La Nature
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- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
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- El UE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- HONORÉ PAR M. LE MINISTRE DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE D’UNE SOUSCRIPTION POUR LES BIBLIOTHÈQUES POPULAIRES ET SCOLAIRES
- REDACTEUR EN CHEF
- GASTON TISSANDIER
- QUINZIEME ANNEE
- 1887
- RREMIER SEMESTRE
- PARIS
- 0. MASSON, ÉDITEUR
- LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 120
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- 15° ANNÉE.
- N° 703.
- 4 DÉCEMBRE 1880.
- LA NATURE
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIS
- PÈCHES ET PÊCHERIES DE L’ANXAM
- LA PÈCHE AU DAUPHIN (i)ERN'IER article scientifique de JI. PAUL bert)
- Dans une de nos précédentes livraisons *, rendant hommage au maître que la science vient de perdre, nous disions que M. Paul Bert était doué d’une puissance de travail extraordinaire, et que, malgré les agitations de la vie politique, il ne perdait jamais de vue les intérêts de la science. Nous étions loin de nous douter alors de la touchante confirmation que nous allions recevoir à ce sujet.
- Deux jours après la publication de notre article, le i'2 novembre, nous recevions une lettre du Tonkin avec la mention imprimée sur l’enveloppe : Résidence générale de la République française en Arinam et au Tonkin, et notre adresse de la main même de M. Paul Bert, dont nous avions appris la mort huit jours auparavant.
- Cette lettre, qui constitue une notice des plus intéressantes, ne comprend pas moins de six grandes pages entièrement écrites par M.: Paul Bert. Elle est destinée à nos lecteurs, et se rattache, comnae on va le voir, à des observations de pêches, présentées sous celte forme claire, agréable et parfois enjouée dont l’écrivain avait le secret.
- Fig. 1. — Fac-similé de l’en-tête de la lettre de M. Paul Bert, adressée à La Nature, de Thuan-An (Annam), le 27 septembre 1886.
- Daté de Thuan-An, près de Hué, 27 septembre 1880, l’article que nous nous empressons de publier est assurément la dernière œuvre scientifique.de M. Paul Bert. 11 a été écrit dans des circonstances dramatiques, qui sont indiquées par la phrase écrite dans l’en-tète de la lettre. « Bloqué par une tempête, qui rend infranchissables à la fois la barre et le col des Nuages, déjà si dur par le beau temps : télégraphe coupé, pluie tropicale. » (Voy. le fac-similé ci-dessus (fig. 1).
- Arrêté par la tourmente, M. Paul Bert, peut-être déjà menacé du mal qui allait causer sa mort, prenait la plume et retraçait le souvenir des curieux spectacles auxquels il avait assisté les jours précédents. Il y avait toujours en lui le naturaliste qui observe et le savant qui étudie. Nous reproduisons cet écrit posthume dont nous gardons précieusement le manuscrit autographe comme un pieux souvenir. Gaston Tissandier.
- 1 Voy. n" 703, du 20 novembre 1886. loa année. — 1er semestre,.
- Je ne sais si l’étonnant spectacle auquel je viens d'assister a déjà été décrit avec quelques détails. Vous jugerez si mon récit vaut la peine d’être mis sous les yeux des lecteurs de La Nature.
- La baie de Thuan-An et la rivière de Hué sont riches en poissons de toutes sortes, dont la prodigieuse consommation qu’en font les Annamites ne parait nullement diminuer le nombre. Les engins de pêche sont des plus variés. Du haut des sampans amarrés sur la rive, les gamins jettent à l’eau et en retirent, par un mouvement rythmé, des lignes armées de cinq ou six hameçons de cuivre ; à chaque relèvement, trois ou quatre petits poissons sont hissés tout frétillants.
- Au large, les hommes font une pèche plus sérieuse. Leur longue ligne de soie passe par un anneau au bout de la canne à pêche, et ils l’enroulent
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- ou la déroulent autour de rivière, de grands sampans courant, laissant tous ensemble plonger dans l’eau, et retirant tous ensemble. un vaste fdet suspendu au bout d'une longue vergue. Dans la baie, les sampans se disposent circu-lairement et convergent très lentement vers le centre. A bord, les pécheurs font vacarme en frappant sur des bambous, et le poisson se resserre ; les grands filets des-eendent alors, pour se relever
- a main droite. Dans la descendent de front le
- Fig. i. — La pèche au dauphin dans la baie de Thuan-Au iTonkiiè.
- A. Tète du 'dauphin qui charge sur le rivage. — B. A'ageoire dorsale pendant la culbute du dauphin. — C. Pêcheur jetant l’épervier. — D. Le gamin ou (jnio qui jette le bâton. — II. Cocotier coupé par un obus. — F. Fort du cocotier.
- (D’après un croquis de M. Paul Bcrt.i
- chargés de poissons, quand ils sont presque au contact. Enfin la baie est remplie de pêcheries permanentes consistant soit en filets tendus sur des pieux, soit en murailles de bambous dessinant des triangles de plusieurs centaines de mètres de longueur que termine une sorte de nasse où entre le poisson qui remonte le courant.
- Tout cela est intéressant, mais on en voit autant dans toutes les rivières de l’Annam et du Tonkin.
- Voici mieux. Une espèce de dauphin hante les eaux de la baie. Sa taille atteint 5 à 4 migres; il est alors d’un blanc de lait, avec une belle nageoire dorsale rosée; plus jeune, il est gris clair ardoisé. Matin et soir, il s’approche du bord en petites troupes de quatre ou cinq, poursuivant des bandes d’une espèce de mulet ; le poisson cherche à lui échapper, en se réfugiant sur les bords de la plage sablonneuse et en pente douce.
- A ce moment, les pêcheurs arrivent, à moitié nus, la tête couverte d’un grand chapeau conique, qui les protège contre l’atroce soleil (fig. 5). Ils entrent dans l’eau jusqu’au genou, au-devant du dauphin. Et, au moment où celui-ci charge la bande de poissons, perpendiculairement à la rive, ils lancent de-
- Fig. 5. — Schéma des coiffures annamites. (Fac-similé du croquis de M. Paul Bert.)
- vaut lui un immense épervier de soie. Cet épervier, ils ne le drapent pas savamment «ur l'épaule gauche,
- comme font nos pêcheurs ; ils le tiennent simplement en franges de la main gauche et de la main droite. Avant de le jet-ter, ils piroucl-te n t sur eux-mêmes, accomplissant un tour entier, ce q u i leur donne une force singulière. Deux, trois éper-viers sont ainsi lancés devant chaque dauphin et superposés avec une adresse admirable : un grand bouillonnement annonce que les mulets y sont pris par douzaines.
- Le dauphin y voudrait bien mordre, déchirant le filet de ses dents aiguës. Mais au moment où le pêcheur jette l’épervier, un gamin placé à côté de lui lance contre le cétacé un bambou, retenu par une ficelle et le fait ainsi reculer de quelques mètres (fig. 2).
- Cependant, chacun trouve son compte à cette association, le pêcheur, sur qui le dauphin pousse les poissons, le dauphin, sur qui le jet de l’épervier fait refluer une partie de la bande qu’il poursuit. Aussi dauphins et pêcheurs sont-ils les meilleurs amis du monde. Dans l’eau, ils se touchent presque, sans s’effrayer ni se faire de mal. Comme au moment où le dauphin charge, sortant de l’eau sa tête ronde, au museau suraigu, il souffle et produit un certain bruit, beaucoup sont persuadés qu’il avertit ainsi les pêcheurs.
- Ceux-ci lui rendent, à l’occasion, les meilleurs offices. S’il se prend dans les filets fixes, on le relâche avec soin, sans lui en vouloir des destructions qu’il a opérées. Il y a mieux; si, par imprudence,il s’aventure sur un haut-fonds, on l’aide à se remettre à flot. C’est un collaborateur, un ami. J’ai même cru
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- remarquer que les pécheurs leur parlent dans une sorte d’incantation *.
- Aussi quand je demande si je pourrais me procurer au moins un squelette, chacun branle la tète, et nul n’oserait demander l’aide d’un Annamite. Rien ne serait plus facile que de harponner les pauvres bêtes; j’en ai vu à 5 mètres de distance. Mais il faudrait être bien seul, et mener jusqu’au bout incognito, l’opération sanglante qui réjouirait les naturalistes. Je ne crois pas cela possible, aujourd’hui que la population grouille dans la baie, population dont je m’efforce de faire une collaboratrice et une amie. Il aurait fallu profiter du moment où la presqu’île était déserte, les obus du Bayard ayant mis en fuite l’armée de Thuyet, mal rassurée par la proclamation de son chef : « Les Français ont de si mauvais projectiles qu’ils se cassent en tombant par terre. »
- Ils se cassaient, soit, mais les morceaux en étaient bons2. Paul I3ert.
- Thumi-An (Anuam), 27 septembre 1880.
- LE BÂTEAU-CANON
- M. Lampion, lieutenant de vaisseau, doit prendre prochainement la direction de l’armement et le commandement du bateau-canon en construction à la Seyne (Var).
- Ce navire a la forme d’un torpilleur, et il en possède toutes les qualités nautiques : vitesse et invisibilité; il est seulement beaucoup plus renforcé dans toutes ses parties, afin d’offrir la résistance nécessaire pour le tir du canon de 14 centimètres constituant son unique armement. Cette pièce, vrai chef-d’œuvre d’artillerie, se trouve à 8 mètres en arrière de l’étrave; elle est protégée contre les projectiles de l’ennemi par un masque en tôle d’acier formant embrasure. Le réduit du commandant se trouve adossé immédiatement après la tranche de culasse de la pièce; c’est de l’intérieur de cette carapace blindée que le commandant, au moyen d’un ingénieux mécanisme, dirigera lui-même son navire. La coque est en acier, l’avant seul diffère du type des torpilleurs. La longueur totale du navire est de 41 mètres, sa largeur au centre de 3ra,80, et à l’extrême arrière de 1m,70, son creux sur quille au pont 2“,60 ; il est entouré à l’extérieur d’un grelin en fil métallique avec cosse servant à la remorque. Vient ensuite une manche à air avec système à chapeau pour empêcher la mer de pénétrer dans l’intérieur. La machine, du système compound à deux cylindres, est de la force de 560 chevaux. Sa vitesse sera de 19 nœuds à l’heure, sa coque pèse 26 tonnes 800 ; canon et affût, 11 tonnes 500; appareil moteur, 22 tonnes. Ce petit navire est divisé en 9 compartiments étanches. Il coûtera 265000 francs; on affirme que cet engin d’un nouveau genre remplira toutes les conditions exigées par la science navale et qu’il dépassera les exigences stipulées dans le cahier des charges, tant au point de vue de la vitesse que de la stabilité et de la solidité5.
- 1 Nous rappellerons, au sujet de cette intéressante pèche au dauphin, la curieuse pêche chinoise au cormoran. — Voy. n° 25, du 22 novembre 1873, p. 396.
- 2 Le manuscrit de M. Paul Bcrt est accompagné de croquis que nous reproduisons : la figure 2 a été reconstituée d’après le désir du signataire, la figure 3 est un fac-similé.
- 5 D’après une Correspondance de Toulon au journal le Yacht.
- ASCENSEUR HYDRAULIQUE
- DES FO X T IN E T T E S
- Le canal de Neuffossé, sur lequel se trouve l'ascenseur dont nous allons donner la description, a une grande importance commerciale. Il relie en effet les ports de Calais, Dunkerque, Gravelines, au reste de la France et à la Belgique, et tous les ans plus de 12 DUO bateaux passent par cette route.
- Malheureusement au lieu dit « Les Fontinettes », à 4 kilomètres de Saint-Omer, une brusque différence de niveau de plus de 15 mètres vient mettre une entrave à la rapidité de la navigation. Il fallait en effet plus de deux heures pour traverser les cinq écluses consécutives des Fontinettes. Il y a déjà plusieurs années que, pour remédier en partie à cet état de choses, on avait affecté un jour entier pour la montée, et le jour suivant pour la descente; cela permettait de faire entrer deux ou trois bateaux à la fois dans les écluses. Malgré tout, les bateaux subissaient des retards considérables, et l’on pouvait prévoir dans un avenir assez proche, que le travail, prolongé même pendant toute la nuit, serait insuffisant pour le nombre de bateaux qui augmente sans cesse.
- L’administration des Ponts et Chaussées mit au concours en 1880 un projet d’ascenseur hydraulique permettant de transporter rapidement les bateaux d’un niveau à l’autre en le laissant toujours à flot, condition indispensable à leur conservation.
- Le projet adopté fut celui d’un ascenseur hydraulique, système Clark, modification de celui qui existe à Anderton en Angleterre. L’accident arrivé à ce dernier le 18 avril 1882 a fait apporter quelques modifications au premier projet qui offre à l’heure qu’il est les garanties les plus sérieuses de solidité.
- Nous allons donner une description aussi exacte que possible de cette œuvre gigantesque, remarquable par ses proportions immenses et par la simplicité de sa manœuvre, un seul homme suffisant à mettre en mouvement une masse pesait plus de 1 500 000 kilogrammes.
- Avant d’entrer dans de plus amples détails, il ne serait peut-être pas hors de propos de rappeler les conséquences du principe d’Archimède,
- Supposons un vase rempli d’eau jusqu’à un certain niveau qu’un trop-plein rend constant ; ce vase a un certain poids. Si nous y introduisons un corps flottant quelconque et que nous le reportions sur la balance, nous constatons qu’il pèse exactement autant : en effet il s’est échappé, par le trop-plein, un certain volume d’eau dont le poids est précisément égal à celui du corps que nous avons introduit dans le liquide.
- Il est donc établi qu’un bac rempli d’eau à un niveau constant pèsera toujours le même poids, qu’il ne contienne que de l’eau, ou qu’il renferme de plus un bateau, chargé ou non.
- Théorie de l'appareil. — L’ascenseur n’est qu’une sorte de presse hydraulique dont les pistons, abso-
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- lunient égaux, sont couronnés de bacs immenses dans lesquels viennent se placer les embarcations qu’il s’agit de transborder.
- Les deux corps de pompes, ou presses, sont réunies par un tube de communication muni d’une vanne. Deux pistons y plongent, portant chacun à sa partie supérieure un bac ou sas plein d’eau fermé par des portes mobiles ainsi que les extrémités du canal d’amont et du canal d’aval. C'est dans ces sas que l’on amène les bateaux. L’appareil est réglé de telle façon que lorsqu’un piston est au haut de sa course, l’autre est descendu à fond dans sa presse, la vanne- étant fermée. Nous supposons évidemment que chacune des deux parties mobiles, sas rempli et piston, aient le même poids. Si nous ouvrons la vanne, l’un des pistons descendra, et
- l'autre montera jusqu’à ce que, les deux sas se trouvant dans un même plan horizontal, l’équilibre soit établi. Pour faire descendre le premier piston jusqu’au bas de sa course, il faudra lui ajouter un poids supplémentaire égal au poids de l’eau contenue dans une des presses. Nous ne tenons compte ici ni des frottements, ni de l’excès de poids nécessaire pour les vaincre.
- Lorsqu’un sas sera en face du canal d’amont, l’autre en face du canal d’aval, les portes s’ouvriront, deux bateaux y prendront place; les portes fermées, le mécanicien fera la manœuvre et les deux bateaux auront changé de niveau.
- 11 est évident qu’en vertu du principe d’Archimède que nous avons invoqué tout à l'heure, un seul bateau pourra être transporté, l’autre sas étant simplement rempli d’eau.
- Fi^. 1. — Coupe de l'ascenseur îles Fontinettes.
- Tel est le principe de l’ascenseur, principe extrêmement simple comme on le voit. Mais gardons-nous de croire que tout se passe aussi facilement en pratique. Aux difficultés d’établir solidement un appareil si énorme et si sensible vinrent s’en ajouter d’autres dues au peu de solidité du terrain ; les fondations des culées et des puits ont dû être poussées jusqu’à des profondeurs considérables. Une nouvelle complication vint se joindre aux autres : la ligne de Saint-Omer à Boulogne se trouvait précisément à mi-hauteur de la colline, il fallait lui laisser passage; et, il faut le dire à la louange des ingénieurs qui ont dirigé le travail, pas un seul jour la locomotive n’a cessé de traverser les chantiers, pendant qu’au-dessus de la ligne, au-dessous, et de chaque côté se faisaient de profonds travaux de terrassement et de fondations, ou des montages d’énormes pièces métalliques.
- Entrons maintenant dans les détails de construction de l’ascenseur, dont la partie métallique a été confiée à la société des anciens établissements Cad.
- Portons-nous à la coupe (fîg. l).En A se trouve la culée qui limite le canal d’amont. Elle soutient un remblai d’environ 12 mètres de haut. Malgré une épaisseur de 5m,o0 et des fondations extrêmement profondes, des mouvements se produisaient dans la masse de terre qu’elle supporte. Lorsque l’on voulut achever le remblai, ces mouvements étaient tels qu’on a jugé nécessaire un travail de consolidation méthodique consistant dans de solides éperons en moellons bruts de Tournai, assis sur le sol naturel et prolongés jusque dans la masse du remblai. De plus pour éviter des infdtrations redoutables dans ce terrain, on a du garnir entièrement de béton la partie du canal creusée dans cette terre rapportée.
- Cette culée A supporte une extrémité de chaque
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- pont-canal de 20in,80 de portée, dont l’autre extrémité repose sur la culée G ou commence à proprement parler l’ascenseur. La ligne de chemin de 1er passe entre ces deux culées sous les aqueducs.
- En I) nous voyons un des pistons qui portent les sas. Il est formé de tronçons de fonte de 0 centimètres d’épaisseur et de 2“’,80 de haut; ces tronçons sont reliés à l’intérieur au moyen de brides boulonnées.
- La hauteur totale de chaque piston est de 17m,20 et son diamètre 2 mètres. Au sommet du piston se trouve emboîtée une pièce de fonte E formant chapiteau et destinée à porter h* sas. Gette pièce pèse
- 16 000 kilogrammes. Le sas est un immense bac de fer de 40m,50 de long et de 5m,50 de large. Il a la forme d’un parallélépipède, mais ses faces latérales sont plus hautes vers le centre, de manière à lui assurer a la fois la rigidité et la solidité. Les deux sas sont intercalés entre trois tours de maçonnerie le long desquelles se trouvent des rails, destinés à les guider. Ils sont de plus guidés en G sur la culée d’amont C. Ces derniers guides ont pour effet particulier d’empêcher le piston d’éprouver des mouvements de flexion par suite du choc de l’eau se précipitant brusquement du canal d’amont vers l’extrémité opposée du sas.
- Fig. — Ascenseur des Foniinelles. — Aspect des travaux en novembre 188G. (D'après une photographie.)
- De cette façon les sas ne peuvent subir qu’un mouvement vertical. Ils sont fermés par des portes de fer placées sur les portiques U et mues par l’eau comprimée. Ces portiques commandent en même temps les portes fermanf les extrémités du canal. Un système de crochet entraîne les deux portes correspondantes dans le même mouvement, et se détache automatiquement quand la porte du sas subit un mouvement avec lui.
- Quant au jeu inévitable qui existe entre l’extrémité du sas et celle du canal correspondant, un tube de caoutchouc fixé à ce dernier et dans lequel on injecte de l'eau comprimée, le rend étanche au moment voulu.
- En s’abaissant, le sas vient prendre place dans une
- cale épousant sa forme, et dont le radier est composé de deux plans inclinés vers le centre. Ce radier, une des parties essentielles de l’appareil, est formé d’un massif de béton dont la plus petite épaisseur est de 2 mètres. Au centre des cales, qui, différentes dé celles d’Ànderton, toujours à sec d’eau, sont les puits destinés à contenir les presses. Ces puits ont 4 mètres de diamètre intérieur, et leur revêtement est formé de tronçons de fonte. Le forage en a été particulièrement difficile; il ne faut pas oublier en effet que le fond se trouve à 23m,54 au-dessous du plan d’eau de navigation du canal, et que l’on travaillait à quelques mètres de ce canal dans un mauvais terrain. On dut employer l’air comprimé, ( car l’eau du canal filtrait dans les travaux.
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- Les presses sont faites d’une manière toute spéciale. Chacune est formée de 104 viroles d’acier laminé ayant 2m,08 de diamètre intérieur, 14 centimètres de haut et 55 millimètres d’épaisseur. Elles s’emboîtent à mi-épaisseur par une feuillure de 5 millimètres de haut. La virole supérieure et la virole inférieure sont reliées entre elles 'par des tirants boulonnés. Pour assurer l’étanchéité de cette presse, une feuille de cuivre de 3 millimètres d’épaisseur repoussée au maillet en garnit l’intérieur. Un essai a été fait sur une portion de presse ainsi construite ; une pression de 175 atmosphères, c’est-à-dire plus de sept fois la pression normale de l’appareil en service, n’a produit ni déchirure ni déformation.
- La virole inférieure est noyée dans un massif de béton de 4 mètres de diamètre, et l’espace laissé entre la presse et le puits est vide et permet de surveiller l’appareil ou de le réparer s’il y a lieu.
- A la partie supérieure se trouve le prosse-étoupes destiné à empêcher les fuites.
- D’après les chiffres donnés plus haut, nous avons vu que la presse avait un diamètre supérieur de 8 centimètres à celui du piston plongeur. C’est vers la partie supérieure, immédiatement au-dessous du presse-étoupes que se trouve le tuyau de communication des deux presses. A Anderton, un tuyau de fonte était fixé en un point de la paroi de la presse également en fonte. C’est au point où ce tuyau se raccorde qu’une déchirure se produisit.
- Cet accident détermina les ingénieurs à employer l’acier pour la presse; et de plus pour éviter l’affaiblissement de la paroi à l’endroit d’où part le tuvau de communication dont le diamètre est de 25 centimètres, on a percé dans une des viroles supérieures trente petites ouvertures dans lesquelles sont vissés des tubes d’acier qui vont rejoindre le tuyau de communication formant couronne autour de la presse. La pression est ainsi répartie sur tout le pourtour, et l’affaiblissement de la paroi est évité par des frettes d’acier cerclant le tout.
- Supposons l’appareil ainsi réglé. La presse de droite supporte un excès de poids sur celle de gauche, excès de poids qui est représenté par celui de l’eau contenue dans la presse, soit 41 tonnes ; nous avons vu de plus que pour faire baisser le piston droit à fond, il faut lui ajouter un poids égal, sans cela il resterait en équilibre au milieu de sa course; donc l’excès de poids au départ sera de 82 tonnes et cet excès diminuera à mesure que l’eau passera dans la presse de gauche, jusqu’à devenir nul.
- M. Clarck a cherché à éviter cette condition assez mauvaise en établissant ses compensateurs.
- Ce sont deux cylindres de tôle ayant même volume que les presses et placés dans les deux tours latérales. Chacun d’eux communique avec son sas par des tuyaux articulés.
- En vertu du principe des vases communiquants, le niveau est toujours le même dans un sas et son compensateur ; de sorte que le premier sas se chargera au fur et à mesure qu’il descendra du poids de
- l’eau de son compensateur; par contre, l’autre sas videra dans le sien l’excès d’eau correspondant à celui qu’acquiert sa presse. L’appareil sera donc en équilibre dans lotîtes les positions,et il suffira d’un excès de poids de 20 tonnes environ pour produire le mouvement ; de plus cela économisera 41 tonnes d’eau nécessaire sans cela pour un passage.
- Un batiment placé entre les deux sas, contient la machinerie. Une turbine de la force de 50 chevaux actionnant des pompes donnera de l’eau comprimée pour lever les portes, gonfler les joints de caoutchouc, réparer les fuites des presses, faire remonter un sas lorsqu’à cause du vent, par exemple, on les aura descendus tous deux dans leur cale.
- Sur la tour centrale se trouvera un petit pavillon ; là seront des tiges commandant toutes les vannes de l’appareil ; du haut de son poste d’ohservation, le mécanicien donnera la vie à tout cet ensemble.
- Nous venons de donner une description générale de l’ascenseur; mais, comme l’indique la gravure ci-contre (fig. 2), reproduction d’une photographie prise le 5 octobre 1880, les travaux ne sont pas encore entièrement terminés. La maçonnerie commencée en août 1883 est, finie. Nous donnerons une idée de son importance en disant qu’il y entre 5 000 000 de briques et 1000 mètres cubes de pierres de taille.
- La partie métallique comprenant les ponts-canaux et les sas est finie également; le nombre des rivets nécessaire à leur assemblage est de plus de 88 000. Comme on le voit, les sas reposent sur une charpente d’une hardiesse et d’une simplicité qui font le plus grand honneur à l’habileté de M. Ballon, l’entrepreneur des montages pour la maison Cail.
- Les presses, elles aussi, sont achevées et l’on va monter les presse-étoupes et les pistons.
- Tout fait prévoir que d’ici à quelques mois tout sera terminé, grâce à l’activité qu’ont prise les travaux conduits par M. Delachiennc, préposé par les Ponts et Chaussées à la surveillance de l’ascenseur. Qu’il me soit permis de le remercier ici de l’obligeance qu’il a mise à me communiquer les plans et les données de ce travail qui va doter notre outillage national d’un puissant engin de plus.
- P. Simon.
- LA SCIENCE AU THEATRE
- SUR UN APPAREIL PERMETTANT DE TRANSMETTRE LA MESURE A DES EXÉCUTANTS PLACÉS DE MANIÈRE A NE POINT VOIR LE CHEF D’ORCHESTRE
- La note que j’ai l’honneur de présenter à l’Académie i se rapporte à un « batteur de mesure » que j’ai combiné à la demande des directeurs de l’Opéra. L’exécution des oeuvres de musique théâtrale exige qu’à certains moments se fassent entendre, dans la coulisse, des chants, des chœurs, des parties instrumentales, et il est de la plus stricte nécessité que l’ensemble le plus parfait règne entre les musiciens dissimulés et ceux qui jouent dans
- 1 Note présentée par II. Maseart dans la séance de l’Acadé-. mie du 22 novembre 1886.
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- la salle. Il faut que le chef d’orchestre puisse tenir sous sa direction ceux qui ne le voient pas, aussi bien que ceux qui suivent les mouvements de sa baguette ; il faut, en un mot, qu’il possède un moyen de transmettre à distance les indications du rythme.
- Divers appareils ont été proposés pour atteindre ce résultat. Les uns sont de simples frappeurs électriques, dont les avertissements s’adressent à l’oreille des intéressés ; les autres comportent une véritable baguette dont le mouvement donne un signe visible. Ces appareils sont, les uns et les autres, commandés électriquement à distance par le chef d’orchestre, à la disposition duquel est un manipulateur. Les frappeurs s’entendent mal et sont insuffisants ; les baguettes oscillantes, constituant de vrais pendules, se montrent rebelles aux mouvements qui sont en désaccord avec leurs tendances, et leur inertie leur défend de changer brusquement d’allure. Le système qui m’est venu à la pensée est de la famille des signaux visibles. Il donne l’impression d’une baguette oscillante, mais il ne présente pas les inconvénients que je viens de signaler, parce qu’il repose, je dois le dire, sur une pure illusion d’optique. Sur un panneau noirci, deux sillons ont été pratiqués et forment entre eux l’angle que l’on voit ordinairement décrire à la.baguette d’un chef d’orchestre. Dans chacun de ces sillons, une règle carrée est montée de telle sorte qu’elle puisse rapidement pivoter autour de son axe d’un quart de tour et montrer alterna -tivement deux de ses faces. De ces faces alternativement apparentes, l’une est noire, comine le panneau ; l’autre est blanche. Quand, par un mouvement brusque, la face blanche est remplacée par la face noire, la règle semble disparaître ; si, en même temps, le mouvement inverse se produit pour la deuxième règle, celle-ci apparaît. L’œil, qui se porte alternativement sur celle des règles qui est blanche, croit voir une règle unique se mouvoir entre deux positions extrêmes. Un mécanisme très simple dont le principal organe est un électro-aimant, permet de produire le mouvement simultané de pivotage des deux règles, et le chef d’orchestre n’a, pour le commander à distance, qu’à appuyer sur un bouton ou une pédale en suivant le rythme qui correspond à la mesure.
- L’illusion qui constitue l’artifice auquel je me suis arrêté repose sur ce double fait, que l’œil se précipite malgré lui sur les lignes qui se détachent en blanc sur un fond noir, et que, par suite de la persistance des impressions sur la rétine, il se charge, dans sa promenade alternative, de peindre en gris le secteur compris entre les deux limites de ses excursions. J. Carpentier.
- LE DRESSAGE DES CHEVAUX RÉTIFS
- Un dresseur américain, M. Léon, qui exécute actuellement des expériences publiques à l’Aquarium de Westminster à Londres, se fait fort de dompter en quelques instants les chevaux les plus vicieux, ceux qui se sont montrés réfractaires à toutes les méthodes connues.
- Les essais qui ont eu lieu devant un nombreux public semblent avoir donné gain de cause à cette affirmation.
- Le premier soin de ce dresseur est de rendre l’élève impuissant. Il y parvient de la façon suivante :
- Le cheval, une bête rétive qui n’avait jamais voulu se laisser atteler, est amené au milieu du ring, portant un simple licol. D’une main, le dresseur en saisit la courroie; de l’autre il caresse le dos, puis la croupe de l’animal qui rue et se cabre, d’un mouvement brusque, le
- dompteur s'empare de la queue et l’attache à la courroie du licol en ramenant la tète contre le flanc. Abandonné à lui-même, le cheval se met à tourner, comme un chien jouant avec sa queue, jusqu’à ce qu’il tombe étourdi.
- Voilà donc le cheval rendu impuissant. Le dresseur lui dégage la tête, le fait relever, le caresse, le rassure, et d'un bond enfourche l’animal qui, tout ahuri de ce qui vient de lui arriver, ne songe plus à résister.
- Que si on objecte la difficulté de s’emparer de la queue d’un cheval qui rue, le danger de blessures graves pouvant résulter de sa chute, le dresseur a toute prête une autre méthode tout aussi rapide, mais moins dangereuse pour l’homme et la bête. C’est une sorte de harnais muni d’une courroie spéciale maniée à distance, qui ramène la tête contre le flanc. L’animal, dont l’une des jambes de devant a été relevée, est à terre en un clin d’œil.
- M. Léon a toute une série de procédés pour empêcher le cheval de ruer, de se cabrer, de reculer. Tous ont démontré la réelle valeur de la méthode suivie par le dresseur américain. Reste à savoir si le cheval rétif est définitivement dompté et si, une fois sorti des mains de son dompteur, il ne reprendra pas au galop son naturel vicieux '.
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- LA CATASTROPHE DE SISTERON
- La voie du chemin de fer de Marseille à Sisteron côtoie la montagne de Montgervis. Le 12 novembre 1886, à la suite des inondations de la Durance qui ont dù apporter des modifications dans le sol de ces régions, une partie de cette montagne s’est éboulée, au moment même où allait passer un train de chemin de fer venant de Marseille. Le mécanicien a fait machine arrière, mais il était trop tard pour conjurer la catastrophe : le train s’est précipité sur une voie qui s’effondrait. Deux voyageurs ont péri, le mécanicien a été tué, plusieurs autres voyageurs sont blessés. La catastrophe a eu lieu à midi à deux kilomètres de Sisteron.
- Un de nos lecteurs, M. G. Tardieu, de Sisteron, nous communique avec une communication spéciale une photographie exécutée par un autre de nos abonnés de la même localité, M. Eysseric.
- Les journaux vous ont appris, avec quelques détails, dit M. Tardieu, la catastrophe qui s’est produite sur la voie fer’-rée de Marseille à Sisteron, vers midi, tout près de cette dernière ville. Mais il est un point sur lequel aucun journal ne me paraît avoir porté son attention, c’est l’impossibilité dans laquelle s’est trouvé le malheureux mécanicien d’arrêter son train dans les 30 ou 40 mètres qu’il avait encore à parcourir, depuis le moment où il apercevait les signaux jusqu’au moment de l’accident. On a pu se convaincre que le mécanicien avait fait le nécessaire pour ralentir la marche, qu’il avait « renversé la vapeur » mais il était trop tard. Le résultat, il ne faut point en douter, eût été tout autre si le train avait été muni de freins Westinghouse. Seuls le fourgon et un wagon de troisième classe qui suivait ont été brisés. Les blessés et les morts sont des employés et des voyageurs placés sur ces deux véhicules, excepté toutefois le mécanicien et le chauffeur qui sont restés à leur poste sur la locomotive, le premier
- 1 D’après le journal VEleveur.
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- LA NATUHE
- ayant succombé, le second étant blessé. Le reste du train n a pas même déraillé. Donc avec des freins à arrêt rapide, tout malheur était évité.
- Ci-contre une photographie de la catastrophe, après
- l’enlèvement des blessés et des morts ; et après la chute dans les boues de la Durance du wagon de première que des rochers éboulés le lendemain de l’accident ont entraîné avec ce qui restait du wagon de troisième si
- La catastrophe de Sisteron. 12 novembre 1886.
- 1. Locomotive et tendcr. — 2, 3, 1. Sommet de l’éboulement. — 5. Route nationale n° 63, de Lyon à Nice. — 6. Emplacement du chemin de fer P. L. M. — 6. Talus de la voie ferrée.— 7. Boue mélangée de blocs provenant de l’éboulement. — 8, 9. Graviers et oseraies de la Durance. — 10. Wagon de première classe entraîné par la suite de l’éboulement, trois jours après la catastrophe. (D’après une photographie de M. Eysscrie.)
- endommagé. Le tender qu’on aperçoit à la suite de la locomotive est recouvert par la toiture du fourgon dont la charpente a complètement disparu en éclats très divisés (fig. ci-dessus).
- Un de nos lecteurs, M. Kiléan, secrétaire de la Société géologique de France, nous donne quelques
- détails sur la nature du terrain où la catastrophe s’est produite. L’éboulement a eu lieu dans les calcaires néocomiens. Ces calcaires de nature un peu marneuse se désagrègent facilement, ce qui explique lé peu de consistance- de la montagne.
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- LA NATURE.
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- LA PHOTOGRAPHIE EN BALLON
- A l’occasion des dernières manœuvres du 5e corps | de notre armée, l’État-Major général du Ministre de
- Fig. 2. — Vue de File Saint-Denis, prise en ballon libre à 620 me très d’altitude.
- la Guerre a fait exécuter diverses expériences d’aé- i Ion libre. Parmi ces dernières, nous mentionnerons rostation militaire, soit en ballon captif, soit en bal- j aujourd’hui les opérations photographiques.
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- LA NATURE.
- Dans une ascension libre de courte durée exécutée le 10 septembre 1886 dans le ballon le Gay-Lussac, sous la conduite de M. le commandant Renard avec MM. les commandants Coupillaud et Fribourg, on a obtenu environ une douzaine de photographies très bien réussies que nous signalons à nos lecteurs1.
- Le départ de l’aérostat a eu lieu à Clialais-Meudon à 11 h. 50 m. du matin ; le ballon a traversé Paris, suivant la direction nord-nord-est, avec une vitesse moyenne de 10 mètres à la seconde. L’altitude maxima a été de 1480 mètres. La descente s’est opérée à Tourotte, près Compiègne, h 2 h. 15 m. C’est pendant ce court trajet que les photographies ont été exécutées par M. le commandant Fribourg, chef de la photographie du Service géographique de l’armée.
- Nous citerons quelques-unes des vues les plus remarquables :
- 1° Une vue de Paris au moment où le ballon traversait la Seine à l’extrémité de l’enceinte du Point-du-Jour, à une hauteur de 580 mètres. La vue s’étend nettement jusqu’au Trocadéro.
- 2° Une vue de la région des Champs-Elysées dont l’Arc] de Triomphe occupe le centre ; elle s’étend très loin jusqu’à la Seine dans la région d’Argen-teuil; on peut, sur les bords du fleuve, compter les arbres à l’aide de la loupe (500 mètres d’altitude). Nous reproduisons ci-contre cette photographie dont nous avons été obligé de couper la partie supérieure insuffisamment reproduite sur la planche d’héliogravure typographique (fig. 1).
- 5° Vue de Levallois-Perret et d’Asnières dont les deux ponts occupent le centre ; la vue s’étend assez nette jusqu’au delà de Courbevoie. Hauteur du ballon, 600 mètres.
- 4° Vue de File Saint-Denis près de l’embouchure du canal. Fille est intéressante par la grande quantité et la netteté des détails qu’elle renferme. Hauteur 620 mètres (fig. 2)2.
- 5° Tue d’ensemble de la ville de Senlis prise à 1200 mètres de hauteur; malheureusement une légère brume qui s’étendait en ce moment au-dessous de l’aérostat a donné lieu à un voile général et la photographie manque un peu d’éclat; néanmoins, il serait possible de reconstituer avec une épreuve un plan approché de la ville.
- 6° Vue exécutée au moment où le ballon traversait l’Oise après avoir dépassé la ville de Compiègne et à une hauteur que l’on ne peut préciser, car la descente commençait (entre 1400 et 1000 mètres probablement), donnant des détails très complets sur le quartier de cavalerie et le château situé derrière. On peut remarquer l’effet du vent sur l’Oise dont les vagues se dessinent très nettement.
- L’appareil dont s’est servi M. le commandant Fribourg est une chambre en bois à tiroir tenue à la main et portant un œilleton et un guidon pour les
- 1 \oy. n° 686, du 24 juillet 1886, p. 120.
- 2 Les planches qui accompagnent, notre texte (fig. 1 et 2) sont obtenues par l’héliogravure sur les clichés photographiques. (Procédés Petit.)
- visées. Au moment de prendre la vue, l’appareil tenu à la main était appuyé sur le bord de la nacelle, et se trouvait avoir ainsi la fixité suffisante. L’obturateur est du système Thury et Amcy, l’objectif de Dallmeyer de 0m,55 de distance focale. Les plaques employées sont des plaques de Pagett.
- La netteté des clichés a été telle que l’on a pu obtenir de très belles épreuves amplifiées du format 15/18 au format 50/40.
- Ces remarquables résultats démontrent encore une fois que la photographie en ballon peut être considérée comme une application scientifique nouvelle, absolument réalisée aujourd’hui. Gaston Tissandier.
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- TRACÉS SPHYGMOGRAP 1IIQÜES
- DU POULS RADIAL PRIS EN BALLON
- AUX ALTITUDES DE 2S00 MÈTRES ET DE 3350 MÈTRES
- Les ascensions en ballon ont donné lieu à de nombreuses recherches scientifiques parmi lesquelles l’étude des phénomènes physiologiques tient une place importante. Les observateurs ont eu principalement en vue les modifications que subissent la respiration et la circulation dans les hautes régions de l’atmosphère. Leurs résultats, dont quelques-uns recueillis dans les voyages aériens mémorables, ont été enregistrés par M. Paul Bert dans son ouvrage sur la pression barométrique. On est surpris qu’aucune de ces observations ne soit accompagnée des tracés du pouls radial pris avec le sphygmographe de Marey, ainsi qu’on l’a fait dans les ascensions sur de hautes montagnes. Il n’existe, à ma connaissance, qu’un seul document de ce genre, c’est celui que M. Pozzi, professeur agrégé de la Faculté de médecine, chirurgien des hôpitaux, a recueilli dans une ascension qu’il a faite en 1875, à Lyon, et dont il a communiqué les résultats à la Société de biologie.
- Deux ascensions, auxquelles j’ai pris part cette année, m’ont fourni l’occasion de répéter cette expérience. Ma première ascension a eu lieu à Auxerre le lul'août 1886. FJle était dirigée par M. IL Lachambre, l’habile aéronaute constructeur. Partis à 4 heures et demie du soir, nous descendions près d’Estissac (Aube) vers 7 heures. Nous avions atteint rapidement 3050 mètres. C’est à l’altitude de 2800 mètres que j’ai appliqué le sphygmographe sur l’artère radiale droite deM. Lachambre. Son pouls battait 95 pulsations à la minute. J’ai obtenu le tracé suivantB (fig. 1) :
- Fig. 1.— Tracés sphygmographiques du pouls.— A. A terre, une heure après la descente. — B. A 2800 mètres d’altitude. Même artère.
- Le 21 octobre, deuxième ascension en compagnie de mon excellent ami M. Kunckel d’Ilerculais, aide-naturaliste au Muséum. Cette fois encore, M. IL Lachambre dirigeait l’expédition. M. Lhoste, l’intrépide aéronaute, assistait à notre départ de l’usine de la Villette, à 11 h. 50 m. C’est seulement à 1 heure un quart, et après une
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- LA NATURE.
- Il
- série d’oscillations assez grandes que nous avons atteint notre plus haute altitude, 5600 mètres. Le thermomètre centigrade marquait 1 degré au-dessous de zéro.Nous avons opéré notre descente à Gault (Haute-Marne). A 3550 mètres, l’appareil enregistreur appliqué sur l’artère radiale droite de M.Kunckel d'Herculais a donné le tracé suivant B (fig. 2) :
- Fig. 2.— Tracés sphygmographiques du pouls.— A. A terre, pendant le gonflement.— B. Sur la même artère,à 5350 mètres d’altitude.
- La seule inspection de ces figures montre les altérations notables que subit le pouls, quand on s’élève rapidement au delà de 2000 mètres; altérations qui se traduisent par les changements dans les différents éléments du tracé sphvgmographique. Ainsi, la ligne d'ascension restant sensiblement la même, le sommet de la pulsation est formé par un plateau très accusé, et la ligne de descente présente un dicrotisme ou rebondissement plus marqué qu’à l’état normal. La durée totale de la pulsation est plus courte. Ces caractères communs aux deux exemples que nous venons de donner, sont sous la dépendance de la diminution de la pression artérielle, dans les couches supérieures de l’atmosphère.
- Dr Philippe Rey.
- UN DÉLUGE DE PÉTROLE
- Pendant qu’en France nous nous occupons malgré nous d’inondations, nous avons à signaler à nos lecteurs une inondation d’un autre genre qui vient de se produire à Tagieff dans les régions du pétrole de Bakou. Un sondage heureux a fait surgir une source de pétrole donnant près de 5000 hectolitres par heure, et jaillissant aune hauteur supérieure à celle de la colonne Vendôme. A ce jet formidable le vent arrachait du sable imprégné d’huile, qui recouvrait les maisons de Bakou quoique la ville soit située à près de 5 kilomètres de la source. Il fut impossible d’arrêter cette rivière dont le courant augmenta pendant 8 jours, et qui, après avoir donné jusqu’à 110 000 hectolitres en un jour, diminua graduellement jusqu’à 10000, chiffre encore formidable. On estime que 500 000 hectolitres sortis de terre pendant l’inondation ont été presque entièrement perdus faute de réservoirs. Vainement on a essayé de faire entrer dans les puits une portion du ruisseau qui courait vers la mer et s’y épanchait. On peut dire sans aucune exagération que cette seule source surpasse à elle seule toutes celles qui ont fait la fortune de l’Amérique.
- Allemands et Anglais se sont‘déjà mis en mesure d’accaparer une portion de cette richesse, inattendue, inespérée, qui vient transformer les conditions économiques du travail. Laisserons-nous toutes les positions occupées prises par nos rivaux ? Il n’est que temps de nous mettre rapidement à l’œuvre si nous ne voulons être distancés.
- A Amsterdam on est en train de construire à la
- hâte un grand réservoir en fer dont la contenance sera de 80 000 hectolitres et que l’on placera dans un lieu où son inflammation ne pourra se communiquer aux autres édifices. Ce puissant réceptacle sera alimenté par des réservoirs flottants dont quelques-uns portent déjà jusqu’à 8000 hectolitres, et dont le nombre qui est de plus d’une centaine va en s’augmentant rapidement.
- Actuellement l’huile pour se rendre en Europe, est transportée par le chemin de fer construit au nord du Caucase, et à l’aide de 250 wagons-réservoirs que MM. de Rothschild frères ont fait ajouter à la hâte au matériel de leur railway.
- Il est question de simplifier encore ce transport en établissant au sud de la chaîne, le tuyau gigantesque dont notre carte représente fidèlement le trajet, et qui aura une longueur de 500 kilomètres avec un diamètre suffisant pour laisser passer chaque année en 9 mois de circulation 6 à 7 millions d’hectolitres de pétrole. Le coût de ce grand travail est
- Wa? Va,
- Taurts
- Carte des régions du pétrole de Bakou, et du tuyau de conduite projeté jusqu’à la mer .Noire.
- estimé à 50 000 000 francs, et l’acte de concession déclare que le prix de transport ne dépassera pas 1 fr. 50 par hectolitre depuis les environs de Bakou jusqu’àBatoum, ou Poti un des deux ports d’embarquement sur la mer Noire. ,
- Naturellement le déluge de pétrole n’a pu se produire sans influer sur les prix au lieu d’origine. Pendant longtemps on avait couramment 55 litres pour 10centimes. UIsveslie de Bakou du 17 octobre nous annonce que ce prix a baissé de moitié, et qu’on a maintenant 55 litres pour 5 centimes. C’est moins cher que l’eau ne l’était à Paris du temps où l’on n’avait pas encore de colonnes montantes.
- Ajoutons que depuis des milliers d’années l’existence de ces sources est connue. Quoique personne n’ait pu jusqu’à ce dernier mois se faire une idée de leur fabuleuse richesse, les adorateurs du Feu venaient déjà faire leurs dévotions sur les bords du Cydnus et de l’Araxe avant la fondation de l’Empire romain. On peut croire qu’Eschyle avait connaissance de ces phénomènes quand il choisit les roches voisines pour y placer le Vautour et le Titan.
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- LÀ N ÀTURE
- Le temple du Feu existe encore; M. Kœchlin Schwartz raconte dans son Voyage d'un touriste au Caucase, une visite qu’il fit à cet édifice, qu’habite un prêtre guèbre venu de Bombay, et ne parlant que riiimloustani. Mais les flammes qui brûlent en l’honneur d’Ormuzd sont bien maigres, à cause des travaux des usines voisines, qui ont enrichi l’homme de tout ce qu’elles ont enlevé au dieu.
- LES APPAREILS DE SAUVETAGE
- EN CAS T)’lNCENDIE
- Si notre service public d’incendie à Paris possède, comme appareils de sauvetage, un matériel de premier ordre, manœuvré par un corps d’élite, les efforts de nos vaillants sapeurs-pompiers sont loin de rencontrer, de la part de l’initiative privée, l’aide à laquelle on serait en droit de s’attendre. Malgré la rapidité avec laquelle les secours arrivent, le terrible fléau marche quelquefois plus vite qu’eux, et, les appareils de lutte étant devenus inutiles, il ne reste plus, pour les habitants menacés, qu’à chercher leur salut dans la fuite.
- En cas d’incendie de l’escalier, la situation des personnes habitant les étages supérieurs devient critique, et c’est alors, en l’absence des échelles extensibles des pompiers, que l’on sent tout le prix des échelles fixes, permettant, comme en Amérique, de descendre rapidement jusqu’à terre. Mais ces échelles, bien qu’imposées à Paris par une ordonnance de police, sont délaissées par les propriétaires, soit par insouciance, soit par crainte des voleurs.
- À défaut d’échelle, que ne donnerait-on pas alors pour avoir une simple corde, et cependant, combien peu de personnes en possèdent! La descente le long d’une corde lisse ou d’une corde à nœuds offre, il est vrai, un réel danger pour les personnes dont la frayeur a paralysé les efforts ; -elle est impossible pour les femmes et les enfants. Aussi a-t-on imaginé, ces dernières années, un certain nombre d’appareils, les descemeurs, qui suppriment tout danger en rendant la descente automatique. La personne qui doit descendre s’entoure d’une ceinture fixée à l’appareil. Celui-ci est traversé par la corde, sur laquelle on doit exercer une traction plus ou moins forte selon qu’on veut modifier la vitesse de la descente. Le descenseur fonctionne donc, par son serrage sur la-
- corde, comme un véritable frein. — Un sauveteur peut ainsi passer successivement devant les fenêtres des différents étages, et recueillir une ou plusieurs personnes dont les ceintures, semblables à la sienne, sont accrochées à son descenseur. Ajoutons que l’extrémité de la corde peut être tenue par une personne placée sur le sol, ce qui permet au sauveteur d’avoir le libre exercice de ses deux mains.
- En présence des services que peuvent rendre ces ingénieux appareils, comment se fait-il que l’usage n’en soit pas plus répandu? Nous croyons que la cause en est due à la complication de leur forme et à l’élévation de leur prix.
- Celui dont nous donnons aujourd’hui le dessin à nos lecteurs échappe du moins à ce double reproche ;
- il est construit par son inventeur, M. Duval, lieutenant des sapeurs-pompiers de Corbeil. Bien de plus simple que ce petit appareil, dont le fonctionnement est facile à comprendre.
- L’extrémité de la corde étant attachée à un point fixe (appui de fenêtre, grille de balcon, etc.), on y fait une boucle qu’on passe dans l’échancrure en forme de 8 de la plaquette ; cette boucle étant rabattue derrière le crochet, la personne à descendre se suspend à ce crochet par sa ceinture, et, faisant frotter plus ou moins la corde sur le bord supérieur de l'appareil en élevant ou en abaissant la main, elle peut ainsi ralentir, accélérer ou arrêter complètement son mouvement de descente. Plusieurs personnes peuvent, comme on l’a vu plus haut, se suspendre au même appareil, qui est en fer forgé et par conséquent d’une très grande solidité. L’extrémité de la corde peut être tenue, comme nous venons de le dire plus haut pour les descenseurs en général, par une personne placée sur le sol, ce qui permet de faire descendre une personne évanouie ou un sauveteur qui a besoin d’avoir le libre usage de ses deux mains. Nous recommandons même ce mode de descente d’une façon générale, toutes les fois qu’on peut l’adopter, bien que la manœuvre de l’appareil par la personne même qui descend n’offre absolument aucun danger. Nous venons de dire que cet appareil est en fer, mais on peut aussi le construire en fonte malléable, ce qui le mettra à la portée de toutes les bourses. Indépendamment des services qu’il peut rendre en cas d'incendie, l’appareil peut encore être employé dans l’usage domestique pour le déménagement des meubles par les fenêtres dans le cas d’escaliers trop exigus. Arthur Good.
- Descenseur Duval en cas d'incendie.
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- LA NATURE
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- TRANAUX DE LA MOISSON
- DANS LE HALT-ARAGON (PYRÉNÉES ESPAGNOLES)
- Eu passant cette année deux journées dans la belle vallée du Nisele dont nous avons déjà parlé
- dans La Nature1, je revenais cette fois à Gavarnie par les petites localités espagnoles des montagnes du Haut-Aragon, situées dans la province de Boltana ou la vallée de Broto.
- Les habitants étaient fort occupés en août dernier des travaux de la moisson. Dans ces montagnes sau-
- Fig. 1. — Vue d’une ferme, à Sarvisse dans te llaut-Aragon. — Emploi du tribulum pour écraser le blé. (D’après nature.)
- -vages et grandioses, les Espagnols sont restés encore primitifs ; ils ne sauraient connaître les machines agricoles que nous employons chez nous que par ouï dire, ou ne peuvent les acquérir faute d’argent; ils n’ont, à plus forte raison, aucune idée de celles des États-Unis.
- Les campagnes pittoresques de ces régions ont, à cette époque de l’année, un aspect curieux et il règne dans chaque petit hameau un mouvement qui excite singulière-
- 1 Yoy. n° 445, du 10 décembre 1881, p. 25.
- Fig. 2. — Détail du tribulum représenté ei-dessus.
- ment l’intérêt. A Sarvisse et à Buesa entre autres, accompagné de mes deux guides de Gavarnie, Ilaur-rine et Courtade, j’ai pu voir les travaux agricoles en détail. Au milieu des rues, devant presque chaque habitation, pour ainsi dire, les cultivateurs viennent déposer leur récolte de blé sur de grandes plates-formes dallées de longues pierres plates semblables à celles des voies antiques. Ils y étalent soigneusement le blé, puis deux ou quelquefois trois mulets sont attelés à une sorte de planche épaisse en sapin , toute garnie par en dessous de débris
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- LA NATURE.
- coupant de silex ou d’éclats de granit. Un homme monte sur cette sorte de traîneau et conduit les mulets en chantant, pour les exciter. Il tourne ainsi sur les dalles de pierre tout en écrasant et décortiquant les épis de blé. La manœuvre n'est pas aussi aisée qu’on pourrait le croire, mais les hommes employés à cette besogne savent garder leur centre de gravité aussi bien que les meilleurs écuyers de nos cirques de Paris. Les femmes espagnoles aussi se chargent souvent de faire ce travail pour aider leur mari encore occupé aux champs.
- Au bout de plusieurs tours faits par les mulets, le blé est suffisamment sorti des épis pour être recueilli par les femmes et les autres ouvriers. La planche de sapin, garnie de ses coupants de pierre, est d’ailleurs d’un poids assez considérable, celui du conducteur de mules vient encore s’y ajouter et facilite ainsi toute l’opération.
- Je remarquai avec d’autant plus d’intérêt cette manoeuvre primitive que je ne pensais pas qu’il était possible de la voir encore en un pays si rapproché du nôtre.
- Dans l’antiquité elle était journellement employée; la plate-forme de sapin s’appelait un tribulurn et, d’après les dessins trouvés sur des tombeaux égyptiens ou les descriptions des auteurs latins, elle ressemblait presque en tous points à celle que les montagnards du Haut-Aragon ont encore actuellement en l’an 1886! Les Orientaux, surtout les Egyptiens, paraît-il, ne connaissent point d’autres appareils pour le battage de leur blé. Albert Tissandier.
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- CHRONIQUE
- Influence de la température sur l’aimanta-tion. — Il résulte d’expériences entreprises par G. Ber-son pour déterminer l’influence de la température sur l’aimantation, expériences dont le détail est consigné dans une note publiée dans le Journal de physique (octobre 1886), les faits suivants :
- Fer. Entre 35 et 341 degrés, l’aimantation totale du fer est sensiblement indépendante de la température. Elle semble toutefois croître très légèrement d’abord et présenter un maximum vers 300 degrés centigrades. — Nickel. L’aimantation totale va en croissant jusqu’aux environs de 200 degrés, puis décroît constamment; à partir de 290 degrés, la décroissance est très rapide et devient nulle pour une température inférieure à 340 degrés centigrades. L’aimantation permanente ou magnétisme résiduel va constamment en décroissant, jusqu’à devenir nul vers 530 degrés centigrades. — Cobalt. Le moment magnétique d’un barreau de cobalt va constamment en décroissant jusqu’à 521°,5 centigrades. — Acier trempé. Les moments magnétiques total et temporaire d’un barreau d’acier trempé vont en croissant avec la température au moins jusqu’à 355 degrés centigrades. Le moment magnétique résiduel ou aimantation permanente décroît constamment entre les mêmes limites. Au rouge cerise, l’acier n’est plus magnétique, même entre les pôles d’un électro-aimant de Faraday; il ne peut garder ni même acquérir temporairement de magnétisme. Si on
- laisse la température s’élever notablement pendant l’action de la force magnétisante, les moments magnétiques observés à la température finale sont beaucoup plus grands que ceux produits à cette température fixe. Un barreau trempé, aimanté à une certaine température et retrempé aussitôt prend une aimantation permanente d’autant plus grande que la température est plus élevée, jusqu’à 240 degrés centigrades. Cet excès d’aimantation permanente est d’autant plus faible que la force magnétisante est plus grande, c’est-à-dire à mesure qu’on s’approche de la saturation. En effectuant la retrempe pendant l’aimantation à chaud, l’aimantation permanente peut atteindre et même dépasser le double de l’aimantation à la température ordinaire, surtout lorsque le champ est faible.
- Remarque générale. — Il résulte, des expériences de il. Berson et des faits antérieurement acquis, que le fer, le nickel, le cobalt et l’acier, prennent un moment magnétique croissant avec la température, passant par un maximum et s’annulant ensuite. Ce maximum correspond à 220 degrés pour le nickel. La température à laquelle les propriétés magnétiques disparaissent est de 340 degrés pour le nickel, le rouge cerise pour le fer et l’acier, et le point de fusion du cuivre pour le cobalt. 11 reste à étudier ce qui se passe aux basses températures.
- La statue d’Arago. — A l’occasion du centenaire de la naissance d’Arago, une réunion de personnes appartenant aux sciences, à la politique et aux lettres, qui s’était formée dans le but de célébrer cet anniversaire, a pensé que la manière la plus digne de perpétuer le souvenir de ce grand citoyen était de lui élever une statue par souscription nationale devant l’Observatoire de Paris, qu’il a tant illustré par ses travaux. Parmi les hommes de science qui depuis bien longtemps ont le plus honoré la France par leurs découvertes et le plus contribué aux très remarquables progrès qui signaleront le dix-neuvième siècle à la postérité, il n’en est peut-être pas un en effet qui ait acquis une plus légitime et plus universelle popularité u’Arago, comme savant, comme vulgarisateur et comme membre des conseils du Gouvernement et de la Ville de Paris. C’est que, par un bien rare privilège, cet illustre savant joignait à une science et à une intelligence incomparables un ardent patriotisme, une grande intégrité de caractère et un esprit éminemment libéral, avide de tous les progrès aussi bien dans les sciences que dans les questions politiques et sociales. Sa vie est trop connue de tous pour qu’il soit nécessaire de la rappeler ici même par ses principaux traits. Les souscriptions peuvent être adressées à M. le contre-amiral Mouchez , directeur de l’Observatoire de Paris.
- Traitement des sables ferrugineux. — On a
- appliqué dernièrement avec succès, à Auckland (Nouvelle-Zélande), une nouvelle méthode métallurgique qui permettra d’utiliser avec profit les immenses gisements de sable ferrugineux qui abondent sur les côtes de l’île, Le trait caractéristique du procédé en question, consiste à mélanger à ce sable une certaine proportion de scories quand on introduit la charge dans les hauts fourneaux. Cette addition de scories a pour effet d’empêcher l’oxydation du fer, oxydation qui avait toujours été un obstacle insurmontable jusqu’à ce jour au traitement métallurgique des sables ferrugineux avec des résultats profitables.
- Table d’addition. — Rien de plus simple que cette table. On s’en sert comme de la table de Pythagore avec cette différence qu’au lieu de dire, par exemple : 5 fois 7,
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- LA NATURE.
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- on dit : 5 cl 7 et qu’on trouve, à l’angle droit formé par la rencontre des colonnes horizontales et verticales de ces deux chiffres, la somme ou total : 12.
- On peut s’en servir également pour la soustraction. Il n’y a, en effet, qu'à renverser l’opération et dire : 5 ôtés de 12, et, en remontant la colonne au-dessus du nombre 12, jusqu’à la première rangée, on trouvera la différence 7.
- Cette table qui ne va que jusqu’à 10 peut être prolongée jusqu’à 20, jusqu’à 100 et indéfiniment. Est-elle d’une utilité réelle? Je le crois pour des enfants qui commencent l’étude de l’arithmétique, et peut-être pour de
- — 0 1 2 3 4 Tl 6 7 8 9 10
- 1 2 3 4 3 0 7 8 9 10 11
- 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
- 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13
- 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14
- 5 6 7 8 9 10 IL 12 13 14 15
- 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16
- 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17
- ' 8 l 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18
- ; 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19
- 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20
- grandes personnes, aussi bien pour l’addition que pour la soustraction. Avec un peu d’attention, toutes les personnes qui s’occupent de la première instruction de leurs enfants, trouveront le moyen de se servir utilement de ce tableau tel qu’il est ci-dessus. Lemaire.
- —•*<£-<>-
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 novembre 1886. — Présidence de M. l’amiral
- JlIRIEN DE LA GrAVIÈRE.
- Séance de vingt minutes, réduite par un comité secret très important : il s’agit de dresser la liste des candidats à la place vacante dans la section d’anatomie.
- Vaccination antituberculeuse. — Le travail de M. Vit-torio Cabanis (de Venise) parait avoir une grande importance. Il s’agit de la guérison de la tuberculose par des vaccinations de virus atténué. L’auteur commence par constater que des cobayes et des lapins contractent sans exception la phtisie à la suite d’inoculations de la matière tuberculeuse (bacilles) contenue dans les crachats des phtisiques. Ceci posé, il soumet les rongeurs dont» il s'agit une série d’inoculations pratiquées d’abord avec le liquide tuberculeux additionné de 2 pour 100 d’acide phénique et où les microbes sont tués par conséquent; puis avec le même liquide de moins en moins atténué; enfin avec le crachat tel qu’il vient d’être expectoré par e malade. Dans ces conditions l’immunité paraît acquise, et quoique les expériences soient encore trop peu nombreuses pour que l’auteur, fort sage, se soit interdit d’en tirer des conclusions fermes, on doit noter que la tuber-
- culose n’éclate chez les animaux inoculés que d’une manière exceptionnelle.
- Combustions animales. — En collaboration avec M. Kaufmann, M. Chauveau dépose la suite de son grand travail intitulé : La glycose, le glycogène, la glycogénie, en rapport avec la production de la chaleur et du travail mécanique dans l’économie animale. Cette fois il s’agit de la calorification dans les organes en travail. La conclusion est que le travail active la destruction de la glycose proportionnellement à la suractivité des combustions.
- Le virus charbonneux. — On connaît déjà des procédés d’atténuation des virus ; mais on ne savait pas les exalter. MM. Arloing et Cornevin ont reconnu que l’addition de l’acide lactique augmente l’activité du microbe auquel est dû le charbon symptomatique.
- Hommage à M. Chevreul. — On sait qu’un comité s’est formé au nom de la jeunesse studieuse pour offrir une médaille au doyen des étudiants. La souscription ayant de beaucoup dépassé les espérances, le comité présidé par M. Ch. Brongniart s’est résolu à élever à M. Chevreul un véritable monument. C’est le catalogue raisonné de toutes les publications de l’illustre centenaire relevé parM. Maloizel (de la bibliothèque du Muséum) avec une érudition dont il a déjà donné plus d’une preuve. En même temps deux médailles ont été frappées ; l’une, de petit module, sera remise à chaque souscripteur; l’autre, atteignant presque la dimension d’un médaillon, a été tirée seulement à trente exemplaires. C’est l’une d’elles que M. de Quatrefages dépose aujourd’hui sur le bureau. On y voit d’un côté le portrait de M. Chevreul ; de l’autre côté, le célèbre chimiste, assis dans un fauteuil et travaillant, reçoit une couronne de laurier des mains d’une jeune femme symbolisant la jeunesse studieuse1.
- Varia. — Pour réaliser la synthèse des carbonates, M. Bourgeois les chauffe en tubes scellés en présence de sels ammoniacaux dissous dans l’eau. — Le 210e volume de la Connaissance des temps destiné à l’année 1888 est présenté par M. Faye. — On annonce pour 1887 une exposition scientifique et industrielle qui se tiendra à Ekaterinebourg. — M. Lévy signale des réactions colorées propres ’a faire distinguer les acides titanique, nitrique, stannique, etc. — Des expériences sur la régénération sans production de taies, des éléments de la cornée transparente, sont présentées par M. de Grandmont. — M. Ch. Noury adresse une intéressante Géologie de Jersey sur laquelle nous nous proposons de revenir.
- Stanislas Meunier.
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- MACHINE A ÉCRIRE
- « COLUMBIA TYPE WRITER ))
- Nous avons eu l’occasion de voir dernièrement une nouvelle machine à écrire qui nous a paru devoir être signalée ici à cause de sa construction très simple.
- Les lettres de l’alphabet, majuscules et minus^ cules, les chiffres, les signes de ponctuation, sont gravés en relief sur la circonférence d’un disque
- 1 Voy. n° 693, du 1 1 septembre 1886, p. 239.
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- LA NATURE.
- placé verticalement et qu’on peut l'aire tourner autour de l’axe horizontal qui le supporte au moyen d’une poignée fixée à son centre et traversée également par l’axe de rotation.
- . Nous appellerons ce disque la roue (les types. — Un engrenage qui tourne avec elle fait mouvoir une aiguille double, parcourant un cadran placé horizontalement et qu’on voit à la partie supérieure de l’appareil. Sur ce cadran sont inscrits les mêmes caractères que ceux portés par la roue des types ; et le nombre des dents de l’engrenage est calculé de manière que l’une des pointes de l’aiguille double indique toujours quel est le caractère qui se trouve à la partie inférieure de cette roue. La plus grosse des pointes indique les majuscules et la plus petite les minuscules ; de cette façon on n’a'eu qu’un seul alphabet a inscrire sur le cadran indicateur, ce qui permet de réduire un peu les dimensions de l’appareil et d’augmenter la rapidité de l’écriture. La feuille de papier, se place à la partie inférieure sur un chariot ou elle se trouve pincée entre une tringle et un cylindre en caoutchouc. Celui-ci est immédiatement au-dessous de la roue des types à une distance de deux ou trois millimètres environ et dans le plan vertical passant par l’axe qui la supporte. D’après ce que nous venons de dire, on voit quelorsqu’en faisant tourner la poignée entre les doigts on a amené l’aiguille à indiquer une lettre quelconque, sion appuie de haut en bas sur cette poignée, l’axe horizontal, qui est légèrement flexible, cédera et on imprimera la même lettre sur le papier. I/encrage des caractères est obtenu d’une façon très simple au moyen d’un petit tampon imbibé d’encre a base d’aniline qui frotte constamment sur la roue des types.
- L’avancement du papier dans le sens latéral se fait automatiquement de la façon suivante : L’axe flexible porte un rochet et le chariot qui est mobile dans le sens latéral porte une crémaillère, de sorte que chaque fois qu’on appuie sur la poignée: pour imprimer la lettre voulue le déplacement se fait, de droite à gauche, d’un cran de la crémaillère ; ce qui donne l’espace entre les lettrés. L’espace entre les mots s’obtient en faisant agir le rochet sur la crémaillère indépendamment de l’axe flexible, au moyen d’un bouton spécial placé à gauche de l’appareil.
- Quand une ligne est terminée, ce dont on est averti par un coup de timbre occasionné par la crémaillère lorsqu'elle arrive au bout de sa course, on ramène le chariot d’un seul coup de gauche à droite et on fait tourner le cylindre en caoutchouc de façon à faire remonter le papier de la quantité nécessaire pour donner l’espace entre les lignes.
- Cette machine ne donne pas la rapidité de celles à clavier qui ont été décrites précédemment dans ce recueil1 ; cependant après quelque temps de pratique on peut arriver à écrire aussi vite qu’avec la plume; mais elle a l’avantage de coûter beaucoup moins cher à cause de sa construction très simple. Nous avons pensé même qu’elle pouvait être construite par des mécaniciens amateurs et la Nature en compte beaucoup parmi ses lecteurs. Nous nous permettrons de leur indiquer certaines modifications qui en rendront la confection facile. La roue des types peut être faite en bois et les caractères en cuivre, achetés chez
- les marchands de composteurs, y être fixés facilement au moyen de cire dans des trous percés à cet effet sur son pourtour.
- Le cadran horizontal, les ai-guilleset leur engrenage seront supprimés. 11 suffira de placer comme repère une aiguille fixe, dont la pointe affleurera la partie supérieure de la roue des types, et, en faisant tourner celle-ci, d’inscrire successivement sur l’une de ses faces et vis-à-vis de l’aiguille quel est le caractère qui se trouve en bas. L’avancement latéral du papier sera obtenu au moyen de la crémaillère et du rochet, mais le bouton spécial pour l’espace entre les mots peut être supprimé; les blancs seraient obtenus en appuyant sur la poignée quand aucun caractère ne se trouve en face du papier, c’est-à-dire quand l’aiguille indicatrice se trouverait exactement entre deux lettres.
- L’appareil ainsi construit peut très bien fonctionner, nous ne prétendons pas qu’il arrivera à remplacer la plume, mais il peut être commode dans bien des cas et surtout quand on ne voudra pas s’entendre accuser d’être illisible. , .
- G. Mareschal. - .
- 1 Voy. n° 197, du 10 mars 1877, p. 225; n° 589, du 13 novembre 1880, p. 384; n° 652, du 2 mai 1885, p. 349. ; ^
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. * - ;
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris., . .
- Nouvelle machine à écrire. Columbia type writer.
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- Xe 7 0(3.
- 1 1 DECEMBRE 1 886.
- LA NATURE
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- LE CENTENAIRE DE SCIIEELE
- On a célébré cette année en Suède, le 22 mai 1886, le centième anniversaire de la mort de Scheele, qui est, avec Lavoisier et Priestley, l’un des fondateurs de la chimie moderne. M. le professeur Clève a publié à celte occasion une biographie du grand chimiste dont M. A. Gautier a donné une traduction dans la Revue scientifique b Le Scien-tific American2 , de New-York, a publié, d’autre part, d’après le Ungdoms Vannen, de Suède, un excellent portrait de Scheele avec les dessins de sa pharmacie, et de quelques-uns de ses appareils; nous les reproduisons ci-contre. La biographie de Scheele, décrite par J.-B. Dumas, dans ses admirables Leçons sur la philosophie chimique, nous permettront, en outre de ces documents, de*résumer succinctement l’œuvre du grand chimiste. Il naquit à Stralsund, dans la Poméranie suédoise, le 9 décembre 1742. Ses parents étaient pauvres, mais il n’en fut pas moins envoyé
- au collège, où il fit fort peu de progrès. Scheele, dès l’enfance, manifeste son tour d’esprit, car il n’a rien appris des hommes; la nature fut pour ainsi dire son seul maître. » ; ’
- A douze ans, le jeune Scheele entra chez un apothicaire ami de sa famille; il y resta six ans, et l'a, dans le domaine de la chimie, il avait trouvé sa voie, et se signala par son aptitude au travail. Le hasard fit tomber entre ses mains l’ouvrage du chimiste Neumann, élève de Stahl, il le lut, l’étudia; voilà toutes ses études en chimie.
- Après son apprentissage, Scheele parcourut la Suède comme élève, profitant de toutes les occasions de s’instruire. Il se rendit à Stockholm à l’âge de vingt-sept ans. Sa carrière était déjà toute tracée ; il avait préparé ses grands travaux.
- Après son séjour à Stockholm, Scheele entra chez un pharmacien, à Upsal, où il eut l’occasion de se faire connaître du célébré chimiste Bergmann, qui le remarqua et le prit bientôt en vive amitié. Bergmann s’efforça d’ètrc utile à son jeune ami, mais Scheele
- tig. 1. — Scheele, d’après un portrait du temps.
- Fig. 4 - Sa pharmacie à Kœping.
- n’aspirait qu’à vivre seul et isolé du monde.
- « Il apprend, dit J.-B. Dumas, que dans une petite ville de Suède, à Kœping, il existe une pharmacie demeurée entre les mains d’une veuve ; qu’il y trouverait un emploi paisible ; que la veuve pos-
- 1 N° 25, du 19 juin 1886.
- - Scienlific American (Supplément). N° 565, du 50 octobre 1880.
- Fig. 3. — Quelques-uus de ses appareils.
- sède quelque bien et qu’il pourrait l’épouser. C’est l’avenir qu’il lui faut : retraite, calme et médiocrité. )) Il se transporte à Kœping, accepte tous les arrangements, s’établit chez la veuve; mais il ne devait y trouver qu’une situation obérée de dettes, et qu’une vie de labeur et de difficultés. Toutefois, dans cette vie obscure, Scheele a fait ses grandes découvertes.
- <)
- 3a" aimée. — Ier semestre.
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- LA NATURE.
- Il commença aussitôt la rédaction de son ouvrage renommé de l'Air et du Feu, dont le manuscrit fut prêt a la fin du mois d’octobre 1776. Dans ce livre, qui renferme une quantité presque incroyable d’observations importantes, Scheele décrit l'air vital ou, comme nous l'appelons maintenant, l’oxygène, et démontre son importance dans les combustions et dans la respiration des êtres vivants. Cette découverte, base de toute la chimie moderne, avait pourtant été faite peu de temps avant, le l,r août 1774, par Priestley, quoique Scheele n’en ait pu avoir aucune connaissance. Priestley dit lui-même : Mc Schee-le's discovery iras certainly indépendant of mine, though, I believe, not made quite as early. (La découverte de M. Scheele a sans doute été faite indépendamment de la mienne, quoiqu’un peu plus tard, selon ce que je crois.) 11 partage ainsi avec Priestley l’honneur de la découverte de l’oxygène. L’édition de son livre fut très retardée. Il ne parut qu’en 1778. Le manuscrit fut envoyé d’abord chez Bergmann, qui devait le revoir et l’accompagner d’un avant-propos ; mais Bergmann ne fut pas cause de l’apparition tardive de ce travail important. La faute en fut au libraire Svedcrus. Le résultat fâcheux de ce retard fut que beaucoup d’observations qui y sont mentionnées avaient été divulguées avant son apparition. Le livre parut en deux éditions allemandes et fut traduit en anglais, en français et en latin.
- Scheele avait alors devant lui un avenir plus dégagé de soucis. Encore à la fleur de Page, lui qui n’avait jamais été malade, il eut, vers la fin de l’année 1775, une attaque de goutte. Il n’en continuait pas moins ses études. Encore, en 1780, il envoya a l’Académie des sciences son mémoire sur l’acide gallique. Le même mois, il fut atteint d’une phtisie qui amena sa mort, calme et sereine, le 22 mai 1786 à Page de quarante-trois ans. Deux jours auparavant il avait accompli son mariage, longtemps projeté, avec la veuve de son prédécesseur, qu’il fit ainsi l’héritière légale de tout ce qu’il possédait.
- Scheele fît ses grandes découvertes au moyen d’un outillage des plus simples, dans un bien humble local (lig.2). « Quelques cornues, dit M. Clève, des bouteilles ordinaires (fig. 5), des flacons, et avant tout, pour l’expérimentation sur les gaz, des vessies. Pour recueillir un gaz il attache la vessie, à l’aide d’une ficelle, au col de la cornue, et lie l’ouverture lorsque la vessie est gonflée (fig. 4, A). S’il veut
- obtenir de l’acide carbonique, il introduit au fond de la vessie quelques morceaux de craie, lie la vessie au-dessus, verse ensuite un acide étendu et attache la vessie au col supérieur (fig.4,B). II enlève alors la ligature entre la craie et l’acide, et le gaz gonfle la vessie. Pour obtenir le bioxyde d’azote, il imbibe d’huile l’intérieur de la vessie ; pour empêcher celle-ci de se détériorer, il y jette quelques morceaux de métal, rapproche soigneusement et attache les bords de la vessie autour d’un petit verre contenant de l’acide nitrique, après quoi il y projette les morceaux de métal en secouant la vessie; le gaz se développe et gonfle la vessie qu’il ferme par une ligature. »
- Les travaux scientifiques par lesquels Scheele a ouvert à la chimie des voies nouvelles, sont multiples et appartiennent à des branches générales de la science. Scheele a indiqué que l'air renfermait deux gaz différents, l’oxygène et l’azote; il a préparé le calomel par voie humide. On lui doit un remarquable mémoire sur le bleu de Prusse; il entrevit l’aldéhyde , découvrit l’acide citrique, l’acide gallique, l’acide muci-que, l’acide lactique, l’acide tar-trique, etc ; et se livra à quelques travaux de chimie animale. C’est à Scheele enfin •qu’appartient la découverte du chlore, et son travail sur le fluorure de calcium et l’acide lluosilicique, a permis d’admettre l’existence du fluor que M. Moissan vient d’isoler. Il fit connaître la baryte; il a établi la nature de la plombagine, et décrivit le premier la préparation et les propriétés de la glycérine.
- « Les Mémoires de Scheele, a pu dire J.-B. Dumas, sont sans modèle comme sans imitateurs. Toutes les fois qu’il ne s’agit que de faits, Scheele est infaillible. »
- LES NAINS ET LES GÉANTS
- LES VARIATIONS DE LA STATURE HUMAINE
- L’étude des variations de la stature humaine est une question d’actualité. A propos de la discussion de la loi militaire, elle a été l’objet de communications importantes faites dans diverses sociétés savantes, notamment à l’Académie de médecine et à la Société d’anthropologie. De plus, l’exhibition à Paris de plusieurs nains et d’un géant extraordinaire a permis de comparer de nouveau, dans leur exagération, les diverses modifications physiques et
- Fig. 1. — Préparation de l’oxygène (A) et de l’acide carbonique (B).
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- LA NATURE.
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- même morales qui sont dues à l’influence de la laille.
- Parmi les questions qui se présentent quand on envisage d’une façon générale la stature humaine on peut indiquer les suivantes :
- L’espèce humaine actuelle est-elle dégénérée et nos ancêtres des temps préhistoriques ou d’une époque plus récente étaient-ils d’une taille supérieure à la nôtre?
- Existe-t-il, ou a-t-il existé des peuples de nains ou des peuples de géants?
- Quelles ont été les variations de la taille en France?
- Quelles sont les causes qui influent sur la stature des populations ou des races ?
- Quelles sont les causes qui influent sur la taille des individus, le développement et la croissance des enfants?
- Quelle est l’influence de la taille sur la force, l’agilité, la résistance a la fatigue, le développement physique ou intellectuel des individus?
- On voit que l’étude de la stature humaine a non seulement un intérêt théorique ou de curiosité, mais peut avoir également un intérêt pratique important au point de vue du développement des individus considérés isolément, et du développement des forces de la nation pour la production agricole et industrielle, ou pour sa défense.
- Avant de résumer l’étude de ces différentes questions, nous décrirons le géant autrichien en ce moment à Paris (üg. 1), qui peut être considéré comme ayant atteint la limite extrême de la plus haute stature.
- D’après les renseignements fournis par le barnum qui l’accompagne, ce géant a 2m,60 de hauteur, il est âgé de vingt et un ans, il se nomme François \\ inckelmelcr et est né dans les environs de Fried-burg dans la Haute-Autriche. Ses parents sont des paysans, leur taille est ordinaire, et leurs quatre autres enfants ne présentent sous ce rapport rien d’anormal. François Winckelmeler n’a commencé a grandir d’une façon remarquable qu’à partir de quatorze ans; sa croissance, d’après son barnum, ne serait pas encore terminée. Ce géant est relativement très mince en proportion de sa hauteur, ce qui contribue encore à faire ressortir sa grande taille ; il se voûte légèrement. Ses bras sont d’une longueur exagérée ; parfois en circulant au milieu du public il les étend horizontalement et passe ainsi sans les toucher au-dessus des têtes des spectateurs debout, et ayant leurs chapeaux ; l’espace qu’il embrasse ainsi et la distance à laquelle il pourrait atteindre sont énormes. Ses jambes sont aussi très longues relativement au reste du corps. Pendant son exhibition dans le jardin couvert attenant au théâtre, il s’arrête et cause volontiers avec les spectateurs, mais comme il lui serait impossible de s’asseoir sur une chaise il prend une table comme siège et même préfère un comptoir comme étant plus à sa hauteur. On raconte du reste que dans son appartement il s’assied sur sa commode et se couche dans quatre lits placés côte à côte. Ce géant est en réalité des plus remarquables.
- D’après une opinion assez répandue au siècle dernier, nos ancêtres à une certaine époque auraient
- tous eu une taille égale ou supérieure à celle de ce géant. Ainsi en 1718, un membre de l’Académie des inscriptions, M. Henrion, présenta à la savante assemblée un mémoire sur les variations de la taille humaine depuis le commencement du monde jusqu’à J.-C. D’après M. llenrion, Adam aurait eu une hauteur atteignant 123 pieds 9 pouces, soit 40 mètres environ. Eve aurait eu 118 pieds 9 pouces 3/4, soit 38m,56. Mais à partir de ce moment la taille humaine aurait subi une décroissance progressive considérable. Noé n’aurait guère eu que 100 pieds ou 35 mètres; Abraham environ 28 pieds, soit 9m,10; Moïse n’avait que 15 pieds, 4m,21 ; Hercule 5ra,26; Alexandre le Grand 2 mètres. Cette communication fut accueillie avec enthousiasme et fut même qualifiée à cette époque « d’étonnante découverte » et de « sublime vision. »
- Si cette hypothèse avait été confirmée, l’espèce humaine actuelle serait bien dégénérée.
- Du reste à chaque instant on voit des auteurs, des moralistes traiter la génération actuelle de « race dégénérée », race abâtardie, etc.
- Heureusement pour nous que dans tous les temps, à toutes les époques, on a accusé de dégénérescence la génération existante et prétendu que les générations antérieures étaient plus fortes, plus grandes, plus vigoureuses.
- Homère, il y a 2800 ans, se plaignait déjà de la dégénérescence des hommes de son époque. Ce qui faisait dire plus tard à Juvénal (sat. 15) : « Si cette plainte sur la dégénération de l’espèce humaine était fondée, il y a longtemps que les hommes ne seraient que de malheureux nains. » Les faits sont, du reste, en complet désaccord avec cette opinion, que les anciens étaient d’une taille supérieure à celle des populations modernes. A mesure que l’on remonte dans le passé, on rencontre de nombreuses preuves contre cette erreur. Les ossements exhumés après plusieurs siècles, tels que ceux qui se trouvent en: tassés dans les catacombes de Paris, ne sont aucunement gigantesques. Les armures, les cuirasses et les casques des hommes d’armes du moyen âge pourraient être endossés par nos soldats modernes; beaucoup d’armures de chevaliers seraient trop petites pour nos cuirassiers, et cependant elles étaient portées par des hommes d’élite, mieux nourris, plus forts, plus robustes que le reste delà population. Les ossements des anciens Gaulois qu’on découvre en fouillant les tumulus, tout en étant parfois de grandes dimensions, pourraient être comparés à ceux des populations de beaucoup de localités françaises.
- Les momies égyptiennes indiquent des individus de taille petite ou moyenne. Il en est de même des momies et des ossements trouvés dans les anciens monuments de l’Inde et de la Perse. Les momies péruviennes et mexicaines sont dans le même cas. Enfin les plus anciens vestiges que l’on possède d’individus de l’espèce humaine, les ossements provenant de l’homme qui vivait à l’époque tertiaire, c’est-à-dire à une époque dont on ne peut évaluer l’éloî-
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- LA NATURE.
- gnement que par centaines de siècles, ces ossements eux-mêmes ne montrent pas de différences importantes entre la taille de l'homme primitif et celle de l’homme moderne. Les hommes de l’époque actuelle n’ont donc pas à regretter de n’avoir pas la taille de leurs ancêtres, sous ce rapport comme sous beaucoup d’autres: l’espèce humaine actuelle, dans les nations civilisées, a fort peu à envier aux générations des temps passés.
- Si l’on compare la stature des différentes races qui constituent l’espèce humaine, on trouve des différences considérables ; c’est l’exagération de e fait qui a donné naissance à la légende des peuples de nains et des peuples de géants. Les individus composant les races naines seraient, si on les considérait isolément, bien grands pour être comparés à des nains.
- Un nain qui dépasse un mètre de hauteur commence à perdre de son intérêt comme nain ; s’il atteint lm,20, lul,30, il perd son nom de nain et devient « un petit homme » ; dans les petites races humaines, les adultes bien conformés, à moins d’être des exceptions, dépassent tous im.20 et lm,50. Ces races constituent donc non des races de nains, mais bien simplement des petites races; leur étude et leur comparaison avec les races de très grande taille n’en sont pas moins intéressantes. De même dans ces dernières races, les hommes dépassant 2in,20, 2n,,50, sont des exceptions et méritent le nom de géants : mais .cependant la moyenne delà taille dans ces grandes races est beaucoup plus considérable que dans les petites races. L’honnne de taille moyenne des plus grandes racesest un géant comparativement'a l’homme
- moyen des plus petites races. Nous rappellerons à ce sujet la taille moyenne des plus petites races lui maines signalées par les voyageurs.
- Les Esquimaux de certaines tribus n'ont qu’une taille moyenne de 1IU,58. Les Lapons sont d’une taille un peu plus petite : la moyenne, d’après un grand nombre de mensurations, serait de 1U1,55 poulies hommes et de 1m,42 {tour les femmes. En Afrique,
- les Akkas vus par le voyageur Sch weinfurth peuvent être considérés également comme une race très petite. Les Negritos qui habitent les régions sauvages des Philippines, des îles Andaman et de la presqu’île de Malacca, sont une race extrêmement petite. Il en est de même de la race naine de Madagascar. Mais le premier rang, sous ce rapport, semble être tenu par la race Boschiman, qui habite le sud de l’Afrique et dont la stature moyenne est sensiblement inférieure à 1 m,40 ; beaucoup d’anthropologistes admettent lm,o5 à lm,4(J.
- Parmi les races géantes, au contraire , nous rappellerons la taille élevée des Norvégiens, des Canadiens et des sauvages de l’Amérique du Nord, celle des Cafres dans le sud de l’Afrique, des Patagons dans l’Amérique du Sud et des Polynésiens en Océanie. Pour ces dernières races la moyenne de la taille varie, suivant les voyageurs, entre im,78 et lm,80. La différence entre les hauteurs moyennes des différentes races humaines varierait donc entre llll,35 et lm,80, c’est-à-dire que ces hauteurs moyennes varieraient sur une hauteur de 45 centimètres. La moyenne entre ces deux quantités serait un peu inférieure à ln’,60. Cette moyenne entre la taille
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- LA NATURE.
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- des races extrêmes est admise généralement par les anthropologistes comme pouvant servir de point de repère dans la classification approximative des races humaines suivant leur hauteur : en attribuant le nom de races moyennes à celles qui ont de lm,60 à lm,70, de petites races à cellesquiont au-dessous delm,60, etde grandes races à celles qui présentent une taille moyenne dépassant lm,70.
- La race française, qui d’après les conseils de révision, donne comme taille moyenne de conscrits de lm,64 à lm,65, serait classée dans les races moyennes. Il est à remarquer que celte variation de 0m,45 entre la hauteur moyenne des diverses races humaines est en assez faible, et il y a de nombreux exemples dans différentes espèces animales de variations beaucoup plus considérables. Par exemple : dans une
- ANGLE T^E R R E
- BELGIQUE
- 50-54
- ; 4-0-50
- 40-50
- >0-50
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- 40-50 ,
- > Luc de Genève
- 40-50
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- TALIE
- 158-68
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- 58-68
- 50-54
- Fig'. 2. — Carte de la répartition de la stature en France. — La hauteur des barres est inversement proportionnelle pour chaque département au nombre des conscrits exemptés pour défaut de taille, sur 1000 examinés. Les chiffres donnent ce nombre pour 100. Les vingt départements, fournissant le plus de conscrits de la taille des cuirassiers, ont une barre double ou triple; les cinq premiers ont une barre triple. Ces résultats concernent une période antérieure à 1870, afin d’y comprendre l’Alsace et la Lorraine.
- espèce zoologique voisine de la nôtre, l’espèce simienne, on trouve des races différant complètement les unes des autres par leur aspect et leurs dimensions ; une personne non prévenue reconnaîtrait difficilement la même espèce animale dans le petit ouistiti et l’énorme gorille. Dans l’espèce canine, le chien de manchon et le molosse sont de stature et
- de conformation bien différentes ; un petit mops écossais pourrait disparaître entièrement dans la gueule d’un chien du mont Saint-Bernard. Cette disproportion se retrouve dans l’espèce chevaline, entre le cheval islandais ou d’Ouessant et le mecklembour-geois, entre le poney et le percheron, entre Maxi-mus et Minimus de l’Hippodrome.
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- LA NATUBE.
- La petite vache bretonne est bien différente de l’énorme vache durliam ou nivernaise, le petit mouton des Landes de l’énorme dishley anglais.
- La différence est, en somme, moindre entre les races humaines, entre le Boschiman et le Patagon, le Lapon et le Norvégien; on ne la retrouve à un degré aussi considérable que si on compare les tailles extrêmes, les hommes les plus grands avec les plus petits, autrement dit les nains avec les géants.
- Ces variations entre la hauteur des diverses races humaines se retrouvent bien qu’à un degré moindre dans un seul pays. En France, par exemple, on constate l’existence de petites races et de grandes races qui souvent vivent peu éloignées les unes des autres sans se mélanger. Ces différences peuvent être facilement constatées par les résultats obtenus aux conseils de révision.
- La statistique du recrutement militaire donne en effet le nombre pour mille des exemptés pour défaut de taille dans chaque département, et de plus pour chacun de ceux-ci également le nombre d’hommes ayant une stature suffisante pour faire un cuirassier. Or il y a lieu de préjuger que les départements donnant le plus grand nombre de cas d’exemption pour défaut de taille sont ceux dans lesquels se trouvent les populations les plus petites, et de même que ceux qui fournissent le plus grand nombre d’hommes de tailles élevées sont ceux dans lesquels les races de grande taille prédominent. Dans la carte graphique ci-devant (fig. 2), nous avons attribué à chaque département un trait d’une longueur inversement proportionnelle au nombre des exemptés pour mille pour défaut de taille ; de plus les vingt départements qui fournissent le plus d'hommes de la hauteur des cuirassiers ont une double barre, et les cinq départements qui, sous ce rapport, tiennent le premier rang, ont une barre triple. Les chiffres placés dans chaque département donnent le nombre d’exemptés pour mille. Ces données concernent une période antérieure à 1870 afin d’y faire entrer l’Alsace et la Lorraine. Ce graphique permet de se rendre compte facilement de la répartition de la taille en France ; on voit la stature élevée des riches et fortes populations de l’Est et du Nord; la stature un peu moindre des Normands et des Vendéens, et inversement la petite taille relative des populations méridionales, soit au sud-ouest, soit du côté de l’Italie. Dans cette dernière région cependant, les départements de la vallée du Rhône font exception. Guyot-Daubès.
- — A suivre. —
- LE CALENDRIER PERPÉTUEL
- ET I.A MNÉMOTECHNIE
- La Nature a donné récemment la description de divers calendriers perpétuels très ingénieux. Celui que je veux présenter a l’avantage d’être extrêmement portatif, car on le case sans aucune difficulté dans sa cervelle sans aucune chance de le perdre jamais. Je
- m’en sers couramment depuis plus de dix ans, et je l’ai fait connaître à quelques amis qui m’ont déclaré s’en être bien trouvés. Je pense donc qu’il pourra intéresser les lecteurs de la Nature.
- Il m’a été indiqué par M. Azevedo, critique musical très distingué, mort depuis onze ou douze ans. Il possédait une admirable mémoire, qui lui permettait d’emmagasiner dans sa cervelle une quantité incroyable de dates, de chiffres et de renseignements de toute espèce. Cette mémoire prodigieuse était tout artificielle; elle était due à la mnémotechnie, inventée par son ami M. Aimé Paris.
- Je discutais un jour — bien à tort — les avantages de la mnémotechnie. « Prenez, me dit-il, un
- papier et un crayon; je vais, comme le professeur
- de M. Jourdain, vous enseigner l’almanach, et je
- vous promets, sur ma de votre vie ! Ecrivez : foi, que vous ne l’oublierez
- Janvier, sii'op, zéro,
- Février, étroit, trois.
- Mars, siège de Troie, trois.
- Avril, scie, six.
- Mai, parfum, un.
- Juin, quatre, quatre.
- Juillet, garde suisse, six.
- Août, hideux, deux.
- Septembre. exercice sain, cinq.
- Octobre, sirop, zéro.
- Novembre, étroit, trois.
- Décembre, saints, cinq.
- — Que diable me faites-vous écrire? Qu’est-ce que tout cela veut dire?
- — Ne vous fâchez pas, vous n’êtes pas au bout. Je vous ai fait écrire « Janvier, sirop », parce que janvier est le mois des étrennes, des bonbons, des confiseurs et des sucreries, et qu’on y boit force sirop. Et je vous ai fait écrire zéro parce que sirop rime avec zéro. Donc janvier, sirop, zéro.
- Février n’a que 28 jours, c’est un mois court, un mois étroit, et étroit rime avec trois. Donc février, étroit, trois.
- Mars porte le nom d’un dieu qui combattit au siège de Troie. Donc Mars, siège de Troie, trois.
- Avril, est le mois des poissons d’avril, des scies que l’on monte à ses amis ; Avril, scie, six.
- Mai est le mois des fleurs et des parfums : Mai, parfum, un.
- Juin est le mois où l’on fait les foins, labeur très rude qui vous fait travailler comme quatre : Juin, foin, quatre.
- Juillet est le mois de la révolution de 1850 où l’on tua force gardes suisses ; Juillet, garde suisse, six.
- Août est le mois où l’on va aux eaux,Aix, Luchon, Trouville, pour y guérir des plaies, des ulcères, et quantité de maux hideux. Donc Août, hideux, deux.
- — Mais, lui dis-je, tout ce que vous me racontez là est purement insensé!
- — Tant mieux! Je vous dis quevousne l’oublierez de votre vie. Mais laissez-moi continuer :
- Septembre est le mois où s’ouvre la chasse, et la
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- LA NATURE.
- chasse est un exercice sain. Septembre, sain, cinq.
- Octobre est le mois des vendanges. On y boit du vin doux, un véritable sirop. Octobre, sirop, zéro.
- Novembre est le mois de la Toussaint, suivi du jour des Morts qui sont dans leur bière, fort à Yétroit. Novembre, étroit, trois.
- Décembre est un mois charmant parce qu’il précède janvier, et que domestiques et concierges, dans l’espoir de belles étrennes, se conduisent comme des saints. Décembre, saints, cinq.
- Sachant cela, — et du moment que, vous l’aurez repassé deux ou trois fois, vous ne l’oublierez plus, — vous savez tout l'almanach, tout au moins pour Tannée courante. Voici en effet la façon dont il faut s’v prendre :
- La semaine, chacun le sait, compte sept jours, et commence par le lundi, que nous désignons par le chiffre 1 ; le mardi porte le chiffre 2, et ainsi de suite.
- Il faut vous souvenir — et je vous enseignerai comment on y parvient sans effort — du jour qui commence l’année.
- En 1875, ce jour est un mardi (soit 2° jour de la semaine). De ce chiffre retranchez 1, reste 1. Le nombre 1 est le nombre de l’année 1875.
- Cela.étant, je suppose que vous veuilliez savoir quel est le jour de la semaine du 24 août 1875, vous faites l’addition suivante :
- Quantième..................................24
- Nombre du mois [août, hideux, deux) . . 2
- Nombre de l’année........................ 1
- Total...............27
- De ce total, vous retranchez le plus fort multiple de 7 (soit 21), reste fi, soit samedi, 6e jour de la semaine. Le 24 août 1875 est donc un samedi. » Telle fut la conversation que j’eus avec M. Aze-vedo. Il avait parfaitement raison. Je n’ai jamais oublié ses douze formules qui me sont extrêmement commodes. L’année 1886 ayant commencé un vendredi, le nombre à retenir pour cette année est 4. Pour calculer la date du 11 novembre 1886, il faut faire l’addition suivante :
- Quantième.....................................H
- Nombre du mois (Novembre, Toussaint.
- Morts à l’étroit, trois)................. 3
- Nombre de l’année. ................... 4
- Total................18
- Retranchez-en le plus fort multiple de 7, soit 14, reste 4, soit jeudi. Le il novembre dernier était donc un jeudi.
- On arrive en très peu de temps à faire cette addition avec une promptitude telle que l’on trouve une date plus vite encore qu’une personne qui a un calendrier sous les yeux.
- Le difficile est de se rappeler le nombre de Tannée. Mais la mnémotechnie vous vient eûcore ici en aide. Elle a permis à M. Azevedo de m’apprendre en un quart d’heure tous les almanachs présents
- passes et futurs, tant du calendrier julien que du calendrier grégorien.
- Ce sera, si vous le voulez bien, l’objet d’un prochain article. Jacques Bertillon.
- — A suivre. —
- TORPILLES BALISTIQUES
- Il n’est, depuis quelque temps, question que de torpilles sèches balistiques, c’est-à-dire d’obus à charge brisante, capables de formidables effets destructeurs. Il n’est bruit que du tir à fulmi-coton des Allemands et du tir à mélinite des Français; des projectiles de l’usine Grüson, de Buekau, et des projectiles de l’École de pyrotechnie de Bourges: des expériences de Magdebourg et des expériences du fort de Malmaison. Les faits extraordinaires qu’on a déjà pu constater ont produit dans le monde militaire une impression très vive. On s’y sent à la veille d’une révolution de nature à bouleverser les procédés de l’art de la guerre; on se demande, en particulier, ce que va devenir l’art de la défense des places, ainsi mis sous le coup d’une menace d’explosions de fourneaux de mine arrivant à destination précise parvoie de transport balistique. Des esprits pessimistes émettent cet avis que de la révolution qui se prépare, sortiront des conséquences au moins aussi graves que celles qu’a jadis entraînées l’invention de la poudre. En tout cas, les appréhensions sont fondées, fondées à ce point que le budget de la guerre de l’armée allemande, tout récemment voté, comprend un crédit de sept millions de marks, inscrit à titre de premier acompte pour travaux de fortification. Et, dans l’esprit du législateur, les travaux à exécuter sont destinés à mettre les frontières nationales à l’abri des effets du tir des nouveaux projectiles de rupture.
- Dans cette situation, nous avons cru devoir nous empresser d’exposerànos lecteursl’état de la question.
- A force de marcher intrépidement dans la voie du progrès et de s’attacher à la recherche d’une puissance de projectiles de plus en plus grande, l’artillerie est arrivée, sans le vouloir, à l’exagération des calibres. Il se construit aujourd’hui des pièces-monstres. On sait, par exemple, que l’Italie a récemment commandé à l’usine Krupp quatre canons pesant chacun cent vingt et une tonnes,— cent vingt et un mille kilogrammes!—C’est une limite extrême qu’il semble difficile de pouvoir pratiquement dépasser ; la manœuvre d’un engin de ce genre est, en effet, singulièrement ardue et, lors de l’exécution du tir, chaque coup comporte un prix de revient considérable.
- On peut conclure de là qu’il n’est plus guère possible d’accroître, ainsi qu’on Ta fait jusqu’ici, la puissance des bouches à feu, moyennant l’augmentation du calibre et l’accroissement de la charge de poudre. Cela admis, on a eu l’idée d’augmenter la puissance de rupture des projectiles creux en composant leur charge intérieure de poudres essentiellement brisantes:
- C’est l’artillerie italienne' qui, la première,‘est
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- LA NATURE.
- entrée dans cette voie nouvelle; elle a, dès 1874, essayé des projectiles brisants dans son obusier rayé de 22 centimètres se chargeant par la bouche, et son obusier de 24 se chargeant par la culasse. Les charges intérieures se composaient de poudre cubique.
- Ultérieurement, en 1879-1880, l’usine allemande Grüson enferme des rondelles de poudre comprimée dans des obus dont l'ogive est organisée de façon à pouvoir se visser sur la partie postérieure du projectile. Elle y introduit ensuite des rondelles de fulmi-coton humide ; puis elle essaye successivement la dynamite, la gélatine, l’amidogène, etc.
- En parcourant ainsi la gamme des matières explosibles, les Allemands se sont heurtés à des difficultés imprévues. Les substances qu’ils essayaient s’enflammaient très souvent du seul fait de leur frottement contre les parois du projectile; et, en tout cas, le choc inévitable qu’elles subissaient à l’instant du tir en provoquait l’inflammation prématurée. Comment donc empêcher le projectile ainsi chargé d’éclater dans la pièce ?
- Comment régler la mise du feu de la charge intérieure de manière à demeurer maître du moment opportun de l’explosion voulue ?
- Le problème à résoudre se posait en trois points : il fallait trouver le moyen de maintenir intacte et en l'état la substance explosible enfermée dans le projectile, et ce, au moment du départ de celui-ci; d’assurer l’explosion de ladite substance : soit à l’instant du choc, soit un temps après ce choc contre le but visé ; subsidiairement, de faire en sorte que le maniement et le transport des projectiles ainsi chargés ne pussent donner lieu à aucun accident avant l’exécution du tir.
- La solution paraissant peu commode, on a d’abord essayé de tourner la difficulté. C’est ainsi que M. Jamolte a été conduit à préconiser un emploi méthodique d’appareils névrobalistiques—perfectionnés à l’aide des ressources de la science moderne, et destinés a projeter de la dynamite enfermée dans des enveloppes de cuir.
- On a ensuite tenté de substituer à la poudre ordinaire, considérée comme agent projecteur, un gaz éminemment élastique, l’air comprimé. Des canons pneumatiques à dynamite ont été essayés en 1885, aux Etats-Unis, notamment au fort Lafavette (port de New-York). Le lieutenant Zalinski, qui a conduit ces expériences, se propose de porter à 900 kilogrammes la pression développée en son appareil. Ce faisant, il espère pouvoir attaquer des plaques de blindage de 0m,28 d’épaisseur et les briser en leur envoyant des obus chargés de quarante-cinq kilogrammes de dynamite.
- Cependant on n’abandonnait pas l’idée d’une projection de matières brisantes par le moyen des bouches à feu, notamment des mortiers tirant à faible charge de poudre. Le 2 juillet 1879, un brevet de projectiles spéciaux était pris par les Allemands Hermann Grüson, de Buckau (près Magdebourgj; Albert Hellhoff, de Mayence, et Joseph-Antoine llalbmayr de Marienbad (Bohême). Le mode d’organisation de
- ces projectiles réalise une idée émise, dès 1875, par le docteur Sprengel. Il repose sur cette idée qu’il est possible d’enfermer dans un obus plusieurs ingrédients chimiques qui, isolément inertes et inoffensifs , peuvent constituer, du fait de leur mélange, une substance explosible de grande puissance. Les récipients des composants isolés sont assez solides pour résister aux chocs résultant de la manœuvre ou du transport; assez délicats, pour se briser sous le coup du .départ du projectile. Alors le mélange s’opère, le composé se produit plus ou moins rapidement et l’explosion a lieu.
- Tel est le principe.
- Pour ce qui est des ingrédients employés par l’usine Grüson, il faut citer : d’une part, des dérivés nitreux tels que la naphtaline, le phénol, le toluol, la benzine, le xylol, etc. ; d’autre part, l’acide nitrique. La substance dite IJellhofite (du nom de M. Albert Hellhoff, de Mayence) n’est autre chose qu’un mélange d’acide nitrique et d’un produit nitro-benzoïque.
- a et
- .... ;................
- Fig. 1 à 4 — Les nouvelles torpilles balistiques!
- Fig. 1.— Coupe de torpille balistique ou projectile de rupture sans fusée.— A,B. Récipients en matière fragile telle que le verre. — Cales en caoutchouc ou en feutre. — cc. Ceinture de cuivre. — C. Culot dévissable.
- Fig. 2.— Coupe de torpille balistique ou projectile derupture à fusée percutante enfermée dans l’ogive. — A,B. Vases en matière fragile, telle que le verre.— F. Fusée percutante. — cc. Ceinture de cuivre. — mm tm Cales en caoutchouc ou feutre.
- Fig. 5. — Coupe d’un projectile à fusée percutante dans le culot. — A,B. Vases en matière fragile, telle que le verre.— cc. Ceinture de cuivre.— F. Fusée percutante.— mm Cales en eaotchouc ou en feutre.
- Fig. 4.— Coupe d’un projectile de rupture HayesetDucanson (de Washington).— A,A. Chambres du compartiment supérieur de l’obus.— B B. Compartiment inférieur.— mm.Cloison horizontale. — o,o. Ouvertures. — dd. Disque maintenu en place par un filetage de la lige t. — tt. Tige traversant toute la hauteur de l’obus. — a,a. Ailettes. — p,p. Palettes — f. Amorce.— cc. Ceinture (de cuivre) arrière.— nn. Ceinture (de cuivre) avant.
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- Considérés comme enveloppes de charges brisantes, les projectiles Grüson sont essentiellement démontables et comprennent deux parties ogive — et culot
- (vov. les fîg. I, 2, et 5). A l'intérieur sont enfermés des récipients en verre, porcelaine ou autre matière fragile) contenant eux-mêmes les composants de la
- Fig. 3. — Effets rtc l’explosion d’une torpille balistique à charge de fuloii-coton contre un pan de mur d’escarpe à voûtes en déchargé.
- matière explosible à produire. Maintenus en place vases ne peuvent se briser au cours d’une manœuvre par un calage de feutre ou de caoutchouc, ces ou d’un transport. Toute chance d’accident au mo-
- Fig.6.— Magasin à poudre d’un fort allemand.— Fig. 7.— Le même magasin après l’explosion d’une torpillebalistique à charge de fulmi-colon
- 4fnent du tir est également écartée attendu que, pris isolément, les composants sont, nous l’avons dit, inoffensifs; qu’ils ne subissent aucune altération sous l'influence des hautes températures développées du
- lait de l’inflammation delà poudre projectrice; qu’un matelas d’air, — qui les sépare de la paroi intérieure du projectile, — les préserve, d’ailleurs, de tous fâcheux effets pyrométriques.
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- Mais, a cet instant du tir, le choc est assez violent pour les briser l’un contre l’autre ou contre les parois. Alors, sous l’influence du mouvement de rotation du projectile, le mélange intime s’opère à distance plus ou moins grande de la tranche de la bouche. L’opérateur peut, jusqu’à certain point, régler le moment où le projectile atteindra son maximum de puissance explosive; et ce, en modifiant la nature et les proportions des substances appelées à se combiner. Observons enfin que, pour permettre à l’obus arrivé au but d’y faire pénétration avant d’éclater, M. Griison fait usage de divers types de fusées à temps actionnant des détonateurs.
- La figure 1 représente un obus sans fusée, dans lequel, par conséquent, l’inflammation de la charge intérieure s’opère du fait du choc et de la chaleur développée par une violente percussion contre le but atteint. Parfois le projectile se trouve muni d’une fusée percutante, enfermée dans l’ogive comme dans la figure 2, ou dans le culot, comme dans la figure 5.
- La maison Rayes et Ducanson, de Washington, propose un nouveau projectile de ce genre. (Voy. la figure 4.) L’obus est divisé en deux compartiments par une cloison horizontale mm. Le compartiment supérieur A est subdivisé, par des cloisons verticales, en autant de chambres qu’il doit entrer de substances différentes dans la composition de la matière explosible. Chacune de ces chambres est mise en communication avec le compartiment inférieur B du projectile par une ouverture o que ferme, en temps de repos, un petit obturateur. Tous les tampons-obturateurs sont fixés sur un disque dd maintenu en place par le moyen d’une tige t, sur laquelle ce disque est vissé. La tige t, qui traverse l’obus suivant toute sa hauteur, porte : à sa partie supérieure, un épaulement e et deux ailettes a,a; à sa partie inférieure, deux palettes p,p.
- Lorsque le projectile exécute son mouvement de rotation dans l’air, la pression exercée sur les ailettes a,a a pour effet d’opérer le dévissement de la tige t. Dès lors, les trous o,o sont désobstrués ; les substances enfermées isolément dans les chambres du compartiment supérieur tombent dans le compartiment inférieur du projectile. Du fait de la rotation de l’obus, et aussi de l’action des palettes p,p, il se produit un mélange intime.
- Au moment du choc à l’arrivée sur le but, l’épau-lement e se détache de la tige sous l’action d’un dispositif très simple. Dès lors la tige /, qui se termine en pointe, se détache et vient tomber sur une amorce f fixée au culot du projectile. Ce choc opère la mise du feu.
- Les projectiles dont nous venons d’exposer le principe ont été expérimentés : en 1885, en Allemagne et en Danemark; en 1884, en Italie et en Suisse; tout récemment, en Angleterre. Il a été fait en Amérique, en Suède, en Belgique, en Russie, nombre d’expériences analogues qui toutes ont donné des résultats saisissants. Voici le résultat de l’une des expériences de Magdebourg ; un obus de 15 cen-
- timètres, chargé de Jk, ! 00 de hellhofite, a été tiré 'a800 mètres contre Tin parapet en terres de consistance moyenne et de 9 mètres d’épaisseur. L’éclatement, a eu pour effet d’ouvrir dans le massif un entonnoir d’un mètre de profondeur sur 4m,50 de diamètre. C’est un effet équivalent à celui qu’eût produit pareille charge de nitro-glyeérine, et près de deux fois supérieur à celui de pareille charge de dynamite.
- Cependant, après divers tâtonnements, les Allemands se sont décidés à revenir, purement et simplement, à l’emploi des rondelles de fulmi-coton. Enfermées dans des boîtes en cuivre, ces rondelles y sont maintenues à l’état humide. Ainsi chargée, la boîte se conserve en citerne ; on ne l’en tire que pour l’introduire, au moment du besoin, dans le projectile dont l’ogive est, à cet effet, dévissable. La mise du feu s’obtient moyennant le jeu d’un détonateur actionné par un allumeur fusant ou percutant.
- Les projectiles Griison à charge de fulmi-coton produisent des effets remarquables. Moyennant ce chargement intérieur de substance essentiellement brisante, un seul coup de canon Krupp de 15 centimètres, de siège et place, suffit à faire sauter un pan d’escarpe à voûtes en décharge (fig. 5) ; un seul coup de mortier rayé de 21 centimètres, de siège, suffit à provoquer l’effondrement d’un magasin à poudre (fig. (> et 7). Et même point n’est besoin de recourir, à cet effet, à l’emploi du matériel des équipages de siège ; l’expérience a prouvé aux Allemands qu’ils peuvent se contenter d’employer les pièces de leurs parcs de campagne : le canon lourd de 9 centimètres et le canon léger de 8. Le tir à fulmi-coton de ces bouches à feu aurait vite raison d’un ouvrage permanent quelconque. Ainsi battu durant dix à douze heures, un fort ne serait plus qu’un amas de décombres; la pulvérisation en serait complète. L’artillerie allemande est, d’ores et déjà, pourvue de soixante-quinze mille projectiles de ce genre.
- En France aussi l’on a des torpilles balistiques ou projectiles de rupture à charge brisante, mais la matière explosible employée n’est pas le fulmi-coton. Les opérateurs ont d’abord fait usage de poudre verte composée de 14 parties (en poids) de chlorate de potasse, 4 parties d’acide picrique et 5 de prussiate jaune de potasse. Ils ont ensuite essayé l’emploi d’une autre matière dont les effets puissants ont vivement impressionné l’opinion publique et qu’on a appelée mélinite, du nom de l’ancien ministre auquel ont été soumis les premiers échantillons. Cette mélinite vient d’être expérimentée contre le fort de Malmaison, lequel fait partie du système dit Position de La F ère — Laon — Soissons, appelé à défendre le secteur de territoire qui se développe entre Aisne et Oise. Faites en présence des membres de la Commission du budget, les expériences ont vivement impressionné l’assistance. Le compte rendu de ces expériences nous a été communiqué; nous savons la formule de la mélinite; nous en-connais-
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- LA NATURE.
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- sons le mode d’emploi et la valeur comparée à celle de la poudre ; mais nous estimons que, dans l’in-térèl de la défense nationale, il convient de ne point divulguer ces documents.
- Lieutenant-colonel Hexxerert.
- • - '-><-> -
- ECLAIRAGE ÉLECTRIQUE DES WAGONS-LITS
- SYSTÈME DESRUEU.ES
- On a déjà fait de nombreuses tentatives pour améliorer l’éclairage des trains de voyageurs. Les lampes à huile, qui éclairent si mal, entraînent avec elles de nombreux inconvénients, tels que personnel nombreux réparti sur tout le réseau, pertes de temps, difficulté et danger de l’allumage, surtout en temps de neige cl de gelée.
- L’emploi du gaz comprimé, qui a été essayé sur certaines lignes, ne paraît pas se généraliser. Il éclaire beaucoup mieux, mais il présente les mêmes inconvénients que l’huile au point de vue de l’allumage, il exige en outre l’emploi d’un mécanisme assez délicat pour que la pression reste constante à chaque bec et nécessite la construction d’usines centrales très coûteuses.
- Il semble que l’éclairage électrique, qui a fait de si grands progrès depuis quelques années, doive apporter une heureuse solution au problème. Avec lui le personnel se réduirait à quelques employés aux stations principales, l’allumage se ferait d’un seul point et instantanément dans toutes les voitures.
- Cependant, jusqu’à présent, les tentatives n’ont pas été très heureuses. Les uns ont pensé à employer des accumulateurs qu’on charge à la tète de ligne et qu’on place soit dans un fourgon, soit dans chaque voiture pour éviter l’intercommunication ; d’autres ont pensé à laisser les accumulateurs installés à demeure sous les voitures et à les charger ou les entretenir en charge pendant la marche du train au moyen d’une dynamo actionnée par l’essieu même des wagons. Ces essais ont été à peu près abandonnés et l’insuccès rencontré dans cette voie tient principalement à l’emploi des accumulateurs qui ont un poids considérable relativement à la quantité d’électricité disponible et qui sont mis assez rapidement hors de service par suite des trépidations imprimées aux voitures pendant la marche.
- Une nouvelle tentative est faite en ce moment dans une autre voie par M. Desruelles, [qui, depuis le mois de mars dernier, utilise des piles primaires pour l’éclairage des voitures de la Compagnie internationale des vagons-lits sur la ligne de Lille et sur celle de Bruxelles.
- L’emploi des piles primaires à grand débit au lieu d’accumulateurs présente comme principal avantage de donner sous un poids moitié moindre la même quantité d’électricité. Mais toutes les piles à grand débit connues jusqu’alors présentent certains dan-
- gers (surtout lorsqu’il s’agit, comme dans le cas présent, de les déplacer souvent), à cause des liquides corrosifs qu’elles renferment ; aussi les détails de construction de celle employée ici ont-ils été étudiés avec le plus grand soin par M. Desruelles. C’est une pile au bichromate, à deux liquides. Le vase extérieur est une caisse carrée en ébonite doublée de bois ; sa face supérieure est percée d’un trou rond de la dimension du vase poreux; sur chacune de ses faces latérales sont placés, l’un à côté de l’autre, des charbons plats (cannelés afin d’augmenter leur surface) qui les tapissent complètement à l’intérieur ; la surface de l’électrode dépolarisante est ainsi rendue très considérable. Chaque charbon est attaché à la paroi par un boulon en cuivre, qui, afin d’empêcher le liquide de le corroder, est encastré dans une chambre pratiquée au haut du charbon ; cette chambre est ensuite rebouchée par un mastic spécial, bon conducteur de l’électricité et inattaquable aux acides. Le charbon est paraffiné afin d’empêcher le liquide de monter par capillarité, et le mastic dont nous venons de parler sert ensuite à boucher tous les joints par où il pourrait s’introduire. Tous les boulons sont réunis à une bande de cuivre faisant extérieurement le tour de la boîte et qui constitue le pôle positif.
- La fermeture hermétique de cette partie de l’élément est obtenue par le vase poreux qui, comme le montre notre figure, est muni d’un rebord sous lequel est placée une bague de caoutchouc. Afin de laisser un échappement aux gaz qui se dégagent, un mince tube de verre traversant un bouchon de caoutchouc est fixé sur le couvercle, il est légèrement taillé en biseau à la partie inférieure qui débouche dans la boite et contre ce biseau vient s’appliquer une petite plaque d’ébonite contre laquelle viennent s’arrêter les gouttelettes de liquide qui sautent pendant le transport. Le vase poreux est fermé par un couvercle auquel sont suspendus les zincs et qui est muni d’un joint en caoutchouc et d’un tube d'échappement analogues, Le tout est maintenu par une traverse placée sur ce dernier couvercle et fixée par deux boulons qui compriment légèrement les bagues de caoutchouc.
- De cette façon la fermeture obtenue est telle que l’élément peut être renversé sans danger. Un côté intéressant de la question, c’est la protection et l’amalgamation des zincs qui sont obtenues au moyen d’un enduit gras composé de mercure et d’une graisse minérale extraite du pétrole. Ainsi préparés, ils peuvent rester plongés dans le liquide excitateur sans être attaqués tant que le circuit est ouvert.
- Le liquide dépolarisant se compose d’une solution de bichromate de soude dans l’eau additionnée d’acides sulfurique et azotique. Le liquide excitateur mis dans le vase poreux est de l’eau acidulée à 30 pour 100 avec une légère addition de bisulfate de mercure.
- L’élément ainsi chargé a une force électromotrice de 2,19 volts, une résistance intérieure de
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- 0,07 ohm, co qui donne en court circuit un débit de 51 ampères. Le débit moyen auquel on doit le faire fonctionner est de fi à 8 ampères et dans ces conditions il peut débiter 200 ampères-heures; la perte de force électromotrice n’est que de 5 pour 100 environ au bout de trente-cinq à quarante heures de marche. Au bout des vingt premières heures la résistance intérieure s’accroît et, par suite, le débit diminue. Comme le rendement des lampes à incandescence décroît rapidement avec l’intensité du courant, il y a intérêt a maintenir le débit constant malgré l’accroissement de la résistance intérieure, ce qui est facile à réaliser en employant un rhéostat. Celui que M. Des-ruelles a imaginé est construit de telle sorte qu’on peut le confier au premier venu sans crainte qu’il donne par maladresse une trop grande intensité tout à coup, ce qui ferait casser le filament des lampes. A cet effet il renferme un électro-aimant qui, placé sur le circuit, produit un enclenchement lorsque le courant atteint sa valeur normale. Par suite de cette disposition il suffit qu’un employé quelconque, lorsqu’il voit baisser la lumière des lampes, manœuvre la touche du rhéostat jusqu’à ce qu’il sente un arrêt. Pour l’extinction, il suffit de ramener la touche en sens contraire.
- Le nombre total des lampes est de 21, dont 19 de 5 bougies et 2 de 2,5 bougies (ces dernières montées en tension entre elles) le tout en dérivation sur le circuit principal. Le grand salon comprend 8 lampes, le restaurant 4 ; les autres sont réparties dans les couloirs, cuisine, office et cabinets de toilette. Cet ensemble donne un éclairage total de 100 bougies.
- La pile est placée dans des caisses fixées sous les voitures. Trois éléments sont réunis en quantité
- dans une boîte dite boîte-série, et il y a 15 de ces boîtes montées en tension. Le renouvellement des éléments épuisés se fait partiellement tous les jours en observant un certain roulement de manière à
- avoir un travail régulier toujours le même ; de plus, on a l’avantage d'avoir une résistance intérieure moyenne dans l’ensemble de la pile.
- Depuis le 3 mars dernier, le système à fonctionné à la plus grande satisfaction de tous. Les voitures de Paris-Bruxelles peuvent faire cinq voyages aller et retour avec une durée d’éclairage moyenne de 7 heures et les voitures Paris-Lille sept voyages aller et retour, la durée de l’éclairage n’étant que de 5 heures , après quoi il faudrait renouveler la pile ; mais, comme nous venons de le dire, ce renouvellement se fait d’une façon partielle à chaque voyage. On a ainsi un service analogue à celui des chaufferettes, avec cette différence qu’on ne dérange pas les voyageurs, puisque les caisses de piles sont à l’extérieur. Du reste il demande à
- peine 5 minutes.
- D’après le prix des liquides, du zinc, l’amor-tissementdu capital,etc., M. Desruelles estime que l’heure - bougie coûte 1 centime 10; mais la régénération du liquide dépolarisant épuisé, à laquelle il nous dit être parvenu, permettrait d’abaisser ce prix d’environ 20 pour 100, et il est probable que dans une exploitation plus étendue il serait encore moins élevé.
- Quoi qu’il en soit, actuellement l’éclairage revient au même prix qu’avecle gaz, et il faut espérer que l’exemple donné par la Compagnie internationale des wagons-lits sera suivi par d’autres, et que le système de M. Desruelles ne tardera pas à se généraliser. G. Mareschal.
- Fig. 1. — Pile Dcsruelles pour éclairer les trains.
- Fig. 2.— A. Support des zincs.— B. Charbon cannelé.— C. Le même en dessous, avec le boulon en place. — D. Boulon.
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- NOUVEAU MODE
- DE CONSTRUCTION DE L’HÉLICE
- ,1c poursuis depuis plusieurs années l’étude de l'application de l’électricité à la propulsion des embarcations. Je désire aujourd’hui porter à la connaissance des lecteurs les conclusions auxquelles m’ont amené mes expériences sur le fonctionnement de l'hélice, ainsi qu’un nouveau mode de construction de ce propulseur.
- Mon moteur, qui, avec un poids et un volume minimes, arrive à développer une très grande puissance1, donne son maximum de rendement avec une vitesse de plusieurs milliers de tours par minute.
- On se trouve donc dans des conditions très différentes de celles que pr é s e n l e n t les moteurs a vapeur, lesquels, à cause de l’inertie des pièces oscillantes et de la résistance limitée de certains organes, ne peuvent dépasser pratiquement une vitesse assez faible.
- Au lieu de réduire par le mode de transmission la vitesse du moteur, il m’a paru plus avantageux de conserver à l’hélice une très grande vitesse de rotation. On sait avec quelle rapidité augmente la résistance de l’eau, à mesure que la vitesse du corps qui s’y meut s’accroît; on doit donc se rapprocher ainsi des conditions qu’offre une vis prenant son point d’appui sur un écrou solide, obtenir une diminution de recul de l’hélice et réduire la perte de force vive résultant du tourbillonnement de la masse d’eau mise en mouvement.
- Cette grande vitesse oblige à réduire considérablement le pas de l’hélice, condition également favorable; car la résultante des forces dues à l’inertie de l’eau, agissant sur chaque élément de la surface des ailes, se rapproche de la direction de l’axe, direction dans laquelle doit s’exercer l’effet utile.
- Il en résulte aussi pour l’eau une moindre ten-
- 1 D’un poids de 15 kilogrammes, il développe une puissance de 75 kilogrammètres par seconde.
- dance à prendre un mouvement de rotation qui fait naître un effort centrifuge, la forçant à s’échapper par le pourtour de l’hélice, ce qui, comme on le sait, est une cause de trépidations et de perte de force vive.
- L’expérience a confirmé cette manière de voir, et, en portant jusqu’à 2400 tours par minute la vitesse de rotation, le rendement de l’hélice a augmenté dans une proportion très notable, en même temps que l’on voyait diminuer le bouillonnement de l’eau à l’arrière, les trépidations cesser et le mouvement prendre une régularité et une douceur parfaites. Ces expériences .ayant nécessité l’essai d’un très grand nombre d’hélices de forme et de pas variables, j’ai été conduit à imaginer un mode de construction beaucoup plus simple que ceux qui sont en usage. La confection du moule d’une hélice est, en effet, une opération exigeant des connaissances géométriques assez étendues, car il s’agit de faire l’épure des ailes, de développer et de rabattre un nombre assez grand de sections cylindriques concentriques de ces ailes, de découper des gabarits qui, cintrés ensuite, permettent de tailler dans un moule en bois les courbes de ces sections, courbes que l’on réunit ensuite par des surfaces où le sentiment de la continuité et, par suite, l’habileté de l’ouvrier jouent un grand rôle. Il en résulte que ces pièces ne peuvent être exécutées que par un petit nombre d’hommes spéciaux, et que le prix de revient en est élevé.
- Le nouveau mode de construction présente, au contraire, une simplicité telle que tout ouvrier peut confectionner un modèle d’hélice.
- Voici en quoi il consiste: dans un cylindre d’un diamètre égal au moyeu de l’hélice, je pratique une rainure hélicoïdale, opération que letourà engrenages réalise mécaniquement avec une régularité parfaite. Je prends ensuite une série de tiges métalliques d’un diamètre égala la largeur de la rainure, et j’implante l’extrémité de ces tiges dans la rainure, perpendiculairement à l’axe du cylindre, en les pressant forte-
- Coiistruction de l’hélice.— 1. Cylindre muai d’écrous et sillonué de rainures hélicoïdales où se logeut les liges. — 2. détail des rainures. — 3. Noyau de l’hélice. — A. Hélice à trois branches.— o.Ilciice à ailes. Courbes déjà indiquéesau n" i par des lignes pointillées.
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- LA NATURE.
- nient l’une contre l’autre, de façon à assurer le contact. On réalise ainsi matériellement, avec la plus grande facilité, la formation d’un hélieoïde de pas déterminé. 11 ne reste plus qu’à réunir les extrémités des tiges au moyen d’une feuille de métal mince, à laquelle on les soude pour fixer leur position, à souder également entre elles les extrémités encastrées, puis à remplir l’intervalle des tiges au moyen d’un métal facilement fusible. J’obtiens ainsi deux surfaces auxquelles viennent affleurer les tiges, surfaces qui se confondent sensiblement avec l’bélicoïde géométrique ayant rigoureusement le pas qu’on s’est donné.
- Je puis, du reste, réaliser parfaitement la surface hélicoïdale géométrique en faisant coïncider l’un des angles de l’outil avec la trace de cette surface sur le cylindre. On découpe à volonté, si on le désire, des ailes courbes sur la surface ainsi formée, et l’on renforce la face qui n’est pas destinée à agir au moyen d’une matière plastique. On obtient ainsi sans difficulté cl à peu de frais un moule au moyen duquel on peut fondre des hélices parfaitement régulières et de pas bien déterminé.
- Comme ce moule est en matière indéformable, dépourvu de son noyau, il restera comme étalon pour vérifier soit les produits de la fonte, soit les hélices qui, ayant déjà travaillé, auraient été faussées.
- L’hélice à pas variable, si compliquée et si difficile à réaliser, s’exécute avec la même facilité.
- Ce mode de formation peut aussi rendre des services à l’enseignement, en permettant de rendre tangible la génération de l’bélicoïde, surface compliquée dont les épures ou dessins permettent difficilement de comprendre la forme et les propriétés l.
- G. Trouvé.
- CHRONIQUE
- Brevets photographiques en Angleterre. —
- M. W. J. Harrison a communiqué au Photographie News une note bien intéressante au point de vue de l’histoire de la photographie. Cet auteur a dressé une table du nombre de brevets obtenus en Angleterre pour la photographie et ses diverses branches depuis l’origine des choses, c’est-à-dire depuis 1859 jusqu’à ce jour. De 1859 à 1849 il n'y en avait que un ou deux par an. Avant l’époque du collodion, de 1839 à 1855, en quinze ans il n'g a eu que vingt-six brevets. Dans les vingt-quatre ans qui représentent « l’époque du collodion » (1854 à 1877) il y a eu 585 brevets d’invention, soit 24 par an, et « l’époque de la gélatine », soit de 1878 à 1883, six ans, est caractérisée par une moyenne de 35 brevets par an, car dans ces six années nous trouvons 210 brevets. Quant aux deux dernières années qui viennent de s’écouler, nous trouvons pour 1884 le nombre 130 et pour 18851e chiffre 199. Ainsi l’entreprise photographique augmente toujours et assez rapidement.
- Conférence Scienlia. — Le neuvième dîner de la Conférence Scientia a eu lieu le jeudi 2 décembre en l’honneur de M. le professeur Daubrée, membre de l’Institut. La réunion, présidée par M. Friedel, de l’Institut,
- 1 D’après une note présentée à l’Académie des sciences.
- élait composée d’une nombreuse assistance. Voici les noms des convives, eu outre du président d’honneur et du président : Mme J. Adam, MM. Alphonse Milne Edwards, Janssen, Dr Broch, Ch. Garnier. D1 U. Trélat, Emile Trélat, Raoul Duval, Lauth, Iid. Fuchs, Léauté, A. Cahours, Seyrig, Ch. Ledoux, Demarçav, Dr Topinard, Désiré Charnay, Eiffel, Lisbonne, Gauthier-Villars père et fils, Dr Alphonse Guérin, Maunoir, J. Jackson, Venukoff, Dr Rauque, Tissandier frères, Ch. Richet, Max de Nan-souty, Ch. Talansier, Liébaut, commandant de Rochas, Léon Vidal, Beauregard, Aubry, Ch. Buloz, H. Filhol, I)’ Bazy, Dr Bazincourt, Béinont, Etard, Prengrueber, Dr Nicolas, Dr Hénocque, G. Pouchet, Dr Robin, Regamey, Ph. Bréban.
- Accident arrivé pendant les réparations d’un tunnel. — Une locomotive suivie d’un train de marchandises traversait, le 3 novembre dernier, le tunnel de Perkasie (Pensylvanie) lorsque arrivée à peu près au centre de l’ouvrage, elle commença à patiner et fut enfin obligée de s’arrêter non loin d’un groupe de cinquante ouvriers qui étaient occupés à réparer les piédroits et la voûte. Le tunnel, de 800 mètres de longueur, environ, est à voie unique. Après avoir rechargé la grille, le train put reprendre sa marche, mais il agit à la manière d’un piston dans un cylindre et projeta les gaz de la combustion sur les ouvriers : en quelques secondes, quarante d’entre eux tombèrent sans mouvement sur le sol, et l’un d’eux fut même trouvé suspendu les pieds en l’air sur l’échelle où il travaillait. Le contremaître, heureusement épargné, put courir à l’entrée du tunnel et donner l’alarme à un train de ballast qui évoluait aux environs : on enleva les blessés et on les emporta au dehors en les chargeant sur les plates-formes. Ils revinrent du reste promptement à la vie sans que l’accident entraînât de conséquences fâcheuses. Il prouve néanmoins qu’il y a lieu, en cas de réparations dans les tunnels à voie unique, rares à la vérité en Europe, de se préoccuper de la ventilation de ces ouvrages, car, sous ces longues voûtes, l’humidité des voies détermine assez fréquemment le patinage des locomotives.
- Les sous-produits des fourneaux électriques.
- — D’après le professeur Mabery, de New-York, quelques-uns des sous-produits que donne le fourneau électrique de Gowles, pour la réduction de l’aluminium, offrent un intérêt tout spécial. L’un d’eux est obtenu en réduisant l’aluminium en présence du fer. On arrive ainsi à une fonte contenant environ 10 pour 100 d’aluminium que l’on peut employer pour faciliter le travail des fontes brutes, en y ajoutant un peu d’aluminium. On trouve aussi un produit jaunâtre composé de 50 pour 100 d’aluminium et 50 pour 100 de cuivre et de silicium. Une barre de bronze à 10 pour 100, chauffée pour le forgeage, offrit un phénomène assez curieux. La barre avait été trop chauffée, et quand on la martela, devint tout à fait cristalline ; les cristaux étaient de forme à peu près parfaite et isomérique. On observa une grande analogie entre ces cristaux et ceux de certains météorites. La réduction lu silicium donna aussi lieu à la formation d’une substance d’un jaune verdâtre que l’analyse démontra être un nouvel oxyde de silicium : SiO. En le chauffant avec des fondants, on le convertit facilement en acide silicique. L’acide fluorhydrique attaque aussi facilement ce sous-oxvde que l’acide silicique.
- Structure de l’œil humain, —* M. le DrPhipson nous apprend, dans le Moniteur de la photographie, qu’il existe depuis quelque temps à Londres un club d’amateurs
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- LA NATURE.
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- photographes appelé Caméra Club, dont les procès-verbaux nous parviennent de temps en temps par l’intermédiaire du président. A la tin d’octobre il y a eu une séance convoquée pour entendre lecture d’un mémoire par le docteur Lindsay Johnson, sur l’œil, considéré comme une chambre photographique. Après avoir exposé sommairement la structure anatomique de l’œil, l’auteur lit bouillir un œil de bœuf, afin d’y montrer un noyau et des couches concentriques qu’il regarde comme analogues à la combinaison du flint-glass et erown-glass dans les lentilles photographiques. La lentille humaine s’approche le plus d’une lentille à portrait, quant à ses propriétés. Elle ne couvre qil’un angle de 5° environ, parce que, d’après l’auteur, l’esprit ne peut s’occuper à un instant donné, d’une plus large surface. Pour démontrer l’analogie de la rétine avec la plaque photographique, M. Johson fit imprimer, au moyen de la lumière Drum-rnond, une image sur la rétine d’un lapin récemment mort, et cette image, blanche sur fond pourpre, a pu être fixée.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 6 décembre 1886. — Présidence de M. l’amiral
- JlTRIEN DE LA GrAVIÈRE.
- L’est avec un très /vif sentiment de satisfaction que partageront tous les amis des sciences, que nous voyons dans la salle l’un des académiciens les plus sympathiques, M. Hervé Mangon, enfin guéri d’une douloureuse maladie dont il a souffert depuis plusieurs mois.
- Défense de la géodésie. — C’est l'illustre M. Faye qui cherche à défendre la géodésie des reproches formulés à son égard par M. de Lapparent dans une note récente. « Sans vouloir déprécier aucunement, disait ce dernier géologue, l’immense labeur accompli par les géodésiens, nous croyons qu’il est permis de penser que le résultat n’en est encore que provisoire.... les anciennes mesures sont à refaire. » Selon M. Faye, rien dans ces accusations n’est justifié. Pour ce qui concerne la mesure de l’aplatissement, M. de Lapparent insiste sur ce que la mesure du méridien du Cap, ne dépassant pas le 58° de latitude, on ne saurait rien en tirer de concluant : c’est, selon lui, plus près du pôle, dans des régions d’ailleurs inaccessibles qu’il faudrait faire les observations. Mais M. Faye rappelle que dans les formules géodésiques, le coefficient de l’aplatissement, est maximum à l’équateur et devient nul au pôle ; de sorte que les observations qui manquent ne pourraient rien donner. Un autre fait soulevé par M. de Lapparent indique de sa part, suivant son contradicteur, une confusion inexplicable. Partant des observations que M. Hatt vient de publier pour les environs de Nice, il rapproche la température du fond de la Méditerranée à 5000 mètres, soit 15° de la température moyenne de l’air sur 'le littoral qui est de 16°. (( Qui oserait penser, ajoute-t-il, que cette faible différence de 5° puisse entraîner une augmentation d’épaisseur sensible dans la croûte terrestre? Autrement, au dessous d’un continent tel que l’Europe, où la moyenne annuelle varie suivant les localités de -f 16° jusqu’à —4°, la croûte solide devrait présenter d’énormes variations d’épaisseur et ces dernières exerceraient sur l’intensité de la pesanteur et la direction de la verticale, des effets dont il faut bien reconnaître que personne jusqu’ici n’a eu le moindre soupçon. » Est-il besoin de rappeler que jamais M. Faye n’a songé à comparer la température du
- fond de la mer à la température de la surface des continents, mais à celle d’une couche située sous cette surface à la même profondeur que la paroi du bassin océanique? Il s’agit ici de 5000 mètres; ce n’est donc pas 15° et 16° qu’il faut comparer mais 15° (pour la température sous-marine), et 116° (pour la température sous-continentale). Cela est tout différent, comme on voit.
- Phosphorescence du spath. — H y a bien longtemps déjà que M. Edmond Becquerel a signalé l’inégale intensité de la phosphorescence orangée émise par le spath d’Islande dans le pliosphoroscope. Le savant physicien annonce aujourd’hui en avoir découvert la cause qui réside tout entière dans le mélange de la’ calcite avec du carbonate de manganèse. Plus il y a de ce dernier sel, plus la lueur émise est intense. On doit croire d’ailleurs que le manganèse agit simplement en modifiant l’état moléculaire de la substance dans laquelle il est. engagé.
- Canal Indo-européen. — On écoule avec un vif intérêt l’exposé fait par M. Janssen du projet, étudié par M. Eudes, de faire passer par la vallée de l’Euphrate un canal destiné à collaborer à la même œuvre de transit facilité avec l’Asie, que le canal de Suez. Il partirait des environs d’Antioche, gagnerait la vallée de l’Euphrate qu’il suivrait jusqu’à Babylone. Des travaux antiques restaurés lui permettraient d’atteindre le Tigre, à Bagdad, et il descendrait enfin avec ce fleuve jusque dans le goltePersique. Selon l’auteur, ce travail serait, en même temps que la route de l’Inde largement ouverte, la fertilité rappelée dans toute la région traversée, jadis florissante, aujourd'hui déserte et stérile.
- Election de candidats. — Le Muséum d’histoire nalu-turelle ayant à pourvoir au remplacement de M. Bouley, décédé, dans la chaire de pathologie comparée, a dressé une liste de deux candidats sur laquelle M. le Ministre sera appelé à choisir le nouveau titulaire. Elle porte : en première ligne, M. Chauveau, en deuxième ligne M. Nestor Grehant. L’Académie devant de son côté faire sa présentation, dresse une liste identique à la précédente.
- Petit compendium médical. — Il s’agit d’un volume presque microscopique, chef-d’œuvre de typographie en même temps que trésor de science. Il est dû à la plume si autorisée de M. le IL Antonin Bossu que nos lecteurs connaissent bien, par exemple, pour être l’auteur de cette Anthropologie et de cette Botanique médicale que nous leur avons signalées naguère. En réunissant dans ce dictionnaire-bijou de pathologie, de thérapeutique et d’hygiène domestique, cette quintessence de médecine pratique, l’auteur s’est proposé de rendre plus d’un service : à l’étudiant devant passer un examen ; au médecin-praticien ayant à se rappeler une formule, un trait; à la Faculté elle-même, exposée à être prise au dépourvu. On trouve dans ce tout petit livre : les symptômes caractéristiques de chaque maladie ; le traitement qui lui est applicable avec formulaires ; les noms, propriétés et doses de tous les médicaments ; enfin des notions d’hygiène et de médecine domestique. 11 n’y a pas besoin d’être hardi pour lui prédire un grand succès.
- Varia. — MM. Gai, professeur à l’Ecole polytechnique, et Werner, continuent leurs importantes recherches sur les chaleurs de neutralisation des acides. — Une nouvelle note de paléontologie végétale est présentée par M. Chatin, au nom de M. Crié. — Les trépanations préhistoriques occupent M. de Nadaillac. — Découragé par l’insuccès
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- LA NATURE
- pratique de ses recherches sur l’utilisation industrielle de la chaleur solaire, M. Mouchot se consacre maintenant à la géométrie. 11 adresse, par l'entremise de M. Bertrand, un mémoire sur l’interprétation des quantités imaginaires où les courbes algébriques sont représentées par un système tout à fait nouveau. —Selon M. Paiuchaud, le calorique spécifique des métaux se modifie d’une manière très considérable aux très hautes températures, telles que 1200 ou 1500 degrés. Stanislas Meunier.
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- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- UK PETIT CHEMIN DE FER ÉLECTRIQUE
- Chaque année, l’époque des étrennes apporte son contingent de nouveaux jouets dans lesquels se mani-
- l’etit chemin de
- l'estent l’ingéniosité et l’habileté des véritables artistes qui, malgré la concurrence, tiennent encore haut et ferme le drapeau de Y article de Paris.
- Sans connaître encore les petites nouveautés qui, comme chaque année, vont se répandre sur les boulevards, du 20 décembre au 15 janvier, nous pouvons cependant signaler déjà un petit chemin de fer électrique assez intéressant, et que plusieurs de nos lecteurs ont pu voir depuis quelques mois dans la section d’électricité de l’Exposition des arts et des sciences industriels.
- Ce petit modèle, que représente la ligure ci-dessous, a été inspiré à l’auteur, M. Brillié, par 1 etelphérage, du regretté Fleming-Jenkin, système que nous avons décrit ici même en détail, et par le chemin de fer monorail deM. Lartigue1.
- intnimiiiii
- électrique jouet,
- Il se compose d’une voie mobile formée de deux bandes de laiton maintenues parallèlement à une certaine distance l’une de l’autre, par des cales isolantes et soutenues par un certain nombre de supports qui permettent de donner à cette voie provisoire les dispositions les plus accidentelles, courbes ou pentes, etc.
- Le remorqueur est un moteur magnéto-électrique sans point-mort, relié à un certain nombre de wagons de formes variées, montrant les différentes applications du système.
- Un commutateur est intercalé dans le circuit formé par les deux rails qui servent à amener le courant, le moteur électrique et les deux piles-bouteilles au bichromate d’un demi-litre qui suffisent à actionner le système. Ce commutateur peut prendre trois positions principales correspondant à la marche avant à grande vitesse, l’arrêt, et
- la marche arrière grande vitesse : des crans intermédiaires permettent, par l’introduction dans le circuit de résistances convenables, de graduer la vitesse à volonté. Le tout, enfermé dans une boîte, constitue un jouet intéressant et complet en lui-même, s’adressant également bien aux jeunes gens qui trouveront plaisir et distraction au montage et démontage de l’appareil, qu’aux petits cabinets de physique d’enseignement élémentaire où ce modèle de chemin de fer électrique donnera une idée générale assez exacte et vivante, pour ainsi dire, de la traction électrique des tramways et des chemins de fer dont l'application se poursuit de différents côtés.
- D'à Z...
- 1 Vov. Table des matières des précédents volumes.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissasdier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris
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- .V 7 0 7.
- 18 DÉCEMBRE 1886.
- LA NATURE.
- • K)
- LES ENTREPOTS FRIGORIFIQUES A REFROIDISSEMENT ARTIFICIEL
- Les moyens employés pour prolonger la conserva- | intérêt lorsqu’il s’agit de transporter ces aliments, tion des aliments présentent non seulement un grand J mais encore pour en assurer le débit dans un parfait
- Fig. 1. — Dispositions generales d’un entrepôt frigorifique système Schrœder. — Coupe.
- PLAN DE L'ETAGE DEMI-SOUTERRAIN
- PLAN DU PREMIER ÉTAGE
- E Mopj fi Ss
- Fig. 2. — Plan de deux étages de l’entrepôt frigorifique de Mulhouse.
- E. Prises d’air froid. — C. Canaux ramenant l’air chaud au-dessus des bacs dans la chambre froide. — T. Canaux d’aératiou
- allant au-dessus du toit.
- état, lorsqu’ils doivent être consommés sur place; c’est ce dernier côté de la question qni nous occupera exclusivement dans cet article.
- Depuis longtemps déjà il existe en Amérique des entrepôts frigorifiques où les marchands peuvent ta0 année. — 1er semestre.
- déposer leurs marchandises, en attendant d’en trouver le débit ; nous citerons comme exemple le plus remarquable, un grand entrepôt frigorifique de 500000 pieds cubes anglais, à la Nouvelle-Orléans, qui est relié directement aux voies du chemin de fer
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- LA NATURE.
- et où l’on reçoit les produits alimentaires les plus variés : poissons, légumes, viande, fruits, boissons, etc.
- Avec une affectation plus spéciale, la ville de Genève a fait installer, il y a quelques années, dans les bâtiments de ses abattoirs, un entrepôt frigorifique d’après le système de M. Schrœder, architecte, mettant ainsi à la disposition des bouchers, moyennant un faible prix de location, des locaux destinés à conserver la viande dans d’excellentes conditions pendant l’été.
- Devant les résultats absolument satisfaisants obtenus dans cette ville, comme en témoignent les autorités et les intéressés, la ville de Mulhouse a confié au même architecte la construction d’un entrepôt identique.
- On a reconnu que le meilleur procédé de conservation était l’emploi de locaux à basse température et dans un parfait état de sécheresse ; c’est sur ces principes qu’est basé le système Schrœder qui consiste à envoyer dans les locaux à refroidir de l’air froid et sec et à en évacuer l’air chaud et humide sans le concours d’aucun appareil mécanique. La viande, par exemple, s’y comporte comme pendant la saison d’hiver, les graisses se prennent bien, les parties aqueuses sont évaporées et la viande devient sèche et ferme ; une fois sortie de l’entrepôt, elle peut être encore conservée trois ou quatre jours sans se corrompre; il faut cependant avoir soin de ne l’introduire que lorsqu’elle est parfaitement évaporée, c’est-à-dire au moins deux heures après que les animaux ont été dépecés et vidés.
- Une installation se divise en trois parties distinctes :
- 1° L’ensemble des appareils destinés à produire le froid;
- 2° La chambre de refroidissement de l’air;
- 5° Les locaux où cet air doit être envoyé et utilisé.
- Nous donnerons la description de ces diverses parties en indiquant les dispositions générales adoptées pour Mulhouse (fîg. 1 et 2) :
- Les appareils destinés à produire le froid sont du système Pictet ; ces apff&reils et les pompes occupent le rez-de-chaussée du bâtiment des machines; à l’étage sont placées des cuves réfrigérantes contenant un liquide incongelable au chlorure de magnésium, amené à une température de — 3° par l’évaporation de l’acide sulfureux anhydre.
- L’air froid est produit dans ce que l’on a appelé la chambre froide, placée au-dessus des locaux à refroidir. Une série de bacs y sont disposés transversalement à deux niveaux différents : les bacs supérieurs sont perforés; le liquide incongelable y est amené, au moyen d’une pompe, par une canalisation sur laquelle sont fixées des pommes d’arrosoir; il s’écoule en pluie à travers la chambre jusqu’aux bacs collecteurs inférieurs d’où une canalisation de retour le ramène à la cuve réfrigérante de la machine à froid. On obtient, par ce moyen,
- ! un abaissement de température considérable dans la chambre froide ainsi qu’un déplacement d’air de | haut en bas provoqué par la pluie en même temps que par la différence de densité. Cet air froid descend dans les locaux à refroidir par des cheminées en tôle, en chasse l’air chaud qui remonte par des conduites, ménagées dans l’épaisseur des murs, jusqu’à la chambre froide pour s’y refroidir et redescendre à son tour jusqu’à ce que l’équilibre de température soit établi. Il en résulte une circulation naturelle constante et les questions du froid sec et de la ventilation se trouvent résolues.
- L’entrepôt proprement dit comprend deux étages : l’un d’eux est de 2 mètres en dessous du sol, il est desservi par une rampe très douce; le premier étage n’est ainsi que de lu,,50 au-dessus du sol. La rampe conduisant au sous-sol et l’escalier du premier étage sont logés dans un tambour faisant saillie sur la façade et donnant accès dans des vestibules qui précèdent les salles, et sur lesquels ouvrent les portes. Ces dispositions diminuent les rentrées d’air chaud extérieur pendant les manutentions. Les salles de l’entrepôt sont aérées par des cheminées, ménagées dans l’épaisseur des murs de refend, allant déboucher sur le toit. Chaque étage comporte 16 cases de 3'",50 sur 2m,20 groupées par huit de chaque côté d’un couloir central ; il y a donc en tout 32 cases pouvant contenir chacune, par exemple, 2 bœufs, 4 veaux et 4 moutons.
- Pour amener à une température convenable les salles de dépôt, il y a lieu de tenir compte des trois facteurs suivants :
- 1° Le rayonnement de la chaleur extérieure à travers les murs, le sol et le plafond ;
- 2° La chaleur dégagée par les produits emmagasinés ;
- 5® La rentrée d’air de l’èxtérieur pendant l’ouverture des portes pour le service journalier.
- M. Schrœder calcule la valeur de ces différents facteurs au moyen de formules empiriques qu’il a établies à la suite d’expériences et d’observations minutieuses et qui ont été vérifiées par la pratique. Il a reconnu la nécessité de prendre certaines précautions : par exemple, pour réduire le rayonnement au minimum, on isole les constructions par des matelas d’air et la chambre froide par des matières isolantes telles que débris de liège, laines de scories, etc.
- L’installation des entrepôts frigorifiques peut avoir, il nous semble, une influence sérieuse sur la santé publique; en ce qui concerne la boucherie, par exemple, les municipalités, en donnant aux bouchers les moyens de conserver la viande dans de bonnes conditions, se trouveront en droit de faire exercer une surveillance active et sévère sur les étaux et l’on évitera ainsi le débit de viandes avariées ; en même temps, par excès contraire, les bouchers ne seront plus amenés à vendre la viande chaude des bêtes nouvellement abattues, ce qui n’est pas meilleur au point de vue de la santé.
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- Le sujet qui nous occupe peut donc être rangé parmi les questions d’hvgiène publique et, sous ce rapport surtout, il mérite l’attention de tous ceux qui s’occupent de ces intéressants problèmes et qui ont a résoudre les questions si délicates relatives à l’alimentation des grosses agglomérations.
- Edmond Boca, ingénieur.
- INCENDIES SPONTANÉS
- Nous avons eu l’occasion de parler a plusieurs reprises de l’importante question des incendies spontanés. Il est toujours utile d’enregistrer à cet égard des faits précis et authentiques. Voici une communication que nous recevons d’un de nos lecteurs, M. Varaigne, de Limoges, sur un fait ancien dont il nous garantit l’exactitude :
- Il existait autrefois, à l’intérieur même de la ville de Verdun-sur-Meuse, un immense bâtiment en pierre de taille et complètement isolé de toute habitation, qui avait été construit spécialement peu d’années auparavant à l’usage de magasin militaire à fourrages. Vers 1846, soit à cause de l’abondance de la récolte, ou plutôt, je crois, à cause d’approvisionnements exceptionnels effectués par suite de bruits de guerre qui circulaient à ce moment, ce magasin à fourrages avait été rempli de foin fortement entassé jusqu’à la charpente de la toiture.
- Peu de temps après, le service de l’intendance s’aperçut que la température à l’intérieur s’élevait chaque jour davantage. La chaleur devenant intense, l’on conçut de vives appréhensions et l’on se demandait si l’on devait ouvrir toutes les portes pour aérer afin d’abaisser la température, car on était déjà en hiver, ou bien, au contraire si l’on devait fermer hermétiquement toutes les ouvertures pour éviter tout courant d’air qui pourrait bien déterminer un incendie. L’on se décida sans doute pour la première proposition, car on finit par ouvrir la grande porte d’entrée, peut-être aussi pour y introduire des pompes, lorsque tout à coup les flammes se montrèrent aussitôt et embrasèrent tout le magasin. Le feu dura plusieurs jours et il fut si violent que les ardoises qui couvraient le bâtiment entrèrent en fusion et formèrent des blocs agglomérés avec de la cendre de foin, en prenant l’aspect de matières vitrifiées. Bien des habitants en ont conservé des échantillons; il doit y en avoir au Musée d’histoire naturelle de la ville.
- Le feu n’ayant pu être communiqué à ce magasin ni par négligence, ni par malveillance, puisqu’il était gardé par des factionnaires dont la consigne était des plus sévères et que l’on ne pouvait approcher du bâtiment, un mur d’enceinte avec chemin de ronde le séparant de la voie publique, l’on a admis que ces fourrages avaient été rentrés avec trop de précipitation, alors que leur dessiccation n’était pas encore complète. Cet exemple de production de feu spontanée dans un amas de foin me paraissant des plus concluants, je me fais un plaisir de répondre à votre appel en vous le signalant.
- On a cité aussi l’incendie spontané de meules de foin ; le directeur d’une compagnie d’assurance nous affirmait qu’il y avait 'a ce sujet quelques faits incontestables, quoiqu’ils aient été souvent mis en
- doute par des savants. Des études précises, accompagnées d’expériences, offriraient assurément un grand intérêt, tant au point de vue scientifique que pratique.
- LES FAUX RUBIS
- Des joailliers parisiens avaient acheté, en Suisse, il y a quelque temps, des rubis que l’on supposait obtenus par l’agglomération de plusieurs petits rubis fondus ensemble à une très haute température.
- Quelques-uns de ces rubis ayant été remis par la Chambre syndicale des négociants en diamants à M. Friedel, voici le rapport que l’éminent professeur de la Faculté des sciences a adressé au président de la Chambre syndicale :
- Les pierres que vous et M. Oppenheimer m’avez remises sont véritablement des rubis, mais des rubis qui, pour moi, portent d’une manière évidente la trace de leur production artificielle.
- Ainsi que je vous le disais déjà, ils ont la densité du corindon naturel, ils en ont les propriétés optiques, que j’avais pu vérifier sur les cabochons tels quels en les plongeant dans un liquide, J’avais su voir la croix et les anneaux des substances biréfringentes à un axe négatif. Depuis, j’ai fait tailler un des cabochons que vous m’aviez remis pour les essais, et j’ai constaté que la plaque, prise dans son milieu, donnait sur toute son étendue la croix et les anneaux.
- En lumière parallèle, l’extinction n’est pas complète, ce qui peut tenir à l’existence des innombrables bulles qui pénètrent dans le cristal. Celui-ci n’est donc pas formé, comme je m’y étais attendu, d’une agglomération de cristaux, mais d’un cristal unique, ce qui ne semblerait pas tout à fait d’accord avec ce que vous a dit le lapidaire, d’après lequel les rubis en question n’auraient pas de fil. Les cristaux étant réguliers, les clivages doivent l’être, et j’ai pu en constater l’existence sur divers fragments brisés, sans avoir toutefois vérifié leur entière régularité.
- L’analyse ne m’a donné, ainsi que je m’y attendais, que de l’alumine et des traces de chrome. La matière est sensiblement de même fusibilité que l’alumine; j’ai, ainsi que je vous l’ai dit verbalement, fondu de l’alumine au chalumeau oxhydrique, en ajoutant un peu de chrome, et j’ai obtenu de petites masses cristallisées transparentes, renfermant des bulles fort semblables par la couleur, la dureté et les autres caractères, au rubis.
- Je n’ai d’ailleurs pu opérer que très en petit et dans des conditions qui auraient eu besoin d’être perfectionnées. Le seul caractère qui reste pour différencier les rubis que vous m’avez remis, des pierres naturelles, ce sont les bulles dont ils sont parsemés.
- On trouve dans les rubis naturels, comme dans beaucoup de cristaux, des cavités remplies de gaz ou de liquides; ces cavités sont souvent polyédriques, et leurs faces sont parallèles à celles du cristal. J’en ai vu de telles sur les échantillons que vous m’avez remis pour la comparaison, comme sur ceux de l’Ecole des mines. Quelquefois même il y a des bulles rondes, mais elles sont assez rares, irrégulièrement distribuées, de sorte qu’il y a des portions du cristal qui n’en présentent pas.
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- . Les eabochons que vous m’avez remis sont, au contraire, parsemés de petites bulles gazeuses, rondes, et par places étirées en forme de poires, et cela de telle sorte que, dans une même région, l’étirage est produit dans le même sens. En le voyant, on ne peut se refuser à admettre que la matière ait été pâteuse, et que les bulles aient tendu à la traverser.
- Nous n’avons jamais rien vu de pareil sur les corindons naturels. Il n’y a donc plus aucune raison de croire que ceux-ci aient été formés par fusion. Aucune des pierres que j’ai eues entre les mains ne présente la forme cristalline; toutes étaient taillées; même celles qui m’avaient été remises comme brutes étaient arrondies comme je n’ai jamais vu de corindon brut, et avaient évidemment subi un premier travail.
- 11 nous manque donc un contrôle qui aurait été précieux et dont l’absence est faite pour exciter la défiance, surtout en raison de ce fait, que la production d’échantillons bruts a été réclamée vainement.
- En résumé, sans pouvoir affirmer scientifiquement qu’il soit impossible que des rubis ayant les caractères en question aient été trouvés dans un gisement différent de tous ceux connus jusqu’à ce jour, j’ai la conviction la plus assurée que les pierres que vous m’avez soumises, tout en étant du rubis avec tousses caractères, ont été produites artificiellement par fusion.
- C. Fuiedel.
- A ces. intéressants documents, que nous empruntons au Génie civil, nous croyons devoir faire une observation.
- Des pierres artificielles doivent-elles être en réalité considérées comme de fausses pierres? Il nous semble que si elles ont la môme composition chimique et les mêmes propriétés de couleur et d’éclat, ce ne sont pas des pierres fausses. Si un alchimiste fabriquait de l’or ayant la même densité, les mêmes propriétés chimiques et physiques que l’or naturel, cet or artificiel aurait assurément la même valeur que l’or naturel.
- Le chimiste qui fera cristalliser le carbone et fera du diamant, n’aura pas produit un faux diamant, mais un diamant artificiel. Un morceau de strass que l’on fait passer pour diamant constitue bien une fausse pierre, mais on doit distinguer la synthèse d’un produit naturel, qui offre toujours un grand intérêt de son imitation par une autre substance qui n’a plus toutes ses propriétés. En ce qui concerne le commerce de la joaillerie, nous devons ajouter qu’il y a fraude assurément, si l’on cherche à faire passer pour naturelle une pierre artificielle, quoique celle ci ne constitue pas une fausse pierre. Enfin dans le cas étudié par M. Friedel, il y a fraude incontestablement s’il s’agit bien de petits rubis soudés ensemble pour en faire un gros, quoique la matière soit bien du rubis.
- BEC À INCANDESCENCE
- 1)0 DOCTEUR AÜER VON WELSBACH
- La lampe à gaz du l)r Aucr repose sur l'incandescence de certains sels métalliques placée dans l’intérieur de la flamme d’un bec Bunsen. Son principe n’est donc pas nouveau ; c’est celui des lampes Cla-mond, où, comme on se le rappelle, la substance incandescente est formée par un petit dé en magnésie lilée. Par contre les dispositions du becAuer sont fort simples et il paraît, sous ce rapport, présenter de grands avantages. Il consiste en un brûleur Bunsen ordinaire, dont l’extrémité se trouve coiffée d’un capuchon en tissu de coton ou de laine ayant subi une préparation spéciale. Ce capuchon, d’une longueur de six à sept centimètres, a une forme légèrement tronconique ; il est soutenu au moyen d’un fil de platine qui le traverse à la partie supérieure, et se fixe a deux tringles de fer rattachées en haut à un anneau. La plus longue de ces tringles est montée a vis de pression sur un anneau porté par la tige du brûleur.
- Lorsqu’on allume le bec, il se produit un développement considérable de chaleur à l’intérieur du capuchon, qui constitue en quelques secondes un foyer de lumière blanc bleuâtre, remarquable par sa fixité et son éclat.
- Quant a la fabrication du capuchon incandescent, elle n’est pas encore parfaitement connue ; voici cependant en quels termes le brevet du Dr Aucr s’exprime à ce sujet. On prend une solution de zirconc et de nitrate ou d’acétate de lanthane ou d’yttrium, et on en imprègne le tissu de laine ou de coton qui doit former le capuchon; ce tissu est ensuite carbonisé et laisse une sorte de treillis qu’il suffit d’appliquer à l’extrémité du brûleur Bunsen. Le treillis ainsi obtenu paraît plus favorable à la production de la lumière, que les cylindres massifs de zircone essayés en 1868 par Tessié de Mottay, sur des becs oxhydriques.
- D’après les dires de l’inventeur, chaque capuchon revient à peu près à 1 kreutzer (2, 5 centimes), et il peut éclairer pendant mille heures, jusqu’à ce que la poussière de l’atmosphère s’y soit assez incrustée pour diminuer le pouvoir éclairant. Enfin à égalité de pouvoir éclairant, la consommation de gaz dans le bec Auer serait moitié moindre que dans les becs-papillons ordinaires ; il y aurait donc économie de 50 pour 100, mais ce chiffre a besoin d’être vérifié. La durée du capuchon devrait aussi être déterminée par des expériences précises. Pu. Delahaye.
- Nouveau bec de gaz à incandescence.
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- LES MACHINES DYNAJO-ÉLECTRIQUES
- A niSTHIIÎÜTIO.V
- On peut dire sans exagération que la découverte de l’anneau Gramme a créé l’industrie électrique en général, et l’industrie de l'éclairage électrique en particulier : nous assistons depuis une dizaine d’années à une évolution qui, dans des pays neufs comme l’Amérique, est presque une révolution, si l’on ne différencie les deux termes que par l’intensité des manifestations auxquelles ils s’appliquent.
- 11 n’est donc pas sans intérêt de jeter un coup d’œil sur les grandes lignes suivies aujourd’hui dans la construction des machines dynamo-électriques destinées à l’éclairage, et de montrer que les progrès réalisés pendant ces dernières années, bien que secondaires en apparence, n’en ont pas moins contribué, pour une large part, au développement prodigieux d’une industrie encore naissante.
- Au début, les machines électriques étaient établies pour alimenter un nombre d’appareils connu et fixé à l’avance, et faisaient un service qu’on peut définir en trois mots : tout ou rien. Lorsqu’on voulait éteindre une partie des lampes, on remplaçait les lampes éteintes par des résistances de substitution pour laisser constante la production de la machine qui dépensait toujours la même force motrice.
- Le système de tout ou rien constitue aujourd’hui l’exception, sauf pour certains éclairages d’ateliers ou d’usines dans lesquels tout s’allume ou s’éteint à la fois, et les nouvelles machines réalisent avec assez d’exactitude pour la pratique un système de distribution, c’est-à-dire qu’elles permettent d’allumer ou
- d’éteindre à volonté un nombre quelconque d’appareils d’utilisation sans que le fonctionnement des autres en soit troublé, et, ce qui est important, en maintenant sensi ble-ment la proportionnalité entre l’éclairage effectué et la force motrice absorbée parla machine.
- Quelles sont les conditions nécessaires et suffisantes pour réaliser une distribution ? C’est ce que nous allons comprendre en étudiant les appareils d’utilisation. Une lampe électrique, par exemple, à
- arc ou à incandescence , exige pour fonctionner norma lement tant de volts et tant d’ampères et présente, dans ces conditions, une résistance électrique de tant d’ohms. L’un des trois facteurs, la résistance, est donné par construction ou par réglage (dans la lampe à arc), la loi de Ohm établit une relation forcée entre la résistance et les deux autres : il en résulte que si l’on fixe un de ces Licteurs, le dernier se trouvera, par suite, déterminé. De là, deux grandes classes de systèmes de distribution.
- 1° Distribution à potentiel constant. La machine fournit, dans le circuit extérieur, une différence de potentiel constante et une intensité variable avec le
- Fig. 1 — Machine Phoenix. (Distribution en dérivation ou à potentiel constant.)
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- nombre de lampes en service h chaque instant et la résistance propre de chacune d’elles. Les appareils sont montés en dérivation.
- 2° Distribution à intensité constante. La machine fournit un courant d’intensité constante et une force électromotrice variable avec le nombre d’appareils en service, ces appareils étant montés en tension.
- Il va sans dire que les machines réalisant des conditions, si différentes présentent des conditions de construction bien différentes que nous ferons ressortir en décrivant un type de chacune d’elles.
- Distribution à potentiel constant. — Si l’on pouvait réaliser un générateur électrique sans résistance intérieure — les accumulateurs à grande surface se rapprochent de cet idéal — et à force électromotrice constante, la difficulté serait vaincue, et l’on pourrait alimenter un nombre indéterminé de lampes en dérivation sans que le potentiel aux bornes change. Malheureusement, en pratique, la machine a toujours une résistance intérieure qui n’est pas négligeable, et le courant qui traverse l’induit tend à diminuer la f. c. m. à mesure que l’intensité augmente. Pour ces deux causes, la différence de potentiel aux bornes décroît, et il faut compenser cet effet en agissant sur la f. e. m.,soit par des effets purement physiques, tel que le double enroulement ou compoundage, soit par des effets mécaniques, à l’aide de régulateurs ou gouverneurs électriques.
- Machines compound ou à double enroulement1. — Le principe du double enroulement consiste à recouvrir les inducteurs de la machine ue deux circuits d’excitation qui ajoutent leurs effets : l’un de ces circuits à fil long et fin est monté en dérivation sur les balais ou sur les bornes de la machine ; l’autre circuit, monté en série, est traversé par le courant total qui alimente les lampes. Dans ces conditions, l’excitation se compose de deux parties : l’une constante, due au circuit en dérivation’; l’autre proportionnelle au débit de la machine, due au circuit en série. Si les résistances des différentes parties et les enroulements sont bien proportionnés, ainsi que les dimensions des inducteurs, on arrive k maintenir une différence de potentiel aux bornes dont les variations, pour une vitesse constante, ne dépassent pas un pour cent, quel que soit le nombre de lampes alimentées k chaque instant, depuis une seule jusqu’au maximum.
- La figure 1 montre une de ces machines connue en Angleterre sous le nom de machine Phœnix, et que nous avons choisie k dessein comme type, parce qu’elle fait bien ressortir les dispositions du double enroulement sur chacun des quatre inducteurs. Le fil en série est le plus rapproché de la bobine, le fil en dérivation est le plus éloigné. Ce type est établi pour fournir 100 k 110 volts aux bornes et jusqu’à 800 ampères. Les quatre inducteurs en série son montés en dérivation entre eux, de sorte qu’il ne
- 1 Le double enroulement a été imaginé et breveté pour la première lois par M. Brusli. La première application du double enroulement à la distribution, appartient à M. Marcel Deprez.
- passe en réalité que 200 ampères au maximum dans chacune des bobines.
- On retrouverait sur ce type, comme sur tous les types construits depuis quelques années, des inducteurs relativement gros et courts, tels que les a préconisés le docteur John Hopkinson dès 1882, en faisant modifier les anciennes machines Edison, des balais k calage variable, un anneau k vide central pour faciliter le refroidissement, etc.
- Grâce k de bonnes proportions entre les différentes parties, une augmentation du poids de fer dans les inducteurs et l’induit qui a amené une diminution correspondante du poids de cuivre, les machines actuelles coûtent beaucoup moins cher, atteignent un rendement électrique de 96 pour 100, et un rendement industriel de 90 pour 100, c’est-a-dire que pour une dépense de force motrice de 100 chevaux, il y en a 96 transformés en énergie électrique et 90 disponibles aux bornes de la machine dans le circuit extérieur.
- Régulateurs ou gouverneurs électriques. — Au lieu de s’appliquer à bien proportionner le double enroulement pour obtenir une régulation automatique purement physique de la machine, on commence k s’adresser actuellement k des régulateurs ou gouverneurs électriques, sortes de relais qui ont pour effet d’agir sur la force électromotrice et de corriger ses variations en agissant, tantôt sur la vitesse de rotation, tantôt sur une résistance intercalée dans le circuit d’excitation. Nous aurons l’occasion de décrire prochainement quelques-uns de ces appareils déjà très employés k bord des navires et dans certaines installations fixes et qui présentent Davantage d’effectuer la régulation même avec des vitesses variables, ce que ne permet pas jusqu'ici le double enroulement.
- Distribution îï intensité constante. — Dans ce système, il faut faire varier la force électromotrice de la machine dans de très grandes limites, k mesure que le nombre d’appareils alimentés augmente ou diminue. C’est ce que réalise, par un ensemble de dispositions très originales, la machine Thomson-Houston représentée figure 2 et destinée plus spécialement k l’éclairage k arc.
- Dans cette machine, les inducteurs montés dans le circuit général constituent une sorte de gros solé-noïde k l’intérieur duquel est placé l’induit, de forme sphérique. Cet induit est composé de trois bobines seulement, décalées à 120 degrés l’une de l’autre.
- En tournant k l’intérieur de ce solénoïde, les trois bobines induites sont le siège de forces électromotrices alternatives, changeant de sens k chaque demi-tour.
- Par le jeu d’un commutateur à trois secteurs et de quatre balais reliés solidairement deux k deux, les trois bobines induites sont couplées entre elles de façon k se trouver toujours par deux en dérivation, en tension avec la troisième, et à fournir dans le circuit extérieur un courant toujours de même sens. Seulement, les balais sont mobiles sur le commutateur et, par un décalage convenable, mettent
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- pendant un temps plus ou moins long les bobines six fois par tour en court-circuit: Dans ces conditions, la f. e. m. de la machine se trouve diminuée, et ce d’autant plus que les balais sont plus décalés. Ce décalage est effectué automatiquement par l’intermédiaire d’un relais commandant un électro vertical que l’on aperçoit sur la gauche de la figure 2. Cette disposition présente l’avantage de compenser non seulement les variations de la résistance du circuit extérieur, mais encore celles de la vitesse de la machine motrice, et si l’on a soin de mettre dans le circuit un nombre total de lampes moins grand que celui correspondant à la f. c. m. maxima de la machine à vitesse normale, cette vitesse peut varier au-dessus et au-dessous de sa valeur dans d’assez grandes limites sans que la fixité de l’éclairage s’en trouve affectée. C’est là une propriété des plus précieuses dans bon nombre d’installations industrielles où la machine est commandée par la transmission générale, et où rien n’est plus difficile que de conserver une vitesse constante.
- La mise périodique en court-circuit de la bobine produit des étincelles nombreuses qui mettraienlTrapi-dement le commutateur hors de service si MM. Thomson et Houston n’avaient très habilement vaincu cette difficulté en disposant sur la machine un petit ventilateur qui souffle sur l’étincelle au moment même et au point précis où elle se produit. L’étincelle ainsi refroidie par le courant d’air cesse d’être dangereuse ; commutateurs et balais durent presque indéfiniment.
- Le type le plus employé est celui de 54 lampes à arc en tension, fournissant un courant moyen de 9,6 ampères et une f. e. m. maxima de 1500 a 1600 volts, mais pouvant descendre à 50 volts lorsque la machine alimente une seule lampe, les 55 autres se trouvant éteintes.
- Intensité constante ou potentiel constant, le problème est donc aujourd’hui résolu, et les machines à distribution actuelles constituent un grand progrès par rapport aux machines de tout ou rien des premiers temps de l’éclairage électrique. Si l’on ajoute à ce progrès celui fait par les transformateurs directs ou indirects, instantanés ou différés, ainsi que le progrès des lampes à arc et à incandescence, on peut déjà entrevoir les merveilles que nous réserve l’Exposition de 1889, et apprécier de combien elle dépassera, en ce qui concerne l’électricité industrielle, son aînée de huit ans, l’Exposition de 1881.
- _ E. II.
- LE MONT HÉKLA
- ET LE GRAND GEVSER D’ISLANDE
- M. le Dr Labonne, chargé d’une mission en Islande, a récemment envoyé d’Akreyri au nord de l’ile une intéressante lettre à la Société de géographie. Nous en reproduisons quelques passages.
- « Jusqu’ici les explorateurs ne sont pas d’accord sur la hauteur exacte de l’IIékla au-dessus du niveau de la mer.
- Avec un bon baromètre de chez Dutrou, bien réglé au départ et observé avec toute la rigueur possible, je me permets d’affirmer que le plus haut point du volcan est à 155.5 mètres au-dessus du niveau de la mer. Tandis que la température était de -j- 14 degrés, dans la plaine, le thermomètre descendait à — 8, quand nous fûmes arrivés au terme de notre ascension.
- « Quant au grand geyser, j’arrivai juste à propos pour voir, le samedi soir 17 juillet, une magnifique éruption qui s’éleva jusqu’à 55 mètres. Depuis deux ans, à ce que mon guide m’assura, les éruptions sont plus fréquentes et plus élevées. 11 y aurait donc recrudescence, contrairement aux assertions de certains voyageurs qui affirment que ces sources d’eau jaillissantes sont en voie de disparaître.
- « Je restai trois jours dans la vallée fumante pour trouver la solution d’un problème qui intéresse vivement les botanistes, les géologues et même les historiens. On lit en effet dans les sagas ou chants des anciens Islandais qu’autrefois l’Islande, qui ne possède plus qu’un seul arbre méritant réellement ce nom (un Sorbus Aucuparia) était couverte d’une luxuriante végétation, qu’elle possédait même des forêts. Or, à l’instigation de M. Bureau, professeur de paléontologie végétale au Muséum d’histoire naturelle de Paris, je cherchai les traces de cette végétation sous les couches de silice que les geysers déversent en dehors de leur bassin. Je fus assez heureux pour obtenir une immense dalle, située à 5 mètres de profondeur et remplie de tiges feuillées de Betula alba, de Salix caprœa et arctica.
- Cette précieuse incrustation sera soumise au retour de M. le Dr Labonne à des études microscopiques ; mais dès à présent on peut constater que ces tiges et ces feuilles ne dépassent pas la proportion des arbrisseaux actuels. Or pour produire une couche de silice de 5 mètres d’épaisseur il a certainement fallu au grand geyser une période au moins aussi longue que celle qui s’est écoulée depuis la découverte de l’île en 874.
- LES LITRES NOUVEAUX
- LES ENVIRONS DE PARIS1
- En signalant l’an dernier à nos lecteurs de beau livre l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande publié par la maison Quantin9, nous disions que cet ouvrage inaugurait une publication considérable : Le monde pittoresque et monumental. Le deuxième volume de cette publication vient de paraître sous le titre les Environs de Paris. Le texte est écrit par M. Louis Barron, les dessins qui s’y trouvent à profusion sont dus à un artiste d’un grand talent, M. G. Frai-pont. M. Barron nous décrit en un très bon style, agréable à lire, les merveilles des environs de Paris, depuis le bois de Boulogne jusqu’à la vallée de l’Oise. Saint-Denis, la vallée de Montmorency, la forêt de Bondy, le bois de Yincennes, la vallée de la Marne,
- A Les Environs de Paris, par Louis Barron. Ouvrage illustré de 500 dessins d’après nature par G. Fraipont et accompagné d’une carte en couleur, 1 vol. in-4° de 004 pages.— Paris, maison Quantin.
- * Voy n° €54, du fil détcmtre 1885, p.27.
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- la nature.
- la vallée de l’Yères, la fçrêt de Sénart, les vallées de l’Essonne, de la Bièvre, de l’Orge, de Clievreuse, Versailles, Rambouillet, Etampes, la forêt de Marly, la forêt de Saint-Germain, Meulan et Mantes, passent successivement sous les yeux du lecteur, avec les rives verdoyantes, les bois fleuris, les châteaux et des monuments. Naturaliste, touriste , et archéologue , M. Barron n'oublie rien dans ses descriptions, et le crayon de M. Frai pont lui vient en aide à chaque page, pour faire vivre et compléter ses descriptions.
- Nous reproduisons ci-contre une des gravures de ce beau livre : la vue de Cormeilles avec la maison où est né Daguerre , l’illustre inventeur de la photographie, le 18 septembre 1789.
- « A droite de l’église, dans un préau ombragé de tilleuls, son buste en bronze se dresse sur un piédestal où se lit une inscription à sa louange. La maison où naquit le célèbre inventeur est à deux pas de ce m o n u ment, dans la même rue et non loin de la curieuse auberge des Vendanges de Cormeilles; c’est une boulangerie vermoulue et lézardée, ornée d’une plaque de marbre noir avec cette inscription dorée : En cette maison est néDaguerTe. »
- Ab! Si Daguerre pouvait revivre, que de joie il éprouverait en voyant les progrès de la photographie moderne !
- Les Environs de Paris sont un admirable sujet d’étude, et le livre qui les décrit est aussi agréable à feuilleter qu’instructif à lire.
- NOS OISEAUX
- Par A. THEURIET. — Illustrations de (UACOMELLI
- Le maître-peintre Giaeomelli dont nous avons souvent publié de délicieuses compositions, a récemment entrepris, en collaboration avec M. André Theu-riet, une œuvre considérable. M. Giaeomelli a exécuté cent aquarelles figurant nos oiseaux de France, avec le talent qui lui est familier; le texte, prose et vers, est dù à la plume habile de M. Theuriet. M. Launette, l’éditeur par excellence des livres d’art, a fait reproduire les aquarelles par des procédés de photogravure qui leur conservent leur aspect véritable et leurs couleurs. Mais ce monument artistique, qui restera comme un des beaux livres de notre époque, a l’inconvénient de n’être pas accessible à toutes les bourses, et son prix’est très élevé. L’éditeur a publié une autre édition de ce magnifique ouvrage, en reproduisant toutes les aquarelles par la gravure sur bois, et il en a fait un délicieux vo-lume publié dans les conditions habituelles. Chaque oiseau est décrit dans un chapitre spécial contenant une grande planche, un en-tête et un cul de lampe. Une pièce de poésie le complète ; les vers sont imprimés au milieu d’une charmante com-position qui leur sert de cadre et l’enveloppe dans de délicieuses guirlandes d’oiseaux et de fleurs.
- Nous reproduisons ci-contre deux gravures empruntées à l’œuvre de M. Giaeomelli. La première composition nous représente des rouges-gorges, surpris par la neige. « Lorsque vient l’automne, dit M. Theuriet en s’adressant au charmant oiseau, et qu’au long des haies rougissent à foison les cenelles, les sorbes et les cornouilles, tu changes de menu et
- 1. Vue de Cormeilles. — 2. Maison où est né Daguerre.-
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- Le rouge-gorge
- Le roitelet
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- tu te mets au régime des fruits juteux et parfumés. Ton gosier en acquiert une souplesse nouvelle et tu chantes mieux encore. Les feuilles tombent, mais les premiers frissons de l’hiver ne t’effarouchent pas, tu te rapproches seulement un peu plus des habitations. On dirait que tu nous quittes à regret, et bien souvent, en novembre, surpris par les premières neiges fondantes, tu vas heurter du bec à une fenêtre qui brille, et tu y demandes sans façon l’hospitalité. »
- A côté du rouge-gorge, nous avons placé le nid de roitelet. « S’il ne brille pas par son chant, dit l’auteur, en revanche, il possède sur son front les insignes de la royauté. Son simple vêtement brun olive est relevé par une belle huppe couleur aurore.
- « Cette crête aux plumes mobiles se dresse ou s’abaisse k volonté par le jeu des muscles de la tête. Elle est bordée de noir; une raie blanche k la base de la couronne et un trait noir de chaque côté de l’œil achèvent de donner au monarque en miniature une mine résolue et courageuse. Le roitelet est en effet plein de vivacité et d’énergie, et pas un oiseau n’entreprend plus bravement que lui la lutte pour l’existence. Que l’été brûle ou que l’hiver couvre les champs de neige, il sautille intrépidement de l’arbre au buisson et du buisson au brin d’herbe, égrenant les ombelles jaunes du fenouil, nettoyant les aiguilles de l’épicéa, fouillant les gerçures des saules pour y trouver des larves d’insectes ou des œufs de papillon.
- « Grand éplucheur de branches, il s’attaque de préférence aux arbres verts: pins, sapins, genévriers, qui cachent entre leurs aiguilles tout un petit monde de larves et d’œufs. C’est un maître échenilleur. On a calculé qu’un roitelet peut consommer annuellement trois millions d’œufs et de chrysalides. »
- Les compositions de M. Giacomelli ont toujours le don d’exciter l’admiration et de tenir sous le charme; on sent que le peintre est un familier de la nature, il est l’ami des oiseaux et des fleurs, et sait en être le plus éloquent interprète1. G. T.
- L’ENLÈYEMENT DES NEIGES
- DANS LES GRANDES VILLES
- La neige, qui a fait récemment une courte apparition dans Paris, ne constitue pas seulement un désagrément plus ou moins passager : elle peut encore, comme on l’a vu ici même en 1879-1880, rendre fort difficile l’alimentation des quartiers éloignés des centres d’approvisionnement, et devenir une cause d’insalubrité très grave, en interceptant l’enlèvement des résidus de toute nature dé-
- 1 Nos oiseaux forment un beau volume in-8° de 208 pages, contenant 110 compositions de Giacomelli, gravées sur bois par J. Iluyot. Texte de M. André Tlieuriet. — H. Launettc et Cie éditeurs.
- posés sur les voies publiques. Les municipalités, soucieuses des intérêts et de l'hygiène des grandes cités, doivent donc considérer comme un de leurs devoirs les plus impérieux de se trouver toujours prêtes k pourvoir k l’enlèvement des neiges ou tout au moins pratiquer un modus vivendi qui permette d’en faire disparaître les nombreux inconvénients.
- Nous nous proposons de passer rapidement en revue les systèmes adoptés dans quelques-unes des capitales de l’Europe.
- A Londres, le service de la voirie n’est pas concentré comme chez nous, mais au contraire réparti entre les Commissions locales nommées par les paroisses. 11 en résulte que les procédés ne sont pas appliqués avec ensemble, et que chaque Commission emploie ceux qui lui conviennent. Quelques-unes font cylindrer les voies par des rouleaux k vapeur derrière lesquels on jette du sable pour rendre la chaussée moins glissante; la plupart s’en tiennent au système primitif du balayage avec chargement sur tombereaux qu’on déverse soit k la Tamise, soit sur des terrains inoccupés. Il y en a même, paraît-il, qui se contentent ... d’attendre le dégel et de lui confier le soin de rétablir les conditions ordinaires de la circulation.
- L’usage du sel, qui, comme nous le verrons plus loin, est aujourd’hui très répandu k Paris, paraît avoir été laissé de côté par la voirie de Londres. On en donne pour raison la crainte de blesser les pieds des chevaux par un liquide trop froid, et surtout de voir une forte gelée survenir k l’improviste, et déterminer un verglas plus préjudiciable encore que la neige. La première objection, plus ou moins motivée, a fait proscrire le sel comme fondant, dans les grandes villes des Etats-Unis; la seconde n’est guère valable, car la congélation du liquide provenant du mélange de la neige et du sel ne s’effectue qu’k une température très basse. Or, il est rare qu’un abaissement très notable de température se produise immédiatement après une chute de neige; et d’autre part, la liquéfaction s’opérant au bout de quelques heures, un service de balayage convenablement organisé permettrait de se débarrasser du liquide avant que le thermomètre fût descendu assez bas pour déterminer la congélation.
