La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
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- Paris. Un an............................ 20 fr. »
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- AVEC LE VOLUME DES TABLES DES DIX PREMIÈRES AMINÉES
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- HONORÉ PAR M. LE MINISTRE DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE D’UNE SOUSCRIPTION POUR LES BIBLIOTHÈQUES POPULAIRES ET SCOLAIRES
- RÉDACTEUR EN CHEF
- GASTON TISSANDIER
- QUATORZIÈME ANNÉE
- 1886
- DEUXIÈME SEMESTRE
- PARIS
- G. MASSON, EDITEUR
- LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 120
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- 14* ANNÉE. — N” 6 7 9.
- 5 JUIN 1 886.
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LE CYCLONE DU 12 MM A MADRID
- Un cyclone, d’une intensité rare, a exercé a Madrid et au centre de l’Espagne des dégâts considérables. U nous a été donné d’être témoin des ravages causés par le météore ; nous allons pouvoir en retracer la description.
- Le cyclone du 12 mai avait été annoncé par le bureau météorologique de New-York ; mais il est arrivé en Espagne le 12 au lieu du 14, en avance de deux jours. Dès la lin d’avril dernier, une feuille d’avertissements signée par Noer-leson indiquait les prévisions suivantes : « 12 mai, changement brusque de température vers la soirée. — 15, temps froid et couvert avec vent du nord-ouest. Arrivée sur les côtes occidentales de l’Europe d’un imposant et vaste cyclone qui traversera l'Atlantique du nord-ouest au sud-est. — 14, température plus tempérée ; nouveau changement de temps; les effets du cyclone commenceront à se foire sentir à Madrid; du 15 au 20, pluies générales, orages et tempêtes en Espagne, Portugal, France, Angleterre ; les journées du 16 et du 17 seront les plus orageuses ; dans la soirée du 17, un ouragan avec direction sud-sud-ouest k nord-nord-est se déchargera sur Madrid. » U° année. — 2e semestre.
- Mais le phénomène météorologique annoncé, au lieu de se produire du 14 au 17, s’est manifesté avec son maximum d’intensité dans la soirée du 12; les effets consécutifs du cyclone du 12 mai se sont
- fait sentir dans la Manche et dans l’Andalousie.
- En Andalousie, la température baissa brusquement dans la soirée du 11 et se maintint froide les 12 et 15 où le vent soufflait du nord-ouest ; la différence entre le 10 et les 12 et 15 mai fut d’environ 8 degrés ; il pleut également en certaines localités le 12 et le 15.
- Enfin un nouvel avis de New-York annonce trois cyclones s’avançant par l’Atlantique vers l’Europe et le plateau de la Castille. Lejeudi, 6 mai, des nuages abondants troublèrent la transparence du ciel de Madrid et le baromètre commença son mouvement de descente ; le mouvement de baisse s’accentua dès le 11 mai; le mercredi 12, une brusque dépression se produisit ; k 1 heure de l’après-midi, le baromètre marquait 700mm,20 ; k 5 heures, la pression descendait k 698mra,92; k 6 heures du soir, k 694ram,10 ; et k 695mm,56 k 9 heures du soir.
- Dans l’espace de vingt-quatre heures, le vent atteignait et dépassait même la vitesse vertigineuse de 55 k 40 mètres par seconde.
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- Dès l'après-midi le ciel devient orageux; vers 6 li. 25 m. des éclairs sillonnent la nue et le tonnerre gronde ; l’eau tombe en abondance des nuages chargés d’électricité ; par moments à la pluie se mêle la grêle.
- Au commencement de la tourmente, les nuages venaient du sud et du sud-ouest; la girouette qui indiquait d’abord la direction du vent sud-est, tourna à est-nord-est, et durant un long intervalle, pendant que l’ouragan se déchargeait, le vent était au nord, le courant d’en bas contrariant le mouvement des nuages qui étaient impulsés en sens contraire.
- Depuis l’avant-veille et la veille du 12, le ciel de Madrid se couvrit d’une espèce de brouillard ou nuage transparent, peu intense, de couleur rougeâtre, au travers duquel les étoiles s'apercevaient. A l’horizon, se montrait cependant une bande de nuages de teinte sombre, la température était chaude, même suffocante. Enfin un phénomène très
- FRANC
- Valenc<
- RIQUE
- Fig. — Carte indiquant la marche du cyclone du 12 mai 1880.
- remarquable a été observé par diverses personnes : à travers le brouillard transparent et rosé dans le ciel, a une hauteur d’environ 1000 mètres, on aperçut une immense spirale, éclairée par le soleil, formée par une masse d’air en mouvement entraînant dans son tourbillon la matière des nuages. Etant données la rareté en Europe de cyclones de grande violence et la situation de Madrid, on peut affirmer que le phénomène météorologique qui vient de ravager la capitale de l’Espagne est un des plus in tenses et des plus imposants qu’aient enregistrés les annales de la météorologie européenne.
- Le 12 mai, à 0 h. 50 m. du soir, le vent incline au nord-ouest, et puis a l’ouest ; un peu avant 7 heures du soir, il tourne au sud-ouest. A mesure que le vent change ainsi brusquement de direction, il augmente excessivement en intensité et en vitesse et finit par souiller en tourbillonnant; ce mouvement en tourbillon vertigineux eut surtout lieu de 7ll,4m à 7h,6m, environ durant cinq minutes, et cela avec une telle force, une telle furie destructive, qu’on n’avait peut-être jamais vu cela à Madrid. En ces cinq
- minutes les dégâts lurent immenses et irréparables.
- Le baromètre déjà bas et qui, depuis midi jusqu’à 6 heures du soir, avait éprouvé une dépression de fi millimètres, oscilla encore d’une manière violente, à lieux reprises presque instantanées, lors du passage de la tempête à son maximum d’intensité, à 0h,50m. Une pluie torrentielle inonda toutes les rues; les éclairs, le tonnerre, la grêle ajoutaient à l’épouvante; des édifices sont renversés ou détruits, les candélabres de l’éclairage public brisés, les arbres des promenades arrachés ou brisés, des objets volumineux et pesants sont transportés par la violence du vent à de grandes distances, des wagons des chemins de fer renversés, des convois arrêtés, etc.; la bourrasque se répète à 8 heures du soir et puis encore vers 11 heures de la nuit. Au moyen des dégâts faits sur son trajet, on peut suivre l’ilinéraire du météore. Le phénomène cyclonique commença à se développer à la Pradera de San lsidro, embrassant une zone limitée par Carabanchel à la droite, et la porte de Tolède à la gauche. Le météore suivit la ronde de Valence, le chemin de Yéserias, la porte d’Atoeha, le jardin Botanique, le lletiro et atteignit las Yentas del Espiritu Santo (fig. 1).
- Le point de l’intensité maximum du phénomène météorologique se trouve dans l’espace compris entre la porte d’Atoeha et les hauteurs du Retiro; la ligne parcourue par l’ouragan est très bien indiquée dans cet espace, car le jardin Botanique a disparu presque complètement, tandis que les arbres arrachés dans la rue de Tragineros sont relativement peu nombreux. Les effets destructeurs du cyclone cessent à la fontaine de Cybèle ; ni aux jardins des Recolletos, ni à la promenade de la Castellane, ni aux autres lieux de cette zone on ne note des dégâts : le cyclone paraît s’être arrêté de ce côté de Madrid, en lace de la. fontaine de Cybèle, presque à l’entrée de la rue d’Alcala. 11 a suivi une ligne courbe sud-est ; les courants de la rivière auraient-ils modifié le mouvement du tourbillon de l’air?
- Les cyclones en terre ferme produisent des dégâts considérables et parfois détruisent des cités entières. En 1825, un tourbillon détruisit Guadeloupe, renversant même les édifices construits en pierre; les briques et les tudes emportées par le courant d’air traversèrent, comme des projectiles, les portes les plus solides. En 1780, deux cyclones consécutifs détruisirent les habitations des Antilles. Un convoi de 50 navires conduisant 5000 hommes de troupes fut surpris par l’ouragan et seulement 7 navires échappèrent au désastre. A la Martinique 9000 personnes périrent et il ne resta pas une seule maison debout ; tout fut renversé et emporté par le vent ; la mer se souleva à 8 mètres au-dessus de son niveau, enlevant 150 maisons. A Sainte-Lucie périrent 6000 habitants; la mer détruisit les forts et emporta les canons des fortifications.
- A Madrid les dégâts n’ont pas, heureusement, atteint ces épouvantables proportions ; le cyclone, dans son trajet à travers l’Atlantique (fig. 2), avait
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- perdu une grande partie île son énergie ; cependant les désastres occasionnés atteignent des proportions énormes; on comptait le 15 au soir 24 morts, 78 blessures graves et 104 légères; à Aranjuez, au sud de Madrid, l’ouragan a détruit 24 maisons.
- A Carabanchel, village de la banlieue de Madrid, 50 édifices ont été ruinés, les promenades publiques de Madrid ont beaucoup souffert, les arbres, depuis le Prado jusqu’à la porte d’Atoeha, sont en grande partie coupés ou arrachés, la promenade des Acacias a perdu la plus grande partie des arbres qui l’ornaient ; plus de 000 candélabres à gaz ont été arrachés ou brisés par la violence de l’ouragan; au Re-tiro on évalue environ à 1000 les arbres détruits.
- Le jardin Botanique est complètement détruit ; les précieuses essences qu’il contenait gisent à terre; les bustes et les statues des plus célèbres botanistes ont été renversés; à la vue de ce spectacle de désolation, le vénérable botaniste M. Colmeiro, directeur du jardin, n’a pu retenir ses larmes.
- Dans les rues, la pluie forme de véritables ruisseaux, les cheminées tombent, les vitres sont brisées, les tuiles sont emportées ; une vérit able pluie d’objets projetés par la violence du vent tombe dans les rues ; les voitures et les tramways sont renversés, les kiosques enlevés par l’ouragan, enfin des maisons sont renversées, «les toitures enlevées.
- A la station du Nord, l’eau arrive en telle abondance qu’elle entraîne quelques wagons. Le district de la Inclusa est un de ceux qui ont le plus souffert ; à la gare des Delicias le vent entraîne les wagons jusqu’au pont sur le Manzanares, où ils déraillent. La toiture de la Tienda-Asila a été enlevée et une partie de l’édifice a été détruite. Le lavoir impérial, magnifique établissement privé, solidement construit, a eu sa toiture enlevée par la violence du cyclone, ensevelissant un grand nombre de victimes sous les décombres; les travaux du Cason, magnifique palais du Madrid moderne, ont été également détruits en quelques instants ; un mur de la place de Toros s’est écroulé ; au lieu dit las Ventas, divers chalets ont été détruits. Madrid a souffert des dégâts considérables en quelques minutes; au moment où nous finissons cette note, ils sont encore inconnus dans leur totalité et leur valeur. A. F. Noguès,
- Madrid, le 20 mai 1880.
- Ingénieur des inities.
- LE SOLEIL YERT
- Le. 10 janvier 1886, en franchissant les monts du Lyonnais, entre Yaugneray et Courzieu, nous avons (Mlle Wilfert, ma sœur Louise et moi) vu le soleil présenter une teinte verte très marquée. Yoici dans quelles circonstances.
- Il avait neigé toute la journée du 0 et la nuit du 9 au 10. La terre était couverte d’une couche de neige de 25 à 50 centimètres d’épaisseur. Le 10 janvier, il neigeait fticore quand nous avons quitté la gare de Tassin (9 heures un quart), et la neige nous a accompagnées jusqu’à Ja Maison-Blanche où nous arrivions à 11 heures trois
- quarts. Les cristaux tombaient isolés et non réunis en flocons. Nous pouvions très facilement les distinguer sur nos vêtements. Yers le milieu du trajet, la temps s’éclaircit; le soleil brillait et les montagnes vers lesquelles nous nous dirigions, nous apparaissaient avec une grande netteté; puis elles nous furent de nouveau cachées par les tourbillons de neige.
- A midi et demi, il ne neigeait plus quand nous quittâmes la Maison-Blanche. Le soleil brillait de nouveau, mais les montagnes qui se dressaient devant nous étaient couvertes de gros nuages noirs et il soufflait un vent sud-sud-ouest très fort. Au sortir de Vaugneray, nous prîmes la route du col de Malval. Un peu après J heure, nous eûmes à subir une, véritable tourmente; aux cristaux isolés succédèrent des flocons de plus en plus gros et de plus en plus pressés; la neige nous aveuglait et nous empêchait de rien distinguer; le jour était complètement obscurci. Malgré tout ce que la prudence pouvait nous conseiller, nous n’avons pas voulu renoncer à notre excursion. Nous n’avons pas eu à nous repentir de notre persévérance. A 2 heures, la neige cesse tout à fait de tomber, le vent s’apaise, la vue devient d’une netteté admirable. Nous pouvions distinguer les moindres détails non seulement des vallons et des contreforts voisins de celui où nous étions, mais de toute la plaine jusqu’à Lyon (15 kilomètres à vol d’oiseau). Sur la plaine nous voyions de larges bandes éclairées par le soleil. Au-dessus de nos tètes, le ciel était d’un gris uniforme, et le soleil que nous voyions directement au sud, au-dessus de la vallée du Rhône, nous apparaissait sous forme d’un disque‘dont le contour n’était pas parfaitement circulaire ; le bord occidental était rectiligne. Le disque tout entier présentait une couleur vert jaunâtre, que je pourrais comparer au vert pistache. 11 était entouré d’une auréole verdâtre. Le phénomène a commencé à se produire à 2 heures, immédiatement après la fin de la tourmente ; nous étions alors à 600 mètres d’altitude environ. 11 durait encore à 3 heures lorsque nous avons atteint le col de Malval. Sur l’autre versant, la vue était aussi nette que sur le premier, mais le soleil nous était caché par la chaîne de montagnes, en sorte que je ne puis dire à quelle heure le phénomène a pris fin. Il n’a plus neigé de tout le reste du jour. Marie Lacharrière.
- LA RECHERCHE MÉDICO-LÉGALE DU SANG .
- GRAND SPECTR0SC0PE D'ABSORPTION
- DE M. MAURICE DE THIERRY
- La recherche médico-légale du sang est fondée principalement sur les propriétés chimiques et optiques de sa matière colorante, c’est-à-dire de Foxyhé-moglobine et de ses dérivés; avant de décrire le nouvel instrument qui lui donne des ressources de précision et de délicatesse absolument inattendues, nous dirons quelques mots du mode de recherche chimique, nous réservant de donner plus de détails sur la recherche spectrale, qui est jusqu’à présent la méthode la plus exacte, la plus sûre et la plus usitée.
- L'oxyhémoylobine, appelée autrefois globuline, hématosine, hématine, hémato-cristalline, hématoglobuline, cruorine, etc., est une matière cristalli-sable renfermant du fer et de l’oxygène avec lequel elle est assez faiblement combinée pour céder ce
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- dernier corps à divers corps réducteurs et se convertir ainsi en une matière colorante nouvelle également cristallisable, Yhémoglobine réduite.
- La matière colorante du sang varie avec les espèces animales. L’aspect des cristaux d’oxyhémoglobine, leur solubilité, leur teneur en eau de cristallisation, sont autant de circonstances militant en faveur de l’opinion généralement adoptée aujourd’hui, qui admet plusieurs variétés (probablement autant qu’il existe d’espèces de sang) d’oxyhémoglobine et d’hémoglobine. Ainsi chez l’homme, l’oxyhémoglobine se présente sous le microscope en rectangles allongés, rhombes (angle 54°,6') prismes à 4 pans; chez le singe en petites tables rhombiques; chez le hérisson en prismes rectangulaires allongés; chez le lion et le couguar en prismes à 4 pans terminés par 2 faces obliques ; chez le cobaye en tétraèdres dont les angles diffèrent peu de 60°; chez le corbeau, le pigeon en sphénoïdes; chez la marmotte, le mouton, le porc, -le python, la grenouille , le gardon, le brochet et la sangsue de cheval en prismes ; et enfin la perche de rivière, la tortue, le lombric terrestre et le moineau en aiguilles plus ou nioins fines.
- À côté de ces propriétés différentes, nous ajouterons que les cristaux d’oxyhémoglobine en possèdent de constantes. Ces cristaux se comportent de la même manière vis-à-vis des gaz oxygène et oxyde de carbone; leurs propriétés optiques sont semblables; ils présentent la double réfraction et sont polychroïques ; placés devant la fente d’un spectroscope, ils montrent des bandes d’absorption identiques pour toutes les oxy-hémoglobines. Nous aurons d’ailleurs plus d’une fois l’occasion de revenir sur ce caractère important.
- L’oxyhémoglobine desséchée dans le vide au-dessous de 0° se présente sous la forme d’une poudre cristalline rouge clair, soluble dans l’eau, en donnant une solution rouge de sang. Le gaz oxyde de carbone ainsi que l’a constaté Claude Bernard, chasse rapidement l’oxygène faiblement combiné à l’oxyhémoglobine et forme une combinaison d’hémoglobine oxycarbonée cristallisée ; d’après Hüfner 100 grammes d’hémoglobine fixent 159cc,2 d’oxyde de carbone à 0° et sous une pression de 760 milli-
- mètres; cette stabilité explique l’action si rapidement mortelle de l’oxyde de carbone qui se dégage des foyers de charbon de bois et qui jouent un si grand rôle dans l’asphyxie accidentelle ou volontaire. Les corps avides d’oxygène, tels que le sulfure d’ammonium, le fin* réduit par l’hydrogène, le sulfate ferreux, etc., transforment l’oxyhémoglobine en hémoglobine réduite ; cette propriété est également mise à profit en médecine légale.
- Il est presque inutile de faire remarquer l’importance que peut avoir la recherche légale du sang, où après un assassinat, l’expert chargé par les tribunaux de rechercher soit sur les vêtements de l’accusé, soit sur un parquet, sur un couteau ou une arme quelconque, si les taches trouvées sont bien des taches de sang, ne saurait être assez en possession de méthodes exactes lui permettant de résoudre cette grave question de laquelle dépend la vie d’un
- homme.
- Trois méthodes s’offrent à lui :
- La première et la plus sûre est celle qui consiste à examiner le sang directement au microscope. Si Ton voit distinctement les globules , il est bien évident que toute recherche subséquente est inutile , mais malheureusement ce cas ne se présente pour ainsi dire jamais, les taches sont plus ou moins vieilles la plupart du temps elles ont été lavées, ou elles sont mélangées à de la rouille, à une matière colorante ayant servi à la teinture du vêtement, etc., etc.; dans ce cas il faut avoir recours soit à la recherche chimique, soit à la recherche spectrale.
- La recherche chimique indiquée d’abord par Teichmann, modifiée par lloppe-Seyler, par Brucke et enfin par Erdmann, consiste à traiter la substance à examiner (ce qu’on a pu détacher des taches, ou le résidu du liquide avec lequel on a épuisé ces dernières) , par une trace de sel de cuisine et une goutte d’acide acétique concentré; on fait l’opération sur une lamelle de microscope, et après avoir chauffé un instant cette préparation de manière à dissoudre la substance et évaporer le liquide à une douce chaleur, on place la lamelle sous un microscope et avec un grossissement un peu fort, oOO à 500 dia^ mètres, on observe de petits cristaux rhomboïdaux bruns de chlorhydrate dhématine appelés par
- Fig. 1. — Partie antérieure du grand spectroscope de M. Maurice de Thierry.
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- Teiclimann hémine. Cette réaction, simple en apparence, est en réalité sujette à bien des causes d’erreur : si l’on ajoute trop de chlorure de sodium, on obtient des cristaux qui ne sont pas ceux du sang; si le sang a subi la putréfaction avant la dessiccation, lorsque la tache est mélangée avec les substances qui forment avec l’hématine des combinaisons insolubles, la réaction ne se produit que très difficilement; si l’étoffe a été colorée avec de l’indigo, cette substance donne avec l’acide acétique des cristaux qui peuvent être confondus, par une personne peu au courant de ces recherches, avec les cristaux de chlorhydrate d’hématine. Ces différentes objections ont fait abandonner peu a peu cette méthode <pii avait eu une si grande renommée; et aujourd’hui pour déterminer si une tache est produit»! par du
- sang, on la détrempe avec de l’eau et le liquide coloré est examiné au moyen du spectroscope. ;
- Le spectre solaire étant formé comme l’a démontré Newton, de sept couleurs principales placées dans l’ordre suivant : rouge, orangé, jaune, vert, bleu indigo, violet, AVollaston en 1802 remarqua que ces couleurs étaient accompagnées d’un très grand nombre de raies obscures très déliées parallèles aux arêtes du prisme et inégalement espacées.. Fraüenhofer fut le premier en 1815 à les étudier avec soin et à en donner la description détaillée. 11 désigna les plus apparentes de ces raies qu’on appelle ordinairement raies de Fraüenhofer, par les lettre^ A, a, B, C, D, E, b, F, (1, et II, la raie A étant a la limite du rouge ; B au milieu ; C à la limite du rouge et de l’orangé ; 1) dans le jaune ; E dans le vert;
- F dans le bleu; G dans l’indigo ; et II dans le violet.
- L’analyse, spectrale du sang repose sur la propriété que les corps colorés ont d’absorber certaines des irradiations colorées de la lumière blanche. Un corps rouge nous paraît rouge précisément parce qu’il absorbe tous les rayons colorés, sauf les rouges; et, si nous mettons ce corps rouge devant la fente d’un spectroscope et (pie nous observions le spectre formé, soit sur un écran, soit avec une lunette, nous voyons dans le cas présent que tous les rayons sont arrêtés, sauf le rouge, et leurs places sont marquées par autant de bandes obscures dont la position peut être exactement déterminée par un micromètre.
- Ces bandes ont reçu le nom de bandes d’absorption. Elles sont caractéristiques de la substance qui les a produites et permettent ainsi d’en constater la présence par l’apparition de ces bandes. Hoppe-Seyler, alors professeur à Tubingen, publia le pre-
- mier en 1862 que le sang observé au spectroscope présentait un spectre interrompu par deux bandes larges, obscures, dont la position est constante et invariable. Les bandes de Iloppe-Seyler sont situées toutes deux entre les raies D et E du spectre solaire ; à ces deux bandes il faut en ajouter une autre, découverte par M. Soret dans le violet. Hoppe-Seyler reconnut également que le spectre du sang était le même, soit que l’on observe le sang pur étendu d’eau, soit que l’on examine l’oxyhémoglobine en solution dans ce liquide et il observa que le spectre se modifiait sous l’influence des agents capables de transformer la matière colorante du sang. En 1864, un savant anglais, Stokes, en étudiant les phénomènes d’oxydation et de réduction qui font passer le sang artériel à l’état veineux et vice versa, observa que la matière colorante du sang donnait suivant l’un ou l’autre de cet état un spectre différent ;
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- les deux haildes de l’oxyhémoglobine avaient disparu pour faire place à une bande unique située entre les deux précédentes. Cette bande, qui est celle de l’hémoglobine réduite, porte le nom de bande de Stokes.
- Pour rechercher des quantités infinitésimales de sang, un de nos chimistes les plus distingués, M. Maurice de Thierry, préparateur du cours de chimie médicale de la Faculté de médecine de Paris, indépendamment de l’appareil dit héma-spectroscope qu’il a déjà fait connaître1, se sert de l'appareil suivant qu’il a fait construire et disposer par Th. et À. Duhoscq. Cet instrument de haute précision, qui porte le nom de grand spectroscope d'absorption, a été présenté à l’Académie des sciences par M. le professeur Cornu dans la séance du 26 octobre 1885. Il permet d’étudier les liquides sous une épaisseur de 10 mètres. Celui qui est figuré ici et qui est installé à la Faculté de médecine de Paris et à la Faculté des science:- de Marseille (fig. 1 et 2) n’a que 4 mètres de longueur totale et permet d’observer une couche de 5 mètres d’épaisseur; il se compose de trois parties principales : 1° le spectroscope proprement dit; 2° les tubes pour contenir les liquides dont on veut étudier le spectre d’absorption ; o° les appareils d’éclairage.
- 1° Le spectroscope est composé d’un collimateur, autrement dit d’une fente rectiligne placée au foyer principal d’un objectif achromatique, d’un prisme à vision directe, très dispersif, et d’une lunette d’observation réglée sur l’infini, line petite lunette, faisant également fonction de collimateur, est placée sur le côté du spectroscope et perpendiculairement à son axe optique; elle porte une échelle transparente divisée sur verre : c’est le micromètre. 11 se réfléchit sur le prisme, et son image renvoyée dans la lunette vient se superposer avec celle du spectre.
- Au foyer de l’oculaire se trouve un réticule en fil d’araignée, fixé sur un chariot mobile à l’aide d’une vis. Ce fil, se projetant sur l’image du spectre et sur celle du micromètre, permet, par son déplacement, de mesurer très exactement, soit l’écartement existant entre deux raies ou bandes, soit la largeur d’une d’entre elles. Pour permettre d’observer le spectre dans toute son étendue, la lunette est mobile autour d’un axe passant par le plan vertical de son objectif.
- 2° Les tubes sont de deux sortes : en métal inoxydable, garnis intérieurement d’un manchon de verre et fermés à leurs extrémités par deux disques également en verre, à faces parfaitement planes et parallèles et entièrement en cristal ; les disques servant à la fermeture de ces derniers sont fixés à l’aide de colliers mobiles en ébonite. Les tubes sont par série de six : trois tubes de 1 mètre, un de 0m,50, un de 0m,20 et enfin un de et 0m,10.
- 5° L’éclairage peut être fourni, soit par la lumière électrique, soit par la lumière de Drummond. Dans l’appareil représenté ici, une petite lanterne à lumière oxhydrique, fixée à l’instrument, munie d’un
- * Comptes rendus de l'Académie des sciences , n° 19 (Il mai 1885); La Nature, n° (557 (15 août 1885).
- système de lentilles dit condenseur, donne des rayons parallèles qui éclairent les tubes.
- Le bâti est composé de trois supports en fonte de fer verni de lm,l() de hauteur, sur lesquels sont fixées des gouttières en fer, parfaitement dressées et reliées aux supports par des entretoises qui assurent la stabilité de l’appareil. Ces gouttières, destinées à reeevoir les tubes à liquide, sont au nombre de deux et ont une longueur totale de 5 mètres; mais l’appareil est disposé de telle sorte que la longueur peut être portée à 10 mètres et au delà, la longueur n’étant limitée que par la source lumineuse, qui, s’affaiblissant peu à peu en tra versant les corps soumis à l’expérience, arriverait à être insuffisante avec un appareil trop long. Les pieds des supports sont munis de vis calantes permettant de régler l’horizontalité de l’instrument. *
- L’un des supports porte une pince à charnière, dans laquelle on fixe le spectroscope par l’extrémité du collimateur, tandis qu’une jambe de force le soutient dans son milieu. Cette jambe de force porte aussi un bec de gaz entouré d’un manchon métallique percé d’un trou destiné à éclairer le micromètre. Au-dessous du spectroscope se trouve un robinet double, dit de barrage, permettant à l’observateur, sans quitter son poste d’observation, de produire à volonté l’éclairage fourni par la lanterne oxhydrique, ainsi que par le bec de gaz du micromètre, l’allumage ayant été fait et réglé primitivement. De longs tubes métalliques fixés sur les montants conduisent le gaz -hydrogène et oxygène du robinet du barrage aux appareils d’éclairage.
- Ce robinet de barrage a été imaginé par MM. Th. et A. Duboscq.
- Avec ce nouvel appareil, M. Maurice de Thierry a reconnu la présence de l’oxyhémoglobine dans un liquide qui n’en renfermait que un cent-millionième ; les plus petites quantités de seigle ergoté mélangé à de la farine ordinaire se retrouvent immédiatement ; de même pour la chlorophylle ; si les liquides sont colorés, on prend, suivant le degré de coloration, un quelconque des tubes. En résumé, cet appareil de haute précision offre toutes les garanties d’exactitude et peut rendre de véritables services, non seulement à la médecine légale, mais à la chimie biologique et à la physique par l’étude des spectres d’absorption des liquides examinés sous une très grande épaisseur.
- Désormais la recherche du sang, même à l’état de traces, est devenu des plus rapides et des plus
- simples. Dr Z...
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- LETTRES D’AMÉRIQUE1
- CHICAGO. -- LES STOCK YARD’s ET LES ABATTOIRS. -
- LES CHANTIERS DE BOIS ET LES PARCS
- Lorsqu’on a visité New-York on pense que le mouvement dans les rues, l’activité que chacun met
- 1 (Suite.) Voy. Tables des matières du précédent volume.
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- aux alfairos dans la journée, ne peuvent être dépassés ; Chicago cependant offre un coup d’œil plus extraordinaire encore. Dans les rues principales, State Street entre autres, la quantité des voitures de toutes espèces est prodigieuse. Les tramways réunis en trois cars toujours rem [dis de monde, se suivent en file serrée. 11 semblerait, à les voir, qu’ils sont attachés à une chaîne sans fin, prenant et rejetant à tous moments la foule des voyageurs occupés. Les passants circulent au milieu de tout cola et complètent le spectacle intéressant de cette ville qui semble n’exister que pour le travail. Si l’on se dirige vers la petite rivière de Chicago aux bords de laquelle se trouvent les élévateurs à blé, le coup d’œil est encore plus curieux. Les bateaux à vapeur mêlent leur fumée a celle fie ces gigantesques établissements, la quantité des petites barques traversent à tous moments la rivière au milieu des navires de commerce, la foule enfin qui circule sur les ponts vous font éprouver une sorte de vertige.
- Après avoir vu les rues, les visites les plus intéressantes à faire dans la ville sont celles des stock yard’s ou marché fies bestiaux et des abattoirs qui y sont joints.
- Quelques chiffres donneront une idée réelle fie cet immense marché fie bestiaux. Dans les parcs différents dont il est composé, il y a place pour 25000 bœufs, 100000 porcs et 22000 moutons. Dos compartiments spéciaux peuvent contenir encore 500 chevaux. Pour faire les clôtures fie bois de tous ces parcs il a fallu employer plus de 9000 mètres de planches et madriers. L’ensemble total fie ces parcs occupe une surface égale à un mille carré, c’est-à-dire 2592 100 mètres carrés environ. Chaque parc est séparé par des avenues destinées à la circulation du public et fies propriétaires des bestiaux. De nombreux plans inclinés sont élevés de tous côtés, pour que les animaux puissent descendre aisément des wagons de transport, dans les parcs, ou pour qu’ils puissent entrer dans les abattoirs où ils seront tués. Les chemins de fer les ont amenés fies provinces du Texas, fie Pensylvanie, de l’Ohio, etc. Le spectacle qui est donné par cette foule de près fie 150000 animaux divers mugissant et hurlant dans tous les tons, et le mouvement, du public qui semble perdu dans les nombreux détours formés par les clôtures des parcs, sont des tableaux que seule peut donner une ville des États-Unis. La dépense occasionnée par la construction fies bâtiments fies stock yard’s a été fie plus de 15000 000 fie francs et tous les jours, ils subissent encore fies agrandissements nouveaux. Trois cents gardiens surveillent cet établissement véritablement prodigieux.
- Parmi les nombreux abattoirs fies stock yard’s, c’est l’établissement Armour and C° le plus considérable.
- L’usine a un tel développement qu’on a de la peine à comprendre tout d’abord son importance. Construite toute en bois et faite sans doute peu à peu, on n’a jamais songé à exécuter un plan d’ensemble ; tout a été
- bâti à la hâte et suivant ïès besoins du moment. C’est un véritable dédale fie hangars et de salles énormes, communiquant fie manières diverses par des couloirs, fiés escaliers, des ascenseurs , fies ponts suspendus sur des ruelles, où passent les ouvriers, où circule le chemin de fer. On ne pourrait jamais se retrouver sans guide dans ces immenses bâtiments. M. Cudahy, le directeur, a bien voulu me donner toutes les permissions nécessaires et me faire accompagner par un jeune employé dans tous' les détours de son étonnant établissement. Il est impossible d’être plus aimable et plus obligeant pour un étranger.
- Dès l’entrée dans les abattoirs, on va visiter premièrement, la salle où l’on tue les cochons. Ils arrivent un par un dans les compartiments indiqués ci-après (fig. 1) ; des chemins bordés fie planches les ont, conduits jusqu’en cet endroit, hors fies parcs situés dans les stock yard’s où ils étaient enfermés. Un homme les saisit par les pattes fie derrière et enfonce dans l’une d’elles un crochet, garni d’une longue chaîne. Un autre homme placé sur la galerie supérieure tire à lui la chaîne et le cochon. L’animal est suspendu ainsi par un pied et pousse des cris épouvantables. Ses compagnons répondent par de véritables hurlements, mais la besogne n’en marche pas moins rapidement. La chaîne au bout de laquelle est pendue la victime, roule par le moyen d’une sorte fie galet le long d’un rail horizontal. Le porc glisse ainsi jusque dans les mains fie son bourreau qui presque nu, couvert fie sang lui enfonce un large couteau dans la gorge. Le sang coule à longs flots, l’animal ne crie plus, mais on voit les dernière convulsions fie son agonie. Le bourreau, d’un léger mouvement, fait glisser le long du rail le cochon égorgé, il s’empare d’une autre bête et ainsi de suite. 11 peut en tuer sept environ en une mU nute, cinq cents en une heure. On ne peut regarder cette scène fie tuerie sans une certaine horreur. Les cris des animaux et les Ilots fie sang vous font éprouver une sensation fie dégoût, un malaise indéfinissable; cependant lorsque le, lendemain matin, je revenais dans cette salle pour dessiner à loisir, j’étais surpris de voir que cette impression était déjà fort diminuée. Le bourreau est venu causer avec moi,
- pendant un moment de repos, et mon étonnement a été à son comble de voir que cet homme encore couvert du sang de ses victimes, vêtu à peine de quelques vêtements, avait une figure distinguée et douce. Il me fit discrètement quelques questions, et lorsqu’il sut que mes croquis étaient destinés à un journal scientifique français, il me parla alors absolument comme le ferait un gentleman instruit et intelligent. Ses aides paraissaient être comme lui, ils m’entouraient et me demandaient des détails sur les abattoirs de Paris, puis sur notre grande cité elle-même. Ces ouvriers américains ne sont décidément pas comme les nôtres; leur éducation est supérieure, ils m’ont fait oublier que j’étais dans le sang et au milieu de malheureuses victimes.
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- Les porcs égorgés cl pendus comme je viens de le dire disparaissent ensuite sous un compartiment de bois pour entrer dans une piscine d’eau bouillante (fig. 2). La des hommes armés de longues piques leur font subir un premier lavage. Une sorte de cuillère analogue à une grille courbée, de la largeur de la piscine, recueille ensuite chaque animal et le dépose en faisant un demi-tour sur une plaque de marbre. Le cochon est accroché de nouveau à une chaîne qui le fait passer dans la machine à racler la peau (fig. 5). Des roues placées dans tous les sens pèlent et grattent le cuir du porc de façon à lui enlever ses soies. Il sort de là absolument nu. et la chaîne le traîne sur de nouvelles plaques de marbre
- où les ouvriers le lavent pour la deuxième fois sous des arrosoirs qui coulent à grande eau.
- Ayant subi ces différentes opérations et pendus de nouveau par un pied pour rouler encore sur un rail, les cochons sont conduits dans une salle où on leur coupe la tête et où les entrailles, tripes, boyaux, etc., sont enlevés. Ces dernières parties du corps de l’animal sont emportées dans les salles qui sont réservées à la charcuterie. Un troisième lavage a lieu encore ; des hommes entraînent enfin les victimes vidées et décapitées dans une salle énorme où elles sont pendues au plafond. Il y a place pour 10000 bêtes dans ce vaste dépôt.
- Elles sont placées enfin dans les' rélrigéraleurs où
- Fig. 1. — La tuerie des codions à Chicago
- (D'après nature, par M. Albert Tissandier.)
- elles restent deux ou trois jours sans se corrompre, étant sous l’action d’une température constante de 38° Fahrenheit. Les porcs sont sortis des réfrigérateurs pour être détaillés par les boucliers. Le travail fait par ces hommes est intéressant, et dans la salle où ils se trouvent il règne une activité prodigieuse. Les boucliers savent découper par morceau avec une habileté et une promptitude sans égales toutes les parties du corps de l’animal. D’autres ouvriers portent les viandes détaillées dans les différentes parties de l’usine où elles doivent être préparées pour la vente : les jambons dans les immenses fours où ils subissent l’opération de la fumée, d’autres viandes dans les caves où elles doivent être salées, d’autres enfin où elles sont cuites et mises dans des
- boîtes de fer-blanc. Mon guide me fait passer ensuite dans tous les différents ateliers de l’usine. Je vois ainsi la salle de la charcuterie où des machines mues par la vapeur découpent la viande en hachis pour la fabrique des saucisses. On en fait 52 000 livres par jour. Plus loin, c’est la salle où se font les paquets qui renferment le lard. Trente jeunes gens cousent des sacs ; ils n’ont guère le temps de me voir passer, leur besogne est trop active, ils font 8000 paquets par jour. Puis ce sont les ateliers de tonnellerie pour emballer les salaisons. Les cuisines enfin sont admirables de soin et de propreté. Les marmites sont pleines de viandes de bœuf, de mouton et de porc que l’on met ensuite dans des boîtes de conserves en fer-blanc. Des petites machines
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- tournantes, ingénieuses et délicates les ferment et font les soudures hermétiques qui permettent de les conserver indéfiniment après l’expulsion de l’air. Dans les salles où les boîtes sont peintes et vernies,
- les femmes ont aussi à travailler activement. Dans l'espace d’une journée elles peuvent eu faire de 7)5000 à 40000.
- Les bœufs ne sont pas égorgés comme les porcs
- Fig. 2. — Traitement des cochons dans la piscine d’eau bouillante, à Chicago.
- et les moutons. Du parc provisoire où ils sont placés, couloir bâti en planches. Une trappe s’ouvre, on les fait passer un par un, au travers d’un étroit l’animal piqué par un homme placé sur des es-
- Fig. 3. — Machine à racler la peau des cochons, à Chicago. (Dessins d’après nature, par M. Albert Tissandier.)
- trades situées au-dessus du passage, entre dans un compartiment où il n’y a place que pour lui. Un tireur habile armé d’un fusil, placé comme son compagnon sur l’estrade supérieure, le vise entre les deux yeux, sur le front et presque à bout portant.
- Le bœuf tombe foudroyé; une seconde trappe est ouverte et la victime est entraînée à la boucherie. 800 à 900 bœufs sont tués ainsi dans la journée. Quant aux moutons, 200 environ seulement sont égorgés. Ils subissent, comme les porcs, les memes
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- opérations. Ils sont déposés dans dos réfrigérateurs, etc. On visite encore dos ateliers considérables annexés à l’usine et qui sont destinés a la préparation des peaux de ces animaux. On emploie dans ces abattoirs exceptionnels 5200 ouvriers on été et 4500 en hiver. Plus de 100 chevaux sont constamment occupés pour les différents services. L’établissement Armour occupe une surface de 24'acres ou 97104 mètres carrés. Outre les envois considérables des viandes conservées, des jambons, etc., qui sont faits journellement par l’usine dans toutes les provinces des Etats-Unis, un grand magasin de détail est organisé dans une salle du rez-de-chaussée pour la commodité des habitants de la ville qui viennent y faire leurs achats.
- L’établissement Armour vend au dehors plus de 600000 jambons par an sans compter les boîtes de conserves, etc. D’après les renseignements que j’ai reçus, les abattoirs réunis de la ville de Chicago en exporteraient, plus de 2 500 000 par an.
- On voit ({lie le commerce des viandes dépasse dans cette ville toutes les prévisions ; celui des bois est aussi considérable. Des chantiers immenses sont situés sur les bords du lac Michigan et près,de l'embouchure de la petite rivière de Chicago. Plus de 500 maisons de commerce s’occupent de ce genre d’affaires. Elles ont 150 chantiers où une quantité considérable de charpentiers sont employés. Le feu qui a détruit en 1871 une partie de la ville a causé la ruine de bien des capitalistes, mais aucun d’eux ne s’est découragé. Les scieries des villes voisines du Michigan et de l’Illinois reçurent des ordres pour fournir les matériaux nécessaires à la reconstruction de la cité détruite, et travaillèrent alors jour et nuit.
- Les personnes ruinées se mirent de nouveau au travail, Chicago renaissait de ses cendres comme par enchantement et le commerce des bois reçut par cette raison une impulsion extraordinaire. En 1877, on livrait dans les chantiers plus de 560000000 de mètres de madriers et autres bois de charpente et on en expédiait plus de 200000000 par le chemin de fer ou par les bateaux du Michigan. Ce commerce est dans une période croissante, le mouvement des capitaux employés dépasse celui de toutes les banques de Chicago et meme celui qui est créé par le trafic des élévateurs à blé.
- Une promenade dans les chantiers de charpentes est fort curieuse. On se trouve dans de longues rues bordées de madriers posés les uns sur les autres et formant des murailles de dix et quinze mètres. Au lieu de les mettre de façon à faire des murs verticaux, les charpentiers placent au contraire les madriers en encorbellement. La pluie ne peut ainsi mouiller que les planches de dessus, bien promptement séchées par le vent, et les gouttes d’eau tombent vers le milieu des avenues au lieu de descendre le long des bois. L’humidité, grâce à cette précaution, a moins d’action sur les planches placées près du sol. Les avenues se multiplient, dans tous les sens, on se perd entre toutes ces murailles. Il semble
- qu’on se trouve dans une ville fantastique dont les maisons n’auraient ni portes ni fenêtres, et l’agréable odeur des bois de pins vous réconforte.
- Au point de vue de l’art, Chicago n’offre actuellement rien d’intéressant, il possède quelques monuments, mais ils n’ont comme seul mérite que leur grandeur. La vue ne saurait s’y arrêter longtemps. Les {tares situés autour de la ville sont agréables et fort gais le dimanche. Les habitants viennent, y passer une partie de la journée. Dans les rivières et les lacs artificiels règne un grand mouvement de barques de toutes sortes. On voit souvent un frêle esquif rempli de jeunes filles de douze à quinze ans. Elles sont seules, entre amies, et rament en chantant. C’est charmant de les entendre gazouiller ainsi sur l’eau et ramer pour se donner des forces.- On aime beaucoup les fleurs et les parterres en broderie. Ces plantations de mauvais goût, sont a Chicago plus à la mode encore qu’en France, et les horticulteurs se livrent aux excentricités les plus bizarres. A South-park entre autres, le public accourait pour contempler un grand éléphant, un chameau, un papillon et le drapeau américain dessinés avec des plantes grasses et des fleurs aux diverses couleurs qui se trouvaient placées sur le vert gazon. La great attraction était la vue d’un grand cadran solaire exécuté entièrement en plantes grasses. Les heures étaient écrites sur l’herbe avec des plantes au feuillage rouge. Ce cadran était fort bien orienté par le jardinier et l’ombre donnée indiquait assez nettement l’heure du jour. Ces jardins publics de Chicago ressembleraient, assez à notre bois de Boulogne, ils sont dessinés de même façon ; mais South park et Lincoln park, ornés de leurs lacs et rivières faits de main d’homme, se trouvent sur le bord du lac Michigan ! La comparaison devient alors impossible. Ce lac est immense, on ne saurait voir les rives opposées, tant sa largeur est grande, et il est sillonné, de nombreux bateaux à vapeur et de barques de, plaisance ; on se croirait au bord de la mer. A Lincoln park, par les soins de la Société du Floating hospital, on a construit sur le lac une jetée do bois longue de 200 à 500 mètres environ, ornée de portiques avec jeux de gymnastique divers, destinés seulement aux petits enfants malades. Là, accompagnés de leur mère, ils peuvent respirer l’air pur des eaux du Michigan et retrouver leurs forces perdues en faisant leurs exercices préférés. L’idée de cette construction aquatique m’a {tara originale. Elle avait d’ailleurs un grand* succès la saison dernière et les joues pâles des petits bébés semblaient reprendre leurs fraîches couleurs sur cette promenade réservée. Albert Tissaindier.
- — A suivre. —
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- UN DÉNOMBREMENT DE MOUCHERONS
- Un grand fossé, plein d’eau courante, borde la cour et le jardin de ma maison ; l’eau est bien ombragée, remplie d’insectes de toutes sortes, et mes canards ne cessent pas habituellement d’y prendre leurs ébats. Le mer-
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- emli, 19 mai, à mou "ranci étonnement, les canards restèrent an bord de l’eau, sur l'herbe, jusqu’à une heure indue, oubliant le sommeil, tant la chasse d'un petit gibier que je ne voyais pas les attirait et les réjouissait. Pour le lendemain je m'attendais à quelque nouveauté, et, en effet, dès les premiers rayons du soleil, mon cours d’eau et tous les chemins humides étaient envahis par des nuées de moucherons (llilara maura), plus épaisses que je n’en avais jamais vu.
- Combien y avait-il de moucherons au-dessus de l’eau en ce moment,? J’ai voulu le savoir; mais comment les compter? Ils allaient disparaître*, impossible de faire une installation compliquée. J’ai pris de la colle de pâte, j’y ai ajouté du sucre et du glucose pour faire un sirop poisseux comme de la mélasse, et j’en ai barbouillé une planche de quelques décimètres carrés, clouée au bout d’une longue perche; puis j’ai fait décrire rapidement à ma planche, autour d’un axe vertical, un quart de cercle à travers la nuée de moucherons. Ma planche a été, couverte, à chaque essai, de moucherons que j’ai comptés. Dans son mouvement, elle avait engendré un volume égal à sa surface multiplié par l’espace parcouru par son centre de gravité. J’avais donc le nombre d’insectes contenus dans ce volume. Quelques-uns, mais peu nombreux, n’étaient pas atteints ou s’échappaient, mais j’avais un minimum, et par conséquent je ne risque pas d’exagérer. Or, tout compte fait, il voltigeait sur mon cours d’eau de 1/10 d’hectare 2 500 000 moucherons, 26 000 000 sur un hectare, dix fois la population de Paris !
- J’ai ramassé quelques grammes de moucherons, j’en ai pesé exactement 0sr,50 et les ai comptés. Ils pesaient chacun 0gr,00377. Il y en avait donc sur la surface de mon eau 9k,400er; ce n’est pas une quantité négligeable dans la dissémination de la matière fertilisante.
- L’HYGIÈNE DANS L’ISTHME DE PANAMA
- Lors de la séance de l’Académie de médecine du 25 mai dernier, M. le Dr Nicolas, ancien médecin de la marine, a lu un très remarquable rapport sur ce sujet si important à la suite de la mission qui lui a été confiée par la Société des travaux publics et constructions. M. le Dr Nicolas a fait partie de l’expédition de M. Ferdinand de Lesseps, et il a séjourné dans l’isthme américain, afin de recueillir sur place les documents nécessaires à l’examen du problème dont on lui avait confié l’étude.
- M. le Dr Nicolas est resté à Panama pendant les mois de février, de mars et d’avril, c’est-à-dire pendant la saison sèche, mais qui a présenté cette année tous les caractères, et les plus graves, de la saison pluvieuse. Or il a pu constater que, sur une population de 20000 habitants de toute provenance, la mortalité dans l’isthme ne dépasse pas six décès par jour. On pouvait craindre cependant que les affections paludéennes qui résultent de la configuration du pays ne prissent un accroissement considérable par suite des grands mouvements de terrain auxquels devaient donner lieu les profondes excavations nécessitées par l’ouverture du canal.
- L’état sanitaire et la mortalité de l’isthme n’auraient pas été notablement modifiés depuis le commencement des travaux. C’est surtout contre les fièvres intermittentes, la rémittente bilieuse et la fièvre jaune que les travailleurs ont à se prémunir par une hygiène tendant à augmenter leur résistance, dans un pays où le moindre
- travail physique ou intellectuel provoque des transpirations excessives.
- M. le I)r Nicolas croit que l'emploi de la quinine doit être préconisé dans un semblable climat, malgré les préventions dont elle y est l’objet. Dans les fièvres jaunes elle est, suivant lui, une médication tout à fait indiquée. Il conclut, de toutes ces observations, que le climat de l’istlnne n’est ni aussi meurtrier ni aussi inoffensif que des systèmes pessimistes et optimistes ont cru pouvoir l’affirmer. Le travail y est très praticable, si l’on a affaire à un personnel énergique et calme, qui se soumette aux prescriptions de l’hygiène.
- « L’œuvre de Panama, a dit en terminant le I)r Nicolas, est une œuvre nationale. Toutes les nations du globe ont les regards fixés sur le pavillon français que nous avons hissé là-bas et qui a le don partout où il apparaît d’émouvoir le monde. Nous voudrions ne pas l’amener; or c’est l’hygiène qui pour une grande part assurera l’achèvement du canal interocéanique... »
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- NOUVEAU THERMOMÈTRE MÉDICAL
- A MAXIMA, AVEC CONTROLE DU ZÉRO
- Les thermomètres, construits même avec le plus grand soin, sont soumis à une cause d’erreurs dont il de tenir compte. Avec le temps, le zéro tend à se relever; le déplacement peut atteindre 2 degrés.
- Cette variation amène une perturbation sérieuse dans les observations de la température sur les malades. En général, les thermomètres médicaux marquent souvent une température plus élevée qu’elle n’est réellement.
- Il est donc absolument nécessaire de contrôler fréquemment les thermomètres, pour s’assurer de l’exactitude de leur échelle. Mais les thermomètres médicaux employés ne se prêtent pas à cette vérification, leur échelle commençant toujours au-dessus de zéro, et n’allant pas à 100° centigrades.
- Le thermomètre, que représente la figure ci-contre, atteint ce but : la tige capillaire est recourbée en C ; en TT', se trouvent deux graduations en 1/10 de degré, séparées par le double coude C et le petit réservoir r. L’échelle inférieure va de — 2° à + 2°. Le double coude évite la rentrée de l’index mobile i dans le réservoir r. Cet index de mercure donne le maxima.
- Pour s’assurer de la bonne marche du thermomètre il suffit de plonger, de temps en temps le réservoir R dans un petit vase contenant de la glace pilée, et d’observer le point d’arrêt du mercure. S’il s’arrête au-dessus ou au-dessous du zéro, on tiendra compte de la différence, en plus ou en moins, dans les lectures finales relevées sur les malades.
- Après chaque observation, quelques légères secousses dans le sens vertical, ramènent aisément l’index i dans le double coude C.
- Ce thermomètre, qui est construit par M. Ducretet, nous paraît devoir rendre des services aux médecins : il permettra de connaître exactement la température qu’ils doivent relever avec précision, sans incertitude, sur leurs malades.
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- L’ÉLECTRICITÉ DOMESTIQUE
- L’ÉCLAIRAGE PAU LES PILES LECLANCHÉ
- Tous ceux qui se servent des piles Leelanché pour l’usage des sonneries électriques, ont apprécié les avantages incomparables de ce générateur d’électricité qui ne nécessite aucune surveillance, aucun soin, et qui est toujours prêt à fonctionner. Ces piles Leelanché, par contre, se polarisent facilement et très vite lorsqu’elles travaillent d’une façon continue, aussi ne pouvait-on pas songer jusqu’ici à les employer pour l’éclairage.
- Un constructeur américain, M. Goodwin, fabricant de charbon pour piles et pour lampes à arc, a récemment apporté à la pile Leelanché, de très heureux perfectionnements qui lui permettent d'obtenir des résultats remarquables en ce qui concerne l’éclairage électrique intermittent.
- Les vases poreux ordinaires, ou plaques agglomérées, de la pile Leelanché sont remplacés par un vase en charbon dont les parois sont rendues très poreuses; l’intérieur contient également du charbon concassé et du peroxyde de manganèse. La faible résistance intérieure de l’élément permet un grand débit et, par suite, son emploi à la production de la lumière électrique.
- Suivant la durée d’éclairage que l’on désire, on choisit des vases dont la surlace est rendue plus grande par des ailettes en saillie, ainsi que l’indique la ligure ci-contre.
- Il y a quelques mois, nous décrivions ici même le système d’éclairage électrique de M. Radiguet, système que nous avons fait installer dans une partie de notre appartement et qui fonctionne encore avec régularité et à notre satisfaction 1. Toujours curieux de nous tenir au courant des applications nouvelles, nous avons adopté, d’autre part, le nouveau système d’éclairage par les piles Leelanché, organisé par MM. Buchinet Tricoche, et nous obtenons une lumière très brillante, mais intermittente, nous devons l’ajouter, et ne fonctionnant que pendant une courte durée, à intervalles espacés. Le résultat n’en est pas moins intéressant et utile dans la pratique.
- Notre installation comprend 40 éléments de la pile Goodwin, montés par 20 éléments en tension et par deux en quantité. Les lampes à incandescence de 8 à 10 bougies environ donnent une belle lumière, qui commence a baisser après quelques minutes, et
- qui reste encore assez brillante pendant 15 à 20 minutes. Une fois le circuit rompu, la pile dépolarisée ne tarde pas à être prête a fonctionner dans les conditions initiales.
- MM. Buchin et Tricoche ont imaginé des combinaisons ingénieuses de marche de courant au moyen de simples commutateurs qui leur permettent l’allumage ou l’extinction des lampes à distance. Dans les pièces où nous avons placé des lampes à incandescence, un commutateur permet l’allumage à l’entrée de la pièce et l’extinction à la sortie, ou inversement'. Ce système intermittent est très utile dans les cabinets peu éclairés, les couloirs, les chambres à coucher, etc.
- La lumière produite dans ces conditions paraît devoir être économique. D’après les inventeurs, la bougie heure ne reviendrait pas à 1 centime, l’usure des piles n’ayant, lieu qu’en proportion du travail fourni. Il huit, tous les six mois environ, remonter les piles, en ajoutant de l’eau et du sel ammoniac, tout en procédant au nettoyage des zincs. La même batterie sert aux sonneries électriques et peut s’appliquer aux allumoirs automatiques des becs de gaz.
- Le mode d’éclairage électrique que nous signalons aujourd’hui, est encore loin d’être absolument complet, puisqu’il est intermittent; mais il offre assurément de très grands avantages dans des cas particuliers, et se présente comme un procédé de plus à choisir parmi les systèmes existants. Il y a là un incontestable progrès réalisé dont nous félicitons les promoteurs.
- Un grand nombre de personnes voudraient avoir plus, et disposer, dans leur maison ou dans leur appartement, d’un éclairage électrique permanent, fonctionnant d’une façon continue, pendant plusieurs heures consécutives. Les piles primaires nous paraissent devoir bien difficilement donner la solution de ce problème ; les piles secondaires, véritables réservoirs d’électricité, se prêtent mieux à en fournir les éléments. L’installation d’éclairage électrique que notre collaborateur et ami M. Ed. Hospitalier a organisée dans son appartement, et qui comprend une batterie d’accumulateurs, constamment chargés à l’aide de piles au bichromate à écoulement continu1, donne de bons résultats, mais elle exige une certaine surveillance. — Le problème de l’électricité domestique ne sera résolu que par la distribution de l’électricité à domicile. Gaston Tissandier.
- 1 Yoy. n° 611, du 14 février 1885, p. 169.
- file Leelanché, modèle à grande surface de M. Goodwin, et s’appliquant à l’éclairage électrique.
- 1 Voy. n° 667, du 15 mars 1886, p. 237.
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- LÀ GRÊLE À BORDEAUX
- LE 26 MAI 1886
- Nous avons souvent enregistré dans La Nature les faits relatifs aux orages de grêle et aux grêlons extraordinaires1 ; nous allons avoir l’occasion d’offrir à nos lecteurs de nouveaux documents à ce sujet à propos de la tempête qui a éclaté la semaine dernière à Bordeaux et aux environs, dans des conditions d’intensité exceptionnelle.
- Nous publions en premier lieu les faits que nous adresse M. le professeur E. Forci, secrétaire du Cercle girondin de la ligue de renseignement. Cette curieuse communication est accompagnée de
- plusieurs dessins des grêlons, recueillis vingt minutes après leur chute. (Yoy. la ligure ci-dessous.)
- La grêle, dit M. Forel, est tombée à 5 h. 25 ni. du soir, durant2minutes environ; c’est, du moins, le temps de passage du nuage orageux.
- J’ai observé le phénomène dans le quartier N.O. de Bordeaux, dit quartier Saint-Seurin. Les nuages venaient du S.O. Vers 1 heure de l’après-midi, le ciel qui avait été serein toute la matinée (quoique chargé cependant de cumulus à l’horizon de l’ouest) se couvrit d’une sorte de voile de brume qui alla s’épaississant jusque vers les
- 4 heures où le ciel se chargea de lourds nuages noirs. A
- 5 heures, quelques éclairs accompagnés de pluie et quelques roulements de tonnerre lointains. La pluie n’était que légère et dura si peu que le sol fut à peine mouillé;
- Aspect de quelques grêlons tombés à Bordeaux, le 26 mai 1886, dessinés vingt minutes après leur chute, et réduits de 1/3 environ par la fusion. — 1 et 2. Le même grêlon vu en dessus et'en dessous. — 3 et 4. Autres grêlons.
- (D’après les dessins de M. E.Forel, de Bordeaux.)
- les éclairs et les grondements du tonnerre furent très rares, mais l’obscurité alla s’épaisissant jusqu’à 5 h. 25 m. où, subitement, sans une goutte de pluie, une grêle de fragments de glace s’abattit sur le sol, cassant les vitres, brisant les tuiles et les ardoises, écornant même les murailles. J’ai sous les yeux, en vous écrivant, un coin de muraille dont un grêlon a fait sauter un morceau de 1/2 décimètre cube environ. Ces grêlons en frappant le pavé et les murs s’écrasaient et s’éclaboussaient dans tous les sens. Les débris en étaient cependant considérables encore. Je vous adresse un dessin de quatre de ces débris que j’ai ramassés au hasard dans le jardin de mon habitation. La plus grande partie d’entre eux offraient à peu près le volume d’un œuf ordinaire; quelques-uns ronds ou ovales, mais en petite quantité; le plus grand nombre affectant des formes bizarres, étaient hérissés de pointes et d’aspérités. Deux de ces grêlons pesaient ensemble 100 grammes; un autre 00 grammes. Mais il
- 1 Yoy. Tables des matières des dix premières années.
- n’est pas douteux que certains des fragments tombés ne pesassent 500 et 400 grammes avant leur débris.
- Je n’entrerai pas dans le détail des dégâts que cette grêle, heureusement extraordinaire, a causés dans la ville. Ceux qu’elle a déterminés dans la campagne doivent être plus considérables encore et, malheureusement, le nuage orageux qui, venant du S.O., n’avait eu à traverser jusqu’à Bordeaux que les forêts de pins, s’est, dirigé vers les vignobles de l’Entre-deux-Mers et du Libournais où il a dû réduire à néant les plus belles espérances de récolte que l’on eût vues depuis plusieurs années.
- M. Francis Dussaut, un autre de nos lecteurs de Bordeaux, nous adresse d’autre part, à la date du 27 mai, l'intéressante lettre suivante :
- Hier, 20 mai à 5 heures et demie du soir, une trombe de grêle d’une extrême violence s’est abattue sur une partie de notre ville.
- Après une journée chaude et orageuse le ciel s’est obs-
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- cure» vers 4 heures cl demie; une heure plus tard, avant qu’il tombât une seule goutte de pluie, des grêlons de la grosseur d'un œuf, quelques-uns de la grosseur du poing, sont tombés en occasionnant de nombreux dégâts. La chute des gréions n'a duré que quelques minutes, ils étaient remarquables par leur grosseur, ne présentaient aucune forme définie, mais semblaient avec leurs arêtes vives et irrégulières des morceaux de glace brisés par un choc. Le poids de ces grêlons atteignait 150 grammes en moyenne, plusieurs dépassaient 250 grammes; on m’a affirmé en avoir pesé un dont le poids était de plus de 300 grammes.
- Tous les vitrages ont été brisés ; le vitrage du grand hall de la Bourse dont les verres ont 4 millimètres d’épaisseur a été littéralement pulvérisé ; aux lanternes des passages, il ne reste plus une seule vitre. Plusieurs personnes surprises par la trombe ont été blessées, la plupart à la tète, plusieurs ont reçu des contusions assez violentes pour être suivies d’effusion de sang. On prétendait même hier soir qu’un enfant avait été tué dans les bras de sa mère, place de la Comédie : les journaux de ce matin ont confirmé ce fait. Pris d’affolements, des chevaux se sont emportés. Sur un tramway, les voyageurs de l’impériale surpris par la violence et la soudaineté de la chute dès grêlons, ont sauté du haut du tramway sur la chaussée. Les journaux racontent que des dalles de zinc ont été perforées comme à l’emporte-pièce. Sur la rivière, la trombe a occasionné un mascaret de 1 mètre de haut environ, le vapeur faisant le service de Pauillac à Bordeaux a dù stopper un instant devant Lonnont pour laisser passer le grain.
- La grêle est tombée pendant 5 à 6 minutes environ, les grêlons étaient espacés, sauf en quelques points ou leur nombre a été assez grand pour couvrir le sol d’une couche blanche. Sur les limites de la zone englobée par la trombe, la chute des premiers grêlons a été curieuse à observer : ils tombaient lentement, très obliquement, et étaient si largement espacés qu’on eût dit des houles de papier blanc enlevées par le vent.
- La température maxima de la journée a été de 25 degrés, le baromètre, qui le matin à 8 heures marquait 762 millimètres, est descendu jusqu’à 755; il est remonté ensuite. La baisse barométrique avait commencé dès le samedi soir 22 mai, la pression qui était alors de 770 millimètres avait diminué lentement et régulièrement.
- Dans la matinée, le soleil brillait;le ciel était pur, la température au-dessous de la normale. A 4 heures et demie le ciel chargé dans l’ouest s’est obscurci, à 5 heures et demie la grêle tombait.
- Après la trombe, qui a traversé la ville en diagonale du sud-ouest au nord-est, le ciel a présenté un spectacle si étrange que des groupes stationnaient sur les places, le nez en l’air. Trois couches de nuages superposées suivaient trois directions différentes. La couche supérieure était formée de gros cunmjus gris de plomb venant du nord-est, des nimbus très noirs venaient du sud-ouest ; du sud venaient des nuages légers d’un blanc jaunâtre éclatant, cotonneux, effilochés, formant la couche inférieure et parcourant le ciel avec une incroyable vitesse.
- Au-dessus de l’horizon dans l’est une large bande d’un jaune verdâtre s’étendait. Le ciel a présenté ce curieux aspect pondant plus d’un quart d’heure, puis la pluie accompagnée d’éclairs s’est mise à tomber avec violence ; mais cette lueur verdâtre a persisté jusqu’à la tombée de la nuit.
- Les journaux de la Gironde sont remplis des dégâts eausés à Bordeaux par cette trombe de grêle;
- ces dégâts sont considérables; les grêlons ont en outre causé des blessures plus ou moins graves.
- Le phénomène a présenté plusieurs particularités des plus curieuses, et nous appellerons notamment l’attention des météorologistes sur ce fait, déjà plusieurs lins signalé, de la chute lente et oblique, de masses pesantes cependant, en tous points comparables à de grosses pierres. La formation de la grêle est l'nn des phénomènes les plus curieux et les moins expliqués de la physique atmosphérique.
- CHRONIQUE
- Les Allemands à l’étranger. —11 résulte des chiffres publiés par une récente statistique, qu’il y a en Suisse 95262 personnes de nationalité allemande; en Autriche-Hongrie, 98 510; en Italie, 5221 ; en Suède 653; dans la Finlande, 628; en Bosnie 698; en Grèce, 514; dans le Chili, 4055 ; en Egypte, 878 ; en France, 81 988 ; dans les Pays-Bas, 42 062 ; dans la Grande-Bretagne, 40 571 ; en Belgique, 54 196; dans le Danemark, 33 158, en Norvège, 1571, en Espagne 952 ; en Russie, 394 296; dans les Etats-Unis de l’Amérique du Nord, 1 966 742 ; daus le Queensland, 11 658 ; dans l’Australie du Sud, 8798 ; dans l’Etat de Victoria, 8571 ; dans la Nouvelle-Galles du Sud, 7521 ; daus la République argentine, 4997; dans la Nouvelle-Zélande, 4819; en Algérie, 4201, dans l’Uruguay, 5225; dans le Pérou, 898 ; dans la Tasmanie, 782; dans l’Etat de Guatemala, 221. En tout près de trois millions.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 31 mai 1880 — Présidence de M. l’amiral
- JliniEN DE L\ (tIUVIÈRE.
- Densité des gaz liquéfiés et de leurs vapeurs saturées. — Un des plus célèbres membres de l’Académie, M. Louis Caillctet, avec la collaboration de M. Mathias, décrit d’ingénieuses expériences relatives aux densités des gaz liquéfiés et de leurs vapeurs saturées. Ces déterminations sont d’une très grande importance pour la science et en par-ticulier pour la théorie mécanique de la chaleur ; aussi de nombreux savants ont-ils depuis longtemps abordé cette question. On comprend combien les dangers qui accompagnent le maniement des gaz liquéfiés qui, en éclatant, peuvent briser les récipients les plus solides, opposent de difficultés à ce genre de recherches. Aussi les résultats obtenus par les premiers expérimentateurs peuvent-ils être regardés comme de grossières approximations.
- Les appareils construits par MM. Cailletet et Mathias, et mis par eux sous les yeux de l’Académie, sont d’une grande simplicité; ils sont entièrement en verre, et cependant assez solides pour résister à plusieurs centaines d’atmosphères de pression.
- On enferme dans ces récipients les gaz à ^étudier, préparés d’avance. Grâce au dispositif bien connu de l’appareil Cailletet, ces gaz peuvent être liquéfiés dans le tube même où ils doivent être étudiés, et cela autant de fois que l’expérience l’exige. MM. Louis Cailletet et Mathias ont mesuré les densités du gaz depuis — 30° jusqu’au point
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- critique, c’est-à-dire jusqu’à la température à laquelle le gaz cesse d’être liquéfiable. Les memes physiciens ont aussi déterminé les poids de ces gaz liquéfiés, et cela à des températures très diverses. Indépendamment des services que ces recherches rendront à la science, elles fournissent, dès à présent, un moyen de déterminer le point critique d’un gaz; elles montrent aussi qu’à ce point critique, un liquide pèse exactement le poids de, sa vapeur; enfin qu’un gaz liquéfié se dilate plus par la chaleur que le gaz lui-même.
- Bilobites jurassiques. — J’ai continué l'étude des curieuses empreintes dont j’ai été le premier à signaler le gisement dans les couches kinnnéridiennes d’Equilien (Calvados), et qui présentent avec les bilobites siluriennes les plus complètes analogies. Aux échantillons que j’ai recueillis moi-même j’ai pu en comparer d’autres qui m’ont été communiqués par M. Danguy. Leur étude me conduit à distinguer maintenant : Tigillites Derennesi, Crossocliorda Boursaulti, Crossochorda Bureauana, Equihenia rugosa et Eophyton Dauguyanum. Nos lecteurs auront prochainement le portrait de quelques-uns de ces fossiles dont la considération devra nécessairement intervenir dans la discussion si passionnée qui s’est ouverte entre M. de Saporta et M. Nathorst.
- Election de correspondant. — Pour remplir la place devenue vacante par le décès de M. Lallemand, la section de physique avait présenté une liste de candidats portant : en lre ligne, M. Crova (de Montpellier), et en 2° ligne ex æquo et par ordre alphabétique, MM. Alluard, à Clermont-Ferrand; M. Amagat, à Lyon; M. Bichat, à Nancy; M. Blondlot, à Nancy; M. Brillouin, à Toulouse. Les votants étaient au nombre de 46; M. Crova est élu par 41 suffrages. MM. Alluard et Amagat ont chacun 2 voix; M. Bichat en a 1.
- Halos solaires. — Le savant professeur de physique de l’Ecole polytechnique, M. A. Cornu, appelle l’attention sur la fréquence actuelle des halos. Outre le beau phénomène du 14 mai, qui a été si bien décrit par beaucoup d’observateurs, on en a noté une série dans les jours voisins. Toutefois c’est hier soir dimanche, 50 mai, vers 5 heures, que le fait le plus remarquable s’est, manifesté. 11 s’agit d’un cercle complet entourant le zénith à 20 degrés environ de distance. Suivant l’auteur, qui est d’accord avec M. Mascart, il s’agit réellement du cercle tangent .au halo de 46 degrés produit par la réfraction de la lumière dans les angles droits des prismes de glace orientés verticalement. Cette situation des prismes, constituant des cirrhus, indique évidemment un calme relatif des très hautes régions de l’atmosphère, et cette remarque conduit M. Cornu à émettre l’avis très judicieux que l’étude des halos peut rendre de grands services à la météorologie des grandes hauteurs.
- L’indépendance de l’éther. — On n’a pas oublié l’immense sensation produite en 1851, parmi les physiciens par l’expérience où M. Fizeau montra que l’éther est absolument indépendant de la nature pondérale. M. Bertrand l’a bien caractérisée par une anecdote que voici : un des membres les plus compétents de l’Académie, au moment de la découverte, traça sur un papier une sorte de carte géographique idéale; un continent imaginaire s’appela l’optique moderne; autour régnait le mare inco-gnitum, mais dans un petit coin de cet océan de ténèbres appaxaissait Vin sut a Fizeau.
- Cependant personne n’avait îépété et contrôlé l’expé-
- rience capitalise notre compatriote. C’est avec xme visible satisfaction que M. Cornu signale aujourd’hui le succès d’un contrôle sévère institué de la façon la plus grandiose, à l'américaine suivant son expression, par deux physiciens des Etats-Unis, MM. Michelson et Morley. 11 n’y a plus ici le petit appareil avec un tube de quelques millimètres, mais un tube île 50 millimètres de diamètx'e et de 6 mètres de longueur. M. Fizeau ne cache pas la très vive satisfaction que lui cause la communication de M. -Cornu.
- Mesure de surfaces. — C’est un fia va il bien oi'iginal que présente M. Sehhesing, au nom de M. Aimé Girard. Il a pour but de mesurer des suxfaces non déterminables géométriquement- et, tout spécialement, la suiface de l’ap-pai'eil radiculaire des plantes. L’auteur commence par brasser la îacine avec ses radicelles dans de la Heur de soufre jusqu’à ce qu’il soit sur qu’elle est ai'rivée au contact des parties mêmes le moins facilement accessibles. 11 agite ensuite la plante sur un tamis jusqu’à ce qu’il n’en tombe plus la moindi-e trace de soufre. A ce moment les l’acines sont plongées dans de l’eau alcoolisée ; la fleur de soufi'e qui tombe au fond du vase est recueillie et pesée et l’auteur s’est assui'é que son poids est en rappox't intime et constant avec les sxufaces qu’il s’agissait de mesurer.
- Composés du fluor. — 11 y a l>ien longtemps que Davy émettait F opinion que si l’on obtenait le fluor de phos-phoi’e, le fluor serait bientôt décoxxvert : l’oxygène devait, suivant lui, isoler ce corps én faisant de l’acide pbosphox'ique. Or, M. Moissan ayant découvert le lluorime désiré, a exécuté l’cxpérieiice de Davy. Son résultat, bien impx’évu de ce grand homme, a été la pi’oduction avec explosion d’un oxyfluoruxe de phosphore gazeux : le fluor est toujours à isoler.
- Varia. — M. Noguès propose une théorie pour expliquer le cyclone de Madrid. — Un rapport sur les quati’e pi-emiers jours de l’éruption actuelle de l’Etna est adressé par M. Silvestri. — M. Chevi’cul rappelle ses belles expé-riences sur le pendule explorateur et les mouvements insciants. — MM. Jaccoud et Germain Sée posent leur candidature à la place vacante dans la section de médecine. — L’inconvénient de la pi’ésenee de la magnésie dans les ciments dits de Bortland, déjà signalé par MM. Hervé Mangon et Rivot, occupe M. Le Chartier. — On annonce la moi’t de M. de Vergnette Lamothe.
- Stanislas Meunier.
- ÉPREUVES STÉRÉOSCOPIQUES
- A PERSPECTIVE EXACTE
- 11 y a environ un an, M. le professeur Marey exposait à la Société française de})hysique le résultat de ses expériences, dans le but d’exprimer par la photographie stéréoscopique la trajectoire d’un point qui se déplace suivant les trois dimensions de l'espace, problème qui présente un certain intérêt pour l’étude de la marche de l’homme et du vol des oiseaux.
- En prenant deux photographies simultanées dxi déplacement d’un point, brillant, avec un appareil stéréoscopique, on a des images qui donnent la sen=
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- LA NATURE.
- sation d’un relief bien caractérisé : la trajectoire revêt l'apparence d’un fil brillant, tordu en sens divers et dont les inflexions varient avec la nature de l’allure. Une discussion s’engagea alors entre MM. Marey, Napoli, Cornu et Javal, au sujet de l'écartement k donner aux objectifs des doux appareils photographiques pour obtenir les meilleures conditions de restitution stéréoscopique.
- C’est ce problème que M. Cazes a essayé de résoudre en l’énonçant ainsi :
- Quelles sont les conditions à remplir pour que deux épreuves photographiques d’un objet A donnent, par leur vision simultanée au stéréoscope, la même sensation que celle que produirait un objet réel A' semblable au premier, mais de dimensions ditlérentes et placé à la distance delà vision distincte?
- Lorsque les yeux se portent successivement d’un
- des points les plus rapprochés de l’objet A' sur un des points les plus éloignés, l’angle visuel et l'accommodation changent en même temps. Quand, au contraire, on contemple les deux images h distancé lixe, l’angle visuel doit seul changer pour superposer les divers points correspondants tandis que l’accommodation reste la même. Les projections au stéréoscope ne peuvent remplacer l’objet, que si celui-ci a une profondeur maxima telle que l’œil, accommodé pour le point le plus proche, voie encore nettement le point le plus éloigné.
- Pour une vision normale v de 50 centimètres, cette profondeur est d’environ 5 centimètres; elle augmente ou diminue avec v, et on peut, sans er-
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- reur sensible, la prendre égale à jj-.
- Pour obtenir deux épreuves photographiques de
- Épreuves stéréoscopiques à perspective exacte de M. G. Cazes.
- (Disposition du stéréoscope employé avec des positifs sur verre.;
- l’objet A identiques aux deux projections de h! considérées, les chambres noires doivent faire avec un point de l’objet A un angle égal a l’angle visuel lorsqu’on regarde un point à la distancer, soit 12° à 15°.
- Soit D la distance moyenne de l’objet A à chacun des objectifs,
- f la distance du centre optique de l’objectif à l’image de l’objet A fournie dans la chambre noire, d la profondeur de l’objet A, c’est-k-dire la distance des deux plans extrêmes limitant cet objet et perpendiculaires k la bissectrice des chambres.
- La distance minima de l’objet aux objectifs sera déterminée par la relation :
- Le maximum de ü n’est limité que par l’exiguïté des épreuves photographiques obtenues.
- M. Cazes a obtenu, en observant ces conditions, de très intéressantes photographies de cristaux donnant la sensation de la perspective exacte en le regardant dans un stéréoscope représenté par la gravure ci-dessus.
- Les épreuves (positifs sur verre) sont éclairées par transparence et réfléchies sur deux glaces k 45° qui renvoient leurs images dans la direction de la vision directe.
- La comparaison des vues stéréoscopiques et des originaux met bien en relief — le mot est ici doublement exact — l’exactitude des principes indiqués par M. Cazes pour obtenir des photographies k perspective exacte. X...,
- Ingénieur.
- Le 'propriétaire-gérant : G. Tissamhkh. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- N° G80. — 12 JUIN 1 880.
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- THEORIE DU TÉLÉPHONE
- RECHERCHES DE M. E. MERCADIER
- M. E. Mercadier a entrepris une longue et intéressante série de recherches expérimentales tendant à expliquer le mécanisme par lequel l’énergie sonore renfermée dans les ondes aériennes si complexes produites par la voix humaine, est transformée en énergie électrique sous la forme de courants induits, par suite de l’interposition, entre les ondes sonores et le pèle d’un aimant entouré d’une bobine, d’un diaphragme en matière magnétique, fer ou acier.
- Ce sont ces recherches (pie nous allons résumer aussi brièvement et aussi exactement que possible d’après une note plus étendue publiée récemment par l’auteur dans le Journal de physique.
- Théorie du téléphone magnétique transmetteur. — La propriété du téléphone de reproduire des vibrations simples ou complexes, comme celles de la parole articulée, avec leur timbre, sinon exact, du moins a pproximatif, suppose dans le diaphragme du transmetteur la possibilité de mouvements très complexes et susceptibles de varier, d’une manière continue, dans leurs éléments. Le diaphragme étant un corps élastique, susceptible de vibrer et de donner des sons propres (son fondamental et harmoniques), en vertu de son élasticité, de sa forme géométrique, de la nature de son support, etc., il s’agit de savoir si, quand on produit dans l’air, devant le diaphragme, des sons simples ou complexes (parole articulée), les mouvements produits dans ce diaphragme sont ceux qui correspondent aux sons particuliers du diaphragme ou des mouvements d’une autre nature.
- L’expérience démontre qu’un disque téléphonique imparfaitement encastré constitue, au point de vue mécanique et élastique, un système complexe et mal déterminé, ne donnant que des lignes nodales irrégulières, variables avec l’état de serrage du disque, et ne produisant que des sons propres discontinus; il est donc évident que ces sons particuliers ou propres ne suffisent plus à expliquer la transmission d’une série continue de sons ou d’accords.
- La nécessité de mouvements d’une espèce autre année. — 2"“ semestre.
- (jue celle des sons propres est mise en évidence en prenant des disques de 2 millimètres d’épaisseur et de 10 centimètres de diamètre dont le son fondamental et, par suite, les harmoniques, sont supérieures à ut6 lorsque ces disques sont encastrés, et en faisant parler un homme dont les sons sont toujours compris dans la gamme d’indice 5 au plus.
- On peut aussi mettre ces disques manifestement hors d’état de produire des sons fondamentaux ou des harmoniques par le jeu de leur élasticité, en collant un petit morceau de fer sur une membrane quelconque qui n’a pas de son propre, en perçant un disque de fer comme une écumoire, ou en le fendant en forme de roue à 5 ou 6 rayons étroits, de façon à diminuer sa niasse de moitié, ou même en remplaçant la membrane par une toile métallique en fils de fer. 11 faut avoir soin, dans toutes ces expériences, d'interposer une feuille de papier
- entre le diaphragme et l’aimant, pour éviter les effets de résonance dus à l’introduction de l’air par les trous des disques ou de la toile.
- Le mécanisme en vertu duquel les diaphragmes téléphoniques exécutent leurs mouvements est analogue, sinon identique, à celui par lequel tous les corps solides de forme quelconque, un mur, par exemple, transmettent à l'iine de leurs surfaces tous les mouvements vibratoires, simples ou complexes, successifs ou simultanés, de période variant d’une manière continue ou discontinue, qu’on produit dans l’air en contact avec l’autre surface.
- Avec les diaphragmes épais, ce genre de mouvement existerait seul ; avec les diaphragmes minces, il y aurait superposition de ces mouvements à ceux correspondant aux sons propres, toutes les fois que l’on émettrait des vibrations dont la période serait la même que celle de ces sons eux-mêmes, superposition {dus fâcheuse qu’utile, car l’augmentation d’intensité n’aurait lieu qu’aux dépens de la reproduction du timbre, les harmoniques du diaphragme ne coïncidant que par hasard avec ceux des sons qui mettraient en jeu le son fondamental du diaphragme.
- En songeant à la faible rigidité d’une toile métallique en fer qui, cependant, fonctionne bien comme transmetteur téléphonique, M. Mercadier a été con-
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- Téléphone à réceptions multiples de M. E. Mercadier.
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- duit à penser qu’on pourrait se passer de diaphragme, rigide ou non, et agir plus directement sur le champ magnétique lui-même.
- En enlevant tout diaphragme et en parlant devant le pôle de l’aimant, on n’obtient rien de net; mais il suffit de quelques grains de limaille de fer dessinant dans l’espace des amorces de lignes de force sur le pôle d’un aimant de téléphone pour reproduire les sons musicaux et la parole articulée.
- L’expérience réussit très bien avec deux téléphones d’Arsonval ordinaires, en enlevant la plaque de l’un d’eux, celui qui doit servir de transmetteur.
- En parlant devant l’aimant, on n’entend rien de sensible dans le récepteur ; mais en posant une rondelle de papier mince sur l’aimant, remettant le couvercle et laissant tomber, à travers le trou de l’embouchure, un décigramme environ de limaille de fer, on obtient un appareil qui possède, sauf l’intensité, les propriétés d’un téléphone ordinaire.
- En continuant à ajouter de la limaille, l’effet devient de plus en plus intense, jusqu’à un certain maximum au delà duquel l’addition d’une nouvelle quantité de limaille diminue les effets produits.
- M. Mercadier a ensuite augmenté les effets en ajoutant à l’action de la limaille l’action mécanique directe des ondes aériennes, en employant comme support de cette limaille un diaphragme mince non sensiblement magnétique : carton, mica, verre, caoutchouc vulcanisé, zinc, aluminium, cuivre, etc. C’est le téléphone à limaille de fer, moins intense que le téléphone à diaphragme mince de fer, mais qui reproduit, peut-être avec plus de fidélité que ce dernier, le timbre de la parole articulée.
- On augmente d’ailleurs l’intensité des sons en augmentant l’intensité du champ magnétique, et en plaçant le noyau aimanté sur 4un gros électro de Faraday excité par un courant de 5 à 6 ampères, la puissance du téléphone à limaille de fer devient comparable à celle d’un téléphone ordinaire.
- En résumé, la présence dans le champ magnétique d’un téléphone transmetteur de diaphragmes magnétiques, rigides ou non, n’est nullement indispensable pour produire des effets téléphoniques : ces diaphragmes sont utiles pour augmenter l’intensité en présentant, par unité de volume, un plus grand nombre de molécules magnétiques à l’action des forces extérieures, en concentrant les lignes de force du champ. On peut produire les mêmes effets en exerçant des déformations mécaniques directes sur les lignes de force du champ réalisées avec de la limaille de fer.
- Théorie du téléphone magnétique récepteur. — Les considérations relatives au téléphone magnétique transmetteur s’appliquent au récepteur presque sans changement. La rigidité du diaphragme n’est pas indispensable. Il suffit de donner un support matériel aux modifications rapides produites dans le champ magnétique du récepteur par les courants induits qui parcourent l’hélice; on y arrive avec de la limaille de fer qui se dispose suivant les lignes de force.
- Le diaphragme ne sert qu’à augmenter l’intensité des effets en concentrant le champ et en augmentant la masse d’air à laquelle sont transmis les mouvements résultant de la transmission d’énergie qui s’opère aux divers points du champ magnétique.
- Les appareils exposés récemment à la Société française de physique mettaient en évidence les résultats et les conséquences des recherches de M. Mercadier. Nous y avons particulièrement remarqué, à côté du téléphone à limaille de fer, un téléphone ordinaire à réceptions multiples que représente la figure (Y. page 17). Les sons sont recueillis par l’intermédiaire de tuyaux en caoutchouc : 1° dans la chambre à air intérieure, sous la membrane; 2° dans une chambre formée au-dessus de la membrane par un couvercle percé d’une ouverture centrale fermée par une lame mince de mica. La transmission s’effectue en parlant sur la lame de mica à la façon ordinaire.
- Signalons encore un téléphone récepteur diama-gnétique dans lequel la membrane est un disque en aluminium, qui peut, d’ailleurs, être remplacé par de l’argent, du cuivre, du zinc, de l’étain, etc. Les effets téléphoniques sont ici indépendants de la nature du métal, bien que les membranes en fer donnent des résultats de beaucoup les plus intenses.
- Les recherches de M. E. Mercadier présentent un grand intérêt théorique et scientifique, et il est probable qu’elles pourront servir de base à la pratique et contribuer à l’amélioration des transmissions téléphoniques ordinaires, en indiquant les principes dont il ne faut pas s’écarter pour réaliser ces améliorations.
- L’EXPOSITION D’HYGIÈNE URBAINE
- l’aération, l’éclairage et l’orientation
- DES HABITATIONS
- L’un des plus grands dangers contre lesquels l’homme doive se prémunir dans son habitation, c’est assurément le confinement de l’air qu’il y doit respirer. Il ne suffit pas que l’atmosphère qui environne nos demeures soit saine, il faut surtout que l’atmosphère intérieure ne soit souillée par aucune cause de méphitisme et que l’on y puisse respirer, en quelque sorte, comme en plein air. Aussi les conditions fondamentales de la salubrité des habitations peuvent-elles se résumer de la manière suivante : « 1° y respirer de l’air frais au milieu de murs et de meubles entretenus à une température convenable ; 2° y recevoir la franche lumière du ciel et y avoir autour de soi les objets abondamment éclairés; 5° n’y voir séjourner aucune déjection. » (Emile Trélat.)
- Ces diverses conditions, les hygiénistes se sont de tout temps efforcés de les réaliser; mais à mesure que les agglomérations humaines se faisaient plus nombreuses et plus resserrées, les constructeurs les négligeaient de plus en plus. Et cependant une mai-
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- son saine et salubre constitue l’un des meilleurs moyens d’cviter les épidémies et toutes les maladies transmissibles. L’exemple de toutes les manifestations épidémiques, montre que c’est dans les villes malsaines, dans les quartiers ou les habitations les plus insalubres, qu’elles se développent et se propagent presque exclusivement. Les grandes épidémies des siècles derniers faisaient leurs innombrables victimes dans ces amas de maisons entassées autour des remparts ou sous les églises et les châteaux de nos vieilles cités ; aujourd’hui, c’est encore dans les mêmes conditions que des fléaux tels que le choléra, la lièvre typhoïde, la variole, etc., font le plus de ravages, jusqu’au jour où l’on parvient à améliorer l'hygiène de ces habitations. Récemment, MM. les docteurs Fodor et Rozsahegyi, examinant a ce point de vue les maisons de Buda-Pesth, publiaient les résultats suivants :
- Sur 100 maisons, la mortalité a été :
- Maisons Maisons Maisons Maisons
- tr. propres, propres, sales, infectes.
- Choléra .... 2 199 268 402
- Fièvre typhoïde. 175 177 182 556
- D’autre part, on a eu à enregistrer par 10000 habitants et pendant quinze ans, pour la même ville, la mortalité suivante par :
- Maisons Maisons
- très propres. très sales.
- Choléra................... 90 450
- Fièvre typhoïde........... 162 515
- La propreté d’une maison n’est-elle pas toujours, d'ailleurs, en rapport avec les conditions d’hygiène qu’elle présente ?
- Parmi les conditions que nous venons de rappeler plus haut, il en est deux sur lesquelles nous voudrions appeler aujourd’hui [dus particulièrement l’attention de nos lecteurs. L’Exposition d’hygiène urbaine, installée actuellement à la caserne Lobau derrière l’Ilôtel de Ville, nous fournit l’occasion de montrer divers procédés imaginés dans ces derniers temps pour l’assainissement et la salubrité des habitations et des villes ; le moment nous semble donc bien choisi pour en faire connaître les dispositions principales.
- En ce qui concerne Y aération des maisons et des appartements, il va de soi que l’on doit s’efforcer d’y introduire le plus possible et incessamment Pair extérieur, celui-ci devant toujours être, dans quelque situation que l’on se trouve, plus sain que l’air intérieur plus ou moins confiné. Quant à l’évacuation de celui-ci, elle se fait par les cheminées et par les nombreux orifices que présentent nos pièces ; elle se pratique par des ouvertures spéciales dans les locaux collectifs. Or, dans chaque pièce habitée, la partie par laquelle nous sommes le plus en rapport avec l’atmosphère ambiante, c’est la fenêtre ; les vitres qui la ferment amènent à foison la lumière, condition indispensable de salubrité ; mais l’imperméabilité des vitres fait qu’elles arrêtent l’introduction de l’air.
- Aussi, dans toutes les circonstances où l’on a besoin d’amener de l’air dans les locaux habités, sans que cet air puisse être gênant pour les personnes, a-t-on cherché des moyens de toutes sortes pour obvier à cette imperméabilité. l)e là, le placement de vasistas à la partie supérieure des fenêtres; de l'a, cette innombrable variété de modèles de persiennes mobiles, à lamelles de verre, à valves de mica, avec opercules et clapets. En Angleterre, où l’on s’est beaucoup occupé de cette question depuis un certain nombre d’années, on a imaginé à l’infini toutes sortes de procédés ; mais on n’a pas tardé à remarquer qu’ils déterminaient des courants d’air plus ou moins violents, qui venaient frapper la tête des personnes occupant les pièces ainsi aérées. C’est alors qu’on imagina d’installer sur plusieurs points de la partie supérieure des murailles dans les appartements, tout près du plafond, des soupapes ou mieux des briques de ventilation, percées de plusieurs conduits ayant une direction conique de dehors en dedans. L’expérience que représentent les figures 1 et 2 ci- ^ après, expérience que l’on peut voir exécuter à < l’Exposition d’hygiène urbaine chez MM. Geneste et J Herscher, rend bien compte de l’intérêt de cette disposition. Lorsqu’on vient à introduire de l’air dans > un conduit cylindrique, à l’aide d’un soufflet, il se produit un courant rectiligne, qui vient frapper directement les objets placés devant lui ; le petit drapeau, mis en face du conduit, est aussitôt violemment agité (fig. 1). Si au contraire, on introduit le soufflet dans un conduit conique, ayant même orifice extérieur et l’orifice intérieur largement évasé, la même quantité d’air peu t être lancée sans (pie le drapeau situé en face vienne à bouger, l’air s’étant dispersé dans tous les sens dès qu’il est sorti de la gaine dont la disposition conique a favorisé son épanouissement (fig. 2).
- Ces briques et ces soupapes ont cependant de grands inconvénients; il est difficile de les multiplier beaucoup dans les appartements; il n’est pas commode de les laver et elles retiennent à l’intérieur des conduits qui les traversent, toutes les poussières de l’air, de façon à ce que celui-ci se salit aisément au passage. On a imaginé, il y a quelques années, à Leeds, de les remplacer par une sorte de cage en bois placée devant les fenêtres et cette cage, renferme un assez grand nombre de petites ouvertures auxquelles font suite des conduites cylindriques en verre aboutissant à de petits carreaux ; cet appareil est d’un vilain aspect et offre les mêmes inconvénients que nous venons de signaler.
- Déjà depuis longtemps M. Emile Trélat, le savant professeur du Conservatoire des Arts et Métiers, enseignait les avantages qu’il y aurait à posséder, à la partie supérieure des fenêtres, des vitres percées d’un grand nombre de petits trous à section conique, afin de satisfaire à ces conditions si importantes d’aération. De leur côté, MM. Geneste et 11ers-cher, frappés de ces mêmes avantages, s’efforçaient de rechercher des procédés industriels susceptibles d’obtenir des verres ainsi disposés. MM. Ap*
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- pert livres, après de nombreux essais, sont enfin parvenus à fabriquer des vitres perforées, telles ({ue les représentent les figures ei-dessous. Cette fa-
- brication offrait de très grandes difficultés, qui se devinent aisément ; on sait, en effet, que lorsqu’on veut percer le verre ou la glace pour poser
- Fig. 1 et â.— Effets produits sur un drapeau par le vent d'un soufflet à travers un ajutage cylindrique et à travers un ajutage conique.
- Fig. 5.— Effet produit sur une flamme de bougie eu soufflant par la petite base de l'orifice conique d’une vitre perforée.
- Fig. i. — Effet produit par une flamme de bougie eu soufflant par la grande base de l'orifice conique d’une vitre perforée. (Ex-tiuction de la bougie.)
- les plaques de propreté sur les portes des apparte- J ments, il faut se servir d’une tige d’acier et verser sur le verre de l’essence de térébenthine afin de renouveler les surfaces et de rendre la morsure de l’acier plus facile ; quel-q u e f o i s, on y ajoute de l’acide oxalique et même des oignons éera-sés. Très fréquemment les plaques sont brisées pendant ce travail.
- Les vitres per-loréesdeMM. Appert, Genesle et Ilerselter comprennent 5000 trous par mètre carré; ces trous ont une section circulaire de o millimètres de diamètre chacun; ils sont espacés de 15 millimè-
- tres d’axe en axe, et le verre a omm,5 d’épaisseur (fig. 5). D’autres vitres, un peu plus épaisses (5 millimètres d'épaisseur) ont des trous de 4 millimètres de diamètre, espacés de 20 millimètres d’axe en axe. MM. Appert sont parvenus, par des procédés et bre-surmon-ter les difficultés considérables que présentait ce problème industriel. Telles qu elles sont aujourd’hui, leurs vitres perforées constituent un spécimen très remarquable des progrès récents de l’art de la verrerie.
- Au point de vue qui nous occupe spécialement ici, il faut tout d’abord remarquer que ces vitres
- spéciaux vetés, à
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- Bon jour sans vue. Jour et vue.
- Fig. 6. — Eclairage des appartements. — Ce qu’il faut faire
- Ni jour, ni vue.
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- Bon jour sans vue. Jour et vue.
- Fig. 7. — Eclairage des appartements. — Ce qu'il ne faut pas faire
- Ni jour, ni vue.
- Fig. 9,
- Orientation des salles. - Contrées méridionales. -'Orientation nord-sud. - L’action blessante des rayons solaires du matin et du soir qui pénètrent horizontalement dans l’intérieur des salles est supprimée avec 1 orientation nord-sud.
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- présentent une surface ouverte à l’air extérieur de 5 décimètres carrés par mètre carré; de plus, les trous étant évasés à l’intérieur, les veines fluides de l’air se trouvent épanouies à leur entrée dans la pièce. M. Emile Trélat, auquel revient le mérite d’en avoir provoqué la fabrication et d’en avoir montré la très grande valeur pour la salubrité des habitations, recommande avec raison de ne pas les placer à une hauteur inférieure à 2m,50 au-dessus du sol, afin que les veines d’air accédant, n’incommodent pas les occupants; aussi sont-elles surtout utiles dans toutes les pièces élevées, et principalement dans les logements collectifs, salles d’écoles, hôpitaux, dortoirs, chambrées de casernes, écuries, etc., dans les églises, salles de réunion, cafés, cercles, couloirs de dégagement des édifices publics, etc. Elles ont aussi l’avantage de ne s’obstruer jamais, « car toutes les vitres des fenêtres sont nécessairement lavées et de cette façon l’air qui les traverse ne se charge d’aucune impureté au passage. Fabriquées en verre translucide, mais non transparent, elles garantissent les intérieurs des regards plongeants des voisins d’en lace. »
- Les vitres perforées peuvent aussi être employées avec profit dans les pièces moins élevées et dans nos appartements, à la condi tion qu’on les dispose de façon à pouvoir recouvrir par moments leur surface ouverte, ce qu’il est facile d’obtenir à l’aide d’un châssis mobile venant dégager et fermer à volonté leurs orifices. Leur emploi est, en outre, très indiqué dans toutes les parties des habitations, telles que les cabinets d’aisances, les cabinets de toilette, les cuisines, etc., où l’aération est la plus indispensable; à elles seules elles suffisent souvent à empêcher toute mauvaise odeur, en assurant une suffisante entrée d’air. Les figures o et 4 ci-contre montrent, d’une manière précise, à l’aide d’une expérience très élégante que chacun peut reproduire, comment elles réussissent à obtenir l’aération insensible des pièces habitées; si l’on souffle dans la direction de la petite ouverture vers la plus grande, l’air s’épanouit le long des parois du verre, il vient les lécher en quelque sorte et former par derrière la bougie, placée en face, comme un remous qui représente fidèlement la manière dont il viendrait s’étendre tout autour d’une pièce (fig. 5); tandis que la bougie est immédiatement éteinte lorsqu’on souffle dans le sens opposé, l’air venant comme une flèche se diriger droit devant lui et avec violence (fig. 4).
- M. Emile Trélat ne se borne pas à professer que l’air frais doit être introduit, autant que possible, en permanence dans les pièces habitées et qu’il est utile de munir, à cet effet, les parties supérieures des fenêtres de vitres perforées; il insiste sur la nécessité d’introduire dans les pièces de la lumière venant directement du ciel, au moins pendant les moments de la journée où on les occupe. Il est, en effet, depuis longtemps, le partisan résolu de l’éclairage unilatéral de nos salles d’éèole, réservant sur l’un des côtés des salles de larges fenêtres vitrées S
- pour l’éclairage et sur l’autre des baies d’aération, ouvertes seulement la nuit et pendant les récréations. On sait que les artistes accordent des qualités toutes particulières à l’éclairage fait dans de telles conditions; ils recherchent avec soin une lumière douce et jamais heurtée. M. Trélat propose dans ce but de transformer nos habitudes d’aménagement intérieur et de dégager entièrement la partie supérieure des fenêtres. On peut voir, dans l’une des salles du premier étage de l’Exposition d’hygiène urbaine, une fenêtre drapée de cette façon a l’aide d'un somptueux rideau, du a M. Penon, l’habile tapissier-décorateur. La lumière, dans cette salle, y est certainement des plus agréables et propre à ne jamais incommoder la vue la plus délicate, même à la suite de travaux prolongés ; reste a savoir si la mode adoptera, pour les draperies, une disposition dont l’élégance assurément ne saurait être méconnue. Quoi qu’il en soit, la question est posée; M. Trélat, dont nous reproduisons les indications ci-après (fig. fi et 7), aura du moins rendu le service de l’avoir signalé et résolu.
- Une autre indication que nous devons aussi à M. Emile Trélat et que nous reproduisons (fig. 8 et 9), d’après les châssis qu’il en a buts en collaboration avec M. Gaston Trélat, insiste sur la nécessité de disposer Y orientation des batiments collectifs et des maisons, d’une manière différente dans les contrées septentrionales et dans les contrées méridionales. On sait combien l’on n’est que trop porté à vouloir uniformiser tout en notre pays; nous voyons, par exemple, adopter le même mode de construction pour nos casernes à Dunkerque et à Bayonne, à Brest et à Toulon, comme si les conditions climatériques étaient partout les mêmes. Or, pour que réchauffement de la construction soit également réparti dans tous les matériaux, pour que les rayons solaires puissent pénétrer profondément dans les salles, il faut, dans le nord, que l’orientation soit est-ouest; tandis qu’elle doit être, au contraire, nord-sud, si l’on veut que l’action blessante des rayons solaires du matin et du soir (qui pénètrent horizontalement dans l’intérieur des salles) soit supprimée dans les contrées méridionales. Les dispositifs de M. Trélat sont des plus convaincants a cet égard. Dr Z...
- — A suivre. —
- LE PAPIER DENTELLE
- Qui de nous n’a pas .admiré ces fines découpures, ces merveilleuses arabesques, ces guipures, ces imitations de broderies en papier recouvrant les plus modestes boîtes de dragées et qui nous les font trouver plus appétissantes ?
- Eh bien, ce découpage ou plutôt cette fabrication est généralement peu connue, en raison du nombre restreint des fabricants. Elle ne se fait guère qu’en France, en Allemagne et un peu en Angleterre. Les pâtissiers et les cartonniers en ornent leurs boîtes ; les parfumeurs, leurs flacons, leurs sachets, leurs savons; l’imagerie religieuse l’emploie de la façon la plus gracieuse. En résumé, l’usage du papier dentelle s’impose aujourd’hui à certaines indus-
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- LA NATURE.
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- tries qui ne pourraient plus s’en passer. Une preuve éclatante de l’extension qu’a prise cet article, c’est qu’à Paris, il y a trente ans, on en fabriquait à peine pour cent mille francs, tandis qu’à présent il s’en fait pour une valeur de sept à huit cent mille francs. Ce produit s’exporte dans le monde entier et principalement dans les deux Amériques.
- Le mode de fabrication est des plus simples, mais il exige un matériel coûteux; nous voulons parler des outils à découper.
- Chaque dessin est gravé en relief sur une forte plaque d’acier de 55 à 40 millimètres d’épaisseur; les creux sont d’une profondeur suffisante pour contenir huit feuilles de papier ordinaire superposées; les reliefs font office d’em-porte-pièce. Si la matrice est bien faite, on peut y découper n’importe quel papier et même de la carte. Le papier a besoin d’une préparation ; chaque feuille est frottée des deux côtés avec de la poudre de savon, pour qu’une fois découpée elle puisse facilement se dédoubler. Il faut environ trente coups de marteau pour découper dix centimètres carrés. Au début de cette industrie, on faisait des matrices de ronds par quart et même par sixième, à cause du prix élevé de la gravure ; mais on était obligé de reprendre l’ouvrage quatre ou six fois pour produire un rond complet, ce qui ne se faisait pas sans difficultés et surtout sans irrégularités, cette méthode exigeant beaucoup de temps et des ouvrières très habiles; aussi ces articles se vendaient-ils alors fort cher.
- Aujourd’hui on fait ces outils entiers et même en double sur la plaque d’acier. A la vérité, le prix en est élevé ; mais le temps gagné et la perfection du travail compensent largement et rapidement les frais d’établissement des matrices. Ainsi, ce qui se payait autrefois deux francs de façon ne coûte maintenant que quarante à cinquante centimes, en raison de l'amélioration de l’outillage.
- On a cherché à découper le papier dentelle mécaniquement, et on y est arrivé en Angleterre et en Allemagne, au moyen de presses à cylindres. En Angleterre le découpage s’obtient entre un cylindre à gravure coupante et un cylindre en métal tendre. Ces cylindres sont d’un diamètre différent, de manière que les mêmes empreintes ne rencontrent pas les mêmes saillies pendant deux révolutions successives. Un cylindre en acier, fortement pressé contre le cylindre mou, polit constamment la surface de celui-ci. Un couteau oblique, placé contre ce même cylindre, enlève les bavures qui pourraient se former pendant le travail. La feuille découpée passe entre le découpeur et un quatrième cylindre en papier comprimé pour recevoir le gaufrage, dont l’effet est assuré par un cinquième cylindre métallique pressé contre le cylindre plastique. Le rouleau gravé est seul fixe, les autres tournent dans des coussinets susceptibles de se rapprocher ou de s’écarter suivant les besoins.
- La machine allemande ressemble beaucoup à la machine anglaise : le papier est amené entre un cylindre en acier gravé, muni d’un patron coupant, et un second cylindre en alliage métallique tendre. Ces cylindres sont suffisamment serrés l’un contre l’autre pour que les reliefs coupants du cylindre gravé pénètrent à travers le papier dans le cylindre en matière tendre. Des précautions sont prises pour éviter l’action inégale du cylindre-poinçon sur le cylindre-matrice. Pour ce motif, un troisième cylindre dur presse toutes les parties du cylindre. L’action de ce cylindre tendre est secondée par une lame-racloir qui rase le cylindre-matrice et le débarrasse des débris de papier.
- Les constructeurs français ont remplacé le cylindre
- gravé dans sa masse par des plaques annulaires portant la gravure coupante, qu’on change facilement pour ne pas avoir toujours le même dessin.
- LES DRAGONS
- L’époque tertiaire fut une période de calme qui, succédant aux violentes éruptions de la période permienne, posséda une répartition plus égale de chaleur et de lumière et un relief moins accidenté du sol. Ce fut avant tout l’ère des Reptiles. Des formes bizarres, étranges, ébauches imparfaites, parurent puis disparurent sans laisser de postérité durable.
- C’est là qu’il faut rechercher les traces de ces reptiles volants, des Rhamphorynchus, des Ptero-dactylus, dont les descendants attardés se retrouvent dans la faune infracrétacée.
- Chez les Ptérodactyles, type classique s’il en fut, l’aile n’était pas disposée comme chez les Oiseaux encore à venir et dont les premières formes ne devaient apparaître qu’à la fin de cette époque. Elle représente un essai de la nature pour favoriser la locomotion aérienne par un compromis avec la station terrestre et la marche. Ce n’est pas un membre profondément modifié dans ses parties qui devient ici l’appareil du vol. C’est, comme chez les Chauves-souris, un large repli de la peau, soutenu par les doigts du membre antérieur, qui formera l’aile. Et le dernier de ces doigts , le plus extérieur, démesurément allongé, forme la côte solide bordant et soutenant ce large parachute, attaché en outre sur toute sa longueur au bras, et se continuant même jusqu’à la queue chez les Rhampho-rynchus. Ces derniers possédaient, en outre, une longue queue terminée par une membrane soutenue par des tiges rigides; cette sorte de gouvernail servait sans doute à notre reptile à prendre le vent.
- Ces Ptérosauriens eurent leurs géants et leurs nains. Les premiers furent les Pteranodon des terrains crétacés du Kansas, les derniers les petits Ptérodactyles jurassiques dont la grosseur n’excédait pas celle d’une Alouette. Le système infracrétacé nous en offre encore quelques-uns; puis ils disparaissent, ne laissant que des débris dont l’examen plonge le savant dans le doute, car il ne sait s’il a devant ses yeux les vestiges d’un reptile ou les restes d’un oiseau.
- Les traditions hiératiques semblent, au premier abord, s’être inspirées des formes singulières de ces monstres, et l’on pourrait croire que les naïfs tailleurs d’images du moyen âge ont connu les Ptérosauriens dont ils ont fait les Dragons et les Guivres de pierre défendant l’entrée du portique des églises. Il n’en est rien : l’imagination de l’homme a de tout temps été capable d’associer diverses formes en une seule, et même de s’ingénier à en trouver de nouvelles.
- De là l’origine de tant de monstres dont les maladroites attaches prouvent que l’artiste a bien inventé
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- et fabriqué de toutes pièces un être bizarre. S’il était vivant, tel Dragon aurait bien du mal à prendre son vol, et tel autre serait bien empêché de se servir de tous les appendices dont une main plus prodigue que sage a pris plaisir à l’orner.
- « Le vol est la poésie du mouvement » et ce genre de locomotion, dont la réalisation pratique est encore pour nous à l’état de rêve, a de toute époque inspiré le mysticisme. Toutes les religions se rencontrent en cette commune habitude de mettre des ailes aux épaules de leurs dieux, de leurs génies ou de leurs chérubins, anges et séraphins. Pour transporter des créatures aussi légères, pour vivre en rapport avec elles, pour les servir ou les combattre, il fallait des formes animales tout aussi surnaturelles et aussi légères, d’où les hippogryphes, les chimères et les dragons. Saint Michel archange, aux ailes d’oiseau, terrasse et pourfend l’ange déchu Lucifer aux ailes de chauve-souris. Les Dragons ont aussi maille à partir avec les saints. Saint Georges défait un monstrueux dragon, d’autres saints personnages suivent son exemple et le temps devient mauvais pour les gargouilles, tarasques et guivres. On tue beaucoup de ces dragons, et tel moine chroniqueur relate que la peau de l’un • d’eux est suspendue à la voûte d’une église.
- Les historiens et les savants auteurs de l’antiquité n’ont eu garde d’omettre la description de ces monstres; Pline nous parle même d’une pierre précieuse nommée Dracontias que l’on ne trouve nulle part ailleurs que dans la tète du Dragon. Saint Augustin nous apprend que : « Le Dragon repose souvent dans son repaire ; mais, sitôt qu’il sent l’humidité de l’air, il peut s’élever à l’aide de ses ailes et voler avec une grande impétuosité. »
- D’autres nous les montrent jetant feu et fumée de leur gueule embrasée et enveloppant de flammes l’audacieux qui vient les combattre. Au seizième siècle même, ces fables trouvent encore créance, et voici le grave Gessner qui croit à leur existence ; « On trouve beaucoup de Dragons en Ethiopie, ce qui doit être attribué à la chaleur qui règne dans ce pays; il s’en rencontre également dans l’Inde et dans la Libye, contrée où ils atteignent quinze pas de long et une grosseur comparable à un tronc d’arbre ; ils sont cependant généralement plus grands dans l’Inde que dans toute autre contrée. On connaît deux sortes de Dragons : ceux qui vivent dans les pays montagneux sont grands, alertes, rapides, et
- possèdent une crête; ceux qui habitent les endroits marécageux n’ont pas de crête, ils sont lents et paresseux; les uns ont des ailes, les autres n’en ont pas.... Quelques-uns ont des pattes et se meuvent rapidement sur le sol.... La vue est perçante, l’ouïe très fine; ils dorment rarement et c’est pour cela que les poètes en font les gardiens des trésors dont l’homme ne peut s’emparer.... Au voisinage de leur demeure, l'air est empesté de leur baleine et résonne de leurs sifflements, etc. »
- Ces merveilles ont fait leur temps; il en est ainsi de toutes choses. Les seuls Dragons dont la science se préoccupe maintenant sont des petits Sauriens, rangés par les uns parmi les Iguaniens acrodontes, par les autres dans les Agamiens, et dont nous donnons le dessin.
- Dans les forêts de l’Inde, de l’archipel Malais, des Philippines, s’agitent 'des lézards dont la robe élégamment mouchetée et les formes bizarres ont fait longtemps un objet de curiosité pour les cabinets d’amateur. Ces petits reptiles vivent exclusivement
- d’insectes qu’ils chassent, avec une vélocité sans égale, sur les arbres, le long du tronc, parmi les branches. A quelque endroit qu’ils se tiennent, leur livrée variée de gris et de brun, mouchetée de noir, de jaune ou de verdâtre , les dissimule admirablement et les fait passer inaperçus au milieu dos rides ou des accidents de l’écorce. C’est ainsi que blottis, ils attendent que quelque insecte passe à leur portée ; ou parfois, on les voit courir rapidement et traverser tout à coup un assez grand espace, par une sorte de vol, pour aller se poser sur quelque autre arbre ou s’accrocher après une liane.
- La nature s’est, en effet, complu à alléger encore les mouvements de ces êtres vifs et gracieux par le plus ingénieux artifice. A l’aide de leur parachute, les Dragons peuvent exécuter des sauts aériens d’une certaine étendue et passer, comme en volant, d’un arbre a l’autre. Il ne faudrait pas croire cependant que les Dragons puissent voler à la façon des Oiseaux, ils descendent rapidement, décrivant une large parabole, parfois presque une horizontale, mais ne peuvent voler en remontant.
- J’ai souvent observé ces jolis petits sauriens à Java, et la première fois que j’en vis un, je réussis à le tuer avec un fusil de petit modèle chargé de la plus fine cendrée. Lorsque je relevai ma victime, ce ne fut pas sans étonnement que je considérai ce Dragon, que son vol incertain et saccadé le long d’un
- Fig. 1. — Dragons ailés, d’après un manuscrit du quatorzième siècle. (Livre des merveilles du monde.1
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- très grand arbre m’avait fait prendre pour quelque sauterelle ou quelque phalène que je ne pouvais autrement atteindre.
- Les Dragons, comme l’a dit Cuvier : « volent... par le moyen de leurs côtes. » En effet, leurs six premières paires de fausses côtes, au lieu de s’attacher au sternum, se sont redressées et allongées formant comme les baleines d’un parapluie dont l’étoffe est représentée par une large membrane, repli de la peau des lianes. Cette membrane est indépendante des membres. Au repos, le prolongement cutané se replie le long de chaque flanc, mais il se déploie vite et s’étend en cas de besoin. On a donné le nom de patagium à cet appareil.
- La tête et le cou sont ornés de crêtes, de fanons variés de couleurs tranchées parfois assez brillantes, et une queue longue et déliée achève de donner à ces animaux une allure singulière qui n’est pas sans grâce.
- Essentiellement inoffensifs, ces petits lézards volants habitent aussi bien les forêts que les arbres des jardins, où rien n’est aussi agréable que d’observer leurs manœuvres, alors que se croyant inob-servés, ils se livrent en toute liberté à leurs ébats. Courant rapidement le long des arbres, s’arrêtant brusquement, happant vivement un insecte ou s’enfuyant désappointés après l’avoir manqué ; se poursuivant l’un l’autre, enflant avec colère leurs fanons, redressant leurs crêtes, ils s’envolent brusquement pour retomber à quelques mètres plus loin, en contrebas, contre quelque autre arbre le long duquel ils continuent leurs évolutions. Certains Dragons ont le tympan visible, d’autres l’ont caché par un repli de la peau ; et on a fait pour ces derniers un genre spécial (Dracunculus) tandis que les premiers composent le genre Dvaco.
- Six espèces représentent le genre Draco. Les ü. fimbriatm et Daudinii ou volans habitent l’ile de Java ainsi que le D. hœmatopogon ; le continent indien nous offre une forme spéciale, D. Dussumieri, qui se reconnaît aisément à ses narines verticales et l’île de Timor possède un représentant du genre D. limoriensis. On rencontre à Poulo-Penang la sixième espèce D. guinquefasciatus.
- Les Dracunculus habitent les Moluques (Am-boine), les Célèbes (D. lineatus), et les Philippines (D. spilopterus) de Manille.
- Les Dragons sont les seuls reptiles actuels qui possèdent des organes de locomotion aérienne. D’autres sauriens présentent aussi le long des flancs des replis de la peau ; mais chez nul autre cette disposition n’est aussi développée que dans un curieux Geckotien de Pile de Java : nous voulons parler du Ptychozoon homacephalum qui habite aussi d’autres points des îles de la Sonde. Une large membrane s’étendant des tempes à la queue, où elle se divise en lobes déchirés, s’élargit le long des flancs. Sans atteindre la dimension du patagium des Dragons, ni sans posséder ses soutiens rigides, cette membrane représente une sorte de parachute dont un long usage
- pourra peut-être augmenter l’importance, à moins qu’il ne faille considérer dans ces prolongements cutanés les vestiges d’un appareil dont des habitudes plus sédentaires ou profondément changées ont amené l’inutilité.
- Ajoutons que la livrée du Ptychozoon est de nature à lui assurer tous les avantages de la protection par imitation. La teinte vert jaunâtre du dessus du corps, rougeâtre aux flancs, variée de lignes brunes ou de faseies transversales brunes ou noires, forme un ton général qui doit merveilleusement se confondre avec les écorces et les plantes parasites couvrant le tronc des grands arbres sur lesquels ces animaux passent leur vie.
- Maurice Maindron.
- LES ROUES EN PAPIER
- Ces roues, originaires d’Amérique, commencent à se répandre en Europe et sont adaptées notamment à tous les sleeping cars : les chemins de fer allemands en font également un emploi assez considérable. Cette préférence sur les roues en fonte, est justifiée par la durée considérable de ces appareils et leur douceur de roulement. L’avantage constaté peut être expliqué par l’élasticité du disque en papier qui forme le centre de la roue et amortit les chocs qui sont transmis aux divers organes du matériel roulant.
- Les premiers paper car whecls ont été inaugurées en 1869 par M. Allen de Chicago, qui au lieu de fabriquer d’une seule pièce le moyeu et le bandage, comme on le faisait jusque-là en Amérique pour les roues de wagon, en fit l’objet de deux fabrications distinctes, et les réunit ensuite par deux tôles comprenant entre elles un noyau de papier-carton. Les figures 1 à 3, empruntées à une note rédigée par M. Fréson, ingénieur honoraire des mines, représentent la roue Allen sous ses diverses formes. Le bandage A en fer ou en acier porte une nervure intérieure B : le moyeu en fonte se prolonge par une aile E. Deux plateaux annulaires en tôle c,c sont fixés par des boulons sur les portées BetE, et l’intervalle qu’ils laissent entre eux est rempli par un noyau 1) en papier comprimé. Ce dernier a tantôt la même épaisseur que la nervure B (fig. 1 et 2), tantôt une épaisseur supérieure (fig. 3).
- Le disque intérieur se fabrique avec des feuilles de carton à pâte de paille découpées mécaniquement en rondelles, présentant un trou central pour le passage de l’essieu. On en colle trois ensemble de manière à former une plaque de 60 à 80 millimètres d’épaisseur, et on empile une quinzaine de ces plaques sur le plateau d’une presse hydraulique, où on les soumet pendant trois heures à une pression de 650 000 kilogrammes. Il faut ensuite les sécher à une température de 50 degrés centigrades, opération qui exige des précautions pour que les feuilles soient bien exposées dans toutes leurs parties à une chaleur égale, et qui ne dure pas moins de deux semaines. On continue de la même manière, et les disques sont successivement collés, pressés et enfin séchés jusqu’à ce qu’on arrive à l’épaisseur voulue. Celle-ci est généralement de 3 centimètres pour les roues du modèle indiqué dans la figure 1 : un disque de ce genre est formé de 100 feuilles à 120 feuilles. Les roues du second
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- modèle, le plus usité, ont des disques composés de 240 à 250 feuilles.
- Pour l’ajustage, on tourne le plateau à un diamètre un peu plus grand que le diamètre intérieur du bandage, on l’enduit sur les deux faces avec une préparation spéciale et on le chasse dans le bandage par une pression hydraulique de 400 tonnes. On place ensuite les tôles c,c de chaque côté du plateau en contact avec la lame B d’une part, et avec le moyeu cylindrique d’autre part. Le perçage pour la pose des boulons se fait alors, en une seule fois, à travers toutes les pièces assemblées, ce qui évite la difficulté du traçage et permet immédiatement de les fixer ensemble au moyen des boulons d et des écrous e. On chasse enfin à la presse hydraulique le moyeu dans l’ouverture centrale jusqu'à ce que l’aile E et la tôle soient en contact : les boulons f et les écrous g maintiennent le tout. La figure 2 représente une autre disposition due à M. Mansell, ingénieur allemand, et dans laquelle
- Fig. 1 à 5. — Détails île construction des roues en papier.
- l’emploi d’un cercle de retenue M supprime l’emboutissage des tôles, et remplit l’office du rebord b.
- Les roues à disque en papier comprimé ont, comme toutes les roues à disque plein, l’avantage sur les roues à rais, qui sont encore les plus employées en Europe, de réduire le soulèvement de la poussière et d’éviter la projection des escarbilles de la locomotive. La distribution uniforme des chocs provenant du contact du bandage avec le rail, et l’amortissement des secousses, grâce à l’élasticité de l’àme, leur assurent en outre une durée bien supérieure ; les expériences faites en Allemagne ont en effet démontré que les roues en papier ont pu atteindre des parcours de 8 à 900000 kilomètres, tandis que le parcours des routes en fonte dure, n’excède pas 120 000 kilomètres. Les essieux protégés par l’élasticité des disques en papier ont également donné des parcours de 650000 kilomètres, tandis que ceux qui sont montés avec des roues en fonte ne font pas plus de 160 000 kilomètres. Ces qualités expliquent suffisamment la vogue dont jouissent ces appareils ; elles contre-balancent aisément leur prix de revient, cinq à six fois plus élevé que celui des roues en fonte et la difficulté que présente la fabrication de leurs bandages à cause de la nervure intérieure. X...,
- L’EXPLOITiTION DES MINES
- A TRAVERS LES AGES1
- I.ex progrès «lus aux mines.
- Nous ne saurions entreprendre en ce moment la tâche de résumer tous les progrès, qui ont pris naissance dans les exploitations minières, et dont l’usage s’est universellement propagé. Cependant il est impossible de ne point faire remarquer que c’est dans les charbonnages anglais que la machine ù vapeur est née, qu’elle y a grandi, pour conquérir le monde. On doit même ajouter, qu’elle y a servi pendant le dix-huitième siècle, dans des conditions de grossièreté et d’imperfection qui font bien comprendre à quel point l’industrie minière est intéressée à remplacer le travail musculaire par une source automatique.
- Les machines à feu, brevetées en 1698 par le capitaine Savery et Newcomen, se composaient d’une capacité en communication avec la chaudière par un tuyau et dans laquelle on faisait le vide en l’arrosant avec une grande quantité d’eau. Le robinet par lequel s’introduisait la vapeur était fermé à la main dès que le travail de la condensation commençait, il s’ouvrait par le même procédé, quand, poussé par l’atmosphère, le piston était descendu à l’extrémité inférieure de sa course.
- Afin de bien comprendre le degré de reconnaissance que l’on doit avoir aux exploitations dans lesquelles des machines si dispendieuses ont pu servir d’une façon courante, il ne suffit pas de rappeler le fait connu, du gamin qui pour aller jouer aux billes, imagina de faire ouvrir et fermer le robinet automatiquement par le jeu du balancier. Mais il est bon d’ajouter, ce que l’on ignore généralement, que l’idée d’injecter l’eau pour condenser la vapeur remplissant le piston, quelque simple qu’elle paraisse, a été suggérée par un singulier hasard à un des deux inventeurs de la machine primitive.
- L’on était obligé de donner aux pistons des dimensions si considérables qu’ils ne fermaient jamais hermétiquement. Afin d’éviter les pertes de vapeur qui provenaient du pourtour, Newcomen imagina de recouvrir les pistons d’une couche d’eau faisant joint hydraulique. Un jour, il arriva qu’un piston plus mal construit que les autres marcha beaucoup mieux; Newcomen prévenu,examina ce qui s’était passé, et découvrit que l’introduction de l’eau qui coulait par les vides avait produit cet effet surprenant. Dès ce jour, l’art du refroidissement avait fait un pas immense. On avait compris qu’il était absurde de se contenter de mettre la paroi chaude en contact avec une masse d’eau froide qui n’agissait que très mai, d’une façon indirecte, par conductibilité. Un mit la vapeur et l’eau immédiatement en présence; la suppression d’un intermé-
- 1 Suite. Voy. Table des matières du précédent volume.
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- LA NATURE.
- diaire inutile, nuisible, devint l’origine d’une multitude de progrès.
- Non seulement les machines à feu sont sorties des mines anglaises, mais il en est de même des rails ou chemins à ornières, qui y ont été en usage depuis un temps immémorial ; on peut dire que leur invention se perd dans la nuit des temps. Peut-être serait-il permis de faire remonter leur usage jusqu’aux Romains. En effet l'on sait que les voies employées par le peuple roi, pour faire communiquer la ville Eternelle avec les extrémités du monde soumis à ses lois, étaient pavées avec des dalles, polies comme du verre, et qui réduisaient presque à rien les frottements. Nous avons même eu l’occasion de voir des restes de ces pierres qui portaient les empreintes laissées par le passage des roues, et qui semblaient encore aujourd’hui même former comme autant de rails creux.
- Quoi qu’il en soit, la première fois que l’on construisit un chemin à ornières en dehors des mines, paraît avoir été en 1680, à New-castle-upon-Tyne, pour faciliter le transport des charbons du puits d’extraction, aux chantiers de chargement des navires. Ce n’est qu’en 1767 que M. Reynolds, ingénieur auquel on doit la construction du premier pont en fer de Grande-Bretagne , imagina d’employer ce métal à la construction des rails à charbon qui jusqu’à ce perfectionnement, étaient en bois, et ne pouvaient servir que pour des voitures contenant 5 tonnes. C’est en 1776 que le directeur des charbonnages du duc de Norfolk, près de Sheffield, imagina de donner à chacun des rails la forme d’un L • Enfin l’idée de réunir les deux rails en J L par une tige ou traverse ne surgit qu’en 1793, et c’est peu de temps après que les propriétaires des mines de Nor-thumberland découvrirent les procédés actuels pour mettre les uns au bout des autres, des rails de dimensions peu considérables, de manière à former de proche en proche des longueurs quelconques.
- Dans ces dernières années, le progrès qui s’est accompli à la surface de la terre a reflué pour ainsi dire dans ses entrailles, par l'introduction des chevaux destinés à la traction dans les voies souterraines, malgré la résistance des ouvriers, trop peu instruits hélas ! pour comprendre que cette innovation mémorable faisait plus pour leur bien-être et leur dignité même, que les plus virulentes déclamations
- contre les abus du capital. En effet, depuis lors, leur rôle s’est borné, dans les mines intelligemment administrées, à apporter le minerai ou la houille au point que les bêtes de somme peuvent atteindre sans trop de difficultés.
- On ne saurait plus se contenter aujourd’hui de la méthode grossière usitée par les anciens bouilleurs dans les temps où, pour débarrasser les galeries du grisou qui s’y accumulait, on n’avait d’autre procédé que d’y mettre le feu. Nous sommes bien loin de l’époque où le Pénitent se traînait sur les genoux, la tête enveloppée d’une sorte de capuchon, et por-tantàla main une longue mèche allumée (11g. 2). Les galeries sont soumises à une ventilation incessante et parcourues par un courant d’air frais auquel de puissantes machines soufflantes permettent de donner une régularité parfaite, et une abondance sans limites. On a, en effet, renoncé aux procédés économiques qui étaient déjà un progrès sur cette méthode dangereuse, barbare et absurde. 11 est bien rare
- que l’on se contente des courants d’air obtenus à l’aide de cheminées d’appel dans l’intérieur desquelles on brûle un peu de houille. Le Pénitent, cet enfant perdu de l’abîme, n’a plus besoin de s’exposer à être brûlé par les gaz ou fusillé par les pierres, Mais,malheure us em en t, malgré tous ces progrès, les mineurs ne manquent pas d’occasion pour montrer leur dévouement à la cause commune, car il ne faut pas les juger par leur conduite lorsqu’ils sont fanatisés par quelque déclamateur. Dans les sauvetages de leurs camarades, on les voit souvent développer un véritable héroïsme. Souvent la croix qu’on donne aux défenseurs de la patrie s’honorerait de briller sur leur poitrine.
- La houille ou le minerai est transporté de la taille par divers moyens, souvent fort ingénieux et économiques, dans les galeries de roulage, à l’embouchure desquelles les trains sont formés et ramassés par les chevaux de la mine, qu’on y attelle et qui les traînent jusqu’à l’accrochage. Autrefois ces wagons étaient déchargés et le minerai était entassé dans la benne. Mais les progrès de l’art de la traction sur les chemins de fer se sont répercutés dans cette partie du transport de la houille. Aujourd’hui ce sont les wagons eux-mêmes que l’on place dans la cago. On les remonte ainsi jusqu’à la surface du sol où on les décharge. Une fois qu’ils sont vides, on les
- Fig. 1. — Mineur travaillant à col tordu.
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- décharge et on les fait hier de nouveau jusqu’à la partie du filon où le mineur attaque la roche.
- La règle générale qui se dégage de plus en plus est de diminuer autant que possible les manipulations qui ont lieu dans l’intérieur de la mine pour les remplacer par d’autres qui aient lieu à ciel ouvert.
- Les chevaux, dont l’existence rappelle jusqu'à un certain point celle des esclaves de l’antiquité, éprouvent la plus grande répugnance pour descendre dans leur nouveau domaine. C’est toujours malgré eux qu’il faut les introduire dans la cage, et leur effroi est si grand, qu'on les croirait morts, lorsqu’ils arrivent en bas. Mais ils reprennent leurs sens avec une
- rapidité merveilleuse. On peut même dire qu’ils s’acclimatent très bien dans cette température toujours égale. Ils deviennent gras et dodus et leur poil s’allonge. Ils sont presque exempts des maladies inhérentes à leur espèce; enfin, si les Compagnies les font régulièrement visiter par les vétérinaires, c’est surtout afin de bien s’assurer que les palefreniers leur donnent une nourriture abondante, et ne vendent pas une partie de l’avoine qui leur est destinée.
- Mais ce progrès lui-mème n’est pas le dernier mot de la science, car nous citerions au besoin des mines où la locomotive elle-même est descendue par la
- Fig. 2. — Le Pénitent mettant le feu au grisou.
- cage, et où les railways souterrains sont parcourus par des machines analogues à celles qui courent si rapidement sur nos voies ferrées.
- C’est pour les mineurs que sir Humphry Davy a inventé la lampe, qui a rendu son nom immortel, et qui a sauvé plus de malheureux que les folles insurrections contre la science n’en feront jamais périr. Nous ne décrirons pas cet intéressant appareil que chacun connaît et qui permet au houilleur de continuer sans trop de danger la tâche solitaire et pénible à laquelle on a donné le nom énergique de travail à lord-col (fig. 1). Mais nous devons faire deux remarques essentielles à propos de l’histoire de la lampe Davy. En premier lieu, elle nous montre qu’au lieu d’accueillir avec reconnaissance un appareil qui leur sauvait la vie, les mineurs ont été
- pendant longtemps ses ennemis acharnés. Il a fallu employer les moyens les plus énergiques et les mesures les plus sévères pour les empêcher de Couvrir. Que de fois un de ces grands enfants, à qui l’on voudrait mettre la bride sur le cou pour l’exploitation du plus dangereux et du plus difficile de tous les arts, n’a pas craint d’exposer la mine entière à sauter pour avoir l’égoïste satisfaction de fumer en secret une pipe, ou pour y voir plus clair.
- Mais la science, qui de toutes les attractions, de tous les appétits, comprend surtout la passion de la clarté, n’a pas dit son dernier mot, pour donner satisfaction aux mineurs. En effet l’éclairage électrique a été découvert par Humphry Davy dans le courant des recherches qu’il a exécutées pour trouver une lampe de mine pouvant fonctionner sans danger
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- LA NATURE.
- dans des galeries grisouteuses. C’est en quelque sorte dans les mines que la lumière électrique est née, de sorte qu’elle ne fera qu’acquitter une dette filiale, lorsqu’elle prendra possession du domaine qu’envahissent trop souvent encore les ténèbres.
- W. de Fonvielle.
- — La lin prochainement. —
- CHRONIQUE
- Les graines du diable. — Un de nos lecteurs,
- M. Pingray à Béziers, nous a envoyé récemment des graines de Tamarin, qui sautent d’elles-mèmes, très violemment, quand on les place sur une surface plane. Chacune de ces graines, quand on les ouvre, renferme un petit ver blanc très vivace, et qui par ses mouvements arrive à briser de lui-même l’enveloppe où il est emprisonné. Ce fait est fort intéressant et n’est pas, croyons-nous, très fréquent avec les graines de Tamarin, mais il est connu des botanistes. Les coques d’une Euphorbiacée de l’Amérique centrale, du Mexique, etc., présentent souvent le même phénomène. À cause de cela on leur donne en espagnol le nom de graines du diable. C’est un insecte qui pique l’ovaire jeune, y dépose ses œufs et alors les larves microscopiques s’insinuent à l’intérieur sans peine ; le tissu se reforme et ferme bientôt la petite galerie creusée sans qu’il y paraisse au dehors. Là, la larve se développe et ce n’est qu’à l’état adulte que la bestiole sort de son buffet, maintenant épuisé; étant transformée complètement, elle recommence à déposer sa progéniture sur des jeunes ovaires.
- La neige dans un bal. — L’anecdote suivante est racontée par le professeur Dove, de Berlin, comme un exemple de la production de la neige par un changement de température. Pendant une nuit extrêmement froide, mais où le ciel était clair et les étoiles brillaient, une nombreuse compagnie était réunie dans un bal en Suède, et, dans le courant de la soirée, il faisait tellement chaud dans la salle que quelques dames s’évanouirent. Un ofli-cier essaya d’ouvrir une fenêtre, mais il s’aperçut que la glace la maintenait à l’appui. Alors il cassa un carreau et le courant d’air froid qui vint du dehors produisit une chute de neige dans la pièce. L’atmosphère était chargée de vapeur d’eau, et, se trouvant tout à coup condensée et refroidie, elle tombait sous forme de neige sur les danseurs tout étonnés.
- Un manomètre de sûreté. — Certains chauffeurs ne craignent pas de surcharger leurs soupapes et de dépasser la limite indiquée par le timbre de leur chaudière, dans le but de réduire la surveillance exigée par l’appareil qu’ils conduisent. Pour éviter cette imprudence à laquelle on peut attribuer une bonne partie des explosions de chaudières, M. J. Laruelle, nous apprend la Revue industrielle, a imaginé de disposer sur le manomètre un système très simple qui indique d’une manière sûre, à la première inspection, si le manomètre a dépassé, ne fût-ce qu’un instant, la pression limite. A cet effet,
- M. Laruelle dispose dans la boîte d’un manomètre, convenablement scellée ultérieurement, une lame élastique excessivement flexible maintenue contre le fond par l’aiguille même; dès que l’aiguille a dépassé sa position limite, cette lame flexible se trouve dégagée et vient appliquer l’une de ses extrémités en avant, contre le >
- verre. Le mouvement de l’aiguille du manomètre n’est aucunement entravé par la lame dans cette nouvelle position, mais l’inspection du manomètre fait savoir si la position limite a été ou n’a pas été dépassée. On force ainsi le chauffeur à mieux surveiller son feu et on fait disparaître en même temps la cause pour laquelle il était porté à surcharger et même à caler les soupapes du générateur.
- Dessèchement des marais en Russie. — D’importants travaux sont en cours d’achèvement en Russie depuis quelques années déjà : le dessèchement des marais de Pinsk, voisins de la frontière de la Pologne russe, sur un territoire un peu plus grand que l’Irlande. Cette entreprise a été commencée par le gouvernement en 1870 et on a déjà desséché 1 620 000 hectares de terrain en construisant des digues et des canaux navigables. Sur cette surface, 240 000 hectares sont composés d’excellentes terres de prairies ; 565 000 hectares sont plantés en bois qui sont déjà en exploitation; 202 000 hectares de forêts, autrefois inaccessibles, se trouvent aujourd’hui, grâce au système de canaux, en communication avec les grandes villes. Enlin 815 000 hectares de bonnes terres arables, dont 55 000 hectares seulement sont actuellement cultivés, ont été ou vont être livrés à l’agriculture. Outre plusieurs kilomètres de canaux, de drains ou de digues, il a fallu construire 170 ponts et foncer 572 puits, variant en profondeur de 6 à 25 mètres.
- —<>-<§*>—
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 7 juin 1886.— Présidence de M. l’amiral
- JüRIEN DE LA GrAVIÈRE.
- Alliage d'aluminium. —Suivant l’expression de M. Debray, l’industrie de l’aluminium vient d’ètre, de la part de M. Bourbouze, l’objet d’un des plus grands progrès dont l’industrie se soit enrichie. On sait, en effet, que l’aluminium pur est fort difficile à travailler et en particulier qu’il ne se soude pas, et les applications en sont considérablement entravées. Le bronze d’aluminium, avec certaines qualités, présente cependant le grave inconvénient d’une densité très grande. Déjà M. Bourbouze a montré qu’on peut, avec un alliage d’étain et d’aluminium, réaliser des soudures de ce dernier métal ; mais la solution du problème n’était pas complète. Aujourd’hui l’auteur l’apporte sous la forme d’un alliage composé de 100 parties d’aluminium et de 10 parties d’étain, qu’il substitue à l’aluminium lui-même. La densité est à peine augmentée (2,86 au lieu de 2,56), la couleur et leclat sont les mêmes et M. Debray présente comme premier spécimen une lorgnette remarquable à la fois par son élégance et par sa légèreté. 11 est probable que la consommation de l’aluminium, qui est actuellement de 4000 kilogrammes par an, sera prochainement augmentée d’une manière très notable.
- Bouquet. — Inaugurant un usage que M. Bertrand exprime l’espoir dé voir se généraliser parmi les nouveaux élus, M. Halphen lit une notice sur son prédécesseur, M. Bouquet. Nous ne pouvons analyser ce travail qui sort de notre compétence spéciale, mais nous pouvons constater qu’il a été écouté avec un très vif intérêt.
- Histoire de la science. — Bien que l’édition des œuvres complètes de Lavoisier soit muette à cet égard, il
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- LA NAT LUE.
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- paraît que le grand chimiste, mêlé déjà à tant de grandes choses, a [iris une part active à l’établissement du système métrique. Il résulte de pièces recueillies par M. Wolf que c’est Lavoisier et Ilaüy qui furent chargés par l’Académie de déterminer l'unité de poids de ce système. On trouve, en effet, dans le premier volume in-4° du Bulletin de la société philomatique, un Rapport de Ilaüy sur ce sujet, et c’est, le 19 janvier 1793 que parut la publication académique. Les auteurs ont mesuré avec la plus grande précision le poids du pied cube d’eau distillée et ils firent pour cela des expériences nombreuses avec un cylindre de laiton et un comparateur, construits^ l’un et l’autre par Fortin et conservés à l’Observatoire.
- Mode d'action des anesthésiques. — 11 résulte des études de M. le Dr Raphaël Dubois que les anesthésiques agissent sur les tissus vivants, animaux et végétaux, en se substituant à une partie de leur eau qui est éliminée. Qu’on mette une plante grasse dans une atmosphère chargée d’éther, on la verra se recouvrir promptement de grosses gouttes d’eau; avec d’autres végétaux le fait est moins évident mais tout aussi réel ; seulement l’eau éliminée s’accumule dans les trachées et autres vides des tissus. L’auteur applique ces résultats à l’anesthésie des graines qui est mortelle surtout si ces semences ne sont pas desséchées.
- Etude expérimentale des tremblements de terre. — M. Fouqué a continué les importantes expériences dont nous avons déjà parlé sur la propagation dans le sol des ébranlements produits par le marteau pilon du Creusot ou par des explosions de poudre ou de dynamite. 11 a été frappé de la rapidité avec laquelle s’éteignent, quand la distance croît, les ondulations développées par la dynamite. On doit aussi mentionner une différence très grande selon que l’appareil est à la surface du sol ou dans la profondeur des mines. Nous reviendrons sur cet intéressant sujet.
- Illusion d'optique. — Notre savant confrère M. Henri de Parville signale le sautillement dont semblent animées les étoiles quand on les observe avec la tète fortement appuyée contre un mur. Le phénomène est en effet des plus curieux.
- La lune et le vent. — Tandis que M. Poincaré croit apercevoir une relation entre l’allure du vent et les phases de la lune, M. Privât, capitaine au long cours, conteste tout rapport de ce genre. La solution négative résulte du dépouillement de 15 à 20 000 journaux de bord.
- Varia. — M. Chevreul présente avec son ardeur ordinaire une nouvelle note de M. Arnaud sur le carotène. — Le développement des éléments de la substance grise corticale des circonvolutions du cerveau occupe M. W. Vignal. —Un instrument propre au tracé de la spirale logarithmique a été imaginé par M. Abdank-Abakanowicz. — On enregistre les lettres de candidature de M. Hayem et de M. Ch. Richet à la place vacante dans la section de médecine et de chirurgie. — M. d’Arsonval soumet par l’intermédiaire de M. Marey un enregistreur de la vitesse de propagation de l’agent nerveux dans les nerfs et dans la moelle. — Un mémoire de M. Ditte sur l’action réciproque des composés de vanadium et des hydracides est déposé * par M. Debray. — M. Boutet a mesuré les formes cristallographiques des phosphates et des hypophosphates.
- Stanislas Meüniek.
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- CYPRÈS CHA.UVE D’AMÉRIQUE
- Taxodium dislichum, Kiels.
- Le Taxodium dislichum, aussi appelé Cupressus disticha, Lin., Cupressus Virginia, et en français, Cyprès chauve, Cyprès de la Louisiane, est un grand arbre de 50 mètres et plus de hauteur sur 5 il 5 mètres de tour. On le rencontre dans l’Amérique du Nord, notamment dans la Floride, la Caroline, la Géorgie, le Maryland, etc., mais il est surtout répandu dans les parties humides, le long des rivières et des ruisseaux fangeux de la Louisiane. On le trouve aussi dans les montagnes du Mexique, 'a 2000 mètres d’altitude, et en Chine.
- Bien que le Cyprès chauve appartienne à la grande famille des conifères, son aspect diffère beaucoup de celui des arbres de ce groupe. Si dans le jeune âge sa cime est conique et ses branches assez régulièrement verticillées, de très bonne heure elle se caractérise ; la disposition en verticille disparaît peu à peu, les branches moyennes se développent beaucoup, la cime s’ovalise progressivement, et lorsque l’arbre est arrivé à une centaine d’années, elle est dans sa forme générale obovale ; les branches inférieures sont le plus souvent étalées ou réfléchies. La tige est droite, cylindro-conique dans sa partie moyenne et fortement renflée et cannelée à la hase. L’écorce lamelleuse fibreuse est d’aspect gris-rou-gcàtre et n’atteint pas une grande épaisseur. Les feuilles sont linéaires, distiques, légèrement foliacées, longues de 8-20 millimètres et d’une consistance herbacée ; c’est leur ressemblance avec celle de l’If qui a valu à cet arbre le nom de taxodium (taxos, if, et eidos, forme)'; d’un vert tendre pendant tout l’été, elles jaunissent ou rougissent à l’automne et sont caduques, ce qui donne, après la chute de ces organes, un aspect tout particulier à. cet arbre qui lui a valu le nom de Cyprès chauve. Les ramilles foliacées annuelles sont également caduques.
- Le petit cône ou strobile renfermant les graines a la grosseur d’une noix ; il est le plus souvent ovale oblong , composé d’écailles épaisses , légèrement striées et chagrinées. Les graines sont petites, comprimées et prolongées en forme d’aile au delà des bords. La germination se fait avec 5-7 cotylédons, ordinairement 6 : la plantule est droite et rougeâtre.
- Le système radiculaire, d’abord pivotant, ne tarde pas à produire des racines superficielles ou traçantes sur lesquels on voit apparaître, si l’arbre est sur le bord d’un cours d’eau ou sur un terrain humide, des nodosités ou excroissances qui peuvent atteindre à la longue jusqu’à 1 mètre à ira,50 de hauteur.
- L’aspect de ces nodosités qui sont de la nature des loupes est des plus singuliers, et on ne saurait mieux les comparer qu’à des rochers naturels émergeant du sol.
- Dans la Louisiane, les plus anciennes de ces curieuses productions se creusent à l’intérieur et on
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- LA NATURE.
- peut les utiliser pour en faire d’excellentes ruches. Leur bois a la structure de celui des racines.
- L’apparition de ces excroissances ne commence guère avant que les arbres aient atteint de 8 à 12 mètres de hauteur. 11 faut, en outre, pour leur production, que le végétal soit sur le boni de l’eau ou sur un terrain marécageux.
- Les sols qui conviennent le mieux au Cyprès chauve sont ceux situés le long des eaux, les marécages et les tourbières; les terrains inondés une partie de l’année lui conviennent encore ; sur les sols secs il y dépérit à un âge peu avancé. La croissance du Cyprès chauve est rapide dans le jeune âge, mais, a partir de trente ou quarante ans, elle se ralentit beaucoup.
- On multiplie le Taxodium par graines que l’on
- tire d’Amérique, car les individus que l’on trouve en France, quoique très développés, ne sont pas fructifères ou ne donnent (pie des graines de mauvaise qualité. On sème au printemps, en terre de bruyère, en pot, en terrine ou même en pleine terre bien préparée. On repique en pleine terre ou en pot, ce qui est préférable, pour assurer la reprise lors de la mise en place définitive; la reprise est, en effet, difficile, surtout lorsque cet arbre a été arraché à racines nues et qu’il a déjà un certain âge. Les variétés sont multipliées par la greffe en lente sur l’espèce type. Les jeunes plants redoutent les gelées précoces, leurs sommités mai aoûtées sont souvent détruites.
- Le Taxodium distichum est un magnifique arbre d’ornement ; on le recherche pour son aspect géné-
- Cyprès chauve d’Amérique du parc de Rambouillet (Sciue-et-Oise). D’après une photographie.
- ral, son leuillage et les protubérances que produisent ses racines. Il permet aussi de garnir les parties humides ou même tourbeuses des parcs où nulle autre essence importante ne réussirait. Son bois, qui est rougeâtre veiné de blanc, quoique léger et peu dur, résiste néanmoins très bien sous l’eau. On en lubrique des bateaux et il s’emploie dans les constructions civiles et navales. On en fait aussi du merrain et des planches; son grain est fin et joint à une grande élasticité une solidité considérable.
- Le Cyprès chauve a été introduit dans les jardins des environs de Londres vers 1640 et s’est peu à peu répandu dans toute l’Europe où son acclimatement semble ne rien laisser à désirer. Il résiste, en el'let, aux plus grands froids du nord de la France et paraît devoir y atteindre les plus grandes dimensions.
- On en voit notamment de très beaux individus dans le parc de Rambouillet qui proviennent des
- graines envoyées, vers la fin du siècle dernier, par Michaux; leur hauteur n’est pas moindre de 25 à 28 mètres sur o mètres à 5m,50 de circonférence à lin,50 du sol. La gravure ci-dessus représente quelques-uns de ces arbres, qui ont été plantés à la fin du siècle dernier dans ces parties tourbeuses du parc de Rambouillet.
- On en voit aussi de très beaux spécimens au parc de Fontainebleau, au château de Cheverny, près Blois et à Trianon.
- Par la culture, le Taxodium a produit un assez grand nombre de variétés différant du type soit par le port, les dimensions et la forme des feuilles.
- P. Mouillefert,
- Professeur à l’École nationale d’agriculture de Grignon.
- Propriétaire-Gérant : G. Tissandiek.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- K» 08J.
- l'J JUIN 1 880.
- LA NATURE
- O't
- LE SCELIDOTHERIUM
- LE GRAND ÉDENTÉ FOSSILE DE L’AMÉRIQUE DU SUD
- Parmi les Edentés fossiles qui donnaient à la faune quaternaire de l’Amérique du Sud une physionomie si particulière, l’un des plus remarquables est sans contredit le Scelidotherium, que Richard Ovven a fait connaître, en 1858, d’après les ossements découverts à Punta Àrena, par Charles Darwin, durant le célèbre voyage de circumnavigation du Beagle.
- Le nom de Scelidotherium a été choisi par H. Ovven pour rappeler un des caractères anatomiques les plus frappants de ce mammifère fossile : la largeur insolite de ses fémurs qui devaient être re-
- couverts par une puissante musculature. Le Scelidotherium était par excellence l’animal aux fortes cuisses.
- Depuis 1858, MM. Yillardebo, Wcddell, Claussen, de Castelnau, Seguin, etc., ont retrouvé sur d’autres points de l'Amérique du Sud, notamment au Brésil, en Bolivie, à la Plata, de nombreux débris osseux appartenant au même type générique et qui ont été décrits par Lund, P. et H. Gênais, Ame-gliino; un squelette presque entier a été acquis par le Musée de Bologne ; et d’autres pièces importantes sont conservées dans les collections de l’Amérique du Nord; mais le beau squelette acquis récemment par M. le professeur A. Gaudrv pour le Musée d’histoire naturelle de Paris est probablement le plus
- Saclidotherium leptocephalum Oweu. — Individu faisant partie de la nouvelle galerie paléoulologique du Muséum d’histoire naturelle
- de Paris. (D’après une photographie.)
- parfait et permet d'apprécier avec plus d’exactitude les affinités de ce curieux Edenté. Monté sous la direction de M. Deyrolle, notre Scelidotherium a pris place dans la nouvelle galerie paléontologique, où il fait bonne ligure à côté des grands squelettes d’Edentés fossiles, du Mégathérium, du Pseudoles-todon, des Glyptodon et de l’Hoplophorus.
- Le squelette monté est long de 2m,50 et haut de 1 mètre; par conséquent le Scelidotherium n’avait guère que la moitié de la taille du colossal Mégathérium qui mesure plus de o mètres de longueur ; mais, toutes proportions gardées, le Scelidotherium était aussi trapu, aussi vigoureux.
- . Ce corps épais était dominé par une tète étroite, assez petite, allongée, comprimée latéralement; la He année. — semestre.
- mâchoire inférieure était atténuée en avant, prolongée en un appendice spatuliforme, un peu concave ; la langue devait être très longue, épaisse, et l’on peut supposer que le museau était terminé par une sorte de groin, analogue à celui de l’Oryctérope. Les dents, au nombre de dix à la mâchoire supérieure et de huit à la mâchoire inférieure, sont triangulaires, composées seulement d’ivoire et de cément, sans lames d’émail. L’arrière-crâne est coupé carrément ; la cavité crânienne est relativement petite. Paul Geryais ayant fait mouler cette cavité a constaté que le cerveau montrait des circonvolutions plus profondes, plus sinueuses que celles des Edentés actuels, quoique la disposition des centres nerveux rapproche les Scelidotherium des Paresseux actuels. Le cerveau du
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- LA NATt HE.
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- Scelidotherium ressemble beaucoup à celui du Mégathérium, il annonce néanmoins une intelligence un peu plus élevée. Comparé au cerveau des Glyp-todon fossiles et des Tatous actuels, il marque une énorme supériorité. 11 n’est donc pas déplaisant de constater que les rois des Edentés par la taille : les Mégathérium, les Mglodon, les Lestodon, les Sceli-dothemum, ont joui également d’une supériorité cérébrale incontestable.
- Au surplus, les recherches de Gênais, Marsh et Cope sur les formes cérébrales des animaux éteints ont ouvert un champ fécond aux recherches des paléontologistes. Peut-on concevoir rien de plus intéressant que les notions acquises sur l’intelligence relative d’un animal éteint depuis des milliers d’années? Comment repousser la théorie de l’évolution lorsque la comparaison des formes cérébrales anciennes et actuelles d’un même genre nous prouve le développement lent mais continu du volume du cerveau? Enfin n’est-il pas remarquable de constater l’extinction de certains types après leur complet épanouissement et lorsque leur état d’évolution était trop avancé pour qu’ils aient pu s’adapter à des conditions d’existence différentes de celles qui leur étaient habituelles ?
- La face du Scelidothevium présente un aspect étrange : l’os malaire ne se soude pas à la branche zygomatique du temporal et fournit une longue apophyse descendante, llabelliforme, subdigitée et sur laquelle s’inséraient des faisceaux du muscle masséter. Cette longue apophyse descendante se montre sur l’Unau et l’Aï parmi les Edentés actuels, sur le Mégathérium, le Mglodon, le Glyptodon, parmi les Edentés fossiles, et donne à la face osseuse de ces animaux leur physionomie particulière.
- La colonne vertébrale se compose de 49 vertèbres (7 cervicales, 15 dorsales, 5 lombaires, 5 sacrées soudées, 17 caudales.) Les vertèbres caudales sont caractérisées par leurs épines courtes et leurs os en Y très petits; il en résulte que la queue était vraisemblablement assez aplatie et quelle différait de la queue des Mégathérium dont les neurapo-physes et les héinamophyses sont au contraire très élevées.
- L’omoplate nous montre une soudure de l’acro-mion et du coracoïde à leurs extrémités; l’échancrure scapulaire est convertie en un trou assez grand et éloigné du bord de l’omoplate. Sur le bassin les échancrures sont également converties en trous. L’omoplate et le bassin sont arrivés, par conséquent, à un état d’évolution complet.
- L’humérus, très dilaté à son extrémité inférieure, rappelle celui des Tatous par le grand développement des crêtes deltoïdiennes qui descendent à peu de distance de l’articulation du coude. Un large canal épitrochléen est formé par un pont osseux, oblique; ce canal qui existe chez le Tamanoir, le Tatou, le Pangolin, l’Unau, manque chez le Mégathérium et le Mylodon, dont l’humérus a pourtant la même forme, La tète humérale est très forte. Tout annonce
- une vigueur peu commune dans les muscles de l’épaule et du membre antérieur.
- Le pied de devant portait probablement, cinq doigts : le deuxième et le troisième doigt avaient leur phalange unguéale armée d’une forte griffe arquée; le quatrième et le cinquième doigt étaient rudimentaires, non armés.
- Le fémur est très large, aplati, quadrangulaire, rappelant par sa forme celui du Mégathérium. Le tibia et le péroné sont courts, non soudés l’un à l’autre. Le pied est relativement plus court que celui du Mégathérium. H avait probablement quatre doigts, dont le troisième était muni d’une forte griffe recourbée.
- En somme, le Scelidotherium se rapproche beaucoup des genres fossiles américains Mylodon, Pseu-dolestodon, Lestodon, Megalonyx, qui sont tous éteints; il est plus éloigné du Mégathérium par la forme de ses dents et la disposition du pied de derrière; il n’a aucune affinité avec les Edentés tertiaires de l’Europe (Macrotherium, Ancylotherium, Pernatherium) dont les phalangues unguéales bifides rappellent celles des Pangolins de l’ancien continent.
- Aucun animal actuel n’est voisin du Scelidotherium, mais ce type a quelques caractères ostéolo-giques des Paresseux (Aï et Unau). Il semblerait qu’un tronc commun a fourni deux rameaux : l’un, composé d’animaux a membres courts et massifs, à stature énorme (Megatheriidæ ou Gravigrades ) ; l’autre, formé de créatures faibles, pourvues de membres grêles et paraissant organisées pour vivre dans les arbres (Bradypodidæ ou Paresseux). Les plus grands et les plus forts de ces êtres ont disparu à tout jamais, après avoir peuplé l’Amérique d’un grand nombre de types étranges, dont la diversité et les proportions colossales sont pour les paléontologistes un sujet d’étonnement toujours nouveau.
- Dans la séance de l’Académie des sciences du 14 décembre 1885, M. le professeur Gaudry a fait connaître le gisement du squelette de Scelidotherium leptocephalum que nous venons de décrire, et qui a été trouvé dans le limon des Pampas, très près de Buenos-Ayres, sur les bords du Rio de la Plata, entre Recoleto et Palermo.
- Ce dépôt des Pampas est une terre argileuse, d’un brun plus ou moins foncé et qui occupe une étendue considérable de l’Amérique du Sud, puisque A. d’Or-bigny et C. Darwin ont pu le suivre sur une longueur de 500 milles géographiques. Dans ce limon on trouve intercalés des lits de graviers et de cailloux remplis de coquilles qui vivent encore en Amérique ; aussi les géologues s’accordent-ils à placer la formation des Pampas dans le terrain quaternaire. Sa faune est extrêmement riche en gros mammifères (Mégathérium, Mylodon, Scelidotherium, Toxodon, Ma-crauchenia, Glyptodon, etc.) représentés soit par des os roulés, brisés, soit par des squelettes parfaitement conservés et qui ont été transportés entiers à la place même où ils ont été découverts. Avec ces débris d’animaux on a recueilli quelques rares osse-
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- LA [SATURE.
- monts humains et des restes d’outils préhistoriques. La condition de l'homme enlace de ces mammifères gigantesques a du être singulièrement précaire et cependant il a survécu à l'anéantissement le ses redoutables compagnons. I». Fischer
- LA LANOLINE
- M. Boymond a publié dernièrement, dans le Bulletin de thérapeutique, une monographie de la lanoline, à laquelle nous empruntons quelques documents intéressants.
- Le corps gras, dérivé du suint de la laine des moutons, n’est pas précisément nouveau, car de toute antiquité on s’en est servi. On le trouve mentionné dans les Œuvres d’Ovide, d'Hérodote, de Pline et d’Aristophane. Il figure dans la Pharmacopée florentine de 1560, et dans celle de Cologne, 1627 ; il était employé sous le règne de Louis XIV ; la médecine populaire fait encore usage de la laine brute, en partie peut-être à cause des propriétés du corps gras. 11 fait aujourd’hui sa réapparition, après une purilication prolongée, sous le nom moderne de lanoline. La préparation de ce*produit a été longtemps entourée de difficultés qui ont fait douter de pouvoir arriver à des résultats convenables et productifs. Elle s’opère en Allemagne, notamment à Charlottenbourg, par des procédés simples et économiques. La laine est traitée par des solutions alcalines dans de grands appareils nommés léviathans. Les eaux de lavage, renfermant le corps gras et des proportions considérables de sels de potasse, sont évaporés pour retirer ces sels. Le corps gras qui servait autrefois à fabriquer du gaz pour l’éclairage ou le chauffage est séparé avantageusement au moyen d’appareils centrifuges.
- La lanoline, qui en dérive, est un corps gras cholesté-rinisé qui accompagne toujours la kératine ; aussi la trouve-t-on dans les plumes, les soies de porc, les baleines, l’écaille; mais c’est la laine, et surtout la laine d’Australie, qui en renferme les plus grandes quantités. De là, le nom que lui a donné Liebreich, son inventeur.
- La lanoline brute est une masse brune, visqueuse, d’odeur animale désagréable, contenant 25 pour 100 d’acides gras libres. La lanoline purifiée, telle qu’on la trouve aujourd’hui dans le commerce, se présente également sous la forme d’un corps gras visqueux, de couleur jaunâtre, de très faible odeur, et de réaction neutre.
- Hartmann, à qui l’on doit l’étude nouvelle de ce corps dès 1868, y supposait déjà la présence de la cholestérine, et le considérait déjà comme une combinaison éthérée de divers acides gras avec la cholestérine. Schulze en a retiré la cholestérine et un alcool isomère, l’isocholestérine.
- La lanoline est absolument neutre, et ne perd pas sa neutralité sous l’influence de l’eau. Par la chaleur elle fond, mais ne devient pas transparente; puis elle prend très rapidement une coloration foncée.
- Elle se mêle facilement aux corps gras ; elle est soluble dans l’éther, le chloroforme, la benzine, le sulfure de carbone, et est insoluble dans l’alcool, même à chaud. Elle donne avec l’eau renfermant une trace de carbonate de soude, une émulsion laiteuse, de conservation durable, qui peut avoir son application dans les usages cosmétiques.
- Chauffée sur une lame de platine, elle se boursoufle fortement, brûle avec une flamme éclairante, et doit disparaître sans laisser de résidu. Chauffée à 100 degrés, elle perd de son poids par évaporation d’eau. M. Kaspar (de Genève), a constaté 17,25 pour 100. M. Boyinond a trouvé 21 et 22 pour 100 de perte, selon le temps de chauffage.
- Le point de fusion est assez difficile à constater d’une
- manière précise, en raison de la viscosité particulière de cette substance. M. Kaspar l’a trouvé à 42 degrés. La lanoline est indécomposable par l’eau et ne se laisse pas saponifier par les moyens ordinaires. Liebreich indique la réaction suivante de ce corps : une petite quantité, dissoute dans l’anhydride acétique et additionnée de quelques gouttes d’acide sulfurique, se colore en beau vert.
- La lanoline se signale à l’attention du médecin et du pharmacien par des propriétés remarquables (pii paraissent devoir lui assigner une place non éphémère dans le domaine thérapeutique. Elle absorbe facilement son poids d'eau et une très forte proportion de glycérine (environ deux fois son poids de glycérine), en donnant un mélange homogène et stable, propriété précieuse pour l'administration des médicaments par la voie dermique. Elle n’exerce pas d’action irritante sur la peau; d’après les observateurs actuels, elle s’y incorpore plus facilement que les autres excipients, et elle disparaît presque entièrement quand on a enduit l’épiderme ; mais elle ne lui communique pas la souplesse que l’on obtient avec d’autres agents. D’après Dieterich, la lanoline ne rancirait pas.
- Un mélange de lanoline et de mercure, à parties égales, peut être effectué en dix minutes ; après une demi-heure de trituration, on ne perçoit plus à l’aide de la loupe aucun globule métallique. Celte propriété peut servir de base à un procédé sérieux et commode d’extinction du mercure (pii pourra être substitué aux innombrables formules que l’on a données et que l’on donne chaque jour pour cette préparation.
- De même que l’eau et la glycérine, elle absorbe facilement son poids de solutions salines concentrées, telles qu’une solution d’iodure de potassium, à parties égales, le sous-acétate de plomb ou extrait de Saturne, sans qu’on, puisse invoquer, pour ce dernier sel, le bénéfice d’une saponification.
- Les médecins allemands qui ont expérimenté la lanoline ont constaté une absorption des plus rapides des agents médicamenteux pour l’application des pommades préparées avec la lanoline et le mercure métallique, le sublimé, l’iodoforme, l’iodure de potassium, la chrysa-robine, etc. L’élimination par l’urine s’effectue en très peu de temps. Après l’emploi d’une pommade avec un millième de sublimé (gros comme une fève sur le cuir chevelu) on perçoit, en quelques minutes, la sensation de saveur métallique.
- Le docteur Herbig, de Berlin, a constaté une sorte d’anesthésie locale par l’application d’une pommade avec 5 pour 100 d’acide phénique.
- Les auteurs allemands recommandent l’addition de l’axonge à la lanoline. Pour la préparation des pommades, on chauffera légèrement cette substance, sans la faire fondre, et on ajoutera de 5 à 25 pour 100 d’axouge.
- Les produits vendus sous le nom de lanoline ne sont probablement pas tous purs. Ils contiennent plus ou moins d’eau, et peut-être d’autres substances, de la glycérine entre autres, etc. Mais d’avance, on pourra rejeter tout produit qui n’absorberait pas facilement son poids d’eau, et deux fois environ son poids de glycérine.
- A cause de sa constitution même (cholestérine et acide gras), on pourrait émettre des doutes à l’égard de l’innocuité de la lanoline sur la peau, de sa non-rancidité, de l’absence de réactions sur les médicaments. Ces points devront être élucidés par l’expérience, en même temps que ceux qui concernent sa composition, sa pureté, sa contenance en eau et ses diverses propriétés.
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- LA NATURE.
- LAMPE ÉLECTRIQUE A ARC
- SYSTÈME PIEPER
- Alimenter simultanément, par la même macliiue, des lampes a are et à incandescence sans <[ue les allumages, les extinctions et le réglage des premières réagissent sur les secondes et ne troublent leur fixité, a été, pendant quelques années, un problème considéré, sinon comme insoluble, du moins comme présentant de sérieuses difficultés pratiques. Il est aujourd'hui parfaitement résolu par plusieurs systèmes, et la lampe à arc Pieper que représente la figure ci-contre, est un des appareils qui répondent le plus simplement au but poursuivi. Ces lampes sont combinées pour fonctionner par dérivations de deux lampes en tension sur une machine à potentiel constant, donnant par exemple, 100 volts aux bornes et alimentant en même temps des lampes à incandescence de même potentiel.
- La nouveauté, l'ingéniosité et la simplicité du réglage résident dans le mécanisme d’avancement des charbons. La mise en fonction comporte deux opérations distinctes, effectuées par deux systèmes également distincts : Y amorçage et le réglage.
- L’amorçage est réalisé par un électro-aimant à gros fil, monté en circuit avec les deux lampes, qui fait descendre le charbon inférieur d’une longueur égale à l’écart nécessaire pour rallumage dès que l’on envoie le courant, et le maintient dans cette position tant que le courant passe. Un ressort antagoniste ramène le charbon inférieur au contact du charbon supérieur dès que le courant cesse de passer.
- Le réglage est obtenu par un électro-aimant à fil fin, monté en dérivation sur les bornes de la lampe : les deux noyaux se terminent par des appendices polaires devant lesquels est une armature en fer doux montée sur un levier oscillant autour d’un axe horizontal et soulevée par un ressort antagoniste. Le mouvement de cette armature a pour effet de rompre le circuit du fil fin et de lui faire ainsi exécuter une série de vibrations, comme une sonnerie trembleuse ordinaire. Tant que l’arc a sa valeur normale, la différence de potentiel aux bornes est insuffisante pour que l’attraction de l’électro de réglage contrebalance l’action du ressort antagoniste, et l’armature reste éloignée de l’électro par l’action de ce ressort. Dès que l’arc s’allonge, la différence de potentiel
- augmente, l’armature est attirée et exécute, sous l’action des interruptions du courant, un certain nombre de vibrations. Chacune de ces vibrations produit un avancement élémentaire de la tige portant le charbon supérieur et un rapprochement de très faible amplitude, jusqu’à ce que l’écartement ait assez diminué pour ramener la différence de potentiel à une valeur telle que le ressort antagoniste équilibre l’action de l’électro. Le mouvement oscillatoire de l’armature a pour effet de dégager la tige porte-charbon de l’action d’un frein qui la maintient en position , tandis qu'un doigt élastique constitué par un ressort d’acier [tousse obliquement sur
- légè-arma-
- ture cessant alors d’être attirée, le revient en arrière, frein s'applique à nouveau contre la tige et la maintient, dans la nouvelle position acquise, et ainsi de suite. Ce système mécanique fort ingénieux est par certains points assimilable à un mouvement de rochet à crémaillère, mais à dents infiniment petites. Le poids de la tige ne joue aucun rôle, et l’avancement est produit par le moteur électrique vibrant, constitué par l’électro et son interrupteur. Le mécanisme occupe une place très restreinte et fonctionne avec la plus grande précision.
- La même disposition convient à des arcs de différentes puissances, suivant le diamètre des charbons et leur qualité, depuis 4 ampères jusqu’à 10.
- Chaque lampe ne demande que 40 volts, les deux lampes en tension ne prennent donc que 80 volts : si la machine produit 100 volts aux bornes, on calcule la résistance des conducteurs reliant les lampes entre elles et à la machine , de façon à absorber les L>0 volts en excès.
- Cet excès permet de placer la lampe assez loin de la machine et empêche, pendant l’instant d’ailleurs très court de l’allumage, d’avoir dans le circuit des lampes, une intensité de courant assez grande pour troubler le fonctionnement des autres foyers, ou produire un échauffement qui serait dangereux pour les conducteurs.
- Le régulateur de M. Pieper, que nous avons vu fonctionner avec la plus grande régularité l’année dernière, à l’Eyposition internationale d’Anvers, est employé plus particulièrement, avec les lampes Cance, dans les installations du système Edison.
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- crlle tige rement de haut en bas; 1
- doigt élastique
- Lampe à arc, système Pieper.
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- LA NATO h K.
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- UN NOUVEAU FRUIT COMESTIBLE
- Les végétaux exotiques, qu’on rencontre dans les étanlissements publies ou qu'on trouve dans les collections d’amateurs, sont habituellement, cultivés pour leurs qualités ornementales, à moins, toutefois, que leur intérêt soit purement scientifique, et c’est le cas, en général, pour la plupart des spécimens qui peuplent les serres des jardins botaniques. On ne doit, guère espérer trouver dans ces derniers autre chose que des sujets d'étude, ou des plantes à produits utiles. (Test exceptionnellement que des arbres
- ou arbustes à fruits comestibles s’y rencontrent. D’ailleurs, notre hémisphère est si bien doté d’arbres fruitiers de toutes sortes, et vivant sans abri, qu’on ne s'applique pas à leur trouver de succédanés qui exigeraient, en somme, des soins spéciaux et onéreux.
- Si l’on en excepte l’Ananas et la Banane, on ne consomme presque pas de fruits tropicaux chez nous; leur culture est. capricieuse et leur saveur n’est jamais comparable à ce qu’elle est dans leur propre patrie.
- Le fruit qui est figuré ci-dessous mérite d'être signalé, et il n’est certainement pas connu de la plupart des lecteurs de La Nature. Quelques mots
- sur la famille Ji laquelle il appartient, ne sembleront, pas superflus.
- La famille des Clusiacées ou Guttifères est très peu représentée dans la majorité des jardins botaniques. Les espèces qu’elle renferme sont presque en totalité de l’Asie ou de l’Amérique, et quelques-unes des autres régions chaudes du globe. Certaines d’entre elles sont, célèbres par les produits qu’elles donnent. Le Mangoustan (Garcinia Mangostana) passe pour un des fruits le plus exquis de l’Asie tropicale et, par cela même, a été répandu dans toutes les colonies des pays chauds. Le Mamay ou Mammei, aussi appelé Abricot d’Amérique (Mammea americana), est également un fruit parfumé et recherché, quoique moins fin que le Mangoustan. Mais bien rarement en France, on a l’occasion de
- déguster ces fruits exotiques. L’orange même, qui est d’une consommation fréquente en Europe, n’a rien de la saveur et de la douceur qu’elle acquiert sous un ciel ensoleillé et torride. Je me souviens qu’un savant de mes amis, naturaliste distingué du Brésil, rejeta comme étant détestable une orange qu’on lui présentait à Paris, et qui cependant nous semblait irréprochable.
- Nous pouvons plus facilement juger de la valeur de la Gomme-Gutte, suc épaissi qui s’échappe d’une Glusiacée [Garcinia Morellet) et probablement de quelques autres espèces du même genre. Il est peu de matières dont l’origine botanique ait été aussi difficile à établir que celle de la Gomme-Gutte, et pourtant elle était déjà connue au commencement du dix-septième siècle, comme purgatif énergique
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- et hydragogue, employé dans l'extrême Orient. Proscrit, on à peu près, de la thérapeutique européenne actuelle, à cause de son action énergique, ce produit est toujours resté en honneur comme matière colorante jaune par les aquarellistes. La laque jaune donne une teinte incomparable formée par émulsion de la Gomme-Gutte avec l’eau.
- Toutes les espèces de Clusiacées laissent échapper par incision de hoirs rameaux une gonnne-résine plus ou moins abondante, d’où le nom de Guttifères donné par À. L. de Jussieu, mais sans emploi dûment constaté.
- Le Xanthochymus pictorius, contrairement à l’adjectif qui lui a été donné, ne produit pas la meilleure Gomme-Gutte des peintres, mais il est intéressant pour nous, car c’est une des Clusiacées qui se maintient le mieux dans les cultures des serres, et peut-être la seule qui consente à se couvrir de fruits comestibles dans des conditions favorables. Depuis plusieurs années, le Muséum possède quelques pieds de ce végétal aux feuilles longues, d’un beau vert et opposées sur les rameaux. Chaque année, et quoique cultivés en pot, ils fleurissent et fructifient presque régulièrement, J’ai compté en 1885, sur un seul pied, quarante-cinq fruits, d'abord verts, et finalement de la teinte et du volume d’un gros abricot à maturité.
- D’ailleurs, on connaît une autre espèce du même genre, le X. dy.his, qui porte ce nom à cause de l’usage qu’on fait de ses fruits dans les îles Molu-ques ; le nôtre n’est donc pas le seul dont les fruits soient mangés. La saveur de la pulpe est sucrée, ùieidulée et légèrement parfumée.
- ! Nous ne pouvons pas, gâtés que nous sommes partes produits incomparables de nos jardins et de nos vergers, juger de la valeur d’un tel fruit; il faut avoir vécu dans les pays lointains et souvent déshérités pour apprécier les services que certains végétaux peuvent rendre. Les fruits acidulés sont rares dans les pays chauds ; le sucre domine dans les autres et les Européens en général 11e s’v font pas du premier coup. Quoi qu’il en soit, le Xanthochymus pictorius est curieux à plusieurs égards, puisqu’il permet d’avoir dans une serre à température un peu élevée, un arbuste d’une famille végétale essentiellement exotique, d’un aspect particulier et pouvant donner annuellement de nombreux fruits qui ne sont nullement a dédaigner. J. Poissox.
- TORPILLEUR SOUS-MARIN NORDENFELT1
- Les essais officiels du torpilleur sous-marin de Norden-felt, qui a été acheté par la Grèce, ont eu lieu à Salamine, au commencement du mois de mai, sous la surveillance d’une commission désignée par le roi. Le premier jour, le bateau fut submergé plusieurs fois, et manœuvré complètement, tantôt à la surface, tantôt sous l’eau, a/în de prouver qu’il peut être gouverné aisément. Le second jour fut employé à expérimenter le volume d’air emma-
- 1 Voy. n° 670, du 3 avril 1886, p. 273.
- gasiné dans le bateau. A cet effet, quatre personnes y furent enfermées hermétiquement de midi à 6 heures du soir. Elles 11e furent nullement incommodées. La commission, désirant ensuite s’assurer de la profondeur à laquelle le bateau pouvait être submergé, y lit attacher un cordage de 50 pieds (9 mètres), muni d’une bouée. Le bateau lit disparaître la bouée sous l'eau, prouvant ainsi qu’il était plongé à plus de 50 pieds (9 mètres). Le quatrième jour, le bateau parcourut 10 milles anglais en 11e se servant que de la vapeur emmagasinée dans les réservoirs, la cheminée fermée ainsi que les portes de fourneaux, le bateau lui-même fermé hermétiquement et en partie submergé. La vitesse exigée par le marché était de huit nœuds et demi; elle fut obtenue avec la plus grande facilité, à la satisfaction de la commission qui termina les expériences le cinquième jour.
- Sur la foi d’un télégramme de Vienne, un journal, en date du 14 avril, a prétendu que de nouveaux essais faits par ce torpilleur auraient donné des résultats très défectueux. A la suite d’informations spéciales et précises, nous sommes en mesure d’affirmer que cette nouvelle est absolument inexacte.
- D’après le journal Arrnce Blatt de Vienne, du 15 avril, la principale différence entre ce torpilleur et deux autres que Nordenfelt construit actuellement pour la Turquie, consiste dans les dimensions. Ces derniers lancent, au moyen de mécanismes, deux torpilles Whitehead, tandis que le torpilleur grec, moins grand, 11’en envoie qu’une. La machine de ce dernier est d’un système très simple. Les hommes qui ont été employés à le monter se. sont offerts comme équipage, et de nombreux officiers de la marine hellénique se mettent sur les rangs pour en obtenir le commandement.
- Au Pirée, un officier de marine étranger a fait récemment ressortir combien des navires de cette espèce seraient précieux pour traverser un blocus et entretenir avec l’extérieur des communications qui seraient impossibles autrement C
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- INDUSTRIE DE LA BONNETERIE
- LES « JERSEYS )) SUR LES METIERS CIRCULAIRES
- La notice que l’on va lire, traduite de la Wirker-Zeitung, fournit des renseignements sur la fabrication d’un certain nombre d’articles, obtenus au moyen de métiers circulaires à tricot, convenablement appropriés. L’outillage auquel nous faisons allusion, trop longtemps délaissé par nos fabricants, fut importé en Allemagne par deux constructeurs de Troyes, qui s’enrichirent en contribuant à la prospérité de l’industrie étrangère. Nous reproduisons l’article du journal allemand, non seulement pour constater la vérité historique, mais parce que nous croyons opportun de reprendre possession d’un outillage bien français, que les constructeurs de notre pays ont toujours été a même d’établir dans les meilleures conditions. (Note du traducteur.)
- Les gilets tricotés, sans coutures et sans manches que, durant le dernier siècle, les paysans de quelques contrées de l’Allemagne confectionnaient et por-
- 1 D’après le Broad Arrow et la lievue maritime.
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- LA MATüllE.
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- [aient, furent, sans aucun doute, l’origine des gilets à manches actuels (Cardigan Jackets). D’autre part, des articles plus élégants, dits Jerseys à taille, ont donné lieu, dans les îles du canal anglais, à un commerce sans cesse croissant.
- Les pécheurs et les marins de ces îles, notamment de Guernesey et de Jersey, portaient sous leurs habits imperméables par leur épaisseur, des gilets à manches étroitement ajustés, chauds et commodes quoi que fabriqués avec une laine très grossière.
- Plus récemment, le même vêtement adopté par les plus élégantes sociétés féminines et masculines de canotage fut baptisé du nom de Jersey : on confectionna alors des gilets à manches avec de la laine très fine, et le nom de Jersey fut étendu à toute la série des tricots en laines peignées ; c’est ainsi que les gants fabriqués en laine peignée sont appelés gants Jersey.
- La princesse de Galles et ses dames d’honneur paraissent avoir porté les premières ces corsages ajustés et élégamment ornés; elles les mirent à la mode pour les parties de canot L’une de ces dames, mistress Langtry, les introduisit aux Etats-Unis.
- En Allemagne aussi bien qu’en Angleterre, le Jersey à taille, devenu populaire, fut demandé par grandes quantités, alors qu’au début un seul fabricant de l’île de Wight suffisait à la production.
- Pouvant ensuite obtenir des tricots moins lourds sans que la maille fut par trop fine, on fabriqua de grandes pièces d’étoffe sur les métiers à tricot et l’on découpa dans ces pièces des corsages à taille, présentant nécessairement des coutures, mais bien plus élastiques, de meilleur aspect et susceptibles d’une ornementation com plémentaire.
- C’est alors que les métiers à chaine-maille-fixe furent employés (par suite de leur production en grandes largeurs et longueurs), pour tricots soie, mi-soie, fil, coton, laine peignée et cardée. Toutefois, si les produits de ces métiers prêtaient dans le sens de la longueur, il n’en était pas de même en largeur. Et, en effet, avec les tissus à mailles fixes, les chaînettes formées par les fils sont faites exclusivement dans le sens longitudinal de la pièce.
- Les fabricants se rabattirent, pour ce motif, sur les métiers circulaires faisant le tricot normal. Là, le fil est disposé pour former les mailles en largeur, et le supplément de l’élasticité qui en résulte s’augmente encore de l’élasticité propre du fil.
- Les métiers circulaires de l’ancien système connu sont agencés pour travailler spécialement les cotons et les laines cardées. — Sur beaucoup de ces métiers, il est tout à fait impossible d’employer la laine peignée, à moins de préparations spéciales, notamment d’un mouillage et d’un savonnage du fil, ne donnant pas toujours un bien beau tricot.
- Pour y obvier, les Anglais améliorèrent les métiers tubulaires (entre autres ceux du système Blackburn), d’abord en les construisant sur de plus grands diamètres, puis en conservant de petites mailleuses, pour en augmenter le nombre autant que l’agran-
- dissement du diamètre le permettait. Malgré ces transformations, la laine peignée se travaillait toujours difficilement et exigeait l’intervention de l’eau de savon. Les fils serrés entre les aiguilles, se déplaçant par l’effet de la torsion et de la nature même de la matière, se déformaient facilement et donnaient une maille irrégulière. Les métiers tubulaires ne peuvent d’ailleurs pas tricoter bien fin; les aiguilles en sont verticales et le tricot remonte.
- Les Américains avaient adopté le même outillage et entrepris la fabrication on grand des Jerseys. Les Allemands ne suivirent pas la même voie et ne cherchèrent pas à augmenter le diamètre des métiers tubulaires, mais ils perfectionnèrent les métiers circulaires français.
- Le métier circulaire à tricot français (on peut aussi dire aujourd'hui le métier circulaire à tricot allemand) travaille déjà, depuis dix ans, avec de grosses mailleuses et des aiguilles posées horizontalement, le tricot se trouvant appelé de liant en bas; cette machine fut introduite à Berlin — il y a cinq ans environ — pour la fabrication des corsages Jersey.
- Le centre le plus important de la spécialité est encore à Berlin ; mais tous les districts de la bonneterie, en Allemagne, adoptèrent le même outillage, et, par de nouveaux perfectionnements apportés au matériel, ils se trouvèrent bientôt en mesure d’exporter en Amérique une masse considérable de tricots. Le débouché le plus important des Jerseys confectionnés comprenait et comprend encore aujour-d hui toute l’étendue des Etats-Unis et l’Angleterre.
- Toutefois, en Angleterre comme aux Etats-Unis, et plus encore dans les ateliers allemands, on construisit et l’on mit en marche des métiers circulaires de plus en plus grands et en telle quantité, que la consommation ne put répondre à la production.
- Ajoutons qu’à la suite de plusieurs grands procès étayés sur un brevet américain pour les peluches adhéren tes par tissage, l’importation aux États-Unis fut absolument interdite.
- Cette prohibition porta un rude coup à la nouvelle industrie; tandis que, l’année 1884, on avait, travaillé nuit et jour sur presque tous les métiers, la moitié des machines dut être arrêtée au printemps de l’année 1885 et le travail de nuit cessa complètement. La crise eut, du moins, pour conséquence d’éloigner les gens ignorants de la fabrication, ceux qui n’achetaient des métiers que par spéculation, comme cela était arrivé antérieurement pour les métiers à chaîne (maille mixte) et pour les métiers à broder.
- La fabrique d’étoffes tricotées ne disparut pas pour cela. Aujourd’hui les métiers sont de nouveau occupés à des prix rémunérateurs ; la période des travaux à façon ne reviendra pas, il est vrai, pour les spéculateurs; mais les fabricants qui achètent eux-mêmes leurs fils et qui expédient, pour leur compte, des tissus et des draps-tricot, trouveront encore de bons profits. Ils sauront perlectionner cette branche industrielle et lui donner encore plus d’extension.
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- Les étoffes tricotées possèdent, en raison de leur contexture, le maximum de solidité auquel les étoffes d’habillement peuvent atteindre; elles sont aussi, par leur souplesse et leur élasticité, moins exposées aux coupures et aux déchirures que les étoffes tissées à croisements rectilignes sous forte tension.
- Aussi beaucoup de fabricants de drap tissé ont-ils ajouté le métier circulaire à leur matériel. Pour certains articles, le métier à tisser est complètement supplanté par le métier circulaire de bonneterie, qui produit notablement plus, avec la même somme de capital et de main-d’œuvre, et qui économise les préparations de la chaîne et n’exige qu’une faible dépense d’entretien.
- Ces métiers circulaires nouveau système sont munis d’un appareil qui produit l’arrêt aussitôt la rupture de l’un des nombreux (ils employés; ils sont également pourvus d’appareils pour faire la peluche (chaîne) simple ou double, comme pour le tricot à drap chaîné, qui nécessite un fil de laine fort et raide, appliqué à l’envers du tricot uni par un antre fil maillé, dit fil d’attache. Ces métiers portent, le plus généralement, un diamètre de 42 pouces français, soit environ une circonférence de 566 centimètres, et ils rendent la pièce de tricot d’une largeur telle, qu’elle doit, être fendue en deux ; ils sont munis de six mailleuses ou prises de fils, c’est-à-dire qu’il se produit six rangées de mailles à chaque tour de métier. La force des fils à employer dépend soit de la division de la machine, soit du nombre d’aiguilles à la jauge.
- Cependant, la construction des métiers permet une grande variété de fils et de numéros, notamment dans l’article fin. Nous citerons, pour exemple, un métier 28 fin, de 42 pouces de diamètre, avec six mailleuses faisant deux fils n° 64 ou 48, aussi bien que deux fils n° 56 en laine peignée, maille unie, ainsi qu’en tricot chaîné, et fournissant en douze heures de travail, soit 6 kilogrammes de produit en deux fils 48, maille unie, soit 0 kilogrammes de chaîné en fil n° 20. Un seul ouvrier peut soigner au moins deux métiers fonctionnant au moteur.
- Un métier qui fait le tricot à gants le plus fin, en soie, fil retors, mi-soie ou laine peignée, peut tricoter avec les mêmes matières des étoffes pour Jerseys d’été à taille; pour les articles identiques en hiver, l’étoffe sera doublée, et pour les articles dits : tricotages, caleçons, gilets, camisoles, etc., on emploiera toujours, sur le même métier, des vigognes et des laines cardées. On tricotera également en laines peignées et cardées, sur cette machine, des draps pour hommes, depuis les draps d’été les plus légers jusqu’aux étoffes.d’hiver les plus épaisses, et cela simplement à l’aide de différents entrelacements de la chaîne (fil additionné à l’envers du tricot uni) et en ayant recours au foulonnage, qui donne la faculté de rendre l’étoffe avec plus ou moins, ou avec absence absolue d'élasticité. Il faut également rappeler que les vêtements confectionnés avec ces étoffes ne s’élargissent pas aux coudes et aux genoux
- plus que les draps tissés, s’ils sont traités comme il convient.
- Grâce aux ressources énumérées ci-dessus, les détaillants américains offrent un Jersey à taille en coton fini à 25 cents et une robe de femme à 50 cents, ce qui fait ensemble 5 marks (ou 5 fr. 75) pour un vêtement complet. Les ouvriers de fabriques, les mineurs, les bateliers, s’habillent de préférence avec une courte jaquette en étoffe tricotée, qui les met à l’aise pour se mouvoir et leur 'offre plus de sécurité pour le service des machines qu’ils ont à conduire. La réduction du prix de l’étoffé n’empêche d’ailleurs pas que, sans une bien grande augmentation, on ne décore richement les Jerseys à taille : certains sont ornés de perles, de nacre, de broderies, d’applications de soieries, etc., et c’est, aujourd’hui l'habillement préféré des classes moyennes pour les réunions de familles, dans les bals (?) et, comme il a été dit plus haut, pour le sport, les parties de canot, courses de bicycles, jeux de boules, etc...
- Les étoffes tricotées ont pris, aux États-Unis, la plus grande place. L’Allemagne et les autres pays de l’ancien continent suivent de loin, mais il est vraisemblable que la population féminine d’Europe adoptera ces étoffes aussi bien que les ladies américaines qui ne peuvent plus s’en passer et les appliquent à quantité d’objets d’habillement.
- Le Jersey, ainsi que disent les Anglais, le tricot, comme on dit en France, ou, plus correctement, les étoffes tricotées sur métiers circulaires, nées comme un produit de la mode, ont pris et prendront encore davantage droit de cité, car elles sont devenues, dans la brandie des tricots, un article de fond aussi bien que les gants, les bas, etc.
- La fabrication des étoffes sur métiers circulaires est cependant encore dans l’enfance ; elle est susceptible de grands perfectionnements techniques C
- <> E‘ ]>>'
- NID DE FÂUYETTE
- La fauvette Babil larde, que représente la composition de M. Giacomelli, a été figurée au-dessus de son nid, perché dans un églantier. Cette fauvette s’établit dans les jardins, les haies et les buissons, et ne craint pas le voisinage des maisons. Son nid, très élégant, repose sur la branche sans y être fixé. Chaque couvée est, d’après Brehm, de quatre ou six œufs ovales, à coquilles minces, d’un blanc pur ou d’un vert bleuâtre et semés de points d’un gris cendré, d’un gris violet ou d’un brun jaune. « Ses parents, dit Neumann, qui a étudié la fauvette Babillarde, les couvent alternativement pendant treize jours ; ils témoignent à leur progéniture la plus grande tendresse ; ils emploient la ruse, font les blessés quand un danger les menace et indiquent par leurs cris d’angoisse l’approche d’un péril. »
- 1 D’après le Bulletin de la Société d’encouragement.
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- j\i<l de fauvette dans un églantier. (Composition inédite de M. Giacomelli.)
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- LA. N AT U H K.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LES CARRÉS MAGIQUES
- La Nature a donné sous ce titre, dans son numéro du 26 décembre 1885, une solution d'un problème curieux : avec les as, rois, dames, et valets d’un jeu de cartes, former un carré tel que dans chaque ligne, colonne on diagonale, on ait une carte et une seule de même valeur, une carte et une seule de même couleur.
- Ce problème peut être résolu d’une façon rationnelle ; il comporte une discussion au sujet du nombre des solutions possibles, et enfin il est susceptible, par voie de corollaires, de donner la solution de divers autres problèmes sur les carrés magiques de nombres qui sembleraient, au premier abord n’avoir aucune analogie avec les cartes. On trouvera sans doute intéressant de l’étudier sous ces divers aspects.
- C’est d’ailleurs une occasion d'appliquer à un sujet en apparence futile, mais du moins très simple , diverses méthodes de raisonnement dont les géomètres font usage dans des problèmes beaucoup plus compliqués.
- Solution. — 11 est évident que les quatre cartes placées au centre de la F*s- *
- figure, ce que j’appellerai le noyau, doivent être de valeur et de couleur différentes, car elles sont deux à deux sur la même ligne, sur la même colonne ou sur la même diagonale. Je prends au hasard quatre cartes différentes, par exemple, l’as de trèfle, le roi de carreau, la dame de cœur et le valet de pique, et je les place au centre d’un damier de seize cases, comme l’indique la figure 1.
- Sur la diagonale où se trouvent déjà l’as de trèfle et le valet de pique, dans les cases qui portent les numéros 1 et 16, je ne puis mettre qu’une dame et un roi, qu’un cœur et un carreau, c’est-à-dire que le roi de cœur et la dame de carreau peuvent seuls compléter cette diagonale. De même, l’as de pique et le valet de trèfle peuvent seuls occuper les cases 4 et 13 pour compléter la seconde diagonale. Ces quatre nouvelles cartes s’ajoutent au noyau suivant quatre combinaisons différentes que représentent les figures 2, 3, 4 et 5.
- 11 est facile alors de compléter la figure 2, car chacune des cartes restées libres y a sa place assi-
- gnée. Ainsi, la case 14 appartient à une colonne où il y a déjà un as et une dame, et à une ligne où il y a déjà un valet et une dame; un roi seul convient, à cette case, et le même raisonnement montre que ce doit être le roi de pique.
- La figure 4 se complète de la même façon.
- Quant aux figures 3 et 5, ce sont des solutions mauvaises ; car la case 14 de la figure 3, par exemple, ne comporte ni un as ni une dame, parce qu’il y en a déjà dans la même colonne ; ni un valet ni un roi, parce qu’il y en a déjà dans la même ligne. De même la case 15 ne comporte ni trèfle, ni pique, ni cœur, ni carreau.
- Ainsi un même noyau donne quatre combinaisons dont deux sont bonnes et deux sont mauvaises. Un mathématicien en conclurait volontiers que le problème aboutit à une équation du 4e degré dont deux racines sont imaginaires. Je dirai plus simplement
- que le problème a deux solutions pour un même noyau.
- Discussion. — Les quatre cartes qui composent le noyau sont de valeur et de couleur différentes. Combien peut-on faire de combinaisons de ce genre avec les seize cartes du jeu? Vingt-quatre. Je n’en donne pas la démonstration qui est d’ailleurs facile. Je remarque seulement que ces vingt-quatre combinaisons se présentent toutes à l’œil dans la figure>:2 et dans la figure 4 après qu’elles ont été complétées, soit sur les lignes, les colonnes et les diagonales, soit dans le noyau et dans les quatre petits carrés dont se compose le tableau, soit dans quatre cases symétriquement disposées, telles que 2, 3, 14 et 15, ou 5, 7, 13 et 15.
- Chacune de ces vingt-quatre combinaisons peut être prise pour noyau, et à chacune correspondent deux solutions. Toutes ces solutions sont évidemment distinctes.
- Si de plus, tout en conservant un noyau composé des mêmes cartes, on fait varier la disposition relative de celles-ci, la figure change encore. Seulement les figures obtenues par ce changement sont presque toutes symétriques; ainsi, que l’on permute ensemble le roi et la dame, la figure reste la même sauf que les lignes sont remplacées par les colonnes, et vice versa. De même, si l’on permute l’as avec la dame ou le roi avec le valet. On n’obtient de solutions différentes qu’en remplaçant le valet par
- 1 2 3 4
- 5 ïgn ® IBi \m 8
- 9 12
- 13 14 15 16
- «Ipwi 2 3 ! j ! ♦
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- Fig. 2.
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- LA NATURE.
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- le roi ou par la dame. La permutation des cartes qui composent un noyau donne donc trois dispositions distinctes, mais pas plus.
- Pour résumer, il y a 24 noyaux, 5 dispositions par noyau et 2 solutions pour chaque disposition; soit au total 24x5x2 = 144.
- En réalité, il n’y a que deux solutions distinctes; ce sont les deux que l’on obtient avec un seul et même noyau. Toutes les autres figures que l’on dérive de l'une ou de l’autre de ces solutions sont
- identiques en ce sens que l’on passe de l’une à l’autre par des substitutions, par exemple en remplaçant les coeurs par des trèfles et les trèfles par des cœurs, ou les dames par les valets et les valets par les dames.
- On recherchera, si l’on veut, pour quel motif, lorsqu’on fait permuter entre elles les cartes d'un même noyau sans en modifier ni la valeur ni la couleur, les figures obtenues ont quatre cartes semblablement placées. On découvrira sans doute
- Fig. 3.
- Fig. 1.
- Fig 5.
- d’autres particularités de cette espèce plus ou moins difficiles à expliquer.
- Corollaires. Pour passer des carrés magiques des cartes aux carrés magiques des chiffres, je forme le tableau de la figure 6, dans lequel a, b, c, d, m, n, p, sont des quantités quelconques.
- Si l’on remplace sur la figure 2 (après y avoir mis chacune à sa place les cartes manquantes) chaque
- carte par la quantité correspondante du tableau fi, on obtient la figure 7.
- La somme des quantités contenues dans chaque ligne, dans chaque colonne, dans chaque diagonale de ce carré est constante et égale àa+J+c+f/ H-m -fn + p. Que l’on fasse a = \ ,b = 2, c = 5, d = 4,m = 4, w = 8, p =12, ona le carré magique des seize premiers nombres (fig. 8), dont chaque
- 6 7 0 9 10 H
- « 'V ♦ * b+m a+p d+n c 6 13 12 3 1 <0 dy ♦ * mb | pa nd C 10 7 24 3
- As Roi Dame Valet a a+m a+n a+p b b+m b+n b + p C c + m c + n C+P d d+m d + n d + p c+n a a+m b+p U 4 5 14 As Roi Dame Valet a ma na pa b mb nb pb C me ne pc d md nd pd ne d i ma pb 18 4 5 14
- a b+n c + p d+m 1 10 15 8 3- nb pc ma 1 12 21 20
- d + p c + m b a+n 16 7 2 9 pd me b na 28 15 2 6
- Fig. 6 à il.
- ligue, colonne ou diagonale donne un total égal à 54.
- Ici encore, comme pour les carrés magiques des cartes, on obtiendrait 144 arrangements distincts ; mais il y a d’autres solutions que ne peut fournir le tableau de la figure 7 parce que ce tableau a une forme trop particulière.
- Dans le tableau de la figure 6 chaque ligne se dérive delà première en ajoutant une même quantité. Je forme un autre tableau (fig. 9) où chaque ligne se dérive de la première en multipliant par une même quantité.
- Ces quantités substituées aux cartes correspondantes de la figure 2 donne le tableau de la figure 10, dans lequel le produit de chaque ligne, colonne ou verticale est constant et égal àmXnXpXa
- Xbxexd.
- Que l'on fasse a = I, b =2, c=3, d = 4, m—5, w=6, p = 7, on obtient le carré de la figure 11, dans lequel le produit de chaque ligne, colonne ou diagonaleest égala 2x3x4x5x6x7=5040
- IL Rlerzy.
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- LÀ NATURE.
- LE CHEMIN DE FER À CRÉMAILLÈRE
- PROGRÈS RÉALISÉS DANS LA CONSTRUCTION PAR M. ABT
- Nous avons signalé dans un article précédent (V. n°667, du 15 mars 1886, p. 225) les perfectionnements si curieux grâce auxquels M. Àbt, a rendu industrielle en quelque sorte l’application des lignes à crémaillère ; nous complétons aujourd’hui ces indications, en raison de l’intérêt du sujet. Nous donnerons ici sur les lignes qui sont munies de ce système quelques détails que nous empruntons à l'étude déjà citée de M. Abadie.
- On verra par là, comme nous le disions, que, ces lignes nouvelles ne sont plus simplement un objet de curiosité intéressant dans des cas exceptionnels, mais qu’elles sont aujourd’hui en état de répondre à tous les besoins d’une exploitation industrielle effectuant des transports en pays de montagnes.
- La ligne du Hartz dont nous avons parlé précédemment, a 27 kilomètres de longueur, elle dessert en Thu-ringe une région montagneuse où on avait toujours renoncé jusqu’à présent à installer une voie ferrée par suite, des dépenses énormes qu’aurait entraînées ce travail, avec une voie à simple adhérence ; l’exploitation en a été commencée sur un premier tronçon le do mai 1885, la ligne entière est aujourd’hui entièrement ouverte au service public et avec les résultats les plus satisfaisants.
- La voie part de la station de Illankenburg au pied des montagnes du Hartz, rattachée par la section de Blankenburg à Halberstadt au réseau des voies allemandes. Elle s’élève d’abord par une rampe assez faible de 5 kilomètres de longueur, jusqu’aux hauts fourneaux de Hartzer Werke, puis elle suit une section en forte rampe munie d’une crémaillère, interrompue 3 kilomètres plus loin par le palier intermédiaire de Bast, que représente la gravure ci-dessus (lig. 1). La voie reprend ensuite jusqu’à un souterrain de 520 mètres de longueur qui précède la station de Braünesumpf. Ce souterrain, qui servait déjà pour l’exploitation des mines de fer si abondantes dans ce pays, a été ainsi utilisé très heureusement pour le passage de la voie.
- En sortant de Braünesumpf où s'opèrent des chargements considérables de minerais qui en font une station particulièrement importante, la ligne s’élève en rampe de 2 kilomètres jusqu’à un premier faîte, à la station de Hüttenrode située à 280 mètres au-dessus de la côte de Blankenburg. Elle descend ensuite à Rubeland, d’où elle remonte à Ellinge-rode, et dans ce parcours elle traverse à niveau diverses routes carrossables suivant la disposition représentée ligure 2, nos 1 et 2. Elle atteint enfin le second faîte à 21 kilomètres de l'origine, et descend de là à Rotho Hutte, puis à Tanne qui forme la station terminale à 27 kilomètres de Blankenburg.
- Le tracé est poursuivi à travers dix alternatives de sections en voie ordinaire et de crémaillère, montrant bien ainsi avec quelle facilité la locomotive
- mixte peut passer d’un type à l’autre. La voie présente l’écartement normal de ]<»,44 elle reçoit d’ailleurs des véhicules venant des grandes lignes. Les rampes maxima parcourues en voie ordinaire sont de 25 millimètres par mètre, et sur crémaillère, elles atteignent 45 à 60 millimètres. Les courbes du tracé présentent des rayons généralement supérieurs à 500 mètres, sauf une courbe voisine de Rübeland qui descend à 180 mètres.
- Les rails en acier, du poids de 50 kilogrammes le mètre, reposent sur des traverses en acier doux de 42 kilogrammes avec 840 millimètres d’espacement. La crémaillère est disposée d’après le type décrit précédemment que nous représentons dans la figure 2, nos 1, 2 et 5; elle comprend trois lames d’acier dentées de 20 millimètres de large sur 110 de hauteur avec pas de 120 millimètres, le tout reposant sur des supports en acier.
- La locomotive, dont nous avons aussi déjà représenté le type, comprend, comme on sait, deux mécanismes moteurs indépendants : celui des cylindres intérieurs actionnant les essieux des roues dentées, et celui des cylindres extérieurs commandant les trois essieux accouplés moteurs sur la voie ordinaire.
- Outre ces trois essieux moteurs, la locomotive comprend aussi un arrière-train indépendant. Chaque machine en service pèse 54 tonnes en y eom-
- Fig. 1. — Crémaillère du chemin de 1er de M. Alit
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- LA NAT U11E.
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- prenant 9 mètres cubes d’eau dans la chaudière et les soutes, et 3 tonnes de charbon. Les roues motrices par adhérence ont lm,250 de diamètre, et les roues dentées üm,573.
- En voie ordinaire, la vitesse de marche est celle des trains mixtes, 20 à 30 kilomètres à l’heure, et sur les crémaillères, elle se réduit à 12 kilomètres.
- Cette voie si intéressante, comme on voit, doit suffire à un trafic annuel de 180 000 à 200 000 tonnes de transports divers, comprenant minerais, cantines, bois,charbons, etc., et 50 000 voyageurs. Elle a été établie dans des conditions relativement économiques, car les dépenses d’installation, meme en y comprenant le matériel roulant, n’ont pas dépassé 200 000 francs par kilomètre.
- Nous pouvons citer également, d’après l’étude de M. Abadie, une autre application aussi curieuse de la voie à crémaillère récemment faite dans tout le duché de Saxe-Meiningen à des lignes industrielles, desservant une vaste exploitation d’ardoisières appartenant à M. Oertel. Ces lignes comprennent un réseau de voies étroites de üm,69 de largeur avec quelques sections en crémaillère qui sont desservies par une locomotive unique.
- La crémaillère comprend deux lames seulement de 15 millimètres d’épaisseur sur 110 de hauteur maintenues par des coussinets en fonte sur des traverses en bois; les rails du type Vignole ont un poids de 12 kilogrammes le mètre.
- La locomotive a seulement deux essieux d’adhérence écartés de lm,40, avec un essieu unique pour la roue dentée; elle peut remorquer un va-gon de 3500 kilogrammes, avec un poids propre égal à sa charge.
- L’ensemble de ces petites industrielles est réuni au réseau des grandes voies par un embranchement à une voie normale de 2600 mètres de longueur qui vient aboutir à la station de Lehesten sur les chemins bavarois, et qui comprend lui-même
- Fig. 2. — Plan cl coupe de la crémaillère Abt. — 1. Coupe de la crémaillère à triple rangée de dents pour voies importantes.— 2. Vue longitudinale. — 5. Vue en plan des trois lames d’acier dentées et coupe d’ensemble de la voie et de la crémaillère.
- une section en crémaillère. Cette section présente une pente de 82 millimètres par mètre sur une
- longueur de 1200 mètres, la crémaillère y est formée de deux lames ayant chacune 20 millimètres d’épaisseur sur MO de hauteur; et l’ensemble repose sur des traverses en acier. La machine servant à l’exploitation mixte est a deux essieux accouplés avec arrière-train articulé. Les roues dentées, au nombre de deux, ont 0m,573 de diamètre, elles sont commandées par des cylindres intérieurs ayant 0m,400 de hauteur sur 0m,300 de diamètre. Les roues d’adhérence ont 0m,900 de diamètre, et les cylindres correspondants ont un diamètre égal à celui des cylindres intérieurs, soit 0tu,500, avec une hauteur un peu plus grande, soit 0m,500. La locomotive pèse 21 tonnes elle peut remorquer un rain de 50 tonnes.
- Fig. 5.— Installation de la crémaillère sur les routes carrossables. 1. Coupe verticale.— 2. Vue en plan.
- lignes
- Fig. 4.— Disposition de la crémaillère pour les lignes funiculaires.
- Ces divers exemples montrent bien toute l’élasticité du type créé par M. Abt, qui peut s’adapter, comme on voit, à toutes les ondulations du terrain, en quittant ou reprenant la crémaillère, selon les besoins. On arrive ainsi a réduire dans une forte proportion les travaux de terrassement qui sont toujours si élevés dans les régions montagneuses, et on n’a pas à dépasser la dépense kilométrique des voies ordinaires, ce qui permet d’abaisser les frais d’établissement dans une mesure énorme en raison de la grande diminution de longueur du tracé; on a donc là une solution réellement applicable aux chemins industriels et qui recevra sans doute encore de nombreuses applications dans l’avenir.
- L’ingénieuse disposition représentée ligure 3 et qui supprime toute saillie des crémaillères permet d’établir la voie sans difficulté sur la plate-forme même des routes a la manière des tramways ; elle réalise ainsi dans ces certains cas une économie capitale sur les travaux de terrassement, et, pour les lignes à chaussée spéciale, elle simplifie complète-
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- LA NAT IR K.
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- aient l’installation des passages à niveau. Nous avons déjà donné d’ailleurs l’exemple d’une disposition analogue servant aux tramways ordinaires (V. n° 405, du 10 février 1881).
- Pour permettre l’application de son système dans tous les cas, et même sur les plus fortes rampes, M. Abt a étudié enfin une disposition spéciale de crémaillère pour chemins de fer funiculaires. Celle-ci, représentée ligure 4, comprend, comme on voit, un coussinet avec évasement à la partie inférieure formant logement pour le passage d’une ancre de sûreté rattachée au câble moteur. Les deux lames formant la crémaillère sont fixées latéralement aux joues du coussinet par des boulons de manière a ménager un vide central. En cas de rupture du câble, les bras de l’ancre viennent s’accrocher contre l’épaulement formé par les lames et préviennent ainsi tout déraillement. Comme l'ancre est placée au point d’attache du câble devant la roue dentée de la machine, on remarquera qu’elle sert en même temps d’appareil de nettoyage et de chasse-pierre. X...,
- Ingtniiour.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 juin 1886. — Présidence de M. l’amiral JuiUEN DE LA Gr.VVIÈRE.
- Sur les Bornia et leur fructification. — Noire savant collègue, M. Renault, signale dans les environs d’Autun,au nord-ouest du bassin Rouiller d’Ënost, un nouveau gisement silicifié de date beaucoup plus ancienne que ceux qui sont connus dans cette localité; il appartient au Kulm et peut-être en partie, au dévonien supérieur. L’auteur y a rencontré des fragments de Bornia transi-tionis (tronc et racines) qui lui permettent d’établir que les Bornia ne sont pas des Calamites, comme on l’a pensé jusqu’ici, mais des plantes phanérogames gymnospermes de la famille des Calamodendrées. C’est ce qui ressort aussi de la description des fructifications des Bornia, et de leur comparaison avec celle des Arthropitus et des Calamodendrons.
- Les épis des Bornia ne renferment que des verticilles fertiles sans alternance de verticilles stériles comme ceux des Calamodendrons et des Arthropitus. Les bractées fertiles, de forme peltoïde, portent au-dessous du disque quatre sacs; elles sont au nombre de 8 à 10 parverticille. Le bois secondaire n’est pas divisé en coins distincts par des lames cellulaires ou fibreuses, comme on le voit chez les Arthropitus et les Calamodendrons. Les faisceaux primaires des racines ne sont pas enclavés dans le bois secondaire.
- Par leurs caractères généraux, les Bornia appartiennent à la famille des Calamodendrées, mais ils y forment un troisième genre, les deux autres étant les genres Cala-modendron et Arthropitus.
- Le gypse des fausses glaises. — Toutes les personnes qui ont étudié le terrain d’argile plastique aux environs de Paris, à Auteuil, à Yaugirard, ont été frappées de la présence de beaux cristaux gypseux de la forme dite tra-pézienne, par Hauy. Ces cristaux, beaucoup plus nets que tous ceux des couches de pierre à plâtre, témoignent évidemment d’un mode de formation tout différent. C’est à ce titre que je crois devoir noter la production de cris-
- taux identiques, sauf pour la dimension, dans le cours d’une expérience disposée pour continuer l’étude des propriétés précipitantes des roches calcaires. 11 sera facile d’en appliquer le résultat à l’histoire des cristallisations si remarquables des fausses glaises. Ayant abandonné, pendant plusieurs mois, des fragments calcaires daus des dissolutions variées de sulfate de fer, j’ai vu sur plusieurs d’entre eux se former des cristaux de gypse présentant la forme et les groupements de ceux qui nous occupent. Beaucoup d’entre eux, malgré l’exiguïté des récipients, ont atteint plusieurs millimètres de longueur.
- L’intérêt de cette reproduction réside surtout dans la réunion, au sein des fausses glaises, avec les cristaux gypseux des corps mis en présence dans mon expérience, et de la substance qu’elle a secondairement produite.
- Le sulfate de fer y abonde en effet, résultant de l’oxydation de la pyrite et exsudant, en maints endroits, sui-les fronts de taille à l’état d’apatélite. Le calcaire n’y manque pas non plus en plaquettes plus ou moins épaisses et parfois strontianifères. D’un autre côté, avec le gypse, se présente le carbonate de fer ou sidérose, résidu de la réaction, tantôt terreux, tantôt globulifonne, dont l’abondance avait frappé Ch. d’Orbigny, il y a plus de cinquante ans.
- Physiologie végétale. — Dans un travail considérable sur la respiration des feuilles à l’obscurité, NIAI. Dehérain et Maquenne arrivent aux conclusions générales suivantes : 1° il ne se produit aucun dégagement ni aucune absorption d’azote penikmt la respiration des feuilles; 2° le rapport de l’acide carbonique à l’oxygène réel est indépendant de la durée du séjour de la plante à l’obscurité ; 5° ce rapport est dans des limites très étendues, indépendant de la pression partielle de l’oxygène ou de l’acide carbonique dans l’atmosphère ambiante; 4° il croit avec la température; 5° enfin il dépasse fréquemment l’unité.
- Philosophie de la science. — Nous signalons à nos lecteurs une remarquable étude publiée chez Gauthier-Villars sous ce titre : Relations réciproques des grands agents de la nature. C’est la traduction d’un travail inséré dans la revue scientifique Natur und Leben, qui se publie à Cologne sous la direction de M. Klein. Les vues de M. Clausius y sont magistralement développées avec le complément grandiose que M. G.-A. llirn a su y apporter.
- Election.— Le décès de M. de Lutke, de Saint-Pétersbourg, ayant laissé vacante une place de correspondant dans la section de géographie et de navigation, la liste de présentation portait : en première ligne M. Pissis (de Santiago); en deuxième ligne, M. Dubois (de Brest). M. Pissis est élu par 41 voix, contre 4 réunies par M. Dubois.
- Candidature. —M. le Dr Villemin, professeur au Val-de-Grâce, demande à figurer sur la liste de présentation. En Comité secret, la section propose, en première ligne, ex æquo et par ordre alphabétique : MM. Brown Sequart et Germain Sée; en deuxième ligne, MM. Bouchard et Jaccoud; en troisième ligne, MM. Ilayem, Ch. Richet et Ville-min. L’élection aura lieu dans la prochaine séance.
- Histoire de la science. — Comme complément de son travail de lundi dernier, M. Wolf communique une notice de M. Grimaud d’où il résulte que Borda et Hauy demandèrent en vain, le 28 frimaire an II, à la Commission des poids et mesures d’intervenir auprès du Comité du salut public pour obtenir l’élargissement de Lavoisier.
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- IA N AT IKK,
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- Varia. —M. Issel étudie lu géologie de l’Apennin. — M. Jaubert a observé un bolide au Trocadéro, hier dimanche, à 1Ü heures et demie du soir. —Les phénomènes d’absorption auxquels donne lieu l’oxygène sont étudiés par M. Janssen. — Au nom de M. Killian, M. Hébert présente une étude géologique de la montagne de Lure.
- Stanislas Meunier.
- CHRONIQUE
- L’orage du îïl mai au Havre. — La ville du Havre n’a point été épargnée par les nombreux orages qui viennent de ravager la France. Le principal orage a eu lieu le lundi 31 mai ; il avait la forme d’une couronne, de 35 kilomètres de diamètre environ ; son passage avant duré six heures, il en ressort une faible vitesse de translation d’une lieue et demie à l’heure. La couronne tournait en sens inverse des aiguilles d’une montre, et marchait du sud-ouest au nord-est, contre le vent d’est. Le Havre est entré dans l’orage vers 3 heures et demie de l’après-midi ; pendant une heure est tombée une violente pluie accompagnée des phénomènes électriques ordinaires, puis nous sommes entrés dans l’intérieur de l’anneau; on aurait pu croire le beau temps revenu, si, de tous les côtés, la ville n’eùt été entourée d’orages. A
- 7 heures et demie du soir, nous traversions le côté sud de l’anneau, la traversée devant durer deux heures. Vers
- 8 heures et demie se développait une trombe qui, par bonheur, n’atteignit point la terre; elle laissa seulement tomber verticalement une masse de grêle, qui, en peu d’instants, sur 6 kilomètres de parcours et sur 1 kilomètre de large, causa 200 000 francs de dégâts. Si la trombe avait touché terre et qu’un vent violent eût chassé les gréions (pesant jusqu’à 25 grammes), un désastre en serait résulté. La trombe était peu intense, et se détachait sur le crépuscule. Les éclairs, très nombreux, ont présenté parfois des formes extraordinaires ; d’abord sans contours précis, la lueur était bien plus intense au milieu que vers les bords. Les éclairs avaient ensuite des contours sinueux, puis ils tendaient vers la forme globulaire. Un de ces globes s’est décomposé en traits de Jupiter, qui ont foudroyé, sans grands dégâts, une maison située rue de l’Hôpital. Enfin, quand la grêle a touché le sol, d’immenses éclairs horizontaux, fort peu élevés, ont déchiré la nue. Tous ces éclairs, sans exception, étaient de couleur rose vif, et très bruyants. Emile Sorel fils.
- Havre, 12 juin 1886.
- Une trombe extraordinaire. — Un phénomène atmosphérique très curieux a eu lieu récemment à Bar-sur-Aube; nous en donnons le récit, d’après le Mémorial de la localité : « Samedi, 22 mai, vers 2 heures du soir, un tourbillon s’est subitement formé dans le jardin de M. Comte, maraîcher. Ce tourbillon a emporté avec une force ascensionnelle considérable, à une hauteur de 12 mètres environ, un châssis avec ses panneaux de vitres, installé dans le jardin, et d’un poids de 60 kilogrammes. Divers autres objets, qui se trouvaient à proximité, n’ont point été épargnés par le météore et ont accompagné le châssis dans l’espace; pendant leur ascension, tous ces objets étaient animés de mouvements giratoires très rapides. Cette trombe en miniature n’a duré que quelques instants et elle a disparu aussi subitement qu’elle est survenue. 11 est inutile de demander si la panique fut vive parmi les personnes présentes. Chose
- singulière, le phénomène était parfaitement limité et la trombe s’est localisée sur un espace de terrain très restreint. Au dire de certaines personnes qui travaillaient à proximité de l’endroit où le tourbillon s’est élevé, il ne s’est produit aucun ébranlement dans l’atmosphère et l’air ambiant a toujours été parfaitement cahne. )> Nous reproduisons le fait tel qu’il est mentionné par le Mémorial, heureux si quelque lecteur de Bar-sur-Aube pouvait nous donner des renseignements plus complets sur ce phénomène.
- Action de la lumière sur les animaux dépourvus d’yeux. — M. Graber a décrit dans les comptes rendus de l’Académie de Tienne des expériences qui prouvent que les animaux dépourvus d’yeux sont sensibles à la lumière. 11 prenait une boîte divisée en trois compartiments par des cloisons parallèles entre elles. Chacun de ces compartiments était muni de deux fenêtres voisines; il couvrait l'une d’elles d’une planchette, et exposait la boîte à la lumière ; de cette façon une moitié de chaque compartiment était éclairée tandis que l’autre était obscure. 11 mettait un certain nombre de vers de terre dans chaque compartiment en les répartissant le plus également possible ; d’heure en heure il enlevait le couvercle de la boîte et comptait les vers qui se trouvaient en face de la fenêtre libre et ceux qui étaient en face de la fenêtre couverte; puis il les distribuait également à droite et à gauche; toutes les quatre heures il mettait d’autres vers. Les résultats additionnés de plusieurs expériences lui donnèrent un total de 210 vers dans les parties obscures et de 40 dans les parties éclairées. Comme, au début de chaque expérience, ils étaient répartis également sur la surface de la boite, il en concluait que 85, c’est-à-dire les 2/5, avaient fui la lumière. M. Graber étudia aussi l’action des différents rayons sur ces animaux; en employant des verres rouges et des verres bleus, par exemple, il constata qu’ils manifestaient une préférence marquée pour la lumière rouge. E. P.
- La traction des tramcars par les chevaux.
- — Sur les tramways nord de Chicago, les cars circulent à une vitesse de C milles (10 kilomètres) à l’heure. Le service actif utile d’un cheval est de cinq ans sur un bon pavé bien entretenu. Sur les rails anciens, en fer, l’effort de traction, à une vitesse de 8 kilomètres à l’heure, était de 14,6 kilogrammes par tonne; avec les nouveaux rails en acier, l’effort de traction s’est abaissé à 7 kilogrammes par tonne. L’effort de traction au démarrage est descendu de 134,6 livres (61 kilogrammes)à 116,5 livres (53 kilogrammes) par tonne. La puissance moyenne développée par une paire de chevaux est de 1,208 cheval-vapeur, soit 0,604 cheval-vapeur par cheval animal.
- Le plus grand effort de démarrage observé a été de 283,5 livres (129 kilogrammes) par tonne.
- Pavage en céramite.— Nous trouvons dans les travaux delà Société des Ingénieurs civils une note deM. Gouvy, relative à ce nouveau genre de pavage essayé avec beaucoup de succès à Budapest. Il s’agit d’une pierre artificielle, à laquelle on a donné le nom de céramite et qui présente une résistance extraordinaire à la compression. Dix cubes de céramite, dont les dimensions ne sont pas indiquées, ont donné pour la résistance à la compression, des résultats variant de 1896 à 3172 kilogrammes par centimètre carré. Deux de ces cubes ont même résisté à la pression maxima de la presse hydraulique (2562 et 3172 kilogrammes). Dans des essais comparatifs faits sur 22 blocs de granit, la
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- LA NATURE.
- charge d’écrasement avait varié de 866 à 1631 kilogrammes. A l’Académie de Berlin, on a essayé 23 cubes de céramite, ayant de 5 à 6 centimètres de côté; la charge moyenne d’écrasement a été de 2845 kilogrammes par centimètre carré. Pour poser le pavage en céramite, on commence par damer soigneus^rient le sol. Sur le sol, on pose des briques de cnamp, qui ont 50 X 11 X 9,5 centimètres dans le cas de pavés petit modèle, et qu’on recouvre d’une couche de sable de 2 centimètres, après avoir coulé du mortier de ciment dans les joints. Enfin, on pose les pavés de céramite en diagonale sur l’axe de la chaussée et à sec, en coulant dans les joints un mélange de 1 partie de goudron de houille chauffé, 4 parties de poix ordinaire et 15 à 20 parties de sable. On pourrait remplacer les briques par une couche de béton ; mais, dans les conditions où se trouve l’entrepreneur de ce genre de pavage à Budapest, les briques coûtent moins cher. Les pavés de céramite, petit modèle, ont 20x10 x 8 centimètres; ceux du grand modèle ont 20 X 20 x 10 centimètres, et, dans ce cas, les briques sont un peu plus fortes. Au point de vue de la dépense de première installation, la céramite est moins avantageuse que l’asphalte, mais plus avantageuse que le bois et que le granit. Quant à l’entretien, il n’y a pas de différence entre l’asphalte, la céramite et le granit; le bois coûte un peu plus. A tous les autres points de vue, le pavage en céramite a les mêmes avantages que l’asphalte. Il est un peu plus bruyant, mais aussi moins glissant et il résiste aux lourdes charges que ne supporte pas toujours l’asphalte. Quant au
- granit et au bois, les essais faits à Budapest tendent à établir leur infériorité, relativement à l’asphalte et à la céramite.
- LES APPAREILS
- D’ENSEIGNEMENT ÉLECTROTECHNIQUE
- L’enseignement de la physique et celui de l’électricité en particulier se sont considérablement modifiés depuis une dizaine d’années : les appareils qu’on se contentait d’observer avec le plus grand respect sur la table du professeur, ou derrière les vitrines des collections, sont mis, pour la plupart, entre les mains des élèves qui en étudient le fonctionnement pratique et les moindres détails avec [dus de profit. Nous pourrions citer telle école, oii l’enseignement pratique est poussé assez loin pour que le professeur puisse se dispenser de faire une seule expérience de cours, tous les élèves vérifiant par eux-mêmes au laboratoire, les principes et les lois expérimentales qu’on leur demande d’admettre provisoirement.
- Ce mode d’enseignement que nous souhaitons voir
- Appareils d’enseignement éleetrotechnique. Duplex différentiel. Modèle de démonstration.
- se généraliser dans l’enseignement des sciences expérimentales, demande la création d’un matériel spécial composé d’appareils simples, ne mettant à contribution qu’un nombre d’organes restreints, nécessaires et suffisants à l’observation de la loi, du principe ou du système que l’on veut mettre en relief. Nous avons déjà eu l’occasion de décrire le matériel scolaire combiné par M. Anatole Gérard1, nous signalerons aujourd’hui, dans un autre ordre d’idées, un modèle de démonstration construit par M. Noé, que représente la figure ci-dessous, et qui a pour but de faire comprendre, même aux moins initiés aux secrets de l’électricité, le principe fondamental des transmissions télégraphiques simultanées par le duplex différentiel. Sur fine tablette en acajou de 50 centimètres de longueur sont réunis les clefs Morse, les récepteurs, la bobine formant la ligne, les résistances d’équilibre, etc., qui permettent d’effectuer la transmission : toutes les communications sont apparentes et peuvent être embrassées d’un seul coup d’oeil. Aux extrémités de la planchette sont quatre bornes auxquelles il suffit de relier les
- piles de chaque poste—oLeclan-ché en tension — pour que le système soit prêt à fonctionner. Ce modèle peut servir de type pour rétablissent en I; d’appareils analogues de transmission télégraphique : duplex à pont, diplex, quadruplex , transmissions multiples, télégraphes autographiques, et autres appareils analogues.
- Ce que nous venons d’indiquer pour la télégraphie, peut s’étendre aux autres branches de la science électrique appliquée, et nous voudrions voir remplacer les appareils classiques actuels un peu surannés, par des appareils de mesures.simples et pratiques, habituant les élèves à la comparaison des grandeurs physiques, des transformateurs et des condensateurs à couplages variables, permettant de vérifier pratiquement les lois fondamentales de l’induction et des capacités, etc. ; nous voudrions, en un mot, voir l’enseignement industriel vulgarisé par des méthodes et des appareils mieux en rapport avec les procédés et les progrès de l’industrie actuelle. Nous serons toujours prêt à encourager les constructeurs qui prendront l’initiative de réformer le matériel d’enseignement technique pour le tenir au courant des derniers progrès de la science.
- 1 Vov. n® 550, du 15 décembre 1885, p. 44.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- n° csa.
- ac JUIN 1880.
- LA NATURE.
- UN L0NGIC0RNE A GRANDES DENTS
- Il n’est presque personne qui ne connaisse un de nos plus gros Coléoptères qu’on appelle le Lucane Cerf-Volant. Le male présente la tète munie d'énormes
- mandibules qui rappellent un bois de cerf em’obli-gent à voler le corps presque vertical, dVfei les Æ chaudes soirées de juin, au milievcdes bois de cwèïiqs j'n. dont le tronc nourrit sa larve. On ne connaît " l’usage de ces grands appendices qui manquent à la femelle ou Biche. Les “Romains suspendaient ces
- mandibules cornues au cou de leurs enfants pour les préserver des maladies du jeune âge. On croit dans certaines parties de l’Allemagne que les Lucanes prennent îles charbons ardents entre ces pinces et vont propager des incendies. En réalité, malgré ces formidables apparences, ils ont des mœurs très douces et sucent avec délices, au moyen de leurs W année. — 2° semestre.
- mâchoires en forme de houppes, les liqueurs qui suintent des crevasses des chênes. Swammerdam en avait un, apprivoisé avec du miel, et qui le suivait, dit-on, comme un chien.
- Nous retrouvons la même exagération des mandibules, également détournées de leur fonction masticatoire normale, dans des Coléoptères de l'Amérique
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- LA NATURE.
- équinoxiale appartenant à un tyj»o tout différent et par les adultes et par les larves. On connaît depuis longtemps des espèces du groupe des Priones appartenant aux Longicornes ou Coléoptères à longues antennes et à quatre articles aux tarses, et pour lesquels, en raison de leurs très grandes mandibules, Audinet-Serville a établi le genre Macrodontia {Annales de la Soc. entoinol. de France, 18«r> 12. p.lotl), mot qui veut dire : longue dent. Les mandibules sont droites, plus longues que la tète, pluri-(tentées au côté interne, arquées à leur extrémité, du reste de forme variable. La tète est aussi longue que large, plane biearé-née en dessus, largement écbancrée en are antérieurement. Les antennes, comme chez tous les Priones, sont courtes pour des antennes de Longi-eornes, n’atteignant pas, couchées, le milieu des élytres, leur premier article en massue triquètre, les suivants filiformes, et, à partir du troisième, criblés de pores très serrés et réticulés. Les yeux sont très grands et saillants , fortement bombés en dessus, ce qui indique des Insectes crépusculaires. Le corselet est transversal, avec six épines saillantes , trois de chaque côté, les quatre antérieures subégales, les postérieures plus courtes. Ce corselet tri - épineux latéralement est essentiellement un caractère de Priones. L’écusson est cordiforme, aigu en arrière. Les élytres sont très amples, ou plus médiocrement convexes, largement rebordées sur les côtés en avant, subparallèles ou oblongo-ovales, arrondies ou tronquées au bout, avec leur angle suturai brièvement épineux, un peu plus larges que le prothorax à leur base. Les pattes sont longues et peu robustes, avec des tarses courts et très larges, allant en s’élargissant graduellement, les articles 1 et 2 subégaux. Le dernier segment abdominal est arrondi en arrière et étroitement échancré dans son milieu. Le corps est large, déprimé, glabre et ailé. Les antennes de la femelle sont pareilles à celles du male, les mandibules aussi semblables, mais plus courtes, ce qui n’arrive pas du tout dans notre Cerf-Volant, le dernier segment abdominal est largement tronqué en
- Fig. 2. — Nymphe de Mncrodon-tia cervicornis. (Demi-grandeur naturelle.)
- arrière. L’espèce typique du genre Macrodontia et qu’on trouve assez fréquemment dans les cadres d’insectes des marchands naturalistes, est l’ancien Prionus cervicornis, Linn. (lig. 1) de Cayenne, de Colombie (Santa-Fé-de-Bogota), du Brésil. Les mandibules, la tète et le pro thorax sont d’un brun rougeâtre, avec quelques taches vagues moins foncées sur le prothorax. Les antennes et les pattes sont d’un brun rougeâtre. Les élytres sont à fond oereux foncé avec des taches longitudinales noires ou d’un brun très foncé. Un- mâle de Cayenne, de la collection du Muséum, a 14 centimètres de long, y compris les mandibules. Le genre compte actuellement six espèces, toutes de l’Amérique du Sud chaude, Colombie, Guyane, Brésil. A la façon de nos Priones et de nos Capricornes d'Europe, les larves et les nymphes des Macrodontia passent leur existence à l’intérieur «les troncs d’arbre où les larves se sont nourries du tissu ligneux. Elles demeurent décolorées ou d’un blanc jaunâtre, très grasses et dodues. Les larves sont sans pattes ou n’en offrent que des vestiges, n’ayant (le force que dans d’épaisses et puissantes mandibules, servant à ronger les bois les plus durs.
- Nous représentons d’après nature (lig. 2), la nymphe du Macrodontia cervicornis. 11 s’est opéré un travail organique considérable, surtout pour le développement des grandes antennes de l’adulte, remplaçant les très petites antennes de la larve et se recourbant par-dessous derrière les énormes mandibules déjà si apparentes. Les pattes sont repliées en dessous le long du ventre, les fourreaux des élytres et des ailes rejetés sur les côtés.
- Nous n’avons pu nous procurer pour notre habile dessinateur aucune larve de Macrodon tia, qui restent cachées profondément dans les troncs d’arbre. Nous figurons une larve très analogue d’aspect d’un genre voisin du même groupe, celle de l’Acantbopliore scr-raticorne (lig. o). Les adultes de ces gros Coléoptères «pii volent le soir sont capturés par les indigènes en raison de la singularité de leurs formes et souvent de l’éclat (le leurs couleurs. Ils sont apportés dans les villes et vendus à des correspondants des marchands naturalistes d’Euro oc Les larves des gros Prioniens
- Fig. 3. — Larve d’Acanthophorc serratieorne.
- (Demi-grandeur naturelle.)
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- sont recherc liées }>our un autre mot il’. Outre leurs proportions majestueuses, elles ont un aspect tout à lait appétissant, leur peau molle et transparente laissant apercevoir des tissus délicats qui rappellent, par leur couleur d’un blanc jaunâtre, les dehors d’une volaille convenablement engraissée. De telles qualités, étant donné que ces larves ne vivent pas à découvert et ne sont jamais très abondantes, doivent les faire considérer comme une excellente aubaine par les Indiens qui ont la chance d’en rencontrer quelqu’une. À la Jamaïque, à l’île Maurice, les Européens comme les indigènes mangent des larves de Prioniens connues sous les noms de Moutac et de Macauco. 11 est très probable que les larves du Grand Capricorne, (pii vivent à l’intérieur des chênes, où elles percent de très dommageables galeries, sont ces Vers nommés Cossus par les Romains, remplis d’une crème délicate et qui figuraient avec honneur sur les tables de Lucul-lus. Les meilleurs à manger, dit Pline, sont les gros Vers des chênes. Les dames demandaient à cette nourriture substantielle un embonpoint qui prolongeait leur beauté. Maurice Girard.
- NOUVELLES AMORCES ÉLECTRIQUES
- DE M. RUGGIERI
- ET APPAREIL I)E VÉRIFICATION RAPIDE DE M. DUCRETET
- l/inflammation des mines à la poudre ordinaire ou à la dynamite présente de nombreuses difficultés et des dangers que M. Scola Ruggieri a cherché à éviter par l’emploi de nouvelles amorces.
- Ces amorces se composent de deux fils de cuivre b, I) (fig. 1) recouverts de soie vernie et enroulés à l’une de leurs extrémités sur un petit cylindre en bois C. Autour de ces fils et de leur support on colle une cartouche eu papier, remplie d’une pâte fusante, mélange de chlorate de potasse, de salpêtre, de sulfure d’antimoine et de charbon de cornue finement pulvérisé : cette dernière matière est
- Fig. 1. —Amorce électrique de M. Scola Ruggieri.
- destinée a donner une faible conductibilité à la masse. Les fils ainsi disposés sont fixés b''l’extrémité d’un tube en papier AA qui contient un porte-feu ou mèche en pul-vérin B.
- Lorsqu’on veut déterminai'* l’explosion d’une mine chargée à la poudre ordinamlf on réserve dans le bourrage un étroit cylindre vitïe au moyen d’une épinglette. C’est à la partie supérieure de ce canal que l’on place l’amorce que nous avons décrite. Il suffit de relier ses deux fils à une bobine d'induction, ou mieux à l’ingénieux appareil dit coup-de-poing, pour obtenir au moment voulu une étincelle d’extra-courant qui enflamme la pâte fusante. Les gaz produits dans cette combustion allument la mèche en pulvérin et la projettent avec une grande vitesse jusqu’au sein de la mine.
- Lorsqu’on emploie de la dynamite, on ajoute une
- amorce fulminante, sur laquelle vient buter la mèche au moment de sa projection. Pour s’assurer de ces amorces de manière à éliminer toutes celles dont l’effet n’est pas certain, on les a construites de telle sorle que l’étincelle de l’extra-courant de l’appareil électrique éclate sûrement au milieu de la composition fusante, 11 faut donc s’assurer : 1° que les deux fils de cuivre ne sont pas en contact métallique, ce qui arriverait dans le cas où l’enveloppe protectrice sera i b. «n levée; 2° que ces deux fils sont cependant assepl-approchés pour que l’étincelle éclate entre eux. /i*
- C’est pour fairç.'cette vérification et pouvoir éliminée rapidement et facilement toutes les amorces dont l’effet ne serait pas certain que M. Ducretet a combiné l’appareil représenté ci-dessous (fig. 2).
- 11 se compose d'un interrupteur à mouvement d’horlogerie destiné à interrompre le cm^iif d'une pile P composée de trois éléments Leelanché. Le courant ainsi interrompu se partage en deux dérivations, l’une formée par une bobine B, l’autre par l’amorce à vérifier et un téléphone T. La mise en circuit des amorces se fait rapidement par Tint crmédiaire des petites cuves à mercure % et llg' dans lesquelles on fait plonger les bouts de chacune d’elles.
- Lorsqu’on met l’interrupteur en mouvement, on constate que, dans le cas où il y a contact métallique entre les fils de cuivre de l’amorce, on perçoit dans le téléphone un bruit in-
- suppoi table. Si, au pjg g.— Appareil d’essai des amorces contraire, les deux fils de M. Ducretet.
- sont absolument isolés, le téléphone reste muet; et enfin, si l’amorce est de bonne qualité, on perçoit une faible crépitation résultant du passage du courant à travers la matière fusante, qui renferme une notable proportion de charbon de cornue.
- Dans ce dernier cas seulement, l'amorce est reconnue de bonne qualité, et l’on peut être assuré de son inflammation certaine.
- Des amorces préalablement étalonnée» par des méthodes galvanométriques exactes servent de repères téléphoniques.
- Le même appareil peut être appliqué à l’essai rapide des circuits de grande résistance ainsi qu’à celui de leur isolement. Le but de la bobine B est sans doute d’atténuer la sensibilité du système, car il nous semble qu'avec un téléphone moins sensible, elle pourrait être supprimée sans aucun inconvénient, son but étant surtout de shunter le circuit formé par l'amorce et le téléphone.
- Quoi qu’il en soit, l’appareil de M. Ducretet est d’un emploi commode et pratique ; il permet de vérifier un très grand nombre d’amorces, dont la résistance dépasse un mégohm en un temps très court et de s’assurer de leur qualité.
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- LA NATURE.
- CONJONCTEUR-DISJONCTEUR AUTOMATIQUE
- POUR LA CHARGE DES ACCUMULATEURS
- La charge des accumulateurs par des sources d’énergie électrique irrégulières demande des précautions spéciales pour éviter que les accumulateurs ne viennent se décharger dans le générateur, en le mettant quelquefois hors de service. Le but du conjoncteur-disjoncteur est de relier automatiquement les accumulateurs à la source de charge lorsque celle-ci a une force électromotrice suffisante pour effectuer cette charge et de rompre la communicat ion dès ({lie la force électromotrice de cette source devient insuffisante {tour effectuer le chargement.
- Nous avons fait connaître autrefois1 un appareil destiné à remplir cette fonction, mais il présentait, au point de vue {trafique, un inconvénient que la disposition nouvelle représentée ci-contre fait disparaître : il fallait régler l’appareil suivant le nombre d’accumulateurs en tension a charger, et chaque modification dans le nombre ou la nature de ces accumulateurs demandait un nouveau réglage.
- La nouvelle disposition met à profit les propriétés des relais polarisés ainsi que le double enroulement déjà emplové dans l’appareil de 1880.
- Le conjoncteur-disjoncteur se compose en principe d’un aimant N S et d'une tige verticale, en fer doux entourée d’une bobine fixe roulée de deux fils, l’un gros et court, l’autre long et fin. Cette tige de fer doux s’aimante sous l’action des courants qui traversent les deux fils de la bobine et peut prendre deux positions différentes : elle entraîne dans son mouvement un basculeur en cuivre qui, suivant sa position, établit une communication électrique entre le godet en fer du milieu rempli de mercure et l’un ou l’autre des deux autres godets latéraux renfermant également du mercure.
- Le fil fin de la bobine est monté en circuit avec les accumulateurs à charger et la source de charge, une machine dynamo, par exemple, pour fixer les idées. Si celle-ci est arrêtée, le courant qui traverse la bobine à fil fin est devenu tel que le basculeur établit le contact entre le godet du milieu et le godet de gauche : dans certains cas spéciaux, ce godet ferme le circuit sur une sonnerie placée entre le point C et les accumulateurs, qui avertit ainsi que la machine ne charge pas.
- 1 Yoy. n° 389, du 13 novembre 1880, p. 380.
- le godet du milieu ce moment, le gros fil se
- Conjoncteur-disjoncteur autoniatiqii pour la charge des accumulateurs.
- Lorsque la machine est en marche et produit une force électromotrice supérieure a celle des accumulateurs, le courant change de signe dans le fil fin, le relais polarisé est attiré en sens inverse et le bas-euleur établit le contact entre et le godet de droite. A trouve établi en dérivation sur les extrémités du fil fin, et comme il a une très faible résistance, il permet à la machine de charger, tout en maintenant la tige du relais dans la position de charge.
- Lorsque la machine ralentit son allure, que le courant de charge devient nul et commence à changer de signe, le basculeur rompt le circuit à gros fil et les choses reviennent à l’état initial. On voit ainsi (jne le système fonctionne sans aucun réglage, par le fait seul de la supériorité ou de l’infériorité des forces électromotrices inverses de la machine et des accumulateurs. On modifie la sensibilité en agissant sur deux vis qui règlent la course de l’armature. L’appareil se dispose très simplement en circuit en reliant la borne A au positif des accumulateurs, la borne B au positif de la source et la borne C à la sonnerie d’avertissement, s’il y a lieu. Tous les détails ont été étudiés par M. Simmen, le constructeur de l’appareil, pour en rendre le fonctionnement absolument sûr, et c’est pour cela que les contacts sont tous en mercure, les seuls sur lesquels on puisse compter avec les courants industriels. Le fil fin a assez de résistance, de 500 à 2000 ohms, suivant le nombre moyen des accumulateurs à charger, pour ne dépenser qu’une fraction très faible de la charge pendant que la source ne charge pas. Lorsque la machine est volontairement arrêtée pendant une période un peu longue, il suffit de retirer la clef placée au-dessus de II pour rompre la communication entre la source et les accumulateurs, et supprimer ainsi cette faible cause de dépense. Faisons observer à propos de la charge des accumulateurs par des machines, qu’il convient d’adopter exclusivement pour cet emploi, des machines à courant continu, et non pas a courants redressés. Il faut aussi employer une machine magnéto, une shunt-dynamo (excitation en dérivation) ou une compound-dynamo (machine à double enroulement). Les séries-dynamos (inducteurs dans le circuit) occasionnent de fréquents changements de sens du courant, et ne réamorcent pas automatiquement une fois le circuit rompu, à moins de compliquer inutilement F appareil. E. II.
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- LA NATURE
- LE DIPL0GR4PHE DE M. LEVESQUE
- Tout le monde sait combien il est facile d’écrire double, avec deux plumes fixées au bout d’un même manche. Pour faire une application utile de ce procédé, il fallait trouver le moyen d’écrire ainsi, on une seule fois, sur deux feuilles de papier différentes.
- M. Lcvesquea résolu ce problème, au moyen d’un pupitre qu’il vient de construire et auquel il donne le nom de diplographe.
- Cet appareil se compose d’une planchette qui, au moyen de deux feuillures latérales, coulisse dans les rainures d'un châssis, servant de bâti, incliné devant l’écrivain. Une tablette, placée transversalement, à 12 ou 15 millimètres au-dessus de la planchette, est,
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- fixée, par ses deux bouts, sur deux petites consoles appliquées aux deux côtés du châssis.
- L’une des feuilles de papier (feuille inférieure) est posée à plat sur cette, planchette et maintenue par la pression d’une lame d’acier. L’autre feuille, (feuille supérieure) est saisie par son bord d’en haut, au moyen d’une longue pince, dont les extrémités se lixent à volonté à la tête de deux petits supports qui sont eux-mêmes fixés au haut de ladite planchette.
- Quand on doit commencer une page d’écriture, la planchette étant amenée au plus bas de sa course, la partie de la feuille supérieure qui doit recevoir la première ligne, repose sur la tablette ; le bas de cette feuille est replié en dessous, et pressé contre ce dessous de la tablette, par une lame garnie de velours. L’une des deux [dûmes trace l’écriture sur la
- « Diplogi’iiplic, appareil permettant d'obtenir simultanément deux copies manuscrites.
- partie de la feuille supérieure, qui repose sur la tablette, [tendant que l’autre plume trace les mêmes caractères sur la partie correspondante de la feuille inférieure.
- Après avoir écrit chaque ligne, on fait remonter la planchette de, la quantité voulue : elle entraîne les deux feuilles : la feuille supérieure étant ainsi tirée par en haut, et retenue par en bas par le presse-papier, reste bien tendue sur la tablette, tout en remontant de la même quantité que la feuille inférieure. On peut alors écrire la ligne suivante sur les deux feuilles à la fois.
- Une feuille de carton rigide est interposée entre les deux feuilles de papier, de manière à empêcher celle de dessus de brouiller l’écriture tracée sur celle de dessous.
- La progression de la planchette se fait au moyen d’une corde enroulée sur une poulie, placée sous le
- châssis, dont, l’arbre est muni, à son extrémité, d’une roue que l’écrivain actionne de la main gauche, sans avoir besoin d’y apporter de l’attention. L’avancement est en effet réglé, ligne à ligne, par un enclenchement avec une, crémaillère, qui se change à volonté, suivant qu’on veut des lignes plus ou moins espacées.
- Le diplographe, n’étant pas composé de pièces délicates, est, d’une assez grande solidité. Celles qu’un choc violent viendrait à briser peuvent d’ailleurs être remplacées par toute personne ayant vu l’appareil.
- Ce pupitre est assurément ingénieux; il pourra être utilisé dans les administrations publiques ou privées, et partout où l’on a besoin d’obtenir immédiatement et sans préparation, deux copies manuscrites, identiquement pareilles, point pour point, trait pour trait. X..., ingénieur.
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- LA N AT II UE.
- L’OBSERYATOIRE DU SONNBLICK
- LE PLUS ÉLEVÉ 1)E L’EUROPE
- L’impulsion imprimée depuis une vingtaine d’années aux études météorologiques, a déterminé la construction d’un certain nombre d’Observatoires sur les points élevés des chaînes de montagnes : le plus célèbre est, en France, celui du Pic-du-Midi construit par M. le général de Nansouty et bien connu de nos lecteurs. Ceux de l’Etna et du Sentis, dans le canton d’Appenzell, sont également renommés. Un nouvel Observatoire va bientôt se dresser au sommet du Sonnblick, l’un des pics des Alpes tyroliennes, à une hauteur qui n’a pas encore été atteinte en Europe et qui est supérieure à 5000 mètres. Cet emplacement, sur lequel l’attention des météorologistes a été attirée pour la première fois par M. Rojaces, propriétaire des mines de la vallée de Rauris, a l’avantage, quoique situé au milieu des neiges éternelles, d’offrir un accès relativement facile. Car les mines, situées à 1500 mètres au-dessus du niveau de la mer, sont reliées à la vallée à l’aide d’un système de transports par câbles aériens qui dessert également une station supérieure à l’altitude de 2400 mètres et peut transporter des voyageurs. Au delà, il suffit de trois heures de marche pour franchir sur un glacier, la distance complémentaire. L’Observatoire, dont la construction s’effectue en ce moment, comprend une maison d’habitation flanquée d’une tour destinée aux observations. La première est entièrement en bois, avec revêtements intérieur et extérieur; les madriers sont fortement amarrés dans le roc. Le choix du bois a été déterminé par sa moindre pénétration au froid, mais il nous paraît critiquable au point de vue des dangers d’incendie sous l’action d’un coup de foudre, si un défaut de continuité survient dans les conducteurs des paratonnerres et en rend la protection insuffisante. L’une des chambres est, réservée au gardien chargé des observations, l’autre aux savants qui désireront venir faire des expériences. La tour est entièrement construite en pierres massives. L’ensemble est protégé, par trois paratonnerres, contre les violents coups de foudre qui atteignent fréquemment les hauts sommets. Les conducteurs sont plongés dans le glacier environnant. L’Observatoire est en communication avec la mine par une ligne téléphonique qui se continue ensuite jusqu’à Rauris sur une longueur totale de 25 kilomètres.
- UN PRÉCURSEUR DE PARMENTIER
- M. Jean Voutel a récemment fait connaître, dans le Nouvelliste de Rouen, l’histoire d’un précurseur de Parmentier, nommé Mustek II est né à Rouen, vers 1725, et il y est mort en 1805. Il embrassa de bonne heure la carrière des armes, assista à un nombre respectable de batailles, qui lui valurent le grade de capitaine de dragons et la décoration de l’ordre de Saint-Louis. En 1765, Mustel quitta le service, après le rétablissement de la paix, pour se livrer tout entier à l’étude de la science agronomique. La culture de la pomme de terre le séduisit tout particulièrement. Dans le cours de ses campagnes, il en avait reconnu les avantages en Allemagne, en Flandre, en Alsace, et avait résolu de la vulgariser en France où elle n’était pratiquée que par un très petit nombre de personnes. La pomme de terre était alors considérée comme une plante rare et dont la culture n’offrait aucun avantage pratique. Mustel étudia les différents procédés employés dans le
- autres pays d’Europe pour cultiver les pommes de terre, et se livra à des expériences, dont il consigna les résultats dans un Mémoire sur les pommes de terre et le pain économique, qui parut en 1767. (C’est en 1775 seulement que Parmentier publia le sien.) Le pain économique dont il parle se compose de farine de pomme de terre mélangée avecj une certaine quantité de farine de seigle. Ce mémoire eut un grand succès'; il fut traduit en Allema gne, en Angleterre et en Italie par ordre du gouvernement ; un extrait en fut même publié dans la Gazette de France. Les dernières préventions n’étaient cependant pas encore vaincues, et Mustel voulut, pour en triompher, joindre à l’instruction la pratique et l’exemple, en rendant les expériences publiques et en mettant les produits obtenus à la disposition des cultivateurs. Mustel loua un terrain aux environs de Rouen et y planta six boisseaux de pommes de terre, que M. de la Michodière, alors intendant à Rouen, avait fait venir tout exprès d’Angleterre. La récolte s’éleva à 180 boisseaux qui furent distribués à tous les cultivateurs qui en firent la demande. Voilà l’histoire véridique de, l’introduction des pommes de terre en France, telle que Mustel l’a racontée lui-même dans un numéro du Journal de Normandie de 1788.
- BATIMENTS EN TOLES EMBOUTIES
- La Société, anonyme des forges d’Aiseau vient d’établir diverses constructions métalliques d’une certaine importance destinées à l’Amérique du Sud. Ces batiments n’ont rien de l’aspect raide, monotone et froid qu’évoque naturellement à l’esprit l’idée des constructions en fer. La tôle, élément essentiel de ces constructions, assouplie sous l’action de puissants moyens mécaniques, y revêt les formes les plus variées de l’architecture. Elles se composent principalement de panneaux en tôles minces embouties sous des formes à la fois élégantes et de très grande résistance appareillés, comme les pierres détaillé d’un édifice, et assemblés entre eux, très solidement, par des moyens qu’il ne nous est guère possible de décrire, mais qui, à l’examen, paraissent à la fois simples et pratiques. La disposition de ces panneaux produit, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur des batiments, une ornementation naturelle parfaitement suffisante. Il faut réellement avoir vu ces constructions pour se rendre compte de l’effet agréable qu’elles produisent à l’æil, de leur solidité et de leur confort. Sous ce rapport, tous les murs, cloisons, etc., voire même les toitures, sont à doubles parois, séparées par un matelas d’air et isolées par des éléments mauvais conducteurs de la chaleur. Des dispositions très sérieusement étudiées permettent aussi de combattre efficacement les influences climatériques, ce qui a été jusqu’ici un des grands écueils des constructions métalliques. Si nous ajoutons que le poids de ces bâtiments est réduit à des proportions étonnantes, que leur stabilité ne laisse rien à désirer, que des constructions importantes de l’espèce peuvent être édifiées et démontées en quelques jours par des ouvriers quelconques et qu’enfin leur prix n’est pas plus élevé que celui des constructions en bois ou en maçonnerie les plus économiques, nous en aurons dit suffisamment pour montrer qu’il pourrait y avoir là la solution d’un vieux problème depuis longtemps cherchée et qui est susceptible d’applications nombreuses, notamment à certaines installations de chemins de fer, tramways, etc., à des hôpitaux, à des constructions industrielles, voire même à des installations de villas, etc.
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- LE MOTEUR ANIMÉ
- ET I,E MOTEUR A VAPEUR
- Dans une étude publiée récemment par la Revue scientifique, M. André Sanson cherche à établir que, si l’un compare le moteur à vapeur et le moteur animé dans les limites de puissance et de vitesse naturellement imposés à ce dernier, le moteur animé est plus économique que le moteur à vapeur.
- Si l’on compare la machine à vapeur et le moteur animé comme appareils de transformation de l’énergie chimique en énergie mécanique, on trouve une supériorité très grande en faveur de la machine animale. Tandis que le rendement théorique de la machine à vapeur ne dépasse jamais 10 pour 100 dans les meilleures conditions, il atteint et dépasse 52 pour 100 avec le cheval.
- M. Sanson établit, d’autre part que la puissance admise pour le cheval-vapeur, 75 kilogrammètres par seconde, considérée généralement comme représentant un maximum rarement atteint par les chevaux animaux, serait plutôt inférieure lorsqu’on considère les animaux employés aux travaux agricoles qui produisent jusqu’à 80 kilogrammètres par seconde. Depuis, on a constaté que les chevaux d’omnibus et de tramways vont jusqu’à 90 kilogrammètres par seconde.
- Les deux cas particuliers cités par M. Sanson sont topiques et viennent bien à l’appui de la thèse qui paraît paradoxale au premier abord. Il s’agit du labourage à vapeur et de la traction des voitures sur rails.
- Dans une exploitation agricole bien organisée et bien conduite, le travail moteur est obtenu gratuitement en le demandant à des animaux en période de croissance, équidés ou bovidés, qui payent, et au delà, par leur plus-value acquise, les frais de leur entretien et donnent aux aliments qu’ils consomment une valeur supérieure à celle qu’on aurait obtenue en les vendant au marché. Ce travail constitue en outre une gymnastique qui contribue à leur perfectionnement et augmente leur valeur.
- Mais même avec des chevaux adultes, le labourage à vapeur est moins économique que le labourage par chevaux, en tenant compte de tous les frais d’amortissement et d’entretien afférant aux deux systèmes. Avec la vapeur, la tonne-mètre (1000 kilogrammètres) ressort à 0,17 centimes tandis qu’avec des chevaux, elle ne dépasse pas 0,15 centimes, même en payant l’alimentation du cheval au prix du marché, hypothèse généralement défavorable à l’exploitation agricole.
- La traction des tramways conduit aux mêmes conclusions. Sur la ligne de Montparnasse-Bastille, la traction à vapeur ressortait à 57 fr. 65 par voiture et par jour, tandis que la traction par chevaux ne coûte que 47 francs. C’est donc une économie de plus de 10 francs par voiture et par jour ainsi réalisée par la substitution des chevaux à la vapeur. Ces différences portent surtout sur les différences de salaire du personnel exigé par l’un ou l’autre des deux systèmes.
- M. Sanson conclut qu’au-dessous d’une puissance de vingt chevaux, l’emploi du moteur animé est pratique et économique chaque fois que ce dernier peut satisfaire aux exigences du service, soit comme effort à exercer, soit comme vitesse, et qu’il est d’autant plus économique que les puissances à produire sont plus petites.
- Ces conclusions réservent d’ailleurs entièrement le côté de la question relatif à la production d’un travail intermittent et irrégulier, et la thèse soutenue par l’auteur ne
- doit inspirer aucune inquiétude aux constructeurs de machines. Le règne de la vapeur ne sera pas clos pour cela, et le seul paradoxe battu en brèche par M. Sanson, c’est que l’introduction du moteur à vapeur soit un progrès absolu et réalise une économie dans tous les cas,
- L’EXPOSITION D’HYGIÈNE URBAINE1
- LES APPAREILS DE DÉSINFECTION
- Quelle que soit la théorie que l’on admette à l’égard du mode de transmission des affections épidémiques ou contagieuses, il va de soi qu’elles ne naissent pas d’elles-mêmes en nous, qu’elles y ont été apportées du dehors. Que le germe spécial à telle maladie soit ou non démontré, que ce germe soit cause ou effet de cette maladie, il n’en est pas moins certain que la plupart des affections transmissibles se propagent, ainsi que l’a dit M. le professeur Arnould, « soit directement, par contact de l’individu sain avec le malade ou avec quelque objet imprégné des produits pathologiques, soit indirectement, par l’impression sur les économies saines du milieu dans lequel le malade a vécu, soit suivant les deux modes à la fois ».
- Parmi les moyens qu’on peut employer pour barrer la route à cette transmission, le meilleur consiste, à coup sur, à désinfecter les objets qui ont été en contact direct ou indirect avec le malade. Dans certain cas, ce sont les linges qui l’ont touché, la literie qu’il a salie, qui peut contenir les germes de transmission et les porter au loin ; dans d’autres cas, les produits expulsés par lui, parvenus à l’état de dessiccation, laisseront voltiger dans l’atmosphère ambiante et fixer sur les objets voisins des micro-organismes qui, soit par la respiration, soit par l’alimentation, pourront contaminer d’autres personnes. En d’autres termes, c’est dans les matières rejetées par un malade atteint d’affections transmissibles, c’est dans les tissus et objets qui l’environnent, que se trouve le danger contre lequel il importe de se prémunir.
- S’agit-il du choléra? Les évacuations alvines et les matières vomies peuvent transmettre la maladie avec la plus grande rapidité ; ne sait-on pas que les blanchisseuses lavant les linges souillés par des cholériques sont presque toujours les premières et le plus gravement atteintes dans une localité ? Si les cours d’eau transmettent avec une si grande facilité cette maladie, c’est lorsqu’on y lave les linges contaminés ou même quand on y jette trop souvent les immondices suspectes. Parmi tant de modes de transmission reconnus exacts, il en est un, assez inattendu, qui a été observé en Italie en 1884. Un individu, venant de Toulon et atteint de choléra, s’était arrêté dans une auberge sur une route ; il avait été obligé de vomir devant la porte, sur la paille même qui y était étendue ; passent peu après deux charretiers italiens qui
- 1 Suite. Yoy. n° 680, du 12 juin 1886, p. 18.
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- vont boire dans cette auberge. Arrivés dans leurs pays, ils donnent à raccommoder au savetier du village leurs chaussures, tout huileuses de graisse et encore imprégnées, dans les interstices du cuir crevassé, par les saletés de la route et en particulier par les immondices du sol de cette cour d’auberge ; le savetier, aux mains écorchées par les outils, prend aussitôt le choléra et le transmet de proche en proche dans le village. Que d’exemples de transmission de la lièvre typhoïde, de la lièvre jaune, de la variole, de la diphtérie, de la rougeole, etc., nous pourrions rappeler! Il en faut conclure qu’il y a nécessité très grande à détruire le plus promptement possible les causes de propagation de ces diverses maladies, et,
- puisque la plupart dépendent de la présence ou de la vitalité de tels ou tels micro-organismes, c’est contre ceux-ci qu’il faut lutter avec le plus d’énergie.
- On a longtemps cherché des procédés capables de détruire les microbes les plus résistants, soit par Remploi d’agents chimiques en plus ou moins grande quantité, soit par des moyens mécaniques. Autrefois on faisait subir aux provenances des pays étrangers de longues quarantaines afin d’exposer les objets apportés par les voyageurs et les navires ou wagons à une sorte d’oxydation destructrice par l’air atmosphérique ; c’était la sereine des anciens lazarets. Mais les exigences du négoce ont obligé à chercher des procédés plus expéditifs et l’on n’a pas tardé
- Fi". 1. — Étuve à désinfection, montrant la disposition du chariot porteur d’un matelas.
- à reconnaître qu’une température élevée détruisait les microbes on annihilait leur action nocive. Le feu purifie tout, sans contredit; mais il est très souvent impossible d’user de moyens aussi sommaires, et si le général Loris Mélikoff a sauvé, en 1879, l’Europe de la peste en faisant briller les maisons, le mobilier, les linges et vêtements des pêcheurs deWetlianka, pareille manière d’agir ne pourrait être adoptée sans de graves inconvénients soit dans une ville, soit dans un port de mer, pour la cargaison des navires.
- C’est alors qu’on a reconnu que la désinfection par la chaleur pouvait s’effectuer, pour les vêtements, le linge, la literie, les marchandises, dans des boites spéciales dont l’intérieur était disposé de manière à être porté à une température déterminée. De là, des
- appareils à désinfection dits étuves à désinfection, qui ont tous pour but d’assurer la destruction absolue des micro-organismes pathogènes pouvant être contenus dans les objets qu’on y fait passer.
- C’est en Allemagne et en Angleterre que ces appareils ont été expérimentés tout d’abord. Les uns sont à air chaud, les autres à air et à vapeur sous ou sans pression. 11 va de soi qu’il faut tenir compte, en pareil cas, tout d’abord, de la nécessité d’obtenir la destruction dont nous venons de parler, puis de la rapidité des opérations et enfin de la conservation des tissus, ce qui revient à dire qu’une étuve à désinfection doit, en un temps très court, posséder une température qui puisse imprégner tous les tissus, sans les détériorer, et qui puisse être assez élevée
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- cependant pour offrir à l’égard des germes de transmission toutes les garanties nécessaires de destruction. Or, les très nombreuses recherches-qui ont été faites à ce sujet n’ont pas tardé a montrer que la désinfection -par la vapeur humide sous pression, est beaucoup plus fidèle et plus sure que la -désinfection par la vapeur sèche.
- Nous reproduisons ci-après (fig. 1) une étuve à vapeur directe sous pression, construite par MM. Geneste et llerscher, et que l’on peut voir fonctionner à l’Exposition d’hygiène urbaine.
- Cet appareil a été expérimenté récemment, tant au point de vue physiologique qu’au point de vue physique par MM. les f)rs Grancher et Gariel, assistés des élèves de M. Pasteur, et il a été approuvé, sur leur rapport,,,,par le comité consultatif d’hygiène publique de France. Il suffit en effet, d’après les termes du rapport, « d’y élever, ce qui est facile, la température à -h 106° centigrades pour tuer sûrement, même au sein d’un matelas, tous les microbes pathogènes » ; de plus, l’altération des tissus y est portée à son minimum.
- Ce n’est pas impunément en effet qu’on porte les tissus à une température élevée et qu’on imprègne leurs fibres, par un procédé quelconque, de vapeur plus ou moins humide ; aussi faut-il avoir grand soin de ne les placer que dans des appareils où la désorganisation des fibres, et leur force de résistance
- sont aussi peu diminuées que possible. Des appareils à vapeur humide, à pression faible et dans lesquels
- l’opération est rapide, peuvent seuls donner de tels résultats ; ils détériorent en tout cas bien moins les tissus que la désinfection par des procédés chimiques, désinfection si illusoire le plus souvent.
- Telle qu’elle est, l’étuve à dés-infcction de MM. Geneste et llerscher se compose principalement d’un grand cylindre métallique horizontal formant la chambre d’épuration dans laquelle les objets traités sont exposés directement à faction» vapeur sous pression ; bien que cette pression doive être normalement correspondante à -f- 110° C. seulement
- (environ 1 /2 atmosphère effective) et soit réglée par une soupape de sûreté au maximum de 115» (3/4 de kil.), le corps du cylindre est construit en tôle d’une résistance bien supérieure à cette limite. Ce cylindre est entouré d’une enveloppe isolante et pourvu d’une porte d’entrée et d’une porte de sortie, montées sur pivots et se mouvant sur un galet ; elles ferment au moyen de boulons à bascule et le joint est fait à rainure circulaire avec garniture souple et hermétique. L’intérieur de [l’étuve est muni à droite et à gauche d’une voie de roulement sur laquelle se meut un chariot à galets destiné à recevoir les objets à épurer; en avant et en arrière du corps cylindrique, une double voie ferrée permet au cba-
- Fig. 5. — Étuve à stériliser les crachats des tuberculeux dans les hôpitaux.
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- riot de se mettre en position par le chargement des objets ou lcmv déchargement, ces deux opérations devant se faire* dans deux parties séparées de l’établissement de.-désinfection, sous peine de mélanger des objets épurés avec ceux qui devront l’ètre.
- Deux batteries chauffantes complémentaires, formées chacune d’une rangée de tubes en fer de petit diamètre, sont placées à l’intérieur de l’étuve : l’une est installée au plafond et doublée d’un écran, elle a pour but d’éviter les chances de taches et de mouillage par la chute de l’eau condensée à la surface intérieure de l’étuve ; l’autre, qui garnit le vide laissé en contrebas du chariot, est disposée de manière à provoquer le séchage rapide des objets après l’épuration.
- Les objets a désinfecter, placés sur les chariots, sont introduits dans l’étuve; au bout de 15 minutes, la désinfection est complète, absolue; il suffit alors d’entre-bàiller la porte de sortie pour les assécher de la très petite quantité d’humidité qu’ils conservent ; de plus, grâce à une dépression de 50 à 60 secondes après les cinq premières minutes d’exposition à la vapeur directe, l’état particulier de la vapeur à la surface des fibres a pu être modifié de façon a assurer une humectation complète des cellules meme les plus ténues et, par suite, des micro-organismes qui ont pu s’y introduire.
- Un tel appareil, placé à poste fixe ou sur roues, auprès d’une petite machine à vapeur, peut être destiné aux lazarets, aux hôpitaux, aux asiles de nuit, aux dépôts de literie des monts-de-piété, aux navires, aux stations publiques de désinfection, telles qu’il en existe en Angleterre au nombre de 17 et telles qu’il est depuis si longtemps question d’en installer à Paris. En cas d’épidémie, on ne met en effet aucun établissement de ce genre à la disposition des habitants de la capitale, et quant aux étuves des hôpitaux, elles sont loin d’offrir des garanties désirables de bon fonctionnement, à en juger par les nombreuses expériences négatives qui y ont été faites. Or, il importe de ne pas laisser à la libre disposition des individus la désinfection de leurs objets souillés, contaminés ; c’est là une opération délicate et nécessitant des appareils faits avec une entente à la fois technique et scientifique de la question. S’inspirant de l’exemple de l’Angleterre, M. Siegfried, alors maire du Havre, avait, en 1884, décidé que, en prévision du choléra, chaque fois qu’un cas de cette affection serait notifié à l’administration, deux vases clos en fonte seraient aussitôt portés au domicile du malade : dans l’un, plus petit, les matières et les évacuations seraient déposées ; dans l’autre, plus grand, on placerait les linges salis; deux fois par jour, une voiture spéciale devrait prendre ces vases, les remplacer par d’autres vides et les porter à une station de désinfection. C’était là une très sage mesure, que l’on devrait prendre en tout temps et pour toutes les maladies transmissibles.
- Les étuves à désinfection de MM. Geneste et Hcrs-elier sont actuellement installées dans les îles d’Hyères, à Port-Gros et à Bagau, ainsi qu’à Sidi-Ferruch en Algérie, où elles permettent d’épurer très rapide-
- ment les bagages et les vêtements des troupes revenant du Tonkin; de plus, les transports de l’Etat vont en être pourvus, afin que la désinfection puisse être pratiquée à bord, pendant la traversée. MM. les professeurs Brouardel et Proust ont, avec raison, fait adopter par le gouvernement des dispositions aux termes desquelles tout grand navire dans lequel des précautions de cette nature auraient été prises, sous la garantie d’un médecin à bord dûment soumissionné, pourraient être admis en libre pratique, après une simple inspection, et lorsque aucun cas de maladie suspecte n’y aurait été reconnu. En outre, de telles installations de désinfection permettraient, sans danger, de ne retenir que quelques heures les passagers dans les lazarets. Il y a là de réels services à rendre tant au point de vue de la santé publique qu’au point de vue de la facilité et des intérêts internationaux de, la navigation.
- Souvent aussi il importerait de détruire sur les parois d’une habitation, d’un navire, d’un wagon, d’une écurie, d’une chambrée de caserne, d’une salle d’hôpital, etc., etc., les micro-organismes pathogènes qui peuvent s’y être déposés et rendre dangereux pendant longtemps le séjour ou la fréquentation de ces locaux. Les vapeurs de certains composés chimiques sont encore ici inefficaces d’ordinaire et déterminent des détériorations fâcheuses et coûteuses; il faudrait pouvoir placer les parois de ces locaux, les meubles qu’ils contiennent, dans les mêmes conditions que les objets épurés dans une étuve à vapeur sous pression. Mais la vapeur à l’extrémité d’un conduit perd bien vite sa température en se condensant, à moins que sur le trajet de la chaudière à l’extrémité du conduit, elle ait pu être surchauffée. C’est ce que M. le docteur Redard, médecin en chef des chemins de fer de l’État, a tenté de faire, avec succès, pour les wagons, et ce que MM. Geneste et Herscher viennent d’obtenir à l’aide d’un appareil spécial, destiné à appliquer la méthode de M. Rendant. Qu’on suppose une locomobile ou une chaudière placée dans la cour du bâtiment, de la maison, près du wagon, du navire, etc., à désinfecter; un tuyau amène la vapeur de la chaudière dans un réchauftoir spécial (fig. 2) composé de plusieurs éléments transportables; de là, elle gagne une série de conduites, analogues à celles dont se servent les arroseurs dans les rues; à l’extrémité, une lance permet au désinlècteur de projeter de la vapeur à 110° G., avec la plus grande facilité, tout le long des parois ou sur le matériel à désinfecter.
- Pour compléter enfin cet ensemble d’appareils à désinfecter, il faut aussi signaler les marmites que MM. Geneste et Herscher destinent à la stérilisation des crachats des tuberculeux. M. le professeur Grancher a récemment tranché, par des expériences précises, la question de savoir si la phtisie était transmissible ou non par l’air qu’expirent les individus qui en sont atteints. Ayant fait respirer à des cobayes de l’air expiré par des phtisiques, il n’a jamais pu, malgré la prolongation des expériences,
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- obtenir la contamination (le ces animaux cependant très susceptibles, tandis qu’ils ont bientôt contracté la maladie, lorsqu’ils eurent respiré des crachats de phtisiques desséchés. Ce sont les crachats de tuberculeux qui sont la cause la plus ordinaire de transmission de cette terrible maladie, dont les victimes se comptent chaque année par milliers dans les divers pays; ce sont ces crachats, dans lesquels sont incorporés les bacilles spécifiques (bacilles de Koch), qu’il faudrait détruire, avant qu’ils aient pu se dessécher et répandre dans l’atmosphère l’organisme contagieux qu’ils renferment.
- L’appareil de MM. Geneste et llerscher (fig. o) se compose de deux boîtes rectangulaires en cuivre, placées sur un réchaud à gaz, à charbon ou bois, selon le cas; l’une renferme une dissolution saline, dont le point d’ébullition peut être plus élevé que la température nécessaire à la destruction du bacille tuberculeux; l’autre contient une lessive spéciale, destinée à désagrégar, en quelque sorte, l'enveloppe gluante des crachats et h laver les crachoirs. Ceux-ci sont placés dans un panier métallique qu’on fait passer alternativement dans les deux boîtes; au bout de quelques minutes d’ébullition, la désinfection et le nettoiement sont complets. TL Z...
- MERVEILLES DE L’ADRESSE MANUELLE
- On se rappelle le singulier envoi fait à M. Jurien de la Gravièrc. Le président de l’Académie des sciences avait reçu un grain de blé sur lequel un artiste en écriture était parvenu à écrire une phrase contenant deux cent vingt et un mots. Ce tour de force d’habileté et de patience n’est pas , unique en son ^enre. À toutes les époques, il s’est trouvé des excentriques qui ont poussé la patience humaine jusqu’à sa dernière limite, en exécutant des travaux du même genre. Ce grain de blé, dit notre confrère le Cosmos, rappelle l’œuvre d’un moine polonais au dix-septième siècle.
- Ce religieux avait transcrit toute l'Iliade d’Homère sur une bande de papier qui enroulée sur elle-même, pouvait s’enfermer dans une coquille de noix. Au seizième siècle, un nommé Mark offrit à la reine d’Angleterre, Elisabeth, une chaîne d’or composée de cinquante anneaux. Cette chaîne était si petite qu’on ne pouvait l’apercevoir qu’en la posant sur un objet blanc. Pour prouver sa légèreté, Mark, d’après la légende, attacha cette chaîne au cou d’une mouche, ce qui ne l’empêcha pas de voler. Le plus curieux, c’est que cet homme, auquel il avait fallu une habileté de mains extraordinaire pour fabriquer ce bijou microscopique, était un forgeron habitué à manier de lourds outils toute la journée.
- Un Espagnol, Joseph Faba, confectionna vers la même époque un carrosse de la grandeur d’un grain de froment.
- A la loupe, on apercevait l’intérieur garni de banquettes. Tous les détails étaient parfaitement distincts. Le jésuite Ferrarius construisit un canon en ivoire qui, avec tous les accessoires, pouvait tenir dans un grain de poivre. Un travail plus merveilleux encore fut celui du Suédois Norin-gerus. Il fabriqua douze assiettes en ivoire si petites et si minces qu’elles tenaient toutes dans un grain de poivre qui fut soumis au Pape Paul V.
- L’ENREGISTREUR SOLAIRE JORDAN
- Nous avons récemment décrit1 l'enregistreur solaire Campbell qui est actuellement usité dans un grand nombre d’observatoires. Nous ferons connaître aujourd’hui l’appareil Jordan qui diffère entièrement du système précédent, les résultats étant obtenus au moyen de la photographie. L’appareil Jordan consiste en une chambre noire de forme cylindrique, fermée par un couvercle. Cette chambre est munie de deux trous situés de chaque côté de l’axe, à des hauteurs différentes, et par lesquels la lumière du soleil s’introduit. Un papier sensibilisé est introduit dans le cylindre qu’il remplit exactement; ce papier est percé de deux trous correspondant à ceux du cylindre; il est en outre divisé en lignes verticales
- L’enregistreur solaire Jordan.
- représentant les heures de la journée et leurs divisions.
- L’appareil est placé de façon que son axe se trouve dans le plan méridien du lieu, et incliné sur l’horizon de la quantité requise par l’altitude du lieu d’observation ; ce réglage s’effectue très simplement en faisant osciller le système sur un pivot, la lecture se fait sur un arc gradué. Les rayons solaires pénètrent, avant le passage au méridien, par l’ouverture est, et, après le passage au méridien, par l’ouverture ouest, et voyageant en raison du mouvement de rotation de la terre laissent sur le papier sensible la trace distincte d’une action chimique enregistrant par conséquent la durée et le degré relatif d’intensité de ces rayons. Ces traces sont rendues permanentes par un simple lavage à l’eau. La figure ci-dessus représente une vue générale de l’appareil qui enregistre sans interruption.
- J.-A. Rerly.
- 1 Yoy. n° 606, du 6 mars 1886, p. 224.
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- LA NATURE.
- L’OBSERVATOIRE MÉTÉOROLOGIQUE
- ET MAGNÉTIQUE DE PERPIGNAN
- Lorsque le Conseil du Bureau central météorologique désigna, dans une de ses premières séances, les divers points de la France où il paraissait convenable de créer des observatoires régionaux, Perpignan fut choisi, en raison de sa position spéciale et de son climat privilégié.
- La création officielle d’un observatoire météorologique à Perpignan ne faisait d’ailleurs que consacrer une situation existant de fait depuis de nombreuses années, car, dès 1876, nous avons vu fonctionner, à l’Ecole normale primaire d’instituteurs, une série complète d’appareils enregistreurs, installés par les soins de M. le Dr Fines.
- L’Etat consentait à prendre en charge les dépenses du matériel scientifique et du personnel, le département et la ville devaient fournir le terrain et pourvoir à la construction des batiments. M. Renou fut délégué pour choisir avecM. le I)r Fines l’emplacement du futur Observatoire, choix particulièrement difficile, dans un pays où la température élevée de l’été, aussi bien que des sécheresses fréquentes et prolongées, font obstacle à toute végétation, là où l’irrigation n’est pas praticable. Sur les collines voisines de la ville, il eut été impossible de maintenir, pendant l’été, un sol gazonné autour de l’abri des thermomètres, et la température de l’air aurait été affectée par le rayonnement intense d’un sol dénudé et d’aspect blanchâtre.
- MM. Renou et Fines se décidèrent pour un emplacement qui avait le double avantage (l’appartenir à la ville, et de présenter des conditions favorables pour le but proposé; le point choisi se trouve en effet à la limite nord d’une magnifique promenade publique bien ombragée, située à l’extérieur et au nord de la ville, sur la rive droite de la Tet, à l’altitude de 50 mètres. Un hectare de terrain fut concédé par la ville, et le conseil général vota les fonds nécessaires à la construction du bâtiment. Le nouvel établissement, dont la direction fut confiée à
- Fig. 1. — Plan de détail de l’Observatoire météorologique.
- Baromètres étalons.— 22'. Barométrographes. — 3. Régulateur à secondes et à contacts électriques. — 4. Électromètre à lecture directe. — a. Appareil pour vérilier les hygromètres. — 6. Sismographe. — 7 7'. Anémométrographes.— 8. PJuviomé-trographes. — 8. Girouette à flotteur.— 10. Tour. — 11. Banc avec étai. — 12. Évier et prise d’eau. •— 15. Cheminée. — 14. Établi de menuisier.
- Fig. 2. — Plan du pavillon magnétique.
- Lecture directe : 0. Soupiraux d’aérage. — 1. Pilier central. — 2. Escalier d’accès. — 3. Pilier des lunettes. — 4. Déclinomètre. — a. Bifilaire. — 6. Balance. — 7. Table.
- Enregistrement : 0. Soupiraux d’aérage. — 8. Horloge. —. 9. Déclinomètre. — 10. Bifilaire. —11. Balance. — 12. Table.
- M. le Dr Fines, fut inauguré le 50 novembre 1881, date des premières observations.
- Le bâtiment principal n’a qu’un étage sur rez-de-ehaussée; mais des combles, très élevés et habitables, peuvent être considérés comme un second étage. Au milieu du bâtiment se dresse unéftour sur laquelle sont installés les appareils destinés à donner
- la direction et la vitesse du vent. Au rez-de-chaussée, on a ménagé une salle de travail pour les aides, le cabinet du directeur, la grande salle des enregistreurs, un atelier, deux cabinets noirs, un magasin servant en même temps de laboratoire (fîg. 1). Deux pièces du premier étage sont réservées au directeur; le reste est occupé par celui des aides qui habite l’établissement.
- Dans la salle des enregistreurs se trouvent deux anémographes électriques deM. Hervé Mangon , l’enregistreur de la girouette Osnagbi, deux baromètres inscriptcurs Redier, divers baromètres à mercure, un électromètre de M. Mas-cart à lecture directe, un pluviographe Redier, un sismographe du P. Secchi, un appareil destiné à la vérification des hygromètres. Enfin, les indications du thermo-hygrographe de Wild, placé sous l’abri du jardin, sont également enregistrées dans la grande salle.
- Les deux cabinets noirs sont affectés à l’enregistrement de l’électricité atmosphérique, et au développement des courbes relevées aux inscriptcurs photographiques. Sous les combles, se trouve un grand réservoir d’eau pour les besoins de l’observatoire, et plus particulièrement pour le service de l’électro-mètre enregistreur.
- En outre des appareils destinés à fournir automatiquement la direction et la vitesse du vent, on a installé sur la plate-forme de la tour un pluviomètre ordinaire, et aussi un second entonnoir recevant l’eau pluviale, et communiquant avec le pluviographe. L’anémographe de pression de M. Bourdon, est également en service sur la tour; le tube-girouette est élevé à 5 mètres au-dessus de la plate-forme, et les indications de cet appareil sont enregistrées dans la tour même. M. Fines a ajouté à cet instrument deux manomètres à ma-xima, qui marquent, au moyen d’un index, l’inten-
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- site du coup de vent le plus fort survenu dans un intervalle déterminé.
- Afin d’étudier l’intluence des obstacles et du relief du sol sur les indications des anémomètres de l’Observatoire, des observations comparatives ont été faites d’abord entre l’Observatoire et l’Ecole normale primaire, puis entre l’Observatoire et le donjon de la
- citadelle, dont la plate-forme est à 66 mètres au-dessus du niveau moyen de la ville.
- Le jardin est a l’état de prairie sur une superficie de 7000 mètres carrés (fig. 5 et 4). On y a installé un manège pour l’étude des moulinets de Robinson, un grand abri sous lequel on a placé, en outre des thermomètres habituels, le thermo-hygrographe de
- Fig. 5. — Vue perspective de l'Observatoire météorologique et magnétique de Perpignan.
- Wild, ainsi que le thermomètre et l’hygromètre enregistreurs Richard. Dans le voisinage de cet abri se trouvent encore divers appareils dont la nomenclature est indiquée à la légende de la figure 4. Enfin, vers la limite est de la propriété, on a élevé un petit pavillon destiné aux études relatives à l’électricité
- atmosphérique, et qui est relié à l’observatoire par une ligne téléphonique.
- Entre ce pavillon et l’abri des thermomètres, un grand espace avait été réservé pour un pavillon magnétique. Grâce à la libéralité de la ville de Perpignan, qui a fait construire le pavillon, et au concours
- Fig. i. — Plan de l’Observatoire.
- A. Logement du concierge. — B. Bâtiment principal. — CC\ Puits et pompe élévatoirc. — ü. Water-closets. — E. Mât pour étudier les anémomètres. — F. Manège pour tarer les moulinets de Robinson. — G. Thermomètres et hygromètres enregistreurs de M. Wild et des frères Richard. — II. Iléliographe de Campbell. — IP. Piliers pour poser horizons artificiels ou tous autres instruments.— JJ'. Pluviomètres décuplatcurs. — K. Thermomètres dans le sol. — L. Aetinomètre. — M. Pavillon et caves magnétiques. — N. Nord géographique. — 0. Pavillon électrique. — P. Mat. — Q. Abri Montsouris pour thermomètres.
- du Bureau central météorologique, qui a fourni les appareils de variations, l’Observatoire ajoutait à son programme l’étude des éléments du magnétisme terrestre. L’une des caves est disposée pour l’observation directe des variations, l’autre contient le nia-gnétographe de M. Mascart. La disposition générale des appareils dans les caves est indiquée ci-contre (fig. 2) ; l’installation est d’ailleurs sensiblement la môme qu’à l’Observatoire du Parc de Saint-Maur; nous en avons donné la description détaillée ici
- môme1. Au milieu de la salle du rez-de-chaussée, on a placé un pilier destiné aux mesures magnétiques absolues, qui sont effectuées au moyen de boussoles Brunner offertes par l’Association française pour T avancement des sciences. M. Fines n’a rien négligé pour que le magnétographe, vérifié fréquemment par des mesures absolues, donne des résultats sur lesquels on puisse compter; et déjà M. Mascart, en signalant
- 1 Voy. n° 511, du 17 mars 1883, p. 246.
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- à l’Académie les perturbations du 9 janvier et du 50 mars derniers, a pu présenter les courbes de Perpignan avec celles d’autres stations françaises. Disons en passant que dans aucun pays, les études relatives au magnétisme terrestre ne se sont développées comme en France; des magnétographes fonctionnent ditns les observatoires suivants : Lyon, Nantes, Nice, Parc Saint-Maur, Paris, Perpignan, Toulouse. L’installation de cet appareil se poursuit à Besançon, a Clermont-Ferrand, au Puy-de-Dôme, au Pic du Midi. Enfin les observatoires de Bordeaux, Marseille, Saint-Martin de llinx sont munis d’appareils à lecture directe, et les variations de la déclinaison sont observées a Bouen, dans les caves du Musée industriel. Ce résultat doit être attribué principalement à M. Mas-cart, qui a réalisé de la manière la plus heureuse la construction économique des caves et des appareils magnétiques.
- En outre de ses travaux intérieurs, l’Observatoire de Perpignan centralise encore les observations météorologiques laites en 40 stations secondaires disséminées dans ce pays si accidenté. Enfin, et nous insisterons sur ce dernier point, grâce au concours bienveillant du Conseil général et du Conseil municipal, les observations sont publiées par M. le Dr Fines dans un bulletin qui paraît régulièrement chaque mois, et qui en est actuellement à sa quatorzième année.
- Les observations directes, faites toutes les trois heures de G heures du matin à 9 heures du soir, le soin des enregistreurs, le développement des épreuves photographiques, le dépouillement numérique des courbes, la centralisation des tableaux météorologiques recueillis dans tout le département, la publication des observations, tels sont les principaux travaux d’un observatoire dont le personnel, en outre du directeur, est limité à deux aides, excellents observateurs : MM. Cœurdevache et Arabeyré.
- On conçoit que de tels résultats ne puissent être obtenus qu’avec le dévouement de tous. Les enregistreurs, notamment, exigent une attention toute spéciale; les observateurs qui en font usage savent bien, contrairement à une opinion trop accréditée, qu’il faut surveiller la marche de ces appareils avec le plus grand soin, si l’on veut en assurer le fonctionnement dans des conditions qui permettent d’utiliser leurs indications. Cette surveillance devient une sujétion très grande dans les établissements munis, comme l’Observatoire de Perpignan, d'une double série d’enregistreurs des divers éléments météorologiques.
- Th. Moureaux.
- CHRONIQUE
- La vitesse d'écoulement de l’eau déterminée photographiquement. — La vitesse d’écoulement d’un jet d’eau, traversant, sous une charge donnée, un orifice, varie suivant la section, la forme, la nature de cet orifice. Pour la déterminer exactement, M. Vaulier a ima-
- giné l’ingénieuse méthode suivante : dans le réservoir qui contient l’eau qui s’écoule et en face de l’orifice d’écoulement, il fait arriver goutte il goutte, par un tube effilé, un liquide formé par un mélange de nitro-benzine et d’essence de térébenthine en telles proportions que ce mélange ait la même densité que l’eau. Les globules de ce mélange entraînés par l’eau, à la suite les uns des autres, passent successivement lans l’axe du jet, et se comportent, à la lumière, comme des perles brillantes.
- Pendant que le jet s’écoule verticalement, on fait passer devant, horizontalement, une plaque photographique. Si cette plaque se meut avec une vitesse égale à celle du jet, la trace des perles brillantes sera marquée sur la plaque par une ligne à 45°. L’angle d’inclinaison de cette ligne tracée sur la plaque servira donc à déterminer la vitesse d’écoulement du jet, si on connaît la vitesse horizontale, qu’elle qu’elle soit, de la plaque. Ce moyen, d’après la Chronique industrielle, peut être appliqué dans tout autre cas semblable où il s’agira de mesurer exactement la vitesse, encore même que la plaque ne pourrait être placée et se mouvoir perpendiculaire au plan dans lequel se meut le mobile. Il suffirait, en ce cas, de tenir compte de cette inclinaison de la plaque en en déterminant le sinus.
- Nouvel emploi de l’électricité. — En Angleterre on commence à employer le courant électrique pour tuer les chiens. Le Kimberley Borough Council a décidé l’ap-plication de ce procédé et emploie à cet effet une machine Brush qui alimente 25 lampes à arc, disposées en séries. (1100 à 1200 volts.) Le chien est introduit dans une cage dont le fond est muni de deux contacts en cuivre qui communiquent chacun à l’un des pôles de la machine. Le circuit peut être ouvert et fermé à l’aide de commutateurs. Les plaques de cuivre sont humectées à l’eau salée pour que le contact entre l’animal et le métal se fasse convenablement. Les plaques de cuivre sont à 7 ou 8 centimètres environ l’une de l’autre, de sorte que le chien repose avec les pattes de devant sur l’une des plaques, avec celles de derrière sur l’autre. Au moment où l’animal se trouve en place, on ferme la machine en court circuit; puis subitement l’on ouvre le circuit et, grâce à l’extra-courant d’une tension énorme qui se forme à ce moment, le chien est foudroyé instantanément. L’opération se fait rapidement; il parait qu’un jour on a tué 25 chiens en moins d’une demi-heure.
- Thermomètre pour les hautes températures.
- —-MM. lleisch et Falkard ont combiné de nouveaux thermomètres à réservoir en platine ou en porcelaine destinés à la mesure des hautes températures, jusqu’au blanc, sans avoir besoin de recourir à un pyromètre coûteux et compliqué d’emploi. Les lectures sont faites comme avec un thermomètre ordinaire, mais les dénivellations du mercure sont obtenues par la pression de l’air renfermé dans le réservoir exposé à la chaleur. Le système est hermétiquement clos et donne des indications indépendantes de la hauteur barométrique.
- Machine à laver les escarbilles. — MM. Edwards et Cie exploitent, en Angleterre, un appareil destiné à laver les escarbilles de manière à séparer toutes les parties, encore combustibles, d’avec les cendres et le mâchefer. Les résidus à traiter sont disposés sur une grille garnie d’une feuille de cuivre perforée, à la partie supérieure d’un réservoir d’eau. Un agitateur, composé d’un piston animé d’un mouvement de va-et-vient vertical,
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- dans un cylindre communiquant avec le réservoir, force l’eau à monter à travers la feuille de cuivre perforée. Un courant ascendant traverse ainsi, à chaque coup de piston, la masse des escarbilles. Les parties légères, susceptibles d’être utilisées, flottent à la surface et passent sur une tôle concave, qui est perforée pour laisser passer l’eau, et qui est disposée à côté de la grille mais à un niveau plus élevé. Une brosse tournante balaye constamment la tôle concave et chassant les escarbilles lavées, les fait tombei sur un plan incliné.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 juin 1886. — Présidence de M. l’amiral
- JüRIES DE LA GrAVIÈRE.
- Election. — L’événement de la séance, c’est la nomination de l’illustre M. Brown-Séquart, dans la section de médecine et de chirurgie, en remplacement de M. Yul-pian devenu secrétaire perpétuel. On a vu dans la dernière livraison comment la section avait établi sa liste de présentation. Aujourd’hui les votants se sont trouvés au nombre de 53. Le célèbre professeur du Collège de France a été nommé par 36 suffrages, contre 19 donnés à M. Germain Sée.
- La barre du Sénégal. — Dans une communication écoutée avec le plus vif intérêt, M. Bouquet de la Grye expose comment, selon lui, on pourrait, au grand profit de notre commerce avec Saint-Louis, supprimer la barre du fleuve Sénégal. Les études ont montré que cette barre est due au conflit des eaux de fleuve, et des lames marines poussées uniformément toute l’année du nord-ouest. L’origine des lames dont il s’agit, tout à fait distincte de celle des vents dominants et qui sont de l’est pouvait se rattacher aux cyclones qui se forment si fréquemment au sud de Terre-Neuve, dans une région de la mer où il fait toujours mauvais temps et que pour cette raison les marins appellent le trou du diable. Le remède, suivant M. Bouquet de la Grye, est dans une digue de 1500 mètres de rayon dont la convexité sera précisément tournée vers le nord-ouest et dont la concavité recevra les filets d’eau les plus rapides sortant du lit du fleuve. Ce beau travail serait facile et peu coûteux; nos armateurs ne peuvent qu’en désirer très vivement l’exécution.
- Embryogénie. — Un élève du laboratoire de M. Hermann Fol (de Genève), M. Pierre de Meuron, adresse, par l’intermédiaire de M. Lacaze-Duthiers, une note sur le développement de l’œsophage chez les vertébrés.
- 11 résulte des recherches de l’auteur, faites au laboratoire de la chaire de morphologie de l’Université de Genève, dirigé par M. IL Fol, que chez tous les vertébrés sauf les mammifères, l’œsophage passe par une phase d’occlusion complète. Ce phénomène se produit chez l’embryon de poulet de six jours et l’organe est alors constitué par un cordon solide de cellules épithéliales, creusé de lacunes irrégulièrement disposées dans la partie inférieure.
- Un fait pareil a été signalé par Balfouc chez les embryons de sélaciens et de téléostéens ; il paraît lié à des faits de croissance et avoir une signification plutôt mécanique que phylogénétique.
- Histoire physique du fer. — 11 résulte des expériences de M. Plonchon, qu’entre 660 et 723 degrés centigrades, la chaleur spécifique du fer pur double tout à coup de valeur. Ce fait est d’autant plus intéressant qu’il
- n’est pas isolé : comme le rappelle M. Becquerel, c’est à la meme température que disparaissent brusquement les propriétés magnétiques du fer.
- Géologie pyrénéenne. — D’après les recherches récentes de M. Jacquot, directeur de la carte géologique détaillée de la France, le trias joue un rôle important dans la constitution des Pyrénées. On le retrouve sous les trois formes de grès bigarré, de murchelkalk et de marnes irisées; il renferme des lentilles de sel et présente litlio-logiquement une étroite ressemblance avec le trias lorrain. Dans l’opinion de l’auteur, la date d’éruption des ophites est également triasique.
- L'éruption de l'Etna. —M. Ricciardi estime que l’éruption de l’Etna qui vient à peine de prendre fin est la plus violente de ce siècle et que si elle avait encore persisté quelque peu, elle serait facilement devenue la plus désastreuse. Le savant minéralogiste étudie la série des produits rejetés.
- Maladie de la vigne. — L’étude à laquelle il a soumis la maladie phylloxérique de la vigne le conduit à admettre <pielie est de sa nature beaucoup plus chimique que physiologique. Cette thèse parait si originale à M. le secrétaire perpétuel qu’il renvoie le travail à la Commission du phylloxéra.
- Composition de la betterave. — Si l’on analyse de nombreuses variétés de betteraves, on trouve des résultats très différents les uns des autres; mais, selon M. Aimé Girard, on reconnaît dans tous les cas que la somme de l’eau et du sucre est constante et représente 94 pour \ 00 du poids de la racine. Ce que l’on perd de l’une de ces deux substances, on le retrouve sous la forme de l’autre.
- Le laboratoire zoologique de Marseille. — Un très gros volume déposé sur le bureau par M. Alphonse Milne Edwards contient les travaux faits cette année dans le laboratoire de M. le professeur Marion, à Marseille. De très savantes recherches y sont accumulées, toutes strictement limitées à la faune marine de la Provence : elles témoignent de l’activité que M. Marion a dû imprimer à l’étude de l’histoire naturelle dans une ville où elles ont été introduites par ses propres efforts.-
- Varia. — M. W. Crookes émet l’opinion que la sama-rine renferme décidément un métal nouveau. — Un ouvrage de M. Feulin sur la teigne et les teigneux est présenté par M. Larrey. — L’étude de la réfraction de l’air à diverses pressions allant jusqu’à 20 atmosphères occupe MM. Chapuis et Rivière. — M. Mascart dépose trois nouveaux volumes des Annales du bureau central météorologique. Stanislas Meunier.
- CHEMIN DE FER
- DU CHAMP-DE-MARS A SURESNES
- Au moment où la question des grands travaux de Paris est à l’ordre du jour, nous sommes heureux d’annoncer à nos lecteurs que la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest a récemment commencé la ligne d’un chemin de fer qui doit partir du pont de l’Alma pour aller à Su-resnes. La ligne du pont de l’Alma aux Moulineaux et à Courbevoie (telle est sa désignation officielle) a été déclarée d’utilité publique et concédée à la Compagnie de l’Ouest par une loi du 51 décembre 1875. La deuxième
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- LA NAT LUE.
- section, qui doit partir du Point-du-Jour, pour aboutir à Suresnes, traverse successivement plusieurs voies par l’intermédiaire de ponts métalliques ou de souterrains. Le tracé suit constamment les bords de la Seine jusqu’à Saint-Cloud où il s’intléchit pour aller se raccorder avec la ligne de Versailles (rive droite) entre Suresnes et Puteaux. Les stations pour les voyageurs sont faites sur le type de la station du Trocadéro, sur la ligne de ceinture. Elles sont au nombre de six : Cbamp-de-Mars, Grenelle, les Moulineaux, Bas-Meudon, Saint-Cloud et Suresnes. Entre ces stations se trouvent les gares à marchandises pour desservir les nombreuses usines des environs. Plus tard la Compagnie de l’Ouest se propose d’exécuter la ligne d’Auteuil à Boulogne, en raccordant cette dernière au tracé des Moulineaux; ce qui exigera la traversée de la Seine par un grand viaduc métallique qui aura son emplacement à l’extrémité du boulevard de Boulogne. Ces deux lignes répondent à un double besoin; elles sont depuis longtemps attendues par les usines voisines de la Seine et par le public des jours de fêtes et des courses. Chacun sait, en effet, par expérience, que l’encombrement est extrême sur les lignes desservies par les tramways, les bateaux - omnibus et express pendant la belle saison. Elles seront, en outre, d’une grande utilité pour la population parisienne qui tend, chaque année, à sortir de l’enceinte fortifiée pour aller s’établir à la campagne où l’air est plus pur, où les loyers et les vivres sont meilleur marché qu’à Paris. Nous ne pouvons donc qu’applaudir à ces grands travaux qui vont procurer du travail à un certain nombre d’ouvriers et à nous des moyens de communications plus faciles avec la banlieue, en attendant le Métropolitain. Em. Quenot,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- SERRURE A GORGES CAPTIVES SANS RESSORTS
- L’impossibilité de faire fonctionner une serrure à gorges mobiles, provient presque toujours de la rupture d’un des faibles ressorts ou paillettes placées sur chaque gorge pour les faire redescendre après l’action de la clef.
- Aussi la suppression de ces ressorts a, depuis l’invention de la serrure à gorges, été la préoccupation constante des inventeurs de serrures. Quelques-uns y sont arrivés en les remplaçant par des systèmes de
- Serrure sans ressort.— 1. Vue du mécanisme intérieur et de la ciel'. — 2, 3, 4, 5. Mode de fonctionnement des gorges captives.
- contrepoids plus ou moins ingénieux ; lesquels, indépendamment de l’inconvénient de rendre la serrure très lourde, ne lui permettaient de fonctionner que dans une position parfaitement équilibrée. D’autres, en les remplaçant par des ressorts en acier rond qui, présentant une plus grande résistance, rendent la serrure plus dure à fonctionner, mais, néanmoins, sont toujours des ressorts sujets à s’oxyder et à se rompre.
- Par son ingénieuse invention de serrures a gorges captives, M. Parise est arrivé à supprimer complètement les ressorts des gorges sans les remplacer par aucun contrepoids.
- Son système repose tout entier sur l’emploi de gorges évidées d’une façon uniforme dans leur partie inférieure et actionnées par une clef à deux pannetons dont la dentelure est redoublée inversement, pour posséder toujours la dimension d’évidement des gorges. Après l’action de la clef, ces gorges sont rassemblées par une pièce centrale formant excentrique dans sa partie supérieure.Cette pièce donne à la clef le jeu nécessaire pour actionner les gorges, et munie, dans sa partie inférieure, de deux oreilles ou pattes qui forment engrenage avec les barbes du pêne, elle fait fonctionner celui-ci en avant ou en arrière.
- On comprendra facilement qu’avec une pareille disposition, la clef n’agissant pas directement sur les barbes du pêne et les gorges n’ayant à subir la pression d’aucun ressort, l’usure par frottement devient absolument insignifiante.
- De plus, les gorges étant toutes réunies sur un même plan par la pièce centrale, il est impossible de prendre aucune empreinte ni d’obtenir sans la clef leur position simultanée d’ouverture ; et, le système permettant de varier la taille des clefs à l’infini sans faire jamais deux serrures ouvrant par la même clef, il serait impossible aux voleurs d’en opérer le crochetage. L’absence complète de ressort permet déposer la nouvelle serrure sans aucun inconvénient dans les endroits humides, au bord de la mer, dans les stations thermales, etc. Elle peut se mettre indifféremment à droite ou à gau che et fonctionne également bien dans tous les sens.
- Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 685.
- 5 JUILLET 1886.
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- LE MUSÉUM D’HISTOIRE NATURELLE
- DE LOMDRES
- Les nombreux visiteurs des diverses expositions tenues à South Kensington à Londres, pendant ces trois dernières années, n’auront pas manqué de remarquer, à leur gauche, entre la station de chemin de fer et l’Exposition, une immense construction en terra cotta, située sur l’emplacement des anciens terrains de l’Exhibition Internationale de 1862. Cette construction est le Musée d’histoire naturelle, formant une annexe du British Muséum. Le British Muséum
- fut fondé en 1753 sur un emplacement qui, à cette époque, paraissait amplement suffisant. Son objet principal était plutôt la création d’une bibliothèque de livres et de manuscrits, que celle d’un Musée comprenant en outre, des objets d’antiquités et d’histoire naturelle, comme cela devait avoir lieu dans la suite. Le British Muséum ne tarda pas à se développer d’une façon telle, que dès 1847 la question de son agrandissement était résolue une première fois par d’importantes constructions, entre autres celle de la magnifique bibliothèque rotonde, dont le dôme a 57m,50 de haut et 50 mètres de diamètre.
- Le rapide développement des études scientifiques
- Fig. 1. — Le nouveau Muséum d’histoire naturelle, à Londres. — Façade principale. (D’après une photographie.)
- et archéologiques, de nombreux dons successifs de collections de grande valeur, amenèrent les conservateurs du British Muséum à créer des collections de sculptures antiques, de zoologie, de minéralogie, géologie, etc. La bibliothèque universelle, de son côté, s’agrandissait en recevant et installant des collections d’archives d’Etat, de topographie, de généalogie, de monnaies, médailles, gravures et dessins, etc. La nécessité du changement de domicile des collections d’histoire naturelle se faisait sentir impérieusement dès 1857, et ce changement était sanctionné en 1865 par un vote de la Chambre des Communes pour l’acquisition des terrains nécessaires. Ces terrains, couvrant un peu plus d’un hectare et demi, coûtèrent 1000000 de francs, soit environ 60 francs 14e année. — 2° semestre.
- le mètre carré. Le coût du bâtiment lui-même est d’environ 12000000 de francs; le style est l’ancien roman, très en vogue du dixième à la fin du douzième siècle, en Lombardie et dans les provinces rhénanes.
- Commencée en 1875, cette construction fut terminée et ouverte au public en 1882 ; mais l’agencement intérieur et l’installation des collections sont encore en voie d’achèvement à l’heure actuelle.
- Le bâtiment, dont la façade longe Cromwell Road, est situé à 55 mètres en arrière, et en contrebas de la rue, ayant été érigé sur les terrains excavés lors de la construction des bâtiments de l’Exposition de 1862 (fig. 1).
- La façade a 205 mètres de long et les tours 58 mètres de hauteur. L’entrée principale est accès-
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- sible par doux routes carrossables décrivant une courbe gracieuse, et par deux larges escaliers encaissés entre les routes.
- Après avoir passé le portail principal, le visiteur se trouve dans la grande salle du Musée, (pii a 52 mètres de long, 50 mètres de large, et 22 mètres de haut. En face l’entrée, est un squelette de céfacé gigantesque, le premier d’une collection de gros animaux qui doit ligurer dans cette salle ; de chaque coté, se trouvent des baies dans lesquelles sont placées des vitrines murales et des tables; on y voit des spécimens choisis dans les différentes collections en vue d’illustrer le caractère typique des principaux groupes d’êtres organisés. L’idée de. cet arrangement
- appartient au professeur Üwen qui appelle cette collection un Musée répertoriai (Index Muséum), et son but est de servir d’introduction à l’étude des diverses collections. Ce Musée contient, en outre, la collection de démonstrations du professeur Owen, qui servit au savant, professeur à faire comprendre les progrès réalisés dans le développement des formes animales.
- Au fond, est un escalier de six mètres, se divisant à droite et à gauche et conduisant au premier étage. Sur le palier qui se trouve a la bifurcation des marches, on a placé la statue en marbre de Darwin, inaugurée en juin 1885. Darwin est représenté dans une position assise.
- A droite de l’entrée principale, on entre dans la
- Échelle
- 0 'S io rê 20 ii 30M«tres
- Fig. 2. — Plan du nouveau Muséum d’histoire naturelle, à Londres.— A. Galerie des oiseaux pour études. — B. Étudiants. — C. Galerie des Étoiles de mer. — D. Musée d’histoire naturelle Britannique. — E. Chambre à air chaud. — F. Collections typiques. — G. Bibliothèque privée. — II. Commissionnaire. — J. Police.
- salle de collection paléontologique ; à gauche, est la galerie des oiseaux. Ces deux galeries occupent toute la longueur de la façade du batiment. De chaque côté du vestibule d’entrée, sont installées, a droite la collection géologique, et à gauche celles des reptiles, poissons et coquillages.
- A l’extrémité du vestibule, derrière la statue de Darwin, on pénètre dans une salle destinée à une collection zoologique représentative des animaux existant à la surface des îles Britanniques.
- Les galeries du rez-de-chaussée sont reproduites exactement au premier étage. Celle de droite contient la collection minéralogique, probablement la plus belle et la plus complète du monde entier. Les roches sont exposées a chaque extrémité de la salle (de 72mXl5m), dans des vitrines murales; chacune des
- deux rangées de onze fenêtres de chaque coté, est munie d’une vitrine; ces vingt-deux vitrines contiennent des séries de spécimens et de modèles destinés à montrer le développement graduel de la science minéralogique ; de nombreux échantillons sont choisis pour mettre en relief les caractères des minéraux, faire comprendre les expressions usitées pour leur description ; des cristaux, naturels et artificiels, des modèles de cristaux, s’ajoutent à ces exhibitions.
- De chaque coté d’une large allée principale, sont disposées vingt doubles vitrines tables, consacrées : les deux premières (1-2) aux éléments métalliques et métalloïdes ; les cinq suivantes (5 à 7) aux composés des métaux avec les éléments des groupes soufre et arsenic ; les deux suivantes (8 à 9) aux composés des
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- métaux avec; les éléments du groupe chiure, et les trente et une autres vitrines aux composés de l’oxygène. Deux vitrines additionnelles sont consacrées aux composés organiques. Le visiteur se trouve bientôt dans le pavillon aux météorites situé à l’extrémité de la salle ; cette collection est une des plus complètes et des plus intéressantes : 561 spécimens y sont exposés ; il en est de toutes dimensions et de tous poids, depuis l«r,5 jusqu’à 5751 kilogrammes (Crambourne près Melbourne, Victoria, Australie, trouvé en 1871).
- A gauche, au-dessus de la galerie des oiseaux, se trouve la galerie des mammifères, collection également des plus complètes et des plus intéressantes.
- Au-dessus de cette galerie, au second étage, on visite la collection ostéologique, qui contient une complète série de squelettes et de crânes, ainsi qu’une complète collection de cornes de bœufs, antilopes et moutons, et un spécimen empaillé de sirène, appelée vache de mer.
- Le reste du Musée est en voie d’organisation. Parmi les curieux spécimens de reptiles exposés, nous citerons le Mata-Mata (Chelgs fimbriata) de la Guyane anglaise ; le Moloch horridus d’Australie ; le lézard à collerette (Chlamydosaurus kingii) d’Australie; le dragon (Draco tœniopterus) de Siam ; le crapaud Californien (Phrynosoma cornutum); VIguana tube rculata du Brésil.
- Parmi les spécimens curieux de la collection des mammifères, on peut mentionner le Pangolin de l’ouest de l’Afrique (Mann tricusph) ; le Aye-aye (Chiromys madagascariensis) et de très beaux types de gorilles et d’orang-outang.
- Nous recommandons aux voyageurs à Londres une visite au Muséum d’histoire naturelle.
- Le Muséum de Londres sera, probablement sous peu, ouvert le dimanche, ce qui constituera un bon point de plus au crédit de John Bull.
- J.-A. Berly.
- Londres, 21 juin 1886.
- MATÉRIEL RODLANT A GRANDE VITESSE
- CONSTRUIT PAU M. ESTRADE. — LOCOMOTIVE ET WAGON
- Nous avons étudié précédemment les vitesses comparatives des trains de chemins de fer les plus rapides, tant en Europe qu’en Amérique, et nous avons reconnu qu’à cette date les vitesses commerciales de nos express ne dépassaient généralement pas 65 kilomètres à 1 heure, et quelles étaient même souvent limitées à 60 kilomètres1. Depuis cette époque, les vitesses de nos trains de chemins de fer ontété généralement augmentées, et elles surpassent, en général, celles qu’on rencontre sur le continent, sans atteindre encore toutefois celles de certains trains anglais qui atteignent /O et même 80 kilomètres, comme le train du Midland allant de Londres à Nottingham (201 kilomètres on 150 minutes). Ainsi certains trains du che-
- min de fer du Nord, allant de Paris à Boulogne, franchissent cette distance de 254 kilomètres en 220 minutes seulement, fournissant ainsi une vitesse utile supérieure à 69 kilomètres à l’heure. C’est encore toutefois sur la ligne d’Orléans qu’on rencontre toujours les trains les plus rapides, et l’express de Bordeaux qui franchit une distance de 578 kilomètres avec des arrêts nombreux comportant, 11 étapes de 60 kilomètres en moyenne, ne met cependant pas plus de 499 minutes, il dépasse encore — légèrement, il est vrai — la vitesse de l’express de Boulogne.
- L’accroissement de vitesse ainsi réalisé sur nos différents réseaux, a pu être obtenue en augmentant le diamètre des roues motrices des locomotives et, par suite, le développement correspondant pour chaque course du piston dans les cylindres. On est arrivé à donner aux roues motrices des diamètres variant de 2 mètres à 2m,50 suivant les différentes compagnies. On trouvera d’ailleurs quelques indications précises à cet égard dans la notice que nous avons publiée sur les locomotives à voyageurs de nos différents réseaux1. En même temps qu’on agissait sur le diamètre des roues motrices, on accouplait celles-ci, au nombre de quatre au moins, sur les machines des trains express pour augmenter leur poids adhérent, les locomotives à roues libres du type Crampton étant devenues insuffisantes en présence des exigences de l’exploitation qui augmentait le poids des trains, et on s’attachait, en outre, à agrandir les dimensions des chaudières de manière à leur assurer une puissance de vaporisation que celles des machines Crampton n’avaient jamais connue. C’est ainsi que, sur les express du Nord, par exemple, la pression de la vapeur, limitée d’abord à 6k,500 en 1859 fut portée graduellement à 10 kilogrammes, et il y a lieu de penser que ce chiffre sera dépassé encore dans l’avenir. La surface de la grille, limitée d’abord à lm2,424, atteint aujourd’hui 2m2,55, celle du foyer est passée de 6™,40 à 8m,75, et le volume d’eau de 2,u3,700 à 5m3,050. La différence est surtout sensible sur le volume de vapeur qu’on a augmenté dans une proportion énorme pour faciliter son dégagement et pour la mieux sécher avant son passage au régulateur. Ce volume est passé, en effet, de 0,n3,800 à 2ni,500, c’est-à-dire qu’il a été plus que triplé. Sur les chaudières de la Compagnie de Lyon, où l’on no craint pas d’allonger les tubes pour augmenter la surface de chauffe, la superficie du foyer limitée à 6m,98 atteint déjà 10m,50 sur les types de 1879, et celle des tubes est passée de 75 mètres carrés 22, à 152™,21.
- Ces modifications incessantes apportées aux types de machines rapides, montrent bien tout l’intérêt que les compagnies attachent à cette question, mais on peut se demander toutefois s’il ne serait pas possible de faire encore davantage pour augmenter la vitesse, et tirer ainsi de cet outil merveilleux, formé
- Voy. n“ 505, du 25 décembre 1880, p. 05<
- Voy. n° 025, du ‘25 mai 1885, p. 305»
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- de l’alliance du rail et de la locomotive, tous les services qu’on est en droit d’en attendre.
- Un riche mécanicien, M. Estrade, a cru pouvoir répondre affirmativement à cette question, et, après avoir fait l’étude d’un type spécialement approprié à une marche à grande vitesse, avec un désintéressement qu’on ne saurait trop louer, il n’a pas hésité à joindre en quelque sorte la théorie à la pratique en prêchant d'exemple, et il a construit d’ahord un modèle à échelle du 1/10 du type auquel il s’est arrêté; puis il a réalisé celui-ci par une véritable machine accompagnée de son tender et d’un wagon approprié, en attendant qu’il obtienne d’une de nos grandes compagnies l’autorisation de faire sur son réseau l’essai
- du nouveau matériel. Avec une machine, un tender et des véhicules ainsi disposés sur le type représenté dans nos figures 1 et 2, il espère attendre sans inconvénient une vitesse effective de marche de 120 kilomètres à l’heure, correspondant ain i a une vitesse commerciale supérieure à 100 kilomètres, ce qui entraîne un excédent de vitesse égal au tiers au moins de nos vitesses actuelles.
- La locomotive à grande vitesse de M. Estrade a été construite dans les ateliers de M. Boulet, elle a reçu le nom de la Parisienne. Celte machine reproduit en général le type de la plupart des machines actuelles, la particularité essentielle qui la distingue doit être cherchée surtout dans le mécanisme moteur et le dia-
- mètre exceptionnel des roues qu’il actionne. Celles-ci, au nombre de six, atteignent en effet 2m,50; elles sont toutes accouplées ; cette disposition permet d’utiliser le poids total pour l’adhérence, tandis que les machines rapides actuelles n’ont toujours que deux essieux accouplés, et conservent, en outre, un ou deux essieux porteurs. L’inconvénient de cet accouplement résulte évidemment de l’augmentation de l’empâtement qui se trouve porté à 5,n,350, la distance de l’essieu d’avant à celui du milieu, réduite cependant au strict minimum, atteignant encore 2m,60, et celle de l’essieu du milieu k celui d’arrière, 2m,65 ; la longueur totale de la locomotive est de 9m,95. Pour faciliter le passage dans les courbes, on a muni l’essieu d’avant, de boîtes k graisse
- articulées ; mais cette disposition présentera certainement peu d’efficacité avec l’accouplement, et il semble que l’application de ce type de locomotive devra être cherchée surtout sur les lignes exemptes de courbes. La nouvelle machine paraît très bien appropriée aux longs parcours qu’on rencontre dans les pays peu peuplés et peu accidentés, elle pourra alors développer, sans inconvénient, toute la vitesse dont elle est susceptible et atteindre 120 kilomètres k l’heure sans avoir k supporter jamais de flexion dangereuse. Reste k savoir si elle aura assez de souffle pour conserver ce régime sur de longues étapes, si la production de la vapeur, en un mot, sera assez abondante pour suffire k l’énorme consommation qu’il exige avec des cylindres de 0m,47 de
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- diamètre sur 0m,70 de course. On a bien cherché à développer autant que possible la surface de chauffe, mais pour ne pas augmenter outre mesure les dimensions de la chaudière, puisqu’on tenait à rapprocher les essieux moteurs et a n’en pas mettre de porteur, on n’a pas pu dépasser les chiffres actuellement pratiqués sur nos machines. Le foyer est bien muni d’un houilleur; mais sa surface qui représente la surface de chauffe directe, la plus active au point de vue de la vaporisation, ne dépasse pas 8m2,90 en défalquant, il est vrai, le bouilleur; la surlace des tubes est seulement de 122 mètres carrés; la surface de la grille est de 2in,50. Ces chiffres se rapprochent beaucoup de ceux que nous avons rappelés plus
- haut. Nos locomotives actuelles, surtout celles des trains express, vaporisent actuellement 40 à 50 kilogrammes d’eau par heure et par mètre carré de surface de chauffe ; il faudra que la Parisienne dépasse sensiblement ce chiffre pour passer de la vi-' tesse moyenne de 70 kilomètres à celle de 90 ou 100 kilomètres que M. Estrade espère obtenir. Le volume d’eau de la chaudière est sensiblement augmenté, car il est porté à 4mS,100; mais, d’autre part, le grand relèvement qu’on a du donner à la chaudière pourra entraîner en marche des mouvements perturbateurs assez sensibles. Le poids total de la machine à vide est d’environ 38 tonnes, et en charge de 42 tonnes; la locomotive est munie du
- Fig. 2. — Wagon à deux étages pour grande vitesse, système Estrade.
- frein à air comprimé Westinghouse..Pour diminuer autant que possible la résistance au roulement du matériel roulant, M. Estrade s’est décidé k conserver sur tous les véhicules de son type, le diamètre de 2m,50 donné déjà aux roues de la locomotive. Le tender, dont la disposition ne présente d’ailleurs aucune particularité spéciale, en dehors du grand volume des caisses à eau et des soutes à charbon, est monté sur des roues de ce diamètre. 11 en est de même pour le wagon, construit par MM. Raynaud, Béchade (fig. 2).
- L’adoption de ces roues de ce grand diamètre a conduit k donner k ce wagon une forme toute spéciale différente du type ordinaire. Comme on était forcé de relever le plancher de la caisse au-dessus
- des essieux, on a cherché k utiliser l’espace laissé libre entre ceux-ci, en adoptant une forme k double étage ; l’étage supérieur est relevé k la hauteur des roues qui sont intérieures aux longueurs de la voiture. On a ainsi, dans la partie inférieure, trois caisses distinctes isolées par les roues, se prolongeant d’ailleurs vers les essieux par des compartiments étroits qu’on peut transformer en water-closets ou utiliser pour les bagages, et k la partie supérieure un compartiment unique avec couloir central auquel on accède par deux escaliers ménagés sur les parois de tête de la voiture. C’est une disposition générale qui rappelle k certains égards celle du type Vidard avec impériales fermées, traversées par un couloir central qu’on rencontre sur quelques lignes de ban-
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- lieue. Tous les véhicules d’un mémo train seront reliés à la hauteur de ce couloir par des plates-formes articulées munies de garde-corps qui permettront au besoin de circuler d’une extrémité à l’autre du train comme dans le matériel américain. La caisse ainsi disposée, avec ses deux étages, contient 54 places de première classe pour une longueur totale de 15 mètres entre tampons.
- Le mode de suspension de cette caisse qui est double, forme aussi une de ses particularités intéressantes ; les deux essieux distants de 4m,90 supportent, par l'intermédiaire de ressorts à lames reposant sur les boites à graisse, un grand longeron en fer régnant sur toute la longueur de la voiture et recourbé aux extrémités vers le sol. Chaque longeron porte à son tour trois ressorts à lames qui supportent la caisse au moyen de tirants par un châssis inférieur.
- Cette augmentation du diamètre des roues porté à 2m,50 aura incontestablement pour effet de réduire l'effort de traction, mais on peut se demander avec M. Roy qui a présenté une observation judicieuse à ce sujet, dans la discussion de la Société des ingénieurs civils, si cette réduction sera très sensible. Elle ne dépassera vraisemblablement pas lk,5 par tonne remorquée, c’est-à-dire qu’elle atteindra à peu près le dixième de l’effort moyen que la locomotive doit développer en marche normale sur une ligne ordinaire pour tenir compte de la résistance de l'air, de celle des courbes, des rampes, etc., de toutes les résistances accessoires, en un mot, qui sont indépendantes du diamètre des roues.
- Quoi qu’il en soit, il y a là une tentative des plus remarquables à tous égards que nous suivrons avec le plus grand intérêt : nous espé/ons que M. Estrade obtiendra facilement de nos compagnies l’autorisation de faire l’essai de son matériel roulant, tout au moins de la locomotive, car le wagon ne passe pas, paraît-il, sous le gabarit de toutes les compagnies, L. B.
- LE BÉTAIL AMÉRICAIN EN FRANCE
- Un de nos lecteurs, grand cultivateur de l’ouest de la France, nous demande dele renseigner sur l’arrivée du bétail américain sur le marché français. Après le blé, aurions-nous la concurrence du bétail? Nous n’avons pas de documents récents à fournir, mais nous publierons ici ce qui a été écrit l’année dernière à ce sujet dans un Rapport adressé par M. Tisserand, directeur de l’agricxdture au ministère du commerce. Le 2 juillet 1885, au marché de la Villette à Paris, a figuré un convoi de 254 animaux de l’espèce bovine venant des Etats-Unis. Ce convoi comprenait 196 bœufs et 58 taureaux; presque tous ces animaux étaient des durham purs ou des croisements durham-angus. Leur poids moyen était de 550 kilogrammes, ils avaient un âge moyen de trois ans. Chose remarquable, a dit M. Tisserand, ces animaux sont arrivés sur le marché en parfaite santé, sans aucun des œdèmes dont sont affectés les animaux ayant parcouru un long trajet par navire ou par chemin de fer. Partis de New-York, le 13 juin, ils ont été débarqués à Anvers le 27, et sont arrivés à Paris,
- le 30 juin, en dix-sept jours. Les frais de transport se sont élevés à 85 francs par tête, savoir : de Chicago à New-York, 35 francs ; de New-York à Anvers 30 francs, et 20 francs d’Anvers à Paris. Sur le marché, ces animaux ont été classés dans la catégorie de choix; ils ne rendront pas moins de Cl pour 100 de viande nette, aussi se sont-ils vendus 1 fr. 70 le kilogramme alors que les prix maximum atteints pour nos races françaises ne dépassaient pas 1 fr. 68 le kilogramme. La viande était de bonne qualité. Il me semble que cette importation de bétail peut prendre une grande extension aux dépens de notre élevage national parce que au delà de l’Atlantique, la prairie occupe une superficie de 354 millions d’hectares, les 44 centièmes de la surface totale des Etats-Unis. En outre, le bétail vit là abondamment, y pullule et y prospère au point que, du chiffre de 17 778000 têtes, relevées en 1850, il a successivement passé par les nombres ci-après : 25620 000 en 1860; 33820000 en 1870; 35926 000 en 1880; 49 417 700 en 1885. Toute cette production est aujourd’hui l’objet d’une exploitation industrielle très intelligemment conduite et d’un commerce actif, qui, grâce aux facilités des communications incessamment accrues, peut offrir à bas prix des produits dont on ne savait que faire jusque-là. Il y a vingt-cinq ans à peine qu’au Texas on abattait encore en immenses quantités bœufs et moutons, rien que pour les peaux et pour le suif.
- TOURELLES CUIRASSÉES
- DE SAINT-CHAMOND
- Nous avons eu déjà l’occasion d’entretenir les lecteurs de La Nature1 de l’emploi des tourelles cuirassées dans les opérations de défense des places fortes. Admettant, disions-nous, ce fait irrécusable que des maçonneries, si solides qu’elles soient, ne peuvent plus résister aux coups de l’artillerie rayée, les ingénieurs militaires se sont attachés à doter de cuirasses métalliques les pièces de place affectées à l’exécution d’un tir direct. Ils ont préconisé l’emploi des masques, des boucliers, des têtes-de-casemales, des tourelles à coupole. On ne saurait plus contester la nécessité où l’on est de placer les bouches à feu les plus importantes de la défense à l’abri des coups de plein fouet, plongeants et verticaux.
- La tourelle ou coupole qui, parmi tous les cuirassements, tient aujourd’hui le premier rôle, consiste en un grand cylindre métallique reposant sur de solides substructions en maçonnerie par l’intermédiaire d’une couronne de galets analogue à celle d’une plaque tournante de chemin de fer. Le cylindre peut, moyennant ce dispositif, prendre un mouvement de rotation autour de son axe. Protégé sur sa hauteur par des massifs de maçonnerie et de terre, il est coiffé d’une calotte aplatie et même souvent tout à fait plane. Etablie dans des condi-ditions qui la rendent à peu près invulnérable, la coupole est percée de sabords laissant passer les bouches des pièces de gros calibre en batterie à l’in-
- 1 Voy. n° 547, du 24 novembre 1883, p. 406.
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- teneur de son cylindre. Un mécanisme fort simple, installé dans une chambre de manœuvres, permet de faire tourner l’appareil préalablement soulagé.
- Le jeu de la tourelle est facile à comprendre. En station dans un observatoire voisin, le pointeur interroge l’horizon; il peut, à volonté, ralentir, accélérer ou arrêter le mouvement de rotation ; il peut en renverser le sens. Ses ordres se transmettent, par un fil électrique ou un téléphone, au mécanicien de service dans la chambre de manœuvres. Quand il se juge en bonne direction, le pointeur fait feu par l’effet du jeu d’une transmission électrique. La tourelle — qui tourne toujours — vient aussitôt présentera l’ennemi sa carapace invulnérable,c’est-à-dire la portion de cylindre qui n’est pas percée de sabords, de sorte que ceux-ci échappent de suite aux dangers de la riposte. *
- Un tel ensemble de dispositions permet d’assurer au tir une rapidité et une justesse qui en décuplent, et au delà, la puissance. En une heure, une tourelle peut envoyer soixante projectiles du plus gros calibre dans une cible de quelques mètres carrés, résultat qu’on ne saurait obtenir avec vingt pièces mises en batterie dans les conditions ordinaires. L’emploi de ce cylindre tournant a donc un intérêt considérable. La supériorité de la coupole sur les cuirassements fixes de tout genre provient de ce que son champ de tir est de 560 degrés ; qu’elle continue son mouvement pendant qu’on recharge ses pièces et qu’il n’est pas nécessaire de l’arrêter pour faire feu. La vulnérabilité de ses sabords-embrasures est, par conséquent, peu à craindre, surtout par qui a soin de ne point tirer à intervalles de temps égaux et de ne pas imprimer à l’appareil un mouvement de rotation uniforme. Les tourelles sont surtout fort précieuses à raison de la rapidité de leur tir, rapidité provenant de ce que les affûts sont fixes et que les pièces rentrent automatiquement en batterie.
- C’est dans cet ordre d’idées que la Roumanie a conçu le projet de sa réorganisation défensive. Elle a décidé que Bucarest serait appelée à devenir une place à quatorze forts détachés, et ([ue l’économie de cette grande forteresse ne comporterait pas moins de cinquante-sept tourelles ou coupoles. L’importance de cette fourniture pouvant s’élever au chiffre d'une quinzaine de millions, le gouvernement roumain crut devoir ouvrir un concours entre toutes les grandes usines métallurgiques de l’Europe. L’Allemagne et la France ont seules répondu à l’appel. La première était représentée par la maison Grüson, de Buckau (Magdebourg) ; la seconde, par la maison Montgolfier, de Saint-Chamond. Celle-ci entrait en lice avec une tourelle système Mougin; celle-là, avec un exemplaire du type Schumann.
- Les essais comparatifs des deux ouvrages cuirassés ont eu lieu, en décembre 1885 et janvier 1886, au polygone de Cotroceni près Bucarest, en présence du roi de Roumanie, du général Falcoyano, son ministre de la guerre, et de nombre d’officiers de toutes armes, roumains et étrangers.
- Or, des expériences suivies auxquelles il a été procédé il appert que le type Schumann ne saurait, à aucun point de vue, être préféré au système Mou-gin. C’est celui-ci qui l’emporte, et nous allons, en conséquence, en donner à nos lecteurs une description complète.
- Le commandant Mougin s’est attaché à rendre indépendantes des déformations possibles du cuirassement toutes les parties de la construction métallique qui réclament certaine précision de montage. L’expérience démontre en effet que, sous l’action d’un tir prolongé, les diverses parties du cuirassement se déplacent d’une quantité appréciable les unes par rapport aux autres, et subissent des déformations notables longtemps avant d’atteindre leur limite de résistance.
- Pour parer aux inconvénients inhérents à un tir sans recul, on a eu recours à l’emploi d’un affût à embrasure minimum, pourvu d’une rentrée en batterie automatique et d’un frein limitant le recul à 45 centimètres. Cet affût, dûment expérimenté, fonctionne d’une manière satisfaisante. 11 est construit suivant ce principe :
- L’ensemble du canon, de l’affût et du châssis est mobile autour d’une cheville ouvrière horizontale, établie sous l’embrasure. Durant la rotation autour de cette cheville ouvrière, l’axe du canon ne cesse d’être tangent à une circonférence ayant pour rayon sa distance à l’axe de la cheville. Les diverses positions de cette tangente, alors qu’on fait varier l’angle de pointage en hauteur, se superposent, à très peu près, aux positions parallèles qu’occuperait l’axe du canon, s’il tournait autour du centre de l’embrasure. Gomme, d’ailleurs, le canon est astreint à reculer suivant sa propre direction, quel que soit l’angle de tir, les dimensions de l’embrasure peuvent se réduire au strict minimum, comme on peut facilement s’en convaincre en jetant un coup d’œil sur la figure 1.
- Cylindrique à sa partie supérieure, la tourelle mesure 5m,90 de diamètre intérieur et 4m,80 de diamètre extérieur. Elle est formée de trois plaques en fer laminé qui ont lm,20 de hauteur, 0m,45 d’épaisseur et pèsent chacune environ 19 500 kilogrammes. Composée de deux plaques planes, de 0m,18, la toiture est noyée, sur toute son épaisseur, dans une feuillure circulaire pratiquée sur le haut du cuirassement vertical, et assujettie par des vis aux trois plaques de la tourelle. Le poids des deux plaques de toiture est de 19 900 kilogrammes.
- Le système de la cuirasse cylindrique et de son toit repose sur un pivot hydraulique, par l’intermédiaire d’une tôlerie composée d’une couronne et de trois panneaux verticaux, disposés parallèlement : l’un, suivant le plan diamétral de symétrie de la tourelle; chacun des deux autres, à 0m,96 du premier.
- La couronne est formée de quatre tôles cintrées de 0m,05 d’épaisseur, de deux tôles de dessus de 0IU,025, de cornières de 0n),02 et de 14 entretoises en tôles et cornières. Elle sert de chape à 10 galets
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- coniques verticaux en fonte, avec axes en acier forgé munis de demi-coussinets en bronze, et à 0 roulettes horizontales en acier. Les arbres de ces roulettes, venus de forge avec elles, tournent dans des douilles en bronze rapportées dans des ferrures qui servent, en même temps, à entretoiser, à leur partie inférieure, les deux tôles cintrées. Les trois panneaux verticaux sont découpés chacun dans deux tôles de 0m,0o d’épaisseur, renforcés par un remplissage de 0m,04 et raidis par des cornières. Les extrémités des remplissages des deux panneaux extérieurs sont ouvertes en forme de doubles pattes. À l’extérieur de chacun desdits panneaux est rivé un support, en tôle et cornières, destiné à répartir uniformément surles poutres le poids de la tourelle. Les trois panneaux sont réunis en dessous, par 5 tôles entretoises de(Jm,Ü2 d’épaisseur ; celle de ces tôles qui correspond à la culasse des canons est boulonnée a l’effet de permettre l’armement de la tourelle.
- Au moment du montage définitif, la couronne est solidement rivée au panneau du milieu, aux pattes des deux panneaux extérieurs et aux supports de ces derniers. Ces différentes pièces forment un tout rigide.
- Le pivot hydraulique consiste en un cylindre d’acier, de 0m,42 de diamètre, dont la tête s’engage dans un chapeau de fonte à nervures, terminé à la partie supérieure par une table rectangulaire de J mètre de large et 2m,20 de long. C’est sur cette table que sont boulonnés les trois panneaux en tôle soutenant les plaques de cuirassement.
- Le pivot est engagé sur lm,30 environ de hauteur dans un cylindre ou pot de presse en fonte, tubé en acier et pourvu : en haut, d’une garniture étanche ;
- en bas, d’un fond vissé sur un joint en cuir gras dont la surface supérieure est ajustée en forme de grain de crapaudine. Du fait de sa combinaison avec une petite pompe à main, ce pivot constitue une presse hydraulique au moyen de laquelle un homme de force moyenne peut soulever sans difficulté toute la partie mobile de la construction.
- Les galets de la couronne en tôle roulent sur une circulaire en fonte fixée à la partie supérieure de la
- cuve en maçonnerie et tournée suivant un cône dont le sommet coïncide avec celui des galets. Les roulettes prennent appui sur une surface cylindrique verticale, réglée sur le tour en même temps que la surface conique. La circulaire est coulée en trois fragments, sous-tendant chacun un arc de 120 degrés, réunis par des nervures à boulons et mis ensemble sur le tour pour le dressage des surfaces de contact des galets et des roulettes. Elle est fixée par une série de boulons de scellement sur le haut du mur de la cuve. La précision de son centrage et de son nivellement ne serait pas compromise du fait d’un mouvement résultant de l’action d’un tir prolongé et de nature à modifier la position de l’anneau fixe en fonte dure.
- La partie extérieure de la circulaire forme chenal et recueille les eaux de pluie, lesquelles sont évacuées par une tubulure munie d’un tuyau de dégagement. Autour du bord inférieur de la plaque de cuirasse et sur la couronne se trouve une tôle de 0“,02, cintrée suivant un profil courbe et qui rejette dans la gouttière les eaux pluviales, ainsi que les fragments de projectiles ou autres débris. Un trou d’homme permet aux opérateurs de se débarrasser rapidement d'un encombrement d’éclats qui pour-
- Fig. 1. — Tourelle cuirassée Mougin, pour deux canons de 155 longs, système de Bauge.
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- Fig. 2.
- Nouvelle tourelle cuirassée Mougin pour deux canons de 155 longs, système de Bange
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- rait gêner le mouvement de rotation de la tourelle.
- Lors du montage, on règle avec grande précision le centrage et le nivellement de la circulaire par rapport au pivot; puis on met en place la partie mobile de l’ouvrage, en faisant reposer le pivot sur la crapaudine en acier. Un a eu soin, au préalable, de présenter des galets coniques et roulettes, afin que ni les uns ni les autres n’aient aucune charge initiale à supporter. Dans ces conditions, tout le poids de la tourelle porte sur le pivot, alors même qu’on ne fait pas usage de la pompe hydraulique, et les galets — comme les roulettes — ne sont que des organes directeurs. Cela étant, la rotation du système ne demande qu’un travail moteur insignifiant, même au cas où l’appareil hydraulique aurait éprouvé des avaries et ne serait plus étanche.
- Yoici quelle est la fonction de cet appareil : au moyen de quelques coups de piston donnés à la petite pompe, on injecte une mince couche de glycérine entre le pivot et sa crapaudine. On substitue ainsi le frottement, extrêmement doux, d’un métal sur un liquide au frottement, beaucoup plus dur, pouvant même dégénérer en grippement, d’un métal sur un autre métal. Enfin, au cas où une avarie se serait produite au pourtour de l’ouvrage, il suffirait de faire manœuvrer la pompe par un seul servant pour le soulever tout entier,—de 0m50, au besoin, — et l’on aurait dès lors toute facilité pour l’exécution des réparations nécessaires.
- A raison de l’extrême mobilité du système, un arc denté, rapporté sur la bride du pot de presse, suffit à assurer la rotation de la tourelle par l’intermédiaire d’un harnais d’engrenages et d’une manivelle montés sur le chapeau en fonte du pivot.
- Le commandant Mougin a prévu l’emploi du système de pointage et de mise du feu par l’électricité, système qui donne les meilleurs résultats au double point de vue de la justesse et de la rapidité du tir. Ce procédé dispense de l’obligation de pratiquer dans la toiture un trou d'homme qui l’eût affaiblie et n’eût pas été sans causer certaine inquiétude aux servants.
- Massée en sable et béton, la plongée est renforcée intérieurement d’un anneau en fonte durcie, exécuté en trois fragments, simplement rapprochés avec plomb coulé dans les joints. Cet anneau est disposé de telle sorte que ses éléments peuvent se déplacer d’une quantité assez notable les uns par rapport aux autres, sans que la circulaire des galets soit pour cela dérangée. Par suite du grand diamètre donné à la base de cette avant-cuirasse, l’épaisseur minimum de la voûte (en béton de ciment), qui recouvre la poterne rampante de l’escalier d’accès, est assez grande pour que cette voûte n’ait rien à craindre des plus gros projectiles tirés en bombe.
- Analysons maintenant le dispositif de mise en batterie des deux pièces de 155 qui constituent l’armement de la tourelle. Ces deux canons se meuvent dans deux glissières par l’intermédiaire de deux coulisseaux posés, à chaud, sur les tourillons et les
- tenons d'un collier rapporté sur la volée de chaque canon, collier qui sert, en même temps, à relier le canon au frein. La cheville-ouvrière est emboîtée par une solide pièce en fer forgé, à double retour d’équerre, qui vient s’engager dans des flasques en tôle d’acier, de 0m,025 d’épaisseur, rivés sur un remplissage en fer forgé. Les deux flasques sont entretoisés : à l’avant, par une tôle et des cornières de 0m,02; en dessus, par des glissières; en dessous, par un frein boulonné.
- Le frein se compose de deux corps de pompe en bronze venus de fonte en une seule pièce. Celui de dessus, de 0111,12 de diamètre, a son piston attaché au collier de volée; celui de dessous, de 0“,20 de diamètre, a son piston chargé par deux rangées de ressorts Belleville, de vingt-six couples chacune, et fait fonction d’accumulateur. Ce cylindre-accumulateur porte deux tourillons encastrés dans les flasques de l’affût et qui coulissent dans deux glissières, en acier forgé, solidement rivées aux panneaux de la tourelle par l’intermédiaire de deux tenons rapportés pour permettre la mise en place de l’affût.
- En batterie, le piston de 0m, 12 se trouve hors de son corps de pompe; le piston de 0m,20 est, au contraire, complètement rentré. Les deux corps de pompe sont emplis de liquide et l’accumulateur est sous une charge initiale de 8000 kilogrammes, charge qui assure l’immobilité du canon à tous angles de pointage au-dessus de l’horizon. La remise en batterie complète est également bien assurée.
- Pendant le recul, le liquide du petit corps de pompe passe dans le grand en traversant une soupape de retenue; le piston de 0m,20 comprime les rondelles Belleville jusqu’à destruction complète du travail de recul. En fin de recul, le grand piston ne rentre pas spontanément dans son corps de pompe, attendu que la communication de celui-ci avec l’autre se trouve interceptée par le jeu de la soupape de retenue précitée.
- L’affût oscille dans un plan vertical autour d’un point fixe sis dans la couronne des galets, mais ce sont les glissières des panneaux de la tourelle qui supportent tout le choc du recul.
- Le pointage en hauteur est donné par un petit piston hydraulique dont l’action est aidée de celle d’un contrepoids équilibrant, en partie, le poids de l’affût et du canon. Ce piston, qui occupe très peu de place, permet au servant chargé d’actionner le levier de sa petite pompe de se tenir sur la plateforme des pièces.
- Le service de chaque pièce est fait par un pointeur et par un servant manœuvrant le levier de la pompe du piston de pointage. Deux auxiliaires font passer les munitions du monte-charge ou des niches au pointeur-servant; celui-ci les reçoit directement ou les hisse au moyen d’une grue à potence. Deux autres auxiliaires se relayent à la mani velle du mouvement tournant de la tourelle.
- Le commandant Mougin a également établi un
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- projet de tourelle à coupole pour canons de 155 courts, système de Range. Etant donné cet armement, la tourelle est de moindre diamètre et, par suite, d’un prix de revient réduit. L’organisation en est simplifiée du fait de la suppression des contrepoids, suppression qu’ont, rendue possible les faibles dimensions des bouches à feu et l’emploi, pour la mise en mouvement de la tourelle, d’un cabestan établi dans la partie inférieure de l’ouvrage.
- Au cours des expériences de Bucarest, la tourelle française s’est fort bien comportée. Ainsi, le 22 décembre 1885, elle exécutait, sans aucun raté, un tir de vingt-cinq salves, à raison de trois minutes par salve, tir à l’issue duquel tous ses organes furent trouvés en parfait état de conservation. Du 26 au 28 décembre, elle fut attaquée par deux canons Krupp et un canon de Range en batterie à la distance de 1000 mètres. Ayant été touchée trente fois, la cuirasse portait trace des coups, mais sans présenter aucune tissure; les mécanismes n’avaient subi aucune dégradation. La sécurité était avec raison jugée telle que, durant l’exécution du tir d’attaque, S. M. le roi de Roumanie avait pu, sans inconvénient, se tenir k l’intérieur de l'ouvrage cuirassé.
- En somme, la métallurgie française ne le cède en rien à la métallurgie allemande. Nos constructeurs viennent d’obtenir k Bucarest, un succès qui peut être dit national, mais dont l’éclat ne les a cependant pas empêchés d’apporter, depuis lors, d’importants perfectionnements k leur œuvre.
- Notre figure 2 représente la nouvelle tourelle Mougin, type dans lequel le cuirassement mobile affecte la forme d’une calotte sphérique (de 25 centimètres d’épaisseur) composée de trois plaques assemblées a queue d’hironde, aussi bien dans le sens vertical que dans le sens horizontal. Les deux joints sont soutenus par de grands fers en double T, solidement reliés k la couronne en tôlerie. Le cuirassement, présente ainsi même résistance en tous ses points, et n’est nulle part en contact avec» les parties de l’ouvrage qui demandent un ajustage de précision. Enfin, il n’entre dans la construction ni vis, ni boulons, ni rivets. Le diamètre du nouvel abri mesure lm,20 de plus que celui de la tourelle essayée k Bucarest; les servants y trouvent donc largement la place qui leur est nécessaire pour l’exécution du tir et des manœuvres de force. La saillie des bouches k feu est réduite au minimum, ce qui rend beaucoup plus efficace la protection qu’on cherche k leur assurer. Le remplacement des canons s’effectue par une ouverture cylindrique (tubée en fonte) ménagée dans la voûte sphérique en béton de ciment. La position de ce trou est déterminée en chaque cas particulier, de telle sorte que les embrasures soient soustraites, le mieux possible, aux effets du tir ennemi, lorsque les culasses des canons se présentent pour descendre dans le sous-sol.
- Cette nouvelle tourelle est donc aussi parfaite que peuvent l’être les choses de ce monde. Elle justifie l’appréciation du général Brialmont qui, après l’avoir
- minutieusement examinée en tous détails, a dit k l’inventeur : « Maintenant je ne vois plus quelles objections l’on pourrait vous opposer. »
- Lieutenant-colonel IIeknebert.
- EXPLOSION DE GAZ NATUREL
- A MURRAYVILLE (pENSYLVANIe)
- Comme nous l’avons fait voir dans nos précédents articles, l’emploi du gaz naturel tend de plus en plus k se substituer k celui du charbon dans les industries métallurgiques du bassin de Pittsburg, et même dans quelques cas k celui du gaz de houille pour l’éclairage municipal et privé. Le seul inconvénient que présente ce nouveau combustible, c’est la pression qui règne dans les canalisations : alors que nos conduites de gaz ne fonctionnent qu’à une pression de quelques centimètres d’eau, celles de Pittsburg sont soumises k des pressions qui varient depuis 20 atmosphères à l’orifice des puits de déga gement jusqu’à près d’une atmosphère sur les lieux de consommation les plus éloignés; il convient d'ajouter que la densité moyenne du gaz ne dépasse pas en moyenne 65 pour 100 de celle de l’air, et qu’il contient presque uniquement du gaz des marais et de l’hydrogène formant avec l’air un mélange détonant.
- Les précautions prises contre de si graves dangers consistent k ne pas laisser dépasser 20 atmosphères dans les réservoirs de réception, et k disposer, le long des conduites, des soupapes à fonctionnement automatique qui, lorsque la pression atteint 0m,70 d’eau, s’ouvrent dans des tubes de dégagement qui rejettent dans l’air le volume de gaz excédant. Toutefois cette limite, que nous considérerions comme fort élevée, n’est pratiquée que dans la ville de Pittsburg, et sur les 20 ou 50 kilomètres qui la séparent des puits, le fonctionnement des soupapes s’effectue sous des pressions progressivement croissantes. Pendant le jour, c’est-à-dire au plus fort de la consommation des usines, la pression en ville se tient normalement à O"1,35 ou 0m,40 d’eau. Mais pendant la nuit tous les échappements fonctionnent, et pour se débarrasser à la fois de l’énorme débit du gaz et du ronflement violent qu’il détermine, on met le feu chaque soir aux tubes de dégagement sur les lieux de production. Le dessin que nous donnons ci-après représente l’une des exploitations les plus importantes, celle du puits Karg à Findlay, dont le débit ordinaire dépasse 1 million de mètres cubes par jour. Notre gravure est la reproduction d’une photographie prise de nuit, et l’on peut juger de la hauteur de la flamme en la comparant k celle des baraquements et de la chèvre du trou desonde. On voit, d’ailleurs, que le gaz ne s’enflamme qu’à une distance notable de l’orifice de dégagement, effet dû à l’énorme pression sous laquelle s’effectue le débit.
- On comprend combien, dans ces conditions, les explosions doivent être terribles, et il s’en est, en
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- efi'et, produit quelques-unes qui ont été suivies de morts d’hommes et de désastres plus ou moins graves ; mais aucune jusqu’ici n’avait causé des craintes aussi vives que celle qui a eu lieu le 19 mars à Murrayville, à 30 kilomètres de Pittsburg, et qui a tenu pendant trois jours cette localité sous l’appréhension d’une destruction totale.
- C’est en essayant de poser un branchement sur une conduite principale de 0m,40 de diamètre près de Murrayville, c’est-à-dire presque à l’origine d’un des puits et par suite sous une pression considérable que le gaz, faisant soudainement irruption, se répandit à flots dans les rues et les maisons environnantes , et s’enflamma au contact de becs allumés. Il en résulta une épouvantable explosion, qui se propageant de proche en proche, gagna le grand puits Mc William. La colonne de feu s’éleva aussitôt à plus de 25 mètres de hauteur, et on estime que le débit atteignait l’énorme volume de 85000 mètres cubes à l’heure pour le gaz qui prenait immédiatement feu, et trois fois plus pour celui qui se répandait dans l’atmosphère sans être brûlé.
- L’air était saturé de gaz dans un rayon de 500 mètres : le ronflement produit dans le tube de dégagement empêchait toute conversation, même à quelque distance, et la chaleur était telle que les ouvriers ne pouvaient travailler qu’avec des linges mouillés sur la tête et seulement pendant quelques minutes. Il était à redouter que la conflagration ne s’étendît aux autres exploitations et n’amenât des désastres sans précédent.
- Les Compagnies d’exploitation songèrent tout d’abord à détruire à coups de canon le tube supérieur de dégagement au ras du sol, c’est-à-dire au-dessous du point d’inflammation, comme on le faisait jadis dans la même région pour les réservoirs à pétrole; mais le procédé n’aurait probablement pas suffi pour éteindre le gaz en ignition, car les débris auraient été immédiatement projetés sous l’action de l’énorme pression, et, d’autre part, il était difficile d’éviter des accidents si les projectiles manquaient le but. On préféra donc creuser une tranchée dans
- la direction du tubage souterrain, et y pratiquer une entaille sur la moitié de son épaisseur. Puis on y fixa, au-dessus du sol, de fortes chaînes sur lesquelles on fit tirer, à grandes secousses, une équipe de 150 hommes. 11 va sans dire qu’on avait, dès l’origine, fermé toutes les communications avec les conduites de distribution. Le tube se rompit suivant l’entaille, et les flammes s’étendirent sur le sol. L’incendie ainsi localisé, on poussa un tuyau jusqu’à l’orifice du tubage. En le relevant légèrement par l’autre bout, le gaz s’y engouffra : on avait l’intention de le soulever jusqu’à la plus grande hauteur possible et de le laisser retomber brusquement de manière à de'terminer, en sens contraire du courant, un violent appel d’air capable d’éteindre la flamme. Lorsque le tuyau atteignit une inclinaison de 45°, on entendit un claquement brusque : le gaz était éteint. Celte extinction provenait-elle de l’étranglement de la colonne gazeuse à l’orifice inférieur ou de la formation dans le tuyau de remous violents ? C’est ce qu’il serait difficile d’expliquer.
- Les habitants de Fin-dlay étaient délivrés des angoisses qui les avaient troublés pendant trois jours entiers; il faut espérer que la leçon sera salutaire et que les autorités sauront prendre les précautions nécessaires pour prévenir le retour de pareils dangers , notamment lors de la pose des branchements , opération qui devrait toujours se faire la nuit, c’est-à-dire au moment où on peut-fermer la communication des conduits avec le réservoir principal. On a pu voir dans un article précédent (n°677, du 22 mai 1886), que l’emmagasinement et la distribution sur les lieux d’exploitation semblaient remplir les conditions d’une organisation satisfaisante. Il serait probablement utile d’augmenter le d amètre des conduites principales afin de réduire les frottements, et par suite la pression initiale nécessaire à l’écoulement, et d’accroître aussi le nombre des tubes de dégagement sur les points où les pressions sont les plus variables.
- Dégagement et inflammation du gaz naturel au puits Karg, à Findlay. Vue prise pendant la nuit et reproduite d’après une photographie.
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- UN NOUVEMJ PROJET D’EXPÉDITION
- DANS LES RÉGIONS ARCTIQUES
- Dans un récent voyage aux Etats-Unis, nous avons eu l’iieureuse chance de rencontrer M. Gildcr, Fauteur bien connu du Voyage du Rodyers à la recherche de la Jeannette. Après un moment de causerie, la question qui nous vint naturellement sur les lèvres fut celle-ci :
- « Avez-vous envie de retourner dans les mers polaires?— Oui, répondit-il ; j’espère pouvoir partir cette année.
- — Avec quelle expédition? —
- Tout seul..., ou peut-être avec un sous-officier que j’em mènerais parce que je Fai déjà vu à l’épreuve. »
- M. Gilder est un homme jeune encore, trente-huit à quarante ans tout au plus, il est dans toute la force de l’âge, avec de larges épaules et un visa ge dont les traits expriment à la fois l’énergie et le calme. Evidemment ce projet extraordinaire dont il nous faisait part avec une tranquillité absolue, comme d’une chose toute simple, avait été longuement mûri.
- Nous demandâmes cependant à M. Gilder quelques éclaircissements indispensables qu’il nous donna au moyen de la carte reproduite ci-dessus dont l’original, publié au mois de février 1885 par M. J.-R. Bartlett, hydrographe du Bureau de la navigation à Washington, indique les plus récentes découvertes faites dans les régions arctiques du Groenland et du continent américain.
- Voici ce que le courageux explorateur compte faire. Il partira par un baleinier à voile pour aller dans la mer de Baffin ; la, il trouvera un baleinier à vapeur qui consentira, moyennant finances, à le conduire jusqu’au cap Isabella, situé à 78°25 de
- I latitude Nord et à 75° de longitude Ouest de Greenwich.
- Le cap Isabella est à peu près en face du point le plus élevé du Groenland où l’on trouve des naturels. Mais, d’après M. Gilder, les Esquimaux du Groenland sont peu énergiques, peu fidèles, et on court des dangers avec eux. Au contraire ceux du continent américain sont des hommes de six pieds, bons, intelligents et dévoués. C’est à ceux-ci qu’il s’adressera.
- U passera probablement un premier hiver dans cette région pour trouver une tribu d’Esquimaux,
- hommes et femmes, vieillards et enfants, qui consente à partir avec lui.
- Si la saison le permet, toute la tribu quittera le cap Isabella pour se diriger en traîneau vers le Nord. Si le printemps est trop proche, il faudra attendre au commencement de l’hiver suivant. Pendant le voyage, les Esquimaux vivront de leur vie ordinaire , des produits de la chasse et de la pêche. La tribu suivra la côte américaine le long du bassin de Kane, du canal de Kennedy , du bassin Ilall et de la baie de Lady Franklin, et elle arrivera au fort Conger situé au S. 0. du canal Robeson, sur la côte américaine, à 81° 44' lat. N.
- et 64° 45' long, 0. Là, l’expédition s’allégera de toutes les bouplies inutiles ; elle ne se composera plus que de M. Gilder avec ou sans son compagnon, et de trois ou quatre hommes choisis parmi les plus énergiques, les'fiplus capables de supporter la fatigue ou le froid. 7 t
- Ce petit groupe résolu partira du fort Conger dans deux traîneaux-, l’un'de quinze pieds, l’autre de six pieds, traînés par des chiens, cela va sans dire. En quittant le port, .il cessera de longer la côte du continent américain et traversera le canal Robeson pour suivre la côte ouest du Groenland qui se dirige du
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- Carte des plus récentes découvertes dans les régions arctiques du Groenland et du continent américain.
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- S.-O. au N.-E. C’est précisément la route que prit en 1882 le lieutenant Lockwood, accompagné du sergent Brainard. Le lieutenant s’arrêta, le lû mai, à une île dont la latitude est de 85°, 24' N. et la longitude 4ü°,46' 0. de Greenwich. Cette île prit son nom, et par un sentiment de justice très louable, le nom du sergent Braillard lut donné à une petite île voisine de la première. De ce point, Lockwood aperçut un premier promontoire très distinct, qu’il baptisa du nom de Kane, et un second promontoire plus éloigné, moins visible, qu’il se contenta de signaler sans lui donner de nom.
- M. Gilder s’avancera jusqu’à cette île, et même plus loin, si la chose est possible, avec les deux traîneaux; puis il laissera quelque part les hommes du grand traîneau avec ordre de l’attendre et il partira dans le petit traîneau soit seul, soit avec son compagnon civilisé, et un seul Esquimau. C’est alors que commencera la partie la plus difficile du voyage d’exploration. Ces deux ou trois hommes dégagés de tous les impedimenta qui arrêtent les expéditions ordinaires, se dirigeront vers le N.-E. en suivant la côte, presque sans bagages et avec un poids minimum de vivres. Ils avanceront le plus loin possible, sans que la question des vivres les arrête. Il n’y a pas d’Esquimau qui ne soit forcé chaque hiver de passer trois trois ou quatre jours sans manger, sauf à se rattraper en absorbant des quantités énormes de nourriture aussitôt qu’une châsse ou une pêche heureuse le lui permet. M. Gilder affirme que cette privation de manger pendant trois ou quatre jours peut être désagréable pour un estomac civilisé, mais qu’elle n’est pas dangereuse. Il ira donc de l’avant non seulement tant qu’il aura des vivres, mais encore tant que la durée totale du voyage sans vivres, retour compris jusqu’à la station du grand traîneau, ne devra pas dépasser trois ou quatre jours. Son projet est d’aller, si la chose est possible et si le Groenland est une île, jusqu’au point ou la côte cessera de monter vers le N.-E. pour se diriger vers l’E. et le S.-E. En ce cas, il aura atteint le cap le plus élevé du Groenland ; et, si cela n’arrive pas, il aura du moins éprouvé la jouissance de se trouver sur un point du globe où aucun homme n’aura mis les pieds avant lui depuis les temps historiques1.
- E. Dürand-Gréville.
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- NÉCROLOGIE
- Louis Simonin. — Nous devons enregistrer ici la mort regrettable d’un publiciste distingué, ancien ingé-
- 1 Profitons de l’occasion pour relever une petite erreur. Dans un article de La Nature, du 6 février dernier, intitulé : Le Froid, l’auteur cite une observation de M. Gilder, d’après laquelle on aurait ou à subir un froid de 103° centigrades, ramené, il est vrai, à 70° centigrados. En réalité, M. Gilder avait parlé d’un froid de 103° Farenheit, au-dessous de la glace fondante, ce qui revient à 71° au-dessous du zéro Farenheit, et à 57° centigrades au-dessous de la glace fondante. Ce chiffre de 37° n’a rien que de vraisemblable. D. G.
- nieur des mines, qui était depuis plusieurs aimées attaché à la rédaction du journal La France.
- Simonin avait beaucoup voyagé aux Etats-Unis et au Canada. Il avait surtout visité les exploitations minières de ce pays, les mines d’argent de la Nevada et celles du Nouveau-Mexique, les mines de cuivre du Lac Supérieur. 11 avait rapporté de ses voyages un grand nombre d’observations sur les habitudes et les mœurs américaines et publié dans le Tour du Monde des relations de ses pérégrinations. Simonin était un économiste de l’école libre-échangiste. On lui doit de beaux ouvrages de science vulgarisée parmi lesquels nous citerons le Monde souterrain et les Pierres, véritables encyclopédies des gens du monde, sur le travail des mines et la minéralogie. Né à Marseille le 22 août 1850, Simonin a toujours été un homme d’intelligence et de travail. En 1876, il avait été choisi comme commissaire de la France, à l’exposition de Philadelphie, et avait fait partie du jury à l’exposition de 1878. Simonin était officier de la Légion d'honneur.
- CHRONIQUE
- Le plus grand pendule du monde. — On a
- récemment cité dans la Revue chronométrique comme la plus grande horloge du monde, celle du palais du Parlement à Londres, dont le balancier, ou pendule, est long de 6 mètres. Eh bien, lisons-nous dans le dernier numéro de cette publication, ce tambour-major des pendules doit être relégué au second rang ; il est de beaucoup dépassé par celui de l’horloge de l’hôtel de ville (Jacquemard) d’Avignon. Ce géant des géants mesure 17 mètres (les deux cinquièmes environ de la« hauteur de la colonne de la place Vendôme). Sa lentille pèse 60 kilogrammes. Son mouvement est extrêmement lent, ce qui se conçoit, puisqu’il ne parcourt qu’un arc de 2m,50 à 5 mètres eu quatre secondes et demie. Nous n’avons pu obtenir à son sujet, ni au sujet de son horloge, aucune donnée historique.
- Ce que deviennent les vieux souliers. — Rien ne se crée, rien ne se perd. Lavoisier a introduit ce principe fécond dans les sciences physiques. Dans l’industrie moderne, on l’a aussi appliqué et avec de très heureux résultats ; rien ne se perd, tout se transforme. Voici, par exemple, les vieux souliers. Lorsqu’ils sont absolument hors de service, on les découd; le vieux cuir est soumis à de longues manipulations qui le transforment en une sorte de pâte malléable avec laquelle on fabrique ensuite une sorte de cuir artificiel, qui prend l’apparence des plus beaux cuirs de Cordoue. Sur cette pâte, en Amérique, on imprime les plus élégants dessins. L’industrie française, moins perfectionnée que celle d’Amérique, se contente, parait-il, de recouvrir, avec cet enduit, les malles et les sacs de voyage. Une autre industrie, assez prospère en France, consiste en la transformation de vieux souliers en souliers neufs. C’est la principale occupation à laquelle se livrent les militaires internés à la prison de Montpellier. Le plus grand nombre des vieux souliers est fourni par l’Espagne. On les découd et on arrache tous les clous, puis les morceaux sont mis à tremper dans l’eau pour les assouplir un peu et on y taille, à l’emporte-pièce, des empeignes de souliers d’enfants ou de fillettes. La semelle est également utilisée de la sorte. Les plus petits morceaux sont employés pour faire les talons Louis XV qui furent si à la mode il y a deux ans. Les morceaux un peu
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- plus grands et amincis forment les semelles des souliers de bébés. Et les clous? Avec un aimant on sépare ceux de fer de ceux en cuivre et les derniers se vendent encore un prix élevé. L’entrepreneur de la prison militaire nous disait (jue le prix qu’il en retirait couvrait presque complètement ses déboursés pour l’achat des vieux souliers. Les dernières rognures, les débris qu’on balaye, ne sont pas encore transformés en cuir de Cordoue, mais ils forment un excellent engrais très recherché par certains agriculteurs.
- Paratonnerre en niekel. — Le nickel est un métal dont les propriétés se rapprochent beaucoup de celles du fer. Il présente sur ce dernier l’avantage de ne pas se rouiller à l’air humide. Or, comme les paratonnerres rouillés ou oxydés sont moins bons conducteurs du fluide électrique, par suite d’une efficacité moindre contre les coups de foudre, on a essayé, à Dresde, de remplacer la tige en fer d’un paratonnerre par une tige en nickel. C’est au temps qu’il appartient de faire savoir quelle est, au juste, la valeur de cette substitution.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 juin 1886. — Présidence de M. l’amiral
- JuRIEN DE LA GrAVIÈUE.
- La musique et la science. — L’illustre auteur de Henri. Vil/, M. Saint-Saéns, faisant à l’Académie des sciences une communication pleine de cet humour savant qu’il met sur tout ce qu’il dit, c’était fête pour la grave assemblée; une partie de l’assistance écoute debout, et un fait inouï, sans précédent dans les archives de l’Académie, l’entrée d’une femme dans la salle, ne parvient pas à détourner l'attention. Il s’agit de Mme Kova-lesky, nouvellement arrivée de Suède et à laquelle M. le président souhaite galamment la bienvenue en la quali-liant d’héritière de Sophie Germain.
- M. Saint-Saèns rappelle qu’à l’origine de la musique, la hauteur musicale, comme le mouvement, était laissée à la discrétion de l’exécutant : on chantait d’ordinaire bas et lent. Les progrès de l’art ont fait élever les sons pour permettre aux chanteurs de donner toute la mesure de leur puissance, et c’est à la suite d’une série de tâtonnements que l’Académie des sciences a enfin réglé le diapason normal. Pour ce qui est du mouvement, l’arbitraire règne encore, et même les indications dont il est l’objet sont empreintes du plus grand vague. Vandante du temps de Bach était fort animé auprès de Vandante d’à présent. Une double invention très importante, a consisté à construire le métronome et l’échelle qui l’accompagne, grâce à laquelle on peut battre des temps ayant de 1/40 à 1/200 de minute; et l’on aura une idée de l’importance de ces durées par cet exemple, que tandis que l'air fameux de Faust, Laisse-moi. contempler ton visage, répond absolument aux vues de l’auteur quand le temps correspond <à 60 de l’échelle du métronome, il devient absurde et inacceptable si cette durée correspond à 72 ; il suffit donc de 1/6 de seconde par temps pour le dénaturer tout à fait. Ceci posé, M. Saint-Saëns vient demander à l’Académie des sciences de continuel' son œuvre, de faire pour le temps ce' qu’elle a fait pour la hauteur musicale, et de convertir le métronome en un instrument précis.
- La Ramie.— C’est à la fois comme un événement scientifique et industriel que sera reçue la publication que fait aujourd’hui M. Frémy d’une étude complète de
- la Ilamie (Bœhmeria nivea). Les Chinois nous envoient depuis longtemps la libre admirable de ce précieux textile; mais ils ne savent l’obtenir pour le mélanger d’ailleurs en fortes proportions à leurs étoffes de soie si renommées que par leurs procédés mécaniques dont les prix de revient seraient absolument inabordables pour nous. Le directeur du Muséum, partant de ses grandes recherches de chimie végétale qui lui ont révélé la composition et les propriétés de ces trois ciments des libres : la pcctose, la vasculosc et la cutose, s’est trouvé à même de substituer aux petits couteaux des coolies une série de réactifs chimiques grâce auxquels il peut mettre aujourd’hui sous les yeux de l’Académie des écheveaux soyeux incomparables de blancheur, de finesse et d’éclat. M. Frémy s’appuyant sur l’acclimatation de la Ramie obtenue par Decaisne, qualifie le précieux végétal de coton français, et y voit en même temps le dégi'èvement pour nous des 180 millions que nous payons par an de droits d’entrée du coton, et une ressource inespérée pour ceux de nos départements où la garance n’est plus cultivée, et pour celles de nos colonies où la canne à sucre est de plus en plus impuissante à soutenir la concurrence de la betterave. Tous les amis des sciences se joindront à tous les amis de la patrie, pour applaudir aux efforts de l’illustre successeur de Gay-Lussac.
- Influence de la lune sur le temps. — Le relevé qu’il a fait des bulletins météorologiques publiés par les Etats-Unis et d’innombrables journaux de bord, conduisent M. Poincaré à reconnaitre que le préjugé populaire d’après lequel la lune aurait une influence sur le temps, est justifié, pourvu qu’on rapporte les dates aux déclinaisons de la lune et qu’on fasse intervenir l’action antagoniste du soleil. Cette conclusion que M. Bouquet de la Grye appuie de sa haute expérience personnelle, présente aux y eux deM. Mas-cart un grand intérêt en permettant d’espérer qu’on aura quelque jour les éléments d’une prévision du temps à longue échéance.
- Squelettes humains préhistoriques. — M. Puech signale dans le département de l’Aveyron, des cavernes non explorées jusqu’ici et qui ont fourni, outre de nombreux ossements d’animaux quaternaires, beaucoup de squelettes humains. Des photographies jointes au mémoire, indiquent pour les crânes un angle facial particulièrement aigu ; mais M. Vulpian pense qu’il y a surtout là un effet de perspective et qu’on n’a pas placé les tètes devant l’objectif comme il aurait fallu.
- Varia. — M. Vulpian a étudié la persistance des mouvements volontaires chez les poissons osseux à la suite de l’ablation des lobes cérébraux; mais, à notre regret, ne donne aucun détail sur son travail. — M. Charles Bron-gniart annonce qu’un comité de jeunes gens a ouvert une souscription pour frapper une médaille due à M. Roty, prix de Rome, pour célébrer le centenaire de l’illustre doyen des étudiants français. — Par l’intermédiaire de M. de Quatrefages, M. Saint-Loup présente une note sur la fossette céphalique des némertes. — On écoute avec intérêt des lectures de M. Marcel Depretz et de M. Sarran.
- Stanislas Meunier.
- LE MOUVEMENT PERPÉTUEL
- ET LE PRINCIPE D ARCHIMÈDE
- On sait que les principes élémentaires de la physique sont actuellement exposés dans nos écoles primaires, et
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- cette innovation a été fort heureuse, car il ne peut y avoir rien de plus intéressant, pour tout le monde, que l’explication des phénomènes naturels que nous avons chaque jour sous les yeux.
- Mais il est peut-être à craindre que pour mettre ces principes à la portée de jeunes intelligences, on ne veuille pas leur donner une forme absolument exacte, rigoureuse, mathématique, et par cela même un peu abstraite. On les remplace souvent par quelque chose qui semble absolument équivalent et qui peut cependant, à l’occasion, faire tomber dans de graves erreurs ceux qui auront dù arrêter leurs connaissances à ces notions de l’école primaire. Je n’en veux pour preuve que le fait suivant, dont j’ai été le témoin.
- Combien n’y a-t-il pas de maîtres — de livres élémentaires même — qui énoncent ainsi le principe d’Archimède : « Tout corps plongé dans l’eau semble perdre une partie de son poids égale au poids de Veau déplacée )) ; je ne veux même pas généraliser en disant : plongé dans un fluide quelconque? Eh bien, un de ces ivres était parvenu, je ne sais trop comment, entre les mains d’un brave douanier, grand fureteur, qui tomba immédiatement en arrêt devant ce principe, l’étudia, le retourna, et fut bientôt convaincu que sa fortune était faite : il ne s’agissait en effet que de mettre à profit cette force constante, qui peut être utilisée sans être amoindrie, chose bien remarquable. Comment n’y avait-on pas songé avant lui ?
- Je ne m’arrêterai pas aux véritables prodiges d’ajustage qu’il dut réaliser à l’aide d’outils tout à fait rudimentaires ; je n’exposerai que son idée, fort rationnelle en admettant l’énoncé rappelé ci-dessus.
- Supposez une chaîne sans fin, verticale, tonnée par exemple de parallélépipèdes en bois réunis par des charnières, et passant sur deux poulies. Une moitié de cette chaîne traversera un cylindre plein d’eau. Pour mon douanier, cette partie devait perdre de son poids et par suite être entraînée par le reste du système; d’où possibilité d’élever un fardeau sans le secours d’une force animale ou de la vapeur, et par suite grande économie de main-d’œuvre.
- Bien entendu, la machine une fois montée ne lit pas le moindre mouvement, et le fameux principe étant là, l’inventeur s’en prit aux frottements, aux imperfections inévitables de son œuvre. Heureusement qu’avant de la perfectionner il voulut bien croire que je ne lui volerais pas son invention, et il me demanda mon avis. Son étonnement fut grand lorsqu’il apprit que la théorie elle-même le condamnait ; j’eus, par exemple, bien de la peine à lui
- faire comprendre qu’il ne pouvait disposer d’aucune force puisque sa chaîne immergée n’était soumise qu’à des poussées latérales, égales et de sens contraire et par suite se détruisant.
- Et voilà comment un corps plongé dans l’eau peut ne pas perdre de son poids, si on ne donne pas à la poussée de bas en haut le moyen de s’exercer. J’ignore d’ailleurs si mon ingénieux inventeur a repris ses essais en remplaçant les parallélépipèdes par des troncs de pyramide, par exemple, une petite base faisant suite à une grande.
- L. Gutode.
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- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- SUR LES RAYONS DE LUMIÈRE ROUGE
- Un de nos lecteurs, M. Buy, de Caluire (Rhône) nous a adressé une petite planchette de bois de sapin mince, sculptée au couteau, comme le montre la
- gravure ci-contre. Notre correspondant accompagnait son envoi de la note suivante : « Voici la description d’un petit objet qui pourrait prendre sa place dans vos récréations scientifiques ; ayant remarqué depuis longtemps que le bois aminci, surtout le sapin, laissai t passer les rayons rouges, j’ai sculpté sommairement sur une planchette une montagne qui doit ligurerun volcan. En approchant cette planchette de la Ranime d’une bougie, dans un endroit très obscur, et en plaçant cette llanmie très près du cratère, c’est-à-dire vers l’endroit le plus mince, on voit assez bien la lave couler sur les lianes de la montagne, le rellet des Ranimes sur l’eau, les nuages colorés en rouge, etc. »
- L’effet obtenu est charmant, tout en étant très intéressant comme expérience d’optique. La planchette que nous figurons représente un volcan, mais il serait facile de varier les sujets, de découper dans le bois une scène d’incendie, de coucher du soleil, etc. 11 suffira de se rappeler que les parties du bois les plus minces sont celles qui paraissent par transparence les plus rouges et les plus lumineuses.
- Voilà une amusante récréation pour les heures de congé des écoliers. G. T.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissaküieu. imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à l'aris.
- l’IanehcUe de sapin taillée au couteau, figurant une éruption volcanique.
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- N° 684.
- 10 JUILLET 1886.
- LÀ NATURE.
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- LES VENTRILOQUES1
- Les ventriloques, suivant leur spécialité, peuvent se diviser en diverses catégories : les uns consacrent leur talent à imiter des cris d’animaux, le chant des oiseaux, des bruits d’outils, etc. ; d’autres simulent le son des instruments de musique; quelques-uns parviennent à donner l’illusion du bruit produit par une foule, par un régiment, une procession; d’autres entin font parler des poupées ou des mannequins.
- On se rappelle cette petite histoire rapportée par les auteurs grecs. Dans une sorte de concours entre un acteur et un paysan, concours dans lequel il s’agissait d’imiter les cris d’un jeune porc, la foule décerna le prix a l’acteur et siffla le paysan ; mais alors celui-ci ouvrant son manteau découvrit un jeune porc, se mit à lui tirer les oreilles et montra ainsi au public l’erreur qu’il venait de commettre.
- De nos jours on voit assez souvent s’exhiber en public des ventriloques qui imitent les cris d’animaux les plus divers, le porc, l’àne, le cheval, le bœuf, le chien, le chat, jusqu’au langage de toute la population de la basse-cour.
- A côté de ces ventriloques on peut ranger ceux qui imitent le chant des oiseaux, notamment le chant du rossignol et qui, dans des scènes parfois charmantes, arrivent à produire presque l’illusion.
- Un acteur bien connu, M. Fusier, a un talent très remarquable pour imiter les cris d’animaux et l’on raconte à ce sujet une anecdote qui est amusante, si elle n’est pas absolument authentique. Il paraît que nombre de fois la concierge de la maison de M. Fusier, entendant chez lui des cris étranges, est montée protester contre l’inexécution des conditions de son bail portant que le locataire n’aura ni chien ni chat dans son appariement, à plus forte raison des porcs ou des ânes et autres animaux auxquels la concierge accusait M. Fusier de donner asile.
- 1 Suite et fin. — Voy. n° 678, du 29 mai 1886, p. 406.
- 14° année.— 2e semestre.
- Certains ventriloques imitent le son des instruments de musique, depuis le violon ou la contre-basse jusqu’aux instruments de cuivre aux notes les plus éclatantes. D’autres excellent à imiter le bruit du rabot, de la scie, etc.
- Comme exemple des illusions qu’il est possible de produire dans ce genre, l’auteur anglais Stewart qui s’est occupé de la ventriloquie, parle d’un individu qui imitait dans la perfection le sifflement de la bise à travers les jointures d’une porte ou d’une fenêtre.
- « Il l’avait vu, dit-il, souvent jouer ce tour dans le coin d’un café et il avait rarement manqué de voir alors quelqu’un se lever pour examiner si les fenêtres ou les portes étaient bien fermées, tandis que d’autres en train de lire le journal, par exemple, se contentaient de mettre leur chapeau , de relever le col de leur habit ou de boutonner celui-ci jusqu’au men-, ton. »
- La spécialité de certains ventriloques consiste, étant masqués par un simple paravent, à donner à leur auditoire l’illusion du voisinage de plusieurs personnes ou même d’une véritable foule.
- M. Vivier, le célèbre mystificateur, était un très habile ventriloque ; dans un salon, caché par un paravent, il arrivait à produire des illusions extrêmement curieuses : parfois à lui seul il imitait la marche d’un régiment, on entendait le clairon, le tambour, le bruit cadencé du pas de la troupe, les ordres des officiers, les exclamations de la foule, etc.
- Au commencement du siècle, un ventriloque, nommé Fitz-James, excellait dans ce genre d’exercice ; il imitait, par exemple, le bruit d’une procession de religieux sous les voûtes d’un cloître ; on entendait non seulement le choc des pas, le murmure que produit toujours une foule nombreuse, mais encore les chants religieux, la voix grave des chantres et les voix aiguës des enfants. Le spectateur se croyait à quelques mètres de plusieurs centaines de personnes et éprouvait une sorte de désillusion et une véritable surprise quand le ventriloque réappa-
- 6
- Fig. 1. — Ventriloque faisant parler sa main transformée en poupée. Au-dessous, manière de simuler une figure avec le poing fermé.
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- LA NATURE.
- raissait seul devant les feuilles du paravent. U y a un grand nombre d’exemples de ventriloques modernes qui, comme les magiciens de l’antiquité, ont lait parler soit des animaux, soit des objets inanimés.
- On cite notamment plusieurs facéties de ce genre exécutées par M. Comte, le prestidigitateur qui dirigeait alors le Théâtre des jeunes élèves, actuellement les Bouffes-Parisiens. M. Comte était un très habile ventriloque.
- Un jour, dans une foire de village, il lit parler un porc qu’une bonne femme venait vendre, et le malheureux animal, accusé par la foule de n’ètre qu’un sorcier, fut traîné par les oreilles devant M. le maire par les soins du garde champêtre; le porc n’interrompait ses cris que pour traiter son conducteur d’« imbécile », au grand effroi de celui-ci.
- A Tours, Comte lit enfoncer la devanture d'une boutique fermée depuis longtemps en faisant entendre dans l’intérieur la voix d’un individu qui soi-disant y était renfermé.
- A Nevers, un brave paysan monté sur un âne entend tout à coup celui-ci protester contre les mauvais traitements qu’on lui fait subir; le paysan épouvanté s’enfuit et abandonne l’animal qu’il croit ensorcelé.
- Ces mauvaises plaisanteries du ventriloque Comte lui firent souvent courir de graves dangers. A Fribourg, par exemple, il est arrêté par des paysans qui l’accusent de sorcellerie et veulent le brûler vif dans un four, mais alors une voix formidable part de la gueule de ce four et met les paysans en déroute.
- De temps eu temps l’on voit annoncer sur le programme des théâtres de curiosité les exercices de Tlionime à la poupée. L'homme à la poupée, M. Bou-chotty, est un habile ventriloque qui, portant dans ses bras une poupée imitant une petite fille de quatre à cinq ans, tient avec elle une conversation des plus amusantes.
- A la fin du siècle dernier, un ventriloque de Vienne, le baron Mengen, s’acquit une grande réputation par des exercices semblables : il tenait une conversation suivie avec une petite poupée qu’il tirait de sa poche.
- Cn raconte que dans une des séances du baron de Mengen, un officier irlandais fut tellement émerveillé du prodige dont il venait d’être témoin, qu’il se précipita sur la poche où le baron venait de placer sa poupée, dans le but de se saisir de celle-ci; mais alors la poupée se mit à jeter des cris déchirants comme si on venait de gravement la blesser; l’officier surpris et effrayé lâcha prise ; alors le baron tirant la poupée de sa poche montra qu’elle n’était formée que d’un simple morceau de bois grossièrement sculpté recouvert d’un manteau.
- Certains ventriloques renouvellent facilement l’expérience que nous avons rapportée de la sorcière Cécile de Lisbonne et font parler leur main.
- Récemment nous avons vu à l’Egyptian-Hall de Londres un prestidigitateur qui paraissait sur la scène en portant une poupée, faisait parler celle-ci,
- tenait avec elle une conversation plus ou moins baroque; on voyait-les lèvres de la poupée remuer, l’illusion était complète quand, tout à coup, la tête de la poupée se transformait d’une façon étrange, le prestidigitateur venait d’ouvrir sa main et c’était elle qui, enveloppée d’un gant blanc sur lequel étaient tracés quelques traits en couleur, formait seule la tête de la poupée.
- On sait, du reste, qu’avec quelques simples traits de fusain ou de charbon tracés sur la main, celle-ci étant ensuite coiffée d’un mouchoir ou d’une serviette, on peut produire l’illusion de la tête d’un jeune enfant et converser avec lui si on a quelques dispositions pour la ventriloquie. Dans le côté de notre gravure (fig. 1) on voit deux manières de disposer les doigts et de tracer les traits pour obtenir avec la main une tète de poupée.
- De nos jours la plupart des ventriloques qui s’exhibent en public parviennent à faciliter considérablement l’illusion qu’ils veulent produire en employant de grandes poupées ou plutôt des mannequins articulés qu’ils font parler, chanter, converser entre eux en donnant à chacun une voix différente. Ces poupées sont machinées de telle sorte que la main du ventriloque peut les faire remuer, soit agiter les bras, les jambes, tourner la tète à droite ou à gauche, rentrer le cou dans les épaules, ouvrir et fermer les yeux et enfin remuer la mâchoire inférieure de façon à ce que leur bouche semble articuler les paroles qu’entend le spectateur.
- Parmi les ventriloques qui se sont montrés à Paris depuis quelques années il convient de citer une jeune femme, miss Anna, dont les séances au Cirque des Champs-Elysées, il y a deux ou trois ans, étaient très remarquables.
- Cette année même, plusieurs ventriloques ont donné des séances dans des cirques ou des théâtres de curiosité, l’un d’eux, notamment, qui se montrait au Cirque d’hiver, M. O’kill « et sa famille », faisait exécuter k ses poupées des scènes très amusantes.
- Ses poupées étaient placées sur une estrade, le ventriloque se trouvait derrière elles, et les faisait parler chacune avec une voix spéciale (fig. 4) ; une des poupées, représentant un bonhomme grotesque, avait une forte voix de basse-taille, l’autre, une vieille femme, une voix nasillarde, d’autres des voix aiguës ou enfantines.
- Il les faisait agir, remuer de la tête, des bras, des jambes. Les poupées se disputaient entre elles, se montraient parfois fort mal élevées. Puis elles chantaient, soit chacune séparément, soit dans des couplets alternés comme M. et Mme Denis. Généralement, pendant que les poupées parlent et agissent, le ventriloque reste impassible, pas un muscle de son visage ne tressaille, ou bien il semble écouter avec curiosité leurs discussions et sourit avec intérêt k leurs plaisanteries.
- On peut dire, d’une façon générale, que ces ventriloques, grâce k l’emploi de leurs mannequins, parviennent a produire une illusion assez complète
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- LA NATURE.
- pour que fréquemment des personnes soient persuadées que la voix qui se fait entendre sort effectivement de la bouche de la poupée et provient non du ventriloque placé près de celle-ci, mais bien d’un compère dissimulé dans le mannequin, sous l’estrade, ou ailleurs, et dont la voix se fait entendre par l’intermédiaire d’un tube acoustique.
- Signalons un truc assez grossier, mais efficace toutefois, tendant a confirmer l’illusion du spectateur. Ce truc consiste en ce que, généralement, le ventriloque, dans le petit boniment préparatoire qu’il adresse au public, se donne comme étranger et s’excuse de fort mal parler le français ; et, en effet, il s’exprime avec difficulté et a un fort accent; ses poupées, au contraire, lui répondent en très bon français. On est donc porté à croire, quand on entend celles-ci, que le ventriloque n’est pour rien dans leurs réponses ou leur conversation.
- Explication de la ventriloquie. — L’art de la ventriloquie est basé d’abord sur un phénomène acoustique : la difficulté qu’éprouve l’oreille à déterminer le point précis d’où vient le son qu’elle entend.
- Cette incertitude de la direction des sons est facile à constater. Voici quelques cas où elle se produit.
- Un devin qui s’exhibait à Paris il y a quelques années, M. Stuart Cumberland, exécutait dans les salons, après ses exercices de double vue, une petite expérience acoustique qui avait ordinairement pour résultat de surprendre et d’amuser ses auditeurs.
- Dans cette expérience, une personne de bonne volonté, étant assise au milieu du salon, se laissait bander les yeux, M. Cumberland tenait alors une pièce de cinq francs dans sa main et la faisait tinter en la frappant avec un corps dur, soit une clef ou une autre pièce de monnaie. La personne soumise à l’expérience devait alors indiquer la direction d’où partait le son et déterminer la distance à laquelle il lui semblait que celui-ci s’était produit. Presque toujours cette personne indiquait une direction et une distance tout autre que celles qui étaient réelles, et ces erreurs qui parfois étaient considérables provoquaient naturellement l’hilarité des spectateurs. De plus M. Cumberland, en variant les positions de sa main de façon à ce que celle-ci formât une sorte d’écran interposé entre la pièce et l’oreille de la personne soumise à l’expérience, faisait varier pour celle-ci la perception de la direction du bruit, alors qu’en réalité l’expérimentateur n’avait pas bougé de place.
- Nous avons vu dans une soirée, un membre de l’Institut, qui s’était prêté de bonne grâce à cette expérience, extrêmement surpris quand on lui eut ' ôté son bandeau des grossières erreurs de perception auditive qu’il venait de commettre. L’illusion qu’il est ainsi possible de produire en variant les positions de la main dans laquelle on fait sonner une pièce de monnaie est, en somme, tout a fait analogue à celle obtenue par la ventriloquie.
- Autre exemple. Si plusieurs personnes sont pla-
- cées sur une même ligne à quelques pas d’un spectateur et si l’une'd’elles émet un son prolongé, une voyelle, par exemple, soit aaaa, n’exigeant aucun mouvement des lèvres, le spectateur ne pourra déterminer quelle est celle des personnes placées devant lui qui émet ce son, et s’il essaye cependant de la désigner il est presque certain qu’il commettra une erreur, et souvent cette erreur sera telle que la personne désignée sera à trois ou quatre rangs, soit a gauche, soit à droite, de celle qui en réalité aura parlé.
- Dans les chœurs de grand opéra, on cherche a réunir, outre des qualités de chant, un aspect agréable, et comme une jolie voix n’est pas toujours accompagnée d’un joli visage, il arrive très souvent que l’on place au premier rang des chœurs de jolies figurantes qui, bien que ne devant pas chanter, ouvrent la bouche et font le simulacre de prononcer des paroles, alors que réellement il n’y a à chanter que leurs camarades placées derrière elles. Le public ne s’aperçoit que bien rarement de cette petite fraude.
- Un homme qui serait près d’un jeune enfant et qui, sans remuer les lèvres, parlerait d’une voix criarde alors que l’enfant ferait le simulacre de prononcer des paroles, pourrait facilement faire croire que les paroles que l’on entend sont émises par l’enfant. Cette illusion peut être même obtenue avec des animaux. Il est possible d’apprendre à un chien a ouvrir la bouche en suivant le mouvement de la main de son maître, si celui-ci est tant soit peu ventriloque, il pourra facilement faire croire qu’il possède un chien doué de la parole.
- Le ventriloque qui, placé près de ses poupées, parvient à conserver les muscles de son visage dans une impassibilité absolue alors que ses poupées s’agitent, s’animent, remuent des lèvres et semblent parler, n’arrive à produire une illusion si complète pour les spectateurs qu’en vertu du principe acoustique que nous venons de voir : la difficulté qu’éprouve l’oreille à déterminer le point précis d’où vient le son qu’elle entend.
- Il est à remarquer que la principale difficulté de l’art du ventriloque consiste à garder cette impassibilité du visage, à parler sans faire agir aucun des muscles de la face.
- Le ventriloque qui cause avec une poupée, qui l’interroge, adresse les questions avec sa voix ordinaire en articulant .distinctement, en remuant les lèvres d’une façon bien apparente; mais lorsque la poupée répond, le visage du ventriloque n’a plus aucune contraction, à peine si ses lèvres s’entr’ou-vrent dans un léger sourire.
- L’immobilité du visage que conserve le ventriloque alors qu’il parle en réalité, peut s’expliquer en rappelant quelques principes de grammaire qui ne sont que des applications de la physiologie de la voix,
- Le langage articulé qui sépare le langage de l’homme de celui des animaux, se divise, comme l’indique la grammaire, en sons et en articulations,
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- LA N AT U UE.
- Les sons ou voyelles sont constitués par tous les bruits continus et uniformes que les organes vocaux peuvent émettre. Ainsi a,e,o,u sont des voyelles parce qu’on peut les prolonger indéfiniment, aaaaaa par exemple.
- Les voyelles sont en beaucoup plus grand nombre qu’on ne l’admet généralement dans l’écriture; il est en effet possible de les modifier pour ainsi dire à l’infini par un son un peu plus fermé ou un peu plus ouvert.
- Elles peuvent être classées, sous forme de gammes ayant chacune une voyelle type dont toute la série correspondante n’est que le résultat d’une contraction de plus en plus prononcée des lèvres sans que la langue et les autres organes vocaux aient à subir la plus légère modification. Ces voyelles types et leurs gammes descendantes sont indiquées dans le tableau ci-contre (fig. !2).
- Si, en prononçant chacune de ces voyelles, on retire, sans changer la position des lèvres ou de la langue, la hase de celle-ci vers le fond de la gorge, on obtient le son nasal de cette voyelle.
- Les principaux de ceux--ci sont ;
- an, son nasal de a.
- on, son nasal de o.
- Vient ensuite ;
- en, in, son nasal de é.
- eun , un , son nasal de eu.
- Les voyelles i et u n’ont pas de sons nasals par suite de la position en arrière qu’occupe naturellement la base de la langue en les prononçant, position qui n’est que très peu modifiée si on essaye de leur donner un son nasal.
- Ce qui précède peut être appelé la théorie des voyelles. Au point de vue de la ventriloquie, on doit remarquer que pour prononcer les voyelles, aucun mouvement des lèvres n’est nécessaire ; il suffit que celles-ci restent légèrement entr’ouvertes pour donner passage k l’émission du son, ce que le ventriloque obtient généralement k l’aide du sourire dont nous avons déjà parlé et qui semble provoqué
- par l’intérêt qu’il apporte aux paroles de ses poupées.
- Toutes les modifications d’organes nécessaires pour le passage d’une voyelle k une autre, comme dans les diphtongues oa, aé.... ou lorsqu’ils suppriment certaines articulations intermédiaires, sont facilement obtenues par le ventriloque à l’aide de la langue et
- des organes intérieurs de la bouche sans faire subir le plus léger mouvement, la moindre contraction aux lèvres et aux muscles de la lace, autrement dit, sans se manifester par aucun signe visible aux yeux des spectateurs. La prononciation des voyelles ne constitue donc aucune difficulté pour le ventriloque.
- 11 n’en est pas de même tics consonnes , îles articulations, la prononciation de certaines d’entre elles constitue une difficulté que le ventriloque ne peut vaincre qu’a force d’exercice et d’habileté, ou encore en prononçant par k peu près, en remplaçant l’articulation difficile k prononcer, sans contracter les muscles du visage, par une autre donnant k peu près le même
- son, mais s’obtenant avec les organes vocaux intérieurs de la bouche.
- Les consonnes peuvent se classer par catégories suivant les organes vocaux employés pour les prononcer. On les divise dans chaque catégorie en fortes et en faibles, elles comprennent, au point de vue du ventriloque, deux séries. Cette classification donne le tableau que nous avons dressé ci - contre (fig. 5).
- On peut remarquer en examinant ce tableau que, dans toute la première série de ces articulations, la langue, soit agissant sur le pharynx, sur le palais, vibrant seule, s’appliquant contre les dents, ou prenant différentes formes, peut agir, peut articuler sans l’aide des lèvres, sans qu’aucun des muscles de la face ait besoin de se contracter. Pour le ventriloque, la prononciation de tous les mots dans lesquels n’entrent que ces consonnes et des voyelles pourront donc se prononcer sans aucun mouvement du visage.
- 2° Série, la vovclle é.
- Fig. 2. —Classification des voyelles.
- 1" série.— ARTICULATIONS OBTENUES l'AR LES ORGANES vocaux intérieurs
- Fortes. Faibles.
- Gutturales c .7
- Linguales palatales. ..:.... l ill
- Linguales dentales V
- Dentales t d
- Dentales palatales 11 gn
- Sifflantes dentales s z
- Sifflantes gutturales ch 3
- 2' série. — articulations labiales.
- Soufflantes labiales f V
- Labiales simples P b
- Labiale aspirée m
- Fig. 5. — Classification des consonnes.
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- LA NATURE,
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- Il n’en est, pas de même des articulations de la deuxième série, c'est-à-dire des cinq consonnes labiales F, Y, P, B, M : l’art du ventriloque consiste à prononcer ces cinq articulations sans remuer les lèvres ou les muscles de la face.
- Il est facile, avec un peu d’habitude, d’arriver à ce résultat pour F et Y qui peuvent se prononcer en ne faisant agir que les muscles intérieurs des lèvres.
- P et B, et surtout M, présentent plus de difficulté et on peut dire que la plupart du temps les ventriloques qui veulent garder une immobilité absolue des lèvres, ne prononcent aucune de ces trois con-
- sonnes d’une façon précise, ils les remplacent généralement par une sorte d’articulation se rapprochant de N.
- C’est en partie pour cette raison que les ventriloques réussissent beaucoup mieux à imiter le langage des enfants ou celui des personnes de peu d’éducation plutôt que le français correct.
- Ainsi, en somme, l’illusion que parviennent a produire les ventriloques faisant parler les poupées est un résultat d’abord d’un phénomène acoustique, l’incertitude de la direction du son, et ensuite de l’habitude acquise par le ventriloque de parler sans faire agir les muscles du visage.
- Fig. i. — Le ventriloque O’Kill et ses poupées.
- Les ventriloques qui, sans aucun accessoire, parviennent à produire l’illusion d’une voix partant soit du sol, soit d’un endroit élevé ou d’un endroit quelconque, éloigné ou rapproché, comme le faisaient Saint-Gilles, Comte et antérieurement les pythonisses et les magiciens, parviennent à ce résultat en utilisant toujours le même principe d’acoustique, la difficulté qu’éprouve l’oreille à déterminer l’endroit d’où vient le son qu’elle entend, et de plus ils accroissent cette incertitude en gardant un visage immobile et en disposant leurs organes vocaux de façon à obtenir un son plus ou moins voilé selon que le ventriloque voudra faire croire qu’il vient d’un endroit plus éloigné.
- Quant à la direction précise d’où vient le son, le ventriloque se charge d’ordinaire de l’indiquer par
- une mimique expressive, en portant ses regards de ce côté, en le désignant du doigt alors que son visage exprime à un haut degré l’effroi, l’intérêt ou la surprise; par imitation, le spectateur se persuade facilement que le son qu’il entend, vient en effet, de l’endroit précis qui lui est ainsi indiqué d’une façon semblant inconsciente.
- Les paroles sont prononcées d’une façon souvent bien indistincte, par la voix mystérieuse, mais le ventriloque se charge encore, le plus souvent, de les rendre compréhensibles en les répétant de sa voix ordinaire, en les accentuant et les commentant; il persuade ainsi 'a ses auditeurs que ce sont bien là les paroles qu’ils ont entendues.
- Pour obtenir un son voilé semblant venir de loin ou d’un endroit renfermé, le ventriloque dispose sa
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- langue de façon à ce que son extrémité ou sa hase en s’appliquant contre le voile du palais forme une sorte de diaphragme ne laissant passer que très peu de voix. Si alors le ventriloque articule ses paroles avec une forte voix gutturale, le son paraîtra venir de la terre ou d un endroit renfermé, tel qu’une grotte, une caverne, ou bien encore, une boîte, un tonneau, une armoire. Si, au contraire, la langue étant dans la meme position, le ventriloque parle avec une voix aiguë, il produira l’illusion d’une voix venant du plafond de la salle ou d’un endroit plus ou moins eleve, tel que le sommet d'un arbre, le haut d un escalier, et même le toit d’une maison voisine.
- Mais dans l’un et l’autre cas pour obtenir l’émission de cette voix étouffée, un peu indistincte, le ventriloque tient ses poumons distendus et prononce, si ce n’est en aspirant, du moins en émettant le moins de souffle possible.
- Le célèbre physiologiste Richerand, qui avait eu occasion d examiner le ventriloque Fitz-James, disait :
- « Tout son mécanisme consiste dans une expiration lente et graduée, filée en quelque sorte; expiration qui est toujours précédée d’une forte aspiration au moyen de laquelle le ventriloque introduit dans les poumons une grande masse d’air dont il ménage ensuite la sortie. »
- Quant aux modifications à apporter dans la position ordinaire des organes pour obtenir des voix de personnes âgées ou des voix enfantines, des voix enrouées ou nasillardes, des cris d’animaux ou le son d’instruments de musique, des bruits d’outils, des bruits de foule, etc., elles sont obtenues facilement grâce à la mobilité, à la perfection et aux ressources de ces divers organes, et c’est par habitude et par tâtonnement que le ventriloque parvient à les connaître et à les répéter de façon à obtenir avec certitude la voix qu’il désire.
- Du reste, pour se rendre bien compte des modifications qu’il est possible d’apporter â la voix en modifiant la respiration, l’ouverture du pharynx, la position de la langue et en donnant à celle-ci différentes courbures, il suffit de se livrer pendant quelques minutes à cet exercice et l’on se rendra facilement compte des procédés employés par les ventriloques et du degré d’illusion qu’il leur est possible de produire ; peut-être même que cet essai révélera à l’expérimentateur une aptitude à la ventriloquie dont il était loin de se douter.
- Rappelons à ce sujet que Saint-Gilles, l’épicier ventriloque de Saint-Germain, avait acquis son talent en moins de huit jours de travail, et que sa célébrité, qui remonte à plus d’un siècle, s’est perpétuée jusqu’à nos jours.
- Celles de beaucoup de grands hommes, savants ou littérateurs, acquises par toute une vie de travail et de peine, n ont pas eu une aussi longue duré0- Güyot-Daüiiès.
- L'EXPOSITION D'HYGIÈNE URBAINE1
- LE SERVICE DES EAUX A TARIS
- L’une des salles qui attire le plus l’attention du public à l’Exposition d’hygiène urbaine, c’est assurément celle dans laquelle le service des eaux de Paris a exposé tous les appareils mis en usage pour l’amenée et la distribution des eaux, ainsi qu’une installation comparative des diverses eaux consommées. Cet empressement du public provient pour beaucoup de l’habileté et de l’art avec lesquels cette salle d’exposition a été aménagée; il tient aussi à l’intérêt et à l’importance de la question des eaux pour l’alimentation parisienne.
- Le regard est frappé tout d’abord par une espèce de grand aquarium surmontant une immense cuve; dans les trois compartiments de chacun d’eux sont amenées directement, par des conduites spéciales, l’eau de l’Oureq, l’eau de la Vanne et l’eau de la Seine ; l’écoulement est continu, incessamment renouvelé; l’on peut donc juger, avec la plus grande facilité, de la pureté optique de ces diverses eaux. La figure 1 représente très fidèlement cette ingénieuse disposition; déjà, dans l’aquarium, on distingue avec une grande netteté les couleurs très différentes et très tranchées de ces trois eaux; mais c’est surtout dans les compartiments de la cuve, uniformément peints en blanc à l’intérieur et qui ont une profondeur d’environ 2 mètres, que cette différence est saisissante. L’eau de l’Oureq a l’aspect d’une purée de pois ; l’eau de la Vanne est d’un bleu azuré, rappelant la coloration des lacs de Suisse; l’eau de la Seine est d’un gris jaunâtre. On ne peut quitter ce spectacle sans avoir l’impression très exacte de la valeur comparative des eaux qui desservent h Paris les services publics et privés ; on se plaît à penser que 'ceux qui ont charge de l’administration de la capitale s’efforceront de doter désormais la consommation privée tout au moins d’eaux de sources exclusivement et ils ne sauraient retarder plus longtemps à substituer ces eaux si limpides aux eaux des rivières, Seine ou Ourcq, dont l’aspect est si repoussant et qui entrent malheureusement encore pour une trop grande part dans l’alimentation.
- Il ne sera pas sans intérêt pour nos lecteurs, pensons-nous, de donner quelques renseignements à ce sujet sur le service des eaux à Paris ; nous les empruntons à une conférence faite à l’Exposition d’hygiène urbaine, le jeudi 20 mai, par M. Rechmann, le distingué ingénieur qui dirige ce service.
- L’outillage actuel du service des eaux à Paris a pour hase la division des services : 1° service public pour la rue et l’usine ; 2° service privé pour la maison. M. Bclgrand avait en effet démontré, dès le début des grands travaux entrepris à cet effet, que, d’une part, en présence de la pureté décroissante de la plupart des eaux de rivière et des exigences crois-
- * Suite. Voy. p. 18 et ,riî».
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- sautes du public, on ne ferait rien de définitif à Paris si l’on ne servait les usages domestiques en eaux de sources et, d’autre part, à la distance où se trouve Paris des grandes altitudes, il serait ruineux, sinon impraticable, d’amener assez d’eau de source pour en donner au service public qui, d’ailleurs, n'utiliserait pas leurs qualités. Le dédoublement du service de l’alimentation eût d’ailleurs été nécessaire dans tous les cas à cause de la hauteur des maisons a Paris ; le grand développement du service de la rue détermine plusieurs fois par jour un abaissement de pression dans les conduites qui ne permettrait pas un bon service aux étages supérieurs ; aussi faut-il recourir à l’eau du service privé pour les ascenseurs et les bouches d’incendie, sans quoi, à certaines heures, les ascenseurs s’arrêteraient en route et le jet des lances des pompiers n’atteindrait pas les toits.
- L’alimentation du service privé est assurée par la Dlmis et la Vanne, dont les sources ont été choisies parmi les plus pures du hassin de Paris ; ces sources sont captées avec le plus grand soin, disposées dans des réservoirs surmontés de terre-pleins gazonnés; des aqueducs fermés, ovoïdes ou circulaires, avec des regards spéciaux, amènent ces eaux dans des conditions d’aération, d’ohscurité et de fraîcheur, qui font qu’elles parviennent dans Paris, après quarante-huit heures d’écoulement, telles qu’elles ont été captées, sans que la température ait varié de plus d’un degré. Quant à l’alimentation du service public, elle se fait a l’aide de l’eau du canal de l’Ourcq, des eaux de la Seine, puisées dans six usines a vapeur, des eaux de la Marne élevées par l’usine de Saint-Maur et des eaux des puits artésiens.
- L’aquarium et les cuves installés à l’Exposition montrent, avons-nous dit, la supériorité incontestable des eaux de sources; les eaux de la Vanne et de la Dhuis sont, en effet, d’une limpidité parfaite; légèrement calcaires, elles sont excellentes pour tous usages et leur température moyenne permet de les amener dans les habitations dans un état de fraîcheur très apprécié. M. le Dr Miquel n’y a trouvé que 62 germes contre 2000 dans l’eau de la Seine, et M. Albert Lévy a montré que dans l’eau de la Vanne, conservée pendant deux jours, l’oxygène se maintient ou augmente, tandis qu’il diminue dans l’eau de la Seine, ce qui est un signe certain de la présence d’animalcules dans celle-ci. Il n’en est pas de même des eaux de rivière et de l’eau de l’Ourcq ; celle-ci marque 50° à 40° à l’hydrotimètre, l’eau de Marne 19° et l’eau de Seine 17°; elles sont néanmoins bonnes à tous les usages du service public et pour les besoins industriels.
- Les eaux amenées à Paris par les dérivations ou élevées par les machines sont reçues dans 17 réservoirs, cubant en totalité 530 000 mètres cubes et situés à des altitudes variant de 48 mètres à 156 mètres ; tous sont couverts, excepté ceux de l’Ourcq et de l’eau de Seine au Panthéon, afin de maintenir à l’eau sa fraîcheur et sa limpidité; plusieurs sont à
- étages superposés. De ces réservoirs partent les conduites de distribution, toutes en fonte avec joints à bague et presque toujours en égout, afin de pouvoir faire les prises dans les égouts, de faciliter la visite et la surveillance et de pratiquer les réparations de fuites, les raccordements, sans avoir à ouvrir des tranchées. Nous reviendrons tout à l’heure sur quelques détails de cette partie du service.
- Les eaux sont ensuite réparties suivant leur nature dans des zones correspondantes avec des relais convenablement disposés; l’étage bas de Paris est actuellement alimenté en eau d’Ourcq et en eau de Vanne; l’étage moyen reçoit des eaux de la Seine et de la Vanne, et l’étage supérieur, des eaux de la Marne et de la Dhuis. D’ailleurs, les divers étages peuvent se venir en aide ; l’eau peut descendre ou être remontée par les machines de relais ; en hiver, l’eau de source non absorbée par le service privé est jetée au service public; en été ou en cas d’accident, mais seulement pendant quelques jours, l’eau de Seine puisée à Ivry remplace l’eau de la Vanne et celle-ci, relevée a l’usine du boulevard de la Villette, remplace la Dhuis.
- Les quantités d’eau amenées ainsi chaque jour actuellement à Paris sont, au total, les suivantes :
- Eaux de sources (Vanne et Dlmis). 150 000 mètres cubes,
- Eau du canal de l’Ourcq......... 120 000 —
- Eau de Seine.............. 170 000 —
- Eau de Marne............... 90 000 —
- Total........... 510 000 mètres cubes,
- soit 220 litres par tête.
- M. Bechmann a fait remarquer, dans sa conférence, que l’eau de source ne manque pas, on le voit, et que son volume est bien supérieur aux abonnements ; mais les chiffres qui précèdent constituent des moyennes, et, à certains jours, notamment pendant les grandes chaleurs, c’est à un maximum qu’il faut satisfaire. Il y a donc encore insuffisance, surtout si l’on tient compte de l’accroissement considérable qu’amènera la suppression de la fosse fixe dans les maisons de Paris et qu’on aura réussi à empêcher les propriétaires a faire la guerre a l’eau dans leurs immeubles. Aussi a-t-on projeté de nouvelles dérivations ; il y a deux ans, d’excellentes sources ont été acquises à l’est et à l’ouest de Paris, et ces dernières amèneront à elles seules 120 000 mètres cubes d’eaux excellentes marquant 16° à l’hydrotimètre et à la cote très élevée de 92. Les projets d’amenée sont tout préparés ; le vote prochain de l’emprunt permettra de les exécuter et l’on compte qu’en 1889 il y aura à Paris, pour 2 200 000 habitants, 650 000 mètres cubes d’eau ou 300 litres par tête. Il y a un siècle, en 1789, pour une population de 600 000 habitants, il n’y avait que 7986 mètres cubes d’eau pour l’alimentation de Paris, soit 13 litres par habitant; au lieu des 85 fontaines de puisage et des 455 concessions gratuites et payantes qui existaient à cette époque, il y aura, en 1889, 17 000 appareils publics et 70 000 abonnements. En outre, l’eau qui
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- se vendait o francs au temps des porteurs d’eau est I trois personnes peut être alimenté à robinet libre aujourd'hui descendue à 30 centimes ; un ménage de | pour \ 6 fr. 20 et au compteur pour 20 francs par
- Fig. 1. — Aquarium de l’Exposition d’hygiène urbaine montrant les différences de transparence et de pureté des eaux de l’Ourcq,
- de la Vanne et de la Seine.
- an. En résumé, la ville de Paris, pauvrement alimentée il y a vingt ans, sans avoir encore la quantité d’eau qu’on peut souhaiter pour une grande capitale à la fois élégante et industrielle, est, dès à présent, la ville d’Europe où le service public est le moins incomplet; de plus, elle figure au premier rang pour la qualité de l’eau consacrée aux usages domestiques.
- Cette conclusion que nous empruntons, ainsi que les indications qui précèdent, à M. Bechmann, exprime très justement l’état actuel du service des eaux à Paris; elle est la justification des efforts qu’il
- n’a cessé de faire depuis plusieurs années , sous la direction successive de MM. Bel-grand, Alphand, Couche, B.ecli-mann, pour a ménager dans les conditions les plus favorables la double canalisation qui est une des particularités les plus intéressantes de ce service. Il va de soi que les deux parties de cette canalisation sont solidaires, de façon à pouvoir se suppléer en cas d’insuffisance de l’une ou de l’autre. Cependant lorsqu’on examine comparativement, comme on le peut si bien faire à l’aide de l’aquarium représenté ci-contre, les trois espèces d’eaux amenées à
- Fig. 2.— Manomètre publie permanent, disposé sur les becs de gaz, à Paris, pour faeilitcr la recherche des fuites et le contrôle des manœuvres de distribution d’eau.
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- Paris, on éprouve une certaine crainte à l’idée de la I duites. L’Administration affirme que ce mélange ne substitution ou du mélange de ces eaux dans les cori- | s’effectue jamais et nous l’en croyons sans peine, tant
- Fig. 3. — Amenée des eaux îi Paris, pour les divers services publics et privés.
- ce mélange présenterait de difficultés et d’inconvé- I autres est chose obligatoire en certains cas. Lorsqu’il nients; mais la substitution de ces eaux les unes aux j y a eu des accidents dans la canalisation, lorsqu'on
- Pi?- 4. —Appareil pour percer une prise d’eau sur conduite en charge.
- Fig. 3. — Robinet intermittent, système Chameroy.
- quelques quartiers et après en avoir averti le public par la voie des journaux. Pareil fait est d’ailleurs
- été les sourcesont été insuffisantes, l’eau de Seine est momentanément substituée à l’eau de Yanne dans
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- extrêmement rare; en 1885, on n’a compté que dix jours où l’insuffisance des eaux de sources a obligé à faire cette substitution sur certains points de Paris. On ne peut toutefois s’empêcher de regretter que les conduites alimentées en eaux de sources doivent même momentanément être traversées par des eaux de rivières aussi impures que l’est l’eau de Seine ou autres eaux de rivières.
- Tout un côté de la salle du service des eaux à l’Exposition d’hygiène urbaine est, occupé par un vaste modèle représentant les procédés employés pour la distribution des eaux dans Paris. Ce modèle comprend un trottoir surélevé au-dessus du sol et auquel on accède par un escalier latéral; tout le long est amorcée la chaussée de la voie publique et au-dessous est disposée une conduite de distribution sur laquelle sont branchées : 1° une bouche d’incendie; 2° une bouche de lavage; 5° une bouche d’arrosement à la lance ; 4° une borne-fontaine repoussoir. Les visiteurs peuvent ainsi se rendre compte, avec la plus grande facilité, de la manière dont l’eau est amenée pour les divers besoins de la voie publique, pour les services du nettoiement et de l’arrosage et pour les services d’incendie. En un point de ce trottoir est représentée une bouche d’égout, sur laquelle est placé une sorte de parapluie, inventé par M. Bou-tillier, conducteur principal des ponts et chaussées, et dont les employés du service des eaux surmontent l’ouverture de l’égout, lorsqu’ils y sont descendus. Cet appareil sert à garantir le public contre la chute dans les trappes d’égout; formé d’un manche en métal et de tiges articulées tout autour qui supportent et déploient un filet de cadre, il embrasse à la manière d’un parapluie tout le pourtour du regard de l’égout; un homme le porte facilement avec lui, en raison de son faible poids de 6 kilogrammes. Une de nos gravures (fig. 3), montre comment sont disposés les divers procédés d’amenée des eaux pour les services publics et privés.
- Telle qu’elle est, avec ses 1700 kilomètres de conduite, la canalisation pour le service des eaux à Paris est celle qui, dans le monde entier, présente la plus vaste exploitation d’ensemble; Londres, pour ne citer que cette ville, est alimentée par neuf compagnies dont les réseaux sont indépendants, de telle sorte qu’elle forme à ce point de vue neuf villes distinctes dont chacune n’équivaut qu’à une capitale de second ordre. Il en résulte tout naturellement que Paris est aussi la ville où il est le plus laborieux de découvrir les fuites et le plus difficile, soit de prévenir toute erreur de détail dans les manœuvres de distribution, soit de les reconnaître assez vite, quand on en a commis, pour les réparer en temps utile. 11 importe donc de savoir, à tout moment, si tout est correct dans la distribution, ce que l’on reconnaît à un seul caractère, à savoir si les pressions ne descendent nulle part au-dessous de ce qu’elles doivent être. Dans ce but, l’Administration a fait disposer, depuis trois ans et demi, des postes manométriques extérieurs destinés à faciliter la recherche des fuites
- et le contrôle des manœuvres de distribution d’eau.
- Ces postes manométriques (fig. 2) se composent : d’une partie supérieure placée sur un candélabre et d’une partie inférieure disposée en égout. Cette dernière partie consiste en une prise sur conduite venant se rallier à un récipient formé de deux cylindres en verre, de forte épaisseur, superposés avec interposition d’une membrane en caoutchouc pur, qui forme joint sur son périmètre et remplit la fonction de séparateur passif entre la colonne ascendante et le branchement communiquant avec la conduite. Une chemise extérieure en laiton, percée diamétralement de créneaux correspondants, forme garde contre les chocs extérieurs et permet de vérifier, à tout moment, l’état de la membrane, qui doit rester horizontale tant que l’appareil se trouve dans des conditions normales de fonctionnement. Cette membrane n’agissant que comme cloison séparative entre deux tranches de liquide en équilibre, n’obéit qu’aux déplacements correspondant aux mouvements du tube du manomètre. Ces déplacements sont nécessairement presque insensibles, et toute dépression apparente de la membrane, notamment en montant, est le signe d’une fuite dans le branchement aboutissant au manomètre et est logiquement suivi d’un accroissement qui confirme la nécessité d’une révision. L’appareil communique, par le candélabre, à un cadran extérieur en fonte de fer cuivrée en galvanoplastie, munie d’une grille de garde, à travers laquelle on peut lire l’état de la pression sur la conduite; des plaques en relief formant un ensemble avec l’élégant motif du cadran, indiquent la nature de l’eau, le numéro du poste, le diamètre de la conduite, les altitudes respectives de la conduite, du sol et de l’axe du manomètre (fig. 2).
- Un autre appareil intéressant est celui qui permet de percer une prise sur conduite en charge sans être obligé d’interrompre la distribution de l’eau. C’était, en effet, une occasion de gêne considérable et fréquente pour les services public et privé lorsqu’il fallait établir une nouvelle canalisation en un point d’une conduite primaire ou secondaire, qu’il s’agisse de l’un de ces gros tuyaux de 1m, 10 de diamètre ou de l’un des tuyaux qui, depuis cette dimension jusqu’à celle de 0m,06, amènent l’eau dans Paris, ainsi qu’on peut le voir à l’Exposition d’hygiène urbaine. Il fallait interrompre, sur un espace assez grand quelquefois, la distribution d’eau. Les ingénieurs ont réussi à faire des prises sur conduite sans avoir rien à déranger dans le service, à l’aide du dispositif représenté figure 4 ; le robinet sur lequel doit être branché la conduite nouvelle s’enfonce dans la conduite de distribution en même temps que la percée de cette conduite se fait, automatiquement en quelque sorte, et la prise se trouve faite sans qu’aucune goutte d’eau ait pu le traverser. De toute cette opération il ne reste que quelques morceaux de limaille tombant dans la conduite et que l’eau entraîne au fur et à mesure de leur projection.
- Ces robinets sont nombreux, on le conçoit, dans
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- une ville comme Paris; ils le sont plus encore dans les habitations, pour les divers besoins de la consommation journalière. L’eau est actuellement délivrée, suivant la police, soit à la jauge, -soit au compteur; l’abonnement à robinet libre, très répandu autrefois pour les usages domestiqués, a donné lieu à tant d’abus qu’il est aujourd’hui abandonné, sauf pour les abonnements d’appartement, mais à la condition que des robinets spéciaux empêchent un écoulement continu. On peut voir les divers systèmes de ces robinets, incalables ou intermittents, actuellement usités, à l’Exposition d’hygiène urbaine; parmi eux il en est un, tout récent, qui est dù à M. llippolyte Chameroy et dont la maison Bréguet est seule concessionnaire et fabricant en France (fig. 5).
- L’installation de ce robinet est ainsi disposée : on divise le chapeau II, on retire le piston E en souillant par l’orifice S, puis le petit clapet I); on essuie avec soin ce clapet ainsi que son siège et l’on visse le robinet sur un raccord fixé à la conduite. On verse un verre d’eau dans le robinet pour remplir la chambre inférieure M, on introduit le clapet I), on remplit d’eau de nouveau la chambre F, puis on introduit le piston E avec soin jusqu’au niveau supérieur du robinet, l’excès d’eau s’échappera par l’orifice supérieur; on visse alors le chapeau en maintenant la poignée relevée en arrière. Cette opération est indispensable pour chasser l’air contenu dans la chambre ; sans cette précaution il se produirait des coups de bélier. La mise en charge étant faite, il suffit, pour avoir de l’eau, d’abaisser la poignée; une fois l’écoulement interrompu, on relève cette poignée, et, en l’abaissant de nouveau, un même volume d’eau s’écoule. La fermeture intérieure s’opère ainsi; lorsqu’on abaisse la poignée L, la came K repousse la pièce G, qui elle-même chasse le piston supérieur E, l’eau contenue dans la chambre F transmet ce mouvement au piston inférieur C, solidaire au clapet B, l’eau s’échappe librement par l’orifice 0, mais l’action du ressort fait remonter le clapet B avec autant de lenteur que l’eau contenue dans la chambre F aura de difficulté à s’échapper par le petit clapet D dont la fermeture, sur ce conduit Z, est plus ou moins parfaite; si cette eau met une minute pour s’échapper de cette chambre, il se sera écoulé, pendant le même temps, un volume d’eau sous la pression directe de la conduite par les orifices S, 0, T. Afin que le même volume s’écoule sous toutes les pressions, il est disposé une douille mobile avec orifices, que l’on introduit dans l’orifice S pour réduire la vitesse de l’eau suivant les pressions auxquelles le robinet se trouve soumis.
- De cette façon l’eau peut être distribuée à discrétion et sans contrôle, mais les abonnés sont mis dans l’impossibilité de provoquer un écoulement d’eau constant, quel qu’il soit. Ils peuvent avoir un volume d’eau de 8 à 10 litres chaque fois qu’ils abaissent la poignée du robinet et arrêter l’écoulement de l’eau à leur volonté en relevant cette poignée ; de même que, en la baissant lentement, ils peuvent faire varier la
- vitesse d’écoulement et par conséquent régler le débit. Quel que soit le volume qui s’écoule, il ne pourra jamais dépasser celui par lequel le robinet est réglé, attendu que sa construction empêche tout écoulement d’eau constant de se produire, et cela quelle que soit la position de la poignée. Br Z...
- — A suivre. —
- DÉTERMINATION DES DENSITÉS
- Al MOYEN d’cNE BALANCE ORDINAIRE
- Si l'on plonge dans un liquide un corps suspendu à un fil, on sait (principe d’Archimède) que le liquide exerce sur le corps une pression égale au poids du liquide déplacé. Réciproquement le corps immergé exerce sur le liquide une pression égale et de sens contraire, et qui se manifeste, si le vase contenant le liquide est placé sur le plateau d’une balance, par une augmentation de poids facile à mesurer. On en déduit un procédé commode pour trouver la densité d’un corps plus lourd au moyen d’une balance ordinaire, avec une approximation suffisante dans la pratique, s’il s’agit par exemple d’évaluer la densité de matériaux de construction : 1° Déterminer le poids P du corps; 2° Placer sur un des plateaux de la balance un verre renfermant de l’eau ; lui faire équilibre avec une tare dans l’autre plateau; 3° Plonger dans l’eau le corps suspendu à un lil tenu à la main; l’équilibre est rompu. Pour le rétablir il faut ajouter un poids p dans le plateau qui contient la tare. D’après ce qui précède, p est le poids d’un volume d’eau égal à celui du
- P
- corps. La densité de celui-ci est donc —•
- VOLTAMÈTRE ZINC-PLOIB
- POUR RÉGULARISE II ET PROLONGER LA LUMIÈRE É LECTRIQUE
- La vitesse d’une machine dynamo-électrique n’est jamais absolument uniforme : les impulsions rythmées du moteur, les défauts de la transmission, les variations du travail résistant, accélèrent et retardent alternativement son allure moyenne. Les variations de la force électromotrice, résultant de ces irrégularités, sont plus ou moins marquées, selon le degré de perfection de l’installation; plus ou moins supportables, selon la nature des services demandés.
- S’il s’agit, par exemple, d’un éclairage par incandescence, de petits changements de vitesse produisent de grandes variations d’éclat dans les lampes : l’intensité lumineuse étant à peu près proportionnelle à la sixième puissance de la différence de potentiel aux deux branches de la distribution. Dans les lampes à gros charbon, ces irrégularités sont atténuées, à cause de la masse de l’organe lumineux ; mais dans celles à filament fin, dont l’emploi tend à devenir dominant, les variations d’éclat sont très nettes, et d’autant plus fâcheuses qu’elles sont synchroniques dans toutes les lampes.
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- LA NATURE.
- Les accumulateurs, on le sait, rendent le courant sensiblement régulier, parce que leur force électromotrice a des variations beaucoup moindres que celles de l’électromoteur qui les charge. Dans les accumulateurs du genre Planté, la surélévation de la différence de potentiel n’est que 8 pour 100 de l’excès de force électromotrice de la source. Ceci explique pourquoi les éclairages électriques avec accumulateurs sont généralement d’une grande régularité, même avec des installations mécaniques défectueuses. Cette bienfaisante influence des batteries secondaires sur la marche des machines, n’est pas contestée par leurs adversaires mêmes.
- On objecte seulement que cette régularité serait payée trop cher, dans les cas où l’on n’aurait à demander aux accumulateurs que ce service de volant, sans utiliser leurs propriétés comme magasin. Pour cet emploi restreint, les voltamètres peuvent être économiquement substitués aux accumulateurs proprement dits.
- Le pouvoir ré-gulateur d’une batterie secondaire ne dépend pas de sa capacité électro-chimique, mais de son régime de débit ; en d’autres termes, une série de voltamètres peu ou point formés, fonctionnera, comme régulateur, aussi bien, peut-être mieux, qu’une batterie d’accumulateurs de même force électromotrice et de même résistance.
- La question de capacité étant écartée, la fabrication des couples secondaires se simplifie beaucoup. En même temps, le choix des combinaisons s’élargit. A côté du couple Planté qui s’est imposé jusqu’ici pour les accumulateurs, d’autres systèmes peuvent être essayés. Le couple zinc-plomb, par exemple, présente des avantages importants, quand une longue conservation de la charge n’est plus exigée. Sa force électromotrice élevée, 2volts,4 au lieu de lvolt,9, permet de diminuer le nombre des couples et la résistance de la batterie ; ses variations sont moindres encore que celles de la combinaison plomb-plomb; enfin, dans les cas où une certaine capacité serait nécessaire, pour fonctionner sans machine pendant 15 a 50 minutes en cas d’accident, il peut être formé d’emblée, comme je le montrerai tout à l’heure.
- Le système zinc-plomb a donc été choisi pour mes
- voltamètres industriels, que construisent MM. A. Poulain et fils, a Charleville. Le modèle ordinaire est représenté ci-contre.
- Le positif est une longue bande de plomb, repliée en grecque, développant une surface de 150 décimètres carrés. Le négatif se compose de 21 bandes de plomb, intercalées dans les plis de la grecque positive, et suspendues à un collecteur en cuivre couvert de plomb, qui repose sur les bords du récipient. Le liquide est de l’eau acidulée sulfurique, à demi saturée d’oxyde de zinc.
- Les voltamètres sont installés comme des accumulateurs, en dérivation sur le courant principal, dont ils reçoivent une faible fraction qui les maintient chargés.
- Pour donner à ces voltamètres une certaine capacité d’accumulation, il suffit de faire subir la préparation nitrique de M. Gaston Planté aux électrodes
- positives, qui acquièrent ainsi la propriété de fixer une notable quantité d’oxygène ; quant aux négatifs, ils se forment d’emblée par un dépôt de zinc électrolytique. Une batterie de voltamètres dont les positifs ont été convenablement préparés, peut prolonger l’éclairage pendant une demi-heure, délai suffisant, dans la plupart des cas, pour permettre de réparer l’accident qui a causé l’arrêt, ou tout au moins de prendre les mesures que comporte la situation.
- Le modèle ci-dessus décrit peut régulariser un courant de 100 ampères. Sa force électromotrice étant environ 2volt*,4, il ne faudrait que 44 voltamètres de ce modèle pour régulariser (et prolonger au besoin) la lumière de 200 lampes Edison du nouveau type 16 bougies, lesquelles dépensent 1/2 ampère avec une chute de potentiel de 100 volts. Pour le même service, des accumulateurs au plomb devraient être construits dans un format double, et employés au nombre de 55. L’économie réalisée par la substitution est de 70 pour 100. Aussi les voltamètres sont-ils destinés à remplacer les accumulateurs, toutes les fois qu’il s’agit seulement de régulariser un éclairage, et de prendre assurance contre des extinctions subites. Emile Reynier.
- Voltamètre pour régulariser et prolonger la lumière électrique;1
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- DÉCOUVERTE
- D’UN BA.TEA.U PRÉHISTORIQUE
- EN ANGLETERRE
- Une découverte intéressante a eu lieu récemment à Brigg, petite ville d’environ 5000 habitants dans le comté de Lincolnshire. Les terrassiers de l’usine à gaz de cette localité creusaient le sol, dans le but d’établir les fondations d’un gazomètre, lorsqu’ils rencontrèrent un grand bateau enterré dans une couche glaiseuse. L’objet, pris d’abord pour un simple morceau de chêne, fut quelque peu endommagé par la pioche des travailleurs; mais, sitôt qu’il fut
- avéré que l’on se trouvait en présence d’une trouvaille, le travail fut conduit avec toutes les précautions nécessaires. Il fut possible de déterrer un bateau, taillé dans un morceau de chêne solide, mesurant 15 mètres de long, lm,50 de large et lm,20 de hauteur.
- Ce bateau, creusé dans un tronc d’arbre, est évidemment d’origine préhistorique; il constitue un remarquable monument de l’art naval chez les premiers habitants des îles Britanniques. Grâce à un hasard singulier le bateau se trouvait inscrit dans le cercle tracé par l’administration de l’usine pour l’emplacement du gazomètre projeté; il a pu ainsi être préservé en entier.
- Le tronc d’arbre dans lequel l’embarcation a été
- faite, est caractéristique d'une végétation dont l'âge actuel n’offre plus d’exemple ; dans son entière longueur il est d’une régularité de croissance et d’une uniformité telle qu’il semblerait façonné au tour; les premières branches n’ont commencé a croître qu’à environ 15 mètres du sol.
- La proue du bateau est arrondie quelque peu brusquement, et suggère l’idée d’un éperon. La poupe est taillée en chanfrein ; l’arrière est constitué par deux planches, découvertes accidentellement quelques semaines plus tard, lors d’un glissement de terrain qui s’est produit à environ 15 mètres de la première fouille. Ces planches, d’une épaisseur de 5 centimètres, glissent dans deux rainures ou coulisses verticales ménagées à l’arrière, dans les
- deux côtés du bateau, lesquels sont disposés de telle façon que l’on peut croire qu’il y avait en cet endroit un pont surélevé ou une sorte de siège. Une série de trous en quinconce laisse à supposer que les deux côtés du bateau étaient sanglés à l’arrière, au moyen d’une corde, de manière à serrer les planches constituant l’arrière et lormer avec elle des joints parfaits.
- Le fond du bateau, d’une longueur d’environ 12 mètres, est parfaitement plan et horizontal, il n’offre pas la moindre trace de mât; les parois latérales sont verticales, et à l’arrière se trouvent des consoles taillées dans le bois, et paraissant avoir servi à supporter les extrémités d’un banc. Sur les côtés du bateau et vers le milieu, se trouvent des trous carrés, trop petits pour avoir servi à des rames;
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- 1) 4
- LA NATURE.
- leur existence est inexpliquée. Un trou a l’avant semblerait avoir servi pour un mat, de beaupré.
- Le bateau a été trouvé à quelques mètres seule-
- ment de la rivière Ancliolme qui se jette dans lTIum-ber; l’avant est dirigé vers l’intérieur des terres, et l’arrière se trouve du côté de la rivière à un niveau beaucoup moins élevé; il semblerait qu’il a été échoué sur la rive et qu’il s’est peu à peu enfoncé dans la vase; le sable et les herbes marines l'auront ensuite recouvert en entier. J.-A.-Berly.
- Londres, 1" juillet 18St>.
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- CHRONIQUE
- Recherches pour isoler le fluor. — En soumettant à l’électrolyse, au moyen du courant d’une pile de 50 éléments Bunsen, dans un tube en U en platine, l’acide 11 uorhydrique anhydre préparé par le procédé de M. Fremy et avec toutes les précautions indiquées par ce savant, on obtient, en opérant à — 50° :
- Au pôle négatif, un dégagement d’hydrogène facile à caractériser; au pôle positif, un courant continu d’un gaz présentant les propriétés suivantes : en présence du mercure, absorption complète avec formation de protofluorure de mercure de couleur jaune clair; en contact avec l’eau, décomposition de cette dernière avec production d’ozone.
- Le phosphore s’enflamme en présence de ce gaz en fournissant des fluorures de phosphore. Le soufre s’échauffe et fond rapidement. Le carbone semble être sans action. Le chlorure de potassium fondu est attaqué à froid avec dégagement de chlore. Enfin le silicium cristallisé, lavé à l’acide azotique et à l’acide fluorliydrique, prend feu au contact de ce gaz et brûle avec éclat en produisant du fluorure de silicium. L’électrode en platine iridié formant le pôle positif est fortement rongée, tandis que l’électrode de platine du pôle négatif est intacte. On me permettra de ne pas tirer de conclusions définitives1 de cette action du courant sur l’acide fluorliydrique ; je ne fais qu’indiquer aujourd’hui ces premiers résultats ; je continue ces recherches et j’espère soumettre bientôt de nouvelles expériences sur ce sujet au jugement de l’Académie2. IL Moissan.
- L’ozone et la pneumonie. — Au début de l’année dernière, une violente épidémie de pneumonie a exercé ses ravages sur la ville de New-York, en causant une notable augmentation dans le chiffre des décès. Ses effets ont été plus meurtriers que ceux de la dernière invasion du choléra. M. Daniel Draper, directeur de l’observatoire météorologique du Parc central de la Cité, a fait des recherches sérieuses pour découvrir une relation entre l’irruption du fléau et les diverses conditions climatériques. Aucune série d’observations du baromètre, du thermomètre, de l’hygromètre, des anémomètres et du pluviomètre, ne lui a présenté de relation quelconque entre les nombres enregistrés depuis huit ans et les intensités comparatives de la maladie. Mais lorsqu’il s’est
- 1 On peut faire, en effet, diverses hypothèses sur la nature du gaz dégagé ; la plus simple serait qu’on se trouve en présence du fluor, mais il serait possible, par exemple, que ce fut un perfluorure d’hydrogène ou même un mélange d’acide fluor-hydrique et d’ozone assez actif pour expliquer l’action si énergique que ce gaz exerce sur le silicium cristallisé.
- 2 Note présentée par M. Debray à l’Académie des sciences.
- adressé aux documents fournissant des indications régulières sur la présence de l’ozone dans l’air, il a constaté une concordance positive entre la mortalité causée par la pneumonie et l’abondance de ce gaz mystérieux dans l’atmosphère. Les courbes désignées pour représenter la marche des deux phénomènes offrent des oscillations dont le parallélisme est remarquable. Le météorologiste distingué qui parvient à cette conclusion a cherché alors quelles pouvaient être les causes présumables des variations de la quantité d’ozone dans l’atmosphère. 11 a constaté la rareté du cet élément gazeux pendant les années 1883 et 1884, caractérisées par les belles lueurs crépusculaires dont chacun a le souvenir; il se demande s’il n’y aurait pas connexité entre les phénomènes. L’idée qui l’a conduit à faire le rapprochement, résulte de faits signalés, il y a déjà quarante ans, par son père, feu M. Jolin-W. Draper, professeur à l’Université de New-York, après des expériences sur la lumière. Ce savant avait constaté les effets chimiques des rayons indigo du spectre solaire sur 'état atomiqne du chlore, et l’atténuation de ces effets par l’action des rayons rouges ou moins réfrangibles. Si l’action des rayons indigo produit des modifications dans l’état de diverses substances végétales et métalliques, bien connues en photographie, par exemple, et si les rayons rouges suspendent ou détruisent cette action, n’est-il pas permis de supposer que les rayons rouges des beaux couchers et levers de soleil des années 1883 et 1884 ont pu prévenir les changements d’état de l’oxygène, diminuer la quantité d’ozone répandue dans l’atmosphère et par conséquent la mortalité due à la pneumonie? Le rapprochement est aussi inattendu qu’original ; il serait fort important pour le confirmer de trouver ailleurs un centre d'observations et de population capable de fournir des données pour le vérifier1. E. C.
- Beurre rance.— Le New-York Sun rapporte que dans New-Hampton, Orange County, N.-Y., une nouvelle Société vient de se former pour la régénération du beurre rance. La Société possède des brevets qu’elle exploite; elle achète toutes sortes de beurres rances, impurs, etc., et les revend comme beurre frais et doux. La marchandise impure est achetée à New-York et dans les marchés de l’Ouest ; elle revient à peu près à dix sous la livre. On met ces vieux beurres dans de grandes cuves avec de l’eau bouillante. Quand la température est convenable, toutes les impuretés montent à la surface de la matière fondue; on écrèine ou plutôt on écume, et le beurre liquide restant est envoyé dans de grandes barattes. Là on ajoute du lait et de la crème et le tout est baratté jusqu’à ce que le lait et la crème aient redonné du nouveau beurre. Celui-ci n’entre que pour une faible proportion dans le total, mais cette petite quantité est suffisante pour remonter la qualité du tout et ce nouvean beurre, coloré et salé, est vendu comme produit de première qualité du comté d’Orange. Les inspecteurs de la laiterie, ajoute toujours le même journal, ne paraissent pas regarder cette fabrication de beurre régénéré comme répréhensible. — Peut-être pas répréhensible, mais assurément peu appétissant.
- Moyen de voir le spectre d’une étoile. — M. le
- capitaine Abney, dans sa correspondance adressée au Bulletin de VAssociation belge de photographie, signale une petite expérience que chacun peut faire soi-même ;
- 1 D après 1 Annual Report of the New-York meleorologi-cal Observatory for 1885.— Annales des sciences physiques et naturelles de Genève.
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- LA NATURE.
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- c’est, dit-il, de voir le spectre d’une étoile. Que l’on considère une étoile brillante qui se place dans le champ d’une jumelle de spectacle. Si l’on agite doucement cette jumelle, si l’étoile scintille, on verra avec une grande perfection le spectre de l’étoile. Cette expérience montre la cause de la scintillation et la nature du spectre. Yos lecteurs, ajoute l’auteur, devraient faire de cette expérience leurs propres déductions en ce qui concerne la difficulté de faire une carte des étoiles.
- La navigation de plaisance et les moteurs à
- gax. — La Gaz Engine and Power C°, de New-York, construit des moteurs de 2 à 4 chevaux alimentés par des vapeurs de naphte et destinés à remplacer les machines à vapeur à bord des embarcations de plaisance. Ces moteurs pèsent respectivement 90 et 130 kilogrammes. Le moteur de 2 chevaux consomme de 3,3 à 4,4 litres de naphte par heure, et, dans un bateau de 5m,40, il peut porter de 6 à 10 personnes à des vitesses comprises entre 9 etl3 kilomètres à l’heure.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 juillet 1886.— Présidence de M. l’amiral
- JüRIEN DE LA GraVIÈRE.
- La flore fossile d'Aix. — L’un de nos plus célèbres paléobotanistes, M. le marquis de Saporta, adresse, par l’intermédiaire de M. Gaudry, un supplément à sa grande étude des végétaux fossiles composant la flore des gypses d’Aix, en Provence. L’auteur a décrit ainsi plus de 400 espèces, et il persiste, malgré les observations de M. Fontanes, à rattacher le terrain qu’il étudie, non pas au miocène inférieur, mais à l’éocène supérieur, c’est-à-dire au propre niveau de la pierre à plâtre des environs de Paris.
- Coquilles fossiles des grottes de Menton. — C’est encore M. Gaudry qui transmet une notice paléontologique sur les grottes de Menton. M. Emile Rivière qui, pendant plusieurs années, les a fouillées avec la plus grande persévérance, y a découvert non seulement plusieurs squelettes humains quaternaires, une centaine d’instruments en os, mais encore une quantité innombrable d’instruments en silex taillé et de débris d’animaux vertébrés parmi lesquels nous citerons le Rhinocéros ticho-rhinus, un Eléphant qui, très probablement, n’est autre que le Mammouth, l'Ours et le Lion des cavernes, etc., et de coquilles de toutes espèces. C’est sur ces dernières qu’il appelle aujourd’hui l’attention de l’Académie, car cette forme d’invertébrés est des plus intéressantes par le grand nombre des échantillons recueillis par M. Rivière (près de quarante mille) et surtout par la variété des genres et des espèces, lesquels atteignent le chiffre de 171. Ces coquilles présentent des origines très diverses et ce n’est pas là un des côtés les moins curieux de leur découverte, car elles indiquent ou des échanges de peuplade à peuplade ou des migrations lointaines des tribus qui habitaient les grottes de Menton, puisque parmi les coquilles fossiles il en est qui ne peuvent provenir, comme localité la plus rapprochée, que de Yalognes, dans la Manche. La note deM. Rivière comprend le catalogue complet de toutes ces coquilles, dont la détermination, vu leur grand nombre, a exigé un travail extrêmement long. Ces coquilles ont dû servir, pour la plupart, aux habitants des grottes, soit pour leur alimentation, soit comme objets de parure (bracelets, colliers, etc.), ainsi que le démontrent les perforations que présentent beaucoup d’entre elles.
- La punaise des lits. — Les naturalistes ont étudié depuis longtemps les glandes particulières qui procurent à la punaise des bois et à la punaise des potagers l’odeur repoussante que l’on connaît, et qui vaut mieux pour elles que l’arme la plus puissante pour écarter tous les animaux insectivores. Jusqu’ici, cette étude n’avait pas été étendue à la punaise des lits qui, plus petite, est plus difficile à disséquer. M. Küncke-1 d’IIerculais, aide-naturaliste au Muséum, fait savoir, par l’intermédiaire de M. Blanchard, que les glandes sécrétant l’odeur, situées à la partie ventrale de l’animal durant les première stases de sa vie, existent seulement sur son dos quand il est parvenu à l’état parfait. Le même déplacement s’observant chez les punaises des bois et coïncidant alors avec l’apparition des élytres et des ailes, M. Künokel, qui est évolutionniste, en conclut qu’à l’origine des choses, la punaise des lits avait des ailes, et qu’elle les a perdues au cours de la lutte pour l’existence.
- La mission scientifique de l'Ouest africain. — Jj'administration du Muséum a exposé dans l’Orangerie des collections rapportées du Congo et de l’Ogooué par MM. de Rrazza, Pecile, Thollon, Dolisie et Michaud. Sur la demande de M. Fremy, M. Emile Rivière a rédigé une notice accompagnée d’une carte que M. Milne Edwards dépose en son nom sur le bureau de l’Académie. On y verra à la suite d’un court historique que la zoologie s’est enrichie de plusieurs espèces de mammifères, et même de plusieurs singes nouveaux. Un certain nombre de découvertes botaniques doivent aussi être signalées. Il paraît qu’une pirogue contenant des échantillons géologiques a chaviré, de sorte que ce chapitre de l’histoire naturelle se réduit à bien peu de chose. En compensation, l’anthropologie et l’ethnographie sont représentées par des échantillons intéressants.
- Varia. — M. l’amiral de Jonquières lit une notice sur son prédécesseur M. Rréguet. — Un illustre correspondant de l’Académie, M. Abicli, vient de mourir à Vienne. — On annonce que la santé de M. Hervé Mangon donne de sérieuses inquiétudes, malgré le succès d’une très douloureuse opération que vient de subir le sympathique académicien. — Une étude cristallographique sur la topaze est adressée par M. Nicolas de Kokscharow, fils du célèbre minéralogiste russe. — Le système circulatoire des oursins occupe M. Kœhler de Nancy. — D’après MM. Leclerc et Chapuis, la réfraction de l’acide carbonique est proportionnelle à la dépression de ce gaz. — M. Levacher étudie la circulation de la lymphe.
- Stanislas Meunier.
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- COMPTE-GOUTTES P0S0MÉTRIQUE
- Tous ceux qui ont eu à faire des analyses chimiques ou à préparer des produits pharmaceutiques, savent combien il est difficile de doser exactement le nombre de gouttes d’un liquide que l’on veut ajouter à un autre liquide, en petite quantité, dans une proportion précise et déterminée. M. Alfred Jannin, pharmacien à Chalon-sur-Saône, a imaginé un flacon compte-goutte, très pratique, que nous croyons intéressant de faire connaître.
- La figure 1 représente le flacon fermé, sa partie supérieure étant montrée en coupe.
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- LA NATURE.
- Le bouchon A porte à sa partie inférieure, et opposées l’une à l’autre, deux rainures bc et de de dimensions égales, et légèrement coniques de haut en bas. L’une d’elles communique avec un trou F, percé dans le col du flacon et portant un ajutage métallique, l’autre, avec un trou II pratiqué également dans le goulot, et qui doit avoir au moins 4 millimètres de diamètre, pour donner un fonctionnement régulier.
- Pour s’en servir, il faut :
- 1° Mettre en regard les rainures du bouchon avec les ouvertures du goulot.
- 2° Renverser complètement le flacon, pour chasser les bulles d’air qui pourraient rester emprisonnées dans la rainure b c.
- 3° Le pencher (11g. 2) de manière que l’ajutage se trouve en dessous, et que son extrémité op soit horizontale, ce qui arrive sous une inclinaison d’environ 13 degrés.
- 4° Imprimer une légère secousse à la fiole, si la goutte n’arrive pas immédiatement.
- Le liquide trouvant une sortie par le trou de l’ajutage, tombe goutte à goutte, en vertu de son propre poids, et l’air rentre dans le flacon, par le trou H au fur et à mesure de l’écoulement.
- Si l’on tourne le bouchon que nous pouvons comparer à une clef de robinet d’un quart de cercle, les rainures ne se trouvant plus en communication avec les ouvertures , le flacon est hermétiquement ermé.Nous appelons l’attention sur la forme de l’ajutage : il est percé, du dedans au dehors, d’un trou d’une longueur de six millimètres, qui arrive dans un cône très divergent. C’est cecône qui constitue la partie capitale de l’instrument, car il a une grande influence sur la régularité de l’écoulement du liquide,
- Toute la surface conique étant immédiatement mouillée, la première goutte a exactement le même poids que les autres ; enfin elle se détache mieux et ne remonte jamais sur les bords extérieurs, grave inconvénient qui- modifie son poids et qui existe dans
- la plupart des compte-gouttes construits jusqu’à ce jour, et dont les sections terminales sont perpendiculaires.
- L’ajutage du compte-gouttes peut être changé; il y en a quatre modèles différents, qui répondent aux divers besoins des préparations thérapeutiques.
- On s’en sert à volonté :
- 1° Pour l’eau distillée, et les solutions qui s’y rapportent. — 2° Pour la liqueur de Fowler. — 5° Pour le laudanum. — 4° Pour les teintures ou alcoolés.
- M. Jannin a dû modifier considérablement l’ajutage ; le cône, que l’on peut appeler cône d’adhérence, doit varier de diamètre, dans des proportions considérables; tandis que l’extrémité du cône de l’ajutage doit avoir 3 millimètres 2 dixièmes pour donner des gouttes d’eau distillée, du poids de 5 centigrammes, il faut qu’il ait 3mm,7 pour la liqueur de Fowler ; 4m“\l pour le laudanum; 7mm,9 pour les teintures.
- On voit que pour donner des gouttes d’eau distillée du poids de 5 centigrammes, à la température moyenne de quinze degrés, l’extrémité du cône doit avoir un diamètre de 5 millimètres 2 dixièmes.
- La vitesse d’écoulement étant proportionnelle au diamètre intérieur du tube par lequel arrive le liquide, l’auteur a dû calibrer le trou de 6 millimètres de façon à flonner à peu près soixante gouttes par minute.
- Dans ces conditions, ellesn’ar-rivent ni lentement, ni rapidement, et l’œil
- peut les suivre et
- les compter avec facilité.
- Ce moyen de dosage est très
- précis, presque mathématique, car le poids des gouttes ne diffère pas d’un demi-millième.
- M. Jannin a donné à son flacon le nom de compte-
- gouttes posométrique (mesure du poids). G. T.
- Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Pleurus, à Paris.
- Fig. 1.
- Flacon compte-gouttes fermé.
- Fig. t. — Mode d’emploi du flacou compte-gouttes.
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- N* 685. — 17 JUILLET 1 886.
- A NATURE.
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- LA RÉCENTE ÉRUPTION DE L’ETNA
- L’éruption de l’Etna, qui eut lieu en 1885, ne dura que trois jours1 ; elle donna naissance à un système éruptil’ caractérisé par une fente très large dirigée de N. N. E. à S. S. W. et qui est restée ouverte dans sa partie supérieure. Cela faisait écrire à T éminent vulcanologue M. O. Silvestri, dans son intéressant ouvrage sur l’éruption de 1885 2, que quand une nouvelle éruption aurait lieu, ce serait sur le même point où s’était manifestée celle de 1885.
- L’éruption du 2*2 mars 1885 ne s’est d'ailleurs
- pas terminée sans manifester, dans la suite, des réminiscences de son action. Dans l’intervalle compris entre cette date et celle des phénomènes récents, une série d’actions sismiques a démontré que le volcan n’était pas complètement calme. Ces actions ont eu un caractère éruptif et un caractère géodynamique : on a constaté en effet de nombreuses petites' éruptions, accompagnées de jets de cendres vomies par le cratère central ; on a ressenti en outre des tremblements de terre fréquents, d’intensité variable surtout dans les régions situées sur les pentes du volcan1.
- La récente éruption dont nous allons nous occuper
- l’ig. 1. — L’éruptiou (le l'Etua de mai-juin 188!). — Aspect du phénomène le 41 mai 1880. (D’après une photographie
- de M. Giovanni Crupi de Taormina, Sicile.)
- aujourd’hui, a commencé le 18 mai 1886 à 11 heures du matin (le jour de la pleine lune), par une soudaine et extraordinaire manifestation éruptive du cratère central. Des masses énormes de vapeurs chargées de scories et de cendres s’élevaient du cratère, en même temps qu’une immense colonne de fumée montait jusque dans les hautes régions de l’atmosphère, prenant l’aspect d’un pin gigantesque; L'el te colonne de fumée a été dispersée un peu plus tard par le vent d’est qui a déterminé une pluie de cendres. Dans le même temps on a ressenti un grand nombre' de tremblements de terre dont la plupart
- 1 Yoy. n° 515, du 14 avril 1883, p. 505.
- 2 Yoy. 0. Silvestri, Sulla.esplosione eccéntrica dell' Etna, avvenuta il 22 marzo 1883. — Catania, 1884, p. 68.
- année. — 2” semestre.
- sussultoires ; ces phénomènes ont été constatés dans les villes autour de l’Etna; les secousses ont été assez légères, les plus violentes ont atteint le degré 4 de l’échelle deRossi-Forel: Les appareils microsismiques à Catane, se sont mis en agitation.
- Pendant la nuit du 18 au 19 mai, à 1 heure du matin, le cratère central cessa l’émission de cendres, mais le sol de la montagne s’ouvrit à la limite de la zone cultivée, dans la basse région du côté méridional à 9 kilomètres du village de Nicolosi. Ce phénomène , a été accompagné par une secousse sussultoire-ondulatoire plus intense que les autres.
- Le point où se sont manifestés les phénomènes
- 1 Yov. n° 648, du 31 octobre 1885. p. 350.
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- LA NATURE.
- éruptifs, est situé sur le prolongement de la fente produite par l’éruption de 1885, dans une vallée comprise entre des monts eratériformes formés par des éruptions anciennes : Monte Nero au nord, Monte Capriolo et Monte Ardicazzi à l’ouest, Monte Grosso au sud, et Monte Pinitello a l’est. Ce point est à 1400 ni. d’altitude et à 200 m. de distance au nord d’un petit cratère formé par l’éruption de 1885.
- Une grande cavité cratérigène et de nombreuses bouches volcaniques se sont formées. L’énergie de l’éruption était remarquable; les explosions se succédaient sans trêve. On entendait des mugissements continuels comme les roulements du tonnerre ; la colonne de vapeurs mêlées de cendres et de lapilli s’élevait à une grande hauteur (lig. I); les blocs de lave étaient lancés à plus de 500 mètres d’altitude. Ces matériaux en retombant autour du foyer de l’éruption, ont déterminé la formation d’un nouveau mont de grandes dimensions.
- Le courant de lave s’avançait avec une vitesse variable ; dans les deux premiers jours, il a parcouru de 6 à 7 kilomètres, sa largeur était de 500 mètres.
- Le jour suivant, le sol étant moins incliné, la vitesse diminua, mais la largeur et la hauteur du courant s’accrurent sensiblement. Trois courants principaux se sont formés, le premier s’est dirigé au sud-ouest, vers Borello et Bel-passo, l’autre menaçait Nicolosi, et le troisième au sud-est s’avançait vers Pedara.
- Jusqu’au 22 mai, les courants de lave s’avancaient
- menaçants; le 25, l’intensité de l’éruption diminua et le courant dirigé vers Pedara s’arrêta complètement. Une augmentation dans l’émission de cendres et de lapilli eut lieu en même temps.
- Le soir du 25, l’activité de l’éruption augmenta, le courant sud-ouest s’avança plus rapidement en parcourant 20 mètres par heure ; celui du sud plus lentement, à 5 kilomètres environ de la petite ville de Nicolosi.
- Dès ce moment le courant de lave embrasée, qui jusqu’alors s’étendait en grande partie sur une superficie de laves anciennes arides appartenant à l’éruption de 1766, commença à envahir les terrains cultivés. Heureusement que l’activité de l’éruption dimi- * nuant, les courants de lave se superposaient et augmentaient d’épaisseur sans étendre leur envahissement sur.de trop grandes surfaces.
- Le 25, les vapeurs émises par le cône d’éruption
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- Fig. 2.
- Car te de l’éruption (Échelle de 3
- formèrent une pluie fine, qui tombait par intervalles sur les terres voisines.
- Le 26, le courant de lave marchant vers Nicolosi avait 500 mètres de largeur et 8 mètres environ d’épaisseur. Le soir du même jour, l’activité augmenta. Le danger étant imminent pour la ville de Nicolosi, qui compte environ 5000 âmes, l’autorité ordonna le départ des habitants. Tout le monde fut contraint d’abandonner sa maison, un cordon militaire entoura la cité pour empêcher le retour des habitants. Les meubles furent emportés par les malheureux, qui enlevaient même parfois jusqu’aux portes de leurs maisons.
- Le 28, le courant de lavediminua beaucoup, mais l’émission des lapilli et des cendres augmenta, on les vit tomber abondamment dans un rayon étendu en Sicile et dans la Calabre. Le 29, les courants de lave continuèrent à s’avancer, mais plus lentement que les premiers jours. Le matin du 50 le phénomène prit un caractère général de décroissance et les courants ne tardèrent pas à s’arrêter alternativement.
- Le courant dirigé vers Borello s’arrêta à 2 kilomètres du pays. Le 1er juin, tous les courants de lave étaient immobiles, sauf celui qui menaçait Nicolosi, et qui avait gagné le pied de Monti Rossi (fig. 2). 11 s’avançait lentement sur une largeur de plus de 20 mètres. La nuit du 2, il était éloigné de 500 mètres de la ville ; le 5 il s’avança de quelques mètres, et le 4, il s’arrêta à 527 mètres des maisons.
- Pendant tout le temps de l’éruption, les tremblements de terre ont été fréquents dans les environs de l’Etna; moins nombreux, ils ont été plus intenses avant l’éruption et pendant les premiers jours de son action. Les secousses n’étant pas de grande intensité, il n’y eut a déplorer aucune victime; quelques maisons furent seulement lézardées. La nuit du 2 juin, une secousse produisit une fente du sol qui traversa le bourg Pla-tania près de Acireale.
- Des phénomènes extraordinaires ont été observés dans la région phlégréenne méridionale de la Sicile, à plus de 70 kilomètres du point de l’éruption. Par intervalles, les jours qui précédèrent l’éruption et pendant celle-ci, les eaux du lac Naflia, près de Mineo, se mirent à s’agiter; devenant presque tempétueuses, elles débordèrent. Les eaux de Fiume Caldo se troublèrent tout à coup; ce phénomène eut son maximum le 25 mai. Près du lac Naflia on
- Pedara
- llo maÈMnmphiei'i
- de l’Etna de mai-juin 188(>. kilomètres.)
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- LA NA TU UE.
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- entendit des grondements extraordinaires auxquels succédait l’agitation des eaux.
- Le 18 juin, j’ai visité une dernière fois le théâtre de l’éruption. Le mont formé par la chute des cendres et des scories, présente une hauteur de plus de 150 mètres. Au pied de ce mont, on observe plusieurs bouches coniques, au fond d’une d’entre elles, on voit la lave incandescente.
- Le 12 juin, le cordon militaire qui entourait Nico-losi s’est retiré et les habitants sont rentrés dans leur ville, tout émus en trouvant leurs maisons épargnées par la lave ; mais les dégâts n’en ont pas moins été immenses. La superlicie occupée par la lave a été estimée de 5 1/2 kilomètres carrés environ, avec une hauteur moyenne de 12 mètres ; ce qui donne le volume d’environ 00 millions de mètres cubes. On estime à environ 2 kilomètres carrés la surface des terrains cultivés ensevelis par la lave.
- Avec la diminution des phénomènes éruptifs, les secousses des tremblements de terre ont recommencé plus fréquentes. Une des plus violentes de ces secousses a été ressentie le 5 juin, quelques minutes après midi, dans toute la région etnée. Près de Laf-ferana et Bongiardo, le tremblement de terre a atteint le degré 0, il a fait écrouler quelques habitations. D’autres secousses moins violentes ont eu lieu successivement jusqu’à la présente date.
- Jeax Platania
- Acirealc (Sicile), le 29 juin 1886.
- LA GRAVURE TYPOGRAPHIQUE
- PAR LES PROCÉDÉS GILLOT
- Il y a quelques semaines, nous avons publié une intéressante notice de M. Léon Yidal sur les plus récents procédés de l’héliogravure1. Plusieurs de nos lecteurs nous ont demandé de leur donner des renseignements sur le mode de confection des gravures si souvent utilisées aujourd’hui par le procédé Gillot ; nous nous empressons de répondre à ce désir, qui touche à une question d’intérêt général. Nous ne saurions mieux faire que de publier les principaux passages du remarquable Rapport qui a tété présenté à la Société d'encouragement sur les procédés de gravure typographique de MM. Gillot père et fils, par M. Davanne dont la compétence est connue de tous. Ces procédés sont devenus tout à lait pratiques, ut ils sont désignés aujourd’hui sous le nom de gillotage.
- Pour obtenir la gravure en relief par le gillotage, il y a diverses phases qui comprennent : l’état du dessin, le plus souvent sa reproduction photographique, son impression sur la surface du zinc, enfin la morsure par l’acide de toutes les parties qui doivent être abaissées pour laisser l’image en relief. Nous allons remonter ces phases successives en commençant par la dernière qui est le
- 1 Voy. n° 077 du 22 mai 1880, p. 300;
- point capital du procédé et qui, depuis 1857, a subi de nombreux perfectionnements.
- Sur une planche de zinc de 5 millimètres d’épaisseur, préalablement planée, et dont la surface est convenablement polie, on obtient l’image à graver avec une substance, encre, bitume ou vernis, formant réserve ; cette image est produite soit directement, soit par la photographie, soit par reports. La planche est alors couverte sur le dos, sur les tranches et sur les grands espaces blancs avec une matière isolante quelconque qui empêchera l’acide de mordre inutilement ces parties. Les marges et les espaces ainsi ménagés serviront dans le courant du travail à soutenir le rouleau encreur et l’empêcheront de plonger dans les creux qu’il ne doit pas atteindre. Ces parties seront ensuite enlevées à la scie à découper.
- La planche est alors prèle pour la morsure.
- L’examen des difficultés à résoudre pour obtenir une bonne gravure nous aidera à mieux comprendre l’ensemble du travail.
- Il faut empêcher que l’acide, par le fait de sa saturation par le zinc et de la densité qui en résulte, ne stationne à l’état de nitrate de zinc inactif dans les parties creusées, laissant l’action de l’acide libre se porter vers la surface, miner en dessous les traits du dessin et leur ôter toute solidité.
- Ces creux doivent être assez profonds pour ne pas s’empâter rapidement au tirage par l’encre d’impression. 11 est nécessaire pour obtenir la résistance convenable, la solidité dans les traits, d’empêcher l’acide d’amincir trop les cloisons qui les supportent, il faut au contraire les renforcer à la base en donnant aux creux la forme de Y tandis que la base du plein s’élargira en forme d’A.
- La profondeur doit être assez considérable dans les grands blancs pour empêcher le rouleau de plonger, sans quoi ils seraient salis ; mais lorsque les traits sont rapprochés cette crainte n’existe plus ; une profondeur inutile entre des parois très minces pourrait les affaiblir ; or, par le fait seul du procédé employé, l’attaque par l’acide ne continue qu’en proportion de la largeur des espaces à creuser.
- Ces résultats sont obtenus régulièrement par les mises en œuvre suivantes :
- La planche préparée, portant le dessin, est encrée avec une encre grasse contenant un peu de cire et placée dans une cuve avec de l’eau acidulée qui mord légèrement le métal; cette cuve est montée en bascule, un levier actionné par un moteur à vapeur la maintient en mouvement, l’eau va et vient sur toute la surface, lavant continuellement les parties non réservées contre son action ; il ne se produit donc pas de saturation locale, et le liquide incessamment renouvelé mord les fonds aussi bien que les parois qui ne tarderaient pas à être minées, si on prolongeait trop longtemps la morsure. C’est pour cela que cette première attaque est faite avec le plus grand soin, c’est d’elle que dépend la finesse de l’épreuve ; on emploie l’acide azotique à un état de dilution telle qu’il est peu sensible au goût, un ou deux centimètres cubes par litre d’eau. L’acidité est maintenue par la petite quantité d’acide à 56°, qu’un flacon à robinet verse goutte à goutte dans la bassine.
- , Après un quart d’heure environ la planche est retirée ; le creux est à peine sensible à l’ongle, il faut, en le continuant, protéger les parois verticales et ne creuser que le fond ; pour cela on éponge, on sèche la planche, on la met sur une table chauffée régulièrement par la vapeur du moteur, l’encre grasse qui couvre les traits se liquéfie
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- légèrement, elie déborde et descend le long de la paroi qu’elle protège ; à ce moment on retire la plaque qu’on laisse refroidir, puis on l’encre de nouveau ; on la couvre ensuite en plein avec de la résine en poudre impalpable qui s’attache seulement sur les parties encrées, l’eau du nouveau bain enlèvera tout l’excédent ; on la remet dans la cuve avec un acide un peu plus fort et on recommence l’ensemble de ces opérations huit, dix ou douze fois. En procédant ainsi, l’encre qui déborde et descend le long des parois empiète de plus en plus sur la base du creux, et, si les traits sont rapprochés, les deux coulées d’encre protectrice se rejoignent par le pied d’autant plus vite que l’écart est moins grand. Ainsi les morsures se trouvent arrêtées successivement et les creux sont d’autant plus profonds que les traits sont plus éloignés.
- 11 est facile de suivre la marche de la gravure et des réserves faites par l’encre ; à mesure que celle-ci remplit complètement les creux, les finesses du dessin s’empâtent et à la 'tin de l’opération la surface présente un placard entièrement noir, sauf pour les grands blancs.
- A chaque morsure nouvelle, on augmente l’acidité du bain et quand les larges parties restent seules exposées à l’attaque, on peut employer l’acide à 6° B. ; à cet état la plaque de zinc retirée du bain, lavée, essuyée, est traitée par la benzine, puis par la potasse pour éliminer [tous corps gras ; on peut voir alors que les parois ne présentent pas un plan incliné, mais une série de talus ou bourrelets correspondant à la série des morsures. Ces renflements pourraient prendre l’encre d’impression et altérer la pureté des lignes et des blancs, il faut les faire dispa-
- Fig. 1. — Vue des ateliers de M. Gillot. — Salle des cuves en mouvement pour la morsure des planches de zinc. Dessin d’après nature de M. Myrbach, reproduit par le gillolage.
- raitre par, une opération analogue à la première, mais menée rapidement en sens inverse. A cet effet, la plaque bien nettoyée et chauffée sur la table de fonte est encrée à chaud avec un rouleau dur et lisse au moyen d’une encre composée par moitié avec l’encre d’imprimerie et moitié avec un mélange à parties égales de résine et de cire jaune. Cette encre, qui ne peut être employée qu’à chaud, descend sur les parois latérales ; on arrête quand elle est arrivée à moitié de la profondeur, on refroidit la plaque, on renouvelle un encrage à froid pour bien couvrir toute la surface, on chauffe de nouveau pour glacer l’encre et n’avoir aucun point qui ne soit protégé; on porte à la cuve avec de l’acide à 5° B. qui ronge rapidement les talus et creuse encore plus profondément ; on recommence l’opération entière en ménageant l’encrage de manière à pouvoir enlever les talus supérieurs ; on termine enfin en préservant seulement la surface et en faisant sur
- toutes les parois une morsure très légère qui fait disparaître les dernières traces de bourrelets.
- La gravure est alors terminée, il ne reste qu’à enlever à la scie toutes les larges parties qui, en le maintenant, facilitaient l’action régulière du rouleau encreur; on contourne également à la scie la forme générale et on monte la plaque gravée sur les bois d’épaisseur.
- Ces opérations sont menées rapidement dans un vaste atelier, largement aéré pour éliminer les gaz nitreux résultant de l’attaque des zincs ; des séries de grandes cuves contenant les liquides acides reçoivent les planches à graver ; deux machines, l’une à gaz de la force de 4 chevaux, l’autre à vapeur de la force de 6 chevaux, servent à mettre en mouvement les cuves, les outils à scier et à découper, ainsi qu’une machine Gramme pour opérer à la lumière électrique quand il est nécessaire (fig. 1).
- La gravure d’une planche demande environ six heures ;
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- elle est d’autant plus facile que le dessin est plus compliqué ; ainsi la gravure d’un point, d’une ligne, d’une page de musique, est plus délicate à réussir qu’un dessin très travaillé ; le prix peut donc être calculé non plus suivant l’importance apparente, mais au prorata de la surface, et cette méthode paraît offrir aux éditeurs la rapidité d’exécution, le bon marché, la sécurité dans les calculs. 11 ne faut pas croire cependant que dans la pratique on puisse mener les opérations sans un soin extrême ; un défaut d'attention, des encres mal appropriées, une température trop élevée ou trop basse peuvent amener la perte ou la mauvaise façon de la pièce. On reproche souvent à ce mode de faire de ne pas avoir la franchise de traits que donne le burin ; nous n’avons pas à résoudre la question de savoir si c’est là un défaut ou une qualité; les artistes
- recherchent généralement l’emploi de papiers à surface inégale et grenue, qui sont loin de donner cette franchise du trait, et celui-là serait peut-être mal apprécié qui présenterait sur papier glacé un dessin fait à la plume et ressemblant à une gravure au burin. C’est à l’artiste qu’il appartient de produire l’œuvre telle qu’il veut que le gil-loteur la lui rende.
- Nous avons dit que le point de départ de la gravure en relief est l'obtention de l’image à la surface de la plaque de zinc avec une encre grasse résistante ou avec un vernis; il y a plusieurs moyens d’arriver à ce résultat.
- L’artiste peut dessiner lui-même sur le zinc en renversant son sujet, mais il se trouve alors gêné, contrarié dans ses habitudes, il en est de même si on lui demande de se servir de papiers ou d’encres autographiques ; aussi,
- Fig. 2. — Vue des ateliers de M. Gillot. •— Salle des opérations photographiques. Dessin d’après nature de M. Myrhach,
- reproduit par le gillotage.
- Gillot père utilisait toujours une épreuve tirée soit en taille-douce, soit en lithographie, en employant l’encre de report ; puis il la reportait sur le métal à graver. Dans ces conditions les services rendus se trouvaient limités à des œuvres déjà en cours d’impression, les œuvres anciennes, les dessins librement faits ne pouvaient être utilisés ; d’autre part, la reproduction, étant de même grandeur que le modèle, s’encadrait rarement bien avec le texte et, cette transformation d’une gravure ou d’une lithographie en planche typographique ne pouvait avoir l’intérêt qu’elle présente aujourd’hui, étant donnés les différents procédés qui rendent facile la modification des formats ; en outre le report s’effectue rarement sans élargir et alourdir les traits.
- Actuellement toutes ces conditions sont changées par l’intervention de la photographie ; l’objectif présente la reproduction exacte de l’original à telle proportion que
- l’on veut; cet original au lieu d’être altéré ou perdu, ainsi qu’il arrivait si souvent, n’est plus même effleuré ; il n’est pas toujours nécessaire de l’apporter à l’atelier, la chambre noire va le trouver et le reproduire dans les collections publiques ou privées et le cliché obtenu donnera, par l’action de la lumière seule sur une couche mince de bitume de Judée préalablement étendue sur le zinc, une image encrable au rouleau et prête pour la morsure.
- L’atelier photographique est donc devenu partie indispensable d’un atelier de gillotage. C’est par lui que débute le travail, la reproduction du dessin qui doit être aussi parfaite que possible; aussi M. Gillot a apporté un soin particulier à celte installation, pour laquelle il a fait construire des modèles spéciaux.
- Trois chambres noires portées sur des pieds de fonte sont disposées dans l’atelier vitré (fig. 2).
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- L’épreuve est obtenue par le procédé dit au collodion humide avec une grande pureté dans les traits, elle est détachée de la glace au moyen d’nne solution de caoutchouc dans la benzine; ce qui permet de la retourner, de la graver renversée et de l’obtenir au tirage dans son véritable sens. En moins d’nne heure les opérations photographiques négatives peuvent être terminées, et le cliché pellicnlaire, reporté sur une glace à laquelle on le fait adhérer avec un peu d’eau gommée, est prêt à être appliqué sur le zinc.
- La planche de zinc bien nettoyée sur une face est d’abord couverte avec une couche mince régulière d’une solution de bitume de Judée, 4 parties, pour 100 parties dt^benzine ; on laisse sécher et on y applique le négatif : le tout est placé dans un châssis à glace forte et serré avec une vice de pression pour assurer le contact intime qui peut seul donner la finesse de l’image; on expose au jour un temps variable selon la lumière, généralement pendant une ou deux heures; on peut, quand cela est indispensable, remplacer la lumière du jour par la lumière électrique, mais à la condition de placer le foyer lumineux très près du châssis, et dans ce cas, pour éviter réchauffement, M. Gillot fait usage d’un châssis à double glace avec circulation d’eau entre les deux.
- Après une exposition suffisante, on lave la planche dans l’essence de térébenthine qui dissout le bitume dans toutes les parties où la lumière ne l’a pas rendu insoluble, on arrête l'action de l’essence en projetant sur la surface un jet d’eau sous pression, on éponge et on sèche et on a ainsi un dessin parfaitement net, fait avec une substance formant réserve et prêt pour le travail du gillotage.
- Tout dessin peut donc être transformé en gravure typo- . graphique, à cette condition, cependant, qu’il soit tenu compte des exigences de la photographie et de la typographie. Celles de la photographie sont surtout relatives à l’action des diverses couleurs du modèle sur les couches sensibles. Ces difficultés sont atténuées chaque jour par les progrès faits dans cette voie.
- Les exigences typographiques peuvent provenir des papiers, des machines, des encres qui ne rendent pas toujours ce que pourrait donner le cliché gravé. Il est impossible, en effet., avec ces encres opaques d’obtenir les demi-teintes dégradées, telles que les présente un lavis. L’encre d’impression est d’un noir égal, sans transparence ; ce n’est donc pas par ses épaisseurs plus ou moins grandes, mais seulement par les proportions des écarts entre les noirs et les blancs, que notre œil apprécie la dégradation des teintes ; dans ces conditions la reproduction d’un lavis ne donnerait que des placards noirs uniformes.
- Si l’original comporte ces difficultés, il faut les tourner par l’obtention d’un grain appliqué sur la planche, c’est une complication et il est préférable que le modèle offre ce travail tout fait à l’avance.
- Déjà, en 1877, M. Gillot demandait aux artistes de faire les dessins dans des conditions qui rendaient sensiblement l’effet de la gravure sur bois ; le dessinateur, après avoir indiqué légèrement l’ensemble de son sujet sur un papier couché, promenait sur la surface une petite molette produisant sur son passage, par le croisement des traits, une série de creux semblables aux tailles que l’outil du graveur enlève dans le bois ; puis sur le papier ainsi strié, il dessinait son sujet au crayon ; le noir ne portant que sur le sommet des stries simulait
- une gravure qui, copiée photographiquement et gillotée, donnait le cliché demandé.
- Plus tard, pour rendre avec plus d’harmonie certains dessins faits sur papier coloré ou vieilli, M. Gillot a trouvé avantageux de donner sur tout le fond une teinte légère qu’il obtient par un strié général, que la lumière modifie à travers le cliché. Ce procédé a surtout été appliqué pour diverses reproductions des dessins du Louvre.
- Actuellement les papiers finement teintés et striés sont entrés dans une pratique plus courante, ils sont livrés à l’artiste qui peut utiliser cette feuille pour son dessin de telle manière qu’il lui plaît, empâtant certaines parties par des noirs intenses, grattant les autres pour des blancs vifs, se servant à sa convenance du crayon, du pinceau ou du grattoir, mais ne bouchant que bien rarement le fond blanc des stries qui repercent toujours, excepté dans les noirs absolus ; le dessin original se trouve ainsi dans les conditions exigées par la typographie. Pour avoir plus de finesse, le modèle est presque toujours réduit en le copiant à la chambre noire, mais cette réduction ne doit pas être exagérée, car si la photographie peut resserrer les traits presque à l’infini, il faut s’arrêter devant ce que nous pourrions appeler l’imperfection relative de l’impression typographique, qui exige entre les traits et les points un écart suffisant pour qu’il ne soit pas immédiatement comblé par l’encrage rapide et quelque peu brutal des presses généralement en usage et auxquelles il est nécessaire de conformer les travaux commandés en ne leur donnant pas une finesse exagérée.
- C’est encore grâce à la mise en relief par les acides que la typographie peut aborder avec succès l’impression polychrome.
- L’artiste fait d’abord son dessin qui est ensuite photographié, gravé en relief, et une épreuve lui est renvoyée pour recevoir le coloris. Après la mise en couleur de cette épreuve, on apprécie le nombre de planches nécessaires pour rendre l’effet et sur chacune de ces planches, au moyen de réserves et de décalques, on ne fait mordre que la partie relative à la coloration qu’elle doit produire. Les morsures sont faites après avoir donné sur la surface ce qu’on appelle un grain de résine, que l’on accentue plus ou moins comme pour l’aqua-tinte, avec cette différence, toutefois, que plus ou répète les morsures, plus les teintes deviennent légères, ce qui est juste l’opposé de la gravure en creux. Les planches ainsi préparées, avec un repérage exact, sont envoyées à l’impression.
- On sait combien ont pris de développement aujourd’hui les procédés de gravure typographique en couleurs, qui ne tarderont pas à se multiplier. Le Paris illustré parmi les publications périodiques, dirigé par M. Gillot, donne une excellente idée des ressources que ces procédés peuvent fournir à la librairie.
- Les gravures qui accompagnent le rapport que nous venons de publier ont été spécialement exécutées pour La Nature par Je gillotage. Les dessins ont été faits à la plume sur papier cannelé par M. Myrbach; et le report sur zinc a été exécuté dans les ateliers mêmes de M. Gillot, au moyen de la photographie.
- Nous ne terminerons pas cette notice sans nous associer à l’opinion exprimée par M. Davanne sur les mérites du procédé.
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- Des premiers résultats obtenus par son père,, dit l’éminent rapporteur, M. Gillot fils a fait une industrie générale, il a surmonté avec habileté les difficultés qui hérissent toujours le développement d’une invention, et actuellement si les artistes peuvent posséder à un prix incroyable de bon marché des fac-similés de nos grands maîtres, si nous nous plaisons à feuilleter de nombreux ouvrages d’art, à suivre avec plus de facilité les ouvrages de science, à trouver dès le lendemain dans les revues l’illustration de faits qui se sont passés la veillle, si le prix modéré de ces ouvrages les rend accessibles à tous, nous le devons au gillotagc, qui est depuis longtemps déjà dans le domaine public, mais que M. Gillot fils, par ses travaux et ses améliorations, maintient dans une voie continuelle de progrès.
- Ajoutons enfin que de nombreux ateliers de gillo-tage fonctionnent actuellement à Paris et à l’étranger, et que les procédés Gillot sont devenus la base de toute une importante industrie. G. T.
- LETTRES D’AMÉRIQUE1
- LA NOUVELLE-ORLÉANS. LES NAVIRES ET LEUR CHARGEMENT DE COTON. LES (( COTTON PRESSES )).
- LE MISSISS1PI ET LA CULTURE DES ORANGES.
- La France cédait, le 20 décembre 1805, la Louisiane aux États-Unis, et la Nouvelle-Orléans devenait américaine. L’influence du caractère français, malgré quatre-vingt-trois années écoulées, est encore cependant très sensible dans cette grande cité qui compte aujourd’hui plus de 216 000 habitants dont 20 000 de nos compatriotes environ. La gaieté et le mouvement qui régnent 'dans les rues n’ont pas le caractère des autres villes des États-Unis ; on pourrait presque croire, en certains quartiers, qu’on se trouve en pays français.j
- Notre langue y est encore fort répandue d’ailleurs, les ordonnances et lois affichées sont aujourd’hui traduites en français et les habitants des bas quartiers de la ville ne pourraient y séjourner commodément sans être familiarisés avec notre langage.
- Un grand nombre de rues ont encore des noms français; il en est de même pour les enseignes de marchands. On voit ainsi que les anciens colons, les représentants de notre pays en cette cité, y ont laissé des souvenirs profonds, mais de jour en jour ces souvenirs disparaissent graduellement et bientôt sans doute, ils seront détruits pour jamais.
- S’il y a au monde un port d’un aspect étrange et pittoresque, c’est bien celui de la Nouvelle-Orléans.
- Du mois de septembre au mois de décembre, un monde d’ouvriers, nègres et mulâtres, est employé à faire la récolte du coton dans l’intérieur de la province. Les chemins de fer, et les navires surtout, reçoivent des cargaisons énormes, le mouvement d’affaires devient considérable.
- 1 Suite. Yoy. p. 6.
- Les navires de commerce, semblables à des forteresses flottantes aux murailles formées de balles de coton, viennent de toute part inonder les quais et les magasins de la quantité des produits récoltés. Dans un seul chargement, un de ces immenses bateaux peut quelquefois débarquer plus de 5000 à 8000 balles de coton.
- Celui dont nous donnons l’aspect (fig. 2), le steamer Ilenrg Frank, a 95 mètres de longueur, et peut contenir 2600 tonnes. Sa cargaison se composait de 9226 balles de coton, 1215 sacs de graines de coton, 1224 sacs d’otï cake ou tourteaux de graines de lin, 500 sacs de grains divers et 27 colis de tous genres. Cet ensemble peut être évalué au chiffre colossal de 10 226 balles de coton réunies.
- A son arrivée à la Nouvelle-Orléans, le 2 avril 1881, ce steamer fit sensation sur les quais de débarquement et son capitaine J.-F. llieks reçut des ovations. On n’avait jamais vu jusqu’alors un navire de ce genre portant une si forte cargaison.
- Une de nos autres gravures (fig. 5), représente un steamer analogue au premier, c’est le steamer F. D. Richardson; il est, comme on voit, débarrassé de toute sa cargaison.
- La méthode de chargement est curieuse ; un simple croquis au trait (fig. 4) en facilitera l’explication. Le steamer possède, sur presque toute la longueur de son pont, une salle centrale immense pour les voyageurs S ; elle est bordée en L et L par les cabines qui peuvent servir à plus de 200 passagers et par les chambres diverses pour le service, etc. Cette salle prend jour sur une galerie couverte B qui sert en môme temps à la circulation extérieure. Le premier étage est construit de même façon ; un deuxième étage enfin couronne ces galeries de charpente assez élégamment ornées. Au niveau du pont, un large plancher X, maintenu seulement de distance en distance par les fermes de fer qui font partie de la construction de la grande salle et des cabines, vient augmenter la surface générale du steamer. Ce plancher forme un bau considérable ; celui du Henry Frank est de 17 mètres de largeur. C’est sur sa surface qu’on commence a disposer les halles de coton qui sont placées peu à peu de manière à cacher entièrement les salles et galeries où se tiennent les voyageurs. Entre les ballots on a soin de conserver des embrasures pour laisser pénétrer l’air et le jour à l’intérieur. Le chargement terminé, les balles de coton remplissent enfin tous les bas côtés du steamer et montent jusqu’à la galerie supérieure où les voyageurs peuvent circuler.
- Le poids de toutes ces balles de coton fait enfoncer le bateau (une d’elles pèse environ 450 livres), le niveau de l’eau atteint presque la première rangée posée sur le plancher N. Elle est souvent même mouillée par suite des mouvements du navire.
- Lorsque les cargaisons sont débarquées sur le quai, les marchands viennent faire leurs acquisitions et les balles sont envoyées aussitôt aux Cotton Presses pour subir l’opération de la compression.
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- Un dos aperçus caractéristiques de la ville est celui du quartier où se trouvent ces vastes établissements. 11 y en a près de 25 à la Nouvelle-Orléans, chacun d’eux a pu coûter 4 à 500 000 francs environ pour son installation générale. Ils contiennent un grand nombre de presses de différents modèles, mais les plus employées sont les Taylor a hydraulic et les New - Morse. Les dernières sont en faveur depuis l’année 1877; il y en a près de 55 dans la ville tandis que les Tavlor’s ne sont qu’au nombre de 52. C’est M. Morse l’inventeur de ces superbes machines. Il en a été exécuté un grand nombre de modèles depuis 1872, mais sa dernière création, la New-Morse, semble réifnir toutes les qualités d’économie, de solidité et de puissance ; beaucoup d’entre elles ont déjà comprimé de 500 000 à 1 000000 déballés sans avoir éprouvé encore la moindre détérioration. Les machines en action sont curieuses à examiner. La balle de coton est saisie par des nègres qui la posent sous la presse mise aussitôt en action (fig. 1).
- Elle l’aplatit de son poids formidable,
- 5millions delivres, la réduisant de près des trois quarts de sa dimension primitive. Enroulé dans une toile grossière, le ballot est maintenu et lié par des lanières de fer qu’on peut faire passer dans des crans ménagés à cet effet dans les plaques de compression. Les liens de fer sont alors assujettis par les ouvriers et la machine rejette d’elle-même la balle de coton pour en recevoir de nouvelles.
- Les bandes de fer qui maintiennent les ballots sont un grand progrès sur les anciennes attaches qui se composaient de cordes grossières. Filles ont été
- inventées et simplifiées encore par les ingénieurs MM. Lewis Miller et S. H. Gilman.
- Les navires ont le grand avantage de pouvoir charger un nombre beaucoup plus considérable de balles de coton grâce aux Cotton Presses, aussi payent-ils un droit de 65 cents ou 5 fr. 25 par balle. On en exporte annuellement 2 000 000 environ.
- Les deux tiers de la population de la ville sont occupés à ce trafic. On peut estimer au chiffre de 500 millions de francs la valeur de l’exportation annuelle de cette ma tière première.
- Une des plus importantes questions à décider an sujet des machines à comprimer, étaient de savoir si les quali tés du coton étaient toujours dans les mêmes conditions lorsque la balle avait subi l’opération de la presse.
- On assurait généralement que le coton ne se filait pas aussi bien lorsqu’il avait été comprimé, et que sa qualité était alors inférieure à celui qui ne l’avait pas été.
- Les manufacturiers du nord des États - Unis étaient de cet avis, mais, d’après la notice que M. J.-C. ïlem-phill a publiée dans le Spécial report n° 47, Department of agriculture of Washington, on voit qu’en Angleterre cette opinion n’est point partagée. C’est à la suite de quelques expériences faites avec des balles de coton provenant des provinces Est de l’Inde, que les idées ont changé absolument à ce sujet, dans ce pays. D’autre part, M. Dumont, grand manufacturier à Gaston County dans la Caroline du Sud, paraît avoir démontré, après bien des essais exécutés dans les deux cas, que loin d’amoindrir les bonnes conditions du cotdn, les machines à comprimer les amé-
- Fig. 1. — Presse hydraulique employée à la Nouvelle-Orléans, pour comprimer et cercler les balles de coton.
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- lioraient au contraire. Il vit avec étonnement que le par conséquent, un produit plus abondant. Le fil coton comprimé donnait moins de déchet ; il y avait, fabriqué avec du coton non pressé était peut-être
- Fig. 2. — Bateau à vapeur, à la Nouvelle-Orléans, chargé de balles de coton. (D’après une photographie.)
- plus tort, mais la légèreté et la régularité de celui rieures, et ce sont des qualités qui passent aujour-
- qu’on obtenait par le coton comprimé étaient supé- d'hui pour être parmi les plus importantes.
- Fig. 5. — Bateau à vapeur du même genre débarrassé de sa cargaison. (D’après une'photographie.)
- Le port de la Nouvelle-Orléans est un des premiers des États-Unis.
- Le Mississipi y est superbe.
- Pour arriver jusqu’à l’embouchure du fleuve, dans le golfe du Mexique, le voyage dure douze
- heures environ, mais le panorama qui se déroule sous les yeux pendant ce temps,est tellement intéressant, avec tous ses aspects variés, que la monotonie ne saurait exister.
- Dans ses parties les plus basses, le fleuve a près
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- de 50 mètres de profondeur; le navire approche souvent près du rivage; le chemin qu’il doit prendre varie d’après les saisons, le chenal étant, tantôt sur le milieu du Mississipi, tantôt sur les bords, mais la route parcourue est toujours imposante.
- Les détours sont nombreux ; les champs de cannes à sucre, les plantations de riz couvrent les campagnes ainsi que les grandes cultures d’orangers.
- Les arbres couverts de Heurs et de fruits embellissent les rives et encadrent d’une façon délicieuse les maisons et les belles villas des fermiers et des cultivateurs riches du pays.
- Le commerce des oranges est d’ailleurs considérable sur les bords du Mississipi, aux environs de la Nouvelle-Orléans. Un oranger ne commence à produire des fruits, dans ces régions, qu’au bout de six années. Lorsqu'il a atteint l’àge de dix ans, il peut donner jusqu’à 5000 oranges par an ; un peu
- Fig. 4. — Coupe d’un bateau à vapeur de la Nouvelle-Orléans,
- montrant le mode de chargement des balles de coton.
- plus tard la récolte annuelle peut aller jusqu’à 6000. On cite même quelques arbres qui ont donné jusqu’à 8000 fruits, mais ce sont des faits rares dont on parle dans le pays comme exceptionnels.
- L’entretien d’un oranger n’exige que fort peu de travail : 2 fr. 50 donnés par an à un ouvrier suffisent en moyenne. On comprend le rapport énorme qu’un arbre seul peut fournir à son propriétaire, qui vend 15 francs un cent d’oranges.
- Les paysages se succèdent, éclairés par les rayons du soleil; ce sont des tableaux resplendissants de lumière offrant des aspects véritablement féeriques. La culture devient plus rare à mesure qu’on approche de l’embouchure du Mississipi, on voit quelques fermes encore, ombragées par de vieux arbres couverts de lichen qui les envahit peu à peu et finit par les faire mourir. Les gens du pays font d’amples récoltes de ces plantes parasites et les font sécher. Elles sont employées aux mêmes usages que les varechs que nous recueillons sur nos côtes.
- Un grand nombre de navires sont rencontrés dans ce long parcours; nous voyons entre autres un petit steamer qui s’approche à grande vitesse : c’est le bateau des lettres et des messageries qui fait le service des postes des campagnes et villages riverains. Il s’approche du rivage, et lance du haut de son pont une sorte de pont-levis. Trois hommes descendent en courant tout en poussant à terre des barils, des paquets ou d’autres objets. Une seconde presque, suffit pour cette manœuvre; les hommes sont déjà rentrés dans le bateau, le pont-levis est levé et le steamer est reparti ; il semble qu’il a disparu comme par cnchaVitement pour aller déposer lettres et paquets ailleurs. Le fleuve commence enfin à se rétrécir; les roseaux couvrent le rivage ainsi que les terrains sablonneux peuplés d’oiseaux sauvages qui s’envolent effrayés par le bruit du navire en marche. Le delta du Mississipi occupe un territoire immense, ce sont des déserts marécageux, jusqu’à perte de vue; la sortie du fleuve est fort étroite, encaissée par des jetées grossièrement construites sur pilotis avec des fascines au milieu desquelles ont été posées des pierres; elle n’a qu’une largeur de 200 pieds, qui donne accès dans le golfe du Mexique. Albert Tissandier.
- — A suivre. —
- LA POUDRE A CANON
- ET LA MESURE DES ALTITUDES
- Nous devons a M. M. Gaupillat de curieux renseignements sur une curieuse application de la poudre, qui pourra intéresser nos lecteurs.
- La transformation de la poudre à canon en baromètre et son application à la mesure des altitudes ne sont pas choses encore efficacement passées dans la pratique : toutefois le côté théorique seul de la question ne manque pas d’originalité.
- Les artilleurs et poudriers ont reconnu, après de savantes expériences, que la vitesse de combustion de la poudre croît avec la pression de l’air ambiant.
- Sous la cloche de la machine pneumatique, M. Bianchi plaçait dans un panier de platine une petite quantité de poudre; une fois le vide obtenu, le platine était porté à l’incandescence par le passage d’un courant électrique; on voyait alors la poudre se décomposer lentement, mais sans brûler. Introduisant ensuite sous la cloche, des gaz inertes (azote ou acide carbonique) à diverses pressions, l’expérimentateur constatait la combustion de la poudre, combustion d’autant plus intense que la pression du gaz introduit devenait plus forte.
- Ainsi la poudre ne brûle pas dans le vide et se consume avec rapidité dans l’air comprimé.
- De ce principe, on pouvait induire facilement que la combustion de la poudre s’opérerait plus lentement au sommet d’une montagne qu’à sa base, par suite de la raréfaction de l’air atmosphérique : il y avait là identité de cause entre cette diminution de vitesse et la baisse de la colonne mercurielle dans le baromètre.
- En 1855, Mitchell fit aux Indes des essais en ce sens avec de petits tubes bien semblables remplis de poudre
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- en grains tassée : il trouva qu’une même quantité de poudre ainsi préparée brûlait :
- à 0 mètre au-dessus de la mer en 14"!coo<,'î‘l,25 980 — — — 15,78
- 1980 — — — 17,10
- 2225 — — 18,12
- D’autres calculs ont donné les proportions suivantes :
- Pression barométrique, 722 millimètres; 405 millimèt. Vitesse de combustion, 30‘°“,30 45,e%50
- La loi existait donc et se trouvait bien et dûment constatée : restait à la formuler. M. de Saint-Robert s’est chargé de ce soin.
- Faisant comprimer de la poudre à la densité voulue pour qu’elle ne brûlât ni trop vite ni trop lentement, il en remplit des tubes en plomb mesurant 17 millimètres de diamètre intérieur et 22 de diamètre extérieur; soumis à l’étirage à la filière, les tubes se réduisaient à 2mm,8 de diamètre intérieur et 4mm,8 de diamètre extérieur : leur âme était occupée par une baguette de poudre homogène et régulièrement comprimée (densité 1,6 environ) qu’il suffisait de diviser en parties d’égales longueurs pour obtenir des éléments de combustion absolument ident iques.
- Observant, à diverses altitudes, le rapport qui existait entre la vitesse de combustion V et la pression atmosphérique P, et désignant par K une constante connue d’avance et subordonnée au mode de construction du tube, M. de Saint-Robert a établi la formule :
- ^ — Kl' |
- d’où l’on déduisit l’énoncé de cette loi :
- « La vitesse de combustion de la poudre à diverses altitudes varie comme la puissance 2/3 de la pression atmosphérique. »
- La constante K déterminée une fois pour toutes, il n’y avait plus qu’à construire, à l’aide du calcul et d’expériences répétées, des tables de corrélation entre les variables V et P, tables analogues à celles de M. Mathieu pour les observations par la colonne mercurielle (Annuaire du bureau des longitudes), et l’on créait ainsi un baromètre d’un genre tout nouveau et singulier : un cylindre de poudre comprimée ad hoc, une allumette et un chronomètre pour enregistrer le temps de la combustion.
- Aussi simple et peu encombrant, un tel appareil eût vite fait fortune s’il eût permis d’effectuer des opérations exactes : mais ce desideratum n’est pas réalisable avec ledit appareil qui comporte plusieurs causes d’erreurs notables; en conséquence, les mesures qu’il fournirait seraient toujours fort approximatives : voilà pourquoi la poudre-baromètre n’est pas entrée dans le domaine de la pratique, pourquoi elle restera jusqu’à nouvel ordre une simple curiosité scientifique. E. A. Martet,.
- —
- SIPHON ANNULAIRE AUTOMATIQUE .