- Dans la plupart des villes de la Carinthie et du Tyrol où les épaisseurs de neige tombant d’un seul coup sont souvent considérables, on ouvre dans les artères principales de larges passages au moyen de locomotives routières dont 'l’^ant-train porte une charrue analogue k celle qu’on emploie sur les lignes de montagne. Dans les rues plus étroites, la ville fait pratiquer un passage de 1U1,50 k 2 mètres de largeur, de chaque côté duquel on relève la neige contre les murs eh ménageant un accès k la hauteur des portes des habitations. Mais l’enlevage conjplet au fur et k mesure de la chute est impraticable, et la ville reste ainsi obstruée jusqu’au dégel général qui-ne s’accomplit qu’au mois de mai et dure souvent plus d’un mois.
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- A Vienne, les chutes sont plus fréquentes qu’à Paris, mais naturellement beaucoup moins importantes que dans les pays de montagnes. Les charrues à vapeur, dont nous avons déjà parlé ouvrent la voie dans les rues à large section; pour les voies plus étroites, on se contente de mettre la neige en tas et de l’enlever au tombereau pour la décharger ensuite dans le Danube. Les renseignements qui nous sont parvenus ne mentionnent pas l’emploi de fondants, et si le sel a été essayé, son usage ne paraît pas s’ètre répandu.
- Saint-Fétersbourg est sous la neige pendant les six mois d’hiver : c’est un mal avec lequel il faut vivre, et dont, on ne peut qu’atténuer les inconvénients. Lorsque les chutes sont peu abondantes, les dzworniks (concierges) rejettent sur la chaussée la neige qui couvre les trottoirs, la tassent à la pelle, et l'arrosent au besoin en quelques endroits pour en constituer une chaussée solide sur laquelle circulent les traîneaux. Il se forme ainsi une croûte extrêmement dure qu’on est obligé de concasser aux approches de l’été, afin d’éviter les émanations qui se produiraient en cas de dégel. L’excédent, en cas de fortes chutes, est enlevé par des tombereaux glissant sur des patins, mode d’enlevage très économique et parfaitement approprié au pays.
- A Paris, l’emploi du sel tend, depuis quelques années, à se généraliser de plus en plus, et c’est surtout à cette méthode, que le Service municipal a eu recours lors des fortes chutes de neige de l’année dernière. Cette préférence n’est évidemment pas exclusive, et en cas d’épaisseurs trop considérables, la nécessité d’accroître la rapidité du déblaiement ne permettrait d’abandonner ni les traîneaux à traction de chevaux, ou à bras d’hommes pour préparer un passage, ni le chargement sur tombereaux. Les chaussées en macadam ne se prêtent pas d’ailleurs au déblaiement par le sel, à cause de la désagrégation qui se produit dans les empierrements sous l’action d’un dégel rapide ; sur ces voies, on racle la neige et on l’amène dans les ruisseaux d’où elle est entraînée dans les égouts.
- Pour les chaussées pavées en grès ou en porphyre, et en bois, ou pour les voies asphaltées, l’usage du sel est à peu près exclusif. Nous empruntons quelques-uns des détails et des chiffres qui suivent à une intéressante étude publiée sur ce sujet parM. Ch. Ta-lansier dans le Génie civil.
- La distribution du sel "s’effectue simplement à la main : ce n’est pas qu’on n’ait essayé, et avec succès, plusieurs distributeurs mécaniques analogues aux semoirs employés dans la grande culture. Mais le peu de fréquence des neiges dans la capitale, et la grande surface à déblayer auraient nécessité le remisage et l’entretien d’un matériel considérable pour un travail trop peu renouvelé.
- Les premières expériences ont été faites par M. d’Ussel, alors ingénieur du service municipal, et depuis 1885 le procédé est entré dans la pratique courante : on emploie du sel gemme brut des
- salines de l’Est dénaturé avec des matières goudronneuses, comme celui qui sert à la fabrication de la soude. Il revient en cet état à 51 francs la tonne, et est emmagasiné dans un certain nombre de dépôts répartis suivant les quartiers. On assigne d’avance aux cantonniers la portion de chaussée sur laquelle ils doivent opérer, et lorsqu’il y a une chute de neige, chacun se rend directement au dépôt, remplit une brouette de sel, et va le répandre sur l’emplacement désigné. On obtient ainsi un résultat tout aussi rapide qu’avec un épandage mécanique et même plus régulier, car le distributeur serait obligé de se ranger sur le passage des voitures.
- L’opération doit commencer dès que la neige atteint une épaisseur de 3 à 4 centimètres, suffisante pour que la circulation des voitures amène un mélange convenable entre les deux éléments. Au bout de deux ou trois heures, la liquéfaction est assez avancée pour qu’on puisse procéder au balayage par les moyens ordinairement appliqués à la boue.
- « La ville de Paris, dit notre confrère, a dépensé environ 220000 francs pour les chutes de neige des 8 et 10 décembre 1885, où l’épaisseur de la couche a atteint respectivement 8 à 10 centimètres, et 6 à 8 centimètres. La quantité de sel employée a été de 125 grammes en moyenne par mètre carré, ce qui ne représente qu’une dépense de 4 millimes de sel par mètre carré, alors que le déblaiement a coûté en tout 5 à 4 centimes. Le prix du sel n’entre donc guère que pour un huitième, c’est-à-dire pour une part très faible dans la dépense totale et encore celle-ci serait certainement beaucoup plus élevée avec d’autres procédés.
- « Ainsi, pendant le grand hiver de 1879-1880 et pendant le suivant, où l’épaisseur de neige tombée en plusieurs fois s’est élevée pour le premier à 60 centimètres, et pour le second à 40 centimètres, la dépense par centimètre a atteint en 1879 60000 francs, et en 1880 près de 50000 francs. Au mois de janvier 1885, cette même dépense s’est abaissée à 25000 francs. »
- La température plus ou moins basse de l’atmosphère peut faire varier la quantité de sel à répandre par mètre carré; au-dessous de 10 centimètres, l’épaisseur paraît avoir peu d’influence sur cet élément de la question, et la moyenne de 125 grammes s’applique d’une manière satisfaisante dans ces conditions.
- Les chiffres que nous avons donnés ci-dessus et qui, comme on le voit, résultent d’une pratique largement suffisante, montrent que l’emploi du sel constitue, dans nos climats, le système le plus économique pour l’enlèvement des neiges. 11 convient d’ajouter à cet avantage celui non moins appréciable de permettre le rétablissement de la circulation, dans un délai notablement plus court que par les autres procédés. G. Richoü,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
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- HISTOIRE DU VÉLOCIPÈDE
- UN MCVCLF. A. I.ONDRES EN 1819
- Il serait bien difficile de dire quel est l’inventeur du vélocipède qui est actuellement entré dans la pratique, et dont les usages se multiplient de jour en jour. L’idée d’une voiture mise en mouvement par les pieds d’un conducteur remonte fort loin; nous ne saurions en fixer l’origine, mais nous rappellerons que nous avons décrit ici même la curieuse voiture mécanique dont Oza-nam, membre de l’Académie des sciences, a donné la description en 1695. Cette voiture à quatre roues était mise en mouvement au moyen de deux pédales; elle fonctionna à Paris pendant plusieurs années et aurait été imaginée par un M. Richard, médecin à La Rochelle 1. Depuis cette époque, un grand nombre d’inventeurs ont souvent essayé de construire des voitures mécaniques; nous citerons notamment les tentatives faites par Blanchard , le futur aéronaute, vers 1780, quelque temps avant son projet du vaisseau volant.
- Au commencement de notre siècle, on imagina un système de vélocipède fort ingénieux, formé de deux roues placées dans le même plan; une selle placée entre les deux roues- permettait au conducteur de s’y tenir*à cheval, ses deux pieds touchant terre ; c’est à l’aide de ses pieds contre le sol qu’il
- 1 Vov. n° 375, du 7 août 1880, p. 160.
- donnait l’impulsion à ce bicycle. Il paraîtrait que ce système aurait été créé par Nicéphore Niepce, l’un des célèbres inventeurs de la photographie. Cet appareil, qui eut beaucoup de succès à Paris après 1815 et notamment en 1818, était construit entièrement en bois et nous en avons donné précédemment
- une description d’après une curieuse image de l’époque L Nous avons eu récemment la bonne fortune de recueillir une rein arquable collection de gravures anciennes qui nous permettront de compléter l’histoire peu connue de ce premier bicycle, et de sui vre ses progrès en Angleterre où il obtint un succès considérable. Ces gravures, dont nous reproduisons ici quelques spécimens, sont datées et munies de légendes descriptives très complètes, fort précieuses pour l’historien.
- C’est à la fin de 1818 que l’on perfectionna , à Londres, le premier bicycle de bois, en en faisant un appareil léger construit en métal comme le re-présente notre figure 1. Cette figure est le fac-similé réduit de la pièce originale anglaise qui est datée de février 1819 et intitulée Pedestrian Hobby hor se (cheval mécanique pédestre) . Cette machine était basée sur le même principe que le bicycle de bois usité à Paris ; elle est formée de deux roues métalliques très légères, placées dans le même plan; la roue d’avant tourne sur un axe vertical; on la fait pivoter, pour la direction à droite ou à gauche, à l’aide d’un levier. Le
- 1 Vov. n0 G08, du 24 janvier 1885, p. 128.
- Fig. 2. — Vélocipèdes pour dames, en 1819. (D’après une gravure du temps.)
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- cavalier est placé sur une selle entre les deux roues, et les pieds contre le sol lui donnent l’impulsion.
- On fabriqua à la même époque des vélocipèdes a l’usage des dames (lig. 2). La selle était montée sur un châssis en l’orme d’U, de sorte que la robe restait
- maintenue à quelques centimètres du sol sans qu’il fût nécessaire de la relever. La selle était fixée a l’extrémité de l’une des branches de l’ü. Le principe de l’appareil était le même.
- Une troisième gravure que nous ne croyons pas
- Fig. 3. — Fac-similé d’une caricature de Cruikshank sur le bicycle de 181‘J.
- utile de reproduire, mais dont nous donnerons ici la description, montre l’intérieur d'un manège spécial pour les vélocipédistes. Cette école du vélocipède.
- organisée par un nommé Johnson, était construite 40, Brewer Street, Colden Square. Le dessin indique qu’il y avait alors, comme aujourd’hui, des véloci-
- Fig. 4. — Autre caricature anglaise sur les vélocipèdes.
- Fig. 5. — Spécimen d’un tricycle à pédales, en 181Ü.
- pédistes habiles; on en voit qui se lançaient sur le sol du manège, les deux pieds placés sur le moyeu de la roue d’avant.
- Si la vogue du premier bicycle fut considérable a Paris, elle ne le fut pas moins k Londres comme le prouve une remarquable caricature du célèbre
- Cruikshank; cette pièce curieuse, que nous reproduisons ci-dessus en la réduisant considérablement (fîg. 5) est datée de juillet 1819. Elle est intitulée : Every manonhis pereh,or going to hobby fair, ce que l’on peut traduire librement : « Chacun, sur son vélocipède, enfourche son dada. » On y voit l’amu-
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- sant défilé de toutes les protcssions sur le vélocipède pédestre, depuis le prédicateur jusqu’au boxeur ou au marchand de poissons.
- A côté de cette caricature, nous en avons trouvé une série d’autres, toujours datées de 1819. Elles montrent bien que cette année fut celle du grand succès du bicycle à Londres. Nous en donnons d’abord une (fig. 4) qui figure un vélocipède de fantaisie, où le cavalier entraîne une dame élégante et son groom placé a l’arrière. L’autre dessin (fig. 5) est beaucoup plus intéressant, car il nous donne l’aspect d’un véritable tricycle à pédale, fort bien construit. La dame qui le conduit, n’a plus les pieds posés contre le sol ; elle est assise sur un siège posé entre deux-roues, et elle actionne le système au moyen de deux longues pédales formant levier. Une roue d’avant pivote autour d’un axe et sert pour l’orientation du système.
- Cette gravure, qui dénote l’apparition d’un nouveau perfectionnement, est datée du 22 mai 1819; elle est simplement intitulée The ladies Hobby, cheval mécanique pour les dames.
- Après cette vogue extraordinaire, à Paris et à Londres, le vélocipède tomba longtemps dans l’oubli, et ce n’est que depuis une vingtaine d’années que quelques ingénieux constructeurs le reprirent et le transformèrent, pour donner naissance aux remarquables appareils contemporains.
- Gaston Tissandier.
- CHRONIQUE
- Le rayon vert. — M. Mascart, directeur du Bureau Central Météorologique, a récemment communiqué à l’Académie des sciences, les extraits suivants d’une lettre qu’il a reçue de M. de Maubeuge :
- « ... Permettez-moi de vous communiquer trois observations qui me semblent intéressantes pour la science Elles ont trait à ce phénomène particulier qu’on appelle rayon vert, coloration émeraude qu’on observe une seconde ou une demi-seconde de temps, au moment où le disque du soleil disparaît derrière l’horizon et à cet instant où l’on n’aperçoit plus qu’un très petit segment de sa surface. Tous les touristes qui fréquentent l’Egypte et la mer Rouge ont été témoins de ce phénomène et prétendent, les uns que le phénomène est subjectif, les autres qu’il est réellement objectif. Sans assigner de causes à l’effet en question, j’ai l’honneur de vous faire connaître : 1° que, dans la mer Rouge, plusieurs fois, et notamment en octobre dernier, j’ai assisté, moi et mon second, au lever du soleil à l’horizon de la mer, et que la première impression sur nos deux rétines a été d’un beau vert émeraude; 2° le lendemain, assistant tous deux au lever du soleil derrière des montagnes élevées de 1° à 2° au-dessus de l’horizon, la même impression lumineuse franchement verte a encore frappé nos yeux; ces deux observations tendent à prouver que le rayon vert est bien un phénomène objectif; 5° je ne puis citer le nombre de fois que j’ai observé et fait observer ce même phénomène au coucher du soleil et encore derrière des montagnes. Dans ces trois cas, il n’y avait pas le moindre nuage entre l’astre et nous; l’air était pur, mais humide. Je n’ai jamais observé de rayon vert ni à la lune, ni à Vénus, ni
- à aucune étoile, quoique j’aie souvent, sous les tropiques, vu ces astres émerger de l’horizon... »
- Dépôt électro-chimique «lu palladium. —
- M. A. Bulle, ancien préparateur à la Faculté des sciences de Besançon, est parvenu à effectuer le dépôt direct et adhérent du palladium sur le fer, l’acier et autres métaux. Ce dépôt s’applique directement et à une épaisseur facultative sur tous métaux ou objets finis et polis, et constitue la dernière opération précédant le remontage ou la vente : les objets ainsi revêtus possèdent la blancheur et l’éclat du palladium pur et deviennent inoxydables, comme l’est le métal lui-même. On donne aux objets, avant la mise au bain, tout le fini qu’ils doivent avoir, et le dépôt présente alors le même aspect. On peut également, comme pour la dorure et l’argenture, préparer les pièces par dérochage et décapage, avant la mise au bain, et brunir après dépôt d’épaisseur proportionnelle au prix de l’objet. Ce procédé est plus coûteux, mais-il donne plus de solidité et plus de fini. La facilité de l’opération et l’adhérence du métal, font entrevoir l’application prochaine du palladiumage aux objets de fer et d’acier ouvragés et polis employés dans l’horlogerie, les instruments de précision, l’optique, la chirurgie, la coutellerie, etc., soit au point de vue de la décoration, soit à celui de la conservation. M. A. Bulle, d’après VElectricien auquel nous empruntons ce renseignement, signale en particulier la préservation des règles divisées et verniers dont l’oxydation, même superficielle, rend la lecture si pénible, dans le but d'éviter un entretien aussi minutieux que peu efficace.
- La production «les fruits en Angleterre. — Il
- y a quelques années, sur le littoral de la Manche et sur les côtes de la Bretagne, on entendait partout des plaintes causées par la cherté des fruits, ceux-ci étant tous exportés en Angleterre. Aujourd’hui, les plaintes continuent, mais elles ont un autre objet et sont plus justifiées : on ne trouve plus acquéreurs pour les récoltes des vergers. Le Journal de l'Agriculture nous donne la très simple raison de cette nouvelle situation : la culture des arbres fruitiers a pris, depuis dix ans, un développement remarquable dans la Grande-Bretagne. Tandis que les statistiques anglaises n’accusaient, en 1875, que 61712 hectares en plantations arbustives, elles en ont accusé 79015 hectares en 1885, soit une augmentation de 17503 hectares. Cet accroissement est constaté en Angleterre, dans le pays de Galles et en Ecosse, mais surtout dans les comtés de Kent, de Worcester et de Gloucester. D’après une note récemment publiée par M. Charles Whitehead, le progrès a porté surtout sur les plantations de fruits de table; il y a eu accroissement dans les comtés de Devon, de Hereford et de Somerset, où la fabrication du cidre se fait sur une grande échelle ; mais elle est moindre que dans les comtés précédemment indiqués.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 décembre 1886. — Présidence de M. l’amiral
- JuRIEN DE LA GitAVIÈItE.
- Mécanisme intime des combustions organiques. — En collaboration avec M. Kauffmann, M. Chauveau cherche à déterminer la valeur absolue des combustions dont l’organisme est le siège ; il trouve que le carbone de la gly-cose du sang absorbe à lui tout seul les deux tiers ou même les trois quarts de l’oxygène attribué à ces combustions : il en reste donc fort peu pour brûler les autres combustibles, et c’est un rude coup porté à la théorie qui
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- attribue la plus grande partie de l’énergie à l’oxydation des matières azotées. Ce résultat est en même temps d’accord avec le fait bien avéré d’une non-augmentation d’urée par le travail. Comme c’est le foie qui produit le sucre, il faut dorénavant le considérer comme un collaborateur indirect des muscles dans la production du travail.
- La faune des grottes de Menton. — Notre savant et sympathique confrère, M. Emile Rivière, étudie aujourd’hui les batraciens et les poissons dont les vestiges lui ont été fournis par ces grottes de Menton qu’il a rendues célèbres par les fossiles animaux et humains qu’il en a naguère retirés. Les batraciens sont représentés par les deux genres bufo ou crapaud, et rana ou grenouille. Le premier indique un animal de très grande taille; il appartient à une espèce disparue ; il est voisin, par ses dimensions, du crapaud taureau de l’Amérique du Sud.
- Les poissons comportent sept espèces différentes, dont une fossile : un strophodus ou squale des terrains jurassiques, et six espèces vivantes qui sont : le Maigre ou Ombrine, le Thon, la Loubine, le Saumon, la Truite et un Congre ou une Anguille. Les uns sont des poissons de mer, les autres des poissons d’eau douce. Parmi ces derniers, il en est qui n’ont pu être pêchés qu’à des distances considérables des grottes de Menton. Le fait est important à relever au point de vue des migrations ou des coutumes d’échanges des peuplades préhistoriques des grottes de Menton. Annoncé déjà par l’auteur, au mois de juillet dernier, dans une note sur les coquilles trouvées par lui dans ces mêmes cavernes, ce fait est aujourd’hui absolument confirmé par cette nouvelle étude de M. Rivière. En résumé, des études successives qu’il a communiquées à l’Académie sur la faune des grottes de Menton, il résulte que les restes d’animaux qu’il a recueillis dans les six cavernes habitées par l’homme quaternaire, dépassent, pour les vertébrés, le chiffre énorme et peut-être unique jusqu’à présent de huit cent mille pièces (os, dents, cornes et bois), et pour les invertébrés celui de trente-neuf mille pièces, soit un chiffre total de huit cent quarante mille pièces. Les animaux dont ils proviennent appartiennent à 282 espèces différentes, ce qui paraît également à M. Rivière un nombre considérable et peut-être unique aussi pour une seule et même habitation de l’homme quaternaire. Enfin ces 282 espèces se décomposent de la manière suivante : 1° Vertébrés : 111 espèces, dont 60 mammifères, 2 batraciens, 42 oiseaux et 1 poissons. 2° Invertébrés : 171 espèces, dont 1 annélide, 168 mollusques et 2 polypes.
- Eaux minérales de Java. — Au retour d’une récente exploration, M. Brau de Saint-Pol Lias a bien voulu me remettre, pour les étudier, plusieurs échantillons de calcaires frutigéniques et d’eaux minérales provenant de Kapouran, domaine de Kouripan, près Boghor, à Java. Les eaux appartiennent à un type exceptionnel et se signalent par une richesse extraordinaire en chlorure de calcium associé au chlorure de magnésium et en quantité moindre au chlorure de sodium et au chlorure de potassium. Dans certaines des bouteilles où ces eaux ont séjourné depuis des mois, se sont déposés d’intéressants cristaux de dolomie ou carbonate double de chaux et de magnésie. Il est d’ailleurs remarquable que ces eaux contiennent très peu de carbonate de chaux alors qu’elles sortent de véritables montagnes de calcaire qu’elles ont édifiées. Mes observations ont porté sur trois variétés industrielles de cette pierre à chaux d’origine frutigénique : l’une d’elles est remarquable par sa structure microscopique, toute dendritique et fort élégante.
- L'Aspidiotus du laurier-rose. — Tel est le nom d’un tout petit insecte dont M. le Dr Lemoine décrit l’anatomie et les métamorphoses. La femelle ne traverse que trois mues au bout desquelles, privée de pattes, d’ailes, d’yeux même, elle est pour ainsi dire réduite à un sac destiné aux œufs. Le mâle, au contraire, n’arrive à l’état parfait qu’après cinq mues; il est très agile, pourvu d’ailes mais privé de bouche et condamné, par conséquent, à une diète absolue. Le travail de M. Lemoine est accompagné de plus de 80 planches de croquis faites sous le microscope et que l’auteur a bien voulu me faire admirer.
- Géologie sous-marine. — II résulte des dragages de M. de Folin que les parois de la célèbre fosse du cap Breton, si fructueuse en ces derniers temps pour la zoologie des profondeurs, sont constituées par le calcaire nuinrnu-litique qu’on pensait ne guère dépasser du nord la région même de Biarritz.
- L'épidémie de Pierrcfonds. — En août et septejnbre dernier une grave épidémie de fièvre typhoïde a éclaté à Pierrefonds, parmi 25 personnes de Paris et de Versailles établies dans trois maisons de la rue du Bourg : dans une seule famille, dont le chef occupe une situation très distinguée dans l’Université, il y eut quatre décès. M. Brouardel lit aujourd’hui un Mémoire sur les causes de ce déplorable événement et sur les moyens de prévenir des malheurs analogues. Les maisons contaminées tiraient de deux puits leur eau d’alimentation. Or ces puits, creusés dans les sables de Cuise, reposant sur l’argile à lignites, sont distants seulement de 9 et de 20 mètres de fosses d’aisances très vasteset qu’on ne vide jamais; bien plus, par un usage des plus condamnables, les pluies abondantes sont directement déversées des gouttières dans les fosses, délayant les matières et les refoulant dans les sables poreux à des distances plus ou moins grandes. M. Brouardel a puisé à diverses reprises l’eau de ces puits et en a fait faire l’examen micro-biologique par M. Gabriel Pouchet : le résultat a été la découverte du bacille de la fièvre typhoïde. Ce fait est d’autant plus remarquable que pouf l’un des puits, l’eau était pure, à peu près exempte de matières organiques ; d’où l’on voit que là où la matière organique morte est détruite, la substance vivante microbienne peut résister. Qui oserait dire maintenant qu’il est certainement prudent d’ingérer les salades et les légumes crus, cultivés dans la presqu'île de Gennevilliers avec les eaux d’égout? En terminant, l’auteur annonce qu’il a déterminé des sources qu’on pourrait aisément dériver sur Pierrefonds pour mettre ce charmant pays à l’abri des contaminations dont il vient d’ètre parlé.
- Formation des bilobites à l'époque actuelle. — Nos lecteurs connaissent trop bien les bilobites pour qu’il soit nécessaire de les leur décrire de nouveau. Le savant professeur de botanique du Muséum, M. Bureau, annonce qu’il a assisté, dans la baie de Bourgneuf, à la production actuelle d’accidents identiques par le passage de crustacés de la famille des salicoques sur la vase submergée. Il met sous les yeux de l’Académie des moulages et des photographies d’un très haut intérêt.
- Election. — La mort de M. Henri-Milne Edwards ayant laissé vacante une place dans la section d’anatomie et zoologie, la liste de présentation portait : en première ligne M. Sappev ; en deuxième ligne M. Dareste ; en troisième ligne MM. Filliol, Perrier, et Ranvier ; en quatrième MM. Fischer, Pouchet et Vaillant. Les votants étant au nombre de 55, M. Sappey est élu par 53 suffrages contre 10 donnés à M. Ranvier et 8 àM. Dareste; il y a 2 billets blancs.
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- Varia. — Le Ministre de l’instruction publique annonce qu’un crédit de 55 580 francs a été ordonnancé pour subvenir aux frais de la publication des résultats obtenus durant la mission du Cap Ilorn.—M. Zeuger rattache le fœhn à une origine cosmique. — Un système de sténographie télégraphique est décrit par M. Cas-sagne. — D’après M. Tiron la dernière tempête a provoqué au nord de Liverpool une dépression barométrique de 606 millimètres. Stanislas Meunier.
- JOUETS SCIENTIFIQUES
- LES VALSEURS ÉLECTRIQUES
- Le petit appareil que nous figurons ci-dessous, et où l’on voit des pantins tourner sur leurs supports de crin, se compose de trois pièces principales : 4° d’une plate-forme en tôle bien planée, fixée suides colonnes et sur laquelle sont placés les petits valseurs; 2° d’un moteur électrique; 5° cl’une musique de Genève actionnée par le moteur. Celui-ci est simplement constitué par un électro - aimant entre les pôles duquel tourne un volant a ailettes en fer ; sur l’axe de cette pièce est montée une roue collectrice dont la circonférence est taillée d’un nombre de dents égal à celui des ailettes du volant. Sur cette roue Irotte un ressort de commutation qui, à chaque contact avec les dents de la roue collectrice, fait passer un courant de pile dans T électroaimant dont les pôles s’aimantent et attirent une des ailettes du volant qui commence à tourner; quand celles-ci arrivent en regard des pôles de l’électro-aimant, le ressort-commutateur tombe dans un creux des dents de la roue collectrice, le courant est interrompu, l’électro se ‘désaimante et permet le passage de l’ailette du volant qui continue de tourner par la vitesse acquise et amène la roue collectrice au rétablissement d’un nouveau contact sur le ressort-commutateur. La fonction attractive de l’électro-aimant se renouvelle et le volant tourne toujours dans le même sens par des effets successifs d’attraction et de vitesse acquise. Un pignon monté sur l’axe du volant communique le mouvement de celui-ci à une roue commandant la petite musique. L’électro-aimant est placé verticalement, et des pôles prolongés
- au delà des bobines viennent s’arrêter à une petite distance de la plate-forme horizontale.
- Comme on le voit, jusqu’ici le moteur n’a pas d’autre but que celui d’actionner la musique; mais où l’appareil devient ingénieux, c’est dans l’application qui est faite des principes de la marche du moteur pour actionner par influence les petits valseurs. Nous disons par influence, car la plate-forme sur laquelle ceux-ci dansent, ne touche en rien au moteur et ne reçoit aucun mouvement de la part d’un des organes de celui-ci. En effet, en se reportant à la fonction du moteur, on remarque que l’électro-ai-mant s’aimante et se désaimante d’une façon successive et rapide et comme ses pôles sont voisins du centre de la plate-forme, celle-ci vibre comme le ferait une membrane de téléphone. Etant donné, en outre, que les valseurs ne sont autres que les petits sujets montés sur crins connus sous le nom de pygmées et que la surface de la plateforme est rugueuse, on comprend facilement le déplacement des danseurs qui semblent obéir au mouvement de la musique et le font d’autant mieux que la cause de ces deux effets est unique.
- Pour faire fonctionner le petit appareil des valseurs électriques, on peut employer très avantageusement les piles-bouteilles au bichromate dépotasse. La facilité avec laquelle on modifie le courant permet de faire tourner les pantins avec plus ou moins de rapidité. Avec deux éléments montés en tension, on obtient un bon résultat.'
- La membrane vibrante peut être à volonté tendue ou détendue à l’aide de deux vis placées au milieu de sa surface ; s’il arrive que ses mouvements sont trop violents et font tomber les pantins, on en règle facilement l’allure.
- Ce jouet, construit par M. Bassée - Crosse, est aussi charmant qu’ingénieux, et les valseurs électriques obtiennent toujours un grand succès auprès des jeunes spectateurs; cet appareil peut en même temps servir d’enseignement et c’est bien là le double but que doit atteindre le jouet scientifique bien compris.
- Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Les petits valseurs électriques.
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- N° 708. — 25 DÉCEMBRE 1886.
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- L’ÂGE DES MÉTAUX AU MEXIQUE
- Des découvertes récentes faites au Mexique, m’ont permis d’apporter quelque lumière sur cette période
- de l’àgc des métaux dans ce pays; je résumerai succinctement ici les faits auxquels j’ai été conduit, en présentant quelques curieux spécimens de l’ancien art américain.
- L’àge des métaux au Mexique suit immédiatement
- Fig. 1. — Objets de l’âge de cuivre. — Première période.
- Fig. 5. — Objets d’or de l’époque quaternaire. Historique américain.
- l’àge de pierre. D’après mes observations, il résulte que les races aborigènes de ce pays n’ont connu d’autres métaux que le cuivre, l’argent et l’or; ils connaissaient le bronze, et se servaient aussi fréquemment de la pyrite tle fer.
- 15e année. — Ie' semestre..
- L’âge de cuivre est divisé en deux périodes comme en Europe : la première période est celle du marteleur, la seconde celle du fondeur.
- On retrouve l’époque du marteleur très nettement indiquée dans les régions habitées par les Aztèques
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- delà vallée de Mexico et de l'Etal de Guerrero ; celle du fondeur apparaît avec des caractères certains dans l’Etat de Puebla, chez les Popolocas; dans l’Etat de Tlaxcala, chez les Tlaxcaltèques et dans celui de Oaxaca, chez les Zapotèques et les Toltèques.
- Les objets en or que l’on rencontre appartiennent à la période du fondeur ; la plupart d’entre eux ont été trouvés dans les régions habitées par les Zapotèques, les Mixtèques de l’État de Oaxaca, les Popolocas et les Aztèques de l’Etat de Jalisco.
- Le fer devait être complètement inconnu de ces races, car on n'a rien trouvé jusqu’à ce jour qui révélât l’existence de ce métal.
- On ne connaît pas d’autre objet que des glaces faites avec la pyrite de fer et le bronze.
- Les photographies que nous reproduisons (page 49) nous permettront de résumer succinctement notre travail. Nos gravures représentent des objets qui se rattachent au temps quaternaire ; historique américain.
- La ligure 1 est relative à l’âge du cuivre de la période néolithique, époque toltèque, zapotèque et aztèque de l’Etat de (iuerrera. Cesobjets en cuivre, sont de l’époque du marteleur. En voici l’énumération :
- N° 1. Ciseau aztèque. —N° 2. Espèce de hache zapotèque. — N° o. Hache aztèque de l’Etat de Guerrera. — Nu 4. Poinçon toltèque. — N° h. Autre ciseau aztèque. — N° (L Aiguille toltèque. — N° 7. Tentetl a Besole. — Ce petit objet qui a la lorme d'un chapeau, était lixé à la lèvre inférieure des chefs militaires au moyen de deux ouvertures pratiquées dans la peau; ils introduisaient dans les coupures les ailes du petit chapeau, laissant en dehors la partie cylindrique. — N° 8. Pince toltèque.
- La figure 2 se rattache également à l’âge du cuivre, période néolithique; mais elle est de l’époque aztèque ettlaxcaltèque du fondeur. Les objets sont en cuivre. Les nos 1,2 et 4 sont des grelots tlaxcaltèques. Le n° o est une tortue; mythologie animale, liuas-tèque véracruzane. Le n° 5 est un anneau.
- La ligure o représente de magnifiques objets en or, époque aztèque de l’Etat de Jalisco, Mixtèque de Oaxaca, Popoloca et Zapotèque. Epoque du fondeur. Le il0 1 est une divinité de la guerre des Zapotèques, liguré en 2 à son envers. Le n° 5 est une divinité de la guerre que les Indiens appelaient Vilrilopochtli (Aztèque de l’Etat de Jalisco). Le n° 4 est un pendant de boucles d’oreille avec trois grelots. Mixtèque de Oaxaca. Le n° 5 est un masque Popoloca. Etat de Puebla.
- Outre ces objets, il en est d’autres de cette époque, tels que colliers en or, et médailles diverses.
- Tous les objets que nous figurons, sauf l’idole et le masque (lig. o, n° 1 et 5) et la tortue de cuivre (fig. 2) ont été recueillis dans les fouilles que j ’ai récemment exécutées; ils se trouvent actuellement dans le Musée national, à Mexico. Leopoldo Batres,
- Conservateur des monuments archéologiques de la République mexicaine.
- MACHINES A VAPEUR COMPOUND
- On ;i jusqu’ici pou ou point de données expérimentales certaines sur le rondement des machines à vapeur à haute pression et à détente dans plusieurs cylindres. Cette lacune vient d’ètre comblée à la suite d’expériences très précises et très sévères faites par M. E. Rich et le professeur Kennedy de l’University College, de Londres, sur une machine de MM.Davey, Paxmann et Cie deColchester. Ces expériences ont été faites sur une machine de 40 chevaux commandant deux machines dynamo-électriques employées à l’éclairage de l’Exposition de Colchester et en service courant, sans préparation spéciale, vers la fin de l’exposition, de sorte que les résultats répondent véritablement aux conditions d’un service courant, et non à celles d’une expérience préparée. Pression de la vapeur 7,55 kilogrammes par centimètre carré ; consommation de vapeur par cheval-heure indiqué, 10,94 kilogrammes ; consom ination de charbon par cheval-heure, 1,16 kilogramme; eau vaporisée par kilogramme de charbon, 9,42 kilogrammes ; eau vaporisée ramenée à la température de 100° C, 11,55; poids théorique d’eau vaporisahle par le charbon employé dans les expériences, 15,9 kilogrammes; rendement de la chaufferie (chauffeur, foyer et chaudière) 81,5 pour 100, Le rapport se termine en disant que ces résultats parlent d’eux-mèines et peuvent être considérés comme très satisfaisants, étant donné qu’ils se rapportent à des moteurs à haute pression en service courant.
- LA PHOTOGRAPHIE SANS OBJECTIF
- Une chose remarquable dans l’histoire des inventions, c’est qu’au début les appareils les plus simples donnent généralement de mauvais résultats, qu’on est obligé de les compliquer pour qu’ils fonctionnent d’une façon satisfaisante, et que c’est seulement beaucoup plus tard, lorsque les principes sur lesquels ils reposent ont été bien étudiés, lorsque la science à laquelle ils se rapportent a fait de sensibles progrès, qu’on retourne en arrière et qu’on se demande s’il ne serait pas préférable de revenir au point de départ, et si les appareils primitifs ne sont pas les meilleurs, au moins pour certaines applications.
- En voici un exemple bien frappant qui nous est fourni par la lecture d’une très intéressante brochure1 que M. le capitaine du génie Colson vient de publier sur la photographie sam objectif, et dans laquelle il démontre que la chambre noire à simple ouverture, connue bien longtemps avant la photographie, et point de départ de cette invention, peut être avantageusement utilisée, car elle possède certains avantages qui manquent absolument aux chambres à objectif. Les remarquables résultats auxquels l’auteur est arrivé en employant des moyens aussi simples, méritent d’ètre signalés d’une façon spéciale et nous avons pensé que ce travail valait mieux qu’une simple mention bibliographique.
- Tous les traités de physique donnent la théorie de la formation des images des objets extérieurs sur
- 1 l.n photographie #«/<•? objectif-. — (iaulliici'-Villai'si 188/.
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- un écran placé dans une chambre noire, dont les volets sont pereés d’un trou. C’est là le point de départ de la photographie, et si au début il a été impossible d’utiliser un appareil aussi simple, c’est que les substances sensibles à la lumière connues alors (bitume de Judée, azotate d’argent) n’étaient pas assez impressionnables avec un éclairage aussi faible. Il a fallu recourir aux lentilles convergentes. Leu à peu des progrès considérables ont été faits dans la fabrication des plaques sensibles, et les substances employées actuellement (gélatino-bromure) permettent d’obtenir, concurremment avec l’emploi des lentilles, les curieuses épreuves instantanées dont La Nature a souvent donné des spécimens à ses lecteurs. Mais si utiles, si indispensables même dans certains cas, que soient les lentilles convergentes, il faut bien reconnaître qu’elles présentent des inconvénients dont les plus graves sont la déformation des images lorsque le champ présente quelque étendue, la nécessité de mettre au point très exactement pour les avoir avec netteté, et l’impossibilité de faire cette mise au point en même temps pour des objets situés dans des plans différents. La cause qui les avait lait employer (éclairage intense pour impressionner une substance peu sensible) n’existe plus. On a donc pu essayer de s’en passer.
- Si on examine attentivement la théorie de la marche des rayons qui reproduisent l’image des objets extérieurs dans la chambre noire à ouverture étroite, on voit que si cette ouverture n’a que-quelques dixièmes de millimètre, on peut écarter l’écran de plusieurs centimètres de la position précise de mise au point, sans altérer sensiblement la netteté; par conséquent les premiers et les derniers plans peuvent être au point en même temps ; on voit en outre que le champ dépend uniquement du diamètre et de l’épaisseur des bords de l’ouverture et qu’il peut dépasser 90 degrés; on voit enfin que les images ne sont pas déformées et que leur position est déterminée sur l’écran avec une précision géométrique. En examinant la théorie de la marche des rayons dans les lentilles, on remarque au contraire qu’aucune de ces conditions n’est remplie par les appareils à objectif.
- Il y aura donc avantage, quoique l’éclairage soit moins intense, à employer la chambre noire à simple ouverture dans certaines applications que nous allons passer rapidement en revue, après avoir donné quelques détails de construction.
- M. le capitaine Colson, après de nombreux essais, pose ainsi les conditions dans lesquelles l’ouverture doit être pratiquée suivant les effets qu’on veut obtenir : « La netteté dépend essentiellement du diamètre et de la nature de l’ouverture ; le diamètre doit varier avec la distance de l’écran à l’ouverture; ainsi, pour une distance de 8 centimètres, le diamètre doit être de 3/10 de millimètre, pour une distance de 50 centimètres, il doit être de 5/10 de millimètre J soit une différence de diamètre de 2/10 de millimètre pour une variation de distance de 22 centi-
- mètres. » Le trou le plus convenable est circulaire ; il est indispensable que les bords ne présentent pas de bavures. Il est pratiqué dans une lame de métal ayant environ 2/10 de millimètre d’épaisseur; il faut le percer avec une mèche à tranchant incliné, de façon qu’il soit formé d’un cône très ouvert, ce qui augmente le champ, qui peut être de 100 degrés avec une ouverture de 5/10, et supérieur à90degrés pour une ouverture de 5/10. En adoptant cette limite de 90 degrés, on obtient toujours des clichés nets même sur les bords. La durée de pose dépend de la distance de l’écran à l’ouverture, l’éclairage diminuant à mesure que cette distance augmente. Elle est de 10 à 15 minutes avec le collodion par un temps couvert pour une ouverture de 5/10, et une distance de 25 centimètres entre la plaque et l’ouverture ; elle n’est que de 30 à 40 secondes avec des plaques Monek-hoven, au gélatino-bromure par un temps couvert; 10 secondes parle soleil avec une ouverture de 5/10 et une distance de 8 centimètres et demi.
- Ces chiffres se rapportent à des paysages et doivent être augmentés pour des objets rapprochés ; ainsi la durée est de une minute pour un objet bien éclairé dans l’atelier à une distance de 5 mètres de l’appareil, avec un écartement de 50 centimètres entre la plaque et l’ouverture.
- L’auteur a également employé le papier au gélatinobromure Hutinet et les pellicules Thiébaut ; on trouvera dans son mémoire des renseignements détaillés sur les manipulations, la construction des chambres et sur la manière de s’y prendre pour s’assurer, sans l’emploi du verre dépoli, que l’image des objets à photographier se trouve bien sur la plaque sensible.
- Cette méthode de photographie sera particulièrement utile lorsqu’il s’agira de reproduire des objets présentant de la profondeur, tels que machines, monuments, etc., puisque, comme nous l’avons dit plus haut, tous les objets renfermés dans le champ de la chambre sont au point en même temps, quelle que soit leur distance. Les épreuves joignent à une exactitude rigoureuse, une grande douceur et une grande harmonie de tons, ce qui leur donne un cachet vraiment artistique.
- Le champ considérable que donne l’ouverture simple, sans déformation de l’image sur les bords, permet d’obtenir un panorama complet en quatre poses successives de 90 degrés. Pour obtenir des panoramas à perspective cylindrique, on emploie, au lieu de glace, du papier sensible Hutinet ou des pellicules Thiébaut qu’on enroule en portion de cylindre au fond de la chambre sur des supports en bois disposés ad hoc. On obtient ainsi un cliché négatif dont on tire ensuite des positifs comme avec un cliché sur verre; on peut huiler le papier pour avoir plus de transparence. Par suite de l’ahsence des lentilles, la perspective est mathématiquement exacte et le point de vue unique, de sorte que, en mettant l’œil à la place où se trouvait l’ouverture, on a la reproduction très fidèle du terrain.
- 11 est très facile aussi, avec cet appareil simple,
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- d’obtenir des vues stéréoscopiques donnant la sensation du relief sans qu’on soit obligé d’employer un stéréoscope. Les vues de cette nature consistant en deux dessins représentant chacun l’aspect sous lequel on voit l’objet séparément avec chacun des deux yeux, il suffit de remplacer l’ouverture unique delà chambre noire par deux autres identiques placées sur une ligne horizontale, et séparées l’une de l’autre de 0 centimètres et demi, distance moyenne de l’écartement des deux yeux. Un dispose ensuite entre les deux ouvertures, dans l’intérieur de la chambre , un écran noirci de façon à ce que les rayons lumineux qui passent par chaque ouverture, impressionnent seulement la partie de la plaque sensible qui se trouve en face. La plaque sensible est placée à une distance des ouvertures égale à celle de la vision distincte. Les deux épreuves positives ainsi obtenues , convenablement placées l’une par rapport à l’autre, donneront la sensation du relief; on croira voir l’objet directement.
- La vue que nous donnons ici a été faite spécialement pour LaNa-fweparM.Colson au moyen de ce procédé , et reproduite directement par l’héliogravure. Un voit que, malgré la hauteur du monument, les lignes restent parfaitement droites. Il suffit, pour voir le relief, de regarder les deux épreuves en plaçant un carton ou une feuille de papier de 25 centimètres, verticalement entre les deux images, de façon à regarder chat une d’elles seulement avec celui des yeux qui se trouve placé en face.
- Nous signalerons enfin une dernière application qui rendra de très grands services à la topographie. Les clichés plans obtenus représentant une perspec-
- tive exacte, le point de vue de cette perspective se trouve au centre de l’ouverture. On peut donc, au moyen de clichés pris dans deux stations convenablement choisies, restituer sur une planchette, par recoupements, tous les points du terrain vus à la fois de ces deux stations, à condition d’avoir rapporté au préalable, sur la planchette, leur position à l’échelle fixée.
- Au moyen d’un canevas convenablement déterminé et en opérant de proche en proche, on lèvera très rapidement une grande étendue de terrain, et on pourra déterminer la topographie de régions où il est impossible d’accéder. Nous ne pouvons entrer dans les détails de cette mé-thode, ce qui nous entraînerait trop loin ; aussi ne faisons-nous que l’indiquer. Les lecteurs que la question intéresse, trouveront dans le travail de M. Colson tous les renseignements les plus précis à ce sujet, ainsi que ceux relatifs aux vues panoramiques et stéréoscopiques. Nous ne pouvons pas mieux terminer qu’en citant textuellement la fin de la préface de l’auteur, car nous pensons comme lui que « ce procédé, fondé sur l'emploi d’un petit trou comme seul organe optique, est susceptible de rendre de grands services, non seulement pour scs caractères spéciaux à l’officier, au topographe, au touriste, à l'ingénieur et à l’artiste, mais encore d’une façon générale, par sa simplicité, par son amplitude de mise au point et par la facilité avec laquelle chacun peut construire très économiquement chambre et ouverture, à tous les amateurs de photographie. » (1. Mareschal.
- Vue prise dans la cour ultérieure de l'Hotel des Invalides,à Paris. (Spécimen d’uueplioto-graphic stéréoscopique obtenue sans objectif.)
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- MIRAGE PAR RÉFLEXION
- ORSERVÉ A MADRAS
- La gravure ci-dessous offre un véritable intérêt, car elle donne la reproduction photographique très exacte d’un mirage observé à Madras le 17 juin 1880. L’est la première fois qu'un semblable phénomène d’optique a pu être photographié; notre dessin a été fait en fac-similé d’après une planche héliographique publiée par le Graphie de Londres.
- Le temps était calme et clair, lorsque cet effet de mirage s’est produit; un bateau flottant non loin du port de Madras, et des navires à vapeur situés un peu
- plus loin, se sont trouvés réfléchis dans l’espace. On en voyait nettement les images dans le ciel ; lorsque le flot se retira à marée basse, l’image du sable mis à nu, se réfléchissait aussi de la même façon. C’est par hasard qu’un photographe de la localité se trouva prêt à fixer ce curieux phénomène.
- Nous ferons remarquer (pie dans le mirage figuré ci-contre, les images sont droites : il se trouve parfois qu’elles sont renversées quand elles se produisent vers le zénith.
- C’est ainsi que le 14 décembre 1809, entre trois et quatre heures du matin, les Parisiens qui passaient sur les quais, virent le Louvre, la Seine et ses ponts, réfléchis dans le ciel; mais toutes ces images étaient
- Mirage observé le 17 juin 1886, à Madras, et reproduit d’après une photographie.
- vues à l’envers comme produites dans un miroir supérieur placé horizontalement. Il faisait alors un beau clair de lune ; la lune et le ciel étaient voilés parties nuées particulières qu’on eût dit éclairées des reflets d’une aurore boréale.
- L’année précédente, le 46 août 1868, il m’avait été donné d’observer un phénomène tout à fait analogue de mirage par réflexion, lors d’une ascension aérostatique exécutée avec M. J. Duruof au-dessus de la mer du Nord. La mer était réfléchie dans les régions supérieures de l’air, et nous y vîmes l’image retournée d’un bateau à vapeur, qui naviguait au-dessous de notre nacelle1.
- 1 Yoy. Histoire de mes ascensions. — Maurice Dreylous, éditeur.
- Pline l’Ancien cite des phénomènes analogues. — Bernardin de Saint-Pierre raconte que le peintre Yernet aperçut, en Italie, l’image de toute une ville renversée par réflexion dans les régions zénithales. Les traités de météorologie donnent de nombreux exemples de faits semblables. Les mirages de ce genre ne sont pas toutefois très fréquents, ils sont toujours intéressants à observer et a enregistrer ; c’est ce qui fait que nous avons reproduit l’aspect du mirage de Madras, avec d’autant plus d’empressement que le dessin que nous en donnons est la reproduction d’une photographie, dont le caractère d’exactitude et de précision, convient si bien aux documents scienti-licmes. Gastox Tissandier.
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- LE LIÈGE
- Un certain nombre d'arbres : le cerisier, le bouleau, l’ormeau, le platane, l’érable, produisent bien la substance subéreuse connue sons le nom de liège, mais en couches si minces que cette substance ne peut être l’objet d’aucune exploitation. Au Brésil, l’écorce d’un arbre de la famille des Bignon lacées et la moelle de la tige de la Fourre lia tuberadata, de la famille des Broméliacées, donnent aussi une espèce de liège, de même que VEnphorbia balsa-mi fera, des îles Canaries ; mais aucune de ces matières n’est susceptible d’un emploi sérieux.
- Deux variétés de chênes, le chêne-liège (guercus suber)1, qui croît dans le bassin de la Méditerranée, et le chêne occidental (guercus occidentalis), qui croît en Gascogne, se partagent le monopole de la production du liège en couches assez épaisses pour pouvoir être utilisées. Mais le liège naturel qu’ils fournissent, et qui porte le nom de liège mille ou liège vierge, ne possède, quelle que soit son épaisseur, qu’une valeur commerciale bien faible, et c’est seulement après qu’il a été amélioré par la culture que nous le voyons employé industriellement. Un objet en liège, un bouchon, par exemple, sera donc un produit doublement industriel, d’abord comme substance dont les qualités ont été augmentées par des procédés de culture et de récolte perfectionnés, puis comme objet manufacturé, soit par la main de l’homme, soit par une machine. 11 y aurait donc lieu d’étudier ici, d’une part les procédés de culture et de récolte du liège, de l’autre les diverses applications industrielles auxquelles se prête cette substance. Mais, désireux d’insister plus spécialement sur ces applications, nous ne ferons qu’exposer brièvement les procédés de récolte et de traitement des écorces destinées a en faire un produit marchand, pour arriver plus vite aux nombreuses transformations dont est susceptible ce merveilleux produit, et à l’indication des services que nous rend le liège dans la vie domestique et dans l’industrie. Nous ferons observer que ces documents ne se trouvent dans aucun traite et sont absolument inédits.
- On sait que l’écorce du chêne-liège sé compose de deux couches concentriques distinctes : 4° une zone intérieure, qui est la partie active de l’écorce, correspondant au liber des autres arbres, et qui porte le nom de lard ou mère; (sous le nom de lannin, elle est l’objet d’un grand commerce, et est employée pour le tannage des peaux) ; 2° une zone extérieure, plus épaisse que la précédente et composée d’une matière spongieuse, légère et compressible, peu perméable aux liquides, et constituant le liège proprement dit. Partout où la couche intérieure (la mère) est détruite sur le corps de l’arbre,
- 1 En Angleterre , cork ; Allemagne, korkeiche; Algérie, kerrouch, fernan; Portugal, soveiro", Espagne, corcho, al-cornoque ; Provence, suro, suvi; Italie, soghero, mvero\ Hollande, kork ; Russie, korhowoë-derèwo.
- il n’y a plus formation ni d’écorce ni de bois; une décortication, même sur une faible hauteur, qui ferait tout le tour de l’arbre, le ferait périr infailliblement. La deuxième couche, au contraire (celle du liège), est une enveloppe inerte et ne concourt pas, comme la précédente, aux fonctions actives de la végétation; c’est ce (pii explique comment on peut, sans compromettre l’existence du chêne-liège, le dépouiller d’une partie de son enveloppe subéreuse. Rien plus, la zone intérieure ou mère laissée intacte formera chaque année de nouvelles couches de liège qui seront plus tard enlevées à leur tour, lorsqu’elles auront acquis l’épaisseur suffisante, et donneront le liège du commerce, appelé liège femelle. La question de la formation du liège de reproduction a été exposée d’une façon remarquable par M. Mathieu, dans sa Flore forestière L L’opération de l’enlèvement du liège, le démasclage, se pratique aux mois de juillet et d’août, époque a laquelle le mouvement de la sève permet au liège de se décoller aisément de la mère. Un doit éviter de faire cette récolte par les vents de siroco, qui la dessécheraient trop rapidement ; quant aux insolations, inévitables avec ce procédé primitif, elles font périr 2 pour 100 des arbres dépouillés. Enfin, la jeune écorce qui se reforme au contact de l’air est l’objet des attaques des insectes, et présente une croûte plus ou moins crevassée, due aux influences atmosphériques. Frappé de ces inconvénients, un sylviculteur distingué, M. Gapgrand-Mothes, vient d’imaginer un procédé de revêtement des chênes-liège, consistant à replacer sur l’arbre, pendant un certain temps, l’écorce même dont on vient de le dépouiller par le démasclage. Celle-ci ayant été enlevée sous forme de deux demi-cylindres, à l’aide d’entailles pratiquées dans la couche subéreuse, il est facile delà maintenir sur le tronc à l’aide de liens de fil de fer, une bande de carton couvrant les parties où les bords de l’écorce ne peuvent se rejoindre. La durée de ce revêtement, qui est enlevé à l’automne, est au maximum de trois mois, pendant lesquels les écorces ainsi replacées sur les chênes-liège ont séché bien mieux que si elles avaient été empilées les unes sur les autres, comme cela se pratique ordinairement pour les lièges en planche. Quant à la jeune couche du nouveau liège qui se reforme sous cet abri protecteur, on constate, en enlevant le revêtement, que sa croûte superficielle est très mince, et exempte des crevasses et des piqûres d’insectes, inévitables avec le procédé ordinaire. Le procédé Capgrand-Mothes, permettant d’utiliser sans déchets toute la couche subéreuse, avance d’un an, sur les arbres déjà démasclés, la récolte de semblables écorces ; de plus, il protège les chênes-liège récemment dépouillés, contre le sirocco et les insolations dont nous avons vu plus haut les résultats désastreux.
- Avant d’être livrées au commerce, les écorces doivent avoir été soumises aux opérations du bouil-
- 1 A. Mathieu, Flore forestière, 3e édit., p. 32f).
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- lanlage, du raclage, duclassem-ent et de Y emballage. Le bouillage ou bouillantage des planches de liège dans de vastes chaudières remplies d’eau et chauffées avec des débris d’écorces, a pour but de gonfler le liège pour en augmenter l’élasticité; de plus, les écorces qui avaient conservé jusque-là un certain bombement, sortent des chaudières presque aplaties. A l’aide de raclettes en 1er, on les soumet alors au raclage, qui en enlève la partie ligneuse; cette opération se fait aussi mécaniquement à l’aide de bobines horizontales garnies de pointes de fer, et tournant à la vitesse de 900 tours par minute. Le raclage, qui donne 28 pour 100 de déchet de l’écorce brute, est rendu inutile pour les lièges cultivés par le procédé de revêtement (pie nous venons de décrire. En Angleterre, ces ceux premières opérations sont remplacées par le flambage des écorces, qui sont ensuite balayées au lieu d’être raclées. Cette méthode tend à s'introduire aujourd’hui chez nous.
- Le classement des écorces se fait suivant cinq épaisseurs distinctes, puisl'emballage à la presse les met en balles de 70 à 80 kilogrammes, maintenues par des bandes de fer plat. Arrivées à destination, elles sont l’objet d’un nouveau triage, exécuté cette fois d’après leur qualité et leur finesse. Voici quel est l’écart considérable de prix entre les deux qualités extrêmes: les 100 kilogrammes de liège surfin (pour les bouclions de champagne) valent de 120 à 150 francs, tandis que le même poids de liège mince ordinaire ne vaut guère plus de 15 à 20 francs. Ces chiffres suffisent à démontrer l’intérêt qu’a le producteur à améliorer de plus en plus la qualité de ses écorces.
- M. Lamey, inspecteur des forêts, auteur d’une étude sur le liège en Algérie1, à laquelle nous avons fait de nombreux emprunts, a publié dans cet ouvrage d’intéressants tableaux sur les accroissements annuels et sur l’épaisseur moyenne des lièges. D’après cet auteur, les lièges ne doivent pas être récoltés avant d’avoir une épaisseur de 22 millimètres. Le commerce préfère ceux de 27 à 51 millimètres, dimensions qu’on peut obtenir à l’àge de six ans avec des lièges épais, et de neuf ans avec des lièges ordinaires.
- La densité des lièges varie avec leur nature et leur âge; ainsi, sous un même volume, des lièges minces ont plus de poids que ceux à croissance rapide, et, pour des lièges de même catégorie, la densité augmente avec l’âge. D’après M. Brisson [Annuaire du bureau des longitudes), la densité du liège serait de 0, 240, mais ce chiffre est plutôt un maximum qu’une moyenne. Pour des lièges ordinaires de l’âge de dix ans, la densité atteint à peine 0, 200. Cette extrême légèreté est jointe dans le liège à d’autres qualités précieuses : mauvais conducteur de la chaleur et du son, imperméable aux gaz et aux liquides, élastique, peu combustible et presque incorruptible, ses propriétés physiques lui font trouver chaque jour de nouvelles applications dans l’industrie. Il n’est
- 1 Le Chêne-liège en Algérie, par M. A. Lamey, inspecteur îles forêts.
- donc pas étonnant que sa consommation aille tous les jours en augmentant, et que, malgré l’accroissement énorme de sa production depuis l’exploitation des forêts de l’Algérie, la valeur commerciale de cette matière n’ait subi aucune dépréciation.
- Voilà donc un produit dont la culture, chaque jour mieux entendue, est appelée à devenir une des principales sources de richesse pour l’Algérie et nos départements du Midi si éprouvés dans leurs autres récoltes.
- Les Bouchons. — Fabrication à la main. — Le principal emploi du liège consiste, comme nous le savons tous, dans la fabrication des bouchons de toutes espèces, dont la consommation atteint aujourd’hui un chiffre formidable, et qui constitue une branche importante de notre industrie française.
- Les lièges destinés à cette fabrication sont empilés dans une cave humide, puis transportés à l’atelier de bouchonnerie, où ils passent entre les mains d’un ouvrier qui les débite en bandes d’une largeur égale à la longueur du futur bouchon. Un deuxième ouvrier taille ces bandes en carrés ayant la mesure du diamètre de ce bouchon. Les carrés sont plongés dans l’eau bouillante à l’aide de vastes filets, pour pouvoir être plus facilement travaillés, le liège s’étant dilaté et développpé librement dans tous les sens. Placés dans un endroit frais, et entretenus continuellement humides par de légers arrosages, les carrés passent alors entre les mains de l’ouvrier bon-chonnier qui les présente successivement, en leur donnant un mouvement de rotation, devant le tranchant d’un couteau à large lame, et en ayant soin d’y ajouter un mouvement de déplacement longitudinal le long de ce couteau. Ainsi manié rapidement, entre les doigts habiles de l’ouvrier, devant une lame fixe, le petit carré s’est transformé en bouchon. Telle est la manière de procéder en France et en Algérie. En Russie, le carré est posé sur une table, et taillé par l’ouvrier au moyen d’un petit couteau manié de haut en bas. En Allemagne, l’ouvrier suspend contre sa poitrine une plaque de liège, sur laquelle il taille les carrés comme le Russe le fait sur sa table. La figure 1 représente la position de la lame et du bouchon dans la fabrication française. Quel que soit le procédé employé, il est indispensable, pour avoir des bouchons solides, de tenir compte du sens dans lequel ils doivent être pris dans le liège; la règle est la suivante : l’axe du bouchon doit être parallèle à l’axe de l’arbre qui a fourni l’écorce, et le sens voulu est facilement reconnaissable aux stries colorées dues aux couches annuelles de la substance subéreuse, que l’on remarque sur un bouchon, dans le sens de son axe. Seuls, les bouchons plats ou topettes sont découpés perpendiculairement à l’axe de l’arbre. La fabrication à la main est réservée aux bouchons de qualité supérieure; leur forme, qui n’est pas exactement cylindrique, mais plutôt celle d’un carré aux angles arrondis, offre, paraît-il, un avantage sur les formes géométriques rigoureusement obtenues avec les ma-
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- chines. Cette forme carrée est surtout remarquable dans les bouchons à vin de Champagne, et le serrage des quatre angles arrondis dans l’intérieur du goulot de la bouteille donne seul, paraît-il, la perfection recherchée pour les bouchages difficiles.
- Un bon ouvrier bou-chonnier peut faire à la main 2000 bouchons par jour.
- Fabrication à la machine, — Les dessins ci-contre représentent trois machines, du système Demutli, remarquables par la simplicité de leur fonctionnement, qui permet de les confier au premier ouvrier venu ou même à des femmes. La première (fig. 2) coupe le liège en bandes. La seconde (fig. 3) est la machine à faire les carrés. Avec cette machine, un enlant ou une femme peuvent couper 8000 carrés par jour. Ces carrés sont
- Fig. 2. — Machine à couper le liège en bandes.
- pareil, qui permet de faire des bôuchons de toutes les grosseurs, en faisant varier la distance de l’axe des disques à la lame, et de les tourner sous une
- triés automatiquement, selon leurs différentes grosseurs, par la machine, et le couteau s’affûte de lui-même, à chaque mouvement de va-et-vient, contre
- un petit appareil devant lequel il passe. Vient ensuite la machine à tourner les bouchons (fig. 4) avec laquelle on peut faire 5000 bouchons par jour. Comme dans la plupart des machines de ce genre, le carré de liège, serré entre deux petits disques garnis de pointes, tourne avec eux devant une lame qu’on manœuvre à la main comme une sorte de rabot; le mouvement de va-et-vient de ce couteau commande, par une petite chaîne de Vaucanson, le mouvement de rotation des disques, qui suit ainsi la vitesse de celui de la lame. Le dessin nous dispense d’entrer dans de plus longs développements sur cet ingénieux ap-
- Fig. 3. — Machine à faire les carres de liège.
- forme cylindrique ou conique suivant que cet axe est parallèle à cette lame ou fait avec elle un certain angle, variable à volonté. Les bouchons cylin-
- Fig. 1. — Fabrication d’un bouchon à la main. (Méthode française.)
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- driques sont ceux qui donnent le meilleur bouchage; ce sont les seuls employés pour le bouchage à la mécanique. Par contre, les bouchons coniques, aujourd’hui fort répandus, sont préférés pour le bouchage à la main.
- Nous devons mentionner deux autres systèmes de fabrication mécanique des bouchons, dont le principe était curieux, mais qui n’ont pas eu de succès et ont été abandonnés rapidement. Dans le premier système, le carré de liège était pressé contre une perceuse, sorte de tube creux à bord tranchant qui découpait le bouchon comme l’aurait fait un emporte-pièce ; dans le second, les carrés étaient usés par friction rapide sur des meules enduites d’émeri;
- l’inventeur, M. Moreau, façonnait ainsi des bouchons à tête profilée, et rêvait de voir chaque grande maison de commerce de vins adopter, grâce a sa méthode, des bouchons de luxe portant la silhouette de son chef. Mais on a dû renoncer à ces deux procédés; le bouchon doit, en effet, être coupé nettement pour avoir le poli exigé par le consommateur.
- Enfin, on a construit récemment une machine dans laquelle la lame est remplacée par un disque à bord tranchant animé d’un mouvement de rotation rapide, et devant lequel tournent également les carrés de liège; il est facile d’affùter automatiquement ce disque de façon à ne pas avoir besoin d’arrêter
- Fig. i. — Machine à tourner les bouchons et vue de l’intérieur d’un atelier parisien. (D’après une photographie.)
- l’appareil. Cette machine, employée aussi pour le tranchage des lièges en feuilles minces, semble donner, pour la fabrication des bouchons, de bons résultats.
- Sortis de la main de l’ouvrier ou de la machine, les bouchons sont lavés dans de l’eau contenant de Y acide oxalique ou du chlorure d'étain; on les soumet souvent à l’action de Yacide sulfureux; ils ont alors acquis la belle teinte saumon que nous leur connaissons, et sont devenus veloutés et doux au toucher. On les crible ensuite par ordre de grosseur, puis ils sont triés suivant leurs qualités, comptés à la main ou à l’aide de machines spéciales, puis emballés par sacs de 15 000 ou 30 000.
- La qualité recherchée dans un bon bouchon est
- avant tout Y imperméabilité aux gaz et aux liquides, elle peut être éprouvée, avant la fabrication, au moyen d’un appareil inventé par M. Salleron, qui a fait sur le liège d’intéressantes études. Dans cet appareil, les lièges à expérimenter sont soumis à la pression d’un liquide comprimé lui-même à l’aide d’une petite presse hydraulique. Si le liège est bon, il ne doit pas être imbibé de liquide après avoir subi une pression de plusieurs atmosphères. Le déchet de fabrication des bouchons est de 60 pour 100, 100 kilogrammes de liège ne donnant que 40 kilogrammes de bouchons ; nous retrouverons les rognures employées comme matière première dans trois industries importantes : celles des poudres de liège, des linoléum et des agglomérés.
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- Un grand nombre de systèmes de bouchage autres que par les bouclions de liège ont été expérimentés; les bouchons de verre à émeri et ceux en caoutchouc lui sont même préférés dans des cas particuliers, mais aucun des autres systèmes n’a pu faire au liège une concurrence bien dangereuse, ainsi que nos lecteurs pourrcînt en juger d’après les quelques chiffres suivants : l’Angleterre emploie, tant pour elle que pour ses envois aux Colonies et en Amérique, plus de 2 millions de bouclions par jour; l’Europe en consomme plus de 1 milliard par an. En France, on peut compter que la consommation moyenne annuelle est de I franc par habitant. Si nous étions étonnés de ce chiffre, il nous suffirait de nous rappeler que notre pays possède 400000 marchands de vin et 150000 épiciers, et que la moyenne de consommation de bouchons de ces deux classes de commercants .est de 50 francs par an; on a donc, pour ces deux professions seules, une moyenne de 27 millions de francs de bouchons par an. Ajoutons à ce chiffre ce qui est employé par les brasseurs, les parfumeurs, les fabricants d’encre, les droguistes, les pharmaciens, et nous comprendrons facilement l’importance de l'industrie bouchonnière pour le Lot-et-Garonne, le Var, les Landes et les Pyrénées-Orientales, départements où se trouve presque exclusivement cantonnée la fabrication des bouclions consommés en France. Arthur Gooi>.
- — A suivre. —
- obtient donc une sorte de pyramide triangulaire dont les arêtes sont représentées parles ficelles réunies comme il a été expliqué, et la base par la portion ABC du cerf-volant. Le fil d’attache est fixé au sommet de cette pyramide, où se, réunissent les ficelles partant de A deB et de C (fig. 2).
- D 'B
- Fig. 1 à 4. — Mode de construction des cerfs-volants, en Russie
- Maintenant on procède ;t l'attache de la queue. On prend une ficelle assez longue, on fixe un bout au coin E et l’autre au coin F. La longueur de cette ficelle n’est pas rigou-
- LES CERFS-Y0L\NTS
- Nous avons publié récemment une notice sur les cerfs-volants japonais1. Elle nous a valu de nos correspondants deux communications intéressantes que nous nous empressons de publier. Voici la première note que nous adresse de Russie un de nos lecteurs, M. A. R. ;
- Le modo de construction des cerfs-volants est bien différent dans divers pays. Voici la méthode de construction usitée en Russie.
- On prend un papier assez résistant de forme rectangulaire, dont la longueur est à peu près 1,4/4 jusqu’à 1,1/2 de la largeur. Sur les bords du papier on colle 4 légères réglettes de bois et 2 autres en diagonales (fig. 1). pour plus de solidité on relie par des ficelles à chaque coin les bouts des o planchettes qui s’y croisent. Le fil d’attache du cerf-volant se divise en ô branches, dont une le retient par le centre C et les deux autres par les coins supérieurs À et B. Pour cela on perce le centre du cerf-volant, en faisant un trou à travers les deux réglettes diagonales qui se croisent en ce point. On passe une ficelle par ce trou et on la fixe au moyen d’un gros nœud qu’on fait à son bout. La longueur de cette ficelle doit être égale à la distance du centre au bord supérieur* Une autre ficelle est attachée par un bout au coin A, et par l’autre bout au coin B. La longueur de cette ficelle doit être égale à 4C _p CB, C étant le centre, ce qu’on mesure en ramenant son milieu jusqu’au centre. Après cela on relie le milieu de cette ficelle au bout de la ficelle partant au centre. On
- t Yoy. n° 695, du 25 septembre 1886, p. 269; voy. aussi n° 699, <luj2"> octobre 1886, p. 532.
- Fig. 5. — Cerf-volant musical annamite. a. Ficelles reliant les diverses parties.— B, C, d. Morceaux de bambou en deux morceaux. — E. Morceau de bambou entier; les nœuds sont conservés aux deux extrémités. A chaque extrémité il existe une pelite ouverture de 2 à 4 millimètres, prenant tout le diamètre du bambou, lequel est do 2 à 3 centimètres. — /'. Ficelle destinée à lancer le cerf-volant.
- reusement fixée, mais ordinairement on lui donne une longueur égale à El) -f- I)F. La queue du cerf-volant est attachée au milieu de cette ficelle. Cette queue se compose ordinairement d’une longue ficelle, à laquelle on fixe par intervalles des morceaux de papier et à son extrémité un papier plus lourd ou un chiffon quelconque. Le poids de
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- ces appendices de la queue est à trouver par l’expérience. S’il est trop lourd, le cerf-volant ne monte pas. S’il est trop léger, le cerf-volant n’aura pas de stabilité dans l’air et culbutera facilement. Un point capital à observer, c’est que la queue ne soit pas trop courte. On pourrait presque dire que plus elle est longue, mieux cela vaut. Pour donner au cerf-volant plus de stabilité, plus de résistance au vent, on lui donne, au moins à sa partie supérieure, une forme bombée. Pour cela on ramène les deux coins supérieurs A et B (tig. o) un peu en arrière au moyen d’une ficelle, qui est un peu plus courte que le bord supérieur AB. Si on attache à cette ficelle un morceau de papier solide de la forme d’un double croissant (fig. 4), qu’on replie en deux (pour l’attacher on y fait quelques trous, par lesquels on passe la ficelle), ce papier, agité par le vent et frappant le cerf-volant, produira un bruit assez intense, semblable à un bourdonnement.
- Les cerfs-volants, construits d’après cette méthode, ont une force d’ascension considérable. Un cerf-volant d’à-peu près un mètre de longueur peut facilement enlever une lanterne de papier (dite chinoise). Si on y met une bougie allun?ée et si on fait monter le cerf-volant le soir, on obtient un effet très curieux et tout à fait inattendu pour ceux qui de loin observent au ciel cette espèce d’étoile mobile.
- M. /’... capitaine d’artillerie à Toulouse, nous adresse d’autre part quelques renseignements sur les cerfs-volants musicaux usités au Tonkin par les Annamites.
- J’ai l’honneur de vous adresser le croquis d’un cerf-volant (tig. 5) que j’ai vu fonctionner au Tonkin dans les environs d’daïphong.Un grand nombre d’Annamites, enfants et hommes, s’amusent à lancer ledit cerf-volant, qui une fois en l’air est fixé au sol par la ficelle et abandonné à lui-même ; il se tient ainsi en l’air tant qu’on l’y laisse. Il n’est pas rare de voir un gamin, monté sur le dos d’un buffle qui porte le cerf-volant attaché à l’une de ses cornes, se prélasser pendant des heures au son du mirliton placé sur le cerf-volant qui fait zou-zou.
- Le croquis ci-joint (fig. 5) complète les indications de M. P.... De M en N, le cerf-volant offre une courbure dont la flèche est de 5 à 10 centimètres environ (la courbure est, bien entendu du côté du lanceur). On obtient cette courbure en serrant la ficelle du milieu deM en N. Un mirliton E est fixé du côté opposé, au-dessus du cerf-volant. I/air s’engouffre dans ses deux ouvertures et produit un bruit qui s’entend de très loin. Ce bambou est fixé au cerf-volant par une petite lame de bambou qui le traverse en son milieu ainsi que le morceau principal B ; il est distant de 0,05 environ du corps du cerf-volant; les Annamites en superposent quelquefois deux, un plus petit en dessus.
- LA FAUCONNERIE AU XIXe SIÈCLE
- SON INTÉRÊT AD POINT DE VDE MILITAIRE
- On sait que l’origine de la fauconnerie remonte fort loin, mais les auteurs ne sont pas d’accord sur l’époque à laquelle il faut la faire remonter ; cette
- incertitude tient assurément à ce que cet art a été en faveur dans les divers pays à des époques assez différentes. En effet, certains auteurs signalent divers écrits sur ce sujet qui remonteraient à plus d’un siècle avant Jésus-Christ, et il ne semble pas y avoir de doute, pour d’autres, que la fauconnerie a élé ignorée fort longtemps des Crées et des Romains.
- Quoiqu'il en soit, pour ne parler que de ce qui s’est fait en France, la fauconnerie y était en très grand honneur vers la fin du moyen âge. A la cour, par exemple, pour remplacer le maître de la fauconnerie qui, précédemment, était simplement nommé le fauconnier, on créa, sous Charles VI, la charge de grand fauconnier de France, qui fui démembrée de celle du grand veneur.
- Le grand fauconnier prêtait serment de fidélité au lloi; il avait sous sa direction les vols suivants : deux vols pour milan, un pour héron, deux pour corneille, un pour les champs, c’est-à-dire pour la perdrix, un vol pour rivière, un pour la pie et un pour le lièvre. Chacun de ces vols avait un chef, un lieutenant, des piqueurs, des aides, des varlets et des pages. Les seigneurs suivaient naturellement l’exemple donné par la cour, et, comme dans toutes choses la mode joue un grand rôle, l’art de la fauconnerie était, à cette époque, un sujet de plaisir et de luxe pour ceux à qui la naissance, la valeur personnelle ou les services rendus permettaient de briller.
- A partir du milieu du dix-huitième siècle, la chasse au vol est de plus en plus délaissée et tend à disparaître en France, les rois n’en donnant plus l’exemple; cependant, ce n’est qu’en 1815, que la Fauconnerie impériale fut supprimée.
- Si donc la fauconnerie fut un moyen de plaisir fort répandu chez nos ancêtres, de nos jours quelques fervents seulement ont conservé les traditions pour l’élevagè, le dressage des oiseaux de proie.
- L’un d’eux, M. Ceorges Fove, vient de démontrer, dans un petit volume des plus intéressants1, que, sans qu’il soit nécessaire de lui redonner son ancienne splendeur, la chasse au faucon peut encore procurer maintenant de douces satisfactions et des émotions variées, et que cette chasse n’était, en fail, dispendieuse chez nos ancêtres que par le nombre, l’éclat et la magnificence où chacun s’efforcait de maintenir sa fauconnerie.
- A l’appui de cette opinion, M. Foye nous initie, dans son manuel, à tous les secrets de cet art et nous montre qu’il est beaucoup plus simple et plus facile qu’on ne le croit généralement et, qu’en laissant de côté le faste que quelques-uns seulement, peuvent se permettre, la chasse au vol est susceptible de revenir en faveur de nos jours.
- Disons plus, il serait fort à désirer que ce résultat fût atteint ; comme le fait observer l’auteur, la fauconnerie moderne ne doit plus être seulement un sujet de luxe et de plaisir ; peut-
- 1 Manuel pratique du fauconnier au dix-neuvième siècle. — Librairie PairauU.
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- être sera-t-elle appelée à jouer son rôle en eas de guerre.
- La Nature a souvent entretenu ses lecteurs des pigeons voyageurs qui figurent maintenant parmi les moyens de défense et qui sont d’un secours si précieux pour les communications entre les places assiégées et investies et les armées de secours. Or, les oiseaux de proie dressés à la chasse peuvent être considérés comme la contre-partie des pigeons voyageurs contre les quels nous avons à nous défendre lorsqu’ils appartiennent à l’ennemi. 11
- Fig. 1. — Prise d'un lapin par l’autour.
- existe en Allemagne un certain nombre d’équipages de fauconnerie entretenus par des hobereaux; ces équipages sont recensés ; ils ont déjà été utilisés en 1870 et joueraient certainement un rôle dans une nouvelle campagne. C’est donc un rôle patriotique, comme nous le disions précédemment, que de se livrer à l’art pratique de la fauconnerie, et il serait à souhaiter que l’on organisât des sociétés de fauconniers, analogues aux sociétés colombophiles, dont les membres étudieraient, en commun, la question au point de vue militaire et les moyens les plus sûrs pour arrêter, dans les différents cas qui peuvent se présenter , les pigeons voyageurs de l’ennemi. En attendant, nous espérons que les lecteurs de La Nature qui se sont intéressés aux questions relatives aux pigeons
- voyageurs suivront également avec intérêt le résumé rapide des chapitres les plus importants de l’ouvrage de M. Foye.
- On désigne sous le nom générique de faucon les oiseaux employés pour la chasse au vol, mais il
- Fig. ‘2.— La chasse au faucon. (D’après une gravure de 16SI.)
- existe plusieurs espèces de ces oiseaux ayant des qualités et, par suite, des affectations spéciales en fauconnerie. Le nom de faucon doit toujours être suivi d’un autre nom pour désigner une espèce particulière.
- Les faucons, en général, ont une rapidité de vol prodigieuse, une vue perçante, apercevant les plus petites proies à des distances incroyables, une vaillance et une énergie si grande qu’ils s’attaquent souvent à des proies plus fortes qu’eux et par lesquelles ils sc font tuer plutôt que de les abandonner.
- On compte six espèces de faucons employés en fauconnerie ; ce sont :
- Le faucon pèlerin ou gentil, le faucon tartaret, le gerfaut, le sacre, le hunier, l’émérillon; les premiers
- sont de gros oiseaux dont les mâles ont de 0"',ü8 à 0m,40 et les femelles, toujours plus fortes, de 0m,45 à 0m,55. Les deux derniers sont plus petits; l’émérillon, en particulier, n’a que de 0m,26 à 0m,ol.
- Ces oiseaux sont dits oiseaux de leurre, parce qu’ils reviennent lorsqu’on agite cet objet; ils sont employés pr incipalemen t pour la haute volerie.
- L’autour et l’éper-vier sont, au contraire, des oiseaux de poings parce qu’ils y reviennent à l’appel. Ils sont employés pour la basse volerie, c’est-a-dire le premier pour le lapin, le lièvre et le faisan, le second pour la chasse de la perdrix et de la caille. L’autour est plus gros que les faucons, le mâle a 0m,52, la femelle 0m,60. La taille de l’épcrvier est de 0m,52 pour le mâle et de 0m,57 pour la femelle.
- La basse volerie ou l’autouriserie est absolument pratique : M. Foye nous cite, par exemple, un seul
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- de ses autours qui, dans les années 1884 et 1885 a fait les prises suivantes :
- | 522 lapins, (280 lapins,
- 1 V 2 levrauts,
- 1884. . . | 3 lièvres, 1885. . , /Il perdreaux, f ! 4 pies,
- [ 2 pics. ( 2 écureuils.
- Toutefois, on ne saurait trop encourager la haute volcrie qui convient, pour le vol du pigeon et qui, comme telle, pourrait, si elle était fort répandue et étudiée dans un but spécial , devenir le point de départ des fauconneries militaires qu’on reconnaîtra peut-être utile d’opposer aux pigeons déjà enrégimentés.
- On se procure les faucons, soit en les élevant, après les avoir pris dans l’aire, soit en les capturant avec des filets aux époques de passage qui sont assez variables suivant les espèces. Les uns et les autres sont aussi dociles et aisés à dresser, et c’est véritablement chose curieuse que des oiseaux, d’un naturel si farouche et si sauvage à l’état de liberté, deviennent, en si peu de temps, d’une aussi grande docilité et d’une obéissance absolue au geste et à la voix du maître.
- Il y a plusieurs procédés pour prendre les oiseaux au filet ; nous ne pouvons entrer ici dans le détail de cette chasse fort délicate; nous dirons seulement qu’elle exige beaucoup de patience et d’habileté. Il existe d’ailleurs plusieurs spécialistes qui se procurent ainsi des faucons qu’ils vendent ensuite aux amateurs entièrement ou à moitié dressés.
- Le dressage ou affaitage des faucons demande assurément de la patience, mais il se fait beaucoup
- plus rapidement que l’on ne pourrait le croire; les oiseaux qui en moins d’un mois ne sont pas apprivoisés doivent être abandonnés; huit jours suffisent souvent pour les bons sujets. Le dressage demande naturellement plus de temps.
- Avant de commencer le dressage il faut armer les oiseaux, c’est-à-dire les coiffer du chaperon, sorte de chapeau de cuir qui enveloppe toute la tète et ne laisse passer que le hcc, et leur attacher aux pattes
- des jets, petites lanières en cuir noir et souple de 0ra,12 de longueur ; les jets servent à maintenir l’oiseau sur le poing; lorsqu’il est sur le perchoir on fixe aux extrémités de ces jets une vervelle, sorte d’anneau double dans lequel on passe la longe qui sert à attacher l’oiseau sur la perche.
- Le chaperon ayant pour but de faire monter les oiseaux plus haut est nécessaire pour les faucons seulement; il n est que rarement employé pour les autours qui sont des oiseaux de basse volcrie.
- Nous ne pouvons entrer dans tous les détails de l’affaitage; nous donnerons seulement un résumé succinct des diverses opérations qu’il comporte :
- Le premier jour : 1° porter l’oiseau sur le poing dès le lever du jour; 2° le remettre une heure environ à la perche; 3° le déchaperonner et lui présenter le poing de très près. S’il y monte, le récompenser par deux ou trois becc-ades; s’il refuse, lui remettre le chaperon et le faire promener jusqu’au soir; 4° avant la tombée du jour le déchaperonner de nouveau et recommencer le troisième exercice.
- Le second jour : promener l’oiseau comme la veille jusqu’à l’heure du repas. Détacher la longe et enlever le chaperon. Prendre alors de la viande et
- Fig o. — La chasse au faucon. (D’après une gravure de 1630.)
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- en frapper le poing gauche que l’on présente à la hauteur de la poitrine de l’oiseau, à environ Oin,il). S’il ne vient pas, rapprocher le poing pour l’y faire monter. Cet exercice doit se répéter tous les jours pendant trois ou quatre jours et quelquefois plus, jusqu’à ce que l’oiseau saute de lui-même sur le poing aussitôt qu’on le lui présente.
- C’est, on le voit, en excitant et en 'satisfaisant tour à tour leurs besoins qu’on parvient à faire obéir les élèves ; aussi, dès qu’ils ont mangé sur le poing du chasseur on peut les regarder comme assujettis.
- Lorsque l’on a obtenu une docilité et une familiarité parfaite dans le jardin, on porte l’oiseau en pleine campagne attaché à la filière, ficelle dont la longueur est graduellement portée de 20 à 150 mètres. On déchaperonne le faucon et, l’appelant à quelques pas de distance on lui montre le leurre. Lorsqu’il fond dessus on lui laisse manger un petit morceau de viande qui s’y trouve attaché. Dans les jours suivants on montre progressivement le leurre d’un peu plus loin jusqu’à ce que l’oiseau revienne au premier appel : hiou! hiou!
- Enfin, les dernières leçons consistent à lancer l’élève sur les proies auxquelles on le destine ; elles doivent se répéter jusqu’à ce qu’il soit parfaitement assuré. On peut alors faire voler hors filière.
- Six semaines ou deux mois au plus doivent suffire pour dresser un oiseau ; ceux qui, au bout de ce temps, restent rebelles ne sont pasàiptes à l’affaitage.
- Le cadre de cet article ne nous permet pas de nous étendre davantage, et nous terminerons en signalant un dernier conseil à nos lecteurs : « Que ceux qui, sans avoir jamais pratiqué, désirent s’occuper de fauconnerie, pour se faire la main et pour s’habituer à savoir proportionner la nourriture, débutent par une crécerelle ; ce n’est pas un oiseau pouvant rendre de réels services, mais en huit jours il est absolument soumis; on se le procure partout facilement. »
- Peut-être quelques-uns de nos lecteurs voudront-ils essayer de la fauconnerie.
- Ajoutons pour eux que des qualités essentielles sont nécessaires au fauconnier; ce sont : la patience, l’exactitude, la douceur et l’amour de ses oiseaux.
- Mais, ce que nous avons voulu montrer, et nous tenons à insister sur ce point, c’est que la fauconnerie, si elle demande beaucoup de patience et de soins, ne présente pas de bien grosses difficultés, qu’elle peut procurer de grandes satisfactions et surtout qu’elle pourrait rendre de réels services en cas de guerre si elle était étudiée dans ce but tout spécial1. l)r Z...
- 1 Lu figure 1, qui accompagne noire notice, est reproduite d’après le livre de M. Foye. La figure 2 est un fac-similé réduit du curieux ouvrage de Pietro Olina : Ucelliera overo descorso délia natura, Rome, 1684. La figure 3 reproduit une belle gravure du livre de Eugenio Raimondi : Délia Caccie, Venise, 1630. Le livre de Pietro Olina nous a etc communiqué par M. Pairault; celui de Raimondi fait partie de la bibliothèque du rédacteur.
- NÉCROLOGIE
- | Jules Brongniart. — Le docteur Jules-Théodore j Brongniart vient de succomber, à Paris, le D déceni-bre 1886, à l’âge de cinquante-trois ans, atteint d’une I pneumonie et du diabète. Arrière-petit-fils d’Alexandre-| Théodore Brongniart, le célèbre architecte de la Bourse, il était petit-fils d’Alexandre Brongniart, professeur de ! minéralogie au Muséum et à la Sorbonne, directeur de la manufacture de Sèvres, et fils d’Adolphe-Théodore Brou-! gniart, professeur de botanique au Muséum. Elevé chez ! son père, au Jardin des Plantes, il apprit à aimer l’histoire naturelle, et remporta même le premier prix d’histoire naturelle au concours général des lycées. Il suppléa M. de Quatrefag.es, de l'Institut, alors seulement professeur d’histoire naturelle au lycée Henri IV. Jules Brongniart préféra cependant la médecine, et après avoir été interne des hôpitaux, il soutint, à la Faculté de médecine, une thèse de doctorat « sur la dyserasie veineuse. »
- En 1875, il étudia plus spécialement les maladies de la vessie et se fixa, comme médecin consultant, à Con-trexéville. Elu, en 1875, membre titulaire de la Société d’hydrologie médicale de Paris, il fut nommé vice-président en 1885.
- Vous citerons plusieurs mémoires fort importants qu'il a publiés depuis cette époque : Action de Veau minérale de Contrexéville chez les calculeux étudiée au point de vue du diagnostic de la pierre et du résultat ultérieur des opérations.
- Elude sur la gravelle urinaire simulée et ses rapports chez la femme avec l'hystérie.
- Ses obsèques ont eu lieu le 11 décembre au milieu d’un concours de notabilités scientifiques. Sur sa tombe le Dr Leudet, secrétaire général de la Société d’hydrologie, énuméra en termes émus les services qu’il a rendus. Il rappelle qu’ « au plus sombre de notre histoire il était de ces vaillants que les malheurs de la patrie trouvent prêts à tous les sacrifices. Il voulut être soldat, s’enrôla dans les bataillons de marche du 7e arrondissement où il demeurait alors, et prit part à plusieurs actions autour de Paris, entre autres à la bataille de Buzenval.... »
- Sa mort est une perte considérable pour le corps médical et pour sa famille.
- CHRONIQUE
- Engrais chimiques. — Faut-il simplement répandre les engrais chimiques à la surface du sol, comme le veulent quelques-uns, ou bien faut-il les enfouir à une certaine profondeur, suivant les conseils de quelques autres? C’est pour résoudre cette question, sur laquelle les agronomes sont partagés, que M. Van den Berghe, directeur du laboratoire agricole provincial de Roulers (Belgique), a institué les expériences dont nous allons faire connaître les résultats. Disons d’abord que l’agronome belge a opéré sur un terrain sablonneux, condition qui permettait aux engrais employés d’être facilement diffusés et enlevés par les pluies. Ajoutons ensuite que ses expériences ont porté sur des cultures de pommes de terre de la variété dite Walen. Afin de rendre ses résultats plus concluants, il a divisé cette culture en deux lots. Dans le premier, l’engrais a été répandu à la surface du sol et enterré au râteau, deux jours après la plantation des tubercules ; dans le second, l’engrais a été enfoui à la
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- bêche, à une profondeur de 22 centimètres, le jour qui a précédé la plantation. Or, voici les conclusions queM. Van den Berglie a tirées de ces expériences : « L’épandage de l’engrais à la surface a produit toujours un rendement moindre que l'enfouissement. L’augmentation obtenue en enterrant l’engrais est de 4,70, 9,00 et 10,10 pour 100 par rapport à celui non enterré. La différence la plus faible entre les deux modes d’emploi se manifeste lorsqu’on fait usage de l’azote nitrique. Cela se conçoit : le pouvoir fixateur de la terre arable pour l’acide nitrique est très faible.Les nitrates s’enlèvent parles eaux pluviales avec beaucoup plus de facilité que les sels ammoniacaux, surtout dans un sol sablonneux. Mais, même dans ce cas, l’action de l’engrais a été plus intense en l’enfouissant qu’en répandant à la surface. 11 est à remarquer aussi que les tubercules récoltés sur les parcelles où l’engrais a été enfoui ont été invariablement plus riches en fécule que les pommes de terre provenant des parcelles où l’engrais a été simplement répandu à la volée et enterré au râteau. » Voilà un résultat qui vaut qu’on s’y arrête. Aussi nous empressons-nous de le mettre sous les yeux de nos lecteurs.
- L’industrie de» chiffons à Paris. — Nous empruntons les curieux renseignements qui suivent au Rapport adressé par M. de Luvnes au conseil d’hygiène de la Seine. « Le commerce des chiffons, déchets, vieux papiers, etc., etc., avec le brocantage et la friperie, emploie environ 2000 hommes et 20 000 femmes pour le classement des matières, ce qui, avec les ramasseurs, les placiers, les coureurs, etc., forme un chiffre qui serait évalué à 80 ou 100 000 personnes vivant de ce commerce. Le commerce des chiffons et déchets est donc important, il occupe une population nombreuse et il donne lieu à des transactions se traduisant par des chiffres d’affaires très élevés. Les biffins ou ramasseurs de chiffons et de déchets sont les agents premiers de tout ce mouvement ; ce sont eux, et surtout leurs agglomérations, qui présentent le plus d’inconvénients au point de vue de la salubrité. 11 y aurait donc un grand intérêt à les éloigner des centres populeux et à les établir près des fortifications en dedans ou en dehors de Paris. Ce déplacement du biffin serait même avantageux pour lui, mais il faudrait qu’il put s’opérer à sa volonté et sans contrainte, comme cela s’est déjà en partie effectué, sans quoi on s’exposerait à soulever de vives protestations et à jeter le trouble parmi des intérêts nombreux et très respectables. Il est hors de doute que celte émigration pourrait être largement développée par la construction, en dehors des fortifications, de cités ouvrières bien comprises, dans lesquelles on pourrait loger sainement, et à peu de frais, une grande quantité de ces chiffonniers. Mais en attendant la réalisation de ces circonstances favorables, votre Commission est d'avis qu’il est possible d’arriver peu à peu au but, en n’accordant qu’avec une grande réserve de nouvelles autorisations et en refusant surtout celles qui auraient pour résultat l’établissement, dans les quartiers très populeux, de nouveaux dépôts pouvant devenir le point de départ d’agglomérations dangereuses pour la salubrité. Cette jurisprudence aurait, en outre, l’avantage de ne rien changer à la législation actuelle. »
- L’éclairage électrique Edison aux Etats-Unis.
- — Suivant une circulaire de la Compagnie américaine Edison, il y aurait actuellement en service, aux Etats-Unis, 400 000 lampes Edison, d’une intensité moyenne de 10 bougies, ce qui représenterait une diminution de
- 1 650000 mètres cubes dans la consommation journalière du gaz. Or, les rapports officiels établissent que la production totale des huit compagnies de gaz de New-York est d’environ 1 020000 mètres cubes par jour, il résulte de là que l’importance des installations Edison dans tous les Etats-Unis, dépasse déjà de 50 pour 100 celle des usines à gaz de New-York. Dans la période des dix mois compris entre le 1er octobre 1885 et le l*r août 1886, on a constaté les augmentations suivantes dans ce système d’éclairage électrique : installations particulières, 182, soit une augmentation de 55 pour 100 ; lampes de ces installations, 48588, soit 56 pour 100; stations centrales, 52, soit 152 pour 100; lampes de ces stations, 85 600, soit 126 pour 100.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 décembre 1886. — Présidence de M. l’amiral
- JuRIEN DE LA GrAVIÈRE.
- Fluorescence de Valumine. — Dans un beau travail datant maintenant de vingt ans environ, M. Edmond Becquerel a annoncé que l’alumine donne lieu à une fluorescence très rouge. Récemment M. Lecoq de Boisbau-dran a contesté ce fait et il remit à M. Becquerel des échantillons d’alumine très pure émettant de la lumière verte. Le savant professeur du Muséum, examinant celle anomalie apparente, a reconnu qu’elle tient simplement à ce que l’alumine dont il s’agit n’a pas été suffisamment calcinée. Si on la porte à 1500 degrés pendant un quart d’heure environ, elle devient apte à répandre la lueur la plus nettement rouge, c’est-à-dire à se comporter comme les corindons et comme les rubis naturels et artificiels.
- Les courants de l'Océan. — On se rappelle que le prince de Monaco a commencé l’année dernière des expériences destinées à mettre en évidence la direction et la vitesse des courants océaniques. M. Bouquet de la Grve annonce que l’auteur vient d’instituer de nouvelles recherches dans le même sens. 500 flotteurs contenant des tubes semblables à ceux qui ont été décrits l’an dernier ont été jetés à la mer sur 500 milles de longueur depuis le parallèle du sud de la France jusqu’au parallèle du sud de l’Angleterre. On sera tenu au courant du sort réservé à ces flotteurs.
- Bactériologie. — Au nom de M. Àrloing, M. Chauveau dépose une note sur les fermentations développées par certains microbes anaérobies. Antérieurement, M. Arloinu avait déjà montré que des virus pathogènes tels que ceux de la septicémie gangreneuse de l’homme et du charbon symptomatique, déterminent la fermentation butyrique du sucre. Cette fois il reconnaît l’énergie avec laquelle ces mêmes microbes agissent sur le jaune d’œuf, sur l’albumine et sur les peptones. Des gaz se dégagent en abondance et le liquide renferme des ammoniaques composées extrêmement odorantes.
- Nouveau photomètre. — On sait avec quelle commodité on applique les cristaux biréfringents à la mesure des intensités lumineuses. Il faut cependant reconnaître que les résultats irréprochables, s’il s’agit de sources absolument dépourvues de rayons polarisés, sont affectés par la présence de ces derniers : on ne sait pas qu’ils sont si extrêmement fréquents, qu’il est bien rare de n’avoir pas du tout à compter avec eux. M. A. Cornu a eu la très heureuse idée de remplacer les appareils polarisants par des prismes disposés de façon .à opérer des dédoublements
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- d’images en dehors de tout phénomène de polarisation. Observant les sources à comparer à l'aide d’une lunette, il couvre en partie l’objectif avec une lame de glace légèrement prismatique. Les deux images produites sont, en intensité, complémentaires l'une de l’autre et se prêtent, dès lors, à toutes les combinaisons des images qui sortent des niçois. Nous ne pouvons, après une simple audition, décrire les appareils du savant physicien, mais il nous semble qu’ils sont de nature à rendre les plus signalés services.
- Le fluor. — Le chimiste auquel nous devons la connaissance du fluor, M. Moissan, adresse des recherches sur le pentafluorure de phosphore; il en décrit les propriétés principales et en donne l’analyse.
- Varia. — La fabrication du vin et de l’eau-de-vie à l’aide des framboises et des fraises occupe M. Romier dans un travail transmis par M. Peligot. — M. Zenger émet des vues sur l’aurore boréale et sur les essaims périodiques d’étoiles filantes. — C’est des maladies de l’olivier quetraite M. Savastati.—Du cuivre dans la récolte des vignes soumises au traitement contre le mildew : tel est à peu près le titre d’un mémoire de MM. Gayon et Mil lard et. —
- M. de Forer and a mesuré la chaleur de formation de quelques alcoola-tes.— Une réponse de M. llirn au dernier travail de M. llugonist sur la mécanique des gaz est lue parM. Faye.
- — En continuant ses études sur la Haute-Loire, M. Go-nard y a décoii-vert des minéraux dont HI. Fouqué transmet la description en son nom. — Un travail de M. Bouvier est relatif au système nerveux des mollusques psorohranches. Stanislas Meunier.
- MONTRE SOLAIRE
- La petite montre figurée ci-dessus a été imaginée par M. Bralet; elle donne l’heure par la hauteur du soleil au-dessus de l’horizon, et nous a paru constituer un petit appareil simple et ingénieux, qui ne manquera pas d’intéresser nos lecteurs comme il nous a intéressé nous-même.
- Pour se servir de la petite montre solaire, on la tient verticalement entre les doigts, et plaçant l’œil en B (fig. 1), on l’incline convenablement de manière ce que l’œil puisse recevoir un rayon de soleil passant par le trou C, diamétralement opposé à l’orifice B. Ces deux trous sont pratiqués sur un rebord circulaire en saillie. Il est évident que l’inclinaison de la montre est d’autant plus grande que le soleil est
- plus élevé ; quand l’œil de l’observateur, la ligne CD et le soleil sont situés sur une même ligne droite, alors l’aiguille indique l’heure. 11 y a pour la lecture deux rangs d’heure ; le rang intérieur peint en bleu sur le cadran, donne les heures du matin, et le rang extérieur peint en rouge donne les heures du soir.
- Avant l’observation, le cadran doit être préalablement réglé suivant la saison. A cet effet, le cadran est solidaire du porte-bélière, et joue a frottement dur dans la monture qui porte les deux trous B C, et une petite aiguille indicatrice F. Les lettres figurées sous cette aiguille, a la partie supérieure du cadran, indiquent, sur la première ligne à partir de la droite, la première lettre de chacun des mois de l’année de janvier à juin, et sur la seconde ligne à gauche, de juin à décembre.
- On amène l’aiguille sur le mois correspondant à l’époque de l’observation et on regarde le soleil comme nous venons de l’indiquer. Si l’on est au 15 du mois,
- l’aiguille sera mise au milieu de l’intervalle des deux mois correspondants.
- La figure 2 représente la vue intérieure du mécanisme , qui est d’une extrême simplicité. Le déplacement de l’aiguille, comme on le voit par la gravure, est déterminé par une masse métallique G qui tourne autour d’un axequandon incline le cadran ; cette niasse métallique entraîne l’aiguillecentrale avec elle par l’intermédiaire d’une crémaillère II. Lorsque la montre solaire a l’inclinaison voulue, le rayon lumineux passant par les deux trous B C, pour arriver à l’œil de l’observateur, il faut faire la lecture avec précaution, afin que le contrepoids ne se déplace pas. Cette lecture peut être effectuée par un deuxième observateur placé à côté du premier. Si l’on est seul, il suffit de tourner légèrement la montre, pour faire soi-même la lecture sans déplacer le contrepoids.
- Cette petite montre solaire est construite en cuivre mince, son mécanisme est fait en un alliage de plomb et d’étain, le cadran est en papier ; son prix de revient est donc très minime, ce qui permettra d’en vulgariser l’emploi. Mais pour s’en servir, il faut que le soleil brille, et l’astre du jour n’est pas toujours visible par les jours sombres de décembre; c’est la montre du beau temps. G. T.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Fig. 1 et 2. — Montre solaire de M. liralet. — 1. Aspect extérieur. — 2. Détail du mécanisme.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N* 709.
- l”r JANVIER 1887.
- LÀ NATURE.
- LÀ PÊCHE ÀU DÀUPHIN DÀNS L’ANTIQUITÉ
- ro •
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- La remarquable notice que nous avons publiée de M. Paul Bert sur la curieuse pêelie au dauphin, pratiquée par les Annamites dans la baie de Tbuan-
- an1, a été reproduite par un grand nombre de journaux, et nous a valu plusieurs lettres de nos correspondants. L’une d'elles que nous devons a un
- Fig. 1. — Pèche des muiets opérée dans l’antiquité avec le concours des dauphins. — D'après le levte de Pline.
- tig 2. — Le dauphin commun {Ihilphinus delphis).
- de nos lecteurs, M. G. M..., nous signale un lait bien intéressant et bien peu connu, c’est que cette pêche était pratiquée jadis dans le midi de l’Europe et en Asie Mineure, et qu’elle se trouve tout au long décrite dans l'Histoire naturelle de Pline l’Ancien.
- 15e année. — 1er semestre.
- Comme le fait observer avec raison notre correspondant, il sera toujours vrai qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. On conçoit avec quel em-
- 1 Yoy. n° 70ü,du 4 décembre 1880, p. 1.
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- LA N AT U HE.
- <Hî
- pressement nous avons consulté les œuvres de Pline; nous y avons trouvé en effet au chapitre vin du livre IX, à l’article De delphinis (Des dauphins) l’étonnant passage ci-dessous, dont nous reproduisons in extenso la traduction :
- Au territoire de Nîmes, dans la province Narbonaise, est un étang nommé Datera, où les dauphins pèchent, de concert avec les hommes, une quantité innombrable de mulets d’eau. Ceux-ci, dans un temps réglé de l’année, se jettent dans la mer par l’étroite embouchure de l’étang, profitant de l’époque où la marée est parvenue à une certaine hauteur. C'est pourquoi on ne peut tendre de filets qui fussent capables de soutenir en aucune façon le poids et la violence de cette foule de mulets, quand même ils n’auraient pas l’industrie de choisir, pour leur sortie, le temps de la marée. Aussi ces poissons gagnent promptement la haute mer, ou du moins le gouffre voisin qu’elle forme, et se hâtent de franchir le seul endroit propre à tendre des filets. Les pécheurs, s’apercevant de cette ruse, appellent les dauphins à leur secours, en criant de toutes leurs forces : i( Simon ! » Tout le peuple, qui sachant le temps de la pêche est accouru en foule sur le rivage pour jouir de ce divertissant spectacle, les appelle de même. Lèvent du nord porte rapidement la voix de leur côté, au lieu que le vent du midi la retarde. Dans l’un et l’autre cas, les dauphins ne laissent pas d’entendre cet appel. Us reconnaissent le signal du combat et volent à l’instant au secours des pécheurs. On croirait voir une armée qui s’avance à la hâte et en ordre de bataille, dans l’endroit où doit se passer l’action. C’est du côté de la haute mer qu’ils se placent, pour arrêter les mulets qui, dans leur épouvante, vont se rabattre sur les bas-fonds. Alors les pêcheurs jettent leurs filets et les soulèvent avec des fourches. Les mulets leur échappent néanmoins par leur vitesse. Mais les dauphins qui les épient fondent sur eux; et contents pour lors de les avoir tués, attendent pour dévorercette proie que la victoire soit complète. Le combat est vif. Les dauphins en poussant vigoureusement l’ennemi, se laissent volontiers enfermer avec lui; et de peur que cela même ne le Fasse fuir, ils ont soin de s’évader si insensiblement entre les barques et les filets, ou entre les nageurs, qu’ils n’ouvrent aucune issue aux mulets. Nul dauphin alors, à moins qu’on ne baisse les filets, ne cherche à s’échapper en sautant, ce qu’ils font d’ailleurs avec grâce et légèreté. Sortis de l’enceinte des pièges, ils recommencent le combat; et la pèche étant finie, ils dévorent les mulets qu’ils ont tués. Mais convaincus que le salaire d’un seul jour n’est pas proportionné à l’importance du travail, ils se présentent de nouveau le lendemain pour recevoir une nouvelle récompense. Elle consiste non seulement en poissons morts dont on les laisse se rassasier, mais encore en une grande abondance de pain qu’on leur donne broyé et trempé dans du vin.
- La pêche qui, au rapport de Mucianus, se fait de la même façon dans le golfe d’Iassus *, diffère cependant en ce que les dauphins viennent d’eux-mêmes sans qu’on les appelle ; qu’ils reçoivent de la main des hommes leur part de la proie, et que chaque barque a un dauphin qui l’accompagne, quoique la pèche se fasse de nuit et aux flambeaux. Les dauphins vivent entre eux en société. Un de ces animaux ayant été pris parle roi de Carie, et lié dans le port, il s’en assembla une grande multitude d’autres, qui, par divers témoignages de tristesse, parurent deman-
- 1 En Carie, ancienne contrée de l’Asie Mineure.
- der la liberté de leur compagnon, qu’à la finie roi leur rendit.
- Des auteurs sérieux, tels que Cardan, Koudelet et Yossius, ont ajouté foi au récit de Pline, sans s’être, toutefois assurés de l’exactitude du fait. Le médecin Astrue qui écrivait au siècle dernier les Mémoires pour l'histoire naturelle du Languedoc, mettait en doute les affirmations du naturaliste ancien. Il n’est plus permis d’être incrédule aujourd’hui.
- Il est absolument vrai que les dauphins ont été les collaborateurs de l’homme sur les étangs du lit-toral méditerranéen pour les pêches aux mulets.
- Le récit de Pline est d’ailleurs confirmé par ()p-pien, qui, au Ve livre de ses Halieutiques, fait également mention d’une pêche dans laquelle les habitants de l’Eubée sont aidés par les dauphins.
- Si ce mode de pêche a été abandonné depuis de longs siècles, est-ce la faute du dauphin, est-ce celle de l’homme? Il serait bien intéressant de chercher à en reprendre l’antique usage; quoi qu’il en soit, M. Paul Bert nous a appris que la pratique en était habituelle sous d’autres climats.
- Nous joignons à cette notice une gravure (fig. 1) qu représente la pêche au dauphin dans l’antiquité ; la scène a été reconstituée d’après le récit de Pline. La figure 2 nous donne, d’après le livre des Mammifères,, de Cari Vogt, l’aspect du dauphin commun qui se trouve dans la Méditerranée, comme dans l’Océan et la mer Bouge. C’est le dauphin de Pline, le dauphin dont les ancêtres étaient les collaborateurs des pêcheurs de l’antiquité. Le dauphin de la baie de Thuan-an est une espèce toute différente. D’après un croquis que nous a adressé M. Paul Bert avec sa notice, il a le museau plus pointu que le dauphin commun, et paraît ressembler au dauphin Soussouc, dont on trouve le portrait dans les livres d’histoire naturelle. Gaston Tissaniuer.
- Y IT ESSE
- DE PROPAGATION DE L’ÉLECTRICITÉ
- DANS LES FILS TÉLÉGRAPHIQUES
- M. Ilagenbach Bischoff a mesuré la vitesse de propagation de l’électricité par une méthode analogue à celle dont Lissajous s’est servi pour l’étude des vibrations sonores. Voici un exposé sommaire de cette méthode.
- Deux diapasons capables d’exécuter des vibrations isochrones, et portant chacun, sur l’une de ses branches, un petit miroir, sont placés, l’un horizontalement, l’autre verticalement, à peu de distance l’un de l’autre. Un faisceau lumineux émergeant d’une petite ouverture circulaire tombe sur un de ces miroirs ; de là il est réfléchi sur l’autre miroir, qui le renvoie vers l’œil de l’observateur. Si l’on ébranle le diapason horizontal, l’image s’allongera dans le sens horizontal. Si c’est le diapason vertical qui entre en vibration, elle s’allongera dans le sens vertical; si les diapasons sont ébranlés tous les deux, et de telle façon que les vibrations de chacun d’eux commencent au même instant, on aura encore une image allongée, mais inclinée à 45°. Si, au contraire, il y a
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- une différence de phase entre les vibrations horizontales et verticales, c’est-à-dire si ces vibrations ne commencent pas en même temps, on obtiendra, au lieu d'une ligne droite, une ellipse plus ou moins allongée.
- Dans les expériences de M. Hagenbach Bischoff, les vibrations étaient entretenues au moyen d’électro-aimants placés à une faible distance et faisant partie du circuit d’une même pile. La disposition adoptée était telle que les diapasons ouvraient eux-mêmes et fermaient alternativement le circuit; on avait ainsi une succession de courants de très-courte durée. Le fil de sortie d’une des bobines était relié au fil d’entrée de l’autre, de sorte que le courant pouvait aller directement de la première à la seconde. Le circuit de la pile étant fermé, on ébranlait les deux diapasons au moyen d’un archet, et l’on obtenait une ellipse dont la forme dépendait de la différence de phase déterminée par les deux coups d’archet.
- En intercalant alors entre les deux électro-aimants différentes résistances fournies par des lignes télégraphiques de longueurs connues, on voyait se modifier la forme de l’ellipse; on en mesurait les axes, et le calcul indiquait quels étaient, dans les différents cas, les retards du second diapason par rapport au premier.
- On constata tout d’abord qu’en faisant varier l’intensité du courant on ne faisait que diminuer ou augmenter l’amplitude des vibrations, sans modifier la forme de l’ellipse. Le temps de charge est donc indépendant de l’intensité du courant.
- Les expériences furent faites entre Bàle et différentes villes. Voici le tableau des résultats obtenus, où t est le temps exprimé en secondes, et l la longueur exprimée en kilomètres et réduite en une longueur équivalente de fil de fer du diamètre ordinaire. Cette réduction était rendue nécessaire par ce fait que les fils employés n’étaient pas identiques entre eux.
- De Bàle à : 1 (longueur réduite) kilomètres. t (temps exprimé 0 en secondes) t
- Lucerne. 284,8 0,00176 217
- Ültcn. . 157,5 0,00052 210
- Sissach . 115,8 0,00030 226
- Liestai . 07,6 0,00022 227
- En interprétant ces résultats, et en s’appuyant sur deux principes fondamentaux en électricité, à savoir : 1° que, pour l’électricité statique, la quantité d’électricité et le potentiel sont proportionnels; 2° que, pour l’électricité dynamique, il y a également proportionnalité entre l’intensité et la différence de potentiels, on a pu formuler la loi suivante :
- Le temps de charge est indépendant de la valeur absolue du potentiel ; il est proportionnel au carré de la longueur du fil, à sa capacité électrique, et en raison inverse de son coefficient de conductibilité. On appelle ici temps de charge le temps nécessaire à l’établissement du courant à travers tout le circuit à partir de l’instant où ce circuit est fermé.
- D’après celte loi, le temps de charge, divisé par le carré de la longueur réduite, doit être constant pour tous les fils; c’est ce qu’indiquent, en effet, les nombres de la quatrième colonne; si l’on considère les longueurs réelles de fils de différentes natures, cette quantité doit être proportionnelle aux capacités électriques et en raison inverse des coefficients de conductibilité.
- H est bien entendu que ces expériences ne permettent pas de déterminer la vitesse de propagation de l’électricité dans un conducteur où l’équilibre électrique est établi; on a été conduit par des considérations théoriques
- à admettre que cette dernière vitesse est très voisine de celle delà lumière1. E. Pinuriu.
- PAYAGE EN FER
- L’ingénieur américain Charles Peck vient d’établir à Chicago une sorte de pavage métallique composé de la manière suivante. Des fers à T de 58 millimètres de base et de hauteur sont rangés cote à côte en laissant un intervalle de 38 millimètres entre les ailes qui sont disposées au niveau de la chaussée. L’ensemble est entretoisé de distance en distance par des barres de fer plat et repose sur un plancher formé de madriers de 5 centimètres d’épaisseur auquel les entretoises sont réunies par des pièces spéciales. Ou comble les vides avec un béton formé de gravier noyé dans du goudron qui, grâce à sa plasticité, s’introduit facilement dans les intervalles laissés entre les fers, et doit d’après l’inventeur, assurer l’imperméabilité de la chaussée. Pour donner plus de pied aux chevaux, les ailes des fers sont striées de 15 en 15 centimètres. D’après l'Industrial World de Chicago, ce mode de revêtement donne une surface de roulement très douce et peu sonore. Nous le croyons aisément, mais il y a lieu de faire des réserves quant au coût de premier établissement qui doit être très onéreux aussi bien que l’entretien. Comment des assemblages rigides aussi nombreux se comporteront-ils en présence des changements de température ? N’est-il pas à craindre que des actions successives en sens contraire ne tendent à amener une rapide dislocation? D’un autre côté, l’imperméabilité qui est une condition de première importance pour un revêtement de ce genre n’est point assurée par le béton de goudron et gravier, car sa résistance inférieure à celle de la portée métallique y provoquera nécessairement des fissures livrant passage aux eaux et par suite favorisant la rouille des fers et la pourriture du plancher inférieur. Tout au plus un pareil mode de pavage pourrrait-il donner des résultats satisfaisants dans des cours intérieures.
- LA PHOTOGRAPHIE LA NUIT
- La sensibilité des plaques impressionnables au gélatino-bromure d’argent, a transformé l’art photographique ; après l’instantanéité et la possibilité d’opérer en 1/2000 de seconde, on a vu dans notre précédente livraison que l'on arrive à supprimer l’objectif, c’est-à-dire à fixer directement l’image de la chambre noire ; nous allons montrer aujourd’hui que la photographie peut être exécutée pendant la nuit, à la lumière de la lune, et que les plaques sensibles sont même impressionnées à la lueur des lumières artificielles produites par une lampe à gaz, par les fusées d’artifice ou la phosphorescence.
- Les photographies faites au clair de lune ne constituent pas, à proprement parler, un fait nouveau, mais un grand nombre d’amateurs ne savent pas que l’on peut réussir dans ces conditions spéciales, et il nous paraît intéressant de renseigner nos lecteurs en leur faisant connaître ce qu’ont pu obtenir différents opérateurs.
- Mi James Jackson, le sympathique bibliothécaire
- 1 D’après le Xalurforscher
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- m
- LA NATURE.
- Fig. 1.— Fac-similé d’une photographie au clair de lune, à lloyat,le H septembre 188(1, représentant le déplacement de la lune pendant le temps dé posé, de une heure de durée.
- archiviste de la Société de géographie, amateur habile et persévérant, s’est attaché spécialement à l’étude de la pho-tographie nocturne, et il nous a envoyé récemment quelques-unes des remarquables épreuves qu’il a obtenues.
- La vue ci-contre (fig. 1) que nous reproduisons en fac-similé, a été prise à Royat le 14 septembre 1886 avec un appareil immobile.
- Elle représente le déplacement de la lune dans le ciel pendant une pose de une heure, de 8 h.
- 35m.à9h.o5m. du soir. La lune,
- pendant ce temps, s’est déplacée hors du champ de la plaque, constituée par un 9/12 de Dorval.
- II n’y avait pas de diaphragme , d’où un manque de netteté; les arbres étaient agités par le vent.
- La ligure 2 représente une partie (le quart environ) de la photographie d’une maison de Paris, laite au clair de lune, par le même opérateur, le 8 décembre 1886. Le temps de pose a encore été de une heure de durée. Pendant ce temps, la lune, qui était vers sa culmination, s’est déplacée d’environ 15° dans une direction presque horizontale, de sorte que les ombres des objets, sont assez nettes dans le sens horizontal et présentent du llou dans le sens vertical.
- Cette vue a été prise avec les nouvelles plaques de M. Ant. Lumière , de Lyon, étiquette bleue, qui sont d’une très grande sensibilité.
- M. Jackson a réussi à faire de bonnes photographies de nuit dans son appartement; il a obtenu une
- Fig. t. — Fac-similé d’une photographie prise au clair de lune, à Paris. 1 heure de pose.
- épreuve représentant une lampe à gaz allumée donnant la quantité de lumière nécessaire pour le
- travail du bureau. II a fallu quinze minutes de pose. Avec la lumière du gaz, M. Jackson a pris de bonnes vues de sa bibliothèque ; temps de pose trente minutes.
- Le développement des plaques a été fait à l’acide pyrogallique avec sulfite de soude et acide citrique avec addition de carbonate de soude ou d’ammoniaque.
- M. Louis Dor, étudiant en médecine, a réussi à
- faire d’autre part, de bonnes photographies au clair de la lune. 11 nous en a également communiqué les résultats. La figure o est la reproduction du chef-d’œuvre de M. Dor ; elle donne le fac-similé d’une des plus belles épreuves que l’on ait exécutées à notre connaissance pendant la nuit. Elle représente le Rhône et scs ponts; le temps de pose a été d’une heure de durée. L’opérateur s’est servi d’un appareil de 50 lignes de Français et des plaques de M. Lumière.
- Notre figure 4 est le fac-similé d’une autre merveille photographique obtenue par M. Barrai, préparateur de chimie à la Faculté de médecine de Lyon ; elle donne l’aspect des gerbes du feu d’artifice tiré à Lyon le 14 juillet 1886. La vue a été prise dans le voisinage au moyen de plaques très sensibles.
- Des expériences déjà anciennes, qui ont été entreprises, ont permis de constater que la lueur des peintures phosphorescentes au sulfure de cal-
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- LA N A T U U E
- 09
- cium impressionnaient sensiblement les plaques au | gélatino-bromure. Mous avons le projet d’exécuter à
- Fig. 4.— Feu d’artifice du 14 juillet 1886, à Lyon, sur le pont Tilsilt. Fac-similé d’une photographie, prise d’une maison du quai.
- ce sujet quelques essais dont nous ferons connaître les résultats s’il y a lieu.
- Nous ajouterons en terminant, que M. Lumière a encore perfectionné ses plaques; l’habile praticien en confectionne depuis peu, dont la sensibilité
- dépasse encore d’une façon appréciable celle des marques antérieures.
- Où s’arrêtera-t-on dans le progrès?
- Gaston Tissandier.
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- LA NATURE.
- LE CALENDRIER PERPÉTUEL
- ET LA MNÉMOTECHNIE 1
- Vous m’avez promis, dis-je à M. Azevedo, de m’apprendre en un quart d’heure tous les calendriers présents, passés et futurs, julien et grégorien.
- — Oui, et je vais profiter de l’occasion pour vous apprendre les principes de la mnémotechnie.
- Il y avait, il y a quelques années, une espèce de fou très ridicule qui croyait avoir reconstitué la danse pyrrhique des anciens, et avoir retrouvé la musique d’Orphée et celle de Pan. Cette prétention exorbitante irrita le public qu’il avait rassemblé pour une exhibition de ses prétendues découvertes ; et on lui chanta-sur l’air des lampions la phrase suivante :
- : Sot !
- Tu nous mens
- ’ - Rends les chants
- f ' ' ‘ Qu’a faits Pau !
- ‘ Ces dix mots sont très importants, retenez-les avec soin, ce qui vous sera facile, car ils sont cadencés et, rimes. Ils vous disent la valeur numérique -des consonnes-en-mnémotechnie.
- VALEUR MNÉMOTECHNIQUE DES CONSONNES. s première lettre de sot signifie 0
- t — tu — 1
- n — nous _ 2
- m — mens — 5
- r — rends — 4
- l — les — 5
- ch — chants — G
- <1 — qu'a — 7
- f — faits — 8
- P — Pan — 9
- On peut dire que cela est la seule convention qu’il y ait en mnémotechnie, le seul appel fait à la mémoire. Et encore cette convention est-elle assez analogique :
- s, a la valeur de 0. Et en effet, une s manuscrite a une forme arrondie comme un zéro.
- t, qui a la valeur de 1, est formé d'un seul jambage. n, qui a la valeur de 2, est formé de deux jambages, m, qui a la valeur de 5, est formé de trois jambages, r, qui a la valeur de 4, a grossièrement la forme d’un
- 4 lorsqu’il est manuscrit.
- /, ressemble à l’une des formes manuscrites du 5. ch, manuscrit ressemble, assez médiocrement d’ailleurs h un 6 renversé.
- q, ressemble plus médiocrement encore à un 7. f, manuscrit a deux ventres comme le 8. p, a la forme d’un 9 renversé.
- Toutes les consonnes prononcées ont une valeur numérique en mnémotechnie. Nous n’avons indiqué la valeur que de dix consonnes, parce que les autres ressemblent à celles qui précèdent, mais mal prononcées, comme par un Allemand. Pour nous résu-
- 1 Suite. — Yoy. n° 706, du 11 décembre 1886, p. 22.
- mer, voici la valeur numérique de toutes les consonnes :
- 0 se traduit pars, ss, z, x, c doux, t doux.
- 1 se traduit par t, avec lequel les Allemands confondent d.
- 2 se traduit par n, gn.
- 5 se traduit par m.
- 4 se traduit par r.
- 5 se traduit par /, II, Il mouillé.
- G se traduit par ch, avec lequel les Allemands confondent j, g doux.
- 7 se traduit par qu, k, c dur, avec lesquels les Allemands confondent g dur.
- 8 se traduit par f, ph, avec lesquels les Allemands confondent v.
- 9 se traduit par p avec lequel les Allemands confondent b.
- En mnémotechnie, il n’y a que les consonnes prononcées qui comptent. Ni les voyelles, ni les diphtongues, ni les sons nasaux tels que un, an, in, ni les. consonnes non prononcées ne comptent . Les liaisons au contraire comptent.
- Ces conventions une fois admises, nous pouvons apprendre la date d’un grand nombre de faits historiques :
- La bataille de Marathon en 490 :
- Marat! Ton nom est repoussant (Marat! Ion — Marathon. — Rc= 4; pou — 9; ssant=0. Soit 490).
- Les deux batailles de Poitiers (752 gagnée par Charles Martel sur les Maures; 1556 gagnée par le Prince Noir sur Jean le Bon ! :
- Poitiers rappelle potier qui manie des mélanges (de toutes sortes de terres et de composés chimiques).
- {qui = l; ma = 5; nie = 2. — Des — 1; mé = 5; lan = 5; ges — 6).
- La mort de Jeanne Rare :
- En quelle date fut la lille de Domrémy tuée.
- i 4 r/1
- Voici une formule qui contient la date de toutes les croisades :
- On y a sous-entendu le chiffre 1 qui les précède toutes. (On sait que les six principales croisades : ont commencé en 1095, en 1147, en 1190, en 1202, en 1248 et en 1270.)
- Les croisades au sable — turc — déposaient — nationaux 0 95 1 47 1 9 0 2 0 2
- ne rêvant — négoce.
- 2 48 270
- On sait qu’un certain nombre de nobles, descendants des croisés, jugent que le commerce n*est pas une occupation digne d’eux.
- Les formules qui précèdent ne sont là que comme exemples. On en a fait d’innombrables. Mais c’est tout un art que de les faire commodes. Nous y reviendrons plus tard.
- Dès k présent, nous en savons assez pour comprendre celles qui sont relatives au calendrier perpétuel, soit julien, soit grégorien.
- Nous distinguons parmi elles celles qui sont relatives au siècle et qui sont au nombre de quatre, et
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- LÀ NATURE.
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- celles qui sont relatives plus particulièrement à l’année et qui sont au nombre de dix.
- Les formules du siècle sont des aphorismes d’une vérité incontestable :
- FORMULES DU SIÈCLE.
- 0. L’homme qui u’a vieil (0) manque de tout (/ = 1),
- 1. Le solitaire (I) n’a pour compagnon qu’un chien
- (e/i = 6).
- 2. Les galériens (2, parce qu’ils marchent deux par deux) de la liste électorale sont rayés (r — A).
- 5. Les Grâces (elles sont au nombre de 5 comme chacun sait) sont mies (n = 2).
- FORMULES I»E L’ANNEE.
- 0. Le Héros (zéro) prussien qui nous a rançonnés, lou-
- 5
- che et coûteux nous raille chaque année. li 7 1 2 4 o 0 7 2
- 1. Le Hun (au) au partage des dépouilles, se croyant triché, s’écrie : Mon, reliquat, donnez-moi le gigot.
- 5 4 5 7 1 2 5 5 G 7
- 2. Au service de Dieu (deux) dit Bossuet à La Yallière, demeurez là, châtaine amourachée.
- I 5 4 5 G 1 2 5 4 G
- 5. Pour assiéger Troie (trois) dit Agamemnon, nous attendons le vent qui donnera le choc à nos marins.
- 7 1 2 4 5 6 7 2 5 4
- 4. Les volontaires d’un an font des Quatrains (quatre) satiriques lorsqu’ils se font verser par le cantinier
- 5 7 12
- mélange accoutumé.
- 5 5 6 7 15
- 5. Le cabotin, à qui le titi du Cintre (cinq) jette des pommes cuites, dans son rôle chuté n aimera choc hon-
- 4 5 G 1 2 5 4 G 7
- teux.
- 1
- G. Le mauvais Cidre (six) que nous donnons aux prisonniers n’a relâché qu'ennemi relégué.
- 2 4 5 G 7 2 5 4 5 7
- 7. Si celui qui tient Sceptre (sept) donne un million,
- 12 5 5
- je compte m'enrôler.
- G 7 1 5 4 5
- 8. Dans la pêche aux Huîtres (huit) guidez-moi pour que j'atteigne mieux rocher qui donnera.
- 6 1 2 3 4 G 7 1 2 4
- 9. LeÀEUTRE (neuf) pour concilier les parties les effraye en leur disant : la chicane a muraille et cadenas.
- 5 G 7 2 5 4 5 7 1 2
- MANIÈRE DE s’EN SERVIR.
- Telles sont ces formules. Il suffit de les lire deux fois pour les savoir de façon à ne jamais les oublier.
- II est d’autant plus facile de s’en souvenir que les dix dernières syllabes, les plus importantes de chaque formule, sont arrangées sous forme de vers de dix syllabes, avec césure après le quatrième pied.
- Voici maintenant la façon de s’en servir. Je suppose que l’on veuille savoir quel jour de la semaine est mort Louis XIV, lequel est mort le 1er septembre 1715. On prendra le nombre 17 (qui commence 1715 jet on en retranchera le plus fort multij^le de 4; reste 1. On recourt alors à la formule du siècle qui
- correspond à ce chiffre ; c’est celle du solitaire qui n’a pour compagnon qu’un chien (ch — 6). On inscrit 6.
- Puis on considérera le chiffre des dizaines de la date donnée; c’est 1. On recourt alors à la formule de l’année qui y correspond. C’est celle du Hun. Il y a à la fin de cette formule dix chiffres (Mon reliquat, donnez-moi le gigot). S’il s’agissait de l’année 1710 on prendrait le premier chiffre mon(=o). S’il s’agissait de l’année 1711, on prendrait le deuxième chiffre re (=4). 11 s’agit de l’année 1745; on prendra donc le sixième (5 —|— 1 ) chiffre qui est nez (=2). Pour savoir quel jour était le P'r septembre 1715, on lera donc l’addition suivante :
- Siècle................................ 6
- Année..................................2
- Mois de septembre (la chasse exercice,
- sain).............................. 5
- Quantième..............................1
- 14
- Retranchons le plus fort multiple de 7, reste 7. C’est donc un dimanche que Louis XIV est mort.
- De même si l’on veut savoir quel jour de la semaine était le 24 février 1848, on retranchera de 18 le plus fort multiple de 4 ; reste 2 ; on prend la formule du siècle correspondant (les galériens des listes électorales sont rayés) et l’on inscrit 4. On prend ensuite la formule de l’année correspondant à 4 (de 48), et on prend la neuvième svllable (8 —|— 1 ). Cette formule est celle du quatrain satirique des volontaires d’un an lorsqu’ils se font verser par le cantinier mélange accoutumé. La neuvième syllable est tu (= I). On fait donc l’addition suivante ;
- Siècle..................................4
- Année.................................. 1
- Mois de février (étroit)................5
- Quantième..............................24
- ~52
- On en retranche le plus fort multiple de 7, reste 4. Le 24 février 1848 était donc un jeudi.
- Dans ce genre de calcul qu’on arrive très rapidement à faire avec une rapidité incroyable, il faut se méfier des années bissextiles ; on les reconnaît aisément à ce que le millésime de ces années est divisible par quatre.
- Le calendrier julien utilise les mêmes formules de la façon suivante. Je suppose qu’on veuille savoir quel jour de la semaine était le 24 août 1572. On procédera ainsi :
- On considère d’abord les chiffres du siècle (15). Mais’au lieu d’avoir recours aux formules du siècle telles que je les ai données ci-dessus, on calculera le chiffre qui ajouté au nombre du siècle (c’est-à-dire dans l’espèce à 15) donnera le multiple de 7 immédiatement supérieur, diminué de 1. (Le multiple de 7 immédiatement supérieur est ici 21 ; diminué de 1, reste 20. De 20, ôtez 15, reste 5). Nous inscrivons 5.C’èst ainsi que, dans le calendrier julien, on procède pour le siècle.
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- LA NATURE.
- Pour l’année on procède exactement comme pour le calendrier grégorien. Le chiffre des dizaines étant dans l’exemple donné 7, nous recourons à la formule du sceptre; et le chiffre des unités étant 2, nous prenons la troisième syllabe (2 + 1) de la fin de la formule. (Si celui qui tient sceptre, donne un million...). Nous écrivons donc 5.
- L’année étant bissextile, et la date dépassant le
- mois de février, nous ajoutons encore 1. Et nous arrivons à l'addition suivante :
- Siècle..................................5
- Année...................................5
- Jour supplémentaire puisque l’année est
- bissextile............................1
- Mois d’août (Ludion, maux hideux). . 2
- Quantième..............................24
- 55
- Retranchons le plus fort multiple de T, reste 7. Le 24 août 1572 est un dimanche. Hé oui, c'est un dimanche, le plus horrible de tous : c’est le dimanche de la Saint-Barthélemy.
- Si la mnémotechnie ne devait servir qu’à calculer le calendrier perpétuel, on pourrait trouver son utilité médiocre. Mais l’invention de M. Aimé Paris a une bien autre portée. J’en expliquerai dans un prochain article une autre application plus utile que celle qui précède et plus ingénieuse encore.
- — A suivre. - JACQUES BERTILLON.
- EXPÉRIENCES DE M. HIPPOLYTE FONTAINE
- TRANSMISSION ÉLECTRIQUE DE LA FORCE MOTRICE A DISTANCE
- La question du transport des forces motrices à distance a vivement préoccupé, dans ces derniers temps le monde savant et le public.; les récentes expériences, de M. Hippolyte Fontaine, apportent un nouvel élément à l’étude de cet intéressant problème ; nous allons en exposer les résultats en donnant au paravant un résumé historique de la question au point de vue des applications faites.
- Sans qu’on puisse assigner une origine exacte à Vidée du transport électrique de la force motrice à distance, — elle était, en fait, réalisée dans le télégraphe à transmetteur magnétique de Wheatstone — c’est à l’année 1875 qu’il faut faire remonter la première expérience faite dans ce but spécial à l’Exposition de Vienne. Voici dans quels termes l’auteur de cette expérience, M. Hippolyte Fontaine, la décrit dans la Revue industrielle de 1875 (p. 658) :
- Les machines Gramme ont donné lieu, à Vienne, à une expérience qui pourra avoir un jour des applications très importantes. Une première machine était actionnée par un moteur à gaz, l’électricité produite était envoyée dans une deuxième machine, laquelle actionnait une petite pompe centrifuge. Gomme nous n’avions aucun appareil de mesure, il ne nous a pas été possible de déterminer l’effet utile; cependant ces premiers essais ont démontré non seulement la possibilité de transmettre
- une force à longue distance, mais ils ont fait voir que le rendement était nolablement plus grand qu’avec l’emploi d’autres appareils.
- M. Hippolyte Fontaine estime que la puissance transmise était de un tiers de cheval et la distance d’environ 7 ohms.
- A partir de cette époque, le fait était donc acquis.
- Voici d’ailleurs comment M. Fontaine rend compte devant la Société française de physique (séance du 5 décembre 1886), des progrès de cette industrie, alors naissante :
- A Philadelphie, en 1876, la société Gramme exposait un transport de force de 2 à 5 chevaux traversant une résistance de 20 ohms.
- A Paris, en 1878, la même société exposait une véritable distribution de force : une même génératrice actionnait, simultanément ou séparément, une pompe, un ventilateur et une presse typographique.
- Toutes ces démonstrations publiques n’ont pas réussi à attirer l’attention des manufacturiers sur le nouveau mode de transport; il a fallu les grandes expériences de labourage par l’électricité, réalisées à Sermaize en 1879, par MM. Chrétien et Félix, pour faire entrer la question dans le domaine de la pratique industrielle. Les machines Gramme employées par MM. Chrétien et Félix tournaient à 1400 tours par minute et produisaient un courant d’environ 20 ampères et 400 volts.
- A partir de 1879, les applications industrielles se développent rapidement' et, à l’Exposition d’électricité en 1881, on comptait plus de 50 machines employées à des transmissions électriques.
- A partir de l’Exposition de 1881, on ne compte plus les applications faites de différents côtés, toujours avec le concours des machines Gramme ou dérivées du type Gramme, dans le but de transmettre des puissances moyennes à des distances moyennes.
- La difficulté augmente avec la distance de transport, ou, plus exactement, avec la résistance de la ligne qui doit réunir les génératrices aux réceptrices. Il faut alors, pour ne pas dépenser toute l’énergie électrique sur la ligne, réduire l’intensité du courant et augmenter la tension initiale, comme l’avaient indiqué, dès 1879, MM. Thomson et Houston dans le Journal of the Franklin Institute (janvier 1879). Après avoir bien exposé la nécessité de l’emploi de ces hautes tensions, voici dans quels termes concluent MM. Thomson et Houston :
- Dégagé de ces considérations théoriques, il reste le fait important qu’avec un câble de section très limitée, une puissance mécanique énorme peut être transmise à une distance considérable. La combustion du charbon au seuil de la mine et le transport de la puissance mécanique produite par les rivières peuvent donc être considérés comme applicables, toujours en se rappelant cependant qu’une perte de 50 pour 100 sera presque inévitable.
- Ce chiffre fatidique de 50 pour 100 est à remarquer, car il se retrouve, à peu de chose près, dans la plupart des expériences faites jusqu’ici, sans qu’on ait pu le dépasser sensiblement.
- Mais l’erreur de MM. Thomson et Houston, sur laquelle nous croyons utile d’insister, parce qu’elle
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- LA NATURE.
- est encore trop partagée, est relative à l’utilisation à distance des rivières, chutes d’eau, en un mot des forces motrices naturelles,et notre avis est conforme sur ce point à celui deM.Ilippolyte Fontaine h qui l’on ne saurait refuser une certaine connaissance pratique du sujet. Nous continuons à citer :
- M. Ilippoiyte Fontaine ne croit pas que l’utilisation, au loin, des chutes d’eau soit aussi avantageuse qu’on se plaît souvent à le dire. En tenant compte des frais d’installation des moteurs hydrauliques et des dynamos, de la construction des barrages, des canaux de dérivation, de l’entretien, de l’intérêt des capitaux engagés, du rendement des dynamos, etc., etc., 1 on arrive vite à une dépense totale supérieure à celle occasionnée par une machine à vapeur de même puissance, surtout quand on tient compte du prix de la chute elle-même, laquelle manque rarement de propriétaire. Tout autre est la ques-. tion envisagée au point de vue des transmissions. Dans ce cas, l’intervention de l’électricité présente de nombreux avantages sur les systèmes actuellement en usage.
- On peut alors se demander pourquoi les expériences que nous allons relater ont été entreprises, puisque leur auteur ne croyait pas lui-même à leur succès industriel. Un dernier emprunt à sa communication nous en donnera l’explication :
- Si M. llippolyte Fontaine a entrepris de nouvelles expériences de transport à grande distance, c’est seulement pour démontrer que les machines étudiées et construites par M. Gramme sont plus légères, moins coûteuses, meilleures, à tous les points de vue, que celles récemment expérimentées au chemin de fer du Nord.
- Ces réserves faites, et l’on comprend combien elles étaient nécessaires, nous pouvons décrire l’installation d’expérience faite au laboratoire de la Compagnie électrique par M. Hippolyte Fontaine avec le concours de MM. Nysten, Dehenne et Chrétien.
- Le transport est réalisé à l’aide de sept machines d’un type unique, dit type supérieur, fabriquées par l’inventeur, M. Gramme : quatre de ces machines servent de génératrices et trois de réceptrices. Chacune d’elles développe, à sa vitesse angulaire normale de 1400 tours par minute, une force électromotrice de 1600 volts et un courant de 10 ampères. Les quatre machines génératrices excitées en séries sont montées en tension avec les trois réceptrices montées elles-mêmes en tension avec une résistance de 100 ohms. La résistance de l’induit est de 4,75 ohms, celle de l’inducteur de 6,5 ohms, soit 179 ohms environ pour la résistance du circuit.
- Les quatre machines génératrices (arrière-plan de la figure) reçoivent le mouvement par l’intermédiaire de deux poulies de friction montées sur un arbre commandé par la machine de l’atelier. Ces machines oscillent sur un axe placé en dessous de leur socle, et des ressorts convenablement tendus règlent la pression des galets contre les poulies de commande. C’est un
- 1 Nous ajouterons à cette liste les chômages, les glaces, les sécheresses et l’imprévu, qui obligent la plupart des usiniers à compléter leur installation hydraulique par une machine à vapeur de puissance au moins équivalente à celle de la chute utilisée.
- perfectionnement au système d’entraînement employé à Sermaize dans les expériences de labourage élec trique1.
- A la réception (avant-plan de la figure), les trois machines Gramme sont montées bout à bout et reliées entre elles par des plateaux d’accouplement système Raffard : la puissance mécanique développée se mesure à l’aide d’un frein de Prony placé entre la première et la deuxième machine. Le poids total des sept machines est de 8400 kilogrammes et leur prix total de 16 500 fr.
- Le tableau ci-dessous résume les principales conditions de l’expérience faite le 19 octobre 1886 :
- Vitesse des machines Gramme
- génératrices...............
- Différence de potentiel à l’origine de la ligne conductrice.
- Intensité du courant..........
- Puissance reçue par l'arbre de
- commande...................
- Vitesse des réceptrices. . . . Puissance recueillie au frein. . Rendement industriel ....
- 1298 tours par minute.
- 5996 volts.
- 9,54 ampères.
- 95,88 chevaux.
- 1120 tours par minute. 49,98 chevaux.
- 52 pour 100.
- Le fait acquis par ces expériences, c’est qu’avec sept machines Gramme d’un type courant pesant ensemble environ 9 tonnes et coûtant 16 500 francs, il est possible de transmettre une puissance mécanique utilisable de 50 chevaux à travers une résistance de 100 ohms avec un rendement industriel de 50 pour 100. Mais de là à conclure à l’utilisation industrielle des forces motrices naturelles à 50 kilomètres de distance, il y a loin. Il ne suffit pas, en effet, de produire cette force motrice à. distance, il faut encore la distribuer — qu’on nous pardonne l’expression — en plusieurs paquets distincts, fonctionnant indépendamment les uns des autres, et avec un rendement satisfaisant.
- Jusqu’à ce jour le problème reste entier. Nous n’entendons pas dire par là qu’il soit insoluble, — l’emploi rationnel des accumulateurs ferait disparaître bien des difficultés, — mais il n’est pas encore résolu, et aucune des expériences faites pendant ces dernières années n’en a montré une solution acceptable, car on ne saurait admettre comme pratique le système consistant à actionner par la transmission générale unique une machine électrique génératrice qui envoie à son tour le courant dans d’autres réceptrices, interposant ainsi quatre organes intermédiaires de transformation entre le premier moteur et l’appareil d’utilisation, et réduisant le rendement à 15 ou 20 pour 100.
- Il faut donc faire une distinction — et une distinction importante — entre les transmissions et distributions à faible ou moyenne distance, passées dans la pratique industrielle courante et dont on peut citer de nombreuses applications : ventilation de l’IIôlel de Ville et de l’Ecole centrale, chemin de 1er de l’Est, entrepôts d’Aubervilliers et de Roubaix, etc., etc., et les transmissions à grande distance, avec de hautes tensions, dans le but d’uti-
- 1 Vov. n° 522, du 2 août 1879, p. 140.
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- User les forces motrices naturelles, si improprement dénommées gratuites. 11 n’est pas besoin d’établir de grands calculs pour démontrer que, le plus souvent, le meilleur transport au point de vue économique, est le transport du charbon : c’est lui qui, pendant de longues années encore, réalisera le plus simplement et le plus économiquement le transport et la distribution de la force motrice a grandes distances*. E. Hospitalier.
- LES MONUMENTS MÉGALITHIQUES
- EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL?
- Rien, dans la vieille histoire de l’homme, n’offre un intérêt plus considérable que ces monuments à la fois d’une rude grandeur et d’une mystérieuse simplicité auxquels on a donné le nom de mégalithes. Ce sont tantôt de simples pierres levées, des menhirs isolés, des cromlechs disposés en cercle (fig. 1), tantôt des grottes artificielles formées de supports plantés debout, et surmontés d’une ou plusieurs dalles plates disposées horizontalement. Les dolmens ou allées couvertes étaient le plus souvent ensevelis sous des amas de terre ou de pierres, formant ainsi de véritables tumuli ; mais toujours, ils présentent ce caractère commun d’être construits en blocs bruts, vierges de tout travail humain.
- L’importance des mégalithes vient de leur nombre3 et de leur dispersion. On les rencontre, toujours semblables, dans les régions les plus diverses, sur les continents les plus éloignés. Nous voyons, à Carnac et à Kermario, d’immenses alignements de pierres dont les menhirs d’un peuple indien, les Khassias, semblent la copie exacte. Les mêmes dolmens se dressent en Palestine, en Irlande, dans l’Hindoustan. On trouve des mégalithes chez les Péruviens et chez les aborigènes de l’Amérique du Nord, en Espagne
- 1 Nous avons décrit précédemment les belles expériences de
- M. Marcel Deprcz (n° 688, du 7 août 1886, p, 152). Nous publions aujourd’hui les remarquables résultats obtenus par M. Fontaine, qui a démontré que les machines Gramme permettaient de résoudre le problème du transport de l’énergie à distance dans des conditions comparables aux expériences de Greil. M. E. Hospitalier a bien voulu rédiger le compte rendu de ces expériences en présentant, sous forme de conclusion, quelques réserves dont nous lui laissons la responsabilité. Nous croyons que le problème de l’utilisation des forces naturelles par l’électricité, est plus près d’une solution pratique que ne le croit notre savant collaborateur et ami. Cette grande question a donné lieu à de nombreux débats, que l’avenir permettra de juger d’une façon définitive. G. T.
- 2 Nous extrayons presque tous les détails que nous donnons, d un excellent ouvrage que vient de publier M. Cartailhac (Les Ages préhistoriques en Espagne et en Portugal). M. Cartailhac est depuis longues années le savant directeur des Matériaux pour servir à l’histoire de l’homme, et nul plus que lui n’a contribué aux remarquables progrès de l’anthropologie.
- 3 En 1879, grâce à l’initiative de M. H. Martin, on créa une sous-commission des monuments mégalithiques, dans le but d’assurer la conservation des plus importants parmi eux. Un recensement fort incomplet, fait par ses soins, porta à 6310 le nombre des dolmens, menhirs, cromlechs, polissoirs, pierres à bassin, pierres branlantes encore debout en France. Les tumuli fort nombreux ne sont pas compris dans cette énumération.
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- et en Danemark, dans les Orcades et dans les îles de la Méditerranée, sur les rives de la mer Noire et sur celles de la Baltique, au pied du mont Sinaï et sur les rivages de l’Islande, a la limite des glaces éternelles. On peut comparer les dolmens érigés sur le sommet d’un tumulus en Algérie, avec les dolmens qui existent dans le département de l’Aveyron, avec ceux de Cantyrc en Ecosse ou de Rôskilde en Scandinavie, le cromlech de Moytura en Irlande, avec celui de Halskov en Danemark, le cercle de Pesha-vvur en Afghanistan, avec le cercle de Stennis dans une des Orcades, les tombes des Neilgherries avec les cliouchets que l’on voit en Afrique, les cromlechs de l’Algérie avec ceux d’Àschenrade sur les bords de la Dwina, les trilithes de Stonehenge avec ceux de Tripoli ou bien encore avec ceux signalés par Pal-grave en Arabie. Une étude même superficielle montre les rapports qui existent entre les allées couvertes de la Provence et les mégalithes de la Bretagne, entre ceux-ci et les constructions analogues en Espagne et en Algérie. Partout se révèlent une pensée commune, un rite funéraire identique.
- Les hypothèses les plus diverses, des légendes interminables se sont fait jour à propos de ces monuments. Nous conduirons aujourd’hui nos lecteurs à la suite de M. Cartailhac en Espagne et en Portugal, et nous leur ferons connaître les mégalithes de la vieille Ibérie.
- Les mégalithes sont surtout représentés en Portugal par des dolmens, des antas, tel est le nom qu’ils portent dans le pays. En 1734, on en relevait 315; peu à peu, beaucoup d’entre eux disparurent et en 1867, dans une conférence faite pendant l’exposition internationale de Paris, Pereira da Costa n’en comptait plus que 59. Mais ce chiffre était évidemment erroné, et une observation plus attentive permit un peu plus tard à Gabriel Pereira d’en porter le nombre à 118, situés pour la plupart dans la province de Beira et autour cl’Evora et d’Elvas dans l’Alem-tejo (fig. 2 et 3).
- Dans tout Je pays, sous l'influence des variations atmosphériques, la roche se désagrège naturellement en blocs de grande taille. L’ouvrier choisissait ceux qui présentaient la surface la plus plane. On creusait l’enceinte ; les pierres destinées à former les parois de la chambre sépulcrale étaient dressées, calées avec force, et recouvertes de grandes pierres plates; puis les interstices étaient bouchées au moyen de petits cailloux. On disposait, a l’aide des mêmes procédés, une galerie d’accès, étroite et basse, et dès que les rites funéraires étaient accomplis, la crypte disparaissait sous un tumulus. Depuis longtemps la curiosité ou la soif du gain ont fait disparaître cette enveloppe protectrice. Les rares dolmens encore enfouis portent le nom de mamoas ou ma-minhas (mamelles), en raison de leur forme surbaissée qui rappelle assez bien le sein d’une femme.
- Presque toujours ces antas servaient pour un certain nombre de sépultures et on laissait apparente l’ouverture de la galerie d’accès; d’autres fois, un
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- seul cadavre était déposé dans la crypte qui était fermée, pensait-on, pour toujours.
- Malgré les mutilations qu’elle a subies, la crypte du grand anta de Freixo (üg. 4) est encore debout; mais la table n’existe plus et l’allée couverte a beaucoup souffert. Cette crypte mesure 4 mètres de diamètre; sept dalles de ora,80 de hauteur forment les parois et témoignent de son importance. L’entrée ménagée entre deux blocs n'a que 45 centimètres de largeur. A Nora dans les Algarves, l’allée ne dépasse guère 5 mètres de longueur ; la chambre en forme de trapèze mesure 4m,9Q sur 2m16.
- De nombreux antas ont été fouillés à diverses reprises, dans l’espérance de recueillir les trésors que les traditions populaires y prétendaient cachés. Des
- briques, des fragments de poterie, des verres irisés, des débris de l’époque romaine, attestent les recherches passées. Sous les dolmens restés inviolés, on constate tout un mobilier néolithique qui se rapproche singulièrement de celui des mégalithes de nos régions. L’anta de Portimào a donné des haches, des herminettes en pierre, des grains en stéatite, des pointes de llèehe admirablement travaillées; celui de Monte-Abrahào1 des haches en trapp ou en dio-rite, des couteaux, des grattoirs en pierre, un bouton en os, des perles en calais, cette pierre précieuse décrite par Pline et qui était restée inconnue depuis lui ; l’anta d’Estria, une curieuse plaque en ardoise couverte de lignes droites ou brisées, et ressemblant assez par sa forme à une crosse épiscopale ; le dolmen
- Fig. 1, 2, 3 et l. — 1. Sépulture de Mareella, Algarve. Plan et vue de prolil.— 2. Anta de Taredes, près d’Evora. — 3- Lapa dos Mouros.
- 4. Anta du bois de Freixo.
- de Nora, à côté de lames et de pointes de flèche finement taillées, un disque en ivoire très ornementé dont il est bien difficile de dire l’usage.
- Lasépulture de Mareella (fig. 1 ), véritable cromlech, est une des plus riches comme mobilier funéraire. On y a recueilli, avec de beaux spécimens de lames de silex retouchées sur les bords et de pointes triangulaires, dix-sept plaques de schiste ornées de dessins très primitifs, trois vases couverts d’ornements, quarante-trois haches enfin, presque toutes endiorite et souvent très remarquables comme travail. Des ossements humains gisaient au milieu de ces souvenirs de la richesse de l’homme ; ils furent malheureusement dispersés : on ignorait leur importance pour la science.
- Il est difficile de déterminer ce qui concerne les antas du Portugal, sans mentionner les cupules que M. Cartailhac a relevées le premier sur quelques mégalithes de l’Alemtejo. Ces écuelles ou godets sont connus depuis longtemps dans l’archéologie préhistorique. On les retrouve en Suisse, dans les Pyrénées, en Bretagne, en Écosse, en Scandinavie et jusque sur les rochers de lTIindoustan. Les cupules gravées sur les parois de quelques-unes des cryptes récemment dégagées de leur enveloppe tumulaire ont sans aucun doute, observe M. Cartailhac en racontant sa découverte, une irrécusable antiquité,
- 1 On a recueilli sous ce dolmen des ossements humains se rapportant à plus de quatre-vingts personnes de tout âge et de tout sexe.
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- une valeur et un sens; mais nette antiquité, il faut | nue sous le nom de Pedra area près de Yillalba-Sa-
- bien le dire, nous ne pouvons la préciser, et eette valeur et ce sens restent inconnus pour nous.
- C’est surtout dans l’Estrémadure, ta plus riche province de l’Espagne au temps de la puissance de Rome, aujourd’hui la moins peuplée et la plus misérable, que se rencontrent les mégalithes. Us sont connus des paysans sous le nom de garitas; plus au nord, dans les Asturies et les provinces Basques, on les appelle des areas. Un des plus remarquables est situé à Eguilaz sur la route de Yittoria à Pampe-lune ; la chambre présente la forme d’un fer à cheval et mesure om,70 sur 4m50. Elle était couronnée par une seule pierre malheureusement brisée à une époque récente. Une autre tombé k peu près semblable avec une galerie d’accès couverte de trois grandes dalles et une entrée étroite ménagée entre deux blocs placés de travers, se voit aujourd’hui encore à Cangas de Onu, k 60 kilomètres d’Oviedo. Citons
- Fig. 5. — Allée couverte d’Antcqucra. Vue de l’entrée.
- Fig. 6. — Vue intérieure.
- Fig. 7. — Coupe et plan.
- encore deux sépultures mégalithiques dans la province de Barcelone, l’une au Pla-Marsall, l’autre con-
- serra. Toutes les deux sont placées au centre d'un cromlech formé de pierres plantées debout. Les ruines des allées couvertes donnant accès à la crypte sont encore visibles.
- On mentionne treize cryptes mé-galithiques dans l’Andalousie et dans l’ancien royaume de Grenade; elles étaient autrefois bien plus nombreuses: mais elles ont été bouleversées soit par les nécessités de la culture, soit parles recherches de minerais.Telle a été la lin d’une des plus importantes, celle de J)i-lar, à deux lieues au sud de Grenade. Mais le mégalithe le plus remarquable sans contredit de l’Espagne est la Cueva de Mengal auprès du village d’An-tequera, province de Malaga (iig. 5, 6,7). Vingt pierres forment les parois de la chambre sépulcrale, cinq blocs servent de couronnement, et pour assurer la solidité, trois piliers ont été disposés kl’intérieur, au point de jonction des tables. Contrairement k ce que nousavons vu jusqu’ici, les pierres des parois sont dé-
- grossies, celles des piliers paraissent même avoir été taillées. La crypte mesure 2-i mètres de longueur sur
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- une largeur niaxima de 6ni, 1 o et une hauteur variant de 2m,70 à 5 mètres. C’est une des plus grandes cryptes eonnues. La chambre du dolmen de la Pastora située plus à l’ouest, au delà de Séville présente à la vérité 27 mètres de longueur, mais sa largeur n est que de 1 mètre et sa hauteur de 2 mètres seulement,. Les fouilles de la Pastora ont donné trente pointes de flèche en bronze ; elles ont été recueillies sous une des pierres enlevées à une époque déjà reculée. Si ces pointes étaient contemporaines du monument, ce dont il est permis de douter, il faudrait sans aucun doute le rajeunir.
- L’âge des mégalithes est encore une question insoluble. Il est probable que si les plus anciens datent des temps néolithiques, leur construction s’est continuée durant de longues générations comme une tradition des ancêtres et nous la retrouvons encore, à l'époque où le cuivre puis le bronze viennent remplacer la pierre. Il faut aussi mentionner dans l’Àleintejo et dans les Algarves des cimetières importants, où les vastes cryptes, les allées couvertes, les tuniuli sont remplacés par de véritables cercueils en pierre mesu-
- Fig. 8 el 9. — Plans de tombes. — 8. Serro de Castello, Algarve. 9. Plan des tombes du Corte de Guadiana.
- rant2 mètres de longueur sur 0,50 de hauteur. Six dalles forment en général les parois, d’autres le fond et le couvercle. Nous reproduisons une de ces tombes (lig. 8), située au Serro de Castello; elle doit dater de l’âge du bronze. Une autre auprès d’Odemira renfermait des ossements brisés et avec ces ossements des armes et des outils en pierre et aussi une pointe et une hache en cuivre sans aucun mélange d’étain. Nous assistons à la transition entre deux époques distinctes et connue dans beaucoup d’autres contrées de l’Europe, le cuivre pur est le premier métal employé.
- Un nouveau rite funéraire répond à ces temps nouveaux; l’incinération importée sans doute par des vainqueurs étrangers remplace l’inhumation. Des cists de dimensions réduites (fig. 9) une urne couverte d’une grande pierre reçoivent les cendres, les quelques fragments d’os échappés aux flammes, derniers vestiges de celui qui fut un homme. Nous touchons à l’époque où l’histoire commence. Les mégalithes ne s’élèvent plus en Europe ; ils restent longtemps le souvenir sans importance dépopulations barbares ; ce n’est guère que de nos jours qu’on leur a restitué leur véritable place dans l’histoire de l’art et dans celle du progrès humain.
- Marquis de Nadaiuac.
- CHRONIQUE
- Sur l'influence «le l'orientation des lignes de betteraves. — M. le professeur D.-G. Marek, de l’Université de Kœuigsbcrg, a étudié, pendant une série de trois années (1880 .à 1882), l’influence de l’orientation des cultures de diverses plantes, notamment la betterave, sur l’état hygrométrique du sol et le développement du végétal. Il a constaté que, suivant que les lignes sont parallèles ou perpendiculaires à la direction nord-sud, le rendement en poids et la qualité, accusent des différences notables. Nous nous bornerons à citer les principaux résultats du rapport très long et très détaillé publié par l’auteur de ces intéressantes expériences. Si on admet que le poids d’une betterave décolletée et propre à être travaillée est de 500 grammes et celui du collet et des feuilles de 250 grammes, les différences de poids des betteraves semées dans la direction nord-sud par rapport à la direction est-ouest, s’élèvent à + 2,96 pour 100 pour le poids des racines et à —8,44 pour 100 pour le poids des feuilles. Rapportées à l’hectare, en supposant une récolte de 30000 kilogrammes de racines et 15 000 kilogrammes de feuilles et collets, ces différences équivalent à + 890 kilogrammes de racines et à —1265 kilogrammes de feuilles et collets. Au point de vue de la polarisation, les lignes nord-sud ont toujours accusé les chiffres les plus élevés ; l’excédent a oscillé entre -j- 0,16 et 1,33, et en moyenne 0,48 pour 100. On peut admettre que les lignes nord-sud donnent les betteraves les plus sucrées. En ce qui concerne le quotient de pureté, la plus grande pureté a été obtenue, excepté dans un cas, sur les lignes nord-sud; le quotient a oscillé entre —1,20 et +4,39 pour 100; en moyenne + 1,66 pour 100. On peut admettre que les lignes nord-sud fournissent les betteraves les plus pures. Si donc, conclut M. le Dr Marek, deux semailles de* betteraves sont cultivées dans les mêmes conditions, mais les lignes étant orientées en sens contraire, les unes dans la direction nord-sud, les autres dans la direction est-ouest, la semaille nord-sud donnera une récolte supérieure comme poids de racines, comme richesse saccharine et comme quotient de pureté, mais fournira une moindre quantité de feuilles. M. Marek explique ces différences par l’action inégale de la lumière et de la chaleur solaires. Elles sont plus sensibles dans la culture en billons ou en ados que dans la culture à plat. Et lorsque les lignes sont orientées du nord au sud, la face tournée vers l’est reçoit le matin les rayons solaires et la face ouest les reçoit l’après-midi. L’absorption de calorique est plus considérable que lorsque l’orientation des lignes est parallèle à la direction est-ouest.
- Les conducteurs télégraphiques au Tonkin.
- — Un des lecteurs de VElectricien communique à ce journal un extrait d’une lettre que lui adresse un de ses amis, lieutenant de tirailleurs tonkinois, à la date du 25 septembre. Le récit est assez curieux et peut se passer de commentaires :
- « ...Il y a quelque temps, on lisait dans les journaux de France: « La ligne télégraphique est coupée entre 11a-« noïet Ilaïphong. »Ce fait résultait d’un essai scientifique fait par un Annamite, expérience qui n’a pas encore été mentionnée dans les revues des sciences. C’est moi qui découvris le héros de l’affaire.
- « J’avais exploré une portion de ligne qu’on m’avait affectée, et je revenais sans avoir rien vu, lorsqu’il me sembla qu’en face d’un certain village les fils étaient plus
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- gros que partout ailleurs. Je m’approchais pour vérifier mon impression, lorsque le maire du village s’avança avec fous les salainaleks d’usage, et m’expliqua d’abord que son village était très pauvre, puis que le fil de fer coûte très cher, etqu’entinpour enrichir ledit village, qui, pour la peine, aimerait beaucoup les Français, il avait enlevé les fils de fer et les avait vendus ; mais, pour ne faire de tort à personne et ne pas nous empêcher de causer, puisque nous aimions causer, il avait remplacé les fils de fer par de solides tiges de bambous; ça ne pouvait pas casser!
- « Le bonhomme était de très bonne foi ; je tentai de lui donner quelques notions d’électricité, mais je perdis patience,et lui laissai votre adresse: vous êtes plus compétent... »
- Une anguille dans une conduite d’eau. — Une
- certaine émotion a été causée à Londres, récemment, par la nouvelle qu’une anguille vivante était sortie par un robinet d’eau qu’on venait d’ouvrir dans une maison de Leadenhall Street, n" 23.
- Le docteur Sedgwiek Saunders, officier médical de santé de la corporation de la City de Londres rapporte au Conseil municipal qu’en conséquence de cette nouvelle mise en circulation par la presse qu’une anguille de grande dimension avait été tirée au robinet d’un abonné de la Compagnie des eaux New River Company, le branchement n’ayant pas plus de 12 millimètres et demi, il a cru de son devoir de s’assurer du fait par lui-même. Le voici rapporté dans toute son exactitude : Une anguille de 50 centimètres de longueur et de 16 millimètres de diamètre est sortie par un robinet-valve dont le passage le plus large est à peine de 5”“m,2. L’anguille a dû parcourir dans un branchement de 12 millimètres et demi une distance d’au moins 43 mètres et traverser quatre robinets avant d’arriver au terme de son voyage. C’est une anguille de mer ordinaire communément vendue sur le marché comme anguille hollandaise. Dans l’opinion du docteur Saunders, elle a dû se trouver dans le réservoir où elle a été introduite par accident ou intentionnellement. Une panique a été causée par cette nouvelle parmi les abonnés de la New River Company et le docteur Saunders peut les rassurer en ajoutant que les analyses faites depuis treize ans sur les eaux de cette compagnie ont démontré, ainsi que les rapports officiels publiés périodiquement en font foi, que celles-ci ont toujours été trouvées exceptionnellement bonnes.
- Fabrication des essences. — Pour obtenir 10 kilogrammes de feuilles de roses, il faut 5000 rosiers occupant 1800 mètres de terrain. Pour récolter 1000 kilogrammes de violettes, on doit couvrir de plants 5000 mètres de terre. 5000 pieds de jasmin sont à peine suffisants pour donner 1000 kilogrammes de ces fleurs.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance publique annuelle du Z 7 décembre 1880
- Présidée par M. l’amiral Jurien de la Givavièhe.
- Discours de M. le Président. — Les premières paroles de M. Jurien de la Gravière sont un hommage rendu aux morts de l’année: à M. Tulasne, doyen de la section de botanique, décédé à Hyères, le 25 décembre 1885; àM. de Saint-Venant, doyen de la section de mécanique ; à i\I. Jamin, secrétaire perpétuel, ravi à l’Académie avant d’avoir accompli sa soixante-neuvième année,—• nous disions tous, tant le coup nous fut douloureux, — avant l’âge*
- Plus jeunes étaient M. Laguerreet M. PaulBert. « M. Paul llert a voulu attacher son nom à une grande œuvre coloniale. La tâche était honorable sans doute, il nous sera cependant permis de regretter qu’elle ait tenté un savant de la haute valeur de M. Paul Bert. »
- « Le culte désintéressé de la science, ajoute l’orateur, n’est pas malheureusement un élixir infaillible de longue vie. C’est encore lui pourtant qui fait le plus sûrement des centenaires, lia cent ans,ce grand chimiste que la France vient d’acclamer, et dont la renommée si pure, si vénérable, brille depuis plus de trois quarts de siècle, d’un lustre qui rejaillit sur notre Académie. Il a cent ans et ce n’est qu’un début! »
- M. Jurien de la Gravière passe ensuite en revue les progrès des sciences; il s’étend sur le Muséum qui, dit-il,
- « a réveillé chez moi les curiosités toujours inassouvies de l’esprit: je lui en garde une sincère reconnaissance. »
- Éloge historique de Flourens. — C’est M. Yulpian qui le prononce. Entre autres détails intéressants, il raconte qu’il assistait en qualité de préparateur « au cours dans lequel il exposa les idées qu’il devait, un peu plus tard, condenser dans son ouvrage sur la longévité humaine. Quelle affluence à ce cours où l’on apprenait à vivre au moins cent ans ! Et puis Flourens enseignait, dans ce même cours, une nouvelle classification des âges que certains assistants n’écoutaient pas d’une oreille indifférente. D’après lui la vie se diviserait en huit périodes. Il y aurait une première enfance, de la naissance jusqu’à dix ans ; une seconde enfance de dix à vingt ans ; une première jeunesse de vingt à trente ans; une seconde jeunesse, de trente à quarante ans; un premier âge viril de quarante à cinquante-cinq ans; un second âge viril de cinquante-cinq à soixante-dix ans; une première vieillesse de soixante-dix à quatre-vingt-cinq ans; et, enfin, la dernière vieillesse, à partir de quatre-vingt-cinq ans. Etre encore dans l’âge viril à soixante-huit, soixante-neuf ans ! n’entrer dans une première vieillesse qu’à soixante-dix ans! Quelques-uns des auditeurs redressaient le corps en sortant de la leçon, ils marchaient d’un pas plus libre et paraissaient se trouver tout rajeunis. Ce ne sont pas eux, certes, qui auraient émis le moindre doute sur l’exactitude de la nouvelle division de la vie humaine, proposée par Flourens. ))
- Lorsque Flourens mourut en 1867 (il était né en 1794), sa famille, pour se conformer à la volonté qu’il avait souvent exprimée, fit inscrire sur sa tombe ces simples mots : P. Flourens, physiologiste.
- « C’est bien, conclut M. le secrétaire perpétuel, le vrai titre sous lequel son nom passera à la postérité. Ses belles découvertes sur les fonctions du système nerveux sont impérissables. Elles placent Flourens au nombre des plus grands physiologistes qui aient existé et elles doivent être comptées parmi les œuvres qui font briller d’un si vif éclat la gloire scientifique de la France. »
- Prix décernés. — Géométrie : Grand prix des sciences mathématiques, à M. Édouard Goursat; mention honorable àM. Lecornu.— Prix Francœur, à M. Émile Barbier.
- Mécanique. —Prix extraordinaire de six mille francs. La Commission décerne à M. Fleuriais un prix de 4000 francs et à M. de Bernardières .un prix de 2000 francs. — Prix Poncelet : M. Emile Picard. — Prix Montyon : M. Rozé. — Prix Plumey : M. de Bussy.
- Astronomie. — Prix Lalande : M. 0. Backlund. — Prix Damoiseau : M. Souillard. — Prix Valez : M. Bi-gourdam
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- Physique. — Grand prix des sciences mathématiques,. Le concours est prorogé à l'année 1888. — Prix Bar-din : M. Radau.
- Statistique. — Prix Montyon. La Commission après avoir fait mention du dispensaire Furtado-IIeine, hors ligne et hors concours, décerne le prix à M. le Dr Soc-quet.
- Chimie. — Prix Jecker. Le prix est partagé par moitié entre M. Colson et M. Œchsner de Coninck.
- Géologie. — Prix Vaillant ; MM. Michel Lévy, Marcel Bertrand, Barrois, Offret, Kilian et Bergeron.
- Botanique. — Prix Barbier : M. Eugène Collin. — Prix Desmazièrcs : MM. Henri Van Heurek et A. Gru-novv. — Prix de la Fous Mélicocq. Le prix est partagé entre MM. Gaston Bou-nier et G. de Layens, d'une part, et M. E.-G. Camus, d’autre part. — Prix Montagne : M. le D' Quélet.
- Anatomie et zoologie. —
- Prix Thore : M. Péragallo.
- Médecine et chirurgie.
- — Prix Montyon. La Commission décerne trois prix de 2500 francs chacun à M. le Dr Léon Collin, à MM. les D" Dejerine et Landouzv, à M. le I)r Oré.
- — Prix Bréant. La Commission accorde à M. Du— flocq une récompense de 2000 fiancs, et à MM. Gué-rard et Thoinot une récompense de 1500 francs chacun. — Prix Godard :
- M. le Dr Bazy. — Prix Lallemand : M. Yignal.
- Physiologie. — Prix Montyon : M. Gréhant.
- Géoghapiiie physique.—
- Prix Gay : M. Ph. Hait.
- PlIIX GÉNÉRAUX. — Prix Montyon,arts insalubres :
- MM. Appert frères et Kolb.
- — Prix Tremont : M. Mou-reaux. — Prix Gegner :
- M. Valson. — Prix Dela-lande-Guérineau : M. le Dr Hyades. — Prix Jean Rcynaud : M. Pasteur. — Prix Ponti : MM. Renard et Krebs. — Prix Laplace : M. Brisse (Édouard-Adrien), sorhle premier en 1886, de l’École polytechnique, et entré à l’École des mines. Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LES ANNEAUX DE PAPIER
- Voici trois anneaux de papier 1, 2 et o; ils doivent être en réalité de très grand diamètre par rapport a leur hauteur, mais nous avons réduit sur notre figure les proportions de leur circonférence, afin <ïe ne pas donner à la gravure une dimension exagérée.
- ,)e vous donne d’abord l’anneau n° 1 avec une paire de ciseaux, et je vous prie de couper cet anneau suivant la ligne pointillée ; on commence par faire une première entaille, et prenant les ciseaux, on coupe tout droit devant soi en faisant tourner l'anneau au fur et à mesure qu’il est séparé, vous arrivez à faire le tour de l’anneau, et vous obtenez deux anneaux de papier qui sont représentés au-dessous en 1\ Le trait pointillé est indiqué sur la ligure à titre d’indication, mais il ne se trouve pas en réalité sur les bandes de papier.
- Je vous demande de procéder de la même façon avec l’anneau n° 2 ; vous coupez, en suivant la bandelette de papier, mais cette fois vous êtes tout surpris quand après avoir parcouru la circonférence entière, vous vous trouvez avoir entre les mains un grand anneau 2', en un seul morceau , deux fois plus grand que le premier.
- Voici maintenant le n° 5. En le coupant de la même manière, vous avez encore un autre résultat et une autre surprise ; vous obtenez deux anneaux passés l’un dans l’autre comme dans une chaîne, n° 5'.
- Voici comment cette curieuse expérience se prépare: vous découpez des bandelettes de papier de 0m, 05 de largeur et de 1 mètre à lm,50 de longueur. Vous prenez la première bandelette et vous en collez les deux extrémités directement comme on le voit en 1, de manière que la même face de papier forme la surface extérieure de l’anneau ; la seconde bandelette est collée après avoir donné au papier un mouvement de torsion sur lui-même, c’est-a-dire que l’une des extrémités de la bandelette doit être collée avec la face opposée de l’autre extrémité; quant a la troisième bandelette, vous la collez après lui avoir donné deux torsions sur elle-même. Vous laissez sécher la collure, et l’expérience est prête.
- Les torsions du papier sont d’autant moins apparentes et appréciables, que le diamètre de l’anneau est plus grand Dr Z...
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
- Les anneaux de papier.
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- K* 710. — 8 JANVIER 1887
- LA NATURE
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- LE « PACIFICATEUR »
- BATEAU SOUS-MA1UN AMÉRICAIN
- La vogue est aux bateaux sous-marins ; destinés principalement à la défense des ports maritimes a
- l’aide des torpilles, on en voit éclore de nouveaux chaque jour, pour ainsi dire, et toutes les nations rivalisent pour obtenir la perfection dans ce genre de redoutables engins. La Nature en a déjà décrit plusieurs, et pour tenir nos lecteurs aujcourant 'des dernières inventions, nous ferons connaître aujour-
- Fig. 1. — Le Pacificateur, nouveau bateau sous-murin américain, figuré au-dessous d’un navire cuirassé.
- d’hui l’un de ceux qui sont actuellement construits en Amérique, et auquel on a donné le nom quelque peu ronflant de Peace-maker, le Pacificateur.Nous empruntons les détails qui suivent aux journaux Science et Scientific American.
- Comme tous les bateaux sous-marins actuels, le Peace-maker affecte la forme d’un cigare aminci à ses extrémités. Le modèle employé dans les expériences a 9 mètres de long,
- 2m,25 de large et lm, 80 de creux.
- La Subtnarine motor C° de New-Aork, qui l’a construit, annonce d’ailleurs l’intention d’augmenter ces dimensions. Dans les conditions actuelles il peut contenir deux hommes, le capitaine et le mécanicien.
- 45e année. — 4er semestre.
- La coque porte un trou d’homme pour l’introduction de l’équipage, et un dôme percé de quatre fenêtres
- et fermé par une plaque de verre, sous lequel est assis le capitaine. Ces parties faibles sont protégées contre le choc des corps flottants, par une sorte de crête qui règne sur toute la longueur de la coque, et présente, vers son centre, une dépression pour permettre au torpilleur de s’appliquer sous la quille d’un navire. A vrai dire, nous doutons fort de l’efficacité de cette dernière disposition, même pour l’attaque des bâtiments au mouillage, sans parler, bien entendu des navires en marche. Des manches et des gants en étoffe imperméable sont établis en arrière et de
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- Fig. 2. — Vue d'ensemble de 1 attaque.
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- LA NATURE.
- chaque côte du dôme, pour donner au capitaine la faculté de lâcher les torpilles au moment convenable. La provision d’air comprimé, nécessaire' à l’équipage, est contenue dans un certain nombre de tuyaux de 0m, 15 de diamètre, lixés sur les lianes du bateau. On se propose pour les navigations un peu longues d’y ajouter un récipient d’oxygène comprimé, d’absorber l’acide carbonique et les produits organiques provenant de la respiration, l’un par une solution de soude caustique, les autres par du chlorure de chaux ou du permanganate de potasse. L’éclairage est naturellement obtenu au moyen de lampes à incandescence, afin d’éviter la contamination de l’air par les produits de la combustion.
- La submersion s’opère en marche à l’aide de gouvernails mobiles autour d’un axe horizontal ; si on les ramène de la position inclinée à la position horizontale, le navire remonte immédiatement à la surface, et il en est de même quand on arrête la machine. Si l’on veut plonger dès le départ, on remplit d’eau des réservoirs dont trois sont placés à l’avant et deux à l’arrière.
- La force motrice n'est pas empruntée, comme dans la plupart des autres torpilleurs sous-marins, à l’électricité : d’après les journaux américains, elle n’aurait pas donné des résultats satisfaisants, ce qui a lieu d’étonner, puisqu’on ne saurait avoir en vue, dans ce cas spécial, une production économique de la force. Les constructeurs emploient une machine à vapeur de quatorze chevaux du système Westinghouse alimentée par une chaudière sans foyer avec réservoir à soude Honigman. On sait qu’elle est fondée sur la propriété que possède une solution saturée de soude caustique de dégager de la chaleur en absorbant de la vapeur d’eaul. La chaudière à vapeur proprement dite est intérieure et concentrique à un réservoir contenant la soude, et où vient se condenser la vapeur d’échappement. Au départ, on remplit le récipient intérieur d’eau chauffée au-dessus de son point d’ébullition et on introduit la solution de soude à une température de 127 degrés. La vitesse qu’on prétend atteindre et maintenir pendant plusieurs heures dans ces conditions serait de 8 nœuds. Les constructeurs expriment, du reste, l’intention de placer, dans les bateaux d’un type plus élevé, un appareil pour régénérer la soude, de manière à accroître l’indépendance de leur torpilleur, et deux chaudières à soude, l’une pour la navigation à la surface, l’autre pour la navigation sous-marine.
- Les torpilles sont fixées aux flancs du bateau et reliées entre elles par une corde : une enveloppe de liège tend à les faire remonter à la surface. Elles sont, en outre, munies d’électro-aimants dans lesquels on fait passer, au moment où on les lâche, un courant continu qui leur donne prise sur la quille. Comme nous l’avons dit plus haut, les manches et gants imperméables disposés en arrière du dôme permettent de les lâcher au moment jugé convenable par le capitaine.
- 1 Yoy. n° 562, du 8 mars 1884, p. 234*
- Dans une expérience à laquelle a pris part un des rédacteurs du journal Science, la pression de la vapeur au départ était de 5k,72 par centimètre carré ; on immergea la coque à l’aide des réservoirs d’eau de manière à prendre comme ligne de flottaison l’arête inférieure de la crête. Le capitaine fit alors effectuer diverses évolutions en ligne droite et en courbe, soit à la surface, soit à une profondeur de 12 mètres. Le manomètre à vapeur accusait une élévation continue de la pression a la chaudière et après une demi-heure d’expériences, elle atteignait 8k,60 par centimètre carré. En même temps celui qui était relié au réservoir à soude indiquait un accroissement de pression de 0 à 0k,o5. La température était inférieure à celle d’une chambre de chauffe ordinaire. Suivant le même journal, les expériences n’ont porté, jusqu’à présent, que sur les qualités nautiques du bateau, et on n’a pas encore procédé aux essais de pose des torpilles.
- C’est cependant, avec la stabilité pendant la submersion, le problème le plus difficile à bien résoudre en raison du peu d’effet produit par l’explosion des torpilles si elles ne sont pas exactement appliquées contre le bâtiment attaqué. Nous rappelons, à ce sujet, ce que nous avons dit déjà à propos du type de torpilleur sous-marin proposé par M. Goubet. On se souvient que dans ce dernier, le lancement de la torpille s’effectuait au moyen d’un déclenchement actionné de l’intérieur, et nous nous demandions s’il serait aisé, pour le capitaine, de choisir convenablement le moment précis de l’opération. C’est sans doute pour lui donner un point d’appui que les constructeurs américains ont pratiqué une échancrure dans la crête supérieure, disposition sur laquelle nous avons déjà donné notre opinion ; faut-il attribuer beaucoup plus de confiance à l’emploi des manches et gants imperméables, et à celui des électro-aimants pour fixer pratiquement la torpille contre la quille du navire même s’il est au repos ? L’expérience pourrait seule prononcer à cet égard, et l’on a vu que jusqu’ici elle est encore à faire. Nous ne considérons pas non plus, comme nos confrères, un avantage considérable dans la substitution du moteur à vapeur au moteur électrique, qui paraît adopté en principe par les autres marines pour ce genre de navires, à cause de sa légèreté, de sa régularité et de l’absence du dégagement de chaleur. Enfin il serait indispensable d’adjoindre au type indiqué des rames mues à la main par l’équipage en cas d’accident survenu au moteur, si l’on veut réellement faire du torpilleur sous-marin un navire indépendant. Il nous semble donc, au moins jusqu’à plus ample informé, que l’enthousiasme suscité à New-York, par l’apparition du Pacificateur qu’on va jusqu’à appeler « le plus réussi des torpilleurs sous-marins construits jusqu’ici », est quelque peu prématuré. X..., ingénieur.
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- LA NATURE.
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- LÀ PRODUCTION DES LAINES
- EN AUSTRALIE
- L’élevage du mouton et la production de la laine en Australie prennent un accroissement prodigieux qui doit fixer au plus haut point l’attention des éleveurs européens. Voici les quantités de moutons qui existaient de 1878 à 188-4 dans les différentes provinces de l’Australie.
- Nouvelle-Galles du Sud, 25 907 053 têtes; Victoria, 9 579 376; Australie méridionale, 6 377 812; Greens-land, 5 564 405; Australie occidentale, 569 525; Tasmanie, 1 858 851; Nouvelle-Zélande, 15 069 558; ce qui fait un total de 60 786 200 tètes.
- La Nouvelle-Galles du Sud, qui comprend la vaste région située au sud-est du continent australien, englobait autrefois Victoria et Greensland, qui en out été détachées il y a environ vingt-cinq ans; elle a aujourd’hui un développement de côtes de 1200 kilomètres, et compte au nombre de ses principaux ports Botany-Bay, Port-Jackson, Port-Hunter, Port-Stephens. La Nouvelle-Galles du Sud possède, comme villes principales ; Sydney, Parawata, New-Castle-Martland, Bathurst, Colburn et Port-Macqua-rie; sa population, d’après le recensement du 51 décembre 1885, était de 980 175 habitants.
- L’accroissement de la production et des commerces Iainiers y a été des plus rapides ; témoin les chiffres suivants que nous reproduisons :
- En 1867, elle ne comptait que 11 millions et demi de moutons; en 1878, le nombre en était porté à 25 millions de tètes; et en mars 1884, les statistiques lui en attribuent un total de 55 millions.
- L’étendue des pâturages nécessaires à l’élevage s’est accru dans les mêmes proportions. En 1848, les prairies comprenaient, dans cette province, 41 700000 acres; de 1848 à 1860, ce territoire herbager s’est augmenté de 7 500 000 acres, et de 1860 à 1874, il s’y ajoute 180 millions d’acres, c’est-à-dire un espace sensiblement supérieur aux territoires réunis de la Grande-Bretagne, de la Belgique, de la Hollande, du Danemark, de la Suisse et de la Grèce.
- Enfin, l’exportation des laines qui, eu 1867, n’était que de 21 708 000 livres, est passée, en 1878, à 90 millions de livres (exactement 40 823 500 kilogrammes.)
- La province de Victoria vient après la Nouvelle-Galles du Sud au point de vue de la production lainière; elle est beaucoup plus petite (227 619 kilomètres carrés contre 800 763) — c’est même la plus petite de toutes, — mais elle est plus peuplée, car au 51 décembre 1884 on lui donnait 991 869 habitants. Elle forme la partie sud-est du continent australien; sa capitale est Melbourne, sur les bords du Yarra-Yarra, près de l’extrémité de la baie de Port-Philippe. La production y prend un développement tout aussi considérable.
- GYROSCOPE COLLIMATEUR
- DE M. FLEURJAIS , CAPITAINE DE VAISSEAU
- Alamer, la position exacte d’un bâtiment s’obtient, comme on le sait, par l’observation, au moyen du sextant, de la hauteur d’un ou de plusieurs astres, au-dessus du plan horizontal passant par l’œil.
- 1 D’après la France commerciale.
- Une hauteur méridienne, par exemple, lournit la latitude; une hauteur, à tout autre instant, permet de calculer l’heure du bord, laquelle, combinée avec l’heure de Paris donnée par les chronomètres, conduit à la connaissance de la longitude.
- A terre, le plan horizontal est déterminé avec précision par un niveau, ou mieux par un bain de mercure ; mais à bord, le roulis et le tangage rendent impossible l’emploi de pareils instruments, et le marin est contraint de prendre, comme base de ses observations, la ligne de démarcation entre le ciel et l’eau.
- Malheureusement cette ligne est bien souvent rendue invisible ou diffuse, par l’obscurité ou par la présence d’un banc de brume, et le navire est réduit 'a se guider sur les données relativement grossières de la boussole et du loch.
- Il serait donc d’une haute importance, surtout aujourd’hui, que la généralisation de la vapeur a rendu très rapides les vitesses sur mer, de trouver un procédé permettant de se passer de la vue de l’horizon de la mer.
- L’intérêt de la question est tel qu’un très grand nombre de dispositifs, dont quelques-uns remontent au siècle dernier, ont été successivement proposés ; mais aucun n’a pu donner la précision et surtout la confiance nécessaires.
- M. Heuriais, capitaine de vaisseau, bien connu par ses belles campagnes scientifiques et sa mission du Passage de Vénus, vient de présenter un instrument très simple, que l’Académie a couronné, dans sa récente séance annuelle, comme réalisant la solution du problème si longtemps cherchée.
- Nous définirons, en peu de mots, le principe et la disposition de cet appareil, appelé à augmenter, dans une large proportion, la sécurité de la navigation rapide.
- Tout le monde connaît la toupie vulgaire. L’axe d’une toupie en rotation rapide, au lieu de tomber, décrit des cônes circulaires autour de la verticale.
- Ce mouvement conique, que l’on désigne sous le nom de précession, est uniforme et régulier dans le cas de l’immobilité du point de support.
- Les oscillations d’un navire sont, il est vrai, de nature à altérer la régularité du cône décrit ; mais si la durée du tour de précession est très lente par rapport au rythme des balancements du bâtiment, si elle atteint par exemple deux minutes, résultat facile à obtenir en donnant à la toupie une grande vitesse, et en réduisant convenablement la distance de son centre de gravité à la pointe du pivot, deux coups de roulis successifs, mais de sens inverses, trouvant Taxe dans des positions très voisines, les perturbations produites se compensent, et le rayon moyen du cercle de précession n'est pas influencé.
- Tel est le principe de l’instrumentl.
- 1 Voy. Rapport de l’amiral de Jonr|uicres (Comptes rendus de l'Académie des sciences), et le Mémoire de l’auteur (Revue maritime, décembre 1886).
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- LA NATURE.
- Fig. 1. — Gyroscope collimateur de M. Fleuriais, capitaine de vaisseau.
- Celui-ci que nous figurons ci-dessous (lig. 1), se compose essentiellement d’un tore MM (fig. 2), contenu dans un tambour enveloppe NN qui se croche sur le sextant en arrière du petit miroir.
- Le pivot est constitue par une fine pointe d'acier U reposant dans une creusure pratiquée à l'extrémité d’une tige support K.
- Le mouvement de rotation se donne, avant l’ob-servation, par l’action d’un double courant d’air, produit par un petit soufflet, et que deux évents placés diamétralement le long des parois intérieures du tambour, à la hauteur du pivot, lancent tangen-tiellement à la périphérie de l’équateur de la toupie.
- Le tore porte,
- aux extrémités d’un même diamètre, deux lentilles plan-convexes Y,V' de même foyer.
- Un trait noir, gravé sur chaque lentille, à la hauteur de son centre optique, sert de repère.
- La distance VV' étant précisément égale à la longueur focale, les rayons qui partent de chacun des traits sortent parallèles à travers la lentille opposée. Par suite, si la toupie tourne rapidement, l’œil placé à la lunette voit un trait continu qui lui semble provenir de l’in fini.
- Ce trait représente naturellement, à tout instant, la trace du plan, mené par le centre \\ de l’objectif de la lunette , normalement à l’axe du tore.
- Cet axe étant animé du mouvement conique de précession, le repère monte et descend én s’inclinant tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre par rapport à la position qu’il aurait si l’axe était immobile dans la verticale.
- Mais chaque fois que l’axe de la toupie passe dans le plan vertical parallèle à celui du sextant, ce qui
- arrive sensiblement de minute en minute, le repère atteint une position limite pour laquelle il est un instant immobile et horizontal ; en outre, ainsi qu’il a été dit, ces positions sont symétriques par rapport h la trace idéale de l’horizon vrai.
- Mais pendant que les rayons lumineux, partis de
- la toupie, traversent la partie gauche de la lunette, ceux émanés de l’astre, dont on désire mesurer la hauteur , pénètrent dans la partie droite en suivant le chemin S, P, R, Ü, et forment image à côté de celle du repère.
- Dès lors si l’observateur , agissant sur un tambour gradué X, adapté à la vis de rappel de l’alidade , maintient en coïncidence les images de repère
- et de l’astre et note la graduation à l’instant de chaque renversement de mouvement de la vis, il n’a plus qu’à faire la moyenne des lectures extrêmes
- pour avoir la valeur de
- la hauteur vraie.
- Théoriquement deux lectures suffiraient ; en pratique, à cause du redressement progressif de ' l’axe de la toupie produit par le frottement de la pointe pivot, il convient mais il suffît d’en faire trois correspondant à deux maxima et au minimum intermédiaire ou inversement.
- Trois modèles de l’instrument ont été construits par notre habile fabricant, M.Hurlimann.
- Deux de ces modèles expérimentés, l’un, à bord du La Galisson-nière, l’autre dans l’escadre d’évolution, ont conduit à des résultats donfit l’erreur maximum n’a pas dépassé 3', même par mauvais temps.
- Le troisième modèle est actuellement en expérience à bord du bâtiment d’application T Iphigénie.
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- LÀ NATURE
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- COLLISIONS EN MER
- AVEC DES ANIMAUX MARINS
- Les navires rencontrent parfois en mer des récifs ou des glaces flottantes ; on n’avait pas souvent entendu dire qu’ils pouvaient se heurter en naviguant contre des animaux marins ; nous avons deux exemples récents de ce curieux genre de collision à présenter ?i nos lecteurs, à titre de curiosité maritime.
- Le premier cas nous est signalé par le Scieniific American.
- Le steamer hollandais Waeslancl de 3500 tonneaux quitta Antwerp le 11 juillet 1886, il arriva à New-York
- le 27 du même mois. Le capitaine de ce navire raconte que le second jour de son départ de Antwerp, à midi, il aperçut une baleine nageant à la surface de la mer dans la direction même de la marche du steamer. Il ne prit aucune mesure pour éviter la rencontre avec l’animal marin, dans la persuasion que la bête allait d’elle-même se garer. Il en fut tout autrement. La haleine ne se rangea point, le navire lancé à toute vitesse la prit en travers et la coupa en deux. Il en résulta un choc assez violent qui ralentit sa marche; les passagers et l’équipage se rendirent compte de la cause de cette collision et reconnurent qu’on avait éventré une haleine de 80 pieds environ de longueur. La bête était morte du coup. Son corps était en quelque sorte incrusté dansl’avantdu navire et il fallut faire machine arrière pour l’en dégager.
- Collision du steamer Waesland avec une baleine, le 13 juillet 1886.
- La gravure que nous publions ci-dessus donne la reproduction de cette collision du steamer Waesland contre une baleine, d’après un dessin fort exagéré, qui a été publié par le Scientific American. Nous avons ramené la scène à des proportions à peu près exactes.
- Nous avons reçu d’autre part la curieuse communication de M. le professeur A. Rostovsky de Saint-Pétersbourg, sur la collision d’un bateau avec un banc de cachalots. Voici la notice que nous devons à notre correspondant :
- Le lieutenant Kitaïeff nous communique le fait inouï d’un abordage d’un navire à vapeur de. la flotte volontaire, Pétersbourg, avec des cachalots, dans l’océan Indien : « Le 19/31 octobre, je restai sur le pont en société
- de plusieurs passagers se rendant à Vladivostok. Le temps était gris, pas trop chaud. L’océan balançait légèrement de son roulis le bateau qui, avec une brise favorable, filait avec une vitesse de 11 nœuds à l’heure. Tout à coup nous sentîmes un choc doux et presque aussitôt l’allure inégale de l’hélice. Je me jetai vers la poupe et regardant par-dessus le bord, je fus terrifié par une quantité énorme de sang dans les flots derrière le navire. Ma première idée était que quelqu’un de l’équipage ou des émigrants était tombé à la mer sous les branches de l’hélice. Grande fut ma surprise quand je vis un monstre qui surnageait et rougissait de son sang les flots. Dans ce moment quelques émigrants accoururent du devant du navire, en criant : « Nous avons tué une baleine! » L’équipage et les passagers prièrent instamment le capitaine de rebrousser chemin pour voir le monstre de plus près. Le capitaine consentit, et, quelques moments après,
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- nous entrâmes clans l’énorme tache sanglante. Des deux côtés du vapeur étaient deux cachalots sans signe de vie ; sur le corps du monstre, à gauche, on pouvait voir une grande et profonde blessure faite par l’étrave. Celui de droite était apparemment tué par une des branches de l’hélice, car il avait une blessure à la tète. Nous avons estimé la longueur de ces monstres de 75 à 80 pieds (anglais). Non loin, sans se troubler de la vue des deux cadavres, nageait une troupe de cachalots se montrant, de temps en temps, à la surface et lançant leurs jets d’eau.
- Cet événement eut lieu par 8°,31' de latitude N. et 72°,35'de longitude E., à 30 milles de l’île Minicov. Nous avons déterminé exprès notre position afin de faire part de l’événement à Colombo, d’où peut-être il serait envoyé un bateau à vapeur pour recueillir cette proie qui présente une grande valeur. Nous sommes convaincu que le navire a abordé ces géants marins au moment de la fécondation ; autrement il serait difficile de supposer que les cachalots, en plein jour, ne pussent éviter l’abordage. En tout cas c’est un événement très rare, peut-être même sans précédent.
- 11 est arrivé parfois que des bâtiments ont abordé des baleines endormies, et ont éprouvé des avaries a la suite de ces collisions.
- LÀ FABRICATION DES MÉTAUX ALCALINS
- Les métaux alcalins, tels que le sodium et le potassium, se préparent ordinairement en chauffant un mélange intime de carbonate, du métal correspondant et de charbon de bois ou de houille dans des cornues cylindriques en fer forgé, disposées horizontalement à l’inté-
- * rieur d’un four.
- ï Sainte-Claire Deville a le premier recommandé d’ajouter une matière poreuse, telle que la chaux ou la craie, pour empêcher la séparation du charbon de bois et des carbonates fondus. Tissier a montré que cette addition de craie est inutile lorsqu’on ajoute au carbonate, avant de le fondre, la proportion exacte de charbon.
- Le mélange intime de charbon de bois et de carbonate de. potassium finement divisés, tel qu’on l’obtient en chauffant le tartrate acide de potassium, est la matière première ordinairement employée dans la fabrication du potassium : pour de petites quantités, une bouteille à mercure constitue une cornue convenable.
- Pour le sodium, on se sert d’un mélange de neuf parties de carbonate de sodium, quatre parties de charbon de bois et une partie de chaux. Chacun de ces éléments doit être finement pulvérisé et le mélange est calciné avant d’être introduit dans les cornues. Celles-ci sont munies de petits tubes de dégagement pour amener dans le condenseur les vapeurs et gaz métalliques : elles ont un diamètre de 150 millimètres et une longueur de lm,50 à lm,80. Le fer forgé est le seul métal convenable pour les cornues, à cause de l’élévation excessive de la température qui souvent atteint le point de fusion du fer. 11 est nécessaire d’employer beaucoup de carbone pour assurer le contact du carbonate de sodium avec le carbone en excès, sinon la réduction est incomplète.
- La fabrication du potassium est en outre compliquée par la production accidentelle d’un composé explosif de potassium avec l’oxyde de carbone qui se forme en même temps. Aussi emploie-t-on dans la condensation des récipients
- très creux de manière à retarder le plus possible cette réaction secondaire.
- Le rendement, dans ce procédé, est bien au-dessous de celui quela théorie indique : avec le carbonate de sodium, on obtient à l’état métallique environ le tiers du sodium total.
- M. IL Y. Castner, de New-York, en réduisant l’hydrate ou le carbonate du métal alcalin au moyen d’un carbure métallique, a réussi à se débarrasser de l’excès de carbone et de chaux indispensables jusqu’ici. Ce qu’il appelle carbure de fer est up alliage de carbone et de fer réduit, tous deux à un état extrême de division, alliage produit en calcinant un mélange de goudron de houille et de fer réduit. On a ainsi un corps réducteur excellent, qui, par son propre poids, reste au-dessous de la surface du carbonate fondu et est ainsi en contact incessant avec lui. La composition de ce carbure se rapproche de la formule FeC2 ; d’après l’analyse d’un échantillon moyen, la proportion du fer est de 70 pour 100 et celle du carbone de 30 pour 100. Ce n’est pas un vrai carbure de fer, mais plutôt une masse de particules de fer enrobées de carbone. D’autre part, la soude caustique, dont le point de fusion est moins élevé, serait une meilleure matière première que le carbonate. La réaction qui se produit s’exprime par l’équation :
- 3 NalIO + FeC2 = 3Na + Fe + CO + CO2 + 311.
- Les proportions les plus convenables sont : 100 kilogrammes de soude caustique pour 15 kilogrammes de carbone ou 22 kilogrammes de carbure.
- L’appareil de fabrication est un grand creuset de fonte placé dans un four. Celui-ci est divisé en plusieurs chambres isolées, avec une ouverture dans' le fond de chacune pour amener mécaniquement le creuset dans sa position de travail. Le couvercle de chaque creuset est fixé dans le plafond de la chambre et porte un tube de dégagement qui se rend au condenseur. Le bord de chaque couvercle est convexe et forme, une fois fixé, un joint hermétique avec le bord concave du creuset. La température de travail ne dépasse pas 1000° centigrades et est produite par la combustion du gaz et de l’air chauffé. Quand un creuset est vidé, il est immédiatement remplacé par un nouveau, sans arrêter la chauffe, de sorte que le procédé est continu.
- Le rendement est de 90 pour 100 environ de celui que la théorie indique. Il ne se forme pas de combinaison du sodium avec l’oxyde de carbone : le mélange d’hydrogène, d’oxyde de carbone et d’acide carbonique paraît n’avoir pas d’action sur le métal mis en liberté. Le résidu laissé dans les creusets peut être traité avec de l’eau chaude, et la solution évaporée donne le carbonate ou l’hydrate de sodium qui n’a pas été attaqué, tandis que le fer finement divisé peut être de nouveau combiné avec du goudron et servir à une autre opération.
- Cette méthode permet d’espérer une diminution des frais de fabrication du sodium et du potassium ; elle conduira sans doute à des applications plus importantes de ces métaux dans bien des industries oùl’on ne pouvait, à cause de leur prix, songer à les utiliser. P. D.
- INCENDIES SPONTANÉS
- Nous recevons les communications suivantes au sujet de cette intéressante question que nous avons récemment présentée à nos lecteurs :
- Permettez à un Parisien, perdu au milieu des montagnes du Dahra (Algérie), de vous soumettre quelques
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- LA NATURE
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- réflexions qui lui ont été suggérées par la lecture d'un article de La Nature (n° 707) intitulé Incendies spontanés.
- Chaque année, à l'époque des grandes chaleurs, correspondant généralement avec celle des moissons, il n’est bruit de tous côtés, mais surtout dans les régions que l’on a coutume en Algérie de désigner sous le nom de plaine, que d’incendies de meules de céréales en gerbes ou de meules de fourrage. 11 faut avouer que quelquefois la malveillance ou un esprit de lucre blâmable ne sont pas étrangers à ces incendies, qui tous se targuent de spontanéité. Mais on doit reconnaître qu’un certain nombre d’entre eux se déclarent réellement sans auc une manœuvre frauduleuse, par le seul fait de réchauffement produit par une sorte de fermentation commençant à la surface inférieure de la meule en contact immédiat avec le sol, gagnant rapidement la partie centrale delà masse, et enflammant la meule par sa surface extérieure, déjà desséchée par le soleil et les courants d’air chaud. La possibilité de ces accidents est ici admise sans conteste; mais j’ai assisté, il y a peu de temps, à un cas plus remarquable, dont le récit intéressera peut-être vos lecteurs. Appelé cette année par la préfecture d’Oran à diriger les travaux d’extinction des vignes phylloxérées de la commune de Trembles, arrondissement de Bel-Abbès, je me trouvais au lieu dit Zélifa, situé dans la vallée de la Mekkéra, sur la rive droite de laquelle était installé notre camp.
- Le dimanche 25 juillet 1886, un siroco brûlant remplissait l’air d’une chaleur irrespirable, atteignant 58° à l’ombre de nos tentes, lorsqu’à 2 heures de l’après-midi, un cri d’alarme de la sentinelle gardant l’entrée du camp annonce que le feu dévorait les pailles, non encore mises en meule, de la récolte que le propriétaire venait de dépiquer. L’enquête, faitë le jour même, apprit que le feu s’était déclaré au bord d’un petit sentier, dans une touffe de chaume sur laquelle les yeux du soldat de garde étaient, par le plus grand des hasards, depuis quelques instants fixés.
- Il fut donc parfaitement établi que le feu s’était déclaré spontanément, non pas dans une masse sujette à échauffement, mais sur quelques brindilles de paille.
- J. Courberï, viticulteur.
- construction, qui existe encore, incendiée elle-même en partie par suite de l’imprudence et de la négligence de l’ouvrier chargé de son entretien. La porte de fer et les panneaux de ventilation devaient chaque soir être clos afin de rendre toute combustion intérieure sinon impossible, du moins inoffensive.
- 11 advint qu’un jour la discipline se relâcha en raison de l’absence d’accident, mais bientôt sous des influences climatériques spéciales un incendie éclata et le veilleur de nuit donna un matin l’alarme aux hommes de service. Je me souviens fort bien que sous l’influence du feu intérieur activé par trois ouvertures aidant au tirage, la toiture de la cabine aux déchets fondit (elle était en zinc), que les portes rougirent et qu’une conduite de gaz placée à une assez grande hauteur le long du mur auquel était appuyé l’appentis, finit par fondre elle-même sur quelques décimètres de son parcours. 11 convient d’ajouter que ces déchets pouvaient contenir une notable proportion de paille, végétaux secs, etc., mêlés aux laines soumises au nettoyage, qu’ils étaient abreuvés d’huile provenant d’arrosages préalables et du graissage des divers engrenages de la machine.
- Peut-être enfin (ici mes souvenirs sont moins précis) se trouvait-il alors dans le réduit un ou plusieurs paniers d’osier graisseux laissés là par le manœuvre chargé du transport des déchets. En tout cas ces paniers auraient servi seulement d’aliment au feu et leur présence n’a pas un intérêt direct dans l’exposition du frit dont j’entends parler. C’est antérieurement à l’année 1866 que ces faits se produisirent, et vraisemblablement entre les années 1860 et 1865. Nombre de témoins de l’accident sont encore prêts à déposer en faveur de leur authenticité.
- Léon Di/muvs,
- Membre de la Société des sciences d’Orléans.
- Le lait des incendies spontanés est absolument certain.
- ——
- LES AÉROSTATS MILITAIRES
- ET LES ARMÉES EUROPÉENNES
- Voici d’autre part, la letlre que nous avons reçue :
- À la première colonne de la page 55 du n° 707 de La Nature (18 décembre 1886) vous faites allusion à Vutilité scientifique d'enregistrer les faits authentiques de combustion spontanée ayant déterminé un incendie.
- Voici une note positive que je puis vous fournir à cet égard. A ma connaissance, trois fois au moins en quelques années un commencement d’incendie spontané s’est produit dans l’usine de couvertures de laine de MM. Dau-dier père et fils à Orléans, et voici dans quelles conditions.
- Les déchets de bourre de laine grasse provenant du nettoyage des cardes étaient entassés autrefois dans une sorte de réduit spécial qu’on pourrait comparer à un trou à fumier : lorsque le volume de ces débris atteignait certaines dimensions, des cultivateurs venaient les enlever pour en faire un engrais. Or constamment par les temps humides cette masse s’échauffait d’elle-même, et maintes fois prenait feu spontanément si l’on négligeait de la faire surveiller et remuer.
- Il arriva qu’un jour les Compagnies d’assurances qui avaient accepté la police de l’usine exigèrent qu’un local spécial isolé fut construit exclusivement en fer et en briques avec fermetures hermétiques et métalliques pour recevoir une quantité maxima de déchets. J’ai vu cette
- C’est le 2 juin 1793 pendant le siège de Maubeuge, assailli par les Autrichiens, que le premier aérostat captif militaire de l’armée française fut gonflé au bruit du canon. Dès la première ascension, que le capitaine aérostier Coutelle exécuta devant l’ennemi, on reconnut l’utilité des ballons captifs comme postes d’observation ; il fut possible à l’adjudant général monté dans la nacelle, de compter les tentes de l’armée autrichienne.
- Un an après, le 26 juin 1794, Coutelle, pendant la bataille de Fleurus qui ne dura par moins de neuf heures consécutives, resta constamment dans la nacelle de son aérostat, à 200 ou 300 mètres d’altitude, et il ne cessa de donner d’utiles renseignements sur les mouvements de l’ennemi.
- Le général Jourdan qui commandait en chef les armées de Sambre-et-Meuse, rendit hommage aux services rendus par sa vaillante équipe d’aérostiers militaires. Nous en avons le témoignage dans un curieux document de notre collection aérostatique, consistant en une lettre autographe dont l’en-tête gravé en taille-douce, ligure le ballon de Coutelle
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- planant au-dessus des champs de bataille1 (fig. 1).
- Nous n’avons pas le projet d’écrire ici l'histoire des aérostats militaires2, nous voulons seulement esquisser le rôle important que les ballons ont pris aujourd’hui, depuis la guerre franco-prussienne de 1870-4871, dans l’organisation des armées européennes.
- Depuis le siège de Paris, le service des aérostats captifs et l’établissement aérostatique de Meudon, ont été reconstitués en France.
- Les ateliers aéronautiques, installés dans le parc deChalais à Meudon, sont assurément les plus beaux et les plus complets de l’Europe; ils comprennent un hangar métallique de très grande dimension, où le célèbre aérostat dirigeable la France construit par MM. Renard et Krebs, tenait facilement tou gonflé et tout arrimé en même temps que d’autres ballons sphériques.
- Des ateliers de construction et de mécanique, des maisons d’habitation sont en outre disséminés dans ce parc, de grande étendue. On conçoit que les travaux des ateliers de Chalais-Meudon ne sauraient être publiés sans inconvénients; nous ne saurions rien dire au sujet des expériences qui se préparent sous la di-
- 1 Cette curieuse lettre du général Jourdan est datée du quartiergénéral,à VVentzlau, le 23 fructidor de l’an IV (10 septembre 1795); elle est adressée au général Ernouf, auquel elle communique quelques prescriptions militaires. Le général en chef demande, en outre, des nouvelles des mouvements du général Marceau. L’en-tête gravé est d’une composition naïve, mais originale ; elle personnifie la Victoire qui terrasse l’aigle à deux têtes.
- a On trouvera quelques détails sur l’ancienne École aérostatique de Meudon dans les précédents volumes de La Nature (Voy. Table des matières des dix premières années : Aéronautique). Nous avons en outre publié récemment un travail assez étendu à ce sujet, dans la Revue scientifique, n° du 4 décembre 1886.
- rection de M. le commandant Renard sur les études d’un nouveau ballon dirigeable, mais il nous sera permis de donner quelques détails succincts sur l’organisation des ballons captifs militaires.
- Chacun de nos corps d’armée est actuellement pourvu
- d’une équipe de ballon captif, formé de l’aérostat proprement dit, gonflé au gaz hydrogène et confectionné d’un tissu de soie de Chine (ponghie), rendue imperméable par un vernis spécial (fig. 2 et 5). L’équipe comprend en outre un appareil à gaz hydrogène transportable, où le gaz se produit par la décomposition de l’eau par le fer et l’acide sulfurique et une machine à vapeur faisant fonctionner un treuil mécanique pour les ascensions captives. Deux officiers prennent place
- dans la nacelle, suspendue au ballon à l’aide d’un système particulier, fort bien étudié, qui permet à celle-ci de rester verticale. L’ascension peut s’effectuer jusqu’à 500 mètres d’altitude, d’où l’œil de l’observateur embrasse par un temps clair un horizon immense. Les communications des aérostiers avec les officiers à terre ont lieu au moyen du téléphone. Le fil conducteur est enroulé dans le câble de chanvre de l’aérostat. La nacelle est munie de l’outillage photographique nécessaire pour prendre des vues panoramiques ou des vues de détail. L’établissement actuel de Chalais est le centre d’étude de l’aérostation militaire, et constitue l’école d’enseignement en même temps que l’arsenal des constructions.
- Lors des dernières grandes manœuvres de l’armée française, les expériences d’aérostation militaire, faites sous la direction du commandant Renard dans les environs de Montereau, ont pleine-
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- n IM 1
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- Fig. 1. — Fac-similé de l’en-tête des lettres du général Jourdan, à l’armée de Sambre et-Meuse, avec figuration de l’aérostat de Fleurus.
- Fig. 2. — La nacelle d’un aérostat captif militaire de l'année française.
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- ment réussi et ont donné la mesure des services En dehors de l’établissement militaire de Chalais-que l’on peut attendre des ballons1. Meudon, un de nos ingénieurs aéronautes civils les
- Fig. 3. — Aérostat militaire de l’armée française avec son équipe. (D’après une photographie.)
- 1 A la date du 20 mai 1886, le Journal officiel a publié le décret d’organisation du service de l’aérostation militaire. Trois mois après environ, M. le Ministre delà guerre créa une Commission d’études relative à la navigation aérienne. Cette Commission, présidée par M. le général de Lardause, chef d’état-major gé-
- i néral, est composée de MM le lieutenant-colonel Philippe, le lieutenant-colonel Peigné, le commandant Halphen, le commandant Renard, chef de l’établissement d’aérostation militaire de Chalais, le capitaine Krebs, Gaston Tissandier et le capitaine Rrelet, secrétaire.
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- plus distingués, M. Gabriel Yon, a créé un atelier de construction spécial dans l’établissement de la Société lyonnaise d’électricité, avenue de Suffren (Champ-de-Mars). M. Gabriel Yon a déjà construit des aérostats captifs militaires pour le gouvernement italien et pour le gouvernement russe. Nous avons décrit, d’une façon complète, ce matériel important, et nous n’avons pas à y revenir aujourd’huil.
- L’Italie et la Russie ont définitivement adopté les ballons militaires, et le tsar a assisté lui-même, en octobre dernier, aux manœuvres d’une équipe de ses aérostiers militaires. Le gouvernement russe a lait en outre à M. Gabriel Yon la commande d’un aérostat dirigeable, qui se construit actuellement à l’usine de l’avenue Suffren. M. Yon a déjà édifié un vaste hangar de remisage, et il travaille activement à l’exécution de ce navire aérien à hélice, qui n’aura pas moins de 00 mètres de longueur et dont le moteur sera constitué par une machine à vapeur à pétrole. M. Gabriel Yon étudie une machine très puissante sur un modèle tout nouveau, et l’aérostat devra avoir une vitesse propre de 06 kilomètres à l’heure. Les premiers essais de ce magnifique aérostat dirigeable auront probablement lieu à Paris vers le milieu de cette année.
- L’Angleterre a son établissement d’aérostation militaire à Chalham. Ses officiers construisent eux-mêmes leurs ballons, dont une équipe a fonctionné en Égypte. Les Anglais ont adopté un système de réservoirs transportables, contenant de l’hydrogène comprimé, pour gonfler leurs ballons militaires.
- L’Allemagne étudie aussi avec activité les aérostats, mais il ne semble pas que son gouvernement ait encore adopté d’une façon définitive l’emploi de ballons captifs dans tous ses corps d’armée. Le corps d’État-Major se préoccupe surtout des moyens d’attaque des aérostats libres et captifs, et nous savons, de source certaine, que des appareils d’artillerie spéciaux ont été construits à Berlin, pour lancer des projectiles à grande hauteur, afin de pouvoir atteindre des ballons dans l’espace.
- Le gouvernement hollandais, le gouvernement belge, ont récemment commandé à M. Lachambre, aéronaute constructeur à Paris, des aérostats captifs à gaz hydrogène, munis de treuils à bras pour les ascensions captives, et les expériences du matériel belge ont été exécutées à Anvers, sous la direction de. M. Lhoste. L’Autriche s’occupe aussi activement de ballons militaires, ainsi que le Danemark, dont un des officiers du génie est récemment venu à Paris pour cette étude spéciale. Le mouvement aéronautique, on le voit, s’est communiqué à toute l'Europe, Il va même bientôt s’étendre à l’extrême Orient, car le gouvernement chinois a commandé à M. Gabriel Yon deux équipes d’aérostats militaires dont la livraison sera faite très prochainement.
- Gaston Tissandier.
- 1 Voy. n° 046, du 17 octobre 1885, p. 310.
- LES MAINS A SIX DOIGTS
- Un des plus jolis amusements de la campagne est la pêche aux grenouilles ; il suffit en effet de jeter dans l’eau un petit morceau d’étoffe rouge pendu au bout d’un fil attaché à une baguette, pour que les grenouilles viennent le happer avec une sorte de passion inconsciente, et se laissent enlever et poser sur le rivage. Après un moment de stupéfaction, bien légitime d’ailleurs, elles ÿetournent à grands bonds se replonger dans l’eau, où on a le plaisir de les reprendre de nouveau et cela indéfiniment. Mais cette pêche permet de constater une anomalie très curieuse, c’est qu’un certain nombre de grenouille? ont des doigts supplémentaires. La main antérieure de la grenouille, qui à l’état normal n’a que quatre doigts, en a quelquefois cinq, six ou même davantage, et la patte postérieure qui ordinairement n’a que cinq doigts, peut en avoir six ou beaucoup plus. Cette conformation se présente assez fréquemment, car un jeune pêcheur de grenouilles dont nous avions attiré l’attention sur ce point, estimait que sur cent grenouilles, deux ou trois au moins avaient des doigts supplémentaires. Du reste, ce fait est fréquemment constaté dans les laboratoires de physiologie ou de thérapeutique où les grenouilles servent aux expériences, et au Muséum d’histoire naturelle où elles sont élevées en grande quantité pour servir de nourriture aux reptiles. Les salamandres, et probablement tous les batraciens munis de mains, présentent aussi cette curieuse conformation. A l’une des dernières séances de la Société d’anthropologie, M. le docteur Fauvelle a présenté un axolotl qui avait à chaque patte un certain nombre de doigts supplémentaires.
- Ces doigts se rencontrent également sur des animaux d’un ordre plus élevé.
- Les poules, comme les autres gallinacés, n’ont ordinairement que quatre doigts; cependant on rencontre quelquefois des poules à cinq doigts, et une race entière, celle de Houdan, se perpétue ainsi. Dans cette même race, assez fréquemment on voit des individus ayant six et même sept doigts.
- Tout récemment, un éleveur, M.Ludowig Martinet, est parvenu à créer par sélection artificielle des familles de poules à cinq doigts.
- Chez les chevaux il y a des exemples de polydacty-lie ; des chevaux au lieu d’être solipèdes ont le sabot divisé en deux ou trois parties formant comme autant de doigts munis chacun d’un ongle. M. le professeur Sanson en a cité cette année plusieurs exemples.
- Ce genre de conformation anormale se rencontre probablement dans toutes les espèces munies de doigts. Elle est fréquemment constatée dans l’espèce humaine.
- La question des anomalies de la main, consistant soit en doigts en plus (la polydactylie), soit en doigts en moins (l’ectrodactylie), a donné lieu récemment à des discussions scientifiques intéressantes. Elle a été le sujet notamment d’un savant mémoire
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- lu à l’Académie des sciences par le docteur E. Verrier1, d’une étudedu docteur Fauvelle présentéeà la Société d’anthropologie2; de communications et de présentations à l’Académie de médecine. C’est-qu’en effet, les anomalies de la main ont non seulement un intérêt de curiosité, mais elles soulèvent un problème anthropologique très important, comme nous le verrons plus loin.
- Les mains à six doigts sont une infirmité assez commune. « Quelques individus, dit Pline, ont six doigts aux mains; nous lisons que deux filles de C. Horatius, de famille patricienne, ont été par cette raison nommées Sédigitæ. Nous pouvons citer aussi Volcatius Sédigitus, poète célèbre.»
- Un enfant, présenté à l’Académie de médecine en 1751, avait six doigts bien conformésà chaque main et à chaque pied; ces doigts supplémentaires avaient un mouvement propre et indépendant.
- On a cité aussi vers la même époque un curé de Bourges présentant un pouce double très bien caractérisé.
- En 1885, un petit garçon ayant six doigts à chaque main a été examiné par l’Académie de médecine et par la Société d’anthropologie. Cette année même, un homme adulte sexdigitaire également a été l’objet d’une étude de ces deux sociétés.
- Au mois de février 1886, un enfant sexdigitaire est né à Dinan dans les Côtes-du-Nord. Ses parents ne connaissent aucun de leurs ascendants ayant présenté une conformation analogue.
- Les cas de personnes ayant six doigts à chaque main et parfois a chaque pied sont donc assez fréquents. De plus un grand nombre passent inaperçus, car cette infirmitéest fort peu apparente. On raconte à ce sujet l’histoire plus ou moins authentique d’un mari qui ne s’aperçut qu’après plusieurs mois de ménage que sa femme était sexdigitaire.
- 11 est même probable qu’une personne patiente, qui en omnibus, s’amuserait à regarder les mains des voyageurs et a compter leurs doigts, en serait, en assez peu de temps, récompensée par la découverte d’individus à six doigts.
- Souvent le doigt supplémentaire de la main n’est qu’un appendice informe; son voisinage avec les autres doigts peut seul le faire désigner par ce nom, il est incapable d’aucun mouvement de préhension.
- Dans d’autres cas, le sixième doigt est un pouce double ; à partir de la seconde phalange, les deux pouces se séparent et présentent deux extrémités munies chacune d’un ongle (fig. 1). C’est une difformité très gênante pour les personnes qui en sont afr fectées.
- Mais d’autres fois, le doigt supplémentaire se trouve sur la même ligne que les autres, presque toujours du côté du pouce; c’est, si l’on veut, un second index (fig. 5) ; plus rarement c’est un second petit doigt (fig. 2). Dans ces cas, ce doigt supplémentaire suit le mouvement des autres doigts, est suscep-
- 1 Séance du 25 mars 1880.
- 2 Séance du 21 janvier.
- tible de préhension, s’applique sur le manche d’un outil, peut saisir les objets, etc.
- 11 existe même plusieurs exemples d’individus ayant sept doigts a chaque main. L’abbé Rozier, dans son journal de physique, a décrit minutieusement l’un de ces phénomènes.
- Voici une autre observation relative à un individu sexdigitaire, qui présente quelques particularités intéressantes. Sur le versant nord des montagnes de la Margeridc en Auvergne, habite une véritable famille de monstres. Un individu rachitique, boiteux et à demi crétin, vivant de la charité publique, s’est uni à une femme goitreuse, misérable comme lui, et de leur union sont nés six enfants. Or, l’un de ces enfants étaitboiteux, un autre bossu, un troisième, une petite fille, sourde et muette, les autres goitreux et presque idiots ; le moins infirme est sexdigitaire, il est beaucoup plus robuste que ses frères et sœurs, il se loue comme tâcheron. Le sixième doigt qu’il a à chaque main ne semble lui causer aucune gêne, il est mobile, a ses mouvements propres. Cet homme actuellement âgé d’une trentaine d’années a eu deux enfants; l’un d’eux, un petit garçon, a six doigts à chaque main, comme son père.
- L’infirmité des doigts supplémentaires est en effet une de celles qui se transmettent le plus facilement par hérédité ; il y a un grand nombre d’exemples de familles sexdigitaires.
- Maupertuis raconte qu’il y eut longtemps à Berlin une famille dont tous les membres avaient six doigts à chaque main et à chaque pied.
- Un chirurgien du siècle dernier, nommé Renou, a donné de curieux détails sur plusieurs familles sexdigitaires qui existaient depuis un temps immémorial dans un certain nombre de paroisses du Bas-Anjou.
- « Cette difformité, fait-il remarquer, se perpétue parmi les membres de ces familles, même quand ils s’allient avec des personnes qui en sont exemptes, que ce soit la mère ou le père qui soit atteint ou qui propage cet excès d’organes, leurs enfants des deux sexes en sont indifféremment affectés.
- « Un homme ou une femme sexdigitaire ont quelquefois une partie et même tous leurs enfants exempts de cette difformité, tandis que ces derniers, au contraire, produisent des rejetons chez qui elle reparaît au plus grand degré. »
- Pendant longtemps une famille analogue a existé dans l’ile de Malte, tous les enfants naissaient avec six doigts aux pieds et aux mains. Cette famille (le père se nommait Gratio Kalleia) a été décrite par Réaumur.
- Un voyageur raconte avoir vu à la Guadeloupe, « un pays où l’on observe assez communément des difformités par excès des mains ou des pieds, des phalanges supplémentaires se retrouver chez les enfants comme chez les parents. » Nous nous souvenons, dit-il, d’un homme de couleur, qui possédait six doigts à chaque main et dont les cinq enfants présentèrent six doigts, soit à l’une, soit à l’autre main, soit à toutes les deux. Cet homme était si convaincu
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- de l’hérédité, qu’ayant eu un sixième enfant qui vint au monde avec cinq doigts seulement à chaque main, il se mit violemment en colère.»
- Les Arabes ont une grande considération pour les individus à six doigts; ils croient que c’est une sorte de marque distinctive par laquelle Allah montre que ces êtres sont privilégiés.
- La main est pour eux l’emblème de la force. Le signe du pouvoir est une main d’argent portée comme guidon auprès du Sultan. Très fréquemment en Algérie et surtout en Tunisie, on voit, sur le montant des portes, l’empreinte d’une main sanglante. C’est une sorte de talisman, une menace contre les atteintes à la propriété. Lorsque Mahomet II s’empara de Constantinople en 1455, il fit son entrée dans la ville, se dirigea en grande pompe vers l’église Sainte-Sophie, descendit de cheval, trempa sa main dans le sang des victimes, qui coulait sur le sol et l’appliqua contre la porte de la Métropole, prenant par cet acte possession de l’empire grec.
- On comprend, d’après ces exem-ples, l’importance que les Arabes attribuent à la main considérée comme emblème, et la vénération qu’ils ont pour les individus sexdigi-taires.
- Abd-el-Kader avait institué parmi ses troupes (en 1839) une décoration consistant en une main d’argent qui se portait attachée au turban, le nombre des doigts que possédait cette main variait suivant les grades : elle avait cinq doigts pour le premier grade, six pour le second, et sept pour le grade le plus élevé (fig. 4). . .
- Au sud de l’Arabie, dans les tribus des Hyamites se trouve depuis plusieurs siècles une dynastie patriarcale, la famille des Foldi très vénérée des Arabes, parce que dans cette famille tous les enfants naissent ayant vingt-quatre doigts. Ceux chez qui cette anomalie ne se rencontre pas, sont considérés comme étant d’une origine étrangère à la famille et nus immédiatement 'a mort. La famille des Foldi est très nombreuse et ses membres ne s’allient qu’entre eux.
- Il est une autre variété de doigts supplémentaires 'a signaler. Ces doigts se développent chez l’adulte. D’abord on aperçoit sur le côté de la main ou entre les phalanges, une légère excroissance, une sorte de grosse verrue, qui croît, s’allonge, prend la forme d’un doigt et est recouverte a son extrémité
- d’une surface cornée, analogue à un ongle. Le docteur Broca, notamment, a cité deux exemples de ces doigts supplémentaires dont il a fait lui-même l’ablation : leur moulage se trouve à la Société d’anthropologie. La première observation concerne un cordonnier de vingt-cinq ans, qui avait vu paraître, à l’âge de treize ans, une tumeur sur le médius gauche, qui peu à peu s’était développée et était devenue un véritable doigt muni d’un ongle.
- Le second exemple cité par Broca est celui d’un jeune homme du même âge que le précédent, mais chez lequel le doigt supplémentaire avait commencé à paraître vers l’âge de vingt ans. Au moment où l’on en fit l’ablation, ce doigt supplémentaire n’avait pas encore acquis son entier développement. Ces doigts sont simplement formés de tissus fibreux recouverts de peau, ils n’ont ni os, ni cartilage à leur partie centrale.
- De même, avons-nous dit, que l’on rencontre des
- individus dont la main présente des doigts supplémentaires (la po-lydactylie), il y a de nombreux exemples d’individus nés, ayant aux mains moins de cinq doigts, c’est ce qui constitue l’ectrodac-tyhe.
- Dans sa très intéressante communication faite à l’Académie des sciences le docteur E. Verrier a cité un grand nombre d’exemples de ce genre. 11 a montré notamment des dessins de mains n’ayant que quatre doigts (fig. 5). Quelquefois ces doigts sont placés symétriquement et forment une sorte de main ayant deux pouces opposables aux deux autres doigts. D’autres mains n’ont que trois doigts, d’autres enfin n’en ont que deux, c’est l’anomalie appelée vulgairement la pince de homard ou la patte d’écrevisse.
- Une autre curieuse anomalie des doigts est constituée par une sorte de membrane qui réunit les doigts entre eux ; les doigts sont palmés et l’on désigne les mains de cette forme sous le nom de pattes d’oies ou pattes de canards. Un écrivain célèbre, du commencement de ce siècle, Grimod de la Reynière, était atteint d’une infirmité de ce genre, et voici la description tant soit peu exagérée, semble-t-il, qu’en a donnée un témoin oculaire : « Grimod de la Reynière appartenait par ses mains à la race des-palmipèdes, les quatre doigts étaient palmés et réunis en un seul, et leur extrémité armée d’une griffe. Le pouce
- Fig. 1, 2 et 5. — Difformités des mains. — 1. Main ayant un double pouce. 2. Main ayant un double petit doigt. — 5. Main ayant un double index.
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- beaucoup plus long et plus gros qu’un pouce ordinaire, portait une griffe au lieu d’ongle. Ce pouce et ce quadruple doigt, dépourvus d’articulation et de mobilité, possédaient une puissance extraordinaire pour étreindre un objet à l’instar d’un étau.
- Les griffes monstrueuses dont ils étaient accompagnés, auraient eu au besoin une action terrible pour déchirer et pour lacérer. Enfin, rien n’était plus hideux que l’aspect de cette difformité. )) Du reste, on avait adapté à ses mains monstrueuses des doigts artificiels; il écrivait, il dessinait et découpait même à table avec beaucoup d’adresse. On sait en effet, que, Grimod de la Reynière était un écrivain gastronome.
- Ces conformations anomales de doigts rentrent, d’après l’opinion populaire, dans la catégorie des envies, et sont le résultat de frayeur, de désirs, d’impressions reçues par la mère. 11 n’est pas nécessaire de démontrer le peu de fondement de cette opinion en général, mais nous citerons, a titre de curiosité, l’histoire de cette marchande des Vosges, qui, en 1801 eut un en-fa nt dont les mains n’avaient chacune que deux doigts en forme de serres d’écrevisses, et les pieds, que deux orteils de même forme. Cette femme avait été, disait-elle, vivement émotionnée par la vue d’un mendiant qui avait une main a peu près conformée de la sorte et c’est à cela qu’elle attribuait la diffor-9 mité des mains de son enfant.
- Les physiologistes sont à peu près d’accord sur les causes de l’ectrodactylie ; c’est le résultat d’un
- arrêt de développement, d’une pression, d'un accident, arrivés à l’enfant à une période plus ou moins antérieure à sa naissance, etc. Mais les opinions varient au contraire sur les causes de la polydactylie. Quelques anthropologistes en voient l’origine dans l’influence d’un ancêtre de l’homme appartenant à une espèce animale munie d’un grand nombre de doigts. Mais, en examinant quels sont ces mammifères desquels l’homme peut hériter de doigts supplémentaires, on ne trouve guère que certains amphibies et quelques grands animaux antédiluviens, tels que le plésiosaure; autrement dit, des animaux très éloignés de l’espèce humaine. L’explication de la polydactylie par la doctrine de l’atavisme a, semble-t-il, peu de chance de prévaloir. Une autre doctrine préférable à notre sens est celle des « formes nouvelles ». De temps en temps se présentent chez les animaux des
- anomalies transmissibles par hérédité et qui deviennent les formes fixes, si elles répondent aux conditions de milieu, si elles sont plus appropriées à celles-ci que les formes antérieures , si elles constituent, dans la lutte pour l’existence, un avantage pour les animaux qui les possèdent ; dans ce cas, cette conformation une fois fixée, deviendra l’apanage d’une nouvelle race qui prédominera sur celle dont elle est issue. Si, par exemple, un sixième doigt constituait un avantage pour l’espèce humaine, si la main à six doigts était plus forte, plus robuste, plus adroite que la main normale actuelle, la polydac-
- Fig. i. — Main d’argent à sept doigts, portée comme insigne par les troupes d’Abd-el-Iiader.
- Fig. o. — Exemples de mains n’ayant que deux, trois ou quatre doigts.
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- tylic sc transmettant facilement par hérédité, comme nous l’avons vu, les familles sexdigitaires mieux outillées se multiplieraient, formeraient une nouvelle race humaine qui peu à peu absorberait l’ancienne race a cinq doigts. Malheureusement, pour les personnes et les familles a six doigts, leurs mains ne sont ni plus fortes, ni plus adroites qu’elles ne le seraient sans leurs doigts supplémentaires. C’est donc sans envie que les humains dont la main n’a que cinq doigts peuvent contempler les sexdigitaires.
- Guyot-Daubès.
- MÉTHODE
- D’IMPRESSION PAR. L’ÉLECTRICITÉ1
- En exposant dernièrement les curieuses expériences du docteur Boudet de Paris sur une méthode permettant de reproduire facilement l’image d’une médaille au moyen de l’électricité, nous faisions remarquer que ce sont les parties en relief de la médaille qui viennent en blanc tandis que les creux viennent d’autant plus en noir qu’ils sont plus profonds. Nous ajoutions que l’explication de ce phénomène n’était pas encore donnée. Plusieurs personnes se sont depuis occupées de la question, mais leurs explications sont fort différentes et nous serions entraîné trop loin si nous voulions les examiner toutes. Nous ne parlerons donc que d’une seule, qui nous paraît être la vraie et qui a été donnée par un constructeur électricien bien connu, M. de Méritens. Il estime que la force qui tend à détacher, au moment de la décharge, la plombagine des surfaces où elle se trouve pour la projeter sur le diélectrique, est en raison de la charge électrostatique, et que celle-ci variant avec l’éloignement entre le diélectrique et l’armature, il est tout naturel que pour les reliefs qui sont les parties les plus proches la quantité de plombagine détachée ne soit pas la même que pour les creux qui sont les parties les plus éloignées.
- M. Boudet de Paris a démontré expérimentalement le bien fondé de cette théorie, et on peut répéter son expérience de la façon suivante : on prend trois ou quatre plaques de cuivre, ou autre métal, ayant environ b centimètres de long sur 2 de large et 1 millimètre d’épaisseur; on les plombagine d’un côté aussi uniformément que possible, puis on les dispose sur le diélectrique du condensateur, la plombagine en dessous, en les plaçant en retrait d’environ 1 centimètre les unes sur les autres de manière à former un escalier.
- On a ainsi une armature dont les parties plombaginées sont égales en surface et en épaisseur, mais dont les distances au diélectrique varient.
- Après avoir chargé et déchargé le condensateur ainsi que nous l’avons expliqué dans notre précédent article, on constate que la teinte la plus foncée est en regard de la plaque supérieure, et que l’intensité des teintes, en regard des autres plaques, va en diminuant à mesure que celles-ci se rapprochent du diélectrique.
- Cette expérience prouve bien que la différence des tons, dans la reproduction d’une médaille ou d’un cachet par le procédé de M. Boudet de Paris, est due à une cause purement électrique et qu’elle ne tient nullement à l’accumulation de la plombagine dans les creux. G, M.
- 1 Voy.'n0 702, du 13 novembre 1886.
- LA
- PHOTOGRAPHIE DES FEUX D’ARTIFICE
- Plusieurs de nos lecteurs nous ont écrit poumons demander des renseignements un peu complets sur le mode d’obtention du cliché du feu d’artilice, reproduit dans notre précédente livraison h i L’auteur de cette photographie, M. Barrai, préparateur à la Faculté de médecine de Lyon, nous a adressé à ce sujet la communication suivante:
- Depuis longtemps j’avais songé à essayer d’obtenir la photographie d’un feu d’artifice, non pas seulement au point de vue de l’effet produit, mais surtout pour me rendre compte de l’action photogénique des flammes et fusées de diverses couleurs, ainsi que de leur trajectoire et de leur terminaison. Le 14 juillet 1886, on tira le feu d’artifice presque sous mes fenêtres, à 50 mètres environ de la maison que j’habite, sur le pont Tilsitt; j’étais donc aux premières loges pour tenter la photographie; aussi, après plusieurs essais de plaques extra rapides je mis dans mes châssis des plaques Henderson (plaques anglaises), Vernon et Lumière, décidé à me servir alternativement de ces plaques pour photographier soit les régates qui avaient lieu dans la journée, soit le feu d’artifice. Le hasard a voulu que je me serve de plaques Henderson pour obtenir la photographie que vous avez publiée; mais, je suis persuadé, d’après mes essais préliminaires, que d’autres plaques extra rapides m’auraient donné le même résultat : les plaques françaises sont aussi bonnes que les plaques anglaises. Je me suis servi de l’appareil 15/18 construit par M. Bourdin, à Lyon, et d’un objectif Dérogy n° 5 non diaphragmé (diamètre de l’ouverture 2% 5) et muni de son obturateur ordinaire. Les fusées se détachant sur un fond noir, je n’avais pas besoin d’obturation instantanée, comme je l’avais remarqué en photographiant l’étincelle électrique d’induction dans une chambre absolument noire ; tout se bornait donc à obtenir un temps de pose suffisant pour qu’il y ait sur l’image un nombre assez grand de fusées, sans que ce nombre soit trop considérable pour qu’il y ait confusion, j’ai fait poser 15 secondes.
- Le mode de développement a une certaine importance dans la réussite; après avoir essayé un grand nombre de révélateurs différents, qui sont tous plus ou moins bons pour les photographies ordinaires, je me suis arrêté, pour les photographies instantanées, au révélateur de M. Mazot, photographe de la maison Bourdin (opticien) de Lyon ; ce révélateur est au fer, tout à fait inoxydable à l’air, et donne d’excellents résultats surtout quand le cliché manque un peu de pose.
- Nous ajouterons que la photographie publiée n’a subi aucune retouche.
- CHRONIQUE
- I/Exposition de photographie de Nantes. —
- Une importante Exposition de photographie a eu lieu ces mois derniers à Nantes, sous le patronage du maire de la ville, M. Edouard Normand, et sous la présidence de
- 1 Voy. u° 709, du 1er janvier 1887, p. 67.
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- M. A. Bascher. Le jury a récemment décerné les récompenses, l’armi les praticiens, nous mentionnerons M.Nadar qui a obtenu un grand diplôme d’honneur avec félicitations du jury. M. Martin, de Nantes, a reçu un grand diplôme d’honneur. Notre savant collaborateur, M. bonde, a obtenu un diplôme d’honneur pour son obturateur, construit en collaboration avec M. Dessoudeix,et pour ses photographies instantanées. Les photographies en ballon, exécutées par MM. Gaston Tissandier et Jacques Ducom, ont obtenu une récompense, et le jury a accordé au rédacteur en chef de La Nature un diplôme d’honneur pour lesse^ vices rendus par notre publication à la photographie. Nous sommes heureux d’adresser nos remerciements auxinembres du Jury de l’Exposition de Nantes, mais nous ferons observer que c’est surtout à nos collaborateurs et aux intéressants documents, qu’ils ne cessent de nous communiquer, que nous devons cette belle récompense. De grands diplômes d’honneur ont été donnés à M. le prince Roland Bonaparte, pour sa collection anthropologique; à MM. Henry frères, pour leurs photographies astronomiques; à M. Marey, de l’Institut, pour ses applications de la photographie à l’étude de la locomotion de l’homme et du vol des oiseaux; au Ministèrede la guerre pour sa remarquable exposition. G. T.
- Un nouveau bateau sous-marin. — M. Andrew Campbell est l'inventeur d’un nouveau bateau sous-marin dans lequel le déplacement vertical ou mouvement de montée et de descente est obtenu par le moyen très simple d’augmentation ou de diminution de la capacité flottante. Cette variation dans la capacité du bateau est produite au moyen de chambres cylindriques lesquelles sont projetées ou retirées des côtés du bateau, à la façon d’un télescope.
- Le premier bateau construit sur ce principe est sorti des chantiers de MM. Fletcher fils et Fearnall, de Londres ; il est construit en tôle d’acier et a la forme d’un cigare ; sa longueurjîst de 18 mètres et son diamètre au maître couple, 2m,40. Il déplace, lorsqu’il est complètement immergé, 50 tonnes. Ses deux hélices sont commandées par deux moteurs électriques d’une force totale de 45 chevaux; les accumulateurs fournissant le courant servent aussi à l’éclairage électrique de l’intérieur. Une provision d’air comprimé, suffisante pour trois jours, est emmagasinée à bord. La provision de courant est également suffisante pour la même durée.
- A l’état normal de flottaison, environ 25 centimètres de la partie supérieure de la coque sont visibles au-dessus de l’eau, plus une tour centrale d’environ 50 centimètres de haut sur 40 de diamètre, et munie de quatre hublots. — L’équipage peut consister en six personnes. Le bateau peut monter et descendre, soit lentement, soit rapidement, et, dans toutes les manœuvres, la quille reste parfaitement horizontale.
- Des expériences très intéressantes et concluantes ont eu lieu le 27 novembre aux docks « West India », à Londres.
- Vente de pigeons voyageurs. —- Voici une des plus beUes ventes de pigeons qui aient eu lieu ; elle s’est faite à Londres, le 17 novemhre 1886, et a produit, au profit de M. John W. Sogan, dix-sept mille deux cent et quarante-six francs, soit en moyenne 246 francs par pigeon. Il y en avait 70. Un de ces pigeons, âgé de sept ans, croisé des races bruxelloises et anversoises, a été adjugé 1225 francs. Une femelle de Verviers a été vendue 301 francs. D’autres pigeons ont atteint 479, 499, 604, 630, 998 francs.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 3 janvier 1887. — Présidence de M. Gosstu.w
- Election du vice-président. — C’est toujours dans la première séance de l’année que l’Académie renouvelle son bureau: M. Gosselin, vice-président, succède au fauteuil, à M. Jurien de la Gravière, président sortant, et l’on procède àl’élection d’un nouveau vice-président. Les votants étant au nombre de 58, M. Janssen est élu par 44 suffrages.
- 9 bulletins désignent M. Phillips, et 5 M. Loewy. Il y a deux billets blancs.
- U ne lettre de Paul Bert. — C’est sans doute l’une des dernières lettres écrites par Paul Bert, que M. Marcel Deprez met sous les yeux de l’Académie, qui décide de la conserver dans ses archives. L’illustre représentant de la République au Tonkin, préoccupé avant tout de répandre le bien sur le territoire qu’il gérait, s’y inquiète des pro- * cédés à adopter pour obliger le fleuve Rouge qui coule à Hanoï, à produire de la lumière pour éclairer la ville.
- « Notre ville d’Hanoï, dit-il à peu près, est baignée par un fleuve puissant, de 800 mètres.de large, profond et rapide : la ville est pleine de ténèbres, ses trente hectares de surface étant impraticables pendant la nuit. Je fais éclairer au pétrole, mais c’est un procédé sauvage. Le gaz est trop cher. Je viens donc vous demander si on peut employer le fleuve à faire de la lumière. La dépense serait-elle grande? Pensez donc, si nous réussissions, nous serions en avance sur l’Angleterre et sur le Japon ! » Et ce n’est pas sans une émotion bien visible que M. le secrétaire perpétuel Bertrand lit cette dernière phrase : « Répondez-moi et répondez vite, mes jours sont comptés... »
- Les muscles des rongeurs. — Les laborieuses études de M. le professeur Ranvier lui ont montré, depuis longtemps que, chez le lapin, deux muscles seulement de la cuisse sont rouges : le demi-membraneux et le soléaire ; les autres sont blancs. Dans les muscles rouges on observe une quantité énorme de noyaux qui sont incomparablement moins nombreux dans les muscles blancs où ils sont loin de pénétrer autour sous le sarcolemme. En second lieu, l’électricité, appliquée aux muscles rouges, n’y produit qu’une contraction lente, suivie d'un retour lent au relâchement primitif. Au contraire, dans les mêmes conditions, les muscles blancs de la cuisse du lapin se contractent rapidement et reviennent très vite à leur état normal ; de façon à rappeler, malgré la différence de leur coloration, les muscles rouges ordinaires, ceux du chien, par exemple. L’auteur s’est assuré qu’à l’encontre du lapin, le lièvre ne présente pas deux colorations nettement tranchées dans les muscles de sa cuisse. Cependant le soléaire et le demi-membraneux s’y signalent, comme tout à l’heure, par leurs propriétés physiologiques toutes spéciales.
- La cendre du Krakatau.— Dans ses études minéralogiques sur la cendre du Krakatau, M. A. Renard n’a pas vu certaines particularités que m’ont fournies des échantillons dont je dois la possession à M. Brau de Saint-Paul Lias. H s’agit d’une grande abondance de globules pierreux donnant à la matière un aspect oolithique des plus particuliers. Ces globules qu’on parvient à couper en tranches minces, n’ont pas beaucoup plus d’un demi-millimètre de diamètre. Ils sont formés d’aiguilles cristallines de nature pyroxénique, groupées en faisceau, et, à cet égard, ils offrent une analogie très frappante avec les chondres de beaucoup de météorites. En présence de ce fait, il se
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- pourrait que, dans les profondeurs infravolcaniques, des éléments métalliques subissent encore aujourd’hui cette coupellation superficielle dont Élie de Beaumont a formulé si magistralement la supposition et qu’Humphry I)avv avait rattachée comme conséquence à son immortelle découverte des métaux alcalins.
- Le lias de Sicile. — On connaît depuis longtemps aux environs de Taormina, près de Messine, en Sicile, des couches très intéressantes par la prodigieuse quantité de coquilles fossiles qu’elles renferment. Tout d’abord ce gisement fut rapporté au terrain rhétien, et quelques personnes tiennent encore pour cette solution. Mais de très précises déterminations paléontologiques ont montré à M. Schopen et à M. Di-Stefano, que les assises que surmonte le lias supérieur et que M. Seguenza avait rapportées au rhétien, sont réellement basiques. Malgré l’annonce qui en avait été faite, on n’y trouve pas, par exemple, d’après ces paléontologistes : Spirife-rina Walcoti, S. verru-cosa, Rhynchonella •tri-plicala, R. belenmitica,
- R. oxynoti, Zeilleriaper-forata, et beaucoup d’autres. Au contraire on y reconnaît : Spiriferina rostrata, Rhynchonella curviceps, Tcrebratula punctata, Zeilleria numi-smalis, Lima punctata.
- * Peclen Hchlii, Avicula Sinemuriensis, et autres espèces non moins caractéristiques de sinémurien.
- En même temps, M. Gem-mellaro étudie, aussi à Taormina, des couches basiques supérieures avec Leptæna.
- La paralysie mercurielle. — En étudiant les effets de l’empoisonnement par les sels de mercure, M. Maurice Letulle s’est aperçu que dans les lésions concernant la substance nerveuse, la gaine de myéline disparaît promptement, mais le cylindre-axe persiste. Il paraît même persister indéfiniment, et c’est ce qui explique pourquoi les paralysies mercurielles se guérissent très rapidement.
- Varia. — On annonce la mort, à quarante-trois ans, de M. Oppolzer, correspondant delà section d’astronomie. — Au nom de M. Noguès, M. Hébert dépose une double réclamation de priorité : contre M. Villiers qui a retrouvé, trente ans après, des faits relatifs aux roches ophitiques, et contre M. Deperet qui, à peu près au bout du même intervalle, renouvela des observations de la gramvacke devonienne des Pyrénées-Orientales. — L’isomérie des camphols et des camphres occupe M. Haller. — Dans un travail dont il ne donne aujourd’hui qu’une partie, M. Bourquelot analyse la réaction delà salive sur l’amidon.
- Stanislas Meumkr.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- Vous prenez deux verres à boire, de petite dimension, des verres a vin de Bordeaux, par exemple ; vous avez soin de les choisir de telle sorte que leurs bords puissent se superposer. Vous les immergez dans l’eau, en vous servant d’un seau ou d’une terrine, et avant de les sortir du liquide vous les placez bord à bord de manière à ce qu’ils restent pleins tous les deux comme le montre notre figure. Vous aurez ainsi deux verres pleins d’eau, sans air: il vous sera facile, en agissant avec précaution, de les déplacer légèrement l’un par rapport ;t l’autre, afin de laisser un léger intervalle entre leurs bords. Prenez à ce moment
- du vin dans un troisième verre, et versez-le goutte à goutte sur le pied du verre supérieur, d’où il se répandra doucement sur la surface de ce dernier. Arrivé à la ligne de séparation, vous verrez le vin, au lieu de continuer sa descente, pénétrer par minces filets rouges entre les deux verres, et monter lentement dans celui du haut, grâce à la différence de densité du vin et de l’eau. Vous pourrez arriver ainsi à colorer totalement en rouge l’eau du verre supérieur, sans teinter celle du verre inférieur.
- Le vin a adhéré au verre supérieur par l’action de la capillarité : il s’est élevé dans le verre en raison de la différence de densité avec l’eau. 11 y a la une expérience à la portée de tout le monde et qui peut servir de démonstration de cours.
- Nous empruntons cet intéressant sujet de physique au journal le Chercheur, qui a bien voulu s’inspirer de nos Récréations scientifiques sous la direction de notre collaborateur, M. Arthur Good.
- Nous ajouterons que les deux verres en expérience doivent être posés sur une assiette creuse, afin de recueillir l’excès de vin, car il en ruisselle aussi une notable partie autour du verre inférieur. Il n’y en a qu’une fraction qui s’élève dans le verre supérieur. Il n’en est pas moins vrai que l’eau de ce verre, seule, se colore en rouge, tandis que l’eau du verre inférieur reste incolore.
- Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Expérience sur la capillarité et la densité des liquides.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleur us, à Paris.
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- N° 711
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- L’OUTILLAGE DU LABORATOIRE
- NOUVELLE TROMPE ASPIRANTE ET SOUFFLANTE
- Le matériel du chimiste ne cesse de faire des progrès et de se perfectionner de jour en jour; on a vu récemment ici même l’aspect des modestes appareils
- dont se servaient Scheele et les chimistes du siècle passé1. Ils n’avaient a leur disposition que quelques fioles grossières, et ne faisaient usage que du charbon de bois pour le chauffage, opéré dans des fourneaux de terre. Les appareils à gaz, à notre époque, becs Bunsen, fourneaux, moufles à gaz, ont transformé le laboratoire, en donnant au chimiste le moyen d’avoir
- Fig. 1. — Trompe aspiruute et soufflante et ses applications dans le laboratoire. — T. Ensemble de l’appareil. —r F. Flacon de sûreté. — R. Robinets de verre. — M, M'. Manomètre. — C. Cloche à bords rodés.
- du feu instantanément, sans poussières de cendres, et avec l’intensité voulue.
- Dans les opérations du laboratoire, le chimiste n’a pas seulement recours au feu pour opérer ses réactions ; il se trouve aussi dans la nécessité de faire passer des gaz à travers des liquides ou des solides absorbants, et il lui faut pour cela établir un système d’aspiration ; il a souvent recours a la dessiccation de 15e année. — 1er semestre..
- substances placées dans des cloches de verre, où il doit faire le vide ; il lui faut enfin très fréquemment avoir a sa disposition un courant d’air comprimé, afin d’insuffler l’air dans la flamme du chalumeau, pour courber le verre, chauffer des creusets de platine, etc.
- 1 Voy. n° 706, du 11 décembre 1886, p. 17.
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- Pour avoir Paspiration, il fallait autrefois disposer des flacons a écoulement d’eau, ils offraient l’inconvénient d’être encombrants; pour avoir le vide, on recourait à la machine pneumatique, appareil très coûteux et d’un emploi délicat; pour souffler de l’air dans le chalumeau, on faisait marcher un soufflet avec le pied. Tout cela est remplacé aujourd’hui par la trompe aspirante et soufflante qu’il suffît d’adapter à un robinet d’eau de la ville. Avec ce remarquable appareil, on n’a plus qu’à ouvrir et à régler deux robinets pour avoir instantanément, et d’une façon continue, aspiration ou insufflation d’air.
- L’appareil, construit par M. Alvergniat, est représenté dans son ensemble en T (fig. 1), nous l’avons fait dessiner à côté des différents objets auxquels il
- peut servir. La
- trompe aspirante et soufflante est d’abord en communication avec un flacon de sûreté F portant à sa partie supérieure une soupape. Celle-ci a pour but d’empêcher l’eau d’aller dans les appareils à vide, ce qui se produirait si la pression de l’eau venait à diminuer brusquement dans les tuyaux. — R est une planchette sur laquelle on a fixé deux robinets en verre formant double T. Cette disposition permet de distribuer le vide dans deux directions différentes. M est un manomètre, à course entière, qui permet d’apprécier le degré du vide fait dans les appareils, M' est un autre manomètre, tronqué, facile 'a déplacer. Ces deux instruments sont construits de façon 'a être facilement remplis et nettoyés. Les règles divisées dont ils se trouvent munis, sont mobiles. C est une cloche de verre à bords rodés : elle porte à la partie supérieure un robinet de verre rodé; elle appuie par ses bords sur un plan usé à l’émeri et mastiqué dans un cadre en métal porté par quatre pieds. Cette disposition permet de saisir, quand on le veut, le plan de verre, et de transporter dans un endroit quelconque plan et cloche.
- La cloche C recouvre un support à deux étages, sur lequel on peut déposer les capsules ou vases renfermant les extraits. Sous le plateau inférieur de ce support, on place un cristallisoir renfermant de
- Fig. 2. — Trompe aspirante en verre (n° 1) et'trompe en métal (n* 2).
- l’acide sulfurique; un petit manomètre tronqué permet de se rendre compte de la valeur du vide intérieur.
- Sur le premier plan de notre gravure (fig. 1) on voit enfin le bec de gaz que la trompe transforme en un chalumeau quand elle y souffle de l’air.
- 11 nous reste à présent à faire connaître le mode de fonctionnement de la trompe aspirante et soufflante. Cet appareil est une véritable application de l’injecteur Gilïard; son principe a été imaginé en 1872 par M. Lane, élève de Charles Sainte-Claire Deville, et qui travaillait au Laboratoire de la Sorbonne. C’est là que M. Lane fit la première application delà trompe aspirante.
- Peu de temps après, MM. Alvergniat frères mettaient les premiers modèles de trompe aspirante dans le commerce, et depuis ce temps, l’usage en est devenu général dans les laboratoires. La trompe, d’abord faite en verre, consiste en deux ajutages coniques A, R disposés comme le montre le schéma ci-contre (fig. 2, n° 1) ; l’eau de la ville arrive par le robinet R, elle passe du cône A dans le cône R, comme dans l’injecteur, et en s’écoulant, elle entraîne avec elle l’air qu’elle aspire en T.
- L’eau qui se déverse en E est ainsi mélangée d’air. L’aspiration produite par le tubeT est très énergique ; on peut, en mettant ce tube en communication avec une cloche de verre, obtenir un vide maximum qui est variable en hiver et en été, suivant la tension de la vapeur d’eau.
- La trompe peut être faite en métal. M. Alvergniat dans Fig. 3.—Coupc de la trompe
- son nouvel appareil a pu aspirante et souniantc-, »i i 1A a 1 /i C. Robinet d’aspiration pour
- reunir les deux cônes en G la SOuffierie o. Arrivée de
- (fig. 2, n° 2) et ne laisser l’eau de la ville par le qu’une ouverture H, ou deux robmet R- — °' Ecrou., ouvertures comme cela est indiqué figure 5.
- Jusqu’ici nous ne voyons fonctionner que l’aspiration ; voici comment le constructeur a obtenu le refoulement d’air comprimé, ou la soufflerie. La trompe métallique est représentée en tt' (fig. 3) au-dessous du robinet d’eau de la ville ; le tube d’écoulement de l’eau se prolonge dans un cylindre G métallique ; si on ferme légèrement le robinet inférieur D',une certaine quantité d’eau s’accumule dans le cylindre, et y comprime de l’air qui s’échappe avec pression par le robinet supérieur. On peut obtenir une pression correspondant à 0m,10 de mercure, c’est-à-dire une insufflation très énergique.
- La manœuvre du robinet D' permet d’avoir la régularité de l’insufflation. Cet appareil, très pratique, n’est pas seulement utilisé par les chi-
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- mistes, il est encore appelé à rendre de grands services aux physiologistes, aux botanistes et à tous les laboratoires de science. Gaston Tissandier.
- LA MORGUE A PARIS
- ET LES NOUVEAUX APPAREILS FRIGORIFIQUES
- On a beaucoup écrit sur la Morgue, au point de vue administratif et médical; par contre, les perfectionnements qui viennent d’être réalisés dans son organisation intérieure, et plus spécialement dans le mode de conservation des corps, sont peu connus du public. On sait seulement que l’on peut y conserver au moyen du froid, aussi longtemps que l’on veut, les cadavres exposés pour être reconnus ; mais on ignore en général comment ce froid est appliqué, et par quels appareils il est produit. C’est ce que nous allons indiquer ici, en écartant tout détail qui, dans un sujet de ce genre, pourrait sembler trop repoussant à nos lecteurs. Nous ne ferons donc que mentionner la Salle d'autopsie, avec une table du modèle employé dans les amphithéâtres de nos hôpitaux. C’est là que l’éminent docteur Brouardel fait ses conférences de médecine légale pratique. Nous ne dirons rien non plus de la Salle des magistrats, réservée au service des confrontations, sinon que les amateurs de ce genre d’émotions peuvent lire, au-dessous des sièges de cette salle, les noms des accusés célèbres qui s’y sont assis, et que les garçons de la Morgue y ont inscrits avec les dates des confrontations. Nous y avons lu, entre autres, les noms de Prévost, Moyaux, Troppinann, etc. Nous passons également sur le Greffe et ses dépendances, qui constituent, dans la Morgue, une sorte de petite Mairie, pour arriver au service le plus important : la reconnaissance des cadavres au moyen de leur exposition publique. Les améliorations apportées dans ce service étaient d’autant plus nécessaires que le nombre des corps exposés suit chaque année une progression ascendante. Sur l’intéressante statistique, dressée de 1856 à 1846 par le docteur Devergie1, et continuée depuis, nous relevons les chiffres suivants :
- De 1836 à 1846. . 5438 corps ou portions de corps. 1846 à 1856. . 4256 — —
- 1856 à 1866. . 5567 — —
- 1866 à 1876. . 7091 — —
- Puis viennent, pour les six années suivantes :
- 1876. . 614 corps
- 1877. . 629
- 1878. . 718 (année de l’Exposition.)
- 1879. . 710
- 1880. . 807
- 1881. . 920
- 1 Devergie, Statistique décennale de la Morgue, 1836-1846. (Annales d’huqiène publique et de médecine légale, 1851, t. XLV, p. 182.)
- Enfin, la Morgue est sur le point de recevoir annuellement 1000 cadavres dont il s’agit d’établir l’identité. Avant de faire connaître les moyens employés pour en faciliter la rcconnaisance au public, jetons en arrière un coup d’œil rapide, qui nous permettra d’apprécier les progrès réalisés sur ce qui existait autrefois. Voici le tableau qui nous est fait de la Morgue primitive, installée en 1604 dans la basse geôle du Châtelet :
- « C’était un endroit humide et sombre, un réduit infect, d’où s’échappaient sans cesse les émanations les plus fétides; les cadavres, jetés les uns sur les autres, attendaient que les parents, une lanterne à la main, vinssent les y reconnaître. »
- La Morgue du Grand-Châtelet ayant été fermée par une ordonnance de police du 9 thermidor, an XII, on construisit sur le quai du Marché-Neuf, à l’angle du pont Saint-Michel, le monument en forme de tombeau grec que tous les Parisiens se rappellent; ce fut la petite Morgue, dans laquelle on apporta de grandes améliorations. Ce monument fut remplacé en i 864 par la Morgue actuelle, érigée à la pointe de Notre-Dame; établissement unique au monde, elle n’a d’équivalent dans aucun pays, les Morgues des autres Etats se trouvant placées soit sur des bateaux, soit dans des hôpitaux, et étant peu fréquentées par le public.
- La Morgue de Paris reçoit non seulement les cadavres provenant de la capitale, mais encore ceux de Sèvres, Saint-Cloud et Meudon, localités dépendant de la préfecture de police. Les corps sont inscrits, à leur arrivée, sur un registre qui mentionne leur signalement détaillé; on recherche tout d’abord si ce signalement ne se rapporte pas à une déclaration de disparition. On s’efforce ensuite de trouver les causes de la mort; les traces de coups et de violences sont soigneusement notées; les marques du linge, les échantillons d’étoffes, des vêtements, le collet d’un habit, la coiffe d’un chapeau, le numéro d’une montre, etc., peuvent, à défaut de pièces établissant l’identité, donner de précieuses indications. Dans le cas où un suicidé aurait voulu, comme cela se voit souvent, faire disparaître tout signe distinctif qui pourrait le faire reconnaître après sa mort, on arrive cependant à exécuter de curieuses reconnaissances, grâce à un agent spécial qui se guide d’après les plus faibles indices, et fait pour les morts les mêmes recherches que ferait la police pour découvrir un vivant. A défaut de reconnaissance exacte du cadavre, on arrive aisément à savoir au moins quelle était la profession du mort, dans la plupart des cas; les professions manuelles se reconnaissent à la callosité des mains: le bourrelet de l’index, causé par les ciseaux, décèle la profession du coiffeur; le tailleur est reconnaissable à ses genoux, la couturière, à ses doigts piqués par l’aiguille, etc., etc.
- Avant leur exposition, les corps ont été photographiés; les épreuves, placées sous les yeux du public sur la grande cloison qui masque aux passants de la rue les corps exposés, sont conservées
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- plusieurs années, et peuvent aider à des reconnaissances après l’inhumation.
- Douze dalles en marbre noir sont installées dans la Salle d'exposition, représentée fig. 2. Cette salle est séparée du public par un châssis vitré (jui règne sur toute sa largeur. Les corps sont étendus sur ces dalles, inclinées vers le public, et la tète est relevée par un support de forme spéciale, de manière à présenter le visage bien en vue. Jusqu’à ces dernières années, les cadavres étaient exposés nus, et recouverts partiellement d'un eouvre-corps métallique; on les babille aujourd’hui, ce qui rend la reconnaissance plus làcile ; de plus, les règles de la décence étant respectées, l’accès de la salle d’exposition peut être permis aux enfants, et ceux-ci ont pu rendre souvent les plus grands services dans des cas
- de reconnaissances difficiles. Les habits, suspendus autrefois simplement à des tringles, et maintenus après l’inhumation sous les yeux du public, sont aujourd’hui placés sur des mannequins d’osier, qui en rendent l’examen plus facile. Quant à la durée d’exposition des cadavres, elle n’était que de quelques jours; tout au plus pouvait-on la retarder de quelques heures par l’arrosage des corps avec de l’eau fraîche, parfois phéniquée. On n’avait pu trouver de désinfectant capable de lutter efficacement contre l’odeur cadavérique, et la présence de mouches venimeuses constituait un perpétuel danger.
- C’est ici que nous voyons apparaître l’étude d’une transformation radicale, commandée par l’bvgiène et la salubrité : la conservation des cadavres par le froid. En 1880, sur un vote du Conseil général de
- la Seine, le Conseil d’hygiène publique et de salubrité nomma une Commission chargée d’examiner les différents appareils frigorifiques et les projets d’installation proposés par divers constructeurs. Voici, d’après M. le docteur Brouardel, quelles étaient les conditions dans lesquelles le service frigorifique devait être installé à la Morgue :
- 1° Soumettre, dès leur arrivée, à une température de — 15° à — 20° les corps que l’on veut conserver ;
- 2° Les porter ensuite dans une salle dont la température oscillera entre — 4° et — 1° environ.
- La première condition est imposée par la lenteur avec laquelle se refroidit le corps humain, par suite de sa mauvaise conductibilité.
- De plus, il résulte des observations de M. le docteur Brouardel, que lorsque l’air se renouvelle rapidement autour du cadavre congelé, la peau brunit
- et se parcheminé, ce qui rend plus difficile la reconnaissance de l’identité des individus. 11 lallait donc que l’air froid entourant les corps, fût de l’air tranquille. Enfin, le sous-sol instable de la Morgue excluait tout procédé nécessitant une machine à vapeur un peu importante, ce qui compliquait singulièrement le problème.
- La Commission se mit aussitôt à l’œuvre, et examina les ateliers et usines dans lesquels étaient construits ou fonctionnaient les appareils à froid qui lui avaient été soumis, et qui pouvaient se grouper en trois classes :
- Les machines à force motrice (machine Giffard et Berger) ;
- Les machines à gaz liquéfiable (procédés Tellier et Raoul Pictet) ;
- Les machines à affinité (appareils Carre).
- Ce sont ces dernières qui furent jugées par la
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- Commission répondre le mieux aux conditions imposées. MM. Mignon et Rouart, de Paris, constructeurs des appareils Carré, lurent dont; chargés de l'installation complète, qui fonctionne toujours régulièrement depuis cinq années, et sur laquelle nous allons entrer dans quelques détails. MM. Mignon et Rouart se posèrent, de la manière suivante, le problème à résoudre : 1° maintenir au-dessous de 0°, mais près de ce point, la Salle d’exposition; 2° refroidir quatre cadavres à la température de— 15°; o° entretenir dix cadavres à la température de — 2°.
- La première question était de savoir quelle serait la puissance de la machine à froid à employer; les constructeurs trouvèrent qu’elle devait produire de
- 10 000 à 12 000 calories à l’heure, et s’arrêtèrent à la machine désignée commercialement sous le nom de machine à 100 kilogrammes. C’est cette machine, représentée ligure 1, qui est employée à refroidir la partie supérieure de l’air de la Salle d’exposition. L’air froid plus dense descend, tandis que l’air chaud remonte, et l’on a ainsi une température uniforme. Ce refroidissement de l’air est obtenu au moyen d’une solution de chlorure de calcium froid tombant en pluie sur une toiture (fig. 2) et de là dans les rigoles qui la ramènent au réfrigérant. Les condensations (jui pourraient se produire sous la toiture sont également recueillies. Avant de se rendre à la partie supérieure de la Salle d’exposition, le liquide
- Fig. 2. — Nouvelle salle d’exposUion des cadavres à la Morgue de Paris.
- froid a commencé sa circulation dans des serpentins disposés sur les parois des caisses destinées à refroidir les quatre cadavres à — 15°. Enfin, avant de retourner au congélateur pour se refroidir de nouveau, le liquide circule, par son poids, dans des serpentins verticaux formant cloisons et divisant en cinq , parties la caisse destinée à refroidir dix cadavres à — 2°. La circulation du liquide est obtenue à l’aide d’une petite pompe centrifuge, exigeant une machine de la force d’un cheval. La dépense d’installation des appareils a été de 44 000 francs, chiffre remarquablement peu élevé. En résumé, les avantages de l’appareil Carré sont les suivants : il n’exige qu’une force motrice très faible ; il tient peu de place ; sa marche est complètement silencieuse ;
- il fonctionne à une température plus basse que les autres machines, et son rendement est supérieur. Enfin, son installation n’a pas modifié d’une manière notable l’aménagement intérieur de la Morgue.
- Reste à répondre à la question : combien de temps peut-on, grâce au procédé qui vient d’être décrit, conserver les cadavres non encore reconnus, ou que l’on destine à une confrontation ou à une autopsie? La durée de cette conservation est pour ainsi dire indéfinie, comme l’indiquent les chiffres suivants. On a pu conserver dans la Salle d’exposition, sans avoir besoin de les replacer dans les cases, et cela pendant six semaines, des cadavres qui avaient été congelés primitivement à — 15°. On peut voir actuellement sur une dalle le corps d’un pendu, ex-
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- posé depuis le 2 novembre dernier, et dont les traits n’ont encore subi aucune altération. Dans l’affaire Pel, des cadavres, traités de la sorte, sont restés huit mois à la disposition de l’autorité judiciaire. Enfin, dans une visite que nous avons faite à la Morgue, nous avons pu, grâce à l’obligeance du greffier, M. Clovis Pierre, examiner les débris de la femme coupée en morceaux, victime du crime de Montrouge dont l’auteur est resté inconnu; ces restes, soumis à une température de — 15° dès leur arrivée (4 août 1886) n’ont subi aucune altération ; ils offrent l'aspect du marbre ou de la cire, et la couleur de la peau n’a que très légèrement bruni.
- Grâce aux importants perfectionnements que nous venons de décrire, le nombre des cadavres reconnus a sensiblement augmenté ; avant l’installation des appareils frigorifiques, il était de 66,6 pour 100; aujourd'hui, il est monté à 90 et même 92 pour 100 ; on arrive donc à ce remarquable résultat, d’obtenir la reconnaissance de plus des 9/10 des corps exposés. Ali TH CR G OOP.
- PAPIER DE CHINE
- La ténuité, la douceur et la force du papier qui se fait en Chine, lui ont fait donner quelquefois le nom de papier de soie. Bien des personnes, trompées par l’apparence ou par le nom, croient qu’il est fait réellement avec de la soie; mais en l’examinant avec soin, on reconnaît que c'est une substance végétale.
- Ce fut vers la fin du premier siècle de notre ère, qu’un mandarin du palais, physicien distingué, trouva le secret de réduire en pâte très fine l’écorce de quelques arbres et les vieilles étoffes, en les faisant bouillir dans l’eau; il composa avec cette pâte différentes sortes de papiers.
- Aujourd’hui le chi-, c’est le nom que l’on donne au papier en Chine, se fabrique avec diverses matières; on en fait avec du chanvre, avec des écorces de mûrier, avec celles du cotonnier et de plusieurs arhres, particulièrement du bambou, avec de la paille de riz et de froment; enfin, avec la petite peau qui se trouve dans les coques de vers à soie.
- On emploie quelquefois la substance tout entière du bambou ; alors on en tire les plus grosses cannes, les rejetons d’une année. Après les avoir dépouillés de leur première peau verte, on les fend en pièces droites de six à sept pieds de long pour les faire rouir pendant une quinzaine de jours dans un étang bourbeux; on les lave ensuite dans l’eau claire; on les étend dans un fossé sec; on les réduit en filasse; on les fait blanchir et sécher au soleil; on les jette dans de grandes chaudières et, après les y avoir fait bouillir, on les pile dans des mortiers jusqu’à ce qu’ils soient réduits en une pâte fluide.
- On mêle avec cette pâte, et dans une proportion donnée, une espèce de gomme que les Chinois extraient, par la macération, d’une plante qui produit des ceps longs et minces comme ceux de la vigne, et dont la peau est unie et connue en Chine sous le nom de hotong.
- Ce mélange se fait dans des réservoirs composés de quatre murs de trois à quatre pieds, bien cimentés pour empêcher la filtration, et dans lesquels les ouvriers puisent avec leurs formes (moules) les feuilles de papier, comme dans nos fabriques.
- Les formes, c’est-à-dire les moules, que l’on plonge dans la cuve pour former les feuilles de papier, sont faits avec des fils de bambou tirés aussi fins que des fils de laiton, au moyen d’une filière d’acier. On les fait bouillir dans l’huile jusqu’à ce qu’ils en soient bien imprégnés, afin que l’humidité ne les fasse pas détendre.
- Les Chinois font, dit-on, du papier qui a quelquefois jusqu’à 60 pieds de longueur; il est presque impossible de former des cadres aussi longs et d’avoir des cuves de cette dimension. Il est probable qu’ils le font en plusieurs pièces qu’ils réunissent avec art dans l’instant même où ils le couchent. Qui nous dit encore qu’ils sont étrangers à notre fabrication par machines?
- Au sortir de la forme, la feuille de papier est étendue sur un mur enduit d’un mastic très lisse. Ce mur est intérieurement creux et chauffé par un fourneau. L’application de la feuille sur le mur se fait à l’aide d’une brosse que l’on dépeint sous la forme d’une plume. Cette opération de la brosse explique les raies que l’on remarque sur l'envers de ce papier, tandis que le côté en contact avec le mur est brillant et satiné. Ce système de séchage peut contribuer à la qualité que possède ce papier de recevoir l’impression.
- Le papier de Chine a un endroit et un envers. L’endroit est lisse, soyeux et paraît satiné ; l’envers, au contraire, est rempli d’aspérité^ et de petits sillons diagonaux, provenant du frottement de la brosse dont on s’est servi dans l’opération du séchage.
- Comme ce papier, à cause de sa finesse, ne pourrait se soutenir, et ne présenterait pas aussi assez de foulage pour recevoir l’impression, on le colle sur du papier vélin sans colle qui lui sert de doublure, qui l’encadre, pour ainsi dire, par des marges dont la blancheur rehausse sa couleur. Ce collage exige une préparation particulière. La voici : On enlève d’abord, à l’aide d’un grattoir, toutes les impuretés que le papier contient, tels que filaments végétaux, poils, matières terreuses, etc.; on étend les feuilles sur une grande table, et on les couvre du côté de l’envers d’une couche de colle de pâte ou d’amidon de faible consistance. Cet encollage se fait avec une brosse fine et douce ou bien encore avec une éponge. Dans cette opération, on doit éviter les déchirures, les inégalités de colle, qui produisent un effet désagréable lorsqu’elles se rencontrent derrière les tons clairs des épreuves, et surtout prendre garde à toute application de colle sur le côté lisse, parce que, au tirage, le papier de Chine se déchirerait ou ne prendrait que très imparfaitement l’impression.
- Les feuilles ainsi collées sont étendues sur des cordes, autant que possible éloignées du feu, qui les ferait se recroqueviller. On peut ensuite les conserver pendant des années entières, soit en les tenant roulées, soit dans des cartons, mais toujours placées dans un lieu sec.
- Lorsqu’on veut s’en servir, on les plie en autant de divisions que le format le comporte, on les place par trentaine d’épreuves sur une glace ou une vitre reposant sur une table ; on trace sur la première de ces feuilles la dimension du dessin, et, enfin, on les coupe avec un canif ou un couteau à rogner bien tranchant, en se guidant sur une règle de fer.
- Aujourd’hui, on découpe le papier de Chine juste de la grandeur du cadre intérieur du dessin, tandis qu’au-paravant on laissait déborder ce papier d’environ 2 m il-limètres, ce qui absorbait les marges et semblait rapetisser le papier blanc. Lorsque le dessin n’est pas encadré, c’est le papier de Chine qui lui sert d’encadrement.
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- Une demi-heure avant leur emploi, on intercale ces feuilles découpées dans le papier qui doit servir de doublure, et qui a été mouillé comme pour le tirage ordinaire. L’humidité que contient ce papier suffit pour détremper la colle et donner au papier de Chine la souplesse dont il a besoin pour recevoir l’impression.
- Lorsque la pierre est encrée convenablement, on marge le papier de Chine (bien entendu, le côté non collé en contact avec le dessin), en se guidant sur les repères que l’on a faits à la pointe sèche sans les encrer, et seulement acidulés pour les empêcher de prendre le noir. On superpose ensuite le papier vélin, que la pression fait | adhérer tellement au papier de Chine que les deux feuilles | ne font plus qu’un seul corps. j
- Avant l’intercalation du papier de Chine, on doit le j soumettre à une nouvelle inspection, afin de s’assurer que l’épluchage a été convenablement fait. L'attention doit se porter particulièrement sur les parties du papier qui doivent recevoir les demi-teintes ; on peut se montrer moins sévère à l’égard des parties fortement colorées dans lesquelles les imperfections du papier sont presque toujours imperceptibles. Un trou même dans' ces parties passe inaperçu; au besoin, on peut les boucher en interposant entre le papier de Chine et le papier vélin un petit morceau de Chine, non découpé avec des ciseaux, mais déchiré inégalement, pour que l’arête de la déchirure ne soit pas apparente sur l’épreuve.
- La finesse du papier de Chine, sa couleur, varient du gris perle au gris sale, et la propriété qu’il a de se prêter à l’impression le rend précieux à la lithographie. Ce papier adoucit les teintes, les fond les unes dans les autres, met en harmonie les tons clairs avec les effets vigoureux dont il tempère la dureté et donne ainsi de la suavité au dessin U
- ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- Conventions pratiques pour la pose des fils et câbles et le sens des déviations des instruments de mesure. — On éviterait bien des ennuis et des tâtonnements en adoptant certaines règles conventionnelles relatives à la pose des fils et câbles, règles basées sur des procédés mnémotechniques infaillibles et inoubliables. Il suffit d’admettre une fois pour toutes comme sens naturel de mouvement :
- 1° De haut en bas pour un mouvement vertical; 2° de gauche à droite, comme l’écriture des peuples européens, pour un mouvement horizontal ; 5° le sens des aiguilles d’une montre pour un mouvement de rotation.
- Une fois ceci admis, rien de plus facile que de poser et de retrouver sans hésitation les fils et câbles des installations. Le courant allant, par convention, du pôle positif au pôle négatif, on placera les fils positifs à gauche et en haut, les fils négatifs à droite et en bas. Le courant traversant un appareil de mesure, devra être de sens tel qu’il pousse l’index dans le sens de la rotation des aiguilles d’une montre, en mettant le positif de la source à la borne de gauche de l’appareil et le négatif à la borne de droite1 2.
- Des conventions analogues relatives à la couleur permettront ainsi de retrouver très facilement les différents
- 1 D’après le Bulletin de l'Imprimerie et de la Librairie.
- 2 C’est M. J. Carpentier qui a posé, le premier, cette règle simple et qui l’applique invariablement à tous les appareils de sa construction.
- fils dans les montages. L’usage a déjà consacré, dans l’emploi des accumulateurs, la couleur rouge pour le pôle positif, et la couleur noire pour le pôle négatif. Il sera commode d’étendre cette pratique en adoptant comme fils positifs ou d'aller des fils de couleur rouge, claire ou voyante, et comme fils négatifs ou de retour, des fils de couleur noire, foncée ou sombre.
- Voilà de petites conventions qui, bien appliquées, feront gagner bien du temps aux amateurs, et éviteront bien des erreurs de couplage des appareils.
- La zone de protection des paratonnerres. —
- Voici où en est aujourd’hui cette question controversée. On a admis pendant longtemps qu’une tige de paratonnerre protège autour d’elle un espace circulaire d’un rayon double de sa hauteur. L’observation a prouvé que cette donnée était erronée. Gay-Lussac, en donnant cette règle, signalait certaines restrictions pour les clochers, alors que d’autres physiciens qui se sont occupés de l’étude des coups de foudre, admettaient que la protection, dans ce cas. particulier, s’étendait plus loin.
- La Commission spéciale, chargée d’éludier l’établissement des paratonnerres des édifices municipaux de Paris, a admis que, dans une construction ordinaire, une tige protège efficacement le volume d’un cône vertical de révolution ayant la pointe pour sommet, et la hauteur de cette tige, mesurée à partir du faîtage, multipliée par 1, 75 pour rayon du cercle de hase.
- Au Congrès des électriciens tenu à Paris en 1881, M. W. 11. Preece, ingénieur électricien du Post-Office de Londres, a déclaré que d’après les documents qui lui sont parvenus, il croit pouvoir énoncer les règles suivantes :
- Un paratonnerre protège absolument un espace solide limité par une surface de révolution dont la demi-courhe méridienne est constituée par un quart dg cercle de rayon égala la hauteur du paratonnerre et tangent : 1° à celui-ci à son extrémité supérieure ; 2° à l’horizontale passant par sa hase.
- En Allemagne, les instructions de l’Académie de Berlin sont, à peu de chose près, les mêmes que celles de l’Académie des sciences de Paris.
- Les instructions du Ministère de la guerre, en Angleterre, déclarent qu’on ne peut fixer de limite précise au pouvoir protecteur d’un paratonnerre, et qu’en Angleterre on suppose généralement que le rayon de base du cône de protection est égal à la hauteur de la pointe du paratonnerre au-dessus de la surface du sol. Cette limite est suffisante pour les orages ordinaires de l’Angleterre, mais dans deux circonstances, et deux fois dans l’une de ces circonstances, en présence de la Commission, la foudre est tombée en dedans du cercle ayant pour rayon la hauteur du paratonnerre. La conclusion de tous ces avis si disparates, c’est qu’on est pas fixé du tout sur la zone de protection réelle d'un paratonnerre, et l’avis émis par la première section du Congrès de 1881 est le seul qui résume bien l’état de la question : « La première section émet le vœu qu’une entente s’établisse entre les divers Etats, en vue de réunir les éléments d’une statistique relative à l’efficacité des divers systèmes en usage. » Depuis 1881, les statistiques se dressent régulièrement, mais nous ignorons encore les conclusions auxquelles leur examen a conduit, car le Congrès a proposé de renvoyer l’étude de la question à une Commission internationale des paratonnerres qui, si elle existe, ne nous a fait jusqu’ici connaître son existence par aucune manifestation.
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- LES AURORES BORÉALES
- TRAVAUX DE M. LEMSTROM
- Lorsque, en 1752, Franklin réussit, au moyen d’un cerf-volant lancé dans une nuée orageuse, à faire jaillir une étincelle électrique à l’extrémité inférieure de la cordelette rendue conductrice par la pluie, il n’était plus possible de douter que l’éclair ne fût une immense décharge électrique entre deux nuages, ou une décharge entre un nuage et le sol. Cette découverte eut une grande importance parce qu’elle rattachait aux lois de la physique des phénomènes qui passaient jusque-là pour merveilleux et dans lesquels
- on ne voyait que des manifestations surnaturelles et mystérieuses.
- L’aurore boréale, plus difficile à comprendre et nécessitant des notions scientifiques plus étendues, est restée beaucoup plus longtemps inexpliquée. Ce phénomène énigmatique frappait surtout les imaginations des peuples anciens : on y voyait le présage, d’événements néfastes, et les historiens qui en donnaient la description, affirmaient que l’on avait vu parfois des armées passer dans le ciel ensanglante, et que l’on avait entendu le cliquetis des armes.
- On sait aujourd’hui que l’aurore boréale a la même origine que l’éclair, elle est une des manifestations visibles de l’électricité atmosphérique : elle pro-
- Fig. 1. — Aurore boréale à l'état complet, observée par M. Lemstrom, le 18 octobre 1808.
- vient des mouvements lents du fluide, tandis que l’éclair est le résultat de mouvements violents. Les effets de l’aurore boréale et du tonnerre 'sont absolument différents , mais il existe entre eux un intermédiaire qui les unit et qui est l’éclair de chaleur.
- Ces notions élémentaires appartiennent aujourd’hui à la science, mais l’étude de l’aurore boréale n’a été jusqu’ici qu’à peine ébauchée. Les voyageurs et les physiciens en ont bien donné de nombreuses descriptions, mais il reste à chercher les liens qui unissent ces phénomènes si importants dans l’économie du globe, à étudier les causes qui les mettent en action, à observer les corrélations qu’ils peuvent offrir avec d’autres phénomènes météorologiques, et à en discuter
- les théories. C’est l’œuvre qu’a entreprise depuis plusieurs années M. S. Lemstrom, et c’est l’analyse du grand travail du savant physicien finlandais, que nous nous proposons de présentera nos lecteurs1.
- L’auteur de cet important travail, préoccupé depuis longtemps de l’étude des aurores boréales si fréquentes dans .son pays, a été attaché à l’expédition polaire accomplie en 4868 parM. Nordenskiold .M. Lemstrom fut conduità commencer une série d’observations importantes; en 1871, il visita la Laponie finlandaise, et à la suite d’une série de recherches ingénieuses, il
- 1 I ! Aurore boréale. Élude générale des mouvements produits par tes courants électriques de l’atmosphère, par M. S. Lemstrom. 1 vol. in-8°, avec figures et planches en couleur. — Paris, Gauthier-Villars, 1880.
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- construisit un appareil qui lui permit de reproduire artificiellement la lueur de l’aurore, et d’ap-
- Fig. 2. — Aurore boréale radieuse, observée le 19 novembre 1871, dans la Laponie iinlandaise.
- porter à la science le résumé de faits nouveaux et incontestables.
- Fig. o. — Aurore boréale de forme extraordinaire, observée au presbytère d’Enare, le 16 novembre 1871.
- M. Lemstrôm a observé un nombre considérable d’aurores boréales; avant d’aborder les questions théoriques, nous allons avec lui donner la description du phénomène qui lui paraît le plus complet. Le 18 octobre 1868, le bateau à vapeur Sophia s’approchait des côtes de Norwègc , après avoir lutté pendant trois jours consécutifs contre une mer furieuse:
- A l’ouest de l’horizon, nous remarquâmes alors deux couches de nuages que séparait nettement une bande bleue du ciel croisée par une bande striée d’un jaune pâle : c’était le faible commencement d’une aurore boréale dont la splendeur devait bientôt surpasser tous les phénomènes du même genre que nous eussions observés jusqu’alors. Les bords
- Fig. f. — Lueur d’aurore autour d’une cime de montagne, au Spitzberg.
- de la couche supérieure des nuages s’éclairent peu à peu, et bientôt nous en vîmes sortir des flammes isolées qui
- parfois montaient jusqu’au zénith. Subitement le phénomène embrassa tout l’horizon. Partout des flammes, partout des jets d’éclatante lumière, jaunes dans le bas, verts au milieu et rouge violet à l’extrémité supérieure. En un instant tous les rayons se réunirent en une couronne régulière et éblouissante qui se dessina sur le ciel au sud du zénith. Quand le phénomène fut arrivé à son maximum d’intensité, il nous fit l’effet de la voûte immense d’un temple au milieu de laquelle brillerait un lustre splendide. L’apparition ne dura que quelques minutes; mais, en s’effaçant, elle laissa encore après elle une zone lumineuse entre les-couches de nuages. De la couche
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- supérieure, continuèrent à s’élancer, à de courts intervalles, des rayons isolés qui montaient jusqu’au zénith et y formaient les fragments d’une couronne. Les bords des couches des nuages restèrent lumineux alors même que les rayons eurent disparu.
- La figure 1 donne, d’après M. Lemstrom, une idée, mais une faible idée, du phénomène dans sa plus grande splendeur. Elle ne reproduit que la demi-partie de l’horizon, et le lecteur peut chercher a se figurer ce qui manque de ce tableau grandiose. Les rayons, qui s’échappent d’un centre supérieur, sont alternativement roses et jaune pâle, ils dominent une immense zone violacée. La rosace supérieure est d’un beau rouge et se découpe sur un cercle bleu verdâtre.
- La figure 2 représente une aurore boréale radieuse observée le 11) novembre 1871 dans la Laponie finlandaise. Au début, et à 30 degrés au-dessus de l’horizon elle formait un arc d’où s’élevaient des panaches de lumière. Peu à peu l’arc s’éleva. Le dessin donne son aspect au moment où il avait atteint 60 degrés environ au-dessus de l’horizon. La base de l’aurore était jaune, et les rayons obliques et très brillants étaient un peu au-dessus, roses, violets et bleus. Les couleurs de la lumière polaire sont habituellement claires et vives. Jamais elles n’avaient offert autant d’éclat.
- La figure 3 donne l’idée des variétés de forme que peut affecter le phénomène. Elle représente une aurore boréale observée au presbytère d’Enare le 16 novembre 1871. La lueur a pris cette fois la forme d’un voile rouge ardent, replié en boucle dont la convexité se trouve au zénith ; les deux extrémités du voile tirant légèrement sur le jaune et le vert, ondoient vers l’est et l’ouest.
- Une autre forme d? l’aurore polaire s’observe fréquemment dans les pays du Nord; c’est celle que l’on voit se produire au-dessus des nuages et qui affecte l’apparence d’une large draperie aux plis ondoyants. C’est en quelque sorte l’aspect classique qui a été le plus fréquemment représenté; nous n’y insisterons pas. Nous parlerons au contraire d’autres phénomènes de même origine et beaucoup moins connus que signale particulièrement M. Lem-strôm. Il s’agit des lueurs d’aurore qui brillent aux bords des nuages, ou qui se forment autour du sommet des montagnes au Spitzberg ou dans les contrées alpestres de la Laponie. Il serait impossible, d’après l’observateur finlandais, de dire à l’œil nu d’où provient cette lumière, mais, à l’aide du spectroscopc, on arrive à reconnaître qu’elle offre la même nature de l’aurore. Quelquefois ces lueurs étranges prennent la forme de flammes, faibles d’éclat, qui, à de courts intervalles, s’élèvent du sommet de la montagne (fig. 4) et s’évanouissent tout à coup.
- Ces phénomènes se présentent parfois dans la plaine même à la surface du sol, ou sur le toit des maisons.
- Un jour en dirigeant notre spectroscope autour de la place choisie pour nos observations, nous observâmes la
- raie spectrale de l’aurore polaire sur le toit d’une maison voisine, sur la neige dont la terre était couverte, sur la glace d’un lac, etc.
- M. Lemstrom signale enfin les lueurs diffuses qui remplissenl parfois l’atmosphère des régions polaires, prouvant ainsi que le phénomène se présente de temps en temps dans le voisinage même de la Terre.
- Les météores de la même nature que la lueur des aurores boréales ne se produisent pas seulement dans les régions polaires, et l’auteur démontre, non sans y attacher beaucoup d’importance au point de vue des théories auxquelles il a été conduit, qu’on les observe dans d’autres contrées de la Terre. Au Pérou, en Bolivie et au Chili, on voit souvent les sommets des montagnes éclairés par une lueur brillante. Les sa vants ont comparé à l’éclair de chaleur cette lumière qui se produit surtout pendant l’été.
- On a souvent fait des observations semblables dans les Alpes de la Suisse. De Saussure a vu l’électricité s’échapper par toutes les saillies des objets; les mêmes phénomènes ont été constatés sur les plateaux élevés du Mexique. Citons encore ce fait que Brewster observa pendant une aurore boréale une lueur sur la tour d’une église. Dans toutes les contrées, il peut se produire des phénomènes semblables par leur nature, aux lumières polaires.
- — A suivre. — C. T.
- ÉTUDES DE PYROTECHNIE
- I. -- ARTIFICES DE SIGNAUX.
- Les anciens savaient correspondre au moyen de signaux pyrotechniques. Durant le jour, ils allumaient de grands feux dont la fumée pût s’apercevoir à distance. La nuit, c’était la flamme de ces bûchers qui servait de signal. Le feu télégraphique était dit nupa'oç ; l’art des signaux, nvpeeioc. Les Gestes de Héron comprennent un traité complet de cet art intitulé : ne pi Trupaôv. Les armées de l’antiquité ne brûlaient pas toujours des fagots ou broussailles (izvpa'ov àvinveiv) ; elles employaient aussi des torches ou flambeaux («ppuxvôt -roUa-oc).
- Comment les anciens variaient-ils ces feux, de manière à en faire un alphabet qui leur permît de correspondre? Ils avaient recours à l’emploi d’une méthode basée sur le principe de la pluralité des reprises d’allumage1. Les pyrotechniciens modernes font usage A'artifices.
- 1 « S’il est bien reconnu que ce sont des ennemis qui s’avancent pour nous attaquer, il faut allumer les signaux à trois ou quatre reprises, et même davantage si les ennemis sont en grand nombre.
- « Il est, en effet, possible, ainsi que cela ressort de très anciens écrits, de faire connaître, non seulement que les ennemis approchent, mais quel en est le nombre ; il suffit, pour cela, d’allumer les signaux autant de fois qu’on croit voir de milliers d’hommes. »
- (Anonyme de Byzance, Stratégiques, ch. vm, §§ 5 et 6.)
- Au dixième siècle de notre ère, on correspondait de France en Angleterre à travers le détroit, et ce, en allumant de grands feux sur la plage de Boulogne. — Voy. Richer, Hist., Il, III.
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- LA NATURE.
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- Une fusée désignai ou volante (fig. 1) se compose essentiellement d’un cartouche, d'un pot et d’une baguette. Le cartouche a n'est autre chose qu’un cylindre en carton, chargé d’une composition fusante, dont la combustion doit donner au signal l’impulsion propre à en déterminer le départ. Le pot b consiste en un autre cylindre de carton empli d'artifices dits de garniture et qui constituent les signaux à faire. Ce pot se coiffe d’un cône d dit chapiteau, fait pour aider à la propulsion. La baguette c, fixée le long du cartouche, a pour objet d’assurer la bonne direction du système dans le sens du mouvement qui lui est imprimé.
- Il est facile de s’expliquer le jeu de l’appareil.
- Le cylindre chargé de composition fusante est évidé suivant son axe en forme de cône très allongé, ouvert à sa hase. C’est dans ce long trou conique —, appelé âme — que s’opère la combustion (fig. 2). Les gaz qui en proviennent se dégagent par le bas, mais exercent, en même temps, sur le haut une pression qui détermine l’ascension de la fusée. En fin de combustion, la composition fusante enflamme une petite charge de poudre désignée sous le nom de chasse. C’est cette chasse qui projette, en les allumant, les artifices de garniture enfermés dans le pot.
- La composition fusante est formée de soixante-quatre parties de salpêtre, douze parties de soufre et vingt-quatre de charbon de bois dur. Telle est la formule en usage dans les services de la Guerre. M. Ruggieri admet des proportions différentes, savoir : seize parties de salpêtre, quatre de soufre et de quatre a huit parties de charbon de bois tendre. En tous cas, le charbon ne doit pas s’employer en poussier mais en grains de grosseurs diverses. Ce mode d’emploi spécial a pour effet de produire, au cours de l’ascension de la fusée, cette longue traînée de feu que tout le monde connaît.
- La hauteur du massif de la composition doit être calculée de telle sorte que les fusées ne projettent leurs garnitures qu’au moment précis de leur fin d’ascension.
- L’amorçage s’effectue au moyen d’un brin de mèche à étoupilles dont on introduit dans l’âme un bout de quelques centimètres.
- La chasse est formée de quinze à vingt grammes d’un mélange de quatre parties de pulvérin et une partie de charbon.
- Les artifices de garniture se disposent dans le pot, Yamorce en bas : les serpenteaux, debout sur un rang ; les pétards, les étoiles détonantes et les marrons, en deux couches séparées par des brins de mèche à étoupilles.
- Il convient d’entrer ici dans quelques détails touchant ces artifices dont les plus communément employés sont : les étoiles, la pluie d'or, les serpenteaux, les pétards, les marrons, les saucissons, les marrons ou saucissons luisants, les flammes et les lances à parachute.
- Les étoiles blanches se font avec une composi-
- tion formée de trente deux parties de salpêtre, seize de soufre, quatorze de pulvérin et trois d’antimoine. Préalablement pulvérisées et tamisées, ces matières s’humectent d’un liquide composé de mille parties d’eau pure, mille d’eau-de-vie et cent soixante parties de gomme arabique. La pâte ainsi obtenue sert à confectionner des étoiles cubiques ou moulées. Les étoiles cubiques se font, comme des briques, à l’aide d’un cadre de bois et d’un rouleau; les moulées, bien entendu, dans un moule. Le fond de celui-ci consiste en une rondelle mobile qu’on manœuvre au moyen de tiges afin d’en dégager les étoiles confectionnées (fig. 5). Ces artifices s’amorcent avec un brin de mèche à étoupilles qu’on engage dans un canal ménagé dans l’axe. On les saupoudre de pulvérin sur toutes leurs faces (fig. 4).
- Pour les étoiles de couleur, il faut, suivant le cas, avoir recours à l’une des compositions ci-après indiquées : 72 parties en poids de salpêtre, 25 parties de sulfure d’antimoine et 5 de suif donnent la couleur blanche 75 parties de salpêtre, 25 de soufre et 48 parties de régule d’antimoine, le blanc azuré.
- On obtient un beau vert en mélangeant 60 parties de chlorate de potasse, 120 de nitrate de baryte et 59 parties de protochlorure de mercure. Les artificiers disposent, d’ailleurs, de plusieurs autres verts pour étoiles.
- Le jaune clair résulte d’un mélange de 48 parties de chlorate de potasse, 12 d’oxalate de soude, 24 de sulfure de cuivre et 12 parties de gomme laque.
- Le jaune proprement dit provient d’un composé de 12 parties de chlorate de potasse, 8 d’oxalate de soude et 5 parties de gomme laque.
- Un mot maintenant des étoiles en composition Lamarre.
- Ces artifices se distinguent en blancs et rouges. La composition blanche comporte en poids les proportions suivantes : 575,98 de chlorate de potasse; — 575,98 de nitrate de baryte; — 162,60 de pulvérin; — 89,44 de glu de lin1.
- La composition rouge est formée d’un mélange de 564,55 de chlorate de potasse; — 94,10 de carbonate de strontianc; — 94,10 d’oxalate de strontiane; — 15,05 de charbon de bois léger; — 75,27 de glu de lin; — 150,54 de pulvérin; — 4,51 de gomme laque; — enfin, de 1,88 d’huile.
- L'étoile Lamarre affecte la forme d’une demi-lentille de trente-deux millimètres de diamètre à la
- 1 La glu de fin, comme la plupartdes corps gras, jouit de la propriété d’isoler les particules des sels auxquels on la mélange et, par cela même, d’en rendre la manipulation moins dangereuse. On obtient cette glu en faisant chauffer de l’huile de lin dans une marmite placée sous une hotte, jusqu’à ce que le liquide prenne feu instantanément au contact d’un corps enflammé. On le laisse brûler pendant huit ou dix minutes, puis on l’éteint en recouvrant la marmite d’un couvercle en tôle sur les bords duquel on place des linges légèrement mouillés. On laisse refroidir complètement la glu de lin avant de la découvrir. Dix litres d’huile donnent environ quatre litres de glu.
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- LA NATURE.
- base et de onze millimètres de hauteur. Elle se confectionne dans un moule en bronze (fig. 5). La composition est comprimée sous la calotte c. On retire ensuite du moule la tige a b qui a ménagé un trou dans la pâte et dans ce trou l’on engage un brin de mèche dont le bout inférieur doit s’aplatir sur la surface de l’étoile. On démoule en pressant sur le bouton h.
- Les étoiles détonantes consistent en cartouches de carton contenant environ deux grammes et demi de poudre à mousquet, au-dessus de laquelle on a tassé de la pâte d’étoiles. Celle-ci, en fin de combustion, met le feu à la poudre. Les logements des deux matières sont séparés par le moyen d’un petit étranglement qu’on fait subir au cartouche (fig. 0).
- La pluie d'or est une garniture formée de petits cubes de dix millimètres de côté, découpés dans une composition formée de cinq parties de pulvérin, une de salpêtre, une de soufre, une d’oxyde de zinc, une de gomme arabique et une de noir d’Allemagne.
- On humecte le mélange d’une eau-de-vie contenant 15 grammes de gomme arabique par litre, de manière à obtenir une pâte ayant a peu près la consistance du mastic de vitrier.
- Lcsserpenteaux{ûg.7) consistent en petits cartouches de papier chargés d’un gramme de poudre et, par-dessus celle-ci, d’une composition formée de six parties de pulvérin et une partie et quart de charbon passé au tamis et légèrement humecté.
- Les pétards se confectionnent au moyen de cartouches analogues à ceux des étoiles détonantes. On emplit ces cartouches de poudre à mousquet tassée, et l’on amorce avec un brin de mèche à étoupilles. Celle-ci, qui doit émerger un peu de l’enveloppe, est fixée par un étranglement qu’on pratique immédiatement au-dessus de la poudre.
- Les marrons sont tout simplement des cubes en carton emplis de poudre. On amorce à l’aide d’un brin de mèche à étoupilles, qu’on introduit dans un trou pratiqué au poinçon dans l’une des parois de la boite.
- Les saucissons consistent en cartouches emplis de poudre, tamponnés et coiffés aux deux bouts. C’est également un brin de mèche à étoupilles qui
- sert à l’amorçage. Les marrons ou saucissons luisants diffèrent de leurs congénères ci-dessus décrits en ce qu’ils sont enveloppés d’étoupes imbibées de pâte d’étoiles.
- Une fusée à dynamite a pour garniture une cartouche de dynamite du poids de 100 grammes, destinée à faire explosion en l’air, et dont la détonation est accompagnée d’un bruit qui se perçoit à grande distance.
- La dynamite est amorcée par le moyen d’un détonateur ou capsule de fulminate de mercure armée elle-même d’un bout de cordeau Bickford.
- Ainsi organisé, cet artifice fait un excellent signal acoustique.
- Toute fusée de signal se tire sur un piquet de 2 mètres à 2m,5U, planté dans le sol. Ledit piquet est muni en haut d’une petite fourche horizontale en fer et — à 0m,75 en contrebas — d’une lunette.
- On engage la baguette dans la lunette et dans la fourche, le culot de la fusée reposant sur le bout du piquet.
- Cela fait, pour lancer la fusée, il n’y a plus qu’à allumer la mèche à étoupilles.
- Les fanaux servent à faire des signaux à grande distance.
- A cet effet, on peut employer : le jour, la balle à fumée, ou composition formée de 12 parties de salpêtre, 4 de soufre, 2 de charbon de terre pilé, 10 de poix et une partie un tiers de résine; la nuit, des feux de Bengale, des tonneaux emplis de goudron, de la paille enduite de poix et de goudron, puis saupoudrée de pulvérin ; enfin, le fanal proprement dit.
- Cet appareil (fig. 8) consiste en un morceau de bois dur, évidé par le gros bout, dont le creux est empli d’une composition formée de deux parties de salpêtre, une partie et demie de soufre et une demie de pulvérin. Ce mélange comporte une durée de combustion de 7 à 8 minutes, d’après des expériences qui ont été faites à ce sujet.
- Les fanaux se disposent sur des points de grande altitude. On les suspend au haut d’une perche plantée en terre, d’un tronc d’arbre, etc.
- Lieutenant-colonel Hennebert.
- — A suivre. —
- Fusée volante.
- 5 Moule à étoiles Lamarre.
- — 70
- »iS
- Coupe d'une fusée Autre coupe 7 Serpenteau. 6 Fanal.
- volante plus grande échelle._________________________EWoa?mSc.
- Fig. 1 à 8. — Fusée volante, étoile et fanal d’artifice.
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- LA NATURE.
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- K El'A R ATI O N
- DES Cl]YES DES GAZOMÈTRES
- Les cuves de gazomètres qui présentent des dimensions considérables viennent quelquefois à se fissu-rer, et la fente s’étend généralement du haut en bas de la maçonnerie, en suivant à peu près une génératrice de la surface cylindrique. Le mode de réparation ordinairement employé consiste à vider la cuve pour permettre de travailler à sec: ce système a l’inconvénient de mettre le gazomètre hors de service pendant toute la durée de la réparation, et de plus, on n’est pas toujours assuré que la fente ne se reproduise pas, à peu près au même endroit. En effet, lorsque le réservoir est vide, la pression du terrain extérieur tend à comprimer les maçonneries, et, par suite, a rapprocher les bords de la fissure. Lorsqu’on le remplit d'eau après lebouchage de celle-ci, la pression exercée par le liquide vient équilibrer celle du terrain , et la cuve supporte un effort de traction qui tend à l’ouvrir de nouveau.
- Pour éviter ces inconvénients,
- M. William T. Lecs, ingénieur de la Consolidated Cas C°, ed New-York, a imaginé un appareil qui permet de travailler dans la cuve sans y épuiser l’eau: nous en empruntons la description au Scientifie American. Il consiste en un caisson de fonte à section transversale en U, comme le montre la figure ; on le construit par panneaux de lm, 80 de hauteur et de lm,55 de large, que l’on réunit à l’aide de brides intérieures, avec interposition de bandes de caoutchouc pour assurer l’étanchéité. Le panneau du bas est arrondi à sa partie inférieure, et une petite cuvette venue de fonte avec lui recueille les eaux d’infiltration. A l’extrémité des branches de l’U, règne sur toute la hauteur une gorge demi-circulaire où l’on introduit une garniture capable de donner un joint étanche; à cet effet M. Lees emploie un tuyau en caoutchouc de 0m,05 de diamètre, qui remplit parfaitement cet office.
- Le caisson se monte sur le bord, puis on le descend dans la cuve à l’aide d’élingues fixées sur les oreilles dont est pourvu chaque panneau, en ayant soin de l’appliquer à peu près contre la partie du massif où se trouve la fente à réparer. On épuise l’eau dans le caisson avec une pompe à grand débit, et la pression de l’eau ambiante applique si fortement l’appareil contre la maçonnerie, qu’il devient inutile de le soutenir. Pour le maintenir à sec, on fait plonger dans la cuvette inférieure dont nous avons parlé, un tuyau flexible aboutissant a un petit éjecteur qui a facilement raison des infiltrations. L’ouvrier descend alors dans le caisson et calfate la fissure en y tassant fortement de l’étoupe.
- M. 1 .ees a appliqué cet appareil qui est basé sur
- le même principe que la ventouse pneumatique, à la réparation d’une fissure dans une cuve de 51 mètres de diamètre et de 21 mètres de profondeur. Le caisson employé avait 5 panneaux et laissait à l’ouvrier un espace de lm,50 de longueur sur 0m,45 de largeur. Dans ce cas, le diamètre de la cuve était suffisamment grand pour qu’on n’eût pas à tenir compte de la courbure dans le choix de la section du caisson, et l’application du tube de caoutchouc contre le massif formait un joint très convenable. Il n’en serait sans doute pas de même avec des cuves à courbures notablement plus faibles, mais cette précaution est facile à prendre. L’opération a parfaitement réussi sans qu’on ait eu besoin d’arrêter le service du gazomètre, et la fuite ne s’est pas reproduite.
- Ce procédé fort simple ne donnait malheureusement pas toute sécurité pour la réparation des réservoirs de distribution d’eau. Leur situation ordinaire sur des points culminants permettrait difficilement l’établissement du caisson, qui devrait d’ailleurs affecter des dimensions considérables; car en cas de fissure dans la paroi d’un réservoir, il faut procéder à une réfection plus ou moins complète de la maçonnerie, et on ne saurait se contenter d’un calfatage.
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- LA NATURE.
- CHRONIQUE
- Tir contre les ballons captifs. — Nous avons parlé récemment des expériences faites en Allemagne pour atteindre de projectiles d’artillerie, les aérostats planant dans l’air. La Revue du Cercle militaire nous donne des renseignements précis à ce sujet. D’après les Neue mili-tairische Blætter, on vient d’exécuter, au champ de tir de Kunersdorf, de nouvelles expériences de tir contre les ballons captifs. Deux aérostats avaient été placés à une distance de cinq kilomètres et à une hauteur variant entre 100 et 250 mètres. Les canons, munis de hausses spéciales, ne devaient employer que des shrapnels à fusées fusantes. La distance fut mesurée au télémètre, mais il fallut faire certaines corrections dues aux oscillations causées par les courants d’air qui rapprochaient ou éloignaient alternativement ces cibles d’un nouveau genre. Le premier aérostat tomba au dixième coup et le second au vingt-sixième ; tous deux étaient percés de 20 à 50 trous produits par les éclats des projectiles et considérablement agrandis par la fuite du gaz. A cinq kilomètres de l’ennemi, les ballons captifs courraient donc de grands risques; à des distances plus grandes, il serait difficile, il est vrai, de les atteindre, mais leur service d’observation ne pourrait donner que des résultats peu satisfaisants.
- Explosion d’un œuf (l'autruche. — M. George Bauer, attaché au Peabody Muséum, de Yale (Connecticut), vient d’être victime d’un curieux accident. M. Bauer était occupé à examiner des œufs d’autruche qu’on avait fait venir de l’Afrique australe, lorsqu’un de ces œufs qu’il essayait de percer, lui a éclaté dans les mains comme une bombe de dynamite et l’a renversé inanimé sur le sol. L’œuf s’étant gâté pendant le voyage, il s’était formé à l’intérieur un gaz aussi dangereux que nauséabond, qui a causé l’explosion. Quand il a repris ses sens, M. Bauer a découvert qu’il avait reçu plusieurs blessures plus douloureuses que graves; mais il aurait pu perdre la vue s’il n’avait pris la précaution d’entourer l'œuf d’une serviette avant d’essayer de le trouer. Inutile d’ajouter que toute la salle était couverte d’éclaboussures d’une odeur infecte et que M. Bauer a été obligé de se laver la tête avec des eaux alcalines pour se désinfecter les cheveux. L’œuf pesait trois livres et une demi-once et sa coquille était si dure qu’il aurait fallu se servir d’un marteau pour la briser. Les œufs gâtés d’autruche, voilà un engin auquel n’avaient pas encore songé les nihilistes.
- La production des vins en France. — D’après les statistiques officielles, la récolte des vins en 1886 ne s’élève qu’à 25 065 545 hectolitres, ce qui représente une diminution de 5 millions 1/2 d’hectolitres, par rapport à la production de 1885, et une diminution de 11 millions 4/2 d’hectolitres sur la production moyenne des dix dernières années. Les perturbations atmosphériques venant se joindre aux deux fléaux qui ravagent nos vignobles, le phylloxéra et le mildew, sont les causes de cette diminution si marquée. En présence de l’insuffisance de la récolta, on a dù recourir plus largement que par le passé aux vins étrangers. Durant les onze premiers mois de 1886, les importations de vins étrangers en France se sont élevées à 9 458 000 hectolitres, alors que pour l’année 1885 tout entière, elles ne s’étaient élevées qu’à 6 851 000 hectolitres. Sur ces 9 458 000 hectolitres de vins étrangers, les vins d’Espagne figurent pour 5 187 000
- hectolitres, et les vins d’Italie pour 1 697 000 hectolitres. 11 y a, en outre, à remarquer que cette année on a fabriqué 2 812 000 hectolitres de vins de raisins secs et 2 688 000 hectolitres de vins obtenus par addition d’eau sucrée sur les marcs. Les départements qui ont eu la plus grande production de vins sont les suivants :
- Hérault, 2 995 126 hectolitres; Aude, 2 572 910; Puy-de-Dôme, 1 126 842; Pyrénées-Orientales, 1 175 209; Gironde, 1 108 685. Les départements qui ont eu la plus faible production sont la Creuse, 117 hectolitres, et l’Ille-et-Yilaine, 945. Dans 9 départements, il n’y a eu aucune production de vins : le Calvados, les Côtes-du-Nord, le Finistère, la Manche, le Nord, l’Orne, le Pas-de-Calais, la Seine-Inférieure et la Somme.
- Pendant que la production diminue en France, elle augmente en Algérie. La production totale pour les trois départements algériens a été en 1886, de 1 569 284 hectolitres. Durant les onze premiers mois de 1886, l’Algérie en a envoyé en France 598 000.
- En gros diamant. — Un diamant blanc excédant en dimensions les plus gros diamants connus, a été découvert en 1884 dans le sud de l’Afrique. Il est entre les mains des lapidaires depuis cette époque et a été réduit par la taille de 400 à 180 carats, Ce brillant, qui est de l’eau la plus pure, a été examiné avec curiosité par la reine d’Angleterre, dans l’un de ses récents séjours à Londres ; Je roi de Portugal a acquis l'un des morceaux provenant de la taille et pesant 19 carats, pour la somme de 8000 livres sterling (200 000 francs). Ce diamant dépasse de beaucoup, en poids, le fameux Koh-i-noor ; les célèbres diamants du Rajah de Mattan et du grand Mogol ne pesaient que 567 et 279 carats, respectivement, avant la taille. Cette pierre extraordinaire est la propriété d’un syndicat.
- Arbres nains chinois. — La Revue de l'horticulture belge nous rappelle de quelle manière les Chinois obtiennent certains arbres nains, de formes si bizarres, que l’on remarque fréquemment dans leurs cultures. Dans l’écorce d’une orange, on fabrique un trou de 2 centimètres de diamètre ; par ce trou on enlève toute la pulpe du fruit, et on la remplace par un mélange de fibres de coco, de débris de laine et de poussière de charbon. Dans le milieu de ce compost, on place la graine de la plante que l’on veut obtenir. L’orange ainsi préparée, on l’arrose de temps à autre, et bientôt la jeune plante se développe et sort par le trou pratiqué. Les racines de leur côté se développent et traversent l’écorce ; mais on les coupe aussitôt au ras de l’enveloppe, cela pendant deux ou trois années. On obtient alors une plante rabougrie, atteignant environ 10 à 12 centimètres de hauteur, bien qu’elle ait l’apparence d’une plante adulte. Elle continue à végéter ainsi pendant un grand nombre d’années, sans prendre presque aucun développement.
- Hérissons et xipères. — Un correspondant de F Éleveur, M. Ferdinand Coste, de Lacanche, adresse à ce journal les lignes suivantes que nous nous empressons de publier :
- « Cet été un de mes gardes a été témoin d’un trait de mœurs d’animaux dont la relation intéressera peut-être quelques-uns de vos lecteurs. Tout le monde sait que le hérisson est l’ennemi juré des reptiles en général et de la vipère en particulier, mais peu d’entre eux, peut-être, connaissent la manière dont il s’y prend pour se procurer un gibier récalcitrant et dangereux comme la vipère, et
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- LA. NATURE.
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- pour s’en faire un excellent plat de saison. Mon garde était en tournée dans des bois malheureusement infestés de vipères ; il en voyait une énorme endormie au soleil et il s’apprêtait à la couper en deux d’un coup de fusil, quand il aperçoit un hérisson se glisser prudemment sur la mousse j et s’approcher sans bruit du reptile. 11 assista alors à un j singulier spectacle. Dès que le hérisson est à portée de sa i proie, ilia saisit par la queue avec les dents et, plus rapide que la pensée, il se roule en boule. La vipère, réveillée par la douleur, se retourne, aperçoit son ennemi, et lui lance un terrible coup cle pioche. Le hérisson ne bronche pas. La vipère affolée, le traîne, le roule, elle se débat, siffle et se tord dans d’affreuses contorsions. Au bout de cinq minutes, elle est en sang ; sa gueule n’est qu’une plaie; elle tombe épuisée sur le sol; encore quelques soubresauts, puis les dernières convulsions de l'agonie, et elle expire. Quand le hérisson la sentit bien morte, il la lâcha et se déroula tranquillement; sans doute il allait se mettre à table séance tenante et dévorer sa proie, mais la vue de mon garde, qui s’était approché pendant la lutte, lui fit peur et il se repelotonna de nouveau jusqu’à ce que l’indiscret eût disparu sous bois. Le hérisson n’avait donc pas tué la vipère, mais avait très bien obligé la vipère à se tuer sur ses piquants. »
- Exposition de chats. — Le plus gros des quatre cents chats environ, exposés récemment au Crystal Palace, au National Cat Show, pesait 23 livres anglaises (10 k. 500) et plusieurs autres félins approchaient de ce poids. Un chat blanc avait un œil bleu et l’autre œil noisette. Les cinquante-deux classes comprenaient une variété considérable d’animaux, et le chat de l’ile de Man (Man’s-cat), curieux par l’absence de toute queue, était représenté par de beaux spécimens.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 janvier 1887. — Présidence de M. Gosselin.
- Eaux souterraines de Twtisie. — On se rappelle que visitant la Tunisie il y a quatre ans avec le commandant Roudaire, M. de Lcsseps fit exécuter par M. Dru des forages destinés à la recherche de l’eau. Vers Toser, où vivent 250 000 palmiers, on trouva des puits et des conduites datant de l’époque romaine. Depuis lors, M. le commandant Landas a continué les recherches de M. Roudaire et il a chargé M. Arrault d’établir des puits artésiens. C’est dans ces conditions que, d’après une lettre dont M. de Lesseps donne aujourd’hui lecture, le résultat a vraiment dépassé toutes les espérances. Un sondage donnant 9000 litres d’eau à la minute est devenu tout à coup, le 19 janvier à 6 heures du soir, le théâtre de phénomènes tout à fait imprévus. Des bruits épouvantables précédèrent une trombe d’eau qui sortant des entrailles de la terre s’élança à 4 mètres de hauteur. En moins d’une minute, les environs du puits furent envahis par des sables auxquels se mêlaient de gros blocs de gypse. Dès que la colonne liquide se fut affaissée, on vit un trou béant et pendant des heures les dunes voisines s’écroulèrent dans l’abîme. Ce lac instantané de 10 mètres de profondeur a une forme elliptique ; ses deux axes mesurent 15 mètres et 20 mètres. Partout ses rives sont à pic, sauf en un point qui semble à M. Arrault être le plus dangereux. Depuis l’ouverture du lac le puits donne 10 000 litres d’eau par minute. Comme le fait remarquer M. de Lesseps, les découvertes hydrologiques actuelles dont la Tunisie est le théâtre ne font que confirmer les
- assertions de Strabon, auxquelles à tort on n’a pas jusqu’ici attaché d’importance. Il ajoute que les gouffres du genre de celui qui vient d’être décrit ne sont pas rares : il en a vu un lui-même dont les régions centrales étaient signalées par les Arabes comme spécialement dangereuses, une jeune femme y ayant été engloutie par le courant. La victime, bien reconnaissable à ses bracelets de nouvelle mariée, fut retrouvée quelque temps après, à une certaine distance, dans le fond d’un puits.
- Uâge de la bauxite. — Nos lecteurs connaissent la bauxite, l'une des roches les plus intéressantes, vrai minerai d’aluminium, comme M. Henri Deville l’a reconnu. Le professeur de géologie de la Faculté des sciences de Dijon, M. Collot, dans une note présentée par M. Héhert, cherche à déterminer l’âge de formation et de dépôt de ce curieux hydrate d’alumine. Le l'ésultat est que la plupart des gîtes datent des temps aptien et albien. Dans les Pyrénées il y a des bauxites plus anciennes qu’on rapporte à l’urgonien.
- Magnétisme terrestre. — Comme il le fait au commencement de chaque année, M. Mascart transmet, de la part de l’observatoire de Saint-Maur, la valeur des éléments magnétiques au 31 décembre. Cette fois, la déclinaison, d’après M. Moureaux, était égale à 15° 57',2 et l’inclinaison à 65° 15'.
- Oppolzer. — Ainsi qu’il l’avait promis dans la dernière séance, M. Tisserant a rédigé une notice biographique sur M. Oppolzer, correspondant de la section d’astronomie, décédé à l’âge de quarante-six ans. Il avait commencé par se destiner à la médecine dans l’exercice de laquelle son père avait acquis une grande notoriété. Mais, dès 1866, invinciblement attiré par l’astronomie, il fonda chez lui un observatoire privé où de nombreux élèves distingués se sont formés pendant que M. Oppolzer y exécutait lui-même les grands travaux qui ont fait sa réputation.
- Varia. — Le directeur du Conservatoire annonce que dimanche 16 janvier, à 2 heures, aura lieu, dans la cour de cet établissement, l’érection d’une copie delà statue de Papin par M. Millet. — Un géologue qui vient de mourir, M. Fontanes, a légué à l’Académie une somme de 20 000 francs pour être distribuée en prix. — Le glycéri-nate de potasse occupe M. Forcrand. — On signale un travail de M. Antoine sur les vapeurs saturées. — Le mécanisme de la respiration chez les myriapodes a fourni un sujet de recherches à M. Challant. — Par l’intermédiaire de M. Miln^-Edwards, M. Vaillant adresse la suite de ses études sur les poissons des grandes profondeurs marines. — C’est d’une manière exceptionnellement élogieuse que M. le secrétaire perpétuel signale l’apparition du 22e volume du Journal du ciel par M. Joseph Vinot. Ce recueil, dit-il à peu près, qui a déjà été récompensé par l’Académie, constitue ce qu’on peut désirer de plus utile pour répandre le goût de l’astronomie parmi les personnes qui n’ont pas beaucoup de science. — Suivant M. Marchant, il y aurait une relation entre les perturbations magnétiques et les taches solaires. — C’est aussi des taches solaires que s’occupe M. Ripo (de Palerme) dans une note déposée en son nom par M. Janssen. —La carte géologique des environs du lac Baïkal est adressée par M. Venukof. On y voit en particulier comment les tremblements de terre de cette région dérivent d’affaissements du sol, et ne sont en aucune façon de nature volcanique. Stanislas Meunier.
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- LA NATURE
- LA SCIENCE PRATIQUE
- VEILLEUSES DE NUIT. -- VEILLEUSE A BOUGIE. —
- VEILLEUSE-PHARE.
- La classique veilleuse de nuit, qui consiste en une bougie minuscule, flotlant à la surface d’une couche d’huile versée sur de l’eau, offre bien des inconvénients : sa préparation est malpropre et ne saurait être laite par soi-même; son extinction, quand on la souffle , détermine bientôt des odeurs d’huile brûlée insupportables.
- Voici une petite veilleuse perfectionnée qui nous a paru charmante d’aspect, de propreté et de commodité (fig. 1).
- Elle consiste en un godet de verre dans lequel on place une bougie analogue à celles que l’on brille dans les réchauds.
- 11 sufiit d’allumer la bougie et de collier la flamme d’un capuchon de verre translucide, rose ou bleu, qui produit une lumière douce et agréable.
- Quand on veut éteindre de son lit la veilleuse placée à portée de la main, une petite lamelle de mica, de la grandeur d’une pièce de cinq francs en argent, est posée sur le capuchon de verre : elle intercepte l’arrivée de l’air et la bougie s’éteint douce-
- Fig. 1. — Veilleuse anglaise à bougie.
- ment sans fumée et sans odeur. La
- bougie, de fabrication anglaise, comme l’appareil lui-même, dure environ quatorze heures , il y en a à peu près pour deux nuits. La veilleuse se transporte facilement d'une chambre à une autre, elle est d’un emploi très avantageux dans une antichambre. Mais, car il y a un mais, elle offre un inconvénient : la bougie coûte assez cher ; c’est un appareil de luxe.
- La seconde veilleuse que nous allons faire connaître à nos lecteurs, est la veilleuse-phare (fig. 2) ; elle est formée d’un réservoir sphérique en métal nickelé, que l’on remplit d’huile à brûler en l'inclinant convenablement. On place dans le godet qui communique au réservoir, une mèche ordinaire de veilleuse à huile. Quand on l’allume, la flamme se produit devant une lentille de verre mobile autour d’un axe, et qui projette au loin le rayon lumineux sur un point déterminé. On peut placer la veilleuse sur sa table de nuit et diriger
- le rayon vers le cadran de la pendule qu’il éclaire tout entier, de façon à être visible et lisible pendant la nuit.
- La petite veilleuse peut encore servir à lire le soir dans son lit, sans avoir la crainte de mettre le feu aux rideaux, comme lorsqu’on se sert d’une bougie. La veilleuse est, dans ce cas, placée à certaine distance et la lentille orientée de telle façon que le rayon lu-mineux vient éclairer la surface du livre que l’on tient à la main. L’éclairage est très s u f fi s a n t pour la lecture.
- Le remplissage d’huile de la veil leuse-pharc se fait d’une façon particulière, la sphère métallique creuse servant de réservoir, ne s’ouvre pas ; il n’y a d’autre ouverture i|uc celle
- Fig. 2. — La veilleuse-pluirc.
- du godet infé-
- rieur, on y verse
- l’huile à brûler peu à peu, en penchant la sphère convenablement, de telle façon que l'air puisse s’échapper; avec quelques opérations successives, on arrive à remplir la sphère presque complètement d’une quantité suffisante de liquide. Dr. Z...
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N* 7 1
- 'l‘l JANVIER 1887
- LA N AT U 11 1
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- LES PHOSPHATES DE PICARDIE
- On peut dire que l’importance agricole d’un pays est exactement mesurée par la quantité de phosphate de chaux qu’il consomme. Aussi l’activité qu’il développe pour en recueillir, est-elle véritablement fé-
- brile : la distance, les diflicultés du transport, les préjugés les plus enracinés ne sont rien devant la perspective d’en obtenir. Témoin les Anglais fouillant les hypogées d’Egypte, arrachant les momies à leurs bandelettes pour en faire la matière fertilisante de leurs prairies.
- Témoin la facilité avec laquelle des milliers de
- Fig. 1. — Recherche des phosphates, à Beauval (Somme), à l’aide de la sonde à bras.
- Chinois furent immolés dans les exploitations meurtrières du guano des îles Chincha.
- Témoin le peu de temps qu’il a fallu pour tarir les
- amas si riches de notre Quercy, les efforts gigantesques pour rendre assimilable l’apatite du Canada et celle de l’Estramadure, et l’émotion avec laquelle
- Fi". 2 5 et 4. Fig. 2. — Coupe verticale de terrain à phosphate de Beauval. — Cr. Craie à Belemnitella quadrata. — Ph. Sable
- phosphaté. B. Bief ou argile à silex.— L. Limon. — T. Terre végétale. (Échelle de 2""",5 par mètre.) — Fig. 5. Coupe horizontale
- suivant AB de la figure précédente, montrant un cylindre argileux B dans l’axe d’un puits rempli de phosphate Ph creusé dans la craie Cr. — Fig. 4. — Grains du sable phosphaté de Beauval vus au microscope ; grossissement, 125 fois.
- naguère on a suivi les découvertes de phosphate aux environs de Mons par M. Cornet et dans cinquante de nos départements par M. de Molon.
- C’est que le phosphate de chaux, l’un des éléments constituants de nos os, est un engrais incomparable. Sa présence, même en faible quantité dans le sol, suffit souvent pour modifier profondément les caractères de la récolte. C’est ainsi, pour n’en citer qu’un 15® année. — tcr semestre.
- seul exemple, que les fabricants de sucre du département du Nord, constatant une diminution progressive et rapide du titre saccharimétrique des betteraves, il a suffi, pour restituer à la racine le précieux suc qu’on y recherche, de rendre au sol le phosphate de chaux dont la culture incessante l’avait peu à peu dépouillé.
- Ce fait, et tous ceux qu’on pourrait citer à sa
- 8
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- LA NATURE
- J14
- suite, font comprendre comment toute découverte d’un gîte de phosphate est de nature à émouvoir toute une population d’intéressés.
- C’est justement ce qui a lieu à l’heure actuelle, sur une surface de 10 kilomètres environ sur 4, au sud de Doullens (Somme) et spécialement à Orville, à Beauval, à Beauquesne, à Terramesnil et à Candas.
- La présence souterraine, dans les inégalités de la craie, d’amas de phosphate de chaux, a révolutionné le pays. On ne pense plus qu’au phosphate ; tout gravite autour de lui. Une vraie fièvre règne, semblable, a l’échelle près, à celle qui s’est déclarée au début dans tous les placers, en Californie, en Australie, à Comstock.
- À votre passage sur la route, les paysans remarquant votre sac et votre marteau de géologue, chuchotent entre eux : « Il va aux phosphates, » et vous considèrent d’un œil inquiet. Une vieille femme vous demande si elle ne vous doit pas quelque chose, feignant de vous prendre pour un employé des contributions, à seule fin de lier conversation et de connaître vos intentions.
- Dans la campagne, des groupes de deux ou trois ouvriers sondent le sol; e’est-a-dire y pratiquent à l’aide d’une tige creuse de o à 4 centimètres de diamètre des trous de 6, 8, 10, 12 mètres, afin d’en reconnaître la nature (fig. 1). En cas de réussite, des exclamations de joie ; le terrain se vendra vingt fois, trente fois et plus ce qu’il valait la veille. Des spécialistes, venus des Ardennes, de Belgique, ont acquis pour plusieurs millions de terrain dont, sans tarder, ils commencent l’exploitation.
- Comme dans tous les pays à placers, des fortunes subites, des raisons ébranlées. Un petit commerçant venait d’acheter une modeste maison pour le prix de 2000 francs ; le phosphate est découvert dans le sol qui lui est acheté séance tenante pour 65 000 francs. Le pauvre homme y perd la tête ; il se promène dans les rues vêtu en femme et sa joie est si bruyante que le premier propriétaire de la maison intervient. La vente est assez récente pour qu’on la puisse résilier ; 65 000 francs valent mieux que 2000 ; un procès va s’engager.
- Dans l’un des villages, un champ à phosphate n’est séparé du cimetière que par un étroit sentier; rien n’indique qu’il en doive résulter une interruption dans le dépôt : les exploitants proposent au Conseil municipal l’acquisition du cimetière. Le respect des ancêtres qu’on va déranger pourrait, a priori, rendre difficile la conclusion du traité ; mais les vraies objections ont une autre source. Si on veut acheter le terrain, c’est qu’il contient du phosphate; il vaut donc beaucoup plus que la somme offerte ; il faut ouvrir une adjudication. Seulement, pour avoir une base de mise à prix, des sondages sont nécessaires : on scrute le sol et l’on n’y trouve rien. La commune garde son cimetière avec la déception des gros bénéfices un instant entrevus.
- Mais si la découverte de la précieuse substance qui vaut 70 francs la tonne, c’est-à-dire beaucoup
- plus que la houille, a tourné la tète de bien des gens préoccupés de faire fortune, elle a vivement piqué la curiosité des géologues, et c’est à ce titre que j’ai fait, dans l’agréable société de MM. E. Derennes et II. Boursault, le petit voyage de Doullens. Ce que j’y ai vu m’a paru assez intéressant pour être raconté à nos lecteurs.
- A l’arrivée, j’ai rencontré des personnes fort aimables qui m’ont donné tous les renseignements désirables et dans la compagnie desquelles j’ai visité les gisements. Avec nous, un chien, qui naturellement s’appelle Phosphate.
- Nous sommes sur le plateau de Picardie, presque horizontal, coupé de nombreux vallons et dont le sol est formé d’un limon épais très caillouteux vers le bas, qui porte le nom local de bief. C’est la même formation qu’on appelle ailleurs argile à silex ou terrain superficiel de la craie. La craie, en effet, lorme le sous-sol, et des puits de recherche, larges de deux mètres, permettent tout d’abord de voir sa relation avec les masses superposées. I/un de ces puits montre, par exemple, 4m,50 de bief recouvert de limon fertile, voisin du loess, puis 5 mètres de phosphate sur lequel nous allons revenir, et au-dessous, la craie.
- Ces puits toutefois, excellents pour renseigner sur la présence de la substance recherchée, ne donnent que des notions géologiques très incomplètes; et c’est dans des exploitations plus larges qu’on peut espérer d’éclaircir toutes les questions relatives à ce sujet. On voit alors (fig. 2) que la limite supérieure de la craie, au lieu d’être à peu près horizontale comme celle du sol à la surface, est extraordinairement irrégulière. Elle est creusée de poches, de puits, parfois de plusieurs mètres de profondeur, que des substances diverses sont venues combler. Ces poches sont de formes très variables, et dans l’une des exploitations on en a trouvé deux en cônes renversés de 5 à 4 mètres de diamètre, séparés seulement par 20 ou 25 centimètres de craie.
- La paroi interne des poches est polie comme celle des marmites et de beaucoup de puits naturels ; — témoignant ainsi d’une dissolution lente de la roche calcaire par un liquide corrosif qui ne pouvait être que de l’eau chargée d’acide carbonique.
- [jes matériaux qui remplissent les cavités de la craie y sont strictement ordonnés ; sur la roche secondaire est disposé un revêtement, parfois fort épais, de phosphate de chaux. A l’intérieur de la gaine phosphatée dont la surface supérieure, quoique moins accidentée est déprimée en cuvette, se trouve de l’argile. Celle-ci, colorée par l’oxyde de fer, renferme parfois, à son contact avec le sable de phosphorite, une quantité de phosphate pouvant aller, m’a-t-on dit, jusqu’à 50 pour 100. On y voit aussi des mouches noires d’oxyde de manganèse faisant ressortir très nettement la forme de la surface de jonction. Cette argile, qui rappelle le lithomarge et qu’on ne distinguerait pas du remplissage des portions étroites de tous les puits naturels,
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- LA NATURE.
- constitue à son tour comme une cuvette, moins concave que les précédents, emboîtée dans le phosphate qui est lui-même emboîté dans la craie. Pardessus se montre la vraie argile à silex qui, comme on l’a dit plus haut, a nivelé à peu près les irrégularités des masses sous-jacentes et qui supporte les limons superficiels et la terre végétale.
- En certains points, l’épaisseur superposée à la craie, dans l’axe des puits, atteint 14m,50.0n voit, d’après cette constitution, qu’une coupe horizontale (fig. 3), menée à une hauteur convenable dans le dépôt, donnera à l’intérieur de la paroi crayeuse, une manche de phosphate enveloppant une sorte d’axe argileux.
- J’ai dit que l’argile peut, vers sa partie marginale, contenir une proportion notable de phosphorite : la craie excavée est toute remplie de petits grains de même nature. Or, il est parfaitement certain que le phosphate s’est accumulé dans les puits de la craie au fur et à mesure du creusement de ceux-ci sous l’influence des agents de corrosion. Cette origine, par voie de dénudation subaérienne, est identique à celle qu’il faut attribuer aussi à l’argile à silex et ne suppose aucune réaction différente de celle dont nous sommes témoins tous les jours.
- A cet égard, il semble bien établi que les masses crayeuses non phosphatées et riches en silex d’où dérive le bief, étaient à Beauval originairement superposées aux couches crayeuses phosphatées. La dénudation, par infiltration descendante d’eau carboniquée, s’est d’abord exercée à leurs dépens ; puis les couches phosphatées ont été attaquées à leur tour et le phosphate est resté en résidu après la dissolution du calcaire, comme précédemment l’argile à silex. Et c’est comme conséquence de cette corrosion successive que se comprend le glissement du cylindre argileux dans l’axe du puits a phosphate; comme se comprend celui des lits de cailloux dans l’axe des puits naturels du calcaire grossier d’Ivrv.
- Une circonstance qui ajoute beaucoup d’intérêt a la manière d’être du phosphate à Beauval, c’est qu’elle n’est pas exceptionnelle. On la retrouve trait pour trait dans plusieurs localités des environs de Mons, en Belgique, que j’ai eu l’occasion de visiter il y a quelques années sous la conduite deM. Cornet lui-même l. En Picardie, comme en Belgique, la matière phosphatée se présente sous la forme d’un sable très fin, de couleur blonde; au microscope on constate que les grains de phosphorite reproduisent fréquemment les formes les plus caractéristiques des produits concrétionnés et en particulier des silex : ce sont souvent (fig. 4) des globules presque parfaits, à surface lisse, parfois géminés, en forme de gourdes, parfois pourvus d’une petite queue comme des larmes et dont la coupe présente des couches concentriques.
- D’ailleurs le phosphate de Beauval diffère de celui de Mons par l’absence presque complète de fragments de coquilles, très nombreux au contraire dans le dernier.
- 1 Voy. Bibliothèque lie Lv Natuile ; Excursion géologique à travers la France, p. 302.
- n'ï Ion
- Je n’ai pu pousser très loin l’étude stratigraphi-que, mais il se pourrait que la craie phosphatée de Beauval fût un peu plus ancienne que la craie phosphatée de Belgique. Celle-ci, d’aprèsM. Cornet, est plus récente que la craie de Spienne, qui repose elle-même sur la craie de Nouvelles, contemporaine de nos couches de Meudon. Or, à Beauval abonde Belemnitella quadrata, c’est-à-dire un fossile antérieur à B. mucronala, et qui ne se montre qu’au niveau de Beynes. Il est du reste évident que l’àge du phosphate est très postérieur à celui de la roche qui le contient. Stanislas Meunier.
- LA STATISTIQUE GRAPHIQUE
- AU MINISTÈRE DES TRAVAUX PUBLICS
- Le Ministère des travaux publics vient de faire paraître l’Album de statistique graphique de 1885 % qu’il publie annuellement depuis 1879 sous la direction de M. Cheysson, et que la Nature à déjà eu l’occasion de signaler à ses lecteurs2.
- Parmi les 21 planches dont se compose cet album, le septième de la série depuis l’origine de la publication, onze appartiennent à la catégorie de ces « planches de fondation » qui reparaissent dans chaque album, et permettent ainsi de suivre, d’année en année, la variation d’un même fait, tel que le tonnage des chemins de fer, celui des voies navigables...
- Les dix autres planches sont nouvelles et se rapportent à des faits qui, à raison de la lenteur de leur allure, ont besoin d’une étude à plus longue période.
- Parmi ces dernières, il convient de signaler celles qui présentent un intérêt spécial pour l’économiste et le statisticien.
- Ainsi, l’on a pu pour la première fois, cette année, réaliser une amélioration depuis longtemps réclamée, et consacrer au transport des personnes une planche analogue à celle qu’on produisait depuis l’origine pour le transport des marchandises. Ces deux cartes ont même aspect ; mais tandis que la carte du tonnage des chemins de fer semble figurer par la largeur de ses bandes, les débits d’un réseau fluvial qui, au lieu de rouler des mètres cubes d’eau, roulerait des tonnes de marchandises, la carte conjuguée représente, à une échelle identique, ce même réseau avec ses courants de voyageurs. La moyenne générale de ces débits en 1883 a été de 260121 voyageurs, et de 433 759 tonnes, ce qui correspond à 17 tonnes pour 10 voyageurs. Mais cette proportion varie suivant les Compagnies, et s’élève pour le même nombre de 10 voyageurs : à 24 tonnes, sur le réseau du Nord; à 22 tonnes sur celui de Lyon; à 16, 15 et 14 tonnes, sur ceux de l’Est, d’Orléans et Midi, et tombe à 8 tonnes sur ceux de l’Ouest et de l’Etat.
- La comparaison révèle des variations beaucoup
- 1 Eu vente chez SIM. Chaix et Dunod.
- - Voy. ir 382, du 25 septembre 1880, p. 200.
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- la nature.
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- DECOMPOSITION DU TONNAGE EFFECTI F.
- A- EN COURANTS DE TRANSPORT
- ports maritimes
- B-PAR NATURE DE MARCHANDISES PORTS MARITIMES PORT DE PARIS
- plus étendues, si l’on descend de l’étude des réseaux à celle des sections, et jette ainsi le jour le plus curieux sur les mouvements respectifs des produits et des personnes, suivant la latitude, les habitudes des populations, leur profession principale, la culture dominante du sol..., etc.
- C’est encore la même question qu’on a cherché a élucider dans les deux planches suivantes, mais en étendant cette étude aux principaux pays du monde, dans la limite des ressources que fournit l’état plus ou moins avancé de leur statistique.
- A défaut du mouvement kilométrique, que ne donnent pas les statistiques de plusieurs-vpays, on s’est borné à représenter dans la planche ci-après reproduite1 (fig. 2, p. 117) le mouvement absolu des voyageurs et des marchandises, puis ce mouvement rapporté à la population.
- Un a tracé, pour chaque pays, deux cercles dont les centres sont situés sur une même horizontale : l’un, en gris foncé, proportionnel au nombre absolu des voyageurs transportés en 1885 sur les chemins de fer de ce pays; l’autre, en noir plein, proportionnel au nombre absolu de tonnes, transportées cette même année sur les mêmes chemins de fer.
- Concentriquement à chacun de ces cercles, un cercle, en gris clair,
- (généralement intérieur), représente la population.
- Ces divers cercles ont tous même échelle et leurs surfaces sont proportionnelles aux faits qu’ils expriment.
- Enfin, sur la ligne des centres, on a élevé deux étroites bandes verticales, l’une grise pour les voyageurs, l’autre noire pour les marchandises, dont les hauteurs sont proportionnelles : au nombre de voyageurs pour la bande grise, et, pour la bande noire, au nombre de tonnes, ces deux nombres étant calculés par tète d'habitant du pays considéré.
- Il est curieux de constater les variations de ces
- 1 Les trois planches, que nous reproduisons au cours de cet article, ont dans l'Album auquel nous les empruntons le format grand in-4° et présentent plusieurs couleurs, double condition qui contribue à l'agrément de leur aspect et à la netteté de leurs indications.
- SEINE ttCANALSTOENIS^Sorts^
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- HOUILLES CONSOMMEES DANS LE DEPARTEMENT DE LA SEINE. (3.132.200 tormes}
- Décomposition d’après lemode de transport: PwleiwiwnsvtAI
- Par l%s tir? de fer
- ,t 097 500 tome» ÎO'VFiQO tonne*
- SIGNES CONVENTIONNELS DES TRANSPORTS
- Transit - ------ ------------......- - -h"-'
- Trafic intérieur' ou local - ..........."
- t'erpcctiùons- ou sortie#- - ___________KSS3
- u/rricagrsmi entrées ................. - JHH
- SIGNES CONVENTIONNELS DES MARCHANDISES ^Uatériamc de construction--------------SS223
- rapports par tète d'habitant, suivant l’état industriel, la î •iehesse et la civilisation des divers pays. Ainsi, tandis que l’Angleterre fournit 102 voyages et 75 tonnes par 10 habitants, les chiffres correspondants sont: pour la France, 57 voyageurs et 25 tonnes; pour l’Italie, 12 voyageurs et 4 tonnes; pour la Russie, 4 voyageurs et 5 tonnes; pour le Japon,
- 2 voyageurs et 1 tonne.
- Une autre planche exprime encore le rapport des transports de voyageurs et de marchandises, mais sous forme de diagramme chronologique. Un outre, pour saisir au moins approximativement l’in-
- _____________________ Jluence de la longueur du
- trajet parcouru, elle a mis en œuvre les recettes brutes, lesquelles sont sensiblement proportionnelles aux quantités et aux parcours. Elle présente donc sous forme de diagramme deux courbes chronologiques qui figurent: 1° le rapport tics nombres absolus de voyageurs et de tonnes; 2° celui des recettes de -grande et petite vitesse.
- Un étudiant ces courbes, on constate que, presque partout, au début les voyageurs sont beaucoup plus nombreux que les tormes, et que leur transport représente la plus grosse part des recettes. Ces rapports décroissent progressivement et, dans tous les pays industriels, la dernière proportion se ren-
- Madunes et-inR/ÎTmêtaUTT^.--IlillIM ICTbC, C eSt-ll-dlTC (J UC
- froduits industriels...—____-I i i I 1* 1
- S’ornais et amendements. .-E53Ü3 lCS ÎTltiFClltinCllSCS ClOIinCïlt
- aujourd’hui la recette la plus forte. Il semble donc qu’au premier moment où elle a pénétré dans ces bassins fermés, la voie ferrée y ait déterminé le déplacement des populations. Celui des marchandises n’a pas tardé à suivre et à devenir prépondérant, quand les courants commerciaux ont été établis par la mise en communication des marchés.
- Les trois planches suivantes sont des cartogrammes consacrés aux chemins de fer dans les principaux pays du monde et figurent : leur développement absolu, et rapporté à la population çt au territoire ; leurs résultats d’exploitation, absolus et kilométriques (Recettes et dépenses) ; enfin les frais de premier établissement, (en distinguant les ressources financières qui les ont alimentés), et la rémunération des capitaux absorbés. On voit que les sacrifices n’ont pas
- Décomposition parpa^sde provenance :
- ^^'ipiiïmii.ijiiniiriiiiï phn i 3M20Q*
- Belgique ..9S920CP*M™M^TÏÏ jjiÇfrtetùO'UMf France.
- Produits agricoles et denrées______________
- Combustibles minérauoc---------------------- BBP
- Bois de- tauJe rorte..................... ,.88§3
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- — Mouvauionl du jmrt do. Caris
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- LA NATURE
- 117
- A MER1ÇUE États-Unis
- ASIE. ettfCEANIE Inde anglaise
- TABLEAU DES DONNEES NUMERIQUES exprimées surlecartogramme.
- Pays considérés
- Nombre & toute distance
- EUROPE
- Gr^8rtùecIrlanAe\683p8)3t Allemagne.
- France/...
- Belgique/
- Population,
- E8S3S28 Voyageurs transportés
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- Nombre devogagsurspar {cicd'hubàartL
- .JL jVbmbre de tonnes ck ma refond ** ûl.
- RufsiedBurope
- Italie/.......
- Suisse/.....
- Pays-Bas......
- Espagne' .....
- Suède/.......
- Danemark,.....
- JVormège/.....
- Portugal,.....
- Finlande...
- Roumanie/ ... Luxembourg... AMÉRIQUE
- EtaXs'Vrùe...
- Canada/......
- Bip.irgepiine. ASIEetOCÉANIE Inde anglaise/
- Japon________
- Australasie— AFRIQUE Algérien Tunisie
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- Population
- igizS3j30 gkaijoSo 37.336833 p.718836 (P.jSloqo 12.66S.jH 7087330 6s.60.6i6 gkgj.&jZ j.b5o.56g J.2877S3 xiSaigk 838ji7 6tf.7 So 1531.875 2o56.35o
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- Fiar. 2. — Mouvement absolu et par tête d’habitant sur les chemins de 1er du inonde en 1883.
- J CIRCULATION PARISIENNE PAR MODE DE TRANSPORT EN 1684
- GARES DE PARIS -55.900.000V Gare S* Lazare
- Montparnasse Gare deSceaux , Gare d'Orléans Gare de Lyo
- Gare du Nord Gare de l’Est G are deVincennes
- Circulation en 1884 3o3.5oo.ooo^ port compris /es gares
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- Fig. La circulation parisienne par mode de transport, de 18G0 à 1881.
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- 118
- LA NATURE.
- été partout également fructueux. Ainsi, pendant que le taux de placement s’élève à 5, 55 pour 100, en Espagne, il descend à 4, 52 pour 100 en Allemagne et à 3, 60 pour 100 en France, bien entendu en laissant en dehors de ce calcul les profits indirects, dont les incidences, très complexes, sont difficiles à mesurer avec précision.
- La planche 17, qui est insérée ci-contre (fig. 1, p. 116) est consacrée au port de Paris; elle en analyse le mouvement, qu’elle décompose par courants de transports et par nature de marchandises ; elle le rapproche de celui de nos principaux ports maritimes, et fait ressortir par ce rapprochement que le port de Paris est le plus grand port de France, son mouvement, en tonnage effectif, étant le double de celui du Havre et dépassant de 15 pour 100 celui de Marseille.
- Cette planche (fig. 1) décompose le tonnage effectif du port de Paris en 1885 : 1° d’après les courants de transport ; 2° d’après la nature des marchandises.
- Les courants de transport comprennent : le transit, le trafic intérieur au port ou local, les expéditions, et les arrivages.
- Quant aux marchandises, la statistique officielle les répartit en 10 catégories; mais, pour simplifier le dessin, on s’est borné à distinguer les 6 catégories principales, en groupant les 4 autres dans une septième catégorie sous le nom de divers.
- Les tonnages totaux sont figurés par des cercles, partagés eux-mêmes en secteurs proportionnels aux tonnages partiels. Ces secteurs sont désignés par des grisés conventionnels, dont le sens est indiqué au-dessous du cadre de la planche.
- Un cartouche spécial, qui occupe le bas de la planche dans l’intérieur du cadre, figure, par deux rectangles égaux symétriquement disposés, la consommation des combustibles minéraux dans le département delà Seine en 1883. Ces deux rectangles sont eux-même subdivisés dans le sens de leur hauteur, en rectangles proportionnels : pour l’un, aux modes de transport qui ont servi à l’approvisionnement de ces combustibles; pour l’autre à leurs provenances.
- La planche (fig. 5), que nous reproduisons de même pour les lecteurs de La Nature (p. 117), représente la répartition de la circulation parisienne entre les principaux modes de transport dont dispose la population, et comprend : sur la gauche, un cartogramme pour 1884; sur la droite, un diagramme récapitulatif pour la période de 1860 à 1884.
- Les seules modes de tranport auxquels s’applique la figure 3 sont: les omnibus et les tramways, les bateaux-omnibus et les chemins de fer de Ceinture et d'Auteuil. En voici l’explication.
- Cartogramme de gauche. —Des cercles, teintés de grisés différents suivant le mode de transport, expriment : par leur emplacement, le mode auquel ils se rapportent, et par leur surface, l’intensité proportionnelle de la circulation correspondant à ce mode en 1884, avec ses subdivisions, si elle en présente.
- La même notation par des cercles et des secteurs proportionnels indique le nombre des voyageurs respectivement embarqués et débarqués en 1884 dans les gares parisiennes.
- Deux cartouches, placés au bas du cartogramme, récapitulent : celui de gauche, la circulation totale des gares de Paris ; celui de droite, la circulation totale par les trois modes considérés.
- Diagrammes de droite. — Ces diagrammes donnent l’histoire de la circulation parisienne de 1860 à 1884, en la subdivisant entre les trois mêmes modes de transport, représentés d’ailleurs par les mêmes grisés que sur le cartogramme.
- Pour les construire, on a superposé les longueurs proportionnelles aux intensités partielles, de manière à obtenir ainsi leur totalisation par la courbe supérieure.
- Pendant cette période de 1860 à 1884, le mouvement des voyageurs s’est accru de 78 à 503 millions, c’est-à-dire qu’il a quadruplé en 25 ans.
- Ce chiftrede 303 millions pour 1884 correspond, par Parisien, à une moyenne annuelle de 157 voyages, savoir :
- En omnibus et tramways............. 116
- En chemins de fer de Ceinture et
- d’Auteuil.......................... 15
- En bateaux-omnibus..................... 8
- Toutefois, ce chiffre comprend des doubles emplois par suite des correspondances et doit être ramené au total, encore considérable, de 257 millions.
- On a figuré, sur la même planche, le mouvement des voyageurs embarqués et débarqués dans les gares de Paris et dont le nombre a atteint 56 millions en 1884. La gare Saint-Lazare, à elle seule, contribue à ce total pour 24 millions ou 45 pour 100.
- La dernière planche se rapporteaux résultats d’exploitation des tramways en France, et montre que ces entreprises sont généralement peu fructueuses. Dans certains départements même, elles se soldent par des déficits que la carte accuse en un demi-cercle noir foncé.
- Outre la légende détaillée, la plupart des planches sont accompagnées de tableaux qui résument les principales données traduites graphiquement, de manière à joindre la précision du chiffre à la netteté suggestive du dessin. Elles signalent d’ailleurs, sans réticence, les hypothèses qu’elles comportent, les lacunes et les desiderata des ressources dont elles disposaient, pour qu’on ne se méprenne pas sur la valeur de leurs affirmations.
- Comme ses devanciers, cet album est une mine d’informations précieuses, de matériaux de bon aloi ; il fournit une base solide à l’étude des questions économiques à l’ordredu jour, et il devient, à ces divers titres, indispensable au législateur, à l’administrateur, a l’économiste, en un mot, à tous ceux auxquels incombe la tâche d’éclairer ou de résoudre ces grandes questions.
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- LA NATURE.
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- LA DORURE CHEZ LES ANNAMITES
- Parmi les industries d’art du Tonkin, la dorure sur bois mérite une mention toute spéciale à cause de l’originalité du procédé, qui diffère totalement des moyens employés en Europe.
- Tous les objets dorés que l’on rencontre au Tonkin : meubles, panneaux, boudhas, statuettes, tams-tams, etc., dont les dorures résistent aux intempéries, sont obtenus par la superposition d’un vernis sur une feuille métallique d’or, d’argent ou d’étain. L’effet d’optique qui simule l’or sur les feuilles d’argent ou d’étain, n’est pas dù à une action chimique, mais à une action purement physique qui se traduit par la polarisation d’un certain nombre de rayons du spectre, ce vernis ne laissant pas passer les rayons jaunes, orangés et verts. Il est inutile de dire que les dorures les plus usitées sont faites sur étain.
- Le procédé consiste à étendre sur l’objet à dorer une couche de vernis appelé Son-cam (vernis fixatif), dont la composition est indiquée plus loin; cet ingrédient sert a coller la feuille d’or, d’argent ou d’étain ; cette feuille est soigneusement étendue de façon à ne former aucun pli ni relief. Quand le Son-cam est sec et que par suite la feuille métallique est solidement appliquée sur le bois, on passe à la seconde partie de l’opération qui amène la production de la teinte dorée.
- Pour obtenir l’éclat de l’or, les Annamites appliquent sur la feuille de métal une ou plusieurs couches minces d’un second vernis qu’ils désignent sous le nom de Son-phu. Cette opération doit être faite dans l’obscurité; il faut attendre que le vernis soit à peu près sec pour exposer la pièce dorée à la lumière, autrement le Son-phu qui s’oxyde sous l’influence des rayons chimiques noircit et l’effet à obtenir n’a pas d’une façon aussi parfaite l’aspect de l’or.
- Cette teinte dorée dont la beauté est subordonnée à l’emploi de l’or, de l’argent ou de l’étain, ne possède pas encore tout son éclat au moment où le vernis est sec. L’objet est, pour ainsi dire, bronzé, avec des teintes mates ; il n’acquiert la perfection qu’au bout de quelques mois, et la dorure, au lieu de s’altérer en vieillissant, gagne au contraire en éclat.
- Les dorures ainsi obtenues ont l’habitude de pouvoir être facilement lavées, ce qui permet d’enlever la poussière qui souille les parties creuses des objets sculptés. Elles ont donc une immense supériorité sur les dorures européennes que nous voyons dans ‘nos appartements, puisqu’elles supportent, sans altération, l’humidité et la chaleur. Elles ne sont pas altérées par les produits sulfureux, ce qui leur donne encore une qualité que n’ont pas les dorures faites en Europe, car ces dernières se ternissent très vite sous l'influence des gaz qui émanent toujours des cheminées, même les mieux conditionnées.
- Ce procédé, d’ailleurs peu coûteux, mériterait d’être importé en Europe où l’on pourrait en faire d’utiles applications surtout pour les dorures extérieures, d’appartements, de cadres, etc...
- Voici la préparation et la composition des deux vernis qui servent à la dorure :
- Le Son-cam se prépare en faisant chauffer, dans une bassine en cuivre ou en terre, deux parties de Son-mat-dau et une partie de Dau-chau ; on retire du feu quand le mélange a acquis une certaine consistance. Ce vernis, ou plutôt cette colle, a une couleur brun rougeâtre qui passe rapidement au noir sous l’influence de la lumière.
- Le Son-phu s’obtient en mélangeant le Son-mat-dau
- avec une poudre rouge appelée Hong-dung (qui est un sel de mercure) et le Dau-chau. Les deux oléorésines ; Dau-chau et Son-mat-dau, sont mélangées par parties égales, et l’on ajoute environ cinquante grammes de Hong-dung par kilogramme de mélange. Le tout est battu pendant un certain temps à une douce chaleur, jusqu’à ce que l’on ait obtenu un mélange parfaitement homogène.
- LES
- FABRIQUES D’HORLORERIE AMÉRICAINES
- La jeune horlogerie américaine, et qui mérite bien cette épithète, puisqu’elle n’est pas antérieure à 1852, en quelques bonds hardis a conquis une large place sur les marchés commerciaux du monde entier, que, du reste, elle inonde du produit de ses machines. Ce qui ne paraît nullement étonnant quand on consulte la simple liste de ses manufactures en activité à la fin de 1884, liste que nous reproduisons ci-dessous, d’après Y Almanach des horlogers, de M. Charles Gros de Saint-Imier, et que nous faisons suivre de quelques observations.
- AmericanWatchG0,Waltham, Mass., 1852; capital 1 500 000 dollars G 2800 ouvriers, 1200 montres par jour. The Nashua Watch C°, Nashua, N. H., 1860 ; cap. 50 000 D. (n’exista que quelques années). National Watch C°, Elgin, 111,1864; cap. 1000 000 D., 2200 ouvriers, 1200 montres par jour. Tremont Watch C°, Melrose, Mass., 1864; cap. 150 000 D. (n’exista que pendant quatre ans). United States Watch C°, Marion, N. .1., 1865; cap. 500000 D. (subsista jusqu’en 1874). Newark Watch C°,Newark, N. J., 1865; cap. 200 000 D. (n’exisfa que quelques années). Illinois Watch C°, Springfield, I1L, 1875; cap. 250 000 D., 1100 ouvriers, 500 montres par jour. Rockford Watch C°, Rockford, 111., 1874; cap. 280 000 D., 225 ouvriers, 100 montres parjour. Hampden Watch C°,Springfield, Mass.,1877 ; cap. 200000 D., 450 ouvriers, 150 montres par jour. Lancaster Watch C°, Lancaster, Penn., 1877; cap. 250000 D., 500 ouvriers. Waterbury Watch C°, Wa-terbury, Conn.,1880 ; cap.400000 D., 590 ouvriers, 400 montres par jour. Howard Watch factory, Rox-bury, Mass., 1881; cap. 250 000 D., 100 ouvriers. 500 montres par mois. Indépendant Watch C°, Fre-donia, Y. Y.; cap. 150 000 D., 110 ouvriers. Co-lombus Watch C°, Colombus, Ohio, 1882; cap. 150 000 D. J. P. Stevens Watch C°, Atlanta, Ge, 1882 ; cap. 100 000 D. Aurora Watch C°, Aurora, 111., 1885 ; cap. 250 000 1)., 200 montres par jour. New-Haven Watch C°, New-Haven, Conn., 1885; cap. 100 000 D. Seth Thomas WacthC0, Thomaston, Conn., 1885. Cheshire Watch C°, Cheshire, Conn., 1885. Manhattan Watch C° G 1884.
- La fabrique de Waltham, que nous choisirons comme type, a été fondée en 1852, à Roxbury, par
- 1 Le dollar vaut 5 francs 18 centimes.
- 1 Plusieurs des fabriques dont le genre de production n’est pas indiqué s’occupent, nous le pensons, de l’industrie des pen-I diilcs et des horloges.
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- LA NATURE
- Aaron L. Dennison et Edward Howard; elle est la plus importante fabrique des Etats-Unis et du monde entier; elle n’eut pas d'heureux débuts. Par deux fois l’argent manqua, et l’établissement, qui
- avait coûté 250 000 dollars, fut vendu aux enchères, pour 56 000 dollars, àM. Royal E. Robbins, qui le transporta à Wallham en 1857.
- Cette fabrique a livré son premier million de
- Fig. 1.— Façade de la fabrique de montres Walthain, aux Etats-Fins. (D'après une photographie.)
- Fig. 2.— Atelier de déeoupagejle la fabrique Walthanc (D’après une photographie.)
- montres en vingt-cinq ans ; le second million était terminé, sept ans après, en février 1884 ; le 24 mai 1886, deux ans après, la 5 000 000e montre était offerte, en loterie, à l’association des contremaîtres de la fabrique.
- La façade principale de cet établissement a 646 pieds de longueur (fig. 1) et la fabrique entière couvre 5 acres de terrain. II y a 5 milles 1/2 d’établis (le mille anglais vaut environ 1609 mètres) ; 4700 poulies, 10 600 pieds de transmission, 59 000
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- pieds de courroies. Le tout est mis en mouvement par une puissante machine à vapeur de 125 chevaux.
- L’éclairage de la fabrique se fait au moyen de 200 lampes électriques et de 5500 becs de gaz.
- Toutes les pièces de la montre se font à Waltham, excepté les ressorts et les boites d’or. Ces dernières se font à New-York.
- Les vis sont faites par ai machines automati-
- Fipr. 5. — Atelier «le minuterie Je la fabrique Waltham. (D’après une photographie.)
- Fig. i. — Atelier de confection des'boîtes de montre do, la fabrique Waltham. (D’après une photographie.)
- ques, fournissant chacune 5 à 4000 vis par jour. 50 roues d’échappement sont taillées à la fois sur une machine automatique k 6 fraises, dont 5 en acier et 5 en saphir.
- La fabrique compte 25 ateliers distincts, lesquels
- ont leur directeur et sont en communication téléphonique avec le bureau central. Nous donnons la reproduction de quelques-uns d’entre eux (fi g. 2,5,4).
- L’énormité des chiffres que nous avons donnés précédemment est faite pour étonner et montre
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- LA NATURE.
- l’extraordinaire extension que les fabriques d’horlogerie ont prise de l’autre coté de l’Atlantique.
- C. Saunier.
- LE CALENDRIER PERPÉTUEL
- —.............................fi
- Coup1 —.............................7
- Feu —..............................8
- P as —..............................9
- Retenez bien ces mots. De même voici une série d'adjectifs monosyllabiques avec leur signification :
- ET LA MNÉMOTECHNIE1
- La mnémotechnie est un instrument d’une puissance plus grande encore que n’ont pu le laisser soupçonner nos deux derniers articles, bille ne supprime pas tout travail de la part de l’élève, mais elle l’abrège et le simplifie considérablement. Je ne sais vraiment pas pourquoi certaines gens nient son efficacité parce qu’elle leur demande un faible effort au lieu d’un grand. Même ce faible effort, ils voudraient en être dispensés !
- Il faut donc un peu de travail, mais un travail si faible, que en deux heures (mais encore faut-il consentir à les employer au travail), je me charge d’enseigner à n’importe qui : 1° la succession des rois de France depuis la fondation de la monarchie; 2° leurs surnoms ; 5° la date de leur avènement (ce qui implique la date de leur mort puisque la date de la mort de l’un est celle de l’avènement de son successeur). Même résultat peut être obtenu pour les rois d’Angleterre. Et le souvenir de ces dates sera tellement durable, qu’on s’en souviendra indéfiniment.
- M. Aimé Paris, dans son traité donne deux moyens pour y parvenir : l’un peut passer pour logique et ne vaut, je dois le dire, pas grand’chose; l’autre, qui parait beaucoup plus puéril et ridicule, laisse dans la mémoire des traces inoubliables, en telle sorte que, depuis plus de dix ans que j’y ai été initié, je n’en ai rien perdü.
- Cependant M. Aimé Paris s’excuse longuement, dans son livre, de recourir à des subtilités puériles. « J’aurais hésité, dit-il, à les présenter au publie si l’expérience ne m’avait montré avec quelle invincible puissance elles conduisent l’esprit au but visé. » Je ne m’embarrasserai pas de ces longs compliments. Si mon lecteur veut apprendre les dates des rois de France, qu’il regarde l’heure qu’il est, et m’accorde deux heures; je lui promets de le conduire au but. Il n’a qu’à se laisser faire.
- Dans mon dernier article, j’ai expliqué quelle est la valeur des consonnes en mnémotechnie : les voyelles ne comptent pas, et les consonnes qui se prononcent sont les seules que l’on traduise en chiffres. Il en résulte que voici la signification mnémotechnique des substantifs suivants (vous remarquerez qu’il ne
- s’agit que de substantifs).
- T oit2 signifie.........................1
- Nœud —..............................2
- Mets —.............................7)
- Rond —..............................4
- Lieu2 — ..............................5
- 1 Suite. Yoy. p. 22 et 70.
- 2 Nous prendrons souvent le mot toit dans le sens de lieu
- Sot signifie Teint3 — Nu — Mon3 — Rond — Long — Chand — Coi4 — Vaux — Lieux —
- 0
- 1
- 2
- 5
- 4
- 5 G
- 7
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- Je suppose à présent que l’on veuille indiquer une série de numéros d’ordre : 10e, 11e, 12e, 13e, 14e, 15e, etc. Voici comment on s’y prend, on associera le mot toit à chacun des adjectifs dont l’énumération précède ; on aura ainsi toit sot (=r 10e), toit teint (de sang) (=11c), toit nu (-=12e), toit mou (humide) (=15e), etc. Mais l’expression toit sot ne peut entrer dans une phrase, il faut donc le remplacer par une expression plus courante, soit par tripot qui est bien un toit sot, car il n’y a rien de plus bête que d’aller s’y faire voler son argent. Nous remplaçons toit teint (de sang), par boucherie, toit nu par masure (habitation misérable), toit mou (humide) par cave, etc.
- De même, pour obtenir la succession des numéros d’ordre suivants : 50e, 51e, 52e, 53e etc., nous aurons : lieu sot (soit Charenton, habité par des fous); lieu nu (soit désert) ; lieu mou, c’est-à-dire humide, aquatique (soit marais) ; lieu rond (soit cirque) ; lieu long (soit avenue), etc.
- Les nurtffiros d’ordre ainsi traduits sont extrêmement commodes dans une quantité de circonstances, car ils servent de fil conducteur dans une énumération quelle qu’elle soit. On en trouvera la suite dans l’énumération des rois de France qui va suivre.
- Voici comment sont faites les formules qui les concernent :
- La formule qui concerne Philippe de Valois, par exemple, dont l’élévation au trône coûta à la France la guerre de Cent ans, est ainsi conçue :
- « Dans vos marais, où un pieu aisément se fiche, quelle vie, grenouilles peu valcureuses, menez-vousl ))
- Voici la traduction de cette formule : Marais, c’est
- clos et couvert (masure, forge, caverne, etc.), tandis que le mot lieu se prendra souvent dans le sens d’endroit découvert (désert, marais, cimetière, etc.).
- 1 Nous prendrons souvent coup dans l’acception « d’instrument qui sert à frapper. »
- 2 Nous prendrons souvent teint dans l’acception de teint de sang, sanguinaire.
- 3 Nous prendrons souvent mou dans le sens de humide, aquatique.
- 4 Nous prendrons souvent coi dans le sens de tranquille, somnifère.
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- lieu mou, ce qui nous indique qu’il s’agit du 53e roi de France. Fi (dans fiche), cela veut dire Philippe; che dans le même mot, est la traduction mnémotechnique de 6. Il s’agit donc de Philippe VI Valeureuses rappelle Valois, et enfin menez-vous indique aussitôt la date de son avènement au trône, 1328.
- Et quelle est la date de sa mort? Rien n’est plus aisé a savoir, une fois que l’on sait nos formules. En effet puisque Philippe de Valois est le 53e roi de France, son successeur est le 54e; or, dans les énumérations mnémotechniques, 5 c’est lieu; 4 c’est rond; lieu rond, c’est cirque, et le mot cirque évoque aussitôt dans l’esprit la formule du roi correspondant qui est la suivante :
- « Dans les cirques, combattaient des gens nus, pour l’amusement d’empereurs féroces que leurs courtisans appelaient bons sans y mettre de malice. »
- Cirque, nous venons de le dire, est le numéro d’ordre 54. Gens signifie Jean; nus signifie II; bons rappelle le surnom qu’on a donné, je ne sais trop pourquoi, à ce roi violent, cruel et parjure; et enfin malice indique la date de son avènement (qui est comme toujours celle de la mort de son prédécesseur) 1550. Ainsi Philipe VI, dit de Valois, est monté sur le trône en 1528 ; il est mort en 1550, et il a eu pour successeur Jean 11, dit le Bon.
- Veut-on maintenant savoir à qui Philippe de Valois a succédé.
- Il faut évoquer le mot qui traduit le numéro d’ordre 52, soit lieu nu; c’est désert. Et aussitôt se présente à l’esprit la formule du désert :
- « Dans le désert, le Charroyeux ensablé,accoutumé à la nature plus belle, porte une mine ennuyée. »
- Absurde tant qu’il vous plaira cette formule, mais inoubliable. Charroyeux signifie Charles IV; Belle rappelle bel; mine ennuyée signifie 15$2 (on voit par cet exemple, que Vy est toujours considéré comme voyelle et n’a pas de signification mnémotechnique). Il s’agit donc de Charles le Bel, quatrième du nom, qui, après un règne de six ans, mourut sans enfants et fut le dernier des descendants directs de Hugues Capet.
- On voit par ces exemples, quelle est l’utilité des numéros d’ordre. En soi, il est très peu important que Philippe de Valois soit le 55e roi de France ; mais ce numéro d’ordre, insignifiant en lui-même, permet de remonter aux prédécesseurs, de descendre aux successeurs et de faire une énumération complète.
- Il est entendu que la syllabe Char veut dire Charles ; la syllabe li veut dire Louis; la syllabe en veut dire Henri, etc. Jacques Bertillon.
- — A suivre. —
- ANALYSE
- DU BEURRE ET DE SES MÉLANGES
- M. Adolphe Mayer, directeur de la Station agronomique de Wageningen (Hollande), indique un procédé qui a le
- mérite de la simplicité, et son auteur lui attribue celui de la rigueur. Ce procédé consiste à introduire environ 0er, 6 de beurre à examiner dans un tube à essais, avec 12 centilitres d’eau alcalinisée par quelques gouttes d’une solution de soude à 2 pour 400, ou deux gouttes d’une solution ammoniacale à 6 pour 100.