- Chacun connaît la trompe à eau, employée parexemple pour insuffler de l’air dans un récipient : un robinet A (fig.l ) fournit à l’appareil moins d’eau que n’en peut débiter le tube T ; il en résulte un entrainement de gaz sous forme de bulles en chapelet emportées dans le tube d’écoulement. Or si T et t ont un certain diamètre : 1 centimètre par exemple, il peut se produire un phénomène curieux : ouvrons le robinet A de façon que la trompe fonctionne régulièrement, puis fermons-le peu à peu. A un moment
- donné, si l’on fait couler l’eau le long des parois du tube T, le jeu de l’appareil est arrêté ; il se vide d’une façon continue. Mais si on prend le soin au contraire de faire tomber le même jet au milieu du tube, la trompe fonctionne dans les conditions normales, c’est-à-dire en se vidant à des intervalles réguliers, avec entrainement d’air.
- C’est un phénomène analogue qui a été utilisé par Field dans son siphon annulaire automatique. Ce siphon A (fig. 2) est placé dans un réservoir B. L’eau d’alimentation fournie par le robinet E s’élève jusqu’en m n. A ce moment, si l’extrémité supérieure du cylindre A était lisse, aucun phénomène intéressant ne se produirait : il s’écoulerait le
- long des parois de ce tube une quantité d’eau égale à celle que donne le robinet E dans le même temps. Mais cette eau se trouve guidée par un rebord qui la force à descendre au milieu de la grande branche sans toucher les parois. Le siphon s’amorce alors et vide le réservoir avec une grande rapidité.
- Ce siphon Field a reçu diverses applications : il sert en particulier au nettoyage automatique de cuvettes à vidange. On lui adjoint dans ce cas un second réservoir c,
- servant de régulateur. L. Gutode.
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- CONSOMMATION DE L’IVOIRE
- Elle n’est rien moins que prodigieuse, la consommation de l’ivoire. Ainsi, de 1879 à 1883, c’est-à-dire en quatre ans, le seul continent africain a exporté en moyenne 848 000 kilogrammes d’ivoire, dont 564 000 de la côte orientale et 284 000 de la côte occidentale. Ce chiffre énorme représente une honnête somme d’une vingtaine de millions de francs, et cela suppose une destruction de 65 000 éléphants par an au minimum.
- D’après la Gazette géographique, les dents d’éléphants de la côte occidentale d’Afrique sont plus élégantes et plus transparentes que celles de la côte orientale; mais ces dernières sont plus tendres, plus blanches et plus opaques. Quelques naturalistes ont souvent parlé de défenses du poids de 150 kilogrammes, M. Westendarp, si versé dans la matière, n’en a jamais vu d’aussi pesantes. Sur un million de défenses qui ont passé sous ses yeux, en seize ans, la plus lourde pesait 94 kilogrammes. C’est déjà un joli poids.
- L’ivoire le plus beau, le plus fin et le plus tendre provient de Panguani, sur la côte orientale. L’ivoire vert, d’une si belle transparence, est originaire du Gabon.
- Mais que dire de cette destruction annuelle de soixante-cinq mille éléphants. A ce train-là, cette noble et gigantesque race aura bientôt rejoint tant d’espèces éteintes dans la nuit des âges.
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- LA NATURE.
- L’EXPLOITATION DES MINES
- A TRAVERS LES AGES 1 IV. I.e progrès (lnns les mines.
- Si l'électricité n’a point encore permis d’écarter des yeux des mineurs les ténèbres qui, trop souvent, rejaillissent sur leur esprit et en font la proie des agitateurs, elle leur a déjà rendu un service immense. En effet, elle a permis d’augmenter l’efficacité des différentes substances explosives dont La Nature a trop souvent décrit les admirables propriétés pour qu’il y ait lieu d’y revenir.
- Quoique des malfaiteurs soient parvenus quelquefois a détourner ces précieuses matières de leur destination légitime et normale, les catastrophes qu’ils ont préparées tombent dans l’insignifiance devant les immenses résultats que l’emploi journalier de la dynamite procure depuis que l’on sait la manier d’une façon sûre, et sur une échelle immense ; aujourd’hui surtout que l'on n’ignore plus l’art de décupler ses effets en rendant rigoureusement instantanée l’explosion d’un nombre quelconque de cartouches.
- L’exécution des grandes entreprises de travaux publics qui, comme le percement du Mont-Cenis, de l’isthme de Panama et du tunnel de la Manche, assurent à notre siècle une place à part dans l’histoire, est certainement due au bon marché des métaux usuels et de la houille, c’est-à-dire aux moyens
- 1 Suite et fin. Yoy. p. 27.
- d’action que l’industrie des mineurs permet de retirer des entrailles de la terre.
- Par compensation, les procédés mécaniques employés par de grands ingénieurs pour transporter la force motrice créée à la surface de la terre à l’aide de l’air comprimé ou de l'électricité, comme La Nature l’a indiqué à différentes reprises, permettront de diminuer la somme de travail manuel nécessaire pour amener 'a la surface les trésors enfouis dans des couches ({ue les Grecs et les Romains auraient considérées comme inaccessibles.
- Nous empruntons au British Mining, admirable ouvrage que vient de publier M. Robert Ilunt, un des maîtres de l’art, la coupe d’une mine à plusieurs étages dans laquelle les ouvriers ont à leur disposition des perforatrices (fig. 1). Malgré la petitesse de l’échelle que nous avons été obligés d’adopter, le lecteur pourra se faire une idée de la facilité avec laquelle s’exécute le travail. Mais une semblable installation , demandant des capitaux considérables, ne peut être sérieusement proposée à une époque où les catastrophes sociales peuvent se joindre aux calamités naturelles dont les ingénieurs ont déjà à triompher. Et leur art, qui peut dompter l’eau, le feu et le gaz, ne peut lutter contre les tempêtes que des doctrines scélérates allument dans l’âme crédule des travailleurs, et dont ils sont trop souvent les premières victimes.
- L’usage de l’air comprimé a cela de particulièrement avantageux, qu’il apporte avec lui l’oxygène dont la respiration a besoin, et qu’il contribue à
- Fig. 1. — Coupe d’une mine de houille moderne, à plusieurs étages superposés.
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- LA NATURE.
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- abaisser la température, qui est quelquefois trop élevée pour que les ouvriers puissent conserver leurs vêtements pendant le travail auquel ils se livrent à col tordu (voy. notre précédent article). Ce mode de transport de la force motrice contribue donc indirectement à la solution de ce problème vital qui se nomme l’aérage, sans lequel on aurait depuis longtemps épuisé tous les minerais disponibles. En effet, le genre humain, grâce aux progrès de la ventilation, n’a point encore rencontré de limite nfranchissable dans la conquête du Diamant noir. On cite des mines que l'on a ouvertes au-dessous des Océans et où l’on entend le bruit épouvantable que produirait, au fond de la mer, les rocs roulés par les
- vagues et agités par l'effort incessant des marées.
- Dans l’état actuel de l’industrie minière, la cause peut-être la plus fréquente de catastrophe, est l’ébou-lement de galeries insuffisamment étayées. De toutes les calamités qui menacent les ouvriers, celles qui proviennent de ces affaissements sont certainement les plus terribles. En effet, si la victime n’est point affreusement écrasée, elle court le risque d’être enfermée, loin de tout secours humain, dans une cavité obscure où elle périra lentement de la mort cruelle des affamés du pôle nord ou des reclus de Chancelade.
- Malheureusement dans la plupart des galeries provisoires (|ue Ton ouvre pour les besoins temporaires
- Fig. 2. — Le triage du charbon à Deeazeville (Aveyron). —• (D'après une photographie).
- de l’exploitation, on est obligé de soutenir tant bien i que mal les terres avec des étais en bois, car on ne saurait songer à consolider avec des maçonneries en briques ou en pierres que des galeries spacieuses destinées à rester permanentes.
- Un des plus grands progrès qui puissent être réalisés est donc de séparer le service de l’extraction de la houille de celui du boisage. En effet, l’ouvrier n’ayant pas toujours le sentiment de sa responsabilité a trop de tendance à négliger sa sécurité personnelle; dans l’espérance de réaliser un gain de quelques francs au bout d’une semaine, il s’expose à d’affreuses blessures ou à une mort épouvantable.
- D’autre part, la négligence du houilleur a les résultats les plus déplorables sur l’exploitant, car
- les paysans qui possèdent la surface, sont à l’affût des moindres fissures pour rançonner impitoyablement la compagnie, que des lois draconiennes mettent à sa disposition. En effet, la législation barbare qui nous régit encore dispose que le possesseur du sol recevra comme compensation une indemnité égale au double de la valeur de sa terre ou de ses immeubles. On ne tient même pas compte de la plus-value que la présence d’une exploitation minière dans le réseau a donnée au sol et aux maisons qui s’y trouvent.
- Sans que son intelligence s’élève jusqu’à cette conception, le mineur se fait le complice du droit de propriété dans son expression la plus rigide. 11 ne voit pas que son intérêt est solidaire de celui de
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- LA NATURE.
- ses patrons. L’intérêt hostile au sien par nature est celui du débitant qui cherche à le mettre en état de révolte contre les lois économiques en lui taisant refuser les sociétés fraternelles de consommation, si nombreuses chez les mineurs anglais, grâce aux efforts de notre ami M. F. Q. Ilolzoakc, l'apôtre de la coopération de l’autre côté du détroit.
- C’est ainsi qu’a commencé le conflit désormais célèbre dans l’histoire sous le nom de grève de De-cazeville, et dont il n’entre point dans notre tâche de raconter ici les péripéties. Nous ne pouvons cependant terminer notre revue rapide sans donner une vue d’un des sites industriels de cette immense exploitation, créée dans des conditions exceptionnellement difficiles, car les feux souterrains viennent accroître le nombre des difficultés contre lesquelles les ingénieurs ont à lutter pour empêcher la destruction complète de toutes les richesses minérales de la contrée.
- Nous avons représenté l’endroit où l’on procède au triage du charbon et où l’on opère son chargement sur les jwagons destinés à effectuer son transport à l’aide du réseau des voies ferrées. Le dessin que nous donnons, d’après une excellente photographie , nous dispense d’ajouter aucune explication. Nous dirons cependant que ce travail qui n’a rien de pénible est exécuté par des femmes auxquelles le travail intérieur des mines est interdit par une loi très sage et très humaine. Le salaire qu’elles gagnent sans grande fatigue est fort élevé si on le compare aux travaux agricoles.
- W. de Fonyielle.
- CHRONIQUE
- La télégraphie optique dans le département de Constanline. — Lorsqu’on parcourt la distance qui sépare le défilé d’El-Kuntara où s’est formé un ksar1 oasien et la magnifique oasis de Biskra, que les Arabes dénomment la Perle du désert, le voyageur peut apercevoir sur la gauche et par intermittence, lorsque la nuit tombe, le rayon lumineux du télégraphe optique de l’Ahmar-Kaddou, éloigné de la route, à vol d’oiseau, d’environ 40 kilomètres. Dans le sud du département de Constantine, le télégraphe électrique s’arrête à Biskra. Passé ce point important, un réseau de postes de télégraphie optique se développe sur les territoires de l’Oued B’ir et du Souf et permet ainsi de communiquer avec les points extrêmes occupés. Plus tard, des lignes télégraphiques pourront être posées, mais en attendant, ce service tel qu’il est organisé, est très précieux. Le télégraphe électrique serait même installé, que ces postes optiques, en temps d’insurrection, y suppléeraient, car la première chose que feraient les rebelles serait de couper les communications. Biskra est en relation avec Touggourth dans l’Oued-R'ir et Dehila dans le Souf. La transmission entre Biskra et Touggourth est établie au moyen de six postes : Biskra (fort Saint-Germain), Ahmar-Kaddou, Kef-el-Dor, El- Berd, Tamema, Touggourth (tour de la Casbah); entre Biskra et Dehila par Ahmar-Kaddou, Badès, Djebel-Iladjour (près de Négrine)
- 1 Village arabe dans le Sud.
- Dehila. Le service est dirigé par un capitaine ayant sous ses ordres deux officiers, chefs des lignes des cercles 1 de Biskra et de Tébessa. Le personnel de chaque poste se compose d’un caporal ou d’un soldat de première classe, chef de poste et de quatre ou cinq soldats télégraphistes. Les appareils dont on se sert sont ceux du colonel Mangin. La communication se fait au moyen de lampes. La plus grande portée que l’on ait obtenue jusqu’ici est de cent trente kilomètres. Le réseau a été établi par l’autorité militaire pour les besoins du service. Les télégrammes des particuliers sont acceptés à titre gracieux, sur le visa du commandant d’armes. Quant à ceux qui franchissent le réseau optique, le prix en est acquitté dans tous les postes aux tarifs en vigueur. Le prix en est versé par le chef du poste optique de Biskra au receveur des postes et télégraphes de cette ville au moment où le télégramme passe dans le réseau électrique. Ces différentes stations optiques sont autant de pépinières où des soldats sont exercés au maniement et à l’emploi des instruments nécessaires. C’est de là qu’ont été tirés les télégraphistes employés pendant l’expédition du Tonkin où la télégraphie optique a rendu de grands services. Francis Drouet.
- Le papier à l’époque actuelle. — Nous empruntons à un journal américain Paper Trade Journal les intéressants détails qu’il a publiés sur les applications multiples du papier. Nous sommes loin, dit notre confrère, des papyrus des Egyptiens et des parchemins des Grecs et des Romains; et quel n’est pas l’aveuglement des personnes qui croient encore que le papier est uniquement destiné à l’imprimerie (livres et journaux). Ce dix-neuvième siècle que l’on décore de l’épithète de « prosaïque », aura vu cependant des surprises plus étonnantes que celles de la- grotte d’Aladin. Faisons sans commentaires l’énumération des diverses phases de l’utilisation industrielle du papier. Lorsqu’on a parlé pour la première fois des cols, clés manchettes, des chemises et des ruches en papier, tout le monde, ou à peu près, a crié à l’absurdité; actuellement, il n’est pas de personne soigneuse de sa toilette qui n’en fasse usage. Son emploi dans des objets d’utilité moindre, cadres, plaques et boutons de porte, s’est généralisé sans bruit. Buis sont arrivés les esquifs, les yoles, les rames en papier comprimé. La construction des roues de wagons de chemins de fer, considérée comme une folie, a produit des résultats si satisfaisants, qu’aujourd’hui, sur les grandes lignes de New-York à Chicago, et sur tous les embranchements du Pacifique, on coinple plus de 60000 roues de wagon en papier comprimé. 11 y a quelques mois, une grande maison de literie de New-York a mis en vente des courtes-pointes, des oreillers et des coussins en papier. Des bandes de papier de Manille, superposées les unes sur les autres, gommées et ourlées de cordons également en papier, servent à la confection de couvertures ornementées de dessins variés, très légères par le poids, et cependant très chaudes et très appréciées pendant la saison froide. Lorsqu’elles commencent à se friper, on les remet aisément à neuf en les repassant au fer chaud. En cimentant la pâte du papier avec de l’albumine, de la chaux et de l’alun, et en l’étendant sur des bandes circulaires, on a fabriqué des tonneaux, des barriques et autres ustensiles plus résistants que le bois et beaucoup plus commodes pour le transport des liquides, des alcools, du pétrole, etc. Une importante manufacture met à la disposition des habitants de New-
- 1 On désigne ainsi en Algérie les circonscriptions militaires du Sud.
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- LA NAT LUE:
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- York des pantoufles, des sandales, des souliers, des bottes entièrement en papier, résistant parfaitement à l'eau et conservant les pieds très chauds. De perfectionnements en perfectionnements, on est arrivé à mouler avec de la pâte de papier la forme du pied et du bas de la jambe, de manière à fournir à chaque personne le soulier ou la bottine qui la chausse le mieux. D’autre part, cette industrie généralise chaque jour ses applications dans l'ornementation des maisons et des hôtels (bordures des portes et des fenêtres, consoles, plafonds, etc.) — « Et après (what next) diront nos lecteurs ! aurons-nous le privilège d’habiter des maisons en papier, rappelant à notre pensée les châteaux de cartes de la jeunesse ! »
- Exposition Savorgnan de Brazza. — L’exposition des collections de la mission scientifique du Congo a été organisée dans les bâtiments de l’Orangerie du Muséum par les soins des professeurs et de tout le personnel scientifique de cet établissement? Cette exposition a été ouverte officiellement le 30 juin 1886, à 2 heures de l’après-midi, par M. Goblet, ministre de l’instruction publique, assisté de M. Xavier Charmes, directeur du secrétariat du ministère, et de M. Liard, directeur de l’enseignement supérieur, en présence de M. Frerny, professeur-directeur, et de la plupart des autres professeurs. Elle attire un grand nombre de visiteurs, et offre un intérêt considérable. La notice sur ces collections a été rédigée par M. Emile Rivière.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 juillet 1886.— Présidence de M. l’amiral
- JuiUEN DE LA GbAVIÈRE.
- Le tirage de la présente livraison de La Nature ayant dù être avancé de deux jours, en raison de la fête nationale dit 14 juillet, nous publierons la semaine prochaine le compte rendu de cette séance.
- LE « MESURAGE » DES NOMBRES
- Qu’il s’agisse de statistique ou de finances, nos grandes administrations centrales ont constamment à faire des additions formidables, et ces additions, pour être prêtes a jour fixe exigent le concours d’un personnel nombreux se partageant le travail, préalablement décomposé en additions partielles.
- Or, M. Michel Laporte, professeur à Bordeaux, a proposé récemment de confier ce genre de travail à un seul employé, lequel se bornerait à transcrire les nombres à additionner dans des feuilles spéciales, appelées cribles dont il existe deux modèles. L’un est adapté à tel ou tel genre de travail, et son établissement exige une étude préalable. L’autre s’adapte, tel quel, à toutes les additions indistinctement. On le trouve en librairie.
- Nous donnons, ci-après, un spécimen du premier modèle. Il est tel que le total d’une partie des nombres qui y seront transcrits est connu d’avance quels que soient ces nombres.
- Si, au moyen de cribles de ce genre, on voulait savoir, Ru Ministère des travaux publics, le total des voyageurs qui ont circulé, depuis 1850, sur l’ensemble des chemins de fer français, le travail de l’employé consisterait simplement à poser dans ces cribles, les nombres qui ont été fournis périodiquement par les Compagnies. (Dans notre supposition, aucune addition de ces nombres n’aurait été encore faite.)
- Pour clore ce travail, la capacité de chaque crible serait répétée autant de fois qu’il y aurait de feuilles remplies, et ce total devrait être augmenté d’un excédent formé par les nombres qui garniraient incomplètement la dernière feuille. Tel est le but du mesurage des nombres. Le crible devient, en quelque sorte, l’unité de mesure, comme le boisseau sert pour les grains, et il supprime la plus grande partie des additions.
- Le mesurage des nombres repose sur l’observation toute nouvelle, sinon sur la découverte des systèmes additifs équivalents, dont voici un exemple emprunté à l’auteurJ.
- 042 649 641 681 689 742 741
- 781 782 789 759 752 681 389
- 359 551 352 342 341 559 652
- 1782 Ï7Ï2 1782 1782 1782 1782 1782,
- nn
- En plaçant des nombres quelconques dans les cribles, soit du premier modèle, soit du second, on pose, du même coup, une suite de systèmes additifs équivalents.
- On sait, de plus, que si le quantum des nombres à poser est suffisammant grand, les deux derniers chiffres de ces nombres comprendront, dans un ordre quelconque toute la série des nombres de 1 à 99. Or, le total de cette série, répétée autant de fois qu’on voudra, est connu d’avance. On peut préparer, de la même manière, le total d’un certain nombre de centaines, de mille, etc., etc.
- Notre spécimen est la réduction du modèle qui a servi à vérifier le recensement de 1881, dans une expérience faite avec plein succès à la préfecture de la Gironde, le 10 juin dernier. Le même modèle servira à trouver, ou à vérifier les résultats du recensement en cours d’exécution dans ce départemant et ailleurs.
- Pour poser dans ces cribles un nombre de deux chiffres, 94, par exemple, il suffit de mettre un point dans la cellule ou case formée par la rencontre de la neuvième colonne horizontale avec la quatrième verticale de l’échiquier de droite. On voit que les nombres se pointent, et ne se posent pas autrement. Pour pointer 2768, on mettrait donc un point dans l’échiquier de gauche, case 27, et un autre point dans l’échiquier de droite, case 68.
- Les dizaines de mille qui se présenteraient exceptionnellement seraient pointées en dehors, et à gauche, à côté des chiffres formant l’entrée des colonnes horizontales des unités de mille.
- Pour les nombres de 6 à 7 chiffres, on devrait employer des cribles à 5 échiquiers juxtaposés.
- Dans la pratique, on emploie au moins deux feuilles de criblçs superposées, comme ci-dessus. Les deux feuilles concourant à la recherche du même résultat, il est évident qu’on peut, sans inconvénient, poser la première partie d’un nombre dans une feuille, et la seconde partie dans l’autre feuille, ou vice versa.
- Or, si l’on convient de placer les points à l’intersection des traits déliés tracés dans chaque cellule, il est clair que la réglure détermine la capacité du crible employé.
- L’établissement des cribles propres au mesurage des nombres exige évidemment une étude préalable, car ces cribles doivent être tels qu’ils puissent être remplis à coup sùr, ce qui correspond à la condition générale que les unités effectives de mesure doivent être contenues au moins une fois dans les grandeurs à évaluer.
- Dans l’expérience dont nous parlons, l’auteur pouvait
- 1 L’Addition de 10 000 chiffres par minute, chez l’auteur, rue Mouneyra, 71, à Bordeaux. Prix: 90 centimes en timbres-poste.
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- LA NATURE.
- savoir, par les recensements antérieurs, que c’étaient les nombres de trois chiffres qui devaient dominer, etc., etc. et il avait disposé ses cribles en conséquence.
- <( Mais, avons-nous objecté, que serait-il arrivé si les chiffres du recensement de 1881 n’avaient fourni aucun nombre se terminant par 88, par exemple? » — J’aurais simplement,a répondu l’auteur, emprunté, dans la feuille supplémentaire, 80 et 8, ou toutes autres parties composantes du nombre manquant, et ce simple déplacement de chiffres n'aurait pu altérer le. total général.
- On conçoit donc que ces sortes de cribles puissent être disposés de manière à contenir des nombres dont le total sera connu d’avance, mais le lecteur s’est déjà aperçu, sans doute, que la feuille supplémentaire sera toujours incomplètement garnie de points, et il doit se demander comment on fait l’addition des nombres qu’elle renferme. L’explication est de la dernière simplicité.
- Reportons-nous à la première feuille des cribles. Supposons que toutes les places vides ou intersections de traits, dans les cellules, soient occupées par des points, et alors, tout en déterminant la capacité du premier crible, nous formerons le modèle des CENTAINES (Colonnes verticales)
- opérations que né- M,LLE (Co,onnes horizontales)
- cessite la feuille supplémentaire.
- Commençant par l’échiquier droit, nous compteronsles points contenus dans les colonnes verticales représentant les unités, puis les mêmes points par colonnes horizontales.
- Nous nous assurons d’abord que le comptage en long et en travers ‘aboutit au même résultat.
- En multipliait le nombre de points de chaque colonne par la valeur du point, et additionnant les produits, nous avons : .
- 20 20 20 ' 20 20 20
- 0
- 5 6 7 8 9
- Capacité, de laspremièrcdrèiaIle^Z3Z.30O
- ü
- Feuille supplémentaire
- Crible
- H. de p. 20 20 20 20 ' 20 20
- Valant . 1 » 2 D i o 0
- Prodails 21) tO -h 00 h- 80 -i- 100 -e 120 -
- 20
- 8
- 20
- 0
- 110 -+-100 + 180^= WOOunf
- uni%s.
- _ ÿous multiplions.scdnl>làl)kinieiit le iioi^ibre»''dC pdints-diztines des cololte^hbrizo^ales par la valeur du point, • c’est-à-dire, patde chiffre" d’entrée de chaque colonne. En additionnant ces 9 produits nous trouvons 900 dizaines.
- Dans l’échiquier de gauche, des opérations semblables nous donneront : *•:
- * Pourries colonnes'verticales 1544 centaines, “"^-iîfur'lès colonnes horizontales 68 mille.
- ' ITne restera' plus'qu’à faire la somme de ces totaux partiels en les reposant comme'suit- :. p"~> t .tu*i-o. Ci * ~ '
- - ' ...... 900
- -. rrt: 900
- . ..d-v. ' • V
- •••••••• -, •.'«N
- -, •••% —-—
- - T. ^ ^Total^Méral. . . . 252,300- - X
- ~BienJ ;que,"dans vies 'cas ?de • grandes additions, cette
- c ; T ‘ j i-o.
- Dizaines . H * • Centaines.
- ..te ritJ-tr?1*116-,
- méthode soit beaucoup plus rapide que la vieille et peu amusante pratique du « 2 et 2 font 4 », elle a le défaut de nécessiter un comptage de points, et, de plus, neuf petites multiplications par ordre d’unités.
- Mais il est juste de dire que ce défaut n’a pas échappé à l’auteur, puisque l’autre modèle de crible, celui qui est spécialement destiné à la comptabilité commerciale, a été établi pour éviter absolument tout comptage et toute multiplication. Ne pouvant décrire ce modèle en détail, nous nous bornerons à dire que si le chiffre 7, par exemple, doit être répété 79 fois dans une colonne d’addition, le dernier pointage de ce chiffre se trouvera sur la soixante-dix-neuvième ligne horizontale du crible, et que l’opérateur pourra lire sur la même ligne, dans le barème, le produit de 79 par 7.
- Pour se prononcer sur la valeur pratique de cette dernière méthode, pas besoin d’être membre de l’Institut, ni même grand clerc, ce nous semble.
- Ecartons toute considération d’habitude de l’une ou de l’autre méthode, et supposons qu’on ait à faire une addition de 850 nombres de plusieurs chiffres. Par la méthode
- ordinaire, le prati-
- UNITÉS (Colonnes verticales ) cien le plus exercé
- DIZAINES) Colonnes horizontales) ne peut échapper à
- la nécessité de lire et de combiner 850 chiffres par colonne. Quant à l’idée de grouper les chiffres identiques , elle doit être aussi vieille que l’arithmétique; mais, jusqu’ici, ce groupement, loin d’économiser du temps, obligeait l’opérateur à parcourir des yeux, une ou plusieurs fois la colonne, et à reposer les chiffres séparément. Or , il n’y a pas d’habileté qui puisse prévaloir contre une telle nécessité.
- En employant au contraire les cribles du professeur Michel Laporte, toutes les fois, du moins, qu’on est obligé de recopier les nombres d’une façon on d’une autre, et dans ‘Te^but unique d’en obtenir le total, le même praticien n’aüra que 29 chiffres, au plus, à lire et à additionner, au lieu de 850. Les avantages sont d’autant plus grands que l’addition est plus importante. Une colonne de 37 000 chiffres se réduit à une'addition de 43 chiffres seulement.
- Mais s’il n’y a qu’mîe vingtaine de nombres, les cribles n’offrent plus aucun avantage.
- •, Il suffit de constater la réalité de ces faits. Tout le monde peut en tirer les conséquences qu’ils comportent *.
- * Capitaine N..
- 1 Nous ne saurions reproduire ici le grand modèle de cribles, dont le for friat* dépasse 'celui, de La Nature; on peut se le procurer dàiis;la brochure indiquée plus haut.
- \ , ' ' ________________________^_____’ _________________
- Le propriétaire-gérant : G. Tissajsdieu.
- Imprimerie A. Lahurë, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- ji échiquiers, disposé pour le recensement de la population de la Gironde.
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- N° 686
- ‘24 JUILLET 1886
- LA NATURE
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- L’EXPOSITION CANINE DE 1886
- LES GRIFFONS D’ARRÊT
- L’Exposition canine, qui se tient tous les ans à Paris, obtient un succès de plus en plus justifié pour la beauté des types présentés au public et aux connaisseurs. Nous avons la persuasion qu’un grand nombre de nos lecteurs sont amis des chiens, aussi nous leur donnerons ici un résumé de la récente Exposition tenue au Cours-la-Heine.
- Les chiens étaient divisés cette année en deux séries : races françaises et races étrangères. Voici, un
- peu au hasard du crayon, les exposants les plus méritants.
- Nous mentionnerons en première ligne M. de Baudrv d’Asson, qui a présenté cinquante magnifiques chiens vendéens, capables*de tenir tête à la plus belle meute anglaise. Nous citerons encore M. Rocquigny, avec huit bâtards tricolores, de sang poitevin mêlé d’anglais; M. de la Berge, avec de beaux animaux du Haut-Poitou ; M. Levesque, avec des bâtards saintongeois, très remarquables d’ensemble et qui ont fait leurs preuves, car ils ont pris l’année dernière soixante chevreuils; M. le baron Saladin, avec de beaux chiens normands qui ne
- Marco, griffonjïançais à long poil ; M. Emmanuel Boulet, d’Elbeuf, propriétaire. Prix d’honneur de l’Exposition canine pour le plus beau chien d’arrêt français. (D’après une photographie.)
- paraissent pas avoir complètement échappé a l’invasion anglaise. Parmi les autres exposants qui méritent aussi d’être signalés, nous ne devons pas oublier M. Lefebvre de Londinières avec des normands d’Artois, jeunes encore, mais en grand progrès sur les aimées précédentes. Nous en passons et des meilleurs, notamment la petite meute de chiens gris de Saint-Louis à M. de Leusse, petits griffons couleur sanglier avec le museau et les oreilles noirs; les petits griffons blonds à pattes droites de M. Henri Rezé, etc., etc.
- En somme on s’accorde à reconnaître qu’il y a progrès dans les chiens courants. Mais le progrès est bien plus manifeste encore parmi les chiens d’arrêt. A cet égard nous nous étions laissé distancer
- IP année. — 2° semestre.
- par l’Angleterre, par l’Allemagne. Nous sommes heureusement en train de regagner le temps perdu en cette matière comme en beaucoup d’autres.
- Citons les braques du Puy, les Saint-Germain, notamment ceux de M. Bathiat La Costc, de Douai, qui peuvent aller de pair avec les plus beaux pointers anglais et qui montrent quel parti on peut tirer de cette race qui a ses détracteurs. Les braques français répondent par leur présence à ceux qui prétendent que le braque français n’existe plus, mais ils ont cependant grand besoin d’être régénérés et reconstitués. Les griffons d’arrêt français de M. Boulet, sont la démonstration vivante de ce que peut cette grande loi de la sélection, dont l’on ne saurait trop tenir compte, à notre avis. Citons enfin des
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- épagneuls, race charmante, douce, sociableet aujourd’hui trop abandonnée.
- Nous dirons peu de chose des chiens de garde, d’utilité et d’agrément. Notons de bons Sloughis; quelques beaux chiens des Pyrénées et de Terre-Neuve, dont l’un a remporté la médaille d’or de M. le ministre de l’agriculture; des chiens de berger... Mais faut-il le dire? Cette dernière race, si française, si « canine », si l’on peut s’exprimer ainsi, paraît en décadence et n’envoie plus que de rares spécimens aux expositions. Faisons exception cependant pour Porthos, Cadet, Bas-rouge et Gigot.
- Passons aux chiens étrangers.
- Le vautrait des staghounds de M. Servant attirait l’attention de tous Jes visiteurs. Ensemble parlait, détails excellents. Ajoutez à cela une installation originale avec ses têtes de sangliers, ses pattes et ses défenses, et ses piqueurs en habit rouge, le couteau de chasse au côté, la trompe en sautoir, claquant du fouet au milieu des chiens vivants, alertes et criants.
- Nous ne sommes pas riches en Beagles et Har-riers, et c’est grand dommage. « J’ai vu dans les Ardennes, dit M. de Cherville, un petit équipage de douze beagles dont la taille me paraissait si exiguë que je ne voulus pas croire qu’ils fussent susceptibles de rendre quelques services dans ces montagnes où tout ce qui n’est pas fourrés impénétrables est bruyères. U fallut bien me rendre à l’évidence lorsque ces vaillantes petites bêtes eurent devant moi chassé un chevreuil pendant plus de six heures, le suivant et le ramenant dans ses refuites les plus éloignées, et que, la nuit étant venue, je fus témoin de la peine qu’eut leur propriétaire à rompre et à recoupler quelques-uns de ces enragés. » Il n’y a pas eu assez de ces enragés à l’Exposition.
- Nous devons nous contenter d’indiquer au passage les grands danois aux formes énormes, les mastiffs, les bulldogs, et puis la série des chiens d’arrêt auxquels sont justement attribués des prix ou des rappels de prix : Guina, petite chienne pointer à M. le comte de Lambertye; Ruby, chienne Gordon à M. Josson; Gunner, un magnifique pointer, auquel le disputent ses congénères Devon Sancho, Colombo, Lea.
- Parmi les braques étrangers, un grand braque du Bengale et llupp à M. Guilloteaux. Les Setters anglais, les Gordon sont très bien représentés, et le jury, dans l’attribution des récompenses, a dû éprouver un grand embarras.
- Les griffons d’arrêt a poil dur ont failli faire l’objet d’un conflit entre la France et les puissances étrangères. Chacun les voulait pour soi. Nous sommes heureux d’apprendre qu’après de longs débats, grâce à la ténacité de M. Emmanuel Boulet, secondé par M. le marquis de Nicolay et M. le comte de Beaufort, président de la Société royale de Saint-Hubert, de Belgique, la France l’a emporté, et que les griffons d’arrêt a poil dur lui sont définitivement attribués et reconnus comme race indigène.
- Nous représentons dans notre gravure Marco le magnifique griffon qui a obtenu, et bien mérité, le prix d’honneur1.
- UNE CURIEUSE
- REPRÉSENTATION GÉOGRAPHIQUE
- IA MAPPEMOKDE CARRÉE DE M. C.-S. PEIRCE
- On ignore généralement toutes les difficultés que présente l’exécution des cartes géographiques. Si la terre n’était pas ronde, si elle avait la forme du disque plat dont parle Homère, rien ne serait plus élémentaire que de représenter en plan tout ou partie de sa surface, par la vieille méthode des levés topographiques, inventée, dit-on, par les Egyptiens du temps de Sésostris, et couramment pratiquée aujourd’hui, pour les besoins du cadastre, par le moindre petit géomètre de village.
- Cette méthode, qui donne sur le papier une figure absolument semblable à la surface plane représentée, c’est-'a-dire qui conserve, en tout point de la représentation, non seulement la proportionnalité absolue et constante, de toutes les dimensions, mais encore l’égalité d’angles et de directions entre lignes correspondantes, cette méthode est encore applicable toutes les fois que l’on peut, sans erreur sensible, assimiler à une surface plane le coin de terre que l’on veut représenter. Mais dès qu’il s’agit de figurer une portion un peu notable du sphéroïde terrestre, dès que les dimensions de cette partie cessent d’être très petites par rapport au rayon de courbure et ne permettent plus de la confondre avec la portion voisine du plan tangent, une difficulté très grave surgit : une surface sphérique en aucun cas n’est, développable, c’est-à-dire applicable sans déchirure ou sans déformation sur un plan.
- Si donc il est toujours possible de dessiner sur un globe une image de la terre exactement réduite à une échelle quelconque, aussitôt qu’on veut transporter cette image sur papier, on se trouve dans l’impossibilité de le faire sans l’altérer d’une manière ou d’une autre. Que l’on prenne un morceau d’écorce d’orange un peu grand, et que l’on essaye, par pression ou par traction, de l’aplatir : on ne parviendra qu’à le fendre ou le briser en pièces non juxtaposables. Qu’on le suppose même incassable, infiniment élastique, ou qu’on lui substitue un morceau de balle de caoutchouc extrêmement mince : on pourra bien arriver alors à l’aplanir sans déchirures et sans duplicatures, mais à condition de le tirailler, déformer dans diyers sens, de sorte que son contour primitif, ainsi que toute figure préalablement tracée à sa surface, se trouve finalement transformé en une figure nouvelle qui est bien encore, si l’on veut, la représentation de la première — puisque à chacun des points de l’une correspond un point et un seul de l’autre —
- 1 D'après le journal le Poussin.
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- mais une représentation qui peut être très diverse suivant les procédés mécaniques employés pour l’obtenir, et dont la formule, généralement inconnue, ne permet point de faire simplement en chaque point les calculs d’aire et de direction qui, seuls, font l’utilité des cartes géographiques.
- Toute carte, en effet, n’est jamais dressée que dans un but parfaitement déterminé. Le voyageur cherche à se rendre compte le mieux possible des positions et distances respectives des sites qu’il tient à parcourir en suivant le chemin le plus court, l’arc de grand cercle. Le marin se préoccupe surtout de la ligne à donner à son navire à travers les grands courants océaniques, et il n’a besoin de connaître des continents que les côtes. Chaque nation veut avoir une figuration exacte de son territoire, soit pour en mesurer l’étendue superficielle, ou pour y tracer le réseau des routes et canaux, ou pour y répartir telles ou telles données de la statistique.
- Une bonne carte devrait donc à la fois, pour répondre à ces buts divers, conserver la proportionnalité des distances et la similitude des surfaces, ne pas altérer les directions, c’est-à-dire laisser en ligne droite les points qui, sur terre, sont le long d’un même arc de grand cercle, et enfin permettre toujours une lecture facile et rapide des coordonnées géographiques de chaque point, c’est-à-dire remplacer le réseau orthogonal des méridiens et parallèles de la sphère par un réseau plan, saillant à la vue et simple à tracer. Les mathématiciens ont soumis toutes ces conditions à leurs calculs, et s’ils sont arrivés à cette conclusion qu’il était matériellement impossible de les réaliser jamais toutes à la fois, ils ont démontré d’autre part que chacune isolément pouvait toujours être satisfaite d’une infinité de manières différentes, et qu’il ne restait plus, dès lors, qu’à faire, en chaque circonstance particulière, le choix entre la condition à remplir qui a le plus d’importance, et celle qu’il y a lieu de sacrifier.
- Veut-on, par exemple, absolument, que le plus court chemin d’un point à un autre, sur la carte, soit une ligne droite? 11 faudra prendre l’antique projection gnomonique, la première connue dans l’ordre historique, et attribuée plus ou moins justement à Thalès, qui vivait quelque six cents ans avant l’ère chrétienne. Simple perspective, en somme, de la surface terrestre supposée vue de son centre et projetée sur l’un quelconque de ses plans tangents. U est facile de voir que tout petit cercle, décrit autour du point qui sert de centre de figure, reste un petit cercle, orthogonalement coupé par les lignes droites qui figurent les grands cercles passant par ce point.
- Mais il est clair que si l’on voulait projeter par ce système un hémisphère entier, sa limite se trouverait transformée en un cercle infiniment grand, ce qui force, afin d’éviter l’exagération de plus en plus notable des aires représentées, à borner toujours la représentation à une calotte sphérique restreinte. Au numéro 6 de la figure 1, qui est une projection gno-monique avec le pôle nord pour centre, on peut déjà se
- rendre compte, à la forme à la fois élargie et allongée de l’Amérique du Nord, — pourtant arrêtée au tropique, — de l’influence de ce genre de déformation.
- Les angles n’y sont pas plus conservés que les surfaces, tandis qu’en opérant encore par perspective, mais en prenant pour point de vue, au lieu du centre de la sphère, l’extrémité opposée du diamètre, on a la projection stéréographique d’Hipparque (fig. 1, n° 1) laquelle, tout en exagérant encore assez considérablement (jusqu’à quatre fois) les aires sur ses bords, a le double avantage de conserver les angles et de donner, comme représentation des méridiens et parallèles, des cercles excentrés suivant une loi simple les uns sur la ligne de l’équateur, les autres sur la ligne des pôles. Cela rend très facile la construction des points dont on connaît les coordonnées géographiques, et c’est encore sous cette forme que l’on représente le plus souvent, dans les atlas, séparément les deux hémisphères oriental et occidental.
- Si l’on transporte à l’infini le point de vue de la perspective, on obtient la projection orthographique, imaginée, paraît-il, par Apollonius, 24Ü ans avant J.-C., et qui représente l’aspect de la terre vue de très loin, de la lune, par exemple. En échelonnant enfin le point de vue à des distances diverses, on obtient toute une série d’autres perspectives dont chacune peut avoir ses avantages et ses inconvénients, étudiés en détail dans les nombreux mémoires de M. A. Tissot, sur la représentation des surfaces et la projection des cartes géographiques, qu’a réunis en un beau volume l’éditeur Gauthier-Yillars.
- Le marin, avons-nous dit, se soucie peu de la défiguration des étendues continentales et cherche surtout à pouvoir tracer, avec la règle, la ligne de direction que doit suivre son navire, guidé par la boussole : non pas l’arc de grand cercle, qui serait le chemin le plus direct, mais la loxodromie qui est la ligne la plus commode, faisant un angle constant avec tous les méridiens, et permettant, une fois le compas réglé au départ, de maintenir toujours le cap dans une direction fixe.
- Toute projection de la sphère sur un cylindre circonscrit, opérée de manière que les méridiens soient transformés en lignes droites, donnerait évidemment, après le développement du cylindre, une ligne droite aussi comme transformée de la loxodromie. Mais, pour que cette ligne droite fasse, avec les génératrices du cylindre développé, précisément le même angle que la loxodromie avec les méridiens du globe, il est nécessaire que la projection soit conforme, comme disent les mathématiciens allemands, autogonale, comme dit avec beaucoup plus de justesse M. Tissot, pour indiquer cette conservation des angles qui n’est généralement obtenue qu’au prix d’une véritable difformité d’apparence. C’est ce problème qu’a résolu, dès 1569, le Hollandais Kooffinann, dit Mereator, en créant le type toujours en usage des cartes marines, représenté au numéro 5 de la figure 1, où il est facile de voir, dans le quadrillage rectangulaire des proites horizontales et verticales qui représentent les
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- parallèles et méridiens, le développement exagéré que prendraient les régions polaires si on ne les arrêtait vers le 75e degré de latitude.
- Au lieu de projeter la terre sur un cylindre, on peut la projeter sur un cône tangent, et si l’on rétlé-cliit que tout le long de la zone de contact les deux surfaces peuvent rester extrêmement voisines sur une assez grande étendue, on conçoit que ce mode de transformation soit des plus fréquemment employés lorsqu’il s’agit de représenter des régions limitées de la terre.
- Mais ce procédé peut aussi conduire, si l’on choisit convenablement sesdonnées, à une représentation au-togonale de la surface entière de la terre , et c’est ainsi que M. J.-F.-W.Her-schel, appliquant une donnée ancienne de Lambert, récemment utilisée par M. Khanikoff pour la construction de la nouvelle carte de Russie, a donné le dessin d’une mappemonde tout entière contenue dans un demi - cercle, comme le montre le numéro 4 de notre figure 1.
- Pour tout ce qui touche à la statistique, il importe d’avoir des cartes où l’étendue proportionnelle des surfaces soit fidèlement représentée, fùt-ce au prix de leur déformation : des cartes authaliques, comme les appelle justement M. Tissot. La plus simple, évidemment, sera celle que donnerait le développement du cylindre circonscrit, sur lequel les plans des parallèles et méridiens auraient marqué leurs traces. Mais, pour atténuer autant que possible les altérations angulaires, d’ailleurs inévitables, on a imaginé quantité d’autres projections, dont nous avons représenté trois en 7, 8, 11 (fig. 1), l’une assez compliquée, où Werner en 1514 parvint à représenter la terre entière
- sur une sorte «le canevas cordiforme, en laissant aux parallèles la forme de cercles décentrés ; la seconde appelée homalographique dans l’atlas de M. Babinet et due à Mollweide, où le premier méridien, transformé en ligne droite, sert d’axe à des ellipses qui représentent les autres méridiens, tandis que les parallèles sont représentés par des droites perpendiculaires ; la troisième, imaginée par M. Collignon, et où tous les fuseaux découpés sur le sphéroïde par les méridiens
- sont remplacés par des triangles équivalents entre eux, ayant pour base l’équateur déroulé en ligne droite, et pour hauteur commune le premier méridien également rectifié.
- Sur toutes ces projections (7, 8 et 11), ainsi que sur celle qui est figurée en 2 (fig. 1) et où James en 1857 est parvenu à représenter à l’intérieur d’un cercle non pas la terre tout entière, ni sa moitié, mais exactement ses deux tiers contenant presque toutes les portions con-tinentales, on peut const ater, en regardant spécialement l’Amérique, combien sont déformés tous les contours, par rapport à leur apparence normale sur un globe réduit. Lorsqu’on tient à avoir sous les yeux, dans un tableau unique, et avec la plus grande ressemblance possible, l’ensemble «le toutes les régions dont on ne peut voir à la fois, sur le globe, qu’une moitié tout au plus, on peut recourir à l’artifice des cartes étoilées dont l’idée première semblerait remonter à Ptolémée1 et qui sont utilisées encore dans certains cas spéciaux, comme, par exemple, pour la pose des câbles transatlantiques. On peut
- 1 Cf. Norbert Hcrz, Lehrbuch der Landkartenprojectio-nen, p. 94.
- Fig. 1. — Différents systèmes de projections géographiques.
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- Fig. 2. — (Figure explicative Membrane de caoutchouc
- les considérer comme obtenues par le développement en plan d’une membrane élastique circulaire à laquelle, après l’avoir étalée de force sur un globe de manière a en recouvrir exactement un hémisphère, on aurait ajouté tout le long du pourtour équatorial des lambeaux triangulaires qui, tendus a leur tour sur le second hémisphère, l’auraient recouvert entièrement par la juxtaposition de leurs bords et la réunion de leurs sommets au pôle libre.
- Suivant le nombre des lambeaux employés, on aura l’étoile à huit branches de Petermann, à six branches de Gessler, ou celle à cinq branches de Berghaus (1879) représentée en 5 (fig. 1), ou encore celle k quatre branches qu’a figurée dans les planches d’une brochure en espagnol1 l’auteur de la très singulière carte orthodromi-que reproduite en 10 (fig. 1),
- M. E. Heriz.
- Le noyau de ces figures peut toujours être formé par l’une quelconque des projections centrales de l'hémisphère nord, et l’on fait en sorte que, les parallèles de l’hémisphère sud restant figurés par des cercles concentriques au pôle central, les méridiens soient tous des droites joignant les sommets des losanges aux divisions équidistantes de l’équateur.
- Malheureusement l’inconvénient très grave qu’ont ces cartes de déchirer en lambeaux tout un hémisphère les re-
- 1 Construction demapas,\>ar M. E.IIeriz.—Barcelone, 1882.
- (le la mappemoudo carrée, tendue sur une sphère.
- léguait presque forcément au rang de pures curiosités, lorsqu’un jour, un géographe américain, M. C.-S. Peirce, par des spéculations de mathématiques transcendantes qui n’ont certes rien de commun avec les considérations usuelles dont nous faisons usage ici1, est parvenu k remplacer les multiples lambeaux losangiques des projections étoilées par quatre carrés seulement, lesquels, après avoir embrassé chacun par une de leurs diagonales un quart de l’équateur du globe (fig. 2), et par l’autre, étirée au double, un méridien tout entier, se peinent juxtaposer, une fois revenus sur eux-mêmes, en une mappemonde carrée ayant pour centre k volonté le pôle sud ou, comme le montre la figure 3, le pôle nord. Au premier coup d'œil jeté sur cette carte on est frappé , non seulement de l’orthogonalité conservée par le canevas des parallèles et méridiens, mais encore de l’absence presque absolue de déformation^ superficielle des continents représentés. Ce n’est pas que cette déformation n’existe : la projection étant an-togonale ne peut être authalique, les aires et les longueurs ne peuvent être conservées en même temps que les angles. Mais si l’on calcule pour quelle étendue de la carte l’exagération d’échelle atteint k sa plus grande
- 1 Cf. American Journal of mathemalics pure and ap-plicd, t. II, p. 584 (1879).
- Fig. 5. — La mappemonde carrée de M. C.-S. Peirce.
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- valeur, soit 2, on ne trouve que 9 pour 100 de la. superficie totale, contre 15 pour 100 que donne la projection de Mercator et 50 pour 100 la projection stéréographique. D’ailleurs les points de plus grande déformation tombent presque tous au milieu des océans et la figure des continents est réellement conservée avec une exactitude extraordinaire.
- À peine peut-on considérer comme un inconvénient la forme spéciale des courbes du canevas géographique qui, tout en ne ressemblant point dans leur ensemble aux cercles et ellipses usuels, se rapprochent assez de la forme rectiligne et circulaire, dans les parties qui intéressent les continents, pour ne pas présenter de désavantage notable sur tel ou tel autre canevas connu. D’ailleurs, M. Peirce en a calculé tous les éléments numériques, et les tables qu’il donne permettent de construire toujours avec beaucoup d’exactitude ce réseau orthogonal qui, à un autre point de vue, présente un intérêt spécial, pouvant servir à figurer, par exemple, la répartition de la chaleur ou de l’électricité dans une plaque carrée où le flux entré par le centre sortirait par les quatre coins : sorte de figures dont la réalisation électro-chimique au moyen des anneaux de Nobili a fait pendant longtemps l’objet de mes recherches.
- Quoi qu’il en soit, la mappemonde carrée de M. Peirce, mieux que toute autre — sans en excepter la mappemonde en cercle (fïg. 1, n° 9), qui donne une application particulière, non utilisée à notre connaissance, de la formule générale des projections de Lagrange— peut se prêter aux grands relevés de météorologie universelle ; nulle part ne se traceraient mieux les lignes isothermes, isobares, isonèphes, etc. ; nulle carte ne ferait mieux ressortir le tableau des grands mouvements atmosphériques dont l’étude joue un si grand rôle dans la prévision du temps.
- 11 n’y a pas longtemps, elle a servi à un astronome autrichien, M. Oppolzer, à représenter les portions de la terre intéressées par les éclipses de soleil ou de lune, et ce n’est certes pas trop prétendre que de lui souhaiter de prendre place, en météorologie universelle, à côté des cartes régionales dont l’usage est devenu si vulgaire aujourd’hui.
- Adrien Guébhard.
- ASCENSIONS AËROSTATIQUES
- Le goût des voyages aériens se répand de plus en plus; il n’est pas de semaine et souvent pas de jour même, où quelque ascension ne s’exécute à Paris ou en province. Il y a lieu de s’en féliciter dans l’intérêt de la science, quand ces ascensions sont faites par des observateurs consciencieux. Nous sommes heureux pour notre part d’avoir formé des élèves, et d’avoir à plusieurs reprises encouragé ce mode si intéressant d’exploration de l’atmosphère. L’an dernier, un des lecteurs de La Nature, M. Henri Lecoq, maire de Neuf-Eglise (Puy-de-Dôme) s’adressait à nous, pour nous demander quelques avis au sujet d’ascensions aéro.Uatiques qu’il voulait exécuter; après un premier essai, M. Lecoq a pris goût aux voyages aériens, et il a exécuté, le ‘20 juin 1886, à Clermont-
- Ferrand, avec MM. Lachambre, aéronaute, et Teillard , architecte, une nouvelle et très intéressante expédition dont il a bien voulu nous adresser le récit ; nous en donnerons ici les passages les plus intéressants.
- Après un gonflement assez pénible à cause du vent, le ballon le Vercingétorix,cubant 1200 mètres, s’est, élevé à 5 h. 45 m. du soir.
- L’aérostat a pris la direction S. E.— A 5 h. 55 m., nous passions sur Au-bière par 500 mètres d’altitude.
- A 6 h. 6 m., la pluie ruisselle sur l’aérostat, et un sac de lest étant jeté nous montons et atteignons à 1050 mètres le nuage qui nous inondait.
- La terre disparaît bientôt et nous nous trouvons plongés dans une nuée presque translucide que nous traversons lentement et en jetant assez fréquemment du lest.
- La température est + 50C. A 6 h. 37 m. nous pénétrons dans une couche constituée par des cristaux microscopiques de neige qui fourmillent autour de nous et se déposent sur nos vêtements où je les observe facilement à l’aide d’une loupe. Presque 'tous présentent la forme de très petites aiguilles. L’aspect du nuage est des plus curieux : il est peu dense, la lumière du soleil le pénètre obliquement en irisant les paillettes qui le composent; il paraît constitué par de la poussière de diamant.
- A mesure que nous montons, le pallium neigeux s’épaissit tout en gardant sa blancheur laiteuse ; bientôt, la corde d’ancre (qui a été parée dès le départ) disparaît à une vingtaine de mètres au-dessous de la nacelle, dans cette vapeur opaline. Les cristaux continuent à danser autour
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- Fig. 1. — Diagramme de l’ascension exécutée le 20 juin 1886 par MM. Lachambre, Lecoq et Teillard, de Clermont-Ferrand, à la Ribette (Ardèche). — Durée du voyage, 2 h. 20 ni. — Chemin parcouru, 130 kilomètres.
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- Fig. 2.— Diagramme de l’ascension exécutée le 20 mai 1880, par MM. Albert Tissandier, Friesé et Raoulx, de l’alelier aéronautique de Paris-Auteuil à Tainteguies, près Tournai (Belgique). — Durée du voyage, 2 h. 13 m. — Chemin parcouru, 220 kilomètres.
- de nous sans s'agglomérer en flocons. Nous assistons au passage direct de l’eau, de l’état gazeux à l’état solide. Nous sommes surpris de ne point sentir l’action d’un froid intense au sein de ce glacier aérien ; en effet, la température la plus basse que nous y ayons observée est -p- 2°,1 G. (7 h. 5 m., altitude 1800 mètres). Nous arrivons à 2000 mètres (7 h. 10 m.) sans sortir du nuage de neige; le thermomètre est remonté à + 4°,7 C.
- Cependant, à 7 h. 15 m., le ballon, redescendu à 1700 mètres, se retrouve tout à coup dans le ciel bleu ; nous sommes au milieu d’un cirque de nuages dans lequel flottent avec nous quelques légers fracto-cumu-lus.
- Le ballon, très imperméable, se sèche et reprend sa marche ascensionnelle; à 2000 mètres, le soleil brille à travers les couches supérieures du nuage de neige ; il est le centre d’une magnifique croix lumineuse.
- Nous continuons à monter et atteignons, à 7 h. 30 m , l’altitude de 2650 mètres, point culminant de l’ascension (température + 5o C.).
- Le spectacle est féerique! le soleil illumine obliquement les nuages qui nous entourent et leur communique des teintes cuivrées , pourpres, violettes, de toute beauté.
- À ce moment il nous semble entendre quelques roulements de tonnerre. (Nous avons appris plus tard, en effet, qu’il avait tonné au Puy.)
- Mais il faut songer à regagner la terre. L’aérostat redescend de lui-même assez rapidement ; à 7 h. 40 m., il se plonge brusquement dans une nuée opaque où, bientôt, il disparaît presque entièrement à nos yeux.
- Autant la fête de lumière à laquelle nous venons d’assister là-haut était resplendissante, autant est funèbre la teinte de la vapeur épaisse dans laquelle nous flottons ! Nous nous attendions à voir notre chute s’accélérer au sein de ce nuage : aussi sommes-nous fort étonnés quand
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- l’aiguille du baromètre nous indique, ail contraire, un mouvement ascensionnel ; sans .toucher au lest nous remontons de 1700 à 1900 mètres. Faut-il croire que ce nuage soit tellement sec que notre ballon y perde une partie de l’eau qui le surcharge? Combien je regrette la perte de l’hygromètre qui m’eût permis de résoudre cet intéressant problème !
- A 7 li. 50 m., les voyageurs durent songer à l'atterrissage; à 8 heures, la terre apparaît à l’altitude de 1500 mètres , et se déroule sous la nacelle avec une vitesse considérable. Un traînage violent eut lieu, sur un plateau incliné à la Ilibette (Ardèche), dont l’altitude est à 1100 mètres au-dessus du niveau de la nier ; le ballon filait avec la vi-tessse d’un train express, et fort heureusement il a été arrêté par un groupe d’arbres au bord même d’un grand ravin. Le trajet aérien parcouru en 2 h. 29 m. a été de 150 kilomètres.
- M. Lecoq nous a communiqué le diagramme de son intéressante ascension; nous le reproduisons ci-contre (fig. 1). Nous ferons remarquer que dans ce diagramme, où nous avons joint les reliefs du sol, la courbe est tracée en fonction de la hauteur et du temps. Il est préférable, quand la terre n’est pas cachée par les nuages de coter les heures en prenant des points de repère correspondants sur le sol ; les heures sont alors tracées sur le tableau à des distances qui varient entre elles suivant la force du vent. C’est ainsi que nous procédons habituellement.
- Nous donnons, comme exemple, les diagrammes
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- Fig. 3. — Diagramme de l’ascension exécutée le 26 juin 1886 par MM. Gaston Tissandier, Launette et Maurice Leloir, de l’atelier aéronautique de Paris-Auteuil, à Sancy (Seine-et-Marne). — Durée du voyage, 5 h. 50 m. — Chemin parcouru, 93 kilomètres.
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- de deux ascensions choisies parmi celles que nous avons exécutées dans ces derniers temps, mon frère et moi. Le premier diagramme figure une ascension faite récemment par MM. Albert Tissandier, Friesé et Raoulx ; cette ascension est remarquable par la vitesse du vent qui en moins de trois heures a emporté les voyageurs de Paris en Relgique (fig. 2). Le second diagramme (fig. 5) reproduit un voyage aérien que j’ai exécuté le mois dernier avec MM. Launette et Maurice Leloir. L’ascension a été prolongée longtemps, pendant six heures environ, le vent était au contraire faible et le chemin parcouru beaucoup moins considérable. On voit par les dia-
- grammes, que dans l’un et l’autre voyage, la rapidité du vent était plus considérable — comme cela se produit fréquemment— pendant l’après-midi, que vers la fin de la journée. Dans l’un et l’autre voyage, les spectacles aériens, auréoles de diffraction et mer de nuages ont été incomparables de beauté.
- Rien n’est plus attrayant que ces excursions au-dessus des nuages. En dehors de son intérêt scientifique, la navigation aérienne offre le plus salutaire exercice ; nous voudrions que la jeunesse put se livrer à ce genre de sport éminemment instructif et fortifiant. Gaston Tissandier.
- Fig. 1. — Photographie eu ballon. — Ascension du 16 juillet 1886. — Vue du quartier du Panthéon. — Altitude du ballon, 720 mètres (660 mètres au-dessus de la place du Panthéon). — L’aérostat était monté par MM. les capitaines du génie Ch. Renard, P. Renard et Geor-get, ce dernier chargé des opérations photographiques. (Reproduction du cliché par l’héliogravure.)
- LA PHOTOGRAPHIE EN BALLON
- Nous avons fait connaître, l’année dernière, les résultats que nous avions obtenus avec le concours de M. J. Ducom, au sujet de photographies de la surface de la terre, prises de la nacelle d’un ballon, le 19 juin 18851. Nous avons publié ici même la reproduction d’un cliché impressionné à 600 mètres au-dessus de l’île de Saint-Louis k Paris ; on a pu voir que le positif était d’une netteté qui ne laissait rien k désirer. Nous devons ajouter toutefois que ce cliché comme la plupart de ceux qui ont été faits
- 1 Yov. n° 031, du 4 juillet 188.3, p. 03.
- par M. Ducom, ne donnait que des vues planimé-triques, assurément plus faciles k obtenir que des vues en perspective offrant une surface de terrain beaucoup plus grande. Depuis cette époque, plusieurs autres opérateurs ont renouvelé avec plus ou moins de succès, ces opérations de photographie en ballon. Nous citerons d’abord les résultats obtenus par M. Pinard, lors d’un voyage aérien exécuté k Nantes le 14 juillet 1885. M. Pinard a obtenu quatre épreuves satisfaisantes, qui ont le mérite d’être d’assez grande dimension, 0m,23 sur 0m,18.
- Nous mentionnerons d’une manière toute spéciale les remarquables essais exécutés pendant une ascension qui eut lieu des ateliers de Chalais-Meudon le
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- Fig. 3. — Vue partielle do la ville de Ilellème (Orne).— 1100 mètres d’altitude.— i li. 10 ni., le t juillet 1880. — Clichés de M. l'aul Nadar>
- reproduits par l’héliogravure.
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- 18 juillet de la même année. Le ballon était monté par MM. les capitaines du génie Ch. et P. Renard, et Georget, ce dernier chargé des opérations photographiques. MM. Renard ont exposé à la Société de physique l’une des photographies obtenues lorsque l’aérostat, planait à 720 mètres au-dessus de 1’École polytechnique à Paris, à 10 heures 17 minutes du matin. La vue en perspective est digne d’être signalée; elle s’étend depuis le Panthéon, au premier plan, jusqu’au delà du Sénat et du jardin du Luxembourg. La rue Soufflot et les quartiers avoisinnants, se distinguent avec beaucoup plus de finesse dans les détails que ne peut l’indiquer une reproduction héliographique en typographie (fig. 1).
- Nous citerons, pour compléter l’énumération des expériences faites, l’ascension de M. Weddel exécutée le 12 octobre 1885 sous les auspices deM. le général du génie Boreskoff, de l’armée russe. M. Weddel a obtenu quelques assez bons clichés, l’un d’eux représentant le fort de Yincennes au-dessus duquel l’aréonaute était passé à 600 mètres d’altitude.
- Nous avons entrepris, mon frère et moi, de poursuivre ces intéressants essais de photographie aérienne, et voulant ne rien négliger pour obtenir des résultats aussi satisfaisants que le comporte l’état actuel de l’art photographique, nous avons résolu de confier le soin des opérations à un praticien d’une habileté reconnue. Nous ne pouvions mieux faire que de nous adresser à M. Paul Nadar, heureux d’offrir l’hospitalité dans la nacelle de notre ballon le Commandant Rivière, au fils de celui qui avait déjà fait, il y a plus de vingt-huit ans, avec autant d’ardeur que de persévérance, les premiers essais de photographie aérienne.
- L’ascension a eu lieu le 2 juillet 1886, de notre atelier d’Auteuil, à J heure 20 minutes. La descente a été opérée a 7 heures 10 du soir à Ségrie, dans le département de la Sartlie, après un parcours de 180 kilomètres environ. L’altitude maxima n’a pas dépassé 1700 mètres, comme le montre le tracé obtenu par le baromètre anéroïde de MM. Richard frères1 (fig. 4). Pendant ce voyage de presque six heures de durée, M. P. Nadar n’a pas exécuté moins de 30 photographies instantanées. Parmi celles-ci, il y en a une douzaine qui constituent incontestablement la plus belle série d’épreuves qui aient été obtenues jusqu’ici en ballon. Nous citerons les plus remarquables d’entre elles ;
- 1 L’emploi de cet instrument est très utile aux aéronautes ; il ne doit cependant pas dispenser des lectures habituelles du baromètre, mais il les vérifie et en garantit l’exactitude par un témoignage certain.
- Deux vues de Versailles, montrant en plan le château et les jardins, à 800 mètres d’altitude.
- Une vue de Sèvres au delà de la Manufacture de porcelaine. Cette vue, qui est reproduite ci-dessus par l’héliogravure (procédé de M. Petit), montre une portion de la route de Versailles, prise à 800 mètres d’altitude. Le détail des maisons et des jardins est sur l’épreuve d’une netteté parfaite, que font malheureusement perdre en partie, les procédés de reproductions typographiques, si bien exécutés qu’ils soient (fig. 2).
- Une vue prise en face de l’étang de Trappes, à 1147 mètres d’altitude.
- Une vue d’un quartier de la ville de Bellême dans l’Orne (quartier Saint-Pierre), à 1100 mètres d’altitude (fig. o).
- Plusieurs vues perspectives de la petite ville de Saint-Remy (Sarthe) et des environs.
- Ces dernières vues, dont quelques-unes ont été prises à 1200 mètres d’altitude, représentent une surface considérable, et n’en sont pas moins très nettes dans tous leurs détails. 11 ne nous a malheureusement pas été possible de songer à en don-ner des spéci-mens : la gravure aurait détruit leur finesse. Ces photographies ont été faites avec l’appareil placé dans des positions diflérentes , sur le bord de la nacelle, tantôt dans une situation voisine de la verticale, tantôt incliné de manière à former, avec la ligne de l’horizon, un angle variant de 25° à 45°.
- Dans une seconde ascension exécutée la semaine suivante, M. P. Nadar a encore obtenu trois bonnes vues des bords de la Marne, de Champigny et du Parc de Saint-Maur.
- Toutes les glaces, au gélatino-bromure, ont été impressionnées à l’aide d’un obturateur instantané ; le temps de pose, de 1/250 de seconde, a été mesuré exactement au moyen d’un ingénieux appareil, que M. Nadar a fait construire à MM. Richard frères, d’après les indications de M. le professeur Marey.
- Nous ajouterons que M. Nadar a soumis ses clichés à des agrandissements, obtenus avec le nouveau papier Eastmann, dont les épreuves offrent un aspect des plus remarquables.
- Par la finesse de leurs détails et par l’exactitude de leur ensemble, ces agrandissements font comprendre toutes les ressources que la science doit pouvoir emprunter à la photographie en ballon, dont la perfection ne laisse plus de doute aujourd’hui.
- Gaston Tissandier.
- Fig. 4. — Diagramme de l’ascension aérostatique de SIM. A. et G. Tissandier et Paul Nadar, le 2 juillet 1886. — Courbe tracée par le style du baromètre enregistreur de MM. Richard frères. (Réduction 1/5.) — Durée de l’ascension, 5 h. 50 m. — Chemin parcouru, 180 kilomètres.
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- NU IIV El. LES
- CARTES MAGNÉTIQUES DE LA FRANCE
- Les premières observations magnétiques effectuées en France d’après un plan d’ensemble ont été entreprises par Lamont, directeur de l’observatoire de Munich, qui, en 1850 et 1857, détermina la valeur des diverses éléments en 44 stations. Douze ans plus tard, en 1868 et 1809, le R. P. Perry, directeur de ] l’observatoire de Stonyburst, mesura également, avec le P. Sidgreaves, la direction et l’intensité de la force magnétique terrestre en 55 stations françaises. MM. Marié-Davy et Descroix, en 1875 et 1876, ont mesuré la déclinaison en 40 stations et fait quelques observations de la composante horizontale ; enfin M. de Bernardières, capitaine de frégate, actuellement commandant en second de l’Ecole navale, à Brest, a exécuté k diverses époques un certain nombre de déterminations sur les côtes.
- A l’occasion des expéditions polaires internationales, M. Mascai't, directeur du bureau central météorologique, a jugé utile de reprendre ces observations d’une manière systématique, et a bien voulu nous charger de ce travail, auquel nous nous étions préparé, sous sa haute direction, pendant deux années consacrées spécialement à l’étude du magnétisme terrestre, à l’observatoire du Parc Saint-Maur.
- Rappelons que la détermination des éléments magnétiques en un point, consiste dans l’observation de la direction et de l’intensité de la force magnétique terrestre en ce point. La direction de cette force est définie par la déclinaison et l’inclinaison; pour en mesurer l’intensité, on la décompose habituellement en deux composantes, horizontale et verticale. Les divers éléments ont d’ailleurs entre eux des relations telles que, lorsqu’on en connaît trois, parmi lesquels la déclinaison, on peut calculer les deux autres. Dans la pratique, il est d’usage de mesurer la déclinaison, l’inclinaison et la composante horizontale; la composante verticale et la force totale sont obtenues ensuite par le calcul.
- La plupart de nos observations ont été faites en 1884 et 1885, pendant la belle saison. Nous avons effectué 167 mesures de la déclinaison, 157 de la composante horizontale, 85 de l’inclinaison ; ces mesures se rapportent à 78 stations disséminées dans les diverses régions de la France. On s’est servi de deux petites boussoles construites spécialement pour le voyage par MM. Brunner : 1° un théodolite-boussole permettant de mesurer la déclinaison et la composante horizontale; 2° une boussole d’inclinaison. Les cercles de ces appareils ont 8 centimètres seulement de diamètre; ils sont gradués en demi-degrés, et les verniers donnent directement la minute. Le poids total des deux boussoles, renfermées chacune dans sa boîte, ne dépasse pas 6 kilogrammes. Cette réduction du poids présente des avantages considérables en campagne. D’abord, on peut facilement s’éloigner des villes, des usines, des lignes de che-
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- mins de fer, et choisir à son gré, sans trop de peine, les conditions d’installation qui paraissent les plus favorables ; de plus les observations sont plus rapides qu’avec les grands appareils. La série complète des expériences pouvant être terminée en une séance, on évite des pertes de temps, des ennuis, souvent des difficultés pour le déplacement momentané des boussoles. Nous faisions habituellement, en chaque station, huit, à douze pointés du soleil, deux mesures complètes de la déclinaison et de la composante horizontale, et une mesure de l’inclinaison. Ces diverses expériences peuvent être réalisées avec tout le soin nécessaire, en moins de cinq heures. Enfin, on peut conserver les appareils auprès de soi, dans les différents modes de transport auxquels un voyageur est obligé d’avoir recours.
- Afin d’éviter des pertes de temps sur place, la position de chaque station avait été étudiée, avant le départ de Paris, sur la carte de l’état-major.
- On sait que la déclinaison magnétique est l’angle que fait la direction de l’aiguille aimantée horizontale avec le méridien géographique du lieu. Pour la connaître, il faut donc déterminer séparément le méridien géographique et le méridien magnétique. La trace du méridien géographique sur le cercle horizontal est donnée par l’observation du soleil, plusieurs fois répétée, au moyen de la lunette du théodolite. La division du cercle qui correspond au méridien magnétique, est déduite de huit pointés des deux extrémités d’un barreau aimanté, librement suspendu a un fil de cocon, dans la cage de l’appareil.
- 11 ne serait pas possible d’exposer, dans cette courte notice, les méthodes employées à la détermination de la composante horizontale; nous dirons seulement que la valeur de cet élément a toujours été déduite, dans nos opérations, de deux expériences distinctes. Dans la première, on fait osciller un barreau aimanté, et on mesure rigoureusement le temps d’une oscillation, en en comptant au moins un cent. Dans la deuxième, on étudie l’influence de ce même barreau, placé dans des conditions spéciales, sur un barreau auxiliaire disposé dans la cage de l’appareil. La première opération donne le produit de la composante horizontale par le moment magnétique du barreau, la seconde donne le rapport de ces deux quantités ; on en déduit par le calcul la valeur de chacune d’elles.
- L’inclinaison est l’angle que forme avec la ligne horizontale la direction d’une aiguille aimantée suspendue par son centre de gravité, et oscillant dans le méridien magnétique. Une observation complète comprend au minimum 48 lectures de l’aiguille, dans les différentes positions indiquées par la théorie.
- La plupart des mesures, au moins celles qui sont relatives k la déclinaison et k la composante horizontale, ont été répétées avec un deuxième barreau, k titre de contrôle.
- Les éléments magnétiques sont soumis k une va-
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- riation diurne qui atteint sa plus grande amplitude en été, à une variation séculaire, enfin à des variations accidentelles. Pour utiliser à la construction de cartes magnétiques, des observations faites dans les conditions les plus diverses, il a fallu d’abord rendre ces observations comparables entre elles, en les ramenant à un moment unique. Chacune des mesures faites en campagne a donc été comparée respectivement aux valeurs correspondantes des éléments au Parc Saint-Maur, déduites des courbes relevées régulièrement à l’enregistreur magnétique. Les différences résultant de ces comparaisons ont été ensuite ajoutées algébriquement aux valeurs observées au Parc Saint-Maur pour le 1er janvier 1885; on a obtenu ainsi, pour chaque station, les valeurs des éléments magnétiques à la date adoptée pour
- Fig. 1. — Lignes d’égale déclinaison au 1" janvier 1885.
- La carte des lignes d’égale déclinaison présente une remarquable anomalie : en Bretagne les lignes ont une courbure toute différente du reste du réseau. Cette particularité, vérifiée par un grand nombre d’observations faites à trois époques différentes, n’avait pas encore été constatée; il ne semble pas d’ailleurs que des observations magnétiques aient jamais été faites dans l’intérieur de cette région.
- La déclinaison diminue actuellement avec le temps ; la diminution moyenne annuelle est de 6',5 à Nice, 6',8 à Grenoble, 7',2àNantes, 7',4'aParis, 7',7'aLille.
- La carte des lignes d’égale déclinaison est la plus mportante au point de vue pratique : les ingénieurs, les géomètres, les topographes, etc., ont souvent besoin, pour leurs travaux, de connaître la déclinaison. La carte actuelle pourra généralement servir avec une assez grande approximation; toutefois, dans certaines régions, notamment dans les
- la réduction. Ce sont ces nombres qui ont servi à construire les cartes magnétiques dont nous donnons ici une réduction.
- La figure 1 est relative à la déclinaison ; les lignes qui y sont tracées passent par les points où la déclinaison est la même. C’est dans l’est que la déclinaison est moindre : 15°1 1' à Monaco, 14° à Belfort; elle augmente progressivement vers l’ouest, et atteint sa valeur maximum (19°25') au Conquet,à la Pointe de Bretagne. Dans le nord de la France, la déclinaison varie d’environ 30' par degré de différence de longitude; cette proportion est un peu moindre dans le Midi. La différence de déclinaison entre deux points de distance donnée sur le même parallèle augmente avec la latitude, et les lignes isogones sont plus resserrées dans le Nord que dans le Midi.
- Fig. 2. — Lignes d’égale composante horizontale au 1" janvier 1885.
- montagnes volcaniques du centre, l’action locale sur l’aiguille aimantée est si intense et si variable que toute interpolation serait illusoire.
- Au lieu de faire passer des lignes par les points où la déclinaison est la même, on peut, au contraire, porter sur une carte l’angle qui représente la déclinaison, et tracer alors des lignes qui donnent la direction même de l’aiguille aimantée. La figure 2 a été obtenue de cette manière. Pour connaître la déclinaison en un point, il suffit de mesurer l’angle formé en ce point par le méridien géographique et le méridien magnétique. On voit que ces lignes s’étalent en éventail vers le nord.
- Les lignes qui passent par les lieux où la composante horizontale est la même, sont représentées sur la figure 3 ; elles sont tracées de 5 en 5 unités du troisième ordre, système C. G. S. Le minimum a été
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- observé à Dunkerque (0,18460) et le maximum à Perpignan (0,22124), c’est-à-dire que cet élément diminue du sud au nord, ou plus exactement dans la direction du pôle nord de l’aiguille aimantée. On voit, en effet, que les courbes de cette figure sont sensiblement perpendiculaires à celles de la ligure 2. Sur la Manche, la courbure des lignes est moins accentuée que dans l’intérieur de la France; de nombreuses observations contrôlent cette particularité. La composante horizontale augmente actuellement avec le temps.
- Enfin, la ligure 4 est relative aux courbes d’égale inclinaison; elle ressemble beaucoup à la ligure 5, seulement l’inclinaison va en augmentant du sud au nord; elle varie en France entre 60°15' à Port-Ven-dres et 60°53' à Dunkerque. Actuellement, l’incli-
- naison diminue en moyenne, par an, d’environ o\ un peu plus dans le Midi, un peu moins dans le Nord.
- On pourrait de même, au moyen des relations connues, établir des cartes de la composante verticale et de la force totale de l’action terrestre. On trouverait alors que les lignes d’égale composante verticale sont sensiblement parallèles aux lignes d’égale composante horizontale, mais le sens de la variation de cet élément avec la latitude est opposé : la composante verticale croît du sud au nord le long des méridiens magnétiques. Les lignes d’égale force totale sont également disposées à peu près perpendiculairement à la direction de l’aiguille aimantée; la force totale est minimum à Toulon (0,446) et maximum à Dunkerque (0,470).
- Si l’on envisage le sens de la variation séculaire
- Fig. 4. — Lignes d’égale inclinaison au 1" janvier 1885.
- Fig. 5. — Méridiens magnétiques au 1" janvier 1885.
- des divers éléments, on trouve qu’actuellement la déclinaison, la composante verticale, l’inclinaison et l’intensité totale vont en diminuant avec le temps; la composante horizontale seule augmente. En comparant nos cartes actuelles avec celles que Lamont a construites d’après ses propres observations, qui datent de trente ans, on remarque que les courbes ne se déplacent pas parallèlement à elles-mêmes ; depuis cette époque, les lignes d’égale déclinaison se sont redressées en se rapprochant des méridiens géographiques, tandis que les lignes d’égale composante horizontale et d’égale inclinaison se sont rapprochées des parallèles géographiques.
- Nos cartes sont les plus complètes qui aient été publiées, néanmoins elles ne sont encore qu’une première approximation, et ne peuvent indiquer que dans ses grands traits la distribution des éléments magnétiques à la surface de la France. Autant que
- nous pouvons en juger par l’ensemble de nos observations, cette distribution ne paraît pas affecter la régularité qu’on lui a supposée jusqu’ici. Les nombres fournis par l’observation directe résultent, en effet, de l’action générale de la terre considérée comme une masse homogène, et de l’action locale due à la nature spéciale du sol au voisinage de la station. Or, dans les terrains primitifs ou d’origine volcanique, l’action locale fait subir aux éléments des modifications plus ou moins profondes, qui doivent évidemment se traduire dans la représentation graphique des phénomènes. C’est ainsi qu’on n’a pas cru pouvoir utiliser, pour le tracé des cartes, nos observations de Murat et du sommet du Puy-de-Dôme. La valeur des éléments magnétiques dans la région volcanique centrale ne saurait donc être conclue des lignes qui la traversent. Pour obtenir une représentation exacte des phénomènes, il serait nécessaire
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- d’étudier chaque région en particulier, en multipliant, plus qu’il ne nous a été possible de le faire, le nombre des points d’observation. Il ne semble pas douteux que, dans ces conditions, on ne constate d’autres anomalies. Th. Moureaux.
- CHRONIQUE
- Exposition flottante. — Un comité s’est formé à Paris sous le patronage du syndicat de l’industrie et du bâtiment du département de la Seine et sous la direction de M. de Berny pour l’organisation d’une exposition flottante, destinée à faire connaître au loin les produits de notre industrie. Les commerçants et fabricants des principales villes industrielles du Nord, de l’Ouest, du Centre et de la Seine ont déjà envoyé leur adhésion. Un vaisseau de 5900 tonneaux, la Sarthe, est mis par le ministère de la marine à la disposition du comité, qui va commencer à faire l’aménagement nécessaire à sa nouvelle destination. L’exposition comprendra 1600 mètres cubes environ de vitrines et de comptoirs; 400 mètres carrés seront destinés aux expositions de machines. L’éclairage de toutes les parties du bâtiment sera fait à la lumière électrique. Des marchandises pourront être placées dans la cale par les exposants qui désireront être à même de faire des livraisons immédiates. L’itinéraire du premier voyage comprend les côtes de l’Amérique centrale et de l’Amérique du Sud. Le départ du Havre aura lieu vers la lin de l’année.
- Étude des courants océaniques. — Le prince héréditaire de Monaco a quitté le port militaire de Lorient, le mardi 15 juillet sur sa goélette VHirondelle. Durant cette nouvelle campagne scientifique, le prince poursuivra les études qu’il a entreprises sur les courants de l’Atlantique avec le concours de M. le professeur Bouchet. 500 bouteilles, renfermant, dans des tubes scellés, des imprimés conformes au modèle adopté en 1885, doivent être jetées dans l’Océan, vers le 20° de longitude occidentale, entre la latitude du cap Finistère et du sud de l’Angleterre. En outre, des recherches zoologiques seront faites, tant à la surface que dans la profondeur de la mer, sous la direction de M. Jules de Guerne, pendant les voyages d’aller et de retour, dans le golfe de Gascogne et à l’entrée de la Manche. VHirondelle emporte un matériel complet de dragages et un certain nombre de thermomètres à renversement, semblables à ceux que M. le professeur Milne Edwards avait fait construire pour l’expédition du Talisman.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 juillet 1886. — Présidence de M. l’amiral
- JüRIEN DE LA GrAVIÈRE.
- Physiologie végétale. — C’est dans l’acide carbonique aérien que les végétaux puisent leur carbone; il est donc intéressant de rechercher si cet acide carbonique n’est pas absorbé par les feuilles avec une énergie qui compense sa rareté dans l’air. Deux chercheurs infatigables dont nous avons maintes fois ici enregistré les succès, MM. Dehérain et Maquenne, abordent cette recherche par l’étude de l’absorption de l’acide carbonique pur par les feuilles. Ils trouvent qu’une feuille absorbe un volume
- d’acide carbonique un peu supérieur au sien, si, en comparant le coefficient de solubilité de l’acide carbonique dans l’eau pure au coefficient d'absorption par l’eau des feuilles, on trouve ce dernier légèrement supérieur. La différence s’accentue quand, au lieu d’opérer avec l’acide carbonique pur,, on examine l’absorption de l’acide carbonique dilué dans un gaz inerte.
- Photographies d'éclairs. — En même temps qu’il en faisait hommage à l’Académie, M. Ch. Moussette voulait bien m’adresser de très intéressants portraits photographiques de coups de foudre observés à Auteuil le 12 mai dernier. Ils diffèrent bien profondément, par leur forme tortueuse, des lignes brisées à angles aigus devenues classiques sous le nom de traits de JiijAter. En les examinant avec attention, surtout après les avoir agrandis, l’auteur, qui est un physicien en même temps qu’un photographe habile, s’est aperçu que l’éclair s’est mù suivant une ligne spirale. Dans certaines parties de la trajectoire, la chose est manifeste autant qu’imprévue. C’est cependant, comme l’auteur le remarque, une conséquence naturelle des belles découvertes de M. Gaston Planté sur le mouvement gvratoire de la foudre globulaire. M. Moussette promet de recommencer ses photographies à la prochaine occasion favorable : tout le monde désirera qu’elle ne se fasse pas trop attendre.
- L'asparagine droite. — En étudiant les eaux mères où avaient cristallisé plus de 25 kilogrammes d’asparagine, un chimiste italien, M. Piutti, y a rencontré une substance nouvelle ayant la même composition que l’asparagine, mais jouissant de la propriété de dévier à droite le plan de polarisation de la lumière polarisée. Cette asparagine droite diffère encore de l’asparagine ordinaire par sa saveur très franchément sucrée.
- Sur le niveau de la mer. — Revenant sur une question qu’il a déjà traitée à plusieurs reprises, M. Faye montre que les grands glaciers de l’époque quaternaire n’ont pas pu attirer à eux la mer de manière à y produire la surélévation de 400 mètres qu’on observe pour les anciens rivages dans les régions du Nord. C’était cependant la conséquence développée par M. de Lapparent et par tous les autres défenseurs de la théorie pyramidale de la terre. Les calculs du savant académicien montrent comment la géodésie peut rendre à l’occasion service à la géologie.
- Pncurnatoclystères. — Claude Bernard a fait voir, il y a déjà fort longtemps, que certains gaz vénéneux à l’inhalation pulmonaire ne produisent aucun trouble s’ils sont injectés par le rectum. Un médecin de Lyon, M. Bergeon, propose de convertir ce résultat en procédé thérapeutique. De l’acide carbonique chargé d’hydrogène sulfuré étant injecté dans le rectum, le gaz est absorbé par les veines intestinales, passe dans le système circulatoire à sang noir et est rejeté par le poumon, sans accident pour le sujet. L’auteur qui a expérimenté sur lui-même n’en a, d’après M. Yulpian, éprouvé qu’un certain bien-être. Des phtisiques ont, à la suite de celte médication, vu diminuer la toux et l’expectoration. M. Bergeon se propose, par des expériences sur des animaux, de voir s’il ne pourra pas ainsi tuer le bacille tuberculeux.
- Eclairage du canal de Suez. — D’après une note de M. de Lesseps, le problème est résolu de continuer la nuit comme le jour la navigation dans le canal de Suez. Actuellement les vaisseaux de guerre et les vapeurs pos*
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- taux munis de feux électriques passent sans aucune espèce d’entrave. Quand la mesure pourra "être étendue à tous les batiments, le transit du canal sera véritablement doublé.
- L'observatoire de Nice. — C’est avec une satisfaction facile à comprendre que M. Bischoffsheinr annonce l’installation à Nice du grand télescope qu’il a récemment fait construire. En môme temps on transmet l’observation faite dans cette station de la dernière planète télescopique, la 259e du groupe.
- Le choléra de Marseille. — Les deux dernières épidémies cholériques de Marseille, en 1884 et 1885, ont été de la part de M. Guérard l’objet de recherches statistiques très soignées. Les cartes publiées par l’auteur montrent que c’est au fond du vieux port que le fléau s’est surtout développé, là où se jette la rivière venant d’Au1 bagne. Or, la maladie avait précédemment éclaté "a Au-hagne et elle s'est propagée suivant le cours de la rivière. Ces faits confirment pleinement ceux que M. Marey a précédemment fait connaître.
- Varia. — On donne de meilleures nouvelles de la santé de M. Hervé Mangon. — D’après M. Tacchini, les taches solaires sont en décroissance depuis l’année dernière. — De curieuses remarques physiologiques sur la photométrie sont exposées par M. Charpentier (deNancy). — M. Sabatier étudie les chromâtes alcalins ; et M. Fabre la chaleur de formation de l’acide sélénhydrique. — Le fumier d’eucalyptus est proposé contre le phylloxéra. — Les ophiles des Corbières diffèrent des ophites des Pyrénées, d’après l’examen de M. Yignier. — La production artificielle des sesquilitanates occupe M. Bourgeois. — Un mémoire relatif à l’action du- chlore sur le sèlénio-cyanure de potassium est présenté au nom de M. Ver-neuil. — En portant de la glycose, M. Grimaux a réalisé la synthèse de la dexlrine.
- Séance du 19 juillet 1886.
- Les beaux-arts fossiles. — En entrant dans la salle on remarque sur le bureau un très remarquable échantillon. Comme nous l’apprend M. Albert Gaudry, c’est un bois de renne fossile travaillé sous la forme de cet objet décrit bien des fois déjà et qualifié de bâton de commandement. Autour du large trou dont il est percé d’outre en outre et dans toute sa longueur, il présente de délicates gravures dont les finesses gagnent encore à être examinées à la loupe. On y voit deux phoques dessinés avec un admirable sentiment des formes et une sûreté de main qui révèle un véritable artiste. Les membres postérieurs se voient bien, répétés en arrière sur la ligne médiane, tout le corps est couvert de poils; la tète est excellente avec sa moustache et le trou qui seul représente l’oreille. Avec ces veaux marins si reconnaissables, le dessinateur anté-historique a reproduit des poissons où les spécialistes retrouvent des saumons ou des truites avec leurs taches caractéristiques et des animaux très allongés comme des serpents, mais que M. Gaudry compare plus volontiers à des anguilles. Ce magnifique spécimen vient de la grotte de Montgauthier et a été donné au Muséum par M. Peunon. Comme le remarque M. Vulpian, sa perfection dépasse tout ce que nous ont transmis les monuments égyptiens ou assyriens, de sorte qu’il faut être bien persuadé de son authenticité pour n’v pas voir quelque travail d’un de nos
- contemporains. Avec le bâton de commandement on a trouvé beaucoup de silex et d'os taillés, quelques-uns très parfaits, tous très intéressants.
- Photographie aérostatique. — M. Mascart présente, au nom de MM. Albert et Gaston Tissaudier, une splendide série de photographies obtenues en ballon : sur les murs et dans la salle des pas perdus sont des épreuves agrandies des mêmes tableaux. Les auteurs ont eu la bonne pensée de s’associer M. Nadar fils, dont le père il y a vingt-huit ans a réalisé les premiers essais photographiques en ballon. M. Paul Nadar pendant l’ascension du 2 juillet dernier, a sur un trajet de 180 kilomètres, de Paris au Mans, opéré à des altitudes comprises entre (100 et 1150 mètres. Les épreuves obtenues sont extrêmement remarquables, aussi parfaites que les meilleurs relevés topographiques.
- Le fluor. — En soumettant à l’électrolyse l’acide fluor-hydrique pur et sec, M. Moissan a obtenu un corps dont prudemment il s’abstient d’indiquer la vraie nature. Si ce n’est pas le fluor lui-même, c’est un bifluorure d’hydrogène. Mais M. Berthelot qui a assisté aux expériences, tout en applaudissant à la réserve éminemment scientifique de l’auteur, dit que pour son compte il n’hésite pas à en considérer le produit comme étant le fluor définitivement isolé. S’il en est ainsi réellement, comme nous le souhaitons vivement, M. Moissan a fait une des découvertes chimiques les plus intéressantes de ce temps.
- Annuaire géologique. — C’est avec un vif plaisir que nous annonçons le deuxième volume de VAnnuaire géologique, guide du géologue, de M. le Dr Dagincourt. Beaucoup plus volumineux que son aîné, ce livre témoigne du succès grandissant de cette utile publication. C’est un véritable vade-mecum de tous ceux qui s’intéressent à la science de la terre, et l’auteur, en le publiant, rend un signalé service à la science. Cette fois on trouvera à la lin de l’Annuaire l’excellente carte géologique des Etats-Unis que M. Mac Gee a insérée dans le Fifth annual report qui vient de paraître à Washington.
- L'origine des mondes. — Un des plus savants astronomes de l’Académie, M. C. Wolf, publie chez Gauthier-Villars un ouvrage qui sera accueilli avec un très vif intérêt. C’est l'Examen critique des théories scientifiques modernes sur l'origine des mondes. Avec une science profonde de ce grand sujet, l’auteur résume successivement les idées de Kant et de Laplace; il examine les objections faites à ces dernières par divers astronomes tels que M. Roche et M. Faye, et montre comment on y peut victorieusement répondre. On trouvera avec un grand plaisir, comme complément à ce bel ouvrage, la traduction de l'Histoire naturelle générale et théorie du ciel, publiée en 1755 par Emmanuel Kant.
- Varia. — M. Henri Becquerel continue ses importantes recherches sur la variation des spectres d’absorption dans les milieux non isotropes. — M. Mège a légué 10 000 fr. à l’Académie pour que la rente en soit donnée en prix au meilleur travail sur les causes qui ont accéléré ou ralenti les progrès de la médecine depuis les temps les plus reculés. — Les cellules nerveuses en rapport avec les antennes tactiles des euniciens occupent M. Bourdon. — Une note sur les amphibolites et les calcaires de l’Andalousie est présentée par M. Fouqué au nom de M. Barrois. — M. de Saporta continue ses recherches sur l’âge éoeène supérieur de la flore d’Aix. Stanislas Meunier.
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- LA NATURE.
- COMMUTATEUR SUBST1TUTEUR
- AUTOMATIQUE DE M. L. CLERC
- Rien, jusqu’à présent, ne peut faire prévoir à quel moment le filament d’une lampe électrique à incandescence est sur le point de se briser. Si l’on peut fixer avec assez de certitude la vie moyenne des lampes fonctionnant dans certaines conditions, normales ou même anormales, il n’en est pas de même pour la vie d’une lampe prise isolément, et l'on s’expose, dans bien des cas où une lampe éclaire seule, à se trouver plongé dans l’obscurité au moment de sa rupture, ce qui est rarement agréable, souvent gênant, quelquefois même dangereux.
- C’est dans le but d’éviter cet inconvénient que M. L. Clerc a imaginé le commutateur automatique représenté ci-contre. Son but est de faire passer automatiquement le courant dans une lampe de réserve à l’instant même où s’éteint la lampe en service. A cet effet, un solénoïde vertical A est placé sur le circuit de la lampe de service; une armature tubulaire en tôle de fer très mince se meut librement à l’intérieur de ce solénoïde et se termine à la partie inférieure par deux petites lamelles qui viennent plonger dans deux petits godets à mercure.
- A l’allumage, le courant arrivant par la partie supérieure se partage entre les deux lampes, mais le tube de fer est alors soulevé et rompt le circuit de la lampe de réserve; la lampe de service reste seule allumée. Si la lampe de service est accidentellement rompue, le courant ne passant plus dans le solénoïde, le tube de fer retombe et rétablit le circuit de la lampe de réserve qui s’allume aussitôt. Ce petit appareil n’a pas plus de o centimètres de diamètre et 8 centimètres de hauteur. La lampe de service et la lampe de réserve peuvent être établies sur la même monture, ou à côté l’une de l’autre comme dans le modèle de démonstration construit par M. Moraet représenté ci-dessus (fig. 2).
- H va sans dire que le fil du solénoïde est calculé pour dépenser le moins possible ; en pratique, la dépense de l’appareil reste toujours inférieure à 1 watt.
- La même disposition peut servir également aux éclairages par groupes de lampes en tension et joue le rôle d’une véritable soupape de sûreté, en empêchant que, si une lampe vient à manquer, toutes les autres ne brûlent également, par suite de l’excès de courant qui les traverse. Le remplacement instantané de la lampe brûlée par une nouvelle supprime cet inconvénient. Les deux lampes peuvent d’ailleurs être allumées à la fois en disposant un interrupteur qui supprime à volonté l’action du solénoïde.
- 11 est assez important en pratique, chaque fois que l’appareil a fonc-lionné et allumé la lampe de réserve, ne fût-ce que quelques heures, d’effectuer le remplacement de la lampe de réserve par une lampe neuve, et de mettre la lampe de réserve à la place de celle qui a été brûlée, au lieu de se contenter de remplacer la lampe brûlée par une lampe neuve. La raison d’être de cette précaution est assez simple. Si on laissait toujours la même lampe en réserve, son filament diminuant lentement de section par l’usage, elle finirait par se trouver dans le cas d’une lampe ordinaire, après un temps de service un peu long, c’est-à-dire sur le point de se brûler, et on se retrouverait alors sensiblement dans les mêmes conditions que si on ne faisait pas usage de la lampe de réserve.
- Une autre solution consisterait à faire usage, comme réserve, d’une lampe peu poussée, éclairant par suite un peu moins, mais présentant des garanties de durée beaucoup plus grandes. On éviterait ainsi le double changement dont nous venons de montrer l’utilité.
- L’application de ce dispositif ingénieux est tout indiquée partout où une lampe brûle seule.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Fig. 1. — Diagramme du commutateur automatique de M. Clerc.
- Fig. 2. — Vue de l’appareil. — Modèle de démonstration.
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- iN° 687. — ">1 JUILLET 1 886.
- LA NATURE.
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- NL' VVf..
- PISCINE DE LA RUE SAINT-HONORE
- A PARIS
- Nous avons déjà donné précédemment1 des détails circonstanciés sur l’aménagement, nouveau que M. 01-ler se proposait de faire subir aux Arènes nautiques, de manière a les convertir pendant la saison d’été en une piscine de natation à température constante. Cette transformation est aujourd’hui un fait accompli, et le succès obtenu par cette nouvelle installation, ainsi que diverses innovations réalisées au cours des travaux par M. Louis Solignac, ingénieur
- de M. (.Hier, nous permettent de venir compléter les renseignements antérieurement publiés.
- La piscine est formée par la cuve centrale de 25 mètres de diamètre, et se compose de deux parties d’inégale profondeur. Le plancher qui soutenait la piste des exercices équestres est abaissé de lm,35 seulement, et repose, comme nous l’avons dit, sur des supports articulés fixés eux-mêmes aux piliers de la couronne métallique qui circonscrivait la piste. Les intervalles entre les piliers sont remplis par un treillage en fil de fer pour éviter les accidents; cette surface, qui constitue le petit bain réservé aux enfants et aux personnes ne sachant pas nager, ne pré-
- vue d’ensemble de la piscine de la rue Saint-Honoré, à Paris.
- sente cette profondeur que sur l’une de scs moitiés ; dans l’autre, le fond, partant de la passerelle d’accès commence à une profondeur de 0ni90 pour arriver graduellement à atteindre lm,55. La partie périphérique forme le grand bain et conserve la profondeur de la cuve, soit 3 mètres environ avec une largeur de 5m,75; cette disposition utilise la surface d’une manière plus agréable que la forme carrée ou rectangulaire pour les personnes qui savent nager parce qu’elle offre plus de développement en longueur. Les parois de la piscine sont revêtues de plaques de marbre blanc.
- On a prévu les installations balnéaires d'une manière
- 1 Yoy. n°66l), du ‘z7 mars 1887, p. w262.
- il0 année. — 2e semestre.
- complète : au rez-de-chaussée, adjacentes à la piscine, se trouvent les salles d’hydrothérapie, de sudation, etde massage, celle des bains de vapeur avec les appareils de douches sous toutes les formes. Une disposition spéciale aussi simple qu’ingénieuse a été adoptée par M. Solignac pour le service des douches et la fourniture de l’eau pour tous les usages. Le système d’alimentation repose sur le principe de l’injecteur Giffard, avec cette différence toutefois, que la condensation de la vapeur a pour objet de produire seulement le chauffage et non l’aspiration de l’eau froide qui vient d'une conduite en pression : le tuyau de vapeur terminé par un ajutage conique débouche dans une douille où aboutit également l’extrémité de la conduite d’eau froide. En réglant convenable-
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- LA NATURE.
- ment les robinets de ees deux tuyaux, on peut à volonté graduer la température de la douche, depuis celle de l’eau froide ou même donner simplement des douches de vapeur. Ce système présente à la fois l’avantage de n’employer qu’un seul appareil au lieu de deux, et de supprimer complètement la canalisation d’eau chaude avec son réservoir supérieur et toutes les sujétions et réparations qui en résultent.
- L’une des salles les plus utiles et dont l’accès ne comporte aucun supplément de prix, est celle de lavage qui procure aux baigneurs toutes les facilités des bains chauds au point de vue de la propreté, conditions que le bain froid est tout à fait insuffisant à remplir. C’est d’ailleurs un excellent moyen de conserver a l’eau de la piscine sa propreté initiale dans la mesure du possible.
- Le promenoir supérieur de l’ancienne installation est maintenant utilisé comme salle de repos et est desservi par un buffet. Le vestibule des écuries est transformé en salle de gymnastique et les écuries elles-mêmes servent de débarras.
- L’eau est maintenue à la température moyenne de 24° par un envoi constant d’eau chauffée à 56°. Nous ne ferons que rappeler le mode d’alimentation qui permet de renouveler entièrement les 1200 mètres cubes de la piscine en deux journées, à raison de 50 mètres cubes par heure ; le dégraissage de l’eau d’alimentation ; les systèmes de vidange de la piscine, l’un progressif au moyen d’un siphon désamorcé dans lequel les couches supérieures plus chaudes refoulent les couches inférieures sous l’action de la densité, l’autre rapide à l’aide des pompes alimentaires des chaudières à vapeur; enfin la ventilation énorme pratiquée par l’envoi d’air chaud afin d’éviter les condensations sur les murs et le plafond. Notons toutefois que cette ventilation a été notablement augmentée et portée à 60 000 mètres cubes par heure, en raison de la surface plus considérable d’évaporation mise au jour depuis l’enlèvement des gradins nécessité par la transformation. Cet envoi d’air chaud maintient en outre la salle entière a une température uniforme, en sorte que le baigneur, au sortir de l’eau, ne ressent pas l’impression de froid souvent très désagréable et même dangereuse qu’on éprouve dans les bains en plein air. Telle est cette installation, qui, outre la facilité de se livrer aux exercices de natation, quelle que soit la température, met à la disposition des baigneurs toutes les conditions du confort et de l’hygiène. G. Richou.
- LA TRAVERSÉE DE L’OCÉAN ATLANTIQUE
- EN TROIS JOURS ET DEMI
- Quelle cause limite la vitesse des paquebots transatlantiques?
- Telle est la question que se pose M. R. 11. Thurston dans The Forum, et qu’il résout en établissant les causes qui limitent actuellement les vitesses des transatlantiques, et en montrant que, dans l’état actuel de nos connais-
- sances, il n’y a pas une impossibilité matérielle d’augmenter ces vitesses et d’effectuer la traversée de l’Océan Atlantique en 80 heures, moins de trois jours et demi !
- Nous allons résumer l’étude très curieuse et très intéressante de M. Thurston : on y trouvera, à coté de la démonstration d’une affirmation très hasardée en apparence, un grand nombre de renseignements et de chiffres peu connus en dehors des ingénieurs des constructions navales et des spécialistes.
- La puissance mécanique absorbée pour déplacer un bateau aux vitesses ordinaires varie comme le carré de sa longueur ou faire de sa section transversale et comme le cube de la vitesse. Il faut donc, pour doubler la vitesse d’un vaisseau donné, octupler la puissance mécanique. K tant donnés deux bateaux de même vitesse et de formes semblables, mais dont l’un est deux fois plus grand que l’autre, ce dernier demandera quatre fois plus de force motrice que le premier. Mais le second ayant un volume huit fois plus grand, peut porter un poids huit fois plus grand, et demande donc, par tonne, une puissance mécanique deux fois moins grande que le plus petit, et si l’on conserve le même rapport dans les puissances et les poids, le grand navire pourra donc atteindre une vitesse plus grande que le petit.
- Ces relations sont modifiées par les rapports de la forme à la vitesse et aux dimensions : dans un bateau mal établi, l’augmentation de résistance avec la vitesse ira en croissant plus vite que la loi ne l’indique ; au contraire, dans un bateau dont les formes sont bien entendues, la résistance croîtra moins vite que le cube de la vitesse.
- Il en résulte que, pour un bateau dont on limite le rapport du poids de la machinerie au poids total en charge (déplacement) on atteindra des vitesses d’autant plus grandes que le bateau sera de plus grandes dimensions.
- Voyons d’abord les résultats actuellement acquis dans les constructions navales modernes : ils nous serviront de point de départ pour l’étude des progrès à réaliser dans la voie des grandes vitesses.
- Le steamer Oregon peut être considéré comme le dernier mot de l’art naval en l’an 1886. C’est un bateau de 7500 tonneaux et d’une puissance de 12 000 chevaux-vapeur qui, dans une mer calme, peut marcher à 20 knots (37 kilomètres) à l’heure. Il a franchi l’Atlantique en moins de six jours et demi.
- Un autre steamer, The American, de 6500 tonneaux et de 0000 chevaux, a réalisé sensiblement la même vitesse.
- Les bateaux torpilleurs construits pendant ces dernières années aux États-Unis et en Angleterre ont fourni des résultats encore plus remarquables (M. Thornicroft a cité un de ces bateaux qui a atteint une vitesse de 22 knots (40,75 kilomètres) à l’heure),bien que leur longueur ne dépasse guère 50 mètres et leur déplacement 40 tonnes, tout compté. C’est là un résultat qui a émerveillé le monde des ingénieurs, car il dépasse de beaucoup ceux que fournissent les grands steamers lorsqu’on tient compte des dimensions respectives.
- Sans chercher à assigner une limite aux progrès futurs de l’art des constructions navales, on peut se demander ce qu’il serait possible d’obtenir avec un bateau de dimensions considérées aujourd’hui comme parfaitement pratiques, construit dans les formes donnant le maximum de vitesse, et actionné par une machinerie combinée pour réaliser les meilleures conditions d’économie, de puissance et de légèreté.
- Un savant distingué niait, il y a quarante ans, la possibilité de pouvoir franchir l’Atlantique avec un steamer, en
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- LA NAT U HE.
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- présence de l’impossibilité d'emporter assez de charbon pour effectuer le voyage. On peut opposer à cette fausse prophétie celle d’un architecte naval bien connu, M. Robert Duncan, affirmant, en 1872, qu’avant la fin du siècle, nous verrions franchir l’Atlantique à de véritables ferry-boa ts de l’Océan, de 8Ü0 pieds (244 mètres) de longueur.
- Le Great-Eastern a 680 pieds de long, et la différence entre 680 et 800 ne peut plus être considérée aujourd’hui comme constituant une difficulté insurmontable.
- Supposons donc un vaisseau de 800 pieds construit et demandons-nous quelle vitesse maxima on pourrait lui communiquer.
- Un steamer de 800 pieds de longueur, 80 pieds (25 mètres) de largeur et 25 pieds (7m,5ü) de tirant d’eau déplacerait en charge 58 000 tonnes en lui donnant la forme que l’on peut considérer comme la plus favorable à une grande vitesse. Il faut actuellement une puissance 1,5 cheval-vapeur par tonne pour atteindre une vitesse de 20 knots à l’heure. En anticipant un peu sur les progrès dès à présent réalisables, et en tenant compte des avantages réservés aux grands navires, on peut estimer à 35000 chevaux-vapeur la puissance mécanique nécessaire pour communiquer une vitesse de 20 nœuds à ce nouveau Léviathan.
- Voyons ce qu’il faudrait faire pour doubler sa vitesse, la porter à 40 nœuds (74 kilomètres à l’heure) et franchir l’Atlantique en quatre-vingts heures, moins de trois jours et demi. En théorie, la puissance mécanique absorbée devrait augmenter comme le cube de la vitesse, mais, en fait, la pratique a montré des chiffres plus favorables aux grandes vitesses, et les expériences faites sur les torpilleurs permettent d’estimer cette puissance à 250 000 chevaux.
- Le poids par cheval de la machinerie à vapeur est très variable, depuis plusieurs centaines de livres pour la plus lourde jusqu’à 50 livres (25 kilogrammes) pour les torpilleurs rapides. Le yacht Gilana donne un chiffre encore plus bas : 45 livres (19,4 kilogrammes),par cheval-vapeur seulement,
- 11 y a peu à espérer de ce côté, et comme celle légèreté n’est achetée qu’aux dépens du rendement, il convient d adopter 60 livres (27,2 kilogrammes) par cheval.
- Les machines de ce bateau pèseraient donc environ 7500 tonnes. Le poids de charbon consommé par les meilleures machines connues est moindre que celui consommé par les paquebots transatlantiques. En adoptant le chiffre le plus bas acquis aujourd’hui pour ces derniers, c’est-à-dire 1,5 livre (680 grammes) par cheval et par heure, la consommation serait de 175 tonnes par heure, 3200 tonnes par jour, 10 500 tonnes pour le voyage.
- La machinerie et le charbon pèseraient donc ensemble 18000 tonnes1. La carcasse pèserait environ un tiers du déplacement total, soit 12 000 tonnes. On pourrait par l’introduction de l’acier et par certains perfectionnements arriver à réduire ce chiffre, mais il n’y a pas beaucoup à attendre de ce côté. Il resterait donc, finalemént,
- 1 Un cheval-vapeur marchant d une manière continue équivaut largement à 4 chevaux-animal. Une machine de 250000 chevaux-vapeur produirait donc le même travail par jour que 1000 000 de chevaux. Mais ce million de chevaux pèserait 500 000 tonnes, soit plus de 10 fois le poids tout entier du bateau et 70 fois le poids de sa machinerie. La nourriture et la litière de ce million de chevaux, pour un seul jour, serait de 50 000 tonnes, soit plus du double de ce que pourrait porter le vaisseau. Ce million de chevaux en tandem, en comptant 5 mètres par cheval, formerait une file de 5000 kilomètres de longueur, soit le douzième du tour de la terre. Quel triomphe de la mécanique à vapeur sur la machine animale !
- 8000 tonnes disponibles pour les passagers, l’équipage, les provisions, l’aménagement intérieur et des marchandises à grande vitesse pouvant payer le fret. Les dépenses de chaque voyage ne seraient pas inférieures à 375 000 francs; elles seraient payées par 500 passagers à 750 francs. Le bénéfice serait réalisé sur les marchandises et les bagages.
- La question de vitesse se réduit donc à une question d’argent. Si de plus grandes vitesses pouvaient payer — c’est là toute la question— on les obtiendrait en construisant de plus grands navires. Aujourd’hui les plus grandes vitesses compatibles avec le prix du voyage des passagers et des marchandises sont atteintes, et l’on ne saurait prévoir le moment où se manifesteront de nouvelles exigences.
- 11 ne faut pas considérer que les méthodes et les détails de construction exigées par un pareil vaisseau puissent s’établir rapidement ni facilement. Le problème posé par la construction du moteur de 250 000 chevaux et celui de construction de l’arbre de l’hélice peuvent rester quelque temps sans solution et retarder de plusieurs années la réalisation de ces, grandes vitesses. Il y a des centaines de problèmes à attaquer et à résoudre avant d’obtenir le succès, mais aucun d’eux n’est insoluble, et .M. Thurslon conclut, en terminant, que ceux d’entre nous qui vivront encore au siècle prochain pourront voir l’Atlantique traversé en moins de quatre jours. Ainsi soit-il.
- LES TREPANATIONS PRÉHISTORIQUES
- Dès 1875 \ La Nature racontait les curieuses découvertes, faites dans la Lozère, de nombreux crânes humains portant de larges perforations pratiquées tantôt durant la vie, tantôt après la mort. Depuis cette époque, le docteur Prunières a continué ses fouilles, et, l’année dernière, sa collection ne renfermait pas moins de 107 erànos ou fragments de crânes perforés ; 115 parmi eux avaient été recueillis dans les cavernes ; les autres, probablement plus récents, sous les mégalithes répandus en grand nombre sur les devezes, tel est le nom donné à de vastes plaines livrées à la vaine pâture.
- Les dolmens, réservés sans doute à la sépulture des chefs, renfermaient souvent un riche mobilier funéraire. Sous l’un d’eux, récemment exploré, on retirait une quinzaine de beaux dards en silex de couleurs variées, des pendeloques en schiste, des défenses de sanglier, des coquilles découpées en forme de dents, des grains de collier en jais ou en pierre et parmi eux deux petites perles en bronze. Ces derniers datent le dolmen de l’époque où le bronze commençait à se répandre dans le centre de la France.
- Ces découvertes furent le prélude de beaucoup d’autres ; les grottes néolithiques de la Marne, si bien étudiées par M. de Baye, ont donné des crânes perforés, des rondelles crâniennes (lig. 1), des amulettes détachées de crânes humains. Son importante collection renferme plus de vingt exemples de trépanation. Nous reproduisons (fig. 5) un de ces crà-
- 1 Yoy. a" 97, du 10 avril 1875, [t. 298.
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- LA NATURE.
- lies trépanés; la plaie, osseuse présente des traces évidentes de réparation.
- Un tumulus à Guisseny (Finistère), fouillé il y a deux ans, recouvrait une crypte sépulcrale. On y recueillait un crâne avec des traces d’oxydation dues sans doute a un bandeau en métal qui ne parait pas avoir été retrouvé. Ce crâne portait à droite un petit trou ovale, aux bords cicatrisés, de 25 millimètres de longueur sur 1 centimètre environ de largeur. Ici encore nous sommes à l’âge du bronze : la découverte d’un poignard et de deux ornements en bronze ne peut laisser de doutes à cet égard.
- A Dampont, auprès de Dieppe, une tombe néolithique renfermait trois crânes trépanés. La couronne de trépan est aussi nette que si elle venait d’être pratiquée par un chirurgien habile. La crypte où ils gisaient était séparée en deux chambres par une dalle percée d’un trou carré. Devons-nous voir la quelque relation avec les curieux dolmens à ouverture que l’on retrouve dans tant de régions différentes?
- Il serait facile de multiplier ces faits.
- Nous pouvons citer, par exemple, le crâne de Pamproux (Deux-Sèvres)
- (fîg. 4), ceux provenant du plateau d’Avigny (Seine-et-Marne), celui que le professeur Parrot signalait, en 1881, à la Société d’anthropologie.
- Ce dernier provient d’une sépulture à Ëray-sur-Seine qui renfermait une quarantaine de squelettes avec de nombreuses haches polies, des poinçons en os, des ornements en coquilles.
- Le siège de la trépanation montre qu’elle avait
- été pratiquée pour guérir des os malades. L’affection paraît avoir été une ostéite provenant d’une cause traumatique et la cicatrisation complète des os, tant au niveau de la trépanation que sur les points primitivement malades, témoigne à la fois de l’utilité de l’opération et de l’habileté des opérateurs.
- La trépanation était donc tentée durant l’époque néolithique, durant l’âge de bronze, plus tard même, si nous acceptons la découverte faite, il y a quelques mois, dans un cimetière franc, auprès de Liège. Un des crânes mis au jour, celui d’un homme de 40 à
- Fig. 1. — Rondelles crâniennes perforées. (Collection de M. de Baye.)
- Fig. 2. — Fragment de pariétal humain transformé eu rondelle non terminée. .— Poinçon fait avec l’extrémité inférieure d’un radius humain. — Rondelle tirée de la meule d’un bois de cerf.
- 50 ans, portait à la région pariétale gauche, un trou de forme ovale, ressemblant assez à un œuf de pigeon et présentant des traces de réparation très visibles. La tombe, où le squelette reposait à côté d’un autre également du sexe masculin, était recouverte d’une grande dalle de pierre et les seuls objets que l’on y recueillait étaient quelques clous, probablement tombés d'un cercueil, nouvelle preuve de l’origine comparativement récente de cette .sépulture.
- J’ai dit que ces trépanations étaient pratiquées, tantôt sur le vivant, tantôt après la mort. Les unes et les autres jettent un jour nouveau sur les vieux habitants de la France. Ces hommes étaient assurément plus avancés en civilisation qu’on ne pouvait le supposer, puisqu’ils pratiquaient des opérations importantes pour l’ostéite ou la carie des os, pour des blessures à la tête, comme on peut le voir sur un crâne provenant du dolmen de Bougon et sur un autre trouvé
- dans la grotte de Sordes, peut-être aussi pour des maladies épileptiformes, l’aliénation mentale ou l’idiotie. Le siège de ces maladies est au cerveau, et un vieux livre de médecine indique comme remède le grattage des tables extérieures du crâne1. La trépanation a donc été en usage durant de longs siècles; mais quelque haut que nous la fassions remonter, nous devons conclure que déjà ces hommes avaient abandonné la vie nomade2; de semblables blessures exigent de longs soins et la présence de la famille. La cessation de la vie nomade implique forcément la culture; des hommes nombreux au même lieu ne sauraient toujours subsister avec les seules ressources de la chasse et de la pêche.
- Les trépanations posthumes sont plus difficiles à expliquer. Avaient-elles pour but l’extraction du
- 1 Jehan Taxil, Traité de l'épilepsie vulgairement appelée au pays de Provence la gouttcte aux petits enfants.
- 2 La même conclusion s’impose à la vue de nombreuses consolidations de fractures souvent très graves, qui datent de ces différentes époques. Le Dr Prunièrcs cite des cas de guérison qui ne sont pas au-dessous, ajoute-t-il, de ce que peuvent désirer les plus habiles chirurgiens du dix-neuvième siècle.
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- LA N AT U HL.
- cerveau, soit que le crâne fut destiné à devenir un trophée, soit que l’on ait voulu enlever toute matière putrescible pour hâter la momification? Mais on ne retrouve sur les crânes trépanés aucune trace de cette prétendue momification; et, si le crâne était destiné à devenir un trophée, pourquoi aurait-il été
- déposé dans la sépulture avec le squelette auquel il appartenait? Je serais plus disposé à attribuer l’opération à un désir superstitieux de posséder, comme amulettes, les fragments du crâne d’un homme célèbre, soit par ses vertus guerrières, soit par la puissance surnaturelle qu’on lui attribuait. Des faits
- Fig. 3. — Crâne mésaticépliale perforé. Fig. i. — Crâne de Pamproux (Deux-Sèvres).
- assez curieux justifient cette hypothèse. M. Car-tailhac a retiré d’un dolmen, auprès de Saint-Af-frique, un crâne brachycéphale, assez petit, portant deux perforations très rapprochées. Cette sépulture renfermait quatre autres squelettes ; les tibias étaient platycnemiquès, les os du bras présentaient la perforation olécranienne, le mobilier funéraire était pauvre et franchement néolithique. Le docteur Pru-nières avait depuis longtemps constaté plusieurs perforations sur trois crânes provenant de la caverne des Baumes-Chaudes. Un de ces crânes était surtout remarquable ; il portait une ouverture irrégulière causée par une blessure ancienne, puis par deux pertes de sub-stance posthumes1.
- L’individu avait été trépané durant sa jeunesse, la cicatrisation était complète et le tissu osseux avait repris son état normal ; puis, après sa mort, les parents, les amis avaient enlevé des rondelles d’autant plus recherchées qu’elles étaient plus rapprochées de la blessure primitive. En 1878, le docteur Mantegazza présentait à la Société italienne d’anthropologie le moulage d’un crâne trouvé à Bogdanoff
- 1 Yoy. n° 97, du 1U avril 1875, p. 298.
- (Russie) et ayant subi une double mutilation, l’une sur le vivant, l’autre sur le mort.
- Ne sont-ce pas là des indications précieuses? La trépanation devait être une pratique religieuse, une cérémonie d’initiation, peut-être le précepte d’un
- culte. L’enfant qui l’avait subie avec succès (et sans doute c’était le plus grand nombre) acquérait aux yeux de la foule une vertu particulière. Après sa mort, les fragments de son crâne devenaient des reliques vivement convoitées. On arrivait même à les contrefaire, ce n’est qu’ainsi qu’on peut expliquer des rondelles tirées de la meule d’un bois de cerf et trouvées aux Baumes-Chaudes (fig. 2).
- Après avoir pratiqué des mutilations posthumes sur les crânes, on ne voulait pas que les morts parussent incomplets dans la vie nouvelle qui commençait pour eux et on empruntait à un autre crâne un fragment qui venait remplir le vide causé par la perforation. Telle est l’explication donnée par M. Broca de faits souvent observés, et, tout hypothétique qu’elle puisse paraître, elle est incontestablement la plus plausible. Nous aurions là, chez nos antiques aïeux, la première manifestation de leur croyance à de nouvelles destinées après la mort,
- Fig. 5. — Crâne trépané de Chadacayo (Pérou).
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- croyance encore empreinte d’un grossier matérialisme, mais qu’il plaît de trouver impérissable dans la longue histoire de l’humanité.
- Nous n’avons guère parlé jusqu’ici que de la France. Des découvertes analogues, remontant aux mêmes époques, sont signalées dans l’Ombrie, en Portugal, en Pologne, en Bohême, au milieu des mégalithes du Danemark et sous les palafittes de la Suisse. Cette similitude du génie de l’homme, toujours le même à travers le temps et à travers l’espace, n’est, pas un des moindres étonnements de ceux qui se livrent aux études préhistoriques.
- Si nous traversons l’Atlantique, nous trouverons à citer de nombreux faits semblables à ceux observés en Europe. Sur un crâne appartenant au Peabody Muséum (Cambridge, Massachusetts), on peut voir une trépanation tentée, probablement sans succès, pour guérir une inflammation dont les traces sont encore apparentes. Squier avait rapporté du Pérou un crâne provenant d’un cimetière de la vallée de Yucay, à un mille environ du bain des Incas et dont un fragment était enlevé au moyen de quatre incisions régulières.. Ici aussi les os montrent une ancienne inflammation, et des chirurgiens éminents, Nélaton et Broca entre autres, n’ont pas hésité à attribuer l’ouverture, quelque considérables que fussent ses dimensions (177 millimètres sur 146) à une opération chirurgicale exécutée à l’aide d’un instrument pointu, un gros burin, par exemple.
- Mais les trépanations thérapeutiques sont rares en Amérique, et jusqu’ici on relève surtout des trépanations posthumes. On ne sait rien de bien précis sur celles-ci. Etaient-elles une marque d’honneur? un rite religieux? Devaient-elles servir à l’extraction du cerveau et à la suspension de la tête ? ou bien encore voulait-on que l’ombre ou l’esprit pùt visiter de nouveau le corps qu’il avait abandonné? Un missionnaire décrivait dernièrement le mode de scalper des Peaux-Rouges. Souvent, dit-il, ils enlèvent avec la chevelure une rondelle de l’os du crâne. Ne serait-ce pas là une coutume transmise par les ancêtres et l’explication d’un certain nombre de trépanations?
- Sans rechercher l’origine de ces opérations, origine qui devait varier selon les temps et selon les lieux, contentons-nous de citer quelques-unes des découvertes les plus récentes. Les fouilles d’un mound de forme irrégulière, situé auprès de Devil’s River, ont mis au jour cinq squelettes enterrés debout; un sixième était couché au centre du tumulus et occupait évidemment la place d’honneur. Tous les six portaient une perforation pratiquée après la mort. On a également retiré des crânes ou des fragments de crânes trépanés de plusieurs mounds situés sur la rivière Sable, auprès du lac Huron et de Grape-Mound sur la rivière Rouge.
- Les trépanations du Michigan étaient toujours posthumes et pratiquées sur des adultes mâles ; elles varient de quelques millimètres à un centimètre de diamètre et sont, en général, situées sur la suture sagittale, à un point assez rapproché de la suture
- coronale. Elles étaient obtenues au moyen d’un silex pointu tourné rapidement. On montrait l’année dernière, aux membres de l’Association américaine pour l’avancement des sciences réunis à Ann-Arbor (Michigan), deux fragments de crâne exhumés d’un mound auprès de la rivière Détroit. Le premier est mésaticéphale et présente certains caractères attribués aux plus anciennes races du pays, tels que les arcades orbitaires carrées et l’os des Incas. La perforation d’un diamètre de 0 millimètres est située à 12 millimètres de la jonction des deux sutures. Le second fragment, en assez mauvais état, appartient également à un crâne mésaticéphale et porte, ce qui est rare en Amérique, deux perforations bien distinctes : la plus petite mesure 5 millimètres et est à la jonction des deux sutures; l’autre, un peu plus grande, est placée sur le frontal.
- Les fouilles récentes d’une sépulture à Chacla-cayo, auprès de Lima, ont mis au jour trois momies, un homme, une femme et un enfant. Auprès d’eux gisait un crâne de forme très allongée et portant, au centre du frontal, une section de deux pouces de largeur sur deux pouces et demi de longueur (fig. 5). Sa forme est polygonale et on constate huit incisions différentes qui paraissent avoir été pratiquées par une main peu exercée, au moyen d’un instrument en pierre fortement ébréché. En enlevant un morceau de peau adhérant eneore au crâne, on reconnut sur la partie antérieure de la suture sagittale, une perforation très petite, produite soit par une blessure, soit par une opération pratiquée durant la vie et à laquelle le blessé avait survécu, car on relève quelques légères traces de réparation.
- La trépanation n’est pas en elle-même une opération dangereuse. Si elle est aujourd’hui presque toujours mortelle, c’est qu’elle n’est guère tentée que dans les cas désespérés. Ce qui fait périr en si grand nombre les opérés, ce n’est pas la trépanation, c’est le traumatisme cérébral dont on a prétendu inutilement conjurer les effets. Hippocrate en parle comme 'd’une opération souvent usitée en Grèce. A l’époque historique, elle existait chez les Aïnos et de nos jours elle se retrouve chez les Né-gritos et chez certaines tribus de l’Australie. Les insulaires des mers du Sud se servent, pour l’exécuter, de petits morceaux de verre; et le baron Larrey raconte que les Kabyles la pratiquent à l’aide de quatre traits de scie. Chez d’autres Arabes établis dans la province de Constantine, au sud du mont Aurès, la trépanation est une épreuve d’initiation; le thébèbe ou sacrificateur l’exécute à l’aide d’une vrille rapidement tournée. Elle est rarement suivie d’accidents et souvent elle se répète à plusieurs reprises sur le même individu.
- Aux temps néolithiques, plusieurs modes de trépanation ont certainement été employés. Souvent les trépanations posthumes étaient pratiquées par section à l’aide d’un instrument en silex qui agissait comme un burin ou une scie, pour détacher les pièces osseuses qu’il fallait enlever. L’opération sur
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- le vivant était plus délicate. M. lîroca estimait qu’on n’avait pu l’accomplir par le procédé de rotation, dont se servent encore aujourd’hui les bergers dans les maladies de leurs moutons. La forme presque toujours elliptique de la blessure lui semblait un argument sans réplique. Il ne croyait pas non plus qu’elle avait pu être pratiquée par section; elle l’avait donc été par raclage, avec une lame de silex, après la dénudation de l’os sur le point choisi. Cette opération, d’ailleurs, ne présente ni grand danger, ni grande difficulté, ainsi qu’il a été facile de s’en assurer par des expériences sur les animaux1.
- Deux conclusions intéressantes ressortent de cette étude. La trépanation a été tentée chez tous les peuples dès les temps les plus reculés. Cette identité des coutumes, des moyens thérapeutiques, des superstitions elles-mêmes, est une preuve de plus de l’identité des races. De semblables opérations montrent aussi que ces hommes n’étaient pas les barbares que l’on pouvait supposer. L’intelligence de l’homme est née avec l’homme; elle s’est développée avec lui et il faut placer au commencement des âges le point de départ des progrès qui se poursuivent à travers les siècles en une chaîne non interrompue.
- Marquis t>e Nadaillac.
- LÉMURIENS DE L’ARCHIPEL MALAIS
- LES TARSIERS ET LES LORIS
- Dans les forêts des Indes orientales, de la péninsule et des îles malaises, vit toute une population de formes étranges, parmi lesquelles les curieux Lémuriens, figurés ici et dus à l’habile crayon de M. Clément, méritent d’occuper une des premières places. Analogues des Galagos de l’Afrique, des In-dris et des Cheirogales de Madagascar, ces êtres bizarres sont, avec les Galéopithèques ou Singes volants, les représentants dans la région indo-malaise, de l’ordre des Lémuriens ou Prosimiens, habitants des régions tropicales de l’ancien monde, et dont les débris fossiles viennent affirmer l’existence â l’époque tertiaire en France et dans l’Amérique du Nord.
- Ces animaux représentent les formes transitoires entre les Singes et les Chéiroptères, mais ils s’éloignent beaucoup plus des premiers que des Marsupiaux avec lesquels ils offrent les plus grands rapports et dont ils paraissent tirer leur origine. Se basant sur la distribution géographique actuelle de ces êtres, certains naturalistes anglais et allemands ont recherché dans les Prosimiens les ancêtres possibles des Singes et partant de l’homme, et assignaient pour patrie à ces formes ancestrales un immense continent, aujourd’hui submergé, dont Madagascar et les îles malaises ne seraient plus que les derniers débris. Ces vues sont tout au moins ha-
- 1 M. Broca a pratiqué la trépanation sur un jeune chien avec un silex- L’opération a duré huit minutes et demie et l’animal n’a même pas eu la fièvre.
- sardeuses, et si rien n’est venu démontrer leur véracité, un grand nombre de faits peuvent leur être opposés pour les combattre. L’on peut prouver que les divers types de Lémuriens étaient, dès leur apparition, répandus dans des régions nettement limitées. L’époque tertiaire nous en présente des formes dans les régions tempérées de l’Ancien et du Nouveau Monde.
- Dans les Phosphorites du Quercy, M. Filhol a recueilli les débris du Necrolemur aniiquus, Lému-rien très voisin des Pottos actuels, habitant l’Afrique occidentale : « Leur mode d’enfouissement dans les fentes à phosphate parait, dit M. de Lapparent, avoir été immédiat, sans doute sous l’influence des vapeurs nuisibles qui asphyxiaient les animaux venus se désaltérer aux sources ; car de nombreux squelettes sont entiers, et ni les os des ruminants, ni ceux des rongeurs n’offrent la trace d’incisions parla dent des nombreux carnivores auxquels ils sont associés. »
- D’autres géologistes ont exhumé de l’éocène inférieur du Wyoming, dans l’Amérique du Nord, les restes des Limnothérides et des Lémuravides dont les affinités naturelles avec les Makis sont hors de doute. Au commencement de la période éocène vivaient d’autres animaux dont les ossements recueillis dans les gypses de Montmartre laissent les savants dans l’incertitude sur la place exacte qu’ils doivent assigner aux propriétaires de ces débris dans la série mammalogique. Si les uns voient dans les Adapis des mammifères ongulés, d’autres les veulent ranger parmi les Prosimiens dont un grand nombre de leur caractère tend à les rapprocher.
- Si nous prenons les preuves qui s’unissent pour nous apporter la répartition géologique, l’examen des formes et la distribution géographique des Lémuriens, une certitude vient s’imposer à notre esprit. Loin de rechercher dans ces êtres l’origine probable des Primates, nous devons au contraire les considérer comme un type spécial nettement caractérisé dès les temps les plus anciens et provenant de modifications apportées dans certains Marsupiaux. Le caractère des pouces opposables aux autres doigts n’est pas invocable pour rapprocher autant ces animaux des Singes, car cette particularité s’observe chez un grand nombre de Marsupiaux et ne peut être à proprement parler considérée comme un indice de supériorité ; l’on remarque même que certains Singes en sont dépourvus, tels ces Catarrhiniens du genre africain des Colobes qui manquent de pouce aux membres antérieurs. Il ne faut pas considérer la main comme une modification du pied, mais bien comme un organe d’un plan spécial et primitif. Certains naturalistes considéraient et considèrent encore le pouce comme une continuation de l’axe du bras représenté par le radius; il semble plus raisonnable de voir en lui avec Cari Vogt « plutôt un rayon secondaire indépendant des autres doigts, et qui, pour cette raison, disparaît en général le premier lors de la réduction du nombre des doigts ».
- Le Tarsier, représenté dans le bas de notre figure,
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- semble bien mériter, par son apparence fantastique, le nom spécifique que lui donne Geoffroy Saint-Hilaire (Tarsius spectrmn). A ne considérer que sa taille et ses proportions, ses lougs’membres postérieurs, sa queue plus longue encore terminée par un pinceau de poils, ou pourrait prendue ce Tarsier pour une Gerboise, n’était sa tête portant d’énormes yeux, démesurément ouverts et arrondis.
- Ces yeux d’un brun jaune sont lumineux dans l’obscurité, et font que la tète a l’air, d’après un observateur, d’une lanterne sourde à deux glaces rondes qui tQurnerait sur pivot.
- Le Tarsier que M. Clément a figuré ici est réduit d’environ un tiers. La longueur du corps de l’adulte est d’environ 16 centimètres et celle de la queue de 24. Une fourrure laineuse, d’un brun grisâtre, plus claire sur le ventre, recouvre le corps. Le tronc est grêle, et la longue queue qui la termine est cylindrique et porte à son extrémité un faisceau de poils. Dans le membre abdominal, les deux premières divisions sont à peu près d’égale longueur, la cuisse étant plus vigoureuse que la jambe; à celle-ci fait suite un tarse très grêle, puis un pied dont les doigts sont encore plus allongés que ceux de la main et qui possède un pouce vigoureux et pouvant s’opposer aux orteils. De ceux-ci le deuxième et le médian sont terminés par une griffe, tandis que le quatrième très allongé et le cinquième portent comme les doigts de la main des ongles plats. 11 faut remarquer toutefois que les ongles de la main sont plus bombés que ceux du pied. Les doigts se terminent en spatule et leur face inférieure est munie de cals ronds au moyen desquels l’animal se fixe solidement sur le plan de position.
- Les membres thoraciques, beaucoup plus courts, se terminent par une main aux doigts grêles et allongés, terminés également en spatule, mais dont le pouce, de faible longueur, n’est pas opposable aux autres doigts.
- La tête large et arrondie a le museau brièvement pointu et les oreilles de longueur moyenne ; celles-ci sont nues et possèdent une sorte de pli enroulable qui peut les fermer. Les yeux occupent à eux seuls plus de la moitié de la face, et la bouche, susceptible de s’ouvrir très largement, ne contribue pas à augmenter la beauté de cet être singulier, et semble se contracter dans un rictus diabolique.
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- La formule dentaire ^ ^ est celle d’un insec-1 1 3 a
- tivore, presque identique à celle des Chauves-Souris du genre Plecotus ou Oreillards, et rappelant également celle des Indris de Madagascar : « A la mâchoire supérieure, dit Cari Yogt, les incisives, les canines et les prémolaires ont presque la même forme de crocs acérés, l’incision médiane est plus proéminente, la seconde plus petite, la canine plus forte, la première prémolaire très petite, la seconde plus grande, la troisième à deux pointes ; les molaires sont plus larges que longues et présentent des tubercules acérés externes. Dans la mâchoire inférieure les dents les
- plus fortes sont les canines; les incisives sont petites, mais droites ; les prémolaires augmentent d’avant en arrière. »
- Le Tarsier spectre habite les îles de la Soude, les Célèbes et les Philippines; et d’après Brehm les Mo-luques et principalement l’île d’Amboine.
- Il ne m’a jamais été donné d’observer ce Prosimien vivant, et les exemplaires que j’ai pu voir ou me procurer au cours de mes divers voyages dans les îles de la Malaise étaient empaillés ou conservés dans l’alcool. C’est d’ailleurs un animal toujours rare, vivant par couples dans les endroits les plus fourrés et les moins accessibles des forêts vierges. Pendant le jour il dort d’un profond sommeil; les premières heures de la nuit le voient courir légèrement, sautant par grands bonds de branche en branche, poursuivant et dévorant avec avidité les insectes dont il s’empare. Il se nourrit aussi de fruits, mais son régime le plus habituel consiste en articulés et en petits reptiles. Les Tarsiers vivent pas couples et la femelle met au jour un seul petit qui s’accroche à scs cuisses ou qu’elle porte quelquefois au moyen de sa gueule, à la manière des chattes.
- Les Malais paraîtraient redouter singulièrement ce petit Tarsier. Se fondant sur la physionomie bizarre de cet être nocturne, ils se voient autorisés à voir en lui quelque créature surnaturelle et malveillante se plaisanta jeter un sort sur les hommes et sur leurs biens. Ils poussent même la simplicité jusqu’à abandonner les champs où vient à se montrer par hasard le Tarsier, pensant qu’il vaut encore mieux supporter les fatigues d’un autre défrichement que de s’exposer aux maléfices du petit démon.
- 11 est cependant peu d’êtres aussi inoffensifs que ces petits Lémuriens, et ceux que l’on a pu observer en captivité n’ont jamais montré de mauvais sentiments, tout au plus quelquemouvementd’impatience, si l’on venait à les réveiller au milieu du jour. A l’état sauvage ils passent la journée pelotonnés et endormis dans les creux des arbres ou aux fourches des branches.
- Le Loris grêle (Stenops gracilis Yan der llœven) a les mêmes mœurs que le Tarsier et habite comme lui les grandes îles de la Sonde. Mais son aire géographique est beaucoup plus étendue au Nord, et s’il est fréquent dans les forêts de l’Inde et de l’Indo-Chine il ne paraît pas habiter les Célèbes et les Mo-luques. Rare en Malaisie, il est remplacé par une forme voisine, les Nycticebus dont on connaît deux espèces (N. javanicm Geol. et N. tardigrudm Lin.)
- Les Loris ont les mêmes mœurs que les Tarsiers, comme eux ils ont de grands yeux brillants dans l’obscurité, mais ils sont dépourvus de queue, n’en possédant qu’un court rudiment. Dans le haut de notre figure sont représentés deux Loris grêles. L’un d’eux se prépare à commencer ses ébats tandis que son compagnon est encore plongé dans un profond sommeil. J’ai souvent observé cet animal pendant qu’il dormait et le dessin de M. Clément rend très bien l’attitude habituelle de ces animaux.
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- larsiers et Loris de l'archipel Malais
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- Le Loris grêle a 25 centimètres de longueur. Sa
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- formule dentaire = j ^ le rapproche un peu des
- O 1 O t)
- carnassiers dont il partage le régime. Son plus grand régal consiste en oiseaux qu’il saisit dans l’obscurité et dont il dévore la cervelle. Comme le Tarsier, le Loris est fort mal vu des indigènes dans les pays qu’il fréquente. A Geylan, les Cingalais s’emparent du pauvre animal et le torturent de la façon la plus cruelle : « Les beaux yeux, grands et vifs du Loris, dit Tennent, ont attiré U attention des indigènes, et c’est pour la possession de ces beaux yeux qu’ils font la chasse à l’annimal. Ces organes entrent dans la préparation de certains philtres. Pour les extraire, ils tiennent la pauvre bête au-dessus du feu, jusqu’à ce que scs yeux éclatent. » Le même auteur ajoute que le Loris grêle est tellement avide de cervelles d’oiseaux qu’au dire des indigènes il attaquerait le paon pendant son sommeil et lui briserait rapidement le crâne d’un vigoureux coup de dent, puis se régalerait de sa cervelle. De même que le Tarsier, le Loris grêle paraît ne pouvoir vivre en Europe, et ceux que l’on a essayé d’amener dans les ménageries sont morts pendant la traversée.
- Maurice Maindrox.
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- LES MÉDICAMENTS NOUVEAUX
- LA SPARTEINE. - i/ANDIRINE. - l’âDONIDINE
- La spartéine, que Stenhonse découvrit en 1850, est un alcaloïde qui se trouve dans le genêt à balai, appelé Spar-tium scoparium, petit arbrisseau de la famille des légumineuses papilionacées que l’on rencontre habituellement dans les endroits humides et sur les bords des routes.
- M. Houdé a donné le procédé suivant pour extraire cet alcaloïde : La poudre grossière de la plante est lavée méthodiquement dans un appareil à déplacement par de l’alcool à 60 degrés jusqu’à ce que le liquide qui s’écoule ne donne plus de précipité par l’iodure de potassium ioduré ; les liqueurs alcooliques fdtrées et réunies sont distillées dans le vide à une faible température, et le résidu est repris par une solution d’acide tartrique. On filtre de nouveau pour séparer une gelée d’un brun verdâtre, principalement composée de chlorophylle et de scoparine : la solution acide, après avoir été rendue alcaline par l’addition du carbonate de potasse, est agitée à plusieurs reprises avec cinq ou six fois son volume d’éther qui enlève la totalité de l’alcaloïde. Afin de purifier le produit, l’éther est agité avec une nouvelle solution d’acide tartrique qui, neutralisée, cède la spartéine au véhicule éthéré, et ainsi de suité; on répète les manipulations jusqu’à ce qu’on obtienne une liqueur éthérée incolore ; par simple évaporation de celle-ci, à l’abri de l’air et de la lumière, on recueille la spartéine à l’état de pureté. Un kilogramme de plante a donné, comme rendement, environ 5 grammes de principe actif. La spartéine ainsi obtenue est un alcali liquide C15II2fiAz2, incolore, plus dense que l’eau et privé d’oxygène. Elle bout à 287 degrés. Son odeur est assez pénétrante et rappelle un peu celle de la pvridine; elle possède une saveur très amère et brunit à l’air en prenant une consistance plus épaisse. Elle est soluble dans l’alcool, l’éther, le chloro-
- forme, insoluble dans la benzine et les huiles de pétrole. Sa réaction est si alcaline que, lorsqu’on approche deux baguettes, l’une imprégnée d’acide chlorhydrique et l’autre de spartéine, on voit se former d’abondantes fumées blanchâtres. C’est donc une base énergique. La spartéine est une diamine tertiaire.
- En raison de son amertume et de son insolubilité dans l’eau, elle ne pouvait pas être employée en nature; mais, à cause de son alcalinité très prononcée, elle se combine avec tous les acides et forme, avec l’acide sulfurique en excès, un sel parfaitement soluble dans l’eau et cristal-lisable en gros rhomboèdres transparents. C’est ce sel qui a été expérimenté au point de vue de son action physiologique, en 1865, par Mils, puis dix ans plus tard par Fick; M. Germain Sée a repris, dans ces derniers temps, l’étude de cet alcaloïde ; ses recherches ont montré qu’une solution aqueuse de 0sr,10 de sulfate de spartéine produit des effets remarquables sur le coeur, sans troubler en quoi que ce soit ni la digestion, ni le système nerveux. C’est donc la dose thérapeutique nécessaire à employer pour les malades .atteints de maladie de cœur.
- Les résultats obtenus par M. Germain Sée, par l’usage du sulfate de spartéine, sur les malades expérimentés, furent constants; ils ont été ainsi résumés par le savant professeur dans le mémoire qu’il a lu, le 25 novembre, à l’Académie des sciences : « Trois effets caractéristiques et constants ressortent de mes observations : le premier, qui est le plus important, c’est le relèvement du cœur et du pouls; sous ce rapport, il équivaut à la digitale ou à l’alcaloïde du muguet appelé convallamarine, et son action tonique est infiniment plus marquée, plus prompte et plus durable. Le deuxième effet, c’est la régularisation immédiate du rythme cardiaque troublé; aucun médicament ne saurait lui être comparé à cet égard. Le troisième résultat, c’est l’accélération des battements qui s’impose, pour ainsi dire, dans les graves atonies avec ralentissement du cœur et, par cela même, le rapproche de la belladone. Tous ces phénomènes apparaissent au bout d’une heure ou de quelques heures au plus et se maintiennent trois à quatre jours après la suppression du médicament. Pendant ce temps, les forces augmentent et la respiration est facilitée, mais beaucoup moins bien que par l’iodure de potassium. »
- L’Ambra inennis est considérée aux Antilles, son pays d’origine, comme un vermifuge souverain. On emploie l’écorce qui est grise à l’extérieur, rouge ocracé à l’intérieur, sans goi'it et sans odeur. Elle renferme du tannin et un principe actif, Yandirine, qui présente tous les caractères d’un glucoside. Comme elle est douée de propriétés narcotiques, il ne faut la donner qu’à petites doses au début, jusqu’au commencement de nausées, ce qui indiquera la dose maxima. A la Jamaïque, on l’administre sous forme de décoction, de sirop, de poudre ou d’extrait fluide. La première forme qui, paraît-il, est la meilleure, est obtenue en faisant bouillir 50 grammes d’écorce avec 1 litre d’eau, jusqu’à ce que le liquide ait pris la coloration du vin de Madère. On donne quatre cuillerées à bouche de cette décoction aux adultes, deux aux enfants de dix ans et une aux plus jeunes. En tous cas, on peut augmenter la dose, mais seulement en s’arrêtant à l’apparition des nausées.
- VAdonis vernalis contient, d’après Yincenzo Cervello, un principe actif auquel il donna le nom d’adoniditie. C’est un glucoside, nous croyons, encore assez mal défini, qui se présente sous forme d’une poudre jaune amorphe, à saveur amère, insoluble dans l’éther et le chloroforme,
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- pou soluble clans l’éther et le chloroforme, peu soluble dans l’eau, plus soluble dans l'alcool. D’après Mordagne, elle se retrouve, non seulement dans les tiges et les feuilles de la plante, mais aussi les rhizomes et les racines ; en tous cas, la richesse de la plante en adoni-dine est très faible, puisque 10 kilogrammes peuvent fournir à peine 2 grammes de matière sèche.
- L’Adonis vernalis et surtout Vadonidine exercent, d’après M. H. Huchard, une action analogue à celle de la digitale, sur le cœur et, surtout, sur les vaisseaux, une action mise en évidence par des observations déjà nombreuses. M. Durand, de Lille, arrive à des conclusions à peu près semblables ; il cite le cas d’un malade qui a pu prendre impunément 16 centigrammes d’adonidine dans une journée. Il est juste de reconnaître que cette dose avait été donnée par erreur, la dose normale ne devant pas dépasser, d’après M. Huchard, 20 à 25 milligrammes d’adonidine par jour. L’action du médicament est rapide, et, dès le premier jour, on peut déjà constater ses effets sur la tension artérielle, sur le cœur et sur la diurèse; mais rapide aussi doit être son élimination, puisque tous ses effets disparaissent en quelques jours après la suspension du médicament. Il en résulte que, contrairement aux préceptes qui doivent toujours guider le médecin dans l’administration de la digitale, on doit maintenir assez longtemps le malade sous l’action de l’adonidine.
- REPR0DDCTI0NS PHOTOGRAPHIQUES
- SANS APPAREIL
- L’étude de la conductibilité électrique des gaz raréfiés a amené M. le docteur Boudet de Paris à la découverte très curieuse de différents moyens, par lesquels on peut obtenir directement sur des plaques au gélatino-bromure d’argent, la reproduction de dessins, gravures ou objets plans quelconques, sans l’emploi des appareils ordinaires. Ceci sortant du sujet qu’il s’est proposé d’étudier et le temps lui manquant pour poursuivre les expériences, il abandonne le résultat de ses premiers essais à ceux qui voudront en profiter. Une étude plus approfondie donnera peut-être une explication complète de ces phénomènes et pourra conduire à une application industrielle. Pour faciliter les recherches ultérieures, nous allons résumer aussi exactement que possible les renseignements que M. Boudet de Paris a bien voulu nous communiquer.
- Lorsqu’on veut reproduire une étincelle ou un effluve électrique au moyen des appareils photographiques ordinaires, on obtient des résultats très imparfaits. Il y a environ deux ans, M. Ducretet, le constructeur bien connu, a eu l’idée d’impressionner les plaques au gélatino-bromure en faisant directement la décharge dans leur voisinage. A cet effet il a construit une cage en verre rouge munie à l’intérieur de supports pour les plaques, et de conducteurs de différentes formes. Il a par ce moyen obtenu des résultats très remarquables. M. Boudet de Paris ne disposant pas de l’appareil en question et voulant cepen-
- dant conserver une trace durable des étincelles des condensateurs spéciaux dont il se sert dans ses études, a opéré d'une façon très simple. Se plaçant dans une chambre complètement obscure, il a posé la plaque photographique sur une table, puis comme conducteurs il a placé sur le côté sensibilisé deux pièces de monnaie à une certaine distance l’une de l’autre. Mettant alors l’armature extérieure d’un condensateur en communication avec l’une et posant le bouton de l’armature intérieure avec l’autre, l’étincelle éclata entre les deux pièces. Le développement et la fixation par les procédés ordinaires donnèrent une très belle image de la décharge. En étudiant ensuite de près le cliché obtenu, il vit avec surprise que l’effigie des pièces s’était reproduite. Il répéta alors l’expérience en mettant sur la plaque sensible une seule pièce reliée à l’un des pôles d’une petite machine de Yoss et promenant l’autre pôle tout autour il fît jaillir une série d’étincelles. L’effigie s’était reproduite avec beaucoup plus do netteté. Ceci fait supposer immédiatement que la reproduction est due au pouvoir éclairant de l’étincelle. Cette supposition paraît confirmée par l’examen du cliché qui pour une pièce de monnaie donne en noir les parties saillantes et pour un cachet gravé en creux donne en blanc les parties creuses; c’est-à-dire que les choses se passent comme s’il s’agissait d’une photographie faite par les procédés ordinaires. De plus si l’on opère avec l'effluve seul, qui à cause de sa coloration violette a un pouvoir aetinique plus puissant que la lumière blanche de l’étincelle, on obtient des résultats encore plus marqués, surtout si la plaque est posée sur un miroir de manière à réfléchir l’effluve. On est donc naturellement amené à se demander si l’on n’obtiendrait pas le même résultat en se servant d’une lumière quelconque. C’est ce que tenta M. Boudet de Paris et voici la disposition de son expérience. Sur un miroir ordinaire en verre dont le côté étamé repose sur une planchette en bois, on place la glace au gélatino-bromure d’argent, la couche sensible en dessus; puis sur cette couche sensible et directement en contact avec elle, le dessin, la gravure, peinture, photographie, etc., à reproduire. On place là-dessus, pour éviter tout effet de transparence, une feuille de carton épais; puis on recouvre le tout d’une plaque de verre de la dimension du miroir, de manière à pouvoir saisir et maintenir cet assemblage en le prenant dans les mains. On l’expose alors pendant quelques secondes à la lumière d’une lampe Carcel placée à 25 ou 50 centimètres de distance en inclinant dans tous les sens de manière à ce que le miroir réfléchisse bien les rayons lumineux sur tous les points de l’objet à reproduire ; puis on rentre dans l’obscurité pour développer et fixer par les procédés connus. Le cliché peut ensuite servir à tirer des épreuves sur papier comme à l’ordinaire. La figure 1 est la reproduction par l’héliogravure d’un cliché obtenu de cette façon avec un dessin à l’encre de Chine.
- Il est donc bien certain que la présence de l’élec-
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- tricité n’est pas indispensable ; cependant les expériences suivantes semblent prouver qu’elle n’est pas inutile. La première, dont l’idée a été communiquée par M. Lippmann au docteur Boudet de Paris, consiste à avoir la plaque photographique à l’intérieur du condensateur : une plaque d’étain collée sur une planchette formait l’une des armatures, la plaque au gélatino-bromure placée dessus, le côté sensible en haut, servait de diélectrique; enlin un cachet métallique placé directement sur la couche sensible formait l’autre armature. En chargeant à saturat ion avec-une machine de Yoss cette sorte de condensateur et en faisant ensuite jaillir l’étincelle entre les excitateurs polaires de la machine, le résultat fut d’une netteté remarquable. La figure 2 est la reproduction par l’héliogravure du chet métallique employé la ville de Padoue.
- Tous les détails sont fidèlement reproduits avec la plus grande netteté. La deuxième expérience fut faite par M. Boudet de Paris pour essayer les eflets de l’électricité des piles, car jusque-là l’électricité des machines ou statique avait seule été employée. Il plaça donc le condensateur dont nous venons de parler dans une cuvette pleine d’eau, puis relia l’armature formée par la plaque d’étain au pôle négatif et le cachet au pôle positif d’une pile ayant comme constantes 22 volts et 50 milli-ampères.
- Au bout de 5 minutes, il retira les communications avec la pile. Le cachet adhérait fortement à la plaque sensible où il avait laissé une profonde empreinte, comme sur de la cire. 11 y avait tout autour une
- auréole blanche. Le cliché ainsi obtenu n’est pas teinté, mais seulement imprimé, et il ne permet pas
- de tirer des épreuves positives sur papier1. L’expérience fut faite ensuite en sens inverse, c’est-à-dire avec le cachet au pôle négatif. Cette fois il ne se produisit ni adhérence, ni empreinte, rien qu’une auréole noire très marquée.
- Si l’adhérence avait lieu dans les deux cas, on pourrait supposer que le courant électrique produit, au point de contact, une certaine chaleur, sui-fisante pour amollir la gélatine et faciliter l’empreinte. Mais il n’en est rien, car cette chaleur se produirait aussi bien lorsque le cachet, est relié au pôle négatif.
- Il y a dans le premier cas une sorte de transport de la matière gélatineuse dans les creux du cachet, dans le deuxième cas, et dépôt de gélatine sur le cachet se fait précisément dans des conditions inverses à celles qui sont requises pour obtenir un dépôt par la galvanoplastie, où c’est, au contraire le moule qui doit être attaché au pôle négatif tandis que l’anode est au pôle positif. Il y a là des faits très curieux et qui méritent d’être étudiés. Nous remercions M. le docteur Boudet de Paris de nous avoir mis en mesure de les faire connaître à nos lecteurs. G. Mareschal.
- 1 Cependant par une suite de reproductions positives et négatives sur gélatino-bromure, M. Arents a réussi à obtenir pour l’héliogravure une épreuve destinée à une brochure, qui sera publiée par M. Boudet de Pans et qui donnera un spécimen de tous les clichés obtenus dans ses différentes expériences.
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- Fig. t. — Reproduction par l’héliogravure du cliché photographique d’uu dessiu à l’encre de Chine, obtenu sans aucun appareil.
- cliché ainsi obtenu. Le ca- transport qui n a pas lieu est un sceau très ancien de il est à remarquer que ce
- Fig. 2. — Reproduction par l’héliogravure du cliché photographique d’un ancien sceau de la ville de Padoue, obtenu par une étincelle électrique.
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- PAMA DE VENTILATION, SYSTEME GASTON BOZERIAN
- Les pankas (on dit aussi punkas ou tankas), sont des écrans ou évantails gigantesques qui servent de ventilateurs dans toute l’étendue de l’Inde anglaise. Ces pankas se composent d’un cadre de bois léger recouvert d’une étoffe au bas de laquelle flottent des franges. On les suspend en l’air au-dessous du plafond de manière à prendre à peu près toute la largeur et la longueur de la chambre. Au bas du panka, on attache une corde passée dans une poulie. Cette corde est mise en mouvement par un domestique hindou spécialement préposé k cet office. Le panka se relève et un poids fixé également k la partie inférieure, le lait retomber. L’effet produit par ce colossal éventail auquel on imprime un mouvement continu, est de donner une fraîcheur inappréciable dans un pays où la chaleur atteint parfois une température incroyable; sans le vent factice obtenu k l’aide de pankas, la position ne serait pas tenable. Ce vent prévient la transpiration ou la fait disparaître k mesure qu’elle se forme; il s’adoucit souvent en un zéphyr insensible ; si vous êtes occupé k lire, k écrire, vous continuez quelque temps votre besogne, mais distrait, le front mouillé, agité par un sentiment de gêne qui, bientôt vous fait quitter le livre ou la plume; vous regardez autour de vous, le panka pend immobile; I ébahi tient encore le cordon qui le tire, mais c’est qu’il l'a attaché k sa main. Il s’est doucement coulé k terre accroupi ; il sommeille et vous
- brûlez. Une énergique interjection le réveille en sursaut; l’homme se lève et tire le panka de toute
- sa force... vous éprouvez un sentiment d’aise et de fraîcheur. C’est comme le passage d’un accès de fièvre au bien-être dans une maladie intermittente. Aussi voit-on le panka partout, dans le temple, au tribunal et autres lieux publics, aussi bien que dans les demeures de particuliers. C’est même un des premiers étonnements de l’Européen k son arrivée dans l’Inde. II ne tarde pas toutefois a bénir cette heureuse invention 1.
- Si, dans un pays où la température atteint généralement, et dépasse même souvent 40°, il est absolument indispensable d’obtenir par tous les moyens possibles cette fraîcheur factice sans laquelle les Indes ne seraient pas habitables pour les Européens, et si on n’hésite pas k établir partout ces pankas bienfaisants qu’on fait manœuvrer par des bahis, l’élévation de la température n’est pas telle en France qu’on soit obligé de recourir k de semblables procédés. Mais, sans y être forcé par la nature, il n’en est pas moins vrai que nous sommes souvent d’autant plus incommodés par la chaleur, que nous n’y sommes pas habitués, et que, dans le midi de la France,k certaines heures de la journée, cette chaleur devient absolument intolérable. On a bien la ressource de se donner un peu d’air en agitant un
- 1 D’après le Dictionnaire de Larousse.
- lig. 1. — Table-tente-éventail ou panka.
- Hg. 2.— l’anka d’appartement à pédale
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- LA NATURE.
- éventail, mais, outre <{ue ce mouvement ne tarde pas à être fatigant, il empêche de se servir de la main qui évente.
- Le nouvel appareil qui vient d’être imaginé par M. Gaston Bozérian, à qui l’on doit déjà de nombreux mécanismes ingénieux et utiles, permet au contraire de s’éventer pendant toute une journée, si on le désire, sans aucune fatigue, et tout en mangeant, lisant, écrivant, jouant, etc.
- Nos gravures représentent deux modèles différents de ces appareils.
- Dans l’un, destiné à servir en plein air (lîg. 1), on voit, réunis ensemble, une table, une tente et un éventail ; mais, chaque partie étant indépendante, on peut avoir soit la table-éventail, sans tente, soit l’éventail à pédales seul, sans table ni tente; on se sert alors d’une table quelconque. Sous la tente se trouve disposé un écran pivotant librement dans des trous pratiqués dans les bâtis qui servent en même temps de supports pour la tente et pour la table. Cet écran est relié, par deux articulations, aux pédales sur lesquelles reposent les pieds ; le mouvement des pédales est alternatif, comme celui des machines à coudre, mais, tandis que pour faire marcher ces dernières, on est obligé d’exercer une pression qui ne tarde pas à devenir très fatigante, dans l’appareil de M. Gaston Bozérian le mouvement est tellement doux qu’il suffit de soulever successivement la pointe de chaque pied, pour que le poids seul de l’autre pied détermine l’oscillation de l’éventail, car, dans l’espèce, la résistance de l’air peut être considérée comme nulle. L’écran qui, au repos, se trouve dans la position perpendiculaire, décrit environ un quart de cercle lorsqu’on soulève la pointe des pieds de 2 à 5 centimètres. Par suite de l'absence de résistances passives, le mouvement se produit sans aucun effort et presque machinalement, en donnant de l’air, non seulement à celui qui fait marcher l’éventail, mais aussi à la personne qui se trouve en face. Notre première gravure fait comprendre très clairement ce mécanisme.
- La figure 2 représente un appareil d’appartement destiné a être placé devant une table ou un bureau pour qu’on puisse s’éventer tout en mangeant ou en écrivant. Monté sur roulettes, il se transporte facilement d’une place à une autre. A l’extrémité d’une colonne en bois dont on peut faire varier la hauteur à volonté, se trouve disposé un éventail flexible dont le manche est fixé après une poulie ; une petite niasse de plomb forme le contrepoids de l’éventail, qui est ainsi complètement équilibré. Autour de cette poulie est enroulée une corde dont chaque bout est attaché après une pédale. On comprend que le mouvement alternatif de ces pédales doit déterminer une rotation de la poulie dans un sens, puis dans un autre, et que, par suite, l’éventail s’élève ou s’abaisse plus ou moins rapidement, en donnant une quantité d’air variable, suivant qu’on soulève la pointe de chaque pied avec plus ou moins de rapidité. Dr Z...
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- CHRONIQUE
- Le traitement de la rage aux États-Unis. — La
- vaccination Pasteur a été pratiquée pour la première fois en Amérique le 4 juillet dernier; cette opération a eu lieu à New-York dans le laboratoire du docteur Mott, qui avait fait le voyage de Paris pour aller chercher du vaccin rabique dans le laboratoire de la rue d’Ulm, et qui a reçu de M. Pasteur lui-même toutes les indications nécessaires. Un grand nombre de lapins ont été traités par la méthode connue avant que le docteur Mott consentit à faire l’application demandée. Le premier sujet vacciné a été le jeune Harold Newett, âgé de sept ans, fils du docteur I. G. Newett, de Jersey City, et qui avait été mordu le 24 juin par un chien de salon. La blessure était à l’épaule gauche et l’enfant a été cautérisé à différentes reprises. M. le docteur Mott était assisté par le docteur Baldwin ; le docteur Liautard était présent ainsi que plusieurs représentants de la presse de New-York.
- Phénomènes météorologiques à Alger. — Un
- coup de sirocco d’une violence exceptionnelle a passé sur Alger dans la journée du 7 juillet. La température inaxima s’est élevée à l’ombre à 43°,2. 11 a éclaté un violent orage pendant lequel on a recueilli lmm,71 d’eau. La foudre a frappé le magasin à fourrage de Mustapha, plusieurs meules ont été brûlées, et les maisons voisines furent préservées avec peine. Circonstance bizarre relatée par VAkhbar : il paraît que les cavaliers de garde ont été arrêtés. L’orage a duré moins d’une heure, après quoi le vent a tombé, le ciel est devenu bleu, et la nuit rafraîchie par une pluie bienfaisante, aétéjtrès agréable et très belle. Cependant des vapeurs abondantes régnaient dans l’atmosphère, car le soir à neuf heures on a constaté une couronne lunaire. Le lendemain matin un fort coup de vent de l’ouest s’était déclaré et la mer était houleuse. Nous décrivons avec soin ces phénomènes météorologiques parce qu’ils ont été précédés d’un phénomène de mirage. Avant la crise orageuse, la couche d’aîr qui est en contact avec la mer, était tellement échauffée, que les promeneurs de la place de la République ont pu voir à deux heures que l’aspect du cap Matifou avait changé. 11 semblait surmonté d’une roche en granit coupée verticalement. Enfin il paraissait s’être beaucoup rapproché d’Alger.
- Les pigeons voyageurs en France. — On ignore généralement que la commune de France qui possède, toutes proportions gardées, le plus de pigeons voyageurs, c’est Wattrelos (Nord).Le recensement des pigeons voyageurs, prescrit par une circulaire du ministre de la guerre, est terminé à Wattrelos depuis quelques jours. 11 a révélé des détails assez curieux. Ainsi, dans cette commune, on ne compte pas moins de 3000 de ces intéressants volatiles qui ont rendu de si précieux services pendant « l’année terrible ». Trois mille, vous lisez bien! Or, à Roubaix, qui renferme aujourd’hui plus de cent mille âmes, ou évalue le nombre des pigeons voyageurs à 15 000 et à Lille, il n’y en a que 8000. Si, dans les grandes villes, le nombre des pigeons voyageurs était dans les mêmes proportions qu’à Wattrelos, il y en aurait 71 000 à Roubaix et 30!000 à Lille. C’est donc Wattrelos qui tient la palme! Ces trois mille pigeons appartiennent soit à des éleveurs isolés, soit à des Sociétés colombophiles, au nombre de huit. La plus ancienne est celle du Saint-Esprit, fondée en 1860 par l’un des amateurs les plus connus de la , région, M. Ilazebrouck. Le Saint-Esprit a son siège dans
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- LA N AT U HE.
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- un estaminet de la Grand’Place et est actuellement présidée par M. François lîavart; ses sociétaires possèdent un total de 118 pigeons. La Société la plus nombreuse et la plus importante est celle des Ambulants, établie sur la Vieille-Place; elle ne date que de 1885, mais comprend déjà une vingtaine de membres possédant ensemble 264 pigeons. M. Hazebrouck en lait aujourd’hui partie. Voici, d’après le Journal de Roubaix, les noms des autres Sociétés colombophiles de Wattrelos, avec les dates de leur création : VEspérance, te Hardi, le Pigeon bleu, 1870: la Grande Vitesse, le Pigeon d'or, 1873: l’Hirondelle, 1882.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 juillet 1886.— Présidence de M. l’amiral JURIEN DE LA GrAVIÈRE.
- Les phgllades de Sa'mt-Lô. — Un ensemble très considérable de recherches conduit M. Hébert à modifier l’histoire géologique des couches cambriennes normano-bretonnes auxquelles on donne le nom de phyllades de Saint-Lô. Tout d’abord il s’est assuré que les grès et les poudingues qu’on veut ordinairement superposer à ces schistes en sont de simples accidents. En second lieu, l’auteur pense que les couches dont il s’agit sont plus récentes que le granit : elles admettent, en diverses localités, des conglomérats granitiques et nulle part elles ne sont traversées par des dykes de granit. Les roches grani-toïdes qui y ont pénétré par intrusion sont sans exception des granulites. On avait cru voir une preuve de l’arrivée postérieure du granit dans les auréoles des schistes ma-clinifères dont les mamelons schisteux cristallins sont ordinairement entourés, par exemple à Vire ; mais M. Hébert aime mieux rattacher ce métamphorisme aux innombrables veines quartzeuses dont les schistes sont lardés et qui témoignent de l’activité de sources minérales sans doute fort chaudes.
- Météore. — Le 22 juillet dernier, entre 8 h. 45 m. et 8 h. 47 m. du soir, M. Ch. Moussette a vu, à Auteuil, une lueur qu’il rattache au phénomène des aurores boréales. Le météore avait 40 degrés de largeur et 15 degrés de hauteur; il consistait en nuages mamelonnés, brillant d’une lumière propre et d’un éclat moindre à celui de la Chèvre, qu’on voyait à travers. Le même auteur adresse une nouvelle photographie des éclairs en spirales qu’il a découverts.
- Appareil pour l’essai des vins. — Sous le nom de chromatomètre, M. Andrieux adresse, par l’intermédiaire de M. Wolf, un appareil qui permet de mesurer avec beaucoup de précision le degré de coloration des vins. Cet instrument que nous ne saurions décrire sans figure fait connaître l’épaisseur sous laquelle le vin examiné transmet rigoureusement la même teinte de rouge qu’une lame de quartz d’épaisseur convenable placée entre deux niçois et qu’on observe en même temps. Il y a là quelque chose qui rappellera à tout le monde l’appareil de M. Zoll-ner pour mesurer la couleur des étoiles.
- Reviviscence des anguillules. — Aucune histoire n’est plus frappante que celle des animaux pseudo-ressuscitants. Hès 1733, Becker décrivait la mort apparente des anguillules desséchées et admettait qu’au bout de cent ans et plus les animaux pouvaient, sous l’effet de l’humidité, recouvrer leur activité première. Needham, en 1743, constate expérimentalement la résurrection d’anguillules
- après vingt-huit ans. Bavainne, bien plus récemment, en a ressuscité au bout de quatre années. Le savant directeur du Muséum d’histoire naturelle de Rouen a voulu se faire une opinion sur un sujet si intéressant. Opérant sur l'anguillule du blé niellé, il constate, par des essais qui remontent à 1872, qu’au bout de quatorze ans, la reviviscence est à peu près épuisée.
- Le lait des pigeons. — Chacun a été frappé du singulier procédé alimentaire qu’emploient les pigeons au profit de leurs petits durant les quinze premiers jours qui succèdent à l’éclosion : ils dégorgent un liquide gras d’aspect lactescent que le petit recueille en introduisant son bec tout entier dans celui de ses père et mère. On sait que le liquide ainsi dégorgé est sécrété par les parois du jabot que certains naturalistes considèrent comme intérieurement tapissé d’une couche glanduleuse. D’après M. Salles et un collaborateur dont le nom nous échappe, la couche sécrétante est un simple épithélium. L’activité de l’élaboration dont elle est le siège détermine comme une hypertrophie de vaisseaux sanguins. La paroi intérieure du jabot se replie un grand nombre de fois sur elle-mèrne et il est alors facile de la confondre avec un appareil glanduleux.
- Aéronautique. — C’est une acquisition très précieuse que M. le colonel Perrier procure à la Bibliothèque de l’Institut, en y déposant une reproduction photographique de l’album où le général Meusnier a réuni ses idées sur la navigation aérienne. On sait qu’il avait reconnu la nécessité des ballonnets ; qu’il préconisait la forme allongée pour les ballons et qu’il proposait l’emploi de rames tournantes ayant avec les hélices les plus étroites analogies.
- L’Aigoual. — Le même académicien donne les meilleures nouvelles de la station météorologique qu’il a fondée au sommet de l’Aigoual. Dès maintenant, grâce au concours de M. Crova, tous les appareils nécessaires sont installés et fonctionnent. Les pyramides de Cassini font de l’établissement une station géodésique et M. Perrier espère qu’avant longtemps, ce sera aussi un observatoire astronomique.
- Varia. — La vitesse de la lumière dans le sulfure de carbone occupe M. Gony. — D’après M. Saint-Remy, le cerveau des myriapodes se rapproche plus de celui des insectes que de celui des crustacés et des arachnides. — — M. Verbeek adresse de Bonytenzorg la seconde partie de son monumental ouvrage sur le Krakatau. —Un complément d’information est fourni par M. Moissan au sujet de sa belle découverte du fluor. Stanislas Meunier.
- NOUVEAUX TREMBLEMENTS DE TERRE
- EN ANDALOUSIE
- Les ébranlements du sol par les forces souterraines n’ont pas discontinué en Andalousie depuis la terrible nuit du 25 décembre 1884. Depuis cette époque, l’équilibre ne s’est pas encore rétabli dans les couches de la croûte terrestre des sierras des provinces de Grenade et de Malaga; les forces endogènes viennent encore de s’y manifester par des commotions assez violentes pour produire des dégâts, heureusement peu notables. En effet, mardi, 6 juillet, a 11 h. 25 m. du matin, on sentit,
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- LA NATURE.
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- k Malaga, un tremblement de terre très perceptible (n° VIII, échelle ltossi-Forel) qui se manifesta par un mouvement d’oscillation : ce mouvement eut deux périodes très rapides, qui durèrent k peine deux secondes chacune.
- Le mouvement sismique se fit sentir également quelques instants après k Motril, k l’est de Malaga. La commotion y fut assez intense et précédée de bruits souterrains parfaitement perceptibles. L’aire sismique paraît embrasser une assez grande surlace, (indéterminée encore en ce moment) et la direction du mouvement du N. 0. au S. E., en supposant l’observation des heures k Malaga et k Motril bien faite.
- Le tremblement de terre se répéta k Malaga k 8 h. 50 m. du soir en produisant une vive alarme chez les habitants. D’ailleurs les secousses de ce nouveau tremblement de terre ont été assez intenses pour crevasser quelques murs de vieux édifices ou
- de'maisons peu solides, principalement aux quartiers de la Trinidad et des Capuchinos.
- Le nouveau tremblement de terre s’est lait sentir sur les versants de la sierra Nevada, aux pieds des sierras Tejeda et Almijarn; les secousses très sensibles et même intenses ont été senties k Yelez, Malaga, Canillas, Riogordo, Periana, Aleanciri et dans quelques autres localités des deux provinces limitrophes. Une coïncidence digne de remarque et qui semble mettre en relations les phénomènes atmosphériques avec la météorologie endogène, c’est que quelques instants après les premières secousses, k environ 0 h. 50 m. du matin, un ouragan d’une grande violence se déchaîna sur la partie du littoral méditerranéen soumis aux influences sismiques. Depuis cet ouragan, la température très élevée, qui régnait en Andalousie, s’est un peu abaissée par la venue de courants frais.
- Failles principales A.B.C.O. E. Direction du mouvement Séismique
- Echelle de 1: 3.700.000.
- Carte des tremblements de terre d’Andalousie.
- Cette persistance des mouvements sismiques de l’Andalousie est digne de l’attention des physiciens et des géologues. A quoi faut-il l’attribuer?
- La fréquence des mouvements sismiques du sud de la péninsule ibérique est certainement liée k la structure du sol de cette contrée. Si l’on jette les yeux sur une carte orographique et géologique de cette région, on verra que le long de la côte andalouse, de Cadix k Carthagène, sur une large bande, le sol est disloqué, traversé par de nombreuses failles; les couches plissées, contournées et fracturées, dénotent un état d’équilibre peu stable et l’activité intermittente des causes qui ont produit ces dislocations, les tailles et fractures anciennes peuvent se rouvrir sous l’impulsion des forces orogéniques internes : la structure géologique du sol de cette région ne présente aucune garantie contre ces futures éventualités.
- M. Macpherson distingue trois grandes fractures
- dirigées parallèlement aux dislocations fondamentales du pays : la première faille, compliquée de trois autres failles transverses, se montre dans la Ser-rania de Ronda; la deuxième est déterminée par la vallée du Guadalquivir et la troisième faille parcourt la base méridionale de la Cordillère Carpéto Vétonique. Ces trois grandes failles équivalent a trois solutions de continuité dans l’écorce terrestre.
- MM. Barrois et Offret ont reconnu trois failles principales dans les provinces de Grenade et de Malaga ; ces failles sont : celle de Malaga, celle de Motril et la troisième celle de Guadia. Avec un sol aussi étrangement disloqué et fracturé, les commotions souterraines fréquentes et intermittentes n’ont rien de surprenant. A.-F. Noguès.
- Propriétaire-Gérant : G. Tissandiek.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- LA NATURE.
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- PERFORATION D’UN TUNNEL
- PAR CONGÉLATION
- Nos lecteurs connaissent l’ingénieux système de congélation appliqué par M. Pœtsch au fonçage de puits des mines dans les terrains aquilères1 : l’examen attentif des couches congelées avait permis de se rendre compte du peu d’influence que leurs inclinaisons respectives exerçaient sur la prise totale de la masse, d’où l’on pouvait conclure que la méthode ne rencontrerait pas de difficultés spéciales si on l’appliquait au percement d’un tunnel. La pratique a justifié cette opinion, et quoique le prin-
- cipe seulement de la congélation ait été employé dans le tunnel qui vient d’être établi à Stockholm (fig. 1), il y a là un exemple intéressant d’une solution pratique pour le percement des galeries dans les terrains ébouleux.
- Le tunnel en question est destiné à réunir deux quartiers de la partie Nord de Stockholm séparés par la crête d’une colline qui rend particulièrement difficiles les communications entre eux. Pour atténuer ces inconvénients, M. Lindmark, capitaine du génie suédois, a proposé d’exécuter un tunnel sous cette colline : la longueur totale de l’ouvrage est de 250 mètres, la largeur aux naissances de 5m,9o, e la hauteur sous clef, de 5m,80. Afin d’éviter
- Fig. 1. - Ira vaux du grand tunnel de Stockholm, perforé par congélation.
- expropriations aux abortls des têtes, le tracé a été dirigé suivant l’axe d’une rue : mais celle-ci est entièrement construite, de plus assez étroite, et dans certaines parties, notamment près de l’extrémité Ouest, les fondations du tunnel arrivent sous celles des maisons (fig. 2). Un tel ouvrage présentait donc des conditions spéciales et exigeait les plus grandes précautions pour éviter des tassements dans les constructions supérieures.
- La galerie de direction, établie à la hase du tunnel, a été pour la plus grande partie pratiquée dans le granit, à l’aide de la dynamite. L’élargissement de la partie Ouest de l’ouvrage n’a pas non plus ren-
- > ;
- 1 Voy. n° GOo, du 27 février 1880, j>. 201. fie année. — 2° semestre.
- contré d’obstacles sérieux. 11 en a été tout autrement pour la partie Est : le terrain rencontré près de la tête consiste en un gros gravier entremêlé de blocs et cimenté par une argile qui se délayait sous l’action des infiltrations et faisait couler les graviers même à travers les plus petites ouvertures. De plus, à 15 mètres de la tète, le tracé passait sous deux maisons à 5 étages chacune (fig. 2), construites sur les versants opposés de la crête : et à une distance assez faible l’une de l’autre, pour que les piédroits du tunnel dussent être édifiés sous leurs fondations. Celles-ci descendaient même jusqu’à trois mètres de la voûte.
- M. Lindmark songea tout d’abord à la méthode inaugurée par l’ingénieur autrichien Rziha; on sait
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- LA NATURE.
- qu’elle consiste à supporter les parois de l’excavation par deux cintres, l’un composé de voussoirs eii rails Yignole réunis entre eux par des brides boulonnées, l’autre en fonte, constitué par des pièces à section de double T sur lesquelles viennent reposer les voussoirs supérieurs. Un garnissage en madriers est posé contre le front de taille et y est appliqué par des étais a vis. Au fur et à mesure de l’excavation, on pose les cintres dans l’espace préparé en avancement et on démonte ceux qui deviennent inutiles, en substituant aux voussoirs en fer les pierres de murail-lement. Ces précautions demeurèrent stériles, et à la suite de quelques tassements survenus avant qu’on atteignît Remplacement situé au-dessous des constructions dont nous avons parlé, on fut obligé d’arrêter les travaux, à 12 mètres environ de l’origine.
- M. Lindmark eut alors l’idée d’employer la congélation, et installa a cet effet dans le tunnel une machine à air froid du système Lightfoot, fournissant 700 mètres cubes d’air à l’heure à une température de — 20°. La figure 3 indique les dispo-
- Fig. 2. — Tracé du tunnel et coupe longitudinale.
- tement excavée, on faisait la maçonnerie en arrière de la cloison, profitant ainsi du temps pendant lequel les parois demeuraient encore solidifiées. L’opération s’est ainsi poursuivie sur une longueur de 24 mètres, au delà de laquelle on a rencontré un terrain d’une cohésion suffisante pour rendre inutile la congélation. L’avancement journalier dans la première couche a été de 0m,30; dans la seconde de 0m,75.
- Les travaux commencés pendant l’été de 1885 sont actuellement terminés ; tics deux maisons sous lesquelles passe le tunnel, l’une n’a accusé aucun tassement; la façade de l’autre a tassé de 0,n,Ü25 environ mais sa construction laissait à désirer, et on pouvait y observer des lézardes avant le travail du tunnel. L’ouvrage a coûté 1460 francs par mètre courant.
- Cette application du principe de la congélation des terrains pourra sans doute être reprise dans les travaux du Métropolitain de Paris, qui sur un certain nombre de points doit traverser des terrains plus ou moins aquifères, en tout cas, chargés de constructions élevées, sans parler de la partie du tracé qui joignant les deux rives, est projetée en
- Fig. 3. — Installation de l’excavation par le système Itzilia et la congélation combinés.
- sitions adoptées et combinées avec la méthode Rziha. Après une première mise en marche qui a duré soixante heures, on a obtenu la congélation des parois du tunnel, et il suffisait de faire fonctionner l’appareil pendant les dix heures de la nuit, pour maintenir la solidification de la masse avec des épaisseurs variant depuis lm,50 au niveau du radier, jusqu’à 0m,50 près de la voûte. Vers la clef, le thermomètre n’indiquait pas plus de 0°, tandis que la température moyenne était de — 4°,5. Elle montait d’ailleurs rapidement à 0° quami les ouvriers commençaient à travailler. La chambre de travail était fermée par une double cloison dont on remplissait l’intervalle avec du charbon de bois, et qu’on avançait à mesure qu’on avait terminé l’excavation sur une profondeur de lm,50. Les cintres métalliques disposés comme précédemment, mais diminués des parties correspondantes aux piédroits, étaient établis sur les parois latérales devenus solides. La différence des températures entre ces parties et la voûte ne présentait aucun inconvénient ; elle permettait même d’enfoncer aisément les palplanches qu’il aurait, en tout cas, fallu poser, et dont l’enfoncement aurait été fort difficile, sinon impossible, dans le gra vier congelé.
- A mesure qu’une section de lm,50 était complè-
- tunnel sous le lit de la Seine. Il est d’ailleurs probable qu’une série d’installations faites sur une grande échelle et dont le coût d’établissement se répartirait sur d’assez importantes longueurs, permettrait de réduire le prix indiqué ci-dessus pour le tunnel de Stockholm, où les frais d’acquisition et d’installation de l’appareil réfrigérant ont dû peser assez lourdement sur l’ensemble du travail.
- G. Richou.
- L’ALUMINIUM
- « Si le métallurgiste moderne vivait encore comme son prédécesseur, l’alchimiste, dans le monde des rêves, et se figurait posséder un pouvoir suffisant pour commander aux affinités chimiques, c’est certainement sur Y aluminium qu’il exercerait aujourd’hui sa puissance.... »
- Ainsi débute un article récent de notre excellent confrère Engineering, article dont nous allons résumer les points principaux et dans lequel sont nettement indiquées les possibilités d’une révolution industrielle et les raisons qui permettent de la prévoir à bref délai.
- L’art moderne de l’ingénieur, ainsi que les conditions normales de notre existence, se trouveraient, en effet, considérablement transformées du jour où l’aluminium deviendrait un métal usuel comme le fer , et l’esprit humain consacrerait plusieurs jours à passer en revue les
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- LA NATUllE.
- I il
- applications possibles d’un métal tenace trois fois moins dense que le fer, sans épuiser la série.
- Quelle révolution dans l’art naval, quelle portée nouvelle donnée aux ponts métalliques, quel vaste champ ouvert à l’art de l’ingénieur pour résoudre des problèmes considérés jusqu’ici comme insolubles !
- Mais il n’y a pas que la légèreté de l’aluminium et sa ténacité qui en font un métal précieux : il fond à moins de 1000 degrés centigrades; il se coule avec facilité; se travaille au marteau; ne s’oxyde pas, même au rouge; il résiste aux acides, excepté à l’acide chlorhydrique; il s’allie avec un grand nombre de métaux et leur donne une série de propriétés nouvelles précieuses ; il est un des meilleurs conducteurs du courant électrique; en un mot, il semble résumer en lui toutes les qualités recherchées dans les autres métaux.
- Jusqu’à présent, hâtons-nous de le dire, une réserve disponible et inépuisable d’aluminium à bas prix n'est encore qu’un rêve, mais ce rêve d’aujourd’hui pourrait bien être la réalité de demain, car l’aluminium qui coûte encore près de 140 francs le kilogramme en Angleterre, se vend aujourd’hui en Amérique à moins de 40 francs par kilogramme d’aluminium pur contenu dans les alliages dont il fait partie.
- Ce prix est encore prohibitif pour l’application du métal pur dans bien des cas, mais les fabricants semblent admettre que, dans un avenir prochain, ce prix sera considérablement réduit. C’est grâce à l’emploi du fourneau électrique, dont l’idée première est due à sir William Siemens1 que ce résultat a pu être obtenu.
- C’est en traitant l’alumine, un des corps les plus répandus de la nature, après la silice et la chaux, dans des fourneaux électriques dont la chaleur intense dépasse toutes celles qu’on a su produire jusqu’ici, que deux métallurgistes américains, MM. Eugène et Alfred Cowles, ont obtenu la réduction de cet oxyde.
- Près de deux cents minerais actuellement connus renferment de l’alumine en proportion notable, mais le plus riche est le corindon, renfermant 54 pour 100 d’aluminium métallique et 46 pour 100 d’oxygène. Jusqu’en 1869, le corindon se trouvait seulement dans quelques rivières de l’Inde et valait de 1 fr. 50 à 3 fr. le kilogramme.
- Mais M. W. P. Thompson a découvert, dans la Géorgie du Nord, une mine de corindon presque inépuisable, et le prix en est tombé à 50 francs la tonne sur le carreau de la mine, et 100 francs par tonne rendue à l’usine de traitement.
- En Europe, on aura probablement recours à l’alumine préparée artificiellement avec de la cryolite, ou bien au sulfate d’alumine.
- Le fourneau dans lequel est traité l’alumine constitue une sorte de conduit de 30 centimètres de largeur, 38 centimètres de profondeur et lm,50 de longueur, construit en briques et garni à l’intérieur de charbon en poudre, pour rendre la brique réfractaire. Mais, sous l’action de la chaleur, ce charbon se transforme en graphite et devient conducteur de l’électricité, ce qui est un inconvénient auquel on remédie en plongeant la poudre de charbon dans un lait de chaux et en la faisant sécher. Chaque grain se trouve ainsi enveloppé d’une mince couche de chaux qui le rend isolant. Le fond du fourneau est garni de cette poudre, et on en maintient une couche sur les côtés à l’aide de cloisons provisoires en tôle de fer. On fait pénétrer par les extrémités deux électrodes en charbon de 7,5 centimètres de diamètre et de 75 cen-
- 1 Yoy. n° 449, du 7 janvier 1882. p. 93.
- timètres de longueur chacun, et on les pousse jusqu’à ce que leurs extrémités se trouvent à une faible distance l’une de l’autre. C’est autour de ces électrodes qu’on dispose la charge composée de 12 kilogrammes d’alumine,
- 6 kilogrammes de charbon concassé et 24 kilogrammes de cuivre granulé. On recouvre le tout d’une couche de charbon et d’un couvercle en tôle garni de briques à la partie intérieure ; on ménage quelques ouvertures pour l’échappement des gaz et on lute le couvercle sur le fourneau qui est alors prêt à recevoir le courant.
- Ce courant est produit par des machines dynamo-électriques Brush qui, à leur puissance maxima, produisent 1500 ampères et 50 volts, soit 90 chevaux électriques. Une résistance en maillechort plongée dans l'eau est intercalée dans le circuit, et on peut la faire varier par sections, pour régler le courant à volonté et conduire la réduction de l’alumine.
- Au début, on emploie un faible courant, mais après dix minutes de fonctionnement, le cuivre est fondu, l’on écarte les électrodes et on supprime la résistance extérieure eu maillechort pour amener le courant à son maximum. On maintient le courant pendant cinq heures, temps nécessaire à la réduction : l’oxygène se combine avec le charbon et se dégage par les ouvertures ménagées dans le couvercle du fourneau électrique sous forme d’oxyde de carbone; le cuivre fondu qui bouillonne à la surface du bain s’allie à l’aluminium réduit et l’empêche de se combiner avec le carbone.
- Après l’opération, le cuivre retiré est analysé : il renferme de 15 à 30 pour 100 d’aluminium ainsi qu’un peu de silice : on le refond avec une nouvelle quantité de cuivre pour amener l’alliage au degré voulu.
- 11 a été impossible, jusqu’ici, d’obtenir l’aluminium pur, mais on espère arriver à ce résultat dans une nouvelle usine actuellement en construction à Lockport, près de New-York, où l’on dispose d’une force motrice hydraulique considérable, et pour laquelle on construit 12 nouvelles machines dynamos qui permettront de concentrer une puissance électrique de douze cents chevaux dans un seul fourneau !
- On a pu, par l’emploi du fourneau électrique, obtenir un grand nombre de corps par la réduction de leurs oxydes, et en particulier le bore, le sodium, le potassium, le calcium, le silicium, le magnésium, le chrome et le titane.
- Chacun de ces corps simples a trouvé ou trouvera de nombreuses applications, qu’on l’emploie seul ou qu’on l’allie aux métaux usuels; il est donc encore impossible de prévoir l’influence finale de l’introduction du fourneau électrique dans la science et son influence future sur l’industrie chimique des métalloïdes et des métaux.
- Un fourneau électrique est actuellement en construction, à l’instigation de MM. Combes, à Anvers, et l’on espère que l’aluminium pourra être produit à raison de 5 francs le kilogramme. A ce prix, il sera aussi économique, à volume égal, que le cuivre à 1 fr. 25 le kilogramme, et l’on peut à peine concevoir une application dans laquelle il ne lui soit pas supérieur.
- Citons, par exemple, les conducteurs télégraphiques et téléphoniques, les ustensiles de cuisine, les torpilles et les torpilleurs, les ballons dirigeables, les chaudières, machines, carcasses et appareillages des navires à vapeur, etc., etc., etc.
- A quand I’age de l’aluminium?
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- CATASTROPHE DE CHANCELADE
- PHOTOGRAPHIE DES GALERIES INACCESSIBLES
- Les carrières de Chancelade près de Périgueux, dont réboulenieiit a eu lieu le 22 octobre 1885 dans les conditions dramatiques que tout le monde a encore présentes à l’esprit, ont acquis une célébrité qui nous dispense de revenir sur les détails de la catastrophe.
- Nous avons d’ailleurs donné le récit complet de cet épouvantable événement1; il nous suffira de rappeler qu’à la suite de T effondrement, un comité d’initiative privée se forma pour tenter le sauvetage de cinq victimes qui avaient été surprises dans les galeries et qui devaient se trouver dans les fonds d’attaque de l’exploitation .
- La maison Lippmann se proposa de suite pour exécuter un sondage au moyen duquel on pouvait arriver à communiquer avec les galeries oii se trouvaient les prisonniers. Malgré les plus ardents efforts, il fut impossible de réussir.
- Le comité d’initiative, pour donner satisfaction à l’opinion publique, résolut de faire creuser un puits de forage de O1",30 de diamètre et de 70 mètres de profondeur qui permettrait d’atteindre la galerie (fig. 1), mais ce trou de sondage ne rendait pas la galerie accessible ; comment voir ce qui s’y était passé, comment s’assurer qu’il s’y trouvait des cadavres et que tout espoir de salut devait être à jamais abandonné?
- On confia à un photographe de Paris, M. Langlois, le soin d’exécuter un appareil spécial que l’on pourrait descendre à
- * Yoy. n“ (357, du “2 janvier 188G. p. 75, et n° (3(39, du 22 mars 188(5, p. 271.
- l’aide d’une cordelette, au fond du puits, et qui, capable de fonctionner à distance, fournirait au moyen des plaques sensibles impressionnées les renseignements qu’il s’agissait de se procurer.
- Cette opération présentait, on le voit, des difficultés particulières que M. Langlois est parvenu à vaincre avec beaucoup d’habileté.
- L’appareil photographique que l’ingénieux opérateur a construit, est enfermé dans une enveloppe métallique, que l’on peut descendre dans le trou de forage. Les parties et inférieures du système, sont munies de lampes à incandescence électrique, que l’on allume ou que l’on éteint à distance, à l’aide de fils conducteurs.
- L’appareil photographique proprement dit, formé de l’objectif et de la chambre noire avec sa plaque sensible, est au milieu de l’enveloppe métallique; il se trouve enfermé dans un tube cylindrique de 0m,092 de diamètre. Au moyen d’une cordelette que l’on tire de la partie supérieure du puits, on peut sortir l’appareil de sa gaine verticale, le faire pivoter à volonté autour de son axe, et l’incliner plus ou moins de manière à prendre des vues différentes (fig. 2, détail de l’appareil).
- L’ensemble du système est suspendu par des tringles en fer de 4 mètres de longueur, s’assemblant à la suite les unes des autres.
- Pour se servir de l’appareil , on opère de l’avant-puits C (fig. 1) qui sert de cabinet noir. On descend le système dans le puits de forage, jusqu’à ce qu’il ait touché le fond, c’est-à-dire le sol de la galerie inaccessible. A ce moment on exerce un tirage sur un foüet de rappel, de manière à relever la chambre noire ; on attend quelques minutes pour que le système tout entier soit biçn
- supérieures
- Fig. 2. — Appareil photographique de M. Langlois, ayant servi à prendre des vues clads les galeries inaccessibles de Chancelade. Détail de l’objectif et de la chambre noire. — Vue de l’appareil avec scs lampes électriques à incandescence, à une plus petite échelle.
- Fig. 1.— Coupe du massif montrant le trou de forage, et la galerie inaccessible où l'appareil photographique a été descendu.
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- LA NATIT.C.
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- immobile. L'objectif se trouvant toujours dans un lieu obscur, ne porte aucun bouchon ni obturateur,
- il est ouvert depuis le commencement de l'opération et pour impressionner la plaque, il suffit de donner
- Fig. 5..— Reproduction d'une pholograpliio obtenue dans les galeries Fig. i.— Reproduction d’une autre photographie obtenue dans les gaina (“cessibles de Chaneelade , montrant la tète du cadavre d'un leries inaccessibles deChancelade, montrant une roue et des débris jeune ouvrier. divers amoncelés.
- de la lumière. On y arrive facilement en faisant passer le courant électrique à l’aide d'un commutateur; les lampes à incandescence s’allument ; quand la pose est terminée, on les éteint, replongeant tout le système dans l’obscurité.
- La moyenne du temps de pose doit être de 4 à 5 minutes. On remonte le système et on développe le cliché.
- On peut recommencer les expériences autant de fois qu’il est nécessaire, et opérer pour toutes les orientations, en faisant tourner Je système d’un certain nombre de degrés au moyen d’un levier spécial adapté à la tige supérieure. On a obtenu à Chancelade les diverses vues de la galerie inaccessible dans les différents plans et dans les différentes orientations.
- Nous reproduisons ici deux des plus intéressantes photographies de M. Langlois; l’une d’elles montre la tète du cadavre d’un jeune mineur dont le
- visage se découpe sur le fond de la galerie (fig. 5) ; l’autre épreuve laisse apparaître une roue et des
- débris amoncelés pêle-mêle (fig. 4). . „
- La série des épreuves obtenues à l’aide de petits clichés carrés de 0m,05 de côté, a donné les renseignements les plus complets sur l’aspect de la galerie souterraine : on y a reconnu l’endroit exact où le sondage a été pratiqué, la figure des piliers intacts et des piliers effondrés, la présence de deux cadavres, indiquant que c’était bien là qu’il fallait agir pour porter secours aux malheureux.
- Nous joignons à ces documents l’aspect de la grande faille qui a déterminé l’effondrement de Chancelade (fig. 5).
- La nouvelle méthode de photographie de galeries souterraines inaccessibles, nous paraît devoir trouver dans l’avenir des applications multiples.
- Caston Tissandier.
- Fig. —• Faille ayant déterminé l’effondrement de Chancelade.
- (D’après une photographie.)
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- UN NOUVEL EMPLOI DE LÀ TOURBE
- Une intéressante innovation que nous voulons signaler à nos lecteurs consiste dans l’application des produits tourbeux à l’assainissement des hôpitaux, des lazarets et même des villes entières.
- Tout le monde sait que la tourbe est une matière minérale combustible qui se trouve dans les couches les plus récentes de l’écorce du globe terrestre. Elle est très commune dans la Hollande et dans le nord de la France, dans les environs d’Amiens, et dans le voisinage des Alpes et des Vosges, etc. C’est un combustible assez médiocre, à la vérité, qui donne peu de chaleur et beaucoup de mauvaise odeur, aussi se garde-t-on bien de s’en servir dans les pays où il est facile de se procurer du bois et du charbon de terre. La chose est tellement vraie, que, dans plusieurs départements,les localités qui avaient l’habitude de se servir de la tourbe pour le chauffage des habitations ont abandonné ce combustible depuis l’ouverture des chemins de fer et depuis l’amélioration des chemins vicinaux. On comprend donc que les compagnies qui spéculaient sur l’exploitation de la tourbe comme combustible n’ont pu faire que de très mauvaises affaires, et ces exploitations ont été même complètement abandonnées comme dans le département des Bouches-du-Rhône. Tandis que cela arrivait en France, quelques savants et quelques industriels dans le nord ont fait voir que cette matière transformée par l’industrie, avait d’autres applications extrêmement précieuses. On savait déjà depuis longtemps que la cendre de la tourbe pouvait fournir un excellent engrais pour l’agriculture, puisque la plupart de ces magnifiques prairies de la Hollande connues sous le nom de polders, ont été formées par les agriculteurs bataves au moyen de la cendre de la tourbe. Mais c’est surtout vers 1850 que l’on a commencé dans le nord de l’Allemagne à s’occuper de la transformation de Ja tourbe et de l’emploi de ces produits transformés pour différents usages très précieux.
- Ici, il ne s’agit pas principalement de la tourbe proprement dite, mais plutôt des mousses qui en forment la couche supérieure. Ces plantes cryptogames, appartenant principalement aux deux genres les plus remarquables de sphagnum et de bryum, ont un pouvoir absorbant et désinfectant extrêmement énergique qui est capable de rendre les plus grands services à l’hygiène et à la salubrité publique. 11 y a actuellement dans l’Allemagne du Nord, en Pologne et en Russie, un grand nombre de fabriques qui préparent la poudre de la tourbe et même des plaques pour tapisser les appartements humides. On peut avec cette poudre, rendre toutes les matières et même le musc inodores. Dans la ville de Hanovre, on a prouvé déjà en 1880 que ces produits tourbeux pouvaient absorber complètement les émanations ammoniacales qui se produisent continuellement dans les écuries et qui ne peuvent que devenir à la longue nuisibles h la santé des hommes et des chevaux. Un grand industriel anglais, le docteur Wersman, a fondé il y a quinze ans déjà une immense fabrique des produits tourbeux dans le voisinage des grands gisements de la tourbe très abondants dans le pays de Mecklembourg. Cet industriel fabrique annuellement des millions de quintaux de poudre et des plaques fabriquées avec de la tourbe et envoie ces produits précieux sur ses propres vaisseaux en Angleterre, en Suède, en Danemark, en Belgique et dans le nord de la France. Il parait que dans la Grande-Bretagne seule il y a déjà plus de
- 75000 chevaux qui sont placés dans les écuries assainies par les produits tourbeux. A Varsovie et dans les autres grandes villes de l’empire russe, la police autorise la vidange, en plein jour, des lieux d’aisances qui ont été préalablement rendus inodores au moyen de la poudre de tourbe. Ces voitures peuvent alors circuler librement dans toutes les rues de la ville et porter cet engrais dans les champs labourés et dans les jardins potagers.
- Jacques Malinowski.
- Cahors, le 29 juillet 188(3.
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- LA FIBRE VULCANISÉE
- La fibre vulcanisée est un produit d’origine américaine dont l’invention est récente ; ses applications à l’industrie ont pris un tel essor en peu de temps, qu’il nous a paru utile d’en faire connaître les emplois variés.
- La fibre vulcanisée s’emploie sous deux formes : la fibre vulcanisée flexible et la fibre vulcanisée dure.
- La fibre vulcanisée flexible est de la cellulose pure débarrassée de tous ses éléments solubles dans les divers agents chimiques qu’elle est destinée à rencontrer et de toutes les substances volatiles comme eau, acide acétique, acide pyroligneux, etc., en un mot, de tous les produits susceptibles de se vaporiser ou de s’enflammer. Toutes ces matières enlevées, on comprend que le produit obtenu soit d’une incombustibilité absolue, et inattaquable par les huiles, essences, naphte, benzine, corps gras, etc., contrairement au cuir et au caoutchouc.
- Les matières obtenues par le broyage des fibres végétales (cellulose) finement pulvérisées sont ensuite soumises pendant un temps plus ou moins prolongé à des pressions considérables, mais variant de 550 à 500 atmosphères, suivant qu’on veut obtenir la fibre souple ou la fibre dure. La seule différence existant entre ces deux produits, d’origine et de fabrication absolument identiques, réside donc seulement dans la différence d’intensité des pressions subies. Ces procédés de fabrication transforment complètement la nature première des fibres et leur ajoutent des qualités nouvelles qui leur permettent de remplacer avantageusement le caoutchouc, le cuir, le gutta-percha, l’ébonite, l’ébène, l’os, et même dans certains cas spéciaux des métaux fusibles comme le bronze, le métal antifriction, etc. II ne faut pas par conséquent confondre ce produit avec le celluloïd qui n’est qu’un mélange de camphre et de coton-poudre et qui prend feu très facilement.
- L’eau chaude ou froide est sans action sur la fibre ainsi que les huiles de toute nature; les graisses, même chaudes, ne la rendent ni molle, ni collante; elle est inattaquable par les essences, le naphte, l’ammoniaque, l’éther, la térébenthine, la vapeur à faible tension, les acides faibles, etc.
- L’eau la fait gonfler légèrement, ce qui assure des joints parfaits quand ils sont préparés à sec, puisque l’humidité (qu’elle soit produite par l’eau ou la vapeur) gonfle la fibre : on peut éviter ce gonflement en l’enduisant d’une légère couche de vernis. Les variations atmosphériques ne la détériorent pas, la chaleur la ramollit, permet de l’estamper et de lui donner des creux et des reliefs qui subsistent au refroidissement.
- La fibre vulcanisée dure, se fabrique généralement en trois couleurs : rouge indien comme le cuir; gris clair, couleur naturelle des fibres; ou noire comme l’ébonite. La fibre dure a une texture parfaitement homogène et sans
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- LA NA TlJItF,.
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- couches, comme la corne la plus compacte. Elle peut être travaillée comme le Lois et le fer ; et au tour notamment elle prend un très beau poli. Elle ne se fendille pas et offre une très grande résistance au frottement. On peut la scier, la raboter, la forer et la tarauder, les filets qu’on obtient sont nets comme s’ils étaient en métal. On peut coller deux plaques de fibre entre elles ou coller la fibre sur toute matière qui adhère à la colle ; on rend au préalable les surfaces rugueuses et on les enduit de colle de poisson, de préférence à toute autre, parce qu’elle ne moisit pas.
- Avec toutes ces qualités, les emplois de la fibre dure se sont très étendus, et comme sa densité n’est que de 1,250 à 1,300, on en fait des objets très solides joignant la légèreté à la résistance.
- C’est dans l’électricité qu’elle est le mieux appréciée; les grandes maisons Edison, Gramme, Bréguet, Sautter, Eemonnier et Cie, pour ne parler que des principales maisons de Paris, n’utilisent que la fibre dure pour la fabrication des plaques isolantes, plaques de mur, dynamos, commutateurs, instruments téléphoniques et télégraphiques, boutons, relais, appareils d’éclairage, etc. Ses applications dans cette industrie sont si nombreuses qu’on s’en sert pour ainsi dire partout.
- En mécanique, on est arrivé à l’utiliser dans la construction des machines; on en confectionne des tiges où la légèreté est indispensable et la vitesse grande; on en fait également des coussinets, des rondelles de stuffing-box. Dans les filatures, les navettes, bobines, poulies, galets, roues, sont également en fibre dure.
- On la fabrique en feuilles, tubes et bâtons. Les dimensions commerciales des feuilles sont de lm50 sur lm depuis l/2m/m jusqu’à 26m/m d’épaisseur. Ces dimensions suffisent, sauf pour des cas spéciaux. Les tubes se fabriquent en longueurs de 0m50 à 0m56, les diamètres extérieurs vont de 12m/m à 64m/m. Les bâtons sont livrés au commerce sous forme de baguettes cariées de lm à lm50 de longueur et de 8m/m jusqu’à 26m/m de côté. On a étudié longtemps pour arriver à fabriquer la fibre en bâtons cylindriques, car la grande difficulté résidait dans le moyen de la soumettre à la compression sous cette forme ; nous espérons sous peu pouvoir annoncer que ce problème est résolu.
- La fibre dure est également employée sur les chemins de fer anglais pour servir de joints placés entre deux rails éclissés. On l’interpose aussi entre le patin du rail Yignole et la sellette en acier reposant sur la traverse. On parvient ainsi à éviter ce bruit si désagréable produit par le passage de la roue du wagon sur le joint de deux rails.
- Enfin, on en fait des rondelles de boulons d’éclisses; l’écrou ssrré sur la rondelle en fibre encastrée dans une autre rondelle en fonte malléable ne bouge plus, il n’est plus besoin de vérifier le serrage comme on est obligé si souvent de le faire, même avec la rondelle Grower.
- La fibre vulcanisée flexible s’obtient de la même façon que la fibre dure, toute la différence est dans la compression qui est moins forte pour la fibre flexible, mais qui atteint quand même un nombre considérable d’atmosphères. Cette dernière n’est ni dure ni rigide, elle devient au contraire souple comme le caoutchouc ou le cuir dès qu’elle est mouillée. Elle a l’apparenee extérieure de ces derniers et joint à leurs qualités, l’avantage de résister à la chaleur sèche ou humide, aux huiles et graisses, etc. Comme c’est un produit fabriqué, il présente nécessairement une épaisseur uniforme sans Haches
- ni déchets, et sa consistance, ainsi que sa résistance à l’usure, sont les mêmes dans toutes ses parties.
- Il y a grand avantage pour la navigation à remplacer les clapets de cuir et de caoutchouc par des clapets en fibre flexible, puisque l’eau chaude ou froide ne fait qu’augmenter leur souplesse, partant leur efficacité. Ils résistent sans aucune détérioration à l’action même prolongée des huiles et des graisses généralement employées au graissage des machines marines. En outre la fibre, ne contenant aucune trace de soufre comme le caoutchouc qui en renferme plus ou moins pour sa vulcanisation, ne noircit ni ne détériore, en les sulfurant à la surface, les tiges de pistons et autres organes de machine.
- Quand nous aurons ajouté que la petite industrie en fabrique des meubles, des malles de luxe, et que l’on verra bientôt circuler sur nos boulevards des voitures entièrement faites avec la fibre : brancards, roues, caisses et accessoires, nous aurons passé en revue les principales applications de ce curieux produit1.
- ---e«£><!-
- DE LA NATURE DES ODEURS
- On connaît la théorie des ondulations, dans laquelle les phénomènes de la lumière et de la chaleur sont supposés dus aux vibrations de l’éther, comme le son est dù aux vibrations de l’air. M. P. Leclerc, ancien professeur de physique au Lycée de Nice, s’est demandé si les odeurs ne sont pas dues également à un mouvement vibratoire. Il cite, dans le Cosmos, plusieurs faits à l’appui, parmi lesquels les suivants : Tout le monde sait que certains corps non odorants acquièrent de l’odeur quand on les frotte : le cuivre et le soufre, par exemple. Faut-il donc croire que le frottement fait naître des émanations qui ne se produisent pas sans cela? N’est-il pas plus naturel de penser que le frottement, qui excite des vibrations calorifiques et électriques, excite aussi des vibrations odorantes? Mais voici un autre exemple, plus frappant encore, et bien connu des chimistes. Si on jette un morceau d’acide arsénieux sur un charbon ardent, on voit se produire une épaisse fumée grise et on sent une vive odeur d’ail. Est-ce l’acide arsénieux qui sent l’ail ? Non, car à l’état solide il n’a aucune odeur, et il n’en a pas d’avantage à l’état de vapeur, puisque si on le fait volatiliser sur une brique rouge, on voit les mêmes fumées grises, mais sans odeur. D’où vient cette différence? Dans le premier cas, l’acide arsénieux est réduit par le charbon et amené à l’état d’arsenic; puis cet arsenic est volatilisé, s’oxyde de nouveau au contact de l’air, x’edevient acide arsénieux, et l’odeur d’ail apparaît. Dans le second cas, l’acide arsénieux est simplement volatilisé, sans qu’il y ait ni réduction, ni oxydation, et il n’y a pas d’odeur. L’odeur n’est donc point due au corps lui-mêine : elle provient de l’action chimique. Or il est bien prouvé aujourd’hui que les actions chimiques sont accompagnées de mouvements vibratoires. Ainsi, dans ce cas, l’odeur ne peut s’expliquer que par un mouvement, par une vibration particulière des molécules. M. P. Leclerc a commencé, avec un instrument très imparfait, des expériences qui lui ont permis de constater que le phénomène des interférences se produit dans les odeurs comme dans la lumière et dans le son.
- 1 D’après le Bulletin de la Société des anciens élèves des Arts et Métiers.
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- LA NATURE
- LA TRANSMISSION DE LA FORCE
- PAR i/ÉLECTRICITK
- EXPÉRIENCES ENTRE CREIL ET PARIS. SYSTÈME MARCEL DEPRE/
- Les belles expériences sur le transport de la force à grande distance entreprises par M. Marcel Deprez, avec le concours de MM. de Rothschild, viennent de recevoir leur consécration officielle.
- À la suite d’essais antérieurs effectués par le savant physicien aux expositions de Paris (1881), de Munich (1882), à la gare du Nord (février 1885), à Grenoble (août 1885), MM. de Rothschild avaient
- confié à quelques ingénieurs éminents le soin de tracer un programme et d’en préparer la réalisation.
- Le problème que M. Marcel Deprez avait à résoudre était le suivant :
- Prendre cent, chevaux de force motrice à la station de Creil, les transporter électriquement à la gare de La Chapelle, soit a 56 kilomètres de distance avec un rendement de 50 pour 100.
- Pendant deux ans M. Marcel Deprez travailla à la réalisation de ce projet et après quelques accidents inévitables dans une entreprise de cette importance, il voit aujourd’hui ses efforts couronnés de succès.
- Fig. 1. — Transmission rtc la force par l’électricité. — Expériences de M. Marcel Deprez, entre Creil et Paris. — Vue de la réceptrice à la station de La Chapelle. (D’après une photographie.)
- Dès le mois d’octobre 1885 les machines entraient en fonctionnement et la première commission d’examen commençait ses travaux.
- Voici en quoi consistent les installations de Creil, de La Chapelle et de la ligne qui les réunit.
- Station de Creil. — La force motrice est fournie par deux locomotives et transmise à une seule machine, dite génératrice, par l’intermédiaire d’une poulie dynamométrique, enregistrant à chaque moment la force absorbée par la machine électrique et l’excitation de son champ magnétique (fig. 2).
- Station de La Chapelle. — La machine dynamo de La Chapelle, dite réceptrice, est de dimensions plus restreintes que la génératricepuisqu’elle ne reçoit que la moitiéde la force consommée à Creil (fîg. 1).
- Ligne. — La distance du transfert étant de 56 kilomètres, le fil transmetteur, aller et retour, a une longueur de 112 kilomètres. Il est en bronze siliceux de 5 millimètres de diamètre.
- Le travail utile fourni par la réceptrice est mesuré au frein de Prony.
- Pratiquement, et c’est dans ces conditions que la machine réceptrice fonctionne depuis six mois, la force reçue à La Chapelle est employée à faire mouvoir les pompes des accumulateurs Armstrong de la gare de La Chapelle (28 chevaux) et à côté, une se conde machine électrique à double enroulement, système Marcel Deprez, qui distribue la force à divers appareils (12 chevaux) :
- 1° Un marteau-pilon de 80 kilogrammes et de
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- Fig. 2. - Transmission de la force par l'électricité. - Expériences de M. Marcel Deprcz, entre Creil et Paris. - Vue de la génératrice à la station de Creil. (D’après une photographie.)
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- 0m,80 de chute; 2° un treuil électrique; 5° un frein électrique ; 4° un petit moteur (à vitesse constante) actionnant un tour; 5° un appareil pour la commande des aiguilles. Soit, en totalité une force utile de 40 chevaux, alors qu’on dépense à Creil 88 chevaux, d’où un rendement de 45 pour 100.
- La commission d’examen présidée par M. Colli-gnon, depuis le mois d’octohre jusqu’à ce jour, tint de nombreuses séances et releva plusieurs centaines
- de points d’observation dont le tableau ci-dessous, que M. Marcel Deprez a bien voulu nous communiquer, donne le résumé.
- On a constaté que suivant les vitesses données à la génératrice (très faibles puisque à la périphérie de l’anneau de la machine les vitesses linéaires ne dépassaient pas 7ra,5), le travail utile fourni par la réceptrice variait entre 30 et 50 chevaux avec un rendement moyen de 44 pour 100.
- TRANSMISSION DE LA FORCE PAR L’ÉLECTRICITÉ
- EXPÉRIENCES DE CREIL
- TABLEAU-RÉSUMÉ des points d'observations effectués du mois de février au mois d'août 188G par les ingénieurs attachés à T expérience et la commission de contrô’e nommée par MM. de Rothschild.
- r Génératrice.............................. 28 ohms
- Données de l’expérience (résistances).............J Ligne....................................100
- ( Réceptrice............................... 58 ohms
- NOTES. — 1° Les champs magnétiques de ces machines sont formés à part et coûtent, 7 chevaux environ pour la généra--tricc, 5 chevaux pour la réceptrice, mais dans de nouvelles machines le prix du champ magnétique sera sensiblement abaissé.
- 2° Dans le travail total absorbé tout est compris; non seulement ce qu’absorbent les anneaux de la génératrice, mais encore les différents appareils de mesure et de régulation et l’excitatrice de la machine.
- 5° Le travail utile de la réceptrice est mesuré au frein. Le travail total qu’elle absorbe est beaucoup plus grand puisqu'elle fait mouvoir en même temps l’excitatrice de son champ magnétique.
- li DONNÉES MÉCANIQUES. DONNÉES ÉLECTRIQUES.
- S5 -“S es g » X a « a GÉNÉRATRICE. 1 RÉCEPTRICE. RENDEMENT mécanique industriel. K Intensité I OFJÉRiTR'.CE RÉCEPTRICE. RENDEMENT
- OBSERVATIONS. DATES. Vitesse. Travail total absorbé. Vitesse. Travail utile transmis. Force électro- motrice. Force électro- motrice. électrique e2
- t m t U L E« e2 K,
- i ’cp 18 février . . heures 4 210 Cheraui. 70 240 Cherau. 30,7 43,8 Ampères. 7,3 Vol ls 5455 Volts 4200 77 o/0
- s é 19 février. . . 5 208 70 229 29,25 41,8 7,2 5192 5880 74,7
- ' - M ' 20 février. . . 4 207 71,2 237 30,3 42,2 7,4 5548 5894 73
- ~ % x « Cm S ‘D xn a «2 â 207 71,5 228 29,1 40,7 7,2 5240 3890 74
- 24 mars. . . . 4 183 80 262 33,4 41,7 7,35 5544 4540 78
- 25 mars. . . . 2 184 74,9 255 52,6 45,5 7,3 5497 4270 76
- « ts S £ 6 avril. . . . 3 180 75,8 257 51,3 40,6 7,3 5609 4330 78
- 2 * 4 mai 2 200 81 276 35,3 43,5 7,1 6191 4800 78
- > s U 202 96,3 285 40,6 42,1 8 6244 4850 77
- xn X 208 102 280 45 44,1 9 6227 4780 79
- o 210 113 280 50 • 44,2 10 6430 4800 78
- \ 21 mai . . . . 2 168 66,7 244 27,2 40,78 6,85 4887 5902 79
- cS "z V s 75 182 77,1 257 32,8 42,54 7,50 5215 4242 81
- a jg S _ s a " c c i •r t- o o - % S. A 'K S 199 206 86,1 102 267 278 38,6 44,8 44,83 43,92 8,15 9,25 5605 5984 4527 4711 81 80
- X 3 05 w 218 116 295 52 44,81 9,85 6290 5081 80
- Au mois de mai dernier, MM. de Rothschild demandèrent à un certain nombre de notabilités de la science et de l’industrie de vouloir bien suivre les expériences et de contrôler la valeur des résultats.
- Une grande commission présidée par MM. de Freycinet et Bertrand et composée de 38 membres fut constituée. En faisaient partie ; MM. F. de Lesseps, Alphand, Daubrée, Laussédat, général Ménabréa, Cornu, Mascart, Becquerel, A. Sartiaux, Aron, Mau-
- rice Lévy, etc. Elle désigna immédiatement une sous-commission sous la présidence de M. Bertrand, et chargea M. Maurice Lévy de rédiger un rapport d’ensemble sur les expériences de M. Marcel Deprez et les résultats obtenus.
- Le savant physicien était appelé plus spécialement à contrôler les résultats trouvés par la commission d’examen. Après quelques opérations préliminaires, le 24 mai, M. Maurice Lévy procéda aux expériences
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- LÀ NATURE.
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- <1p contrôle. Il fit tourner la machine génératrice à des vitesses angulaires oscillant entre 170 et 220 tours et constata un travail utile fourni par la réceptrice variant entre 27 chevaux pour la vitesse la plus faible et 52 chevaux pour la vitesse maximum. Les forces motrices correspondantes absorbées par la génératrice étaient de 66 et 116 chevaux. D’où le rendement de il et 45 pour 100.
- Dans le rapport qu’il vient de déposer et qui a été approuvé à l’unanimité. M. Maurice Lévy constate que les résultats trouvés par la commission sont identiques à ceux qui avaient été journellement observés par les ingénieurs attachés à l’expérience.
- Nous nous associons aux appréciations de M. Maurice Lévy qui établit en ces termes la conclusion de son rapport :
- « Au nom de la science et de l’industrie, la Commission adresse ses chaleureuses félicitations à M. Marcel Deprez pour les admirables résultats qu’il a obtenus, et exprime a MM.de Rothschild sa vive reconnaissance pour l’inépuisable générosité avec laquelle il a doté cette gigantesque entreprise. »
- LES POUSSIÈRES DE CHARBON
- DANS LES MINES DE HOUILLE
- Le Ministre de l’intérieur et de la couronne d’Angleterre vient de publier de nouvelles instructions pour l’exploitation des mines. Ces prescriptions récentes, prises si'peu de temps après les résolutions relatées dans les résultats de la dernière enquête, peuvent être considérées comme représentant une phase nouvelle dans l’histoire des progrès qui se sont accomplis dans l’exploitation des houillères, et que nous avons résumés en montrant les travaux successifs réalisés à travers les siècles C
- On a reconnu que nombre d’accidents ont été attribués à ce que la flamme des explosions s’est propagée à l’aide de la poussière de charbon suspendue dans l’air des galeries. Les corpuscules très ténus suspendus au sein de l’air, atteignent parfois un état de division tellement considérable, qu’ils agissent à peu près comme le ferait un gaz combustible, et forment avec l’air un mélange détonant dont les effets peuvent être désastreux2.
- A la suite de cette constatation importante, les autorités ont cru couper le mal dans sa racine en interdisant aux ingénieurs de procéder à l’inflammation des four neaux avant d’avoir pris la précaution de faire retirer des puits les ouvriers qui s’y trouveraient. Ce règlement rencontra une vive opposition de la part des Compagnies, à cause de la gêne qu’il introduisait dans le service; il donna même fieu à un certain nombre de poursuites judiciaires.
- L’étude de la grande explosion qui désola la mine Pochin (comté de Monmouth), dans le courant de novembre 1884, démontra que les flammes s’étaient arrêtées à une galerie que parcourait quatre fois par jour une voiture portant de l’eau et qui fuyait. On commença dès lors à soupçonner que l’arrosage des galeries
- 1 Yoy. n° 685, du 17 juillet 1886, p 108.
- 2 Yoy. Tables des matières des dix premières années : Charbon.
- sèches et poussiéreuses était un moyen de supprimer les catastrophes de ce genre. Un fait analogue ayant été constaté fortuitement dans l’explosion de la mine Mardy, l’administration anglaise s’est empressée de rendre Y arrosage obligatoire dans les mines qui ne sont pas naturellement humides. Il est juste d’ajouter que nombre d’écrivains scientifiques surtout français, se sont occupés du rôle des poussières dans l’air des galeries des houillères, MM. d’A-guillon et Pernolet notamment, dans le rapport qu’ils ont adressé au Ministre des travaux publics sur leur voyage dans les mines d’Angleterre. Ces deux ingénieurs ont même indiqué la sûreté avec laquelle on se débarrasserait des poussières au moyen d’un arrosage facile à établir non seulement avec des tonneaux mais encore en adoptant une canalisation spéciale. Il est à espérer que ces mesures si simples à réaliser seront prises dans les mines de houille, où les galeries sont remplies d’un air chargé de poussières sèches. Bien des catastrophes se trouveront ainsi évitées.
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- BOIS DE RENNE ORNÉ DE GRAVURES
- DES TEMPS QUATEPiNAIRES
- On sait qu’il y a flans la Charente une petite rivière appelée la Tardoire, qui a des bords d’une rare beauté; les grottes, creusées dans leurs escarpements, ont été habitées par l’homme pendant l’àge du Renne. La grotte de la Chaise, explorée par l’abbé Rourgeois de si regrettable mémoire et par M. de Rodard de Ferrière, les grottes de Rochebertier et de Yilhonneur, fouillées par MM. l’abbé Delaunay, Fer-mont, de Maret, ont fourni de curieux échantillons. Les grottes de Montgaudier semblent devoir en offrir de plus curieux encore. Heureusement pour la science, elles appartiennent à M. Eugène Paignon qui n’est, pas seulement un jurisconsulte et un publiciste très distingué, mais qui s’intéresse aussi aux études préhistoriques. Depuis quelques années, M. Eugène Paignon a recueilli à Montgaudier de nombreux débris d’animaux et des instruments humains. Il vient, d’y découvrir la pièce figurée ci-après ; c’est un des plus beaux spécimens artistiques de l’âge du Renne qui ait été trouvé jusqu’à ce jour.
- Cette pièce, comme on le voit, est un de ces bois de Rennes, percés d’un large trou, qui sont connus sous le nom de bâtons de commandement. Elle est couverte de gravures où l’on peut admirer la sûreté de main de l’artiste et le sentiment de la forme; le travail est si fin qu’il gagne beaucoup à être regardé à la loupe.
- L’une des faces du bâton de commandement offre la représentation de deux phoques. Un d’eux est vu dans son entier avec ses quatre membres ; les ment-1*, bres postérieurs, si singulièrement portés en arrière chez les amphibies, sont fidèlement rendus ; chaque patte a cinq doigts. La grandeur de la queue est exagérée. Tout le corps est couvert de poils très visibles. La tète est délicatement exécutée : le museau avec ses moustaches, la bouche, l’œil, le trou de l’oreille indiquent une réelle habileté. Yraisembla-
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- LA NATURE.
- blement l'animal qui est ici figuré est l’espèce habituelle de nos côtes, le veau marin, Phoca vitulina (sous-genre Calocephalm). L’autre phoque n’est pas vu dans son entier ; il est plus grand et porte au cou des indices de longs poils. Je n’ose dire si l’artiste a voulu représenter une espèce différente.
- En avant du grand phoque, il y a un poisson que M. Emile Moreau croit être un saumon ou une truite ; ainsi que ces animaux, il a des taches, et ses nageoires ventrales sont fixées à l’abdomen. Trois tiges de plantes sont placées près du poisson. Toutes ces gravures se voient sur la même face.
- La face opposée du bâton de commandement est occupée dans la plus grande partie par deux animaux grêles et allongés ; bien que le plus long n’ait pas moiiîs de O111,54, ils ne sont pas complets, mais l’un montre sa tête et l’autre le bout de sa queue.
- Je pense que ce sont des anguilles, parce que les faces dorsales et ventrales semblent bordées d’une nageoire continue. Mon savant collègue du Muséum, M. Vaillant,, partage cette opinion.
- On voit sur la même face trois figures d’animaux de forme exactement identique, peu compréhensibles, et une figure qui représente peut-être un insecte hémiptère. Les détails de ces différentes gravures sont reproduits dans le dessin de M. Formant, avec l’exactitude scrupuleuse que cet habile artiste apporte à toutes ses œuvres.
- Je ne pense pas qu’il puisse y avoir de doutes sur l’authenticité de l’échantillon de Montgaudier, car M.Paignon m’a assuré qu’il avait été trouvé devant lui par ses propres ouvriers, occupés à extraire les amas de terre mêlés d’ossements qui forment la base des grottes. Par leur richesse en phosphate, ces dé-
- Bàton de commandement de l’époque quaternaire, découvert dans les grottes de Montgaudier par M. Paignon. Dessin de M. Formant, réduit. Dans le dessin du bas, l’échantilion est vu sur une de ses faces ; dans le dessin qui est au-dessus, on suppose que l’artiste a fait tourner l’échantillon de manière à montrer dans leur ensemble toutes les gravures.
- biais répandus dans les prairies donnent, à ce qu’il paraît, de merveilleux résultats.
- M. Paignon a bien voulu faire don au Muséum de son précieux bois de commandement et de beaucoup d’autres objets : des ossements de divers animaux, un bois avec des gravures, des aiguilles en os, des poinçons, des lissoirs, une pointe en ivoire, des coquilles percées que M. le Dr Fischer a déterminées, de nombreux silex taillés, surtout des grattoirs et un silex du type solutréen admirablement travaillé sur ses deux faces.
- J’appelle l’attention particulièrement sur les métacarpiens latéraux des Rennes. Ce sont des pièces en voie d’atrophie, comme les paléontologistes en rencontrent quelquefois, quand ils suivent les êtres dans leurs évolutions a travers les âges géologiques. •Ces métacarpiens, dont la partie inférieure a disparu chez la plupart des Ruminants actuels, se conser-
- vent chez les Rennes ; ils portent de petits doigts latéraux qui sont utiles pour des animaux destinés à traverser souvent les neiges. Mais, dans leur partie moyenne, ils disparaissent, formant des pointes naturelles qu’on est exposé à confondre avec les os amincis par l’homme. Nos ancêtres ont ingénieusement utilisé ces pointes naturelles en faisant à leur base un trou où sans doute ils passaient un fil ; de cette manière, ils transformaient les petits métacarpiens latéraux de Rennes soit en passe-lacets, soit en pendeloques.
- J’ai visité déjà Montgaudier; je vais y retourner, et je pourrai donner quelques renseignements sur ses grottes magnifiques qui, pendant longtemps, ont servi d’abri à nos aïeux1.
- Albert Gaudry, de l’Institut.
- 1 Jl’après une Note présentée à l’Académie des sciences.
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- HYGROMÈTRE A GÉLATINE
- DE M. A IDE RT N O DO N
- La météorologie doit déjà une grande partie de ses progrès actuels aux instruments enregistreurs qui permettent de suivre, pour ainsi dire pas à pas, les phénomènes de l’atmosphère. Entre tous ces instruments enregistreurs, les hygromètres seuls étaient d’un fonctionnement incertain et leurs indications sujettes à de nombreuses causes d’erreur. On comprend donc combien il peut être utile de posséder un hygromètre enregistreur, précis dans ses indications, sensible, prompt dans son fonctionnement, et restant toujours comparable à lui-même. C’est ce problème qui parait avoir été résolu par M. Albert Nodon, ainsi qu’il résulte d'une note présentée récemment par M. Lipp-înann a l’Académie des sciences.
- On sait qu’il existe deux genres bien distincts d’hygromètres. On trouve d’abord les hygromètres à condensation, tels que ceux de Daniell, de Régnault, d’Alluard, de Bour-bouzc, etc., qui fournissent des indications très précises, mais qui malheureusement nécessitent une manipulation assez délicate et ne sont guère utilisables comme enregistreurs.
- Les seconds sont les hygromètres a absorption dont le fonctionnement est fondé sur la propriété que possèdent certaines substances telles que les cheveux, la corne, le bois, l’ivoire, etc., de se déformer plus ou moins dans une atmosphère à humidité variable. Ceux-là sont d’un emploi aisé et peuvent facilement être utilisés à la construction d’un hygromètre enregistreur; malheureusement les deformations qu’ils subissent sont le plus souvent variables avec la température et la substance dont ils sont formés subit avec le temps une altération qui fausse les indications de l’instrument.
- Il s’agissait de trouver une substance bygrosco-pique, permettant de construire un hygromètre possédant l’exactitude et la rapidité d’indications des hygromètres à condensation, et la simplicité des hygromètres à absorption; il fallait en outre que cette substance ne subit aucune déformation sous l’influence des variations de température. Et enfin
- que sa durée fût aussi grande que possible, les propriétés hygroscopiques ne devant pas se modifier avec le temps.
- Il existe une matière qui possède toutes ces qualités au plus haut degré : c’est la gélatine. La gélatine qu’on peut rendre absolument inaltérable par l'addition d’une faible proportion d’acide salicylique, absorbe des quantités d’eau proportionnelles aux états hygrométriques, et augmente de poids et de volume proportionnellement à ces états hygrométriques. Ces propriétés sont indépendantes de la température entre les limites observées de 10° à 55° C.
- Voici du reste de quelle façon M. Albert Nodon a eu l’idée d’appliquer ces propriétés remarquables de la gélatine, à la construction de son hygromètre.
- Toutes les recherches qui vont suivre ont été entreprises par lui au Laboratoire de M. Lipp-mann à la Sorbonne. Si l’on recouvre de gélatine une hélice en papier fort ou en bristol dont on a garanti la partie interne à l’aide d’un vernis non hygroseo-pique tel que le bitume de Judée, on obtient un ensemble déformable sous Tinlluencc des variations de l’état hygrométrique de l’air, analogue, quant au fonctionnement, à l’hélice du thermomètre métallique de Bréguet. Quand l’état hygrométrique s’élève, la gélatine s’allonge et la spirale s’enroule sur elle-même. Quand l’air se dessèche, la gélatine se contracte et la spirale se déroule. On reconnaît du reste aussitôt qu’on pourrait obtenir des résultats analogues avec d’autres substances hygroscopiques que la gélatine, telles par exemple que la gomme adragante, la gomme arabique, la dextrine, etc., déposées en couches minces sur un autre support que le papier, tel que le celluloïd, l’ébonite, le verre, etc. Mais parmi tous ces bitumes possibles, celui formé par la juxtaposition de la gélatine et du papier, paraît être celui qui fournit les meilleurs résultats; aussi l’inventeur s’est-il arrêté à celui-ci à l’exclusion de tout autre.
- L’hygromètre enregistreur de M. Albert Nodon se compose de quatre hélices en gélatine papier SSSS montées par paires sur un même socle. L’une des extrémités de chacune des hélices est maintenue fixe dans une pince, tandis que l’autre extrémité libre agit directement sur une poulie R. Ces quatre spi-
- INouvel hygromètre enregistreur de M. Albert iNodou.
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- LA NATURE.
- raies ajoutent leurs effets respectifs, et constituent un ensemble doué d’une plus grande régularité de fonctionnement qu’une spirale unique.
- Sur les deux poulies R, R, disposées suivant une meme verticale, s’enroule un lil de soie. A ce lil est attaché un petit curseur P, très léger, mobile entre deux guides G, G'. C’est sur ce curseur qu’est disposé le style graveur. On a équilibré le tout, sur le brin postérieur du lil, au moyen d’un petit contrepoids.
- On possède ainsi un ensemble pariaitement mobile dans le sens vertical et pouvant obéir aux moindres mouvements de rotation des hélices. Le style s’appuie sur une bande de papier divisé R qui se déroule de dessus le rouleau R' et s’enroule sur le rouleau R entraîné lui-même lentement par un mouvement d’horlogerie faisant avancer la bande de papier d’une longueur de !2 centimètres à l’heure. En faisant choix d’un papier divisé suffisamment mince, on peut facilement en enrouler une longueur assez grande pour permettre à l’appareil de fonctionner pendant dix jours consécutifs. Comme l’épaisseur du papier enroulé sur le rouleau R s’accroît très peu relativement au diamètre de ce rouleau, on peut admettre avec une approximation suffisante que les longueurs de papier déroulé pendant une heure de temps restent constamment égales entre elles. Le mouvement d’horlogerie est enfermé dans le socle de l’appareil. La feuille de papier, les rouleaux et la plume sont mis à l’abri derrière une glace transparente qu’on peut enlever à volonté.
- Les quatre hélices baignent dans l’atmosphère ambiante et peuvent du reste être protégées au moyen de toiles métalliques ou d’étuis perforés permettant à l’air de circuler facilement.
- M. Ducretët a construit sur les indications de l’auteur un modèle d’hygromètre à cadran d’un emploi fort commode, dont la simplicité de construction a permis de le livrer au commerce à un prix très bas, accessible à tous. L’ex trémité extérieure d’une spirale plate en papier-gélatine a été fixée dans une petite boite métallique, tandis que l’extrémité intérieure de cette spirale fait mouvoir une aiguille sur un cadran divisé. Cet hygromètre qui rappelle, du reste par son aspect extérieur, les baromètres anéroïdes, est d’une sensibilité et d’une précision remarquables.
- Un modèle analogue, construit par l’auteur au mois d’avril 1885, fut abandonné jusqu’en juin 1886 dans un laboratoire, et fut à cette époque contrôlé au moyen d’un hygromètre d’Alluard. Les indications furent trouvées exactement les mêmes. La spirale n’avait donc subi pendant cet espace de temps aucune altération dans ses propriétés hygro-scopiques. Dans un autre modèle construit par l’auteur et muni d’une hélice à spires très nombreuses, la sensibilité était tellement accrue, que les moindres variations dans l’état hygrométrique de l’air ambiant absolument sans influence sur les autres hygromètres même les plus sensibles, faisaient déplacer l’aiguille,
- A la suite de nombreuses observations, on a pu conclure que les indications fournies par l’hygromètre paraissaient être, dans le plus grand nombre de cas, plus certaines que celles du baromètre, au point de vue des changements probables du temps. C’est ce fait important qui a engagé M. Ducretet à mettre sur le modèle d’hygromètre a cadran qu’il a construit, le temps probable en lace de la graduation de l’appareil, ce qui permet d’utiliser l’appareil en même temps comme précurseur du temps. Cet hygromètre paraît donc destiné, comme enregistreur, à rendre de réels services à la météorologie, et comme simple hygromètre à cadran il pourra être utile dans un certain nombre de cas où la connaissance du degré d’humidité de l’air est indispensable, comme dans les hôpitaux, dans certaines manufactures, à la campagne pour l’agriculture, et enfin dans la vie domestique comme précurseur des changements de l’état de l’atmosphère. IV Z...
- CHRONIQUE
- Le chemin de fer électrique de Minneapolis,
- — La ville de Minneapolis a reçu pendant ces dernières années un développement prodigieux. Pour transporter chaque jour la population ouvrière du centre à la périphérie où la vie est plus agréable et à meilleur marché, on avait établi des lignes de chemin de fer avec traction à vapeur. Mais des plaintes se sont élevées, et la circulation des locomotives a été arrêtée dans la partie la plus dense de la cité. La difficulté est aujourd’hui levée grâce à l’emploi de la traction électrique établie par la Van Depocle Electric Manufacluring Company, de Chicago. Chaque train se compose de trois ou quatre voitures à voyageurs pouvant transporter jusqu’à 600 voyageurs à la fois. Le poids du train se décompose ainsi : quatre voitures vides de 11 tonnes, 44 tonnes ; six cents voyageurs, 39; voiture motrice, 8, ce qui donne un total de 91 tonnes. Les voitures à voyageurs sont les mêmes que celles en service sur VElevated Railway de New-York. Les locomotives à vapeur amènent les trains jusqu’au point autorisé par les ordonnances de police, et les moteurs électriques font le service jusqu’au centre, les deux systèmes de traction faisant l’échange de leurs voitures en moins d’une minute. Les moteurs électriques fonctionnent depuis six heures du matin jusqu’à onze heures et demie du soir. La distance à franchir est d’environ 1 mille (*1600 mètres) et la vitesse de 17 milles (27 kilomètres) à l’heure, sans autres arrêts que ceux nécessaires pour prendre ou laisser des voyageurs. Le moteur électrique, d’une puissance de 40 chevaux-vapeur, fonctionne avec la même régularité, quelle que soit la charge.
- Collections recueillies par la mission de l’Ouest africain. — M. E.-T. Hamy a récemment communiqué à la Société de géographie quelques curieux renseignements sur ces belles et intéressantes collections dont l’exposition a eu lieu au Muséum d’histoire naturelle. Des milliers de personnes, près de 30 000, dit M. Hamy, se sont succédé dans le local où étaient accumulées les collections formées sur notre territoire, depuis le Niari jusqu’à l’Oubangui, et ont pu se confirmer dans cette idée que le Congo français est une terre particulièrement in-
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- LA NATURE.
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- téressante à tous égards et qui remboursera un jour au centuple, les faibles dépenses que son organisation impose en ce moment à notre pays. M. Ilamy a passé rapidement en revue les collections d’histoire naturelle et a montré quelles ressources la minéralogie, la botanique, la zoologie peuvent fournir à l’indigène et au colon. 11 a étudié ensuite les caractères anthropologiques et ethnographiques des diverses tribus, en s’arrêtant plus longuement sur l’examen de celles dont les industries, les mœurs, les croyances, etc., sont matérialisées par quelque série de pièces à l’exposition de l’Ouest africain.
- Procédé pour reconnaître la margarine. —
- On fabrique et l’on vend de grandes quantités de margarine. La Farmcrs' Gazette de Dublin publie un exemple de la difficulté de distinguer le beurre de la margarine. On soumit à un jury de dix-neuf fermiers, du bon beurre de Normandie et un échantillon de margarine acheté à un détaillant de la localité et coûtant moitié moins ; le jury examina et goûta les deux échantillons. Dix sur dix-neuf prirent la margarine pour du beurre. Les fabricants de margarine emploient de 60 à 85 parties de graisse neutre et de 40 à 15 parties de bon beurre. On mélange soigneusement, on sale et on colore en jaune. Un moyen infaillible, dit le Mémorial industriel, de reconnaître la margarine est de la faire fondre et de la refroidir brusquement en l’entourant de glace. La graisse tombe au fond et le beurre se rend à la surface, laissant ainsi une ligne de démarcation très visible.
- Un autre moyen beaucoup plus simple vient de nous être enseigné par un chimiste de nos amis. On prend gros comme un pois du beurre soupçonné de contenir de la margarine ; on le met sur la tôle rouge du fourneau de cuisine ; s’il contient de la margarine, il se développe tout de suite une odeur de côtelette grillée.
- Statistique de la consommation des allumettes chimiques. — Une statistique récente vient d’établir d’une façon certaine que la France se trouve être le pre-mier pays du monde pour la consommation des allumettes. Les Anglais en consomment ou consument 8 par jour, les Suédois 9, les Allemands 11 et les Français 15. Celte supériorité, hâtons-nous de le dire, ne peut être qu’attribuée aux produits incombustibles que nous fournit la compagnie fermière. Ajoutons que le nombre d’allumettes brûlées en Europe s’élève à deux milliards par jour.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 août 1886. — Présidence de M. Blanchard.
- Transport de l'énergie. — L’événement de la séance, c’est la lecture par M. Maurice Lévy d’un très volumineux rapport sur les expériences de M. Marcel Deprez. Cette lecture, accueillie par les applaudissements unanimes de l’auditoire, se termine par des félicitations à l’auteur et des remerciements à MM. Rothschid dont la générosité a été inépuisable. Les expériences ont montré qu’on peut, dans des conditions industrielles, transporter cent seize chevaux de force à 56 kilomètres de distance avec un rendement de plus de 45 pour 100. La génératrice faisait deux cent dix-huit tours à la minute et marchait avec continuité, sans fatigue, pendant des journées entières. Nos lecteurs trouveront un peu plus haut (p. 152), des renseignements complets sur cet événement scientifique et industriel.
- Photographie des éclairs. — Les curieuses photographies obtenues par M. Moussette et qui, comme nous l’avons déjà dit, indiquent un mouvement spiral dans les coups de foudre, ont soulevé quelques objections. Quelques personnes pensaient que les sinuosités pouvaient à la rigueur être attribuées à des vibrations de la plaque sensible ou a des aberrations de l’objectif. L’auteur répond victorieusement selon nous à cette critique en grossissant la photographie du plus petit des deux éclairs dont il avait antérieurement communiqué le portrait. Cette fois, il est impossible de ne pas reconnaître le mouvement en spirale de la foudre, et M. Ch. Moussette a fait, à mon avis, une observation qui sera utilisée certainement.
- Le chromatomètre. — A propos du résumé que nous avons donné de son invention dans le précédent article,
- M. L. Andrieux veut bien m’adresser la description très sommaire de l’appareil qui lui permet de définir les vins par leur couleur. Le chromatomètre se compose de deux corps principaux. Dans l’un on produit le type au moyen de la lumière polarisée. Dans l’autre on soumet dans une cuve spéciale le liquide à diverses épaisseurs. Lorsque l’œil a égalisé les deux teintes, on lit sur un rapporteur la qualité de la couleur traduite en degrés d’angle et sur une échelle micrométrique la quantité de couleur exprimée en millimètres et en fractions de millimètres.
- Un système particulier d’éclairage permet de mettre au préalable l’appareil dans des conditions identiques de lumière et de le rendre toujours comparable à lui-même et à ses semblables. Une disposition des niçois donne quand il le faut les teintes rabattues de M. Chevreul. Parmi les applications nombreuses de ce colorimètre, on peut citer la vente du vin au degré de couleur, l’examen de la coloration des urines, du sérum du sang, la détermination de la capacité colorante des matières tinctoriales.
- La flore du Congo. — Le savant professeur de botanique du Muséum, M. Ed. Bureau, lit un important mémoire sur la végétation du Congo français. Ayant eu à étudier l’herbier recueilli par MM. Thollon et Schwébisch, membre de la mission de Brazza, il y a distingué 299 espèces distinctes. On signalera comme particulièrement importantes au point de vue pratique des rubiacées et des légumineuses qui constituent de vraies conquêtes pour la culture. Six graminées américaines se trouvent mêlées à cette flore.
- La mer intérieure d'Afrique. —M. Landas, qui continue les travaux du si regretté colonel Roudaire, fait entrer la question de la mer africaine dans une phase nouvelle. Pour parvenir à son but, il commence par fertiliser, à l’instar des Romains, dénoncés par les ruines de leurs aqueducs, une partie du sol à l’aide de puits artésiens.
- Les bénéfices procurés par cette culture serviront aux travaux de la submersion projetée. Déjà à l’embouchure de l’Oued-Mena, un forage donne 8000 litres d’eau par minute; une population s'y est groupée. On procède à l’établissement d’un second puits.
- Varia. — M. Faye revient sur sa théorie de la figure de la terre ; M. Hébert lui fait quelques objections. — C’est ce dernier académicien qui lui succède pour continuer l’étude du terrain cambrien de la région nonnano-bretonne. — D’après M. Lory, beaucoup de calcaires des a Alpes, même pourvus de fossiles, contienneimdaùs leur substance de nombreux cristaux de feldspath.
- Stanislas Meunier.
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- ICO
- LA NATURE.
- TENTATIVE D’ACCLIMATEMENT
- DU SAUMON DE CALIFORNIE
- DANS LE BASSIN DE LA SEINE
- M. le IF Jousset tle Bellesme, directeur de l’Aqua-rium du Trocadéro, vient cette année de faire une tentative qui peut avoir d’heureuses conséquences pour l’accroissement de la richesse de la faune ichtyo-logique du bassin de la Seine. Le saumon de Californie (Salmo-quinnat) introduit, il y a quelques années à l’Aquarium du Trocadéro, s’v multiplie, grâce à des soins bien entendus et a fourni à la science un nouvel exemple d’adaptation remarquable. On sait en effet que les salmonidés ne se reproduisent qu’après avoir fait un séjour plus ou moins prolongé en mer. Les Saumons de l’Aqua-
- rium qui ne sont jamais sortis des bacs de cet établissement, pondent néanmoins chaque année. La dernière ponte ayant produit un nombre considérable d’alevins, M. Jousset de Bellesme songea à les utiliser en les déposant dans les affluents de la Seine qui lui semblaient les plus propres à leur prospérité. La disparition de la plupart des salmonidés indigènes du bassin de la Seine tient à des causes multiples qui ont profondément modifié la nature des eaux, et il ne semble pas que, pour le moment, tant que les eaux n’auront pas pu reprendre leur pureté primitive, il soit possible de songer à rempoissonner ce fleuve en se servant des espèces indigènes. Le saumon de Californie habite, dans son pays d’origine, les eaux du Sacramento qui présentent des conditions de température et d’insalubrité telles que l’on peut espérer le voir prospérer là où la truite, le saumon d’Europe et l’alose périraient infail-
- Saumon de Californie. — Grandeur naturelle d’un des vingt mille saumons lâchés dans les al'lluents de la Seine.