- Le tube fermé avec le pouce est fortement agité, puis porté dans l’eau d’un bain-*marie à la température de 57°-40°, d’où on le retire de temps en temps pour l’agiter de nouveau.
- L’émulsion est ensuite jetée dans un entonnoir de capacité moyenne, à robinet, ou fermé par le bas au moyen d’un tube de caoutchouc muni d’une pince. On lave plusieurs fois avec de l’eau à 57°-40°, on ouvre la pince ou le robinet de manière à laisser écouler un fort jet de liquide, en continuant à ajouter de l’eau à 37°-40°, de façon à maintenir le même niveau dans l’entonnoir.
- L’auteur recommande pour ce lavage l’emploi d’une pissette munie d’un thermomètre.
- La matière grasse ayant été mise ainsi en contact avec 400 centilitres d’eau environ, on ferme progressivement le bas de l’entonnoir de manière à laisser écouler le liquide le plus complètement possible. On examine enfin, après refroidissement, la matière grasse restant sur les parois de l’entonnoir.
- Si le beurre examiné est pur, on y voit une masse caséeuse finement divisée, tandis que l’addition d’un quart seulement de beurre artificiel se trahit par des gouttes de graisse qu’on aura déjà pu remarquer lors du lavage.
- Ce procédé, suivant l’auteur, fournit un résultat décisif quand il s’agit de mélanges de beurres artificiels avec le beurre d’hiver ordinaire.
- Quelques sortes de beurres frais d’herbage ont, au contraire, une température de fusion tellement basse qu’il s’en sépare aussi, dans les conditions précédentes, des gouttes graisseuses.
- Dans ce cas, il convient d’opérer à une température plus basse 35°-37° ; mais on peut aussi s’appuyer sur d’autres considérations pour s’éclairer :
- 1° Les beurres d’herbage sont naturellement colorés, leur imitation par les produits artificiels exige donc l’introduction d’une matière colorante artificielle;
- 2° Le beurre naturel ne cède pas sa matière colorante à l’alcool bouillant; les matières colorantes ajoutées aux beurres artificiels se dissolvent au contraire dans ce liquide.
- En s’appuyant sur ces faits, l’auteur introduit 2 grammes de matières dans un tube à essais ; il y ajoute autant d’alcool, et il chauffe jusqu’à l’ébullition du liquide. Il tire alors ses conclusions du fait de la coloration ou de la non-coloration du liquide h
- LES B0SHIMANS A PARIS
- Le mois dernier, aux Folies-Bergère, six individus étaient exposés sous le nom des pygmées du Congo. Ils appartenaient à une tribu sauvage du nom de N’Chabbas, qui habite les rives du lac N’Gami, au nord de la colonie du Cap, non loin du fleuve Zambèze. Partis de leur pays il y a trois ans, en compagnie d’un gardien anglais, ils ont visité les
- 1 Journal de Pharmacie- et de Chimie, 5e série, t. XV. (15 janvier 4887.) —__,
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- LA NATURE.
- États-Unis, l’Angleterre, l’Allemagne, et sont arrivés à Paris. Us sont actuellement à Bordeaux, mais seront de retour prochainement. Ils ont été présentés à la Société d’anthropologie et ont été l’objet de deux Mémoires : l’un à Berlin par M. Virchow, l’autre à Paris par M. Topinard. L’occasion en effet était précieuse : la race à laquelle appartiennent ces individus défraye depuis longtemps les discussions des anthropologistes. Les Singhalais étaient absolument effacés.
- Leur nom de pygmées est conventionnel, quoiqu’ils appartiennent de fait à la race la plus petite connue de l’humanité. Ils ne viennent pas du Congo, bien que du Chaillu ait signalé dans ce pays, sous le nom de ()’ Bongos, l’existence d'individus non moins petits et leur ressemblant sous beaucoup de rapports. Ce sont les Rosjesmans des Hollandais, Bushmen des Anglais, en français Boshimans, c’est-à-dire les restes d’une race qui jadis a occupé une très grande partie de l’Afrique et remontait jusqu’au pays des Somalis, non loin de notre colonie d’Obock.
- Refoulés dans l’A-lrique Méridionale en même temps que les Hottentots, à une époque lointaine indéterminée par des races nègres relativement supérieures du groupe Bantou, parmi lesquelles les Cafres ou Zoulous, ils ont été rencontrés pour la première fois par le Français Le vaillant vers 1785, sur les bords du
- fleuve Orange, puis revus par Kolbe, Barrow, Burchcll et en dernier lieu parFritsch, qui en ont donné de bonnes descriptions.
- Peu de tribus sauvages ont autant occupé l’attention de ceux des anthropologistes qui se plaisent à rechercher, parmi les représentants actuels les plus inférieurs de l’espèce humaine, les êtres les plus voisins des singes, nos ancêtres immédiats, d’après eux.
- La lutte pour cette place inférieure dans l’échelle des races humaines, était entre les Fuégiens de la Terre-de-Feu, les Australiens et les Boshimans. Les Parisiens ont eu la bonne fortune de voir les deux premiers dans ces dernières années, et par conséquent, d’être appelés à donner leur sentiment sur
- Fig. 1. — Jeune fille lïoscliiiimne. — JN’Aissi, 13 uns (douteux). (Du près une photographié de lu collection du prince llolnnd Bonapurlc.)
- la question. Le Jardin d’Acclimatation, grâce à M. Geoffroy Saint-Hilaire, les leur a fait connaître. Les Fuégiens tout d’abord ont été mis par eux au point de vue physique hors concours; ils sont de race jaune et n’ont absolumment rien de simien. Les Australiens, en revanche, ont été jugés aussi inférieurs qu’on s’y attendait; il est vrai que les échantillons étaient parmi les plus laids, les moins favorisés, et que dans leurs pays il y a d’autres Australiens qui sont infiniment mieux partagés. Restent les Boshimans, que nous possédons aujourd’hui.
- La légende de leur extrême infériorité a pris naissance en France même, à notre avis, à la suite d’une description par le plus classique des naturalistes, Cuvier, d’une Boshimane célèbre, désignée sous le nom de Vénus Hottentote, qui vint à Paris au commencement de ce siècle et y mourut. Sa figure en pied, de grandeur naturelle, est trop connue de tous ceux qui ont visité le Jardin des Plantes, pour que nous nous y arrêtions. Elle est sous un grillage en fer au milieu d’une salle du Musée d’anthropologie, annexée à la galerie d’anatomie comparée.
- Cuvier, dans celle description, qui est une de ses plus belles œuvres, ne ménageait pas les comparaisons de cette Vénus exotique avec un orang vivant qui, à ce moment, faisait les délices du Jardin des Plantes. Pour lui l’analogie était frappante. Ses gestes, sa physionomie, sa démarche, étaient ceux de l'orang. Ce qui alors étonnait le plus chez cette Boshimane et surprend davantage encore les visiteurs qui voient son fac-similé, c’est un développement éléphantiasique des régions fessières sur lequel les voyageurs ont beaucoup insisté depuis et qui existe dans les deux sexes, mais spécialement chez la femme après la puberté, développement qu’aucune autre race ne présente et qui porte le nom de Stéatopygie.
- La plupart des Boshimans actuels de Paris offrent cette exubérance à divers degrés. Elle est visible, quoique peu marquée, chez la jeune fille dont nous donnons la photographie provenant de la collection anthropologique du prince Roland Bonaparte (fig. 1),
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- LA NATURE.
- et est très prononcée sur l’homme dont la photographie vient de la même collection (fig. 2).
- Les six Boshimans ressemblent sous tous les autres rapports à la même Vénus hottentote, aussi bien du reste qu’a tous les dessins publiés des sujets de cette race. Cette ressemblance, entre individus d’un même groupe, est un lait rare en anthropologie et qui mérite d’être remarqué. 11 plaide en faveur de 1’unilé physique des représentants de cette race et par conséquent de leur droit à être regardés comme un type franc.
- Leur teint est d’un jaune gris dans le genre du bois de chêne verni ou du cuir vieux verni. Leurs cheveux sont peu abondants, courts, enroulés en spirales serrées, celles-ci de 1 a 2 millimètres de diamètre; c’est la chevelure typique dite par Livingstone en grains de poivre, lis ont le crâne long (dolichocéphale), le Iront haut, droit et bombé, la face large, grande, aplatie, triangulaire par en bas, les yeux petits, bouffis et bridés, l’intervalle des orbites large et plat, le nez petit et écrasé, les pommettes massives et déjetées en dehors, la bouche modérément prognathe. On a dit de certains Esquimaux qu’une règle posée en travers et allant d’une pommette à l’autre n’est pas arrêtée par le dos du nez; il en est presque ainsi chez eux. L’un des traits les plus caractéristiques des races nègres est très accusé chez ces Boshimans ; ils ont la largeur du nez à la base, sensiblement égale à sa hauteur, c’est-à-dire comme 100 : 100, tandis que chez les individus les plus typiques des races blondes européennes, le même rapport est parfois comme 50:100.
- La taille est de lm,44 et 11U,10 chez les deux adultes. Leurs proportions sont très correctes et correspondent a celles d’un Européen qui aurait leur petite taille; elles n’ont rien du nègre, et par conséquent, même de très loin, du singe, à une exception près : leur bassin est le plus étroit qu’on puisse rencontrer.
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- En somme, si l’on balance le pour et le contre, on arrive à ceci : c’est que ces Boshimans n’ont nullement les traits d’infériorité physique qu’on leur attribue généralement. C’est une race spéciale, singulière, paradoxale, et voilà tout. Ils ont des traits contradictoires qui permettent de Jes considérer comme un passage des races nègres aux races jaunes, et Barrow était certainement dans son droit en 1800 lorsqu’il soutenait que les indigènes de la colonie du Cap avaient une grande ressemblance avec certains Chinois.
- Quant à leur intelligence, elle est passable si l’on tient compte de leur qualité de sauvages. Ils ont l’œil vif, une physionomie avenante; ils s’intéressent à ce -qui les entoure, ne manquent pas de sentiment et sont imitateurs. La petite fille représentée sur la photographie dessine à la façon d’un enfant, avec espièglerie et non sans esprit d’observation. Ses ébauches rappellent celles que l’on a découvertes sur des rochers, dans la colonie du Cap et que l’on attribue, soit aux Boshimans, soit aux Hottentots.
- Ils présentenfdans leur langage une particularité qui frappe avant tout beaucoup de personnes. Leur parole est coupée à chaque instant par des claquements de trois sortes, l’un profond, guttural, retentissant. Aucune autre race n’offre quelque chose de semblable. Bref, ils sont très curieux à voir, et ceux qui s’intéressent a l’histoire naturelle de l’homme, feront bien de leur rendre une visite. Ce sont les derniers représentants de l’une des formes assurément les plus anciennes des races humaines. On nous aflirme que les Boshimans sont prêts à disparaître ; ceux-ci prouvent que quelques-uns ont été repolisses par la civilisation européenne, au nord du désert de Ealahari'; il est peu probable que nous en revoyions jamais d’autres.
- Les anthropologistes, qui espéraient voir en eux presque des singes, ont dû éprouver une certaine déception. La stéatopygie des Boshimans et leur
- Fig. 2. — Homme Boshimun. — ÎTKou-n’qui, 40 ans environ. (D'après une photographie de la collection du Prince Roland Bonaparte.)
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- chevelure jen grains de poivre ne sont pas des traits simiens; l’étroitessse de leur bassin n’est pas suffisante. Us sont supérieurs, par l’ensemble de leurs caractères physiques, aux Australiens qui restent par conséquent, aux yeux des Parisiens, seuls au dernier degré de l’échelle des races humaines.
- Mais ces Australiens eux-mêmes, ceux que nous avons vus au Jardin d’Acclimatalion, et qui cependant étaient de laids échantillons, sont encore bien au-dessus des singes, à une hauteur considérable, laite pour satisfaire pleinement les esprits les plus exigeants, les défenseurs les plus jaloux des prérogatives de Yhomo sapiens de Linné.
- T. Topinard.
- CHRONIQUE
- Électrisation de la glace an frottement de l’ean. — Les Annales de Wiedemann publient les recherches de M. L. Sohnke qui visent l’établissement d’une théorie sur l’électricité des orages. L’auteur a répété les expériences de Faraday tendant à prouver que l’eau devient négative par le frottement avec la glace, tandis que ce liquide devient positif par son frottement avec tous les autres corps. L’auteur a trouvé que, si la glace est recouverte d’eau ou est fondante, tout développement d’électricité cesse ; il en a conclu que l’électricité qui se trouve sur le corps soumis au choc des gouttelettes n’a pas seulement été abandonnée par celles-ci, mais qu’elle est bien engendrée par le frottement. Afin d’appuyer ces conclusions par d’autres essais, M. Sohnke a d’abord reproduit avec de la glace les phénomènes étudiés par Quincke sur l’électricité développée par le passage des liquides peu conducteurs à travers les diaphragmes, phénomènes qui, ainsi que l’a montré llelmholtz, se rapportent à l’électrisation par frottement ou par contact des solides et des liquides. L’auteur a fait circuler l’eau dans des tubes capillaires de glace, et a constaté, à l’électromètre à cadran, le signe négatif de la charge de l’eau et positif de la charge de la glace. Cette expérience délicate ne réussit pas toujours ; aussi l’auteur a-t-il appliqué également la méthode de J. Elsler, qui développe les charges en dirigeant un jet d’eau contre une plaque solide. Lejet a0'"00G de section et fait un angle de 15 degrés avec la plaque qu’il frappe avec une vitesse de 20 mètres à 25 mètres par seconde. Les électrodes de platine sont placées dans le jet près du point de contact et à 0m,80 plus loin. Elsler a montré que la correction due à la différence des frottements est très faible, de sorte que la différence des potentiels indiquée par F électromètre ne laisse aucun doute; le verre, l’agate, la gomme laque, etc., deviennent négatifs et l’eau positive; l’eau devient négative avec la plaque de glace. Ce fait est important pour la théorie de l’auteur, basée sur l’apparition simultanée, avant chaque orage, des cumuli (nuages formés d’eau et de vapeur) et des cirri (nuages formés de particules de glace).
- JLe sens de l’odorat. — L’odorat est un puissant secours pour l’intelligence chez tous les animaux. 11 prime les autres sens chez les insectes et est pour eux ce que la vue et l’audition sont pour l’homme. Il paraît très développé chez certains poissons tels que le requin, dont la membrane olfactive couvrirait plusieurs pieds carrés. Il l’est moins chez les amphibies, les reptiles et les oiseaux. 11 augmente chez les mammifères, mais non en propor-
- tion de leur intelligence. Il est subtil chez le chien, le plus intelligent des animaux, les quadrumanes exceptés. Chez l’homme il diminue, s’il n’est à l’état rudimentaire. Certes il lui procure des jouissances, le prémunit contre quelques dangers, mais n’ajoute guère à sa connaissance des objets environnants. Et cependant chez l’homme la sensibilité de la muqueuse olfactive pour certaines substances volatiles est incroyable. Ainsi M. Valen-tine vient de trouver que 1/2 000 000 de milligramme d’essence de rose peut être perçu, et M. E. Fischer et T. Bentzoldt d’Erlanger ont reconnu que 1/2 760000000 de grain d’alcool sulfuré et de chlorophénol est encore décelé par l’odorat. La Revue d'anthropologie, qui nous fournit ces renseignements, ajoute avec raison : S’il en est ainsi de l’homme, peu avantagé sous ce rapport, ainsi que le prouvent les beaux travaux anatomiques de Broca, que penser de certains animaux si favorisés?
- Poste de secours aux blessés, noyés et asphyxiés. — Le directeur de l’usine à gaz du Mans vient d’organiser un poste de secours qui, par ses dispositions et ses usages, peut être recommandé dans le cas où l’on aurait à faire des installations analogues. Nous en donnons ici une description succincte. Afin de donner sans aucun retard des secours aux ouvriers de l’usine qui pourraient être victimes d’accidents de quelque nature que ce soit, la compagnie a fait installer dans un de ses bâtiments près de la rivière de la Sarthe, un poste de secours aux blessés, noyés et asphyxiés. Par extension, des soins sont également prodigués, sans aucune rétribution, à toute personne étrangère à l’usine. Ce poste de secours comprend à l’extérieur : 1° un bateau de sauvetage; 2° deux grandes gaffes avec bouées, mises à la disposition du public ; 3° un grand écriteau portant une instruction pour les premiers soins à donner d’urgence aux noyés, dans le cas où l'on manquerait complètement de moyens de secours ; 4° un coffret d’avertissement renfermant un boulon de sonnerie électrique protégé par un carreau de verre qu’il faut briser pour prévenir en cas d’accident; enfin, 5° des lanternes à carreaux de couleur indiquant l’emplacement du poste. A l’intérieur, le matériel comprend ; 1° un chauffe-bain d’un système tubulaire spécial, chauffé rapidement par 84 chandelles Bunsen; au moyen de cet appareil on obtient en 5 minutes une quantité suffisante d’eau chaude à 55’ ; 2° une baignoire ; 5° un appareil à douches froides dont il faut joindre l’emploi à celui du bain chaud pour obtenir la réaction nécessaire; 4° une pharmacie spéciale avec boîte de pansement ; 5° des bouées et autres appareils de sauvetage; 6° un brancard; 7° un lit; 8° une table d’opérations, etc., etc.
- Grâce à une organisation tout à fait spéciale, due à M. le docteur 0. Dubois de Paris, les soins sont très faciles à donner. Un tablediTgénéral, affiché dans l’intérieur du poste, prévoit, par ordre alphabétique, tous les cas d’accidents et eft regard de chacun d’eux se trouve placée une lettre qui désigne quel est le tableau spécial qu’il convient de consulter. Celui-ci tiré de son casier est à son tour affiché dans le poste. Il n’y a plus alors qu’à le lire attentivement ; le nom de chaque médicament ou objet nécessaire est suivi d’un numéro qui renvoie au flacon, casier ou tiroir qui le renferme. Enfin chaque flacon est revêtu d’une étiquette qui porte une instruction spéciale sur la manière d’employer le médicament et sur la dose qu’il convient d’administrer au malade. Dans un cas grave, le médecin de la Compagnie peut être immédiatement appelé au moyen du téléphone. Grâce à cette organisation, dans l’espace de trois ans, la Compagnie
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- a rappelé à la vie quatre personnes [qui ont été retirées de la Sarthe par son personnel et six ouvriers de son usine asphyiés par l’acide sulfhydriquc.
- l'n Ane centenaire. — Si l’on en croit les journaux écossais, il vient de mourir, à Cromarty (Ecosse), un âne qui est resté pendant cent six ans dans la famille d’un M. Rois. L’animal a été acquis en 4779 sans que l’on sût son âge à cette époque. Ce Mathusalem à quatre pattes a succombé aux suites d’un coup de pied d’un de ses frères. Il était encore vigoureuxet bien portant et rien ne faisait prévoir sa fin prématurée.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 17 janvier 1887. — Présidence de M. Gosselin.
- Les bandes d'absorption des cristaux. — 11 résulte des très intéressantes recherches de M. Henri Becquerel que les cristaux présentent des bandes d’absorption particulières. Ces bandes sont en rapport étroit avec les formes cristallines et se présentent dans trois directions avec des intensités diverses. Dans les espèces orthorhom-biques, les directions dont il s’agit coïncident avec les axes de symétrie; dans les formes clinorhombiques, l’une suit l’axe même du cristal, et les deux autres, comprises dans le plan de symétrie, coïncident avec les axes d’élasticité optique. L’auteur signale pourtant des cas exceptionnels où la coïncidence dont il s’agit n’a pas lieu ; mais c’est dans des cristaux de sels de didyme. Or on sait que le didvme est moins un métal qu’un groupe de métaux d’où trois corps simples, sinon quatre, ont déjà pu être extraits. Il ressort de là que, pourvu qu’on opère , sur une substance cristallisée dans un système clino-rhombique, les phénomènes découverts par M. Henri Becquerel fournissent un véritable procédé d’analyse chimique d’une délicatesse extrême.
- Les taches solaires. — Au nom de M. Wolf (de Zurich) M. Faye dépose une nouvelle note sur des relations observées entre la périodicité des taches solaires et celles des éléments diurnes du magnétisme terrestre. C’est un travail poursuivi depuis plus de cinquante ans sans que la concordance entre ces deux ensembles de phénomènes si différents se démente jamais.
- Le plésiadapis. — Un de nos plus savants paléontologistes, M. le Dr Victor Lemoine, professeur à l’Ecole de médecine de Reims, a chargé M. Gaudry de communiquer à l’Académie le résultat de ses recherches sur l’un des mammifères fossiles les plus intéressants du terrain tertiaire inférieur de la région rémoise. L’auteur a pu recueillir une série assez considérable de pièces osseuses relatives^ aux diverses parties du squelette, et, par suite, "N établir les caractères et les affinités du nouveau genre rémois. Le crâne était petit, déprimé. L’encéphale, étudié sur une empreinte cérébrale bien conservée, était formé d# trois parties contrastant par leur indépendance et leur égalité relative avec la disposition actuelle du cerveau des mammifères. Cette infériorité des centres nerveux, ainsi que la disposition de ses singulières incisives tricuspidées, rapprochait le Plésiadapis du groupe des Marsupiaux. D’une autre part, la conformation des molaires, des os du bras, de l’avant-bras, de la jambe, du pied et des vertèbres caudales, rappellent d’une façon très accentuée les Lémuriens de l’époque actuelle. Le Plésiadapis se rencontrant dans les deux faunes anciennes étudiées par M. le Dr Lemoine dans les environs de Reims, il est inté-
- ressant de constater les transformations présentées par ce genre à deux époques géologiques successives. C’est ainsi que l’incisive, nettement tricuspidée dans la faune cernay-sienne la plus ancienne des deux, est devenue subuni-cuspidée dans la faune des sables à ïerédines par suite de l’atténuation de deux des pointes.
- La giovanile. — L’étude de nouveaux échantillons de la météorite tombée le 16 juin 1794 à San Giovani d’Asso, près de Sienne, en Italie, m’a démontré qu’ils consistent en une roche cosmique nouvelle que je désigne sous le nom de giovanite. Elle résulte de la cimentation de fragments anguleux, de limerickite, roche gris foncé par une pâte générale presque blanche analogue à la lucéite. C’est comme la mesminite renversée, étant formée des mêmes éléments lithologiques, mais dans une situation relative contraire.
- Des masses de ce genre confirment de nouveau la notion d’une communauté d’origine pour divers types de roches météoriques et de l’exercice, dans le milieu commun d’où elles dérivent, d’actions géologiques proprement dites. L’assimilation qu’on a cherché à établir entre les météores et les étoiles filantes, c’est-à dire les comètes, ne peut tenir devant des faits de cette catégorie, maintenant très nombreux. Quant à l’argument principal sur lequel on s’est fondé, la présence dans les roches cosmiques de gaz retenus par occlusion, dont la composition est celle de l’atmosphère des comètes, il ne saurait avoir la portée qu’on lui a donnée et témoigne seulement de l’unité de composition chimique des diverses parties du système solaire.
- Un intéressant lauréat. — Dans sa dernière séance annuelle, l’Académie a décerné le prix Francœur, d’une valeur de mille francs, à un géomètre de mérite, M. Barbier. M. le secrétaire perpétuel Bertrand a reçu hier de lui une lettre de remerciement, qui est particulièrement touchante. Le signataire, en effet, atteint d’une maladie cérébrale, la date d’une cellule de Charenton; il a cependant des moments au moins d’une lucidité remarquable, et c’est ce dont la lettre témoigne éloquemment. Ayant prélevé 25 francs sur la somme qu’il tient de la munificence académique, M. Barbier a fait l’acquisition d’une montre de nickel et s’est proposé à son sujet deux problèmes qu’il a résolus. Tout d’abord il s’est demandé s’il ne pourrait pas la convertir en une montre à répétition, c’est-à-dire capable de lui dire l’heure dans l’obscurité, et il y parvient très simplement : il la monte en se couchant à une heure parfaitement connue, puis au milieu de la nuit il compte le nombre de tours nécessaires pour la remonter de nouveau et en conclut évidemment l’heure. En second lieu il arrive à lire l’heure par le seul secours du toucher, ce qui serait d’application utile pour les aveugles.
- L'herbier de Lamarck. — On apprendra avec une vive satisfaction que grâce aux démarches actives de M. le professeur Bureau, le Muséum vient de rentrer en possession de cet herbier historique incomparablement riche.
- Varia. — Dimanche 25 janvier, à 2 heures et demie, aura lieu, au Conservatoire des Arts et Métiers, une conférence de notre savant confrère, M. le Dr George, sur la lumière et la vie, après projections par M. Molteni. — M. Ed. Perrier traite du prétendu cœur des échinodermes.
- — La chaleur de formation de quelques alcoolates a été mesurée par M. de Forcrand. — De Naples, M. Marey adresse une suite à ses recherches sur le vol des oiseaux.
- — D’après M. Bourquelot, le grain d’amidon renferme
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- non seulement la granulose et l’atnylose, niais plusieurs autres hydrates de carbone. — M. Bouret, dans un travail déposé par M. de Lacaze-Duthier, étudie les lope-podes parasites. — Au nom de MM. Lœwy et Leveau et au sien, M. Renan lit un mémoire sur la flexion des lunettes astronomiques. Stanislas Meunier.
- INCENDIE DE PÉTROLE EN MER.
- La rareté du fait de pouvoir prendre la photographie d’un navire en flammes me décide h communiquer aux lecteurs celle que j'ai pu exécuter dans les circonstances suivantes, qu’il est peut-être intéressant d’enregistrer.
- Le vapeur incendié porte le nom de Protis et
- appartient à la Compagnie Vizioru. U était sorti des ports de Marseille le 16 décembre 1886 vers les huit heures, par un vent du sud-est soufflant en tempête, un ciel noir et une mer presque démontée. Il devait se rendre à Port-Vendres et de la à la Nouvelle-Calédonie, ayant à bord 550 tonnes de marchandises diverses, parmi lesquelles des tonneaux de pétrole placés sur le pont à l’arrière, et 500 barils de sulfure de carbone dans la cale d’avant.
- Vers les neuf heures, par le travers de l’île Po-mègue qui se trouve en face de la ville, une explosion se produisit. Heureusement un navire de la même Compagnie (le Pergame) suivait la même route, et recueillit l’équipage et le capitaine qui, au dernier moment, avait fait donner un tour de barre et mettre le cap sur Marseille.
- Incendie en mcT du navire à vapeur le Prolis. (D’après une photographie instantanée.)
- Le vapeur, sous l’action de sa machine, des courants et du vent, parcourut exactement cette voie, suivi par le Pergame qui l’observait. 11 s’arrêta à l’entrée même des ports. Là, deux braves marins, saisissant l’immensité du danger, s’élancèrent sur l’avant et jetèrent par-dessus bord l’ancre et deux amarres. L’alarme fut bientôt donnée, les chaloupes à vapeur portant les pompes à incendie mandées en toute hâte. Mais, hélas ! aucun secours n’était possible. On tenta sans succès de faire échouer le navire ; on ne songea pas à employer les pompes qui auraient permis au pétrole enflammé de s’épandre sur l’eau, de gagner les ports et les navires ancrés. Le moyen le plus sûr était de le canonner pour le couler bas. En France, pour tirer un coup de canon, il faut l’assentiment écrit de toute l'échelle administrative ; un des échelons était absent, de là l’impossibilité.
- Pendant ce temps, l’arrière présentait un vaste
- brasier d’où s’échappait de temps en temps une immense gerbe de flammes (c’est ce que représente notre photographie), suivie d’une sourde explosion.
- Bref, sous l’action du vent, à une heure de l’après-midi, le Protis casse chaîne, amarres et dérive; l’émotion est à son comble, on croit qu’il va entrer dans la passe. Heureusement repoussé par les courants, il côtoie la grande jetée de la Jolielte et vient toucher à son extrémité.
- Une dernière et formidable explosion le déchire (probablement causée par l’inflammation du sulfure) et il s’abîme dans les flots, ne laissant pour toute trace qu’un petit lac d’essence qui jette encore un instant sa clarté bleuâtre. A. B., à Marseille.
- Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- .V 713. — 21) J AIN VIER 1887.
- LA NATURE.
- U,NE SAUTERELLE DE JAVA
- Le Megalodon ensifer.
- Sous le nom de Conocéphalides, Stàl a réuni1 un certain nombre d’Orthoptères sauteurs de la grande famille des Loeustides présentant comme caractère commun une épine en cône plus ou moins aigu, située au milieu du vertex, sur le haut de la face, entre les antennes.
- De même que toutes les familles, cette tribu comprend ses pauvres et ses riches, ses géants et ses nains; les Conocéphalides sont répartis sur divers
- points du globe. Nos pays, peu riches en grands insectes, ne possèdent qu’un petit représentant de ce groupe. C’est le Conocephalm rnandibularis, Charp (tuberculatm, Rossi). A cet habitant des garrigues ensoleillées il faut les chauds rayons du soleil de la Méditerranée ; rarement le voit-on remonter vers le nord, et sa capture k Fontainebleau compte pour l’entomologiste parmi les bonnes aubaines que peut lui réserver cette oasis de la faune méridionale perdue dans la France septentrionale.
- Long de deux centimètres et demi environ, le Conocephalus mandibularis est d’un vert vif, ses mandibules sont orange, une délicate teinte rosée
- Le Megalodon ensifer, Brullé, dessiné d’après l’individu rapporté de Java par M. Villeroy d’Augis. (Grandeur naturelle.)
- t
- s’étend sur ses palpesiet k l'extrémité de ses tarses. Une série d’épines garnit lenessous de ses cuisses postérieures, et les élytres linéaires, subparallèles, presque transparentes, atteignent k peu près l’extrémité de l’oviscapte dont les valves étroites et parallèles se terminent en pointe.
- Le remarquable insecte que M. Clément a ici figuré d’après nature est un parent de notre Conocé-phale, mais un parent assez éloigné. Auprès de ce robuste orthoptère le représentant français des Conocéphalides ferait triste mine. Cette grande sauterelle est le Megalodon ensifer, Brullé, et certes cet habitant de File de Java a des droits k ces deux noms. Si
- Megalodon veut dire grande dent, ensifer veut dire porte-sabre, et le sabre par lequel se termine l’abdomen est k lui seul digne de remarque, car il égale en longueur la totalité du corps.
- D’aspect rébarbatif, avec son apparence et sa couleur de feuille sèche, ce curieux habitant de la Malaisie présente, grâce aux épines compliquées dont se hérisse son corselet en forme de selle, quelque ressemblance avec l’extrémité d’une plante grasse. On dirait un bourgeon épineux de quelque cactée, d’une opontie ou d’un cierge : comme elles, il présente de toutes parts pointes et dents de scie. Certes les oiseaux doivent peu chasser le Mégalodon, et les plus affamés d’entre eux ne peuvent guère attaquer sans quelque appréhension ce rude compagnon dont
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- 1 Ilccensio orlhopterornm, l’asc. -. p. 3. 15° année. — ier semestre.
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- les pattes et le corps épineux en maintes places font un morceau difficile sans doute à avaler et de laborieuse digestion.
- La tête énorme, arrondie, ovale, n’est pas, lorsqu’on la regarde de face, sans quelque rapport avec ces heaumes que portaient les hommes d’armes du moyen âge, compagnons de ces bons rois qui eurent nom Philippe Auguste et Richard Cœur de Lkm. Considérée avec ses mâchoires, elle ressemble à quelque bassinet à barbière compliquée, à la salade à longue visière mobile qui supplanta la bavière à la lin du quinzième siècle. Sur le sommet, formant couronne et cimier, se rangent sur une même ligne, les yeux globuleux et saillants, les longues antennes déliées insérées sur un tubercule basilaire, au milieu le cône céphalique, longue épine droite et conique, aigue. Entre cette couronne et les mâchoires la lace s’étend sur un long espace, aucun accident n’interrompt ce masque bombé marqué en son milieu de deux points noirs. Le système des mâchoires est commandé par un épistome saillant, formant une avance pyramidale, massive. Puis viennent la lèvre supérieure et les mandibules noires, longues et robustes; de la bouche dépassent de longues palpes.
- Le corselet n’est pas moins remarquable ; aplati en dessus, il s’évase et s’échancre en arrière en forme de selle turque dont le troussequin est formé d’une saillie surmontée de cinq épines, tandis que le pommeau est représenté par une double plate-forme dont les côtés se relèvent en saillies lamelleuses munies également d’épines. Les élvtres sont de la longueur du corps, un peu plus courtes cependant; membraneuses et foliacées, dilatées à l’extrémité, elles recouvrent des ailes courtes, de leur longueur, repliées sous elles.
- Les pattes robustes ressemblent à de minuscules tiges de ronce, à des sarmentules épineux. Conformés pour le saut, les postérieures, longues et robus- \ tes, ont les cuisses très épineuses en dessous ainsi que les tibias triquètres et profondément cannelés.
- L’abdomen se termine, chez la femelle, par un grand oviscapte, aussi long que le corps, ressemblant en sa forme oblique à certaines armes de gladiateurs. Pris en lui-même, cet appendice, ce sabre, rappelle cette épée espagnole en forme de spatule à laquelle les Romains ne furent pas sans quelque peine à s’accoutumer. Deux lignes en relief suivent extérieurement chaque valve dans toute sa longueur et contribuent ainsi que les nervures en relief des ailes a ramification compliquée, a donner aux parties plates un aspect de feuille sèche. La couleur brun-jaune de l’animal vient s’ajouter à cette ressemblance que sont encore pour augmenter les taches et les mouchetures marbrant d’un ton plus foncé le brun clair vernissé des valves.
- Telle peut être la description sommaire de cet être remarquable, rare dans les collections et dont le type décrit par Rrullé en 1858 a disparu de celles du Muséum d’histoire naturelle sans laisser d’autres traces de son passage. Les individus connus
- étant rares, les erreurs se sont multipliées autour de ce nom de Megalodon ensifer qui fut appliqué à cites insectes de groupes différents. L’est ainsi (pie le naturaliste R. Wallace a fait représenter dans the Malay Archipelago sous cette rubrique une sauterelle de Nouvelle-Guinée du genre Phylloptère, erreur déjà signalée dans ce journal en 1878 par M. Kunckel. Rrullé qui fonda ce genre et en décrivit l’espèce type, renvoie au cours de son ouvrage (Histoires des insectes, tome IX, p. 157), à la planche XV, fig. 4, planche qui ne semble pas avoir paru. Rurmeister (llandbuch 1859, tom. Il) fait simplement mention de l'espèce figurée ensuite par Westwood dans l’Oriental Enlomology, pi. XVI, fig. 2. Le mâle paraît être inconnu ; description et figures se rapportent à la femelle. Aussi quelque obscurité régnait-elle en mon esprit au sujet de l’être bizarre que me rapporta de Java, l’année dernière, mon excellent ami M. Vil leroy d’Augis, chancelier du consulat de France à Ratavia.
- Je suis heureux de pouvoir lui témoigner ici toute ma reconnaissance pour les services de toutes sortes qu’il m’a rendus au milieu des difficultés de ma dernière mission en Malaisie (1885), surtout lors de mon séjour à Ratavia, alors que, par ses soins empressés joints à ceux de mon ami le Dr Gucdcney il me sauva la vie lorsque je fus atteint par le choléra.
- Ne sachant comment déterminer exactement l’insecte que m’avait rapporté M. Villeroy, je m’adressai aux lumières de M. de Saussure qui voulut bien me mettre sur la voie, et assisté de M. Kunckel d’Herculais, je réussis enfin à reconstituer l’état civil du Megalodon ensifer dont le souvenir même avait disparu du laboratoire d’entomologie du Muséum qui en fut jadis détenteur.
- La description de Rrullé, faite d’après le type disparu, se rapporte exactement à l’individu que je possède ; mais nous ne saurions indiquer ici avec quelque certitude la coloration de cet insecte, car il est possible que le vivant présente des nuances vertes disparaissant après la mort. 11 est cependant probable que l’animal doit posséder toujours cette nuance de feuille sèche qui se joignant à l’aspect général, à la disposition des épines, est bien faite pour lui assurer au milieu des plantes la protection la plus efficace par imitation.
- Les Javanais donnent au Megalodon ensiler le nom de Balang Salak : le premier de ces mots désigne une danseuse, le second un arbre, sorte de palmier dont le fruit est comestible. Quelles sont les mœurs de cette sauterelle? Nous l’ignorons absolument. Se livre-t-elle à ses ébats sur les palmiers, dissimulée par les feuilles? Cependant la brièveté des ailes semble lui donner quelques rapports avec les formes terrestres. Le développement excessif de la tête la fait ressembler aux Grgllacris. Peut-être les Megalodon mènent-ils l’existence errante, terrestre et nocturne de ces redoutables orthoptères dont les robustes mandibules savent faire repentir la main assez imprudente pour porter sans attention atteinte
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- à leur liberté. Sans insister davantage sur ces rôdeurs nocturnes si abondants en Nouvelle-Guinée, nous ajouterons que nous eûmes un jour le pouce traversé par les mandibules d’un Grvllacris ; et que M. Raf-fray dut décapiter l'opiniâtre orthoptère et même mutiler sa tète à coups de ciseaux pour lui faire lâcher prise. Macrick Mainouon.
- L\ SOUDURE ÉLECTRIQUE
- Jusqu’à ce jour, les applications calorifiques de l'énergie électrique restaient limitées à l’éclairage électrique; grâce aux progrès des accumulateurs, des machines dynamo-électriques et des transformateurs, une nouvelle branche industrielle vient de naître et se développe rapidement, en France d’une part, en Amérique d’autre part. Nous voulons parler de la soudure des métaux par le courant électrique, système dans lequel on utilise identiquement le même phénomène général que pour l’éclairage : le développement de chaleur produit par le passage d’un courant à travers une résistance électrique.
- Le fait d’observation qui a donné heu à l’industrie de la soudure électrique est bien connu : on sait que si l’on rapproche les deux extrémités de deux iils de cuivre reliés aux bornes d’un accumulateur de grande surface, les extrémités en contact rougissent et linissent par se souder après peu d’instants ; et, si l’on n’a pas soin de rompre le circuit aussitôt la soudure faite, les deux fils ainsi soudés arrivent bientôt à rougir sur toute leur longueur et à fondre.
- Le procédé a été appliqué en 1881 au laboratoire de Y Electricien par MM. de Khotinskv et de Bénar-dos à la soudure autogène des lames et queues d’accumulateurs de M. de Kabath en reliant les lames à souder au pôle négatif d’une batterie d’accumulateurs et le pôle positif à un crayon de charbon constituant une sorte de fer à souder électrique : il suffisait de toucher légèrement les deux lames à réunir avec le charbon pour former un arc voltaïque provoquant la fusion de plomb et, par suite, la soudure autogène des deux parties.
- La soudure électrique a été aussi appliquée pour rajuster de nouvelles attaches de platine aux lampes à incandescence.
- Aujourd’hui, les applications se développent, et, comme nous venons de le dire, les résultats déjà obtenus permettent de prévoir à bref délai l’établissement d’une véritable industrie nouvelle fondée sur les procédés que nous allons faire connaître en analysant une communication récente faite par M. le professeur Elihu Thomson à la Society of Arts de Boston, en l’accompagnant de figures reproduites d’après notre excellent confrère de New-York, The Electrical World.
- Les métaux soudés jusqu’ici par la méthode ordinaire — chauffage et martelage — sont le fer, l’acier, le platine, l’or pur et quelques autres, On n’a-
- vait pu réussir jusqu’à ce jour, avec la fonte, le bronze, le métal à canon, le laiton, le maillechort, le zinc, l’étain, le plomb, l’aluminium et d’autres métaux et alliages plus ou moins économiques; le cuivre lui-même, qui fond cependant si facilement, se soude avec la plus grande difficulté. On a encore moins réussi la soudure de métaux différents et, même avec le fer, à peine peut-on souder de petites pièces en raison de la rapidité avec laquelle la chaleur se perd par rayonnement, ce qui abaisse la température au dessous du point de soudure.
- La soudure électrique fait disparaître la plupart de ces difficultés : elle réussit dans tous les cas où il n’y a pas de trop grandes différences de température entre les points de fusion, les résistances électriques spécifiques et les conductibilités calorifiques des corps à réunir.
- Méthode générale. — La méthode générale de soudure consiste à rapprocher les deux parties à souder et à faire passer un courant de grande intensité à travers le joint, en prenant comme conducteurs une petite portion des pièces à réunir : il se développe au point de rapprochement une température élevée qui fond les pièces en ce point et les soude; le procédé est, on le voit, d’une extrême simplicité.
- Applications. — La plus évidente est la jonction bout à bout des fils de cuivre et de fer employés en télégraphie, téléphonie, électro-aimants, machines, etc., évitant ainsi l’ennui de joints mal faits et résistants. C’est la méthode employée dans la construction pratique des dynamos par la Thomson Houst07i Electric Company.
- On a pu souder des fils de cuivre de H millimètres de diamètre et des barres de fer de 22 millimètres; on peut estimer à 20 00Q (vingt mille) ampères le courant nécessaire à cette opération : c’est le courant le plus intense produit jusqu’ici dans un seul conducteur et par une seule machine.
- La soudure des tuyaux présente aussi un certain intérêt: elle est effectuée avec succès par M. Elihu Thomson sur le fer, le laiton, le cuivre et le plomb. 11 sera possible de faire des tuyaux en fer forgé ou fondus de longueur indéfinie, sans joints cimentés, fondus ou vissés, en ménageant de temps en temps des parties repliées pour permettre la dilatation : ce procédé sera surtout précieux pour la vapeur et l’air à haute pression.
- Une autre série d’applications est relative à la soudure de pièces circulaires ou annulaires fermées : scies sans fin, jantes de roues, cercles de tonneaux, chaînes de fer ou d’acier, etc.
- M. Thomson signale encore une série d’applications à l’allongement, au raccourcissement et aux modifications des outils d’acier, la soudure d’outils d’acier à des manches en fer ou même en fonte, à l’art du joaillier, le système permettant de souder des fils de moins de un demi-millimètre de diamètre.
- Le procédé de soudure est, en dépit des pertes par la chaudière, par la machine à vapeur et par les appareils électriques employés, plus économique que
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- LÀ NATURE
- le procédé ordinaire, à cause du peu de temps employé à l’opération et de l’application de la chaleur au point de jonction seul, ce qui diminue considérablement les pertes par radiation et par conduction. On peut donc travailler très vite et sans être obligé de mouvoir les pièces pendant l’opération, ce qui présente quelques difficultés dans le cas de pièces volumineuses et lourdes.
- Appareils. — Le procédé employé par M. Klihu Thomson consiste à faire usage d’une machine à courants alternatifs, a transformer le courant que produit cette machine en un courant beaucoup plus intense, à l’aide d’un transformateur spécial, et à amener le courant ainsi transformé dans les pièces à souder, en exerçant sur le joint une pression suffisante pour assurer la soudure, dès que la température a atteint le degré voulu.
- La machine à courants alternatifs ne présente rien de bien particulier
- Fig. I. — Transformateur à circuit magnétique ouvert
- elle est seulement remar-
- quable par ses petites dimensions puisque, sous un poids de 225 kilogrammes, elle peut absorber, au maximum, une puissance de 25 chevaux à 1800 tours par minute : elle porte
- moins de 5 kilogrammes de fil sur l’armature et 18 kilogrammes sim* les inducteurs. Elle peut fournir cette puissance énorme relativement à son poids sans danger d’échauffement, parce qu’elle ne fonctionne que par intervalles et avec des périodes de repos pendant lesquelles elle se refroidit.
- Elle produit, à pleine charge, un courant de 20 ampères et 600 volts que le transformateur ramène à 1 volt et
- 12000 ampères. On conçoit qu’il serait difficile d’intercaler des commutateurs directs sur de pareils courants; aussi règle-t-on l’opération en introduisant des résistances variables dans le circuit primaire ou dans le circuit d’excitation de la machine à courants alternatifs, ou en introduisant dans le circuit principal de 20 ampères une bobine de fil dont on augmente ou on diminue le coefficient de self-induction en enfonçant plus ou moins un noyau de fer à l’intérieur.
- A ce point de vue, les transformateurs d’induction présentent de sérieux avantages sur les accumulateurs.
- Arrivons aux transformateurs qui sont à circuit magnétique ouvert (fig. 1 et 2) ou fermé (fig. 5 et 4).
- Le transformateur à circuit magnétique ouvert est une bobine d’induction composée d’un noyau de fer doux I de 40 centimètres de longueur et 6 centimètres de diamètre sur lequel est roulé un fil de cuivre constituant le circuit primaire ou inducteur relié à
- la machine à courants alternatifs. Le circuit induit ou secondaire S est formé de 64 fils montés en dérivation et formant 8 spires enroulées autour de la bobine primaire. Les extrémités de ces 64 fils sont fixées sur les plaques de cuivre P, P' (fig. 2), reliées aux écrous massifs G, G'destinés a recevoir les pièces à souder. L'un de ces écrous G' peut glisser sur la plaque P' et tend à rapprocher les deux pièces sous l’action d’un ressort Z dont on règle la tension a volonté. Une came permet de séparer les écrous G, Gr et de les maintenir séparés pendant l’ajustement des pièces à souder sur
- l’appareil. Ge modèle
- Fig. 2, — Diagramme du transformateur représenté ci-dessus.
- I. Noyau de fer. — P. Circuit inducteur. — S. Circuit induit. — B,IF. Pièces à souder. — C,C'. Ecrous de serrage des pièes à souder. — Z. Ilessort de serrage.
- est spécialement destiné a la soudure des petites pièces de cuivre et d’acier, des scies sans fin de petit calibre, etc. Le circuit inducteur et le noyau de fer sont mobiles de façon à modifier la puissance de l’appareil suivant la nature des pièces à souder.
- Le transformateur à circuit magnétique fermé (fig. 5 et 4) est destiné à la soudure de pièces beaucoup plus importantes. Il se rapproche , en principe, du transformateur annulaire à fer extérieur de MM. Zipernowsky et Déri G Le circuit inducteur est constitué par une bobine de 50 centimètres de diamètre, 12 centimètres de largeur et de 15 à 20 millimètres d’épaisseur composée d’un certain nombre de tours de fil. Le circuit induit est formé d’une barre de cuivre épaisse faisant un seul tour au-dessus de la bobine inductrice : les extrémités de cette barre
- 1 Voy. Tables des matières des années précédentes.
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- LA NATURE.
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- circulaire aboutissent à deux grosses tiges parallèles sur lesquelles sont fixés les écrous G, C' destinés à fixer les pièces à souder. Le rapprochement ou l’éloignement des écrous s’obtient par une simple fiexion mécanique du circuit induit. Cette flexion est facilitée par un amincissement ménagé en E. L’écrou K a pour but de maintenir l’écartement entre G et G' pendant la iixation des pièces à souder; le ressort Z a pour effet d’exercer une pression convenable entre les pièces.
- Le circuit inducteur et le circuit induit sont enfermés dans une masse de fer qui les entoure, sous forme d’un tîl de fer roulé autour de deux circuits, en ménageant cependant un vide pour permettre la libre flexion du circuit induit. La résistance intérieure du circuit induit est très faible , 0,00005 ohm environ, et elle peut, sous l’influence de courants puissants, développer une f. é. m. de deux volts, mais elle est ordinairement employée avec une excitation plus faible que le maximum.
- Mode opératoire. —
- Les pièces à souder sont avivées h leurs extrémités de façon à assurer un bon contact électrique avec les écrous de serrage et fixées solidement dans ces écrous en laissant dépasser intérieurement une certaine longueur au delà de l’affleurement des écrous. Les extrémités à souder sont dressées et nettoyées, et on y projette un peu de borax en poudre après que les parties à réunir ont été rapprochées. Si le métal à souder a un point de fusion peu élevé, comme le plomb et l’étain, on y met un peu de chlorure de zinc, de résine ou de suif. Pour des pièces de même métal et de même section, le joint se fait en laissant la même saillie de chaque côté des écrous ; pour des métaux différents ou des sections différentes, la pièce la plus petite ou la plus fusible doit avoir la saillie la plus courte, pour favoriser l’échauffement de l’autre partie plus grosse ou moins fusible. Il va sans dire que les écrous de serrage
- doivent être garnis de mâchoires épousant le mieux possible les formes des pièces à souder.
- Lorsque les pièces sont fixées et rapprochées, on envoie le courant dans le circuit primaire; dès que la température s’élève, les pièces s’approchent davantage sous l’action de la fusion et du ressort qui tend à les rapprocher, et en moins de temps qu’il n’en faut pour la décrire, l’opération est terminée.
- On peut, dans certains cas, pour parfaire le joint et le consolider, marteler le point de soudure pendant le passage du courant.
- M. le professeur Thomson poursuit des mesures précises dans le but de déterminer le rapport exact de la résistance mécanique des soudures électriques à celle du métal lui-même, mais les expériences préliminaires montrent déjà que la solidité du joint est au moins égale, sinon supérieure, à celle du métal.
- Parmi les particularités curieuses révélées par cette opération si intéressante, l’auteur signale le
- bruit intense produit dans le circuit secondaire lorsqu’on ne permet pas aux pièces de se rapprocher à mesure que se produit la fusion ; il se produit même une rupture du circuit caractérisée par un bruit sec intense, une étincelle brillante et la projection à distance des parties métalliques, comme si une capsule de fulminate éclatait entre les pièces. Ges projections se font jusqu’à deux mètres de distance et il convient, pour éviter tout accident, de ne pas exposer sa vue à recevoir ces projections. Parmi les deux cents spécimens des résultats obtenus à l'aide du nouveau procédé, M. Thomson signale à titre de curiosité la soudure effectuée sur une mèche américaine dans la partie filetée ; une barre composée d’acier, de laiton et de cuivre soudés bout à bout ; une lame de canif cassée et ressoudée sur le talon sans enlever la monture en écaille du canif, etc.
- Ges résultats sont des plus remarquables, et font
- y y,'
- I ig. ô. — Transforma tour à circuit magnétique fermé.
- Diagramme du transformateur représenté ci-dessus.
- P. Circuit inducteur. — S. Circuit induit. — E. Amincissement du circuit induit pour permettre la flexion des deux parties de la boucle et le rapprochement des pièces à souder. — I. Fer extérieur entourant les deux circuits.— BB'. Pièce à souder. —C,C'. Ecrous de serrage. — J. Manivelle de réglage de l’écrou Z. — K. Vis maintenant l’écartement des branches S,S pendant la Iixation des pièces. — Z. Ressort de pression.
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- loi
- LA NATURE.
- bien augurer de l’avenir industriel du nouveau procédé qui permettra d’obtenir simplement et économiquement des alliances métalliques nouvelles auxquelles on n’aurait jamais songé avant la soudure électrique. K. II.
- —->o^—-
- LE CALENDRIER PERPETUEL
- ET IA MNÉMOTECHNIE 1
- Les principes de la méthode étant exposés, voici quelles sont les formules*. (Yoy. les tableaux ci-
- FOKMUI.ES DES ROIS DE FRANCE
- 23 A relever un câble, ce n’est pas par l’espoir d’un fruit à pépins que les Pépin le Bref.
- (Nœud mou.) matelots seraient aiguillonnés. 752
- 24 Si l’art de bien mettre votre cravate est voire seule charte, aux veux Charlemagne.
- (Nœud rond.) des gens sensés, cachez-vous! 768
- 25 l.a sonde pénètre au fond des mers dont on a vu le lit teint du sang de Louis Ier le Débonnaire.
- (Nœud long.) plus d’un homme débonnaire comme de plus d’un aventurier. 814
- 26 Un riche boa (sorte, de cache-nez en foumire)n’empêche pas l’élégante Charles U'’ le Chauve.
- (Nœud chaud.) qui le porte d’être enterrée au champ des chardons où sont tant de cous chauves que garnissaient des cheveux frisas. 840
- 27 Sur un foulard des lignes peuvent êlre tracées même par un bègue Louis 11 le Bègue.
- (Nœud coi.) avec goût. 877
- 28 L’oiseleur perd quelquefois son lacet que lime un carlin vagabond. Louis 111 et Carloman
- (Nœud faux.) régnent simultané-
- ment. 879
- 21) Le religieux, ceint du cordon de Saint François est. quelquefois par le Carloman seul.
- (Nœud pieux.) carlin qu’affectionne la veuve, ennuyé. 882
- 30 Ce ne sera pas avec du foin- qu’un gros chat pourra vivre. Charles le Bros.
- (Mets sot.) 884
- 31 La race des écrevisses est par des œufs vivifiée. Eudes.
- Mets teint.) 888
- 32 Parmi les volailles3 celle qui pour moi a le moins de charme est le Charles 111 le Simple.
- Mets nu canard à l’air simple, parce que je n'aime pas les amphibies, moi! 893
- 33 Que voulez-vous avant la crème? Ru rôti ou des bananes? Robert 1"''.
- (Mets mou.) 9.2
- 34 Un fromage ne roule pas dans la poussière impunément. Raoul.
- (Mets rond.) 923
- 55 Les belles asperges de nos pays seraient chantées par les lyres d'outre- Louis IV d’Oulromer.
- (Mets long.) mer comme un bon manger. 956
- 36 Le potage de celui qui met à la loterie ne pourrait longtemps bouillir. Lothaire.
- (Mets chaud. 954
- 57 h’opium endort sous les lilas le Musulman qui aime à fumer et qui Louis V.
- (Mets coi.) est à chaque bouffée joyeux. 986
- 38 Le poison était moins que le fer à craindre pour les Huguenots au Hugues.
- 'Mets faux.) bivouac. 987
- 39 Le pain bénit que le moine rogne est offert avec un cierge sans clian- Robert IL
- Mets pieux.) delier et sans bobèche. 996
- 40 Une bulle de savon ne resterait pas dans son entier du lundi au samedi4 Henri Ier.
- (Bond sot.) 4031
- 41 Le bouclier dont Vénus fit don à Enée n’était pas offert par la déesse de Philippe Ier.
- (Bond teint de sang. la sagesse. 1060
- 42 Avant quitté la perruque qui couvrait sa tête chauve, on voit se mettre Louis VI le Bros.
- (Rond nu.) dans un lit chaud plus d’un gros richard à qui le nom de brute ne serait pas raisonnablement désavoué. 1108
- 43 Dans les puits, lors des fureurs de la Ligue, on a jeté de jeunes enfants. Louis VII le Jeune.
- (Rond mou, aquatique.) Telles sont les horreurs d’un fanatisme endémique. 1137
- 1 Xœud coi ou somnifère parce que, autrefois, on s’en couvrait la tête pendant le sommeil.
- s Mets sot, parce qu’on dit « bête à manger du foin. »
- 5 Mets nu, parce qu’on plume les volailles avant de les faire cuire.
- * Dans cette date et dans les suivantes, on sous-entend le f qui commence toutes les dates.
- contre). Il ne suffit pas de les lire pour les savoir, il faut les répéter deux ou trois fois chacune ; les
- * Suite et fin. — Voy. p. 22, 70 et 122.
- 2 Je supprime les formules relatives aux Mérovingiens, la suecession des rois fainéants n’offrant aucun intérêt. Je donne aeulemenl la formule de Clovis : « Pendant l’émigration, plus
- répéter encore matin et soir pendant deux ou trois jours, et alors on les sait pour le restant de ses jours.
- d’un seigneur en haut lieu fit ses visites (vis = Clovis ; tes<=-Ier ; il s’agit donc de ClovisIer) en bas ravaudés (4SI). »
- Pépin le Bref est le 23" roi depuis Pharamond. C’est par lui que nous commençons.
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- LA NATURE.
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- La boule que forme une perle fine, fut, pour plaire à une reine auguste, Philippe II Auguste.
- Aioiid rond.) dans du vinaigre divisée. 1180
- 45 A l’aspect de M. de Pourceaugnac qui fuit les terribles cylindres et les Louis VIII le Lion.
- (Rond loup:.') dangers qu'il y voit, et rugit comme un lion, les rires sont unanimes, 1225
- 46 l'n trépied sur lequel cuirait de la viande ferait faire la lippe à une Louis IX (Saint Louis'.
- (Rond chaud.) religieuse le vendredi saint, jour où un bifteck ne serait pas donné par une nonne au chat. 1226
- 47 La lune fil mieux ce voleur hardi, nui s’introduisait chez un négociant. Philippe fil le Hardi.
- (Rond roi, somnifère.) 1270
- 48 Pour nous enrichir, un jeton 1 ne fil rien. Mieux aurait valu une pièce Philippe IV le Del.
- (Roini faux.) d’or belle et nouvelle. 1285
- 40 Pour gagner la divine auréole, il faut remplacer le lit lassé par le sol Louis X le Hulin.
- Rond pieux.; dur, et n’ètre ni mutin ni menteur. 1314
- 50 CJiarenlon a (les hôtes gentils dont la fureur est difficilement mitigée. Jean P*.
- (Lieu sot.) 1316
- 51 En grève'1, où l’ai tend un fil long, aucun condamné ne monta joyeux. Philippe V le Long.
- (Lieu teint de sang.) 1316
- 52 Dans le désert, le charroyeux ensablé, accoutumé à la nature \âm belle, Charles IV le Del.
- Lieu nu.) a la mine ennuyée. 1322
- 55 Dans vos marais, où un pieu aisément se fiche, quelle vie, grenouilles Philippe VI de Valois.
- (Lieu mou, aquatique. peu valeureuses, menez-vous? 1328
- 54 Dans les cirques combattaient des gens nus pour l’amusement, d'empe-
- Lieu rond.) reurs féroces que leurs courtisans appelaient bons, sans v mettre de Jean II le Don.
- malice. 1550
- 55 M avenue sablée permet au char à lit de promener indolemment le gour- Charles V le Sage.
- Lieu long.) mand qui serait plus sage s’il remuait moins souvent la mâchoire. 1564
- 56 Quand il revint des enfers, portant pour charge sa bien-aimée, Orphée, Charles VI.
- (Lieu chaud.) par sa folie, rendit lui-même sa condition mauvaise. 1380
- 57 Le cimetière est rempli parle char à gueux de malheureux qui, viclo-
- (Lieu coi.) rieux, passeraient pour aussi fameux que les Francs des provinces rhé- Charles VII le Victo-
- nanes. s rieux. 1422
- 58 Le brigand, qui se poste en embuscade, ne serait pas attendri par une
- (Lion laiix. figure de rhétorique, fût-ce par une litote, et si l’on tient à sa vie, Louis XI.
- il faudra qu’on la lui rachète. 1461
- 59 Jusqu’aux portes du couvent nous prîmes un char à foin qu'ensuite Charles VIII.
- (Lieu pieux. nous renvoyâmes. 1483
- 60 Une romance en lithuanien ne charmera ni les enfants ni les pères du Louis XII le Père du
- Chant sot.' ' peuple, et celui qui la chantera pincera sa harpe en vain. peuple. 1498
- 61 Quand le Te Deum 5 est chanté en l’honneur des gens à franc ton, les François Ier le Père des
- (Chaut teint de sang.) pères des lettres font des héros de ces pauvres soldats dont le régal est un plat de lentilles. ïellres. 1515
- 62 Le solfège cause un long ennui à celui qui veut acquérir un talent lyrique. Henri II.
- Chant nu.) 1547
- 65 Le gondolier qui chante une barcarolle est un franc niais, s’il croit François II.
- (Chant mou, aquatique.) être laissé par le pirate, très peu loyal, en paix. 1559.
- *()4 Pour vouloir danser une ronde quand on est blessé et qu’on a besoin de Charles IX.
- (Chant rond.) charpie, il faut manquer de logique. 1567
- 65 Une litanie devrait avoir en moins de la longueur. Henri III.
- ; Chaut, long.) * 1574
- 66 Plus d’une ode pourrait être lue en riant, et le dommage est grand d’em- Henri IV.
- (Chant chaud.) ployer aussi mal les lettres de Y alphabet. 1589
- 67 Le pâtre, chantant une églogue, couché sur un tapis de mousse devenu Louis XIII le Juste.
- (Chant coi.) lit humain, célèbre par ce seul fait uu gouvernementywafe et judicieux. 1610
- 68 A YOpérai où le feu sacré est fait avec de l'csprit-de-vin mesuré au Louis XIV dit le Grand.
- (Chant faux.) litre, si le plaisir est grand, il se paye chèrement. 1645
- 69 En composant ses psaumes, David couchait sur la cendre et laissait son Louis XV.
- (Chant pieux.) lit à louer. Il versait de nombreuses larmes et les montrant au ciel il disait: « Mou Dieu, comptez-lesl » 1715
- 70 Une maladresse commise envers lui, ne serait pas un sujet de litige pour Louis XVI.
- (Coupsot.) un quaker. 1774
- 1 Rond faux, parce qu’on dit « faux comme un jeton. »
- 2 Lieu teint de sang, parce qu’on y exécutait les condamnés.
- * Chant que l’on entonne au lendemain des batailles.
- * L’opéra est qualifié de chant faux ». à cause des séductions trompeuses qu’offre le corps de ballet.
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- LA NATURE
- A une première lecture, tout ce qui précède peut sembler puéril et ridicule. Rien de plus facile que de s’en moquer et de lever les épaules sans plus ample examen.
- Mais la question n’est pas de savoir si cela est ridicule. La question est de savoir si ces Formules atteignent le but proposé (fui est d’apprendre les dates de l’histoire de France d’une Façon indélébile et en deux heures de travail.
- Ce but, je le garantis pleinement atteint. Ceux d’entre mes lecteurs qui voudront en Faire l'expérience n’ont qu’a l’essayer. Je ne leur demande que deux heures d’étude'1. Jacoues Henni,lox.
- LES STATUES COLOSSALES
- I)E DAMIAX (ASIE CENTRAI.EJ
- Le globe n’a plus guère de secrets pour nous. Chaque jour, de vaillants explorateurs pénètrent les continents Fermés jusqu’ici à notre curiosité; les navigateurs fouillent les océans à la recherche d’îles inconnues. Nul danger, ni les glaces du pôle, ni les sables brûlants de l’Afrique, ni les difficultés matérielles, ni les tribus hostiles ne peuvent les arrêter. Grâce h leurs efforts, notre siècle a largement contribué aux trésors amassés par les générations qui nous ont précédés, et il serait long d’énumérer les pro-
- grès que l’archéologie, l’anthropologie, la géologie, toutes les sciences naturelles doivent à leur énergie.
- 1 La mnémotechnie peut recevoir tes applications les plus variées. Son inventeur est M. Aimé Paris, plus célèbre comme l’un des propagateurs de la méthode Galin-Pâris-Chevé pour l’enseignement de la musique et du chant. Le portrait de cet homme de bien a été fait de main de maître par M. Francisque Sarcey, dans ses Souvenirs de jeunesse. L’ouvrage qu’il a consacré à la mnémotechnie a eu naguère un certain nombre d’éditions ; il y a longtemps qu’il n’est plus dans le commerce; pour composer ces articles, j’en ai relu quelques chapitres à la Bibliothèque nationale ; on m’a apporté un vieux bouquin, usé à force d’avoir été lu et relu, et aussi graisseux que peut l’être un roman d’Alexandre Dumas dans un cabinet de lecture ; cet état de dégradation prouve que l’éditeur qui réimprimerait cet ouvrage, ne ferait pas une mauvaise affaire. On y trouve l’application de la mnémotechnie à la géographie,
- Ces réflexions me venaient à l’esprit, en lisant le récit d’une exploration récente qui nous permet de connaître les statues colossales de Bamian, oubliées depuis de longs siècles.
- Bamian est situé sur la route de Caboul à Balkh, au pied duIÂob-i-Baba, haute montagne de la chaîne du Paropamise1, à 8500 pieds 2 au-dessus du niveau de la mer. On croit que la ville moderne, de très médiocre importance, était le faubourg de la vieille
- à l’astronomie, à la statistique, à la musique, à l’histoire, etc. Il a été fait autrefois un Dictionnaire mnémotechnique par les frères Castilho. Ce petit volume très commode pour faire des formules soi-même, n’est plus dans le commerce.
- 1 Aujourd’hui l’IIindou-Kouch.
- 2 Rappelons que le pied anglais est de ôOi millimètres.
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- Fig. 2. — La grande statue de liamir.n
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- LÀ NATURE.
- 138
- ville de Ghulghula, qui fui prise par Gengish-Khan, au xui' siècle de notre ère. Le féroce conquérant, pour la punir d’une vaillante résistance, donna ordre de tuer tous les habitants, de n’épargner ni les femmes, ni les enfants, puis de raser la ville. Ses ordres furent exécutés avec tant de rigueur, que nul ne sait aujourd’hui où elle s’élevait.
- Toute la vallée est dominée par des rochers formés d’un conglomérat très dur. A une époque qui remonte probablement aux premiers siècles de l’ère
- Fig. 5. — Pointures dans la niche do la deuxième statue.
- chrétienne, les moines bouddhistes creusèrent dans le rocher de nombreuses grottes. On les aperçoit à toutes les hauteurs, couvrant pendant des milles les flancs de la montagne et s’étendant même au nord jusqu’à Haibak. Les religieux qui reculaient devant une pénitence aussi austère, résidaient dans les viharas, vastes monastères dont les ruines se mon-
- Fig. i ot 5. — Peintures dans la niche de la quatrième statue.
- trent encore dans toute la vallée de Jellalabad. La ferveur des premiers temps semble avoir rapidement diminué, et quand Hwen-Tsang, pèlerin chinois, visita Bamian vers 630 ap. J.-G., il n’y trouva plus que dix couvents, où vivaient environ mille moines.
- Les statues datent probablement de lepoque de cette première ferveur. Elles sont au nombre de cinq, et trois d’entre elles sont placées dans des niches assez profondes, taillées dans le roc, comme les statues elles-mêmes.
- D’après des mesures prises avec soin, la hauteur de la plus grande des statues (fig. 2) est de 173
- pieds1 (près de 33 mètres). Elle est probablement la plus grande représentation humaine duc à la main des hommes. La statue de Memnon ne mesurait que 31 pieds; les quatre statues placées en avant du temple d’Ipsamboul, qu'elles semblent protéger, 30 pieds, les deux statues les plus célèbres de Phidias, l’Athéné, exécutée pour le Parthénon, 60 pieds, le Jupiter Olympien, 60 pieds. Les récits qui nous sont parvenus font varier la hauteur du colosse de Rhodes, de 120 à lot) pieds. La statue de la Liberté, récemment inaugurée à New-York, n’atteint que 105 pieds, et 137 si l’on comprend dans sa hauteur le bras tenant une torche allumée î.
- La statue principale, à prendre à la lettre la description du pèlerin chinois, devait être dorée à l’époque de sa visite. « L’éclat de l’or et des ornements, raconte-t-il, éblouit les yeux. » Etait-ce là une simple exagération et faut-il croire avec le capitaine Talbot, à qui nous empruntons la plupart des détails que nous donnons, qu’il n’existe aucune trace de dorure; il ajoute que les draperies façonnées en stuc avaient été rapportées après l’achèvement de la statue, et que les nombreux trous que l’on voit sur toutes les parties du corps avaient été creusés pour permettre l’application des draperies. Leur,origine est bien postérieure à celle de la statue. Los moines bouddhistes les avaient disposés,
- Pour réparer des ans l’irréparable outrage, et aussi pour dissimuler les graves avaries que les statues avaient subies de la main des hommes. On sait l’horreur des Musulmans pour toute représentation humaine. Une tradition locale veut que les soldats de Timur, en suivant cette route, traversée par tous les envahisseurs de l’Hindoustan, avaient décoché leurs flèches sur les idoles odieuses à leur foi religieuse et que plus tard les soldats de Nadir-Chah les avaient mutilées à coups de fusil5. Et le moyen d’en douter : on montre encore aux voyageurs les traces ou pour mieux dire, les prétendues traces de leur passage. Aux pieds de la statue existent des ouvertures donnant accès à des galeries et à des escaliers. Ces galeries et ces escaliers permettent d’arriver jusque dans la tête. C’est une disposition à peu près semblable à celle qui a été adoptée pour la statue de la Liberté à New-York.
- L’étude de la statue colossale de Bamian fait clairement ressortir soi caractère bouddhique. La coiffure, la disposition des draperies, les longues oreilles, ne peuvent laisser de doutes à cet égard. C’est donc bien une. image de Bouddha, ainsi que Hwen-Tsang l’a raconté. Nous ajouterons que l’influence de l’art grec, si visible dans les monuments qui subsistent encore à Peshawur et dans la vallée de Jellalabad, ne s’était pas fait sentir au moment de l’érection de la statue que nous racontons. Celle-ci est donc probablement antérieure aux établissements grecs dans la Bactriane.
- 1 Le pèlerin chinois ne portait sa hauteur qu’à 150 pieds.
- 2 La statue s’élève sur un piédestal de 83 pieds.
- 5 Nadir-Chah était roi de Perse, il se rendit célèbre par ses conquêtes et mourut en 1747.11 était né en 1688.
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- La seconde statue, également consacrée à Bouddha (fig. 1),ne mesure que 120 pieds de hauteur1. L’intérieur de la niche où elle repose était peint en couleurs voyantes. Ces peintures représentent des figures humaines bien conservées et rappelant assez par leur caractère le type byzantin (fig. 5). Hwen-Tsang rapporte que la statue avait été exécutée en plusieurs morceaux puis placée dans une niche préparée pour la recevoir, mais les dernières explorations ont montré l’inexactitude de ce détail. Les draperies disposées comme celles du premier Bouddha avaient également été achevées à l’aide du stuc, et ni dans l’une ni dans l’autre des statues on n’a relevé la moindre trace de métal. 11 est possible de pénétrer dans cette seconde statue comme dans la première ; on entre par les pieds, on sort par la tête. La troisième statue mesure près de (10 pieds de hauteur. Les peintures de la niche (fig. 4 et 5) où elle repose, si leur reproduction est fidèle, sont d’une remarquable exécution; elles représentent des figures humaines vues de face.
- La quatrième statue, placée à gauche en regardant la seconde, est représentée en buste; la cinquième enfin, située à un mille des autres, ne paraît pas avoir été visitée par les explorateurs anglais; ils ne nous en donnent du moins aucune description.
- Le pèlerin chinois parle aussi d’un Bouddha endormi mesurant mille pieds de longueur. Cette longueur paraît évidemment exagérée ; mais a une certaine distance de Bamian existe un rocher de forme étrange où les habitants veulent voir un serpent ou un dragon pétrifié ; c’est probablement à cette formation géologique que doit s’appliquer le récit de Hwen-Tsang.
- Il est difficile de fixer avec quelque certitude l’époque où ces statues ont été exécutées. Alexandre le Grand, au quatrième siècle avant notre ère, en poursuivant sa marche victorieuse de la Bactriane vers l’Inde, dut traverser le Paropamise par le défilé de Bamian. Les historiens qui nous ont raconté son expédition ne parlent point des statues qui les auraient sûrement frappés, si elles avaient existé dès cette époque. Il est même douteux que le bouddhisme eut alors pénétré aussi loin dans le nord de l’Asie. Quant à la supposition qu’elles remontent à une époque antérieure au bouddhisme,' elle mérite à peine d’être discutée, et, selon toute apparence, elles sont dues aux premiers religieux qui habitèrent les nombreuses grottes creusées dans la montagne.
- Après le voyage du pèlerin chinois, le silence se fait et c’est de nos jours seulement que datent les premiers renseignements certains. Nous citerons la description de sir Vincent Eyre, un des prisonniers faits par les Afghans dans la première campagne dirigée contre eux, et celle du docteur Kavorski qui accompagna la mission russe envoyée auprès de l’Emir de Caboul.
- 1 Nos gravures représentant les statues colossales ont été faites d’après les magnifiques dessins récemment publiés par The lllustrated London News.
- Quant aux indigènes, leur ignorance est complète. Ils connaissent la plus grande des statues sous le nom de Sal-Sal et les autres sous ceux de Shah-Mefneh et de Bacheh ou l’enfant. Les Musulmans leur ont donné le nom de Lat et de Munat; selon eux la première représente un homme, la seconde une femme. Les rares Hindous enfin, dispersés dans l’Afghanistan, les attribuent, comme au surplus tous les antiques monuments de l’Inde, aux Punch-Pundu-Ke-Bhai. Les cinq frères Pundu sont, on le sait, les héros du Mahabharata. Il est à regretter que les explorateurs anglais ne nous aient pas donné quelques-unes des légendes qui ont sûrement cours sur ces curieux monuments; elles auraient peut-être jeté quelque jour sur leur origine et sur leur date.
- Marquis de Nadah.i.ac.
- PARIS PORT DE MER
- Il existe un grand nombre de projets relatifs à cette entreprise gigantesque qui assurerait un développement considérable au commerce de notre pays et de sa capitale. Nous ferons connaître aujourd’hui le nouveau projet de M. Bouquet de la Grye, de l’Institut, qui a récemment modifié un plan antérieur, étudié depuis de longues années, en réduisant de 110 millions la dépense primitive. Voici l’exposé sommaire de ce grand projet.
- Un canal maritime de 6ni,20 de profondeur serait établi dans le lit de la Seine, entre Rouen et Paris.
- Avec 6m,20 de profondeur, le canal maritime de la Seine et les ports de Poissy et Saint-Ouen et de Paris seraient accessibles, même dans les plus basses eaux, aux navires de commerce de 2500 tonneaux qui remontent déjà la Seine jusqu’à Rouen.
- Entre Rouen et Paris, tous les ponts recevraient des travées mobiles, dans le double but de faciliter la défense du cours du fleuve en même temps que-la navigation.
- Un pont de chemin de fer serait élevé près de Rouen, à 40 mètres au-dessus du niveau de la Seine, afin de permettre le passage aux plus grands navires.
- Nous donnons ci-contre, le tracé du canal en plan, en même temps que son profil en long et une coupe en travers.
- Le port de mer de Paris serait créé entre Saint-Ouen et le pont de Clichy ; il aurait une largeur de 400 mètres et 4 kilomètres de longueur.
- Un port de ceinture serait établi à Poissy-Achères.
- Poissy n’est qu’à 18 kilomètres de Paris, à vol d’oiseau, à une distance à peu près égale à celle qui sépare les nouveaux Docks de la Tamise de la cité de Londres.
- Le port de Poissy jouirait de nombreux avantages qui décideraient certainement les capitaines à s’y arrêter.
- Userait près du chemin de fer de Ceinture, séparé seulement de la Manche par deux écluses, et de Rouen par une douzaine d’heures de navigation.
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- Il aurait 2 kilomètres de longueur et une largeur j de 200 mètres. ;
- Des ports secondaires seraient établis à Argenteuil, à Mantes, à Vernon, aux Andelys. Le chenal recevrait sur ces trois points un élargissement de 100 mètres, ce qui permettrait les évolutions des navires de 140 mètres de longueur, dimension que l’on ne verrait guère dans la Seine.
- Les navires auraient quatre barrages-écluses à franchir entre la mer et Paris. Le passage de ces quatre écluses nécessitant une perte d’environ deux heures, une de ces écluses serait ultérieurement supprimée, et leur nombre serait réduit à trois.
- La durée des travaux pourrait être réduite au minimum à trois ans.
- Les ports de mer de Poissv et de Paris pourraient donc être inaugurés au cours de l’Exposition universelle de 1889.
- La dépense est évaluée à 110 millions de francs, qui seraient fournis par la Société du port de mer
- j de Paris, à ses risques et périls, sans subvention et ; sans garantie d’intérêts par l’État.
- Il y aura lieu de déduire de cette somme la valeur vénale des 41 millions de mètres cubes de sable, cailloux et craie tendre à extraire du lit de la Seine.
- D'après le relevé des douanes, Je mouvement de navigation de la Seine et de ses canaux dépasse déjà 6 000000 de tonnes. En admettant que la moitié seulement vienne jusqu’à Paris, le produit serait déjà suffisant dès la première année pour assurer au capital un intérêt très rémunérateur.
- M. Bouquet de la Grye dont nous nous bornons à exposer sommairement le projet d’ensemble, insiste sur l’importance du travail qu’il propose et nous reproduisons les conclusions de son rapport.
- Tous les gouvernements ont projeté de créer le port de mer de Paris. Sully voulait relier les trois mers qui baignent les côtes de la France, par de grands canaux maritimes.
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- Tracé du canal projeté de Paris à la mer; prolil en long et coupe en travers. — Projet de M. Bouquet de la Grye.
- La création du port de mer de Paris a une très grande importance au point de vue commercial.
- Le port de mer de Paris serait la voie maritime la plus courte, la plus économique vers le Rhin et le Danube, par le canal Louis, dont l’amélioration est projetée. Paris deviendrait le centre d’un grand commerce international. Des fabriques, des chantiers de construction maritime, s’établiraient sur les bords de la Seine, canalisée depuis Paris jusqu’à Rouen ; de grandes compagnies de navigation maritime et fluviale, des entrepôts, des docks se créeraient. Paris deviendrait rapidement un des grands centres commercial, industriel et maritime. Paris serait rapidement relié à Rouen et au Havre, par la Seine rendue maritime, accessible jusqu’à Paris aux navires de long cours.
- Au point de vue de la défense nationale, la création du port de mer de Paris est une nécessité impérieuse, urgente, qui s’impose à l’attention de tous ceux qui ont à cœur la défense du pays, dont Paris est le centre, le boulevard. Si Paris était investi demain, il serait obligé de capituler par famine dans
- un temps relativement plus court, car la population de son nouveau camp retranché étendu au delà de Versailles, dépasserait 4 millions d'habitants, et il serait impossible de nourrir une pareille quantité de bouches sans le secours des transports maritimes.
- Pour affamer et réduire le nouveau camp retranché de Paris, privé de communications avec la mer, il suffirait à l'ennemi de couper à grande distance les chemins de fer, les routes, les canaux et les rivières.
- Au contraire, Paris relié à la mer par la Seine canalisée, rendue maritime et bien défendue, serait imprenable par famine. Sa résistance serait indéfinie, car il serait tous les jours ravitaillé, par mer, en hommes,chevaux, matériel, approvisionnements; et des navires de toutes les nationalités, portant chacun l’équivalent de six trains de chemin de fer, apporteraient les approvisionnements les plus divers de toutes les parties du monde G
- 1 Extrait du rapport deM. E. de Rautlin delà Roy, membre du Conseil de la Société des Eludes coloniales et maritimes.
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- LES BALLONS CAPTIFS
- DE i/aRMÉE CHINOISE
- Nous avons décrit précédemment les ballons captifs transportables construits par M. Gabriel Yon pour le service des armées1, et nous avons dit que l’habile ingénieur aéronaute avait créé une importante usine de constructions aérostatiques près de l'avenue de Sulïren (rue Desaix) au Champ-de-Mars. Un grand hangar de
- de longueur et de 18 mètres de hauteur est actuellement édifié dans un vaste terrain et il servira prochainement d’abri à un aérostat dirigeable à vapeur construit pour le gouvernement russe. M. Gabriel Yon a reçu du gouvernement chinois la commande de deux, aérostats, l'un de grand volume, (5000 mètres cubes), et l’autre de dimensions ordinaires, (500 mètres cubes), muni du matériel nécessaire au gontlement par le gaz hydrogène pur et aux ascensions captives.
- L’essai de ce dernier aérostat a eu lieu dans le terrain de la rue Desaix, les 15, 16 et 17 janvier 1887; il a donné lieu à un certain nombre d’expériences intéressantes auxquelles nous avons assisté et dont nous allons présenter le résumé à nos lecteurs.
- Le gonflement du ballon, fort bien construit en soie de Chine (ponghie), a été terminé le samedi 15 janvier à midi. Une première ascension a eu lieu a 1 heure avec M. Gabriel \ron et Corot, ingénieur. Le vent était très intense, le temps très brumeux et très froid, il ne fallut pas songer à s’élever au delà de 100 mètres d’altitude. A 1 h. 30 m. M. Yon nous invita, mon frère et moi, à exécuter
- 1 Voy. u° ü40, du 17 octobre 1885, p. 310.
- une ascension captive : la température à terre était de — 4°; à 100 mètres d’altitude, le vent soufflait avec une grande intensité, et l’abaissement de température était considérable, le thermomètre marquant— 6°,50 (thermomètre fronde). Notre haleine gelait dans notre barbe. Dans une seconde ascension exécutée en compagnie de M. Achard, ingénieur des mines, nous nous élevâmes à 175 mètres, et le thermomètre donnait — 7°,25. Cette décroissance de température de 3°,25 pour une si faible altitude
- est très remarquable et digne d’ètre signalée aux météorologistes. Elle dénotait un refroidissement considérable des hautes régions et une probabilité de froids durables. Le vent était toujours très vif, et la traction de l’aérostat sur le câble mis en mouvement par une machine à vapeur, était de 590 kilogrammes1.
- Dans le courant de la journée, M. Gabriel Yon fit exécuter une quinzaine d’ascensions. Pendant l’une d’elles, M. Jacques Ducom, accompagné de M. Surcouf, réussit à prendre, malgré la brume, une vue photographique du Trocadéro à 100 mètres d’altitude. L'aérostat resta gonflé toute la nuit, et le lendemain, dimanche, il exécuta encore pendant toute l’après-midi un grand nombre d’ascensions captives. Le temps était calme, et plus de cent personnes furent enlevées successivement. A 1 heure de l’après-midi, MM. Louis Godard jeune et Corot s’élevèrent jusqu’à 400 mètres d’altitude, presque à bout du câble.
- Le lundi 17, les essais du matériel se trouvant terminés, M. Gabriel Yon ne voulut pas perdre inutilement le gaz hydrogène dont le ballon captif était gonflé. 11 le fit passer dans deux petits aérostats qui servirent à faire des ascensions libres.
- 1 Voy., pour la description du matériel, le n° 646 du 17 octobre 1885, p. 310 et suivantes.
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- Voici comment on s’y prit pour opérer le transvasement du gaz. Le ballon captif fut descendu à terre, son appendice inférieur au niveau du sol ; cet appendice placé au-dessus d’un trou creusé dans la terre était mis en communication avec un tuyau de gonflement, posé au fond d’une petite tranchée; on chargea le ballon de sacs de lest tout autour de son filet afin d’augmenter la pression intérieure de manière à chasser le gaz par le tuyau inférieur aboutissant à l’orifice du ballon à gonfler.
- On gonfla d’abord un aérostat de 550 mètres cubes, puis un autre ballon de 180 mètres.
- L'aérostat de 550 mètres cubes s'éleva à 2 heures avec MM. Gabriel Yon, Corot et Louis Godard jeune. Ces messieurs prirent terre à 5 h. 15 m. au milieu même du fort de Stains ; ils repartirent un peu plus tard, et descendirent définitivement à 4 h. 25 au château de Truchy à Luzarches (Seine-et-Oise). L’altitude maxima, pendant le double voyage, a été de 625 mètres; la température minima de —5°.
- Le petit aérostat de 180 mètres s’est élevé à 5 h. 50 m. 11 était monté par un jeune aéronaute, M. Panis, qui est descendu à 4 h. 20 m. dans la plaine de Gennevilliers. C’est M. Panis qui va être chargé de conduire à Pékin les aérostats commandés par le gouvernement chinois, et de procéder à leur gonflement devant les mandarins du Céleste-Empire.
- Gaston Tissandieu.
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- NÉCROLOGIE
- E. Blavier. — Une mort prématurée a emporté, le 14 janvier 1887, à l’âge de soixante et un ans, M. Édouard-Ernest Blavier, inspecteur général des lignes télégraphiques, directeur de l’Ecole supérieure de télégraphie. Vice-président de la Société internationale des électriciens, ancien président de la Société française de physique, M. Blavier laisse derrière lui la réputation d’un savant éminent autant que modeste, et l’impression d’une perte vivement ressentie par tous les groupements techniques auxquels il appartenait. Son jugement sur et sa compétence étaient unanimement appréciés; son activité et sa bienveillance étaient connues.
- L’administration a sou ven t éprouvé la valeur de cet homme de bien comme inspecteur général des lignes télégraphiques et directeur de l’École supérieure de télégraphie : les électriciens lui doivent de nombreux mémoires dans les Comptes rendus de VAcadémie des sciences et les Annales télégraphiques, un Cours de télégraphie, qui fait encore autorité en la matière, et surtout un Traité des grandeurs électriques et de leur mesure en unités absolues, où bon nombre d’entre eux ont puisé des notions claires et précises sur les principes de la science électrique, magistralement exposés dans cet ouvrage de premier ordre.
- Récemment encore, le 27 octobre dernier, il était appelé à faire partie du Comité technique d’électricité de - l’Exposition universelle de 1889 et était élu président de la quatrième Commission (applications diverses, télégraphie, téléphonie, etc...)
- M. Blavier était commandeur de la Légion d’honneur et officier de l’instruction publique.
- CHRONIQUE
- TrAmbe observée à Sliangaï (Chine). — Le
- 21 août 1886, dans l’après-midi, une trombe fit son apparition en face des concessions étrangères à Shangaï, de l’autre côté de la rivière. Elle la traversa en se dirigeant obliquement d’abord à l’ouest, puis au nord-ouest. Cette trombe a été décrite par le P. M. Deehevrens, directeur de l’observatoire météorologique de Zi-ka-wei (Chine). Elle avait détruit sur la première rive plusieurs habitations chinoises ; sur la rivière, elle fit chavirer quelques légères embarcations, enleva les tentes et quelques voiles sur des vapeurs; sur le quai de France, elle enleva et transporta après de 40 mètres de hauteur une guérite de factionnaire, arracha une toiture de zinc et fit quelques autres dégâts aux maisons de la concession française qu’elle toucha, puis disparut. Une seconde trombe se forma quelque temps après en dehors de la ville et se dissipa assez rapidement. Un détail assez intéressant à noter à l’occasion de ces trombes, puisque c’est la première fois que l’observation a pu en être faite de visu, est le suivant : le nouvel anémomètre pour les mouvements verticaux de l’air installé au haut de la tour de l’observatoire de Zi-ka-vvei, offrit, durant cette journée, les mouvements les plus bizarres; tandis que l'anémomètre Robinson de vitesse était presque au repos, leclino-anémomètre se prenait par instant à tourner avec assez de rapidité dans un sens, puis, quelque temps après, dans le sens contraire, indiquant manifestement l’existence de courants alternatifs descendants et ascendants, presque verticaux, puisqu’ils n’affectaient pas l’anémomètre de vitesse horizontale.
- Nouveau procédé de cuisson des ciments. —
- Un nouveau procédé de fabrication, ou plutôt de cuisson, des plâtres et ciments a été inventé récemment par M. Vallin. Au lieu de broyer la matière après la cuisson, M. Vallin lui fait subir cette opération avant de l’introduire dans les fours. Un broyeur concasse d’abord la matière en petits fragments qui sont transportés automatiquement à des meules verticales qui les réduisent en poudre fine. Cette poudre passe alors sur des tamis qui la distribuent dans des fours chauffés au gaz. Une série de palettes inclinées, animées d’un mouvement de rotation, agite la poudre dans chaque four et en soumet foutes les parties à l’action de la chaleur. Enfin, une disposition mécanique enlève le ciment et l’amène aux sacs. Toute l’opération est ainsi continue et automatique, ce qui est déjà un grand avantage. Mais on en retire un autre beaucoup plus considérable et bien plus inappréciable du fait que toutes les molécules sont également cuites. M. Vallin estime que son procédé lui permet une économie de 50 pour 100 sur ceux généralement en usage. Outre l’homogénéité de la masse, on revendique encore, pour le nouveau système, plus de blancheur dans les produits, plus de durée, et l’absence de retrait inégal, ce qui amène si souvent des éclatements et des fissures au feu.
- Les jardins botaniques du monde entier. —
- D’après un rapport de la Société d’horticulture de Montréal, ces jardins sont au nombre de 197, ainsi répartis : France et colonies, 25; Angleterre et Irlande, 12; colonies anglaises, 27 ; AUemangne, 54 ; Italie, 25; Russie et Sibérie, 17; Autriche-Hongrie, 15; Scandinavie, 7 ; Belgique, Hollande et colonies, Espagne et colonies, États-Unis, 5 pour chaque puissance ; Portugal et Suisse, 5 pour
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- chacun; Danemark et Roumanie, 2 pour chacun; Brésil, Chili, Équateur, Egypte, Grèce, Guatemala, Japon, Pérou, Serbie, 1 pour chaque pays. On compléterait cette liste en mentionnant les jardins de Genève, de Louvain et quelques-uns récemment créés dans llnde anglaise. La moitié au moins des jardins botaniques énumérés ci-dessus sont entretenus parles États, 18 pour 100 par des universités, quelquefois associées avec l’Etat ou la municipalité, JJ pour 100 par les municipalités seules, et 5 pour 100 par des donations privées. Sur le même nombre, 04 pour J 00 sont toujours ouverts au public, 70 le sont le dimanche, et 75 publient des rapports ou contribuent, d’une façon analogue, aux recherches scientifiques.
- Livre curieux ci une bibliothèque allemande.
- — On dit que l’une des plus curieuses collections delivres qui puisse exister se trouve dans une collection de botanique, à Warsenstein, en Allemagne. A première vue, le volume présente l’aspect de bûches de bois. Mais, après un examen plus approfondi, on trouve qu'il contient une description détaillée de l’arbre même qu’il représente. Au dos du livre, l’écorce a été détachée pour tracer le titre du livre sous ses noms scientifique et vulgaire. L’une des pages est formée de la brisure du bois de l’arbre, montrant scs fibres et fractures naturelles, l’autre montre le bois quand il est travaillé, lissé et verni. A l’un des bouts, on voit des libres telles qu’elles restent après le passage de la scie, et à l’autre le bois finement poli. En ouvrant le livre on trouve le fruit, la graine, le feuillage et autres produits de l’arbre, la mousse qui pousse ordinairement sur le tronc et les insectes qui vivent sur ses diverses parties. On y trouve jointe une description bien imprimée des habitudes, des lieux où se plaît cet arbre et de son mode de croissance.
- Vitesses comparatives des transatlantiques.
- — Il résulte d'expériences récentes que les nouveaux transatlantiques exécutés eu France ont fait des voyages de .New-York en sept jours seize heures et sept jours quatorze heures. Ces traversées de sept jours seize heures et de sept jours quatorze heures sont comptées de la rade du Havre à l’entrée de l’Iludson, tandis que celles des paquebots anglais sont comptées de ce dernier point à Fastnet, qui se trouve au sud de l’Irlande, un peu avant d’arriver à Queenstown, ce qui fait une différence d’environ dix-huit heures en faveur des paquebots-poste anglais. Les nouveaux paquebots de la Compagnie générale transatlantique font beaucoup d’honneur aux chantiers français qui les ont construits et à la Compagnie qui les possède. Ces navires seront susceptibles de faire d’excellents croiseurs en temps de guerre, car leurs ponts ont été disposés pour pouvoir recevoir un certain nombre de pièces de canon de 14 centimètres; de plus, la plus grande partie de leurs machines et chaudières sont protégées par des soutes à charbon disposées ad hoc, tandis que leur capacité intérieure est divisée en treize compartiments étanches. Ces quatre paquebots sont les plus grands et les plus puissants qui aient été construits jusqu’à ce jour sur le continent européen. Complétons ces indications par un relevé de quelques-uns des chiffres publiés par M. N. Bell, surintendant américain du service des malles étrangères, dans une étude sur les vitesses obtenues par les divers steamers transatlantiques :
- Compagnie générale transatlantique (Havre à New-York), paquebots la Champagne, la Gascogne, la Bourgogne et la Bretagne,' 20 milles.
- Ligne hambourgeoise-américainc (Plymouth à New-
- York), steamers Uammonia, Wieland et Lassing, 10 milles.
- Ligne Cunard (Queenstown à N.-Y.), Umbria, 20; Etruria, 19; Servia, 18 milles.
- Lloyd de l’Allemagne du Nord (Southampton à N.-Y.), Travc, 19; Saale et Eider, 18 milles.
- Ligne Guion (Queenstown à N.-Y.), Alaska et Wisconsin, 18; Arizona, 17 milles.
- Ligne Nationale (Queenstown à N.-Y.), America, 18 milles.
- Ligne White Star (Queenstown à N.-Y.) Germanie cl Brilannic, 17; Cellic, 15 milles.
- Ligne Inman (Queenstown à N.-Y.), City of Berlin, Ci'g of Chicago et Ballic, 15 milles.
- Ligne Cunard (Queenstown à Boston), Gai lia, 15; Cc-phatonia et Scglhia, 14 milles.
- Red Star Line (Anvers à New-York), Westcrnland, 15; Noordland et Regnland, 14 milles.
- Anchor Line (Glascow à New-York), Ethiopia, H ; Furnesia, 15 ; Devonia, 12 milles.
- Ligne américaine (Queenstown à Philadelphie), India fia , 15 milles.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 janvier 1887. — Présidence de M. Gosselin.1
- La rage. — L’événement de la séance, c’est la lecture par M. Yulpian d’une statistique relative au traitement vaccinal de la rage dans le laboratoire de M. Pasteur. Nous allons essayer de résumer ce travail sans y ajouter aucune réflexion. Déjà M. Pasteur avait résumé ses opérations du 20 octobre 1885 au 51 octobre 1886. Il y avait alors 2490 personnes mordues ayant subi le traitement. Sur ce nombre, 1726 étaient originaires de France ou d’Algérie, et on n’avait compté parmi elles que 12 victimes, soit une pour 145. C’est postérieurement, à celte publication que l’auteur a imaginé sa méthode d’inoculation intensive; on se souvient des 16 Busses mordus par un loup enragé et qui tous ont survécu. H y eut aussi 10 enfants mordus par des chiens à la tête ou à la face et qui furent guéris.
- Aujourd’hui M. Vulpian reprend la question et présente un tableau qui s’étend d’octobre 1885 au 51 décembre 1886. Le nombre des personnes traitées a été de 2682; 51 ayant succombé, la mortalité a été de 1,15 pour 100. Mais ce résultat peut se décomposer. On trouve d’abord que 255 individus ont été mordus par des animaux dont l’état de rage a été démontré par les effets de l’inoculation de leur bulbe à des lapins. Elles ont fourni 4 morts, soit 1,71 pour 100. Parmi 1951 malades mordus par des animaux dont la rage a été démontrée par l’autopsie vétérinaire, 25 sont morts, c’est-à-dire 1,28 pour 100. Et si l’on retranche du premier résultat le cas du nommé Moermann dont le traitement n’a commencé que 45 jours après la morsure, on trouve dans les deux tableaux cette même proportion de 1,28 pour 100.
- 518 morsures sont le fait d’animaux soupçonnés de rage : on y relève deux morts, soit 0,58 pour 100.
- M. Vulpian concentre son attention sur les 1929 Français ou Algériens traités : 18 étant morts, leur mortalité s’exprime par 0,95 pour 100. Ici l’auteur fait les mêmes, distinctions que précédemment : 1558 cas de rage démontrée ont donné 16 morts, c’est-à-dire 1,04 pour 100, et 591 cas suspects, 2 morts ou 0,51 pour 100. Si l’on met à part les morsures à la tète et au visage, c’est-à-dire celles qui sont le plus graves, et qui, d’après les
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- statistiques, déterminent une mortalité de 88 pour 100. on trouve que leur nombre s’élève à 214 pour lesquelles il y a eu 10 morts, soit 4,60 pour 100. Ces cas comprennent 186 rages reconnues avec 9 décès ou 4,83 pour 100, et 28 rages suspectes avec 1 décès ou 5,57 pour 100.
- L’auteur compare ensuite les résultats du traitement simple à celui du traitement intensif pour les 186 cas de rage reconnue par suite de morsures au visage. Le traitement simple appliqué à 156 de ces malades a été suivi d’une mortalité de 6,61 pour 100 Le traitement intensif appliqué à 50 sujets a toujours réussi : mortalité 0 pour 100. Enfin 48 individus mordus par des loups enragés ont fourni 7 décès dont 5 avant la fin du traitement, c’est-à-dire 14 pour 100.
- À la suite de ces chiffres, 3M. Vulpian présente des remarques destinées à en faire ressortir la signification. Il constate d’abord que sur les 1929 Français et Algériens traités, la mortalité n’est que de 1,04 pour 100, alors que les statistiques les plus modérées indiquent 16 pour 100 pour les mordus non traités. Donc les 1929 auraient fourni 246 dé-’cès au lieu de 16 : la différence, c’est - à - dire 230 personnes ont été sauvées par la vaccination.
- A la suite de cette communication accueillie par des bravos, l’Académie décide qu’elle sera tirée, à part et envoyée à très grand nombre dans toutes les communes de France.
- Élections. — La mort de M. Charles Robin ayant, laissé vacante une place de membre titulaire dans la section d’anatomie et zoologie, la liste de présentation portait : En première ligne, M. Dareste ; en deuxième ligne ex fequOjMM. Filhol, Édouard Perrier et Ranvier; en troisième ligne, ex æquo, MM. Fischer, Pouchet et Vaillant. Les votants étant au nombre de 57, et la majorité, par conséquent, de 29, M. Ranvier est élu par 29 voix; M. Dareste est désigné par 14 bulletins, et M. Perrier par 15. Il y a eu un bulletin blanc.
- Forages artésiens. — Par l’intermédiaire de M. le général Perrier, M. Rolland signale les résultats obtenus dans l’Oued’Rir, aux environs de Touggourt, à la suite du forage de cent dix-sept puits de 68 à 75 mètres de profondeur. Us fournissent ensemble, par seconde, 4 mètres cubes d’eau à 25 degrés. Autour d’eux se sont déjà développées des oasis importantes qui promettent à la Compagnie une rémunération prochaine. On sait que dans cette région un hectare de dattiers rapporte couramment 1000 francs de bénéfices annuels.
- Varia. — M. Tacchini adresse de Rome des observations solaires pour la deuxième moitié de 1886; il con-
- state le minimum de plus en plus accusé du nombre des taches et des facuies. — M. Bourgeois a produit artificiellement un minéral ayant la constitution du sphène, mais dans lequel l’étain remplace le titane. — Eue matière sucrée nouvelle, appartenant à la série aromatique, est signalée par M. Maquenne. —Certains points de l’organisation des Némertes ont été découverts par M. Saint-Loup. Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- I.A BOIT.E MAGIQUE DE ROBERT 1IOUDIN'
- Cette boule, que nous avons vue récemment dans un magasin de jouets, est analogue d’aspect extérieur
- à celle d’un bilboquet ; elle est traversée de part en part d’un trou cylindrique, et elle glisse facilement le long d’une ficelle enfilée dans ce trou.
- Si une personne initiée tient la ficelle par ses deux bouts, la scène change : la boule, loin de tomber, descend très lentement le long de la cordelette ; elle reste même stationnaire, et ne reprend sa descente que lorsqu’on le lui permet. Ce tour, jadis exécuté par Robert-Jloudin avec une sphère de grand volume, produisait beaucoup (l’étonnement parmi les spectateurs.
- Comment se lait l’expérience? Notre figure l’indique par la coupe de la boule magique. Outre le trou central, cette boule est percée d’un autre conduit courbe, débouchant vers les deux extrémités du trou axial, et la personne initiée, tout en simulant d’enfiler la cordelette par l’orifice central, l’engage dans le conduit circulaire; elle ressort ensuite à l’autre extrémité de la boule comme si elle la traversait directement.
- Dès lors on comprend qu’il suffit de tendre plus ou moins la ficelle pour retarder ou arrêter la descente de la boule.
- La partie gauche de notre gravure montre la boule magique ainsi suspendue entre les deux mains superposées de l’opérateur1. Dr Z...
- 1 D’après Le Chercheur.
- Le propriétaire-gérant : 6. Tissandier.
- La boule magique.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 714. — 5 FÉVRIER 1887.
- 1*R0GRES RECENTS
- DE LA GÉOGRAPHIE DE MARS
- Il y a bien longtemps que la planète Mars se signale aux observateurs par les traits remarquables
- de sa constitution. Grâce à son voisinage relatif, le télescope a pu nous fournir une loule de documents sur sa géographie physique et même sur sa rqétéo-rologie, et ce n’est pas une des sources les moins riches de conséquences quant à la philosophie du système solaire et de l’univers physique en général.
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- B O R EÎU M
- Fig. 1. — Carie géographique de la planète Mars, dressée, en 1879, par M. Sehiaparelli.
- On sait que la planète Mars montre (fig. 1) des taches, les unes brillantes, les autres sombres,
- qu’il y a tout lieu de considérer : les premières comme des continents et les autres comme des mers.
- Fig. 2. — Carte de Mars dressée, en 1886, par M. Sehiaparelli, montrant le phénomène de la gémination des canaux,
- Vers les pôles se montrent de grandes zones blanches, tantôt plus grandes et tantôt plus petites, qui sont des calottes de glace susceptibles parfois de débâcle comme nos banquises terrestres. Les limites autour du pôle boréal en sont marquées vers le bas de la ligure 1 pour l’année 1879. Dans l’atmosphère mince
- t5’ année. — t8r semestre.
- et transparente on reconnaît des nuages, des courants et souvent des tourbillons tout semblables aux cyclones qui se déchaînent chez nous.
- A côté de ces analogies intimes avec la Terre, l’étude de Mars révèle des particularités toutes spéciales, dont les unes reçoivent une explication des
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- plus satisfaisantes des considéra lions de la géologie comparée. A la minceur de l’atmosphère se trouve liée une bien moins grande extension des mers, et la répartition relative du sec et de l’humide est très différente de ce qu’elle est sur la Terre. A la surface de notre voisin planétaire, les astronomes signalent comme une des particularités des plus remarquables le grand nombre des passes longues et étroites et des mers en goulots de bouteille. On sait que sur notre globe les océans ont trois ibis la surface des continents, et l’on doit noter que l’Europe, l’Asie et l’Afrique forment ensemble une seule grande île tandis, qu’une autre île consiste dans la réunion des deux Amériques. Or, sur Mars, il existe une égalité presque complète entre les surfaces occupées par les continents et par les mers. I)e plus, ceux-ci sont mêlés les uns aux autres d’une manière si compliquée qu’un voyageur pourrait, soit par voie de terre, soit en bateau, visiter presque tous les quartiers de la planète sans avoir à quitter l’élément sur lequel il aurait commencé son. voyage.
- Ceci constaté, il faut se rappeler que Mars est, dans la série planétaire, plus âgé que n’est la Terre, c’est-à-dire que, s’étant individualisé plus anciennement qu’elle et ayant un volume moindre, il est parvenu à une étape plus avancée de l’évolution sidérale. De telle sorte que cette planète représente dès maintenant, dans ses grandes lignes et indépendamment de sa caractéristique individuelle, un état que la Terre atteindra ultérieurement. Or, l’un des effets inévitables du refroidissement séculaire de la Terre est de déterminer l’absorption progressive de l’eau des océans par les masses rocheuses successivement consolidées. Dès lors une comparaison éloquente peut être faite entre les mers martiales actuelles et les océans terrestres supposés absorbés en plus ou moins grande partie. Les résultats d'innombrables sondages ont permis d’établir des cartes bathymétriques de nos océans, et il y a treize ans déjà que j’ai signalé la forme en « goulots de bouteilles » de l’océan atlantique à 4000 mètres déjà au-dessous de sa surface actuelle l. Si donc, on suppose l’eau de l’Atlantique absorbée par les masses profondes en ce moment en voie de solidification, de façon que le-niveau de cet océan s’abaisse de 4000 mètres, on aura à la fois une bien moins grande surface recouverte par l’eau et une forme étroite et allongée de la mer, c’est-à-dire exactement les conditions que présente Mars.
- En même temps que l’eau est bue de la sorte, l’air lui-même doit être absorbé. Toutes les roches sont aérées. On sait quelle peine on éprouve à chasser l’air de la roche, même la plus compacte, dont on veut obtenir la densité avec précision. Les diverses masses minérales s’aérant en même temps qu’elles se mouillent et par conséquent en même temps qu’elles se refroidissent, la couche atmosphérique doit décroître progressivement. 11 est donc naturel que chez Mars l’atmosphère soit beaucoup plus
- 1 Voy. les Comptes rendus de septembre 1875, et mou Cours de géologie comparée, p. 289; 1874.
- mince que sur la Terre, ce qui est, par parenthèse, une excellente condition pour l’étude télescopique de notre voisin planétaire.
- Pour ce qui est de la Terre, la géologie fournit une sorte de conlirmation indirecte de cette absorption successive de l’atmosphère. 11 résulte en elfet des expériences des physiciens, de M. Tyndall surtout, qu’une faible augmentation dans l’épaisseur de notre atmosphère ou dans la proportion de vapeur d’eau qu’elle contient suffirait pour que la chaleur solaire s’y emmagasinât en plus grande quantité et qu’elle se déperdit beaucoup plus lentement; c’est-à-dire en définitive pour que ce que nous appelons les climats disparût : une température chaude et très peu variable s’étendant sur toute la Terre. Or, un des caractères les plus remarquables des périodes géologiques anciennes est justement cette absence de climat, indiqué par l’uniformité des faunes et des flores sur toute la planète. Nous pouvons voir là une confirmation de notre opinion que l’air a formé une couche bien plus épaisse qu’aujourd’hui.
- Mais s’il existe ainsi des traits communs évidents entre Mars et la Terre, un immense motif d’intérêt réside dans l’existence à la surface du premier de ces globes des détails fort importants de structure sans analogue chez nous. Dès 1877, M. Schiaparelli a commencé à apercevoir dans les continents de Mars, jusqu’alors immenses et sans solution de continuité, un système de canaux sombres, souvent très déliés qui en divisent la surface en une multitude de terres isolées et séparées les unes des autres comme les mailles d’un réseau ; c’est ce que montre très bien la figure 1 où on lira les noms d’un certain nombre de ces canaux ; ceux-ci, malgré leur ténuité apparente, n’ont pas moins de 120 kilomètres de large; en longueur plusieurs vont jusqu’à 4800 kilomètres. Ces résultats ont d’abord provoqué l’incrédulité chez les astronomes qui ont bientôt été contraints d’en reconnaître la rigoureuse exactitude. L’illustre directeur de l’observatoire de Milan a bien voulu me faire parvenir ses travaux dont le dernier, relatif à l’opposition de 1879-1880, constitue un volumineux mémoire in-4° de 109 pages avec 6 planches et dont la lecture est d’un puissant intérêt.
- Mais c’est depuis cette magnifique publication que Fauteur, au cours de l’opposition de Mars en 1881-1882, s’est trouvé en présence des faits absolument merveilleux que représente la figure 2,' détachée d’un mémoire qui n’a pas encore paru et dont je dois la communication à l’extrême obligeance de M. Schiaparelli. Il ressort de ces observations et de celles qu’il a faites de 1884 à 1886, que la surface de Mars est actuellement le théâtre de phénomènes gigantesques qui, dans le cours de peu d’années, suffisent pour en changer profondément l’aspect. On voit en effet sur la carte que beaucoup de canaux, précédemment décrits, se doublent, s’accompagnent, si l’on veut, d’un second pareil à lui en dimension et en direction. Pour rendre cet effet, un de nos
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- plus éminents aréographes, M. le docteur Terby, de Louvain, qui vient d’installer chez lui un magni-iu[ue huit pouces <le Gmbh, monté équatorialement, avec mouvement d’horlogerie, en vue de la prochaine opposition de Mars, M. Terby a trouvé une comparaison pleine de justesse : supposons que sur notre ligure 1 nous promenions, en position convenable, un cristal biréfringent, un spath d’Islande, nous verrons les canaux se dédoubler comme ils le sont dans la figure 2.
- A ce phénomène sans analogue, M. Schiaparelli a donné le nom de gémination des canaux; il prépare à son égard un très grand mémoire qui paraîtra bientôt. Accueillies d’abord avec incrédulité, ces étonnantes découvertes reçoivent à chaque instant de nouvelles confirmations comme en témoignent les observations de MM. Bœddicker et Burton en Irlande et surtout celles de notre savant compatriote, M. Perrotin, directeur de l’observatoire de Nice, avec la collaboration de MM. Trepied, Thollon et Gautier. D’autres observateurs, comme MM. Green, Enobeî, Denning, n’ont pas été aussi heureux dans la vérification des faits, et cependant leurs recherches, insérées dans les mémoires de la Société astronomique de Londres et dans les Mounthly Notices, sont remplies d’intérêt.
- Ce qui ajoute encore au mystère, c’est que la gémination semble se faire peu à peu, quoique très vite et s’accentuer successivement. C’est ainsi que, pour n’en citer qu’un seul exemple, a côté du canal qualifié de Nilus, les astronomes en ont reconnu, il y a déjà quelque temps, un second, parallèle, appelé pour cette raison Nilus II, mais très faible, à peine visible, comme esquissé seulement (fig. 1), vers la rencontre du méridien 80 et du parallèle boréal 20. Or, sur la dernière carte (fig. 2), les deux Nilus ont une intensité très sensiblement égale.
- En étudiant comparativement, avec une compétence hors ligne, les admirables dessins faits il y a un siècle, à Lilienthal, par le célèbre astronome Schrœter et un peu moins anciennement, en Angleterre, par le grand Ilerschel, M. Terby a rencontré des modifications analogues de la surface martiale. Du nombre sont des élargissements locaux de certaines mers, comme celle de Kaiser, et d’autres changements de détails dans les configurations jusqu’alors supposées fixes de la planète. On doit signaler dans la même direction un mémoire de M. Yan de Sand Baghuyzen,dans les Annales de l’Observatoire de Leyde, dans lequel l’auteur interprète tous les dessins de Schrœter en y retrouvant la trace d’une foule de détails de M. Schiaparelli. Enfin, le P. Lamey a fait de très nombreuses observations de Mars qui le conduisent à des résultats d’une extrême originalité et dont on doit désirer une prompte confirmation.
- Comme on voit, les merveilleuses études dont Mars est l’objet, ouvrent à l’astronomie des horizons tout nouveaux. Stanislas Meunier.
- UNE NOUVELLE PLANTE ALIMENTAIRE
- « Arracacha œscutcnta »
- Dans uue des dernières séances de la Société nationale d'agriculture, M. Triana a présenté deux pieds A'Arracacha æsculenta venant de Colombie, qui lui ont été rapportés par un de ses compatriotes, M. J. de 1). Carasquilla, directeur de l’Institut agronomique de Bogota.
- « Cette plante alimentaire, a dit M. Triana, de la fa-nulle des ombelfifères, tient le milieu entre la pomme de terre et la carotte ; elle produit des racines qui ressemblent à des carottes de moyenne grosseur. VArracacha est douceâtre et farineuse. Pendant la maladie de la pomme de terre en Colombie, sa racine indemne a été d’un grand secours pour suppléer à la pomme de terre. Il a été impossible, jusqu’à présent, de leur faire, en France, produire des racines. Quand je suis venu en France, j’ai apporté des souches à'Arracacha qui ont poussé très bien a Paris, au Jardin des Plantes, a l’époque où M. Decaisne était directeur des cultures. Nous avons conservé les plantes pendant plusieurs années, mais jamais nous n’avons obtenu leur développement complet. Préoccupés de l’idée que c’était une plante de pays tropicaux, nous nous empressions de faire profiter nos jeunes plants du soleil dès que le printemps arrivait. D’après M. le directeur de l’Institut agronomique de Bogota, notre insuccès aurait été causé par la trop grande chaleur donnée à la plante, chaleur qui empêcherait le développement des racines. Ce dernier a acclimaté cette plante et l’a fait produire sur le plateau de Bogota, c est-à-dire à une altitude plus élevée que la zone ordinaire de sa végétation.
- « Les expériences de culture en Europe ayant échoué, peut-etre parce qu on plaçait la plante dans des conditions très différentes de celles qui lui convenaient, nous pensons qu’un essai conduit différemment pourrait être intéressant. Pour ce motif, j’ai cru que je ne pouvais faire meilleur emploi des deux échantillons donnés par M. Carasquilla qu’en les offrant à la Société. »
- MÉTRONOME ÉLECTRIQUE
- DE M. J. CARl'ENTIEll
- Dans l’un do nos précédents numéros1, nous avons reproduit in extenso la note communiquée par M. Carpentier à l’Académie des sciences à l’occasion d’un « batteur de mesure » imaginé par lui et destiné à l’Opéra.
- Nous avons pensé qu’il serait intéressant de revenir sur ce sujet avec quelques figures explicatives qui feront bien comprendre le fonctionnement de cet ingénieux appareil.
- On sait qu il a pour but de répéter à distance les mouvements de la baguette du chef d’orchestre, afin de permettre à celui-ci de conduire aussi bien les chanteurs ou les instrumentistes cachés dans la coulisse que ceux qui sont dans la salle ou sur la scène.
- Quoique plusieurs appareils aient déjà été imaginés pour atteindre ce but, aucun n’avait été jugé d’un fonctionnement satisfaisant. Pour arriver à unensem*
- 1 Voy. n° 705, du 6 décembre 1886, p. 6.
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- ble aussi parlait que possible entre les exécutants visibles et ceux invisibles, on était obligé de recourir à un moyen assez élémentaire consistant à ménager dans le décor un vide, ou même à y pratiquer un trou, pour permettre au chef des chœurs de voir le chef d’orchestre et de répéter ses mouvements.
- Le métronome de M. Carpentier fonctionne d’une façon parfaite, il donne l'impression d’une baguette qui oscille entre deux positions déterminées ainsi que le représente la ligure 2. Mais c’est une pure impression, car en Idéalité il y a deux baguettes qui n’oscillent pas du tout. Elles font entre elles un angle invariable et sont représentées en P et II sur la ligure 5. Ce sont des règles carrées qui peuvent pivoter d’un quart de tour autour de leur axe et montrer par conséquent deux de leurs faces, dont
- l'une est peinte en blanc, l’autre en noir. Ce mouvement est obtenu d’une façon très simple au moyen de deux petites poulies fixées sur les règles, vers le sommet de. l’angle. Une cordelette s’enroule sur chat une de ces poulies; l’un de ses bouts est fixé à un ressort qui ramène toujours la règle correspondante à une position fixe, tandis que l’autre bout est attaché à l’armature d’un électro-aimant (fig. o). 11 suffit par conséquent de faire passer le courant ou de l’interrompre pour faire pivoter les deux règles a la fois. L’ensemble du mécanisme est dissimulé derrière un tableau noir dans lequel sont ménagées deux rainures, une en face de chaque règle. Celles-ci sont disposées de façon que l’une montre toujours sa lace blanche quand l’autre montre sa face noire et se confond par suite avec le tableau. Il n’v en a donc
- Fig. 1 à 4. — Métronome électrique de M. Carpentier, installé à l’Opéra de Paris. — 1. Pupitre du chef d’orchestre. — 2. Métronome dans la coulisse. — 5. Details du mécanisme. — 4. Métronome de contrôle placé devant le pupitre.
- jamais qu’une seule visible pour l’œil placé à une certaine distance. Par suite de la persistance des impressions sur la rétine, lorsque la face blanche de la règle supérieure disparaît subitement pour être remplacée par la face noire et que le mouvement inverse se produit dans la règle inférieure qui montre alors sa face blanche, l’œil ne perçoit aucun intervalle entre ces deux apparitions et on croit voir une règle blanche parcourant l’angle PR. Cette illusion d’optique est telle que, même lorsqu’on est prévenu, et en apportant la plus grande attention, on reste absolument convaincu qu’il n’y a qu’une seule et même règle qui bat la mesure, en prenant alternativement les deux positions.
- L’appareil représenté figure 2 s’accroche dans la coulisse à un endroit quelconque ; il est ensuite relié par des fils conducteurs, qu’on voit aboutir en C U R
- au pupitre du chef d’orchestre (fig. 1), d’un côté à une pile au bichromate, de l’autre à une pédale A placée à portée du chef d’orchestre, et lui permettant d’interrompre ou de faire passer le courant électrique dans l’électro-aimant.
- Afin qu’il puisse se rendre compte du bon fonctionnement du métronome qu’il ne voit pas, on en a monté un deuxième plus petit (fig. 4) sur le même circuit et on l’a placé sous ses yeux au bas de son pupitre (fig. 1). Celui-là, tous les spectateurs placés un peu de côté peuvent le voir fonctionner, ainsi que nous avons pu nous en rendre compte dernièrement; il suffit de regarder au bas de la partition placée sur le pupitre, au moment ou l’on exécute un chœur dans la coulisse. G. M.
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- LA PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE
- APPLIQUÉE A L ' A R T 11,1, E P, IE
- Des expériences récen!es de photographie instantanée de canons pendant le tir ont apporté quelque lumière au mode de fonctionnement des pièces d’artillerie.
- C’est un fait depuis longtemps connu de tous les artilleurs que la combustion de la poudre n’est pas complète surtout dans les petites pièces. Il en résulte qu’au moment où le coup part une certaine quantité de grains enflammés se trouve projetée en l’air. Le Scientifîc American, auquel nous empruntons cet
- article et la photographie instantanée qui l’accompagne, fait remarquer que les érosions qui se produisent dans l’àme des pièces sont probablement dues à cette cause et que si on peut les attribuer à l’action des produits de la combustion sous forme de gaz et de vapeurs sur la surface échauffée de l’Ame, il faut bien admettre aussi que la poudre qu’on reconnaît être projetée sous forme solide y entre aussi pour sa part. Dans les pièces qui se chargent par la bouche et où il existe un certain vide entre le boulet et la partie supérieure de l’Ame, c’est à cet endroit que se produisent les érosions, parce que les produits de la combustion et les grains non brûlés se précipitent avec force dans cet interstice et usent profondément
- Batterie d’artillerie pendant le tir. (ü’après une photographie instantanée,)
- lé métal. Dans les pièces se chargeant par la culasse, où le projectile s’adapte exactement, il n’y a pas de vide entre lui et l’Ame, aussi l’usure de celles-ci est-elle plus régulière. Il y a donc une distinction bien marquée entre les érosions qui sont produites dans les pièces, suivant que celles-ci se chargent par la bouche ou par la culasse. Dans le canon de 7 pouces se chargeant par la bouche et pesant 7 tonnes (artillerie anglaise) cette cause de détérioration est très apparente. Après environ 600 coups, la pièce est sérieusement endommagée.
- La quantité de poudre expulsée sous forme solide et brûlant hors de la pièce, est bien visible sur notre •gravure et montre quelle large part on peut lui attribuer dans la production des érosions. Cette gravure est
- la reproduction d’une photographie instantanée prise parM. H. E. Harris, lieutenant instructeur à l’armée des États-Unis, pendant les manœuvres annuelles au moment de la décharge d’une batterie d’artillerie légère. On voit, devant la fumée s’échappant de la bouche de chaque pièce, des faisceaux de lignes horizontales probablement dues à la poudre n’ayant pas fait explosion et brûlant au contact de l’air. La photographie rend beaucoup mieux l’effet que ne peut le faire la gravure, si bien exécutée qu’elle soit.
- Un autre fait intéressant à noter, c’est la simulta-..-néité des décharges qu’indique bien l’égale hauteur des colonnes de fumée au-dessus de chaque pièce.
- L’expulsion des grains n’ayant pas fait explosion a déjà été souvent prouvée et enregistrée au moyen
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- d’un écran placé en avant ; mais au moyen de la photographie instantanée, on obtient d’une façon plus certaine la reproduction de l’effet tel qu’il se produit. Chaque ligne brillante représente la trace d’un grain de poudre incandescent.
- Dans les pièces de fort calibre une déflagration instantanée de la charge de poudre est inadmissible, car elle ferait éclater le canon ; c’est pourquoi on emploie de la poudre en gros grains qui assurent une inflammation lente ; mais aussi il en résulte la perte d’une partie de la charge ainsi que nous venons de le décrire. Le remède qu’on a apporté à cet inconvénient est l’allongement de la pièce malgré l’accroissement de poids et la difficulté de maniement qui en résultent.
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- LE SEL DANS LES ALLÉES
- Un des principaux travaux du jardinage, et l’un de ceux qui exigent le plus de temps, c’est le nettoyage des allées. Dans les petits jardins, tout aussi bien que dans les grands parcs, la propreté est une condition essentielle à remplir pour le jardinier. Aussi tous les moyens à employer pour réussir sont-ils bons à étudier.
- Dans les jardins où les allées sont établies sur le sol lui-même, avec plus ou moins de sable, un coup de rôtissoire de temps à autre suffit. Mais il n’en est pas de même lorsque le terrain, par sa nature argileuse, ou par toute autre cause, oblige à employer l’empierrement. Le système, pratiqué surtout dans les grands parcs, où les allées deviennent des routes, ne permet plus l’emploi d’aucun outil qui entraine la construction de l’allée. Le travail alors devient du sarclage, et il est, je crois, inutile d’insister sur le temps, par conséquent sur les dépenses qu’entraîne un pareil procédé sur des kilomètres d’allées, surtout si elles ne sont pas très fréquentées. L’herbe, alors, y pousse d’une façon désespérante, et la propreté devient difficile, sinon impossible. Aussi quelle ne fut pas notre surprise cet été dernier, à la vue d’un très grand parc, garni d’immenses allées, dont la propreté ne laissait rien à désirer, sans y voir un personnel nombreux, comme avait paru l’exiger une surface aussi considérable à nettoyer.
- Ce résultat était dû, ou plutôt est dû, à l’emploi du sel.
- Beaucoup de gens ignorent sans doute que le gouvernement accorde à l’agriculture la faculté de se procurer dans certains dépôts, et avec quelques formalités faciles à remplir, des sels à prix réduits (moins de 5 francs par 100 kilogrammes), dont les destinations variées sont, en général, les amendements pour certaines cultures, et le mélange dans la nourriture du bétail. Dans le cas qui nous occupe, on emploie ce qu’on peut appeler son action de stérilisation, à raison d’environ 1 litre par 4 ou 5 mètres carrés. Cette opération, renouvelée tous les ans, ou parfois même deux fois par an, détruit complètement l’herbe partout où on peut l’employer : allées, grandes surfaces, cours sablées ou même pavées (et tout le monde sait ce qu’est l’herbe entre les pavages) ; enfin, partout où il y a de la végétation a détruire. Le renouvellement de l’opération est subordonné à l’action des pluies comme lavage, et aux apports de terre ou de poussière dans laquelle l’herbe peut encore germer et végéter, ce qui du reste est rare dans les propriétés où le procédé est employé depuis assez longtemps.
- On sait que certains terrains, jadis submergés par la mer, sont tellement chargés de sel, que la culture n’y est possible qu’à l’aide de fortes irrigations, destinées à enlever l’excès de salure.
- La plus grande partie delà curieuse île de la Camargue, à l'embouchure du Rhône, offre un exemple en grand de cet inconvénient et des frais occasionnés par l’obligation d’irriguer, ou plutôt de laver ce sol, dont la fertilité serait incomparable sans cet inconvénient. Une étude approfondie de ce singulier terrain pourrait conduire à la connaissance des meilleurs emplois du sel en horticulture. Quant à la crainte de stériliser le sol d’une façon complète et illimitée, les surfaces sont relativement trop petites, et les quantités employées trop faibles, pour qu’il y ait là un véritable danger pour l’avenir.
- Nous avions déjà remarqué, il y a fort longtemps, dans un jardin situé non loin de la mer, que les allées étaient, en général, toujours très propres. Le sable employé provenait d’une sorte de dépôt géologique, dans lequel la présence de nombreux galets indiquait clairement un dépôt marin. Ce produit, passé à la claie, donnait et donne sans doute encore un sable gris assez fin, à peu près ce .que l’on trouve sur presque toutes les plages marines.
- L’idée que le sel n’était pas étranger à cet effet de propreté, ou plutôt de stérilisation, ne paraissait venir à personne, et il nous a fallu l’exemple cité plus haut, pour que le résultat remarqué nous parût expliqué.
- La salure n’a nullement besoin d’être très forte, et il y a même des précautions à prendre à ce sujet. Ainsi, nous avons vu des arbustes mourir par son action, bien qu’il n’y en ait pas eu de répandu dans leur voisinage immédiat. A plus d’un mètre de distance, des bordures de buis sont mortes également, parce que la pente de l’allée amenait, dans leur direction, les eaux ayant passé sur des parties traitées avec du sel.
- 11 est à croire qu’une dose très faible (1 litre par 10 mètres carrés par exemple) suffirait dans les endroits où cette opération se répéterait tous les ans, si toutefois l’eau des pluies ne l’entraînait pas trop rapidement. Les gazons, à cause sans doute de leurs racines superficielles, ne paraissent pas être affectés par le voisinage de l’opération, autant que les arbustes, du moins ceux que nous avons été à même d’étudier.
- Nous avons vu dans certaines publications différentes recettes infaillibles pour faire mourir l’herbe dans les allées: aucune ne nous paraît aussi simple, aussi économique et aussi facile à employer que le sel. Avec quelques précautions la réussite est certaine1. J. Batise.
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- L’IF
- SES PROPRIÉTÉS TOXIQIES
- L’If commun ( Taxus baccatu, L.) est un bel arbre qui peut atteindre 15 à 20 mètres d’élévation. Sa cime a une tendance à prendre une forme conique ; son bois est rou-gefitre; son écorce brune se détache par plaques chez les vieux sujets. Les feuilles sont linéaires, aigues, terminées par une pointe blanchâtre; leur face supérieure est d’un vert foncé, tandis que l’inférieure est un peu glauque. Ses fruits, appelés vulgairement morviaux, du volume d’un gros pois, sont rouge écarlate. La pulpe a une saveur douceâtre qui la fait rechercher des enfants et des oiseaux. La saveur delà graine est amère et térébinthacée.
- 1 D’après la Revue horticole.
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- L’if a été l’objet d’une attention spéciale de la part des' anciens : ils le regardaient comme l’emblème de l’immortalité; il était considéré, du reste généralement, comme très vénéneux.
- On a été jusqu’à affirmer que rester quelque temps à l’ombre d’un if pouvait occasionner des accidents fort graves. Delechamp et Gérard ont fait justice de cette ridicule assertion. Les recherches de la chimie moderne ont montré que le principe actif de l’if est une oléo-résine, qui se décompose en une huile volatile et en un alcaloïde amorphe auquel on a donné le nom de taxine. Cette taxine est très peu soluble dans l’eau; par suite, une décoction de feuilles d’if ne saurait avoir d’effet thérapeutique marqué .
- M. Robert Modlen, dans le Science Gossip, cite une lettre du professeur Redvood, insérée au Pharmaceulical Journal, qui relate le cas d’une femme ayant pris une quantité relativement considérable d’une forte décoction de feuilles d’if, sans éprouver le plus léger malaise. Plus tard, cette femme prit une égale quantité de la même décoction, à laquelle on avait ajouté des feuilles hachées et non bouillies. Elle mourut trois heures après.
- L’if étant très employé pour former des haies vives, il en résulte de fréquents cas d’empoisonnement chez 'les. animaux. Les jeunes rameaux d’if ont, en effet, un aspect très engageant pour des chevaux ou des boeufs qui n’ont pour nourriture que du fourrage sec. Et pourtant, dans le Hanovre et la Hesse, de grands éleveurs en donnent à leurs bestiaux quand le fourrage manque. Pour habituer les animaux à ce genre de nourriture, on mélange d’abord une petite quantité de feuilles d’if à la ration journalière, et on augmente la proportion jusqu’à ce que les feuilles d’if deviennent le fond même de la nourriture.
- M. Husard, qui avait observé ce fait, voulut, à son retour en France, recommencer l’expérience. Il nourrit d’abord un cheval malade avec 1/2 livre de feuilles d’if mélangées avec 1 livre 1/2 d’avoine, sans que le cheval fut le moins du monde incommodé. Pensant que le résultat obtenu était dù au manque de sensibilité de l’estomac de ce cheval malade, il donna la même ration à une jument en bonne santé. Le résultat fut le même.
- Enfin, il fit prendre à un cheval qui était à jeun, 7 onces de feuilles d’if broyées dans 12 onces d’eau. Le cheval mourut ou bout d’une heure.
- Certains auteurs ont affirmé que l’If irlandais (Taxus fasligiata) seul était vénéneux ; mais les expériences que nous venons de relater prouvent le contraire. D’ailleurs, le professeur Tuson, faisant l'autopsie de deux faisans morts empoisonnés, a trouvé des feuilles de T. baccata dans leur gésier et leur jabot.
- En ce qui concerne les baies de l’if, la graine est vénéneuse et la pulpe ne l’est pas. M. Robert Modlen a publié, en novembre 1879, dans le Pharmaceulical Journal, un article qui raconte un cas d’empoisonnement arrivé à Oxford. Des enfants étaient allés dans un cimetière où ils avaient récolté et mangé des baies d’if. Mais, tandis que ses camarades jetaient les graines, un enfant de neuf ans mettait une poignée de ces haies dans sa bouche, les croquait et les avalait, pulpe et noyaux. Quelques heures après, il était mort.
- Les empoisonnements par les baies d’if sont assez rares, parce qu’ordinairement on ne mange que la pulpe qui, comme nous l’avons dit, est inoffensive, et si l’on avale des noyaux, on ne les croque pas et, dans ces conditions, la taxine n’agit pas1. V. Rrandicourt.
- 1 D'après le Science Gossip.
- ASSOCIATION
- DE L’HOMME ET DES ANIMAUX SAUVAGES
- POUR LA PÊCHE ET LA CHASSE
- Les articles si intéressants que LaNafure a récemment publiés sur l’aide que les dauphins prêtent parfois aux pêcheurs1, nous ont rappelé certains faits, relatifs à l’association de l'homme et des animaux sauvages pour la pêche et la chasse. Les uns sont rapportés par M. Roulin, ancien bibliothécaire de l’Institut, dans son Histoire naturelle, livre aujourd’hui un peu délaissé, et qu’aurait dù cependant préserver de l’oubli la science très sûre qui s’y dissimule sous le charme de la forme. Les autres sont tirés d’un article, que feu Auguste Duméril, professeur au Muséum d’histoire naturelle, inséra dans Y Annuaire scientifique de 1865.
- Cuvier raconte que la pêche des thons dans l’Adriatique s’opère souvent de la façon suivante :
- « Dès que les thons paraissent, ils sont poursuivis par les dauphins qui les forcent en quelque sorte d’entrer dans les thonaires. Les pêcheurs se figurent que c’est par amitié pour eux ; ils ajoutent que le dauphin attire les thons dans les filets, qu’il y entre avant eux, pour mieux les tromper; lorsqu’ils en aperçoivent un, ils crient fora dolfin! pour qu’il se hâte d’en sortir. »
- L’aide prêtée par les dauphins à l’homme est un fait curieux, mais relativement assez rare. Il est au contraire une sorte de poissons, les Echeneis, dont on semble se servir couramment pour la pêche, dans des pays très divers. Ces poissons sont munis au-dessus de la tête d’un organe leur permettant une adhésion intime à tous les corps solides répandus dans les eaux. Ils s’attachent souvent aux navires en marche. Les anciens supposaient même qu’ils étaient capables de les arrêter, et leur avaient en conséquence donné le nom de Echeneis (syja tàç vaüç), de Naucratés, ou de Rémora (retard). Quoique beaucoup de naturalistes anciens et modernes aient sur la foi de Pline qui fait jouer aux Echeneis un rôle dans le célèbre combat d’Actium entre les flottes d’Octave et d’Antoine, parlé de cette prétendue puissance d’arrêt, il a été prouvé que ce n’était là qu’une fable.
- Ce qui est beaucoup plus certain, c’est que les indigènes de tous les pays, ont mis à profit cette faculté d’adhérence des Echeneis. Ils emploient ces poissons pour toutes sortes de pêches, et en particulier pour celle de la tortue.
- Pierre Martyr qui, en 1552, a publié une relation sur les îles nouvellement découvertes a raconté comment on se sert de l’Echeneis dont il compare l’usage à celui de nos chiens de chasse. « De même que nous nous divertissons dans les plaines en chassant avec des chiens, de même les Indiens prennent
- 1 Yov. n°* 705 et 709, p. 1 et 05.
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- LA NATURE.
- des poissons au moyen d’un poisson chasseur1. » Hernandez de Oviedo, dans la Historia natural de las Indias, parue à Séville en 1555, donne des détails encore plus circonstanciés sur cette pêche: On prend les poissons encore jeunes, et on les conserve dans l’eau de mer jusqu’à ce qu’ils soient propres à la chasse à laquelle on les destine. On emporte alors l’Echeneis à la mer, après avoir eu soin de lui attacher autour du corps une corde solide. Au moment où il va être lancé à l’eau, l’Indien, le tenant d'une main, le caresse de l’autre, et l’excite par des paroles appropriées à la circonstance à se montrer courageux et à attaquer le plus grand poisson qu’il apercevra.
- Enfin Lacépède a, dans son Histoire naturelle des
- Poissons, inséré, d'après Commerson, une relation si précise de cette pêche, qu’il semble utile de la reproduire : « On attache à la queue d’un Nauerates vivant un anneau d'un diamètre assez large pour ne pas incommoder le poisson et assez étroit pour être retenu par la nageoire caudale. Une corde très longue tient à cet anneau. Lorsque l’Echeneis est préparé, on le renferme dans un vase plein d’eau salée, qu’on renouvelle très souvent, et les pêcheurs mettent le vase dans leur barque. Ils voguent ensuite vers les parages fréquentés par les tortues marines. Ces tortues ont l'habitude de dormir souvent à la surface de l’eau, sur laquelle elles flottent, et leur sommeil est alors si léger, que l’approche la moins bruyante d’un
- Fig. 1. — Pêche à la tortue, opérée à
- bateau de pêcheur suffirait pour les réveiller et les faire fuir à de grandes distances ou plonger à de grandes profondeurs. Mais voici le piège que l’on tend de loin à la première tortue que l’on aperçoit endormie. On remet dans la mer le Nauerates garni de sa longue corde : l’animal, délivré en partie de sa captivité, cherche à échapper en nageant de tous les côtés. On lui lâche une longueur de corde égale à la distance qui sépare la tortue marine de la barque des pêcheurs. Le Nauerates, retenu par ce lien, fait d’abord de nouveaux efforts pour se soustraire à la main qui le maîtrise; sentant bientôt,cependant, qu’il s’agite en vain et qu’il ne peut se dégager, il
- 1 Non aliter ac nos canibus lepores per œquora campi inseclamur, il H venatorio pisce pisces altos capiebant.
- l’aide du Rémora. (D’après Lacépède.)
- parcourt tout le cercle, dont la corde est en quelque sorte le rayon, pour rencontrer un point d’adhésion et, par conséquent, un peu de repos. Il trouve cette sorte d’asile sous le plastron de la tortue flottante, s’y attache fortement par le moyen de son bouclier, et donne ainsi aux pêcheurs, auxquels il sert de crampon, le moyen de tirer à eux la tortue en retirant la corde (fig. 1). »
- Du temps de Colomb, les îles madréporiques voisines de Cuba, et qu’on nommait les Jardins du roi, étaient animées par l’industrie de cette pêche au Nauerates, que venaient y exercer les habitants de la côte.
- Les observations faites par Middleton et par le voyageur Anglais Sait, prouvent qu’elle était égale-
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- LA NATURE.
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- ment pratiquée au cap de Bonne-Espérance et sur la } côte de Mozambique. C’est ce qui a fait dire à llum-boldt, dans ses Tableaux de la Nature : « La connaissance des mœurs des animaux et les besoins de la vie-qui se retrouvent partout les mêmes, font naître chez des races sans aucune relation entre elles, l’idée des mômes artifices. »
- Outre les poissons, certains oiseaux peuvent également, pour la pôobe, servir d’auxiliaires à l’homme h
- Le chevalier Bolizza, qui a longtemps vécu en Monténégro en qualité de chargé d’affaires de la république de Venise, rapporte que la manière dont on prend dans le lac de Scutari et les rivières qui
- l’alimentent, de petits poissons appelés scoranzas est des plus singulières. A certaines époques de l’année, il arrive dans le pays des nuées d’une espèce particulière de corneilles, que les habitants turcs et chrétiens ménagent au point qu’il y a peine de mort pour quiconque en tuerait volontairement. Le temps de la pèche venu, les habitants posent de grandes nasses dans les rivières et dans les lacs. Le prêtre arrive, les pêcheurs montent dans leurs canots; en même temps les corneilles paraissent en quantités innombrables, et attendent sur le bord de l’eau et sur les arbres.
- Quand tout est rassemblé, le prêtre donne sa bénédiction, après quoi les pêcheurs jettent dans l’eau
- un appât, qui consiste ordinairement en grains bénits. Les poissons, voyant nager ces grains, montent à la surface de l’eau ; aussitôt les corneilles s’élancent sur eux avec des cris perçants, ce qui effraye tellement les poissons, qu’ils se réfugient par milliers dans les nasses. A la fin du jour, on abandonne aux corneilles une certaine quantité de poissons; et, tant que dure la pêche, elles reviennent exactement.
- Il est assez rare que les oiseaux aident ainsi les hommes a la pêche ; il est plus fréquent qu’ils leur servent d’auxiliaires pour la chasse, et le fait avait déjà été remarqué par Aristote. 11 dit, en effet, « que dans la partie de la Thrace, autrefois nommée Cedro-
- 1 La Nature a publié en 1875, page 595, un article relatif à l’emploi qu’on fait en Chine des cormorans pour la pêche.
- polis, il se fait dans le voisinage des marais une chasse aux oiseaux en commun entre l’homme et le faucon.
- Les hommes battent avec des perches les roseaux et les buissons et font partir les petits oiseaux; les faucons se montrent dans l’air et poursuivent ces oiseaux, que la crainte force à se rabattre sur la terre où les hommes les tuent à coups de perche (fig. 2), Le gibier pris, on en abandonne une part aux faucons. »
- Le livre De mirabilibus Auscultationibus attribué à Aristote reproduit le fait en y ajoutant cette circonstance, qui le rend encore plus invraisemblable, « que les faucons ayant pris eux-mêmes un oiseau, le jettent aux chasseurs. Ceux-ci, en retour, leur abandonneraient une part du butin. »
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- LA NATURE.
- Ces deux faits pourraient paraître exagérés, si l’exactitude n’en était confirmée par ce qui se passe encore aujourd’hui au rapport de M. Roulin, dans un pays de l’Amérique méridionale.
- « Sur le plateau de Santa-Fé de Bogota, on trouve plusieurs lacs et marais qui, pendant une grande partie de l’année sont couverts d’une multitude de canards. Tout près de là, s’élèvent quelques rochers escarpés, sur le sommet desquels on voit presque toujours perchés des faucons, un sur chaque cime. Tant que les canards restent sur le lac, le faucon demeure immobile. Mais, si la troupe effrayée prend sa volée pour gagner un autre lac, le faucon s’élève, passe et repasse au milieu de la bande, et à chaque fois abat un oiseau.
- « Il continue de la sorte jusqu’à ce qu’il ne passe plus de canards. C'est alors seulement qu’il descend vers la terre pour manger le gibier qu’il a tué. Les Indiens du plateau ont mis à profit cette habitude du faucon. Comme les habitants de la Thrace, ils vont battre les roseaux pour faire lever les canards. Comme eux, ils sentent la nécessité de laisser une part dans les profits à l’animal, qui les a aidés dans l’entreprise.
- « Aussi,quoiqu’ils s’empressent de saisir les canards tombés, si le faucon, que leur présence n’intimide guère, s’est abattu sur un des oiseaux et a commencé à le dévorer, il est rare qu’ils le troublent dans son repas. » Henri Dehérain.
- M. PASTEUR
- ET LE TRAITEMENT PROPHYLACTIQUE DE LA RAGE
- Nous avons décrit précédemment les résultats des magnifiques travaux deM. Pasteur, sur le traitement prophylactique de la rage1. Tandis que la démonstration est absolument faite, et que la vaccination antirabique soulève à juste titre l’admiration du monde, il s’est trouvé un médecin, M. le Dr Peter, pour faire entendre à l’Académie de médecine les attaques les moins justifiées selon nous, contre une des plus belles découvertes de notre siècle.
- M. le Dr Vulpian, l’éminent secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, a fait justice de cette communication présentée alors que M. Pasteur est absent et retenu dans le Midi pour cause de santé.
- Voici les conclusions de la savante et probante réfutation de M. Vulpian :
- Que veut notre collègue? Est-ce empêcher toutes les personnes mordues par un animal enragé ou suspect de recourir au traitement de M. Pasteur? Quelle responsabilité n’assume t-il pas? S’il réussit à détruire la confiance que tant de succès ont inspirée aux médecins et aux personnes blessées par des animaux enragés, combien de morts n’aurait-il pas à se reprocher !
- Qu’il cesse cette guerre sans excuse. Il attaque inconsidérément une des plus grandes découvertes qui aient jamais été faites. La série des recherches qui ont conduit
- 1 Voy. n“ 666, du 6 mars 1886, p. 211.
- M. Pasteur à cette découverte est, en tout point, admirable. Grâce à M. Pasteur, cette maladie épouvantable, la rage, qui était le type des maladies incurables, peut être prévenue, empêchée, presque» coup sur.
- Ce nouveau service vient s’ajouter à tous ceux que notre illustre Pasteur a déjà rendus à l’humanité. L’éclat que ses travaux ont jeté sur notre pays est incomparable et maintient la science française au premier rang. Que notre collègue y prenne garde. Les quelques envieux qui se complaisent à calomnier M. Pasteur invoquent l’autorité du médecin de la Pitié, actuellement professeur de clinique de Necker: M. Peter doit avoir horreur de cette promiscuité.
- La gloire de M. Pasteur est telle que bien des dents s’y useront. Nos travaux et nos noms seront depuis longtemps ensevelis sous la marée montante de l’oubli ; le nom et les travaux de M. Pasteur resplendiront encore et sur des hauteurs si élevées qu’elles ne seront jamais atteintes par ce triste flot.
- Je me résume. M. Peter s’est proposé de montrer que la méthode de traitement préventif de la rage, créée par M. Pasteur, est antiscientifique, qu’elle est inefficace, qu’elle est dangereuse. Il a échoué dans cette entreprise. La méthode qu’il a combattue sans armes valables est scientifique au premier chef; elle est efficace à un degré inespéré ; enfin elle ne présente aucun danger.
- M. Peter voulait entraîner l’Académie à le suivre dans sa lutte inexplicable contre M. Pasteur. Il n’a pas pu ébranler l’Académie et il aurait bien dû le prévoir.
- 11 eût peut-être été satisfait s’il avait pu arrêter le courant qui porte toutes les personnes mordues par des animaux enragés vers les laboratoires où l’on pratique le traitement par la méthode Pasteur. Il ne réussira pas dans cette tâche antihumanitaire et coupable par conséquent. J’espère même qu’il n’aura pas le remords d’avoir plongé dans les angoisses les plus terribles les nombreux mordus, inoculés depuis quelques semaines, auxquels il annonce, par la voie académique, qu’ils se sont soumis à un traitement dangereux et inutile. Que ces inoculés se rassurent1 Ils sont certains de ne pas être atteints de la rage.
- Enfin, notre collègue se donne le tort dé faire àM. Pasteur une guerre injustifiable, préméditée de longue date, et il semble se proposer pour but de chercher à ternir cette grande gloire nationale !
- Aussi je ne crains pas de lui dire : comme médecin, comme académicien, comme philanthrope, comme patriote, il a entrepris et il poursuit une campagne déplorable.
- Ces paroles ont été saluées des applaudissements de l’Académie de médecine, et nous avons tenu à les livrer à l’appréciation de nos lecteurs. Une semblable communication de M. Vulpian a été accueillie avec les mêmes marefues d’approbation par l’Académie des sciences. Gaston Tissandier.
- LES JEUNEURS DANS L’ANTIQUITÉ
- Un de nos lecteurs de Foix nous adresse un curieux passage qu’il a trouvé,[au sujet des jeûnes prolongés, dans les Nuits attiques d’Aulu-Gelle, ouvrage si rempli de faits extraordinaires et de renseignements curieux. Voici la traduction du chapitre m du livre XVIe.
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- LA NATURE.
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- « Comment le médecin Erasistrate1 a-t-il pu dire que l'homme, si la nourriture vient à lui manquer, peut supporter l'abstinence et résister à la faim? >'
- Pendant mon séjour à Rome ! (c’est Aulu-Gelle qui parle), je passais mes journées entières auprès de Favori-nus... Partout où il allait, je le suivais, charmé par sa conversation. Un jour qu’il était allé visiter un de ses malades, j’entrai avec lui. Plusieurs autres médecins s’v trouvaient en consultation : il causa longtemps en grec avec eux, et entre autres choses il dit : « 11 ne faut pas « s’étonner si notre malade, d’abord tourmenté par une « faim continuelle, a perdu complètement l’appétit après « une diète prescrite de trois jours. » Erasistrate sur ce point a dit vrai : « La source de l’appétit se trouve « dans les fibres intestinales, dans le ventre et l’estomac,
- « lorsqu’ils sont vides et béants. Sont-ils remplis de « nourriture ou contractés par une abstinence prolongée,
- « il n’y a plus de place pour recevoir la nourriture et l’ap-« pétit s’éteint. » — Il ajoute que « les Scythes étaient « dans l’usage, pour supporter la faim plus longtemps,
- « de se serrer fortement le ventre avec des bandes de toile,
- « persuadés qu’ils étouffent ainsi le désir de manger. » Favorinus citait encore le passage suivant d’Erasis-trate : (( Nous étions convaincus qu’une forte contraction « du ventre rend facile une longue abstinence. Ceux qui « s'imposent volontairement une longue diète souffrent « de la faim dans les commencements, mais ensuite ne « souffrent plus. »
- N’est-ce pas là, bien expliqué, un phénomène analogue au cas des Succi, des Merlatti et tutti quanti? L.-A.
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- LE TÉLÉPHONE DE PARIS A BRUXELLES
- Samedi dernier, 29 janvier, a eu lieu l’inauguration officielle de la ligne téléphonique de Paris à Bruxelles. Toutes les personnes invitées à cette cérémonie ont été vivement frappées de la netteté et de la clarté des communications. On a aussi mis à l’étude les moyens à adopter pour relier la ligne aux postes d’abonnés des deux réseaux, ce qui lui donnerait une valeur considérable. On a également essayé, la semaine dernière, de transmettre à Bruxelles la musique de l’Opéra de Paris ; l’expérience a bien réussi et S. M. la Reine a pu entendre de son palais tout un acte de Faust. Actuellement, la ligne relie deux cabines respectivement placées dans les Bourses des deux capitales. Elle est aérienne sur tout son parcours, sauf dans l’intérieur de Paris, depuis la porte de La Villette jusqu’à la Bourse; mais dans cette partie, elle est faite suivant le système Fortin-IIermann, qui, comme on le sait, supprime les effets de retardation présentés par les lignes souterraines ordinaires et place celles-ci dans des conditions analogues à celles des fils aériens. La ligne comprend deux fils, aller et retour, de bronze siliceux de 3 millimètres de diamètre, se croisant à chaque poteau. C’est à cette disposition, ainsi qu’à l’emploi d’un métal de haute conductibilité, qu’est due la netteté de la transmission. Les appareils placés dans les cabines des deux Bourses sont ceux qui sont employés dans tous les postes d’abonnés ; on n’a pas eu besoin d’avoir recours à des téléphones très sensibles, comme sur la ligne de Paris à Reims.
- 1 Médecin grec du troisième siècle avant Jésus-Christ. Il est le premier qui ait disséqué le corps humain.
- LES
- MACHINES A YÀPEUR A GRANDS DÉTENTE
- MACHINES A QUADRUPLE EXPANSION DU YACHT (( RIONNAG-NA-MARA ))
- Deux chiffres peuvent donner une idée des progrès réalisés depuis l’invention de la machine à vapeur : les premières machines de Newcomen (1760) consommaient 25 kilogrammes de charbon par cheval-heure, aujourd’hui les machines fixes ou de navigation consomment moins de 800 grammes pour produire la même quantité de travail.
- L’application bien entendue des principes de la théorie mécanique de la chaleur ont permis de réaliser ce progrès immense : mais la théorie a montré aussi qu’à moins d’un mode entièrement nouveau dans la transformation de l’énergie calorifique en travail mécanique, des machines à vapeur modernes étaient bien près du rendement théorique compatible avec leurs conditions actuelles de fonctionnement.
- Hautes pressions et grandes détentes, voilà les deux éléments auxquels sont dus les rendements relativement élevés, des machines actuelles1, mais ces éléments sont limités en pratique par la résistance des matériaux et les difficultés de graissage lorsqu’on dépasse une certaine température. On a atteint aujourd’hui 15 et même 14 kilogrammes par centimètre carré, et ce chiffre paraît difficile à dépasser pratiquement. A mesure que la pression s’est élevée, il a fallu augmenter le degré de détente et ne déverser dans l’atmosphère ou le condenseur que de la vapeur à la plus basse pression possible. Ces grandes détentes ont été obtenues d’abord dans un seul cylindre (Corliss), puis dans deux (Wolf, machines compound), et, plus récemment, dans trois ou quatre cylindres, constituant les moteurs à triple et à quadruple expansion.
- Les machines de ce dernier type se prêtent à des combinaisons innombrables, et c’est à titre d’exemple que nous reproduisons, d’après notre excellent confrère Engineering, la vue d’ensemble d’une machine à quadruple expansion construite par MM. Rankin et Blackmore pour le yacht à hélice de M. A. G. Pi-rie, le Rionnag-na-Mara.
- Les cylindres moteurs sont au nombre de six, montés par deux en tandem et attaquant 5 manivelles calées à 120 degrés sur l’arbre de couche. Les trois petits cylindres supérieurs sont à haute pression, — 12 kilogrammes par cm2, —les trois autres sont les cylindres de détente.
- Les organes de ce moteur sont disconnectifs, c’est-à-dire qu’on peut, en quelques minutes, séparer une partie de la machine mise accidentellement
- 1 Ce rendement ne représente que 10 pour 100 à peine de l’énergie calorifique totale du combustible. En représentant par 100 la chaleur totale développée par le combustible, il s’en perd 30 dans la cheminée et il en arrive 70 à la machine à vapeur, qui en rejette plus de 50 dans l’atmosphère ou le condenseur. Il en reste donc moins de 20 disponibles pour le travail effectif et les pertes inhérentes à la machine elle-même, qui donne finalement 10 en travail utile.
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- LA NATURE.
- hors 'de service et fonctionner avec les deux tiers et même avec le tiers restant en bon état. En cas de rupture partielle de l’arbre, les trois manivelles sont aussi interchangeables.
- Les six cylindres s’accouplent entre eux, en totalité ou en partie, de plusieurs façons suivant les besoins, et les combinaisons réalisées présentent chacune leurs avantages particuliers suivant les circonstances. Voici quelques exemples :
- 1° Les trois petits cylindres du haut reçoivent la vapeur à haute pression, et, après avoir agi, elle vient 'se détendre successivement dans les trois cylindres inférieurs et passe de là au condenseur.
- 2° et 5°. La vapeur à haute pression n’est admise que dans deux ou même un seul des cylindres à haute pression et vient se détendre dans les trois autres. C’est la combinaison n° 5 qui donne le meilleur rendement et qui doit être préférée dans tous les cas -où l’on se trouve à court de charbon.
- 4° Quatre cylindres et triple détente sans condensation. Deux cylindres à haute pression reçoivent la vapeur qui se détend dans les deux premiers cylindres inférieurs et s’échappe dans l’atmosphère sans passer par le troisième cylindre de détente. Une des manivelles n’est pas utilisée.
- D’autres combinaisons permettent, si deux des cylindres à haute pression sont hors de service, de fonctionner avec une seule manivelle, sans condensation, en faisant la détente dans le second cylindre de détente correspondant monté en tandem avec le premier, etc., etc.
- Le tonnage du yacht est de 511 tonnes et la puissance maxima indiquée atteint 528 chevaux, avec une détente de 12 volumes.
- Dans les essais faits le 25 mars 1886 par l’ingé-
- nieur du Lloyd en présence des propriétaires et des constructeurs, la pression initiale était de 170 livres par pouce carré (12 kilogrammes par centimètre carré), et la consommation s’est abaissée au chiffre remarquable de 1,125 livre (510 grammes) par cheval-heure indiqué.
- Voici les réflexions inspirées à MM. Rankin et Blackmore, de Greenock — la patrie de "Watt — par les résultats de ces essais :
- « En raisonnant sur les types actuellement réalisés, on peut affirmer sans crainte que de puissantes machines construites sur le principe de la quadruple expansion pourront fonctionner en consommant 1 livre (455 grammes) de charbon par cheval indiqué et par heure.
- « On peut se demander où s’arrêtera cette économie. La réponse est facile. Une fois le chiffre d'une livre de charbon par cheval-heure atteint, il y aura peu à gagner au point, de vue économique, le type actuel de chaudière ayant a t-teint sa limite de pression pratique de 180 à 200 livres par pouce carré (12,7 à 14 kilogrammes par centimètre carré). Il n’y a donc plus grand’-chose à espérer de ce côté à moins d’avoir recours à un nouvel agent, ce qui est possible, quoique peu probable.
- « Dans la lutte pour l’existence — the survival of the fittest — la machine à quadruple expansion se substituera à la machine à triple expansion avec une rapidité plus grande encore que celle avec laquelle celle-ci s’est substituée à la machine compound à deux cylindres. »
- Nous ne pouvons que nous associer à des conclusions qui paraissent si hautement justifiées par l’expérience. X..., ingénieur.
- Machine à quadruple expansion du yacht Uionnag-na-ilara.
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- LA NATURE
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- TOURNE-PAGES AUTOMATIQUE
- Tous les pianistes savent combien il est difficile de tourner les pages d’un morceau de musique pen-
- dant qu’ils le jouent; il faut s’astreindre à arrêter la mesure, pour passer d’un feuillet à l’autre, ou à avoir derrière soi une personne qui se charge spécialement de cette opération délicate.
- Un mécanicien de Marseille, M. Augustin Lajar-
- rigc, a étudié et construit un tourne-page automatique qui évite ces inconvénients et qui nous paraît devoir rendre des services aux musiciens.
- Une fois l’appareil disposé comme le montre la figure 1, il suffit de pousser, à l’aide du genou, le levier L, de gauche à droite; le mouvement se transmet au moyen de tiges articulés F, P, à la chaînette supérieure N, qui sollicite l'arbre du tourne-page dans le sens de la ilèche F (lig. 2) et agit sur la tige K; celle-ci entraîne la page à tourner, sous l’action d’un ressort à boudin.
- Comme tous les mécanismes délicats fonctionnant bien, celui que nous décrivons est composé d or-
- ganes multiples que nous ne saurions faire connaître tous ; nous signalerons seulement les plus importants entre eux, en nous portant a la ligure de détail (fig. 2).
- On voit au milieu du support placé derrière le cahier de musique, que le dessinateur a supprimé, un arbre central sur lequel sont cnii-lés huit anneaux superposés. On place sur l’arbre autant d’anneaux qu’il y a de feuillets à tourner ; chaque anneau porte une tige K taraudée, en acier, servant à tourner la page. Afin que le ül d’acier ait plus de prise et occupe une plus grande surface de la page, il affecte une forme légèrement cintrée comme on le voit sur la figure. Chaque bague portant une tige, est en
- Détail du mécanisme,
- Fig. 2,
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- LA NATURE.
- bronze et comprend deux cannelures ou entailles intérieures venues de fonderie; l’une d’elles existe sur toute la hauteur de la bague, l’autre jusqu’à la moitié seulement.
- La figure 1 montre la disposition de l’ensemble, le cahier de mesure étant posé sur le piano, et chaque tige cintrée ayant été placée successivement derrière chaque page à tourner.
- Le mouvement de déclenchement, qui a pour but d’engager et de dégager le linguet de la cannelure extérieure de la bague, s’obtient au moyen de la transmission que l’on actionne, comme nous l'avons dit, au moyen du genou. Un énergique ressort à boudin maintient l’arbre dans sa première position correspondant à la page fermée et quand le déclenchement d’une bague se produit, l’arbre tourne et entraîne avec lui une bague, sa tige correspondante, et la page du cahier de musique posée au-dessus, de manière à lui faire accomplir la rotation voulue pour la poser de l’autre côté du cahier.
- Le système de transmission est fixé au piano au moyen de deux vis Y,Y' (lig. 1). Le constructeur n’a pas voulu que l’appareil fonctionnât avec des pédales qui auraient pu se confondre avec celles du piano, et il a préféré recourir, avec raison, à un levier actionné par un mouvement du genou.
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- CHRONIQUE
- Les trois nouvelles comètes. — Quoique le nombre des comètes qui courent dans le ciel soit aussi considérable que celui des poissons qui nagent dans l’océan, c’est la première fois que l’on enregistre dans la même semaine la découverte de trois comètes observées dans trois stations différentes. L’aînée de ces trois voyageuses a été aperçue à Cordoba le 18 janvier, par M. Thome, astronome au service de la République argentine. Elle était alors dans la constellation de la Grue. Sa queue a été vue à Melbourne le lendemain, mais sa tête était restée cachée par la rondeur de la Terre. Le 20, la même observation a été faite à Adélaïde. Ce n’est que le 23 que la tête a été observée en Australie, et ces deux stations l’ont vue à peu près en même temps. Cette comète a un aspect analogue à celui de la grande comète australe de 1880. Sa queue est droite et déjà développée. Le 19 elle avait 30 degrés de longueur. L’astre se voit facilement à l’œil nu, le soir dans le crépuscule ; il n’est pas encore très brillant, mais on pense qu’il se présentera bientôt comme un objet très lumineux. Il s’enfonce dans l’hémisphère austral avec une vitesse d’environ 1° par jour. Les deux autres comètes ont été découvertes dans notre hémisphère, mais toutes deux en Amérique : la première à New-York, par M. Brookes, de l’observatoire Red Ilouse ; et la seconde, par M. Barnard à Nashville, Tennessee. Les noms de ces deux astronomes, surtout celui du second, sont familiers aux amateurs de comètes. Les deux astres sont faibles, mais leur orbite n’a pas encore été déterminée, de sorte que l’on ignore si elles deviendront assez brillantes pour attirer l’attention publique, si ce sont de nouveaux hôtes du système solaire, ou des habitués des plages que nous habitons, qui viennent de nouveau voir comment nous nous portons.
- Explosion du « Petriana ». —Nous racontions, il v a huit jours, un terrible drame arrivé en rade de Marseille par suite de l’incendie d’un navire partiellement chargé de pétrole. Un accident moins grave, mais cependant du même genre, s’est produit à bord du Petriana, navire-citerne qui venait de rapporter à Birkenhead un chargement de plus de 2000 tonnes d’huile. On avait réparé avec succès des avaries au réservoir, avarié pendant une grande tempête que le Petriana avait essuyée. Les ingénieurs étaient descendus dans le réservoir pour examiner ce travail, mais ils avaient commis l’imprudence d’employer des lampes à feu nu. Une formidable explosion qui fut entendue de Liverpool, de l’autre côté de la mer, y apprit aux habitants de cette grande cité maritime qu’une catastrophe était arrivée. Une flamme gigantesque sortit de la cale, s’élança jusqu’aux vagues et rompit les voiles. Pendant plus de trois heures il fut impossible d’entrer dans le réservoir; quand on put y pénétrer, on trouva quatre cadavres, appartenant aux infortunés qui n’avaient point eu le temps de se sauver. Les ingénieurs avaient été les premières victimes de leur témérité. Ces tristes circonstances ne peuvent être invoquées contre l’usage des navires-citernes, mais elles montrent qu’il est indispensable de ne jamais se départir, quand on les manie, des mesures de prudence qu’indique la physique, et de n’employer que des lampes à incandescence dans toutes les parties de ces bâtiments.
- Les œufs de la Mouche. — Les œufs de la mouche commune sont certainement une des préparations microscopiques les plus simples et les plus intéressantes. Un grossissement de 75 diamètres nous les fait voir comme des corps ovoïdes — allongés, jaunâtres, criblés de trous régulièrement espacés, et pourvus de trois côtes ailées, perforées également, comme à l’emporte-pièce. La mouche en pond de 60 à 80, groupés en petits paquets, qu’elle dépose par intervalles, dans les coins obscurs et humides des dépendances de nos habitations. — Les œufs éclosent au bout de deux à trois jours, et l’insecte arrive si promptement à l’état adulte, que l’on a calculé qu’une seule femelle peut, dans une saison, et en quatre générations successives, donner naissance à deux, millions de descendants. Heureusement pour la tranquillité de nos demeures, il arrive souvent que les œufs sont pondus en des endroits peu favorables à l’éclosion, ou bien, que les jeunes larves manquent de nourriture, ou bien enfin, qu’elles deviennent la proie de nombreux ennemis. Les oiseaux insectivores ne dédaignent pas ces petits granules riches en matière nutritive, et l’on a suggéré que les lé-pidoptéristes découvriraient peut-être, dans l’estomac des oiseaux, les œufs, encore intacts, de plus d’une espèce rare. M. Tegetmeier décrivait, dans le « Field », le contenu du gésier d’un coucou, capturé dans Londres même : au milieu d’une masse noirâtre formée de fragments d’ailes, de corps d’insectes, et de peaux de chenilles, se trouvaient de nombreux corpuscules blancs, qui furent reconnus pour des œufs de VOrygia antiqua. Lavés, puis séchés avec soin, ces œufs, malgré la rude épreuve qu’ils avaient subie, étaient encore intacts et capables d’éclore. M. Tegetmeier pense que les œufs étaient contenus dans le corps d’une femelle prête à pondre, et que leur vitalité, et sans doute aussi la nature chitineuse de leur enveloppe leur a permis de résister aux sucs digestifs de l’oiseau. La chose n’a rien d’invraisemblable. M. Léniez a autrefois raconté comment l’œuf de l’Œstre conserve sa vitalité et se transforme en larve dans l’intestin du bœuf ou du cheval. Cette persistance de la vitalité dans les œufs
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- d’insectes est telle que, pour la préparation microscopique de l’objet qui nous occupe (l’œuf de la Mouche domestique), il faut le tuer, soit en l’immergeant dans l’alcool, soit en le touchant avec une aiguille chauffée, soit en le trempant dans l’eau presque bouillante. Ensuite on le dessèche avec soin. — Les œufs qui ont une teinte opaline ou irisée gagnent à être vus par transparence, et doivent, par conséquent, être vidés. Tels sont les œufs de parasite, que l’on trouve fixés sur les plumes ou les poils des animaux.
- JLe« usages de la Housse. — Les Mousses ont, dans la nature, un rôle économique fort important. S’implantant facilement sur la terre, sur les troncs d’arbres, sur les vieux murs, partout où elles trouvent une humidité suffisante, et quelques parcelles de substances minérales, elles se propagent rapidement et forment bientôt un tapis épais, qui entretient la fraîcheur, et produit une couche d’humus qui sert de substratum à des plantes d’un ordre plus élevé. Les Sphaigncs, en particulier, sont l’agent le plus important de la formation de nos tourbières; s’élevant à la surface de l’eau, elles recueillent des graines de toute espèce, qui développent une abondante végétation, et par leurs filaments entrelacés elles consolident le tout en une masse spongieuse, noirâtre : la tourbe, que des détritus incessants viennent enrichir en matières carbonées. Dans les serres, on emploie souvent les mousses, comme un sol artificiel se prêtant à la culture des plantes épiphytes. Pour la décoration, on se sert volontiers des mousses. On les utilise pour l’emballage. Il paraît qu’en Laponie, les femmes emploient la mousse, concurremment avec le duvet des rennes, pour confectionner des berceaux où leurs bébés reposent mollement. Enfin, nous trouvons dans le compte rendu d’une lecture faite à Watford par M. E. Holmes, membre delà Société linnéenne de Londres, la mention d’un usage nouveau de la mousse, qu’il nous paraît intéressant de signaler. Dans les plantations de Quinquina de l’Inde, on a reconnu que si l'on dépouille les arbres de bandes d’écorce en réservant alternativement des surfaces intactes, et si l’on applique de la mousse sur les parties dépouillées, il se forme une nouvelle écorce qui contient plus de quinine que les bandes primitives ; et les pieds de quinquina ainsi traités augmentent de'valeur pendant un certain nombre d’années. 11. Yion.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 51 janvier Î887. — Présidence de M. Gosselin.
- Transfusion. — 11 s’agit des effets de la transfusion du sang de cheval dans la tète d’animaux qu’on vient de décapiter brusquement. L’auteur est M. Ilayem qui fait à cet égard une lecture fort écoutée. Tout le monde connaît les célèbres expériences de M. Brown-Séquart, d’où ce savant physiologiste avait conclu la preuve du retour de la volonté dans une tète de chien récemment séparée du corps. Depuis lors, le fait n’a été soumis à aucune sorte de contrôle, les essais de M. Laborde sur des tètes humaines tranchées depuis plus d’une heure ayant été réalisés dans des conditions où le succès était impossible.
- Dans le travail dont il ne donne pour ainsi dire qu’un sommaire, M. Ilayem constate d’abord que dès qu’une tête de chien est brusquement coupée, les yeux exécutent, pendant un certain temps, des mouvements pleins d’anxiété; les mâchoires s’écartent violemment et se res-
- serrent sur elles-mêmes ; pendant trois ou quatre secondes il paraît y avoir conscience du monde extérieur. Ultérieurement, les yeux deviennent immobiles, les narines se dilatent ; les commissures labiales se resserrent et la langue se rétracte au fond de la gueule. Après quelques secondes encore, le réflexe cornéen est aboli; on constate cependant deux ou trois efforts respiratoires et enfin la tète devient définitivement inerte. L’ensemble de ces phénomènes ne dure jamais plus de deux minutes. Si, au moment de la décapitation, on établit la communication des carotides avec l’artère cubitale d’un cheval, on voit les manifestations vitales persister pendant une demi-heure. Enfin, dans les cas où l’on ne pratique la transfusion qu’après que la tète est devenue inerte, c’est peu à peu que réapparaissent la contraction des yeux, les efforts de respiration, les réflexes cornéens de plus en plus faciles à provoquer. Au bout de quelques minutes environ, l’inertie réapparaît.
- Comme conclusion, l’auteur pense que l’extinction du sentiment, de la volonté, est extrêmement rapide, sinon immédiate. La vie consciente peut cependant être continuée un moment par une transfusion immédiate; mais dans le cas de rappel de vie dans une tête inerte, on ne constate que des mouvements automatiques sans trace de volonté ni de conscience.
- La fluorescence de Valumine. — On se rappelle qu’une discussion est pendante entre M. Edmond Becquerel et M. Lecoq de Boisbaudran : les nuances rouges d’efflorescence de l’alumine étant attribuées par le premier physicien à l’alumine elle-même, tandis que le second pense y voir la preuve du mélange du chrome en quantité d’ailleurs extrêmement faible. M. Becquerel a montré que de l’alumine non fluorescente en rouge après une calcination à température relativement basse, le devient après avoir été chauffée beaucoup plus fortement. M. Lecoq de Boisbaudran tirant son alumine non plus de l’alun ammoniacal, mais d’un chlorure d’aluminium exceptionnellement pur, n’a pu, malgré la calcination la plus énergique, en obtenir qu’une fluorescence bleuâtre ou verdâtre. Il a suffi, du reste, d’ajouter à la substance 1/50 000 de chrome pour obtenir 4a nuance rouge la plus intense. D’un autre côté, dès qu’on ajoute du manganèse à l’alumine, on y développe une fluorescence verte : il suffit de 1/2 000 000 pour que toute trace de fluorescence rouge disparaisse.
- Orbites des petites planètes. — Il y a déjà quelque temps que M. Kirkxvood a reconnu des lacunes dans les orbites des astéroïdes qui se meuvent entre Mars et Jupiter : à toute distance où le mouvement de l’astre est en rapport simple avec celui de Jupiter, deux fois, trois fois plus rapide, on rencontre ces lacunes, et on admet que là où la commensurabilité exacte existe, les conditions d’instabilité sont telles que la planète ne peut persister. Toutefois, Gauss pensait au contraire qu’il existe de la stabilité dans ces régions. En présence de ces doutes, M. F. Tisserand a remis la question à l’étude, et sa conclusion est que, si Gauss avait raison, il faut cependant reconnaître que les conditions d’équilibre dans les zones considérées sont bien différentes de ce qu’elles sont ailleurs. Ce n’est plus avec des fonctions circulaires qu’on peut les exprimer, mais avec des fonctions elliptiques.
- Propriétés de Vinosité. — M. Maquenne expose l’ensemble de ses recherches sur l’inosite : il a obtenu du phénol en réduisant cette substance par l’acide iodhy-drique, et des oxyquiuones, notamment de l’acide rhodi-
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- zonique, eu l'oxydant par l’acide azotique à l’ébullition. Il résulte de là que l’inosite possède la formule hexagonale des corps aromatiques et qu’on doit la considérer comme un alcool hexatomique, hexasecondaire, présentant la constitution de l’hexahydrure d’hexaoxybenzine. Elle constitue l’un des plus simples des composés benzéniques qu’on ait encore rencontrés dans le règne végétal ou dans le règne animal.
- Election. — Par suite delà mort de M. Laguerre, une place était vacante dans la section de géométrie ; la liste de présentation dressée dans le dernier comité secret portait: en première ligne, M. l’oincarré, et en deuxième ligne, ex icquo et par ordre alphabétique, MM. Appell, Goursat, Humbert, MannheimetPicard. 56 votants prennent part au vote. M. Poincarré est nommé par 31 voix contre 24 données à M. Mannheim. Il y a un billet blanc.
- Varia. — En présentant un mémoire de M. Bardas sur la composition des graines, M. Chevreul expose de très longues considérations. — La transmission de l’électricité à faible tension par l’air chaud, fournit à M. Blondlot le sujet d’une note déposée par M. Becquerel. — Mme Veuve Dupuv de Lomé offre à l’Académie le buste de son mari. — M. de Forcrand étudie la combinaison d u glycérinate de soude avec les alcools monoatomiques. —
- Une dépêche de Rio - Janeiro annonce que le 24 janvier une comète a été observée à Pétrapolis, dont la queue mesurait 50° de longueur. — Un mémoire de M. Cartault sur la trière athénienne est renvoyé au concours de l’Académie. — M. Lacroix signale sur des cristaux de calcite des stries régulières produites par corrosion. — L’origine du bois rouge, associé parfois au bois blanc dans le tronc des sapins, occupe M. Maire. — Un halo très remarquable a été récemment observé, à Fontainebleau, par M. Buisson, et M. Vinot, directeur du Journal du Ciel, en transmet une jolie aquarelle qu’il a reçue de Milly (Seine-et-Oise). — D’après M. Maupas, les leucophrys qu’on prive de nourriture produisent plus d’un million d’individus en quelques heures par fissiparité. Stanislas Meunier.
- JOUETS SCIENTIFIQUES
- LE PETIT BALLON DIRIGEABLE DE M. GRATIEN
- Un aéronaute praticien, M. Gratien, qui a exécuté de nombreuses ascensions en ballon et en montgol-
- Aérostat dirigeable. —Jouet monté sur un manège.
- tière, nous a récemment présenté un charmant petit jouet aérostatique, qu’il construit lui-même avec beaucoup d’habileté. C’est un ballon dirigeable monté sur un manège et tournant autour d’un point d’appui central, sous l’action de son hélice de propulsion.
- L’aérostat allongé est en carton; il a environ 0m, 50 de longueur ; il est posé à l’extrémité d’une lige tournant autour d’un axe central maintenu par un solide pied de bois. Un petit ballon sphérique, lesté de plomb, fait contrepoids à l’autre extrémité de la tige horizontale du manège.
- L’hélice est placée à l’avant; elle est montée par l'intermédiaire d’une transmission par engrenage, sur un arhre mis en rotation par un faisceau de lanières de caoutchouc, tordues. Une poignée placée 'a l’arrière sert à donner la torsion au caoutchouc.
- On lixe l’hélice dans une position stable à l’aide d’une petite tige qui la maintient en place. On tourne soixante fois la manivelle ; l’aérostatest alors prêt 'a fonctionner. Il suffit de pousser en arrière le cran d’arrêt de l’hélice ; celle-ci ainsi dégagée tourne aussitôt avec rapidité et ne tarde pas à entraîner le petit aérostat, qui parcourt la circonférence du jj manège pendant
- deux ou trois minutes, avec une
- vitesse assez considérable. L’hélice actionne en outre une poulie de transmission qui fait agir un petit treuil dans la nacelle. Deux petites poupées figurant des marins sont entraînées par ce treuil, et elles paraissent actionner le mécanisme. D’autres petites poupées élégamment habillées représentent les voyageurs.
- M. Gratien a le projet de compléter son mécanisme ingénieux, en y ajoutant une boîte a musique, et en le posant sur un tapis où seront dessinées des cases numérotées. Le guide-rope du petit ballon sphérique formera une llèche verticale qui s’arrêtera après la rotation, sur une de ces cases, ce qui permettra de se servir du ballon dirigeable comme d’un jeu de loterie.
- Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paru.
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- N“ 7 1 5.
- 1 2 FEVRIER 1887.
- LA NAT U K E.
- LE HALO SOLAIRE DU 28 JANVIER 1887
- Un phénomène observé le 28 janvier dans différentes localités de la France centrale. Connue il arrive toujours dans de semblables circonstances, ceux de nos lecteurs qui ont été a même de faire des observations, ont l’obligeance de nous les transmettre; il ne nous reste plus qu’à les réunir et à les grou-
- 'oplique très remarquable a été
- per méthodiquement pour les enregistrer dans La Nature. C’est ce que nous allons faire au sujet du remarquable halo du 28 jan- | arc semblable aux deux premiers, mais moins étendu, se
- Fig. 1. — llalo solaire observé à l’ilhiviers. (D’après une aquarelle clé M. Drouel.)
- vier, non sans adresser nos sincères remerciements
- à nos aimables correspondants.
- Voici la première communication, que nous avons reçue de M. Drouet, de Pi-thiviers (Loiret) :
- Ce matin28 janvier, de 8 heures à 10 heures, j’ai observé un magnifique phénomène de réfraction atmosphérique. A peine le soleil fut-il levé que deux arcs concentriques apparurent à une hauteur, l’un d’environ 20°, l’autre de 45° au-dessus de l’horizon. En même temps un troisième
- Fig. 2. — Halo solaire avec soleil triple observé à Souppes (Seine-ct-Marne.) (D’après uti croquis de M. Duché.)
- dessina très nettement, tangent au plus grand. Les deux points du petit arc-en-ciel les plus rapprochés de l’horizon prirent bientôt un éclat voisin de celui du soleil, et parurent déterminer, au sommet du petit cercle, deux 15° année. — ter semestre.
- Fig.-Ü. — Halo solaire avec soleil quadruple observé à Fontainebleau. (D’après un dessin de M. Guilbert.)
- petits arcs semblables à des cornes. Les arcs étaient colorés des nuances de l’arc-en-ciel, violet, indigo, bleu, vert, jaune, orangé, rouge; cette dernière couleur était en dedans de l’arc (fig. 1).
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- Horizon
- M. E. Duché, pharmacien à Souppes (Seine-et-Marne), nous décrit le phénomène qu’il a observé de 10 heures a 10 h. 45. Un splendide arc-en-ciel enveloppait le soleil et on voyait deux soleils de chaque côté du soleil réel. A la partie inférieure se voyaient deux arcs concentriques dont l’un tangent (fig. 2). Il y a l'a l’aspect des trois soleils dont parle Lycosthènes au seizième siècle dans son Livre des prodiges 1.
- Une observation analogue a été faite par M. Guilbert, adjoint du génie à Fontainebleau.
- Me trouvant hier, vendredi 28 janvier, au parc à fourrages de Fontainebleau, dans le hangar à pailles récemment brûlé, vers 9 h. 15 m. du matin, j’observai un très curieux halo solaire. Frappé de ce phénomène, j’en fis immédiatement le croquis que je vous envoie ci-joint (fig. 5). Le soleil apparaissait au delà du pignon sud-ouest et au-dessus d’un bouquet d’arbres (sapins et platanes) appartenant au jardin anglais du parc ; il resplendissait dans une gloire d’un blanc éclatant, qui cependant n’éblouissait pas l’œil ; deux grands arcs irisés des couleurs du prisme lui étaient concentriques ; à sa droite, dans le cercle intérieur, on voyait une première image solaire; à gauche, une seconde; leur diamètre était sensiblement égal à celui du vrai soleil; l’image de droite était dans sa
- Zéntth
- Zénith
- Fig. i, — Différentes observations faites à Fontainebleau.
- Fig. 5. — Aspect du halo solaire à Orléans.
- 9 h. 15 m., aux Héronnières. ; le n° 2, d’aprè M. Langrand, capitaine au 5e escadron du train,
- placé à la caserne d’Âvon, à 9 h. 11 m. ; le n° 5 enfin, d’après M. Jeannot, vétérinaire au 5e escadron du train, placé 'a 1’infirmerie de l’École d’application, à 9 h. 15 m.
- M. Gaston Carie, rédacteur en chef du journal la Paix, a eu la gracieuseté de nous transmettre une observation qu’il a reçue de M. D. C. d’Orléans.
- Le halo se composait : 1° d’un cercle lumineux formé des couleurs spectrales, dans leur ordre régulier (le violet en dehors) ; 2° d’un angle lumineux de même nature, arrondi à son point de tangence avec la partie supérieure du cercle. L’angle était de 90°; 5° une trace lumineuse partant du soleil s’élevait perpendiculairement vers la pointe de l’angle, jusqu’à environ moitié du rayon du cercle; 4° une seule image du soleil était reflétée à droite sur la circonférence, à l’intersection d’un diamètre lumineux, mais à peine apparent (fig. 5).
- Ces différences d’aspect en divers points tiennent assurément aux conditions atmosphériques locales, qui sont en réalité la cause du phénomène.
- Gaston TTssandier.
- partie inférieure de couleur rose vif, elle envoyait des rayons pâles et allongés sur la droite, mais plus courts sur la gauche; l’image de gauche, symétrique de celle de droite, était d’une couleur moins vive; au-dessus, au zénith et toujours dans le cercle intérieur à même distance que les deux autres images, un quatrième soleil se dessinait ; sa forme était celle d’un petit croissant blanchâtre très délié et d’un diamètre beaucoup plus grand que les autres. Au-dessus (au zénith) du cercle extérieur apparaissait vaguement un cinquième cercle tangent. Au moment de cette observation, l’air était très calme, les panaches de fumée des cheminées voisines du mess de l’École d’application et de la Manutention en font foi; il gelait, le thermomètre était incontestablement au-dessous de zéro, des cirrus très élevés et très déliés semblaient former le fond supérieur du ciel. Baromètre 0m,764. D’après renseignements, le phénomène se manifesta au delà de 10 heures.
- M. Guilbert a eu l’idée de recueillir les observations faites par différentes personnes dans la même localité. La figure 4 en montre les résultats à très peu de choses près concordants. Le n° 1 a été dessiné d’après M. Charles, représentant de l’entrepreneur du génie de la place, qui se trouvait, à
- 1 Voy. Table des matières des dix premières années : Lycosthènes.
- LE LABORATOIRE DE ZOOLOGIE
- DE LA SOCIÉTÉ SCIENTIFIQUE d’aRCACIIOX
- Les lecteurs de La Nature, habitués à suivre pas à pas les progrès des laboratoires officiels, et mis au courant des difficultés que comporte l’organisation d’une station maritime, trouveront peut-être quelque intérêt à la description d’un établissement de ce genre, dû entièrement à l’initiative privée, et destiné à rendre de grands services à l’Université, tout en restant complètement indépendant.
- L’histoire de «ce laboratoire est résumée tout entière dans les quelques mots qui ne manquent pas de frapper tout d’abord le visiteur, lorsqu’il arrive devant le grand bâtiment où sont inscrits ces mots : Musée-aquarium, et laboratoire marin.
- Ce local avait servi en 1866 pour une exposition de pêche et d’aquiculture, organisée par la Société encore à ses débuts, et c’est là qu’on eut alors l’idée d’installer un musée d’histoire naturelle, destiné surtout à l’étude de la région, et un tout petit laboratoire qui dut suffire pendant de longues années à tous les besoins. Il s’agissait alors pour la Société, obligée de lutter contre des difficultés financières de
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- toutes sortes, de subsister un peu au jour le jour, et pour cela, d intéresser le plus possible le public à ses travaux. l)e cette préoccupation résulta la fondation d un magnifique aquarium, composé, comme celui du Jardin d’Acclimatation, d’une vingtaine de grandes cuves où s’accumulent toutes les richesses zoologiques de la faune maritime du Sud-Ouest. Là, tous les ans, plus de 4000 personnes viennent admirer les poissons bizarres qui pullulent dans le bassin d’Arcachon, les magnifiques Yérétilles de 30 centimètres, étalant leurs longs polypes rosés, les délicates Méduses bleues aux mille filaments enchevêtrés, et les innombrables petits Cténophores, transparents comme le plus pur cristal dans l’eau limpide des aquariums.
- De tous ces animaux, les uns comme les Actinies se conservent presque indéfiniment dans les bassins, les autres y sont placés temporairement par les travailleurs qui les ont ainsi plus facilement sous la main. Une machine à vapeur permet d’y renouveler l’eau chaque jour.
- En sortant de l’aquarium, on aperçoit cinq grands bacs bien abrités, où peuvent vivre assez longtemps les animaux de grande taille, tandis que de nombreux aquariums portatifs permettent de séparer ceux que leur petite taille exposerait à être perdus ou mangés par les plus gros.
- Tout à côté sont les laboratoires proprement dits, installés dans les bâtiments nouveaux faisant face à la mer, les seuls qui soient indiqués sur la figure ci-jointe. L’édifice, lorsqu’il sera achevé, aura fort bonne mine avec ses neuf salles parfaitement éclairées, où pourra trouver asile toute une armée de travailleurs. Quoique moins grandiose assurément que les monuments qui dépendent des établissements de l’Etat, un semblable édifice ne se construit pas en un an avec un budget aussi restreint que celui de la Société scientifique. On a du aller au plus pressé, et dès aujourd’hui, quatre salles sont mises à la disposition des hôtes du laboratoire.
- C est un véritable plaisir que de travailler dans une de ces chambres si claires et si gaies, où l’on a sous la main, par un système ingénieux de canalisation, le gaz, l’eau douce et l’eau de mer, innovation qui, à ma connaissance, n’a pas été réalisée encore dans les laboratoires officiels.
- Me sera-t-il permis, toutefois, d’émettre un vum au sujet des nouvelles salles que la Société a l’intention de faire construire incessamment ? 11 me semble (]u’il y aurait avantage à réserver une large et longue salle pour le cas où plusieurs jeunes gens désireraient étudier ensemble la zoologie. Cette disposition, adoptée par exemple à Iloscoff et à Banyuls, présente des avantages si évidents qu’il est inutile de les mettre longuement en lumière.
- Pour achever l’énumération des locaux mis par la Société k la disposition de ses hôtes, il nous reste à citer encore deux chambres meublées réservées aux jeunes étudiants qui désirent prolonger quelque temps leur séjour'a Arcachon. Ce nombre sera doublé h; jour où seront réalisés les autres agrandisse-
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- ments qui permettront de recevoir un plus grand nombre de travailleurs.
- Au premier étage, au-dessus de l’aquarium, se trouve d’abord le musée, commencé dès 1866, et renfermant avec les principales curiosités de la région, une collection zoologique d’étude qui va s'augmentant de jour en jour grâce aux dons volontaires.
- En face est la bibliothèque, fort spacieuse, qui peut recevoir m nombre de volumes au moins double de celui qui existe actuellement ; il y a peu d’années, en effet, que la Société scientifique a définitivement dirigé ses efforts vers la création d’une importante Station zoologique; or rien n’est long et coûteux à établir comme une bibliothèque de zoologie un peu complète. Mais sur ce point encore, on est frappé des progrès accomplis en si peu de temps ; déjà les principaux recueils français arrivent régulièrement à Arcachon, et il y a tout lieu d’espérer que bientôt, grâce à la bienveillance de beaucoup de nos savants les plus éminents, la station n’aura plus rien à désirer sous ce rapport.
- La perfection semble au contraire bien près d’être atteinte au point de vue de l’outillage scientifique. Les instruments nécessaires aux zoologistes, soit pour la pêche, soit pour les dissections, soit pour les recherches histologiques, ont été acquis peu k peu : tout récemment encore on a fait l’acquisition d’un microtome Henneguy, instrument précieux qui permet de faire des coupes épaisses seulement de 1 /2000e de millimètre, avec plus de facilité qu’on n’en avait jusqu’ici pour dilacérer les éléments anatomiques d’un animal, et qui a acquis une précision telle que les étrangers, connaisseurs en fait de micro-tome, l’adoptent de tous côtés pour leurs laboratoires.
- Un grand canot à voile a été donné par l’Association scientifique de France, il s’appelle Y Amphioxm, en l’honneur du célèbre petit animal dont M. P. Bert a repris à Arcachon l’étude approfondie. 11 suffit parfaitement à l’exploration du bassin.
- 11 y a, certes, de belles et intéressantes récoltes a faire à Arcachon, comme on peut s’en convaincre en parcourant les listes dressées par M. Alexandre Lafont, reprises ensuite par M. Fischer, aide-naturaliste au muséum, listes qui sont encore loin d’être achevées. Cependant il ne faut pas s’attendre k rencontrer sur ces plages sablonneuses et uniformes du gollc de Gascogne, la faune merveilleusement variée des côtes rocheuses de la Manche ou de la Méditerranée. Les riches collections de poissons, d’annélides, de cœlentérés que fournissent les recherches dans le sable et la pêche pélagique, suffiraient, il est vrai, k justifier le succès qu’a obtenu la station zoologique d’Arcachon dans la région du Sud-Ouest. De plus, les conditions toutes spéciales de la vie dans cette petite mer intérieure, véritable aquarium naturel, chauffée incessamment par le soleil du Midi, favorise la multiplication extraordinaire de certaines espèces intéressantes et rares au moins dans l’Océan.
- Malgré tout cela, malgré le voisinage de Bordeaux qui tend de plus en plus à devenir le centre d’un
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- grand mouvement scientifique, il semblait y avoir encore quelque chose de désavantageux dans la situation d’Àrcachon; il fallait absolument se procurer avec rapidité tous les animaux qu’on rencontre sur les autres grèves, et les avoir sous la main pour répondre aux demandes qui commençaient a arriver de tous les points de la France. Voici comment on y est arrivé.
- Il existe, au fond du golfe de Gascogne, entre Biarritz et Saint-Jean de Luz, une plage d’une richesse admirable : c’est Guettary. Rochers, larges flaques d’eau, anses découpées à l’infini, rien n’y manque. Quelle magnifique situation pour une station zoologique, si Guettary n’était pas à 55 lieues de Bordeaux, et à 200 de Paris ! La Société scientifique a su pourtant tirer parti de ces avantages. Une petite succursale du Laboratoire a été installée à Guettary: un marin y a été attaché, et l’on peut, en une
- demi-journée, recevoir à Arcaclion les animaux les plus variés, et les y conserver presque indéfiniment.
- Mais ce n’est pas tout encore. Que penserait-on d’un laboratoire qui aurait à sa disposition cinq bateaux h vapeur, occupés à draguer jour et nuit eu pleine mer jusqu’à 80 brasses et dont l’un rapporterait chaque jour le produit de la pêche de tous les autres? C’est ce qui est réalisé à Arcaclion, grâce à la bienveillance d’un riche propriétaire de pêcheries, M. Johnston, membre de la Société scientifique. Depuis cette année, tout travailleur inscrit au laboratoire peut obtenir l’autorisation d’assister à la grande pêche au chalut sur un de ces bateaux. Il peut recueillir ainsi une foule d’échantillons de cette faune, si connue depuis les grandes explorations sous-marines, mais dont il est encore difficile de se procurer a volonté de nombreux représentants.
- N’est-ce pas là une bonne fortune pour un jeune zoologiste? Ceux que la mer, assez peu clémente sur ces côtes, pourrait effrayer, envoient à leur place le ijiarin du laboratoire, et la récolte n’est pas moins satisfaisante.
- On voit que les matériaux pouvant servir à d’intéressants travaux de zoologie, ne sont pas près de manquer à Arcaclion. L’avenir scientifique de cette station semble donc assuré pour de longues années. 11 est d’ailleurs garanti par son passé glorieux. Un laboratoire qui, avant d’être complètement organisé, a été illustré par la présence de MM. de Quatrefages, P. Bert, Ranvier, Moreau, Fischer, Fr. Franck, est appelé à rendre encore d’éclatants services à la science française. Aujourd’hui, on le sait, le goût de la zoologie se répand de plus en plus parmi nous. Tandis que de nouvelles stations s’ouvrent ou vont s’ouvrir sur nos côtes, jamais les anciens laboratoires, fondés par nos maîtres les plus éminents, n’ont été
- Iréquentés avec plus d’enthousiasme. Celui d’Àrcachon, avec une installation plus modeste, mais favorisé par des conditions toutes spéciales, ne peut manquer d’attirer aussi des travailleurs.
- Telle est l’œuvre qu’a pu fonder, à force de persévérance et malgré des difficultés de toutes sortes, la Société scientifique d’Arcachon. Si les encouragements ne lui ont pas manqué, de la part des différents Ministères, et surtout des grandes associations scientifiques de France, ses aînées, il n’en reste pas moins acquis qu’elle est arrivée à ce résultat, grâce à sa propre initiative, grâce au dévouement et à l’activité de son sympathique directeur, M. E. Durègne, grâce surtout à son indépendance qu’elle entend à bon droit maintenir. Elle ne se réclame d’aucune école scientifique; elle offre ses services à toutes, et se propose de réaliser chaque jour dans cette voie de nouveaux progrès. F. Bernard.
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- LA NATURE.
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- L’ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- Allumeur-extincteur, système Browett. — Le
- but du petit appareil représenté ci-dessous (fig. 1) est d’opérer successivement par deux manœuvres identiques (le tirage d’un cordon de sonnette ordinaire) l’allumage et l’extinction d’une lampe électrique à laquelle le système sert d’interrupteur. Il remplit exactement le même rôle que le bouton-commutateur de M. Anatole Gérard dont nous avons donné autrefois la description.
- Le bouton à tirage de M. Browett est purement mécanique : il se compose essentiellement d’un levier horizontal oscillant autour d’un axe horizontal et portant à sa partie supérieure un prolongement triangulaire. Une lame verticale, sollicitée par un ressort, vient, lorsqu'on exerce une traction sur l’anneau et le cordon de ce tirage, exercer une pression sur le levier, à droite ou à gauche de l’axe, et le fait ainsi bascu -1er dans un sens ou dans l’autre.
- La pièce triangulaire a pour effet de guider la lame verticale, et de faire exécuter au levier horizontal les deux mouvements de bascule dont il est susceptible. Dans une des positions, les extrémités du levier viennent s’engager sous des lames fixées sur des blocs en communication avec le circuit et ferment électriquement ce circuit. En tirant une seconde fois, le levier bascule en sens inverse, rompt le circuit fermé pendant la première manœuvre, et ainsi de suite. Le ressort le plus long a pour effet d’assurer la fixité de la position acquise par le levier dans ses mouvements successifs d’oscillation. La figure 1 représente l’appa-
- reil dans la position de circuit ouvert. C’est un auxiliaire des plus commodes et qui, dans notre petite installation d’éclairage domestique, nous rend chaque jour de précieux services. . E. II.
- Régulateur de lumière électrique. — L’ori-ginalité de cet appareil, construit par MM. Théodore et Albert Duboscq, consiste à faire tourner les charbons par leur poids, autour d’un axe horizontal, au lieu de les faire agir verticalement. Le prin: cipe a permis de donner à l’appareil une construction assez simple et par suite de réaliser une économie notable sur son prix de revient.
- Ce nouveau régulateur, par sa forme, se prête peu aux éclairages de luxe; mais,par contre, il possède tous les avantages qu’on réclame des lampes électriques destinées aux éclairages de halles, hangars, chantiers, ateliers, etc., de toutes sortes. En effet, l’appareil est robuste dans toutes ses parties et n’exige pas de fréquentes réparations ; le point lumineux se trouve complètement en dehors de tout organe mécanique en évitant les ombres ; il peut fonctionner dans deux positions toutes différentes, c’est-à-dire qu’on peut le suspendre ho-rizontalement (fig. 2, n° 1) ou verticalement (fig. 2, n° a), ce qui évite les potences, consoles, etc., qu’on est obligé de construire d'ordinaire; deux clous dans un mur suffisent pour l’accrocher.
- Ce nouveau régulateur est constitué de la manière suivante :
- Autour d’un axe horizontal tourne un levier dont le petit bras porte un secteur denté engrenant avec une série de roues destinées à régulariser la marche. Ce levier sert de moteur; il porte le charbon h l’extrémité de son grand bras.
- Fig. 2. — Régulateur de lumière électrique de MM. Th. et A. Duboseq.
- 1. Régulateur suspendu horizontalement. — 2. Détail des charbons. — 3. Le même suspendu verticalement et détail du mécanisme.
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- LA N A TU UE.
- ! 0(i
- Le levier portant le charbon oscille seulement autour de l’axe. Il porte, à l’extrémité de son petit bras, un fer doux en forme d’U, sollicité par le fer central de la bobine.
- Les deux charbons étant en contact, on lance le courant qui traverse à la fois la bobine et l'électro-aimant de dérivation. Le fer se trouve alors attiré fortement par la bobine et produit ainsi un petit mouvement de recul du charbon qui permet à l’arc voltaïque de se former : ce mouvement ne s’exécute qu’une fois, au moment de rallumage, le fer doux restant solidement attiré par la bobine, pendant toute la durée de l’éclairage.
- Lorsque, par suite de l’usure, l'écartement des charbons devient trop considérable, la résistance augmentant, le courant diminue d’intensité dans la bobine, mais il augmente dans lelectro-aimant de dérivation ; la petite palette de fer doux placée vis-à-vis de cet électro-aimant de dérivation se trouve alors attirée et fait agir un levier qui déclenche la roue à ailettes du rouage et permet ainsi le rapprochement des deux charbons.
- La résistance diminuant alors par le fait du rapprochement des charbons, l’intensité du courant reprend une valeur convenable dans la bobine, ce qui a pour effet de diminuer l’intensité du courant de dérivation; la palette de fer doux, sollicitée alors par un ressort antagoniste convenablement réglé, est tirée en arrière et fait basculer le petit levier qui enclenche la roue à ailettes du rouage et arrête le mouvement de rapprochement. La même série de mouvements se reproduit automatiquement chaque fois que la résistance entre les charbons devient trop considérable, pour la ramener à la valeur convenable.
- CURIEUX PROBLÈME DE PHYSIQUE
- Nous trouvons dans le Journal de physique élémentaire, de M. Abel Buguet, la reproduction d’un intéressant problème proposé par notre collaborateur, M. Hospitalier. Nous le reproduisons avec la solution donnée par M. Gilbert Lavadoux, étudiant en pharmacie.
- On sert du café bouillant. Il faut attendre pour le boire que sa température soit suffisamment abaissée. Le sucre qu’on y mettra le refroidira d’ailleurs. Faut-il pour que le refroidissement soit le plus rapide possible, mettre le sucre de suite ou après quelque temps? On ne tiendra pas compte des pertes de la chaleur par conductibilité, ni de l’augmentation du volume due à l’addition du sucre.
- Nous admettrons que le refroidissement produit par le sucre est le même dans tous les cas, c’est-à-dire qu’il abaisse du même nombre de degrés t la température du café, quelle que soit cette température.
- Mais nous savons qu’en dehors de la conductibilité et de l’évaporation, le rayonnement de la chaleur est la cause principale du refroidissement.
- D’ailleurs la loi bien connue de Newton nous apprend que la vitesse de refroidissement est proportionnelle à l’excès de la température du café sur celle des corps environnants.
- Soit donc T la température du café au début.
- 1° Mettons le sucre immédiatement, et la température s'abaisse aussitôt à T —t ; puis survient le rayonnement, suivant la loi de Newton, jusqu’à ce que la température devienne 0, qui permet de boire. Pendant ce temps A, la température baisse de T — t — 0 degrés.
- 2" Laissons au contraire le café se refroidir seul jusqu’à 0 -j- l, et mettons alors le sucre qui, amenant la température aussitôt à 0°, rend le café buvable.
- Le rayonnement a encore abaissé la température du même nombre de degrés T — l —0; mais il a suffi pour cela d’un temps B <; A, car la température étant dans ce second cas plus élevée que dans le premier, au début et à la fin, la vitesse du refroidissement a été plus grandi' d’après la loi de Newton
- 11 est donc préférable de ne pas mettre le sucre immédiatement.
- SEMELIÈRE
- POUR LA GLACE ET LE VERGLAS
- Les accidents tout récemment survenus à Milan et dans le nord de l’Italie aussi bien qu’à Paris, à cause du verglas, me rappellent que, il y a quelques années, en pareilles circonstances, j’étais parvenu à trotter sur le verglas sans aucun danger, pendant que mes amis titubaient... sans plaisir. Je jouis ce soir-là de leur stupéfaction, me proposant de leur faire part démon procédé le lendemain. Mais le verglas disparut, le printemps italien revint.
- Voici mon procédé. Je prends des manchons en caoutchouc, d’environ 15 centimètres de circonférence et de 8 à 10 centimètres de longueur. Sur la moitié de la superficie, j’enfonce çà et là quelques clous de cordonnier, à tète large et plate, à tige très courte, mais d’acier bien
- Semelière Standaert pour le verglas.
- trempé. Je retourne alors mes deux manchons de dedans et dehors, et j’enfile à l’intérieur mes pieds chaussés comme à l’ordinaire, de façon que les pointes d’acier, qui saillent maintenant en dehors, se trouvent au-dessous de mes semelles. Le métatarse, ou partie la plus large du pied, se trouve au milieu du manchon et le distend de façon à l’assujettir convenablement.
- Ainsi chaussé, vous êtes assuré contre toute glissade sur la glace, attendu que les pointes, n’eussent-elles qu’un millimètre de saillie, pénètrent suffisamment la glace ou le verglas pour empêcher tout glissement.
- Rentré au logis, ou au moment de passer un seuil quelconque, vous retirez vos semelières, vous les retournez les pointes en dedans pour les rendre inoffensives et vous les mettez dans les poches de votre pardessus ; vous pouvez même les fourrer dans un petit sac de caoutchouc qui retiendra leur humidité. Louis Standaert,
- Professeur au Collège royal militaire, à Messine
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- J 07
- LES GRANDES USINES HYDRAULIQUES j
- PODR L’IRRIGATION DU BÉHÉRA (ÉGYPTE) I
- L’Égypte, jadis i’un des greniers de Rome avec la Tunisie, est, comme l’on sait, formée d’un sol alluvionnaire que le Nil fertilise d’une manière merveilleuse partout où ses crues peuvent atteindre, mais que les sables du désert stérilisent sur tous les autres points. Malheureusement dans cette lutte qui dure depuis des siècles, l’action bienfaisante du fleuve se restreint chaque année a cause de l’abaissement progressif des seuils de ses cataractes; les eaux ont en effet usé peu à peu ces retenues naturelles qui permettaient aux crues de s’élever à des hauteurs bien plus considérables qu’aujourd’hui, et, par suite, de recouvrir des superficies beaucoup plus étendues. La partie cultivable actuellement est uniquement constituée par la vallée du Nil, dont la largeur ne dépasse guère 15 à 20 kilomètres et qui s’épanouit en Delta à partir du'Caire. Elle ne comprend pas au total plus de 2,500,000 hectares, surface à peu près cinq fois plus petite que celle des terres arables de l’Egypte des Pharaons, d’après les estimations les plus récentes.
- L’amélioration du régime du Nil et les heureuses conséquences qu’elle amènerait ont depuis longtemps préoccupé un esprit distingué, M. de la Motte, qui s’est proposé de créer, en amont de la première cataracte, un ou plusieurs réservoirs destinées à emmagasiner les eaux pendant les crues et à régulariser celles-ci de manière à donner aux parties cultivées toute l’eau dont elles ont actuellement besoin, et à réserver l’excédent pour accroître la superficie cultivable. Ces travaux devaient également, dans la pensée de l’auteur, rendre le fleuve navigable jusqu’au Soudan, et permettre la création de forces motrices considérables, sur les points d’établissement des barrages.
- Pour rendre pratique l’exécution de ces vastes projets, M. de la Motte et la Société d’études du Nil qu’il a constituée, les ont réduits tout d’abord à celle d’un premier réservoir avec un canal d’irrigation et un canal de décharge, dont ils ont indiqué l’emplacement dans le cirque immense formé par la plaine de Koum Ombos entre Gebel Selseleh et Assouan. M. Jacquet, ingénieur en chef des ponts et chaussées, chargé par les intéressés d’examiner si ces ouvrages ne présentaient pas de difficultés insurmontables, a conclu à la possibilité de leur établissement : le devis résultant des premières études naturellement incomplètes s’élève à 100 millions de francs, et l’auteur estime qu’il sera sensiblement diminué par des études plus approfondies. La crainte de voir le réservoir se combler assez rapidement sous l’influence des dépôts de limons, et celle des pertes trop considérables par infiltration ou évaporation, paraissent d’ailleurs devoir être écartées d’après un mémoire publié par M. Gallois-Bey, ingénieur du ministère égyptien.
- L’état des finances Khédiviales ne permet malheu-
- reusement pas d’espérer à bref délai la mise en œuvre de ce grand dessein déjà conçu sous Méhémet-Àly par Linant-Bey. Aussi le gouvernement actuel s’efforce-t-il surtout de profiter des travaux existants pour l’irrigation des terrains, soit en les améliorant, soit en faisant appel au concours de l’industrie privée pour l’élévation du volume d’eau nécessaire à la culture. Nous empruntons les détails qui suivent à une importante étude publiée dans le Génie civil par M. Boghos Nubar, ingénieur des Arts et Manufactures, et directeur de la Compagnie d’irrigation dans le Béhéra.
- Dans la Haute-Égypte, il y a relativement peu à faire, pour le moment, tant qu’on ne pourra pas substituer au système actuel un nouveau mode de répartition des eaux. L’irrigation s’opère en effet par la submersion totale d’une série de bassins successifs formés par des digues transversales au cours du fleuve. Les bassins se remplissent suivant leur position, soit de l’un à l’autre, soit par l’intermédiaire de petits canaux venant directement du Nil. Ce système pratiqué depuis un temps immémorial ne permet d’utiliser les terres que pendant une moitié de l’année, et proscrit toute autre culture que celle des céréales : la canne à sucre et le coton, par exemple, qui donneraient des produits bien plus rémunérateurs, ne peuvent en effet être cultivés dans les conditions actuelles, parce qu’ils croissent à l’époque des crues.
- Le système d’irrigations introduit dans la Basse-Égypte sous les auspices de Méhémet-Aly, a eu précisément pour objet d’organiser la culture à grand rapport. La fourniture de l’eau, dans ses projets, devait être permanente et assurée par un réseau de canaux alimentés par le Nil. A cet effet, il fit établir par l’ingénieur français Mougel-Bey, en amont du Caire, à Saïdieh, point où le Nil se partage en deux branches, celle de Damiette à l’est et celle de Rosette à l’ouest, un grand barrage en maçonnerie destiné à élever de 4m,50 le plan d’eau à l’époque de l’étiage. Du barrage partent trois canaux principaux ou rayahs (fig. 1) : l’un, le rayah du Béhéra, va arroser la province occidentale de ce nom comprise entre le désert de Libye et la branche de Rosette : il devait alimenter le canal de Katatbeh, et par lui, le canal Mahmou-dieh, qui aboutit à Alexandrie; le second, ou rayah duMénoufieh, passe parMéhallet-el-Kébiret Damiette, et dessert la région limitée par les deux branches du Nil ; le troisième n’a été qu’amorcé, et le Ministère des travaux publics d’Égypte va en reprendre l’exécution.
- Malheureusement le grand barrage de Saïdieh n’a pas entièrement répondu à son objet ; les fondations ne 'présentaient pas, jusqu’à ces dernières années, des garanties de solidité suffisantes pour permettre la retenue de 4,n,50 qui avait été prévue, et dans la pratique on ne dépassait pas des hauteurs de retenue de lm,10 à lm,20 à l’étiage. Des travaux de réfection entrepris récemment font espérer qu’on pourra obtenir une hauteur maxima de 4 mètres.
- En attendant que ces résultats puissent être assu-
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- LÀ NATURE.
- rés* le Gouvernement a eu à se préoccuper en 1880 de l’alimentation des canaux qui desservent la province du Béhéra (Katatbeh et Mahmoudieh) et auxquels le rayah, dont nous avons parlé, ne fournissait pas à l’étiage le volume d’eau suffisant, à cause de la hauteur trop faible de la retenue de Saïdieh. A cet effet, il accorda à un ingénieur anglais M. Edw. Easton, une concession qui comprenait la fourniture journalière de
- 1 500 000 mètres cubes pour le canal Mamoudieh et du même volume pour le canal de Katatbeh pendant la période de l’étiage.
- Ces volumes reconnus insuffisants ont été par la suite portés respectivement à 2 500 000 et à 5000000 de mètres cubes par 24 heures. Les prises d’eau se font pour les deux usines dans la branche de Rosette, l’une à l’Atfeh, situé à 20 kilomètres de la mer, l’autre au Katatbeh à 40 kilomètres en aval du grand barrage. (Voir la carte fig. 4).
- L’usine de l’Atfeh avait été créée par le gouvernement et fournissait par jour 800 000 mètres cubes élevés par des pompes centrifuges commandées à l’aide d’engrenages par quatre groupes de machines jumelles à balancier à un seul cylindre et à distribution -par soupapes équilibrées du type bien connu de Cornouailles. L’élévation de l’eau variait de 0m,50 à 2,n,60 au maximum, et les pompes centrifuges ayant leur axe en contrebas du niveau de l’eau dans le canal de prise ne travaillaient qu’au refoulement.
- Des modifications importantes furent appliquées aux machines et aux pompes tant pour obtenir leur meilleure utilisation et une plus haute pression de la vapeur dans les cylindres que pour assurer aux appareils éléva-toires un meilleur fonctionnement. Néanmoins, on ne put réussir à doubler la puissance de l’usine comme l’exigeait la concession primitive,et celle-ci ayant été modifiée pour porter la fourniture à
- 2 500 000 mètres cubes, une transformation radicale de l’usine devint indispensable. M. B. Nubar, mis 'a la tète de la Société fondée par M. Easton pour l’irrigation dans le Béhéra, se décida alors, sur les conseils de M. L. Vigreux, professeur à l’École
- centrale, à Substituer aux pompes centrifuges des roues à palettes planes construites comme les roues Sagebien. La force motrice est empruntée aux anciennes machines, renforcées par deux moteurs oom-pound à cylindres verticaux. Les premières, auxquelles on a également appliqué le fonctionnement com-pound, en leur adjoignant un réservoir intermédiaire de vapeur entre les deux cylindres, actionnent chacune une roue : mais les distances d’axe en axe des machines étant inégales, il a fallu donner aux roues des largeurs variables : d’eux d’entre elles ont 5 mètres et les deux autres 5,u,60. Elles sont établies dans l’ancien bâtiment de l’usine : les roues mues par les nouveaux moteurs sont au contraire d’une largeur uniforme de 5m,60 et chaque moteur en commande deux. Elles sont installées sur des piles construites à cet effet (Voy. le plan fig. 2).
- La figure 5 représente la vue en perspective d’une des roues actionnées parles machines à balancier, et la figure 4 celle des quatre roues commandées par les moteurs nouveaux. Le diamètre extérieur commun des premières est de 10 mètres, et la profondeur de leurs aubages de 2m,50. Elles plongent au plus bas étiage du Nil de lm,70 ; leur vitesse normale a été fixée à 2,29 tours par minute, ce qui correspond à lm,20 par seconde à la circonférence extérieure. Les aubes, au nombre de 80, sont inclinées sur le rayon, avec une direction tangente à un cercle de 2 mètres de diamètre. Les arbres en fer des roues de 3m,60 de large ont 0m,54 de diamètre et ceux des roues de 3 mètres ont 0m,46. Ils portent une roue dentée qui ( engrène avec un pignon calé sur un arbre auxiliaire réuni par un coude à l’arbre du volant de la machine. Les coyaux sont constitués par des cornières en fer rivées sur cinq couronnes en fer plat. Les roues ont, suivant leur largeur, cinq ou quatre embrassures formées par un tourteau en fonte sur lequel s’assemblent dix bras en fer à U. Les aubes, en sapin rouge du Nord de 0“*,025 d’épaisseur, sont assemblées à rainure et à languette.
- Les roues sont emboîtées dans un coursier circu-
- KHATATBEHi Usine J
- Fig. 1. — Carte de la Basse-Egypte avec les principaux canaux d’irrigation.
- Plan de l’usine de l’Atfeh.
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- laire en maçonnerie recouvert d’un enduit en ciment. moyen de règles circulaires en fonte parfaitement La courbure exacte de ce coursier a été obtenue au dressées et noyées dans le radier. Ce mode de con-
- j
- Fig. 5. — Vue en perspective d’une des roues élévatoires de l’usine de l’Atfeli.
- Fig. 4. — Usine de l’Atfeh. — Vues des quatre roues Sagebien actionnées par les nouvelles machines.
- struction a permis de réduire à moins de 0m,005 le jeu entre la roue et son coursier. Comme le niveau
- varie dans le canal de décharge pendant la durée de la campagne, on fait varier la hauteur de l’arête
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- supérieure du coursier à l’aide de feuilles de tôle superposées, de manière à éviter les pertes de chute entre les roues et le canal de décharge.
- Les quatre roues conduites par les moteurs nouveaux ont, comme nous l’avons dit, une largeur commune de 3m,G0 avec un diamètre de 10 mètres. Leur aubage a 2 mètres de profondeur; elles plongent de lm,20 au plus bas étiage du Nil. Leur construction est analogue aux précédentes : quant à la vitesse normale, elle a été fixée à 1,91 tour par minute, soit à 0m,90 pour la circonférence extérieure. La différence entre les vitesses imposées aux roues des deux parties de l’usine tient à ce que la réduction des dimensions de deux des roues conduites par les machines à balancier a obligé à leur donner une plus grande vitesse pour utiliser la puissance du moteur.
- Il en résulte que les débits des diverses roues ne sont pas les mêmes : d’après les expériences faites à l’usine, celles qui sont commandées par les moteurs nouveaux débitent chacune, pour un niveau moyen du Nil correspondant à la cote 0m,80, un volume de 144 mètres cubes par tour : les autres fournissent respectivement 146 et 175 mètres cubes. On peut d’ailleurs évaluer a un demi-mètre cube environ par tour, pour chacune des roues, l’accroissement de débit qui correspond à l’élévation de 1 centimètre du niveau du fleuve. Les roues Sagebien agissent en effet avec une régularité parfaite et leur fonctionnement est analogue à celui du compteur d’eau.
- Les nouvelles installations de l’Atfeh ont été inaugurées en 1885 et ont complètement rempli les conditions imposées pour la fourniture de 2,500,000 mètres cubes par 24 heures. On évalue la consommation moyenne de charbon à ik,40 par cheval en eau élevée par l’ensemble des 8 roues, ce qui représente une économie de 35 pour 100 sur le fonctionnement des anciens appareils. Les roues ont été construites par MM. Férav et Cie d’Essonnes sur les plans de M. L. Vigreux, et ont donné, comme on vient de le voir, entière satisfaction à la compagnie du Béhéra.
- Dans un prochain article, nous décrirons les conditions d’établissement et de marche de l’usine du Katatbeh, qui sont entièrement différentes des précédentes et constituent, comme elles, un remarquable succès pour les ingénieurs et constructeurs français. G. Richoü,
- — A suivre. — Ingénieur des Arts et Manufactures.
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- LES CHEMINS DE FER TRYNSCiSPIENS
- La ligne des chemins de fer transcaspiens vient d’être terminée sur une longueur de 1000 kilomètres. Elle part de Michaïloff sur la Caspienne, passe par Merv, future capitale du gouvernement général de l’Asie centrale, et de là se rend à Tchernouï sur l’Amou-Daria. Ce fleuve, qui est l’Oxus des anciens, est le plus grand de toute l’Asie centrale et débouche dans la mer d’Aral après avoir fertilisé l’immense oasis de Khiva, dont la superficie dépasse 20 000 kilomètres carrés.
- La ville de Merv se trouve sur le Mourghab, fleuve important parce qu’il descend des montagnes de l’Afghanistan, dans la direction d’Hérat. La distance entre Merv et cette capitale ne dépasse pas celle de Paris à Lyon. On annonce que des caravanes sont déjà parties de Samar-kande et Bokhara, capitale des khanats de ce nom où régnait depuis quelque temps une activité extraordinaire en prévision de l’ouverture de la nouvelle section de la ligne de la haute Asie.
- La construction n’a demandé que dix-huit mois et 16 millions de francs. La voie est unique avec garages devant les stations. Elle va être prolongée de Merv à la frontière russo-afghane vers le sud-est et vers Bokhara dans le nord-ouest.
- Il est assez difficile d’énumérer la population, en partie nomade, qui vit sur le vaste territoire compris entre les monts Himalaya, la Tartarie chinoise, la Sibérie et la mer Caspienne. Outre la population fixe et sédentaire des oasis dont plusieurs ont la dimension de véritables provinces, on trouve dans cette région des tribus nomades, qui la ravageaient périodiquement, et auxquelles le gouvernement russe va imposer des mœurs moins sanguinaires. Les voyageurs qui ont parcouru ces régions sont frappées de l’espèce d’analogie qu’offre leur aspect avec celui du Sahara. Malgré la différence des latitudes, la chaleur est très vive en été. En hiver on y trouve des neiges et il y règne des froids rigoureux. Ces contrées sont en pleine décadence à cause des ravages que les nomades exercent sans pitié ; et peut-être d’une augmentation de solitude depuis l’époque où régnaient Gengiskhan et Tamerlan. Elles sont désormais accessibles aux touristes. En effet la Caspienne est rattachée à la mer Noire par le chemin de fer de Batoum-Poti à Bakou, et des bateaux à vapeur transportent en moins d’un jour les voyageurs de Bakou au Teiminus oriental du Transcas-pien.
- Les Anglais s’efforcent de leur côté de réunir Hérat au réseau des chemins de fer indiens, mais leurs travailleurs ont été surpris par les tribus des montagnes et massacrés. Les troupes de l’émir de Caboul, leur feudataire, se sont lancées à la poursuite des pillards; malheureusement elles ont été surprises par des chutes de neige et ont été mises en déroute par le froid.
- ÉTUDES DE PYROTECHNIE1
- II. - ARTIFICES D ECLAIRAGE.
- Les torches, dites aussi flambeaux, se composent d’un certain nombre de brins de fil mal tordu (fig. 9) dont on plonge le faisceau dans un bain spécial. Ce bain est formé de : 2 parties de cire jaune en poids, 8 de poix-résine et 1 partie de suif. Par un temps sec et chaud, les torches allumées durent deux heures au repos et une heure et quart en marche. On obtient un bon éclairage en les espaçant de 20 à 30 mètres.
- Un autre type de flambeau consiste en un cylindre de carton — ou cartouche—empli d’une composition formée de 100 parties de salpêtre, 60 de soufre, 8 de pulvérin et 30 de verre pilé, le tout passé au tamis et bien mélangé. Ce flambeau, qui brûle un
- 1 Suite. Voy. n‘ 711, du 15 janvier 1887, p. 108.
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- LA NATURE.
- 171
- quart d’heure, éclaire très bien dans un rayon de 180 à 200 mètres.
- Le tourteau goudronne' n’est autre chose qu’une couronne faite en vieille mèche à canon ou en vieilles cordes bien battues au maillet (fig. 10). Cette couronne se trempe d’abord dans un premier bain formé de 20 parties de poix noire et 1 partie de suif; puis dans un second bain résultant d’un mélange, par parties égales, de poix noire et de poix-résine. Un tourteau peut brûler une heure par un temps calme et une demi-heure au vent. La pluie n’en arrête pas la combustion. Les tourteaux se disposent ordinairement par couple dans des réchauds de rempart1 et les réchauds s’espacent d’une centaine de mètres.
- Une fascine goudronnée est un petit fagot de bois sec, de 50 centimètres de longueur sur 10 de diamètre et enduit des mêmes compositions que le tourteau (fig. 11). Les fascines ainsi préparées brûlent environ une demi-heure; on les place debout dans des réchauds de rempart, et ceux-ci doivent se planter à 20 mètres d’intervalle.
- Les compositions Lamarre sont toutes formées d’un corps combustible, glu de lin — d’un corps comburant, chlorate de potasse — et de différents sels colorants.
- La composition blanche, employée pour le chargement des balles à feu et des flambeaux blancs de quarante millimètres, est formée de 500 parties de chlorate de potasse pulvérisé, 1500 de nitrate de baryte, 120 de charbon de bois léger et 250 de glu de lin.
- Une autre composition blanche — servant au chargement des flambeaux de dix-huit millimètres — comprend 1000 parties de chlorate de potasse, 1000 de nitrate de baryte et 175 parties de glu de lin.
- La composition rouge qu’on emploie pour confectionner des flambeaux rouges et les signaux à percussion est formée de 1800 parties de chlorate de potasse, 500 parties d’oxalate de strontiane, 500 de carbonate de strontiane, 48 de charbon de bois blanc, 240 de glu de lin, 6 d’huile et 14 de gomme laque.
- Un flambeau Lamarre, blanc ou rouge (fig. 12) consiste en une enveloppe cylindrique de tissu caoutchouté, remplie de l’une des compositions ci-dessus. L’extrémité inférieure de ce tube se ferme au moyen d’un bouchon de liège. Le chargement une fois effectué, on amorce le flambeau en enfonçant quelques brins de mèche dans la composition. La mise du feu s’opère très simplement, à l’aide d’une allumette ou d’un charbon incandescent qu’on approche de la mèche. (Nous donnerons ci-après la composition de la mèche Lamarre.)
- Le flambeau Lamarre — de 40 millimètres de "diamètre et 75 centimètres de longueur — brûle en-
- 1 Le réchaud de rempart se compose d’un cul-de-lampe, de deux branches, et d’un cercle supérieur, le tout en fer. On le suspend au moyen d’une fourche à douille, dont le pied, terminé en pointe, s’enfonce en terre.
- viron pendant 55 minutes. Le flambeau de même longueur et de 18 millimètres de diamètre n’a qu’un quart d’heure de durée.
- Une balle à feu consiste en un sac de treillis renforcé intérieurement d’une carcasse en tôle et rempli de composition Lamarre blanche. Après l’opération du chargement, on garnit la sphère de tours de forte ficelle jointifs, collés au goudron sur le treillis et par-dessus la ficelle on colle de la toile. C’est à l’aide de mortiers qu’on projette des artifices de ce genre, lesquels peuvent affecter des calibres de 15, 22, 27 et même 52 centimètres.
- La grenade éclairante (fig. 15) consiste en une sphère de caoutchouc vulcanisé, de six centimètres de diamètre, chargée de composition Lamarre blanche. La sphère-enveloppe est percée d’un œil de 0IU,006, lequel permet d’introduire et d’amorcer la composition. L’amorçage s’effectue au moyen d’un tube en étain empli d’une composition fusante formée de trois parties de pulvérin, deux de salpêtre et une de soufre. Les grenades se lancent soit à la main soit à la fronde ; on peut aussi faire usage de mortiers. Chacun de ces projectiles éclaire un cercle de dix mètres de diamètre, durant un temps qui varie, selon le vent, de soixante à quatre-vingt-dix secondes.
- Le signal à percussion (fig. 14) consiste en pot cylindrique en zinc, de 0m,025 de diamètre et 0m,055 de hauteur, empli de composition Lamarre rouge.On y adapte un manche en bois. L’amorce est formée d’une capsule que l’on fait détoner par le moyen du choc d’un rugueux. Ce signal brûle à peu près une minute.
- Les balles à éclairer belges sont des sacs en toile emplis de certaines compositions.
- Les balles de forme cylindrique, de treize centimètres de diamètre et dix-huit centimètres de hauteur, se chargent d’un mélange de six parties de soufre, deux de pulvérin, une d’antimoine et deux parties de cire jaune coupée en feuilles minces. On les amorce au moyen de quelques brins de mèche à étoupilles. Elles brûlent huit minutes en répandant une lumière vive.
- Les balles de forme sphérique, de quatre-vingt-deux millimètres de diamètre, se chargent d’une composition formée de douze parties de salpêtre, huit de soufre, quatre de pulvérin, deux de sciure de bois, deux de cire jaune et deux de suif. On les lance à la main. Leur durée de combustion est de six minutes.
- Le baril à éclairer (fig. 15) consiste en un baril à poudre empli de copeaux enduits de poix. On ouvre dans chacun des fonds un trou de quatre à cinq centimètres de diamètre, puis un grand nombre d’autres trous d’un centimètre et demi disposés en quinconce et répartis uniformément sur la surface des fonds et des douves. Tous les trous se garnissent de bouts de lance à feu. (Nous donnerons ci-après la composition de cette lance.)
- La fusée éclairante (fig. 17) se compose d’un
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- cartouche en tôle a, renfermant la composition fusante faite pour imprimer le mouvement ; — d’un pot cylindrique en tôle b, coiffé d’un chapiteau aussi en tôle et renfermant la chasse, ainsi que les étoiles éclairantes en composition Lamarre ; — d’une baguette de direction c, laquelle se visse dans une armature du cartouche.
- Ces divers éléments de l’appareil s’assemblent au moyen d’ajutages à ressort.
- L’amorçage se fait à l’aide d’un faisceau de brins de mèche à étoupilles, enfermés dans un tnbe de carton mis en contact avec la composition fusante. Celle-ci est la même que celle dont il est fait usage pour les fusées de signaux: et, de même que dans ces dernières, un vide, dit âme, est ménagé dans
- 10Tourteau goudronné.
- 13 Grenade éclairante.
- Flambeau Lamarre
- 9 Torche Fascinegoudrotmèi
- 1S Baril à éclairer
- 8iàc
- 16 Flamme à parachute.
- Fig. 9 à 16. — Différentes pièces de pyrotechnie.
- d’étoiles Lamarre, et rattachée au moyen dTune chaînette en laiton d à un parachute e.
- - Pour confectionner ce parachute, on découpe dans une pièce de calicot un cercle d'un mètre de diamètre, dont on divise la circonférence en dix ou douze parties égales. En chaque point de division on attache un bout de ficelle fine ou de cordonnet de chanvre, d’un mètre environ de longueur. Toutes ces ficelles sont réunies entre elles, ainsi qu’à la chaînette de suspension, par des ligatures qu’on préserve du feu par le moyen de boules de papier encollé.
- Dans les fusées destinées à recevoir une garniture de flammes à parachute on ménage, à l’extrémité du cartouche, une petite cavité qui reçoit une chasse de quinze grammes de poudre. Pour garnir le pot on roule la chaînette d en spirale sur la boîte c.
- l’axe de cartouche. C’est le massif de cctle composition qui communique le feu à la chasse et à la garniture.
- Les fusées éclairantes se tirent dans des augets disposés sous l’inclinaison de 50 à 60 degrés.
- Celles de huit centimètres, dont notre figure 1 7 indique toutes les dimensions éclairent le terrain jusqu’à 900 mètres de distance. Elles peuvent s’employer avantageusement dans le service des signaux.
- Une flamme à parachute est un artifice de garniture destiné à être projeté hors du pot, en fin d’ascension de la fusée, pour descendre lentement en répandant une lumière vive. Cet artifice se coin • pose d’une petite boîte cylindrique un carton c (fig. 16) emplie de pâte d’étoiles ordinaires ou
- 17 Fusée éclairante (Modèle de huit centimètres)
- Fig. 17. — Fusée éclairante et coupe. — Baguette.
- Cela fait on la recouvre du parachute e qu’on a plié à la manière d’un parapluie fermé, puis replié sur lui-même dans sa longueur à partir du sommet, dans un sens et dans l’autre, alternativement.
- Les lances à parachute consistent en tubes de carton de 5 à 10 millimètres de diamètre et de 10 à 12 centimètres de longueur, tamponnés à l’une de leurs extrémités et emplis de pâte d’étoiles. On les relie, au moyen de fils de laiton, à des parachutes en toile de coton de 20 centimètres de diamètre. Le pot d’une fusée peut contenir vingt de ces lances.
- Lances et flammes à parachute s’emploient aussi très avantageusement dans le service des signaux.
- Lieutenant-colonel Hennkbert.
- — A suivre. —
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- LE MONT-BLANC
- VU ]) K L ORS K H V A T OI H H DU PUY-DE-DÔME PAU-DESSUS LES MONTS DU FOREZ
- Lorsqu’on se trouve au sommet du Puy-de-Dôme par un temps favorable, c’est-à-dire quand l'atmosphère est pure et limpide, on aperçoit, en plein eut, et par une échancrure des monts du Forez, la cime d’un massif montagneux excessivement éloigné : c’est le Mont-Blanc.
- 11 est quelquefois visible pendant le jour ou le soir, mais c’est surtout le matin, un peu avant le lever du soleil, qu’on le distingue très nettement, même à l’œil nu.
- Depuis plusieurs années déjà nous étions convaincus que c’est bien le géant des Alpes qui apparaît ainsi, par intervalles, aux yeux étonnés des touristes d’Auvergne. Toutefois la distance considérable qui sépare les deux mon-
- tagnes laissait des doutes dans quelques esprits. Aussi nous avons tenu à multiplier les observations afin d’éclaircir complètement la question qui ne manque pas d’intérêt au point de vue de la géo-morphie. Peu à peu les preuves s’accumulèrent et la certitude du fait est aujourd’hui absolue.
- D’abord à la manière dont le massif montagneux est estompé par le peu de brume qui persiste toujours dans l’air le plus pur, on reconnaît qu’il est beaucoup plus éloigné du Puy-de-Dôme que certaines montagnes du Cantal et de la Haute - Loire qui en sont déjà à 100 et 150 kilomètres.
- Puis, grâce à une balustrade de Delambre installée sur la terrasse de la tour de l’Observatoire, nous avons pu relever, assez exactement, l’orientation de la montagne par rapport au Puy-de-Dôme et nous l’avons trouvée de 88 degrés environ, à partir du nord. Or, si l’on trace, sur une carte à grande échelle, une
- Fig. 1. — Le Mont-Blanc aperçu de l'Observatoire du Puy-de-Dôme, par-dessus la ehaine du Forez. — 1. Mont Blanc, 4810 mètres. — 2. Mont Maudit. — 3. Mont Blanc du Tacul, 4249 mètres.
- Fig. 2. — Fac-similé d’une photographie des Alpes, prise à 105 kilomètres de distance.
- 1. Welterliorii, 5703 mètres. — 2. Berglistock, 3637 mètres. — 3. Schreckhora, 4080 mètres. — 4. Finsteraarhorn, 4273 mètres. — 5. Eiger, 4104 mètres. — 6. Moine, 4104 mètres. — 7. Jungfrau, 4167 mètres. — 8. Aletshorn, 4198 mètres. — 9. Breithorn, 3774 mètres.— 10. Bluiulisalp, 3670 mètres. — Dotdenhorn, 3647 mètres. — 12. llockenhorn, 3297. — 15. Balmhorn, 5688 mètres. — 14. Altels, 5654 mètres. — 15. Itinderhorn, 3466 mètres. — 16. Wildstrubel, 5266 mètres. — 17. Weisshorn (Valais), 5312 mètres.
- ligne partant du Puy-de-Dôme et faisant un angle de 88 degrés avec la direction nord, cette ligne passe par le Mont-Blanc.
- Ensuite, par un beau temps d’hiver, alors que le
- ciel était absolument pur, que les sommets du Puy-de-Dôme, des monts Dore, des monts du Cantal et de ceux du Forez étaient parfaitement nets, ainsi que ceux des Cévennes, nous avons distingué, à
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- l’aide d’une lunette, des nuages accrochés au som- ; met de ladite montagne. Pour nous, qui sommes habitués à l’observation des nuages et du ciel, il n’y a qu’une montagne exceptionnellement élevée qui, dans les circonstances atmosphériques du moment, ait pu déterminer la formation de nuages à sa cime.
- Une autre fois, au moment d’un splendide lever de soleil, nous avons eu la bonne fortune (renouvelée souvent depuis) de pouvoir prendre, à l’œil nu, puis avec une lunette, des croquis que le dessin ci-joint reproduit exactement (fig. 1). Beaucoup de lecteurs de La Nature reconnaîtront dans la gravure le profil du Mont-Blanc vu des hauteurs qui avoisinent Lyon, comme un certain nombre de personnes l’ont déjà reconnu sur notre dessin. Notre profil est d’ailleurs presque identique à celui que donne Yiollet-Le-Duc dans son ouvrage sur le massif du Mont-Blanc.
- Enfin, après avoir constaté qu’aucune chaîne de montagnes ne pouvait cacher le Mont-Blanc à l’observateur placé sur le sommet du Puy-de-Dôme, nous eûmes recours au calcul pour obtenir une preuve qui couronnât les précédentes.
- La question peut être résolue par la formule que donne M. Faye dans son astronomie nautique pour déterminer, l’horizon d’un lieu. M. Faye traite en particulier la question suivante : « De quelle distance verrait-on poindre, à l’horizon, le sommet d’une montagne, en supposant l’observateur placé à une altitude déterminée? » C’est précisément le cas qui nous occupe. La formule applicable est
- i> = —(d' + d")
- dans laquelle v désigne l’angle au centre des deux points considérés. On passe ensuite de l’angle à la distance en remarquant que chaque minute de l’angle vaut un mille marin ou 1851“,6. m est un coefficient qui dépend de la réfraction des rayons lumineux dans l’atmosphère ; ce coefficient augmente en hiver, mais on le trouve ordinairement égal à 8, avec deux unités de variation, en moins pendant l’été, en plus pendant l’hiver.
- Nous avons adopté, comme on le fait généralement, la moyenne 8 pour valeur de m; cela peut se faire d’autant mieux que nous avons vu le Mont-Blanc, aussi bien en été qu’en hiver, par des températures très différentes les unes des autres.
- Les lettres d'et d" sont les dépressions de l’horizon correspondantes à l’altitude de l’observateur et à celle du sommet de la montagne qu’il observe. La dépression se calcule par la formule
- 2 h m — 1
- 1\ m
- dans laquelle rx désigne le rayon de la terre, ou mieux la grande normale, et AT altitude du lieu considéré. Cette expression, réduite en nombre, devient
- d = l'804o y/h.
- Veut-on savoir si le Mont-Blanc est visible du som-
- met du Puy-de-Dôme7 11 suffira évidemment de déterminer la distance de laquelle un observateur verrait poindre à l’horizon le Mont-Blanc, en supposant cet observateur placé à l’altitude du Puy-de-Dôme, c’est-à-dire à 1465 mètres au-dessus du niveau de la mer.
- Dans ce cas on a, pour l’altitude 1465 mètres, d' = 69' 0582,
- et pour l’altitude 4810 mètres, qui est celle du Mont-Blanc,
- d" = 125' 1421.
- La formule devient donc, au point de vue numérique :
- t> = y 194'2005
- La distance interceptée par l’arc de 194'2005 étant de 359k,2104, celle de l’observateur au Mont-Blanc ne devra pas dépasser 410 kilomètres en nombre rond. Or le Puy-de-Dôme n’est qu’à 505 kilomètres du Mont-Blanc. Donc on voit le Mont-Blanc du Puy-de-Dôme. On le verrait encore quand même les deux montagnes seraient plus éloignées l’une de l’autre de 100 kilomètres, si l’échancrure des monts du Forez s’abaissait jusqu’au niveau de la mer.
- Cela n’a d’ailleurs rien d’étonnant, si l’on songe que dans la jonction des réseaux géodésiques d’Espagne et d’Algérie, opérée en 1879, on a pu voir, du sommet de Mulhacen (5606 mètres) dans la province de Grenade, les signaux établis à 275 kilomètres de distance sur la montagne de Filhaoussen (1140 mètres), située au sud de Nemours: La ligne de visée passait même, d’après les calculs, à 500 mètres au-dessus de la Méditerranée. Plumandon,
- Météorologiste adjoint à l’Observatoire du Puy-de-Dôme.
- LA. CHAINE DES ALPES
- PHOTOGRAPHIÉE A 10a KILOMÈTRES DE DISTANCE
- La vue des Alpes, que nous reproduisons (fig. 2, page 173) est le fac-similé d’une photographie prise depuis le Jura neufchâtelois.
- Nous croyons que c’est la première fois qu’une vue semblable soit faite avec précision, à une distance aussi considérable.
- Toujours ravis du panorama imposant que présente la chaîne des Alpes depuis le Jura, nous avions plus d’une fois songé à en prendre une photographie pour posséder une image plus exacte que celle des panoramas lithographiés; ce fut peine perdue tant que nos essais se firent en plein jour : les Alpes étant brillamment éclairées, on n’apercevait pas trace de montagne sur le cliché, tout se confondait avec le ciel. Il nous vint alors à l’esprit de prendre une vue un peu avant le lever du soleil, nous pensâmes obtenir ainsi un profil exact de la chaîne des Alpes qui se détacheraient nettement sur le ciel coloré des premières lueurs du jour. Après quelques tentatives,
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- nous réussîmes k obtenir un cliché satisfaisant.
- Les plaques employées étaient des Beernaert, et la durée de pose de nos meilleurs clichés, de 50 k 60 secondes.
- La distance du point d’opération a la Jungfrau est de 105 kilomètres, au Finsteraarhorn 115 kilomètres et au Weisshorn en Valais, de 130 kilomètres. L'étendue du panorama représenté est d’environ 80 kilomètres.
- Émile Gourvoisucr et Charles Humrert. ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 7 février 1887. — Présidence de M. Gosselin.
- Trombes artificielles. — MM. Mascart et Cornu décrivent les expériences auxquelles ils viennent d’assister et qui fournissent une reproduction artificielle des trombes. Elles ont pour auteur M. C.Weyher. Un lambourde 1 mètre de diamètre, fermé par en haut et pourvu à l’intérieur de paleites rayonnantes, est mis en rotation autour de son axe disposé verticalement avec une vitesse de 30 k 40 mètres par seconde égale à celle des vents les plus violents. L’appareil fonctionnant ainsi k 3 mètres au-dessus d’un bassin plein d’eau, on voit le liquide entraîné vers le centre du tourbillon ; il forme bientôt un cône de 120 centimètres de diamètre et de 10 centimètres de hauteur, au-dessus duquel se constitue un second cône renversé produit surtout par les gouttelettes d’eau lancées de bas en haut, et qui ne tardent pas k atteindre le tambour. Si l’on a jeté de la paille sur l’eau, elle se rassemble au sommet du cône et peut même être projetée k 2 mètres de hauteur. Enfin, ayant placé dans le bassin une planche qui s’est recouverte d’une mince couche d’eau, l’auteur a vu s’y développer de petits cônes liquides se promenant k droite et k gauche avec une grande vitesse. Le savant directeur du Bureau central météorologique s’est abstenu de tirer de ces faits aucune conséquence générale et il a annoncé que l’auteur continue ses recherches.
- La nébulosité. — C’est encore M. Mascart qui présente de la part de M. Teisserenc de Boit des cartes exprimant la distribution de la nébulosité k la surface du globe. Elles contiennent le résumé de plus de 112 000 séries d’observalions k la mer, et d’un grand nombre de registres d’observatoires continentaux. L’un des résultats les plus frappants consiste en ce que les zones de ciel couvert se répartissent en bandes parallèles k l’équateur, de sorte que la Terre vue d’une distance convenable présenterait la même apparence générale que Jupiter.
- Réaction de l'huile d'olives. — Au nom de M. Leval-lois, directeur de la station agronomique de Nice, M. Schlœsing dépose un travail dont la conclusion est qu’on peut aisément distinguer l’huile d’olives de toutes ses congénères. 11 suffit de saponifier le corps gras par une dissolution de potasse dans l’alcool, et d’étendre d’eau pour isoler l’acide oléique, et de doser la quantité de brome que celui-ci peut absorber. On trouve alors que celte quantité étant de 40 pour 100 pour l’huile d’olives, elle est beaucoup plus élevée pour toutes les autres.
- La pêche de la sardine. — Déjà, à plusieurs reprises, M. Launette a insisté sur les rapports intimes qui rat-
- tachent la pêche de la sardine sur nos côtes k la direction de la branche descendante du gulf-stream qui revient de Terre-Neuve. Les sardines, en effet, suivent au fil de l’eau les débris de morues rejetées des grandes pêcheries du Nord, et par conséquent changent leur itinéraire chaque année comme fait de son côté le courant marin. C’est ainsi qu’en 1878 et 1879, le vent amenant celui-ci sur nos côtes, notre pêche produisit 2 milliards et 1 milliard 800 millions de sardines. Au contraire, en 1884, le vent ayant persisté longtemps du sud, on prit k peine 400 000 poissons, ce qui est un résultat désastreux comme l’annonce aujourd’hui M. Milne Edwards. Une confirmation intéressante de ces faits est fournie par un texte d’Aldrovande qui montre qu’en 1630, alors que les pêcheries n’existaient pas encore k Terre-Neuve, on ne connaissait chez nous de sardines que celles qui venaient salées de la Méditerranée. C’est k partir de 1638 qu’apparaît le commerce de la rogue, l’appât pour la pêche aux sardines.
- Nouvelle localité fossilifère. — Il résulte d’un travail de M. Deperret que le minerai de fer pisolithique renfermé dans les poches du calcaire jurassique de la Grève-Saint-Alban, entre Lyon et Grenoble, renferme des vestiges de plus de 45 espèces de vertébrés dont 35 mammifères. On y recueille les mêmes formes qu’a Sanson, le même Singe, le Lislriodon, le Mastodonte; l’âge du dépôt est pliocène moyen.
- Topographie. — On vient de terminer k l’Observatoire de Rio-de-Janeiro un travail considérable, présenté par M. Faye, et dont la conclusion est la détermination précise des coordonnées géographiques de Punta Arenas. Il s’agit, comme on sait, d’un phare situé dans le détroit de Magellan, fameux parmi les géodésistes depuis qu’il a été choisi comme station par les missionnaires du passage de Vénus, et que notre compatriote, M. Fleuriais, avait déjà étudié.
- Par la même occasion, M. Faye offre k l’Académie une magnifique collection de caries comprenant tous les travaux hydrographiques et géodésiques relatifs au Portugal.
- Fluorescence de l'alumine. — On se rappelle le point où en est une intéressante discussion entre M. Edmond Becquerel et M. Lecoq de Boisbaudran. Le premier de ces physiciens pense que l’alumine émet une radiation fluorescente rouge; le second suppose que la couleur rouge dérive de traces de chrome, et il voit dans les tubes de Crookes l’alumine pure s’illuminer en verdâtre. Il vient toutefois aujourd’hui annoncer que cette alumine verdâtre examinée, non plus dans le vide, mais k la pression ordinaire, non plus dans le tube de verre, mais dans le phosphoroscope, donne la radiation rouge. Le sujet, loin de s’éclaircir, se complique ; il faudra de nouvelles expériences.
- Varia. — M. Milliardet démontre que le cuivre, employé au traitement anliparasitaire des vignes, contracte une combinaison extrêmement stable avec la cuticule de la plante. — M. le général Menabrea, ambassadeur d’Italie, est nommé correspondant de la section d’économie rurale k la place de M. Reiset, devenu académicien titulaire. — M. Thoulet, professeur à la Faculté des sciences de Nancy, étudie expérimentalement l’abrasion des roches, c’est-à-dire leur érosion par le sable poussé par le vent. — La composition des matières minérales des cidres,
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- LA NATURE.
- des pommes et des bois de pommier fournit à M. Le Chartier le sujet d’une lecture. — En poursuivant ses études de mécanique animale, M. Marey reconnaît qu’il est indispensable de projeter les trajectoires parcourues par les membres sur trois plans rectangulaires. C’est seulement ainsi qu’on pourra calculer les forces mises en jeu. — Selon MM. Couasnon et Salomon, on débarrasse les boutures de vigne de tout vestige phylloxérique sans nuire à leur énergie végétative, en les immergeant simplement dans de l’eau à 45°. Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE S1NS APPAREILS
- LE PRINCIPE DE l/l.NERTIE
- On définit l'inertie de la matière dans les traités de physique'et de mécanique, en disant qu’un corps en repos ne peut de lui-même sè mettre en mouvement, et qu’un corps en mouvement ne peut modifier de lui-même le mouvement dont il est animé. C’est, avons-nous déjà dit antérieurement, en vertu du principe de l’inertie que les poussières de nos habits en sont chassées par le battage, chaque particule tendant au repos; nous avons cité de nombreuses expériences sur le principe de l’inertie1, nous en mentionnerons une autre que nous a indiquée M. H. Gilly, licencié ès sciences.
- Posez sur votre index de la main gauche tenu verticalement, une carte de visite ; sur la carte de visite, mettez une pièce de cinq francs en argent, ou une pièce, de deux , sous, et proposez d’enlever la carte sans toucher à la pièce. Pour cela, de la main droite, vous donnez une chiquenaude un peu forte à la carte de visite qui vole au loin, laissant la pièce immobile sur l’index. Il faut avoir soin de donner la chiquenaude bien horizontalement, dans le plan de la carte comme le montre la figure ci-dessus. -
- Notre correspondant nous a écrit qu’il avait donné, à Nîmes, en novembre dernier, une conférence sur la Physique mise à la portée de tous, et il s’exprime dans les termes suivants, que nous reproduisons, non
- 1 Voy. Tables des matières des précédentes années : Physique sans appareils. Voy. aussi Les Récréations scientifiques , par Gaston Tissandier. 1 vol. illustré, couronné par l’Académie française. ¥ édition. —• G. Masson, éditeur.
- Expérience sur le principe de l’inertie.
- pas à cause des éloges qu’ils contiennent, mais en raison de ce qu’ils montrent encore une fois l’utilité de notre Physique sans appareils.
- « Je crois devoir, nous écrit fort gracieusement M. Gilly, faire partager à qui de droit le succès de ma conférence. C’est, en effet, dans les différents numéros de La Nature que j’ai trouvé la description delà plupart des expériences qu’il m’a été donné de réaliser. Le tour que vous avez dernièrement indiqué1 : transformation d'un verre d'encre en. un verre d'eau, exécuté, avec quelques autres, au début de la séance, pour bien établir devant les spectateurs la différence qui existe entre la prestidigitation et la physique proprement dite, les a profondément stupéfaits. Dans le cours de ma conférence, les expériences qui les ont particulièrement charmés sont : le sou traversé par une aiguille2 ; le plomb se moulant à froid sur un cachet de cire3 (j’ai fait circuler dans les rangs deux enveloppes cachetées, l’une avec le plomb martelé, l’autre avec le cachet ; on ne pouvait les différencier) ; le manche à balai cassé sur deux verres4; la carafe soulevée avec une paille ; l’ébullition de l’eau dans du papier; etc., etc. Une autre expérience qui a surpris mes auditeurs par sa simplicité même, c’est le crayon se tenant en équilibre par sa pointe sur le doigt5. »
- Ces expériences ne sont pas seulement amusantes ; éminemment instructives, elles peuvent servir de véritables démonstrations pour l’enseignement. C’est ce qui fait que nous ne saurions trop engager nos lecteurs à nous signaler celles qu’ils connaissent et que nous pourrions avoir oubliées dans notre série.
- G. T.
- 1 Voy. La Nature, 1886, t. Il, g. 351. —2 Voy. La Nature, 1886, t. Il, p. 376. — 5 Voy. La Nature, 1882, t. Ior, p. 160. — 4 L'expérience du manche à balai cassé sur deux verres a été faite récemment au Nouveau Cirque de Paris dans des conditions désopilantes. Le manche était posé à ses deux extrémités sur le nez de deux clowns qui le tenaient ainsi en équilibre horizontalement, non sans force contorsions. Un troisième clown à l'aide d’un coup de bâton vigoureux cassait le manche ainsi posé en son milieu ; les nez servant de support n’étaient pas plus endommagés que ne le sont les verres. — 5 Voy. La Nature, 1886, 1.11, p. 208.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris. *
- t
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- .V 716. — iy FÉVRIER 1887.
- LA NATURE.
- J.-A. RÉCLÂRD
- J.-A. Béelard, doyen de la Faculté de médecine de Paris, secrétaire perpétuel de l’Académie de médecine, commandeur de la Légion d’honneur, est mort le 9 février après une courte maladie. C’est une bien regrettable perte pour la physiologie. Dans sa longue et belle carrière, Béelard aura rendu de grands services à l’enseignement par sa parole, et à la science par ses travaux.
- Né à Paris, le 17 décembre 1818, Béelard était le lils du célèbre anatomiste, qui appliqua avec tant de succès l’anatomie a la chirurgie; il se montra dès sa jeunesse rempli d’aptitude pour les études scientifiques, et, après avoir suivi les cours de la Faculté de Paris, il fut reçu docteur en 1842.
- Trois ans plus tard, en 1845, on le nomma agrégé pour la chaire d’anatomie.
- On doit à Béelard des travaux remarquables sur la contraction musculaire et l’équivalence thermo-dynamique des muscles. Ses recherches sur l’absorption des graisses, sur les fonctions de la rate et du foie, sur le sang, sont appréciés de tous les physiologistes, et peuvent être considérés comme ayant ouvert des voies nouvelles. Son Traité élémentaire de physiologie humaine, publié en 1855, n’eut pas moins de six éditions successives ; on peut dire que cet ouvrage, d’une incomparable précision, est par excellence le livre des étudiants, et que plusieurs générations y ont puisé les premières notions de la science.
- Les œuvres de Béelard,, que nous ne saurions énumérer ici, devaient attirer sur lui l’attention générale: il fut nommé en 1872 professeur de physiologie à la Faculté de médecine, où il ne cessa de briller par l’éclat de son enseignement, et de captiver l’attention de ses élèves.
- Membre de l’Académie de médecine depuis 1860, Béelard en devint le secrétaire perpétuel en 1875. Il était aimé de tous ses confrères; c’est toujours avec un tact parfait et un véritable talent littéraire, qu’il prononçait les discours dont il était chargé lors des séances générales-. Quelques-uns des éloges qu’il lut appelé à faire de ses confrères, sont des modèles
- 15e année. — 4er semestre.
- de forme élégante et de bon goût ; nous citerons surtout sa biographie de Claude Bernard, où l’on voit çà et l'a jaillir les éclairs de l’éloquence; on sent que l’écrivain s’abandonne aux sentiments venant du cœur et qu’il sait s’animer de la llamnie du patriotisme.
- Nommé doyen de la Faculté de médecine, depuis quatre ans, Béelard s’est toujours montré à la hauteur de la tâche dont il avait accepté le poids. Excellent administrateur, son désintéressement était absolu. Membre du Conseil supérieur de l’instruction publique, il ne cessa de se signaler par son zèle pour le bien public.
- Béelard est de ceux dont on peut dire qu’ils ont laissé après eux plus d’estime que de richesses.
- Homme honnête dans la belle acception du mot, il songeait beaucoup moins à ses intérêts personnels qu’à ceux de la science dont il était fier d’être un des représentants les plus autorisés. Il avait l’àme aimable et serviable; bon, généreux, on l’a vu jusqu’à ses derniers jours conserver sa bienveillance comme son ardeur au travail. On eût dit qu’il avait le secret de l’éternelle jeunesse, car les années n’avaient point alourdi son corps toujours alerte, ni rien enlevé de sa bonne humeur et de son esprit. Par ses rares qualités, il avait su se concilier toutes les sympathies, sans qu’on n’ait jamais cessé d’apprécier la haute valeur de sa science, et la dignité de son caractère.
- Les obsèques de M. Béelard ont eu lieu le samedi 12 février à l’église Saint-Sulpice à Paris.
- Les cordons du poêle était tenus par MM. Berthe-lot, ministre de l’instruction publique; Liard, directeur de l’enseignement supérieur; Gréard, vice-recteur de l’Académie de Paris ; les docteurs Brouar-del, Sappey, président de l’Académie de médecine; Peyron, directeur de l’Assistance publique; Blanche, délégué de l’Association des médecins de la Seine.
- Le char funèbre était orné des couronnes de l’Association des étudiants, des étudiants en médecins, de l’École pratique, de la Société de l’œuvre des ambulances urbaines, de la Faculté de médecine de la République argentine, des étudiants roumains, du laboratoire de physiologie, du personnel de la
- 12
- J.-A. Béelard, né à Paris, le 17 décembre 1818, mort à Paris, le 9 février 1887. (D’après une photographie de Pierre Petit.)
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- LÀ NATURE.
- Faculté de médecine. Les honneurs militaires étaieut rendus par le 46e d’infanterie.
- On a pu apprécier les regrets que Béclard a laissés, par le nombre des amis et des disciples qui ont voulu rendre à sa mémoire les derniers hommages.
- Nous espérons que le nom du doyen de la Faculté de médecine ne périra pas avec lui. L’éminent physiologiste laisse une veuve avec trois enfants : un petit garçon de dix ans et deux petites filles.
- Le fils aîné est intelligent, laborieux et parait soucieux de marcher sur les traces de ses ancêtres. 11 y a trois ans, alors qu’il n’avait que sept ans, on lui annonça que sa mère venait de mettre au monde une petite fille :
- — Tant mieux, s’écria l’enfant en apprenant qu’il avait une sœur, je serai seul à porter le nom des Béclard. Gaston Tissandier.
- LA RÉGLEMENTATION DES RÉSERVOIRS
- sous pression
- Au commencement de 1886, à la suite d’un accident survenu en 1880 au dépôt de Doulon, appartenant à la Compagnie des tramways à air comprimé de Nantes, la Commission centrale des machines à vapeur a été saisie par M. le Ministre des travaux publics de la question de savoir si l’industrie de l’air comprimé doit être soumise à une réglementation générale. L’étude de cette question a été confiée à une sous-commission présidée par M. Luuvt, et le rapport rédigé par M. Michel Lévy vient de paraître dans les Annales des mines. Nous allons en résumer les points les plus importants.
- Au point de vue administratif, les réservoirs destinés à contenir le gaz d’éclairage comprimé ne sont plus astreints à une épreuve préalable qui paraît inutile ; les récipients utilisés par les chemins de fer sont éprouvés par les soins du service du contrôle; quant aux réservoirs d’air comprimé des locomotives, dont la capacité ne dépasse pas 200 litres, ils ne subissent aucune épreuve officielle.
- Au point de vue statistique, les chemins de fer, les tramways et le gaz portatif utilisent actuellement :
- 25 000 réservoirs de 0 à 500 litres.
- 5 000 — 500 à 1000 —
- 40 — 1000 à 2000 -
- 50 — 2000 à 10000 —
- avec la pression variant entre 5 et 50 kilogrammes par centimètre carré. En augmentant ces chiffres de 50 pour 100, on aura approximativement le nombre total des réservoirs sous pression utilisés dans toute la France, et l’accident de Doulon est le seul qui soit venu à la connaissance de la sous-commission. Au point de vue technique, les récipients de petite dimension sont, en général, mis en charge par l’intermédiaire d’accumulateurs en communication directe avec les pompes de refoulement : machine motrice et pompes de refoulement sont calculées pour que leur jeu s’arrête lorsque la pression voulue est atteinte. On emploie aussi des soupapes de sûreté et des manomètres à mercure et à air libre. Les appareils fixes à gaz d’éclairage comprimé ne portent, en général, aucune soupape, et la pression y est seulement connue par l’indication des manomètres.
- Pour savoir s’il y avait lieu d’introduire tôt ou tard une
- réglementation, il faut comparer les causes de danger que présentent les appareils à air, comparés à celles des appareils à vapeur actuellement en usage. Celte comparaison montre un avantage très grand en faveur des récipients de gaz qui ne sont pas exposés à de hautes températures ni à des causes multiples de détérioration; en cas de fuite, la pression baisse rapidement, et en cas d’explosion, le danger réside uniquement dans les effets mécaniques produits, tandis que le plus grand nombre (environ 2/5) des victimes des explosions de vapeur est dû aux brûlures graves qui en sont la suite habituelle.
- Lorsqu’un récipient contenant un fluide à tension élevée fait explosion, les effets mécaniques de cette explosion peuvent être, toutes choses égales d’ailleurs, considérés comme proportionnels à la quantité de travail dégagée par le fluide passant de la pression élevée initiale à la pression atmosphérique. Le temps de la détente étant très court, il y a peu d’échange de chaleur entre le fluide et les corps voisins : la détente est sensiblement adiabatique.
- En faisant le calcul pour l’eau chaude et l’air comprimé, avec l’hypothèse d’une détente adiabatique justifiée par les considérations qui précèdent, M. Kirsch, membre de la sous-commission, est arrivé à établir qu’un réservoir de gaz comprimé à 50 kilogrammes par centimètre carré doit avoir d 200 litres de capacité pour présenter le même danger mécanique latent qu’un récipient de 100 litres rempli d’eau à 10 kilogrammes de pression par centimètre carré, soit à 185° C. de température. L’énergie emmagasinée à l’état potentiel dans chacun d’eux, est de 600 000 kilogrammètres.
- Dans ces conditions, la réglementation à intervenir ne s’appliquerait qu’à moins de 100 récipients pour toute la France et la sous-commission conclut ainsi son rapport :
- « Dans l’état actuel de l’industrie, il n’v a pas lieu de soumettre à une réglementation générale les récipients de gaz sous pression. Il convient néanmoins de recommander, dès à présent,- aux industriels intéressés : 1° de soumettre à une épreuve préalable, analogue à celle des récipients de vapeur, les récipients de gaz sous pression atteignant de très grands volumes (1200 litres et au-dessus) ; 2° de les munir d’appareils équivalant à des soupapes de sûreté. »
- La Commission centrale des machines à vapeur a adopté les conclusions de la sous-commissiou.
- ——
- LA POPULATION EN FRANCE
- Le premier dénombrement de la population, d’après le D1 Chervin, date de 1801 ; la population se trouva être de 27 549005. A partir de cette époque, les dénombrements se sont succédé régulièrement de cinq en cinq ans. Le dernier a eu lieu le 50 mai dernier ; il montre que la France ne possède que 58 218 905 habitants. Si l’on considère la marche de la population par période de vingt ans, on voit qu’elle suit une marche régulière très lente et que nous n’arriverons qu’en l’an 2000 à posséder une population double de ce qu’elle était en 1801 ! M. Chervin compare l’augmentation annuelle géométrique des principaux pays de l’Europe. Il montre que cette augmentation est en Grèce de 12 par 1000 habitants; en Hollande et en Danemark de 10; en Angleterre de 9; en Allemagne et en Belgique de 8 ; en Autriche, en Suède, en Norvège, en Portugal, en Italie de 7 ; en Espagne de 5, et en France de 2 seulement. %
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- LA NATURE
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- LE LIÈGE1
- Sans avoir l’importance de l’industrie bouchon-nière, les diverses applications du liège que nous allons maintenant passer en revue méritent d’être signalées. Chacune de ces applications a sa raison d’être dans une ou plusieurs des propriétés physiques ou chimiques du liège ; la fabrication des bouchons utilisait en premier lieu l’imperméabilité du liège aux gaz et aux liquides, puis ensuite son élasticité et son imputrescibililé. La légèreté du liège, qui nous frappe tout d’abord, n’avait à y jouer aucun rôle.
- Liège male. — Avant d’aborder l’étude des applications industrielles du liège, en les groupant d’après les qualités diverses de ce produit, il nous faut revenir au liège mâle provenant du premier démasclage de l’arbre. Nous avons dit que, vu son peu d’élasticité et ses nombreuses crevasses, il n’avait qu’une faible valeur commerciale, et nous aurons vite fait d’en indiquer les applications, dont la principale est la décoration des parcs et jardins. On a essayé, mais sans succès, d’en confectionner des meules à décortiquer le riz; certaines parties peuvent fournir de petits bouchons; dans les pays de production, on l’utilise comme conduites d'eau ; on en construit des ruches pour les abeilles ; il sert à faire des tablettes pour préserver les objets de l’humidité; enfin, dans la construction, les Kabyles l’emploient, mélangé avec un mortier d’argile, pour élever les murs de leurs demeures, en l’utilisant également, en guise de tuiles, pour la couverture de ces primitives habitations. Les chapelets composés de gros morceaux de liège qui bordent les filets des pécheurs sont également pris dans du liège mâle.
- Ces diverses applications étaient connues des Grecs et des Romains, comme l’attestent les ouvrages de Théophraste et de Pline. Ce dernier nous dit : « On n’utilise que son écorce qui est très épaisse et qui renaît k mesure qu’on l’enlève. Elle est souvent employée pour les bouées d’ancres de navires, les filets de pêcheurs, les bondes de tonneaux et en outre pour la chaussure d’hiver des femmes; les Grecs appelaient plaisamment le chêne-liège Y arbre écorce.... Le liège sert pour la couverture des toits2. » Quant aux copeaux, on peut les employer en guise d’isolant pour conserver de la glace, par exemple; réduits en petits fragments, ils fournissent d’excellentes pistes pour les manèges, comme cela a lieu à l’Hippodrome de Paris.
- Lièges calorifuges. —Revenons au liège femelle, qui est beaucoup plus apte à être travaillé, et dont le grain est plus homogène. Dans cet état, il constitue un corps très mauvais conducteur de la chaleur et du son, et rend de précieux services dans l’industrie comme calorifuge, soit pour empêcher
- f Suite et fin. Voy. n° 708, du 25 décembre 1886, p. 54.
- 2 Pline l’Ancien, Histoire naturelle, liv. XVI, eh. xni.
- le refroidissement des récipients et tuyaux de vapeur, soit pour éviter la fusion de la glace dans les glacières, ou le réchauffement des appareils k produire le froid. H est la base d’un certain nombre de mastics et enduits calorifuges, dont on recouvre les tuyaux, dômes de vapeur, réservoirs k eau chaude, etc., et sur la composition desquels nous n’avons pas k insister ici. Quant au revêtement par le liège seul, le dessin ci-après (fig. 1) indique trois méthodes employées en France. La première consiste k placer le long des tuyaux et cylindres k vapeur des bandes étroites de liège dont les bords se touchent, et serrées au moyen de fils de fer. Le tuyau ainsi revêtu (1) est tangent intérieurement k toutes ces bandes, et la section de l’ensemble présente une circonférence inscrite dans un polygone. Dans le second système (2), de minces bandes de liège, collées sur de la toile par une colle k base de caoutchouc, sont enroulées eu hélice autour du tuyau. Enfin, un troisième mode de revêtement consiste dans l’emploi de deux demi-cylindres évidés (5) épousant exactement la surface du tuyau de vapeur. Ces cylindres, qu’on peut faire d’une longueur quelconque, sont eu poudre de liège agglomérée avec de l’amidon, et sont recouverts d’une bande de calicot, enroulée en hélice, que Ton peut goudronner ou enduire d’une peinture convenable quelconque. Chacun des systèmes que nous venons d’énumérer permet de réaliser une grande économie de combustible. Dans des expériences faites sous la direction de M. Walter Meunier, ingénieur-directeur de l’Association alsacienne des propriétaires d’appareils k vapeur de Mulhouse, on a obtenu les chiffres suivants :
- Vapeur condensée par heure et par mètre :
- Tuyau nu : 5k,584; tuyau revêtu de liège artificiel : 0k,521.
- Soit une réduction de 90k,8 pour 100 dans la condensation de la vapeur. En comptant 1 kilogramme de houille pour la vaporisation de 7 kilogrammes d’eau, on arrive donc, par l’emploi du calorifuge, k une économie de 1620 kilogrammes de charbon par mètre carré de surface ainsi recouverte.
- Le liège étant aussi très mauvais conducteur du son, est employé avec succès pour garnir intérieurement les logettes de téléphones; il peut être placé sur les portes des cabinets de consultation ; on en fait des planchers fort appréciés dans les maisons de santé et les chambres de malades; enfin, dans la fabrication de certains instruments à cordes, nous le voyons adopté pour empêcher la déperdition du son.
- Telles sont les principales applications industrielles du liège k titre de corps isolant.
- Flotteurs, appareils de sauvetage. — La faible densité du liège par rapport k l’eau et son imperméabilité aux liquides en font un excellent flotteur, capable non seulement de se maintenir k la surface, mais encore d’y supporter des objets assez lourds; bornons-nous a rappeler le flotteur en liège annu-
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- laire soutenant à la surface de l’huile les veilleuses I d'argile; la plaque carrée dans laquelle on fixe les |
- —i
- Fig. 1.— Tuyaux garnis de liège calorifuge.— iVl. Bandes juxtaposées. — !V 2. Bande de liège collée sur toile et enroulée en hélice, — K" 3. Liège artificiel
- ploi du liège dans les garnitures des filets de pèche.
- C’est au liège que l'on s’adresse aussi de préférence pour la fabrication des appareils de natation et de sauvetage, sur lesquels s’est exercée à l’envi l'imagination des inventeurs. Un grand nombre de navires possèdent des matelas de liège qui, au moment d’un naufrage, rendent les plus grands services. Le navire Constant parti d’Anvers pour le Brésil périt en mer, dans la nuit du 12 octobre 1845, a 12 milles de Saint-Thomas. Grâce aux ceintures de liège, aux gilets et matelas de sauvetage qui se trou-vaientabord, toutl’équi-page put être sauvé.
- Quant aux bouées de sauvetage proprement dites, elles sont composées de plusieurs planches de liège; on leur donne une forme annulaire, et elles sont munies de rabans volants et à noeuds qui permettent de les saisir facilement. A l’arrière de chaque vaisseau est suspendue une bouée de ce genre
- thermomètres de bains, le bouchon du pêcheur à la ligne, etc., etc. Nous avons vu plus haut l’em-
- fig. 2. — Bâton plombé flottant garni de liège. — L’appareil est représenté avec sa ligne, qui se déroule quand on le lance pour le sauvetage des hommes à la mer.
- au moyen d’une corde qu’on peut couper au premier cri « un homme à la mer! » Ces bouées sont en
- général recouvertes de toile à voile enduite et peinte, qui en assure la conservation. On peut encore sauver une personne tombée à l’eau à une certaine distance d’un quai ou d’un rivage à l’aide des bâtons plombés flottants, représentés figure 2. Le ca-billot permet de saisir la corde entre deux doigts et de lancer l’appareil comme une fronde ; cet engin est composé d’un rotin ou d’un jonc muni de pointes, autour desquelles on a coulé du plomb; le tout est entouré de liège en copeaux, et recouvert d’une toile et enfin d’un filet protecteur contre l’usure. Quant auxpare-battages, ce sont des sortes de sacs, en toile contenant du liège, et que l’on place le long des flancs des navires ou le long des quais pour amortir le choc au moment des accostages ou de la sortie d’un port. Tels sont les
- Fig. 3. — Ceinture de liège et bouée de sauvetage.
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- principaux services rendus par le liège à la navigation.
- Nous ne ferons que mentionner les essais malheureux d’un inventeur qui s’était proposé, il y a quelques années, de marcher sur la Seine à l’aide de vastes semelles de liège attachées à ses pieds. Rappelons aussi la curieuse application du liège à la confection d’une étoffe rendant insubmersibles ceux qui en sont revê-
- tus , et que La Nature a signalée dès son apparition 1.
- Le liège dans i.’habillement.—
- Nous avons vu plus haut que, d’après Pline, les dames romaines se préservaient les pieds du froid au moyen de semelles de liège; cet usage est loin de s’ètre perdu aujourd’hui; outre ces semelles, qui sont plates, en voici d’autres qui n’ont rien à faire avec l’hygiène, et ne relèvent que de la mode : ce sont les talonnettes Louis XV destinées à augmenter la hauteur de la taille sans exagérer le talon de la chaussure; les danseuses garnissent ainsi l’intérieur de leurs chaussons qui, comme on le sait, ont des semelles entièrement plates. Une mince feuille de liège interposée entre les deux semelles du soulier serait, croyons-nous, fort utile par les
- mauvais temps aux troupes en campagne.
- Si le liège est utile pour la chaussure, en préservant les pieds du froid et de l’humidité, il nous rend
- 1 Yoy. n° 651, du 21 novembre 1885, p. 389.
- également de grands services comme coiffure, et, dans les pays chauds, sous forme de casques, il a préservé d’insolations mortelles un grand nombre de nos soldats. Nous le retrouvons, sous forme de feuilles finement tranchées, dans l’intérieur de nos chapeaux hauts de forme, où son rôle d’isolant contre la chaleur est utilisé; on en fait également des bandes dentelées destinées à s’appliquer dans les
- mêmes chapeaux à la place des cuirs ondulés dits aérifères. Dans la toilette des dames, le liège est employé pour la carcasse des oiseaux qui ornent leurs coiffures et auxquels on adapte des yeux, un bec et des plumes plus ou moins conformes aux données de l’ornithologie.
- Les
- tiers
- passemen-
- emploient
- Fig. 4. — Objets en liège. — 1. Flotteur de veilleuse. — 2. Thermomètre de bains avec flotteur de liège. — 5. Ligne à pêcher. — 4 et 5. Talonnettes. — 6. Bandes aéri-fères pour chapeaux. — 7 et 8. Carcasses d’oiseaux pour chapeaux de dames. — 9. Moules pour passementerie.—10. Bouchon-boîte et son couvercle.— 11 et 12. Etuis pour transport de flacons. — 13. Bobine pour transport de la soie. — H. Encrier. — 15. Porte-plume. — 16. Poi’te-cigare. — 17. Loupe d’horloger. — 18. Bout hygiénique pour biberon. — 19 et 20. Rondelle et plaquette. — 21, 22 et 23. Formes spéciales de bouchons. — 24. Bouchon en cours de fabrication.
- également des moules en liège, dont notre dessin reproduit quelques spécimens, et qui sont recouverts de soie ou de coton pour orner les manteaux et confections diverses. Seule, la légèreté du liège peut expliquer les dimensions énormes de ces boules, olives, etc., dont quelques-unes sont plus grosses qu’un œuf de poule! Il y a quelques années, un magasin de Paris vendait des cravates en liège, et nous avons vu récemment, exposés dans une vitrine, des costumes d’enfants dont le col marin était une feuille mince de liège ornée de dessins coloriés. En attendant de voir des robes en liège, nous avons les imperméables, composés d’une feuille mince de ce produit collée entre deux étoffes
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- do soie; ces manteaux ont, sur ceux en caoutchouc, l'avantage de ne pas empêcher le passage de l’air.
- Applications diverses. — Nous ne pouvons, bien entendu, mentionner qu’une partie des applications du liège; on en découvre de nouvelles tous les jours, et nous serons reconnaissant à nos lecteurs de vouloir bien nous les signaler. Bornons-nous à rappeler les services rendus par ce précieux produit pour la prothèse chirurgicale, les planchettes de naturalistes, etc., etc. Dans la vie domestique, nous le voyons employé sous forme de planchettes pour descentes de bain, de rouleaux pour la pâtisserie, écrasant les amandes sans en absorber l’huile comme le ferait du bois; on emploie les feuilles minces à la confection A'étiquettes de luxe pour les vins, étiquettes dont l’imputrescibilité du liège assure la durée. La facilité avec laquelle le liège se coupe, se tourne et se travaille, le fait employer dans la confection de petits ouvrages tels que paysages rustiques, reproduction de monuments, dont quelques-uns sont de véritables œuvres d’art; citons maintenant les étuis de formes diverses pour expédition de flacons par la poste, les bobines, permettant le transport économique de la soie, les encriers dont nous nous sommes servis dans notre enfance, les porte-plumes gros et légers, évitant la crampe des écrivains, les porte-cigares, et tant d’autres objets de fantaisie dont l’énumération veille nous entraînerait trop loin. Il n’est peut-être pas une profession qui n’ait plus ou moins à faire emploi du liège : de tout temps, les polisseurs d’or l’ont employé sous forme débandés étroites, sur lesquelles on frotte les pièces, avec du rouge d’Angleterre; le liège garnit aussi les roues pour le polissage des cristaux; on voit dans notre dessin une monture de loupe pour horloger, en liège, dont la légèreté évite la fatigue des muscles de la figure. Dans l’industrie, on commence aujourd’hui à garnir les poulies de commande de bandes de liège collées sur elles, et assurant l’adhérence des courroies. Dans les scieries, ces bandes remplacent avantageusement les bandes de caoutchouc pour le revêtement des poulies porte lames des scies à ruban. On remplace actuellement les bouchons de biberons par des bouts hygiéniques en liège qui, coûtant très bon marché, peuvent être fréquemment remplacés dès qu’on soupçonne la présence de ferments à leur intérieur. Le liège est aussi employé pour un grand nombre de jouets d’enfants: il sert, par exemple, à fixer les perruques sur les têtes de poupées. Est-il besoin de rappeler les bouchons de fusils et de pistole'.s, et les jeux de volants et de quilles en liège pour appartements, ces derniers beaucoup plus silencieux? Ces quelques indications suffiront à démontrer que bien peu de produits sont susceptibles d’autant d’applications diverses que le liège, et l’on se demande, dans le cas où cette substance viendrait à manquer, par quel autre produit il serait possible de la remplacer.
- La fabrication des bouchons et celle des divers objets que nous venons d’énumérer fournissent une
- quantité considérable de rognures de liège qui, jointes aux déchets provenant de la récolte, et aux vieux bouchons hors d’usage, constituent la matière première destinée a alimenter d’importantes industries que, sous peine d’être incomplet, nous ne pouvons passer sous silence.
- Poudres de liège. — Voici d’abord l’industrie des poudres de liège de diverses grosseurs. Les plus grossières sont employées avec succès pour Y emballage des objets fragiles, a cause de leur élasticité; de plus, leur légèreté permet une grande économie dans les prix des transports.
- Les plus fines constituent les liégines ou subé-rines, dont les propriétés balsamiques sont bien connues des hygiénistes. Elles peuvent remplacer, pour les rougeurs de la peau des nouveau-nés, le lycopode, la poudre d’amidon et la fécule. On a fabriqué, sous le nom de poudre Zifa, une poudre insecticide à base de liège mélangée avec du phénol ; on a aussi fait avec la poudre de liège des allume-feux, mais ces deux applications ne semblent pas avoir donné de grands résultats. Par contre, les poudres de liège sont devenues la base de la puissante industrie des linoléums.
- Linoléum. — Nous ne pouvons entrer dans de grands détails sur cette fabrication, malgré l’intérêt qu’elle présente. Elle a été commencée en Écosse, et tend à s’acclimater dans notre pays. On fabrique le linoléum en mélangeant intimement de la poudre de liège avec de l’huile de lin oxydée; la pâte ainsi obtenue est étendue sur une toile s’il s’agit de fabriquer des tapis, sur un papier si l’on veut confectionner des tentures. La teinte du linoléum, qui est celle du liège un peu plus foncée, peut être égayée par des dessins de couleur. Appliqué sur les murs humides, comme soubassement, tentures ou panneaux décoratifs, le linoléum peut recevoir des peintures à l’huile plus solides que celles faites sur le bois, qui travaille, ou sur les autres matériaux de construction, qui peuvent se fendre, comme le plâtre, par exemple. On peut en faire aussi des plafonds décorés pour salles de réunions, cafés, etc., plafonds qu’il est possible de laver lorsqu’ils ont été noircis par la poussière et la fumée. Comme tapis, le linoléum rend les parquets complètement insonores. Il transforme en habitations hygiéniques et chaudes les appartements humides et insalubres. Employé dans les cuisines et offices, il présente l’avantage de ne pas être taché par les corps gras. Le linoléum est généralement adopté dans notre marine militaire et marchande, où sor; emploi est venu porter un coup terrible à l’industrie des toiles cirées.
- Un produit décoratif nouveau, le lino-burgau, obtenu au moyen d’un gaufrage du linoléum, possède les reflets irisés de la nacre grâce à des applications de vernis colorés, avec métallisation de certaines parties. Nous le croyons appelé à un grand succès, malgré l’élévation de son prix.
- Agglomérés de liège. — Enfin, pour terminer cette série des applications industrielles du liège, il
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- LA NATURE
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- nous reste à parler de la fabrication des agglomérés, qui semble vouloir prendre en France une assez grande extension. Nous avons vu plus haut, au chapitre des calorifuges, l’emploi du liège artificiel pour le revêtement d’un tuyau de vapeur, et nous avons dit que ce produit s’obtenait par l’agglomération, sous pression, de la poudre de liège avec de l’empois d’amidon. Au lieu de demi-cylindres, on peut donner à cette pâte séchée les formes les plus diverses, et cela sous toutes les épaisseurs; on en lait notamment des plaques destinées à garnir la surface exposée a l’air des générateurs à vapeur.
- Une autre pâte, dite pâte de briques, obtenue en agglomérant la poudre plus grosse à l’aide d’un lait de chaux, constitue après compression et séchage, d’excellents matériaux, sous forme de briques et panneaux, pour la construction des refends, le revêtement des murs humides, des soupentes ou des versants d’un comble. Dans les caves de brasseries, les revêtements en briques de liège diminuent la fusion de la glace; dans nos fabriques de poudre à canon, elles évitent le mouillage des poudres par l’humidité, et, en cas d’explosion, leur friabilité et leur légèreté diminuent l’importance du sinistre.
- Mentionnons encore leur emploi dans les hourdis de planchers, dont elles détruisent la sonorité si désagréable. Dans les filatures d’Alsace et de l’est de la France, ces briques ont donné d’excellents résultats. aussi bien au point de vue de leur résistance au passage du son, de la chaleur et du froid, qu’au point de vue de l’économie.
- Gaz de liège. Noir d’Espagne. — Les copeaux et déchets de liège fournissent, quand on les distille en vase clos, un gaz plus éclairant que celui de houille, et n’ayant pas, comme ce dernier, d’émanations sulfureuses qui ternissent les peintures et tlorures de nos appartements. Pendant un certain temps, la ville de Nérac a été éclairée ainsi au gaz de liège, mais on a du y renoncer par suite de la difficulté d’emmagasinage des copeaux, qui, sous un faible poids, exigeaient un emplacement énorme. Le gaz de liège, dont il a été parlé dans La Naturei, serait, vu sa faible densité et sa pureté, excellent pour le gonflement des aérostats; nous ignorons si l’expérience en a été faite.
- Enfin, les rognures et déchets de liège convenablement carbonisés produisent le noir de liège ou noir d'Espagne, un des noirs les plus beaux et les plus résistants que l’on connaisse en peinture.
- Arthur Good.
- APPAREIL ET PAPIERS PHOTOGRAPHIQUES
- EASTMAN
- Lors de récentes séances de la Société française de photographié, M. Paul Nadar a fait de très intéressantes communications relatives aux appareils et
- 1 Yoy. n° 125, du 9 octobre 1875, p. 502.
- aux produits photographiques de la maison Eastman de Roc-hester dont il est le représentant en France. Nous signalerons à nos lecteurs les remarquables papiers de cette maison et son châssis photographique dans lequel la glace sensible est remplacée par un papier négatif se déroulant et fournissant k l’opérateur une provision considérable de clichés.
- L’idée d’obtenir des épreuves négatives en exposant k la lumière une bande continue de matière flexible, sensibilisée par un procédé quelconque, n’est pas nouvelle. Mais, pour différentes causes, jusqu’à ce jour les appareils n’avaient pu être adoptés dans la pratique, soit en raison de défauts de construction, soit k cause de l’imperfection de la préparation du tissu sensibilisé.
- Le châssis k rouleau Eastman-Walkcr dont notre gravure donne le détail (voy. p. 184) se compose essentiellement de deux cadres métalliques maintenus par des traverses. Ces deux cadres sont également réunis par une mince planchette destinée k supporter la partie du papier négatif exposée à la lumière et placée de manière k se trouver exactement dans le même plan optique que la plaque de verre dépoli qui sert à la mise au point.
- Le papier négatif est livré tout enroulé sur une bobine en bois. Cette bobine porte k chacune de ses extrémités un axe bien centré et se fixe à l’un des bouts de l’appareil ; k l’autre bout, se trouve insérée une autre bobine munie de crampons, destinée k recevoir le papier qui a déjà subi l’action de la lumière. Cette bobine est également mobile.
- Il y a donc là une différence essentielle avec les châssis du même genre précédemment employés, lesquels étaient généralement munis de rouleaux k axes fixés k demeure dans l’appareil, et sur lesquels il fallait enrouler soi-même le papier avant d’être prêt k opérer. Cet enroulage préalable était non seulement ennuyeux, mais encore difficile k exécuter, le bromure d’argent se détériorant facilement au contact des doigts ou par le frottement.
- Le papier négatif est enroulé sur la bobine au moyen d’une machine particulière, qui lui donne une tension toujours uniforme, et mesure exactement la quantité requise; de cette manière, le papier est inséré intact dans le porte-rouleau, et, après exposition k la lumière, on peut l’emporter sans le dérouler, en enlevant simplement la bobine mobile et en la remplaçant par une des bobines de rechange. Un petit frein automatique régularise la tension du papier en raison des variations de la température ou de l’humidité ; un signal indique l’instant où le papier est en bonne position pour opérer; enfin un perforateur automatique sert k tracer une série de trous qui marquent la ligne de séparation exacte entre deux épreuves consécutives, ce qui permet de développer le nombre quel qu’il soit de clichés impressionnés.
- Un indicateur extérieur permet enfin de vérifier si le papier est bien en place pour chaque nouvelle pose.
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- LA NATURE.
- Le second instrument que M. Nadar a soumis à la Société de photographie est le porte-membrane (n° 8). Il s’applique également a toutes les chambres, ou mieux à tous les châssis. Ce petit appareil est destiné à supporter les feuilles séparées et toutes coupées du papier négatif pendant le temps de leur exposition à la lumière. Il se compose d’une mince planchette, formée de feuilles de bois collées ensemble pour éviter tout gauchissement et d’un cadre métallique à bords rabattus.
- En outre de son papier négatif, M. Eastman fabrique aussi un papier positif qui permet le tirage des épreuves a la lumière artificielle d’une lampe ou du gaz. Les épreuves encore mouillées peuvent
- être tirées sur clichés mouillés, et, grâce à ce procédé, il devient possible d’avoir de suite une épreuve positive d’une photographie dont le cliché vient d’être développé. Tout le monde comprendra le progrès apporté par la rapidité de cette méthode, dès maintenant absolument pratique.
- L’épreuve positive sur le nouveau papier n’a plus la couleur sépia des épreuves habituelles, elle a la couleur de l’encre de Chine et ressemble d’aspect a un tirage fait à l’encre grasse. Nous ajouterons qu’elle offre l’avantage de prendre parfaitement la peinture à l’huile ou à l’eau; on entrevoit tout le parti que les peintres peuvent en tirer.
- Châssis photographique Eastman à papier négatif. — 1. Vue extérieure du châssis monté. — 2. Mise en place du rouleau. — 3. Manière de fixer le papier. — 4. Détail du mécanisme dont le couvercle (n“ 5) est retiré. — 6. Figure montrant le rouleau de papier tendu. — 7. Papier Eastman dans sa boîte. — 8. Porte-membrane pour papier en feuille.
- UN BATRACIEN VOLANT DE MALAISIE
- Le Rhacophorus Rheinwardti.
- Il y a déjà quelque temps nous figurions ici un reptile saurien volant, le dragon de Malaisie1. Voici maintenant un batracien des mêmes régions qui paraît, au dire de savants dignes de foi, capable de voyager dans les airs. Nous avons vu par quel ingénieux artifice l’animal lourd et rampant par excellence, le reptile, pouvait s’élancer de haut et décrire
- 1 C’est par une erreur inexplicable qu’au début de l’article Dragons, le mot tertiaire s’est trouvé substitué au mot secondaire. Il faut donc lire : » L ère secondaire fut avant tout une période, etc.»
- en voletant une assez longue trajectoire. Le moyen employé était simple; la peau des lianes prenant une grande extension se tendait sur les côtes prolongées, et représentait de 'chaque côté une sorte d’aile.
- Tous les vertébrés ont donc des représentants doués de la faculté de voler. Essence même de la nature de l’oiseau, le vol n’a pas été refusé aux chauves-souris, non plus qu’aux galéopithèques ou singes volants, et il existe en diverses régions des écureuils dont la peau des flancs s’étend en larges replis pour former un vaste parachute. Les Ptéro-mys, les Polatouches, sont les représentants les plus remarquables de ces rongeurs aériens, et parmi les marsupiaux les charmants Bélidées de la région
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- IJu Batracien volant de Malaisie, le Rhacophorus RheinwardtL (D’après un individu du Muséum d’histoire naturelle de Paris.)
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- LA NATURE.
- austro-malaise ne sont pas les moins gracieux des mammifères volants.
- A tous ceux qui ont navigué dans les mers chaudes il a été donné de voir les poissons volants décrivant au-dessus de l’eau leurs gracieuses paraboles, et cherchant à échapper dans leurs inutiles ébats au bec de l’oiseau ou aux dents de la bonite. Les reptiles ont leurs dragons volants, les batraciens comptent parmi eux les Rhacophores.
- Le célèbre voyageur anglais R. Wallace' a réuni dans un livre remarquable1, vrai vade-mecum de tout naturaliste explorant la Malaisie, le fruit de scs recherches et de ses observations pendant un séjour de huit années environ dans les îles malaises et néo-guinéennes. Lors d’un de ses voyages à l’île de Bornéo, il lui fut possible de se procurer un de ces batraciens volants du curieux genre Rhacophorus : « Un des batraciens les plus rares et les plus dignes d’intérêt que je vis a Bornéo était une grande rainette que m’apporta un jour un bûcheron chinois. Cet homme me raconta qu’il avait vu cette bête descendre en quelque sorte en volant du haut d’un grand arbre. Lorsque j’examinai la grenouille, je vis que ses orteils étaient très grands et que la membrane les unissant les recouvrait jusqu’à l’extrémité, de telle sorte que déployées elles offraient une surface dépassant en superficie celle du corps. Les doigts des membres antérieurs étaient également unis par la peau et enfin le corps pouvait se gonfler considérablement. Le dos et les membres avaient une couleur d’un vert chatoyant; la face inférieure du corps et l’intérieur des orteils étaient jaunes, la membrane natatoire noire et striée de jaune. La longueur du corps atteignait environ 10 centimètres, mais la membrane des pattes de derrière, complètement déployée, présentait une surface de 8 centimètres carrés et la surface de tous les pieds réunis couvrait un espace de 18 centimètres carrés. Cette rainette présente ce fait que les doigts qui peuvent se conformer pour la nage ou le grimper peuvent également lui permettre de se diriger dans les airs a la manière des sauriens volants. »
- Le naturaliste Kulil, qui périt à Java victime de son dévouement à la science, assigna les caractères généraux suivants à ces rainettes dont il réunit quelques formes sous la rubrique de Rhacophorus : membranes interdigitales longues et extensibles, plissées longitudinalement lorsque les doigts ne sont pas écartés; tête courte, langue grande et développée en longueur, antérieurement rétrécie, élargie et fourchue, libre en arrière; tympan apparent; dents vo-mériennes situées entré les arrière-narines très espacées ; la peau des bras forme tout le long une expansion en forme de crête. Se rapprochant beaucoup des rainettes par l’ensemble de leurs caractères extérieurs, les Rhacophores rappellent par leur organisation interne les grenouilles parmi lesquelles beaucoup de naturalistes sont d’avis de les classer.
- 1 The Malay Archipelago. — London, 1872.
- Nous donnons ici la figure d’une espèce de grande taille dessinée par M. Clément d’après un individu du Muséum d’histoire naturelle de Paris. Qu’il nous soit permis, à ce propos, d’exprimer ici toute notre reconnaissance à M. le professeur Léon Vaillant pour la bonne grâce avec laquelle il veut bien mettre à notre disposition les pièces intéressantes des riches collections iehtyologiques et herpétologiques appartenant à son enseignement,.
- Le Rhacophorus Rheinumrdti a le dos vert, parfois tacheté de noir, le ventre jaune-orangé relevé de points noirs; des taches bleues se remarquent aux palmures des quatre membres entre les doigts, excepté cependant entre le premier et le second. Les formes générales sont bien indiquées dans le dessin. Les yeux sont saillants et le museau est arrondi en avant. Si la peau du dos est lisse ainsi que celle de la face supérieure des membres, le ventre est très granuleux, de même la face inférieure des cuisses, mais la poitriije et la gorge sont unies. A l’extrémité des doigts très grands et très longs, développés en largeur, se remarquent des ventouses spongieuses de forte dimension. La main présente une particularité : ses doigts portent en leur milieu, en dessous, un appendice long et tuberculeux. L’aspect général des Rhacophores est celui de ces grandes et belles rainettes des îles des Papous, dont une espèce (Pe/o-drijas cyanea) se fait remarquer par sa splendide coloration azurée. Le Rliacophore de Rheinwardt habite les îles de la Sonde.
- Les renseignements certains nous manquent sur les mœurs et les premiers états de ces curieux amphibies. Il nous est permis de croire qu’à la manière des rainettes, les Rhacophores se plaisent parmi les arbres et les buissons, faisant une chasse active aux insectes et utilisant dans leurs ébats les singuliers parachutes dont la nature les a doués. D’autres formes à membranes interdigitales plus ou moins développées se rencontrent aux Indes orientales, dans leurs archipels, ainsi qu’en l’île de Madagascar.
- Maurice Maindron.
- UNE SAUTERELLE DE JAVA
- Nous recevons à ce sujet la communication suivante de M. Emile Blanchard, de l’Académie des sciences, professeur au Muséum d’histoire naturelle :
- Un article ayant pour titre : Une sauterelle de Java, publié dans le n° 713 ( 29 janvier 1887) du journal La Naluj'e, sous la signature Maurice Maindron, contient des assertions qu’il importe de relever.
- La sauterelle de Java Megalodon ensifer a été nommée et décrite pour la première fois en 1838 par Brullé. Dans un ouvrage déjà fort ancien, Histoire des animaux articulés, tome Ier, p. 28, M. E. Blanchard a tracé, à son tour, une description du Megalodon ensifer. Il n’en est fait aucune mention dans l’article de M. Maindron. La citation eut été peut-être gênante pour l’auteur. En effet, c’est ainsi qu’il s’exprime :
- « Telle peut être la description de cet être remarquable,
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- rare dans les collections et dont le type décrit par Brullé en 1858 a disparu du Muséum d’histoire naturelle sans laisser d’autre trace de son passage. »
- Plus loin il écrit:
- « Assisté de M. Kiinckel d’IIerculais, je réussis à reconstituer l’état civil du Megalodon ensifer, dont le souvenir même avait disparu du laboratoire d’entomologie du Muséum qui en fut jadis détenteur. »
- Ces assertions sont inexactes. L’insecte décrit par Brullé en 1838 est toujours à sa place dans une boîte portant même sur l’étiquette extérieure le nom générique de la sauterelle de Java.
- 11 eût suffi de s’adresser au professeur chef de service pour être renseigné.
- M. Maurice Maindron, auquel nous avons communiqué cette note, nous a envoyé une réponse dont nous donnons la substance. M. Maurice Maindron ne s’est adressé directement ni à M. Blanchard ni à M. Kiinckel; il nous écrit qu’il a eu recours a l’aide-naturaliste au service des collections, qui lui a déclaré ne connaître rien de semblable à l’orthoptère dont il était question. Cette démarche est déjà ancienne et remonte au mois d'aoùt 1886, ce qui fait qu’elle peut avoir été oubliée. M. Maindron nous affirme qu’il n’a été dans l’intention de faire aucune allégation blessante : « Le temps, la moisissure, dit-il, avaient pu détruire l’insecte : je n’ai pas prétendu dire autre chose. »
- Nous regrettons pour notre part cet incident, et nous nous empressons de publier la rectification qui nous a été demandée. G. T.
- PROJET D’UTILISATION
- DES CHUTES DU NIAGARA
- Nous trouvons à ce sujet les quelques détails techniques suivants dans Y Engineering. Il s’agirait de produire 200 000 chevaux. Bien que cette force soit considérable, cela ne représente qu’une petite fraction de l’énergie développée par la cataracte. La quantité d’eau qui serait détournée par un canal pour être utilisée représente moins de 1 pour 100 de ce qui s’écoule actuellement par les chutes ; par conséquent le volume du fleuve ne serait pas sensiblement diminué, et tandis que l’industrie et le commerce en bénéficieraient, il ne serait rien enlevé à la beauté et à la grandeur des cataractes. Sur un vaste terrain situé sur la rive gauche du fleuve on bâtirait les usines et les manufactures. L’eau arriverait aux turbines par des conduites placées à angle droit avec la rive du canal et un tunnel de décharge serait creusé sous ce terrain pour ramener ensuite l’eau au fleuve. La hauteur de chute utilisable à l’une des extrémités de ce tunnel serait de 79 pieds et elle irait s’accroissant graduellement jusqu’à 124 pieds. La capacité est estimée à 861 000 pieds cubes par minute. Le travail demanderait deux ans et coûterait de 800 000 à 1 000 000 de livres. C’est un projet grandiose et nous souhaitons qu’il réussisse. Nous ferons remarquer qu’il s’agit là de l’utilisation de la force motrice sur place, solution qui est plus pratique, dans l’état actuel de la science que celle qui consiste à transporter électriquement la force à une très grande distance.
- LA CONSTANTE DE L’ABERRATION
- C'est de l’aberration de la lumière qu’il s’agit. On sait que les étoiles prétendues fixes sont en réalité animées de mouvements qui paraissent très faibles à cause des distances considérables qui nous séparent de chacune d’elles. Il n’y arien de fixe dans le monde depuis l’atome jusqu’à l’étoile, chez les êtres bruts ou chez les êtres organisés.
- Outre les mouvements réels, il en est d’apparents. Ainsi, entre autres, chaque étoile paraît animée d’un mouvement annuel qui résulte du mouvement de la Terre autour du Soleil. Mais ce mouvement n’est pas le seul ; il se complique d’un autre qui tient à ce que la lumière d’un astre met un certain temps à nous parvenir. De même que le son d’une cloche ou le bruit du canon ne nous parvient qu’au bout d’un certain temps, qui dépend de la distance qui nous sépare de la cloche ou du canon, de même la lumière nous arrive au bout d’un temps qui dépend de la distance à laquelle nous nous trouvons du corps lumineux. Elle parcourt, on le sait, 77 000 lieues par seconde. Or, la Terre se déplace à raison de sept lieues et demie par seconde, sur la courbe qu’elle décrit autour du soleil. La vitesse de la lumière est donc dix mille fois plus grande que celle de la terre, mais si grande qu’elle soit absolument ou relativement, elle est comparable à celle de la Terre.
- Que va-t-il résulter de ce double mouvement? Une comparaison va le faire comprendre : Supposons que la pluie tombe verticalement, par un temps calme; si vous restez immobile, le parapluie à la main, la pluie tombe tout autour de vous et le parapluie vous abrite complètement. Mais si vous marchez en tenant toujours le parapluie vertical, il n’en sera pas de même; vous serez mouillé en avant, d’abord sur les chaussures, puis sur le bas du pantalon, et ainsi de plus en plus haut, à mesure que vous irez de plus en plus vite. Imaginez, en effet, une goutte tombant du bord du parapluie, d’une hauteur de lm,50, par exemple, elle va mettre un certain temps pour arriver à terre. Or, pendant ce temps, vous vous avancez, et vous rencontrez la goutte en chemin. Plus vous allez vite, plus tôt vous la rencontrez, c’est-à-dire de plus en plus haut. Vous ne l’éviterez qu’en inclinant le parapluie en avant, plus ou moins, selon que vous allez plus ou moins vite.
- Revenons maintenant à notre observateur qui a l’œil à la lunette et qui reçoit, non de l’eau, mais de la lumière. Il devra incliner sa lunette de telle sorte que la lumière parcoure la longueur de l’instrument pendant que lui s’avance, transporté par la Terre, Il arrive alors que l’observateur croit que l’axe de la lunette lui donne la vraie direction de l’étoile, ce qui n’est pas. C’est comme si, dans la comparaison qui précède, nous croyions que la pluie nous arrive dans la direction du parapluie incliné. Ainsi, nous ne voyons pas les étoiles à leur vraie place; c’est en cela que consiste Y aberration de la lumière. L’angle formé par les deux directions, l’apparente et la
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- la nature.
- vraie, est Y angle d'aberration. L’effet de l’aberration a été constaté pour la première fois, vers 1725, par Bradley, illustre astronome anglais. C’est en voulant se rendre compte des variations périodiques observées dans la distance zénithale d’une étoile du Dragon qu’il fut conduit à cette découverte ainsi qu’à celle de la nutation. La connaissance de l’aberration a confirmé celle de la vitesse de la lumière ; elle a fourni une preuve directe du mouvement de translation de la terre ; elle permet de déterminer indirectement la parallaxe solaire et par conséquent, de contrôler les nombres obtenus par d’autres méthodes. C’est donc une découverte de premier ordre, et la détermination exacte de la constante est d’une importance qui ne saurait échapper à personne.
- Il existe plusieurs méthodes pour déterminer et corriger l’aberration, malheureusement elles sont d’une extrême complexité et exigent de longues et patientes observations. Mais ce qui surtout rend cette recherche des plus délicates, c’est la multiplicité des erreurs qui peuvent être commises et qui peuvent compromettre l’exactitude du résultat : erreurs accidentelles d’observa-tions, erreurs des constantes instrumentales, erreurs des pendules ou de l’équation personnelle, incertitudes provenant d’une détermination trop peu rigoureuse de la précession et de la nutation, connaissance insuffisante de mouvements propres des étoiles et de leur parallaxe.
- Une méthode qui permet d’éviter ces nombreux écueils, d’écarter toutes les difficultés, doit être regardée comme une découverte remarquable, et mieux encore, comme un véritable bienfait. Nous devons cette méthode à M. Lœwy, de l’Institut.
- Au lieu de comparer les positions absolues des étoiles, il se fonde sur des observations différentielles. Un double miroir, taillé dans un même bloc de verre, est placé au devant de l’objectif de la lunette (voy. la figure), et renvoie dans le champ de cette dernière les images de deux étoiles appartenant à des régions célestes différentes ; on mesure alors la faible distance angulaire de ces deux images voisines. On observe ces deux étoiles à diverses époques déterminées, et on compare deux à deux les résultats obtenus. La différence des mesures fournit une valeur
- multiple de l’aberration, indépendante des erreurs provenant de l’instrument. La mesure de l’arc compris entre les deux astres est indépendante de la précession et de la nutation. Si l’angle des deux miroirs est de 45fl, on obtiendra, pour deux étoiles zodiacales, une variation dans la distance égale à deux fois la constante au bout de trois mois, et à trois fois la constante au bout de six mois.
- On peut craindre que l’angle du miroir ne se trouve modifié par suite des variations de la température. M. Lœvy donne un procédé qui permet de déterminer la dilatation du miroir et d’en tenir compte. Pour atteindre ce but, on observe une des couples d’étoiles pour lesquelles l’effet de l’aberration sur la distance reste nul pendant toute l’année. La différence entre les mesures effectuées à diverses époques, fera connaître cette variation de l’angle, si toutefois elle existe.
- Voici maintenant le principe de la méthode générale qui est d’une rigueur absolue : on détermine l’instant sidéral auquel la direction du mouvement de translation de la terre se trouve dans le plan de l’horizon. Partant de la longitude correspondant à cette direction, on détermine les coordonnées de deux couples d’étoiles, de telle sorte que les quatre étoiles se trouvent tous les jours à la même hauteur au-dessus de l’horizon, et que l’effet de l’aberration soit notable sur les deux distances et de signe contraire. On compare alors, au même instant physique, les deux arcs compris entre les deux couples d’étoiles. On continue ces observations pendant trois mois, et on obtient ainsi une série de déterminations de la constante avec la plus grande exactitude.
- Le phénomène même de l’aberration est ainsi directement observé et la constante évaluée uniquement à l’aide d’observations faites dans la soirée, sans qu’on ait à faire intervenir des éléments étrangers. Aucune opération astronomique ne saurait atteindre le degré de précision obtenu par la comparaison de deux belles étoiles voisines dans le champ d’un équatorial. Telle est la méthode grâce à laquelle on obtient, basée sur une centaine de pointés, chaque valeur particulière de l’aberration.
- Félix Hkmext.
- Appareil de M. Lœwy pour corriger l’aberration.— 1. Appareil placé sur la lunette d’observation.— 2. Double miroir taillé dans un bloc de verre. — 3. Montage du miroir.
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- LA NATURE
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- L’HABITATION AU TONKIN
- SOUS I,E RAPPORT DE I.’hYGIÈNE
- En recliercliant et en appliquant les règles hygiéniques qui peuvent contribuer à acclimater les Européens dans un pays dont les conditions climatériques sont absolument différentes des nôtres, on crée, assurément, l’un des facteurs qui peuvent le plus contribuer au succès d’une colonie. A cet égard, le travail que nous avons sous les yeux et dans lequel l’auteur, M. Coste, ingénieur civil, après deux séjours de plusieurs années au Tonkin, a résumé toutes les conditions ayant un rapport avec l’hygiène des Européens, présente un réel intérêt. Il étudie successivement : le climat ; l’inlluence des distractions, du confortable et du bien-être sur la santé; l’action du soleil ; l’habitation; l’habillement; l’alimentation; l’eau; les maladies locales et les conditions actuelles de l’existence Ce dernier chapitre montre, en particulier, combien, sous le rapport de l’habitation, les conditions actuelles laissent à désirer.
- Les Européens habitent encore, presque tous, des baraques en torchis élevées au ras du sol à peine remblayé, et couvertes de toitures en feuilles de palmiers; ces toitures sont retenues par de longs et gros bambous fixés sur des pieux fichés en terre et se croisant par-dessus, qui les empêchent tant bien que mal et plutôt mal que bien, d’être enlevées par
- les typhons. La figure 1 représente une de ces habi-rations européennes des environs d’Hanoi. On en trouve encore dans de plus mauvaises conditions hygiéniques, bien que, sous ce rapport, l’exemple que nous donnons à nos lecteurs laisse beaucoup a désirer. Une condition qui fait, en outre, absolument
- défaut dans ces habitations, c’est le confortable; or une bonne distribution et des aménagements soignés sont fort nécessaires, car il ne faut pas perdre de vue que le confortable et le bien-être sont in-dispensables à l’Européen' dans tous les pays chauds et surtout dans l’Indo-Chine, pour le préserver de la nostalgie et de l’anémie, maladie qui doit être considérée comme la plus redoutable parce qu’elle démoralise et fait complètement perdre toute énergie morale.
- Les habitations européennes doivent être aussi éloignées que possible des marais, des étangs, des marécages, des grands chantiers de terrassement et des agglomérations de population asiatique. Lorsqu’il n’est pas possible de les en éloigner, il faut les placer de l’ouest-sud-ouest au sud-sud-ouest de ces foyers de miasmes insalubres, de façon que, pendant l’été, alors que ces miasmes sont le plus dangereux, elles se trouvent sous la mousson de sud-ouest qui souffle à cette époque et à laquelle il est fort salutaire d être exposé.
- Les chambres à coucher ne doivent jamais être établies sur le sol, même lorsqu’il a été exhaussé et
- Fig. 1. — line maison actuelle au Tonkin.
- Fig. 2. — Projet de maison salubre, de MM. A. Coste et J. Lequeux.
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- LA NATURE.
- bétonné ou carrelé, elles doivent toujours être sur un sous-sol élevé de lm,50 au moins, permettant à l’air de circuler librement sous le plancher.
- Les pièces doivent être grandes, élevées, bien aérées par de grandes ouvertures donnant sur des vérandas de 2 à 5 mètres de largeur. Toutes ces ouvertures doivent être munies de persiennes. Il faut, en un mot que pendant l’été l’Européen, dans son habitation, soit à l’abri des averses et du rayonnement nocturne; protégé du soleil et bien à l'ombre pendant la journée, tout en restant, pour ainsi dire, en plein air. Le soleil, est, en effet, un des plus dangereux ennemis pour l’Européen qui est sujet aux insolations ; non seulement il y a lieu de prendre de grandes précautions lorsque l’on sort dans le milieu de la journée, mais il y a nécessité absolue à préserver l’intérieur des habitations, des bureaux, des ateliers, du moindre rayon de soleil.
- . Parmi d’autres projets, M. Coste et un architecte parisien de talent, M. Lequeux, ont étudié, fait construire et expédié au Tonkin une construction type réunissant toutes ces conditions et dont les ligures 2 et 5 montrent les dispositions générales.
- L’ossature et la charpente de cette construction sont en fer; on sait, en effet, que, dans ce pays le bois est rapidement attaqué et détruit par les insectes, notamment par les fourmis blanches, sans qu’aucun enduit puisse le protéger. Le fer, au contraire, bien qu’il s’oxyde avec une rapidité extraordinaire dans ce climat chaud et humide, peut être facilement protégé au moyen de plusieurs couches de peinture. Il est d’ailleurs nécessaire de tenir compte de cette humidité permanente, non seulement dans les constructions, mais dans le choix des objets de matériel et dans l’ameublement.
- Toutes les précautions ont été prises pour se pré-
- Fig. ô. — Projet de maison d’habitation pour le Tonkin. — Construction en fer et en briques.
- server du soleil : l’habitation est complètement entourée de larges vérandas pouvant servir de promenoirs et qui, avec leurs persiennes et des stores en nattes, abritent les murailles. Celles-ci, pour parer à la réverbération et mettre l’intérieur de l’habitation autant que possible à l'abri de la chaleur extérieure, sont creuses ou, plus exactement, à double paroi ; la paroi extérieure est en briques du pays, J a paroi intérieure en carreaux de liège aggloméré ou encore en moelle de coco. Entre ces deux parois circule de l’air frais pris dans le sous-sol et qui, conduit dans le comble, constitue un matelas d’air enveloppant et isolant la construction et se renouvelant sans cesse, à mesure de son échauffement, en s’échappant par une cheminée d’appel.
- Parmi les dispositions accessoires hygiéniques nous signalerons : une glacière dans le sous-sol permettant d’avoir toujours des boissons fraîches pour les repas. A proximité des chambres à coucher se
- trouvent des cabinets de toilette et surtout des salles d’hydrothérapie, l’usage des douches froides étant des plus salutaires. Enfin, dans les pièces principales se trouvent des cheminées, car, pendant l’hiver on éprouve souvent le besoin de faire du feu, dans la matinée surtout. Le Tonkin a, en effet, l’avantage sur d'autres pays chauds d’avoir un hiver qui dure plusieurs mois ; comme cette saison est fraîche en même temps que très sèche, on y jouit d’un climat admirable, ayant beaucoup d’analogie avec celui de Nice et des côtes méditerranéennes de l’Espagne. La température y varie alors de 15 à 20° et descend, pendant la nuit, à 6 ou 8°. Il est donc indispensable que les fenêtres des maisons aient des vitres.
- Nous avons vu qu’il y avait lieu de prendre certaines précautions relatives aux ouragans; le Tonkin est, eu effet, sujet aux typhons, violents ouragans des mers de Chine qui, de la fin de juin à la mi-octobre, se font sentir quelquefois jusque dans notre
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- LA NA T U il E.
- protectorat avec toute leur violence et y occasionnent de grands désastres. On remarquera sur la ligure o la précaution prise à cet égard et qui consiste dans l’ancrage des pieds-droits des fermes dans les ion-dations et le maintien des toitures par des sortes de haubans en fil de fer avec ridoirs, qui s’opposent à leur enlèvement. Edmomu Boc.v.
- CHRONIQUE
- Exposition scientifique et industrielle de la Sibérie et des monts Ourals. — L’ouverture de cette exposition, qui aura lieu à Ekatherinebourg sous les auspices de la Société ouralienne, a été fixée au 15/27 mai 1887 : elle durera quatre mois. On y verra figurer tout ce qui concerne l’industrie de l’Oural métallifère. Une partie de l’Exposition qui promet aussi d’offrir un intérêt tout particulier est celle d’ethnographie, où figureront un certain nombre de familles de Bachkirs, de Kirghizes, de Vogoules, d’Ostiaks, de Samoïèdes et d’autres peuples à demi-sauvages de l’Oural et delà Sibérie, avec leurs habitations <et tout leur attirail de chasse et de pêche, sans parler des modèles, mannequins, costumes, etc., de ceux de ces peuples dont la représentation vivante entraînerait des dépenses au-dessus des moyens du Comité. Les collections d’objets préhistoriques en pierre, en os, en argile et en métal, rassemblées dans l’Oural et la Sibérie, présenteront d’autant plus d’intérêt aux spécialistes, qu’elles n’ont encore liguré à aucune exposition.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 14 février 1887. — Présidence de M. Gossélin.
- Nature des bilobiies, — Le savant professeur de botanique du Muséum, M. Ed. Bureau, revient, dans un mémoire très écouté, sur la question qu’il a tant à cœur de résoudre, de la véritable nature des bilobites. Nos lecteurs sont bien au courant à ce sujet et ils savent que sous ce même nom de bilobites on comprend ensemble des objets certainement fort divers. Par exemple ces vestiges jurassiques des environs de Boulogne-sur-Mer, qui ont été décrits ici même et qui, très allongés, se présentent en relief à la surface supérieure des bancs gréseux, n’ont rien à voir dans les explications qui vont nous occuper. Il s’agit principalement des gros vestiges connus des savants sous le nom de Cruziana et que les paysans de basse Normandie, par exemple, aux environs de Ba-gnols, de l’Orne, appellent du nom pittoresque de pas de bœufs. M. de Saporta, en France, M. Delgado, en Portugal, et d’autres paléontologistes, y voient des algues fossiles. M. Bureau comme M. Nathorst pense qu’ils représentent des algues fossilisées. Comme on sait, les Cruziana sont en relief à la surface inférieure des bancs gréseux alternant avec des argiles ; mais il est évident pour M. Bureau que c’est dans les argiles qu’ils se sont produits en creux et que le grès résulte de la cimentation d’un sable qui les a contremoulés. Pour se rendre compte de leurs caractères, il faut les reprendre avec du plâtre qui affecte dès lors tous les détails de forme de l’argile primitive : l’auteur dépose de semblables moulages sur le bureau et en même temps des photographies qu’il en a laites. Leur examen montre que les stries latérales partant d’une crête longitudinale médiane, inégale et si-
- nueuse ne sont pas isolées mais disposées par petits groupes. Ces systèmes de sillons sont très distincts les uns des autres; on en obtiendrait, dit M. Bureau, de tout semblables en effleurant avec un peigne une masse plastique comme de la terre à modeler. Aussi les rapporte-t-il au passage sur la vase marine silurienne des organes locomoteurs d’un animal dont les pattes étaient pourvues d’une douzaine d’appendices. La différence entre les divers Cruziana tiendrait à la diversité des animaux dont ils suivent les pistes et au contraste de leurs allures. Le Cruziana Prevosli résulterait d’une marche saccadée avec retour en arrière à chaque pas; au contraire le C. nugosa serait l’effet d’une progression régulière. Dans C. furcifera M. Bureau voit la trace d’un animal dont la progression en avant était accompagnée de déplacements latéraux rythmés et de peu de durée.
- Absorption des formialcs. — Les physiologistes admettent depuis longtemps que les formiates alcalins placés dans le sang d’un animal sont décomposés en carbonates avec élimination d’oxyde de carbone. M. le Dr Nestor Grehant ayant repris l’étude de ce sujet constate que cette notion acceptée est une erreur. Des procédés très délicats d'analyse lui ont montré que le sang des chiens à qui des formiates ont été inoculés ne renferment aucune trace d’oxyde de carbone et que la proportion des carbonates n’y est pas sensiblement modifiée.
- Paléontologie rémoise. — M. le Dr Lemoine vient rendre compte à l’Académie de l’ensemble des recherches paléontologiques qu’il poursuit depuis quinze années dans les terrains tertiaires inférieurs des environs de Beiins. Les résultats ainsi obtenus peuvent être subdivisés en trois groupes selon qu’ils se rapportent aux vertébrés fossiles, aux animaux invertébrés et aux plantes fossiles. Les vertébrés appartiennent aux classes des mammifères, des oiseaux, des reptiles, des batraciens et des poissons. Ils représentent 94 espèces dont 8 à 10 tout au plus étaient antérieurement connues. Les mammifères se subdivisent en 23 genres et 40 espèces. Il y aurait 5 types d’oiseaux. Les reptiles constituant 25 espèces se subdiviseraient en tortues (10 espèces), crocodiliens (5 espèces), simœdosauriens (3 espèces), Iacertiens (5 espèces), serpents (2 espèces), 5 formes de batraciens dont une égalerait les plus grandes salamandres actuelles, 21 espèces de poissons dont les plus intéressants appartiennent aux familles des lépidostés et des amadiés que l’on rencontre encore dans les grands fleuves de l’Amérique.
- Le groupe des invertébrés fossiles recueillis 'aux environs de Reims se répartirait entre les articulés (crustacés, insectes, probablement un scorpion), les mollusques (un millier d’espèces), les coralliens, les spongiaires, les foraminifères. Les plantes fossiles sont également fort nom-; breuses et se rapportent à toutes les classes du règne végétal. Tantôt à l’état de simples empreintes, tantôt conservées en nature, elles peuvent être, comme les plantes 1 actuelles, soumises à l’examen microscopique. Cet ensemble : de matériaux paléontologiques offre cet intérêt spécial qu’il
- 1 se rapporte à une époque géologique considérée jusqu’ici ! comme relativement pauvre. Il s’agit des terrains ter-1 tiaires les plus inférieurs du bassin de Paris.
- s Toxicité de la colchicine. — Une nouvelle étude sur i les propriétés physiologiques de la colchicine est présentée par MM. Mairet et Combenal. M. le secrétaire perpétuel Vulpian constate que ce travail tire son principal intérêt
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- do la confirmation qu’il procure à des observations antérieures. On sait que la colchicine n’exerce aucune action bien nette ni sur le cœur, ni sur les poumons, ni sur les nerfs, ni sur les muscles. 11 se borne à déterminer une irritation extraordinaire des muqueuses; à provoquer des selles sanglantes et profuses qui épuisent rapidement le sujet et le tuent.
- Élection. — M. Chauveau ayant été élu membre titulaire, il y avait lieu de pourvoir à la place de correspondant qu’il laissait vacante dans la section de médecine et de chirurgie. La section avait présenté : en première ligne, M. Leudet (de Rouen); et en deuxième ligne, par ordre alphabétique, MM. Feltz (de Nancy) et Oré (de Bordeaux), M. Leudet est nommé par 41 suffrages contre 6 donnés à M. Oré; il y a 3 bulletins nuis.
- Varia. — MM. Henry adressent la magnifique photographie obtenue en deux heures de pose, d’une nébuleusesi peu lumineuse qu’elle est absolument invisible dans les meilleurs instruments. — Des recherches physiques sur l’isomérie de position sont adressées par M. Colson. — M. Langlois poursuit les confirmations de sa théorie des équilibres atomiques que fournissent les mesures des chaleurs spécifiques des liquides.
- — Une roche remarquable subordonnée à la houille de Saint-Étienne et consistant en débris organiques fort petits est signalée par M. Grand Eury. —
- Selon M. Viallanes, la comparaison du système nerveux des crustacés et des insectes peut être poussée jusque dans des détails très délicats. — M. Milne Edwards expose les résultats zoologiques obtenus par une série de dragages le long des côtes de France et d’Espagne par le bâtiment F Hirondelle. — Selon M. Faye, les expériences de M. Weyher, tout en présentant un intérêt très vif, ne suffisent pas à renverser sa théorie des trombes et imitent des phénomènes différents des tourbillons atmosphériques. — M. Aucoq rappelle que le premier chemin de fer français ne date pas de 1837 comme on le répète partout, mais bien de 1828; il allait de Saint-Étienne à Andrézieux. Stanislas Meunier.
- FLOCONS DE NEIGE EXTRAORDINAIRES
- La journée du 10 février 1887 s’est signalée à Paris par une chute de neige très intéressante au point de vue météorologique ; elle a eu lieu de 10 heures à midi; ce n’était pas des flocons qui tombaient, mais de petites paillettes cristallisées, d’un aspect remarquable, des fleurs de glace aux six branches hexagonales d’une étonnante variété et d’une beauté merveilleuse. Nous en avons mesuré qui avaient 3, 4 et 5 millimètres de diamètre. Les
- observateurs ont rarement eu l’occasion d'admirer si bien les cristaux de neige que l’on voit dessinés dans les traités de météorologie.
- Nous n’insisterons pas sur ces faits d’ailleurs bien connus, pour en présenter d’autres beaucoup plus rares.
- L’année 1887 est déjà tristement mémorable en Angleterre, par le nombre et la gravité des chutes de neiges qui s’v sont produites. M. Lowe, célèbre physicien de ce pays, qui observe avec assiduité depuis un demi-siècle les phénomènes météorologiques, n’a jamais vu de flocons aussi volumineux que ceux qui sont tombés devant lui à Shirenewtown Hall près de Chepstow, petite ville du pays de Galles, située dans le Monmouth Shire. Il était un peu plus de midi (7 janvier), la neige tombait sans interruption depuis 10 heures du matin par une température à peine supérieure au point de fusion de la glace, et dans un air complètement saturé d’humidité.
- M. Lowe avait avec lui deux préparateurs armés de plaques de verre préalablement refroidies, de sorte
- qu’il lui fut possible de mesurer avec une exactitude rigoureuse les dimensions de quelques-unes de ces mas-ses informes d’un volume tout à fait inusité. 11 en recueillit qui mesuraient . un peu moins de 90 millimètres de longueur, environ 60 de largeur, et un peu plus de 30 d’épaisseur, et dont la fusion ne donnait pas moins de 7 centimètres cubes d’eau. Ils étaient formés de plusieurs centaines de cristaux, dont on distinguait parfaitement la forme individuelle, et qui se trouvaient associés de toutes les manières possibles. Cependant il était facile de voir que la plupart nageaient horizontalement dans l’air lorsqu’ils avaient été ainsi agglutinés.
- A ce moment la neige tombait avec une excessive abondance. On calcula qu’il tomba en six minutes une épaisseur d’environ 5 millimètres dont la fusion donna un peu moins d’un millimètre de hauteur cl’eau.
- M. Lowe a accompagné ses explications d’un croquis que notre confrère de Londres Nature a publié, et qui nous a servi à exécuter le dessin que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs. Il est à regretter que des objets aussi remarquables n’aient pu être photographiés.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Flocon de neige de la chute du 7 janvier 1887. (Grandeur naturelle.)
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Taris.
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- N° 717. — 26 FÉVRIER 1887.
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- LES NAINS ET LES GÉANTS1
- LES VARIATIONS DE LA STATURE HUMAINE
- L’histoire des variations de la stature en France est des plus complexes. A l’époque de l’invasion romaine la Gaule était peuplée, d’après Jules César, par trois races bien distinctes. Au nord et au nord-est se trouvaient les Belges ou Kimris; ils étaient blonds, de taille élevée ; l’examen de leurs squelettes découverts à l’époque moderne montre que leur crâne était de forme allongée (dolichocéphale). L’ouest et le centre de la France étaient occupés par une race très nombreuse, la race celtique. Les Celtes 1
- étaient bruns, d’une taille peu élevée, ils avaient la tête ronde (brachycéphale). La race des montagnes d’Auvergne a conservé le type de l’ancienne race celte; on la retrouve également en Bretagne. Puis au sud se trouvait la race ibérique, divisée suivant son habitat en Aquitains, Ligures, etc.C’était encore une petite race. Les Basques de nos jours semblent en être les descendants les plus directs.
- Longtemps avant l’invasion romaine, à l’époque de la pierre polie, c’est-à-dire dans un temps dont on peut estimer l’éloignement à vingt-cinq ou trente siècles, la Gaule renfermait déjà plusieurs races d’hommes. Quelques-unes de celles-ci vivaient non seulement côte à côte, mais s’alliaient entre elles.
- Les variations de la stature humaine. — Le géant Winckermeler, 2",60. — En cuirassier, lm,80. — Homme moyen, lm,66. — Petit soldat, lm,54. — Le nain Borulawsky, 0”,7o. — Un bébé à sa naissance, U“,50.
- La découverte récente de M. Thieullen d’un très grand nombre de squelettes dans un tumulus a Crécv-en-Brie (Seine-et-Marne) est venue confirmer cette opinion. L’examen de ces squelettes montre qu’ils appartiennent au moins à deux races, l’une de grande taille ayant le crâne dolichocéphale, l’autre de taille moyenne, au crâne brachycéphale. Quelques squelettes, par la forme de leurs crânes et leur stature, indiquaient un mélange de ces deux races. A une époque plus récente que l’invasion romaine, les peuples de la Gaule en ont subi plusieurs autres, telles que celles des Teutons, des Helvètes, des Huns,
- ! Suite. Voy. n° 706, du 11 décembre 1886, p. 18.
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- des Maures ; plus tard sont venus les Normands, puis les Anglais, et chaque invasion de quelque durée a eu son influence sur la race envahie, soit par des croisements, et surtout par les individus qui se sont fixés dans le pays après s’être emparés des meilleures terres. Malgré le temps écoulé depuis ces invasions, on retrouve encore actuellement leur influence quand on cherche à déterminer l’origine des divers groupes d’habitants d’une région.
- En Bretagne, par exemple, on rencontre encore avec leurs caractères anthropologiques parfaitement tranchés, les deux principales races de la Gaule. Sur les landes du centre on trouve des Celtes ; leur aspect est caractéristique, dans le pays on les désigne sous
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- le nom de Menez, habitants des montagnes de Menez. Sur d’autres points, principalement dans les vallées, on trouve le type kimri ; ce type s’est surtout conservé avec une grande pureté dans certaines communes dont les habitants ne s’allient qu’entre eux. Sur le littoral nord la race est très belle, elle diffère complètement des races du centre et son origine semble être les invasions des peuples venus du nord de l’Europe. La grande majorité des habitants du pays est le produit du croisement de ces trois races types.
- Quand une région présente plusieurs types d’individus, on est presque toujours certain de retrouver sur les hauteurs, dans les régions les moins fertiles, la race autochtone, soit pure, soit plus ou moins croisée, tandis que les descendants de la race envahissante se rencontrent dans les plaines, les vallées, l'a où la fertilité est plus grande. Très fréquemment, en effet, la taille de la population est sur les plateaux inférieure à celle des habitants des plaines et cela s’explique par les influences héréditaires et l’in-lluence de la fertilité qui dans ce cas concourent au même but.
- Les extrêmes de la stature humaine : Nains et Géants. — De temps en temps dans les populations les plus diverses on rencontre des individus dont la stature s’éloigne beaucoup de la moyenne, soit en plus, ce sont les géants, soit en moins, ce sont les nains; et la tératologie, l’étude des monstruosités humaines, ne trouve pas d’explications satisfaisantes pour déterminer les causes de ces variations considérables de statures. Il est intéressant de comparer la taille des plus grands géants avec celle des plus petits nains, et on peut retirer de cette comparaison la détermination des statures extrêmes de l’espèce humaine.
- A en croire les anciens auteurs, un grand nombre de géants et même de géantes auraient atteint des statures extraordinaires même pour des géants. Pline parle du géant Gabbara qui avait 9 pieds 9 pouces, et de deux autres géants, Posion et Secundilla, qui avaient un demi-pied de plus. La jeune fille géante, citée par Garopius, atteignait, dit-il, 10 pieds. Un géant écossais, d’après Lecat, avait 11 pieds et demi de hauteur (5m,72) mais il semble probable que les hauteurs attribuées à ces divers géants ont été fort exagérées. On peut au contraire considérer comme authentiques des géants de 2m,50 à 2m,60.
- En 1755, on faisait voir à Rouen un géant de 8 pieds de hauteur (2m,59). Un paysan suédois cité par Buffon avait 8 pieds 8 lignes (2m,60), c’était également la taille du géant finlandais Cujanus; le roi de Prusse Frédéric-Guillaume avait un garde à peu près de la même taille. Le géant Gillé de Trente, dans le Tyrol, avait plus de 2m,50; c’était la taille d’un des gardes du duc de Brunswich. La Nature a donné récemment1 le portrait du géant grec Ama-nale ayant 2m,56 de hauteur, et antérieurement2
- 1 Voy. n°G97, 9 octobre 1886, p. 301.
- 1 Voy. n° 582, du 25 septembre 1880, p. 257.
- celui du géant chinois Chang dont la taille était de 2m,49. Le géant Winckelmeler, qui se montre actuellement à Paris, ayant 2m,60, peut donc être pris comme spécimen de la plus haute stature atteinte dans l’espèce humaine. À l’extrémité opposée on trouve un grand nombre de nains, cités ou présentés, comme n’ayant que des hauteurs au-dessous de 50 centimètres. Les uns n’ont eu que 40 et même 50 centimètres; mais ces nains ne sont que des monstres aux jambes atrophiées ou a la colonne vertébrale contournée, ou bien encore des enfants atteints d’arrêt de développement que leur barnums généralement vieillissent de quelques années. Le fameux général Tom-Pouce était dans ce cas, de même les Royal-Midgets exhibés dernièrement à Paris, et même la petite princesse Paulina décrite dans La Nature l.
- Mais si on cherche dans la longue liste des nains dont on a conservé la description, celui qui a eu la plus petite taille, même parvenu a l’àge adulte, tout en présentant une conformation normale, on en trouve un surtout qui mérite une attention particulière : le célèbre nain Borulavvsky, né en 1789, mort en 1857, n’a jamais eu que 75 centimètres de hauteur. Voici d’après un témoin (M. de Tressan) la description de ce nain. « M. Borulavvsky a 22 ans, sa hauteur est de 28 pouces (0,75) ; il est parfaitement bien formé dans sa taille, la nature ne s’est point échappée et nulle partie monstrueuse ne le défigure. La tête est bien proportionnée, ses yeux sont beaux et pleins de feu; tous ses traits sont agréables, sa physionomie est douce, spirituelle et annonce la gayeté, la politesse et toute la finesse de son esprit. Sa taille est droite et bien formée ; ses genouils, ses jambes et ses pieds sont dans les proportions exactes d’un homme bien fait et vigoureux. Il lève avec facilité d’une seule main des poids qui paraissent considérables pour sa stature. »
- Si on prend la moyenne entre ces deux extrêmes, le géant Winckelmeler (2m,60) et le nain Borulavvsky (0in,75) on voit que cette moyenne est de U",67 et que la hauteur qui les sépare est de lm,85. Il est à remarquer que cette hauteur moyenne se rapproche de celle de la taille des hommes en France. Il nous a semblé intéressant de donner comparativement dans un dessin la hauteur proportionnelle de ces deux spécimens extrêmes de la taille de l’homme (voy. p. 195) ; le portrait du nain Borulavvsky est fait d’après une gravure du temps, celui du géant Winckelmeler d’après une récente photographie; on a placé auprès d’eux un enfant venant de naître d’une hauteur moyenne de 0'",50, un soldat d’infanterie ayant le minimum de la taille lm,54, un homme de taille moyenne, lm,66, et enfin un cuirassier ayant lm,80 de hauteur. Ce dessin résume les diverses variations de la stature humaine.
- — A suivre. — GüYOT-DaUBÈS.
- 1 Voy. 1881, premier semestre, p. 253.
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- K Xl'É H1KNT.ES
- SUR LES TOURBILLONS AÉRIENS
- K T I. i:s SPHÈRES TOU UN AS T ES
- Par H Cil. VVEinEll
- M. Ch. Weyher, l’iin des directeurs de l’important établissement de constructions mécaniques de Pantin (maison Weyher-Richemond), a réalisé une série d’expériences synthétiques des plus remarquables, sur les tourbillons aériens et sur l’attraction au moyen de sphères tournantes. MM. Mascart et Alfred Cornu, de l’Académie des sciences, ont assisté à ces expériences, et ils les ont jugées Alignes d’attirer l’attention des savants. Une première communication a été faite à ce sujet par M. Mascart, dans la séance de l'Académie des sciences du 7 février.
- M. Ch. Weyher a eu l’obligeance de faire fonctionner ses appareils sous nos yeux; nous avons apprécié l’originalité et l’intérêt des résultats qu’il obtient à l’aide de mécanismes ingénieux, et fort habilement construits. Il y a là, selon nous, une voie nouvelle ouverte aux théoriciens par celte méthode de physique du globe expérimentale. M. Ch. AVeyher nous a communiqué la description de toutes ses expériences ; nous ne saurions la reproduire in extenso, mais nous en extrayons les passages relatifs aux faits les plus importants, qui nous ont particulièrement frappé. Nous remercions le savant expérimentateur d’avoir bien voulu réserver à La Nature la primeur d’un travail aussi original et aussi important. G. T.
- 1°. — Trombe marine en plein air. — Ün
- tambour de 1 mètre de diamètre est monté sur un axe vertical, mis en rotation au moyen d’une poulie et d’une courroie (fig. 1). Le tambour porte liuit à dix palettes, il est ouvert par le bas; son nombre de tours correspond à une vitesse de 50 à 40 mètres par seconde à sa circonférence. Cet appareil est placé à environ 5 mètres au-dessus de la surface de l’eau contenue dans un grand réservoir.
- Aussitôt qu’on fait tourner le tambour ventilateur, on voit des spirales se dessiner à la surface de l’eau et converger toutes vers un même centre. L’eau forme sur ce centre un premier cône massif ayant environ 0m,20 de diamètre à sa base et 0m,10 à 0m,12 de hauteur.
- Ce premier cône se surmonte d’un second renversé et formé de nombreuses gouttes qui s’élèvent de 1 mètre à lm,50 pour retomber tout autour à des distances variant de 1 à 3 mètres. Les gouttes les plus fines et les poussières d’eau montent jusque dans le tambour tournant.
- Si l’on met de la paille sur l'eau, elle est rassemblée par le tourbillon aérien, et il se forme un véritable bout de corde qui s’élève en tire-bouchon dans l’axe du tourbillon.
- Si l’on place sur l’eau une planche mouillée, le tourbillon y forme un foyer de 1 à 2 centimètres de diamètre, d’un aspect blanchâtre, et faisant entendre un sifflement particulier, comme si la planche était percée d’un trou par lequel passerait avec violence un mélange d’air et d’eau venant du dessous.
- Il est remarquable de voir le tourbillon se con-
- centrer et se contracter sur la planche jusqu’à 1 ou 2 centimètres de diamètre seulement, alors que cependant les palettes du ventilateur laissent un cercle libre de 40 centimètres de diamètre au centre du tambour.
- Il est facile de démontrer que le tourbillon artificiel créé par le tambour ventilateur présente exactement les mêmes caractères que le pied ou le bas d’un tourbillon atmosphérique qui serait descendu des hauteurs supérieures jusqu’à la surface de l’eau.
- Comme cette première expérience est faite en plein air, le fovçr se déplace assez facilement sous l’influence du moindre vent ou remous provenant des murs ou obstacles voisins, et il est assez difficile dès lors de bien l’étudier. On fait alors la chose en plus petit et dans un vase clos; mais l’expérience en plein air fait voir que le vase clos n’est pas la cause de formation du foyer ; il n’a d’autre effet que celui de permettre de fixer à peu près l’axe du tourbillon sur un même point.
- 2°. — Tourbillons aériens. — Un cylindre en verre d’environ 0ra,40 de diamètre sur 01U,70 de hauteur (fig. 2) porte un couvercle supérieur percé d’un trou dans lequel passe l'arbre du tourniquet, ce dernier étant formé d’une ou deux palettes en carton montées en croix sur l’arbre vertical.
- Le cylindre contient de la sciure de bois ou mieux du gruau. Si l’on dispose d’abord le gruau de façon à former un cône ou monticule, et si l’on fait tourner le tourniquet, on voit une petite trombe se former au sommet de ce monticule. Peu à peu la masse du gruau se creuse en hémisphère.
- La matière court sans cesse en spirales de la circonférence nu centre; là elle forme d’abord le cône inférieur, puis le cône renversé supérieur dont les parcelles de gruau décrivent des spirales allant du centre à la circonférence.
- L’ensemble du système dessine une première sphère générale plus ou moins déformée, dont le foyer (ou rencontre des deux cônes) est aussi plus ou moins excentré par la pesanteur terrestre. Si l’on regarde les choses par en haut, on voit sur l’axe uu entonnoir creux : c’est là que l’air est le plus raréfié par la rotation, et c’est là qu’arrivent les matières les plus fines.
- Remplaçant dans l’appareil le gruau par de petits ballons légers gonflés d’air, on suit le mouvement général : lorsque les ballons se trouvent sur les circonférences extérieures, ils descendent en spirales lentes; lorsqu’ils gagnent les circonférences plus voisines de l’axe de rotation, ils remontent rapidement sur une hélice d’un pas bien plus allongé. En somme l’expérience fait voir qu’une masse d’air étant donnée, si on lui imprime un mouvement de rotation autour d’un axe vertical, cet air descend constamment par les circonférences extérieures, pour remonter par celles intérieures, et tout le volume passe sans cesse par le foyer du tourbillon entraînant d’ailleurs dans son mouvement les corps ou poussières qui s’y trouveraient noyées,
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- 5°. — Un plateau en verre ou en tout autre matière est placé au-dessous d’un tourniquet à palettes ; lorsque ce tourniquet est mis en marche, on pose sur champ sur le plateau un disque ou une pièce de monnaie à laquelle on imprime avec les doigts un premier mouvement de rotation autour de l’un de ses diamètres (fig. o).
- Retirant vivement la main, le tourbillon aérien continue à faire tourner la pièce de monnaie comme une toupie, et la retient absolument captive dans son rayon d’action.
- La pièce, en tournant sur l’un de ses diamètres, engendre une sphère et une expérience postérieure fera voir qu’une sphère tour-nante constitue un centre d’attraction l.
- 4°. — L’expérience que nous figurons ci-contre (fig. 4) est destinée à mesurer l’attraction produite par un tourbillon. A est un tourniquet analogue aux précédents ; B est un disque plein en carton, emmanché au bout d’une baguette très légère C, roulant sur deux galets U très mobiles.
- Un fil E passe sur une poulie F et porte un plateau de balance G, lequel est d’ailleurs équilibré par un poids H.
- I est un arrêt fixé sur la baguette C. K est un curseur muni d’une fourchette laissant un petit jeu à l’arrêt I. On fait tourner le
- 1 Les expériences qui précèdent fournissent à l’auteur les éléments nécessaires d’une très ingénieuse théorie de la grêle ;
- | tambour A d’un mouvement uniforme ; au moyen de
- poids placés dans le plateau G et en cherchant avec le curseur les positions correspondantes d’équilibre, d’ailleurs instable, on constate que les attractions sur le disque B sont en raison inverse du carré des distances. Avec le même appareil, et au moyen d’un ballon retenu par un fil, on constate également l’attraction latérale du tourbillon.
- 5°. — Équilibre des sphères tournantes. — Une sphère libre se tient en équilibre et tourne autour d’une autre sphère animée d’un rapide mouvement de r otation (fig. 5).
- L’appareil consiste en une broche A pouvant tourner dans un support et portant une poulie, destinée à recevoir le mouvement d’une transmission. Sur la broche A est montée une sphère S composée de 8 qu J 0 palettes circulaires (soit palettes pleines, soit palettes découpées en demi-lune ; c'est indifférent). Labroche peut occuper une position quelconque par rapport à l’horizon; dans cette expérience elle est inclinée à 45°, mais elle peut être horizontale ou verticale. La position à 45° a été choisie comme celle paraissant offrir le plus de difficulté pour la réalisation de l’expérience, afin que celle-ci soit plus
- concluante. Lorsqu’on fait tourner rapidement la
- nous avons voulu dans la présente notice rester dans le domaine purement expérimental.
- Fig. 1.— buisson d’une trombe marine artilicielle obtenu
- par la rotation d’un ventilateur.
- Fig. 2. _ Tourbillons en Fig 3- — Pièce de monnaie en rotation et
- vase clos. captive dans un tourbillon.
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- sphère S, on sent sur la main un souffle énergique s’échapper tout autour par l’équateur. Des fragments de papier qu’on en approche sont projetés au loin.
- Néanmoins, si l’on présente à ce souffle un ballon, il est vivement attiré vers la sphère tournante et décrit autour d’elle des orbites dans le plan de l’équateur.
- Fig. 5. — Ballon libre en caoutchouc gonflé d’air tournant autour d’une'jsphère animée d’un rapide mouvement de rotation1.
- Fig. 6. —* Anneau de papier maintenu en équilibre et tournant autour d’une sphère animée d’un rapide mouvement de rotation.
- Comme l’expérience a lieu dans une salle où se trouvent des obstacles produisant des remous, et
- 1 Le dessinateur a figuré la sphère au repos pour en mon-Irer la construction.
- comme aussi la pesanteur a une influence trop grande en raison de la proximité de la terre, il est très difficile d’obtenir une marche régulière. Le ballon vient facilement au contact de la sphère tournante et se
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- LA NATURE.
- trouve alors renvoyé par le choc trop loin pour pouvoir être repris. Un artifice très simple consiste a placer autour de la sphère S une garde ou anneau en fil de fer F de 1 millimètre de diamètre, et retenu par trois fils semblables au support.
- Le ballon alors tourne indéfiniment autour de la sphère motrice en quittant même la garde dans la partie inférieure sous l’action de la pesanteur. L’expérience peut être disposée de différentes manières et l’on arrive même à supprimer la garde, mais ces .variantes n’apprennent rien de plus.
- En étudiant les mouvements tourbillonnaires qu’engendre la sphère dans le milieu où elle se trouve plongée, on se rend compte facilement de la raison de l’attraction qu’elle exerce sur le ballon.
- 0°. — On enlève la garde a la sphère tournante et on présente parallèlement à son équateur un anneau . de papier d’un diamètre intérieur plus grand que le 'diamètre extérieur de la sphère; l’anneau est saisi dans le mouvement de rotation et se tient avec énergie dans le plan de l’équateur.
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- LES ENTREPOTS FRIGORIFIQUES
- ET I.A FABRICATION DE LA GLACE
- La lecture de l’intéressant arlicle sur les Entrepôts frigorifiques, à refroidissement artificiel, publié dans La Nature du 18 décembre 1880, nous a suggéré quelques réflexions que nous accompagnons d’une note sur la grande fabrique de glace de Hong-Kong.
- Le système décrit nous a semblé bien conçu et absolument pratique; il serait, à coup sur, très avantageusement employé dans les pays chauds, mais il faudrait, pour cela, y apporter une légère modification dans la manière de produire le froid.
- Ln effet, la très grande volatilité de l’acide sulfureux en rend le transport et la conservation fort difficiles dans les pays chauds ; les pertes, comme cela arrive aussi avec l’ammoniaque, sont toujours très considérables. Il semble donc que, dans ces climats, on doit renoncer aux machines à froid basées sur l’évaporation des liquides, bien qu’elles donnent en Europe des résultats tout à fait satisfaisants.
- 11 parait préférable de leur substituer des appareils dans lesquels on utilise le refroidissement considérable résultant de la détente de l’air comprimé.
- C’est ce procédé qui est employé à la fabrique de Hong-Kong où il réussit bien et donne de bons résultats. 11 est facile de se rendre compte, par la description sommaire qui suit, que, en refroidissant par ce moyen le liquide des cuves réfrigérantes dont il est question dans l’article de La Nature, le système Schrœder subsiste avec tous ses avantages cl ses heureuses dispositions.
- Voici quelles sont les dispositions générales de l’usine de Hong-Kong, d’après une note qui nous a été communiquée par M. A. Coste, ingénieur civil.
- L’air est comprimé au moyen d’une pompe A actionnée par une machine à vapeur ; il est refoulé dans un réservoir B où l’on abaisse la température à laquelle it a été porté par la compression, au moyen d’une injection continue d’eau froide. L’air comprimé ainsi refroidi vient se détendre brusquement dans un réservoir c contenant un liquide, formé de 375 grammes de sel par litre d’eau, dont il abaisse considérablement la température.
- Ce liquide à basse température sert de véhicule aux calories négatives produites par la détente de l’air comprimé, il est envoyé, au moyen d’une pompe, dans une série de conduits en tôle E très plats, disposés parallèlement sur toute la hauteur de citernes de congélation F, il y circule, et retourne dans le réservoir c de détente pour s’y refroidir de nouveau. Par celte circulation continue, on obtient la formation de la «lace autour des conduits.
- L’installation de IIong-Kong comprend deux compresseurs mus par une seule machine à vapeur coinpound ayant les dimensions suivantes :
- Diamètre de petit cylindre. . . 0m,30 Course des pistons..................0m,90
- L’un de ces compresseurs refoule directement l’air humide dans le réservoir d’eau salée correspondant. Dans l’autre, l’air comprimé, avant de se rendre au réservoir, traverse une série de colonnes en fonte remplies de chlorure de calcium qui en opère la dessiccation. Malgré s-on
- Figure schématique îles appareils de la fabrique de glace de Hong-Kong. — A. Cylindre du compresseur. — B. Réfrigérant. — C. Ilé-servuir de détente contenant le liquide ineongelatde. — D. Tuyau conduisant le liquide refroidi aux conduits de circulation. — E. Conduits de circulation. — F. Citernes. — C. Couvercles. — II. Anneau et chaîne pour soulever les couvercles au moyen d’un palan. — I. Mur de séparation de la chambre des citernes et de "celle des machines à froid. — P. Pompe. — 11. Agitateurs oscillants inus par l'arbre K.
- infériorité au point de vue delà production, ce dernier système présente, paraît-il, certains avantages.
- Les machines bien nettoyées et en bon état de fonctionnement produisent :
- Machine à air humide, 5 tonnes de glace par 24 heures.
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- Production totale pour les deux machines : 8 tonnes par 24 heures.
- Le prix de revient est d’environ. 12 fr. 50 la tonne.
- Les citernes ont lro,80 de hauteur et 3m,90 de largeur, leurs parois très épaisses sont en bois. Des agitateurs oscillants facilitent la réunion des glaçons qui se forment dans la masse d’eau.
- La glace produite sous forme de grandes tables est enlevée des citernes au moyen d’un treuil roulant dont les rails sont suspendus à la charpente; elle est placée sur des wagonnets et conduite à trois scies circulaires parallèles qui la débitent en dimensions convenables pour être livrée à la consommation. K.
- CONSEILS
- AUX AMATEURS DE JARDINAGE
- JARDINETS DE FENÊTRE
- Le printemps réel devance souvent, sous la latitude parisienne, le printemps astronomique ; aussi les sensa-
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- tions agréables que procure invariablement le réveil de la nature ne sont pas toujours exemptes d’appréhensions ou de désillusion, pour qui sait goûter les charmes de la saison consacrée à Flore. Mais cette déesse ne garantit pas toujours ses promesses et trop souvent des frimas tardifs viennent anéantir les espérances les mieux fondées.
- Février est le mois le plus à craindre ; les agriculteurs et les jardiniers ne l’ignorent pas. Habituellement doux, huit fois sur dix, ce mois, qui est celui des travaux les plus urgents, est suivi de Mars et Avril dont la température peut s’abaisser au-dessous de 0, détruisant ainsi les fleurs des arbres fruitiers ou les semis délicats. Aussi les hommes qui se livrent à la culture ont-ils besoin d’avoir une dose sérieuse de patience pour lutter contre les obstacles qu’ils rencontrent dans l’exercice de leur profession. Quoi qu’il en soit, il ne faut pas décourager les disciples de Saint-Fiacre; le jardinage peut se pratiquer dans des limites et des conditions variables; le praticien doit savoir se garer des intempéries, mais l’amateur, le débutant ont besoin d’être guidés pour ne pas être déçus.
- Les fleurs viennent souvent presque sans soins au grand air; aussi ce qui n’est qu’accessoire et négligeable à la campagne, devient parfois un véritable labeur à la ville, où, en général, le terrain mal exposé est très disputé et, la plupart du temps, occupé par tout autre chose que des plantes. D’ailleurs ne sait-on pas que les conditions physiques sont toujours mauvaises en pleine cité pour le développement convenable des végétaux?
- Doit-on, pour ces raisons, abandonner l’espoir d’obtenir des jardins convenables à la ville? Nullement, et il n’en manque pas, même à Paris, de fort bien entretenus. D’autre part, quand l’édilité n’est pas trop rébarbative, elle tolère aux habitants des villes quelques vases de fleurs aux fenêtres, quand ces vases ne sont pas trop menaçants pour la tête des citadins. C’est pour ces amateurs que nous traçons ces lignes. Il a été certainement beaucoup écrit sur ce sujet, mais longuement, car il faut faire des livres et non des brochures. Nous nous dispenserons, dans ces entretiens, de tout ce qui ne serait pas pratique et simple. Allons au plus pressé; le printemps s’annonce et déjà les marchés sont abondamment pourvus de fleurs et d’arbustes de toutes sortes.
- Les jardinets des fenêtres sont ceux qui nous occuperont d’abord. 11 est des villes dans le nord et l’ouest de la France dont presque toutes les croisées des immeubles sont occupées, pendant la belle saison, de fleurs qui sourient gracieusement aux passants; c’est une émulation, quand ça n’est pas une rivalité, entre voisins. Les soins principaux sont faciles à appliquer, en somme, mais cependant faut-il encore qu’ils le soient en temps utile. Un sol bien approprié, des arrosages intelligents et des abris contre les températures extrêmes, telles sont les conditions nécessaires pour réussir. Les vases qui reçoivent les plantes doivent être faits de bois ou de terre cuite poreuse. Les caisses seront de préférence en bois non résineux : chêne, orme, tilleul, acacia, tremble, peuplier, etc. Ces deux derniers, cependant, seront de courte durée. Les planches devront avoir en moyenne 2 centimètres d’épaisseur ; la force variera naturellement avec la taille des caisses dont la largeur ne sera jamais inférieure à 22 ou 25 centimètres et la profondeur de 20 centimètres. Ces caisses peuvent être peintes à l’extérieur, mais il faut éviter qu’elles le soient à l'intérieur. Les précautions à prendre pour obvier au suintement de l’eau lors des arrosements, autant que cela peut incom-
- moder autrui, sont des détails sur lesquels il n’est pas besoin d’insister.
- Le sol doit être de préférence un mélange de terre franche, de sable fin et de terreau de feuilles ou de fumier. Le terreau seul est trop léger et ne retient pas suffisamment l’humidité. On évitera de faire usage des débris de matières organiques ; telles sont le marc de café, os, sciure de bois, ainsique le poussier de charbon, enfin les cendres, etc., qu’on a le tort de considérer comme matières fertilisantes. Ce qui est utile dans la grande culture n’est pas toujours applicable.
- La même terre sera employée pour les pots à fleurs; toutefois les Azalées, les Bruyères, les Fougères délicates, etc., exigent la terre dite de bruyère, composée de sable et de terreau de feuilles.
- Il est toujours bon de mettre au fond des caisses un lit de quelques centimètres de cailloux ou plâtras, tessons de pots, etc., pour favoriser l’écoulement de l’eau en excès que contiendrait le sol. A la surface, quand les plantations seront faites, on pourra mettre un lit de paillis de fumier ou de terreau de feuilles pour conserver la fraîcheur à la terre pendant l’été. Les arrosements doivent être modérés à l’exposition du nord et copieux au midi naturellement. Cette opération, si simple en réalité, est très souvent mal faite par suite d’inexpérience. La terre doit être imprégnée d’eau maisnon saturée. On comprend qu’il soit plus difficile de conduire une petite culture de la sorte qu’un jardin. L’évaporation étant très rapide dans des récipients de petite taille, il faut plus de sui’veillance. Un petit appareil, qu’on devrait trouver chezles marchands d’ustensiles de jardinage, serait une sonde beaucoup plus réduite que celles qui servent pour les caisses à orangers, sorte de gouge en fer qu’on enfonce dans le sol des caisses ou des pots à fleurs et qu’on retire en tournant doucement l’instrument sur lui-même. La terre qu’on ramène ainsi donne la mesure de son humidité. Pour les vases de faible dimension, les jardiniers renversent la plante en retenant la motte de terre qui se détache ainsi du pot qui la contenait, mais il ne faut pas abuser de ce procédé. En somme quand on arrose il vaut mieux mouiller à fond et moins souvent, que d’arroser légèrement et fréquemment.
- Il faut éviter les arrosements quand le soleil est très vif; le matin et lejsoir sont de beaucoup préférables. L’eau, qui surtout n’est pas ramenée sensiblement au degré de température de l’air, étant projetée sur des plantes en plein soleil, peut compromettre leur existence ; ce qui chez les maraîchers n’a pas d’inconvénient pour les légumes, peut en avoir pour les plantes à fleurs.
- Aux fenêtres exposées au nord, on ne pourra prétendre à un choix varié de végétaux. Lesplantesà feuillage seront la principale ressource. Petits Ancuba, Fusain du Japon et surtout l’élégant Fusain nommé par les horticulteurs Evonymus pulchellus. Ou bien encore des petits Palmiers de Chine (Champœrops Fortunei) ; enfin les résistants Aspidistra, le Carex du Japon, les Fougères résistantes d’Europe : Scolopendre, Fougère mâle, et surtout sa voisine YAspidium aculeatum, le Capillaire cheveux de Vénus. On aura aussi à choisir de petits spécimens d’arbres verts parmi les genres Thuia, Genévrier, Retinospora, Libocedrus, etc. Dans ces conditions, des Rhododendrons de petite taille fleuriraient bien ; des rosiers du Bengale avec parcimonie, enfin des violettes et d’autres plantes encore pour lesquelles on ne serait pas trop exigeant.
- J. IIortülaînüs.
- — A suivre. —
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- LÀ NATURE.
- LA PHOTOGRAPHIE CÉLESTE
- a l’observatoire de paris
- Nous avons décrit précédemment la magnifique installation photographique qui a été organisée par MM. Paul et Prosper Henry à l’Observatoire de Paris1. Le directeur de notre grand établissement national, M. le contre-amiral Mouchez, a présenté à plusieurs reprises à l’Académie des sciences les résultats remarquables qui ont été obtenus par les savants opérateurs; avant de présenter à nos lecteurs un nouveau spécimen de photographie céleste, nous allons décrire l’appareil micrométrique destiné à mesurer les épreuves photographiques d’étoiles.
- Cet appareil que nous représentons (fig. 1) a été construit par M. Gautier, d’après les indications que MM. Henry lui ont fournies. On le désigne sous le nom de m acro-micromètre.
- « Il se compose d’un chariot glissant sur deux rails horizontaux, dont l’un offre une section triangulaire, tandis que l’autre est plat. Ce chariot est entraîné au moyen d'une vis de 0m,25 de longueur, dont le pas est de 1 millimètre. Le foyer de la lunette photographique étant-de 3U1,43, il s’ensuit que le tour de vis équivaut à très peu prèsà un intervalle de 1'. Le tambour de la vis est divisé en 600 parties, ce qui donne pour la valeur de chaque division 0",1 et, comme il est facile d’estimer le 1/10 de division, les lectures peuvent être faites à 0",01 près. Le chariot est en outre muni cl’une échelle divisée en millimètres, servant à compter les tours de la vis.
- « Le système mobile porte un plateau circulaire tournant, sur lequel peuvent être fixées les épreuves dont on veut effectuer les mesures. Au centre de ce plateau, on a ménagé. une ouverture de O111,18 de diamètre, afin de permettre, au moyen d’un petit miroir placé au-
- 1 Voy. n" 654, du 12 décembre 1885, p. 25.
- dessous, l’éclairage de la plaque dans toute son étendue. Ce plateau est destiné à la mesure de l’angle de position des étoiles photographiées.
- « Comme une précision suffisante n’aurait pu être obtenue au moyen d’un cercle simplement divisé et de verniers, et que l’emploi de microscopes destinés à fractionner les divisions du cercle aurait été peu pratique, on s’est arrêté a la disposition suivante : le pourtour du plateau est muni de 720 dents, dans lesquelles s’engagent les pas de deux vis tangentes, placées perpendiculairement aux deux extrémités d’un même diamètre. Ces deux vis sont commandées simultanément, au moyen do roues d’engrenage, par un arbre unique, muni d’une tète molletée que l’on tourne à la main: elles sont muni es toutes deux d’un tambour divisé en 180 parties, dont chacune vaut 10", et, comme le 1/10 peut être facilement estimé, la lecture de l’angle de position se fait directement à 1" près.
- « Le microscope qui sert aux mesures a une longueur de 200 millimètres; il est muni d’un micromètre et d’un cercle de position; la vis du micromètre, d’un pas d’un demi-millimètre, porte un tambour divisé en 100 parties. Chaque division du tambour correspond, sur l’épreuve, à 1/600 de millimètre ou 1/10 de seconde d’arc. Le cercle de position est gradué en degrés ; un vernier donne les dixièmes. L’objectif du microscope est formé d’une lentille achromatique de 50 millimètres de distance focale et produit sur le plan des fils du micromètre une image de l’épreuve amplifiée trois fois. Le grossissement de l’oculaire est de dix fois.
- « Le microscope peut être déplacé horizontalement dans une direction perpendiculaire au mouvement du chariot; pendant les observations, on le fixe au moyen de deux pinces.
- « La précision des mesures effectuées à l’aide de cet appareil sur des photographies d’étoiles doubles est vraiment remarquable; ainsi, pour Ç Grande Ourse, par exemple, l’erreur moyenne dans la mesure d’une
- Fio-l-— Nouvel appareil de mesure (macro-micromêtrc) de MM.Henry frères pour l’élude des photographies célestes.
- Fig. 2. — Vue à Fœil nu de la région du ciel re-prodnite dans la planche photographique ci-contre (fig. 3).
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- Fig. 5. — Une partie de la Constellation de Cassiopée. — Fac-similé d’une photographie obtenue à l'Observatoire de Paris
- par MM. Henry, le 6 novembre 1886.
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- simple paire d’images est égale b 0",077 pour la distance; l’erreur moyenne de l’angle de position est de 0°,55 K
- MM. Henry ont poursuivi leurs beaux travaux de la photographie du ciel avec une grande persévérance et un rare succès. Ils ont obtenu de remarquables résultats pour les sateKites de Jupiter, l’anneau de Saturne, et les photographies de la Lune. Leurs procédés d’investigation leur permettent parfois de découvrir des nébuleuses sur les clichés photographiques qu’ils obtiennent, et nous reviendrons prochainement sur les découvertes qui ont été faites récemment dans cette voie.
- Nous mentionnerons tout spécialement aujourd’hui les photographies d’étoiles dont MM. Henry ont doté l’astronomie. Nous reproduisons en fac-similé l’une des photographies de la constellation de Cassiopée {fig. 5). On y compte plus de 4800 étoiles, et on se rendra compte de son importance en se reportant à la figuration de la même région du ciel vue «à l’œil nu (fig. 2) On aura enfin une idée de ce qu’est l’infinité des mondes, quand on saura que pour représenter tout le ciel visible à la surface du globe, il ne faudrait pas moins de dix mille photographies semblables à celle que nous publions aujourd’hui, et que tout le ciel visible sur notre terre est un point dans l’immensité.
- MM. Paul et Prosper Henry accomplissent de grands travaux, qui font honneur à l’Observatoire de Paris et a la science française. II serait à désirer que leur persévérance, leurs efforts et leurs succès, fussent récompensés : la modestie des travailleurs ne doit pas en faire oublier le mérite. Caston Tissandier.
- REPRODUCTION DES DESSINS
- PAR LA PHOTOGRAPHIE
- En Amérique, le procédé photographique suivant sert aux lithographes pour reproduire des gravures, des dessins, etc., sans l’emploi de la chambre. On prend une plaque de verre bien nettoyée. On y verse dans un endroit obscur et à l’aide de l’ammoniaque, de manière à la couvrir complètement, une certaine quantité d’une solution ainsi faite : le blanc de deux œufs, 90 centimètres cubes d’eau, 3 grammes de bichromate d’ammoniaque; mêlez bien et filtrez. Après avoir inondé la plaque une fois, on laisse égoutter ; puis on verse une seconde quantité de la solution. On fait enfin sécher lentement la couche en passant rapidement la plaque sur une lampe à alcool ; lorsqu’elle est sèche, elle ne montre à l’œil presque pas de trace de la préparation. On expose cette plaque sous la gravure ou le dessin, et dans une lumière diffuse (qui est celle que l’on recommande) ; le temps d’exposition sera d’une demi-heure à une heure et demie, selon l’épaisseur du papier; si ce dernier est mince et translucide, l’exposition sera d’une vingtaine de minutes. Après l’avoir ainsi exposée à la lumière, on prend la plaque dans un
- 1 Nous empruntons la description du macromicromètre à la notice qui a été publiée, à ce sujet, par M. le contre-amiral Mouche*.
- local obscur et on y verse la préparation suivante, qui adhère bien à la couche d’albumine :
- ~ Benzine 18 parties, térébenthine de Venise 2, cire blanche 1/2, et assez de bitume asphalte pour donner à la liqueur une couleur brun foncé. On filtre plusieurs fois à travers de la mousseline très fine. On laisse égoutter; la plaque sèche bientôt par l’évaporation de la benzine. Cependant la surface de ce vernis reste molle ou collante pendant assez longtemps, pour que l’on puisse la couvrir, au moyen d’un pinceau, de plombagine en poudre très fine et cela d’une manière bien homogène.
- Cette opération faite, on couche la plaque à plat dans u îe cuvette d’eau froide, toujours dans une obscurité aussi complète que possible. Au bout de 30 à 90 minutes, on peut frotter légèrement la plaque avec une éponge très douce ; toutes les parties sur lesquelles la lumière n’a pas agi seront ainsi enlevées, donnant un négatif très satisfaisant. Si au lieu d’une plaque de verre on prend une plaque de zinc poli, on obtient une surface qui résiste assez bien à l’action des acides; mais pour mordre la plaque de zinc on se sert de 50 parties de perchlorure de fer et 100 parties d’alcool absolu, parce que cetle préparation n’attaque pas la couche d’albumine, tandis qu’avec de l’eau acidulée la solution altère l’image en s’infiltrant dans la couche avant que la liqueur ait mordu suffisamment sur le métal *. Dr Piiipson.
- LES CERFS-Y0LANTS
- Cerf-volant sans queue. — Un de nos lecteurs, M. de Lastours, nous a adressé la communication suivante : elle répondra à la demande qui nous a été faite des proportions exactes à donner à un cerf-volant.
- Voici la manière de construire le cerf-volant sans queue : tous les calculs propres à trouver les différentes proportions se basent sur la longueur du roseau employé A'A (Voy. la figure) qui sert de support au cerf-volant.
- Cette longueur connue, en centimètres , on la divise par 10, et on a ce que l’on appelle l’unité de longueur.
- Avec l’unité, il est facile de voir simplement toutes les proportions. L’arc K'K se compose de deux tiges d’osier longues chacune de 5 unités 1/2, et devant former par leur réunion une longueur totale de 7 unités.
- L’arc une fois construit d’après ces mesures, il ne reste plus qu’à l’attacher au roseau, de façon qu’il soit distant de 2 unités, de l’extrémité la plus grosse du roseau. Le balancier CC', dont l’exactitude contribue beaucoup à la stabilité du système dans l’air, est composé d’une ficelle fixée d’un côté à la jonction D de l’arc et de
- 1 D’après le Moniteur de la photographie.
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- Fig. 1. — Cerf-volant sans queue.
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- la tige, de l’autre à ce même roseau, à une distance de 3 unités de l’extrémité inférieure. Cela fait, on boucle la double ficelle dans la position qu’il est indiqué dans la figure, et il ne reste plus qu’à entourer celte carcasse de la ficelle ou corde de ceinture B, en donnant à l’arc d’osier une légère courbure par en bas. Le tout est recouvert de papier léger.
- Avant de lancer le cerf-volant, on saisit la ficelle qui pend en II, et on la fixe en K, de façon à faire éprouver à l’arc souple K'K, une courbure assez forte en arrière. Cette courbure est augmentée ou diminuée selon la violence ou la faiblesse du vent.
- On n’a plus qu’à attacher le balancier à la corde qui retiendra le cerf-volant, et on a entre les mains un jouet simple, amusant et solide, dont M. Esterlin aura été le premier inventeur.
- De plus amples détails seraient inutiles, ceux-ci montrant assez comment on peut se procurer, avec presque rien, en le faisant soi-même, ce cerf-volant qui réunit tous les avantages des autres, sans leurs défauts. Le mérite en revient à l’inventeur, M. Esterlin, professeur au collège de Bazas.
- Cerf-wolant à cène. — B. Jobert, constructeur mécanicien, a construit et expérimenté un curieux cerf-volant à cône, dont il nous adresse la descriplion. Nous allons donner ici le résumé succinct de cette description.
- L’appareil est représenté dans la figure 2; il est confectionné avec des joncs, dont on fait d’abord un cadre DDD1) ; les deux traverses BjB se prolongent de manière à servir de support au cercle A, auquel est adapté le cône d’étoffe légère C. Ce cône est ouvert à sa pointe afin que l’air puisse y passer; l’orifice est muni d’un cercle en fils d’acier minces, portant une barrette sur laquelle on place à charnière, une banderolle double en clinquant ondulé,
- Fig. 2. — Cerf-volant messager à cône.
- que son poids tend à faire retomber, les filets d’air qui s’échappent avec violence les relèvent, les agitent sans cesse et leur font rendre des sons assez aigus qui s’entendent au loin.
- Ce cerf-volant a été fait spécialement pour fonctionner sur l’eau; il est lancé d’un bateau à l’aide d’une corde G, attachée au système au moyen des cordelettes F,, F2, F5. Ce cerf-volant peut être abandonné à lui-même et maintenu par un flotteur, auquel il est attaché à l’aide des cordes EH. Des expériences ont été faites en Angleterre, et ce curieux cerf-volant a pu traverser un fleuve pour transporter une dépêche d’une rive à l’autre.
- SUR LA TABLE DE MULTIPLICATION
- Après les nombreuses curiosités arithmétiques enregistrées par La Nature, les particularités qui vont suivre paraissent capables d'intéresser quelques-uns de nos lecteurs. 11 s’agit de la symétrie qui préside à l’économie de, la table de multiplication.
- Tout le monde sait que la table est ordonnée avant tout par rapport au nombre 9 ; et l’opération connue sous le nom de preuve par 9 est fondée sur ce que la somme des chiffres significatifs de tout produit par 9 est un multiple de 9 qui finit toujours par donner 9 à la suite d’un nombre suffisant d’addition. Or ceci n’est qu’un cas particulier d’un fait plus général qui se reproduit dans toute la table de Pythagore et que nos lecteurs n’ont peut-être pas tous remarqué : si bien qu’en faisant et en simplifiant la somme des chiffres significatifs des produils successifs d’un multiplicande quelconque par la série des nombres, o:i arrive toujours à un résultat très frappant. Pour rendre celui-ci très évident, on peut le représenter graphiquement : sur un papier quadrillé on portera de gauche à droite les multiplica • leurs du nombre choisi, de 7 par exemple, et de has en haut les produits, remplacés quand ils dépassent 9 par la somme de leurs chiffres significatifs.
- C’est ainsi qu’on a :
- 7x1=7 7
- 7x2 = 14 ou 5 7 X 5 = 21 — 5
- 7 x -4 = 28 ou 10 ou 1 7xo = 55 — 8
- 7x6 = 42 — 6
- 7 x 7 = 49 ou 15 ou 4 7 x 8 = 56 ou U ou 2
- Figure faisant ressortir la symétrie île la table de mulli-plieation : (1), (2), (3), etc Courbes obtenues en multipliant 1,2, 3, etc., par la série des multiplicateurs d’un seul chiffre. (On est allé jusqu’au 0 pour les cas de 1, 3, ti et 8; pour les autres on s’est arrêté à 8.)