- liblement. C’est la principale raison de la tentative qui vient d’être faite. Pour assurer autant que possible la réussite de l’entreprise, on résolut de lâcher non pas des alevins de six semaines, comme on le fait généralement, mais des poissons déjà vigoureux ayant de 9 à 12 centimètres de longueur, et capables de lutter contre toutes les causes de destruction qu’ils ne pourront manquer de rencontrer.
- En dix voyages, 20 000 saumons ont été transportés et lâchés, soit 2000 par voyage.
- Les points principaux oii s’est opéré le lâcher sont: Piton près d’Evreux; la Yesles, près de Reims; la Sarce, à Courtenos-l’Enclos près de Troycs;le Gambon, aux Andelys; le Loing, à Montargis; le Lunain à Launoyprès Nemours; le petit Morin, à la Ferté-sous-Jouarre; le grand Morin, à Condé; l’Epte, à Vernon ; et enfin, deux points du cours même de la Seine. Dans tous ces voyages, on a dù faire, outre le trajet en chemin de fer, d’assez longs trajets
- en voiture, souvent en plein soleil, et néanmoins nous avons réussi chaque fois à arriver à bon port. Le cadre restreint de cet article ne permet pas d’indiquer en détail les précautions qui ont assuré le succès, je me bornerai à dire que la première condition pour le transport des poissons est l’aération de l’eau.
- J’ajouterai qu’il est à souhaiter que l’opération réussisse. Le saumon de Californie se recommande non seulement par sa rusticité, mais par la délicatesse de sa chair et la rapidité de sa croissance. A trois ans les poissons de cette espèce pèsent de 2 à o kilogrammes et ne le cèdent pas à la truite au point de vue gastronomique. Eugène Juillerat,
- Préparateur du Cours de pisciculture,.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandieii. Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N* 689. — 14 AOUT 1886.
- LA NATURE.
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- LES FOUILLES EN ÉGYPTE
- ET LA MOMIE JOE IÎAMSÈS II (sÉSOSTRIs)
- Depuis plusieurs années M. Maspero, directeur général des fouilles en Egypte, a entrepris une série de travaux dont les résultats ont été considérables. Le savant égyptologue a récemment fait à Deïr-el-Rahari une trouvaille d’une valeur inappréciable dont nous allons entretenir spécialement nos lecteurs ; il s’agit de trois momies qui avaient été transportées dans cette localité , probablement dans le but de les soustraire à la profanation. L’une de ces momies a été reconnue pour être celle de Ramsès le Grand, l’un des plus puissants monarques de l’histoire, l’un des plus grands conquérants de l’humanité.
- Le procès-verbal du dépouillement a été communiqué à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, dans sa séance du 18 juin dernier; nous allons en reproduire les détails les plus intéressants.
- Le dépouillement a eu lieu, par les soins de M. Maspero, le 1er juin, en présence du khédive, de sir H. Drum-mond Wolff et de Nubar-Pacha. Quand on l’a eu dégagée complètement des différentes couches de bandelettes et d’étoffes, on a reconnu, aux inscriptions tracées sur cet appareil, que la momie cataloguée sous le n° 5225 était celle du grand Sé-sostris, Ramsès IL Ce fut un moment solennel [tour tous ceux qui assistaient à cette opération.
- Cette sortie du tombeau après bientôt quarante siècles, cette apparition qui renoue en quelque sorte le passé au présent et nous rend tangible la réalité historique, affaiblie et comme effacée par le lointain des Ages, tout cela forme en effet un spectacle qui a sa grandeur et ses enseignements,
- 14e année. — 28 semestre.
- Malgré les altérations produites par le dessèchement des tissus, la momie debout, le buste émergeant des bandelettes qui couvrent encore en partie le reste du corps, les mains posées sur la poitrine, la tète dressée et haute, le masque puissant et grave, a tout à fait grand air. La tête est allongée, relativement petite, les cheveux rares sur les tempes, plus épais sur la nuque, blanchis, mais devenus jaunes sous l’influence des préparations funéraires, le front peu développé, bas, le nez busqué, la tempe
- creuse, la pommette saillante, le menton fort, la bouche large , sans dents , la mâchoire puissante. Cette face de vieillard garde un air de souveraine majesté. La poitrine est ample, les mains sont fines et encore rougies du henné qui servit k la suprême toilette du roi.
- Une autre momie anonyme, trouvée dans le sarcophage de Ramsès II, est tombée en putréfaction quand on a voulu la dégager de ses bandelettes. On a pu s’assurer toutefois que ce n’était pas, comme on le supposait, la momie de la reine Nofri-tari, femme du roi Ahmès Ier, de la dix-huitième dynastie; on a constaté que c’était la dépouille d’une femme de race blanche, d’âge mur, probablement d’une des nombreuses femmes, filles ou soeurs de Ramsès IL
- La momie cataloguée sous le n° 5229 est celle de Ramsès III. Elle est moins bien conservée que la momie de Ramsès II : la face était noyée dans une masse compacte de goudron; le front est mieux proportionné, les pommettes moins saillantes, la bouche est démesurée, les lèvres minces et les dents blanches.
- Les deux momies royales vont subir quelques menues réparations qui permettront de les exposer très prochainement dans une vitrine du musée de Boulaq, aux regards des nombreux visiteurs.
- Il
- La momie de Ramsès II, découverte à Deïr-el-Bahari par M. Maspero.
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- LA NATURE.
- Nous rappellerons que Ramsès 11, dont nous reproduisons ici les vestiges, régna plus de soixante-dix ans, et dut mourir presque centenaire. Ce fut le plus célèbre des rois d’Egypte; ses conquêtes s’étendirent en Ethiopie, en Judée, en Syrie, en Médie et jusqu’en Asie Mineure. C’est sous son règne que l’art égyptien atteignit son plus haut degré de perfection ; les palais et les temples s’élevèrent de toutes parts dans son royaume, et c’est à son époque que l’Egypte se couvrit de ces monuments qui suscitent encore l’étonnement et l’admiration.
- Que de sujets de méditations pour le philosophe! -------------------------
- Ii L A >' C HIM E N T
- ÉLECTR0-CH1MIQBE DES TISSUS
- PAR LE PROCÉDÉ E. H ER MITE
- Parmi les applications chaque jour plus nombreuses de l’électricité, il nous parait juste de citer spécialement le procédé de M. E. Hermitepour le blanchiment des fibres textiles et des tissus, et particulièrement du fil de lin. Ce procédé est basé sur l’étude des phénomènes qui s’accomplissent pendant la décomposition, par le courant électrique, d’un sel d’un métal alcalin, le chlorure de magnésium.
- L’expérience nous apprend que, si l’on soumet à l’action du courant électrique un sel métallique en dissolution dans l’eau, ce sel se trouve décomposé en ses deux éléments constitutifs : d’une part, le métal qui se porte à l’électrode négative ; d’autre part, l’acide qui se rend au contraire à l’électrode positive.Mais le courant électrique, en décomposant ainsi le sel dissous, décompose en même temps l’eau de dissolution. Or, l’une des lois de l’électro-lyse nous enseigne que, toutes les fois que l’on dissocie électriquement les éléments composants de l’eau, l’hydrogène se comporte comme métal et se rend en conséquence au pôle négatif, tandis que l’oxygène agit comme l’acide des sels et se porte au pôle positif. Il arrive souvent alors que dans cette double décomposition, des réactions secondaires prennent naissance, et viennent soit entraver complètement la marche des opérations, soit changer l’effet finalement attendu, par suite de l’influence active que peuvent exercer les composés nouveaux formés dans ces réactions secondaires. Cependant, ces dernières deviennent quelquefois aussi d’un puissant secours et permettent d’aboutir à des résultats de haute importance, lorsque l’étude des phénomènes et la marche des opérations sont suivies avec toute la sagacité voulue en de telles circonstances. Ainsi la chimie générale nous apprend que, chaque fois qu’un métal alcalin est mis en contact avec l’eau, celle-ci se trouve décomposée : son oxygène est fixé par le métal et l’hydrogène est mis en liberté. Nous pouvons donc en déduire, à priori, qu’en soumettant à l’électrrilysc une dissolution saline d’un métal alcalin, une double décomposition de l’eau pourra être produite : d’une part par l’action du courant électrique, et d’autre part sous l'influence du métal mis en liberté par ce courant.
- Ces considérations posées, en fermant un circuit électrique sur une cuve renfermant la dissolution de chlorure de magnésium choisie comme électrolyte par M. Hermite, nous verrons d’abord la décomposition commencer en même temps, suivant la loi générale, d’un côté sur le chlorure de magnésium, de l’autre sur l’eau. Les éléments métalliques pu considérés tels dans ces deux composés,
- c’est-à-dire le magnésium et l’hydrogène, se porteront à l’électrode négative, tandis que les autres éléments constitutifs : chlore dans l’un, oxygène dans l’autre, iront à l’électrode positive. Mais aussitôt, le magnésium libre au pôle négatif exercera sur l’eau sa propre action décomposante, fixera l’oxygène pour former de la magnésie, et laissera libre l’hydrogène de même que l’est déjà celui que l’action du courant électrique a produit.
- Au pôle positif, nous venons de voir que du chlore et de l’oxygène ont été libérés; là aussi une réaction a lieu entre ces deux corps simples qui, en se combinant, forment de l’acide hvpochlorique.
- A ce moment, des actions électro-chimiques qui se sont manifestées, nous avons donc : d’une part, de la magnésie; de l’autre, de l’acide hypochlorique. Or, la magnésie est une hase .et la chimie générale nous enseigne que l’acide hypochlorique, mis en présence d’une base, se dédouble en acide chloreux et en acide chlorique. Ce dédoublement en s’effectuant, permet alors à la magnésie libre de se combiner aux deux nouveaux acides, pour former du chlorite et du chlorate de magnésie.
- Mais pour donner naissance à ces actions simultanées, le courant électrique n’a pas eu besoin d’épuiser tout le chlorure de magnésium du bain; une partie seulement de ce sel a été décomposée. Or, la chaleur de combinaison de ce chlorure de magnésium étant supérieure à celles du chlorite et du chlorate de magnésie, et l’action électrolytique continuant à agir, ces deux sels sont décomposés quelque temps après leur formation, et avant que le courant n’ait produit l’électrolyse du chlorure de magnésium restant dans la dissolution. Mais sous l’action incessante du courant électrique, ce chlorure de magnésium non encore employé est décomposé à son tour. De nouveau alors, les réactions que nous venons de voir s’effectuer, se succèdent dans le même ordre, mais aussi, en ce temps des opérations, le bain électrolytique contient en liberté, par suite des décompositions précédemment produites, de l’acide chloreux, de l’acide chlorique et delà magnésie. Or si, dans un semblable bain, il a été préalablement placé une matière organique, les acides chloreux et chlorique lui cèdent leur oxygène, et le chlore, mis en liberté, se combine avec l’hydrogène, également libéré par la double action décomposante produite sur l’eau par le courant et par le magnésium, suivant ce que nous avons vu précédemment. De l’acide chlorhydrique se trouve ainsi formé, mais l’action électrolytique agissant toujours, cet acide de même que la magnésie libérée par la décomposition des chlorite et chlorate de magnésie, se trouvent à leur tour réduits en leurs éléments constitutifs : chlore et hydrogène, d’une part; magnésium et oxygène, de l’autre. Enfin, une dernière réaction s’opère entre ces corps simples : d’un côté, l’oxygène et l’hydrogène s’unissent pour former de l’eau; de l’autre, le chlore et le magnésium régénèrent, par leur combinaison, le chlorure de magnésium du début des opérations.
- Cette suite assez complexe de réactions peut être sommairement représentée au moyen des formules suivantes, indiquant bien l’ordre des effets successivement produits :
- Bain initial : 2MgCl-J-10HO —
- 1» : 2MgO + 2ClO4+10II =
- 2° : Mg0,C103 -f Mg0,C105 =
- 3° : CIO3 + CIO3 + 2MgO =
- 4° : 2C1 + 2MgO + 80 =
- 5° : 2MgO + 2ÏIC1 =
- 0° : 2110 -f 2MgCl
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- LA NAT U 1\E.
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- En examinant ces formules, on voit que la suite des réactions engendrées détermine un cycle d’opérations complet, puisque tout le chlorure de magnésium employé au début de l’action électrolytique se trouve entièrement reformé à la suite des actions simultanées qu’a fait naître le passage continu du courant électrique à travers le bain initial.
- Cependant toutes ces transformations, ainsi bien établies et bien comprises, d’autres difficultés surgissaient encore, qu’il fallait absolument vaincre, avant de pouvoir utdiser cet ordre de réactions au blanchiment du til de lin, dans des conditions industrielles favorables. 11 était nécessaire d’étudier d’abord à quelle densité la solution du sel magnésique offrirait le moins de résistance au passage du courant, et en même temps ne pas trop réduire la quantité d’eau, celle-ci étant indispensable à la bonne marche des opérations ; ensuite chercher la nature et la surface des électrodes qui conviendraient le mieux dans ce cas particulier; enfin tâcher, autant que possible, d’employer les appareils déjà existants pour le crémage ordinaire par l’hypochlorite de chaux, ou tout au moins les modifier le plus simplement possible.
- Pour la densité de la solution, après une série d’expériences comparatives, M. Hermite s’est arrêté à celle de 1,125 comme étant la plus favorable; elle correspond à 16° de l’aréomètre de Bauiné. Toutefois la solution doit en même temps atteindre une température de 50 degrés environ. A cette densité et à cette température, M. Hermite a trouvé que la solution ne présente qu’une résistance de 80 ohms; tandis qu’une solution d’une densité de 1,060 par exemple, c’est-à-dire assez peu riche en chlorure de magnésium, de même qu’une autre à la densité de 1,321, qui représente une solution tout à fait saturée, opposent à la même température que la solution à 1,125, une résistance de 155 ohms. On voit donc, par ces données, qu’il n’y a pas plus d’intérêt à se servir d’une solution trop riche en sel qu’à faire usage d’une autre trop étendue.
- Pour constituer les électrodes, M. Hermite fait usage de lames de platine pour les pôles positifs et de lames de zinc pour les négatifs. Toutes ces lames ont la même surface, calculée de façon à absorber le moins de force motrice possible. Les dimensions adoptées sont de 0m,67 de longueur sur 0m,l 7 de largeur, et dans chaque cuve contenant le bain de chlorure de magnésium, plongent six lames de platine et sept de zinc, montées en tension.
- Enfin les cuves employées sont celles existant dans tous les établissements de crémage à l’hypochlorite de chaux, modifiées d’une façon tout à fait insignifiante. L’adaptation du nouveau procédé se trouve donc ainsi facilitée encore.
- Nous allons voir maintenant la valeur industrielle de ce système, en comparant le coût du blanchiment des fils, par cette nouvelle méthode, au prix de revient, établi en se servant de l’hypochlorite de chaux. Nous considérerons, par exemple, une installation de blanchiment électrochimique, pouvant opérer le crémage de 1000 kilogrammes de fil de lin par journée de travail de dix heures. M. Hermite emploie, dans ce cas, vingt bacs à six lames positives et sept négatives, comme nous l’avons dit précédemment, et ces vingts bacs sont montés en tension. Dans ces conditions, l’alimentation du courant nécessaire doit être fournie par une machine dynamo-électrique, pouvant donner 150 ampères avec 60 volts de différence de potentiel aux bornes des vingt bacs ; ce qui représente par conséquent, un travail de 9000 watts ou environ I l chevaux-vapeur. Pour la pratique, comme il faut tenir compte des pertes par polarisation, par transmission, etc.,
- l’application que nous prenons pour exemple pourrait nécessiter, au maximum, l’emploi d’une machine à vapeur de 25 chevaux de force, alimentant une dynamo pouvant fournir un courant de 150 ampères avec une différence de potentiel de T10 volts aux bornes de la machine.
- Ceci posé, si l’on fait usage, comme avec l’hypochlorite de chaux, de l’opération préparatoire dite de lessivage ; en tenant compte de la perle de chlorure de magnésium entraîné par le fil, la seule qui soit à compter, puisque les formules des réactions établissent sa régénération continuelle; et enfin, en se basant sur le coût de la tonne de houille et le prix de la main-d’œuvre, dans la région où M. Hermite exploite son procédé, le prix de revient ressort en nombre rond à 4,5 centimes le kilogramme de lin. Or, en faisant le total des frais nécessités par l’emploi ordinaire de l’hypochlorite de chaux, tous les praticiens savent que Ton arrive au coût de 9,5 centimes environ par kilogramme de lin. On voit donc, par ces chiffres, que l’emploi du procédé électro-chimique Hermite permet de réaliser une économie de 55 pour 100, à peu près, sur la méthode employée jusqu’à ce jour. Mais la différence est encore plus sensible si Ton supprime le lessivage. Or, cette opération devient inutile lorsque Ton a seulement besoin d’un simple crémage des fils, tandis qu’elle est toujours nécessaire en prenant l’hypochlorite de chaux comme agent de blanchiment. Par cette suppression, l’économie réalisée par le procédé Hermite est alors de 75 pour 100 environ. D’ailleurs, par ce procédé, il suffit d’augmenter ou de diminuer le courant électrique, pour augmenter ou diminuer également le pouvoir décolorant du bain, et obtenir ainsi, depuis le simple crémage des fibres textiles jusqu’au blanc parfait. En outre, il n’y a pas à craindre l’altération des matières organiques puisque la magnésie n’agit nullement sur elles. Or, tous les praticiens de l’industrie du blanchiment savent fort bien qu’il n’en est pas ainsi, en se servant de l’hypochorite de chaux ; cette substance altère toujours, plus ou moins, les tissus soumis à son action.
- Enfin, l’action décolorante est encore aidée dans le procédé Hermite, par la pureté à laquelle arrive le bain lorsque le courant électrique Ta traversé pendant un certain temps. Le fer notamment, qui nuit beaucoup à l’obtention des couleurs délicates, se trouve ici entièrement précipité à l’état d’oxyde, au bout de quelques heures de travail.
- Il convient d’ajouter que le chlorure de magnésium n’est pas le seul sel qui puisse fournir les résultats que nous venons d’exposer ; d’autres sels alcalino-terreux, tel que le chlorure de calcium par exemple, permettraient d’atteindre le même but; mais M. Hermite a choisi le chlorure de magnésium, parce que ce dernier se trouve dans le commerce, à la fois à un prix peu élevé, en abondance assez grande, et à un degré de pureté très suffisant pour l’emploi auquel il le destinait.
- Tel est le procédé Hermite, basé sur l’étude attentive de réactions établies par les lois de Télectro-chimie, dont l’exploitation se poursuit maintenant en grand, à Lille, dans les établissements de MM. Scrive, Hermite et C°, et. qu’une installation toute spéciale représentait, Tété dernier, à l’Exposition internationale d’Anvers.
- Il nous semble ressortir de l’examen technique de ce système, que la pratique industrielle ne pourra tarder de se ressentir de tous les avantages attachés à l’emploi de cette nouvelle et remarquable méthode.
- G. A. Marchandi
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- LA NATURE.
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- LES ALLURES DU CHEVAL AU GALOP
- REPRODUITES PAR LA PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE
- L’apparition dos photographies instantanées des allures du cheval de M. Muyhridge (reproduites dans La Nature, année 1879) causa, dans le inonde artiste ou autre, un étonnement mêlé de quelque peu d’incrédulité. Pour ce qui concerne particulièrement le galop, on était tellement habitué à voir figurer un cheval avec les quatre membres allongés en sens inverse, et suspendu en l’air, que toute autre pose semblait non seulement étrange, mais impossible et ridicule; tant est grande l'influence exercée sur nous par la manière de voir de nos prédécesseurs, et du milieu environnant.
- Depuis cette époque, les choses ont bien peu changé, elles en sont presque au même point, et en voici les principales raisons. Les photographies de M. Muyhridge, si remarquables qu’elles soient au point de vue scientifique, ne sont au point de vue artistique <pie de très petites silhouettes noires, dans lesquelles on a peine à distinguer une jambe droite d’une jambe gauche.
- Chacun essaya à son tour de faire des instantanés de chevaux en mouvement. Mais alors, que de déceptions, que de plaques gâchées, et quel besoin absolu d’obtenir une ouverture de l’objectif en une fraction de seconde assez minime pour avoir une épreuve passable, et non une traînée informe ! C’est pourquoi les obturateurs à occlusion instantanée ont surgi de toute part avec une abondance qui prouve tout simplement que la forme parfaite n’a pas encore paru. Un journal de photographie1 en évaluait dernièrement le nombre à 28 976 U! et cela en annonçant la fondation d’un prix de 50 dollars en faveur du lauréat d’un concours d’obturateurs instantanés.
- Malgré cette poussée vraiment formidable, le but idéal n’était pas encore atteint tout récemment, quoi-
- 1 Le Progrès photographique, mai 1880.
- qu’il soit juste de dire que certains obturateurs, notamment ceux de MM. Londe, Tliury et Amey, et quelques autres encore, donnent de fort beaux résultats, jusqu’à une certaine limite de vitesse; mais il faut encore une rapidité supérieure pour pouvoir photographier un cheval au galop, de profil, avec une netteté satisfaisante.
- Quelques chiffres en donneront une idée. Commençons par rassurer le lecteur, nous n’allons pas passer en revue les 28 000 et quelques obturateurs ; nous serons au contraire extrêmement brefs ; préve-nons-le seulement qu’il va trouver ici des chiffres bien au-dessous de ceux qu’il a peut-être entendu mentionner, ou qu’il peut avoir lu sur des prospectus de fabricants. A les en croire, le moindre obturateur donne le 1/500, le 1/1000, et même le 1/5000 de seconde, et cela comme en se jouant ! Malheureusement quand on soumet tous ces merveilleux instruments à une méthode sérieuse de mesure (et il y en a pour cela), il faut singulièrement en rabattre; on n’enregistre que des 1/15, des 1/50 de seconde, et dans les plus rapides, des 1/200. De ces derniers il y en a bien peu, je n’en connais que deux ou trois1.
- La </ni//of inc ordinaire peut donner , suivant les cas, du 1/6 au 1/12 de seconde. 11 est bien entendu que ces chiffres n’ont rien d’absolu, il faudrait une mesure pour chaque instrument en particulier, en raison de sa dimension, de ses frottements, de son plus ou moins bon état de fonctionnement, etc., ceci s’appliquant à tous les mécanismes.
- Avec la vitesse susnommée on peut faire des portraits d’enfants sans appui-tête; en y ajoutant un caoutchouc on en peut porter la vitesse au 1/50. Avec un obturateur à doubles volets, vitesse variant de 1/12 à 1/25, on peut aborder des sujets de la rue, sans grande netteté, des personnes marchant de face. Pour un cheval au pas, il faut arriver au 1 /60 de
- 1 II n'est nullement question ici des obturateurs qui ont pu servir à des expériences astronomiques; je ne parle que de vues artistiques.
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- Fig. 1. — Cheval sautant une barrière. — Reproduction directe par l’héliogravure d’un cliché photographique de l’auteur. Temps de pose : l|loü de seconde.
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- seconde; on aura une ou deux jambes nettes, et I il faut monter jusqu’au 1120 de seconde. Alors on deux sabots floua. Mais pour avoir de beaux clichés | pourra faire le petit trot, et à partir du 1/150 des
- Fis- 2. — Chevaux au grand galop. — Reproduction directe pur l'héliogravure d’un cliché photographique de Fauteur.
- chevaux franchissant des obstacles (fig. 1). 11 existe de fort belles épreuves de ce dernier mouvement dues à l’habileté de différents amateurs ou photographes.
- Cette représentation est celle qui lrappe le plus, qui cause généralement le plus d’étonnement aux personnes qui n’ont pas étudié spécialement l’instantanéité. Elle est pourtant bien moins difficile à réussir que le galop, et voici pourquoi. Dans le saut, les jambes du cheval se déplacent peu relativement au corps, l’animal se meut, pour ainsi dire, tout d’une pièce, tandis que dans le galop les membres en s’étendant et se repliant, acquièrent une vitesse évaluée à 5 fois celle
- du reste, et pouvant atteindre 50 mètres à la seconde ou même plus. On comprend, dès lors, quelle difficulté il peut y avoir à faire un cliché dans ces conditions. En se plaçant de face, ou de trois quarts, la perspective atténue cette rapidité extrême ; a une grande distance, le mouvement paraît également moindre.
- Quelques photographes, se servant d’obturateurs marchant du 1/200 au 1/500 de seconde (je parle de chiffres sérieux, et non de ceux des prospectus) ont pu tirer quelques épreuves dignes d’intérêt, d’après ces données1. Mais jusqu’à présent 1 II ne s’agit pas ici des expériences toutes spéciales qu’exé-
- Fig. o. — Cheval au grand galop. Reproduction directe par l’héliogravure d’un cliché photographique de l’auteur. Temps de pose : 1/450 de seconde.
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- le galop de profil n’avait pas été représenté d’une manière nette et précise, du moins à ma connaissance.
- Il paraît difficile à première vue d’admettre que la ligure 2 appartienne au grand galop ; rien n’est cependant plus exact, les trois chevaux sur cette planche galopaient en faisant environ 6 à 8 mètres à la seconde. Nous ferons remarquer que les deux jambes du même côté sont en avant, ce qui n’a pas lieu pour le trot; et dans l’amble, l’allure est toute différente; les jambes sont presque droites, et très peu enlevées de terre. Mais, ainsi que nous l’avons dit plus haut, nous ne voyons que bien difficilement par nos propres yeux; les plus habiles observateurs se laissent influencer par leur entourage et leurs devanciers.
- On pourrait croire que l’œil humain est impuissant à percevoir cette vitesse ; c’est ce qu’on entend dire constamment. Cependant il m’a été donné tout récemment de voir une fort belle reproduction en fac-similé, d’une peinture étrusque décorant une hypogée et représentant probablement un cavalier venant de remporter le prix de la course. Or le cheval est exactement dans la pose de la figure 2. Du reste il faut bien avouer que si quelques-unes des phases du galop sont disgracieuses, celle-là est fort belle et noble, et il n’y a pas de raison artistique de ne pas la reproduire.
- Je fus tout naturellement conduit à l’idée de consulter les vases grecs de la collection du Louvre. Il s’y trouve une assez grande quantité de chevaux galopant. Quelques-uns sont faux, dans l’attitude reproduite plus tard, si souvent par van der Meulen, et Carie Vernet, l’animal très enlevé, les membres antérieurs légèrement fléchis, et les membres postérieurs appuyés sur le sol, très allongés. Mais j’y vis aussi avec surprise trois poses exactes du galop : celle des figures 2 comme les Étrusques l’avaient faite, et celle de la figure 5.
- Comment expliquer que dans les temps modernés, et depuis des siècles, tant d’artistes peintres, sculpteurs ou graveurs ne se soient pas rencontrés une seule fois avec la nature ? Avaient-ils de moins bons yeux que les anciens ?
- Ihitons-nous d’ajouter que, depuis ces dernières années, plusieurs artistes ont retracé dans des illustrations, ou même dans des peintures à l’huile, des mouvements nature, notamment celui où l’animal, enlevé du sol, a les pieds tous groupés sous lui. Au Salon de cette année, tout le monde a pu voir une grande charge de cuirassiers exécutée dans cet oVdre d’idées, et avec beaucoup de talent. Horace de C...
- U POLYSARCIE OU L’OBÉSITÉ
- Emma Markley, Américaine dont les journaux d’outre-Atlantique rapportent la mort, commença, dès l’âge de
- cute avec tant d'habileté, M. Marey, de l’Institut, à son laboratoire du Parc-aux-Princes. Le savant professeur est arrivé à opérer dans des conditions de rapidité plus grande encore.
- vingt et un ans, à se signaler par les proportions de son embonpoint qui, à partir de là, ne faisant que croître et embellir, fut bientôt phénoménal.
- Il y a juste dix ans quelle prit le parti de s’en faire des rentes; et n’était-il pas juste qu’elle vécût de ce qui l’empêchait de travailler?
- Elle allait donc, s’y exhibant, de ville en ville. C’est à Philadelphie qu’elle exposa pour la dernière fois et fit publiquement contrôler ses 62 pouces et demi de taille et son poids de 550 livres (lm,58 et 246 kilogrammes).
- Après en avoir vécu dix ans, Emma Markley en est morte, son fauteuil s’étant écroulé sous elle. Elle se fit dans sa chute une blessure qui la conduisit au cercueil, lequel avait 6 pieds 10 pouces de long (soit 2“,05) ; d’où l’on peut conclure que, polysarcie à part, Emma était encore ce qu’on nomme une belle femme.
- La polysarcie, c’est plus simplement l’obésité. D’ailleurs, j’en suis fâché pour l’Union américaine qui fait tant de bruit de ses gens gras, mais Emma Markley n’occupera dans les fastes de l’obésité qu’un rang fort ordinaire.
- On voit à l’Ecole de médecine de Paris le plâtre de Marie-Françoise Claye, dont l’histoire nous a été laissée par Dupuytren. A trente-six ans, cette femme, qui n’avait que 5 pieds 1 pouce de haut (lm,64), avait 5 pieds 2 pouces (lm,66) de circonférence à la taille; c’est 8 centimètres de plus que l’Américaine. La tête de la Française se perdait au milieu de deux énormes épaules. Le cou avait disparu. Les coussins de graisse qui comblaient le creux de l’aisselle forçaient les bras à se tenir éloignés du corps. 11 lui devint impossible de marcher. Bientôt même elle ne put rester couchée. Il fallut demeurer nuit et jour dans un fauteuil. Elle mourut à l’Hôtel-Dieu.
- Une Allemande, âgée de vingt-cinq ans et nommée Frédérique Ahrrens, qui se faisait voir à Paris dans les premières années du règne de Louis-Philippe, pesait 225 kilogrammes et avait, tant de haut que de taille, lm,75.
- Le comté de Lincoln, en Angleterre, a possédé un homme gras du poids de 264 kilogrammes, d’une circonférence de 3m,04 et dans l’habit duquel sept personnes de taille ordinaire pouvaient entrer.
- Edward Bright, dont Coé a rapporté l’histoire, pesait : à dix ans et demi, 65 kilogrammes; à vingt ans, 165; treize mois avant sa mort, 254; à sa mort, 279.
- En 1853, subitement étouffé par la graisse, mourut dans son fauteuil, à Batavia, un planteur du poids de 321 kilogrammes. Il en était venu à augmenter de 750 grammes et même d’un kilogramme par jour. A vingt-deux ans il pesait déjà 281 kilogrammes. Arrivé à 308, il pouvait encore prendre soin de sa plantation. Puis vint cet accroissement prodigieux qui promptement détermina la mort.
- On cite un Gallois du nom de Hopkins qui aurait pesé 448 kilogrammes, et on lui décerne le titre de roi des obèses. Un autre Anglais, Sponer, qui ne pesait que 505, était tellement gras qu’un couteau dont il lui entra 12 centimètres dans la région du ventre ne lui entama que le cuir; qu’on juge par là de ce que devait être l’enveloppe de Hopkins.
- Combien pesait ce duc de Wui'temberg pour qui, lors du banquet donné à l’Hôtel de Ville en l’honneur du mariage de Napoléon et de Marie-Thérèse, dut être entaillée la table du festin afin qu’il y pût loger son ventre
- Et ces princesses du Karagoué à l’audience desquelles Speke fut admis et dont une vint à sa rencontre à quatre
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- pattes, ce qui était tout ce qu’elle pouvait faire. Mais la polysarcie est dans ce pays une obligation du rang suprême. Aussi ces malheureuses princesses suivent-elles à la rigueur, et dès le bas âge, le régime qui la procure.
- Autres en matière de beauté féminine sont les idées et la croyance des Européens. Aussi la mode n’a-t-elle jamais rien eu de plus insensé que ces paniers qui donnaient aux femmes des airs de foudres et que la crinoline qui les cerclait en conséquence. Mettons ex æquo ce postiche qui ferait croire que la jalousie de la Vénus stéatopyge dévore le cœur de la Parisienne.
- La Vénus stéatopyge, c’est, si vous l'aimez mieux, la Vénus hottentote. Victor Meunier.
- LA MÉNURE-LYRE
- Après l’Ûpisthoeome hoazin, dont nous aurons sans doute l’occasion de parler quelque jour, la Ménure-lyre est peut-être l’oiseau qui a le plus embarrassé les ornithologistes classificateurs. Depuis l’année 1802, époque à laquelle elle lut décrite pour la première fois par Davis, cette espèce remarquable a été rangée tour à tour dans l’ordre des Gallinacés et dans celui des Passereaux. On l’a considérée d’abord comme une sorte de Faisan, à cause de ses formes robustes et de sa queue largement épanouie, et on l’a nommé Faisan-Lyre, Faisan des bois ou Faisan des montagnes; puis on l’a rejetée auprès des Calaos. G. Cuvier n’a pas hésité à la classer parmi les Pas-seraux dentirostres, entre les Merles ordinaires, les Cincles ou Merles d’eau, les Martins et les Manakins, et cette manière de voir a été adoptée par Temminck qui toutefois a mis, immédiatement après l’espèce qui nous occupe, les Brèves et les Fourmiliers, Passereaux indiens, africains et américains, qui sont de taille beaucoup plus faible que la Ménure et qui ont des formes plus ramassées. À son tour Isidore Geoffroy Saint-Hilaire ramena la Ménure au milieu des Gallinacés passéripèdes, dans le voisinage des Méga-podes de l’Australie et de la Papouasie ; puis le prince de Canino créa pour la Lyre une famille distincte qu’il intercala entre celle des Fourniers d'Amérique et celle des Timéliidés asiatiques et océaniens. Plus récemment encore cette famille des Ménuridés a été rapprochée de nouveau du groupe des Fourniers américains par M. le Dr Pli.-L. Sclater, dans son Catalogue des animaux du Jardin zoologique de Londres ; enfin tout récemment, dans son cours public au Muséum, M. le professeur A. Milne Edwards a rattaché la Ménure à la grande famille des Corvidés.
- 11 est certain en effet, comme J. Gould l’avait déjà soupçonné d’après l’observation de l’oiseau vivant, que la Lyre n’a rien de commun avec les Gallinacés et qu’elle appartient décidément à l’ordre des Passereaux, et il est probable qu’elle possède au moins autant d’affinités avec les Pics et les Corbeaux qu’avec les Brèves, les Merles et les Fourmiliers.
- Chez les Ménures la tête, relativement petite, est portée sur un cou grêle et bien dégagé; le bec, assez élevé à la base, est droit sur une grande partie de son étendue et ne s’infléchit que vers la pointe de la
- mandibule supérieure qui est légèrement échancrée sur le bord et pourvu en dessus d’une carène distincte. De chaque côté de celle-ci, dans une fossette allongée, s’ouvrent les narines par une fente abritée sous une membrane. Le tronc, un peu moins épais que celui d’une Poule, repose sur des pattes hautes, mais robustes, et terminées par des doigts allongés, aux ongles puissants. Deux de ces doigts, le médian et l’externe, sont, comme chez un grand nombre d’oiseaux, réunis l’un à l’autre par une petite membrane, et le pouce, qui s’insère au même niveau que les doigts antérieurs, est armé comme ceux-ci d’un ongle très développé, mais faiblement recourbé. Les ailes, pour un oiseau de cette taille, sont fort courtes et de forme arrondie, ce qui nous indique immédiatement que les Ménures doivent plutôt chercher leur nourriture à la surface du sol, à la manière des Brèves et des Fourmiliers, que la saisir au vol à la façon des Gobe-Mouches. Du reste avec leur queue si longue et si étrangement disposée, les Lyres, ou du moins les mâles de cette famille, ne sauraient se soutenir dans les airs plus longtemps qu’un Faisan.
- Cetje queue suffirait à elle seule pour distinguer les Ménures de tous les autres Passereaux : elle se compose en effet chez les mâles de trois sortes de plumes qui, en s’étalant donnent a peu près la figure de la lyre des anciens Grecs. Il y a d’abord au milieu deux pennes qui sont garnies, d’un côté seulement, de barbes serrées et qui se recourbent en sens inverse ; puis, de part et d’autre de ces pennes médianes, six longues plumes à tige grêle, à barbes effilées et très écartées qui représentent assez bien les cordes de l’instrument, et enfin, tout à fait à l’extérieur, deux grandes pennes dont les barbes externes sont très courtes, les barbes internes larges et serrées, et qui se replient gracieusement en S comme les bois d’une lyre. Chez les femelles on n’observe rien de semblable et la queue est formée seulement de douze pennes tronquées dont l’aspect n’offre rien d’insolite.
- Les Ménures appartiennent toutes à la faune australienne. On en connaît maintenant trois espèces ou plutôt trois races, très voisines l’une de l’autre ; savoir : la Ménure superbe, la plus anciennement décrite, la Ménure d’Albert et la Ménure de Victoria, découvertes il y a quelques années sur les bords de la rivière Richmond et à Port Philipp. C’est à la première espèce qu’appartient l’oiseau qui vit maintenant à la ménagerie du Muséum et qui fera plus particulièrement l’objet de cette notice. Cet oiseau, quia presque complètement revêtu la livrée du mâle, a été capturé tout jeune et a été embarqué, il y aura tantôt un an, en compagnie d’une femelle de la même espèce, sur le bateau qui devait les ramener en Europe. Malheureusement la femelle mourut pendant la traversée de la mer Rouge, si fatale aux oiseaux importés d’Asie ou d’Océanie, et le mâle seul put être cédé au Muséum par son propriétaire. Aujourd'hui quoique sa mue ne se soit pas effectuée dans de bonnes conditions, ce mâle offre déjà les traits caractéristiques de l’espèce. Sa tête et les par-
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- ties supérieures de son corps sont d’un brun nuancé d’olivâtre sur le dos et passant au roux sur les tectrices caudales et au marron sur quelques-unes des pennes alaires ; son menton et sa gorge offrent des tons fauves qui, dans le plumage de noces, s’accusent encore davantage; les parties inférieures de son corps sont teintées de gris brunâtre, et l’une de ses pennes caudales, qui est presque entièrement développée, montre le ricbe dessin que l’on admire chez l’adulte. Ce dessin consiste en des bandes transversales noirâtres et rousses marquant la face supérieure de la plume dont la face inférieure est au contraire d’un gris argenté. Les yeux, d’un brun foncé, sont entourés d’un espace dénudé, d’une teinte plombée, et les mandibules, de même que les pattes, tirent fortement au noir. La longueur de l’oiseau est de 40 centimètres environ, sans compter la queue qui pourra mesurer a elle seule 60 ou même 65 centimes quand elle sera entièrement poussée.
- La femelle, que le Muséum aurait été si désireux de posséder, se serait distinguée facilement du mâle par sa taille plus faible, par sa queue beaucoup plus courte et tout autrement conformée et par sa Jivrée plus modeste, d’un brun sale passant au gris sur le ventre.
- Quant aux mâles des Menura Alberti et Victoria, ils se reconnaissent soit à la coloration plus uniforme de leurs plumes caudales, soit au contraire à la netteté et à la teinte foncée des marques qui ornent les pennes recourbées des côtés de la queue.
- La Menura superba habite principalement la province de la Nouvelle-Galles du Sud et se montre particulièrement commune aux environs de Western Port et d’illawara, où elle est connue des indigènes sous les noms àeBeleck et de Belengera. Quand nous disons se montre, nous employons une expression qui n’est pas très exacte, car les Ménures sont extrêmement farouches et se laissent difficilement apercevoir. M. J. Gould, qui a étudié avec une patience si admirable les mœurs des animaux d’Australie, déclare même qu’il a passé jusqu’à quatre jours dans la brousse sans pouvoir découvrir les Ménures dont il entendait pourtant les cris d’appel retentir dans le fourré. « Pour se faire une idée des difficultés que j’ai eu à surmonter dans cette poursuite, il faut, dit-il, avoir traversé ces ravins incultes où règne une chaleur suffocante, il faut s’être frayé péniblement un chemin au milieu d’un fouillis inextricable de plantes échevelées, à travers les rochers et les arbres abattus, en étouffant le bruit de ses pas, et en s’arrêtant de temps en temps, le cou tendu, pour observer les oiseaux que le plus léger bruit fait disparaître sans retour. »
- Les Ménures ne sont cependant pas toujours aussi sauvages, et dans les districts où de larges routes ont été tracées au milieu des taillis, on les voit parfois traverser le chemin. On prétend même qu’un cavalier peut, à certaines heures, les approcher plus faci-ment qu’un homme à pied. Leur chasse présente néanmoins de très grandes difficultés qui rappellent
- celles qu’on rencontre dans la chasse au Coq de bruyère. Fille exige une connaissance approfondie du pays, beaucoup de décision et de sûreté de coup d’œil, car, pour descendre l’oiseau, il faut profiter de la minute où il se montre à découvert et où son attention est attirée par quelque chose d’insolite. Dans le district d’illawara les colons anglais se servent volontiers d’un chien convenablement dressé qui en se précipitant brusquement sur la Ménure et en jappant furieusement la frappe de stupeur. Quant aux indigènes, ils ornent plutôt leur tête des longues plumes caudales d’un oiseau de la même espèce, et se glissent doucement sous les buissons jusqu’auprès de la Ménure qui croit voir s’approcher un de ses congénères, ou bien encore ils frappent l’oreille du volatile par un sifflement strident et l'abattent avant qu’il soit revenu de sa surprise. Les Ménures d’ailleurs, dans un danger pressant ne prennent que rarement leur vol et cherchent plutôt à s’échapper à la course. Sur le sol leurs allures sont extrêmement rapides, et grâce à la vigueur de leurs pattes, elles peuvent faire, dit-on, des sauts de deux à trois mètres. Quand elles se glissent à travers les broussailles, leur queue est naturellement horizontale et, pour la voir dans tout son épanouissement, il est nécessaire d’assister aux parades des mâles qui parfois perchés sur des monticules qu’ils ont élevés eux-mêmes, exécutent une sorte de danse en redressant et en abaissant leurs pennes caudales et en poussant des cris variés. Tantôt ils imitent le chant d’autres oiseaux ou l’aboiement du Chien Dingo; tantôt ils font entendre un chant varié que l’on n’a pas craint de comparer au chant du Rossignol. Outre ce chant, les Ménures ont un cri d’appel qui est assez fort pour être perçu à quelques centaines de mètres.
- Comme les brèves, les Oiseaux-Lyres vivent isolés, en dehors de la saison des nids, et sans s’éloigner du même canton, parcourent sans cesse leur domaine, descendent et remontent les pentes des ravins, à la recherche de leur nourriture. Celle-ci consiste en petits mollusques, en vers, en insectes, en larves de toutes sortes et en myriapodes que l’oiseau découvre en retournant les feuilles sèches et en grattant le sol avec son pied. Ces habitudes sont faciles k constater en observant l’individu qui vit au Jardin des Plantes : on peut le voir piocher la terre avec ses trois doigts antérieurs, enlever une motte, la réduire en miettes avec son doigt médian, saisir sa proie avec ses mandibules et la laver proprement dans son bassin avant de l’avaler. Souvent alors il manifeste son contentement par un cri monotone et fréquemment répété.
- Le mode de nidification de la Menura superba est actuellement bien connu, grâce aux recherches de M. J. Gould, de M. Turner et de M. E.-P. Ramsay. On sait maintenant que l’oiseau établit son nid tantôt au niveau du sol, au pied d’un arbre, contre une souche, tantôt a une assez grande hauteur, au sommet d’un vieux tronc ou sur un escarpement de rocher, dans la partie la plus ombragée d’un ravin.
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- Mên ure-lyre,
- d’après l’individu actuellement vivant au Muséum
- d’histoire naturelle de Paris.
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- Il lui donne la forme d’une hutte arrondie ou ovale, dont l’ouverture circulaire est placée sur le devant ou sur le côté et dont les parois sont constituées suivant les localités par des matériaux plus oü moins grossiers. Ici ce sont des baguettes entremêlées de mousses, là des fibres d’Eucalyptus, ailleurs des fougères desséchées ou des racines d’llymenophylliim iunbridgeme. L’intérieur est ordinairement tapissé soit de mousse, soit de plumes arrachées du dos et des lianes de l’oiseau, et ce fragile édifice qui mesure près de 70 centimètres de long sur 50 de haut et 45 à 46 de large, repose sur une fondation qui en assure la solidité. La femelle y pénètre toujours la tête la première et se retournant ensuite, s’accroupit sur l’œuf avec la queue parfois rabattue sur le dos ou plus souvent ramenée sur le côté du corps. Elle ne reçoit du mille ni aide, ni subsistance et est obligée fréquemment de quitter le nid pendant la journée pour aller prendre quelque nourriture. Dans ces conditions l’incubation se prolonge pendant plusieurs semaines, depuis le mois de juin ou le mois de juillet jusqu’au mois d’août ou même aux premiers jours de septembre. Les œufs, généralement au nombre de deux par couvée, sont d’un gris verdâtre, d’un brun rougeâtre ou d’un brun noirâtre avec des taches noirâtres ou brunes plus ou moins distinctes. Les petits qui en sortent sont d’abord d’un brun grisâtre, puis d’un brun noirâtre et ont dans les premiers temps le sommet de la tête, le dos, les ailes et la queue couverts de duvet et le cou complètement dénudés. Telle est du moins la livrée que leur assigne un ornithologiste australien, M. E. P. Ramsay, car jusqu’à présent on n’a pu obtenir en Europe la reproduction des Ménures et l’on n’a pu par conséquent observer chez nous ces animaux dans leur premier plumage. E. Oostalet.
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- CATASTROPHE DE CHANCELADE
- ET LES PHOTOGRAPHIES DE M. LANGLOIS
- Nous avons donné dans notre dernière livraison datée du 7 août (p. 148)1 la reproduction de deux photographies que M. le photographe Langlois nous a remises lui-même. L’une de ces photographies a été indiquée comme représentant la tête du cadavre d’un mineur qui se serait trouvé dans les galeries inaccessibles.
- L'Echo de la Dordogne du 5 août publiait un article qui nous a été communiqué postérieurement, et qui contient les passages suivants :
- C’est avec une indicible émotion que nous écrivons ces lignes : nous croyions en avoir fini avec la terrible catastrophe du 25 octobre dernier; mais un jour nouveau vient de se faire sur cet affreux événement; un jour qui fait la lumière d’une manière complète, décisive, sur le
- 1 Publiée depuis le 5 août au matin. La Nature est toujours tirée dès le jeudi matin qui précède la date imprimée, afin que les envois de province et de l’étranger se fassent régulièrement.
- malheureux sort réservé aux tristes victimes de l’écroulement des carrières de Chancelade.
- Nous avons reçu ce matin la visite de M. le maire de Chancelade. de M. Imbert, propriétaire des carrières, et de deux ouvriers carriers, MM, Ladeuil Prosper fils et Touzat Marc. Ces deux braves ouvriers ont réussi à traverser les carrières où l’éboulement s’est produit et ils ont pu arriver à la galerie où travaillaient leurs camarades au moment de la catastrophe. C’est hier qu’ils ont accompli cet acte de courage et de dévouement ; ils sont entrés par une ouverture précédant de 10 mètres environ celle où entra le père Parcellier et dont il n’est plus revenu; tantôt en se traînant à plat ventre, tantôt en marchant debout, tantôt en escaladant d’immenses rochers, et en traversant des ouvertures où passerait à peine un renard, ils sont arrivés à leur but, à la galerie où travaillaient les ouvriers et où a été creusé le puits de forage.-
- Quelle n’a pas été l’émotion de Ladeuil et de Touzat lorsqu’ils sont arrivés dans la galerie où travaillaient le fils Parcellier, Lafayas et Serre ! ils s’attendaient évidemment au plus affreux spectacle, à voir les ossements de leurs camarades ou tout au moins les restes de celui qui, disait-on, avait été photographié par M. Langlois.
- Ils parcourent la galerie sous l’impression de l’effroi que leur causent les découvertes qui les attendent; fort heureusement, il n’en est rien ; ils trouvent la galerie intacte, les échafaudages à leur place, les scies sont encore dans leurs traits ; les deux ouvriers découvrent plusieurs petites bouteilles pleines d’essence qui servaient à alimenter les lampes ; ils versent l’essence dans la galerie et y mettent le feu ; une forte lueur surgit qui leur permet de continuer leurs recherches; ils trouvent alors une bouteille vide, mais qui avait été portée pleine de vin ; évidemment les ouvriers avaient fait collation avant la catastrophe; un verre, une tabatière où il y a encore du tabac à priser, une boîte d’allumettes, un mètre en cuivre, un gilet en laine et un petit gilet appartenant au fils Parcellier, le tout en lambeaux; enfin l’appareil ayant servi au forage du puits et qu’on avait laissé tomber au fond de la galerie.... Pas la moindre trace de cadavre...
- Et, maintenant qu’il est bien établi que les malheureux Parcellier fils, Serre et Lafayas ont été tués en voulant se sauver, et à une distance de 30 mètres au moins de l’endroit où a été creusé le puits de forage, nous demanderons à M. Langlois où il a pris le semblant de cadavre qu’il a mis sur ses photographies.
- Ces renseignements sont confirmés par Y Avenir de la Dordogne et par un grand nombre d’autres journaux. L’ingénieur en chef des mines ainsi que le préfet de la Dordogne ont également pénétré dans les galeries et ils ont fait les mêmes constatations.
- En présence de ces faits, nous avons écrit à M. Langlois pour lui demander des explications; il est venu lui-même nous les fournir à peu près dans les termes suivants que nous reproduisons aussi exactement que possible :
- « Je vous ai apporté les épreuves des clichés que j ai obtenus a 1 aide de mon appareil, opérant au fond du puits de forage de Chancelade ; voici tous les clichés qui me les ont fournis, vous pouvez vous assurer qu’ils sont absolument corrects et que nulle retouche n’a été faite à aucun d’eux. Je n’ai jamais commis un acte déloyal. Je vous affirme sur Thon-
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- neur que mes clichés ne sont pas retouchés, je les tiens à la disposition de tous ceux qui voudront les examiner, et de tous les experts que l’on pourra désigner. Quand mon appareil est sorti du puits de Chancelade, à chacune de mes opérations, les glaces impressionnées dans les galeries inaccessibles ont été développées devant témoins. Le cliché, que vous avez reproduit, a été développé en présence de deux ingénieurs de la traction du chemin de fer d’Urléans, MM. Salesse et Reverent, de M. le capitaine d’infanterie Pinet et de deux employés de la maison Lipp-mann de Paris. Tous les autres clichés ont été développés en présence du chef d’atelier de la compagnie d’Orléans, de M. Meyer, ingénieur pour la partie technique de la maison Siemens de Paris, et de plusieurs personnes dont j’ai oublié le nom. »
- M. Langlois m’a soumis tous ses clichés, je dois déclarer qu’ils me paraissent exempts de retouches. La plupart d’entre eux figurent un sol pierreux; deux ou trois d'entre eux indiquent des piliers. Il en est un autre où l’on a cru voir ï apparence d’un bras humain, deux autres où l’on distingue une roue; le plus intéressant est celui qui semble indiquer la tête de profil ; nous l’avons reproduite précédemment (p. 148).
- « On vient de constater, dis-je à M. Langlois, par la visite des galeries, qu’il n’y avait pas de cadavres; d’où peut provenir ce profil ? »
- Et en faisant cette question, je regardais a la loupe le fameux cliché ; je dois avouer que je n’y trouvais plus guère l’aspect certain d’un tête humaine.
- « Il se peut assurément, me dit M. Langlois, que ce ne soit qu’une apparence fortuite ; l’imagination aidant, nous avons cru voir une tête humaine dans cette silhouette singulière qui en a bien l’apparence. Notre appréciation a été répétée, amplifiée, et les journaux ont parlé des cadavres de Chancelade révélés par la photographie. J’ai eu le tort de croire moi-même à cette révélation. Mais je suis de bonne foi ; je n’ai tiré aucun profit de mes opérations qui bien au contraire m’ont coûté de l’argent; la construction de mon appareil, qui d’ailleurs a fort bien fonctionné, m’a donné beaucoup de peine et de travail, et je n’avais aucun intérêt à déguiser la vérité. »
- M. Langlois nous a paru sincère. En réalité, la photographie que nous avons reproduite ne donne ni le relief, ni le modelé d’une tête ; un simple profil se découpe en blanc intense sur un fond noir. Quelques pierrailles blanches et bien éclairées n’auraient-elles pas produit, par hasard, cette apparence, à la façon des silex qui ont parfois l’aspect d’une tête humaine ?
- S’il en est ainsi, M. Langlois aura eu seulement le tort de ne pas assez se méfier de son imagination et de celle des personnes qui ont cru voir avec lui un profil humain dans son cliché. Nous avons nous-même accueilli ses affirmations sans un examen assez complet, mais il y a loin, de la part de l’opérateur, d’une erreur d’appréciation à un acte de faussaire.
- Pour rester dans les termes de la rigueur expéri-
- mentale, il eût fallu inscrire sous la fameuse épreuve photographique du puits de Chancelade ;
- Photographie au milieu de laquelle est une tache blanche, ayant l'apparence d'un profil humain.
- Gaston Tissandier.
- UN TROU A LA TERRE
- GRAND PUITS INOBSERVATION; PROJET DE M. MARTINEZ
- Nous avons fait connaître, il y a quelques mois, le projet d’un savant de la République Argentine, M. Martinez, actuellement en résidence à San-Fran-cisco : il ne s’agit de rien moins que de percer le globe terrestre jusqu’à son centre, d’y creuser un puits colossal pour étudier la géologie des fonds inconnus1. « Que toutes les nations s’unissent entre elles, dit M. Martinez, on arrivera au but, et la science en tirera un profit énorme. »
- Le lecteur se rappellera peut-être que nous n’avons pas présenté ce projet à la Jules Verne, sans y faire des restrictions tirées de la petitesse de l’homme et de ses moyens d’action, comparés à la grandeur du globe qu’il habite.
- L’article que nous avons publié est parvenu à M. Martinez, qui nous envoie de San-Francisco, par l’intermédiaire d’un aimable voyageur, une lettre dans laquelle il défend avec énergie la cause du Trou à la Terre; nous ne saurions nous refuser à reproduire une réponse venue de si loin :
- Vos observations, dit M. Martinez, m’ont suggéré quelques réflexions que je vous demande la permission de vous exposer.
- Les figures qui ornent votre article sur le Trou à la Terre, expliquent parfaitement les difficultés qui se présentent pour le forage du puits d’observation. Mais ces difficultés sont loin d’être insurmontables. La taille de l’homme n’empêche pas la mécanique et l’invention de posséder les moyens d’entreprendre de très grands travaux.
- Le tunnel du Mont-Cenis, celui du Saint-Gothard, les chemins de fer, le canal de Suez et maintenant le canal de Panama, où 100 millions de mètres cubes de matériaux vont être changés de place, nous sont de sûrs précurseurs pour nous indiquer que nous pourrions faire un puits de 5 X 10 mètres, et amener à la surface seulement trois cents millions de mètres cubes de débris, pour arriver à une profondeur de six millions de mètres.
- De puissantes machines seraient établies à la surface et dans le parcours du puits feraient mouvoir des ascenseurs, des chaînes sans fin, etc. Des tuyaux pneumatiques pourraient être installés dans le puits et amener à la surface les débris, même des plus grandes profondeurs, avec instantanéité. L’air et la lumière s’expédient facilement dans les plus grandes profondeurs.
- Je ne crois donc pas que cette entreprise soit hors des forces et des moyens de l’homme.
- Voyons, que faudrait-il pour commencer et aller de l’avant ? Faisons un devis.
- Nous verrons qu’il suffit de deux millions de francs de dépenses annuelles ; et l’économie et les nouvelles inven-
- 1 Voy. n° 073, du 24 avril 1886, p. 325.
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- tions aidant, nous irions peut-être de l’avant avec un seul petit million par an.
- Ni la poudre ni la dynamite ne seraient employées, pour éviter les ébranlements dans les machines et dans la masse rocheuse. Les tarières et scies en diamant, mues par l’électricité, entailleraient la roche dure qui se détacherait par levier. La pression hydraulique, l’air comprimé, la vapeur, la chaleur, le froid, pourraient être autant d’agents de désagrégation employés; et un travail continu empêcherait l’œuvre de s’éterniser. Même en ne creusant que 10 mètres par vingt-quatre heures, ce qui est très faisable, il ne faudrait que 1600 ans pour atteindre le centre. Ce qui n’est pas un grand laps de temps dans les phases de l’humanité. D’autant plus que dès les commencements, on recueillerait d’importants résultats pour la science, et bien certainement de très grands avantages pour les arts et l’industrie. Ah ! si l’Académie des sciences de France voulait prendre la chose en main, et nommer vite une commission pour s’occuper de cette question, il est certain que votre pays pourrait à lui seul entreprendre cette œuvre, en avoir tout l’honneur, et mériter, une fois de plus, le titre glorieux d’être le cerveau du monde. Et si, alors, beaucoup de gouvernements imitaient la France, quel vaste champ d’études serait ouvert à la science!
- Combien de fausses théories géologiques et autres cesseraient d’arrêter l’essor intellectuel!
- Eh! oui assurément, si l’Académie des sciences voulait s’occuper du Trou à la Terre, si les gouvernements voulaient s’entendre, si les peuples s’unissaient, le puits d’observation pourrait recevoir un commencement d’exécution.
- Mais nous continuons à craindre que, malgré l’intérêt de l’œuvre, elle ne reste encore longtemps sans solution.
- M. Martinez parle des travaux du Mont-Cenis, du Saint-Gothard et de Panama, mais il oublie qu’ils ne sont rien, comme durée, à côté de celui qu’il veut entreprendre, puisqu’il ne parle de rien moins que de 1600 ans pour l’achever. On ajoutera, peut-être, qu’il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’au centre même de la Terre pour que le projet ait son intérêt. Si l’on descendait seulement jusqu’à la température de l’ébullition de l’eau, le résultat obtenu serait immense. Cela n’est pas impossible. On a, d’ailleurs, déjà dit avant nous que le mot impossible devait être rayé du dictionnaire de la science.
- Gastox Tissandier.
- SIFFLET D’ALARME
- SYSTÈME AMOUROUX
- Les appareils de surveillance des chaudières à vapeur présentent un grand intérêt tant au point de vue de l’entretien des appareils qu’à celui de la sécurité publique, directement intéressée à leur bon fonctionnement.
- Dans tous les systèmes à flotteur employés jusqu’à présent, il est de toute nécessité de ménager un joint étanche entre la chaudière et la tige qui commande la soupape. G’est là une difficulté habilement vaincue dans la nouvelle disposition imaginée par M. Amou-roux et que représente la figure ci-contre.
- L’appareil se compose d’un sifflet d’alarme fermé normalement par une soupape commandée par une série de leviers L, P et O. Le levier L articulé en O supporte un poids R.
- Ce poids R est constitué par un récipient en cuivre relié à la chaudière par deux tubes T et T rendus flexibles par des enroulements en hélice. En marche normale, le niveau de l’eau dans R étant le même que celui de la chau-, dière, le poids de ce réservoir est assez lourd pour maintenir la soupape fermée, mais si le niveau vient à descendre au-dessous d’une cer: taine limite, le récipient devient plus léger et laisse ouvrir la soupape qui actionne le sifflet d’alarme. Le contrepoids S, mobile sur le prolongement du levier Q, permet d’ajuster le soulèvement de la soupape d’après la pression normale dé la chaudière.
- 11 n’y a donc aucun joint à entretenir étanche, et le mécanisme est entièrement en dehors de la chaudière, ce qui permet de vérifier à chaque instant son état de fonctionnement.
- Lorsque le sifflet Amouroux est appliqué aux chaudières marines, l’orifice d’entrée de l’eau est muni d’une crépine ne permettant qu’un écoulement lent : l’appareil prend ainsi une position d’équilibre correspondant au niveau moyen de l’eau dans les chaudières à surveiller. Le sifllet d’alarme de M. Amouroux est une solution à la fois simple, élégante et ingénieuse d’un problème de mécanique pratique qui n’était pas sans difficultés.
- Sifflet d’alarme, système Amouroux.
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- PERFECTIONNEMENTS
- DANS L’INDUSTRIE DU GAZ
- FOUR STEDMAN-STANUEY
- Le Congrès de la Société technique de l'industrie du gaz, qui s’est réuni a Paris à la lin du mois de juin dernier, s’est beaucoup occupé de la question du chauffage des fours à gaz. La baisse, survenue depuis quelques mois, dans les prix des goudrons et l’impossibilité, dans certains pays, de vendre ces produits même a très bon marché, ont fait songer à les utiliser pour le chauffage des fours. On a aussi cherché a employer un mélange de pous-sierde coke et de poussier de bouille, actuellement sans grande valeur, soit seul, soit avec du goudron. Les résultats de ces tentatives sont assez encourageants. Il convient de rappeler que l'emploi du goudron n’a rien de bien nouveau, et nous le retrouvons tel qu’il avait été proposé, il y a quelque vingt ans, alors que le traitement des benzols n’existait pas et n’avait pas donné aux goudrons une valeur industrielle. Tout en étudiant la nature du combustible à employer, les ingénieurs se sont aussi occupés de la construction des fours et des moyens à adopter pour obtenir, autant que possible, l’utilisation complète de la chaleur produite dans le foyer. De nombreuses solutions ont été proposées à cet effet, que l’on peut classer en deux groupes distincts : l’un consiste à chauffer directement les fours avec la flamme du combustible, celui-ci pouvant être soit
- du coke en morceaux, soit des poussiers de coke ou de charbon, soit du goudron; l’autre groupe renferme les gazogènes dans lesquels l’oxyde de carbone produit tlans le foyer est brûlé sous les cornues. Ces deux systèmes, aujourd’hui bien connus, sont fréquemment appliqués; ils possèdent de sérieux avantages, et leur adoption dans les usines dépend surtout des circonstances locales et des idées personnelles
- des directeurs.
- ^ Enfin on peut aussi combiner cesdcux solutions et dans une certaine mesure, tâcher d’obtenir le chauffage à la fois par la chaleur directe du foyer et par la combustion de l’oxyde de carbone dans l’intérieur du four. Le four américain de MM. Stedman-Stanley est dans ce cas. Il a été construit pour utiliser les gaz de combustion à leur sortie de la chambre des cornues, autant qu’il est possible de le faire sans en trop modifier les dispositions.
- Au moment où ils quittent la chambre des cornues, c’est-à-dire lorsqu’ils possèdent encore une température très élevée, les gaz circulent à droite et à gauche du massif, de l’avant à l’arrière, en contact avec une série de carneaux par lesquels est amené l’air qui sert à produire la combustion de l’oxyde de carbone sous les cornues. Ils échauffent ensuite l’air destiné à la combustion du coke dans le foyer et arrivent finalement sous le cendrier. Là ils opèrent la vaporisation de l’eau nécessaire pour empêcher l’encrassement de la grille et atténuer l’excès de chaleur qui, sans cette précaution, exercerait une influence nuisible sur les parois intérieures du foyer. Dès que la vapeur s’élève
- Nouveau four Stediuuu-Stuulcy pour la distillation de la houille.
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- au-dessus du coudrier, elle se mélange avec l’air chaud contenu dans les carneaux de première alimentation et ils montent ensemble à travers la couche de coke dans le four.
- On construit naturellement les foyers sur des hauteurs différentes, suivant le service qu’on leur demande et la disposition des bâtiments où ils se trouvent ; toutefois la hauteur ne doit pas être moindre de 1m, 10, si l'on veut obtenir le combustible gazeux. Plus le foyer est profond, plus la composition du mélange gazeux fourni par le générateur est uniforme, et plus les résultats sont avantageux.
- Les cornues, au nombre de six par four, ont intérieurement ü,n,56x0,66x2,Tjj. Les premiers fours Stedman-Stanley ont été installés en Amérique à la fin de 1884; pendant quelques mois, leur manœuvre a donné lieu à un certain nombre d’interruptions, comme il arrive toujours quand on met en marche des appareils nouveaux. Mais depuis, la fabrication s’est régularisée et elle donne aujourd’hui de bons résultats.
- Dans le courant du mois de juin 1885, par exemple, on a distillé 440562 kilogrammes de houille qui ont produit 148 255 mètres cubes de gaz; le rendement moyen est de 557 mètres cubes de gaz par tonne de houille. La charge moyenne de houille par cornue est de 148 kilogrammes; la fabrication journalière moyenne de gaz par cornue, de 299'*l3,459 ; et par four, de 1797 mètres cubes. Ces chiffres ont été obtenus en distillant de la houille de Westmoreland avec 4pour 100 decanneldela Virginie occidentale; le gaz obtenu avait une intensité moyenne de 19,5 bougies à l’essai fait dans un bec Argand ordinaire.
- La manœuvre des fours est facile, la surveillance commode et, avec un peu de soin, on arrive à éviter les engorgements. En maintenant continuellement de l’eau dans le cendrier, le foyer n’a besoin d’être décrassé que toutes les cinq ou six semaines ; mais si on laisse les cendriers à sec, les scories s’accumulent rapidement, et il suffit d’une heure ou deux pour que le feu soit étouffé; nous avons expliqué plus haut le rôle de la vapeur dans cette circonstance. Quand il y a engorgement du foyer, il faut retirer les barreaux de la grille et laisser tomber le feu.
- La niasse de scories se présente dans un état friable, qui permet de la casser sans peine en morceaux et de la détacher des parois du four. Après trois cents jours de service, les fourneaux sont, grâce à cette méthode, presque en aussi bon état qu’au début du service. Il en est de même des barreaux de grille que l’on n’a pas encore eu besoin de changer.
- D’après les renseignements que nous avons reçus, le service ne présente aucune difficulté. On prend le coke des deux cornues du bas de chaque four et on le jette directement dans les fours, de telle sorte que le chauffage absorbe à peu près 25 pour 100 de la production du coke. Un seul homme peut surveiller sans peine sept foyers différents ; il n’a besoin d’un aide que pour le nettoyage et l’enlèvement des scories, et l’opération dure au plus trois quarts
- d’heure par four. Le chauffeur tisonne le feu toutes les quatre heures, enlève les cendres du cendrier, veille à ce que l’eau ne manque jamais et aide à emporter le cake dans la cour de l’usine, où il l’éteint avec un autre ouvrier. Pu. Delauaye.
- CHRONIQUE
- La plus vieille Université. — Il n'est pas superflu de rappeler à propos de la célébration du cinquième anniversaire séculaire de la fondation de rUniversité de Heidelberg, que l’Université de Paris a servi de modèle lors de la fondation des différentes Universités d’Allemagne et d’Angleterre. Cette imitation n’était pas le résultat d’un caprice passager ;»en effet les décrets du pape, qui était alors le chef suprême de l’Instruction publique dans toute la chrétienté, en faisaient une loi expresse. Ainsi, Urbain Yl, dans son ordonnance de novembre 1385, exige que les élèves et les maîtres de l’Université nouvelle, que Rupert le Rouge veut établir à Heidelberg, reçoivent la même éduçation qu’à Paris, et qu’étudiants comme professeurs jouissent des mêmes immunités et des mêmes privilèges que les étudiants et les professeurs de Paris. Les lecteurs curieux de s’assurer du fait n’auront qu’à lire dans les bibliothèques publiques le Ier volume des actes de l'Académie Théodore Palatine, où le texte latin a été reproduit à la page 388 Il est du reste à peu près semblable à celui que le même pape a signé, en 1388, pour autoriser la fondation de l’Université de Cologne, et qui se trouve à sa date dans la grande collection du Bullarium Romanum.
- La ville de Londres. — La partie de Londres, qu’on appelle en anglais London, pour la distinguer de la banlieue, Outer-London, et qui est placée sous l’administration du Board of Metropolitan Works, contient 4 millions d’habitants et occupe une superficie de 304 kilomètres carrés, sur laquelle sont bâties 500 000 maisons. La moyenne est ainsi de 8 personnes par maison, ce qui fait 1640 maisons et 13157 habitants par kilomètre carré. Cette population est égale à celle de la Hollande, supérieure à celle de l’Écosse, double de celle du Danemark, et, si elle continue à s’accroître dans les proportions actuelles, elle égalera, à la lin du siècle, la population de l’Irlande, comme le fait d’ailleurs, dès à présent, celle de Londres avec sa banlieue. La population s’accroît, à Londres, de 70 000 habitants par année, c’est-à-dire, d’une quantité égale à la population de villes comme Genève ou Plyinouth. En 1878, Londres avait 2953 kilomètres de voies publiques, dont 2154 macadamisées, 540 pavées en granit, 24 pavées en bois (quantité considérablement augmentée depuis), et 35 en asphalte. La longueur totale des égouts était de 5700 kilomètres, variant de diamètre entre 0m,22 et 3m,75. Toutes les maisons sont en communication avec les égouts et l’évacuation des résidus et matières sujettes à décomposition se fait au moyen de l’eau des maisons et sans manipulation d’aucune sorte. Cette eau sert de moyen d’entraînement
- 1 En voici la copie textuelle : « Ut in dicta villa fit stu-diurn generale ad instar studii parisiensis, illudque per-petuis inibi vigeal tam in theologia et juris canonici quant alia qualibet licita facultate, quodque legentes et studen-tes ibidem omnibus privilegiis libertatibus et immunitatibus concessis magistris in theologia ac doctoribus legenlibus et studentibus commorantibus, in studio générait pari~ siensi gaudeant et utantur... »
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- LA NATUHE.
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- pour conduire les matières jusqu’aux réservoirs couverts de 6,4 hectares de superficie et 270 000 mètres cubes de capacité, situés sur les bords de la Tamise, à 20 kilomètres en aval du pont de Londres. L’alimentation d’eau, à Londres, est assurée par huit compagnies régies toutes par certains actes du Parlement. Ces compagnies fournissent ensemble journellement 650 000 mètres cubes, dont 70 000 à 80 000 sont consommés en dehors de la ville proprement dite. Le capital de ces compagnies s’élève à environ 525 millions de francs; l’eau est fournie à raison de 17 centimes le mètre cube; les dépenses sont de 7 centimes environ, ce qui laisse un profit de 10 centimes. L’éclairage de la métropole est effectué par trois compagnies de gaz; le prix varie de 15 à 10 centimes par mètre cube. On en produit 560 millions de mètres cubes par an, avec 2 millions de tonnes de charbon. Ce gaz est distribué par 4000 kilomètres de conduites de 0“,075 à lra,22 de diamètre. La dépense annuelle de l’éclairage s’élève à plus de 75 millions de francs, c’est-à-dire à plus du double de la dépense de l’alimentation d’eau. L’éclairage électrique fait des progrès et la compagnie Jablochkoff éclaire actuellement le quai 'Victoria au prix de 15 centimes par foyer et par heure. Le péage a été supprimé depuis cinq ans sur onze des ponts de la Tamise, et de nouveaux ponts sont en construction à Ham-mersmith, Putney et Deptford Creek ; un autre sera bientôt commencé à Battersea. La Metropolitan Fire-Brigade (corps des pompiers) compte 676 hommes avec 41 pompes à vapeur et 115 pompes à bras. Il y a eu, en 1882, 4296 incendies, dont 164 sérieux, lesquels ont entraîné la mort de 56 personnes. Le service coûte à peu près 2 millions et demi de francs par année.
- Un nouveau procédé d’argenture.— Le nouveau procédé d’argenture indiqué par M. G. Zinin présente l’avantage de ne pas employer le cyanure d’argent, dont les propriétés toxiques sont souvent dangereuses. Le bain, dans lequel doit avoir lieu l’éiectrolyse, renferme une dissolution d’iodure d’argent et de potassium, fabriquée en dissolvant 6,66 grammes de nitrate d’argent dans 1 litre d’eau et ajoutant 500 grammes d’iodure de potassium. Avant d’ètre plongés dans ce bain, les objets de cuivre à recouvrir sont préalablement décapés et nettoyés. L’anode est une plaque d’or pur ou allié à l’argent. Le courant électrique ne doit pas être énergique, alin qu’il n’y ait pas décomposition de l’iodure de potassium et dégagement d’iode. Trente minutes sont généralement suflisantes pour l’opération ; au sortir du bain, les objets doivent être plongés dans un bain formé d’une partie d’iodure de potassium pour quatre parties d’eau. Le procédé de M. Zinin paraît moins économique que l’emploi du cyanure d’argent, mais il est d’un usage plus simple et plus avantageux.
- La plus puissante machine du monde se
- trouve comté de Lehrig, Pensylvanie, dans les fameuses usines de zinc de Friedensville. Elle porte le nom de Président et est alimentée par 16 chaudières; sa force motrice est de 5000 chevaux. En doublant le nombre des chaudières, on obtiendrait une force motrice de 10000 chevaux. 11 n’y a nulle part de pompe à vapeur qui puisse rivaliser avec ce monstre. A chaque révolu* tion de ses roues, elle jette la valeur d’une petite rivière. Le nombre de gallons d’eau qu’elle soulève à la minute est de 17500. Elle marche avec une douceur étonnante de mouvement : jamais la moindre éclaboussure d’eau dans la chambre où elle se meut. Elle est restée inactive pendant sept ans. Depuis le mois de .mars dernier, elle
- n’a cessé de fonctionner jour et nuit. Elle consume vingt-huit tonnes de charbon par jour et fait sept révolutions à la minute,mais pourrait en atteindre quatorze. Les roues ont 57 pieds de diamètre et pèsent chacune quarante tonnes.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 août 1886. — Présidence de M. Blanchard.
- Mathématiques. — M. Halphen donne une solution simplifiée du problème des variations séculaires des orbites planétaires. La question a été posée et résolue par Gauss, en 1818, d’une façon incomplète. Depuis cette époque, le problème a été repris et les résultats les plus précis ont été déduits de la méthode suivie par Gauss. Cette méthode peut être aujourd’hui simplifiée considérablement grâce aux procédés analytiques dusàM. Bruhns. Tel est le perfectionnement poursuivi et atteint par M. Halphen.
- Physiologie. — L’absorption du sulfure de carbone détermine chez l’homme des accidents nerveux suivis de mort. Il y a, dans ce cas d’empoisonnement, une véritable altération du sang que l’on peut constater par l’examen microscopique. Les globules sont déformés et l’on trouve, disséminés dans le sang, des amas de pigment ferrugineux. Ce fer est emprunté par le pigment aux globules rouges ; l’altération du sang est donc complète. MM. Ca-déac et Mallet ont réalisé une longue série d’expériences sur la résistance du virus morveux à l’action de l’air et de la chaleur. C’est ainsi qu’ils ont recherché l’effet de la chaleur sèche ou humide sur les humeurs infectieuses, l’effet de la dessiccation et celui de la dilution dans l’eau.
- Physique. — M. Gautier continue les recherches qu’il a entreprises sur la vitesse d’écoulement des liquides ; et fait, cette fois, une heureuse application de la méthode des miroirs tournants de AVheatstone. M. Ilirn proteste contre les conclusions d’une note de M. Hugoniot insérée dans les Comptes rendus du 26 juillet au sujet d’expériences sur la vitesse d’écoulement des gaz. L’accord signalé par M. Hugoniot, entre les formules de Weisbach et les expériences de M. Ilirn, n’existerait pas. M. Hirn annonce de nouvelles expériences qu’il ne décrit pas.
- Chimie. — Les marcs de raisin blanc additionnés d’eau sucrée ou même d’eau pure sont susceptibles d’éprouver la fermentation alcoolique, si on les soumet à l’action de la levure d’un moût en fermentation. On peut ainsi, après distillation, obtenir une eau-de-vie qui présente des qualités aromatiques semblables à celles de l’alcool qu’on retire du jus du raisin. La précaution essentielle est d’employer une levure de bonne qualité. Le mauvais goût de l’eau-de-vie préparée ainsi provient de la mauvaise qualité de la levure.
- Varia. — M. Jamais ; sur la solubilité des chlorures en présence de l’acide chlorhydrique. — Sur les sédiments calcaires des environs de Grenade.
- Stanislas Meunier.
- POMPE SANS PISTON
- Nous avons décrit, il y a plus d’un an déjà, la curieuse expérience de la pompe sans piston1 qui
- 1 Yov. n° 607, du 17 janvier 1885, p. 111.
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- consiste à faire jaillir de l’eau à l’extrémité d’un tube, muni d’un clapet à sa partie supérieure, en animant ce tube plongé dans l’eau à sa partie inférieure, d’un simple mouvement de va-et-vient. Le doigt maintenu mort ou inerte à la partie supérieure du tube, peut très bien remplacer le clapet.
- C’est une très intéressante expérience découpé On peut substituer au tube un simple entonnoir comme le montre la gravure ci-contre (tig. d); en plaçant l’entonnoir dans l’eau du côté de sa grande ouverture et en lui imprimant des mouvements énergiques de haut en bas, et de bas en liant, on peut faire jaillir l’eau à sa partie supérieure restée ou verte ; l’eau est ainsi projetée à grande hauteur, jusqu’à 1 mètre au-dessus de la cuve, si l’on opère avec énergie.
- La pompe sans piston, n’est pas seulement une simple récréation; elle a reçu quelques applications. On se sert du principe qui la fait agir, pour confectionner des siphons s’amorçant par un simple mouvement oscillatoire. La grande branche du siphon est munie à sa partie supérieure d’un clapet ou soupape s’ouvrant de l’intérieur à l’extérieur; cette branche du siphon est plongée dans le vase contenant le liquide à déverser, fut de vin ou d’eau-de-vie par exemple ; on imprime au siphon un mouvement de va-et-vient, le liquide monte peu à peu dans la grande branche, et il arrive bientôt à s’écouler par la petite branche du siphon, qui se trouve alors amorcé. Ces siphons s’utilisent surtout à Bordeaux et à la Rochelle, mais il doit s’en trouver aussi dans d’autres localités.
- M. de Caligny a construit une pompe sans piston de grande dimension, dont le Journal d'agriculture pratique a donné la description que nous lui empruntons. Cette pompe est constituée par un tuyau en tôle d’une longueur totale de o mètres environ, dont la moitié supérieure a 0m,10 de diamètre et dont l’autre moitié
- va en s’évasant jusqu’au diamètre de 0m, 18. Ce tube est suspendu à un levier qui permet de lui donner un mouvement oscillatoire dans le sens vertical;
- une sorte de chapiteau placé au-dessus de l’ori-lice supérieur du tube, a pour effet d’obliger le liquide aspiré à se déverser dans un petit réservoir qui entoure le tube et d’où il peut être dirigé là où il est nécessaire. Le diagramme ci-dessous indique les dispositisns de l’appareil (tîg. 2).
- Par suite du mouvement vertical alternatif imprimé à l’ensemble du système au moyen du levier, le liquide s’élève rapidement dans le tube et ne tarde pas à se déverser par l’orifice supérieur. Les expériences ont démontré qu’au moyen de cet appareil, l’eau pouvait être élevée d'un niveau de 4 mètres.
- Nous savons d’autre part que M. de Lagrée a fait construire, en 1884, une pompe sans piston de grande dimension «qui a fonctionné à Ménilmontant ; elle pouvait faire monter l’eau à grande hauteur, Nous ignorons ce que sont devenus ces appareils d’essai ; il serait très intéressant, à notre avis, de continuer ces études afin d’être tout à fait renseigné sur la valeur de mécanismes encore très peu connus des physiciens. 11 se peut qu’ils offrent des inconvénients dans la pratique, certaines . difficultés dans la construction ; cela est même probable, car les systèmes déjà antérieurement construits, n’auraient pas cessé de fonctionner; ces appareils n’en sont pas moins très curieux au point de vue purement scientifique.
- Les expériences que nous signalons ici ne sont pas nouvelles, mais elles ne se trouvent pas toujours décrites dans les traités d’hydraulique, et elles peuvent donner lieu, sinon à des applications industrielles, tout au moins à des considérations théoriques importantes.
- Le propriétaire-gérant : 6. Tissanmer.
- Fig. 1. — Expérience de la pompe sans piston, exécutée avec un entonnoir.
- Fig. i. — Pompe sans piston de M. de Caligny.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- N° 690. — 21 AOUT 1886.
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- TRONC DE CHÊNE GIGANTESQUE
- RETIRÉ DU RHÔNE
- On peut voir actuellement exposé sur la Seine, à Paris, un tronc de chêne de dimensions extraordinaires qui a été retiré des sables du Rhône où il reposait depuis une époque assurément très ancienne, mais au sujet de laquelle il serait peut-être téméraire de donner une appréciation précise. Ce tronc de chêne, qui est exhibé dans une embarcation spéciale, mesure 51 mètres de longueur, 6 mètres de circonférence ; il a un volume de 55 mètres cubes et son poids atteint 55 000 kilogrammes. On peut estimer à
- Troue de chêne gigantesque retiré du Rhône, près du fort de Pierre-Chàtel (Ain), actuellement exhibé à Paris près du pont de la Concorde
- (D’après une photographie de M. Cognet.)
- 10 mètres environ la partie de la ilèche qui manque à son trpnc ; on se trouve donc en présence d’un chêne de^O mètres de hauteur, absolument exceptionnel par sa grandeur et qui dépasse de plus du double les grands chênes actuels de Hongrie, dont la cime s’élève rarement à 18 mètres au-dessus du sol. Le plus grand arbre de cette espèce vivant de nos jours est le Quercm Primus de la Caroline, qui atteint quelquefois 28 mètres de hauteur.
- Le tronc de chêne géant, dont nous nous occupons, a été découvert en amont du village de Yenne a la Balme (Ain), en face du fort de Pierre-Châtel, dans un endroit où le Rhône est assez étroit et très profond.
- En 1874, après de grosses eaux, le niveau du
- lleuve était devenu très bas; un marinier demeurant non loin de la aperçut une énorme branche sortant un peu de l’eau ; après quelques sondages, il acquit bientôt la certitude que cette branche appartenait à un arbre d’une grosseur et d’une longueur inusitées.
- Le niveau du Rhône étant excessivement variable, il était difficile d’entreprendre des travaux toujours très coûteux et dont l’utilité n’était pas parfaitement démontrée. Néanmoins l’arbre fut observé pendant dix ans par divers habitants, attendant un moment favorable, c’est-à-dire un abaissement exceptionnel des eaux du Rhône.
- Le fait se produisit pendant le mois de septembre tia année. — 2e semestre.
- 1885 : c’est à cette époque qu’un groupe de paysans, avec le bienveillant concours d’agents des ponts et chaussées, commencèrent les travaux pour retirer du Rhône ce colosse qui gênait la navigation et barrait pour ainsi dire le fleuve très resserré.
- Pour accomplir ce travail, on ne disposait pas d’appareils puissants, mais seulement d’outils sans grande force, de cabestans assez grossiers difficiles à manier. Aussi vingt fois les cordes cassèrent - elles ainsi que les cabestans.
- Pendant cinq mois, et lorsque les eaux le permettaient, cent cinquante hommes travaillèrent à retirer du fleuve le chêne dont le pied était recouvert par plus de 10 mètres de terre, sable ou gravier; le
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- 25 mars 1884, ils réussirent, aux applaudissements de nombreux spectateurs, à sortir des ilôts le Roue gigantesque.
- Une seule branche lui reste vers le sommet, elle est aussi grosse que les plus gros chênes de nos forêts.
- Avant d’être transporté à Paris, le chêne de la Balme a été examiné par un grand nombre de spécialistes lyonnais. Nous citerons quelques passages des communications faites à son sujet, à la Société botanique de Lyon par un des membres de cette Société, M. Guignard.
- Sans parler, dit M. Guignard, des dimensions exceptionnelles qui en constituent le principal intérêt pour les curieux, et bien qu’en l’absence des branches et du feuillage on ne puisse avoir qu’une idée insuffisante de son antique majesté, le chêne de la Balme m’a paru, à d’autres points de vue, mériter quelque attention.
- Ce qui frappe, au premier abord, c’est moins sa taille extraordinaire que la beauté et la régularité du tronc dont le diamètre est presque uniforme sur une grande longueur jusqu’à la naissance des premières branches. Il est à croire qu’il a dù trouver un sol très favorable à son développement. Les racines, dont la base est conservée, offraient une disposition très régulière ; leur nombre même concorde avec celui qu’on trouve normalement dans un tout jeune chêne.
- Vers le sommet, au-dessus de l’insertion des premières ramifications, on remarque des trous qui pénètrent obliquement dans le bois, et se dirigent vers le sommet de l’arbre. Leur diamètre est d’environ dix centimètres, leur profondeur de quinze à vingt. Les parois en sont lisses, le fond concave et la forme cylindrique.
- Quelle est l’origine de ces cavités qui apparaissent au premier aspect comme le résultat d’une action mécanique?
- Il faut faire observer, tout d’abord, que l'arbre était couché dans le sens du courant du fleuve, la base en amont et le sommet en aval. Ce dernier était plongé dans le sable et sans doute a dù être tantôt recouvert par lui, tantôt directement baigné par l’eau, suivant les circonstances.
- Or, la cause qui a donné lieu aux cavités du Chêne de la Balme, me semble être de même nature que celle qui produit ce que les géologues appellent marmites de géants. On sait que ces dernières sont creusées soit au pied des falaises, soit dans le lit des torrents où leur formation est même plus facile, car la composante verticale est plus puissante pour les eaux torrentielles que pour les vagues, et les tourbillonnements ont beaucoup plus de chances de s’y produire. Leur origine est soit une fente, soit une dépression où les cailloux ou galets viennent se loger ; chaque retour de la vague imprime à ces galets un tourbillonnement à la faveur duquel ils agrandissent la cavité en polissant ses parois. On conçoit que les eaux d’un fleuve tel que le Rhône puissent produire des effets analogues. De là ces tubes cylindriques qui atteignent parfois plusieurs mètres de profondeur, notamment sur les côtes de la Scandinavie, sur les parois des gorges ou,des vallées torrentielles de l’Inde, de l’Amérique, de la Suisse, et même dans le lit du Rhône. Souvent leurs parois portent des rainures en spirales grossières, attestant la nature du travail qui les a causées; souvent aussi, le fond de la cavité offre au milieu une saillie entourée d’une dépression annulaire creusée par le galet dans son mouvement giratoire.
- M. Guignard estime environ à 400 ans l’àge du
- chêne gigantesque de la Balme, d’après l’étude de son bois qui est remarquable par sa dureté et sa finesse.
- Le chêne de la Balme paraîtrait appartenir au Quercuspedunculata; tel qu’il est actuellement, il est entièrement dépouillé, par son long séjour dans le Rhône, de son écorce et de son aubier. On a fait bien des hypothèses sur son origine, mais aucune conjecture ne présente un caractère de certitude suffisant pour la reproduire.
- Quoi qu’il en soit, le chêne retiré du Rhône est une très remarquable curiosité qui mérite d’être étudiée par les botanistes, et visitée par le public ; ce chêne est exhibé à Paris dans un bateau couvert, spécialement construit pour passer sur tous les canaux et sous tous les ponts de l’Europe où ses propriétaires comptent le faire passer pour l’exposer dans les grandes villes. Ce bateau, tout en fer, a 58 mètres de longueur sur 5m,50 de largeur. Il est surmonté d’une galerie vitrée également en fer. L’arbre, qui occupe le milieu du bateau, peut être examiné sur toutes ses faces et le visiteur circule librement autour de ce géant du monde végétal.
- LETTRES D’AMÉRIQUE1
- ISTHME DE PANAMA. -- ARRIVÉE A COLON. - LES RUES
- ET LES HÔPITAUX DE COLON ET DE PANAMA. -- LES
- TRAVAUX DU CANAL, l’eMPERADOR ET LE BARRAGE
- DE GAMBOA. - LE MATÉRIEL DES CHANTIERS.
- Revenu à Paris depuis peu de temps de mon voyage des Etats-Unis, je ne m’attendais guère à traverser l’Océan encore une lois à si bref délai, mais il y a d’étranges imprévus dans la vie.
- A la conférence Scientia de janvier dernier, organisée cette fois pour fêter M. Savorgnan de Brazza, de retour du Congo, mon frère me présenta à M. Vil-lard, ingénieur, qui allait partir pour l’isthme de Panama et rejoindre M. de Lesseps à Southampton. M. Yillard venait de signer, comme directeur d’une grande entreprise, un traité avec la Compagnie du canal pour en achever quelques-unes des plus importantes parties, celles de l’Obispo, de l’Emperador et le barrage de Gamboa. Il désirait un compagnon de voyage et me proposa de partir avec lui pour prendre des notes sur les différentes excursions que nous allions entreprendre et faire des croquis des curiosités principales du pays que nous traverserions. Avoir un nouvel et charmant ami et pouvoir visiter avec lui les intéressants travaux de l’isthme de Panama, sont des bonheurs qu’on est heureux d’accepter. Je ne pouvais résister à une offre aussi agréable.
- Le 29 janvier, nous quittions Southampton sur le bateau anglais le Medway royal mail en compagnie de M. de Lesseps et des délégués des chambres de commerce françaises, MM. J.-Ch. Roux, de
- 1 Suite. Voy. p. ü;
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- Marseille; Jules Ferry, de Rouen; Bichon, de Bordeaux ; Méresse, de Saint-Nazaire ; Cottu, de Molinari, du journal des Débats, etc.; enfin MM. Villard et Lillaz, avec leur nombreux personnel d’ingénieurs et d’employés; puis mon ami le docteur Nicolas, ancien médecin en chef de l’escadre du Mexique que M. Yil-lard emmenait pour organiser le service sanitaire de ses chantiers.
- Le 17 février 1886, après vingt journées de voyage, nous arrivions à Colon.
- Nous sommes entourés et fêtés par les ingénieurs de la Compagnie aussitôt notre débarquement, et une foule de nègres acclament M. de Lcsseps avec un enthousiasme des plus pittoresques. Deux jeunes filles ornées d’écharpes aux couleurs françaises et colombiennes viennent le saluer et lui offrir des bouquets pour fêter sa bienvenue. Le consul de France, M. Boyer, le nouveau directeur de la Compagnie dont nous devions apprendre la mort si affreuse trois mois plus tard, et MM. Charles de Les-seps, Bonnafous, Bunau Varilla et quelques autres ingénieurs de la compagnie, arrivent aussi; c’est une réception complète et tout à fait cordiale.
- On nous installe tous bientôt dans les nouveaux chalets construits sur le terre-plein Christophe Colomb.
- Ce terre-plein occupe une surface de 1200 hectares environ; il est formé par les terres rapportées qui ont été enlevées pour le creusement du canal. C’est une sorte de presqu'île avançant dans la mer, elle est toute sillonnée par les différentes voies du chemin de fer de l’administration et remplie de nombreux ateliers et des chantiers des travaux. La Compagnie du canal a fait construire d’élégantes maisons de bois le long de la mer pour loger ses fonctionnaires, des avenues de cocotiers sont plantées ainsi que des jardins et pourront, dans peu d’années, donner de l’ombre sur les promenades. Une belle statue de Christophe Colomb en fait l’ornement (fig. 1). Bien aéré par la brise de la mer, cet endroit est agréable et sain. Du côté opposé au terre-plein, la Compagnie du Panama Rail-Road a créé un village américain, avec des maisons propres, isolées, bien situées, ayant des fossés pour l’écoulement des eaux, etc. Malheureusement ces deux quartiers nouveaux font exception à Colon. C’est, je pense, la cité la plus malpropre du monde ; le bon exemple donné par les Français et les Américains n’a eu aucune influence sur ses habitants. Il est impossible d’imaginer le degré de saleté des rues et les odeurs fétides qui se dégagent des terrains marécageux sur lesquels les maisons de bois, habitées par les nègres, sont construites. Il n’y a ni égout, ni écoulement pour les eaux qui restent stagnantes sous les pilotis des maisons et qui reçoivent encore par surcroît tous les détritus et ordures ménagères des habitants. Des bêtes immondes vivent dans ees eaux et parmi les boues de la rue. Tout cela forme de hideux cloaques aux plus épouvantables odeurs. Notre croquis (fig. 2) pourra donner au lecteur une idée du degré d’insa-
- lubrité de pareilles maisons ; ce sont celles d’une des rues principales de Colon.
- Colon est, comme on voit, malpropre au delà de toute expression ; il n’est pas étonnant que les maladies et la fièvre jaune élisent leur séjour dans des endroits pareils. Panama, sans être aussi complètement dépourvu de toute espèce de propreté, est cependant tout aussi malsain. L’eau manque dans la ville et les règlements de police n’existent pour ainsi dire pas au sujet des fosses des maisons et des règlements de la voirie, de sorte que tout est à faire encore dans cette ville de 20 000 âmes, fondée cependant depuis près de deux cents ans dans l’isthme.
- Aux heures de marée basse surtout, la mer découvre, aux pieds des vieux remparts, une terre vaseuse et pleine d’immondices jetés par les habitants. Les rues du voisinage sont empoisonnées par les odeurs fétides qui se dégagent de cette bourbe épaisse. Les Urubus, oiseaux au sinistre plumage, poussés par leur voracité, sont les seuls nettoyeurs de la ville. On les voit voltiger au-dessus de toutes les immondices, mais ils ne sont pas encore assez nombreux pour tout faire disparaître (fig. 3).
- Le gouvernement colombien a fait plusieurs fois, paraît-il, des efforts pour remédier à cet état de choses, mais la mauvaise administration du pays et le désordre ont tout empêché.
- L’argent a disparu, aucun travail n’a été fait. M. de Lesseps nous a assuré, lors d’une grande réunion avec les notabilités de Panama, qu’il y aurait très prochainement des arrangements nouveaux avec le Panama Rail-Road et le gouvernement colombien. On exécutera des travaux pour assainir Colon et Panama. Bien des sacrifices seront à faire pour arriver à des résultats efficaces, mais actuellement les choses sont résolues ; la santé générale des habitants de l’isthme en dépend.
- M. Charles de Lesseps nous avait préparé un itinéraire complet pour la visite de tous les travaux du canal, et dès notre arrivée nous avions un programme admirablement organisé. Nous avons pu nous rendre compte de toutes choses dans leur ensemble, tout en ayant encore le temps de visiter Colon et Panama en prenant quelque repos. Ce colossal travail offre en ce moment un aspect du plus haut intérêt. Le premier jour, nous voyons les travaux de dérivation du Chagres, du côté de la baie de Limon; ils ne seront achevés jusqu’à Gatun que l’année prochaine. Le rio Chagres, le rio Grande, avec les autres petites rivières qui viennent s’y mêler, passent encore en bien des endroits dans le lit du canal actuel et dans ses tracés. Son parcours entier doit être dégagé et les parties qui le traversent aujourd’hui seront comblées. Le canal passera alors entre deux rivières dont les détours naturels auront été réunis de chaque côté de ses rives par les canaux de dérivation. Le canal lui-même ne sera alimenté que par les eaux des deux mers : l’océan Pacifique et la mer des Antilles.
- Après cette première visite, qui nous fait coin*
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- prendre une partie des travaux, nous continuons les jours suivants nos pérégrinations. Elles excitent encore plus notre intérêt.
- On traverse la baie de Limon pour entrer dans le canal. Une grande drague, le Count de Lesseps, travaille en ce moment à son élargissement. Les 40 mètres actuels devront atteindre la largeur de 500 mètres pour former un bassin d’entrée long de 2500 mètres.
- Nous suivons ce parcours en bateau à vapeur tout en nous arrêtant pour visiter des dragues placées de distance en distance dans le canal. L’une d’elles est actionnée par une machine à vapeur de la force de 200 chevaux. Elle peut enlever, en dix heures, 12 à 1500 mètres cubes de terre. Composés de débris madré-poriques ou de sable légèrement glaiseux, les terrains sont faciles à enlever dans ces parages.
- Notre bateau nous mène ainsi pendant près de 6 kilomètres.
- Nous voici près du rio Mindi. Un monticule non creusé nous force à débarquer. On nous fait monter sur de petits wagonnets sur rails disposés pour nous recevoir, et des nègres nous poussent vers le chantier au travers des forêts vierges. Trois cents ouvriers sont là, creusant et enlevant les terres. Ils sont campés sous des huttes de feuillage ; c’est une sorte de colonie dans les arbres et les fleurs. Nous voyons les wagonnets remplis de
- terre remonter les talus à l’aide d’un câble mù par une machine à vapeur. Les décombres sont rejetés dans la forêt même sur l’autre côté des rives déjà faites. 11 faut quitter cette partie du canal et suivre
- en bateau à vapeur les 2 kilomètres de la dérivation achevée sur la rive droite pour arriver à Gatun situé à 10 kilomètres de Colon. Dans quelques mois les bateaux à vapeur de la Compagnie pourront pousser plus loin leurs explorations. Us iront jusqu’à Caimito à 17 kilomètres de la baie de Limon. Les travaux sont poussés activement dans cet endroit.
- Une énorme longs
- couloirs, de 575 chevaux-vapeur, la City of New-York, qui a été achetée par la Compagnie au prix de 800 000 francs,
- y fonctionne nuit et jour.
- Le dragage se fait en trois opérations successives jusqu’à une prolondeur de 9 mètres ; c’est la profondeur adoptée pour le canal qui aura 22 mètres de largeur au plafond et 50 mètres au plan d’eau. De distance en distance il y aura des bassins de croisement pour les navires. De même profondeur, ils auront 44 mètres au plafond et 72 mètres au plan d’eau. Il A Bohio Soldado, une grande partie du canal est en voie de creusement. Pour aller aux travaux nous sommes forcés de traverser le rio Chagres sur un bac installé provisoirement (fig. 4). Le pont de charpente, qui était soli-
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- dement établi, a été emporté en décembre dernier par une crue subite du Jlcuve. Après des pluies ou des orages violents, les eaux du Chagres s’élèvent presque tout à coup jusqu’à 8 et !) mètres de hauteur, elles produisent des inondations effroyables qui enlèvent tout sur leur passage.
- Nous voyons une butte de 7 à 800 mètres de largeur déjà fortement entamée par les explosions des mines. Les ouvriers emploient la dynamite pour ces opérations, ils creusent des galeries horizontales de 8 à 12 mètres de longueur. On en établit cinq sur la largeur du canal; les charges de dynamite employées sont de 170 kilogrammes chacune et on les fait partir toutes à la fois. Les terres et les roches désagrégées sont enlevées par les wagonnets. Près de 1200 ouvriers sont employés sur ce chantier. Ils sont organisés par escouades de 400.
- Les chantiers de Tavernilla (55 kilomètres de Colon) , peu éloignés deBohioSoldado, possèdent des excavateurs et transporteurs sur rails d’un modèle récemment employé au canal.
- A ces sortes de dragues, enlevant les terres comme de coutume, on a joint de longues galeries formées de croisillons à jour. Munies de toiles métalliques et glissant sur des rouleaux, elles transportent les terres rejetées par les cuillères des dragues jusqu’aux bords extérieurs des berges. Les
- sections les plus curieuses sont celles de la Culebra, l’Emperador, le haut et le bas Obispo, et le barrage de Gamboa. Les travaux faits dans ces chantiers sont
- déjà avancés, mais il reste encore cependant un volume énorme de terre à creuser pour arriver au niveau du canal futur. A tous moments, sur notre chemin, nous entendons les explosions de la dynamite désagrégeant la montagne.
- Le mouvement qui règne dans les chantiers offre un spectacle extraordinaire. Les talus de 10 mètres de hauteur environ que l’on fait graduellement pour les travaux forment autant de terrasses immenses, de gradins qui descendront peu à peu jusqu’au niveau même
- du canal futur. Placés sur la montagne , nous les voyons ainsi se dessiner d’une façon grandiose ayant pour cadre les talus déjà faits et la forêt vierge. A l’Emperador, plusieurs millions de mètres cubes sont déjà enlevés ; cependant , sur une longueur de 8 kilomètres environ dans la partie comprise entre l’Emperador et l’Obispo, il reste encore plus de 20 millions de mètres cubes à creuser. Les terres seront portées au loin, mais 10 millions de mètres cubes seront utilisés pour créer une montagne destinée à forcer le rio Chagres et ses crues diluviennes à suivre le nouveau lit qu’on lui prépare. Us formeront alors
- Fig. 5. — Les remparts de Panama à marée basse.
- Fig. i. — Bohio Soldado et le bac provisoire sur le rio Chagres. (Dessin d’après nature de M. Albert Tissandier.)
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- le barrage de Gamboa. Ce travail semble si bien indiqué par la configuration du terrain que son énormité disparaît presque. La montagne de l’Em-perador est composée de roebes schisteuses et de formations volcaniques; on espère que les talus creusés pourront se maintenir d’eux-mêmes sans qu’il soit nécessaire d’exécuter des travaux de soutènement. La tranchée à faire sur la longueur de cette section doit avoir en moyenne une hauteur de 57 mètres. Elle formera un entonnoir immense au fond duquel le canal devra passer. Au bas Obispo, près des chantiers de la Corrosita on fait sauter devant nous une partie de la montagne. Trente mille mètres cubes de rochers ! Trois galeries de mine pouvant contenir 2500 kilogrammes de dynamite avaient été préparés et M. de Lesseps, au moment de notre arrivée, a fait un signal. Placés tous à 300 mètres environ de distance, nous voyons l’énorme bloc de rochers se soulever sous l’effort de l’explosion: De larges crevasses se forment ensuite en laissant échapper une épaisse nuée de poussière et de fumée qui obscurcit une partie du ciel pendant quelques instants. Nous avions grande bâte de voir le résultat effroyable causé par la dynamite. Nous remontons tous à cheval pour aller sur les lieux. Il est difficile d’imaginer le terrible chaos formé par les pierres fendillées, ruinées de toutes les manières par la force dé l’explosion. Ces expériences sont assez fréquemment renouvelées dans les travaux; elles sont chères, paraît-il, les explosifs seuls coûtant près de 25000 francs. On fait sauter par mois cinquante mille mines dans le canal en cours d’exécution. C’est la dynamite française qui est considérée comme la meilleure. L’entrée du canal du côté de Panama est à peine commencée, mais le sol mou et presque uni de cette région ne donnera point de difficultés matérielles aux ouvriers. Des installations grandioses sont faites au bord du Pacifique ; ce sont les chantiers de la Boca et tout y est préparé pour donner un élan nouveau au travail. Le canal occupe actuellement, sur son parcours de 70 kilomètres, 18 à 20000 ouvriers environ. Lorsque tous les chantiers de l’Emperador et de Gamboa, ceux de Culebra et de la Boca auront complété leurs installations nouvelles, qu’on aura donné enfin au travail général le vigoureux effort nécessaire pour tout terminer, 50000 ouvriers seront employés.
- A cette armée de travailleurs correspond un outillage formidable : plus de 40 dragues sont en travail ou prêtes à être mises en œuvre, 125 excavateurs représentant près de 10000 chevaux de force travaillant aux déblais, plusieurs milliers de chevaux-vapeur sont répartis en diverses autres machines. Enfin le matériel de transport peut se chiffrer par 250 locomotives dont 170 sont, actuellement en service et 8000 wagons. Le matériel de voie en usage aujourd’hui sur les chantiers présente plus de 500 kilomètres, non compris les voies Decauville qui sont innombrables. Il devra bientôt être doublé! Le matériel flottant, remorqueurs, chalands et plus de
- 200 engins de transports maritimes dont le cinquième est muni de machines à vapeur, 500 pompes d’épuisement, terminent enfin cette énumération qui fera comprendre l’outillage inouï qui est accumulé dans les chantiers de l’isthme1.
- Au canal de Panama comme partout, la période d’installation a été la plus meurtrière et aussi la plus coûteuse. Si l’effort et la dépense d’origine ont produit un résultat moindre, l’heure est venue des grands résultats. Aussi nous quittons les chantiers de Panama avec pleine confiance, tout en étant heureux de rendre hommage à son armée de travailleurs.
- Albert Tissajndier.
- — A suivre. —
- CADRAN COMPTES-FAITS
- Ceux de nos lecteurs qui habitent Paris ou les grandes villes et qui prennent fréquemment des voitures à l’heure, savent combien il est parfois difficile de se rappeler l’heure exacte à laquelle on a arrêté le cocher. En outre, il faut compter combien de temps on a occupé la voiture, et calcu-ler d’autre part la valeur que représente ce temps. M. ïï. Ga-
- Cadran comptes-faits pour voitures de place.
- lante, le sympathique constructeur d’instruments de chirurgie, a construit un petit appareil que nous reproduisons ci-contre en grandeur d’exécution et qui permet de remédier à ces inconvénients. On met l’instrument au point on prenant la voiture et on lit le prix à payer en la quittant; ce prix est indiqué en regard de l’heure correspondante.
- Notre figure montre l’index marqué sur 7 heures. Si vous gardez la voiture jusqu’à 10 h. 15 m.; il suffit de chercher au point du cadran intérieur marqué 10 h. 15m., et de remonter à la graduation correspondante du cadran ; vous y trouverez la somme à payer : 6 francs 50 centimes. Le pourboire est à ajouter.
- Le cadran intérieur est mobile autour d’un axe; on le place à la position voulue au moyen d’une dentelure indiquée à la partie supérieure de notre figure.
- Un système de cadran comptes-faits analogue pourrait recevoir d’autres applications, mais nous nous en tiendrons à celle qui en est faite des voitures de place. Le double cadran est confectionné en métal ; il est de faible
- 1 L’état du matériel a été établi dans le plus grand détail par le rapport remarquable des délégués des chambres de commerce de France, présenté par M. Jules-Ch. Roux, délégué de la chambre de commerce de Marseille.
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- LA N ATI Hi IL
- épaisseur et se trouve contenu dans une petite gaine de cuir que l’on tient dans sa poche sans aucune gêne.
- Puisque nous avons l’occasion de parler des questions relatives aux voitures de place, qu’il nous soit permis de faire remarquer combien le tarif actuel est défectueux, surtout quand il s’agit de la course. Si l’on a lait une course d’un ou deux kilomètres qui ne dure parfois que quelques minutes, le prix est le même que si l’on traverse Paris de part en part, ce qui peut nécessiter un voyage de plus d’une heure. Dans le premier cas, le voyageur paye un prix assurément trop élevé; dans le second cas, c’est le cocher qui reçoit un salaire insuffisant. 11 faudrait revenir aux compteurs de tours de roue, ou à tout mode de tarif porportionnel à la longueur du chemin parcouru. G. T.
- TRAVERSÉE DE CHERROURG A LONDRES
- EXÉCUTÉE EN BALLON
- Un jeune et déjà célèbre aéronaute, M. F. Lhoste, a exécuté précédemment à deux reprises différentes le passage de Boulogne en Angleterre par la voie de l’air1. Ces intéressantes expéditions n’avaient pu réussir qu’en employant alternativement des courants superposés.
- Ces circonstances ont donné à M. Lhoste l’idée de franchir la Manche, en partant de Cherbourg par un vent sud-sud-ouest bien établi, et fréquent dans ces parages. M. Lhoste a arrimé dans des conditions toutes spéciales son ballon le Torpilleur, de 1000 mètres cubes; M. J. Mangot, son compagnon de voyage, et lui, ont réussi dès leur première ascension à mettre à exécution le projet hardi qu’ils avaient annoncé à l’avance. Parmi les moyens dont ces explorateurs disposent pour voyager en ballon au-dessus de la mer, nous considérons comme très importants, l’emploi du flotteur qui transforme l’aérostat en un ballon captif, et l’usage du cône-ancre permettant de recueillir l’eau de l’Océan puisée à l’aide d’un seau, alors que le soleil au lever du jour, tend à élever le ballon dans les hautes régions et à lui faire perdre par la dilatation une partie du gaz qu’il contient.
- Avec ces divers moyens de s’ancrer à la mer, et de prendre du lest, il n’est pas impossible d’entreprendre de longues traversées aéronautiques au-dessus de l’Océan.
- MM. Lhoste et Mangot ont bien voulu nous donner le récit complet de leur beau voyage; nous leur cédons la parole, non sans leur adresser les félicitations qu’ils méritent. G. T.
- Le 29 juillet, le vent étant favorable, le gonflement de notre aérostat le Torpilleur fut commencé à Cherbourg à 6 heures du soir et terminé à 11 heures.
- La disposition des agrès a duré une demi-heure ; ils comprenaient, comme l’un de nous l’a expliqué dans la séance du Congrès des Sociétés savantes, du 29 avril 1886, que présidait M. Faye :
- 1° Une hélice placée au-dessous de la nacelle, et mise en rotation par les aéronautes ;
- 2° Une voile triangulaire qui partait de l’équateur et allait jusqu’au bout d’une vergue de 4ra,50 de longueur amarrée horizontalement sur notre cercle ;
- 5° Un guide-rope de 80 mètres ;
- 4° Un flotteur frein cylindro-conique ayant lm,65 de hauteur et 0m,22 de diamètre ;
- 1 Yoy. n° 527, du 7 juillet 1883, p. 83, et n° 539, du 29 septembre 1883, p. 288.
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- 5° Un réservoir conique d'une capacité de 400 litres, et susceptible de servir de cône-ancre;
- 6° Deux seaux montés sur une corde sans fin de 160 mètres de long;
- 7° Une garniture de liège qui environne la nacelle pour la rendre insubmersible ;
- 8U Dix sacs contenant chacun 20 kilogr. de sable;
- 9° Les instruments indispensables.
- A 11 heures et demie, nous donnons le signal du départ, et nous nous élevons très lentement jusqu’à l’altitude de 400 mètres, que nous sommes parvenus à conserver jusqu’à 2 heures et demie du matin.
- A peine avions-nous quitté la rade que nous nous sommes aperçus des efforts que faisait la marine pour suivre notre ballon avec un projecteur de lumière électrique, système Mangin'; malgré l’habileté des officiers chargés de celte importante expérience, nous avons constaté, avec plaisir, que le rayon qui balayait l’atmosphère ne nous avait jamais rencontrés.
- Cet insuccès d’hommes habitués à rechercher les torpilleurs marins, prouve l’avantage que les ballons auraient pour s’approcher d’un point déterminé.
- La dépense de lest, pendant les quatre premières heures de notre voyage, a été de 60 kilogrammes, notre route restant parfaitement régulière.
- Pendant cette partie du voyage, le ciel était d’une pureté remarquable autour du ballon ; l’horizon était au contraire occupé par de gros nuages noirs.
- L’éclat des étoiles était très remarquable ainsi que leur oscillation. La voie lactée donnait une clarté suffisante pour pouvoir lire le baromètre. Nous étions à la fin de la période du 26 au 29 juillet signalée par Y Annuaire du bureau des longitudes, comme correspondant à la présence d’un riche courant de météores, avec des centres d’émanation répandus sur toutes les parties de la sphère céleste. Nous avons vu, en effet, plusieurs étoiles filantes, assez brillantes, se détacher de plusieurs points du firmament. Ces météores sporadiques étaient de couleur blanche. Leur éclat moyen était celui d’étoiles de deuxième grandeur; nous en avons aperçu sept.
- Le dernier, vers 2 heures du matin, était le plus brillant de tous. Il a laissé une traînée lumineuse de laquelle ont semblé se détacher plusieurs points brillants, comme le feraient les divers fragments d’une sphère unique, tombant à la surface du globe. La durée de l’apparition a été d’au moins quatre secondes ; la chute a dû avoir lieu au-dessus de la mer, de sorte qu’il y a peu de chance qu’on ait recueilli des fragments du bolide; mais la lumière a pu être aperçue par quelques navigateurs.
- Outre ces apparitions, nous avons constaté la présence d’un radiant correspondant à l’étoile Bêta du Cygne, laquelle était située sur la limite de la zone que couvrait notre aérostat. Un grand nombre d’étoiles partaient de ce centre d’émanation, d’une façon irrégulière; le phénomène a duré un quart d’heure. Ces étoiles étaient difficilement visibles, de sorte qu’il est à peu près impossible de se rendre un compte exact de leur nombre ; quelques-unes
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- s’élançaient en même temps, et nous avons pu en voir sept ou huit simultanément.
- Nous n’avons aperçu la planète Vénus que plus d’une heure après son lever; l’aurore était très intense, mais la clarté du jour naissant ne portait pas préjudice à l’effet produit par la planète. Son aspect était véritablement admirable. Son éclat était semblable à celui d’un phare électrique vu à quelques milles de distance, et dépassait de beaucoup celui de l’ile de Wight.
- Sachant bien que l’apparition du soleil nous don nerait un surcroît dangereux de force ascensionnelle, nous avons manœuvré dès 3 heures et demie du matin pour lutter contre l’influence de l’astre.
- Dans le but de nous rapprocher de la surface de la mer, l’hélice fut mise en mouvement. Malgré son fonctionnement incommode, l’aérostat put être ramené à 50 mètres des flots, sans avoir perdu la moindre quantité de gaz.
- Aussitôt le flotteur fut descendu à la mer; dès qu’il se trouva rempli d’eau, par les orifices dont il est muni, la tension qu’il exerçait sur son câble rendait la manœuvre plus facile; aussi en avons-nous profité pour gréer la voile.
- C’est alors que nous nous sommes aperçus, à notre grande satisfaction, que nous filions sur l’île de Wight, avec une vitesse de dix nœuds à l’heure.
- La résistance du llotteur nous avait fait perdre
- XÈ25'soir Mitait 25
- 1300'T’
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- Fig. 1. — Diagramme'de l’ascension aérostatique exécutée par'MM. Lhoste et Mangot, de Cherbourg à Londres, le 29 juillet 1880. Durée du voyage : 6 h. 50 m. Chemin parcouru : environ 215 kilomètres.
- une portion notable de notre vitesse, c’est afin de la récupérer et d’obtenir une déviation latérale que nous avons bordé notre voile. Elle s’est immédiatement gonflée, ce qui prouve qu’elle agissait malgré ses dimensions, faibles relativement à la section droite du ballon.
- Il nous est impossible de dire quelle a été la valeur numérique de l’accélération et du changement de direction, mais nous sommes certains qu’on pourrait obtenir des effets notables en augmentant la longueur du bout dehors. Toutefois, si l’on prenait ce parti, il faudrait combiner des agrès spéciaux.
- Nous n’avons pas tardé à nous apercevoir que la chaleur du jour naissant produisait une dilatation tellement appréciable, que notre flotteur, malgré son poids de 60 kilogrammes, bondissait sur la vague.
- C’était donc le moment de mettre â exécution la dernière partie de notre plan et de monter à bord de l’eau de mer en guise de lest supplémentaire. Cette manœuvre permet de faire descendre l’aérostat à volonté, et de le rapprocher même à quelques mètres de la surface de la mer, comme le montre la gravure (fig. 2).
- A l’approche des côtes, notre flotteur fut remonté, après l’avoir préalablement vidé à l’aide de la corde de retournement.
- Grâce a cet allègement, nous nous sommes élevés à la hauteur de 1000 mètres et nous entrions en Angleterre à l’ouest de la ville de Bognor, à 4 fi. 40 m. du matin.
- La limpidité et la transparence de l’eau, non loin des côtes, étaient surprenantes.
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- On voyait très distinctement le fond qui était formé de rochers parsemés sur un sol de sable recouvert en partie par de longues herbes.
- L’effet de notre voile avait été suffisant pour nous faire dévier du chemin suivi pendant la première partie du voyage ; mais, rendu de nouveau à la li-
- berté, l’aérostat reprit sa route primitive en remontant légèrement vers le nord.
- Le soleil s’étant enfin montré, nous sommes montés jusqu’à l’altitude de 1500 mètres.
- Comme nous avions l’intention de nous rendre à Londres, nous regardions avec attention dans la di-
- rection nord-nord-est pour voir si nous n’apercevions pas, soit le palais de Wesminster, soit le dôme de Saint-Paul, qui s’élève à 110 mètres au-dessus du sol.
- Nous n’avons pas tardé à reconnaître les silhouettes de ces deux gigantesques monuments. Il était environ 5 heures du matin.
- Bientôt après, nous avons aperçu se dessiner dans le lointain le cours immense de la Tamise, depuis son embouchure jusqu’au delà du château de Windsor.
- Nous tenant dans une bonne voie, nous conservâmes notre horizontale jusqu’au Palais de cristal, que nous avons laissé sur notre droite.
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- Craignant de manquer Londres et de remonter vers les sources de la Tamise, nous avons ouvert la soupape, afin de nous faire ramener du côté de London-Bridge, par un courant inférieur.
- Cette manœuvre réussit pleinement, le grand fleuve lut traversé à 250 mètres d’altitude, dans les environs de la Tour. Étant remontés a environ 550 mètres, nous nous sommes laissé entraîner, par un vent sud-sud-ouest qui nous fit traverser la Cité, près de Saint-Paul, les Artillery-Grounds, le parc Victoria, et tout le nord de la ville.
- Voyant que nous sortions de Londres, nous nous sommes mis à redescendre, et malgré la violence du vent, il nous fut possible de nous arrêter sans accident, dans une belle prairie située sur le bord de la rivière Lée; nous étions à Tôt en h a m-S tafio n, charmant village au nord-est du district métropolitain.
- F. Lhoste et J. Mangot.
- L’EXPOSITION D’HYGIÈNE URBAINE1
- LES APPAREILS DE SALUBRITÉ DANS LES HABITATIONS
- Dans le premier article sur les appareils que permettait d’apprécier l’Exposition d’hygiène urbaine organisée par la Société de médecine publique de Paris, à la caserne Lobau, nous avons indiqué comment les hygiénistes comprennent aujourd’hui l’aération, l’éclairage et l’orientation des habitations. Mais le problème de la salubrité ne se résume pas seulement en ces trois termes, pour ce qui concerne les logements habités; la qualité des matériaux employés, le choix et l’aménagement du sol et du sous-sol, les dispositions intérieures, le chauffage, l’évacuation des immondices, etc., sont autant de sujets d’où dépend la parfaite et complète intégrité de l’air respiré pendant l’occupation de nos logements. Parmi ces conditions inhérentes à l’assainissement, il en est une qui domine en quelque sorte une partie des autres, car elle est de tous les instants et exige une surveillance incessante ; nous voulons parler de l’évacuation prompte et immédiate de toutes les matières usées parla vie journalière, c’est-à-dire de tout ce qui peut être cause de putréfactions et de fermentations dans l’habitation. Or, ces matières sont surtout produites dans les cabinets d’aisances, dans les cuisines, dans les cabinets de toilette, et ce sont ces parties de la maison qu’il convient d’aménager avec un soin particulier.
- On sait que l’Angleterre a fait faire un très grand pas aces questions depuis un certain nombre d’années. A la suite de l’épidémie cholérique qui y fit de très nombreuses victimes dans le milieu de ce siècle, ses hommes d’État se préoccupèrent tout spécialement, à l’instigation de plusieurs de ses hygiénistes les plus renommés, des améliorations à apporter dans l’installation des procédés d’évacuation dans les maisons.
- 1 Suite cl fin. Voy. p. 18, 55 et 86.
- Aujourd’hui encore des efforts considérables s’y font dans ce sens. Puis ce mouvement de réforme hygiénique gagna plusieurs pays, notamment l’Allemagne, la Belgique, les Etats-Unis; en France, c’est à peine s’il a commencé, malgré les revendications incessantes dont l’hygiène est l’objet de la part de tous ceux qui estiment, à juste titre, que la santé publique dépend en très grande partie de la salubrité des habitations. On n’ignore pas, en effet, comme nous l’avons déjà fait observer, queles épidémies naissent ou ne se propagent que dans les maisons et les quartiers malsains ; il est dans la plupart des villes, tel quartier, telle maison, dont les conditions d’insalubrité sont notoires, et où les épidémies ne manquent jamais d’apparaître tout d’abord. On l’a bien vu l’année dernière encore en Espagne, au cours de cette épidémie de choléra — la plus grave du siècle — qui y a fait près de 140 000 décès; une aussi considérable hécatombe n’a pu se produire que dans un pays où la maison est mal tenue, malsaine au plus haut degré. Quelle que soit l’opinion que l’on ait de la genèse et des modes de propagation des maladies transmissibles, ces faits ne sauraient être niés; ce sont eux qui dominent l’hygiène et donnent une si grande valeur à la recherche des procédés pour assurer la salubrité des habitations, notamment au point de vue particulier qui nous occupe en ce moment.
- Ainsi que le disait encore récemment M. À. Du-rand-Claye, l’un des ingénieurs sanitaires les plus autorisés et les plus compétents, dans la maison les principes sont simples : « dès qu’une matière usée est produite, il faut l’expulser, sans la laisser séjourner dans l’habitation. Pour les ordures ménagères, le service d’enlèvement peut se faire actuellement d’une manière relativement satisfaisante, grâce aux récipients mobiles et à l’enlèvement méthodique. Il n’en est pas de même pour les eaux pluviales et ménagères, pour les matières de vidange dont l’éloignement est d’ordinaire si mal aménagé. Ce qu’il faut, c’est à chaque orifice d’évacuation, l’eau en quantité suffisante; puis un appareil d’occlusion simple et efficace, le siphon hydraulique, c’est-à-dire l’inflexion suffisamment accusée du tuyau d’évacuation. Ensuite la canalisation générale de la maison doit être simple en tracé et en élévation, communiquant largement à la partie supérieure avec l’atmosphère, de manière à aspirer à chaque évacuation de l’air pur et frais qui baigne le flot liquide et combatte dès le point de départ la fermentation par l’oxydation. » Ainsi, deuxsor-tes d’appareils sont indispensables, dans tous les cas, pour assurer la salubrité des parties de l’habitation où l’on produit et d’où l’on projette des matières usées, à savoir le réservoir de chasse d’eau et le siphon hydraulique.
- Personne n’ignore que l’emploi judicieux et approprié d’une certaine quantité d’eau est un des éléments indispensables de l’assainissement des habitations ; il est très rare qu’on puisse disposer d’eau sans limite et il ne suffit pas de dépenser l’eau pour que l’assainissement soit réalisé. Aussi doit-on s’efforcer
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- de l’envoyer dans les appareils et tuyaux en chasses abondantes au lieu d’égouttements continuels, comme on ne le fait que trop souvent; il faut transformer 1 écoulement continu, en usage pour certains appareils, en écoulement intermittent de faible durée, afin d’augmenter le volume d’eau écoulé en un temps donné et de lui donner, par suite, une force de nettoyage réellement efficace. Dans ce but, on a imaginé un grand nombre d’appareils de chasse d’eau, soit automa tique, soit à tirage, dont le principe général a été étudié par M. Gutode dans La Nature l. Un grand nombre de ces appareils ont été successivement offerts à l’attention des constructeurs, des architectes et du public; la plupart sont des variantes du siphon annulaire automatique de Rogers Field, dont le mécanisme a été expliqué dans la note que nous venons de rappeler. Depuis, on a proposé toutes sortes de procédés mécaniques, qui ont l’inconvénient d’imposer l’obligation de se servir d’organes mobiles, soumis à des chocs et exposés à des désagréments, lorsqu’ils se faussent; les moindres ordures suffisent alors pour paralyser le jeu des pièces en mouvement. Il a bien fallu aussi reconnaître que le procédé de la trompe d’eau, tel que Rogers Field l’a appliqué, exige une précision matbémîrtique dans la pose, précision que les ouvriers réalisent rarement, toujours avec peine et qui est facile à détruire même lorsqu’elle a été obtenue.
- On est ainsi arrivé à rechercher des appareils sans aucun mécanisme et susceptibles d’effectuer des chasses d’eau intermittentes, à intervalles facultatifs,.au moyen d’un siphon à amorçage automatique par cataracte instantanée. MM. Ge-neste, Herseher et Carette ont exposé à la caserne Lobau un appareil de ce genre, inspiré des dispositions de la fontaine de Héron et qui offre, sur les appareils similaires, les grands avantages d’être dépourvu de tout mécanisme, de se remplir à volonté, soit goutte à goutte soit a intervalles plus rapprochés et, une fois en place, de ne nécessiter aucune surveillance
- spéciale. G’cst, cet appareil que l’on trouve reproduit sur l’une des figures ci-après (fig. 5) : un modèle, a parois latérales en verre, y surmonte l’un des water-closets représentés; des modèles de plus grande dimension sont placés dans les égouts, en aval de la section que l’on veut nettoyer à l’aide de chasses puissantes.
- Le siphon hydraulique qui complète aujourd’hui toute installation destinée à l'évacuation des matières usées, affecte généralement la forme de la lettre S couchée , quand la direction de sortie est verticale, et la forme en demie S couchée quand cette sortie doit être horizontale; ces formes ont été reconnues, a la suite de très nombreuses expériences, comme étant les plus rationnelles, car elles offrent le moins de résistance à l’écoulement des liquides et permettent le plus facilement le nettoyage automatique et complet de tout l’appareil, d’ailleurs exempt d’angles, puisque ces siphons sont de section circulaire dans toute leur longueur. On trouve, dans l’ouvrage devenu classique de M. A. Wazon sur les Principes techniques (Vassainissement des villes et des habitations, l’exposé des recherches qui ont montré la supériorité marquée de ce genre de siphon, appareil qui doit être exclusivement employé aujourd’hui.
- La plus importante des conditions que doivent remplir les siphons hydrauliques, c’est assurément qu’ils forment une fermeture toujours directement infranchissable aux courants de gaz viciés, provenant des réservoirs où se déposent les matières évacuées. On sait, depuis les recherches de Wcrnieh, de Tyndall, de Carmichael, etc., qu’il en est ainsi la plupart du temps avec les siphons en S, dont on trouve le dessin dans un brevet d’Alexandre Cumming, pris dès 1775; mais il est fréquent que les siphons se siphonnent eux-mêmes, c’est-à-dire que, sous l’action d’une succion produite dans le tuyau principal d’écoulement, la garde d’eau du siphon risque de s’épuiser; alors, elle ne forme plus obturation; et les gaz des réservoirs rentrent avec facilité dans les habitations. D’où la nécessité de les ventiler en
- Siphon à interception persistante.
- Siphon ordinaire sans sécurité
- Fig-. 1. — Si|ilion ordinaire sans sécurité et siphon français à interception persistante.
- Fig. 2.— Installation d’un siphon français avec boîte de ventilation.
- 1 Vov. n° 685, du 17 juillet 1886, p. 107.
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- couronne, c’est-à-dire de greffer une tubulure au I l’atmosphère extérieure; ainsi l’on empêche toute suc-sommet du siphon, tubulure en communication avec } cion sur la poche d’eau interceplrice des odeurs. La
- Fig- 3. Fig. 4. ;Fig. 5.
- Installation de trois cabinets d’aisances. — Fig. 3. Cabinet d’aisanees insalubre.— Fig. 4 et 5. Cabinets’ d’aisances salubres avec réservoir
- de chasse et appareils siphonés et ventilés sans mécanisme.
- figure 1 montre l’effet comparatif que produit le passage de l’eau ou des matières dans un siphon ordinaire et dans un siphon ventilé; cette figure représente un dispositif très remarqué à la caserne Lobau où MM. Geneste et Herscherl’avaient installé. Les deux siphons étaient disposés au-dessous d’un même réservoir ; chaque fois que l’eau passait, le siphon ordinaire se siphonnait , l’eau descendait au-dessous de la plongée et par suite le retour des gaz pouvait devenir incessant; tandis
- qu’avec le siphon ventilé l’obturation persistait d’une manière constante. MM.Geneste et lierscher *ie se sont pas contentés de cette précaution; dans les siphons de leur fabrication, ils ont eu soin de réserver à la partie supérieure une sorte de poche qui contribue à réduire au minimum les pertes d’eau de ce qu’on appelle la garde; celle-ci doit, en outre, être aussi haute que possible dans les siphons intercepteurs, sous peine de n’avoir qu’une sécurité trompeuse. Enfin, pour que la ventilation
- Fig. 6. Fig. 7.
- Installation de deux cabinets de toilette-— Fig. 6. Plomb insalubre à usage commun, sans eau ni interception. — Fig. 7. Cuvette-toilette salubre munie d’un effet d’eau et d’un siphon obturateur ventilé.
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- du siphon se fasse avec une grande facilité et qu’elle soit, pour chaque siphon, indépendante, les mêmes constructeurs ont imaginé de faire aboutir le tuyau de ventilation à une prise d’air, lormée d’une boite métallique logée dans le mur extérieur et renfermant une valve mobile en mica qui s’ouvre au passage de l’air chaque fois qu’un liquide traverse le siphon et qui se referme immédiatement après cette traversée.
- Ces importantes améliorations apportées aux siphons sont d’autant plus intéressantes qu'elles émanent des premiers constructeurs français
- Fig. 8. ^ Fig. 9.
- Installation de deux éviers de cuisine. — Fig. 8. Évier de cuisine insalubre. Fig. 9. Évier salubre avec effet d’eau et siphon obturateur ventilé.
- qui soient parvenus à livrer aux entrepreneurs et
- plombiers des siphons de plomb à un prix mar-chand; notre pays était jusqu’ici tributaire de l’Angleterre, de l’Allemagne et des Etats - Unis pour la fabrication courante de ces sortes d’appareils , dont il importe que l’usage se répande de plus en plus.
- On a fait aux siphons le reproche de ne plus fonctionner lorsqu’on a été un certain temps sans s’en servir par suite de la
- lente évaporation de la couche d’eau qu’ils renferment ; ainsi, lorsqu’une personne laisse son apparte-
- Fig. 10. Fig. 11.
- Deux cabinets à usage commun. —Fig. 10. Cabinet public insalubre avec trou à la turque. — Fig. 11. Cabinet public salubre à parois et siège de verre, réservoir de chasse et siphon. (Modèle de la maison Geneste et Ilerscher.)
- ment pendant deux ou trois mois d’été, les siphons ont pu se désamorcer peu à peu en son absence. Il est facile de remédier a cet inconvénient, très rare
- dans la pratique, en remplissant au moment du départ le siphon de glycérine ou en maintenant un très petit écoulement d’eau pendant le temps où l’ap-
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- pareil n’esl pas en service. 11 n’est pas aujourd’hui de meilleur procédé contre le retour des odeurs malsaines et dangereuses des habitations.
- Ces appareils présentent, en outre, le très grand avantage de pouvoir rejeter tous les systèmes plus ou moins compliqués de mécanismes dont on se sert trop souvent pour l’évacuation des immondices ; nos xvater-closets, nos appareils d’évier, etc., sont munis de clapets, de soupapes d’un maniement très incommode et qui ne nous présentent à l’égard de l’hygiène que de graves inconvénients. Viennent-ils à être dérangés, ce qui est fréquent tout au moins pour les appareils à usage commun, il est souvent difficile de les réparer et, pour peu qu’on soit éloigné d’un centre habité, cela devient presque une impossibilité. Il en résulte que pendant tout ce temps, l’habitant reçoit directement les émanations des réservoirs où sont projetées les matières usées. Les constructeurs anglais nous ont les premiers montré qu’il était facile de se passer de tous ces mécanismes ; ils se sont ingéniés avec un grand soin à les installer dans les meilleures conditions de salubrité. À l’Exposition d’hygiène de Londres en 1884, des expériences comparatives, instituées par des ingénieurs du plus grand mérite, exigeaient que les closets, pour être dignes de récompenses, satisfissent à trente-sept conditions. On a pu voir à la caserne Lobau quelques-uns des meilleurs appareils anglais et aussi une excellente cuvette en faïence, sans mécanisme et avec un siphon incorporé, que M. Flicoteaux, plombier à Paris, vient de faire fabriquer par une maison française bien connue, la faïencerie de Choisy-le-Roi.
- Ainsi que nous avons cherché à l’indiquer dans les lignes qui précèdent, on voit combien les hygiénistes s’efforcent d’obtenir l’évacuation des immondices hors de l’habitation dans des conditions de rapidité et de simplicité aussi grandes que possible. En outre, les appareils, comme les locaux où l’on place ceux-ci, doivent être accessibles sur tous les côtés de façon à ce que le nettoyage soit des plus faciles ; et, de plus tout ce qui les entoure doit être imperméable, étanche et lisse; aucune impureté d’aucune sorte ne doit y être retenue. D’où l’emploi de carreaux vernissés sur les parois, d’appareils en faïence, de revêtements en ciment. On s’est ingénié à rechercher des matériaux qui soient à la fois bon marché, résistants et absolument imperméables ; l’ardoise se salit vite et il s’y forme des dépôts de sels qu’il est assez difficile d’enlever et qui sont des foyers permanents de mauvaises odeurs ; l’ardoise émaillée est préférable, mais elle coûte cher; de même, la lave émaillée dont on fait des dalles, des plaques, des dessus de siège d’une étanchéité absolue. Le verre a été employé, dans ce but, à l’hôpital Saint-Martin, par MM. Geneste et Herscher qui y ont installé des cabinets, dont on pouvait voir le spécimen à l’Exposition et qui est figuré ci-devant (fig. il) ; ces cabinets sont uniquement revêtus de plaques de verre, d’un dessus de siège en verre d’un seul morceau et d’une grille antérieure à rigoles et pointes de verre ;
- un tel cabinet dont l’établissement n’est pas coûteux, est d’un nettoyage des plus faciles et d’une solidité très grande, en raison de l’épaisseur des plaques coulées sur une certaine épaisseur. La même maison montrait des dcrni-cylindres de verre pour urinoirs publics, offrant des avantages analogues.
- M. l’ingénieur en chef Durand-Claye, avec l’aide de M. Louis Masson, inspecteur du service de l’assainissement de la Seine, avaient rendu le très grand service de placer sous les yeux des visiteurs de l’Exposition, à la fois les installations défectueuses et les améliorations qui doivent être la conséquence des principes que nous venons de rappeler ainsi que des applications qu’on en a déjà proposées. Dans la figure 5, on voit tout d’abord un type de ces cabinets d’aisances si communs dans nos maisons, où ils sont souvent placés à mi-étage ; une simple cuvette, munie d’une soupape maniée par une tige à main, est placée sur un énorme vase de fonte allant rejoindre le tuyau de chute commun à tous les étages de la maison; il n’y a d’écoulement d’eau que celui que le visiteur veut bien y mettre, et le cabinet lui-même est encombré par des tuyaux autour desquels s’amassent toutes les saletés. 11 n’en est plus de même, lorsqu’on fait usage des cuvettes sans mécanisme figurées à côtés ; des réservoirs de chasse, à tirage dans la figure du milieu, automatiques dans la figure latérale, permettent l’enlèvement immédiat des matières qui vont se déverser dans les tuyaux de chute après avoir passé par un siphon ventilé, par un conduit spécial aboutissant à un tuyau d’évent, ou mieux à une boite indépendante d’aération avec valve en mica. L’appareil du milieu est surmonté d’un abatant qu’on abaisse pour le service et qui permet un nettoyage parfait île toutes les parties de l'appareil et de la pièce où il est posé.
- S’agit-il de remplacer les « plombs, » cette horrible boîte où les ménagères sont tenues de jeter toutes les immondices et qui sert à tous usages, de supprimer cette chose permanente d’infection, trop souvent placée, comme le montre la figure G, sous une fenêtre faisant appel d’air vers la demeure, il faut ou bien installer un évier dans l’appartement ou bien disposer des cuvettes-toilettes ; mais l’un comme l’autre doivent être surmontés d’un robinet et n’envoyer les matières charriées par le tuyau de chute que par l’intermédiaire d’un siphon ventilé, comme on le voit sur les figures 7 et 9.
- De telles installations deviennent même plus nécessaires lorsqu’il s’agit d’appareils devant servir à un grand nombre de personnes, surtout si la surveillance n’en peut être constante; et c’est ce qui arrive dans les établissements publics. Nous avons reproduit, figure 10, un de ces cabinets, dits à la turque, dont la saleté est si révoltante, et nous avons placé en regard l’un de ces cabinets tout revêtus de verre, dont il a été question plus haut (fig. 11). Un réservoir de chasse automatique y balaye les matières à intervalles réguliers ; un autre réservoir de chasse placé latéralement fait couler de temps à autre de l’eau dans les
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- rigoles placées en avant du siège, des verres perforés aux fenêtres y déterminent une aération constante et insensible ; un siphon ventilé y empêche tout reflux de mauvaises odeurs. Ainsi se trouvent obtenues les conditions que les hygiénistes les plus sévères peuvent exiger, dans l’état actuel de nos connaissances.
- IV Z...
- CHRONIQUE
- Nouveau tunnel sous la Tamise. — L’énorme circulation du pont de Londres évaluée à 7 millions de véhicules de toute nature et à 35 millions de piétons par an, a déterminé la Métropole anglaise à faire construire en face de la Tour un nouveau pont. Toutefois ce mode de dégagement a été jugé insuffisant, et une Compagnie vient de se former pour établir à la hauteur de King William Street deux tunnels sous la Tamise. Ils seront exploités par des tramways funiculaires, l’un d’eux étant réservé au trafic montant, l’autre au trafic descendant. La voie aura 2150 mètres de longueur entre, les stations extrêmes de King William Street et de Eléphant Castle. Les trains seront séparés par des intervalles de deux minutes et pourront porter 100000 voyageurs par jour. La durée du parcours sera de 8 à 9 minutes, arrêts compris, vitesse égale à celle qui a été adoptée sur le Métropolitain. L’accès des stations souterraines sera facilité par des escaliers et des ascenseurs hydrauliques analogues à ceux qui viennent d’être établis pour l’exploitation du tunnel sous la Mersey entre Liverpool et Birken-head. Le premier puits a été récemmeut ouvert près de la gare du Monument (chemin de fer Métropolitain), et les travaux se poursuivent activement sous la direction de M. Great’head, ingénieur de la Compagnie. On estime la dépense totale à 2500000 francs, soit un peu plus de 1100 francs par mètre, y compris les expropriations, l’achat du matériel roulant, et même les frais de constitution de la Compagnie; on espère que l’exploitation pourra commencer dans 18 mois.
- Les araignées aéronautes. — Le 28 octobre 1885, j’assistai dans la prairie d’Auxonne à l’ascension de plusieurs Thomisus viaticus. Vers 10 heures du matin, quand le soleil eut fait évaporer le plus gros de la rosée, chaque jeune thomise gagna le sommet d’une tige de graminée, et dès qu’une légère brise se fit sentir, je les vis diriger leur abdomen en l’air, puis lancer un faisceau de fils qui remplit admirablement l’office d’aérostat ; l’arachnide s’élevait ainsi à une certaine hautéur et s’abandonnait au courant aérien qui l’emportait plus ou moins vite, suivant la force du vent. Le faisceau de fils était lancé avec une telle rapidité qu’il me fut impossible d’en apprécier la longueur; chaque fois, je fus surpris par le brusque départ du petit aéronaute : en moins de cinq minutes, je vis partir quatre individus. Par les belles journées d’automne, surtout lorsqu’il règne une faible brise, ces intéressants animaux sont susceptibles de franchir des distances parfois considérables ; j’ai souvent remarqué que le trajet d’un jour durait en moyenne de 10 heures du matin à 4 heures du soir. Pour descendre à terre, les araignées pelotonnent leur fil, ayant soin d’en laisser flotter juste assez pour amortir leur chute. Il est probable que, si pendant leurs excursions une bourrasque survient subitement, nos petits voyageurs s’empressent d’atterrir au plus vite. (Wattebled. Feuille des jeunes naturalistes.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 août 1886. — Présidence de M. Fizeau.
- Météorologie. — M. Ricco, de Païenne, communique un recueil d’observations photométriques et météorologiques effectuées pendant la dernière éruption de l’Etna, en mai 1886. M. Ricco a noté avec le plus gi’and soin toutes les phases de l’éruption, projection des cendres, coulée des laves, etc. ; de plus, M. Ricco fait remarquer qu’on n’a observé cette année aucune lueur crépusculaire, aucune coloration verte ou bleue du soleil. Ce serait donc à tort qu’on aurait attribué à l’éruption du Krakatau les phénomènes si remarquables de ce genre, observés au commencement de l’année 1883.
- Géologie. — M. Blanchard rappelle que dans une note présentée en 1882, il avait affirmé l’existence, à une époque peu ancienne, d’un continent océanien-austral qui se serait effondré et dont les îles de la Nouvelle-Zélande ne seraient que des débris. Après s’être efforcé d’établir l’exactitude de son hypothèse, M. Blanchard s’était appliqué à démontrer que de nouveaux changements géologiques dans l’état de ces îles étaient possibles. Cependant les derniers siècles n’ont laissé dans la mémoire des habitants le souvenir d’aucune catastrophe survenue dans ces îles fortunées. Le récent cataclysme qui les a bouleversées et dont on ignore encore les détails est venu confirmer les hypothèses de M. Blanchard. La Nature publiera prochainement des détails circonstanciés sur la récente catastrophe géologique.
- M. Laguerre. — M. le Président annonce à l'Académie la nouvelle de la mort de M. Laguerre, membre de la section de géométrie. M. Laguerre avait été élu, il y a quelques mois à peine, et la maladie l’avait presque « en même temps atteint. Les travaux disséminés en général dans des recueils peu répandus n’avaient pas attiré à leur auteur la notoriété qu’il était en droit d’en attendre depuis longtemps. M. Bertrand raconte que, lors de la discussion des titres des candidats à la place occupée par M. Laguerre, il y eut, au sein de la section de géométrie, une véritable surprise en découvrant tant de travaux précieux, tant de richesses inconnues. L’élection de M. Laguerre a été une récompense suprême pour ce savant modeste et un honneur pour l’Académie qui peut ajouter son nom à la liste de ses membres les plus distingués. M. Halphen a accepté la mission de représenter l’Académie aux obsèques qui ont eu lieu aujourd’hui à Bar-le-Duc. La séance est ensuite levée en signe de deuil. Stanislas Meunier.
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- REMONTAGE ÉLECTRIQUE
- DES PENDULES ET DES HORLOGES
- Les applications de l’électricité à l’horlogerie sont nombreuses et les propriétés de l’électro-aimant ont été bien souvent mises a profit par les inventeurs, soit pour entretenir le mouvement d’un balancier, soit pour transmettre synchroniquement les battements du pendule d’une horloge type à des cadrans éloignés, soit pour opérer périodiquement une re^ mise à l’heure. C’est au moyen de l’électricité qu’on réalise le plus facilement et le plus économiquement j l’unification de l’heure, quelle que soit la distance
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- qui sépare les différents cadrans. Mais nous n’avons pas l’intention de traiter cette question déjà bien connue de nos lecteurs. L’appareil que nous allons décrire et qui a été imaginé par M. Duboulet, horloger à Sedan, est destiné à opérer automatiquement le remontage du ressort d’une pendule ou du poids d’une horloge, de façon que pour qu’elle marche indéfiniment sans arrêt provenant d’un oubli, ce qui a son importance pour un régulateur , il suffit d’entretenir une pile de deux éléments Leclanehé, entretien qui , comme chacun sait, se réduit à bien peu de chose.
- Il s’agit de produire périodiquement et pendant un moment un travail moteur relativement considérable. On ne pouvait avoir recours pour cela aux petits moteurs électriques ordinaires qui exigent l’emploi d’un courant d’une assez grande intensité qu’on ne peut produire qu’avec des piles au bichromate, ou autres aussi peu pratiques pour un usage continu ; ils ont ensuite l’inconvénient de ne pas se mettre en mouvement d’une façon sûre au moment voulu et il faut souvent pour la mise en marche donner un léger coup de pouce.
- Pour éviter ces différents inconvénients,
- M. Duboulet a pensé à utiliser le mouvement d’une sonnerie trem-bleuse ordinaire. La figure 1 représente la disposition employée. On aperçoit, sur l’extrémité gauche de l’électro-aimant , l’armature A montée comme d’habitude avec une. vis de réglage pour le contact; à l’extrémité antérieure de cette armature se trouve fixée une lame de fer a, qui nécessairement participe à tous ses mouvements, et dont l’extrémité vient appuyer sur la circonférence d’une roue à dents très petites. Sur l’axe de cette roue est monté
- le volant qu’on voit à la partie supérieure de la figure. On a par le fait un long cliquet agissant sur un rochet. O11 comprend facilement que dans ces conditions le mouvement de va-et-vient de l’armature produit la rotation très rapide du volant. Ce mouvement se communique à un pignon qui agit sur
- une roue dentée de grand diamètre , laquelle porte elle -même un pignon agis sant sur une deuxième grande roue. Par ces transformations successives, la vitesse arrive à décroître considérablement, mais au profit de la force (pii se trouve être suffisante alors sur le dernier mobile du système pour opérer le travail demandé. Lorsqu’il s’agit de remonter le ressort d’une pendule, la disposition adoptée est représentée dans la figure 2. Une tige verticale
- montée sur l’axe du dernier mobile agit sur le barillet au moyen d’un engrenage d’angle. Sur la minuterie se trouve disposé un contact qui se produit toutes les 12 heures et fait passer le courant dans le moteur pendant le temps nécessaire au remontage du ressort. Pour les grandes horloges la disposition est analogue. Dans celle que nous avons vu fonctionner et qui était mue par un poids de 20 kilogrammes, celui-ci se trouvait remonté chaque quart d’heure. Le travail du moteur est de très peu de durée, et les deux éléments Leclanehé qui suffisent a l’actionner n’ont pas le temps de se polariser. 11 y a là une heureuse application de l’électricité qui sera bien reçue des personnes oublieuses et qui sera surtout avantageusement appliquée aux horloges publiques. G. Marbschal.
- Propriétaire-Gérant : G. Tissandiek.
- Fig. 2. — Application à une pendule.
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N® G 91
- 28 AOUT 1886
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- LA CANONNIÈRE FARCY
- type de canonnière vient d’ètre adopté pour la construction d’un nouveau modèle qui ne diffère du précédent que par les dimensions, l’artillerie et les
- aménagements.
- l’ig. 1. — La canonnière Farcy sur la Seine, à Paris. (D’après une photographie instantanée.
- quaide par lu forme de la carène qui est ondulée, et dont la section prend h peu près l’aspect d’un accent circonflexe renversé. Cette forme a pour but d’augmenter la surface de flottaison sans nuire à la stabilité.
- La longueur totale de la nouvelle canonnière, qui a récemment évolué sur la Seine à Paris, est de 20'",50, éperon compris. Sa largeur au fort est de 5 mètres ; son tirant d’eau maximum à l’arrière, de 0m,60 pour 29 tonneaux de déplacement (fig. 1).
- Les machines motrices, au nombre de deux, sont du type à pilon, et de la force effective de 40 che-14e année. - - 2° semestre.
- vaux; la chaudière, timbrée a 9 atmosphères, est installée sur le pont principal. Ces machines, indépendantes, peuvent à toute vitesse bat* tre 500 tours a la minute ; elles actionnent deux hélices.
- La canonnière Farcy est armée à l’avant d’un canon de 14 centimètres (tig. 2), et de deux canons-revolvers llotcli-kiss de 57 millimètres, fixés sur la superstructure. Le canon de l’avant est protégé par un masque en tôle d’acier qui doit mettre ses servants à l’abri de la mousqueterie; la volée de ce canon se projette en dehors du masque à rabattement, de telle sorte qu’il peut évoluer autour de
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- Fig. 2. — Canon de l’avant de la canonnière Farcy. (D’après une photographie.)
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- sa plate-forme avec un champ de tir de 270° environ.
- La roue du gouvernail est placée sous un grand roof; et la harre droite est à l’arrière a ciel ouvert. La cheminée de la canonnière fait saillie au-dessus du toit entre les supports de tiens canons-revolvers. La coque est divisée en (>0 compartiments qui la rendent insubmersible. 4
- Lors des récents essais qui ont été exécutés sur la Seine, la canonnière est remontée jusqu’au pont des Invalides, puis virant de bord dans un cercle tle 50 mètres de diamètre, elle a redescendu le courant, côtoyé l’île des Cygnes, et remonté de nouveau jusqu’au pont Royal.
- D’après cette expérience, il paraît certain que ce petit navire, quand il sera dans ses lignes d’eau, atteindra à toute vapeur une vitesse de 7 à 8 nœuds.
- La canonnière F arc y armée en guerre aura douze hommes d’équipage. Sa construction a coûté 29000 francs, qui ont été en partie fournis par une souscription ouverte à la Chambre des députés.
- L’ingénieur X..,
- L’ASSOCIATION FRANÇAISE
- l'OUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES
- Quinzième Session. — Congrès de Mancy
- DU 1-2 AU 19 AO CT 1886
- Toujours en prospérité et en accroissement, l’As-sociation française pour /’ avancement des sciences, actuellement réunie à Y Association scientifique, a tenu son quinzième congrès à Nancy.
- Selon l’usage, la session a été ouverte par le Président, M. Friedel, assisté du maire de la ville de Nancy et des notabilités du département. Après avoir développé l’histoire des récents progrès de la chimie et de la minéralogie, M. Friedel a confondu dans les mêmes sentiments de respect et d’amour, la science et la patrie.
- Nous allons tout à l’heure, a dit en terminant l’honorable chimiste, nous mettre au travail dans nos sections, en nous séparant momentanément, puisque l’abondance des richesses qui nous sont promises empêche chacun de nous d’avoir part à toutes. Nous le ferons en nous rappelant que si nous avons pour but prochain la culture de la science, le développement intellectuel, la décentralisation scientifique, nous en poursuivons un autre que nous plaçons plus haut encore et que nous pouvons avouer devant les savants étrangers qui ont bien voulu répondre à notre appel, puisqu’ils sont tous les amis de la France : c’est la grandeur intellectuelle et morale de notre patrie.
- La science est un merveilleux agent de progrès industriel, et mal inspirés seraient ceux qui la regarderaient comme le superflu d’une civilisation aristocratique : les défaites économiques leur rappelleraient bientôt qu’au-jourd’hui l’industrie de routine a vécu et que seule est viable celle qui s’appuie étroitement sur la connaissance des lois de la matière.
- La science n’est pas moins favorable au développement nloral. Gomment la recherche assidue de la vérité, fùt-ce
- dans le monde de la matière ou dans celui de l’étendue et de la quantité, n’élèverait-elle pas l’esprit et ne fortifierait-elle pas le cœur? Comment la comparaison du peu que nous savons avec l’infini de ce que nous ignorons ne nous porterait-elle pas à la modestie?
- Ce sont là de grands mérites, mais il en est encore un autre que je me permets de vous rappeler en terminant. Nous pouvons, dans notre chère France si divisée, différer d’opinions et de sentiments sur beaucoup de points. J1 en est un sur lequel assurément nous sommes tous unis : l’amour de la patrie. Et pour servir la patrie, il existe un moyen qui ne peut froisser personne, qui est à la portée de chacun, qui provoque seulement des rivalités généreuses : aider au progrès de la science. C’est elle qui nous divise le moins.
- M. E. Collignon, secrétaire général, a résumé l’histoire du congrès de Grenoble, et M. le maire de Nancy a éloquemment souhaité la bienvenue aux membres de Y Association française. Après l’exposé de l’état des finances par le trésorier M. Galante, les séances des sections ont immédiatement commencé.
- Les excursions qui ont eu lieu pendant le congrès de Nancy ont été les suivantes :
- Excursions d'un jour : 15 août. — Toul, Valcourt, Pont-Saint-Yincent, Messein, Tantonvillc, Nancy. — 17 août.— Raon-l’Etape, Celles, Allarmont, Yrain-court, Luvigny, Raon-la-Plaine, Praye.
- Excursion de trois jours. — Lunéville, Saint-Dié, Gérardmer, saut des Cuves, lac Collet, la Schlucht, vallée des Feignes, Remiremont, Bussang, Saint-Maurice, le ballon d’Alsace, retour a Nancy.
- L’excursion finale à Gérardmer et dans le ballon d’Alsace a eu un très grand succès.
- Le président du Congrès qui aura lieu l’année prochaine à Toulouse, est le docteur Rochard.
- ÉCURIES ET ÉTABLES A SOL HORIZONTAL
- Dans nos écuries et nos étables, les liquides excrémentiels peuvent prendre deux cours différents. Ou ils pénètrent par infiltration dans le sol et y déposent les germes des maladies contagieuses les plus virulentes, ou bien ils sont retenus par la litière dont ils amènent promptement la pourriture, et le contact de cette couche, aussi malsaine que fétide, souille la robe des animaux, quand elle ne porte pas atteinte à la solidité de leurs pieds. Dans les deux cas, la majeure part de ces liquides est enlevée par voie d’évaporation. De là des émanations ammoniacales affectant cruellement les organes de la vue; de là des miasmes pestilentiels amenant tant d’affections des voies respiratoires.
- Pour parer aux graves inconvénients d’une humidité malsaine et de la putréfaction des litières, on a, depuis longtemps, eu l’idée de recourir au pavage des locaux et de donner à ce sol artificiel une inclinaison prononcée. Or le remède est illusoire et même, jusqu’à certain point, pire que le mal : illusoire, parce que, malgré la pente de 5 à 5 centi-
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- mètres par mètre, il se forme, entre les joints des pavés, nombre de petits cloaques; pire que le mal, attendu que le lait de la déclivité du sol exerce l’in-Uuence la plus funeste sur l’économie des animaux. En ce qui concerne spécialement l’importante question de l’équilibre et des aplombs, les praticiens émérites professent qu’un bon et beau cheval, alors qu’il est au repos et placé, doit avoir ses canons antérieurs et postérieurs exactement verticaux. On va voir combien le fait de l’occupation d'une écurie à sol non horizontal est en contradiction avec les conditions de la statique naturelle.
- Sur un plan incliné, comme l’est celui de la plupart des écuries et des étables, le cheval prend nécessairement et garde l’attitude qui s’impose à lui quand il monte une côte. Or, dans cette position forcée de la moulée jærmanente, il a tout le poids de son corps sur les épaules et les membres antérieurs. L’encolure s’abaisse, le nez se porte en avant, les ligaments de la colonne vertébrale tirent sur l’arrière-main. Celle-ci, qui n’a rien à porter, étaye, on quelque sorte, T avant-main; mais cette fonction d’élai vivant ne s’accomplit que sous la condition d’une contraction permanente des muscles, de ravalement de la croupe et de la tension des jarrets. On observe, de plus, un redressement des paturons postérieurs chaque fois que le cheval lève la tête vers le râtelier, car ses pinces cherchent alors un point de cramponnemenl.
- Que, vaincu de lassitude, le cheval se couche sur ce plan incliné, le poids de son corps est rejeté vers l’arrière. Mais alors, sous l’action de ce poids, l’articulation de la hanche se trouve encore placée dans le sens de ravalement; la tète se maintient basse à l’effet d’assurer l’équilibre ; les mêmes tiraillements se manifestent dans la région lombaire.
- S’agit-il de reprendre la position debout, le cheval doit d’abord se dresser du devant sur un sol fuyant sous l’arrière. Or l’exécution de ce mouvement demande un tel effort qu’elle donne lieu à nombre d’accidents graves, notamment chez la jument poulinière.
- Mais supposons que tout se passe bien ; rendons-nous compte du sort réservé au produit. Voyons ce qu’il advient, au bout de quelque temps, d’un poulain de bonne race, soumis à l’obligation du séjour permanent dans une écurie dont le sol est affecté d’une déclivité prononcée. L’encolure qui, jusqu’au moment du sevrage, était haute, bien sortie, élégante, cette encolure s’est affaissée et empâtée. Elle demeure courte. La tête, toujours basse, s’est chargée de ganache et semble être plaquée. Elle ne se ramène plus. Constamment chargée de tout le poids du corps, l’épaule a pris de l’épaisseur. Arrêtée ou, du moins, contrariée dans T avant-main, la croissance s’est d’abord faite dans l’arrière-main comme pour fournir un moyen de restitution de l’équilibre sur le sol incliné, équilibre absolument contre nature. Qu’arrive-t-il quand l’animal vient à retrouver un sol horizontal ? Il est sous lui ; son garrot est do-
- miné par la croupe. Les muscles de celle-ci ont pris un développement anormal, en condamnant a ravalement les hanches et les parties postérieures de la colonne vertébrale; les muscles de la jambe n’ont plus ni largeur ni puissance ; étroits et peu llexibles, les jarrets manquent de chasse. Les extrémités des sabots ayant toujours été faussés dans leurs .appuis, le sujet est droit-jointe du devant et pinçard du derrière.
- Si le poulain considéré a beaucoup de sany, si sa libre est assez dense pour résister à l’action incessante de la déclivité du sol, il dépense, au cours de cette lutte sans relâche, une part de l’alimentation qui devrait être tout protit pour l’œuvre de sa croissance. La fatigue permanente qu’il subit—en guise de repos — lui est une cause de surexcitation nerveuse. Inlligée dans ces conditions, la stabulation l’étiole ; sa conformation est affectée de décousu, de maigreur; sa physionomie s’empreint d’un cachet de tristesse.
- En somme, c’est au fait d’une mauvaise disposition du sol des écuries qu’il faut attribuer les vices de conformation, les défectuosités des membres, les tares des articulations, la ruine précoce des extrémités, l’affaissement de l’énergie, l’abâtardissement des races. Notre figure 1 offre un exemple happant des tristes résultats signalés. Elle représente le cheval d’armes d’un officier de cavalerie, monture de bonne race, mais sous elle du devant et basse de garrot, c’est-à-dire déformée, abîmée sous l’influence de la déclivité du sol de l’écurie dans laquelle elle a terminé sa croissance.
- Ce que nous disons des chevaux doit s’entendre également du bétail. Telles qu’elles sont généralement établies, l’écurie et l’étable sont les pires ennemis de tous nos animaux domestiques, d’espèce chevaline, usine ou bovine. S’ils compromettent la vigueur du cheval, du mulet et de l’âne, les vices d’organisation des locaux dont il est fait usage diminuent, chez les bestiaux, le rendement en viande et réduisent sensiblement l’importance des produits laitiers. Il faut ajouter que le dispositif justement critiqué du sol fait perdre, au détriment de l’agriculture, quantité de liquides azotés, c’est-à-dire de principes essentiellement fertilisateurs.
- Pour remédier rationnellement à cette situation déplorable, le colonel Basserie* préconise l’adoption exclusive d’un sol horizontal bien drainé, tel que le représente notre figure 2, dont l’explication se fait toute seule. Ainsi qu’on le voit, l’élément du système consiste en un appareil de drainage ou caniveau en fonte, encastre dans une aire en ciment rebelle à toute infiltration. Cette cuvette est formée de l’encastrement et de la surface de l’appareil, surface composée des rebords du caniveau et d’un couvercle ou couvre-drain aussi en fonte. Ce couvre-drain est affecté, suivant son axe, d’une concavité de second ordre, moins large que le sabot du cheval le plus petit. Il comporte, d’ailleurs, une ligne de trous roneoniques dont la base supérieure *— réduite au
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- diamètre strictement indispensable à l’écoulement des liquides et mise hors de toute atteinte des crampons des fers du cheval — ne peut, en aucun cas, se roij-cuer. Cette espèce de passoire laisse arriver les liquides au caniveau, et celui-ci peut facilement se nettoyer attendu que le cou vercle en est mobile à charnière. Les drains individuels d’une étable ou d’une écurie se branchent tous sur un canal collecteur ménagé croupe des chevaux ou bestiaux, et cette rigole couverte sert l’écoulement direct dans une fosse à purin. Un tel système, dont l’établissement est peu coûteux, offre à qui le pratique des avantages inappréciables.
- 11 a pour premier etlet de supprimer dans les locaux occupés l’infection due à l’imbibition ou à la stagnation des liquides excrémentiels, ainsi qu’à l’expansion des gaz ammoniacaux qui en proviennent. De là, pour les occupants, suppression des principales causes d’épizootie ; les animaux respirent, en effet, un air pur et vivent dans de bonnes conditions d'hygiène et de propreté. Le personnel chargé de leur donner des soins peut, dès lors, exécuter son service sans s’exposer aux nombreuses af-lections qui se développent si rapidement dans l’atmosphère des locaux insalubres. Le travail d’écurie ou d’étable est, d’ailleurs, singulièrement simplifié.
- En restituant l’horizontalité du sol, en assurant la conservation de la litière et le repos des animaux, l’emploi du système Basserie permet de prévenir chez l’élève les vices de conformation, les tares des
- membres et ces inutiles fatigues dues à la recherche incessante de l’équilibre sur un plan incliné, fatigues qui servent d’ordinaire de prélude à une caducité précoce. Le dispositif préconisé a pour effet de rendre infiniment plus probable le succès des fécondations, des gestations, de l’élevage ; plus rapide, la croissance des sujets réussis; plus rémunérateur , le rendement tle l’animal, soit en travail, soit en viande ou produits laitiers.
- Enfin, recueillis sans déperditions par les drains des écuries et des étables, les liquides azotés peuvent être utilisés par l’agriculture, pour ainsi dire jusqu’à la dernière goutte. L’expérience a déjà prononcé. Nombre de cultivateurs, éleveurs, directeurs de compagnies de voitures, nourrisseurs, propriétaires de vacheries urbaines, etc., ont reconnu l’excellence de ces locaux à sol horizontal, pourvus d’appareils de drainage hygiénique. Le dépar-temcnt de la guerre ^ égale ment fait expérimenter le nouveau système, en particulier dans les écuries du 31e régiment d’artillerie en garnison au Mans. Les conclusions de la Commission ont été favorables à l’adoption du système, notamment dans les écuries de la Remonte, au point de vue de la conservation des jeunes chevaux qui arrivent dans les régiments à l’àge de quatre ans et ne sont mis en service que deux ans plus tard.
- Lieutenant-colonel Hennebert.
- Fig. 1. — Cheval d’annes d’uu officier de cavalerie, montrant les effets de la déclivité du sol des écuries. (D’après une photographie.)
- Fig. 2. — Tvpe d’écurie à sol horizontal, du colonel Basserie.
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- M. E. CHEYREUL
- Le 51 août 1786 — il y a un siè'cle — à 8 heures du soir, celui dont on va célébrer dans quelques jours le centenaire, venait au monde à Angers, dans la maison qui porte le numéro 11 de la rue des Deux-Haies.
- Voici l’acte de naissance qui fut rédigé le lendemain :
- Paroisse df, Satnt-Pierrf,. — Le vendredi premier septembre mil sept cent quatre - vingt -six, a été baptisé par nnus, curé de Saint-Julien, soussigné, Michel-Eugène, né hier au soir sur les huit heures, fils de II. II1. Michel Chevreul, maître en chirurgie et docteur en médecine de cette ville, et de dame Etiennetle-Magdeleine Bachelier, son épouse, native de la dite paroisse Saint - Maurille.
- Furentparrain : II. JL billes Chevreul, maître en chirurgie , grand oncle de l’enfant, et marraine, dame Etiennette Delmont I)e-lisle , épouse du sieur Claude Bachelier, aussi maître en chirurgie, aïeule de l’enfant, tous de cette paroisse, le père préseul, tous soussignés.
- Etiennette Delmont De-lisle Bachelier; G.Chevreul; Chevreul, médecin chirurgien;
- Renée Delmont De-lisle; Claude Bachelier, maître en chirurgie; J. Paviot;
- Robin, curé de Saint-Pierre ; Leinay, vicaire de Saint-Pierre ;
- Huchelou - Desroches, curé de Saint-Julien.
- Le père et la mère du nouveau-né étaient l’un et l’autre des personnes de distinction, fort estimées dans la ville d Angers. Le père était médecin et praticien émérite, professeur, écrivain fécond, homme d’une haute intelligence et d’une admirable santé; il mourut à 1 âge de 91 ans. La mère était une femme de sens et
- 1 Honorable homme.
- M. Chevreul, d'après une lithographie de Maurin, en 1830.
- M. Chevreul, d’après le médaillon de David d’Angers, en 1839.
- de vertu ; compagne nonagénaire de son mari, elle lui survécut longtemps, et s’éteignit doucement à r Angers, à l’àge de 9,5 ans.
- Le fils devait suivre l’exemple de ses parents; il allait hériter d’eux, d’une santé et d’une vigueur
- remarquables, qui, dès son enfance, auraient pu foire présager le centenaire.
- C’est au milieu du vieil Angers, que M. Chevreul vit s’écouler sa première jeunesse ; c’est là qu’il aime à se reporter par le souvenir; il raconte encore parfois que sur la place du Ralliement, caché derrière une fenêtre près de laquelle la curiosité l’avait attiré, il vit, en 179o, alors qu’il n’avait que sept ans, guillotiner deux jeunes filles qu’on avait accusées d’avoir caché des prêtres réfractaires. C’est aussi le village de Murs, près des bords de la Loire, où sa famille possédait une maison de campagne, que le centenaire prend plaisir à décrire aujourd’hui; l’enfant y fut témoin de la sanglante bataille de la Roche de Murs, livrée entre les Vendéens et les Républicains. Ces drames terribles ne font oublier à M. Chevreul ni les heures riantes, ni les frais souvenirs, ni les agréables tableaux :
- « C’est à Murs, disait récemment l’illustre savant, que j’ai passé les plus belles journées de ma jeunesse, c’est là que je voudrais me reposer à jamais, dans le cimetière verdoyant. »
- La jeunesse de M. Che- • vreul fut laborieuse; après la Révolution, l’ancienne Université d’Angers avait disparu ; elle fut remplacée en l’an IV par une École centrale, dont les cours étaient divisés en trois groupes. Le jeune écolier y fit ses études depuis l'âge de onze ans jusqu’à sa dix-septième année. Son premier maître de chimie se nommait Héron ; ce professeur avait, d’après un
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- de ses élèves, un réel talent d’exposition. Héron vécut âgé, mourut à Angers, inspecteur d’Acadé-mie, en 1851, et il eut le bonheur d’applaudir aux succès de son élève, et de célébrer sa gloire déjà éclatante.
- Quand Chevreul sortit du collège où il avait fait de brillantes études, sa passion de connaître et de savoir devait diriger ses regards vers Paris. La capitale brillait alors d’un éclat tout particulier, les sciences y étaient cultivées et professées par des maîtres éminents. Fourcroy avait consacré tous ses efforts à la restauration du haut enseignement ; dans la force de son talent, il professait au Muséum, et avait confié sa chaire du Collège de France à son ancien préparateur, Yauquelin. C’est de Yauquelin que Dumas a pu dire qu’il « était tout chimiste, chimiste chaque jour de sa vie et pendant la durée de chaque jour ». Son chef de laboratoire, alors âgé de 26 ans, se nommait Thénard. — Ce fut à la porte d’une telle école que vint frapper le jeune Chevreul.
- Il se fit admettre, en 1797, au laboratoire de Yauquelin où collaborait déjà Thénard, où passèrent successivement Orlila, Payen, Rouchardat, Frémy, ainsi que d’autres jeunes gens de mérite qui formaient une riche pépinière de chimistes et de savants, au-dessus desquels Chevreul était appelé à s’élever au plus haut sommet.
- Le jeune manipulateur, dès son entrée au laboratoire, se fit aussitôt remarquer par ses condisciples et par son maître; il avait à peine vingt ans quand Vauquelin lui laissa la direction de son laboratoire. En même temps, Chevreul professait au Collège Charlemagne; quatre ans après, il devenait préparateur au Muséum, pour être nommé, à l’âge de trente ans, directeur des teintures et professeur spécial de chimie aux Gobelins.
- Nous n’avons pas le projet de retracer ici d’une façon complète les travaux scientifiques de M. Chevreul, mais avant de parler de ses impérissables études sur les couleurs et leurs applications aux arts industriels, nous devons rappeler la découverte non moins féconde de la bougie stéarique. En 1814, l’habile praticien allait démontrer que les huiles et les graisses que l’on considérait jusque-là comme des principes immédiats purs, sont formées du mélange de plusieurs principes particuliers parmi lesquels la margarine, l’oléine, la-stéarine. C’est cette dernière substance qui, fournissant l’acide stéarique, devait donner naissance à la fabrication si importante et si prospère des bougies stéariques. Les travaux de | Chevreul sur les corps gras et sa théorie de la sapo- 1 nification (1823) n’ont pas seulement créé des in- I dustries nouvelles ; ils ont encore ouvert des horizons i immenses aux théories de la chimie organique et assuré aux chercheurs de l’avenir toute une série d’études et de découvertes.
- ‘Après ses études sur les corps gras, on doit signaler ses travaux sur les couleurs.
- « Comment ne pas se rappeler, a dit récemment le Br Farge, dans une excellente biographie du grand
- chimiste, par quelle sûre et claire analyse Chevreul a su réduire à des lois scientifiques rigoureuses cette délicate question de l’alliance des couleurs? Rien pourtant ne semble mieux relever de l’idée prime-sautière, de l’inspiration du moment, du goût ou du caprice que ces impressions des couleurs sur nos yeux. Mais en suivant cette voie féconde, que le grand chercheur a nommée lui-même la philosophie des phénomènes naturels, on le voit poursuivre d’un pas assuré, par diverses étapes, de 1828 à 1864, celte loi de contraste simultané qui produit les harmonies. Préparée par les Mémoires do 1828, 1851, 1859, 1848, elle a fini, en 1864, par un livre où la science atteint la poésie, par la souplesse du style et l’abondance des images. Avec une sûreté magistrale, l’auteur trace les règles de ces effets ondoyants et fugitifs que produiront les couleurs des parois, les ameublements, les bois, les étoffes, les vêtements même, sur l’édifice, ou sur la carnation de l’homme ou de la femme, et jusqu’à la distribution des Heurs ou des plantes d’ornement dans les jardins. »
- A propos du Mémoire de 1858 : Théorie des effets optiques que présentent les étoffes de soie, M. Chevreul aime à rappeler une anecdote typique : « Je recevais la visite de la jeune M1118 Paul Relaroehe et de sa mère, Mme Horace Yernet. Avec ces deux femmes d’illustres peintres, j’étais à l’aise pour parler des couleurs, de leurs rapports, de leurs harmonies. Et prenant un exemple : Pourquoi, dis-je à Mme l)c-laroche, blonde comme vous êtes, portez-vous une capote blanche? Yous perdez toutes les nuances qu’une couleur eut données à votre délicate carnation. — Voyez-vous, dit-elle aussitôt à Mme Yernet, je vous avais bien dit que le blanc me seyait mal et qu’une capote de couleur vive m’eût mieux convenu. — Je fus enchanté de cette confirmation de la science par un goût féminin et délicat. »
- Cette découverte porte encore beaucoup plus haut : on n’y trouve pas seulement un guide pour le goût; le génie de Chevreul a fait voir que les harmonies des couleurs sont soumises à des règles immuables qu’il a révélées et dont le calcul démontre la certitude et la fécondité. Le grand chimiste a su trouver les lois du contraste des couleurs simultané ou successif, la théorie des ombres colorées, l’art de définir enfin, au moyen d’un cercle chromatique, chaque nuance par un chiffre, et « de reproduire avec fidélité, en Amérique et sans les voir, les tons d’une étoffe ou les teintes d’un tableau créés en Europe. »
- M. Chevreul n’avait pas quarante ans, que les résultats de ses inventions nouvelles trouvaient leur écho dans tout le monde savant. Le chimiste Proust venait de mourir et de laisser une place vacante dans la section de chimie à l’Académie des sciences; Chevreul fut désigné pour la remplir, en 1826. Le vénérable académicien va donc célébrer, en même temps que le centenaire de sa naissance, le soixantième anniversaire de son entrée à l’Institut. Aucun de ses confrères de cette époque n’est plus de ce monde, et sur le même fauteuil, pendant ce long espace de
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- temps, plusieurs vacances ont été successivement opérées.
- Professeur du Muséum, en 1850, M. Chevreul fut nommé directeur de ce bel établissement scientifique ; il en a assuré les progrès pendant plus de quarante ans.
- « Les souvenirs, a dit récemment un des biographes de l’illustre chimiste, se pressent devant cette grande figure, dernier vestige de la pléiade de savants qui illustrèrent la fin du siècle dernier et la première moitié de celui-ci, tels que les Guyton de Morveau, Lavoisier, Berthollet,Fourcroy, Gav-Lussac, Tbénard, Dumas, Berzélius, Woehler, Liebig, Laurent, Pelouze, Ebelmen, Sainte-Claire-Deville, Wurtz; les Cuvier, Arago, Ampère, Biot, Fresnel, Cousin, Douillet, Régnault, etc. Il a occupé les positions les plus considérables dans la science, outre sa direction des teintures aux Gobelins pendant soixante ans, qui tournèrent ses études sur l’extraction, la fixation et l’observation des couleurs. Examinateur de sortie à l’Ecole polytechnique pendant bien des années, toutes les célébrités dans les sciences et l’administration supérieure ont passé devant lui et sont restées ses admirateurs. Il est toujours président de la Société nationale d’agriculture. Après avoir administré longtemps le Muséum, il allait être remplacé par le prince Bonaparte de Canino, l’administration supérieure voulant alors changer le régime oligarchique de ce célèbre établissement, lorsque la mort du prince, qui lui avait fait changer d’appartement, lui en fit reprendre la direction, et ce ne fut qu’en 1885 (fu’il céda la place à M. Fremy. Tous les corps savants du monde se sont fait gloire de le compter parmi les membres étrangers : la Société royale de Londres, celles de Copenhague, de Stockholm, de Berlin, de Moscou, de Philadelphie, etc... » 11 fut membre du jury jusqu'en 1855 à toutes les Expositions françaises. Membre de la Légion d’honneur, commandeur en 1884, grand officier en 1865, grand-croix en 1875, il a tous les grades que les savants peuvent ambitionner. Les décorations étrangères dont il est chargé couvriraient sa poitrine entière.
- Mais les honneurs n’ont jamais enorgueilli le travailleur infatigable qui étudie sans cesse et qui reste, plus que jamais à cent ans, le doyen des étudiants de France et du monde entier.
- La vie du centenaire se sera écoulée entre le Muséum d’histoire naturelle, les Gobelins et l’Institut de France. M. Chevreul ne manque jamais d’assister le lundi à la séance de l’Académie des sciences.
- Le nombre des mémoires qu’il a présentés à ses collègues est incalculable ; nous mentionnerons ceux qu’il publia en 1852 sur le pendule explorateur (baguette divinatoire) et en 1855 sur les tables tournantes. Le physicien a su dissiper d’un souftle, le merveilleux qui entourait ces manifestations; il aura rendu à la science le service de démontrer, avec la prudence du physiologiste et la sagacité du psychologue, comment l’opcratcur est la dupe du charlatanisme dont il est parfois le complice involontaire.
- M. Chevreul, que l’Europe et le monde entier vénèrent aujourd’hui, n’a jamais voulu être un homme politique : il a mieux aimé rester un grand homme et un grand patriote. Pendant la guerre franco prussienne del870-1871, à l’àge de quatre-vingt-six ans, il voulut supporter les privations et les fatigues du siège, et ne quitta point l’enceinte de Paris. Il demeura au Muséum alors que plus de quatre-vingts bombes prussiennes dévastaient les galeries et brisaient les serres ; plus d’un de ces projectiles éclata dans le voisinage du laboratoire où le noble vieillard poursuivait ses travaux.
- Nous rappellerons la déclaration indignée que M. Chevreul fit consigner au procès-verbal de l’Académie des sciences à la date du 9 janvier 1871.
- ACADÉMIE DES SCIENCES Séance du 9 janvier 1871
- BOMBARDEMENT DU MUSEUM D’HISTOIRE NATURELLE
- Déclaration.
- « Le jardin des plantes médicinales, fondé à Paris par édit du roi Louis Xlll, à la date du mois de janvier 1626.
- « Devenu le Muséum d’histoire naturelle par décret de la Convention du 10 juin 1795.
- « Fut bombardé
- « Sous le règne de Guillaume Ier, roi de Prusse, comte de Bismark, chancelier.
- « Par l’armée prussienne dans la nuit du 8 au 9 janvier 1871.
- « Jusque-là, il avait été respecté de tous les partis et de tous les pouvoirs nationaux et étrangers.
- E. Chevreul, directeur.
- « Paris, lo K «le janvier 1871. »
- C'est à la suite de cette déclaration que M. Chevron] eut l’occasion d’écrire à l’abbé Lamazou une lettre dans laquelle il se désigna comme le doyen des étudiants. Nous reproduisons la phrase qui termine cette touchante épître :
- Que l’expression de cette sympathie, dit M. Chevreul, soit permise, non au savant, mais à celui qui peut se dire le Doyen des étudiants de France, puisqu’il lui a été donné de continuer sans interruption, sur le bord de la Seine, des études commencées à la fin du siècle précédent dans le beau pays d’Anjou.
- M. Chevreul possède au Muséum une bibliothèque considérable qui a été augmentée constamment de livres précieux, en partie découverts par son fils, bibliophile comme lui. Sa vie magnifique aura été absorbée par la pensée, et concentrée dans l’étude, d’où le philosophe a fait jaillir les découvertes utiles.
- Le centenaire aura été heureux par le travail et par la modération. Sa femme, sa compagne dévouée, Mlle Braccini, pendant toute sa vie, a prévenu tousses désirs, ayant jusqu’à sa mort, remontant déjà à une époque lointaine, consacré à son mari le culte que les grandes supériorités savent imposer à leur entourage. Le fils unique de M. Çhe-vreul habite habituellement Dijon. L’illustre vieillard vit donc seul, ayant pour compagnons les vieux livres, grâce auxquels il peut s’entretenir avec ses frères, les
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- LA NATURE
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- grands hommes de l'humanité, les Newton et les Galilée, dont il admire surtout les œuvres et le génie.
- Quand il n’est pas au milieu des livres, il se rend à son laboratoire des Gobelins,où il procède encore à ses essais avec une légèreté de main toute juvénile.
- M. Chcvreul possède une grande fortune que sa vie de savant augmente d’année en année; son existence s’écoule donc paisiblement, avec le bonheur de voir les ovations acclamer la lin de sa carrière. Il aura assisté à l’avènement de toutes les découvertes scientifiques de notre siècle, et au merveilleux spectacle du développement de l’industrie moderne.
- M. Chevreul est de haute stature, il a, encore aujourd’hui, la jambe line et le corps droit. Elégant
- de manières, d’une affabilité incomparable, il est rare qu’il n’ait point en vous accueillant le sourire sur les lèvres. La tète est d’une expression magnifique, le front large et puissant, ombragé de cheveux blancs. Homme de génie, M. Chevreul est aussi un homme d’esprit ; en prenant récemment un nouveau préparateur, il s’écria : « 11 faut que vous ayiez du courage pour accepter d'ètre mon préparateur : j’en ai déjà tué quatre. »
- On pourrait dire à M. Chevreul ce que Voltaire disait à Mmi! Lullin qui avait atteint cent ans :
- Par votre esprit vous plaisez à cent ans, et souhaiter à M. Chevreul comme le patriarche
- M. Chevreul, dans sa centième année, travaillant au milieu de son laboratoire. (D'après une photographie de M. David.)
- de Fernetj le souhaitait aussi à sa dame centenaire, de survivre longtemps à Fontenelle. Mais M. Chevreul aura eu ce que n’avait pas toujours l’auteur de la Pluralité des Mondes : la bonté et la sensibilité du cœur. Fontenelle qui mourut à quatre-vingt-dix-neuf ans et onze mois, avait dit de lui-même : « Il me manqua d’aimer. » C’est à lui que Mme de Tencin avait un jour lancé cette cruelle apostrophe : « Ce n’est pas un cœur que vous avez là, c’est de la cervelle comme la tête. »
- Quoi qu’il en soit, M. Chevreul a le privilège d’être non moins aimable que le célèbre écrivain.
- Il y a fort peu d’années, il se rendait encore l’hiver au bal de l’Elysée, et nous nous rappelons l’y avoir vu, à minuit, frais et souriant, entouré de
- dames qu’il entretenait galamment, avec une grâce exquise et charmante.
- M. Chevreul est d’une grande sobriété. Il ne boit que de l’eau ou de la bière, mais ce n’est assurément pas seulement à ce régime que le savant doit sa longévité; il la doit à sa constitution robuste, à sa vie sage, régulière et laborieuse.
- La date de la naissance d’un tel homme, qui honore à un tel point la science à laquelle il s’est consacré, et le pays auquel il appartient, est un événement mémorable que l’on ne saurait célébrer avec trop d’éclat.
- C’est un grand et beau spectacle que celui de ce centenaire, semblable à un chêne antique abritant sous son ombrage, des générations sans cesse renou-
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- LA N AT ü I1E,
- HOMMAGE A M. M.-E. GHEVREUL
- NÉ A ANGERS LE 31 AOÛT 1786
- Le doyen des Étudiants de France :
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- LÀ NATURE.
- velées. Sourd aux bruits de ce monde, il se plaît à rester isolé dans son laboratoire, où son intelligence, toujours en éveil, est sans cesse attirée vers le rayonnement des vérités éternelles.
- Gaston Tissa in ni en.
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- LA MORUE ROUGE
- Depuis plusieurs mois la question de la consommation des morues rouges préoccupe l’opinion autant que les pouvoirs publics, et cette préoccupation s’est traduite un moment par la suspension et l’interdiction de la vente de ce produit. De première nécessité pour notre pays, la morue constitue assurément un aliment dont les sources ne peuvent être diminuées sans de graves inconvénients.
- Cette mesure prise par M. le Ministre du commerce à la suite d’accidents alarmants ayant suivi l'ingestion de la morue rouge fut temporairement rapportée, il est vrai, mais elle redeviendrait nécessaire, si la science en jetant sur cette question, jusqu’ici très obscure, un jour satisfaisant, n’apportait un moyen certain de conjurer les effets du parasite de la morue rouge sur l'organisme humain.
- En ce qui concerne la nocuité des morues-rouges, de récents accidents signalés par votre département (remarquable rapport du Dr Béranger-Féraud, Archives de médecine navale, 1885) notamment à Lorient, le 5 octobre 1884, mettent malgré les assertions contraires hors de doute, qu’inoffensif dans certains cas, cet aliment peut à certains moments, à certaines phases de la période végétative du parasite, devenir la cause d’accidents toxiques de la plus redoutable véhémence. Ce sont là des faits qui touchent à de graves questions d’hygiène publique.
- D’un autre côté, le rouge des morues intéresse au plus haut degré le commerce français, et par contre-coup l’industrie des sécheries qui en est une des principales sources. Disséminées surle littoral de nos trois mers : Manche, Océan, Méditerranée, ces industries apportent à nos populations maritimes pauvres le travail et l’aisance. Atteint par le parasite, le poisson conservé se trouve en effet déprécié de plus de moitié de sa valeur, si bien que, pour ce qui concerne là France, ce commerce étant estimé annuellement 60 millions de francs, et les morues étant rougies dans la proportion d’unrtiers environ, à notre époque1, il en résulte que chaque année, en dehors des accidents que le médecin est appelé à enregistrer, le commerce se trouve lésé de 10 millions environ qui ne profitent à personne. Enfin, le développement sans cesse progressif de ce parasite et l’établissement de sa nocuité certaine, ont une conséquence plus grave que toutes les autres. Au cas où, dans un but de légitime protection de la santé publique, l’interdiction du poisson parasite devrait être définitivement prononcée, il en résulterait un dommage se chiffrant au minimum par une perte de 20 millions de francs pour les sécheurs et les marchands de morues, c’est-à-dire pour le tiers de la somme que représente l’introduction annuelle de la morue en France. Celte perte énorme pourrait avoir pour résultat, sinon d’arrêter, au moins d’amoindrir d’une manière sensible les armements pour la pêche de la morue, et tout le
- 1 II ressort du témoignage de la majorité des grands commercants de morue, eu France (Bordeaux, Cette, Marseille, Granville, Saint-Malo, etc.), que cette proportion de morue rou-gic, plus restreinte au commencement du siècle, semble, depuis quelques années, être en période d’accroissement continu.
- monde sait en France, qu’à celle rude école se forment les meilleurs marins de notre Hotte. Ainsi se tarirait une des sources les plus précieuses de notre force maritime.
- La première question qui se pose est celle-ci : La morue rouge reconnue toxique dans certains cas l’cst-elle toujours? 11 suffit d’interroger les faits pour avoir une réponse précise. Il est certain que de tous temps les morues ont été envahies plus ou moins par le parasite, et que de tout temps aussi il en a été consommé une grande quantité en Europe. Or c’est à peine si les publications médicales ou les journaux signalent, à de longs intervalles, quelques cas isolés d’empoisonnement. En France, des départements tout entiers, généralement les plus pauvres, recherchent particulièrement cette morue en raison de son prix réduit : on peut citer, dans notre région, les Basses et les Hautes-Alpes, l'Ardèche, l’Aveyron, et on n’v enregistre pas plus d’accidents toxiques qu’ailleurs. 11 s’est même formé dans certaines localités, sur ces morues, une légende qui mérite d’être citée. On y répète volontiers qu’elles sont le produit du croisement de la morue et du saumon. Ces populations déshéritées, en donnant ainsi le change à leur pauvreté, ont trouvé dans cette origine fabuleuse une cause de supériorité à ces morues sur leurs congénères blanches d’un prix plus élevé. Ce n’est certes pas là la forme que revêt la suspicion quand elle s’attache à un produit surtout d’ordre alimentaire, c’est-à-dire qui met en cause ce que l’homme a de plus cher, la vie elle-même. II n’est donc pas douteux que la morue rouge n’est pas toujours toxique ; on peut même affirmer qu’elle l’est rarement et j’ajoute qu’on ne pourrait ici rattacher la toxicité au degré d’intensité du coloris, car dans les départements dont il s’agit, plus la morue est d’un rouge uniforme et généralisé, plus la fable du croisement a d’autorité. Il résulte donc d’observations également incontestables, que la morue devient rouge sans être toxique, mais qirelle peut devenir toxique par le rouge. Mes recherches scientifiques, sur lesquelles ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans des détails techniques, m’oul conduit à ce résultat que le rouge était du à un champignon nommé Clathrocystis roseopersicina, Cohn. Cet organisme inférieur dont j’ai pu suivre toutes les phases végétatives, depuis son premier développement jusqu’à sa disparition, se nourrit de la chair du poisson à la façon d’un ferment, et il y fait, développer dans certaines conditions spéciales d’humidité et de chaleur une véritable fermentation putride de laquelle naissent des plo-maïnes toxiques. Tant que ces conditions ne se réalisent pas, le champignon reste inoffensif pour l’homme; c’est ce qui explique comment la morue peut être mangée impunément dans des contrées entières sans causer aucun dommage. Dès que les circonstances ambiantes ont permis la fermentation putride, les ptomaïnes se développent et avec elles se produisent tous les accidents cholériformes d’empoisonnement, à la suite de leur ingestion. Ce premier point était important à acquérir, car, comme on va le voir, tout le traitement curatif ou préventif du parasite repose sur l’emploi des antifermentescibles.
- Le second point à examiner était celui de connaître l’origine réele du Clathrocystis roseopercisina, cause de tout le mal. Sans entrer dans les détails, je dirai, qu’à ma connaissance cette origine est double. Elle provient du sel employé pour la. conservation de ces morues. Tous les sels renferment ces organismes inférieurs, mais à un degré variable. Farlow l’a constaté dans les sels anglais, et j’ai pu m’assurer que les sels de la Méditerranée en contiennent toujours une plus grande quantité
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- que ceux de l’Océan, mais que parmi les premiers ce sont assurément les sels d’Espagne (dits de Cadix) qui eu sont les plus dotés. Il faut remarquer que les sels à coloration rosée en renferment notablement plus que les sels uniformément blancs, et que le vieux sel en est plus dépouillé que le sel de deuxième année. La seconde origine que j’ai découverte est plus redoutable encore. Elle reconnaît une évolution particulière d’un organisme qu’on rencontre sur toutes les morues salées, évolution qui a pour résultat la formation de nouveaux Clathrocystis, lesquels viennent s’ajouter à ceux qui proviennent directement du sel. Cet organisme, c’est le Sarcina ntorrhuæ qu’on a considéré jusqu’ici comme un être végétal parfaitement indépendant et n’ayant, aucune relation biologique avec le champignon rouge. Cette notion était indispensable à acquérir : elle nous indique en effet que le remède à appliquer doit porter tout à la fois sur le sel et sur la morue elle-même. Dans ces conditions, après des expériences qui ont été couronnées d’un plein succès, j’ai été conduit à formuler le traitement à appliquer :
- 1° Traitement curatif des morues rouges qu’on veut rendre à la consommation en faisant disparaître le rouge et en arrêtant toute fermentation. Badigeonner au pinceau la morue (sur les points rougis) avec une solution de chlorobenzoate de soude ou de chlorocinnamate de soude dans l’eau ordinaire sous la proportion de 10 grammes pour 1000. Ces sels reviennent à 4 francs le kilogramme. Une solution de 10 grammes par 100 d’eau revient donc à 0 fr. 04 et peut servir à traiter 200 kilogrammes de morue. La dépense est sans importance, la main-d’œuvre seule doit entrer en ligne de compte et un homme peut traiter en un jour 400 kilogrammes, ce qui fait une dépense de 4 fr. 08 en comptant le travail d’un journalier à 4 francs par jour. Les 100 kilogrammes de morue rouge ont donc coûté 1 fr. 01 à redevenir blanches et elles ont récupéré, en outre de leur qualité comestible qui était compromise, une plus-value du double, soit envion 20 francs en moyenne. Ces morues ne rougiront plus après le traitement et ne fermenteront plus.
- 2° Traitement préventif destiné à empêcher les morues (tt rougir et à tuer le ferment dans le sel. Mêler au sel destiné à la salaison du poisson de Vlujposulfite de soude cristallisé, dans la proportion de 5 grammes pour 100. Le mélange se fait avec la plus grande facilité et l’hyposulfile de soude coûte 17 francs les 100 kilogrammes. Je n’ai pas expérimenté ce dernier procédé, mes essais de laboratoire me permettent cependant d’en considérer le résultat comme certain. Je n’ai pas besoin d’ajouter que sou emploi suivi de succès rendra le premier procédé inutile'.
- IL E. Heckel,
- Professeur à la Faculté des sciences, à Marseille.
- LÀ PILE ÀU CHLORE
- DE M. RENÉ ÜPWARD
- Si les lampes à incandescence ont atteint, pendant ces dernières années, un haut degré de perfection, au point que leur puissance lumineuse ait été doublée pour une dépense donnée d’énergie électrique, leur durée augmentée dans le même rapport et leur prix rédui|dans le rapport de quatre à un, il n’en est pas malheureusement de même en ce qui con-
- 1 D’après un rapport adressé à M. le Ministre de la marine.
- cerne la production de l’énergie électrique, chaque lois qu’il n’existe pas d’usine centrale de distribution, ou que le nombre de lampes a alimenter n’est pas suffisant pour justifier l’établissement d’une machine dynamo-électrique actionnée par un moteur à gaz ou à vapeur.
- Dans l’état actuel de nos connaissances, les piles hvdro-électriqucs sont les seules auxquelles on puisse recourir, mais elles présentent encore certains inconvénients qui en retardent l’emploi. En général, elles ont un débit faible et irrégulier et consomment presque autant à circuit ouvert qu’à circuit fermé, ce qui rend leur emploi peu économique.
- Ces inconvénients disparaissent en partie par l’usage de piles à écoulement fonctionnant d’une façon continue et chargeant des accumulateurs sur lesquels sont branchées les lampes à alimenter. On obtient ainsi la constance, la régularité, une grande élasticité dans le nombre des lampes que l’on peut allumer à la fois, ainsi que dans la durée de l’éclairage, et l’on peut enfin placer la pile dans les meilleures conditions de fonctionnement économique.
- Le problème à résoudre consiste donc à trouver la meilleure pile capable d’effectuer ce chargement. Les recherches se poursuivent de différents côtés; les uns cherchent à réaliser une pile au bichromate de potasse ou de soude, à un ou deux liquides, à écoulement continu ou périodique; d’autres cherchent à rendre la pile Daniell continue et constante ; d’autres enfin, comme M. René Upward, lancés dans une voie originale et nouvelle, s’efforcent d’utiliser pratiquement des réactions qui n’avaient donné lieu jusqu’ici qu’à des expériences de laboratoire.
- On ne saurait dire encore de quel côté est l’avenir, aussi devons-nous enregistrer et signaler les différentes solutions expérimentées, dans l’ordre où elles se présentent, en signalant leurs avantages et leurs inconvénients, et c’est ce que nous faisons aujourd’hui pour la pile au chlore de M. René [Jpvvard, ingénieur en chef de MM. Woodhouse et Rawson, les constructeurs électriciens anglais bien connus.
- Une pile hydro-électrique doit toujours renfermer au moins deux éléments essentiels, indispensables à son fonctionnement : ce sont les deux corps qui, en se combinant entre eux, mettent en liberté une certaine quantité d’énergie qui s’y transforme totalement ou partiellement en énergie électrique. La réaction chimique qui donne naissance au courant est en général complexe. Dans la pile de M. René Upward, elle présente au contraire la plus grande simplicité : on met en présence du zinc et du chlore dissous dans l’eau : leur réaction produit du chlorure de zinc en donnant en énergie électrique disponible toute celle qui correspond à la formation de ce chlorure, avec une force électromotrice supérieure à 2 volts, tant que la solution renferme assez de chlore pour assurer la réaction. La continuité du fonctionnement est assurée par le renouvellement du chlore et un ensemble d’ingénieuses dispositions dont nous allons donner une description sommaire.
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- LA NATURE.
- La première opération à effectuer est la fabrication du chlore produit à intervalles irréguliers dans un réservoir en grès de 45 centimètres de diamètre et 30 centimètres de hauteur, par la réaction Lien connue du sel marin, du peroxyde de manganèse et de l’acide sulfurique, à une douce chaleur. Le chlore ainsi produit vient s’emmagasiner dans des réservoirs en grès (fig. 1 ) reliés par des tubes en plomb. M.Upward met à profit, pour réaliser cet em-magasinement, la grande densité du chlore (2,5 environ) : le chlore arrive par le bas du premier réservoir,le remplit en chassant l’air devant lui; cet air s’échappe par le dernier tube relié au dernier réservoir ; lorsque le premier réservoir est plein, le chlore se déverse dans le second, et ainsi de suite. Des ballons en verre 1, 2, 3, 4, 5, ménagés sur les tubes qui relient les réservoirs, et peints en blanc sur la moitié de leur surface, permettent de voir à chaque instant d’un seul coup d’œil le nombre de réservoirs remplis de chlore, ce gaz indiquant sa présence par une teinte jaune-verdàtre caractéristique.
- C’est dans ces réservoirs, sortes de gazomètres, que la pile vient puiser le gaz nécessaire à son fonctionnement.
- Ce gaz arrive dans 20 éléments de pile montés en tension, tant au point de vue du courant que de la circulation du chlore.
- Chaque élément se compose d’un vase rectangulaire en grès A (fig. 2) renfermant un vase poreux plat B contenant une solution de chlorure de zinc dans laquelle plonge une lame de zinc ordinaire, non amalgamé. Entre le vase poreux et le vase extérieur sont deux plaques de charbon C entourées de fragments de charbon de cornue : une couche de ciment ferme hermétiquement la partie supérieure de la pile et ne laisse ouvert que le vase poreux. Chaque vase en grès porte trois tubulures ; l’une D sert h l’arrivée du chlore ; la seconde E sert à sa sortie et communique par un tube en plomb avec la tubulure D de l’élément suivant ; la troisième, munie d’un robinet T, sert à écouler le trop-plein de la solution saturée de chlorure de zinc qui suinte lentement à travers le vase poreux dans le
- vase en grès. Lorsque le circuit de la pile est fermé, l’absorption du chlore produit un vide dans les piles, et ce vide est nécessaire à l’écoulement du chlore, puisque ce gaz est emmagasiné à un niveau inférieur à celui des éléments. Ce vide varie entre 5 et 7 centimètres d’eau en marche normale. Aussi faut-il terminer la tubulure T de chaque élément par un tuyau F plongeant dans une rigole G remplie d’eau, de façon à éviter les rentrées d’air. L’appel de gaz se lait proportionnellement à la dépense, et il n’y a. pas de consommation sensible à circuit ouvert.
- Le tube de sortie du dernier élément plonge dans l’eau d’un flacon à trois tubulures, de façon à empêcher une rentrée d’air par suite du vide partiel existant à l’intérieur des batteries. Ce vide s’oppose à l’échappement du chlore et, en fait, les piles ainsi que tous les appareils employés par M. Upward ne révèlent en aucune façon la présence de ce gaz, malgré son odeur pénétrante.
- La pile est d’une constance remarquable pendant tout le temps de son fonctionnement, il ne s’y produit pas d’action locale ; aussi les lames de zinc sont-elles usées régulièrement et ne laissent-elles que peu de déchets.
- Dans la batterie que nous avons vue fonctionner à 'Londres chez MM. AVoodhouse et Raw-son, il y a vingt éléments montés en tension (tig. 3) qui chargent une série de onze accumulateurs faisant le service d’un certain nombre de lampes de 20 volts. Chaque élément a une résistance intérieure de 0,2 ohm environ et une f. é. m. de 2,1 volts à 2 volts. Le débit est d’environ 4 watts par élément dans les.conditions de puissance maxima. Ces vingt éléments en tension chargent une série de onze accumulateurs, modèle de VElectrical Power storage Company de Londres placés au-dessus de la batterie (fig. 3) : ces accumulateurs desservent une vingtaine de lampes AVoodhouse et Rawson, type de 20 volts, installées dans une salle de démonstration, où elles sont disposées sur des appareillages variés de formes, d’élégance et de dispositions, montrant ainsi les ressources nombreuses qu’offre l’éclairage électrique par incandescence au point de vue domestique, pratique ou décoratif.
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- Quel que soit le procédé employé pour la fabrication du chlore, ce gaz n’est jamais pur; il renferme toujours de l’air qui, par l’effet de la circulation, vient s’ennnagasiner dans le dernier élément. Par suite de ces circonstances, la solution de chlore s’appauvrit et sa force électromotrice baisse. Cette baisse est mise à profit pour faire évacuer automatiquement cet air dont la présence est nuisible, voici comment : un électro-aimant à fil fin est monté en dérivation sur les bornes de ce dernier élément et maintient son armature attirée ; lorsque le courant faiblit, l’armature sollicitée par un ressort convenablement réglé, s’éloigne et rend actif un électroaimant plus grand traversé par le courant de charge de la pile. Cet électro ouvre un robinet qui fait arriver l’eau dans une trompe ordinaire de laboratoire ; cette trompe fait le vide dans les piles, entraîne l’air et appelle le chlore, mais alors la force électromotrice du dernier élément augmente,
- l’armature du premier électro à fil fin est attirée à nouveau, le second électro devient inactif, le robinet se ferme et l’aspiration cesse. Des flacons à trois tubulures jouant la rôle de soupapes hydrauliques sont convenablement ménagés à l’entrée et à la sortie de la pile pour assurer le fonctionnement de l’aspiration et s’opposer aux rentrées d’air.
- L’entretien de la batterie de M. Upward est, jusqu’à nouvel ordre, assez complexe. 11 faut avant tout assurer la provision de chlore gazeux dans les colonnes. A cet effet, le générateur de gaz doit être rempli de bioxyde de manganèse tous les mois : tous les deux ou trois jours, il faut faire écouler de l’eau acidulée et de la solution de sel marin dans l’entonnoir après avoir assuré au préalable l’écoulement à l’égout des liquides épuisés de l’opération précédente.
- Une fois par semaine, il faut remettre de l’eau pure dans le vase poreux pour remplacer celle qui
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- Fig.2. — Élévation et coupe latérale île la pile à chlore.
- Fig. 5. — Batterie de piles à chlore chargeant des accumulateurs.
- s’est écoulée à travers ces vases sous forme de solution saturée de chlorure de zinc. Les zincs, s’ils sont assez épais, peuvent durer six mois et plus; comme ils s’usent également, leur remplacement peut se làire le même jour.
- Lorsqu’on veut interrompre le service de la batterie pendant un certain temps, il suffit de fermer tous les robinets F (fig. 2) et de lever le tube de sûreté du flacon à trois tubulures placé à l’arrivée
- du gaz dans la pile. La pile épuise bientôt sa réserve, et, comme elle ne peut plus aspirer que de l’air, son fonctionnement se trouve bientôt suspendu. La provision de chlore se conserve alors dans les réservoirs.
- Pour remettre la pile en service après un temps quelconque, on refait la manœuvre inverse en ayant soin de remplir à nouveau les vases poreux avec de l’eau ordinaire.
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- LA NATURE.
- La consommation de clilore et de zinc représenterait, au prix actuel du zinc et des produits qui servent à la préparation du chlore, une dépense d’environ 1 franc par cheval-heure (270000 kilogram-mètre, 756 watts-heure) à la condition d’abaisser assez le débit pour obtenir 1,4 a 1,5 volt utile par élément.
- C’est là une dépense à laquelle les autres piles ne nous ont pas encore habitués. Malheureusement, ou ne saurait .encore rien préjuger relativement aux services qu’elle pourra rendre dans des installations privées, le seul modèle actuellement construit fonctionnant chez MM. Woodhouse et Rawson, sous la surveillance directe de l’inventeur, et sans qu’on en puisse rien conclure relativement à la manière dont l’ensemble se comporterait entre les mains de clients moins expérimentés. 11 y a là, en tout cas, une idée neuve et originale, réalisée avec élégance, et dont il faut féliciter hautement M. René Upward. E. II.
- NËCROLÜEIE
- Laguerre. — L’Académie des sciences vient de perdre un de ses mathématiciens les plus éminents en la personne de M. Laguerre dont les travaux étaient hautement appréciés des spécialistes. Nous reproduisons ici une partie des paroles qui ont été prononcées le jour des obsèques par M. J. Bertrand, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences : « Edmond Laguerre, passionné pour la science, semblait indifférent au succès. Jamais il n’a négligé un devoir, jamais il n’a sollicité une faveur, jamais, dans sa modestie, il n’a voulu se faire son propre juge. L’artillerie était sa carrière. Il acceptait avec simplicité toutes les nécessités du service, toujours prompt à bien faire, toujours oublieux de se faire valoir ; — il a pris-sa retraite jeune encore, sans avoir atteint les hauts grades où son mérite semblait l’appeler. Tel nous avons connu l’éminent géomètre. On recherchait, on admirait ses travaux; on avait peine à les réunir : les recueils les plus répandus contiennent à peine le quart de son œuvre. Jamais Laguerre n’a publié un volume. Ses découvertes, communiquées à des sociétés de travail et d’étude, l’avaient placé au premier rang des géomètres français, avant que l’Académie des sciences en eût entendu discuter et proclamer l’importance. La section de géométrie, elle-même, heureuse de lui rendre justice, avait fait, avec étonnement, j’ose le dire, l’inventaire de tant de richesses. Toutes lés branches des mathématiques lui devaient d’importants progrès; aucune chaire publique, cependant, n’avait offert à ce penseur solitaire l’occasion de répandre, par la parole, les idées fécondes confiées au papier avec tant de sobriété et de réserve. Pour la première fois, en l’année 1885, Laguerre, âgé de cinquante et un ans, s’est fait entendre au Collège de France : préparé à suivre toutes les voies, il a accepté la suppléance de la chaire de physique mathématique. H y a révélé, sans étonner personne, une érudition sagace et profonde. Le' cours de Laguerre sur l’attraction des ellipsoïdes, donnera, si on peut le publier, le résumé le plus lumineux et le plus savant de cette belle théorie, tant de fois rajeunie et toujours transformée, malgré son admirable perfection. Laguerre conservait toute la vigueur et l’activité de son esprit, mais les forces physiques commençaient à
- le trahir. Il luttait, en préparant ses leçons, contre les atteintes d’une fièvre continue ; il s’y résignait plutôt, car le mal était sans remède. — L’amitié, la haute estime de . tous et l’admiration des bons juges ont adouci la lin prématurée de sa carrière. Toujours supérieur à sa position, il a su imposer à l’opinion une justice quelquefois moins tardive, jamais plus complète et plus incontestée. »
- CHRONIQUE
- Eclipses de soleil. — Dimanche prochain 29 août aura lieu un phénomène céleste des plus intéressants, complètement invisible en France et même dans toute l’Europe. Il y aura une grande éclipse totale de soleil qui sera visible le long d’une ligne oblique partant de la côte sud-est de Madagascar, dans les environs du Fort Dauphin, et aboutissant au voisinage des travaux du canal de Panama, dans le golfe du Mexique. La durée de cette éclipse sera très longue : on estime qu’elle dépassera six minutes et demie pour les lieux convenablement placés dans le golfe de Guinée où cette trajectoire rencontre l’équateur. Les Anglais ont envoyé une expédition scientifique aux Bermudes qui sont dans une situation favorable et qui dépendent, comme on le sait, de la couronne britannique. Les astronomes qui la composent, sont chargés d’exécuter un programme analogue à celui que M. Jans-sen s’était tracé pour l’observation d’une éclipse analogue à l’ile Caroline. Il est probable que M. Gill, directeur de l’observatoire du Cap, se transportera sur un point de la partie sud-africaine de la trajectoire. Enfin on peut espérer que quelque officier de l’année d’occupation de Madagascar, ou de la garnison de la Réunion, aura la bonne inspiration d’étudier un phénomène aussi curieux et qui a déjà fourni à des savants français tant d’occasions pour illustrer à jamais leur nom.
- La Société d’astronomie organise d’autre part pour le 19 août 1887, une expédition dans le but d’observer l’éclipse de soleil qui doit avoir lieu à cette date. Cette éclipse n’étant que partielle à Paris, la Société a cherché, sur la ligne de l’éclipse centrale, le lieu qui lui a paru le plus favorable aux observations; son choix s’est arrêté sur le village de Sawidom, à 112 verstes au nord-ouest de Moscou, sur le chemin de fer Nicolaï. La Société a réuni jusqu’ici une quinzaine d’adhésions.
- Aéronautique. — Le gouvernement français n’est point le seul à se préoccuper en ce moment des études aérostatiques. Nous apprenons que M. le général Boreskoff a envoyé à M. Gabriel Von, l’ordre de commencer la construction d’un ballon dirigeable à vapeur d’après le système décrit par cet ingénieur aéronaute, et les travaux seront exécutés à l’ancienne usine Flaud au Champ de Mars, où l’on a élevé un hangar pour abriter l’appareil pendant la durée du gonflement et des expériences d’essais qui seront exécutées à Paris avant de l’être à Saint-Péters bourg. — Les aéronautes militaires russes profitent de la belle saison pour tenter des ascensions. Le Times nous apprend dans son numéro du 18 août qu’un de ces voyages aériens a failli avoir une issue funeste. Les aéronautes qui étaient au nombre de trois, sont partis de Cronstadt par un vent soufflant dans la direction du sud et les [toussa ni vers des provinces baltiques. Mais peu de temps après avoir passé au-dessus d’Orianembourg, ils ont été saisis par une brise violente du sud-ouest qui les a lancés I dans le golfe de Finlande en mêmeT temps qu’un torrent
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- de pluie et de grêle. N’ayant pu soutenir leur aérostat au milieu de la tourmente, ces oüiciers sont tombés dans le golfe à lü milles au large de la cote d’Estliouie. Ils étaient perdus sans la présence d’un navire anglais commandé pur le capitaine Crolls, tpii a exécuté leur sauvetage.
- L’huile de Iiois. — Parmi les branches d’industrie qui, dans ces derniers temps, se sont établies en Suède, l’industrie des huiles de bois occupe une place importante. Cette industrie cherche à utiliser les souches, les racines qui restent dans la terre après que les forêts ont été abattues pour en faire des bois sciés ou équarris, et les bois qui fournissent la résine. Ces matières premières sont soumises à une distillation sèche, c’est-à-dire qu’elles sont chauffées dans des cornues sans que l’air y ait accès; il se forme dans cette opération une certaine quantité de produits qui trouvent un emploi facile dans la vie journalière et dans diverses branches d’industrie. Outre l’huile de bois, ces matières fournissent de la térébenthine, de la créosote, du goudron, de l'acide acétique, du charbon de bois, des huiles de goudron, etc. L’huile de bois pour l’éclairage, telle qu’elle est produite actuellement dans les fabriques de Suède, n’est pas propre à être brûlée dans les lampes ordinaires. La grande quantité de carbone que cette huile contient la fait fumer. Elle exige donc des lampes spéciales, peu différentes d’ailleurs des lampes ordinaires de photogène qui peuvent facilement être rendues propres à l’usage de l’huile de bois. Mêlée avec ce photogène en certaines proportions, l’huile de bois peut même être employée dans les lampes ordinaires de photogène. Dans son état naturel et sans mélange, c’est l’huile d’éclairage la moins coûteuse; son prix est de 55 centimes le litre; elle n’est, pas sujette à explosion. 11 y a en Suède environ une trenlaine]d’usines de coproduit, qui fabriquent aujourd’hui près de 40000 litres d’huile.
- Le patin à roulettes aux États-Unis. — Les
- patins à roulettes sur les skating-rinks qui semblent avoir en ce moment perdu la faveur du public parisien continuent au contraire à faire fureur aux Etats-Unis et y ont déterminé la création d’une véritable industrie. Il n’y a pas, dit le Mechanical World, moins de 45 000 skating-rinks dans l’Union américaine, et ils sont approvisionnés par 400 manufactures qui sont outillées pour produire 500 000 paires de patins par mois. La plupart d’entre elles se trouvent dans le Connecticut et le Massachusetts, mais il y en a également de fort importantes aux environs de Richmond, et de Muncie dans l’indiana. L’une de ces dernières vend, dit-on, pour 5000 francs de patins par jour. Ce genre d’articles paraît d’ailleurs laisser aux fabricants et aux détaillants d’assez larges bénéfices. La plupart des patins s’achètent en fabrique à 5 francs par le commerce de gros qui les revend aux détaillants à 0 fr. 50 et ceux-ci les repassent au public à des prix plus ou moins élevés mais qui vont jusqu’à 30 francs.
- Le premier canon anglais de 1 f O tonnes. —
- Le premier des quatre canons de 110 tonnes construits à Elsxvick pour le cuirassé Benbow, actuellement dans la Tamise, est arrivé â.Woolwich à la lin du mois de juin dernier. Les ateliers d’artillerie de l’arsenal royal vont maintenant faire l’inspection et le soumettre aux épreuves de tir qu’il doit subir avant d’être mis en service. Un nouvel affût d’épreuve vient d’être construit qtar le service royal des transports. Cet affût réunit de nombreux avantanges : il peut se mouvoir et permettre de tirer sur les rails d’un chemin de fer comme sur ceux d’une plate-forme permanente ; ses flasques peuvent s’ou-
- vrir, ou se fermer, de manière à recevoir les canons de toutes dimensions, depuis celui de 43 tonnes jusqu’à celui de 110 tonnes et ses freins hydrauliques s’adaptent également à ces diverses pièces. Le canon dit de 110 tonnes pèse actuellement 110 tonnes 1/12. Il a 15m,41 de long et son calibre est de 0ra,4128. Il est destiné à lancer un projectile de 810 kilogrammes avec une vitesse initiale de 674m,8l par seconde. (Enyineer.)
- Tunnel sous-marin entre le Danemark et la Suède. — M. Alexandre Rothe, ingénieur précédemment employé au canal de Panama, vient de soumettre aux deux gouvernements suédois et danois un projet de tunnel sous-marin entre Coqienhague et Malmoe. Ce tunnel aurait une longueur de 12 kilomètres et. passerait sous le détroit de Drogden, entre Ameger et Elle de Saltholmen, et sous le Sund, entre Saltholmen et Malmoe. Le banc sous-marin dans lequel il serait qiercé est de la même nature calcaire que ce]ui de Calais à Douvres, et offre naturellement les mêmes garanties de succès. Le coût des travaux est estimé à la somme de 50 millions de francs. Le gouvernement suédois se montre très favorable à ce projet, mais celui du Danemark paraît moins disposé à favoriser cette entreprise.
- La lainière électrique à l’Opéra. — Depuis que l’électricité a remplacé le gaz à l’Opéra, on a constaté un abaissement notable de la température dans la salle pendant les représentations. 11 y a quelques jours, par 26 degrés de chaleur en ville pendant la journée, on a relevé le soir à l’Opéra, vers le milieu de la soirée : 20 degrés à l’orchestre, 18 degrés aux premières loges, 20 degrés aux gecondes, 21 degrés aux troisièmes et quatrièmes galeries, et 16 degrés seulement aux cinquièmes loges qui sont, il est vrai, en communication directe avec les ventilateurs du plafond. Avec le gaz, la température aurait été assurément beaucoup plus élevée ; il suffit, pour s’en convaincre, d’aller dans une des salles de spectacle qui possèdent encore l’ancien éclairage.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 23 août 1886. — Présidence de M. Fizexu.
- Astronomie. — M. llind, superintendant du Nautical Almanach, communique les éléments de l’orbite de la comète de Brooks, 111, 1886. —M. Zenger remet une collection de photographies du soleil, prises pendant l’année 1882 qui a été caractérisée par des phénomènes magnétiques extraordinaires. Les photographies offrent également des apparences anormales.
- Physique. — M. Faye présente la relation des expériences exécutées en Hollande pour la construction de deux mètres étalons en platine iridié. Ce qui ressort de ces expériences, c’est l’extrême importance des questions d’éclairage et de réglage des microscopes. L’erreur à craindre sur chacun des étalons est inférieure à 1/1500 de millimètre. — M. l’amiral Cloué communique la deuxième édition d’une brochure qu’il a consacrée à l’étude d’un ouragan qui a sévi l’an passé sur le golfe d’Aden où il causa la perle, corps et biens, de l’aviso français le Renard. Aq>rès avoir suivi les rives de l’Arabie, l’ouragan a pénétré en Afrique à la hauteur du détroit. Lue caravane partie d’Obock depuis douze jours a éprouvé ses effets. L’étude de M. l’amiral Cloué a été complétée s ou rectifiée par les nouveaux renseignements qu’il a pu
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- recueillir depuis la première édition de son travail. C’est surtout le journal de bord du navire hollandais Princesse Marie qui lui a fourni les indications les plus utiles, bien plus précises que celles du navire anglais Diomède, entré presque en même temps dans l’ouragan.
- Zoologie. —M. François a recueilli une larve de Lam-pyxe dont la tète avait été séparée .accidentellement. Une cicatrice bien apparente s’était produite sur le lieu de la section, ce qui prouve que l’animal avait vécu quelque temps au moins en cet état. Il serait curieux de savoir si la larve ainsi mutilée aurait pu passer à l’état de nymphe.
- Varia. — M. Amagat donne une note sur la mesure des fortes pressions et la compressibilité des liquides. — M. Kœchlin indique le moyen de faire apparaître dans le spectre solaire la couleur rouge de pourpre. — M. le pro-
- Fig. 1 — Problème des quatre allumettes.
- puyant contre une troisième allumette, comme on le voit au bas de la figure 1. Voilà les préparatifs faits. Remettez alors une quatrième allumette à quelqu’un de l’assistance en lui demandant d’enlever en l'air à l’aide de cette allumette l’ensemble des trois premières.
- Si nous en croyons le journal le Chercheur auquel nous empruntons ce petit problème, la recherche de sa solution peut lasser la patience de plus d’un architecte ou d’un constructeur non prévenus.
- La partie supérieure de notre figure indique cette solution. •
- Il suffit : d’appuyer légèrement contre les deux premières allumettes; pour permettre à la troisième de tomber sur celle que vous tenez; de baisser la main pour que cette troisième puisse pénétrer dans l’intérieur de l’angle formé par les deux premières,
- fesseur Bouchard adresse une brochure sur les modifications de la circulation qui suivent la naissance et une autre brochure sur l’homme-tronc.
- Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LE PROBLÈME DES QUATRE ALLUMETTES. -- LE CENTRE
- DE GRAVITÉ
- Fendez une allumette à son extrémité, taillez-en une autre en un biseau que vous introduisez dans la fente de la première, de manière à ce que les deux allumettes forment entre elles un certain angle ; posez-les sur une table, le sommet de l’angle en haut, en l’ap-
- Fig. 2. — Un crayon cil équilibre sur sa pointe.
- puis d’enlever en l’air l’allumette que vous tenez à la main et sur laquelle se tiendront à cheval les allumettes 1 et 2 d’un côté, et l’allumette 3 de l’autre.
- Nous avons donné jadis plusieurs expériences amusantes d’équilibre, donnant la démonstration des principes relatifs au centre de gravité. En voici encore une qui résout ce problème : faire tenir un crayon sur sa pointe (fig. 2) L’ensemble du crayon et du canif dont la lame est enfoncée dans le bois se tient en équilibre sur le bout du doigt, parce que le centre de gravité du système est situé sur le prolongement de l’axe du crayon, et au-dessous du point d’appui.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- L’ERUPTION VOLCANIQUE DE LA NOUVELLE-ZELANDE
- DU -10 JUIN 1886
- Les régions de la Nouvelle-Zélande, si célèbres par les volcans, les sources d’eau bouillante et les
- geysers qui s’y rencontrent, ont été récemment théâtre d’un effroyable cataclysme, dû à l’érüption
- Fig. 1. — Vue panoramique do la grande éruption de la Nouvelle-Zélande; d'après nature, par M. A.-J. \ogan.
- fortuite d’un vol-can que l’on croyait éteint, le mont Tannvera.
- Des secousses de tremblement de terre ont commencé a se faire sentir le 9 juin à minuit. Habitués à des phénomènes de ce genre, les habitants Maoris n’en ont pas été d’abord très émus.
- Mais le lendemain , à deux heures de la nuit, un bruit effrayant suivi d’une terrible secousse les a fait sortir en bâte de leurs maisons.
- Le mont Tara-wera qui de mémoire d’homme était toujours resté dans un état de calme complet, leur est apparu surmonté d’une immense colonne de feu. Les plus vieux Maoris n’avaient jamais vu un tel spectacle. De ses trois cônes jaillissaient des roches 14e année. — 2° semestre.
- i n ca n descentes lancées dans toutes les directions. Rruits souterrains et secousses se succédaient, et simultanément s’élevaient de la montagne , a 1000 pieds de hauteur, des colonnes de flammes. Les habitants de Wairoa situés près du lac Ta-rawera contemplaient ce terrible tableau lorsqu’une pluie brûlante de cendres et de pierres se mit à tomber tout à coup pendant plusieurs heures.
- Plus de 100 indigènes Maoris et 8 Européens ont péri. Sur une grande étendue, le pays est dévasté. La merveille de l’hémisphère Sud, les terrasses roses et blanches de Rotomahana, que les voyageurs allaient admirer, a été entièrement
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- Fig. g. — Aspect du moût Tarawera, eu éruption (Nouvelle-Zélande). 10 juin 1886. (D’après nature, par M. E.-W. Payton.)
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- détruite. Les arbres sont brûlés ou déracinés ; une épaisse couche de cendres couvre les pâturages, des tissures se sont ouvertes dans le sol, plusieurs gevsers ont fait leur apparition, et ce n’est qu’a-près de graves désastres que le Tarawera s’est calmé.
- Parmi les 8 Européens qui ont péri dans la catastrophe, il en est 6 qui formaient la famille de M. Ilazard, maître d'école de Wairoa. Terrifiés par les détonations et les secousses de tremblement de terre, les malheureux s’étaient précipitamment élancés hors de leurs lits, jusque dans le voisinage de la maison. Là une scène épouvantable se produisit ; une véritable pluie de cendres brûlantes et de pierres incandescentes tombaient de toutes parts et incendièrent les habitations . Mme Ilazard pu t être sauvée, non sans avoir été grièvement brûlée; deux de ses jeunes enfants que M. Ilazard portait lui-même moururent dans ses bras avec lui ; trois autres de ses enfants périrent un peu plus loin. Les autres Européens qui perdirent la vie dans cette pluie de projectiles enflammés sont le maître de poste de Wairoa, Brown, vivant avec les Maoris, à Ariki, et un jeune Anglais,
- M. Bainbridge, qui parcourait le pays en touriste, et qui se trouvait à l’hotel de Rotomahana, localité également entièrement détruite.
- Le mont Tarawera était considéré par les Maoris comme un lieu sacré. Avant son éruption, il avait été décrit comme ayant l’aspect d’un immense tronc de cône, aux pentes escarpées, colorées en rouge par l’oxyde de fer, où brillaient çà et là des roches d’obsidienne. Le lac Tarawera avait les rivages rocailleux et peu facilement accessibles,
- son eau était d’une couleur bleue et d’une transparence admirable. -
- Un journal de la Nouvelle-Zélande, YEvening l*ost
- de Wellington (île Ré-! ka - a - moui, détroit de Cook) a publié, à la date du 19 juin, de très intéressants détails sur la catastrophe ; il y joint en un supplément spécial, les cartes et la vue que nous reproduisons ci-contre (fig. o et 4). Un des passages les plus curieux de ce récit au point de vue géologique est relatif au caractère particulier de l’éruption. Le mont Tarawera n’a fait jaillir aucune trace de lave, les désastres sont dus à des torrents de poussières fines et brûlantes de la nature de la pierre ponce, qui ont couvert le sol, sur une surface de plusieurs centaines de milles carrés.
- A Wairoa, de grosses pierres incandescentes quelquefois d’un poids énorme, étaient mêlées à cette pluie de poussière de feu, et ont incendié les maisons. Cette véritable pluie de feu était rendue plus désastreuse par l’action d’un vent tempétueux.
- M. Bac , le propriétaire de l’hôtel de Rotomahana, également entièrement détruit, a donné aussi le récit de la catastrophe. A minuit et demi, le sol commença à trembler à Rotomahana , et les secousses se succédèrent jusqu’au moment où l’éruption se produisit. Au commencement du phénomène, il semblait qu’un simple nuage se formait au sommet de la montagne ; on y voyait jaillir des éclairs et des lueurs d’un éclat extraordinaire. Tout le monde sortit de son lit, et se rendit vers la station de la mission, d’où l'on assista à un spectacle que l’on ne saurait jamais oublier quand on l’a vu. La chaîne de montagne lançait le feu de
- Fig. ô. — Vue ù vol d’oiseau du village de Wairoa détruit par l’éruption du mont Tarawera. — 1. Station de la Mission. — 2. Maison de M. Ilazard. — 5. Maison de M. Morae. — i. Maison de M. Gra-liam. — ». Maison de tempérance. — (i. Maison de Maori. — 7. Tieux Moulin.— 8. Route de Rotomahana.— 9. Mont Tarawera.
- Fig. i. — Carte de la région des lacs d’eau chaude de la Nouvelle-Zélande. — Carte des lacs Roto-Iti, Rotorua et Tarawera, à une plus grande échelle.
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- trois cratères, d’où les flammes jaillissaient à plus de 1000 pieds de hauteur. Ils couvraient les régions environnantes d’une véritable pluie de globes de feu.
- Le l)r Hector, directeur de la Géologie à la Nouvelle-Zélande, a récemment envoyé à son gouvernement un Rapport sur la grande éruption ; nous empruntons quelques renseignements précis à ce remarquable travail publié dans Nature de Londres.
- Le phénomène a dû commencer à 2 b. 2 m. le 10 juin par une éruption du mont Wahanga; quelques minutes après, elle fut suivie par une autre éruption voisine plus violente, produite par un cratère ouvert entre le Wahanga et le Tarawera ; enfin se produisit l’explosion formidable de cette dernière montagne. Ces trois éruptions se prolongèrent pendant 2 heures ; les volcans vomissaient, avec les flammes, des torrents de vapeur d’eau, des poussières et des pierres incandescentes ; des nuages épais se formaient ainsi dans les hautes régions, éclairés par des brasiers immenses. Après ces premiers phénomènes, une large fissure se forma vers l’est du Tarawera; elle déchira le sol depuis ce point jusqu’au delà de Wairoa. Le ciel était alors couvert de nuées épaisses et le vent furieux soufflait avec une intensité inouïe.
- La fissure produite dans le sol est, d’après le Dr Hector, le phénomène le plus caractéristique de cette grande éruption. Le savant géologue ne s’est pas approché du gouffre brûlant, mais il l’a considéré du sommet d’une montagne, et a pu y plonger les regards. Il lui a été donné d’y compter sept geysers qui à des intervalles irréguliers lançaient dans l’air des colonnes d’eau bouillante, de pierres et de boue, jusqu’à une hauteur de plus de 200 mètres.
- M. le Hr Hector croit que le phénomène éruptit estdu à des causes hydro-thermales, purement locales. Le géologue anglais a la conviction qu’il rfy a pas à craindre d’autres catastrophes pour le présent .
- Les terrasses de llotomahana ou du Tetarata, qui n’existent plus aujourd’hui, étaient, de l’avis des voyageurs, une des plus admirables beautés de la nature : « Sur la pente d’une colline couverte de fougères, a dit M. F. de Hochstetter dans sa description de la Nouvelle-Zélande, à quatre-vingts pieds environ au-dessus de Rotomahana, se trouve le principal bassin dont les parois d’argile rouge, ont de trente à quarante pieds de haut. Il est long de quatre-vingts pieds, large de soixante, et rempli jusqu’au bord d’une eau parfaitement claire et limpide qui doit à la blancheur de neige des stalactites de ses bords de paraître d’un admirable bleu de turquoise, irisé parfois de teintes d’opale. Sur le bord du bassin, je constatai une température de 84° centigrades; dans le milieu, d’où l’eau s’élève à une hauteur de plusieurs pieds elle a la chaleur de l’eau bouillante. D’immenses nuages de vapeur, qui réfléchissent la couleur bleue du bassin, tourbillonnent au-dessus et arrêtent le regard ; mais on peut toujours entendre le bruit sourd du bouillonnement des eaux... En s’écoulant du bassin, cette eau thermale a formé un système de terrasses qui, blanches, et comme taillées
- dans du marbre île Paros, forment un coup d’oeil dont aucune description, aucune image ne peut donner l’idée. »
- Les cartes que nous publions ci-devant (tig. 4) montrent l’emplacement du Rotomahana à côté du lac Tarawera; notre première gravure (lig. 1), reproduite d’après un dessin envoyé à YIliuslrated London News, donne la scène d’ensemble offerte' par les éruptions, et les incendies allumés ; notre second dessin (lig. 2) montre un des cratères éruptifs, il a été fait d’après un croquis envoyé au Graphie de Londres par un habitant de la Nouvelle-Zélande, M. E. W. Payton.
- CURIOSITÉS PHOTOGRAPHIQUES
- l’appareil PORTATIF DE m. ENJALBERT. - LES PHOTOGRAPHIES A DISTANCE. --- LES ILLUSIONS PHOTOGRA-
- PHIQUES.
- Appareil de photographie portatif. — Le
- petit appareil photographique que nous représentons ci-après (fig. 1 et 2) est spécialement destiné à obtenir des épreuves instantanées. Il est réduit à des dimensions très restreintes qui le rendent éminemment portatif; enfermé dans sa trousse, il ne pèse pas plus de lk,900 et sa hauteur ne dépasse pas 0m, 15. On peut le porter en bandoulière à l’aide d’une courroie, à la façon d’une lorgnette de spectacle (fig. 1).
- Pour se servir de cet appareil construit pour les glaces 0m,09 X 0m,12, on commence par le retirer de sa trousse que l’on met dans une de ses poches.
- La courroie qui sert à porter le système en bandoulière est fixée directement sur la chambre noire au moyen de deux porte-mousquetons ; il n’est pas besoin de la décrocher.
- Pour ouvrir l’appareil, on fait pression sur les deux équerres en acier dont il est muni de chaque côté; on fait chavirer la planchette support, qui se fixe très solidement d’elle-même, on n’a plus qu’a accrocher la planchette d’objectif au moyen des deux baïonnettes. On arme l’obturateur en soulevant le bouton et tout en bouchant l’objectif pour que l’appareil soit prêt à fonctionner dans la position que montre la figure 2.
- Ces opérations ne demandent que quelques secondes pour être effectuées ; on peut porter sur soi l’appareil tout monté pour être plus sûr de ne pas manquer l’occasion de prendre une vue instantanée.
- Tenant l’appareil dans les deux mains et à hauteur voulue, le rayon visuel passant par le sommet des deux guidons et par le centre du modèle, on suit de l’œil le sujet à reproduire, on déclenche l’obturateur, lorsque le moment paraît opportun, en pressant graduellement, entre le pouce et l’index, le bouton de déclenchement.
- Avec la pratique, on arrive, en très peu de temps, à juger d’un coup d’œil, et sans erreur, l’ensemble embrassé par l’objectif.
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- LÀ NATURE.
- Les glaces, au nombre de douze, sont contenues dans le petit appareil, de sorte (pie l’on n’a pas l’embarras de transporter des châssis formant, toujours un paquet additionnel embarrassant. tics glaces sont emprisonnées dans des châssis en tôle ayant la forme de cuvettes; les rebords à rainures, dont ces châssis sont munis, préservent la couche sensible de toute éraillure, dans leur frôlement des unes contre les autres.
- Les châssis sont légèrement bombés en avant et forment ressorts alin de maintenir les glaces appliquées contre les rainures qui sont au point ; les châssis sont superposés sans aucune séparation. Le dispositif adopté pour faire disparaître la première glace et lui substituer la seconde, se compose d’un petit sac conique en toile caoutchoutée, parfaitement imperméable et très flexible ; ce sac est fixé sur le couvercle qui surmonte la chambre noire et se loge, replié, dans son intérieur, sans augmentation de volume.
- Le premier châssis que l’on soulève, au moyen d’un levier extérieur qui se rabat ensuite, rentre à moitié de sa hauteur dans le sac et ne peut plus reprendre sa première position dans la chambre, étant retenu par le petit ressort. On saisit extérieurement ce premier châssis dans le sac de caoutchouc qui le préserve de la lumière; on le prend la main ouverte, par les deux côtés extrêmes, en faisant glisser l’enveloppe jusqu’en bas, et on le dégage entièrement, pour le placer clans l’espace laissé libre par les autres, qui sont poussés en avant par les ressorts intérieurs. La seconde glace est devenue la
- première et cela sans erreur possible, ni tâtonnement; on opère delà môme, manière pour toutes les autres.
- 11 arriverait souvent qu’on oublierait le nombre de glaces exposées; pour prévenir toute erreur, le dernier châssis porte une fente longitudinale qui permettra de le reconnaître par simple contact sous les doigts et de contrôler à tout instant le nombre de glaces impressionnées.
- Pour charger ou pour remplacer les glaces de l’appareil dans le laboratoire , oh enlève le couvercle en retirant les crochets et en le faisant basculer en avant. Les châssis sont retirés successivement et replacés, ainsi ([ue le couvercle. La vitesse de 1 obturateur permet d’opérer soit en marche, soit au repos, et nous avons obtenu de très
- bons clichés de tramways en marche, de chevaux au trot, de personnes courant, etc., en nous promenant à la campagne où môme dans les rues de Paris.
- L’objectif à foyer constant est aplanétique ; il couvre largement la plaque à toute ouverture à partir de 10 mètres. En raison de sa profondeur (le foyer, les différents plans situés au •delà sont tous au point; l’angle embrassé est d’environ 60°.
- L’obturateur à guillotine passe par le centre de l’objectif; il est dissimulé ainsi que les diaphragmes à disque tournant dans l’épaisseur même de la planchette et ne présente pas de saillie. Cet ingénieux petit appareil est construit par M. En-jalhert qui lui a donné le nom d'alpiniste.
- Les photographies h grande distance. — Un de nos lecteurs, M. Lacombe, nous a adressé ré-
- Fig. 2. — Le même, sorti de sa trousse, et ouvert. (Un arrachement dans le sac de caoutchouc montre la disposition des châssis.)
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- LA N A TU H K.
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- Cemment deux très curieuses épreuves photographiques que nous reproduisons ci-contre (fig. o et 4). Ces deux vues représentent le donjon de Vincennes ; elles ont été prises du même point, sur les fortifications de Paris près de la porte du bois de Vincennes dite porte Dorée, soit à environ 2 kilomètres du Donjon. La première vue (fig. Ô), où l’on voit au
- loin le donjon en A, a été prise à l’aide d’un appareil photographique ordinaire avec lentille de 0m,5o de loyer; l’autre vue (fig. 4), où l’on voit le détail du donjon, a été obtenue par l’adjonction à l’appareil d’une lunette ayant 0m,!)0 de développement. « Vous pouvez remarquer, nous écrit notre correspondant, que dans cette vue, le Donjon n’est, pas très net, mais
- Fjg. 5. — Vue du donjon de Vincennes (A), prise à 2 kilomètres Fig. i.— Le donjon, obtenu à la même distance, avec le même de distance, sur les fortifications de Paris. appareil photographique muni d’une longue-vue.
- cela lient à ce que j’ai une installation un peu primitive et que le jour où j’ai opéré il faisait beaucoup de vent, ce qui a fait bouger l’appareil. Des essais que je viens de faire, il résulte que je pourrais obtenir à grande distance, une épreuve au moins double de celle ci-jointe (soit 0m16de diamètre). »
- Ces expériences nous paraissent intéressantes et dignes d’attirer l’attention des praticiens.
- Les illusions photographiques. — Nos lecteurs n’ont sans doute pas oublié l’erreur (fui a été commise au sujet, des photographies faites dans les galeries inaccessibles de Chancclade (voy. n° 089, du 14 août 1880, p. 170). On avait cru voir, sur le cliché et sur l’épreuve positive obtenue, le profil d’une tête humaine se détachant sur un fond noir. L’exploration ultérieure des galeries a montré, par l’absence de tout cadavre dans l’emplacement photographié, qu’il y avait eu une simple apparence de tète humaine, produite par une pierre ou un objet indéterminé, dans des conditions d’éclairage spécial. Nous avons reçu à ce sujet une cusieuse communi-
- cation d’un habile opérateur de Meulan, M. Lhosle .
- « Les photographies de Chaneelade, dit notre correspondant, m’ont rappelé une photographie que j’ai faite il y a quelque temps où un dessin du même
- genre s’est révélé, et dont je vous envoie le spécimen. 11 est facile de voir dans le haut de cette photographie un profil; en l'examinant attentivement, on reconnaît que cette silhouette est formée par l’ajustage de trois feuilles dont les contours et les nervures représentent assez exactement le nez, le menton et la bouche d’un vieillard. Pour les recherches par la photographie, il est imprudent de se hâter d’annoncer un résultat; il faut au moins deux épreuves prises de positions différentes pour pouvoir affirmer un fait en toute certitude. »
- Nous reproduisons la partie de l’épreuve photographique, où l’apparence d’une tête apparaît dans le feuillage d’un arbre (fig. 5) ; le nez et le profil sont dus en effet à des feuilles, et le personnage paraît être coiffé d’un petit bonnet blanc, vraisemblablement
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- produit par une tache dans le cliché, ou un vide existant entre les feuilles. Ce fait montre que la précision photographique peut être parfois prise en défaut, et qu’ici comme partout ailleurs, les expériences doivent être renouvelées pour être probantes. Suivant les principes de la méthode expérimentale, il ne faut en tirer des conséquences que lorsqu’elles ont donné les mêmes résultats, dans des conditions différentes, et à plusieurs reprises.
- Gastox Tissandier.
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- EXTRACTION
- D’UNE FOURCHETTE DANS L’ESTOMAC
- I'AR LA TAILLE STOMACALE
- Une très intéressante communication a été faite à l’Académie de médecine, par le Dr Polaillon, dans la séance du 24 août dernier. Nous en donnons ici quelques extraits :
- J’ai l’honneur de présenter à l’Académie une fourchette que j’ai retirée hier par la taille stomacale. Le nommé Albert C...* âgé de vingt-cinq ans, exerçant la profession de bateleur, exécutait spécialement un tour qui consistait à avaler des sabres et des cannes. Le 8 août dernier, étant à Luchon, il s’amusait avec des amis à faire disparaître une fourchette dans son pharynx et son œsophage, lorsque étant sur le point de suffoquer, il ht une profonde inspiration et lâcha la fourchette qu’il tenait par l’extrémité de ses piquants. Ayant repris haleine, il chercha à plusieurs reprises à saisir la fourchette en enfonçant profondément les doigts dans le pharynx. Mais il ne put y parvenir. La fourchette descendit peu à peu dans l’œsophage, et pénétra dans l’estomac. Il eut seulement quelques crachats sanguinolents dus à des excoriations des muqueuses pharyngiennes et œsophagiennes, et le lendemain il continua ses exercices de gymnaste. Au bout de quelques jours, il éprouva de la gêne au creux épigastrique et consulta plusieurs médecins. Le docteur Lavergne l’engagea h venir à Paris et eut l’obligeance de me l’adresser. Il entra dans mon service de la Pitié le 14 août, six jours après son accident.
- Albert C... a une taille au-dessus de la moyenne. Il est bien musclé, quoique ses membres soient assez grêles. Son ventre est aplati, sans aucune surcharge graisseuse, et on voit se dessiner sous la peau les saillies et les méplats des muscles abdominaux. H explique très bien que la fourchette a pénétré dans l’estomac par son extrémité arrondie, et qu’il la sent à la partie supérieure du ventre. D’après lui, elle est placée obliquement suivant une ligne qui passerait un peu au-dessus de l’ombilic et qui se dirigerait de gauche à droite et de haut en bas; son extrémité piquante serait profondément cachée dans l’hypochondre gauche, et son extrémité arrondie logée un peu au-dessous et en dehors de l’ombilic dans la région hypochondriaque droite.
- Cette fourchette est en fer étamé et de grande dimension. Le malade a remarqué qu’il souffrait lorsque son estomac était vide. Aussi est-il obligé de manger très souvent pour diminuer ses douleurs. Les fonctions stomacales et intestinales se font, d’ailleurs, normalement. Il n’y a eu ni crachement de sang ni vomissement...
- L’introduction de la sonde œsophagienne avec alêne métallique et résonnateur ne nous donna point de résultat. Cette sonde, imaginée par M. Collin, est destinée à
- transmettre à l’oreille de l’explorateur un bruit très distinct dès que son alêne vient à toucher un corps étranger situé dans l’estomac. Comme cet instrument ne nous avait rien fait entendre, nous conçûmes quelques doutes sur l’existence d’une fourchette dans l’estomac. Ces doutes paraissaient confirmés par le malaise et l’angoisse que l’introduction de la sonde œsophagienne procurait au patient. 11 nous paraissait invraisemblable qu’un homme habitué à avaler des sabres, supportât avec autant de peine le passage d’une petite sonde œsophagienne.
- Pour dissiper mes doutes, j’eus recours à M. Trouvé qui, avec sa complaisance bien connue, fit construire une sonde œsophagienne d’après le principe de soli stylet avec sonnerie électrique pour révéler la présence du corps étranger métallique dans les tissus. Au moment où l’extrémité de cette sonde pénétra dans l’estomac, un de mes internes, M. Trouvé et moi, entendîmes le bruit révélateur de la pile électrique pendant une fraction de seconde. Mais ce bruit, qu’il fut impossible de reproduire, avait été si fugitif que ma conviction n’était pas faite.
- Les explorations suivantes imaginées par M. Trouvé éclairèrent complètement le diagnostic :
- 1° Une aiguille aimantée d’une extrême délicatesse s’orientait vers la région stomacale du malade, lorsque ce dernier s’approchait d’elle. Le malade faisait-il quelques mouvements, l’aiguille aimantée suivait ces mouvements.
- <i° Un gros électro-aimant placé* à quelques millimètres de la paroi abdomijaale, déterminait tout à coup, lorsqu’on faisait passer le courant électrique, une petite voussure de la peau comme si un corps intra-abdominal se précipitait vers l’électro-aimant.
- Suspendait-on l’électro-aimant à une corde, de manière à ce qu’il fût placé en face de l’estomac de notre homme, on voyait l’électro-aimant osciller et s’appliquer sur la peau toutes les fois qu’on établissait le passage du courant.
- Ces curieuses expériences indiquèrent clairement qu’un corps étranger en fer existait à la partie supérieure de la cavité abdominale.
- En rapprochant cette notion expérimentale, positive, du dire et des sensations du patient, de nos explorations par le palper abdominal et par l’introduction de la sonde œsophagienne électrique, nous acquîmes la certitude de la présence d’une fourchette en fer dans l’estomac.
- Le diagnostic une fois acquis, restait la tâche d’extraire ce corps étranger. Comme les chirurgiens n’ont jamais réussi à retirer un corps étranger aussi volumineux avec des pinces ou d’autres instruments introduits par l’œsophage, je ne m’arrêtai pas à faire des tentatives dans ce sens et je me déterminai à pratiquer la taille stomacale.