- où l’on voit la série des nombres pairs décroissants, 8, 6, 4, 2, succéder à la série décroissante des nombres impairs 7, 5, 5, 1.
- En portant les résultats sur le papier quadrillé, on obtient la figure très simple indiquée ci-dessus sous le n° 7.
- Pour tous les autres chiffres on a quelque chose d’analogue. Mais il y a bien plus, et c’est ce que le diagramme fait bien ressortir : si l’on choisit deux chiffres dont la somme fasse 9, comme 8 et 1, 5 et 6, 4 et 5 et que l’on compare l’une à l’autre les deux courbes obtenues comme on vient de le dire, on trouve entre elles une telle symétrie qu’on obtiendrait l’une en plaçant l’autre devant la glace.
- C’est un exemple bien frappant, parce qu’il est très élémentaire, des propriétés géométriques des nombres.
- Stanislas Meunier.
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- LA NATURE.
- BALANCES SANS POIDS
- Nous avons déjà eu l’occasion de signaler à nos lecteurs un certain nombre de balances dans lesquelles les poids mobiles indépendants de l’appareil sont supprimés *.
- Ces poids sont généralement remplacés par une petite masse glissant sur une règle divisée formant levier. Dans les petites balances que nous allons faire connaître aujourd’hui, il n’y a même plus de masse à déplacer. Le poids de l’objet à peser est directement indiqué par une petite aiguille indicatrice.
- Ces appareils ingé -nieux sont dus à M. G.
- Restorf, constructeur.
- La première balance est une petite romaine désignée sous le nom de pèse-lettres manomètre (fig. 1), elle se compose d’un parallélogramme articulé représenté en pointillé sur notre figure; le côté supérieur de ce parallélogramme se trouve prolongé et forme , par son axe de suspension, un levier du premier genre à l’extrémité duquel se trouve un contrepoids convenablement calculé, afin de laisser parcourir à l’aiguille le chemin du cadran.
- Dans le but d’éviter les résistances passives dues à une roue engrenant sur un pignon, ce qui ôterait de la sensibilité à l’appareil, l’aiguille ne se trouve pas placée au centre du cadran, mais excentrée comme cela est souvent le cas pour les manomètres de chaudières à vapeur.
- Cette disposition permet de n’avoir, comme organe de transmission de mouvement, qu’un petit levier fixé sur l’axe de l’aiguille : ce petit levier étant
- muni d’un contrepoids excédant un peu le poids de l’aiguille, il en résulte que, reposant simplement sur la tige mobile, il suit les moindres oscillations de la tige mobile du parallélogramme qui supporte également le plateau sur lequel se posent les objets à
- peser. Ces objets peu-~^r\ vent, selon la force de l’appareil, aller de 60 grammes à 500 grammes. Notre figure 1 représente un petit colis postal posé sur le plateau de la balance.
- La petite balance romaine de poche que nous figurons au-dessous du premier appareil (fig. 2) ne nécessite également aucun poids : elle a été construite plus spécialement pour peser en campagne les produits nécessaires à la photographie, mais elle peut être aussi bien employée pour peser les lettres; elle se compose d’un levier du premier genre, à une des extrémités duquel se trouve un petit plateau et à l’autre, un contrepoids équilibrant jusqu’à 100 grammes les produits à peser se trouvant dans le plateau.
- Une fois les pesées terminées, le cadran, l’aiguille et le contrepoids se replient et prennent presque entièrement place dans le plateau, ce qui permet de mettre tout l’appareil dans une sacoche photographique ou dans sa poche.
- Sur ce principe de levier, se font également des pèse-lettres de poche qui sont alors munis d’une pince au lieu d’un plateau et qui pèsent de 20 grammes à oOO grammes selon la grandeur de l’appareil. Les balances que nous signalons sont nickelées et fort bien construites: il nous a semblé qu’elles étaient de nature à être signalées comme propres à prendre place dans le matériel du bureau.
- Fig. 1.— Balance manomètre sans poids.
- Fig. 2. — Petite balance de poche pour peser les lettres ou les produits photographiques.
- 1 Voy. 1881, 1er et 2r semeslre. Tables des matières.
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- DÉCOUVERTE D’UN BATEAU ANTIQUE
- DANS LE CHER
- On peut voir depuis quelques semaines au musée lapidaire de la Société des antiquaires du Centre, à Bourges, une embarcation antique de grandes dimensions qui a été retirée du lit du Cher, aux environs de Yierzon, grâce à l’intervention éclairée des agents des Ponts et Chaussées.
- Depuis une dizaine d’années on pouvait apercevoir, pendant les basses eaux, au fond de la rivière, une pièce de bois travaillée dont on ne connaissait
- pas la nature et que les riverains avaient essayé de dépecer, comme ils ont l’habitude de le faire durant l’étiage pour une quantité de troncs d’arbres, souvent de dimensions considérables, qui sont ensablés à une grande profondeur et que l’action des eaux rend de temps en temps accessibles.
- Cette épave, entraînée par une crue de la rivière, vint au mois de juillet dernier, échouer à la pointe d’une île de la commune de Saint-Georges-sur-la-Prée. C’est là que, dans une tournée de service, M. Beauchard, conducteur des Ponts et Chaussées, la vit, en reconnut l’intérêt et la signala à M. l’ingénieur Berthier. Celui-ci en ordonna aussitôt l’ex-
- Bateau antique découvert dans le Cher. (D’après une photographie faite à Bourges.)
- traction, puis lit rechercher et parvint à recueillir chez les habitants du voisinage une certaine quantité de fragments qui avaient été arrachés ou sciés pour servir de bois à brûler. Il fut facile de rapprocher ces débris et de reconstituer presque sans lacune une grande barque en forme d’auge qui présente cette curieuse particularité d’être fermée aux deux bouts par des pièces de rapport fixées dans des rainures verticales. Le bateau se termine ainsi carrément aussi bien à l’avant qu’à l’arrière. Il semble pourtant qu’à l’origine la proue a dû être façonnée en plein bois, car on voit à une des extrémités des traces d’arrondissement intérieur des parois, et on peut croire que c’est à la suite de quelque accident que l’avant brisé aura été fermé par une fonçure,
- comme l’était déjà la poupe. Il y a lieu, dans tous les cas, de rapprocher le bateau du Cher de celui découvert à Brigg, dans le Lincolnshire, que La Nature a signalé l’année dernièrel, et aussi d’une ancienne pirogue provenant du marais de Calione, sur la côte de Wexford, qui présente des dispositions analogues et que M. de Mortillet a citée dans son mémoire sur l'Origine de la navigation et de la pêche.
- La photographie que nous reproduisons ci-dessus montre le canot de Yierzon dans son état actuel. Il est creusé dans un tronc de chêne grossièrement équarri qui ne devait pas avoir moins de lm,60 de
- 1 Yoy. 2° semestre 1880, p. 93.
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- diamètre. 11 a 8ra,20 de longueur, O1",05 de largeur à l'intérieur et 0m,70 à 0m,80 de profondeur. Le dessous est plat. L’intérieur ne présente ni saillie ni contrefort et les bordages n’offrent aucune entaille pour l’appui des rames. On remarque seulement tout à fait à l’arrière deux ouvertures ovales, l’une en face de l’autre, dont les bords sont usés et arrondis, probablement par le frottement de cordages.
- On n’a pas conservé les pièces qui fermaient les deux extrémités et qui furent, dit-on, arrachées de l’épave il y a environ dix ans. Les rainures qui les fixaient, sensiblement altérées par le temps, ont encore O11,07 de largeur et 0m,0o de profondeur moyenne : ces mesures sont à peu de chose près les mêmes que celles observées sur le bateau de Brigg. L’écartement des flancs, qui aurait empêché l’adhérence des fonçures, devait être prévenu par un système de sangles, dont une ligne de dépression marquée verticalement sur les parois semble être l’empreinte.
- Le fond est percé de trois trous de 0“',ü4 de diamètre, nettement forés, l’un vers le milieu,Tes deux autres accouplés à 0m, 10 l’un de l’autre suivant une ligne perpendiculaire à l’axe du bateau et à Üm,95 de l’avant. On ne s’explique pas bien la destination de ces ouvertures trop petites, semble-t-il, pour avoir servi à fixer une mature ; mais il est intéressant de constater qu’il en existe une toute semblable au milieu d’une pirogue monoxyle que possède également le musée lapidaire de Bourges et qui fut retirée, il y a trente ans, des sables du Cher, près de Villeneuve. Ce dernier bateau, à fond plat, relevé vers les deux bouts, muni de contreforts intérieurs, appartient à un type nettement préhistorique.
- Ai.ijep.t des Méloizes, à Bourges.
- CHRONIQUE
- Les Indiens des États-Unis. — Le rapport des commissaires des affaires indiennes, pour 1885, vient d’être imprimé et publié par ordre du Congrès. On y trouve des données statistiques intéressantes. Le nombre total des Indiens répartis dans les divers États et territoires était, en 1884, d’environ 500 000. On estime qu’au lieu de s’éteindre progressivement, ils ont multiplié dans le cours des cinquante dernières années. En 1884, il a été relevé au bureau indien 4069 naissances et seulement 5087 décès. De toutes les tribus, quelques Apa-ches seuls sont considérés comme hostiles au gouvernement, et toutes sont disposées à la paix si elles ne sont pas provoquées. L’aptitude des Indiens à la vie sédentaire se développe rapidement. Ils possèdent aujourd’hui près de 50 000 maisons, dont 2000 environ construites en 1881. Ils cultivent 250 000 acres de terre sur lesquels ils ont récolté dans la même année un million de boisseaux de maïs, et les autres produits agricoles dans la même proportion. Ils excellent dans l’élèveTes bestiaux. Us ont, en nombres ronds, 255 000 chevaux ou mules, 105000 bœufs, 1 million de moutons et 68 000 porcs. Enfin, 12 000 enfants reçoivent l’instruction élémentaire dans les écoles des missions ou du gouvernement.
- Les sauterelles dans l’Asie Mineure. — D’après une communication de M. C. Métaxas, collaborateur de la Revue horticole, qui dirige près de Bagdad des cultures très importantes, il paraît que les récoltes de l’année dernière ont été, dans l’Asie Mineure, gravement compromises par les sauterelles. On se fera une idée de l’abondance de ces terribles insectes dans ces régions quand on saura que le gouvernement ottoman vient d’imposer à chaque habitant des villes de ramasser vingt-cinq kilogrammes d'œufs de sauterelles ! Les paysans doivent fournir 50 kilogrammes par charrue. Il y a quelque temps, on avait déjà emmagasiné ainsi deux cent mille kilogrammes d'œufs, et ces derniers sont, parait-il, devenus l’objet d’un commerce important. Les habitants qu’une raison quelconque empêche de s’occuper de la recherche des œufs de sauterelles, les achètent à des industriels qui les portent par grandes quantités sur les marchés des villes. Si le gouvernement turc maintient avec vigueur le règlement que nous venons de signaler, les ravages des sauterelles diminueront rapidement en intensité.
- Les lièvres de la Bohême. — Les lièvres pullulent dans les forêts de la Bohême, mais on s’y livre à des chasses acharnées qui ne tarderont pas à les dépeupler. Pour donner une idée de la destruction de ce gibier, il nous suffira de reproduire les documents statistiques que publie le Nemrod. En un seul jour, il a été expédié de Vienne (Autrichî) aux Halles de Paris, 57 wagons contenant 25 000 lièvres. Ce fait s’est produit dans le courant du mois de janvier dernier.
- Le labourage de la terre après une gelée blanche. — Les cultivateurs, on le sait, ont coutume de ne pas labourerla terre lorsque celle-ci est recouverte, soit de gelée blanche, soit de neige. Cette importante question vient d’être examinée devant la Société nationale d’agriculture, et le résultat de la discussion a été absolument conforme à la pratique admise. On & fonde surtout sur ce que, en renfermant des mottes gelées dans le sol, elles restent longtemps sans se dissoudre, et empêchent ainsi la terre de se réchauffer aux premières effluves du printemps, pour faciliter la germination des graines et le développement des racines.
- Le pétrole de Bakou. — Dans ces dernières semaines, Bakou a été le théâtre de plusieurs événements naturels, confirmant d’une façon étrange les détails que nous avons donnés sur la richesse, l’abondance de ses sources de pétrole. Une fontaine d’huile ayant un débit de 20 000 mètres cubes par jour, a fait spontanément irruption. Jusqu’à ce que l’on soit parvenu à la maîtriser, opération longue et difficile, puisque ce ruisseau d’huile aurait suffi pour porter bateau, la ville s’est trouvée menacée d’une destruction complète. A peine les habitants étaient-ils revenus d’une alerte aussi chaude, que le 15 janvier ils étaient surpris, à 7 heures du soir, par une violente détonation et une secousse de tremblement de terre, qui n’était point sans se rattacher au déluge de pétrole. En effet, la tension intérieure des gaz, qui saturent en quelque sorte le district, avait été suffisante pour faire jaillir une colonne de boue dont l’émission était accompagnée d’une flamme haute de 50 mètres. La flamme s’éteignit bientôt, mais l’éruption dura pendant vingt-quatre heures. Elle s’était produite à I’onta, station voisine de Bakou, à 16 kilomètres dans la direction de Tiflis. Les déjections sorties de terre avaient
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- recouvert le sol sur une épaisseur de 1 à 2 mètres et une étendue de 2 à 3 kilomètres carrés. Malgré l’énergie de ces actions puissantes, la couche de pétrole qui inonde les sables formant la majeure partie du sous-sol de la Péninsule d’Apscheron, a baissé tellement de niveau que les émanations naturelles ne sont plus suffisantes pour alimenter les fumaroles du temple du Feu Éternel. C’est cette circonstance inattendue qui fait que les prêtres* des Guèbres ont été obligés de fermer leur temple, mais de temps en temps, paraît-il, ils ouvrent de nouveau leurs jiorles lorsqu’ils sont parvenus à recueillir assez de gaz carboné pour faire briller de nouveau la flamme aux yeux éblouis de ses adorateurs.
- NÉCROLOGIE
- Julien Turgan. — Nous avons appris, la semaine dernière, la mort regrettable de Julien Turgan qui peut être considéré comme ayant beaucoup contribué à la vulgarisation de la science. Né à Paris en 1824-, il étudia la médecine et fut interne des hôpitaux. Sa belle conduite, lors du choléra de J 848, lui valut une médaille d’honneur de la part du gouvernement. En 1849, lors de la fondation de l'Événement, il y fut chargé du compterendu des séances hebdomadaires de l’Académie des sciences ; il ne tarda pas à devenir l’un des rédacteurs du Bien-être universel d’Émile de Girardin. Désireux de répandre les notions utiles, Turgan fonda une publication spéciale appelée la Fabrique, la ferme et râtelier. 11 devint plus tard, avec M. Dalloz, l’un des directeurs du Moniteur universel. Collaborateur de la France en 1876, il soutint le projet de l’Exposition universelle qui eut lieu en 1878. Il rédigea la publication les Grandes Usines de France qui ne comprend pas moins de 12 volumes in-4° avec gravures, et qui est un véritable monument élevé à l’industrie, quoique les descriptions ne soient' pas faites avec le caractère d’indépendance qui convient à une œuvre purement scientifique. On doit encore à Julien Turgan des études sur VExposition de 1867 et sur l'Artillerie moderne.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 février 1887.— Présidence de M. Gosselin.
- Les démoniaques interprétés par l'art. — MM. Charcot et Paul Richet ont résumé en un livre, le résultat de leurs éludes communes sur la possession. Ils ont eu surtout en vue de rechercher si cette maladie avait revêtu les mêmes formes à toutes les époques.-Dans ce but ils ont examiné quelle représentation des démoniaques nous ont laissée les grands maîtres ; et ils ont facilement pu constater que, presque toujours, ils avaient peint, d’après nature, et non imaginé des types. Rubens paraît être celui qui s’est le plus rapproché de la vérité. Il a peint plusieurs fois des démoniaques ; on a de lui une étude qui reproduit une tête de femmes présentant tous les caractères de la grande hystérie. Dominico Zampieri, dit le Dominicain, peintre de Bologne, élève des Car-rachio, a peint un jeune garçon, l’altitude tétanique si caractérisée des hystériques. On peut voir à Florence une fresque d’André del Sarte représentant une femme possédée. La possession est indiquée par un petit diable placé au-dessus de la tête de la femme; sur le visage on remarque tous les caractères de l’attaque hystérique.
- MM. Charcot et Richet signalent l’erreur commise par Raphaël dans sa célèbre Transfiguration. Le visage du jeune homme n’est pas celui d’un possédé ; il exprime l’étonnement, ont dit certains peintres. MM. Charcot et Richet ont découvert au musée d’Anvers une toile des plus intéressantes qui n’est autre chose qu’une copie de la Transfiguration dans laquelle le copiste a modifié le personnage du jeune homme et lui a restitué son véritable type d’hystérique. Les auteurs concluent que l’hystérie s’est toujours présentée avec les mêmes symptômes.
- Le laboratoire de Banguls. — M. de Lacaze-Duthiers vient rendre compte de l’état d’abandon dans lequel se trouve actuellement le laboratoire de Banyuls. Après avoir rappelé en peu de mots les études qui ont été poursuivies au laboratoire et signalé quelques résultats nouveaux, dus à la grande vitalité des viviers, il explique que ces succès sont dus à l’installation même des bacs. Le laboratoire est placé en contrebas d’un promontoire. Une citerne d’une capacité de 130 mètres cubes a été aménagée au sommet du promontoire. L’eau s’en échappe par le fond et vient se répandre dans les bacs avec une pression équivalente à une colonne d’une dizaine de mètres. L’écoulement a lieu à la surface même du liquide dans les bacs par un tube terminé par une pointe effilée. Grâce à cette disposition l'aération des bacs acquiert une intensité tout à fait extraordinaire qui permet d’obtenir les résultats heureux signalés par M. de Lacaze-Duthiers. Pour élever l’eau au sommet du promontoire, on avait établi un moulin qui vient d’être emporté par une tourmente. M. de Lacaze-Duthiers se propose de remplacer le moulin par une machine à vapeur. Cette nouvelle installation coûtera 10 000 francs, sur lesquels 6000 ont été déjà réunis; il espère que l’Académie fournira le complément de la somme.
- Expériences de M. Weyher. — M. Mascart communique de nouvelles expériences de M. Weyher relatives aux gaz animés de grandes vitesses. Si l’on fait sortir un courant gazeux par la pointe d’un chalumeau de manière à lui imprimer une très grande vitesse, et si l’on place au-dessous du jet gazeux une petite sphère de liège, on voit celle-ci se tenir en équilibre en tournoyant ou rester dans une immobilité complète suivant sa position par rapport au courant. M. Mascart dit ensuite que M. Faye travestit en quelque sorte les idées des météorologistes relative-" ment à la constitution des trombes. 11 lit une partie de la notice insérée par M. Faye dans l’Annuaire du Bureau des longitudes pour 1886. M. Faye objecte que cet article n’engage point la responsabilité du Bureau des longitudes/ Il a réuni dans cette notice les faits les mieux observés ; quant aux dessins que M. Mascart incrimine, ils reproduisent les figures d’un traité de météorologie fort connu.
- Économie rurale. — M. Aimé Girard signale les progrès d’une maladie qui menace la culture de la betterave en France après avoir longtemps sévi en Allemagne. La propagation du fléau est très rapide ; une tache de la superficie de 12 ares signalée en 1884 dans les environs de Gonesse, occupait 2 hectares l’année suivante et 10 hectares en 1886. L’infection des champs se produit fréquemment par l’emploi d’instruments ayant été employés dans des cultures atteintes.il faut donc les nettoyer avec soin ; il faut également éviter de nourrir les animaux domestiques avec des betteraves malades, car les germes ne sont pas tués par la digestion et se retrou-) vent dans les déjections.
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- Varia. — M. Fouchet a composé un ouvrage intitulé la Vie et l'œuvre de Charles Robiti. — M. Lœwy continue ses recherches sur les moyens propres à déterminer la constante de l’aberration. — M. Verneuil étudie la phosphorescence du sulfure de calcium. —M. Cabanellas, sur la période variable de l’intensité des courants. — M. Dona-dieu, sur le phylloxéra du département du Cher.
- Election. — M. Fouzeau est élu membre correspondant pour la section d’économie rurale, par 25 voix sur 45. Au cours de la séance, M. le secrétaire perpétuel annonce la mort de M“° du Moncel, et consacre quelques paroles d’éloges à la part active qu’elle prit aux travaux de son mari. Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- LA CONDUCTIBILITÉ DES MÉTAUX POUR LA CHALEUR
- Prenez une boule de cuivre de 0m,07 à 0m,08 de diamètre, telle que celle qui se trouve au bas des rampes d’escalier, enveloppez-la d’une mousseline ou d’une toile de batiste de mouchoir tin1. Placez sur cette boule métallique ainsi enveloppée, une braise rouge, ardente (fig. 1), que vous aurez prise dans le feu avec une paire de pincettes; soufflez sur cette braise pour la rendre incandescente, elle continuera a brûler avec éclat sans que la mousseline ou le mouchoir au-dessus desquels elle aura été posée, ne
- Fig. 1. — Braise incandescente placée sur un mouchoir de Batiste enveloppant une boule de cuivre. — Le mouchoir n’est pas brûlé.
- soient brûlés ni endommagés en aucune façon. C’est que le métal, excellent conducteur de la chaleur, et ayant en même temps une grande capacité calorifique, absorbe toute la chaleur développée par la combustion du charbon, et que le mouchoir n’a presque rien pris de cette chaleur, il reste pendant la durée de l’expérience à une température inférieure h celle où il serait détérioré.
- Cette expérience peut être faite d’une manière plus remarquable. On prend un mouchoir de batiste dont on enveloppe un bec de gaz métallique en cuivre. Il est indispensable que le bec soit de métal. On ouvre le robinet, on enflamme le gaz qui brûle au-dessus du mouchoir saqs le détériorer (fig. 2). Pour réussir cette expérience, il faut que le mouchoir adhère complètement et sans qu’il fasse de plis sur
- Fig. 2. — Bec de gaz en mêlai enveloppé d’un mouchoir de batiste bien tendu. La flamme se produit au-dessus du mouchoir sans le brûler.
- le bec de métal ; il est utile de le maintenir à l’aide d’un mince fil de cuivre, comme le montre notre ligure. Nous recommanderons à nos lecteurs de ne se servir dans ces expériences que de toile de batiste très fine, et hors de service, afin qu’on n’ait pas à regretter d’avoir détérioré un mouchoir neuf, en cas d’insuccès.
- Ces expériences, convenablement faites, réussissent parfaitement. Nous les avons exécutées nous-mêmes à plusieurs reprises. G. T.
- 1 Une sphère métallique quelconque, boulet de fonte, de fer, etc.), peut être employée de la même façon.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- LE TREMBLEMENT DE TERRE
- DU 23 FÉVRIER 1887
- Un tremblement de terre d’une intensité considérable, et qui a causé de nombreux désastres, a sévi le
- 25 février 1887, dans le nord de Italie, en Suisse, et dans la France méridionale : nous avons reçu à ce sujet de nombreux documents dont nous allons donner l’énumération, non sans remercier encore une fois nos collaborateurs et nos correspondants, que l’émotion légitime causée par des événements
- Px<r. i,_ Effet du tremblement de terre du 23 février 1887. Une maison à Saint-Étienne (San Slefuuo), Alpes-Maritimes.
- (D’après une photographie de M. Albert Gourret, de JNiee.)
- aussi imprévus et aussi graves, n’a pas empêchés de songer aux intérêts de la science.
- Nous commencerons par publier les lettres qui nous ont été envoyées d’Italie, où le phénomène a atteint son maximum d’effets.
- Notre 'collaborateur et ami, M. Maxime Hélène, nous a adressé de Cengio (près Savone, province de 15e année. — 1er semestre.
- Gênes) la note suivante, à la date du 25 février:
- Avant-hier matin, à 6 h. 50 m., violente secousse de tremblement de terre, d’une durée de trente secondes environ, suivie, à dix minutes d’intervalle, d’une autre secousse de trois à quatre secondes. A 9 heures, deux autres secousses successives, moins importantes. Sur toutes les localités qui bordent le golfe de Gênes, princi-
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- paiement à Savone, Àlbissola, Diano-Marina, Oneglia, Menton, écroulements d’habitations et d’édifices, nombreuses victimes que l’on évalue à près de 2000.
- De la matinée du 23, au moment même où je vous écris (25, 4 heures du soir), le sol n'a point cessé de trembler à intervalles plus ou moins prolongés. Secousses appréciables dans la nuit du 23 au 24, à 2 h. 25 m. du matin, ainsi que dans celle du 24 au 25, à 4 h. 10 m. et 5 h. 50 m. du matin.
- La première secousse du 25, à 0 h. 50 m. fut de beaucoup la plus sérieuse et celle dont les effets furent les plus désastreux. Le tremblement affectait les formes ondulatoire, verticale et circulaire (courants en forme de trombe), croissant ou décroissant d’intensité à mesure. Les conditions spéciales du phénomène se retrouvent, du reste, inscrites sur les sismographes enregistreurs par des courbes dont les ordonnées s’abaissent et s’élèvent brusquement, comme si la secousse générale eut été composée de trois secousses élémentaires différentes.
- D’après le Père Denza, directeur de l’Observatoire de Moncaliéri, le phénomène se serait développé dans toute l’étendue du Piémont et de la Ligurie, se continuant en Lombardie, en Suisse et dans la France méridionale, et pénétrant dans toutes les vallées des Alpes occidentales, maritimes, cottiennes, pennines et lépontines.
- Comme nous l’avons signalé précédemment, le maximum d’intensité s’est fait remarquer sur le littoral du golfe de Gênes, le long de la ligne qui va de Savone à Menton. Le gros bourg de Diano-Marina (2500 habitants) est au tiers détruit : « c’est une seconde Casamicciola », écrivent les correspondants qui ont envoyé jusqu’ici les premières nouvelles. A Noli, on compte 17 morts. Dans la commune de Bujano, une église s’est effondrée, ensevelissant 200 personnes.
- Comme dans les tremblements de terre antérieurs, la secousse du 23 février a été précédée par d’autres secousses dans le sud. Le 10, à 10 h. 27 m. du matin, JL le professeur 0. Silvestri signale à l’Observatoire de Catane une forte agitation du sol se développant sur tout le flanc oriental de l’Etna.
- Suivant l’observatoire géodynamique de Rome, le tremblement de terre du 23 février peut être comparé, comme développement et intensité, au même phénomène de l’année 1818. Le centre de l’oscillation devrait être assigné en un point correspondant du sol sous-marin méditerranéen. C’est ce que définit la synthèse des multiples observations qui ont été dressées sur toute l’étendue du sol troublé par la secousse souterraine.
- Max. Yuillaume (Maxime Hélène) *,
- Directeur de la fabrique de dynamite de Cengio (Italie).
- Le phénomène s’est manifesté très sensiblement à Milan, comme l’indique la lettre que M. le prince Troubetzkoï nous a fait l’honneur de nous écrire a la date du 25 février :
- Nous avons eu ici, à Milan, des secousses de tremblement de terre. Afin d’avoir sur ce phénomène des détails précis, je me suis aussitôt rendu à l’Observatoire auprès de mon ami M. Pini, troisième astronome chargé de la météorologie. Voici ce qu’il m’a dit : La première secousse aurait eu lieu, d’après un observateur, vers
- 1 M. Maxime Hélène nous annonce l’envoi prochain de notes et de dessins complémentaires, dès qu’il les aura recueillis sur les lieux mêmes du phénomène, qui prend place désormais, dans l’histoire des tremblements de terre, à côté du mémorable sinistre qui désola Pile d’ischia, en 1885.
- 4 heures du matin; mais celle que tout le monde a ressentie s’est produite à 6 h. 23 m. 46 s. du matin (heure de Rome), elle a duré huit secondes et a été la plus forle. Le déclinomètre de Gauss a donné un angle considérable de plus de 40° horizontalement, et un angle sensible vertical, la pendule du grand équatorial donnant le sidéral s’est arrêtée ainsi qu’une autre donnant le temps moyen. En ville, bien d’autres pendules se sont arrêtées; les contrepoids de la pendule de l’enregistreur de vitesse du vent se sont déplacés comme si on leur avait communiqué un mouvement circulaire. Il semble donc, d’après M. Pini, que le tremblement a eu un mouvement circulaire ; sa direction semble être est-nord-est, et paraissait venir des Apennins. Pour ma part j’ai été réveillé, au moment où mon lit s’agitait fortement : on entendait un fort bruit souterrain, et un vent violent paraissait traverser l’appartement en secouant les portes. Au dehors, le temps était calme. La deuxième secousse a duré douze secondes, elle a été moins forte que la première. Une troisième secousse s’est fait encore sentir sept minutes après. Il y a eu à Milan des désastres: on ne se rappelle pas avoir jamais subi dans cette ville l’action de secousses sismiques aussi fortes. Prince A. Troubetzkoï.
- Milan, 25 février 1887, 1 heure après midi.
- M. A. G. Castelli nous adresse de Turin des documents qui confirment ces faits. En Italie, la ville de Diano-Marina a été, comme on l’a vu précédemment, tout particulièrement atteinte ; un de nos correspondants nous a envoyé, au crayon, la lettre suivante datée du 24 février, 8 heures du matin.
- Je viens signaler aux lecteurs de La Nature le désastreux tremblement de terre qui vient de bouleverser les côtes de la Ligurie. Merci'edi matin, à 6 h. 32 m. (heure de Rome) terrible secousse ondulatoire de direction sud-ouest-nord-est. Un fort bruit souterrain a précédé la secousse, de une à deux secondes. La durée a été estimée à trente secondes environ. Cette secousse terrible a effondré ou lézardé toutes les maisons de la ville de Diano-Marina. A 6 h. 40 m., nouvelle secousse mais d’une durée de quatre à cinq secondes, on se sauve dans les rues au milieu des plâtras et des éboulis. Le sauvetage s’organise, on sauve quelques personnes, lorsqu’à 9 heures, une nouvelle secousse violente vient jeter de nouveau l’épouvante; plusieurs sauveteurs sont tués. Dans la journée, quelques autres secousses de moindre importance ont eu fieu. On retire des maisons effondrées une vingtaine de cadavres, et l’on opère d’autre part quelques sauvetages. Le désastre est terrible, aucune maison n’est habitable, la population affolée campe en plein air et je ne puis vous écrire qu’au crayon. Cette nuit du 23 au 24, nous avons compté 14 secousses, de faible intensité, mais elles étaient toutes précédées de bruits souterrains fort inquiétants.... Je porte ma lettre au chemin de fer ; la poste est détruite et les employés sont sous les décombres.
- A. Ciiarlon , ingénieur.
- Diano-Marina, 24 février 1887.
- Les lettres que nous avons reçues du midi de la France sont très nombreuses. Le phénomène a été particulièrement intense à Menton et vioient à Nice, où il a causé de nombreux désastres.
- Voici l’extrait d’une lettre de Nice :
- A 5 h. 55 Ru matin, dans l’espace de dix-sept secondes
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- environ, j’ai ressenti trois fortes secousses. A 6 h. 5, deux nouvelles secousses assez légères qui n’ont duré que neuf secondes. Enfin, à 8 h. 15, une secousse moins intense que la première, mais d’une durée presque égale, s’est fait ressentir. Pour ces trois périodes, le mouvement était ondulatoire et subsultoire; la direction nord-est-sud-ouest. La plupart des dégâts ont été occasionnés par la deuxième secousse du tremblement de 5 h. 55; d’après ce que j’ai vu, il y a au moins cent maisons qui sont inhabitables. L’avenue de la gare et les rues adjacentes ont particulièrement souffert ; la vieille ville n’a presque rien eu. On cite le fait suivant qui s’est produit dans le lit du Paillon au-dessus du Pont-Vieux : au moment du désastre, il s’est creusé, parmi les cailloux, un large puits rempli d’eau tiède. ' M. Otto.
- Nice, 26 février 1887.
- Dans d’autres villes, les secousses ont été également assez fortes quoique moins intenses, comme l’attestent les récits suivants envoyés de Marseille et d’IIyères ;
- Permettez-moi de vous communiquer quelques renseignements sur deux secousses de tremblement de terre qui se sont produites à dix minutes d’intervalle l’une de l'autre, et les différents effets qu’elles ont produits. La première a été ressentie à 6 heures moins 14 minutes du matin. J’ai constaté que mon lit se déplaçait avec un mouvement ondulatoire alternatif d’une longueur de 4 à 5 centimètres ; et ce mouvement allait en augmentant, chose que j’attribue à la sensibilité des roulettes, car non seulement mon lit, mais tous les meubles étant dans ces conditions d’appui se sont légèrement déplacés ; toutes les vitres vibraient avec une intensité assez forte. Cette secousse, qui a duré vingt à vingt-deux secondes, était accompagnée d’un bruit sourd assez comparable au bruit du tonnerre. La seconde a été moins forte et n’a duré que sept à huit secondes; mais elle était plutôt subsultoire qu’ondulatoire. Des secousses aussi fortes ne s’étant jamais produites, il y avait une panique générale.
- Paul Bérard.
- Marseille, 23 février 1887 .
- A 5 h. 50 m. du matin (25 février 1887), les habitants de la ville d’IIyères ont eu un réveil désagréable; un tremblement de terre s’est fait sentir et a duré trente-cinq à quarante secondes; tout craquait dans les appartements et on éprouvait dans son lit une sensation bizarre de va-et-vient, sur le moment inexplicable. A 6 h. 5 in., deuxième secousse dans le même sens, elle a duré environ dix secondes. On commençait à s’v faire. Le temps est superbe, la pression est forte, 770 millimètres; il est vrai que nous sortons d’une forte période d’agitation qui a duré huit jours et dans laquelle nous avons subi tous les vents combinés avec pluie, grêle et coups de tonnerre assez violents. Paul Mook.
- llyères (Var), 23 février 1887.
- Le 25 février, à 10 heures du matin, nous avons reçu de M. Tardieu, de Sisteron, une dépêche télégraphique nous annonçant la catastrophe: le lendemain, cette dépêche était complétée par la note suivante:
- Première secousse à Sisteron (Basses-Alpes) à 5 h. 35 m. du matin; mouvements d’abord accélérés, croissant, puis s’affaiblissant et reprenant tout à coup une très grande
- intensité, au point de faire craindre pour l’équilibre des maisons. C’est la première secousse; elle a duré deux minutes environ. Bien que l’heure fût très matinale pour la saison, je me trouvais encore levé, sortant avec mon collègue et ami, M. Jauffret, pharmacien à Digne, d’une soirée dansante fort prolongée1. Six minutes après, nouveau tremblement de terre; durée d’environ quinze secondes, moins intense que le précédent. À 8 h. 20 m., troisième secousse, encore moins violente : durée quatre secondes. A 10 heures, légère oscillation très rapide. Le sens des oscillations était nord-est-sud-ouest. Point d’accidents à déplorer à Sisterop, où nous avons été quittes pour la peur. Mais de mémoire d’homme, on ne se rappelle pas avoir éprouvé une pareille secousse.
- G. Tardieu, pharmacien de l'e classe.
- Sisteron, 23 février 1887.
- M. Ph. Rivas nous adresse, de la même localité, une communication qui confirme la précédente. M. G. d’Espinassouxà Montpellier (Hérault), M. Henri Avme à Faucon (Vaucluse), nous ont donné des détails analogues, indiquant l’heure de la principale secousse, à 5 h. 45 m. pour la première localité, à oh. 47 m. pour la seconde. M. le Dr Pevenot a ressenti à Saillies-Pont (Yar), une première et violente secousse à 5 h. 55 m. (durée vingt a vingt-cinq secondes), une deuxième à 6 h. 10 m., et une troisième, formée d’oscillations, a 8 h. 15 m. M. Marius Rouvier, agent des ponts et chaussées à Barcelonnette (Basses-Alpes), chargé des observations météorologiques de cet arrondissement, a observé la première secousse à 6 h. 16 m. du matin, la deuxième à 6 h. 25 m., la troisième a 8 heures. L’oscillation a eu lieu de l’est a l’ouest; la durée des secousses a varié de dix a trente secondes. Il y a eu des murs lézardés; les pendules se sont arrêtées. Les animaux, chevaux, chiens, moutons, oiseaux dans des cages, donnaient des signes de profonde terreur. M. Bourdy, à Nîmes, nous écrit qu’il a ressenti la première secousse à 6 heures: durée trois secondes.
- M. G. Guignot, ingénieur à Avignon, nous informe que la première secousse a eu lieu dans cette ville, à 5 h. 43 m. ; elle a duré seize à dix-huit secondes. La deuxième a eu lieu à 5 h. 45 m. et la troisième à 6 h. 1 m. Orientation du nord-est au sud-ouest.
- Le phénomène a été constaté fort loin du centre d’ébranlement jusqu’à Grenoble d’où Ml Henry Duc nous fait savoir qu’on a ressenti plusieurs secousses à 5 h. 57, pendant l’espace de deux minutes, et
- 1 Le mercredi 23 était le jour des Cendres. Les journaux ont raconté que des masques et des danseurs, encore en costume, ont été surpris par le phénomène à Nice et à Menton. Quelques journaux, reçus au moment de mettre sous presse, nous apportent des détails vraiment effrayants. Dans un café voisin de l’église de Diano, on dansait le mardi gras et le bal s’était prolongé jusqu’au lever du jour, lorsque les premières secousses du tremblement de terre ont enseveli danseurs et orchestre. Les malheureux ont été retirés des décombres dans leurs costumes carnavalesques; ce n'étaient plus que des cadavres. C’est au même moment que l’église de Bujano s’écroulait ensevelissant 200 personnes, pendant qu’on leur administrait les cendres !
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- deux autres secousses à 7 h. 50 in. et a 8 h. 15 ni. ; jusqu’à Rôle môme, dans le Jura, où M. Loriot nous a indiqué que deux secousses se sont fait sentir successivement à 6 heures du matin, de l’est à l’ouest.
- M. Albert Courret., photographe à Nice, a eu l’obligeance de nous adresser, avec une étonnante promptitude, deux remarquables épreuves montrant les conséquences du tremblement de terre du 25 fé-
- vrier. Nous les reproduisons ci-contre ; l'une d’elles (fig. 1) représente la maison de l’école maternelle de Saint-Étienne, ou San Stefano (Alpes-Mari-timns), et l’autre, une chambre au cinquième étage, qui s’est trouvée subitement en communication avec le plein air (fig. 2).
- Cette chambre appartient à une maison du boulevard Gambetta,
- Nice; les débris du mur sont tombés sur la villa Nathal. On conçoit la terreur des habitants réveillés en sursaut dans de si terribles conditions. Nous joignons à ces documents une carte des localités où le phénomène a été observé. Cette carte (fig. 3) donne le principal centre d'ébranlement du phénomène. Toutes les régions figurées ont subi les secousses du tremblement avec plus ou moins d'intensité. Les oscillations se sont même
- fait sentir au delà de notre carte ; à l’est elles ont ébranlé le sol jusqu’à Kavenne, à l’ouest au delà de Nimcs, et au sud jusque dans des régions que nous
- ne saurions encore délinir avec précision. Au nord, les oscillations ont été sensibles dans le Jura. Près de Paris des manifestations magnétiques ont été constatées à Saint-Maur i.
- Tels sont les documents qu’il nous a été permis de recueillir sur le tremblement de terre du 25 février ; nous n’y ajouterons aujourd’hui aucun commentaire et aucune hypothèse : des faits, et encore des faits, voilà ce que nous avons voulu d’abord offrir à nos lecteurs.
- Gaston Tissandier.
- 1 Communication de M. Moureaux (Voy. p.222).
- Fig. o.— Carte montrant le centre principal du tremblement de terre du23 février 1887.
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- LE « GABRIEL CHARMES. » BATEAU-CANON A GRANDE YITESSE
- Les chantiers de la Méditerranée, à la Seyne, pro- | cèdent en ce moment aux expériences de réception du
- Fig. 1. — Le nouveau bateau-canon Gabriel Charmes, vu de côté. (D’après une photographie.)
- Gabriel Charmes en présence d’une commission spéciale nommée, à cet effet, par le Ministre de la marine. Aussi, croyons - nous opportun de donner quelques renseignements sur ce nouveau type de bâtiment de combat dont les essais ont été, jusqu’à ce jour, très satisfaisants.
- L’attention du monde maritime a d’ailleurs été vivement attirée sur ce nouvel engin de guerre qui semble appelé, par sa puissance offensive, autant que par sa vitesse et son invisibilité, à jouer un rôle important dans les luttes navales de l’avenir.
- En quelques heures, grâce à la puissante machine qui actionne son propulseur, le bateau-canon peut se transporter en un point quelconque du littoral qu’il doit attaquer, tout en
- échappant aux investigations de l’ennemi, grâce aux petites dimensions qui ont été adoptées pour sa coque. Ajoutons, en outre, que la quantité de char-
- Fig. 2. — Le Gabriel Charmes, vu de face.(D’après une photographie.)
- bon qu’il peut embarquer lui permet d’étendre son rayon d’action à une grande distance de son port de ravitaillement. Il est d’ailleurs emménagé avec tout le confortable nécessaire pour rendre très supportable la vie à bord pendant une croisière de plusieurs jours à la mer.
- Le bateau-canon a été construit sur les plans de M. Lagane, ingénieur en chef des chantiers de la Seyne. Il a 41m,25 de longueur de tête en tête, une largeur de 5m,80 au fort, avec un creux sous tôle quille, au sommet du pont, de 2m,60. Au tirant d’eau moyen de 0,960, au milieu il déplace, en pleine charge, avec son appareil militaire , l’armement, le charbon en soutes, et le personnel à bord, 76 tonneaux.
- Les lignes de la carène rappellent, par leur grande finesse, celles des torpilleurs. Elles ont d’ailleurs été étudiées avec le plus grand soin en vue de donner au navire une vitesse,
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- en charge complète, de 19 nœuds. Hàtons-nous d’ajouter que, sur ce point, le succès a couronné les efforts des constructeurs, puisque, lors d’un des derniers essais de vitesse qui ont été effectués, la vitesse moyenne a été de 19 nœuds 87 centièmes, et la vitesse maxima a atteint, à un certain moment, 19 nœuds 95 centièmes. Ce résultat est des plus brillants.
- L’appareil militaire du Gabriel Charmes comprend un canon de 14 centimètres, modèle 1881, de la marine française, placé sur le pont, 'a l’avant du kiosque du commandant. La pièce est entourée d’un pavois en tôle d’acier d’une hauteur de lm,40 environ, destiné à protéger les servants contre le tir des assaillants et contre les embruns, par mauvais temps.
- Ce canon est monté sur un affût hydraulique, à recul extrêmement réduit, qui a été étudié spécialement pour ce type de navire, par M. G. Canet, chef du service de l’artillerie des Forges et Chantiers. Une des particularités de cet affût est la rentrée automatique en batterie du canon dès que le coup a été tiré. L’affût est fixé très solidement sui le pont ; la pièce n’a pas, par conséquent, de pointage latéral ; elle ne possède qu’un pointage vertical permettant de tirer avec 50° de tir positif. Deux fortes cloisons, placées en dessous du canon, répartissent les efforts énormes qui se produisent au moment du tir, sur l’ensemble de la coque et limitent, en abord, les soutes a poudre et à projectiles qui peuvent contenir 100 coups.
- Des essais préliminaires de tir ont d’ailleurs été exécutés et ont montré que la coque ne fatiguait nullement, même en tirant à 50° de pointage positif, avec obus de combat de 50 kilogrammes et charge de combat de 13k,700.
- Pendant ces expériences qui ont été extrêmement satisfaisantes, le recul total de la pièce n’a pas dépassé 0m,450.
- Le service des munitions s’opère par un passage spécial disposé à l’arrière du canon et communiquant directement avec la coursive placée entre les soutes à munitions sous le pont.
- Disons enfin quelques mots des installations intérieures qui ont été étudiées en vue de tirer le meilleur parti possible de l’espace dont on disposait.
- Le poste d’équipage se trouve à l’avant des soutes, sous le pont. Il renferme les couchettes, caissons, crocs à hamacs et bastingages nécessaires pour douze hommes; on y a placé également la cuisine et les puits aux chaînes. Une descente spéciale y donne accès. En dessous du kiosque du timonier, qui renferme les appareils de transmission d’ordres à la machine et le compas Collet, se trouvent l’appareil servo-moteur à gouverner système Stapfer de Duclos, ainsi que la cambuse et les soutes à cartouches. Au delà, vers l’arrière, le compartiment de la chaudière qui est timbrée à 9 kilogrammes, renferme également le ventilateur et le petit cheval alimentaire. Une cloison, avec porte étanche de communication, sépare l’appareil évaporatoire de la machine motrice
- de l’hélice. Cette machine, du système compound à deux cylindres, a été construite dans les ateliers que les Forges et Chantiers possèdent à Marseille. Elle est extrêmement légère bien que d’une grande solidité. Elle développe près de 000 chevaux de 75 kilo-grammètres. Les principales pièces sont en acier de la meilleure qualité. On trouve également, dans ce compartiment, le condenseur avec turbine de circulation, et un appareil distillatoire destiné à fabriquer 550 litres d’eau douce par vingt-quatre heures avec filtre et caisse à eau de réserve. Sur l’arrière, nous rencontrons les logements des officiers. Ces logements, en acajou verni, comprennent : un salon avec buffet et canapés recouverts de maroquin grenat et deux chambres avec couchettes, lavabos, armoires, casiers à cartes, bougeoirs à roulis, etc., etc., par chacun des officiers du bord ; un water-closet à pompe complète l’installation, qui est aussi confortable que possible. Les parois de ces logements sont recouverts de linoléum pour éviter les condensations qui se produisent sur les tôles. Enfin les deux derniers compartiments renferment un carré pour quatre maîtres avec couchettes et armoires, et un petit coqueron pour les voiles.
- Le pont est très dégagé et la circulation y est facile ; on n’y trouve que les capots de descente aux différents dcomartiments.
- Ces quelques renseignements donneront une idée assez complète de cette nouvelle unité navale qui prendra certainement part aux grandes manœuvres qui vont avoir lieu, en mai prochain, dans la Méditerranée. Fx INGÉNIEUR.
- CONSEILS
- AUX AMATEURS DE JARDINAGE
- JARDINETS DE FENETRE (Suite. — Voy. j>. 198.)
- Les plantes bulbeuses ou tuberculeuses de petite taille faciles à cultiver en pots ou en caisses seront les suivantes : La Perce-neige, puis YEranthis .Injemalis, fleurissant en janvier-février. Bientôt après les Crocus printaniers, les Jacinthes, les Tulipes hâtives ; Duc de Thol et ses variétés (bien entendu que, si les gelées se maintenaient , il ne faudrait pas songer à entreprendre les plantations des Crocus, Jacinthes et Tulipes et si elles étaient déjà faites il faudrait soigneusement les couvrir avec de la paille, des morceaux de couverture, etc., enfin un ahri quelconque) 1 ; la ravissante Scille de Sibérie aux fleurs bleu d’azur, les variétés d’anémones Hépatiques, bleues, roses et blanches.
- Nous arrivons en mars-avril et le cercle s’agrandit; bientôt on sera dans l’embarras du choix. Le Cyclamen de Chio, un mois après le Cyclamen à fleurs penchées.
- 1 On cultive en carafes beaucoup d’oignons en les croyant perdus après la floraison. Il suffit, quand les fleurs sont flétries, de couper la hampe et de mettre ces oignons en terre sablonneuse si possible, dans un coin de jardin. Les oignons se reforment et fleurissent à nouveau, un an ou deux ans après. On assure mieux leur conservation en cultivant les oignons dans la terre que dans l’eau.
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- Les Anémones des fleuristes (A. coronaria, A. pavonina) seront plantés. Puis viendront les Violettes, les Pensées, les variétés naines de Giroflées. Quand ces dernières seront encore peu développées, on les pincera afin qu’elles forment touffe et que la floraison soit plus abondante. On agira de même avec les Lobelia erinus et L. ramosa si féconds en fleurs d’un beau bleu et le Thlaspi blanc nain. Ce sera aussi le moment déplanter les Pâquerettes doubles, que tout le monde connaît, les Silènes à fleurs pendantes et l’Aubrietia deltoïde.
- Nous ouvrirons ici une parenthèse pour parler des plantes grimpantes, les indispensables de toutes cultures des fenêtres et des balcons.
- Jusqu’ici une demi-douzaine d’espèces sont mises à contribution. La Vigne vierge, très encombrante, le Cobœa,s’accommodant aussi bien de l’ombre que de la vive lumière, puis les Ipomæa ou Volubilis, les Haricots d’Espagne, Pois de senteur, Capucines, etc. On pourra augmenter le nombre en semant le nouveau Houblon du Japon dont le feuillage est plus clair, plus ample que celui du H. commun; c’est une plante de ressource pour couvrir rapidement les balcons, tonnelles, berceaux, etc. On ne devra pas oublier le Chèvrefeuille de Chine, plus léger que le Ch. ordinaire et grimpant plus vite. Les fleurs en sont odorantes également. Les Clématites, que nous passerions volontiers sous silence, ne sont pas d’une culture toujours facile sur les fenêtres, cependant laC. odorante et la C. montana, parmi celles à fleurs blanches et la C. Jackmani à fleurs bleues pourront être essayées. On devra consacrer à ces végétaux voraces une caisse ou un pot à fleur spécial ; l’association avec d’autres plantes pouvant nuire à ces dernières. Parmi les Ipomæa il faudra choisir les espèces élégantes : I. Qua moclit (/. coccinea) à feuilles découpées comme les dents d'un peigne et à fleurs tubuleuses écarlates; l’I. à feuilles de lierre couvrira davantage et les fleurs en sont fort belles ; il y a même des variétés à feuilles panachées de cette espèce. Enfin mentionnons le Calystegia pubescens, Liseron vivace de Chine à fleurs doubles roses. On com-en spirale, mence à cultiver depuis peu, en bonne exposition, les Maurandia (M. Barcleyana) et Lophospermum grimpant (L. scande?is); leur taille peu élevée, relativement, les fera rechercher pour les petites cultures. Le Boussingciultia baselloïdes se trouve chez tous les grainiers; cette plante vivace grimpe beaucoup, couvre peu, et n’est décorative que par son feuillage, elle croîtra volontiers au nord à défaut du sud.
- Point n’est besoin d’insister sur l’emploi des Capucines. Les plus coquettes sont les C. de Lobb dont l’une, nommée Spitfire, a la fleur d’un rouge éclatant, d’où son nom. La maison Vilmorin d’abord, puis d’autres grainiers, depuis, se sont appliqués à obtenir des variétés naines et non grimpantes de Capucines de toutes couleurs; il y en a qui n’ont pas plus de 20 à 25 centimètres de hauteur et qui seraient un ornement durable sur les fenêtres ; l’on aurait ainsi des Capucines grimpantes et d’autres qui ne le seraient pas. Le genre Capucine (Tropæolum) est nombreux en espèces ; plusieurs d’entre elles sont d’un port tout différent et d’une délicatesse extrême, on les nomme Capucines tubéreuses. Ces plantes ont des tiges filiformes, des petites feuilles divisées en lobes nombreux et des fleurs ressemblant à
- des petites têtes d’oiseaux. On les fait grimper sur des supports légers en fil de fer ayant la forme de petits ballons ou d’ombrelles. Ces objets sont gracieux ainsi couverts de toute part par ces fleurettes étranges; on peut transporter le vase de Capucine dans les appartements quand on en fait la culture en pot.
- Nous engageons beaucoup à employer pour les plantes grimpantes, un support qui n’est guère en usage pour ce genre de culture, mais qui sera d’un effet charmant; c’est le tuteur en spirale préconisé depuis quelques années pour les arbres fruitiers de petite dimension et connu sous le nom de tuteur Chappelier. On trouvera ces tuteurs tout faits chez les marchands d’ustensiles de jardinage, mais on pourrait facilement les faire soi-même de la dimension qu’on voudrait. On prendra du fil de fer galvanisé de 4 millimètres environ ou plus suivant le besoin ; on fixe un des bouts du fil au bas d’une colonne mobile de bois ou d’autre matière, puis on tournera ce fil en spirale plus ou moins serrée et de la hauteur qu’il plaira ; ensuite on fera glisser le moule du centre de cette spirale et on aura ainsi un tuteur en forme de rampe d’escalier qui sera parcouru par la plante grimpante au fur et à mesure qu’elle s’élèvera.
- Revenant aux plantes basses à cultiver en avril-mai, nous ne manquerons plus de matériaux. Les Mufliers nains, Coltinsia, Clarkia, Réséda, Giroflées quarantaines, Agératum, Aspérule odorante, Campanule cespi-teuse, Cinéraire naine, Ficoïde (en plein soleil), Godetia, Mimulus, Némophile, Myosotis, Primevère Oreille d’ours, toutes les Saxifrages de petite taille, excepté la S.sarmen-teuse qu’on réservera pour suspensions, le StaticeGazon, d’Olympe, les grandes Tulipes, etc. Beaucoup de ces plantes nous mèneront en juin;nous pourrons cependant ajouter les délicates Nierembergia gradin et N. frutés-cens, ainsi que Nycterinia selaginoïdes qu’on trouve maintenant sur les marchés aux fleurs comme la plupart des précédentes. Les amateurs d’Œillets feront bien de s’approvisionner en choisissant les variétés qui ne sont pas trop hautes de tiges. J. Hortulanus.
- — A suivre. —
- LES GRANDES USINES HYDRAULIQUES
- pour i/irrigatiox du béhéra (egypte) 1
- Nous avons indiqué précédemment les conditions auxquelles sont soumises les irrigations de la Basse-Égypte et l’obligation où s’était trouvé le gouvernement de demander à l’industrie privée une fourniture d’eau puisée dans le Nil lors de l’étiage, et destinée à l’irrigation de la province du Béhéra. Nous avons ensuite décrit l’une des usines qui alimente le canal Mahmoudieh et la ville d’Alexandrie, à l’aide de roues élévatoires analogues aux roues Sagebien, et actionnées par des machines à vapeur. La seconde usine hydraulique, celle duKatatbeh, puise également dans le fleuve pour l’alimentation du canal du Katatbeh que la faible hauteur de la retenue du barrage de Saïdieh rendait insuffisante pendant la période des basses eaux ; c’est la description de cette usine qui fait l’objet de cet article.
- Le volume à fournir par vingt-quatre heures at-
- 1 Suite et fin, voy. p. 167.
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- teignait 1 500 000 mètres cubes, aux termes de la concession primitive accordée par le gouvernement égyptien à M. Edw. Easton. Cet ingénieur adopta pour machines élévatoires des vis d’Archimède au nombre de dix. Ces appareils, du type perfectionné par M. Airy, étaient installés dans un grand bassin de 50 mètres de long sur 16m,50 de large séparé du Nil par un ouvrage de fermeture servant en même temps de pont de passage (lig. 1). L’eau pénètre dans le bassin par trois arches de 7 mètres d’ouverture chacune, et qu’on peut clore au moyen de portes à manœuvre hydraulique. Chaque vis avait un diamètre de 5n,,68 et une longueur de 12 mètres. Le noyau construit en tôle, d’une longueur égale, avait
- un diamètre de lm,22, et ne se reliait à l’enveloppe que par des spires en tôle de 4 millimètres d’épaisseur. Les tôles de l’enveloppe et du noyau présentaient des épaisseurs respectives de 9 et de 10 millimètres. Aux extrémités du noyau étaient disposés un cône d’entrée et un cône de sortie portant des tourillons qui tournaient dans des coussinets à galets pour diminuer les frottements. Un arbre de couche commun de 50 mètres de long actionnait les vis k l’aide de roues d’angle et d’une couronne dentée commandée par un pignon. II recevait lui-même son mouvement des arbres moteurs de trois machines compound verticales, qui lui étaient reliés par des engrenages cylindriques égaux, afin de pouvoir dé-
- brayer l’une des machines sans arrêter les autres. Ces arbres faisaient 70 tours, et communiquaient aux vis une vitesse de 5 k 6 tours par minute.
- Ces vis qui, comme les roues Sagebien, élèvent un volume k peu près constant par tour, et qui ont donné de bons résultats dans diverses installations hydrauliques, notamment celle de la distribution d’eau d’Anvers, n’étaient pas construites d’une manière suffisamment résistante pour les efforts énormes qu’elles avaient k supporter lorsqu’elles étaient pleines d'eau. Aussi toutes se brisèrent, dès le premier jour et vers le tiers de la hauteur du noyau. On entreprit alors un travail de consolidation des noyaux, on les réunit par des tirants en fer aux enveloppes pour les rendre plus solidaires, mais ces
- palliatifs demeurèrent insuffisants, et il fallut recourir non seulement au remplacement des appareils élévatoires, mais encore k l’accroissement de fa puissance prévue, la fourniture d’eau ayant été portée par le gouvernement de 1 500 000 k 5 000 000 de mètres cubes par vingt-quatre heures.
- M. Boghos Nubar, ingénieur des Arts et Manufactures, chargé de diriger cette nouvelle installation, s’adressa k MM. Farcot, de Saint-Ouen. La faible hauteur d’élévation maximum (5 mètres environ) empêchait d’employer les pompes k piston, et d’un autre côté la nécessité d’utiliser les fondations ainsi que la nature boueuse des eaux du Nil imposait les pompes centrifuges. Dans ces conditions, MM. Farcot imaginèrent une solution remarquable
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- Fig. 2. — Usiue hydraulique du Katatbeh (Egypte). — Grandes pompes centrifuges Farcot, remplaçant l'ancienne installation,
- (O’après^une photographie.)
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- qui consiste dans l’emploi de pompes centrifuges à axe vertical et à action directe, de manière à supprimer et les courroies qui, pour des efforts aussi considérables, auraient dû affecter de très grandes dimensions, et les engrenages et autres organes in-terme'diaires qui auraient absorbé en frottements une force plus ou moins importante.
- La figure 2 donne une vue générale des dispositions adoptées pour les pompes Farcot. Elles ont un diamètre extérieur de 6m,90; la roue à ailettes, d’un diamètre de om,8l) et d’une hauteur de 2 mètres environ, tourne dans une enveloppe annulaire supportée par des colonnes en fonte, et dont la section s’accroît sur le développement d’une circonférence entière ; elle se continue ensuite par le tuyau
- de refoulement qui s’abaisse pour former siphon dans le but d’éviter le désamorçage, et se relève ensuite graduellement pour atteindre le niveau constant du refoulement. A son extrémité le tuyau se raccorde avec la voûte en maçonnerie qui donne passage à l’eau dans le canal.
- Pour permettre la visite et le graissage de l’arbre, les constructeurs ont adopté la disposition de pivot hors l’eau usitée pour les turbines. La partie mobile de l’arbre reliée à la roue à ailettes repose sur une colonne solidement fixée sur la maçonnerie du radier, et qui se dresse jusqu’au-dessus du niveau le plus élevé à prévoir pendant la période de fonctionnement. L’arbre est creux, à tête frettée et présente un œil mesurant 0m,85 de hauteur sur 0m,60 de largeur et 0m,70 de profondeur dans lequel le pivot
- se trouve logé. Il est formé de cinq grains lenticulaires à surfaces alternativement convexes et concaves, dont le dernier vient s’appuyer sur un grain sphérique concave formant le fond de la erapaudine et rapporté sur la tête de l’arbre fixe. Ces grains en bronze phosphoreux prennent des vitesses qui diminuent d’une manière, progressive depuis celle du premier qui forme l’extrémité de l’arbre même jusqu’à celle du dernier qui est nulle, de manière à répartir sur une grande surface les frottements considérables dus à la rotation d’un arbre de 8 mètres de hauteur, et pesant, avec son volant, 50 tonnes. La circulation de l’huile entre les grains est assurée au moyen de trous percés dans le prolongement de l’axe de l’arbre, et de pattes cl’araignée tracées à la surface des grains. L’huile en excès se déverse dans une couronne cylindrique fixée sur l’arbre : dans la disposition primitive une enveloppe concentrique à la erapaudine donnait passage à une circulation d’eau destinée à refroidir constamment le liquide lubrifiant.
- Réservoir d'hujle refroidie [
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- Pompe ce;
- ' Kéfogcranttubu/au1»'
- Fig. 4. — Disposition Vigreux pour le refroidissement de l’huile de graissage du pivot.
- Malgré ces précautions, on observa, lors de la mise en marche, que les grains de bronze phosphoreux s’écrasaient comme s’ils avaient subi une fusion : cela tenait, non au poids de l’arbre, qui exerçait une charge de lk,52 par millimètre carré de surface sur les grains, effort bien inférieur à celui qu’ils peuvent supporter sans s’écraser, mais à l’insuffisance du refroidissement de l’huile. Les constructeurs furent donc amenés à étudier un système spécial pour parer à ce grave inconvénient, et la Compagnie, s’étant adressée en même temps à M. Vigreux, put disposer de deux solutions qu’elle a appliquées simultanément.
- Le principe commun consiste à puiser dans la cuvette annulaire de trop-plein de l’huile échauffée une quantité convenable de liquide, à l’envoyer sous pression dans un réfrigérant tubulaire et de là aux grains à lubrifier.
- A cet effet, MM. Farcot ont supprimé la circulation d’eau réfrigérante dans le pivot dont nous avons
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- déjà parlé; le fond de la cuvette de trop-plein communique par deux tuyaux avec les tubulures d’aspiration de deux pompes rotatives à ailettes de dimensions tellement réduites qu’elles ont pu être logées dans l’œil de l’arbre (fig. 5). L’axe de chaque pompe porte un pignon (pii roule sur une couronne dentée fixe établie sur la crapaudine. Les pompes étant entraînées dans le mouvement de l’arbre reçoivent du pignon un mouvement de rotation, et leur débit est proportionnel a la vitesse de la machine. Elles refoulent l’huile dans un réfrigérant tubulaire avec une circulation d’eau venant du condenseur, et boulonné h l’extérieur de l’œil : l’huile refroidie est renvoyée toujours sous pression dans l’axe du pivot et des grains par un tuyau qui les met en communication avec le réfrigérant.
- La solution imaginée par M. Vigreux et indiquée schématiquement dans la figure 4 consiste à refouler l’huile puisée à l’aide d’une pompe spéciale extérieure à l’arbre, dans un réfrigérant tubulaire établi sur le radier et de la dans un réservoir qui domine l’appareil. Elle descend dans le pivot à l’aide d’un tuyau ayant la forme d’un coude et communiquant avec les grains par un tuyau horizontal percé dans la manivelle mue par la machine et suivi d’un tuyau vertical percé dans 1 axe de l’arbre.
- Ces deux dispositions appliquées, l’une sur trois des pompes, l’autre sur deux, ont également donné de bons résultats pendant toute la campagne de 1886 : les grippements ont complètement cessé et le fonctionnement des appareils a continué sans interruption depuis la mise en marche pendant toute la période d’étiage.
- Chacune des cinq pompes est actionnée directement par son moteur : ces machines sont du type Farcot avec distribution a quatre tiroirs à détente variable et a condensation; les cylindres ont 1 mètre de diamètre et 1“‘,80 de course. Le volant calé horizontalement sur l’arbre pèse 22 tonnes et présente un diamètre de 6m,70. La vitesse moyenne est de 55, et la vitesse maximum de 56 révolutions par minute. Dans ces conditions, chaque pompe peut débiter 600 000 mètres cubes par vingt-quatre heures : la capacité de l’usine entière est donc, y compris trois vis de réserve dont nous parlerons plus loin, de 5 500 000 mètres cubes par jour.
- Onze chaudières du type a foyer intérieur a retour de flamme tubulaire fournissent la vapeur nécessaire aux machines des pompes. Trois d’entre elles construites par le Creusot ont 190 mètres carrés de surface de chauffe; les huit autres proviennent des ateliers de MM. Farcot et ont 175 mètres carrés de surface en y comprenant leurs réchauffeurs latéraux. La pression effective adoptée est de 5 kilogrammes par centimètre carré.
- La maison Farcot s’était engagée à ne pas dépasser lk,750 de charbon par cheval et par heure en eau montée. Les expériences faites pendant la campagne de 1886, où les pompes ont dû élever l’eau à une hauteur de 5m,20, un peu supérieure a celle prévue,
- à cause de l’étiage remarquablement bas du Nil, ont donné des résultats très satisfaisants, et la consommation a pu, dans quelques-unes d’entre elles, s’abaisser a lk,500.
- Actuellement l’usine du Katatbeh est constituée par les cinq pompes et leurs cinq machines, et par trois des anciennes vis qu’on utilise comme machines de réserve. Elles ont été, à cet effet, modifiées et consolidées par la Compagnie : une couronne en fonte entourée d’un cercle de galets roulant sur un coursier en fonte fixé dans le radier en maçonnerie, réduit la charge sur les tourillons extrêmes, et des tirants intérieurs relient le noyau avec l’enveloppe. Ces vis sont commandées dans les mêmes conditions que dans l'installation primitive, mais par une seule des machines compound deM. Easton. Elles ont pu, au moyen de cette réfection, fonctionner sans rupture pendant la dernière campagne. La solidité un peu inférieure du radier dans la partie centrale a obligé la Compagnie à conserver les trois vis du milieu, en sorte que les pompes et leurs moteurs sont divisés en deux groupes, l’un de trois, l’autre de deux. Les cylindres a vapeur sont établis, comme l’indique la figure 2 sur les voûtes constituant l’ancien ouvrage de fermeture. A la sortie des voûtes, les refoulements se réunissent dans un canal de 50 mètres de largeur au plafond et de im,80 de profondeur.
- En résumé les deux installations hydrauliques de l’Atfeh et du Katatbeh peuvent donner, par vingt-quatre heures, un volume total de 6 millions de mètres cubes; cette fourniture énorme s’exécute avec une régularité parfaite, et les irrigations si importantes de la province de Béhéra sont entièrement assurées par l'élévation mécanique, en attendant qu’un changement radical dans le régime du Nil puisse permettre l’alimentation continue des canaux principaux d’irrigation de la Basse-Égypte. Nous sommes heureux de constater le succès complet obtenu par des ingénieurs et des constructeurs français dans ces remarquables installations, et nous espérons que ce ne sera pas le seul qu’il nous soit donné de faire ressortir dans un pays où nous comptons déjà à notre actif l’une des plus grandes œuvres des temps modernes. G. Richou,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- VERROD ÉLECTRIQUE
- On a déjà imaginé plusieurs appareils, désignés sous le nom de serrures électriques, dont le but est de permettre d’ouvrir ou de fermer les portes à distance. En général ces systèmes sont assez compliqués, ce qui en rend le prix trop élevé pour que leur emploi puisse se généraliser.
- M. M. Gillet s’est proposé de simplifier la question, pensant avec raison que, dans bien des cas, il n’est pas nécessaire de faire fonctionner la serrure complètement à distance comme cela a lieu de la loge
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- LA NATURE.
- (fun concierge à la porte d’entrée d’une maison, mais qu’il suffit de pouvoir condamner l’action du pêne à un moment donné ; aussi n’est-ce pas une serrure, mais un verrou qu’il a imaginé. L’appareil, d’une disposition très simple, est peu coûteux ; en outre, il peut s’appliquer aux serrures déjà existantes au moyen d’une très légère modification. On voit en effet, sur la partie gauche de notre gravure, un morceau d’une serrure quelconque, dont le pêne porte une entaille à la partie inférieure. C’est là la seule modification à faire subir à la serrure, et le premier venu peut la faire. La contre-partie, celle dans laquelle entre le pêne et qu’on nomme la gâche, est changée et remplacée par une autre dans laquelle est logé le verrou électrique. Celui-ci se compose d’un levier AE (fig. 1) dont l’extrémité A, recourbée en crochet, vient s’engager dans l’entaille pratiquée dansle pêne et condamne ainsi son mouvement.
- Cela a lieu lorsque l’extrémité E a été attirée par un électro-aimant placé on dessous. Le crochet est alors maintenu dans cette position, lorsque le courant a cessé de passer dans l’élec-tro, au moyen d’un enclenchement qui se produit en E avec le levier B. Ce dernier est placé lui-même en regard d’un second électro auquel il sert d’armature. S’il est attiré, le déclenchement se produit; le levier AE, obéissant à l'action du ressort à boudin D placé en A,bascule et le crochet se dégage du pêne. 11 est faciledeserendre compte du montage de l’appareil et de la marche des courants, au moyen de la figure théorique. On voit (fig. 2) que quand le fil F, venant de lelectro inférieur, touchera en un point quelconque le fil C, venant du pôle positif de la pile P, il y aura attraction et enclenchement en E, et par suite engagement du crochet dans le pêne. Si au contraire c’est le fil 0, venant de l’électro supérieur qui touche le fil C, il y aura attraction en B, déclenchement en E, et le pêne sera rendu libre. On
- peut donc placer autant de boutons de contact qu’on voudra sur le parcours des filsO, F, C, et commander de toutes les chambres d’un appartement, le verrou ou les verrous, car on peut, bien entendu, en placer plusieurs en dérivation sur le même circuit.
- Nous allons indiquer rapidement quelques cas où l’emploi de ce système très simple serait avantageux. Dans une maison particulière, dans un hôtel, on peut s’enfermer le soir dans sa chambre, et sans quitter son lit, on ôtera son verrou le lendemain matin pour permettre au domestique de faire son service. Dans une maison de banque, le chef des bureaux peut, de son cabinet, opérer la fermeture de toutes les caisses à un moment quelconque. Plusieurs crimes et accidents, arrivés dans ces derniers temps sur les chemins de fer, auraient pu être évités si les portières des compartiments étaient condamnées pendant la marche du train. Cette mesure, impraticable jusqu’ici, devient d’une application facile au moyen du verrou de M. Gillet, car le chef de train peut de son fourgon, par une simple pression sur un bouton, condamner en même temps toutes les portières sans même que les voyageurs puissent s’en douter. 11
- en permet l’ouverture de la même façon au moment de l’arrivée à chaque gare. Enfin chez les commerçants, les bijoutiers surtout, qui sont souvent les victimes de vols « au rendez-moi », l’emploi d’un semblable appareil est tout indiqué, car sans en avoir l’air ils peuvent condamner leur porte et retenir sous clef le client suspect, au moment où celui-ci s’y attend le moins.
- En résumé, le verrou de M." Gillet trouvera son application chez tout le monde, aussi bien dans la maison particulière, dans 1’hôtel et chez le commerçant, que dans les chemins de fer et dans les grandes administrations. G. M.
- Fig. 2. — Schéma indiquant le montage du verrou éleetriqui
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- LA NA TU U F.
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- LES ATTELAGES DE CHIENS
- A BllUXELLES
- On sait que le chien est le seul animal domestique des Esquimaux; ils l’emploient à la traction de leurs traîneaux, souvent au nombre d’une trentaine par attelage ; on les voit parcourir ainsi d’immenses espaces glacés couverts de neige, et cela avec une très grande rapidité.
- Chez les nations civilisées le chien a eu longtemps pour emploi, chez les clou tiers, de faire tourner la roue qui actionnait le soufflet delà petite forge; mais, depuis que les usines de Charleville et même de
- Suède sont venues tuer la petite industrie des clou-tiers, le chien est à peu près exclusivement consacré à la chasse, à la garde des maisons et des troupeaux, ou au rôle d’animal d’agrément, et n’a plus généralement d’emploi industriel.
- Chez nos voisins les Belges, nous retrouvons le chien employé sur une grande échelle comme bête de trait, par les campagnards des environs de Bruxelles ou par les petits industriels de la ville, et c’est un spectacle bien curieux pour un étranger, pour un Parisien surtout, arrivé de la veille, de voir, le matin, d’innombrables petites voitures chargées de légumes, de fruits, de tubercules, arriver au marché traînées par des chiens; il n’y a pas que les
- Une eourse de chiens à Bruxelles. (D’après un document original.)
- maraîchers et les paysans venant au marché qui se servent de ce genre d’attelage : les laitiers, les boulangers, les bouchers des faubourgs en font aussi un grand usage. Le chien de trait belge a été rendu célèbre par le remarquable tableau de Stevens intitulé : le Marchand de sable.
- Le chien que l’on emploie ainsi à Bruxelles et aux environs à la traction des petites voitures, est un mâtin fort et râblé, moins haut que les grands danois ou les dogues allemands, et d’une couleur fauve plus ou moins terne ou noire et à poil en quelque sorte demi-ras et rude. Du reste les paysans brabançons ne paraissent pas s’attacher à un type bien uniforme comme conformation, comme couleur et comme pelage : pourvu qu’il soit fort et énergique,
- c’est tout ce qu’ils demandent a leur coursier à griffes et à crocs.
- Ces chiens sont très zélés pour leur service et l’accomplissent avec autant de plaisir que les chiens de chasse a suivre la piste du gibier.
- Un exercice qui fait bien ressortir leurs qualités et montrer le degré d émulation dont ils sont doués, c’est celui des courses qui ont fréquemment lieu par suite des défis que se portent les possesseurs de chiens. Nous représentons ci-dessus une de ces courses, d’après une gravure déjà ancienne, mais qui a encore un grand intérêt d’actualité.
- Le champ de course est la grande route et le but est à deux ou trois kilomètres ; tous les passants et les riverains peuvent jouir du spectacle. Les con-
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- LA NATULE
- currents se mettent en ligne, et l’impatience des coursiers, qui se manifeste de la voix et du geste, ne peut être modérée qu’à grands coups de fouets. Enfin le signal est donné et ils partent à fond de train avec force aboiements.
- Les chutes sont fréquentes et les coureurs mordent souvent et littéralement la poussière, mais les auto-médons en blouse courte sont vite relevés et replacés sur leurs chars, excitant de nouveau leurs vigoureux coursiers ; ceux qui sont le plus souvent tombés ne sont pas pour cela les derniers arrivés au but.
- La vélocité d’un attelage de chiens est souvent telle qu’on a vu des paris de vitesse engagés entre un cabriolet attelé d’un bon cheval et un de ces attelages et être gagné par ce dernier. Un bon chien de trait coûte moins d’entretien, disent les Belges, et se vend plus cher qu’un àne ordinaire, tout en faisant souvent autant de besogne1.
- LE TREMBLEMENT DE TERRE
- DU 23 FÉVRIER 1887, A PARIS
- Le tremblement de terre, signalé le 25 février dernier dans le sud-est de la France et en Italie, a été ressenti également à Paris ; il s’est manifesté par une brusque agitation de l’aiguille aimantée. Les
- Courbe de la déclinaison à l'Observatoire du Parc Saint-Maur, le 23 février 1887, au matin. — a. Trouble correspondant au tremblement de terre. — b. Trouble provoqué par l’enregistrement de l’heure, à 8 heures.
- courbes relevées à l’enregistreur magnétique de l’observatoire du Parc Sainl-Maur portent une trace très nette du phénomène, qui s’est produit à 5 h. 45 m. du matin (temps moyen de Paris). Le déclinomètre, le bifilaire et la balance ont été affectés au même degré. La cause de l’oscillation paraît avoir persisté plusieurs minutes; son amplitude totale au début a été d’environ sept minutes.
- Le phénomène observé est-il dùà la commotion elle-même? On pourrait plutôt l’attribuer à un courant terrestre instantané provoqué par la secousse, car on ne remarque pas de différence appréciable entre le trouble correspondant au tremblement de terre (a, fig. ci-dessus) et celui que produit l’inscription automatique de l’heure sur les courbes, au moyen d’un circuit dans lequel passe pendant une seconde, au
- » D’après L’Eleveur.
- moment de l’heure pleine, le courant fourni par un élément Leclanché (b). Toutefois, dans ce dernier cas, la perturbation momentanée présente toujours deux angles nettement aigus au début, tandis que dans le premier, ces angles sont légèrement arrondis : c’est cette particularité qui fait présumer la persistance du courant pendant plusieurs minutes.
- Les courbes relevées par M. le Dr Fines à l’observatoire de Perpignan, et par M. André à l’observatoire de Lyon, sont identiques aux nôtres. Le phénomène s’est produit à 5 h. 55 m. à Lyon et à 5 h. 47 m. à Perpignan, temps qui correspondent exactement à 5 h. 45 m. (temps moyen de Paris). M. Larocque signale qu’il n’a rien observé de particulier sur les courbes de l’observatoire de Nantes.
- Tu. Moureaux.
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- CHRONIQUE
- Conférence sur l’expédition du (( Talisman )).
- — Vendredi soir 25 février, une conférence fort intéressante a été faite dans les salons de M. Alfred Cornu, membre de l’Institut, par M. Charles Brongniart, du Muséum d’histoire naturelle, membre de la commission scientifique des explorations sous-marines. M. Brongniart a raconté, d’une façon très nette et avec beaucoup de simplicité, le voyage du Talisman auquel il a pris part, sous la direction de M. Alphonse Milne Edwards. Après un historique de la question, après avoir dit qu’il y a quarante ans on affirmait que la vie était impossible au delà de 500 mètres sous l’eau, l’orateur expliqua toutes les difficultés contre lesquelles la commission eut à lutter ; il décrivit rapidement et avec une grande clarté, les sondeurs, les thermomètres, les filets qui servirent aux naturalistes, pendant la mémorable campagne du Talisman, à connaître avec exactitude la profondeur, la température du fond de la mer, à recueillir les animaux [qui peuplent ces abîmes. Les lecteurs connaissent ces intéressantes questions, d’après les excellents articles que M. Filliol a précédemment publiés dans notre recueil. Nous nous contenterons de dire que la conférence de M. Brongniart était accompagnée de plus de cent projections à la lumière oxhydrique, qui montrèrent les appareils, les vues des pays visités et les animaux recueillis au fond de la mer, crustacés aux couleurs rutilantes, poissons généralement d’un noir de velours, présentant des ox’ganes de phosphorescence, des gueules énormes, etc. Dans l’auditoire, composé de près de cent cinquante personnes, nous avons remarqué M. l’amiral Cloué, M. Tisserand, directeur de l’agriculture ; MM. de Quatrefages, Friedel, amiral Mouchez, Tisserant, membres de l’Institut; MM. les docteurs Einpis et Cornil, M. le colonel Laussedat, directeur du Conservatoire des arts et métiers ; MM. Maxime Cornu et Bureau, professeurs au Muséum, etc., etc.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 février 1887. — Présidence de M. Gosselin.
- Le tremblement de terre. — Comme on devait s’y attendre, la correspondance renferme un grand nombre de pièces relatives à l’ébranlement dont le sol du littoral
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- LA NATURE.
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- méditerranéen a été le théâtre le 23 de ce mois. Parmi les faits observés, celui qui paraît le plus intéressant à M. Mascart consiste dans les perturbations magnétiques constatées en plusieurs observatoires au moment du phénomène. Ainsi, à Perpignan, où le sismographe a tracé une oscillation dirigée de l’est à l’ouest, puis une rotation du sol, on a vu, à 5 h. 47 m. du matin, les boussoles montrer une allure insolite. 11 en a été de même à Saint-Maur près Paris, à 5 h. 45 m. et à Lyon, à 5 h. 55 m. Or, si l’on tient compte des différences de longitude, on trouve que ces trois moments étaient en réalité rigoureusement simultanés. Il résulte de là, suivant M. Mascart, que ces effets ne résultent pas d’une propagation progressive de l’impulsion dans le sol et paraissent devoir être attribués à des courants électriques produits pendant quelques minutes à une certaine période du tremblement de terre. Ce serait là un fait tout à fait nouveau et conséquemment bien intéressant. Aussi M. Janssen, vice-président, appréciant immédiatement l’importance de sa constatation rigoureuse, voudrait que le Gouvernement mît tous les observatoires en possession de chronomètres beaucoup plus précis que ceux actuellement en usage. De son côté, M. Fouqué n’admet pas sans difficulté la liaison qu’on annonce entre les trépidations du globe et le magnétisme terrestre. A son sens, si elle était réelle, on devrait voir d’autant plus accusées les perturbations des aiguilles qu’elles seraient plus près du centre d’ébranlement. Et, d’un autre côté, il semblerait naturel que les grands phénomènes magnétiques tels que les aurores boréales fussent accompagnés de tremblements de terre. Parmi les autres communications enregistrées aujourd’hui, on peut citer une dépêche de Philadelphie annonçant que mercredi matin le sismographe a enregistré des chocs répétés à un moment qui indiquerait pour la vitesse de translation du phénomène le taux de 800 kilomètres à l’heure. A Voreppe (Isère), M. Risso a éprouvé trois ou quatre secousses : la première dirigée du nord-ouest au sud-ouest, et les autres en sens perpendiculaire. 11 n’a entendu aucun bruit, et la commotion n’a laissé aucune trace. Dans un volumineux mémoire, M. Forel (de Morges), a centralisé les observations faites en Suisse. M. Stéphan (de Marseille) a observé des faits dont on ne nous donne pas l'analyse. Me trouvant moi-même à Nice au moment de la commotion, j’ai adressé à M. le secrétaire perpétuel une petite relation qu’il a bien voulu lire intégralement à l’Académie. Il était 5 h. 45 m. (heure de Paris), j’étais au lit et réveillé. Mon attention se porta sur un bruissement léger qui, grandissant, ressembla au ronflement d’un tour, puis aux cahots d’une voiture, et prit enfin des proportions formidables. En même temps mon lit était soumis dans le sens horizontal à une série de chocs courts très violents alternativement dirigés de droite à gauche et de gauche à droite, qu’on eût attribués à une puissance en fureur. La maison entière éprouva une quinzaine au moins de pareils chocs, et le cliquetis des vitres s’ajoutant au tonnerre souterrain, la sensation fut la même que dans un grand omnibus vide lancé à toute bride sur un pavé raboteux. Ce qui m’a paru le plus digne d’être signalé, c’est la gradation avec laquelle le bruit souterrain, d’abord très faible, a augmenté, et qui est absolument différente d ce que j’aurais cru pouvoir supposer en pareille circonstance. L’Académie décide que les communications relatives au tremblement de terre du 25 seront renvoyées à une commission composée des sections de minéralogie, de géographie et de navigation, de physique et d’astronomie.
- Antiquité de l’homme dans les Alpes-Maritimes. —
- M. le professeur Albert Gaudry présente, avec de grands éloges, bien mérités, la douzième et dernière livraison du magnifique ouvrage de M. Émile Rivière. Il s’agit d’un volume in-quarto de 340 pages de texte, accompagné de 24 planches, la plupart en chromolithographie, et d’un grand nombre de gravures sur bois intercalées dans le texte. Il y a dix-huit ans, l’auteur fut brutalement arraché à ses études médicales par une très grave affection de poitrine. Exilé sur le bord de la Méditerranée, il résolut de consacrer son activité à l’étude du pays. Les grottes jusqu’alors inconnues des Raoussé-Roussé attirèrent son attention, et bien que ses premières recherches y fussent infructueuses, il n’y continua pas moins des fouilles très onéreuses. C’est de là que sortirent bientôt ces squelettes d’hommes préhistoriques, dont l’un des mieux conservés figure dans les galeries du Muséum sous le nom d'homme de Menton. Parmi ces vestiges, une mention est bien due aux restes de très jeunes enfants revêtus encore de résilles formées de coquilles. Les collections de M. Rivière comprennent plus de 800000 fragments fossiles appartenant aux catégories les plus diverses du règne animal, et plus de 200 000 silex témoignant d’une origine humaine. L’année dernière, l’Académie a accordé le prix Vaillant à M. Rivière: son œuvre est partie obligée de toute bibliothèque paléontologique.
- Fluorescence de l’alumine. — Pour écarter les causes d’erreur possibles de ses précédentes expériences, M. Le-coq de Boisbaudran les a répétées avec le précipité obtenu en traitant le chlorure d’aluminium pur par de l’eau distillée. Dans ce cas, au phosphoroscope aussi bien que dans les tubes de Crookes, on n’a pu apercevoir aucune trace de coloration rouge.
- Chimie agricole. — D’après M. Audouard, c’est une erreur de mélanger, pour les répandre sur le sol, les nitrates aux superphosphates, ces sels réagissent mutuellement, et de l’azote est perdu.
- Varia. — La nouvelle comète T de 1887 a été observée à Paris par M. Bigourdan. — D’après M. Joannès Chatin, l’estomac du Distomum hematobium (entozoaires des vaisseaux mésentériques, cystiques et rénaux, cause fréquente d’anémie et de mort en Égypte) consiste dans une bifurcation du tube alimentaire exagérant une disposition déjà constatée chez la douve du foie. — La prévision du temps occupe M. Jenkins. — Sous l’action de la chaleur, la diastase a manifesté à M. Bourquelot des altérations particulières. — Une réponse à M. Laborde est adressée par M. llayem, relativement aux expériences de transfusion sur les décapités. — M. Villemin, professeur au Val-de-* Gràce, brigue la place restée vide depuis le décès de Paul Bert. — Faisant valoir de nouveaux arguments) M. Faye et M. Mascart continuent leur discussion sur la nature et l’origine des trombes. Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- COMPAS POUR DÉCOUPER DES POULIES DANS DU PAPIER CARTE
- Un de nos lecteurs, doué d’une habileté manuelle peu commune, M. B. Dentan, horloger 'a Paris, nous a adressé récemment quelques échantillons de bien étonnants produits de son savoir-faire. Nous en don-. nons un spécimen dans les figures 1 et 2. D’une
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- LÀ NATURE.
- part, on a une carte d’adresse où les dessins sont part, on voit la même carte (fig. 2), dans laquelle représentés dans leur état normal (fig. 1). D’autre deux têtes sont à l’envers, avec des lettres sens dessus
- Fig. 1 à o. — Les poulies découpées dans du papier carte. — i. Portion d’une carte d’adresse. —2. Effets de retournements produits par des poulies qu’on y a découpées. — 3 et 4. Application à renseignement; le robinet à quatre voies montré dans ses deux positions. — 5. Schéma du compas à poulies de papier donnant en AB la coupe amplifiée de la poulie.
- dessous. Les tètes et les lettres tournent dans la carte I et peuvent être renversées ou redressées à volonté. Le ! résultat est absolument surprenant. Voici comment M. Dentan procède.
- Il suffit, au moyen d’un compas construit pour cela, de couper en rond et obliquement la partie que l’on veut faire tourner, a mi-épaisseur d’un côté du papier carte, et à mi-épaisseur de l’autre côté; on a une véritable poulie très bien retenue en place et qui pourra tourner et prendre toutes les positions angulaires voulues. Il est bien entendu que rien n’est collé.
- M. Den tan nous a montré des cartes de visite où les noms gravés se trouvent absolument déplacés de la manière la plus inattendue ; des cartes de deuil où les marges noires sont mêlées de blanc; on peut découper des poulies concentriques qui permettent d’obtenir des déplacements plus étranges encore. Il est possible de se servir de ce procédé, purement récréatif, pour des objets d’enseignement, dont les figures 5 et 4 donneront un spécimen. 11 s’agit du schéma d’un
- robinet à 4 voies (fig. o). En découpant convenablement la poulie centrale, on peut la faire tourner
- de manière à obtenir la figure 4, et inversement.
- Le singulier compas de M. Dentan est expliqué par la figure schématique que nous en donnons ci-dessus (fig. 5). On place la carte de visite ou le petit carton a découper sur une planchette de bois. On enfonce la branche centrale du compas dans le carton et dans le bois, et on découpe à mi-épaisseur le carton obliquement comme le mon Ire la figure. Retournant la carte de visite, on enfonce le compas dans le même trou, et on complète la découpure de la poulie de l’autre côté.
- M. Dentan nous a confié son compas magique, dont nous représentons l’aspect exact et le mode d’emploi (fig. 6). On arrive à s’en servir avec des cartes qui n’ont pas plus de 1/10 de millimètre d’épaisseur.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Luliure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 719
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- LA NATURE
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- LES MOSAÏQUES ROMAINES DE TEBESSA
- Une découverte archéologique des plus intéres-
- santes a été faite récemment à Tébessa dans le dépar-
- Fig. 1. — bordure d’une mosaïque romaine découverte à Tébessa. — Couronnement d’Amphilrite.
- Fig. 2. — Deuxième mosaïque romaine de Tébessa.
- Fig. ô. — Lue portion du cadre de la mosaïque représentée ci-dessus. (D’après des photographies.)
- tement de Constantine. 11 s’agit de mosaïques an- photographies qui nous ont été communiquées par
- ciennes dont nous publions les dessins, d’après les l’honorable député de Constantine, M. Thomson.
- 15e année. — 1er semestre. ^
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- LA NATURE.
- 'm
- M. Bœswilvvald, dont on connaît la compétence et l’érudition, nous a fourni, d’autre part, à ce sujet, les renseignements très complets que voici :
- En exécutant les travaux de la caserne de cavalerie de Tébessa, M. Allotte de la Faye, commandant du génie et archéologue distingué, mit au jour deux mosaïques qui forment le pavage de salles de thermes romains. La mosaïque principale a 7 mètres de largeur sur plus de 9 mètres de longueur; elle représente le couronnement d’Ampliitrite. Le sujet est déterminé par la présence, au centre du tableau, du buste de la déesse de ia mer que couronne un petit Génie, seuls restes conservés de la scène centrale. Au-dessus et au-dessous se promènent sur la mer les Néréides, que portent des monstres marins doubles corps de léopards, de loups à cols de cygnes, des chevaux, etc., terminés en queues de dauphin (fig. 1). Tout autour la mer est sillonnée de crustacés, de poissons divers. On y remarque un Génie porté sur un dauphin, un autre saisissant un poisson. Les Néréides, au nombre de dix, occupent par séries de cinq le haut et le bas du tableau. Les ligures, de grandeur nature, sont entièrement nues, les têtes couvertes de riches coiffures et portant des colliers de formes diverses, des bracelets aux parties hautes et inférieures des bras, des anneaux aux jambes. Un riche encadrement, formé de rinceaux de feuillages, d’oiseaux, de petits léopards, limite cette mosaïque. Quoique ce sujet se rencontre souvent dans les mosaïques des thermes, celui des thermes de Tébessa se distingue des autres par la composition, la variété des formes et des attitudes, la pureté relative et l’élégance du dessin. Au dire de M. Allotte de la Faye, la coloration de cette œuvre d’art est supérieurement comprise.
- La deuxième mosaïque (lig. 2), couvre le sol d’une salle latérale, de moindre importance. Le sujet représente une plage à laquelle aborde un vaisseau à vingt avirons chargé d’amphores. A droite et à gauche des cordages du mât, on lit l’inscription : fortuna redux. Dans la mer, à la droite du vaisseau, on remarque une espèce de cochon de mer et les tentacules d’un poisson ou d’un mollusque. Sur la plage se tiennent un taureau au corps entouré d’une ceinture, un cheval en liberté et plus à gauche un deuxième cheval qui porte un cavalier.
- A l’opposé de la mer, la plage aboutit à un plancher dont les planches sont maintenues ensemble au moyen de chaînes placées de distance en distance. Sur ce plancher, à gauche, un athlète debout tient, dans sa main droite, une palme. Le personnage est représenté entièrement nu ; à côté de sa tête est inscrit le nom Marcellus. Dans les recherches qu’il a faites au sujet de cette mosaïque, M. Allotte a trouvé, paraît-il, qu’à l’époque où remonte la mosaïque, il existait à Athènes un athlète fort renommé du nom de Marcellus et que la figure de la mosaïque de Tébessa pourrait bien représenter ce lutteur.
- Sur la droite du tableau et séparé de Marcellus par un sujet aujourd’hui entièrement détruit se voit
- un personnage placé près d’une sorte de trapèze, vêtu d’une ample tunique de la forme des gandoura arabes à larges raies aux extrémités des manches et sur la longueur du corps; la tête porte une coiffure ; le bras droit est étendu vers le sujet central détruit. Ce personnage paraît en train de débiter quelque tirade que Marcellus écoute avec attention.
- Au-dessous de cette scène, une large bordure, composée de feuilles variées de tons, encadre une frise qui occupe toute la largeur de la scène et la divise on quatre tableaux de forme carrée où sont figurés : les combats d’un taureau et d’une autruche d’une part, d’un sanglier et d’une gazelle d’autre part; les animaux sont représentés au moment où ils s’élancent l’un contre l’autre. Le taureau porte une ceinture semblable à celle qui entoure le corps du taureau de la plage. L’inscription : CVRIS XI se lit au-dessus du cheval et du taureau de la scène principale. Le chiffre XII figure sur le plancher à côté de l’athlète. Dans le tableau de l’autruche on lit : S CYR1. XL Les chiffres II et VIII sont inscrits sui-les fonds des tableaux de la gazelle et du sanglier.
- Le sujet de cette mosaïque fort belle et pleine d’intérêt donne lieu à des interprétations diverses. Cependant, à bien considérer l’ensemble de ce tableau, il semble que -ce sujet représente le retour de Marcellus dans sa patrie après avoir été vainqueur dans ses luttes, montré sa valeur et son adresse dans divers pays qu’il a visités et fait sa fortune par ses exploits d’athlète. Les amphores dont le vaisseau est chargé semblent contenir les recettes amassées, et la plage, rappeler l’arène foraine. Sur le plancher qui confine à la plage se trouvait peut-être retracée une scène sur laquelle* Marcellus était proclamé vainqueur de ses concurrents.
- LE MONT BLANC
- VU DE l’oUSERVATOIRE DU PUÏ-üE-DOME
- Dans une de nos précédentes livraisons1, nous avons publié à ce sujet une notice et un dessin, qui nous ont été communiqués par M. Plumandon, météorologiste-adjoint de l’observatoire du Puy-de-Dôme. Quelques-uns de nos lecteurs de Lyon avaient présenté certaines objections que réfute l’intéressante note suivante de M. Ch. Durier, vice-président du Club alpin-français :
- Je viens de lire, dans La Nature du 12 février, l’article de M. Plumandon, sur la visibilité du mont Blanc du sommet du Puy-de-Dôme.
- On aperçoit très bien le mont Blanc du plateau de Langres, un peu moins éloigné, sans doute, que le Puy-de-Dôme, mais beaucoup moins élevé. On l’aperçoit des coteaux du Maçonnais, rive droite de la Saône, et même, m’a assuré un observateur digne de foi, M. Franz Schra-der, de la ligne de chemin de fer qui passe à leur pied.
- ' Yoy. 715, du 12 lévrier 1886, p. 175,
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- Il n’est donc pas étonnant qu’on l’aperçoive depuis le Puy-de-Dôme, par une échancrure convenablement orientée des monts du Forez, mais 31. Pluinandon aura l’honneur d’avoir mis ce fait hors de contestation.
- 11 n’est pas possible, en effet, de se méprendre à la silhouette qui accompagne son article. La montagne y est coupée vers 5800 mètres. On distingue la forme caractéristique de la cime ou calotte ; sur la pente, à gauche, la protubérance des Bosses du Dromadaire (4672 m.); plus bas, le Mur de la Côte. Le Dôme du Goûter, comme son arête presque entière à l'exception de la partie supérieure, est plaqué sur le massif et masque l’entrée du corridor, ou col de la Brenva, entre le mont Blanc et le mont Maudit; la grande dépression entre le mont Maudit et le mont Blanc du Tacul correspond à la cote 4051 située à égale distance de ces deux cimes; enfin la pente de droite tombant vers le glacier de Miage est également reconnaissable. En un mot, l’image est si démonstrative que, quand les calculs de M. Plumandon tendraient à établir qu’on ne doit pas voir le mont Blanc, il ne serait pas moins certain qu’on le voit.
- Mais ce n’est pas tout ; cette image est encore plus démonstrative que ne le pense votre savant correspondant, et c’est là justement ce qui me détermine à vous écrire. ((Notre profd, dit M. Plumandon, est presque identique à celui que donne Viollet-le-Duc dans son ouvrage sur le mont Blanc. » Il y a une assez notable différence, cependant, et puisque M. Plumandon a évité de mentionner dans la figure la hauteur du mont Maudit, j’incline à croire qu’elle ne lui aura pas échappé. Dans la coupe AB, de Viollet-le Duc (coupe qui n’est pas, d’ailleurs, dans la même orientation), le mont 3Iaudit accuse un relief beaucoup plus considérable. C’est ce point qu’il faut éclaircir.
- Le profil donné par Viollet-le-Duc n’est pas un profi vu, mais un profil calculé.
- Or, Viollet-le-Duc, copiant les altitudes sur la carte du massif du mont Blanc, au 1/40000, par le commandant Mieulet, assigne au mont Maudit une hauteur de 4771 mètres. Ces 4771 mètres sont, dans la carte Mieulet, le résultat d’une erreur de gravure, qui a été reconnue et corrigée dans la carte de l’État-major au 1/80000. Le vrai chiffre est 4471, soit 300 mètres de moins. Il suit de là que Viollet-ie Duc, qui inscrit le chiffre erroné, non seulement dans sa carte, mais aussi dans son profil, a été entraîné à donner au mont Maudit une hauteur presque égale à celle du mont Blanc.
- Le profil de M. Plumandon, obtenu d’après nature, rétablit nécessairement les proportions réelles, et la meilleure preuve que 31. Plumandon avait bien le mont Blanc devant les yeux, est précisément que ce profil n’est pas identique à celui de Viollet-le-Duc. Ch. Dukier,
- Vice-président du Club alpiu-français.
- UN COUP DE FOUDRE REMARQUABLE
- Parmi les cas de foudre que l’on peut enregistrer, l’un des plus singuliers est assurément celui qui a eu lieu dernièrement à Fécamp et sur lequel 31. Debar a donné à la Société des Ingénieurs civils d’intéressants renseignements, tant au point de vue des circonstances dans lesquelles il s’est produit que de sa puissance destructive :
- Le 9 janvier, à dix heures et demie du soir, le temps était d’un calme parfait, état assez rare sur nos côtes de la 3Ianche ; aucun des indices habituels ne décelait la proximité d’un orage, quand tout à coup, le gaz est éteint,
- un immense éclair brille suivi d’une brusque, violente et courte détonation, semblable à celle d’un immense fourneau de mine, puis tout rentre dans un silence absolu. Extinction du gaz, éclair, explosion, tout cela n’a pas duré deux secondes. La grande et belle cheminée des ateliers de Fécamp venait d’ètre foudroyée et littéralement détruite. C’était une cheminée de 30 mètres de hauteur.
- Placé à 70 mètres environ du point foudroyé, M. Debar n’avait perçu aucun bruit particulier de nature à lui faire soupçonner un tel effondrement; il en a été prévenu quelques instants après par un passant.
- L’aspect des lieux était lamentable, 18 mètres de cheminée entièrement disparus et le reste à l’état de ruine fantastique à démolir, tout un ensemble de bâtiments écrasés par la chute des matériaux éparpillés de toutes parts, plusieurs maisons voisines fortement endommagées, les conduites publiques d’eau et de gaz crevées à 100 mètres de distance: tel est le bilan des principaux dégâts produits par le coup de foudre. Quant aux toitures, volets et vitres brisés par les projections dans un vaste rayon, il faut renoncer à en faire le compte. Tout le quartier présentait l’aspect d’une ville violemment bombardée.
- La caractéristique de cette explosion de la foudre a été son instantanéité et sa puissance brisante.
- Sur une vaste étendue au nord-est, le sol était jonché de briques pulvérisées ou brisées, depuis la grosseur d’un pois jusqu’à celle d’une demi-brique; on se serait cru sur un champ d’éruption volcanique. Les projections ont eu lieu dans cette direction jusqu’à plus de 400 mètres de distance. Un bateau, amarré sur une bouée au milieu de l’avant-port, recevait sur son tillac une grêle de projectiles à la grande stupéfaction de son équipage.
- Sur le tronçon de cheminée encore debout, on voit à 6 mètres environ au-dessus de la base, deux arrachements diamétralement opposés, indiquant bien nettement l’action d’une décharge électrique.
- « Je suis porté, dit M. Debar, à croire, jusqu’à un certain point, qu’il y a eu soulèvement de la masse supérieure et, au même instant, décharge électrique brisant une grande partie des matériaux et les projetant au loin. L’état de division de la matière paraîtrait confirmer cette hypothèse.
- « Pour compléter, je dois ajouter que notre cheminée n’était pas munie de paratonnerre: presque toutes celles de la région sont dans le même cas. Mais, dans l’espèce, un paratonnerre aurait-il eu une efficacité suffisante?
- « C’est un point que je ne saurais résoudre, mais je suis assez porté à penser le contraire. On s’est trouvé, en effet, en présence d’une masse d’électricité tellement puissante et si instantanée, qu’il est au moins douteux qu’un conducteur ordinaire eût pu lui donner passage et neutraliser ses effets désastreux. D’autres plus autorisés penseront peut-être le contraire.
- « Quoi qu’il en soit, je serais heureux de profiter des observations auxquelles ce cas pourrait donner lieu, pour tâcher de se mettre à l’abri d’un tel sinistre dans l’avenir, y
- LE CENTENAIRE
- DE LA. MORT DU PÈRE IÎ0SC0VITCH
- Un comité constitué a Raguse a célébré, le 15 février dernier, le centième anniversaire de la mort de ce célèbre physicien, qui naquit dans cette ville
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- le 11 mai 1711. Dès l’àge de quatorze ans, Bosco-\itch fut ordonné prêtre et affilié à l’ordre des Jésuites. Mais, à l’exception d’une mission confiée par la république de Lucques, menacée par une injuste réclamation de la Toscane, et pour laquelle il alla réclamer à Vienne auprès de la Chancellerie impériale, le Père Boscovitch ne s’occupa que de sciences.
- 11 était d’une taille élevée, d’une humeur facile, intimement lié avec les plus grands savants de l’époque, notamment Jérôme de Lalande. 11 passa une grande partie de sa vie à exécuter de longs voyages, et il n’y a guère de ville importante où il n’ait laissé quelque publication comme témoignage de son passage. Une de ses œuvres les plus curieuses est le récit de ses aventures dans l’Empire ottoman, à une époque où rien ne modérait le fanatisme musulman.
- On ne lui attribue pas moins de 76 volumes différents, juste autant qu’il a vécu d’années.
- C’est lui qui imagina la théorie, actuellement à la mode, de supprimer la matière et de ne considérer que des forces.
- En effet, il croyait que les puissances de la nature sont inhérentes à des points géométriques, c’est-à-dire dépourvus d’étendue.
- Ses ouvrages sont recommandables par leur extrême élégance ; quelques - uns , parmi lesquels un poème sur les Éclipses, sont en excellents vers latins et remplis d’images très poétiques.
- Lorsqu’il s’agit de réparer la grande coupole de Saint-Pierre, qui menaçait ruine, le Pape Benoit XIV ne crut pouvoir mieux faire que de consulter Boscovitch dont les avis furent suivis, et à qui l’on doit la conservation inespérée de ce splendide monument.
- Louis XVI l’avait appelé à Paris en 1775; le roi lui donna le poste d’opticien de la marine. La faveur dont jouissait un étranger ayant excité des jalousies dans le haut personnel académique, Boscovitch retourna en Italie et s’établit à Milan pour diriger l’impression de ses œuvres complètes, ce qui n’était pas une tâche médiocrement difficile, comme on le voit par ce que nous avons dit plus haut. L’Empereur lui confia la direction de la mesure d’un degré, qui devait être déterminée en Lombardie. Il y commença la rédaction d’un ouvrage pour prouver que l’at-
- traction newtonienne est la force élémentaire de la nature. Il mourut le 12 février 1787, non pas dans un accès de folie furieuse, comme ses ennemis en ont répandu le bruit, mais de la rupture d’un abcès à la poitrine, maladie qui quoique grave, eut pu avoir une issue heureuse si le père Boscovitch avait consenti à se soigner. Mais son humeur inquiète, aventureuse, qui ne l’abandonna jamais, mit ainsi à ses jours un terme que l’on peut dire prématuré, car sa forte constitution lui promettait une plus longue vie.
- Ce fut son ami intime Lalande, qui rédigea son article nécrologique dans le Journal de Paris du lô mars 1787. Il y rend hommage aux qualités sociales, à la bonne humeur constante, à l’éloquence naturelle, à la bienfaisance et à l’esprit du défunt.
- Dans le Journal des Savants de 1792, en pleine révolution, il n’oublia pas Boscovitch. Au mois de février, le sympathique astronome résuma les éloges historiques prononcés en latin par l’abbé Zamagna et en italien par le docteur Bajamonti, d’après les ordres du sénat de Baguse, alors ville libre, protégée par la république de Venise.
- L’Académie impériale de Vienne, où réside actuellement le pouvoir souverain régnant à Ra-guse, a consacré une séance à célébrer les services rendus par Boscovitch à la science.
- La famille de Boscovitch est actuellement représentée par des collatéraux qui, tout en honorant la mémoire de leur illustre parent, ont repris, pour leur nom, la vieille orthographe, dont il s’était écarté par respect pour la prononciation italienne.
- Notre excellent confrère, M. Arnold Boscovitz, qui habite Colombes et est originaire de Saint-Thomas, aux Antilles, appartient à la famille du célèbre physicien. On doit à ce savant, qui n’a que le défaut d’être trop modeste, ce qu’on ne pouvait reprocher au Père Boscovitch, les Volcans, les Tremblements de terre, ouvrages malheureusement d’un trop grand intérêt dans les circonstances que nous traversons, l’Ame des plantes, couronnée par l’Académie française, et un grand nombre d’articles publiés dans la Revue moderne, le Temps et la Paix.
- ——
- Le Père Boscovitch, à propos du centième anniversaire de sa mort, célébré à Baguse le 13 février 1887. (D'après une gravure du temps.)
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- LES ARMES A FEU AU THEATRE
- Jusqu’à présent, lorsque, dans une pièce de théâtre, un duel, un meurtre, une bataille, amenaient à faire usage d’armes à feu, celles-ci étaient chargées à poudre; or, les inconvénients de ce procédé sont fort nombreux : pour le public ils apparaissent surtout dans les pièces militaires, à la suite des grandes batailles, la salle s’emplissant d’une fumée épaisse et d’âcres senteurs fort incommodantes qui provoquent la toux. De plus ce procédé nuit à l’illusion scénique par suite des précautions qu’il exige et qui forcent à tirer non sur l’adversaire, mais bien au-dessus de sa tête et, par excès de précaution, souvent en l’air. Mais c’est surtout sur la scène que les in-convénients se manifestent par des accidents qui ont souvent des conséquences fort graves, parfois même mortelles ; ce procédé crée, en outre, un vé-ritable danger d’incendie , par suite de la projection des bourres enflammées, et, en cas de sinistre de ce genre, les approvisionnements de poudre sont redoutables. Les règlements interdisent bien d’introduire au théâtre une quantité de munitions supérieure à la consommation de la soirée, mais la sujétion que cette ordonnance crée aux directeurs qui, à Paris, par exemple, doivent faire prendre chaque jour la poudre à Vincennes, peut faire craindre que l’on en possède en magasin, bien souvent,
- l’approvisionnement de plusieurs soirées ; de là un danger permanent pour tout le personnel du théâtre.
- Pénétré, par expérience, de ces inconvénients, M. Edouard Philippe, auteur dramatique, également très versé dans toutes les questions de pyrotechnie,
- a cherché à produire P illusion complète du cou p de feu, c’est-à-dire le bruit, le feu, la fumée, en évitant les dangers et les incommodités que nous venons de signaler; il y est parvenu d’une façon tout à fait satisfaisante.
- La charge consiste en une petite quantité de fulminate, spécialement préparé pour donner un feu rouge et une fumée légère qui se dissipe rapidement; elle n’a, d’ailleurs, aucune odeur désagréable et ne prend pas à la gorge. Cette préparation est contenue dans une cavité pratiquée dans un petit bouchon
- de liège que l’on introduit à l’extrémité du canon de l’arme; un percuteur, qui passe dans l’intérieur de ce canon (fîg. 1 n° 4), provoque l’explosion de la charge par simple choc. Trois dispositions spéciales, s’appliquant suivant les armes à transformer, sont adoptées pour le percuteur.
- Dans les fusils de bois de figuration et dans les canons de carton, ainsi que pour la transformation des fusils à pierre ou à piston, le percuteur agit sous l’action d’un ressort à boudin; il se termine, du côté de la crosse, par un crochet qui glisse dans une rainure pratiquée sur le canon et qui peut être manœuvré à la main ou par l’intermédiaire du chien, dans les armes qui en comportent (fig.l,n°2).
- Fig. 1. — Fusils et pistolet de théâtre, — Nouveaux modèles.
- Fig. 2. — Mitrailleuse pour produire les fusillades dans les théâtres.
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- LA NATURE.
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- Dans les armes modernes à percuteur, fusils Chas-sepot, Gras, etc., on s’est contenté de prolonger ce percuteur jusqu’à l’extrémité du canon.
- Enfin la troisième disposition consiste à placer dans le canon un curseur en plomb armé d’une pointe et dont la course est limitée par une bague introduite et fixée à l’intérieur du canon. En abaissant l’arme vivement, pour simuler la mise en joue, le percuteur est projeté contre l’amorce et provoque :on explosion, (fig. 1, n° I).
- La figure 2 représente une mitrailleuse formée par la juxtaposition d’un certain nombre de petits canons, en cuivre mince, construits suivant la première disposition. Les percuteurs sont abandonnés à l’action des ressorts à boudin, lorsque les crochets a qui les terminent sont chassés des crans d’arrêt b au moyen du curseur c, pouvant glisser sur une tringle placée derrière les canons à laquelle il peut être fixé par une vis o pour éviter qu’il agisse pendant le transport de l’appareil. Une barre mobile M s’oppose, en outre, au déclenchement des ressorts pen-dmt que, après les avoir tendus, on procède au chargement. L’appareil étant chargé, pour le faire fonctionner il suffît de relever la barre M, de desserrer la vis o et de faire glisser le curseur sur sa tringle. Avec cet engin on simule les feux de peloton ; par contre, il permet de régler si exactement les détonations qu’il peut être avantageux de l’employer dans les orchestres.
- L’innocuité du procédé est absolue; dès sa sortie du canon le bouchon de liège est radicalement pulvérisé sans pour cela être projeté et les décharges reçues à bout portant n’ont aucun inconvénient.
- La première application a été faite dans le Fils de Porthos à l’Àmbigu et l’effet scénique a été remarquable, lorsque l’on a vu les combattants s’envoyer réciproquement des décharges en pleine poitrine. Quelques scènes de Paris, notamment l’Opéra, ont fait déjà transformer leurs fusils. Tout en évitant des accidents, les directeurs y trouvent, en outre, un réel bénéfice : autrefois les fusils confiés aux figurants après avoir été déchargés restaient inutiles, le chargement devant s’effectuer dans la coulisse par les soins d’employés expérimentés; il était donc nécessaire d’avoir autant de figurants que de coups de fusils à tirer, tandis que maintenant un nombre limité de combattants suffît, car ils peuvent recharger facilement leurs armes un certain nombre de fois. À l’Ambigu, par exemple, on consomme par soirée 500 cartouches. L’ancien système eut nécessité 500 figurants, 50 hommes avec 6 cartouches suffisent aujourd’hui.
- Nous avons cru intéressant de faire connaître aux lecteurs de La Nature un procédé qui va certainement se répandre et qui, sous peu, sera exclusivement employé dans les théâtres. Sans insister davantage, nous leur laisserons le soin de juger par eux-mêmes des résultats si satisfaisants donnés par le procédé de M. Edouard Philippe Ed. B.
- LE PROCÉDÉ PELLICULAIRE
- i
- EX P H O T O (i lî A P 1! I E
- I
- i On peut constater, à l’heure actuelle, en photographie, i un fait assez curieux. Au milieu de progrès incessants, j de découvertes nouvelles, on fait des retours en arrière et l’on reprend des procédés déjà anciens qui paraissaient n’avoir plus qu’un intérêt purement historique.
- Ce résultat au premier abord assez inattendu est dû aux perfectionnements récents qui rendent pratiques des procédés qui n’avaient eu que des applications restreintes.
- La chambre sans objectif de M. Colson 1 peut, dans certains cas, rendre de réels services. Ce n’est pourtant ! que la réédition de la chambre de Porta, appareil qui n’avait reçu aucune application lors de sa découverte, et qui n’était plus indiquée que comme expérience de physique.
- Daus un autre ordre d’idées, l’emploi des objectifs très lumineux, les objectifs doubles, par exemple, devient de moins en moins utile, parce que la très grande rapidité des glaces au gélatino-bromure permet l’usage, pour toutes les opérations du type rectilinéaire, moins rapide, il est vrai, mais donnant cependant des résultats plus complets. Tout n’est pas fini dans cette voie, et les objectifs simples, autrefois délaissés, vont pouvoir reprendre une place honorable dans la pratique journalière.
- Pour les préparations sensibles, après la plaque daguer-rienne, c’est le papier qui est employé comme support. Il règne en maître jusqu’au jour où Niepce de Saint-Yictor indique le verre comme possédant, au point de vue de la finesse, toutes les qualités désirables. Devant ces avantages incontestables, le papier disparaît peu à peu. Il revient maintenant, la question de la suppression des glaces en 'photographie s’imposant d’une manière absolue. La raison de ce retour vers le papier, est bien simple, et il est facile de voir que ces variations dans le choix du substratum sont absolument logiques. Les premiers procédés employés sur verre ont été celui à l’albumine et celui au collodion. Le domaine de la photographie était à peu près limité aux reproductions et aux portraits. Lorsqu’il s’agissait, en effet, d’opérer loin du laboratoire, il fallait un tel matériel pour la préparation et le développement des glaces, que quelques rares amateurs osaient seuls se risquer. '
- Depuis l’apparition des procédés secs, une révolution s’est faite, rien n’est plus facile que d’opérer, même au loin, le bagage se trouvant réduit à sa plus simple expression, c’est-à-dire à la chambre noire, à l’objectif, au pied et à quelques glaces renfermées dans des châssis. La photographie est devenue une opération d’une mobilité très grande, et il n’est, pour ainsi dire, pas une partie du globe qui n’ait été explorée l’appareil en main. C’est alors qu’on s’est aperçu des inconvénients du verre, de son poids, qui est considérable, de sa fragilité qui est toujours un danger. Ces défauts, qui étaient des quantités négligeables dans les anciens procédés, sont devenus question vitale dans la photographie d’aujourd’hui.
- De nombreuses recherches ayant pour but de remplacer le verre comme substratum de la couche sensible ont été faites, mais le problème est fort complexe : on est habitué à la transparence absolue du verre, à sa rigidité. Il paraît difficile de ne plus exiger ces qualités si précieuses d’un nouveau support : celui-ci devra donc, pour être
- 1 Voy. n° 708, du 25 décembre 1886, p. 50.
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- LA NATURE.
- m
- la perfection, avoir les qualités"du verre sans en avoir les défauts, c’est-à-dire le poids et la fragilité.
- Voyons où en est la question. Nous ne parlerons, bien entendu, que des produits exploités industriellement, ce sont les seuls que l’amateur puisse être à même d’employer et qui offrent le caractère pratique nécessaire pour constituer un procédé.
- Le papier, qui jadis avait donné de bons résultats, est repris de nouveau, mais on le recouvre de nouvelles i émulsions, ce qui lui donne la rapidité à laquelle on est accoutumé.
- Les procédés sur papier existant à l’heure actuelle peuvent se classer en trois grandes catégories : sur carton, sur papier ordinaire et sur papier transparent.
- Le procédé Thiébaut est le type de la première classe. Un fort carton est recouvert de gélatine émulsionnée, la planité de la couche est donc assurée. Après développement et séchage, on détache et l’on obtient le cliché à l’état pelliculaire offrant une grande transparence.
- Malheureusement, et c’est une opinion personnelle que nous donnons, ce carton pelliculaire a un inconvénient très sérieux, c’est qu’il empêche de suivre pas à pas le développement, on travaille absolument à l’aveuglette. Cette manière d'opérer ne manquera pas de paraître défectueuse à toute personne ayant quelque peu l’habitude de la photographie. La valeur d’un cliché dépend souvent, pour ne pas dire toujours, du talent de l’opérateur qui sait arrêter son cliché au moment précis. Cette opération fort délicate, lorsque l’on se sert de glaces, nous paraît plus que hasardeuse lorsque le support est opaque.
- Dans la deuxième classe, on peut ranger les papiers Morgan, Eastman et autres similaires. Le papier support, quoique n’étant pas transparent, n’est pas suffisamment opaque pour ne pas permettre de suivre l’opération. Les résultats seront donc plus sûrs et le développement pourra être conduit avec méthode.
- Le tirage des positifs peut, à la rigueur, se faire à travers le papier tel qu’il est, mais la durée de la pose est considérable et il existera toujours sur l’épreuve un léger grain. On recommande de rendre le papier transparent au moyen de la vaseline, le tirage sera plus rapide, mais la conservation du cliché n’en souffrira-t-elle pas? Question douteuse à laquelle le temps répondra.
- La troisième classe est représentée par le papier pelliculaire Balagny. Ce papier n’est autre qu’un papier dioptrique d’excellente qualité. Sa transparence presque complète permet de développer avec autant de facilité que sur glace.
- Dans la pensée de l’auteur, ce papier quoique relativement très transparent ne doit pas être conservé; il accompagne le cliché dans toutes les opérations et s’en sépare avec la plus grande facilité lorsque tout est fini. La pellicule que l’on obtient ainsi n’est pas suffisamment solide, aussi est-il nécessaire de la reporter sur gélatine. Comme résultat final, on a un cliché qui peut lutter avec le verre en transparence, mais qui a exigé une certaine quantité d’opérations supplémentaires.
- Les préparations pelliculaires des deux dernières catégories n’ont pas la rigidité suffisante pour se maintenir plans dans les châssis ; aussi est-il nécessaire de les tendre au moyen d’un dispositif' quelconque, tendeur, extenseur, striator. Un des meilleurs, est le striator universel de M. Dessoudeix, avec lequel on obtient une planité absolue.
- La question de la rigidité de la pellicule remplaçant le verre nous paraît résolue par les divers appareils que nous
- venons de citer, et si les divers procédés sur papier ne remplissent qu’imparfaitement les données du problème, c’est qu’ils manquent de transparence ou qu’ils exigent des opérations supplémentaires.
- D’autres corps que le papier ont été proposés pour obtenir la transparence parfaite, parmi lesquels le celluloïd et la gélatine.
- Le premier corps semblait à priori devoir l’emporter, mais son prix élevé, son excessive inflammabilité, les difficultés de sa préparation en plaques planes, et la non-adhérence de l’émulsion sensible, l’ont fait, croyons-nous abandonner complètement.
- Divers auteurs ont proposé la gélatine. Ce corps possède comme on le sait, une transparence, sinon égale à celle du verre, du moins peu différente ; mais elle a des propriétés, telles que celle d’absorber l’eau avec facilité et de se distendre à cet état, qui ont été pour les inventeurs une série de déboires, et en somme d’insuccès presque complet.
- L’emploi de la gélatine semblait écarté jusqu’au jour où M. Balagny présentait un nouveau support, auquel fut donné le nom de plaque souple. Le support de la couche est bien de la gélatine, mais préparée de telle manière qu’elle ne peut absorber les liquides, ni se dilater sous leur influence. C’est en ceci que réside la supériorité et la nouveauté du procédé Balagny, sur tous ceux qui ont pu présenter la gélatine avant lui. Tous les accidents qui étaient inévitables, décollements, dilatations, etc., se trouvent radicalement supprimés. C’était la chose la plus essentielle, mais aussi la plus délicate à trouver.
- — A suivre. — Albert Londe.
- MACHINE DYNAMO-ÉLECTRIQUE
- DE L’HOTEL CONTINENTAL, A PARIS
- On vient d’installer à l’Hôtel Continental la plus puissante machine électrique du type Gramme qui ait encore été construite.
- Cette machine, dont la gravure ci-jointe donne une idée très exacte, devait remplir des conditions déterminées, imposées par l’exiguïté du local. Sa vitesse maxima ne devait pas dépasser 350 tours par minute, et à cette vitesse elle avait à fournir un courant de 400 ampères avec une tension de 100 volts. Le problème posé a été rigoureusement résolu par la maison Bréguet (ce qui prouve qu’âc-tuellement il est aussi aisé de calculer les dimensions d’une machine dynamo, dont la puissance est fixée à l’avance, que celles d’une machine à vapeur) ; aussi nous a-t-il paru intéressant de faire connaître les moyens employés pour arriver à la solution.
- La machine est bipolaire, à électro-aimants horizontaux, la poulie de commande est très proche de l’anneau, et entre les deux paliers pour réduire l’espace occupé. Les paliers sont à graissage automatique.
- Le poids total de la machine est de 8000 kilogrammes, non compris les chariots tendeurs, qui permettent de tendre la courroie de commande.
- Les dimensions du bâti sont de lm,95 de long, sur 1m,90 de large, et la hauteur de l’ensemble au-I dessus du sol est de lm,60.
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- LA NATURE.
- Le diamètre extérieur de l’induit est deOm,85, ce qui donne à 350 tours une vitesse linéaire de 15m,25 par seconde. Cet induit est monté sur son arbre au moyen de deux croisillons à quatre bras, ce qui assure un entraînement rigide, et permet la ventilation à l’intérieur. Le poids du fil de cuivre constituant la partie électrique de l’induit n’est que de 71 kilogrammes, et sa résistance de 78/10000 d’ohm. La résistance des inducteurs, dont l’excitation est en dérivation par rapport au circuit principal, est de 6,20 ohms, et le poids du cuivre enroulé de 600 kilogrammes. L’intensité du courant d’excitation, en vertu de la loi d’Ohm, est donc de : 16,93 ampères.
- L’excitation du champ magnétique se règle au
- moyen d’un rhéostat à touches placé à côté de la machine, et qui en introduisant dans le circuit d’excitation une résistance variable permet, selon la charge de la machine, de graduer l'intensité du courant d’excitation.
- 11 est facile de déterminer, au moyen des chiffres que nous venons de donner, le rendement électrique de la machine; on trouve en effectuant les calculs: 0,93. La puissance électrique totale de la machine à pleine charge est de 60 chevaux, et la puissance utile disponible de 55,8 chevaux.
- Cette puissante machine alimente les lampes à incandescence du système Edison, desservant l’hôtel.
- La nouvelle machine dynamo pour l’éclairage de l’IIôtel Continental, à l’aris.
- LE TREMBLEMENT DE TERRE
- Dü 23 FÉVRIER 1887 1
- Nous continuerons aujourd’hui à rassembler les matériaux relatifs à l’étude du tremblement de terre dont nous avons déjà donné une idée générale dans notre précédente notice.
- En France, les secousses ont été particulièrement intenses à Menton, où presque toutes les .maisons sont plus ou moins fortement endommagées ; il était donc utile de donner un spécimen des dégâts qui ont été produits dans cette ville. Nous le présentons ci-contre (fig. 1) en reproduisant encore une belle photographie de M. Albert Courret, de Nice.
- 1 Suite, voy. p. 209.
- En de nos correspondants, M. I). Héron, nous a d’ailleurs adressé l’intéressant récit que voici :
- Me trouvant à Menton au moment du tremblement de terre, je vous envoie quelques détails qui pourront intéresser les lecteurs de La Nature.
- La première et plus forte secousse aurait été précédée, à ce que m’ont affirmé des amis habitant au-dessus de la gare, par une première secousse légère vers 5 heures et demie, mais assez forte cependant pour les réveiller. C’est une demi-heure après, à 5 h. 58 m., heure de Menton, comme j’ai pu le constater par l’horloge de la poste qui s’était arrêtée, qu’a eu lieu la plus violente secousse.
- J’habitais le quartier de la Madone, beaucoup moins secoué que le quartier central de Menton. Néanmoins il s’est produit quatre oscillations N. O. — S. E. d’une très grande amplitude. Nous étions secoués dans nos lits
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- Fig. 1.
- Le tremblement rifi terre du 25 février 1887 v.ii,. r •
- <ie M. Albert Coi.rret' de S.)’ “ { ^ U"° photo8ral)llie
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- comme par un violent roulis et la maison semblait se coucher par terre pour se relever immédiatement et se renverser de l’autre côté. Malgré l’amplitude de cette secousse, peu d’objets sont tombés chez nous, et cependant l’eau d’une cuvette placée sur une chaise a été projetée moitié au nord-ouest, moitié au sud-est à 60 centimètres de distance de chaque côté. Après ces quatre oscillations, la maison s’est mise à trembler sur place comme le couvercle d’une marmite bouillant à gros bouillons, avec un vacarme effroyable de vitres, vaisselle, etc., se choquant. Des plâtras se détachaient du plafond et les murs s’entrechoquant produisaient un bruit analogue à celui d’un tombereau vide allant au grand trot sur du pavé. Cinq à dix minutes après, arrive une seconde secousse moins violente et causant seulement une forte trépidation. Puis une troisième encore plus faible.
- La première secousse a duré au moins vingt-cinq secondes, comme j’ai pu m’en assurer le lendemain en reproduisant tous les mouvements que j’ai faits alors. Il y a eu, pendant une dizaine de secondes, une trépidation égale, si ce n’est même croissante, puis une période de décroissance très longue allant en s’éteignant peu à peu.
- La deuxième secousse a nettement commencé faible pour augmenter rapidement en deux ou trois secondes à son maximum et décroître ensuite.
- Une demi-heure après, deux autres secousses assez faibles. A 8 heures et demie, deux violentes secousses précédées d’un sifflement analogue à celui de l’eau projetée sur du charbon. Ces deux secousses font effondrer à nouveau quelques maisons.
- Enfin quelques secousses légères jusqu’à midi.
- De midi à H heures et demie du soir, caltne presque complet. A 11 heures et demie, deux secousses assez sensibles. A 1 heure et demie environ, violente secousse qui fait de nouveau craquer les murs et produit de nouvelles crevasses partout. Pendant la nuit on compte neuf secousses. Jeudi ‘24, dans la matinée, cinq secousses nouvelles.
- Parmi les effets les plus curieux que j’aie remarqués, je vous citerai çl’abord la maison que j’habitais. La première secousse n’a endommagé que le côté ouest de la bâtisse. Le reste était à peu près intact. La secousse de 1 heure et demie du matin a augmenté toutes ces crevasses et a fortement touché le côté nord qui s’est crevassé à son tour. Dans tout Menton j’ai remarqué régulièrement que tous les objets tombés, vases de fleurs sur les pilastres, cheminées, balustrades, avaient été projetés, presque sans aucune exception, au sud-est de leur position primitive. Les murs sont lézardés partout et les crevasses se croisent en X. Entre chaque ouverture les crevasses forment des X.
- Sur la promenade du Midi, un pilier formé de [trois blocs de 60 centimètres d’équarrissage a été déplacé de telle sorte que chaque bloc a tourné sur celui du dessous autour de l’axe central (fig. 3).
- Les rues ont été sillonnées de crevasses, les bordures des trottoirs séparées de la chaussée et, au moment de la secousse de 8 heures et demie, on a senti une odeur rappelant celle du soufre.
- Lorsque je suis rentré dans la maison, après la pre-
- mière série de secousses, je n’ai constaté aucun changement du baromètre.
- Enfin, dans Menton, le phénomène s’est fait sentir avec une grande violence dans une zone d’environ 500 mètres de large et traversant obliquement la ville du nord-ouest au sud-est. Dans cette zone les maisons sont brisées, les étages effondrés les uns sur les autres, le sol crevassé, et dans les rares maisons moins éprouvées au dehors, tous les objets à l’intérieur ont été projetés à terre. Chez des amis j’ai vu les cloisons renversées, les marbres de cheminée détachés du mur et renversés à terre, les glaces jetées au milieu de la chambre. Tout cela au premier étage. Au rez-de-chaussée, la salle à manger saccagée et à côté le salon intact. Des vases de faïence sur le piano n’ont pas bougé et de menus objets sur une étagère étaient restés en place. Cependant’la maison est tellement ébranlée et fendue qu’elle doit être abattue. Partout ce sont les étages supérieurs qui ont le plus souffert, et les secousses y étaient beaucoup plus sensibles. Pendant que je faisais mes malles au premier étage, j’ai éprouvé plusieurs secousses déplaçant sous moi mes pieds de droite à gauche et de gauche à droite et faisant tinter les flacons sur la toilette, pendant qu’au rez-de-chaussée la secousse avait passé inaperçue.
- Enfin la mer est restée parfaitement calme comme un lac, il faisait un temps très calme, très beau, et si j’ai remarqué une teinte rouge sur le ciel, teinte qui m’a frappé et dont parlent quelques relations, je ne l’ai cependant attribuée qu’au lever du soleil qui était sur le point de se produire. D. Héron.
- La communication suivante complète l’histoire du phénomène sismique observé à Nice.
- Le mercredi 23, à 5 h. 53 du matin, la secousse du tremblement de terre à Nice a été ondulatoire et un peu subsultoire. On n’est pas d’accord sur sa durée. Les uns prétendent 30 secondes, d’autres 60. Il est certain que les secousses ont eu une durée exceptionnelle, et on peut fixer cette durée à environ 35 secondes. Cinq minutes après, une nouvelle secousse, très forte, mais qui n’était rien en comparaison de la première, a achevé d’épouvanter la population. Elle a duré environ de 5 à 10 secondes. Il est certain que si elle avait suivi immédiatement la première, c’en était fait de la ville! C’est alors seulement que les habitants des maisons sont sortis en masse.
- Les mouvements ont eu des effets curieux! Certains angles de maisons ont été enlevés comme par un coup de foudre. Des maisons ont été presque démolies, à côté d’autres sans aucun dégât. A 8 heures et demie, une troisième secousse moins forte encore que la seconde a été ressentie. Elle semble avoir été partielle en quelque sorte, car je me trouvais au bureau télégraphique avec au moins soixante personnes, et l’employé près de l’appareil l’a sentie seul très faiblement, tandis qu’il a causé, dans certains points, une panique effroyable. A ma sortie du bureau, toute la ville est dans les rues. On a porté des chaises devant les portes, sur les places surtout ; la population, à moitié nue, grelotte de froid.
- Des racontars absurdes prédisent des secousse^ pour certaines heures et achèvent de terroriser la foule.
- Peu à peu on apprend les nouvelles. Nous avons une morte et quelques blessés, cinq ou six tout au plus. La directrice de l’École maternelle, à Saint-Étienne, a été prise sous les décombres de sa maison. (Voy. gravure de l’article précédent, p. 209). On n’a pu la retirer qu’après
- Fig. 3. — Déplacement d’un pilier à Menton (Alpes-Maritimes).
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- deux heures de travail. Peu de maisons sont inhabitables. 11 faut en compter une vingtaine tout au plus.
- L’après-midi, le coup d’œil était tout à fait extraordinaire. Sur la plage, les étrangers, étendus sur les cailloux au soleil, font leur sieste dans les costumes les plus variés. On voit même quelques dominos, quelques costumes de bal! On tremble quand on songe qu’arrivée deux heures plus tôt, la catastrophe faisait plus de 4000 victimes, car il y avait alors cinq bals masqués, et au théâtre municipal, plus de 2000 masques se pressaient dans le théâtre trop étroit.
- Sur la promenade des Anglais, toutes les cabines de bains ont été louées dès la première heure. Les étrangers s’y sont installés tant bien que mal et les ont payées de 50 à 60 francs. On a dételé les landaus de maître et on s’v est installé. Sur les places, le génie dresse des tentes. Les voitures de déménagement ont été louées à 50 francs par personne ! Les tramways, les wagons sont remplis. A 2 heures du matin, une nouvelle secousse, plus faible encore que les trois autres, qu’on n’aurait même pas remarquée en temps ordinaire, éveille les dormeurs. Enun instant, tout ce qui restait dans les maisons, magasins, est dehors. J’ai à peine ressenti cette dernière, et n’étaient les cris des habitants, je n’y aurais pas prêté altèntion. La foule a campé pendant trois nuits. Hier on a défait les tentes. Peu de monde dans la ville. Une partie est à la campagne, beaucoup d’étrangers ont quitté notre ville, terminant hâtivement une saison qui s’annonçait comme splendide. Les secousses ont continué jusqu’à hier soir, presque insensibles, mais on n’y a pas prêté attention. Nous n’avons malheureusement ici aucun appareil enregistreur.
- Aujourd’hui tout est rentré dans le calme. La ville reprend son aspect habituel. G. M.
- .Nice, 1" mars 1887.
- Une de nos gravures (fig. 2) représeaie l’aspect d’un des campements du quartier Saint-Etienne, dont parle notre correspondant.
- M. le vicomte de Thoisy nous donne des renseignements sur les phénomènes sismiques qu’il a observés à Cannes, où le soir du 23, il lui a été donné, grâce aux déplacements d’une glace psyché, de compter de
- N.
- S.
- Fi". 4. — Schéma du tremblement de terre du 23 février 1887, ;i l’observatoire de Perpignan, d’après le Sismographe du P. Sec-chi. (Grandeur naturelle.) Communiqué par M. le D' Fines.
- H heures du soir à 5 heures du matin, douze petites oscillations. A Antibes, la mer s’est retirée immédiatement après la première secousse à G heures du matin. Le retrait correspondait à un abaissement de niveau de 2 mètres environ. M. Granger nous écrit qu’il se trouvait à Nice, lors du tremblement de terre, dans la maison même dont nous avons donné le dessin flans notre précédent article (p. 212). La secousse qui a causé l’effondrement du dernier étage n’a pas duré plus de 12 secondes.
- M. de Chapel à Cardet, arrondissement d’Alais (Gard), nous écrit que la secousse a été appréciable le 23, à 5 h. 45, dans la localité qu’il habite.
- Indépendamment de la perturbation magnétique signalée dans le précédent numéro de La Nature par notre collaborateur M. Moureaux, le tremblement de terre du 25 février a été enregistré directement à l’observatoire de Perpignan. Nous donnons ci-dessus, en grandeur naturelle, le schéma relevé par M. le Dr Fines au sismographe du P. Secchi (fig. 4). On voit que l’axe des oscillations horizontales était dirigé de O. 1/4 S. O. a E. 1/4 N. E.; de plus on distingue les mouvements du sol. L’aiguille indicatrice, après s’être portée de droite à gauche et de gauche à droite, semble avoir tournoyé sur elle-même; d’après la longueur du pendule, l’amplitude maximum du mouvement a été de 1°,8'.
- Nous avons à peu près donné d’une façon complète les phénomènes observés en France. Nous ajouterons que les instruments magnétiques de l’observatoire de Kew en Angleterre ont été impressionnés au moment du tremblement de terre comme ceux de Perpignan, et nous allons à présent aborder l’étude du tremblement de terre dans la Suisse occidentale. Il nous suffira de reproduire à ce sujet la note que nous a fait parvenir M. le professeur Forel :
- D’après les nombreux documents qui nous ont fort obligeamment été communiqués, je puis résumer les effets, bien innocents dans notre pays, de ce grand trem-bleterre qui a entassé ailleurs tant de ruines. Le centre du cataclysme a eu lieu dans la Rivière de Gênes ; le phénomène a été composé de secousses préparatoires, de la grande secousse et de secousses consécutives.
- Les secousses préparatoires n’ont pas été constatées dans notre pays.
- La grande secousse s’est propagée jusqu’en Suisse. Elle a été très généralement sentie dans la Suisse méridionale (Tessin, Valais, Vaud, Genève, Fribourg, Neuchâtel, Berne) ; des observations plus isolées l’ont constatée dans tout le nord de la Suisse, Lucerne, Zurich, Trogen, Bâle, etc. L’aire d’ébranlement s'étend donc au delà de la Suisse ; elle est considérable, et mesure au moins 400 kilomètres de rayon.
- Dans toute notre région la secousse a présenté le caractère très évident d’oscillations répétées et nombreuses. Dans certaines localités la composante dominante de l’oscillation était longitudinale (l’oscillation semblait parallèle au méridien) ; dans d’autres localités elle était transversale, oscillant de l’est à l’ouest. Le mouvement vertical a été nul ou très faible.
- Les oscillations ont été très prolongées; nombre d’observateurs signalent cette durée extraordinaire, évaluée à dix, à vingt, à trente secondes. La carillon de l’église de Morges a sonné une douzaine de coups.
- Les effets mécaniques sont peu importants dans notre région, et mal en rapport avec la généralité de perception du phénomène. Quelques sonnettes ont tinté, quelques portes se sont ouvertes, quelques tas de bois en équilibre instable se sont écroulés. Le fait le plus remarquable est le nombre de pendules qui se sont arrêtées; cet accident est signalé de partout en Suisse.
- L’intensité de la secousse a été en Suisse des numéros III et IV de l’échelle de Rossi-Forel; au centre sis-
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- mique elle doit être taxée comme appartenent à la Ae catégorie. L’heure de la secousse est établie par l’arrêt de nombreuses horloges régulatrices; elle a été, pour la Suisse occidentale, trois à quatre minutes après 6 heures du matin, temps de Berne. L’horloge astronomique de l’Observatoire de Bàle s’est arrêtée à 6 h. 4 m. 17 s. Il y a, entre les bonnes observations, quelque 30 secondes d’écart, résultant en partie de la grande durée de la secousse. Pour faciliter les comparaisons avec les observations venant de la Rivière, je rappellerai que6h. 4 m. Os., heure de Berne, correspond à 5 h. 43 m. 55 s., heure de Paris, 5 h. 55 m. 43 s., heure de Marseille, 6 h. 5 m. 21 s., heure de Nice, 6 h. 24 m. 5 s., heure de Rome.
- Secousses consécutives. Les journaux nous ont appris que dans la Rivière la grande secousse a été suivie à dix ou quinze minutes d’intervalle par deux ébranlements
- plus faibles; la première de ces secousses consécutives a été sentie par divers observateurs de notre pays. Une aulre secousse, plus faible encore, à 8 heures et demie, a été constatée à Lausanne. Quelques autres secousses nous sont signalées en Suisse dans les journées suivantes; leurs rapports avec les mouvements du sol dans le centre d’ébranlement ne pourront être affirmés que lorsque nous aurons des détails plus précis venant de la Rivière.
- F.-A. Forel, professeur.
- Dans une de nos prochaines livraisons nous parlerons du tremblement de terre du 25 février 1887 en Italie. C’est là que les effets en ont été les plus terribles,
- — A suivre. — GASTON TlSSANDIER.
- Fig. 1. — Yucatan. Le Cénoté do Mucuiclié. (D’après une photographie.)
- LES CÉNOTÉS AU YUCATAN
- La presqu’île yucatèque n’est qu’un vaste banc calcaire plat, uni et fort bas près des côtes du golfe, ou il est encore en voie de formation. Le terrain est plus élevé dans le centre, où les soulèvements procèdent par légères ondulations; il se développe en collines plus au sud et s’étale de nouveau en plaines immenses pour se relever en montagnes véritables qui semblent former les premiers gradins de la Cordillère.
- La presqu’île manque d’eau, elle n’a ni fleuve, ni rivière; mais elle offre le phénomène curieux d’une nappe souterraine avec courants indéterminés, nappe d'autant plus éloignée de la surface que la couche
- calcaire est plus épaisse; très rapprochée près de la côte, plus éloignée dans l’intérieur, et l’on appelle Cénotés les affaissements du sol, qui permettent à ciel ouvert, en grottes ou en galeries profondes, d’atteindre la nappe d’eau. Lorsque cette nappe s’écoule à une petite profondeur et que la couche calcaire n’a été rongée que dans l’une de ses parties, nous avons un affaissement irrégulier qui produit une espèce de caverne ouverte sur toute sa largeur : tel, le joli Cénoté de Mucuiché dont nous donnons la photographie (fig. 1). On se rend facilement compte à première vue comment il s’est formé, et certains blocs tombés de la voûte se trouvent encore *en place. L’accès du réservoir est des plus faciles, l’eau en est limpide et fraîche et l’on y prend des bains délicieux.
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- Si la couche calcaire est de moyenne épaisseur et que la nappe d’eau ait un courant bien déterminé, elle ronge alors régulièrement le sol sur un espace qui s’arrondit généralement; la voûte manquant alors de support s’écroule, formant un immense puits à ciel ouvert. Tels une foule de Cénotés de ce même genre, car ce sont les plus nombreux, à Chichen, Xcolac, Xui-lub, Uaïma, etc., et je ne parle ici que de ceux que j’ai visités. Comme exemple de ces derniers, je vous présente l’un des plus vastes et des plus beaux, celui de Uaïma dont les murailles ont environ 20 mètres de hauteur et dont le diamètre serait au moins de quatre-vingts (fig. 2). Une végétation magnifique en revêt les murailles, ce
- qui le rend des plus pittoresques. Une foule de gens du village y prenaient leurs ébats, lorsque j’en lis la vue.
- Si au contraire la couche calcaire est très épaisse comme dans le centre, le courant ne rongeant que les dessous, l’épaisseur des voûtes leur permet de résister et nous avons alors une grotte véritable avec stalactites et stalagmites comme à Sacalun et Valla-dolid ; ou bien encore, dans les couches puissantes, le Cénoté affectera la forme d’un immense souterrain avec passages, couloirs et bassins divers, comme à Bolonchen. Les Cénotés nous offrent donc tous les accidents produits par l’eau dans une roche friable.
- Il était naturel que les premiers habitants de la
- péninsule vinssent se grouper auprès des Cénotés ; plus tard, aux époques civilisées, des villes importantes s’y développèrent par la même raison, et, comme l’eau est une première nécessité de la vie, les Indiens se plurent à diviniser ces réservoirs inépuisables sans lesquels toute civilisation eût été impossible. Ainsi, des deux Cénotés à ciel ouvert de Chichen -itza, l’un, dédié probablement au dieu de la pluie et de l’agriculture, Cliac, était considéré comme sacré; on avait construit un temple sur ses bords et l’on y venait de fort loin offrir des présents et des sacrifices, armes, bijoux, poteries et victimes humaines qu’on précipitait dans le gouffre.
- Mais en dehors de ces dépôts naturels qui fournissaient aux besoins des premiers habitants, les
- Toltecs apprirent aux Mayas à forer des puits, creuser des réservoirs et construire des citernes. Nombre de villes, en effet, ne possédant pas de Cénotés, ne pouvaient compter que sur leur industrie pour se procurer de l’eau.
- Le forage des puits nous semble aujourd’hui un véritable tour de force, et, connaissant l’outillage des Indiens, on se demande comment, avec des instruments de cuivre ou de pierre, ils arrivèrent à creuser un calcaire dur à des profondeurs assez considérables. Cependant, leurs palais sont la pour nous montrer quels résultats prodigieux ils avaient atteints.
- Quant aux citernes, leur création s’explique plus facilement : elles sont généralement placées dans les
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- esplanades qui supportaient les édifices et près des palais dont elles recueillaient les eaux à l’époque des pluies. On les construisait en même temps et des mêmes matériaux que les esplanades; toutes sont bâties sur le même modèle; elles affectent la forme d’une carafe à panse très évasée de 2IÛ,50 de diamètre sur 5 mètres de hauteur avec un col de GO à 80 centimètres; l’intérieur en était couvert d’une épaisse couche de ciment parfaitement imperméable et l’ouverture était bouchée par une pierre ronde qui fermait hermétiquement la citerne.
- Les réservoirs constituaient une somme de travaux considérables ; leur nombre est inconnu et chaque centre privé de Génotés devait probablement en posséder un. Celui d’Uxmal était un véritable lac; j’ai visité celui de Tecoch aux environs d’Iza-mal, qui mesure 500 mètres de diamètre avec une profondeur d’au moins J 5 mètres. Il est probable que les Indiens ont ici profité d’un affaissement du sol qu’ils ont approfondi et dont ils auraient régularisé la forme. Stephens a signalé plusieurs réservoirs, et dans celui de Macoba, nettoyé lors de son passage, il nous montre le fond garni de puits et de citernes de même construction et de même forme que ceux dont nous avons parlé, mais d’une profondeur de 15 à 25 pieds.
- Ces puits et ces citernes, une fois la provision du réservoir épuisée, offraient encore aux habitants une réserve d’eau suffisante pour attendre la saison des pluies. Génotés, puits, citernes et réservoirs constituaient tout le système hydrographique du Yucatan.
- Désiré Charnay.
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- LES GRANDS FLOTTEURS
- EN EAU COURANTE
- I. — 11 a été reconnu que les grands flotteurs en eau couranie ont une vitesse plus grande que l’eau qui les porte. Ce phénomène n’a pas encore été expliqué d’une manière satisfaisante. La doctrine enseignée à ce sujet est que le poids du bateau exerce une action verticale tandis que la poussée sur le fond du bateau est perpendiculaire à ce fond, c’est-à- dire, au plan de surface, d’où la composante de la pente agirait sur le bateau dans le sens de la descente. On a invoqué aussi une action moléculaire sans justification suffisante. L’enfoncement régulier des bateaux les place dans une position inclinée parallèle au plan de surface, mais leur accélération de vitesse ne peut être attribuée à l’inclinaison du plan sur lequel ils reposent, quoique ce soit l’explication admise jusqu’alors, car :
- 1° Le poids d’un bateau ne peut avoir d’autre action que celle même de l’eau qu’il remplace ; la réaction de l’eau contre une paroi est égale en intensité et opposée en direction à l’action de cette paroi.
- 2° Les plans d’égale pression sont parallèles au plan de surface du courant.
- 5° Si la pesanteur s’exerce verticalement, la poussée ne peut pas être inclinée; il est inadmissible aussi que la pente puisse produire deux effets, ce qui est cependant la conséquence rigoureuse de la conception du plan incliné imaginé pour expliquer les faits d’accélération.
- 4° La répartition du chargement peut être telle que le bateau soit horizontal ou que son inclinaison soit exagérée vers l’aval ou l’amont sans qu’il en résulte des conditions particulières d’équilibre ou de mouvement. Ces explications étaient nécessaires et seront sans doute suffisantes pour exposer la position de la question.
- II. — Nous avons cherché à découvrir la cause de la marche accélérée des grands flotteurs par l’observation attentive des eaux courantes ; voici quelle elle serait.
- Les filets inférieurs d’un cours d’eau, rencontrant les obstacles ou irrégularités du fond du lit, sont relevés dans une direction inclinée ; ils traversent la tranche des filets supérieurs, bouillonnent et s’épanouissent à la surface du courant. Si ces filets rencontrent un corps impénétrable et rigide, leur action s’exercera sur lui pour le soulever et le pousser dans le sens de la pente, car cette action ne peut être détruite que par un travail correspondant à l’intensité et à la direction des filets : c’est ce travail qui est utilisé par le bateau.
- La cause accélératrice serait donc proportionnelle à la longueur considérée du lit, ce qui expliquerait la plus grande vitesse des bateaux les plus longs. L’infériorité de marche des radeaux serait due à leurs moins bonnes conditions de navigabilité et h leur composition qui permet aux filets de pénétrer en partie dans leurs vides, de s’y étendre, ce qui restreint leur effet. Tout s’enchaîne dans ces déductions ; les circonstances d’accélération observées seraient donc la conséquence rigoureuse et la justification de notre explication. Une fois de plus, l’observation a détruit une théorie trop facilement acceptée parce qu’elle était simple et plausible. 0. Fepoux.
- Strasbourg, le 4 mars 1887.
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- CHRONIQUE
- La conférence t( scientia )). — Le dixième banquet de la conférence Scientia a eu lieu à Paris, le 24 février, pour fêter la récente promotion de M. le général Perricr, membre de l’Institut et du Bureau des longitudes, directeur du service géographique de l’armée, dont La Nature publiera prochainement la description. Cette réunion était présidée par M. R. Bischoffsheim, le généreux bienfaiteur delà science. Au début de la séance, on a envoyé à M. Pasteur un télégramme exprimant les vœux des membres de la Conférence, pour le prompt et complet rétablissement de sa santé. Au dessert, M. Bischoffsheim a souhaité la bienvenue au général Perrier et a rappelé en quelques mots les grands travaux qui l’ont rendu célèbre: « Vous connaissez tous mieux que moi cette carrière toute d’honneur, de travail et de dévouement qu’il a consacrée au pays et à la science. Vous savez tous par quels beaux travaux il a rendu à la haute géodésie, en France, le premier rang qu’elle avait momentanément perdu, et comment il a recueilli l’héritage glorieux des Delambre,des Clairaut,des Maupertuis,des Biot et des Arago. Et notamment, vous avez tous présent à la mémoire l’expédition de la Floride pour l’observation du passage de Vénus, de laquelle le général, assisté par nos chers amis, le commandant Bassot et le capitaine Defforges, que j’ai le plaisir de saluer ici, rapporta une si ample moisson de documents du plus grand intérêt. Et vous vous souvenez tous aussi de cette opération sans précédent, la triangulation entre l’Algérie et l’Espagne, où parmi tant d’autres innovations si ingénieuses, le général s’est servi de la lumière électrique alors que personne ne croyait encore
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- LA NATURE.
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- possible de l’utiliser pratiquement, et dans des conditions locales telles, qu’à tout autre qu’à lui et à son indomptable énergie, la réussite eût semblé impossible... »
- M. le général Perrier, répondant au toast de M. Bis-choffsheim, a commencé par saluer sa voisine, MmeJ. Dieu-lafoy, « une Française, femme de cœur et d’esprit, qui porte sur sa poitrine la croix d’honneur si noblement gagnée dans un voyage d’exploration dont les résultats scientifiques ont dépassé toutes nos espérances.
- « En me conférant la présidence d’honneur, vous m’avez fait l’honneur le plus envié, et j’en serais véritablement confus, si je ne pensais que cet honneur s’adresse, non seulement à ma personne, mais surtout à l’armée même, à laquelle j’appartiens corps et âme, à l’armée qui travaille et se recueille, et spécialement à celte nombreuse phalange d’officiers qui, sans rien négliger de leurs devoirs militaires, savent consacrer leurs loisirs à des études et à des travaux scientifiques.
- « Ce n’est pas la première fois que les jeunes et sympathiques organisateurs de la conférence Scientia ont bien voulu choisir un officier général pour la présidence d’honneur. Déjà, à votre quatrième dîner, vous l’aviez décernée au général de Nansouty, qui succédait au Grand Français, de Lesseps. Et jamais choix ne fut mieux justifié, car c’est une figure scientifique vraiment originale et véritablement française, celle de ce vaillant général de cavalerie qui, après avoir brillamment entraîné ses escadrons sur les champs de bataille d’Europe et d’Algérie, a consacré à la météorologie les heures de sa verte retraite et s’est héroïquement campé sur un pic élevé, à peine accessible, pour y surprendre, au prix de périls sans cesse renaissants, les mystérieuses lois de l’atmosphère. Qu’il me soit permis de lui adresser d’ici un salut cordial et respectueux !» — M. le général Perrier a fort heureusement résumé les bienfaits scientifiques de M. Bischoffsheim, et après quelques toasts portés par M. le Dr Trélat, Max de Nansouty, Ch. Garnier et Eiffel, une charmante causerie des assistants a terminé la soirée dans les salons de Lemardelay.
- Fréquence relative des tempêtes dans différentes mers. — M. W. Doberck, directeur de l’observatoire de Hong-Kong, a dressé le tableau suivant de la fréquence annuelle des tempêtes dangereuses pour différentes mers : mer d’Arabie, 70; baie du Bengale, 115; sud de l’océan Indien, 55; mer de Java, 12; mer de Chine, 214; golfe du Mexique, 555. Les ouragans des Antilles et les typhons de la mer de Chine ont une fréquence relative à peu près la même suivant les mois. Les premiers ont leur maximum en août (27 pour 100) et leur minimum en janvier; les autres ont leur maximum en septembre (27 pour 100 également) et leur minimum en février. Dans la mer de Java et dans la partie méridionale de l’océan Indien, le maximum a lieu en février ; dans la baie du Bengale, en octobre; danslamer d’Arabie, en juin.
- Accumnlatenrii Elieson. — Les accumulateurs employés par M. Elieson pour la traction des tramways de Londres sont du genre Planté. Ils se composent d’une plaque de plomb de 20 centimètres de longueur sur 22 de hauteur et de 6 millimètres d’épaisseur; cette plaque est perforée d’un grand nombre de trous rectangulaires dans chacun desquels on a encastré une petite spirale formée d’un ruban de plomb très mince recouvert de papier d’amiante. Par suite de la formation, le plomb foisonne et vient s’appliquer très fortement contre les supports. La surface extérieure de chaque plaque est de 580om2, tandis que la surface active est de 1200oai*. Le
- poids total de chaque élément est de 38 kilogrammes et sa capacité de 150 ampères-heure. Le régime de charge est de 40 ampères, mais il peut aller jusqu’à 60 ampères. VEleclrical Review, qui nous communique ces renseignements, ajoute que les accumulateurs qui ont été employés dans des expériences publiques faites dernièrement à Londres, avaient déjà fonctionné journellement pendant sept mois.
- Le borax de Californie. — M. A. Robolton, l’auteur de la découverte des importants gisements de borax californiens, fait connaître, dans le Chemical News, les circonstances dans lesquelles, au cours d’un voyage à pied très pénible, il s’est rendu en 1874 de San-Fran-cisco au grand lac de borax, où il a reconuu la présence de quantités énormes de borax cristallisé d’une grande pureté. Au milieu du lac se trouve un banc de sel d’environ 8 kilomètres de longueur ; les bords de cet amas sont formés de carbonate de soude, tandis que la surface, qui atteint quelques milliers d’acres (1 acre = 4046m,), est recouverte d’une couche de borax présentant une épaisseur variant de 7 centimètres à 60 centimètres. Si l’on enlève cette couche, elle se reforme dans l’espace de trois années environ. Les alentours du lac sont absolument déserts et dépourvus de végétation. Il n’y pleut jamais. Aussi n’y peut-on faire aucun séjour durable. Le borax brut est purifié par cristallisation dans l’eau bouillante. Le produit rendu à San-Francisco a dû supporter jusqu’ici les frais d’un transport à dos de mulet sur un parcours de plus de 600 kilomètres, soit plus de 400 francs par tonne et même davantage. Une voie ferrée passe aujourd’hui à 115 kilomètres du grand lac de borax ; une autre en construction arrivera bientôt à 6 kilomètres seulement.
- Traverses en verre pour chemins de fer. —
- Un ingénieur anglais, M. Bucknall, a inventé une traverse formée de deux plaques de verre réunies par une barre de fer. Ce verre est obtenu par la fusion d’une variété de granit, qu’on trouve en grande quantité dans le sud de l’Angleterre. Ces traverses présentent à l’écrasement et aux chocs une résistance considérable, comme l’ont prouvé des essais faits avec soin à Glasgow.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 7 mars 1887. — Présidence de M. Jassses.
- Théorie des trombes. — M. Faye développe, avec des arguments nouveaux, sa manière de voir bien connue déjà de nos lecteurs relativement à la production et au régime des tornados. En même temps un des plus célèbres correspondants de l’Académie, M. Colladon, de Genève, décrit une trombe dont il fut témoin, il y a une dizaine d’années, et dont il lui paraît que les expériences de M. Weyher fournissent une reproduction en miniature. Du menu linge qui séchait sur un pré fut enlevé jusqu’à une hauteur de 5 à 600 mètres en décrivant des hélices comprises dans un cylindre de 2 à 5 mètres de base. Parvenus au sommet du météore, ces objets, que rendait bien visibles leur couleur blanche dans la lumière du soleil, se dispersèrent pour tomber de toutes parts à 2 ou 3 kilomètres à la ronde. M. Colladon pense que M. Faye ne doit pas, sans restriction, comparer les cyclones aériens aux tourbillons qui prennent naissance dans les rivières. Il lui semble que les conditions sont loin d’être les mêmes; mais M. le secrétaire perpétuel n’achève pas la lecture de cette partie du travail.
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- M. Leudet. — Élu correspondant de l’Académie depuis quinze jours à peine, M. Leudet vient de mourir k Rouen. Une dépêche de sa veuve informe M. Yulpian de ce malheur, et M. le secrétaire perpétuel rend hommage à la valeur du défunt. Suivant lui, c’était un des hommes les plus remarquables de la génération médicale actuelle, et peut-être, ajoute-t-il, le plus distingué des médecins qui soient hors de Paris.
- Le tremblement de terre. — M. Paye dépose une note de M. Perrotin, de Nice, sur les secousses du 23 février, mais sans en donner l’analyse. En outre, la correspondance comprend un volumineux mémoire de M. Denza, directeur de l’observatoire de Montcalieri où sont résumées une foule d’observations faites dans différents points de l’Italie.
- Rapports. — Deux rapports très favorables sont lus à l’Académie : le premier, dont M. Fizeau est l’auteur, concerne un nouveau mé-tronome inventé par M. Léon Roques; l’autre, de M. Phillips, conclut à l’insertion aux Savants étrangers d’un mémoire, de mécanique de MM. Bé-rard et Léauté.
- Elude sur Vemprisonnement cellulaire et son influence sur la folie. —
- Sous ce titre, M. le baron Larrey présente un important travail de M. le Dr de'
- Pietra Santa, portant sur une période de trente-cinq années (1850 à 1885), énumérant avec soin les conditions dans lesquelles s’est faite en France la première application de l’emprisonnement individuel, et précisant les desiderata à réaliser au point de vue d’une organisation et d'un fonctionnement du système cellulaire, plus conformes aux principes de l’hygiène moderne.
- Instruments d'astronomie pratique. — Le très distingué directeur du Journal du ciel, M. Joseph Yinot, présente un genre d’oculaire à tirages, pour lunettes d’amateur, tel qu’à chaque allongement correspond un grossissement plus considérable. Il en résulte que, pour un prix modique, la plus petite longue-vue, n’eût-elle que 2 centimètres de diamètre à l’objectif, permettra de bien voir que Saturne a un anneau.
- Varia. — Les spectres des étincelles des bobines à gros fil occupent M. Demarçay. — M. de Farcrand étudie l’action du bibromure d’éthylène sur les alcoolates alcalins. — Une nouvelle méthode d’atténuation du virus claveleux a été imaginée par M. Pourquier. — On mentionne un travail de M. Laborière sur le phylloxéra du chêne. — M. Hervé Mangon a fait des relevés sur le nombre et la durée des pluies. — En 1863, M. Delaunay avait déposé un travail sur la rage où sont développées, paraît-il, des découvertes analogues à celles de M. Pasteur. Nom-
- més commissaires, MM. Rayer, Claude Bernard et Longet sont morts sans avoir fait de rapport. L’auteur demande une nouvelle commission; on désigne MM. Pasteur, Richet et Charcot. — M. le Dr Lancereau demande à être compris parmi les candidats au fauteuil de M. Paul Bert. — M. Trécul lit un très long mémoire sur les vaisseaux laticifères. Stanislas Mlu.meh.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- LA CAPILLARITÉ
- Prenez une aiguille à coudre en acier, posez-la sur une fourchette, ou sur une petite fourche formée d’un fil de cuivre recourbé, que vous descendrez lentement dans un verre rempli d’eau ; si vous agissez avec précaution, de manière 'a ce que l’aiguille soit doucement posée à la surface du liquide, vous arriverez à la faire flotter comme un fétu de paille. Ce phénomène est dû à ce que l’acier n’est pas mouillé par le liquide ; il se forme sur son contour un ménisque dont le volume est considérable par rapport k celui du corps flottant. Le volume du liquide déplacé soit par le corps, soit par l’effet capillaire, peut donc avoir le même poids que le corps flottant, d’où il résulte que celui-ci ne s’enfonce pas. Il est bon, pour faciliter le succès de l’expérience, de graisser légèrement l’aiguille d’acier, en la passant simplement entre les doigts.
- La figure ci - dessus montre un autre moyen de réussir l’expérience ; on place une feuille de papier à cigarette à la surface de l’eau contenue dans un verre, on y pose délicatement l’aiguille; le papier imbibé d’eau ne tarde pas à tomber au fond du vase et l’aiguille flotte k sa surface eomme on le voit au second plan de la figure. Nous avons réussi k faire flotter ainsi un morceau de fil de cuivre de 1 millimètre de diamètre, et même une pièce de 5 francs en or.
- On peut encore réussir l’expérience avec une plume métallique, qui nage parfaitement k la surface de l’eau; si l’on a préalablement aimanté la plume, elle constitue en flottant une véritable boussole. G.'T.
- Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Manière de faire tenir une aiguille à la surface de l’eau.
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- N° 7 20
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- LANCEMENT DU VAISSEAU CUIRASSE « PELAYO »
- Samedi 5 février 1887, a eu lieu la mise à l’eau
- du superbe vaisseau cuirassé Pelayo, navire cuirassé
- Fig. 1. — Le l'daijo avant son lancement. (D’après une photographie instantanée de M. Terris, de Marseille.)
- de premier rang, à tourelles, commandé par le gouvernement espagnol à la Société des Forges et Chantiers de la Méditerranée, en novembre 1885.
- 45® année. — 4er semestre*
- L’amiral Arias, Ministre de la marine espagnole, accompagné de l’inspecteur général du génie maritime, M. Nava, était arrivé la veille escorté d’un
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- nombreux état-major d’officiers espagnols. L’opération du lancement a été exécutée en la présence de M. A. Behic, président du Conseil d’administration des Forges et Chantiers, de Oury, évêque de Toulon et de Fréjus, qui a donné la bénédiction, du préfet du Var, du général de Colomb, du contre-amiral de Labarrière, et d’un nombre considérable de notabilités et d’officiers de tous grades.
- L’opération, qui a été couronnée d’un plein succès, a eu lieu en présence de plus de 150 00Ü personnes venues de tous les environs. Le lancement a été dirigé par M. Lagane, ingénieur en chef des Chantiers, auteur des plans du Pelayo, qui avait pris place sur une passerelle établie en tête de cale, avec MM. Mourron et Kauffer, les ingénieurs qui ont suivi la construction du vaisseau depuis sa mise en chantier.
- A chaque signal donné par un sifflet de manœuvre, quatre des soixante époutilles qui supportent encore le navirçér (fig. i) sont enlevées en quelques instants par quatre escouades d’ouvriers placés sous les ordres d’un contremaître. Chaque opération se fait rapidement et sans bruit, et bientôt 1 e Pelayo se dresse, majestueux, entièrement .débarrassé de ses derniers supports, et ne reposant plus que sur son berceau de lancement, que retiennent seulement les saisines en filin blanc, placées h l’avant. Déjà ces retenues se tendent ; une vive émotion s’empare de la foule entière qui attend, anxieuse, le signal suprême. Trois coups de cloche retentissent, les charpentiers coupent aussitôt les retenues, et le Pelayo s’ébranle lentement; il glisse sur la cale, d’abord doucement, puis plus vite, il passe devant les tribunes au milieu de la fumée, salué par les vivats enthousiastes des invités et de la foule, et les sons de la marche royale espagnole. Il entre ensuite dans les flots, qu’il soulève, tend ses chaînes de retenue, brise de chaque bord quatorze bosses cassantes, [destinées à amortir et à annihiler sa force vive. Il s’arrête enfin, à 100 mètres de sa cale, et tous admirent ses formes gracieuses et robustes à la fois (fig. 2).
- Le Pelayo sera entièrement terminé dans les premiers mois de 1888. Voici les dimensions principales de ce magnifique cuirassé ; sa longueur totale est de 105 mètres; largeur totale au fort, hors cuirasse à la flottaison, 20,20; déplacement 9900 tonneaux ; puissance des machines, 6800 chevaux ; vitesse aux essais correspondant à cette puissance, 15 nœuds. Avec le tirage forcé, cette vitesse sera probablement dépassée.
- Le Pelayo est entièrement en acier de provenance française. ' X..., ingénieur.
- LES NAINS ET LES GÉANTS'
- LES VARIATIONS DE LA STATURE H U 51AI N E
- Quelles sont les causes qui influent sur la taille des populations et des races humaines?—On trouve
- * Voy. n° 717, du 26 février 1887. p. 193, et n° 706, du 11 décembre 1881, p. 18.
- qu’elles peuvent se résumer pour ainsi dire en une seule : la nutrition. La taille d’une population, d’une race, d’un groupe d’individus, se trouvant depuis un grand nombre de générations dans les mêmes conditions de milieux, de ressources... est en raison de sa nutrition. Or, en spécifiant, on voit que cette nutrition dépend d’abord de l’aptitude à l’assimilation qui est une question de climat et en second lieu de la facilité avec laquelle ces peuples peuvent se procurer une quantité de nourriture proportionnelle à leur pouvoir d’assimilation.
- Pendant longtemps on a cru que le climat seul avait une grande influence sur la taille ; si l’on considère en effet les races blanches ou peu colorées, l’on remarque que dans les pays de température extrême, la taille est moindre que sous des latitudes tempérées. Dans les pays très froids, vers le pôle Nord par exemple, nous trouvons les Lapons, les Esquimaux, les Groënlandais de taille très petite ; mais à mesure que l’on descend dans des régions plus tempérées et dans des pays plus fertiles, on trouve des races infiniment plus grandes, les Norvégiens, les Russes, les Anglo-Saxons, les Allemands' du Nord, en Europe. En Amérique nous trouvons les Canadiens, les Peaux-Rouges. Plus au sud et à mesure que la température devient plus ardente, la taille s’abaisse; ce fait se constate chez les Italiens, les Espagnols et s’observe dans la plupart des grandes régions du globe.
- Ces variations dans la stature humaine ne sont pas l’effet du climat, mais bien, comme nous l’avons dit, celui de la nutrition ; sous les climats très froids, l’assimilation est excessive; l’organisme a besoin d’une quantité considérable de nourriture pour lutter contre la température extérieure. Si par suite de la rigueur du climat et des ressources limitées du pays, en gibier et en poisson, la déperdition est peu supérieure ou sensiblement égale à l’assimilation, la population qui subit ces conditions de milieu reste petite : c’est le cas des Lapons et des Esquimaux des îles de l’océan Glacial arctique et de la côte est du Groenland ; mais quand, au contraire, la chasse, la pêche sont abondantes, la taille de la tribu s’élève : c’est le cas des peuplades d’Esquimaux de l’Amérique du Nord qui donnent une taille moyenne d’autant plus élevée que leur habitat se rapproche du fleuve Saint-Laurent ; on trouve alors des Esquimaux qui, loin de constituer des peuplades naines, ont une taille moyenne atteignant lm,70, c’est-à-dire plus élevée que celle delà population française.Au Canada, le climat est encore rigoureux; l’assimilation organique très active, mais le pays est fertile, la nourriture abondante et alors les Peaux-Rouges indigènes et les colons d’origine européenne atteignent une taille et une force colossales. Les Norvégiens, les Russes en Europe sont dans des conditions analogues. Avec ce que mange un paysan russe dans une journée, un paysan espagnol se nourrirait pendant une semaine. C’est à l’influence du froid hivernal sensible et à la puissance d’assimilation qui en résulte que les races anglo-saxonnes et
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- germaniques, et que les races françaises du Nord et de l’Est doivent leur taille et leur force. Quand le climat devient ardent, quand la chaleur estivale est excessive, la nutrition est moins active, la taille moyenne de la population s’abaisse ; l'Espagne, Je Portugal, l’Italie, la Grèce en sont des exemples. L’influence du climat sur la taille n’est donc qu’une question de faculté d’assimilation et de quantité de nourriture disponible.
- C’est pour cette dernière raison que la fertilité du sol influe considérablement sur la taille de la population. Un pays bien cultivé, fournissant abondamment du grain et des bestiaux, permettra à sa population d’acquérir une taille, une force, une robusticité beaucoup plus grande qu’il ne le serait possible a une population vivant sur des terrains peu fertiles, nourrissant mal ses habitants.
- Cette influence de l’alimentation sur la taille fait que les familles aisées, les vieilles familles bourgeoises, par exemple, sont généralement de taille plus élevée que les familles pauvres. Les habitants des villes sont ordinairement plus grands que les habitants des campagnes environnantes, parce que leur nourriture est presque toujours plus substantielle, d’après M. Bertillon : « La taille du citadin est de deux à trois centimètres plus élevée que celle du campagnard. » Dans les familles qui font fortune, qui arrivent à améliorer leur manière de vivre, la taille moyenne des individus s’accroît dans les générations suivantes ; elle diminue au contraire avec les revers de fortune : « La taille, dit M. de Fonssagrives, croît avec l’aisance, décroît avec la misère. » A Paris même, cette influence de la richesse sur la taille peut être constatée chaque année au conseil de révision : dans les arrondissements où la population est généralement aisée, la taille moyenne est sensiblement plus grande que dans les arrondissements pauvres. Voici quelques chiffres : alors que sur l’ensemble des conscrits parisiens, la taille moyenne est de lm,645, elle n’a été que de lm,637 dans le XXe arrondissement (Ménilmontant) et dé im,640 dans le XIII0 (Gobelins). Au contraire, dans les arrondissements riches elle a atteint lm,663 dans le VIIIe (Champs-Elysées), 1 m,661 dans le VI0 (Saint-Sulpiee), lra,656 dans le IXe (Opéra).
- Les lamines, les disettes prolongées ou fréquentes ont pour résultat de diminuer la taille des peuples qui y sont exposés. Les guerres amènent le même résultat et cela non seulement par les désastres matériels, les misères qu’elles occasionnent, mais aussi par la perte d’un grand nombre d’hommes les plus forts et les plus robustes de la nation, et F affaiblissement les infirmités, les souffrances de ceux qui survivent. C’est ainsi que toute la période de guerre qui a marqué la fin du dix-huitième siècle et le premier empire a eu pour résultat de diminuer d’une façon générale la taille de la population française. Pendant près de vingt-trois années, en effet, tous les hommes validesontété enlevés par leservice militaire, un grand nombre ont succombé soit par les maladies, soit dans
- les combats : de là une diminution dans la force et la taille des générations qui ont succédé à cette période.
- Quelles sont les causes qui agissent sur la taille des individus cotisidérés isolément? — En premier lieu se place l’àge. Le développement de l’enfant, de l’adolescent, du jeune homme, jusqu’à ce qu’il soit adulte, n’est pas proportionnel à son âge. Il est plus rapide dans les premières années, puis va en se ralentissant jusqu’au moment où l’homme devenu adulte cesse de grandir ; sa taille reste stationnaire pendant une période allant jusqu’à la vieillesse, puis décroît jusqu’à la fin de la vie.
- Plusieurs physiologistes ont essayé de déterminer la loi de progression moyenne de la taille; Buffon a donné, mois par mois pour la première enfance, puis année par année, l’histoire de la croissance d’un jeune homme. Le docteur Lorain a représenté dans de très intéressants graphiques les variations de la croissance de la taille et du poids de deux enfants ; pendant la première année pour l’un d’eux, Jean Lorain (fig. 1), pendant les deux premières années pour une petite fille, Juliette R... (fig. 2). Dans ces graphiques la courbe inférieure correspond à la taille, la courbe supérieure au poids, ces courbes permettent de se rendre compte de l’arrêt de la croissance résultant des souffrances subies par l’enfant ; chez Jean Lorain, par exemple, on voit un arrêt au moment du vaccin, arrêt qui se continue et est accompagné d’une diminution de poids considérable au moment d’une grave maladie, une pneumonie, de l’enfant. Les souffrances de l’éruption des deux premières dents ont aussi occasionné un arrêt de la croissance chez Jean Lorain. Nous retrouvons également sur le graphique de Juliette R... des arrêts de croissance, de taille et de poids correspondant à des indispositions, des souffrances.
- Le célèbre statisticien Quételet a représenté par une courbe l’accroissement moyen de la taille suivant les âges; on remarque que cette courbe a une forme parabolique parfaitement prononcée (fig. 3) ; il supposait que l’enfant avait 50 centimètres à sa naissance et il faisait partir le sommet de sa parabole du zéro de l’échelle de la taille humaine.
- La courbe parabolique de Quételet ne représente qu’une moyenne ; il y a en effet des différences très caractérisées dans la marche de l'accroissement des divers enfants. Indépendamment de l’influence des maladies, des accidents, des travaux intellectuels excessifs, des préoccupations d’examens, toutes causes qui influent sur la croissance., il y a des enfants dont la croissance est plus accentuée à une époque de leur existence que la moyenne, et d’autres qui, retardataires, grandissent jusqu'à 25, 30 ans et même davantage. Chez beaucoup de jeunes gens, en effet, la croissance n’est pas terminée à 21 ans; l’examen des conseils de révision montre que la taille de beaucoup d’ajournés de un ou deux ans s’est élevée de quelques centimètres. En 1868, lors de la création de la garde mobile, on constata que
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- 71 pour 100 des conscrits de la classe 1804 avait notablement grandi.
- La marche de la croissance des entants varie suivant le sexe ; ainsi généralement jusqu’à l’àge de il à 12 ans les garçons sont plus grands et plus lourds que les fdles. Mais à partir de cet âge l’évolution de celles-ci est plus rapide et elles deviennent plus grandes et plus lourdes proportionnellement que les garçons. Au-dessus de 15 ans, la taille et le poids des jeunes gens ,^prédominent sur ceux des jeunes filles qui restent stationnaires, et ils deviennent plus grands et plus lourds.
- Il y a une relation curieuse entre l'accroissement de la taille des enfants et l’accrois sein en t de leur poids.
- Un savant Danois,
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- M. Malling-flan-
- Fig. 1. —. Couibe de l’accroissement de la taille et du poids d’un petit garçon (Jean Lorain), pendant sa première année. (D’après le D' Lorain.)
- sen, directeur de l’institution des
- sourds et muets à Copenhague, a pendant trois ans pesé et mesuré quotidiennement ses élèves ; or, il a observé, dit-il, que la croissance des enfants ne se fait pas régulièrement et progressivement, mais bien par étapes séparées par des repos.
- De même le poids n’augmente que par périodes après des intervalles d’équilibre. Quand le poids grandit, la taille reste à peu près stationnaire et réciproquement. Le maximum d’accroissement de la taille correspond à une période minimum d’augmentation de poids. Les
- forces vitales ne travaillent pas des deux cotés à la fois.. Ces diverses variations subissent l’inlluence des saisons; c’est ainsi que, suivant M. Malling-llansen, pendant l'automne et le commencement de l’hiver, l’enfant accumule du poids, mais sa taille ne s'accroît que faiblement; pendant le printemps, au contraire, la taille subit une véritable poussée, mais
- Fig.3. —Courbe parabolique représentant l’accroissement de la taille suivant les âges. (D’après l’anthropométrie de Quételet.)
- le poids s’accroît peu. Certaines habitudes locales influent sur la taille. Stendhal avait remarqué que beaucoup de jeunes filles romaines avaient la colonne vertébrale déformée, autrement dit, étaient légèrement bossues, et il apprit que cela résultait d’un préjugé populaire à Rome, d’après lequel les parents croient qu’en donnant des coups de poing dans le
- dos de leurs enfants on favorise leur croissance.
- En Suisse, une pratique populaire en usage dans certaines villes influe également sur le développement des enfants. Les mères de famille ont pour habitude de donnera ceux-ci, pour les empêcher de crier, des morceaux de sucre imbibés d’eau-de-vie. Or on sait, d’après des expériences faites sur des animaux, que l’absorption d’alcool a une influence funeste sur la
- croissance et le développement des jeunes êtres. Dans le même ordre d’idées nous signalerons encore
- ce préjugé en raison duquel beaucoup de femmes du peuple boivent de l’eau-de-vie pendant leur grossesse dans le but de donner à leur enfant un teint blanc et rose; or, en raison de l’influence funeste de l’alcool que nous venons de voir, il y a lieu de préjuger que l’eau-de-vie absorbée par la mère a une influence défavorable sur le développement de leur progéniture. La croissance est au contraire favorisée par une forte nourriture, riche en azote et en phosphate, par une bonne hygiène, les jeux ou les exercices gymnastiques, le grand air, toutes causes qui contribuent à rendre les enfants grands,
- Guïot-Daubès.
- Fi
- g. — Courbe de l'accroissement de la taille et du poids d’une petite fille (Juliette B...), pendant ses deux premières années. (D’après le D' Lorain.)
- forts et vigoureux
- — A suivre. —
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- LA NATURE
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- LES CHIENS MILITAIRES
- U y a deux ans environ les Allemands ont l'ait à Lubben, en Prusse, et en Alsace-Lorraine des essais de dressage et d’emploi des chiens pour le service des avant-postes en temps de guerre. Ces essais ayant été tout à fait satisfaisants, le service des chiens militaires est organisé de l’autre côté des Vosges. Nous publions ci-dessous le portrait d’un des chiens employés actuellement par les Allemands ; ce dessin a été fait d’après le croquis d’un artiste bien connu, M. P. Kauffmann, qui, lors d’un récent voyage d’études en Allemagne, a pu voir de près ces
- curieux essais d’élevage. Voici quelques détails que M. P. Kauffmann a publiés et que nous reproduisons :
- « La race employée généralement est celle du chien-loup (le Poméranie, dit chien-loulou, race fort peu connue en France. Ce chien est caractérisé par son museau pointu, ses oreilles droites, sa queue touffue; il a le poil long et fin, d’un blanc pur, bien que certaines variétés Paient noir, gris ou fauve. On se sert généralement de ceux qui ont le poil foncé pour qu'ils soient moins facilement remarqués. L’animal est, à cause de son excessive fidélité, employé à la garde des voitures et des habitations. 11 s’en acquitte admirablement, mais a la
- lu chien militaire, en Allemagne, apportant des dépêches à un avant-poste.
- condition d’être toujours laissé en liberté. 11 est incorruptible (ainsi vous êtes prévenus, jamais vous ne pourriez l’attirer par n’importe quel moyen), et ne peut supporter l'esclavage. On dirait qu’il a conscience de sa valeur et qu’il se rend parfaitement compte des services patriotiques qu’il est appelé à rendre.
- « On le dresse à se méfier et à reconnaître tous ceux qui sont revêtus d’un uniforme français ou russe et à prévenir leur maître de la présence de ceux qui en seraient revêtus. Chaque compagnie de chasseurs dresse deux ou trois chiens à l’office d’éclaireurs.
- « Qui se méfierait d’un toutou errant qui va partout, se faufile dans les champs, les habitations, les bois, etc. On voit le uhlan, on est averti de la
- proximité de l'ennemi, mais le toutou, qui, jusqu’ici, a pensé à lui?
- « Un poste avancé possède plusieurs de ces chiens ; il en reste un qui accompagne la sentinelle avancée et reste auprès d’elle ; le chien porte un collier en fer aussi léger que possible; à ce collier est adapté iin petit portefeuille qui doit contenir les renseignements à transmettre.
- « Lorsque la sentinelle aperçoit quelqu’un d’étranger, elle lance le chien qui va reconnaître si celui qui se présente est ami ou ennemi. Par son odorat il reconnaît à distance à qui il a affaire ; il revient, et par les différentes attitudes et les sons de sa voix, la sentinelle sait s’il y a du danger ou non.
- « Par les mêmes modulations de sa voix, le chien
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- LA NATURE.
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- placé la nuit a côté de la sentinelle lui annonce également si l’ennemi s’avance, s’il se cache....; la sentinelle, alors, bat en retraite avec son chien et vient avertir le poste avancé ou bien elle reste à son poste en se cachant, écrit un mot de ralliement à la hâte, l’enferme dans le portefeuille et le chien va prévenir le poste qui sait ce qu’il a à faire.
- « Il se peut que l’ennemi soit en nombre, alors le chef de poste détache un autre chien avec tous renseignements au gros du détachement; si l’ennemi est peu nombreux, le poste peut à lui seul repousser l’attaque. De toutes façons le chien a prévenu, on se tient sur ses gardes.
- « Ces chiens servent également, après une marche longue ou après une bataille, à rechercher les blessés ou les égarés. Chacun sait qu’il arrive fréquemment que, dans une marche, quelques soldats éclopés, éreintés, ne peuvent plus suivre, et s’arrêtent oh ils peuvent, exténués, ne pouvant aller plus loin. Dans un combat, un blessé a pu tomber dans un endroit écarté, loin de tout secours ; les chiens partent alors dans toutes les directions et vont s’assurer du lieu oh ces hommes se sont arrêtés, ils reviennent en toute hâte au détachement et par les moyens qu’on leur a appris avertissent et conduisent les sauveteurs.
- « Nous ne pouvons dire par quels moyens nous avons pu nous procurer tous ces détails, le rôle d’espion, si patriotique qu’il soit parfois, seyant peu aux artistes; le hasard nous a servi mieux que toutes les investigations auxquelles nous aurions pu trop difficilement nous livrer en pays étranger. Mais nous sommes heureux de ce hasard qui nous permet de donner des renseignements utiles à notre pays. Nous avons un Ministre de la guerre plein d’ardeur et ' d’initiative; si ces lignes lui tombent sous les yeux, il est probable qu’elles viendront confirmer ce qu’il sait déjà et qu’il prendra des mesures analogues. Nous avons en France une race de chiens non moins intelligents que ceux de la race du chien-loulou, nous voulons parler du caniche, qui remplirait le même rôle avec intelligence. Le caniche ou chien-mouton est le vrai chien du soldat. On pourrait même faire la contre-partie à l’aide du dogue ou du mâtin, la grosse cavalerie des chiens qu’on dresserait à poursuivre, à contre-carrer et à étrangler les chiens éclaireurs étrangers.... Où diable l’art de la guerre va-t-il se nicher? »
- L’armée française, suivant le vœu de M. Ivauff-mann, est à la veille d’être, comme l’armée allemande, dotée d’un corps de chiens messagers.
- « Il est incontestable que les chiens sont appelés à rendre de très grands services, une fois qu’ils seront bien dressés. Nous espérons bien que le projet du Ministre de la guerre ne tardera pas à s’exécuter; il aura, en outre, l’avantage de ne pas trop grever le budget de son département. « La question « de l’uniforme et de l’équipement, dit M. .loseph « Montet dans une spirituelle chronique sur ce sujet, « se trouve tranchée d’avance dans les conditions de
- ti la plus stricte économie. La forme de la culotte,
- « celle des boutons de guêtre et celle du Schako ne « sauraient donner lieu à des tergiversations dispen-« dieuses, par la bonne raison qu’il n’y en aura « pas. Le capitaine d’habillement des chiens, c’est « la nature. L’armement de ces soldats à quatre « pattes ne sera jamais non plus l’occasion de folles « dépenses, et la commission du budget n’a pas à « craindre qu’un Ministre de la guerre vienne un « jour lui demander un crédit spécial pour un essai « de canines nouveau modèle. Quant à la solde, ce « n’est pas encore elle qui ruinera le Trésor, et « même en temps de campagne, la haute paye d’un « chien de première classe ne saurait excéder une « double ration de tripes de veau. Autre économie (< notable : les chiens, par la nature même des ser-« vices qu’ils sont appelés à rendre, devront opérer « sans tambour ni trompette. C’est la suppression « de l’école du tambour et de celle du clairon. Seuls,
- « certains chiens privilégiés seront autorisés à porter « la queue en trompette, mais il leur sera défendu « d’en jouer. »
- Nous terminerons en disant que si nous avons un régiment de chiens, nous pourrons l’avoir sans être accusés d’avoir rien emprunté à l’Allemagne L’emploi des chiens militaires remonte à l’antiquité. D’après Pline l’Ancien, le roi des Garamantes reconquit son trône grâce à une armée de deux cents chiens, et la citadelle de Corinthe avait une garnison de molosses. Plutarque, d’autre part, raconte les hauts faits d’un chien qui reçut du Sénat le titre honorifique de Défenseur et sauveur de la patrie *.
- LES PROCÉDÉS PELLICULMRES 1
- K N I' H O T O fi H A. P H IE
- (Suite et fin. — Voy. p. 230.)
- Les plaques souples, dont nous avons parlé dans notre précédent article, ont fait leurs preuves, et pour notre part, elles nous ont donné d’excellents résultats. Elles sont préparées industriellement par la maison Lumière, de Lyon; c’est dire que la qualité de l’émulsion vient compléter heureusement le procédé, en donnant un produit permettant d’aborder tous les genres de travaux, et principalement l’instantanéité. Cette remarque est importante, car jusqu’à ce jour, les préparations sur papier ont toujours été d’une rapidité inférieure à celle des glaces. Est-ce à la présence du papier ou à la qualité de l’émulsion étendue par le fabricant, qu’il faut attribuer ce manque de rapidité? Nous ne saurions trancher la question; qu’il nous suffise de constater purement et simplement ce fait, qu’à notre connaissance, sauf les plaques souples, aucun produit ne peut lutter avec les préparations sur verre.
- Ceci dit, passons à la description et à l’emploi de ces plaques. Elles sont livrées dans des enveloppes hermétiquement fermées, elles n’ont qu’une épaisseur très faible.
- 1 Nous avons emprunté les documents de cette notice à un excellent travail publié dans l'Éleveur, par M. Paul de Bart.
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- Huant au poids, U est de beaucoup inférieur à celui des glaces. C’est ainsi qu’une douzaine de glaces pèse en moyenne 1350 grammes; le même nombre de plaques souples ne pèse que 310 grammes.
- Cette qualité de légèreté les fera certainement apprécier des touristes et des voyageurs, qui verront leur bagage singulièrement allégé, et ne courront plus les risques de la casse toujours à craindre avec les glaces. La plaque souple n’est pas assez rigide pour se maintenir seule dans le châssis; pour la tendre, on peut employer divers procédés. Le plus simple consiste à avoir des plaques minces de zinc ou de ferrotype, dont on enduit le pourtour d’une composition collante dont voici la formule :
- Pâte de l’autocopiste, 150; sucre candi, 50; glycérine, 10.
- Cette composition parfaite pour les travaux d’atelier ou d’excursions, serait peut-être moins bonne pour les pays ou trop humides ou trop chauds; dans ce cas, il nous paraît préférable d’employer le striotor de Dessoudeix, qui donne une tension parfaite.
- Le temps de pose est analogue à celui des plaques les plus rapides.
- Pour le développement, quelques remarques sont indispensables.
- On prend une cuvette de la taille voulue, en verre moulé, on l’humecte légèrement avec un peu d’eau que l’on rejette ensuite et l’on y place la plaque souple qui adhère alors parfaitement au fond de la cuvette. On fait alors agir le bain révélateur.
- Nous préférons avec ces plaques (car nous sommes convaincus que chaque émulsion, suivant son mode de préparation, comporte un développement préférable) le carbonate de soude avec sulfite de soude et acide pyrogallique. Le développement s’opère avec la plus grande facilité, et l’on obtient des tons agréables ressemblant à ceux que donne l’oxalale ferreux.
- ' La cuvette de verre a le grand avantage de permettre de suivre la venue de l’image avec la plus grande facilité, sans mettre les doigts dans le bain et sans toucher la couche. Arrivé au point voulu, on passe dans une solution d’alun ordinaire à 6 pour 100, pendant quatre à cinq minutes, puis on fixe dans un bain d’hyposulfite de soude à 15 pour cent. Après fixage on lave avec soin dans plusieurs eaux.
- Jusqu’à présent, les manipulations sont exactement les mêmes que si l’on avait employé des glaces. Le séchage seul diffère.
- On éponge d’abord la plaque souple dans du buvard blanc, puis on la place pendant trois minutes dans un bain composé de 100 parties d’alcool ordinaire, et 50 de glycérine. Lorsque le bain est vieux, on prolonge le temps de séjour.
- Le bain donne une grande souplesse à la plaque et en active le séchage.
- Après la sortie du bain on place la plaque souple sur une glace, face en dessus, on met par-dessus une feuille de caoutchouc rentoilée ou une toile cirée, et, au moyen d’un rouleau de gélatine, on fait, par une douce pression, sortir tout l’excès du liquide. Pour terminer, on remplace par une feuille de buvard et on passe une dernière fois le rouleau.
- 11 ne reste plus qu’à mettre la plaque dans un gros cahier de buvard blanc relié, dans lequel la dessiccation devient complète.
- Les plaques ainsi terminées sont gardées à plat dans ce buvard ou dans des boîtes à resssort. En cet état, elles
- ne tiennent aucune place et ne peuvent nullement s’altérer.
- Tel est sommairement le procédé de M. Balagnv, appelé, croyons-nous, à un grand avenir. Nous engageons toutes les personnes qui ont l’occasion de voyager, à l’employer ; il leur évitera bien des déboires.
- En terminant, nous croyons utile de signaler un avantage des procédés pelliculaires en général, avantage qui permet d’obtenir des impressions inaltérables; nous voulons parler de leur faible épaisseur.
- Le procédé, connu sous le nom de phototypie ou d’encres grasses, est un procédé industriel qui permet la reproduction durable et en demi-teintes des clichés photographiques. Mais il est nécessaire, pour avoir de bons résultats, d’employer des clichés retournés, et d’obtenir au tirage un contact absolu du cliché avec la planche photographique.
- Les glaces ordinaires ne peuvent donc pas se prêter à ce mode de tirage, d’abord parce que l’épreuve serait retournée; de plus, elle manquerait de netteté à cause de l’épaisseur du verre.
- Avec les procédés pelliculaires l’opération est absolument simple; on place le cliché, face en dessus, et on exerce une pression énergique. La faible épaisseur de la pellicule permet une netteté absolue.
- Actuellement, la phototypie paraît entrer dans une phase nouvelle, et dès à présent nous pouvons annoncer qu’on peut arriver à tirer des épreuves à la main et sans machine. Ce procédé, mis ainsi à la portée de tous, engagera certainement bien des personnes à travailler les procédés pelliculaires. Albert Loxde.
- LES YUCCA
- L’introduction en Europe d’un des plus beaux genres de plantes de la famille des Liliacées, les Yucca, date de loin. Cependant il n’y a guère plus d’un demi-siècle que le goût s’en est développé et qu’ils sont entrés dans l’ornement des jardins anglais ou paysagers où ils produisent le meilleur effet.
- Les botanistes les plus anciens, tels que Bauhin et Morison, signalent déjà une ou deux de ces plantes dans leurs ouvrages publiés dans la seconde moitié du dix-septième siècle1.
- En Angleterre, la première espèce connue, Y. glo-riosa, serait même apparue à la fin du seizième siècle. Linné, dans son Species plantarum (1762), décrivit quatre espèces de ce genre qui bientôt après se trouvaient représentées dans quelques jardins botaniques de l’Europe et notamment celui du Muséum de Paris.
- A la suite des explorations fréquentes faites dans le sud de l’Amérique du Nord, de la Californie et du Mexique depuis une quarantaine d’années, le nombre de ces plantes augmenta dans de fortes proportions. Actuellement les monographies les plus récentes enregistrent une cinquantaine d’espèces ou de variétés de Yucca, toutes plus belles les unes que les autres.
- Dans leur patrie elles n’ont pas toujours les con-
- 1 Plus tard, Dillenius aurait fixé ce nom de Yucca en 1732. Ce nom serait d’origine caraïbe.
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- ditions de bien-être dont on les entoure dans nos cultures. Les climats excessifs, la sécheresse et la chaleur qu’elles ont à supporter, leur font perdre leurs feuilles plus promptement qu’en Europe. Dans les plaines immenses et désolées de certaines régions du sud-ouest de l’Amérique, où elles résistent presque seules aux vents violents qui les balayent, ces plantes prennent souvent des aspects misérables qui n’ont rien de la beauté sévère que nous leur connaissons et qui leur ont valu le nom de Palmiers du désert. On a même signalé des anomalies de formes de certains vieux Yucca courbés ou renversés par les bourrasques, et la figure ci-contre, empruntée au Scientific American, représente un de ces arbustes
- dont la tête trop lourde est venue toucher le sol pour ne plus se relever (fig. 1). La tige, relativement flexible, ne s’est pas rompue et a formé une sorte d’arc au-dessous duquel, paraît-il, cinq hommes à cheval pouvaient passer de front. Un rameau, qui probablement existait quand le Yucca a subi cette inclinaison, s’est développé d’autant qu’il s’est trouvé dans la verticale, au sommet de l’arc même et pouvant profiter d’une somme énorme de nourriture. Il n’y aurait rien d’extraordinaire à ce que le sommet qui touche le sol fût peu à peu recouvert de sable et que des racines se développassent à la faveur de ce sol improvisé. On peut avec plus de certitude, d’ailleurs, produire ces exemples de tiges
- Fis'. 1. — Yucca ilu désert de Moliane (Californie). D’après une photographie.
- enracinées par les deux bouts avec des Saules, des Peupliers, etc.
- Toutes les espèces de Yucca, sans exception, sont ornementales. Un tiers sont des plantes basses dont la souche s'élève à peine au-dessus du sol et les deux autres tiers prennent un tronc qui peut s’élever, avec le temps, à plusieurs mètres et se ramifier. La forme un peu massive de quelques-unes, Y. gloriosa et ses nombreuses variétés, Y. Treculeana, Y, gi-qantea, etc., n’engage à les employer dans la décoration que là où l'horizon est un peu vaste, pour produire un effet gracieux.
- La distance atténue un peu leurs proportions, aussi leur place est-elle soit isolément, ou en massifs homogènes au milieu ou sur les bords de pelouses
- de quelque étendue, ou bien encore en massifs liclé-rogènes, c’est-à-dire, les pieds étant espacés, en garnissant les intervalles avec des plantes légères et de même taille; quand les plantes accessoires sont bien choisies, l’effet est réussi.
- On sait, par expérience, qu’un bon nombre de Yucca sont rustiques et supportent vaillamment nos hivers, au moins en France; cependant des hivers exceptionnels comme ceux de 1855-1854, 1870-1871 ont été aussi perfides pour eux que pour beaucoup d’autres végétaux dont on ignorait la limite de résistance au froid; aussi a-t-on vu de forts pieds geler jusqu’aux racines inclusivement.
- La multiplication des Yucca se lait habituellement par éclats ou division de la souche ou bien
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- Massif de Yucca /iUferti de :! mèlrc' de haut. — Vue prise dans le jardin de la villa Tliuret. à Antibes. . I)’aprè< une photographie.)
- (à1' Yucca mit Henri depuis et ont ntleint 4“,51)0.
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- par boutures de tronçons de tiges ou de racines. Les semis se pratiquent moins souvent pour deux raisons : les boutures donnent des individus plus forts en moins de temps et les graines ne sont produites qu’exceptionnellement dans les cultures, sauf par le Y. aloefolia qui fructifie assez régulièrement. Cependant dans le midi de la France, où les conditions atmosphériques sont plus en rapport avec le tempérament de ces plantes, leur fructification est plus assurée et leur végétation ne laisse rien à désirer.
- Un horticulteur habile de Marseille, M. Deleuil, s’est ingénié à faire des hybridations entre les Yucca qu’il cultive et qui ont donné les résultats les plus satisfaisants. On sait même que, dans beaucoup de cas, entre espèces d’un même genre, les croisements déterminent une fécondation plus certaine qu’entre organes reproducteurs d’une même fleur. Ce procédé est un moyen de constater les affinités des espèces entre elles. Ainsi tandis que les unes ne donnèrent qu’à peine un cent de graines, d’autres en produisirent 1500 à 2000 et dans des conditions à peu près équivalentes. C’est ainsi qu’un bon nombre de variétés ou hybrides ont été obtenues depuis quelques années. Les semis faits par M. Deleuil furent tout aussi instructifs que les fécondations croisées. Il remarqua qu’en semant ses graines de Yucca en plein air, et sans abri contre le soleil, elles germèrent bien mieux que d’autres avec les plus grands soins.
- Les Yucca se distinguent spécifiquement très bien d’après la forme de leurs fruits, à ce que nous apprend Engelmann qui les a étudiés sur place, mais les horticulteurs les reconnaissent aussi par le port et les feuilles; celles-ci sont tantôt rigides, fermes et variant de teinte, de largeur et de longueur; d’autrefois ces feuilles sont à demi pendantes et par cela même moins redoutables que les premières, chacune de ces feuilles étant terminée par une épine dont il faut se garer et en éloigner les enfants. Les noms de « Arbre aux baïonnettes, Adam’sNeedle », qu’on donne aux Yucca dans diverses localités, indiquent bien que ces espèces à feuilles raides sont armées; aussi tire-t-on parti de cet inconvénient en employant ces plantes à faire des clôtures contre l’approche des animaux et des maraudeurs. Qu’en Amérique on fasse des haies de Yucca, où le terrain ne se marchande pas, c’est fort bien, mais tous les propriétaires ne consentiraient peut-être pas à consacrer 2 mètres de terrain, en largeur, pour enclore leur domaine, car les Yucca dont nous parlons exigent de la place.
- Les feuilles de Yucca sont couvertes d’un nombre incalculable de stomates, 80 à 100 par millimètre carré. On peut voir facilement ces petits organes, même à l’aide d’une forte loupe. Quelques espèces ont des feuilles rugueuses, couvertes d’aspérités; ces aspérités sont dues aux stomates dont les cellules de bordure, fortement cutinisées, font saillie au dehors. La protection dont ces petits organes sont l’objet fait penser que la plante qui les porte doit vivre dans un climat sec, au moins pendant une longue période
- de l’année, et le nom de Palmier du désert donné au Y. Draconis, est en concordance avec son habitat.
- On a conservé le souvenir de Yucca célèbres par leur taille gigantesque; ils ont même été figurés dans certaines publications; celui de Newclose, dans l’île de Wight et celui du Jardin botanique de l’hôpital maritime de Brest, par exemple1. Ce dernier, offert par le comte Rossi en 1850, était déjà encombrant lorsqu’il arriva au Jardin botanique. Mis en pleine terre, il a continué à se développer sans interruption, et ses dimensions, il y a dix ans, étaient les suivantes : une hauteur totale de 4 mètres indépendamment des hampes florales; son tronc mesurait 1“,10 de circonférence, il se divisait supérieurement en dix branches énormes qui, lors de la floraison, se couronnaient de 50 à 55 inflorescences de belles fleurs blanches qu’on connaît au F. gloriom. On estime que cet arbre aurait aujourd’hui soixante-cinq ans environ.
- Un des points les plus intéressants de l’histoire des Yucca est l’étude de leur fécondation faite avec soin par le Dr Engelmann en Amérique2. Il a été amené à considérer les stigmates de l’ovaire de ces plantes comme inutiles dans cette importante fonction. Les anthères ne s’ouvrent que tardivement, alors que la fleur est flétrie et laissent échapper un pollen « visqueux » qui ne peut arriver facilement à l’ovaire. D’autre part, il n’a jamais vu le pollen germer en contact avec les papilles stigmatiques. Le matin, les fleurs observées par Engelmann étaient remplies d’insectes, mais l’un d’eux était dominant. Cet insecte, étudié par un ami du savant botaniste, Ch. Riley, a été reconnu pour un Tinéide nouveau qu’il a publié sous le nom de Pronuba Yuccasella. Le rôle de ce lépidoptère, qui vient s’accoupler dans les fleurs des Yucca, serait de favoriser l’arrivée du pollen « dans le tube de l’ovaire ». (That tube pro-ved to be the real stigma, exuding stigmatic liquor, and insects must be the agents which introduced the pollen into the tube.) Tout en laissant au Dr Engelmann la responsabilité de ses observations, on doit reconnaître qu’elles s’accordent avec d’autres faites en France depuis la publication de son travail, et établissant que la fécondation dans les fleurs peut se faire sans l’intervention du stigmate.
- On utilise les feuilles de Yucca depuis quelques années, mais un usage fort peu connu est celui de la souche ou base du tronc qui, étant grossièrement broyée, sert quotidiennement comme succédané du savon dans les ménages de certaines contrées du Mexique. Il en est de même dans la Caroline du Sud où, sous le nom d'Amole, cette matière est un produit important utilisé de la même façon.
- Les besoins d’étendre l’industrie, là même où la pensée n’en était jamais venue, ont amené les spéculateurs à exploiter les feuilles de Yucca des plaines de Californie pour extraire la matière fibreuse qu’elles renferment. On savait que l’on pouvait tirer, de
- 1 Vov. Revue horticole (1887, p. 287).
- 2 In Transact. Acad. Saint-Louis (1873).
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- même que des Agaves, des fibres des feuilles de ces Liliacées, mais dont la souplesse et la ténacité n’étaient pas identiques. Cependant, comme pâte à papier, ce devait être un excellent produit, et nous apprenons que des exploitations pour cette fabrication se sont montées récemment. Les compagnies anglaises qui ont ces entreprises en expédient les produits en Angleterre et le papier de Yucca est déjà répandu au delà du détroit sans que nous en ayons conscience. Un colon algérien avait courageusement entrepris, il y a une trentaine d’années, la culture des Yucca pour en extraire les fibres; mais, hélas! ses efforts furent suivis d’un succès éphémère. En dépit des rapports les plus favorables il n’eut pas d’imitateur. J. Poisson.
- LES TRAVAUX DE PANAMA
- UNE ARMÉE MÉCANIQUE
- M. Gr. de Molinari, correspondant de l’Institut, qui parcourt en ce moment le Centre-Amérique, disait dernièrement dans une des lettres remarquables qu’il consacre aux travaux de Panama, que les machines accumulées dans l’isthme faisaient au moins le travail d’une armée de 500000 hommes. Nous sommes loin aujourd’hui, grâce au progrès de Part de l’ingénieur, du bon temps où le Pharaon Chéops était obligé d’employer 50000 hommes pendant trente ans pour élever la grande pyramide d’Égypte.
- 11 est facile de justifier par quelques chiffres l’évaluation de M. de Molinari. En travail courant, on peut dire qu’il faut dix hommes pour accomplir la besogne d’un cheval-vapeur. Or, nous pouvons spécifier comme il suit le matériel en ce moment dans l’isthme ou en cours de construction ou d’ex-
- pédition :
- ^ 'JHOÏ.-Vüpci
- 200 locomotives européennes. . 19200
- 60 locomotives américaines. . 4 800
- 8 locomotives de 3 tonnes I /2. 80
- 105 excavateurs européens. . . 5 000
- 11 excavateurs américains . . 275
- 4 dragues de 60 chevaux . . 240
- 22 dragues de 180 chevaux. . 3960
- 3 dragues marines............... 1 800
- 7 dragues américaines. ... 2100
- 10 stopper-barges.......... 3000
- 4 débarquements flottants. . 240
- 22 transporteurs............ 700
- 97 locomobiles.............. 970
- 54 machines demi-fixes. . . . 2 720
- 500 grues à vapeur............... 10 000
- 28 grands remorqueurs. . . . 2140
- 1 ponton bigue.............. 25
- 144 pompes à vapeur.......... 150
- Total............ 57 400
- 57400 chevaux-vapeur! soit 574000 hommes de fer et d'acier. Sans compter les hommes en chair et en os! Quel effort et quelle manifestation écrasante de la puissance humaine! Henri de Parville.
- DISTRIBUTION DE FORCE MOTRICE
- PAR L’EAU SOUS PRESSION
- Le problème de la distribution de la force motrice dans les grandes villes industrielles et commerciales présente une réelle importance, et qui justifie le nombre déjà considérable de solutions proposées expérimentées ou appliquées : gaz, vapeur, air comprimé ou raréfié, électricité, eau sous pression, etc.
- Aucune de ces solutions ne présente tous les avantages que l’on est en droit de demander à une distribution : on doit préférer, en général, celles qui réunissent le plus grand nombre de ces avantages et peuvent répondre avec le moins de complications au plus grand nombre de besoins. A ce point de vue, le gaz qui donne à la fois chaleur, lumière et force motrice est un mode de distribution très apprécié : il en est de même pour l’énergie électrique qui fournit facilement la lumière et la force motrice.
- Mais, dans certaines circonstances où la force motrice est le but principal, exclusif même, de la distribution, le gaz constitue un déplorable système de distribution, puisqu’il ne produit cette force motrice que par l’intermédiaire d’un moteur compliqué, difficile à mettre en marche et à arrêter, peu élastique dans sa vitesse et dans sa puissance. La distribution 1 de la force motrice par le courant électrique est loin d’avoir dit son dernier mot, et si, comme nous en avons la conviction, un brillant avenir lui est réservé, sa nouveauté même a soulevé quelques appréhensions pour son emploi immédiat.
- Ainsi s’expliquent les distributions d’air raréfié ou d’air comprimé établies pendant ces dernières années à Paris et à Birmingham, solutions transitoires que ne justifie plus l’état actuel de la science électrique, comme nous avons eu l’occasion de le démontrer déjà à propos de l’éclairage électrique par l’air comprimé2.
- Pour les distributions d’eau sous pression installées à Hull et à Londres pendant ces dernières années, la question se pose d’une façon un peu différente. On peut, en effet, d’après les services qu’elles doivent rendre là où elles sont appliquées, considérer ces distributions comme de simples extensions des docks hydrauliques établis depuis longtemps déjà à Marseille, Anvers, etc.
- En effet, les 500 machines actuellement desservies par YHydraulic C°, de Londres, dont nous allons décrire sommairement l’installation, se composent principalement de grues, monte-charges, ascenseurs, presses hydrauliques, cabestans, tous organes auxquels la force motrice hydraulique est particulièrement appropriée.
- 1 Nous insistons sur ce point : Distribution et non transport à distance. Les deux problèmes, semblables en apparence, diffèrent, à notre avis, du tout au tout comme avenir pratique.
- 2 Yov. tables des matières des précédents volumes.
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- LA NATURK.
- L’usine de VUydraulic Power C°, de Londres, est établie entre Blackfriars et London Bridge, elle alimente, à l’aide de quatre conduites principales de 6 pouces (15 centimètres) de diamètre et d’un développement de -40 kilomètres, plus de 500 appareils hydrauliques divers, composés en grande partie d’appareils de levage.
- La pression dans la canalisation est de 700 livres par pouce carré (50 kilogrammes par centimètre carré ou 50 atmosphères environ). Les conduites forment des circuits complets et, en cas de réparation d’une partie de la canalisation, il suffit d'isoler cette partie par des vannes convenablement distribuées, sans interrompre le service des consommateurs en deçà ou au delà du point défectueux-.
- L’usine de production se compose de trois grandes chaudières type Lancashire alimentant quatre machines type compound vertical à action directe et à condensation. Les trois pistons des trois cylindres de chaque machine attaquent directement les pistons plongeurs des pompes à simple effet.
- A pleine vitesse, les quatre machines peuvent produire une puissance de 200 chevaux avec un rendement de 8-4 pour 100, en eau pompée, de la puissance indiquée.
- Cette eau est refoulée- dans deux accumulateurs de 50 centimètres de diamètre et de 7 mètres de course. La capacité de chaque accumulateur étant de 1400 litres et chaque litre d’eau représentant une énergie emmagasinée égale à 500 kilogram-
- mètres, les deux accumulateurs remplis consliftient une réserve de 1 400 000 kilogrammètres, soit 5 chevaux-heure. Cette réserve est suffisante pour satisfaire à toutes les dépenses, si grandes qu’elles puissent être à un moment donné, car le niveau des pistons des accumulateurs règle automatiquement la marche des machines et des pompes et tend à maintenir les accumulateurs toujours remplis. À cet effet, sur les quatre pompes de l’installation, trois sont toujours en service, et l’une en réserve. Les accumulateurs, en s’élevant, ferment successivement l’admission de vapeur des trois pompes triples : à mesure que l’eau se consomme, le piston de l’accumulateur descend et remet en train une pompe, puis une seconde et même la troisième s’il est nécessaire, ce qui arrive d’ailleurs très rarement.
- L’alimentation des chaudières est automatique : elle est commandée par un petit moteur hydraulique système Brotherhood dont la vitesse est réglée par la position de l'accumulateur et se trouve, par suite, à chaque instant en rapport avec la consommation des machines.
- La force motrice est comptée aux abonnés par le volume débité, à l’aide d’un compteur de tours ou d’un compteur de manœuvres, suivant les dispositions de l’appareil récepteur. Suivant l’importance de la consommation trimestrielle qui peut varier depuis moins de 5000 gallons (15 500 litres) jusqu’à 100 000 gallons et plus, le consommateur paye 6 livres (150 francs) par an et par machine, au- dessous de 5000 gallons par trimestre. Au-dessus de 5000 gallons, il paye de 8 à 5 shillings par 1000 gallons.
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- LA NATURE.
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- Ces prix correspondent à des chiffres variant entre 1 franc et 50 centimes par cheval-heure utile, ce qui est un prix très économique, si l’on considère que c’est là la seule dépense inhérente à l’emploi du système ne consommant que lorsqu’il fonctionne. Cet emploi serait au contraire assez coûteux pour un service continu, tel que celui demandé par un atelier,uncusine, une installation d’éclairage électrique, etc., aussi les installations faites par YHy-drciulic Power C°, de Londres, ont-elles toutes pour caractéristique la production d’un travail intermittent, tel que celui effectué par les appareils de levage ; grues, treuils, ascenseurs, etc.
- Nous avons reproduit ici quelques-unes des plus intéressantes applications réalisées par l’emploi de l’eau sous pression. La figure 1 montre une machine à percer actionnée par un moteur Brotherhood à trois cylindres utilisée lors de la construction d’un pont.
- Les figures 2 et 5 se rapportent à l’une des applications les plus curieuses du système, à l’aide d’un appareil désigné par MM. Greathead et Martindale, sous le nom d’hydrant. L’hy-drant rappelle, par son rôle et ses dispositions, l’injecteur Giffard. Il a pour but d’utiliser la pression de la canalisation pour produire, sans aucun mécanisme mobile, l’élévation d’un volume d’eau considérable emprunté à une seconde canalisation parallèle dont la pression
- est insuffisante pour atteindre, par exemple, les étages supérieurs d’une maison. La figure 5 montre
- le système appliqué aux incendies : À est la canalisation sous pression, B la canalisation ordinaire. Par un mécanisme analogue à celui représenté figure 2 et montrant un hydrant double, l’eau sous pression arrivant à la partie inférieure d’une série d’ajutages coniques, y acquiert une très grande vitesse, produit l’aspiration de l’eau dans le tube inférieur en soulevant une soupape de retenue et la projette avec force dans le tube vertical légèrement conique, en lui communiquant une par-' tie de sa vitesse. En proportionnant convenablement les différentes parties de Yhydrant, on élève l’eau prise dans la canalisation à des hauteurs très variables, en consentant naturellement à un sacrifice sur le volume d’eau élevé en proportion de la hauteur à laquelle on veut l’élever.
- Ce qui rend 1’hydrant extrêmement précieux, c’est qu’il est toujours prêt à fonctionner, en vissant simplement un tuyau sur la prise d’eau ; il constitue un appareil absolument sur, ne renfermant aucune pièce mobile dont dépend son fonctionnement, la soupape de retenue ne pouvant apporter, dans aucun cas, un obstacle à ce fonctionnement. La figure 4 montre enfin les dispositions adoptées pour un ascenseur. Eu égard à la grande pression dans la distribution, il serait impos-
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- sible d’utiliser cette eau directement sur le piston-tige commandant la plate-forme, car le diamètre de cette tige serait beaucoup trop faible. On interpose alors, entre la canalisation à haute pression et le cylindre dans lequel se meut le piston-tige, un appareil intermédiaire représenté sur la droite de la figure 4, et qui joue le rôle de réducteur de pression, dans le but d’augmenter le volume d’eau de chaque cylindre, en réduisant proportionnellement sa pression. On peut ainsi employer une tige plu grosse et employer un volume d’eau sous pression moindre pour chaque course.
- On voit, par ces différents exemples, que la distribution de force motrice par l’eau sous pression, judicieusement appliquée comme elle l’est à Hull et à Londres, peut rendre d’utiles et précieux services, et qu’elle convient tout spécialemeut aux applications qui, par leur nature, fonctionnent d’une manière discontinue, en effectuant des manœuvres qui demandent de grandes puissances pendant de courtes durées. E. 11.
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- CHRONIQUE
- Banquet offert à 91. de Lacaze-Dufhiers. —
- Dimanche 15 mars, a eu lieu, à l'Hôtel Continental, un banquet en l’honneur de M. de Lacaze-Duthiers. Les anciens élèves avaient organisé entre eux une souscription pour faire graver son portrait et le lui offrir en témoignage d’admiration pour ses travaux et pour ses fondations scientifiques : les Archives de zoologie expérimentale, la station maritime de Roscoff, dans la Manche, et celle de Banyuls, dans la Méditerranée. Ce portrait, très ressemblant et magnifiquement gravé par Bellay, lui a été remis, au dessert, par le président du Banquet, M. Albert Gau-dry, qui a dépeint dans son discours les laboratoires de Roscoff et de Banyuls qu’il avait visités, et mis en relief l’hospitalité entièrement gratuite avec laquelle sont reçus tous les travailleurs français et étrangers. M. de Lacaze-Duthiers, dans sa réponse, a rappelé les difficultés qu’il a dû surmonter pour arriver au but. Le laboratoire de Banyuls à lui seul a coûté plus de 150 UÜO francs, dont 18000 seulement ont été demandés à l’État, le reste provenant de dons particuliers. M. de Lacaze-Duthiers ne désespère pas d’obtenir de la même façon ce qui lui manque encore pour l’achèvement complet, et remercie tous ceux qui l’ont déjà aidé: MM. du Mesnil, Liard, Buisson, Tisserand, d’Eichtal, de Rothschild, Bischoffsheim, et tant d’autres dont plusieurs veulent garder l’anonyme. MM. Po-tain, Prillieux, Delage, Frédéricq, ont pris ensuite la parole : le premier, au nom de la médecine, première carrière de M. de Lacaze, dans laquelle il s’était déjà distingué ; le second, au nom de l’Institut agronomique où il a été professeur; le troisième, au nom des élèves qui lui doivent tant de facilités d’étude inconnues autrefois; le dernier, au nom des étrangers reçus dans les laboratoires sur le même pied que les Français. Enfin M. Gaudry a lu une charmante pièce de vers d’un ancien élève qui a voulu garder l’anonyme. Parmi les assistants très norrr-breux, citons en outre : MM. Hébert, doyen de la Faculté des sciences, Faye, du Mesnil, Hautefeuille, Pouchet, Vournier, Fischer, Riche, Ch. Richet, Henneguy, Yélain, Munier-Chalmas, etc., etc. Tous avaient voulu prendre
- part à cette fête scientifique et vraiment cet hommage était bien dû pour tant d’etforts désintéressés, à celui qui est l’un des maîtres de la zoologie française.
- Un coup de foudre en mer. — Le journal le Yacht publie un intéressant extrait de bord du yacht Gilda, de 90 tonneaux, appartenant à M. Mosselmann. Après être sorti de Malaga, Je Gilda a été surpris par un coup de vent dans la Méditerranée. « A 7 heures et demie, dit un des passagers, le vent d’abord 0. S. 0. saute brusquement à E. N. E. Bientôt le yacht est chargé par le grain. C’est un véritable changement à vue. La pluie et la grêle tombent à torrents et nous aveuglent. La mer se lève en un clin d’œil et le tonnerre gronde autour de nous. Après avoir ramassé nos voiles sans avaries, nous prenons l’allure du mauvais temps. La traversée du golfe de Gascogne nous avait précédemment endurcis; nous jugeons que ce qu’il y a de mieux à faire est de descendre, et de nous livrer à une partie d’écarté, souvent interrompue par les efforts d’équilibristes qu’il nous faut faire... A la troisième partie, un éclair éblouissant nous aveugle jusque dans le salon, et nous entendons un bruit semblable à celui que produirait la chute d’une centaine d’assiettes. En même temps, le cri : « La foudre est tombée à bord ! » nous arrive du pont. Nous remontons précipitamment, et sommes suffoqués par une affreuse odeur de soufre. Grâces à Dieu, nous constatons qu’il n’y a aucune avarie. Les hommes de quart nous racontent qu’ils ont vu un globe lumineux courir sur la drisse de foc (en chaîne) et descendre jusque sur le guindeau. A ce moment, le yacht enfourne dans une lame jusqu’au pied du màt, et le globe se perd dans la mer. Sans doute, ce coup de tangage providentiel a sauvé le yacht, et surtout l’homme de veille au bossoir, qui se tenait cramponné aux grands haubans, et qui en a été quitte pour une violente commotion. A part le contre-coup de cette commotion, que tous nous avons plus ou moins sentie, nous n’avions entendu aucun coup de tonnerre, ce qui du reste s’observe toujours en pareil cas. Quelques minutes après, le vent et la pluie font rage de plus belle. »
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 14 mars 1887. — Présidence de M. Janssen.
- Rubis artificiels. — L’événement de la séance, c’est la lecture par M. Fremy d’un mémoire sur la reproduction artificielle du rubis. On sait que ce sujet a déjà été traité avec des succès divers par Ebelmen, Gaudin, Caron et M. Debray; on se rappelle aussi qu’en 1877, M. Fremy était déjà parvenu lui-même à des résultats très remarquables en collaboration avec M. Feil dont on déplore la mort prématurée et toute récente. Deux méthodes avaient alors été mises en œuvre : 1° la fusion au rouge blanc d’un mélange d'alumine et de minium avec traces de bichromate de potasse ; et 2° le traitement à la même température de l’alumine additionnée de fluorure de baryum et d’une très petite quantité d’acide chromique. Dans les deux on obtint des cristaux remarquables par la netieté de leurs formes, mais lamelleux et trop minces pour pouvoir être taillés. Aussi M. Fremy, préoccupé de perfectionner ses premiers résultats, a-t-il repris le cours de ses expériences, avec le concours, cette fois, de M. Ver-neuil, préparateur au Muséum. C’est avec le fluorure de calcium que l’alumine fut mélangée pour subir l’action
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- de la chaleur; le creuset étant en platine ou en.alumine, on a toujours réalisé la cristallisai ion cherchée et l’auteur ne cache pas son étonnement de voir de grandes masses d’alumine amenées à l’état cristallin par un poids insignifiant de fluorure. Baissant progressivement la dose de ce dernier, il réussit avec 1 partie de fluorine mélangée à 12 parties d’alumine. 11 est même parvenu à faire cristalliser cet oxyde en le chauffant dans un creuset contenant le fluorure de l’autre côté d’une lame de platine percée de petits trous. Rien ne peut justifier davantage les opinions déjà émises, par exemple, par II. Sainte-Claire Deville et par M. Debray, sur le rôle minéralisa-teur du fluor, et la géologie théorique a autant à recueillir que la minéralogie pratique des nouvelles expériences de M. Fremy,
- Le tremblement de terre. — Encore aujourd’hui les communications sont nombreuses sur la catastrophe du 25 février. C’est ainsi que M. Fouqué transmet des observations venues de Lisbonne constatant à 5 h. 51 m. (heure de Paris) une très légère perturbation des appareils magnétiques. Le même académicien a reçu de Wilhemshaven, en Allemagne, des documents analogues pour 5 h. 52 m. Il ajoute qu’il s’agit bien de phénomènes magnétiques et non pas d’impulsions purement dynamiques, car, pour ces derniers, les appareils dont il s’agit sont remarquablement paresseux : c’est ce qui résulte d’observations faites antérieurement à Montsouris où les trépidations causées par le chemin de fer de Ceinture et par le chemin de fer de Sceaux ne donnent lieu, malgré leur violence, à aucune perturbation de ce genre. La conséquence, d’ailleurs, n’est pas que les tremblements de terre sont le résultat de courants électriques, mais que de semblables courants figurent parmi leurs très nombreux effets. D’un autre côté, M. Soret annonce qu’on a eu à Genève l’heure très précise du phénomène, par l’arrêt subit de chronomètres très exacts : il était 5h 42m 57’ (heure de Paris). M. Bouquet de la Grye a reçu la courbe du marégraphe de Marseille pour le moment des secousses : elle n’indique aucune perturbation dans la masse liquide et M. Bouquet de la Grye se félicite de cette stabilité du zéro de toutes les mesures du nivellement général. Notre distingué confrère, M. de Parville, est d’avis qu’un lien réunit les perturbations sismiques aux phases de la lune : c’est aux lunistices et aux équi-lunes que cette relation apparaît le plus nettement. Une nouvelle note de M. Denza est relative à l’heure exacte du phénomène en Italie. Pour ma part, j’ai consacré la semaine qui vient de s’écouler à une exploration de la zone ébranlée, depuis Cannes jusqu’à Gênes. Durant ce voyage j’ai été bien frappé de traverser une série de maxima et de minima de trépidations, révélés par 'l’intensité des ruines et par le nombre des victimes. En traçant ces résultats sur une carte, j’ai vu se dégager les traits d’une symétrie des plus remarquables, analogue, d’ailleurs, à la symétrie géologique du sol. Pour bien apprécier les faits dont il s’agit et que M. Vulpian, avec sa bienveillance ordinaire, expose avec détails à l’Académie, une figure serait fort utile : nous y reviendrons prochainement avec ce nécessaire complément.
- Nouvelle race d'ours des cavernes. — En poursuivant ses recherches paléontologiques dans les oubliettes de Gargas (Haute-Garonne), M. Félix Régnault a découvert un squelette d’ours des cavernes bien différent des types connus jusqu’à ce jour. Au lieu d’être plus grand que ses plus grands congénères actuels, l’animal dont il s’agit est
- plus petit que l’ours brun de Pologne. M. Gaudry l’a fait monter et on peut le voir maintenant dans la galerie de paléontologie du Muséum.
- Sur les sels de didyme. — M. Henri Becquerel, qui déjà a signalé les bandes d’absorption des cristaux à base de didyme, reconnaît aujourd’hui qu’un certain nombre de ces bandes se déplacent si on étudie des dissolutions de ces cristaux. La conclusion paraît devoir être qu’il y a mélange de diverses substances correspondant chacune aux divers systèmes de bandes qui restent stationnaires ou qui se meuvent ensemble.
- Activité rotatoire de l'acide tartrique. — Il résulte des expériences de M. Gernez, que le molybdate de soude augmente le pouvoir rotatoire de l’acide tartrique, dans une proportion qui peut aller jusqu’à trente-cinq fois. C’est le pendant plus accentué de l’influence analogue que Biot avait déjà découverte de l’acide borique sur le même acide tartrique.
- Varia. — Le quatrième volume des Archives du Muséum de Lyon est présenté par M. Milne Edwards. — M. Laborde adresse de nouvelles considérations sur les expériences d’injection de sang dans la tête des décapités. — Un mémoire transmis par M. Berthelot concerne le dosage de l’acide urique par le permanganate de potasse.
- Stanislas Meunier.
- LES EXPÉRIENCES DE M. CH. WEYHER
- ET LA PHYSIQUE SANS APPAREILS
- En publiant précédemment le résultat des belles recherches de M. Ch. Weyher, sur les tourbillons aériens et les sphères tournantes, nous avons dit que nous faisions connaître seulement quelques-unes des expériences réalisées par le savant opérateur. Parmi celles que nous avons passées sous silence, il en est une qui est de nature k intéresser spécialement les amis de la Physique sans appareils, parce qu’il est facile de la reproduire soi-même, sans aucun matériel spécial. Elle consiste dans l’attraction produite par un jet d’air, de vapeur ou d’un fluide quelconque ; notre figure 1 en donne la reproduction.
- On voit, k gauche de notre gravure, la tuyère d’un chalumeau d’où s’échappe un jet d’air ou de vapeur. Ce jet retient captifs une petite balle de liège et un ballon de caoutchouc rempli d’air, qu’on y a placés. Il peut être incliné jusqu’à 45° sur l’horizon, sans que ces globes ne tombent. Les sphères tiennent aussi bien en équilibre, soit qu’elles tournent, soit qu’elles ne tournent pas. En mettant la main en avant du ballon de caoutchouc, les deux sphères se rapprochent l’une de l’autre et de la tuyère; les sphères les plus denses sont celles qui trouvent leur équilibre le plus près de la tuyère.
- Arrivons k la réalisation d’expériences analogues par la physique sans appareils.
- La première expérience que nous allons décrire nous a été communiquée par M. Roy de Pierrelitte. Elle est très facile k réaliser avec un peu d’application.
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- On choisit un pois aussi sphérique que possible; s’il est sec, on le laisse un peu tremper dans l’eau pour le ramollir, afin de pouvoir, sans le détériorer, l’embrocher avec une petite épingle, que l’on s’efforce de faire passer, autant que possible, par le centre de la sphère. Cela fait, on prend un bout de tuyau de pipe en terre de üm,04 à 0n‘,0r> de longueur, on pose le pois a l’une des extrémités du tuyau, où il est maintenu par la petite épingle qui a été introduite dans le tuyau. On met l’autre bout du tuyau entre ses lèvres, et penchant la tête horizontalement, en arrière, de manière à ce que le tuyau soit Lien vertical, on souffle graduellement et d’abord lentement. Le pois est soulevé ; on souflle plus fort avec régularité, le pois
- s’élève, l’épingle abandonne son support, et le système se met à être soutenu dans le jet d’air, entièrement isolé, tournant sur lui-même quand l’épingle reçoit la poussée de l’air (flg. 2).
- Les coquilles d’œufs posées sur un jet d’eau s’y
- maintiennent de la même façon.
- La deuxième expérience nous a été communiquée par M. Léon Couratier , étudiant à Paris.
- On prend un tuyau de porte-plume métallique , fermé à l’une de ses extrémités. A un centimètre environ de l’extrémité fermée, on pratique un trou circulaire de 1 millimètre environ de diamètre. Tenant le porte-plume dans sa bouche par son extrémité ouverte, on souffle de façon à déterminer la formation d’un jet d’air
- Fig. 1. — Expérience de M. Ch. Weyhcr. — Sphère de liège et ballon de caoutchouc gonflé d’air, suspendus dans un jet de vapeur.
- régulier, sortant verticalement par le trou placé à la partie supérieure du cylindre. Ure petite boulette de mie de pain, bien sphérique, pourra être placée délicatement dans ce jet d’air, et s’y maintenir en équilibre comme la montre la figure 5; elle y reste pendant toute la durée du souffle qui doit être régulier.
- La boulette doit être aussi sphérique que possible, sa grosseur varie avec la densité de la matière qui
- la constitue, liège, mie de pain, etc., et le diamètre de l’orifice. Les expériences analogues peuvent être facilement organisées d’une façon plus complète, avec une soufflerie ou un gazomètre. 11 suffit de produire un écoulement régulier et rapide, d’air ou de vapeur, à l’extrémité d’une tuyère. G. T.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 7 21. — 2(j MARS 1887.
- LA NATUhE.
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- L’ENLÈYEMENT DES NEIGES DANS LES GRANDES AILLES
- CRITIQUE DE PROJETS AMÉRICAINS
- Nous avons donné précédemment quelques renseignements sur les procédés mis en pratique dans les grandes villes de l’Europe pour le déblaiement des chaussées après les chutes de neige, et fait ressortir l’importance prise par l’emploi du sel appliqué comme fondant sur les voies de l’agglomération parisienne1. On sait, d’ailleurs, que cette action est fondée sur la propriété possédée par le chlorure de sodium de former avec la neige un mélange liquide qui né se congèle pas au-dessus d’une température de — 15°. Un tel abaissement, rare dans nos. climats après une forte chute de neige, peut se produire plus fréquemment sous d’autres latitudes, et c’est une des raisons invoquées par les municipalités américaines pour repousser le procédé utilisé à Paris. Les sociétés de protection des animaux, très puissantes aux États-Unis, en invoquent une autre : la crainte de blesser les pieds des chevaux par un liquide trop froid, crainte que nous croyons chimérique, car la liquéfaction s’opère en quelques heures et permet le balayage à l’égout; et, d’autre part, on n’a qu’à graisser convenablement l’in-tétieur du pied des chevaux pour leur éviter les crevasses.
- Quoi qu’il en soit, on cherche, de divers côtés, à New-York, à substituer au déblai par tombereaux-un mode moins imparfait dë rétablissement pour la
- 1 Voy. n° 707, du 18 décembre 1880, p. 42.
- 15e année. — 1er semestre.
- circulation, et divers projets viennent de se faire jour en mettant à profit les nombreuses canalisations de vapeur qui distribuent à domicile la force motrice. Nous empruntons les deux descriptions qui suivent au Scientific American.
- Le premier système, préconisé par M. Char-les-E. Emery, ingénieur en chef de la Compagnie de distribution de vapeur de New-York, consiste à lancer sur les voies encombrées des traîneaux robustes pourvus d’une grande bâche en toile imperméable, et au centre de laquelle est disposé un ajutage qu’on peut relier par un tuyau flexible à une prise sur les conduites souterraines. Les bords de la bâche sont renforcés par des fers plats qui permettent de les enfoncer dans la couche de neige sur tout le périmètre à déblayer. On est ainsi certain de ne pas perdre à l’air libre une forte proportion de la vapeur, employée
- comme cela se produit nécessairement lorsqu’on opère avec une lance plus ou moins grosse sur une couche de neige peu épaisse. Sur les voies qui ne sont pas parcourues par des canalisations, on attellerait au traîneau une loco-mobile qui fournirait la vapeur nécessaire. Des bornes avec compteurs placées au coin des rues ou de distance en distance sur la canalisation permettraient à la fois de s’y relier et d’évaluer la dépense de vapeur.
- Le journal américain estime qu’on pourrait ainsi
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- Fig. 1. — Conduites de distribution de vapeur pour la fusion des neiges. Projet de M. Locke, de New-York.
- Fig. 2. — Caniveau central pour les tuyaux de vapeur et conduites latérales pour les fils télégraphiques et téléphoniques.
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- LA NATURE.
- réduire de moitié les frais occasionnés par le chargement sur tombereaux ; mais ce procédé conserve toujours l’inconvénient reproché au sel de fournir un liquide qui peut se congeler par de basses températures et remplacer la neige par une couche de glace, avec cette différence aggravante que le liquide obtenu par le mélange de vapeur et de neige se congèlerait au point ordinaire et ne permettrait guère un balayage rapide à l’égout.
- On conçoit donc que ce procédé n’ait pu être mis sérieusement en pratique.
- Un second système proposé par M. S. D. Locke, de New-York, consiste à établir les conduites de distribution de vapeur placées au droit des trottoirs, dans un caniveau en fonte ou en béton, fermé à la partie supérieure par une grille, comme l’indique la figure 1 et communiquant en divers points avec l’égout. On rejetterait sur cette grille la neige tombée sur la chaussée et elle viendrait se fondre au contact des tuyaux, l’eau provenant de la fonte étant évacuée par le caniveau et l’égout. M. Locke aurait également l’intention d’accoler à un caniveau central deux conduites latérales destinées a porter les fils télégraphiques et téléphoniques et qui, fermées par des plaques simplement posées, se prêteraient aisément aux visites et aux réparations. Notre figure 2 représente le dispositif adopté à cet effet par l’inventeur.
- Nous regardons ce système, tel qu’il est décrit, comme absolument impraticable. Tout d’abord le caniveau servirait, à l’état ordinaire, à l’évacuation des eaux tombées sur la chaussée, c’est-à-dire qu’il remplirait l’office d’un ruisseau, encombré par des tuyaux de vapeur et d’un nettoyage difficile. Il lui faudrait d’ailleurs de bien fortes dimensions pour écouler rapidement les neiges en cas de chutes même faibles, et le système nécessite le grattage de la chaussée et le transport à la grille, c’est-à-dire qu’il ne supprime que le chargement. Enfin, il est en contradiction complète avec l’installation des conduites qu’il prétend utiliser. Celles-ci destinées, en effet, à transporter la vapeur doivent être revêtues d’enveloppes isolantes ; on ne saurait donc employer les mêmes conduites à la distribution de la force motrice et à la fonte des neiges. Il faudrait, pour cette dernière application, une installation spéciale, qui ne devrait, par suite, fonctionner qu’à des intervalles plus ou moins fréquents et imposerait des conditions fort onéreuses.
- Il n’est pas inutile, d’ailleurs, comme conclusion, de reproduire ici un calcul très simple établi par M. Barabant, ingénieur en chef des ponts et chaussées, dans la note qu’il a récemment consacrée à la question de l’emploi du sel à Paris pour le déblaiement de la neige. En admettant, dit-il, que 1 kilogramme de houille puisse donner 7500 calories ; que la chaleur latente de fusion de la glace à 0° sous la pression atmosphérique soit de 79,40 calories; que la chaleur spécifique de la neige soit 0,50; qu’enfin il s’agisse de liquéfier la neige à la température de — 5°.
- 1 kilogramme de neige absorbera, pour passer de
- 5° à 0°, 5x0,5.........................=2,50 calories.
- Et pour passer de l’état solide à l’état liquide........................ 79,40 —
- Total............ 81,90 calories.
- 1 kilogramme de houille fondrait donc
- 7500
- 82
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- kilogrammes de neige, en admettant qu’il n’y eût aucune déperdition de chaleur ni aucune perte dans la transformation de l’eau en vapeur ou dans l’action de la vapeur sur la neige.
- Mais il faut diminuer le chiffre de 60 pour 100 pour tenir compte de l’effet utile dans la fabrication de la vapeur, et d’au moins 20 pour 400 pour avoir égard aux pertes inévitables dans l’action de la vapeur sur la neige, soit d’au moins 80 pour 100. Cela conduit, avec un prix de 55 francs par tonne de houille, à une dépense de 0f,0024 par centimètre d’épaisseur de neige et par mètre carré, non compris les frais de location de .machines, d’apport de la neige à pied d’œuvre, etc., en conservant toujours la crainte de voir se congeler le liquide formé. La dépense correspondante avec le sel s’élève à 0r,00062 seulement, non compris les frais de ré-pandage et en produisant un liquide généralement mcongelable.
- Nous ne voyons donc, à part le préjugé humanitaire dont nous avons parlé, aucune raison de préférer l’action de la vapeur à celle du sel dans les grandes villes. Si la température n’y subit pas des abaissements brusques et considérables, l’exemple de Paris est entièrement concluant; si le contraire se produit, l’un et l’autre procédé verront se restreindre leur application, mais la vapeur, à un degré d’autant plus élevé que son emploi est à la fois beaucoup plus cher et quelle expose bien davantage les chaussées à l’interruption de la circulation par la production d’un liquide plus aisément congelable.
- G. Richou,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- LÀ CHÂSSE AUX ÉLÉPHANTS
- A CEYLAN
- Capture de 4 30 éléphants
- Nous avons parié dans les volumes antérieurs de notre publication de la capture des éléphants dans les Indes1. Nous compléterons les détails qui ont été donnés précédemment par un curieux récit d’une capture vraiment extraordinaire.
- Les journaux anglais ont récemment appris à leurs lecteurs que le surintendant des estacades établies à Dacca (Ceylan) par le gouvernement pour la capture des éléphants, M. Saunderson, était parvenu à s’emparer à la fois de 136 de ces pachydermes, effectuant ainsi une capture sans précédent. Une telle capture, au prix où sont cotées ces grosses bêtes de somme, représente une valeur d’au
- 1 Voy. Tables des matières des dix premières années.
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- LÀ NATURE.
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- moins 250000 francs. Comme on sait, les éléphants ne se reproduisent pas en captivité, et il est nécessaire pour se procurer ces animaux, dont les services sont précieux pour bien des travaux d’utilité publique, et dont la présence est indispensable dans les processions et les chasses des princes indiens, de capturer les éléphants sauvages et de les dompter. Pour cela, on construit près des forêts qu’ils hantent, une estacade circulaire d’une solidité à toute épreuve, dissimulée cependant sous des herbes et des lianes, la klieddah. Une seule ouverture est laissée dans cette enceinte et munie d’une lourde cloison qui, à demi soulevée de côté et tenue par une corde, retombe et clôt l’oritice, dès que l’on tranche ce lien. A cette porte conduisent deux estacades en lignes droites divergentes et se rapprochant de plus en plus. Tout l’art des chasseurs d’éléphants consiste à rabattre un troupeau de ces animaux vers l’entrée de ce couloir conique, à les faire s’y engager et à les pousser ainsi, à force de cris et de feux, dans l’estacade circulaire, que l’on ferme ensuite.
- C’est ainsi que tout s’est passé le 14 du mois de février à Dacca, comme le raconte M. Saunderson lui-même dans YEnglishman. Les estacades [rectilignes étaient longues de 200 mètres et larges de 50. Dans cet intervalle, on avait préparé d’avance trois rangs de tas d’herbe sèche auxquels on devait mettre le feu à un moment donné pour couper la retraite des éléphants. Ceux-ci, qui, contrairement à leur habitude, se tenaient en un grand troupeau, furent rabattus du côté de l’estacade peu à peu, et sans qu’on leur causât une trop vive panique de peur de les voir se disperser ; mais dès qu’ils y furent engagés, petits, femelles, vieux solitaires et jeunes mâles, la première ligne de feux fut allumée et les rabatteurs, avertis par des vedettes placées sur les arbres, se mirent à faire le plus de tapage qu’ils purent. Immédiatement, les grosses bêtes prirent peur et se lancèrent en avant; la seconde et la troisième ligne de feux furent allumées : le troupeau se pressait déjà à l’entrée de l’estacade circulaire, une partie des éléphants étaient déjà entrés, quand un vieux solitaire qui n’avait plus qu’une seule défense, semblant deviner le danger, se mit en travers de la porte large seulement de onze pieds, et arrêta seul la poussée effroyable des animaux qui étaient en queue. La confusion devint terrible, les bêtes affolées barrissaient à qui mieux mieux, les rabatteurs armés de torches hurlaient, faisaient retentir des crécelles, tiraient à blanc sur les derniers éléphants dont ils n’étaient placés qu’à une vingtaine de mètres, et qu’ils effrayaient encore à coups de fusil chargés de menue grenaille. Eniin le solitaire fut emporté, et le troupeau de 136 têtes s’empila dans un espace qui semblait pouvoir contenir tout au plus 65 éléphants ; le lien de la porte fut tranché et la capture était faite.
- Pour l’assurer et délivrer les éléphants de la presse qu’ils subissaient, M. Saunderson fit immédiatement enlever la première estacade qui n’avait que 215 pieds de circonférence ; puis il fit clore une partie de l’estacade rectiligne et, ouvrant la porte, admit dans ce nouvel espace une partie des éléphants, auxquels on jeta par-dessus la clôture des petits troncs de plantain pour les nourrir, tandis qu’au moyen de quelques troncs évidés on faisait couler dans l’enclos l’eau d’un ruisseau voisin ; les éléphants s’abreuvèrent, s’aspergèrent, et comme ils s’étaient ainsi un peu calmés, on commença les opérations du domptage. Une trentaine d’éléphants sauvages furent isolés dans une partie de l’enclos; des éléphants domestiques y furent introduits, montés par leur cornac et un indigène muni de forts licous. Ce dernier, tandis que
- l’éléphant domestique se promène tranquillement dans l’enclos llattant de sa trompe les bêtes prises,, jette autour du cou, des défenses et des pattes de celles-ci, des nœuds coulants qui les immobilisent peu à peu; puis quand le moment favorable est venu, l’éléphant domestique entraîne hors de l’enclos un de ces animaux ligottés et on l’attache des quatre membres et de la tête aux troncs des arbres voisins. En trois jours les 156 éléphants furent ainsi mis dans l’impossibilité de nuire ; puis on les a confiés chacun à un homme qui les nourrit, auquel ils s’habituent peu à peu, qui devient leur cornac, et en un mois environ toutes ces bêtes rétives sont devenues dociles, obéissantes, attachées à leur conducteur et prêles soit à figurer dans l’écurie d’un rajah, soit à travailler aux plus lourdes tâches.
- LÀ FIN DU MONDE
- La fin du monde terrestre se produira, paraît-il, dans dix millions d’années tout juste. C’est le terme fixé par Sir William Thomson, l’éminent physicien anglais, professeur à l’Université de Glasgow. M. Thomson a récemment développé ses motifs, à l’un des derniers vendredis scientifiques de la Royal Institution de Londres, devant un brillant auditoire de savants et de gens du monde. Il estime avec Helmholtz que le soleil est une vaste sphère en train de se refroidir, c’est-à-dire de se contracter par l’effet de la gravité sur sa masse à mesure que ce refroidissement se produit, de telle sorte que la température reste encore sensiblement constante. La chaleur solaire, ajoute Sir Thomson, est égale à celle qui serait nécessaire pour développer une puissance de 476 000 millions de millions de chevaux-vapeur, soit environ 78 000 chevaux-vapeur par mètre carré superficiel de la photosphère. Si énormes que nous semblent ces chiffres, la théorie dynamique de la chaleur montre qu’il doit suffire au soleil d’une contraction de 35 mètres par an pour continuer à émettre dans l’espace la même quantité de calories. Dans ces conditions, le rayon de la photosphère diminue d’un centième environ en 2000 ans. Le moment arrivera nécessairement où la température s'abaissera. C’est d’après des calculs très précis qu’on doit fixer à dix millions d’années le terme où cette température sera devenue insuffisante pour entretenir la vie sur le globe terrestre.
- LA VÉRIFICATION DES ALCOOMÈTRES
- Une des mesures récentes les plus intéressantes a signaler aux commerçants et au public en général est celle de la vérification des alcoomètres et des thermomètres à leur usage. <
- L’organisation de ce service de vérification est la conséquence d’une loi du 7 juillet 1884 qui rend obligatoire, soit dans les opérations de l’Administration, soit dans les transactions privées, l’emploi de l'alcoomètre centésimal de Gay-Lussac pour la constatation du degré des alcools et des eaux^de-vie.
- Un article spécial de cette loi dispose que les alcoomètres centésimaux et les thermomètres nécessaires à leur usage ne pourront être mis en vente ni employés, s’ils n’ont été soumis à une vérification préalable et s’ils ne sont munis d’un signe consta*
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- LA NATURE.
- tant l’accomplissement de cette formalité. Ils seront soumis, ajoute la loi, aux vérifications périodiques exigées pour les poids et mesures.
- Le Bureau national des poids et mesures, chargé de la préparation du règlement d’administration publique nécessaire à la mise à exécution de la loi, a reconnu que la vérification première des alcoomètres et des thermomètres devait, en raison de la délicatesse qu’elle comporte et du matériel qu’elle exige, être centralisée à Paris.
- «Quelques chiffres, dit M. Hervé Mangon,dans son Rapport à la Chambre des députés, en date du 29juin 1883,permettront de comprendre la difficulté de la tache imposée au début du service de la vérification des alcoomètres. Le nombre des patentés faisant le commerce en gros et en demi-gros des alcools, assujettis à l’usage des nouveaux instruments est à peu près exactement de 50 000. Chaque instrument complet comprend un thermomètre, un alcoomètre gradué de 0° à 35°, un de 55° à 70° et un troisième de 70° à 100°, soit quatre pièces. Mais certains négociants se munissent seulement de celui des trois alcoomètres nécessaire au pesage des liquides dont ils s’occupent spécialement. Un calcul assez simple permet d’estimer à 105 000 le nombre de pièces, thermomètres et alcoomètres à vérifier pour l’usage du commerce avant la mise à exécution de la loi. D’un autre côté, l’Administration des contributions indirectes possède, en ce moment, environ 28 700 thermomètres ou alcoomètres qui doivent également recevoir l’estampille officielle. Le service de vérification a donc à contrôler, sans compter la réserve en magasin des fabricants d’instruments, 153 700 pièces différentes avant que la loi du 7 juillet 1881 puisse être mise à exécution. À raison de 1100 à 1200 vérifications par jour, chiffre véritablement énorme, mais que l’on croit, cependant, pouvoir atteindre à la rigueur, il faudra quatre mois entiers pour accomplir le travail nécessaire. »
- Ce travail considérable a été exécuté par le bureau de vérification, installé très intelligemment par M. Delachanal, professeur à l’Ecole centrale. Il y a quinze à vingt dames occupées à la vérification, au maniement des balances, des pantographes et à la gravure. Cet établissement qui fonctionne admirablement montre combien les femmes sont aptes aux travaux de précision scientifique.
- Nous représentons ci-contre (fig. 1) l’une des
- trousses d’alcoomètres vérifiés fournis au commerce par l’un des fabricants les plus considérables de Paris, M. Delaunay; ces trousses sont très bien disposées, et comprennent trois alcoomètres correspondant aux différents degrés alcooliques et un thermomètre. Une éprouvette munie d’une cannelure spéciale qui permet de recevoir le thermomètre est jointe au nécessaire.
- Nous donnons d’autre part (fig. 2) le signe très amplifié de la vérification des alcoomètres et des thermomètres destinés à les accompagner. Ce signe, gravé sur les tiges des instruments, se compose :
- 1° de la Bonne Foi (deux mains entrelacées) ; 2° d’une lettre suivie de deux chiffres placés à côté ou au-dessous de la Bonne Foi. La lettre indique le mois, et le chiffre, le millésime de l’époque de la vérification.
- Un alcoomètre contrôlé porte, gravé sur le gros tube, un numéro d’ordre, le nom ou la marque du constructeur, le poids de l’instrument et au-dessous de ces indications, le signe de la vérification. Un thermomètre contrôlé porte gravé sur le dos de la tige, à l’envers de l’échelle de l’instrument, un numéro d’ordre, le nom ou la marque du constructeur et le signe de la vérification.
- Le commerce des alcools est celui qui intéresse le plus grand nombre d’opérations commerciales, et on ignore généralement que les alcoomètres doivent être contrôlés comme les poids.
- Gaston Tissandjeu.
- Fig. 1. — Trousse d’alcoomètres vérifiés avec le thermomètre à leur usage. Éprouvette pour les essais.
- Fig. 2. — Signe de la vérilication des alcoomètres gravé sur la tige des instruments fgrossi 6 fois).
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- LA NATURE.
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- DISTRIBUTEUR AUTOMATIQUE
- DE JOURNAUX
- Nos lecteurs connaissent la bascule mécanique donnant le poids d’une personne qui monte sur son plateau, quand elle jette une pièce de dix centimes dans la tire-lire dont l’appareil est muni. Us connaissent aussi le distributeur automatique de cartes postales, usité à Londres1.
- Voici le distributeur automatique de journaux que vient d’imaginer et de construire M. Galland, ingénieur a Lyon.
- Jusqu’à ce jour la vente des journaux, soit dans les kiosques, soit par les crieurs, est très onéreuse pour les administrations, puisqu’elles y sacrifient 50 pour 100 de la valeur des feuilles.
- L’appareil que nous allons faire connaître est très simple, il permet de prendre un journal dans une boîte où l’on a préalablement jeté la pièce de monnaie représentant la valeur de la feuille.
- Ainsi qu’on peut le voir sur notre figure, l’appareil, de forme spéciale, se compose à sa partie supérieure d’une boîte rectangulaire renfermant les journaux fermés par une porte vitrée , pour permettre la mise en place des feuilles; la partie inférieure contient le mécanisme. Si l’on veut avoir un journal, on introduira la pièce de monnaie dans une ouverture pratiquée à cet effet à la partie supérieure, puis on actionnera dans le sens de la flèche, le levier muni d’une poignée placée sur le côté de la partie inférieure, et la feuille tombera à l’orifice.
- On construit des boîtes composées pour une série de journaux ; ces boîtes ont une forme soit rectangulaire, de manière à pouvoir s’appliquer contre un mur, soit une forme polygonale, pouvant s’adapter à une colonne spéciale, un poteau ou même une colonne de bec de gaz. Ces boîtes pourraient être
- 1 Vov. Bascule à tire-lire, n° 654, du 12 décembre 1885, p. 21; Distributeur automatique de cartes postales, n°647, du 24 octobre 1885, p. 553. — Voy. aussi Tire-lire américaine, n° 209, du 2 juin 1877, p. 13.
- placées cà et là dans quelques carrefours importants, pour les journaux les plus répandus; sans être substituées aux kiosques qui offrent incontestablement leur indiscutable utilité dans les grandes villes, elles pourraient trouver des usages nombreux et auraient l’avantage de tenir très peu de place.
- On comprendra l’utilité et l’économie de cet appareil, qui fait lui-même, quotidiennement, la vente de 100 à 200 journaux, sans aucune surveillance, et d’une manière tout à fait sure.
- Un obturateur vient fermer automatiquement le passage de la pièce de monnaie, lorsqu’il n’y a plus de journaux dans l’appareil.
- Ce distributeur peut fonctionner, quel que soit le prix du journal vendu, soit 5, 10, 15, 20 centimes, et l’on peut mettre indifféremment des pièces de cinq ou de dix centimes.
- Le distributeur automatique que nous faisons connaître a été construit à Lyon pour le journal le Courrier de Lyon, et il fonctionne à l’entière satisfaction des acheteurs au numéro, et de l’administration de ce journal. Nous avons donné précédemment des détails assez complets sur le mécanisme de la bascule à tire-lire, que l’on voit fonctionner aujourd’hui à Londres, à Paris et dans la plupart des grandes villes, pour que les passants puissent avoir leur poids ; nous ne croyons pas nécessaire d’insister sur la description des organes qui permettent au distributeur automatique de journaux de fonctionner régulièrement; il nous aura suffi d’en indiquer les usages et la portée.
- De semblables systèmes peuvent trouver leur application pour la vente d’un grand nombre d’objets de même forme et de même volume, tels que boîtes d’allumettes ou autres. Nous avons remarqué récemment, dans la rue Tronchet à Paris, un appareil de vente automatique de bonbons au miel à 10 centimes la boîte. C’est devant la devanture d’un intelligent épicier que fonctionne cet appareil, fort utile par les temps de rhumes et de bronchites que nous traversons.
- Distributeur automatique de journaux. — Modèle construit pour le Courrier de Lyon.
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- LA NATURE.
- LES NAINS ET LES GÉANTS1
- LES VARIATIONS DE LA STATURE HUMAINE
- Une des causes peu "connues parmi celles qui influent sur la stature est la fatigue : sous son influence la taille diminue. Un soldat, par exemple, est sensiblement plus grand avant qu’après une marche forcée. Lorsque le corps est fatigué, il s’affaisse, les cartilages perdent de leur élasticité et diminuent d’épaisseur, les coussinets graisseux et fibreux qui ont pour but de donner de l’élasticité aux organes de la locomotion, deviennent aussi moins souples et moins épais et contribuent également à la diminution de la taille. Porter des fardeaux sur la tête ou les épaules amène mêmes résultats. Si a une fatigue excessive se joint la privation de sommeil, la réparation organique [ne pouvant avoir lieu, les causes qui influent sur la diminution de la taille s’accumulent [pour ainsi dire et donnent une diminution totale qui relativement peut être considérable. Ce fait est connu des sorciers qui à la campagne ont la spécialité de faire réformer les jeunes gens du service militaire en leur créant des exemptions en vue du conseil de révision. Lorsqu’un de ces sorciers « entreprend » un jeune homme dont la taille n’est que de quelques centimètres au-dessus de la taille minimum dans l’armée, il parvient à l’aide d’un régime spécial à lui faire perdre les quelques centimètres de taille qu’il a en trop, pour être réformé. Pour cela, il soumet le jeune homme, quelques jours avant le conseil de révision, à une fatigue excessive, il le fait marcher pendant de longues heures en portant sur la tête et les épaules des sacs pesants; il le prive de sommeil et soutient ses forces en lui faisant absorber une grande quantité d’eau-de-vie. Lorsque après un pareil entraînement le jeune homme passe devant le conseil de révision sa stature a diminué de 2, 5 et même quelquefois 4 centimètres. Cette influence de la fatigue et de l’affaissement du corps se fait même sentir dans la vie ordinaire ; la simple station verticale, la marche, la promenade, produisent une diminution sensible de la taille. L’on est plus grand le matin que le soir. Au Congrès tenu par la Société allemande de chirurgie en 1881 a Berlin, le professeur Martel fit une communication sur ce curieux sujet et il présenta un très grand nombre de mesures, d’après lesquelles il conclut que la taille humaine varie sensiblement suivant les heures de la journée. Cette différence est plus ou moins grande en raison des occupations. Une personne qui ne fait que peu d’exercices, qui reste assise une partie de la journée, ne subira qu’une diminution de hauteur très petite ; une autre, au contraire, qui marchera beaucoup, se fatiguera, pourra présenter le soir une diminution de 3, 4, 5 millimètres et même davantage.
- La taille reste stationnaire chez l’adulte pendant
- 1 Suite et fin. Vov. p. 18, 193 et 242.
- toute la durée de son âge mûr ; puis vers 55 ou 60 ans elle commence à diminuer. Cette diminution est indépendante de la courbure de la colonne vertébrale ; elle se constate même sur les vieillards robustes qui se tiennent encore droits; elle est relativement considérable et peut atteindre 5 et même 7 centimètres. Elle provient de plusieurs causes, en premier lieu de la modification, du changement de forme du col du fémur. L’angle que fait le col du fémur avec l’axe de cet os est chez l’homme adulte d’environ 155°, chez la femme il est un peu moindre; mais à mesure que l’individu vieillit, cet angle se ferme et se rapproche de l’angle droit. Une autre cause de diminution de la taille chez les vieillards est l’aplatissement des coussinets graisseux, puis l’ossification graduelle et la diminution d’épaisseur qui en résulte, des cartilages formant les articulations, notamment de ceux de la colonne vertébrale.
- Les aptitudes physiques suivant la taille. — Les aptitudes physiques diffèrent suivant la taille, et de leur détermination on peut tirer des conclusions pratiques importantes, notamment au point de vue des aptitudes militaires. La vivacité corporelle est infiniment plus grande chez les hommes petits que chez les grands ; l’homme de petite stature est presque toujours plus vif, plus alerte, que l’homme grand et gros en proportion, et cela se conçoit; si un homme n’ayant que lm,54 de hauteur pèse 50 kilogrammes quand il se meut, saute, monte un escalier, il n’a à déplacer évidemment qu’un poids relativement faible, tandis qu’un homme de lm,80 de hauteur qui pèse 90 ou 100 kilogrammes déplace continuellement un poids très lourd. Or la force n’est pas proportionnelle au poids, de nombreuses expériences exécutées sur des animaux et sur des hommes l’ont démontré : deux petits chevaux pesant ensemble 600 kilogrammes donneront une somme de travail plus grande qu’un cheval ayant à lui seul ce même poids, surtout pour les allures vives. Il en sera de même d’un homme grand et gros et de deux petits. L’énergie musculaire rapportée au kilogramme de poids vivant est beaucoup plus grande chez les hommes petits ou moyens que chez les hommes très grands. La longueur des membres de ces derniers occasionne nécessairement une amplitude dans ses mouvements qui rend leur exécution plus lente. Cette longueur des membres contribue également à une perte de force ; le bras, par exemple, peut être comparé à un levier dont le point d’appui est l’articulation de l’épaule, le point d’action, la main, et la puissance, les muscles qui agissent sur l’humérus en glissant sur l’épaule. U est évident que plus le bras de levier de l’épaule à la main sera long, plus l’effort des muscles devra être énergique pour contre-balan-cer l’influence de cette longueur. La résistance à la fatigue est beaucoup moindre chez l’homme grand que chez l’homme moyen, et cela est dû non seulement à l’influence du poids personnel transporté, mais aussi au développement du système respiratoire. Cette résistance à la fatigue peut se mesurer
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- LA NA TU HL.
- presque toujours d’une façon suffisamment exacte sur l’homme au repos ; on admet en effet qu’elle est proportionnelle au rapport existant entre la taille et la circonférence de la poitrine à la hauteur des seins, autrement dit à l’indice thoracique. Plus ce rapport est grand, c’est-à-dire plus la circonférence de> la poitrine est développée proportionnellement à la taille, plus il y a des probabilités de résistance. La taille étant représentée par 100, les rapports 50 — 55 — 60 et au-dessus seront considérés comme favorables ; les rapports 45 — 40 et au-dessous indiqueront des individus d’une faible résistance. Autrefois dans la marine on n’acceptait que les hommes dont le périmètre de la poitrine était au moins égal à la moitié de la hauteur de l’individu, c’est-à-dire les hommes dont l’indice thoracique était égal ou supérieur à 50. En Suisse, on exige actuellement des recrues le même développement de la poitrine, et on ajourne d’année en année les jeunes gens qui ne le présentent pas.
- En France, on observe une fréquence plus grande des maladies de poitrine chez les jeunes cuirassiers que dans les troupes d’infanterie ; on attribue ce fait à un trop faible développement thoracique porpor-tionnellement à leur haute taille. En temps de guerre, la cavalerie et surtout les dragons et les cuirassiers sont les premiers atteints par la fatigue et la maladie ; de là cette expression militaire : « La cavalerie fond dès le début de la campagne. »
- En somme, au point de vue des aptitudes militaires, ce sont les hommes moyens ou meme petits, qui présentent le plus d’énergie, de résistance à la fatigue, de vivacité dans le combat. C’est du reste le type populaire du soldat français ; le petit chasseur ou le lignard. Guyot-Daurès.
- LES
- RÉCENTS PAQUEBOTS TRANSATLANTIQUES
- Il n’existe pas deux sciences, l’une pure, l’autre appliquée, mais la science avec ses applications. Montrer les applications, c’est faire connaître les principes et la théorie dont elles sont la conséquence. Ainsi, l’historique des moyens de transport et de locomotion, les améliorations dont ils sont l’objet sont dus aux progrès de la science, et La Nature, à qui rien de scientifique ne saurait rester étranger, doit entretenir ses lecteurs des moyens employés pour rendre les voyages plus rapides, plus faciles, plus sûrs et plus agréables, et leur montrer comment on parvient à économiser le temps, à atténuer les souffrances, à écarter les dangers, en un mot, à augmenter la quantité de vie et à en améliorer la qualité.
- Ah! s’il suffisait d’aller vite sur terre, les chemins de fer nous donneraient satisfaction. Mais à quel prix faut-il acheter ce précieux avantage. De combien de désagréments est-il la compensation ! Malgré tous les progrès accomplis, nos arrière-neveux au-
- ront encore fort à faire. Ne parviendra-t-on pas à éviter ce bruit sourd, comme le ronflement d’un orgue immense, qui se fait entendre durant tout le trajet, mêlé à un cliquetis de ferraille, aux grincements du frein et aux coups de sifflet strident de la locomotive? Faudra-t-il toujours se résigner à rester immobile, emprisonné dans un compartiment dont on n’ose pas ouvrir la croisée dans la crainte d’être envahi par la poussière qui se mêle à l’air qu’on respire, ou d'avoir le visage fouetté par un vent violent, même par le temps le plus calme? N’évitera-t-on pas la traversée souterraine, l’affreux tunnel dont la voûte sombre, semblable à une gueule énorme, avale le convoi? Et le bruit assourdissant qui suit, la fumée qui suffoque, l’obscurité qui obsède, le cauchemar qui oppresse jusqu’au moment où le sifflet libérateur se fait entendre, et où nous sommes ravis en pleine lumière, laissant échapper un long soupir de soulagement ?
- Quelle différence entre le transport sur terre et sur mer, entre le chemin de fer et le bateau à vapeur! — Du voyage en ballon, une seule personne peut en parler ici avec autorité et en décrire les charmes. — Sur le navire en marche, sorte de ville flottante, le passager est libre de ses mouvements : il va, vient, cause, lit, joue, boit, mange et dort comme sur la terre ferme, mais plus que sur la terre, il respire un air pur. Le paysage semble uniforme: rien que le ciel et la mer. Mais les nuages et les astres rompent constamment la monotonie du ciel, et la mer, avec ses flots mobiles et changeants, n’a de l’uniformité que l’apparence.
- La Nature a déjà eu occasion de faire connaître à ses lecteurs les paquebots de la Compagnie transatlantique: c’était en 18831, à l’occasion du lance-* ment de la Normandie. Depuis cette époque, de nouvelles améliorations ont été apportées dans la construction, les machines, l’aménagement intérieur. Le navire va plus vite et sa marche est plus sûre, le voyageur se trouve plus commodément et plus agréablement installé. Les dessins publiés autrefois représentaient les machines et le plan du navire; la série se trouvera complétée par les dessins dont cet article est accompagné. Le lecteur aura ainsi vu l’édifice tout entier, l’extérieur et l’intérieur. Il pourra donc se rendre compte de tout ce qui se dépense de talent, d’habileté et d’ingéniosité, pour appliquer à la maison mouvante tous les progrès de la science, et y rassembler toutes Jes conquêtes de la civilisation.
- Les quatre derniers paquebots construits, la Champagne, la Bretagne, la Bourgogne et la Gascogne, sont faits sur le même modèle: ils ont 155 mètres de long sur 16 de large ; le tonnage net est de 5900 tonneaux, et le déplacement, de 10000 environ. Leur vitesse dépasse 17 nœuds2 à l’heure, soit à peu près 8 lieues. Les machines développent une force de 9700 chevaux. Enfin, la traversée du Havre
- 1 Voy. les n0* du 21 et du 28 juillet 18^3.
- * Le nœud ou mille marin est de 1852 mètres.
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- LA NATURE.
- à New-York, et inversement, s’effectue en 7 jours 15 heures, sans qu’on ait à subir les ennuis et les retards d’un long transbordement, car le chem’n de fer aboutit au quai d’embarquement ou de débarquement.
- Le superintendant du service des malles étrangères à Washington, M. Bell, dans son compte rendu de la moyenne des vitesses des navires portant les malles, moyenne calculée du moment où chaque steamer a reçu la malle, jusqu’à celui où il l’a débarquée, constate que la supériorité est acquise aux bateaux français de la Compagnie transatlantique Aussi, désormais les bateaux de la Compagnie partant de New-York porteront non seulement les dépêches pour la
- France, mais encore celles pour la Belgique, la Suisse, le Portugal, l’Espagne, l'Italie et l’Autriche; c’est à fort peu près, on le voit, le service du continent européen1. On entend si souvent dire, et par nous-mêmes tous les premiers, que nous sommes en arrière des autres nations, que ce succès ne saurait nous être indifférent.
- Le gros temps a peu d’action sur l’énorme paquebot qui va droit son chemin, oscillant à peine sur la mer houleuse. La sécurité se trouve singulièrement augmentée par d’ingénieuses dispositions : ainsi, des cloisons étanches divisent la partie inférieure en compartiments isolés complètement les uns des autres, de telle sorte que si une voie d’eau se déclare, le
- Fig. 1. — l ue cabine de luxe du nouveau paquebot transatlantique la Gascogne. (D’après une photographie.)
- reste du navire se trouve abrité et le compartiment envahi seul est à épuiser. De grandes capacités contenant de l’eau (water-ballast) permettent, si l’on lait varier la quantité d’eau, d’augmenter ou de diminuer le poids du navire et de faire varier la ligne de flottaison et Vassiette du navire ; c’est un lest variable de poids et de position. Un brise-lames puissant lutte victorieusement contre les vagues furieuses et les empêche d’envahir le navire, en cas de mauvais temps. Trois immenses fanaux électriques, véritables phares mobiles, percent la brume épaisse, et avertissent au loin les navires qui parcourent la même route, en même temps que la puissante sirène fait entendre sa grande voix, auprès de laquelle le bruit du sifflet à vapeur parait grêle et impuissant.
- Outre les canots ordinaires, des canots très légers (système Berthon) tels que la marine militaire vient d’en adopter, pouvant être pliés comme un portefeuille de manière à tenir le moins de place possible, augmentent dans une forte proportion les moyens de sauvetage.
- Examinons maintenant l’intérieur du navire. On y trouve 106 cabines de première classe pouvant recevoir 500 passagers ; 20, de seconde classe, pour 100 passagers; enfin, dans les faux-ponts, de quoi donner asile à 700 émigrants, en tout, 1100 passagers; sans compter le personnel, lorsque le navire est au complet.
- 1 D’après une lettre de M. Lourdelet, président de la Chambre syndicale des négociants-commissionnaires.
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- FL. 2. — Vue du salon de conversation du nouveau paquebot transatlantique la Gascogne. (D’après une photographie).
- Fig. o. — Salle à manger du nouveau paquebot transatlantique la Gascogne. (D’après une photographie.)
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- La cabine, dont le dessin est à la page 264, est, pendant le jour, un boudoir coquet. Le soir venu, le canapé élégant, mis à l’envers, devient un lit confortable, et le boudoir est transformé en une chambre à coucher où rien ne manque du nécessaire et même quelque peu du superflu ; tous les coins et recoins sont utilisés pour abriter les objets de toilette ou les ustensiles nécessaires aux usages de la vie (fig. 1). C’est un nid humain ou se trouve rassemblé, dans un cadre élégant, tout ce qui assure le bien-être matériel. Le nid de l’oiseau, œuvre d’instinct, est invariable et parfait; celui de l’homme, œuvre d’intelligence, est constamment transformé et amélioré.
- Voici maintenant la salle à manger vaste, aérée, éclairée, à laquelle une décoration appropriée donne la gaieté qui convient à une pièce où l’on prend ses repas; les sièges pivotants permettent a chacun de quitter la table sans causer aucun dérangement à ses voisins (fig. 3). Quand la mer est très forte, des supports posés sur la table reçoivent les bouteilles, mais le roulis est généralement assez faible pour s’en passer. — L’eau est fournie par un appareil distillatoire, et une machine fabrique de la glace pour les agréments de la table et les besoins de l’art culinaire. — Le fumoir, si nécessaire aujourd’hui, est une pièce élégante dont les larges divans et les épais coussins sont une excitation permanente à la paresse. Ceux qui craignent la fumée peuvent y pénétrer sans crainte, car les émanations sont chassées au dehors, grâce à un mode ingénieux de ventilation. — Une salle de lecture bien approvisionnée de journaux et de livres, offre d’agréables et utiles distractions. — Pour les dames, il y a un salon spécial. On n’a pas même oublié une salle de bain et ^ tout l’attirail de l’hydrothérapie.
- Plus de 600 lampes électriques à incandescence répandent la lumière sur tous les points : les unes sont groupées de manière à former des lustres pour les salons ou les points de passage fréquent ; les autres sont isolées dans les cabines où chaque passager peut 'a son gré, en poussant un bouton, s’éclairer à sa convenance.
- On le voit, rien n’a été omis, de ce que fournissent les progrès les plus récents, pour assurer la sécurité, la commodité et l’agrément du voyage. C’est dans des chantiers français qu’ont été construits ces admirables navires, par des ingénieurs français. Ils font le plus grand honneur à l’industrie française.
- Félix Hément.
- CONSEILS
- AUX AMATEURS DE JARDINAGE
- jardinets de fenêtre ( Suite et fin. — Voy. p. 198 et 214. )
- Nous n’avons encore rien dit sur les Rosiers, que tout le monde aime, et dont on se passerait difficilement. Ces arbustes se cultivent volontiers en pots et en caisses quand on a soin de leur donner un sol approprié à leur tempérament, c’est-à-dire un mélange d’au moins moitié de
- terre franche ou argileuse, et le reste en sable fin et terreau, et à condition que les vases qui les contiennent soient assez grands et bien drainés. La terre, aussi bien pour les Rosiers que pour le reste, doit toujours être exempte de lombrics ou vers de terre; ceux-ci dont on ne s’inquiète pas assez, épuisent peu à peu la terre en en supprimant tous les éléments organiques et la stérilisent promptement. Il suffit, pendant l’empotage, de surveiller si la terre employée ne contient ni fragments ni œufs de vers ; ces derniers sont de petits corps ronds ou ellipsoïdes, de couleur jaune, variant de 2 à 4 millimètres de diamètre. Cette surveillance est importante quand il s’agit de caisses ou de pots d’un grand volume. Pour les autres, il suffit de renverser adroitement le vase, en maintenant avec la main la motte de terre, puis de frapper un petit coup sur le pot qui alors s’enlève avec facilité. Habituellement, s’il y a des vers, on voit leurs traces, et d’ailleurs ils se tiennent toujours vers les parois du vase, et alors on les supprime impitoyablement. Après cette digression, revenons aux Rosiers, non sans avoir recommandé d’en renouveler la terre tous les ans ou tous les deux ans au maximum.
- Sur les fenêtres, on devra prendre des Rosiers greffés bas ou francs de pied; sur les balcons, on pourra, suivant le goût, cultiver des hautes tiges. On devra, bien entendu, rechercher de préférence les variétés les moins délicates et se prêtant facilement à la taille et à la forme qu’il plaira, et fleurissant bien. Les Bengales Hermosa et Cramoisi supérieur, le Souvenir de la Malmaison, la Gloire de Dijon, la France, Jules Margottin, la Reine, général Jacqueminot, Aimé Vibert, sont des plantes recommandables. Le petit Rosier de Mai ainsi que le Rosier Pompon ou de Bourgogne, seront toujours les bienvenus; mais c’est parmi les variétés grimpantes qui font si bien aux fenêtres et aux balcons, que nous devrons faire un choix. Au nombre des Rosiers thés, nous signalerons: Belle Lyonnaise, Gloire de Dijon, Mme Bérard, M”e Eugène Verdier, M"e Marie Berton, Reine Marie-Henriette, Som-breuil. Parmi les Rosiers Noisettes : Aimé Vibert, Bouquet d’or, Ophirie, William Allen Richardson; enfin comme Rosiers île Bourbon : le Souvenir de Nemours. C’est dans ce cas que les tuteurs en spirale seront employés, indépendamment des fils de fer qu’on tendra dans les cadres des fenêtres, et destinés à supporter les rameaux grimpants des Rosiers.
- Nous sommes restés aux mois de juin et juillet, c’est-à-dire en plein été, pour continuer l’énumération des plantes à choisir pour ces cultures aériennes. Cette période est la plus exigeante ; il faut dans les temps secs arroser copieusement et garantir les vases et les caisses, autant que possible, des rayons trop ardents du soleil, au moyen de petits paillassons, de nattes ou planchettes. On trouvera les marchés aux fleurs abondamment pourvus de plantes annuelles ou vivaces de petite taille. Les Balsamines, Belle-de-jour, Campanule des Carpathes, Campanule pyramidale1, Coltinsia bicolor et grcindiflora, Coreopsis i nain, Eucharidium, Pourpier à grandes fleurs, Séneçon élégant, Thlaspi violet; puis comme plantes durables on pourra prendre des Cuphea, dont les trois ou quatre espèces
- 1 Dans un village des environs de Liège, nous avons, l’année dernière, été frappé [de voir que presque toutes les maisons bien tenues avaient devant les fenêtres de superbes pieds de Campanules pyramidales qu’on dressait en éventails, en lyres, etc., au moyen de fins tuteurs. Leurs fleurs, d’un bleu superbe, très nombreuses et durables, produisaient le plus bel effet qu’on puisse imaginer.
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- cultivées d’ordinaire fleurissent jusqu’aux gelées; il en sera de même du Tagetes signala, des Pétunia blanc et violet, enfin des Géranium, suprême ressource des garnitures de jardins avec les Verveines de toutes nuances. Ce qui n’empêchera pas de cultiver préalablement la Trachelie bleue et les incomparables Reines marguerites, dont les' nombreuses et belles variétés obtenues par les semeurs depuis quelques années sont répandues dans le commerce. 11 faudra rechercher pour les fenêtres et balcons les variétés naines ou demi-naines parmi les pyramidales qui sont les plus doubles et les plus jolies1. Comme plantes vivaces on ne devra pas se priver des Pentstemon à variétés nombreuses et à fleurs si élégantes ; en pinçant une ou deux fois les tiges on aura des plantes basses et à rameaux florifères nombreux. Parmi les Sedum on prendra le rustique [S. fabarium et le S. Sieboldii qui fait si bien en suspension; enfin les Aster de petites tailles: A. amelloïdes, A. bicolor, A. cœspitosus et A. formosissimus. Cette dernière est très jolie, mais il faudra en pincer les jeunes tiges pour la tenir naine et bien fournie.
- Avec cette énumération bien plus que suffisante, on arrivera à la fin de l’automne, c’est-à-dire à l’époque où l’on devra se contenter des plantes d’appartements, dont le choix ne manque pas sur les marchés et chez les horticulteurs; cependant si l’on désire épuiser la série des plantes à fleurs, c’est aux Chrysanthèmes qu’on devra demander le couronnement de l’édifice, c’est-à-dire à des fleurs qui sourient aux premières neiges de l’hiver, et qui les supportent souvent gaillardement en dépit du nom de Chrysanthèmes de l’Inde qu’elles portent.
- J. Hortulanus.
- ÉTUDES DE PYROTECHNIE2
- LES FABRIQUES PYROTECHNIQUES AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
- C’est au dix-septième siècle que les fabriques récréatives ont surtout fait fureur en France ; c’est alors qu’on voit les pyrotechniciens, esclaves de la mode, s’ingénier à confectionner, à qui mieux mieux, des ustensiles, des jouets, des armes, des représentations d’objets divers, tels qu’édifices, figures d’hommes ou d’animaux. Casimir Siemienowicz consacre, à l’étude de ces amusants appareils, nombre de chapitres de son ouvrage Ars magna Artilleriæ.
- Les petites fabriques récréatives dont le pétard et la fusée constituent les éléments essentiels sont, suivant Siemienowicz, de trois espèces ou genres : les masses, les missiles et les armes. L’auteur comprend sous la dénomination générique de masses tous tuyaux pyrotechniques tels que cylindres, souches, barils, sacs, paniers, roues, corbeilles, couronnes, bouquets, bâtons et calices à feu. 11 classe sous la rubrique missiles les flèches ou javelines ardentes, les pots à feu, fioles artificielles, globes et boulets. Il distingue parmi ceux-ci le valet du pyro-boliste, la tête de mort, la pluie de feu, la grêle pyrotechnique, etc. Enfin, il range dans la caté-
- 1 Voir pour cet important article le Dictionnaire des fleurs de pleine terre de la Maison Vilmorin-Andrieux.
- a Suite et fin. Yoy. p. 108 et 170.
- gorie des armes, les targes, pavois, boucliers et écus; les sabres glaives, cimeterres, coutelas, massues et lances à feu.
- Donnons, à titre d’exemple de ces divers jouets pyrotechniques, la description du calice à feu.
- « Faites faire, dit notre auteur, une coupe ou un calice de bois.... semblable à ceux dont, nous nous servons à table, de telle forme qu’il vous plaira. Son fond sera percé, avec toute sa base, depuis le pied jusqucs à la concavité du vaisseau. Puis on insérera dedans un canal de bois ou de métal, chargé d’une composition de poudre, soufre, charbon, antimoine et sel marin, laquelle produira une flamme fort obscure et noire.
- « Vous remplirez la capacité de la coupe de fusées courantes.... Vous les couvrirez bien proprement d’une rouelle de bois, épaisse de trois ou quatre lignes seulement, avec tant de justesse que sa superficie inférieure repose immédiatement sur les têtes des fusées et que sa circonférence joigne l’intérieur du vaisseau. Enfin, empoissez le reste du vide du calice jusques au bord avec du goudron.
- « L’ingénieur pyroboliste pourra trouver mille sortes d’inventions qu’il fera réussir par le moyen de ce calice; particulièrement, pour boire à la santé de quelque personnage de marque.
- « Il fera premièrement mettre le feu au tuyau caché dans le fond du calice par dessous. Pendant ce temps, il boira promptement la liqueur qu’on lui aura présentée dans ledit vaisseau. Puis, l’élevant par-dessus sa tête, il attendra jusqu’à ce que, le feu s’étant pris aux fusées, elles se soient enlevées toutes dans Pair pour y produire leurs effets.
- « Mais je vous avertis ici qu’il faut verser si peu de vin ou de quoi que ce soit dans la coupe qu’il se puisse boire en un ou deux traits. Ou bien il faut que celui qui boira ait le gosier fait à l'allemande, je veux dire pour vider le hanap tout d’un trait, car on ne court pas ici risque de se brûler le nez seulement, mais aussi quelquefois d’y perdre le goût du pain. »
- Inutile de faire observer qu’il serait aujourd’hui très facile de parer à ce danger de « perdre le goût du pain » ; et ce, moyennant recours à l’emploi d’un petit allumeur électrique.
- Siemienowicz entre en de longs détails touchant la manière de fabriquer des édifices pyrotechniques. « Les charpentes des châteaux, palais, arcs de triomphe, tours, etc., seront, dit-il, garnies par dedans de diverses espèces de tuyaux et feux artificiels et recouvertes de quantité de pétards de papier. »
- Voici maintenant le chapitre relatif aux figures d’hommes ou d’animaux, lesquelles s’obtiennent par voie de surmoulage : « Après avoir enduit son modèle de savon ou de cire, le pyrotechnicien le couvrira d’une croûte d’une ou deux lignes d’épaisseur faite d’une certaine bouillie ou pâte de papier pétrie avec de l’eau de colle. On les fera sécher, peu après, à petit feu. »
- Le surmoulage ainsi obtenu, l’auteur enseigne la
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- manière d’y insérer les artifices dont la combustion méthodique doit réjouir les spectateurs. « Dans le vide, dit-il, vous ajusterez bien adroitement un ou plusieurs tuyaux, lesquels auront été premièrement formés suivant l’incurvation des membres de ce corps, bien liés et bien garrottés, de peur que la violence de la poudre ne les dissipe avant qu’ils aient fait leurs entiers effets. Et si on se souviendra de les attacher tous sur quelque base solide et ferme, afin qu’ils ne branlent ni ne vacillent aucunement. Enfin, on les revêtira de cette enveloppe de carton, puis on recollera les commissures fort et ferme. »
- Voilà comment on s’y prend quand il s’agit de nu.
- Fig. 1. — Fabrique de la Fortune. — Dispositif des éléments d’artifices.
- Pour les figures costumées, la chose est plus simple. « On commence par masser les tuyaux à peu près selon la forme à donner au corps. Puis on revêt la statue de quelque habillement de toile ou de soie, ou de papier taillé, cousu et bigarré suivant le dessin de l’architecte. On ajuste sur le tuyau qui fait la tête de la machine un masque de carton ; on lui chausse aussi des souliers de papier aux pieds et des gants aux mains. On met ordinairement dans la tête un globe chargé d’une matière lente.... On revêt de leurs propres peaux tous les animaux qu’on se propose de représenter. »
- Pour ce qui est du dispositif des artifices à l’in-
- Fig. 2.
- Fabrique de la Fortune. — La pièce monlée.
- térieur de l’enveloppe, Siemienowicz distingue deux systèmes, a II est, dit-il, quelques ingénieurs à feu qui se contentent de revêtir de cette enveloppe de carton un tuyau unique , lequel passe de bout en bout à travers le corps de la statue, comme on peut l’observer dans le dessin du simulacre de la Fortune. »
- Telle est la première manière. Voici la seconde : « Certains pyrotechniciens emplissent dextrement les bras, les cuisses, les mains et les pieds de leurs statues de fusées courantes ou de pétards, ou bien de tuyaux fort artistement arrangés, lesquels se communiquent successivement le feu par de petits canaux qui le portent de l’un à l’autre jusqu’à la
- consomption du dernier. Cet ordre-ci se peut voir en le dessin du simulacre de Bacchus, tenant un calice à feu de chaque main. »
- Inutile de décrire en détail l’économie des fabriques représentées figures 4, 2, 3, 4, lesquelles figures s’expliquent toutes seules.
- La plus grande fabrique pyrotechnique de cette époque est celle qui fut organisée en 1628 à Paris, en l’honneur de Louis XIII, lors de son retour du siège de La Rochelle. En voici la description d’après Grodicki, grand maître de l’artillerie du royaume de Pologne : « Henry Clamer, de Nuremberg, avait, dit-il, fait élever au milieu de la Seine comme un grand rocher, qui paroissoit inaccessible pour ses
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- Fig. 3. — Fabrique de Bacchus. — Dispositif des éléments * d’artifices.
- Fig. 4. — Fabrique de Bacchus. — Pièce montée vue extérieurement.
- escueils et espouvantable pour ses précipices; auquel il avait enchaîné une jeune damoiselle. Tout à l’entour d’icelle p aroissoient des nymphes, çà et là portant des flambeaux ardents.
- « Quelque temps après, il fit sortir de l’eau un espouvantable monstre marin duquel la hure estoit d’une forme effroyable, jettant feu et flamme par la geule et vomissant des flamesches et estincelles de feu en si grande abondance qu’il donnoit autant d’espou-vante que d’admiration. Cette horrible beste estoit portée avec le cours de l’eau vers le rocher, avec apparence de vouloir engloutir cette misérable victime qu’on luy avoit destinée. »
- Nous jugeons également
- Fig. 5. — La fabrique d'Andromède.
- 1, 2, détails de la pièce du Dragon. — 3, pièce montée.
- teur l’explication de la figure 5, qui s’analyse d’elle-même. Suivons la description :
- «-.... Comme elle (la bête, le dragon) vint pour aborder le rocher, on vit paraistre en l’air un jeune Héros, armé à l’advan-tage et monté sur un grand cheval ailé, courant à bride abatuë , lequel, présentant sa lance à cet effroyable monstre, s’en vint luy percer le corps de part en part. D’où sortirent après une grandissime abondance de feux d’artifice dont le monstre, le cavalier, le cheval et la damoiselle estoient composés. Ce qui dura l’espace de quelques heures sans cesser, pendant lesquelles ces corps envoyoient constamment en l’air des
- inutile de donner au lec- | feux d’artifice différemment préparés...
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- « Ce qui avoil fournyle subjet d’une si jolie invention estoit la fable d’Andromède. »
- 11 n’est point difficile de saisir le sens allégorique de cette fabrique compliquée. La représentation était donnée à l’effet de mettre sous les yeux du public « les véritables adventures et les hauts faits d’armes de nostre Roy très ehrestien, exeeutez pendant le siège de La Rochelle, lequel il nous representoit sous la forme de Persée.
- « Le Pégase allé que montoit ce feint libérateur donnoit a entendre la vertu martiale de ce grand monarque, tousiours munie des ailes de la vivacité de son esprit et d’une loiiable promptitude dans toutes ses entreprises.
- « Andromède estoit la véritable image de la Religion catholique, pour lors oppressée par les Protes-tans reformez de La Rochelle.
- « Le rocher estoit la ville de La Rochelle mesme, laquelle se faisoit assez connestre par ce mot de roche ou rocher.
- « Enfin, le monstre marin mis à mort par Persée et cette Andromède délivrée ne signifioient autre chose que la Religion catholique destinée à la mort par les Huguenots ses ennemis, et mise en liberté par la prise de la ville; les Protestans réduits sous le joug et leur propre religion punie, estouffée et tout k fait esteinte par le secours de notre généreux Persée. »
- C’est ainsi que, au dix-septième siècle, la pyrotechnie concourait k la célébration des fêtes publiques. Lieutenant-colonel Hennebert.
- CHRONIQUE
- Oscillations des niveaux, causées par des
- tremblements de terre. — À l’occasion de la détermination des différences de longitude entre Berlin, Bres-lau et Kœnisberg, on a constaté simultanément dans ces trois stations, le 2 août 1885, vers 11 heures du soir, une oscillation insolite des niveaux à bulle d’air, causée, comme on l’a su plus tard, par un tremblement de terre éloigné. Avant d’entrer dans des détails circonstanciés sur cette curieuse observation, M. Àlbrecht, dont le Bulletin astronomique résume un travail récent, rappelle une série d’observations analogues, parvenues à sa connaissance. C’est d’abord celle d’Argelander, du 28 septembre 1849 (publiée en 1871) ; on a vu, pendant une demi-heure, les niveaux du cercle méridien et des collimateurs agités par des oscillations qui duraient de six à sept secondes et dont l’amplitude initiale dépassait 5". Quant à la cause du phénomène, qu’on était porté à chercher dans une secousse de tremblement de terre, les informations manquent pour l’établir avec certitude. A Poulkova, des phénomènes analogues ont été constatés six fois : trois fois par M. .Wagner (le 16 février 1861, le 3 août 1863, le 20 septembre 1867) ; une fois par MM. Fuss et Groinadski (4 avril 1868) ; une fois par M. Romberg (19 octobre 1874) ; une fois par M. Nvrén (10 mai 1877). Les oscillations observées en 1867, d’une amplitude de 3", coïncidaient avec un tremblement de terre ressenti a Malte ; la secousse avait parcouru plus de 26° en treize minutes. En 1868, un tremblement de terre était constaté dans
- l’Asie centrale, à l’heure même où il affolait les niveaux à Poulkova. En 1874 et en 1877, les heures des observations correspondaient à des tremblements de terre ressentis dans l’Amérique du Sud (Guatemala, distance 92°; Iquique, distance 112°). Les vitesses de propagation auraient été de 5 à 4 kilomètres par seconde. Le 2 août 1885, les oscillations des niveaux ont persisté pendant un quart d’heure ; leur période a été d’environ cinq secondes ; l’amplitude a atteint 2" à Berlin, 4" à Breslau, 7" à Kœ-nigsberg. Quelques jours plus tard, on a su qu’un fort tremblement de terre avait été ressenti dans le Turkestan, dans la nuit du 2 au 3 août. La secousse avait mis vingt-quatre minutes à parcourir une distance de 41°, ce qui donnerait une vitesse de propagation de 5km,2 par seconde. La grandeur des vitesses constatées dans toutes ces occasions semblerait prouver que le foyer d’ébranlement se trouvait toujours à une certaine profondeur. Il y aurait intérêt à ce que toutes les perturbations de cette nature fussent signalées par des appareils enregistreurs.
- La basse-cour en Égypte sous les Ptolémée».
- — D’après les documents écrits sur papyrus que possède le Louvre, les anciens Égyptiens élevaient les oies dont la chair était par eux fort estimée. On sait d’autre part, et de très nombreux témoignages le prouvent, que dans la plus haute antiquité l’oie fournissait aux habitants de la vallée du Nil un de leurs principaux aliments. Dès la cinquième dynastie, les tombes du haut Empire nous montrent à l’œuvre le nourrisseur d'oies. Cet industriel éleveur employait déjà à cette époque, pour engraisser ses volailles, le gavage forcé, remis en honneur de nos jours par nos compatriotes. Le Poussin rappelle qu’à l’Exposition universelle de 1867, on pouvait voir sur les peintures murales du tombeau de Ti, la représentation de l’engrais-seur de volaille égyptien sur l’une des parois intérieures du temple, si industrieuseinent élevé sous la direction du savant égyptologue, notre compatriote Aug. Mariette-Bey.
- Filaments de plomb. — Le procédé suivant a été imaginé il y a quelques années par M. Cookson, de Newcastle, pour obtenir le plomb sous forme de filaments très ténus, en vue d’une application aux piles secondaires. On fond le plomb dans un creuset placé à une certaine distance du sol et duquel sort un tube de lm,80, terminé par une sorte de pomme d’arrosoir. Ce tube est maintenu sur toute sa longueur à une température élevée, de sorte que le métal ne peut se solidifier pendant son passage. Le plomb fondu s’écoule par petits jets qui se figent à l’air et forme une masse enchevêtrée ressemblant à de la mousse de plomb. Il faut observer certaines précautions pour que le métal soit à la température voulue dans le creuset et dans le tube, mais c’est la seule difficulté. Chez M. Cookson, les frais de production de ces filaments de plomb ne dépassaient pas 2 francs 50 centimes par tonne, en outre du prix du métal en saumons.
- L’éclairage électrique de l’Hôtel Continental.
- — Nous avons décrit précédemment la. grande machine dynamo, construite par la maison Bréguet, qui sert à l’éclairage de l'Hôtel Continental; nous avons dit que cette machine faisait fonctionner des lampes du système Edison. Ce sont bien en effet des lampes électriques à incandescence, mais des lampes Gérard. L’éclairage du grand salon de lecture de la galerie des fêtes et des deux grandes salles des fêtes, est fournie par 500 lampes Gérard de 20 à 10 bougies. Cette partie de l’installation a été faite au mois de septembre dernier. Depuis, les lampes électriques ont été mises en service dans les salles du café, du restaurant et de la table d’hôte, ce qui porte ac-
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- tuellement le service d’éclairage à 650 lampes. Leur nombre doit être encore considérablement augmenté.
- Émulsion au gélatino-chlorure pour épreuves transparentes. — M. Tondeur a présenté à la dernière séance de la Société française de photographie, une émulsion au gélatino-chlorure d’argent qui peut rendre de grands services aux amateurs. Elle n’exige qu’un temps de pose très court, une à dix secondes à la lumière. Elle se développe, soit au feu, soit aux alcalins. Elle peut acquérir, sans virage aucun, et suivant le développement employé, des tons agréables et chauds. La finesse est très grande et la transparence parfaite. Elle est donc éminemment propre pour le tirage des projections, des positifs par transparence, des vues stéréoscopiques sur verre. Elle sera certainement appréciée des personnes qui se servent de chambres de très petit format ; elles pourront, en effet, faire à bon compte, des épreuves charmantes qu’elles pourront montrer considérablement agrandies, au moyen d’une lanterne à projection.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 mars 1887. — Présidence de M. Janssen.
- Fluorescence de l'alumine. — Il résulte des dernières expériences de M. Lecoq de Boisbaudran que l’alumine pure n’a, par elle-même, aucune fluorescence rouge, qu’on l’étudie dans les tubes de Crookes ou dans le phospho-roscope. Elle émet simplement une lueur bleue à peine violacée et la lumière rouge est due tout entière aux traces d’oxyde de chrome qui y sont ordinairement mélangées. L’auteur a opéré sur de l’alun ammoniacal qu’il a successivement fait cristalliser sept fois, la substance étant reprise par le moins d’eau possible additionnée d’acide sulfurique. Les eaux mères évaporées ont donné parcontre un produit dont la fluorescence rouge était bien intense.
- Théorie des trombes. — Dans la dernière séance, M. Rey de Morande avait signalé les hypothèses de MM. Legoarant de Tromelin et Schweedoff comme devant être prises en grande considération dans la théorie des trombes. M. Faye déclare aujourd’hui que son avis est tout différent. 11 s’agit ici du tourbillon des fumeurs, c’est-à-dire de ce tore de fumée qui s’exhale parfois d’une pipe ou d’une cheminée de locomotive, et qu’on produit si constamment en faisant dégorger au travers de l’eau des bulles de l’hydrogène phosphoré spontanément inflammable. M. William Thomson s’est, pour ainsi dire, épris de ces anneaux gazeux ; il en a fait connaître l’élasticité et la persistance; il en a tiré la base de sa théorie atomique et la notion de son atome tourbillon. M. Schweedoff, bien que la propriété fondamentale des tores dont il s’agit soit d’être insécable, suppose un tourbillon de fumeur coupé et déplié de façon que son axe devenu rectiligne soit vertical et se prolonge depuis la surface du sol jusqu’aux dernières limites de l’atmosphère. Une fois ces impossibilités admises, le professeur d’Odessa explique sans peine toutes les particularités des cyclones. Tout le monde sera de l’avis de M. Faye, jugeant qu’une théorie dont la base est aussi inacceptable ne saurait mériter une discussion spéciale.
- Le fer météorique de Fort Duncan. — La collection de météorites du Muséum s’étant enrichie récemment d’un bel échantillon de fer météorique découvert en 1882 au Texas, près de Fort Duncan, je l’ai soumis à une étude minéralogique. Le métal est identique à tous égards à
- celui dont est faite la célèbre masse tombée le 14 juillet 1847 à Braunau en Bohême. J’y ai trouvé 92,02 de fer pour 6,10 de nickel, avec traces sensibles de cobalt, et 1,80 d’un résidu insoluble où dominent de petites aiguilles cristallines du phosphure connu sous le nom de rhabdite. Dans le métal se présentent des amas de pvrrha-tine ; le sulfure de fer y est associé à une quantité fort notable d’un minéral rare jusqu’ici, le sesquisulfure de chrome. Guidé par les identités précédemment mentionnées, j’ai retrouvé ce sulfure dans le fer de Braunau.
- Le pouls des morphinomanes.- — De curieux tracés sphygmographiques fournis par des morphinomanes sont présentés par M. Vulpian au nom de MM. Balle et Jen-nings. Les auteurs signalent trois types parmi ces tracés : ceux qui correspondent à la période de satisfaction, à la période de besoin ou à l’état de fièvre caractérisée qui résulte d’une trop longue privation de morphine. Dans tous les cas on observe un large plateau qui suit l’ascension résultant de la systole et qui est si particulier qu’il pourrait, suivant les auteurs, démasquer un morphinomane qui, dans un intérêt quelconque, chercherait à dissimuler son vice. On voit donc que l’alcaloïde n’apporte pas seulement une perturbation dans les facultés cérébrales, mais qu’il trouble la fonction de tous les viscères.
- Températures morbides. — D’après M. Langlois, l’élévation de température chez les enfants malades, qui peut aller de 4000 calories à 4800 par kilogramme, est due, non pas comme on l’a dit quelquefois, à une diminution dans la déperdition du calorique, mais réellement à une thermogenèse augmentée.
- Le microbe de la fièvre jaune. — Dans la salle des Pas-Perdus une petite table est encombrée de flacons et de tubes où pullulent, paraît-il, les micro-organismes qui déterminent chez l’homme la fièvre jaune : ils sont là à l’appui d’un mémoire de MM. Domingo Frère, Gibier et Rebourgeon, que M. Vulpian analyse. Le microbe est en chaînettes mobiles et flexueuses cultivables dans le bouillon ou dans la gélatine peptonisée. Son développement est accompagné de la production de ptomaïnes analogues à celles des vomissements noirs du vomito negro. Leur inoculation à des cobayes, à des lapins, à des oiseaux, a déterminé la maladie. En huit ou dix jours, ils perdent leur virulence dans les bouillons de culture et fournissent dans l’intervalle un liquide propre aux vaccinations préventives. Le nombre des personnes vaccinées à Rio-Ja-neiro dépasse, dit-on, plusieurs milliers ; les insuccès seraient prodigieusement rares.
- Le tremblement de terre du 23 février. — Fixé depuis longtemps à Antibes comme directeur du Jardin botanique de la villa Thuret, M. Naudin a observé le phénomène. Il signale dans le port un abaissement momentané d’un mètre au niveau de la mer. Suivant lui, les théories proposées jusqu’ici sont insuffisantes, et, dans sa pensée, la secousse terrestre résulterait d’une espèce de décharge électrique émanée des profondeurs. Plusieurs membres, et M. Fouqué entre autres, protestent énergiquement contre une pareille supposition. De Morges, M. Forel écrit une lettre afin de rappeler que dans l’opinion de M. de Ghancourtois les tremblements de terre orogéniques étaient liés aux explosions de grisou. Comme conclusion il propose chaque fois qu’il y aura un tremblement de terre d’inviter les mineurs de houille à redoubler de précaution. M. Devaux, consul de France à Gênes, et M. Tamburini, vice-consul à la Spezzia, communiquent sur le phénomène des détails qui ne sont pas analysés par le secrétaire.
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- Varia. — M. Branly étudie l’emploi du gaz d’éclairage au point de vue de la photornétrie. — Au sujet des canaux semi-circulaires, M. Viguier formule une réclamation de priorité contre M. Delage. — Une jolie série de modèles, adressée par M. Marey, représente les diverses allures du goéland durant le vol. — M. Dautrelay réclame contre M. Muntz à propos de la culture des topinambours. — D’après M. L’Hôte, le raisin et le vin renferment une quantité notable d’alumine. — Une très importante lecture est faite par M. Germain Sée relativement à des expériences sur les mouvements rythmiques du cœur.
- Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- UN TOUR 1)E DÉS
- Ce tour, qui étonne toujours beaucoup les personnes auxquelles on le fait pour la première fois, est basé sur un petit calcul très simple. 11 y a peu de gens qui se rendent compte de la façon dont sont disposés les points sur les six faces d’un dé à jouer, et beaucoup s’imaginent qu’on les place au hasard. Il n’en ést rien. Ils sont arrangés suivant une certaine méthode, et leur disposition est telle, qu’en additionnant deux faces opposées , on irouve toujours 7 comme total. C’est là le point de départ de notre tour. Il se fait avec deux dés, et c’est par conséquent 14 qu’on trouvera comme total, en additionnant les faces opposées.
- Ceci posé, voici comment on opère : après avoir jeté les dés sur une table et fait constater le point obtenu, 5 par exemple, on les saisit entre le pouce et l’index (fig. 1). L’opérateur connaît dès ce moment, par une simple soustraction, le point du dessous, 9; mais il a bien soin de ne pas le montrer. 11 retourne vivement la main pour lui faire prendre la position indiquée figure 5 ; mais pendant ce mouvement, il a fait pivoter les dés d’un quart de tour entre ses deux doigts, en relevant légèrement le pouce et abaissant un peu l’index, comme l’indique la figure 2 ; il montre donc (fig. 3) aux assistants, un point, 8 par exemple, que ceux-ci croient être celui du dessous, mais qui en réalité est celui d’une des faces latérales. Il fait bien constater ce point, puis reprend vivement la position n° 1, et pendant
- ce mouvement il fait de nouveau pivoter les dés en sens inverse, en abaissant légèrement le pouce et relevant un peu l’index (fig. 4) de manière à les ramener dans leur position primitive. (On arrive très facilement à faire ces mouvements avec une grande rapidité, pendant que la main passe d’une position à l’autre, et à les rendre absolument imperceptibles.) Il dit alors : « Je viens de vous faire constater que le point du dessous est 8; eh bien, nous allons changer ce nombre : nous allons y ajouter un point » ; et il prie un des assistants de frapper un coup avec l’index sous les dés, comme pour y coller le point supplémentaire ; puis il les repose aussitôt sur la tabl^(fig. 5) en faisant remarquer qu’il ne fait aucun mouvement qui puisse les déranger, et que le point du dessus est toujours bien le même qu’au commencement. Il invite alors quelqu’un à retourner les dés, et on voit avec stupéfaction qu’il y a bien
- 9 points au lieu de 8.
- Il est clair que dans certains cas, au lieu d’ajouter un ou plusieurs points, il faut en retrancher. Si on a, par exemple, au commencement 12, et que le faux point qu’on montre soit 9 ; comme on sait que le vrai point du dessous est 2, on priera la per-sonne appelée comme aide, d’effacer 7 points avec son doigt au lieu d’en ajouter.
- Enfin, il y a certaines positions de dés pour lesquelles le tour ne peut se faire : c’est quand le faux point et le vrai point du dessous sont égaux. Ainsi quand le point du dessus est 10, par 6 et 4, de telle sorte que la face latérale qui est contre le pouce soit le double 5, on se trouve avoir pour le faux point 4 (par le double 2) et pour le vrai point du dessous 4 (par 3 et 1).
- On ne peut donc pas proposer aux spectateurs d’ajouter ou de retrancher un certain nombre de points a celui qui a été constaté.
- Il faut alors avoir recours à l’un des mille moyens employés par les prestidigitateurs lorsqu’ils sont embarrassés. Il y en a un bien simple; c’est de laisser tomber les dés comme par maladresse, et de recommencer avec un autre point. Dr Z...
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Un tour de dés. — Figures explicatives.
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- .V 722. — 2 AVRIL 1887.
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- L’ÀUTOGRAPHOMÈTRE
- Chacun sait combien généralement sont longues, laborieuses, pénibles et délicates les opérations nécessitées par le lever topographique et le nivellement d’un lieu. Sans compter le travail de cabinet qui n’est pas la partie la moins ardue, les opérations sur le terrain sont sujettes à être interrompues souvent par le brouillard, la pluie, le vent ou simplement la tombée du jour.
- L’appareil que nous allons décrire, imaginé par MM. Panon et Floran de Villepigue ingénieur, est destiné à relever très vite et en les dessinant simultanément à une échelle connue, la topographie et le nivellement d’un lieu quelconque, en se mettant a l’abri des divers inconvénients que nous venons de signaler. Il porte le nom d’autographomètre (ocutoç, lui-même; Ypacpsiv, écrire ; psrpov , mesure). Comme le montre la gravure ci-contre (tig.l), il consiste en une sorte de petite voiture basse de 0m, 8 Ode large sur 0m,80 de long environ, montée sur trois roues. Il suffit de tramer cette petite voiture dans . une direction indiquée, pour en relever automatiquement la topographie et le nivellement. En principe l’appareil fonctionne de la manière suivante. Les roues de la voiture servent de moteur à-un dispositif, entièrement abrité et caché, qui dessine à une échelle déterminée deux diagrammes, l’un représentant le relevé des angles et des éléments de chemin, l’autre les accidents de terrain. De distance en distance, de kilomètre en kilomètre par exemple, une sonnerie électrique, ou autre signal, avertit le conducteur du véhicule que le papier est entièrement dessiné et qu’il y a lieu de placer de nouvelles feuilles.
- Le fonctionnement de l’appareil en marche est des plus curieux. Il nous a été donné d’assister a une expérience publique faite récemment à Courbevoie en présence de quelques ingénieurs et autorités civiles et militaires. Un seul opérateur suffit à lever la topographie et le nivellement d’une ligne donnée. Le seul soin qu’il ait à prendre est de tirer régulièrement et sans à-coup la voiture; sa seule fatigue est celle qui résulte de la traction de ce véhicule dont le poids n’atteint pas 100 kilogrammes et qui 15» année. — 1er semestre.
- pourrait d’ailleurs être bien diminué. Le papier employé pour inscrire les diagrammes est du papier couché au blanc de zinc. Les crayons sont de simples fils de cuivre taillés en pointe mousse. Ces crayons n’ont pas, comme les crayons en plombagine, à être retaillés et donnent toujours un trait noir fin et régulier.
- En remplaçant le papier par du celluloïd en lame mince, l’appareil peut fonctionner entièrement baigné dans l’eau. C’est une propriété curieuse qui peut avoir son application. 11 est bon de remarquer aussi que l’on peut opérer de nuit pour ainsi dire : il suffit que l’opérateur y voie assez pour se diriger suivant la route dont il veut faire le lever. L’appareil étant complètement fermé, une pluie accidentelle ne saurait entraver l’opération. Cette fermeture met en tous cas les tracés et le mécanisme à l’abri des chocs accidentels et des regards indiscrets.
- Nous lèverons le couvercle de la boîte, pour donner à nos lecteurs la faculté d’examiner à loisir le fonctionnement des différentes pièces du mécanisme.
- Les croquis ci-après (fig. 2, élévation n° 1 et plan n° 2) montrent suffisamment les positions relatives des différentes pièces : l’explication que nous allons donner peut se suivre très aisément sur les figures. Une partie de l’appareil est destiné à enregistrer le plan du chemin parcouru, c’est-à-dire, les éléments du chemin et les angles que ces éléments font entre eux — l’autre partie enregistre le profil en long, c’est-à-dire la longueur et le nivellement du chemin parcouru.
- Voici comment s’enregistre le plan. — Quand la voiture est tirée en ligne droite sur le sol, les trois roues R,R', R", placées aux trois sommets d’un triangle isocèle se meuvent dans des plans parallèles en décrivant des chemins égaux. Les roues R" à l’aide des roues d’engrenage H et H', reliées par la chaîne Gall. g, fait tourner la vis o par l’intermédiaire de l’équipage hélicoïdal Y,H" et conique X,X' : les roues X' et II" sont reliées ensemble et tournent folles sur l’axe vertical V de la roue R". Cet axe V tourne dans la culasse D du col de cygne du châssis C et est relié à la bielle de traction W. La vis 0 fait tourner d’une part un cylindre V dont nous reparlerons et de l’autre s’engage dans un écrou à charnière O" maintenu
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- Fig. 1. — L’autographomètre. (D’après une photographie).
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- dans une glissière 0'. Cet écrou ne peut tourner quand l’arbre 0 tourne, il sera donc animé d’un mouvement longitudinal sur la vis. 11 porte un crayon T qui vient tracer un trait continu dirigé suivant un rayon, sur un papier posé sur un plateau circulaire horizontal S.
- Le plateau S reste lixe tant que la voiture suit une ligne droite, mais dès qu’elle tourne, la différence de vitesse prise par les deux roues R et R' agit sur le plateau et le fait tourner d’un angle égal à celui qu’a décrit la voiture. Pour obtenir ce résultat, les deux roues R et R' sont indépendantes ; l’une est calée sur un arbre fileté E qu’elle entraîne , l’autre R' folle sur cet arbre entraîne avec la même vitesse, mais en sens inverse, par suite de l’action des deux engrenages G solidaire de R', et G', un arbre fileté E', parallèle au premier. Entre les deux arbres E,E' se trouve une roue hélicoïdale 1 fixée sur une glissière horizontale J qui, par les paliers Q, coulisse sur les deux arbres E,E'.
- Cette roue peut tourner sur son axe êt forme écrou mobile par rapport aux arbres filetés E,E'. Ces deux arbres ont évidemment la même vitesse que les roues R,R'. Si l’une de ces roues tourne plus vite que l’autre, l’arbre correspondant tournant aussi plus vite, entraînera la roue-écroue I avec lui. Ce mouvement de translation se transforme sur le plateau S en mouvement de rotation, par l’intermédiaire du double secteur K à tracé et directrice cycloïde U. Ce secteur est mobile autour du même axe vertical que
- Fig. 2. — Détails de l’autographomètrc. — N° 1. Élévation. N° 2. Plan. — N” 5. Boîte en fonte portée sur le châssis.
- la roue I et engrène avec un
- pignon P calé au centre du plateau S, qui tourne alors d’nn certain angle dès que les roues R et R' prennent des vitesses différentes, c’est-à-dire dès que l’on fait tourner le véhicule.
- Le crayon T qui traçait sur le plateau S un rayon oa tracera un arc de cercle (ab) chaque fois que le plateau tournera; arc de cercle dont l’angle au centre mesure l’angle de rotation du plateau et par suite celui de la voiture. Si ensuite la voiture est traînée en ligne droite, le crayon tracera un nou-
- e d j
- Fig. 4. — Diagramme représentatif du profil en Ion;
- veau rayon tel que bc, et ainsi de suite une série de droites et d’arcs de cercle, ou la résultante des deux mouvements (<?/), dont l’ensemble oabcdefghijk (fig. 3) sera un diagramme, d’où l’on pourra tirer rapidement et exactement tous les éléments du plan du chemin que l’on a parcouru. Voyons maintenant comment s’enregistre le profil en long.
- Nous avons vu que la roue R" faisait tourner le cylindre V par un filet de vis de l’arbre 0 et une roue hélicoïdale portée par lecylindre lui-même. Si on suppose qu’un crayon T' s’appuie sur ce cylindre , il tracera une droite horizontale continue dont la longueur sera dans un rapport déterminé avec le chemin parcouru. Supposons maintenant ce crayon intelligent, c’est-à-dire sachant monter ou descendre par rapport à l’horizontale qu’il tracerait s’il était fixe, et cela suivant les pentes et rampes qu’offre le terrain sur lequel on conduit l’appareil et voilà tracée une ligne continue abcdefgh ij k (fig. 4) avec des pentes et des rampes égales en ordonnées à celles du terrain. 11 ne reste plus qu’à dérouler le papier qui recouvre le cylindre Y et on a, à une échelle déterminée, le profil en long du chemin parcouru.
- La partie intelligente du crayon, son cerveau, pour ainsi dire, est constituée par une boîte en fonte i, portée latéralement sur le châssis de la voiture. Cette boite (fig. 2, n° 3) contient à l’intérieur un tambour circulaire en tôle mince assujetti à tourner autour d’un axe co et portant à sa partie supérieure une masse m en bois. Dans une rainure latérale glisse, entre plusieurs petits galets de roulement destinées à diminuer le lrottement et disposés de façon à supprimer le jeu en tout sens, une tige cylindrique r portant le crayon inscripteur T' du cylindre V. Cette tige est reliée au tambour par deux lames minces en acier qui se croisent et s’attachent en o et n', p et n, sur le tambour et la tige. Ces lames sont tendues à l’aide d’un artifice et l’on obtient ainsi une liaison élastique et sans jeu entre le tambour et le crayon,
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- On remplit alors la capacité intérieure entière- j ment de mercure. L’ensemble formé par le tambour t j et la masse m constitue un corps flottant au sein j d’un liquide : corps tlottant assujetti à tourner autour d’un axe qui est le centre de poussée. Il en résulte que le centre de gravité de l’ensemble devra toujours se trouver sur la verticale qui passe par cet axe w. Si donc la voiture s’incline dans un sens ou dans l’autre, en même temps le tambour intérieur tournera du même angle en sens inverse, pour que son centre de gravité soit toujours sur la verticale passant par l’axe w. Ce mouvement circulaire du tambour se transmet intégralement en se transior-mant en mouvement rectiligne vertical, au crayon T' qui s’abaisse quand le véhicule monte une rampe et s’élève quand il descend une pente.
- En assemblant les deux diagrammes que fournit l’appareil, on peut donc très rapidement donner à une échelle quelconque le plan et le profil en long du chemin parcouru. Il suffirait, d’ailleurs, de faire varier les rapports des engrenages X,X' pour avoir directement le profil en long à une échelle fixée d’avance. On n’a plus alors qu’à traduire le diagramme représentatif du plan.
- Cet appareil demande à être construit avec grand soin, mais avec les progrès faits aujourd’hui en petite mécanique, ce n’est pas là une difficulté.
- Bien que l’essai public de Courbevoie ait montré quelques légères imperfections dans l'a construction et le fonctionnement du plateau S, nous pensons qu’un appareil du genre de l’autograpliomètre est appelé à rendre de réels services dans des cas spéciaux.
- M. A. C. Ingénieur.
- AURORES BORÉALES
- Le mois de février a été caractérisé par des aurores boréales, extraordinairement brillantes, qui se sont montrées surtout à Kirkwal, Orcades (Écosse) ; les rayons se sont projetés si loin du centre, et si subitement, que plusieurs fois ces phénomènes ont effrayé les paysans, qui les prenaient pour des éclats de foudre (éclairs sans tonnerre) et craignaient un orage. Le beau spectacle qui s’est reproduit pendant plusieurs nuits a été admiré par des milliers de personnes. Ce phénomène a coïncidé avec un vent d’est (avec quelque brouillard et de la gelée) qui a duré dix à onze jours à Londres et qui s’est terminé, le 18 février, avec de la pluie. C’est pendant la semaine qui a précédé le 18 février que ces splendides aurores boréales se sont montrées en Écosse, tandis qu’à Paris, à Vienne (Autriche) et à Rome, il y avait de la neige.
- PROJET DE TRAIN CONTINT
- pour l’expositio.x UNIVERSELLE DE i88y
- La diminution de la fatigue des promeneurs est une question de première importance pour le succès des Expositions universelles. Pour réunir les conditions idéales de bon fonctionnement, une exposition devrait présenter de vastes espaces pour les exposants, de petits parcours pour les visiteurs,
- C’est ce problème d’apparence un peu paradoxale que M. Eugène Uenard, architecte-ingénieur, a cherché à résoudre dans son projet de train continu. Il y a quelques années, un ingénieur américain a publié dans les journaux des États-Unis la description d’une plate-forme mobile sans fin. Il s’agissait d’un long viaduc métallique dont le tablier roulait sur des galets. Le projet que nous allons décrire part du même principe, d’une surlace de plancher indéfinie et mobile transportant des voyageurs, mais il diffère notablement, par la disposition d’ensemble et par les détails, de la plate-forme américaine. Celle-ci n’est accessible que de distance en distance par des escaliers où la foule se presse nécessairement en se bousculant et qui, d’ailleurs, exigent des efforts pour être gravis. Si le promeneur est forcé de monter ou de descendre plusieurs fois dans la même journée, il perd, dans le sens vertical, l’économie de fatigue que la plate-forme lui aura procurée dans le sens horizontal. M. E. Uenard, au contraire, propose de mettre la plate-forme de plain-pied au ras du sol et de la rendre accessible gratuitement et sans aucune formalité sur tous les points de son parcours. La réalisation de l’idée serait très simple et très économique. Le train continu consisterait dans un long chapelet formé de 320 wagons plats de marchandises recouverts d’un plancher de bois de 3m,10 de largeur. Ces wagons rouleraient sur une voie ordinaire de chemin de fer placée au fond d’une petite tranchée maçonnée de 1,45 de profondeur sur 2,80 environ de largeur. Des panneaux en bois formant trottoirs permettent en se rabattant de couvrir cette tranchée en cas de réparation du train (tig. 5). Le train continu traverserait tous les jardins du palais du Champ-de-Mars et transporterait les visiteurs du bord de la Seine à l’Ecole militaire et vice versa. Son parcours total serait de 2080 mètres. À la première inspection de ce projet une objection se présente aussitôt à l’esprit. Ce long ruban à fleur de terre ne va-t-il pas créer une-barrière mouvante infranchissable et dangereuse? Et comment fera-t-on pour la traverser ?_ 11 suffit, pour répondre à cette objection plus spécieuse que réelle, de faire remarquer que la plate-forme remplit deux conditions essentielles qui assurent son passage facile : 1° une vitesse très faible (lm,40 par seconde au maximum) pour permettre l’accès ou le passage de la plate-forme même pendant sa marche aux individus jeunes et agiles; 2° des arrêts fréquents et périodiques (quinze secondes toutes les minutes) indiqués par des signaux pour laisser monter, descendre ou traverser les femmes, les enfants ou les visiteurs plus âgés ou plus timorés. En outre tous les cent mètres se trouvent des passerelles de passage permanent. Le seul inconvénient de cette plate-forme, et il ne faut pas le dissimuler, est donc d’exiger, dans certains cas, une attente d’une minute pour la “traverser ; mais cette attente est infiniment moins longue que celle qu’on serait obligé de subir pour prendre , place dans un tramway ou dans tout autre moyen de
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- transport ; c’est une nécessité à laquelle il faut s’habituer. Mais cette légère servitude une fois acceptée, les avantages qui en découlent sont immenses et incalculables. Par le fait même de l’accès de plain-pied, le public a constamment à sa portée, gratuitement, sans bousculade, sans queue à suivre, sans appel de numéros, sans iormalités, un moyen de transport qu'il peut prendre ou quitter à tout instant • et dans tous les points du parcours. Il lui suffit de faire une seule enjambée pour être transporté, sans fatigue, d’un point quelconque à un autre distant de plus d’un kilomètre. La super-, licie du Champ-de-Mars se trouve réduite des 4/5 au point de vue des efforts à faire pour la parcourir. En une demi-heure, arrêts compris, le visiteur peut faire le tour de l’Exposi-lion et en saisir l’ensemble. Combien de ceux qui ont vu l’Exposition de 1878 ne pourraient pas en dire autant ! L’élément de recettes suflisant pour couvrir les frais de l’entreprise serait fourni par des places assises payantes placées , soit sur la plateforme, soit sur des terrasses suspendues aménagées en cafés roulants (fig. 2).
- Ce qui caractérise ce projet, c’est sa facilité d’exécution. Une tranchée très simple à construire, des wagons de chemins de fer, des machines dynamo-électriques et des téléphones, tels sont les éléments constitutifs du système. L’emploi du matériel roulant des chemins de fer comme sup-
- port de plate-forme écarte tout aléa de fonctionnement. La traction peut être facilement calculée. Elle serait assurée par une série de machines dynamos
- réceptrices placées de distance en distance sur la chaîne des wagons et recevant l’énergie électrique de génératrices fixes. La force totale à fournir aux génératrices n’excéderait pas 640 chevaux. La sécurité des voyageurs est obtenue au moyen de poste de surveillants échelonnés tout le long de la ligne et en communication téléphonique avec un poste central directeur. Chaque surveillant, en cas d’attroupement dangereux ou de chute grave, peut arrêter instantanément le train au moyen d’un circuit spécial et la plateforme ne peut se remettre en marche que lorsque le libre parcours est consenti par l’unanimité des surveillants (fig. 1 ) .Nous ne pouvons nous appesantir sur les dispositions de détail des conducteurs métalliques, des appareils de réglage pour la vitesse et pour la distribution de l’énergie motrice, tout cela nous entraînerait trop loin. Nous conclurons en disant que le projet nous paraît consciencieusement étudié. La réalisation pourra-t-elle être exécutée? C’est ce que nous ne pourrions dire à présent et c’est ce qu’auront à décider les organisateurs de l’Exposition de 1889.
- X..., ingénieur.
- Poste central directeur
- •églent les périodiques !
- « fgwarrr u,rBhono
- GénéraVriçt ^
- [) Poste de surveilla nce . _
- Usine fixe de force motrice.
- E /io/fiEvSc.
- Fig. 1. — Figure théorique montrant la disposition générale du train continu.
- Fig. 3. — Coupe d’un fragment du train continu.
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- MACHINE A. ÉCRIRE
- HERRINGTON
- Nous avons eu souvent l'occasion de faire connaître à nos lecteurs différents types de machines à écrire depuis l'apparition de l’appareil Remington que nous avons décrit il y a déjà plusieurs années. Cette première machine, dont le fonctionnement était parfaitement régulier et dont la rapidité pouvait être remarquable puisqu’elle permettait à l’opérateur d’écrire deux fois plus vite que ne saurait le faire avec une plume le plus habile calligraphe, offrait et offre encore un seul inconvénient, c’est de nécessiter un mécanisme assez minutieux, fort bien exécuté d’ailleurs par le constructeur, mais faisant
- revenir l’appareil à un prix considérable ne plusieurs centaines de francs. Le petit système que nous allons présenter aujourd’hui et dont nous donnons le dessin ci-contre, n’est assurément pas aussi pratique et aussi parfait que la machine Remington et ses plus récents perfectionnements, mais il a cet avantage incomparable d’être d’un prix très modeste (il ne coûte pas 20 francs) et peut assurément rendre des services pour le travail du bureau quand on a pris l’habitude s’en servir.
- Cet appareil, imaginé par M. Herrington, consiste essentiellement en une roue tournant autour d’un axe et portant à sa circonférence les vingt-cinq lettres de l’alphabet avec les chiffres et les ponctuations. Ces lettres en relief passent à la partie supérieure du système, sous un petit rouleau T, qui a
- Petite machine à écrire, système llerrington.
- pour but <le les enduire de l’encre à imprimer. La roue qui porte les lettres, se tient à la main, elle peut se déplacer facilement de bas en haut et de haut en bas. Quand on veut imprimer la première lettre de la phrase qu’il s’agit d’écrire, on fait tourner la roue de manière à amener cette lettre au-dessus du papier, on descend la roue en ayant soin de faire pénétrer un cran inférieur dans une tige qui sert de guide et on imprime la lettre par simple contact sur le papier. Pour passer à la lettre suivante, on déplace la roue qui se relève d’elle-même sous l’action d’un ressort, vers la droite, en la faisant glisser d’un cran des crémaillères du cadre porteur. La main gauche appuie à ce moment sur un bouton qui permet de faire ainsi marcher le chariot imprimeur.
- La feuille de papier sur laquelle il s’agit d’écrire
- 1 Yoy. n° 197, du 10 mars 1877, p. 225. — Voy. aussi Tables des matières des dix premières années.
- est maintenue dans le cadre de l’appareil comme le montre notre figure; pour passer d’une ligne à la ligne suivante, on remonte le papier qui glisse à frottement doux dans le châssis de l’espace convenable.
- Nous avons eu entre les mains la petite machine de M. Herrington, et il nous a été facile de nous en servir, après quelques minutes de tâtonnements. On ne saurait assurément pas le faire fonclionner avec la rapidité de la machine Remington; mais à titre d’appareil bon marché et de curiosité utile et ingénieuse, elle nous a paru digne de figurer dans notre recueil.
- Nous devons ajouter que le petit appareil se démonte facilement; la roue d’impression se met à plat au-dessus du cadre, et le tout peut être enfermé dans une petite trousse très portative. G. T.
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- LE TREMBLEMENT DE TERRE
- D'J 25 FÉVRIER 1RS” , PANS I.K UOI.FK RE CÈNES 1
- NOTKS DÏ’X TKMOIN
- Le récent tremblement de terre du yolCe de Gènes, bien qu’il ne puisse être mis en parallèle avec les épouvantables catastrophes qui ont désolé, depuis les temps historiques, les contrées essentiellement volcaniques, a cependant laissé derrière lui des empreintes terribles de son passage. Une zone considérable encore troublée 'a ce jour par des secousses répétées ; toute une partie du littoral du golfe, la fertile et riante rivière, aujourd’hui couverte de ruines ; Diano, Oneglia presque entièrement détruites, tordues par le fléau; Savone, Albenga, Alassio, Porlo-Maurizio, Taggia, Bussana, fortement endommagées; près de 1000 victimes, 50,000 personnes restées sans abri, des pertes évaluées à 50 millions, tel est le lugubre bilan de la secousse du 25 février. Témoin de la catastrophe, enfermé encore actuellement dans l’aire sismique et même dans le voisinage du centre d’in-
- Fi". 1. — Ruptures d'une façade de maison, à Savone.
- Déplacement autour de son axe de la croix de la cathédrale de Savone.
- tensité, nous axrons pu recueillir sur les lieux mêmes les quelques observations que nous présentons aux lecteurs de La Nature, se rapportant au développement et aux effets extérieurs du phénomène.
- Chacun sait, par ce qu’en disent les nombreux auteurs qui ont écrit sur les tremblements de terre, que la secousse elle-même est généralement précédée d’un grondement souterrain, lugubre avertisseur du désastre qui va suivre. On compare la plupart du temps ce grondement au roulement du
- 1 Suite. Yoy. p. 20D et 232.
- tonnerre, ou encore, dans un autre ordre d’idées, à un cliquetis bruyant. « Tantôt, c’est un roulement ou un grondement sourd, — écrit l’un des auteurs les plus compétents en la matière, — d’autres fois, c’est un grincement, un cliquetis ou un bruissement 1 .» Cette définition, juste en principe, ne rend cependant que très imparfaitement le fracas inoubliable qui a cinglé, fùt-ce seulement pendant quelques secondes, les oreilles des témoins d’un semblable phénomène. I)e ce que j’ai observé moi-même, de'ce qu’ont observé à leur tour ceux de mes amis qui habitent sur le littoral, à Savone, à Diano, à Oneglia, le bruit précurseur de la première et grande secousse du 25 février trouverait assez exactement son équivalent dans le roulement sur rails d’un train colossal lancé à une vitesse immodérée. C’est un roulement, oui, mais le roulement d’une file de wagons gigantesques chargés de montagnes de ferraille, une véritable tempête de fer, ou bien encore la charge grandiose d’un régiment d’hommes d’armes géants, secouant au vent leurs armures et écrasant le sol sous le battement des sabots de leurs coursiers. Si exacte, du reste, me semble encore la première comparaison que j’ai cherché à établir entre le bruit souterrain et le roulement d’un train en marche, que, la première secousse du 25 février s’étant fait sentir à Cengio à 6 h. 25 m. du matin, heure précise du passage, sous mes fenêtres, du train qui se dirige de Savone sur Turin, je ne cherchai point, au premier moment, d’autre explication à ce bruit qui me semblait parfaitement régulier, s’il ne se fût brusquement accru jusqu’aux proportions effrayantes du phénomène précurseur du tremblement de terre.
- Le plus souvent, les mouvements du sol apparaissent en même temps que le fracas souterrain; dans d’autres cas, au contraire, ils ne se font sentir qu’après le grondement, et en certains cas même, très rares, le son suit l’ébranlement au lieu de le précéder, lorsqu’il dépasse le cercle d’extension des secousses. Dans le tremblement du 25 février, le bruit a précédé la secousse d’une manière très nette, et il avait été possible de noter distinctement les phases successives de croissance et de décroissance du roulement souterrain avant d’être abasourdi par le vacarme des portes et des meubles dansant sur le sol violemment déplacé par les oscillations.
- Les ruines qu’a laissées derrière elle la secousse du 25 février, permettent de se rendre compte, au
- 1 E. Fuchs, Les Volcans et les tremblements de terre. (Bibliothèque scientifique internationale.)
- Fig. 5. — Déplacements et ruptures d’une cheminée d’usine, à Savone.
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- moins approximativement, de la nature des mouvements qui la composaient. Aussi bien pour l’oscillation maximum que pour celles qui suivirent jusqu’à la fin du mois, la sensation éprouvée répondait | parfaitement à des oscillations verticales, ou de suc- j cussion, entremêlées avec des oscillations horizon- j taies ou ondulatoires. Actuellement, quinze jours j après l’apparition du phénomène, il semble que les ' mouvements soient plus nettement ondulatoires, ce j qui répond, du reste, à la période de décroissance j dans laquelle est entré le phénomène. Les nombreuses déchirures que l’on compte par centaines sur la façade des édifices même les plus résistants, comme à Savone, montrent bien cette prédominance du mouvement vertical sur les lieux qui ont eu à supporter le maximum d’intensité de la secousse. En certaines régions, il y a eu un réel déplacement vertical d’une partie des édifices, déplacement visible à l’œil nu. Nombre de traces de violents mouvements horizontaux se montrent toutefois, se manifestant par le renversement de murs ou d’objets quelconques, la direction générale du mouvement conservant le nord-est — sud-ouest. Une des traces d’une remarquable uniformité qui frappe le plus les yeux est celle que nous représentons, coupant diago-nalement, sur toute la longueur d’une rue, les appuis des fenêtres ou des portes, et que nous devons ramener à un mouvement vertical se faisant sentir irrégulièrement sur les divers points d’un groupe de constructions reliées entre elles. Même remarque pour les déchirures verticales de haut en bas, dont les deux bords offrent sur la corniche une différence de niveau appréciable, et qui se * reproduisent le plus souvent au point de jonction de deux édifices voisins (fig. 1). !
- En dehors des mouvements ondulatoires et de succussion, les auteurs signalent également, sans toutefois en affirmer absolument l’existence, une troisième catégorie de mouvements dits giratoires ou circulaires, agissant sur le sol à la façon d’une trombe souterraine. On croit reconnaître des manifestations de ces mouvements giratoires dans le déplacement des objets autour d‘un axe quelconque, comme c'est le cas du classique obélisque du couvent de San-Bruno, mentionné dans le livre de Fuchs déjà cité plus haut : « Devant le couvent de San-Bruno, dans la ville de San-Stefano, se trouvaient deux obélisques quadrangulaires. Pendant le tremblement de terre de 1782, ces deux obélisques ne furent pas complètement brisés, mais les différentes parties qui les composaient furent déplacées de telle façon qu’elles paraissaient avoir tourné sur leurs axes : les arêtes et les angles de la partie supérieure proéminaient sur les faces de la partie inférieure. » Dans le tremblement de terre de Majorque, en 1851, la partie inférieure d’une tour se serait déplacée de 60° dans le sens horizontal tandis que la partie supérieure aurait conservé sa position primitive.
- Le tremblement de terre du golfe de Gênes nous
- offre des exemples assez nombreux de déplacements semblables à celui de l’obélisque de San-Bruno. J’ai observé, principalement sur la plate-forme des portiques d’entrée des villas, le déplacement circulaire de vases, d’ornements et de statuettes. La plus remarquable trace de ces déplacements — nous ne disons pas de ces mouvements — a été laissée par la croix qui surmonte la façade de la cathédrale de Savone, croix en marbre de 4 à 5 mètres de hauteur. Cette croix, récemment posée, a tourné de 25° à 30° sur son axe, comme le représente notre croquis pris sur place (fig. 2). Un autre exemple de déplacements similaires était encore offert à Savone par les cheminées de la Société métallurgique Tardy et Be-nech, que nous représentons également (fig. 3). Deux des cheminées de l’usine, mesurant, l’une 25 mètres, l’autre 38 mètres de hauteur, reposant sur de puissantes fondations, ont été comme tordues par le mouvement souterrain. Ce mouvement de torsion, qu’il se rapporte à un seul mouvement giratoire, ou à la résultante de mouvements horizontaux et verticaux agissant simultanément, se manifeste visiblement par la direction des ruptures longitudinales et par le déplacement du faîte de la cheminée. A Diano-Marina, M. Charlon, ingénieur des mines, me fit vérifier, dans la cour de l’usine qu’il dirige, des piles de rails, dont les surfaces latérales, primitivement perpendiculaires au sol, affectaient les formes de surfaces gauches de révolution, l’axe du solide restant incliné suivant la direction de la secousse.
- Ce que nous venons de dire des manifestations extérieures des mouvements souterrains, nous autorise donc à admettre, pour le tremblement du 23 février, la simultanéité des mouvements observés séparément en d’autres circonstances. En dehors des exemples partiels que nous venons de citer, les ruines accumulées des bourgs détruits, tant à Onc-glia qu’à Diano, le désordre dans lequel elles sont accumulées, en sont d’incontestables et lugubres témoins. La gravure que nous présentons à nos lecteurs (fig. 4) a été exécutée d’après une photographie prise le lendemain même du désastre et qui nous a été gracieusement communiquée par M. Char-Ion. Elle comprend toute une partie du quai, la marina, de Diano, horriblement éventrée; les murs restés debout laissent voir, à travers leurs déchirures, l’intérieur des bâtiments bouleversé et souvent complètement vidé. Sur la façade d’une maison, que l’on ne voit pas sur la gravure, pend encore une file de draps qui a servi à quelque sauvetage.
- Un petit nombre d’observations ont été faites, à la suite de la secousse du 23 février, sur les phénomènes naturels qui accompagnent d’habitude les tremblements de terre, principalement les variations dans le régime des eaux, sources ou puits qui se trouvent dans la localité. On sait que cette étude du régime des eaux forme aujourd’hui un des chapitres les plus intéressants de la science que M. de Rossi appelle météorologie endogène. Pour ne citer qu’un
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- exemple récent de ces variations, on nota que, lors du tremblement de terre de Belluno, le 29 juin 1875, la source del Bosc de Cajada se tarit subitement; elle reparut de nouveau lors d’une seconde secousse violente, le 19 avril de l’année suivante 1874. On cite, sans toutefois que j’aie pu le vérifier, que la secousse du 23, donna naissance, près d’Alassio, à une légère irruption fangeuse qui disparut peu d’heures après sa formation. Un jet puissant d’eau chaude se serait élevé du sol près d’Oneglia.
- Le même phénomène aurait été observé à Geriale (Albenga). A San-Rémo, des puits, desséchés depuis longtemps, auraient été remis subitement en activité. En maints endroits, à Vérone, aux thermes de
- Yaldiéri (Cuneo), les eaux des sources auraient été troublées pendant plusieurs jours consécutifs.
- Aux manifestations extérieures des forces souterraines qu’offrent les sources et les puits, peut se rattacher l’apparition des crevasses dans le voisinage du centre d’intensité des mouvements telluriques, comme cela s’est présenté dans les terribles et classiques tremblements des Calabres, et plus récemment, dans ceux qui ont désolé l’Andalousie. Un phénomène similaire s’est manifesté, mais dans des proportions très restreintes, a Yado, bourg distant de 5 kilomètres de Savone. Quatre crevasses parallèles, d’environ 100 mètres de longueur chacune, dirigées du nord-ouest au sud-ouest, se sont ouvertes dans un
- Fig. 4. — Tremblement de terre du 23 février 1887. — Les ruines de Diano-Marina, dans le golfe de Gênes. (D’après une photographie
- de M. Charlon, ingénieur des mines.)
- terrain marécageux, à 500 mètres de la plage. Sur quelques points, l’ouverture des crevasses serait assez large pour pouvoir y passer le bras. Le terrain s’est abaissé de 25 centimètres sur leurs bords. Çà et là, l’ouverture est obstruée par des sables marins semblables à ceux de la plage. Une cinquième crevasse, perpendiculaire aux précédentes, mesure 200 mètres de longueur. Les habitants affirment que, lors de l’ouverture de ces crevasses, ils virent distinctement en sortir une éruption fangeuse. Une autre crevasse se serait manifestée sur la route du Col d’Altare, au point de jonction des Apennins et des Alpes.
- Aux phénomènes essentiellement terrestres de la secousse du 23 février, sont venus s’ajouter ceux
- qui se rattachent spécialement au tremblement de mer.
- Le 23 février, le commandant du vapeur Guadeloupe, de la Société transatlantique, voyageant de Gênes à Marseille, et se trouvant par 43°,45' latitude nord et 5°,59' longitude est, ressentit, à 6 heures du matin, deux fortes secousses, comme si le navire eût touché sur un écueil. Le commandant fit ralentir la machine, examiner la cale ; rien d’anormal ne se faisait remarquer. Vers 8 heures, le navire ressentit une autre secousse, mais moins sensible. Ces secousses correspondaient parfaitement à celles qui furent ressenties sur le littoral et dans toute l’aire du mouvement tellurique. De cette observation, nous rapprocherons
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- le même fait, observé en avril 1886, lors de l’éruption du volcan Tarawera, dans la Nouvelle-Zélande, par le capitaine du navire Thessaly, allant de Li-verpool à Buenos-Ayres, dans le voisinage de l’île Saint-Paul, par 0°,55' de latitude nord et 51°,46' de longitude ouest. L’équipage crut d’abord, comme dans le cas du vapeur Guadeloupe, que le batiment avait touché un écueil, mais en l’absence de toutes traces de collision, il dût attribuer ce mouvement insolite à quelque éruption sous - marine, soit a un tremblement de mer ayant une origine quelconque.
- Si la masse de la cuvette méditerranéenne a été ainsi secouée le 25 février, il n’y a pas lieu de s’étonner des phénomènes observés sur les plages du littoral qui nous sont rapportés par les témoins eux - mêmes. A Alassio, situé à 45 kilomètres de Savone, près d’Àlbenga, un des bourgs les plus éprouvés, par trois fois, avant chacune des secousses, la mer se retira d’une trentaine de mètres pour revenir, dans son mouvement de reflux, battre le pied des maisons voisines de la plage ; nombre de poissons morts ou asphyxiés couvraient la rive. Ce phénomène de flux et de reflux a dû se répéter sur toute l’étendue du golfe.
- Un phénomène plus important, et qui ne semble point être dû simplement au déplacement momentané des couches liquides de la mer, a été observé en plusieurs points du littoral, à Gênes, Savone, Final-Marina, Diano, Porto-Maurizio. Pendant la journée du 26 février, un bâtiment qui avait besoin de réparations, se préparait à entrer dans le bassin de caré-
- nage du port de Gênes, lorsqu’il en fût empêché par le retrait des eaux, que l’on reconnut avoir baissé de 55 centimètres au-dessous de leur niveau moyen. Même abaissement fut observé dans le port de Savone, plusieurs chalands provenant de Marseille n’ayant pu accoster sur le quai à leur place habituelle. Même observation faite le 28 â Final-Marina. Dans la journée du 6 mars, je pus me convaincre
- moi-même de cet abaissement à Diano Marina, où M. Charlon me le fit vérifier par la position des écueils sous-marins qui bordent la rive et qm sont aujourd’hui complètement à découvert. Dans les endroits où la plage descend rapidement sur le fond delà mer, on distinguait parfaitement le vide laissé dans la cuvette marine par ce retrait des eaux.
- Une dernière observation qu’il m’a été donné de faire est celle qui a trait à la répartition des désastres causés par les secousses eu égard à la nature du sol sous-jacent. Si les édifices reposent sur un sol résistant, de telle manière qu’ils fassent corps avec lui, les dégâts seront relativement moins importants que si ces mêmes édifices reposent sur un sol meuble. L’expérience usuelle que l’on exécute au moyen d’une plaque de verre recouverte de sable que l'on fait vibrer, explique très bien les désastres causés par les secousses aux édifices bâtis sur un sol sableux ou argileux. Faites vibrer la plaque seule avec un archet, elle se contente d’émettre des ondes sonores; recou-vrez-la de sable, vous verrez immédiatement, au premier coup d’archet, le sable sautiller au-dessus de la plaque. De même, remontant de l’expé-
- Fig. 5. — Tremblement de terre du 23 février 1887. Curieux éboulement d’une maison à Menton. (D’après une photographie de M. E. Eckliorst.)
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- rience aux faits, Gênes, bâti sur la roche, et pourtant peu distant de Savone (45 kilomètres), n’a nullement, souffert; Savone, bâtie en partie sur une plage sableuse, a vu ses édifices tellement détériorés qu’une seconde secousse lui eut fait courir les plus grands dangers. Tous les bourgs détruits ou endommagés, Albenga, Diano, Oneglia, s’élèvent sur des plages sableuses ou sur des terrains d’alluvions. Je remarque parfaitement moi-même, en ce moment, que ma maison, qui n’a supporté que quelques déchirures, est au fond beaucoup moins solide qu’au-paravant, les trains de chemin de fer qui passent sous mes fenêtres lui communiquant une vibration beaucoup plus considérable que celle à laquelle j’étais habitué autrefois; elle a dù être violemment séparée, par la secousse du 25 février, de l’argile plastique sur laquelle elle est bâtie. Le phénomène de vibration dont rend compte l’expérience de physique que nous citions plus haut, s’est répété en grand sur les plages sableuses du littoral. Certains ouvriers qui travaillaient au bord de la mer au moment de la catastrophe me racontèrent que le sable fumait; or, ce qu’ils prenaient pour de la fumée n’était autre que le mouvement de vibration et de sautillement de la plage sableuse.
- Des causes générales qui ont présidé à l’apparition et au développement du phénomène sismique du 25 février, ou plutôt des hypothèses qui peuvent être formulées relativement à ces causes, de leur corrélation avec les secousses observées les 19 et 20 février à l’Etna, je n’ai rien à dire ici, m’étant fixé pour tâche de relater simplement les quelques manifestations extérieures que j’ai été à même de constater de visu. Il m’est cependant difficile de passer sous silence, fùt-ce par simple esprit de curiosité, une supposition qui a été mise au jour récemment, et qui assignerait au tremblement du 25 février une origine volcanique, en plaçant le centre d’action de ce mouvement en un point voisin des localités détruites. A peu de distance de San-Remo, derrière la bourgade d’Ospedaletti, à l’est de Bordighera, s’élève, au milieu des bois d’oliviers qui peuplent la rivière, le Monte-Nero, la Montagne-Noire, auquel se rattache une légende tout au moins originale. Cette légende voudrait, qu’en des temps reculés, le Monte-Nero laissât échapper de ses fissures des nuages de fumée : d’où la croyance populaire qu’il servait de point de ralliement aux sorcières pour célébrer leur sabbat. Bien que cette légende soit entièrement oubliée aujourd’hui sur les lieux mêmes qui lui ont donné naissance, les paysans ne passent cependant point devant le Montemà (mons malus) sans se signer. Au pied de la montagne, à une heure environ de la mer, à l’est de Bordighera, on remarque une source d’eau sulfureuse. Coïncidence étrange, un village voisin porte le nom de Pom-pciana. Divers témoins dignes de foi affirment avoir entendu, en maintes circonstances, des grondements souterrains qui semblaient sortir des flancs du Monte-Nero. L’un deux affirme que, se trouvant en 1885
- à Diano-Marina, il distingua trois secousses distinctes dans la direction de la montagne. De fait, le Monte-Nero est au sud-ouest de Diano, et, comme nous le savons, la direction du mouvement du 25 février était nord-est — sud-ouest. Le Monte-Nero serait, si l’on ajoute foi à ces observations, un volcan en préparation, ou même, bien qu’il ne présente extérieurement aucune trace de son origine, un volcan éteint depuis les temps les plus reculés, ce qui pourrait expliquer, ou plutôt permettre l'hypothèse d’une communication du sol troublé avec les abîmes souterrains.
- La région qui vient d’être si tristement éprouvée a été sujette à un assez grand nombre de tremblements de terre depuis le commencement du siècle, en 1818, 1851, 1852, et sa mobilité contraste singulièrement avec la quiétude de l’autre partie de la rivière dite rivière du levant, allant de Cènes à Spezzia. En 1818 particulièrement, précisément ce même jour du 25 février, une violente secousse agita le littoral et détruisit en partie Diano-Castello, bourg situé dans la montagne au-dessus de Diano-Marina; les secousses se prolongèrent pendant plus d’un mois encore après leur apparition : « On ne cesse point de ressentir, écrit la Gazette de Gênes du 21 mars 1818, de légères secousses de temps à autres. La ville de San-Remo en est fort incommodée. Les 1er, 9 et 15 de ce mois, on ressentit, entre autres, des mouvements prononcés. Presque toutes les maisons ont souffert, et les habitants se sont réfugiés dans la campagne. » — « Il semble résulter des divers renseignements que nous recevons, écrit de son côté la Gazette du Piémont du 5 mars 1818, que le tremblement de terre se soit fait sentir avec d’autant plus de force à mesure que l’on remonte le littoral du couchant, sans que l’on puisse cependant en indiquer encore exactement le centre d’intensité maximum. La secousse aurait ainsi été plus violente à Savone qu’à Gênes. A Alassio, deux maisons se sont écroulées. Voici deux jours que les habitants de San-Remo vivent dans une profonde consternation ; les secousses se succèdent et ont déjà endommagé gravement les habitations. A Diano, la population se trouvait réunie dans l’église quand une violente secousse rompit une des clefs de la voûte : toutes les maisons tremblèrent, etc., etc. » Ne croirait-on pas lire un récit, considérablement atténué, de la récente catastrophe qui, à soixante-dix années de distance, jour pour jour, vient de changer en ruines désolées les riantes stations du golfe de Gênes!
- Maxime Hélène.
- L’importance exceptionnelle des phénomènes sismiques du 25 février nous a décidé à donner une place considérable aux documents que nous avons recueillis à ce sujet ; nos lecteurs auront eu, du tremblement de terre du 25 février, une description absolument complète. Nous publierons prochainement le résultat des remarquables observations que notre
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- collaborateur et ami M. Stanislas Meunier a été recueillir sur place dans un voyage d’exploration tout spécial. Nous terminerons enfin l’histoire de ce grand événement géologique, en publiant une excellente notice de M. Arthur Lallemand, ancien élève de l’Ecole polytechnique, sur l’origine des tremblements de terre. Après les faits, on aura les hypothèses et les théories.
- A la notice que l’on vient de lire de M. Maxime Hélène sur le tremblement de terre du 23 février spécialement observé en Italie, nous allons joindre la reproduction d’une intéressante lettre que nous avons reçue de Menton ; elle forme le complément de nos précédents documents :
- Menton, tj mars 1887 (Villa Printemps).
- Je vous envoie une photographie de ma collection d’amateur photographe (fig. S) ; elle représente l’intérieur d’une chambre à coucher au troisième étage du restaurant de la maison Dorée, à Menton. Dans le lit de campagne écrasé sous un pan de mur, une petite fille était couchée, qui en sautant du lit au premier mouvement, n’a été que légèrement blessée; un moment plus tard, elle aurait été tuée inévitablement. Ayant habité longtemps le Chili, dans l’Amérique du Sud, où les tremblements de terre sont très fréquents, j’ai expérimenté déjà des secousses aussi longues et aussi fortes que celle du 23 février, mais je n’ai jamais vu des résultats aussi désastreux. Les trois quarts des maisons de Menton sont sérieusement endommagées, beaucoup devront être complètement démolies. Cela s’explique par la manière dont on fait les constructions dans ces pavs-ci : des pierres de roche de toute espèce, et parfois des cailloux unis entre eux par de la chaux, font les murs, qui par un fort tremblement se désagrègent et s’écroulent ; je vois que malheureusement on recommence déjà les réparations dans les mêmes conditions ; elles ne résisteront pas si une autre forte secousse survient.
- Dans l’Amérique du Sud, j’ai vu construire les murs en briques, et cimenter, après trois ou quatre couches de briques, des bandes de fer comme on en emploie pour cercler les tonneaux; cela donne une résistance énorme aux murs, et de grandes maisons de trois étages ainsi construites ne montrent pas de crevasses après de très fortes secousses.
- Je pense que cette indication pourrait être utile pour le littoral de la Méditerranée où les tremblements de terre peuvent se renouveler à l’avenir; encore ce matin, vers 5 heures, 11 jours après la catastrophe, nous avons ressenti une secousse, quoique faible, mais très distincte, et qui indique que le travail souterrain n’a pas complètement arrêté ses effets. Kmilio Eckhokst.
- Parmi les autres correspondants qui nous ont adressé des renseignements, nous mentionnerons encore M. Ernest Odier, qui nous écrit que le tremblement de terre s’est fait sentir a Saint-André en Uoyans; M. Otto, à Nice, qui nous signale les nouvelles secousses du il mars; M. Yautherin, ancien officier du génie, à Monte-Carlo, qui nous adresse de très intéressantes observations; mais elles font double emploi avec ce que nous avons dit et ce que nous dirons dans la suite.
- Ajoutons enfin que M. Berthaud, bibliothécaire de
- l’Ecole d’horlogerie, nous a transmis une très curieuse observation faite par M. Bacqueville, horloger à Paris. M. Bacqueville a observé que le pendule d’un régulateur, absolument à l’abri de toute secousse directe, s’est mis à osciller spontanément chez lui à Paris, et cela, d’une façon appréciable le 25 février de 6 heures à 10 h. 40 m. du matin. Le tremblement de terre se serait-il fait sentir jusqu’ici? 11 serait bien à désirer que nous ayons parmi nous des sismographes. G. T.
- HISTOIRE DES BALLONS
- Par GASTON TISSANDIER
- La librairie artistique de M. Launette vient de publier cette semaine le premier volume d’une grande histoire des ballons, œuvre essentiellement originale pour laquelle l’auteur a réuni, depuis de longues années, les documents les plus complets. « En outre de notre bibliothèque et de notre collection personnelle, dit l’auteur dans la préface, nous avons emprunté des renseignements multiples aux bibliothèques publiques et privées, de telle sorte que pas un chapitre du livre ne renferme quelque fait inédit, montrant ainsi que l’histoire est une éternelle résurrection... Rien dans notre ouvrage n’a été laissé à la fantaisie d’un dessinateur; toutes les gravures dont il abonde, ont été faites d’après les pièces originales, reproduites pour la plupart par la photogravure ; on y a ajouté les curieux spécimens d’images peintes du temps, qui ont popularisé l’art aéronautique, et qui sont autant de témoignages de l'enthousiasme avec lequel il a été salué à ses débuts. »
- Nous reproduisons trois gravures faites sur bois, d’après les magnifiques planches en taille-douce de l’ouvrage. Malgré l’habileté de notre graveur, les figures ci-après, d’ailleurs réduites, ne sauraient donner une idée exacte de la finesse et de la beauté des reproductions de Y Histoire des ballons qui est un véritable livre d’art édité par M. Launette avec le plus grand luxe et le plus grand soinl. — Nous donnons en outre un extrait de cet ouvrage :
- ].1',S FKKltES MOXTIiOI.FIEll
- C’est au milieu des montagnes du Vivarais, au centre même de l’ancien pays des Ilelvii, actuellement compris dans le département de l’Ardèche, non loin de Saint-Etienne et de Lyon, que se produisit, a Annonay, l’étonnante découverte des aérostats. Elle est due à Joseph Montgolfier et à son frère
- 1 h'Histoire des ballons, dont le premier volume vient de paraître, est de format grand in-8°. Imprimé sur magnifique papier, il comprend 15 chapitres, contenant chacun une tête de chapitre, une lettre ornée et un cul-de-lampe, reproduisant, par la photogravure en taille-douce, des gravures ou des objets anciens, soit 45 gravures en taille-douce, eu tirage spécial dans le texte. L’ouvrage comprend en outre 10 planches hors texte, en taille-douce, dont un frontispice de M. Maurice Leloir, et 14 gravures en couleur, hors texte, dont 4 de page double L’Histoire des ballons comprendra deux volumes, dont le deuxieme est en préparation. Il a été fait un tirage spécial de ‘25 exemplaires numérotés sur Japon. L'Histoire des bal-Ions est complétée par nue Bibliographie aéronautique publiée en supplément.— H. Launette et Cie, éditeur, 197, boulevard Saint-Germain, Paris.
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- Etienne, tous deux fils d’un fabricant de papier, Pierre Mongolfier, qui eut seize enfants, douze garçons et quatre filles. Joseph, né le 26 août 1740, était le douzième enfant de cette grande famille ; Étienne, né le 6 janvier 1745, en était le quinzième.
- Le chef de la famille, Pierre Montgolfier, industriel accompli, passait à juste titre pour un homme extraordinaire. D’une volonté inébranlable et d’une fermeté rare, il était craint et respecté de tous; aucun des siens n’eût osé élever la voix ni se permettre une observation en sa présence. Tous les jours debout avant l’aube, il se rendait à sa fabrique dès 4 heures du matin. Travailleur infatigable, homme rustique et vigoureux, il donnait l’exemple à ses ouvriers. Il secoucliaitlesoir à 7 heures, et ne se relevait jamais, quoi qu’il arrivât dans la maison.
- Cette force physique et cette énergie morale,
- Pierre Montgolfier la transmit à ses fils, qui se signalèrent, pour la plupart, comme des hommes supérieurs. Entre tous, cependant, Joseph se fit remarquer, dès son enfance, par l’originalité du caractère, l’éclat de l’esprit et la rectitude du jugement. L’indépendance était sa passion dominante : il se montra toujours écolier rebelle et rétif à la rigueur paternelle. Mais on était indulgent pour l’enfant prodigue, qui rachetait ses actes d’indiscipline par la maturité de l’intelligence; il était porté à l’attention, à l’observation; il examinait les faits, cherchait 'a les expliquer et à en faire des applications utiles. Quand Joseph avança en âge, il devint ami des plaisirs et de la gaieté; mais il était enjoué et plein de charme : on le recherchait et on l’appréciait partout. 11 entraînait souvent ses frères en dehors de la maison paternelle; il désertait l’école et allait se réfugier dans les bois au milieu des montagnes, où il s’essayait à des expériences de toutes sortes, dont l’outillage de la fabrique de papier fournissait les ustensiles nécessaires. C’est l'a, en pleine liberté, en pleine lumière, que Joseph méditait l’invention de la ma-
- chine h papier, celle du bélier hydraulique et tant d’autres innovations destinées à enrichir le patrimoine de la science et de l’humanité. C’est Ta peut-être qu’il observait les nuages passant au-dessus des collines et qu’il caressait, dans son esprit, ce beau rêve de la navigation aérienne.
- Après la première enfance, Joseph fut placé au collège de Tournon, mais il semblait qu’il lui fût impossible de se plier aux règles de l’élude méthodique. A l’âge de quatorze ans, il s’enfuit, avec le projet de se rendre sur les rivages de la Méditerranée et d’y vivre de coquillages. Il part à pied, traversant les campagnes, passant les rivières à la nage, couchant en plein air; la faim l’oblige bientôt à s’arrêter dans une métairie du Bas-Languedoc, où il s’offre à cueillir de la feuille pour les vers à soie. Sa famille finit par découvrir l’écolier et il est bientôt obligé de rentrer au collège.
- Après avoir terminé ses études, Joseph Montgolfier revint à Annonay, où il étudia avec ardeur la chimie et la physique, au moyen de quelques livres qu’il s’était procurés ; il ne tarda pas cependant à déserter encore une fois, et se retira à Saint-Etienne en Forez, dans une petite chambre, où il vécut du produit de la pêche, et se livra dans la solitude à ses rêveries habituelles. Il fabriqua du bleu de Prusse et divers sels employés dans les arts. Pendant longtemps on s’est rappelé, dans le Yivarais, l’avoir vu colporter les produits de son industrie.
- Le désir de connaître les savants, amena à Paris Joseph Montgolfier ; il devint un des habitués du café Procope, où se réunissait alors un grand nombre d’hommes distingués ; il aurait voulu séjourner dans la capitale, quand son père le rappela à Annonay pour partager avec lui la direction de sa manufacture. Joseph voulut y mettre en pratique des perfectionnements que son père, attaché aux anciens procédés, se refusa d’essayer. Encore une fois contrarié dans ses goûts, le jeune homme s’associa avec
- Fig. 1. — Joseph de Montgolfier. (D’après le porlrait de Boissieu, au Musée de Lyon.)
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- l’an de ses frères pour établir des usines nouvelles à Voiron et à Beaujeu. Moins occupé de ses propres intérêts que de ses expériences et de ses projets de perfectionnements, ses fondations furent loin de prospérer; il connut l’adversité, les privations et fut même poursuivi et enfermé par suite de son insouciance et de sa bonté, plutôt que de ses fautes ou de son imprudence. Il était déjà parvenu toutefois à simplifier la fabrication du papier ordinaire, à améliorer celle des papiers peints : il avait imaginé une machine pneumatique destinée à raréfier l’air dans les moules de sa fabrique, quand sa découverte des ballons allait subitement immortaliser son nom.
- Son frère Etienne, son collaborateur et son associé dans la création de l’aéronautique, formait avec lui le contraste le plus complet.
- Sa physionomie fine et gracieuse, ses manières aimables et distinguées en faisaient un homme de cour. « Autant Étienne était supérieur à Joseph par l’élégance, autant Joseph, dit Seguin qui a retracé l’histoire des deux frères, l’emportait sur Etienne par l’étendue de l’intelligence. Doué cependant d’un esprit sain et muni d’un certain bagage de science officielle, Etienne, en raison de ses qualités mondaines, était précisément l’hommë qu’il fallait pour faire valoir le génie de Joseph. » Étienne avait mieux profité de sa jeunesse que son frère; envoyé de bonne heure au collège Sainte-Barbe, à Paris, il avait étudié, non sans succès, le
- latin et les mathématiques. Il se destinait à l’architecture et on lui donna Soufllot comme maître; plus tard, si l’on en croit Boissy d’Anglas, il devait construire aux environs de Paris plusieurs maisons particulières et quelques églises qui attestaient tout
- à la fois et ses talents et son bon goût. D’après le même biographe, Étienne était bon mathématicien ; il passa aussi par l’usine d’Anno-nay, et inventa plusieurs machines nouvelles ; sa sagacité devina le secret du papier vélin et plusieurs méthodes des ateliers hollandais et anglais, dont il fit présent à son pays. 11 commençait à être avantageusement connu dans l’industrie, lorsque son nom fut lié à celui de son frère dans l’invention des ballons.
- L’origine de cette invention a été racontée de diverses manières: les uns l’attribuent à Étienne et les autres à Joseph. Il paraît absolument certain, d’après les documents les plus précis qui existent encore aujourd’hui dans les archives de la famille et que nous avons été à même de consulter, que c’est à ce dernier qu’il faut en attribuer l’idée première.
- C’est vers l’année 1782 que Joseph fut amené, par ses réflexions et ses observations sur les gaz, à penser que si, dans une enveloppe suffisamment légère, on enfermait une masse d’air chauffée, l’allègement causé par la raréfaction de cet air pourrait être tel que le gaz confiné enlevât avec lui l’enveloppe où il serait emprisonné.
- Fig. 2. — Ascension des frères Robert, à Saint-Cloud, dans le premier aérostat allongé, le lo juillet 1781. (D’après une gravure du temps. Collection de l’auteur.)
- Fig. 5. — Ascension de Blanchard, à Nuremberg, le 12 novembre 1787. (D’après une gravure allemande du temps. Collection de l’auteur.)
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- « Il se trouvait alors à Avignon, dit M. de Gé-rando, et c’était à l'époque où les années combinées tentaient le siège de Gibraltar. Seul, au coin de sa cheminée, rêvant selon sa coutume, il considérait une sorte d’estampe qui représentait les travaux du siège; il s’impatientait de voir qu’on ne put atteindre au corps de la place, ni par terre ni par eau. « Mais ne pourrait-on pas au moins y arriver au « travers des airs? la fumée s’élève dans la cliemi-« née; pourquoi n’emmagasinerait-on pas cette l'u-« niée de manière à en composer une force dispo-« nible? » Son esprit calcule à l'instant le poids d’une surface donnée de papier ou de taffetas, la dilatation de l’air et l’expansion du calorique, la pression de la colonne d’air libre correspondante. Il prie la demoiselle chez laquelle il logeait, de lui procurer quelques aunes de vieux taffetas; construit, sans désemparer, son petit ballon, et le voit s’élever au plancher, à la grande surprise de son hôtesse et avec une joie singulière. Il écrit sur le champ a son frère Etienne, qui était alors à Annonay (la lettre existe encore de nos jours) : « Prépare promptement « des provisions de taffetas, de cordages, et tu ver-« ras une des choses les plus étonnantes du monde. »
- Le 5 juin 1783, l’Assemblée des états particuliers du Vivarais, se trouvant à Annonay, fut invitée par Joseph et Étienne Montgolfier à assister a l’expérience qu’ils se proposaient de faire en public.
- « Quelle fut la surprise des députés, dit le premier historiographe de la découverte des ballons, Faujas de Saint-Fond, quelle fut celle des spectateurs lorsqu’on vit, sur la place publique, une espèce de ballon de 110 pieds de circonférence, retenu par son pôle inférieur sur un châssis de 16 pieds de surface ! Cette vaste enveloppe et son châssis pesaient 500 livres. Elle pouvait contenir 22000 pieds cubes de vapeur. »
- « MM. de Montgolfier mettent la main à l’œuvre, ils procèdent au développement des vapeurs qui de-A aient produire le phénomène ; la machine, qui ne présentait alors qu’une enveloppe de toile, doublée en papier, qu’un espèce de sac gigantesque de 35 pieds de hauteur, déprimé, plein de plis et vide d’air, se gonfle, grossit à vue d’œil, prend de la consistance, adopte une belle forme, se tend dans tous les points, fait efforl pour s’enlever ; des bras vigoureux la rétiennent, le signal est donné, elle part et s’élance avec rapidité dans l’air, où le mouvement accéléré la porte en moins de dix minutes/à mille toises (1949 mètres) d’élévation. Elle décrit alors une ligne horizontale de 7200 pieds, et comme elle perdait considérablement de son gaz, elle descendit lentement à cette distance, et elle se serait sans doute soutenue bien plus longtemps en l’air, si l’on avait eu la facilité de porter dans son exécution la solidité et l’exactitude qu’elle exigeait ; mais le but était rempli, et cette première tentative, couronnée d’un aussi heureux succès, mérite à jamais à MM. de Montgolfier la gloire d’une des plus étonnantes découvertes, »
- Cette expérience en effet était réalisée dans les conditions les plus remarquables. Ce premier ballon à air chaud, de 110 pieds de circonférence, n’avait pas moins de 11m,70 de diamètre, son volume dépassait 800 mètres cubes ; c’est celui d’un aérostat à gaz permettant d’enlever trois voyageurs ; masse imposante, capable encore aujourd’hui d’attirer la curiosité du public, et qui devait alors exciter un profond étonnement chez les témoins de cette expérience.
- La machine aérostatique dont l’expérience fut exécutée à Annonay, devant les membres des états particuliers du Vivarais, était construite, d’après la description qui en a été donnée par les frères Montgolfier eux-mêmes, en toile doublée de papier, cousue sur un réseau de ficelle fixée aux toiles. Elle était à peu près de forme sphérique. « Les différentes pièces de la Machine étaient assemblées par de simples boutonnières arrêtées par des boutons; deux hommes suffirent pour la monter et pour la remplir de gaz, mais il en fallut huit pour la retenir, et qui ne l’abandonnèrent qu’au signal donné : elle s’éleva par un mouvement accéléré, mais moins rapide sur la fin de son ascension. Un vent à peine sensible vers la surface de la terre, la porta à 1200 toises de distance du point de départ ; ce vent au moment de l’expérience était au midi, et il pleuvait ; la Machine descendit si légèrement, qu’elle ne brisa, ni les ceps, ni les échalas de la vigne sur lesquels elle se reposa. »
- Il n’est pas question, dans cette description, du mode de gonflement adopté ; nous devons donc ajouter que ce premier ballon était gonflé d’air chaud, obtenu par la combustion de substances facilement inflammables, tels que des sarments de bois et des bottes de paille. A la suite de l’expérience, les membres des états du Vivarais adressèrent à l’Académie royale des sciences, un procès-verbal, sur la nouvelle Machine aérostatique; c’est ainsi qu’elle fut désignée dès l’origine par les inventeurs.
- Gastox Tissandier.
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- CHRONIQUE
- Étoiles filantes. — M. Nasse rapporte dans le journal le Ciel, que deux personnes, de sa connaissance, ont vu des étoiles filantes tomber tout près d’elles, et ne laisser aucun résidu à l’endroit où elles sont tombées. L’une de ces personnes était un bouvier dont les bœufs se sont arrêtés à la vue du phénomène. Personnellement, il y a quelque quarante-cinq ans, M. Yinot, astronome, a constaté un fait analogue : l’étoile filante est tombée doucement sur un pavé, et les doigts de l’observateur, frottant la pierre pour y chercher quelque résidu, n’ont pas même été noircis. Cela ne prouve pas, comme le pense M. Nasse, que la matière coinétaire est sans densité ou ne mérite pas le nom de matière, mais bien qu’elle brûle complètement dans notre air, sans laisser de résidu sensible. Nous appelons l’attention des physiciens sur ces faits; il serait intéressant de constater, par le nombre des obser-
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- valions, que de la matière cométaire peut venir ainsi brûler jusqu’à la surface du sol.