- L’opération de la taille stomacale, faite conformément aux principes préconisés par M. le I)r Labbé, a été exécutée le 23 août, et la fourchette de fer a été retirée de l’estomac : M. le Dr Polaillon a introduit d’ailleurs quelques simplifications dans le mode opératoire.
- A la suite de cette communication, M. le baron Larrey a rappelé que la taille stomacale a été opérée déjà très anciennement et que, dans un vieux livre, il se rappelait avoir trouvé le fait d’une fourchette qui avait été avalée par une jeune fille. Quelques mois après, la fourchette avalée faisait une saillie à l’épigastre, et c’est en se guidant sur cette saillie que le chirurgien incisa la paroi abdominale et stomacale, arriva sur la fourchette et put l’extraire.
- M. le T)r Polaillon, à propos de cas analogues, a
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- signalé une statistique faite récemment, qui contient 17 cas de fourchettes avalées. Le plus souvent il s’agit d’aliénés, d’autres fois il s’est agi de faits de gageure ou de bravades, enfin, quelquefois, c’est dans le but de repousser des aliments arretés dans le pharynx, que le corps étranger a été introduit. Dans ces 17 cas, sept fois la fourchette fut bien supportée, et finit par s’éliminer après formation
- d’un abcès. Dr Z....
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- SYSTÈME D'OUYERTURE DES ÉCLUSES
- Un ingénieur des Ponts et Chaussées a fait, il y a quelques années, une application très élégante du principe de la pression de l’eau sur une paroi plane.
- Supposons qu’il s’agisse de produire une chasse dans le bief d’amont A' au moyen d’eau provenant du bief d’aval A. Pour cela, on emploiera une écluse E tournant autour d’un axe P qui n’est pas en son centre. En temps ordinaire, la pression de l’eau étant plus considérable sur la
- partie longue P B de l’écluse que sur sa partie courte P C, l’écluse se trouve appuyée sur ses supports en maçonnerie S S.
- Mais la partie P B de l’écluse porte un vantail Y dont la surface est supérieure à la différence des surfaces PB et P C. Si donc on A'ient à ouvrir ce vantail à un moment donné, la pression de l’eau sur P C devient à son tour plus considérable que sur P B et par suite l’écluse tourne autour de l’axe P et permet l’écoulement rapide de l’eau de A vers A'.
- On conçoit facilement un moyen simple de faire mouvoir à volonté le vantail V (en le disposant d’une façon analogue à l’écluse elle-même, par exemple, et se servant d’un déclic) ou de ramener l’éclute à sa position première lorsque le résultat voidu a été obtenu.
- Ce système fonctionne d’une façon remarquablement précise, dans certains ports de la Manche, en particulier.
- U en existe un analogue sur le canal de la Marne, aux environs de Paris ; nous y reviendrons bientôt.
- L. Gutode.
- LE FERRAGE DES CHEVAUX
- PAR L’ÉLECTRICITÉ
- M. le capitaine Place, professeur des sciences appliquées à l’école de cavalerie de Saumur, vient d’essayer, avec le plus grand succès, l’emploi de l’électricité pour le ferrage des chevaux méchants, quinteux et rétifs. On sait qu’il faut souvent recourir aux moyens les plus violents pour ferrer les animaux vicieux, et que l’on est quelquefois obligé de les entraver et même de les coucher. Des expériences, faites à Saumur d’abord, puis au 12e cuirassiers, à Angers, par M. le capitaine Place, ont permis de constater que les chevaux, même les plus rebelles, sont, par l’emploi du traitement, immédiatement matés et guéris pour toujours de leur aversion pour la forge. La
- secousse est donnée au moyen d’un bidon spécial. L’appareil électrique adjuvant est constitué par une pile sèche et par une bobine d’induction, dont deux rhéophores terminent le circuit. Un gradualeur permet de régler l’intensité de la secousse. Avec cet appareil, aussi simple qu’ingénieux, les chevaux les plus méchants ont été calmés en un clin d’œil et n’ont plus cherché à se défendre, alors qu’un instant avant d’être soumis à l’influence du fluide ils résistaient furieusement. Bien plus, ces mêmes animaux, ramenés quelque temps après à la forge, se sont laissé ferrer sans la moindre opposition de résistance.
- LA VITICULTURE EN CALIFORNIE
- Lorsqu’on s’occupe des progrès de l’agriculture en Amérique, on s’aperçoit bien vite que là, comme chez nous, comme en Australie et en Algérie, la vigne est destinée à jouer un rôle considérable dans la richesse publique et dans l’alimentation. Déjà, au seizième et au dix-septième siècle, lorsque les Norwégiens abordèrent sur les côtes du Delaware et môme plus au Nord, on y avait observé des vignes très vigoureuses enlaçant des arbres. Du côté du Pacifique, quand les missionnaires espagnols s’établirent.sur les côtes, ils y plantèrent des vignes qui reçurent et qui conservèrent le nom de vignes de la Mission. Leur végétation était quelquefois exceptionnelle. Nous n’avons en Europe, comme plantes remarquables, que la vigne de llampton-Court et surtout celle de Frogmore ; en revanche, quelques viticulteurs anglais produisent, dans les Expositions, des grappes de dimensions et de poids dont nous n’avons pas l’idée chez nous, je puis citer ici, d’après le Gardeners Chronicle, une grappe de la variété Gros-Guillaume, exposée, le 19 novembre dernier, à la Société royale d’horticulture d’Irlande, par M. Mc Kenna, jardinier du Phoenix Park, à Dublin. Elle pesait 20 livres. Quant à la qualité du fruit,elle laisse beaucoup à désirer.
- Aux Etats-Unis, jusqu’au milieu du dix-neuvième siècle, on ne connaissait guère que les Catawba, les Isabella et les Clinton, qu’on cultivait comme donnant des raisins de table. L’idée de planter des vignobles et de faire des vins à l’européenne est toute récente; mais déjà, aujourd’hui, on compte plus de 250 variétés de vignes américaines et, si la culture ne réussit pas comme on le désire dans les Etats de l’Est, cela tient à de brusques écarts de température, à la fréquence du Black Rot, du Mildevv, etc. Au contraire, dans l’Italie de l’Amérique, c’est-à-dire dans la Californie, le climat se prête admirablement à la culture de la vigne. Là, comme ailleurs, en Australie et en Algérie, on en est aux tâtonnements, aux essais ; on voit qu’il y a loin de Part de planter la vigne, c’est-à-dire de la viticulture proprement dite, à l’œnologie, c’est-à-dire à cet art si complexe du choix des cépages, suivant les sols, de la fermentation, du soutirage, etc., toutes choses que nos vignerons européens ne connaissent qu’après une
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- longue expérience. De nombreux essais d'introduction des cépages français et européens ont été faits en divers Etats, mais n’ont pas réussi. L’un des viticul-
- teurs les plus habiles de l'Ohio, M.G.-W. Campbell, a longtemps croisé nos meilleures variétés avec des vignes résistantes du pays, et finalement il y a re-
- Fig. 1. — Défrichement on Californie. Rnis converti on vignoble. (D'après nno photographie.)
- noncé. Il préfère aujourd'hui recourir à l'bybrida- beaucoup déjà aux producteurs de vins, c’est la fa-tion des meilleures variétés américaines. Ci' qui nuit cilité avec laquelle, là comme chez nous, on s’adonne
- Fig. “2.- Un champ do, vigne en Californie.— Greffes sur la Yitin Californien. (D'après une photographie.)
- aux falsifications et même à la vente de produits indigènes dans des bouteilles et avec des étiquettes françaises. C’est pour obvier, dans la mesure du
- possible, à ces fraudes, que dans la Chambre des représentants, à la séance du 8 mars dernier, M. Wharton J. Green a proposé une loi ou « spurious
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- vvine bill » pour arriver aux résultats que sc propose chez nous le Laboratoire municipal. De son côté, le professeur E.-'W. Hilgard, du Collège d’agriculture,
- à l’Université de Californie, publie des documents du plus haut intérêt pour éclairer les viticulteurs de son pays. Son remarquable rapport prouve qu’il
- Fi". 3. — La vigne sauvage, en Californie. Yitis Californien). — (D'après une photographie.)
- comprend admirablement les facteurs qui influent sur la quantité et sur la qualité du vin, c’est-à-dire la nature des cépages, le climat, le terrain, l’exposition et les engrais1.
- M. Hilgard passe successivement en revue tout ce qui concerne les phénomènes de la fermentation, de la conservation et de la sophistication des vins; il analyse tous les crus et les sols de l’Etat; il étudie l’action du phylloxéra et les remèdes divers qu'on a proposés pour le détruire.
- 1 Report of the viticultural work, en 1884 et 1885. — Sacramento, state office, in-8°, 1886.
- Là, cette grande industrie viticole a une importance qui grandit tous les jours, puisque, dans la 4e Convention annuelle des viticulteurs, tenueàSan-Fran-cisco , du 15 au 20 mars dernier, le président Ha-rasztbv a constaté que l’exportation des vins de Californie s’était élevée de 1051 507 gallons en 1875, à 4256 224 gallons en 1885, plus 265 840 gallons d’eau-de-vie. De son côté, M.Ch.-A. Wetmore, dans une note qu’il a publiée à Washington, le 9 février dernier, rappelle que l’importation des vins d’Europe est encore de 5 millions de gallons,
- Fig. 4. — Un pied de vigne de la Uüsion, en Californie. (D’après une photographie.)
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- mais que la production des vignobles californiens est maintenant de 50 millions de gallons. 11 assure qu’avant cinq ans elle sera doublée. De plus, après de longs voyages en Europe, il a constaté que la richesse publique, la moralité et la force des populations croissent avec la prospérité de l’industrie viticole : là où elle fleurit disparaît presque complètement l’ivrognerie avec scs déplorables conséquences.
- J’ai pensé qu’il serait intéressant pour nous, en Europe, d’avoir une idée de l’aspect général des vignobles californiens pour les comparer aux nôtres. Dans ce but, mon ami, M. Cli.-A. Wetmore, m’a généreusement envoyé une série de photographies faites par M. Taber, de San-Erancisco. J’en ai fait réduire quelques-unes ; ces vues ne donnent qu’une idée imparfaite des localités, mais elles suffiront cependant à ceux qui ne peuvent pas faire un long voyage pour avoir un aperçu de la végétation du pays.
- La figure 1 a pour but de montrer le mode de défrichement de la forêt vierge, au moyen de la poudré, pour en faire un vignoble. On fait sauter les gros arbres, puis on brûle sur place tous les bois et broussailles. Sur le premier plan apparaissent déjà les échalas et les boutures. La terre vaut de 10 à 50 dollars l’acre, suivant la proximité d’un chemin de fer, et le coût du défrichement est d’environ 1000 francs.
- La figure 2 montre la merveilleuse végétation des greffes sur des pieds de Vitis californica âgés de deux ans. Cette vigne est la propriété de M. Ch.-A. Wetmore, chef de la Commission viticole de l’Etat.
- La figure 5 est une vue de la Vitis californica ou Vigne (le Californie, qu’on trouve en abondance sur presque tous les ruisseaux de Californie et de l’Orégon. C’est la vigne sauvage avec toute sa luxuriante végétation.
- La figure 4 est un spécimen moyen de là vigne de la Mission introduite dans le comté d’Alameda par les moines franciscains de la mission de San-José. Le pied que nous figurons produit 75 livres de raisin par an, sa grosseur est de 21 pouces de circonférence à 10 pouces du sol; on plante ces vignes à 2 mètres de distance.
- D’autres photographies que nous n’avons pas cru nécessaire de reproduire montrent l’intérieur d’un pressoir californien. Les paniers de raisins sont versés à droite sur une table mouvante où des ouvriers enlèvent à la main les feuilles et les raisins de mauvaise qualité : une toile sans fin porte la vendange dans le haut où elle passe entre deux cylindres : un appareil spécial sépare les rafles qui tombent dans une caisse, tandis, que le moût est pompé dans les cuves de fermentation.
- Comme on le voit par les détails qui précèdent, la culture de la vigne préoccupe vivement l’attention de nos concurrents sur les rives du Pacifique; ils savent s’inspirer de notre expérience et de nos travaux. Le climat aidant, leur production prendra bientôt un développement considérable. Ils ont au-
- jourd’hui à leur portée 50 millions de consommateurs; de notre côté, nous avons près de nous une terre promise, l’Algérie, qui devrait depuis longtemps nous affranchir du tribut que nous payons à l’Espagne et à l’Italie. Hâtons-nous d’y installer des écoles de viticulture : ici, comme dans tant d’autres choses, nous allons chercher bien loin des richesses, un sol, des productions et des acheteurs que nous avons sous la main. Quand donc cessera-t-on de laisser la proie pour l’ombre? Charles Joi,y.
- POMPE POUR REFOULEMENT
- A GRANDE II AU TE DR
- Nous avons signalé l’installation d'une pompe pour refoulement d’eau à grande hauteur qui vient d'être faite récemment sur les Monts Chauves pour l’alimentation de deux forts voisins de la ville de Nice1. Nous revenons aujourd’hui sur ce remarquable tra-
- Fig.' 1.— Refoulement des eaux du Magnan (cote 330,70) à la crête du Mont-Chauve. — Plan général.
- vail, et nous donnerons à nos lecteurs quelques nouveaux détails empruntés au Bulletin des anciens élèves d'Arls et Métiers. Nous ne croyons pas qu’on ait jamais atteint une hauteur de refoulement aussi grande ; l’installation de cette pompe élevant l’eau à 515 mètres, poursuivie avec tant de talent et de succès par M. Dumontant malgré les craintes de bien des ingénieurs compétents, mérite d’être étudiée en détail comme un exemple à suivre dans des cas analogues.
- L’eau à élever est prise au ruisseau du Magnan qui coule à la base du Mont Chauve d’Aspremont (fig. 1). Ce ruisseau prend sa source au village du même nom, et se jette à la mer après un parcours de llk,500. La prise d’eau est faite à la cote à 556m,70, à 485 mètres environ de la source, et l’alti-
- i Yoy. n° 675, du 8 mai 1885, p. 563.
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- tuile du bassin de refoulement sur la montagne est de 849 mètres. 11 s’agissait de regagner une hauteur qu’on pourrait évaluer à 598 mètres envirqn en tenant compte des pertes de charge sur la longueur de la conduite. La quantité d’eau demandée était au minimum de 40 mètres cubes par jour, et la dépense de combustible nécessaire pour le fonctionnement des pompes de refoulement ne devait pas dépasser 7k,500 par mètre cube élevé.
- Le débit du ruisseau mesuré avec des jaugeages très précis, montre qu’on pouvait compter sur un volume minimum de 50 mètres cubes en toute saison d’une eau dont le degré hydrotimétrique ne dépassait pas 18 degrés et qui présentait donc des conditions de pureté comparables à celles des meilleures eaux de la région. On se décida toutefois, par mesure de précaution et pour éviter plus sûrement, tout entartrement susceptible d’obstruer les conduites, à décanter les eaux avant de les employer, et on les lit déposer dans un grand réservoir à air libre avant de les aspirer dans les pompes. L’eau séjourne pendant quelque temps dans ce bassin, elle y abandonne une partie de l’acide carbonique dissous, déterminant le départ d’une partie des matières minérales qu’elle tenait en suspension, et elle perd ainsi 5 à 4 degrés sur sa teneur byd rôti métrique initiale.
- La pureté des eaux ainsi assurée, il restait à résoudre le problème du refoulement à aussi grande hauteur, et ainsi que nous l’avons dit plus haut, malgré les nombreuses objections qu’élevaient des personnes compétentes, sur un projet aussi hardi, M. Durnon-tant n’hésita pas à en poursuivre l’exécution avec une pompe unique refoulant sur la hauteur totale d’une seule portée, et il disposa un appareil qui devait ainsi supporter une pression supérieure à 58 atmosphères.
- L’installation d’ensemble des pompes et de la machine motrice au has de la montagne est représentée figure 2 ; l’eau prise dans le bassin rattaché au ruisseau est aspirée par une première pompe dite de mise en charge qui la relève dans le réservoir supérieur où elle doit se décanter ; de la l’eau arrive en charge dans les pompes de refoulement d’où elle est dirigée dans les conduites qui garnissent la montagne (lig. 3). Cette disposition, avec réservoir de décantation installé à un niveau supérieur à celui de la pompe de refoulement, a été adoptée à dessein pour faciliter autant que possible la levée des clapets d’aspiration qui se trouvent soulevés ainsi par l’eau descendant du réservoir, et elle augmente par suite le rendement en volume de la pompe. La pression énorme que devait supporter la pompe de refoulement ne permettait pas, comme nous l’avons indiqué dans la notice précédente, d’employer la simple pompe à double effet avec piston plongeur unique aspirant et refoulant à la fois l’eau à élever, suivant la solution généralement adoptée pour les refoulements à grande hauteur; on aurait eu à craindre en effet de formidables coups de bélier à tous les changements de
- marche du piston, et la pompe n’aurait pas pu y résister longtemps. On avait songé d’autre part à recourir à un réservoir d’air pour amortir les chocs ; mais il aurait été difficile de le conserver sans fuite avec une aussi forte pression.
- 11 fallait donc avant tout assurer un refoulement de l’eau bien continu et régulier, indépendant en quelque sorte des variations de vitesse et des changements de marche du piston, ce qui obligerait nécessairement à multiplier la marche des pompes en intervertissant leurs effets. On a donc adopté une disposition de pompe à effet multiple en prenant sept corps de pompe horizontaux rayonnant autour de l’axe de l’arbre moteur et actionnés par un bouton unique formant sept manivelles distinctes, disposées comme nous le disons plus loin.
- La machine motrice construite est horizontale, du type Duvergier, à détente variable par le régulateur pouvant marcher avec ou sans condensation. Le piston moteur a 0m,20 de diamètre sur 0IU,40 de course, la vitesse de marche est de 120 tours par minute, et elle fournit une force de 7 chevaux et demi à la pression de 0 kilogrannnètres ; la consommation de houille atteint dans ces conditions lk,59 par cheval et par heure.
- Cette machine actionne par une courroie la pompe de mise en marche installée sur le mur près du réservoir de décantation au-dessus des réserves d’aspiration et de condensation. Cette pompe est à la fois aspirante et foulante, elle prend l’eau à la cote 556m,70, et la refoule à la cote 540m,50 ; son piston du type ordinaire avec chapelle de refoulement et garniture en cuir a 0m, 12 de diamètre, sa course peut varier d’ailleurs suivant les besoins de l’alimentation de 0 155 à 0 270; il donne 50 coups à la minute et peut refouler de 01,080 à d',572 par seconde. L’eau ainsi déversée est amenée à la surface du bain d’eau dans le réservoir de décantation pour ne pas le troubler; elle est reprise ensuite à mi-hauteur de la colonne liquide, pour descendre dans un tube circulaire enveloppant les sept corps de la pompe de refoulement et relié directement avec chacun de ceux-ci.
- Ces corps de pompe sont disposés radialement, comme l’indiquent les figures 4 et 5, sur un bâti circulaire en fonte de 2m,100 de diamètre qui supporte tout l’ensemble ; les pistons plongeurs de chacun d’eux sont guidés par des glissières fixées au bâti, et leur mouvement est commandé par le bouton manivelle de l’arbre vertical rattaché lui-même à l’arbre moteur par un engrenage d’angle, formé d’une roue à dents en bois soigneusement taillées avec pignons à dents en fonte. Cette disposition a été adoptée pour obtenir un mouvement bien régulier et tout à fait exempt de choc. Comme l’arbre vertical tourne seulement à la vitesse de 30 tours à la minute, l’engrenage est au quart, la vitesse de la machine étant, comme on lésait, de 120 tours.
- Le bouton-manivelle ménagé sur l’arbre vertical porte une bielle d’attaque qui commande directe-
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- ment l’une des pompes, et sur l;i tète de cette bielle, sont ménagées les articulations sur lesquelles sont attachées les bielles commandant les six autres pompes dont les mouvements sont ainsi solidaires de la première. Les articulations sont munies en outre de demi-coussinets en bronze sur lesquels viennent s’appuyer les têtes de bielles dans leurs oscillations pendant la période de refoulement, ce qui entraîne une grande diminution dans l’usure des tourillons et de leurs coussinets, et permet d’éviter ainsi les chocs qui en résultent.
- Les pompes sont toutes à piston plongeur, seule disposition qui leur assure la rigidité suffisante pour les refoulements à grande hauteur; chaque piston a 0m,05 de diamètre, et 0“,100 de course.
- Les corps de pompes sont en bronze, portant à l’une de leurs extrémités les chapelles de leurs clapets d’aspiration, mises en communication par une tubulure avec la conduite générale ; quant aux chapelles des clapets de refoulement, elles sont disposées à la partie supérieure un peu en avant de celles-ci, et rattachées également par une tubulure spéciale à la conduite circulaire de refoulement. L’autre extrémité forme la garniture de joint avec le plongeur.
- Le volume d’eau théoriquement aspiré à chaque coup de piston est de 0l,196, et on prévoyait qu’il se réduirait en pratique à 90 pour 400, soit à 0l, 176, en tenant compte des fuites et des rentrées d’eau par le clapet de refoulement. En tenant compte de la vitesse- de l’arbre moteur, on voit que l’ensemble de la pompe devrait refouler un volume total de
- 0l,6J8 à la seconde, ou de 2225 litres à l’heure, soit 55 mètres cubes par journée de vingt-quatre heures. Les clapets, dont la bonne disposition inllue toujours si gravement sur le rendement des pompes, ont, été étudiés de manière à assurer l’ouverture large et rapide, et surtout sans aucun choc des orifices d’admission et d’échappement, lors des changements de marche des pistons, ce qui permet ainsi d’éviter tout retour d’eau refoulée. On s’est attaché également à leur donner de larges sections pour éviter les brusques variations de vitesse et les pertes de force vive qu’elles entraînent. Ces clapets représentés lîg. 6 sont en bronze, de forme conique avec une tige cylindrique , glissant dans un évasement ménagé à cet effet dans l’écrou formant le joint supérieur de la chapelle. L’eau est admise au-dessus de la tige par deux trous ménagés dans l’écrou, et elle facilite ainsi la descente de ce dernier.
- Les deux conduites circulaires d’aspiration et de refoulement qui sont en communication, comme nous l’avons dit avec chacun des corps de pompe, sont aussi reliées entre elles par
- une tubulure spéciale sur laquelle est interposé un robinet de mise en marche qui permet de les isoler. Enfin, un robinet de sûreté est disposé à la sortie de la conduite de refoulement au bas de la conduite ascensionnelle ; il servirait à amortir les coups de bélier accidentels, et il permet en outre d’isoler la conduite montante.
- Le robinet de mise en marche reste toujours ouvert lorsque la machine est au repos, le robinet
- ^ Mm J . .li. | ;
- FijS.2. Pl'an Coupe suivant G.H.
- Fig. 2. — Ensemble de l’installation des machines. — Coupe et plan. a. Chaudière. — b. Machine à vapeur. — c. Pompe de mise en charge. — d. Condenseur de la machine. — d'. Pompe d’alimentation. — d". Pompe à air. — e. Pompe circulaire de refoulement à sept corps de pompe. — f. Réservoir d’aspiration. — (j. Réservoir des eaux de condensation de la machine. — h. Réservoir de mise en charge. — i. Conduite d’arrivée à l’eau. — j. Départ de la conduite de refoulement. — A. Cheminée.
- wa suis Horizontale 530
- Fig. 3. — Profil en long de la conduite.
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- de sûreté au contraire est alors fermé. La machine est mise en marche avec les robinets ainsi disposés, et la pompe fonctionne d’abord par suite sans effet
- utile en renvoyant dans la conduite de refoulement l’eau (jui retombe continuellement dans la conduite d’aspiration, sans sortir de ce circuit fermé. On
- Fig. i. — Corps de pompe à sept pistous de M. Dumontant. (D’après une photographie.)
- ouvre ensuite le robinet de sûreté, l’eau n’est pas encore refoulée à cause de la pression résistante de l'eau contenue dans la conduite ascensionnelle, mais le refoulement commence aussitôt qu’on vient à fermer le robinet de mise en marche sur lequel on a soin d’agir très graduellement. La pression de l’eau s’élève ainsi peu a peu jusqu’à dépasser celle de la colonne, et elle soulève alors le clapet d’arrêt pour se livrer passage.
- Le tracé de la conduite ascensionnelle est représenté dans la ligure o, il suit d’ailleurs la forme générale des terrains sans aucune contre-pente.
- L’inclinaison, d’abord presque nulle à la base, atteint une valeur niaxima de 01U,58 entre la cote 000 et 700 ; la longueur totale est de 1452 mètres. Ces tuyaux sont en 1er
- soudé à recouvrement; la fonte n’aurait pas eu en effet une résistance suffisante pour supporter une pression de 58 atmo-- --------------------sphères ; le diamètre con-
- stant des tuyaux est de 40 millimètres ; mais leur épaisseur qui atteint 6 millimètres à la base, s'abaisse graduellement a 4mm,5 à mesure qu’ils s’élèvent en hauteur jusqu’au sommet. Les joints ont été également l’objet de soins tout particuliers pour assurer leur parfaite étanchéité malgré la pression ; ils sont formés de deux lagues ajustées rapportées sur les deux extrémités des tuyaux a réunir ; celles-ci sont assemblées à emboîtement au moyen d’une rondelle de cuir interposée pénétrant dans les saillies circulaires ménagées sur les joues de ces lagues pour assurer un contact plus intime. Le serrage est com-
- Fig. 5. — Plan de l’appareil ei-dessus.
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- Elévation Coupe suivant E F
- Plan. Coupe suivant A.B. !t
- t
- piété enfin au moyen de deux brides mobiles maintenues par trois gros boulons. La conduite est posée dans une tranchée de 0m,50 a 0m,75 de profondeur pratiquée à cet effet dans le col de la montagne.
- La pompe ainsi installée, mise en marche le 25 novembre 1885, fut soumise a cette occasion
- à des essais de recette qui donnèrent des résultats vraiment remarquables, montrant ainsi toute la science et le talent de l’ingénieur habile et de l'entrepreneur qui avaient su concevoir et réaliser un projet aussi audacieux. La consommation de combustible fut relevée en effet pendant une expérience de 4 heures, et en mesurant d’autre part la quantité d’eau refoulée dans le réservoir, on reconnut que la dépense de combustible par mètre cube d’eau élevée ne dépassait pas 4k,500, lorsque le cahier des charges demandait seulement un maximum de 7k,500. En outre on constata que le rendement des pompes de refoulement prévu dans les calculs à 90 pour 100 atteignait en réalité 94 et dépassait donc aussi sensiblement les prévisions. L. B.
- ——
- Fig. 6.— Clapet d’arrêt. — Robinet de. sûreté. — Coupe faite par. l’axe d’un corps de pompe. —• V, Vis fermant le clapet.— V', Volant. — ttt, Tubulures.
- CHRONIQUE
- Les fêtes do centenaire de M. Chewreul. —
- Les solennités en l’honneur de M. Chevreul ont commencé le lundi 30 août, à l’Académie des sciences et à la Société d’Agriculture de France. Le lendemain 51 a eu lieu, dans la grande salle couverte des nouveaux bâtiments du Muséum, l’inauguration de la statue du doyen des étudiants, due au ciseau de M. Guillaume. M. Frémy a été très chaleureusement applaudi en terminant son allocution par les paroles suivantes : « C’est bien dans un établissement dont vous êtes la gloire impérissable que votre statue devait être érigée; nous sommes fiers de la posséder. Elle est vouée à une immortalité certaine, étant la plus noble représentation du véritable savant, proclamé dans le monde entier comme le premier chimiste de son temps, et qui a consacré sa vie centenaire à la recherche de la vérité, cette base éternelle de la science. Nous léguons avec confiance cette statue au respect et à l’admi-
- ration de la postérité. » Le soir, un magnifique banquet dans la salle Saint-Jean, à l’Hôtel de Ville, a réuni plus de quatre cents convives sous la présidence de M. Chevreul. Quand 8 heures ont sonné, M. Janssen a rappelé, aux acclamations de tous, que l’heure réelle du centième anniversaire avait sonné.
- M. Pasteur, actuellement dans le Jura, s’est trouvé dans l’impossibilité d’assister à ces cérémonies ; il s’est excusé dans une lettre pleine d’à-propos dont nous reproduisons le dernier paragraphe :
- (( Dites à celui qui s’appelle si modestement le doyen des étudiants, quand il pourrait s’appeler le maître des maîtres, mon chagrin de ne pouvoir lui présenter mes hommages de disciple et lui exprimer les longs vœux que je forme pour le commencement de sa seconde vieillesse. »
- Une nouvelle comète. — Un télégramme du Cap annonce la découverte de la comète périodique Winnecke, observée le 20 août à 5 h. 57'21", temps moyen de Paris, un peu après le coucher du soleil. Il est bon de rappeler que le Cap étant dans l’hémisphère austral, le soleil s’y couche le 20 août, bien avant l’heure où il disparaît à Paris. D’après VAnnuaire du Bureau des longitudes, cette comète a été découverte en 1819, retrouvée en 1858 par Winnecke dont elle porte maintenant le nom. Sa période est d’un peu plus de 5 ans 1/2. Elle n’a été aperçue que deux fois dans les quatre passages qui ont eu lieu depuis sa découverte, les deux autres ayant été perdus par suite de son rapprochement du soleil. Le télégramme que nous enregistrons donne à cette comète un éclat analogue à celui d’une étoile de 10° grandeur. Elle était beaucoup trop faible pour être aperçue à la vue simple. Son diamètre était d’environ la 30e partie de celui de la lune. On voyait la trace d’une nébulosité centrale, mais il n’y avait pas de manifestation de queue. Le mouvement était direct.
- Utilisation du suint des laines. — Le suint des laines est resté jusqu'ici à peu près sans emploi. On s’eu débarrasse en le jetant dans les cours d’eau qui traversent les villes industrielles; ceux-ci se trouvent ainsi dangereusement infectés. Dans une des dernières séances de la Société nationale d'agriculture, M. Rohart a appelé l’attention sur un procédé qui va permettre d’utiliser le suint. Le suint peut, en effet, être rendu saponifiable au moyen d’un changement dans sa constitution élémentaire. Amené à son point de fusion, il absorbe avec une facilité extrême certains composés sulfurés et peut fixer plus de 100 fois son volume d’hydrogène sulfuré. Ainsi traité, le suint acquiert des propriétés nouvelles et devient saponifiable à froid. M. Rohart a présenté à la Société d’agriculture un pain de savon fabriqué ainsi par MM. Michaud fx-ères, d’Aubei*villiei-s. La pâte de ce savon est fine, longue et d’une homogénéité parfaite. L’opération est complète en moins d’une heure, tandis que les cuites ordinaires des savons à base de soude prennent généralement de 6 à 8 jours. En outre, la saponification peut êtx'e obtenue complètement, non plus avec les alcalis caustiques, mais simplement avec les carbonates alcalins. Il y a là un fait scientifique nouveau, applicable non seulement au suint, mais à toutes les matièi’es grasses préalablement sulfui’ées. En présence des coi’ps gras sulfurés, les solutions de carbonates alcalins sont immédiatement décomposées à froid ; l’acide cai’bonique se dégage si abondamment que la masse se soulève au point de déboi'der du récipient, si celui-ci n’est pas assez pro-
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- fond, et finalement on obtient un savon parfaitement délini. Ce fait est d’une grande importance, l’emploi des carbonates alcalins, au lieu des alcalis, permettant de réaliser une grande économie. En somme, le savon du suint constitue un produit sulfuré nouveau d’un bas marché extrême, et susceptible, dit M. Hohart, d’applications nombreuses, notamment à la viticulture, sous tonne de solution insufflée sur les vignes, la viscosité de la solution en facilitant l’adhérence et en augmentant l’efficacité. L’action préventive des composés sulfurés, comme moyen d’assainissement et de défense contre les contagions épidémiques, est également connue. Le savon sulfuré peut, dans ce cas également, rendre de grands services.
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- Conservation des substances alimentaires.
- — Ln nouveau procédé de conservation des substances alimentaires, dû à M. Roosen, de Hambourg, donne des résultats remarquables. Ce procédé, à la fois chimique et mécanique, consiste à mettre les substances dans une dissolution antiseptique non nuisible et à soumettre le tout à une forte pression. On met la substance à conserver, poisson, viande, etc., dans un baril en acier, qui est presque complètement rempli d’une dissolution contenant 97 pour 10Ü d’eau douce et 5 pour 100 d’acide borique, d’acide tartrique et de sel, mélangés dans de certaines proportions. On fixe le couvercle et l’on achève de remplir le baril en y refoulant de l’eau au moyen d’une pompe à main. Quand le baril est plein, ce que l’on reconnaît à un petit jet d’eau qui sort d’un orifice ménagé ad hoc, on serre l’écrou qui ferme l’orifice et l’on continue de faire fonctionner la pompe jusqu’à ce que la pression atteigne 9 livres par pouce carré (5,6 centimètres carrés). Une soupape installée sur le couvercle et s ouvrant de dehors en dedans, se referme alors sous l’influence de la pression. Chaque baril renferme environ 135 kilogrammes. (Chronique industrielle.)
- La Société des inicroscopistes américains vient de tenir au milieu du mois d’aoùt son congrès annuel dans la petite ville de Chautaugna, située près du lac qui porte son nom et dans la partie sud-ouest de l’Etat de New-York. M. Rogers, professeur à Harvard Cpllege, a été nommé président du congrès de l’année 1887.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 30 août 1886. — Présidence de M. Blanchard.
- Astronomie. — M. Tisserand a examiné un cas particulier du problème des perturbations, celui où les mouvements moyens des deux planètes, sans être connnen-surables, s’approchent des rapports 1/2, 2/3, 3/4.... H déduit cette conséquence que des orbites circulaires à l’origine deviendront elliptiques par l’effet des perturbations. M. Tisserand applique sa solution aux cas du mouvement du satellite de Saturne, Hypérion, découvert, en 1848, par Lassell. Toutes les irrégularités constatées dans le mouvement de cet astéroïde sont expliquées par les formules de M. Tisserand. — M. Zenger communique un procédé propre à réduire le temps de pose des plaques photographiques employées dans la photographie stellaire. Les étoiles, jusqu’à la neuvième grandeur, pourraient etre obtenues par une exposition de 1/3 de seconde. Le
- procédé de M. Zenger faciliterait singulièrement l’exécution projetée d’une grande carte céleste entreprise en commun par tous les observatoires des deux mondes.
- Physique. —M. Lecoq de Boisbaudran, en faisant application de la loi de proportionnalité des poids atomiques aux longueurs d’onde des raies homologues, a déterminé le poids atomique du germanium. 11 a obtenu ainsi 72,28. De son côté, M. Winkler a déterminé directement cette même quantité et a déduit de plusieurs expériences le nombre 72,29. L’accord des deux valeurs est une remarquable vérification de la loi formulée par M. Lecoq de Boisbaudran, à propos de la découverte du gallium. M. Lecoq de Boisbaudran a réalisé une série d’expériences sur des phénomènes de fluorescences dues à des traces de manganèse. Ainsi le sulfate de chaux et le sulfate de manganèse pris isolément sont parfaitement inertes ; le sulfate mixte donne une très belle fluorescence rouge. On obtient des colorations différentes en employant le sulfate de magnésie, de soude, de zinc et de cadmium.
- Géologie. — M. Gaudry annonce la découverte, dans le terrain permien des environs d’Autun, d’un reptile fossile d’une espèce inconnue. La découverte a été faite par M. Bell au milieu de schistes bitumineux. M. Gaudry donne à ce reptile le nom d’Aptodus, parce que les dents semblent faire partie intégrante de la mâchoire, tant elles sont solidement fixées. Les terrains primaires, dont fait partie le permien, avaient paru pendant longtemps ne renfermer autre chose que des poissons. On compte maintenant quatre types bien différents de reptiles dans ces terrains, ce qui tendrait à faire croire que l'époque de la fin du temps primaire est loin de l’âge initial de l’apparition des reptiles.
- Géographie. — M. Gaspari communique une liste de 128 positions géographiques de divers points de l’Ilin-doustan et de la Chine.
- M. Chevreul. — M. le Président prend la parole, pour présenterà M. Chevreul les vœux de l’Académie, à l’occasion du centième anniversaire de sa naissance. M. Blanchard rappelle qu’il doit à l’absence de M. Fizeau la bonne fortune de complimenter M. Chevreul qui reste le seul témoin des débuts de sa carrière. Il termine en remarquant que quelques semaines ont manqué à Fontenelle, pour devenir centenaire. Rien n’aura manqué à M. Chevreul. Descendant du bureau, M. le Président embrasse M. Chevreul au nom de l’Académie. L’illustre centenaire, après avoir remercié chaleureusement ses collègues, déclare qu’il ne saurait prendre à la lettre tous les éloges qui lui sont adressés en ce jour. H s’honore du titre de doyen des étudiants et proclame l’influence du temps sur le développement des théories scientifiques.
- Stanislas Meunier.
- VALEUR RELATIVE DE L’ARGENT
- COMPARÉE A CELLE DE l’ûR
- Mes études sur les gisements aurifères m’ont amené à examiner les problèmes économiques relatifs aux métaux précieux monétaires. D’ailleurs, dans ces derniers temps, la question de la valeur relative de l’argent comparée à celle de l’or a fort préoccupé les partisans de l’étalon monétaire unique (monométallisme) et ceux du double
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- LA NATURE.
- étalon (bimétallisme). La grande production des métaux précieux à notre époque a évidemment altéré les rapports anciens entre la valeur de l’argent et de l’or; ces rapports ont éprouvé de notables changements aux diverses époques de l’histoire et des variations en relation avec la richesse publique de chaque époque et l’abondance de la production métallifère.
- A Athènes et en Orient, le rapport de l’or à l’argent avait été longtemps de 1 à 10, ou 1 gramme d’or valait 10 grammes d’argent et de 1 à 11 1/2 sous la République romaine. Sous l’Empire, la production de l’argent augmente et le rapport devient 1 à 11,58; puis en 525, de 15,61 ; en 597, de 14,44; en 422, de 18 ; de 15,10 en 527. Les Romains tiraient une grande partie des métaux précieux de l’Afrique et de l’Espagne. Sous les Mérovingiens, le rapport est de 1 à 15,57 et sous Saint Louis de 12 ,5. Cette relation moyenne de 1 à 10 et de 1 à 12 continua sans altération sensible. Mais, sous les Croisades, le rapport changea, car à cette époque , pour éviter les donations de terres en gages, la plupart des nations de l’Europe prenaient l’argent comme bases de leurs transactions.
- La découverte de l’Amérique et de ses riches mines apporte en Europe un courant continu de métaux précieux, surtout d’argent, et détermine une révolution économique et monétaire ; cette circulation abondante de L’argent et de l’or produit la constante élévation des prix.
- En 1559, l’Europe reçoit une quantité d’argent énorme comparée à celle qui se trouvait avant dans la circulation; par suite la valeur de l’argent diminue sensiblement. Voici quelques chiffres pour vingt-neuf années prises à diverses époques. En 1544, 1545 et 1604, la valeur de l’or est à celle de l’argent comme 1 est à 12; en 1549,
- 1556, 1401, 1465, 1470, 1482,
- 1509, 1527, 1547, 1549, 1552,
- 1555, 1560 et 1600, comme 1 est à 11; en 1421, 1464, 1545 et 1546, comme 1 est à 10; en 1624, comme 1 est à 15; en 1666, comme 1 est à 14; en 1717,1816, 1849, 1852,
- 1865, comme 1 est à 15. En 1785,1a loi consacra le rapport de 1 à 15,5.
- Il est à noter que la production des métaux précieux est demeurée à peu près la même durant plus d’un siècle. Depuis quelques années la quantité d’or en circulation a augmenté d’une manière très considérable et les mines d’argent ont produit d’énormes quantités de ce métal. Depuis l’année 1492 à 1884, la production universelle de l’or en livres sterling a été de 6 660 000 000 ; le monnayage en or, durant la même période, de 5 295 606 livres sterling. De l’an 1495 à 1850, l’Afrique a produit, en poids, 1 586 000 livres d’or et seulement 99 000 de 1851 à 1875; le Mexique, de 1706 à 1810, a produit 16 102"',582 et 9 400“’,691 de 1811 à 1825. De 1846 à 1856, la production totale en or a été de 1 821 820 kilogrammes ou 1821 tonnes 820 kilogrammes, valant 6 055 175 000 francs.
- La valeur de la production aurifère des Etats-Unis
- d’Amérique, de 1878 à 1880, est de 574 874151 francs, celle de l’empire russe pour l’année J 8 78 de 100 956 000 fr. ; en 1880, l’Australie a produit 6 825 000 000 francs d’or. ' Le rapport légal de 1 à 15,5 ou 1 kilogramme d’or pour 15k,5 d’argent ne répond pas aujourd’hui aux besoins réels du commerce des métaux précieux.
- A. F. Noguès.
- ALLUM0IR ÉLECTRIQUE
- POUR LES UECS DE GAZ
- L’allumoir lort ingénieux de M. Ernest Née permet d’allumer un bec de gaz, en ouvrant simplement le robinet de ce bec. Le bec de gaz porte sur le côté un conllagrateur a étincelle t£extra-courant.
- La tige du conllagrateur mobile avec le robinet, est reliée par la conduite de plomb négatif d’une batterie de 5 éléments Leclanché. En ouvrant le robinet pour rallumage, on provoque une fuite de gaz s’échappant du petit tube figuré sur notre dessin au-dessous et en regard de l’étincelle, qui se produit au moment où la tige abandonne le ressort d’acier relié au pôle positif de la pile par un lil de cuivre isolé; la fuite, une fois enflammée, monte et vient finalement allumer le bec.
- La fuite s’échappant du tube est produite par un trou pratiqué sur le corps du robinet dans le sens de ce tube, et ne donne passage au gaz que lorsque le robinet esta moitié ouvert. A l’ouverture entière, la fuite n’existe plus. Afin d’obtenir une étincelle suf-
- *
- lisante pour enflammer le jet de gaz, on fait passer le courant de la pile à travers un simple électro-aimant, dont l’extra - courant de rupture s’ajoute au courant de la pile.
- Cet allumeur, d’un emploi très commode, s’adapte sur tous les becs de gaz déjà existants ; sa pose est des plus simples ; il a, de plus, le grand avantage de fonctionner avec les piles Leclanché, déjà en service pour les sonneries domestiques.
- Dans ce système on supprime les spirales de platine incandescentes qui ont l’inconvénient de se brûler fréquemment. La pose ne demande qu’un seul fil, la canalisation métallique de gaz formant négatif ou fil de retour. Un seul et même électro peut servir à un grand nombre de becs.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Dec de gaz muni d’un ullumoir électrique du système Née.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 695
- 11 SEPT EM F. KM 1886
- LA NATURE
- LES MONTAGNES RUSSES
- Il s’cst ouvert dans le courant de cette année k Liverpool une Exposition qui se rattache spécialement
- k F histoire des moyens de locomotion et de transport, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours. Il est tout naturel que les organisateurs aient donné aux visiteurs un spécimen des anciennes montagnes russes, qui obtiennent actuellement beaucoup de succès dans
- un grand nombre de localités des Etats-Unis et qui ont fait fureur k Paris pendant de longues années k partir de 1815. Les montagnes russes de Liverpool que nous représentons dans notre première gravure (fig. 1) sont désignées par les Anglais sous le nom de Tobocanning. A l’entrée principale de l'Exposi-14° année. — 2e semestre.
- tion et k gauche de la façade, le visiteur aperçoit un grand plan incliné, recouvert d’un plancher uni. Des petits traîneaux k roulettes peuvent y glisser sur un chemin étroit, limité par des rails formant saillie des deux côtés du parcours. La pente entraîne le visiteur, qui se confie k ce moyen de transport
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- LA NATURE.
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- dans la partie basse de l’Exposition. Le chemin incliné parcouru à toute vitesse a environ 60 mètres de longueur sur 20 mètres de largeur. Il est divisé en six chemins distincts qui permettent h six traîneaux de fonctionner a la fois. Arrivé au bas de la pente, le traîneau glisse sur un sol horizontal, où sa vitesse se ralentit peu à peu jusqu’à ce qu’il puisse être arrêté sans inconvénient contre un obstacle.
- Cette installation intéressante nous a suggéré l’idée de donnera nos lecteurs quelques aperçus peu connus sur les anciennes montagnes russes dont nos pères faisaient leurs délices1. Nous le ferons en réduisant quelques gravures du temps qui sont tout aussi curieuses au point de vue technique, qu’à celui de la mode. Notre figure 2 montre les montagnes russes de la barrière du Houle. Les amateurs montaient par un escalier en haut d’une tour assez élevée ; deux personnes pouvaient tenir dans un petit traîneau à roulettes, que l’on précipitait sur la pente fort raide d’un chemin incliné légèrement concave.
- Fig. i. — Le danger des montagnes russes. (Caricature, de 1820. Très réduite.)
- Les montagnes russes du jardin Beaujon, aux Champs-Elysées, étaient installées beaucoup plus grandement encore (fig. 5). Elles étaient exploitées sous le nom de montagnes françaises et leur installation s’était faite avec des modifications importantes du système habituellement usité. Un médecin de l’époque, le Dr Cottcrel, a donné une description détaillée de ces montagnes françaises*.
- À peine a-t-on franchi, dit l’auteur, les deux pavillons formant l’entrée principale sur l’avenue des Champs-Elysées et quelques groupes d’arbustes, que l’on est frappé de l’aspect imposant d’un vaste cirque qui se présente de profil. 11 est percé d’un triple rang de portiques, en style d’aqueduc, à travers lesquels on aperçoit des masses de verdure d’un effet très pittoresque. D’un pavillon ou tour carrée, de cent pieds de haut et placé à la circonférence, partent en se développant de droite et de gauche, en plan incliné, deux montagnes ou rampes latérales et circulaires construites en bois. Celles-ci décrivent une
- 1 Les montagnes russes tirent leur nom do la Itussio où ce jeu existait depuis fort longtemps.
- 1 Promenades aériennes ou montagnes françaises, considérées sous le rapport de l’agrément et de la santé, par F. Cottcrel. lre édition, Paris, 1817; 2e édition en 1821.
- espèce de cycloïde ou de courbe ovalaire et embrassent une surface de dix-huit cents pieds. Chacune des rampes ou montagnes latéro-curvilignes, large de quinze pieds, est garnie d’une double rainure profonde, espèce de coulisseau élevé de dix-huit pouces, dans lesquels les roues des chars coulent et s’engrènent maintenant, sans en pouvoir dévier ; et d’une galerie de pourtour, ou trottoir parallèle, qui conduit au belvédère : les promeneurs à pied peuvent y passer la revue des charmes qui défilent sons leurs yeux, et nouveaux Paris, adjuger la pomme à la plus belle. Les rampes descendantes ou montagnes latérales, de pins de dix-sepl cents pieds de longueur, après plusieurs ondulations destinées à ralentir ou accélérer la course des chars, viennent finir horizontalement sur le plateau au point du départ. C’est là que sur une estrade en forme d’amphithéâtre, on jouit dans son ensemble du spectacle des courses, de la musique et de la vue des divertissements variés dont se composent les brillantes fêtes de Beaujon.
- De ce point où se réunissent en bas les deux montagnes latérales, s’élève en plan incliné jusqu’au belvédère sur un angle de vingt degrés, une montagne droite ou rectiligne, dite montagne ascendante ou du milieu. Elle est comme l’axe, le grand diamètre de l’ellipse, ou ovale que forme l’édifice. Cette montagne, large de vingt-cinq pieds, et longue avec sa contre-pente, de quatre cent cinquante, porte deux coulisseaux bordés de crémaillères et garnis de doubles tresses, ou fortes cordes plates. Les chars s’accrochent d’eux-méines à ces tresses tournant en rouet, au moyen d’anneaux en fer fixés de distance en distance. On part du bas de la montagne du milieu, s’élevant jusqu’au belvédère, pour descendre par l’une des montagnes ou rampes de coté et arriver au point de départ. L’ascension des chars est déterminée par un manège, mis en mouvement par des chevaux.
- Cette machine est au rez-de-chaussée de la tour ou pavillon du milieu. Les pièces principales sont un grand rouet ou roue horizontale de quatre-vingt-dix pieds de circonférence. Cette roue s'engrène dans une autre appelée lanterne, dont le diamètre a cinq pieds. Elle tourne perpendiculairement sur elle-même, et imprime aux cordages qui enlèvent les chars de bas en haut, un mouvement cinq fois plus accéléré que le sien : en sorte que la vitesse de l’ascension est à peu près celle du grand trot. La descente beaucoup plus rapide, est en raison directe du poids des voyageurs, les chars obéissant alors à la force par laquelle les corps tendent vers le centre commun de gravité.
- On parcourt en vingt secondes, tant en montant qu’en descendant, environ douze cents pieds; en sorte qu’ayant fait trois courses en une minute, ou aura parcouru plus de trois mille pieds, environ quinze lieues à l’heure : vitesse presque égale à celle des ballons.
- Cette vitesse paraissait alors considérable à une époque où les chemins île fer n’existaient pas.
- M. le Br Cotterel recommandait l’exercice des montagnes françaises comme très hygiénique en la considérant au point de vue des bains d'air.
- Il v eut bientôt à Paris d’autres installations du même genre, notamment les montagnes égyptiennes rue du Faubourg-Poissonnière. D’après une gravure que nous possédons, les voyageurs étaient portés en haut du plan incliné par une corde fonctionnant au moyen d’une poulie. Nous citerons encore l’installa-
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- LA NATURE
- tion du saut du Niagara au jardin Huggierv, rue Saint-Lazare. Voici la description qui a été donnée de ce saut du Niagara.
- Lue pente douee conduit aux kiosques.ou plutôt aux ports où le voyageur s’embarque dans une jolie nacelle; du plan horizontal où se trouve alors le navigateur il est doucement enlevé par une bascule et ne commence son voyage que lorsque l’extrémité opposée de cette bascule est descendue au point où commencent les coulisses dans lesquelles roulent les nacelles. Il part avec rapidité et c’est de cinquante à soixante pieds environ du sol qu’il parcourt deux cent quarante à deux cent cinquante pieds en moins de six secondes.
- Nous joignons à ces documents une amusante caricature de l’époque (lig. 4); le dessinateur du temps l’a intitulée : Le danger des montagnes russes.
- Ce jeu amusant n’était pas en effet exempt de périls : de graves accidents survinrent, et après une vogue étonnante, les montagnes russes furent interdites à Paris. Gaston Tissandier.
- LE NIL, SON RÉGIME ET SES IRRIGATIONS
- NOTES DE VOYACE
- Aucun autre fleuve n’a exercé dans le monde une inlluenee égale a celle du Nil, aucun n’a plus d’importance pour les pays arrosés par ses eaux. Pour la longueur du cours, le Congo et le fleuve des Amazones peuvent seuls se mesurer avec lui. Sans le Nil, l’Égypte serait un désert inhabitable, privé de pluie et sans fécondité. La solitude commence à la limite de ses débordements périodiques et de son réseau d’irrigation. En dedans de celte limite, vous voyez une végétation active et des cultures exubérantes; en dehors, des sables arides, un sol nu et calciné. Aussi Napoléon a-t-il pu dire avec raison dans son Mémorial de Sainte-Hélène : « Dans aucun pays l’administration n’a autant d’influence sur la prospérité publique. Si l’administration est bonne, les canaux sont bien creusés, bien entretenus, les règlements pour l’irrigation sont exécutés avec justice, l’inondation est plus étendue. Si l’administration est mauvaise, vicieuse ou faible, les canaux sont obstrués de vase, les digues mal entretenues, les règlements de l’irrigation transgressés, les principes du système de l’inondation contrariés par la sédition et les intérêts particuliers des individus ou des localités. Le gouvernement n’a aucune inlluenee sur la pluie ou la neige qui tombe dans la Beauce ou dans la Brie ; mais en Égypte le gouvernement a une influence immédiate sur l’étendue de l’inondation qui en tient lieu. C’est ce qui fait la différence de l’Egypte administrée sous les Ptolémées, de l’Egypte déjà en décadence sous les Romains et ruinée par les Turcs. »
- Toute la prospérité du pays dépend donc de la régularité et de l’étendue des irrigations artificielles
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- par les canaux ou de l’inondation sous l’effet des crues naturelles du lleuve. Ces crues régulières, comme la marche des saisons, tiennent au régime des pluies dans la zone équatoriale où le Nil a ses sources. La principale branche du grand courant d’eau parait elle le Chimijon, qui jaillit par 5° de latitude sud. Ainsi la longueur du lleuve atteint environ 7000 kilomètres, dont 5400 sont navigables, sauf de faibles interruptions au passage des cataractes entre Üuady-llalfa et Dongola, Abou-Hammed et Barkal. Nous connaissons la région de ses sources seulement depuis le milieu du siècle actuel. Pendant deux mille ans, toute une succession d’explorateurs ont cherché à découvrir sa tète et les causes de ses crues périodiques. Aux yeux des anciens Egyptiens, ce double problème était un mystère sacré dont l’homme devait être instruit seulement après avoir été dégagé de son enveloppe terrestre, dans l’autre monde. Par suite du soulèvement des Madhistes, je n’ai pu moi-même continuer sans trop de risques mon voyage sur le Nil au delà des avant-postes anglais à Koscbeh. Nous devons donc nous borner ici à jeter un coup d’œil rapide sur la géographie de la région des sources et des affluents, dans la mesure nécessaire pour fixer l’intluencc de ceux-ci sur le régime du grand fleuve et les pulsations de cette artère vitale de l’Egypte.
- Le Nil égyptien, formé de la réunion des deux grandes brandies du lleuve Blanc et du fleuve Dieu, près de la ville de Khartoum, a un parcours de 5000 kilomètres à travers une région pour ainsi dire sans pluie jusqu’aux embouchures de Damiette et de B ose t. le, dans la Méditerranée. Au Caire, la quantité de pluie annuelle s’élève à 54 millimètres à peine, contre une moyenne de 205 millimètres à l’observatoire d’Alexandrie au bord de la mer, tandis que dans la Haute-Egypte et en Nubie elle tombe seulement à de longs intervalles, en quantité insignifiante. Aussi bien, le fleuve reçoit sur toute la longueur de son cours, en aval de Khartoum, un seul affluent, qui est l’Atbara, venu des montagnes du Taka. Au lieu d’augmenter, suivant l’ordre habituel des choses, le volume des eaux du Nil ou le débit diminue, en traversant un territoire qui en absorbe une bonne partie, faute d’une alimentation régulière, à laquelle ne peuvent suppléer quelques averses tombées en hiver entre la rive droite et le littoral de la mer Rouge. Par suite, le fleuve, quoique coulant dans un lit unique, resserré entre des hauteurs rocheuses, ne présente nulle part l’aspect majestueux des grands cours d’eau de la Russie d’Europe. Après Khartoum, il n’atteint une largeur de 1000 mètres que sur un point, après le confluent de ses deux branches principales, puis encore avant de se séparer en deux autres branches au Caire, à la tête du Delta. Plus haut, le Nil Blanc dépasse cette largeur sur un long parcours, en amont de son confluent avec le Nil Bleu. Aux pertes subies par l’infiltration, s’ajoutent celles de l’évaporation. Très probablement les oasis de la Libye s’alimentent par
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- LA NATURE.
- le Nil nubien et, tout le réseau des canaux d’irrigations de l’Egypte lui enlève également une masse d’eau considérable.
- Linant de Bellefonds, qui a été longtemps chargé de la direction des travaux publics au Caire, évalue à peu près au tiers de son débit au Djebel Selseleh, en temps de crue, les pertes du Nil avant, sa bifurcation à la tète du Delta. Des observations simultanées laites le même jour au Caire et au Djebel Selseleh indiquent un débit de 1 094 540 000 mètres cubes en vingt-quatre heures au seuil de Selseleh, dans la Haute-Egypte contre 705 588 000 seulement au Caire. A leur confluent, le Nil Diane et le Nil Bleu présentent une section qui est dans le rapport de 5 à 1 pour la largeur et la profondeur. Mais la proportion du débit respectif des deux branches se modifie beaucoup par l’afflux subit des eaux du fleuve Bleu, dès que la saison des pluies commence dans les montagnes de l’Abyssinie. Le Nil Bleu est un cours d’eau torrentiel, qui monte brusquement et enlève tout ce qu’il rencontre sur son passage, sous l’effet d’une forte pente.
- Les indigènes l’appellent '
- Balir-el- Azrek, fleuve bleu, c’est-à-dire l’eau sombre et trouble, en opposition avec le nom de Balir-el-Abiad,//euu’c blanc, l’eau transparente et claire, filtrée au passage de grandes étendues de roseaux et qui a déposé son limon à la traversée des lacs servant de bassins de décantation. Plus régulier , le Bahr-el-Abiad entretient le débit du Nil pendant la saison d’été, tandis que le Bahr-el-Azrek fournit l’appoint des crues pour l’inondation et devient le principe fécondant du sol de l’Égypte.
- Comparés entre eux, le Nil Blanc et le Nil Bleu présentent ainsi des caractères distincts. Malgré son influence sur la crue annuelle au nord de Khartoum et en Égypte particulièrement, le second présente un débit moyen annuel inférieur à celui du premier et la longueur de son cours est de moitié moindre. Le Nil Blanc a un lit unique bien loin en amont de Khartoum. Démontant son cours jusqu’à 9° de latitude, on rencontre comme premier affluent important le Sobat, pareil à l’Atbara, et qui représente en petit la nature du Nil Bleu, se précipitant comme celui-ci des plateaux au sud de l’Abyssinie. Peu après l’embouchure du Sobat, débouche, sur la rive opposée du Nil Blanc, le Bahr-el-Ghazal, rivière presque sans courant, bassin collecteur d’une quantité de cours d’eau dont les sources se trouvent à l’intérieur des pays des Nianmiam et des Kredji, entre 4° et 5° de latitude nord. Au-dessus du confluent du Bahr-el-Ghazal et du Sobat, Je Nil Blanc
- reçoit encore le Bahr-cl-Gebel, pour se rétrécir ensuite et cesser d’èfre navigable après 5° de latitude. Une suite de cataractes étagées les unes au-dessus des autres entravent son cours jusqu’à sa sortie du lac Mwoutan, l’Albert Nianza des Anglais, en communication par un autre bras d’eau avec le lac Oukerewe ou Victoria-Niauza, situés le premier à 850, le second à 1160 mètres d’altitude.
- Depuis Khartoum jusqu’à la mer, la vallée du Nil peut être considérée comme un tout continu, au sol limoneux tenant sa fertilité du dépôt des allu-vions fournies par les montagnes d’Abyssinie. Le niveau du fleuve à Khartoum atteint 578 mètres au-dessus de la mer, avec une largeur de la vallée qui ne dépasse jamais 15 kilomètres en Nubie, ni 50 kilomètres en Egypte. Des talus plus ou moins escarpés, atteignant par place 500 mètres d’élévation, enlacent cette vallée comme un mur à peu près continu sur les deux rives, pareils aux parois d’un chenal, entaillés dans les plateaux de grès crétacé à partir du Djebel Selseleh et de calcaire nummuli-
- tique de l’Egypte supérieure et moyenne. La zone cultivable ne dépasse pas le fond de la vallée et prend sa plus grande étendue au nord de Girgch. Quant à la puissance du dépôt d’al-luvion limoneux , elle varie entre 10 à 12 mètres d’épaisseur, pour s’élever entre 15 et 16 mètres à la tète du Delta, du côté de Ca-lioub, où le limon du Nil descend même au-dessous du niveau de la mer. Si profond que soit le lit du fleuve, les berges de limon dépassent le niveau des basses eaux dans la Haute-Egypte de 8 mètres et de 4 mètres au Caire. Dans la Basse-Égypte, jusqu’à la tête du Delta et aux approches du Caire, le limon du fleuve repose sur une couche de sable marin et a rempli une sorte d’estuaire qui s’avançait, à l’époque pliocène, en place du Delta actuel. Par sa composition, ce limon parait unique sur toute la terre; à l’état frais, il se compose, d’après les analyses de Degnault, sur 100 parties, de 65 parties d’eau et de sable, 18 de carbonate de chaux, 9 de quartz, de silice, de feldspath, de hornblende et d’épidot, 6 d’oxyde de fer, 4 de carbonate de magnésie. Le puits à balancier et à manège, chadoulês et saghiehs, pour l’irrigation des cultures riveraines, sont creusés dans cette terre, le long des berges du fleuve.
- Quel est l’accroissement annuel ou séculaire des dépôts de limon du Nil? Personne ne saurait répondre à cette question d’une manière satisfaisante. Les observations faites donnent des résultats différents suivant les localités auxquelles elles se rapportent.
- Mètres
- laute jp dies crues
- Tableau des crues et étia^es du Nil.
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- Ce que l’on constate sûrement, c’est qu’après chaque inondation le sol des rives est couvert d’une pellicule de terre noire, a laquelle s’ajoute, après chaque crue annuelle, une couche nouvelle. Ce que l’on voit encore, c’est que beaucoup de monuments, dans toute la longueur de la vallée du ileuve, ont aujourd’hui leur base à plusieurs mètres au-dessous du niveau de scs eaux. Ainsi les socles des deux colosses de Memnon, dans la plaine de Kournah a Thè-bes, sont enterrés presque entièrement sous les couches de limon, à o mètres au-dessous de la surface du sol environnant qui est inondé chaque année. Chaque année aussi le temple de Kar-nak est maintenant atteint par les eaux d’inondations, et, si l’édifice voisin des obélisques de Louksor était déblayé de ses décombres actuelles, les eaux s’y élèveraient à une hauteur de plusieurs mètres. Les ingénieurs de l’expédition française de 1798 évaluent à 120 millimètres l’exhaussement séculaire du territoire par les dépôts de limon, observation confirmée par une étude spéciale de sir Gard-ner Wilkinson sur cette question. Comme cependant les conditions extérieures de l’inondation du sol de l’Egypte n’ont pas changé depuis Hérodote, d’une manière appréciable, la hauteur ordinaire des crues restant la même, il s’ensuit que le lit du fleuve s’exhausse d’une quantité à peu près égale à l’exhaussement général de la vallée.
- À Semneh, en Nubie, j’ai remarqué au-dessus de la troisième cataracte des inscriptions hiéroglyphiques gravées sur les rochers, d’après lesquelles, sous la douzième dynastie des rois d’Égypte, il y a qua-
- rante siècles, le Nil montait à 7 mètres au-dessus du niveau des liantes eaux actuelles. De ce côté, nous sommes en présence d’un abaissement de niveau, au lieu d’un exhaussement. Mari ette attribue ce changement à des travaux exécutés par les princes du moyen empire, soit pour régulariser les inondations, soit pour d’autres motifs assez difficiles à expliquer. Un fait plus facile à reconnaître, c’est que le Nil,
- comme nos lleu-ves de France et d’Allemagne, corrode ses rives sur certains points et les accroît sur d’autres par des atterrissements. Pour déterminer la proportion exacte de l’accroissement annuel des dépôts, il faudrait fixer la quantité de matières solides charriées par les eaux, ce qui n’a pas été fait encore. Pin remontant le cours du Ileuve, on voit la hauteur des berges s’accroître jusqu’au - dessus de la seconde cataracte, entre Ouady - Haïfa et Semneh. Dans les parties inférieures du Delta, ces berges dépassent à peine les basses eaux de 2 mètres. Elles ont 6 à 7 mètres à partir du Caire et arrivent graduellement au - dessus de 10 mètres dans la Haute-Égypte. Pour une inondation suffisante, pour que les eaux sortent assez de leur lit, il faut que la crue du Nil marque de 22 à 24 coudées, au nilomètre de Rhoda au Caire, au lieu de 16 coudées indiquées par Hérodote pour une époque éloignée de 5000 ans.
- La crue du Nil dépend de l’abondance des pluies sur les montagnes de l’Abyssinie, plus que dans la région des grands lacs, dont le régime est plus régulier. Elle commence a se faire sentir au Caire vers le milieu de juin et continue jusqu’en octobre. Dans
- Fig. 2. — Chadoufc du Kil, pour l’irrigation. (D’après une photographie.)
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- In première moitié de juin, un léger afflux se manifeste, suivi d'une hausse rapide à partir du 15 juillet. Avant la crue, l’eau perd peu à peu sa transparence pour prendre une teinte verdâtre et devenir rouge, couleur de sang. AucnHi trouble ne marque d’ailleurs le mouvement d’ascension, ni d’attaque violente des terres riveraines. Vers la fin de septembre le niveau paraît à peu près stationnaire pendant trois ?i quatre semaines. En octobre, le maximum est atteint, avec quelques oscillations alternatives en hausse et en baisse, après quoi la baisse s’accentue de plus en plus rapide. Dans l’intervalle du"mois de janvier au mois de mars, les champs inondés se remettent a sec et les eaux reprennent, vers la fin de-mai, leur niveau le [dus bas.
- Depuis des siècles, la crue du Nil se mesure chaque jour, du début à la fin, au nilomèlre de l’île de Rhoda, vis-à-vis du Vieux-Caire. En autre fluvio-mètre ancien se trouve à l’île d’Eléplianline, en face d’Assouan, et, dans les dernières années, on a commencé à enregistrer les hauteurs de l’eau au grand Barrage. Ces mesures permettent de juger de l’élévation des eaux au point et dans la localité de chaque iluviomètre; on ne peut déduire la hauteur générale dans toute l’Egypte par les seules indications du fluviomètre de lllioda. Si, dans l'antiquité, une crue de 16 coudées au Caire assurait un arrosage suffisant, pour arroser complètement la Jlaute-Egvpte, il faut, de nos jours, que le nilomèlre marque 24 à 25 coudées, pour l’Egypte moyenne, 20 coudées, pour la basse, 10 coudées. D’après binant de Belle-fonds : « Au Caire, quelquefois, le nilomètre indique jusqu’à 25 coudées, .quoique dans la Haute-Égypte la crue n’ait encore atteint que 20 ou 22 coudées; cela provient de l’écoulement, dans le fleuve, des eaux d’un grand bassin situé à quelque distance en amont du Caire; mais on voit qu’il s’agit ici d’une crue momentanée accidentelle; ainsi il peut aussi .arriver que tout à coup il se produise une baisse au nilomètre de Rhoda, si un canal vient à être ouvert, si une digue se rompt à quelque distance en aval ou en amont du Caire. Les grandes crues, qui atteignent réellement jusqu’à 24 coudées et plus, ne sont pas toujours les meilleures ; et pour qu’elles soient parfaitement bonnes, il faut, qu’avec cette grande hauteur, les eaux restent environ quinze à vingt jours à peu près stationnaires; car il leur faut le temps de remplir tous les grands bassins d’inondation et de couvrir toutes les terres au moyen de saignées faites au fleuve par des canaux, ainsi qu’aux digues qui retiennent les eaux. » Ajoutons que, par suite des changements survenus dans l’aménagement de tous les canaux d’irrigation et les modifications de la culture, les indications du nilomètre de Rhoda ne permettent pas d’établir des conclusions rigoureusement comparables entre elles. D’après les cotes données par le mesurier de Rhoda à la mission de l’expédition française pour la période de 1755 à 1798, le maximum de cette période a été de 24 pics et 12 kirats, le minimum de 18 pics et
- 2 kirats. Dans le courant du siècle actuel, suivant un relevé que nous devons à l’obligeance du ministère des Travaux Publics au Caire, les plus hautes eaux du fleuve ont atteint 26 pics et 12 kirats, ou 15™,89 pendant la crue de 1874; les eaux les plus basses 5 pics et 22 kirats, soit 5IU,10 à l’étiage de 1878. Le pic ou coudée du Nil, dira nili, mesure 0m,5241, et se divise en 24 kirats. Les observations de l’année 1862 manquent, et nous n’avons pu les porter dans notre tableau des hauteurs annuelles, réduites en mesures métriques pour les crues et les éliages de la période de 1825 à 1885.
- Charles Grad,
- Ooriv.spoiulaiil de l’Institut.
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- L’ÉLECTRICITÉ ATMOSPHÉRIQUE
- A I.’ OBSERVATOIRE D’ODESSA
- Depuis le mois d’octobre de l’année 1885 des observations régulières sur l’électricité atmosphérique ont été organisées à l’Observatoire météorologique de l’Université à Odessa. Dans une salle du troisième étage se trouve
- ôOctobre 10 Pt. i5
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- Spécimen des courbes de l’élcctromèlre enregistreur de l’0l>servatoire d’Odessa.
- installé un collecteur isolé et rempli d’eau ; ce collecteur est muni d’un long tuyau qui sort au delà de la fenêtre sur une longueur de lm,50; la hauteur du point où le fil d’eau se brise en gouttelettes est de 14m,6 au-dessus de la surface du sol; le collecteur se charge par influence, et sa tension électrique (le potentiel) est égale à celle de la couche d’air où le fil d’eau se disperse en gouttes. Au moyen d’un fil conducteur isolé le collecteur est uni à un électromètre à cadran de M. Thomson, modifié par M. Mascart. On lit les déviations de l’électroinètre dans une lunette à l’échelle divisée en millimètres. Pour convertir les résultats observés en valeur absolue, on détermine de temps en temps les déviations produites par une batterie de 50-120 éléments (cuivre-zinc-eau distillée),dont le pôle négatif est joint au sol. Les valeurs absolues des tensions électriques (des potentiels) pendant les jours sereins ont éprouvé des oscillations depuis 90 (le 26 octobre 1885, point de vent) jusqu’à 270 éléments cuivre-zinc-eau distillée (le 9 décembre); le 10 décembre, accompagnée d’un vent méridional, la tension s’est elevée jusqu’à 1500 éléments. Le 16 janvier de l’année 1884, sous un ciel sans nuages, un léger brouillard et une température assez basse, l’aiguille marquait 820 divisions de
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- l'échelle, ce qui équivaut a 24600 éléments en supposant une proportionnalité entre les indications de l’échelle et le potentiel ; le 19 janvier, par un temps couvert et froid l’aiguille durant trois minutes marquait, au delà de l’échelle, ce qui équivaut à une tension de plusieurs milliers d’éléments.
- L’étude de l’électricité atmosphérique se complique à cause d’une très grande variabilité de la tension. La différence des potentiels mesurée par l’électromètre oscille dans des limites considérables; une étude rigoureuse et parallèle de l’électricité atmosphérique et des phénomènes météorologiques ne peut être fructueuse qu’avec des appareils enregistreurs. Comme exemple de grandes oscillations nous pouvons citer les observations faites le 51 décembre 1885.
- Midi et 50*. 2100 éléments. Midi et 39’. 5090 éléments.
- — 31'. -1200 — — 40'. 5300 —
- — 52'. 5000 — — 41'. 2700 —
- 55'. 5150 — — 42'. 1950 —
- — 5i'. 5090 — —• 45'. 1050 —
- — 53'. 5900 — — il’. 1110 —
- — 56'. 1500 — — 45'. 1350 _
- — 57'. 4520 — — 40'. 1320 —
- — 58'. 4030 — — 47'. 1290
- 11 faut également remarquer la tension que nous avons indiquée plus haut dont la différence des potentiels en dix minutes avait indiqué un changement depuis 24600 jusqu’à 1050 éléments. Mais les déviations observées le 19 janvier sont particulièrement intéressantes; je note ici ces déviations en divisions de l’échelle (le point de l’équilibre est 500).
- Midi et 50'. 890 éléments. Midi et 40'. 730 éléments.
- — 31'. 790 — -- 47'. 700 —
- — 52'. 710 — — 48'. 720
- — 33’. 600 —- — 49'. 713 —
- — 3-1'. 535 — — 50'. 098 —
- — 35’. 492 — — 51'. 800 —
- — 30'. 477 — . — 52'. 900 —
- — 37'. 492 — . — 53'. au-delà de l’échelle.
- — 58'. 523 — — 51'. —
- — 39'. 090 __ — 55'. —
- — 40'. 720 — — 50'. 930 éléments.
- — il'. 780 — — 57'. 770 —
- 42’. 790 — — 58'. 071 —
- — 43'. 090 — — 59'. 005 —
- il'. — 45’. 025 050 — 60'. 654 —
- D’autres fois au contraire nous avons observé des calmes électriques, pour ainsi dire; par exemple, le 27 décembre (1883), par un temps couvert et un vent faible, l’aiguille de l’électromètre, pendant 50 minutes marquait 2 divisions de l’échelle. Le 23 octobre 1883, durant une heure entière, on observait toujours la même division (504). En général un plus grand équilibre se fait observer exclusivement avec de faibles déviations ne dépassant point 5-6 divisions.
- Les observations faites à Odessa ont démontré qu’il existe des rapports intimes entre la marche de la pression atmosphérique et les changements du potentiel électrique; les mouvements cycloniques de l’atmosphère trouvent, pour ainsi dire, un écho fidèle dans les indications de l’électromètre. Le brouillard, la fumée, la poussière, les dépôts atmosphériques, tombés même à une certaine distance du point de l’observation, peuvent en partie masquer à nos yeux la marche régulière du phénomène ; mais malgré tout, même des observations de peu de durée suflisent à démontrer le reflet des grands mouvements atmosphériques dans la marche du potentiel électrique. Le tableau ci-joint reproduit les courbes enregistrées à la station de l’Université d’Odessa.
- Les jours sont marqués le long de l’axe horizontal ; les courbes MM et N .N figurent la marche de la pression au mois d’octobre et de décembre 1883; on peut juger de l’échelle des ordonnées par les divisions placées à gauche; les courbes I'P et RR nous donnent graphiquement les variations de l’éleclromètre, exprimées par le nombre des éléments cuivre-zinc-eau distillée (l’échelle à droite) ; la lettre C indique les jours de cyclones à Odessa, les lettres PI, Ng, Br servent à indiquer la pluie, la neige et le brouillard ; au mois de décembre plusieurs ordonnées (le 10, le 12-13, le 20-23) ne sont point marquées, caria tension de ces jours a été extraordinaire (plus de 600 éléments). Les courbes MM et PP, comme on le voit sur le diagramme,sont à peu près parallèles; presque toutes les ondulations de la courbe MM correspondent à celles de la courbe PP ; la même coïncidence se fait remarquer au commencement du mois de décembre ; il n’y a d’éloignement que le 12-15, le 20 et le 29-50 décembre ; mais il faut remarquer que le 15, le 18, le 22 et le 23 il y avait des brouillards qui augmentaient les potentiels, tandis que les derniers jours du mois de décembre il a neigé ; le 27-28 décembre il a neigé à Odessa et le 29-30 il y a eu de forts tourbillons de neige le long du chemin de fer sud-ouest entre Odessa et Birzula. Mais nous avons remarqué que les dépôts atmosphériques sont toujours accom-gnés et quelquefois précédés d’un abaissement très accentué de la courbe électrique ; souvent en temps de pluie la tension change de signe et devient négative (le 12 et le 19 octobre, le 4, le 11, le 16, le 24 et le 27 décembre).
- Alexandre Klossofsky, Directeur de l’Observatoire météorologique d’Odessa.
- LES CYNGHÀLÂIS
- AU JARDIN D’ACCLIMATATION DE PARIS
- Il y a trois ans, le public parisien a déjà eu l’occasion de voir une exhibition d’habitants de l’île de Geylan au Jardin zoologique d’Acclimatation de Paris. La Nature a publié à cette époque une notice ethnographique à laquelle nous renverrons nos lecteurs 1.
- La caravane qui se trouve actuellement au Jardin d’Acclimatation est beaucoup plus complète que celle de 1885; elle offre un intérêt tout particulier par le nombre d’objets curieux dont elle est accompagnée et par les exercices auxquels se livrent tous ceux qui la composent. La caravane comprend soixante-dix Gynghalais : cinquante-sept hommes et treize femmes. Il se trouve parmi eux des prêtres de Bouddha, des médecins, des jongleurs indiens, des danseurs et des charmeurs de serpent.
- Douze éléphants, dont une femelle allaitant son petit, quatorze zébus trotteurs attelés, et divers animaux du pays complètent cette exhibition considérable.
- Les éléphants dressés au travail, sous la conduite de leurs mahouts, à cheval sur leur cou et armés de leurs tridents, exécutent les travaux de force les plus curieux, transportant des troncs de bois énormes,
- 1 Vov. n" 530, du 28 juillet 1885, p. 151.
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- LA NATURE
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- des pierres pesantes, et les alignant avee adresse et précision.,
- Rien n’est, pins intéressant (pie de les voir obéir à leur cornac, soulever des poutres attachées à leur corps ou les rouler avec leur trompe. Les attelages
- de zébus trotteurs complètent très heureusement cette scène pittoresque qui reconstitue comme un coin de l’ile de Ceylan (flg. 1).
- Au milieu de l’enceinte réservée aux Gynghalais, se dresse le temple de Bouddha. Deux gardiens
- Fig;. 1. — Eléphants portant ou roulant des poutres, et attelages de zébus.
- en surveillent constamment l’entrée sous deux dais où ils sont placés de chaque côté de l’entrée. Ces gardiens restent parfois dans un état d’immobilité si complet qu’on les croirait en cire (tig. 2).
- Les hommes cynghalais ont une physionomie douce, et souvent charmante, la taille est souple et line, les membres nerveux, la peau magnifique et bronzée ; quelques-uns d’entre ceux que l’on voit au Jardin d’Accli-matation sont d’une réelle beauté. La barbe est claire, la chevelure, brillante et lisse, forme derrière la tète un chignon piqué d’une aiguille d’or, donnant a ces hommes un aspect féminin. Les femmes ont une physionomie expressive; moins élégantes de taille que les hommes, elles sont couvertes de bijoux étincelants.
- F i cr
- il-,.
- L’agilité des habitants de Ceylan est remarquable. On peut en juger par les différents exercices auxquels ils se livrent devant les visiteurs, et dont les plus intéressants d’entre eux sont groupésdans notre grande gravure (lig. 5). Voici d’abord l'exercice du bâton pratiqué par deux solides gaillards s’escrimant avec une rapidité et une précision étonnantes. Voici des Cynghalais qui exhibent des singes savants ou des léopards. En voici d’autres qui se livrent à la danse. Les danses sont d’un rythme gracieux, celle des bâtons où le chef est perché au milieu des danseurs sur des échasses est particulièrement curieuse ; son exécution offre un tableau d’un aspect très original. Nous avons remarqué aussi les femmes accroupies jouant ensemble du tambour qu’elles frappent
- Le temple tle Bouddha.
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- Les Cyn^lialais au Jardin
- cl’Acclimatation de Paris.
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- LA NA TU RL.
- de la main. Les tambourins, les iifres et les cornemuses se joignent à cet instrument, et forment un orchestre en définitive assez mélodieux. Au milieu de notre grand dessin est tigurée une scène de comédie cynghalaise oii l’on voit les acteurs en grand costume.
- Le charmeur de serpent indien est en même temps un prestidigitateur hors ligne; il escamote un œuf avec une dextérité inouïe, et fait disparaître la muscade sous des petits gobelets, tout comme l’aurait fait Robert lloudin.
- L’exhibition se termine par la procession du Perra-herra : tous les Cynghalais et leurs prêtres défilent en grand costume, précédés d’un éléphant richement caparaçonné. Douze éléphants chargés de draperies flottantes viennent à la suite, avec des groupes de lutteurs et de danseurs, se livrant à des mimiques religieuses. Des cymbaliers aux riches tuniques et aux coiffures étonnantes ferment- la marche. Ce cortège est très luxueux et donne assurément une idée des décors de l'extrême Orient.
- Dr Z....
- TREMBLEMENTS DE TERRE
- Le 27 août 1886, plusieurs secousses de tremblement de terre ont été ressenties en Sicile, à Malte, dans le sud de l’Italie et dans la Grèce. Dans ce dernier pays, le phénomène a présenté un caractère spécial de gravité. Plusieurs bourgades ont été ruinées, et on compte de nombreuses victimes. — Le 1er septembre, des secousses violentes ont ébranlé le sol de toute une partie du territoire des Etats-Unis, sur tout le littoral del’Ala-bama à New-York. Les secousses ont été particulièrement violentes à Pittsburg, Cincinnati, Cleveland, Détroit et Indianopolis et surtout à Cliarleston dont les dépêches annoncent en partie la destruction. Chicago a été également touché par le lléau, mais très légèrement; rien n’est signalé plus loin à l’ouest. A New-York et à Brooklyn, les secousses ont duré quelques secondes.
- Nous nous réservons de revenir postérieurement sur le tremblement de terre américain. Nous publierons ici quelques documents sur les phénomènes observés en Dalie, d’après une note que nous recevons de M. Jean Platania, notre correspondant d’Aciréale, en Sicile. D’après ce qu’écrit M. le professeur 0. Silvestri, une première secousse, dont la durée a été de huit secondes environ, a eu lieu le 27 août, à 40 h. 55 m. du soir; après deux à trois secondes d’intervalle, une seconde oscillation s’est produite de plus longue durée : environ dix-huit secondes. Les appareils sismiques, à Catane, montraient, par leurs courbes graphiques, que la direction des secousses a été de l’est à l’ouest, avec des vibrations plus légères, dans le sens du sud au nord. A Naples, d’après ce qu’écrit M. le professeur Palmieri, la première secousse, de la durée de dix secondes, commença par un mouvement ondulatoire, dans le sens de S. E. à N. W., et finit avec un mouvement sussultoire ; après quinze secondes une secousse sussultoire, de plus brève durée et de moindre intensité, eut lieu. Des bruits souterrains ont accompagné l’ébranlement du sol ; ils ont été entendus presque partout en Sicile et dans l’Italie méridionale.
- PIANO A RÉSONNATEUR MÉLODIQUE
- « Les lois physiques de la musique, moins connues que les lois mathématiques, armeront un jour le compositeur de pouvoirs nouveaux, en le dotant d’instruments supérieurs aux instruments actuels. » C’est en réalisation de celte prévision géniale de Balzac, que M. Lucien Lescuyer, acousticien émérite, a imaginé de combiner les sons du piano d’une manière plus agréable à T'oreille, en remédiant sans dénaturer l’instrument, au défaut qui lui est inhérent : la maigreur des notes du médium et du chant, par comparaison avec l’ampleur des basses; ce qui constitue un défaut d’égalité, en même temps qu’une frappante anomalie par rapport à la voix humaine, prise comme instrument typei.
- L’art musical n’étant, en somme, dans son essence et sa pratique, qu’une application plus ou moins inconsciente des théorèmes de la science, il était nécessaire de remonter à ce principe supérieur et absolu, trop méconnu en facture jusqu’ici, que : « Tout son, dont les harmoniques ne peuvent se développer librement, est pauvre et peu musical. » Or la plupart des sons du piano, les principaux surtout, étant dans ce cas, l’inventeur, pour l’amélioration de ces sons secs et sans durée, à du faire ressource de la loi physique, qui fait que quand deux instruments à cordes, à l’unisson, sont placés à une certaine distance l’un de l’autre, ils vibrent sympathiquement : autrement dit, par influence ou transmission vibratoire.
- De là, sa conception d’un résonnateur, sorte de harpe métallique double (fig. 4, 2 et 5) qui, munie d’une table d’harmonie, et montée sur ses deux faces de cordes à l’unisson de celles à renforcer dans le piano (du la 2 au mi 4) se place dans la charpente de cet instrument, derrière la table d’harmonie des pianos droits (fig. 4 et 5) et au-dessous de celle des pianos à queue où elle vibre, impressionnée par les cordes frappées de l’instrument.
- L’addition de cet organe ne change absolument rien au mécanisme du piano, non plus qu’au jeu de l’exécutant, qui, pourvu d’un légato plus complet comblant surtout les vides existant entre les notes du médium et du chant, n’a plus besoin d’user de la pédale forte, dans l’exécution des mélodies à mouvement lent et à notes soutenues; et la science établissant par surcroît que les sons sympathiquement évoqués sont les plus purs et les plus doux, rien ne saurait donc être plus propre au rendu expressif des cantilènes.
- Dans l’emploi de la pédale sourde, l’attaque des sons étant adoucie et comme fondue par l’intensité des harmoniques du résonnateur, on obtient, en même temps que des sons soutenus, des demi-teintes
- 1 Ceux de nos lecteurs que la question intéresse spécialement peuvent se reporter aux articles du Temps, en dates du 23 lévrier et du 8 juin 1885, où M. J. Weber, critique musical de ce journal, a traité la question en détail, a.vec sa compétence et son autorité habituelles, au triple poinl de vue : acoustique, musical et esthétique.
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- d’une fluidité et d’une fraîcheur idéales, notamment dans les imitations de flûte et de harpe.
- Ces importants résultats ont été constatés en ces termes par M. J. Weber : « Ce qu’on ne peut nier dès l'abord, c'est que les sons principaux, auxquels correspondent ceux de la petite harpe sympathique, gagnent une pureté de timbre, une douceur et un charme surprenants... »
- « Pour répondre aux objections qui seprésentent, je dirai qu'il n'en résulte pas de disproportion entre ce que j'appellerai la partie privilégiée du piano et le reste , car par suite des lois de vibration par influence, les .mis graves profitent plus ou moins de la vibration des cordes ajoutées et les sons aigus en bénéficient aussi, dans une certaine mesure. »
- 11 ajoute encore : « Le résonnateur donne plus de douceur et de moelleux à l'échelle des sons dans l'aigu comme dans le grave. »
- La déduction logique de cotte dernière constatation est que non seulement T instrument devient plus mélodieux, mais à la fois encore, plus harmonieux dans tout son ensemble. Effectivement, dans le résonnateur (de 0,n,85 X 0™,25 X0m,09) combiné conformé- i ment à notre dessin, les vingt notes principales présentent, par 4 cordes à la note, 80 cordes qtiu indépendantes du clavier, développent, k chacune, des notes touchées du piano, des harmoniques multiples donnant aux accords une ampleur surprenante. U est impossible de comparer la qualité, la beauté du son, résultant de cet accroissement de richesses harmoniques, sans confusion, aux effets qui pourraient être obtenus k l’aide d’un piano dépourvu d’étouffoirs ; car indépendamment de l’augmentation de 80 cordes aux vingt notes principales du chant (qui n’en ont, elles, que 60 dans le piano) le vide résultant de la séparation entre la table d’harmonie de l'instrument et celle du ré-
- sonnateur, constitue un corps sonore, équivalent k celui des instruments k archet, qui donne aux sons une couleur et un velouté se rapprochant de ceux du violon et de la voix humaine. Le résultat, en résumé, si l’on considère le piano comme un simulacre d’orchestre, équivaut selon nous, k l’introduction de violons manquants k un orchestre, voire même de ténors k un chœur : les voix récitantes et chantantes de l’instrument, celles qui sont appelées k former les lignes, le dessin des compositions, et conséquemment k donner les effets les plus variés et les plus
- brillants, étant alors en nombre suffisant, dans leur intensité e, pour n’êtreplus noyées par la puissance de son des basses.
- Conclusion : les vibrations du résonnateur donnant aux sons, en même temps que la rondeur et le velouté, une durée double de celles des sons du piano ordinaire, le compositeur pourra plus librement donner carrière
- k son inspiration mélodique, sans être forcé de retomber si tôt dans la virtuosité, dont les étefnelles fioritures avec leur déluge de notes, choquent la délicatesse de notre goût. Nous devons ajouter qu’une pédale spéciale , placée entre celles existantes déjà au piano, gouverne un étoulfoir qui sert k annuler l’effet du résonnateur dans le cas de passage rapide d’un accorda un autre, et dans l’exécution d’un scherzo ou d’un staccato.
- LE GAZ A L’EAU
- FOUR AMÉRICAIN DE STRONG. — APPAREIL DOWSON
- Un a beaucoup parlé, il y a quelques mois, d’un procédé, proposé par MM. llembert et Henry, pour la fabrication du gaz hydrogène pur, applicable k l’éclairage. L’idée, nous devons le dire immédiatement, n’était pas nouvelle, et, si elle a attiré l’attention, c’est précisément parce quelle remontait déjà k une date assez éloignée. Peu de personnes se rap-
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- pellent la tentative faite à Narbonne, vers 1836, pour l’éclairage de cette ville avec le gaz à l’eau.
- Rappelons brièvement le principe du système. Lorsqu’on fait arriver de la vapeur d’eau sur du coke incandescent, on sait que l’on obtient un mélange d’hydrogène, d’oxyde de carbone et d’acide carbonique, suivant la formule :
- 4H0 H- 50 = 411 + 2CÜ + COL
- MM. Ilembert et Henry traitent ce mélange de gaz par la vapeur d’eau surchauffée ; l’oxvde de carbone se transforme en acide carbonique aux dépens de l’eau, et il se dégage un nouvel équivalent d’hydrogène
- 110-h CO =: CO2-h IL
- L’acide carbonique est séparé au moyen de la chaux, et il reste de l’hydrogène pur.
- Ce procédé, rigoureux en théorie , devient défectueux dans la pratique, en raison des frais élevés auxquels entraîne l'absorption de l’acide carbonique. Il parait donc préférable de supprimer la seconde réac tion et d’en rester au mélange d’hydrogène , d’oxyde (Te carbone et d’acide carbonique.
- D’un autre côté, ce dernier gaz est incombustible, et sa présence diminue la puissance lumineuse de la flamme. On a donc pensé à le décomposer, en soumettant de nouveau le mélange ga-
- zeux à l’action du coke incandescent. L’acide
- carbonique est converti en oxyde de carbone suivant la réaction :
- C04-|-C = 2CO.
- Le gaz à l’eau ainsi fabriqué contient donc surtout de l’hydrogène et de l’oxyde de carbone, avec une faible proportion d’acide carbonique.
- Tel est le système le plus économique, généralement adopté aux États-Unis, où l’on a beaucoup étudié, depuis Tessié du Motay, la fabrication du gaz à l’eau. L’un des appareils les plus avantageux à employer dans ce cas, est le four Strong, représenté par la figure ci-contre.
- Le générateur est chargé d’anthracite ou de coke,
- Fig. 1. — Fabrication du gaz à l’eau. — Four Strong
- introduit soit par une porte latérale, soit par une ouverture à la partie supérieure, en déplaçant la trémie au moyen d’un levier. Un courant d’air forcé pénètre au-dessous des barreaux de la grille, alimente le foyer et chasse dans la chambre contiguë ou surchauffeur, rempli de briques réfractaires à jour, les produits de la combustion première. Ceux-ci sont enilannnés en ce point au moyen d’un second courant d’air amené par des passages spéciaux à la partie supérieure du four, et brûlent de haut en bas.
- La troisième chambre ou récupérateur, également remplie de matériaux réfractaires,absoïbe, au moins
- en partie, la chaleur des produits de la combustion , qui s’échappent par une ouverture ménagée au sommet.
- Quand le combustible a été porté à une certaine élévation de température, du rouge au rouge vif, les briques du surchauffeur sont au rouge orange ou blanc. On suspend alors l’introduction de l’air forcé ; l’orifice de sortie est fermé, et l’on amène de la vapeur d’eau par un conduit spécial qui débouche au haut de la troisième chambre. La vapeur suit une marche contraire à celle des produits de la .combustion; elle se surchauffe au contact des briques et vient sortir au sommet du générateur, où elle rencontre une pluie de charbon en poudre, distribué par la trémie au moyen d’une vis d’Archimède à mouvement lent. La vapeur possède alors un tel excès de calorique, que le simple contact avec la poussière de charbon détermine une réaction instantanée ; elle se décompose et donne le mélange gazeux que nous indiquons plus haut, mélange qui descend à travers la couche de combustible incandescent. La réduction de l’acide carbonique s’opère à ce moment, et les gaz combustibles, hydrogène et oxyde de carbone, sortent au-dessous de la. grille, par une conduite qui se rend au gazomètre.
- Le four Strong donne des résultats satisfaisants, à en juger par les applications nombreuses faites aux Etats-Unis, mais il est assez volumineux et ne peut être employé que dans des usines qui desser-
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- vent, par des canalisations souterraines, un certain nombre d’abonnés. L'appareil de AL Dowson, que nous allons décrire, permet au contraire au particulier de fabriquer lui-même le gaz à l’eau.
- Le principe est naturellement toujours le même. La production et le surchauffage de la vapeur sont obtenus au moyen de dispositions spéciales, qui assurent en même temps la régularité et la simplicité de tous les détails de l’opération sans aucune intermittence. Il se distingue notamment sous ce rap-port du four Strong où, comme nous l’avons vu, la production du gaz n’est pas continue et est arrêtée pendant le chauffage.
- L’appareil générateur et surchauffeur se compose d’un long serpentin et du tuyau de conduite de vapeur en fer ; ce serpentin est circulaire ou disposé en zigzag, suivant que le chauffage est produit au moyen d’un feu de houille ou de coke,ou au moyen du gaz renfermé dans le gazomètre. L’eau y est introduite à une pression de 2 à 4 atmosphères.
- La cornue à gaz est recouverte d’une enveloppe en fer, s’opposant à toute fuite de gaz, et doublée de matière réfractaire pour prévenir la déperdition du calorique et l’oxydation du métal. Le feu est supporté par une grille au-dessus d’une chambre close, dans laquelle un jet de vapeur surchauffée, amené par un injeeteur, entraîne un courant d’air. Sous la pression de la vapeur, ce mélange d’air et de vapeur traverse le feu, de sorte que le combustible est maintenu à une température très élevée , en même temps qu’un courant continu de vapeur est décomposé.
- Le gaz a l’eau, obtenu, comme nous venons de le dire, par le passage de la vapeur d’eau sur du coke incandescent, a le grand avantage de ne renfermer ni goudron, ni ammoniaque. De plus, l’acide carbonique étant transformé en oxyde de carbone dans l’intérieur même de l'appareil, le gaz ne renferme aucune matière étrangère qu’il y ait à enlever et l’on n'a pas besoin d’épurateur; toutefois on a le soin
- de le laver par le passage dans une colonne de coke mouillé. Son principal inconvénient est la présence de l’oxyde de carbone qui constitue un poison violent, d’autant plus dangereux que rien ne révèle sa présence dans l’atmosphère.
- Le gaz à l’eau est, sous ce rapport, bien plus nuisible que le gaz de houille. Voici, à ce sujet, quelques renseignements , donnés à la Société des Arts de Boston, par les professeurs Scdgwick et Nichols, qui avaient entrepris des études comparatives sur les propriétés vénéneuses des deux gaz.
- Les premières expériences ont été faites avec le gaz de houille. Des lapins et des pigeons, qu’on avait enfermés dans une chambre, n’ont pas accusé, au bout de quatre heures environ, d’autres symptômes qu’un assoupissement. On a fait une seconde expérience, qui a duré plus de vingt-quatre heures, et le gaz introduit dans la chambre a iini par se mélanger à l’atmosphère dans la proportion de o pour 100. Les animaux n’ont cependant éprouvé qu’un malaise insignifiant. Avec le gaz à l’eau, au contraire, ils sont tombés dans une complète prostration, après une heure à peine; au bout de deux heures, ils étaient morts. Cette expé-
- t’ jg. S. — Fabrication du pz à l’eau. — Appareil Dowson.
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- rience, et bien d’autres, citées dans les traités de chimie, ont mis en évidence l’inHuenco mortelle du gaz à l’eau. C’est assurément là le motif qui l’empêchera de recevoir toutes les applications que sa simplicité de fabrication aurait pu lui procurer.
- Pu. Pelaiiayiî.
- CHRONIQUE
- L’éclipse totale de la fin d'août. — On a reçu des nouvelles télégraphiques des observations faites dans la mer des Antilles à propos de la grande éclipse de la fin du mois d’aoùt. La Commission britannique s’est dirigée vers l’ile de Grenade, ancienne colonie française faisant actuellement partie des îles anglaises. Les observateurs sont parvenus à photographier le spectre de l’atmosphère eoronale qui s’étend à 1° autour du diamètre. Dans la partie boréale, elle offre un aspect ramilié. On a pris des clichés photographiques de la partie bleue. L’ensemble des phénomènes est analogue à ce que M. Janssen a constaté dans son expédition de 1883 à l’ile Caroline. Le résultat le plus saillant semble donc être d'avoir confirmé les belles découvertes faites par notre savant compatriote il y a près de trois ans. Les télégrammes de M. Gilb astronome du Cap, qui a observé l’éclipse en Afrique australe, ne sont point encore arrivés.
- L’électricité dans la maison de Mécène. —
- Le 20 août, la Société italienne de la force hydraulique a inauguré à Tivoli, près de Rome, une usine de force électrique destinée à l’éclairage de cette petite ville. L’eau est fournie par la chute célèbre dont le murmure animait les échos de la maison de Mécène1. Le ministre de l’agriculture du Royaume italien, des membres du Parlement, et des délégués du municipe de Rome, assistaient à cette cérémonie, dans laquelle les souvenirs de l’antiquité se trouvaient si pratiquement associés aux merveilles que la plus moderne des sciences permet de réaliser. Les eaux dérivées de la cascade par des canaux creusés dans le roc, mettaient en mouvement deux turbines dont chacune donnait 80 chevaux de force motrice. Les excavations nécessaires pour établir la canalisation, ont mis en évidence l’immensité des constructions souterraines que les anciens avaient exécutées dans ce lieu où la muse d’Horace recevait l’étincelle et où tout un monde industriel trouvera son impulsion. En effet d’autres stations organisées par les mêmes principes y seront établies, jusqu'à ce que les milliers de chevaux que peuvent donner les ehutes soient successivement épuisés. L’ingénieur Canton qui dirige les travaux a même, parait-il, l’intention d’éclairer ainsi la ville de Rome à l’électricité.
- Passage des rapides dit Niagara.— L’essai dans lequel l’infortuné capitaine Webb a perdu l’existence vient d’être renouvelé, mais cette fois dans des conditions beaucoup plus prosaïques, lin tonnelier du nom de Graham, anglais résidant à Philadelphie, a réussi à accomplir ce haut fait dans un tonneau. Graham, comme un nouveau Noé, construisit lui-même le réceptable destiné à le protéger de
- 1 Horace, invitant Mécène àquitler sa demeure pour partager un modeste festin, lui dit : « Ne semper adum Tibur contemplent. » « Tu ne contempleras pas chez moi ton humide Tivoli. » Dans une autre ode, Horace parle de YAnio prœ-ceps, c’est-à-dire de la chute de Teveroue, que les ingénieurs contemporains utilisent.
- l’élément liquide. 11 établit uu tonneau ayant la forme d’une bouée de 2m,10 de longetayant ü““,84 de diamètre à la partie la plus large ; 0"',o8 en haut; et 0‘",46 en bas. Les douves, faites en bois de 32 millimètres d’épaisseur, furent cerclées de fer. Le poids du baril ainsi constitué était de 114 kilogrammes, et le poids de sa cargaison composée de ballast disposé au fond du tonneau de façon à maintenir en l’air l’extrémité faisant face à l’expérimentateur, et du fret humain représenté par Graham lui-même, était de 110 kilogrammes. Graham, placé dans l’intérieur de son tonneau, était enveloppé dans un hamac en toile ayant la forme d’un complet et avait, pour se maintenir, des poignées en fer, fixées à l’intérieur du récipient. A la suite d’expériences préliminaires auxquelles il s’était livré, il avait estimé qu’il pouvait rester une demi-heure sans renouveler l’air. 11 comptait renouveler l’air au moyen d’un fausset placé dans un petit trou d’air. Le tonneau lancé du coté américain, juste au-dessous de la chute du Niagara, fila avec une rapidité vertigineuse faisant des bonds prodigieux et tournant comme une toupie, mais la partie la plus large se maintint généralement en haut, ainsi que Graham l’avait prévu. Le tonneau fut recueilli à Le-wiston, à 8 kilomètres de distance, après un voyage d’une heure. Graham en fut extrait vivant, mais avec une légère contusion au bras et souffrant du manque d’air. Après une demi-heure de repos, Graham put raconter ses impressions. 11 avait oublié de boucher le trou d'air et ne put réussir à le fermer pendant le trajet, ne pouvant voir et étant trop secoué ; il ne reçut que peu d’eau d’ailleurs de ce fait; la chaleur était intense et sans la petite fuite d’eau occasionnelle du trou d’air Graham dit qu’il croyait qu’il serait mort. Arrivé au tourbillon il ôta le couvercle pour voir dehors, mais le remit en hâte, trouvant qu’il tournait et filait à une vitesse effrayante ; puis vinrent les étourdissements et les nausées, et enfin un cahotage inouï dans le passage du rapide du Trou du Diable (Devil's hole rapids). Depuis ce moment, tout se passa bien jusqu’à son extraction du tonneau. Graham avoue qu’il ne recommencera jamais pour son plaisir, mais qu’il est tout prêt à le faire pour de l’argent. J.-A. R.
- E xpérience de Priestley répétée avec des animaux et des végétaux aquatiques. — Une des
- pins belles expériences de Priestley, dit M. Gréhant, dans une note à l’Académie des sciences, consiste à placer, sous une cloche fermée, de petits mammifères, des souris, par exemple, jusqu’à ce que l’air devienne irrespirable par suite dé l’absorption de l’oxygène et du dégagement de l’acide carbonique. Si l’on introduit dans le milieu vicié, uu pied de menthe couvert de feuilles, et si l’on expose la cloche au soleil, au bout d’un certain temps une souris introduite dans la cloche, respire et vit parfaitement : l’acide carbonique a été décomposé par la chlorophylle sous l’influence de la lumière et a été remplacé par du gaz oxygène. J’ai réalisé, dit M. Gréhant une expérience analogue et facile à répéter. On prend deux éprouvettes à pied, d’une capacité de 1 litre environ, que l’on remplit d’eau ordinaire et qui reçoivent chacune un poisson; on choisit deux cyprins de même volume. Dans l’une des éprouvettes, on introduit, en même temps, de 13 grammes à 25 grammes de feuilles de Potamotfeton lu-cens bien vertes ; les récipients remplis d’eau sont fermés par des membranes de caoutchouc, et il est bon de les immerger horizontalement dans un aquarium traversé par un courant d’eau froide. Au bout d’un temps variable, qui dépend du volume des poissons et de la température, au bout de cinq heures dans mes expériences, l’un des pois-
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- sous, celui qui est placé dans l’eau pure perd l’équilibre, se dispose horizontalement ou tourne sur son axe : c’est un signe de l’asphyxie. Si l’on fait alors l’extraction des gaz de l’eau, à l’aide de la pompe à mercure, on trouve (pie les gaz ne renferment plus trace d’oxvgène. L’autre poisson, au contraire, continue à nager au milieu des feuilles. Des bulles de gaz libre se sont dégagées dans l'éprouvette; on extrait les gaz de l’eau. Après avoir absorbé l’acide carbonique, qui est en quantité moindre que dans l’expérience précédente, on trouve, dans le mélange d’azote et d’oxvgène, jusqu’à 50 pour 100 d’oxvgène ; le poisson se trouve donc dans les meilleures conditions physiologiques.
- In allume-cigares. — Un allume-cigares très facile à installer est le suivant : prenez uu tube à essai A dans lequel plonge un tuyau I! relié par un caoutchouc à une conduite de gaz. Ce tuyau B est percé d’une ouverture u de très faible diamètre qui s’ouvre dans du mercure. Le jet de flamme sortant en C est de peu de longueur en temps ordinaire, le gaz ayant à vaincre pour sortir une pression de mercure égale à m u : mais pour peu que l'on incline l’appareil, on. diminue cette hauteur à volonté et la flamme s’allonge au fur et à mesure. Un lui donne même des 1 formes bizarres en agitant le tube de diverses manières, le secouant, etc.
- L. Gutode.
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- Essaim d’insectes. — 11 n’est point étonnant qu’un été aussi chaud 11ue celui dont nous éprouvons en ce moment les dernières ardeurs ait donné lieu à des vols inattendus d’insectes
- analogues à ceux qui ont été signalés à différentes reprises. Vers le milieu d’août les habitants de Salzbourg ont été surpris de voir passer au-dessus de leurs tètes des millions d’insectes ailés, appartenant au Cossus du Saule. L’étrange défdé a duré pendant plusieurs heures. Nous ne chercherons pas à déterminer l’origine de cet innombrable essaim. Nous dirons cependant que Duineril a signalé, à différentes reprises, l'extrême abondance des Cossus qui, à Paris même, ont produit quelquefois de grands ravages sur les arbres garnissant nos voies publiques. Si l’on en croit Pline, la chenille de cet insecte figurait avec honneur sur les tables des Romains. Les gourmets de la Ville Eternelle en étaient très friands, malgré l’humeur fétide que sécrète l’animal quand on le saisit, et que les cuisiniers de l’ère des Césars avaient sans doute trouvé moyen de faire dégorger. Pline ajoute à ces détails, que les Cossi avaient donné leur nom aux hommes trapus, et que Cossuua, la femme de César, lui devait ainsi le sien.
- Le New-York Herald nous apprend que le 15 août ou a observé à Rond-out, ville importante de l’État de New-York dans le voisinage de l’Hudson un remarquable mirage. S’il faut en croire le récit du journaliste américain, les spectateurs auraient aperçu dans- les nuages une scène de la vie rurale, une ferme avec des paysans et des bestiaux paissant dans une prairie. 11 se peut qu’il y ait là un simple effet de réilexion de scènes terrestres. Ces phénomènes optiques auraient suivi les grandes perturbations atmosphériques qui ont été ressenties à cette époque de l’autre côté de l’Atlantique.
- — L'Association Britannique pour le progrès des sciences a tenu pour la troisième fois ses séances à Birmingham. La session, commencée le mercredi 1er septembre, a duré jusqu’au 8. Elle a été accompagnée d'une exposition spéciale aux comtés voisins, qui a été ouverte le 26 août dans Bingley Hall. On a rédigé pour la circonstance un guide complet de Birmingham.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 6 septembre 1886.— Présidence de M. Blanchard.
- Physique. — M. Govi fait hommage de deux brochures fort intéressantes pour l’histoire des sciences. La première, qui contient une lettre inédite de Volta,est relative aux travaux de Buquet, membre de l’Académie des sciences de Paris, décédé en 1780. Buquet s’est appliqué le premier à déterminer le rôle du gaz dans les réactions de la chimie. Il avait associé Lavoisier à ses travaux et ce dernier en fut le continuateur. La brochure contient l’éloge de Buquet par Condorcet. La seconde brochure donne un récil exact et détaillé de l’expulsion des Jésuites de la République de Venise. Ce récit, appuyé sur des documents authentiques et originaux, est entièrement conforme à la narration que Galilée a donnée de cet événement. On a cru pendant longtemps que cet écrit de Galilée avait été la cause de l’animosité que les Jésuites déployèrent contre lui. Il paraît difficile qu’une relation si fidèle ait déterminé une pareille haine.
- Géologie. — M. de Nadaillac signale la découverte, eu Belgique, de deux sépultures de Page du Mammouth et du Rhinocéros. Les squelettes rnis à jour avaient bien été réellement ensevelis ainsi que l’atteste la position normale des os. Ils sont tous deux en parfait état ; le premier appartient à une femme,jeune encore, le second à un homme dans la force de l’âge. Avant de parvenir aux squelettes, les explorateurs oïit recueilli divers ossements iVElephas primogenus, Ce foiïs canadiensis, rhinocéros et renne, suivant l’étage des couches traversées. Ils ont également trouvé des silex taillés, des os travaillés affectant la forme d’un bâton de commandement, des plaques d’ivoire et des fragments de poterie grossière.
- Médecine. — On signale de Colombie les propriétés bienfaisantes d’une plante au moyen de laquelle on guérit les morsures des serpents venimeux. Un échantillon est remis à M. Chaliu qui veut bien se charger de la détermination de l’espèce. Pour guérir une morsure, il faut faire boire au malade une infusion préparée avec les feuilles de la plante, et appliquer ces mêmes feuilles sur la plaie, en forme de cataplasme. La personne qui signale cette propriété dit avoir essayé ce traitement, avec un succès complet, sur une vache mordue et déjà tout enflée.
- Varia. — M. L. Crié montre les analogies des fougères éocènes de la France occidentale et de la Saxe.
- Stanislas Meunier.
- LA MÉDAILLE DE M. CHEVREUL
- Le 30 août 1886, en séance solennelle de la Société nationale d'agriculture, M. Charles Bron-gniart eut l'honneur de remettre à M. Chevreul, en
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- souvenir de son centenaire, une médaille exécutée par M. Roty, ancien pensionnaire de l’Académie de France a Rome.
- Au mois d'avril dernier, un comité ainsi constitué : MM. Charles Rrongniart, président ; Léonce de (jua-trefages de Bréau et René Acollas, vice-présidents ; Louis Passy, député, trésorier; I)r Devis, secrétaire; Gillet, Giès, Henri Martin, Roché, membres ; ouvrait une souscription pour offrir au doyen des étudiants une médaille, comme témoignage du respect et de l’admiration de tous. Les savants du monde entier et les industriels français se sont empressés de répondre à cet appel. La somme considérable ainsi recueillie (15000 francs) permettra de remettre à chacun des souscripteurs (au nombre de près d’un millier) un exemplaire en bronze de la médaille contenue dans un éerin, un exemplaire de la notice où
- seront imprimés les discours prononcés au moment de la remise de la médaille, et la liste de tous les souscripteurs sans indication des sommes versées. M. le Ministre de l’Instruction publique et des beaux-arts a voulu témoigner tout l’intérêt qu’il portait à cette manifestation en accordant une somme de 1500 francs. Parmi les souscripteurs nous signalons la plupart des Ministres, l’empereur du Brésil, les membres de l’Institut, les Universités de France et un grand nombre de savants étrangers.
- En remettant la médaille à M. Chevrcul, M. Ch. Rrongniart a prononcé les paroles suivantes :
- Très cher et très vénéré maître, vous êtes le doyen de tous les savants du monde; mais en venant vous saluer aujourd’hui, c’est surtout au doyen des étudiants que je m’adresse, puisque c’est le titre que vous semblez affectionner. En le préférant, vous avez voulu nous dire que
- Fig. 1. Médaille commémorative olierte a Jl. Chevrcul, Fig. 2. — Revers de la médaille : La Jeunesse française
- le 50 août 188(>. au doyen des Etudiants.
- les limites de la science ne seront jamais atteintes, et qu’on doit, à tout âge, si savant qu’on puisse être, chercher à accroitre la somme des connaissances. La jeunesse studieuse qui vous prend pour exemple, et que vous avez toujours encouragée de vos conseils, considère donc comme un honneur de venir vous apporter, en cette solennelle circonstance, le témoignage de sa profonde admiration et de son plus fdial respect. Les savants de l’Univers qui reconnaissent en vous un de leurs représentants les plus illustres, les industriels français, pour lesquels vos découvertes ont été une source intarissable de prospérité, ont tenu à l’honneur de participer à cette manifestation, due à l’initiative de vos jeunes admirateurs ; tous se sont unis dans un même élan pour vous offrir une médaille commémorative. Cette médaille, ô notre bien affectionné doyen, transmettera à la postérité les traits de ce Français dévoué à la science et à la gloire de notre chère Patrie ; elle perpétuera, dans un rayonnement séculaire, la physionomie de ce bienfaiteur universel. Car c’est vous, est-il besoin de le rappeler, ce courageux, qui considérant la science comme l’apanage de toutes les
- nations, avez été justement indigné et avez su protester énergiquement, pendant le siège de Paris, le jour où l’on a fait servir la précision scientifique à la destruction des collections du Muséum d’histoire naturelle, ce patrimoine de tout le monde savant. Daignez donc agréer, très cher et très vénéré maître, ce témoignage du respect et de l’admiration de toutes les nations civilisées.
- Nous reproduisons ci-dessus la médaille de M. Chevrcul. C’est une œuvre remarquable dont nos lecteurs apprécieront tout le mérite. Le profil du grand savant est très ressemblant (fig. 1) et M. Roty a composé une scène pleine de fraîcheur, en représentant la Jeunesse française qui offre une médaille au doyen des étudiants (fig. 2). Cette médaille est d’assez grand format et ne mesure pas moins de 0m,098 de diamètre.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lnhure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- N'° G94. — 18 SEPTEMBRE 1 886.
- LA NA TU HE.
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- LES PRÉTENDUS PARASITES DES MOUCHES
- A différentes reprises on a signalé, dans La Nature, la découverte d’êtres microscopiques vivant à la surface du corps des mouches, souvent en nombre considérable, et qu’on a naturellement regardés comme des parasites.
- Ainsi en 1882,
- M. de Courtois de Langlade a donné la figure d’un de ces parasites, dessiné au microscope, et qu’il avait rencontré en grand nombre attachés surtout aux pattes de mouches prises au piège1. A la vue de cette figure, très fidèle, il est facile à un aptérologiste de reconnaître de jeunes individus d’une espèce d’arachnide fort anciennement connue sous le nom de Pince et que Linné a nommé Chelifer can-croïdes à cause de sa ressemblance avec de petits scorpions microscopiques privés de queue; les individus adultes de cette espèce vivent dans les lieux sombres, même dans nos appartements et on les rencontre assez souvent dans les livres, dans les herbiers, etc.
- Nous dirons plus loin pourquoi les jeunes individus qui viennent d’éclore s’attachent aux mouches. M. Alfred Truau a donné les figures de deux autres parasites très différents du premier, bien que ce soient aussi des Arachnides microscopiques, mais appartenant au groupe des Acariens2. Ils ne sont pas nouveaux non plus, car, malgré les déformations qu’ils ont subies dans la préparation microscopique et que le dessin a scrupuleusement respectées, on reconnaît, dans le premier, YHypopus
- 1 Voy. n° 500, du 50 décembre 1882, p. 71.
- 1 Voy. n° 503: du 20 janvier 1883, p. 128.
- 44' année. — 2° semestre.
- muscarum de De Geer, et dans le second un Tétra-nique, espèce acaricnnc qui vit habituellement sur les végétaux.
- Il y a bien longtemps que l’on a rencontré pour la première fois des Arachnides microscopiques sur le corps d’une mouche : cette découverte date de
- 1755 et elle est due au naturaliste Degeer qui observa sur la mouche domestique « de très petits acariens rougeâtres, a corps ovale et bombé, a tête munie d’une petite trompe déliée garnie de poils assez longs, à pattes antérieures assez grosses, les postérieures plus minces , filiformes » que Linné inscrivit dans son Systema naturæ, sous le nom d'Acarus muscarum, et que plus tard De Geer nomma Hypopus muscarum. Dufour, en 1839, vit
- une mite semblable sur des mouches qui vivent sur les champignons, appartenant au genre Sapromysa, il nomma cette mite Hypopus sapromysa-rum.
- Enfin nous avons reçu, il y a quelques semaines, un mémoire de M. le Dr O. Nikerl, naturaliste de Prague, dans lequel il décrit et figure YHypopus muscarum de De Geer, qu’il a trouvé en nombre considérable sur une mouche d’écurie, la Cyrtoneura sta-bulans.
- Le même Hypope, ou des formes très voisines, a été rencontré aussi sur un grand nombre d’insectes différents des mouches, sur des Myriapodes, sur d’autres Arachnides et d’autres Acariens, sur des Mollusques et même sur des Mammifères de toutes tailles, depuis la musareigne jusqu’au bœuf et même a l’éléphant. Ainsi, Hermann, en avril 1757, trouva un Hypope sur le ventre et les pieds d’une espèce de Scarabée, la Trichie hermite, et la nomma Acarus spinitarsus. En 1781, Schranck fit connaître
- 16
- A
- Fig. 1. — Mouche portant sur son eorselel un groupe de larves hypopialcs de Tyroglyphes. (Très grossie.)
- Fig. 2. — Portion d’une croûte de fromage habitée par une colonie de Tyroglyphes. (Très grossie.)
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- LA NATURE.
- sous le nom d’Acarus des Acarus [Acarus acarorum) un llypope trouvé sur un grand Acarien, une espèce de Gamase. Dufour, en même temps qu’il trouvait son Hypopus sapromysanmi, en trouvait un autre sur une abeille maçonne, qu’il nommait Tricho-dactylus omiiie. Koch en a décrit un autre en 1855 trouvé sur un campagnol. Dujardin a aussi trouvé des Uypopes sur des abeilles, des souris, dans îles plantes desséchées en compagnie de Gamases, et lut le premier à reconnaître que ces petits Acariens étaient une forme transitoire d’acariens plus parfaits, de Gamases, pensait-il. Furstcnberg, en 1861, trouva une quantité innombrable d’ily-popes sur un élé-phant fraîchement empaillé, et nous avons fait la même découverte, en 1867, sur une peau de bœuf préparée pour être montée par M. Dcyrolle.
- Depuis nous avons rencontré des lly-popes sur une foule d’animaux, sur d’autres Acariens , Trombi-dions ou Gamases, sur des Scolopendres, des petits Coléoptères, des petits mammifères, musareignes, taupes, lapins et lièvres, etc., etc., et en 1875 nous découvrions la véritable nature des Hypopes qui ne sont autre qu’une forme transitoire des Ty-roglyphes, groupe d’Acariens dont le type est le vulgaire acarus du fromage, le Tyroglyphus siro.
- Voici dans quelles circonstances nous avons fait cette découverte.
- Pour étudier les diverses phases du développement a tous les âges et dans les deux sexes d’un acarien nouveau, le Tyroglyphus rostroserratus, que nous avons décrit et figuré dans le Journal de l'anatomie du professeur Ch. Robin, fascicule de juillet 1875, nous élevions de nombreuses générations de cet être microscopique dans de petites cages de fer-blanc (des boîtes à gauffres Huntley), en leur fournissant simplement des épluchures de champi-
- gnons qui leur servaient à la lois d’aliment et d’habitat.
- Un fait nous avait frappé en observant nos petits élèves : c’est que. tant que le champignon était humide et en pleine décomposition, des myriades de Tyroglyphes à scie grouillaient dans nos boîtes ; quand, au contraire, les champignons commençaient à se dessécher, les Tyroglyphes disparaissaient et étaient remplacés par des légions d'Hypopus musca-rum. En renouvelant la provision des champignons, les Hypopes à leur tour disparaissaient remplacés de nouveau par les Tyroglyphes. Vingt fois le même
- phénomène se produisit sous nos yeux.
- Persuadé que ces Hypopes ne disparais saient qu’en changeant de forme, nous en avions isolé, à différentes reprises , dans de petites cages en verre, mais sans succès : ils restaient inertes, collés aux parois et comme privés de vie. L’idée nous était venue de les mettre en contact avec du champignon frais, nous les avons vus alors subir unevéritable métamorphose et se transformer sous nos yeux en petits Tyroglyphes octopodes non encore sexués !... Mais nous n’avions encore qu’une partie de la solution du problème; en cherchant bien sur le champignon desséché, nous avons fini par trouver des Tyroglyphes â l’état de nymphes octopodes en voie de muer, mais sous la peau desquels se voyait un llypope tout formé. (Nous avons fait constater le fait par notre regretté maître le professeur Ch. Robin, et plusieurs savants, depuis, l’ont constaté après nous.)
- Ainsi, les Hypopes ne sont autre chose qu’une phase de la vie des Acariens du groupe des Tyro-glyphes.
- Mais pourquoi ce changement temporaire de forme au milieu de leur existence ?
- Fig. o. — Tyroglyphus siro, L.— A. Femelle ovigère. — B. Mâle. — C. Œuf. — D. Jeune larve hexapode. — E. Nymphe oetopode normale. — F. Nymphe hypopiale. — G. Nymphe hypopiale du Tyroglyphe à scie.
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- Nous avons constaté, dans nos expériences, que c’était seulement quand le champignon était desséché et n’offrait plus de matière alimentaire que la transformation hypopiale s’opérait et qu’elle n’avait jamais lieu quand l'abondance régnait. Quand la colonie de Tyroglvphes était en proie à la disette, tous les adultes et les larves hexapodes, c’est-à-dire les vieillards et les enfants, mouraient, et les nymphes octopodes, c’est-à-dire les adolescents, les jeunes gens, subissaient la transformation hypopiale et s’empressaient de fuir le lieu de désolation. Voilà pourquoi, dans nos boites d’expérience, nous les trouvions en troupes serrées sous le couvercle de la boîte, ou bien au sommet de tous les monticules produits par les champignons desséchés faisant des gestes télégraphiques avec leurs longues pattes antérieures. Ces mouvements nous ont été expliqués quand, après avoir mis dans le fond de nos boîtes un certain nombre de mouches privées de leurs ailes, nous les avons vues en peu d’instants couvertes d Hypopes : les gestes télégraphiques de ces derniers avaient simplement pour but d’atteindre l’omnibus au passage.
- Les Hypopes, non plus que leurs parents les Tyroglyphes et la plupart des Acariens, ne sont pas ingambes, aussi la nature les a-t-elle doués de l’instinct de s’attacher à d’autres animaux plus agiles quand ils ont des déplacements importants à opérer; c’est pourquoi nous voyons les Géotrupes, les Bousiers, etc., avoir ordinairement le dessous du corps couverts de Gamases qui se servent d’eux pour être voiturés d’un fumier à l’autre; les Uropodes se servent également des Staphylins dans le même but ; mais ce qui est curieux ce sont les moyens d’arrimage, d’adhérence, dont quelques-uns de ces Acariens sont pourvus pour s'attacher solidement aux insectes qui les portent et qui ont presque tous le corps lisse et poli ; ainsi les Uropodes sécrètent par l’anus un liquide gommeux qni se dessèche et forme une tige très solide unissant l’Acarien à son porteur; c’est même cette particularité qui lui a valu son nom d'Uropoda vegetans : ce moyen d’adhérence ressemble à une queue et à un pied (Uropoda) et le petit être a l’air de végéter sur cette tige {vegetans).
- Les Tyroglyphes n’ont pas de moyens d’adhérer solidement aux mouches, mais, en se transformant en Hypopes ils acquièrent sous l’abdomen un groupe de ventouses (lig. 5, F), au moyen desquelles ils adhèrent au corselet le plus lisse, et si solidement qu’il est impossible à la mouche de se débarrasser de son fardeau. Les Hypopes, pas plus que les Uropodes, ne mangent pendant leur vie ambulante, ainsi que nous nous en sommes assuré ; les premiers n’ont du reste qu’un rudiment de bouche. Ce ne sont donc pas des parasites, ce sont de simples voyageurs, cuirassés pour résister aux accidents du voyage, pourvus d’appareils d’attache qui les empêchent de verser, et qui vont à la recherche de lieux propices pour établir de nouvelles colonies! C’est bien le cas de dire avec Linné : Natura maxime miranda in minimis.
- Un s’est souvent demandé comment il se faisait qu’un fromage placé sur un rayon élevé finissait toujours par montrer sur sa croûte des myriades d’Acariens occupés à ia réduire en poussière, et ce fait n’était pas un des moins bons arguments des partisans de la génération spontanée. Nous savons maintenant que, quand la croûte d’un fromage est devenue trop sèche pour que les Tyroglyphes puissent l’entamer et continuer d’v vivre, une métamorphose hypopiale s’opère ; les premières mouches qui passent sont mises en réquisition et lorsque, dans leurs pérégrinations, elles arrivent sur un fromage plus frais, les voyageurs descendent de l’omnibus, quittent leur habit de voyage,reprennent leur forme normale, et ont promptement constitué une nouvelle colonie. C’est par le même moyen (pie les Tétraniques vont d’un végétal à l’autre et que les Chelifers se disséminent.
- Nous avons représenté figure 1 une mouche grossie portant sur son corselet un groupe de larves hypopiales de Tyroglyphe ; dans la figure 2 une portion de croûte de fromage d’un millimètre et demi de côté, grossie et habitée par une colonie de Tyroglyphes occupés à la miner. La figure 5, A, montre une femelle de Tyroglgphus siro vue par sa face inférieure; la figure 5, B, le mâle de la même espèce; la ligure5,C,un œuf; la figure 5,1), une larve hexapode; la figure 5,E,une nymphe normale ; et la figure5,F, une nymphe hypopiale. La figure 5, G représente une autre forme de nymphe hypopiale appartenant à une autre espèce de Tyroglyphe voisine, du Tyroglgphus rostro serra tus, c’est le véritable Acarus muscarum de DeGeer: on voit sous l’abdomen et à la partie postérieure, comme dans les précédents du reste, le groupe de ventouses qui lui sert à adhérer aux insectes sur lesquels elle voyage. P. Mégnin,
- Lauréat de l’Institut.
- LE TÉLÉGRAPHE ESTIENNE
- ET LA STÉXOTÉLÉGKAl'IIIE
- La télégraphie électrique a fait aujourd'hui de tels progrès, qu’on pourrait croire qu’aucun perfectionnement n’est plus possible. Quand on voit les magni-
- I !
- il i i h i i mi il i
- clï iëe f
- 11
- a "b c d e e
- Fi", t, — Alphabet Estienne et alphabet Mors.
- tiques résultats obtenus par les appareils Hugues et Baudot ; quand on pense qu’on arrive à transmettre sur un seul fil environ 4800 mots à Flieure soit 80 à la minute ; que ces mots arrivent tout imprimés par l’appareil récepteur, prêts à être livrés au destinataire de la dépêche, il est permis de se demander si
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- LA NATURE
- Vi 4
- on peut faire mieux. Et cependant on est obligé de convenir (pie ce rendement n’est pas encore suffisant. Plus les communications sont faciles, plus les dépêches abondent et toujours les bureaux des centres importants sont encombrés. Mais l’électricité et la mécanique offrent des ressources pour ainsi dire infinies aux inventeurs, et déjà il est question d’appareils qui sténographient la parole de l’orateur, et d’autres qui produisent au récepteur la planche prête à être mise sous les presses de l’imprimeur; si bien qu’un jour viendra où un discours prononcé à Paris pourra être reproduit, imprimé et distribué à des milliers d’exemplaires a Marseille quelques heures après.
- Mais entre ces appareils rapides qui ne peuvent être manœuvrés que par des employés spéciaux, exercés, ayant fait un long apprentissage et le premier des appareils imprimeurs inventé par Morse, dont l’emploi s’imposera toujours dans bien des cas, il y a place pour un intermédiaire qui, tout en conservant la simplicité, la facilité de manipulation, permette une transmission beaucoup plus rapide.
- L’appareil Morse, très répandu sur les lignes secondaires et sur les chemins de fer, n’a qu’un rendement de 500 mots à l’heure, 900 s’il est monté en duplex. C’est faible, comparativement aux chiffres que nous citions plus haut, et c’est dans l’espoir d’arriver à un rendement supérieur que M. Es-tienne a imaginé son appareil. Il a tout d’abord été amené à transformer l’alphabet, tout en en conservant le principe. On sait que dans le système Morse ce sont les combinaisons de points et de traits qui forment les lettres. Si on frappe un coup sur le manipulateur, la bande de
- papier du récepteur touche un instant la molette enduite d’encre et il se produit un point; si on appuie un certain temps sur le manipulateur, il y
- aura au contraire sur la bande un trait dont la longueur sera proportionnée à la durée de la pression. Il faut donc de la part de l’employé une certaine habitude pour arriver à produire ces points ou ces traits à des distances égales; cela n’est pas difficile et on apprend à transmettre une dépêche en quelques jours ; mais pour bien manipuler, pour envoyer 20 dépêches de 20 mots à l’heure sans commettre de fautes, il faut une longue pratique. Dans le système de M. Estienne, les signaux, au lieu d’être dans le sens de la bande de papier, sont transversaux : l’un court, représente le point, l’autre long et occupant presque toute la largeur de la bande, représente le trait. La figure 1 donne une idée de la différence entre les deux systèmes. On voit tout de suite en les comparant que toute personne connaissant l'alphabet Morse lira l’Estienne très facilement; que ce dernier tient moitié moins de place que l’autre; on comprendra facilement ensuite, après avoir lu la description de l’appareil, qu’il permet une transmission beaucoup plus rapide puisque les traits longs ne demandent pas plus de temps pour être imprimés que les traits courts et qu’en outre il permet certaines combinaisons par lesquelles on peut simplifier l’alphabet. C’est ainsi que l’é accentué, qui dans le Morse s’écrit.. —.., pourrait s’écrire dans l’Estienne par|; c’est-à-dire la même chose que l’e muet, un trait court, mais plus large; quand on aurait dans un mot deux mêmes lettres qui se suivent, comme n
- Fig. 2. — Partie électro-magnétique du télégraphe Estienne.
- Plumes
- Récepteur.
- Fig. 4. — Manipulateur.
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- LA N AT U H K.
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- daris bonne, par exemple, il suffirait d’écrire une seule fois la lettre en épaississant le dernier trait. Bien' d’autres combinaisons se présentent encore puisqu-’au lieu de deux signes (point et trait) on disposé-de quatre (point et trait maigres, point et trait gras) et c’est là-dessus qu’est basée la slénn-télégraphie. Mais nous ne voulons pas nous étendre à son sujet, du moins pour aujourd’hui; nous prenons l’alphabet tel qu’il existe en langage Morse, sans autre modification que la disposition transversale et nous arrivons immédiatement à la description des appareils qui permettent de l’obtenir.
- Le récepteur se compose de trois parties essentielles : le mécanisme entraîneur du papier, le mécanisme électro-magnétique, le mécanisme imprimeur. Nous ne dirons que peu de mots du premier
- qui consiste en un mouvement d’horlogerie analogue à celui bien connu du Morse ordinaire ; on peut suivre sur la figure 5 la marche du papier P P qui, partant du tambour où il est enroulé vient passer sur une série de rouleaux qui le guident. C’est l’axe du rouleau I) qui est actionné par le mouvement d’horlogerie, le rouleau 1)' presse le papier contre lui; il est monté à l’extrémité d’un levier M pivotant en a et il peut être relevé à volonté, pour être mis dans la position indiquée en pointillé sur la figure, au moment dec l’introduction du papier. Sa pression contre le cylindre D est réglée par la vis V agissant sur le ressort r.
- La partie électro-magnétique du système se trouve placée derrière l’appareil, elle est fixée sur la platine postérieure du mouvement d’horlogerie. Elle se com-
- Fig. o. — Vue d'ensemble du télégraphe Estieuiie.
- pose (tig. 2) d’un électro-aimant à deux branches E dont les extrémités polaires sont mobiles et peuvent être avancées ou reculées latéralement au moyen d’un système de vis écrou dont on a représenté le détail sur l’une des bobines. Entre ces pièces polaires se trouve une lame de fer doux p, appelée palette, qui oscille en i. Son extrémité inférieure se trouve en regard et aussi près que possible d’une autre pièce également en fer doux a, taillée en biseau, qui traverse le socle de l’appareil et repose sur run des pôles d’un puissant aimant permanent A en fer à cheval fixé sous le socle. On comprend que dans ces conditions la palette est aimantée par influence et (pie sa position dépend de celle de la pièce a ; celle-ci est montée sur un chariot cc qui peut être déplacé à droite et à gauche au moyen de vis, ce qui permet de régler à volonté la position de la palette. Celle-ci est, comme nous l’avons dit, aimantée par l’influence
- de l’un des pôles de l’aimant A et par conséquent son extrémité supérieure, qui se trouve à égale distance des pôles de l’électro, sera, au moment du passage d’un courant, attirée par l’un et repoussée par l’autre. Ce déplacement aura lieu à volonté à droite ou à gauche suivant qu’on enverra dans les spires de l’électro un courant positif ou un courant négatif. Le mouvement de la palette ainsi obtenu est utilisé pour produire les oscillations d’une fourchette E (fig. 3) fixée sur le même axe i, et destinée à actionner le mécanisme imprimeur qui se trouve monté sur la platine antérieure du mouvement d’horlogerie. Cette partie est la plus intéressante de l’appareil. L’impression de traits courts ou longs est obtenue au moyen de deux plumes. Chacune d’elles est simplement constituée par une lame de cuivre autour de laquelle est enroulée une bandelette en peau de gant ; c’est la largeur de cette bandelette qui détermine la longueur du
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- Irait, l’une est donc le double de l’autre. On a représenté les deux plumes en grandeur naturelle sur la gauche de la ligure 5. Les lames de cuivre sont taillées en forme de T et présentent deux encoches destinées à les fixer aux porte-plume. Ceux-ci hh sont montés sur des pivots mm autour desquels ils oscillent librement; vers le milieu, sur la partie qui présente un renflement se trouve une goupille gg. Par son propre poids chaque porte-plume tendrait à prendre la position verticale, mais les goupilles g viennent huter contre les branches de la fourchette F dont elles suivent tous les mouvements. Celle-ci est limitée dans sa course par les vis bb. On comprendra maintenant facilement comment se fait l’impression. Les plumes s trempent par leur extrémité inférieure dans un encrier, petit auget en fer rempli d’encre à base d’aniline; en vertu de la capillarité, l’encre monte dans la peau qui forme la plume et l’extrémité supérieure est continuellement imprégnée de cette encre. A l’état de repos de la palette p et par conséquent de la fourchette F, les deux plumes s se touchent par leur extrémité supérieure et sont à une petite distance du rouleau 1 qu’entoure le papier bande et où se fait l’impression. Si la fourchette vient à osciller à droite par exemple, le porte-plume du même côté suit son mouvement et la plume qu’il porte descend; tandis qu’au contraire la branche de gauche entraîne la goupille g et la plume de ce côté est soulevée, vient toucher le papier et y marque un trait. Une seule émission de courant très brève, c’est-à-dire un coup sec frappé sur le manipulateur suffira à produire cette impression quelle que soit du reste; la plume qui agisse, c’est-à-dire la longueur du trait. Il n’y a qu’au cas où on ferait emploi de la sténotélégraphie qu’il faudrait appuyer un peu plus longtemps à certains moments sur le manipulateur pour épaissir le trait, car il est clair que le papier continuant à se dérouler, même quand la plume le touche, l’impression ne cesse qu’au moment où le courant cesse lui-même de passer. Il est indispensable pour la régularité des lettres que les deux plumes frappent au même point du rouleau I, pour obtenir ce résultat, c’est-à-dire la ligne de coïncidence, il suffit de faire monter ou descendre ce rouleau au moyen île la vis R. C’est, un petit réglage à opérer quand on change les plumes, qui du reste peuvent durer très longtemps. L’encrier peut être enlevé, bien entendu ; il est monté de telle sorte que pour l’ôter il faut d’abord le baisser dans une coulisse avant de pouvoir le tirer ; de cette façon on n’est pas exposé à accrocher les plumes en passant, ce qui pourrait les détériorer ainsi que les porte-plume et dans tous les cas obligerait à faire un nouveau réglage de l’appareil. L’encrier n’est du reste pas indispensable et on pourrait se contenter de saturer les plumes d’encre de temps en temps avec un pinceau. Pour terminer la description du récepteur, nous dirons qu’une tige fixée sur le socle permet comme au Morse d’arrêter et de mettre en marche le mouvement d’horlogerie. Mais cette tige remplit encore deux autres fonctions.
- Poussée à gauche pour arrêter le mouvement, elle sert de commutateur et met le poste sur sonnerie ; tandis qu’à droite au moment où se fait le débrayage le contact est mis sur le récepteur. En outre elle commande une, pièce de fer doux qui vient armer les pôles de l’aimant V lorsque l’appareil est au repos. Il conserve ainsi toute sa force magnétique.
- 11 nous reste maintenant, à décrire le manipulateur destiné à l’envoi sur la ligne de courants positifs et négatifs. Il est représenté en plan et en profil sur la figure 4. On voit qu’il se compose de deux leviers A et B traversés au tiers environ de leur longueur par un axe sur lequel ils pivotent. Chacun d’eux porte à l’extrémité antérieure une touche en ébonite sur laquelle est incrusté le signal obtenu par son abaissement; celle de gauche donne le trait court, celle de droite le trait long. Sous ces touches se trouvent les bornes de contact isolées G' et Z/. La première sous la touche A correspond à la borne C, l’autre sous la touche, R à la borne Z.
- A l’extrémité postérieure des leviers une vis F vient buter en 1), elle sert simplement à régler leur course, il ne se produit là aucun contact électrique. Par leur propre poids les leviers tendent toujours à reposer sur ces bu H oirs. La communication des leviers entre eux est assurée par le massif composé de l’axe qui les traverse 'et, des supports de cet axe qui sont réunis par une embase métallique commune reliée à la borne L du fil de ligne. Entre les deux leviers A et R et sur un support spécial fixé à la même embase que les autres se trouve une lame de ressort H dont l’extrémité repose sur un support G ; une vis F permet de régler sa pression en ce point. C’est par là qu’est, établie la communication entre le massif et la borne R reliée au récepteur. On voit de suite sans aller plus loin que pour la réception le manipulateur étant au repos dans la position indiquée sur le profil, un courant arrivant de la ligne entre au .massif par la borne L et se rend par la lame II à la borne R et au récepteur. L’appareil serait très simple si on pouvait, s’en tenir là, mais il se complique pour la transmission et surtout si l’on veut ne faire usage que d’une seule pile en alternant les pôles. Pour plus de clarté, supposons d’abord qu’on se serve de deux piles. Le pôle positif de l’une correspondra à la borne C', le pôle négatif de l’autre à la borne Z', les deux pôles libres se rendront à la terre. On voit de suite que dans ces conditions en abaissant l’une des touches on enverra bien un courant dans la ligne par le massif et la borne L, mais ce courant se rendrait aussi par la lame II au récepteur du poste qui expédie. 11 faut donc couper cette communication. A cet effet, vers l’extrémité de la lame II est fixée une barre transversale portant une vis mm à chaque extrémité, chacune d’elles se trouve en face de l’extrémité de l’un des leviers A et B, de manière qu’au moment où l’un d’eux est abaissé la lame II se trouve soulevée et la communication avec le récepteur du poste est rompue. Le courant envoyé va tout entier dans la ligne.
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- Supposons maintenant, qu’on tasse usage d’une seule pile dont le pôle positif sera attaché en G/ et le pôle négatif en T. Il faut pour que les courants passent sur la ligne, que, à chaque abaissement de l’une des touches sur l’un des pôles, il se produise a l’autre pôle une communication avec la terre. A cet effet on a ajouté le support 1) communiquant avec la terre par la borne T. Deux lames de ressort dd iixées sur lui viennent au-dessus des extrémités de leviers A et H au contact d’une petite tige en ébonite r ; lorsqu’on abaisse un des leviers, la lame d correspondante sera donc soulevée et elle viendra buter contre une des vis Y reliées, l’une à la borne G, l’autre à la borne Z, par de petits supports en équerre. On se souvient que les bornes G et G/ communiquent entre elles, ainsi que les bornes Z et /'. Par conséquent si nous abaissons la touche A sur le pôle positif de la pile attaché en G', nous mettons en môme temps le pôle négatif à la terre par la borne Z, la vis V, la lame d correspondante, son support I) et la borne T. La même chose se produira lorsque A s’étant relevé on appuiera en B ; et si on appuyait sur les deux touches k la fois, le circuit se fermant sur le manipulateur même, aucun courant n’irait sur la ligne. Tel est l’ensemble du système télégraphique Estienne. L’inventeur est-il parvenu comme il l’espérait k combler la lacune qui existe entre le Morse et le Hugues? En théorie, après la description qu’on vient de lire, il semble que oui. Dès son apparition l’appareil a été mis en service par l'Autriche-Hongrie, l’Allemagne, le Brésil, la Bulgarie, la Hollande, l’Italie, la Russie, la Suède et enlin la France. Nous ne connaissons pas encore les résultats donnés par la pratique; mais cet accueil est déjà un bon présage. Il faut pour qu’on puisse bien juger du rendement dont il est capable, qu’il ait été l’objet d’expériences suivies et que le personnel chargé de les faire se soit bien initié k tous les détails de réglage, tant du manipulateur que du récepteur; il faudrait surtout, selon nous, qu’il soit employé avec tous ses avantages, e’est-k-dire avec la sténotélégraphie. Nous donnerons ultérieurement, s’il va lieu, les chiffres officiels constatés par les différentes administrations qui se servent de l’appareil.
- En attendant, nous ferons connaître les chiffres qui nous sont fournis par M. Estienne. On obtiendrait d’après lui une moyenne de 20 k 50 mots k la minute avec l’installation en simple et il nous cite un essai fait entre Paris et Marseille (860 kil.) sans aucun relais, au moyen de la transmission automatique par bande perforée (système Whcatstone), qui a donné 2500 mots k l’heure. Si ces résultats deviennent tout k fait pratiques, s’ils s’obtiennent en service courant, le système a certainement de l’avenir. Nous souhaitons que ces faits soient confirmés par les rapports ofliciels qui seront faits prochainement, et nous espérons que le succès viendra récompenser les efforts persévérants de l’inventeur. G. Map.eschal.
- L’EXPRESSION DES SENTIMENTS
- En voyant un chien rire, un cerl pleurer, un singe se mettre en colère, l’observateur a dù certainement se demander bien des fois s’il n’y avait pas, dans la machine animale, une connexion étroite entre la production de certains sentiments et le mouvement de certains muscles.
- Darwin a étudié la question avec sa sagacité habituelle et il a établi trois principes qui lui paraissent rendre compte de la plupart des expressions et des gestes de l’homme ou des animaux sous l’empire des diverses émotions G
- Voici quels sont ces trois principes :
- « I. Principe de Vassociation des habitudes utiles. — Certains actes complexes sont d’une utilité directe ou indirecte, dans certains états de l’esprit, pour répondre ou pour satisfaire k certaines sensations, certains désirs, etc.; or, toutes les fois que ce même état d’esprit se reproduit, même k un faible degré, la force de l’habitude et de l’association tend k donner naissance aux mêmes actes, alors même qu’ils ne peuvent être d’aucune utilité.
- Il peut se faire que des actes ordinairement associés par l’habitude k certains états d’esprit soient en partie réprimés par la volonté; en pareil cas, les muscles, surtout ceux qui sont le moins placés sous l’influence directe de la volonté, peuvent néanmoins se contracter et causer des mouvements qui nous paraissent expressifs. Dans d’autres cas, pour réprimer un mouvement habituel, d’autres légers mouvements sont accomplis et ils sont eux-mêmes expressifs.
- « II. Principe de l'antithèse. — Gertains états d’esprit entraînent certains actes habituels qui sont utiles, comme l’établit notre premier principe; puis, quand se produit un état d’esprit directement inverse, on est fortement et involontairement tenté d’accomplir des mouvements absolument opposés, quelque inutiles qu’ils soient d’ailleurs. Dans certains cas ces mouvements sont très expressifs.
- « III. Principe des actes dus à la constitution du système nerveux, complètement indépendants de la volonté et jusqu’à un certain point, de l'habitude. — Quand le sensorium est fortement excité, la force nerveuse est engendrée en excès et transmise dans certaines directions déterminées dépendant des connexions des cellules nerveuses et en partie de
- 1 L’expression des émotions chez l'homme et tes animaux, cliap. ier.
- Fis. 1.
- Schéma de l’homme triste et de l’homme gai.
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- l'habitude; clans d’autres cas, l'afflux de1 la force rompu. Il en résulle des elfets que nous trouvons nerveuse paraît, au contraire», complètement inter- expressils. Ce troisième principe pourrait, pour plus
- Fift. t- - • l e Trouvère. Fis- î>. — Mélodie.
- Expressions produite' p;ir différents airs niusieaux sur un sujet en état eataleptùpic. i D'après ries photographies.)
- de concision, être» appelé principe de l'action du système nerveux. »
- Ainsi, dans la tristesse» et Yabattement, tous les
- membres retombent le long du corps et les traits du visage eux-mèmes semblent subir l’action de la pesanteur comme s’il n’y avait plus dans l’organisme
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- une força suffisante pour les maintenir dans leur 1 ces membres, tous ces traits se redressent comme position normale; dans la gaieté, au contraire, tous I l’indique un schéma bien connu (fig. 1).
- Fig. 6, 7, 8 et 9. — Différentes expressions d’un sujet eu état cataleptique. (D’après des photographies.)
- Fig. lü. — Tableau de Michel-Ange. Dieu animant 1 'homme.
- Cette influence de la connexion des cellules nerveuses, M. Bordier l’a mentionnée d’une façon plus explicite encore.
- « L’éréthisme cellulaire, dit-il, des circonvolutions où s’élabore la pensée, se propage sans doute aux centres moteurs voisins et se traduit là par des
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- mouvements et des gestes, en même temps qu’ici par certaines pensées correspondantes. Les signes affirmatif et négatif de la tête, ou plutôt du cou, semblent être dans ce cas, et tiennent sans doute moins à l’imitation qu’à une association fatale dans le fonctionnement de points voisins dans le cerveau. Darwin cite, en effet, une femme aveugle et sourde-muette qui traduisait spontanément l’affirmation et, la négation par ces signes de tête, et on voit des idiots microcéphales en faire autant. De même les gestes du bras qui accompagnent le discours sont dus au voisinage des points moteurs et à une sorte de synergie entre les divers points du cerveau. »
- Les phénomènes du sommeil somnambulique permettent aujourd’hui de constater l’influence prépondérante du principe de l’action du système nerveux.
- On sait que Y état cataleptique, première phase de ce sommeil, est caractérisée par l’inertie du sujet qui n’a plus de volonté propre et dont l’esprit et le corps restent, pour ainsi dire, indéfiniment dans la position de repos ou de mouvement imprimée par l’expérimentateur.
- Ainsi les membres, bien que présentant la plus grande souplesse, conservent l’attitude qu’on leur donne, quelque pénible qu’elle soit en apparence. Bien plus, le muscle proportionne le degré de sa contraction à la résistance qu’il doit vaincre, comme un peut s’en assurer soit en mettant le bras dans l’extension et en chargeant la main d’un poids assez considérable, soit en faisant reposer sur deux chaises, par la tête et par les pieds, le corps du sujet qui se maintient dans cette position aussi raide qu’une barre de bois.
- De même, lorsqu’on imprime à un membre un mouvement rythmique quelconque, comme celui d’envoyer des baisers ou de balancer le bras, ce mouvement se continue automatiquement jusqu’à ce que l’hypnotisé se réveille.
- Si l’attitude donnée à un membre correspond à un état moral bien déterminé, tel que la colère, le défi, l’effroi, la prière, l’extase, l’amour, l’humilité, la tristesse, etc., le mouvement du membre provoque dans les autres parties du corps, et spécialement sur les muscles de la face, d’autres mouvements destinés à compléter l’expression du sentiment dont il s’agit.
- L’effet inverse se produit, mais plus difficilement, en développant sur la face, par des contractures de polarité1, le masque de l’horreur, par exemple; on voit alors les membres prendre peu à peu l’attitude qui convient à cet état de l’esprit et l’attitude se maintient ainsi jusqu’à ce qu’on vienne la changer.
- Si maintenant, au lieu d’agir sur le corps du sujet, nous agissons sur son esprit, nous provoquerons des phénomènes identiques.
- Comme il n’a plus aucune idée qui lui soit propre, il suffit d’en suggérer une quelconque à son "cerveau pour qu’il la fasse sienne et l’accuse a l’ex
- i Voy. dans le Cosmos du 19 avril 1886. un article sur la Polarité vitale.
- térieur avec toute l’énergie d’un organisme concentré sur cette seule fonction.
- Présentez brusquement devant ses yeux un objet quelconque, une feuille de papier, par exemple, son regard s’y attachera ; il n’aura plus d’autre préoccupation tpie de ne point le perdre de vue. Si vous la déchirez et que vous en jetiez les morceaux à terre, il s’y précipitera à leur suite et son regard passera indéfiniment de l’un à l’autre sans pouvoir se fixer sur aucun.
- L’audition d’un morceau de musique éveille successivement en lui une série d’émotions qui se trahissent par ses gestes et il suffit d’arrêter brusquement le morceau pour fixer la pose que l’on désire. Certains airs provoquent les attitudes caractéristiques des passions que le musicien a voulu exprimer tandis que d’autres amènent uniformément l’extase.
- On vérifie ainsi d’une façon extrêmement nette la fine et judicieuse analyse psychologique donnée par M. Sully-Prudhomme dans son livre sur l'Expression dans les beaux-arts (p.276) :
- « La jouissance que donne l’audition d’une œuvre dont l’expression est subjective est très différente de celle que procure l’audition d’une œuvre dont l’expression est objective, d’un opéra, par exemple, car aucune détermination précise n’étant imposée au sentiment exprimé, le champ demeure librement ouvert à la rêverie. L’àme s’y peut donc plonger à une profondeur et sur une étendue sans limites, et les combinaisons des notes peuvent atteindre, pour l’oreille, un tel degré de charme et, par suite, une telle puissance d’expression, que la sensibilité morale suffira à peine au retentissement infini qu’elle en reçoit. Alors commence l’extase, le pressentiment d’une sorte de vie surnaturelle qui passe la portée des facultés humaines; le cœur s’ouvre à la possession de quelque objet indéfinissable, et en même temps se trouve enchaîné à la condition terrestre qui le lui rend inaccessible. C’est un ravissement dont le délice est grave et confine même à la tristesse, car l’àme y sent à la fois l’infinité de son ambition et les bornes de sa puissance ; elle reconnaît que ses aptitudes sont inférieures à ses aspirations ; elle jouit de son rêve et souffre de ne jouir que d’un rêve. »
- La figure 2 est donnée par la Marseillaise ; la figure o par l’air de la Favorite, « Un ange, une femme inconnue, à genoux priait près de moi » ; les figures 4 et 5 par l’air du Trouvère « Dieu que ma voix implore, mon Dieu! fais-moi mourir. » La figure 5 est presque identique à celles qu’amènent constamment les mélodies.
- Si l’on exécute devant le sujet une série d’actes,on le verra les reproduire exactement quelle qu’en soit la nature : il rira, pleurera, donnera un coup de couteau comme il le voit faire ; il répétera les paroles, les chants qu’il entend, aussi exactement que le permettent ses facultés.
- Qu’on lui affirme qu’il est'triste ou en colère, fier ou humilié, son visage exprimera immédiatement ses émotions et restera en quelque sorte figé dans cet état.
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- V*'
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- Les figures 0, 7, 8 et 9, correspondent aux phrases suivantes :
- 0. Fow.s* êtes dans une charmante forêt.
- 7. Voyez cet animal bizarre qui arrive là-bas.
- 8. Il se dirige vers nous, c’est effrayant.
- 9. C’est un énorme crapaud.
- On peut voir, dans les photographies qui ont servi au graveur, le point brillant nettement marqué dans chaque œil, ce qui montre l’immobilité absolue du sujet une fois qu’il a eu mis ses traits en harmonie avec sa pensée. Ce qui tend à prouver qu’il y a bien une liaison entre les cellules émotives et les muscles moteurs, c’est que tous les phénomènes que nous avons décrits peuvent se reproduire d’un seul côté du sujet en agissant sur un seul hémisphère du cerveau; on peut même provoquer des sentiments différents a droite et a gauche.
- Ainsi M. Bérillon1 rapporte qu’en donnant au bras droit le geste du commandement et au bras gauche celui de l'adieu, « le visage, du côté droit, prend l’expression d’une personne qui donne un ordre impérieux ; et le visage, du côté gauche, prend l’expression d’une personne qui sourit. »
- 11 a obtenu également une double expression simultanée en faisant décrire simultanément par deux opérateurs différents une scène champêtre à l’une des oreilles du sujet et une scène d’horreur à l’autre.
- J’ai essayé de reproduire ces phénomènes, mais je n’ai pu obtenir que des alternatives très rapides d’expressions différentes sur la ligure entière. H est vrai que le sujet sur lequel j’ai opéré est un jeune homme de dix-huit ans, parfaitement sain, et non une hystérique douée d’une sensibilité morbide ; il y a là aussi, très certainement, une affaire d’éducation.
- L’expérience la plus frappante a été faite par MM. Dumontpallier et Bérillon :
- « On fixe dans le plan vertical médian de la ligure du sujet en expérience un écran disposé de telle façon que chacun de ses yeux ne puisse voir que les objets situés du côté correspondant à l’écran.
- « Un des assistants place alors son visage dans le champ visuel de l’œil droit du sujet; un autre en fait autant dans le champ visuel de l’œil gauche.
- « L’expérimentateur, par un geste, simule alors une difformité ridicule sur le visage placé du côté droit et une difformité repoussante sur le visage placé du côté gauche.
- « Aussitôt et simultanément la face de la malade exprime à droite l’expression de la gaieté la plus franche, tandis qu’à gauche elle revêt l’expression de l’horreur la plus profonde.
- o Cette double expression est des plus saisissantes. Elle persiste assez longtemps pour qu’on puisse la photographier à loisir; d’ailleurs, pour la faire disparaître, il suffit de faire le geste d’effacer les difformités simulées sur chacun des visages placés de chaque côté de l’écran. »
- Braid, qui, le premier, a introduit dans la science
- 1 Comptes rendus de la Société de biologie. 1882.
- officielle la connaissance de ces phénomènes1, pensait que les attitudes cataleptiques diverses avaient été utilisées, à cause du long temps pendant lequel elles peuvent se maintenir, par les anciens peintres ou sculpteurs pour la confection de leurs chefs-d’œuvre.
- Cela est très probable ; car, aussi loin que nous remontions dans l’histoire, nous constatons que les diverses manifestations du magnétisme animal étaient plus ou moins connues. Seulement, au lieu de les vulgariser comme nous le faisons aujourd’hui, les initiés pensaient qu’il valait mieux ne point communiquer aux indignes une puissance dont ils pourraient abuser.
- La ligure 10, qui reproduit un tableau de Michel-Ange représentant Dieu animant l'homme, pourrait être donnée à l’appui de l’hypothèse de Braid. On y remarque en effet, non seulement l’admirable concordance de l’expression de la figure et du bras, mais encore la reproduction d’un geste familier aux hypnotiseurs quand ils veulent produire des suggestions à l’état de veille, c’est-à-dire faire passer dans l’esprit du sujet les sensations physiques ou psychiques qu’a conçues leur propre esprit.
- Aerert de Rochas.
- PROPULSEUR À RÉACTION
- ♦ POUR NAVIRES
- MM. Samuel et John Secor, de Brooklyn, ont récemment fait construire un nouveau yacht auquel ils ont ap-! pliqué un système de propulsion à réaction.
- J Ceyacht, baptisé Y Eurêka, a été lancé en novembre 1885. La longueur sur le pont est de 30 mètres, la largeur au fort de 5m,60, le creux d’environ 2 mètres. Le tirant d’eau est de lm,35 à l’arrière, O”,60 à l’avant.
- MM. Secor ont repris une idée déjà ancienne, qui consiste à effectuer la propulsion d’un navire en utilisant la réaction d’un fluide sur l’eau. On sait que des essais de ce genre ont été faits, soit au moyen de jets d’eau lancés par une pompe centrifuge, soit au moyen de jets de vapeur ou d’air.
- Le fluide employé par MM. Secor est le gaz résultant de l’explosion d’un mélange d’air et de vapeur de pétrole. Yoici, d’après le Scientifc American, la disposition qui a été adoptée.
- Le bateau est partagé en deux par une cloison transversale, derrière laquelle se trouve toute l’installation mécanique. Cette installation comprend d’abord une chaudière verticale de 25 chevaux, puis un compresseur de Norwalk qui fournit l’air comprimé nécessaire à l’explosion. Le compresseur actionne également une dynamo qui alimente, d’une part, une vingtaine de lampes à incandescence système Edison et, d’autre part, fournit le courant électrique qui détermine l’explosion du mélange d’air et de vapeur de pétrole.
- L’explosion a eu lieu dans une chambre sphérique en acier fondu, de 0m,50 de diamètre intérieur et de 5 centimètres d’épaisseur, qui communique avec un réservoir
- 1 Neurypnology or the rationale of nervous sleep, consi-dered in relation with animal magnetism.— London, 1845. — Traduction française, par J. Simon, en 1885.
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- LA NATURE.
- d’air comprimé placé au-dessus du compresseur et avec un réservoir à pétrole.
- La chambre à explosion est reliée, par sa partie inférieure, avec quatre conduits qui débouchent dans l’eau en traversant la coque. Deux de ces conduits sont inclinés vers l’arrière et deux vers l’avant. Au moyen de leviers actionnant des valves, on envoie à volonté le mélange gazeux résultant de l’explosion, soit dans les conduits arrière, soit dans les conduits avant, selon que l’on veut avancer ou bien stopper et reculer.
- LE PARALLÉLOGRAPHE
- APPAREIL A TRACER LES HACHURES ET AUTRES LIGNES PARALLÈLES
- MM. de Metz, Fesquet et Ostrorog, ont récemment construit un ingénieux appareil destiné au tracé de lignes parallèles ou de hachures, et auquel ils ont donné le nom approprié, de pa-rallélographe.
- Cet appareil dont nous reproduisons l’aspect se compose essentiellement d’un chariot fixé sur une réglette, et d’un bouton fixé à l’équerre. Le banc du chariot est fixe, le chariot est mobile transversalement, et il peut être entraîné en avant ou en arrière par la manœuvre d’une vis tournant dans un sens ou dans l’autre, et s’engageant dans un écrou fixé h la- face inférieure du chariot. La tête de vis est moletée, et son embase est divisée en un nombre de parties égales numérotées. Cette disposition permet, en amenant une des divisions de l’embase en regard du trait gravé dans l’axe du banc de chariot, de faire tourner la vis d’une fraction déterminée d’un tour complet et par conséquent de faire avancer ou reculer le chariot d’une quantité égale à une fraction déterminée du pas connu de la vis, à la façon d’un compas d’épaisseur système Palmer.
- Le banc du chariot porte une échelle gravée, divisée en millimètres ; une fenêtre percée dans le chariot mobile, 'a la façon d’un vernier, permet d’effectuer la lecture des divisions de l’échelle.
- Le chariot mobile se. termine par une fourche à deux bras formant un angle et entre lesquels vient se poser le bouton de l’équerre. L’angle formé par les deux bras de la fourche, le pas de la vis du chariot, la
- position du bouton sur l’équerre et la dimension de ce bouton, sont calculés de telle façon que la course de l’équerre le long de la réglette pour une position donnée du chariot, est constamment accusée au vernier.
- Ainsi, le pas de la vis étant d’un demi-millimètre, proposons-nous de tracer des *hachlires espacées de un millimètre trois dixièmes. Nous tournerons la vis jusqu’à ce que le 0 du vernier corresponde au millimètre 1 de l’échelle fixe du banc du chariot. A ce moment, le 0 de l’embase correspondra à la ligne axiale du chariot. Comme l’embase est divisée en cinq parties, chaque partie représente un dixième de millimètre, et si l’on continue à tourner la tête de vis jusqu’à ce que le chiffre 5 de l’embase soit en regard de la ligne axiale, à ce moment, la course du bouton de l’équerre, entre les bras de la fourche du chariot sera exactement lmm,5. L’équerre et la réglette
- étant glissées alternativement l’une contre l’autre, chaque nouvelle position de l’équerre se trouvera à une distance de 1,3 millimètre de la précédente.
- Cet appareil peut également être employé au tracé des lignes d'ombres, une simple manœuvre de la tête de vis permettant de faire varier les espacements d’une quantité quelconque à une approximation d’un dixième et même d’un vingtième de millimètre, en lisant par la pensée entre deux divisions de l’embase.
- La figure ci-dessus représente le petit appareil dans la position où il doit être placé pour fonctionner. On voit à la partie supérieure du dessin, une série de lignes parallèles ou hachures qui ont été tracées au moyen du parallélographe ainsi disposé. Pour continuer ce tracé, il suffit d’abaisser légèrement la réglette, afin que lafourche métallique dont elle est munie, vienne buter contre le bouton de l’équerre ; on trace une nouvelle ligne, on abaisse l’équerre de nouveau, de manière à ce que son bouton vienne s’appuyer contre l’autre branche de la fourche, et ainsi de suite.
- Le parallélographe constituera une adjonction indispensable au matériel de dessin de tout dessinateur, architecte ou ingénieur. C’est un appareil de petite dimension qui a sa place sur le bureau. J.-A. Berly.
- Le parallélographe, appareil permettant de tracer des lignes parallèles et des hachures.
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- LA NATURE.
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- LE GAZ CHEZ SOI
- APPAREIL GIRAUIIO.N
- Si la question de l’éclairage paraît aujourd’hui résolue dans les grandes villes, elle présente encore d’assez grandes difficultés à la campagne et dans les localités où il n’existe pas d’usine à gaz de houille. Il y a quelques années, on n’avait qu’une solution à adopter dans ce cas ; il fallait absolument avoir recours au pétrole ou à l’huile. La lumière électrique est venue depuis peu fournir un autre mode d’éclairage, mais encore n'est-elle pratique que dans les installations importantes, comprenant
- un grand nombre de foyers lumineux, dans les usines, les ateliers, par exemple. Pour tous les petits établissements, les habitations particulières, les châteaux, elle ne saurait être avantageusement employée : la fabrication du gaz à domicile peut rendre alors de réels services.
- On sait sur quel principe elle repose : carburer l’air pour obtenir un gaz éclairant est en effet un procédé connu depuis plusieurs années et qui a déjà donné lieu à de nombreuses expériences. Les différents appareils proposés au public ont pour but de faire passer l’air à travers un hydrocarbure très volatil, comme les essences de pétrole et de naplite, afin qu’il s’imprègne des vapeurs dégagées par ces
- Appareil Giraudou pour la production de l’air carburé, servant à l'aire fonctionner un moteur à gaz.
- dernières. La gazoline se prête mieux que tout autre produit de ce genre à cette application; c’est elle qui se trouve aujourd’hui généralement adoptée.
- Mais pour obtenir un fonctionnement régulier, les appareils employés dans cette fabrication doivent satisfaire à plusieurs désiderata. 11 faut produire le mélange gazeux à une température qui ne dépasse pas 15° C. ; ménager à l’air un long contact avec la gazoline; en faciliter la saturation par l’agitation continuelle du liquide; obtenir le dépôt des vapeurs condensables avant que le gaz sorte du carburateur ; et compenser le froid produit par l’évaporation, sans quoi celle-ci diminuerait et le pouvoir éclairant du gaz obtenu se trouverait en même temps abaissé.
- Les appareils de M. Giraudon, que construit la
- Société française du gaz d’air carburé, ont été étudiés pour répondre à ces différentes conditions, lis se composent de cinq parties distinctes : l°à droite, un moteur à gaz et une pompe à air ; 2° au milieu, un réservoir à cloche emmagasinant l’air fourni par la pompe et servant de régulateur de pression ; 5° à gauche, un carburateur rempli de gazoline; 4° sous le moteur à gaz, un réchauffeur de l’eau qui entoure le carburateur ; et 5° sur un support rivé à ce dernier, un régulateur de température du système Wies-negg, maintenant cette eau à une température constante. Nous allons examiner successivement ces divers éléments.
- Le moteur à gaz, du type Forest, actionne une pompe qui insuffle dans le carburateur l’air néces-
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- LÀ NATURE.
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- isaire à la formation du gaz ; on évite ainsi l’ennui que présentent les autres systèmes, d’avoir à remonter les contrepoids ou la cloche qui détermine l’aspiration. Le moteur est alimenté par le gaz même qui sort de l’appareil, de sorte que celui-ci se fournit la force à lui-même.
- En sortant de la pompe, l’air arrive dans le réservoir à cloche, d’où une conduite l’amène au carburateur. Le couvercle du réservoir porte une petite soupape s’ouvrant de bas en haut et destiné à évacuer l’air qui serait envoyé en excès par la pompe.
- Le carburateur se compose de quatre parties : 1° un récipient inférieur rempli d’eau; 2° un réservoir de gazoline qui plonge dans ce récipient et porte une conduite traversée par l’air sous pression ; 5° un réservoir supérieur contenant également de la gazoline et pourvu d’un siphon à niveau constant qui alimente le carburateur au fur et à mesure de la consommation ; et 4° un gazomètre à clocha et à garde d’eau dans lequel s’accumule l’air carburé et qui règle la pression d’admission du gaz aux brûleurs.
- Le réchauffeur est destiné à compenser l’abaissement de température, produit par l’évaporation de la gazoline abaissement qui, s’il n’était pas combattu, diminuerait la formation des vapeurs carbu-rées et aurait par suite pour effet de donner un gaz pauvre. Pour obvier à cet inconvénient, le récipient de gazoline, placé a l’intérieur du carburateur et traversé par l’air comprimé, plonge dans une masse d’eau, et cette dernière est réchauffée par un brûleur placé au-dessous d’un thermo-siphon qui communique avec elle.
- Le régulateur de température vient compléter ce procédé de réchauffage. L’expérience a en effet démontré que la gazoline produit son maximum d’effet utile entre 14° et 15° C. ; l’eau du réchauffeur doit donc rester constamment à cette température. A cet effet l’arrivée du gaz au brûleur est variable ; elle augmente lorsque l’eau se refroidit et diminue ou cesse même complètement lorsque cette eau a atteint la température voulue ; un bec disposé en veilleuse rallume automatiquement le brûleur dans ce dernier cas. Ces divers résultats sont obtenus par un régulateur de température système Wiesnegg. Enfin un petit thermomètre placé dans la tubulure par laquelle on verse l’eau dans le carburateur, sert à en contrôler la température, et à donner des indications pour le réglage du régulateur.
- La mise en marche de l’appareil est fort simple. Un tourne à la main le moteur à gaz jusqu’à ce que la cloche du réservoir soit dans sa position la plus élevée; on ouvre ensuite le robinet comme dans la marche ordinaire. La production d’air carburé s’établit alors et se poursuit d’une manière continue.
- Quant au prix de revient du gaz, il n’est pas élevé, Un litre de gazoline américaine, de densité 0,650, donne en moyenne 2200 litres de gaz et coûte à Paris 65 centimes. Le prix du mètre cube de gaz est donc d’environ 50 centimes. On pourrait le
- réduire à 22,5 centimes en prenant de la gazoline française qui se vend meilleur marché que l’américaine; mais aussi elle est de moins bonne qualité et son emploi n’est pas sans ennui.
- En résumé, l’appareil Giraudon présente cette grande qualité, qu’il permet de fabriquer du gaz à domicile d’une manière simple et économique, toutes choses excessivement précieuses à la campagne. Comme en outre, il ne présente pas, au point de vue de la sécurité, de plus grands dangers que les autres systèmes d’éclairage, il nous paraît destiné à rendre des services dans bien des cas, et, par suite, à recevoir d’assez nombreuses applications.
- Ph. Deluiaïe.
- • NÉCROLOGIE
- Maurice Girard. — Nous avons appris avec douleur, à la fin de la semaine dernière, la nouvelle de la mort, dans sa soixante-quatrième année, d’un de nos collaborateurs et amis, M. Maurice Girard^i docteur ès sciences, ancien professeur de physique -au collège Rollin. Maurice Girard était un naturaliste de grand mérite, entomologiste éminent, auquel on doit des travaux marquants et des ouvrages de science ou de vulgarisation, très estimés ; nous citerons notamment son remarquable Traité d'entomologie et ses Mélamorplies des insectes dans la Bibliothèque des merveilles. Maurice Girard, qui a publié un grand nombre de mémoires de science pure, était un des collaborateurs de la première heure de La Nature. On trouvera de lui, déjà dans le premier volume de la collection, des études très intéressantes sur les perce oreilles, les criquets dévastateurs et les taupins lumineux. Depuis cette époque, Maurice Girard n’a jamais cessé, jusqu’à sa mort, de se préoccuper des intérêts de la rédaction de La Nature qu’il avait vue naître. Homme de cœur dans toute l’acception du mot, il était un ami fidèle et dévoué ; désintéressement, amour du travail et de la science, étaient ses devises. Maurice Girard est de ceux dont on peut dire, qu'ils ont emporté avec eux dans le tombeau les regrets et l’estime de tous. G. T.
- Paul soleillet.—L’explorateur hardi de l’Afrique, l'un des plus remarquables voyageurs de notre siècle, Paul So-leillet,vient de perdre la vie, à peine âgé de quarante-quatre ans, en se dévouant pour la prospérité commerciale de la France. Né à Nîmes le 29 avril 1842, Soleillet perdit de très bonne heure son père, qui était devenu directeur des contributions à Avignon ; il resta livré à lui-même, sans pouvoir achever son éducation. Sans fortune, les hasards de l’existence le conduisirent en Algérie à l’àge de vingt-cinq ans, et l’idée lui vint de se livrer à l’exploration de l’Afrique intérieure. Il commença par se diriger vers le Touat, mais il fut arrêté au premier des sept villages de Milianah par les Arabes qui voyaient mal la venue d’un étranger parmi eux. Cette exploration n’ayant pas réussi, Soleillet résolut d’aller à Tombouctou par le Sahara. Il fit un premier voyage qui le conduisit à Segou-Sikoro, exploration qui n’avait encore été faite qu’une lois, en 1863, par MM. Quantin et Mage, officiers de marine. Paul Soleillet était un des trois Européens qui ont pénétré dans l’oasis d’In-Çalah. Son voyage en 1875-74 dans le Sahara est classé à cause de ce fait parmi les plus hardies explorations. Avant lui, le commandant anglais
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- Laing, en 1826. et rallemand Rolhfs, avaient seuls atteint l’oasis aux portes de laquelle a été assassiné, il y a quelques mois, le lieutenant l’allat. Vers 1880, Soleillet lit Botter le pavillon français sur les bords du Niger, mais il ne put atteindre Tombouctou. 11 vint alors en France» mais après avoir été assez mal compris, peu secondé, il repartit pour l’Afrique et eut ses bagages pillés à l’Adrar. C’est alors qu’il partit pour l’Abyssinie et commença à visiter le Choa, Oboek et Kal fa en 1885.
- CHRONIQUE
- L.e chemin de fer «te Merv dans le Turkestan.
- — On sait qu’à la suite d’événements récents, la domination des Russes s’est étendue sur la ville de Merv, une des plus célèbres du Turkestan, et qui dans le moyen âge avait disputé à Samarcande l’honneur d’étre le centre d’une espèce d’université musulmane. Celte ville est bien déchue de son antique splendeur, puisque sa population se réduit à quelques milliers d’Usbecs. Mais sa situation avancée dans la direction de Itérât et de Mescbed, capitale du Khorassan Persan, en fait en ce moment une des clefs de la Haute Asie. Aussi les Russes viennent-ils de pousser jusqu’à cette ville la voie ferrée qui part de Michailoff sur la rive orientale de la Caspienne, et qui reliait déjà à ce port tous leurs postes de Kutol, Aidin, Kysyl-arwe, • Beurma, Karagan, Askabad, etc., etc., jusqu’à Karachan. La lacune de Karachan à Merv qu’il restait à effacer était de 119 verstes, environ 120 kilomètres,'non compris 7 kilomètres de voie double pour les sept stations intermédiaires. Le travail a été terminé par l’armée de Tartarie en 50 jours de travail et 0 jours de repos. L’armée campait dans des cabanes roulantes qui se déplaçaient sur les rails à mesure qu’ils étaient posés. Le matin elle quittait ses cantonnements avec drapeau et musique en tète, sous le commandement de ses officiers comme si elle se rendait en présence de l’ennemi. Le soir elle revenait du travail avec le même appareil. Il est bon d’ajouter que de Michailoff on se rendra a Bakou port situé sur la rive occidentale de la Caspienne ’a l’aide des vapeurs de la llottille russe qui navigue sur cette mer. Bakou est la tête orientale de la ligne du Caucase qui passe par Tillis capitale de la Géorgie et la réunit à Poti sur la mer Noire. On peut ainsi se rendre de Michailoff à Astrakhan et remonter soit en chemin de fer, soit en bateau à vapeur, le cours du Volga.
- Curieuse capture d’un albatros. —- Le Hiogo News, du Japon, donne le récit suivant d’un curieux incident qui s’est produit pendant le voyage autour du cap llorn d’un navire anglais, la Duchesse d’Argyle, capi-raine lleard. Un jour on remarqua un immense albatros qui suivait le navire, et l’on crut voir un objet suspendu à son cou, ayant l’apparence d’une pièce de cinq francs. On s’efforça dès lors de le capturer au moyen d’un grand hameçon, auquel on attacha un morceau de viande de porc. D’autres albatros, qui suivaient en bande, furent successivement capturés ainsi, mais le troisième jour celui que l’on voulait prendre finit par succomber à la tentation et se fit accrocher par le bec. On l’amena à bord, et on trouva que l’objet en question était une cuvette de compas, attachée par trois forts fils de cuivre, passant autour du cou de l’oiseau. Deux de ces fils étaient usés, et la boite elle-même fortement vert-de-grisée. On l’ouvrit, et à l’intérieur on trouva un papier portant, écrite à l’encre, la
- mention suivante : « Pris le 8 mai 1848, latitude 38°,G 8., longitude 40°, 14 W., par Ambrose Cocham, du navire américain le Columbus. » On prépara une nouvelle étiquette, portant la première et la deuxième date de la prise de l’oiseau, et on le relâcha ensuite. Avant de le laisser aller on le mesura et on trouva que les ailes avaient une envergure de 3m,70 de bout en bout. Comme il est probable que l’oiseau avait déjà quatre ou cinq ans d’âge lors de sa première prise, et qu’il était encore fort et vigoureux, ce fait semble prouver que la vie normale d’un albatros approche de cinquante ans.
- Découverte d'un saumon de plomb du temps des Romains.— Les usines à gaz semblent favorisées au point de vue des découvertes : tout dernièrement un bateau préhistorique était découvert sur les terrains de l’usine de Brigg (Lincolnshire) ; maintenant, c’est l’usine de Chester qui met à jour un saumon de plomb romain datant de l’année 74 de l’ère chrétienne. Dans les deux cas les objets découverts ont été mis à jour lors de l’excavation des terrains destinés à recevoir les fondations de gazomètres. Le saumon de plomb portait, à la surface, l’inscription suivante : IMP VESP AVG V T IMP III et sur un côté : DE CE ANGE Ce lingot, découvert à 7 mètres de profondeur, pèse 87 kilogrammes et est dans un état de parfaite conservation. L’inscription indique que ce lingot de plomb a été fondu pendant le cinquième consulat de l’empereur Vespasien et le troisième de Titus, et était un tribut payé à la puissance Romaine par la province du pays de Galles du Nord connue sous le nom de Ceangi. Des crânes et des ossements de chevaux et de bestiaux furent également découverts dans le voisinage ; près du lingot, fut trouvé un crâne humain, et, à 5 mètres de distance, un second.
- Le centenaire de la Nouvelle-Galles du Sud.
- — Le gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud a l’intention de célébrer avec pompe le centenaire du 7 février 1788, jour où Philippe, gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud, en prit possession au nom de Sa Majesté Georges III, roi d’Angleterre. Les fêtes commenceront le jour du débarquement des Anglais. Il y aura une exposition industrielle à laquelle toutes les colonies anglaises seront admises ; un congrès de toutes les sociétés scientifiques de l’hémisphère austral. L’association anglaise pour le progrès des sciences, qui tient actuellement sa session à Birmingham, va recevoir l’invitation de s’y rendre comme elle l’a fait l’an dernier au Canada.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 13 septembre 1886.— Présidence de M. Blasciiaro
- Physique. — Des expériences ont été réalisées, au laboratoire de physique de la Faculté de Turin, sur la conductibilité électrique des gaz et de la vapeur d’eau. Sous une cloche remplie d’air desséché, on avait placé une houle métallique contre laquelle venait s’appuyer une balle de sureau suspendue à un fil de soie fixé à la partie supérieure de la cloche. La boule pouvait être mise en communication métallique avec une source d’électricité. Tout aussitôt le pendule se mettait à diverger; puis, si l’on rompait la communication métallique, l’écart allait diminuant et la balle de sureau finissait par reprendre sa position d’équilibre à la surface de la boule. Toutes les conditions du phénomène ont été étudiées
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- dans l’air «sec d'abord, puis dans l’air humide et saturé de vapeur d’eau. On a pu constater ainsi que la vapeur d’eau était sans influence sur la décharge de la houle. Ainsi les précautions dont on s’entoure dans les laboratoires pour maintenir les machines dans un air sec seraient superflues; telle est la conclusion de l’auteur.
- Tremblements de terre. — M. Delaunay est l’auteur d’une théorie qui rattache les tremblements de terre aux positions réciproques des planètes dans le ciel. Formulée dès 1879, cette loi purement hypothétique permettait de prédire que les années 1885, 1886, 1890 et 1891 seraient des époques de maxima. M. Delaunay se hâte aujourd’hui de signaler l’accord de ses prédictions avec les événements, en présence des deux catastrophes qui viennent de désoler la Grèce et de renverser la ville de Charles-ton. M. Bertrand objecte que la loi est loin d’ètre vérifiée, car elle n'a pas prévu les cataclysmes qui ont ravagé l’Espagne vers la fin de 1885. Selon M. Faye, l’hypothèse de M. Delaunay présente autant de probabilité que la relatiou signalée entre, le nombre de faillites survenues sur la place de Londres et les époques de maxima des taches solaires.
- Mécanique. — )I. Haton de la Goupillère présente une étude sur les origines de la locomotive. L’auteur a principalement consacré ses recherches à la période des trente premières années de l’invention, pendant lesquelles la France resta tributaire de l’Angleterre.Soixante-quatre types de machines sont décrits et représentés par des figures; on peut suivre facilement toutes les transformations de la machine
- primitive hérissée d’engrenages comme un appareil d’horlogerie, jusqu’à la machine qui parcourt les rails de nos chemins de fer. Stanislas Meunier.
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- UNE MOLÈNE GIGANTESQUE
- Verbascum Thapsus.
- La molène ou bouillon blanc est classée par quelques botanistes dans la famille des solanées ; d’autres, au contraire, l’ont rangée parmi les scrofula-riées ou scropbularinées ; quelques botanistes enfin en font un type d’une famille intermédiaire sous le nom de verbascées. Dans le langage botanique elle est appelée, en effet, Verbascum thapsus. Cette plante
- Molène gigantesque (Bouillon (D’après une
- bisannuelle est, sous toute apparence, originaire des pays cliauds où elle s’élève jusqu’à la hauteur de huit, neuf et même dix pieds, tandis que dans nos climats froids et humides il est bien rare qu’elle atteigne la moitié de cette grandeur. Elle croît dans toute l’Europe et est on ne peut plus commune en France, particulièrement aux environs de Paris. Le bouillon blanc croît dans les endroits pierreux, dans les terrains incultes, au bord des chemins, dans les décombres et les ruines. Sa tige grosse, droite et ferme, ajoute M. Plisson, auquel nous empruntons une partie de ces renseignements, est revêtue d’un duvet grisâtre serré , doux et comme cotonneux ; les feuilles qu’elle porte sont dé-currentes, blanchâtres, épaisses, lanugineuses ; ses Heurs jaunes, disposées en un long épi sur la partie supérieure de la tige, lui donnent quelque ressemblance avec le thyrse entouré de pourpre et de lierre que les bacchantes avaient coutume d’agiter dans les mains. Les feüilles et les fleurs de cette plante sont pectorales, adoucissantes , antispasmodiques, émollientes.
- Le bouillon blanc est généralement mis en usage par les habitants des campagnes , intérieurement et extérieurement dans tous les ca$ ou les émollients et les adoucissants sont indiqués. Le bouillon noir Verbascum nigrum, moins commun, jouit des mêmes propriétés.
- Le dessin ci-contre représente une molène qui s’élève majestueusement dans un simple jardinet des environs de Rouen et qui, par sa beauté, sa hauteur exceptionnelle, fait autant P admiration qu’elle cause la surprise des botanistes et des amateurs. Sa tige ne mesure pas moins de om,10, son rameau principal est couvert de fleurs sur une hauteur maxima de lm,70, enfin ses feuilles sont larges de 0m,30 en moyenne sur une longueur de 0m,60.
- Ce fait nous a paru digne d’être signalé aux amateurs de botanique et de physiologie végétale.
- Gustave Morel.
- Propriétaire-Gerant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue dç Fleurus, à Paris.
- blanc) des environs de Rouen, photographie.)
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- N» 6'J.ï
- ro S K P T K M I! Il K 1880
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- CURIEUX EFFETS DE LA FOUDRE
- Il suffit de lire la célèbre notice d’Arago sur le tonnerre pour se rendre compte des effets étonnants que produisent parfois les manifestations de l’élec-
- tricité atmosphérique. 11 est toujours intéressant d’enregistrer les faits de ce genre quand ils sont signalés par des observateurs consciencieux.
- Nous recevons sur les effets produits par de récents coups de foudre, lors des derniers orages, deux communications dont nous allons publier l’analyse.
- Fig. 1. — Arbre foudroyé dans la forêt de Gisors. (D’après une photographie de M. Ed. Lamaury.)
- M. Ed. Lamaury, de Gisors, nous a adressé une belle photographie que nous reproduisons ci-dessus, d’un chêne foudroyé dans la forêt de Gisors pendant les orages qui ont éclaté du 19 au 22 août 1886 (fig. 1). Ce chêne qui est situé à 4 kilomètres environ de la ville, près de l’ancien chemin de Saint-Paër, a 2m,20 de circonférence; sa hauteur était de 14e année — 2e semestre.
- 15 mètres environ. L’arbre est non seulement fendu et crevassé jusqu’à son pied, mais une grande partie de son tronc a été littéralement pulvérisée, réduite en petits fragments de la grandeur d’une allumette, et, que l’on peut ramasser à pleine main à la partie où la grosse branche est tombée sur le côté.
- L’autre communication que nous adresse M. Eugène
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- Jobard de Dijon, est relative à un dessin qui paraît avoir été imprimé par la foudre sur un banc de jardin.
- Le 8 septembre dernier, nous écrit notre correspondant, à deux heures du matin, un orage éclata sur Dijon. Cet orage fut remarquable surtout par l’intensité des éclairs, car il ne produisit pas de violentes détonations.
- Le matin, je me promenais dans le jardin, et j’allais m’asseoir sur un banc en bois peint, quand j’aperçus deux feuilles qui semblaient y adhérer par l’humidité; je frottai avec la main pour les ôter, et je fus très surpris de voir que je n’avais enlevé qu’une petite partie d'une boue noire, qui cernait complètement ces feuilles et leur donnait un relief produisant un véritable trompe-l’œil. En ce moment survint une averse, la boue noire qui limitait ces feuilles fut complètement lavée, et l’image elle-même sembla s’effacer.
- Obligé de in’absenter pendant quelques jours, je ne revins vers ce banc que le 15 septembre, et je fus fort surpris de retrouver cette image, ayant presque la même intensité que le jour où je l’avais observée pour la pre-
- Fig. 2. — Impression de deux feuilles sur un banc de bois. (D’après une photographie de M. Jobard.)
- mière fois, moins cependant le relief que lui donnait alors la cerne de substance noire, qui avait été dissoute par la pluie. J’examinai alors cette image avec attention, et je reconnus que les parties blanches étaient foi’mées par la décomposition de la couleur du banc, comme si elle eût été soumise à l’action d’une forte chaleur. J’avais évidemment sous les yeux une image produite par la foudre, et voici comment je crois pouvoir expliquer ce phénomène :
- il avait plu un peu pendant la soirée du 7 septembre, et ces deux feuilles trempées avaient dû rester humides, alors que le banc était entièrement sec. Pendant l’orage qui éclata le 8, à 2 heures du matin, il n’est pas tombé une goutte d’eau ; le fluide électrique qui a dû couvrir tout le banc a donc été attiré particulièrement sur ces feuilles humides, les a réduites en charbon et projeté la substance sur les bords ; en même temps, ces feuilles formaient un écran au travers duquel la foudre décomposait la couleur du banc, avec plus ou moins d’intensité suivant l’épaisseur des feuilles et leur degré d’humidité ; c’est ainsi que sous les nervures, la couleur du banc n’a pas été altérée. C’était donc une véritable épreuve positive, formée par un cliché ou écran positif.
- Je résolus alors de faire une épreuve pholographiqu
- de cette image, et j’appelai le jardinier pour qu’il montât le banc dans mon laboratoire. 11 me dit alors qu’il avait bien remarqué cette image, et que tous les jours, quand il venait arroser, il n’avait jamais manqué de verser un arrosoir d’eau, pour tâcher de la faire disparaître.
- Je vous adresse donc, avec cette note, une épreuve photographique de cette image, épreuve qui n’a été faite que le 15 septembre, alors qu’elle a, outre de nombreuses averses, subi l’arrosage quotidien de mon trop soigneux jardinier. ,
- Nous reproduisons ci-contre une gravure (lig. 2) qui donne l’aspect des deux feuilles dont parle notre corrrespondant. Ce fait s’ajoutera a ceux du meme genre qui ont été signalés précédemment par les physiciens. G. T.
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- LE PAPIER MACHE
- Le papier mâché forme une importante branche de l’industrie du papier.
- Qui ne se souvient des boulettes de papier mâché, projectiles qui, du temps que nous étions au collège, allaient se coller au mur ou au plafond, soit isolées, soif soutenant quelque découpure de papier à prétention caricaturale. Ce qui dans ces boulettes de papier frappait le plus quand, avec le temps, elles étaient absolument desséchées, c’était leur dureté extraordinaire, d’autant plus accentuée que le mâchage avait été plus parfait.
- C’est par l’observation de cette dureté que l’on a eu l’idée d’employer le papier mâché à la confection de divers objets. Seulement le papier mâché employé par l’industrie n’est pas un papier mâché dans le sens absolu du mot, c’est un papier transformé en carton mou par des procédés mécaniques.
- La matière première du papier mâché est un papier gris-bleu, sans colle, fort doux, dont la pâte est très line. Les feuilles peuvent être comparées au papier lithographique d’Annonay, sauf la blancheur dont on ne s’occupe pas; le coton en fait la base.
- Ces feuilles sont collées les unes sur les autres, à grands flots de dextrine ou d’amidon, appliquées à la spatule d’acier. Quand on en a l’épaisseur désirée, depuis une ligne jusqu’à un pied, on porte cette masse sous une presse hydraulique, agissant dans un séchoir à haute température. Sous cette pression énergique, il se forme une planche solide et dure comme du bois de buis ou d’ébène, d’une planimétrie parfaite ou de la forme du moule chauffé, dans lequel on a comprimé cette matière première, si ductile pendant qu’elle est humide, et si solide quand elle est sèche. On lui donne la forme de socles, pieds de guéridon, bras de fauteuil, feuilles d’acanthe, rosaces ou moulures quelconques, car elle se prête à tout.
- Cette espèce de bois sans pores, sans sève, sans libres, sans nœuds, se laisse parfaitement travailler à la scie, à la gouge, à la râpe et au tour ; elle se laisse polir au besoin, bien que cette dernière opération soit réservée au vernis noir dur et épais dont on la charge à plusieurs reprises, après l’avoir laissée passer une nuit dans les séchoirs à air chaud, extrêmement chaud, d’où il sort très dur, sans bouillon et sans gerçures. 11 est possible que bien des objets que l’on nous donne comme un beau vernis du Japon, ou une belle laque de Chine, ne sont qu’imprégnés et recouverts d’un mélange de gomme copal, de bitume, de goudron, de résine d’arcanson et
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- LA NATUHE
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- autres hydrocarbures imprégnés de noir de fumée et de couleur, dans certaines proportions.
- Le point de cuisson est le point important : trop cuit, le vernis s'écaille et se gerce; trop peu, il poisse. Il ne faut donc pas dépasser certaine température toujours supérieure à 100 degrés.
- Cette sorte de papier moulé et pressé se laisse tourner avec une grande facilité, on en fait des boules et des grains de chapelet incassables et légers, on le creuse en encriers, en écrins'et en cylindres.
- C’est avec cette matière qu’on fabrique tous ces bracelets à gros grains noirs semés de diamants faux d’Ecosse, tous ces colliers, ces épingles, ces fermoirs, ces bijoux de toutes sortes que l’on prend pour du jayet ou quelque bois précieux. Ces charmants bracelets, composés de globules semi-lucides et opalins qui semblent taillés dans une roche formée de couches concentriques, comme certaines pierres précieuses, ne sont encore que du papier mâché collé au vernis blanc et recouvert de même.
- Ces beaux plateaux, coffrets, guéridons et écrins nacrés, peints et dorés, connus sous le nom d’ouvrages du Japon, ne sont aussi que'du papier mâché; les Japonais ne connaissent qu’une espèce de dorure, et nous en avons deux : le doré mat et brillant. Nous avons aussi la nacre liquide tirée des ablettes, qui imite si bien les grains de groseilles blanches et certaines baies transparentes. La nacre est incrustée solidement avec la presse hydraulique. Enfin la surface est poncée pour obtenir un plan parfait et recouverte d’un vernis incolore de première qualité1.
- LE
- TREMBLEMENT DE TERRE DES ÉTATS-UNIS
- DU 31 AOUT 1886
- En dépit des géologues, enseignant que l’époque des grandes catastrophes ducs à l’activité intérieure de la Terre, est passée depuis longtemps, nous venons d’assister coup sur coup à plusieurs crises considérables, nous montrant que les forces inconnues de la nature sont encore en pleine activité. Si aucune d’elles n’est, à beaucoup près, assez importante [»our compromettre l’avenir de la civilisation, toutes sont assez sérieuses pour nous faire comprendre que nos villes sont bâties sur une planète en voie de transformation continuelle.
- La dernière et la plus grande de ces commotions mémorables, s’est produite pendant la nuit du 31 août 1886, sur le territoire des Etats-Unis. Elle est beaucoup plus sérieuse que la secousse analogue produite dans les mêmes régions le 10 août 1884 et a eu lieu un peu plus au sud, le centre de commotion ayant été cependant dans les deux circonstances au sud des Etats de la Nouvelle-Angleterre et sur la côte orientale de la République.
- On estime qu’en 1886 la zone ébranlée comprend la moitié des 38 États; à peu près tous ceux qui se trouvent entre les montagnes Rocheuses et l'Atlantique. Cependant la partie centrale de cette vaste région a été épargnée, et dans une grande partie, la secousse a été si faible qu’une infinité de personnes
- 1 D’après le Bulletin des fabricants de papier.
- ne l’ont appris que par les journaux. Nous avons représenté, par des parties ombrées sur notre carte, la surface où l’ébranlement a été notable, et par des ombres renforcées celle où le choc a eu une intensité particulièrement notable. Ces renseignements recueillis à l’aide du télégraphe, principalement par les journaux anglais, ne peuvent être encore très complets. Il en est de même des heures du com- * mencement du phénomène que nous avons indiquées par des nombres, ainsi que le nombre des secousses. En effet, nous avons recueilli des renseignements discordants, non seulement des villes éloignées, mais encore de Washington, où se trouvent deux établissements scientifiques de premier ordre, pourvus tous deux des instruments les plus perfectionnés pour l’étude des manifestations de la nature. L’observatoire naval signale, par l’intermédiaire de l’astronome Newcomb, deux secousses, la première à 9ll,53',20" et la seconde à 9 h. 54 avec une durée de 5 minutes, ce qui ne paraît pas possible sans plusieurs périodes de repos. Le général Hazen, directeur du Signal corps, dont la version paraît plus exaeîe, annonce quatre chocs : le premier, à 9 h. 54 avec une durée de quarante secondes, chiffre déjà énorme; le second, à 10 heures; le troisième, à 10 h. 10 in.; et le quatrième, à 10 h. 30 m.
- Nous n’avons marqué sur notre carte que les villes où le phénomène a acquis un degré suffisant d’intensité pour être télégraphié au premier moment. La surface où le choc s’est fait sentir, soit directement, soit par propagation ultérieure, atteint un demi pour cent de celle de la Terre entière.
- C’est dans les environs de Charieston, capitale de la Caroline du Sud, et ville célèbre pour avoir été le lieu d'où est partie la grande rébellion esclavagiste, que la catastrophe a acquis les proportions d’une calamité nationale. Dans cette région, les secousses ont été nombreuses, terribles, et se sont fait sentir pendant plusieurs jours. Les populations affolées ont quitté leurs demeures et ont séjourné sous des tentes.
- Les fils électriques, qui en temps ordinaire servent à la transmission des nouvelles, étaient tombés dans les rues avec des monceaux de ruines, qu’ils contribuaient à rendre inextricables. On entendait les cris des blessés et des mourants, écrasés sous les décombres, ou quelquefois dévorés par les incendies qui s’étaient allumés.
- Aux environs de Charieston, dans le sein de la terre, s’étaient formées d’énormes crevasses ayant parfois plus de 20 mètres de long et dont l’œil ne pouvait mesurer la profondeur. Les bords de ces fissures s’ouvraient et se fermaient en même temps que les secousses se produisaient. 11 s’en échappait des fumées sulfureuses qui remplissaient l’air d’une vapeur suffocante. Quand ces émanations s’étaient dissipées, on voyait jaillir des quantités considérables de sable, tantôt blanc, tantôt colore en rouge, et quelquefois disposé en cône comme il arrive lorsque les déjections de la terre sont lancées dans les airs par de véritables volcans.
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- LA NATURE
- Nous ne pouvons mettre sous les yeux de 110s lecteurs toutes les circonstances extraordinaires qui ont été rapportées et dont quelques-unes méritent d’être signalées. L’eau des puits montait et descendait convulsivement. A Summerville, plage fréquentée par les habitants de Cliarleston, on prétend avoir entendu de violentes détonations. Certaines personnes affirment avoir vu la terre vomir des flammes. Un choc violent qui se serait produit dans la Caroline du Sud pendant la nuit du 5 septembre aurait été suivi de l’apparition de deux météores traversant le ciel dans la direction du nord au sud. Le 2, on a recueilli, près de Cliarleston, des [lierres qui avaient été lan-
- cées par des petits cratères en formation. Les observations météorologiques ne sont pas moins remarquables.
- Avant la catastrophe le temps était lourd comme lorsqu’il va faire un orage; le calme de l’atmosphère était si grand, que la llannne d'une bougie brûlait en plein air aussi tranquillement que dans une lanterne. À Washington le vent était presque nul; avant la catastrophe, un tourbillon furieux, désordonné, parait avoir souillé pendant les trente ou quarante secondes qu’a duré le phénomène. Immédiatement après, le vent a repris son allure tranquille.
- Sur mer la secousse a été très forte. L’Eastem
- Z.J'Aoj^iev £c.
- Carie du tremblement, de terre aux Etats-Unis, du Ü1 août 188t>.
- lelegrapli Company, qui fait réparer en ce moment un câble sous-marin , a constaté qu'un abîme de 2000 mètres de profondeur s’était ouvert au fond de l’Océan.
- Le major Powell, directeur du service géologique des États-Unis, déclare que la vitesse de propagation des chocs a été très variable. Il a constaté des nombres de 40 à 100 kilomètres par minute. Somme toute, on peut dire qu’il a fallu un quart d’heure pour ébranler un territoire équivalent au quart de celui des États-Unis. Ce savant nous apprend que des petits cratères se sont formés dans la Caroline du Sud. •
- Parmi les effets étranges qui se rattachent à cette catastrophe, on doit citer le réveil du grand geyser du Parc national qui s’était endormi pendant plu-
- sieurs années. 11 est sorti de son bassin une gerbe d’eau et de vapeur s’élevant jusqu’à une hauteur de 500 mètres. Cette émission a duré vingt-quatre heures.
- L’histoire de ce tremblement de terre sera certainement longue à établir, car on signale des chocs qui se sont fait sentir jusqu’en Californie. La secousse principale du 51 a été précédée à Char-leston par deux autres, du 27 et du 28, et auxquelles on n’avait prêté qu’une médiocre attention parce (\u elles avaient été inoffensives. Quoique l’action paraisse avoir son origine au-dessous de l’Océan, on n’a point observé de raz de marée, mais tous les navires du port de Cliarleston ont été vigoureusement agités.
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- ÉLÉVATEUR HYDRAULIQUE
- OU POMPE A UN SEUL CLAPET DE MM. DU M AH AI S ET DE LA GItÉE
- On a parlé, dans un numéro antérieur de ce journal *, d’essais qui avaient été laits pour élever l'eau au moyen d’un tube mis en mouvement verticalement et muni d’un seul clapet placé à l’orifice supérieur.
- Les premières tentatives pour arriver à construire
- un appareil pratique sur ce principe, sont dues à MM. du Marais et de la tirée.
- En 1.882, ces messieurs établirent un premier appareil dans lequel la portion du tube portant le clapet était seule mobile.
- La partie supérieure dans laquelle l’eau était refoulée était fixe et jointe à la partie mobile par un presse-étoupe.
- Le mouvement d'oscillation était communiqué par un arbre à manivelle et une bielle.
- Afin d'équilibrer les efforts sur l’arbre, deux tubes
- Fig. 1. — Pompe à un seul clapet. Appareil d’étude de MM. du Marais et de la Grée.
- égaux étaient commandés par deux manivelles à ISO1 montées sur cet arbre.
- Le mouvement était donné par un homme faisant tourner, au moyen d’un volant, un deuxième arbre qui entraînait le premier par un système d’engrenages augmentant la vitesse de rotation de manière a obtenir de cinq à dix battements par seconde.
- Cet appareil représenté ci-dessus (lig. 1) était plutôt un appareil d’étude ou de démonstration.
- Des essais plus sérieux, de rendement et de débit, furent faits l’année suivante au moyen d’un appareil composé de deux tubes de 7 centimètres de diamètre chacun.
- 1 Voy. n° 08(1. du 14 août 1880. p. 175.
- Fig. 2. — Pompe à un seul clapet. Appareil industriel construit par M. le capitaine Krcbs.
- L’eau fut élevée facilement à une hauteur dépassant AO mètres avec un débit de 12 litres par seconde. Dans ces conditions et malgré l’imperfection mécanique des appareils, le travail en eau montée atteignit et dépassa 60 pour 100 du travail produit sur l’arbre de la pompe.
- Dès le début des essais, les inventeurs furent amenés à introduire par le dessous du clapet une petite quantité d’air qui se trouvait disséminée dans la colonne d’eau à l’état de globules excessivement petits.
- Quelques mois plus tard, M. le capitaine Krebs eut l’occasion de voir fonctionner cet appareil. Les résultats ne manquant pas d'intérêt, il étudia la
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- LA NATURE.
- théorie de ce système, et c’est le résumé de l’étude qu’il a faite et des résultats obtenus que nous présentons au lecteur.
- Considérons un cylindre fluide auquel on imprime une poussée verticale de bas en haut; ce cylindre se mettra à monter avec une vitesse décroissante puis à redescendre suivant les lois de la pesanteur.
- Supposons que la poussée soit exercée par un piston muni d'un clapet commandé par une bielle reliée à une manivelle faisant un certain nombre de tours par seconde.
- La vitesse du piston sera maxima lorsque la manivelle sera perpendiculaire à la direction du piston. Si nous prenons cette position comme origine du temps, et si ce temps est évalué en fraction de circonférence 0 en appelant :
- n le nombre de tours par seconde ;
- (I le diamètre de la manivelle ;
- a l’angle que fait la manivelle avec l’origine, au bout du temps ô ;
- V la vitesse de la colonne Iluide;
- V' celle du piston ;
- Y l’accélération qui agit sur la colonne fluide.
- On a ;
- ^ == 7T du — y — ,
- n
- Y' = r. dn cos (500°o)
- Si la première vitesse a diminué moins vite que la seconde, le clapet se sera soulevé et aura laissé passer une certaine quantité d’eau ; enfin le clapet se refermera lorsqu’on aura :
- 7T dn — 7 — = tc dn cos (360nO)
- 1 n
- Traçons les deux lignes Y et Y' (fig. a).
- La première est une droite, et la seconde une sinussoïde.
- 11 est clair, d’après la figure, que l’ouverture du clapet ne se fera pas tout à fait à l’origine du temps, mais au point où la tangente à la sinussoïde est parallèle à la droite Y.
- Les deux équations sont donc :
- yx — 7i dn cos (r>6Gn0)
- 0
- 7/ — tz fin — Y---h c
- J n
- c étant une constante déterminée par la condition que cette droite soit tangente à la courbe.
- La vitesse d’introduction d'eau est représentée à chaque instant par la différence entre les ordonnées de la droite et de la courbe, et la quantité d’eau débitée par tour est proportionnelle à l’aire comprise entre la droite et la courbe.
- Ces deux équations permettent donc de discuter le fonctionnement de cet appareil, et étant données deux des trois conditions, n, y et d, de déterminer la troisième, en se donnant comme quatrième condition le point de rencontre de la droite avec la courbe.
- En effet cette rencontre peut avoir lieu en dessus de ox, au-dessous ou sur ox.
- Lorsque cette rencontre a lieu au-dessus, il est évident que la colonne reçoit une nouvelle impu-sion avant d’être arrêtée.
- Si elle a lieu sur ox, la colonne est soulevée de nouveau juste au moment de son arrêt; si enfin elle a lieu en dessous, elle est redescendue d’une certaine quantité avant d’être repoussée.
- 11 est évident que, dans le premier cas, le frottement de la colonne est moindre que dans le troisième.
- Le mouvement de la colonne est donc ondulatoire, et ces ondulations seront d’autant moins sensibles que la vitesse de rotation sera plus grande.
- D’un autre côté, pour que la vitesse moyenne de la colonne ne soit pas trop grande et ne consomme pas trop de travail en frottement, il faut que sa vitesse maxima soit faible, c’est-à-dire le diamètre de la manivelle petit.
- On comprend aussi que pour diminuer les chocs il y a grand intérêt à rendre élastique la colonne liquide en mouvement. C’est le rôle que remplit la petite quantité d’air introduite sous le clapet. Cette introduction est automatique et; l’air se trouve disséminé par bulles très petites dans toute la colonne.
- La poussée ou plutôt le travail se transmet donc par ondes depuis le piston jusqu’à l’orifice supérieur où l’eau se déverse.
- Pour éviter que cette onde n’arrive en haut avec joute sa profondeur, et pour en recueillir tout le travail possible, il faut l’atténuer progressivement en l’élargissant, c’est-à-dire en augmentant la section du tube avec la hauteur.
- L’appareil, qui a été construit d’après ces données théoriques, se compose d’un cylindre vertical contenant un piston creux, venant déboucher dans un élargissement conique (fig. 2).
- La partie supérieure du piston porte un clapet venant s’appliquer sur une ouverture ayant la même section que le piston. Le cylindre est prolongé à sa base par un tuyau d’aspiration de même diamètre.
- Au-dessus de l’élargissement la conduite conserve le même diamètre que l’aspiration et forme un contre-coude destiné à laisser sortir par un presse-étoupe, la tige du piston.
- Cette tige est guidée par une crosse et une glissière. Un patin coulé avec le tube sert à fixer l’appareil contre une paroi quelconque. Deux paliers
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- venus de fonte avec le patin reçoivent l’arbre et la manivelle qui donne le mouvement au piston au moyen d’une bielle.
- Un volant est calé sur l’un des bouts d’arbre, et une poulie sur l’autre.
- Le clapet est formé par une rondelle en caoutchouc venant s’appliquer sur une grille rapportée sur l’ouverture du piston.
- La prise d’air se fait par un orifice fermé au moyen d’une vis qui règle l’entrée de l’air.
- On peut dire que l’avantage de ce système de pompe est de laisser à la colonne liquide une section sensiblement constante, de lui assurer une vitesse toujours de même sens presque sans remous et sans variations. Ce sont l'a, certainement, les causes de son bon rendement.
- De plus le mécanisme est simple, robuste et peu volumineux.
- Les nombreuses expériences faites avec ce dernier appareil ont permis d’en constater les résultats pour des hauteurs de 15m,20 et de 51 mètres.
- Le travail transmis à la pompe était mesuré au moyen du dynamomètre de M. Em. Denis Farcot. Les rendements moyens ont été, en eau montée, de :
- 80 pour 100 à 15 mètres 91 pour 100 à 51 mètres.
- Enfin une expérience d’aspiration sans amorçage préalable autre que celui de mouiller un peu le clapet pour rendre sa fermeture étanche et sans clapet de pied, a permis d’aspirer l’eau à 5™,20, hauteur maxima qui avait pu être obtenue dans les conditions d'installation où l’on se trouvait.
- En donnant plus haut les équations qui rendent compte du fonctionnement du système, nous avons appelé y, l’accélération négative qui tend à arrêter la colonne dans son mouvement. Dans le cas où l’on élève l’eau verticalement en laissant la colonne se déverser à l’air libre, y est la gravité g.
- D’une manière générale on a
- D
- Ï==M
- P étant la résultante, suivant l’axe de la colonne, des forces qui agissent sur elle, et. M la masse de cette colonne.
- P peut devenir nul, dans le cas d’une conduite horizontale, par exemple.
- On voit donc qu’en profitant de l’inclinaison qu’on peut toujours donner à la colonne, on pourra diminuer l’accélération y et par suite faire des appareils tournant lentement.
- Enfin une dernière conséquence et qui n’est pas la moins importante, c’est de pouvoir refouler dans un réservoir sous pression.
- Dans ce cas, si la conduite est horizontale, P est la pression en kilogrammes au réservoir multipliée par la section de la conduite exprimée en centimètres carrés.
- Si la conduite est inclinée, P se composera de deux parties.
- En résumé, avec le système qui vient d’être exposé, on pourra satisfaire à toutes les exigences qui peuvent s’imposer dans l’établissement d’appareils à élever les liquides. On réalisera, en outre, des conditions de simplicité et de solidité qui ne sont pas à dédaigner dans la pratique.
- UN NOUVEAU CADRAN DE COMPTEUR
- La difficulté de lecture des cadrans ordinaires de compteurs à gaz est bien connue du public. Beau-
- Fig.2. — Position des aiguilles d’un compteur à gaz marquant 999.
- le chiffre de leur consommation; certains même se figurent que les Compagnies de gaz profitent de cet
- METRES
- çCHTAI/V^
- Fig. 5. — Nouveau cadran de compteur à gaz de M. S. Grey.
- état de choses pour marquer, suivant l’expression populaire, avec une fourchette.
- Il y a des cas où, même pour des abonnés experts, la position des aiguilles ne constitue rien moins qu’un casse-tête chinois. Par exemple, étant donné
- Fig. 1 — Position des aiguilles d’un compteur à gaz marqi|UiiîtilKL^^^
- coup de consommateurs déclarent à qui veullent les \ y v entendre, qu’ils n’ont jamais pu lire sur un cadran ^ M T
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- LA NATURE.
- le jeu dans les engrenages, et la position des aiguilles due à leur marche progressive, il arrivera, entre autres exemples, que le chiffre 889 sera représenté sur le cadran, comme l’indique la figure 1, et se lira comme 999, et que ce nombre lui-même sera représenté comme 009 (fig. 2).
- Lorsque les unités expriment des mesures élevées (en Angleterre elles expriment des centaines de pieds cubes ou 2m'\800) l'erreur provenant de la difficulté de lecture devient considérable.
- Un inventeur, M. S. Grey, a eu l’idée d’employer, au lieu des engrenages ordinaires, qui entraînent les aiguilles d’un mouvement lent et progressif, une variante des roues connues sous le nom de croix de Malte. La roue mâle possède une seule dent, rivée dans l’épaisseur de la roue, et engrenant, à chaque révolution complète, dans une des dix entailles que possède la roue femelle. Sur l’axe de la roue femelle est calée une autre roue mâle actionnant une autre roue femelle calée sur un autre axe et ainsi de suite.
- L’aiguille des litres, dans un compteur à gaz, ou des unités, dans un compteur de révolutions de machines, fonctionnant à une vitesse quelconque, les aiguilles d’unités supérieures avancent d’une division pour chaque 10 révolutions (si les femelles ont 10 dents) des roues d’unités inférieures. Seulement chaque aiguille, lorsqu’elle se déplace, se meut d’une division entière â la fois, de sorte que toutes les aiguilles du cadran sont toujours placées sur des divisions principales et jamais entre deux divisions. M. Grey s’est prévalu de cette particularité de cette sorte d’engrenage, pour remplacer l’aiguille ordinaire, par une aiguille-fenêtre qui offre toujours à la lecture (fig. 5) un chiffre positif, entier, et éminemment visible.
- Ce système de cadrans est adopté par les grands fabricants anglais de compteurs ainsi que par de nombreuses usines à gaz du pays. J.-A. B.
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- POISSONS DE L’ARCHIPEL MALAIS
- LES TRANCHOIRS. - LES AMPH1PRIONS
- Si là Nouvelle-Guinée et les îles Moluques sont la terre des merveilles naturelles, les espaces de mer qui les entourent et les séparent renferment les formes les plus bizarres et les plus intéressantes. Dans les bas fonds de ces mers de corail, se jouant dans l’eau bleue et pourtant transparente, les plus beaux poissons prennent leurs ébats, faisant miroiter, scintiller leurs robes chamarrées et diaprées, dont les écailles reluisent sous les rayons ardents du grand soleil.
- Entre autres points de la Nouvelle-Guinée, le Havre de Dorey semblait, lors de mon premier voyage en 1877, particulièrement favorisé sous ce rapport. Il ne se passait pas de jour.où ma petite escouade de jeunes pêcheurs, toute l’enfance d’un village excitée par l’appât de la verroterie, ne me rap-
- portât quelque poisson nouveau pour moi, et j’en réunis bientôt une quantité considérable. Malade à cette époque de quatorze blessures à la jambe droite et qui me condamnèrent à garder la maisonnette de la forêt pendant plus de six mois tandis que M. Raffray explorait avec succès les îles \\ . Scbouten et l’Amberbak, je trouvai de précieuses distractions en dirigeant cette petite station maritime. Non content de recueillir les poissons, je m’appliquai à les garder vivants, ne fut-ce que quelques heures, afin de faire des maquettes coloriées pouvant rappeler leurs brillantes couleurs impossibles à conserver après la mort de l’animal.
- M. le I)r Vaillant, professeur au Muséum et détenteur de ces maquettes, me les a dernièrement communiquées avec la plus grande obligeance et j'ai pu, grâce à lui, faire dessiner par M. Clément deux habitants des mers de la Papouasie, dont l’un est remarquable entre tous par ses formes bizarres.
- Commerson en 1767 fonda le genre Zanclus, mot qui signifie tranchoir, pour le singulier poisson qui occupe le bas de notre figure, et en donne une description et une représentation coloriée fort exacte. Seba l’avait déjà figuré et il est peu d’auteurs qui n’en aient reproduit l’image.
- Remarquable par la forme arrondie et comprimée de son corps, par le petit bec au bout duquel s’ouvre la bouche, par le long filet qui termine la nageoire dorsale, ce poisson ne l’est pas moins par ses couleurs.
- Jaune et blanc avec trois larges bandes noires, tel est le fond de sa livrée. La première de ces bandes s’étend de la nuque à la nageoire ventrale également noire et porte une ligne au-dessus de l’œil et deux parallèles, près de la nageoire ventrale, blanches. La seconde bande noire s’étend du milieu du dernier rayon de la nageoire dorsale jusqu’à l’anale qu’elle teint presque complètement et est traversée longitudinalement en arrière par une fine ligne blanche se continuant, plus ou moins interrompue, jusqu’au bord externe de la nageoire anale. Sur la queue se détache la troisième de ces bandes noires et son extrémité blanche forme un croissant bordé extérieurement de gris.
- Entre ces bandes noires sont compris de grands espaces jaunes; entre la première bande noire et le jaune règne une longue fascie blanche couvrant une partie de la nageoire dorsale et se rejoignant ou se fondant avec la teinte blanche du ventre. Une bande blanche se remarque aussi près de la dernière bande noire, ou pour mieux dire, la queue est blanche et traversée par une large bande noire.
- Toute la partie antérieure du poisson, le museau, sont blancs; cependant la mâchoire inférieure est noire et sur la supérieure s’étend de chaque côté un triangle orangé circonscrit de noir, la bordure noire remontant jusqu’aux cornes orbitaires, noires supérieurement. L’œil est brun sépia avec la pupille noire.
- Telles étaient les couleurs de l’individu que j’ai peint au Havre de Dorey en avril 1877. Les cou-
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- Poissons de la Nouvelle-Guinée : le Tranchoir cornu, de face et de profil, l’Amphiprion à tunique noire. (D’après les maquettes du Muséum.
- exécutées à Dorey, en 1877, par M. Maurice Maindron.)
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- LA NATURE.
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- leurs relevées par Cuvier d'après une peinture de Commerson et d’après des individus assez frais en alcool rapportés par Lesson et Carnot, sont les mêmes, à peu de chose près, que celles par nous signalées, et montrent que ce poisson a toujours été bien connu. M. Vaillant a eu l’obligeance de me communiquer encore une maquette exécutée aux îles Sandwich, en 1874, par M. Ralliai, consul de France, et sur laquelle on voit assez bien les teintes fondamentales de ce poisson. L’individu que j’ai peint en Nouvelle-Guinée manquait du long fil qui termine la nageoire dorsale : M. llallieu nous représente ce fil jaune frangé de noir.
- Les écailles, composées de lames verticales et étroites, courtes et serrées les unes contre les autres, sont très petites, de telle sorte qu’elles n’apparaissent plus à l’œil que comme une âpreté, faisant ressembler la peau a du chagrin.
- Les petites pointes ou cornes qui se relèvent sur l’orbite, ont fait donner à ce poisson le nom spécifique de cornu. Mais le Zanclus cornutus porte dans sa patrie bien d’autres noms. Les Mafors de Dorey le nomment poisson peigne (Inn Acis) à cause de la disposition de sa nageoire dorsale, haute et étroite, rappelant un peu la fourchette de bois avec laquelle ces Papous fourragent dans leurs chevelures hérissées. Les colons hollandais des Moluques le connaissent sous le nom de bemnt, car la forme discoïde de son corps le fait ressembler à la pièce d’armes connue sous ce nom dans l’art héraldique ; les mêmes Hollandais lui donnent aussi les noms de piquier, de trompette, ou de porte-enseigne.
- Renard appelle le Zanclus : Moorse Afgodt (idole des Maures) et dit à ce propos que les Malais ont de ce poisson une crainte très grande, appuyée d’une vénération superstitieuse. Aussi s’empressent-ils de rejeter à la mer tout poisson de cette espèce qui vient à se prendre dans leurs filets et cela avec grandes marques de respect et force génuflexions. D’autre part la chair du Zanclus paraît très recherchée et se rapproche en goût de celle des meilleurs pleuro-nectes. Ruysch dit même qu’il ne se donne pas à Amboine de festin ou même de repas un peu fin sans qu’on serve de ces poissons. Voila une divinité des mers diversement appréciée.
- Sans jamais atteindre une très grande taille, le Zancle cornu peut parfois peser jusqu’à 8 kilogrammes. On le rencontre depuis les Mascareignes jusqu’aux îles du Pacifique, Tongatabou, Vanicoro et Sandwich. On en connaît deux autres espèces habitant les mêmes régions, et une forme fossile a été décrite par Agassiz.
- Le petit poisson représenté dans le haut de notre figure appartient au genre Amphiprion. Cuvier et Valenciennes l’ont appelé Amphiprion à tunique noire (.4. tunicalus) et l’on en trouve dans leur grand ouvrage une image fidèle d’après les individus rapportés de Vanicoro par Lesson et Garnot. L’individu que j’ai peint au Havre de Dorey était d’un heau rouge de Saturne avec des handes noires déli-
- mitant trois espaces d’un bleu clair, presque argenté. La première bande bleue forme demi-cercle au niveau des ouïes; la seconde, celle du milieu, de beaucoup plus large, est triangulaire et s’avance en pointe vers la nageoire pectorale. Une large tache noire occupe le haut du dos, de la première bande bleue jusqu’à la première moitié de la nageoire dorsale. La troisième bande bleue également lisérée de noir est située en arrière des nageoires dorsales et anales. Celles-ci, de même que la ventrale, sont lisérées de noir, et la caudale se termine par une bande rosâtre.
- Le genre Amphiprion est représenté en Nouvelle-Guinée par de nombreuses espèces toutes plus brillantes et plus chamarrées les unes que les autres. Leur taille est toujours petite.
- C’est, au milieu des coraux, dans les trous des roches madréporiques que se plaisent ces jolis petits êtres. Se jouant ou se poursuivant avec vivacité, ils se laissent souvent surprendre par la marée basse, et restent à continuer leurs ébats dans les petites flaques d’eau jusqu’à ce que la marée montante les remporte. Maurice Maindron.
- LA FIBRE YULCANISÉE1
- La Nature a consacré à la fibre vulcanisée quelques lignes que la présente note a pour but de compléter. Ce produit si curieux et si remarquable par ses qualités a si bien attiré l’attention des savants et industriels français, et a pris un tel essor en peu de temps, (pie nos ingénieurs, officiers et tous les gens s’occupant d’arts industriels, en ont tiré en quatre mois plus d’applications que les Américains qui ont ce produit depuis plusieurs années et les Anglais qui en ont eu la primeur ensuite.
- La fibre vulcanisée n’est, en somme, que de la sciure de certains bois spéciaux communs en Amérique, dont on a extrait au préalable, par des moyens chimiques puissants, toutes les parties étrangères à la fibre proprement dite, c’est-à-dire à la partie utile du bois.
- La fabrication demande trois mois environ, tant pour la préparation et la coloration que pour le séchage. On comprend que les manipulations par lesquelles elle passe, soient longues et énergiques, quand on compare la sciure primitive sans corps et sans consistance avec le produit si complet livré ensuite à l’industrie, La compression se fait au moyen de presses hydrauliques d’une grande puissante, il faut les resserrer pendant l’opération dite du séchage, qui dure un certain temps, surtout pour la fibre noire dont la préparation prend pins difficilement la couleur.
- La fibre, aussi bien durcie que souple, se fabrique exactement en feuilles de lm,700 X lm,060 avec des épaisseurs variant de 1/2 millimètre à 26 millimètres.La différence de densité entre les deux genres de
- 1 Suite et fin. Yoy. ji° 088, «lu 7 août. 1880, j». 150.
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- LÀ NATURE.
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- fibre est insignifiante, 1,25 pour la fibre souple et 1,50 pour la fibre durcie, ce qui fait environ 2 kilogrammes par millimètre d’épaisseur de feuille aux dimensions précitées.
- Fibre vulcanisée flexible. — Avant d’avoir la fibre à sa disposition pour joints, rondelles, emboutis, clapets de pompes, on se servait de diverses matières telles que le cuir, le caoutchouc, la toile, l’amiante, etc.... Ces divers produits durcissaient, se déchiraient, se laissaient attaquer et brûler par l’eau chaude et les corps gras, ou simplement le battage du clapet contre la grille.
- La fibre n’a aucun de ces inconvénients : grâce à sa souplesse, elle donne des joints parfaits qu’on pose à sec et que l’humidité fait gonfler, des emboutis prenant tautes les formes moyennant qu’on trempe la fibre dans l’eau bouillante avant, l’emboutissage; quelquefois même il vaut mieux prendre l’huile bouillante, en tout cas il faut procéder avec précaution; mais c’est surtout sous forme de clapets qu’elle rend le plus de services.
- Toute la navigation américaine et anglaise s’en sert, l’Amirauté l’a même adoptée d’une façon exclusive pour ses cuirassés et ses torpilleurs, ainsi que l’Allemagne. La France ne l’a eue qu’après ces puissances, mais l’emploi s’en est généralisé à toute la navigation fluviale et maritime à vapeur. Le grand avantage que les clapets en fibre offrent sur tous les autres, consiste en ce que leur immersion dans l’eau chaude ou froide n’a d’autre effet que d’augmenter leur souplesse, partant leur efficacité. Ils résistent à l’action de toutes les huiles végétales ou minérales, et même a Yhuile de crâne employée par les grandes compagnies de navigation et qui a si vite raison du caoutchouc. Leur fonctionnement est régulier avec toutes les pompes, que leur action soit lente ou rapide. Comme les clapets en fibre ne se dilatent pas sous l’influence de la température des eaux de condensation, toujours plus ou moins grasses, ils n’augmentent pas de diamètre et n’exigent jamais qu’on les rogne sur les bords pour enlever les bavures, ce qui est une cause considérable d’usure1.
- Enfin, résistant davantage, ils donnent lieu à moins de visites et de démontages, ce qui est à considérer, car c’est autant d’arrêts et de pertes de temps d’évités aux bateaux en marche.
- L’expérience a démontré que les clapets en fibre devaient avoir un tiers seulement de l’épaisseur de ceux en caoutchouc.
- Pour remplacer ces derniers par la fibre, il n’est pas indispensable de changer le buttoir, la différence d’épaisseur peut être compensée par quelques rondelles ou une seule du profil indiqué par le dessin ci-après qu’on fait également en fibre (fig. 1). Nous devons toutefois prévenir que le fonctionnement est
- . 1 Tout ce que nous signalons au sujet des clapets de machines marines s’applique également aux clapets de machines fixes, demi-fixes, de tous systèmes en un mot, le travail du clapet est identique dans tous lés cas, et quelle que soit sa forme, qu’il soit rond, ovale, à tabatière, etc.
- plus régulier quand le buttoir est baissé et directement boulonné sur la fibre. Si, pour une cause quelconque, un arrêt dans les voyages par exemple, les clapets en fibre durcissaient, il suffirait de les inonder d’eau de mer quelques heures avant le départ, précaution que l'on prend du reste pour le caoutchouc et le cuir.
- Les pompes spéciales nécessitant des cuirs Brama, les pompes d’épuisement, de travaux de sondage et déminé, ainsi que les pompes aspirantes et foulantes de machines soufflantes, auront également tout avantage à employer la fibre.
- Les Compagnies de chemins do fer français ont essayé des obturateurs de boîtes à graisse de wagons et tenders de tous systèmes : en feutre, cuir, drap, foin comprimé, bois,etc...; tous ces systèmes offrent des inconvénients, ne retiennent pas l’huile et laissent passer la poussière, de la des chauffages d’essieux et les inconvénients qui en sont la conséquence. La Compagnie d’Orléans s’est décidée à essayer les obturateurs en fibre, et, devant les bons résultats obtenus, il est probable que l’usage s’en généralisera aux autres compagnies. Ce ne sera pas une des moins curieuses applications de la fibre qui, dans ce cas, trempe constamment dans l’huile et la graisse qu’elle n’absorbe pas, mais qui lui donnent une grande souplesse sans lui enlever sa rigidité.
- Les fabricants d’instruments de chirurgie et d’appareils pharmaceutiques s’en servent partout où ils peuvent la substituer au caoutchouc condamné au nom de l’hygiène. La grande difficulté est que jusqu’ici on n’est pas arrivé à mouler la fibre, et l’estampage ne peut pas donner toutes les formes voulues. Néanmoins la voie est ouverte et nul doute qu’on n’en tire quand même un bon parti.
- Dans les turbines on s’en sert comme disques d’enroulement remplaçant la gutta-percha que la gelée brise comme verre ; on en fait également des cônes d’essoreuses remplaçant le carton comprimé, des joints de fermeture, de tubes lance-torpilles, d’appareils à faire le vide, joints de conduite d’eau et de gaz, etc.; et en général on la met partout où il faut un matelas élastique supportant à chaud et à froid des chocs violents et répétés où le caoutchouc et le cuir ne résisteraient pas. L’artillerie et toute la carrosserie en font des rondelles d’essieux.
- Fibre durcie. — La fibre durcie n’est autre chose que cette fameuse pâte de bois dont les Américains ont fait, entre autres choses, des roues de locomotives et wagons aussi solides qu’en fer et en acier et dont le principal avantage est de rouler sans bruit. On la fabrique en feuilles de trois couleurs, rouge, gris et noir, ainsi qu’en bâtons et en tubes qu’on peut fileter comme des étuis et raccorder comme les tuvaux en fer. La fabrication en 26 millimètres d’épaisseur suffit généralement, vu la facilité avec laquelle on peut coller deux morceaux de fibre ; on a ainsi des blocs de toute épaisseur, qu’on travaille ensuite comme le bois et le fer. On fait même des ajustages de fibre à fibre.
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- LA NATURE.
- L’industrie parisienne proprement dite s’est donné beau jeu avec ce produit qu’elle a substitué à tous les menus objets et bibelots qu’on faisait en ébo-nite, celluloïd, corne, os, ivoire, jais, porcelaine, gaïac, porcelaine, métaux, etc.
- La tabletterie, la maroquinerie, les fabricants de jouets, jetons, boutons d’habits, de portes et portemanteaux, de peignes de luxe, d’objets de bureaux et dessin, coupe-papier, presse-papier, articles de Paris, meubles et malles riches, pipes, fume-cigares et furne-cigarettes,etc., s’en sont, emparés.
- En mécanique on en fait des dents d’engrenage remplaçant le cor-
- mier,
- des
- guides et ga-
- lets de monte-charges et ascenseurs, des étuis, des fuseaux garnissant les fourchettes de débrayage, des poulies à gorge, buttoirsde fermeture, petits engrenages qu’on découpe à l’emporte-pièce, poulies de friction pour freins d’élévateurs, poignées de robinets de niveau d’eau ne craignant pas le feu, etc. Les filatures et tissages en font des bobines, brochettes, navettes, cylindres conducteurs, entonnoirs de fil, petits engrenages tournant sans bruit, coussinets, fûts et autres accessoires, etc.
- La médecine et la pharmacie lui ont fait également des emprunts, la substituant notamment aux bouchons de biberons en celluloïd qui donnaient au lait une odeur si persistante et si désagréable de camphre, au point que beaucoup d’enfants s’en dégoûtaient; aux couvercles de pots de pommades auxquels on faisait le même reproche; aux cartes en corne pour la manipulation des préparations grasses ; aux seaux pour le transport
- des acides. Les applications à cette branche intéressante d’industrie ne s’arrêteront pas là, plusieurs de nos spécialistes s’en occupant. C’est toute une étude à faire , mais le branle en est donné au grand avantage de l’hygiène de l’enfance surtout, la fibre ne contenant aucun principe délétère ni vénéneux et ne dégageant aucune odeur à chaud ni à froid. On en fait également des étuis, boîtes, montures d’appareils de chirurgie, poignées de lancettes.
- Dans un autre ordre d’idées, on en fait des poignées pour l’artillerie remplaçant l’ébonite, des mécanismes légers pour l’aérostation (la fibre pèse six fois et demie moins que le fer et la fonte) des organes de transmission pour les poudreries ne craignant pas de dégager des étincelles et diminuant par consé-
- Fig. 1. — Clapets de machines marines et fixes en libre vulcanisée.
- quent les chances d’explosion, des pièces légères, guides et molettes pour machines à faire les cigarettes, etc. Brel, on met la fibre durcie partout où il faut des organes légers, solides, compacts, n’occasionnant aucun bruit, inoxydables et inattaquables aux acides et essences, ne craignant pas plus la chaleur et l’humidité que les chocs et l’usure, sans compter ses qualités isolantes dont nous avons parlé dans un précédent article et qui lui ont valu la première place dans les applications aux instruments de télégraphie, téléphonie, etc....
- U n’y a pas jusqu’à la carrosserie qui n’en ait fait
- d’abord des roues, ensuite des caisses et enfin des brancards qu’on essaye en ce moment à la Compagnie Générale des Voitures pour qui cette tentative a un grand intérêt, , puisqu’elle remplace une
- moyenne de I à 5000 brancards par mois par suite des chutes de chevaux si fréquentes sur le pavé de Paris.
- Les Ingénieurs du Service de la voie de nos Compagnies de chemins de fer ont cherché longtemps une rondelle de boulon d’éclisse dont l’écrou ne se desserrât pas par suite des trépidations produites par le passage des trains; ils y sont arrivés avec la rondelle ci-contre (fîg. 2), qui évite le contact de fer
- sur fer. Pour plus do précautions, la rondelle en fibre a été encastrée dans un logement en fonte malléable alors que probablement la simple couronne en fibre aurait suffi. L’écrou serré convenablement sur la fibre dont on a eu le soin de tenir la surface rugueuse, ne se desserre plus, le bruit produit par le passage des trains en est même un peu amorti. Les rondelles de fibre servent aussi pour les boulons de fondation des bâtis de marteaux-pilons et autres supportant des chocs répétés, il n’est pas besoin de contre-écrou ni de goupille.
- La fibre est plus légère que tous les produits qu'elle remplace, depuis les métaux jusqu’au celluloïd ; elle ne s’altère jamais et offre un très joli aspect; pour ces diverses raisons et avec ses réelles qualités, ses applications devaient prendre une grande extension. Nous en avons indiqué les principales et nous ne doutons pas qu’en étant plus répandue, elle n’ouvre le chemin à des applications nouvelles. Yves Güédon,
- Ingénieur.
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- LA NATUKL
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- LE CERF-VOLANT
- THÉORIE DU CERF-VOLANT. — UN CERF-VOLANT GIGANTESQUE
- Après être resté longtemps un objet de pure curiosité, le cerf-volant devient un objet d’étude pour le mécanicien qui y trouve un moyen d’appliquer et de vérifier les formules relatives à la résistance de l’air et de contribuer ainsi au progrès du problème si difficile et si compliqué de l’aviation.
- Aussi croyons-nous intéressant de résumer deux études récentes : l’une, purement scientifique, relative à la théorie du cerf-volant; l’autre, expérimen-
- tale, dans laquelle l’auteur est parvenu k élever au-dessus du sol un appareil gigantesque assez puissant pour emporter un poids équivalent k celui d’une personne.
- Dans une communication faite au Congrès de l’Association française pour l’avancement des sciences, tenu k Grenoble en 1885, M. .1. Pillet, maître de dessin de, machines k l'Lcole polytechnique, a présenté une théorie très simple et très élégante de l’équilibre du cerf-volant, et dégagé de cette théorie certains principes généraux qui pourront être utiles k quelques-uns de nos lecteurs en les guidant dans la construction de cet appareil.
- Les éléments k considérer dans un cerf-volant sont : son poids P; sa surface plane; la position de son centre de gravité que la queue a pour effet de ramener très près de son extrémité inférieure ; le centre de pression du vent qui, en général, se confond avec son centre de figure;.enfin, le point d’attache du fil.
- La théorie indique qu’il faut une certaine relation de position entre le centre de gravité, le centre de pression ou de figure, et le point d’attache du fil pour obtenir, d’un cerf-volant donné, le maximum d’altitude et le maximum de force ascensionnelle. Ce point d’attache doit être sur la ligne droite passant par le centre de pression et le centre de gravité, plus haut que le centre de pression, et de elle manière que : La distance du centre de
- gravité au point d'attache du fil soit le triple de la distance du centre de pression au même point d'attache.
- Le calcul de la tension du fil, dans un cerf-volant bien établi, montre que cette tension ne varie qu’entre des limites très étroites, quelle que soit la vitesse du vent. Pour un vent nul, le fil ne fait que soutenir le cerf-volant qui pend verticalement; la valeur inférieure de la tension est alors égale au poids P du cerf-volant et de sa queue; pour une vitesse du vent infinie, la valeur supérieure de la tension du fil est égale k 2 P seulement. Ce poids représente une tension assez faible et k laquelle une ficelle, même assez fine, pourra facilement résister.
- Par conséquent, lorsque le cerf-volant tire d’une
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- manière exagérée, cela prouve qu’il est mal attaché, et non pas, comme on est tenté de le supposer, qu’il est prêt à bien s’enlever.
- Nous espérons que M. Pillet voudra bien compléter son étude en nous faisant connaître les considérations qu’il en a tirées relativement à la meilleure forme à donner'à un cerf-volant ainsi que les conséquences relatives au problème de l’aviation, la note présentée au Congrès de Grenoble s’arrêtant aux seuls principes que nous venons de résumer.
- Les expériences dont nous allons maintenant parler, offrent d’ailleurs à M. J. Pillet une occasion presque unique de vérifier en grand l’exactitude de sa théorie et de ses formules. 11 s’agit d’un cerf-volant monstre construit et expérimenté en mai dernier par M. Maillot, et dont nous trouvons la description dans YAéronaute.
- Ce cerf-volant est un octogone régulier de T2 mètres carrés de surface, sans tête ni queue, la char pente pèse 68 kilogrammes, les toiles et les cordes 45 kilogrammes, et il a pu enlever un sac de terre de 68 kilogrammes. La construction de l’appareil et ses dimensions inusitées rendent sa manœuvre toute spéciale. Deux cordes manœuvrées à terre et reliées aux deux extrémités de la verticale passant par le centre de figure du cerf-volant, permettent de lui donner l’inclinaison convenable, suivant la vitesse du vent et ses variations. De même, deux aides placés k terre s’opposent k l’inclinaison latérale.
- Après avoir solidement amarré 1-a corde du cerf-volant qui mesurait 250 mètres, M. Maillot et ses aides ont soulevé l’avant du cerf-volant en laissant pénétrer le' vent au-dessous. L’appareil s’est alors soulevé et il a enlevé un sac de terre de 68 kilogrammes k une hauteur de 10 mètres au-dessus du sol. C’est la position que représente la figure de la page précédente. Chacun des opérateurs tirait sur la corde ou la mollissait, suivant la vitesse du vent; et le cerf-volant avait une certaine stabilité. La manœuvre d’enlèvement a été recommencée plusieurs fois et elle a réussi toutes les fois que le vent a été suffisant.
- Dans la discussion qui a suivi la communication de ces expériences k la Société française de navigation aérienne, M. Hureau de Villeneuve a rappelé que les journaux anglais ont parlé autrefois de l’enlèvement d’une femme par un cerf-volant au siècle dernier.
- Dans l’esprit de l’auteur, la manœuvre des cordes de réglage de l’inclinaison du cerf-volant devrait être faite par la personne enlevée k la place du sac de lest, et le cerf-volant ne serait plus alors relié au sol que par la corde principale. C’est là une expérience hardie et dangereuse k laquelle les assistants se sont opposés le 16 mai dernier, lorsque M. Maillot a fait fonctionner son cerf-volant devant les membres de la Société ; on a craint avec raison que M. Maillot, une fois enlevé, ne tirât pas les cordes k propos. X..., Ingénieur.
- CHRONIQUE
- La traversée de la Manche en navire électrique. — La traversée de la Manche vient d’étre exécutée pour la première fois au moyen d’un moteur électrique, par le Volta, petit navire en acier ayant 7IU,50 de long sur î'n,50 de largeur de bau. 11 y avait à bord dix personnes parmi lesquelles nous signalerons M. le général Brine, qui avait antérieurement passé la Manche en ballon. Le Volta a quitté la jetée de Douvres à 10 h. 41 m. du matin, et est entré dans les jetées de Calais à 2 h. 32 m. du soir. La première traversée avait donc duré 3 h. 51 m. 11 est reparti à 3 h. 14 m. du soir et a atteint la jetée de Douvres à 7 h. 37 m.; ce qui donne 4 h. 22 m. pour la seconde traversée. Les accumulateurs employés dans cette expérience débitaient au départ un courant de 28 ampères. Jusqu’à 5 heures il n’a pas baissé ; alors il est tombé à 25 et il n’était plus qu’à 24 un peu avant la rentrée à Calais. L’hélice avait 50 centimètres de diamètre et 27 de longueur de pas; elle était à trois branches et mise en mouvement directement par l’arbre de la dynamo, dont la vitesse pouvait varier de 600 à 1000 tours par minute. La dynamo pesait 350 kilogrammes. Elle donnait une puissance de 16 chevaux-vapeur sur l’arbre quand on donnait tout le Courant. Elle avait été placée à l’arrière et recouverte d’un plancher ; un commutateur pêrmettait de renverser à volonté le courant et de le graduer.
- La saccharine. — Le sucre en Angleterre se vend actuellement trois pence (3d) la livre (environ 0f315) , la cassonnade tine se vend 2 pence (environ 0f,2075),) et la cassonnade brute 1 penny, soit dix centimes. Ce dernier produit fait actuellement partie de la provende des chevaux. Ce bon marché est dù à la double cause de l’absence de droits d’importation sur les sucres et aux primes accordées aux fabricants par certains gouvernements européens, sur les sucres livrés à l’exportation. Cette double cause, résultat de systèmes financiers, a ruiné l’industrie sucrière anglaise, et les planteurs de Demerara et de certaines autres colonies. Les planteurs de colonies appartenant à d’autres États, et les fabricants de sucre de betterave du monde entier, sont menacés d’une façon analogue et plus sérieuse par l’apparition d’un nouveau produit, dù à la science du chimiste, et qui vient de faire son apparition sous le nom de saccharine. Cette substance, extraite du goudron de houille, est douée de propriétés antiseptiques considérables et constitue, ainsi que l’exprimait sir Sydney Roscoc dans une conférence tenue à la Royal Institution, l’un des produits les plus remarquables parmi les merveilleux produits de l’industrie du goudron. Ses propriétés adoucissantes sont 220 fois plus grandes que celles du sucre de canne, et le produit n’est ni nutritif, ni vénéneux. Il est dérivé du toluène du goudron par un procédé ne comprenant pas moins de sept transformations complètes formant un triomphe de chimie synthétique. Actuellement la saccharine est une curiosifé de laboratoire d’un prix prohibitif ; mais sous peu, elle pourra être obtenue couramment et à des prix commerciaux. J.-À. B.
- Projets singuliers. — En peu avant le moment où les tremblements de terre de Grèce se sont produits, quelques personnes ont cru remarquer des mouvements extraordinaires de la mer, sur les rives de Elle de Cépha-lonie, laquelle est, comme on le sait, voisine du centre d’ébranlement. Le Times nous apprend que cette circon-
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- stance a inspiré à un faiseur de projets l’idée de proposer au gouvernement hellénique de rendre étanches les rivages de cette île, afin de supprimer radicalement toute chance d’explosion. Comme l’ile possède un développement de près de 200 kilomètres de côtes, on comprend que le roi des Hellènes ait hésité avant que de suivre un si précieux avis. Il n’est pas inopportum de rappeler à ce propos qu’un inventeur américain, également ami de la fantaisie, avait offert au roi de Naples d’employer le procédé inverse pour mettre un terme aux éruptions du "Vésuve et de l’Etna. Le procédé consistait tout simplement à creuser en terre des trous profonds de manière à éteindre les feux souterrains en y versant les eaux de la Méditerranée ! Un compatriote de ce personnage vient, suivant YAhhbar du U septembre, de mettre au jour un projet destiné à diminuer la rigueur des hivers du Canada. 11 voudrait fermer à l’aide d’une digue gigantesque, à côté de laquelle celles d’Alexandre et de Richelieu ne seraient que des jeux d’enfants, le détroit de Belle-Ile qui sépare l’ile de Terre-Neuve du Continent américain. De cette manière les glaces descendant du pôle échoueraient sur les côtes du Labrador et ne pourraient pénétrer dans le golfe du Saint-Laurent !
- Phénomène d’acoustique. — La statue de Mem-non rendait des sons au soleil levant, à ce que l’on raconte. Rien d’impossible à ce fait, car il en existe un semblable à Paris : passez devant la façade de la Chambre des députés, surtout lorsque le vent est un peu fort ou que de nombreuses voitures circulent sur le boulevard Saint-Germain et le pont de la Concorde, et vous entendrez très distinctement un bruit de trompettes qui ferait aisément croire aux non-initiés qu’il s’agit d’une sonnerie du poste de garde.
- Les naturalistes allemands tiennent cette année à Berlin leur session annuelle sous la présidence de M. Helm-holz. La session de 1886 est accompagnée d’une Exposition qui a été ouverte par un discours de M. Wirchow. On évalue à 2700 le nombre des personnes qui prendront part aux séances.
- — On vient d’inaugurer le système Pasteur en Italie. La première inoculation a été exécutée à Milan par les docteurs Barattieri et Bareggi sur six enfants de quatre à six ans mordus aux jambes et sur une dame de trente-six ans qui l’avait été au talon. Ces malades venaient tous les sept des environs de Trescali, dans la province de Parme. Les chemins de fer leur ont fait une réduction de 30 pour 100. Comme on n’a point encore d’hôpital spécial, on les a logés à l’hôtel de la Felice, eu dehors des portes de la ville. Des souscriptions publiques sont venues en aide à ceux dont les parents étaient hors d’état de supporter les frais du traitement.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 septembre 1886. — Présidence de M. Vizeav.
- La théorie des gaz. — L’événement de la séance est la présentation par M. Paye d’un mémoire capital de l’illustre M. G. A. Ilirn intitulé : La cinétique moderne et le dynamisme de l'avenir. C’est un beau volume qui fait définitivement partie de la théorie des gaz de M. Clausius et que tout le monde lira avec empressement. Dans sa lettre d’envoi, dont il veut bien nous adresser une copie, et que M. Faye lit en entier, l’auteur expose qu’il a poursuivi trois objets très distincts, savoir ;
- 1° 11 a répondu à des objections faites à ses quatre mémoires antérieurs sur le même sujet. « Cette tâche, dit-il, m’a été facile, mais j’ajoute pénible. J’ài en effet reconnu avec un grand regret que les personnes qui ont jugé ces travaux, n’ont tenu compte, non seulement ni de la discussion à laquelle j’ai soumis les faits, mais pas même des faits eux-mêmes que j’ai produits à l’appui de ces conclusions. »
- 2° L’auteur présente, sous Une forme accessible à tout le monde, les arguments qui rendent désormais insoutenable la théorie cinétique des gaz, rapportant à des mouvements moléculaires la plupart des propriétés de ces corps.
- 5° Enfin il n’iiésite pas à déclarer que « la cinétique des gaz pourrait être correcte, sans que la lumière, la chaleur rayonnante, l’électricité, les attractions et les répulsions magnétiques, la gravitation relèvent des mouvements de la matière pondérable, ni infiniment moins encore que notre pensée ne soit elle-même qu’un mouvement moléculaire. Mais, ajoute-t-il, l’inverse n’est point vrai, et avec la théorie des gaz, tombent les théories cinétiques en général qui ont la prétention d’expliquer tous les phénomènes possibles de l’univers par des mouvements invisibles de la matière. »
- L’œuvre considérable de M. Ilirn présente d’ailleurs une partie expérimentale très développée qui lui ajoutera beaucoup de valeur encore aux yeux des savants positifs.
- Trombe. —C’est encore M. Faye qui transmet l’observation faite à Marseille le 14 septembre courant, par M. Bartelet d’une trombe marine dont l’allure a été conforme à ce qu’exige la théorie du savant académicien. Des nuages, est descendue une sorte de corne inclinée dans le sens même de la progression du météore, et qui, parvenue au contact de la mer, a travaillé en tourbillonnant de façon à donner lieu à un buisson d’écume de 40 mètres de diamètre.
- Géodésie. — La conférence géodésique internationale se réunira à Berlin le 20 octobre prochain. Le ministre de l’instruction publique transmet à cette occasion une série des documents à l’Académie et demande que des membres soient désignés peur prendre part aux séances de l’association.
- Le geyser de Montrond. — D’après une dépêche télégraphique expédiée par M. Laur, le forage de Montrond (Loire) dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises, a recommencé ses éruptions hier soir. Un jet d’eau a été projeté à 40 mètres de hauteur pendant 20 minutes. L’auteur, qui a formulé des théories sismiques particulières, en conclut qu’il faut s’attendre dans la région à des coups de grisou et à des tremblements de terre.
- Varia. — M. Saint-Remy étudie la structure des centres nerveux chez les arachnides. — L’affinité mutuelle des flores oolithiques de la France occidentale et du sud de l’Angleterre occupe M. Crié. Stanislas Meunier.
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- PHYSIQUE AMUSANTE •
- UNE FLEUR QUI LANCE DE l’eAU
- Un reproche au Parisien d’ètre flâneur, ruais il lui arrive souvent, en se promenant dans ses rues ou ses boulevards, d'avoir l’occasion d’observer des spectacles vraiment curieux ou amusants qui ne sam raient manquer de lixer son attention.
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- En passant l’autre jour place des Pyramides, je m'arrêtai devant un physicien en plein vent autour duquel s’était déjà formé un groupe de pas- ' sauts. 11 avait devant lui une petite table, avec les gobelets, les muscades et les accessoires tradi-lionnels de l'escamoteur. « Tenez , messieurs, disait-il, je vais vous montrer d’abord quelque chose de merveilleux, d’étonnant, qui peut vous permettre de vous divertir à la campagne. Vous arrivez chez un de vos amis qui vous a invité à diner, ses entants accourent vous recevoir; vous dites à l’un d’eux de regarder la fleur que vous avez à la boutonnière; et pan! vous faites jaillir de cette fleur un jet d’eau qui lui arrive en pleine figure (lig. 1). » Le physicien complétait son discours par une démonstration éloquente.
- Aux éclats de rire des assistants, il arrosait au loin un gamin, d’un long jet d’eau jaillissant de sa fleur magique.
- La fleur artificielle dont il s’agit, est traversée par un petit tube de verre effilé R (fig.2).
- V ous fixez cette fleur à votre boutonnière ; derrière la boutonnière vous adaptez à la partie inférieure du tube un tuyau mince de caoutchouc, à l’autre extrémité duquel se trouve une petite, poire de caoutchouc remplie d’eau. Si votre vêtement est boutonné, le tube et la poire de caoutchouc ne sont pas visibles. En plaçant votre main dans la poche de votre veston, vous pressez la poire à travers la doublure, et par cette pression l’eau jaillit à l’extrémité B du conduit. Pour
- remplir la poire de caoutchouc, il suffit de l’aplatir entre les doigts et de plonger le tube dont elle est
- munie dans un verre plein d’eau; eu cessant d’exercer une pression avec les doigts, la poire se re-gonlle et aspire l’eau qui ne tarde pas à la remplir. Un fabrique aussi sur le même principe des bagues creuses munies d’une poire que l’on remplit d’eau de la même façon. Quand cette bague est à votre doigt, la poire dont elle est munie est dissimulée par la main qui doit rester à demi fermée. En fermant le poing, l’eau, sous la pression, s’échappe violemment par le petit orifice A
- dont la bague est munie.
- Il est facile de confectionner soi-même ces petits objets, en se procurant les poires et les tubes de caoutchouc que l’on trouve dans le commerce ; on les rencontre aussi chez les marchands de jouets, qui les livrent tout fabriqués, ainsi qu’une variante de la fleur magique. C’est une épingle de cravate construite sur le même principe. La tige piquante de l’épingle est remplacée par un tube creux de cuivre qui s’adapte facilement dans les plis d’une cravate longue. Le tube de caoutchouc adapté à ce tube passe entre le gilet et la chemise, et la poire de caoutchouc remplie d’eau, est enfermée dans la poche du pantalon. Nous nous faisons un plaisir de dédier ce petit articlede physique amusante aux collégiens encore en vacances.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Fi”-. 1. — Fleur magique d'où jaillit un jet d’eau.
- Fig. 2. — Explication de la fleur magique et de la bague à jet d’eau.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 6 9 G
- 2 OCTOBRE 1886
- LA NATURE
- Ï73V:
- LES TRAMWAYS ÉLECTRIQUES RRUXELLOIS
- Jusqu’à ce jour, les tramways à traction par accu mulateurs n’étaient pas sortis du domaine de l’expé-
- rience, et nos lecteurs n’ont certainement pas oublié les essais faits en 1882 et 1885 par M. Philippart et
- Fig. 1. — Tramway électrique de l’Exposition du Palais de l’Industrie, à Paris; sa'caisse ouverte montre les accumulateurs.
- Fig. 2. — Banc de charge des accumulateurs du tramway électrique.
- dont La Nature a parlé à cette], époque ; mais, grâce aux progrès des accumulateurs et des moteurs électriques, à une étude plus approfondie des mille et un
- 1 Yuy. n° 555, du 1er septembre 1883, p. 219.
- 11e année.— 2° semestre.
- détails que soulève le problème, le système est passé du domaine de l’expérience dans celui de la pratique : à Hambourg, deux voitures électriques, système Julien, directeur de la Société Y Electrique, de Bruxelles, sont en service ; une exploitation régulière
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- est en voie d’organisation à Bruxelles et va fonctionner dans quelques mois. Il n’est donc pas sans intérêt de décrire ce système dans scs parties essentielles et d’en faire ressortir les particularités.
- Chaque voiture est automobile, c’est-à-dire qu'elle porte avec elle les accumulateurs et le moteur qu’ils actionnent.
- Les accumulateurs, placés sous les banquettes de la voiture automobile, sont au nombre de 96, formant 8 boîtes distinctes de 12 accumulateurs chacune. Chaque accumulateur pèse environ 10 kilogrammes à vide et renferme 17 plaques ; sa capacité est de 150 ampères-heure, soit 15 ampères-heure par kilogramme de plaques, chiffre très supérieur à celui que donnent les accumulateurs employés ordinairement pour l’éclairage, et dans lesquels on ne recherche pas avant tout la légèreté, comme pour la tractions des tramways. Le poids total des 8 boîtes pleines de liquide est de 1100 kilogrammes.
- Ce nombre de 96 accumulateurs est excessif pour le service du tramway à l’Exposition du Palais de l’Industrie. Il est calculé pour gravir des rampes de 4 centimètres par mètre ; à Bruxelles, où ces voitures doivent entrer en service, avec ces 96 accumulateurs, la vitesse en palier atteint facilement 25 kilomètres à l’heure.
- Le tramway lui-même, en ordre de marche, mais sans voyageurs, pèse 5570 kilogrammes. Il peut recevoir 58 voyageurs, dont 16 à l’intérieur, et 11 sur chacune des plates-formes, mais nous plaignons ces derniers lorsque le train est complet, car ces plates-formes paraissent d’une exiguïté excessive (fig. 1 ).
- Les particularités intéressantes du système résident dans le. mode de construction, de chargement et de manœuvres des accumulateurs.
- Les accumulateurs de M. Julien sont du genre Faure -Sellon-Volkmar, mais ils s’en distinguent par la nature des plaques qui sont formées d’un alliage spécial de plomb et d’antimoine qui les rend inattaquables par l’action du courant, augmente beaucoup leur solidité et prolonge leur durée. Le jury de l’Exposition d’Anvers leur a assigné une limite inférieure de six mois en service journalier courant, mais les expériences faites par la Compagnie montrent que cette durée peut être notablement dépassée.
- Pour la charge, chaque boîte de 12 accumulateurs en tension est placée sur un banc de chargement (fig. 2), et les communications convenables pour la charge sont faites automatiquement par-dessous, à l’aide de semelles métalliques à ressort ménagées sous la boîte et reliées électriquement aux deux pôles de la batterie d’accumulateurs. Ces semelles viennent se placer sur d’autres semelles ménagées sur le banc et reliées à la dynamo de charge. Enfin, des semelles analogues sont ménagées à l’intérieur du tramway et établissent automatiquement les communications nécessaires, par le fait seul que la boîte de 12 accumulateurs est amenée, en glissant, du banc de charge dans la voiture.
- Il y a toujours deux séries d’accumulateurs employées; Lune en charge sur le banc, l’autre en service dans la voiture; la substitution se fait très simplement : lorsqu’une série est épuisée, on amène la voiture devant le banc de chargement vide, on retire les accumulateurs après avoir rabattu les panneaux latéraux, on fait ensuite avancer la voiture en lace du second banc de chargement et on glisse les accumulateurs rechargés à la place des premiers. Cette manœuvre ne demande que quelques minutes, et se fait sans qu’on ait à attacher ou à détacher un seul fil. Les boîtes étant identiques sont interchangeables a volonté. Le chargement sur les bancs ne présente aucune particularité : il s’effectue ordinairement en deux groupes de 48 accumulateurs en tension chacune, avec une machine dynamo excitée en dérivation donnant de 100 a 110 volts; la charge est calculée pour s’effectuer dans lin temps a peu près égal à celui de la décharge, pour n’avoir pas de temps perdu.
- Le couplage des accumulateurs sur la voiture pendant le service, présente aussi un certain intérêt. Les huit boîtes sont d’abord reliées deux par deux en tension d’une manière invariable, formant ainsi quatre groupes distincts de 24 accumulateurs chacun. Les deux extrémités libres de chaque groupe et les bornes du moteur sont reliées à dix fils qui aboutissent, aux deux extrémités de la voiture, à un commutateur tournant qui effectue les groupements suivants :
- Cran de repos. Tous les circuits ouverts.
- 1er cran. — Les 4 groupes en dérivation sur le moteur.
- 2e cran. — Les quatre groupes par deux en tension et deux en dérivation sur le moteur.
- 5e cran. — Trois groupes en tension sur le moteur; le quatrième groupe en dérivation sur l’un des trois premiers.
- 4e cran. — Les quatre groupes en tension.
- 5° cran.—Cran d’égalisation. Les quatre groupes sont reliés entre eux en dérivation, pour égaliser les charges, mais ne communiquent pas avec le moteur. C’est la position normale d’attente pendant les arrêts.
- Une manivelle à axe vertical permet de prendre successivement toutes ces positions à volonté et très rapidement, suivant les vitesses à atteindre et les particularités de la voie : rampes, courbes, etc. Le premier cran correspond au démarrage, le quatrième à la marche en grande vitesse sur une ligne en palier et en alignement droit. Les crans intermédiaires correspondent à des vitesses et des efforts intermédiaires. Le passage d’un cran à un autre ne s’effectue qu’après une rupture préalable du circuit de la machine, ce qui évite toute étincelle sur le commutateur,
- Le moteur est une machine dynamo avec inducteurs en circuit capable de supporter un courant de 100 ampères au moment du démarrage, et marchant normalement à un régime de 20 à 50 ampères : elle est placée sous la voiture et commande les roues par
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- un axe intermédiaire. La liaison du moteur à l’axe intermédiaire est faite à l’aide de cinq cordes en coton et soie ; celle de l’axe intermédiaire aux roues motrices est laite par une chaîne de Gall appropriée par M. Julien, immergée dans un bain d’huile.
- Une particularité relative aux balais est à signaler. Le collecteur à 24 touches est double et se compose, en réalité, de deux collecteurs distincts décalés de 180 degrés l’un par rapport à l’autre : l’un des balais appuie sur un des collecteurs et l’autre sur le second, mais au lieu d’être diamétralement opposé, ce qui rendait la surveillance et l’ajustement difficiles, il se trouve, par le fait du décalage du second collecteur, dans le même alignement que le premier. Ce dispositif ingénieux a l’avantage de ramener les deux balais au-dessus de la machine, et de faciliter le réglage, puisqu’il suffit que les contacts soient sur une même génératrice du collecteur pour qu’on soit assuré qu’ils sont bien diamétralement opposés au point de vue électrique.
- Le changement de marche s’opère à l’aide d’une manette spéciale qui commande deux paires de balais, l’une pour la marche dans un sens, l’autre pour la marche en sens contraire, car il n’y a, à proprement parler, ni avant ni arrière dans le tramway électrique; la manœuvre de cetle manette effectue à la fois le calage convenable des balais et l’inversion de courant nécessaire dans la bobine du moteur.
- L’éclairage est effectué à l’aide de deux lampes à incandescence de 45 à 48 volts, alimentées par un groupe de 24 accumulateurs en tension, et qui restent ainsi indépendantes des différents couplages des accumulateurs.
- Le commutateur à couplages variables est disposé en double : il y en a un à chaque extrémité de la voiture, mais il ne peut être mis en action que par une seule manivelle que l’on transporte à volonté à une extrémité ou à l’autre du véhicule ; il faut, pour éviter des courts-circuits intérieurs pendant la manœuvre, que l’un des commutateurs soit au cran de repos.pendant que l’autre manœuvre. Ce résultat est obtenu très simplement à l’aide d’une encoche et d’un ergot ménagé sur la manivelle qui ne permet de l’engager ou de la dégager de l’axe, que lorsqu’elle est au cran de repos. Tout accident est donc forcément évité, puisqu’on ne dispose que d’une seule manivelle par voiture.
- Telles sont, dans leurs grandes lignes, les dispositions des tramways à traction électrique adoptés par la ville de Bruxelles et dont on peut voir un spécimen en fonction k l’Exposition des sciences et des arts industriels au Palais de l’Industrie.
- 11 serait peut-être prématuré, au moment où la question de la traction mécanique des tramways divise l’opinion du monde scientifique et industriel, d’affirmer que le problème est définitivement résolu par le système que nous venons de décrire. Ses nombreux avantages ont été reconnus et appréciés par le jury de l’Exposition internationale d’Anvers, qui l’a classé en première ligne. Une exploitation régulière
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- sur une grande échelle, continuée pendant quelques années, nous apportera de précieux renseignements sur sa valeur au point de vue économique, et viendra, nous l’espérons, confirmer les opinions favorables émises par le jury d’Anvers. E. H.
- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- DU THEATRE DU P A L AI S - R O VA L, A PARIS
- En faisant sa réouverture pour la campagne 1880-87, le théâtre du Palais-Royal a inauguré son nouveau système d’éclairage. Dans les bureaux de l’administration et les loges des artistes, dans la salle, la scène et Us coulisses, dans les dégagements, partout enfin, l’électricité a remplacé le gaz. La salle est parfaitement éclairée par 165 lampes de 10 bougies, placées d’une façon très heureuse au milieu des pendeloques de l’ancien lustre, et de manière à ce que celui-ci reste toujours prêt à servir immédiatement pour le gaz, en cas d’accident. 11 est très probable que jamais il ne sera nécessaire de recourir à ce moyen, car l’installation a été faite avec la plus grande prudence. Tout est en double, chaudière, machine à vapeur, dynamo, canalisation. En outre, une batterie de 27 accumulateurs Faure, de 40 ampères, toujours en charge, assure l'allumage constant d’un certain nombre de lampes. Cette batterie était du reste indispensable pour les répétitions et les services de jour.
- Le matériel a été installé dans la partie du sous-sol qui se trouve sous le péristyle. En passant dans la galerie Montpensier, les promeneurs peuvent voir sous leurs pieds la dynamo qui fonctionne. Il y a deux chaudières Belle-ville de 500 kilos de vapeur, deux machines-pilon com-pound de 35 chevaux, à condensation, sortant des ateliers Weyher et Richmond. Elles marchent à 300 tours et commandent au moyen de courroies des dynamos Edison excitées en dérivation, de 450 ampères et 55 volts, qui marchent à 900 tours. Bien entendu que la moitié seulement de ce matériel est en marche et l’autre moitié toujours prête à le remplacer en cas de besoin. Les lampes sont toutes du système Edison à incandescence. 11 n’y a d’arc nulle part.
- La rampe comprend 52 lampes de 20 bougies en verre dépoli; la scène 100 lampes de 10 bougies pour les herses et 24 de 20 bougies pour les portants. Ces dernières sont montées par séries sur des planchettes qui s'accrochent à l’endroit voulu après la mise en place du décor ; elles sont ensuite reliées à la canalisation générale par des conducteurs souples qui s’attachent rapidement à des prises de courant ménagées sous le plancher.
- Les différentes intensités lumineuses nécessitées par la mise en scène sont obtenues au moyen de résistances qu’on intercale dans les différents’ circuits, selon les besoins.
- Celles de la rampe sont sous la main du souffleur, celles de la scène se manœuvrent au moyen d’un commutateur placé près du rideau. 11 y a en tout 430 lampes, dont 285 de 10 bougies et 145 de 20 bougies.
- Cette installation a été faite par les soins de la Société Edison, avec le concours de la Compagnie électro-mécanique. C’est la plus complète qui existe actuellement dans les théâtres de Paris, et à ce titre, elle mérite d’être signalée. G. M,
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- LA NATURE.
- TRICYCLE 4 YÂPEUR
- CHAUFFÉ AU PÉTROLE
- Un habile mécanicien de Yassy (Haute-Marne), M. Louis Lallemand, vient de construire, pour le compte d’un amateur, un tricycle à vapeur chauffé au pétrole ; la question de la locomotion mécanique terrestre est de celles qui intéressent un grand nombre de lecteurs. Nous donnerons donc la description de cet appareil.
- La longueur du tricycle, d’axe en axe des roues, est de lm,05, la largeur totale également de ln,,05. La chaudière est en tôle de fer soudée ; timbrée à 8 kilogrammes et éprouvée à 18 kilogrammes. La hauteur est de 0m,62, et le diamètre extérieur de 0m,026, et la capacité totale de 17 à 18 litres. Elle est garnie de 50 tubes en cuivre jaune de 0m206 intérieur et elle sert de bâti à la machine, dont le cylindre a 0m,072 de diamètre et 0m, 110 de course.
- Un cylindre en cuivre formant dôme de vapeur, se trouve placé contre la chaudière. Le manomètre est placé à gauche du cylindre sous les yeux du conducteur, et la pompe alimentaire à droite.
- Le tuyau d’échappement débouche dans la cheminée et active le tirage.
- La prise de vapeur se trouve à portée de la main gauche ainsi que le levier du frein de Prony fixé sur l’essieu; une autrë tige à poignée, fixée au marchepied, est destinée à servir de point d’appui.
- La main droite s’appuie sur la manivelle de direction, et se trouve avoir à sa portée le levier de changement de vitesse, qui permet d’embrayer sur l’une ou sur l’autre des deux poulies motrices. Ces poulies sont commandées directement par l’arbre de la machine, au moyen de chaînes Galle.
- Les deux grandes roues ont 1111,10 de diamètre et la petite 0m,55; elles sont garnies d’un cercle de euir pour éviter le bruit.
- La caisse à eau, d’une capacité de 54 litres, est placée en avant du générateur et recouvre en partie la roue d’avant. La caisse à pétrole, d’une capacité de 10 litres, est au-dessus de la caisse à eau.
- Le foyer, d’une construction spéciale et très simple, est suspendu au générateur ; il conserve toujours la position horizontale, quelle que soit l’inclinaison de la route.
- Le pétrole arrive du réservoir au foyer d’un tube souple ; un robinet de distribution placé sous la main du conducteur permet de régler le feu k volonté.
- Le poids total de l’appareil vide, est de 227 kilogrammes ; la dépense est d’environ 15 litres d’eau et 2 litres de pétrole k l’heure ; la mise en pression exige de 10 k 12 minutes. Un peut obtenir sur une belle route, une vitesse de 12 k 15 kilomètres k l’heure.
- M. Louis Lallemand a déjà exécuté avec ce tricvcle kva-
- Tricycle à vapeur chauffé au pétrole, de M. Louis Lallemand.
- peur quatre expériences qui ont duré chacune une douzaine de minutes. Le chemin parcouru pendant chacune d’elles a été de 5 kilomètres, et les rampes qui ont été remontées n’ont jamais dépassé 0m,25 par mètre. Sur une route horizontale, une pression de 2 atmosphères suffit pour faire marcher l’appareil avec son conducteur, k une vitesse de 6 k 7 kilomètres k l’heure.
- Le constructeur n’a pas encore été k même de faire des expériences plus prolongées, n’ayant pas obtenu jusqu’ici l’autorisation de circuler sur les routes avec sa machine.
- D’après M. Louis Lallemand, l’emploi du pétrole est très avantageux au point de vue du réglage de la production de la vapeur, de la mise en pression rapide et de la facilité d’approvisionnement, mais ce produit coûte encore trop cher en France pour cesser d’être un chauffage de luxe, et devenir économique. X.
- Ingénieur.
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- LA NATURE.
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- NOUVELLE LAMPE A GAZ
- DE M. WENHAM
- Parmi les nouvelles lampes à gaz présentées depuis peu au public parisien, figure la lampe de M. Wcnliam, qui paraît marquer un progrès dans la voie des becs intensifs.
- Comme dans les appareils Siemens déjà décrits dans ce journal, les produits de la combustion servent, avant de se dégager, à élever la température du gaz d’éclairage et de l’air qui arrivent au brûleur. A cet effet le gaz pénètre par le tuyau central placé dans l’axe de la cheminée, et se rend au brûleur circulaire, d’où il sort en donnant naissance à une nappe éclairante. L’air nécessaire à la combus-
- tion entre par le passage circulaire ménagé au-dessus du corps du brûleur et se rend dans la chambre intérieure autour de laquelle circulent les produits gazeux ; il s’y échauffe et se distribue ensuite à l’intérieur et à l’extérieur de la flamme. A l’intérieur et dans l’axe du brûleur se trouve une tige métallique, terminée par un bouton destiné à produire l’épanouissement du mélange de gaz et d’air suivant les bords d’un anneau qui limite la surface éclairante.
- L’appareil est fermé d’une façon hermétique par un globe en verre hémisphérique ; on empêche ainsi toute introduction directe de l’air et l’on assure à la flamme une très grande régularité. Ce globe est articulé au corps de la lampe et pourvu d’un loquet de manœuvre. Enfin la lampe peut être munie d’un
- Nouvelle lampe de M. Wenhnrn. — A gauche, vue d’ensemble. — Au milieu, coupe par l’axe ABC. D. Entrée de l’air. E. Nappe lumineuse. M. Entrée du gaz. G, 11, J, K. Monture du globe. Z. Cheminée d’appel, r— A droite, disposition pour la ventilation. D. Entrée du gaz. E. Plafond. C. Sortie des produits de la combustion.
- réflecteur dont la forme varie naturellement suivant les applications.
- En raison même de la disposition du globe, le brûleur Wenham ne peut être allumé de l’extérieur; le procédé le plus simple consiste à avoir sur le robinet de la conduite un bye-pass qui fournit assez de gaz pour entretenir constamment une petite flamme bleue. Le bec se trouve en fonction dès qu’on ouvre le robinet.
- On construit actuellement cinq types de lampes Wenham, dont l’un est particulièrement destiné à l’éclairage des ateliers. Ils consomment, suivant leur puissance, de 113 à 680 litres de gaz à l’heure.
- Quant au pouvoir éclairant, les résultats précis manquent encore en France et nous ne pouvons que reproduire les chiffres donnés en Angleterre par M. William Foster, ancien contrôleur du gaz pour
- le Metropolitan Roard of Works, et par M. William Wallace, contrôleur du gaz de Glasgow, mais en laissant à ces ingénieurs la responsabilité de leurs renseignements.
- La lampe n° 2, dit M. Foster, a donné, avec une consommation horaire de 283 litres de gaz d’un pouvoir éclairant de 16 bougies et sans l’emploi de réflecteur, 119 bougies (12,6 carcels) suivant la direction verticale, et 47,3 bougies (4,9 carcels) suivant la direction horizontale ; ce qui correspond à des consommations respectives de 22 et 57 litres de gaz par carcel. Dans les directions intermédiaires , l’intensité a augmenté entre 0 et 90°.
- Enfin, d’après M. Wallace, on peut estimer la moyenne du pouvoir éclairant sans réflecteur à :
- 55,05 bougies (5,58 carcels) pour 141,5 litres, dans une direction à 45°, soit un& consommation de
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- 25,3 litres par carcel ; CO,75 bougies (6,39 carcels) } pour la même consommation mais en opérant les mesures à 10° de la verticale, ce qui correspond à f 22,1 litres de gaz par carcel.
- 11 convient de tenir compte, dans les mesures photométriques, de ce fait que le bec de la lampe forme réflecteur et augmente sensiblement le pouvoir éclairant lorsqu’on prend comme terme de comparaison la carcel ou la bougie, dont les flammes sont distribuées également dans toutes les directions autourde la verticale.
- De plus, le gaz employé avait un pouvoir éclairant de 25,47 bougies pour 5 pieds cubes (141,5 litres) à l’heure; c’est là un titre élevé, bien supérieur à celui du gaz de Paris, de telle sorte qu’il est difficile de comparer les résultats que nous venons d’indiquer avec ceux que les autres becs régénérateurs donnent dans notre ville. Il est donc nécessaire d’attendre quelques essais afin d’être fixé d’une façon complète sur la valeur de la lampe Wenham, mais on peut d’ores et déjà lui prédire un succès sérieux que lui méritent la fixité et la régularité de sa lumière. Ph. Delahaye.
- LE JEÛNE DE M. SUCCI
- Les journaux politiques ont donné aux lecteurs, presque jour par jour, les détails de l’expérience singulière entreprise, à Milan, par M. Succi. Pendant trente jours Succi n’a pris, à ce qu’il affirme, aucun aliment, se contentant d’absorber quotidiennement environ 5 à 600 grammes d’eau pure ou alcaline. Il avait prétendu pouvoir résister parfaitement à cette inanition prolongée, grâce aux vertus d’une liqueur dont il avait avalé le premier jour environ 60 grammes.
- , L’expérience n’est pas nouvelle; sans parler des cas d’inanition chez les déments, les nerveux, cas qui sont d’ordre pathologique, de malheureux naufragés, des mineurs ensevelis dans les puits et échappés heureusement à la mort, ont fait involontairement une expérimentation de ce genre. Il y a cinq ou six ans, le docteur Tanner, un Américain, avait de même engagé le pari de s’abstenir pendant quarante jours de toute nourriture, à l’exception, bien entendu, de boissons. Le patient, on ne peut guère lui appliquer d’autre nom, arriva au terme de son jeûne, profondément émacié, épuisé, ayant perdu 18 kilogrammes. Succi est de même arrivé au terme de son jeûne, amaigri, la peau un peu parcheminée, avec une perte de poids de 13k,400. Mais ce qui rend cette expérience surprenante et aussi fort peu compréhensible, c’est que la température, qui s’abaisse progressivement chez tous les sujets soumis à l’inanition, est restée chez Succi au taux normal; de plus, les forces et la vigueur musculaire n’avaient subi presque aucune atteinte. Il pouvait se livrer à l’escrime, à la natation, à des marches assez longues; résultats, disait-il, de son entraînement et de sa fameuse liqueur.
- D’après les détails communiqués par un des médecins italiens qui ont suivi cette expérience, le docteur Luigi Bufalini, M. Succi en est à son vingt-unième jeûne, moins prolongé, cela va sans dire. C’est, paraît-il, pendant un voyage en Afrique que, ayant cherché à combattre des accès de fièvre au moyen de sucs de plantes, il s’aperçut que ces sucs lui permettaient de se passer de manger pendant un temps assez long. M. Succi est un homme de trente-cinq ans, maigre, de taille moyenne, d’un caractère assez exalté; son état de surexcitation a fait même croire à la folie et il a été interné a deux reprises, il y a quelques années, dans un asile d’aliénés. En dehors de cet état nerveux et de cette exaltation, surtout quand il parle de son secret, le docteur Bufalini dit que M. Succi n’offre aucun symptôme d’hystérie : ce serait simplement un nerveux, convaincu de la puissance de son liquide et des avantages que la thérapeutique peut en retirer.
- Je veux bien admettre la bonne foi de M. Succi et des témoins qui ont, à tour de rôle, rempli auprès de lui l’office de gardes du corps. Mais son expérience n’en restera pas moins fort suspecte et ne pourra pas être prise en considération sérieuse par le monde scientifique; il y a eu autour du jeûneur trop d’allées et de venues (on a parlé de six mille visiteurs) pour qu'on ne puisse croire à la possibilité de passer d’une main discrète et habile quelques aliments suffisants pour atténuer les angoisses de l’abstinence. Les résultats de ce jeûne sont en tel désaccord avec tous les symptômes observés dans les cas de mort par inanition volontaire, expérimentale on pathologique, qu’il y a là encore motif à suspicion.
- L’inanition ou l’abstinence absolue d’aliments amène une désassimilation rapide des tissus ; quand un animal est privé de nourriture, il devient auto-phage, il vit aux dépens de sa graisse, de ses muscles, de son organisme tout entier. C’est la graisse qui disparaît tout d’abord, puis les substances albuminoïdes emmagasinées par l’alimentation qui a précédé le jeûne, et enfin les albuminoïdes dits organisés qui font partie intégrante de la constitution des tissus. On a établi, comme moyenne, qu’un animal succombe quand il a perdu les quatre dixièmes de son poids. D’après Bouchardat, les pertes se répartissent ainsi suivant ces divers organes :
- Graisse................... 0,983
- Sang...................... 0,600
- Muscles................... 0,435
- Foie. . ’................. 0,520
- Rate...................... 0,714
- Intestins................. 0,424
- Système nerveux. . . . 0,167
- Ces chiffres se rapprochent assez de ceux qu’on a relevés chez les animaux hibernants.
- La mort survient par l’abaissement progressif de la température, par suite de la déperdition graduelle des matériaux combustible? ; mais cette échéance
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- LA NATURE
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- varie suivant les diverses conditions où se trouvent placés le sujet ou l’animal en expérience.
- Depuis Pline qui disait que la privation d’aliments n’entraînait pas fatalement la mort à sept jours, comme on le croyait, et que quelques hommes pouvaient aller jusqu’à onze jours, on a relevé bon nombre d’observations où ce terme a été plus ou moins dépassé. Dans l’abstinence absolue d’aliments solides et liquides, la durée de la vie ne dépasse guère quatre à huit jours; l’ingestion de liquides, qui agissent à la fois comme excitants et aliments relatifs, prolonge de beaucoup ce délai.
- D’autre part, la durée de la vie varie suivant l’âge, suivant les conditions de température, l’état moral, les fatigues antérieures, etc. Les enfants et les vieillards supportent l’inanition bien moins longtemps qu’un adulte et c’est en partant de ces données que le Dante, dans son histoire dramatique de la mort d’Ugolin et de ses fils, a fait succomber le plus jeune, âgé de trois ans, au quatrième jour, les trois autres aux cinquième et sixième jours, tandis que le père survivait jusqu'au huitième.
- Les conditions morales fâcheuses influent beaucoup sur la résistance des sujets : la relation navrante que Savignv, chirurgien de la marine, a donnée du naufrage de la Méduse et du sort de ses compagnons d’infortune, en est une preuve manifeste. Dès le quatrième jour, bien qu’ils eussent une certaine provision de vin, un certain nombre des naufragés avaient succombé; le cinquième jour, on ne comptait plus que trente personnes; le septième jour, quinze. Un enfant de douze ans mourut le huitième jour. L’Argus recueillit les malheureux survivants le treizième jour.
- Le docteur Soviche a rapporté avec détails l’observation de huit mineurs qui restèrent ensevelis pendant cent trente-cinq heures, plus de cinq jours, dans les houillères du Bois-Monzil, n’ayant pour toute nourriture que deux verres de vin, une demi-livre de pain qu’ils se partagèrent.
- Les angoisses de la faim ne furent pas très vives chez ces hommes. Ils purent trouver de l’eau qui apaisa leur soif et quand on les retira de leur tombeau, ils déclarèrent que cette longue abstinence leur avait été peu pénible.
- Guillaume Granié, qui se laissa mourir de faim dans les prisons de Toulouse, en 1831, vécut jusqu’au soixante-troisième jour, sans avoir pris, dit-on, autre chose que de l’eau ; à sa mort, cet homme, ne pesait plus que 26 kilogrammes.
- Plusieurs des observations similaires sont certainement sujettes à caution : c’est ainsi que Haller raconte qu’une jeune fille indigente et qui ne voulait pas avouer sa pauvreté, se priva d’aliments pendant soixante-dix-huit jours, ne suçant qu’un peu de jus de citron. De même le malade qui resta quarante-sept jours au régime de l’eau pure et qui, du reste, succomba. Les aliénés offrent souvent l’exemple d’une résistance absolue à l’alimentation; on est obligé, dans ce cas, d’avoir recours à l’alimentation artificielle
- par la sonde oesophagienne. Mais, dans bien des cas, on a observé des malades qui se sont privés de nourriture pendant huit et dix jours. Esquirol cite le cas d’un lypémaniaque qui ne succomba qu’après dix-huit jours d’une abstinence absolue.
- Dans certains états nerveux, comme l’hystérie, il est fréquent de voir une anorexie invincible persister des mois; le jeûne, il est vrai, n’est pas absolu, mais l’inanition arrive cependant à un degré extrême. Il faut faire, dans ces cas, la part de la force de résistance de la santé générale chez ces malades, et l’on comprend ainsi qu’elles puissent supporter sans dommage une inanition que des sujets en pleine santé ne pourraient supporter sans grave danger. Gull prétend que cette anorexie peut aller, quand il y a simplement abstinence d’aliments solides, jusqu’à quarante jours.
- Tout dernièrement le docteur Debove a pu vérifier expérimentalement cette résistance à une alimentation insuffisante ou même à des jeûnes véritablement invraisemblables sans dommage pour les sujets. Il a pu produire chez des hystériques l’inanition par la suggestion hypnotique en affirmant aux sujets qu’ils n’auraient plus faim. Deux femmes ont été ainsi soumises à un jeûne de quinze jours pendant lequel elles ont bu autant qu’elles ont voulu, mais n’ont touché aucun aliment solide. Pendant cette durée, une des malades avait perdu 3k,200 ; l’autre, 5k,700. Un homme vigoureux, qui avait bien voulu servir de sujet de comparaison en se soumettant au même jeûne, ne put dépasser le cinquième jour; il avait déjà perdu 15 livres. Les deux hystériques, en dehors de la diminution du poids, n’avaient nullement souffert de l’expérience; elles étaient gaies, vives, et n’avaient rien perdu de leur force et de leur entrain.
- Dans ces conditions de maladie nerveuse, l’inanition ne se produit plus comme chez des sujets non maladifs; l’appareil régulateur de la nutrition est plus sensible chez les premiers et permet probablement une déperdition moins grande et moins rapide ; les combustions sont réduites au minimum et l’économie nutritive est extrême. C’est peut-être dans un état spécial et analogue du système nerveux qu’il faudrait chercher l’explication du jeûne de M. Succi, en admettant, comme je le disais, qu’on se fiât à la rigueur de l’expérimentation : c’est un névropathe particulier. Le docteur Bufalini, qui a suivi de près les phases de cette abstinence, arrive à cette conclusion, qu’il s’agit d’une névropathie réelle portant sur le système ganglionnaire. « Je crois, dit-il, que Succi a un système nerveux trophique tout à fait spécial et grâce auquel le travail moléculaire intime de la nutrition peut être sinon suspendu, du moins fortement diminué.... Il y a évidemment chez cet homme comme une habitude de conservation qui lui permet d’assimiler beaucoup, de perdre fort peu et d’em-maganiser, pour ainsi dire, des provisions pour la disette. » Dr A. C\imz.
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- LA NATURE.
- PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE ET HÉLIOGRAVURE
- Fi;. 1. — Zèbre du Jardin zoologique de Londres. Reproduction directe par l’héliogravure d'un cliché de photographie instantanée.
- Nous avons signalé a plusieurs reprises les résultats de la photographie instantanée qui ouvre incontestablement à la science et à l’art de nouveaux horizons. Un habile opérateur anglais, M. Ph. Robinson, a récemment exécuté une nouvelle série d’épreuves qui nous ont paru assez remarquables pour être encore présentées à nos lecteurs. Il s’agit de photographies obtenues dans le Zoological Garden de Londres.
- Ces photographies ont été reproduites par les procédés d’héliogravure typographique de M. C. J. Hinxman : photographies et gravures sont dignes d’éloges.
- La figure l donne la reproduction d’un zèbre de toute beauté, dont on remarquera l’élégance de l’attitude. La figure 2 est le portrait d’un petit singe dien a dû tenir par le collier pendant
- Fig. 2.
- que le gar-l’opération
- photographique. M. Robinson rapporte que rien n’est plus difficile que de photographier un singe, et que ses essais réitérés lui ont permis de constater qu’il est de toute impossibilité d’obtenir d’un singe la fixité du regard pendant un temps appréciable.
- La figure o reproduit l’une des plus belles épreuves de l’opérateur; elle donne l’aspect d’un bel ours blanc polaire, occupé a mordre ses barreaux. La photographie est magnifique et la reproduction héliographique tout à fait remarquable.
- Le figure 4 représente le grand cerf de Luhdorf qui est de taille considérable. Ce cerf, originaire du centre de l’Asie, offre une grande analogie avec le Wapiti du Canada i.
- La présente notice n’a pas la prétention d’être écrite au point de vue des sciences 1 Vov. n° 135, du 18 décembre 1875, p. 34.
- — Singe reproduit par la photographie instantanée.
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- LA NATURE,
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- naturelles, et notre but n'est pas de décrire ici les | animaux que nous représentons, mais d’appeler
- l'attention sur le mode de leur reproduction ; nous avons voulu simplement montrer encore une fois les progrès de la photographie au gélatino-bromure d’argent, et de ses reproductions par les procédés de gravure typographique en relief.
- Nous ne sommes peut-être pas loin du jour mi les événements contemporains , enregistrés par la chambre noire, seront directement reproduits dans nos journaux illustrés. Cela a déjà été exécuté avec succès dans diverses circonstances, mais cette
- méthode, si utile et si précise, ne fera que prendre dans l’avenir un développement de plus en plus considérable; nous croyons qu’il sera encore donné à notre siècle de voir s’accomplir d’une façon pratique ce nouveau procédé de l a photographie imprimée. Nos lecteurs auront été tenus au courant des progrès successifs réalisés.
- Les gravures ci-dessus parlent d’elles-mêmes, et il ne nous paraît pas nécessaire d’y insister davantage.
- Fig. i. — Cerf (le Luhdorf du Jardin zoologique de Londres. Reproduction par l'héliogravure d’un cliché^dejphotographie instantanée.
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- LA NATURE.
- « LA GASCOGNE »
- NOUVEAU TRANSATLANTIQUE
- La Gascogne, qui complète la série des cinq paquebots b grande vitesse de notre ligne poslale de New-York, est partie le 18 septembre pour effectuer son premier voyage. Elle a fait ses essais de machine, de Marseille au Havre, dans des conditions exceptionnelles. M. le Ministre des postes et télégraphes ayant exprimé le désir de suivre ces essais, M. Eugène Pereire, président de la Compagnie, avait donné les ordres nécessaires pour que la Gascogne reçut à son bord M. Granet, et qu’une excursion eût lieu dans la Méditerranée, qui permît au Ministre d’apprécier dans leurs détails les conditions d’un voyage complet.
- C’est le 29 août que M. Granet s’est embarqué sur la Gascogne, ayant avec lui Mme Granet et ses deux enfants, etM. Ÿ. Granet, préfet de la Nièvre.
- La Gascogne qui a pris la mer le 29 août, a fait cinq escales : Alger, (Iran, Gibraltar, Tanger et Lisbonne. Dans chacun de ces ports, elle a reçu de nombreuses visites et a été l’objet de la curiosité et de l’admiration générales. A Alger, à Oran, les principales autorités civiles et militaires, venues au-devant de M. le Ministre des postes, ont été reçues par le commandant, M. Santelli, par l’ingénieur en chef de la Compagnie, M. Daymar, et par M. Chabrier, administrateur. A Gibraltar, le gouverneur, M. le général Eddy, accompagné de ses deux filles et de sa maison militaire, a accepté un punch à bord. A Tanger, M. Féraud, ministre de France, avec tout le personnel de la légation, s'est mis à la disposition des passagers de la Gascogne, et le paquebot a été visité par deux délégués du pacha-gouverneur, ce dernier ayant exprimé le regret de ne pouvoir se rendre à bord, sa journée étant consacrée au palais à des cérémonies religieuses. Toute la population de Tanger, qui connaît le pavillon de la Compagnie générale transatlantique, a été vivement frappée par le stationnement de la Gascogne.
- La Gascogne, après avoir gagné Lisbonne, s’est rendue au Havre, et c’est durant cette traversée, opérée en 51 heures, que la commission de réception présidée par M. le capitaine de vaisseau Boulineau, a rédigé son procès-verbal de réception.
- L’excursion de la Gascogne dans la Méditerranée laissera de longs souvenirs. Les populations algériennes désiraient vivement connaître le type des magnifiques paquebots que la Compagnie transatlantique a mis en ligne pour lutter sur l’Atlantique contre le pavillon britannique.
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- L’ARITHMÉTIQUE EN BATONS
- DANS L’iNDE, AD TEMPS DE CLOVIS
- « Ayant rendu hommage à Brahma, à la Terre, à la Lune, à Mercure, à Vénus, au Soleil, à Mars, à Jupiter, à Saturne, et aux Constellations, Aryabhata, en la Cité des fleurs, expose la science très vénérable : »
- Les lignes qui précèdent sont, d’après M. Léon Rodet1, ingénieur à la Manufacture des tabacs, la
- 1 Leçons de calcul d’Aryabhala, par M. Léon Rodet. — Extrait du Journal Asiatique. — Paris, Imprimerie nationale, 1879.
- traduction du premier distique des Leçons de calcul d’Aryabhata, mathématicien né en l’année 475 ou 476 de notre ère, qui enseignait l’arithmétique et l’astronomie de 500 à 550, à Pâtaliputra, l’antique capitale des premiers monarques historiques de l’Inde. Ces leçons se composent de diverses règles de calcul condensées dans trente-trois distiques qui forment pour ainsi dire le programme de son cours. En particulier, les distiques XXI et XXII contiennent les règles que l’on démontre actuellement dans les cours de mathématiques pour la préparation à nos écoles du gouvernement et dont on se sert couramment dans les arsenaux pour calculer le nombre des boulets d’une pile à base triangulaire ou à base carrée. De plus le second vers du distique XXII est traduit ainsi :
- « Le carré de la pile des nombres simples est le volume de la pile des cubes. » Mais l’ouvrage eri question ne contient aucune méthode, aucune démonstration, aucun indice permettant de faire une restauration ; mais nous devons dire que l’on trouve deux démonstrations de cette dernière proposition dans un ouvrage de la fin du dixième siècle.
- Il est intitulé : Al Falchrî, traité d’algèbre composé par Aboû Beqr Mohammed ben Alhaçan, surnommé Alkarkhije calculateur; il est dédié à Aboft Ghâlib Mohammed ben Khalaf, surnommé Fakhr Almoulq, la gloire du gouvernement, vizir de Beliâ Aldaoulah, qui mourut le 3 septembre 1016 de notre ère. Le manuscrit qui contient le Fakhrî, et coté 952 du supplément arabe de la Bibliothèque nationale, a été traduit par Wœpcke; il se termine ainsi : « J’ai exclu de mon présent ouvrage ce qui ne s’y rapporte pas. J’avais désiré y ajouter quelque chose en fait des particularités des figures, du cercle et des testaments. Mais je ne l’ai pas fait pour deux raisons dont l’une est mon aversion pour la prolixité; la seconde est que j’ai déjà composé sur chacun de ces sujets un ouvrage étendu embrassant leurs théories exactes, et la solution des problèmes les plus subtils avec leur méthode. Louanges sans bornes et sans fin à Celui qui donne l’intelligence et qui nous délivre de l’erreur! Que sa bénédiction soit sur notre seigneur, Mohammed, le prophète, son élu parmi ses créatures, et sur sa famille et ses compagnons les purs, les saints ! »
- « Ceci fut écrit et achevé par Sâliq le pauvre. Fin. »
- L’étude de la figure renfermée dans ce manuscrit nous a permis de perfectionner la démonstration et de retrouver des procédés probablement fort analogues à ceux dont se sont servis les anciens pour obtenir les règles du calcul concernant le volume des pyramides.
- LES NOMBRES EN BAGDETTES.
- Prenons des règles d’écolier, de même grosseur, et supposons pour fixer les idées que la largeur et l’épaisseur aient un centimètre; portons successivement sur une règle des longueurs égales à 1, 2, 5, 4, 5, ... centimètres et par quelques traits de scie,
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- LA NATURE.
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- coupons cette règle en petits morceaux ; nous figurons ainsi les premiers nombres par ce que l’on appelle des parallélépipèdes rectangles (lig. 1); l’addition de plusieurs nombres se fait en les plaçant bout à bout, et l’on peut ainsi expliquer aux enfants les diverses propriétés de l’addition.
- Prenons maintenant deux règles de même longueur, plaçons-les à côté l’une de l’autre et avec de la colle forte réunissons-les, comme ferait un ébéniste, de manière à former une règle plate dont la
- ® œ>
- Un Deux Trois Quatre
- Fig. 1. —• Les nombres simples.
- largeur est double de la hauteur; portons encore sur cette règle des longueurs égales a 1, 2, 3, 4, ... centimètres, et par quelques traits de scie coupons cette règle en petits morceaux ; nous figurons ainsi les nombres doubles 2, 4. 6, 8... (fig. 2).
- Deux Quatre Six Huit
- Fig. 2. — Les nombres doubles.
- Avec, trois règles accolées et découpées comme nous l’avons fait précédemment, nous représentons les nombres triples 3, 6, 9, 12... (fig. 3).
- Et en accolant 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 règles et découpant comme précédemment nous représente-
- Trois Six Neuf Douze
- Fig. o. — Les nombres triples.
- rons les nombres quadruples, quintuples, sextuples, septuples, octuples, nonuples et décuples (fig. 4).
- Par conséquent, nous représentons ainsi les produits des nombres 1, 2, 5, 4, 5, ... respectivement par 1, 2, 3, 4,5,... c’est-à-dire que nous formons la
- Quatre Huit Douze Seize
- Fig. 1. — Les nombres quadruples
- table de Pythagore. En effet réunissons bout à bout les nombres simples; plaçons à côté les nombres doubles, et ainsi de suite, nous obtenons pour les cinq premiers nombres la figure 4; c’est la table de Pythagore rendue matérielle; mais, nous pouvons aussi la disséquer, et pour ainsi dire en disloquer tous les éléments. Par suite en combinant et en assemblant tous les morceaux de diverses manières, nous pouvons obtenir les démonstrations d’un très grand nombre de théorèmes d’arithmétique élémentaire.
- Au lieu de se servir de règles d’écolier, on peut
- découper une planchette dont l’épaisseur est égale au côté du petit carré A (fig. 5), par des traits de
- /z
- ^'//Z77*7//
- fmrffrr
- Fig. fi. — La table de Pythagore en briquettes.
- scie représentés par les lignes de l’intérieur du carré. Cette figure est, avec quelques différences peu notables, la reproduction de celle dont nous avons parlé plus haut et que l’on trouve dans le Fakhrî d’Alkar-khi (fig. 6). M. le colonel Laussedat a fait construire sur nos indications une table de cette nature, pour les démonstrations des cours publics et qùe l’on trouvera dans les galeries du Conservatoire des Arts et Métiers.
- 5 10 15 20 25
- 8 12 16 20
- 3 6 9 12 15
- 2 6 8 10
- 1 2 3 W 5
- Fig. 6. — Tirée du Fakhrî.
- l’enseignemext DU CALCUL.
- Ce qui suit est un extrait du discours que j’ai prononcé à la distribution des prix du lycée Saint-Louis, le 4 août 1885. Passons à l’enseignement du calcul. Messieurs les papas, et vous, mesdames, bonnes et douces mamans, qui bercez vos fils sur vos genoux en soulevant pour eux les voiles de l’avenir; vous qui les voyez déjà revêtus du sérieux et brillant uni-fome de l’École polytechnique, l’épée au côté, le claque posé crânement sur l’oreille, l’air vainqueur! voulez-vous me permettre de donner un conseil dicté par une expérience déjà mûre; développez chez l’enfant le goût du dessin et de l’arithmétique. Il faut que, tout petit, l’enfant sache compter au moins jusqu’à vingt et joue avec les dominos, les lotos, les cailloux et les hilles, ou mieux encore avec de petits cubes égaux de bois ou de pierre ; cqr ce qu’il importe de développer avant tout, en même temps que la lecture et l’écriture, c’est le calcul mental. Mais il ne faut dans aucun cas que l’écolier apprenne du fait de mémoire les tables d’addition ou de multiplication, ou des résultats quelconques sans les avoir obtenus directement; l’enfant doit les trouver lui-même, car son esprit est une force latente à laquelle il suffit d’imprimer et de diriger ,1e mouvement.
- Pour apprendre à notre écolier la multiplication, gardons-nous bien de lui faire réciter sur un ton dolent et monotone, deux fois deux font quatre, deux fois trois font six, deux fois quatre font huit,
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- LA NATURE.
- et de lui faire défiler ainsi toute la table de Pytha-gore; ce serait donner à ses facultés arithmétiques un enterrement de première classe. L’enfant doit construire la table lui-même et voici comment je l’enseignais à mon fils dès l’àge le plus tendre. U savait déjà compter de deux en deux par les numéros des maisons de la rue. Le côté des numéros pairs, c’est la deuxième colonne de la table, n’est-ce pas ? Pour les autres colonnes, je lui faisais disposer dans l’ordre les 90 boules du jeu de loto. En les retirant de trois en trois, de quatre en quatre, et ainsi de suite, il obtenait les autres colonnes qu’il inscrivait au fur et à mesure sur un grand damier. Quelques jours après le bambin me ménageait une surprise ; il avait construit tout seul une table jusqu’à trente fois trente; ce n’était pas une merveille de calligraphie ; il y avait bien quelques gros pâtés; mais il n’y avait pas d’erreurs. Un matin, à son réveil, il me demandait le produit de deux nombres de deux chiffres qu’il venait de calculer de tête ; il voulait s’assurer s’il était aussi bon calculateur que papa ! Il apprenait à calculer, mais trop vite; alors j’interrompis les leçons, car je ne désire pas qu’il devienne comme Henri Mondeux, le fameux pâtre de la Touraine, comme Mangiamelli le berger de Sicile, ou comme Inaudi une machine arithmétique à grosse tête ; mais il m’aura bientôt dépassé et saura calculer d’instinct, comme les hommes respirent, comme les poissons nagent, comme les oiseaux planent dans les airs.
- Fig 7. — Le sixième triangulaire.
- LES NOMBRES PYRAMIDAUX A BASE TRIANGULAIRE.
- Avec les nombres simples de la première ligne de la table de multiplication, on peut représenter un nombre triangulaire ; ainsi la figure 7 représente le sixième triangulaire; on peut démontrer encore que le double d’un triangulaire (fig. 8) est égal à son rang multiplié par le nombre suivant. Mais l’emploi de nos briquettes nous permet d’obtenir des démonstrations nouvelles qu’il serait plus difficile de figurer avec des boules. Nous commencerons par établir la formule qui permet de calculer la somme des triangulaires à partir de l’unité ; c’est aussi le nombre des boulets d’une pile triangulaire. En effet, une telle pile est formée, à la base, de boulets tangents entre eux et dont les centres sont aux sommets de triangles équilatéraux tous égaux; par suite, le nombre des boulets de cette base est représenté par le triangulaire dont le rang est égal au nombre des boulets sur chaque côté.
- Le second étage est formé de boulets placés dans les interstices des boulets de la base inférieure et
- Fig. 8. — Le double triangulaire.
- forme le triangulaire précédent, et ainsi de suite, de telle sorte que l’étage supérieur est formé par un seul boulet représentant le premier triangulaire.
- On appelle nombre pyramidal triangulaire le nombre égal à la somme des unités contenues dans tous les triangulaires à partir du premier, qui vaut un, et le rang du pyramidal est égal au rang du dernier des triangulaires dont on a fait la somme. Par suite, il est facile de construire la table des pyramidaux successifs.
- Table des pyramidaux triangulaires.
- Unités.................... 1111111 1 1 1...
- Entiers..... 12 3 1 o 6 7 8 9 10...
- Triangulaires. .13 O 10 13 21 28 36 43 53...
- Pyramidaux. . . 1 4 10 20 35 56 81 120 165 220...
- La ligne qui correspond aux pyramidaux se calcule par additions successives en ajoutant chaque pyramidal au triangulaire placé au-dessus et à droite dans la colonne suivante ; ainsi, par exemple, 165= 120 + 45. On peut donc, par ce moyen, continuer cette table aussi loin qu’on le voudra.
- Mais comment déterminer directement, sans calculer tous les précédents, un pyramidal triangulaire dont le rang est donné? Pour cela nous commencerons par doubler tous les triangu-
- A f--
- la ires, en les remplaçant par des rectangulaires (fig. 8) ; plaçons-les par étages successifs , ainsi que nous l’avons lait
- (fig. 9)., nous obtenons le double pyramidal qui se trouve ainsi adossé sur deux des faces OZAY et OZBX d’un parallélépipède (fig. 11). Construisons à côté et dans une même orientation un second double pyramidal égal au précédent; faisons-le tourner d’un quart de tour autour d’une verticale, dans le sens XCY, puis faisons-le basculer d’un quart de tour autour
- d’une droite parallèle à CX, nous l’amènerons sur le premier. La figure 10 représente l’accolement de ces doubles - pyramidaux ; on voit tout de suite que le vide ZAYG du parallélépipède rectangle peut être rempli par un troisième double-pyramidal identique.
- On forme donc ainsi une sorte de tas de pavés, dont il est facile de déterminer le nombre des pavés; la hauteur AY est égale au rang du pyramidal; la
- y c
- Fig. 10. — Le sextuple pyramidal.
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- largeur CX est égale à ce rang augmenté de l’unité et la longueur ZR est égale a ce rang plus deux ; on a donc cette propriété :
- Le sextuple d'un pyramidal triangulaire est le
- produit de trois nombres entiers consécutifs et croissants dont le premier est le rang du pyramidal.
- Veut-on, par exemple , obtenir le nombre des boulets d’une pile Fi£. il. — Le parallélépipède. triangulaire dont la base contient 100 boulets sur le côté, il suffit de prendre le sixième de lüOx 101 X102, ce qui lait 171700 boulets.
- La méthode géométrique pour trouver le volume de la pyramide résulte (fig. 11) de l’équivalence des trois pyramides ayant pour sommet commun le point Z et pour bases respectives les trois rectangles ayant pour sommet commun le point C, à savoir CXOY, CXBD, CRAY.
- LES PYRAMIDAUX QUADRANGULAIRES.
- Une pile de boulets a base carrée est formée, a la base, de boulets tangents entre eux dont les centres sont aux sommets de carrés égaux; par suite, le nombre des boulets de cette base est le carré du côté, le second étage est formé de boulets placés dans les interstices des boulets de la base inférieure et forme le carré précédent, et ainsi de suite, de telle sorte que l’étage supérieur est formé par un seul boulet représentant le premier carré.
- On peut former la table des pyramidaux qua-drangulaires comme celle des pyramidaux triangulaires, en ajoutant une ligne à la table des carrés de l’article précédent; mais si Ton veut calculer directement le pyramidal quadrangulaire de rang donné, il suffit de se rappeler que tout carré est égal au triangulaire de meme rang augmenté du triangulaire précédent ; par suite on aura cette proposition : Le pyramidal quadrangulaire est égal au pyramidal triangulaire du même rang augmenté du pyramidal triangulaire de rang précédent.
- En multipliant par 6 et en se rappelant la formule du triangulaire, et en observant que les parallélépipèdes qui représentent deux sextuples-pyramidaux triangulaires consécutifs ont deux dimensions communes qui permettent de les placer bout à bout, on a cette nouvelle proposition :
- Le sextuple d’un pyramidal quadrangulaire est le produit de son rang, par le nombre suivant, puis par le double de son rang plus un.
- Il est facile d’obtenir des résultats analogues poulies pyramides polygonales obtenues en étageant successivement les polygonaux d’un même nombre de côtés.
- LES PILES DE BOULETS.
- Dans les arsenaux, les boulets sont rangés suivant trois sortes de piles. Les piles triangulaires ne sont employées que rarement, et seulement pour un petit nombre de projectiles, à cause de l’espace qu’elles exigent ; les piles carrées ou quadrangulaires sont aussi peu usitées, et le plus souvent on emploie les piles rectangulaires. Dans ces dernières la base est un rectangle allongé ; l’étage au-dessus est formé de boulets en rectangle dont les côtés sont plus petits d’une unité que les côtés du rectangle de base, et ainsi de suite, de telle sorte que l’étage supérieur est formé d’une seule file de boulets.
- Pour déterminer le nombre des boulets de cette pile, on la décompose facilement en deux autres, une pile à base carrée, et un prisme dont les boulets sont disposés comme dans la pile d’obus.
- 11 est facile de retenir les diverses formules qui servent a calculer les boulets des quatre piles que nous avons considérées, en les condensant dans une formule simple qui s’applique à toutes :
- Le nombre des projectiles d’une pile d’obus, d’une pile triangulaire, d'une pile quadrangulaire ou d'une pile rectangulaire, est égal au nombre triangulaire qui représente le nombre des boulets d'une face triangulaire par le tiers du nombre des projectiles contenus dans l’ensemble de trois files parallèles partant des sommets de la face considérée.
- En géométrie, on retrouve le théorème correspondant pour le volume du prisme triangulaire, de la pyramide à base triangulaire ou carrée, et du prisme tronqué. C’est encore un exemple de l’analogie des formules concernant simultanément la science des nombres et la science de l’étendue.
- LA PILE DES CUBES.
- Nous démontrerons maintenant le théorème d’Arya-bhata dont il est parlé dans l’introduction de ce chapitre, sur la pile des cubes. Reprenons la table de Pythagore (fig. 5) et rangeons les briquettes par
- Fig. 12. — La pile des cubes.
- étages successifs, sur les nombres carrés de la table qui sont placés sur la diagonale AZ. En prenant pour chaque carré de base les briquettes placées-à la gauche dans la même rangée, et au-dessous dans la même colonne, on reconnaît facilement que l’on forme ainsi les cubes successifs de 1, 2, 3, 4, ... de côté (fig. 12); mais d’autre part, le côté de la table
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- LA NATURE
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- renferme un nombre d'unités égal au triangulaire ; par suite, et eu conservant la forme de l’énoncé d Aryabliata, la pile des cubes est le carré de la pile des nombres. Edouard Lucas.
- CHRONIQUE
- L’Iiulle de maïs. — L’extraction de l’huile contenue dans le maïs est une industrie qui a été créée récemment à Saint-Louis (États-Unis) et dont le produit menace de faire une concurrence efficace aux meilleures huiles végétales. Un hectolitre de grain de maïs donne 12Ill,5 d’une huile claire et de belle couleur d’ambre; les tourteaux constituent une excellente nourriture pour le bétail. Cette nouvelle industrie assure donc à l’immense production de maïs du pays une utilisation très lucrative, sans que le grain perde ses qualités nutritives. Cette industrie n’est pas représentée en France, où la production du maïs est, du reste, assez restreinte ; mais on y extrait déjà l’huile du maïs après distillation.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 septembre 1886.— Présidence de M. Blahchard
- Carte des Pyrénées. — En offrant à l’Académie une nouvelle feuille de sa magnifique carte des Pyrénées au 1/800 000e, M. Franz Schrader signale des faits nouveaux concernant la structure de cette grande chaîne montagneuse. L’un des plus intéressants concerne l’alignement des formations géologiques successives suivant une direction oblique à celle du soulèvement. Par exemple, le granit et le terrain crétacé que l’auteur a seuls marqués dans ce premier travail dessinent une série de ressauts en baïonnettes extrêmement remarquables.
- La pointe Charles Durier. — La magnifique montagne qui termine si majestueusement l’horizon au fond du lac de Genève, et qu’on appelle la Dent du Midi, comprend plusieurs points parfaitement distincts. Entre deux de ces pointes dites la Haute-Cime et la Dent-Jaune s’en présente une de 3200 mètres qui avait constamment résisté aux efforts des ascensionnistes à cause de la nature pourrie de la roche qui la compose. Deux intrépides alpinistes, MM. Beaumont et Wagnon, accompagnés de trois guides, sont parvenus à vaincre tous les obstacles et au milieu des plus grands périls ils ont pris possession du somme au nom du club Alpin français; suivant l’usage ils ont tiré trois coups de revolver et ont baptisé leur conquête : c’est dorénavant la pointe Durier, du nom du célèbre vice-président du Club, l’éloquent auteur du Mont-Blanc.
- L'or en Andalousie. — Un savant ingénieur qui, plus d’une fois a collaboré à La Nature, M. A. F. Noguès, a étudié d’une manière très complète les gisements aurifères du sud de l’Espagne et spécialement dans la sierra de Penaflor. Dans cette région, l’or, qui est remarquablement abondant, est venu au jour à la suite de l’éruption de roches à la fois pyroxéniques et amphiboliques. On le trouve dans la masse de ces roches elles-mêmes ; dans des amas métallifères de remplissage ou de contact en relation avec les diorites et les amphibolites; dans les roches primaires sédimentaires, métamorphisées en contact avec les mêmes roches d’épanchement; dans des conglomérats, grès et calcaires tertiaires marins en relation avec l’éruption des diorites et les émanations hydro-
- minérales; dans des terres rouges ferro-alumineuses qui forment la majeure partie du sol végétal de la partie montagneuse ; enfin, dans les alluvions de la plaine formées par les débris des roches et des minéraux.
- Au point de vue pratique, M. Noguès estime que les véritables minerais d’or à exploiter sont les terres rouges de la sierra et les alluvions de la plaine; les amas de remplissage, dit-il, sont des accidents dont l’exploitant profitera sans fonder aucune espérance sur eux. Les terres aurifères rouges et les alluvions ont en effet une teneur moyenne en or de 5 à 6 grammes au mètre cube ; parfois la teneur s’élève exceptionnellement à 10 ou 15 grammes. L’or combiné qui ne saurait être négligé dans l’exploitation, se trouve en quantité au moins égale à celle de For natif. En rapprochant toutes les conditions offertes par le pays pour le lavage, l’amalgamation, et,c.,M. Noguès pense qu’une exploitation qui traiterait seulement 100 mètres cubes de terres aurifères par jour, soit 50 000 mètres cubes par an, pourrait réaliser un bénéfice annuel évalué à 528000 francs.
- Le phosphate de chaux de Mous. — Tous ceux qui ont étudié la constitution des environs de Mons savent que M. Cornet, l’un des plus savants géologues de la Belgique, y a découvert une association avec les couches les plus récentes de la craie d’énormes accumulations de nodules de phosphate/Le poudingue de la Malogne, par exemple, et la craie brune de Ciply sont actuellement exploités pour les besoins de l’agriculture. Dans un travail tout rempli d’intérêt, M. Cornet cherche de quelle source provient la chaux phosphatée dont il s’agit. Suivant ses observations, la grande proportion d’azote renfermée dans la matière montre qu’elle dérive d’une origine animale ; — elle a été déposée dans une mer qui nourrissait une faune ma-lacologique nombreuse et dans laquelle existaient de volumineux sauriens; son dépôt s’est fait tranquillement comme le prouve la grande régularité des lits et la conservation des coquilles qui sont très souvent bivalves. A l’appui de sa théorie, M. Cornet rappelle qu’à l’époque actuelle une accumulation de substance analogue a lieu en certain pays. En octobre et en novembre, sous l’effet de la mousson, le côté sud de l’Arabie reçoit en certains points une prodigieuse quantité de poissons morts dont la substance renferme précisément en abondance le même phosphate tribasique de chaux qu’on exploite à Mons : que le dépôt actuel se fossilise, et il sera identique avec le sédiment géologique.
- Dessèchement spontané de l'Asie centrale. — Il résulte des cartes publiées par M. Venukoff que tous les lacs de l’Asie centrale se dessèchent avec une rapidité extrême : il suffit de comparer leur surface actuelle à celle qu’ils avaient il y a seulement vingt ans pour reconnaître le phénomène. On a vainement cherché à lui opposer le reboisement ; les ouragans ont abattu sans tarder toutes les plantations et 60 000 Boukhariens renonçant à vivre dans ce désert qui se constitue à vue d’œil viennent encore d’aller demander un l'efuge au territoire de la Russie. D’après l’auteur, ce qu’il faudrait serait d’ouvrir aux eaux de la mer Noire un accès dans la mer Caspienne et en attendant de dériver dans le Volga le plus possible des cours d’eau qui actuellement font partie du bassin du Don.
- Le vol des oiseaux. — En poursuivant ses belles études photographiques de physiologie des mouvements, M. Marey est parvenu à diminuer considérablement les temps de pose : 0",002 lui suffisent mainlenant pour avoir l’image d’un oiseau se mouvant sur un fond d’un noir absolu, non seulement à l’état de silhouette, mais avec
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- LA NATURE.
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- *ous les détails. On voit, par exemple, les plumes de l’aile et on constate leur torsion. Les épreuves présentées par le savant académicien sont d’un intérêt extrême.
- Varia. — À propos du mémoire de M. Hirn, j’avais écrit qu'il fait désormais justice de la théorie cinétique ; mon dernier article dit qu’il en fait partie : je tiens à faire ici la correction. — M. Cruls annonce que l’observatoire de Rio Janeiro va être déplacé et décrit les travaux qu’on pourra réaliser dans la nouvelle installation. — La llore microscopique des eaux sulfureuses occupe M. Olivier. — M. Arloing étudie l’influence de l’organisme du cobaye sur la violence de la tuberculose et de la scrofulose.
- Stan'slas Meunier.
- LA GROTTE DE SPY
- Les cavernes de la Meuse et de ses affluents ont souvent été fouillées et chaque fois les fouilles ont fait connaître quelques traits nouveaux du lointain et mystérieux passé de l'homme. Bien des grottes cependant restent encore à visiter et d’autres explorateurs auront peut-être à leur tour la chance de quelque découverte destinée à faire progresser la science préhistorique ; qui sait, à modifier peut-être des conclusions acceptées avec une ardeur qui aurait souvent gagné à être plus réfléchie.
- Telles sont les pensées qui me dominaient, en entendant une communication des plus intéressantes faite a Namur par deux jeunes anthropologistes belges : MM. Marcel de Puydt et Lohest. La grotte de la Biche-aux-Roehes, dont ils avaient entrepris l’exploration, s’ouvre auprès de Spy, dans des rochers assez élevés, dominant un ruisseau qui va se jeter non loin de là dans la Sambre; nos savants collègues ont constaté que cette caverne n’avait jamais été fouillée. Les couches parfaitement compactes se succédaient à partir du premier niveau ossifère sans trace de remaniement. C’est là un premier point très important. On rencontre successivement :
- À. Une couche formée d’argile brune et d’éboulis de lm,60 de puissance où l’on recueillait un crâne relativement récent.
- B. Un premier niveau ossifère mesurant 0m,80 et formé d’un tuf jaune calcareux. Ce niveau renfermait de nombreux ossements de mammifères, parmi lesquels nous citerons l'Elephas primigenius et le Cervus canadensis; à ces ossements étaient mêlés de nombreux silex taillés par l'homme, des mannes de silex, tel est le terme qui a été employé. Ces silex étaient soit des déchets de fabrication, soit des lames finement taillées, en général sur une seule face, et de la forme à laquelle on est convenu de donner le nom de moustérienne. Tous ces silex sont du pays et plusieurs des instruments présentent des traces très marquées d’usure.
- C. Un deuxième niveau ossifère de 0m,30 de puissance. A ce niveau, on rencontrait les ossements du Rhinocéros iichorhinus, du Cervus elaphus, du Renne, les dents d’un grand félide encore indéterminé, enfin d’autres débris que l’on a cru pouvoir
- attribuer à 1 ’lilephas antiquus. Là aussi étaient de nombreux produits de l’industrie humaine. Outre les silex taillés, identiques àceux de la couche précédente, on trouvait un os assez semblable à ceux que nous appelons des bâtons de commandement, mais ne portant aucune trace de gravure ; un autre os creux renfermant de l’oligiste en poudre, plusieurs petites plaques d’ivoire tirées des défenses du mammouth, pouvant figurer des phoques et offrant une curieuse ressemblance avec une pierre taillée provenant d’un rnound du Vermont (Etats-Unis), enfin trois fragments de poterie. L’un de ceux-ci, d’une épaisseur moyenne de 8 millimètres, devait être le fond d’un vase de forme régulière, en terre cuite au feu et sans aucun mélange de grains de sable ou de quartz destinés à donner à la pâte une plus grande consistance.
- D. Une couche d’argile brune mêlée de nombreux fragments calcaires mesurant environ 0m,40. Dans cette couche, à 5 ou 6 mètres de l’entrée de la grotte, gisaient deux squelettes humains. Evidemment, ces hommes avaient été ensevelis, car tous les ossements, bien que brisés par le poids des dépôts successifs, occupaient encore leur place naturelle. Pour relever ces squelettes, il fallut enlever une brèche assez dure, où il était facile de distinguer des os, des lames en silex et des fragments d’ivoire. Auprès des ossements humains, on recueillait trois belles pointes moustériennes et des débris d’animaux en très mauvais état, que l’on a attribués aux mêmes espèces que celles du niveau supérieur.
- E. Calcaire carbonifère absolument stérile.
- L’étude des squelettes permet d’affirmer que l’un
- d’eux est celui d’une femme déjà d’un certain âge, l’autre celui d’un homme jeune encore; les sutures du crâne ne sont pas oblitérées.
- Les crânes présentent le type si connu de Néan-derthal; les os sont d’une grande épaisseur (9 millimètres) ; celui de la femme est franchement dolichocéphale (indice céphalique 70) ; la région glabel-laire faisant défaut, l’indice céphalique du second n’a pu être exactement déterminé; il doit varier entre 75 et 76; le crâne serait donc sous-dolichocéphale. Les arcades sourcilières forment un bourrelet proéminent ; les sinus frontaux sont très apparents, les cavités orbitaires remarquables par leur grandeur. Le front est bas et fuyant ; ce caractère est surtout marqué sur le crâne féminin. La région occipitale et spécialement la portion cérébelleuse sont très développées. Les maxillaires inférieurs sont hauts et robustes. Le maxillaire du plus âgé est presque entier et ne présente pas l’éminence mentonnière, la ligne symphysienne est récurrente et le prognathisme assez exagéré. Les apophyses géni sont nettement marquées; les dents épaisses, usées de dedans en dehors et de haut en bas. La dernière molaire est sensiblement aussi forte que les autres.
- Les autres ossements recueillis consistent en fragments du maxillaire supérieur, en vertèbres, omoplates, clavicules, bassin, fémurs, tibias, radius, cubitus, enfin en quelques métacarpiens et en quelques
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- LA NATURE.
- phalanges, les uns complets, les autres brisés. L’ensemble des os indique une race d’hommes petits et trapus; autant que leur mauvais état permet d’en juger, les tibias ne présentent pas de curvatiue ni les humérus la perforation olécranienne.
- Les conclusions a tirer de cette découverte se présenteront naturellement au lecteur qui s’est préoccupé des questions préhistoriques. Voici une race d’hommes, au type né-anderthaloïde, ne possédant qu’un seul des caractères que l’on est convenu d’appeler inférieurs,l’absence de menton, et cette race est contemporaine des mammouths et des rhinocéros, peut-être même de YElephas antiquus plus ancien encore. Ces hommes façonnaient la poterie et la faisaient cuire au feu ; ils ensevelissaient leurs morts ; ils possédaient les premiers rudiments de la civilisation, ils n’étaient donc pas des sauvages absolument dégradés, comme on s’est plu longtemps à les représenter. Nous avons là une nouvelle confirmation de l’opinion que M. Dupont a, je crois, émis le premier et à laquelle je m’étais depuis longtemps rattaché.
- Ajoutons que cette race de Néanderthal que l’on retrouve dès les temps les plus reculés dans les vallées du Rhin s’est probablement étendue dans d’autres régions. Il y a deux ans,
- M. de Mortillet signalait à la Société, d’anthropologie de Paris la découverte, à Mareilly-sur-Eure, d’un crâne rappelant celui de Néanderthal , et un savant éminent, M. de Quatre-fages, nous montre ce type persistant à travers les âges et se montrant même de nos jours, sans être incompatible avec un développement intellectuel très accusé. La découverte de Spy vient, sous ce rapport aussi, compléter les preuves que nous possédions. Marquis de Nadaillac.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- VERROUS PORTATIFS
- Il arrive souvent, en voyage, que l’on se trouve dans une chambre d’hôtel, dont la porte ferme mal;
- un verrou portatif peut être dans ce cas très utile. Un tel objet trouverait aussi des applications dans sa propre maison, où l’on ne veut pas toujours mettre des verrous fixes à toutes les portes, et où cependant la fermeture de l’une d’elles peut être nécessaire à un moment donné.
- M. lîatllo, de Barcelone, a imaginé un petit appareil très simple de ce genre, que tout le monde peut faire construire par un serrurier ; nous le représentons ci-contre ( tig. 1). L’appareil se compose de trois parties distinctes : une tige à crochet que l’on introduit dans la serrure comme le montre notre figure; quand le crochet est placé, on ferme la porte, on pose la deuxième pièce métallique, en forme d’U, et on la serre contre la serrure, au moyen de la tête de vis que l’on a placée en dernier lieu. Un arrachement dans notre figure 1 fait suffisamment comprendre ce système, sans qu’il soit nécessaire d’y insister.
- Le Scient i fie American , de New - York, a récemment fait connaître un autre verrou portatif que représente la figure 2. C’est une pièce métallique, , recourbée à angle droit sur les bords et qui embrasse la gâche : deux vis placées en haut et en bas servent à l’y fixer solidement. Deux autres vis disposées comme le montre le dessin, l’une sur la porte et l'autre sur le chambranle, déterminent la fermeture, et empêchent tout mouvement de bascule. Dr Z...
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Fig. 2. — Autre système de verrou portatif.
- . —x$>-
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à l*aris.
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- N’° G y 7
- ü OCTOBRE 1886.
- LA NATURE.
- LA ROCHE DE FONTENAILLES
- FALAISES DU CALVADOS
- Les monuments historiques ne sont pas les seuls qu’il importe de conserver à la civilisation; ceux que la nature a édifiés ne sont pas moins dignes de l’intérêt des géologues et de tous les amis des sciences. Il y a donc lieu de se féliciter des mesures qui ont été prises pour assurer la conservation d’une roche célèbre dans le Calvados, et comme sous le nom de la Demoiselle de Fontenailles.
- Au point de vue historique et géographique ce rocher a sa valeur, car il constate le degré d’action progressive de la mer sur la côte. Complètement isolée aujourd’ hui et baignée par les eaux a la haute marée, cette roche est située à 70 mètres du parement nord de la falaise. La Demoiselle de Fontenailles présente actuellement le spectacle d’un état d’équilibre assez remarquà-ble. Très réduite au col qui réunit sa masse principale à sa base, elle est inclinée vers le sud-est et parait sur le point de glisser à la mer. Lorsque, à la marée basse, on peut s’approcher du pied de cette roche, on est surpris de l'énormité de sa masse et aussi de l’équilibre qu’elle conserve encore après les assauts que lui livrent les vagues dans les jours de grande tempête.
- Le socle de la roche mesure à lui seul 28 mètres de pourtour et 5 mètres de hauteur. La partie supérieure paraît présenter une hauteur de 20 mètres.
- L’action de la vague, produit sur le col situé à \ 1° année. — 2e semestre.
- l’intersection de la hase et de la masse principale de la pyramide, un mouvement alternatif de sciage qui, diminuant de plus en plus cette ligne d’intersection, devait, dans un temps assurément très rapproché, produire une destruction certaine.
- Tel fut le sort de deux autres rochers nommés aussi les Sœurs ou Demoiselles de Fontenailles. En 1854, de ces trois roches, deux existaient encore. Un
- tableau de Gudin possédé par le Musée de Caen, salle Montaran , n° 25, représente sous le titre : Fontenailles,Falaises du Calvados , une seule Demoiselle, celle qui existe aujourd’hui. Ce tableau n’a pas de date, mais on dit qu’il fut composé en 1858.
- D’où vient ce nom de Sœurs ou Demoiselles de Fon(enailIes?ï)cs légendes ont été essayées, on a raconté que les filles d'un seigneur de Fontenailles, village sur le littoral ; duquel se trouve la roche, s’étaient précipitées par désespoir d’a-, mour du haut de la falaise dans la mer et avaient été changées en ces trois roches qu’on voyait s’élever encore côte à côte au commencement de ce siècle.
- Ce qu’il y a de vrai géographiquement, c’est que ces trois immenses rochers constituaient la partie la plus ferme et la plus dure d’une haute falaise dont les parties molles ont été dévorées par la mer.
- Des témoignages sérieux, recueillis chez d’anciennes familles perpétuées dans les communes de Longues et de Fontenailles, depuis le commencement du dix-huitième siècle, attestent qu’en 1740, cette section de falaise à laquelle les roches de Fontenailles ont appartenu, faisait encore partie de la terre ferme.
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- La Demoiselle de Fontenailles. (D’après une photographie de M. Arthur Maury.j
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- LA. NATUBK.
- Dans l’espace de cent trente-huit ans, la mer a rongé, en moyenne, chaque année, 50 à 60 centimètres de falaise, calcul qui correspond à l’éloignement actuel de la Demoiselle de Fontenailles. Cette roche est donc devenue, en même temps qu’une curiosité pour les promeneurs, un témoin, un point de repère, intéressant les géologues.
- Depuis quarante ans, elle est devenue plus artistique et plus intéressante ; la mer et le temps ont fait œuvre de statuaire. Dans le tableau de Gudin,ce n’est qu’une falaise isolée offrant l’aspect d’une pyramide quadrangulaire, très large à sa base, et à pans fortement inclinés; aujourd’hui, la roche dégagée de son enveloppe d’argile, montre son squelette de pierre aux lignes mouvementées, élégantes et bizarres, dessinées par les vents et les vagues.
- Plusieurs habitants de Baveux et des villages d’eaux du littoral ont pensé qu’il y aurait lieu de tenter de protéger la roche de Fontenailles contre la ruine qui la menaçait. Un comité a été formé pour examiner les voies et moyens, et pour statuer sur l’emploi des fonds d’une souscription.
- Le 24 octobre 1878, M. Gouton, ingénieur civil des ponts et chaussées à Bayeux, et M. Lavalley-Du-peyroux, architecte à Caen, ont, dans une visite destinée à l’élude des moyens de consolidation de la Boche, reconnu qu’elle pouvait avoir dans sa partie supérieure un cube de 545 mètres, soit un poids d’environ mille tonnes. Us ont proposé de remplacer la partie mauvaise par une bonne maçonnerie, et ils ont dressé les dessins d’un travail ingénieux et hardi destiné à maintenir en équilibre cette masse énorme pendant l’opération de la reconstruction du socle.
- Les travaux sont terminés depuis quelques années déjà ; et notre gravure montre les maçonneries qui ont dû être exécutées. L’inauguration de la Boche de Fontenailles ainsi consolidée, a été célébrée sous les auspices de la Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres de Bayeux, au milieu de la population des environs. Un poteau indicateur a été placé dans la falaise, en face de la roche, avec cette inscription :
- « La Société d’agriculture, sciences, arts et belles-lettres de Bayeux a constaté que la Boche dite Demoiselle de Fontenailles, qui, en 1740, appartenait à la terre terme, en est, en 1880, distante de 70 mètres. »
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- APPLICATION DU PRINCIPE
- DE U PRESSION DES LIQUIDES
- SUR UNE PAROI PLANE
- Dans un précédent article1, j’ai signalé une application élégante de ce principe à un système d’écluses de chasse.
- On peut en voir une seconde tout à fait analogue dans un barrage sur la Marne, aux environs de Joinville;
- 1 Yoy. n" 692, du 4 septembre 1886, p. 215.
- Soit un élément AB de ce barrage., 11 peut tourner autour d’un axe C, et sa partie supérieure CA est plus longue que l’inférieure CB, d’une quantité 1)A, par exemple. Tant que le niveau n’atteint pas le point D, l’écluse reste immobile, mais aussitôt que ce point est dépassé, la pression sur I)A devient plus considérable que sur CB et le mouvement de rotation se produit et l’eau peut s’échapper.
- Le niveau baissant peu à peu, on conçoit que le rapport des surfaces de CA et de CB restant le même et celui des distances des centres de gravité de ces deux parties au niveau allant en diminuant, la pression sur la paroi inclinée CB redevient plus considérable que sur la paroi CA, et le barrage se redresse.
- La ligure donnée est, bien entendu, simplement théorique et n’a pas la prétention de représenter ce qui se passe en réalité. L. Gutode.
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- COMPAS A COORDONNÉES
- SYSTEME BOURJADE
- Le compas à coordonnées repose sur la propriété des triangles semblables, il se compose d’un compas simple à branches égales et de deux règles graduées îf, Qf suspendues sur ces branches à égale distance du sommet. La règle sf, suspendue à la branche de gauche par un point de sa longueur situé au-dessus de son centre de gravité, est établie de façon que son arête supérieure soit bien horizontale : la règle 9»’ suspendue par son extrémité supérieure donne sur son axe une ligne verticale.
- Si l’on mène une horizontale au point a et une verticale au point 7, ces deux lignes se rencontrent en un point § en joignant ce point au sommet p, on obtient une ligne [3<? qui coupe les deux règles sf, 6f’; cette intersection se fait au point « où les deux règles se coupent entre elles.
- En effet en appelant w le point .où la ligne coupe la ligne sf et «’ celui ou fis coupe 0y, les triangles sp&> étant semblables, on peut établir la
- proportion ^ de même la similitude des trian-
- ep w[3
- gles et 0/3y fournit la proportion
- 7?
- «P
- il
- w’[i
- Or,
- dans la construction de la figure, l’on a fait *(i=0{J, on déduit donc des deux proportions précédentes l’égalité = et le point &>’ n’est autre que le point &>. Par conséquent on peut écrire la relation
- ____aj3 afi___________a5
- 0)[3 20 0JJ sm 0«
- qui montre que les portions de règle sont aussi coordonnées du point ô comme la distance des points de suspension est à la longueur des branches.
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- LÀ NAT LUE.
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- En conséquence, étant donnée la relation entre ces distances il est facile de déterminer la graduation des règles.
- Dans le cas de l’appareil représenté ci-contre, grandeur d’exécution, et destiné à mesurer des coordonnées ne dépassant pas O"1,50 de longueur, les points de suspension sont placés au quart de la longueur des branches, à partir du sommet et la graduation des règles est réduite au quart, c’est-à-dire que un centimètre est représenté par 2mm,5. On a ménagé dans la construction du compas le moyen de le vérifier et de le régler ; pour cela la tige horizontale est munie d’un index normal à son arête supérieure, qui, rapproché de la règle verticale, accuse les déviations de la règle horizontale. Un contrepoids avec écrou de rappel permet de racheter les différences constatées. Enfin une vis de serrage assure T immobilité du contrepoids.
- L’appareil représenté ci-contre à l’échelle de 1/10e est basé sur le même principe, mais pour faciliter la lecture, les règles graduées ont été abaissées au moyen d’un parallélogramme. Sa graduation est faite au
- Compas à coordonnées.
- l/5e (le centimètre est représenté par 2mm). Gomme le précédent, ce compas est muni d’un contrepoids avec écrou de rappel et vis de serrage ; il est en outre muni d’un niveau à bulle d’air sur la branche horizontale. La tige verticale porte en son milieu une charnière qui permet de relever en arrière la portion inférieure dans le cas où le compas étant très ouvert, cette partie viendrait à toucher le sol.
- Enfin le dessin montre le rabattement du pied gauche de l’appareil qui porte une traverse ferrée avec contrefiches destinées à maintenir l’appareil dans un plan vertical.
- Cet appareil donne par une simple lecture les coordonnées d’un point par rapport à un autre poin ?.
- Y. Guédon.
- GRAPHIQUES DE LA MARCHE DES TRAINS
- USITÉS SUR LES LIGNES BELGES
- Nos lecteurs connaissent déjà les graphiques en usage dans les Compagnies de chemins de fer1 pour
- Voy. n0 45, du 11 avril l$64, p. 299;
- représenter la marche des trains sur une ligne donnée. Ces graphiques sont obtenus au moyen d’une série de quadrillages dont les abscisses sont proportionnelles aux temps, et les ordonnées aux espaces parcourus. L’étape d’un train est représentée par un trait incliné réunissant l’ordonnée du point de départ prise sur l’abscisse déterminée par l’heure correspondante, à celle du point d’arrivée prise également sur l’abscisse convenable. On peut se représenter ainsi la position du train à chaque instant pendant son trajet, assigner les heures où il doit passer, par exemple, aux stations traversées sans arrêt, pour déterminer les garages à imposer aux trains qu’il doit dépasser, ou à ceux qu’il doit croiser sur des lignes à voie unique. Ces graphiques présentent donc la plus grande utilité pour le service du mouvement qui y trouve la matière première de toutes les études de modification sur la marche des trains, mais ils ne présenteraient pas le même intérêt pour le public qui se préoccupe surtout des heures du départ et d’arrivée plutôt que des parcours intermédiaires, et ils ont surtout l’inconvénient d’exiger une étude assez délicate pour la détermination des correspondances puisque chaque section différente est représentée par un graphique distinct. Cette difficulté peut devenir assez grave sur les réseaux un peu denses, présentant plusieurs directions pour aller au même point; et c’est là le cas qui se rencontre, par exemple, en Belgique qui forme, comme on sait, un des pays d’Europe où les chemins de fer sont le plus resserrés. On pourrait citer également la Saxe qui est, croyons-nous, le pays renfermant le plus de chemins de fer pour sa population. On v compte, en effet, 7k,05 de voie ferrée par 10 000 habitants, et cette proportion atteindra 7k,61 quand les lignes actuellement en construction seront terminées, et il ne restera alors dans toute la contrée que 52 villes seulement de 5000 âmes au plus qui n’aient pas encore de station.
- Une autre région intéressante à signaler aussi à ce point de vue, est celle du bassin de la Ruhr, dans la Westphalie, le principal bassin producteur de l’Allemagne dans l’industrie minière et métallurgique. Cette région qui comprend des villes les plus importantes au point de vue commercial et industriel : Essen, Dortmund, Boehum, Ruhrort, Barmen, Elberfeld, Crefeld, Dusseldof, Colo gne, etc., possède un réseau de chemins de fer des plus enchevêtrés, formé primitivement par trois compagnies rivales : les chemins Rhénans, la Compagnie de Cologne-Minden et celle du Berg et Marche, qui possédaient des gares distinctes dans chacune des villes de la région, avec des lignes différentes pour aller d’une ville à l’autre. On comprend combien dans ces conditions, l’étude de pareilles correspondances devient laborieux et compliqué, puisque en chaque point, on a la possibilité de choisir entre trois lignes concurrentes qui arrivent au but par des trajets différents ; nous ne serions pas surpris que, dans certains cas, l’étude complète d’un voyage ne demandât un
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- LA NATURE.
- temps très appréciable; et nous avons rencontré bien souvent des voyageurs qui renonçaient à utiliser toutes les facilités de correspondance plutôt que de l’entreprendre.
- Sur des réseaux aussi serrés, les tableaux indicateurs ordinaires deviennent donc insuffisants, et il faut recourir aux graphiques qui peignent pour ainsi dire la marche des trains ; seulement l’usage des graphiques ordinaires de chemins de fer qui, d’ailleurs, ne sont pas répandus dans le public, ne rendrait encore aucun service, et il faut constituer des graphiques spéciaux établis sur des bases différentes, et permettant d’embrasser d’un seul coup d’œil toutes les correspondances desservies aux différentes stations. L’Administration des chemins de fer de l’Etat belge, donnant en cela un exemple des plus intéressants, a constitué un pareil graphique pour l’ensemble de son réseau et nous en reproduisons ici un extrait emprunté au remarquable rapport de mission dressé par M. Brame, inspecteur général des ponts et chaussées, à la suite d’un voyage d’étude fait par lui en Belgique pour étudier le fonctionnement des chemins de fer de ce pays.
- Le graphique spécial belge est constitué par une sorte de carte du pays où les villes importantes et toutes les gares de bifurcation sont figurées par des polygones ayant au moins autant de côtés que la gare considérée offre de directions différentes; chacun de ces côtés correspond ainsi à une direction de train figurée par une série de traits partant de la pour aller rejoindre la gare suivante. Chacun de ces traits représente un train, et les différents traits d’une même direction rejoignant les deux stations extrêmes sont d’ailleurs toujours tracés parallèlement de manière à figurer un trapèze. Sur chacune des lignes parallèles aux bases du trapèze, on inscrit les données correspondantes au train qu’olle représente dont le numéro est inscrit sur cette ligne. La partie supérieure du trapèze est affectée d’ailleurs aux trains marchant dans un sens unique, aux trains montants, par exemple ; la partie inférieure est affectée aux trains de retour, trains descendants ; le sens de la marche résulte d’ailleurs de la comparaison des heures inscrites aux- extrémités d’une même ligne.
- Les stations intermédiaires entre les deux gares extrêmes, et qui ne sont pas gares de bifurcation sont simplement mentionnées par leur nom inscrit en travers, à peu près dans la position qu’elles occuperaient sur la carte, et les distances des stations entre elles sont inscrites sur la base opposée. Pour chaque train, on indique l’heure du départ à côté du numéro du train, puis en face du nom de chaque gare on indique si le train s’arrête ou non par le signe 0 ou —; l’heure d’arrivée est donnée enfin sur le côté correspondant du polygone de la gare d’arrivée : les heures de passage dans les différentes stations intermédiaires n’ont pu être inscrites faute de place, et d’ailleurs le renseignement est sans intérêt au point de vue des correspondances. L’utilité d’un pareil graphique est évidemment de permettre au voyageur de voir d’un coup d’œil toutes les directions desservies au départ d’un point donné,
- et tous les trains qui lui sont offerts a l’instant où il se présente à la gare, il n a qu’à lire les heures inscrites sur les différents côtés du polygone correspondant pour avoir ce renseignement aussi complet qu’il peut le désirer.
- Ce nouveau graphique parait donc particulièrement intéressant, et il est à souhaiter que l’usage s’en généralise parmi nos compagnies de chemins de fer, il y aurait là un service réel rendu aux voyageurs qui, trop souvent, sont obligés d’attendre de longues heures inutiles dans les gares de bifurcation en quête d’une correspondance, faute d’avoir su prendre à temps les renseignements nécessaires en compulsant les tableaux de marche des trains.
- L’établissement d’un pareil graphique ne laisse pas cependant que d’être assez difficile, car il faut un certain temps avant d’arriver à grouper et à représenter convenablement toutes les gares de bifurcation pour pouvoir réunir sur une feuille de dimensions restreintes toutes les directions et tous les trains; mais, ainsi que le remarque M. Brame, ce travail ayant pu être fait pour un réseau aussi complexe que celui de l’État belge, il est à présumer qu’il n’offrirait pas de difficultés insurmontables sur d’autres réseaux. L. B.
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- Graphique spécial de la marche dos trains. Méthode employée dans les chemins de fer belges.
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- LA NATURE.
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- APPAREIL PHOTOGRAPHIQUE
- DE M. FETTER
- Nous avons déjà décrit un grand nombre d’appareils de photographie instantanée, plus ou moins portatifs : ces appareils, ingénieusement construits,
- n’offrent pas encore jusqu’ici les dimensions extraordinairement restreintes du nouveau revolver que son inventeur, M. Fetter, nous a récemment présenté et que nous avons expérimenté nous-même avec la plus grande facilité.
- Ce petit appareil est construit sous le nom de « photo-éclair. » Les figures 1 à 6 le montrent dans
- Fig. 1 à (J. — Le revolver photographique. — 1. Vue extérieure de l'appareil. — 3, 4, 5 et 6. Détails intérieurs du mécanisme.
- son ensemble et ses détails. C’est une boite ronde de 0,u,150 de diamètre sur 0m,022 d’épaisseur; elle forme un disque peu volumineux ne pesant que 7üO grammes, et aussi facile à transporter qu’une boîte de dragées de baptême. On le tient en bandoulière à l’aide d’une courroie (fig. 1). Quand on veut se servir de l’appareil, on y adapte un petit canon remplaçant le soufflet ordinaire, et qui renferme l’objectif rectilinéaire extra rapide. Par une ingénieuse disposition des lentilles, les différents plans de la vue d’ensemble que l’on veut photographier se trouvent
- Fig. 7. — Fac-similé d’une photographie obtenue avec l’appareil ci-dessus. (Grandeur d’exécution.)
- au foyer à partir de 5 mètres de distance jusqu’à l’infini.
- Le petit canon de l’objectif est fixé sur la boîte au moyen d’un filetage; on adapte en même temps sur celle-ci un petit tube représenté en 2. Ce tube qui garantit l’objectif de la poussière permet en outre à l’opérateur de se rendre compte à l’avance de la vue qu’il obtiendra. Ce tube est en effet muni d’un verre dépoli placé à la même distance que le sont les verres ou le papier sensible»
- Nous avons fait connaître l’extérieur du système, il nous reste à en montrer le mécanisme intérieur ;
- les figures 5 à 6 donnent l’aspect de ses différentes parties constitutives.
- Le dessus de la boîte est figuré en 4 vu par en-dessous : ce couvercle porte l’obturateur qui se compose de deux ailettes mobiles, fixées par deux leviers mobiles également, et réunis à une équerre servant de glissière. Cette équerre est reliée à un ressort à boudin qui traverse le limbe de la boîte et correspond à un bouton extérieur. En tirant sur ce bouton, on arme l’obturateur. En pressant sur le bouton que l’on voit en 1, on fait fonctionner l’appareil.
- La partie postérieure de l’appareil, qui se subdivise en trois disques superposés, 4, 5 et 6, forme le magasin à clichés. Le disque n° 4 entre à frottement dans la première boîte : il porte une fenêtre carrée de 0m,04 de côté, de la dimension du cliché. Cette fenêtre est fermée par une plaque de sûreté mobile qui empêche la lumière de pénétrer dans le magasin quand le système est en repos. Le disque n° 5 est le
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- LA N A TU HE.
- porte-chàssis qui contient les cinq plaques sensibles. Le n° 6 est une plaque à léger rebord qui s’unit au moyen d’un petit verrou avec le porte-obâssis et maintient les plaques en position.
- Les photographies sont prises au visé par l’opérateur, et quand une glace est impressionnée, on fait tourner le disque pour amener une autre glace devant l’objectif. Notre figure 7 donne le spécimen d’une photographie obtenue avec 1 e photo-éclair. G. T.
- PONTS PROVISOIRES
- On trouve dans le Journal russe des ingénieurs un exemple remarquable de l’établissement d’un pont de campagne, malgré un manque presque absolu de matériaux.
- Pendant la campagne de Chiwa, une troupe russe avait à franchir le canal Schamrat, à Kisil-Takir. La
- Fig. 1. — Pont sur le canal Schamrat, à Kisil-Takir, construit par' les Russes, dans la campagne de Chiwa.
- largeur de l’eau était de 24 mètres environ à la sur face. Les habitants du pays avaient construit un pont, en établissant, à partir de chaque rive, une chaussée qui se dirigeait vers le milieu du canal, et qui consistait en terre, sable, roseaux, bruyères, etc.; au milieu du canal, il restait une brèche d’environ 5 mètres de largeur, où l’on avait jeté un pont des plus primitifs, à l’aide de corps d’arbres tout tordus, de 5 mètres de longueur et de 4CC,5 à 13 centimètres de grosseur. Sur ces pièces, qui dépassaient à peine la brèche, on avait mis des pièces transversales, recouvertes elles-mêmes d’une couche de sable, de bruyères, etc.
- Au moment où la troupe allait commencer son passage, le pont s’écroula sous son propre poids. On ne put presque rien sauver du bois, qui‘est rare dans cette contrée, parce que presque tout fut entraîné par le courant, dont la vitesse est de 2m,40 à 2,n,70.
- Il était impossible de se servir de chevalets, à cause de la hauteur du tablier, ainsi que de la profondeur de l’eau et de la rapidité du courant. De plus, il aurait même fallu établir deux chevalets, car, avec un seul, les pièces de bois de 2m,48 de
- longueur, dont on disposait, n’auraient trouvé sur les chaussées qu’un appui d’une longueur tout à fait insuffisante. On ne pouvait se fier à la solidité de ces chaussées; et le lieutenant-colonel Pressowski voulait un mode de construction qui répartît mieux
- Passerelle de“3 madriers
- Fig.3
- Vue latérale de l'extérieur
- Fig.4
- Coupe transversale suivant CD.
- Fig. 2, 3, 4 et o. — Détails du pont sur le canal de Schamrat.
- la poussée de la charge sur toute la masse des culées.
- Il se décida à construire le pont représenté sur les figures de 1 à 5. On établit trois supports disposés
- Fig. 6. — Nouveau système de pont provisoire de M. le capitaine José Marvâ.
- en forme de ferme à jambes de force, à l’aide de 7 madriers de 5 centimètres d’épaisseur pour chaque support.
- On commença par marquer (fig. 2) les points A, C et B, à l’aide de piquets, sur une aire unie. Ensuite on plaça les madriers E et F obliquement
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- par rapport à la ligne AB; par-dessus, on mit le madrier I) à une distance de lm,08 de la ligne AB. Ensuite on plaça sur les madriers E et F les madriers G et II, qui avaient été coupés à leur partie supérieure, de sorte qu'après la mise en place des supports le madrier I) reposât convenablement sur les madriers G et II. On plaça encore les madriers K sur les madriers G et II, ce système de sept madriers fut attaché à l’aide de cordes, serrées aussi fortement que possible avec des garrots, de manière à constituer un ensemble rigide, dans lequel, au moment de la mise en place, ni la longueur AB, ni la distance du madrier D à la ligne AB ne pussent varier.
- L’exécution des trois supports exigea le travail de quinze sapeurs et cinq sous-officiers pendant une heure. A 5 heures et demie, on commença la mise en place du support du milieu. Pour cela, on fit deux passerelles de Gm,10 de longueur, formées de trois madriers de 2m,40 (tîg. 5), et on les jeta sur la brèche. Les extrémités des chaussées furent excavées à la profondeur convenable, et on constitua, à l’aide de planches et de madriers un bon appui pour les supports. Après la pose des deux autres supports, on plaça sur chacun des deux arcs-boutants trois poutrelles, que l’on brêla fortement avec eux; on obtint ainsi un contreventement d’une solidité satisfaisante. Entre ces poutrelles on plaça d’autres pièces de bois, et par-dessus un lit de fascines, et on recouvrit bien les joints avec des joncs, des bruyères, etc.; enfin on mit de la terre, que l’on dut transporter dans des sacs.
- Le support du milieu fut posé verticalement ; les autres avaient une pente d’environ 0,n,15 de l’intérieur.
- En avant des culées, on enfonça encore de longs pieux dans la chaussée, et on brêla solidement leurs têtes avec les supports.
- A 10 heures du soir le pont était achevé. Le passage de la troupe commença après minuit. Il passa d’abord 500 chameaux, puis l’artillerie, les convois, les bêtes de somme. A 6 heures du matin le passage était terminé; et on commença la démolition qui fut achevée à 7 heures.
- Aujourd’hui que l’on trouve des chemins de fer un peu partout, il n’est point sans intérêt pour les ingénieurs de connaître un autre dispositif simple et économique qui permet de rétablir rapidement, à l’aide simplement de leur matériel ordinaire, la circulation, qui pourrait être interrompue dans leur voisinage, par les inondations ou toute autre cause.
- Ce dispositif a été imaginé par le capitaine du génie espagnol José Marvâ. Le type dont nous donnons ici l’aspect (fig. 6) d’après le Memorial de Ingenieros a une portée de 8 mètres sur une largeur de 2 mètres et une résistance de 600 kilogrammes par mètre carré (y compris le poids de 130 kilogrammes du matériel).
- Le pont se compose de deux fermes, formées cha-
- cune de deux rails Yignole (de 6 mètres) A et B (fig. 6). Ces fermes supportent le tablier par de petits câbles en fil de fer télégraphique. A la partie supérieure les rails pénètrent dans des entailles ménagées dans la pièce de bois K (pour éviter la déchirure du bois, les rails reposent sur des plaques de joint). Les têtes des rails sont réunies entre elles et à la pièce K par des éclisses boulonnées A. On doit employer des boulons de coussinet de changement de voie, qui sont plus longs que les boulons ordinaires des éclisses de joint.
- La pièce K porte quatre petits rouleaux en bois dur (deux sur chaque face) dont l’axe est formé par des boulons; ce sont ces rouleaux qui supportent les câbles de suspension.
- La stabilité des fermes s’obtient de la manière suivante : on déblaye le terrain suivant l’inclinaison, connue à l’avance, des fermes. On pose, en premier lieu, deux traverses ordinaires R dans les entailles desquelles reposent deux autres traverses M et N : ces traverses M et N sont maintenues parallèles soit par des moises, soit par une croix de Saint-André. Les rails sont fixés sur ces traverses par le procédé ordinaire ; leurs bouts inférieurs viennent buter contre la pièce S (traverse de changement ou de croisement de voie) ; enfin les pièces T contribuent à assurer la rigidité du système. Les longerons EF proviennent d’une grande traverse sciée en long : les morceaux sont éclissés comme des rails.
- Les câbles a, b, c, d, c\ b', a', sont doubles (un de chaque côté de chaque ferme) : les câbes ab a'b' sont formés de trois fils de fer tordus : les câbles ce' et d ne se composent que de deux fils. Ces câbles embrassent les bouts de bois S sur lesquels reposent les longerons. (On peut faire travailler le fer dans des conditions plus avantageuses en employant des câbles de quatre ou trois fils). Une condition très importante à remplir, c’est l’égalité de tension des câbles. M. Marvâ y arrive en clouant sous les longerons des morceaux de bois dur r; puis on introduit des cales K entre ces morceaux de bois et les bouts s qui peuvent glisser sous le longeron. On arrive par ce moyen à donner facilement une légère flècle au tablier du pont. Les longerons supportent des poutrelles t (traverses de joint équar-ries), puis le tablier.
- LETTRES D'AMÉRIQUE1
- LES CHUTES DU NIAGARA EN AOUT 1885 ET EN MARS 1886 l'été et i/h IVER
- Le 21 août 1885, j’arrivais à Clifton bouse, hôtel canadien admirablement situé sur le bord des hautes murailles qui enferment le Niagara. La nuit commençait déjà et des nuages noirs immenses couvrant
- 1 Suite etTin. —• Voy. j>. <), 105 et 178.
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- LA NATURE.
- tout l'horizon faisaient ressortir les chutes qui semblaient blanches comme la neige. Des éclairs splendides, d’un éclat formidable, ont éclairé ce superbe
- Fig. i. — La grotte des vents derrière les chutes américaines. (D'après nature.)
- grande nature, plus étrange, plus fantastique. Descendu jusqu’au bord de l'eau, il la lueur des éclairs et des faibles rayons de la lune voilés à tous moments par les nuages courant dans le ciel, j’étais émerveillé par l’aspect des vapeurs s’échappant des cataractes. Elles s’élevaient dans le fiel avec des lueurs magiques produites par les éclairs. Le bruit des chutes se mêlait au roulement des coups de tonnerre lointains ; ils ajoutaient encore à ce spectacle qui me semblait être une vision féerique. Le lendemain, l’orage de la nuit passé, j’ai pu voir alors, avec un ciel brillant et clair, le Niagara sous tous ses aspects divers.
- tableau. Voir ainsi le Niagara avec un ciel d’orage ne saurait suffire évidemment pour en juger, mais il serait difficile de contempler une scène de la
- Fig. 2. — La grotte des vents en avant des chutes américaines (D’après nature.)
- Je dois dire ici, comme tous ceux qui ont eu le bonheur de visiter les chutes célèbres, que cela est
- grandiose, que cela est merveilleux. Je suis resté trois jours en contemplation allant des chutes aux rapides et ainsi de suite, traversant bien fréquemment le pont suspendu qui réunit les rives canadiennes à celles des Etats-Unis. On aurait plaisir à rester davantage encore, car ce sont des scènes dont on ne saurait jamais se lasser.
- C’est un Français, Robert Cavalier de la Salle, fils d’un riche marchand rouennais qui, venu au Canada au printemps de l’année Ifififi, a fait le premier la découverte des chutes du Nia-
- Fig. 3. — Vue des rapides de Whirlpool el des rives américaines. Niagara. (Dessins d’après nature de M. Albert Tissandier.)
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- Fig. 4*-— Les chutes du Niagara, en hiver. (D’après une photographie.)
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- gara. Fermement convaincu, à la suite d’aventureuses explorations dans les terres lointaines du pays, que les eaux du Mississipi se jetaient dans le golfe du Mexique et non dans l’océan Pacifique, comme on le croyait généralement alors, il voulut consacrer sa vie à ces intéressantes recherches, espérant donner à la France l’immense territoire tributaire des eaux du grand ileuve et étendre par ses découvertes les relations commerciales déjà établies.
- Il revint en France et put obtenir une entrevue à ce sujet auprès de Louis XIV.
- Un vaste territoire lui fut concédé; et dès son retour au Canada il construisit, pour défendre la nouvelle colonie contre les Indiens, un fort avec des tours de pierre qui reçut le nom de Frontenac. Une construction analogue était aussi conçue par lui pour défendre l’embouchure de la rivière du Niagara. C’est lui qui lit exécuter aussi, pour faciliter l’exploration de ces pays ignorés, le premier navire le Griffiri qui fut lancé, le 7 août 1679, sur le lac Erié.
- Cavalier de la Salle avait comme compagnon, dans ses explorations, un missionnaire catholique, le père Louis Hennepin. C’était un savant ayant des connaissances multiples sur la géologie, l’histoire naturelle, la botanique, etc. Il a laissé de nombreuses relations scientifiques de toutes ses pérégrinations. Ce sont ces deux hommes hardis et courageux qui virent les premiers les chutes du Niagara, en décembre 1678. Le père Hennepin en donne une description qui diffère peu de celle qu’on pourrait faire aujourd’hui.
- Les chutes du Niagara étaient menacées depuis de longues années de devenir victimes de l’industrie américaine. Du côté des Etats-Unis, les îles si belles qui séparent les chutes Goat island et les Three sisters allaient se détruisant peu à peu à cause du voisinage des usines qui les possédaient ; sur les rives canadiennes il en était de même. Les deux gouvernements ont pris enfin une heureuse décision.
- D’accord entre eux pour rendre au Niagara toute sa splendeur, les usines sont expropriées et déjà, du côté américain, on commençait à les démolir entièrement, lors de ma visite, pour remettre à leur place quelques plantations et rendre aux rochers leur aspect primitif. Les touristes peuvent dès maintenant circuler dans tous les nombreux points intéressants sans payer, comme autrefois, des redevances exagérées. Le côté canadien sera aussi amélioré et débarrassé des constructions qui font encore mauvais effet sur le haut des falaises.
- Les chutes ont, comme on sait, une hauteur de 60 mètres environ sur presque toute leur étendue. Elles tombent des hauteurs du lac Erié, divisées en deux branches par les îles dont nous avons parlé.
- Au niveau du lac Erié, les eaux ont formé déjà une pente rapide, avant de s’élancer du haut des falaises du Niagara, et c’est un spectacle superbe de les voir se précipiter en vagues tumultueuses le long des bords de Goat island. Sur les rives canadiennes surtout, le coup d’œil est admirable, la plus grande
- largeur des chutes est île ce côté ; elles forment, en tombant, un immense fer à cheval du fond duquel s’élèvent des colonnes de vapeurs qui montent dans le ciel jusqu’à une hauteur de 2 à 500 mètres lorsque le temps est calme.
- Du parc réservé de Goat island, on descend au pied des chutes mêmes pour passer le long des murailles derrière une partie de l’immense cataracte américaine. C’est l’endroit qu’on nomme la Gave of the v'inds. On vous revêt d’un costume en toile huilée, qui vous préserve des douches. Les ladys américaines qui ne doutent de rien font de même, elles ne sont pas comme les Parisiennes ! Peu d’entre mes charmantes compatriotes consentiraient à s’affubler ainsi. On vous donne des bonnets de toile jaune et huilée, des caoutchoucs ou espadrilles énormes sont attachés aux pieds et le corps est recouvert d’une sorte de robe de chambre jaune huilée également. Cet ensemble est peu coquet, il est vrai, mais si on est laid à faire rire les gens les plus graves, on a cependant, pour la somme de un dollar, un spectacle fort extraordinaire derrière ce rideau de cascades absolument inouïes. On reçoit sur le dos une véritable pluie de diamants, et des arcs-en-ciel merveilleux se multiplient à vos côtés (fig. I et 2). C’est un enchantement que cette vapeur d’eau lumineuse qui vous suffoque légèrement quelquefois, à vrai dire, sans cependant trop vous incommoder. On reste malgré soi près des rochers à regarder cette chute d’eau gigantesque qui se précipite devant vos yeux. L’admiration vous saisit!
- Le bruit assourdissant produit par la masse des eaux vous étonne d’abord, puis on est comme fasciné par l’éclat de cette cataracte aux reflets flamboyants, sous les rayons du soleil. Le long des rochers, des planches solidement fixées ont été posées; elles sont munies d’une légère balustrade, de sorte que, malgré tout, on peut passer sans danger devant et derrière les chutes de la Cave of the winds. Il faut choisir, pour cette petite expédition, une journée de soleil, sans cela la peine qu’on se donne serait inutile, l’illumination des cascades n’existant plus.
- En suivant, du haut des falaises, le courant énorme produit par les chutes, j’arrivai bientôt à l’endroit célèbre, les Whirlpool rapids. La promenade est charmante d’ailleurs ; par la route canadienne, c’est une avenue de parc bien entretenue et embellie à tous les instants par les vues du Niagara. Un plan incliné me fait descendre les murailles en deux minutes à peine et me voilà devant un torrent effroyable, presque vertigineux. On comprendra aisément que les chutes qui lancent par heure un volume d’eau égal à 100 000 tonnes, lorsqu’elles doivent passer entre deux murailles relativement fort resserrées (500 mètres à peine), fournissent un torrent d’eau absolument exceptionnel.
- Au bas des falaises, les écoulements successifs des rochers ont produit une sorte de quai naturel plein d’arbres et de fleurs. Les eaux du Niagara resserrées encore par ces deux rives verdoyantes ainsi formées
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- se précipitent avec une vitesse extraordinaire. La masse d’eau qui passe ainsi sous vos yeux vous offre un spectacle inouï, presque effrayant (fig. 3). Elle développe une force dont rien ne peut donner idée. C’est dans cet endroit que le célèbre nageur Webb a voulu tenter la traversée des rapides. J’ai peine à comprendre qu’il y ait eu des gens capables d’assister à un pareil spectacle, lis ont vu froidement un homme se suicider, de la façon la plus certaine, sans que personne n’ait cherché à l’empêcher d’accomplir sa triste résolution, dont le but était de gagner quelques milliers de francs. A peine Webb s’était-il jeté dans le torrent que déjà il était perdu; il a plongé, puis a reparu une seconde; les vagues l’ont aussitôt entraîné. Le 24 juillet 1885 cette folle tentative a eu lieu; le 28 juillet on retrouvait le corps du malheureux non loin du lac Ontario, près de Lewiston.
- Si l’été, les chutes du Niagara et ses abords offrent au touriste un aspect qu’on ne peut oublier, l’hiver, leur spectacle est peut-être plus étrange encore.
- La Cave of the winds, côté américain, est devenue inaccessible à cause de l’amoncellement des neiges. Nous ne pouvions donc y aller, mes amis et moi. Les rochers sur lesquels je pouvais passer au mois d’août 1885 étaient couverts, en mars 1886, d’une couche épaisse de glace produite par la congélation des vapeurs des cataractes. Elles s'amoncellent peu à peu, semblables à d’immenses stalagmites s’élevant à près de 40 mètres de hauteur. La neige recouvre les rochers; les arhres accablés sous son poids sont pliés de mille manières et leurs menues branches sont garnies de minces stalactites de glace. La masse des eaux s’écoule, cependant, brisant tout dans sa chute, entraînant avec elle de véritables icebergs provenant du lac Erié.
- Sur les rives canadiennes, près du Fer à cheval, on peut descendre en toute saison au pied de la cataracte. Il faut se vêtir, comme en été, des mêmes vêtements de toile huilée et descendre par un petit escalier de bois une quarantaine de mètres environ. On est enfin sous les rochers, les pieds dans une neige épaisse et la tête arrosée par les nombreuses gouttes glacées des eaux du Niagara. Ces petits inconvénients ne sauraient compter, car la grandeur merveilleuse du tableau qu’il vous est donné de contempler est telle qu’on éprouve une émotion sans pareille. De gigantesques stalactites glacées, de 50 mètres de hauteur, toutes brillantes au soleil, semblent prêtes à vous écraser par leur masse formidable (fig. 4). Les chutes d’eau étincelantes, aux couleurs d’émeraude, qui se précipitent du Fer à cheval, accompagnées des vapeurs d’eau s’élevant dans le ciel, la neige éblouissante des premiers plans, forment des scènes si extraordinaires, qu’elles dépassent véritablement ce que l’homme peut rêver, et pendant les quelques instants de contemplation, l’imagination en reste presque troublée.
- Albert Tissandier.
- GLACIERS DES ALPES
- Le professeur Jleiin vient de publier une intéressante statistique des glaciers des Alpes : il en compte 1155, dont 249 ont une longueur qui dépasse 7500 mètres. La région française en contient 144, l’Italie 78, la Suisse 471 et l’Autriche 402. La surface des glaciers suisses est évaluée à 1859 kilomètres. D’après les données officielles, celle des autres réunis est comprise entre 1200 et 2200 kilomètres carrés. Le plus long de tous est celui de l’Aletsch, qui a 24 kilomètres de longueur. Quant à leur profondeur, on ne connaît rien de positif encore : rappelons seulement qu’Agassiz, dans une série de recherches et de mesures exécutées il y a plus de quarante ans sur les glaciers de l’Aar, avait fait pratiquer une excavation de 260 mètres de profondeur sans arriver au sol. Il estimait à 460 mètres l’épaisseur du glacier de l’Aar.
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- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LES REINES DE l’ÉCHIQCIER
- Le problème des huit reines consiste à déterminer toutes les manières de placer huit reines (ou huit pions) sur les cases de l'échiquier ordinaire de telle sorte qu'aucune des reines ne puisse être prise par une autre; en d’autres ternies sur huit des cases de l’échiquier il s’agit de placer huit reines, de telle façon que deux quelconques d’entre elles ne soient jamais situées sur deux cases appartenant à une même rangée horizontale, verticale ou diagonale.
- Ce problème a été posé vers la fin du siècle dernier par Nauck à l’illustre mathématicien Gauss, que les Allemands ont surnommé Princeps mathe-maticorum, et fut l’objet d’une correspondance entre Gauss et l’astronome Schumacher. Gauss a d’abord cru qu’il y avait 76 positions pour l’ensemble des huit reines, puis 72 ; enfin, il s’est arrêté au nombre de 92 qui a été reconnu définitivement pour le nombre exact. Cependant la solution de Gauss restait ignorée, même en Allemagne, et la Schachzeitung, journal d’échecs de Berlin, pour les années 1849 et 1854, ne donnait que 40 positions découvertes par différents amateurs.
- Cette même question a été publiée complètement pour la première fois, au mois de mars 1861 par Bellavitis, professeur à l’Université de Padoue et sénateur du royaume d’Italie, décédé en 1880 à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Ce fut un savant très distingué auquel on doit l’intéressante méthode dite des Equipollences, pour la résolution des problèmes de géométrie et de mécanique. Ses principaux travaux ont été vulgarisés et publiés en France par M. Faisant, député de la Seine, qui en prépare une nouvelle édition. En 1877, sentant sa mort prochaine, il avait fait imprimer les lettres de faire part annonçant son décès et avait écrit de sa main les adresses de ses amis et de ses correspondants. Mais alors la mort ne vint pas, les lettres furent rangées et ne furent envoyées que trois ans ans plus tard ; nous avons conservé précieusement le curieux autographe qui nous était adressé.
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- Voici d’ailleurs le texte de la lettre de faire part :
- J cri cessava di vivere IL PROF. GIUSTO CONTE BELLAVITIS
- SENATORE DEL UEGNO
- La Moglie ed il Fiylio dolenlissimi ne danno il triste annunzio
- Pour l’exécution de notre problème, on se sert des huit pions noirs du jeu des échecs, en leur supposant une couleur différente et une valeur égale à celle de la reine, ou encore de huit pions noirs d’un jeu de darnes. La figure 1 donne en A, B, C, I) quatre solutions de la question ; on observera que les solutions B,
- G, D se déduisent de la solution A en faisant tourner l’échiquier d’un, de deux, de trois quarts de tour autour de son centre, dans le sens opposé à celui du mouvement des aiguilles d’une montre. On représente la solution A par le nombre de huit chiffres 7, 2, fi,
- 5, 1, 4, 8, 5; le premier chiffre 7 indique la hauteur de la reine dans la première colonne à gauche de l’échiquier ; le second chiffre 2 indique la hauteur de la reine dans la seconde colonne et ainsi de suite.
- On retient d’ailleurs cette première position au moyen de la formule mnémotechnique suivante imaginée par M. le général Parmentier :
- C'est difficile si tu veux que huit cadrent ;
- Sept deux six trois un quatre huit cinq;
- 7 2 6 5 1 4 8 5
- La figure 2 donne en A', B', C', D', quatre autres positions ; ces solutions se déduisent encore les unes des autres par la rotation de l’échiquier ; mais elles se déduisent encore des quatre premières en regar-
- dant les images de celles-ci dans un miroir placé sur le bord supérieur des échiquiers A, B, C, 1). Ainsi, en général, la connaissance d’une solution quelconque conduit immédiatement à sept autres solutions; nous ne conserverons dans un groupe de huit positions que l’une d’entre elles que nous appel-
- Le problème des huit reines comporte 12 solutions primordiales représentées dans la figure 5 ; en multipliant par 8,on aurait ainsi 96 solutions ; mais on observera que la solution 12 n’en fournit que quatre , attendu qu’elle coïncide avec elle-même par rotation d’un demi-tour; la solution est symétrique par rapport au centre. Il y a donc 92 solutions, ni plus ni moins.
- On trouve encore la solution complète du problème des huit reines dans le premier volume du Traité déïapplication de l'analyse mathématique au jeu des échecs , par F. de Jaenisch (Saint-Pétersbourg, 1 862). Malheureu sèment les notations trop compliquées de l’auteur ont éloigné de son livre fort ingénieux non seulement les joueurs d’échecs, mais aussi les mathématiciens. On trouve dans cet ouvrage la remarque suivante : « Dans toutes les positions des huit reines quatre d’entre elles sont toujours situées sur des cases noires et les quatre autres sur des cases blanches. » Il est facile de constater cette propriété sur les diverses solutions primordiales, et par suite, pour toutes les solutions.
- Nous donnerons prochainement la solution d’un second problème sur le même sujet. Edouard Lucas.
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- Fig. 3— Les solutions primordiales.
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- UN GÉANT GREC
- Les journaux anglais ont donné la description et le portrait d’un jeune Grec de dix-huit ans qui a atteint une taille prodigieuse et qui a récemment attiré l’attention publique à Trébizonde. Nous reproduisons ci-dessous ce curieux portrait, d’après une photographie exécutée par M. Cacoulis, paysagiste grec.
- * Le géant (pie nous signalons se nomme Amanab ; il est né en 1868 près de Kerassond, non loin de Trébizonde. 11 mesure 2"‘,36 de hauteur; la circon-
- férence de sa tète est de Ûm,08 ; et quand on prend la mesure d’un de ses vêtements à la hauteur de la poitrine on constate que le tour de son corps n’a pas moins de lm,34.
- Amanab, comme nous l’avons dit, n’a que dix-huit ans; il n’a peut-être pas encore atteint son entier développement et il n’est pas impossible qu’il grandisse encore. Ce géant n’exerce pas de profession ; il a le projet de visiter les principales villes de l’Europe et de s’offrir en spectacle à la curiosité publique.
- Amanab, malgré sa taille prodigieuse, n’atteint pas encore celle de certains géants qui ont été signalés à différentes époques de l’histoire. Si l’on
- Amanab, géant grec de 2",36 de hauteur.
- en croit Buffon, il y aurait eu des géants dépassant 2m,00 de hauteur, mais le fait n’a jamais été constaté d’une façon certaine. En 1735, on a exhibé à Paris lin géant qui avait six pieds, huit pouces et huit lignes (2m,17). On voit que cette taille était bien inférieure a celle d’Amanab ; ce géant était né en Finlande sur les contins de la Laponie méridionale ; le géant de Thorcsby en Angleterre avait sept pieds cinq pouces anglais (2m,24).
- Le duc (le Wurtemberg, en Allemagne, avait un portier de sept pieds et demi du libin.
- 11 y a quelques années, on a pu voir à Paris un géant chinois très remarquable nommé Chang. Ce géant était plus grand que le Grec dont nous parlons aujourd’hui, il avait 2“‘,49 de hautf et, contraire-
- ment à ses semblables, il était intelligent, instruit et parlait plusieurs langues.
- Nous n'insisterons pas sur cet homme phénoménal qui a été présenté aux lecteurs de La Nature en 18801. L’auteur, dans une notice très intéressante, parle de Chang, de plusieurs autres géants et de nains extraordinaires; nous y renvoyons le lecteur que la question intéresse.
- On voit, par les faits qui précèdent, que le Grec Amanab, malgré sa taille respectable, est loin d’être un géant hors ligne ; mais il dépasse de beaucoup cependant les hommes déjà exhibés comme ayant une stature prodigieuse ; il excède singulièrement
- 1 Voy. n° 382, du 25 septembre 1880, p. 257.
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- les hommes de taille moyenne, comme le montre la composition où il a été représenté. On voit qu’une chaise ne dépasse guère la hauteur de son genou.
- O I,r L ••
- NÉCROLOGIE
- Jules Dubosccf. —Le célèbre constructeur d'instruments de sciences, Jules Duboscq, doid tous les savants et tous les physiciens appréciaient le haut mérite, le dévouement à son art, et le caractère absolument honnête et désintéressé, vient de mourir le 24 septembre dernier dans sa soixante-dixième année. Elève et gendre de Soleil, il le seconda dans l’établissement de ses appareils de diffraction et de polarisation, et lui succéda en 1849. S’attachant à perfectionner les instruments destinés aux expériences d’optique, il en a simplifié les dispositions et facilité l’emploi. Tout le monde connaît sa lampe électrique, pour l’application de la lumière électrique aux observations microscopiques; le stéréoscope modifié par M. Brewster, instrument dont il a construit, sur les indications de ce savant, les premiers modèles, et auquel il appliqua le premier les doubles épreuves photographiques. Duboscq a obtenu, en 1851, une council medal à l’Exposition universelle de Londres; en 1853, une médaille de première classe à New-York; en 1855, une médaille de première classe à l’Exposition universelle de Paris. Son appareil plioto-électrique pour les projections a mérité en 1856 une médaille d’or de la Société d’encouragement. 11 a été décoré de la Légion d’honneur à la suite de la seconde Exposition universelle de Londres (24 janvier 1865. — Jules Duboscq a obtenu un diplôme d’honneur à Amsterdam, en 1885 et à Anvers en 1885. 11 a été promu officier de la Légion d’honneur le 51 décembre 1885, officier d’Académie en 1883. — Duboscq s’occupait avec passion des instruments et des appareils relatifs à la démonstration, dans les cours publics, au moyen des projections. Il a construit les régulateurs électriques et les héliostats de Foucault. Le savant opérateur avait été chargé d’exécuter les opérations d’éclairage électrique dans quelques théâtres, et surtout à l’Opéra, pour produire des effets lumineux variés. — 11 a exécuté un grand nombre d’appareils nouveaux, sur les données de professeurs ou de savants, et ses connaissances techniques étaient souvent utiles aux maîtres eux-mêmes. Jules Duboscq ne laisse après lui que des regrets et des souvenirs d’estime.
- CHRONIQUE
- Les tremblements de terre. — De nouvelles secousses se sont produites à Charleston, quelques-unes avec une intensité suffisante pour raviver les craintes de la population. Le professeur Cleveland Abbé, un des physiciens du Signal-Office, a cherché à rassurer ses concitoyens, en réimprimant un article publié dans le New-York Herald du 17 août 1884, et résumant l’histoire de 150 secousses observées aux Etats-Unis entre les années 1872 et 1882.
- Des secousses de tremblement de terre se sont produites d’autre part en Algérie dans la journée du 22 septembre d’après ce que nous écrit M. Francis Drouet. Dans la ville d’Aumale, à onze heures, on a ressenti des
- oscillations très violentes qui ont duré quatre secondes. Quinze maisons en chaume ont été détruites dans les douars des Oulad-Meriem et des Oulad-Bou-Arif, non loin d’Aumale. Au Fondouck une forte secousse a duré une seconde et a eu lieu à onze heures trente et une minutes du matin; la direction était du sud au nord. Une légère secousse s’est fait sentir à la Maison Carrée à onze heures. La direction paraissait être du sud au nord. A onze heures du matin les habitants de Palestro ont été mis en émoi par un tremblement de terre qui a duré douze secondes.
- Nouvelles mines d’or. — Le Times nous apprend que l’on vient de découvrir dans l’Afrique australe et principalement sur le territoire de la République du Transwaal des gisements aurifères d’une richesse inespérée et presque sans précédents. La voie la plus directe pour se rendre à ces nouveaux placers serait la baie de Delagoa, qui comme on le sait appartient au Portugal, mais que le gouvernement de la République est en train de joindre avec Pretoria par un chemin de fer que nous croyons en construction. Des découvertes analogues ont eu lieu sur différentes parties de la colonie du Cap, à laquelle les mines de diamant ont, comme on le sait, donné tant d’éléments exceptionnels de prospérité.
- La composition chimique de l’homme. — Au
- point de vue chimique, l'homme se compose de treize éléments, dont cinq sont des gaz et huit des solides. Si nous rapportons la composition chimique de l’homme au poids total moyen de 70 kilogrammes, on trouve qu’il se compose, pour la plus grande partie, d’oxygène qui y existe à un état de compression extrême. En effet, un homme de 70 kilogrammes renferme 44 kilogrammes d’oxygène dont le volume seul, à la température ordinaire, dépasserait 28 mètres cubes. L’hydrogène n’entre dans la composition que pour un poids beaucoup moindre, moins de 7 kilogrammes, mais à l’état libre, cet hydrogène occuperait un volume de près de 80 mètres cubes. Les trois autres gaz sont l’azote (1,72 kilogramme), le chlore (800 grammes) et le fluor (100 grammes). Comme solide, le charbon tient la tête des métalloïdes (22 kilogrammes); puis viennent le phosphore (800 grammes) et le soufre (100 grammes). Il n’y a pas de métaux précieux dans l’homme, et 1 ’lron, à qui nous empruntons cette curieuse analyse, fait remarquer que cette exploitation formerait un apport insuffisant pour la création de compagnies minières. Le métal le plus abondant est le calcium (1750 grammes); puis le potassium (80 grammes) ; le sodium (70 grammes) ; le magnésium (50 grammes) et enfin le fer (45 grammes). Voilà tout ce que le chimiste pourrait tirer de l’homme en dernière analyse. Il va sans dire que ces treize éléments sont combinés entre eux de façons très variées et forment des composés dont l’énumération seule remplirait un volume.
- Moyen d’arrêter instantanément un navire. —
- On lit, dans le Scientific American, la description d’un appareil proposé par M. John Mc Adams, de Brooklyn, pour arrêter presque instantanément un navire en pleine marche, de manière à rendre les collisions plus difficiles ou moins dangereuses. Ce frein se compose de deux volets articulés de part et d’autre de l’étambot, autour duquel ils peuvent tourner à un moment donné, de manière à se placer transversalement par rapport à l’axe du batiment et à opposer ainsi, à la marche, un obstacle considérable. En marche normale, ces volets sont rabattus contre la
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- coque et maintenus chacun dans cette position par des chaînes qui correspondent à un treuil. Si l'on veut arrêter le navire, il suftit de déclencher les cliquets d’arrêt des deux treuils. Les deux volets s’écartent immédiatement de la coque sous l’action de ressorts, et la poussée de l’eau achève de les ouvrir et de les amener dans la position transversale. Des expériences ont été faites sur le bateau à roues Florence, à New-York. Ce steamer a 58m,lU de longueur, 6m,48 de largeur, lra,ü8 de tirant d’eau à l’arrière, 171 tonneaux de jauge. Vitesse 10 à 12 nœuds. Chaque volet avait 2m,58 de long sur 2m,58 de large et était en tôle de 8 millimètres. Ces expériences, faites sous la direction de M. Moore, mécanicien en chef des Etats-Unis, ont été très favorables au frein Mc Adams.
- Remplacement des piles en maçonnerie dn pont suspendu dn Magara. — Depuis sa construction qui fit époque par sa hardiesse et son succès en 1855 le pont suspendu du Niagara a subi des réparations importantes, notamment celle de 1878, où l’on a complètement renouvelé le tablier et renforcé les chaînes d’amarrage. Il parait que les grandes piles en maçonnerie qui portent les câbles de suspension donnent actuellement des inquiétudes suffisantes pour qu’on ait entrepris de les remplacer par des pylônes métalliques. De même que la précédente, cette opération doit s’effectuer en se bornant à ralentir la circulation des trains, mais sans l’arrêter complètement. Les travaux sont commencés depuis peu ; un chantier est établi au pied de chacune des piles pour y appuyer les échafaudages destinés au montage des fers. Les entailles dans la maçonnerie se font une à une avec les plus grandes précautions. En même temps des ouvriers hissés au sommet des piles s’occupent à y pratiquer des chambres où on introduira les vérins hydrauliques destinés à soulever les câbles pour les reporter sur les pylônes. Les travaux sont confiés à M. Buck, ingénieur chargé de l’entretien de la voie et du pont et qui a déjà exécuté les réparations de 1878. Ils sont évalués à 200000 francs.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 octobre 1886. — Présidence de M. l’amiral
- JüRIEN DE LA GrAVIÈRE.
- La culture rationnelle du blé. — Dans une lecture écoutée avec une sérieuse attention, M. le professeur Dehérain expose les résultats qu’il a obtenus, en collaboration avec M. Porion, dans la culture du blé. Les auteurs arrivent, grâce à la méthode rationnelle qu’ils emploient, au chiffre inespéré de 70 hectolitres de grain à l’hectare au lieu de 13 ou 14 qui est moyennement produit. Aussi, malgré les bas prix actuels, une semblable récolte laisse des bénéfices considérables : c’est ce qui est résulté clairement pour tout le monde de tableaux où les faits sont exprimés par la méthode graphique et dont les lecteurs de La Nature auront prochainement une reproduction sous les yeux.
- Histoire des microbes. — Partant des notions qu’on croit posséder sur leur genre de vie, M. Arloing s’est demandé si les microbes aérobies tuent l’organisme où ils pullulent de la même manière que les microbes anaérobies. Les premiers doivent lutter avec les globules sanguins pour leur ravir l’oxygène nécessaire à leur propre vie; les autres doivent agir d’une façon tout autre. Et on
- doit avoir un contrecoup de ces allures spéciales dans la composition des gaz exhalés par les animaux infestés. Des rats furent tués, les uns par le Bacillus anthracis qui est aérobie, les autres par le microbe de la septicémie gazeuse; mais malgré le soin apporté dans les analyses on ne trouva pas de différence notable dans la composition des gaz expirés. Ce sont, au sentiment de M. Vulpian, des expériences à reprendre.
- Système nerveux des mollusques. — Le secrétaire signale un important mémoire de M. de Lacaze-Duthiers dont la conclusion est que si le système nerveux des gastéropodes se modifie suivant que les détails de l’animal, les pièces de sa bouche, par exemple, se compliquent, il ne s’écarte cependant jamais d’un type parfaitement défini.
- Embryogénie des insectes. — Il résulte des observations de M. Hallez que dans l’œuf des insectes, l’embryon est précisément orienté comme l’organisme maternel qui lui a donné naissance. Cette loi a été vérifiée par l’étude de deux types entomologiques bien distincts : un coléoptère, Hydrophillus piceus et un orthoptère, Locusta viridissima ou grande sauterelle verte.
- Théorie des protubérances. — Pour imaginer une nouvelle théorie des protubérances solaires, M. Speurer n’a eu qu’à prendre exactement le contre-pied des vues de M. Faye. Celui-ci, comme nos lecteurs le savent très bien, pense que dans la chromosphère il se développe des tourbillons descendants qui injectent l’hydrogène extérieur dans les masses profondes chaudes et denses. Le refroidissement local subi par la photosphère se traduit par une tache et c’est le retour à la surface de l’hydrogène qui donne lieu aux flammes roses. Le savant allemand suppose que l’hydrogène est avant tout poussé vers l’extérieur et que c’est par réaction qu’une portion s’enfonce et donne les taches. On pourrait hésiter entre les deux, mais tandis que M. Faye explique pourquoi les tourbillons se déclarent, M. Speurer laisse sans aucune raison plausible le dégagement de l’hydrogène.
- Nouvelle comète. — La comète Finley, récemment découverte aux Etats-Unis, vient d’être observée à Nice par M. Perrotin. C’est actuellement une nébulosité d’une minute de diamètre avec une condensation centrale.
- Paléontologie. — Sous ce titre : 0 kilku gatunkach Ryb Kopalnych z Monle-Bolca pod Werona, j’ai reçu de M. Wladyslaw Szajnocha (de Cracovie) un très beau mémoire que M. flébert présente aujourd’hui à l’Académie. C’est l’étude de plusieurs poissons nouveaux de cette incomparable localité tertiaire de Monte Bolca dont notre muséum possède une si riche collection. Ce travail est accompagné de planches qui sont de vrais chefs-d'œuvre de phototypie et qui se prêtent à l’étude à la loupe, comme les échantillons eux-mêmes.
- Cristallographie.—Un minéralogiste italien bien connu, M. L. Bombicci de Bologne, m’a fait parvenir deux mémoires du plus haut intérêt, ornés de très belles planches. L’un d'eux concerne la torsion si nette des cristaux de la stibine du Japon; l’autre a trait au gisement et aux formes cristallines de la datholite de la Serra dei Zan-chetti, dans la chaîne des Apennins.
- Géologie lyonnaise. — Jusqu’à présent on était généralement porté à considérer comme quaternaire le terrain qui, à Lyon même, existe au confluent de la Saône et du Khône. Un tunnel en voie de construction a permis à
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- LA NATURE.
- M. Fontaime d’y constater quatre formations superposées : le pliocène moyen avec Mastodon arvemetisis, le pliocène supérieur à Elephas meiidionalis, le quaternaire à Elephas primigenius ou mammouth, enlin le terrain glaciaire. Ces dépôts sont d’ailleurs profondément ravinés les uns par les autres.
- Varia. — Dans un sulfure de calcium du commerce puissant de la phosphorescence violette, M. Verneuil a trouvé des traces sensibles de bismuth. — MM. Marey et Pagès continuent leurs études sur la locomotion du cheval. — Un régulateur de la lumière électrique est décrit par M. Morin. Stanislas Meunier.
- —-*^o—
- La rive du manchon B comporte trois index 1),D,1), placés à 120 degrés l’un de l’autre. 11 en tombe toujours un en face la lunette des jours.
- Sur le carton du manchon B, les noms des mois ont été disposés suivant une loi simple, expérimentale ou calculée, qui se résume ainsi. Les jours de la semaine ayant été disposés dans la lunette de gauche, de manière à donner le calendrier du mois courant, juillet par exemple, et l’index du manchon B placé en face le jour commençant l’année, soit pour l’année actuelle, vendredi, la lunette des mois doit laisser apparaître le nom du mois de juillet, et la troisième lunette le nombre 51.
- La théorie et l’expérience démontrent que le même calendrier mensuel peut correspondre à plusieurs mois. Janvier et octobre ont un calendrier semblable; de même, février, mars et novembre, pour une année non bissextile. On serait
- donc conduit à voir apparaître jusqu’à trois noms, en même temps, dans la lunette des mois, si l’inventeur n’avait eu l’idée de donner au manchon B des mois un développement triple. Ce manchon porte, en effet, vingt-sept noms de mois. Le mois de mai qui a un calendrier spécial se trouve répété trois fois. Les noms des mois de février, mars et novembre s’y trouvent, au contraire, une fois seulement.
- Ceci établi, le fonctionnement du calendrier perpétuel est extraordinairement simple. On tourne le manchon B de manière à faire apparai tre le nom du mois dans la lunette; puis on fait mouvoir le manchon A de façon à mettre le jour commençant l’année en face l’index dii manchon B. Pour les années bissextiles, à partir du mois de mars, au lieu du jour commençant l’année, on prend comme repère le jour suivant de la semaine.
- Ce calendrier permet, en outre, de résoudre tous les problèmes concernant les dates. Il suffit de rechercher, par le calcul, quel était le jour commençant l'année considérée, et si elle était ou non bissextile. X..., Ingénieur.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissakdier.
- CALENDRIER PERPETUEL
- Nous avons déjà donné aux lecteurs de La Nature la description d’un calendrier perpétuel fondé sur le principe de la lettre dominicale correspondant à chaque année CM. Gouault, ancien élève de l’Ecole polytechnique , licencié en droit, nous communique un modèle très simple de calendrier perpétuel, qu’il a fait breveter, et qui est fondé sur le même principe, légèrement modifié par la substitution du jour commençant l’année à la notion de la lettre dominicale. Le petit appareil imaginé par notre correspondant se compose d’un manchon A en carton, bois, celluloïd ou autre matière, qui porte les dates du mois, 1 à 50, divisées par semaines.
- Le manebon A est percé de trois lunettes. Celle de gauche, qui en occupe le tiers, laisse apparaître les jours de la semaine. La lunette supérieure de droite doit montrer le nom du mois ; la lunette placée sous le chiffre 50 indique, en faisant apparaître le nombre 51, si le mois compte 31 jours.
- En B, à gauche, est un manchon glissant à frottement doux dans le cylindre A, qui porte l’indication des jours de la semaine. En C, on voit un second manchon également mobile, symétriquement disposé, sur lequel sont gravés les noms des mois de l’année, et le nombre 31 convenablement placé, de façon à ce que, lorsque le nom du mois est vu dans la lunette des mois, le chiffre apparaît, s’il y a lieu, au-dessous du chiffre 30.
- 1 Vov. n° 046, «lu 17 octobre 1885. j». 320.
- Imprimerie A. Luhure, 9, rue île Fleurus, à Paris.
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- N* 61)8. — 16 OCTOBRE 1886.
- LA NATURE.
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- LA DYNAMO-MAMMOTH
- DF, M. BR US H
- Faire grand est un amour-propre — ou même une passion — dont aucun pays n’a le privilège exclusif, car nous voyons souvent le plus grand appareil ou la plus grande machine du monde, annoncés tantôt à une extrémité, tantôt à l’autre, des pays civilisés.
- Cette fois cependant, M. Brusli, de Cleveland, (Ohio) en réalisant la plus grande machine dynamoélectrique actuelle du monde, n’a pas eu pour unique préoccupation d’étonner ses contemporains en faisant grand, mais bien de créer un engin réclamé par
- les derniers progrès de l’industrie électro-métallurgique.
- Le fourneau électrique — dont feu William Siemens a été le premier inventeur — est en voie de modifier profondément quelques procédés métallurgiques, en utilisant la chaleur dégagée par l’arc voltaïque, pour produire la décomposition de certains minerais.
- Nous avons signalé déjà1 les procédés mis en jeu par MM. Eugène et Alfred Cowles, pour produire des bronzes renfermant de 15 à 50 pour 100 d’aluminium pur par la réduction du corindon et autres minerais riches en aluminium.
- Le fourneau électrique employé par MM. Cowles
- La plus puissante machine dynamo-électrique du monde (iOO chevaux otoetriqwcs), construite par M. Brush. Au premier plan, est figurée la plus petite machine du même type.
- n’est pas autre chose, en principe, qu’un arc voltaïque gigantesque, absorbant quatre-vingt-dix chevaux de puissance électriqué, et les appareils actuellement en construction sur une plus grande échelle vont absorber jusqu’à douze cents chevaux électriques dans un seul fourneau.
- Pour satisfaire à ces nouvelles exigences, il faudrait au moins une douzaine de machines, et c’est pour en réduire le nombre, que M. Brush a construit la machine Mammoth, ou machine Colossus, représentée ci-dessus, et qui constitue, sinon par ses dimensions, du moins par sa puissance, la plus grande machine électrique connue.
- Quelques chiffres permettront d’en juger :
- A la vitesse normale de 450 tours par minute, elle doit produire un courant de 5000 ampères et déve-44e année. — 2e semestre.
- lopper une force électromotrice de 100 volts, soit 500 000 watts, ou 400 chevaux électriques. L’excitation des inducteurs demande à elle seule 80 ampères, ce qui est déjà un courant respectable, par rapport à celui que fournissent la plupart des machines en service actuellement.
- Ses dimensions n’ont rien d’exagéré, eu égard à sa puissance, et le contraste entre la machine Marn-moth et le plus petit type des machines Brush courantes, paraît beaucoup moindre lorsqu’on rapproche les productions respectives de ces appareils extrêmes.
- Le poids de la machine Mammoth ne dépasse pas 11 tonnes, soit moins de 50 kilogrammes par cheval électrique, et il n’y a, en tout, que 2850 kilogrammes
- » Voy. n» G88, du 7 août 1886, p. 146.
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- LA NATUUE
- de iil sur les inducteurs et l’anneau. La poulie a
- 1 mètre de diamètre et de largeur. Les di-
- mensions totales sont les suivantes : longueur, 4"V2() ; hauteur, lm,o5; largeur, im,25. Cette machine sera actionnée par une chute d’eau d’une puissance de 2000 chevaux, dont dispose, à Lockport, la Cowles Electric smeltiny Company, pour laquelle elle a été construite. E. IL
- --Cx£>-0-
- LES PIGEONS VOYAGEURS
- UN VOL I!E MARQUAIS LE d’aLLER ET RETOUR
- L’utilité des pigeons voyageurs, comme messagers en temps de guerre, est désormais reconnue généralement : l’instinct admirable de cet oiseau est utilisé partout aujourd’hui, et en fait le messager le plus sur pour la transmission des dépêches entre une place assiégée et un autre point du pays, indépendant de l’armée de l’ennemi. Toutefois, si l’on dispose de pigeons voyageurs qui soient dressés à voler d’un certain endroit vers une place forte, on est néanmoins forcé de faire porter auparavant les oiseaux vers un lieu déterminé en dehors de l’enceinte assiégée ; et, si l’on possède des pigeons dressés à voler vers quelque lieu en dehors d’une fortification, il est nécessaire de les faire transporter auparavant dans cette enceinte. On devrait donc chercher à obtenir des pigeons voyageurs dressés à s'envoler d’un certain point vers un autre et à retourner spontanément vers le lieu du départ. Cet intéressant problème a été victorieusement résolu par un habile dresseur de pigeons voyageurs à llaarlem (Pays-Bas), M. Bronkhorst. Cet amateur de pigeons voyageurs a réussi à dresser des pigeons, à voler de Leyde à llaarlem et à retourner d’eux-mêmes de llaarlem à Leyde. Tous les colombophiles me sauront gré de citer ici un vol très remarquable de quatre pigeons voyageurs de M. Bronkhorst, don t j’ai eu le plaisir d’étre témoin .
- Le dimanche 27 mai, à deux heures du soir je me rendais au domicile de .M. Bronkhorst, Grootte Houtstraat, 54, à Harlem; j’y trouvais quelques amateurs de pigeons voyageurs invités comme moi. M. Bronkhorst nous dit qu’il possédait un colombier et quelques pigeons voyageurs à Leyde ; ces pigeons de Leyde étaient gardés et observés par quelques amateurs de pigeons de la Haye, membres et députés de la Société colombophile de Ooievaar à la Haye. M. Bronkhorst avait invité ces messieurs afin de leur prouver qu’il était bien réellement en possession de pigeons voyageurs volant volontairement de Leyde à llaarlem et de llaarlem à Leyde. M. Bronkhorst nous dit que ses pigeons seraient mis en liberté à Leyde vers
- 2 heures environ, qu’il ne doutait point de leur vol de Leyde à llaarlem et que par conséquent il les attendait à Haarlem d’un moment à l’autre, la distance entre les deux villes étant de 50 kilomètres.
- À 2 heures 25 minutes, les quatre pigeons arrivaient tous simultanément ; ils descendaiant immédiatement dans le colombier et commençaient à manger avec beaucoup d’appétit. Après quelques minutes de repos, M. Bronkhorst nous présentait les voyageurs : 1° un mâle bleu écaillé, avec une plume blanche dans l’aile; 2° une femelle bleue; 5° un mâle bleu, et 4° une femelle bleue écaillée. Le n° 1, un pigeon magnifique, a déjà volé de Lyon à Haarlem, et a été orné d’une médaille à l’exposition de pigeons voyageurs de Uotterdain, en 1883. Ces quatre pigeons portaient sur les ailes les marques des
- amateurs de la Haye, apposées à Leyde ; le mâle bleu écaillé portait en outre à la queue une dépêche qui disait que les marques étaient apposées et que les oiseaux étaient mis en liberté à Leyde à 1 heure 55 minutes ; par conséquent ils avaient fait le trajet en 30 minutes.
- Deux des colombophiles présents apposèrent leurs marques sur les ailes des pigeons à côté des autres, et à la queue de l’un des oiseaux fut attachée une dépêche mentionnant la bonne arrivée à Haarlem. Les pigeons, mis de nouveau dans leur colombier, commençaient derechef à manger avidement. A 5 heures 10 minutes, c’est-à-dire trois quarts d’heure après leur arrivée de Leyde, M. Bronkhorst retirait l’obstacle qui empêchait les oiseaux de quitter le colombier, et à l’instant même les quatre pigeons quittaient spontanément le trébuehet, s’élevaient dans l’air, et bientôt ils étaient hors de vue.
- M. Bronkhorst avait prié qu’on lui envoyât une dépêche télégraphique aussitôt que ses pigeons seraient de retour à Leyde, et à notre grande satisfaction nous avions le plaisir de recevoir l’avis que les quatre pigeons étaient arrivés simultanément à Leyde à 5 heures 50 minutes, et que par conséquent ils avaient fait le retour en 20 minutes.
- Tous les faits que je viens de rapporter, ont été consignés dans les procès-verbaux, tanta Haarlem qu’à Leyde, et tous les amateurs de pigeons qui, dans les deux villes, ont été témoins de ce vol de va-et-vient très intéressant, les ont certifiés de leur signature.
- M. Bronkhorst nous affirmait ensuite qu’il possédait une paire de pigeons voyageurs qui, depuis neuf mois, volaient journellement de Leyde à Haarlem et de Haarlem à Leyde sans la moindre contrainte, et parfaitement de leur propre volonté. H possède désormais quatre pigeons qui vont et viennent entre ces deux stations. M. Bronkhorst prétend que par sa méthode de dresser ses pigeons, leur instinct et leur sagacité se développent admirablement ; qu’ils volent par tout temps, en hiver comme en été ; qu’ils ne se perdent que rarement. S’il pleut ou s’il fait un brouillard épais, ils volent de même sans attendre le retour du beau temps ou la disparition du brouillard. Mais, quand je questionnai M. Bronkhorst sur la manière dont il dressait ses pigeons, il me répondit : « C’est mon secret. »
- J’ai cru agréable, non seulement aux colombophiles, mais aussi aux amateurs de l’histoire naturelle du pigeon, en rapportant ici ces faits très remarquables et bien constatés. Dr T. C. AVincker.
- L’ÉMIGRATION AUX ÉTATS-UNIS
- Le mouvement d’émigration vers les Etats-Unis a pris dans les dernières années un développement prodigieux : du 50 juin 1880 au 50 juin 1885, il n’a pas débarqué moins de 2 908 000 émigrants, 100 000 de plus que pendant les dix années précédentes. L’apogée de ce véritable exode a été pendant l’année 1881 où le nombre s’est élevé à 788 992. Depuis, il a diminué notablement; en 1883 il était encore de 605000 ; en 1884, de 518 000 et en 1885, il n’était plus que de 595000. Plus d’un tiers des émigrants sont de nationalité allemande. Depuis que l’on tient des statistiques, l’Allemagne a fourni 4 022000. L’Irlande n’a donné que 3200 000. L’Angleterre vient bien après pour 1 200 000. En quatrième lieu arrivent la Suède et la Norvège pour le chiffre de 692000, lequel est surprenant si l’on tient compte de la faible population de ces deux États. On dit que l’espoir de détourner une partie de ce
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- LA NATURE.
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- Ilot de population pauvre sur les colonies allemandes a été pour beaucoup dans les entreprises de M. dwBisniarck. il n’y a guère plus de soixante ans que ce mouvement remarquable a commencé : en 1820 le nombre des émigrants n’était que de 8000 environ. Il s’est élevé graduellement, profitant de toutes les révolutions, de toutes les calamités naturelles, comme la famine de pommes de terre en Irlande. 11 n’a point été interrompu complètement par la guerre civile, qui l’a fait tomber à 90 000. Probablement les nouvelles entreprises coloniales des diverses nations européennes sont appelées à le restreindre.
- LA TRAVERSÉE DE LA MANCHE
- PAU LE BATEAU ELECTIUQUE LE (( VOLTA ))
- Les Calaisiens ont dû éprouver une certaine surprise le 15 septembre dernier, vers 2 heures de l’après-midi, en voyant entrer dans leur port un petit bateau sans mâts, sans voiles et sans rames ; il ne laissait pas échapper de fumée, et il glissait à la surface des eaux, sans que rien ne manifestât à l’extérieur la puissance mystérieuse qui l’animait.
- Ce bateau n’était autre que le Volta, construit par MM. Stephens et Smith, de Milhvall, sur les plans de M. Reckenzaun, dont nous avons déjà annoncé le voyage J, et sur lequel nous allons donner aujourd’hui des renseignements plus complets.
- Le Volta est un canot non ponté de 57 pieds (11 mètres) de longueur, 7 pieds (2,10 mètres) de largeur et 24 pouces (60 centimètres) de tirant d’eau en pleine charge. 11 porte sous son plancher, au lieu de lest, 61 accumulateurs de VElectrical Power storage Company, renfermant chacun 59 plaques et pesant, en ordre de marche, 72 livres (52,6 kilogrammes ), soit environ 2000 kilogrammes pour la batterie entière. La capacité de ces accumulateurs est de 240 ampères-heure, l’intensité normale de décharge 28 ampères, ce qui représente 5560 watts électriques disponibles ou 4,5 chevaux électriques pendant 8 heures. Ces accumulateurs alimentent deux moteurs électriques système Reckenzaun reliés mécaniquement entre eux et commandant directement l’arbre de l’hélice, ce qui supprime les bruits et les vibrations. L’hélice a 50 centimètres de diamètre et 28 centimètres de pas : sa vitesse normale la plus favorable est de 600 tours par minute. On peut, suivant les besoins, obtenir trois vitesses différentes par le couplage des moteurs à l’aide d’un commutateur spécial :
- 1° Vitesse normale ou petite vitesse. — Le courant traverse les deux moteurs montés en tension. L’hélice fait 600 tours par minute et le débit est de 28 ampères.
- 2° Vitesse moyenne» On relie les accumulateurs à un seul moteur, l’autre restant en circuit ouvert. La vitesse atteint 800 tours par minute et le courant est de 60 ampères.
- 1 Voy. n° 695, du 25 septembre 1886, p. 270.
- 5° Grande vitesse. — Les deux moteurs sont montés en dérivation sur les accumulateurs. La vitesse atteint 1000 tours par minute et le courant total 90 ampères (45 ampères par moteur). Dans ce cas, la puissance électrique fournie aux moteurs est de près de 14 chevaux et la vitesse de 12 à 14 nœuds (22 à 26 kilomètres par heure). 11 va sans dire que celte vitesse est excessive, et ne saurait être maintenue longtemps sans compromettre les moteurs et les accumulateurs, mais il est commode de pouvoir la réaliser à volonté à un moment donné, en cas de danger, par exemple.
- Le changement de sens s’effectue par un appareil spécial qui inverse le sens du courant dans les inducteurs, sans toucher aux balais qui n'ont pas de décalage, quel que soit le sens de la marche. L’emploi de deux moteurs et de couplages différents de ces moteurs fait que tous les accumulateurs se déchargent toujours ensemble et de la même quantité ; ils sont alors toujours chargés et déchargés en même temps.
- Dans l’expérience du 15 septembre, le Volta quittait la jetée de l’Amirauté, à Douvres, à 10 heures 40 minutes du matin et arrivait à Calais à 2 heures 52 minutes de l’après-midi ; il repartait à 5 heures 14 minutes et arrivait à Douvres à 7 heures 17 minutes. Le retour a duré environ 20 minutes de plus que l’aller, ce qu’on peut attribuer en partie à une faible brise venant du N. E. qui a allongé la route d’environ 2 à 5 milles. La route totale parcourue, aller et retour, est estimée à 87 kilomètres, à une vitesse moyenne de 10 kilomètres par heure.
- Le Volta, qui peut recevoir 40 voyageurs, n’avait que 10 personnes à son bord. VElectrical Review nous explique cette anomalie par le fait que la plupart des invités venus pour visiter le bateau avant son départ, étaient peu soucieux de faire partie d’une expédition qu’ils considéraient comme assez aventureuse. Notre confrère rappelle à ce sujet que les bateaux à vapeur circulaient depuis bon nombre d’années sur les rivières avant qu’on n’ait osé leur faire traverser un bras de mer. Aujourd’hui l’expérience est réussie, et les prudents de la première heure doivent bien regretter de n’avoir pas pris part au voyage. Sans s’exagérer l’importance de ce voyage au point de vue scientilique et technique, il n’en est pas moins intéressant de signaler le fait, qui a une certaine importance historique. Ce n’est pas une révolution que présage le voyage du Volta, mais l’expérience est fertile en enseignements. Elle montre quelle confiance on peut avoir dans les appareils électriques bien étudiés et bien construits, et elle tendra, nous aimons à le croire, à faire disparaître un préjugé encore trop répandu sur l’incertitude des appareils dans lesquels l’électricité joue un rôle plus ou moins important. La navigation de plaisance et la marine de guerre recueilleront les premiers fruits de l’expérience du 15 septembre.
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- LA NATURE.
- LES RUINES DE XOCHICALCO
- AU MEXIQUE
- La République mexicaine est, comme on le sait, l’un des pays du monde qui offre à l’archéologue les plus étonnantes richesses. Un des savants les plus compétents du Mexique, M. Léopold Batres, que ses études spéciales avaient déjà désigné à son gouvernement pour le classement des antiquités mexicaines au Musée de Mexico, a été nommé récemment inspecteur et conservateur des monuments archéologiques du Mexique. M. Leopoldo Batres, à peine entré en fonction, s’est signalé par son étude spéciale des fameuses ruines de Xochicalco, qui jusqu’ici n’ont jamais été présentées au monde scientifique. Ce monument d’une haute antiquité est d’un intérêt fout particulier par son importance, et nous adressons à M. Batres nos remerciements sincères, pour avoir fait à La Nature l’honneur de lui envoyer la primeur d’un
- travail aussi original. Nous publions la note que M. Leopoldo Batres nous a adressée, et nous reproduisons les principales photographies qui accompagnaient le manuscrit. G. T.
- Les ruines de Xochicalco sont situées dans l’Etat de Morelos, district de Cuernavaca, commune de Xochitepec au Mexique. Il m’a été possible de déchiffrer les hiéroglyphes du monument, et d’en établir la description exacte.
- Le mot de Xochicalco vient de Xochitl, fleur; Calco, Calli, maison, et Co particule de lieu, Xochicalco veut dire la Maison des fleurs. De l’avis des habitants de Tetlama et de Xochitepec, ce nom a été donné au monument à cause de sa situation sur une petite colline qui, au printemps, se couvre de fleurs.
- Les ruines de Xochicalco sont situées à cinq lieues
- Fig. 1. — Vue d’ensemble des ruines de Xochicalco, au Mexique. (D’après une photographie de M. Leopoldo Batres.)
- de Cuernavaca; au sommet d’une colline de cent varcs1 de hauteur, entourée de crêtes plus élevées et fortifiées jadis de façon à défendre les approches du temple.
- L’édifice, de forme quadrangulaire, a cinq vares d’élévation; les faces est et ouest ont 21 varcs, et celles nord et sud 23 vares de largeur. Les pierres dont il est construit et qui portent des sculptures en relief, sont en granit; chacune d’elles a une vare d’épaisseur et quelques-unes deux vares de longueur.
- Sur la face ouest on reconnaît l’existence d’un escalier à peu près détruit, dont il reste encore quatre degrés a la hase ; large de 6 varcs, il conduisait a la partie supérieure de l’édifice oîi se trouvait probablement le sanctuaire. La face est a une direction N. et les quatre côtés se coupent à angle droit.
- De la hase a la corniche, on compte 5 vares de
- 1 l'n tare égale U01,856.
- hauteur. Le monument se compose d’un massif et de deux grandes corniches. La surface supérieure du massif et des deux corniches est horizontale; les côtés forment des plans inclinés.
- Ainsi qu’on peut le voir par les photographies re • produites ci-contre, chacun des quatre côtés du massif est couvert de sculptures en relief représentant deux grandes couleuvres ornées de plumes, connues sous le nom de Quetzacoatl, deux grandes dates et deux figures humaines accroupies. J’attribue à ces hiéroglyphes la signification suivante : les deux couleuvres ornées de plumes se rapportent au personnage principal et sont, à mon avis, l’image de la divinité a laquelle le temple était dédié; les figures humaines, ce sont les tribus ou races qui l’ont élevé, et les hiéroglyphes chronologiques marquent la date de sa fondation.
- Sur la corniche placée immédiatement au-dessus du massif que je viens de décrire, sont sculptées en
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- LA NATURE.
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- relief d’autres figures humaines également accrou- | pies, dont le bras droit tondu horizontalement lient
- Fig. 2. — Détail de la partie antérieure des ruines de Xoehicaleo. (D’après une photographie de M. Leopoldo Balres.)
- Fig. 3. — Détail de la partie postérieure des ruines de Xoehicaleo. (D’après une photographie de M. Leopoldo Batres.)
- dans la main un personnage occupé à présenter une | offrande à la divinité. Dans l’angle gauche de cha-
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- LA NATURE.
- cune de ces figures, se trouve un hiéroglyphe, qui, suivant moi, n’est autre que le signe distinctif du peuple qu’elle représente, c’est-à-dire, de la race ou de la région tributaire de la divinité à laquelle le temple était dédié. L’espace compris entre deux figures contient des cordes entrelacées qui, toujours à mon avis, sont le symbole du joug ou de la soumission de ces races. Sur la corniche supérieure on remarque des figures de guerriers, dans l’angle gauche desquelles est sculpté un hiéroglyphe représentant, à n’en pas douter, le blason de chacun des peuples qui ont conquis et rangé sous leur domination les races ou tribus dont il est question plus haut.
- Je penche à croire que la civilisation à laquelle appartient ce monument est celle de Palenque, en raison de la similitude existant entre l’anthropologie, l’art décoratif et l’idéographie de l’une et de l’autre.
- Leopoldo Batres,
- Inspecteur et conservateur des monuments archéologiques de la République mexicaine.
- DESSECHEMENT DU L4C COPAÏS
- L’art des dessèchements, sans être une des applications absolument modernes de la science de l’ingénieur, a fait de nos jours des progrès considérables et est entré complètement dans la voie scientifique, qui seule permet d’assigner aux ouvrages un terme certain et des conditions d’exécution économique. Si l’on désire conquérir sur la mer de vastes espaces, comme la mer de Haarlem, on procédera par épuisement après les avoir protégés par des digues contre le retour des eaux. Si les lacs ou marais à dessécher sont des bassins lermés, situés à des hauteurs plus ou moins considérables, au-dessus d’un large fleuve ou d’un rivage maritime, on collectera les eaux dans un émissaire général et on les déchargera par des tranchées ou des tunnels percés dans la ceinture de collines environnantes. C’est cette méthode qui a été employée pour le dessèchement du lac Fucino et qui est actuellement appliquée à celui du lac Copaïs (Grèce). La partie la plus importante de ce dernier travail vient d’être accomplie dans des conditions très remarquables de succès; le 12 juin 1886, le canal émissaire des eaux du lac a été ouvert en pré sence de M. le Ministre de France et de représentants du Gouvernement hellénique, et cette grande opération a permis de dessécher temporairement le lac entier, et, d’une manière définitive, une partie considérable de sa surface; l’œuvre est donc arrivée au point où elle mérite une description.
- Conditions géographiques. — Le Copaïs, situé au nord de la ville de Thèbes, est un marais couvert de roseaux qui couvre une superficie de 25 000 hectares. Il est alimenté par un certain nombre de rivières : le Céphyse, l’IIercyne, lePontgia, le Lophis, etc., venant des versants nord du Parnasse et de l’Hélicon ; elles roulent un faible volume d’eau en été, mais atteignent
- en hiver des débits importants. Aussi le niveau du lac s’élève -1 - il chaque année à partir du mois de novembre pour atteindre son maximum en avril et s’abaisser ensuite pendant le printemps et l’été. Dans cette dernière saison, une grande partie du lac est ordinairement à sec, car le fond de la cuvette tient une cote à peu près uniforme de 94m,40 à 95 mètres au-dessus du niveau de la mer, et les crues les plus fortes ne dépassent pas la cote 97. Cet assèchement, presque périodique, tient à l’évaporation qui, chaque année, enlève une tranche d’eau de lm,50 d’épaisseur, et aux katavothres, sortes de canaux souterrains, creusés dans un terrain fissuré par les eaux elles-mêmes, et qui servent à les évacuer dans les profondeurs de la terre ou les conduire à la mer. La plupart de ces katavothres sont situés sur la rive est du lac.
- Le fonds du Copaïs est constitué par une couche d’argile plastique imperméable sur laquelle s’étend une autre couche de vase consistante. Celle ci, dont l’épaisseur varie de 2 à 4 mètres, est un véritable humus dont la formation est due au mélange de débris . de végétaux avec les limons charriés par les affluents. Des analyses, faites au laboratoire de l’Ecole des ponts et chaussées sur un grand nombre d’échantillons, prélevés en divers points du lac, reconnaissent à la plupart d’entre eux la qualité de véritables engrais phosphatés, avec une proportion d’azote largement suffisante.
- La lisière du lac et les parties asséchées pendant l’été sont du reste exploitées depuis longtemps, soit comme pâturages, soit comme terres à blé. Mais cette, énorme quantité d’eau, peu profonde et chargée de matières organiques, exhale des miasmes dangereux qui maintiennent à l’état endémique la fièvre paludéenne parmi les populations riveraines et déterminent une mortalité considérable dans le premier âge et une anémie incurable chez les adultes.
- Outre l’exploitation que nous venons de signaler, la pèche du Copaïs fournissait autrefois des revenus élevés par l’exportation des sangsues innombrables qu’il contient , mais que l’art médical n’emploie plus aujourd’hui avec la même prodigalité qu’au temps de Broussais. On y trouve également de grosses anguilles, célèbres dans toute la Grèce, et surtout une espèce de moule d’eau douce tout à fait locale, appelée, de ce fait, Anadonta gravida Co-païda. Ce mollusque est allongé et abrité par deux valves assez grandes, qui présentent une très fine coloration vert clair à la surface, et de jolis tons de nacre rosée à l’intérieur1.
- Les travaux actuels vont rendre à l’agriculture 25 000 hectares d’une fertilité admirable et déterminer l’assainissement de toute une région qui s’étend à 20 kilomètres des bords du lac, en y abaissant
- 1 Quelques spécimens de cette moule, fort rare même sur les lieux et qui disparaîtra après le dessèchement, ont pu être recueillis à la faveur de la débâcle, qui a suivi l’inauguration du canal émissaire de Karditza, et ont été. préparés par M. le docteur Roux, médecin de la Compagnie française du lac Copaïs,
- * pour être offerts aux collections officielles.
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- le chiflre de l;i mortalité infantile, et en relevant la vigueur de la race et la densité de la population.
- Travaux anciens et projets primitifs. — De même qu’Alexandre et Néron ont laissé quelques vestiges de travaux préparatoires pour le percement de l’istlune de Corinthe, on trouve encore aujourd’hui, à la suite de la haie de Képhalari, h l’angle N. E. du lac, une série de 16 puits dont la profondeur varie de 18 à 63 mètres destinés à être réunis par une galerie souterraine débouchant d’un côté, sous le fond du lac, et, sur l’autre versant, dans la haie de Larimna. Ces puits ont été sans doute creusés par les anciens Grecs, car Strabon, qui écrivait vers l’an 20 avant J.-G., les cite comme très anciens. Il existait également du côté de Karditza des vestiges de tranchée et quelques puits de sondage, indiquant que les anciens avaient essayé le dessèchement par le déversement des eaux dans les petits lacs. Les travaux de Képhalari se prêteraient d’ailleurs bien mal à l’écoulement des eaux, caria ligne des puits, au lieu d’être tracée directement vers la mer, suit le thalweg sinueux qui aboutit au col de Larimna.
- Quoique l’insalubrité du bassin du lac ait depuis longtemps préoccupé les divers pouvoirs qui se sont succédé en Grèce, c’est à 1846 seulement que remontent les premières études, faites d’après les méthodes modernes. A cette époque, M. Sauvage, ingénieur en chef des mines, élabora un projet qui consistait à collecter les fleuves de la région Est et Sud, dans un canal spécial, et à réunir dans le Mêlas, convenablement curé et élargi, les eaux pluviales ; ces deux canaux principaux, d’une longueur totale de 50 kilomètres, se réunissaient dans la haie de Képhalari et l’émissaire commun déversait les eaux àlamer, à l’aide d’un tunnel de 1550 mètres de longueur et de 36 mètres carrés de section, percé sous le col de Larimna. Un ingénieur civil, M. Moulle, publia, en 1879, un autre projet qui proposait d’écouler les eaux du Copaïs dans les petits lacs Hylicus et Paralimni, en faisant du premier un réservoir pour l’irrigation pendant l’été, avantage considérable sur le projet précédent, qui. laissait presque entièrement perdre les eaux pour l’agriculture. Le relèvement des eaux devait se faire par des machines à vapeur.
- C’est le principe de l’écoulement dans les petits lacs qui a définitivement prévalu. Après diverses concessions demeurées infructueuses, le Gouvernement hellénique concéda, en 1880, les travaux et l’exploitaiion du Copaïs à M. Vouro, qui parvint, avec l’aide de M. Seouloudi, député au Parlement, à constituer une Société anonyme française. Celle-ci confia le soin de reprendre les études à M. Taratte, ingénieur en chef des ponts et chaussées, dont le concours fut malheureusement arrêté par une mort prématurée.
- Son successeur, M. Léon Pochet, également ingénieur en chef des ponts et chaussées, après avoir révisé les projets de ses prédécesseurs et procédé à de nouvelles études, dressa, sur des hases entièrement nouvelles, les projets définitifs. Us furent
- adoptés par la Compagnie, après avoir été approuvés par une commission technique composée de M. Pascal, inspecteur général des ponts et chaussées, et M.Larousse, ancien ingénieur au canal de Suez.
- Projets (Vexécution.— Les projets de M. Pochet comportent deux espèces de travaux : ceux qui ont pour objet le dessèchement proprement dit, et qui comprennent les canaux collecteurs et la ligne des émissaires, et ceux qui sont destinés à assurer l’irrigation des terrains conquis.
- Travaux de dessèchement. — d° Canaux collecteurs. — Ces canaux sont au nombre de trois : le grand canal de ceinture, celui du Mêlas et le canal des eaux intérieures. Les deux premiers doivent écouler les eaux des affluents du lac et le troisième les eaux pluviales.
- a. — Le grand canal de ceinture a 33 kilomètres de développement et recueille les affluents de la rive est et de la rive sud du lac, que nous avons déjà cités. Ces rivières ont des régimes assez différents: les unes assez calmes, comme le Céphyse, lePontgia et le Lophis, les autres torrentueux comme l’Uercyne. Ces différences, dues à la perméabilité plus ou moins grande de leurs bassins respectifs, présentent le sérieux avantage que les crues maxima ne se produisent pas simultanément dans chacun d’eux, et surtout ne se superposeront pas dans le canal collecteur. Celui-ci, composé d’un trapèze à talus réglés à 1/T formant un lit mineur, est établi avec des largeurs de fond qui varient de 9 à 22 mètres suivant les sections, et son débit maximum de 125 mètres cubes suffira, grâce au défaut de simultanéité des crues, à écouler les 161 mètres cubes par seconde que peut fournir l’ensemble des aflluents en crue. Les hautes eaux extraordinaires couleront entre les digues formées par les déblais du canal.
- Cette solution constitue une économie notable sur les projets précédents, en remplaçant les deux canaux prévus par M. Sauvage, l’un pour la rive droite, l’autre pour la rive gauche, par un seul grand canal de ceinture sur la rive droite.
- b. — Canal du Mêlas. — Ce canal, qui consiste en une rectification et un creusement sur certains points du lit primitif du Mêlas, doit recevoir les eaux du bassin supérieur du Copaïs, et la décharge du Céphyse, soit un total de 15 mètres cubes en crue. M. Pochet compte, en relevant la berge de la rive droite et en la complétant au besoin par une digue sur les points les plus bas, préserver la rive est des inondations du Céphyse, qui, pendant la période des travaux, se déchargera dans le Mêlas, de manière à pouvoir exécuter à sec le lit mineur du canal de ceinture. Le canal de Mêlas est coupé au kilomètre 19 500 par un pont-barrage, près duquel vient se brancher un canal secondaire qui détourne la plus grande partie des eaux, pour les amener à l’émissaire général dans la baie de Karditza. Le reste est enlevé par l’ancien lit du Mêlas et porté par le katavothre de Képhalari. La longueur totale est de 29 kilomètres.
- c. — Canal des eaux intérieures. — Il sera établi
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- dans un thalweg naturel parallèle à la rive sud et portera 5 mètres cubes, avec une longueur totale de 25 kilomètres.
- Les deux derniers de ces ouvrages se réunissent, avant de tomber dans l’émissaire général dont ils sont séparés par un vannage à clapets.
- Cette première partie des travaux comporte, comme chiffre de déblais et emprunts, un cube total de 2 135 000 mètres ainsi répartis :
- Grand canal de ceinture, ses digues et celles de
- ses affluents.......... 1 660000 mètres.
- Canal du Mêlas et dérivation
- du Céphyse. . . ................. 156 000 —
- Canal des eaux intérieures. . . 519000 —
- Total........... 2 135000 m. c.
- Quoique l’attention de la Compagnie se soit surtout portée jusqu’ici sur la ligne des émissaires, pour lui permettre de dessécher définitivement une partie du lac et la livrer à l’exploitation, la dérivation du Céphyse, et l’approfondissement à la drague du Mêlas sont déjà exécutés presque entièrement.
- 2° Ligne des émissaires. — La ligne des émissaires a pour fonction de conduire les eaux, depuis le lac jusqu’à la mer, à travers les petits lacs Likéri ou llylicus et Paralimni.
- Elle comprend : *
- a. — Une grande tranchée de 2 800 mètres de longueur, et un tunnel de 672 mètres de long et de 46 mètres carrés de section à Karditza, qui écoulent les eaux du Copaïs dans le Likéri. Ces deux ouvrages sont représentés respectivement dans les figures 2 et 5 ; la première montre également un pont en pierre de 16 mètres d’ouverture, jeté sur la tranchée, pour donner passage à la route de Tlièbes à Karditza. Ces ouvrages ont été établis pour débiter 138 mètres cubes par seconde, valeur cumulée des débits des canaux précédemment indiqués. A la sortie du tunnel, une tranchée de 815 mètres de longueur rejette les eaux dans le Likéri, dont le niveau sera tendu à la cote 80. Les déblais des tranchées ont atteint 542000 mètres cubes, et ces travaux, aujourd’hui achevés, ont présenté de sérieuses difficultés à cause
- de l’insalubrité des chantiers et de leur éloignement de tout centre d’approvisionnement.
- Leur inauguration s’est faite en grande pompe et avec un succès complet, le 12 juin dernier, comme nous l’avons déjà dit, en présence du Ministre de France, M. le comte de Mouy, des membres des Missions militaires, navales, et des travaux publics et de la station navale française ; divers personnages officiels, représentant le Gouvernement hellénique, et des membres de la presse y assistaient également. Une prise d’eau provisoire, composée de rideaux du système Caméré employés actuellement sur les grands barrages de la basse Seine, avait été installée en tête de l’émissaire pour fermer le canal après l'écoulement, de manière à permettre d’effectuer les réparations qu’il aurait pu nécessiter. A l’ouverture des pertuis, les eaux se sont précipitées dans la tranchée et ont atteint le tunnel où s’est produite, entre l’amont
- et l’aval, une dénivellation ou cataracte de 5m,40, correspondant à une pente, par mètre, de 0m,005. Elles se sont ensuite creusé un très encaissé de 15 mètres de largeur sur 2 à 5 de profondeur, aboutissant au Likéri. Le niveau de ce dernier s’élevait de 0m,60 à 0m,70 par jour, en moyenne, du 12 au 14 juillet, période pendant laquelle l’écoulement a été maintenu ; le Copaïs
- s’abaissait en même temps de la cote 96,65 à la cote 94,86, soit à très peu près à celui du fond même du lac. Après la fermeture de la prise d’eau, on a pu constater que les perrés des tranchées et le revêtement du tunnel avaient parfaitement résisté aux efforts du courant.
- b. — Déversoir deMoriki. — Pour déverser dans le Paralimni l’excédent des eaux du Likéri, quand elles atteindront le niveau-limite de 80 mètres, le col de Moriki a été dérasé à la cote 79 sur une largeur de 50 mètres. Le travail est actuellement achevé à très peu près ; la tranchée sera fermée par un barrage à hausses mobiles, manœuvrées du haut d’un pont de service.
- c. — Tunnel d’Anthedon. — Cet ouvrage a pour but d’écouler les eaux du Paralimni, relevées à la cote 55 mètres. Il a 16 mètres carrés de section et une longueur de 860 mètres. Les calcaires fissurés qu’il traverse sur la plus grande partie de son tracé,
- Profil du Tunnel de Huntfara.
- Profil des terrains entre le Lac Copais et la Mer suivant la ligne des Emissaires .
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- dans le Liheri et ItJ’aralinnL ''•''fyvllll
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- Fig. 1. — Plan du lac Copaïs et de^la région comprise entre le lac et la mer.
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- F*. 5. —] Canal émissaire de KardUza. Tète-amont du tunnel. (D’après une photographie.) Travaux de dessèchement du lac Copaïs, près de la ville de Thèbes, en Grèce.
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- nécessitent un revêtement en maçonnerie. La galerie d’avancement est actuellement terminée, ainsi que les tranchées d’amont et d'aval, et l’ouvrage entier pourra fonctionner vers la fin de l’année.
- La chute de 55 mètres qui existe entre le lac Paralimni et la mer fournira une force disponible de 12000 chevaux-vapeur, et permettra, soit de créer une ville industrielle, dans le domaine que s’est assuré la Compagnie, au débouché des chutes, soit de transmettre, a l’aide de l’électricité, la force et la lumière à distance.
- L’avancement actuel des travaux montre que la ligne des émissaires sera prête à fonctionner régulièrement au moment où elle devra débiter les crues d’hiver : on peut donc, dès à présent, considérer comme définitive la conquête de 4 à 5000 hectares, qui pourront être livrés à la culture au gré de la Compagnie.
- Travaux d'in'igation. — Comme dans tous les pays chauds, l’irrigation constitue en Réotie le plus puissant moyen d’activer la végétation des plantes. Aussi la valeur de l’eau est-elle considérable, par rapport à celle de la terre. Aux environs de Thèbes, notamment, sur un prix de location de 5 à 600 francs par hectare irrigué, il faut compter la location de l’eau pour 400 francs. L’importance de l’irrigation pour le domaine du Copaïs est donc capitale ; mais comme d’un côté, le seul fleuve réellement permanent, le Mêlas, ne roule guère plus de 2 mètres cubes par seconde, et que les autres cours d’eau ne débitent à peu près rien pendant la saison des arrosages, il était nécessaire d’emmagasiner les eaux d'hiver dans un réservoir général, et de les relever ensuite pour le service des irrigations. Le lac Likéri, choisi à cet effet, présentait comme le Copaïs un certain nombre de katavothres qu’ort a dû boucher par des remplissages en maçonnerie, afin d’en assurer l’étanchéité. Cette opération, pratiquée à une époque où le niveau peu élevé du lac mettait à découvert les katavothres les plus importants, a donné des résultats très suffisants pour la pratique, depuis l’ouverture de l’émissaire de Karditza.
- M. Pochet tend les eaux emmagasinées dans le Likéri à la cote 80m, choisie de manière k assurer une chute convenable entre les deux lacs consécutifs, sans toutefois augmenter outre mesure les expropriations dans le bassin du Likéri. Un tunnel établi sous le col de Hungara mettra ce dernier en communication avec le Paralimni, dont le niveau sera établi k la cote 55. Il aura 1030 mètres de longueur et servira de canal (l’amenée k une usine hydraulique établie k l’aval du tunnel. Dans ces conditions, il sera possible d’élever journellement, pendant les cinq mois d’été consacrés aux irrigations, un volume de 4 mètres cubes par seconde. Cette solution, beaucoup plus économique que celle du relevage par machines k vapeur k cause du prix élevé du combustible en Grèce, et de la difficulté d’y faire fonctionner dans les conditions actuelles une usine k vapeur de plus de 2000 chevaux, se complétera par l’établissement d’un canal
- d’irrigation prenant son origine k la cote 109 et revenant par la plaine de Lengina et le col de Karditza, dans le domaine de la Compagnie. 11 aboutira en suivant les rives sud et ouest du lac, k San-Dimitri, dans la baie de Dégli, avec une longueur de 45 kilomètres et une pente de 0m,20 par kilomètre.
- La galerie de Hungara est actuellement percée sur une longueur de 500 mètres : elle est précédée d’une, tranchée entièrement achevée et suivie d’une autre exécutée au tiers.
- Dans les conditions que nous venons d’indiquer, la Compagnie disposera pour les arrosages d’un débit continu de 6 mètres cubes, dont deux empruntés au Mêlas, et éventuellement de 2 k o mètres cubes fournis en sus par le Céphvse dans les années pluvieuses.
- Ce volume permettra d’irriguer 10000 hectares.
- Les cultures que l’expérience des localités riveraines indique comme les plus favorables sont celles du coton, du maïs et du blé. Les rendements observés dans la plaine de Livadie, malgré l’appauvrissement du sol sous des restitutions insuffisantes des engrais minéraux, sont considérables, et seront certainement de beaucoup dépassés dans les terres vierges du Copaïs, dont plusieurs constituent, comme nous l’avons dit plus haut, de véritables engrais phosphatés. Quant k l’évaluation du revenu annuel, M. Sauvage le portait, en 1848, k 4 650 000 drachmes, pour une surface cultivée de 9000 hectares : le colonel Papa George, du génie hellénique, l’estimait en 1867 k 4 000 000 pour une superficie analogue, k laquelle le projet Sauvage, alors le seul établi, limitait le défrichement complet. M. Moulle, dans son étude de 1879, indique un revenu annuel de 10 000 000 de francs pour l’exploitation de 20000 hectares. La main-d’œuvre nécessaire pour la culture de cet immense domaine se recrutera aisément d’abord parmi les populations voisines, comme celles de la plaine de Livadie, qui cultivent déjà 2000 hectares sur la lisière du Lac, et celles de la Locride, qui végètent misérablement sur des terres desséchées. On peut compter d’autre part sur l’émigration italienne, qui fournit en moyenne 10 000 ouvriers k l’Amérique du Sud, et sur laquelle les résultats magnifiques du dessèchement du lac Fucino ne sauraient manquer de faire impression; enfin, sur les populations grecques de l’Asie Mineure, dont les nombreuses demandes de concession font prévoir dès aujourd’hui l’affluence.
- La Compagnie estime que les travaux pourront être entièrement terminés en trois années : les résultats obtenus à l’heure actuelle garantissent le succès de l’œuvre. Ce n’est pas sans un orgueil légitime que nous constatons une fois de plus qu’un grand travail d’utilité publique, qui se résume par la conquête d’une province sur les eaux et les maladies épidémiques, aura été mené k bonne fin par les soins d’ingénieurs français. D’ailleurs, comme le disait M. Pochet dans le discours prononcé k l’inauguration de l’émissaire de Karditza, « c’est un combat qui n’a de pacifique que le nom, car il fait, lui aussi, des
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- victimes héroïques ou obscures. » La nation hellénique n’oubliera pas leurs efforts et sera reconnaissante au fondateur de cette grande entreprise, ainsi qu’à ses collaborateurs, de la persévérance qui leur aura permis d’achever une œuvre jusqu’alors réputée
- impossible. G. Richou.
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- LE LANCEMENT DU « HOCHE »
- NAVIRE CUIRASSÉ FRANÇAIS DE PREMIER RANG
- On a lancé mercredi, 29 septembre, le cuirassé de premier rang le Hoche, construit à Lorient sur les plans de M. l’ingénieur fluin.
- Voici ses principales caractéristiques : longueur 102 mètres; largeur 20 mètres; creux sur quille 16m,17; tirant d’eau arrière 8m,50 ; tirant d’eau moyen 8 mètres. Déplacement 10 581 tonneaux.
- La coque est en acier, construite d’après le système cellulaire. La carène est divisée en de nombreux compartiments indépendants, par des cloisons longitudinales et latérales. Il existe de plus 16 cloisons transversales étanches, et une cloison longitudinale médiane s’élevant jusqu'au pont cuirassé.
- La protection du Hoche est assurée par :
- 1° Un pont cuirassé de 8 centimètres, qui s’étend de bout en bout au-dessus des parties vitales; machines, chaudières, servo-moteur du gouvernail, etc.
- 2° Une ceinture de flottaison l’entourant de toutes parts et composée de plaques de. diminution mesurant 45 centimètres au can supérieur, 40 centimètres au milieu et 55 au can inférieur.
- 5° Un cofferdam cuirassé rempli de cellulose à l’extrême avant du navire et allant jusqu’à la première cloison transversale étanche.
- 4° Les soiites à charbon verticales et horizontales, qui entourent les machines et les chaudières.
- L’armement de ce bâtiment se composera de :
- 1° Deux canons de 54 centimètres, placés chacun dans une tourelle fermée, constituée en deux parties, la partie inférieure fixe, la partie supérieure mobile et mue par des appareils hydrauliques. Chaque tourelle est protégée par une cuirasse de 55 centimètres. L’une est à l’avant, l’autre à l’arrière, dans l’axe du navire.
- 2° Deux canons de 27 centimètres en tonrelles-bar-hettes, protégées par une cuirasse de 55 centimètres. — Ces tourelles sont en abord. — Une carapace en forme de dôme les surmonte et abrite servants et pièces contre le tir de la mousqueterie.
- 5° Dix-huit canons de 14 centimètres, situés dans la batterie.
- 4° Canons-revolvers et à tir rapide en aussi grand nombre que possible — (leur nombre n’est pas fixé).
- 5° Cinq tubes lance-torpilles.
- Le Hoche aura des projecteurs électriques et sera éclairé par l’électricité.
- Comme mâture, deux mâts de signaux en tôle avec des hunes armées de canons-revolvers.
- L’appareil moteur en construction à Indret se composera de quatre machines à pilon, placées sous le pont cuirassé, — deux sur chaque arbre, chaque groupe séparé par la cloison étanche médiane. Elles actionneront par couple une hélice, et chacune d’elles pourra fonctionner isolément. La puissance totale des machines sera de 12 000 chevaux effectifs avec le tirage forcé.
- L’appareil évaporatoire se composera de douze corps de chaudières d’un nouveau type, à flamme directe et à trois foyers chacun.
- Nous ne souhaiterions pas de voir augmenter encore, même d’une unité, le nombre des navires de ce type, mais nous voudrions qu’on donnât suite au programme qui avait été élaboré sous le précédent ministère, pour la construction d’un croiseur de deuxième classe. Ce croiseur devait avoir 95 mètres, avec un tirant d’eau à l’arrière de 5m,50,et un déplacement de 2600 tonneaux. Il devait filer 18 noeuds au tirage forcé, et franchir une distance de 5600 milles à 12 nœuds, il aurait eu, comme tous les nouveaux croiseurs, un pont blindé, et aurait porté deux canons de 16 centimètres et six canons de 14 centimètres. C’est là une puissance offensive sérieuse. Ce type de croiseur comblerait une lacune regrettable entre les croiseurs Sfax ou Cecille, et les nouveaux, Forbin, Surcouf et Troude.
- Le lancement du Hoche a eu lieu, à la pleine mer de 5 heures de l’après-midi. L’opération s’est accomplie avec un ordre parfait et une précision qui font honneur à M. l’ingénieur Huin, qui la commandait.
- On remarquait dans la tribune d’honneur, le ministre de la marine, le vice-amiral, Duperré, préfet maritime, le contre-amiral Behic, major général de la Marine, M. Vincent, directeur des constructions navales, etc. L N. C. L.
- ——
- SUICIDE D’UN SERPENT
- Est-il vrai que des serpents, tourmentés jusqu’à l’exaspération, en viennent à tourner contre eux-mêmes leurs redoutables crochets, et commettent un véritable suicide? Une discussion s’est engagée récemment sur cette question dans une revue scientifique anglaise, ce qui a fourni à un correspondant du Chambers's Journal, M. W. Manlev, l’occasion de raconter un fait dont il a été jadis le témoin oculaire.
- Les prairies de l’État d’Illinois recélaient autrefois un grand nombre de serpents à sonnettes; les fermiers qui défrichaient le sol, rencontraient souvent ces reptiles très venimeux; mais, grâce à la lenteur de leurs mouvements et au bruit de crécelle qui annonçait leur approche, il était généralement facile d’échapper à leur morsure.
- M. Manlev suivait, un jour, une do ces grandes charrues à défricher, attelées de cinq à six paires de bœufs, et conduites par deux hommes, lorsqu’il aperçut un serpent à sonnettes, long de 50 à 55 centimètres (la taille de ces serpents atteignait rarement 50 centimètres). Les deux hommes voulurent s’amuser à le mettre en fureur. Ils l’acculèrent donc dans le terrain labouré, et se mirent à le torturer avec leurs longs fouets. Irrité de ces attaques, et mis dans l’impossibilité de fuir, le serpent tourna enfin sa fureur contre lui-même ; il enfonça ses crochets vers le milieu de son corps. Le poison parut agir instantanément : en moins de cinq minutes, le serpent demeura immobile, les crochets restant engagés dans la blessure. Une mort si prompte ne saurait surprendre, si l’on veut bien réfléchir qu’une semblable morsure aurait fait périr un homme adulte en quelques heures.
- M. Manley a souvent entendu dire que les serpents se mordent eux-mêmes en semblable circonstance ; mais c’est le seul fait qu’il ait pu constater de visu. R. Vion.
- 1 D’après Y Yacht.
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- FUSIL DE TIR POUR LES ENFANTS
- On trouve chez les marchands de jouets une grande variété de petits fusils pour les enfants ; mais en général ces instruments ne sont pas d’un usage sérieux pour l’exercice et l’étude du tir; ils ne peuvent servir que de simple amusement. La plupart de ces armes-jouets sont incapables de lancer un projectile, même à une faible distance, avec quelque précision. Si on veut apprendre à un enfant à tirer à la cible, il faut avoir recours à des carabines qui exigent l’emploi de capsules fulminantes ou de l’air comprimé à haute pression : les projectiles sont lancés avec force et précision à une grande distance, mais ce ne sont plus l'a des instruments inoffensifs; ces véritables armes peuvent être dangereuses entre des
- Petit fusil à air pour les enfants. — 1. Vue d’ensemble du fusil. — 2. Poches à air en caoutchouc. — 3. Le fusil armé.
- mains inexpérimentées, elles offrent en outre l’inconvénient d’être d’un prix élevé. Le petit fusil que représente notre gravure (n° i)nous paraît combler une lacune ; il a été imaginé par un de nos collaborateurs et amis, M. G. Mareschal. Cet ingénieux petit instrument tient l’intermédiaire entre le jouet inutile et le jouet dangereux. Il fonctionne au moyen de l’air comprimé, mais à une faible pression qu s’obtient seulement au moyen de l’appareil en caoutchouc que nous connaissons tous pour l’avoir vu fonctionner sur les vaporisateurs du parfumeur. Cet appareil a été très habilement dissimulé dans la crosse du fusil, que nous figurons avec des arrachements propres a montrer le dispositif intérieur (n° 2). Seule, une petite entaille pratiquée à l’extrémité, permet d’appuyer avec les doigts sur la pompe à air. Avant d’emmagasiner l’air dans la boule élas-
- tique, entièrement cachée, il faut, bien entendu, lui fermer toute issue; à cet effet, on appuie d’arrière en avant sur la deuxième gâchette qui dépasse un peu la sous-garde. C’est comme on le voit sur la figure (n° 3), l’extrémité d’un ressort qui vient aplatir le tube de caoutchouc amenant l’air au canon. Ce ressort, une fois poussé, reste accroché jusqu’à ce qu’on appuie sur la gâchette. A ce moment, le tube n’étant plus écrasé laisse un libre passage a l’air, qui chasse devant lui le projectile comme dans un souffle-pois. Ce projectile, dont nous avons figuré quelques-uns à gauche de notre gravure, est simplement un petit bout de bois cylindrique à l’extrémité duquel on a fixé un clou à tête ronde pour l’équilibrer. Il s’introduit par la culasse, qu’on ouvre au moyen d’un levier comme dans les fusils à aiguille. La portée est de 12 à 15 mètres, mais pour tirer avec précision il ne faut pas dépasser moitié de cette distance,
- ce qui est bien suffisant pour l’exercice du tir à la cible : c’est la distance adoptée généralement par les tirs de foires.
- Le fusil de M. Maresclial est essentiellement une arme d’appartement. Une feuille de papier placée contre un mur constitue une cible où les projectiles laissent parfaitement leur trace parce qu’ils arrivent la tête du clou en avant. Si l’on veut s’assurer que malgré cela il n’y a aucun danger, on peut s’en faire envoyer un dans la main : cela ne fait aucun mal.
- Nous pensons qu’à notre époque, où les sociétés de tir prennent tous les jours plus d’importance, ce jouet pourra rendre de réels services ; il permettra d’habituer de bonne heure les enfants à tirer à la cible, et pourra les préparer ainsi à devenir de bons tireurs et de bons soldats. G. T.
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- MOTEUR À GAZ
- SYSTÈME BENZ
- Los conditions à réaliser dans un bon moteur à gaz sont complexes et délicates, lorsqu’on veut obtenir à la fois une grande régularité de mouvement et une économie de gaz. Il faut, pour cela, obtenir an moins un coup de piston moteur par tour de l’arbre, aspirer le gaz, le comprimer et ne l’enflammer qu’a-près sa compression. Dans les premiers moteur s à gaz de Lenoir, la première condition était seule satisfaite, le moteur étant à double effet, mais l’absence de compression du mélange gazeux avant l'intl animation rendait la dépense de gaz fort élevée, et comprise entre 2500 et 5000 litres par cheval-heure (2 70 000 kilogrammètres.)
- Les moteurs Otto, qui effectuent la compression du mélange, sont plus économiques, mais, par contre, moins réguliers, puisqu’ils n’ont qu’un seul coup
- de piston moteur pour deux tours de l’arbre, inconvénient auquel il faut remédier par l’emploi de volants ayant un grand moment d’inertie, et, dans les types puissants, par deux cylindres accouplés à 560°.
- Dans le moteur Clcrk, on obtient un coup de piston moteur par tour et la compression du mélange
- indispensable à l’économie du gaz en adjoignant au système un cylindre spécial de compresssion, ce qui lait, en réalité, une machine à deux cylindres dont chacun remplit une fonction spéciale, toujours la même.
- Le moteur Benz, que nous allons faire connaître à nos lecteurs, réalise, avec un seul cylindre, tous les avantages des moteurs Otto et Clerk, c'est-à-dire : compression du mélange pour l’économie, et coup de piston moteur à chaque tour de l’arbre pour la régularité.
- Après ces préliminaires, il va être facile de comprendre les dispositions spéciales à ce nouveau mo-
- Fig. 1. — Moteur à gaz, système Benz.
- Fig. 2. — Coupe verticale du moteur Benz.
- Fig. 5. — Coupe horizontale du moteur Benz.
- teur que la ligure 1 représente d’ensemble, et dont les ligures 2 et 5 montrent des coupes longitudinales, verticale et horizontale, suivant l’axe du cylindre.
- Considérons l’instant où le piston est arrivé à l’extrémité de sa course, à droite, sous l’action de l’explosion, et où il franchit le point mort par l’effet du volant. À ce moment, la soupape d’évacuation b s’ouvre et laisse s’échapper les gaz brûlés dans l’atmosphère. L’inventeur s’est proposé d’évacuer com-
- plètement ces gaz dès la demi-course rétrograde du piston, de droite à gauche : à cet elfet, il injecte dans le cylindre un certain volume d’air forcé, qui expulse les produits de la combustion et s’y substitue derrière le piston. Au milieu de la course arrière, le cylindre ne contient donc plus que de l’air pur ; à ce moment, toutes les communications se ferment avec l’extérieur et la période de compression commence. 11 s’agit de constituer un mélange tonnant par l’in-
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- LA NATURE.
- traduction d’une charge de gaz : ce résultat est obtenu par l’action d’une petite pompe A'. A la tin de la course, la chambre de compression contient donc une certaine charge de gaz tonnants, et l’explosion pourra être produite. A est le cylindre moteur, P son piston; À' le cylindre de compression du gaz, lv son piston plongeur; b est la soupape d’évacu-tion des gaz brûlés, a relie le cylindre à un réservoir d’air comprimé E. La soupape b s’ouvre la première et a s’ouvre presque aussitôt après pour balayer le cylindre ; a et b se ferment ensemble à mi-course du piston A.
- Ces divers mouvements sont obtenus par une contre-manivelle de l’arbre de couche et une bielle oblique (tig. 1) qui vient actionner un levier C, placé en dessous du cylindre, par l’intermédiaire de l’arbre transversal p et d’un doigt D ; ce doigt soulève doucement et méthodiquement le levier C et, par suite les soupapes a ressort b ei a (fig. 2).
- La pompe A' injecte le gaz dans le cylindre A à partir du moment où le piston P a dépassé le milieu de sa course, le plongeur P' est fixé par une traverse à la tige du piston moteur et il partage par conséquent son mouvement. Le gaz est prélevé sur la conduite par un tuyau supérieur à travers une soupape d’aspiration sous la dépendance directe du régulateur ; le refoulement s’opère à travers i et s. La compression du gaz a lieu pendant toute la durée de la course du piston plongeur; mais la soupape de retenue s ne doit s’ouvrir qu’après la fermeture des soupapes b et a. Cette soupape s reste appliquée sur son siège, par la pression d’un ressort, jusqu’à ce que le levier à coin h, mis en mouvement par un excentrique calé sur l’arbre manivelle et par la tige d, vienne agir sur la tête g.
- L’allumage est effectué par la fusée C, entre les pointes de laquelle jaillit une étincelle électrique.
- Pour maintenir une pression constante dans le réservoir E, M. Benz utilise la partie antérieure du cylindre qui est transformée en pompe aspirante et foulante, ce qui dispense du cylindre de compression de la machine Clerk. Grâce au jeu du tiroir E, le piston moteur appelle lui-même l’air du dehors dans sa course arrière, et il presse, dans sa course avant, toute la cylindrée dans le récipient E qui alimente l’orifice a d’injection d’air. Cette manière de procéder présente l’avantage d’utiliser le piston sur ses deux faces; de plus, l’air qui vient refroidir la paroi intérieure du cylindre joue un certain rôle au point de vue de la lubrification des surfaces frottantes.
- La vitesse normale varie entre 120 et 136 tours par minute ; elle est réglée par un appareil à force centrifuge qui agit sur l’admission de gaz dans la pompe A', suivant la puissance mécanique nécessaire à chaque instant aux appareils que le moteur actionne. Le refroidissement s’opère par une circulation d’eau autour du cylindre, à raison de 40 litres environ par heure et par cheval, quantité suffisante pour que la température du cylindre ne dépasse pas 75°G. Le graissage est très simple, et le remplace-
- ment du tiroir par des soupapes réalise une certaine économie, facilite la surveillance et l’emploi du moteur.
- D’après les expériences faites à l’exposition d’Anvers en 1883, la consommation du moteur à pleine charge varierait entre 650 et 800 litres par cheval et par heure, suivant la puissance du moteur, ce qui est un résultat des plus satisfaisants. X...,
- Ingénieur.
- CHRONIQUE '
- L’amalgamation du cuivre et les miroirs japonais. — En amalgamant une face d’une barre de laiton de près de 15 millimètres d’épaisseur et de 50 centimètres de longueur, dans le but de faciliter un bon contact électrique, MM. Ayrton et Perry furent surpris de voir la barre se courber rapidement, la face amalgamée devenant convexe, exactement comme lorsqu’on mouille une feuille de papier. En martelant la barre pour la redresser, la convexité s’accentua. Lorsqu’on considère la foree nécessaire pour produire la flexion d’une barre de cette épaisseur, on peut se rendre comptejles grandes forces mises en jeu par l’amalgamation. MM. Ayrton et Perry pensent que cet effet mécanique pourrait jouer un rôle important dans la production des miroirs japonais dont la surface est polie avec un amalgame. On sait que ces miroirs sont en bronze et ont des dessins en relief sur leur face postérieure. Bien que l’œil ne puisse distinguer aucune trace de ces dessins sur la face polie, lorsque ces miroirs sont employés pour réfléchir un rayon divergent sur un écran, les dessins de la face postérieure apparaissent alors sur cet écran, avec un aspect brillant sur un fond obscur i.
- Cet effet résulte de ce que, tandis que la surface réfléchissante est généralement convexe, les parties correspondantes aux lignes de dessin, c’est-à-dire les lignes les plus épaisses, sont moins convexes que le reste : cette conclusion est vérifiée par le fait qu’en substituant un faisceau de lumière convergent à un faisceau divergent, l’image réfléchie sur l’écran est renversée : le dessin de la face postérieure apparaît alors en noir sur fond brillant. Ces inégalités de courbure paraissaient alors devoir être attribuées, d’après MM. Ayrton et Perry, en partie au procédé mécanique employé pour rendre la surface convexe, et en partie à la pression exercée pendant le polissage subséquent ; aujourd’hui, après l’expérience curieuse que nous venons de relater, on peut croire que l’action de l’amalgame employé par le polisseur, contribue à rendre les parties minces du miroir plus concaves que les plus épaisses, modifie ainsi la surface du miroir et lui fait produire les effets observés. Cette explication ingénieuse mérite d’être vérifiée expérimentalement.
- La poste en Angleterre.— Du rapport annuel publié récemment par le Postmaster General sur l’exercice 1er avril 1885-51 mars 1886, nous extrayons les chiffres intéressants suivants : nombre de lettres livrées dans l’année ; 1 405547 900 ; augmentation sur la période correspondante de l’année précédente 3,2 pour 100 ; moyenne par habitant du royaume 58,6. Nombre de cartes postales 171290000; augmentation 6,5 pour 100. Ajoutant aux nombres ci-dessus les imprimés, journaux et paquets, le
- 1 Voyi Tables des dix premières années.
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- LÀ NATURE.
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- grand total est de 2 091 185 822; l’augmentation est de 4,2 pour 100 et la moyenne, pour chaque habitant, 57,5. Sur ce total, l’Angleterre et le pays de Galles figurent pour une proportion de 84, l’Ecosse 9,6 et l’Irlande 6,4 pour 100. p— 571 nouveaux bureaux de poste et 860 boites à lettres ont été ajoutés dans l’année à ceux déjà existants. — 12822 067 lettres, cartes postales, journaux et paquets ont été reçus au bureau des lettres renvoyées ; de ce nombre, 441 765 n’ont pu être renvoyés; 175 246 contenaient des valeurs, et 26 928 ne portaient aucune adresse. Parmi les lettres sans adresse, 1620 contenaient 95 521 fr. 50 en argent et en chèques. Des quantités d’animaux ont été, malgré la défense expresse de l’Administration, confiés aux bons soins de la poste. A Dublin seulement, deux poules, huit souris et deux hérissons ont été arrêtés dans le transit. L’une des poules, adressée à un vétérinaire de Londres, était malade et est morte malgré les soins que lui ont prodigués les employés du Post Office. Les autres animaux ont été retournés vivants, aux expéditeurs. Un expéditeur s’étant plaint, au bureau de Liverpool, qu’un paquet contenant une bouteille de vin et une boîte de figues n’était pas arrivé à destination, une enquête prouva que le commis chargé de les remettre à la poste se les était assimilés. Une dame Jones, de Newmarket, s’étant plaint qu’une lettre à elle adressée, ne lui était jamais parvenue, une enquête établit que pas moins de 29 personnes de ce nom habitaient la localité et rien dans l’adresse ne pouvait aider le facteur à trouver le vrai destinataire. Une autre lettre portait pour souscription : « M. un tel, à trois milles de l’endroit où les bestiaux sont vendus sur la propriété du duc de Buc-cleugh ». Le rapport contient une quantité d’autres histoires non moins amusantes dontl’énumération serait trop longue.
- La IVoodite. — Tel est le nom que vient de donner un inventeur féminin, Mme Wood, à un produit de sa composition, et destiné, particulièrement, à la protection des bateaux-torpilles. Nos lecteurs savent déjà que la carcasse des bateaux-torpilles, dans lesquels tout est sacrilié à la puissance motrice et à la légèreté, est, en raison de son peu d'épaisseur, à la merci des plus petits projectiles; et l’équipement de mitrailleuses et autres engins à tir rapide, à bord des navires de guerre, n’a pas peu contribué à augmenter les risques que courent les torpilles lors de l’attaque. Le caoutchouc a été essayé déjà, mais, il paraîtrait, sans grand succès. L’intérieur de la coque du bateau-torpille était garni d’une plaque de caoutchouc d’une certaine épaisseur, et celle-ci avait pour mission de se refermer après le passage du projectile, de manière à prévenir l’entrée de l’eau par le trou ainsi fait à la coque. Le nouveau produit remplit le même but, mais, ainsi qu’il résulte d’intéressantes expériences, avec l’efficacité la plus parfaite. Il ressemble, en apparence, au caoutchouc vulcanisé, est très élastique, et s’attache à l’extérieur des objets à protéger. L’épaisseur employée dépend de la dimension des projectiles auxquels il doit être exposé. Des essais ont eu lieu sur des cibles, avec des mitrailleuses Nordenfelt, tirant à angle droit et à 45°; la plaque de woodite avait 20 centimètres d’épaisseur ; les cibles en 1er de 10 millimètres ont été littéralement criblées de projectiles de toutes dimensions et, dans chacune, la seule apparence de l’entrée du projectile était un point noir, lequel, à la sonde, n’offrait aucun passage, démontrant qu’il y avait fermeture complète et effective. Les sommités navales assistaient aux expériences dont elles ont remporté la meilleure impression.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 11 octobre 1886. — Présidence de M. l’amiral JüRIEN DE LA GraVIÈUE.
- La rigidité cadavérique. — Il est généralement admis que la rigidité cadavérique résulte de la coagulation, entre les fibres musculaires, d’une substance albuminoïde analogue à la fibrine, et qu’on appelle myosine. M. Brown -Séquard, dans une communication écoutée avec le plus vif intérêt, s’inscrit contre cette interprétation. 11 rappelle d’abord que, chez des suppliciés, il a pu faire disparaître la rigidité, 14 heures après la mort, par des injections de sang : or on ne voit pas comment cette injection aurait pu mettre fin à la coagulation. Si les muscles atteints de rigidité proviennent d’un individu fort, et mort sans convulsions, c’est-à-dire sans fatigue musculaire, on ne parvient pas à vaincre la rigidité, quelque force qu’on emploie : on déchire les tissus. La myosine coagulée ne saurait cependant être plus résistante que l’albumine, et par conséquent elle ne joue pas le rôle qu’on lui attribue. Mais on peut aller plus loin : par des procédés spéciaux, des muscles rigides peuvent être déraidis; abandonnés à eux-mêmes, ils raidissent de nouveau d’une manière spontanée, ce qui supposerait une seconde coagulation. Si on tiraille un muscle pour le laisser ensuite à lui-même, on le voit se contracter à un plus fort degré qu’il n’avait fait avant l’expérience; enfin, à l’aide d’appareils hydrauliques, l’illustre physiologiste du collège de France a fait mouvoir des membres d’animaux, pendant 6, 8,
- 10 heures après la mort. Aucune rigidité n’apparaît, quoique toutes les coagulations aient dù se faire; mais, après la cessation du mouvement, la rigidité se produit comme à l’ordinaire. La conséquence de toutes ces expériences et de bien d’autres, est que le nom même de la rigidité cadavérique est mal choisi. Elle constitue, non pas un phénomène de la mort, mais essentiellement un phénomène vital. C’est tant que le muscle est vivant, après la niort de l’individu dont il faisait partie, qu’il est rigide; quand
- 11 meurt lui-même, il devient flasque et se décompose.
- Météorologie des Vosges et du Haut-Rhin. — L’un des plus célèbres correspondants de l’Académie, M. Gustave-Adolphe Jlirn, communique les observations météorologiques faites pendant l’année à Colmar, à Thann, à Münster et à la Schlucht. Ses observations comprennent l’actino-métrie, l’anémométrie, la température, la pression atmosphérique, les indications du pluviomètre. Les orages observés à Colmar sont relevés avec soin.
- Relations réciproques des grands agents de la nature. — C’est avec les plus grands éloges que M. Faye présente, de la part de M. Emile Schwærer, de Colmar, une exposition des travaux récents de M. Ilirn et de M. Clau-sius sur la théorie de l’éther des physiciens. A vrai dire, le travail est la traduction d’une étude de M. Klein, publiée dans la Revue allemande Gaea ou Natur und Leben. Prenant pour point de départ l’exposé fait à Bonn par M. Clausius de sa théorie désormais condamnée, puis examinant attentivement les grands travaux de M. Ilirn dont nous avons déjà entretenu nos lecteurs sur la notion de force, l’auteur montre très bien que ces deux œuvres constituent deux étapes caractéristiques dans la philosophie scientifique moderne.
- Poisson sans cerveau. — Déjà nous avons mentionné les intéressantes expériences dans lesquelles M. Vulpian constate qu’une carpe, privée de ses deux hémisphères cérébraux, non seulement survit à l’opération, mais con-
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- tinue de manifester la possession des facultés cérébrales. Après deux ou trois jours déjà, l’animal commence à nager, et si on lui jette de petits fragments de blanc d’œuf durci, il se précipite avidement à leur poursuite et s’en nourrit. Un de ces intéressants animaux étant mort par accident au bout de six mois, l’auteur s’est assuré qu’aucune tendance à la reproduction de l’organe enlevé ne s’était produite. C’est ce que démontre la pièce anatomique elle-même qu’il fait passer sous les yeux de l’Académie, en même temps qu’une tête de carpe à l’état normal.
- Les phosphates de Beauval. — Par le bienveillant intermédiaire de M. le secrétaire perpétuel, j’expose à l’Académie les particularités du gisement dans lequel , a été récemment découvert à Beauval, près de Doullens (Somme), du phosphate de chaux pulvérulent, t t ès pur, susceptible d’applications agricoles immédiates. Ce gisement se signale par une remarquable analogie avec le gîte phosphaté découvert en 1875, aux environs de Mons, par M. Cornet. La Nature reviendra prochainement sur ce sujet.
- Varia. — M. Gurlt, ingénieur prussien, annonce la découverte, qui devrait être vérifiée deux fois plutôt qu’une, d’un fer météorique qu’on aurait trouvé in situ dans un amas de lignite tertiaire !
- — M. Prillieux décrit des raisins malades de la Vendée envahis par un champignon du genre gonio-phyllum. Cette maladie n’a pas fait de très grands ravages, et quoique la cause en ait été inconnue jusqu’ici, il est possible qu’elle ne soit pas nouvelle : les raisins dits grillés paraissent en être atteints. — D’intéressants cas de greffe osseuse sont décrits par M. Poucet, de Lyon. —
- AI. Bergeon revient sur l’injection qu’il a proposée de médicaments gazeux par le rectum. — A propos d’une communication de M. l’amiral de Jonquières, M. Bertrand rappelle qu’en 1752 Daniel Dernouilli reçut un prix de l’Académie pour un mémoire dont l’une des conclusions était : qu’il faut renoncer à tout espoir d’appliquer jamais la vapeur à la navigation. Stanislas Meunier.
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- INDICATEUR DE NIVEAU D’EAU
- A RÉFLEXION
- Le nombre de méthodes, procédés et appareils divers, imaginés en vue de rendre facile la lecture des tubes à niveau est presque indéfini.
- On sait que lorsqu’un tube à niveau est plein d’eau, il est impossible de dire s’il est plein ou vide sans ouvrir le tuyau de purge et créer ainsi un mouvement momentané de la colonne d’eau.
- Parmi les nombreux inventeurs de différents sys-
- tèmes, les uns ont peint ou verni la moitié postérieure du tube, mais la chaleur et la vapeur, combinées avec d’autres causes y compris la difficulté d’adhérence sur le verre, ont eu raison de ce moyen primitif; d’autres n’ont pas craint de faire la dépense d’un émaillage, quelquefois blanc, quelquefois de couleur. Ces tubes, quoique supérieurs aux tubes ordinaires au point de vue de l’indication du niveau, ont l’inconvénient de coûter, comparativement aux tubes simples ordinaires, très cher, et d’être sujets à des ruptures fréquentes.
- Deux inventeurs, MM. Barry et Jones, viennent d’imaginer un petit appareil très efficace. Laissant le tube de niveau d’eau tel qu’il est, c’est-à-dire en verre ordinaire et à bon marché, ils adaptent à celui-ci, au moyen de deux pinces à ressort pouvant se monter par une simple pression du doigt sur toutes dimensions de tubes, une réglette dont la section peut varier de forme, mais généralement composée de deux plats avec une part ie médiane concave (n°l). La bande concave se présente derrière le tube à niveau et est peinte en couleur, généralement en rouge ; étant placée à une certaine distance du tube, la réflexion fait paraître le tube entier, dans la portion contenant de l’eau comme s’il était fortement coloré (et cet effet est particulièrement remarquable dans une chambre de chauffe très noire) tandis que la partie du tube contenant la vapeur n’expose qu’une bande étroite de couleur.
- Ainsi qu’il pourra être observé par l’examen des figures ci-contre, le tube moitié plein montre une large bande dans la partie occupée par l’eau et une bande étroite dans celle occupée par la vapeur, le niveau de l’eau tranchant d’une façon remarquable ; le tube plein présente une large bande et le tube vide une bande étroite dans toute sa longueur.
- Si le tube à niveau vient à se casser, l’indicateur est retiré et replacé, en un instant, sur le nouveau tube ; il dure donc indéfiniment.
- L’indicateur peut, de plus, être tourné de côté et d’autre de manière à pouvoir à volonté être observé dans les positions différentes que peut occuper le chauffeur. Il est très bon marché, se vendant un shilling (lfr,25) en Angleterre où il est très apprécié et où les Compagnies de chemin de fer commencent à l’employer. J.-A. B.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Indicateur de niveau d'eau à réflexion.
- 1. Indicateur avec ses pinces. — 2. Tube vide avec l’indicateur. — 3. Tube à moitié plein d’eau, avec l’indicateur.
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- N* 6 9 y
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- LA NATURE
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- L’OBSERYiTOIRE DE L’AIGOUAL
- L’Aigoual n’est pas un sommet inconnu; il est célèbre depuis longtemps par les travaux scienti-
- fiques qu’il a inspirés. L’Observatoire qu’il va porter lui réserve le plus brillant avenir. Ce dôme est le nœud orographique et hydrographique de la contrée; il sert de trait d’union entre la région schisteuse accidentée des Cévennes centrales et les hauts pla-
- Fig. 1. — L’Observatoire de l’Aigoual (Gard), à 1567 mètres d’altitude. — Elévation de la façade sud.
- teaux calcaires des Causses. 11 est sur la ligne de partage des eaux de l’Océan et de la Méditerranée. C’est le point culminant du pays. Il est exceptionnellement placé pour observer la marche des cyclones, soit qu’ils arrivent d’Amérique, soit qu’ils tie année. — 2" semestre.
- viennent d’Afrique. De son sommet on pourra annoncer les orages qui se forment sur la Méditerranée, signaler les vents des Pyrénées parfois producteurs de grêles désastreuses et étudier, dans une certaine. mesure, les tempêtes de l’océan Atlantique. Les
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- vents jouent un rôle spécial sur cette cime; ils y sont les arbitres des changements atmosphériques. Les masses de vapeurs produites par la Méditerranée, accumulées dans les gorges abruptes et sauvages des Cévennes, s’y condensent en pluies diluviennes sous l’influence des vents du nord. Son nom lui-même, qui signifie « ruisselant, » le désigne comme le grand distributeur d’eau de la région. À Yalleraugue, petite ville située au pied des escarpements de l’Ai-goual, il tombe près de 2 mètres d’eau par an ; quelques orages suffisent pour produire la presque totalité de ce volume considérable.
- Les riches pelouses de l’Àigoual en ont fait la montagne sacrée des botanistes du Midi. Rabelais y a herborisé comme étudiant en médecine et les professeurs de l’école de Montpellier conduisent encore chaque année leurs élèves dans ÏHort-de-Dieu.
- Le futur Observatoire ne rendra pas seulement des services à la météorologie ; il profitera aux astronomes et permettra de consacrer à la géologie de la région une étude spéciale et détaillée. Les agriculteurs y feront hiverner leurs graines de vers à soie. Le Génie militaire pourra y installer un poste de télégraphie optique et l’Administration forestière une station expérimentale. Les naturalistes feront leurs recherches avec plus de suite, lorsqu’ils auront un gîte sûr pour les abriter. Les touristes eux-mêmes vont profiter de l’Observatoire. Peu de personnes se priveront d’un des plus beaux spectacles que je connaisse, maintenant qu’il est facile d’arriver en voiture jusqu’au sommet. Le voyageur, placé sur les ruines de la tour de Cassini et orienté au midi, domine la vallée profonde et escarpée de l’IIérault dont il suit les sinuosités jusqu’à la Méditerranée. Au sud-ouest se profilent à l’horizon les Pyrénées-Orientales et le Canigou qui semble émerger de la mer. Vers le nord au delà des Causses, apparaissent les antiques volcans du Cantal et du Mont-Dore, tandis qu’à l’est, le Yentoux se dresse majestueusement au-dessus des plaines brumeuses du Rhône.
- On a discuté longtemps pour savoir en quel point des Cévennes il fallait élever un Observatoire. Les uns se prononçaient en faveur du mont Lozère dont l’altitude atteint 1702 mètres, les autres accordaient leurs préférences à l’Aigoual, dont la hauteur est de 1567 mètres seulement. Le mont Lozère convenait bien pour étudier la lutte des vents méditerranéens contre les alisés du nord, mais ne se prêtait point à l’observation des bourrasques de l’Océan; sa forme défectueuse, la difficulté d’y organiser une station pastorale et forestière, devaient le condamner au profit de son rival d’où l’on aperçoit le mont Ventoux, les établissements scientifiques de Montpellier et, quand le temps est clair, le Pic du Midi.
- L’élévation de la façade sud, la plus importante (fig. 1) et le plan du rez-de-chaussée (fig. 2), que représentent nos figures, donnent la physionomie de l’édifice dont plusieurs pièces sont voûtées. L’Observatoire est orienté au midi, muni de larges baies vitrées sur la façade sud, et protégé contre
- la foudre par un système de paratonnerres sur mats. La face nord est isolée de la montagne par un large corridor qui donne accès sur une vaste citerne. Tout a été établi, non point en prévision du beau temps qui est l’exception aux grandes altitudes, mais bien pour résister aux agents destructeurs de l’atmosphère, assurer à l’intérieur pendant les bourrasques et la mauvaise saison, la sécurité, matérielle et morale, qui débarrasse l’habitant de toute appréhension. Les retraits et les saillies sont minimes et en aussi petit nombre que possible afin de ne pas donner prise aux vents. La simplicité de l’édifice rend promptes et faciles toutes espèces de réparations. Sa division en compartiments lui permet de résister aux ébranlements de l’ouragan, aux dégâts possibles de la foudre, aux variations brusques de température et à la propagation des incendies. En un mot rien n’a été épargné pour rendre les appartements commodes et salubres.
- Quant aux dispositions spéciales, elles résultent du programme d’études qu’on se propose d’entreprendre sur la montagne. Telle est la liaison télégraphique de l’Observatoire avec les postes de Florac (versant océanique) et de Yalleraugue (versant méditerranéen) pour la transmission des dépêches, soit météorologiques, soit relatives aux crues. Les instruments qui se rattachent aux observations météorologiques seront installés au sommet sur une plate-forme exposée à toutes les intempéries. Les divers enregistreurs seront placés dans une salle appropriée avec quelques autres instruments. Les études particulières à la physique du globe exigent des pièces spéciales. Ainsi la salle de magnétisme doit être voûtée, à température constante et loin de toute masse métallique ; celle des spectroscopes, disposée de façon à recevoir facilement les rayons solaires réfléchis par un hélio-stat. La chambre du sismographe doit être à l’abri des vibrations et disposée de telle sorte que la suspension de l’appareil soit aussi longue que possible. Enfin une terrasse découverte et élevée au point culminant de la montagne est nécessaire pour les opérations géodésiques. A ces sujétions nombreuses s’ajoutent toutes celles qui résultent de la nécessité de loger en permanence un observateur et un garde forestier, soit deux ménages complets. Le projet dont nous publions les plans donne satisfaction à ces exigences multiples.
- La figure 2 montre la disposition et la destination des pièces du rez-de-chaussée. Les salles du premier étage comprendront un grand laboratoire de chimie, un atelier de photographie, et des cabinets de spec-troscopie et de magnétisme. Au-dessus de la salle ronde des conférences du rez-de-chaussée, la pièce correspondante au premier étage sera destinée aux instruments de précision; les autres salles formeront le logement de l’observateur, la chambre des agents, des greniers, bûchers, cuisines, etc., etc.
- D’après ce que je viens de dire, les observatoires de montagne ont cessé d’être le domaine exclusif delà météorologie ; ce sont de véritables « ateliers scienti*
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- liques» oùphvsiciens, astronomes, chimistes,agrono-jnes, navigateurs, botanistes, géologues et forestiers travail lent sans relâche. A côté des phénomènes locaux ou régionaux, on étudie là toutes les intéressantes questions qui se rattachent à la physique du globe.
- L’Administration forestière, par exemple, peut déterminer scientifiquement la part d’intluence qu’il convient d’attribuer aux grands massifs boisés sur la formation des orages à grêle et sur le phénomène redoutable des inondations; noter les modifications du climat local sous l’influence progressive des reboisements; faire des essais méthodiques de naturalisation ; étudier la croissance des bois dans ses rapports avec le sol, le climat, l’altitude, la situation et l’exposition ; élucider toutes les questions relatives à la limite delà végétation; se livrer à l’analyse chimique des fromages sur les lieux mêmes de fabrication en vue de modifier une industrie routinière dont l’importance n’échappe plus à personne.
- Chaque observatoire devrait être le centre d’une station forestière, expérimentale et scientifique. C’est ce que semble avoir compris l’Administration en coopérant de ses deniers à la fondation des observatoires du mont Yentoux et de l’Aigoual qui ne tarderont pas, sans doute, à être classés parmi les observatoires de l’Etat, comme ceux du Puy-de-Dôme et du Pic du Midi1. Fabien Renardeau.
- LA CONSTRUCTION DES PARATONNERRES
- Dans une réunion récente de la Société de physique de Francfort-sur-le-Mein, M. Holthof a résumé les points importants relatifs à la construction des paratonnerres. Il a fait remarquer tout d’abord que i’on ne peut pas constater une augmentation du nombre d’orages, mais qu’il a été reconnu que les coups de foudre sont devenus plus fréquents. On a déjà eu l’occasion de parler de ce fait relativement à une statistique des coups de foudre établie pour le royaume de Saxe et on a cité comme cause le déboisement des forets; on peut ajouter à cette cause l’augmentation de parties métalliques dans les habitations, dont l’influence est d’autant plus sensible que ces parties sont en communication avec le sol et favorisent par conséquent les décharges électriques. M. Holthof pense que, dans certains cas, les fds de télégraphes et de téléphones peuvent également augmenter les chances de coups de foudre, mais qu’en général ils sont, dans les villes du moins, un moyen de protection, étant habituellement fixés à des supports munis de paratonnerres.
- Le paratonnerre est un moyen de protection très efficace contre les coups de foudre, à condition toutefois qu’il soit bien établi. M. Holthof donne les conseils suivants : Les paratonnerres doivent être soit en fer, soit en cuivre. Lorsqu’on les fait en fer, ils doivent avoir sur toute leur longueur une section métallique de 140 à 150mm;! ; ceux en cuivre sont suffisamment gros avec une section de 65 à 70mmâ. Le conducteur aérien doit être non interrompu du sommet jusqu’au sol et ne doit être composé que de pièces d’un même métal; les différentes parties du conducteur, de même que les jonc-
- 1 Pour la description de ces Observatoires, voy. Tables des matières des dix premières années. Voy. en outre n° 51)9, du 22 novembre 1881, p. 385*
- fions de ce dernier avec la fige et avec la ligne de terre, doivent être soudées avec le plus grand soin.
- Lorsque les toits ont une certaine étendue, il y a lieu d’employer plusieurs tiges ; de plus, les parties proéminentes du toit doivent être munies de pointes dont la longueur ne doit pas être inférieure à 25 centimètres.
- Dans les villes qui possèdent des réseaux de tuyaux, il est bon de mettre les paratonnerres en communication avec ces tuyaux. Les ornements métalliques et les toitures en métal doivent toujours être mis en communication avec le conducteur. II faut éviter que ce dernier soit couvert de chaux ; il doit être protégé jusqu’à une hauteur de 5 mètres au-dessus du sol de toute action mécanique.
- LES MACHINES A CALCULER
- LE MULTIPLICATEUR AUTOMATIQUE
- Biaise Pascal est le premier qui ait conçu la possibilité d exécuter des calculs à l’aide de mouvements mécaniques. Il construisit à dix-neuf ans sa machine arithmétique en faisant représenter des nombres à des roues d’engrenages, dont le passage des dents eu un certain point indiquait exactement le nombre de ces dents. Cette machine décrite dans l’Encyclopédie de Diderot et patronnée par Leibnitz, n’a pu. réaliser qu’un compteur additionnant les nombres inscrits les uns a la suite des autres. Elle ne faisait pas réellement la multiplication et la division.
- Viennent ensuite la machine de Roth, qui n’était qu’une simplification de la précédente, puis Varith-momètre Thomas, effectuant réellement les quatre opérations, grâce à des cylindres cannelés à arêtes saillantes, dont les longueurs étaient proportionnelles aux nombres 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2,1, et à un pignon mobile, en contact avec ces arêtes, et commandant une sorte de compteur.
- M. Ilirn a montré que cet arithmomètre était l’instrument des calculs rapides et tout à fait rigoureux; sonexactitude etsarapidité dans les calculs de nombres qui ont jusqu’à vingt-quatre figures au produit au moyen de la machine qui n’admet que six figures au facteur, en font, dit M. Hirn, un appareil précis et incomparable dont se servira un jour [l’astronome tout comme le comptable d’un bureau quelconque
- Cette prédiction s’est aujourd’hui réalisée, et nous voyons les machines à calculer employées dans les grandes administrations, les chemins de fer, la banque, etc., etc., où elles rendent les plus grands services comme précision et comme économie de temps. Mais il ne faut pas oublier qu’elles sont délicates et coûteuses, et demandent à être confiées à des mains adroites, ce qui en limite forcément l’emploi.
- Viennent ensuite les machines à calculer portatives, telles que la règle à échelle logarithmique dite règle à calcul, qui rend les plus grands services dans les calculs rapides n’exigeant pas une précision absolue ; elle est fort appréciée sur les chantiers de travaux, et dans les bureaux d’études et de dessin. Ce petit instrument facile à mettre dans la poche permet non seulement d’exécuter les quatre opéra-
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- tions, ruais encore de résoudre des triangles rectilignes et sphériques, d’extraire des racines carrées, cubiques et de tous les degrés, d’estimer le volume des corps d’après leur poids, et réciproquement, etc.
- Mais elle demande un certain temps d’apprentissage, et ne peut être employée pour des calculs rigoureux.
- A côté des machines à calculer et des règles logarithmiques dont nous venons de parler, on a construit récemment des machines à calculer simplifiées, entre autres des multiplicateurs se bornant à faire automatiquement la multiplication des nombres quelconques par des nombres quelconques, et cela par des moyens fort simples, tout en donnant des produits rigoureusement exacts.
- Voici par exemple le multiplicateur automatique dont nous donnons le dessin ci-dessous. Inventé par M. Eggis, cet appareil se compose essentiellement de 9 feuilles de carton mince portant respectivement les produits des 9 premiers nombres par les 9 premiers nombres. Ces feuilles, découpées de façon convenable, sont ensuite superposées de telle façon que les chiffres de la deuxième feuille inférieure soient placés à côté des chiffres de la première feuille, que les chiffres de la troisième soient placés à côté de ceux de la seconde, et ainsi de suite. Les feuilles sont ensuite placées dans une boîte de la grandeur d’une ardoise d’écolier, et recouvertes, en guise de couvercle, d’une plaque métallique percée de 9 fenêtres horizontales, ayant comme hauteur deux lignes de chiffres; c’est dans ces fenêtres que se lisent les produits partiels.
- Chaque feuille porte à sa partie inférieure un petit bouton à vis qui se meut dans une rainure ; on a ainsi, sur le couvercle de la boîte, 9 rainures dans lesquelles peuvent glisser les 9 boutons.
- Par le jeu successif de ces derniers, on fait glisser les feuilles de façon 'a former, dans la fenêtre n° 1, le nombre qu’il s’agit de multiplier.
- S’agit-il par exemple, du nombre
- * 819 764345,
- on fera apparaître, en manœuvrant le bouton de gauche, le chiffre 8 à gauche de la fenêtre, puis on
- vissera la tète du bouton contre la rainure pour éviter tout déplacement de la première feuille.
- Le second bouton, remonté jusqu’au haut de la rainure, fera apparaître, dans la même fenêtre, le chiffre 1 à côté du 8, et ainsi de suite pour le reste du nombre. Tout cela se fait, bien entendu, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.
- Voici donc notre multiplicande posé. Ce qui fait l’originalité de cette machine, c’est qu’il n’y a plus besoin d’y toucher maintenant pour effectuer la multiplication de ce nombre par un nombre quelconque.
- Voulons-nous le multiplier par 836, par exemple, il nous suffit de lire les produits partiels par 6, par 3 et par 8, dans les fenêtres 6, 5 et 8 correspondantes, et de les inscrire, en reculant chacun d’un rang vers la gauche, de façon à n’avoir plus qu’à les additionner pour avoir le produit total. L’appareil
- porte lui-même une ardoise sur laquelle on peut faire rapidement cette opération.
- Le produit par 6, par exemple, se compose des 2 nombres lus dans la fenêtre 6 qui sont : 405 432 123 et 864 264 840, dont la somme est 4918586070.
- On additionne mentalement ces deux nombres, et la somme 4918586070 est inscrite .sur l’ardoise, comme premier produit partiel. Nous n’avons pas a insister sur le temps que l’on gagne avec ce petit appareil pour les longues et fastidieuses multiplications, que l’on est souvent forcé de refaire plusieurs fois. Ici le résultat est obtenu instantanément, et avec une précision absolue.
- Ajoutons que le multiplicateur automatique peut également être employé pour exécuter toutes les opérations ayant la multiplication pour base, par exemple pour les comptes faits de journées d’ouvriers, la réduction en francs des monnaies étrangères au cours du jour, etc., etc.
- Nous espérons avoir fait comprendre à nos lecteurs combien cet appareil si simple est appelé à rendre de services; terminons en disant qu’il peut être construit à très bon marché, et par suite devenir un objet d’utilité pratique pour tous ceux qui ont à faire des calculs d’une certaine longueur.
- Arthur Good.
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- FOSSILES SINGULIERS DES ENVIRONS DE BOULOGNE-SUR-MER
- Il y a peu de localités en France qui aient été mieux étudiées par les géologues que les falaises des environs de Boulogne - sur - Mer.
- I)’intéressantes comparaisons faites depuis longtemps et répétées maintes fois, ont établi des rapports fort intéressants et parfois imprévus entre les masses rocheuses qui se font vis-à-vis sur les deux rivages de la Manche, et les géologues anglais en particulier, dont la patrie a fourni les types stratigraphiques connus sous les noms de kimméridgien et de portlandien, ont apporté à ces recherches un soin méticuleux. La Société géologique de France, il y a peu de temps, a fait des falaises de Boulogne le but d’une de ses excursions annuelles et j’y ai dirigé en 1884 la course géologique du Muséum d’histoire naturelle.
- Malgré ces circonstances , le pays ne paraît pas avoir livré, à beaucoup près, toutes ses richesses scientifiques et les vestiges fossiles dont le lecteur a la représentation sous les yeux en sont une preuve. 11 s’agit de corps très étroits et très allongés, capricieusement contournés à la surface des assises rocheuses sur lesquelles elles sont en relief fort sensible. Dans toute leur longueur, règne une dépression qui les réduit en deux parties parfaitement symétriques recouvertes de fines stries comme en ont les corps problématiques fréquents dans les couches incomparablement plus anciennes des grès siluriens où on les désigne sous le nom vague mais bien trouvé de bilo-bites. Déjà des échantillons de ces fossiles avaient été recueillis, mais isolés et hors de place, par exemple, par M. Dangny qui m’en a communiqué plusieurs; mais il semble qu’on n’en avait pas encore observé le gisement in situ. Or c’est ce que j’ai fait, grâce aux indications et dans l’agréable compagnie de MM. Derennes et. Boursault.-Le point où
- Fig. 1. — Plaque de grès des environs de Boulogne-sur-Mer, dont la face supérieure présente des bilobites. — A. Crossocliorda Boursaulti.—• B. Crossochorda Bureauana. — C. Entonnoir creusé par une annélide de la mer jurassique. (1/3 de grandeur naturelle.)
- g. 2.— Seconde plaque de grès de Boulogne. — A. Crossochorda Boursaulti; T. Tigillites De-rennesi: R. Dépressions parallèles entre elles, dont l’origine est due au ruissellement de l’eau de la mer sur le rivage, à l’époque jurassique supérieure.
- (D’après les photographies de M. Boursault.)
- précédents, ils se
- affleurent les couches à bilobites n’a rien du reste pour tenter les promeneurs ni même les géologues ; c/est au sud de Boulogne, à Equihen, dans une localité dépourvue de moyens commodes de locomotion et où la falaise s’abaisse pour cesser et faire place aux dunes interminables qui continuent jusqu’à l’embouchure de la Somme. Au pied des dernières maisons d’Equihen et du terre-plein où, faute de port, les habitants remisent péniblement leurs embarcations, au-dessus des atteintes de la mer, les couches du terrain kimméridgien, ou plus exactement du terrain bolonien, consistent en grès très calcaires peu inclinés alternant avec des argiles ; celles-ci sont pétries par place de cette petite huître appelée virgule a cause de sa forme et qui caractérise l’étage ; les grès présentent à leur surface supérieure des quantités innombrables de bilobites.
- Les plus fréquents de ceux-ci, fort analogues au Gyro-chorda comosa de Heer, sont d’une longueur indéterminée avec une largeur constante qui suivant les individus est de 5 à 9 millimètres. Les deux lobes égaux entre eux, profondé-( ment séparés par un sillon médian, présentent des stries obliques parfaitement régulières.
- ' Je désigne ce fossile sous le nom de Crossochorda Boursaulti (fig. 1, A). Sur les mêmes plaques on voit un autre fossile fort analogue tout d’abord, mais qui se distingue cependant avec certitude par sa partition en articles successifs de 4 à 7 millimètres de longueur : c’est le Crossochorda bureauana (fig. 1, B). C’est encore en nombre considérable que se trouvent associés à ces vestiges, des corps cylindriques fichés perpendiculairement aux assises, comme le montre la figure 2 en T, T. Comme les trouvent avoir des particularités
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- jusqu’ici à peu près cantonnées dans les grès siluriens, les analogies les plus intimes ; il faut les comprendre comme celles-ci dans le genre institué par le géologue breton Marie Rouault sous le nom de Tigillites. J’en fais le Tigillites Derennesi. Il faudrait citer, pour être complet, beaucoup d’autres formes remarquables que fournit le gisement d’Equi-hcn, mais en moindre abondance, comme celles que j’ai nommées : Equihenia rugosa, Bolonia lata, Eophyton danguyanum, ce dernier présentant une identité parfaite avec les éophytons du terrain silurien de Lugnas en Suède; etc.
- Le principal intérêt de ces découvertes consiste dans la lumière qu’elles fournissent à la question si chaudement discutée des bilobites. Les paléontologistes sont à leur égard partagés en deux camps irréconciliables : les uns y voient des fossiles de végétaux plus ou moins analogues aux algues d’aujourd’hui, èt l’illustre. M. de Saporta est le chef de cette école ; les autres pensent qu’il s’agit simplement du moulage de traces animales, trous de vers, pistes de mollusques sur les plages, etc., ou même du moulage de traînées laissées sur le sable par des corps quelconques poussés par le flot. M. Nathorst a publié dans ces derniers temps de volumineux travaux à cet égard ; il s’est attaché à comparer les bilobites aux traces que des animaux variés ont laissées devant lui sur la vase et, sans avoir jamais obtenu une ressemblance parfaite, il pense avoir démontré sa thèse favorite.
- A priori on peut croire que, parmi les vestiges fossiles, il doit nécessairement y avoir des pistes animales et des traces inorganiques, mais il paraît impossible que jamais les aigues, nécessairement très abondantes, ne se soient fossilisées.
- Les observations fournies par la falaise d’Equihen semblent éloquentes à cet égard. Il faut remarquer que, selon celle des deux catégories précédentes à laquelle elles appartiennent, les traces qui nous occupent peuvent présenter des caractères opposés. Une algue fossile se trouvera à la face supérieure des bancs et y sera en relief ; son empreinte sous les bancs doit être généralement en creux ; — au contraire la piste laissée par un animal, nécessairement en creux au moment où elle est faite sur la vase, est moulée en relief par les grès qui viennent se constituer au-dessus et elle doit se présenter sous les bancs pierreux. C’est ce qui a lieu, par exemple, pour les classiques pistes de Cheirotherium du grès bigarré; c’est aussi ce que montre l’immense majorité des bilobites du terrain silurien et l’on sait la conclusion qu’en a tirée M. Nathorst peut-être bien hâtivement. Mais à Equihen, comme k Chàtillon, où le gisement se prolonge quoique avec moins d’abondance et dont M. Derennes vient de me communiquer une coupe intéressante dont je le remercie, toutes les bilobites sont en relief à la face supérieure des assises gréseuses, et dès lors l’idée de pistes ne semble pas pouvoir être émise un instant. De plus, elles se croisent et se superposent
- sans se confondre, ce qui ne saurait avoir lieu pour des traces sans consistance.
- Les Eophyton fournissent des arguments très probants aussi; M. Nathorst les regarde comme la trace du frottement d’algue sur le sable; mais les stries dicholomes qu’on y voit souvent rendent l’explication bien difficile malgré les efforts du savant de Stockholm dont je possède k cette occasion plusieurs lettres intéressantes et plusieurs croquis. Du reste je viens de recevoir de M. Six, de la Faculté des sciences de Lille, une photographie qui montre, sur un échantillon de Boulogne, des particularités bien difficiles aussi k interpréter : elle porte quatre éophytons rayonnant autour d’un même point. D’ailleurs les Crossochorda sont enchevêtrés avec eux sans altération de forme et prouvent l’impossibilité absolue d’un charriage : il ne faut pas oublier que ces éophytons présentent un relief de plus de 2 centimètres k la surface supérieure des bancs de grès.
- J’ajouterai que la situation des Tigillites plaide dans le même sens et confirme les observations de M. Morière qui les a toujours notés k la face supérieure des bancs, et celles de M. A. Bigot qui y voit outre des traces d’annélides, comme celle de notre figure 1 (en C) « des végétaux dont la parenté est encore inconnue. »
- En résumé, les observations qu’il m’a été donné de faire aux environs de Boulogne paraissent de nature k diminuer, dans une large mesure, l’importance qu’on a attachée, dans ces derniers temps, aux expériences et aux conclusions de M. Nathorst et de ses élèves. Stanislas Meunier.
- LE CHARBON EN EUROPE
- PRODUCTION. ---- CONSOMMATION. ------ STOCK
- Au moment où l’on se préoccupe de rutilisation, par le transport à grande distance, des forces motrices naturelles, il n’est pas sans intérêt de jeter un coup d’œil sur l’état actuel et l’avenir de notre stock de charbon en Europe, d’examiner les réserves dont on dispose, et de prévoir leur durée en tenant compte des augmentations probables de la consommation. Aussi croyons-nous utile de résumer un excellent article publié récemment sur cette question, par notre confrère The Mechanical World, et qui nous fournit des chiffres précieux sur ce sujet.
- Les mines de charbon de la Grande-Bretagne sont, sans contredit, les plus importantes de l’Europe, tant au point de vue de leur étendue que de leur facilité d'exploitation. A l’exception du bassin central du Staffordshire et du South Yorkshire, ces mines sont toutes dans le voisinage de ports maritimes qui en facilitent l’exportation. Cette exportation, considérable aujourd’hui, montre cependant une tendance à décroitre, et l’on ne peut, en tout cas, en espérer un sérieux accroissement, car de nouvelles mines se découvrent et s’exploitent dans d’autres contrées. La consommation locale industrielle et manufacturière augmentera plus lentement qu’autrefois, l’industrie métallurgique n’étant pas dans un état florissant, et l’économie réalisée forcément de ce côté, compensera, dans une certaine mesure, l’augmentation due à la consommation privée. En prenant pour base la consommation actuelle de
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- 160 à 170 millions de tonnes par an, la Grande-Bretagne a encore du charbon pour 600 à 800 ans, ou, d’après la Commission Royale, pour 1000 ans.
- C’est Y Allemagne qui tient le premier rang, après la Grande-Bretagne, comme approvisionnement. Les bassins de la Ruhr, de la Saar, de la Silésie et de la Westphalie représentent un stock d’au moins 500 milliards de tonnes, suffisant pour assurer la consommation ai tuelle de toute l’Europe pendant 1000 ans. La production annuelle de l’Allemagne, charbon et lignite, est de 75000000 de tonnes, et des efforts sont faits par les propriétaires de mines pour accroître les débouchés. L’éloignement de la mer est un obstacle que l’on cherche à surmonter par la création des canaux destinés à réduire les frais de transport, les chemins de fer ayant atteint le plus bas prix compatible avec leurs frais de premier établissement.
- L’Autriche n’a pas une grande provision de charbon, sous réserve de la découverte de nouveaux gisements. On trouve en Bohême et en Moravie de charbon et de bon lignite dont on ne saurait prévoir l’épuisement. La quantité totale extraite en 1884 atteignait 7 000 000 de tonnes de charbon et 10 000 000 de tonnes de lignite. La Hongrie et la presqu’île des Balkans n’ont pas de charbon et se fournissent en Allemagne et en Moravie, mais le sud de la Russie paraît devoir faire bientôt une sérieuse concurrence sur ces marchés.
- La situation de la Russie est incomplètement connue. Le bassin du gouvernement de Charkow renferme, d’après l’estimation officielle, 10 milliards de tonnes. Le bassin de Moscou et celui de la Yistule, importants aussi, ne sont pas connus. Des couches plus ou moins étendues existent dans la Russie asiatique, ainsi qu’une provision immense de pétrole. Il n’est pas douteux que lorsque la population du sud de la Russie se sera augmentée, et que des modifications politiques ne consacreront plus à l’agriculture un nombre de bras disproportionné, ce pays deviendra un centre manufacturier important et fera une concurrence sérieuse à l’ouest de l’Europe dans ses affaires avec l’Occident.
- Les mines de charbon sont généralement, dans une position défavorable en Belgique, où les frais d’exploitation représentent une fraction importante du prix de vente ; son voisinage de l’Allemagne, de l’Angleterre et de la France ne paraît pas devoir modifier cet état de choses. Un droit protecteur sur le charbon rendrait de la prospérité aux mines, mais ruinerait l’industrie belge. Le seul autre moyen de tenir les mines en exploitation pendant encore un siècle ou deux serait le rachat par l’État, ce dernier pouvant vendre à prix coûtant, ce que ne sauraient faire les propriétaires. La production actuelle de la Belgique est d’environ 18000 000 de tonnes.
- La F rance n’a pas une réserve de charbon bien importante. Le plus riche bassin, celui du Nord, limitrophe avec celui de la Belgique, a produit 3 300 000 tonnes en 1883. Le département du Nord et les départements adjacents constituent le principal district manufacturier de France. Les gisements ne sont pas tous exploités et la production sera sans doute accrue. Après le bassin du Nord, vient celui de la Loire (Saint-Etienne et Rive-de-Gier). Ces mines, à peu d’exception près, sont profondes et d’une exploitation onéreuse. Avec d’autres bassins de moindre importance, la production annuelle totale atteint 24 000 000 de tonnes, mais elle est insuffisante et il faut, chaque année, importer 10000 000 de tonnes de charbons anglais et belges.
- Parmi les autres contrées, l'Espagne produit environ
- 1 500 000 tonnes de charbon et en importe une quantité à peu près égale d’Angleterre. Il y a cependant, dans le Nord plus spécialement, des gisements importants estimés à 5000 ou 3500 millions de tonnes, et suffisants pour la consommation de l’Espagne pendant de longues années.
- L’Italie importe annuellement 2 750 000 tonnes et ne possède pas de charbon, mais de bon lignite dans certaines parties. La production de la Suède et celle du Danemark sont insignifiantes; ces pays ne consomment que des charbons importés.
- En résumé, notre génération et celles qui nous suivront n’ont pas à craindre de manquer de charbon, la Russie, l’Angleterre et l’Allemagne en ayant assez, pour elles-mêmes et le reste de l’Europe, pour plus de 1000 années, même si la consommation augmente graduellement d’une façon modérée. Il est évident que tant que le charbon restera notre source principale de force motrice, et rien jusqu’ici ne fait prévoir un changement, ces trois contrées sont, et doivent être les trois pays manufacturiers principaux de l’Europe. L’Angleterre a tenu sa position pendant près d’un siècle, l’Allemagne y est arrivée, et la Russie la prendra dans l’avenir.
- Après ces considérations générales, voici comment le journal anglais apprécie, à son point de vue, sa situation relativement au King Goal :
- « Notre pays a sur les autres les grands avantages de son climat, de sa position insulaire qui raccourcit le trajet sur voie ferrée, et de ses ports nombreux, tandis que les autres pays ont à parcourir de longs trajets à terre pour atteindre les quelques ports dont ils disposent. Bien que sous l’influence de la concurrence étrangère et l’accroissement de la population, nous devions accepter des salaires et des profits moindres ainsi qu’un genre de vie plus simple que par le passé, consolons-nous en pensant que nous resterons toujours plus favorisés que nos concurrents du continent. »
- Telle est l’opinion de notre confrère. Elle est assez peu optimiste pour ne pas paraître suspecte et mériter toute confiance. De toutes les forces motrices naturelles — y compris les forces naturelles si improprement dénommées gratuites — c’est encore le charbon qui est, et restera, pendant bien longtemps encore, notre principale source d’énergie : c’est lui qui nous offre le plus de facilités d’exploitation, d’application et de transport. L’appréciation favorable à l’Allemagne pour le présent, et à la Russie dans l’avenir, pourrait bien cesser d’être exacte, lorsque l’Asie et l’Amérique auront dit leur dernier mot. *
- LA. GROTTE DE FINGÂL
- DANS LTLE DE STAFFA, UNE DES HÉBRIDES
- Les colonnades basaltiques peuvent compter parmi les plus merveilleuses curiosités naturelles, parmi' celles qui excitent au plus haut point l’admiration des touristes même les plus étrangers aux sciences naturelles. Nos régions volcaniques de la France centrale, Auvergne, Velay, Vivarais, sont très riches en curiosités naturelles de ce genre, mais la plus classique des colonnades basaltiques est certainement la célèbre grotte de Fingal, dans File de Staffa, une des Hébrides que j’ai eu le bonheur de visiter
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- LA NATURE.
- le vendredi 15 août dernier. Je ne saurais trop recommander aux lecteurs de La Nature qui auraient l’occasion d’exécuter le voyage d'Écosse défaire cette charmante excursion. On se rend à StalTa d’Oban par les magnifiques bateaux à vapeur de la Compagnie Macbrayne de Glasgow qui partent tous les jours, excepté le dimanche, et font dans la journée le tour de File de Mull avec arrêt à -Staffa pour visiter la grotte de Fingal, et à Iona pour visiter les ruines imposantes d’un monastère fondé par saint Colom-ban qui fut le berceau du christianisme en Écosse.
- L’île de Staffa est une des plus petites des Hébrides, elle est située à 8 milles anglais à l’ouest de File de Midi, et, à 7 milles au nord de la petite île
- d’ion a ; le bateau à vapeur s’arrête à quelques centaines de mètres de File et on met les embarcations à la mer; le débarquement est très facile quand la mer est calme, comme le 15 août dernier, il est difficile et même dangereux quand la mer est mauvaise. Un bon chemin conduit du point de débarquement à la grotte de Fingal, un matelot du bateau à vapeur sert de guide ; on marche sur les sommets de colonnes basaltiques hexagonales qui constituent une chaussée des géants ; des rampes en fer ont été placées aux endroits les plus mauvais.
- La grotte de Fingal est constituée par des colonnes basaltiques semblables à celles du Yivarais,mais d’une extrême régularité, et bien plus imposantes ; un chemin
- Vue de la grotte de Fingal. (D’après uue ancienne gravure.)
- en planches permet de pénétrer jusqu’au fond de la grotte qui a 45 mètres de profondeur, 11 mètres de largeur à l’entrée et 18 mètres d’élévation ; la voûte a 6 mètres d’épaisseur. L’eau écumante de la mer pénètre dans la grotte, mais il serait dangereux de la visiter en bateau et il vaut mieux y aller à pied ; quelques colonnes sont des prismes à trois pans, mais le plus grand nombre sont des prismes k quatre, cinq, six ou sept pans. On n’a pas besoin de torches, la vaste ouverture de la grotte y introduisant assez de lumière. Cette merveilleuse curiosité naturelle, k côté de laquelle nos plus admirables monuments ne sont que des jouets d’enfants, était encore fort peu connue k la fin du dix-huitième siècle; aujourd’hui pendant la belle saison, d’innombrables
- touristes la visitent chaque jour, elle jouit d’une immense célébrité et se trouve reproduite dans tous les ouvrages élémentaires de géologie. La figure que nous reproduisons ci-dessus est faite d’après une ancienne et belle gravure dédiée, il y a un siècle environ, au célèbre géologue Faujks de Saint-Fond.
- Du point de débarquement, où l’on arrive quand on fait le trajet, un escalier en bois permet de s’élever jusqu’au-dessus de la grotte de Fingal ; on jouit alors d’une belle vue de l’île de Mull, située près de là belle montagne de Ben More et de celle d’Iona, dominée par les murailles et la tour carrée de sa vieille cathédrale fondée par saint Colomban.
- Henry Courtois.
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- LÀ NATURE.
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- CANONS A RÉPÉTITION
- SYSTÈME MAXIM
- Nous avons, il y a bientôt deux ans, exposé aux lecteurs de La Nature1 le mode d’organisation et
- de fonctionnement d’une mitrailleuse-fusil automatique (self acting machine gun) de l’ingénieur américain Maxim. Nous disions alors que cet appareil dont le jeu ne comporte d’autre force motrice que celle de son propre recul, emploie la cartouche de notre fusil Gras, modèle 1874; nous ajoutions
- Fig. 1. — Le canon à répétition de M. Maxim. (D’après une photographie.)
- que son tir s’exécute à la vitesse maximum de six cents balles à la minute, ou dix à la seconde. Depuis le jour où nous écrivions cette notice, l’arme dont il s’agit a été soumise à une série d’expériences concluantes. Il est actuellement permis de dire qu’elle a donné des résultats de tous points remarquables ; il est acquis que cette self acting machine gun est de nature à rendre de grands services au cours des opérations de guerre. On peut s’en servir pour appuyer l’oflen-sive; pour occuper une position défensive avec un effectif restreint; pour inonder de projectiles un point accessible à l’ennemi ; pour armer des bas-
- tingages ou des hunes de navires de guerre ; pour défendre des ouvrages de fortification, etc.
- Aujourd'hui, — nous avons à saisir nos lecteurs d’une nouvelle invention de M. Maxim, celle d’un canon à répétition, à tir rapide et automatique, comme celui de la mitrailleuse-fusil dont nous venons de rappeler les propriétés.
- Le canon que représente notre figure 1, d’après une photographie faite dans les ateliers du constructeur, est du calibre de 37 millimètres. Sa portion renflée, qui comprend la chambre aux projectiles, est solidement assemblée entre deux flasques d’acier qui servent de support et de guide à la culasse mobile. Cette culasse qui renferme tout l’appareil de percussion, chien, détente, gâchette, etc.,
- Fig. 2. — Le canon à répétition pendant le tir.
- 1 Vov. n° 609, du 31 janvier 1885.
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- est dite mobile, attendu qu’elle peut méthodiquement glisser sous l’action d’un arbre coudé qui tourne entre les flasques. A cet arbre est annexée une poignée moyennant l’emploi de laquelle l’opérateur manœuvre avec la plus grande facilité tout le mécanisme de culasse. Flasques et canon sont disposés de manière à se mouvoir, aussi par glissement, dans une enveloppe en bronze dont font partie les tourillons. Ceux-ci articulent dans un support pivotant, d’où il suit que le champ de tir mesure 560 degrés d’amplitude.
- Ainsi que dans la mitrailleuse-fusil, les cartouches à obus du canon Maxim de 57 millimètres sont insérées, l’une à la suite de l’autre, dans une ceinture de toile (canvas belt) et elles y sont fixées séparément par des pattes à œillet. Organes et munitions de l’appareil, tout se trouve à portée du pointeur-servant. Nous disons bien du pointeur-servant, car le service de la bouche à feu ne demande qu’un seul canonnier, et cet homme n’a besoin que d’une main.
- Le tir peut s’exécuter de deux façons différentes : h la main ou automatiquement; et cela, à volonté. Dans le premier cas, le pointeur-servant n’a qu’à manœuvrer une gâchette, indépendante de la culasse; dans le second, la pièce obéit au mouvement de l’arbre coudé qui, lui-même, se meut sous l’action de la force dû recul. Toutefois, si l’on veut procéder par voie de fonctionnement automatique, il est indispensable d’amorcer l’appareil, c’est-à-dire de tirer le premier coup à la main.
- Yoici alors comment les choses se passent :
- Le pointeur-servant manœuvre la poignée de l’arbre coudé, commandant tout le mécanisme de culasse et introduit dans le canon le premier obu de la ceinture ou bande-cartouchière. Ce charg ment effectué, il agit sur la gâchette.... le coup part. Qu’advient-il? Immédiatement après le moment du départ de ce premier projectile, le recul actionne le canon et les flasques qui, nous l’avons dit, sont capables d’un petit mouvement de translation dans leur enveloppe. Cette force motrice du recul agit ensuite sur l’arbre coudé qui exécute alors deux demi-tours complets.
- Durant le premier demi-tour, la culasse mobile marche en arrière, extrait l’étui vide (provenant d’un coup antérieurement tiré) et prend dans le distributeur une cartouche chargée. Au cours de l’exécution du second demi-tour, l’étui vide est rejeté, la cartouche chargée s’introduit dans le canon, et le canon revient à sa place, en amenant une nouvelle cartouche dans le distributeur.
- Et ainsi de suite. Le tir continue automatiquement, à une vitesse qu’on règle à volonté, et dont le maximum peut atteindre deux cents coups à la minute, soit plus de trois à la seconde. Il est essentiel d’observer que le pointeur-servant peut arrêter le mouvement, quand il le juge utile à l’effet de modifier la direction du tir. La nouvelle direction une fois assurée, cet opérateur tire derechef un premier
- coup à la main et Je mouvement, un instant interrompu, recommence.
- En somme, le principe de construction de l’appareil est ingénieux; l’organisation en est simple. La pièce est légère, bien équilibrée; la manœuvre est bien loin d’en être compliquée; le tir automatique en est rapide.
- Le canon à répétition Maxim, de 57 millimètres, est appelé à rendre de grands services, principalement à la marine. On connaît l’importance du problème de la protection des navires de guerre contre l’attaquedes torpilleurs, lesquels marchentà la. vitesse de 25 nœuds. Or, le nouveau canon satisfait à toutes les conditions d’une défense rationnelle.
- M. Maxim a fait deux autres canons semblables, des calibres de 47 et 57 millimètres. Il construit, en ce moment, un canon de 125 qui, si l’on s’en rapporte aux résultats des expériences faites jusqu’à ce jour, promet de se bien comporter.
- Lieutenant-colonel ïïennebert.
- LOCOMOTIVE A GAZ
- Depuis quelques mois, une locomotive à gaz fonctionne avec succès sur une des lignes de tramways de Melbourne. Un mémoire à ce sujet a été lu, à la Société des ingénieurs de Victoria, par M. John Danks. Nous en donnons ci-après un résumé, d’après le Scienlific American.
- C’est en étudiant les tramways à câble de Sydney et leur installation coûteuse, dit M. Danks, que l’idée nous est venue d’employer un moteur à gaz, portant sa provision de gaz comprimé, et ne pesant pas plus du tiers d’un moteur à vapeur de même puissance.
- On fit d’abord des essais en petit avec un moteur à gaz Otto, de 3 1/2 chevaux, installé sur une voiture qui avait été construite spécialement pour faire ces essais et ne contenait pas de voyageurs.
- A la suite de ces premières expériences, qui durèrent six semaines et donnèrent des résultats encourageants, on construisit un autre moteur à gaz, de 6 chevaux, que l’on plaça sur un tramcar, et l’on entreprit des expériences actuelles dans les conditions ordinaires de l’exploitation des tramways.
- Le moteur pèse 4 tonnes 1/2 et la voiture 1 tonne 5/4, en tout 6 tonnes 1/4, à vide.
- La provision de gaz est renfermée dans quatre récipients en cuivre, de 0m,40 de diamètre sur lra,80 de longueur, essayés à la presse hydraulique, à une pression de 14 kilogrammes par centimètre carré. La capacité totale des quatre récipients est de 792 litres. Chargés de gaz à 10 atmosphères, ils représentent un volume de 7920J litres, suffisant pour un voyage de 15 milles. En réalité, on n’a pas dépassé, dans les essais, la pression de 7 kilogrammes. Une machine fixe et des pompes, établies à proximité de la ligne, servent à la compression du gaz que l’on aspire directement dans les tuyaux de conduite de la ville et qu’on refoule dans des réservoirs. Ceux-ci servent à remplir les récipients de la locomotive à l’aide d’un tuyau souple; la provision de gaz s’emmagasine absolument de la même manière que l’eau sur les locomotives ordinaires. Le chargement se fait en deux minutes. La machine et les pompes de compression,
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- ainsi que les réservoirs, n’ont pas besoin d’être tout près de la ligne; ils peuvent être placés à 100 ou 200 mètres et être reliés à la ligne par un tuyau de conduite. La ligne sur laquelle circule cette locomotive à gaz est longue d’environ deux milles et demi (4022 mètres). Les pentes les plus fortes sont de 1/50; il y en a trois de ce genre. On met environ seize minutes pour l’aller et autant pour le retour.
- La locomotive fait huit voyages aller et retour, soit environ 40 milles par jour. Elle fonctionne déjà depuis quatre mois et la consommation moyenne de gaz a été de 10 866 litres par jour.
- Les roues sont en fonte et ont 0m,60 de diamètre ; elles sont fondues en coquille et d’un modèle courant. Le mouvement leur est transmis par des roues de friction qui permettent d’aller en avant, en arrière, ou de stopper, au moyen du déplacement d’un levier. Le moteur tourne autour du wagon pour venir se placer en tête, aux deux extrémités de la ligne.
- Il n'y a eu jusqu’à présent aucune réparation à faire. La circulation est d’ailleurs très faible sur la ligne en question pendant cette époque de l’année. On a eu, une ou deux fois seulement, quarante voyageurs à transporter.
- En somme, les expériences ont réussi. Il faut cependant remarquer que la ligne d’Alphington, sur laquelle elles ont eu lieu, est établie comme un chemin de fer ordinaire et non pas comme un tramway. M. Danks, en signalant ce fait, diLqu’il n’est pas douteux qu’il faudrait une machine plus puissante, pour un tramway établi dans les conditions habituelles.
- LA TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUE
- EN AFRIQUE
- Les efforts que les nations civilisées font en ce moment pour la colonisation de l’Afrique se manifestent par un accroissement de communications électriques avec l’Europe. Les pertes que la télégraphie terrestre a éprouvées par suite de l’évacuation du Soudan, viennent d’être plus que compensées par l’extension des lignes maritimes sur la côte occidentale.
- L’an dernier, grâce aux subventions données par les gouvernements français et portugais, et aux efforts du ministère des Postes et Télégraphes, la flotte électrique de la compagnie India-Rubber a posé 5600 kilomètres de câbles pesant 14 000 tonneaux pour rattacher Saint-Paul de Loanda à Cadix.
- Cette grande opération a été exécutée sous la direction de M. Robert Kaye Gray, son ingénieur en chef. A peine était-elle terminée que le gouvernement britannique concédait une ligne rivale exclusivement anglaise, qui rattache les îles du Cap-Vert à l’embouchure du Niger et se sert pour aller à Lisbonne de la grande ligne du Brésil.
- Actuellement les stations télégraphiques de l’Afrique occidentale sont les Canaries, Madère, l’ile Saint-Vincent (archipel du Cap-Vert) où se trouve un dépôt de charbon et un port franc; Saint-Louis, chef-lieu des établissements français du Sénégal, et tête de ligne du télégraphe reliant tous nos postes sur ce fleuve, ainsi que notre nouvel établissement du Niger; Dakar, excellent port du Sénégal qui se trouve rattaché à Saint-Louis par un chemin de fer; Balhurst, capitale de la Sénégamhie britannique; Bissao, capitale des établissements portugais
- dans la même région, dans l’archipel de Bissaos ; Conakry, comptoir français enclavé dans les possessions britanniques connues sous le nom d’Afrique occidentale; Sierra Leone, grande ville anglaise de 60 000 habitants qui est la capitale de cette région; Grand-Bassam, comptoir français de la côte d’Or, qui avait été abandonné en 1871, mais qui a été réoccupé depuis la renaissance de nos opérations coloniales ; Acera, capitale des établissements britanniques de la côte d’Or; Porto-Novo, établissement français sur la côte des Esclaves; Lagos, ville de 40 000 habitants qui appartient aux Anglais et est la capitale de leurs établissements sur la même côte ; Brass, établissement anglais formé à l’embouchure d’un des bras du Niger; Sanct-Thome, île fertile et salubre appartenant aux Portugais, sous l’équateur, à l’embouchure du Gabon où notre établissement dans ces régions dure depuis 1845; enfin Saint-Paul de Loanda, capitale des éta-
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- Carte des lignes télégraphiques en Afrique.
- blissements portugais dans la Guinée méridionale et ville où le commerce est très actif.
- Le gouvernement du Cap va, suivant toute probabilité, accorder la concession d’une ligne nouvelle rattachant Saint-Paul de Loanda à la capitale de la colonie par un câble sous-marin qui atterrira aux stations suivantes : Novo-Redondo, établissement fortifié qui appartient au Portugal; Benguela, ville sous la même domination, qui a donné son nom à une vaste province habitée par des populations à peu près indomptables; autre colonie portugaise à 250 kilomètres plus au sud et célèbre par la beauté de son climat; Walfish Bay, possession anglaise dépendant de la colonie, du Cap et enclavée dans les nouvelles possessions allemandes; enfin Port Nolloth, rade où les navires du Cap viennent chercher les houilles exploitées dans le voisinage.
- On projette également de prolonger ce réseau jusqu’à Madagascar, la Réunion et Maurice, afin d’échapper au monopole de la Compagnie orientale. Il est probable que vers la fin de l’année l’électricité pourra, en quelques secondes, réaliser le périple du Carthaginois Hannon.
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- LES CERFS-VOLANTS JAPONAIS
- Nous avons récemment parlé de la théorie des cerfs-volants et des expériences exécutées dans le courant de cette année à l’aide d’un appareil de grande dimension construit par M. Maillot1. Il nous paraît intéressant d’appeler l’attention sur les remarquables cerfs-volants japonais qui diffèrent absolument des nôtres par leur forme, par le mode de leur confection, et qui fonctionnent dans des conditions de stabilité parfaite.
- Nous avons récemment expérimenté ces petits cerfs-volants dont nous nous étions procuré deux spécimens différents chez les marchands, si nombreux aujourd’hui, d’articles japonais. Le premier d’entre eux a la face légèrement bombée (fig. 1), il est formé d’une carcasse de jonc très mince, recouverte d’un papier de couleur, très solide et très léger, dans la fabrication duquel excellent les industriels de l’extrême Orient. La partie bombée a l’aspect d’un personnage fantastique, muni de deux ailes dont le contour est fait de jonc. Le papier des ailes n'est pas tendu, il forme poche, l’air s’y engouffre et s’échappe par des orifices ménagés à leur extrémité.
- 11 est probable que les courants d’air ainsi formés aux deux extrémités de l’aile contribuent puissamment à assurer la stabilité du système.
- Ce cerf-volant japonais s’élève très facilement, et lorsqu’il plane à une certaine hauteur, il offre assez bien l’aspect d’un oiseau aux ailes étendues ; quand il y a de la brise, sa force ascensionnelle est considérable, et nous avons pu enlever, avec un de ces appareils de petite dimension, des objets d’un poids appréciable. Nous signalerons à ce sujet une expérience amusante ; elle consiste à attacher une lanterne vénitienne contenant une bougie allumée à la partie inférieure du cerf-volant. Cette lumière, quand on fait l’expérience pendant la nuit, s’aperçoit seule dans l’espace et produit un singulier effet, qui ne manque pas de faire pousser des cris de joie aux jeunes spectateurs, indispensables témoins de semblables essais.
- On remarquera que le cerf-volant japonais n’a pas de queue, ni aucun appendice de ce genre, ce qui ne l’empêche pas de très bien fonctionner.
- 1 Yov. n° 695, du 25 septembre 1886, p. 269.
- Un second spécimen (fig. 2), est à peu près semblable au précédent. Il n’en diffère que parce que sa face antérieure est plane au lieu d’être bombée; les ailes latérales sont disposées de la même manière. Notre dessinateur a représenté sur sa composition le cerf-volant tenu debout au premier plan, afin que l’on puisse voir sa disposition ; il a montré, en outre, l’aspect et l’inclinaison qu’il prend à l’extrémité de la cordelette a laquelle il est fixé, lorsqu’il fonctionne au milieu de l’air.
- Les habitants de l’extrême Orient sont nos maîtres, parait-il, dans l’art de construire les cerfs-volants; un voyageur de nos amis, qui a parcouru la Chine et le Japon, nous assurait avoir vu dans le cours de ses trajets, d’autres cerfs-volants différents de ceux que nous voyons chez les marchands européens. Il serait intéressant d’avoir des renseignements précis à ce sujet, et nous accueillerons avec empressement ceux que pourraient nous envoyer nos lecteurs de ces pays lointains. Chez nous, d’ailleurs, la forme des cerfs-volants est assez variable ; en outre du cerf-volant classique, terminé par une longue queue de papier, on connaît les cerfs-volants carrés, et les cerfs-volants hexagonaux ou octogonaux, ana-logues à celui que M. Maillot a adopté dans ses intéressantes expériences. Il ne nous paraît pas bien difficile de construire des cerfs-vo lants semblables à ceux des Japonais, et d’essayer de leur donner des dimensions plus considérables. Il y aurait là une série d’études attrayantes, qui ne manqueraient pas d’éclairer une question encore peu connue bien qu’elle remonte à une époque fort ancienne.
- Les Japonais confectionnent un autre système d’appareil aérien que nous représentons ci-contre (fig. 3), C’est un poisson en papier peint, qui atteint parfois plusieurs mètres de longueur ; sa plus petite dimension est environ de 0m,50. Il est creux intérieurement, ouvert à ses deux extrémités et forme ainsi une sorte de tube avec un renflement intérieur. On attache cet appareil à l’extrémité d’une longue perche, et quand il y a du vent, l’air oriente le système dans le sens de son mouvement; il gonfle en même temps ce poisson de papier, en entrant par l’orifice antérieur et en sortant par l’orifice postérieur. Rien n’est plus curieux que de voir ce gros poisson s’animer en quelque sorte sous l’action du vent ; il est fort bien proportionné, peint avec beaucoup d’art et prend
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- l’aspect d’un être vivant. Ce poisson japonais n’est une excellente girouette et c’est a ce titre que nous pas seulement un objet d’amusement; il constitue le recommandons à nos lecteurs.
- Fig. 2. — Cerf-volant japonais à face plane.
- Nous rappellerons a ce sujet que la girouette la plus sensible consiste en un simple ruban léger
- attaché à l’extrémité d’une baguette qui doit dépasser les objets environnés et en dominer le faîte.
- Fig, 3. — Poisson aérien japonais, en papier, se gonllant d’air et formant girouette.
- La direction que prend le ruban indique le sens du japonais, ne peut pas fonctionner quand il pleut, courant aérien. Ce petit appareil, comme le poisson mais ses indications sont très précises, et d une
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- grande sensibilité, si le ruban est mince et léger, il fonctionne par temps calme alors que les girouettes ordinaires restent absolument immobiles. G. T.
- LA SACCHARINE
- On parle beaucoup, depuis quelque temps, d’un nouveau composé qui serait peut-être appelé, d’après les inventeurs, à amener une révolution industrielle dans la production du sucre *.
- Cette substance a été découverte par Constant Fahlberg et Remsen, en Amérique ; c’est un imide de sulfonate de benzoïle, qui dérive du toluène, appelé saccharine par son auteur, et qui possède au plus haut degré les propriétés du sucre de canne.
- La nouvelle substance se présente généralement sous l’aspect d’une poudre blanche ; elle cristallise, dans l’eau, en prismes courts, épais, difficilement soluble dans l’eau froide, plus facilement soluble dans l’eau chaude. L’alcool, l’éther, le glucose, la glycérine, sont de bons dissolvants de la saccharine. Par conséquent dans un mélange de sucre et de saccharine, l’éther séparerait facilement la saccharine par solution et laisserait le sucre. La saccharine fond à 200° cent, avec décomposition partielle : sa saveur dans les solutions diluées est tellement intense, qu’une seule partie suffit pour donner un goût très sucré à 10000 parties d’eau. La saccharine forme des sels qui ont tous une saveur sucrée très prononcée. Elle est douée de propriétés antiseptiques modérées, et elle n’est pas décomposée dans le corps humain, mais elle s’élimine du corps sans subir aucun changement.
- Selon le docteur Stutzer, de Bonn, la saccharine ingérée dans l’estomac, aux doses selon lesquelles on l’ajouterait aux aliments comme matière édulcorante, ne produit aucun effet fâcheux sur l’économie humaine. Stutzer a donné à des chiens 5 grammes environ de cette substance, par jour, sans observer sur eux aucun effet fâcheux ; or, 5 grammes de saccharine ont un pouvoir édulcorant égal à un peu plus que celui de 2 livres 1/4 de sucre, quantité bien supérieure à celle que l’on consomme par jour sans déplaisir. Des malades atteints de diabète ont consommé de la saccharine, pendant plus d’un mois, dans un des principaux hôpitaux de Berlin, sans en éprouver le moindre inconvénient.
- Peur remplacer le sucre dans les usages domestiques, le docteur Fahlberg a proposé de mélanger du glucose, du sucre d’amidon et la saccharine; il obtient ainsi un composé qu’il appelle dextro-saccharine, et qui, pour le goût, se distingue à peine du meilleur sucre.
- La quantité de saccharine employée est dans la proportion de 1 partie pour 1000 à 2000 parties de glucose. Au prix encore élevé de la saccharine, environ 50 francs le kilogramme, il y aurait encore une grande économie à se servir d’un tel mélange à la place du sucre.
- D’après ce qui précède, il est évident que, non seulement la saccharine est un composé très intéressant, mais qu’elle peut être destinée à devenir un objet de première importance commerciale. L’avenir nous apprendra quelle révolution elle peut provoquer dans l’industrie du goudron de houille, dans l’exploitation du sol consacré maintenant à la culture de la canne à sucre ou de la betterave, et en général, dans l’industrie du sucre, ainsi que dans d’autres industries connexes.
- 1 Yov. n° 095, du 25 septembre 1880, p. 270.
- CHRONIQUE
- Danse guerrière dans les Basses-Alpes. — 11
- paraît qu’on a conservé dans le département des Basses-Alpes l’usage d’uue danse guerrière, telle que la pratiquaient les Grecs et les Romains. Cette danse se nomme Bacchu-Ber. Voici quelques détails sur ce divertissement bizarre. Les dix ou douze jeunes gens qui sont réunis sont armés chacun d'une épée. Ils se disposent en rond. De la main droite, ils tiennent leur épée, et de la gauche, l’épée de leur voisin. Ensuite chacun place son épée par terre de manière que la pointe soit au centre du cercle dont elle fait un rayon. Ensuite, on reprend l'épée; puis on défde sous la voûte formée par les bras de deux des danseurs. Les épées sont relevées de nouveau, et par petits groupes, on simule un combat rapide. A ces exercices succèdent des sauts en cadence et des pirouettes. L’éclair de l’acier brille au-dessus de la tète des danseurs. 11 faut être bien habitué à ce jeu pour qu’il n’arrive pas d’accident; aussi n’y admet-on que ceux qui ont fait leurs preuves. La danse est conduite par un danseur plus expérimenté que les autres, auquel on obéit. Les choses se passent gravement : personne ne rit. C’est, paraît-il, fort gracieux. Les épées, très anciennes, sont conservées par un habitant du village. Des curieux ont cherché à les acheter et en ont offert des sommes considérables, mais vainement. Ils n’ont même pas pu obtenir qu’on leur en prêtât une pour en faire copier le type.
- Sur la sensibilité de l’odorat. — M. Yalentine a constaté qu’un courant d’air qui renferme 1/50 000 de milligramme de brome, ou 1/500000 de milligramme d’hydrogène sulfuré ou 1/2000 000 d’essence de roses est sensible à l’odorat. Il a reconnu que la quantité d’air qu'il faut faire passer sur la membrane olfactive pour qu’elle perçoive, est de 50 à 100 centimètres cubes. 11 a calculé que la quantité de matière nécessaire pour qu’elle soit perçue par l’odorat est 1/600 de milligramme de brome, 1/5000 de milligramme d’hydrogène sulfuré, 1/20 000 d’essence de roses. Récemment, deux expérimentateurs d’Erlaugen, MM. Fischer et Pentzold, ont trouvé que l’odorat perçoit 1/2500 000000 de milligramme de chlorophénol par centimètre cube d'air et 1 /25 000 000 000 de milligramme de inercaptan. Il suffit de 1/4600000 de milligramme de chlorophénol et 1 /4 600 000 000 de milligramme de mercaptan pour que ces corps soient reconnus par l’odorat. L’œil, au spectro-scope, ne parvient pas à reconnaître moins de 1/1400 000 de milligramme de sodium. Le mercaptan se prête donc merveilleusement à la reconnaissance pratique des courants d’air, dans les études de ventilation.
- Une société originale. —- S’il est une société originale, c’est bien celle qui vient de se former à Chicago sous le nom de The universal Tinker Company, au capital de 25000 dollars (125 000 francs) et dont The American Engineer nous fait connaître le but et les moyens. Cette société se propose, moyennant un abonnement de 5 dollars (15 francs) par mois, de faire, dans la maison de chacun de ses clients, toutes les petites réparations nécessaires et qui sortent du domaine de la grande réparation. Moyennant cet abonnement, elle remplace les carreaux cassés, bouche les fuites de gaz et d’eau, les tuyaux d’égout et les tuyaux d’évier, entretient les sonneries électriques, répare les portes et les fenêtres, remonte et règle les pendules, arrange les outils du ménage, recou-
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- vre les tuyaux de paille pour en empêcher la gelée, etc., etc. ; en un mot, s’occupe de mille et un petits détails d’intérieur tout spéciaux pour lesquels le service ordinaire n’a pas les moyens d’action nécessaires. Les abonnés reçoivent la visite des employés une fois par semaine ; des ouvriers spéciaux habiles sont engagés pour donner satisfaction aux clients qui, en cas d’urgence, n’ont d’ailleurs qu’à écrire, télégraphier ou téléphoner pour qu’on se rende aussitôt à leurs ordres. Les initiateurs de cette singulière industrie estiment que leurs abonnés seront ainsi débarrassés d’un grand nombre de petits ennuis et d’embarras, et qu’ils réaliseront finalement, à la fin de l’année, une sérieuse économie. L’idée est à suivre dans sa mise en pratique ainsi que dans ses résultats.
- Une orchidée monstre. — MM. Sanders de Saint-Albans ont rapporté en Angleterre une orchidée ayant lm,80 de hauteur et un diamètre de 2m,10. C’est le plus grand exemplaire que l’on ait jamais vu. Cet exemplaire provient d’un jardin des environs de Carlhagène (Costa-llica), où elle avait été plantée par un habitant du pays sous la couronne d’un arbre appartenant à la famille des Euphorbiacées. Un jour que le célèbre horticulteur lloezl se promenait dans les environs, il eut le plaisir de compter sur cette orchidée plus de 1500 fleurs épanouies. MM.Sanders offrirent une forte somme d’argent et s’en rendirent acquéreurs. L’arbre mère fut scié au-dessus et au-dessous de la plante rare et emballé dans une caisse énorme ; le colis pesait plus de 600 kilogrammes, MM. Sanders se virent forcés de faire construire une serre spéciale pour celte orchidée monstre. La Catllcya Sivenneri fleurit d’avril en août, et réclame la chaleur d’une serre tempérée. Les fleurs poussent aux aisselles des feuilles, ordinairement par trois ou par quatre. Elles sont d’une belle couleur de pourpre. . (Humboldt.)
- Règle de Gauss pour trouver la date de Pâques. — Cette règle est bien connue, mais il n’est peut-être pas inutile de la donner aux lecteurs qui ne sauraient dans quel ouvrage la retrouver.
- 1° On divise le millésime par 19. Soit a le reste.
- 2° On divise le millésime par 4. Soit b le reste.
- 5° On divise le millésime par 7. Soit c le reste.
- 4° On divise 19a + 23 par 50. Soit d le reste.
- 5° On divise 2b + 4c + G d + 4 par 7. Soit e le reste.
- Le jour de Pâques sera le 22 -f d + e de mars, ou, si cette quantité dépasse le 51, ce sera le d + e — 9 avril.
- Exemple pour 1887 :
- = 99, et le reste a est 6.
- 19
- De même : b = 5; c = 4 ; d = 17; e = 2.
- 22 + 17 + 2 — 41, nombre plus grand que 51.
- Donc Pâques sera le 17 + 2 —• 9= 10 avril.
- La règle s’applique jusqu’en 1900.
- Les aigles et la lumière électrique. — Si l’on en croit le New-York Herald, l’aigle ne peut pas toujours résister à l’éblouissement produit par une forte lampe électrique. Un de ces oiseaux, attiré par une des lampes de New-Haven (Connecticut),est tombé à terre au grand effroi de tous les petits oiseaux. Il a été attaqué par un chien, qu’il est parvenu à écarter par de vigoureux coups d’aile. Mais les aboiements de son ennemi ont attiré l’attention d’un habitant de New-Haven, qui est parvenu à s’emparer du rapace. Cette aventure est loin d’être favorable à la légende des anciens qui attribuaient à l’aigle la
- faculté de regarder fixement le soleil. Ou sait que la lumière des phares attire un grand nombre d’oiseaux. Nous avons vu au phare de Calais une remarquable collection d’oiseaux empaillés formée par des individus capturés par le fait de l’éblouissement de la lumière. Plusieurs cygnes sauvages se trouvent dans la vitrine.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 octobre 1886. — Présidence de M. l’amiral
- JuiUEN DE LA GltAVIÈRE.
- Crépuscule rouge. — M. Nordenskiôld a reçu d’un correspondant habitant entre 4 et 5000 mètres d’altitude, par 15 degrés de latitude S., dans la Cordillère des Andes du Pérou, la relation de phénomènes atmosphériques coïncidant avec l’explosion du Krakatau en 4885. Vers la fin de septembre, on vit tous les soirs le ciel s’empourprer et la lueur double en hauteur et triple en largeur de la lumière zodiacale, restait visible jusqu’à 11 heures. Si on l’attribuait à une réflexion de la lumière solaire par une poussière, il faudrait supposer que celle-ci flotte à 250 kilomètres au-dessus du niveau de la mer; mais nous ne pensons pas que telle soit l’interprétation de l’auteur. 11 résulte de sa description que la lueur rouge provenait d’un météore lumineux par lui-même, dans lequel, le
- 5 novembre, il aurait constaté une condensation d’où serait résultée une boule de feu, grosse en apparence comme la lune, et éclairant vivement tout le pays. Durant cette apparition étrange et sans analogue, qui persista de
- 6 h. 50 m. à 8 heures du soir, l’atmosphère fut le siège de mouvements électriques exceptionnels; les cheveux, les peaux de bêtes, donnaient des étincelles dès qu’on y passait la main; les pics des montagnes échangeaient des éclairs voilés. En même temps, la neige fraîchement tombée se recouvrit d’une poussière rouge dont on put recueillir une petite quantité. L’analyse qui vient d’en être faite à Stockholm par M. Lindstrôin, y a montré une composition fort analogue à celle d’un fer météorique qui aurait été brûlé : 74 pour 100 de sesquioxyde de fer, 6 pour 100 d’oxyde de nickel, 7 de silice, 4 de magnésie, 2 d’alumine, 0,05 d’acide phosphorique, 0,5 d’acide sulfurique. Sans affirmer que cette poussière soit certainement liée au météore lumineux comme à sa cause productrice, M. Nordenskiôld insiste sur le contraste absolu qu’elle présente avec les poussières volcaniques en général, et celles du Krakatau en particulier.
- Briards d'avant l'histoire. — Une découverte anthropologique du plus vif intérêt vient d’être faite à Crécy-en-Brie (Seine-et-Marne), par M. A. Thieullen. Il s’agit d’une sépulture de l’àge de la pierre polie consistant eu deux vastes chambres mortuaires souterraines dans lesquelles plus de 25 squelettes de tous âges et de tous sexes ont été recueillis. Ces Briards d’avant la Brie, présentent les caractères ostéologiques des hommes disparus, et par exemple, la platycnémie du tibia; les crânes se signalent par leur admirable denture ; les dents recouvertes d’un émail épais sont parfois usées jusqu’à venir affronter le maxillaire; aucune ne présente la moindre trace de carie. Du reste, M. Thieullen émet l’avis que l’ossuaire de Crécy renferme des représentants de deux races distinctes. L’un des crânes a subi la trépanation. Avec les morts on avait enterré une quantité d'armes et d’outils, des haches polies, des pointes de calcaire, dont sept retenues dans des emmanchures en cornes de cerf et
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- en os, un poinçon en os très aigu, une amulette percée de deux trous et détachée d'une coquille d’eau douce, un grand nombre de grattoirs, de couteaux, etc. Une particularité digne de mention est que la sépulture de Crécy avait été creusée sous une gigantesque pierre meulière de plus de 120 000 kilogrammes, et qui, exploitée récemment, a donné 90 mètres cubes de matériaux. Les murs souterrains limitant les chambres, et faits de pierres sèches, épousaient toutes les irrégularités de contours du bloc superficiel.
- Métronome rationnel. — On se rappelle le vœu émis par M. Camille Saint-Saëns de voir le métronome subir la même évolution scientifique que le diapason. C’est pour y répondre que M. Roques adresse aujourd’hui un appareil consistant simplement en un petit pendule dont on règle rigoureusement la longueur pour lui faire exécuter en un temps donné un nombre déterminé d’oscillations petites et par conséquent isochrones. L’impulsion ne l’anime que pendant 4 minutes à 4 minutes 1 /2 ; mais il paraît qu’il n’existe aucun morceau dont le mouvement ne change pas pendant ce laps de temps.
- Grâce à l’appareil de M. Roques, le compositeur sera désormais assuré que sa musique sera jouée exactement avec la vitesse qu’il aura choisie.
- Embryogénie du Congre. — Il y a déjà longtemps qu’on a comme le pressentiment qu’un petit poisson transparent comme le cristal, ténioïde, dépourvu d’organes génitaux et connu sous le noin de leptocéphale, n’est autre chose que la larve du Congre (Murena Conger) ou anguille de mer. M. Delage a eu la bonne fortune de suivre à Roseoff toutes les phases de la transformation dont il s’agit, et de remplacer ainsi une supposition par un fait démontré.
- Varia. — MM. Certes et Garrigou signalent la présence constante de microorganismes dans les eaux thermales (64°) de Luchon. — La tension du bicarbonate d’ammoniaque sec occupe MM. Rerthelot et André. — D’après M. Camille Dareste, qui fait vaguement songer à des personnages de Gulliver, il n’est pas indifférent pour venir à bien, qu’un œuf de poule couvé verticalement, soit placé sur le gros bout ou sur le petit bout. Dans ce dernier cas, la vésicule germinative est comprimée contre la coquille au lieu de s’appuyer sur la chambre à air, et des monstruosités en résultent naturellement. — M. Cha-tin lit un mémoire sur les formes montagnardes de la flore parisienne, et M. Crié étudie la flore tertiaire de la région occidentale de la Dalmatie. Stanislas Meunier.
- PENDULE MYSTÉRIEUSE
- Les premières pendule* mj/stérieuses, celles de Robert-lloudin, de M. Cadot et de M. Robert, décrites toutes les trois dans La Naturel, ont été accueillies par le public avec un tel succès que nous espérons intéresser nos lecteurs en leur signalant un nouvel appareil de ce genre, la Transparente, inventée et construite par un habile horloger, M. Henri Cunge, de Paris.
- Une mince lame métallique recourbée en forme de G porte entre ses branches une grosse sphère creuse transparente en cristal, tournant sur deux pivots. L’indication des heures est gravée sur celte sphère
- qui, par suite de son mouvement de rotation de gauche à droite, les présente successivement devant un index fixe.Une sphère creuse, également en cristal et plus petite, située au-dessus du support métallique, porte l’indication des minutes, qui se meuvent devant un second index. La grande sphère accomplit, comme notre planète, son mouvement complet en 12 heures ; la petite met 1 heure à tourner sur elle-même.
- On se demandera comment fonctionne cette pendule. Le secret une fois connu est simple : les deux sphères sont mises en rotation par un mouvement d’horlogerie logé et adroitement dissimulé dans le support métallique.
- Les divers éléments de la pendule Cunge peuvent être combinés de façon à former un ensemble du plus gracieux effet. Dans le modèle ci-dessus, par exemple, le support métallique est figuré par un serpent dont le dard sert d’index pour la petite sphère des minutes. L’index des heures est représenté par une statuette allégorique du Temps, qui présente son doigt étendu devant la sphère en mouvement.
- 11 nenousparaît pas nécessaire d’entrer ici dans de plus longs développements ; ceux de nos lecteurs que cette curiosité nouvelle intéresse peuvent voir un modèle de la Transparerite à l’Exposition des Arts industriels, aux Champs-Elysées. X..., Ingénieur.
- t
- 1 Yoy. Table des matières des dix premières années : Horloges mystérieuses.
- Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- La Transparente, pendule mystérieuse de M. Cunge.
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- N° 7 00
- . — 50 OCTOBRE 1886. LA NATURE
- LE FREIN POUR NA.YIRES
- DK M. MAC-ADAM
- 11 n’est pas de moyen de locomotion qui n’oflre ses dangers, et la gravité des accidents croît en quel-
- que sorte avec la vitesse du moyen de transport employé. C’est ainsi (pie les trains de chemin de fer dont la vitesse est considérable offrent le spectacle de sinistres épouvantables quand ils sont arrêtés brusquement dans leur marche par un obstacle; la catastrophe de Monte-Carlo en a offert récemment
- Fig. 1. — Le steamer Ville de Florence avec le frein de M. Mac-Adam.
- un exemple lugubre, que tout le monde a encore présent à l’esprit C Pour éviter le danger, il suffit de pouvoir disposer, au moment de la rencontre, d’un frein assez énergique pour arrêter subitement ou presque subitement le mouvement des véhicules. Le frein Westinghouse répond presque complètement a la solution de ce problème, en ce qui concerne les chemins de fer ; il permet d’arrêter un train sur un très petit espace, et on doit déjà à ce remarquable système, d’avoir pu conjurer de déplorables accidents.
- La locomotion maritime, par les navires à voile ou à vapeur, n’est pas exempte de dangers de ce genre : les collisions sont malheureusement fréquentes des navires entre eux ; il arrive encore que le navigateur aperçoive tout à coup des glaces Bottantes, et quand il les voit, souvent la vitesse propre du navire lancé est trop considérable pour éviter la rencontre.
- Le problème d’un frein capable d’arrêter un navire se pose donc dans la navigation, comme dans la
- 1 Yoy. d° 673, du ‘24 avril 1886, p. 3%.
- 15e année. — 2e semestre.
- locomotion terrestre. Mais dans le cas du navire, on ne saurait penser à atteindre le fond pour chercher subitement un point d’appui. Il est de toute nécessité de trouver ce point d’appui dans Téau même où
- le navire se meut.
- Un Américain, M. Mac -Adam , a récemment • construit, à ce sujet, un : ingénieux appared que nous avons déjà signalé à nos lecteurs1, et sur lequel nous allons aujourd’hui insister avec plus de détails grâce aux documents publiés par le Scientifie American de New-York.
- M. Mac-Adam, pour diminuer sensiblement et subitement la vitesse d'un navire lancé dans l’eau, a songé au moyen de déterminer, des deux côtés du navire, l’ouverture de deux palettes ou volets qui puissent faire frein en raison de leur grande surface.
- On conçoit qu’il y avait loin de cette idée, fort simple en elle-même, à sa réalisation pratique. Notre figure 1 montre le mode de fonctionnement du système. Les larges volets en tôle de fer, renforcée par des ferrures, sont montés sur des charnières, et
- 1 Yov. a» 61)7, du 9 octobre 1886, p. 50‘2.
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- LA NATURE
- placés sur l'étambot en avant du cadre de l’hélice. ! • t # ( | Dans la position du repos, ils s'appliquent parfai- j
- tement contre les formes du navire. Chacun d’eux est maintenu dans sa position par des chaînes solides passant dans de petits écubiers ouverts dans la coque. Quand il s'agit de faire fonctionner le frein, pour diminuer la vitesse du navire, il suffit d’ouvrir ces volets qui prennent la position de la ligure 2. Cette ouverture des volets doit avoir lieu rapidement, mais il est indispensable en môme temps que leur action ne soit pas violente et qu’il n’y ait pas de choc brusque. A cet effet, les chaînes des volets remontent à la partie supérieure du navire jusqu’au-dessus de la flottaison, et s’attachent après avoir passé sur des galets convenablement disposés à de puissants ressorts en spirale, qui fonctionnent dans des cylindres représentés en coupe dans notre figure 1. Ces ressorts amortissent les chocs quand les volets s’ouvrent et que la chaîne agit sur la tige du cylindre.
- Dans la position habituelle, pendant la marche normale du navire, un appareil de déclenchement tient les volets exactement appliqués contre les formes du navire. Un fil d’acier, courant jusqu’à l’avant, permet de faire jouer sans effort le verrou de déclenchement, soit dans la cabine du commandant, soit dans le poste de l’homme de bossoir, soit enfin automatiquement au moyen d’un espars placé à l’avant, et qui rencontre le fond, quand celui-ci devient trop élevé pour le tirant d’eau du navire.
- Au moment où le déclenchement s’opère, de petits ressorts placés entre le navire et les volets éloignent légèrement ceux-ci, l’eau sc précipite alors dans la fente, en raison de la translation du navire et détermine l'écartement modéré par les ressorts.
- Le système que nous venons de décrire a été installé sur un vapeur à roues de 1 70 tonnes, la Ville de Florence, ayant 59 mètres de longueur, G1",50 de largeur, et un tirant d’eau de 5m,50; les volets présentaient environ 10 mètres de surface. 11 fut constaté que le navire lancé à toute vitesse, s’arrêtait en vingt-deux secondes, aussitôt que sa machine était stoppée; il s’arrêtait ainsi après avoir parcouru sa longueur ; si cet effet était aidé par la machine marchant à l’arrière, l’arrêt était obtenu en 12 secondes seulement. On fit d’autres essais en ouvrant les volets et en laissant fonctionner la machine a toute vitesse. Dans ces conditions, la rapidité de la marche se trouvait modérée à tel point, qu’un abordage n’aurait présenté aucun danger sérieux.
- X..., ingénieur.
- CULTURE RÉMUNÉRATRICE DU BLÉ
- Les deux plus grands producteurs de blé du monde sont actuellement les États-Unis et la France, mais les conditions dans lesquelles sont placés les cultivateurs en Europe ne ressemblent point à celles qu’ils rencontrent en Amérique.
- Pour saisir nettement comment diffère le mode d’exploitation dans ces deux contrées, il convient d’abord de rappeler que le bénéfice d’une culture se calcule en établissant la différence entre la recette que procure la vente de la récolte et les dépenses qu’elle a occasionnées.
- Considérons la récolte obtenue sur la surface d’un hectare : si 11 est le poids de cette récolte,le nombre de quintaux métriques recueillis, et V le prix de vente du quintal, il est clair que 11 X V représente la recette ou produit brut. Dans le cas de la culture du blé, l’expression de ce produit brut est un peu plus compliquée; en effet, le prix de vente du grain diffère du prix de la paille, de telle sorte que la recette sera représentée par IV Y' -b lV'V" • en appelant II' le nombre de quintaux métriques de grain recueilli, Y' le prix de vente du grain, R" le nombre de quintaux métriques de paille et Y" son prix de vente.
- De la somme ainsi réalisée, il convient, pour obtenir le bénéfice, de retrancher les dépenses; or, celles-ci sont d’abord : le loyer de la terre et l’impôt, les frais de labour, de semailles, de moisson et de battage ; l’ensemble de ces dépenses sera représenté par la lettre L, et nous désignerons enfin par la lettre E la dépense d’engrais; nous obtiendrons ainsi l’expression du bénéfice ou produit net P par la formule très simple :
- P = RV— (E + L).
- L’intérêt du cultivateur est naturellement de faire croître le produit net; il peut y réussir soit en diminuant le terme négatif de l’équation, soit au contraire en augmentant le terme positif.
- En Amérique, c’est précisément par la réduction des frais, par l’abaissement du terme négatif que le problème est résolu ; dans les grandes plaines de l’Ouest récemment défrichées, on profite des richesses accumulées par la végétation spontanée dont les débris se sont, pendant des siècles, accumulés dans le sol ; donc, pas de dépenses d’engrais ; en outre, le loyer de la terre est extrêmement faible et les frais se réduisent au labourage, aux semailles, à la moisson et au battage, ces frais sont donc restreints, et on conçoit que la culture soit encore avantageuse, bien que les récoltes soient faibles et les prix de vente très bas; on ne récolte guère plus de 8 à 10 quintaux métriques par hectare, mais comme la culture s’étend sur des milliers d’hectares, il suffit que chacun d’eux rapporte une petite somme pour que le bénéfice soit considérable.
- Dans la France méridionale, le petit propriétaire qui cultive lui-même son domaine n’obtient pas de rendements plus élevés que le pionnier américain ; il opère de kmême façon, il restreint ses dépenses, il travaille sa terre avec plus de soin, il est vrai, mais il ne compte pas sa peine, il emploie peu d’engrais, il réduit donc au minimum les dépenses et tire encore un faible bénéfice de la maigre récolte qu’il obtient; ajoutons que le prix de vente ne le préoc-
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- cuir; pas beaucoup, car très souvent le blé n’est pas vendu niais est consommé par le producteur même; c est ainsi que la culture du blé se maintient dans le sud de la France, bien qu’en moyenne le rendement y soit très faible.
- il en est tout autrement pour la culture plus étendue du centre et de la région septentrionale de la franco; la, le blé est une marchandise de vente et la baisse de prix qui s’est produite depuis plusieurs années a été pour le cultivateur une cause de perte sensible; on conçoit, en effet, que si tous les termes de l’équation restent constants, et que le chiffre Y, le prix de vente, seul diminue, le bénéfice nécessairement s’amoindrit.
- On sait combien ont été vives depuis quelques années les plaintes du cultivateur; ces plaintes ont été entendues du Parlement, qui a établi un droit de douane de 5 francs par quintal métrique de blé étranger; cette mesure a été peu efficace; les prix de vente, bien qu’ils se soient un peu relevés, sont encore assez bas, pour que les cultivateurs soient bien loin de se déclarer satisfaits ; ils assurent qu aux prix actuels, la culture du blé n’est plus rémunératrice, que les dépenses égalent ou surpassent les recettes et que tout bénéfice disparaît. Que taire dans cette situation? Quels conseils doivent donner les hommes qui étudient les questions agricoles et dont le rôle doit être d’indiquer comment il est possible de surmonter les difficultés que rencontrent les praticiens?
- Peut-on espérer faire croître le produit net en diminuant les frais? Sans doute le prix du fermage s’est légèrement abaissé, un hectare qui se louait 100 francs, ne se loue plus que 70 ou même 60 francs, et dans ce cas c’est le propriétaire qui est atteint puisque son revenu diminue; mais les 50 ou 40 francs enlevés au terme négatif de l’équation ne sont qu’un faible palliatif; peut-on, en outre, essayer encore d’atténuer les dépenses en diminuant les liais de main-d’œuvre? Dans une certaine mesure, par une surveillance très attentive des travaux, par l’emploi des machines, on réalisera quelques économies; mais encore de ce côté-là on ne gagnera pas beaucoup et le produit net ne sera que bien médiocrement relevé.
- On peut encore essayer de réduire les dépenses d en^rais, mais ici les risques sont sérieux; car, si cette diminution se traduit par un abaissement du poids de la récolte, l’économie sera plus nuisible qu’utile; il est visible,cependant,qu’il faut apporter le plus grand soin au choix des fumures et que tout engrais dont l’efficacité n’aura pas été nettement établie devra être absolument abandonné, puisque* son prix d’achat viendrait grever inutilement le produit net ; je fournirai dans la suite de ces articles des exemples d’emploi d’engrais qui, bien qu’ils aient augmenté la récolte, n’ont déterminé cependant qu’une augmentation trop faible pour que leur emploi ait été avantageux.
- Puisque nous ne pouvons diminuer le terme né-
- gatif de notre équation du produit net que de quantités insignifiantes, nous n’avons qu’une ressource, c’est de faire croître le terme positif; mais ici encore il est un chiffre V, le prix de vente dont nous ne disposons pas ; il nous est impossible d’empêcher l'Amérique et l’Inde de produire du blé ; à tout prendre, nous devons même nous réjouir de voir baisser le prix d’un aliment excellent, dont une partie de nos compatriotes est encore privée, parce que leurs ressources sont trop restreintes pour que même aux prix actuels, ils puissent acquérir du pain de froment1.
- Nous sommes donc acculés à cette conclusion : faire croître R le poids de la récolte; nous ne pouvons sortir de la position difficile actuelle qu’en augmentant le nombre de quintaux métriques de grains recueillis à l’hectare.
- La méthode qui se présente naturellement à l’esprit pour augmenter la récolte est de forcer la fumure; mais, si nous restreignons notre étude à la culture du blé, nous rencontrons là encore une nouvelle difficulté.
- Le blé, tel que l’ont fait des siècles de culture, est une plante mal équilibrée ; portant à l’extrémité d’une tige grêle un épi lourd, il a grande tendance à se coucher, à verser, suivant l’expression consacrée; or, quand le blé croît sur un sol pauvre, la paille est courte, l’épi peu garni, le blé ne verse pas; mais, si au contraire la fumure est abondante, la paille devient plus haute, l’épi plus pesant, l’équilibre est plus instable, et quand la saison devient pluvieuse pendant le mois de juillet, la récolte verse.
- Si une récolte versée n'est pas absolument perdue, elle est au moins toujours compromise; quand la .verse a eu lieu et que le temps reste ensuite beau et sec, la maturation a encore lieu; mais si, au contraire, la pluie persiste, le blé s’aplatit de plus en plus sur le sol, les tiges pourrissent, les grains germent, et les pertes sont considérables.
- Le cultivateur se trouve donc avoir à choisir entre deux alternatives également fâcheuses : ou bien ne pas employer d’engrais, se contenter de médiocres rendements qui, aux prix actuels,sont ruineux; ou bien donner une abondante fumure, au risque de tout perdre si elle détermine la verse.
- 11 est clair que tous ces inconvénients disparaîtraient par le semis d’espèces susceptibles de résister à de fortes fumures sans verser. La recherche de ces variétés m’a occupé pendant plusieurs années, et j’indiquerai dans l’article suivant à quels résultats ont conduit lés expériences exécutées à Grignon, et celles que nous avons disposées^ M. Porion et moi, à Wardreeques et à Blaringhem.
- P. P. Dehérain,
- Professeur au Muséum d’histoire naturelle
- — A suivre. — et à l’École d’agriculture de Grignon.
- 1 Voy. les articles de M. Dubost. La Nature, 1882, premier semestre, p. 09 et 107.
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- Nouvelles sonneries à cloche. — La forme ordinaire des sonneries électriques est loin d’être gracieuse, aussi s’est-011 ingénié a les modifier dans leurs formes et leurs dispositions, pour leur donner un aspect un peu plus acceptable.
- L’un des types les plus réussis dans cet ordre d’idées est la sonnerie à cloche de M.Jen-sen. Dans cette sonnerie, qui a obtenu un certain succès en Angleterre, tout le mécanisme est renfermé et entièrement dissimulé dans le timbre métallique. Ce timbre métallique nickelé présente l’aspect d'unecloche dont il possède la sonorité agréable. Dans la sonnerie Jensen, le mécanisme est constitué par un électro-aimant à une seule bobine et à armature oscillante. La disposition représentée figure 1 est d’un modèle analogue, mais moins spécial, et son fonctionnement est identique à celui d’une sonnerie ordinaire a double électro. La cloche se fixe en général sur une console plus ou moins ornée, et le fait seul de la placer sur celte console établit les communications convenables avec les deux fils qui la relient à la pile et au bouton d’appel. Ce modèle est construit dans toutes les dimensions.
- Ses avantages résident dans sa simplicité, son aspect agréable qui lui permet de s’installer dans les endroits les plus luxueux sans nuire à l’cflet décoratif, et enfin dans un son plus musical et moins strident que celui des timbres ordinaires.
- Borne» et serre-fils à connexions rapides. — Tous les amateurs qui font de nombreuses expériences avec des courants ordinaires de peu d’intensité savent combien les bornes et les serre-fils ordinaires sont incommodes, impatientent et font perdre de temps.
- C’est pour éviter ces inconvénients que M. Binkovvski a imaginé et fait établir par M. Radiguet les petits appareils représentés figure 2.
- Le n° 1 représente une borne à trou ordinaire et à queue de cochon, sans vis de serrage du fil. A
- l’intérieurde cette borne est ménagée une cavité dans laquelle vient se loger un petit ressort terminé par un butoir en laiton qui fait saillie en dehors de la borne. 11 suffit d’appuyer sur ce butoir, d’introduire le fil dans le trou et d’abandonner le tout pour que ce fil soit solidement fixé et donne un excellent contact électrique, grâce au ressort qui le presse contre le trou de la borne. La forme du ressort et de son butoir sont indiqués en r au-dessous du n° l.Le n°2 est une borne analogue encore plus simple, dans laquelle la pression est exercée par un ressort à boudin qu’il suffit d’abaisser pour dégager le trou dans lequel on engage le fil. Le
- ressort, en remontant, exerce la pression nécessaire pour assurer un bon contact. Les nos o et 4 représentent des serre-fils destinés à établir une liaison entre les extrémités des deux fils volants.
- Le n° o reproduit en double le système de ressort à boudin du n° 2. On presse le ressort dans un sens, puis dans l’autre, pour engager successivement les deux fils dans les deux trous a b, ménagés sur la pièce principale, et la liaison se trouve établie.
- Le n° 4 rappelle au contraire, pur ses dispositions, la bornen° 1. Une lame de laiton légèrementeintréeestrepliéeen équerre à ses deux extrémités : un trou est percé dans chacun de ces retours d’équerre. Un ressort fixé au milieu de cette pièce est percé lui-même de deux trous à ses extrémités. En appuyant sur ce ressort et en engageant le fil dans le trou du retour d’équerre, on maintient le ressort bandé et le fil appuyé contre la lame.
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- LES VINS D’ALGÉRIE
- Dès la plus haute antiquité, le vin était connu dans la plupart des régions de l’Asie occidentale. La Genèse fait, en effet, mention des premières plantations de vignes faites par Noé, et Homère vante l’excellence du produit des cépages qui, de son temps, complantaient les coteaux de Smyrne.
- Quant à l'Afrique septentrionale, la vigne n’y venait point spontanément; elle y a été importée par les Phéniciens; et ce, du quinzième au neuvième siècle avant notre ère. C’est au cours de cette période voisine des temps préhistoriques que le Mel-
- kartli de Tyr créa d’immenses vignobles à côté des fameuses orangeries du Jardin des Uespérides, c’est-à-dire du Maroc et de nos provinces algériennes.
- Ce pays a toujours été, depuis lors, renommé pour les produits de son industrie vinieolc. Pline cite avec éloges son passum africum, c’est-à-dire le vin de raisins cuits au soleil; il nous apprend que, de son temps, le vigneron d’Afrique savait corriger l’àpreté de ses vins ordinaires moyennant l'emploi méthodique du plâtre et de la chaux (gypao necnon calcè).
- Ultérieurement, au moyen âge, les Portugais faisaient sur la côte septentrionale d’Afrique un grand commerce de raisins secs ; continué par Marseille et
- Médca, principal centre de culture des vignes, en Algérie. (D’après une photographie.)
- Livourne, ce commerce était encore florissant en 1850, au début de l’occupation française. Nos premiers colons trouvèrent alors des plants indigènes inconnus en France, plants parmi lesquels on signale le cornichon d'Alger et le passe-doux de Bougie. Encouragés par ces découvertes, ils se mirent à l’oeuvre et plantèrent des cépages tirés de la métropole. Leurs travaux furent vite couronnés de succès, car, dès l’année 1844, Mirbel, Richard, Rrongniart et Payen adressaient à l’Académie des sciences un rapport impliquant prédiction de l’avenir vinicole de l’Algérie.
- Les plantations algériennes ont pris une extension considérable depuis le jour où le phylloxéra a fait en France sa première apparition sérieuse, et la raison
- de la progression est frappante. 11 n’y avait encore, en 1866, que 11 500 hectares de vignobles; on en comptait: en 1878, 20000; en 1882, 40000; en 1883, 60 000. Et nos colons plantent toujours.
- Du fait des hautes températures qui caractérisent le climat, la vigne d’Algérie est exceptionnellement remarquable par la rapidité de sa croissance et l’importance de son rendement. A ne parler que de la quantité, elle donne à l’hectare plus de 60 hectolitres de vin, si bien que la production totale a été, en 1882, de 681 000; en 1885, de 800 000 hectolitres.
- Quant à la qualité des produits algériens, elle a été souvent en hutte aux sévérités de la critique. On a dit que ces vins sont communs, foncés en couleur,
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- LA NATURE.
- fortement alcoolisés; qu’ils ont un goût de terroir plus ou moins désagréable; que, en ce qui touche la finesse et l’arome, ils ne sauraient être comparables à des vins de France ; qu’ils ne supportent pas le transport, etc.
- Il est vrai que, jusqu’à présent, les colons, principalement ceux de la province d’Oran, se sont attachés à produire des vins colorés à forte dose d’alcool. Pourquoi? C’est qu’ils obéissaient à la demande des négociants en gros, en quête de produits propres à faire des coupages; mais, aujourd’hui qu’il n’y a malheureusement plus découpages à faire en France, les Algériens vont modifier leurs méthodes d’exploitation.
- En ce qui concerne le reproche de goût de terroir, oui, cela est vrai, ce goût est assez prononcé durant les premières années qui suivent l’époque de la plantation, mais il est ensuite moins intense, tend à disparaître avec l’àge de la vigne et, finalement, disparaît. Cet inconvénient d’ordre secondaire n’est point, d’ailleurs, spécial au territoire de l’Algérie;
- Nombres] 566 1868 1870 1872 1874 1676 1878 1880 1882 1884 18
- en vignobles 1 s- '''
- 60 000 tooioo y*'
- 50000 : 1
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- Courbe <le l’accroissement des vignobles en Algérie.
- il est commun à tous les vins provenant de plants connus en France, mais cultivés à l’étranger.
- Quant à la finesse et à l’arome, il ne serait ni facile, ni convenable de les obtenir artificiellement; mais, disaient Brongniart et Payen en leur rapport de 1844, « tout porte à croire que, en cherchant des plants appropriés aux meilleures expositions, en adoptant des procédés de culture et de vinification perfectionnés, on parviendrait à créer des spécialités de bonne qualité, se rapprochant plus ou moins des vins étrangers provenant des contrées méridionales. » Des faits indiscutables ont amplement justifié les espérances qu’émettaient, il y a quarante ans, ces savants émérites. Il est, par exemple, évident que, dès qu’ils se seront outillés de la vaisselle nécessaire à la bonne conduite des opérations de la vinification, les viticulteurs de la région Médéenne pourront faire de bons vins bourgeois, de saveur agréable et comparables à ceux des Charentes. Il est de même hors de doute que sur leurs côtes abritées du si-roco, ils obtiendront des vins fins, équivalents aux bordeaux ordinaires.
- Vidons enfin la question des transports. Assurément, les premiers envois faits en France l’ont été par des vignerons encore mal outillés et loin d’être en mesure de travailler comme il faut le raisin.
- Mais, depuis lors, les choses ont bien changé de face, et nos viticulteurs font d’excellents produits qui se comportent parfaitement à l’exportation transméditerranéenne.
- Nous parlions tout à l’heure de vinification. C’est, il faut l’avouer, une opération qui, en Algérie, se heurte à nombre de difficultés, dont la principale est due aux hautes températures qu’accuse ordinairement le thermomètre durant la période des vendanges, c’est-à-dire de la fermentation du moût.
- Ces températures élevées sont, d’autre part, en désaccord avec les conditions générales de la conservation des vins. Tous les propriétaires de vignobles algériens n’ont pas encore de caves ni même de celliers suffisamment frais. D’où il suit que, au lendemain de la récolte, ils se trouvent dans un embarras facile à comprendre. Que faire de ces produits que, à l’exception des vins sucrés, ils ne sauraient garder longtemps sans grand dommage? Alors ils les écoulent au plus vite, ou bien ils ont recours soit au vinage, soit à ce plâtrage excessif que pratiquaient déjà les Africains contemporains de Pline.
- En somme, l’Algérie produit, dès à présent, une quantité relativement considérable de vins; la qualité s’en améliore de jour en jour, et ces produits défieront bientôt toute critique. Les préjugés défavorables que quelques essais malheureux avaient fait naître, s’évanouissent l'un après l’autre. Cela est si vrai que les vins algériens qui, naguère encore, ne servaient qîi’à faire des coupages de vins français, se vendent maintenant en France sous leur nom d’origine.
- Nous ne saurions faire entrer dans le cadre de cet article, l’étude de tous les crus de l’Algérie. Il nous faut nécessairement choisir un exemple, et nous prendrons celui de Médéa qui s’impose à nous du fait de son très ancien renom.
- Jadis occupée par les Romains (sous les noms (Yad Médias, Mediæ colonne, munimentum Media-num), Médéa est assise sur la ligne de partage des eaux du Chéliff et de la Chiflà, par 5' de longitude orientale et 56°,16' de latitude nord. Son altitude moyenne est de 930 mètres. (Voyez page 341 le panorama de la ville.)
- Le sol de la région dont elle est le chef-lieu appartient géologiquement aux terrains crétacés qui succèdent aux terrains jurassiques. Dans ces sédiments ou dépôts néocomiens, se rencontrent des stratifications argilo-calcaires, des marnes grises et blanches, des rognons de grès diversement teintés, des sables que l’oxyde de fer a colorés en rouge vif, des terres noires ou terreaux naturels, des bancs d’huîtres fossiles dont la coquille oblongue mesure de 15 à 16 centimètres de longueur. Le climat, qui est des plus salubres, peut se comparer à celui de la métropole ou, plus exactement, de la Provence. C’est à ces conditions réunies d’un heureux climat, d’un sol éminemment favorable, d’un site montagneux de grande altitude, que la région médéenne doit une végétation magnifique qui n’a rien du type africain.
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- C’est grâce à ces divers éléments d’une situation privilégiée que Médéa obtient ces vins d’une saveur particulière, si appréciée des connaisseurs et qui ont toujours eu si grand succès à la dégustation. Ces produits auxquels les jurys de toutes les Expositions ont décerné des prix, viennent encore de se faire remarquer au concours général agricole, ouvert à Paris en 1885, et à l’Exposition deLiverpool.
- Les vins présentés au concours de Paris par le Comice agricole de Médéa ont été analysés par M. Bous-singault, et nous allons donner, à titre d’exemple, le résultat de l’analyse en ce qui concerne un vin rouge récolté en 1884 par M. Siméon Figarol, viticulteur des plus distingués et président du Comice.
- D’une densité de 0,995, le vin considéré contenait par litre :
- Alcool..................422cc
- Acidité totale exprimée
- en sulfate de potasse. 5«r,505
- Crème de tartre. . . . ler,260
- Glucose.......... 0&r,250
- Tannin........... 0&r,550
- Extrait sec à 100°. . . 16sr,8
- Glycérine.......... 7sr,5
- Acide succinique. . . . l«r,46
- Cendres............ 5«r,5
- Alcali des cendres. . . lsr,050
- Les éléments constitutifs des vins de Médéa sont, d’ailleurs, essentiellement variables et parcourent une gamme étendue. Ainsi la densité varie de 2,995 à 1,025; l’alcool, de 105 à 156 centimètres cubes (par litre) ; le sulfate de potasse, de 2«r,242 à 5«r,258; la crème de tartre, de 0«r,414 à 2^r,900; le glucose, de 0 à l*r,250 ; le tannin, de 0 à 0çr,775 ; l’extrait sec, de '10®r,7 à 205^,5; la glycérine, de 5«r,2 à 11 grammes; l’acide succinique, de l«r,04 à 2^,200.
- Comme on le voit, ces vins .médéens sont généralement faibles en tannin et en alcool. Ils sont, d’ailleurs, essentiellement fins, et la quantité en est fort importante. La récolte de cet automne est de soixante mille hectolitres. Observons, en dernier lieu, qu’ils vont entrer dans la consommation courante, attendu qu’un ebemin de fer reliera bientôt Médéa au port d’Alger. E. Hknnebekt.
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- LE TYPHON EN CHINE
- DU 14 AOUT 1886
- Le P. Dechevrens envoie de son observatoire de Zi-Ka-wei de très curieuses observations sur un remarquable typhon qui a visité cette partie de la Chine le 14 août 1886, causant de grands ravages. Le typhon dont il s’agit a présenté ce caractère particulier qu’il a déterminé une dépression barométrique d’une persistance exceptionnelle ; elle a duré quatre-vingt-treize heures, pendant lesquelles le vent n’a cessé de souffler avec rage, accompagné pen-
- dant les deux derniers jours de pluies considérables. Pour se rendre compte d’un phénomène aussi extraordinaire, le P. Dechevrens a réuni tous les documents qui pouvaient l’éclairer sur la marche du météore, et voici les conclusions, qu’il a récemment publiées dans le bulletin périodique de son Observatoire :
- Comme le célèbre typhon de 1881, qui eut lieu à la même date, celui-ci est venu de la mer. Dès le 11, une dépression à Manille accusait sa présence dans le nord de Luçon ; dans l’après-midi du 13, il passait sur les îles Lou-cheou, et le 14 à midi, il abordait les côtes de Chine, aux environs de Wencliou. Après avoir continué sa course pendant quelque temps vers l’ouest, à travers leKiang-si, il se divisait en deux branches : l’une se dirigeait au sud-ouest, dont on suit facilement la marche par les observations faites à Àmoy, à Hong-Kong et au Tonkin ; l’autrate se dirigeait au nord, vers la vallée du Yang-tse-Kian®*^ Le 18 au matin, cette seconde branche se divisait à sôjï tour : tandis que sa partie la plus élevée en latitude se dirigeait droit au nord, l’autre, s’infléchissant vers l’est, retournait à la mer en suivant le Yang-tse, et passait près de Shang-haï. Au moment où cette ville se trouva entre les deux dépressions, le calme se fit subitement, et tandis que les centres des deux météores s’éloignaient l’un de l’autre, le baromètre monta à Zi-Ka-wei, le vent restant désormais très faible.
- Le P. Dechevrens constate donc cette singularité assez remarquable que le centre de la branche du météore qui passa très près de Shang-haï n’y causa aucuns désordres atmosphériques, ceux que l’on y avait observés ayant été causés par le premier passage du typhon avant sa division1.
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- « LA. LIBERTÉ ÉCLAIRANT LE MONDE »
- STATUE COLOSSALE DE M. BARTHOLDI
- 11 s’est trouvé, dans tous les temps, parmi les artistes et les sculpteurs, des hommes aux conceptions puissantes, qui ont construit des statues gigantesques, des géants de bronze ou de marbre, généralement destinés à perpétuer quelque grand souvenir dans l’histoire d’un peuple.
- Parmi nos contemporains, il est un artiste de ce genre, qui s’élève au-dessus de ses prédécesseurs par l’importance et la beauté de ses œuvres, et qui a conquis l’estime et la sympathie de tous, par son désintéressement et par les nobles sentiments qui inspirent ses conceptions. Nous voulons parler de M. Bartholdi.
- Lorsque M. Bartholdi a taillé dans un massif de pierre le Lion de Belfort, qui n’a pas moins de 46 mètres de hauteur et 28 mètres de longueur, il a fait plus que de créer un chef-d’œuvre de l’art statuaire : il a su animer le grès rouge des Vosges au pied même de la forteresse glorieuse, qui ne s’est jamais rendue à l’ennemi. Grâce au Lion de pierre, superbe et farouche dans son attitude énergique, les échos de la montagne retentiront à jamais des hauts faits de la défense héroïque.
- La statue de la Liberté éclairant le monde a eu
- 1 D’après le Bulletin de l'Observatoire de Zi-Ka~wei et le Cosmos.
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- LA NATURE.
- aussi pour origine une belle pensée. Un certain nombre de Français et d’Américains, fidèles aux souvenirs du passé, avaient résolu de célébrer d’une manière éclatante le centième anniversaire de la Déclaration de l’Indépendance des Etats-Unis. Le projet d’une statue colossale de la Liberté répandant des rayons de lumière aux abords du Nouveau Monde proposée parM.Bar-tlioldi, répondit à l’intention de l’Union franco-américaine et fut adopté par elle.
- Il fallait une grande confiance à M. Bartholdi et à son comité,pour se lancerdans une entreprise qui allait nécessiter une dépense de plus d’un million
- de francs. Mais les organisateurs ne se vaincre par aucune difficulté, et ils réussirent. Voici
- comment s’exprimait, il y a plus de dix ans, le comité français dans un appel adressé au public :
- « Il s’agit d’élever en souvenir du glorieux anniversaire un monument exceptionnel. Au milieu de la
- rade de New-York sur un îlot (l’ilot de Bedlœ) qui appartient à l’Union des Etats, en face de Long Island, où lut versé le premier sang pour l’Indépendance, se dressera une statue colossale, se dessinant sur l’espace, encadrée à l’horizon par les grandes cités américainesde New-York, Jersey-Ci ty et Brooklyn. Au seuil de ce vaste continent plein d’une ville nouvelle, où arrivent tous les navires de l’Univers, elle surgira du sein des flots, elle représentera la Liberté éclairant le monde. La nuit une auréole
- ^ Hauteurs comparées | des statues colossales S sans leurs piédestaux
- y// ij ;i
- STATUE DE LA LIBERTE S’ CHARLES BORROtiEE LA VIERGE DUPUY LA B AV ARIA
- Fig. 1.— Hauteur comparative de la statue de M. Bartholdi et de quelques statues
- colossales.
- laissèrent
- Fig. 2. — Modelage de la tète de la statue.
- lumineuse partant de son front rayonnera au loin sur la mer immense. Ce monument sera exécuté en commun par les deux peuples, associés dans cette œuvre fraternelle, comme ils le furent jadis pour fonder l’Indépendance. Nous ferons hommage de la statue à nos amis de l’Amérique ; ils se join-
- Fig. 3. — Confection d’une des mains
- dront à nous pour subvenir aux frais de l’exécution et de l’érection du monument qui servira de piédestal. »
- jamais programme n’aura été plus fidèlement rempli : au moment où ces lignes passeront sous les yeux de nos lecteurs, l’inauguration du monument a dù
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- avoir lieu dans la rade de New-York, en présence de M. Bartholdi et des invités français parmi lesquels M. Ferdinand de Lesseps, le colonel Laussedat et plusieurs autres de nos compatriotes.
- Nous avons déjà donné jadis la description de la statue colossale1; il nous suffira d’en rappeler ici les dimensions principales. Cette statue atteint une hauteur extraordinaire; placée sur son piédestal de granit de 25 mètres de hauteur, elle a elle-même 54 mètres de la tête aux pieds, et 46 mètres en y ajoutant le bras levé et le flambeau ; c’est à 2 mètres près l’élévation de la colonne de la place Vendôme. Ce colosse est unique au monde ; il dépasse de plus de moitié la célèbre Vierge du Puy, due à Bonas-sieux, juste de moitié le saint Charles Borromée situé près d’Arona sur les bords du lac Majeur en Italie, œuvre du statuaire Cérani, et qui fut exécutée en 1696 par le peuple de Milan. La Bavaria de Munich, du sculpteur Schwanthaler, est une statuette à côté de la Liberté éclairant le monde (fig. 1). Le monument de M. Bartholdi égale la taille présumée du célèbre colosse de Rhodes, et il dépasse le fameux colosse de Néron.
- La statue colossale de la rade de New-York a été faite en cuivre repoussé, et ses divers tronçons qui ont d'abord nécessité l’exécution de modèles de plâtre pour le moulage (fig. 2 et 5) ont été ajustés de manière à se recouvrir en s’emboîtant ; ils peuvent se mouvoir les uns dans les autres, pour que les effets de dilatation et de contraction sous l’action des rayons solaires et du refroidissement nocturne, n’aient pas d’influence nuisible sur la solidité du monument. Une charpente en fer est construite à l’intérieur, comme dans un phare. On monte à l’aide d’un escalier tournant jusque dans la tête et jusqu’à l’extrémité du bras. Une balustrade entoure le rebord du flambeau et le visiteur peut s’y tenir, admirant un des plus beaux panoramas du monde.
- Pendant la nuit, l’éclairage de la statue sera fait à la lumière électrique, au moyen de 15 lampes à arc et de 14 lampes à incandescence, formant les joyaux du diadème. La torche portera 5 lampes à arc de 50 000 bougies chacune, qui projetteront leur lumière vers le ciel, et l’on pense que les nuages éclairés par cette lumière verticale, seront visibles h une distance considérable.
- L’œuvre est grandiose et magnifique au point de vue de sa construction métallurgique; elle n’est pas moins belle au point de vue artistique, et cette immense femme debout, vêtue du péplum aux larges plis, doit produire un effet imposant à l’entrée du port de New-York. Elle est appropriée à son objet, ce qui est le critérium de l’art.
- Comme toutes les œuvres de M. Bartholdi, la statue américaine, nous le répétons, est inspirée par une grande idée.
- Victor Hugo, quelques jours avant sa mort^ écrivait à l’illustre sculpteur :
- 1 Yoy. n°261, du 1er juin 1878, p. 13.
- « La forme au statuaire est tout, et ce n’est rien-.
- Ce n’est rien sans l’esprit, c’est tout avec l’idée. »
- L’idée, chez M. Bartholdi, c’est de travailler à maintenir l’art français au premier rang, par des œuvres exceptionnelles qui sont l'étonnement et l’admiration du monde: c’est de mettre les ressources de son talent, avec un dévouement et une abnégation rares, au service de son pays.
- L’idée chez M. Bartholdi, c’est la flamme du patriotisme qui l’allume : nous savons d’ailleurs que le célèbre sculpteur aime à être considéré comme deux fois français, en sa qualité de fils de l’Alsace.
- Gaston Tissandier.
- DISTRIBUTION DE IA FORCE MOTRICE
- PAH L’Ail! COMPRIMÉ, A BIRMINGHAM
- Une Compagnie, formée au capital de 7 500 000 francs, vient d’obtenir les autorisations nécessaires du Parlement anglais, pour la distribution de l’air comprimé dans certains quartiers de la ville de Birmingham. La localité est on ne peut mieux choisie, car cette ville contient une quantité considérable de fabriques et de petits industriels employant la force motrice.
- Les promoteurs décrivent de la manière suivante les avantages offerts par le système proposé :
- L’air comprimé est la seule force motrice qui, par son application à toutes sortes de machines à vapeur, permette de se dispenser entièrement de la chaudière et de son foyer et en même temps d’employer les mêmes appareils fonctionnant actuellement à la vapeur, économisant ainsi des frais d’installation ou d’adaptation.
- L’air comprimé fourni par la Compagnie pour le fonctionnement des ascenseurs sera plus économique que la force hydraulique. Outre ses nombreuses applications comme force motrice, telles que conduite de moteurs, propulsion de tramcars, marteaux-pilons, pompes, etc., l’air comprimé sera largement employé pour une quantité d’autres usages tels que la réfrigération, la ventilation, l’éclairage électrique.
- En ce qui concerne l’éclairage électrique dont le progrès a été, au dire des promoteurs, retardé par la difficulté et le coût de la conduite des dynamos au moyen de moteurs à vapeur ou à gaz, l’air comprimé constitue le meilleur intermédiaire et sera disponible, le soir, après la cessation du travail dans les manufactures.
- Les promoteurs de la Compagnie se proposent d’installer une station centrale de laquelle l’air comprimé serait d’abord distribué dans quatre des quartiers les plus favorables à l’exploitation. La surface desservie serait d’enviion 1000 hectares et la longueur de canalisa*- > tion de 40 kilomètres environ. La force motrice ne serîtf^ à l’origine, que de 6000 chevaux-vapeur, mais l’usine sera aménagée de façon à pouvoir y installer, au fur et à mesure des besoins, une force motrice totale de 15000 chevaux; de plus, un emplacement sera réservé pour pouvoir, au besoin, installer une autre force de 15 000 chevaux.
- Le traité passé pour l’achat du terrain, la construction des bâtiments, la construction des machines, là canalisation, etc., pour une installation des premiers 6000 chevaux, comporte une dépense de 5 742 850 francs.
- M. Sturgeon, l’ingénieur de la compagnie, et l’inventeur du système de compresseurs à air devant être em-
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- ployé, estime, dans un mémoire lu par lui devant l’Asso-ciaiion Britannique lors de son dernier et récent meeting, que, quoique 1000 chevaux de la station centrale pourraient bien ne produire que 500 chevaux effectifs dans les moteurs du consommateur, ces 1000 chevaux n’en déplaceront pas moins au moins 1000 autres représentés par des forces motrices de petites dimensions. D’après une série d’expériences exécutées par Sir Frederick Bramvvell et M. Percv, ingénieurs, pour le compte de la Corporation de Birmingham, la consommation actuelle de combustible dans de petites chaudières de 4 à 25 chevaux, varie de 16\500 à 5h,850 par cheval-vapeur et par heure. La centralisation de force permet d’installer des chaudières et moteurs de puissances considérables et pourvus de tous les perfectionnements modernes, tels que haute pression, triple détente, chauffage au gaz, etc. M. Slurgeon estime qu’à la pression à laquelle il s’est proposé de comprimer l’air, savoir 5 kilogrammes par centimètre carré, les moteurs secondaires, c’est-à-dire actionnés par la pression de l’air, donneraient de 50 à 05 pour 100 de la puissance développée aux machines motrices principales, suivant la manière de se servir de l’air comprimé; et que, dans ces conditions, et étant donné le prix auquel l’air doit être livré à la consommation (2 centimètres par mètre cube), l’air comprimé arriverait chez le consommateur dans des conditions telles que le cheval-vapeur ne représenterait plus qu’une consommation horaire de 2k,250 à lk,040 de combustible. Nous souhaitons vivement que M. Sturgeon ne se trompe pas dans ses prévisions, mais nous craignons, autant pour lui que pour ses actionnaires, que tout ne se passe pas dans la pratique comme il le prévoit dans ses calculs.
- Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une entreprise considérable dont nous ne contestons pas l’intérêt.
- La Compagnie partagera d’ailleurs avec ses abonnés tout surplus excédant 10 pour 100 de dividendes; il s'agit donc d’une véritable coopération.
- Le coût moyen du cheval-vapeur indiqué, annuel, à Birmingham, pour des puissances inférieures à 25 chevaux est de 446 fr. 55 ; le coût moyen du cheval-air annuel, au taux de 2 centimes par mètre cube serait de 517 fr. 20. La consommation se payera au compteur, un appareil spécial ayant été imaginé qui enregistre non seulement le volume d’air passant par l’appareil, mais encore la pression sous laquelle il traverse l’appareil.
- On se propose d’employer la distribution d’air comprimé pour installer un service d’horloges pneumatiques.
- Pour ce qui concerne les détails techniques de l’installation, nous extrayons du journal Engineering du 1er octobre, dans lequel se trouve un long article accompagné d’illustrations détaillées, les particularités suivantes :
- La canalisation se composera de tuyaux en fer de diamètres variant entre 60 et 18 centimètres.
- Le charbon, amené à l’usine sur les trucs, sera déchargé directement sur les plates-formes de chargement d’une batterie de 51 cornues Wilson de distillation ; il sera converti en gaz qui, par un conduit souterrain sera distribué à quarante-cinq chaudières système Lane disposées par batteries de trois chaudières pour chaque chambre de machine. Les chambres de machines seront au nombre de quinze, et chacune, outre ses chaudières, contiendra une machine à vapeur à balancier et triple détente d’une force de 1000 chevaux indiqués. Chaque moteur actionnera six cylindres de compression à simple effet, d’une capacité totale de 56 mètres cubes d’air à 5 kilogrammes de pression par centimètre carré, par minute.
- La consommation d’eau pour la vaporisation et aussi pour le refroidissement des cylindres compresseurs est estimée à 27 000 mètres cubes par jour.
- Le compteur paraît quelque peu compliqué, se trouvant pourvu, outre les accessoires indispensables à tout appareil de cette nature, d’un intégrateur, d’aimants, électroaimants et d’un contact électrique envoyant un signal à l’usine à chaque passage de l’aiguille sur le chiffre de 1000 pieds cubes (28 mètres cubes).
- L’installation des 15 000 chevaux est estimée devoir revenir à 6 920000 francs.
- Cette entreprise est très populaire à Birmingham et la Compagnie a été fortement appuyée, dans sa demande de pouvoirs au Parlement par la Corporation de cette ville, qui s’était livrée au préalable à des recherches, expériences et expertises des plus sérieuses.
- Il faut s’attendre bientôt à voir d’autres villes imiter Birmingham. J.-A. Berry.
- EMPOISONNEMENT PAR LE LAIT
- Ne croyez pas qu’en parlant d’empoisonnement je fasse allusion au lait plus au moins écrémé, frelaté, additionné de produits de tous genres qu’on nous vend dans les grandes villes.. Non, il s’agit bien de lait naturel, pur, et c’est là ce qui donne, je crois, au fait un certain intérêt.
- Le 7 août dernier, vingt-quatre personnes habitant un hôtel de Long Ilranch, une des plages en renom de l’Amérique, étaient prises, trois ou quatre heures après le dîner, d’accidents graves tout à fait analogues à ceux d’un empoisonnement, sécheresse de la gorge, nausées, vomissements, crampes, état de collapsus et dans quelques cas rares, diarrhée profuse. Dans la même soirée, dix-neuf voyageurs, d’un autre hôtel, éprouvaient des symptômes similaires. Une semaine plus tard, nouveaux cas d’empoisonnement dans un troisième hôtel ; trente personnes tombaient malades en même temps peu d’heures après le dernier repas. Aucun des accidents, heureusement, ne fut mortel. Presque tous les malades étaient sur pied le lendemain, ne gardant de leur intoxication qu’un peu de fatigue et d’abattement.
- Cette sorte d’épidémie toxique fit grand bruit et le Bureau de la santé prescrivit une enquête qui fut confiée aux docteurs Newton, inspecteur sanitaire et S. Wallace, chimiste du bureau. On chercha tout d’abord s’il y avait eu ingestion de viandes avariées, si les aliments avaient été cuits ou servis dans des vases de cuivre; on ne trouva rien de semblable. Il n’avait été servi aux repas ni homards, ni crabes, ni moules, etc. L’enquête révéla ce détail que les seules personnes malades avaient pris du lait en plus ou moins grande quantité et les plus indisposées n’avaient pas absorbé d’autre aliment. Il devenait évident que le lait devait avoir été la cause de ces accidents.
- Les irfspecteurs purent se procurer du lait suspect; c’était le même laitier qui avait fourni les trois hôtels où était survenu l’empoisonnement. Le lait
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- examiné ne contenait aucune substance étrangère qu’on pût incriminer et n’avait pas été baptisé d’une eau impure ; les vaches du fermier étaient en parfait état de santé et n’avaient été nourries qu’avec un fourrage de première qualité.
- C'était bien le lait lui-même qui était la source de l’intoxication et voici comment. Le lait servi les soirs de l’accident était du lait qui avait été trait le matin et qui n’avait pas subi la réfrigération à laquelle on le soumet d’habitude. Il avait été renfermé à peine sorti du pis de la vache, encore chaud, dans les vases de transport et charrié à huit milles de distance à l’heure la plus chaude de la journée, par une température sénégalienne. Il n’en avait pas fallu davantage pour développer une sorte de fermentation putride dont l’analyse révéla les traces sous la forme d’un alcaloïde puissamment toxique.
- MM. Newton et Wallace purent en effet isoler par des opérations chimiques, qu’il est inutile de rapporter ici, une substance cristalline découverte par Yaughan dans le fromage, la crème glacée, à laquelle ce chimiste a donné le nom de tyrotoxicon. Un fragment de cristal de cette substance déposé sur la langue, donne une sensation de brûlure intense ; quelques parcelles, mélangées à du lait et administrées à un chat déterminèrent chez cet animal des accidents toxiques des plus violents.
- Il ne paraît donc pas douteux que ce soit a cette cause qu’il faille attribuer cet empoisonnement multiple. En 1883, trois cents personnes avaient été prises d’indigestion grave après l’ingestion d’un fromage d’une fabrique de l’Ohio. C’est dans le cours des recherches qu’il fit sur cet accident, que Yaughan découvrit la ptomaïne du fromage, le tyrotoxicon. On a observé plusieurs fois des accidents sérieux chez des consommateurs de glaces à la vanille et l’on peut se demander si ces empoisonnements imputés, faute de mieux, à la vanille, ne seraient pas du même ordre que ceux que je viens de rapporter. C’est en tout cas un sujet d’études intéressant pour les chimistes et les hygiénistes. I)r A. Cartaz.
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- THERMOMÈTRE MÉTALLIQUE
- Cet appareil, imaginé par M. Fermis, est complètement différent comme principe, des thermomètres métalliques bien connus de Bréguet et des appareils analogues fondés sur la différence des effets de dila-
- tation linéaire de deux ou plusieurs métaux superposés. Basé sur le principe du manomètre Bourdon et sur la dilatation des liquides, il se compose d’un tube de cuivre à parois excessivement minces d’environ 30 centimètres, très écroui, enroulé en spirale et préalablement rempli d’huile d’œillette traitée d’une façon spéciale et complètement privée d’air.
- Le tube étant fixe, l’extrémité de la spirale commande par levier une aiguille qui se déplace devant un cadran gradué.
- Sous l’influence de la chaleur, l’huile se dilate, déforme la spirale et tend à l’ouvrir ; si au contraire la température s’abaisse, le liquide diminue de volume et la spirale de cuivre se contracte, s’enroule par suite du retrait de l’huile et de l’élasticité du métal.
- Ce thermomètre est d’une grande sensibilité, et les degrés sont égaux. Il permet de mesurer des températures très différentes. Comme les grandeurs du degré dépendent du rapport des bras de levier, on peut aisément construire des thermomètres de graduation très large ou très restreinte, surtout si on ajoute l’influence d’un réservoir de liquide plus ou moins grand et proportionné à l’effet que l’on veut obtenir.
- Le grand avantage de ce thermomètre, est qu’il peut très aisément être transformé en indicateur électrique de température par/l’adjonction de contacts convenablement reliés à une sonnerie et à une pile.
- Les aiguilles de contact remplissent également le rôle d’indicateur de maxima et de minima.
- Les emplois de cet appareil sont donc très variés, puisqu’il remplit a la fois le rôle de thermomètre ordinaire, celui de thermomètre à maxima et minima, et que de plus il peut être transformé en avertisseur électrique d’incendie ou de température , soit pour chambres de malades, hospices, cafés, ateliers, magasins, poudreries, couveuses, serres, etc., etc.; et que même il peut devenir indicateur de lumière en le plaçant dans le voisinage d’une source lumineuse obtenue par combustion.
- L’abaissemént de température qui se produit à l’intérieur d’une lanterne de disque de chemin de 1er, par exemple, pourra très facilement être signalé à distance.
- Nous bornerons à ces quelques exemples la nomenclature des applications très nombreuses de cet ingénieux appareil.
- Thermomètre métallique de M. Fermis.
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- LA NATURE.
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- BIBLIOTHEQUE DE
- Six mois aux Etats-Unis1
- LA NATURE »
- par
- M. Albert Tissaniheii.
- Nos lecteurs ont assurément apprécié l'intérêt des Lettres d'Amérique récemment publiées dans La Nature par M. Albert Tissandier, qui, après avoir parcouru toutes les régions intéressantes des Etats-Unis, la plume et le crayon à la main, a eu l'heureuse fortune de pouvoir visiter les travaux de Panama lors du voyage de M. Ferdinand de Lesseps dans l’isthme américain, et de revenir en France par le golfe du Mexique, la Nouvelle-Orléans et New-York. Ces notices ont fourni le canevas d’un livre où l’auteur a complété sa relation et dans lequel il a ajouté des cartes fort bien exécutées, et des gravures inédites faites d’après nature. Cet ouvrage, éminemment intéressant et instructif, nous donne sous une forme familière, le tableau des merveilles de la nature en Amérique, et des pro-’ activité du travail de
- Fig. 1. — Les Indiens Utes, dans la forêt vierge de Kaibab (Etats-Unis).
- diges de
- et
- ses habitants. En outre de son séjour dans les villes, M. Albert Tissandier a parcouru les régions presque encore ignorées du Colorado où l’on admire les canons, défilés grandioses qui recouvrent un territoire immense presque aussi considérable que celui de la France entière ; il nous raconte ses
- ^ U—-
- Fig. 2. — James Wilson, dit VExpansionisl, ayant la faculté de gonfler sa poitrine. (D’après une photographie.)
- curieuses visites chez les Peaux-
- 1 Six mois aux États-Unis. Voyage d'un touriste dans l'Amérique du Nord, suivi d'une excursion à Panama. Texte et dessins par Albert Tissandier. — Paris, G. Masson.
- Rouges (fîg. 1 ) et nous retrace par le crayon la vue de panoramas gigantesques et imposants. La note anecdotique donne au récit beaucoup d’agrément, et à côté de la description des usines et des villes, des ponts merveilleux et des scènes de la nature, l’auteur a rencontré ça et l'a un grand nombre de'curiosités amusantes qu’il offre à ses lecteurs. Nous en citerons un exemple par l’histoire des Muséums américains et de YExpansionht.
- a Dans la plupart des villes des Etats-Unis, dit l’auteur, les soirées sont difficiles à passer pour les touristes ; les magasins sont fermés dans les rues dès six heures et jamais on ne pourrait croire au mouvement extrême qu’il y a eu dans la journée, tant elles sont devenues tristes et désertes. Les seuls endroits où se trouvent les théâtres sont brillants, et on peut encore entrer quelques instants dans les établissements de troisième ordre qu ’on appelle là-bas des Muséums. Ils sont presque toujours formés de deux étages. Au premier, le public entre dans une galerie d’ex-i position où il peut
- voir des objets d’histoire naturelle , des animai! x vivants, apportés de contrées lointaines, et des monstruo sités comme nous .éy . en avons dans nos
- £§||| foires : les fem-
- K mes colosses, les
- nains, les albinos, etc. Au rez-de- chaussée, moyennant un supplément d e quelques sous, on
- entre dans une salle de concert ou un petit théâtre. On entend ainsi, pour achever la soirée, des chansonnettes ou un vaudeville quelconque.
- o Dans la ville de Boston, en août 1885, un
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- LÀ NATURE.
- Muséum venait de faire son inauguration dans le quartier le plus central, et, parmi les phénomènes les plus curieux à contempler, l’un d’eux excitait l’étonnement de tous. Il s’agit de James Wilson, dit YExpcin-sionist ou le Délice des savants. Cet homme est doué d’une faculté extraordinaire; il a une puissance de respiration exceptionnelle. On le voit d’abord au repos comme l’indique notre gravure à gauche (fig. 2). Aucune supercherie n’est possible, il n’a exactement pour tout vêtement que son maillot. James Wilson ferme ensuite sa bouche pour retenir sa respiration et on voit sa poitrine s’enller graduellement jusqu’à prendre un développement tout à fait anormal. Il peut rester dans cet état quelques secondes et prononcer plusieurs mots, mais d’une voix affaiblie et oppressée. II ouvre sa bouche enfin, en faisant avec sa main le geste qu’on ferait pour crever un sac de papier gonflé, et sa poitrine se dégonflant, est instantanément remise dans sa situation première. A côté de lui sur la même estrade, son frère mangeait des brioches imbibées de pétrole et*faisait Yhomme-volcan en lançant du feu par la bouche. Il coulait aussi de la cire à cacheter fondue sur sa langue; mais ces sortes détours n’excitaient pas le même degré d’étonnement parmi la foule que YExpansionist. »
- L’ouvrage de M. Albert Tissandier ne comprend pas moins de 82 gravures, de 8 planches hors texte et de 2 cartes. G. T.
- SUR
- U RACINE CUBIQUE D’UN CUBE PARFAIT
- Soit à extraire la racine cubique d’un cube parfait de 7, 8 ou 9 chiffres.
- On obtient immédiatement le premier chiffre de gauche de cette racine puisque c’est la racine de la tranche des mille du nombre proposé. Le chiffre de droite est aussi très facile à déterminer puisque les cubes des neuf premiers nombres se terminent tous par des chiffres différents. Reste à trouver le chiffre du milieu.
- 1er cas. — Soit à extraire la racine cubique de 251 475 544. Le 1er chiffre à gauche est 6, racine de 251. Le premier chiffre à droite est 4, puisqu’il n’y a que le cube de 4 qui se termine par un 4.
- Retranchons du nombre proposé le cube des unités : 64 ; il reste 251 475 480. En considérant notre nombre comme le cube d’une somme de deux parties, on voit facilement que le chiffre 8 que nous rencontrons à gauche du 0 dans le reste obtenu doit être celui qui termine le triple produit du carré des unités par les dizaines lorsqu’on fait le cube de la racine. Or le carré des unités 4 se termine par un 6 ; trois fois ce carré donnera comme chiffre final 8, et par suite le chiffre des dizaines de la racine est 8/8 ou 1. Le nombre cherché est donc 614.
- 2“ cas. — Mais, comme il est facile de s'en assurer, on ne tombe ainsi du premier coup sur le résultat que si le chiffre des dizaines de la racine est 1, 5, 7, 9 ou si le triple produit du carré des unités par les dizaines de cette racine se termine par un de ces chiffres 1, 5, 7 ou 9. Prenons en effet le nombre 582657176.
- Tout d’abord, on voit immédiatement que le chiffre des centaines de la racine est 7 et celui des unités 6. Le
- triple produit du carré des unités par les dizaines se termine ici par un 8, et en soustrayant le cube des unités : 216 du nombre donné, il reste 582656 960. Or, 2 fois 8 se termine par un 6; mais il en est de même de 7 fois 8; on hésite donc entre les nombres 726 et 776. La difficulté est vite levée si on remarque que les nombres entre lesquels on hésite sont toujours différents de 5 unités.. Exemple ici : 2 et 7. J1 n’y a donc qu’à supposer la racine doublée, c’est-à-dire à multiplier le cube donné par 8. Si c’est le plus grand nombre qui doit être pris, le chiffre des centaines de la nouvelle racine doit être égal à deux fois l’ancien plus une unité ; si c’est le plus petit des deux chiffres, le nouveau chiffre des centaines est juste le double de l’ancien. C’est le cas ici. En effet, 582657'176x8 = 5061257 408. La racine cubique de 5061 est 14, double du chiffre 7 des centaines de la racine. Il faut donc prendre 2 et non 7, c’est-à-dire 726, et non 776.
- 5e cas. — La racine se termine par un 5. On multiple encore le nombre donné par 8, c’est-à-dire la racine par 2. Celle-ci est alors facile à trouver, puisqu’elle ne comprend plus que deux chiffres significatifs. L. Gutode.
- CHRONIQUE
- Découverte des comètes. — La petite ville de Rochester, située dans l’état de Nexv-York, à quelque distance du lac Ontario, possède depuis quelques années un Observatoire portant le nom de M. Warner, son fondateur. Ce généreux patron de l’astronomie a laissé, en outre, des fonds destinés à récompenser pécuniairement les astronomes qui découvrent des comètes. Au commencement du mois, cette libéralité a donné lieu à un incident assez curieux. Le 5 octobre dernier, le professeur Swift, qui est chargé de distribuer les primes, reçut un télégramme de son confrère, M. E.-E. Bernard, directeur de l’Observatoire Yanderlnlt, situé à Nashville, capitale de Tennessee, lui annonçant qu’il venait de découvrir une comète assez brillante visible dans la constellation du Lion et réclamant le payement de la prime. A peine M. Swift avait-il vérifié la découverte, qu’il reçut un autre télégramme de la part de M. Har-twig, directeur de l’observatoire de Strasbourg, pour l’avertir qu’il avait aperçu une comète dont les coordonnées célestes répondaient à celles de l’astre du professeur Bernard. Le New-York Herald annonce que l’astronome américain est arrivé bon premier, ce qui ne surprendra personne, car depuis quatre années M. Bernard n’a pas découvert moins de six comètes, et le montant des primes qu’il a touchées s’élève à une somme de 5 à 6000 francs. C’est, on en conviendra, une manière agréable et intelligente de se faire des rentes.
- Emploi des chiens dans l’art militaire. — Le
- pigeon est maintenant acquis à l’art militaire, où les services qu’il peut rendre sont de la plus haute importance. L’ami fidèle de l’homme, le chien, ne devait pas échapper au progrès ; et pendant les dernières manœuvres de l’armée allemande, en Alsace, des chiens dressés à la transmission des dépêches se sont acquittés de leur mission avec intelligence et célérité. Le chien employé est une sorte de chien de berger; lorsqu’il n’est pas utilisé comme messager, il accompagne les éclaireurs ou les sentinelles auxquels il rend des services considérables en donnant l’alarme à la moindre occasion.
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- LA NATURE.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 octobre 1886. — Présidence de M. l’amiral JuRIEN DE LA GrAVIÈKË.
- Nouvelle météorite. — Le directeur général du Gcolo-gical Survey de l’Inde, M. Medlieott, vient d’offrir à la collection de géologie du Muséum d’histoire naturelle une météorite tombée le 27 janvier dernier à Nammianthul, dans la province de Madras. Nous ne sommes pas encore informé des circonstances de la chute, mais la pierre ne paraît pas présenter de caractères exceptionnels de composition. Elle fait partie de notre type lithologique lucéite et. se signale par une proportion relativement considérable de grains métalliques. La pâte gris clair de la roche est parsemée de petites taches ocreuses résultant visiblement de l’oxydation d’un composé ferrugineux, sans doute du protochlorure de fer.
- Nouvelle espèce de Poroxylée. — Dans une note présentée par M. Duchartre, mon savant collègue et ami, M. B. Renault et M. E. Bertrand signalent la découverte qu’ils viennent de faire d’une nouvelle plante fossile. On sait d’après leurs publications antérieures que l’organisation générale des Sigillaires se retrouve dans les végétaux composant la famille des Poroxylées ; comme ces dernières sont bien plus communes que les Sigillaires, leur structure est mieux connue. Les quartz de Grand-Croix viennent de fournir une troisième espèce de Poroxylon, le P. Stcphanense, qui s’ajoute aux P. Boysseti et P. Edwardsii et remarquable par le développement du limbe de ses feuilles. Le bois des faisceaux foliaires est double comme celui des Cycadées, mais bien plus développé. On compte 5 ou 6 rangées en épaisseur de vaisseaux centripètes, et jusqu’à 17 rangées de vaisseaux centrifuges dans le bois secondaire; ce dernier présente nettement les traces de deux périodes d’accroissement. Comme dans un grand nombre de plantes phanérogames, le bois rayonnant secondaire de la tige et des racines était très développé.
- L’homme tertiaire. — En offrant à l’Académie un nouveau volume qu’il vient de publier, M. de Quatre-fages affirme de nouveau, avec toute son autorité, l’existence incontestable en Europe de l'homme à l’époque tertiaire. Il remarque, du reste, que l’extension de l’homme quaternaire dans toutes les régions et jusqu’en Patagonie suffit pour rendre évidente son existence antérieure. Il ajoute que si l’homme tertiaire (race de Cannstadt) est indiscutable en Europe, rien jusqu’ici n’indique sa réalité en Amérique. D’après l’auteur, le berceau primitif de l’humanité serait l’extrême nord de l’Asie. Le livre de M. de Quatrefages, qui inaugure une bibliothèque ethnographique, est certainement destiné à produire une vive sensation.
- Le transport de l’énergie. — C’est d’une manière très particulière que M. Mascart signale des expériences de transport de la force que vient de réaliser M. Fontaine. Ce qui en fait l’intérêt principal, c’est que le résultat a été fourni par des machines magnéto-électriques du type industriel. Quatre machines de Gramme servaient d’excitatrices et trois autres de réceptrices. L'auteur a transporté ainsi près de 50 chevaux de force représentant 52 pour 100 du travail fourni.
- Propriétés de l’acier. — Un chimiste très connu, M. Osmond, a observé de très curieux mouvements calo-
- rimétriques dans une masse d’acier qui se refroidit. Le métal, contenant 0,50 pour 100 de carbone, a été porté à 800 degrés puis abandonné à un refroidissement tel qu’un degré était perdu par seconde. Un reconnaît que vers 675 degrés le refroidissement s’arrête et que la barre se réchauffe spontanément jusqu’à 700 degrés.
- m
- Varia. — Par l’intermédiaire de M. Milne-Edwards, M. de Guerne signale, dans les résultats des dragages opérés par l’expédition du Cap Ilorn, une série de vers nouveaux. Un nouveau solénogaster a été découvert dans le golfe de Gascogne par MM. Marion et Kowalewsky. — D’après M. Guignard, la stérilité des hybrides végétaux tient à la constitution même de leurs organes reproducteurs. Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- ENCRE CHANGÉE EN EAU. ----- VIN CHANGÉ EN LAIT.
- LA FLEUR A TROIS COULEURS
- J’ai eu l’occasion d’assister récemment aux amusantes expériences d’un prestidigitateur habile qui a bien voulu m’initier en faveur des lecteurs de La Nature à l’un de ses tours les plus curieux. Quoiqu’il s’agisse, en réalité, d’un trompe-l'œil, nous ferons connaître le moyen employé pour changer de l’encre en eau, ou du moins pour faire croire aux spectateurs crédules que de l’encre peut être changée en eau.
- Le prestidigitateur apporte sur une table un verre à moitié plein d’un liquide noir qui a toute l’apparence de l’encre. 11 présente à l’assistance une carte blanche; il la trempe dans le verre et il la retire toute marquée de noir (fig. 1, à gauche). Gela fait, il cache le verre sous une étoffe opaque; il retire subitement cette étoffe, et le verre apparaît avec un liquide clair qui est de l’eau (fig. 1, à droite).
- Ce tour excite au plus haut point l’étonnement, quand il est bien exécuté. Rien n’est plus facile que de le réussir.
- On verse de l’eau pure dans un verre gobelet ; on découpe dans une étoffe de flanelle, de drap ou de cachemire, noire, une bandelette ayant juste la hauteur du liquide. On place cette bandelette dans l’eau contre les parois du verre : à une certaine distance, l’eau ainsi présentée a toute l’apparence de l’encre.
- On a préparé à l’avance un petit carton de la grandeur d’une carte de visite, on le peint, au tiers de sa surface, en noir avec de l’encre, d’un côté seulement. Quand on montre cette carte aux spectateurs, on la présente du côté où elle est blanche; on la trempe dans l’eau entourée de son étoffe noire ; on la retourne et on la représente du côté où elle est peinte en noir à sa partie inférieure ; elle paraît ainsi avoir été réellement dans de l’encre.
- On recouvre le verre d’un carré d’étoffe opaque, on l’enfonce dans le verre de manière à pouvoir saisir avec les doigts la bandelette de drap ou de flanelle noire. On retire le tout vivement et le liquide noir apparaît en eau.
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- LA NATURE.
- Cette expérience montre avec quelle lacilité certains mystificateurs peuvent opérer des supercheries quand ils présentent leurs expériences sous l’influence d’agents surnaturels.
- Des récréations du même genre peuvent être ob-
- tenues d’une façon plus scientifique au moyen des précipités chimiques. Ajoutez à l’acide acétique eris-tallisable de la teinture d’iode, vous aurez un liquide rouge analogue d'aspect à du vin. Versez dans le mélange une dissolution d’hyposulfite de soude,
- Fig. 1. — Une expérience amusante de prestidigitation. — Changer de l’encre en eau.
- vous obtiendrez un liquide blanc laiteux. 11 semblerait que du vin s’est changé en lait.
- Versez de l’iodure de potassium dans un sel de mercure (bichlorure de mercure, par exemple), en dissolution aqueuse, vous aurez un précipité rouge d’io-dure de mercure : un excès de réactif dissout le précipité et le fait immédiatement disparaître. Cette expérience est très curieuse, car les deux liquides ont l’aspect de l’eau.
- Puisque nous en sommes parmi les changements
- Fig. 2. — Une lleur à trois couleurs, bleu, blanc, rouge.
- a vue, nous citerons, en terminant, la curieuse fleur artificielle a trois couleurs que nous a présentée récemment un fabricant de jouets (fig. 2). A gauche de la figure (n° 1) vous voyez la fleur qui est blanche; par un mouvement brusque du bras, vous la rendez rouge, puis, par un autre mouvement, bleue.
- La fleur blanche, en papier mince, se plie comme un éventail ; elle est placée entre deux feuilles souples garnies d’un morceau de plomb à leurs parties
- extrêmes. Par unmouvement convenable, vous relevez la feuille verte et vous pliez sous son poids la fleur blanche : une fleur de papier rouge se déroule et apparaît (fig. 2, n° 2). Une feuille bleue est ainsi disposée de l’autre côté.
- Si le mouvement est rapide, l’œil ne peut pas apprécier le moyen dont on
- se sert pour opérer cette petite transformation, qui peut être considérée comme une amusante expérience d’optique. Dr Z...
- Le propriétaire-gérant : G-Tissxnmer. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus à Paris.
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- N* 701.
- 6 NOVEMBRE 1886,
- LA NATURE.
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- LA
- TEMPÊTE DES 43 ET 16 OCTOBRE 1886
- La dépression barométrique ayant accompagné la tempête des 15-16 octobre 1886, qui s’est mani-lestée sur une grande partie de l’Europe, a été l’une des plus considérables dont les météorologistes aient enregistré depuis longtemps les elfets. Les journaux quotidiens ont publié un grand nombre de renseignements contradictoires à ce sujet. Nous reproduisons la note que M. Renou a adressée à l’Académie des sciences Sur l'abaissement du baromètre observé au parc de Saint-Maur le 16 octobre 1886.
- J’ai signalé à l’Académie (séance du 17 mai 1886) un abaissement extraordinaire pour la saison, que nous avons observé le 13 mai dernier. Cette dépression était en rapport avec une immense tempête qui embrassait à la fois les Etats-Unis, l’océan Atlantique et l’ouest de l’Europe. Il vient de se produire, le 16 octobre, un abaissement non moins insolite, dans des circonstances tout à fait pareilles. A 4 heures du soir, le baromètre descendait à 727“m,06 à l’altitude de 49ra,30 : la température de l’air était à 10°,4, le vent du sud-ouest fort; il était sud-sud-, ouest violent deux heures auparavant. Il est tombé 19 millimètres d’eau dans la journée.
- Ce minimum barométrique, qui équivaut à 731”“,57 au niveau de la mer, est sans exemple, en octobre, depuis 1757.
- 11 s’agit des observations faites à Paris. Les dépressions observées sur le bord tle la mer sont généralement beaucoup plus intenses, et le baromètre s’est abaissé au Havre encore plus qu’a Paris. Cette dépression a eu lieu dans des circonstances particulières, comme l’indiquent les observations suivantes que nous recevons de M. Emile Sorel fils.
- La tempête des 15 et 16 courant a présenté, au Havre, une anomalie assez singulière, c’est que la très grande baisse barométrique a calmé le vent qui soufflait depuis huit jours environ. Les premiers jours,l e vent était disproportionné, comme force, avec l’état du baromètre, qui se maintenait assez haut; quand la colonne mercurielle a baissé, le vent a augmenté, sans arriver à l’état d’ouragan; le samedi matin, 16 octobre, à 8 heures, le baromètre était à 732 millimètres (dans les cinq heures 14' année. — 2° semestre.
- qui suivirent, il baissa de 7 millimètres) ; à midi, 726 millimètres, accalmie complète, je me crois au centre du tourbillon; à 1 heure, 725 millimètres, la tempête était passée; le vent tourne au nord-ouest, soufflant bonne brise seulement ; le soir, le paquebot de New-York sort sans encombre, et le lendemain le-baromètre a 740 millimètres seulement, mer calme et beau temps. Il me semble que la tempête devait cheminer vite, et que son côté maniable était tout à fait bon.
- Au Havre, on avait rarement vu le baromètre aussi bas ; je n’ai que deux exemples d’une baisse plus forte ; 723 millimètres il y a quelques années, et 721 millimètres le 10 décembre 1872.
- Un de nos collaborateurs a observé la tempête du haut du phare de la Hève ; il nous a rapporté que le spectacle était imposant de majesté et que des va-
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- LA NATURE.
- gués immenses se précipitaient spr le rivage au milieu d’un vent effroyable. Rien n’est plus beau que ces vagues furieuses soulevées pendant la tempête : aujourd'hui que tout mouvement peut être fixé par la photographie, les praticiens sont arrivés à prendre l’image de ces vagues désordonnées. Nous offrons à nos lecteurs une curiosité de ce genre ; c’est nne reproduction par la gravure, d’une vague photographiée par M. Grassin pendant une tempête. G. T.
- —•-<> v-o-
- CULTURE RÉMUNÉRATRICE DU R LÉ
- (Suite et fin. — Vov. p. 538.)
- J’ai montré dans un article précédent l’intérêt que présente la recherche de certaines variétés de blé a paille assez résistante, pour recevoir de fortes fumures sans verser.
- J’ai commencé ces recherches par l’emploi, pendant plusieurs années, d’une variété dite blé inver-sable de Bordeaux.
- Je l’avais déjà cultivé au champ d’expériences de Grignon, de 18S0 à 1885, sans le voir jamais verser, quand, en 1884, je me suis enhardi jusqu’à lui donner une fumure excessive de 50 000 kilogrammes de fumier et de 200 kilogrammes d’azotate de soude à l’hectare ; il a résisté, le blé ne s’est pas couché ; mais, chose curieuse, il n’a que médiocrement profité de cette abondance extraordinaire d’engrais ; la récolte est seulement montée à 34im,90 de grain et à 5950 kilogrammes de paille ; en faisant usage d’une fumure modérée de 5000 kilogrammes de fumier et de 200 kilogrammes d’azotate de soude, on a encore obtenu 54^‘“,10 de grain, et seulement, il est vrai, 5700 kilogrammes de paille. «
- On voit immédiatement que l’emploi de cette énorme fumure de 50 000 kilogrammes de fumier n’ayant pas été très efficace, le produit net doit être très faible ; en effet les dépenses pour cet hectare se sont montées à 850 francs1 et le bénéfice n’a plus été que de 76 francs; tandis qu’il était de 520 francs pour la parcelle voisine où l’on n’avait donné qu’une fumure médiocre.
- Ainsi, en 1884, le blé de Bordeaux se présentait donc comme une variété résistant bien à la verse, mais ne profitant que médiocrement des grosses fumures qu’on lui prodiguait ; sans doute une récolte de plus de 42 hectolitres d’un bon grain n’est pas à dédaigner, cependant ce n’était pas encore là la limite qu’on espérait atteindre.
- En 1885, le blé de Bordeaux fut placé sans fumure sur un défrichement de trèfle qui avait fourni
- 1 On a compté la tonne de fuinier à 10 francs. On peut à Versailles, assez voisin de Grignon, acheter du fumier à (i francs Ja tonne, mais il faut ajouter les frais de transport et d'épandage, de telle sorte que le prix du fumier, rendu au champ d’expériencesj s'élève à 10 francs; les terres aux environs de Grignon se louent 100 francs l’hectare, on a estimé à 200 francs les frais de main-d’œuvre. (Voy. pour plus de détails Annales agronomiques, t. XI, p. 145,1885).
- une très belle récolte ; il versa sur deux parcelles, la fin de la saison fut chaude et sèche, la récolte mûrit, on obtint encore 56 quintaux métriques dans un cas, 34 dans l’autre.
- Cette variété, qui est très estimée dans Seine-et-Oise, ne paraît donc pas susceptible de fournir les hauts rendements qu’il faut obtenir pour retrouver une bonne rémunération de son travail. Il est clair que puisque en 1885 le blé de Bordeaux avait versé, c’est qu’on avait atteint la limite de richesse du sol qu’il était susceptible de supporter, et cela sans donner au delà de 45 ou 44 hectolitres.
- Cette même année 1885, on essaya quelques autres variétés notamment le rouge d’Ecosse ou goldendrop ; il fut soumis à de très fortes fumures de 50 000 kilogrammes ou de 30 000 kilogrammes de fumier et de 200 kilogrammes d’azotate de soude ; deux parcelles versèrent et donnèrent 39orn,8, correspondant à 49hecl,7 et 41(itn,2 correspondant à 51 hectolitres; le grain était de très bonne qualité, mais la verse s’était produite; si l’arrière-saison eût été humide, la récolte aurait été beaucoup plus faible.
- Le blé bleu de Noé résista à la verse, mais sous l’intluence des fortes fumures ne donna que de 55 à 59 hectolitres, il ne répondait donc pas à mes espérances .
- Enfin on avait essayé encore une variété de blé qui donne un épi court mais renfermant un grain de bonne qualité, c’est le blé Browick. Dans le cas le plus favorable, il a fourni 50 hectolitres ; c’est évidemment une variété qui convient peut-être particulièrement à des terres d’une fertilité moyenne, il a parfaitement résisté à de fortes fumures sans verser.
- On a enfin cultivé non seulement à Grignon, mais aussi à Wardrecques et à Blaringhem dans le Pas-de-Calais et le Nord, chez M. Porion, la variété dite à épi carré; les résultats ont été bien supérieurs à ceux que je viens d’indiquer.
- J’ai semé le blé à épi carré à Grignon à l'automne de 1884; il fut soumis à l’action de très fortes fumures et résista absolument à la verse; on obtint de 40 à 41 quintaux métriques de grains d’une qualité moyenne renfermant de 10,7 à 11,8 de matières azotées ; quand la fumure comprit 50 000 kilogrammes de fumier et 200 kilogrammes d’azotate de soude, on atteignit un produit brut de 1150 francs laissant 490 francs de gain.
- L’année 1885 ayant été très favorable, je ne pense pas que dans les terres un peu légères comme celles de Grignon on puisse aller beaucoup plus loin. Le résultat est déjà satisfaisant et il démontre clairement qu’en choisissant bien les variétés, la culture du blé est encore très rémunératrice ; on remarquera, en effet, que nous supposons que les frais fixes, loyer et main-d’œuvre sont à Grignon de 300 francs, et qu’en outre nous avons porté au compte du blé toute la dépense de fumure, ce qui est évidemment exagéré, puisque les 50 000 kilogrammes de fumier exerceront encore leur action les années suivantes.
- Sur les terres du Nord et du Pas-de-Calais on peut
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- LA NATURE.
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- cependant obtenir encore des rendements sensiblement plus élevés que ceux que nous avons eus à Grignon.
- Les terres de mon collaborateur et ami M. Porion, sur lesquelles les expériences ont été exécutées en 1885 et en 1886, sont situées les unes à Rlaringhem dans le département du Nord sur une côte fortement inclinée vers l’ouest, les autres dans la plaine de Wardrecques (Pas-de-Calais).
- La terre de Blaringhem n’est, pas considérée comme étant de très bonne qualité, mais elle a beaucoup gagné depuis qu’elle a été drainée et bien travaillée; comme on était certain de ne pas faire verser le blé, on avait décidé de lui donner une très forte fumure de fumier de 55 000 kilogrammes à l’hectare; cette fumure a été, sur les parcelles d’essai, renforcée par des engrais complémentaires ; ils ont beaucoup augmenté la récolte : tandis qu’avec le fumier seul on atteignait seulement 56 quintaux métriques de grain à l’hectare, sur une parcelle, 57 quintaux métriques sur une autre; on montait deux fois k 47 quintaux métriques avec l’addition du superphosphate et de l’azotate de soude et k 49 quand on distribuait avec le superphosphate du sulfate d’ammoniaque; les dépenses a Blaringhem sont formidables, elles s’élèvent avec le fumier seul k 651 francs par hectare, k 756 francs quand on a fait usage de superphosphate et d’azotate de soude, k 757 quand on a employé le superphosphate et le sulfate d’ammoniaque ; malgré cela on a obtenu 555 francs de produit net k l’hectare avec le fumier seul, 618 francs avec le nitrate de soude et 575 francs avec le sulfate d’ammoniaque l’un et l’autre additionnés de superphosphate ; le sulfate d’ammoniaque coûtant plus cher que l’azotate de soude, et ayant fourni moins de paille, n’a laissé qu’un produit net un peu plus faible que l’azotate de soude.
- En 1885, la récolte inaxima a donc été de 49 quintaux métriques ou de 61 hectolitres, car le blé pesait 80 kilogrammes l’hectolitre. Ces résultats sont-ils exceptionnels, ou bien peut-on les obtenir de nouveau? c’est pour le savoir qu’ont été entreprises k Blaringhem les expériences de 1886.
- J’ai essayé de représenter graphiquement, par le tableau n° 1, les récoltes que nous avons obtenues, M. Porion et moi, pendant cette seconde année.
- Si on considère la partie gauche de ce tableau sur laquelle sont représentées les récoltes recueillies k l’hectare sous l’influence de chacun des engrais essayés, on voit que la figure est divisée au milieu par la ligne zéro, au-dessus de laquelle on a élevé une bande dont la hauteur correspond au nombre de quintaux métriques de grains récoltés k l’hectare. La bande qui au contraire est placée au-dessous de la ligne zéro représente le poids de paille récoltée; enfin les petits carrés placés en dessous indiquent par des traits variés dont la signification est notée dans la légende, la nature des engrais employés.
- Toutes les parcelles ont reçu du fumier en quantités variant de 52 000 k 40 000 kilogrammes k l'hectare,
- dose considérable de nature k faire verser une variété de blé peu résistante ; on a distribué en outre des engrais complémentaires k la plupart des parcelles.
- On voit que sans autre engrais que le fumier de ferme la bande n° J a donné 40 quintaux métriques de grain et 65 quintaux métriques de paille; quand on a employé avec le fumier de l’engrais de potasse et du superphosphate (2) on a obtenu une récolte de paille un peu plus forte, mais la récolte de grain n’a pas été beaucoup augmentée.
- Les engrais azotés, nitrate de soude (5) et sulfate d’ammoniaquè (4), n’ont pas exercé une influence très marquée, quand ils ont été employés avec le fumier ; mais quand au fumier et k l’engrais azoté on ajoute du superphosphate (5 et 6), leur action a été plus sensible puisqu’on a atteint 46 quintaux métriques de grain ; la récolte toutefois a été un peu moindre qu’en 1885.
- L’engrais complémentaire le plus efficace sur la terre de Blaringhem est certainement l’acide phospho-rique; on voit en effet, sur le tableau n° 1, que la parcelle 7 a fourni 46 quintaux métriques de grain et 80 quintaux métriques de paille. Ce résultat est d’accord avec celui de 1885, et aussi avec les dosages d’acide phosphorique qui ont été exécutés l’an dernier.
- Si l’on compare les chiffres précédents, figurés par la hauteur des bandes, aux 12<*m,5 que produit en moyenne la France, on est très frappé de l’écart que peuvent présenter les récoltes de blé suivant les climats, les sols, les variétés employées, et les engrais distribués ; il est clair qu’il y a un gros effort k tenter pour relever les rendements; et en voyant qu’a Grignon on peut avec le blé k épi carré obtenir 40 quintaux métriques de grain, k Blaringhem 45, il semble qu’il ne soit pas impossible de faire monter de quelques quintaux la moyenne de la France.
- Cet effort promet-il d’ètre récompensé par un gain suffisant? la réponse se trouve dans la partie droite du tableau.
- Nous avons représenté graphiquement les chiffres calculés k l’aide de la formule écrite dans l’article précédent.
- P—RX V— (L —f— E)
- RXV représente le produit brut, il a été calculé en multipliant le nombre de quintaux métriques de grain obtenu par 20, prix du quintal, et le nombre de quintaux métriques de paille par 5 ; la somme de ces deux chiffres est représentée par l’ensemble des deux bandes; on voit que pour la parcelle 1 la bande supérieure s’élève jusqu’à 450 francs, et l’inférieure descend jusqu’à 620 francs; on a donc obtenu sur cette parcelle un produit brut de 1050 francs. Pour avoir le bénéfice, il faut retrancher de ce produit brut toutes les dépenses qui lui incombent; le chiffre L de l’équation comprenant le loyer, l’impôt, les labours, l’achat de la semence, la moisson et le battage, représente k Blaringhem 420 francs; on a figuré cette quantité au-dessous de la ligne zéro par
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- LA NATURE.
- une bande qui est naturellement la même pour toutes les parcelles, rayée de hachures inclinées à droite. A cette dépense il faut ajouter celle des engrais ; on a porté la totalité de cette dépense au compte du hlé, pour la parcelle 1, qui a reçu 40 000 kilogrammes de fumier, on a estimé cet engrais à 5 francs la tonne; on a donc dépensé 200 francs d’engrais, et l'ensemble des dépenses s’élève à 620 francs; en les retranchant du produit brut, on a comme hénélice 450 francs.
- ' Les engrais de potasse de 2, l’azotate de soude de 5, n’ayant pas montré une grande efficacité, le gain est moindre que sur 1, les dépenses de ces engrais complémentaires n’ont pas été couvertes par la plus-value de la récolte.
- Il est curieux de voir que bien que la récolte obtenue sur la parcelle (7) soit inférieure à celle qu’a donnée la parcelle ( 8 ) le gain a été bien plus considérable puisqu’il dépasse 500 francs ; c’est que pour la parcelle (7) les dépenses n’ont été que peu supérieures k 600 francs, tandis qu’elles ont atteint 800 francs pour la parcelle (8). r Le graphique II représente avec les mêmes dispositions que le tableau n° I les cultures de la plaine de Wardrecques en 1886. La terre de Wardrecques est de première qualité, elle se loue 200 francs l’hectare, en outre elle a été travaillée avec beaucoup de soins depuis des siècles ; le blé k épi carré y a succédé aux betteraves d’expériences de 1885 *, qui avaient reçu une forte fumure de tourteaux et des engrais complémentaires; il était intéressant de rechercher si cette arrière-fumure était suffisante pour pousser au maximum la récolte du blé ou bien s’il convenait de la fortifier par une nouvelle addition d’engrais chimiques.
- On a représenté par les hachures conventionnelles des petits carrés de la ligne du bas la fumure de 1885, et par celles des carrés supérieurs la fumure de 1886; quand le carré supérieur est resté blanc,
- 1 Annales agronomiques, t. XII, p.
- c’est qu’en 1885 on n’a fait aucune dépense d’engrais.
- On voit qu’en général la récolte de blé de Wardrecques a été plus forte que celle de Blaringhem.
- La parcelle 19 a reçu en 1885 des tourteaux, rien en 1886; elle a donné 46 quintaux métriques de grain, comme l’ensemble de la pièce qui avait fourni 46 quintaux métriques sur les trois hectares qu’elle occupe.
- Les parcelles 9, 10, 11, 12, ont reçu en 1885 une fumure de tourteaux et de superphosphates; l’addition du nitrate de soude (10) ou du superphosphate (12) en 1886 n’a pas été efficace, puisque la récolte est k peu près la même que celle de (9) pour
- laquelle on n’a fait en 1886 aucune dépense d’engrais ; mais il n’en a pas été de même pour la parcelle (11) qui a reçu cette année du sulfate d’ammoniaque et qui a donné 52 quintaux métriques de grain et près de 90 quintaux métriques de paille. Ce résultat n’est pas fortuit, car la parcelle (16) qui avait eu, en 1885', des tourteaux, du superphosphate et de l’azotate de soude, mais k laquelle on a ajouté en 1886 du sulfate d’ammoniaque, a également fourni 90 quintaux métriques de paille et 68 quintaux métriques de grain. Celui-ci ne pèse cette année que 74 ou 75 kilogrammes l’hectolitre; on a donc réalisé sur l’une de ces deux parcelles l’énorme récolte de 70 hectolitres de grain!
- Bien que ce chiffre soit beaucoup plus élevé que ceux qui sont habituellement signalés nous sommes certains de n’avoir été victimes d’aucune illusion, les dimensions de toutes les parcelles ont été vérifiées par M. Porion et moi avec le plus grand soin, nous avons assisté ensemble au battage, relevant nous-même les poids accusés par la bascule ; les chiffres précédents sont donc absolument exacts. Le graphique montre qu’a l’exception du sulfate d’ammoniaque (11) et (16), les additions des autres engrais de 1886 n’ont pas augmenté sensiblement la récolte; il en faut conclure que la forte fumure de tourteaux
- Grain
- et Paille
- à l'hectare
- Produit brutet produit netà l'hectare
- Quintaux métriques 50
- Engrais employés
- m m ü .es ü m e
- Engrais employés
- Fumier Superphosphate
- R, ... Lover. ^3 «S °™^e Main d'œuvre Engrais dejbtasse
- Azotate Sulfate de Soude d'Ammoniaque
- Taisleau 1. — Culture du blé à Blaringhem (iNord) en 1886.
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- distribuée aux betteraves en 1885 a suffi et que le blé à épi carré peut, en vivant aux dépens d’une bonne arrière-fumure, fournir des récoltes maxima sans qu’il soit nécessaire de leur fournir des engrais complémentaires. C’est ce qui résulte nettement de la partie droite du tableau 11 où sont représentés les bénéfices et les dépenses.
- Celles-ci à Wardrecques sont énormes : elles se montent à 547 pour le terme L (bandes avec hachures inclinées à droite, au-dessous de la ligne zéro) ; elles comprennent à l’hectare : pour le loyer et l’impôt 225 francs, 59 francs pour l’achat de la semence, 175 francs pour les labours, les semailles et la moisson, 410 francs pour le battage.
- A ces dépenses considérables, il convient d’ajouter celles des engrais,
- mark, on a constaté que le blé à
- Grain
- et Paille
- à l'hectare
- Quintaux métriques 50-
- B
- mais comme la fumure de tourteaux a été payée l’an dernier par les betteraves, nous n’avons à introduire que les dépenses d’en graischimique de 1886 ; elles sont légères, mais suffisantes cependant pour diminuer dans plusieurs cas le bénéfice; il est môme à remarquer que l’addition du sulfate d’ammoniaque sur il et 16, qui .avait fourni les récoltes maxima, n’a pas conduit à un bénéfice beaucoup plus élevé que celui qu’on a
- réalisé sur la parcelle 9, pour laquelle on n’avait en 1886 fait aucune dépense d’engrais.
- Le bénéfice est comme on le voit dans ce dernier cas, de 600 francs par hectare.
- Nous avons compté dans les calculs précédents le quintal métrique de blé k 20 francs bien que les prix actuels soient de 22 francs; c’est que cette année notre blé n’est pas très beau et ne pèse guère que 75 kilogrammes l’hectolitre, il ne renferme que 1,56 d’azote; il est inférieur au grain obtenu l’an dernier qui pesait 80 kilogrammes l’hectolitre et renfermait 1,9 pour 100 d’azote.
- La moindre qualité du blé de 1886 est accidentelle, elle est due k l’humidité de la saison qui a favorisé le développement de la rouille, qui n’a pas plus épargné le blé k épi carré que les autres variétés.
- 11 est naturel de chercher k savoir si les résultats
- Produit brut et produit net à l’hectare
- 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 Fumure 1886
- IDSBil
- - Fumure 1885
- [UlElflÉilillll
- El
- Tam.eau II. — Culture du blé à Wardrecques (Pas-de-Calais) en 188(v
- que nous venons d’indiquer sont susceptibles de se généraliser ; nous rappellerons que l’an dernier déjà nous avons obtenu des chiffres analogues k ceux de cette année bien qu’un peu moins forts, et qu’à Grignon ainsi que je le rappelais en commençant j’ai pu obtenir de ce même blé k épi carré 40 quintaux métriques de grain, que par conséquent l’acquisition de cette variété résistante k la verse est d’une valeur inestimable.
- On sait que ce n’est pas seulement en France que le blé k épi carré est cultivé, il résulte des renseignements qu’ont fournis plusieurs voyages agricoles en Allemagne, qu’il y donne souvent 50 hectolitres k l’hectare. Une enquête vient d’avoir lieu en Dane-
- épi carré possédait une supériorité marquée sur toutes les autres variétés, et qu’il pouvait fournir sur les terres fortes de 47hect7 k 49hett5 k l’hectare, et 45 k 46 sur des terres moyennes.
- Certainement ces rendements sont inférieurs aux chiffres très élevés que nous venons de signaler pour les cultures de M. Po-rion ; ceux-ci sont dus en partie aux conditions particulières dans lesquelles nous sommes placés. A Wardrecques et k Blaringhemf
- nous appliquons de puissants moyens d’action k une culture d’une médiocre étendue, par conséquent les travaux sont exécutés aux moments les plus favorables et sont très soignés, ce qui n’est pas toujours possible aux cultivateurs qui occupent de grands domaines.
- Il ne faut pas oublier en outre que nous soumettons notre semence k une sélection très sévère; depuis plusieurs années nous choisissons, dans les dix hectares de blé carré de notre culture, les meilleurs épis ; le grain qu’ils fournissent est ensuite soumis k des criblages répétés, de façon k n’employer aux semailles que des grains excellents.
- En opérant ainsi, nous avons l’espoir d’obtenir une variété dans laquelle seront fixés et accentués les caractères remarquables que possédait déjà le blé k épi carré quand nous l’avons introduit dans nos cultures. Pourrons-nous, en outre, améliorer sa
- 9 10 11 12 13 14 15
- Engrais employés
- Azotate Sulfate de Soude d’Ammoniaque
- R- ir»* L°yer EU Bénéfice Main d'œuvre
- Superphosphate Tourteaux
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- LA NATURE.
- qualité au point de vue de la meunerie. C’est là ce que l’avenir seul pourra nous apprendre.
- En résumé, nous n’hésitons pas à attribuer la meilleure part dans les forts rendements obtenus, au choix d’une variété susceptible de supporter de très fortes fumures sans verser et de largement utiliser les engrais qu’on lui prodigue.
- L’activité de la correspondance que nous entretenons, M. Porion et moi, avec nombre de cultivateurs qui ont eu connaissance de nos résultats de l'an dernier, nous permet d’espérer que le blé à épi carré se répandra rapidement et que son emploi augmentera dans une large mesure les faibles bénéfices que les praticiens tirent aujourd'hui de la culture du blé. P.-P. Dehérain,
- Professeur ail Muséum d'histoire naturelle et à l’École de Grignon.
- NOUVELLE EXPLORATION D’ALASKA
- En i 867, le gouvernement russe a eédé aux Etats-Unis le territoire d’Alaska, vaste région dont la superficie dépasse le double de celle de la France, mais dont la population atteignait à peine 70 000 habitants. Depuis
- cette époque, les Etats-Unis ont fait de grands efforts pour explorer ce nouveau territoire, le mettre en valeur comme les autres parties de l’Union, et y attirer des colons principalement de race sc andinave, surtout d’ori-gme islandaise. Malgré les succès obtenus, la partie boréale était presque inconnue. Il y a trois ans, le lieutenant Stoney ayant découvert le fleuve de Putnam dans la partie qui se trouve au nord du Nunatok, le gouvernement a mis cet officier à la tête d’une nouvelle exploration. Les voyageurs ont débarqué le 12 juillet 1885 à l’entrée Hotham, près de l’embouchure du Nunatok, ils se sont avancés dans l’intérieur des terres jusqu’au fort Cosmos où ils ont construit une maison en planches destinée à faciliter leur hivernage. C’est le procédé employé par le lieutenant Greely1. Cette fois la réussite a été complète. Les Américains sont parvenus dans des montagnes où jamais les blancs n’avaient pénétré. Ils ont rencontré des tribus indigènes très clairsemées, très superstitieuses, parlant une langue tout à fait différente de celle des sauvages de la côte.
- Le lieutenant Stoney découvrit un grand lac sur les bords duquel les Esquimaux de Point Harrow viennent faire le commerce avec les Aleutes et les Couriles du sud. Le défaut de provisions pour les chiens de ses traîneaux l’obligea à battre en retraite vers le fort Cosmos, avant d’avoir pu atteindre ce cap qui est, comme on le sait,
- i Voy. à ce sujet Les affamés du Pôle Nord (Collection des Voyages illustrés, Hachette et C“).
- l’extrémité boréale du continent Européen, et où une expédition américaine a pris part en 1882 aux observations polaires universelles. Cet honneur était réservé à l’enseigne Howard qui y parvint accompagné d’un seul matelot, le 16 août dernier, après avoir supporté des souffrances inouïes, mais en traçant un itinéraire peut-être utilisable en cas de détresse par les explorateurs du pôle lors d’une retraite vers le sud.
- Le professeur Baird de Smithsonian Institution avait appelé l’attention des explorateurs sur la nécessité d’explorer les montagnes de Jade, d’où les indigènes tirent toutes les pierres dont ils se servent pour fabriquer leurs armes et leurs ustensiles. Cette partie du programme a été remplie d’une façon brillante. Le lieutenant Stoney a trouvé des gisements à peu près inépuisables, et de riches mines de charbon, substance d’autant plus précieuse, que le pays cesse d’étre boisé un peu au-dessus du Nunalok, et que les cours d’eau restent gelés depuis le mois d’octobre jusqu’au mois de juin. Quant à l’espérance de trouver des placées d’or et d’argent, elle ne s’est point réalisée.
- Nous avons emprunté au New-York Herald une carte indiquant la géographie de la partie méridionale d’Alaska, que l’expédition Stoney a parcourue jusqu’à l’embouchure du Yucon et la baie Saint-Michel.
- Quant à la partie boréale, les contours n’en pourront être utilement tracés que lorsque l’on pourra combiner les renseignements contenus dans le Rapport de la commission polaire de Point Harrow, qui vient de paraître en Amérique, et les itinéraires de l’expédition Stoney. Une ligne ponctuée à partir de l’entrée Hotham indique la direction vers le nord.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LES REINES DE l’ÉCHIQUIER b — SECOND TRORLÈME.
- On peut résoudre le problème des huit reines d’une manière différente de celle que nous avons indiquée précédemment en modifiant l’énoncé comme il suit : Placer huit reines sur l’échiquier, de telle sorte qu’aucune d’elles ne puisse être prise par une autre, en imposant à l'avance à lune d'elles la condition d'occuper une case déterminée de l'échiquier. C’est sous cette forme que le problème a été résolu par Cretaine, libraire, dans l’ouvrage intitulé : Etudes sur le problème de la marche du cavalier au jeu des échecs et solution du problème des huit dames (Paris, 1865). « Ce problème amusant est parfois assez laborieux à résoudre, dit l’auteur, même quand on a la faculté de changer toutes les dames de place, mais il devient beaucoup plus difficile lorsque la position invariable de la première est déterminée. » Nous ne partageons pas ici l’opinion de Cretaine, mais nous donnerons cependant sa solution curieuse bien qu’incomplète, parce qu’elle permet de trouver de mémoire, les yeux recouverts d’un bandeau, une position des sept reines en imposant à la huitième l’occupation d’une case quelconque de l’échiquier.
- Nous observerons d’abord, d’après l’article précé-
- * Vov. n° 697, du 9 octobre 1886, p. 299.
- K A
- ip du ft“de Galles
- Nul&Uo
- Carte de l’exploration de l’Alaska.
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- LA NATURE.
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- dent, que toute case imposée peut être ramenée, par rotation ou par image de l’échiquier, dans le triangle inférieur de gauche, dont les dix cases sont désignées par l’une des lettres majuscules A, B, C (fig. 1) ; les autres cases correspondantes par rotation ou par image portent les lettres correspondantes minuscules. La solution mnémonique est comprise dans les quatre phrases suivantes :
- Ton ami relit chaque fait passe.
- A. — Ma chère Anna fait la quête.
- B. — Rien que mon fils ne le touche.
- C. — Louis nè*fait taire que mon chat.
- Voyons maintenant comment nous allons nous servir de ces phrases assez ridicules comme la plupart des phrases de la mnémotechnie. Ecrivons d’abord en majuscules les consonnes sonores de la première phrase et numérotons-les comme il suit :
- ToN aMi ReLit CHaQue Fait PasSé.
- 12 3 4 5 6 7 8 9 0;
- nous aurons en ne conservant que les huit premières :
- ,. \ Te Ne Me Re Le Che Que Fe.
- ^( 1 2 3 4 5 6 7 8.
- Cela posé, nous considérons trois cas distincts suivant que la case donnée à l'avance est marquée A, B ouC.
- P) 'emier cas. — La case donnée porte la lettre A; on se sert de la seconde phrase en soulignant, par
- la pensée, les consonnes sonores et en plaçant au-
- dessous les chiffres correspondants du tableau (1).
- ^ Ma CHèRe anNa Fait La QuêTe; l 3 6 4 2 8 5 7 1.
- On a ainsi la solution donnée par la notation 3, 6, 4, 2, 8,5,7, 1 et représentée dans la figure 2. Elle correspond à la sixième solution primordiale tournée d’un quart de tour dans le sens des aiguilles d’une montre ; on observera que six des huit reines se trouvent sur des * cases marquées de la lettre A ou a
- (fig- !)•
- Deuxième cas.
- — La case imposée à l’avance porte la lettre B ; alors on se sert de la troisième phrase en soulignant encore les consonnes sonores et en plaçant au-dessous les chiffres correspondants de la première phrase ou du tableau 1.
- Rien Que Mon Fils Ne Le TouCIIe;
- 4 7 3 8 2 5 1 6
- Ton ami relit chaque lait passé
- a b a b b a b a
- b a c a a c a b
- a ç b a a b c a
- b b a t c a b b
- b b a c CL a b b
- a C B A a b C a
- V À C A a C a b
- A B A B b a b a
- Fi£.1
- Rien que mon fils ne le touche
- Fig. 3_ B. 4-7382516
- Ma chère Anna fait la quête
- i •T' !' p
- m Üf ü !|
- i • i 'mm jm•m p|jj i
- Fig.2_ A.36428571 Louis Défait taire que mon chat
- HmH •
- ••Os EÉ? H .1 m* wf'w, i I m v'aà
- Fig.4_C. 52814736
- Fig. 1, 2, 3 et i.
- On a ainsi la solution donnée par la notation 4, 7, 3, 8, 2, 5, 1,6 et représentée dans la figure 2, elle correspond à la deuxième solution primordiale écrite dans l’ordre renversé. Quatre des huit reines se trouvent sur des cases marquées de la lettre B ou fc(fig.l).
- Troisième cas.— La case donnée porte la lettre C. On se sert comme précédemment de la dernière phrase
- Louis Ne Fait TaiRe Que Mon CHat;
- 5 2 8 1 4 7 3 6.
- on a ainsi la solution ayant pour notation 5, 2, 8, 1, 4, 7, 3, 6, et représentée dans la figure 4; elle correspond à la onzième solution primordiale tournée d’un quart dans le sens opposé aux aiguilles d’une montre, écrite ensuite dans l’ordre inverse. Trois des huit reines se trouvent sur des cases marquées de la lettre G ou c (fig. 1).
- Avec un peu d'habitude, on peut résoudre le problème, les yeux bandés,
- Et passer pour sorcier près des âmes crédules.
- Eoouard Lucas.
- ——
- PORTE D’ENTRÉE DU P AMIS DES NONNES
- A UXMAL (ïUCATAN)
- L'Histoire des civilisations américaines que j’ai publiée, me semblait avoir une lacune, au Yucatan ; il s’agissait d’une époque inconnue jusque-là, quoique la plus moderne, une troisième époque, la dernière, époque de décadence et dont nous parlent les historiens. J’allai donc chercher les traces de cette époque, et je les découvris. Un hasard des plus heureux me fit tomber au milieu des ruines d’une ville entière absolument inconnue; la ville de Ek-Balam, la ville du Tigre noir, de Ek, noir, et de Balam, tigre, à 26 à 30 kilomètres au nord de Valladolid. Palais, temples et pyramides, j’en rapportai les photographies. Près de là, j’en découvris une autre, Xui-lub, la perche affamée, mais entièrement ruinée.
- Un autre motif m’entraînait encore au Yucatan : Landa, dans son Histoire, parle de beaux bas-reliefs en ronde-bosse, qu’il a vus sur les murailles des esplanades à Izamal. Je voulais ces bas-reliefs et je les ai trouvés, et si je n’en ai pas rapporté autant de mètres carrés que je l’espérais, j’ai, comme compensation, découvert dans mes fouilles des peintures murales que j’ai copiées, et qui me donnent la clef du système décoratif des anciens. J’ai donc fait une restauration polyehromique d’un monument avec sa pyramide, et que j’ai le droit de présenter comme entièrement exact. J’ai en outre découvert au nord de Campêche, dans une île appelée Jaïna, le premier cimetière nfaya connu. Je l’ai fouillé et j’en ai rapporté une foule d’objets ; statuettes, vases, plats, idoles, haches, etc. ; ma dernière exploration a donc été des plus fructueuses.
- Au retour de mon voyage, je suis heureux de pré-
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- LA NATURE.
- senter aux lecteurs de La Nature, quelques curiosités des pays que je viens de visiter. Je leur parlerai aujourd’hui de la curieuse porte du Palais des Nonnes à Uxmal.
- Cette porte offre un exemple complet de la voûte dite en encorbellement, mais qu’on appellerait plus justement arche triangulaire, ou fausse voûte, et dont se servaient les constructeurs des palais et des temples de l’Amérique.
- La photographie que nous reproduisons ci-dessous est prise de la cour intérieure du palais des Nonnes ; sur le premier plan, perdues dans la brousse, se trouvent les ruines du jeu de paume, le tlachtli, le jeu national des peuples civilisés de l’Amérique et que les Tol-tecs apportèrent avec eux au Yucatan ; on en retrouve en effet les restes dans nombre de villes mayas et notamment à Chi-chen-itza où le monument consacré à ce jeu est le plus grand de ceux que l’on connaisse. Au second plan à droite, sur un plateau, se développe une partie du palais des Tortues et plus loin à gauche, au dernier plan, s’élève le magnifique palais du gouverneur, le plus beau des édifices d’Uxmal. Quant à la porte qui nous occupe et qui forme le sujet principal de cet article, elle a 3m,10 de large et 5m,40 de hauteur. La hauteur perpendiculaire de la muraille jusqu’à la corniche est de 2m,30, celle de la voûte 3m,10, et les dalles, qui servent comme de clef à cette fausse voûte ont de 30 à 52 centimètres de large. A notre avis, cette voûte diffère essentiellement de la voûte en encorbellement de l’Inde et du Cambodge, en tant que les dalles qui la composent, sont bien superposées les unes aux autres, en avançant obliquement et tendant à se rapprocher; mais ces dalles ne forment point la voûte, elles n’en sont que la doublure ; car tout en se rapprochant de manière à simuler une ogive, elles n’arrivent pas à se rejoindre, elles n’ont pas davantage de clef qui ferme d’habitude les voûtes ; le constructeur a simplement
- recouvert de dalles les deux murailles, qui ne se rejoignent pas, ne sont reliées que par la toiture, semblent par le fait suspendues dans le vide et ne résistent que par la ténacité de leurs éléments.
- Le fond de cette construction n’est qu’un composé de pierres et de mortier ; il est facile de le voir dans la partie gauche de la porte, où toutes les dalles qui recouvraient le bas de la muraille ont été enlevées; la corniche et le mur oblique qu’elles semblaient supporter sont néanmoins restés debout et sans le moindre fléchissement.
- On observe mieux encore cette manière de construire , ces espèces d’encorbellem ent dans les édifices plus anciens appartenant à la même civilisation, comme à Palenque, par exemple, où les voûtes, il faut bien leur prêter ce nom, sont uniquement composées de pierres et de mortier sans revêtement de dalles ; elles sont simplement couvertes de stuc.
- Les dalles qui garnissent l’intérieur de la grande porte que nous vous présentons ne sont donc qu’un enjolivement plutôt qu’une modification dans le faire des constructeurs , qui est resté le même pendant toutes les époques de la civilisation américaine.
- On peut en outre remarquer dans ces palais, des arches triangulaires à murs droits, comme à Palenque, ou légèrement concaves comme ces deux-ci ; nous en avons trouvé d’autres à Kabah, avec une concavité très prononcée; enfin, à la ville Lorillard, dans le haut Usumacinta, on rencontre non seulement ces trois voûtes à la fois, mais on en voit encore une nouvelle, dont les murs sont convexes et se rejoignent à angle aigu. Cette manière de construire prête en tous cas une originalité singulière aux architectes indiens, car la solidité de ces bâtisses qui semblent fragiles, est étrange, puisque certaines d’entre elles résistent dans les conditions les plus défavorables, et cela depuis près de huit siècles.
- Désiré Charnay.
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- LÀ NATURE.
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- MOTEUR A COKE ET A AIR CHAUD
- SYSTÈME BÉNIEIt
- On ne saurait se dissimuler que la machine à vapeur actuelle la meilleure n’est encore qu’un trans-lormateur très imparfait de la chaleur en travail mécanique. On n’a pas été, jusqu’ici, au-dessous de 900 grammes de charbon par cheval et par heure, ce qui représente 0,9x7000x424 = 2 671 200 kilo-grammètres comme dépense totale en chaleur, et 270 000 kilogrammètres comme travail recueilli correspondant; soit un rendement d’environ dix
- pour 100 dans les conditions les plus favorables. Encore faut-il employer des pressions élevées, une grande détente, des condensateurs bien établis et des machines puissantes.
- Dans la pratique courante, la consommation réelle atteint 2,5 à 5 kilogrammes de charbon par cheval-heure et le rendement industriel tombe a trois ou quatre pour 100.
- On s’est donc préoccupé — surtout pour les machines de faible ou de moyenne puissance — de créer des types fournissant un rendement plus élevé, tout en présentant au moins autant, sinon plus, de facilités d’emploi que la machine à vapeur.
- Moteur à air chaud et à coke, système Bénier.
- Le moteur à gaz est un de ceux qui, au point de vue théorique, résolvent le mieux le problème : ils font malheureusement usage d’un combustible cher, et l’économie réalisée par le lait d’un meilleur rendement théorique est plus que compensée par le prix du combustible, à quantité égale de chaleur.
- Les moteurs à air chaud apportent une seconde solution au problème, et les recherches faites dans le but de les rendre industriellement pratiques sont plus que justifiées par le fait qu’ils permettent d’utiliser un combustible relativement bon marché, comme le coke, et que leur rendement peut, théoriquement, atteindre trente-six à quarante pour 100. Entre la limite supérieure de quarante pour 100 relative au moteur à air chaud, et le chiffre de trois
- pour 100 relatif aux moteurs à vapeur de petite puissance actuels, il y a donc une marge assez large où peut trouver place un moteur analogue à celui que nous allons faire connaître.
- Le moteur à air chaud de MM. Bénier frères appartient à la classe des moteurs à combustion intérieure dont nous avons déjà décrit ici même1 deux types : celui de M. Belou qui date de 1860 et celui, plus récent, de Ilock qui a figuré à l’Exposition de 1878. Ces deux moteurs ainsi que celui de M. Bénier sont toujours composés, en principe, de deux cylindres, dont l’un sert de compresseur, et l’autre de cylindre moteur; mais c’est la première fois que
- 1 Voy. n° 577 du 21 août 1880, p. 187.
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- nous voyons — et c’est la la principale originalité du système — le cylindre moteur placé directement au-dessus du loyer, de façon a recevoir l’air chaud produit par ce loyer sans tuyau ni distributeur intermédiaire.
- La figure ci-contre permet de se rendre compte des principales dispositions du système. Le cylindre moteur est disposé verticalement au-dessus du foyer, et commande l’arbre par l’intermédiaire d’un balancier et de deux bielles : le cylindre de compression est placé horizontalement entre les deux fiasques du bâti. Le foyer intérieur est alimenté par un distributeur animé d’un mouvement alternatif de va-et-vient.
- Le coke convenablement cassé s’introduit dans le foyer, morceau par morceau, à la main, par l’intermédiaire du tiroir glissant qui ne laisse jamais de communication directe entre le foyer et l’air extérieur. Une plaque de verre épaisse ménagée sur le tiroir permet de surveiller le foyer et de maintenir toujours le coke à une hauteur convenable. Les plus petits modèles sont munis d’une alimentation automatique. Pour les types qui dépassent deux chevaux, MM. Dénier préfèrent employer l’alimentation à la main faite par la personne chargée de l’entretien du moteur au point de vue du graissage, nettoyage, circulation d’eau, etc.
- La disposition de MM. Bénier demande la présence presque continue d’unr manœuvre pour l’alimentation; aussi la disposition par charges à intervalles des moteurs Belou et Hock nous paraît-elle préférable à ce point de vue.
- L’un des écueils rencontrés jusqu’ici dans l’emploi des moteurs à foyer intérieur réside dans le fait que les gaz de la combustion entraînent, dans leurs mouvements, des cendres qui encrassent les parois des cylindres, augmentent les frottements et finissent par user promptement les surfaces en contact. Cette difficulté a été habilement levée par MM. Bénier à l’aide d’un artifice fort simple. L’air introduit dans le cylindre moteur par la pompe a chaque coup de piston, se divise en deux parties : la partie principale arrive à la partie inférieure du foyer, traverse le feu et vient dans le cylindre moteur; la seconde partie vient se dégager dans un espace annulaire étroit ménagé entre le cylindre moteur et le piston. Cet air ainsi fortement refoulé, produit un véritable balayage du cylindre, sur toute sa paroi, a chaque coup de piston; il empêche les cendres et autres produits nuisibles de venir se fixer contre le cylindre et facilite son refroidissement : l’emploi du coke réduit à néant l’effet des matières empyreumatiques si nuisibles dans les premiers moteurs qui employaient de la houille.
- Une came de distribution placée à l’avant commande le tiroir qui règle l’admission de l’air dans la pompe et dans le cylindre moteur; une seconde came agit sur la soupape d’échappement.
- La vitesse est réglée par une valve commandée par un régulateur a force centrifuge : cette valve
- modifie le partage de l’air envoyé par la pompe; lorsque la vitesse du moteur tend à augmenter, elle envoie une plus grande partie de l’air autour du cylindre moteur et une plus faible partie sous le foyer : la combustion devient ainsi moins active et la vitesse diminue. L’effet inverse se produit si la vitesse tend à diminuer : la valve envoie une plus grande quantité d’air sous le foyer et une plus faible autour du cylindre moteur.
- La combustion se proportionne donc à la dépense, et la consommation est d’autant plus réduite que le moteur produit moins de travail par unité de temps.
- Le nettoyage de la grille se fait par une porte ménagée à la partie inférieure du foyer et que l’on démonte avant chaque mise en marche. Un courant d’eau refroidit le cylindre moteur, comme dans les machines à gaz.
- Les moteurs à coke de MM. Bénier sont actuellement établis pour des puissances variant entre 1 et 9 chevaux. Le modèle exposé et fonctionnant a l’Exposition des arts industriels au Palais de l’Industrie est le type de 6 chevaux.
- La consommation de coke est d’environ 1,5 kilogramme par heure et par cheval. Ces chiffres fournis par MM. Bénier relativement à la dépense journalière de 10 heures d’un moteur de 6 chevaux fonctionnant dans Paris, indiqueraient un esupériorilé économique très grande du moteur à air chaud sur le moteur à vapeur et, à fortiori, sur le moteur à gaz. Nous laisserons à l’expérience le soin de se prononcer sur cette question pour laquelle des éléments suffisants d’information font encore défaut.
- LE POULET
- Nous lisons dans le journal le Poussin une intéressante causerie de cuisine, à laquelle nous empruntons quelques curieux documents historiques sur ce plat classique : le poulet.
- La poule, le poulet, paraissent aussi vieux que le monde. Leur lieu d’origine semble être l’Inde et les hauts plateaux de l’Asie, qui furent le berceau de notre propre race. De là ils passèrent naturellement en Asie Mineure et dans les îles de l’Archipel qui paraissent leur avoir été particulièrement favorables. Les poulets de Cos et de l’Ionie ont été, en effet, en grande réputation dans toute l’antiquité.
- Les Égyptiens élevaient les poules en quantité considérable. Les Hébreux connaissaient si bien les secrets de l’élevage et de l’engraissement, qu’il est fait mention du chaponnage dans l’Ecriture sainte. Le poulet florissait en Syrie, où il est encore de nos jours la base de la nourriture.
- La Grèce rangea le poulet parmi les mets les plus délicats. Pourtant je ne sache pas qu’il en soit fait mention dans Homère, qui parle de tant de choses et qui se complaît dans la description des festins de ses héros. Achille, Ajax, Ulysse se partagent d’énormes quartiers de bœufs et servent à chacun de leurs convives « le dos succulent d’un porc de quatre ans » ; mais de volailles il n’en est pas question. Il est vrai de dire qu’un poulet eût été un bien petit morceau pour de pareils mangeurs.
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- L’élevage était donc une science fort avancée chez les Grecs, même en ces temps reculés. Les Romains, ici comme en toutes choses, la leur empruntèrent. On conte même qu’après avoir soumis la Grèce, ils créèrent d’immenses basses-cours de poules qu’ils engraissaient pour la table d’après les procédés grecs. Le luxe et la gourmandise en cette matière furent poussés si avant qu’un consul, .Fannius (cet homme assurément n’aimait pas les poulardes) promulgua une certaine loi Fannia qui interdisait l’engraissement des poules. Comme toutes les prescriptions absurdes, celle-ci fut éludée. Les Romains, gens retors et inclins aux ruses de la chicane, remarquant que le consul dans son ordonnance, n’avait parlé que des poules, imaginèrent de prendre des coqs, d’en faire des chapons, de les engraisser et de les manger, se moquant ainsi de la loi Fannia et du consul Fannius, l’ennemi personnel de l’élevage.
- Les Gaulois, nos pères, étaient grands éleveurs de volailles. Leur nom même (Gallus) signifie coq en latin, et le nom de leur pays (Gallia), pays des coqs. Les Celtes étaient particulièrement experts en la matière, à ce point que quelques auteurs veulent que ce soient leurs druides qui soient les véritables et premiers inventeurs du chaponnage.
- Le moyen âge ne témoigne pas d’un goût moins vif i pour les poulets. Ils figurent dans les quelques menus du i temps qui nous ont été transmis. Un droit seigneurial, qui consistait dans certaines servitudes imposées aux terres avoisinant une maison noble, s’appelait le vol du chapon. On supposait que le privilège s’étendait à la distance qu’un chapon pouvait franchir en volant. — Le coq figure dans les fabliaux et romans du temps avec le renard, le loup, l’âne et autres animaux favoris du moyen âge.
- Les poulets et poulardes font souvent figure dans les annales de notre histoire. On n’a pas oublié la poule au pot que le roi Henri IV souhaitait à tous les laboureurs du royaume pour leur souper du dimanche.
- L’ÉCORCE DE GOTO ET U COTOINE
- Le coto, originaire de la Rolivie, fut importé, pour la première fois en Europe, en 1873, sous le nom de china-coto, nom impropre, puisque cette écorce ne présente aucune analogie avec celle du quinquina. Dans le pays d’origine, on l’avait employé dans la goutte, le rhumatisme et surtout dans les diarrhées; von Gielt (de Munich), qui expérimenta le premier, en Europe, le coto sous forme de poudre à la dose de 50 centigrammes, ou de teinture à la dose de 10 gouttes toutes les deux heures, reconnut cette dernière action thérapeutique. Mais bientôt, Rurkart (de Stuttgart), tout en confirmant les observations précédentes, déclara que cette substance avait quelques inconvénients, puisqu’elle provoquait, à la longue, une véritable répugnance de la part du malade, des douleurs gastriques et des vomissements, dus à la présence d’une résine âcre et d’huiles essentielles. La découverte de J. Jobst, qui parvint, en 1875, à isoler le principe actif, la cotoïne, du coto verum, et la paracotoïne d’une espèce voisine, le paracoto, fit entrer ce produit dans le domaine de la pratique.
- La cotoïne (Ci2Il1806) cristallise en aiguilles quadratiques jaunes, ressemblant à l’acide gallique du commerce,
- fusibles à 130 degrés, solubles dans l’eau chaude, le chloroforme, le sulfure de carbone, l’éther et l’alcool; peu solubles dans l’eau froide, le pétrole et la benzine. Elle est dissoute par les alcalis avec une coloration jaune, par l’acide sulfurique avec une coloration jaune brun, par l’acide nitrique concentré avec une coloration rouge sang, qui permet de reconnaître l’élimination du produit dans les urines, sept à dix heures après l’ingestion du médicament.
- La paracotoïne (C19II1206), bien moins active que la cotoïne, se présente sous la forme de cristaux d’un bleu jaunâtre; elle est à peine soluble dans l’eau, et n’offre pas la réaction caractéristique de la cotoïne à l’acide nitrique.
- L’écorce de coto renferme encore, d’après Jobst et Hesse, d’autres principes actifs : l’oxyleucotoïne, la leu-cotine et l’hydrocotoïne, etc., dont les effets thérapeutiques seraient beaucoup plus faibles. C’est pour cette raison, du reste, que la cotoïne a été et doit être plus souvent employée.
- Les propriétés physiologiques de ce principe ont été étudiées par divers auteurs. Elle serait douée de propriétés antiputrides et antiseptiques, puisque de petites doses sont capables de suspendre la fermentation du suc pancréatique; à la dose de 1 gramme, elle n’exerce aucune action toxique sur le lapin; à celle de 15 à 20 centigrammes, elle stimule l’appétit chez l’homme, sans produire de constipation ; insoluble dans le suc gastrique, elle arrive à l’état pur dans l’intestin, où elle se dissout et où elle agit en provoquant une dilatation active de ses vaisseaux et en activant la nutrition de la muqueuse. Son action thérapeutique la plus importante est celle qui s’exerce contre les diarrhées de toutes provenances, contre les diarrhées chroniques d’origine arthritique, contre celles de la tuberculose, de la fièvre typhoïde, de la pellagre, et contre les diarrhées infantiles.
- - LE FLUOR ^
- Le chimiste ne se borne pas à étudier les propriétés des substances qui existent a la surface du globe, il les décompose, il les analyse et sait en extraire des corps qui ne se rencontrent pas isolés dans la nature. L’or, l’argent, le cuivre, le soufre, se trouvent bien à l'état natif dans certains terrains géologiques, mais l’aluminium, le sodium, l’iode, le chlore et la plupart des corps simples, ont été. isolés par l’art du chimiste; ils ne se rencontrent sur notre globe que dissimulés à l’état de combinai sons avec d’autres substances.
- Unissant entre eux les corps ainsi isolés, le chimiste arrive à fabriquer de toutes pièces un grand nombre de produits absolument artificiels. En outre, la classification des corps, obtenue par les analogies que présentent leurs combinaisons, lui permettent de prévoir l’existence de composés qui doivent occuper une place déterminée dans des séries.
- L’une de ces séries ou familles de corps simples les plus intéressantes parmi les métalloïdes, est celle du chlore qui comprend avec ce dernier corps l’iode, le brome et le fluor. Le fluor était placé dans cette
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- famille, quoique son existence ait été jusqu’ici absolument hypothétique. On ne connaissait pas le fluor, on ne l’avait jamais isolé. Il était rangé par supposition dans cette famille parce que l’on connaissait l’acide fluorhydriqne, corps très volatil, offrant des analogies considérables avec l’acide chlorhydrique, l’acide bromhydrique et l’acide iodhydrique. Ces trois derniers acides sont formés d’un atome d’hydrogène, uni à un atome de chlore, de brome et d’iode. L’acide fluorhydrique paraissait devoir être formé de même d’hydrogène et d’un corps simple encore inconnu, le fluor.
- Un de nos chimistes les plus distingués,
- M. IL Moissan, est arrivé récemment, pour la pre* mière fois, à décomposer cet acide fluor-hydrique, et à l’isoler en tifs : l’hydrogène et le fluor.
- La découverte du fluor est un fait d’une grande importance , puisque , tout en dotant la science d’un corps nouveau, elle offre une haute portée théorique.
- M. Moissan, dont nous allons analyser les communications à l’Académie des sciences, est arrivé à décomposer l’acide fluorhydrique par un courant électrique fourni par des piles Bunsen. La figure 1 donne la disposition de l’appareil. L’acide fluorhydrique convenablement préparé est introduit dans un petit tube en U en platine, dont les deux branches sont bouchées au moyen d’un bouchon de fluorine. Les bouchons, dont le détail est
- donné figure 2, sont traversés par une tige de platine qui conduit le courant jusque dans le liquide à décomposer ; la fluorine est garnie extérieurement d’une vis de platine : le tout est scellé pendant l’opération avec de la gomme laque. L’acide fluorhydrique attaque le verre et toutes les substances connues, sauf la fluorine (fluorure de calcium naturel)
- Fig. 1 et 2. — Coupe du tube de platine pour la décomposition de l’acide fluorhydrique et détail du bouchon de fluorine
- ses éléments constitu-
- Fig. 3.-
- et le platine. Il fallait donc prendre des dispositions toutes particulières pour le soumettre à l’action du courant électrique.
- Quand l’acide fluorhydrique est placé dans le tube de platine ainsi bouché, on y fait passer un courant électrique; on obtient au pôle positif un corps gazeux comburant, ayant des propriétés nouvelles
- que M. Moissan a reconnu pour être le fluor, et au pôle négatif un gaz combustible qui est de l’hydrogène.
- La .préparation de l’acide fluorhydrique sur lequel on doit opérer offre des difficultés; nous indiquerons ici son mode de préparation, d’après M. Moissan.
- « Pour obtenir l’acide fluorhydrique pur et anhydre, on commence par préparer le fluorhydrate de fluorure de potassium, en prenant toutes les précautions
- indiquées par M. Fremy h Lorsqu’on a obtenu ce sel pur, on le dessèche au bain-marie, à 100°, et la capsule de platine qui le contient est placée ensuite sous le vide, en présence d’acide sulfurique concentré et de deux ou trois bâtons de potasse fondue au creuset d’argent. L’acide et la potasse sont remplacés tous les matins, pendant quinze jours, et le vide est toujours maintenu dans les cloches à 2 centimètres de mercure environ. Il faut avoir soin, pendant cette dessiccation, de pulvériser le sel chaque jour dans un mortier de fer, afin de renouveler les surfaces ; lorsque le fluorhydrate ne contient plus d’eau, il tombe en poussière, et peut alors servir à préparer l’acide fluorhydrique. Il est à remarquer que le fluorhydrate de fluorure de potassium bien préparé est beaucoup moins déliquescent que le fluorure.
- « Lorsque le fluorhydrate est bien sec, il est introduit rapidement dans un alambic en platine que l’on a séché en le portant au rouge peu de temps auparavant. On le maintient à une douce température pendant une heure
- 1 Annales de chimie et de physique, 5e série, t. XL Vit, page 5.
- • Disposition de fa cornue de platine employée pour la préparation de l’acide fluorhydrique anhydre.
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- ou une heure et demie, de façon que la décomposition commence très lentement ; on perd cette première portion d’acide lluorhvdrique formé, qui entraîne avec elle les petites traces d’eau pouvant rester dans le sel. On adapte alors le récipient de platine et l’on chauffe plus fortement, tout en conduisant la décomposition du fluor-hydrate avec une certaine lenteur. On entoure ensuite le récipient d’un mélange de glace et de sel (fig. 5), et, à partir de ce moment, tout l’acide fluorhydrique est condensé et fournit alors un liquide limpide, bouillant à 19°,5, très hvgroscopique et fournissant, comme l'on sait, d’abondantes fumées en présence de l’humidité de l’air. ))
- La décomposition de l’acide fluorhydrique dans le tube de platine nécessite aussi de grandes précautions. 11 faut, en outre, opérer à une basse température en plaçant le tube dans un réfrigérant. Voici comment M.Moissan rend compte de cette partie de l’expérience et comment il décrit les propriétés du nouveau corps.
- « Pendant que l’on prépare l’acide fluorhydrique, le tube en U en platine, desséché avec le plus grand soin, a été fixé au moyen d’un bouchon dans un vase de verre cylindrique et entoure de chlorure de méthyle (fig. 4).
- Jusqu’au moment de l’introduction de l’acide fluorhydrique, les tubes abducteurs sont reliés à des éprouvettes desséchantes contenant de la potasse fondue. Pour faire pénétrer l’acide fluorhydrique dans ce petit appareil , on peut l’absorber par l’un des tubes latéraux dans le récipient même où il s’est condensé.
- « Dans quelques expériences nous avons condensé directement l’acide fluorhydrique dans le tube en U entouré de chlorure de méthyle; mais, dans ce cas, on doit veiller avec soin à ce que les tubes ne s’obstruent pas par de petites quantités de fluorhydrate entraîné, ce qui amène infailliblement une explosion ou des projections toujours très dangereuses avec un liquide aussi corrosif.
- « Lorsque l’on a fait pénétrer, à l’avance, un volume déterminé d’acide fluorhydrique liquide dans le petit appareil en platine, refroidi par le chlorure de méthyle en ébullition tranquille, à la température de — 23°, on fait passer, dans les électrodes, le courant produit par 20 électrodes Bunsen, grand modèle, montés en série. Un ampère-mètre placé dans le circuit permet de se rendre compte de l’intensité du courant.
- « Si l’acide fluorhydrique renferme une petite quantité d’eau, soit par manque de soin, soit qu’on l’ait ajoutée
- avec intention, il se dégage tout d’abord au pôle positif de l’ozone qui n’exerce aucune action sur le silicium cristallisé. A.u fur et à mesure que l’eau contenue dans l’acide est ainsi décomposée, on remarque, grâce à l’am-père-mètre, que la conductibilité du liquide décroît rapidement. Avec de l’acide fluorhydrique absolument anhydre, le courant ne passe plus. Dans plusieurs de nos expériences, nous sommes arrivés à obtenir un acide anhydre tel qu’un courant de 25 ampères était totalement arrêté.
- « Afin de rendre ce liquide conducteur, nous y avons alors ajouté, avant l’expérience, une petite quantité de fluorhydrate de fluorure de potassium séché et fondu1. Dans ce cas, la décomposition se produit d’une façon continue ; on obtient, au pôle négatif, de l’hydrogène et, au pôle positif, un dégagement régulier d’un gaz incolore dans lequel le silicium cristallisé, froid, brûle avec beaucoup d’éclat, en se transformant en fluorure de silicium. Ce dernier gaz a été recueilli sur le mercure et nettement caractérisé.
- « Le bore adamantin de Deville brûle également, mais avec plus de difficulté, en se transformant en fluorure de bore. La petite quantité de carbone et d’aluminium qu’il renferme entrave la combinaison. L’arsenic et l’antimoine en poudre se combinent à ce corps gazeux avec incandescence. Le soufre s’y enflamme, et l’iode s’y combine avec une flamme pâle en perdant sa couleur. Ce gaz décompose l’eau à froid en produisant de l’oxygène et de l’acide fluorhydrique ; cet oxygène est ozonisé, ainsi que cela se produit dans toutes les préparations d’oxvgène qui se font à froid.
- « Le tétrachlorure de carbone est décomposé par le fluor; aussitôt que ce dernier arrive en contact du liquide, il se produit du chlore d’après la loi des substitutions de Dumas. D’une façon continue, le chlorure de carbone absorbe le fluor et dégage alors du chlore. Le sullure de carbone prend feu en présence du fluor.
- « Les métaux sont attaqués avec beaucoup moins d’énergie ; cela tient, pensons-nous, à ce que la petite quantité de fluorure métallique formé empêche l’attaque d’être plus profonde. Le fer et le manganèse en poudre, légèrement chauffés, brûlent en fournissant des étincelles. Le potassium et le sodium deviennent incandescents au contact du fluor, en fournissant des fluorures dont la forme cristalline est caractéristique. Le mercure absorbe entiè-
- 1 Nous x’appclons que les analyses de ce composé, faites par llorzélius, par M. Fremy et par d’autres savants, conduisent exactement à la formule KF1, HF1.
- Fig. 4. — Appareil pour la décomposition de l’acide fluorhydrique et la production du fluor.
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- renient le corps gazeux en fournissant du fluorure de mercure de couleur jaune clair.
- « Lescorpsorganiquessontviolenunentattaqués.Unmor-ceau de liège, placéauprès de l’extrémité du tube de platine par lequel le gaz se dégage, se carbonise aussitôt et s’enflamme. L’alcool, l’éther, la benzine, l’essence de térébenthine, le pétrole, le sulfure de carbone, prennent feu à son contact.
- « Le gaz produit au pôle négatif est de l’hydrogène brûlant avec une flamme pâle et ne produisant aucune de ces réactions.
- « Lorsque l’expérience a duré plusieurs heures et que la quantité d’acide fluorhydrique liquide restant au fond du tube n’est plus suffisante pour séparer les deux gaz, ils se recombinent à froid dans l’appareil avec une violente détonation.
- « Cette détonation se produit d’ailleurs chaque fois que l’on intervertit le courant et, par conséquent, que l’on produit du fluor datas une atmosphère d’hydrogène. Elle semble démontrer que, même à l’obscurité, le fluor et l’hydrogène ce combinent pour reproduire l’acide fluor-hydrique.
- « Nous nous sommes assuré par des expériences directes, faites au moyen d’ozone saturé d’acide fluorhydrique, qu’un semblable mélange ne produit aucune des réactions décrites précédemment. Il en est de même de l’acide fluorhydrique, gazeux. Enfin nous ajouterons que l’acide fluorhydrique employé ainsi que les fluorhydrates de fluorure étaient absolument exempts de chlore. Le gaz obtenu dans nos expériences est donc ou le fluor ou un perfluorure d’hydrogène. »
- Dans une dernière note présentée k l’Académie, M. H. Moissan a démontré que le gaz obtenu au pôle positif dans l’électrolyse de l’acide fluorhydrique était absolument exempt d’hydrogène; ce nouveau corps est par conséquent le fluor.
- C'est là une belle et importante découverte que les chimistes ont a enregistrer. Gaston Tissandier.
- BIBLIOTHÈQUE DE « LA NATURE »
- L'éclairage dans la ville et dans la maison, par Ph. De-
- LAHAYE.
- •
- A côté du volume Six mois aux États-Unis, annoncé dans notre dernière livraison, la Bibliothèque de La Nature s’est enrichie cette année d’un intéressant ouvrage de notre savant collaborateur .\1. Ph. Delahaye. L’éclairage est une question d’une importance capitale que l’auteur, dont la compétence est connue de tous, a traitée en maître. Après des considérations générales fort bien exposées, l’auteur a abordé la question de l'éclairage chez soi : corps gras, huiles végétales, huiles minérales, gaz à l’air, l’électricité chez soi, forment les divers chapitres de cette partie du livre. La troisième partie de l’ouvrage comprend l'industrie de l'éclairage: gaz et lumière électrique. La quatrième partie traite des applications de l'éclairage et comprend : phares et bouées, ports de mer et navires, guerre et marine militaire, théâtres, magasins, ateliers, raines et travaux souterrains, chemins de fer, éclairage au laboratoire. Enumérer les parties de ce livre fort bien étudié et tenu au courant des derniers progrès de la science, c’est en indiquer l’utilité et l’intérêt. M. Dela-
- haye- a présenté son sujet, sous une forme excellente, avec une grande clarté. L’ouvrage ne comprend pas moins de 141 figures avec 9 planches hors texte.
- NÉCROLOGIE
- Ernest Desjardins. — L’Institut vient de perdre un de ses membres les plus distingués. M. Ernest Desjardins, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, professeur au Collège de France. Il était né en 1823. Ses études avaient été dirigées principalement vers les problèmes de la géographie comparée; aussi les missions successives qu’il accomplit en Égypte, en Italie et dans la vallée du Danube lui fournirent-elles des éléments nouveaux de recherche et l’occasion de se signaler par des découvertes intéressantes. Sa Topographie du Latium et sa Géographie ancienne de Tltaiie sont de véritables œuvres d’érudition; sa Géographie de Vancienne Gaule à mis le sceau à sa légitime réputation. Depuis 1861, M. Ernest Desjardins était chargé du cours de géographie à l’Ecole normale supérieure.
- Jules Bouis. — L’un de nos chimistes les plus éminents, M. Jules Bouis, membre de l’Académie de médecine, et professeur à l’Ecole de pharmacie, est mort le 21 octobre dernier. Né à Perpignan en 1822, Bouis commença ses études scientifiques à Montpellier ; puis il vint à Paris, où son illustre compatriote Arago demanda à Dumas de l’admettre dans son laboratoire particulier. De nombreux et intéressants travaux justifièrent bientôt cette faveur, alors si enviée de tous les jeunes chimistes. Les travaux du laboratoire n’absorbaient pas tous les instants de Bouis ; depuis longtemps déjà il appartenait au haut enseignement : répétiteur, puis professeur à l’Ecole centrale, il avait été nommé, au concours, agrégé de chimie à l’Ecole supérieure de pharmacie et appelé en 1868 à la chaire de toxicologie de cette école; ses élèves n’oublieront pas ses leçons si riches en faits nouveaux et brillamment exposés. En 1878, il entra à l’Académie de médecine auprès de laquelle il remplissait, depuis longtemps déjà, les délicates fonctions de chef des travaux chimiques.
- CHRONIQUE
- Les plus grandes baisses barométriques. —-
- Le plus grand abaissement barométrique qu’on connaisse à Paris à atteint 713mm,20 le 24 décembre 1821 à onze heures un quart du soir, il équivaut à 719““,43 au niveau de la mer. Le lendemain matin à Boulogne-sur-Mer il descendait à 710““,45 au niveau de la mer, par conséquent 9 millimètres plus bas qu’à Paris malgré tout ce qu’avait d’insolite, de vraiment extraordinaire, la dépression trouvée à l’Observatoire de Paris. On a vu en Islande en 1824 le baromètre descendre à 692 millimètres au niveau de la mer.
- Emploi des chiens dans Fart militaire. —
- Dans le n° 700 de La Nature nous avons signalé les essais qui sont faits en Allemagne pour employer les chiens à la guerre, comme auxiliaires (p. 350). Cette idée de l’utilisation d u ch ien, qui est assez générale, est loin d’étre nouvelle. Un de nos lecteurs nous la signale dans Végèce : Traité d'art militaire, écrit à la fin du quatrième siècle. Voici, en effet, ce qu’on trouve dans le chapitre 26° du livre IV de cet ouvrage» « On a même imaginé de nourrir
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- dans les tours (sur les remparts) des chiens pleins d’ardeur et de sagacité qui reconnaissaient par l’odorat l’approche de l’enneini et la signalent par leurs aboiements. )>
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du ‘2 novembre 1886. — Présidence de M. l’amiral
- JlJBIEN DE LA GbAVIÈBE.
- La raye. — C’est avec le recueillement ordinaire qu’on écoule une nouvelle lecture de M. Pasteur sur le traitement de la rage. A l’heure actuelle, le nombre des personnes traitées à Paris est de 2490, dont 1726 pour la France et l’Algérie, 80 pour l’Angleterre,' 52 pour l’Autriche-Hongrie, 9 pour l’Allemagne, 57 pour la Belgique, 107 pour l’EspagiÉ, 10 pour la Grèce, 14 pour la Hollande. 165 pÔûfH’italie, 691 pour la Russie, 18 pour les Etats-Unis, 3 pour le Brésil, etc. En ne considérant que les 1726 Français et râlgériens dont l’auteur s’est exclusivement occupé aujourd’hui, on trouve qu’il y a eu 10 morts, c’est-à-dire 1 environ pour 170 malades. Or, les statistiques montrent que pendant le même temps il y a eu en France 17 morts de gens non traités par la méthode d’inoculations prophylactiques. D’autre part, les relevés faits dans les hôpitaux par M. Dujardin-Beaumetz apprennent que durant les cinq dernières années il est mort 65 enragés : or l’an dernier, c’est-à-dire pendant le fonctionnement du laboratoire de la rue d’Ulm, cette mortalité est descendue à 3 et a frappé des personnes non vaccinées. Les insuccès relatifs au traitement des Russes de Smolensk a conduit l’auteur à modifier le traitement primitif au moins dans les cas de morsures profondes à la face. A présent, il rapproche les vaccinations successives et, parvenu dès le quatrième jour à l’emploi de la moelle rabique d’un jour, il répète jusqu’à deux fois toute la série des inoculations. Depuis deux mois ce nouveau modus facicndi est en plein exercice et selon l’auteur les résultats sont déjà manifestes : il énumère 10 enfants blessés dans les plus mauvaises conditions et qui tous sont ou guéris ou dans la meilleure voie de guérison.
- Physiologie. — Après l’exposé que nous n’avons pas pu entendre complètement de recherches qui lui sont personnelles sur l’excitabilité nerveuse, M. Brown-Séquart présente deux notes. La première, dit M. Enoch, concerne un procédé d’observation spectroscopique du sang qui permet de reconnaître dans ce liquide, et sans l’extraire des vaisseaux de l’homme ou d’un animal vivant, la proportion et l’état particulier de l’hémoglobine. La seconde, de M. Onimus, traite des contractions déterminées par les courants de polarisation sur les tissus vivants.
- La tige des poroxylons. — Dans un nouveau mémoire déposé par M. Duchartre, le savant paléobotaniste du Muséum, M. Bernard Renault, examine un nombre considérable de tiges et de rameaux de poroxylons et arrive ainsi aux résultats suivants ;
- 1° L’àge n’influe pas sur la distribution des faisceaux et le développement du bois centripète ; 2° la moelle ne se cloisonne pas comme dans les cordaïtes ; 3° l’épaississement du bois secondaire se fait au moyen d’une zone cambiale fonctionnant régulièrement dans la tige et dans les feuilles; 4° les masses ligneuses à accroissement centripète ne convergent au centre de la moelle ni dans les grosses tiges ni dans les petites : elles conservent toujours la même allure. Ce fait est très important pour la paléontologie végétale, puisque certains paléontologistes, à pro-
- pos des sigillaires et des lépidodendrous, croient qu’une différence d’àge suffit pour donner à deux rameaux d’une même plante, à l’un du bois centripète convergeant au centre, à l’autre des îlots ligneux centripètes, circum-rnédullaires, distincts.
- Substance singulière recueillie après un coup de foudre. — Le 28 juillet 1885, un homme sortant de Luchon vers I heure et demie de l’après-midi, alors que l’orage grondait fortement, vit la foudre tomber à 20 mètres environ. Remis de la secousse, il alla voir l’effet produit et vit un enduit fondu et brillant sur les pierres du mur qüi borde la route. Un géologue très distingué du pays, M. Maurice Gourdon, se rerd.t le lendemain sur les lieux et recueillit de ce vernis sur des schistes, sur des calcaires et jusque sur l’écorce des arbres. 11 voulut bien, avec un empressement dont je le remercie, me faire parvenir ces curieux spécimens et je les ai étudiés avec le plus grand soin. Mon résultat, que M. le secrétaire perpétuel communique à l’Académie, est que la substance fondue, loin d’ètre un verre, comme il arrive dans les fulgurites ordinaires, est une résine, facilement inflammable, qu’on peut distiller, que l’alcool dissout pour l’abandonner sous forme de précipité en présence de l’eau. La chute de cette substance singulière étant parfaitement constatée, il y a lieu de se demander si elle dérive réellement de la foudre, ou si, d’origine météori-tique, elle n’a pas été apportée par quelque bolide. Dans tous les cas, elle paraît être cette même matière qu’on a vue brûler dans un grand nombre de cas d’orages et spécialement lors de l'accident survenu en 1681 sur YAlber-mall et dont Richard Boyle nous a conservé le récit. Il s’agit d’une masse résineuse tombée sur le pont à la suite d’un coup de tonnerre et qu’on essaya vainement d’éteindre avec de l’eau ou de précipiter dans la mer avec des bâtons.
- Le gadolinium. — C’est le nom donné à une base renfermée dans la gadolinite et qu’on a reconnue pour être un mélange de trois métaux : yttrium, cérium et lanthane. Malgré celte nature complexe, ce corps se comporte comme un corps simple. La constance des proportions relatives des trois constituants est telle que d’après M. Nordenskiôld le poids atomique de l’oxyde de gadolinium est toujours le même, dans quelque minéral qu’on l’étudie, et égal à 260.
- Varia. —M. Marcel Depretz présente l’historique de ses recherches sur le transport électrique de l'énergie. — Les dislocations du globe, pendant les périodes géologiques récentes, occupent M. Jourdy. — Une note sur l’écoulement varié des gaz est déposée par M. Ilaton de la Gou-pillère. — M. Léo Uerrera étudie les conditions d’équilibre des cellules vivantes. — Enfin le secrétaire signale des recherches de M. Guido Tizzoni sur la physiologie et la pathologie des capsules surrénales.
- Stanislas Meunier.
- AÉRA1I0N DES EAUX SOUTERRAINES
- SERVANT A L’ALIMENTATION DES VILLES
- La Société chimique allemande a été saisie récemment d’une étude faite par M. B. Lepsius, sur l’aération des eaux souterraines, destiuées à l’approvisionnement de la ville de Francfort-sur-le-Mein.
- Les eaux sont empruntées à une nappe souterraine qui traverse les sables tertiaires mélangés d’argile grise, et
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- dont l’affleurement se trouve seulement à quelques mètres de profondeur.
- L’analyse des échantillons fournis par le forage a montré que ces eaux tiennent en dissolution une proportion d’oxygène d’autant plus faible qu’elles proviennent d’une plus grande profondeur, et cette diminution de l’oxygène dissous paraît être en rapport direct avec la teneur en sels ferreux. En effet, lorsqu’une eau chargée d’acide carbonique traverse des couches de sable, qui sont généralement plus ou moins ferrugineuses, elle pourra dissoudre des quantités très appréciables de carbonate ferreux, à moins que la proportion d’oxygène tenue en dissolution dans l’eau ne soit suffisante pour décomposer ce sel en acide carbonique et oxyde ferrique, ce dernier corps pouvant à son tour être réduit en oxyde ferreux par les matières organiques. Il s’établira ainsi, entre ces diverses réactions un équilibre qui, pour une profondeur déterminée, sera fonction de la vitesse d’écoulement de la nappe d’eau, de la quantité de matières organiques capables de fournir de l’acide carbonique par oxydation, de la proportion de fer et de la plus ou moins grande richesse de l’eau en oxygène libre.
- C’est donc la teneur en oxygène dissous qui dénotera la qualité de l’eau et c’est cet élément que l’auteur a cherché à doser avec exactitude.
- Les échantillons, puisés à diverses profondeurs , avaient une température de 10 à 11°. Quant aux volumes gazeux, ils ont été ramenés à la température zéro et à la pression de 760 millimètres, j Le volume d’oxygène pour 100 était de 25“%21 à 12 mètres de profondeur, de 22OC,05 à 18 mètres, et de 13cc,90 seulement à 25 mètres. Ces nombres indiquent que la diminution de l’oxygène dissous, est peu sensible jusqu’à la profondeur de 18 mètres, mais qu’elle s’accentue rapidement dans les couches suivantes, puisque entre 17 et 24 mètres elle tombe de 22 à 13 pour 100. L’eau puisée à 25 mètres prenait une légère coloration jaunâtre et donnait un dépôt de même couleur, après une exposition prolongée à l’air.
- On voit donc qu’il convient de ne pas emprunter l’eau à des couches trop profondes.
- L’auteur a imaginé un petit appareil permettant à la fois de puiser l’eau dans les trous de sonde dont le diamètre ne dépasse pas 8 centimètres et d’effectuer le dosage de l’oxygène dissous sans transvasement préalable du liquide; mais pour la description de cet appareil nous devons renvoyer le lecteur au mémoire original1.*
- 1 D’après la Hevue industrielle.
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- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- LA DURETÉ DES CORPS. ----- PERCER UN SOU
- AVEC UNE AIGUILLE
- On reconnaît qu’un corps est plus dur qu’un autre corps, quand il peut rayer ce dernier. Un morceau de verre raye le marbre, un morceau de diamant raye le verre : le verre est plus dur que le marbre, le diamant est plus dur que le verre. Une lame d’acier, de couteau ou de canif, raye le cuivre : l’acier est donc plus dur que le cuivre ; et il n’est pas impossible de percer un sou avec une aiguille beaucoup plus dure que le sou. Le problème paraît d’abord insoluble, parce que si l’on essaye d’enfoncer unp
- aiguille dans un sou, comme on enfoncerait un clou dans une planche, on ne manque pas, à chaque tentative, de casser l’aiguille, car l’acier, quoique trèsdur, est très cassant. Mais si, par un artifice, on arrive à maintenir l’aiguille droite et rigide au-dessus du sou, on peut l’enfoncer dans le cuivre avec un marteau. 11 suffit, pour réussir, d’introduire l’aiguille dans un bouchon qui ait même hauteur que cette aiguille : l’aiguille, maintenue dans une véritable gaine de liège, ne pourra fléchir dans aucun sens, elle pourra être frappée violemment suivant son axe sans être brisée.
- Dans ces conditions, placez l’aiguille avec son bouchon, au-dessus d’un sou mis sur une tête de boulon, ou même sur une table de bois blanc d’atelier que vous ne craignez pas de détériorer ; prenez un bon marteau de serrurier, un peu lourd, et frappez énergiquement sur le bouchon comme le montre la figure. L’aiguille, si le coup est porté bien droit et bien fort, traversera le sou, et il ne sera plus possible de l’en faire sortir. L’expérience peut se faire aussi bien avec toute autre pièce de monnaie.
- Nous devons ajouter que l’on ne réussit pas du premier coup ; il faut recommencer l’essai à plusieurs reprises, mais le fait est réel, et nous avons entre les mains un sou ainsi traversé par une mince aiguille.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Manière de percer un sou avec une aiguille.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 70a. - 13- NOVEMBRE 1 886.
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- LE PONT ROULANT DE SAINT-MALO
- Nous avons donné autrefois1 une description sommaire de ce curieux système de passage entre deux
- jetées. Nous y revenons aujourd’hui, en raison des belles photographies qui nous ont été communiquées montrant le pont roulant à marée basse (lig. 1) et à marée haute (fig. 2). Nous rappellerons à nos lecteurs que les deux villes de Saint-Malo et de Saint-
- Fig. 1 — Le pont roulant de Saint-Malo, à marée basse. (D’après une photographie.)
- Fig. 2. — Le pont roulant de Saint-Malo, à marée haute. (D’après une photographie.)
- Servan sont tellement voisines qu’elles se touchent presque; un bassin du port les sépare. Pour se rendre de l’une à l’autre ville, il fallait faire un dé-
- 1 Voy. n° 69, du 26 septembre 1874, p. 272.
- 14* année. — 2* semestre-
- tour considérable. Il y a plus de quinze ans déjà, M. Leroyer, architecte de Saint-Malo, a remédié à cet inconvénient en construisant, non pas un pont tournant, un bac, ou tout autre système analogue, mais une charpente légère, en fer, véritable pont
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- LA NATURE
- roulant qui transporte les piétons d’une jetée à l’autre. La charpente de fer est posée sur un chariot monté sur des roues, glissant sur rails.
- Le pont roulant est amené par deux chaînes le conduisant l’une à Saint-Malo, l’autre a Saint-Servan. Les chaînes s’enroulent sur une transmission mise en mouvement par une machine à vapeur.
- A la partie supérieure de la charpente de 1er est une plate-forme où prennent place voitures, chevaux et marchandises. Un abri sert aux passants qui veulent se préserver du soleil ou des intempéries. Le prix du passage est de 5 centimes pour les places découvertes, et de 10 centimes pour les places abritées sous le hangar.
- Le pont roulant fonctionne tout aussi bien à marée haute qu’à marée basse : dans le premier cas rien n’est plus curieux que de voir la plate-forme suspendue sur de minces tiges de fer à la surface de l’eau, et les voyageurs éprouvent parfois une certaine émotion, en se voyant ainsi suspendus au-dessus des eaux de IW^in ^
- En 1878, lorsxle l’Exposition universelle de Paris, M. Leroyer avait construit un petit modèle, au dixième, de son pont roulant. Il y avait joint une notice descriptive que nous reproduisons en partie.
- Le pont roulant au repos se trouve complètement à l’abri des navires ; il se trouve encaissé du côté de Saint-Malo, dans le mur du quai, de toute sa longueur et toute sa largeur ; de l’autre côté il y a un accostage que représente une de nos vues (fig.l).
- La hauteur des murs, prise du dessus des rails, est de 10m,50. Dans les grandes marées, le pont est immergé de 10 mètres; la distance à franchir est de 90 mètres, largeur de la passe ;elle peut être prolongée autant qu’il est nécessaire, de même que la hauteur peut être augmentée. Le courant qu’il faut traverser est, parfois, de cinq à six nœuds. Le parcours s’effectue en 90 secondes, environ 2 minutes et demie pour le voyage aller et retour. Une machine à vapeur, comme nous l’avons dit un peu plus haut, sert de moteur.
- Depuis l’établissement de ce pont en 1871, entre Saint-Malo et Saint-Servan, il n’y a eu aucun accident à déplorer, les communications n’ont cessé d’exister entre les deux villes, aucune tempête ne les a interrompues, le pont ayant fonctionné de tous temps sans le moindre arrêt, assurant de nuit comme de jour, de haute mer comme de basse mer, une circulation prompte et sûre, même lorsque les navires ne peuvent tenir la mer.
- Les chevaux, voitures, marchandises et bestiaux, y sont transportés. La plate-forme peut contenir cent passagers.
- Nous sommes surpris que l’on n’ait pas imité dans d’autres ports l’ingénieux pont roulant de Saint-Malo, et nous avons cru qu’il était intéressant d’appeler encore une fois l’attention des ingénieurs et du public sur cet intéressant mécanisme.
- Gaston Tissandieu.
- L’ÀCÏDE SALICYLIQUE
- SON ACTION SUR LÉCQNOMIE
- Un sait à combien de débats contradictoires a donné lieu la question de l’action exercée par l’acide salicylique sur l’économie du corps humain. Il y a plusieurs années déjà, le Moniteur scientifique faisait connaître le résultat des expériences exécutées à ce sujet, par M. le docteur Kolbe. Nous "eprodui-sons, à titre de document, l’article publié récemment encore par le docteur Quesneville. Il semblerait, d’après ces expériences, que les boissons ou la bière, salicylées, sont inoffensives, contrairement à ce qui est généralement affirmé.
- « Il est aujourd’hui certain qu’un grand nombre de praticiens sont toujours disposés à prévenir leurs malades de certains inconvénients qui peuvent résulter pour eux de l’emploi de l’acide salicylique à haute dose, tels que bourdonnements d’oreilles, surdité passagère, etc.; et par cela même, il en est qui prétendent que l’absorption continue de petites quantités de ce produit doit avoir une influence fâcheuse sur la santé. C’est là une de ces questions auxquelles l’expérience seule peut répondre, et c’est dans ce but que l'éminent professeur Kolbe n’a pas hésité à se soumettre lui-même à l’épreuve. Nous reproduisons ci-dessous le texte de sa communication au Journal polytechnique, au Journal de pharmacie, et, enfin, au Journal de médecine de Berlin :
- * « le me suis habitué à boire, tous les jours, depuis le mois de septembre de l’année dernière (treize mois), de l’eau dans laquelle je faisais dissoudre 1 gramme d’acide salicylique par litre ; puis, peu de temps après, j’ai remplacé l’eau ordinaire par une eau de Seltz artificielle préparée par un fabricant d’eaux gazeuses avec addition* de 1 gramme d’acide salicylique par demi-litre d’eau. Je buvais cette eau gazeuse mêlée à son volume d’eau pure. L’acide carbonique fait disparaître complètement le goût particulier de l’acide salicylique et rend ainsi cette boisson très agréable.
- « Je bois régulièrement tous les jours de trois quarts à un litre de cette eau contenant 1 gramme d’acide salicylique par litre; ce qui fait que, depuis septembre 1877, j’ai absorbé plus de 300 grammes d’acide salicylique. En outre, je tiens à constater que, depuis plus de deux ans, je ne bois, pour ainsi dire, pas de bière ou de vin qui ne contienne 20 grammes d’acide salicylique par hectolitre de bière ou 10 grammes par hectolitre de vin; j’estime donc qu’en moyenne j’ai absorbé tous les jours, tant avec l’eau qu’avec le vin et la bière, la quantité de 1 gramme d’acide salicylique.
- « Mon état de santé est parfait : je me sens mieux et plus robuste que jamais; et je constate encore que je dois à cette cure salicylée de m’être affranchi, d’une façon complète, de certains désordres d’estomac dont je souffrais auparavant à la suite du plus petit écart de régime. Des aphthes, dont j’étais très souvent atteint sur la langue, au point de me gêner notablement en parlant, ont également cessé de me tourmenter. C’est au point que maintenant l’emploi journalier de l’acide salicylique m’est devenu indispensable.
- « Ce qui est vrai pour l’acide salicylique l’est également pour les boissons fermentées en général; peu de personnes, en effet, supporteraient l’absorption d’une demi-bouteille de rhum ou d’eau-de-vie, tandis qu’elles
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- pourront boire impunément une bouteille de bière ou de vin, sinon davantage. Ceci dit pour la tranquillité des buveurs de bière qui vont jusqu’à ingurgiter cinq litres de bière (dose énorme!), dans laquelle se trouve 1/10 de gramme d’acide par litre, et qui, par conséquent, en avalant cette énorme quantité de liquide, n’absorbent que 5/10 ou 1/2 gramme d’acide; et encore les deux tiers de cette quantité se trouvant neutralisés à l’avance par les phosphates alcalins contenus dans la bière, ces buveurs émérites n’absorbent, en réalité, que 1/6 de gramme d’acide salicylique libre.
- (( On a remarqué que, par suite de l’emploi de fortes doses d’acide salicylique ou de salicylates, dans les cas de rhumatismes ou de goutte, l’urine se charge de petites quantités d’albumine. Mon médecin, le docteur Barhrdt, de Leipzig, désirant s’assurer si, par l’usage journalier de 1 gramme d’acide salicylique le même phénomène pathologique se produisait, me recommanda d’analyser mes urines de temps en temps, ce que je fis scrupuleusement, mais sans constater la moindre trace de formation d’albumine. L’urine, dans ces conditions, reste toujours claire et ne présente que le caractère, particulier à l’acide salicylique, de se colorer en violet par l’addition de per-chlorure de fer. »
- « Nous ne pensons pas, dit en terminant le docteur Quesneville, qu’aucun doute puisse encore exister dans l’esprit de nos lecteurs sur l’innocuité de l’acide salicylique absorbé tous les jours à petite dose. Cet agent étant, en effet, éliminé régulièrement tous les jours par les urines, ne s’emmagasine pas dans le corps et ne peut amener les inconvénients, d’ailleurs légers, entraînés quelquefois par de hautes doses d’acide salicylique. »
- Nous ajouterons que les résultats dont on vient de lire l’exposé, d’après le Journal de médecine de Berlin, ont été obtenus par un chimiste allemand qui peut être disposé à l’indulgence en faveur des produits nationaux et de la bière allemande. Ils n’en sont pas moins dignes d’intérêt, et méritent d’attirer l’attention des esprits impartiaux.
- LE NIL, SON RÉGIME ET SES IRRIGATIONS
- NOTES DE VOYAGE (Suite et fin. — Yoy. p. 227.)
- Sur les terres où l’inondation n’arrive pas, ou qu’il faut continuer à arroser après la retraite des eaux, l’irrigation se fait au moyen d’appareils élé-vatoires. Autrefois les fellahs se contentaient d’élever l’eau avec des chadoufes et des saghiehs, auxquelles est venue s’ajouter la pompe à vapeur fixe ou mobile pour les grandes cultures d’aujourd’hui (fig. 1). La chadoufe que nous avons figurée dans notre précédent article (p. 229) est une écope ou un panier faisant office de seau, suspendu à l’extrémité d’un balancier avec contrepoids et que soutiennent une perche ou deux branches d’arbres accouplées. Un ou deux hommes, à peu près nus, manient cet appareil primitif, assez semblable à ceux qui servent à puiser l’eau au milieu des champs dans nos campagnes d’Alsace. Us plongent le vase à puiser dans un creux en commu-
- nication avec le lleuve et déversent l’eau dans un chenal à 2 ou o mètres plus haut. Quand les berges du Nil sont élevées et que le fleuve se tient bas, vous voyez trois ou quatre de ces chadoufes étagées les unes au-dessus des autres pour amener l’eau au niveau des cultures. Pénible besogne pour les pauvres fellahs exposés la journée entière à un soleil ardent, avec une nourriture dont nos paysans, nos mendiants d’Europe ne voudraient pas. Une chadoufe ou une série de chadoufes étagées n’arrosent pas plus d’un deini-feddan, soit 21 ares de terre cultivée.
- Plus efficace que la chadoufe, la sagliieh consiste en une roue à pots avec un manège mis en mouvement par une paire de bœufs ou de buffles, susceptible d’arroser à la fois plusieurs feddans. Ordinairement les pots disposés autour de la roue forment un chapelet qui s’allonge à mesure de la baisse des eaux. Dans le Fayoum, j’ai vu des saghiehs à aubes ou à palettes mues par le courant des canaux au lieu d’un manège avec attelage. Alors les pots sont fixés a côté des palettes et se déversent dans un petit chenal comme avec la sagliieh ordinaire. Chaque soir nous entendions le grincement plaintif de ces machines, bien avant dans la nuit, comme un appel du cultivateur en détresse. Pour les grandes exploitations des domaines de l’Etat et de la Daïra Sanieh, les saghiehs et les chadoufes sont remplacées par des pompes à vapeur établies sur la rive ou sur un chaland à flot sur le fleuve. Dans ce dernier cas, au lieu d’allonger le chapelet à pots, comme avec la sagliieh, un ingénieur français, M. Bouillon, directeur des sucreries d’Herment, a imaginé d’allonger graduellement le tuyau d’élévation au moyen d’une série de tubes ajustés les uns aux autres. Une pompe de ce dernier modèle fournit aux plantations de cannes à sucre, si avides d’eau, le travail d’une quantité de saghiehs avec plus de régularité.
- A part les cultures de la Daïra Sanieh et les terres riveraines des canaux Ramadi et Ibrahimieh, à part encore les rives élevées du fleuve ou de petits plateaux isolés, l’arrosage s’effectue par bassins d’inondation dans toute la Haute-Egypte, depuis Assouan jusqu’au Caire et un peu au delà du Barrage, à la tète du Delta. C’est le système d’aménagement des eaux appliqué à tout le pays jusqu’à la fin du siècle dernier. II consiste dans la division de la zone cultivable en une série de bassins étagés les uns au-dessus des autres, séparés par des digues transversales et bordés dans le sens de la vallée soit par les terrasses du désert, soit par les digues longitudinales du Nil et par des digues parallèles. Quelques-uns de ces bassins atteignent oüOOO hectares d’un seul tenant, tandis que les villages des fellahs se trouvent sur les parties hautes en communication par les digues en temps d’inondation. Quand la crue du fleuve atteint une hauteur suffisante, les bassins se remplissent de l’un à l’autre, par des canaux peu profonds, mais larges, partant directement du Nil. On obtient ainsi à la fois le détrempement du sol, qui rend la terre | apte à porter des graines et le colmatage qui Famé*
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- LÀ NATURE.
- liore par les dépôts de limon. L’eau séjourne dans les bassins pendant deux mois et plus, pour s’écouler ensuite vers le Nil, après quoi suit un labourage léger, puis l’ensemencement, sans autre travail jusqu’à la moisson. Cette méthode d’exploitation, dite culture chitoni, pour la production des céréales, remonte aux premiers temps des Pharaons, à quelques milliers d’années. Ses rendements ne répondent pas au produit de la culture intensive pratiquée dans les régions agricoles plus avancées de l’Europe.
- L’arrosage par bassins dans les provinces de la llaute-^gypte embrasse une étendue de 756000 hectares ou 1 800000 fed-dans, sur une superficie totale cultivée de 2 220 000 feddans ou 932 400 hectares.
- Sur les terres élevées des rives du ileuve, dans la zone du Sahel, les cultures nili, arrosées au moyen des chadoufes et consacrées surtout au dourali ou maïs, se font pendant la montée des eaux. Ordinairement le maïs reste sur pied de 70 à 90 jours seulement. Quand la crue du Nil est trop rapide, les infiltrations dé -truisent la récolte avant la moisson, de sorte que cette culture est très aléatoire. À la fin de février, la récolte des cultures d’hiver ou chitoni se trouve terminée dans la Haute-Egypte. Dans la Basse-Égypte, les irrigations d’été, par les canaux séfi, permettent la culture de plantes dont la période de végétation exige plus de temps. C’est, à proprement parler, la zone des cultures d’été, ès séfi, qui embrasse l’espace du mois d’avril au mois d’août, voire jusqu’en hiver pour le coton et le riz. Lorsque les champs de blé de la
- Haute-Egypte sont depuis longtemps dépouillés, vous voyez partout, dans la Basse-Egypte, une végétation exubérante, grâce à son réseau de canaux. Que si on nous demande pourquoi le réseau des canaux séfi ne s’étend pas à toute l’étendue de la Haute-Égypte, nous répondrons qu’à l’étiage le débit du Nil est trop faible pour soumettre toute la région actuelle des bassins à la culture d’été. Ces bassins sont d’ailleurs
- nécessaires en temps de crue pour régulariser l'écoulement des eaux en réduisant leur débit et pour mettre les terres de la Basse-Égypte à l’abri des débordements accidentels, d’autant plus à craindre que la pente diminue à l’approche de la mer.
- En temps d’é-tiage, toutes les eaux du fleuve ne peuvent être employées à l’arrosage , tant à cause des besoins de la navigation et de l’hygiène, que pour éviter l’envahissement de la mer à de grandes distances en amont des embouchures de Rosette et de Damiette. Quant à l’influence des bassins de la Haute-Egypte sur le régime du Nil, elle ressort des variations des côtes du fleuve au Caire lors du remplissage et du déversement de ces bassins au moment de la baisse des eaux. Dans la Basse-Egypte, les eaux ne sont plus aménagées par bassins d’inondation et les terres ne sont inondées pour les cultures d’hiver que sur de petites étendues, sans colmatage effectif. Par contre, la région s’irrigue moyennant un double réseau de canaux nili et séfi, les premiers peu profonds, mais larges et recevant les eaux seulement à un moment donné de la montée du Nil, les seconds assez profonds pour avoir de l’eau à l’étiage.
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- Pour les uns et les autres la section diminue à mesure qu’ils dépensent leur eau. Avec les canaux séfî, l’arrosage peut se faire durant tout l’été. Ce réseau, à l’exception de quelques branches nouvelles de jonction et de quelques sections de création récente pour obtenir des prises d’eau mieux placées, se compose en majeure partie d’anciens canaux nili approfondis. Ses prises d’eau se trouvent la plupart sur le Nil même, tandis que le réseau nili s’alimente surtout par les canaux séfi, quand leur niveau est assez haut.
- Si une administration sage ne peut songer a remplacer les bassins d’inondation de la Haute-Égypte par un réseau complet de canaux séfi permettant l’arrosage d’été, du moins serait-il possible de transformer, dans l’intérêt d’une culture plus parfaite, les canaux nili de la Basse-Égypte en canaux séfi constamment alimentés d’eau. Déjà les constructions grandioses du barrage, à la tête du Delta (fig. 2), dont l’initiative revient à Mehemet-Ali , devaient améliorer le régime des irrigations de cette région en donnant plus d’eau à la branche de Damiette. Prompt à l’action, le grand vice-roi demanda à l’ingénieur français Linant de Bellefonds, en 1835, de construire immédiatement l’ouvrage dont il avait conçu l’idée. Suivant son projet, le barrage devait maintenir le niveau du fleuve à la même hauteur en toute saison et dispenser de l’emploi des machines élévatoires pour les arrosages. La construction a été faite par M. Mougel, dont le plan différait de celui de Linant. Elle consiste en un double pont en pierres, d’une masse énorme, pourvu de tourelles et établi sur des piles, appuyé au milieu sur la pointe sud du Delta. Entre les deux branches du barrage s’élèvent des ouvrages fortifiés. Cet ouvrage produit un effet imposant comme massif de maçonnerie. Comme barrage, il ne rend guère d’autre service que de barrer le passage à la navigation. Jusqu’à présent les arches de la branche de Rosette ont seules été fermées au moyen de poutrelles mues par des grues. Les lézardes survenues dans la maçonnerie, sous l’effet de la mobilité du fonds compromettent l’existence de l’ouvrage ou du moins contrarient son emploi. Par places le radier est affouillé au point que l’on
- passe dessous en scaphandre et que certaines piles sont suspendues au lieu de supporter le pont. Tel qu’il est, le travail a coûté, jusqu’en 1861, une somme de -47 millions de francs et les ingénieurs demandent 27 millions au moins pour mettre l’ouvrage en état de servir. Reste à savoir si l’arrosage avec les pompes à vapeur, revenant de 26 à 28 francs par an, ne serait pas moins coûteux.
- Actuellement le Ministère des travaux publics, à en juger par un rapport de M. Rousseau, directeur général de ce service, en date du 24 avril 1883, recommande l'emploi des machines à vapeur pour l’alimentation des principaux canaux séfi au lieu d’achever le barrage. Tout au plus les ingénieurs du Ministère proposent-ils d’utiliser le barrage comme partiteur, chargé à l’étiage de distribuer les eaux du fleuve en proportion convenable entre les deux branches de Rosette et de Damiette. Cette dernière branche du Nil tend à s’appauvrir d’année en année et elle manquerait d’eau sans les retenues de 1,5 à 2 mètres faites sur la branche de l’ouest. Dans l’origine, le Barrage devait relever le plan d’eau du fleuve à l’étiage de 4 à 5 mètres pour alimenter tous les canaux séfi de la Basse-Égypte. L’entreprise tentée n’a malheureusement pas réussi. M. Rousseau évalue à 6U8 950 livres égyptiennes, soit 15 à 16 millions de francs la dépense annuelle nécessaire pour la mise en état et l’entretien des travaux d’irrigation de la Basse-Égypte. Ajoutez 1 704 000 francs ou 65 520 livres égyptiennes pour les canaux de la Haute-Égypte, plus une annuité de 154 000 livres pendant dix ans pour un système d’écluses destinées à remplacer les coupures annuelles dans les digues entre les bassins d’inondation. Moyennant cette dépense, les corvées des fellahs pour l’entretien des canaux et des digues pourraient être diminuées de moitié, tandis que les terres de la Basse-Égypte recevaient en moyenne 25 mètres cubes d’eau par feddan journellement ou 60 mètres cubes par hectare. Par suite, tous les genres de culture de la rotation en usage dans le pays seraient possibles sur cette partie du territoire dont la superficie cadastrée comprend 2 803 000 feddans ou 1 177 000 hectares.
- Fig. 2. — Vue du barrage du Nil. (D’après une photographie).
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- Quiconque sait combien la moindre négligence dans l’entretien des digues et des canaux a des conséquences funestes pour l’exploitation du pays, dont l’agriculture constitue Tunique ressource et dont les récoltes dépendent de l’arrosage, comprendra que l’aménagement des eaux doit exciter toute la sollicitude du gouvernement de l’Egypte. Dans les derniers temps de la domination byzantine et sous l’administration misérable des mamelouks, le relâchement de ce service réduisit les récoltes a la moitié d’une moyenne annuelle normale. Autrefois et dans la zone des bassins d’inondation et des canaux nili, les prestations en nature, les corvées des fellahs, suffisaient pour l’entretien des digues du lleuve et le curage des canaux. Pour les canaux séfi, pour les cultures d’été et d’automne, il faut des dragages avec des machines perfectionnées. Le progrès des idées et des mœurs, qui fait réprouver les mesures de rigueur et l’emploi des coups de bâton ou de courbache rend l’exécution des corvées plus difficile. D’un autre côté, les conditions physiques propres au pays exigent des mouvements de terre énormes, pendant un temps très court, pour profiter des bienfaits du Nil et se défendre contre ses crues. Une année dans l’autre, 160000 hommes sont requis, moitié dans la Haute, moitié dans la Basse-Egypte, afin de faire le travail nécessaire en temps voulu. En présence de l’arbitraire qui préside à l’application de cette charge, très inégalement répartie, l’homme placé aujourd’hui à la tête du gouvernement, Nubar-Pacha, dont tous les efforts tendent à substituer Tordre légal au régime de l’arbitraire, s’applique à remplacer les prestations en nature par le travail d’entrepreneurs payés. Dès cette année-ci, il a trouvé moyen de consacrer 250 000 livres égyptiennes ou 5 millions et demi de francs au curage des canaux par voie d’entreprise, au lieu de réquisitions. Son ambition est de signer un décret pour l’abolition définitif de la corvée, comme il a déjà fait supprimer la courbache comme moyen de perception des impôts. Le moment de l’abolition complète des prestations en nature ne semble pas venu encore pour l’Égypte, mais l’établissement de Tordre dans l’administration permettra de le remplacer par le rachat en argent, le jour où les fellahs seront surs de ne plus avoir à payer la même taxe plusieurs fois dans le courant de la même année. Charles Grad,
- Correspondant de l’Institut.
- Logellmcli (Alsace), 4 octobre 1886.
- LA CAYALERIE
- DE LA COMPAGNIE GÉNÉRALE DES OMNIBUS DE PARIS
- M. Lavalard, directeur du service de la cavalerie de la Compagnie générale des omnibus de Paris, a joint dernièrement à son rapport annuel une notice instructive à plusieurs titres; il s’agit de l’historique de la cavalerie de cette grande Compagnie depuis 1855 jusqu’à 1885, et naturellement de ses opérations de remonte annuelle qui
- se fait presque exclusivement en France. En effet sur 57 817 chevaux achetés pendant cette période de trente et un ans, 535 seulement proviennent d’Angleterre et de Hollande. Il a été reconnu que le cheval de trait français est le seul apte à bien faire le service des omnibus et des tramways, grâce aux transformations qui se sont opérées dans la production chevaline.
- En 1866, la Compagnie envoya en Allemagne M. Riquet, à cette époque directeur de la cavalerie, dans le but d’y acheter à de bonnes conditions un certain nombre de chevaux provenant des réductions d’effectif de la cavalerie prussienne, ou même d’y acheter des chevaux neufs.
- Or, M. Riquet constata que les chevaux d’artillerie mis en vente ne pouvaient aucunement convenir, et que les écuries des marchands et éleveurs ne contenaient que des animaux laissant à désirer, d’un prix supérieur à celui des chevaux français.
- Cette assertion était parfaitement fondée, puisque, depuis cette époque les compagnies de tramways de l’Allemagne du Nord et même de la Hollande viennent s’approvisionner en bonne partie en France ; sans parler des Américains, qui ont suscité à la Compagnie des omnibus une sérieuse concurrence.
- Les Américains, cependant, ont fait dévier le type par excellence du cheval de trait léger vers la production du cheval volumineux et lourd. Mais cette transformation, qui n’est pas un progrès, a mal répondu à leur attente, et comme la Compagnie des omnibus l’avait toujours préconisé, ils revinrent au type percheron qui représente actuellement 65 pour 100 de l’effectif de cette Compagnie.
- Quant aux sources auxquelles puise la Compagnie des omnibus, pour sa remonte, la limite, dans le rayon de Taris, encadre les départements de la Seine-Inférieure, du Pas-de-Calais, de la Somme, de l’Yonne, du Loiret, du Cher, de l’Indre, de Maine-et-Loire, de la Mayenne et du Calvados. En dehors de ce périmètre, la Compagnie achète ses chevaux dans les Ardennes et dans l’Ain.
- La proportion de chevaux hongres et de juments tend à augmenter : il a été reconnu que le cheval entier n’est pas capable, comme on Ta supposé jusque dans ces derniers temps, d’un travail plus fort et plus résistant à un rude labeur.
- La Compagnie des omnibus achète ses chevaux à partir de quatre ans révolus, mais le gros de ses achats porte sur des animaux de cinq à six ans. Pour ce qui est de la taille, elle est de lm,48 à lm,59.
- MÉTHODE D’IMPRESSION
- PAR i/ÉLECTRICITÉ
- Nous avons parlé des curieuses épreuves photographiques obtenues par M. le docteur Boudet de Paris au moyen de l’électricité, sans le secours d’aucun appareil optique1. La continuation des expériences qu’il avait entreprises Ta amené depuis, à une découverte plus curieuse encore et qui permet de reproduire directement sur papier, verre, bois, étoffe, etc., le dessin en creux ou en relief d’une surface métallique. Le procédé est extrêmement simple et repose sur quelques expériences que nous allons rappeler.
- Si Ton prend deux lames de verre qu’on les place Tune au-dessus de l’autre à i ou 2 millimètres de distance, en
- 1 Voy. n° 687, du 51 juillet 1886, p. Ifcl.
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- les soutenant par de petits supports, et qu’on colle sur chacune des faces extérieures une feuille d’étain, on a un condensateur à lame d’air. Si on réunit alors les deux feuilles d’étain aux extrémités du fil induit d’une bobine de Ruhmkorff, on voit en regardant parla tranche du condensateur une sorte de pluie de feu aller d'une plaque à l’autre. C’est Y effluve électrique découvert par du Moncel en 1855.
- Si, au lieu de séparer les deux lames de verre par des supports quelconques, on prend un carton portant une découpure qui représente une image, on voit que la pluie de feu laisse des traces sur le verre aux endroits non protégés par le carton. Lorsque, après avoir lancé le courant dans la bobine, on examine les plaques, on ne voit rien d’abord. Mais il suffit de déposer avec l’haleine sur la plaque qu’on examine, une légère buée, et le dessin apparaît immédiatement. On trouvera dans le traité d’électricité statique deM. Mascart, pages 175 et suivantes de nombreux détails sur les expériences faites à ce sujet par plusieurs savants parmi lesquels il convient de citer surtout Riess, Moser, Fizeau, Karsten. Ces expériences sont du reste d’un intérêt purement scientifique.
- M. Boudet de Paris pensa que l’image pourrait être rendue visible d’une façon durable en employant une fine poussière telle que de la plombagine qui serait projetée sur le verre par le passage de l’effluve ; et, afin que l’effet fût plus puissant et plus instantané, il employa une machine statique (machine Carré) au lieu d’une bobine. Ses prévisions se réalisèrent pleinement et il en arriva à transformer les dispositions de l’expérience, comme nous allons l’indiquer.
- On prend une lame de verre qu’on pose sur une lame d’étain, puis on place dessus un cachet gravé en creux ou une médaille en relief (pièce de monnaie) dont on a plombaginé la surface avec le doigt ou avec un pinceau. On réunit ensuite cette pièce métallique à l’un des conducteurs de la machine, la feuille d’étain à l’autre; on fait deux tours de manivelle pour charger cette sorte de condensateur, puis on le décharge en faisant jaillir l’étincelle entre les deux conducteurs de la machine. On enlève la pièce métallique et on voit que son dessin est reproduit sur le verre dans tous ses plus petits détails. Si on interpose une feuille de papier, un morceau de toile, une plaque de bois, etc., entre l’objet métallique et le verre, le dessin se reproduit également bien sur les matières interposées. Sur papier blanc notamment, l’effet produit est très remarquable et l’image présente une douceur de tons qui lui donnent un cachet tout à fait artistique.
- Au lieu de plombagine on peut employer une poudre fine quelconque, conductrice ou non de l’électricité.
- Quant à l’explication du phénomène, elle n’est pas encore donnée. Il y a certainement là un effet mécanique, il yâ transport de matière d’un point à un autre; mais ce qu’il y a de remarquable et d’inexplicable jusqu’à présent, c’est que ce transport ne se fait pas uniformément puisqu’il reproduit le dessin avec les effets d’ombre qui donnent la sensation du relief. Ce sont les parties en creux de l’objet métallique qui viennent en noir sur le papier et d’autant plus en noir que le creux est plus prononcé ; les saillies sont pâles et les parties qui touchent le papier restent blanches. Les théories données par les savants dont nous parlions plus haut au sujet de leurs propres expériences, peuvent être utilement consultées à cet effet.
- Quoi qu’il en soit, ce procédé paraît devoir trouver
- d’utiles applications industrielles. Nous en signalerons quelques-unes indiquées par l’auteur : le graveur obtiendra immédiatement sur son bois le dessin d’une médaille, d’une pièce de monnaie à reproduire parla gravure, dans un journal ou un ouvrage de numismatique ; un dessin gravé une fois pour toutes sur une feuille de zinc, par exemple, pourra être reproduit rapidement autant de fois qu’on le voudra sur des feuilles de verre, qui, exposées ensuite à l’action de l’acide fluorhydrique ne seront attaquées qu’aux endroits non protégés par la poudre inerte dont on se sera servi pour recouvrir la feuille de zinc; si, au lieu d’une poudre quelconque d’une couleur uniforme on a pris des poudres d’émaux colorés, on pourra porter le verre au moufle et on aura une peinture sur verre au lieu d’une gravure.
- Il y a encore bien des expériences à faire sur ce sujet ; ainsi, un cliché photographique étant par le fait une gravure en creux sur gélatine, nous pensons qu’il serait intéressant après l’avoir plombaginé, d’essayer de le reproduire par ce procédé. Cependant nous devons dire que jusqu’à présent l’expérience n’a réussi qu’avec des objets métalliques; mais il ne paraît pas impossible de tourner la difficulté et de réussir avec d’autres substances.
- H y a là, croyons-nous, une ressource nouvelle pour certaines industries, et puisque M. le professeur Boudet de Paris abandonne sa découverte au domaine public, c’est à chacun de chercher à l’utiliser suivant ses besoins.
- G. Maresciial.
- LA PHOTOGRAPHIE A GRANDE DISTANCE
- Nous avons publié dans une de nos précédentes livraisons1 les curieux résultats obtenus par M. La-combe sur la photographie k grande distance au moyen d’une longue-vue terrestre ajoutée k un appareil photographique.
- Plusieurs de nos lecteurs nous ont demandé de plus amples détails k ce sujet. Nous allons revenir aujourd’hui sur la question, d’une façon complète, afin de donner k tous les amateurs les moyens de s’exercer k ce procédé intéressant. M. Lacombe décrit, dans les termes suivants, le mode de disposition qu’il emploie :
- Il s’agit tout simplement de fixer une longue-vue en avant de l’objectif ; la mienne est maintenue en place à l’aide d’une plaque A (fig. 1) qui se visse sur la monture de l’objectif en B; un diaphragme à grande ouverture placé en C l’empêche de venir buter contre la lentille objective placée en D.
- La longue-vue dont je me sers rapproche environ 15 fois. Gomme objectif j’ai une trousse Darlot composée de 4 lentilles de 25, 29, 33 et 45 centimètres de foyer. Je me sers indifféremment de l’une ou*de l’autre, la différence du foyer ne me paraissant pas avoir d’influence. La grandeur de l’image dépend du tirage de la chambre noire : plus le tirage est long, plus l’épreuve est grande, mais par contre moins elle est nette ; la mise au point se fait à l’aide du tuyau oculaire de la longue-vue (fig. 2) qu’il serait bon de munir d’une crémaillère pour faciliter
- 1 Voy. n° 692, du 4 septembre 188(5, p. 212.
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- cette mise au point. La présence d'un obfectif photographique ne me semble pas indispensable (attendu que j’ai obtenu des épreuves sans objectif, mais très floues) il suffirait d’avoir une longue-vue absolument achromatique et exempte de foyer chimique; le manque de netteté de mes épreuves ne me semble dù qu’à cette cause. Mais il y aura toujours un obstacle à la grande finesse, c’est la brume qui règne constamment dans l’atmosphère.
- Je crois que ce procédé serait de quelque utilité pour la science militaire. Du reste, j’en ai eu l’idée pre-mière pendant le siège de 1870, mais je l’avais complètement oublié lorsque les expériences de photographie en ballon me l’ont remise en mémoire.
- M. Lacombe joint à son envoi quelques spécimens de photographie à grande distance, notamment du palais du Troca-déro et du dôme des Invalides, prises du haut de la tour Saint-Jacques.
- Un autre de nos lecteurs, M. Emile Mathieu, a réussi dans d’excellentes conditions, ces photographies à grande distance. M. Mathieu, après avoir mis au point son appareil photographique , approche la lunette de l’objectif auquel il la joint par une ligature faite au moyen d’une étoffe.
- A proprement parler, dit M. Mathieu, je ne fixe pas la lunette à l’objectif. Je les réunis seulement par un tube de toile rouge (Carpentier Patou, 8, rue Chénier) qui est antiphotogénique, mais ; les rayons rougesgênent pour regarder l’image sur la glace dépolie, c’est pour cette raison que j’enveloppe ensuite gros-sièrement d ’un voile noir.
- Voici comment j’opère : je place la lunette dans la direction voulue et je mets au point.
- J’ai employé 5 modes de suspension de la lunette : sur un trépied de lunette pour opérations géodésiques; sur une planche en l’attachant à 2 pitons; enfin j’ai employé la suspension que représente la figure ci-dessus (fig. 5), mais dans l’intérieur d’un appartement, disposition qui permet une orientation horizontale facile. Les fils de suspension sont en laiton et très fins. J’obtenais l’orientation verticale en tordant le fil autour d’épingles.
- M. Mathieu a opéré avec un obturateur David, et
- une lunette de 0'n,60 de développement. Notre correspondant nous adresse des résultats excellents que nous reproduisons ci-après. Il s’agit d’une vue d’ensemble des environs de Culoz (Ain) où l’on aperçoit en A (fig. 4) le château de La Fléchère. L’appareil photographique ayant été muni de sa longue-vue, le détail de ce château a été obtenu par une autre photographie dont nous donnons la reproduction (fig. 5). Nos deux gravures sont des fac-similés, de grandeur d’exécution des photographies.
- La vue du château de La Fléchère a été prise à 1 kilomètre 200 mètres de distance.
- J’espère, dit M. Mathieu, arriver à de plus beaux résultats, employant actuellement une longue-vue de qualité très inférieure. Je crois qu’il n’y a que deux conditions absolument nécessaires pour arriver à un résultat :
- 1° Qu’il n’y ait pas le moindre rayon lumineux entre la
- lunette et l’objectif de l’appareil photographique ; 2°apprécier convenablement le temps de pose. Mon appareil est un 13/18 de chez Joûtc. L’objectif est un hémisphérique de Darlot n° 2. Pour la première photographie, c’est-à-dire celle faite sans lunette (fig. 4), j’ai posé 5 secondes avec un diaphragme de 2 millimètres de diamètre (ce qui est un peu trop). Pour la photographie à distance (fig. 5) j’ai posé 90 secondes. J’ai employé des plaques Franck.
- M. Mathieu nous annonce, en terminant, qu’il a obtenu quelque résultat en opérant a 6 kilomètres de distance.
- Un de nos correspondants de Lisbonne,M. Nar-ciso de Lacerda, a également réussi des photographies à grande distance dont il nous envoie les spécimens. Ces photographies ont été faites avec une lunette astronomique, à 2 kilomètres et demi de distance.
- L’appareil que j’emploie, dit M. de Lacerda, est tout simplement l’adjonction à une chambre noire, de 9x12, d’une lunette astronomique de 108 millimètres de diamètre avec son objectif et son oculaire, celui-ci grossissant, selon les besoins, 80, ou 100, ou 150, ou 250 fois.
- Fig. i.
- . — Schéma de l’appareil photographique de M. Lacombe.
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- Fig. 4.—Yuc des environs de Culoz (Ain), où l’on voit en A, à une distance de 1200 mètres du premier plan, le château de La Fléclière.
- (Fac-similé d'une photographie de M. E. Mathieu.)
- L’objectif de la chambre noire est supprimé. J’ai obtenu aussi, de cette façon, de très satisfaisants clichés de la lune quoique les clichés astronomiques soient plus difficiles à faire, à cause du déplacement dû au mouvement diurne, ma lunette n’ayant pas de mouvement d’horlogerie. Il est clair qu’on peut fonctionner avec n’importe quelle lunette. On opère de même qu’en photographiant au microscope. Ici, le télescope substitue le microscope. Mon installation est un peu primitive. La chambre noire est légèrement appuyée contre l’oculaire de la lunette ; comme la lentille
- Fig. 5.— Détail du château de la Fléclière. Fac-similé d’une photograpnie de M. E. Mathieu, obtenue à 1200 mètres de distance, eu ajoutant une longue-vue à l’appareil photographique ayant servi à prendre la vue d’ensemble de la figure 4.
- de la chambre est supprimée, c’est
- par tâtonnements qu’on procède à la mise au point, puisque ma lunette a son objectif destiné pour l’observation visuelle, et, par conséquent celui-ci n’est pas achromatisé pour les rayons chimiques, comme ceux qui servent spécialement à la photographie.
- Il parait certain qu’avec les appareils construits d’une façon spéciale, on obtiendrait des résultats plus importants que ceux dont nous venons de parler. Il y a là une voie nouvelle pour les constructeurs et les opérateurs. La photographie à grande distance nous parait aussi
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- devoir rendre des services aux officiers chargés des reconnaissances militaires en ballon captif ou libre.
- Il nous semble enfin qu’elle peut être utile à l’explorateur, pour avoir des renseignements précis sur des localités inaccessibles, au delà des rivières, au fond de précipices ou au sommet de montagnes. Gaston Tissandier.
- BOIS DE RÉSONANCE
- Les bois de résonance, que les facteurs de musique emploient pour la fabrication des tables d’harmonie, sont tirés de l’épicéa ; ils doivent présenter une telle perfection dans la rectitude des fibres, dans l’égalité et la minceur des couches annuelles, qu’ils se rencontrent très rarement, même dans les forêts exclusivement peuplées de cette essence ; aussi sont-ils toujours d’un prix élevé.
- Pour produire des bois de résonance, les épicéas doivent croître lentement, uniformément, c’est-à-dire sous un climat rude, à de fortes altitudes; il faut, en outre, qu’ils soient âgés, car ce n’est que la partie extérieure des gros arbres, celle où les courbes annuelles n’ont qu’une faible courbure et où le bois est généralement exempt de noeuds, qui peut être employée à cet usage. Les couches doivent être bien distinctes, nettement limitées par une étroite zone de bois d’automne. Enfin ils n’admettent que le débit sur maille.
- On remarque souvent dans les accroissements des bois de résonance de minces replis rentrants qui, en se succédant au même point de la périphérie pendant un certain nombre d’années, déterminent, dans le débit longitudinal, des apparences assez semblables aux maillures dues aux grands et faux rayons des noisetiers, charmes et aulnes. Ces replis sont formés par la compression qu’exercent, sur le cambium, de gros canaux résinifères situés à la face intérieure de l’écorce et contenant une résine solide. Quoique ces replis provoqués par refoulement existent le plus souvent dans les bois de résonance, ils n’en sont point davantage caractéristiques et n’en expriment nullement la valeur.
- La France tire tous ses bois de résonance de l’étranger, de la forêt Noire, de la Bohême, mais surtout de l’Autriche. Dans ce dernier pays se rencontre une variété d’épicéa rare et recherchée, le bois blanc moiré, appelé Girmolo en Vénétie et en Garinthie, Haselfichse (épicéa-coudrier) en Tyrol, Syrie, Vorarlberg, ou, d’une manière générale, Resonans-Hoh (bois de résonance). Sa blancheur est parfaite et c’est surtout lui qui est caractérisé par les petits plissements dont nous avons parlé plus haut. Ces bois sont remarquablement sonores et jouissent, une fois bien secs, de la propriété de ne jamais travailler ; le Tyrol fournit à tous les pays, et surtout à Paris, une grande quantité de tables servant à la confection des instruments à cordes (pianos, violons, eto.). Voici comment, en Autriche, on fait le débit de cette nature de bois.
- Après avoir choisi les plus beaux épicéas de cette variété, ayant au moins 0“,50 de diamètre, on les découpe en tronces de 2 mètres, exemptes autant que possible de nœuds. On fend chaque bille en quatre bûches que l’on débite en lames, semblables à celles que les bûcherons emploient pour la fabrication du merrain.
- On fait alors un triage des morceaux absolument sans défauts, que l’on réduit avec le couteau à deux mains, en fables ayant 0“,01 d’épaisseur et au moins 0m,10 de lar-
- geur. Il ne reste qu’à les retoucher légèrement au rabot pour leur donner une régularité parfaite.
- Nous venons de dire que tous les bois de résonance employés en France arrivent de l’étranger. Elle possède cependant, dans les hautes régions du Jura et mieux encore, dans la Savoie, des forêts d’épicéas dont les produits pourraient, sous ce rapport, rivaliser avec les meilleures contrées que nous venons de citer.
- Nous avons eu l’occasion de voir, dans la collection de l’Administration des forêts, des échantillons très beaux ; les plus blancs des massifs du Risoux ; ceux qui sont veinés de couleur rougeâtre, des forêts du Massacre. Ils sont le produit de deux arbres de 170 à 240 ans, mesurant lm,58 et lm,99 de tour, et ayant crû sur un sol calcaire aux altitudes de 1250 et 1340 mètres, sous un climat très rude; malheureusement, par suite de l’inexpérience des ouvriers jurassiens, dans la fabrication des bois de cette nature, le débit en a été fait à la scie, tandis que celui de la fente est considéré comme étant de beaucoup préférable.
- Cette imperfection qui, dit-on, tend à se généraliser toujours davantage, même dans les pays qui sont en position de fournir depuis longtemps des bois de résonance, ne peut toutefois faire méconnaître la belle qualité de ceux du Jura1.
- LE PREMIER PROJET
- D’UN MONUMENT DE 300 MÈTRES
- Lors de l’Exposition de Philadelphie, les Américains avaient eu le projet de construire une tour de 1000 pieds de haut (304m,80), mais ce projet, dont on a publié des dessins2, n’a jamais été réalisé. En 1852, le vote du bill de réforme suggéra à Trevithick l’idée de perpétuer le souvenir de cet événement par l’érection d’une colonne plus haute que tout ce qui avait été fait jusque-là. Le célèbre ingénieur anglais rédigea la note suivante, qui fut insérée dans le Morning Herald du 11 juillet 1855:
- Monument national en l’honneur de la réforme. — La grande mesure de la réforme, qui est devenue loi du pays, doit être rappelée par la construction d’un monument extraordinaire, dépassant en hauteur l’aiguille de Cléopâtre et la colonne de Pompée, et symbolisant la beauté, la force et la grandeur inaltérable de la Constitution britannique.
- Pour accomplir ce but, on propose de tenir un meeting pour lequel il sera fait une convocation spéciale et d’ouvrir, dans tout le Royaume-Uni, une souscription où on admettra toutes les cotisations, même les plus faibles, avec un maximum de deux guinées.
- Cette note était suivie des noms des personnalités éminentes qui avaient donné leur approbation. La description du monument était ainsi donnée :
- Nous donnons le dessin de la colonne à jour en fonte de 1000 pieds (304m,80) de hauteur, 100 pieds (50m,48) de diamètre à la base et 12 pieds3 au sommet, composée de 1500 plaques de fonte de 3m,05 sur 3m,05, ayant au centre un évidement circulaire de lm,83 de diamètre et,
- 1 D’après l’Echo forestier.
- 2 Voy. n° 42, du 21 mars 1874, p. 241.
- 3 Le pied anglais vaut 0m,5048.
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- près de chaque angle, un trou de 0m45, ces ouvertures avant pour objet de réduire le poids et de diminuer l’effet du vent. Ces plaques auront 50 millimètres d’épaisseur et porteront sur les côtés des brides pour permettre l’assemblage par boulons avec interposition de lames de plomb. Cette colonne reposera sur une fondation circulaire avec soubassement de 18 mètres de hauteur; elle aura un chapiteau avec plate-forme de 15 mètres de diamètre et portera une statue de 12 mètres de hauteur. Au centre de la colonne il y aura un tube cylindrique de 3m,05 de diamètre formant ascenseur.
- Chaque plaque pèsera environ 3 tonnes, de sorte qu’on peut évaluer le poids total à 6000 tonnes.
- Une machine à vapeur de 20 chevaux sera suffisante pour élever une plaque à la hauteur totale en dix minutes, et comme on pourra employer à la fois un grand nombre d’ouvriers à l’assemblage des plaques on pourra facilement mettre en place une plaque par heure. Les
- 1500 plaques demanderont donc un peu moins de six mois. Des fondeurs se sont engagés à livrer ces pièces à pied d’œuvre pour 175 francs la tonne. Avec ce prix, la construction de ce monument national ne coûterait pas plus de 80 000 livres sterling (2 millions de francs.)
- Au centre de la colonne est, comme on l’a indiqué, un tube de 3m,05 de diamètre; dans ce tube alésé se meut un piston en tôle emboutie portant des sièges pour 25 personnes ; ce piston est soulevé par l’air comprimé, au moyen d’une pompe mue par une machine à vapeur, avec une vitesse d’ascension de 1 mètre environ par seconde; de sorte que l’ascension totale demandera cinq minutes. Au bas du tube est une porte ouvrant de dehors en dedans, pour l’introduction des personnes qui voudront monter ; une fois cette porte refermée, la pression de l’air la maintiendra. Le piston porte une ouverture avec robinet qui sert à régler la descente en laissant échapper l’air ; cette ouverture est telle que la vitesse de descente ne dépasse pas 1 mètre par seconde. Dans ces conditions
- il n’y aura pas d’autre choc à l’arrivée en bas que celui d’un corps tombant de 0m,22 de hauteur ou que celui qu’éprouve une personne marchant à raison de 3600 mètres à l’heure et arrêtée brusquement.
- On admire, à Londres, la colonne dite le Monument, de 65 mètres de hauteur ; on monte jusqu’à la croix de la cathédrale de Saint-Paul à 128 mètres d’altitude; des touristes hardis font un immense voyage pour escalader les 150 mètres des pyramides d’Égypte. Combien serait-il plus agréable de monter à 505 mètres sur un matelas d’air comprimé par une machine à vapeur, de contempler Londres à ses pieds et de redescendre au niveau ordinaire delà vie journalière, doucement et sans secousses, à une vitesse modérée réglée par la simple ouverture d’un robinet, sans que rien put accélérer cette vitesse au delà du taux de 1 mètre par seconde, permettant de déposer le voyageur au bas du trajet sans plus de secousse que s’il descendait une marche d’escalier ?
- Quelques réunions eurent lieu, et le projet fut assez avancé après quelques mois, pour que l’on put présenter les dessins au roi d’Angleterre, Guillaume, le 1er mars 1833.
- Mais Trevithick mourut le 22 avril suivant, et la colonne de 300 mètres fut oubliée. Il est intéressant, au point de vue historique, d’en rappeler le souvenir.
- Le Bulletin de la Société des ingénieurs civils, auquel nous empruntons ces documents, ajoute à ce propos : « Loin de déprécier le mérite de notre collègue M. Eiffel, nous avons eu pour but de montrer, par la distance qui sépare le projet si étudié de ce dernier, de l’esquisse de Trevithick, les immenses progrès qu’a réalisés, depuis un demi-siècle, l’emploi du métal dans les constructions. »
- Nous ajouterons, de notre côté, que le monument de M. Eiffel nous paraît être un des projets les plus importants de notre époque. La tour de 300 mètres rendra les plus grands services à la météorologie et 'a l’astronomie, elle ouvrira au public l’aspect des spectacles aériens, des panoramas grandioses, et contribuera puissamment au succès de l’Exposition de 1881).
- Fig. 2. — Piston d’ascension dans la Tour de Trevithick.
- FOURNEAU DE CAMPAGNE
- Rien de plus simple que ce petit fourneau, et de plus ingénieux en même temps. Un volant commande un ventilateur à quatre branches qui active la combus-
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- tion des matières employées pour le chauffage. Telle est la puissance de tirage obtenue au moyen de ce ventilateur, qu’en 4 minutes, y compris l’allumage, on peut obtenir un litre d’eau bouillante, en un quart d’heure, on a 5 litres. Nous ne croyons pas qu’il existe d’installation au gaz, de petite dimension, qui produise ce résultat. En tout cas, l’installation au gaz ne peut s’utiliser que dans certaines conditions et n’est pas transportable.
- Le fourneau que nous décrivons a été imaginé par MM. Boyet et Guédon; il ne pèse que 6 kilogr., ses dimensions restreintes (0m,350x0m,195x0m,175) en permettent le transport à dos d’homme, sur un sac de soldat, par exemple; il est très solide puisqu’il est entièrement en métal. Le couvercle a été prévu à glissoire ou à charnière, afin qu’on ne puisse l’égarer à l’étape. L’intérieur du fourneau est garni de terre réfractaire, l’action de la chaleur ne se fait donc pas sentir au dehors, sur les parois extérieures. 11 peut s’installer n’importe où, à terre, ou monté sur quatre pieds mobiles, et a le grand avantage de ne pas révéler, comme le feu au grand air, la présence de ceux qui s’en servent, ce qui est précieux pour les troupes en campagne voulant dissimuler leur présence, les hommes d’avant-garde et d’avant-postes notamment.
- Mais le côté vraiment avantageux du fourneau réside dans la rapidité de l'allumage ; sitôt le feu dedans, quelques tours de volant suffisent pour enflammer les matières, et on ne voit pas alors ce qui se produit dans les fourneaux de ménage à faible tirage, par exemple, où la partie inférieure du combustible est consumée alors que le dessus qui donne la partie utile, la chaleur de rayonnement, n’est pas enflammé. Avec ce four, le feu gagne immédiatement toute l’épaisseur du combustible, et toutes ses parties concourent au chauffage, tant qu’il y a du combustible pour alimenter : la chaleur produite est presque entièrement utilisée, tandis qu’avec un feu au grand air, par exemple, les 9/10 sont perdus.
- Le fourneau est encore précieux en ce sens qu’il permet d’utiliser tout ce qui se trouve sous la main ; une fois le feu allumé, on peut l’alimenter avec du bois sec ou mouillé, du charbon de bois ou de terre, du coke, des feuilles mortes, des chiffons, etc. Ainsi,
- une escouade en campagne arrive à l’endroit du campement, dans une forêt ou un taillis, par un temps de pluie persistante. Tout est mouillé et l’on n’a rien de sec sous la main. Le fourneau est posé à terre, et avec une poignée de charbon de bois1 le feu est mis dedans. Dès que le feu paraît, le chauffage commence ; on peut alors alimenter avec tout ce qu’on a sous la main : bois vert pris aux arbres, feuilles mortes; avec le tirage dont on dispose tout brûle en donnant flamme et chaleur : on a bientôt de l’eau bouillante et on peut faire sa cuisine.
- Pareille aventure en raccourci est arrivée à l’un des inventeurs un jour qu’il était à la campagne avec toute sa famille. Comptant sur un temps clément, on avait apporté le fourneau pour faire la cuisine au grand air. Une pluie d’orage vint déranger toutes les combinaisons; quand le soleil reparut, tout était mouillé. On essaya, sans espoir de succès, d’allumer le feu, et on fut tout étonné de voir le fourneau consumer le bois mouillé.
- En marche normale, quand on a du combustible sec et que rien ne presse, il n’est pas nécessaire de se servir du ventilateur : un petit orifice rond, ménagé par côté, suffit au tirage. La consommation est alors insignifiante,parce que, comme je l’ai dit plus haut, presque toute la chaleur produite est utilisée par suite de l’aménagement du fourneau.
- Un ménage ordinaire, composé de 4 ou 5 personnes, ne doit pas dépenser plus de 60 à 75 centimes de charbon de bois par semaine avec ce fourneau.
- Ce fourneau, d’un emploi commode, pourrait rendre servicé à nos soldats comme aux petits ménages.
- Les formes et dimensions peuvent être modifiées, suivant le nombre de personnes à alimenter, mais le principe reste le même.
- Le fourneau peut être rond et le ventilateur au-dessous. C’est ainsi qu’il avait été conçu primitivement ; celui dont nous donnons le dessin est surtout destiné aux troupes, il doit suffire pour l’alimentation d’une escouade. X..., ingénieur.
- * Autant que possible, il faut se munir de charbon de bois * ou de coke en petits morceaux, et de chiffons gras : l’allumage est beaucoup plus rapide.
- Fourneau de campagne.
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- LA
- DÉCORTICATION MÉCANIQUE DES TEXTILES
- L’attention générale est aujourd’hui vivement appelée sur les textiles nouveaux, comme la ramie, dont l’usage tend à se répandre parallèlement à celui du chanvre et du lin; et, de tous côtés, les constructeurs et les savants s’ingénient h trouver le moyen de les décortiquer facilement pour obtenir les lanières nécessaires au tissage. Les premiers essais ont porté, comme on sait, sur le rouissage qui fournit, en effet, le procédé immédiatement indiqué puisqu’il est appliqué avec succès pour le chanvre et le lin. Malheureusement les tentatives opérées à cet effet n’ont jamais donné de résultats satisfaisants, car les fibres sont beaucoup plus adhérentes que celles du chanvre ou du lin ; le ciment végétal qui les tient collées en quelque sorte présente une fort grande résistance, et ne cède pas facilement à l’action du rouissage: de plus, la grosseur des tiges étant fort inégale, le travail est trop irrégulier : les grosses tiges ne sont pas encore rouies lorsque les autres sont altérées déj'a par la fermentation. C’est là une difficulté dont on n’a jamais réussi à triompher par le rouissage, même en employant les procédés les plus récents et les plus perfectionnés. Récemment toutefois, M. Frémy a montré tju’on pouvait obtenir la décortication par un traitement chimique, et on n’a pas oublié le vif intérêt qui s’est
- attaché à la communication qu’il adressait à l’Académie des sciences pour lui faire part de cette importante découverte : il y a lieu de penser, en effet, que celle-ci est appelée à exercer une influence considérable sur le travail de ce textile nouveau, et le développement que l’usage est appelé à en recevoir.
- Quoi qu’il en soit, à côté des moyens chimiques , on a cherché depuis longtemps à appliquer les procédés mécaniques à la décortication en supprimant complètement le rouissage, et cette expérience, tentée sur le lin et le chanvre, a donné des résultats satisfaisants qui ont servi de guide pour le traitement de la ramie. Après des recherches et des études prolongées, les constructeurs sont arrivés à disposer des machines relativement simples, assurant une séparation complète du ciment sans briser les fibres.
- Nous représentons , dans les figures ci-contre, la vue de deux machines ainsi établies qui figuraient à la dernière Exposition de machines agricoles du Palais de l’Industrie où elles ont été fort remarquées : l’une, due àM. Se-net, est disposée pour traiter plus spécialement les textiles à l’état vert(fig. l);on remarquera les rouleaux broyeurs dont elle est munie et qui agissent en aplatissant, brisant les fils et broyant le ciment qui les relie.
- L’autre machine, construite par M. Kaulek, constructeur, qui s’est attaché tout spécialement à cette question, est beaucoup plus légère (fig. 2) ; elle ne traite en outre que les fibres à l’état sec, lorsque le ciment a perdu la plus grande partie de sa cohé-
- Hg. 1. — Décortiqueuse pour textiles à l’état vert.
- Fig. 2. — Décortiqueuse agricole pour textiles à l’état sec.
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- sion. Ce mode de traitement présente d’ailleurs aussi l’avantage de permettre le lonctionnement continu de la machine qui peut traiter ainsi des tiges récoltées sur une étendue de terrain considérable, plus ou moins éloignés de l’usine centrale. Cette machine, dont le poids atteint environ 550 kilogrammes, peut se déplacer facilement, se mouvoir avec un manège ou même à hras, car elle n’exige qu’une force motrice très faible, d’un demi-cheval environ : deux hommes suffisent pour l’alimenter et enjever les lanières à mesure qu’elles glissent sur les trémies ainsi que l’indique la figure. Elle peut fournir 175 à 200 kilogrammes de lanières environ par journée de dix heures.
- D’après les observations faites par M. Kaulek, les tiges employées, tout en ayant déjà dû être débarrassées d’une partie de leur humidité, ne doivent pas être cependant trop sèches pour donner de bons résultats; les lanières sont alors en effet'moins régulières et moins belles, et il y a un degré de dessiccation indiqué par l’expérience qu’il ne convient pas de dépasser dans ce travail de décortication mécanique.
- --»<0x—
- CHRONIQUE
- Hanse guerrière dans les Basses-Alpes. —
- Nous recevons au sujet de cette curieuse danse guerrière dont nous avons parlé précédemment (p. 554) une intéressante communication de M. Horace de C... : « Cette danse connue sous le nom de Bacchu-ber avait déjà attiré l’attention des archéologues du commencement du siècle, et sous Napoléon 1er, le préfet du département fut invité à en recueillir les figures. Le chant qui l’accompagne est fort remarquable ; il est chanté selon l’occasion par un chœur de voix de femmes à l’unisson.
- Animé etlnen rythmé
- I I
- C’est ce chant que je vous envoie ci-contre, il pourra intéresser les lecteurs par son caractère ancien et énergique. Pour ma part, j’avais entendu attribuer à la danse du Bacchu-ber et à la musique qui la soutient, une origine celtique plutôt que romaine ou grecque ; mais, en tout cas, ce chant est beau, quelque source qu’on puisse lui donner.
- « Le Moniteur du lundi 7 brumaire an XIII (29 octobre 1804) contenait, à la suite des détails de la fête donnée à Briançon pour célébrer l’avènement de Napoléon Ier à l’empire, la note suivante :
- « A dix heures, dans une salle fraîchement décorée, le bal s’ouvrit par une danse que des jeunes gens exécutèrent l’épée à la main. Ce reste des amusements du peuple celte ne s’est conservé que dans le hameau du Pont-de-Cervières et ne s’y est pratiqué que le jour de la fête patronale. Ce n’est pas au bruit des instruments qu’on s’y
- livre; les femmes placent au milieu d’elles la plus âgée, et toutes, sans reprendre haleine (sic) répètent les chants qui excitaient l’esprit belliqueux des Celtes. » Cette note fut communiquée à la classe des Beaux-Arts par Fra-inery ; on décida qu’on écrirait au préfet des Hautes-Alpes pour avoir la musique, et des indications sur les figures de la danse. Le préfet adressa à la Compagnie le mémoire suivant : « danse celtique, dite le Bacchu-ber, conservée jusqu’à nos jours au village du Pont-de-Cervières, commune de Briançon, département des Hautes-Alpes.’ » Cette espèce de pyrrhique se danse à la Saint-Roch, jour de la fête patronale. Le Bacchu-ber se danse à neuf, onze oit treize personnes armées d’épées. Les danseurs se disposent en cercle, de la main droite ils tiennent la large poignée de leur épée gauloise et de la gauche ils tiennent la pointe d’épée de leur voisin1. On place les épées par terre de manière que la pointe soit au centre du cercle, on salue à droite et on reprend les épées comme au commencement. Puis les danseurs passent sous les épées, tournent, saluent, etc., pendant que les femmes chantent sans reprendre haleine. »
- L,e papier dans le, royaume de Siaiu. — Le
- Journal ofthe Society of Arts donne de curieux renseignements sur la fabrication du papier dans le royaume de Siam. La matière première dont on se sert est l’écorce dun arbre que l’on désigne sous le nom de lou-hoi. Voici comment on procède. On coupe les petites branches et on les laisse tremper dans l’eau pendant deux ou trois jours. On enlève alors l’écorce et on en fait des paquets que l’on vend au fabricant de papier. Celui-ci remet les paquets d’écorce dans l’eau pendant trois ou quatre jours, les nettoie et les expose ensuite pendant deux jours à l’action d’un feu lent, en répandant sur l’écorce un peu de chaux en poudre. L’écorce est de nouveau plongée dans l’eau, dans des jarres en terre, et on ajoute un peu plus de chaux. Quelques jours après on la retire, et après l’avoir bien lavée pour la débarrasser de la chaux, on la bat avec un maillet de manière à la réduire à l’état de pulpe fine. On fait alors llottcr dans l’eau un châssis en filet de lm,80 de longueur et dont la largeur varie de 0m,40 à 0m,12, et on y verse la pulpe mélangée d’eau en ayant soin que la couche soit bien égale. On enlève le châssis et on promène un rouleau sur la pulpe, de manière à exprimer l’eau et à comprimer la pulpe. On laisse sécher au soleil, et au bout de dix heures environ, ou peut enlever la feuille de papier. On passe sur la surface une couche très claire de colle de farine de riz et on frotte avec une pierre polie. Quand on veut obtenir du papier noir sur lequel on écrit avec un crayon d’ardoise, on noircit la feuille avec une mixture à base de charbon de bois.
- Chemin de fer du Corcovado. — Tout près de Rio-de-Janeiro et touchant par sa base à un faubourg de cette ville, s’élève un cône de granit isolé, le Corcovado, du sommet duquel, à 700 mètres au-dessus de la mer, on a une vue splendide sur la rade et les environs de la capitale du Brésil. Un chemin de fer à crémaillère, du système Riggenbach, commencé en mars 1885 et terminé en octobre 1884, rend le Corcovado facilement accessible. La ligne part du faubourg deLarangeiras à 56 mètres d’altitude et arrive à 670 mètres au sommet. La longueur totale est de 5792 mètres ; les inclinaisons varient de 4 à 50 pour 100 ; la largeur de la voie est de 1 mètre, elle est établie en
- 1 Bonne précaution.
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- rails Yignole d’acier, pesant 20 kilogrammes le mètre posés par longueur de 9 mètres ; les traverses sont en bois du pays; la crémaillère est du type classique du Righi et pèse 56 kilogrammes le mètre. Il y a de nombreux ouvrages d’art, consistant principalement en murs de soutènement, viaduc en bois, ponts en tôle et viaduc en fer à trois travées d’une longueur totale de 150 mètres, pour le passage de la vallée de Larangeiras ; ce viaduc affecte en projection horizontale la forme d’une ligne brisée pour s’accommoder à une courbe en S que décrit la voie ; de plus il est en rampe de 25 pour 100. Les piles sont métalliques et reposent sur des soubassements en granit. Le matériel roulant comprend deux locomotives à chaudières inclinées, deux wagons contenant cinquante places et deux fourgons. Le trajet demande cinquante-cinq minutes.
- Liquides évaporés à siccité au moyen de l’état sphérok'dal. — Pour obtenir le résidu sec des liquides qui peuvent attaquer les parois des récipients, le l)r Bohlig propose de mettre à profit les propriétés de l’état sphéroïdal. Le liquide à traiter est mis dans une pipette graduée, et l’opérateur le verse goutte à goutte sur une plaque de platine portée au rouge par une source de chaleur. Il suffit de ménager la chute des gouttes de manière à alimenter également le globule liquide qui se forme, sans refroidir brusquement la plaque. Ce globule n’ayant aucun contact avec elle, il ne peut se produire aucune corrosion même si le liquide est susceptible d’attaquer la plaque. Lorsqu’on a épuisé le volume à traiter, le globule liquide diminue peu à peu de diamètre, et on retire la source de chaleur quand la rotation devient intermittente. 11 reste sur la plaque un globule solide constituant le résidu de l’évaporation obtenu sans mélange ni perte d’aucune sorte. Comme il n’adhère pas à la plaque, on l’enlève sans difficulté, et on fait la pesée après l’avoir séché à 180°.
- Un tunnel naturel. — Une ligne nouvelle qui se construit en ce moment au Kentucky (Etats-Unis) va passer sous un tunnel naturel : cette excavation produite par l’action des eaux du Stock Creek, bras principal de la rivière Clincb, a une longueur de 275 mètres. La colline dans laquelle elle est pratiquée, est constituée par un rocher compact dont les flancs sont verticaux et qui présente à l’une des extrémités du tunnel une hauteur de 150 mètres, et à l’autre, une hauteur de 180 mètres. La voûte est à 50 à 35 mètres au-dessus du lit de la rivière et sa portée est en moyenne de 35 mètres. En plan, elle dessine une légère courbure. Le Stock Creek coule sur l’un des côtés seulement de cette grotte suivant une pente assez faible, et il suffit d’un travail sans importance pour établir la voie sur l’autre côté. Ce tunnel naturel évite à la Compagnie une dépense que ses ingénieurs évaluent à 2 500 000 francs. Il est à présumer toutefois, que la rivière possède un régime assez tranquille pour ne pas donner lieu à des inondations subites, et qu’on s’assurera de la solidité de la voûte avant de livrer la ligne aux hasards de l’exploitation.
- Le choix de la fondre pour certains arbres.
- A l’occasion d’un coup de foudre qui a récemment endommagé deux arbres dans le bois de Richemont au milieu d’autres restés intacts, M. Symons s’est demandé pourquoi certaines essences, telles que l’orme, le chêne, le frêne et le peuplier, sont frappées par la foudre, en' Angleterre, plutôt que les arbres voisins plus élevés. En Amérique, les espèces les plus endommagées sont l’orme
- le noyer, le chêne et le pin. En Allemagne, sur 265 chutes de la foudre sur des arbres, on a compté 165 chênes atteints. Il est probable que la conductibilité électrique de l’essence particulière d’un arbre joue un rôle bien plus important que sa hauteur; la conductibilité du terrain et la manière dont l’arbre communique avec le sol ne sont pas à négliger. Quelques recherches dans cette voie éclaireraient le choix des arbres à faire planter auprès des maisons d’habitation.
- Le saumon. — L’aptitude du saumon à remonter les chutes d’eau est le sujet de détails intéressants donnés par le professeur A. Landmark, directeur en chef des Pêcheries Norvégiennes. 11 constate que dans certains cas on a vu des saumons remonter une différence de niveau de seize pieds, et qu’il le sait pour les avoir vus sauter par-dessus deux mats écartés de trois pieds et demi qui avaient été placés en travers de la rivière à seize pieds environ au-dessus de l’eau, à Hollefoss, sur la Drams, à llaugsend. Il dit même que certains saumons, remontant une chute verticale, peuvent, s’ils rencontrent la chute droit avec le nez, se maintenir une minute ou deux au milieu de la masse d’eau qui tombe, s’ils n’ont pas réussi à franchir d’un bond la chute ; après quoi d’un coup de queue, ils peuvent achever leur escalade.
- {Science Gossip.)
- Application du potassium. — Nous trouvons dans Y Engineering News une singulière et ingénieuse application du potassium métallique. On avait besoin pour les travaux d’assainissement de la ville de Boston, de connaître les variations de la nappe souterraine. On enfonça dans le sol un certain nombre de tubes métalliques de petit diamètre et on mesurait deux fois par jour le niveau de l’eau dans ces tubes' Ce mesurage s’opérait de la manière suivante : on descendait avec précaution dans le tube une tige graduée, terminée par un bouchon portant une aiguille dans la pointe de laquelle était fixé un petit morceau de potassium métallique. Dès que le potassium touchait la surface de l’eau, il se produisait une petite explosion dont le bruit et la lueur prévenaient l’observateur qui n’avait qu’à lire sur la lige graduée la distance du niveau de l’eau au sommet du tube.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 novembre 1886. — Présidence de M. l’amiral
- JüRIEN DE LA GrAVIÈRE.
- Le fluor. — Déjà nos lecteurs ont eu un résumé très complet des belles recherches qui ont amené M. Mois-san, professeur agrégé à l’Ecole de pharmacie, à la découverte si longtemps désirée du fluor libre1. Nous devons donc nous borner à noter que M. Debray lit aujourd’hui un intéressant Rapport sur cet ensemble de travaux qui, du premier coup, placent leur auteur parmi l’élite des chimistes.
- Ce Rapport, dont la conclusion est l’insertion du Mémoire de M. Moissan dans le Recueil des savants étrangers, débute par un historique qui fait bien ressortir l’extrême difficulté du problème désormais résolu. On se rappelle en effet que dès 1815 IL Davy, à la suite de l’isolement électro-chimique des métaux alcalins, voulut
- 1 Vuy. n° 701, du 6 novembre 1880, p. 503;
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- LA NATURE.
- appliquer la pile à la décomposition de l’acide fluorhydri-que découvert à la suite des travaux de Scheele et de Gay-Lussac et Thénard. Ses tentatives très variées et très ingénieuses avortèrent cependant. A sa suite, un grand nombre d’investigateurs reprirent la question et plus d’un, paya de sa vie la manipulation trop souvent répétée d’un des corps les plus dangereux de la chimie. Parmi ces victimes de la science, nous ne pouvons nous empêcher de mentionner, à côté de celles que M. Debray a nommées, le regretté Jérome Nicklès, de la Faculté des sciences de Nancy.
- M. Frémy arriva bien près du but par l’électrolyse des fluorures métalliques fondus : manifestement il isola le fluor sans pouvoir toutefois en étudier les propriétés. Son beau travail a, suivant les expressions mêmes de M. Debray, fait entrer l’histoire du fluor dans une phase nouvelle.
- D’ailleurs c’est au laboratoire du Muséum que M. Mois-san a fait ses études chimiques, etM. Frcmy, après la lecture du Rapport, a pu dire, avec une satisfaction dont tout le monde a senti la profonde sincérité : « Un professeur est toujours bienheureux quand il voit un de ses élèves aller plus loin et plus haut que lui. »
- Economie de la croûte terrestre. — Aux remarquables vues développées par M. Faye sur les rapports de la Géologie et de la Géodésie, et sur lesquelles nous sommes revenus plusieurs fois, M. de Lapparent avait opposé diverses objections. M. Faye les reprend une à une et dans une lecture trop rapide pour que nous osions l’analyser dès maintenant, il les réfute d’une manière complète. A cette occasion je me permettrai de signaler l’étude que j’ai publiée, dans la livraison du 1er novembre courant, dans la Nouvelle Revue et qui expose avec détails les points principaux de cette intéressante discussion.
- Mçuvements du sol. — Un très savant et très célèbi’e géologue, M. Beguyer de Chancourtois, inspecteur général des mines, assisté de MM. les ingénieurs Ch. Lallemand et G. Chesneaü, étudie les mouvements de l’écorce terrestre dans leurs rapports avec les dégagements de produits gazeux. Son travail qui a été adressé sous forme de rapport au Ministre des travaux publics, à la suite d’une mission en Italie, présente un tableau très complet et très exact de la question. On y trouvera en particulier un chapitre des plus curieux sur l’emploi du téléphone et du microphone à l’étude des bruits souterrains. J’ai été très heureux d’v voir enregistrée comme vraisemblable la théorie sismique que j’ai exposée naguère aux lecteurs de La Nature.
- Varia. — M. Bigourdan adresse des observations de la planète 261. — M. Meynard (?) voudrait être renseigné
- sur le blé à épi carré dont M. Dehérain a récemment signalé les avantages. — La quantité de sulfate de cuivre réduit pendant la fermentation du vin occupe un chimiste dont le nom nous échappe. — C’est des réactions mutuelles de l’ammoniaque, et des sels magnétiques que traite un mémoire déposé par M. Berthold. Stanislas Meunier.
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- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LE PROBLÈME DES ALLUMETTES
- Un de nos savants collaborateurs qui désire garder l’anonyme, nous envoie la description d’une amusante expérience qu’il désigne sous la qualification d’une « réjouissance sur les allumettes s’obstinant
- à ne pas s’enflammer. »
- On sort d’une boîte à'allumettes de sûreté de la Compagnie générale des allumettes chimiques, quatre allumettes ; on en place deux dans le vide qui se trouve entre la boîte et le tiroir légèrement ouvert; on en place une troisième entre les deux précédentes et à leurs extrémités comme le montre la ligure. Cette troisième allumette doit être tenue bien serrée entre les deux autres que l’on écarte, sans toutefois les casser, de leur position première.
- On met le feu au milieu de l’allumette horizontale avec la quatrième allumette. On a demandé auparavant aux spectateurs quelle est la première allumette dont le phosphore s’enflammera. Est-ce celle de droite? Est-ce celle de gauche? Est-ce du côté où se trouvent les deux bouts phospliorés ? Est-ce du côté où il n’y en a qu’un seul?
- Réponse. Aucune des trois. Aussitôt que le milieu de l’allumette est carbonisé, les deux allumettes latérales font ressort, la projettent assez violemment et elle s’éteint.
- Notre figure explique suffisamment la disposition de l’expérience, pour qu’il ne soit pas nécessaire d’y insister plus longuement. Dans le cas où les allumettes n’entrent pas facilement dans l’espace libre entre la boîte et le tiroir, on peut les entailler légèrement à leur partie inférieure.
- Propriétaire-Gérant : G. Tissaxoier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Le problème des allumettes.
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- N° 703. - 20 NOVEMBRE 1886.
- LA NATURE.
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- PAUL BERT
- Le souvenir de l’homme politique qui vient de mourir au Tonkin, quelques mois après avoir pris possession de ses hautes fonctions de résident général, inspire assurément des jugements contradictoires ; mais le haut mérite du savant et l’ardeur du patriote sont incontestés par ses adversaires mêmes. M. Paul Bert est tombé au poste d’honneur et de péril qu’il s’était choisi : sa mort doit imposer silence aux discordes.
- C’est du physiologiste seul, du travailleur infatigable et de l’homme privé, dont nous voulons retracer la vie active, et rappeler les œuvres importantes.
- Paul Bert est né à Auxerre, le 17 octobre 1855; il fit ses études à Paris et il obtint, en 1863, le grade de docteur en médecine avec une thèse sur la greffe animale où le physiologiste se signalait comme un chercheur éminemment original , et comme un expérimentateur habile.
- Trois ans après,en 1866, il était reçu docteur ès sciences naturelles avec une thèse sur la vitalité’ des tissus animaux.
- Ses premiers travaux attirèrent l’attention surtout par l’intérêt et la curiosité des résultats obtenus ; la greffe animale , opération ancienne consistant à déplacer une partie vivante pour la faire vivre sur une autre partie d’un même individu ou d’un individu différent, était étudiée d’une façon toute spéciale par le jeune physiologiste qui apportait une nouvelle lumière sur les propriétés des nerfs. Il fut remarqué de Claude Bernard qui devina en lui un esprit ingénieux et prévoyait l’avenir qui lui était réservé.
- En 1865, l’Académie des sciences décerna à Paul Bert le prix de physiologie expérimentale. Deux ans après, en 1867, il obtint une chaire à la Faculté des sciences de Bordeaux, et le 5 décembre 1869, il était nommé professeur de physiologie a la Faculté des sciences de Paris.
- La, en possession d’un vaste champ d’étude, M. Paul Bert, grâce à la générosité du Dr Jourdanct, construisit de coûteux et magnifiques appareils pour exécuter des expériences sur la pression barométri-1 4° année. — 2° semestre.
- que au point de vue des effets qu’elle exerce sur l’organisme. Dans l’ouvrage considérable où l’expérimentateur expose ses recherches, et développe les résultats qu’il a obtenus, on trouve un historique très complet sur les voyages dans les hautes altitudes, sur le mal des montagnes, et sur les ascensions en ballon à grande hauteur : ce livre restera comme un des titres les plus importants de Paul Bert.
- C’est dans les cloches à décompression du laboratoire de la Sorbonne, que Crocé Spinelli et Sivel avaient étudié l’action des inhalations d'oxygène sur les effets de la raréfaction de l’air, et c’est à la suite des résultats probants obtenus, qu’ils avaient entrepris leurs explorations dans les hautes régions de l’atmosphère. Les ballonnets d’oxygène qui avaient été emportés dans la nacelle du Zénith n’ont point arraché les deux explorateurs à la mort, mais c’est à tort qu’on a interprété ce fait en défaveur des théories du physiologiste. Le survivant de la catastrophe a montré comment Faction foudroyante de la dépression des grandes altitudes a empêché les aéronautes de recourir aux appareils qu’ils avaient préparés, les tubes d’inhalation tombant de leurs mains paralysées au moment où ils avaient voulu les utiliser1.
- Les expériences exécutées par M. Paul Bert dans son laboratoire de la Sorbonne furent jugées par l’Académie des sciences, dignes d’une des plus hautes récompenses dont elle dispose. En 1875, elle décerna au physiologiste son grand prix biennal de 20000 francs*.
- Paul Bert était un écrivain de grande valeur ; son style était clair, correct, et toujours élégant. Il dirigea pendant plusieurs années le feuilleton du journal la République française-, il y apporta les qualités d’un esprit plein de sagacité et de jugement. Ces articles scientifiques ont été publiés à part et forment plu-
- 1 Yoy. n° 100, du 1er mai 1875, p. 357.
- 2 On doit à M. Paul Bert un grand nombre d’autres travaux et Mémoires de physiologie. Nous citerons ses Notes d'anatomie tt de physiologie comparées (1807-1870), scs Recherches sur le mouvement de la sensitive (1867-1870), ses Leçons sur la physiologie comparée de la respiration. Dans ces dernières années, M. Paul Bert avait étudié les méthodes d’inhalation du chloroforme, au moyen d’un appareil spécial que nous avons décrit dans La Nature.
- Paul Bert, né à Auxerre, le 17 octobre 1855, mort à llatioï, au Tonkin. le 11 novembre 188à. (D’après une photographie de M. E. Pirou.)
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- LA NATURE.
- sieurs volumes édités sous le titre de Mélanges scientifiques. On a également de lui ses Discours parlementaires et ses Leçons et conférences.
- Comme professeur, Paul Bert avait un remarquable talent d'exposition ; sans brillera proprement parler, par l’éloquence, il présentait les faits avec une grande clarté et beaucoup de méthode. Il excellait à faire comprendre et il persuader. En science comme en politique, il était très tenace dans ses convictions, qu’il défendait avec une rare énergie.
- Nommé député de l’Yonne le 9 juin 1874, par 51813 voix, il joua un rôle des plus actifs dans les travaux de l’Assemblée nationale, surtout dans les questions de l’enseignement. Il fut Ministre de l’instruction publique lors du ministère Gambetta.
- Le célèbre physiologiste qui en 1878 avait été élu président de la Société de biologie, en remplacement de Claude Bernard, fut nommé en 1882 membre de l’Académie des sciences, dans la section de médecine et de chirurgie comme successeur de M. Bouillaud.
- Paul Bert était doué d’une puissance de travail extraordinaire. Alors que la vie politique semblait devoir l’absorber tout entier, il trouvait le temps de recevoir les visites de nombreux solliciteurs, de faire des livres classiques, d’écrire des articles scientifiques, et de répondre lui-même avec une remarquable ponctualité aux innombrables lettres qu’il recevait.
- Nos lecteurs ont assurément remarqué dans La Nature les savantes notices que nous envoyait parfois l’éminent écrivain.
- L’homme que l’on a accuséd etreduret autoritaire, était plein de charme et de simplicité dans le commerce de la vie privée ; ses amis ont depuis longtemps apprécié le causeur incomparable.
- Pendant l’hiver, dans son appartement de la rue Guy-de-la Brosse, M. Paul Bert recevait tous les mercredis soir quelques intimes parmi lesquels les hommes les plus distingués et les plus éminents. Mm® Paul Bert et ses filles, avec une grâce exquise, aidaient le maître à faire les honneurs de son salon, et là, dans ce milieu d’intelligence et d’aménité, les heures s’écoulaient au milieu des conversations charmantes, où la science tenait presque toujours la première place.
- C’est dans ce paisible foyer que nous vîmes pour la dernière fois M. Paul Bert, huit jours avant son départ pour le Tonkin. Lajoie, la confiance, la gaieté même, se peignaient dans l’expression de son visage.
- Il avait une foi absolue en lui-même et ne croyait pas que son étoile pût pâlir. Il partait avec le sentiment d’un grand devoir à accomplir, et il se plaisait à affirmer que les difficultés de sa mission allaient s’aplanir devant sa volonté d’en triompher.
- La mort seule a pu terrasser ce lutteur ; mais le nom de Paul Bert ne périra pas. Il sera enregistré dans les annales de la science à côté des Claude Bernard et des Gratiolet, et sur le livre d’or des victimes du devoir patriotique, à côté des Garnier, des Rivière et des Courbet. Gaston Tissandier.
- HISTOIRE DE LA SCIENCE
- A PROPOS DU FREIN POUR NAVIRE 1
- Le frein pour navires de M. Mac-Adam, dont La Nature s’est occupée G m’a remis en mémoire un appareil qui a quelques traits de ressemblance avec ce frein et dont Jacob Itodrigues Pereire, premier instituteur des sourds-muets en France, et bisaïeul des financiers actuels, avait eu l’idée à l’occasion d’un problème mis au concours par l’Académie des sciences en 1751, pour être décerné en 1753. Il ne s’agissait pas de ralentir la marche d’un navire ou de l’arrêter, mais au contraire de trouver les moyens de le faire avancer en l’absence du vent, car on était encore loin alors de la navigation à vapeur. Voici d’ailleurs dans quels termes l’Académie avait exprimé le sujet : de la manière de suppléer à l'action du vent sur les grands vaisseaux, soit en appliquant des rames, soit en employant quelque autre moyen que ce puisse être. Un des prix fondé par le conseiller Rouillé de Meslav devait être attribué au meilleur mémoire présenté.
- Or, Pereire avait eu occasion de réfléchir sur ce sujet pendant une traversée qu’il fit de Cadix à Bordeaux. Par suite de l’absence du vent, le navire était resté immobile assez longtemps pour causer quelque inquiétude aux passagers. Pereire concourut ainsi que deux illustres savants, Bcrnouilli et Euler, et il eut l’honneur de remporter un accessit. « J’eus un accessit, dit-il, pour ce coup d’essai, et j’en fus d’autant plus satisfait que mes connaissances en géométrie étaient comme nulles auprès de celles de ces savants. En partant de quelques principes connus et de quelques expériences sur la force des hommes, je n’avais cherché qu’à en tirer le meilleur parti pour le sillage des grands vaisseaux en calme, ou désemparés de leur mâture2. »
- Dans son mémoire5, il proposait un système de volets assez analogues à des jalousies qui étaient promenés sur les flancs du vaisseau d’avant en arrière et d’arrière en avant, se présentant de champ dans le second cas et par la partie large dans le premier. C’était en quelque sorte une multiplication des rames. Les mémoires couronnés l’auraient emporté, paraît-il, sur celui de Pereire par la nouveauté des calculs sur la force des hommes, plutôt que par des applications pratiques de cette force à l’objet proposé. Pereiie avait surtout vu le côté pratique.
- Dans une des dernières séances de l’Académie des sciences, M. l’amiral de Jonquières s’excusait d’avoir commis un plagiat inconscient au préjudice de Bernouilli, à propos d’un travail sur le roulis et le tangage. A ce propos, le rédacteur scientifique du journal la Liberté fait observer que le travail de Bernouilli renferme une analyse fort exacte du travail des rameurs, et disculpe ce savant du reproche qui lui a été adressé de n’avoir pas eu foi dans la navigation à vapeur.
- Que Bernouilli ait pensé ou non qu’il était impossible d’appliquer la vapeur au mouvement des navires, cela importe peu pour sa gloire. N’avons-nous pas été témoins de bien des pronostics semblables sur les ballons, les chemins de fer, la lumière électrique, etc. Cela montre
- 1 "Voy. n° 700, du 30 octobre 1886, p. 337.
- 2 Lettre à M. de Sartine, en 1779,
- 5 Enregistré sous le n° 10, avec cette épigraphe : lier cutis ex humero longinquam respicit oram pygmæus. M. Mathon de la Cour, conseiller à Dijon, fut un des concurrents et obtint un accessit.
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- LA NATURE.
- qu’il est imprudent, même pour des savants, d’engager l’avenir et la science, et de lui dire : tu n’iras pas plus loin. Tout au plus, peut-on se prononcer sur l’état présent des choses. Depuis cinquante ans, la science n’a fait que donner des démentis à ceux qui avaient assigné un terme à son évolution et à sa puissance.
- Ce qui nous a le plus surpris, c’est qu’à propos du travail de Bernouilli on n’ait pas songé dans le journal d’un descendant de Pereire de rappeler les titres de cet ancêtre illustre, ne fùt-ce que par piété filiale?
- Félix Dément.
- MACHINE EDISON
- POUVANT ACTIONNER 1000 LAMPES
- Les essais de cette grande machine destinée à l’Opéra ont eu lieu récemment en présence de la Commission supérieure des théâtres et de quelques notabilités scien-tiliques. La machine en question est d’une forme un peu différente de celle des autres machines Edison. Les masses polaires sont comprises entre deux séries verticales d’électro-inducteurs ; elles forment donc des points conséquents du système magnétique, à l’inverse de ce qui a lieu dans les autres types Edison. Chaque série d’inducteurs est formée de quatre âmes de fer, de section circulaire, réunies en tension. Les deux séries sont réunies en quantité. L’induit ne diffère que par ses dimensions de celui des machines du plus petit format. La partie utile a environ 0m,80 de long et 0m,60 de diamètre. La vitesse maxima est de 350 tours. — La puissance de la machine est de 1000 ampères et de 125 volts. Le champ magnétique est excité en dérivation; il ne consomme que 25 ampères et sa valeur atteint 5000 unités GGS. Nous croyons que c’est l’un des champs les plus puissants, sinon le plus puissant, qu’on ait pu réaliser jusqu’ici avec une dépense aussi faible. Avec cette même dépense, et en adoptant des dimensions plus fortes pour les inducteurs, on aurait certainement atteint 6000 unités. Mais les dimensions se trouvaient limitées par diverses considérations, dont la moindre n’est pas la difficulté de descente et de montage dans les caves de l’Opéra. La marche de cette machine est des plus satisfaisantes. Le courant est pris au collecteur par trois balais de chaque côté du collecteur, et il n’y a pas trace d’étincelles, quel que soit le débit de la machine. Les balais et le collecteur, ainsi que les graissages, sont tous à portée de la vue et de la main : l’espace occupé par la machine sur le sol est réduit à un minimum. Malgré son poids d’environ 10 tonnes, tout compris, la machine est montée sur des rails qui permettent de donner à la courroie la tension jus te nécessaire, et de rectifier cette tension en marche. On est ainsi assuré de la conservation en bon état de service des courroies et des coussinets de la machine, qui ne subissent que l’effet exactement nécessaire pour le bon fonctionnement.
- ——
- DLATES-FOKM ES
- ET BATTERIES CUIRASSÉES ROULANTES
- A plusieurs reprises déjà, nous avons exposé aux lecteurs de la La Nature1 les raisons pour lesquelles les ingénieurs militaires s’attachent aujourd’hui à met-
- 1 Voy. les n0‘ dos 21 novembre 1885 et 3 juillet 1880.
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- tre les bouches à feu de place à l’abri des coups redoutables de l’artillerie de siège. On se rappelle qu’ils préconisent, à cet effet, l’emploi des masques, des boucliers, des lètes de casemate, des tourelles ou coupoles cuirassées.
- Parallèlement au procédé du cuirassement, l'éclipse offre un moyen de soustraire le matériel d’artillerie de place aux dangers du feu de l’assaillant. On a donc conçu, dans cet ordre d’idées, nombre de types d'afjûts à éclipse permettant aux pièces d’apparaître au-dessus du parapet —juste à l’instant du tir — et de disparaître, l’instant d’après, en contrebas de la crête du massif protecteur.
- Toutefois les affûts de ce genre n’ont point donné tous les résultats qu’on était en droit d’en attendre, et l’on préconise aujourd'hui diverses méthodes de défilement rapide dans le sens horizontal.
- Le seul procédé qui, en dehors de l’emploi des cuirassements métalliques et des affûts à éclipse, semble capable de rendre à l’artillerie de la défense quelque supériorité sur celle de l’attaque, consisterait à doter la première d’une grande mobilité, pour lui permettre, aussitôt que les batteries ennemies auraient réglé leur tir et commenceraient à devenir dangereuses, de se déplacer rapidement, et d’aller s’établir à droite ou à gauche du point primitivement occupé. Ce procédé, fréquemment employé, a toujours donné de bons résultats. Que ces résultats seraient donc inappréciables si, au lieu de recourir à des manœuvres de force improvisées sous le feu de l’ennemi, avec les ressources nécessairement restreintes dont on dispose dans une place assiégée, les défenseurs avaient été pourvus, dès le temps de paix, de l’outillage propre à l’exécution de ces mouvements de matériel, en quelque sorte instantanément, et sans dépense d’efforts exceptionnels!
- C’est dans cet ordre d’idées que le commandant Mougin propose l’emploi d’une plate-forme roulante sur voie ferrée.
- Le projet qu’il a étudié comporte la mise en batterie d’un canon de 155, système de Range, monté sur affût de siège et place, et muni d’un frein hydraulique. La plate-forme proprement dite est, expose-t-il, essentiellement formée d’un châssis composé de quatre poutres en tôle et cornières, poutres qui se recoupent deux à deux à angle droit, et dont les extrémités sont reliées par une enveloppe en tôlerie (fig. 1). Le châssis porte un chenal circulaire, aussi en tôle et cornières, et dont le centre est le pivot virtuel de l’affût. Extérieurement à ce chenal, la plate-forme est recouverte d’une tôle striée ; intérieurement, d’un plancher de bois.
- Dans le chenal se meut une circulaire en acier coulé, laquelle circulaire est centrée par le moyen d’un système de roulettes-guides, et repose sur le fond du chenal par l’intermédiaire de cinq galets ; deux, sous les roues de l’affût; un, sous la crosse; les deux autres, à égale distance des précédents. Quand l’affût est en batterie, les deux roues et la crosse portent sur la circulaire, ce qui permet de donner
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- LA NATURE.
- rapidement à la pièce toutes les positions possibles de pointage dans le sens horizontal.
- La plate-forme est portée par quatre paires de roues, les essieux de deux paires étant établis rectangulaire-ment au sens des essieux des deux autres paires. Grâce à un mécanisme très simple, on peut, à volonté, faire porter chacune de ces roues sur le rail qui lui correspond, ou la relever de quelques centimètres au-dessus de ce rail. De cette disposition il résulte d’abord que la plate-forme peut changer de direction sur une croisée de deux voies à angle droit et, par suite, cheminer avec grande facilité au fond d’une tranchée tracée en crémaillère ; en second lieu, qu’elle présente, au moment du tir, grande stabilité, tout en manœuvrant sur un système de voies ferrées établies à l’écartement ordinaire (lfl,,50) des chemins de fer. On peut donc — pour l’établissement de ce dispositif au moment du besoin, et pour l’exécution des réparations — faire usage des ressources en quelque sorte inépuisables que les voies ferrées existantes offrent en fait de rails et en traverses.
- Lorsque la plateforme est en marche d’arrière en avant, par exemple, les roues d’arrière et d’avant sont en prise, celles de droite et de gauche étant relevées. Quand on arrive à une croisée de voies sur laquelle doit s’effectuer le changement de direction, on met en prise les roues de droite et de gauche, puis on relève celles d’avant et d’arrière, ce qui rend le système mobile de gauche a droite, les mentonnets des roues d’avant et d’arrière n’étant plus arrêtés par les rails qui leur correspondent.
- Les positions de tir sont marquées sur la voie principale, par une petite croisée analogue à celle des changements de direction. Lorsque la pièce doit tirer, on met à la fois les huit roues en action, ce qui supprime les porte-à-faux, donne au système une large et solide base d’appui et empêche tout mouvement de recul du chariot.
- L’ensemble du chariot, de l’affût et du canon ne pesant pas plus qu’un wagon de chemin de fer lourdement chargé (18 000 kilogrammes), il suffit de quelques servants pour déplacer ce système avec rapidité sur une voie ferrée de type courant.
- L’organisation proposée par le commandant Mougin
- consiste en une voie ferrée ordinaire, se développant parallèlement à la direction générale des forts d’un camp retranché, le long des glacis et sous le feu des fronts de gorge; à partir des points où elle est démasquée par la masse d’un fort, cette voie ferrée suit une sorte de tranchée de siège, dont le fond doit être tenu à peu près horizontal. Un revêtement en gabions et fascines soutient vers l’intérieur un glacis à pente douce, planté de broussailles et de taillis. De distance en distance (tous les 15 ou 20 mètres, par exemple), la voie principale est pourvue d’une croisée qui permet d’y mettre en batterie une pièce mobile; à proximité se trouve un petit magasin de siège, construit sous le glacis. Au moment du besoin, on élaguerait les broussailles au droit de ces emplacements de combat, de manière à voir suffisamment les travaux de l’ennemi, sans être vu soi-même. Ainsi établie dans ces positions, l’artillerie jouirait de
- tous les avantages des batteries de l’attaque; comme ces dernières , elle ne présenterait d’autre objectif que les bouches à feu elles-mêmes ; encore l’ennemi n’en pourrait- il reconnaître l’emplacement qu’en observant le nuage de fumée produit par leur tir. Les servants n’auraient pas à craindre l’éclatement des obus sur les talus des parapets et des traverses, et la plupart des projectiles ennemis—qui ne toucheraient pas directement le matériel—passeraient outre, sans produire d’effet utile. Lorsque l’assiégeant serait parvenu à régler son tir d’une manière inquiétante, ces pièces mobiles se transporteraient de 40 à 50 mètres à droite ou à gauche, imposant ainsi à l’assiégeant l’obligation de modifier, à chaque instant, son pointage.
- Si la forme du terrain ne permettait pas de développer une longue tranchée en ligne droite sans qu’elle fût prise à l’enfilade, on en briserait le tracé en crémaillère en couvrant les parties en retour d’équerre par de hautes traverses, de formes systématiquement irrégulières.
- Enfin, il ne faut pas perdre de vue que les affûts employés comportent un champ de tir indéfini dans le sens horizontal ; que les pièces pourraient, à l’occasion, faire face en arrière et appuyer énergiquement les feux du fort, au cas où l’ennemi tenterait un coup de main sur la gorge.
- Fig. 1.— Plate-forme roulante.
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- Au lieu de continuer la voie ferrée sur toute l’étendue de la ligne des forts attaqués, on pourrait ne construire que des bouts de voie de 200 à 500 mètres de longueur, a droite et à gauche de ces forts, et à créer ainsi des batteries de pièces mobiles qui remplaceraient avantageusement les batteries annexes armées de pièces immobiles. Il est admissible qu’un canon — qui peut être déplacé aussitôt que le tir de l’ennemi est réglé — soit capable de produire autant d’effet que trois canons occupant un emplacement fixe ; en d’autres termes, qu’un tel canon finisse par réduire au silence trois canons de l’attaque.
- Il est, d’ailleurs, possible de combiner les deux moyens de résistance aux coups de l’artillerie ennemie,
- c’est-à-dire le cuirassement et la mobilité dans le sens horizontal. De là l’idée des batteries cuirassées roulantes, idée qui fut exploitée,pour la première fois en France, vers la fin de l’année 1870. Lors du siège de Paris, deux ingénieurs de la Compagnie d’Orléans avaient proposé d’utiliser les tronçons de voies ferrées encore libres en avant de l’enceinte. Ils y préconisaient la mise en mouvement d’un système de deux wagons accouplés; le premier, garni d’un fort bourrage en sacs à terre et d’un bouclier à l’épreuve des projectiles, formant ensemble parapet; le second, composé d’une plate-forme sur laquelle était mise en batterie une pièce de gros calibre.
- Saisi de la question, le Comité de défense estima
- Fig. 2. — Bultcric cuirassée roulante.
- que l’appareil devait se réduire au seul wagon portant la pièce. Il adjoignit M. Dupuy de Lomé à la Commission d’études créée ad hoc et arrêta, à la date du 21 octobre 1870, des dispositions qui furent formulées ainsi qu’il suit :
- « Les wagons blindés à construire devront pouvoir passer sous tous les ponts. Ceux qui chemineront sur deux voies pourront se croiser, en laissant entre eux un intervalle minimum de 0'",10. Le blindage aura l'"40 de hauteur au-dessus de la plate-forme et se composera d’une muraille en bois de 0m,50 d’épaisseur, recouverte de plaques en fer forgé de 0n,,055. Les projectiles seront renfermés dans des caisses en tôle placées sous la plate-forme, entre les essieux, et la contenance de ces caisses devra s’élever au total
- de 72 coups. Chaque pièce aura un champ de tir de 55 degrés de chaque côté de l’axe du wagon. Enfin, le wagon, avec son canon et ses munitions, ne devra pas peser plus de 55 tonnes. » C'est suivant ces données que furent construits les wagons blindés du siège de Paris ; les deux premiers purent être mis en service le 5 novembre 1870.
- A cette date, M. Dupuy de Lomé soumettait au Comité de défense le projet d'un nouveau wagon de combat, dans lequel la partie supérieure de la plateforme pivotait sur la partie inférieure, autour d’un axe vertical, en entraînant dans ce mouvement le cuirassement et la bouche à feu. Dans ces conditions, et bien que tirant toujours à embrasure, la pièce était dotée d’un champ de tir de près de 560 degrés. Le
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- Comité s’empressa d’adopter le projet, et les deux premiers wagons blindés à plate-forme tournante furent mis, vers les derniers jours de novembre, à la disposition du gouverneur.
- Pour la mise en mouvement, on avait d’abord pensé pouvoir employer des chevaux, mais on ne tarda pas à se convaincre qu’un tel mode de traction comportait de graves inconvénients. Sur la proposition du général Trocbu, le Comité de défense autorisait, dès le 28 octobre, la construction de quelques locomotives blindées, sorte de locomobiles spéciales installées sur châssis de locomotive ordinaire. Essayés le 25 novembre, en gare d’Orléans, ces appareils fonctionnaient, à quelques jours de là, sur les tronçons de voie que les assiégés pouvaient exploiter encore.
- Tels sont les premiers essais d’un emploi rationnel de batteries cuirassées, mobiles sur rails. Depuis lors, la question a été l’objet d’une étude sérieuse, notamment de la part du commandant Mougin. Cet oificier supérieur propose aujourd’hui des batteries cuirassées roulantes, pouvant être dites indestructibles. 11 estime que l’adoption d’un système de trains de canons ainsi protégés permettrait de réduire considérablement le matériel d’artillerie nécessaire à l’armement de défense d’une place à forts détachés.
- La batterie dont il a conçu le projet peut être considérée, en son ensemble, comme une poutre creuse, cuirassée sur quatre de ses faces, et capable fie supporter extérieurement des chocs considérables sans se déformer. Cette poutre est fixée sur un fort tablier porté par neuf essieux suspendus, permettant le mouvement de translation de l’ensemble (fig. 2).
- Les neuf essieux sont en acier et montés sur des centres en fer d’un mètre de diamètre, cerclés de bandages ep acier dur, de O"1,055 d’épaisseur ; leurs fusées, de 0m,20 de diamètre, sont munies de boîtes à graisse en acier coulé, liées à des ressorts de suspension de 25 tonnes, adaptés au tablier de la batterie.
- Ce tablier est composé de deux longerons réunis, à leurs extrémités et entre les essieux, par dix poutrelles, reliées elles-mêmes, deux à deux et suivant l’axe longitudinal flu tablier, par dix entretoises. Le tout, en tôles et cornières, recouvert d’un plancher composé de tôles juxtaposées et soigneusement rivées aux longerons, poutrelles et entretoiscs.
- Deux panneaux extrêmes et deux chevalements intermédiaires divisent la batterie en trois compartiments, enfermant chacun un canon. Le cuirassement de front se compose de deux plaques de 0m,45 en fer laminé, réunies sur toute leur hauteur par un assemblage à tenon et mortaise, percées de trois embrasures minima distantes deux à deux, d’axe en axe, de 4 mètres et munies, dans le haut et sur toute leur longueur, d’une feuillure de 0m,15 de profondeur. Le prix de revient d’une batterie roulante cuirassée ne s’élève qu’au chiffre de 400000 francs, chiffre auquel il faut ajouter le prix de trois canons de 155 millimètres.
- Les batteries cuirassées roulantes peuvent s’em-
- ployer avantageusement au cours des opérations de défense d’une enceinte de place ou des intervalles de forts d’un camp retranché. Elles sont également de nature à constituer les éléments d’un parc de siège de grande puissance. Il est même permis d’entrevoir la venue du jour où elles feront leur entrée en scène sur nos champs de bataille.
- Lieutenant-colonel IIennebert.
- LES PIGEONS N0YAGEURS
- LE VOL D’ALLER ET RETOUR
- Nous avons publié précédemment1 une notice du Dr Wincker sur un remarquable vol d'aller et retour de pigeons voyageurs appartenant à M. Bronkhorst de Harlem. Cette notice, qui avait été en premier lieu communiquée à la Société d'acclimatation et publiée dans le Bulletin de cette société, a vivement attiré l’attention. Mais il semblerait que les prétentions de M. Bronkhorst sont surannées et que dans le monde des colombophiles, son secret ne serait autre que le secret de Polichinelle. On en jugera par la note suivante que nous communique un praticien compétent.
- Journellement, nombre de nos confrères mettent en pratique le secret de M. Bronkhorst. Voici comment ils s’y prennent :
- On supprime d’abord toute nourriture au colombier; puis, quand les ( pigeons commencent à souffrir de la faim, c’est-à-dire quand les plumes se hérissent avec une contraction de la gorge et du jabot, on les transporte à l’endroit voulu où l’on a répandu au préalable du grain à profusion; lorsque les affamés ont le jabot bien garni, on les chasse; il suffit alors de répéter le manège, jusqu’à ce que, connaissant la route, ils prennent d’eux-mèmes leur essor vers leur salie à manger.
- J’emploie ce terme, car le réduit ou la chambre, destinée à la réception des pigeons, doit être en ce cas absolument dépourvue de eases, de perchoirs et de tout ce qui pourrait inspirer l’envie de nicher. Plus que tous, en effet, les pigeons n’aiinent guère se déranger; paresseux et gourmands, ils sont par nature très sédentaires : on ne doit donc jamais oublier que c’est par force que nous exploitons leur instinct de retour en les obligeant à franchir d’énormes distances pour retrouver bonne table, bon gîte et le reste. Si donc on ne les chassait pas vigoureusement, une fois leur pitance absorbée, et, s’ils restaient libres de leurs actes, ils finiraient petit à petit par abandonner le colombier où ils jeûnent, pour s’établir dans le plus confortable.
- Ces allées et venues sont pour cette raison même très salutaires à nos pigeons soumis ainsi à un exercice quotidien ; ils deviennent plus guillerets et leur plumage est plus lisse, ils gagnent donc de vigueur et de beauté ; c’est là surtout l’objectif de leurs propriétaires.
- Je viens de dire tout le secret de 1’habile dresseur de Harlem ; je vais citer, en outre, une autre de ses applications.
- Tous les colombophiles opèrent d’une façon analogue quand il s’agit d’habituer leurs sujets à s’en aller glaner,
- 1 Vov. le n° 698, du 16 octobre 1886, p. 506.
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- LÀ NATURE.
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- à l’heure fixe, dans les champs en été. C’est là une précaution prise contre les trébuchets (mais non contre le fusil) : à la suite de l’orage, pendant un trajet, les pigeons peuvent souvent être empêchés de rentrer au logis avant le soir ; le lendemain ils ne seront donc pas en peine de trouver une nourriture suffisante et puis continueront leur route sans avoir exposé leur liberté dans un pigeonnier inconnu. On substitue pour le dressage, un panier ordinaire à la cage d’entrée ; ce panier est simplement retourné à l’envers sur le sol ensemencé de graines friandes ; on soulève de loin et doucement le panier, au moyen d’une ficelle et les pigeons (qu’on a placés dessous, bien entendu), se dispersent aux alentours pour ramasser les grains épars, à condition toutefois que rien ne les effraye. Au bout de 4 ou 5 portées, c’est fait accompli et tout l’effectif d’un colombier s’envole par bandes et à l’heure fixe vers l’endroit où leur propriétaire les a forcés d’aller. L’éminent auteur colombophile, M. La Perre de fioo, cite un exemple similaire ainsi qu’un vol d’aller et retour entre Paris et Versailles.
- Cette expérience identique à celle de M. Bronkhorst a été tentée avec succès par M. Cassiers, attaché spécial colombophile au ministère de la guerre. Mais M. Cassiers s’est bien gardé de s’attribuer cette découverte qui, je le répète, est tombée depuis longtemps dans le domaine public. Du reste, ces exemples d’aller et retour se voient journellement dans nos colombiers; quel est donc celui d’entre nous qui n’a pas de pigeons allant aux champs? Combien n’a-t-on pas vu de pigeons qui admis dans un colombier où l’accouplement les retient, s’en vont néanmoins deux ou plusieurs fois par jour à 10 ou 15 kilomè-mètres chercher dans leur colombier d’origine ce qui leur manque dans leur nouveau logis, soit la terre glaise, soit les briques pilées, le sel gemme, etc..?
- Bref, le dresseur de Harlem n’a même pas le mérite de la nouveauté; sans remonter à l’origine des siècles, de nos jours, presque chaque semaine, nous lisons des exemples du genre dans la presse pigeonnière, en particulier dans la Revue colombophile de Tourcoing, ainsi que dans le Martinet de Bruxelles.
- Quant à la sécurité qu’offrirait à la transmission des dépêches l’application de l’expérience en question, elle nous paraît fort contestable.
- En effet, on ne peut obliger les pigeons à partir de leur colombier pour effectuer un trajet d’aller et retour d’une durée totale de plus de 50 à 40 minutes au maximum, sans les dépiter. Il ne faut pas croire que le pigeon chargé d’un message se mette en route immédiatement et effectue une centaine de kilomètres pour aller dîner et porter sa dépêche, comme un bon facteur (toutes proportions gardées). Au contraire, on peut utilement habituer, comme cela se fait, les pigeons à exécuter dans leur ville de séjour des trajets d’une dizaine de kilomètres ou moins pour les accoutumer à se rendre à heure fixe, dans un ou plusieurs réduits spéciaux où ils trouveraient servi un repas friand ; de sorte qu’au jour d’un bombardement, si un colombier venait à être rendu impraticable, les pigeons de retour ne perdraient pas leurs dépêches faute de savoir où se réfugier; ils se garderaient bien d’oublier en cette occurrence l’endroit où sans avoir demeuré longtemps, ils se souviennent pourtant d’avoir bien mangé. C’est un des nombreux détails dont s’est occupée, il y a plusieurs mois du reste, la Société colombophile milituire « VAlsace-Lorraine de Lyon ».
- Nous sommes de l’avis qu’on doit restreindre le plus possible l’éloignement des points de départ, mais nous
- sommes persuadé, et sans crainte d’être contredit par les connaisseurs, que le seul procédé à employer efficacement en temps de guerre est celui qui consiste en l’expédition des pigeons par chemin de fer avant les hostilités, pour les lâcher au fur et à mesure qu’on aura des dépêches à transmettre à destination delà ville où ils nichent. Nous croyons aussi que les colombophiles français doivent vigoureusement réagir contre certains articles où, avec les meilleures intentions, des écrivains parfaitement ignorants des choses pigeonnières, faussent l’esprit du public par des récits erronés sur nos charmants oiseaux.
- Voilà pourquoi j’ai pris l’extrême liberté de prendre la parole au nom de plusieurs colombophiles lyonnais, car heureusement, il y a encore en France nombre de Colombers qui font de la colombophilie le sujet d’une étude profonde et d’une observation quotidienne.
- Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Lille, Toulouse, Roubaix, Valenciennes, Montauban, Limoges, Alençon, Caen, Cherbourg, etc., etc., n’ont rien à envier sur ce point à l’étranger.
- Le vice-président de « L’Alsace-Lorraine » de Lyon,
- Ch. A. SlBILLOT.
- Nous ajouterons qu’un amateur colombophile, M. Ch. Meslé, nous a cité le fait analogue de pigeons qu’il avait facilement dressés à aller et venir de leur demeure à leur salle à manger lointaine.
- LA RÉCOLTE DU SEL MARIN
- AUX SALIXS DES PESQUIERS, TERRITOIRE d’hYÈRES (VAR)
- À cinq kilomètres de la ville d’Hyères, station hivernale remarquable par sa brillante exposition, se trouvent sur les bords de la Méditerranée les marais salants des Pesquiers qui fournissent au touriste un but de promenade à la fois agréable et instructif.
- La route qui nous y conduit relie la presqu’île de Giens à la ville d’Hyères ; elle est bordée sur presque tout son parcours par une forêt de pins parasols remarquables par leur belle venue.
- Nous apercevons de loin les tas de sel de toute dimension qui procurent positivement l’illusion des glaciers de la Suisse ; l’ardeur du soleil nous rappelle à la réalité. Ces salins occupent une étendue d’environ 250 hectares et sont la propriété de M. Girard qui a bien voulu nous autoriser à prendre quelques vues instantanées dans l’intérieur du parc.
- La récolte du sel commence vers le 5 août et dure jusqu’à la fin de septembre; voici en quelques mots comment se fait cette opération, résultat d’une année d’attente.
- On fait arriver l’eau de mer dans un premier bassin appelé étang où elle abandonne les matières qu’elle tient en suspension et se concentre d’un degré Baume ; de là on la conduit dans les chauffoirs ou partènements extérieurs, où coulant de table en table, elle se concentre, arrive aux partènements intérieurs et atteint dans les dernières tables 24° Baumé.
- On l’amène alors dans les tables salantes où elle atteint 25° Baumé et où elle se prend en cristaux.
- Tout le monde sait que le chlorure de sodium
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- cristallise en cubes qui s’accolent pour former (les trémies.
- Lorsque la cristallation est bien formée on racle
- le sel et on en fait des tas d’environ 5 mètres cubes appelés gerbes (fig i.) les hommes qui exécutent ce travail, au nombre de 400 environ sont les enja-
- Fig. 1. — Les gerbes de sel marin aux marais salants des Pesquiers (Yar). (D’après une photographie de l’auteur.)
- veleurs. Le sel ainsi amoncelé, s’égoutte et les eaux mères ne sont pas utilisées; ces gerbes disposées symétriquement en lignes servent à faire des tas de
- 250 mètres cubes environ, appelés came lies (fig. 2).
- Les ouvriers ou charrieurs transportent sur la nuque dans des paniers d’osier appelés canestels le
- Fig. 'i. — Confection d’un tas de sel marin, dit came lie, aux marais salants des Pesquiers (Var). (D’après une photographie.)
- sel des gerbes. Ces hommes, de toute nationalité et au nombre de 300 environ, s’associent par groupes de trois ou quatre et traitent à forfait tous les matirîs le transport d’une ligne de 5 ou 6 gerbes ; leur travail
- dure de 4 heures du matin à midi ; ils marchent au pas accéléré et leur charge est d’environ 50 kilogrammes ; la gerbe la plus éloignée de la camelle se trouve quelquefois à 200 mètres. On comprend com-
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- bien ce travail est pénible sous l’influence de la chaleur torride du mois d’août. Ces camelles ainsi terminées affectent une forme pyramidale ; on les
- recouvre d’un toit de tuiles pour soustraire le sel à l’action des pluies.
- Lorsque les tables sont débarrassées des gerbes,
- Fig. 5. — Confection et pesage des sacs de sel marin aux marais salants des Pcsquiers (Var). (D’après une photographie.)
- on y fait arriver de l’eau de mer qui dissout le sel I aplanit alors le sol constitué par ce limon salé au restant et sert à une opération subséquente ; on | moyen de pelles en bois et la table est ainsi préparée
- Fig. i. — Estacade pour le chargement de sel marin aux marais salants des Pesquiers (Var). (D’après une photographie.)
- pour recevoir l’eau de mer au degré voulu de concentration.
- La production du sel dans les seuls salins des Pesquiers a atteint cette année le chiffre respectable
- de deux cent mille quintaux métriques de sel blanc, seule sorte que l’on y obtienne sous trois formes différentes : sel blanc de première qualité, sel fin, sel égrugé. Le sel blanc de première qualité est en cris-
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- taux volumineux d’un beau blanfc qui contiennent plus de 95 pour 100 de chlorure de sodium alors que le sel provenant de l’Océan n’en renferme que 60 à 75 pour 100. Ce sel, moulu dans des moulins à vapeur, donne le sel fin.
- Le sel égrugé qui sert à la salaison des poissons est en cristaux de moyenne grosseur moins dur que le sel de première qualité; il renferme plus d’eau de cristallisation.
- L’expédition du sel se fait en sacs de 100 kilogrammes pesés au moyen de bascules romaines de forme spéciale (fig. 5) : d’une part, un entonnoir muni à sa partie inférieure d’une vanne qui permet de vider le sel dans le sac maintenu par deux hommes, d’autre part le fléau à la partie supérieure. La vérification du poids se fait également avec une balance romaine sur des sacs pris au hasard, sous la surveillance d’un contremaître de l’exploitation avec le contrôle d’un employé de la Régie qui fait la feuille de sortie et d'un douanier.
- Des navires de tous les pays viennent aux salins des Pesquiers prendre leur chargement de sel ; des rails sillonnant toute l’étendue du parc permettent d’amener les sacs de sel sur des wagons jusqu’à l’estacade d’où ils sont transbordés surdos bateaux de pêche jusqu’au navire dont l’ancre est jetée au large (fig. 4).
- Les eaux mères des salins des Pesquiers n’étant pas utilisées industriellement vont pouvoir être bientôt employées au traitement des affections scrofuleuses; sur les instances réitérées d’un médecin d’IIyères, M. le Dr Vidai, l’administration des hospices de Lyon vient de décider la création, sur le territoire hyérois, d’un sanatorium pour les enfants scrofuleux, qui bénéficieront en même temps d’un climat exceptionnel, chaud l’hiver et tempéré l’été par les brises de la Méditerranée. Paul Mook.
- UNE COLLINE DE YERRE
- ADX ÉTATS-UNIS
- Parmi les merveilles du Yelloivstone Park dont nos lecteurs ont eu ici même la description % figure une colline d’obsidienne que le professeur Joseph P. Iddings a décrite dans les Rapports du Geological Survey des États-Unis, et qui consiste en une énorme masse vitrifiée de 800 mètres de long et de 45 à 60 mètres d’élévation. Selon l’expression même de l’auteur, cette masse constitue un verre d’une aussi bonne qualité que ceux obtenus par les procédés artificiels. La partie escarpée de cette colline présente une section partielle d’une coulée d’obsidienne qui s’est étendue sur une pente ancienne en venant du plateau de l’Est. Il est impossible de déterminer quelle a été l’épaisseur initiale de cette immense coulée.
- Le verre très dense qui en forme actuellement la base a de 22m,50 à 50 mètres d’épaisseur : la partie supérieure de la couche a été désagrégée sous l’action des intempéries. L’un des traits les plus remarquables de cette col-
- 1 Voy. le n° 671, du 10 avril 1886, p. 295. — Voy. aussi les Tables des matières des dix premières années.
- line consiste dans le développement des colonnes prismatiques qui forment son extrémité sud. Elles sont en obsidienne noire brillante et s’élèvent sur le talus à des hauteurs de 15 à 18 mètres et avec des diamètres de 0m,60 à lm,20. Pour la majeur partie, la couleur de la masse est d’un noir de jais, mais en plusieurs endroits on remarque des filets tantôt d’un rouge brun, tantôt colorés d’un mélange de brun avec le jaune et le vert olive. Sur quelques points, la masse vitreuse s’est brisée en un grand nombre de morceaux au moment du refroidissement, mais une coulée ultérieure est venue cimenter ces pièces et former ainsi des brèches de couleurs variées et de l’aspect le plus original.
- Celte colline d’obsidienne constitue l’une des plus remarquables curiosités géologiques de Yelloivstone Park.
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- LES JEÛNES CÉLÈBRES
- Après Tanner, Succi et Merlatti attirent singulièrement l’attention publique par leurs jeûnes dont se préoccupent aussi les médecins et les savants.,
- Mais que sont des abstinences de quarante ou cinquante jours en comparaison de celles dont l’histoire nous a conservé Je souvenir ? La Nature en a déjà'cité quelques cas 1 ; en voici un grand nombre d’autres, qu’il nous a paru intéressant de recueillir pour les présenter à nos lecteurs.
- En 1684, un fou qui croyait être le Messie, voulant surpasser le jeûne de Jésus-Christ, s’abstint pendant soixante-donze jours de tout aliment ; il ne but même pas d’eau, il ne fit que fumer et se laver la bouche. Pendant cette longue abstinence, sa santé ne sembla éprouver aucune altération ; il ne rendit aucun excrément. (Dictionnaire des sciences médicales, t. IV, au mot Abstinence.)
- En 1751, une fille des environs de Beaune, âgée de dix ans et demi, fut atteinte d’une fièvre dans laquelle elle refusa tous les remèdes et ne voulut ou ne put avaler que de l’eau fraîche ; à cette fièvre succéda un mal de tète qui l’obligeait à sortir de son lit et à se rouler par terre. Dans un de ces accès, elle fut prise d’une syncope si longue qu’on la crut morte. Revenue à elle-même, elle perdit peu à peu l’usage de ses membres et de la parole, mais il lui resta le sens de l’ouïe, de la vue et du toucher. Sa raison demeura’ intacte et elle en faisait usage pour faire connaître ses désirs au moyen de sons inarticulés. Ces sons furent d’abord au nombre de deux, un qui approuvait, l’autre qui désapprouvait. Elle parvint par la suite à en augmenter le nombre ; successivement elle put y joindre quelques mouvements de mains qui se multipliaient avec les sons. Elle ne vivait que d’eau en petite quantité : son ventre était, affaissé; en y portant la main on touchait les vertèbres; celte partie et les extrémités inférieures conservaient la sensibilité sans jouir de la contractilité. L’œil était vif, les lèvres vermeilles, le teint assez coloré; le pouls avait de la force et battait avec assez de régularité. Peu à peu la malade avala une plus grande quantité d’eau. Un médecin ayant essayé de lui faire avaler de l’eau de veau à son insu, elle la rejeta avec de violentes convulsions. Trois ans environ après le début de sa maladie, elle éprouva un jour une soif extrême et fit de grands efforts pour deman-
- 1 A. de Rochas, La suspension volontaire de la vie; n°du 14 février 1885.
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- der de l’eau; la parole lui revint dès cet instant. Elle en conserva l’usage qui augmenta sensiblement. Les évacuations alvines étaient totalement supprimées. La malade commença à reprendre l’usage de ses bras; elle fila, s’habilla, se servit de deux béquilles avec lesquelles elle s’agenouillait, ne pouvant encore faire usage de ses jambes. Vers l’âge de quinze ans, l’appétit revint à la malade et tous les accidents disparurent les uns après les autres. Elle marcha sans béquille et mangea comme une personne en bonne santé « après avoir été pendant quatre ans sans pouvoir prendre autre chose que de l’eau » L
- De 1760 à 1764, on vit à Chàteauroux, près d’Embrun, un enfant qui passa quatre ans et quelques jours sans manger ni boire. Ce jeune homme s’appelait Guillaume Gay ; il était âgé de dix ou onze ans lorsqu’il cessa tout à coup de prendre aucune nourriture, son corps devint comme un squelette, mais lorsque, après quatre ans, il recommença à se nourrir, il se trouva en peu de temps aussi développé et aussi robuste que les autres jeunes gens de son âge. Parmi les innombrables personnes qui ont attesté ce fait extraordinaire, on compte Jlsr Fouquet, archevêque d’Embrun et l’intendant du Dauphiné. L’intendant, soupçonnant quelque supercherie de la part des parents, fit même garder l’enfant à vue pendant plusieurs jours. Ce fait est rapporté par la plupart des chroniqueurs dauphinois.
- En 1767, une fille écossaise, Jeamie Macléod, âgée de trente-trois ans, qui, dans sa jeunesse, avait eu de fortes attaques d’épilepsie, tomba malade; réduite à une sorte de végétation très peu active, elle parla très rarement et ne demanda plus de nourriture. Pendant quatre ans, on ne lui a rien vu avaler qu’une cuillerée d’eau médicamenteuse et une pinte d’eau simple. Mais, si le mouvement nutritif a été arrêté, celui de décomposition a été également suspendu pendant trois ans; ni selles, ni urine, et transpiration presque nulle. Le docteur Maelkensie la visita pendant la première année de sa maladie. « Le pouls, dit-il, que j’ai eu quelque peine à trouver, est distinct et régulier, lent et excessivement faible. Le teint est bon et assez frais; les traits ne sont point défigurés ni flétris, la peau est naturelle ainsi que la température; et, à mon grand étonnement, lorsque j’ai examiné le corps, j’ai trouvé la gorge proéminente, les bras, les jambes, les cuisses nullement amaigris; l’abdomen un peu enflé et les muscles tendus ; les genoux sont pliés, les talons touchent presque le derrière ; lorsqu’on lutte avec la malade pour mettre un peu d’eau dans sa bouche, on observe quelquefois de la moiteur et un peu de sueur sur sa peau ; elle dort beaucoup et fort tranquillement. Lorsqu’elle est éveillée, on l’entend se plaindre continuellement comme le fait un enfant nouveau-né. Aucune force ne peut séparer maintenant ses mâchoires. » Le docteur Maelkensie la visita de nouveau en 1772; elle avait commencé à manger et à boire -.
- Une jeune femme de la Nébraska est restée dans un état de léthargie cataleptique pendant soixante-dix jours; à bout de moyens, on a tenté de la réveiller par une violente décharge d’une batterie électrique ; l’expérience, qui aurait pu mal tourner, a parfaitement réussi5.
- Les abstinences prolongées sont très fréquentes chez les mystiques de toutes les religions. Par deux fois Moïse demeura quarante jours sur la montagne sans manger (Exode, XXIV, 18; — XXXIV, 28). Elie marcha quarante
- 1 Mémoires de l’Académie des sciences, 1761.
- 2 Dr Moreau, Histoire naturelle de la femme.
- 5 Cosmos, 15 février 1886.
- jours et quarante nuits pour aller au mont Horeb soutenu seulement par le pain angélique qu'il avait mangé au départ (III, Reg., XIX, 8). Jésus-Christ jeûna quarante jours (Math., IV, 2). Saint Siméon Stylite, saint Siméon Salud, sainte Elisabeth, sainte Colette et plusieurs autres ont renouvelé cette abstinence absolue pendant la quarantaine liturgique (Ribet, Mystique divine, t. II, p. 507). Saint Dalmace passa également tout un carême sans prendre de nourriture jusqu’au jeudi de la semaine sainte où, après les offices sacrés, il prit son repas avec les frères. Le soir de ce même jour, il s’assit sur son escabeau et demeura encore quarante-trois jours, c’est-à-dire jusqu’à l’Ascension, dans l’immobilité de l’extase. Enfin son supérieur le réveilla et le saint raconta ses visions. (Ribet, id.)
- On trouve dans les archives de la paroisse de Saxlen la curieuse attestation dont voici la traduction : « Qu’il soit fait savoir à tous et à chacun que, l’an du Seigneur 1487, vivait un excellent homme du nom de Nicolas de Elue, né et élevé dans la paroisse de Saxlen, à la montagne, lequel abandonnant père et frère, sa propre épouse et ses enfants, cinq fils et cinq filles, s’en est allé dans le désert de Raust où Dieu l’a soutenu sans nourriture ni boisson pendant longtemps, c’est-à-dire dix-huit ans. Au moment où l’on écrivait ceci, il était plein de sens et menait une sainte vie, ce que nous avons vu et savons en vérité. » (Ribet, /. c. II, p. 509.)
- La mère Agnès de Langeac restait souvent sans prendre d’autre nourriture que le pain eucharistique; « cette merveille dura une fois plus de six mois de suite pendant lesquels il n’v avait que le très saint sacrement qui demeurait dans son estomac, lui étant impossible d’avaler quoi que ce fut d’aucune autre chose qu’elle ne le vomît tout incontinent. » (De Lantages, Vie de mère Agnès.)
- Rose de Lima ne vivait que de pépins d’orange pendant tout le carême. Le vendredi elle n’en mangeait que cinq. Une fois un petit pain et une bouteille d’eau lui suffirent pendant cinquante jours (Goerres, Mystique divine, t. I.)
- Joseph de Cupertin passa cinq ans sans manger de pain et quinze sans boire une seule goutte de vin. Des herbages, quelques fruits secs, des fèves composaient tout son régime. Durant le carême des franciscains, du 6 janvier au 10 février, il ne mangeait qu’une fois par semaine. Durant les six autres semaines du carême, il mangeait le dimanche et le jeudi des herbes amères, quelques fèves ou fruits et ne prenait rien les cinq autres jours de la semaine.... Il ne dormait que deux ou trois heures chaque nuit. » (Vie de Joseph de Cupertin, p. 51.)
- Le docteur Bernheim, qui a cité d’autres cas d’abstinences extraordinaires dans une récente note publiée par la Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie1 2 pense que l’homme sain, qui meurt après plusieurs jours de jeûne, nemeurt pas d’inanition; il est encore un colosse relativement au phtisique émacié, qui se traîne pendant des semaines comme un cadavre ambulant, ou un convalescent de fièvre typhoïde qui n’a plus que la peau collée sur les os et qui, cependant, va guérir. C’est donc la faim qui tue et non l’inanition ou du moins la faim qui tue avant l’inanition. En effet, le fébricitant, le phtisique, l’anorexique, l’hystérique qui vomit, n’ont pas faim, Et, d’autre part, si l’on veut interpréter les symptômes de la faim, l’agitation, puis la dépression, les hallucinations, l’insomnie, l’excitation furieuse suivie de stupeur et d’un collapsus terminal, on voit qu’il s’agit là
- 1 Yoy. l’analyse de cette note dans la Revue scientifique, 2e semestre 1886, p. 570.
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- d’une véritable névrose à laquelle les affamés succombent avant d’avoir eu le temps de mourir d’inanition.
- Toute la question revient donc, pour pouvoir supporter un long jeûne, à s’y préparer graduellement ou à suspendre la faim par des substances stupéfiantes.
- J. Acosta signalait déjà cette propriété des feuilles du tabac et de la coca du Pérou, dans son Histoire naturelle des Indes (t. IV. ch. xn) publiée à Séville en 1590.
- Matthiole (Commentaires sur Dioscoride) attribue aux Scythes l’usage d’une herbe agréable au goût qui pouvait suppléer à la nourriture pendant dix à douze jours.
- Beaucoup d’auteurs de l’antiquité, et en particulier Plutarque, prétendent que le philosophe Epiménide avait dormi pendant cinquante ans dans une caverne; d’autres, moins crédules, se bornent à dire qu'il vécut tout ce temps-là presque sans manger et un écrivain militaire du deuxième siècle avant notre ère donne même1 plusieurs recettes de préparations connues sous le nom de Pâte d’Epiménide, et qui entraient dans la composition des approvisionnements des places fortes.
- Ces recettes, qui comportent l’emploi de scille, de sésame et de pavot mélangés de miel, ont été in-diquées précédemment dans La Nature, et nous renvoyons nos lecteurs à la notice qui a été publiée à ce sujet 3.
- Les préparations de cette nature étaient fort répandues, car Xiphilin {In Se-vero, ann. 200) dit que les Calédoniens et les Méates savaient « préparer une nourriture telle que, prise en boulette de la grosseur d’une fève, elle calmait la faim et la soif. »
- On avait même essayé de nos jours de remettre ces pâtes à la mode. (Revue encyclopédique, t. XXXV , p. 235.)
- La liqueur du Zanzibar employée par Succi, es t donc elle encore, renouvelée des Grecs. Seulement le Dr Bernheim pense que cette liqueur, absorbée le premier jour, n’a pas suffi pour supprimer la sensation de faim pendant toute la durée du jeûne, mais qu’elle a produit une autosuggestion capable d’annihiler les effets de cette névrose. Il raconte à ce propos que M. Debove, ayant suggéré à deux femmes hystériques endormies par lui l’absence de faim et l’ordre de ne pas manger, put les soumettre à un jeûne de quinze jours pleins, pendant lesquels elles ont bu mais n’ont ingéré aucun aliment solide. Ce jeûne, très bien supporté, aurait pu être prolongé encore pendant quinze jours, mais l’une des malades avait déjà perdu 3kg,200 et l’autre 5‘*,200.
- Voilà donc pour les obèses le véritable secret pour maigrir. Seulement il faut être un bon sujet. Dr Z...
- 1 Traité de l’attaque et de la défense des places, traduit par A. de Rochas. — l’aris, 1872.
- 8 Yoy. Les boulettes contre la faim, n" 605, du 3 janvier 1885, p. 72.
- BAROMÈTRE ABSOLU
- Deux savants officiers d’artillerie, MM. Hans et Hermary, ont construit, en 1879, un baromètre absolu très remarquable basé sur l’observation simultanée d’un thermomètre ordinaire et d’un thermomètre à air, d’où l’instrument faisait ressortir les variations de pression L Ce baromètre absolu que nous avons décrit à cette époque offre l’avantage d’être d’une grande sensibilité, et d’une rigoureuse exactitude.
- Un habile constructeur, M. Lespérut, est arrivé à modifier complètement la forme du premier appareil de MM. Hans et Hermary et à le rendre beaucoup plus pratique et plus précis. Le baromètre absolu du dernier modèle est circulaire (fig. ci-dessous) ; dans ce nouvel appareil, tous les frottements et les retards de temps perdus sont nuis: ce qui est d’une grande importance pour la justesse des observations.
- Les organes de l’instrument sont enfermés dans un cadre circulaire, à feuillure intérieure qui évite l’emploi d’une boîte métallique dont l’effet était très disgracieux.
- Les boutons qui se trouvent sur le cadre font fonctionner, le premier en haut, le curseur du thermomètre centigrade. Pour faire une observation, on déplace le curseur du thermomètre à l’aide de ce bouton et on en place la pointe en face du liquide. Le curseur du bas se déplace ensuite ; on vient faire joindre le fil qui se meut avec lui en regard de l’extrémité du liquide du manomètre. Il ne reste plus qu’à faire la lecture en regard de l’aiguille index qui glisse en même temps que le fil.
- Les deux autres boutons, gauche et droite, servent au maintien du châssis sur le cadre; on doit dévisser ces deux boutons pour placer le variable (760) par rapport à l’altitude du lieu où l’on se trouve, cc qui permet de faire une observation immédiate.
- La légende portant les mots très sec, variable, tempête est mobile et le déplacement en est par conséquent très simple.
- Nous renverrons nos lecteurs pour la théorie de l’instrument au premier article que nous avons publié dans le deuxième semestre 1879 de notre recueil. MM. Hans et Hermary, les inventeurs de ce remarquable instrument, auront eu le mérite de rendre pratique l’emploi du thermomètre à air, dont la sensibilité est connue. Nous avons depuis longtemps expérimenté cet ingénieux appareil et nous le recommandons à nos lecteurs comme un véritable instrument de science et de précision. G. T.
- 1 Vov. n» 318, du 5 juillet 1879, p. 71.
- Nouveau modèle du baromètre absolu de MM. Itans et Hermary.
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- CULTURE DES FUCHSIAS.
- Les lecteurs de La Nature, amis des fleurs, ne verront peut-être pas sans intérêt la reproduction des photographies représentant des fuchsias de formes et de dimensions peu ordinaires, élevés par un amateur d’horticulture à Évrcux. Ces fuchsias font l’ornement du jardin et l’admiration des connaisseurs, tant par la vigueur de leur végétation que par l’abondance et la beauté de leurs fleurs.
- Fig. 1. — Fuchsia en parasol.
- (D’après des
- La figure 1 reproduit un de ces arbustes dans sa quatrième année, dont la tête, en forme de dôme plat, a 2 mètres de diamètre, et est assez grand pour permettre à plusieurs personnes de profiter de son ombre; on peut, assis sous le fuchsia, causer ou se rafraîchir, ainsi que l’indiquent du reste, les objets reproduits sur notre gravure, et qui servent en outre, à établir d’une façon exacte les dimensions de ce sujet exceptionnel.
- Trois autres de ces fuchsias sont réunis ; le plus haut d’entre eux a 4m,25; il a six ans, les autres
- Fig. 2. —Fuchsias à longue tige.
- photographies.)
- quatre (fig. 2). Un cinquième, que nous nous contenterons de mentionner, est étagé d’une façon très originale.
- Il est extrêmement rare d’obtenir de semblables spécimens, d’une plante qui ne dépasse guère 1 mètre de hauteur dans la culture ordinaire.
- Les dispositions représentées ci-dessus sont très gracieuses, très décoratives et pourraient être plus souvent obtenues par les amateurs d’horticulture et de jardinage.
- Le fuchsia se prête admirablement à la décoration des jardins ; son élégance de forme, le port gracieux de ses fleurs, la longue durée de leur floraison, le peu de soins que nécessite sa culture, doivent con-
- tribuer à le faire recommander davantage à l’attention des horticulteurs paysagistes.
- En 1845, M. G. Porcher, président de la Société d’horticulture d’Orléans, publia une savante monographie du fuchsia, dans un inldressant volume qui fut très rapidement épuisé.
- Une deuxième édition de l’ouvrage en question parut en 1848 ; l’auteur y ajouta une énumération de 738 espèces et variétés diverses. Nous devons ajouter que depuis cette époque, la liste s’est encore considérablement accrue, grâce à la science de nos horticulteurs et au zèle des amateurs beaucoup plus nombreux qu’on le croit communément.
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- LA NATURE
- UN NOUVEAU CAOUTCHOUC
- Cette substance, si utile dans les applications électriques, vient d’être découverte dans une plante fort commune qui croit en France à l’état sauvage et dont la culture n’offre d’ailleurs aucune difficulté. D’après le Bulletin de la Société chimique de Paris, celte plante est le Sonchus olcraceus qui se trouve ordinairement dans les lieux arides, le long des chemins ou parmi les décombres. Les campagnards la désignent sous le nom de mauvaise herbe ; dans quelques endroits on l’appelle laiteron ou laiceron, dans d’autres localités, herbe ou salade à lapin.
- L’extraction du caoutchouc se fait en épuisant la plante par le sulfure de carbone et en faisant bouillir avec l’alcool le résidu de l’opération. La partie insoluble, ou caoutchouc brut, est chauffée ensuite avec de la potasse alcoolique et lavée à plusieurs reprises avec de l’alcool étendu et chaud ; par ce traitement on enlève des graisses et des substances cireuses, ainsi que de la chlorophylle. Le résidu est élastique et assez fortement coloré ; il présente tous les caractères du caoutchouc, se dissout entièrement dans le chloroforme et dans le sulfure de carbone, et en partie seulement dans l’éther.
- On obtient ainsi 0,73 pour 100 de matières extractives et 0,41 de caoutchouc brut, renfermant 0,16 de caoutchouc purifié.
- On peut également épuiser la plante d’abord par l’alcool, puis par la benzine; le résidu provenant de l’évaporation de cette dernière solution renferme 0.92 pour 100 du poids de la plante ; par un traitement à l’alcool, on obtient comme résidu 0,272 d’un caoutchouc presque pur, légèrement coloré en vert.
- On suppose en outre que plusieurs composés voisins de celte plante, les scorsonères, les laitues, les euphorbes, donneraient un rendement plus considérable.
- Cette découverte pourrait rendre de grands services aux électriciens* qui craignent déjà d’avoir bientôt épuisé le caoutchouc actuellement disponible.
- CHRONIQUE
- Nouveaux emplois du sucre. — A chaque mal son remède, dit le proverbe. Ce dicton se trouve vérifié une fois de plus dans la crise qui se prépare pour l’industrie sucrière. Au moment où le nouveau produit la saccharine, dont il a été plusieurs fois question dans les colonnes de ce journal, menace de faire une concurrence sérieuse au sucre de cannes et de betteraves, un correspondant du journal le Times émet l’idée qu’en raison du bas prix actuel du sucre (le sucre blanc de première qualité se vend, au détail, en Angleterre, 0 fr. 25, le sucre blanc ordinaire 0 fr. 15, la cassonade premier choix 0 fr. 15, et la cassonade ordinaire 0 fr. 10 la livre de 454 grammes), il pourrait être employé avec avantage dans les constructions de bâtiments, à l’état de mélange avec le mortier et le ciment dont il augmente la puissance de liaison. Des expériences réeentes ont eu lieu avec un ciment composé d’un mélange en parties égales de poudre fine de chaux et de bonne cassonade additionné d’eau; le résultat fut un ciment d’une force exceptionnelle. Deux grands morceaux d’une pierre sculptée brisée d’un vitrail de la cathédrale de Péterborough furent rejoints avec le plus grand succès àl’aide de ce ciment ; et des morceaux de verre, n’offrant aucune prise au ciment, ont été
- également traités d’une manière satisfaisante. La chaux doit être parfaitement éteinte, et ce mélange, effectué avec du ciment de Porlland augmentera, d’après le correspondant, la force du produit. Le fait que le sucre de canne et la chaux forment un composé chimique défini, est connu depuis longtemps et ce composé est employé pour une variété d’usages; il est à espérer que l’idée de l’employer comme ingrédient entrant dans la composition du mortier, donnera, entre les mains des fabricants de ciment et des entrepreneurs, des résultats pratiques. L’auteur ajoute qu’il y a des probabilités d’attribuer à l’emploi du sucre le secret du succès de l’ancien ciment romain. La question du prix de revient ne saurait intervenir en Angleterre, où les prix vont en diminuant et ont déjà atteint les bas chiffres ci-dessus mentionnés. Lorsque la .saccharine sera vendue commercialement, il faut s'attendre à voir ces prix descendre encore davantage. — Un autre innovateur, le colonel Polto, du génie militaire italien, emploie la cassonade commune pour prévenir les incrustations dans les chaudières à vapeur. Les essais ont eu d’abord lieu sur une chaudière tubulaire de 20 chevaux et 126 tubes qui était régulièrement purgée et grattée tous les 45 jours, la quantité moyenne de tartre s’élevant malgré l’emploi de divers désincrustants à 12 kilogrammes. Lors des essais du sucre, 42 tubes ne furent pas nettoyés ; 2 kilogrammes de cassonade furent mélangés à l’eau de la chaudière au remplissage, et 1 à 2 kilogrammes furent ajoutés chaque semaine. A l’examen de la chaudièi-e, au bout de 45 jours de fonctionnement, on reconnut qu’elle put être nettoyée, sans grattage, par une simple purge; les 42 tubes laissés sales étaient plus propres qu’ils ne l’avaient jamais été, et les 84 autres tubes étaient absolument nets de tout dépôt; environ 8 kilogrammes de tartre en morceaux furent trouvés au fond de la chaudière. Après une autre période de 45 jours de fonctionnement, la chaudière fut trouvée plus propre encore avec 12 kilogrammes seulement de tartre au fond. D’après ces résultats, la chaudière en question, peut être maintenue en service pendant trois fois 45 jours, et, au bout de ce temps, être nettoyée par un simple lavage. La proportion de sucre est, pour des eaux de dureté moyenne, d'environ 10 grammes par cheval-vapeur et par jour, et cette faible proportion, suffisante pour prévenir l’adhérence du tartre, n’est pas assez importante pour produire aucune action corrosive sur le métal. L’acidité du sucre peut, du reste, être neutralisée par l’addition d’une faible quantité de soude ordinaire. Ajoutons enfin que le bon marché actuel du sucre est tel en Angleterre que les fermiers et agriculteurs le mélangent aux aliments de leurs chevaux, ce dont ceux-ci, paraît-il, se trouvent fort bien.
- Sur l’emploi des lampes à pétrole. — En vue
- de diminuer les nombreux accidents auxquels donne lieu l’emploi des lampes à pétrole, le Metropolitan Board of Works, de Londres, a publié les recommandations suivantes relatives à la construction et à l’usage des lampes à pétrole, lesquelles ont été formulées par sir Frédéric Abel et M. Boverton Redwood, après une étude spéciale des accidents dus aux lampes à pétrole.
- 1. La portion de la mèche qui plonge dans le l’éservoir d’huile doit être contenue dans un tube en métal mince ouvert à son extrémité inférieure, ou dans un cylindre fait d’une fine toile métallique, telle que celle des lampes de sûreté des mineurs (28 mailles par pouce).
- 2. Le réservoir métallique doit être en métal plutôt qu’en porcelaine ou en verre.
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- LA NATURE.
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- 5. Le réservoir ne doit pas avoir d’autre ouverture que celle qui est munie d’un écrou vissé.
- 4. Chaque lampe doit avoir un appareil extincteur particulier.
- 5. Chaque lampe doit avoir une hase lourde et large.
- 6. La mèche doit être molle et* de tissu non serré.
- 7. La mèche doit être desséchée devant le feu avant son introduction dans la lampe.
- 8. La mèche doit avoir la longueur justement nécessaire pour qu’elle atteigne le fond du réservoir.
- 9. La mèche doit être assez large pour qu’elle remplisse le porte-mèche, sans y être serrée.
- 10. La mèche doit être imprégnée par l’huile avant d’être allumée.
- 11. Il faut remplir le réservoir d’huile toutes les fois que l’on veut se servir de la lampe.
- 12. La lampe doit être toujours parfaitement propre, l’huile qui la souille parfaitement essuyée; toute mèche charbonnée ou sale sera remplacée avant l’allumage.
- 13. Au moment où l’on allume la lampe, la mèche doit être tout d’abord peu élevée, puis on l’élèvera doucement.
- 14. Les lampes qui n’ont pas un appareil extincteur doivent être éteintes comme il suit : on baisse la mèche jusqu’à ce que la flamme devienne petite, vacillante, puis on souffle vivement en dirigeant le courant d’air sur la partie supérieure de la cheminée et non de haut en bas.
- 15. Les bidons et les bouteilles à huile ne doivent renfermer ni eau ni saleté ; on les ferme exactement.
- Ces recommandations s’appliquent aux lampes à l'huile minérale ordinaire ; elles sont applicables aux lampes à alcool ou à la benzolinel.
- Vitesse des vélocipèdes. — Le 31 octobre 1886, M. Wick, membre et champion du Véloce club Bordelais, a battu sur la route de Périgueux les derniers records de 50 et de 100 kilomètres en tricycle. M. Wick a couru les 50 premiers kilomètres en 1 heure 57'10" et a pu parcourir les 100 kilomètres en 4 heures 50'24" 1/4. Ces résultats ont été constatés par les pointeurs officiels du Véloce club Bordelais échelonnés sur tout le parcours. Parmi eux se trouvait, au départ et à l’arrivée M. Maurice Lanneluc-Sanson, vice-président de l’Union vélocipédique de France. Le détail le plus remarquable de cette expérience a été la vitesse au départ. De l’octroi de Libourne au passage à niveau de Saint-Médard de Guisières il y a exactement 19 kilomètres 100 mètres; cette distance a été franchie en 40'10" ce qui donne une vitesse moyenne de 28 kilomètres 531 mètres à l’heure. M. Wick est un jeune homme de Bordeaux n’ayant pas encore atteint sa vingtième année.
- Incendies de forêts. — L’origine des incendies de forêts qui dévastent de temps en temps les régions du Continent américain vient d’être l’objet d’une nouvelle théorie. D’après celle-ci, il n’est pas impossible que, dans certains cas, l’incendie ne soit occasionné par la résine coulant des troncs de pins et affectant souvent, dans cet état, la forme d’une lentille grossissante; comme à l’état plastique la résine est fréquemment d’une transparence cristalline, il se peut que les rayons solaires, traversant une masse ainsi constituée, soient concentrés sur des branches sèches légères ou sur d’autre résine auxquelles ils ne tardent pas à mettre le feu.
- Une raie électrique (Torpédo marmorata) a été capturée dernièrement à Porthleven dans le comté de
- 1 Pharmaceutical Record et Journal de pharmacie et de chimie«
- Cornouailles. Elle avait 5 pieds et demi de longueur, son poids était de 55 livres. On l’avait liée par la queue et conservée dans un bassin profond du port. Un marin, ayant posé le pied nu sur le dos de l’animal, ressentit une violente commotion. Une sonnette électrique, mise en contact avec l’animal par un fil, résonna d’une façon perceptible, mais pendant très peu de temps. (Humboldl.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 novembre 1886. — Présidence de M. l’amiral
- JlJRIEN DE LA GbAVIÈRE.
- M. Paul Berl. — Après avoir rendu hommage à la mémoire de M. Paul Bert, l’Académie a levé la séance publique et s’est formée en Comité secret : la correspondance a été dépouillée. L’annonce officielle de la perte si cruelle de l’éminent physiologiste a été transmise à l’Académie par M. le président du Conseil qui s’est en même temps excusé de ne pas venir exprimer les sentiments douloureux qu’il éprouve. Mais M. l’amiral Ju-rien de la Gravière, dans le style élégant et correct dont il a le secret, a dit un dernier adieu à son confrère, au nom de la Compagnie. A vrai dire, ce n’a point été un éloge funèbre ordinaire : à la douleur d’avoir perdu une personnalité éclatante, se mêlait l’amertume d’une espèce de reproche à l’auteur même de tout ce chagrin ; à l’homme illustre, victime de son patriotisme, qui, resté fidèle à la science, eût été plus heureux, sans doute, et certainement plus glorieux encore. L’Académie, a ajouté M. le président, s’associe aux regrets de la France entière; elle n’oublie pas qu’en partant pour l’Orient, M. Paul Bert proclamait qu’il considérait son titre de membre de l’Institut comme son apanage le plus précieux.
- Après le président, M. Yulpian, secrétaire perpétuel, a rappelé les principaux titres scientifiques deM. Paul Bert;
- « M. Paul Bert, dit en terminant M. Yulpian, était une des intelligences les plus ouvertes qu’il soit donné de rencontrer. La patrie se rappellera qu’il est mort pour elle et c’est une fin glorieuse entre toutes; —mais pour l’Académie, quel lamentable événement! »
- Qu’on me permette d’ajouter à ce concert l’expression douloureuse de mes regrets personnels à l’adresse du savant maître qui, durant de longues années, m’a donné tant de marques de sa bienveillance et qui, après avoir fait appel à ma collaboration dans la Revue scientifique de la République française, m’avait admis à l’honneur de son amitié.
- Infection bacléridique des arthropodes. — De toutes les pièces de la correspondance qu’il a énumérées très vite, la seule peut-être dont M. le secrétaire ait exposé le sujet, est un mémoire de M. Balbiani. Il s’agit du développement dans l’économie de certains ortlioptes de bactéries provenant de macération de foin et d’œufs, et développant chez ces insectes des maladies mortelles. On sait que chez les animaux supérieurs cette inoculation est impossible ; d’après l’auteur, le succès n’est pas plus grand chez les arthropodes eux-mêmes qui sont riches en liquide sanguin. Il paraît que les globules blancs, à l’aide de leurs mouvements amiboïdes et de leurs appendices ou pseudopores, s’emparent des bacilles et les détruisent.
- Matière pondérable de la, foudre. — A propos de la substance résineuse tombée avec le tonnerre à Luchon le 28 juillet 1885 et que j’ai décrite dans la dernière séance M. Trecul rappelle que le 25 août 1880 il vit tomber d’un nuage orageux des gouttes de matière enflammée. Le
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- LA NATURE.
- savant académicien pense qu’il s’agit dans les deux cas du même phénomène. « Quoique, dans le cas dont il s’agit ici, ajoute-t-il, la chute du corps n’ait pas été accompagnée du bruit du tonnerre, il me semble que le fait que je viens de rapporter peut être rapproché de celui qui fut signalé par l’habitant de Luchon et qu’il est Lien probable que la matière résineuse, si bien étudiée par M. Stanislas Meunier provient, non d’un bolide, mais du tonnerre en boule tombé pendant l’orage, comme l’a cru ledit habitant de Luchon. Je crois que les deux observations se complètent réciproquement. J’ai vu la matière tombée sortir d’un nuage obscur, sans avoir pu la recueillir. A Luchon, M. Gourdon a recueilli les produits de la chute sans avoir par lui-même constaté leur provenance. »
- La faune des grottes de Menton. — Au mois de juillet dernier, le savant paléontologiste que nous avons si souvent l’occasion de citer, M. E. Rivière, a appelé l’attention de l’Académie sur la richesse exceptionnelle des grottes de Menton au point de vue des restes d’animaux qu’elles renfermaient, notamment des coquilla • ges dont il n’a pas recueilli moins de 40 mille appartenant à 171 espèces différentes.
- Aujourd’hui sa communication est relative à la faune des oiseaux, dont il a trouvé les ossements en.quantité considérable aussi dans les mêmes grottes. Cette faune non moins intéressante,est des plus variées également et sous ce rapport on peut dire que les grottes de Menton sont à peu près uniques. En effet, cette faune comprend 42 espèces dont 14 rentrent dans le groupe des oiseaux de proie ; les autres ont servi pour la plupart à l’alimentation des hommes primitifs; ce sont, parmi les Gallinacés, des pigeons ramiers, des tourterelles, des coqs de bruyère, des perdrix, des cailles; parmi les Echassiers, des bécasses, des râles d’eau, des râles de genêt; parmi les Palmipèdes, des canards sauvages, des pilets, des sou-chets, etc.
- Tous ces oiseaux appartiennent, à l’exception du cho-card des cavernes qui est une espèce éteinte, à des espèces qui vivent encore actuellement. Mais, pour le plus grand nombre, la distribution géographique n’est plus la même aujourd’hui qu’aux temps quaternaires. Beaucoup d’entre eux ont émigré de la contrée des grottes de Menton vers d’autres régions, par suite des modifications climatériques, par suite aussi du déboisement des montagnes environnantes et de la chasse de l’homme.
- M. Rivière signale enfin comme un fait des plus curieux la rareté extrême de la caille dans les grottes de
- Menton à l’époque quaternaire, tandis qu’aujourd’hui on la trouve en abondance au printemps à son retour d’Afrique, à l’automne au moment de quitter les côtes de France.
- Varia. — L’écoulement des gaz qui pénètrent dans un récipient limité, occupe M. Hugoniot. — Un cas de platyr-rhinisme chez des singes africains est signalé par M. de Rochebrune, aide-naturaliste au Muséum. — M. Leduc examine les variations du champ magnétique produit par un électro-aimant. Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- PERFORATIONS NATURELLES DES NOISETTES
- Quand on considère une noisette à sa partie antérieure, on distingue nettement à l’œil nu ou à la loupe, des inégalités qui se trouvent à sa surface, et
- qui offrent l’aspect de petites cavités. Non seulement ce sont en effet des cavités, mais elles correspondent en outre à une petite excavation qui tr a-verse la noisette de part en part à la façon d’un tunnel microscopique. Si vous grattez légèrement la cavité superficielle au moyen de la pointe d’un canif, vous dégagez l’entrée du pclit tunnel, et il devient facile d’y engager par sa racine un cheveu que l’on arrive à faire sortir de l’autre côté de la noisette.
- Traverser une noisette avec un cheveu, et la traverser même de part en part avec plusieurs cheveux, est un problème que nous aurions considéré comme chimérique si nous ne l’avions vu exécuter sous nos yeux par des mains habiles. Avec de la patience et de la dextérité, on peut, avec de longs cheveux féminins et des noisettes, faire des colliers analogues à ceux dont notre figure donne l’aspect.
- Cette singulière confection de colliers, démontre que les noisettes sont traversées par une grande qnantité de perforations naturelles ; nous ne savons pas si le fait est connu des botanistes, il peut toutefois être mis à profit par les amateurs d’exercice d’adresse manuelle.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus à Paris.
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- LA NATLUE
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- . — 27 AOVE MME
- 1880.
- LE PONT MÉTALLIQUE EN ACIER
- DE MOKA S NE S
- La route de Moranncs à Laval traversait autrefois la Sarthe, à la sortie du bourg de Morannes, par un pont suspendu à une voie. Quoiqu'il n’eût qu’une portée de 50 mètres, son mode de construction le rendait d’une flexibilité excessive, qui était une cause de crainte pour les populations. Le développement du trafic de la gare du chemin de fer, sur la ligne de Paris à Angers, par le Mans, rendit sa restauration urgente.
- Une étude, faite avec le concours de M. Arnodin,
- spécialiste bien connu, avait montré que la dépense de la restauration coûterait 25 500 francs ; en y ajoutant le capital représenté par l’entretien et le gardiennage, le capital immobilisé par ces travaux serait de 64500 francs.
- M. Alard, ingénieur en chef a Angers, frappé des avantages de l’acier dans les constructions maritimes, et, en général, dans toutes les constructions métalliques, concerta, avec d’autres ingénieurs et avec M. Eiffel, un projet de tablier métallique en acier qui fut soumis au Conseil général du département et approuvé par lui. La dépense n’était plus que de 54 000 francs, dont 44000 pour le tablier métallique à forfait, et 10000 pour les travaux de maçonnerie.
- Pont métallique en acier, construit sur la Sarthe, à Morannes. (D’après une photographie/
- L’intérêt du pont de Morannes résulte de ce qu’il est en acier fondu, et qu’il est le premier ouvrage important, en acier, exécuté sur les routes de France.
- Le pont a une portée de 50 mètres d’ouverture libre entre les culées. La largeur du tablier est de 4m,35 entre les axes des poutres ; elle comprend une chaussée de 2m,35 et deux trottoirs de 0m,75 chacun. Toutes les pièces du tablier, sauf les tôles de la chaussée et du trottoir, sont en acier.
- La charge permanente par mètre courant de pont est formée de 2300 kilogrammes (métal 1500 kilogrammes, chaussée 800 kilogrammes). La surcharge fixe a été portéek 300 kilogrammes par mètre carré de tablier; la surcharge roulante est celle d’un char a un essieu pesant 8000 kilogrammes. iie année. — 2e semestre.
- L’opération du lancement, dirigée par M. Compagnon, monteur delà maison Eiffel, ne présenta aucun incident. Les épreuves définitives donnèrent des résultats très satisfaisants, et le pont fut livré k la circulation dans le courant de cette année1.
- Nous avons cru devoir signaler le pont métallique en acier de Morannes k l’attention du public, car il est une nouvelle preuve de la révolution qui est en train de s’accomplir dans l’industrie du fer. L’acier présente de tels avantages sur le fer, que l’emploi de ce dernier métal se restreindra de jour en jour. Nous avons été pendant longtemps dans l’âge du fer;
- 1 Les renseignements qui précèdent sont extraits d’un Mémoire de MM. les ingénieurs Alard et Vidal, sous la direction desquels le pont a été construit.
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- LA NATURE.
- l’âge de l'acier commence dès aujourd’hui. Deux nouveaux ponts sont sur le point d’ètre construits sur la Loire entre Angers et Nantes ; espérons que ce sera une nouvelle victoire de l’acier sur la pierre et le 1er. A. Bleü.nard.
- LE TREMBLEMENT DE TERRE
- I)E C1IARLESTOX1
- Le journal américain Science vient de publier de nouveaux détails sur cet événement géologique ; nous empruntons quelques-uns de ces intéressants documents à notre confrère des Etats-Unis.
- Toutes les circonstances de la catastrophe s’cxpli-
- t’in- 1 • — Cheminée ayant tourné de gauche à droite ; déplacement vers le Sud.
- quent de la façon la plus nette, si on admet, comme M. Robert Mallet l’a démontré dans ses innombrables publications sur les tremblements de terre, que tous ces phénomènes sont commandés par la loi réglant la transmission des chocs dans les corps imparfaitement élastiques.
- Les murailles les moins lézardées à Charleston ont presque toutes la direction est-ouest, donc les impulsions avaient une direction voisine, et c’est suivant la direction perpendiculaire que les grands dégâts se sont produits. Ceci explique pourquoi les cheminées ont été abattues pour la plupart dans la ligne nord-sud (fig. 1). Leur projection provient de ce que le point d’appui leur a manqué, elle est le fait de l’action de la pesanteur et non de l’impulsion directe. On le voit très bien dans quelque cas, où les briques ont été dispersées dans tous les sens.
- 1 Voy. n° C05, du 25 septembre 1880, p. 250.
- Comme les impulsions étaient souterraines, obliques par rapport à l’horizon, et quelles ne coïncidaient pas avec le centre de gravité des masses détachées des édifices, on constate toujours que les
- Charpente de toit ayant tourné de droite à gauche; déplacement vers le Nord.
- déplacements des objets encore debout ont tous déterminé des rotations les unes dextrorsum et les au très sinistrorsu m, mais ayant toutes une certaine liaison. Ainsi les déplacements vers le nord du toit de la figure 2 et de l’obélisque de la figure 3 sont accompagnés d’une rotation sinistrorsum, tandis que le déplacement vers le sud de la cheminée du n° 1 est joint à une rotation dextrorsum.
- Si l’on prenait la peine de procéder à une étude approfondie de toutes les circonstances des éboule-ments, on arriverait aux conséquences les plus curieuses et les plus instructives.
- Ce qu’il y a de ras- FiS- 3. -- Obélisque ayant tourné . , , , de droite à gauche ; déplacement
- surant, c est que les vers je
- dégâts aux maisons
- elles-mêmes ont été peu de chose, les édifices en bois léger non surchargés de plâtras, de pignons, de tourelles, sont peu exposés à des dégâts sérieux, même en subissant des commotions si violentes, que les meubles ont eu à en souffrir.
- On a entendu des bruits souterrains dont la plu-
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- LA N AT U UE.
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- pari ressemblaient à des coups de canon. Les anciens habitants ne pouvaient s’empêcher de songer aux détonations du bombardement quand jadis, pendant la terrible guerre de Sécession, les batteries étaient à 2 ou 5 kilomètres de la ville. Ces bruits étaient trois ou quatre fois plus fréquents que les secousses, mais il est impossible de dire de quelle direction ils arrivaient ; les avis sont absolument , contradictoires, personne ne tombe d’accord à ce sujet. 11 est probable qu’ils sortaient du sol, et dans la direction de Summcrville, centre de la catastrophe.
- Nous joignons à nos trois premiers dessins une esquisse d’un des cratères qui se sont ouverts dans les environs de Charleston (lig. 4), comme nous l’avons rapporté, mais qui au lieu de donner naissance à une émission de matières ignées, incandescentes, ont vomi des torrents d’eau noirâtre infecte et bouillante.
- Il est sorti de chacun de ces singuliers orifices une quantité de liquide suffisante pour inonder des
- Fig. i. — Petit cratère formé à Ten-Mile-11 i 11.
- centaines d’hectares, k une hauteur de plus de 50 centimètres. Chacun de ces torrents a entraîné des centaines de tonnes de sable, qui s’est déposé en couches concentriques, affouillées par une multitude de petits canaux que l’eau creusait en se précipitant dans les creux où elle s’est amassée et a formé des sortes de marécages. Le fait de la formation de ces cratères et de l’abondance de leurs déjections, est assurément l’un des plus curieux dont on doive faire mention au sujet du tremblement de terre américain.
- L’odeur infecte que les gaz sulfurés émettaient et le bruit des jets dont la hauteur dépassait celle des plus grands arbres, ajoutaient aux terreurs des habitants dans ces jours d’épouvante. Elle est un nouvel indice de la nature de cette commotion violente et de la décomposition de l’eau par des matières oxydables inondées brusquement par suite de quelque effondrement lointain. Au moins pendant une assez longue période les habitants de Charleston peuvent dormir en repos. Malgré les prédictions sinistres, il n’est pas probable, d’après les géologues américains, que d’ici k quelque temps, la catastrophe se renouvelle. Les cavernes, noyées par les eaux, ne sont plus évidemment k envahir.
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- LES EAUX AMMONIACALES
- EMPLOYÉES COMME EXTINCTEUR D’iNCENDIES
- Dans la nuit du 13 août 1886, un incendie éclatait dans la petite ville de Lcwes, près de Brighton, en Angle- . terre, et attaquait grièvement un bloc de bâtiments mesurant 73 mètres sur 28. Par ordre du directeur de l’usine à gaz de la localité, M. Hammond, une quantité d’environ 10U0 à 1200 litres d’eau ammoniacale fut mélangée avec l’eau de la pompe municipale à incendie et projetée sur la masse brûlante. L’odeur produite était horrible, mais le résultat fut magique, l'incendie se trouvant maîtrisé comme par enchantement.
- Un mémoire scientifique très intéressant vient d’être publié sur ce sujet par M. Humphrys. — M. Watson Smith signalait, il y a déjà quelques années, dans le Chemical Neivs, l’importance de cet agent comme extincteur, remarquant que beaucoup de distillateurs de goudron ignoraient qu’en cas d’incendie de leur établissement, ils avaient le remède sous la main. L’honorable chimiste rend ainsi compte de la façon dont il a constaté le fait :
- « Dans une importante usine à goudron, une quantité de brai coulant de la chambre de distillation à la chambre du brai dans laquelle le produit reste quelques heures pour donner aux vapeurs pernicieuses le temps de se condenser, une flamme vint accidentellement en contact avec ces vapeurs et occasionna une explosion. La toiture fut enlevée et en un instant la masse entière de liquide ne fut plus qu’un immense foyer de flammes. Les grandes quantités d’eau employées pour combattre ce sinistre ne produisirent aucun effet et, à la fin, l’eau vint à manquer. En désespoir de cause, et comme dernière ressource, les pompes employées à l’élévation des liqueurs ammoniacales des puits de réserve, furent mises en jeu et un jet de la liqueur fut dirigé sur le goudron brûlant avec une activité considérable. Le résultat fut surprenant, comme magique, et le feu promptement étouffé. »
- M. Watson Smith est tellement convaincu de l’efficacité de l’eau ammoniacale comme extincteur d’incendies qu’il recommande aux distillateurs de goudron traitant aussi les liqueurs ammoniacales, de faire en sorte, soit au moyen d’une canalisation reliée aux pompes à liquides, soit au moyen de réservoirs élevés et de canalisations, que l’on puisse distribuer le liquide sous pression en un point quelconque des bâtiments de l’usine. Il recommande également aux usines n’ayant pas l’usage de l’eau ammoniacale d’en acquérir une certaine quantité, 4 à 5000 litres, par exemple, spécialement pour cet usage, ajoutant que si l’action de la liqueur est efficace avec une substance aussi réfractaire que du goudron brûlant en plein air, il est facile de s’imaginer ce qu’elle sera, lorsqu’on la projettera dans une chambre ou tout autre espace renfermé analogue. Les magasins à pétrole pourraient également être protégés de la sorte. Ce n’est pas à dire quela liqueur ammoniacale doive être employée indistinctement dans tous les incendies; dans le cas de maisons d’habitation, par exemple, où les pompiers peuvent avoir à effectuer des sauvetages de personnes ou de propriétés, l’usage de la liqueur créerait un nouveaurisque en produisant une atmosphère suffocante, un litre de liqueur ammoniacale à la concentration ordinaire (environ 3° Baumé) produisant 37',50 d’ammoniaque, fi‘,25 d’hydrogène sulfuré et 22 litres d’acide carbonique. Les circonstances où elle peut être employée n’en restent pas moins nombreuses et importantes. J.-A. B.
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- LA NATURE.
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- EXPÉRIENCES D’AVIATION
- SUR LE VOL PLANÉ1
- J'ai cherché d’abord dans quelle mesure l’homme pouvait, avec des ailes, se soulever dans l’air calme par ses seules forces. J’ai construit pour cela, avec de la toile, des bambous et des bâtons, des ailes de 12 mètres d’envergure dont la forme était dessinée d’après les indications qu’offrent les belles études de M. Marcy sur le vol des oiseaux. Attaché par des bretelles à une tige de bois qui me reliait à l’axe de l’appareil, je pouvais, par la détente de mes jambes, déployant à mon aise toute ma force, abaisser ces ailes par l’intermédiaire de bras de bois doublés de cordes; le même mouvement était communiqué à
- l’axe pour faire obliquer le plan de l’aile pendant son relèvement. Les toiles des ailes étaient formées de hunes de 12 centimètres de large, qui s’ouvraient comme les plumes de l’oiseau, comme des lames de persiennes, pendant la remontée de l’aile. Ces lames étaient retenues en dessus par un réseau et par un recouvrement de 2 centimètres de l’une a l’autre, et en dessous par des liens qui en limitaient l’abaissement.
- Une série d’expériences a été faite de 1873 à 1881. Pour étudier en toute sécurité, j’avais relié l’appareil par une corde de sûreté à un câble tendu entre deux mâtures élevées, au-dessus d’une prairie, en face de la mer, à Mont-Redon, sur la Méditerranée.
- Avec ces ailes mobiles bien équilibrées, fonctionnant
- sans effort, suspendues à une corde de retenue, j'ai constaté que l’homme ne pouvait produire qu’un battement d’ailes relativement lent, très insuffisant pour le soulever. Avec le moindre vent, l’appareil s’enlevait facilement, et avec un vent de 10 mètres à la seconde il atteignait la hauteur de son point d’attache, à 18 mètres au-dessus du sol (fig. 1). En s’appuyant sur un sol ferme, l’homme saute, s’enlève ; mais, si le point d’appui est mou et sans ressort, le saut devient difficile; l’air immobile et libre est un appui sans ressort qui se dérobe.
- J’ai cherché à mettre à profit l’expérience que je viens de décrire, en m’appuyant sur la seule force
- 1 M. (le Sanclerval a récemment présenté à l'Académie des sciences une note intéressante sur le vol plané et sur les expériences qu'il a exécutées à ce sujet ; nous publions ici les renseignements qu’a bien voulu nous communiquer le savant aviateur. G. T.
- du vent. Pour cela j’ai transformé l’appareil précédent en un plan rigide â toiles pleines et je l’ai fait fonctionner dans le vent, suspendu de même à un câble de sûreté.
- J’ai opéré cette fois dans les collines du voisinage, mon câble ayant été tendu au-dessus d’une gorge profonde de 150 mètres, large de 400 mètres environ. Deux sommets élevés m’assuraient de solides points d’attache (fig. 2).
- Des cordages me permettaient de faire varier la position du centre de gravité de l’appareil et par suite l’inclinaison du plan, et j’oscillais à mon gré dans un courant d’air de 8 à 10 mètres de vitesse, tandis que le câble restait flottant. La figure 2 montre dans le haut mon appareil ainsi soulevé par le vent. C’était sur place et dans l’air en mouvement l’expérience d’un plan convenablement lesté, abandonné en chute libre dans l’air calme, avec cet
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- avantage que je disposais de l’inclinaison et de l’orientation de l'appareil.
- ‘ On peut faire d’utiles observations sur ce mouvement avec un simple rond de carton mince (fig. 5) de 25 centimètres de diamètre portant trois bâtonnets, deux vers l’avant et un plus long au centre, retenus en dessus chacun par une épingle ou un fil et réunis en dessous en un point où l’on attache pour lest avec un bracelet de caoutchouc un ou plusieurs sous.
- Le bâton du centre étant plus ou moins incliné place le lest plus ou moins en avant, et permet ainsi, lorsque l’appareil est abandonné en chute libre, de retarder le moment où ce plan, dont la course tend à devenir horizontale, se relève au vent et lait de la ressource au bout de laquelle il retombe en arrière.
- Ainsi l’homme trouve un appui résistant et se soutient sur un courant d’air perpendiculaire à la direction de la pesanteur ; il pourrait peut-être voler en partant de cet équilibre dynamique. On observe que les oiseaux peuvent s’élever dans l’espace, sans battre des ailes, en décrivant à grande vitesse, les ailes étendues, une large k hélice d’un pas très court. J’ai voulu placer l’homme dans ces conditions de vitesse presque horizontale et pour cela j’ai suspendu le plan indiqué ci-dessus au câble tendu entre les deux collines et j’ai pu, après quelques balancements, me lancer dans un mouvement circulaire où j’ai eu la sensation d’un allégement notable. L’expérience est figurée à la partie inférieure de notre deuxième gravure (fig. 2). Il m’aurait suffi alors du moindre effort pour me soulever sur l’air, m’ap-
- puyant sur un nombre de molécules (prises sur la ligne horizontale, au lieu de l’être sur la ligne verticale, comme cela a lieu dans la chute verticale), d’autant plus grand dans un même temps que la vitesse horizontale était plus grande; mais le cercle
- dont je disposais était relativement trop étroit pour que mon appareil de quelques mètres de diamètre pût se mouvoir à l’aise et régulièrement; on pourrait, dans les montagnes, établir un câble de quelques centaines de mètres de longueur au-dessus d’une vallée profonde et suspendu à son extrémité, obtenir le vol indépendant par la combinaison du vol plané et d’un effort normal de l’homme. En attendant l’invention d’un moteur léger, je crois que la solution est là.
- [Il peut être intéressant de signaler le résultat suivant donné par le même plan rigide lancé avec vitesse dans l’air calme :
- L’appareil était attaché de près à deux larges poulies à gorge creuse, placées l’une derrière l’autre sur le câble, et formant un chariot bien roulant. Ainsi suspendu et lesté d’un poids de 80 kilogrammes, l’appareil, en station au milieu du câble, produisait une flèche de plusieurs mètres, facile à mesurer par sa projection sur la montagne en face; ramené au bout le plus élevé du câble, et abandonné là à l’action de son poids, il s’élançait le long du câble en pente avec une vitesse qui croissait rapidement. Il était intéressant alors de constater que la flèche produite au moment où l’appareil passait au milieu du câble, était presque nulle, et proportionnée à la vitesse que j’obtenais plus ou moins grande, en faisant varier la
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- hauteur du point de départ . J’ai maintes fois détaché l’appareil pendant ce mouvement, pour étudier sa course en chute libre. Chaque fois, le moindre déplacement de son centre de gravité venant à se produire, il s’inclinait brusquement et venait se briser à terre, mais non sans avoir dessiné dans l’espace quelque intéressante oscillation. ! De Sanuerval.
- PONTS PROVISOIRES1
- En campagne, dans les pays d’Europe, on a toujours sous la main des rails, des traverses de chemins de fer et des fils télégraphiques. C’est au moyen de ces trois choses
- Fig. 1, 2, ô. — Mode de construction d’un pont provisoire.
- que j’ai entrepris de construire un pont simple, solide et d’une grande rapidité de pose.
- Je ferai remarquer que les rails en fer ne sont point indispensables et qu’avec des pièces de bois de dimensions convenables, on arriverait au même résultat.
- Soit à traverser une rivière ; nous possédons les matériaux ci-dessus nommés.
- On voit aisément, par les figures ci-dessus, comment le pont est fait, les rails RR étant solidaires deux par deux, l’écartement DC ne peut s’augmenter beaucoup; en
- 1 Voy. le n° 097, du 9 octobre 1880, p. 294.
- tous cas, des traverses de butée EE, et deux câbles mm, mm sont là pour assurer cette distance. (Les câbles peuvent se faire très gros si l’on veut et facilement avec des fils de fer; je veux rappeler qu’on peut les faire surplace sans autre outil qu’un bâton et deux piquets d’une façon assez courante pour un cas pressé.)
- L’écartement transversal de R à R est maintenu par des traverses placées entre F, F, et tenues serrées contre les rails par d’autres câbles que l’on peut tendre facilement. De même, au-dessus de r, r, sont d’autres traverses qui leur sont liées par des fils de fer K, K, et que le câble S tient serrées contre R, R. Des haubans TTTT donnent de l’assise au toit.
- On remarquera que ces dispositions peuvent être augmentées ou réduites, prises en d’culres points ; je ne présente que le principe.
- Les rails ont 7 mètres environ ; si j’admets 1 mètre de flèche et 1 mètre perdu à chaque extrémité des rails, nous avons :
- Demi-portée x — Ac = y/go — 1 = \J24 = 4m,8 Portée DC = 9m,G0.
- Or, celte longueur semble trop forte pour quelque chose de stable. On peut neanmoins considérer 5 mètres (franchis par le colonel Pressouvski) comme pouvant être passés commodément. Pour de grosses charges, il n’y a qu’à doubler et même tripler chaque côté R, R, de la façon suivante, et puisque nous ne nous servons pas, avons-nous dit, de 9m,G0, employer l’artifice suivant pour donner encore plus de stabilité :
- Comme on est censé disposer de fil de fer en quantité, inutile de dire que l’on peut rendre réellement solide le système. Un mot sur la simplicité de la pose. AA sont deux chèvres sommaires qui servent à amener en regard les deux systèmes RR qui s’emmanchent immédiatement l’un dans l’autre d’un seul trait. La traverse r, r, a été fixée et sert à relier, à poser et à supporter R, R. Au lieu d’être en bois, r, r peuvent être des morceaux de rails. La forge sert à courber RR au bout et comme cela est indiqué sur la figure 5 à la partie inférieure de notre croquis. E. I)., ingénieur.
- YOYAGE A TRAYERS L’AFRIQUE
- PAR LE LIEUTENANT SUÉDOIS GLEERUP
- Un voyageur suédois, le lieutenant Gleerup, est arrivé il y a peu de temps à Zanzibar, venant du Congo, après avoir traversé l’Afrique dans la région des lacs. C’est un jeune homme de vingt-six ans, grand, fort, au front développé, au regard doux, tranquille, à l’air modeste, et semblant en aussi bonne santé que s’il arrivait directement de Stockholm ou de Christiania.
- Le lieutenant Gleerup était venu en Afrique comme membre de l’Association belge du Congo et avait été attaché à la station de Stanley-falls, dirigée par son compatriote M. AVestor, dont il loue hautement le dévouement intelligent à l’œuvre civilisatrice qu’il y dirige au milieu de grandes difficultés. »
- Après avoir fait la route de Yivi à Stanley-falls avec quelques hommes seulement et un mince bagage, le lieutenant Gleerup resta près de deux ans dans ces régions et s’y lia d’amitié avec le fameux prince indigène Tipo-Tipo, qui a imposé son autorité aux vastes régions comprises entre la septième cataracte du Congo et les rives occidentales du Tanganika.
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- Tipo-Tipo a établi sa résidence générale dans une île du fleuve, située à environ deux heures en ainont de Stanley-falls. Il règne en maître sur ces pays- et la crainte qu’il inspire est telle, dit le lieutenant Gleerup, que tous les villages riverains du haut Congo et signalés par Stanley, depuis Kigomho jusqu’à Libarika, ont été abandonnés par leurs habitants qui se sont enfuis dans les forêts. Cependant Tipo-Tipo n’est pas aussi terrible pour tout le monde ; le lieutenant Gleerup avait su capter ses bonnes grâces et s’en faire un ami dévoué.
- Un jour, le Suédois dit à son ami le souverain noir, qu’il désirait rentrer en Europe, mais en passant par les lacs et Zanzibar. Une difficulté insurmontable se présentait pourtant : le lieutenant Gleerup ne disposait d’aucune ressource personnelle pour accomplir un voyage aussi long, et réputé si dispendieux. Tipo-Tipo, avec une générosité toute royale et dont le lieutenant Gleerup a conservé une profonde reconnaissance, trancha la difficulté. Il lui donna des pirogues et des hommes pour lui faire remonter le Congo de Stanley-falls à Moangoué où réside son fds, avec le titre et les attributions de vice-sulfan, lui remit une lettre pour ce dernier, avec ordre de fournir au vovageur une caravane qui de Moangoué le conduirait à Zanzibar par le lac Tanganika, Tabora et Mpoua-poua. Le fils de Tipo-Tipo devait en outre fournir au lieutenant Gleerup les marchandises indispensables à son existence et à celle de la caravane pendant toute la durée du voyage, et il alla même jusqu’à lui donner deux défenses d’éléphant, dont la valeur, à Zanzibar, devait lui fournir les ressources nécessaires à son rapatriement.
- Ainsi approvisionné par Tipo-Tipo, le lieutenant Gleerup part et remonte le fleuve en pirogues, de Stanley-falls à Moangoué où il arrive, après un mois et demi. A ce dernier point, le vice-sultan lui organise une caravane d’une vingtaine d’hommes et le dirige sur le lac Tanganika, que le voyageur traverse en deux jours et une nuit, sur un petit bateau appartenant aux missionnaires anglais. Du Tanganika à Zanzibar, la route est frayée ; il rencontre de nombreuses caravanes arabes auxquelles il se joint, et, à part quelques ennuis que lui causent les habitants d’Ougogo, pour le payement du Jiongo (droit de passage), il arrive sans encombre à Zanzibar, six mois après son départ de Stanley-falls.
- I)e Stanley-falls au Tanganika le voyageur suédois a suivi, a très peu de chose près, la route tracée par Stanley, le premier explorateur de ces régions. Du Tanganika à Zanzibar, il a pris la route des grandes caravanes.
- D’après le lieutenant Gleerup, de Sfanley-pool à Moangoué le pays disparaît sous d’épaisses forêts ; de Moangoué au Tanganika, s’étend une région couverte de très hautes herbes rendant la marche très pénible.
- Quant aux populations, elles seraient cannibales depuis Mangolai jusqu’aux environs du pays d’Ouméné; de là au Tanganika sont établis des peuples cultivateurs.
- Si le voyage que le lieutenant Gleerup vient d’exécuter à travers l’Afrique, en allant de l’ouest à l’est, n’enrichit pas la géographie de connaissances nouvelles et ne contribue pas à résoudre quelques-uns des problèmes dont l’Afrique centrale cache jalousement la solution, il présente un intérêt capital, par les conditions extraordinaires dans lesquelles il s’est accompli et la rapidité avec laquelle il a été effectué1.
- 1 Rapport de M. Raffray, consul de France à Zanzibar, communiqué à la Société de géographie par M. le Ministre des affaires étrangères.
- LES INONDATIONS DU RHONE
- EN OCTOBRE ET NOVEMBRE 1S86
- La fin (lu mois d’octobre et le commencement de novembre ont été signalés par des pluies torrentielles qui ont eu lieu dans une grande partie du bassin du Rhône ; il en est résulté de désastreuses inondations au sujet desquelles nous allons donner à nos lecteurs des renseignements très précis.
- M. l’ingénieur des ponts et chaussées, de Thélin, chargé du service spécial du Rhône, a eu l’obligeance de nous adresser, sur notre demande, la note suivante relative à ces dernières crues du Rhône.
- La première crue a commencé le 18 octobre ; le Rhône, marquant à cette date 2m,00 au rhônomètre du pont suspendu d’Avignon, a atteint la cote maximum de 5m,78 le Ii'1 à midi, est redescendu à la cote de 2m,70 le 25 à 7 heures du matin pour remonter d’une manière continue à la cote maximum de 6“,41 qu’il a atteinte le 27 à minuit; le niveau des eaux a de nouveau baissé jusqu’au 7 novembre, date à laquelle le rhônomètre marquait 1 “,75 à 7 heures du matin.
- C’est de ce moment que l’on peut compter le commencement de la seconde crue qui comme la première a eu deux périodes. Dans la première, le Rhône s’est élevé à la cote maximum de 5m,25 qu’il a atteinte le fl novembre à 6 heures du soir, il est redescendu à la cote de 4m,87 le 10 à 8 heures du malin pour remonter le 11 à minuit à la cote maximum de 6m,55.
- Les eaux n’ont cessé depuis lors de baisser lentement ; elles sont aujourd’hui 20 novembre, à 4 heures du soir, à la cote de 3m,20.
- La première période de la première crue doit être attribuée surtout aux eaux de l’Ardèche et la deuxième à celles des affluents de la rive gauche en aval de la Drôme inclusivement.
- La première période de la deuxième- crue a été amenée encore par ces derniers affluents auxquels était venue se joindre l’Isère, enfin pendant la dernière période, l’apport principal a été fourni par tous les affluents de rive gauche y compris le haut Rhône et l’Ain ; l’Ardèche et la Saône n’ont eu qu’une faible crue.
- Quant aux phénomènes météorologiques qui ont amené ces diverses variations de l’état du Rhône vous trouverez ci-contre à leur sujet une note qui m’a été remise à votre intention par M. le secrétaire de la Commission météorologique de Vaucluse.
- Voici la note en question de M. Giraud, secrétaire de la Commission météorologique de Vaucluse. Nous la reproduisons in extenso :
- Les grandes pluies qui ont amené le débordement du Rhône et de ses affluents, et qui ont occasionné tant de ravages dans le sud-est de la France les 27, 28 et 29 octobre dernier, sont dues à une dépression qui, abordant les côtes ouest de l’Irlande le vendredi 22, au lieu de suivre sa trajectoire ordinaire du sud-ouest au nord-est. s’est dirigée très lentement vers le sud-sud-est et s’est portée sur les côtes ouest de la France, vers le golfe de Gascogne, où elle a persisté les 23, 24 et 25; elle s’est élargie le 26 et le 27 ; elle s’est concentrée sur le golfe du Lion le 28 et a disparu vers le sud-est le 29.
- Les quantités de pluie recueillies à Avignon et à l’ob-
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- servatoire du mont Ventoux, du 20 au 28 octobre dernier se répartissent de la manière suivante :
- Dates. 1 Station d’Avignon. Station du Mont-Yentoux.
- 20 octobre , 3mm,l 56mra,5
- 21 — 25œm,5 17mm,l
- 22 — » »
- 23 — » »
- 24 — 0mm,9 15mm,8
- 25 — 55mm,6 lOmŒ,8
- 26 — 105mm,)) »
- 27 — ^ ram 2 162””,8
- 28 — 27mm,5 10mm,9
- Totaux 224mm,8 273mm,9
- La seconde inondation, celle des 11, 12, 13 et 14 novembre courant, a été amenée par les mêmes causes. En effet, les fortes pluies qui ont fait de nouveau
- déborder tous nos cours d’eau, ont été occasionnées par une dépression qui a abordé l’entrée de la Manche le mardi 9 novembre, et qui, au lieu de se diriger vers le nord-est, s’est portée vers la Gascogne où elle est restée jusqu’au 11 dans la soirée.
- Les quantités de pluie recueillies au pluviomètre de l’école normale d’Avignon, du 2, à 3 heures du soir, au 13 après midi, se répartissent de la manière suivante :
- Dates. Millimètres d’eau. Dates. Millimètres d'eau.
- 3 novembre, 4 — 28 mm,)) 1mm, » Report 79ram,2 9 novembre, 2“m,((
- 5 — 10mra,4 10 - 7-,4
- 6 — » 11 mm Q)
- 7 — 6mm,4 12 — «
- 8 - 33““, 4 13 — gmm ,J
- A reporter 79mm,2 Total 94”m,9
- Fig. 1. — Vue d’ensemble d’Avignon et des plaines avoisinantes inondées, 27 octobre 1886. (D’après une photographie.)
- La seconde crue a été beaucoup plus forte que la première, et cependant il est tombé beaucoup moins d’eau h Avignon ; mais les pluies ont été plus générales et beaucoup plus abondantes dans la partie supérieure du bassin du Rhône ; et, d’autre part, les terres étaient saturées et rejetaient toute l’eau qui tombait.
- M. Lucien Marc, directeur du journal Y Illustration, a fait exécuter sur place un certain nombre de photographies des régions inondées : il a bien voulu communiquer à La Nature quelques-uns de ces intéressants documents; nous les reproduisons ci-contre en fac-similé, non sans adresser nos remerciements sincères à notre excellent confrère.
- La figure 1 montre l’aspect d’Avignon à la fin du mois d’octobre dernier, les campagnes sont ravagées par les eaux du Rhône qu’elles recouvrent en presque totalité. La figure 2 donne la physionomie
- de la rue Joseph-Vernet, à Avignon; la figure 5 montre enfin l’usine Lenhardt à Bédarrides, petite ville située à 14 kilomètres environ au nord d’Avignon ; l’usine s’est en partie effrondée au milieu des eaux qui l’ont subitement envahie le 25 octobre.
- On jugera de l’étendue des désastres par quelques dépêches envoyées des localités inondées :
- Avignon, 27 octobre.
- On signale beaucoup d’accidents et de nombreux dégâts matériels, beux maisons se sont écroulées près de Bédarrides. La Durance a emporté la voie du chemin de fer, sur la ligne de Cavaillon à Pertuis. Une partie de la ville est dans l’eau, et toute la campagne est submergée.
- Toulon, 27 octobre.
- De mémoire d’homme, on n’avait vu à Toulon pareil déluge que celui de l’avant-dernière nuit et hier soir.
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- Fig-. 2. — Rue Joseph-Yernet, à Avignon, pendant l’inondation, le 37 octobre 1886.
- Fig. 5, — Vue de l’usine Lenhardt, à Bédarrides, le 27 octobre 1886. — Inondations du Rhône et de ses aflluents dans le Midi.
- (D’après des photographies.)
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- Les rues se sont converties en torrents, inondant les magasins et les caves.
- Marseille, 27 octobre.
- L’orage des 25 et 26 a causé de grands dégâts. Aucun point de la région n’a été épargné. A Marseille, le Jarret a débordé sur plusieurs points et envahi les propriétés riveraines. L’IIuveaune a déversé dans la mer tant d’eau pluvieuse que la teinte jaunâtre et terreuse s’étendait depuis la plage du Prado jusqu’au delà de l’île des Pendus et du château d’If, en poussant une pointe de 5 kilomètres environ en pleine mer.
- A Àix, Chateaurenard, Tarascon, la pluie a fait ravage. Du côté du Var, à Andiol, Roquevaire, Saint-Zacharie, les dégâts ont été importants.
- Montclimar, 9 novembre.
- A la suite des pluies persistantes, les torrents du Rou-bion et du Jahron sont sortis de leur lit, dévastant tout sur leur passage et jusqu’aux ponts leur faisant obstacle.
- Les bestiaux ont été emportés et les récoltes en terre perdues. Dans une maison riveraine, les habitants ont dû passer la nuit sur le toit en attendant des secours. Dans les environs de Puygiron, l’eau a noyé, dans une seule étable, une centaine de moutons. La désolation est extrême. La ligne du chemin de fer, entre Crest et Die, a été coupée près de la station de Saillant. Les voyageurs ont dû coucher dans cette localité. A Valence, la rivière la Veoure a inondé le village de Reaumont. La route est couverte d’un mètre d’eau. La commune de la Vache et la gare de l’Etoile sont sous l’eau. Les dégâts sont immenses partout. Le Drac a rompu ses digues sur une longueur de 200 mètres et a inondé la plaine deMoirans sur une étendue de 7 kilomètres. Les habitants de plus de quarante fermes ont dù quitter ces lieux désolés. La moitié du pont d’Asse a été emportée avec une partie de la route. A Lauris, la Durance a une largeur de 300 mètres sur un parcours de 20 kilomètres. Les semences sont perdues entre Rives et Voiron. A Sorgues, 220 propriétaires accusent un dégât dépassant six cent mille francs. Un arrêté municipal prescrit pour cause de sûreté publique la démolition de cinq maisons. Le pont de Mirabeau a tenu. Entraingues et son cimetière sont toujours couverts par les eaux. Dans l’impossibilité de faire aucune inhumation, on a brûlé les morts avec de la chaux vive. Le temps toujours mauvais augmente les craintes. Les pertes matérielles sont considérables, les besoins sont grands et il sera difficile de les satisfaire.
- Marseille, 10 novembre,
- Une pluie torrentielle, mêlée de grêle, tombe depuis cette nuit. Certaines rues de la ville ont été transformées en torrents; les caves de plusieurs maisons sont inondées. La banlieue a fort à souffrir.
- Nice, 10 novembre.
- Pendant toute la nuit et toute la journée, une pluie diluvienne n’a cessé de tomber avec une violence et une persistance auxquelles on n’est pas habitué ici. Le Paillon, chose rare, coule à pleins bords. Son eau bouillonnante et jaunâtre a teinté d’une même nuance la surface, ordinairement azurée, de la Méditerranée, dans laquelle il va se jeter. La mer déferle avec furie. Ses vagues énormes et tumultueuses viennent se briser avec fracas contre les talus de la promenade des Anglais, du quai du Midi, d’où elles jaillissent en gerbes écumantes qui envahissent la chaussée, la couvrent de boue et de galets, balayent tout ce qu’elles rencontrent sur leur passage et vont inonder la halle du Cours et le Jardin public, la rue
- Saint-François-de-Paule, la rue Halévy, la rue Croix-de-Marbre et les autres rues adjacentes.
- La vallée de la Durance a particulièrement souffert ; à Pertuis l’eau s’est élevée jusqu’à 4m,50. Au pont de Mirabeau, la hausse était de 0m,10 à l’heure, dépassant la crue de 1845, la plus haute enregistrée, et qui avait atteint 6m,20.
- Dix départements ont été plus ou moins gravement atteints par le fléau. Ce sont les suivants : Hautes-Alpes, Basses-Alpes, Isère, Drôme, Ardèche, Gard, Vaucluse, Bouches-du-Rhône, Var et Alpes-Maritimes.
- Dans tout le bassin du Rhône, ce ne sont que désastres et dévastations. G. T.
- MÉTÉORITES, MÉTÉORES
- ET ÉTOILES FILANTES
- M. II.-A Newton a traité ce sujet devant l'Association américaine pour Vavancement des sciences. Nous donnons un extrait du discours de l’éminent astronome, d’après la savante analyse qui en a été faite par le Bulletin astronomique publié sous les auspices de l’Observatoire de Paris.
- Il y a un certain nombre de propositions acceptées de tout le monde :
- 1° Les trajectoires lumineuses des météores sont dans la partie supérieure de l’atmosphère terrestre. Il y en a peu ou point qui apparaissent à une hauteur plus grande que 160 kilomètres, et peu sont vues à une hauteur inférieure à 50 kilomètres au-dessus de la surface de la Terre, excepté dans les cas rares où des pierres et des fers météoriques tombent sur le sol. Toutes ces trajectoires météoriques sont causées par des corps qui arrivent dans l’air en venant du dehors.
- 2° Les vitesses des météores dans l’air sont comparables à celle de la Terre dans son orbite autour du Soleil. Il n’est pas facile de déterminer les valeurs exactes de ces vitesses ; cependant on peut estimer qu’elles sont à peu près comprises entre 50 et 250 fois la vitesse du son dans l’air ou celle d’un boulet de canon.
- 3° Une conséquence nécessaire de ces vitesses est que les météores se meuvent autour du Soleil et non autour de la Terre comme centre d’action.
- 4° Il y a quatre comètes associées à quatre essaims périodiques qui arrivent le 20 avril, le 10 août, le 14 novembre et le 27 novembre.
- Les petits météores qui appartiennent à chacun de ces essaims constituent un groupe, dont chaque individu se meut dans une orbite semblable à celle de la comète correspondante.
- 5° Les étoiles filantes ordinaires, dans leur apparence et leurs phénomènes, ne diffèrent pas essentiellement des petits météores des essaims.
- .6° Les météorites des différentes chutes diffèrent l’une de l’autre par leur composition chimique, leurs formes minérales et leur ténacité. Mais, au milieu de toutes ces différences, elles offrent des particularités communes qui les distinguent entièrement de toutes les roches terrestres.
- 7° Les recherches les plus délicates n’ont pu déceler une trace de vie organique dans les météorites.
- M, Newton aborde les points sujets à discussion. On ne
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- peut guère douter que les étoiles filantes ne soient des corps solides, et il y a toute raison de penser que les étoiles filantes, les bolides, les météores amenant la chute de pierres, appartiennent tous à une classe unique. 11 y a des différences sous le rapport de la composition, de la densité, de la grosseur. Mais depuis l’étoile filante la plus faible jusqu’au plus gros bloc météorique, on passe par des gradations si petites qu’il n’est pas possible de faire plusieurs classes : la région de l’atmosphère où ces corps apparaissent est à peu près la même; les vitesses impliquent toujours une orbite autour du Soleil; les (rainées lumineuses, les couleurs se correspondant à peu près pour tous les corps. Les différences de grosseur et de composition paraissent suffire pour expliquer la variété des apparences. Une objection, au premier abord, à la réunion en une seule famille, serait qu’aucun essaim ne paraît avoir jusqu’ici fourni des météorites; mais comme, suivant le calcul de M. Newton, on n’aurait pu espérer, depuis un siècle, plus de deux ou trois météorites provenant des essaims, il y a là un motif insuffisant en regard de la similitude des autres caractères.
- En admettant la communauté de nature des pierres météoriques et des étoiles filantes, on peut se faire une idée grossière des masses des différents corps : les plus gros météores peuvent, à leur entrée dans l’atmosphère, atteindre quelques tonnes; par comparaison, le poids d’une étoile filante ordinaire serait de quelques centaines de grammes ou moins; les plus petits météores visibles à l’œil nu pourraient avoir la grosseur de petits cailloux.
- Ces données sur la masse des étoiles filantes ont des conséquences importantes. Comme M. Radau l’a déjà fait remarquer, les masses de la Terre et de la Lune recevraient par là un accroissement trop faible pour que l’explication proposée par M. Oppolzer de l’accélération séculaire dumoyen mouvement de la Lune fût admissible; on peut regarder comme insignifiante, jusqu’à preuve contraire, l’action des étoiles filantes sur les corps célestes en général, pour modifier leur constitution, changer leur température, etc.
- On peut penser encore que les étoiles filantes ne suffisent pas à entretenir la chaleur du Soleil. La durée des météores est à peine de quelques secondes, même pour les plus gros accompagnés d’une chute de pierres. Que pouvons-nous dire de leur histoire et de leur origine?
- Nous ne pouvons considérer ni la Lune, ni la Terre, ni le Soleil, ni une grande planète, ni une planète brisée en morceaux comme le premier milieu des météores, sans rencontrer de sérieuses objections; et par-dessus tout une telle hypothèse serait arbitraire. Mais puisque quelques-uns se trouvent associés à des comètes, et que nous ne pouvons établir de ligne de démarcation entre les étoiles filantes et les gros météores, il est naturel d’admettre que tous sont d’origine cométaire. Y a-t-il des objections insurmontables à cette hypothèse que tous les météores sont de même nature que les comètes, qu’ils sont en fait des fragments de comètes, et qu’ils peuvent être eux-mêmes de petites comètes? S’il existe de telles objections, évidemment elles doivent venir surtout des minéralogistes et de ce que leur révèle la structure interne des météorites. L’Astronomie n’a pas encore fourni d’objections. Il semble étrange que les comètes se partagent en morceaux, mais les astronomes l’admettent parce que c’est un fait d’observation. Il est étrange que ces petits corps précèdent ou suivent les comètes dans leurs orbites, mais les astronomes ont la preuve du fait au moins pour quatre comètes. Au point de vue astronomique, il ne pa-
- raît pas y avoir plus de difficulté à donner une telle origine aux météores sporadiques, et aux gros bolides, et aux pierres météoriques, qu’il n’y en a dans le cas des météores des essaims. Si donc l’origine cométaire des météorites est inadmissible, les objections doivent venir principalement de la nature et de la structure des pierres et des fers météoriques. Une comète peut-elle nous fournir les diverses conditions et les forces nécessaires à la production ou au développement de ces structures spéciales?
- Il n’y a pas longtemps, les auteurs les plus compétents, Lawrence Smith, M. Daubrée, etc., paraissaient d’accord sur l’origine ignée des météorites; une température capable de fondre des roches, une forte pression semblaient des conditions nécessaires. Mais les discussions soulevées par la découverte des fers natifs du Groenland et des roches qui les accompagnaient ont conduit les minéralogistes à modifier un peu leurs idées. Dans son dernier Travail, M. Daubrée dit : « Il est extrêmement remarquable que, malgré une tendance caractérisée à une cristallisation parfaitement distincte, les combinaisons silicatées qui forment les météorites s’y rencontrent seulement sous forme de très petits cristaux, jetés pêle-mêle comme s'ils n’avaient pas passé par la fusion. Si nous cherchions autour de nous quelque chose d’analogue, nous pourrions dire que, au lieu de rappeler les longues aiguilles de glace que forme l’eau en se congelant, la texture à petits grains des météorites ressemble plutôt à celle de la gelée blanche et à celle de la neige, qui est due, comme l’on sait, au passage brusque à l’état solide de la vapeur d’eau de l’atmosphère.
- Supposons qu’une masse (faisant partie de la nébuleuse primitive) contenant du silicium, du magnésium, du fer, du nickel, une quantité limitée d’oxygène et quelques autres éléments, à l’état nébuleux, se trouve quelque part dans l’espace refroidi. En même temps que les matériaux se groupent et cristallisent, l’oxygène est absorbé par le silicium et le magnésium, ce qui doit développer une notable quantité de chaleur, et le fer et le nickel sont réduits à l’état métallique. Maintenant la masse ou les masses formées viennent, dans leur course, près du Soleil. Là une action puissante s’exerce sur elles, capable de fondre, de disperser violemment les matériaux de la comète. Il semble qu’on a affaire à des conditions assez variées et à des forces assez grandes pour tout expliquer, et l’on peut se demander si telle n’est pas l’histoire de tous les météores.
- Les particules d’un essaim qui arrivent dans notre atmosphère appartiennent à un groupe dont la forme n’est connue qu’en partie. Il a une faible épaisseur, puisque nous le traversons en peu de temps. Ce n’est pas un anneau uniforme, puisque la pluie météorique, sauf pour les météores d’août, ne se reproduit pas chaque année. Comment l’attraction inégale du Soleil sur les différentes parties d’un groupe disperse-t-elle les matériaux le long de l’orbite ? Le résultat demande-t-il des milliers d’années ou un temps relativement court? Il y a là des questions difficiles à traiter. Il paraît du moins raisonnable de ne pas exagérer ce qu’on peut appeler la période de désintégration d’une comète; car, dans le cas de la comète de Biéla, il est certain que les météores des pluies splendides de 1872 et 1885 quittèrent le voisinage immédiat dé la comète après 1840. Avec une période très longue, ajoutons qu’il serait difficile de comprendre que si peu d’essaims relativement soient aujourd’hui associés à des comètes.
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- LA NATURE.
- LE TRAMWAY ÉLECTRIQUE
- 1E BLACK POOI,
- Il ne paraît pas douteux que dans l’avenir, et un avenir assez prochain, la traction des tramways dans les grandes villes ne soit réservée à l’électricité, et il serait superflu de faire ressortir une fois de plus les nombreux avantages propres à ce mode de traction.
- La seule question est de savoir à quel système donner la préférence, et les installations actuellement existantes apportent de précieux renseignements à cet égard.
- Trois systèmes généraux sont actuellement en exploitation :
- 1° Le système à accumulateurs, appliqué à Hambourg et en cours d’installation a Bruxelles, dont nous avons récemment donné la description1;
- 2° Le système à conducteur souterrain ;
- 3° Le système à conducteur aérien, appliqué dans quelques villes d’Amérique et sur lequel nous reviendrons quelque jour. Le se-cond système comprend déjà plusieurs variétés, toutes appliquées dans une ou plusieurs installations, mais toutes ces variétés ne présentent pas au même degré les qualités indispensables pour rendre l’application pratique, qualités qui peuvent se résumer en trois mots i sécurité pour le public, bonne utilisation, économie d’exploitation.
- Il va sans dire que dans tous les cas où la voie n’est pas exclusivement réservée à la circulation des véhicules — c’est le cas des tramways proprement dits — l’emploi des deux rails comme conducteur d’aller et conducteur de retour est impossible : il faut alors avoir recours à un conducteur isolé placé entre les deux rails, ces deux rails servant de retour commun, mais les conditions d’établissement et de fonctionnement pratique de la voie ainsi constituée sont aussi nombreuses que difficiles à remplir, et sont ainsi résumées par M. Holroyd Smith, l’auteur du système que nous allons décrire :
- A. Conditions relatives aux conducteurs. —
- 1 \'oy, n° 096, Ou 2 octobre 1880, p. 275.
- Conducteurs électriques protégés, disposés pour qu’on puisse établir et maintenir un contact permanent et sûr. Isolement suffisant, facile à nettoyer et à renouveler. Facilité d’inspection et de nettoyage régulier pour l’enlèvement des immondices ordinaires ou accidentels pouvant engager la voie conductrice. Dispositions spéciales pour les croisements et bifurcations afin d'éviter les court-circuit ou les interruptions.
- R. Conditions relatives au collecteur glissant. — Dispositions pour établir et maintenir un contact permanent, et éviter tout accident mécanique ou électrique dans le cas où le collecteur serait bloqué.
- C. Conditions relatives au moteur. — Construction spéciale lui permettant de résister aux épreuves nombreuses et parfois rudesdu service; commande des roues motrices aussi douce et silencieuse
- que possible, avec peu de perte dans la transmission. Dispositions électriques et mécaniques pour que le moteur fonctionne également bien dans les deux sens, et puisse être commandé d’un bout ou de l’autre de la voiture. Simplicité de mécanisme pour que l’ensemble puisse être compris et équipé par un ouvrier ordinaire. Précautions prises contre tout dommage sérieux dans le cas d’une erreur commise par le conducteur.
- D. Conditions générales. —Production suffisante et réglée a l’usine fixe. Précautions en cas de court-circuit accidentel. Pas de long arrêt en cas d’accident.
- Nous pouvons maintenant aborder la description du système établi à Blackpool et dont un spécimen a fonctionné à Paris, à titre expérimental, il y a deux mois environ, près de la porte Maillot.
- Ligne. — La ligne du tramway de Blackpool a environ deux milles (3200 mètres) de longueur. La station génératrice est placée vers le milieu, ce qui est la condition la plus avantageuse au point de vue électrique.
- Elle se trouve établie dans des conditions extraordinairement défavorables, car elle longe le bord de la mer, et, parles mauvais temps, bien que le niveau des rails soit au-dessus de celui de la haute mer.
- Fig. I —Vue d’ensemble du tramway électrique. Voilure d’hiver.
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- LA NATURE.
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- les vagues viennent quelquefois la submerger; dans [ ce cas, il va sans dire que le service se trouve suspendu, le conducteur isolé se trouvant ainsi mis en communication avec la terre. Le retour s’effectue par les rails ordinaires et les jantes des roues.
- Voitures. — Les voitures sont au nombre de 10, et de formes diverses. Les plus légères sont des voitures d’été, ouvertes, et pouvant recevoir 26 voyageurs. Les plus grandes, avec impériale, peuvent recevoir 56 personnes. C’est une de ces voitures que représente la figure 1.
- Moteur. — Le moteur est du type Ehvell-Parker, excité en série, et pouvant tourner dans les deux sens sans aucun décalage des balais. Le changement
- de marche se fait en changeant le sens du courant dans l’armature, ce qui inverse le sens de la rotation.
- L’axe moteur est commandé par une vis sans lin agissant sur un pignon hélicoïdal réduisant, par ce seul intermédiaire, la vitesse angulaire de 13 sur l’arbre du moteur, à 1 sur l’arbre des roues motrices.
- Ce mode de commande qui semblait devoir absorber une fraction importante de la puissance produite par le moteur électrique, a, au contraire, donné des résultats si satisfaisants que l’auteur est dans l’intention de l’employer exclusivement dans tous les nouveaux véhicules.
- La figure 2 permet de se rendre compte des prin-
- Fig, 2. — Dispositions du moteur, du conducteur central et du système de prise de courant du tramway électrique de Blaekpool.
- cipales dispositions du conducteur central, de la prise du courant, du moteur et de la commande par vis sans fin qui constituent les parties principales du système.
- Le conducteur central est logé dans une sorte d’auge rectangulaire en fonte garnie sur sa face supérieure de pavés en bois créosoté, ainsi que sur les côtés. Des supports en fonte sont ménagés de distance en distance; des isolateurs en porcelaine lixés sur ces supports servent à maintenir le conducteur formé de deux rubans de cuivre de forme tubulaire, fendus suivant une génératrice. C’est dans le vide ménagé entre ces deux tubes de cuivre que vient glisser le collecteur qui amène le courant au moteur. La rainure continue laissée au-dessus de
- la boîte en fonte est plus étroite que l’intervalle entre les deux tubes conducteurs en cuivre. Cette disposition a pour but de laisser tomber les pierres et autres objets jusqu’au fond du canal, sans qu’ils puissent s’arrêter sur les conducteurs.
- Les jonctions entre les tubes conducteurs sont faites a l’aide de coins en laiton qui remplissent exactement le vide des tubes.
- Le collecteur de courant se compose de trois parties : une pièce centrale isolée et deux coins nettoyeurs placés a chaque extrémité qui servent en même temps à le guider dans la rainure et l’empê-elient de coincer. La prise du courant se fait à l’aide de deux sortes de coquilles en bronze embrassant chacune une partie des deux tubes du conducteur
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- LA NATURE.
- central, et exerçant un contact permanent. La partie centrale est soigneusement isolée électriquement et amène le courant au moteur à l’aide d'un fil souple rattaché à cette partie centrale par un manchonnage spécial dont voici les fonctions. Lorsque le nettoyeur d’avant ne rencontre qu’un faible obstacle, il le repousse et continue son chemin, mais lorsque cet obstacle est résistant — tel par exemple que les grosses pointes en fer enfoncées par des gens malveillants lors des premières expériences faites à Blackpool, — la corde de traction du collecteur se dégage, ainsi que le manchonnage de communication électrique du moteur et du collecteur. Ce dernier s’arrête, la voiture continue son chemin en vertu de la vitesse acquise et s’arrête un peu plus loin, mais toute rupture est ainsi évitée. 11 suffit d’enlever l’obstacle, de raccrocher la corde et de remettre le manchonnage électrique pour que tout soit de nouveau en ordre de marche.
- 'Commande. — Le démarrage et la vitesse et l’arrêt du moteur, sont commandés par un commutateur qui a pour effet d’introduire dans le circuit des résistances variables graduellement décroissantes ou croissantes. U y a deux boîtes de manœuvre disposées aux deux extrémités du véhicule, mais on ne peut en commander qu’une seule a la fois parce que le courant n’arrive à chacune des boîtes qu’en y plaçant préalablement une clef mobile dont il n’existe qu’un seul exemplaire par voiture. C’est une application du block-système connu en Angleterre sous le nom de staff-system.
- La station centrale comprend deux machines dynamos à excitation séparée, produite par deux autres machines d’un plus petit modèle. Chacune des machines génératrices peut produire au maximum 500 volts et 180 ampères. En pratique, le potentiel utile varie entre 220 volts utiles près de la station centrale et 170 volts à une des extrémités. La différence est due à l’isolement imparfait de la ligne.
- Telles sont les principales conditions de fonctionnement du tramway électrique de Blackpool. Le seul reproche que l’on puisse adresser au système, réside dans le prix de premier établissement du conducteur central et dans les pertes qu’il occasionne. Yaut-il mieux engager ce capital dans une voie spéciale ou un capital équivalent dans des accumulateurs? 11 y a du pour et du contre dans les deux systèmes, et il sera intéressant de suivre les installations faites à Hambourg et à Blackpool avec les deux systèmes : elles apporteront d’utiles enseignements sur la question, et en donneront probablement la solution économique, dont dépendra l’extension pratique du système reconnu le plus avantageux. E. H.
- CHRONIQUE
- Le sacre de sorgho aux Etats-Unis. — Les
- essais faits à Ottawa (Etats-Unis), en vue de l’extraction du jus de sorgho par le procédé de diffusion ayant donné
- des résultats encourageants, M. Wiley, chimiste du département de l’agriculture, a obtenu du gouvernement une subvention de 50000 dollars destinée à de nouvelles expériences. A cette somme est venu se joindre le produit d’une souscription privée montant à 7850 dollars. Un vaste terrain de plus de 520 acres a été acheté et on a commandé un matériel complet de sucrerie de sorgho. Cette sucrerie, montée au capital de 175000 dollars, a été établie à Fort-Scott (Kansas). Elle possède huit générateurs de vapeur d’une force totale de 550 chevaux. Les plants de sorgho seront amenés à l’usine tout garnis de leurs tètes et de leurs feuilles et déchargés sur une grande plate-forme où une chaîne sans fin les prendra pour les conduire à la scie à découper les têtes. On compte récolter là environ 15 000 barils de graines de sorgho par campagne. La canne tombera ensuite dans un conduit tubulaire qui aboutit au coupc-canne. Celui-ci comprend 5 dispositifs des coupages à débit très rapide. Les feuilles seront entraînées par l’action d’un souffleur, et les cosseltes seront recueillies dans la batterie de diffusion. Cette batteriese compose de 14 diffuseurs de 4 pieds de diamètre sur 7 pieds de hauteur. La capacité est d’une tonne. Le jus diffusé sera ensuite envoyé aux saturateurs, additionné de 4,25 de son poids de lait de chaux, puis traité par l’acide carbonique. La masse sera filtrée dans des filtres-presses et le jus clair saturé par l’acide sulfureux, puis filtré et concentré dans deux appareils à double effet, imaginés par le professeur Swenson, et absolument différents, dit-on, du système connu. En 10 minutes, ces appareils feront le travail effectué en une heure avec le système ordinaire. Les sirops seront cuits dans le vide, coulés dans des cristallisons et turbines au bout de deux ou trois jours. La fabrique de Fort-Scott peut traiter 150 tonnes de cannes par jour et en obtenir 10000 livres de sucre et 2000 gallons de sirop.
- Nouvelle presse à copier. — On vient d’imiter un nouveau genre de presse à copier imprimant en noir les écritures, dessins, plans, musique, à un grand nombre d’exemplaires. L’appareil se compose d’une tablette en noyer garnie d’une plaque de zinc sur laquelle on tend à l’aide d’un cadre, une feuille de papier mince enduite d’une préparation à la cire. On écrit sur ce papier avec une plume particulière, qui consiste en une roue minuscule, en alliage d’iridium et de palladium aux bords tranchants. Cette roue tourne follement à l’extrémité d’un stylet en acier qu’on tient entre les doigts et avec lequel on écrit comme à l’ordinaire. A mesure qu’on trace les caractères, la roue tourne laissant dans le papier une série de petits trous tellement rapprochés que le trait paraît continu. Cela fait, on place entre le papier ciré et la tablette une feuille de papier collé non glacé ; on passe sur le papier ciré un rouleau garni d’encre typographique fortement siccative. L’encre traverse le pointillé tracé par la roulette et on a une épreuve sur la feuille blanche placée sous le papier ciré. On peut tirer ainsi de 1000 à 1500 exemplaires, à raison de 250 à 500 à l’heure. Le procédé est très répandu en Amérique où il a reçu le nom de cyclostyle. (LImprimerie.)
- Tremblements tle terre; — Le 11 novembre 1886 on a ressenti, à Malaga et dans les envions, de fortes secousses de tremblement de terre, accompagnées de grands bruits souterrains; il n’y a eu aucun accident de personnes à déplorer. Les géologues avaient raison d’af-linner que les derniers phénomènes sismiques espagnols devaient se prolonger longb'mps.
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- LA NATURE.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance 'du 22 novembre 1886. — Présidence de M. l’amiral
- JüiUEN DF. LA GrAVIÈKE.
- Beaux-arts fossiles. — Au mois de juillet dernier M. le professeur Gaudry signalait la découverte à Montgaudier (Charente) par M. Paignon, d’une station humaine des temps quaternaires. Comme pièce la plus remarquable, il mettait sur le bureau de l’Académie un bâton de commandement en bois de renne portant des gravures d’une rare perfection et dont nos lecteurs ont eu la reproduction sous les yeux1. Par ses caractères, ce vestige se rapproche des objets nombreux qui dans les grottes de la Vezère, par exemple, caractérisent l’époque diteWag-daléenne, depuis les trouvailles d’Edouard Lartet et de Christy à la Madeleine. Or de nouvelles recherches ont démontré à M. Gaudry qu’il s’agit réellement d’une antiquité beaucoup plus reculée. Dans la couche même d’où provient le bâton de commandement et qui a fourni beaucoup d’autres pièces gravées, on a trouvé les débris caractéristiques d’une faune antérieure à Page du renne : ce sont des os et des dents à'Ursus spelœus, à'Hyena spelœa, de Rhinocéros tichorhinus, de Bison priseus, à'Elephas primigenius (Mammouth). Il est véritablement émouvant de voir nos aïeux, alors qu’ils avaient à lutter contre de pareilles légions de monstres formidables, éprouver le besoin de cultiver le beau et de se livrer "à l’exécution de véritables œuvres d’art.
- Les singes domestiques. — Sous ce titre qui ne laissera personne indifférent, 31. Victor 3Ieunier défend cette thèse que l’humanité doit dans un avenir plus ou moins prochain se décharger sur ses frères inférieurs, les singes, d’une bonne partie de la corvée matérielle dont les machines ne sauraient la dispenser. 11 ne s’agit pas là d’une idée en l’air, d’une rêverie ; c’est au contraire, la conséquence logiquement tirée d’un nombre énorme d’observations ayant le caractère scientifique. Celles-ci, en effet, démontrent l’éducabilité, jusqu’à un degré très élevé, de certains singes, individus d’élite sans doute, exceptionnels, mais qui, par les procédés de la zootechnie, doivent devenir la souche de races véritablement domestiques. Passant de la discussion des faits dont il s’agit aux considérations les plus générales de la psychologie animale, le rédacteur scientifique du Rappel, dans cette deuxième série de ses Animaux perfectibles, offre au public un sujet nouveau et fécond de réflexions poignantes.
- Téléphone à longue portée. — Un jeune physicien dont plusieurs fois déjà on a eu à admirer le génie inventif, par exemple, à propos du phonographe qu’il avait pressenti, et de la photographie des couleurs que, sans exécuter, il a conçue jusque dans ses moindres détails, 31. Charles Cros, indique comment on peut augmenter beaucoup la distance où le téléphone peut être employé. On écarte les deux bouts du fil de façon qu’aucun son perceptible ne passe plus; on coupe alors le fil au milieu de la longueur et on interpose un condensateur dans l’intervalle : immédiatement les sons réapparaissent et très forts. Avec plusieurs de ces condensateurs l’auteur réalise les transmissions à des distances inespérées.
- La flore de Provins. — Le secrétaire perpétuel signale, comme un excellent ouvrage, l'Indicateur de la flore de Provins et de ses environs que vient de publier 31. llip-polyte Laroque. Après un aperçu topographique du territoire, comprenant les notions géologiques les plus indis-
- 1 Voy. n° C88, du 7 août 1886, p. 155.
- pensables, l’auteur donne la liste raisonnée, remplie de détails intéressants de toutes les plantes spontanées de la région. Ce livre rendra de grands services aux botanistes en général et aux herborisateurs en particulier.
- Le calcaire grossier marin de Provins, — C’est à la même localité que se rapportent les recherches géologiques dont M, le secrétaire veut bien exposer les résultats en mon nom. Pour les géologues, Provins est surtout célèbre par un calcaire d’eau douce plein de limnées et de planorbes qu’on est assez bien d’accord pour synchroniser avec les parties supérieures du calcaire grossier parisien. Grâce à des échantillons que je dois à l’amabilité de 31. Antlieaume, pharmacien à Provins, et qui proviennent de Richebourg, au point même où la Voulzie prend sa source, j’ai reconnu que ce travertin admet par places des assises pétries de coquilles marines. Ce sont, pour ne citer que les plus communes : Cerithium tricarinatum, Cerithium cristatum, Nat ica parisiensis, Buccinum dccussatum, Turritella imbricataria, Car-dium granulorum, Cardita calcitrapoïdes, etc. Ces faits paraissent de nature à jeter du jour sur un problème géologique qui a préoccupé beaucoup d’auteurs.
- Le sol de Paris. — Dans un travail écrit avec élégance et savoir, 31. Félix llément, bien connu de nos lecteurs, étudie le rôle civilisateur du sol de Paris et de la France. Il montre comment la constitution géologique de ce sol rend compte de la formation même de notre patrie. « Notre pays, ajoute-t-il, lui doit son unité, sa concentration, en un mot, ses éléments de résistance et sa force de conservation; les Français lui doivent leur tempérament et leur caractère, leur esprit synthétique et généralisateur, cet ensemble de qualités supérieures qui a fait dire à Stuart 31ill ces paroles que nous osons citer, parce qu’elles sont d’un étranger : « Si la France venait à manquer au monde, le monde ne tarderait pas à retomber dans les ténèbres. »
- Origine de la chaleur animale. — Comme résultat d’un labeur de trente années, 31. Chauveau lit un mémoire dont la conclusion est qu’il existe un rapport direct et intime entre la quantité de glycose qui disparaît en chaque point de l’organisme à chaque instant, et l’énergie des combustions qui s’accomplissent en ces mêmes points. La théorie glycogénique de Claude Bernard est à la fois perfectionnée et solidement étayée par ce travail qui fera certainement sensation parmi les physiologistes.
- Varia. — 31. Bornet lit une notice biographique sur son prédécesseur immédiat, 31. Tulasne. — La 25e année des Causeries scientifiques de notre confrère, 31. de Par-ville, est présentée par le secrétaire.— Les ménispermées occupent M. Girard. — Une note de 31. Berthelot traite du phosphate ammoniaco-magnésien. — D’après 31. Audoi-neau, le plâtrage des vendanges active la fermentation et augmente la proportion d’alcool dans le vin. — Un copé-pode parasite nouveau a été découvert à Wimereux par
- M. Giard. Stanislas 31eünier.
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- LES TOITURES MAGNÉTIQUES
- EN CHINE ET AU JAPON
- Nous trouvons dans la Bibliothèque électrotcch-nique de Hartleben (Vienne) un petit volume bien intéressant, signé Dr A. de Urbanitzky, sur l’électricité et le magnétisme dans l’antiquité.
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- LA NATURE.
- Nous en extrayons quelques passages relatifs aux applications de l’aiguille aimantée. L’origine de l’invention de la boussole remonte à l’an 2634 avant notre ère. On trouve en effet les lignes suivantes dans un grand ouvrage historique, le Thung Kian Kang mou :
- « Tschi-yeu aimait la guerre qui lui permettait de susciter le désordre et la confusion. 11 faisait fabriquer des sabres, des lances, des machines à projectiles pour subjuguer les voisins et les extorquer à son aise. Hoang-ti ne pouvant tolérer davantage une telle conduite, lui défendit de sortir de sa demeure Choa hao. Tschi-yeu persista cependant dans ses méfaits. 11 franchit le fleuve Yang ckui, remonta le Kieu nao et attaqua les armées impériales. L’empereur contraint de battre en retraite, réussit à se reformer à l’aide de subsides de ses vassaux et força Tschi-yeu à lui livrer bataille dans la plaine de Tscho-lu. Le gouverneur rebelle fit alors soulever des nuages de poussière pour soustraire à la vue de l’ennemi le désordre de son armée. Mais Hoang-ti ayant fait construire une voiture qui indiquait le sud, put poursuivre les insurgés et s’emparer de Tschi-yeu. »
- Tschiu iu décrit ainsi cette voiture :
- « Elle portait un petit pavillon soutenu par quatre dragons en bois ; sur le pavillon se dressait un sujet en bois sculpté représentant un génie. Quels que fussent la direction et le sens de la voiture, la main du génie marquait toujours le sud. »
- D’autre part d’après les mémoires historiques de Szu ma thsian, écrits dans la première moitié du deuxième siècle avant J.-C., l’invention de la voiture magnétique ne remonterait qu’à l’an 1100 avant J.-G. Tscheu-Kung (oncle et premier ministre de l’empereur Tsching-wang) aurait fait don à des ambassadeurs venus de pays lointains de cinq voitures construites de façon à indiquer constamment le sud. Grâce à ces voitures les ambassadeurs purent atteindre la côte et s’embarquer pour retourner dans leurs foyers.
- Les Chinois se servaient de l’a'guille aimantée, non seulement pour se diriger sur terre dans leurs voyages ou dans les expéditions militaires, mais aussi pour déterminer les lignes principales de leurs constructions, et pour guider leurs navires.
- d’une voiture magnétique chinoise. (1609 ans ap. J.-C.)
- Fig. 2. — Statuette aimantée d’une voiture magnétique japonaise. (658 ans apres J.-C.)
- D’après Tsui pao, l’art de construire les voitures magnétiques se serait perdu et n’aurait été retrouvé qu’en 235 après J.-C., par le savant Ma Kiun. La description suivante est empruntée à un code des cérémonies inséré dans l’histoire des Sung.
- « De quelque côté que se tournât la voiture, la main indiquait constamment le sud. Un des commandants de l’escorte impériale préposée à la garde de ce char précieux le conduisait toujours à la tète du cortège, lorsque le prince se rendait à une cérémonie. » On en trouve la description la plus récente dans l’encyclopédie San thsa'i thu hoei (1609 après J.-C.). La figure 1 est le fac-similé du dessin qui accompagne le texte.
- « L’ornement de la voiture a les dimensions suivantes : un pied quatre pouces et deux lignes de hauteur; sept pouces quatre lignes de largeur à la base. X l’extrémité des brancards de bois se trouve une ouverture circulaire de trois pouces sept lignes de diamètre. Un pivot de même diamètre tourne dans cet orifice, et se trouve surmonté d’une statuette représentant un homme le bras toujours étendu vers le sud. Cette statuette se meut dans
- l’ouverture.... »
- Ici le texte est effacé.
- Les souverains de la Chine, qui devaient conduire leurs armées à travers des steppes d’une étendue considérable, ne s’assuraient de la direction à suivre qu’à l’aide de ces boussoles combinées en outre avec des appareils permettant de mesurer les distances parcourues.
- D’après Kdi bara Tok sin, l’auteur de Wa zi si (l’origine des choses du Japon), les voitures magnétiques n’auraient été connues au Japon que dans la seconde partie du septième siècle après J.-C.
- « Dans la quatrième année* du grand pontife Saï mei tey o « le Chamen (prêtre de Bouddha) Tsehi yu construisit en 658 après J.-C. une voiture magnétique (sirou be Kuruma , en japonais). » « Telle fut, amute-t-il l’origine de ces machines au Japon. » La figure 2 est une reproduction d’un dessin extrait du XXXIIIe tome de la grande encyclopédie japonaise. N. de T. .
- Le propriétaire-gérant : G. Tissas dieu. imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- LA NATURE
- QUATORZIÈME ANNÉE — 1886
- DEUXIEME SEMESTRE
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Académie des sciences. (Comptes rendus des séances hebdomadaires), 14, 50, 46, 63, 79, 95, 111, 126, 143, 159, 175, 191, 207, 223, 239, 255, 271, 286, 503, 319, 335, 351, 367, 383, 399, 415.
- Acide salicylique. Son action sur l'économie, 370.
- Acier (Propriétés de 1’), 351.
- Acoustique (Phénomène d’), 271.
- Adresse manuelle (Merveilles de 1’), 59.
- Aération des eaux souterraines, 367.
- Aéronautique, 206.
- Afrique (A travers 1’), 406.
- Aigles et la lumière électrique (Les), 335.
- Aigoual (Observatoire météorologique de P), 143.
- Air comprimé à Birmingham (Distribution de la force motrice par P), 346.
- Alaska (Nouvelle exploration d’), 358.
- Albatros (Curieuse capture d’un), 255.
- Allemands à l’étranger (Les), 14.
- Alliage d’aluminium, 30.
- Allume-cigares (Un), 239.
- Allumettes (Le problème des), 208, 584.
- Allumettes (Consommation des), 159.
- Allumoir électrique pour les becs de gaz, 224.
- Aluminium (L’), 146.
- Altitudes (La poudre à canon et la mesure des), 106.
- Amalgamation du cuivre, 318.
- Amérique (Lettres d’), 6, 103,178, 295.
- Ammoniacales employées comme extincteurs d’incendie (Eaux), 403.
- Amorces électriques de M. Ruggieri, 51.
- Amphiprions, 264.
- Anesthésiques (Mode d’action des), 51.
- Anguillules (Reviviscence des), 143.
- Animaux dépourvus d’yeux (Action de la lumière sur les), 47.
- Araignées aéronautes (Les), 191.
- Arithmétique en bâtons (L’), 282.
- Arctiques (Projet d’expédition dans les régions), 77.
- Argent et de l’or (Valeur relative de P), 223.
- Argenture (Un nouveau procédé d’), 175.
- Ascensions aérostatiques, 118.
- Asie centrale (Dessèchement spontané de P), 286.
- Asparagine droite (L’), 126.
- Association française pour l’avancement des sciences. Congrès de Nancy, 194.
- Aviation (Expériences d’), 404.
- B
- Bactéridique (Infection), 399.
- Ballon (Traversée de Cherbourg à Londres en), 183.
- Ballons. (Voy. Ascensions, Photographie.)
- Baromètre absolu, 596.
- Barométriques (Les plus grandes baisses), 366.
- Barre du Sénégal (La), 63.
- Bateau préhistorique (Découverte d’un), 93.
- Bâtiments en tôles embouties, 54. Batteries cuirassées roulantes (Plates-formes et), 387.
- Beaux-Arts fossiles, 415.
- Bert (Paul), 385, 399.
- Bétail américain en France (Le), 70. Betterave (Composition de la), 63.
- Beurre rance, 94.
- Bibliothèque de La Nature, 349, 366. Bilobites jurassiques, 15,
- Blanchiment électro-chimique des tissus, 162.
- Blé (Culture rémunératrice dul, 305, 338, 354.
- Bois de renne orné de gravures des temps quaternaires, 155.
- Bois de résonance, 378.
- Bornes et serre-fils électriques, 340. Bornia et leur fructilication (Les), 46. Bouis (Jules), 366.
- Bouquet, 30.
- Brazza (Exposition Savorgnan de), 111. Briards d’avant l’histoire, 335.
- G
- Cadran comptes-faits, 182.
- Calendrier perpétuel, 304.
- Canon anglais de 110 tonnes (Le premier), 207.
- Canonnière Farcy (La), 193.
- 27
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-
-
- 418
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Canon à répétition, système Maxim, 329. Caoutchouc (Unnouveau), 398.
- Carrés magiques (Les), 42.
- Cavalerie de la Compagnie générale des omnibus (La), 574.
- Centre de gravité (Le), 208.
- Cerf-volant gigantesque, 269. Cerfs-volants japonais (Les), 332.
- Chaleur animale (Origine de la), 413. Chanceladc (Catastrophe de), 448, 470. Charbon en Europe (Le), 327.
- Chemin de fer à crémaillère de M. Abl, 44.
- Chemin de fer de Merv dans le Turkes-tan, 254.
- Chemin de fer du Champ de Mars à Su-resnes, 63.
- ' Chemin de fer du Corcovado, 382. Chemin de 1er électrique de Minnéapolis. 458.
- Chêne gigantesque retiré du Rhône, 477. Cheval au galop (Les allures du), 464. Chevreul (E.), 497, 222.
- Chevreul (La médaille de M.), 239. Chiens dans l’art militaire (Emploi des). 550, 366.
- Choléra de Marseille, 427.
- Chromatomètre (Le), 459.
- Collections de l’Ouest africain, 458. Comète (Une nouvelle), 222, 503, 334. Commutateur substituteur automatique de M. Clerc, 428.
- Compas à coordonnées, 290. Compte-gouttes posométrique, 95. Compteur (Nouveau cadran de), 265. Congélation (Perforation d’un tunnel par). 445.
- Congo (La fleur du/, 459.
- Congre (Embryogénie du), 336. Conjoncteur-disjoncteur automatique, 52. Conservation des substances alimentaires, 223.
- Coto et la cotoïne (L’écorce de), 363. Courants océaniques (Etude des), 426. Crépuscule rouge (Le), 335.
- Cyclone du 42 mai 4886 à Madrid, 4 . Cynghalais au Jardin (l’Acclimatation (Les), 231.
- Cyprès chauve d’Amérique, 31.
- b
- hanse guerrière dans les liasses-Alpes, 534, 382.
- Décortication mécanique des textiles, 384.
- Densités au moyen d’une balance ordinaire (Détermination des), 91. Desjardins (Ernest), 566.
- Dessèchement des marais en Russie, 50. Dessèchement du lac Copaïs, 510. Diplographe de M. Lcvesque, 53. Distribution de la force motrice par l’air comprimé, 346,
- Dragons (Les), 23.
- Duboscq (Jules), 302.
- Dynamo-Mammoth de M. Brusli, 505.
- E
- Echiquier (Les reines de 1), 299, 558. Éclairage électrique du théâtre du Palais-Royal, à Paris, 275.
- Éclairs (Photographie d’), 426, 459.
- Éclipse totale de la lin d’août, 238.
- Éclipses de soleil, 206.
- Écluses (Système d’ouverture des), 215.
- Écoulement de l’eau déterminée photographiquement (La vitesse d’), 61.
- Ecuries et étables à sol horizontal, 194.
- Egypte (Les fouilles en), 161.
- Electricité atmosphérique (L’), 230.
- Électricité dans la maison de Mécène (L’), 238.
- Électricité domestique, 340.
- Électricité (Méthode d’impression par 1’),
- 574.
- Électricité pour tuer les chiens (Nouvel emploi de 1’), 62.
- Électrique (Navire), 270, 307.
- Electrotechnique (Appareils d’enseignement), 48.
- Élévateur hydraulique, 261.
- Encre changée en eau, 35,1.
- Enregistreur solaire Jordan, 59.
- Éruption volcanique de la Nouvelle-Zélande du 10 juin 1886, 209.
- État sphéroïdal (Liquides évaporés au moyen de 1’), 383.
- États-Unis (Émigration aux), 306.
- Etats-Unis (Six mois aux), 349.
- Ether (Indépendance de P), 15.
- Etna (L’éruption de 1’), 63, 97.
- Étoile (Moyen de voir le spectre d une), 94.
- Explosion de gaz naturel à Murrayville, 75.
- Exposition canine de 4886, 443.
- Exposition d’hvgiène urbaine, 18, 55, 86, 486.
- Exposition flottante, 126.
- Expression des sentiments, 247.
- F
- l’aune des grottes de Menton, 400. Fauvette (Nid de), 40.
- Fer (Histoire physique du), 63.
- Ferrage des chevaux par l’électricité, 215.
- Fibre vulcanisée (La), 150, 263.
- Fleur à trois couleurs (La), 381.
- Fleur qui lance de l’eau (Une), 271. Flore de Provins, 415.
- Flore fossile d’Aix, 95.
- Fluor (Le), 45, 94, 127, 363, 383. Fonteiiailles (La roche de), 289.
- Forêts (Incendies de),399.
- Fossiles (Les Beaux-Arts), 127.
- Fossiles singuliers des environs de Boulogne-sur-Mer, 325.
- Foudre (Curieux effets de la), 257. Foudre (Matière pondérable de la), 399. Foudre pour certains arbres (Choix de la), 583.
- Foudre (Substance recueillie après un coup de), 367.
- Fourchette dans l’estomac (Extraction d’une), 214.
- Fourneau de campagne, 379.
- Four Stedmau-Stanley, 173.
- Frein pour navires de M. Mac-Adam, 357. Frein pour navires (A propos du), 386. Fruit comestible (Un nouveau), 37. Fuchsias (Culture des), 397.
- Fusil de tir pour enfants, 316,
- G
- Gadolinium (Le), 367.
- Galles du Sud (Centenaire de la Nouvelle-), 255.
- Gascogne (La), nouveau transatlantique, 282.
- Gaz à l’eau (Le), 235.
- Gaz chez soi (Le), 253.
- Gaz liquéfiés (Densité des), 14.
- Gaz (Théorie des), 271.
- Géant grec (Un), 301.
- Géographique (Une curieuse représenta tion), 414.
- Géologie pyrénéenne, 65.
- Géologique (Annuaire), 427.
- Gillot (La gravure typographique par les procédés), 99.
- Girard (Maurice), 254.
- Glaciers des Alpes, 299.
- Graines du diable, 30.
- Graphiques de la marche des trains, 291. Grêle à Bordeaux (La), 13.
- Griffons d’arrêt (Les), 113.
- Grotte de Fingal (La), 327.
- Grotte de Spy (La), 287.
- Gypse des fausses glaises (Le), 46.
- H
- Halos solaires, 15.
- Héliogravure et photographie instantanée, 280.
- Homme (Composition chimique de 1’), 502.
- Huile de bois, 207.
- Huile de maïs, 286.
- Hygiène urbaine (L’Exposition d’), 18, 55, 86, 186.
- Hygromètre à gélatine de M. Albert No-don, 457,
- I
- Indicateur de niveau d’eau à réflexion, 320.
- Inondations du Rhône, 407.
- Insectes (Essaim d’), 259.
- Insectes (Embryogénie des), 305.
- Ivoire (Consommation de F), 407.
- J
- Jerseys et les métiers circulaires (Les), 38.
- Jeûne de M. Succi (Le), 278.
- Jeûnes célèbres (les), 594.
- L
- Laboratoire zoologique de Marseille, 63. Laguerre, 491, 206.
- Lait des pigeons (Le), 145.
- Lait (Empoisonnement par le), 547, Lampe à gaz (Nouvelle). 277.
- Lampe électrique à arc Pieper, 56, Lampes à pétrole (Sur l’emploi des),598, Lancement du Hoche, 315.
- Lanoline (La), 35.
- Lémuriens de l’Archipel malais, 135
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-
-
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- 419
- Locomotive à gaz, 330.
- Locomotive et wagon à grande vitesse, 67.
- Londres (La ville de), 174.
- I.ongicorne à grandes dents (Un), 49.
- Lumière électrique à l’Opéra (La), 207.
- Lune et le vent (La), 31.
- Lune sur le temps (Influence de la), 79.
- M
- Machines Edison pouvant actionner 1000 lampes, 387.
- Machine à laver les escarbilles, 62.
- Machine du monde (La plus puissante), 175.
- Machines à calculer, 323.
- Magnétiques de la France (Cartes), 125.
- Manomètre de sûreté, 30.
- Mappemonde carrée de M. Peircc, 114.
- Margarine (Procédé pour reconnaître la), 159.
- Médicaments nouveaux (Les), 138.
- Menton (Coquilles fossiles des grottes de), 95.
- Ménure-lyre (La), 167.
- Mer intérieure d’Afrique, 159.
- Mer (Niveau de la), 126.
- Mesurage des nombres, 111.
- Mesure des surfaces, 15.
- Météore, 143.
- Météorite, 351.
- Météorites, météores et étoiles lilantcs, 410.
- Météorologie des Yosges et du Haut-Rhin, 319.
- Météorologiques à Alger (Phénomènes), 142.
- Métiers circulaires (les Jerseys et les), 38.
- Métronome rationnel, 336.
- Microbes (Histoire des), 303.
- Mines à travers les âges (Exploitation des), 27, 108.
- Miroirs japonais (Amalgamation du cuivre et), 318.
- Molène gigantesque (Une), 256.
- Mollusques (Système nerveux des), 503.
- Momie de Sésostris (La), 161.
- Mondes (Origine des), 127.
- Montagnes russes (Les), 225.
- Morue rouge (La), 202.
- Moteur à coke et à air chaud, llénier, 561.
- Moteur à gaz système Benz, 517.
- Moteur animé et le moteur à vapeur (Le), 55.
- Moucherons (Un dénombrement de), 10.
- Mouches (Les prétendus parasites des), 241.
- Mouvement perpétuel et le principe d’Archimède (Le), 79.
- Multiplicateur automatique, 325.
- Muséum d histoire naturelle de Londres, 65.
- Musique et la science (La), 79.
- N
- Navigation de plaisance et les moteurs à gaz (La)* 95.
- Navire (Moyen d’arrêter un), 302.
- Neige dans un bal, 30.
- Niagara (Passage des rapides du), 258-
- Nil, son régime et ses irrigations (Le), 227, 371.
- Noisettes (Perforation naturelle des), 400.
- O
- Obésité (L’), 166.
- Observatoire de l’Aigoual, 521. Observatoire de Nice, 127.
- Observatoire de Sonnblick, 54. Observatoire météorologique et magnétique de Perpignan, 60.
- Odeurs (De la nature des), 151.
- Odorat (Sensibilité de 1’), 534.
- Orage du 31 mai au Havre, 47.
- Orchidée monstre ^Une), 335.
- Or en Andalousie, 286.
- Or (Nouvelles mines d’), 302.
- Ozone et la pneumonie (L’), 94.
- P
- Panama (Hygiène dans l’isthme de), 11. Panka de ventilation Ilozéiian, 141. Papier à l’époque actuelle (Le), 110. Papier dans le royaume de Siarn (Le), 382.
- Papier dentelle (Le), 22.
- Papier mâché (Le), 258.
- Pâques (Règle de Gauss pour trouver la date de), 335.
- Parallélographe (Le), 252.
- Paratonnerre en nickel, 79.
- Paratonnerres (Construction des), 323. Paris (Sol de), 415.
- Parmentier (Un précurseur de), 54. Paroxylée (Nouvelle espèce de), 351. Patin à roulettes aux États-Unis, 207. Pavage en céramite, 47.
- Pendule du monde (Le plus grand), 78. Pendule mystérieuse, 556.
- Phosphate de chaux de Mous, 286. Phosphates de Beauval (Les), 520. Photographie à grande distance (La), 211, 375.
- Photographie en ballon (La), 120, 127. Photographie instantanée, 164, 280. Photographie sans appareils, 139. Photographique de M. Fetter (Appareil', 293.
- Photographiques (Curiosités), 2ll. Pliyllades de Saint-Lô (Les), 143. Physique amusante, 271, 351.
- Physique sans appareils, 368.
- Piano à résonnateur mélodique, 254. Pigeons voyageurs en France (Les), 142. Pigeons voyageurs. Vol d’aller et retour. 306, 390.
- Pile au chlore de M. René Upward, 203. Piles Leclanché (Éclairage par les), 12. Piscine de la rue Saint-Honoré, à Paris. 129.
- Pneumatocly stères, 126.
- Pointe Charles Durier (La), 286.
- Poissons de l’Archipel malais, 264. Poissons sans cerveau, 519.
- Pompe à un seul clapet, 261.
- Pompe pour refoulement à grande hauteur, 218.
- Pompe sans piston, 175.
- Pont du Niagara (Piles en maçonnerie du), 303.
- Pont métallique en acier de Moranncs (Le), 401.
- Pont roulant de Saint-Malo (Le), 369. Pouls provisoires, 294, 406.
- Poroxylons, 367.
- Porte d’entrée du palais des Nonnes, à Uxmal (Yucatan), 359.
- Poste en Angleterre (La), 318.
- Potassium (Application du), 383.
- Poulet (Le), 562.
- Presse à copier (Nouvelle), 414. Poussières de charbon (Les), 155. Pression des liquides sur une paroi plane (Application du principe de la), 290. Priestley ^Expérience de), 238. Propulseur à réaction pour navires, 251. Protubérances solaires (Théorie des), 303.
- Provins (Flore et calcaire de), 415.
- Puits d’observation au centre de la terre, 171.
- Punaise des lits (La), 95.
- Pyrénées (Carte des), 286.
- R
- Racine cubique d’un cube parfait, 350. Rage aux États-Unis (Traitement de la), 142.
- Rage (La), 567.
- Raie électrique (Une), 399-Ramie (La), 79.
- Ramsès II (La momie de), 161.
- Rayons de lumière rouge (Sur les), 80. Récréations scientifiques, 80, 208, 293, 384, 400.
- Remontage électrique des pendules et des horloges, 191.
- Rigidité cadavérique (La), 319.
- Roues en papier (Les), 26.
- S
- Saccharine (La), 270, 334.
- Sang (Recherche médico-légale du), 3. Saumon de Californie dans le bassin de la Seine (Tentative d’acclimatement du), 160.
- Saumon de plomb du temps des Romains, 255.
- Saumon (Le), 383.
- Scelidotherium (Le), 55.
- Sel marin aux salins de Pesquiers (Récolte du), 591.
- Serpent (Suicide d’un), 315.
- Serrure à gorge captive sans ressorts, 64. Sésostris (La momie de), 161.
- Sifflet d’alarme système Amouroux, 172 Simonin (Louis), 78.
- Singes domestiques, 415.
- Siphon annulaire automatique, 107.
- Sol (Mouvements du), 584.
- Soleillet (Paul), 254.
- Soleil vert (Le), 3.
- Sonnerie électrique à cloche, 540.
- Sou avec une aiguille (Percer un), 568. Souliers (Ce que deviennent les vieux', 78.
- Spectroscope d’absorption de M. Maurice de Thierry, 3.
- Squelettes humains préhistoriques, 79. Statue colossale de M. Bartholdi, 343. Stéréoscopiques à perspective exacte (Epreuves), 15.
- Sucre de sorgho aux Etats-Unis, 414.
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- 420
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Sucre (Nouveaux emplois du), 508.
- Suez (Éclairage du canal de), 12(5.
- Suint des laines (Utilisation du), 222.
- T
- Tarsiers et les loris (Les), 155. Télégraphe Estienne, 245.
- Télégraphie électrique en Afrique, 551. Télégraphie optique dans le département de Constantine, 110.
- Téléphone à longue portée, 415. Téléphone (Théorie du), 17.
- Tempête des 15 et 16 octobre 1886 (La), 555.
- Terre (Un trou a la), 171.
- Tertiaire (Homme), 551.
- Thermomètre médical avec contrôle du zéro, 11.
- Thermomètre métallique, 518. Thermomètre pour les hautes températures, 62.
- Torpilleur sous-marin Nordenfclt, 58. Tourbe (Nouvel emploi de la), 150.
- Tour de 500 mètres (Premier projet d’une), 578.
- f Tourelles cuirassées de Saint-Chamon 1, 70.
- Tramcars par les chevaux (Traction des), 47.
- Tramways électriques, 275, 412.
- Tranchoirs (Les), 264.
- Transmission de la force par l’électricité. Expériences de M. Marcel Deprez, 152, 159.
- Transport de l’énergie, 551.
- Traversée de l’Atlantique en trois jours et demi, 151.
- Traversée de la Manche par le bateau électrique le Voila, 507.
- Tremblements de terre, 51, 145, 254, 259, 502, 402, 414.
- Trépanations préhistoriques (Les), 151.
- Tricycle à vapeur, 276.
- Trombe extraordinaire (Une), 47.
- Tunnel naturel, 585.
- Tunnel par congélation (Perforation d’un), 145.
- Tunnel sous la Tamise (Nouveau), 191.
- Tunnel sous-marin entre le Danemark et la Suède, 207.
- Typhon en Chine, 545.
- U
- Université (La plus vieille), 174.
- y
- Vélocipèdes (Vitesse des), 599. Ventilation système Gaston Bozériun (Panka de), 141.
- Ventriloques (Les), 81.
- Verre aux Etats-Unis (Une colline de) ,594. Verrous portatifs, 288.
- Vigne (Maladie de la), 65.
- Vins (Appareil pour l’essai des), 145. Vins d’Algérie, 541.
- Viticulture en Californie (La), 215. Voitures magnétiques en Chine et au Japon, 415.
- Vol des oiseaux (Le), 286.
- Voltamètre zinc-plomb, 91.
- Woodite (La), 519.
- Xochiealco au Mexique (Ruines de), 508.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAU ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Bâclé (L.). — Matériel roulant à grande vitesse construit par M. Estrade. Locomotive et wagon, 67. — Pompe pour relou-lement à grande hauteur, 218. — Graphiques de la marche des trains usités sur les lignes belges, 291.
- Batres (Lf.opoldo). — Les ruines de Xochicalco au Mexique, 508.
- Benardeau (Fabien). — L’observatoire de l’Aigoual, 522.
- Berly (J.-A.). — L’enregistreur solaire Jordan, 59. — Le Muséum d’histoire naturelle de Londres, 65. — Découverte d’un bateau préhistorique en Angleterre, 95. — Le parallélogra-phe. Appareil à tracer les hachures et autres lignes parallèles, 252. — Un nouveau cadran de compteur, 265. — Indicateur de niveau d’eau à réflexion, 520. — Distribution de la force motrice par l’air comprimé à Birmingham, 346* — Les eaux ammoniacales employées comme extincteurs d'incendie, 403.
- Blerzy (H.). — Les carras magiques, 42.
- Bleunard (A). — Le pont métallique en acier de Morauncs, 401.
- C... (Horace de). — Les allures du cheval au galop reproduites par la photographie instantanée, 164.
- Cartaz (Dr A.). —Le jeûne de M. Succi, 278.—Empoisonnement par le lait, 347.
- Charnay (Désiré). — Porte d’entrée du palais des Nonnes à Uxmal (Yucatan), 359.
- Cocrtois (Henri). — La grotte de Fingal dans Pile de Staffa, une des Hébrides, 327.
- Dehérain (P.-P.). — Culture rémunératrice du blé, 538, 354.
- Delahaye (Ph.). — Perfectionnements dans l’industrie du gaz. Four Stedman-Stanley, 175. — Le gaz à l’eau. Four américain de Strong. Appareil Dovvson, 255. — Le gaz chez soi. Appareil Giraudon, 255.—Nouvelle lampe à gaz de M. Wcn-ham, 277.
- Drouet (Francis). — La télégraphie optique dans le département de Constantine, 110.
- Durand-Gréville. — Un nouveau projet d’expédition dans les régions arctiques, 77.
- Fischer (P.). — Le scelidotherium, grand édenté fossile de l’Amérique du Sud, 33.
- Fonvielle (W. de). — L’exploitation des mines à travers les âges, 27, 108.
- Gaudry (Albert). — Bois de rennes orné de gravures des temps quaternaires, 155.
- Girard (Maurice). —Un longicorne à grandes dents, 49.
- Good (Arthur). — Les machines à calculer. Le multiplicateur automatique, 325.
- Grad (Ch.). — Le Nil, son régime et ses irrigations. Notes de voyages, 227, 571.
- Guebiiard (Adrien). —Une curieuse représentation géographique. La mappemonde carrée de M. C.-S. Peirce, 114.
- Guédon (Yves) . — La libre vulcanisée, 266. — Compas à coordonnées, système Bourjade, 290.
- Gutode (L.). — Le mouvement perpétuel et le principe d’Archimède, 79. — Siphon annulaire automatique, 107. — Système d’ouverture des écluses, 214. — Application du principe des liquides sur une paroi plane, 290. — Sur la racine cubique d’un cube parfait, 350.
- Guyot-Daubès. — Les ventriloques, 81.
- IIeckel (Dr E.). — La morue rouge, 202.
- Héjient (Félix). — Histoire de la science. À propos du frein pour navires, 586.
- IIennebert (Lieutenant-colonel). —Tourelles cuirassées de Saint-Chamond, 71. — Ecuries et étables à sol horizontal, 194. — Canon à répétition, système Maxim, 529. — Les vins d’Algérie, 541.
- Hospitalier (E.j. —Conjoncteur-disjoncteur automatique pour la charge des accumulateurs, 52. — La pile au chlore de M. René Upward, 203. — Les tramways électriques bruxellois, 275. — Le dyuamo-mammoth de M. Brush, 505.
- Joly (Charles). — La viticulture en Californie, 215.
- Klossofsky (Alexandhe). — L’électricité atmosphérique à l’Ob servatoirc d’Odessa, 230.
- Lacharrière (Marie). — Le soleil vert, 3.
- Luoste et J, Mangot (F.). —Traversée de Cherbourg à Londres exécutée en ballon, 185.
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- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Lucas (Édouard). — L’arithmétique en bâtons dans l’Inde, au temps de Clovis, 282. — Récréations scientifiques. Les Reines de l’échiquier, 299, 358.
- Maindron (Maurice).— Les dragons, 23. — Lémuriens de l’Archipel malais. Les tarsiers et les loris, 135. — Poissons de l’Archipel malais. Les tranchoirs. Les amphiprions, 264.
- Malinowski (J.). — Un nouvel emploi de la tourbe, 150.
- Mauchand (G.-A.). — Blanchiment électro-chimique des tissus par le procédé llermite, 162.
- Mareschal (G.). — Reproductions photographiques sans appareil, 139. — Remontage électrique des pendules et des horloges, 191.—La télégraphie Estienneet la sténotélégraphie, 243. — L’éclairage électrique du Palais-Royal à Paris, 275. — Méthode d’impression par l’électricité, 374.
- Martel (E.-A.). — La poudre à canon et la mesure des altitudes, 106.
- Mégnin (P.). — Sur les prétendus parasites de la mouche, 241.
- Meunier (Stanislas).— Comptes rendus des séances hebdomadaires de l’Académie des sciences, 15, 30, 46, 63, 79, 95, 111, 126, 143, 159, 175, 191, 207, 223, 239, 255, 271, 286, 303, 319, 335, 351, 367, 383, 399, 415. — Fossiles singuliers des environs de Boulogne-sur-Mer, 325.
- Meunier (Victor). — La polysarcie ou l’obésité, 167.
- Mook (Paul). — La récolte du sel marin aux salins des Pesquiers, territoire d’Hyères (Var), 391.
- Morel (Gustave). — Une molène gigantesque, 256.
- Mouillefert (P.). — Cyprès chauve d’Amérique, 31,
- Moureaux (Th.). — L’observatoire météorologique et magnétique de Perpignan, 60. — Nouvelles cartes magnétiques de la France, 123.
- Nadaillac (Le marquis de). — Les trépanations préhistoriques, 131. — La grotte de Spy, 287.
- Noguès (A.-F.). — Le cyclone du 12 mai à Madrid, 1. —Nouveau tremblement de terre en Andalousie, 143. — Valeur relative de l’argent comparée à celle de l’or, 223.
- Oustalet (F.). — La ménure-lyrc, 167.
- Pi.atania (Jean). — La récente éruption de l’Etna, 97.
- Poisson (J.). — Un nouveau fruit comestible, 37.
- Quenot (Em.). — Chemin de 1er du Champ de Mars à Surcsnes, 63.
- Reynier (Émile). — Voltamètre zinc-plomb pour régulariser et prolonger la lumière électrique, 91.
- Richou (G.). — Piscine de la rue Saint-Honoré, 129. — Perforation d’un tunnel par congélation, 145. — Dessèchement du lac Copaïs, 511.
- Rochas (A. de). — L’expression des sentiments, 247.
- Sanderval (de). — Expériences d'aviation sur le vol plané, 404.
- Tissandier (Albert). — Lettres d’Amérique. — Chicago, La Nouvelle-Orléans, Le Mississipi, Isthme de Panama, Les chutes du Niagara, 7, 103, 178, 295.
- Tissandier (Gaston). — L’électricité domestique. L’éclairage par les piles I.eclanché, 12.— Compte-gouttes posométrique, 95. — La gravure typographique par Je procédé Gillot, 99.
- — Ascensions aérostatiques, 118. — La photographie en ballon, 120.— Catastrophe de Chancelade. Photographie des galeries inaccessibles, 148, 170.-—Un troua la terre. Grand puits d’observation; projet de M. Martinez, 171. — Cadran comptes-faits, 182. — M. E. Chevreul, 197. — Curiosités photographiques, 211. — Les montagnes russes, 225. — Curieux effets de la foudre, 257. —Appareil photographique de M. Fetter, 293. — Fusil de tir pour les enfants, 316. — Les cerfs-volants japonais, 332. — cr La Liberté éclairant le monde », statue de M. Bartholdi, 343. — Bibliothèque de « La Nature » : Six mois aux États-Unis, par M. Albert Tissandier, 349. — La tempête des 15 et 16 octobre 1881, 555. — Le fluor, 555. — Le pont roulant de Saint-Malo, 569. —La photographie à grande distance, 575.
- — Paul Bert, 385. — Baromètre absolu, 396. — Les inondations du Rhône en octobre et novembre 1886, 407.
- Vion (R.).— Suicide d’un serpent, 315.
- Wincker (Dr T.-C ). — Les pigeons voyageurs. Un vol remarquable d’aller et retour, 306.
- X... (Le capitaine). — Le mesurage des nombres, 111.
- X... (Ingénieur). — Épreuves stéréoscopiques à perspective exacte, 15. — Les roues en papier, 26. — Le chemin de fer à crémaillère. Progrès réalisés dans sa construction par M. Abt, 44. — Le diplographe de M. Levesquc, 53. — La canonnière Farcv, 194. — Le cerf-volant. Théorie du cerf-volant. Un cerfwolant gigantesque, 269. — Tricycle à vapeur chauffé au pétrole, 276. — Calendrier perpétuel, 504.
- — Moteur à gaz, système Bcnz. 317. — Pendule mystérieuse, 336. — Le frein pour navires de M. Mac-Adam, 537.
- — Fourneau de campagne, 379.
- Z... (Dr). — La recherche médico-légale du sang. Grand spec-troscope d'absorption de M. Maurice de Thierry, 3. — L’Exposition d’hygiène urbaine, 18, 55, 86, 186. — Panka de ventilation, système Gaston Bozérian, 141. — Hygromètre à gélatine de M. Albert Nodon, 157. — Extraction d’une fourchette dans l’estomac par la taille stomacale, 214. —Les Cynghalais au Jardin d’Acclimatation de Paris, 231. — La science pratique. Verrous portatifs, 288.— Un géant grec* 301 • — Physique amusante. Encre changée en eau. — Vin changé en lait. La fleura trois couleurs, 351. — Les jeûnes célèbres, 394.
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- TABLE DES MATIÈRES
- N, B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans notre table en lettres italiques.
- Astronomie.
- Calendrier perpétuel (X... ingénieur)...............304
- Météorites, météores et étoiles filantes ........ 410
- Jj indépendance de Véther......................... 14
- Moyen de voir le spectre d'une étoile............. 94
- Observatoire de Nice................................127
- L’origine des mondes................................127
- Eclipses de soleil..................................206
- Une nouvelle comète.......................... 222, 303
- L’éclipse totale de la fin d'août. . ...............238
- Théorie des protubérances solaires..................303
- Découverte des comètes.............................. 3
- Physique.
- Thermomètre médical à niaxnna, avec contrôle du zéro. 11 L’électricité domestique. L’éclairage par les piles Leclan-
- ché (Gaston Tissandier)................................. 12
- Epreuves stéréoscopiques à perspective exacte (X... ingénieur)..................................................... 15
- Théorie du téléphone. Recherches de M. E. Mercadier. . 17
- Lampe électrique à arc système Pieper...................... 36
- Les appareils d’enseignement électrotechnique.............. 48
- Conjoncteur-disjoncteur automatique pour la charge des
- accumulateurs (E. H.)................................... 52
- Détermination des densités au moyen d’une balance ordinaire ................................................... 91
- Voltamètre zinc-plomb pour régulariser et prolonger la
- lumière électrique...................................... 91
- La poudre à canon et la mesure des altitudes (E. A. Martel) ......................................................106
- Siphon annulaire automatique (L. Gutode)...................107
- La télégraphie optique dans le département de Couslan-
- tine (Francis Drodet)...................................110
- Commutateur-substituteur automatique de M. L. Clerc . 128
- Reproductions photographiques sans appareils (G. Mares-
- chal)...................................................139
- Catastrophe de Chanceladc. Photographie des galeries
- inaccessibles (G. Tissandier)..................148, 171
- De la nature des odeurs. 151
- La transmission de la force par l’électricité. Expériences entre Creil et Paris. Système Marcel Deprez. ... 152
- Remontage électrique des pendules et des horloges
- (G. Mareschal)......................................191
- La pile au chlore de M. René Upward (E- H.) . . . . 203
- Curiosités photographiques. L’appareil portatif de M. En-jalbert. Les photographies à distance. Les illusions
- photographiques (G. Tissandier).....................211
- Allumoir électrique pour les becs de gaz................224
- Piano à résonnateur mélodique...........................234
- Le télégraphe Estienne et la sténotélégraphie...........243
- Appareil photographique de M. Fetter iG. T.)............293
- La dynamo-mammoth de M. Brush (E. II.)..................305
- La construction des paratonnerres.......................323
- Les machines à calculer. Le multiplicateur-automatique
- (Arthur Good)........................................323
- La télégraphie électrique en Afrique....................331
- Électricité domestique..................................340
- Physique sans appareils. La dureté des corps. Percer un
- sou avec une aiguille . .............................568
- Méthode d’impression par l’électricité (G. Mareschal) . . 374
- La photographie à grande distance (Gaston Tissandier). . 375
- Machine Edison pouvant actionner 1000 lampes .... 387
- Baromètre absolu (G. T.)................................396
- Les voitures magnétiques en Chine et au Japon (N. de T.) 415
- Téléphone à longue portée...............................415
- Densités des gaz liquéfiés et de leurs vapeurs suturées ................................................... 14
- La vitesse d'écoulement de Veau déterminée photographiquement ................................... ... 62
- Thermomètre pour les hautes températures .... 62
- Histoire physique du fer................................ 62
- Paratonnerre en nickel.................................. 79
- La musique et la science................................ 79
- Transport de l'énergie................................. 159
- La lumière électrique à l'Opéra.........................207
- L’électricité dans la maison de Mécène..................258
- Phénomène d’acoustique..................................271
- l'amalgamation du cuivre et les miroirs japonais. 518
- Métronome rationnel.....................................336
- Liquides évaporés au moyen de l’état sphéroidal . . 385
- Sur l’emploi des lampes à pétrole ........ 398
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- AU
- TABfiE DES MATIÈRE^.
- Chimie.
- La recherche médico-légale du sang. Grand spectroscope
- d’absorption de M. Maurice de Thierry (l)r Z...) ... 5
- La lanoline............................................. 55
- Nouvelles amorces électriques de M. Ruggicri et appareil
- de vérification rapide de M. Ducrctet................ 51
- Recherches pour isoler le fluor (II. Moissan)........... 94
- Compte-gouttes posométrique (G. T.)..................... 95
- La gravure typographique par les procédés Gillot
- (G. Tissandieii)..................................... 99
- L’aluminium.............................................140
- La fibre vulcanisée (Yves Guédon)..............159, 266
- Un nouvel emploi de la tourbe (J. Malinowski) .... 151
- Blanchiment électro-chimique des tissus (G.-A. Marchand). 162 Le gaz à l’eau. Four américain de Strong. Appareil
- Dowson (Pu. Delahayf.)...............................235
- Le papier mâché.........................................258
- La saccharine..................................0, 534
- Photographie instantanée et héliogravure................280
- L’écorce de coto et la cotoïnc..........................563
- Le fluor (Gaston Tissandier).......................... 565
- Aération des eaux souterraines servant à l’alimentation
- des villes...........................................567
- La récolte du sel marin aux salins des Pesquiers, territoire
- d’IIyères (Yar) (Paul mook)..........................391
- Les eaux ammoniacales employées comme extincteurs d’incendie (J.-A. B.)......................................403
- Le fluor....................................15, 127, 383
- Alliage d'aluminium..................................... 50
- L’ozone et la pneumonie................................. 94
- Beurre rance.......................................... 94
- Le papier à l'époque actuelle...........................110
- Asparagine droite.......................................126
- Appareil pour l'essai des vins..........................143
- Procédé pour reconnaître la margarine...................159
- Le chromalomètre........................................159
- Un nouveau procédé d’argenture..........................175
- L’huile de bois.........................................207
- Utilisation du suint des laines.........................222
- Conservation des substances alimentaires................225
- Expérience de Priestley répétée avec des animaux
- et des végétaux aquatiques...........................238
- L’huile de mais.........................................286
- La woodite..............................................319
- Le papier dans le royaume de Siani......................382
- Application du potassium................................385
- Nouveaux emplois du sucre...............................599
- Sucre de sorgho aux États-Unis........................ 414
- Météorologie. — Physique du globe. Géologie. — Minéralogie.
- Le cyclone du 12 mai 1886 à Madrid (A.-F. Noguès). . 1
- Le soleil vert (Marie Lacharrière)........................ 3
- La grêle à Bordeaux le 26 mai 1886.................... 13
- L’observatoire du Sonnblick le plus élevé de l’Europe . 55
- L’enregistreur solaire Jordan............................ 59
- L’observatoire météorologique et magnétique de Perpignan (Th. Modreaux)..................................... 60
- La récente éruption de l’Etna (Jean Platania)............ 97
- Nouvelles cartes magnétiques de la France (Th. M oureaux) . 123
- Nouveaux tremblements de terre en Andalousie (A.-F.
- Noguès)...............................................1^3
- Hygromètre à gélatine de M. Albert Nodon (Ur Z...). . . 157
- L’éruption volcanique de la Nouvelle-Zelande du 10
- juin 1886 ............................................209
- L’électricité atmosphérique à l’observatoire d’Odessa
- (Alexandre Klossofsky).............................. 231
- Curieux effets de la foudre (G. T.)......................257
- Le tremblement de terre des Etats-Unis du 31
- La roche de Foutenailles. L’alaise du Calvados.............289
- Glaciers des Alpes................................
- L observatoire de l’Aigoual (Farien Renardeau)....
- I.e charbon en Europe. Production. Consommation, Stock. La grotte de Fingal dans Pile de Slafla (Henri Courtois) .
- Le typhon en Chine du 14 août 1886 ...............
- Thermomètre métallique............................
- La tempête des 15 et 16 octobre 1886 (G T.'.......
- Une colline de verre..............................
- Baromètre absolu (G. T.)..........................
- Inondations du Rhône en octobre et novembre 1886. (G .T.).
- Halos solaires....................................
- La neige dans un bal..............................
- Etude expérimentale des tremblements de terre. , .
- La lune et le vent................................
- Le gypse des fausses glaises......................
- L'orage du 31 mai au Havre........................
- Une trombe extraordinaire.........................
- La barre du Sénégal...............................
- Géologie pyrénéenne...............................
- L'éruption de l’Etna..............................
- Influence de la lune sur le temps.................
- Etude des courants océanique s....................
- Photographie d'éclairs.......................126,
- Sur le niveau de la mer...........................
- Phénomènes météorologiques à Alger................
- Les phyllades de Saint-LÔ.........................
- Météore...........................................
- Tremblements de terre........................ 254,
- L’or en Andalousie...................'............
- Le phosphate de chaux de Mous.....................
- Dessèchement spontané de l’Asie centrale..........
- Nouvelles mines d’or..............................
- Météorologie des Vosges et du Haut-B/iin..........
- Les phosphates de Beauval.........................
- Crépuscule rouge..................................
- Nouvelle météorite..................................
- Les plus grandes baisses barométriques............
- Substance singulière recueillie après un coup de
- foudre.......................................... .
- Un tunnel naturel.................................
- Choix de la foudre pour certains arbres...........
- Mouvements du sol.................................
- Incendies des forêts..............................
- Matière pondérable de la foudre...................
- Le calcaire grossier marin de Promus..............
- Le sol de Paris...................................
- 299
- 321
- 526
- 527 345 348 553 594 396 407
- 15
- 50 31
- 51
- 46
- 47 47 63 63 63 79
- 126
- 159
- 126
- 142
- 143 143 414 286 286 286 502 519 320 335 551 566
- 367
- 583 383
- 584 599 399 415 415
- Science» naturelle». — Zoologie. — Uotaniquc.
- Paléontologie.
- Un dénombrement de moucherons. . . ................. 10
- Les dragons (Maurice Maindron)......................... 23
- Cyprès chauve d'Amérique (P. Mouillefert).............. 31
- Le scelidotherium. Le grand édenté fossile de l’Amérique
- du Nord (P. Fischer)................................ 33
- Un nouveau fruit comestible (J. Poisson)............... 37
- Nid de fauvette........................................ 40
- Longicorne à grandes dents (Maurice Girard)............ 49
- Le Muséum d’histoire naturelle de Londres (J.-A. Bkri.y). 65 Lémuriens de l’Archipel malais. Les tarsiers et les loris
- (Maurice Maindron)..................................138
- La ménure-lyre (E. Oustalet)...........................167
- Tronc de chêne gigantesque retiré du Rhône.............177
- Sur les prétendus parasites des mouches (P. Mégnin ). . 241
- Une molène gigantesque (Gustave Morel).................256
- Poissons de l'Archipel malais. Les tranchoirs. Lss amphi-
- prions (Maurice Maindron)...........................264
- Les pigeons voyageurs. Un vol remarquable d’aller et retour (Dr T. C. Wincker), (Ch.-A. Sibillot) . . 306, 390
- Suicide d’un serpent (R. Yion).........................515
- Fossiles singuliers des environs de Boulogne-suivMer
- (S. Meunier)........................................525
- Bois de résonance......................................378
- Culture des fuchsias...................................397
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- TABLE DES MATIÈRES.
- 425
- Un nouveau caoutchouc ................................598
- Bilobites jurassiques................................. 15
- Les graines du diable................................. 50
- Les borma et leur fructification...................... 40
- Action de la lumière sur les animaux dépourvus
- d'yeux............................................. 47
- Le laboratoire zoologique de Marseille................ 05
- Squelettes humains préhistoriques..................... 79
- La flore fossile d'Aix................................ 95
- Coquilles fossiles des grottes de Menton.............. 95
- La punaise des lits................................... 95
- Les beaux-arts fossiles...............................127
- Les pigeons voyageurs en France.......................142
- Reviviscence des anguillules..........................145
- Le lait des pigeons...................................145
- Collections recueillies par la mission de l'Ouest
- africain...........................................158
- La flore du Congo.....................................159
- Les araignées aéronaules..............................191
- Essaim d’insectes.....................................259
- Curieuse capture d’un albatros........................255
- Système nerveux des mollusques........................505
- Embryogénie des insectes............................. 505
- Poisson sans cerveau..................................519
- Une orchidée monstre..................................555
- Les aigles et la lumière électrique...................555
- Nouvelle espèce de paroxylée..........................551
- La tige des poroxylons................................507
- Le saumon.............................................585
- Raie électrique (Une).................................599
- La faune des grottes de Menton...................... 400
- Les singes domestiques................................415
- La flore de Provins...................................415
- (cojjçrapliic. — Voyages «l'exploration.
- Lettres d’Amérique. Chicago. Les abattoirs. Les chantiers de bois et les parcs. La Nouvelle-Orléans. Le Slississipi. Isthme de Panama. Les chutes du Niagara en été et en hiver (Albert Tissandier) 0, 105, 178, 295 Un nouveau projet d'expédition dans les régions arctiques
- (Durand-Gréville)..................................... 77
- Une curieuse représentation géographique. La mappemonde carrée de M. C. S. Peirce (Adrien Guébhaiid). . 114
- Le Nil, son régime et ses irrigations, notes de voyage
- (Charles Grad)................................... 227, 571
- L’émigration aux Etats-Unis......................... . 506
- Nouvelle exploration d’Alaska............................558
- Voyage à travers l’Afrique...............................406
- Les Allemands à l’étranger............................... 14
- La mission scientifique de l'Ouest africain.............. 95
- Exposition Savorgnan de Rrazza...........................111
- Passage des rapides du Niagara...........................258
- Le centenaire de la Nouvelle-Galles du Sud . . 255
- Carte des Pyrénées.......................................286
- La pointe Charles Durier.................. . .... 286
- Anthropologie. — Ethnographie. — Sciences préhistoriques.
- Découverte d’un bateau préhistorique en Angleterre
- (J.-A. Berly)......................................... 95
- Les trépanations préhistoriques (JP8 de Naiiaillac) . . . 152 Bois de renne orné de gravures des temps quaternaires
- (Albert Gaüdry)........................................155
- Les fouilles en Egypte et la momie de Ramsès II (Sésostris) 161 Les Cynghalais au Jardin d’Acclimatation de Paris (Dr Z...) 251
- La grotte de Spy (Mu de Nadaillac)........................287
- Les ruines de Xochicalco au Mexique (Leopoldo Batres).' 308 Porte d’entrée du palais des Nonnes à Uxmal (Yucatan)
- (Désiré Ciiarnay)......................................359
- Découverte d’un saumon de plomb du temps des Romains .................................. ...... 255
- Danse guerrière dans les Basses-Alpes............... 534, 582
- Briards d’avant l’histoire...............................535
- L’homme tertiaire........................................551
- Beaux-arts fossiles......................................415
- Nlécaniffuc. — Art «le l’ingénieur. — Travaux puhltos. — Arts in«lustriels.
- Le papier dentelle........................................ 25
- Les roues en papier (X.., ingénieur)....................... 26
- L’exploitation des mines à travers les âges. Les progrès
- dus aux mines (W. de Fonvielle).................27, 108
- Industrie de la bonneterie. Les jerseys sur les métiers
- circulaires............................................ 58
- Le chemin de fer à crémaillère. Progrès réalisés dans la
- construction par JI. Abt(X... ingénieur)............... 44
- Le diplographe de M. Lcvesque (X... ingénieur). ... 55
- Bâtiments en tôles embouties............................... 54
- Le moteur animé et le moteur à vapeur.................... 55
- Chemin de fer du Champ de Mars à Suresnes................ 63
- Serrure à gorges captives sans ressorts.................... 63
- Matériel roulant à grande vitesse construit par JI. Estrade.
- Locomotive et xvagon L. B.............................. 67
- Explosion de gaz naturel à Jlurrayville (Pensylvanie). . 75
- Le mouvement perpétuel et le principe d’Archimède
- (L. Gutode)................................................ 79
- Piscine de la rue Saint-llonoré à Paris (G- Bichou). . . 129 La traversée de l’Atlantique en trois jours et demi. . . 150 Pankade ventilation. Système Gaston Bozérian (Dr Z...). 141
- Perforation d’un tunnel par congélation (G. Richou) . . 145
- La catastrophe de Chancelade et les photographies de
- JI. Langlois (G. Tissandier)....................148, 171
- Les poussières de charbon dans les mines de houille . . 155
- Un trou à la terre. Grand puits d’observation. Projet de
- JI. Jlartincz (G. T.)..................................171
- Sifflet d’alarme, système Amouroux.........................172
- Perfectionnements dans l’industrie du gaz. Four Stedman-
- Stanley (Pu. Delaiiaye)................................175
- Cadran comptes-faits (G. T.).............................’ 182
- Système d’ouverture des écluses (L. Gutode)..............215
- Le ferrage des chevaux par l’électricité.................215
- Pompe pour refoulement à grande hauteur (L. B.). . . 218
- Le parallélographe, appareil à tracer les hachures et
- autres lignes parallèles (J .-A. Berly)................252
- Le gaz chez soi. Appareil Giraudon (Pu. Delaiiaye) . . . 255
- Elévateur hydraulique ou pompe à un seul clapet de
- MM. du Jlarais et de la Grée.........................261
- Un nouveau cadran de compteur (J.-A. B.)...................265
- La fibre vulcanisée (Yves Guédon)..........................266
- Les tramways électriques bruxellois (E. II.).............275
- Eclairage électrique du théâtre du Palais-Royal à Paris
- (G. M.)................................................275
- Tricycle à vapeur chauffé au pétrole.......................276
- Nouvelle lampe à gaz de JI. Wenham (Pii. Delaiiaye). . 277
- Verrous portatifs (Dr Z...)................................288
- Application du principe de la pression des liquides sur
- une paroi plane (L. Gutode)............................290
- Compas à coordonnées système Bourjade (Y. Guédon) . . 290
- Graphiques de la marche des trains usités sur les lignes
- belges (L. B.).........................................291
- Ponts provisoires .........................................294
- Dessèchement du lac Copaïs (G. Riciiou).................. 310
- Jloteur à gaz système Benz (X... ingénieur)..............517
- Indicateur de niveau d’eau à réflexion (J.-A. B.). . . . 320
- Locomotive à gaz...........................................530
- Pendule mystérieuse (X... ingénieur).......................336
- Distribution de la force motrice par l’air comprimé à
- Birmingham (J.-A- Berly)...............................546
- Jloteur à coke et à air chaud, système Bénier..............561
- Le pont roulant de Saint-Jlalo (Gaston Tissandier). . . 569
- Le premier projet d’un monument de 300 mètres. . . 578
- Le pont métallique en acier de Jlorannes (A. Bleunard) . 401
- Tramway électrique de Blackpool (E. H.)....................412
- Un manomètre de sûreté.................................... 50
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- 426
- TABLE DES MATIÈRES.
- La traction des tramcars par les chevaux............
- Pavage en céramite..................................
- Machine à laver les escarbilles.....................
- Le plus grand pendule du monde......................
- L'éclairage du canal de Sues........................
- Le chemin de fer électrique de Minneapolis..........
- La plus puissante machine du monde..................
- Pompe sans piston...................................
- Nouveau tunnel sous la Tamise.......................
- Le patin à roulettes aux Etats-Unis.................
- Tunnel sous-marin entre le Danemark et la Suède .
- Un allume-cigares...................................
- Le chemin de fer de Merv dans le Turkestan. . . . Remplacement des piles en maçonnerie du pont suspendu du Niagara....................................
- Le transport de l'énergie...........................
- Chemin de fer du Corcovado..........................
- Vitesse de vélocipèdes..............................
- Nouvelle preese à copier............................
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- L'hygiène dans l’isthme de Panama...................
- L’Exposition d’hygiène urbaine. L’aération, l’éclairage et l’orientation des habitations; les appareils de désinfection ; le service des eaux de Paris. Les appareils de salubrité dans les habitations (Dr Z...). 18, 55, 86,
- Un précurseur de Parmentier.........................
- Les ventriloques (Guyot-Daubès).....................
- Les médicaments nouveaux. — La spartéinc. — I/audi-
- rine. — L’anodirinc. ............................
- Les allures du cheval au galop reproduites par la photographie instantanée (Horace de C...)...............
- La polysarcie ou l’obésité (Victor Meunier).........
- La morue rouge (Dr E. Heckei.)......................
- Extraction d’une fourchette dans l'estomac par la taille
- stomacale (Dr Z...)..............................
- L’expression des sentiments (Albert de Rochas) . . .
- Le jeûne de M. Sucei (Dr A. Cartaz).................
- Un géant grec (I)r Z...)............................
- Empoisonnement par le lait (I)1' A. Cartaz).........
- L’acide salicylique, son action sur l’économie. ...
- Les jeunes célèbres (IPZ...)........................
- Mode d’action des anesthésiques.....................
- Nouvel emploi de l'électricité......................
- Embryogénie.........................................
- Pneumatoclystères...................................
- Le choléra de Marseille.............................
- Le traitement de la rage aux Etats-Unis, ....
- Le vol de l'oiseau..................................
- La composition chimique de l’homme..................
- Histoire des microbes. . . ........................
- La rigidité cadavérique......................
- Sensibilité de l'odorat.............................
- La rage. . .........................................
- Infection bactéridique des arthropodes..............
- Origine de la chaleur animale.......................
- Agriculture. —- Acclimatation.
- Pisciculture, etc.
- Le bétail américain en France.......................
- Tentative d’acclimatement du saumon de Californie dans
- le bassin de la Seine (Eugène Juillerat).........
- Ecuries et étables à sol horizontal (Lieutenant-colonel
- Hennebert).......................................
- La viticulture en Californie (Charles Joly).........
- Laculture rémunératrice du blé (P.-P.Dehérain).5û5,358,
- Les vins d’Algérie (E. Hennebert)...................
- La décortication mécanique des textiles.............
- Mesure des surfaces radiculaires....................
- Dessèchement des marais en Russie...................
- Maladie de la vigne...................................... 63
- Composition de la betterave.............................. 63
- La ramie................................... .... 79
- Art militaire. — Marine.
- Torpilleur sous-marin Nordcnfclt......................... 33
- Tourelles cuirassées de Saint-Chamoud (Lieutenant-colonel Hennebert)........................................ 7()
- La traversée de l’Atlantique en trois jours et demi. . . 130
- La canonnière Farcy (X..., ingénieur)....................193
- Écuries et étables à sol horizontal (Lieutenant-colonel
- Hennebert)............................................194
- Le ferrage des chevaux par l’électricité..............215
- Propulseur à réaction pour navires.......................251
- « La Gascogne », nouveau transatlantique.................282
- Le frein pour navires de M. Mac-Adam..................302
- La traversée de la Manche par le bateau électrique « Le
- Voila »...............................................307
- Le lancement du « lloclie ». navire cuirassé français de
- premier rang..........................................315
- Fusil de tir pour les enfants (G. T.)....................316
- Canons à répétition système Maxim (Lieutenant-colonel
- Hennebert)............................................329
- Le frein pour navires de M. Mac-Adam (X..., ingénieur). 337
- Fourneau de campagne (X..., ingénieur)...................379
- A propos du frein pour navires (Félix Hément)............386
- Plates-formes et batteries cuirassées roulantes..........387
- La navigation de plaisance et les moteurs à gaz. . 95
- Le premier \canon anglais de 110 tonnes..................207
- La traversée de la Manche en navire électrique. . . 270
- Emploi des chiens dans l’art militaire. . . . 350, 366
- Aéronautique.
- Ascensions aérostaliques (G. Tissandieu)...................118
- La photographie en ballon (G. Tissandier)..................120
- Traversée de Cherbourg à Londres exécutée en ballon
- (F. Liioste et J. Maxgot)...............................183
- Le cerf-volant. Théorie du cerf-volant. Un cerf-volant
- gigantesque (X..., ingénieur)...........................269
- Les cerfs-volants japonais (G. T.).........................332
- Expériences d’aviation sur le vol plané (de Sandervai.). . 404
- Photographie aérostatique..................................127
- Aréonaulique...............................................206
- Le vol des oiseaux....................................... 286
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- Bouquet.................................................... 30
- Louis Simonin.............................................. 78
- Laguerre........................................191, 206
- M. E. Chevreul à propos de son centenaire (G. Tissandier). 197
- La médaille de M. Chevreul.................................239
- Maurice Girard (G. T.).....................................254
- Paul Soleillet.............................................254
- Jules Duboscq............................................ 502
- Ernest Desjardins......................................... 566
- .1 ules Bouis........................................ . 366
- Paul Bert (G. Tissandier, Stanislas Meunier). . . 385, 399 J,es fêtes du centenaire de M. Chevreul....................222
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- Académie des sciences. Comptes rendus des séances hebdomadaires par S. Meunier, 11, 30, 46, 63, 79, 95,111,
- 126, 143, 159, 175, 191, 207, 223, 259, 255, 271,
- 286, 305 , 519, 335, 351, 567, 383, 599 . . . . . . 413
- 47
- 47
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- 581
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- TABLE DES MATIÈRES.
- 427
- L’Exposition d’hygiène urbaine (Dr Z...)................... 18
- L’Exposition canine de 1886. Les griffons d’arrêt. . . 113
- L’Association française pour l’avancement des sciences.
- Quinzième session. Congrès de Nancy.............194
- Exposition flottante..............................126
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Récréations scientifiques. Les carrés magiques (U. Bi.erzy). 42
- Merveilles de l’adresse manuelle............................. 39
- Récréations scientifiques. Sur les rayons de la lumière rouge. — Le problème des quatre allumettes. — Le centre de gravité. — Les reines de l’échiquier. — Perforations naturelles des noisettes, 80,208,299, 384, 400
- Le mesurage des nombres (Capitaine X.)...................111
- Valeur relative de l’argent comparée à celle de l’or
- (A.-F. Noguès). . .............................223
- Les montagnes russes (Gaston Tissandier) ...................225
- Physique amusante. Une fleur qui lance de l’eau. . . 271
- L’arithmétique en bâtons dans l’Inde au temps de Clovis
- (Édouard Lucas)......................................... 282
- Récréations scientifiques. — Les reines de l’échiquier (Edouard Lucas)................................. 299, 558
- « La Liberté éclairant le monde », statue colossale de
- M. Bartholdi (G. Tissandier).......................543
- La racine cubique d’un cube parfait (L. Gutode). . . . 350 Physique amusante. Encre changée en eau. Vin changé
- en lait. La fleur â trois couleurs.................351
- Le poulet...................................... . 362
- La cavalerie de la Compagnie générale des omnibus. . . 374
- Ce que deviennent les vieux souliers................... 78
- Consommation de l’ivoire...............................107
- Statistique de la consommation des allumettes chimiques.............................................159
- La plus vieille Université............................ 174
- La ville de Londres................................... 174
- La poste en Angleterre.................................518
- Une société originale..................................534
- Règle de Gauss pour trouver la date de Pâques. . . 555
- Bibliographie.
- Bibliothèque de « La Nature » — Six mois aux Etats-Unis, par M. Albert Tisaaxdier. — L’éclairage, par
- M. Ph. Delahaye.................. ... 349, 366
- I Annuaire géologique..............................127
- FIN DES TABLES.
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- ERRATA
- Page 50, col. 1, ligne 17 Page 97, col. 2, ligne 7.
- Page 107, col 2, ligne 51. Page 124 et 1^.
- Page 149. Légende de la ligure 5.
- Page 149, col. 1, ligne 35.
- rage 170, col. I, ligne 58.
- Au lieu de : Tamarin. il faut : Tamaris.
- Au lieu de : on a constaté de nombreuses petites éruptions de jets de cendres vomies par le cratère central.
- il faut : on a constaté de nombreuses petites émissions de cendres par le cratère central.
- ^1m lieu de: 65000 éléphants. il faut : 6500.
- La carte de la figure 2 doit être substituée à celle de la figure 5 et inversement.
- Au lieu de : montrant la tète du cadavre.
- il faut : montrant l’apparence d’une tête.
- Au lieu de : montre la tête du cadavre.
- il faut : montre l’apparence d’une tête. (Voy. l’article rectificatif de la page 170.)
- Au lieu de : la grande branche du siphon. il faut : la petite branche.
- Page 176, col. 1, lignes 48 • et 49.
- Page 208, col, 2, page 26.
- Page 504, col. 2, dans toute la colonne du texte.
- Page 556, col. 2, ligne 29.
- Au lieu de : le liquide monte peu à peu dans la grande branche et il arrive bientôt à s'écouler par la petite... il faut : le liquide monte peu à peu dans la petite branche et il arrive bientôt à s’écouler par la grande...
- Au lieu de : le centre de gravité est situé sur le prolongement de l’axe du crayon. il faut : sur la verticale passant par le point d'appui.
- Au lieu de : manchon B.
- 11 faut : manchon C.
- Au lieu de : La grande sphère accomplit, comme notre planète, son mouvement complet en
- 12 heures.
- il faut : La grande sphère tourne comme notre planète, mais accomplit son mouvement complet en 12 heures. .
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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