- Violons et violoncelles. — A l’hôtel Drouot, on a vendu il y a quelques semaines une intéressante collection d’instruments de musique. Cette adjudication avait attiré une affluence considérable, à cause des instruments anciens et curieux mis en vente. Signalons, comme principales enchères deux violoncelles d’Antonius Stradivarius ayant figuré aux Expositions internationales rétrospectives de Paris en 1878 et de Londres en 1875, adjugés, le premier, qui était daté de 1689, 19 000 francs; le second, daté de 1691, 12 000 francs. Un troisième violoncelle, de Francesco Rugger, daté de 1685, a été payé 5200 francs. Un archet de Tourte, hausse écaille, bouton et plaqué en nacre et garniture en or, a été vendu 11 000 francs. Puisque nous parlons d’instruments de musique, disons que le musée du Conservatoire vient de s’enrichir d’un précieux instrument à cordes. Un riche amateur russe, qui avait longtemps habité Paris, M. W.-A. Davidoff, est mort récemment et parmi ses dispositions testamentaires, il a formulé la suivante : « Je lègue au Conservatoire national de musique de Paris mon beau violon de Stradivarius et je désire que tout violoniste lauréat de cette Ecole, admis à l’honneur de jouer dans le concert de la distribution des prix, ait le privilège de se faire entendre sur ce bel instrument. » Ravaleur du Stradivarius, qui est de l’année 1708, est de 20 000 francs.
- La force motrice des baleines. — Un anatomiste d’Édirnbourg, sir William Turner, qui s’est surtout occupé de l’histoire naturelle des baleines, vient de publier d’intéressants renseignements sur le mode de propulsion dans l’eau de mer, de ces énormes cétacés. Pour arriver à des données exactes, il s’est adjoint un célèbre constructeur de navires de Glasgow, M. John llenderson. Si on en croit la science combinée du naturaliste et de l’ingénieur, une baleine mesurant quatre-vingts pieds, pesant soixante-quatorze tonnes et portant une queue de vingt pieds de haut, file douze nœuds à l’heure, soit plus de vingt-deux kilomètres. La force motrice déployée pour obtenir cette vitesse, égale 145 chevaux-vapeur. Si le hareng sert de combustible, ajoute ['Éleveur auquel nous empruntons ce document, quelle consommation!
- Gibier et tremblements de terre. — Le gibier n’est pas insensible à la peur que provoquent les tremblements de terre. Durant ceux qui viennent de désoler le Midi, on a vu les sangliers et les lièvres se livrer à des courses affolées. Quant à la plume, elle s’est bornée à prendre son vol vers les territoires épargnés par le fléau.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 mars 1887. — Présidence de M. Janssen.
- Séance commencée à 3 heures un quart et terminée à 4 heures ; pas de communications personnelles des membres et correspondance peu chargée, réduite à peu près à la lecture des titres des pièces qui la composent.
- Greffe osseuse. — Ayant à traiter une fracture du tibia avec perte de plusieurs centimètres de cet os, M. Poncet, professeur à la Faculté de médecine de Lyon, a placé dans l’hiatus un tronçon de phalange du gros orteil pris sur un membre inférieur qu’on venait d’amputer. La greffe réussit parfaitement et c’est le point sur
- lequel l’auteur insiste particulièrement. 11 faut ajouter que la cure espérée ne fut cependant pas obtenue ainsi, et M. Poncet se vit obligé de rejeter la greffe qu’il avait fait prendre; il réséqua le péroné qui jusque-l'a servait d’attelle et la fracture se guérit bien avec raccourcissement de la jambe.
- Effets du tremblement de terre. — Par l’intermédiaire du Ministre de la guerre, le chef du génie de Nice signale les effets du tremblement de terre du 23 février sur le fort de Bardonuet et la montagne qui le supporte. Il paraît qu’il s’est ouvert des crevasses dans toute la hauteur de cette montagne, si bien que des écoulements d’eau tout nouveaux ont lieu maintenant. De même des murailles du fort, jusqu’alors étanches, laissent pénétrer des infiltrations dans l’intérieur des chambres.
- Un nouveau sarcopte. — Nos lecteurs savent très bien que la gale, maladie autrefois incurable, aujourd’hui relativement bénigne, est causée par la présence dans la peau d’un petit arachnide du genre sarcopte. Or, il résulte des recherches de M. le Dr Trouëssart que les oiseaux jouissent de plusieurs gales distinctes résultant chacune d’un sarcopte particulier. L’un de ceux-ci est même tout nouveau pour les naturalistes et l’auteur en décrit les caractères avec soin.
- Géologie des Vosges. — M. Charles Durand, ancien élève de l’Ecole de Cluny et professeur à l’Ecole primaire supérieure de Nancy, étudie depuis plusieurs années la constitution du département des Vosges, à un point de vue à la fois géologique et agricole. Il a fait dans cette voie un grand nombre de remarques et d’observations qui lui sont propres ; il les a combinées avec les notions qu’on possédait déjà et sous sa plume le tout est devenu un petit livre que se sont empressés de couronner la Société d’émulation des Vosges, la Société d’horticulture des Vosges et la Société d’horticulture de Mirecourt. Les agronomes praticiens seront heureux de le placer dans leur bibliothèque.
- Varia. — M. llermite adresse une petite notice biographique sur Rosenheim, un géomètre qui, suivant l’expression de M. Bertrand, fut illustre dans sa jeunesse, ayant fait une découverte géniale, mais qui, depuis quarante ans et jusqu’à sa mort toute récente, a cessé de Cultiver la science. — L’illustre M. Colladon décrit des expériences qui prouvent la possibilité de tourbillons ascendants au sein d’une masse liquide. — La variation de la solubilité des corps avec la quantité de chaleur dégagée occupe MM. Chancel et Parmentier. — La prochaine réunion de l’Association britannique aura lieu en septembre en Angleterre. Le vice-consul de France invite l’Académie à se faire représenter à cette solennité. — C’est par les eaux de vidanges sulfocarbonatées qu’un agronome dont le nom nous échappe propose de traiter les vignes phylloxérées. Stanislas Meunier.
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- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- LE BOOMERANG. — FAIRE TOURNER UNE PIECE DE MONNAIE ENTRE DEUX ÉPINGLES
- Tout le monde connaît le boomerang australien; c’est une arme taillée dans une pièce de bois dur et compact, contournée en arc, que les sauvages de l’Australie lancent avec adresse vers un but déter-
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- miné, ennemi ou gibier; quand le boomerang a frappé le but, il revient de lui-même vers le chasseur qui en a fait usage. On peut voir des instruments de ce genre au Musée ethnographique du Louvre, et au Musée ethnographique du Trocadéro.
- Il y a une quinzaine d'années ,
- M. Marey, de l’Institut, a publié à ce sujet une intéressante notice. Le savant professeur écrivait alors sans le savoir, un petit chapitre de Physique sans appareils; nous nous empressons d’en reproduire la substance.
- Un morceau de carte de visite taillée en forme de croissant mince, dont les cornes seraient arrondies, est posé sur le bout du doigt, ou mieux, maintenu entre l’ongle et le doigt (fig. 1) de façon que le plan du carton soit un peu incliné sur l'horizon, à 45° par exemple; puis une vigoureuse chiquenaude, appliquée sur une extrémité, envoie en l’air le petit carton en lui imprimant un mouvement de rotation rapide. Le carton part, présentant l’aspect d’une petite roue qui tourne; il chemine suivant une position oblique ascendante, s’arrête, et sans culbuter revient sur la même trajectoire, si le succès est complet, mais le plus souvent retombe en arrière, en avant ou sur les côtés de son point de départ, et toujours en rétrogradant.
- « Pourquoi, dit M. Marey, le système conserve-t-il l’inclinaison de son plan par rapport à l’horizon? Ici interviennent les notions que Foucault nous a
- données sur la conservation du plan d’oscillation d’un pendule et du plan de rotation d’un giroscope. Dès lors, il me semble qu’on doit comprendre ainsi ce phénomène ; le boomerang reçoit du chasseur un double mouvement : une rotation rapide et une im-
- pulsion générale. La rotation oblige l’appareil à garder son plan ; il chemine donc obliquement dans l’air jusqu’à épuisement de son mouvement de translation. A un moment donné, le boomerang tourne immobile dans un point de l’espace , puis la pesanteur le fait retomber. Mais comme ce projectile, continuant à tourner, garde son plan incliné, la résistance de l’air tend à le faire tomber parallèlement à ce plan, c’est-à-dire à le ramener à son point de départ. »
- T e r m i n o n s cette petite notice en faisant connaître une autre expérience que nous communique M. H. Gilly, licencié ès sciences. Mettez une pièce de cinq francs à plat sur une table, saisis-sez-la avec deux épingles tenues aux deux extrémités d’un même diamètre. Vous la soulevez ainsi sans peine ; soufflez alors sur la partie supérieure, et vous la verrez tourner, avec une grande rapidité, entre deux épingles comme axe. La gravure ci-dessus (fig. 2), montre la manière d’opérer, qui devient facile après quelques tâtonnements. G. T.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Fig. 1. — Petit boomerang découpé dans une carte de visite.
- Fig. 2. — Rotation d’une pièce de 5 francs entre deux épingles.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- PHÉNOMÈNES MÉTÉOROLOGIQUES
- AURÉOLES ET COLONNES DE LUMIÈRE
- Il m’a été donné d’observer, il y a quelques jours, deux curieux phénomènes atmosphériques dont la description pourra peut-être intéresser les lecteurs. Je veux parler: 1° delà projection de l’ombre sur le brouillard avec auréole irisée; 2° d’une colonne lumineuse verticale accompagnant le soleil.
- J’ai observé le premier de ces phénomènes, le samedi 12 mars à 7 heures et demie du matin. Me rendant à Gannat, je gravissais à cheval la pente du profond ravin au fond duquel coule la Sioule, en
- "amont du pont de Menât. En cet endroit, la paroi est presque à pic, et la grande route de Clermont décrit de nombreux lacets taillés à liane de coteau.
- La vallée que je venais de traverser était remplie d’un brouillard très dense et très froid, qui couvrait les arbres de givre. Tout à coup, phénomène fréquent dans notre pays coupé de vallées, je sortis brusquement du brouillard et me retrouvai en plein ciel bleu. Le ravin était comblé par la vapeur dont la surface imitait, à s’y méprendre, celle d’un lac, au-dessus duquel émergeaient à quelque cent mètres le bord opposé, et, au milieu, les ruines de Château-Rocher figurant un îlot au milieu de cette nappe nuageuse. L’effet était des plus curieux.
- Auréole lumineuse observée dans les montagnes du Puy-de-Dôme, le samedi 12 mars, à 7 h. 30 m. du malin.
- (D'après un croquis de l’auteur.)
- J’eus l’idée de m’approcher de la banquette de la route de manière à ce que mon ombre fût projetée sur la surface du brouillard : en effet, le soleil encore peu élevé sur l’horizon, et qui rasait à ma gauche la crête de l’escarpement, dessina aussitôt sur la masse blanche qui remplissait la vallée mon ombre et celle de mon cheval, entourées toutes deux d’une auréole aux couleurs du spectre dont le centre paraissait être ma tête et mon buste.
- Le croquis ci-dessus pourra donner une idée du phénomène ainsi que de la disposition des lieux. Le violet était à l’intérieur de l’auréole, et le rouge extérieur. Les couleurs étaient très vives. L’ombre se détachait sur un cercle de couleur jaunâtre. Bref, c’était exactement le phénomène que l’on observe 15® innée. — 1er semestre.
- fréquemment en ballon1 : je l’avais aperçu une seule fois et beaucoup moins nettement au sommet du Puy-de-Dôme.
- 2° Le surlendemain 14 mars, par une singulière coïncidence, mon retour fut marqué par l’observation d’un autre phénomène. Vers 5 heures du soir, le soleil m’apparut, accompagné d’une colonne lumineuse verticale qui, d’abord à peine visible, devint au bout de peu de temps très accusée et très nette.
- Il avait neigé la veille en grande abondance, et au moment de l’observation, quelques rares paillettes cristallines voltigeaient dans l’atmosphère ; au zénith apparaissaient quelques légers cirro-cumuli. La tem-
- 1 Yoy. Ombres extraordinaires, tome I, 1875, p. 55.
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- LA NATURE.
- pérature était très basse. En juin dernier, j’avais eu l’occasion d’observer en ballon un phénomène analogue: le soleil m’était apparu à travers un nuage de neige très peu dense, entouré d’une étoile lumineuse à quatre branches.
- Mais ici les branches horizontales manquaient absolument et les branches verticales, au lieu de se terminer en pointes, s’évasaient légèrement, et s’estompaient dans le ciel bleu.
- Je ne saurais mieux comparer l’aspect de cette colonne qu’aux figures 76 et 77 de l’ouvrage l’Océan aérien1, représentant des lueurs verticales lunaires. Le phénomène acquit toute sa netteté vers 5 heures et demie, surtout lorsque le disque solaire eut disparu sous l’horizon. A ce moment la lueur atteignait une hauteur de 50u environ ; elle présentait une coloration roussâtre à son extrémité supérieure, et orangée à l’extrémité inférieure. Le phénomène persista très longtemps, presque jusqu’à la nuit close.
- Je l’attribue à la réflexion des rayons lumineux sur les paillettes de glace qui voltigeaient dans l’atmosphère. D’ailleurs, le sol est couvert de près de 50 centimètres de neige, et au moment où j’écris, elle tombe en grande abondance, pendant que le soleil brille. Je ne serais pas étonné que cette coïncidence donnât lieu encore à quelque phénomène lumineux du même genre. Henri Lecoq.
- Neuf-Église (Puy-de-Dôme), 17 mars 1887.
- LES LOCOMOTIVES
- PROGRÈS RÉCENTS RÉALISÉS PAR SI. RICOUR
- Les traits essentiels de la locomotive, comme l’application de la chaudière tubulaire, du tirage entretenu par l’échappement, de la traction par simple adhérence, de l’accouplement des essieux moteurs, etc..., peuvent être considérés comme fixés depuis longtemps par la pratique continue des chemins de fer, et toutes les tentatives faites pour s’en écarter ont été bientôt abandonnées. Cependant, s’il n’est guère permis d’entrevoir maintenant la possibilité d’une modification un peu sensible de cette machine merveilleuse qui a été l’agent inconscient, mais le plus important peut-être, des transformations rapides que nos mœurs ont subies depuis cinquante ans, il reste cependant encore quelque chose à faire pour en améliorer le rendement toujours un peu faible par rapport k celui des autres machines à vapeur. La locomotive possède une flexibilité admirable et se prête sans difficulté aux conditions d’exploitation les plus variées, soit qu’il faille développer un grand effort pour entraîner un train lourd sur une voie en rampe, soit qu’il faille fournir au contraire une grande vitesse pour entraîner un train léger sur une voie en palier. A côté de ces qualités, elle présente, comme nous le disions, l’inconvénient d’une consommation de combustible un peu élevée
- 1 Voy. 1 vol. de la Bibliothèque de La Nature (G. Masson, éditeur).
- relativement au travail utile fourni. Il est vrai que ce travail ne peut pas être apprécié d’une manière absolument indiscutable, car les calculs qu’on peut faire a ce sujet reposent toujours sur la détermination de coefficients un peu incertains, et les expériences si intéressantes entreprises il y a quelques années par M. Georges Marié sur la section de Saint-Jean-de-Maurienne à Modane, semblent indiquer que cette infériorité de la locomotive n’est même pas aussi réelle qu’on l’avait cru d’abord.
- Quoi qu’il en soit, il est incontestable qu’il y a encore quelque chose k faire pour en améliorer le rendement, et c’est lk la préoccupation continuelle de tous les ingénieurs de traction. C’est surtout d'ailleurs par une série d’améliorations de détail bien combinées qu’on peut y parvenir, et non plus par une transformation radicale, ainsi que nous le disions plus haut.
- M. Ricour, alors ingénieur en chef des chemins de l’Etat, a exécuté, k ce point de vue, une série d’expériences importantes, et il est arrivé k réaliser un certain nombre de modifications de nature k améliorer grandement le rendement de ses machines ; et comme il y a lk une question d’intérêt général pour ainsi dire, nous avons cru devoir en entretenir les lecteurs de la Nature. On les trouvera d’ailleurs complètement décrites dans les deux mémoires publiés par M. Ricour dans les Annales des ponts et chaussées, numéros d’avril 1884 et de septembre 1885.
- « L’organe principal de la machine modifiée, dit M. Ricour, est la soupape de rentrée d’air, implantée, soit sur le conduit d’admission, soit sur la boîte de distribution, qui a pour effet de transformer en machine soufflante la locomotive marchant k régulateur fermé. iflDansles conditions ordinaires, en effet, pendant la marche k régulateur fermé, le courant d’appel que crée le déplacement des pistons dans les cylindres produit une aspiration des gaz chauds de la boîte k fumée; ceux-ci arrivent dans les cylindres plus ou moins chargés de cendres, et ils amènent ainsi l’usure rapide des pièces frottantes, notamment des tiroirs par le frottement continuel des cendres et des poussières dures introduites dans les boîtes k vapeur. C’est 1a, en effet, la principale cause d’usure des tiroirs, et M. Ricour voit lk le point faible de la locomotive, comparée aux machines fixes. Les soupapes de rentrée d’air ménagées sur les boîtes a tiroir préviennent radicalement ces aspirations si nuisibles, car elles entrent en action aussitôt que le vide se produit dans les cylindres, et c’est l’air pur et frais de l’atmosphère qui afflue au lieu des gaz chauds.
- Cette simple modification diminue dans une mesure énorme l’usure des tiroirs et de toutes les pièces frottantes delà distribution, et elle entraîne d’autres conséquences non moins heureuses dans la marche générale de la machine. On évite d’abord, en effet, dans les cylindres, la production de chaleur qui résultait de la compression des gaz aspirés; la température ne dépasse plus celle de la vapeur dans la chaudière, ce qui permet ainsi de recourir pour le
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- graissage, comme on le fait sur les machines mari- | nés, à l’emploi des huiles minérales, oléonaphtes,etc., en remplacement des huiles organiques ; et on sait que celles-ci ont formé jusqu’à présent le principal obstacle à l’utilisation directe de la vapeur d’échappement pour réchauffement du courant d’eau d’alimentation. Les huiles qui rentrent dans la chaudière avec le courant de vapeur s’y décomposent en effet, et peuvent produire, en agissant sur les eaux chargées de sels, la formation de précipités terreux ou de produits acides qui sont une cause de corrosion des chaudières. On évite en outre la présence des dépôts charbonneux résultant de la décomposition des huiles organiques sur les différentes pièces frottantes : fonds des cylindres, faces des pistons, conduites de vapeur, lumières d’admission, etc.
- L’emploi des soupapes de rentrée d’air a permis en môme temps de résoudre la question des tiroirs cylindriques dont l’application pratique n’avait pu être réalisée jusque-là sur les locomotives, malgré les nombreuses tentatives entreprises à cet effet. Les tiroirs ainsi disposés fonctionnent pour ainsi dire sans entretien, et le mémoire de M. Ricour expose en effet que l’usure superficielle des tiroirs cylindriques graissés à l’huile minérale, ne dépasse pas 1 millimètre pour un parcours de 136 000 kilomètres, tandis que les tiroirs plans, en bronze ordinaire, graissés à l’hyile de colza, perdent 1 millimètre au bout d’un parcours de 5300 kilomètres.
- Nous représentons, figure 1, nos 1,2, et 5, d’après le mémoire de M. Ricour, la soupape de rentrée d’air disposée sur la boîte à vapeur ; celle-ci se compose, comme on le voit n° 1, d’un simple clapet oscillant qui se soulève vers l’intérieur sous l’effort de la pression atmosphérique, lorsque le vide règne dans la boîte. Le diamètre de ce clapet est de 8 centimètres pour les cylindres de 100 litres, et de 9 centimètres pour ceux de 150 litres.
- Le clapet est sollicité, comme l’indique la figure, par deux ressorts, dont l’un, le plus petit, le maintient à une distance de 2 millimètres environ de son siège lorsque le clapet n’est repoussé par aucun effort extérieur, la machine étant au repos avec régulateur fermé ; on évite ainsi l’usure de la soupape frottant contre son siège. Le ressort le plus grand fait équilibre au poids de la soupape, celle-ci se soulève donc immédiatement dès qu’il se produit un appel d’air, et elle vient s’appliquer contre le mamelon d’arrêt supérieur. On évite ainsi tout matage de la soupape, et la dépense d’entretien devient négligeable.
- La figure 1, n° 5, représente la coupe du cylindre et de la boîte à vapeur d’une machine munie de tiroirs cylindriques avec soupape de rentrée d’air : les cylindres distributeurs des tiroirs sont munis eux-mêmes de chemises en fonte sur lesquelles se reporte l’usure, très faible d’ailleurs, et dont le remplacement serait particulièrement facile. La fig. 1, n° 2, représente l’application des soupapes de rentrée d’air sur la boîte à vapeur d’une locomotive munie de tiroirs plans ordinaires.
- Ces modifications, dans le mécanisme moteur.de la machine, ont permis de réduire dans une proportion considérable les frais d’entretien des pièces frottantes, ainsi que les dépenses de graissage par la substitution des huiles minérales aux huiles organiques. On a même réalisé en outre un autre avantage particulièrement intéressant, et tout à fait inattendu : l’amélioration de l’adhérence, et on a pu éviter le patinage au départ sur toutes les machines ainsi modifiées.
- M. Ricour explique ce résultat remarquable en montrant que l’effort de traction moyen, développé par les machines à tiroirs cylindriques, est beaucoup plus élevé que sur celles à tiroirs plans, en raison de la moindre résistance au déplacement de ce type de tiroir. D’autre part, la limite d’effort à la jante des roues motrices à partir de laquelle le patinage commence à se produire, doit être évalué, dit-il, au 1/4 et non au 1/7 du poids adhérent, comme on le fait généralement ; les expériences faites sur les freins auraient démontré en effet que le frottement aux faibles vitesses a pour limite le 1/4 environ de la pression. Cette considération permet ainsi d’imposer aux machines une charge plus forte, impliquant un effort de traction plus élevé sans avoir à craidre le patinage. En fait, les machines à tiroirs cylindriques d’un poids adhérent de 24 tonnes, peuvent entraîner un train de 250 tonnes sur une rampe de 15 millimètres, et développer un effort de traction de 4600 kilogrammes atteignant 1/5,2 du poids adhérent.
- M. Ricour a modifié en outre l’installation des foyers de chaudières locomotives, suivant une disposition fréquemment appliquée en Angleterre et aux Etats-Unis, mais peu usitée en France jusqu’à présent, en interposant à l’intérieur du foyer un écran en briques réfractaires devant la plaque tubulaire. Cet écran dont la vue représentée, fig. 1, n° 4, lait comprendre le rôle immédiatement, protège la plaque contre l’accès direct de l’air froid précipité dans le foyer à chaque ouverture de la porte; il assure en même temps, par le brassage des gaz de la combustion, leur oxydation complète dans le foyer, et il évite la formation de l’oxyde de carbone qui correspond toujours, comme on sait, à une perte de calories importante, atteignant souvent 10 pour 100. La disposition adoptée est indiquée sur la figure : les briques forment une sorte de voûte plane en Y, appuyée directement sur des tubes à circulation d’eau ; cette forme en V oblige la flamme à se diriger en partie vers les parois latérales du foyer. La flamme pénètre dans le compartiment derrière la voûte en passant au-dessus de celle-ci ou latéralement, par un espace libre de 60 millimètres ménagé à cet effet entre les briques et les parois. Le mode d’attache des tubes de circulation d’eau avec les plaques du foyer qui forme la partie délicate de cet assemblage est donné par la fig. i, n° 5, ainsi que la disposition des tampons de lavage dont chaque tube est muni (fig. 1, n° 6). L’addition de cet écran augmente la surface de
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- chauffe directe du loyer de 10 pour 100, et elle diminue beaucoup l'entraînement des poussières de combustible par les tubes a fumée ; cet entraînement s’est abaissé en effet de 1142 litres à 520 litres par 1000 kilomètres de parcours; cette disposition évite
- ainsi la production du noir de fumée, et diminue en même temps l'usure des tubes.
- M. Ricour a porté également son attention sur la résistance de l’air qui forme un obstacle appréciable à la marche des trains, et augmente dans une forte
- Fig. 1. — N° 1. Coupe de la soupape de rentrée d’air, adoptée par M. lticour, sur la boîte à vapeur des locomotives. — iN° 2. Boîte à vapeur avec tiroir plan ordinaire munie de la soupape de rentrée d’air. — K" 5. Boîte à vapeur avec tiroir cylindrique. — N* A. Coupe de la boîte à feu montrant l’écran réfractaire en briques posé devant la plaque tubulaire. — N” a. Attache des tubes de circulation d'eau supportant l’écran en briques. — N° 6. Tampon de lavage.
- proportion l’effort de traction qu’elle exige. 11 a reconnu ainsi qu’il convenait de supprimer, dans la disposition extérieure des locomotives, toutes les surfaces normales à la marche, et d’y substituer des surfaces inclinées d’une disposition analogue à celle
- de l’avant des navires, avançant en quelque sorte dans le sens de la marche du courant d’air développé.
- Il adopta ainsi une forme inclinée ayant pour hauteur les 4/3 du rayon de la base, qui fut reconnu par expérience comme la plus convenable sans être
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- trop effilée, et il la substitua à toutes les surfaces normales à la marche du train, donnant ainsi aux machines l’aspect particulier représenté sur la
- lîg. 2. Pour diminuer la résistance de l’air due au mouvement des roues, il modifia la forme de celles-ci en remplissant de bois les intervalles des rais
- Fig. 2. — Vue d’ensemble de la locomotive munie de surfaces inclinées diminuant la résistance de i’air.
- de manière à obtenir un disque plein.
- En dehors de ces modifications apportées à la machine qui permirent déjà de réaliser une économie de 10 pour 100 sur la consommation de combustible, M. Ricour s’attacha également à diminuer la résistance même des véhicules du train sous l’elfort de la pression du vent, et il ne tarda pas à reconnaître que cette résistance de l’air tenait pour la plus grande partie au défaut de continuité de train : le vent s’engouf>" fre pendant la marche dans l’espace libre entre les véhicules successifs, et la masse d’air ainsi engagée qui se renouvelle incessamment arrive à la vitesse du train en empruntant la force vive de celui-ci. H y a donc un grand intérêt à diminuer cette résistance en rétablissant la continuité du train, et on y réussit sans difficulté en prolon-
- geant les faces latérales des caisses par des panneaux qui arrivent presque à l’aplomb des tampons au moment où ceux-ci sont à fond de. course suivant la disposition représentée figure5. On arrête ainsi, même en laissant une ouverture de 0m,15 à 0m, 20, tou s les vents de travers, et on diminue dans une très large mesure l'influence du vent sur la résistance totale à la marche du train. L’ensemble de ces modifications diverses réalisées par M. Ricour pré-sentej comme on le voit, un intérêt tout particulier, car elles paraissent appelées à améliorer beaucoup le rendement de la locomotive qui, tout en conservant ses qualités de puissance et d’élasticité, pourra soutenir désormais d’une ma-, nière plus avantageuse la comparaison avec les types les plus perfectionnés des machines fixes. L. R.
- Fig. 5. — Panneaux en tôle obturant l'espace vide entre deux wagons successifs.
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- L’EAU POTABLE ET LA FIÈVRE TYPHOÏDE
- La ville de Paris reçoit pour sa consommation journalière (alimentation, service public et industriel) 440 000 mètres cubes d’eau. C’est un chiffre fort respectable et l’approvisionnement dépasse la moyenne de bien des grandes villes. Mais sur ce total un peu plus d’un quart seulement (125 à 150 000 mètres cubes) est représenté par de l’eau de sources (la Vanne et la Dhuys), captées à leur naissance et amenées dans la capitale par une merveilleuse canalisation. Ce volume d’eau pure, d’eau véritablement propre à l’alimentation, représente une moyenne de 50 litres par tête d’habitant. Ce serait suffisant si, d’une part, la distribution de cette eau était étendue à tous les quartiers de la ville, et si, d’autre part, la totalité était réservée aux besoins de la population. 11 faut malheureusement compter avec une réduction importante, 50 000 mètres et plus, résultant des déperditions dans la canalisation, dans les ruptures, les jeux de robinet du service des bouches à incendie, des ascenseurs, etc. L’eau de source, en raison de sa pression, est la seule qui puisse être utilisée pour ces différents services. 11 n’en reste, vous le voyez, plus guère pour la consommation des Parisiens; il faut bien que l’eau de l’Ourcq ou l’eau de Seine vienne combler le déficit. Qu’il survienne, comme au commencement de l’année, un accident grave dans la canalisation d’apport de l’eau (une rupture de l’aqueduc de la Vanne a nécessité près d’un mois d’interruption), et nous voilà tous condamnés à boire une eau sale, bourbeuse, qui restait noire et sale en dépit du filtrage. Vous eussiez jeté dans votre filtre l’eau du ruisseau, l’eau d’égout, que vous n’auriez pas eu quelque chose de plus horrible.
- Était-ce là l’eau potable, telle qu’on vous la décrit dans les traités de chimie ou d’hygiène, insipide, inodore, incoloreL’administration, qui ne pouvait nous donner rien de mieux, répond : l’eau de Seine n’est pas mauvaise. Inodore, cette eau l’était; insipide, il fallait tout; quant à être incolore, c’est une autre question. Il ne s’agissait que de fermer les yeux. Je sais bien que ce n’est pas tant la teneur plus ou moins élevée en matières organiques, bien qu’il en faille tenir compte, que la qualité, la nature même de ces matières qui peuvent donner à une eau des propriétés plus ou moins nocives. Mais l’analyse chimique ne suffit plus aujourd’hui pour se prononcer sur la valeur d’une eau destinée à l’alimentation. Alors que l’analyse la plus délicate, la mieux conduite, vous montre que telle eau ne contient pas une proportion de matières organiques capable de la rendre suspecte, un autre procédé d’analyse vous permet un contrôle plus absolu et vous fait reconnaître des agents qui la rendraient nocive au plus haut point. Ce procédé d’analyse est tout simplement l’examen bactériologique de l’eau. Où la chimie s’arrête et devient
- impuissante, l’épidémiologiste peut trouver, grâce aux méthodes d’examen et de culture d’un usage courant à cette heure, les microbes pathogènes.
- Ce ne sont plus là des vues de l’esprit, des hypothèses plus ou moins assises sur quelques faits d’observation clinique qui semblaient déjà fort convaincants; c’est une démonstration nette, précise, que de douloureux événements survenus récemment de divers côtés ont permis de rendre encore plus saisissante.
- Il y a déjà bon nombre d’années que l’on admet la diffusion par l’eau alimentaire de certaines maladies contagieuses, notamment le choléra, la dysenterie, la fièvre typhoïde; assurément ce n’est pas le seul mode de contagion, mais c’est à coup sûr un des plus importants. J’ai rapporté ici même l’histoire d’une épidémie de scarlatine1 propagée par le lait, lequel était contaminé par l’eau qui servait au lavage des ustensiles de la traite. Pour la fièvre typhoïde, la seule maladie dont je veuille m’occuper en ce moment, des enquêtes multiples, en Angleterre, en France, avaient démontré le bien fondé de cette supposition. Pour n’en référer qu’à des documents récents, quelle expérience de laboratoire pourrait être plus précise que l’enquête à laquelle s’est livré le Dr Dionis des Carrières dans l’épidémie d’Auxerre en 1879? Au mois de septembre éclate dans cette ville une épidémie de fièvre typhoïde; en quelques jours le chiffre des malades est dix fois supérieur à la moyenne. Chose singulière, les médecins n’observent des typhiques que dans les parties de la ville et les immeubles qui reçoivent leur eau de la source du Vallan. Les habitants qui boivent d’autres eaux sont indemnes. Le Dr Dionis finit par reconnaître l’origine du mal; à la source du Yallan, une ferme avait recueilli une malade venue de Paris avec la fièvre typhoïde. Chaque jour les déjections de la malade étaient jetées sur le fumier voisin du ruisseau, et ces déjections diluées, entraînées par la pluie, avaient infecté le ruisseau; les eaux avaient propagé l’épidémie au cœur de la ville. Le Dr Dionis donna la preuve de cette contamination ; il jette sur le fumier de la liqueur de fuchsine et une demi-heure plus tard, l'eau du ruisseau se colorait comme un baquet de teinture; il verse de l’eau de noyaux et l’eau du Vallan prend le goût de kirsch.
- Je pourrais citer bien d’autres exemples aussi démonstratifs, l’épidémie de Chaumont, de Saint-Cloud, de Susquehannah, en Pensylvanie, où la maladie céda quand on eut supprimé l’usage de réservoirs et de fontaines dont l’eau était contaminée. Mais à quoi bon? nous avons dans les tables de statistique de la ville de Paris, dressées par J. Bertillon, une preuve de l’influence des eaux impures, et je range dans ce nombre l’eau de Seine, même prise en amont de Paris, sur le développement de la fièvre typhoïde. Le nombre des malades typhiques entrant dans les hôpitaux oscille chaque semaine entre 15 et 55 à 40. L’année dernière, en un mois, du 20 juin au 24 juil-
- 1 Voy. n° 700, du 30 octobre 1886, p. 347.
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- let, le chiffre total du mois ne s’était élevé qu’à 97.
- A cette date, l’insuffisance de l’apport de la Vanne, par suite des sécheresses de l’été, oblige à distribuer dans certains quartiers de l’eau de Seine; aussitôt la fièvre typhoïde se répand et l’on compte :
- Du 25 au 51 juillet, 92 entrées; du 1er au 7 août, 146; du 8 au 14 août, 148 ; du 15 au 21 août, 80; du 22 au 28 août, 58 ; du 29 août au 4 septembre, 72.
- Cette année, la rupture de l’aqueduc de la Vanne met l’administration en demeure de suppléer à l’eau de source par l’eau de Seine, et du 7 au 21 février, huit jours après ce changement de régime, le chiffre des entrées monte à 65.
- Il serait difficile de ne pas imputer à l’absorption d’une eau impure, comme l’eau de Seine, l’extension si rapide de la fièvre typhoïde; la concordance est trop frappante. Mais s’agit-il bien là d’une contagion dans le sens propre du mot? L’eau n’a-t-elle pas pu agir sur l’économie en préparant simplement la voie à une contagion d’autre origine, en débilitant le sujet, en créant une susceptibilité propre à l’invasion de la maladie? 11 n’y a plus aujourd’hui possibilité de se retrancher derrière des subtilités d’une autre époque, et les recherches de notre distingué confrère, le Dr Chantemesse, répondent victorieusement et sans réplique à cet argument trop souvent réédité.
- Eberth et Gaffky ont décrit les premiers le bacille de la fièvre typhoïde, ils ont fait connaître ses caractères morphologiques, ses réactions de culture; ils l’ont montré sur le cadavre, ils l’ont trouvé sur le vivant et les propriétés pathogènes du microbe sont absolument nettes, absolument certaines. M. Cliante-messe a ajouté à ces recherches quelque chose de nouveau, d’original; c’est la preuve de la contagion par l’eau. L’épidémie de Pierrefonds, où une famille connue de Paris fut si cruellement frappée ; celle de Clermont-Ferrand, une épidémie de maison à Ménil-montant, lui ont permis de démontrer la présence du bacille caractéristique dans l’eau bue par les victimes de ces épidémies.
- Le microbe de la fièvre typhoïde dont nous donnons le dessin, appartient au genre bacille; il est trois fois plus long que large, arrondi à ses extrémités, il possède une mobilité spéciale et se colore mal par les couleurs d’aniline.
- Les cultures du bacille peuvent se faire dans le bouillon, sur la gélatine, l’agar-agar, le sérum sanguin, mais la pomme de terre est le terrain de culture le plus propice à son développement. La recherche en est extrêmement délicate, car il revêt, suivant les procédés de culture ou quand il est en contact avec des germes étrangers des formes un peu bâtardes. C’est précisément, dit le Dr Chantemesse, dans ces conditions qu’il se trouve dans l’eau ou les matières fécales; d’où la difficulté de le trouver, de l’isoler. Il ne faudrait pas croire, comme on l’a dit, que l’eau soit un milieu défavorable à son développement. M. Chantemesse ensemence avec ce microorganisme un tube d’eau de l’Ourcq préalablement stérilisée ; il garde plusieurs mois ce tube à la tem-
- pérature de 10 à 15 degrés sans que le microbe ait subi le moindre affaiblissement dans sa vitalité.
- Une autre expérience montre comment une épidémie éteinte peut reparaître après le curage des réservoirs. « Un grand flacon contenant une petite quantité de sable et de terre est rempli d’eau et porté pendant une demi-heure à l’autoclave à 115 degrés. On le laisse refroidir et on l’ensemence avec du bacille typhique. Pendant les premières semaines, le flacon étant resté parfaitement immobile, il suffisait de prendre des échantillons d’eau à la surface ou à quelques centimètres de profondeur pour obtenir des cultures. Au bout de deux mois, l’eau paraissait ne plus contenir de germes spécifiques; elle a été décantée doucement et de l’eau ordinaire a été jetée brusquement dans le flacon sur la petite quantité de sable et de terre jetée au fond. Le lendemain l’eau nouvelle était chargée de bacilles typhiques. »
- Comment, peut-on se demander, s’établit cette contamination de l’eau par le bacille? D’une façon bien simple; par les déjections qui contiennent en quantités le microbe et qui projetées directement dans le cours d’eau, comme à Auxerre, filtrant à travers des fosses en mauvais état, vont se répandre dans les sources du voisinage, dans un puits, comme à Pierrefonds.
- Le blanchissage de linges souillés peut suffire, s’il n’a pas été passé auparavant à la lessiveuse ébouillante, pour répandre dans l’eau du lavoir et de là dans les ruisseaux où elle se déverse les germes spécifiques.
- Que conclure de ces belles expériences que notre jeune confrère poursuit avec une patience et une sagacité admirables? C’est que nous sommes armés contre un élément puissant d’infection, de contagion. Que Paris reçoive en eau pure, sans souillures, belle et bonne à boire, comme l’eau de la Vanne, de la Dhuys, la quantité nécessaire et au delà à la consommation des habitants. Que pas un quartier, pas une maison ne soit approvisionnée pour les besoins de l’alimentation avec une eau autre que l’eau de source. Il meurt à Paris annuellement 15 à 1600 personnes de fièvre typhoïde, presque toutes, sujets jeunes, à la fleur de l’âge. Quelle économie de vies humaines, de force vive, d’éléments de prospérité pour le pays on peut obtenir en s’attaquant sans relâche à l’une des origines de cette redoutable maladie! Ce n’est pas avant de longs mois, peut-être faudra-t-il dire des années, que le service des eaux sera assuré à Paris de façon à satisfaire ces exigences de salubrité. N’hésitez pas alors ; quand on vous servira de l’eau de Seine, filtrée ou non, claire ou trouble, faites-la bouillir; vous pourrez alors la boire sans crainte et sans danger, sinon sans répugnance.
- Dr A. Car ta z.
- Bacilles de la fièvre typhoïde. (Grossissement de 1500 diamètres.)
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- LÀ PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE
- d’un torpilleur a grande vitesse
- Dans ses livraisons du 1er et du 22 janvier 1887, La Nature donnait, avec notes explicatives, de bien intéressants exemples de photographies instantanées1. Leur succès auprès des lecteurs encourage aujourd’hui deux habitués du port de Cherbourg à soumettre un nouveau résultat de singulière instantanéité.
- Dans un moment surtout où la grande question des torpilleurs est à l’ordre du jour, on n’apprendra pas sans étonnement que, dans les circonstances exceptionnelles qui vont suivre, il soit possible de saisir aussi nettement que le permettrait l’installation du plus confortable atelier de photographe,
- l’image d’un de ces petits navires dont la vitesse moyenne est de de 20 nœuds, autrement dit 600 mètres par minute! Le détail de l’exécution ne sera pas long.
- Nous étions légèrement secoués entre le ciel et l’eau, à quelques milles du port militaire, dans une frêle embarcation de pêcheurs. Les deux loups de mer qui s’occupaient de la manœuvre taxaient l’état atmosphérique de « bonne brise », et cependant, munis d’un appareillage photographique, nous ne savions trop, avec un assez fort tangage, et dans un inflexible balancement de bâbord à tribord, quel serait le résultat de nos expériences. Toute notre ambition, d’ailleurs, se résumait dans le seul désir de photographier le grand transport-aviso ïAube qui se tenait immobile devant son port d’attache. Mais, nous comptions alors sans l’imprévu.
- Fac-similé de la photographie instantanée d’un torpilleur lancé à toute vitesse, dans la rade de Cherbourg.
- Il était 4 heures et demie du soir, lorsque nous terminions nos évolutions autour du bâtiment, et ne nous trouvant encore qu’aux dernières journées de janvier, c’est assez dire que l’astre du jour commençait à décliner sensiblement sur l’horizon. Une plaque nous restait encore, et nous allions la risquer au hasard dans la reproduction du soleil se couchant sur la mer. Déjà l’objectif était au point, le volet double de l’obturateur s’ébranlait pour obéir à la pression pneumatique, lorsque nous nous aperçûmes qu’un torpilleur, rasant l’eau comme une flèche, raflait notre arrière à une distance de 100 mètres environ. Alors, aussi vite que l’éclair, nos ustensiles firent volte-face; et, en moins de temps même qu’il n’en faut pour se ressouvenir de la chose, le
- 1 Yoy. La photographie la nuit, n° 709, du 1er janvier 1887, p. 67, et Incendie de pétrole en mer, n° 712, du 22 janvier 1887, p. 128.
- fugitif se trouvait, bon gré mal gré, pris en flagrant délit de capricieux ébats.
- Le hasard, naturellement, s’était seul chargé de mettre l’appareil au point, et, dépourvus que nous étions de l’invention tout récemment perfectionnée d’une chambre noire sans objectif1, nous nous étonnons de la netteté d’une image obtenue dans de telles conditions.
- Joignez à cela tout le faisceau d’entraves occasionné par l’instabilité de notre nacelle et la course effrénée de notre point de mire, et vous conviendrez que, jusqu’à l’immobilisation du bouillonnement de l’eau, l’ensemble du résultat n’est pas sans intérêt.
- Maurice et Robert Le Cesne.
- 1 Yov. n° 708, du 2a décembre 1886, p. 50.
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- DU TROCÂDERO
- Les visiteurs qui ont parcouru l’année dernière | l’Exposition coloniale de Londres ont tous été frap-
- Fig. 1. — La tombe Maori de la Nouvelle-Zélande actuellement au Musée ethnographique du Trocadcro.
- pés par la magnifique collection ethnographique exposée dans la section de la Nouvelle-Zélande par Sir Walter Buller, le savant bien connu. Plusieurs pièces fort intéressantes de cette collection1 ont été généreusement offertes, par leur propriétaire, à notre Musée d’ethnographie et sont venues enrichir la galerie océanienne déjà organisée et installée avec une science et un goût si sûrs par l’éminent conservateur , M. le Dr E. Hamy.
- Parmi les principaux objets qui figurent sous le nom de Sir Walter Buller, nous pouvons mentionner des bâtons de commandement artistement ouvragés, de petites massues, une trompe de guerre très rare et très ancienne faite d’une conque marine, des panneaux travaillés à jour et une série
- 1 C’est par l’entremise de l’auteur de cette note que ces objets ont été offerts à notre Musée d’ethnogaphie. M. J. E. de
- de haches de pierre représentant les différents types en usage chez les Maoris avant la découverte de la Nouvelle-Zélande. Mais la pièce la plus remarquable est sans contredit la belle tombe en bois sculpté qui a été placée dans le grand vestibule et qui peut être considérée à juste titre comme l’un des spécimens les plus complets et les plus curieux de l’art sauvage en Océanie.
- A côté de sa valeur artistique, cette pièce en présente une autre, bien plus considérable, aux yeux de l’ethnographe, car elle est la première et la plus complète du genre qui soit parvenue en Europe; il est même probable, pour des raisons que nous allons expliquer , que c’est le seul et unique échantillon de monument funéraire néo-
- la Croix avait été chargé, par le ministère de l’instruction publique, d’une mission à 1 Exposition coloniale de Londres. G. T.
- Fig. 2. — Portrait du chef Maori, qui fut inhumé dans le tombeau représenté ci-dessus. (D'après une photographie.)
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- zélandais qui sera jamais exposé dans un musée européen.
- Les statistiques officielles du gouvernement de la colonie nous apprennent en effet que le peuple maori est en pleine voie de décroissance; il disparaît avec une rapidité vraiment effrayante, et, phénomène curieux, non seulement la race autochtone, mais encore la faune et la flore indigènes reculent et meurent devant l’envahissement des espèces européennes nouvellement introduites.
- Les causes multiples de cette disparition à brève échéance sont suffisamment connues, et les Maoris eux-mêmes ne se font aucune illusion sur le sort qui les attend; ils savent que leur race est marquée au sceau de la décadence et disent, dans un langage empreint de tristesse : « Depuis le jour où lesPakehas, (les étrangers) ont débarqué dans notre île, tout ce qui existait a commencé à mourir. Les oiseaux, les animaux disparaissent; les plantes elles-mêmes sont tuées par les herbes étrangères; les Maoris, eux aussi, disparaîtront à leur tour et bientôt il ne restera, pour les rappeler, que les noms de leurs rivières et de leurs montagnes. »
- Les effets de cette implacable loi de la nature se sont fait ressentir aussi bien dans l’ordre moral que dans l’ordre physique ; les vieilles croyances maoris ont succombé également devant l’introduction de doctrines plus civilisées. La population indigène est aujourd’hui presque entièrement chrétienne et obéit aux prescriptions des nouveaux cultes. Leurs cérémonies religieuses sont devenues à peu près les mêmes que chez nous; ils enterrent leurs morts ainsi que nous le faisons nous-mêmes, aussi le monument funéraire qui figure au Trocadéro peut-il être regardé comme l’un des derniers vestiges1 d’une foi qui s’éteint et d’un rite passé dont nous allons essayer de donner quelques détails à nos lecteurs.
- Les cérémonies des funérailles n’étaient pas les mêmes pour tous les individus ; elles étaient d’autant plus compliquées que le défunt avait occupé, durant sa vie, une situation plus haute.
- Dès qu’un chef maori avait rendu le dernier soupir, des émissaires étaient aussitôt envoyés de tous côtés afin d’annoncer la fatale nouvelle et de convoquer les membres de la tribu. Vingt-quatre heures après la mort, la famille procédait à la toilette du corps qui, après avoir été lavé, était enveloppé dans une étoffe précieuse en fils de phormium et ornée de riches broderies. La figure, laissée à découvert, était peinte en ocre rouge, la couleur sacrée; la tête était surmontée d’un bouquet de plumes noires et blanches provenant de la queue d’un oiseau rare, le Hina. Dans sa main droite on plaçait le mere pounamou, sorte de casse-tête en diorite, symbole du pouvoir, le sceptre de la tribu ; on pendait à son cou YHeitiki de jade vert représentant l’image de l’ancêtre fondateur de
- 1 Si nos renseignements sont exacts, il n’existe plus, à la Nouvelle-Zélande, qu’un seul tombeau du même genre ; c'est à ilatata, petit village de la baie d’Abondance.
- la tribu; on fixait à ses oreilles les iangiwais, précieux ornements en serpentine translucide.
- Ainsi paré avec le luxe barbare de l’àge de pierre, le cadavre était placé sur une petite plate-forme disposée à l’entrée de la maison. De tous côtés arrivaient alors les membres de la tribu pour prendre part au tangi, sorte de vocero funèbre.
- Ainsi que cela se passe dans la plupart des pays, et même en Europe, un repas accompagnait toujours la cérémonie des funérailles. Les amis et autres membres de la tribu apportaient des vivres et les festins funèbres prenaient des proportions telles que souvent la misère et la famine succédaient, pendant plusieurs mois, à ces manifestations de la douleur publique.
- Entre temps, les parents et amis personnels du défunt se livraient au plus profond désespoir; les chants alternaient avec les lamentations, et afin de donner à leur affliction une intensité plus vraie, les femmes et les jeunes filles, armées de coquillages tranchants, se faisaient sur le corps des entailles profondes; les joues, la poitrine et les bras ruisselant de sang, elles hurlaient les louanges du chef et ce supplice volontaire était poussé d’autant plus loin que le mort avait été plus puissant et plus célèbre.
- Ces démonstrations lugubres et les festins duraient en général une huitaine de jours, parfois même davantage. Dans l’intervalle, les artistes et sculpteurs de la tribu s’occupaient activement à construire le tombeau du chef, sorte de sarcophage temporaire que l’on élevait dans un endroit calme et paisible, sur la lisière d’un bois ou sur la berge d’un lac ou d’uné rivière.
- Le travail achevé, le corps était porté en grande pompe et déposé dans le monument au milieu des lamentations et des cris de désespoir; on plaçait auprès du chef ses ornements, ses armes et les objets précieux hérités de ses ancêtres. Puis le peuple se retirait lentement, chacun s’en retournait dans son village et l’emplacement du tombeau devenait tabou, c’est-à-dire sacré. Tous ceux qui avaient touché le cadavre ou pris part à la construction du tombeau devenaient également tabous et il leur était interdit de communiquer avec leurs semblables. Ils ne pouvaient même toucher à un aliment quelconque ; assis silencieusement dans leur hutte, les bras croisés derrière le dos, ils recevaient leur nourriture des mains d’une jeune fille qui la leur tendait à distance afin d’éviter tout contact.
- Cette période de tabou durait jusqu’à ce que les lohungas, ou prêtres, eussent accompli la cérémonie de purification connue sous le nom de whakanoanga.
- Nous avons oublié de mentionner que le haut du sarcophage restait ouvert afin que le corps soumis aux intempéries des saisons et à l’action de l’air se décomposât plus rapidement. L’œuvre de la nature s’achevait en six ou sept ans ; alors commençait la seconde partie des funérailles appelée hahunga, c’e:t â-dire le nettoyage des os.
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- La tribu était convoquée de nouveau ; les festins recommençaient avec le même cérémonial, accompagnés de lamentations et de pleurs; les femmes s’infligeaient les mêmes tortures; le sang coulait, et, au milieu des gémissements, les orateurs se livraient aux discours les plus extravagants sur les vertus du chef défunt, apostrophant les jeunes gens et les excitant à imiter les hauts faits et les prouesses du héros qui les avait quittés pour toujours.
- Le peuple se rendait ensuite à l’endroit où reposait le mort; le sarcophage était ouvert et démantelé, les objets précieux étaient retirés et le mere pounamou, l’emblème de l’autorité, était rendu à la tribu après avoir été purifié par les prêtres. Les ossements étaient grattés avec des coquillages et soigneusement nettoyés jusqu’à ce qu’il ne restât plus trace de chairs ou de ligaments; puis, ils étaienl enveloppés dans une étoffe neuve et transportés en grande cérémonie au lieu de repos définitif, soit dans le cimetière commun de la tribu, soit dans une caverne profonde cachée au fond des hois ou dans quelque cratère de volcan éteint.
- Tous ceux qui avaient joué un rôle actif dans cette seconde cérémonie devenaient plus tabous encore qu’auparavant, et tous les objets qu’ils touchaient devenaient également tabous. Toute infraction à cette coutume était immédiatement punie de mort et la pénitence ne cessait que lorsque le sarcophage et les objets ayant servi au culte avaient été brûlés et réduits en cendres.
- Ce dernier détail explique suffisamment pourquoi il est pour ainsi dire impossible de trouver, à la Nouvelle-Zélande, des spécimens de monuments funéraires; mais les anciens usages ont disparu peu à peu, le vieux rite maori a succombé devant la religion nouvelle et le tabou lui-même a perdu de sa sévérité. C’est grâce à ce nouvel état de choses que Sir Walter Buller, l’éminent avocat des Maoris, a pu obtenir le monument qui figure aujourd’hui dans notre Musée. Profitant d’une grande influence acquise dans les tribus, de sa connaissance profonde de la langue indigène, il a pu réussir, malgré une opposition énergique, à force de patience, de diplomatie et même de sacrifices pécuniaires, à se procurer le tombeau dont il a généreusement doté le Trocadéro.
- Sir W. Buller a du reste été témoin d’une cérémonie funèbre pareille à celle que nous venons de décrire, l’une des dernières probablement qui se soient reproduites à la Nouvelle-Zélande. La scène s’est passée au charmant petit village de Te-Tahehe, sur les bords du lac Rotoiti, localité bien connue dans la région des lacs chauds. C’est là le territoire de l’antique et puissante tribu Arawa dont les ancêtres ont été les premiers colons de la Nouvelle-Zélande, lors de la grande migration polynésienne. Chaque groupe, qui mit alors le pied sur la nouvelle île, conserva le nom du canot qui l’avait amené d’IIawaïki, sa terre d’origine. Le canot Arawa atterrit à Makatu, dans la baie d’Abondance et les descendants des émigrés ont perpétué son nom.
- Le grand chef de la tribu, le fameux Waata-Ta-ranui, célèbre par ses vertus sauvages et sa valeur guerrière, mourut il y a quelques années. On lui fit de magnifiques funérailles; pendant plusieurs jours et plusieurs nuits, les artistes de la contrée travaillèrent à lui ériger un tombeau digne de lui.
- La gravure ci-joinfe (fig. 1) en est une reproduction fidèle; le sarcophage est en forme de coffre, mesurant 5 mètres de long sur 2 mètres de haut et 1 mètre environ de largeur; les faces sont formées de panneaux massifs taillées dans un bois imputrescible, le totara. Chaque panneau représente, sculpté en relief, un personnage mythologique (l’un des ancêtres de la tribu) qui tire la langue, ce qui, chez les Maoris, est le symbole du courage militaire; les yeux sont figurés par des rondelles de nacre découpées dans une coquille marine. Les panneaux sont reliés entre eux par des liteaux en bois noir ornés de petites touffes blanches de plumes d’albatros. Une pièce horizontale, disposée en cymaise, maintient les panneaux verticaux. Le monument est surmonté du tekoteko, l’effigie du défunt peinte en blanc, avec les creux en noir afin de faire mieux ressortir les tatouages du corps; la figure de la statuette porte le rnoko, sorte de tatouage héraldique, le blason du chef ; la tête est recouverte, en signe de deuil, d’un énorme bouquet de plumes noires. Sous les pieds du chef, ainsi qu’il convient, une seconde figurine en bois sculpté représente la femme du défunt dans une posture d’infériorité et de soumission. Enfin, tout le monument est recouvert d’une couche d’ocre rouge, la couleur tabou.
- C’est dans ce sarcophage que fut déposé le corps de Waata Taranui dont nous donnons également le portrait (fig. 2). Il y resta sept ans, après lesquels eut lieu la seconde cérémonie dont nous avons parlé plus haut.
- Les os furent retirés, soigneusement nettoyés et portés en grande pompe à leur sépulture définitive, au centre du cratère éteint du vieux volcan Tara-wera.
- "Majs son repos ne devait pas être de longue durée. Après un sommeil de plusieurs siècles, suivant la tradition maori, le volcan se réveilla de nouveau l’année dernière. L’ancien cratère s’ouvrit soudain ; une éruption terrible secoua et bouleversa la contrée entière, répandant la désolation et la ruine sur une région de 1500 kilomètres carrés ; de nombreux villages furent ensevelis, avec leurs habitants, sous une pluie de boue et de matières volcaniques et le lac Rotomahana fut englouti.
- Dans cette effroyable convulsion de la nature, que sont devenues les cendres du héros Waata Taranui ?...
- C’est le tombeau que nous venons de décrire, c’est le sarcophage même du vieux chef qui figure aujourd’hui au Musée d’ethnographie du Trocadéro.
- J. Errington de la Croix.
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- LA NATURE.
- MACHINE A FABRIQUER LES BOUQUETS
- On sait combien a pris d’extension depuis quelques années le commerce des Heurs : dans les grandes villes, notamment à Paris, c’est par monceaux que les fleurs arrivent, et à l’époque du 1er janvier la consommation en est extraordinaire. Nous avons parlé précédemment du forçage des lilas1 qui a puissamment contribué à subvenir aux besoins de la consommation ; toutes les fleurs de luxe sont actuellement cultivées par des méthodes perfectionnées qui en assurent une abondante production. Ce qui eût paru, il y a quelque vingt ans, un mécanisme suranné, une machine à faire les bouquets, devient aujourd’hui un appareil de première nécessité en raison des exigences d’une vente souvent excessive.
- Un horticulteur de Chalon-sur-Saône,
- M. Myard fils, vice-président de la Société d’horticulture de cette ville, a imaginé le curieux appareil que nous représentons ci-contre, d’après une photographie. La machine à faire les bouquets, que l’inventeur désigne sous le nom de bouquetière, se compose d’une tige fixe (à droite de la figure) sur laquelle on élève ou abaisse à volonté une bobine garnie de fil dont la partie inférieure est munie de trois ressorts à frottement servant à sa tension.
- Une barre supérieure horizontale supporte un guide ou gabarit dont on doit suivre la courbe en plaçant les fleurs.
- Cette barre doit s’enlever ou se détourner, après que l’on a desserré la vis à pression, afin de pouvoir sortir la tige de gauche, sur laquelle est monté le bouquet.
- Un guide en ruban d’acier est fixé sur la barre supérieure et sur la petite tige mobile avec des vis
- à pression, qui permettent à ce ressort d'être allongé facilement. Cette tige peut s’élever et s’abaisser tout en glissant avec sa coulisse, sur la barre horizontale supérieure; grâce à ces combinaisons, on obtient toutes les formes désirées de bouquets.
- La tige de gauche est une tige à pivot en acier, percée de plusieurs trous, dans lesquels entre une broche donnant ainsi la facilité de commencer des bouquets, à différentes hauteurs; cette tige est maintenue dans son axe, en haut et en bas.
- Le bouquet en préparation est monté sur la tige de gauche comme l’indique notre figure ; la broche traverse la tige et entre dans la boucle faite avec l’extrémité du fil ; elle sert ainsi de point d’appui et empêche, en soutenant le fil, le bouquet de tomber quel que soit son poids. La boucle s’échappe lorsqu’on retire la broche de la tige verticale pour sortir le bouquet.
- A la partie inférieure de la tige où se monte le bouquet, est un collier à trois branches au moyen duquel on imprime aux fleurs un mouvement de rotation, à l’aide de la main ; le fil servant de ligature s’enroule ainsi autour des tiges.
- Quand la bouquetière est en mouvement, le fil se dévide et vient s’enrouler autour de la tige où sont placées les fleurs, il y enlace et y retient chaque tige.
- Un opérateur habitué arrive à se servir avec rapidité de ce petit appareil qui a été construit avec beaucoup de soins, d’ingéniosité, et qui rentre dans la série de ces mécanismes spéciaux qu’il est toujours intéressant de connaître.
- On a conseillé au constructeur de faire fonctionner sa bouquetière à l’aide du pied, mais après essais, on a pu se rendre compte que l’addition d’une pédale et du mécanisme qu’elle comporte était abso-ment superflue, l’appareil fonctionnant fort bien tel qu’il est.
- Machine à fabriquer les bouquets. (D’après une photographie.)
- 1 Voy. n° 606, du 10 janvier 1885, p. 93.
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- LA NATURE.
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- APPAREIL COSMOGRAPHIQUE
- DE M. I,. GIROD
- L’enseignement de la cosmographie présente de grandes difficultés, par suite de la complication des mouvements des corps célestes dans l’espace ; ils ne peuvent être exactement représentés par des ligures géométriques où tout reste immobile; aussi la plupart des élèves ne conçoivent que très imparfaitement les mouvements de la Terre et de la Lune dans leurs orbites, ainsi que les phénomènes divers qui résultent des positions respectives de ces astres.
- Divers appareils ont été imaginés dans le but de faciliter la lâche du professeur et de venir en aide à l’intelligence des élèves; mais, en général, ces appa-
- reils sont compliqués et d’un prix élevé. L’appareil cosmographique de M. Girod est remarquable par sa simplicité; son prix relativement modique le met à la portée des établissements d’enseignement.
- Cet appareil, construit par M. Ducretet, est représenté ci-dessous.
- Il se compose d’une bougie centrale qui représente le Soleil dont les rayons sont projetés sur la sphère terrestre par un réflecteur. La sphère terrestre est soutenue dans l’espace par deux tiges dont les extrémités portent un cadran horaire vertical. L’axe autour duquel cette sphère terrestre exécute son mouvement de rotation, se meut parallèlement à lui-même, et fait un angle de 66°,55' avec le plan de l’écliptique. Un demi-méridien dont le plan se meut parallèlement à lui-même, marque le jour sidéral;
- Ajijtarcil cosmographique de M. L. Girod.
- un autre demi-méridien dont le plan passe constamment par le Soleil, marque le jour polaire. Une petite sphère représente la Lune. Le pied de l’appareil est muni d’une boussole pour l’orientation de l’appareil ; d’un cadran annuel sur lequel sont marqués les jours, les mois, les degrés que parcourt la Terre dans son mouvement autour du soleil; les saisons, les équinoxes, les solstices et les signes du Zodiaque, enfin d’un cadran lunaire sur lequel une aiguille indique les phases de la lune 'a mesure qu’elles se produisent.
- La combinaison de tous ces organes permet, à l’aide d’un mécanisme simple, une série de démonstrations très complètes qu’une petite brochure éditée avec l’appareil rend très claires. Elles peuvent être énumérées ainsi :
- Mouvement de rotation de la Terée sur elle-même en vingt-quatre heures. — Mouvement de translation
- de la Terre autour du Soleil. — Succession du jour et de la nuit. — Inégalité des jours et des nuits. — Cause de l’inégalité des jours et des nuits. — Cercles polaires. — Tropiques. — Saisons. — Variation de la distance du Soleil à la Terre. — Périgée. — Apogée. — Obliquité de l’écliptique. — Zodiaque. — Différence entre le jour sidéral et le jour solaire vrai.
- — Année sidérale. — Année tropique. — Pourquoi aux mêmes heures ne voit-on pas constamment les mêmes constellations. — Crépuscule. — Variation de l’ascension droite et de la déclinaison du soleil.
- — Trouver l’heure en un lieu quelconque de la Terre. — Phénomènes lunaires. —Eclipses de lune, de soleil.
- En résumé, cet appareil a l’avantage, sous une forme très simple, très compréhensible, de réunir les organes les plus compliqués de la mécanique céleste, et d’en démontrer facilement le fonctionne-
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- LA NATURE.
- ment. Il suffit de tourner une manivelle pour le faire fonctionner. Il est, croyons-nous, destiné à rendre de véritables services h l'enseignement de la cosmographie et de l’astronomie.
- CHRONIQUE
- Réunion annuelle des collaborateurs de JLa Xature- — Un des plus anciens maîtres et amis du directeur de La Nature, M. Félix Hément, a proposé d’organiser, sous forme d’un banquet, une réunion annuelle des collaborateurs de ce recueil. Il s’est constitué aussitôt, sous son initiative, un comité pour fonder un diner annuel : ce comité composé de MM. L. Bâclé, P.-P. Dehé-rain, Félix Hément, Stanislas Meunier, A. de Rochas, auxquels s'étaient joints les dessinateurs MM. Clément, Férat, Gilbert, et les graveurs, MM. Morieu, Thiriat et Tilly, avec M.Ed. Hospitalier comme secrétaire etM. Povet comme trésorier, a offert à M. Cailletet, de l’Institut, la présidence du premier dîner. L’honorable et savant physicien ayant bien voulu accepter, la première réunion amicale a eu lieu le jeudi 31 mars, à l’Hôtel Continental. Cent personnes environ ont répondu à l’appel du Comité. Il nous a semblé que l’hommage rendu au fondateur de la publication s’adressait surtout à la publication elle-même, et que nos lecteurs ne devaient pas rester étrangers à cette fête de famille; nous donnerons donc ici un résumé de cette réunion. Nous citerons parmi les convives, en outre des organisateurs: MM. Janssen, de l’Institut, Renou, directeur de l’observatoire du parc de Saint-Maur, Clémandot, Demontzey, lieutenant-colonel Hennebert, G. Thomson, député de Constantine, C. M. Gariel, membre de l’Académie de médecine, Dr Topinard, Villard, membre du Conseil municipal, Louis Figuier, Henri de Parville, de Thiersant, ancien ministre plénipotentiaire, Liébaüt, Lucien Marc, directeur de l'Illustration, Max de Nansouty, directeur du Génie civil, Filhol, Oustalet, Kunckel dTIerculais, Gauthier-Villars, de Fonvielle, Dr Vigoureux, d’Arsonval, Ch. Rabot, de Guerne, Guyot-Daubès, E. Maindron, Arlhur_Good, Ch. Joly, Arbey, Raffard’ P. et P. Henry, Fraissinet, Léon Vidal, Dr Nicolas, Trou-velot, Dr Tolédano, A. Noguès, de Sanderval, Nachet, J.» Ducom, Martel, Paul Nadar, Albert Londe, Moussette, C. Saunier, Dr Jousset de Bellesme, Vesque, E. Landrin, Poisson, Paul Garnier, Mermet, Bergman, Olivier, Ri-chou, A. et A. Tissandier, Lavergne, Mareschal, Richard, Ducretet, Radiguet, DrRanque, P. Rousseau, etc., etc.
- Au dessert, M. Cailletet a pris le premier la parole. Il a félicité en un langage excellent le comité d’organisation de sa pensée « qui a été accueillie avec enthousiasme par nous tous amis dévoués et collaborateurs à des titres divers du journal La Nature. » M. Cailletet a rappelé les difficultés des premiers débuts, et après avoir félicité le fondateur de ses efforts et du succès de son œuvre, il l’a approuvé d’écarter de son journal toute polémique et toute idée irritante. « Je vous remercie, a dit en terminant M. Cailletet, de l’honneur que vous m’avez fait en me choisissant pour présider cette belle et touchante réunion, vous me permettrez de dire en votre nom et au mien à M. Gaston Tissandier : Cher ami, nous venons applaudir à vos succès, si légitimement obtenus, nous vous remercions des services que vous rendez chaque jour à la science, à notre cher pays : à défaut d’une récompense gui serait à la hauteur de vos mérites, nous ne pouvons que vous offrir, et nous vous offrons du fond du cœur, nos
- félicitations et tout ce que vous avez le droit d’attendre de notre entier dévouement.... »
- M. Gaston Tissandier a répondu dans les termes suivants :
- « Les paroles que vous venez d’entendre me rendent, je vous assure, tout confus. — Vous avez prononcé le mot de récompense, mon cher maître, sans peut-être vous rendre compte qu’une récompense m’est donnée aujourd’hui même. C’est la seule que j’ambitionne: elle est la plus belle, à mon avis, à laquelle un homme puisse prétendre. Elle consiste dans les témoignages d’estime de ceux que l’on estime, et dans les marques d’amitié de ceux que l’on affectionne. Quant aux éloges que vous voulez bien m’adresser, permettez-moi de ne pas les accepter pour moi seul, et de les distribuer par petites parts entre les convives de ce banquet qui sont, à des titres divers, les collaborateurs de La Nature.
- « Parmi ces collaborateurs, il en est de la première heure qu’il y aurait ingratitude de ma part à ne pas citer d’une façon spéciale. Aux moments difficiles de nos débuts, alors que nous avions peine à voler de nos propres ailes, un éditeur, chef d’une des premières maisons de Paris, a bien voulu joindre ses efforts aux nôtres; ayant confiance en l’avenir de notre œuvre, il a contribué à lui donner l’essor. Parmi les amis qui ont été les fondateurs de l’origine, oublierai-je de citer, malgré les liens qui m’unissent à lui, le dessinateur et l’écrivain que vous connaissez, et qui, reporter à la Stanley, va nous chercher des documents au delà des mers, jusqu’à New-York, jusqu’à Panama, jusqu’au milieu des défilés inexplorés du Colorado, ou des Séquoias gigantesques de la Californie.
- « L’œuvre que nous avons menée à bien, a été le fruit de longs efforts et d’une grande persévérance ; à vous tous, messieurs, à tous ceux qui m’ont aidé de leur science et de leur art, je dirai aussi de leur dévouement et de leur amitié, je dis : merci, du fond du cœur.
- « Malgré le talent de nos écrivains, de nos dessinateurs, de nos graveurs, nous serions bien en peine de faire un journal de science, si nous n’avions, à côté de nous, des hommes doués du génie de l’invention, qui savent faire des découvertes, et nous donnent ainsi l’aliment de nos travaux. C’est ici, messieurs, que je vous demande de m’adresser à notre président qui, après avoir parlé de nous, me permettra bien à mon tour de parler de lui. Oui, monsieur Cailletet, ce qui fait le succès de La Nature, c’est qu’on y expose les travaux de physiciens de votre valeur, qui transforment la science, qui en accroissent le domaine par de grandes expériences telles que celles de la liquéfaction des gaz « permanents, » auxquelles tout le monde veut être initié. C’est à vous et aux travailleurs de votre race, que remonte la cause première du bon accueil qui nous est fait de toutes parts. Ce sont les savants comme vous, comme mon illustre voisin de table, M. Janssen, qui font la science; et c’est nous qui la faisons connaître.
- « Je vous propose, messieurs, tout en vous adressant l’expression de ma gratitude pour l’hommage que vous m’adressez aujourd’hui, de porter un toast, en la personne de notre président M. Cailletet, aux savants, aux inventeurs, aux innovateurs, auxquels on doit les lumières de la philosophie naturelle, et les progrès de la science appliquée. Je bois aux grands savants qui font les grandes découvertes. » *
- M. Hospitalier a pris la parole au nom des nombreux absents qui se sont excusés de ne pouvoir assister à cette première réunion. Enfin, M. Janssen, de l’institut, s’est levé et avec une grande élévation d’idée, il a fait, dans une improvisation aussi éloquente que chaleureuse, l’é-
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- loge de celui auquel le banquet était offert, de ses ascensions aérostatiques, de ses différents travaux scientifiques.
- « On avait pensé, a dit en continuant M. Janssen, à grouper quelques amis autour de vous, il en est venu plus d’un cent, et tous ne sont pas ici, croyez-le bien. Aussi, mon cher Tissandier, si vous vouliez me permettre une comparaison, une comparaison que vous n’attendez guère, je vous comparerais à Socrate, et j’établirais, preuve en mains, que vous lui êtes supérieur.
- « En effet, La Fontaine nous apprend que Socrate se faisant faire une maison, et voulant n’y admettre que de vrais amis, eut soin de la faire faire extrêmement petite. Or, mon cher Tissandier, n’êtes-vous pas infiniment plus fort, puisque vous prenez l’Hôtel Continental, et que vous savez l’emplir de vos amis, et d’amis bien sincères, n’est-ce pas, messieurs?... C’est au nom de l’amitié que je parle; qu’elle resserre de plus en plus les liens qui vous unissent au sympathique directeur de La Nature. Donnez-lui de plus en plus le concours de vos talents et de votre savoir. Par là, vous rendrez service à la science, à l’art, à l’industrie, à toutes les forces intellectuelles de notre époque, et vous assurerez de plus en plus le succès d’une publication qui rend déjà tant de services, et grandit tous les jours dans l’estime universelle. »
- M. Cailletet, M. Janssen et les assistants de la réunion du 51 mars, ont donné au fondateur de La Nature ce qu’il considère comme ses titres de noblesse. Dans toute circonstance, il s’efforcera de se montrer digne de les mériter.
- bétail en France. — Le dernier recensement publié par le Ministre de l’agriculture accuse au 51 décembre 1885: 15104 000 animaux de race bovine, 22 616 000 moutons, 5 881 000 porcs, 2 911000 chevaux, 1 485 000 chèvres, 238 000 mulets, 587 000 ânes. Si l’on compare ces chiffres à ceux du précédent recensement, on constate une augmentation assez considérable, surtout pour les animaux de l’espèce bovine, qui ne s’élevaient, en 1880, qu’à 11 446 000 tètes ; mais cet accroissement n’est pas encore suffisant, puisque nous avons dù importer, en 1885,153000 têtes de gros bétail, 1 961 000 moutons, 136 000 porcs et 13000 chevaux.
- Conférence sur les Orchidées, — L’Association française pour l'avancement des sciences donnait, le samedi 26 mars, son avant-dernière conférence de l’année, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. M. le professeur Bureau, le conférencier, avait pris pour sujet les Orchidées. Le thème était délicat à développer, à cause des études nombreuses qui ont été faites sur ces plantes, tant au point de vue morphologique que sous le rapport physiologique. Leur organisation florale toute spéciale, et surtout les observations si intéressantes de Darwin sur la pollinisation des Orchidées, ont été exposées avec talent par le conférencier, pendant près de deux heures, et sans fatigue aucune pour les auditeurs. Cinquante projections, la plupart faites avec des clichés coloriés, ont été un vrai succès pour M. Molteni qui d’ailleurs ne les compte plus.
- Un des côtés attractifs de cette soirée consistait en une collection considérable d’Orchidées en fleurs, couvrant littéralement l’immense salle de l’amphithéâtre. Un amateur passionné, M. Godefroy, d’Ârgenteuil, avait mis gracieusement sa belle collection à la disposition de l’Association. La conférence terminée, les auditeurs se pressaient, et les dames surtout, autour de ces fleurs étranges, oubliant l’heure avancée. Les huissiers ont dù annoncer qu’on allait fermer les portes, pour que le public se décidât enfin à battre en retraite. J. IIortulanus.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 avril 1887. — Présidence de M. Jasssen.
- Propriétés physiologiques de la peau du cou. — Qui n’a lu ou entendu le récit du suicide de malheureux qui, pour mettre fin à leurs jours, se coupent le cou par plusieurs coups de rasoir? M. Brown-Séquard, remarquant que la section intéresse des nerfs très importants, s’est demandé comment une douleur atroce n’intervient pas pour empêcher toute suite à la première coupure. Or, les expériences qu’il a faites et dont il rend compte aujourd’hui à l’Académie lui ont appris que cette première coupure a précisément détruit la sensibilité dont on redouterait à priori les effets, et, à cette occasion, l’illustre physiologiste signale les curieuses propriétés de la peau du cou. Il suffit d’une section peu étendue de la région médiane antérieure pour que l’anesthésie se propage de chaque côté plus ou moins loin et jusqu’à la région médiane postérieure; il arrive même que la peau du corps tout entier est rendue indolente pendant un temps plus ou moins long. A ces mêmes phénomènes se rattache la mort foudroyante que l’on provoque par un choc plus ou moins violent sur le larynx. Il y a alors état syncopal par cessation des échanges, selon l’-expression mise en cours par M. Brown-Séquard lui-même, et l’on trouve dans le cadavre les artères gorgées de sang parfaitement rouge.
- Le calme central dans les tempêtes. — Il s’agit de cet œil de la tempête^ si lyriquement et si scrupuleusement décrit par Victor Hugo dans les Travailleurs de la mer. M. Faye qui en reprend l’étude cite tout au long la page du poète à côté des journaux de bord d’officiers témoins du phénomène. 11 résulte de ces derniers documents que le cercle de calme au milieu des cyclones peut être très vaste; peut être de 48 kilomètres de rayon, d’après une observation. Un de ces ouragans circulaire s’est même enregistré à Manille, grâce aux merveilleux instruments qui y sont entretenus dans l’Observatoire, et il a laissé découvrir une foule de particularités intimes de son régime. L’Observatoire n’a pas été traversé par le centre du tourbillon ; il s’est trouvé sur une corde du cercle calme dont le parcours a été d’un quart d’heure environ, temps après lequel le vent a soufflé dans la direction inverse de son mouvement initial. Au moment où la tempête a commencé, le vent faisait 10 mètres par seconde; progressivement il est arrivé à 54 mètres, puis tout à coup il a cessé et l’anémomètre indiqua zéro. Après le quart d’heure de répit, la vitesse de 54 mètres, a reparu tout à coup. Le baromètre, pendant la première phase, a baissé constamment; il est resté stationnaire pendant le passage- du calme, puis il a remonté. L’hygromètre donna 98 pour 100 tant que souffla le premier vent; au calme il descendit à 55 pour 100 et reprit sa première position au deuxième passage du vent. Four le thermomètre, ses indications furent plus intéressantes encore : elles montrèrent que l’air tourbillonnant était à 24 degrés seulement pendant que la colonne calme de l’axe était à 31°.
- Les galets du Rigi. — J’ai eu l’occasion, l’an dernier, de passer quelques semaines au Rigi-Scheideck et j’en ai profité-pour étudier le célèbre poudingue polygénique appelé Nagelfluhe qui constitue presque toute la montagne du Rigi. Parmi les faits que j’ai observés, je signale la trouvaille de galets d’âge très divers renfermant des fossiles parfois très bien conservés dont je dois une série à
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- M. le Dr Stierlin-Hauser (de Lucerne). Parmi les plantes, sont des algues telles que Fucoidcs Targioni, Brongt., et Chondrites vindobonensis, Ettingsh., qui sont propres au flyscli, et surtout une empreinte très nette de fougère houillère où mon savant collègue, M. B. Renault, a reconnu Goniopteris longifolia, Brongt. Les fossiles animaux sont beaucoup plus rares; je puis toutefois, outre des corps tubulaires qu’il n’est pas invraisemblable de considérer comme des polypiers indéterminables, signaler un galet siliceux qui porte une trace d'Ammonites asterianus, d’Orb., caractéristique du terrain néocomien.
- Les dernières manifestations de la vie des muscles. — On se rappelle les observations d’où M. Brown-Séquard a conclu que la rigidité cadavérique est avant tout un phénomène de la vie des muscles. M. Ch. Rouget, professeur au Muséum, a étudié la question en se plaçant sur un autre terrain que le physiologiste du Collège de France. C’est au microscope qu’il étudie les fibres musculaires dans les diverses conditions et qu’il confirme les faits annoncés par des préparations que M. Yulpian déclare avoir examinées lui-même.
- Traitement préservatif de la fièvre jaune. —
- M. Diegos Freire complète la communication qu’il a faite récemment sur la prophylaxie du vomito negro, en adressant une statistique d’où il résulte que 6542 individus ont été récemment vaccinés à Rio-de-Janeiro avec du virus atténué. Sur ce nombre, huit seulement ont pris la fièvre jaune, bien qu’une épidémie très sérieuse se soit fait sentir. A cette mortalité de i sur 1000 des personnes vaccinées,en a correspondu une de 1 sur 100 pour des personnes non traitées et par conséquent 9 sur 10 ont été sauvées par la vaccine. C’est du moins la conclusion de l’auteur.
- Varia. —M. Ditle s’occupe du dosage de l’acide vana-dique par un procédé nouveau, et M. L’Hôte, d’une façon tout à fait indépendante, traite du dosage du vanadium dans les roches et dans les minerais. — D’après M. Zen-ger, dont les communications ne sont généralement pas acceptables sans objection, le tremblement de terre appartient à la même série de tr oubles que les tempêtes de neige du 19 février en Russie et que l’ouragan qui, le 20 du même mois, a sévi en Amérique. — L’influence du degré de concentration sur la tension des vapeurs des dissolutions faites dans l’éther, occupe M. Raoult. — La dernière communication de M. Colladon sur les tourbillons engendrés dans une masse liquide provoque des objections de la part de M. Paye. — M. d’Arsonval étudie la mort par l’électricité dans l’industrie ; il en analyse les deux mécanismes principaux et propose, pour la combattre, l’insufflation pulmonaire. — Les fougères plio-
- cènes du Cantal sont étudiées par M. de Saporta dans une note déposée par M. Albert Gaudry. — M. Mereadier poursuit ses études sur la théorie du téléphone. — Le rôle chimique du manganèse dans les propriétés des aciers occupe M. Osmond. Stanislas Meunier.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- UN BRIQUET A AIR COMPRIMÉ
- Chacun connaît l’expérience classique du briquet à air comprimé, expérience qui sert, dans les cours de physique élémentaire, à mettre en évidence l’élévation de température produite par la compression brusque d’un gaz. C’est cette expérience, dont l’origine se perd dans la nuit des temps, qui a été appliquée d’une manière fort heureuse par un ingénieux constructeur, à un petit briquet de poche que représente la ligure ci-contre. L’appareil se compose d’un petit cylindre en laiton nickelé de 8 centimètres de longueur et de 8 millimètres de diamètre, a l’intérieur duquel se meut un piston de longueur sensiblement égale.
- L’extrémité du piston porte une petite cavité dans laquelle se loge un petit morceau de mèche imprégnée de chroma te de plomb, comme celle de tous les briquets. Cette mèche est fixée à un crochet et est bien bourrée dans la cavité ménagée a l’extrémité du piston, où elle constitue une provision que l’on fait affleurer la tète du piston en vissant plus ou moins la tige de ce piston. Pour produire l’allumage, on retire les deux pièces, cylindre et piston, on enfonce le piston dans le cylindre juste assez pour qu’il y tienne. Tenant alors le cylindre de la main gauclie, le fond aplati appuyé contre la paume de la main, on donne avec la main droite un coup sec sur la tête de la tige du piston : en retirant alors aussitôt le piston, la mèche fixée à son extrémité, on trouve la mèche le plus souvent allumée.
- En tous cas, les ratés, qu’un peu de pratique rend assez rares, sont certainement moins nombreux que ceux des allumettes qui, comme chacun sait, jouissent seules du monopole d’une inflammation très incertaine. Dr Z...
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Briquet à air. Nouveau modèle.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- K° 7 24. - 16 AVRIL 1887.
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- BATTERIE SECONDAIRE DE 100 CHENAUX
- a l'hôtel de ville de paris
- L’Hôtel de Ville possède, depuis peu, une batterie secondaire qui dépasse en puissance toutes celles précédemment construites sur le continent.
- Elle comprend 165 couples géants de 26 centimètres de diamètre et 80 centimètres de hauteur; chacun de ces couples peut débiter un courant de 240 ampères sous la tension de 1,9 volt. La puissance de la batterie est d’environ 80 000 watts, soit un peu plus de 100 chevaux; sa fonction est de ré-
- gulariser la lumière de 2200 lampes Edison éclairant la salle des Fêtes et les salons adjacents. Vingt mille invités ont pu admirer la fixité de ces foyers, dans les deux brillantes soirées données par la municipalité parisienne, les 2 et 11 de ce mois.
- Le matériel producteur, pour cette seule partie de l’éclairage, comprend trois grandes dynamos Gramme et quatre machines à vapeur locomobiles d’une puissance totale de 130 chevaux, installées à titre provisoire dans la cour de l’annexe, rue Lobau. La marche forcément irrégulière de cette usine volante justifie bien l’adjonction d’une batterie régulatrice. Celle-ci est placée dans une cave voisine. La commu-
- Batterie secondaire Planté de 100 chevaux, montée par l’auteur à l’Hôtel de Ville de Paris.
- nication avec les salons illuminés est faite par six câbles souterrains. Un tableau de distribution, habilement combiné par M. Chrétien, chef du service de l’éclairage électrique, permet d’effectuer rapidement toutes les connexions nécessaires entre les lampes, les dynamos et les accumulateurs.
- La batterie secondaire a été construite dans mes ateliers. Elle pèse 11 tonnes et contient 4500 litres de liquide. Les couples qui la composent sont du genre Planté, modèle classique en spirale; mais les détails de construction ont dù être appropriés aux dimensions des appareils et à leur destination.
- Les deux électrodes de chaque couple sont renforcées par des ourlets ; l’une d’elles est cannelée, pour donner de la raideur à l’ensemble et assurer le dégagement des gaz. Les queues ont été fortement
- 15" année. — 1er semestre.
- consolidées et protégées contre les causes de destruction électrochimiques et mécaniques. L’isolement efficace et durable des lames est assuré par une triple cloison continue et perméable, en coton, chanvre et laine superposés. Le récipient de verre est protégé contre les chocs internes et externes par des tampons de feutre ; il est surmonté d’un couvercle qui abrite le tout et modère l’évaporation du liquide. De forts boulons en alliage plomb-antimoine assemblent les éléments en trois séries égales et distinctes.
- La puissance de régulation d’un couple secondaire dépend de sa résistance intérieure, qui doit être aussi petite que possible. J’ai donc donné aux électrodes une surface considérable : 480 décimètres carrés. Quant à la formation, elle n’a encore été que I préparée par le traitement chimique de M. Planté.
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- Aussi ces coupes ne mériteront-ils qu’un peu plus tard le nom d’accumulateurs ; on leur donne provisoirement la qualification de voltamètres. Leur capacité électrochimique pourrait atteindre un million de coulombs. Le cahier des charges ne réclame que 300000 coulombs, suffisants pour soutenir l’éclairage pendant vingt a trente minutes dans le cas d’un arrêt accidentel survenu aux machines; un certain nombre de voltamètres, montés en surcharge, seraient alors intercalés dans les circuits d’éclairage pour compenser la diminution de force électromotrice subitement produite par la défaillance de l’usine.
- On a pris certaines précautions pour l’isolement des couples, à cause de l’humidité de la cave qui les abrite. 11 a fallu se préoccuper aussi du danger d’explosion ; la batterie, fonctionnant en surcharge, dégage 4 a 6 mètres cubes de gaz tonnant par heure ; ces gaz sont emportés par un ventilateur que commande un petit moteur Gramme alimenté par une dérivation prise sur le courant de charge. Le ventilateur aspire à la partie supérieure de la cave et refoule dans la cour; il débite 120 mètres cubes à l’heure, avec une dépense de force de 5 kilogram-mètres.
- L’introduction d’une grande batterie secondaire dans le matériel d’éclairage de l’Hôtel de Ville est due à feu Bartet, directeur adjoint des travaux de la ville de Paris, dont la mort récente a causé d’unanimes regrets. Le projet primitif de cet ingénieur distingué comportait un matériel d’accumulateurs capable de soutenir seul, pendant une nuit entière, le brillant éclairage de la salle des Fêtes. La charge eût été effectuée d’avance et à loisir, par le matériel d’éclairage courant. On eût obtenu ainsi une lumière parfaitement fixe et une sécurité absolue.
- Des motifs budgétaires ayant fait abandonner ce projet, j’avais soumis et fait adopter à M. Bartet une solution mixte : l’adjonction d’une batterie régulatrice zinc-plomb, relativement peu coûteuse. Certaines objections faites par la commission municipale obligèrent à remplacer les voltamètres zinc-plomb par ceux qui viennent d’être décrits, lesquels sont, à mon avis, moins efficaces comme régulateurs que les couples au zinc. Par contre, les couples Planté sont plus aptes a être formés en accumulateurs véritables. Si l’on se décide, comme je l’espère, à leur donner une formation suffisante, il n’y aura plus rien à regretter, car la batterie deviendra capable de rendre d’importants services dans l’éclairage de tous les jours, indépendamment de son rôle dans les circonstances exceptionnelles.
- Quoi qu’il en soit, la batterie de l’Hôtel de Ville peut être considérée comme un spécimen remarquable de l’emploi des accumulateurs dans l’éclairage. Dans un avenir prochain, les piles secondaires de cent chevaux et plus deviendront assez communes ; mais quant à présent, je n’en connais pas d’autre que celle-ci, en France ni ailleurs.
- La batterie municipale pourrait, de plus, servir utilement la physique, en rendant possibles des
- expériences qu'on réaliserait difficilement par d’autres moyens. A l’aide de couplages variés, la puissance de cent chevaux électriques pourrait être rendue disponible sous un grand nombre de régimes, depuis le potentiel maximum de 350 volts avec une intensité de 240 ampères, jusqu’au potentiel minimum de 1,9 volt, avec un débit de quarante mille ampères!
- La direction des travaux de Paris, qui est animée d’un esprit libéral, mettrait sans doute la batterie à la disposition des physiciens qui voudraient la faire contribuer à quelque belle et grande expérience.
- Je ne terminerai pas sans réclamer pour M. Gaston Planté la part qui lui revient dans la réalisation de la pile secondaire de cent chevaux. Consulté le premier par M. Bartet, M. Planté a prêté a ses projets l’appui de sa légitime autorité. Au cours de l’exécution, il n’a pas cessé de s’intéresser au travail et de me prodiguer ses bienveillants conseils que je me suis empressé de mettre à profit. G’est donc un agréable devoir que je remplis en adressant ici mes sincères remerciements au savant inventeur de l’accumulateur voltaïque. Emile Reyniek.
- L’ÉCOLE
- D’ARBORICULTURE ET DE VITICULTURE
- DE GEISENHEIM
- Le professeur R. Goethe, directeur de l’Institut royal de pomologie et de viticulture de Geisenheim, vient de publier son Rapport annuel pour 1885-1886.
- Il n’est pas sans intérêt de comparer les Ecoles d’horticulture allemandes avec les établissements similaires en Belgique et avec notre École d’horticulture de Versailles. Cette dernière école, fondée en 1875, dans l’ancien potager de la couronne créé sous Louis XIV par’La Quin-tinie, est la seule école spéciale que nous ayons en France. Son budget est de 90 000 francs environ : elle compte neuf professeurs, sous la savante direction de M. Hardy, et n’a encore qu’une * quarantaine d’élèves. La durée des études est de trois années et l’instruction est donnée gratuitement. Quelques villes et quelques Sociétés d’horticulture, comme celles de Lille, Soissons, Beauvais et Rouen ont aussi créé des cours dans des jardins spéciaux. La ville de Paris a depuis longtemps institué un cours d’arboriculture, dirigé d’abord par M. Dubreuil, puis aujourd’hui par M. Charguéraud ; enfin, plusieurs jardiniers chefs font des cours pratiques à Paris, à Montreuil et dans diverses villes des départements, notamment à Dijon et à Grenoble.
- En Belgique, on connaît la célèbre école de Gand, réorganisée en 1872, sous la direction de M. Kickx, avec les quatre professeurs Burvenich, Pynaert, Rodigas et Van Huile, dont la réputation est européenne. On compte aussi l’école de Vilvorde, dirigée par M. Gillekens, enfin celle de Mons et celle de Tournai, dirigée par M. Griffon. On y fait, en outre, des conférences et des cours gratuits organisés par de nombreuses Sociétés régionales.
- En Allemagne, il existe 53 écoles d’horticulture et de viticulture, dont les principales sont : en Prusse, l’école de Potsdam, fondée en 1824, celle de Proskau, en 1868, puis, celle de Geisenheim, en 1872; enfin, la Flora, h
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- Cologne, sous la direction de M. Niepraschk, en 1872. Les écoles de jardinage sont au nombre de trente, chacune fréquentée par une vingtaine d’élèves, sauf la plus importante, celle de Jmgeinbroich, près d’Aix-la-Cha-pelle, où il y a 130 à 140 élèves. C’est dans le Wurtemberg que se trouve le grand institut pomologique de Reutlingen, dirigé pendant longtemps par feu le docteur Lucas, et l’école de jardinage de Unter-Leuningen.
- On compte, en outre, dans le Deutscher Garten Kalen-dcr publié à Rerlin, 117 sociétés de botanique ou de sciences naturelles, plus les sept académies de Berlin, Halle, Munich, Leipzig, Gottingen et Erfurth.
- L’école allemande de Geisenheim dont nous allons parler aujourd’hui est située dans la Hesse-Nassau, sur le Rhin, entre Mayence et Bingen.
- Le personnel enseignant se compose du directeur et de sept professeurs. Il y a trois séries d’élèves : les uns suivent les cours pendant deux ans, les autres pendant un an seulement; d’autres, enfin, ne suivent que les cours périodiques. Les élèves de deux ans, qui viennent chercher un enseignement professionnel, doivent sortir des établissements d’instruction secondaire. On leur enseigne : 1° la pomologie, son histoire, ses rapports avec l’arboriculture, l’étude des fruits, leur utilisation à l’état frais ou desséché pour la conservation, enfin les maladies des arbres fruitiers; 2° la culture des légumes et celle des primeurs ; 3° l’histoire de l’horticulture et la création ou l’art des jardins ; 4’ la culture des plantes de serre et de plein air; 5° l’arboriculture forestière; 6° la levée des plans; 7° la viticulture et la direction des caves.
- Aux cours ci-dessus, dits branches capitales, on ajoute les sciences fondamentales, c’est-à-dire la botanique, dans ses rapports avec la pomologie; la viticulture et l’horticulture, la chimie horticole, la physique, pour les théories de la chaleur et de la lumière ; la zoologie, pour l’étude des animaux utiles ou nuisibles ; la minéralogie, pour l’étude des terrains et des engrais; les lois générales de la plantation, du drainage, des irrigations ; enfin, la langue allemande et le calcul.
- Les cours d’une année, pour élèves jardiniers, ont pour but de donner à des jardiniers déjà instruits l’occasion de se perfectionner dans la pomologie et la viticulture. Quant aux cours dits périodiques, ils s’adressent aux propriétaires de vignobles et aux négociants en vins. On s y occupe surtout des soins à donner aux vignes, de la tenue des caves et des analyses des vins ; on y joint les recherches microscopiques et les excursions dans les vignobles voisins. Un couz’s supplémentaire a lieu en octobre et novembre, pour permettre aux élèves de prendre part à la vendange, de s’exercer aux analyses des moûts et à la taille des vignes.
- Le rapport du professeur Goethe rend compte des travaux de la station d’essais du laboratoire de chimie, où se font de nombreuses analyses, de la station météorologique, enfin des essais et études de tout genre sur les insecticides, les engrais, la dessiccation des fruits, les plants de vignes américaines, la fermentation des vins, etc.
- Quelques chiffres prouveront mieux que toutes les phrases ce qu’il y a à faire chez nous en agriculture. Les objets d’alimentation importés chez nous, en 1885, s’élèvent à 1430 millions, et à 1528 millions en 1886. Par contre, nous n’en avons exporté que pour 737 millions en 1885, et 770 millions en 1886 ; avec un climat et un sol comme le nôtre, nous payons donc à l’étranger pour plus de 700 millions annuellement. Cn. Joi.y.
- LE TREMBLEMENT DE TERRE
- DU 23 FÉVRIER 18871
- Une visite à la région ébranlée
- Après avoir subi à Nice la secousse du 23 février, j’ai pensé qu’il ne serait pas sans intérêt de visiter, sans délai, les localités où le tremblement de terre a sévi le plus fortement.
- Une pareille excursion ne saurait être prématurée. 11 se peut, en effet, que les troubles sismiques ne soient point terminés et qui sait, dès lors, si de nouvelles secousses n’auront pas pour résultat d’effacer, au moins en partie, les traits les plus significatifs de la première? C’est donc sur un sol vacillant encore que je viens d’explorer, dans le temps dont je pouvais disposer, la côte ligurienne, depuis Cannes jusqu’à Gênes. J’ai fait ce voyage, qui n’a pas été dépourvu d’incidents poignants, en compagnie de M. Albert Levallois, directeur de la station agronomique de Nice, que ses études spéciales attiraient en même temps dans cette région.
- Je n’ai fait que suivre la côte, mais tout indique que, les oscillations s’étant produites perpendiculairement à cette ligne, c’était là en réalité la direction la plus instructive à adopter. Or, quand on va de Cannes à Gênes, on est frappé de traverser successivement une série de maxima et de minima de trépidation, révélés par l’importance des ruines. A cet égard encore, l’excursion était, suivant moi, très urgente, car on relève déjà avec activité les murs écroulés, on répare les toitures, on déblaye les rues, et avant peu il sera impossible d’apprécier le désastre autrement que par les récits des témoins. Il faut noter aussi, au même point de vue, le mélange dans tous les villages, de ruines anciennes qu’on néglige de démolir, aux débris récents qui, progressivement prendront très vite les mêmes caractères qu’elles, et qu’il sera de plus en plus difficile d’en distinguer.
- Sur la ligure 1, j’ai tracé, le long de la côte, l’intensité, constatée en chaque point, et j’en ai représenté les différents degrés par des teintes de plus en plus foncées. On voit qu’il en résulte des bandes parallèles dirigés du sud-est au nord-ouest et affectant une symétrie remarquable.
- Evidemment l’axe du phénomène passe par Diano-Marina : dans ce petit port, tout a été renversé, même les murs mitoyens des champs qui, vu leur peu de hauteur, ont partout mieux résisté que les autres constructions. A l’est, comme à l’ouest, se montrent des bandes relativement préservées et dans chacune desquelles se constatent des gradations ménagées vers un minimum placé, à l’est vers Loano, et à l’ouest vers Bordighera. En Italie un nouveau maximum, mais plus faible que celui de Diano-Ma-rina, s’annonce progressivement et apparaît à Noli : il a son symétrique occidental dans le maximum relatif de Menton. A l’est de Noli, un minimum très clair est à Yado et à sa suite un maximum de troi-
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- sième intensité à Albissola. Le symétrique k l’ouest comprend le minimum de Villefranche et de Monaco et le maximum (d’intensité peut-être moindre que celui d’Albissola) que présente Nice.
- Des deux côtés et en dehors de ces bandes, le phénomène s’atténue très rapidement : Cannes et Gênes sont sensiblement indemnes. D’où l’on voit que la région orientale de la zone, malgré la symétrie évidente, est un peu plus resserrée que la région occidentale en même temps que la trépidation y a été plus intense.
- On peut, malgré l’absence de précision en un pareil sujet, essayer de donner des laits une sorte de représentation graphique, au moyen d’une courbe dont les abscisses seraient les distances kilométriques et les ordonnées les intensités relatives de la secousse, représentées d’ailleurs fort approximativement.
- Ce tracé (fig. 2) montre comment certains mi-nima situés près de l’axe, comme Vado, peuvent avoir été aussi éprouvés, et plus, que des maxima de la région marginale, comme Nice.
- , Je n’ai pas manqué de rapprocher ces notions dynamiques des résultats offerts par l’étude géologique du sol et j’ai retrouvé entre les deux ordres de faits une analogie évidente et comme une sorte de parallélisme. Diano-Marina est précisément sur le prolongement de la crête granitique principale de la chaîne des Alpes, allant de Barcelonnette à Tende et sur laquelle passe la frontière. A Sa-vone comme à Cannes, affleurent des roches cristallines dont l’intervalle consiste en bandes nord-ouest à sud-est de terrains jurassique, crétacé et éocène, abstraction faite du pliocène et du quaternaire qui forment à la surface des lambeaux plus ou moins étendus et des roches volcaniques récentes qui pointent ça et là, par exemple a proximité de la Tête de Chien, au-dessus de Monaco.
- Involontairement les faits qui précèdent évoquent k mon esprit le souvenir de phénomènes acoustiques : on connaît l’expérience des cavaliers de papier sur la corde qui vibre ; aux ventres, ils sautent en l’air, aux nœuds, ils restent impassibles. Les maxima des ruines se présentent comme des ventres d’ondulation ; les minima comme des nœuds. On sait aussi les figures acoustiques dessinées sur une plaque sonore par le lycopode : ici la plaque c’est la croûte terrestre, et la poussière, les ruines des maisons. Si
- une nouvelle trépidation, de sens différent de la première, se produisait, une nouvelle figure serait dessinée par de nouvelles ruines, et, comme je le disais plus haut, les caractères de la première seraient effacés1.
- Si maintenant on passe de l’examen général du phénomène k l’étude des détails, on voit, dans une foule de cas, des contrastes qui appellent une explication spéciale. Presque partout, k côté des ruines, des points ont été plus ou moins préservés. Au contact de la ville neuve de Nice où il y a tant de secousses et d’effondrements, la ville vieille et les hauteurs deCimiez sont presque intactes. A Menton, dès qu’on passe des berds du Careï k la vieille ville, les maisons en parfait état succèdent aux décombres. Près d’Albissola, qui est fort éprouvé et où la voie du chemin de fer, comme la route de terre,
- sont traversées de crevasses ouvertes en même temps que le pont s’écroulait, on voit les ruines disparaître en même temps que le sol s’élève. Dans la zone même du maximum principal, Diano-Castello, qui domine Diano-Marina, est déjà sensiblement moins ravagé que ce dernier et, vers Cervo, le dommage est relativement faible.
- Dans tous ces exemples, il y a une influence évidente de la roche su • perficielle qui a modifié les caractères des pulsations venues d’en bas. Les points ruinés sont constitués par des lambeaux détritiques : pou-dingues pliocènes, sables .quaternaires, etc. — Au contraire les localités moins éprouvées sont sur la roche massive, calcaire, schiste, granit. C’est une observation analogue k ce qu’a donné antérieurement le tremblement de terre de l’Andalousie.
- Sans doute il serait imprudent de formuler dès maintenant des conclusions sur des sujets si difficiles : ce qu’il est possible d’observer directement sur la zone ébranlée, laisse intacte la cause même des tremblements de terre et ne concerne que des phénomènes contingents. Stanislas Meunier.
- 1 II n’y a pas de raisons pour que de pareilles alternatives de ventres et de nœuds n’aient pas lieu en profondeur comme à la surface; elles expliqueraient ces faits d’apparence si singulière, de mineurs ne ressentant rien dans les galeries souterraines, des trépidations qui ruinent les habitations sur le sol ou inversement ceux d’oscillations senties dans les puits alors qu’au jour rien n’a été perçu.
- Fig. 1. — Carte des zones d'intensité relative du tremblement de terre du 25 février 1887.
- Dian o Jfïari'n a-
- Loarto
- Fig. 2. — Tracé des minima et des maxima du tremblement de terre du 23 février 1887.
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- ÉCLAIRAGE ET FORCE MOTRICE
- PAR l’AIR GAZÉIFIÉ
- Nous avons déjà décrit ici des appareils qui permettent de produire facilement à froid, au moyen de l’air traversant un hydrocarbure, le gaz nécessaire à l’éclairage ou autres usages. Mais ces appareils sont destinés à l’alimentation d’un nombre restreint de becs et trouvent leur emploi pour les usages domestiques dans les localités éloignées des usines à gaz.
- Celui dont nous donnons aujourd’hui la description et dont M. Lothammer est l’inventeur, s’adresse plus spécialement au manufacturier pour l’éclairage de sa fabrique ou au petit industriel pour actionner
- son moteur et éclairer son atelier. C’est après l’avoir vu fonctionner dans ces dernières conditions que nous avons pensé qu’il serait intéressant de le faire connaître à nos lecteurs ainsi que le moteur à gaz d’une construction nouvelle qu’il alimentait.
- En principe, c’est toujours de l’air qu’on charge de vapeurs de gazoline. Mais les moyens employés par M. Lothammer permettent d’obtenir un gaz parfaitement homogène, donnant une flamme très éclairante et très fixe, pouvant être canalisé dans des conduites variant depuis un millimètre de diamètre et ayant une longueur et des sinuosités quelconques, car il n’y a jamais de condensation.
- L’appareil se compose d'un réservoir cylindrique C (fig. 1) dans lequel on comprime l’air à une pression
- Fig. 1, — Appareil pour la production de l’air gazéifié.
- qui varie suivant le nombre de becs à alimenter et la longueur de la canalisation. Une soupape S placée au sommet de l’appareil porte un plateau sur lequel on met des poids, ce qui permet de régler facilement cette pression, qui du reste n’est jamais bien considérable. Elle est d’environ 50 grammes pour un appareil servant à actionner un moteur de un cheval et donnant aussi 50 à 50 becs d’éclairage. L’air peut être comprimé dans le réservoir de différentes façons : soit qu’il arrive d’une canalisation générale, comme ce serait le cas pour l’éclairage d’une ville; soit qu’on dispose une pompe sur un moteur, comme dans l’industrie; soit enfin qu’on emploie une cloche plongeante chargée de poids.
- L’air renfermé en G n’a pas de communication directe avec la gazoline qui se trouve renfermée en g
- Fig. 2. — Moteur à gaz fonctionnant par l’air gazéifié.
- dans un second cylindre G placé à l’extrémité de la cloche AB ; il y arrive après avoir traversé deux soupapes de retenues P, P', placées de chaque côté du robinet d’admission et il est conduit jusqu’en h par le tube E. Là il rencontre de la gazoline, s’imprègne de ses vapeurs, puis reste dans la cloche AB d’où part le tuyau de distribution MN. La quantité de gazoline qui se trouve en h est relativement minime, mais elle est renouvelée constamment, aussitôt que le niveau baisse, par du liquide neuf emmagasiné en g et qui est siphoné à mesure des besoins par le tube F. Cette disposition contribue beaucoup à l’homogénéité et à la bonne qualité du gaz obtenu. Un niveau T permet de se rendre compte de la quantité de liquide qui reste en provision et qu’on renouvelle, si besoin est, par une tubulure à vis L placée sur le côté.
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- LA NATURE.
- On a ajouté en outre un dispositif qu’on voit représenté en bas à droite de la figure, qui permet d’échauffer légèrement, au moyen d’un courant d’air chaud, la gazoline placée en h dans le cas où l’appareil serait placé dans un endroit où la température est susceptible de s’abaisser assez fortement.
- Comme nous le disions plus haut, c’est surtout dans l’industrie que cet appareil trouvera son emploi. Nous l’avons vu employer avec succès chez MM. W. Gavillet et L. Martaresche, qui sont les inventeurs du moteur à gaz qu’il alimentait et dont nous allons donner la description. Ce moteur est du type Otto; il fait l’aspiration et la compression du mélange détonant à chaque deux courses du piston. 11 présente certaines dispositions particulières très ingénieuses qui rendent sa surveillance et sa mise en marche faciles et qui permettent de le vendre bon marché. Le tiroir est remplacé par un système de trois soupapes mises en jeu par des cames calées sur un arbre À (fig. 2) perpendiculaire à l’arbre du volant et actionné par lui au moyen d’un engrenage. Celui-ci et la position des cames sont calculés de manière à ouvrir chaque soupape au moment voulu, l’arbre A ne fait qu’un tour pendant que l’arbre du volant en fait deux. Dans la première course du piston en avant, les deux premières soupapes s’ouvrent pour donner passage, l’une à l'air, l’autre au gaz, dans les proportions voulues; au retour du piston il y a compression, puis inflammation de ce mélange. L’explosion détermine alors la deuxième course du piston en avant, et lorsqu’il revient en arrière pour la seconde fois il fait évacuer les gaz parla troisième soupape. Un régulateur a boules règle l’admission du mélange détonant. On remarque à côté de lui un vase B qui renferme l’huile destinée au graissage. Celle-ci ne s’écoule pas directement par le fond du vase, mais par un tube, sorte de trop-plein, placé au milieu et à la partie supérieure duquel elle se trouve amenée par une chaîne de Yaucanson roulant sur deux galets fixés à l’intérieur du vase et dont l’un est solidaire d’une petite poulie, qu’on aperçoit derrière le vase B, actionnée par la machine elle-même. L’écoulement de l’huile est donc proportionnel à la vitesse de la machine et s’arrête aussitôt qu’elle a cessé de fonctionner.
- Le système d’inflammation présente aussi son intérêt. Les becs ont l’inconvénient de dépenser du gaz, d’échauffer et d’encrasser la partie la plus délicate du moteur ; lorsqu’on se sert de la bobine d’induction, il faut avoir soin d’entretenir la pile en très bon état. Afin d’éviter ces différents inconvénients, MM. Gavillet et Martaresche se sont arrêtés à la machine magnéto-électrique. Une douzaine de forts aimants en fer à cheval M servent d’armature à une bobine du genre Siemens qui en se déplaçant brusquement entre leurs pôles produit une forte étincelle d’induction. Les fils conducteurs sont disposés de manière à ce que l’étincelle éclate derrière le piston, dans l’espace où les gaz viennent d’être comprimés. Le mouvement de l’armature est déterminé par un système de leviers qu’actionne une came
- fixée sur le même arbre que celles qui ouvrent les soupapes. Ce mode d’inflammation est très sûr et n'occasionne aucune dépense d’entretien. Enfin le refroidissement de la partie du cylindre parcourue par le piston est obtenu au moyen d’une circulation d’eau entretenue au moyen d’une petite pompe, qu’on ne voit pas sur la figure, mais qui est mise en jeu par une manivelle attachée au même arbre À. Cette eau est renfermée dans le socle du moteur dont la capacité est calculée de façon à ce qu’elle n’arrive jamais à un trop grand échauffement, même après plusieurs heures de fonctionnement.
- En résumé, ce moteur demande peu d’entretien, peu de surveillance et peu de place. Si on veut le combiner, comme nous l’avons vu faire, avec l’appareil à air gazéifié décrit ci-dessus, on aura partout, aussi bien à la campagne et à la ferme que dans les villes, la lumière et la force motrice sans dépendre de personne. G. M.
- ORGANISMES MICROSCOPIQUES
- DE L’AIR DE LA MER
- A la suite de cinq voyages maritimes, dont deux à travers l’Atlantique et trois dans la Méditerranée à bord des divers paquebots : la Gironde, le Cambodge, le Saïd et l’Amazone, MM. Moreau et Miquel ont constaté que l’atmosphère de la mer se montre excessivement pauvre en bactéries; l’analyse en accuse en moyenne six dans 10 000 litres; les moisissures sont encore plus rares.
- Voici, d’ailleurs, les conclusions que MM. Moreau et Miquel ont pu déduire de leurs recherches sur l’air marin.
- 1° L’air de la mer pris à une grande distance des côtes ou sur la plage, les ports, etc., par un vent venant du large, est dans un état presque parfait de pureté ;
- 2° A proximité des continents, les vents qui arrivent dé terre chassent devant eux une atmosphère impure; à 100 kilomètres des côtes, cette impureté a disparu;
- 5° La mer épure donc rapidement les atmosphères empestées des continents ; pour cette raison, toute étendue d’eau d’une certaine largeur devient un obstacle absolu à la propagation des maladies contagieuses épidémiques;
- 4° Les atmosphères marines poussées sur la terre épurent l’air des régions qu’elles traversent; cette épuration est sensible jusqu’à Paris;
- 5° La mer est le tombeau des moisissures ;
- 6° En temps normal, les océans ne cèdent pas à l’air les bactéries qu’ils renferment; cependant, quand la mer est grosse et houleuse, l’air marin se charge de bactéries, mais dans une très faible proportion ;
- 7“ L’atmosphère des salons des navires est toujours chargée d’une quantité de microbes incomparablement plus forte que celle de la mer, mais la pureté de l’air de ces salles croît rapidement dans les premiers jours de voyage ;
- 8° Enfin, l’air des salons des navires est relativement très peu riche en bactéries, il en renferme, pour choisir un exemple, cent fois moins que l’atmosphère des habitations parisiennes *.
- 1 D’après le Journal d'hygiène.
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- LA NATURE.
- FABRICATION DES TIMBRES
- EN CAOUTCHOUC
- Les timbres ea caoutchouc ont à peu près remplacé aujourd'hui les timbres métalliques, mais peu de gens se rendent compte de leur fabrication. Voici comment on les confectionne:
- Chaque timbre est composé avec les lettres assemblées et réunies pour former l’ensemble du cachet qui représente, soit une raison sociale, soit un emblème, deux lettres enlacées formant anagramme, etc. On en réunit un certain nombre qu’on dépose dans un châssis, absolument comme s’il s’agissait d'en faire l’impression ordinaire, et on les serre fortement pour éviter que les lettres se déplacent. Ensuite on prend une épreuve avec de l’encre d’imprimerie et on fait les corrections s’il y a lieu. On prépare sur la contre-plaque une composition spéciale obtenue par un mélange de poudre d’albâtre et de dextrine, onia nivelle avant que le mélange ait obtenu la dureté et le poli de la porcelaine. Ensuite on applique une feuille de papier dit végétal sur les caractères contenus dans le châssis, on pose la contre-plaque qui repose sur quatre ressorts à boudin et on prend une première empreinte. On retire alors le papier et on imbibe les caractères d’essence minérale qu’on sèche légèrement par l’essuyage. On appose de nouveau la plaque caoutchouc qui doit prendre l’empreinte, et on serre à fond pour obtenir le creux nécessaire, ce qui est facile à obtenir, le caoutchouc n’étant pas encore cuit et par conséquent très plastique. On laisse alors sécher complètement et on vulcanise le caoutchouc en le mettant sous la plaque.
- La plupart des fabricants de timbres font cuire ceux-ci au gaz et ne font que saisir la surface du caoutchouc, les timbres obtenus par ce procédé ne durent pas longtemps, la cuisson, ou la vulcanisation, étant incomplète.
- Un autre système, plus coûteux d’installation puisqu’il demande l’emploi d’une chaudière à vapeur, permet de cuire, de vulcankcr à fond toute l’épaisseur du caoutchouc ; on laisse les timbres pendant trois à quatre heures dans cette chaudière, et on les retire lorsque la vulcanisation est complète. On découpe séparément chaque timbre qu’on colle sur le modèle choisi, manche, boîte à allumettes, montre, porte-plume, dateur de vitesse, etc.
- Les timbres ainsi obtenus ont les qualités de résistance des meilleures pièces employées en mécanique : pour tampons de choc de chemins de fer, rondelles de suspension de wagons, etc. Ces timbres ont une durée illimitée ; on en fait surtout des dateurs de vitesse supportant des chocs, des timbres à manches pour bureau, etc.
- Nous rappelons qu’il ne faut pas employer d’encre grasse qui dissoudrait le caoutchouc ; quand un timbre est encrassé, il suffit de le tremper dans l’eau quelques instants et de le brosser légèrement, mais il n’est pas nécessaire d’avoir souvent recours à cette opération.
- Y. Guédon, ingénieur.
- PROCÉDÉ ET APPAREIL PHOTOGRAPHIQUE
- I)E M. PERRON
- Dans ces derniers temps, La Nature a publié de nombreux articles relatifs à de nouveaux procédés photographiques qui tendent à rendre cet art de plus en plus pratique pour les missions scientifiques, les
- voyages d’excursions et d’explorations, partout, enfin, où il y a nécessité de rapporter des documents nombreux avec des moyens de transport difficiles ou restreints. La question a été résumée dans un article récent qui fait ressortir clairement les avantages des plaques souples1.
- Nous signalerons aujourd’hui un procédé et un appareil tout nouveaux, qui nous paraissent réunir de sérieuses qualités.
- Le procédé Perron consiste dans l’emploi des feuilles d’émulsion au gélatino-bromure d’argent, en vue d’obtenir des négatifs ordinaires sans l’intermédiaire du verre, toujours fragile, lourd et embarrassant. Ce procédé se complète par l’emploi d'un châssis spécial, qui permet d’employer ces émulsions pour un nombre de poses très grand, sans avoir recours à la lumière spéciale d’un laboratoire pour en effectuer la substitution.
- Les émulsions sont composées uniquement de la substance ordinaire, étendue sur les plaques au gélatino-bromure, employées universellement, ce qui permet l’usage de tous les genres de développement connus, sans rien changer aux formules, et assure une transparence absolue aux clichés; le verre ou les supports plus ou moins transparents sont entièrement supprimés, on n’a donc plus a se préoccuper des bains spéciaux employés pour donner à certains de ces supports, une transparence suffisante et nécessaire. Enfin, l’appareil spécial qui permet d’employer ces plaques en plein air pour les différentes poses successives, a été étudié de telle sorte qu’il s’adapte à toutes les chambres noires existantes, sans exception, ne causant ainsi qu’une dépense de transformation très minime, permettant à chacun d’utiliser tout son matériel.
- Les émulsions sont livrées emballées dans des boîtes en carton qui contiennent une liasse continue de papier noir, replié sur lui-même (lîg. 1). Entre les plis de ce papier sont reliées les feuilles d’émulsion, collées sur lui par leurs bords inférieurs et protégées ainsi sur toutes leurs faces.
- Le châssis comporte une sorte de boîte assez profonde pour contenir une liasse d’émulsions, qu’une planchette mobile à vis de réglage permet d’appliquer constamment contre une glace bien pure enchâssée derrière la trappe du châssis et correspondant exactement au plan de mise au point (fig. 2).
- Lorsqu’on a placé cette liasse d’émulsions dans cette boîte, on rabat par la fente inférieure le premier feuillet de papier noir, de façon à l’engager dans la rainure d'un axe à manivelle qui permet de l’enrouler en opérant de l’extérieur (fig. 2, 5 et 6).
- Chaque feuillet de papier noir porte un trou dans lequel peut s’engager une broche verticale (indicateur) dont la tête est visible à l’extérieur. Quand le papier est enroulé de telle sorte qu’une feuille d’émulsion est en place, prête à poser, la broche tombe dans le trou et indique qu’on a assez tourné la mani-
- 1 Voy. nJ 719, du 12 mars 1887, page 223, et n° 720, du 19 mars 1887, page 247.
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- velle. Lorsque après une première pose il s’agit de retirer la plaque qui a posé et d’y substituer une autre, il suffit de soulever l’indieateur pour dégager le trou du papier et de tourner la manivelle jusqu’à ce que cet indicateur soit retombé dans le trou suivant. On a ainsi enroulé l’émulsion qui a posé, entre du papier noir, autour de l’axe, et la seconde plaque est prête à recevoir l’image. On agit ainsi jusqu’à épuisement de la liasse qui contient 12, 24 ou 5fi plaques, permettant de faire, dans une même excursion, autant de clichés avec un seul châssis et sans recourir à un laboratoire.
- Une fois rentré, on retire les émulsions qui ont posé par la partie arrière du châssis en les déroulant, et l’on peut, soit continuer avec celles qui restent si on n’a pas épuisé la liasse, soit en remettre une
- autre si la première a été complètement employée.
- Les clichés obtenus sont, après toutes les opérations ordinaires de développement et de fixage, plongés dans une solution spéciale de glycérine qui leur donne, après séchage, une solidité en même temps qu’une souplesse extrêmes; on les étend ensuite sur un verre bien propre pour les faire sécher.
- Les plaques présentent alors l’aspect de feuilles de papier absolument transparentes et ont la souplesse et la solidité du taffetas gommé, pouvant être chiffonnées sans qu’aucune cassure soit à craindre. On peut ainsi relier les clichés dans les feuillets d’un registre répertorié et emmagasiner de nombreux travaux dans un espace extrêmement restreint. Ed. B.
- Fig. 1 à G. — Appareil photographique de M. Perron.
- WAGONS AMÉRICAINS
- POUR LE TRANSPORT DES POISSONS
- Les États-Unis marchent certainement à la tête des autres nations si l’on n’envisage que le côté des applications pratiques. Depuis une quinzaine d’années la mise en culture des eaux de ce pays a été l’objet de la sollicitude du gouvernement de Washington. Le saumon, la truite, l’alose, ont été répandus dans les fleuves, lacs et étangs et reproduits artificiellement par milliards.
- ' Les résultats ont répondu, d’ailleurs, aux efforts faits dans cette direction. Non seulement les États-Unis s’approvisionnent aujourd’hui de poisson avec abondance, mais encore ils menacent d’inonder l’ancien monde de l’excédent de leur aquiculture, en l’écoulant sur nos marchés à l’état de conserves de poisson.
- Le transport de ces jeunes animaux, à travers les immenses espaces du Far-West, présentait de sérieuses difficultés que la Commission des pêches a résolues par la construction de wagons spéciaux dont nous reproduisons ici un spécimen.
- Construits par l’ingénieur F.-S. Eastman, leur aspect extérieur est celui d’un wagon à voyageurs. Leurs dimensions sont calculées pour transporter environ 10000 kilogrammes, et la disposition des trucks sur lesquels ils sont installés permet de les accrocher aux trains de grande vitesse.
- Les figures 1 et 2 montrent la disposition de ces wagons. Leur aménagement intérieur est conçu de telle manière que les employés qui accompagnent les poissons trouvènt dans ces wagons tout le confortable nécessaire. Des chaises, des tables, quatre lits ingénieusement combinés et pouvant se dresser instantanément sont suspendus à la paroi supérieure du
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- Fig. 1. — Vue intérieure d’un wagon américain pour le transport du poisson. — Les coffres sont ouverts et montrent la disposition des récipients contenant les poissons.
- Fig. 2. — Vue intérieure du même wagon montrant l’installation des gardiens. — Les lits relevés dans la figure ci-dessus
- sont représentés ici installés pour la nuit.
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- wagon de manière à ne pas gêner la circulation lorsqu’on a besoin d’ouvrir les coffres qui contiennent les récipients à poissons. Une allée occupe la partie médiane du wagon et de chaque côté est un grand coffre divisé en compartiments. Ce coffre renferme la glace et les récipients. Afin de manier ceux-ci plus commodément, un petit treuil roulant installé à une fenêtre les prend à terre, les soulève dans le wagon et se meut alors à droite ou à gauche pour déposer chaque récipient à sa place.
- Les coffres sont formés de deux enveloppes entre lesquelles est placée une substance mauvaise conductrice de la chaleur, de la sciure de liège. Ils peuvent contenir jusqu’à 1000 kilogrammes de glace. Quant aux récipients, ils sont cylindriques et reçoivent, au moyen de tubes, une circulation d’eau continue pendant la marche du train. Cette masse de glace entretient autour des récipients une température basse très favorable aux poissons auxquels on peut faire parcourir ainsi sans inconvénient les trajets de trois ou quatre jours qui séparent Néw-York de San-Fran-cisco.
- Nos chemins de fer français n’offrent point d’aussi longs trajets, mais, néanmoins, dans l’état actuel des choses, on éprouve assez de difficulté à faire voyager des poissons pour qu’on puisse dire que le transport de poissons vivants est presque impraticable en France. Nous nous en sommes aperçus l’été dernier lorsque nous avons transporté sur dix points du bassin de la Seine vingt-deux mille jeunes saumons de Californie. On ne saurait se figurer au prix de quelles difficultés cette tentative d’acclimatation, que d’ailleurs l’aquarium du Trocadéro doit renouveler chaque année, a été menée à bien. Aussi serait-il grandement à désirer que les Compagnies de chemins de fer qui ont tout à gagner au repeuplement de nos cours d’eau, puisqu’elles transportent annuellement des quantités considérables de poisson d’eau douce (2 190 000 kilogrammes pour le marché de Paris seulement), s’entendissent pour faire construire un wagon analogue à ceux des Etats-Unis et pouvant circuler sur toutes nos lignes. Cette mesure permettrait d’étendre les travaux de repeuplement de l’Aquarium, aux différents bassins de la France. Il est vrai que pour le moment notre production d’alevins n’est guère en rapport qu’avec les besoins du bassin de la Seine, mais les agrandissements projetés par M. Alphand, directeur des travaux, pour l’Exposition de 1889, agrandissements qui transformeront définitivement l’Aquarium en une école modèle de pisciculture, et en un centre de repeuplement, beaucoup plus important que celui d’Huningue, et ayant l’avantage d’être placé sous les yeux du grand public parisien, ces transformations, disons-nous, nécessiteront des moyens de transport moins imparfaits. 11 serait très rationnel d’adopter le système de wagons employé en Amérique, en le perfectionnant sur différents points. Dr Jousset de Bellesme,
- Directeur des services de pisciculture de la ville de Paris.
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- LES VIEUX PRÉJUGÉS MÉTÉOROLOGIQUES
- ET LES ANCIENS ALMANACHS
- Les almanachs contemporains où l’on annonce imperturbablement des temps chauds en juillet et de la neige en janvier, ne font que continuer la tradition des anciens ouvrages de ce genre, dont les prévisions nous indiquent les singulières idées que l’on se faisait de la météorologie aux siècles passés.
- Nous venons de lire, avec un réel intérêt de curiosité, un vieil almanach du dix-septième siècle, et nous voulons le faire connaître à nos lecteurs. C’est un petit in-8° fort bien relié, avec dos orné de fleurs de lis. Il est intitulé : « Almanac ou calendrier pour T année mil six cens quatre-vingt-treize, à Paris, chez Laurent D’Houry, rue Saint-Jacques, devant la fontaine Saint-Severin, au Saint-Esprit. »
- Les jours des mois sont complétés par des prévisions du temps à chaque phase de la Lune. Nous trouvons, par exemple, pour mars, au premier quartier : « matinées froides et quelques petites gelées » ; pour la pleine Lune d’avril : « fraîcheurs matinales avec pluyes de peu de durée ». Ces prévisions météorologiques sont, en outre, agrémentées de prophéties de toute espèce, telles que les suivantes que nous citons au hasard :
- « Grands apprests de guerre, nonobstant les bruits de la paix (Pleine Lune d’avril).
- « République florissante recherchera les moyens de se tirer d’affaire (Nouvelle Lune de juin).
- « La mort d’un ecclésiastique amènera du changement (Nouvelle Lune d’aoust). »
- Un chapitre de Y Almanac est consacré aux Idées générales des changemens de l'air et aux évènemens de la présente année 1693. Nous reproduisons, à titre de spécimen, les premières lignes de prévision pour octobre :
- « Morts d’enfants et avortemens de femmes. La marche de quelques troupes empêcheront les vendanges des habitants voisins des frontières. Gens de lettres seront honorés et élevés en dignitez, etc. »
- Après un chapitre sur les Éclipses, l’auteur du curieux Almanac publie des Observations nécessaires à toutes sortes de personnes pour l’usage de la médecine. On y trouve encore de bien amusants préjugés sur les influences de la Lune. Nous reproduisons in extenso les prescriptions recommandées pour les bains.
- « Pour les bains, il faut voir en premier lieu, si on désire se baigner pour la santé, ou seulement pour la netteté du corps : car soit pour l’un ou pour l’autre, les jours que nous avons dit estre bons pour la saignée, sont généralement bons pour les bains. Que si quelqu’un désire d’entrer dans les bains seulement pour la netteté, il faut qu’il le fasse quand la Lune est dans la Balance, ou dans les Poissons. Que si on le fait pour quelque indisposition, par exemple, pour corriger une trop grande humidité, il faut que la Lune soit dans des signes ignés comme le Bélier, et en bon aspect de Mars ou du Soleil ; si c’est pour s’humecter comme font les personnes phtvsiques et maigres, il faut que la Lune soit dans des signes aqueux, le Cancer le Scorpion ou les Poissons. »
- Le chapitre se termine par des paragraphes intitulés : Le temps qu'il faut choisir pour les purgations, et Le temps qu’il faut choisir pour couper les cheveux. « Si l’on veut que les cheveux croissent promptement, il fjgut les couper au premier croissant de la Lune. »
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- A ces prescriptions, l’auteur ajoute des Observations particulières à l'agriculture et des Règles générales qu'on peut encore approprier à tous les usages de la vie. C’est toujours la Lune qu’il faut consulter. Citons quelques exemples :
- « La Lune dans le Taureau, est bonne pour se pour-mener, prendre, recevoir, acquérir, contracter, cultiver, bastir, faire alliances et amitiez, et pour se faire saigner et purger pour la mélancolie.
- « La Lune dans les Balances, est propre à faire voyages, changer de demeure et de vêtemens, etc. »
- Et les bonnes gens croyaient à ces sornettes.
- Ne nous moquons pas trop d’eux. N’v en a-t-il pas encore aujourd’hui pour ajouter foi aux prophéties des Mathieu delà Drôme? G. T.
- L'ALIMENTATION VÉGÉTALE
- DES PEUPLES DE L’EXTRÊME NORD EN GÉNÉRAL ET DES TCHOUKTCHES EN PARTICULIER
- On s’imagine en Europe que les habitants demi-sauvages, demi-civilisés du Groenland et de la Sibérie septentrionale, se nourrissent exclusivement de viande et de poisson. Cette opinion, sinon tout h fait fausse, du moins passablement exagérée, a été soutenue par quelques voyageurs éminents dont les observations h ce sujet ont peut-être été trop superficielles. Sans doute, les produits de la chasse ou de la pêche, la chair des rennes domestiques, contribuent pour la majeure partie à alimenter Esquimaux et Tchouktches ; sans doute encore en pleine zone glaciale, un régime dans lequel l’élément azoté ne dominerait pas serait un non-sens; sans doute, enfin, pendant le long hiver polaire, les ressources tirées du règne végétal font presque complètement défaut et ne peuvent constituer en somme qu’un accessoire. Mais cet accessoire ne joue pas un rôle négligeable. A la longue, l’estomac — fiit-il celui d’un Sibérien — se lasse du poisson, du phoque rôti, de la soupe au sang et réclame de temps h autre une nourriture plus rafraîchissante : la même diversion est encore plus impérieusement exigée lorsqu’il faut lutter contre le scorbut. Enfin il est clair que ces mêmes peuples sont relativement peu difficiles et s’accommodent d'herbes ou de plantes dont un Européen du Nord ne se soucierait guère; le choix étant peu varié, ils ont tiré de leurs faibles ressources le meilleur parti qu’ils ont pu.
- Les quelques renseignements dont nous voulons faire profiter les lecteurs de La Nature, sont tirés d’une notice succincte publiée par M. Kjellman dans la collection des mémoires scientifiques relatifs à l’expédition de la Véga. L’auteur, compagnon de voyage de Nordenskiôld, eut tout le loisir d’observer, durant l’hivernage de l’expédition suédoise, les goûts, les habitudes, le genre de vie des Tchouktches (fig.l) ; ses renseignements doivent donc être tenus pour exacts. D’un autre côté, les productions et la flore des terres polaires sont assez homogènes dans leur
- ensemble, les mœurs des diverses tribus arctiques ont assez de points de rapprochement, pour que, sans grave erreur, il soit permis de généraliser au moins une partie des détails indiqués par M. Kjellman.
- La race tchouktehe, comme la plupart des nations septentrionales, est composée d’hommes doux et inoffensifs. Les uns vivent surtout des produits de la mer et ne s’éloignent pas des cotes de l’océan Glacial ; d’autres sont nomades, élèvent des troupeaux de rennes dont ils tirent leur subsistance, et errent dans l’intérieur de la Sibérie. Tous avaient profit à visiter le bâtiment Scandinave aussi fréquemment que possible: la Véga constituait un excellent débouché pour écouler leur gibier et leur poisson ; les trocs de toute nature étaient aussi faciles qu’avantageux; les services que nos indigènes pouvaient rendre étaient toujours largement rémunérés, et de plus nos bons Sibériens appréciaient fort la cuisine européenne.
- Cependant, ils faisaient moins de cas des aliments gras, des viandes salées, par exemple, que des plats dans lesquels figurait quelque légume : pois, riz, etc. Quant au pain, il était coté très haut dans leur estime. Pour une petite miche, ils livraient volontiers plusieurs gros poissons, tant ils étaient avides de savourer cette nourriture toute nouvelle pour eux. Faut-il exclusivement attribuer ces préférences à cette propension commune à la plupart d’entre nous, petits et grands, et qui nous porte 'a rechercher surtout ce que nous ne consommons pas d’habitude, même si cette alimentation inaccoutumée est inférieure à notre ordinaire de tous les jours? Oui, sans doute, l’explication est vraie dans une certaine mesure, mais il n’en est pas moins certain que dans les menus des repas tchouktches figurent des mets d’origine végétale.
- Sur les bords du détroit de Behring, les ménagères font des provisions de légumes pour l’hiver, à peu près comme une maîtresse de maison française se munit de pommes de terre, de haricots, de petits pois conservés en boîte. Comme nature, les réserves accumulées sous 49° de latitude diffèrent de celles entassées près du cercle polaire; mais comme quantités, elles sont comparables. Le Tchouktehe sait très bien que tant que dure la mauvaise saison, les rennes, les phoques, le gibier, ne lui manqueront pas et suppléeront à la disette des viandes conservées, tandis qu’aucun épicier, maraîcher ou fruitier, ne lui vendra de légumes. Toutefois, celui qui vit près des côtes jouit en tout temps de la ressource des Algues comestibles très abondantes en certains parages1. Quoique peut-être mieux favorisés par la nature, les Esquimaux de l’Amérique du Nord sont loin d’être aussi prévoyants; d’après Parry, ceux qui vivent près de l’île Melville, non seulement ne mangent que par occasion de l'Oseille, des feui^es de Saule et des racines de Potentille, mais n’amassent jamais de provision de ces plantes. John Ross a vu
- 1 Les Groënlandais mangent aussi certaines espèces d’Algue s (Laminariées, etc.).
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- des Esquimaux rechercher comme nourriture et comme remède, les informes débris de Mousses et de Lichens accumulés dans l’estomac des rennes tués à la chasse; ils ne connaissaient pas d’autre aliment végétal. S’il faut en croire Rink, Beechey, Simpson, ils ramassent d’assez grandes quantités de groseilles et d’autres baies, cueillent de VOseille, arrachent quelques racines, mais ils consomment toutes ces friandises sur-le-champ, sans souci du lendemain.
- Revenons aux Tchouktches. II va sans dire que sous un pareil climat, des tribus à demi errantes ne sauraient se livrer à la culture régulière du sol, durant les quelques semaines de belle saison et que les végétaux dont elles s’alimentent sont des plantes sauvages. L’auteur suédois, auquel nous allons céder momentanément la parole, signale cependant un fait curieux: « LeTchouktcheest devenu cultivateur sans le savoir, et sans le vouloir. Effectivement, presque partout où il installe sa tente, on rencontre des groupes serrés et circonscrits formés de diverses espèces végétales , parmi lesquelles un certain nombre font absolument défaut dans la région environnante, au lieu que d’autres sont rares dans le voisinage et ne se présentent que sous la forme d’individualités isolées. Sans doute quelques-unes de ces herbes ont cru sans la participation de l’homme, et, ayant trouvé une terre végétale favorable, graduellement transformée et améliorée au voisinage de l’habitation, n’ont pas tardé à se fortifier et à se multiplier. Mais d’autres n’existent dans de semblables stations qu’à cause des Tchouktches ; ceux-ci les ayant cueillies au loin en ont rejeté comme rebut quelques fragments qui ont pris racine et ont prospéré. » Par exemple, les Tchouktches consommaient une variété de Cinéraire (famille des Composées) qui abondait autour de leurs tentes : minutieusement explorée, la région voisine du havre d’hivernage ne montra qu’un assez petit nombre de pieds.
- Il ne faut pas s’imaginer que les hommes de l’extrême Nord, les Sibériens surtout, ramassent toujours indistinctement et sans préférence tous les végétaux tant soit peu nutritifs qui leur tombent sous la main, ni que ceux-ci, une fois cueillis, soient préparés et consommés pêle-mêle. Souvent ils agissent ainsi, mais il n’est pas malaisé de concevoir que ce n’est que sous l’influence de la nécessité ou de la disette. Ils font avec une fiévreuse ardeur la chasse au Poly-
- gonum viviparum1, une plante assez rare qu’ils apprécient beaucoup ; les gourmets la déterrent immédiatement après la fonte des neiges, avant que les feuilles ne se soient épanouies et croquent le rhizome avec avidité. Durant l’été, les Tchouktches cueillent des Saules (Salix boganidensis), et en accumulent de larges provisions d’hiver. Mais alors pourquoi les voit-on négliger sans motif d’autres végétaux tout aussi communs et certainement plus agréables à consommer que des herbes à demi digérées par un renne2? Tels sont le Bouleau nain, les autres variétés de Saules, Y Anémone et même le Cochlearia, lequel, en dépit de ses propriétés antiscorbutiques bien connues, ne tente ptfs plus les Tchouktches que les Esquimaux et les Groënlandais. Le Salix boganidensis est encore moins estimé qu’une Crassulacée, la Rhodiola rosea((\g. 2) très recherchée des indigènes, même dans les cantons où elle abonde.
- A l’intérieur du continent, les Tchouktches éleveurs de rennes récoltent une Légumineuse, YHedysarum obscu-rum, dont les racines adventives ont un goût sucré fort agréable, et qui, d’après M. Kjcll-man, joue chez eux le rôle que remplissent chez nous les artichauts et les asperges. L’auteur suédois en reçut un jour une petite provision ; immédiatement les Tchouktches pêcheurs qui fré-quentaientlaYéga, ayant aperçu la précieuse plante qui est fort rare sur la côte, se départirent de leurs allures en général discrètes et mendièrent tous à qui mieux mieux quelques radicelles.
- C’est une vraie bonne fortune dans le pays des Tcbouktches que de rencontrer, en notable quantité, des baies ou des fruits; aussi les fruits ou les baies ne font pas partie de l’ordinaire normal des tribus visitées par le savant Scandinave. Les plantes à'Airelle rouge (ou Myrtil) sont assez communes, mais ne fructifient guère ; on peut cueillir dans la saison quelques groseilles, mais on ne saurait les ramasser par dizaines de boisseaux ainsi que font les Esquimaux au Groënland ; quant à la framboise, elle est, bien rare, sinon absolument introuvable. Notons encore, avec M. Kjellman, l’absence complète de toute graine alimentaire.
- 1 Famille des Polygonées [Patience, Blé noir).
- 2 Cet aliment singulier — peut-être moins répugnant qu’on ne serait tenté de le croire — se mange frais après que l’animal a été éventré ou bien se conserve pour figurer ensuite dans les potages gras.
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- Fig. 1. — Carte de la région des Tchouktches. (D’après M. Ë. Reclus.)
- Itinéraire de la Véga. —________Limite approximative
- du pays des Tchouktches.
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- Certaines plantes jouent le rôle de nos salades; les parties comestibles se mangent sans apprêt, au fur et à mesure de la récolte : tel est le cas pour les racines ad-ventives de l'Hedysanim obscu-rum (fig. 5), lesquelles atteignent parfois deux décimètres de longueur et plusieurs millimètres de grosseur; pour les racines d'Oxytropis (Légumineuses) , également appréciées des Samoyèdes et bonnes au début de l’été ; pour les racines et tiges souterraines de Clayto-nia acutifolia (sorte de Pourpier) ; pour les parties aériennes d'Oxyria, digyna (plante voisine des Oseilles et connue des Esquimaux). Nous avons déjà dit un mot du Polygonum viviparum; ajoutons que le goût d’amandes du rhizome est réellement fort agréable.
- D’autres végétaux, comparables sous ce point de vue, aux choux, aux pommes de terre, aux carottes, servent à améliorer le pot-au-feu des Tchouktches. Ainsi, outre la viande et le sang des rennes et des phoques, l’on jette dans la marmite des feuilles nouvelles de Cine-raria palustris 1 2, des racines ou des tiges souterraines de Pedicularis su-detica% et de P. la-nata , à'Armenia siberica (Staticées), de Polentilla fragi-forniis (Rosacées), de Claytonia acutifolia, de Polygonum polymor-phum, peut - être aussi de Taraxa-cum officinale (Composées), et de Wahlbergella ape-tala. En général, ces racines sont déterrées et consommées au printemps, dès que la neige a disparu, ou dans la première moitié de l’été, mais quelques-unes d’entre elles sont mises de
- 1 Plante recherchée par les Samoyèdes.
- 2 La P. hirsuta sert quelquefois de nourriture aux Groën-landais.
- côté pour l’hiver. On les nettoie à fond et on les entasse sans plus de précaution, dans un coin de la tente.
- Le garde-manger d’un ménage sibérien contient encore d’autres provisions d’une nature particulière, et auxquelles nous allons consacrer quelques lignes en terminant celte notice. Nous voulons parler de jeunes pousses de végétaux ligneux ou herbacés, auxquelles on fait subir une préparation spéciale, analogue à celle qui est usitée en Prusse ou en Alsace pour les choux ; les feuilles, les tiges, fortement comprimées, fermentent, et on obtient une sorte de choucroute, inférieure sans doute à celle de Strasbourg, mais assez bonne néanmoins, même pour un Européen. Comme en général, on ne mélange pas les fragments provenant de plantes d’espèces diverses, il en résulte plusieurs variétés distinctes du même aliment, possédant chacune une couleur, une odeur, une saveur spéciales. Les Tchouktches, pour la confection de ce mets, recherchent les pousses fleuries de Pedicularis sude-tica, de Rhodiola rose a (Crassula-cées1), à'Helian-thus peploïdes (Cary ophyllées), de Polygonum poly-morphum, les rameaux duSalix bo-ganidensis, les feuilles du Petasites frigida (Composées) , du Saxifraga ptinctata, etc. Enfin, comme nos habitants de l’extrême Nord ne connaissent ni le jambon, ni la saucisse, ils ontl’ha-bitudedegarnirleur choucroute avec des morceaux de lard de phoque. Il est probable que ce raffinement ne serait pas du goût d’un Français.
- Antoixe de Sapouta.
- 1 Plante consommée par les Esquimaux.
- Fig. 4. — Rlwdiola rosea, L., avec son inllorescence.
- Fig. 3. — lledysarum obscurum, L. Rameau fleuri.
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- NÉCROLOGIE
- A. (liaiffc. — L’ingénieur électricien A. Gaiffe est décédé le 9 avril 1887, à l’âge de cinquante-cinq ans. C’était non seulement un constructeur, mais un chercheur émérite qui a puissamment contribué à perfectionner le matériel électro-médical, pour lequel il était devenu l’un des spécialistes les plus distingués. C’est à Gaiffe que l’on doit l’introduction en France de l’industrie du nickelage galvanique, et il a publié à ce sujet une intéressante notice dans notre recueil. C’est lui qui organisa jadis l’allumage électrique des lampes à gaz de la Chambre des députés et du Sénat. En outre de son mérite personnel et de ses nombreux travaux, Gaiffe était un homme obligeant, serviable, estimé de tous ceux qui l’ont connu. Il était chevalier de la Légion d’honneur.
- J.-M. Gaudet. — 11 y a quelques mois déjà, J.-M. Gaudet, maître de forges à Rive-de-Gier, s’éteignait au milieu des siens le 6 décembre 1886. Il nous a semblé utile de retracer, en quelques lignes, la vie d’un travailleur qui, par une intègre probité et par un labeur énergique, a su prendre une place importante dans le monde industriel, et a laissé à son pays des œuvres solides et durables. Jean-Marie Gaudet, né le 5 avril 1815 à Pont-d’Ain (Ain), était le fils d’un modeste serrurier, et il travailla comme forgeron dans l’atelier de son père. Après s’être fait remarquer comme un ouvrier hors ligne, le jeune forgeron, en 1832, quitta son pays natal pour faire son tour de France. Il se rendit d’abord à Lyon et travailla chez un mécanicien comme ajusteur et dessinateur; il prenait en même temps des leçons d’un ancien élève de l’Ecole des arts et métiers de Chàlons, M. Hippo-lyte Petin. Lemaître et l’élève, également jeunes, également avides de grandir par le travail, ne devaient plus être séparés que par la mort. Ils fondèrent quelques années après, les fameuses usines métallurgiques de Rive-de-Gier et de Saint-Chamond, qui comptèrent parmi les plus importants établissements industriels du monde. En 1843, MM. Petin et Gaudet installèrent dans leurs ateliers le premier marteau-pilon pour forger les grosses pièces, qui fut construit après celui du Creusot. En 1849, ils exécutèrent les premières pièces de canon en fer forgé : elles donnèrent à Strasbourg des résultats inattendus. Quelques années plus tard, en 1853, fut formée la Société des Hauts Fourneaux, Forges et Aciéries de la marine et des chemins de fer, et dès ce moment MM. Petin et Gaudet concoururent pour une large part aux progrès accomplis dans notre armement militaire. Au début de la guerre de Crimée en 1854, Gaudet fit exécuter pour nos batteries flottantes, d’après les plans de Dupuy de Lomé, les premières plaques de blindage. En 1859, c’est à Saint-Chamond que fut installé un gros train de laminoirs alternatifs pour fabriquer les plaques de blindage de la première frégate cuirassée la Gloire. On doit à Gaudet le frettage des canons en fonte au moyen d’anneaux en acier sans soudure ; on lui doit encore les premiers essais en France des convertisseurs Bessemer pour la fabrication de l’acier. Petin et Gaudet furent les promoteurs de l’emploi de l’acier pour l’armement national. C’est à Rive-de-Gier que l’on forgea les énormes balanciers des machines de la flotte transatlantique. C’est à Saint-Chamond que furent construites les premières cheminées ayant de 60 à 102 mètres de hauteur. En 1805, J-M. Gaudet fut nommé officier de la Légion d’honneur. L’ancien forgeron, que la fortune n’avait jamais empêché d’être modeste, bon et
- généreux, fut subitement frappé d’une congestion céré braie le 0 décembre dernier. Il laisse, à ses fils et à tous, sa belle vie comme exemple.
- CHRONIQUE
- Le tremblement de terre du 23 février a-t-il élé ressenti ù. Paris. — Nous avons indiqué précédemment (p. 283) qu’un horloger de Paris a observé que le pendule en repos d’un régulateur, a spontanément oscillé au moment où avait lieu le tremblement de terre du golfe de Gênes. M. E. Rodocanachi, à Paris, nous écrit à ce sujet la lettre suivante : « J’ai entendu raconter par quelques personnes dignes de foi, qu’elles avaient eu ici, à Paris, le même jour et vers la même heure, la perception de légers mouvements. Une, entre autres, qui habite avenue des Champs-Elysés, m’a dit que ce matin-là, 23 février 1887, elle se trouvait dans son lit, éveillée, lorsque, vers 6 heures, elle entendit tinter les bobèches et les verres qui se trouvaient dans la chambre. Ayant parlé de ce fait à des amis, elle fut fort surprise le soir d’apprendre par les journaux ce qui s’était passé dans le Midi. Peut-être d’autres personnes ont-elles encore éprouvé ce phénomène. »
- Les télégraphes et les téléphones en Allemagne. — Le nombre des bureaux de télégraphe en Allemagne a presque doublé pendant les quatre dernières années. 4415 nouveaux bureaux ont été ouverts pendant cette dernière période ; le chiffre total s’est élevé de 5014 en 1880, à 9529 en 1884. La longueur totale des lignes a passé de 121 520 milles en 1880, à 150 040 milles en 1884, soit une augmentation de 28 520 milles. Le service téléphonique, inauguré en Allemagne il y a quatre ans, compte aujourd’hui 58 bureaux centraux, 7311 abonnés, et un réseau de plus de 10 000 milles.
- Sur le poison de l’ortie. — M. Bennett a publié dans le Pharmaceutical journal un intéressant résumé des études faites à ce sujet; nous en empruntons le résumé au Journal de pharmacie. L’action irritante des piqûres de l’ortie sur la peau humaine n’a pas été expliquée jusqu’à ce jour d’une façon satisfaisante. On l’avait attribuée à l’acide formique contenu dans les cellules glandulaires de l’ortie, mais M. Haberlandt, de Vienne, a démontré expérimentalement que d’aussi petites quantités d’acide formique que celles qui sont renfermées dans les poils de l’ortie, introduites sous la peau, étaient impuissantes à produire une irritation notable. Cette substance irritante, d’après M. Haberlandt, semble une matière albuminoïde, une sorte de ferment ; elle est détruite par l’eau bouillante. Elle est fixe, car la matière des glandes de l’ortie, desséchée à basse température, jouit de propriétés irritantes quand on l’introduit sous la peau.
- La pèche aux perles et l'éelalrage électrique.
- — MM. Alley et Maclellan, constructeurs mécaniciens de Glasgow, viennent de faire avec succès les essais de leur vapeur Gareloch, particulièrement destiné à la pêche aux perles. Ce navire est muni d’une lampe à arc de 100 becs Carcel, dont le globe est construit pour résister à la pression de l’eau à des profondeurs considérables. Entre temps, le Galeroch sera employé à l’inspection sous-marine de navires sombres, de carènes de navires, de travaux déports, bancs d’huîtres, etc., etc.
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- LA NATURE.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance ilu 12 avril 1887. — Présidence de M. Janssex.
- Trombes et lornados. — La séance, vraie séance des vacances de Pâques, a été très courte ; elle a été en grande partie consacrée à des communications relatives à des météores tournants. En première ligne il faut citer une notice d’un des plus illustres correspondants de l’Académie, le vénérable M. Daniel Colladon (de Genève), qui décrit un appareil à l’aide duquel il imite, au sein de l’eau, des tourbillons atmosphériques. La Nature donnera très prochainement une tigure représentant le dispositif avec lequel l’auteur peut faire assister tout un auditoire au spectacle de trombes ascendantes liquides. De son côté, M. Weyher annonce qu'il est parvenu à réaliser, outre le phénomène du buisson qu’il a déjà décrit, de vraies trombes complètes avec leur tube opaque vertical. Il suffit pour cela de lancer un jet de vapeur dans l’axe du tourbillon ou simplement d’échauffer à un degré convenable l’eau du réservoir inférieur. M. Fave remettant à la prochaine séance la réponse à ces diverses objections, poursuit aujourd’hui l’étude des lois générales des tempêtes. Laissant de côté le calme central qui l’occupait lundi dernier, il s’attache aujourd’hui à l’étude des tornados qui ne sont pour lui que de simples parasites des cyclones. Il se fonde sur les résultats fournis par les cartes synoptiques que le Signal Office des États-Unis s’astreint à tracer trois fois chaque jour, à 7 heures du malin, à 3 heures après-midi et à H heures du soir. En 1884, dernière année que concernent les cartes publiées, 180 tornados ont été enregistrés. Dans la seule journée du 19 féVFier, il y en eut 44 qui tuèrent 800 personnes, en blessèrent 2400, ruinèrent 10 000 batiments et réduisirent 15 000 personnes à la plus profonde misère. A d’autres jours apparurent 28, 15 lornados et moins. Les cartes présentant à la fois la trajectoire de ces météores, les flèches de vent et les isobares, on constate que durant les tornados l’atmosphère est le siège d’un immense mouvement tournant dont le centre se meut du sud-ouest au nord-ouest; que la trajectoire des tornados est parallèle à celle de la tempête générale, que tous les tornados sont sur la droite du cyclone, exactement localisés dans une région qu’on nomme aux Etats-Unis l’Octant dangereux. Avec une loyauté à laquelle tout le monde applaudira, M. Faye reporte l’honneur de celte grande découverte à M. Marié-Davy qui la fit presque malgré lui, et quoi qu’il en coûtât à ses préjugés de météorologiste classique. C’était en 1863-1864, à l’époque où Le Verrier fonda le service météorologique qui a rendu tant de services à l’agriculture et à la navigation. Le directeur du service, M. Marié-Davy, constata tout de suite que les orages apparaissent presque toujours Sur le pourtour d’un disque tournant à une certaine distance du centre de celui-ci.
- M. Thollon. — Une dépêche de M. Perrotin annonce de Nice la mort, vendredi dernier, à la suite d’une longue maladie, de M. Thollon, qui a attaché son nom à d’importantes découvertes relatives à la spectroscopie, et, spécialement, à la distinction qu’on peut faire entre les raies telluriques et les raies solaires. Sur la demande de M. Edmond Becquerel, M. Janssen rédigera, pour le prochain compte rendu, une courte notice sur ce regrettable serviteur de la science.
- Variai — M. Mouchot, le célèbre auteur des machines solaires, dont nous avons déjà enregistré les découvertes
- mathématiques, adresse un Mémoire fort ingénieux sur les propriétés de certaines courbes imaginaires. — Grâce à l’interposition d’un miroir qui permet d’agrandir les écarts par la réflexion, M. Brouly augmente notablement la sensibilité de l’appareil de Melloni, pour l’étude de la chaleur rayonnante. — En étudiant l’œuf d’hiver du phylloxéra, M. Laffite arrive à des conclusions opposées à celles que M. Donadieu a récemment publiées. — M. Tré-cul fait une longue lecture sur les vaisseaux laticifères.
- Stanislas Meunier.
- LÀ SCIENCE PRATIQUE
- COMMENT ON DEBOUCHE UNE B O U T E 11. L E
- Le problème posé par le titre de cet article est plus complexe qu’il n’en a l’air à première vue, du moins si l’on en juge par la figure qui l’accompagne et qui représente un certain nombre de solutions choisies parmi les plus simples, les plus élégantes ou les plus commodes.
- On pourrait appeler plus exactement le tire-bouchon un manche à bouchons, car, dans la plupart des cas, l’appareil qui porte ce nom n’a pas d’autre but que de donner un moyen de saisir le bouchon commodément et d’exercer une traction suffisante pour le retirer. Bien souvent même, ce manche artificiel et provisoire est inutile : avec un peu d’habitude, d’habileté... et de patience, on parvient à retirer des bouclions de bonne qualité dont la saillie au-dessus du bord supérieur du goulot ne dépasse pas quatre millimètres. Mais dès qu’on s’adresse aux vins cachetés qui ne présentent plus aucune saillie, le tire-bouchon devient indispensable.
- La forme classique est représentée figure 1. Tout détail sur le mode d’emploi serait aussi fastidieux qu’inutile. Disons cependant que la forme ordinaire n’est pas absolument recommandable, à cause de l’insuffisance de grosseur du manche.
- Le tire-bouchon classique ne serait pas assez rapide dans son emploi lorsqu’il faut, chaque jour, déboucher un grand nombre de bouteilles, comme chez les marchands de vins, par exemple. On se sert alors d’un foret ou d’un coup de poing (fig. 2). Le foret, qui n’est qu’un coup de poing à longue tige et a manche léger, rappelle, par ses dispositions, une vrille rudimentaire ne portant qu’un léger filet a son extrémité. On l’enfonce plus ou moins obliquement dans le bouchon, suivant sa longueur, et, par un tour de main particulier, on ramène en arrière le foret qui entraîne avec lui le bouchon le plus solidement fixé. Le coup de poing est un genre de foret qui sert plus spécialement aux sommeliers, dans les caves, à donner de l’air aux pièces de vin, et n’est qu’accidentellement utilisé au débouchage des bouteilles. La confusion faite par notre dessinateur n’a rien qui doive surprendre.
- Tire-bouchons et forets ordinaires présentent un inconvénient commun dans certains cas ; ils exigent un effort initial quelquefois considérable, si le vin est bien bouché, pour retirer le bouchon ; on s’est
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- LA NATURE.
- alors préoccupé de diminuer cet effort en utilisant les principes connus de la mécanique, et, à ce point de vue, les tire-bouchons modernes constituent d’excellents appareils de démonstration pour l’enseignement de cette science pratique.
- Quel que soit l’appareil, on doit, pour retirer un bouchon donné, dépenser un certain nombre de kilogrammètres, mais comme la course effectuée est très petite, il faut naturellement que la force exercée sur le bouchon, et surtout la force initiale, soit considérable : elle atteint 10, 12, 15, 20 kilogrammes et même davantage. On peut réduire cette force initiale en mettant à profit les propriétés du levier (nos 3 et 5) ou celles de la vis (n° 4). La figure 5 s’explique d’elle-même : après avoir enfoncé le tire-bouchon à la façon ordinaire et fixé le système sur
- le goulot, on voit qu’il suffit d’exercer un effort relativement léger sur le levier : cet effort se trouvant multiplié par 5 ou 4 sur le bouchon est toujours suffisant pour venir à bout du plus récalcitrant sans aucune fatigue.
- Le n° 5 montre une disposition dans laquelle on a mis à profit le jeu bien connu qui sert à faire manœuvrer des petits soldats. Un treillage de lames de laiton se termine à une de ses extrémités par une poignée et à l’autre par une collerette annulaire qui s’applique sur le goulot de la bouteille. La vis du tire-bouchon est fixée au dernier croisement des lames. On visse le système à la manière ordinaire et, à bout de course, on tire sur la poignée. Le tire-bouchon avance n fois moins vite que la poignée, mais l’effort exercé sur cette poignée est n fois
- Comment on débouche une bouteille. — N° 1. Tire-bouchon ordinaire^ — N° 2. Coup-de-poing de sommelier. — N® 3. Tire-bouchon a simple levier. — K® 4. Tire-bouchon à vis. — N° 5. Tire-bouchon à leviers multiples.
- moins grand que celui qui est nécessaire pour retirer le bouchon, si on appelle n le nombre de croisement des lames. Dans l’appareil représenté (n° 5) w = 4, mais on peut réduire indéfiniment l’effort initial en multipliant le nombre des lames.
- Nous préférons de beaucoup à cette disposition ingénieuse, mais un peu compliquée, le tire-bouchon de M. Perille (n° 4) dans lequel les propriétés de la vis sont si habilement utilisées. L’appareil comporte trois pièces : une coiffe qui s’applique sur la bouteille à déboucher, un écrou à trois oreilles et une tige doublement filetée dont la partie inférieure s’engage dans le bouchon et la partie supérieure dans l’écrou à trois oreilles.
- La manœuvre comporte deux opérations distinctes : la première a pour effet d’enfoncer la vis dans le bouchon, ce qui se fait en tournant la poi-
- gnée supérieure — près du n° 4 — dans le sens des aiguilles d’une montre. L’écrou reste fixe dans l’espace et la vis descend.
- Lorsque la vis a suffisamment pénétré, on abandonne la poignée supérieure et on tourne l’écrou dans le même sens : la rotation de l’écrou fait alors remonter la vis qui entraîne le bouchon avec elle. L’avancement est de 8 millimètres par tour tandis que le point d’application de l’effort exercé par les doigts s’exerce sur une circonférence d’environ 5 centimètres de diamètre. L’effort initial est donc vingt fois moins grand, aussi suffit-il de deux doigts, quel que soit le bouchage, même celui fourni par les systèmes mécaniques les plus perfectionnés. Dr Z....
- Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Pari3.
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- y 723. — 23 AVRIL 1 887.
- LA NATURE
- LA. CARTE DU CIEL A L'OBSERVATOIRE DE PARI
- Fig. 1. — Photographie d’une portion de la Lune. Copernic Fig. 2. — Photographie d’une portion de la Lune. Platon
- (13 février 1886). Agrandissement direct, 11 fois. (12 avra 1886). Agrandissement direct, 13 fois.
- Fig 5. — Photographie d’une portion de la Lune. Environs Fig. A. — Photographie d’une portion de la Lune. Archimède
- d’Eratosthène. Agrandissement direct, 13 fois. (12 avril 1886). Agrandissement direct, 13 fois.
- Fac-similé des photographies de la Lune obtenues par MM. Paul et Prosper Henry, à l’Observatoire de Paris.
- La Conférence internationale pour le levé photographique de la carte générale du Ciel s’est ouverte 15e année. — 1er semestre.
- le 16 avril dernier, à l’Observatoire de Paris. Cette conférence, due à l’heureuse initiative de M. le
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- contre-amiral Mouchez, directeur de l’Observatoire, a été inspirée par les travaux de MM. Paul et Prosper Henry.
- Les deux savants astronomes ayant été chargés, il y a quelques années, de continuer la carte écliptique de Chacornac, reconnurent que le recensement des étoiles devenait impossible aux environs de la Voie lactée, et ils eurent l'idée de fixer par la photographie ce que l'observation directe ne pouvait déterminer. MM. Henry construisirent un grand appareil parallaetique pour la photographie céleste *, et ils arrivèrent à produire des clichés où l’on compte 5000 étoiles là où les cartes du ciel antérieures n’en donnaient que 170. Nos lecteurs ont eu sous les yeux un spécimen de ces belles photographies des étoiles : nous leur avons également présenté la description du nouvel appareil qui permet d’en opérer les mesures2.
- Non seulement MM. Paul et Prosper Henry ont exécuté un grand nombre de photographies de constellations, mais ils ont réussi à faire dans d’excellentes conditions de netteté, les clichés des planètes et notamment de Saturne et de Jupiter. Pour les photographies de la Lune, ils ont introduit dans la science une méthode nouvelle dont nous donnons ci-contre quelques résultats (fig. 1, 2, 3 et 4).
- Au lieu de photographier l’astre tout entier, les opérateurs procèdent par fractionnements ; ils ne prennent à la fois qu’une petite surface de la Lune, ce qui permet d’obtenir le meilleur éclairement possible pour chacune des parties qu’il s’agit de reproduire. MM. Henry opèrent au moment où les ombres se présentent avec le plus d’intensité et font le mieux ressortir la valeur des reliefs.
- On sait que pour faire la photographie de la Lune, au lieu de recevoir l’image directement sur la plaque, il est préférable de la grandir préalablement à l’aide d’un oculaire. Au foyer de l’appareil, l’image n’atteint pas un diamètre de plus de 0m,052. Avec l’agrandissement que nous représentons dans nos figures, la Lune entière aurait environ 0m,60 de diamètre. Malgré cette amplification assez considérable, la durée de la pose ne dépasse pas douze secondes.
- Les spécimens que nous donnons, et qui tous ont été obtenus avant la pleine lune, ne représentent qu’une faible partie du travail de MM. Henry qui ont reproduit la surface entière de la Lune, com-
- * Voy. n° 654, du 12 décembre 1885.
- » Yoy. n° 717, du 26 février 1887.
- prenant une quinzaine de photographies analogues.
- Nous donnons ci-dessous la reproduction d’une photographie de la nébuleuse 1180 du grand catalogue d’IIerschel (fig. 5). Cet objet, examiné dans les grands télescopes, se présente seulement comme une masse blanchâtre. La lumière est si faible que pour l’apercevoir il est indispensable de cacher l’étoile principale à l’aide d’un écran. La photographie montre très nettement de très petits délinéaments de la nébuleuse. Son étendue est de 22' en ascension droite et de 15' dans le sens de la déclinaison. Celte nébuleuse n’étant distante que de 30' de la grande nébuleuse d’Orion, il est presque certain qu’elle fait partie du même système. 11 est hors de doute que lorsque les plaques seront encore plus sensibles, ces deux objets paraîtront complètement réunis par des filaments lumineux. Ces deux nébuleuses ont d’ailleurs le même aspect physique et présentent presque absolument les mêmes caractères.
- La Conférence internationale, qui vient de se réunir à l’Observatoire de Paris, a pris pour mission d’étudier les meilleures conditions d’opérer la photographie du Ciel dans les différents pays du monde, afin de pouvoir léguer aux siècles futurs la carte de ce que l’on pourrait appeler la géographie du ciel.
- « Cette carte qui sera formée, dit M. le contre-amiral Mouchez, des 1800 ou 2000 feuilles nécessaires pour représenter à une échelle suffisamment grande, les 42 000 degrés carrés que comprend la surface de la sphère, et séparément à plus grande échelle, tous les groupes d’étoiles ou tous les objets présentant un intérêt spécial, léguera aux siècles futurs l’état du Ciel à la fin du dix-neuvième siècle avec une authenticité et une exactitude absolues. La comparaison de cette carte avec celles qu’on pourra refaire à des époques de plus en plus éloignées permettra aux astronomes de l’avenir de constater de bien nombreux changements en position et en grandeur, a peine soupçonnés ou mesurés aujourd’hui pour un petit nombre d’étoiles seulement, et d’où ressortiront certainement bien des faits inattendus et d’importantes découvertes. Cette Carte donnera en outre dès qu’elle %era terminée la possibilité d’étudier la distribution des étoiles dans l’espace, c’est-à-dire, la constitution de l’Univers visible. »
- L’œuvre à accomplir est si grande et d’un intérêt scientifique si universel, qu’on ne saurait trop applaudir à l’idée de la faire entreprendre par presque toutes les nations civilisées, et avec le con-
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- Fig. o. — La nébuleuse 1180 du grand Catalogue d’IIerschel. — Gravure exécutée d’après le cliché photographique négatif de MM. Paul et Prosper Henry. (Grandi 3 fois.)
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- LA NATURE.
- cours des plus éminents astronomes de notre temps.
- La Conférence aura à discuter non seulement le genre de l’instrument à employer, le mode de préparation des plaques, la durée du temps de pose, les parties communes des clichés dans le même observatoire, les appareils de mesure, etc., mais elle s’occupera aussi des travaux de photographie céleste qu’il serait utile de poursuivre en commun après l’exécution de la Carte, et l’on étudiera le meilleur mode de reproduction des planètes et de notre satellite. — C’est encore un nouveau triomphe de la merveilleuse invention de Niepce et de Daguerre. — La photographie va permettre à l’homme de dépasser, dans la connaissance de l’Univers, des limites que l’imperfection de ses sens ne paraissait pas pouvoir lui permettre de franchir.
- L’entreprise fera honneur à notre dix-neuvième siècle, déjà si riche en œuvres scientifiques l.
- Caston Tissandier.
- UN POISSON ÉLECTRIQUE
- iGyrnnotus electricus, Linn.)
- Avant que l’homme connût l’électricité dont il est appelé aujourd’hui à tirer de si grands profits, avant que les premiers observateurs eussent songé à attribuer à toute autre énergie que la colère d’un Dieu le tracé de feu des éclairs et les ravages de la foudre, les vertébrés les plus inférieurs renfermaient dans leurs flancs cette force terrible et savaient, à leur volonté, s’en servir pour éloigner et stupéfier leurs ennemis, pour foudroyer leurs victimes.
- Parmi les poissons doués des propriétés électriques, il convient de citer les diverses espèces de torpilles (Torpédo nobiliana, Riss., marmorata, Riss.,
- 1 Voici, par ordre alphabétique, les noms des astronomes français et étrangers qui sont présents à Paris pour la Conférence : Àbney (capt. W. de W.); Auwers (A.), secrétaire de l’Académie des sciences de Berlin; Baillaud (B.), directeur de l’Observatoire de Toulouse; Bakhuyzcn (H.-G. van de Sande), directeur de l’Observatoire de Leyde; Bertrand, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences ; Beuf, directeur de l’Observatoire de La Plata; Bouquet de la Grye, membre de l’Institut; Brunner, membre du Bureau des longitudes; Christie (VV.-II.-31.), astronome royal, Greenwich; Cloué (amiral), membre de l’Institut et du Bureau des longitudes; Com-mon (Ainslie A.) ; Cornu, membre de l’Institut ; Cruls (L.) directeur de l’Observatoire de Rio-de-Janeiro; Donner (le professeur A.-S.), directeur de l’Observatoire d’Elsinford; Duner (le D1' N.-C.), astronome de l’Observatoire de Lund; Eder (le professeur Dr J.-31.) ; Engelhardt (le baron d’) ; Paye, membre de l’Institut; Fizeau, membre de l’Institut; Folie, directeur de l’Observatoire de Bruxelles; Gautier, constructeur d’instruments de précision; Gill (David), directeur de l’Observatoire du Cap ; Gyldcn (llugo), directeur de l’Observatoire de Stockholm ; llasselberg (B.), astronome de l’Observatoire de Pulkova; Kap-teyn (J.-G-), professeur à l’Université de Groningue; Henry (Paul), astronome de l’Observatoire de Paris; Henry (Prospcr), astronome de l’Observatoire de Paris; Janssen, membre de l’Institut, directeur de l’Observatoire de Mcudon ; Knobel, (E.-B.), secrétaire of the royal astr. Society, London; Krueger (le professeur Dr A.), directeur de l’Observatoire de Iiicl; Laussedat, directeur du Conservatoire des arts et métiers; Liard, directeur de l’enseignement supérieur au Ministère de
- oculala, Bel., Narcine brasihensis, Ott., indica, il., Astrape capensis, Linn., les malaptérures (Mala-p tenir us electricus, Linn., les mormyres (Mormijrus cyprinoides, Linn., oxyrhynchus, Geof.,etc.) et les gymnotes. Nous ne nous occuperons aujourd’hui que de ces derniers.
- Un corps allongé, semblable à celui des anguilles, de très grande taille, une tête dépourvue d’écailles, une bouche garnie d’une rangée simple de dents coniques et dont le bord supérieur est formé en son milieu par des intermaxillaires tandis qu’à la constitution des côtés viennent coopérer les maxillaires, une nageoire anale longue et couverte par la peau, tels sont les caractères de ces grands poissons, habitants des fleuves et des marais de l’Amérique du Sud. Ajoutons que les gymnotes possèdent encore une ceinture scapulaire fixée au crâne. Leur vessie natatoire est double et ils possèdent un cæcum gastrique, des appendices pyloriques et des oviductes.
- Extérieurement rien ne vient déceler chez ces êtres la prodigieuse faculté dont la nature s’est complu à les doter. A voir le' gymnote du Muséum de Paris paresseusement engourdi au fond de son aquarium, on dirait quelque grosse anguille, quelque congre de peu d’intérêt. Mais le tonnerre sommeille; une main imprudente s’est approchée de l’animal indolent, un vigoureux remous se produit dans l’eau, le poisson s’agite dans tous les sens, une décharge électrique telle qu’en peut fournir une bouteille de Leyde engourdit la main malavisée, et le bras entier du perturbateur demeure quelque temps paralysé par cette soudaine commotion.
- Certes l’expérience dut être cruelle pour le premier pêcheur qui, s’emparant d’un beau poisson, gras à point, a vu son dîner probable s’en retourner à l’eau, tandis qu’il tombait lui-même à la renverse
- l’instruction publique ; Lœwv, membre de l’Institut, sous-directeur de l’Observatoire de Paris ; Lohse(le Dr ().), astronome de l’Observatoire de Potsdam ; Mouchez (l’amiral), membre de l’Institut, directeur de l’Observatoire de Paris; Oom (le capitaine de vaisseau), directeur de l’Observatoire astronomique de Lisbonne; Oudemans, directeur de l’Observatoire d’Utrecht; Pechüle (C.-F.), astronome de l’Observatoire de Copenhague ; Perrier (le général), membre de l’Institut ; Perry (Le rév. P.), directeur de l’Observatoire de Stonyhurst College; Peters (C.-1I.-F.), directeur de l’Observatoire d'IIamilton College, à Clinton; Pritchard (Le rév. C.), directeur de l’Observatoire de l’Université, Oxford; Pujazon (le capitaine de vaisseau C.), directeur de l’Observatoire de San-Fernando ; Ilayet (G.), directeur de l’Observatoire de Bordeaux; Roberts (lsaac), hôtel de Lille et d’Albion, rue Saint-Honoré; Russell (H.-G ), directeur de l’Observatoire de Sydney, hôtel de Lille et d’Albion, rue Saint-Honoré; Rutherfurd (Lewis 31.); Schœnfeld (le Dr E.). directeur de l’Observatoire de Bonn, hôtel Voltaire, quai Voltaire; Steinheil ; Struve (0.), directeur de l’Observatoire de Pulkova, pavillon de Rohan, 172, rue de Rivoli; Tacchini (J.), directeur de l’Observatoire du College romain, à Rome; Tennant (le général), II. E., F. R. S; Thiele (T.-N.), directeur de l’Observatoire de Copenhague ; Tisserand, membre de l’Institut, 5, avenue de l’Observatoire ; Trépied (C.), directeur de l’Observatoire d’Alger; Weiss (le Dr E.), directeur de l’Observatoire de Vienne ; Winlerbalter (lieutenant de vaisseau), assistant à l’Observatoire de Washington; Vogel (le professeur Dr 1I.-C.), directeur de l’Observatoire de Potsdam.
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- sous cet ébranlement stupéfiant..De.toute antiquité l'homme a connu ces êtres merveilleux; on apprit vite que leur contact donnait des secousses plus ou moins fortes, que le choc se communiquait même par l’intermédiaire de la ligne jusqu’à la main qui la tenait.
- Il est question de ces poissons dans Platon et dans Aristote ; les deux philosophes grecs font observer que ces habitants des mers, qu’ils nomment N«pxri, engourdissent par un venin subtil les proies dont ils se nourrissent, l’action de ce venin est également prompte sur l’homme. Le poète Claudien parle en fort bons termes d’un poisson de ce genre et « du froid mortel qu’il communique à la main du pêcheur. » Les fables dont le moyen âge se montra si peu avare vinrent se greffer sur la constatation d’un pareil phénomène, la Renaissance passa sans les détruire et plus tard encore, en plein dix-septième siècle, un auteur nous apprend qu’au dire des Ethiopiens les torpilles peuvent chasser les démons. Le commencement du dix-huitième siècle ne fut guère plus éclairé sur la question, et en 1712 l’on voit Kœmpfer affirmer très froidement qu’on peut facilement éviter la commotion des torpilles en retenant sa respiration. On trouvera d’ailleurs, dans les remarquables leçons sur la physiologie et l’anatomie de feu Milne Edwards, un historique très complet de la question.
- « Le premier auteur, dit d’autre part M. Ch. Richet, qui ait donné la démonstration scientifique de l'identité entre la commotion de la torpille et la commotion électrique est Walsh. Ce savant fit ses expériences à
- la Rochelle, sur des torpilles prises près de l’ile de lié. Ce fut en présence des membres de l’Académie de la Rochelle et de Seignette, secrétaire général, qu’elles furent pratiquées. En choisissant, pour la torpille, les mêmes conducteurs que pour la bouteille de Leyde, et en faisant passer la décharge par le corps de diverses personnes , il fit éprouver les mêmes effets que par la décharge d’une batterie électrique. Tous les corps qui interceptent l’action de l’électricité interceptent l’action de la torpille, et réciproquement tous les corps qui permettent le passage de l’électricité sont aussi des conducteurs pour la secousse de la torpille.
- « Après Walsh, Hunter étudia l’organe électrique, mais sans faire de remarque physiologique importante. Enfin John Davy, Blainville et Florian de Bellevue firent en 1827, simultanément, des expériences qui prouvèrent définitivement que la secousse de la torpille est de nature électrique.... A partir de cette époque les expériences sur les poissons
- électriques se sont multipliées. Ce furent d’abord Mateucci (1838) etFaraday(1855), puis du Bois-Reymond , Armand Moreau, etc. De nos jours, bien des faits intéressants ont été acquis par des observations de Du Bois-Reymond, de Sachs, de Stei-ner et deMarey. » L’appareil électrique du gymnote est composé de nombreuses petites colonnes prismatiques, entourées de tissu conjonctif, subdivisées par des cloisons nombreuses et transversales en cellules situées en dessus les unes des autres (fig. 1). Les nerfs qui les fournissent ne viennent pas directement du cerveau, mais dérivent de la
- Fig. 1.— Organes électriques du gymnote. — 1. Vue d’ensemble de l’organe. — 2. Coupe d'un gymnote. — 5. Vue au microscope des cellules de l’organe.
- Fig. 2. — Manifestation électrique du gymnote de l’aquarium de M. lllackford, à New-York. (D’après une gravure américaine.)
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- moelle épinière de la région postérieure du corps. Chaque couche de substance gélatineuse et chaque lame électrique ont leurs terminaisons nerveuses alternant d’une manière régulière, avec les mêmes éléments de l’alvéole précédente et de la suivante. On peut donc considérer cet appareil comme une pile de Yolta dans laquelle les rondelles métalliques, cuivre et zinc, sont représentées par la lame électrique, et la rondelle de drap humide, par la couche de substance gélatineuse. Dans cet appareil qui se rattache étroitement au système nerveux, la charpente de l’alvéole, charpente formée de tissu conjonctif, paraît avoir pour seule fonction de fournir un soutien aux nerfs et aux vaisseaux. La face
- antérieure des lames est électro-positive, le courant suivant une direction d’arrière en avant. Ces organes dégagent de l’électricité à la moindre excitation.
- L’appareil électrique ne forme pas ici une seule masse ; chez le gymnote il se divise en deux portions, une pour chaque côté du corps, dont elles composent ensemble près des deux tiers de la masse, cl représentent environ un septième du poids.
- Pour que cet appareil puisse produire des décharges, il faut que les pôles opposés communiquent entre eux. Aussi le gymnote qui semble ne pas ignorer ce principe de physique, a-t-il soin, quand il veut foudroyer le poisson dont il compte faire sa proie, de l’enserrer dans le contour de son corps
- Fig. 3. — Le gymnote électrique d’après l'individu actuellement vivant au Muséum d'histoire naturelle de Paris.
- recourbé en arc. En s’arquant ainsi, l’anguille peut envoyer un courant dans la corde qui joint les deux extrémités de l’arc représenté par son corps. Faraday, qui relate ces manœuvres dont il fut témoin, vit un gymnote foudroyer un poisson de cette manière, après avoir décrit des cercles rapides autour de lui.
- Les expériences de Faraday sur le gymnote sont restées classiques, et sans insister outre mesure sur ces questions de physique pure, nous croyons cependant utile d’en signaler les résultats les plus importants. Dans une de ces expériences, entreprise de concert avec Du Bois-Reymond, sur un gymnote conservé vivant à Londres, il fit passer de puissants courants de pile, à travers l’eau de l’aquarium où se trouvait le poisson, et malgré la force de ces cou-
- rants il fut impossible de produire des décharges bien sensibles à la main. « Au contraire, la secousse volontaire donnée par le gymnote dans le même aquarium était extrêmement violente. » Fn excitant le gymnote avec une baguette de verre ou tout autre corps mauvais conducteur, le célèbre physicien obtint d’abord quelques décharges, mais elles cessèrent bientôt de se produire comme si le poisson avait conscience de l’inutilité de ses efforts. « Assurément, dit M. Ch. Richet, il faut admettre que le poisson, au moment où il donne sa décharge, a conscience de la nature de l’effort qu’il a effectué. »
- Notre figure 2, reproduite d’après le Scientific American, montre l’effet produit par le gymnote de l’aquarium de M. Eugène Black fort, sur un gardien
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- qui voulait le prendre maladroitement. Ce gymnote, existant actuellement à New-York, fait le grand amusement des visiteurs.
- Le gymnote ne semble bien donner la décharge électrique que sciemment et volontairement. I nc observation, faite récemment au Muséum de Paris par M. le professeur P. Vaillant, semble tout à fait concluante à ce sujet. Le gymnote vivant à la ménagerie (fig. 5) connaît si bien son gardien que celui-ci peut le toucher, le tourner et le retourner sans s’exposer aux violentes commotions que recevrait immédiatement une main étrangère. L’animal est donc maître absolu de la force emmagasinée en lui, de son énergie potentielle ; la force de détente ne se donne jour qu’à son expresse volonté, et la mémoire est suffisante dans ce petit cerveau de poisson pour permettre au gymnote de reconnaître la main amie de toute autre, indifférente ou ennemie.
- Pour ressentir celte commotion électrique, il n’est pas nécessaire de toucher le poisson, mais il suffit simplement de mettre la main dans l’eau de l’aquarium qui le contient, la secousse ne reste pas confinée à la portion plongée dans l’eau.
- Au reste, les gymnotes paraissent être de mauvais voisins, aüx mœurs insociables et incommodes. Introduits dans un bassin, leur premier soin est de fournir quelques vigoureuses décharges, et bientôt l’on voit tous leurs compagnons de captivité flotter à la surface de l’eau, foudroyés par les terribles commotions. Ce mauvais naturel, cette rage de destruction, semblant être l’essence de tout être vivant qui se trouve posséder les moyens d’y donner un libre cours, est souvent cause de leur perle. Les Indiens de l’Amérique du Sud, lorsqu’ils veulent s’emparer de ces poissons, spéculent sur leur caractère irritable. Sachant ,en effet que, si la colère des gymnotes ne s’assouvit jamais, leurs accumulateurs électriques ne sont pas par contre inépuisables, les indigènes feraient entrer, au dire des Humboldt, des chevaux et des mulets dans les marais peuplés par ces anguilles. Les gymnotes donnent décharge sur décharge et les malheureux solipèdes accablés par les commotions sont retirés de l’eau morts ou mourants. N’ayant plus à craindre les secousses des poissons également épuisés, les hommes se mettent alors à l’eau et font main basse sur les gymnotes désarmés. Ces récits de l’illustre Allemand ne seraient, paraît-il, pas aussi exacts qu’on avait bien voulu jusqu’ici le croire, un naturaliste de même nation est venu les taxer d’exagération; il en est ainsi de toutes choses. M. Sachs nous apprend que lors de la mission qu lui fut confiée dans le Yénézuela, il fut à même d’observer la manière dont on y pêche les gymnotes : « On cerne par deux filets l’endroit où l’on suppose que se trouvent les gymnotes réunis ; et on trouve facilement cet endroit, d’une part, parce que les gymnotes ont coutume de se réunir dans un espace assez resserré, d’autre part, parce qu’en se promenant le long d’un fleuve on les voit dresser la tête et respirer à la surface de l’eau afin de regarder d’où
- vient le bruit, si l’on jette de place en place une petite pierre dans la rivière. D’abord ils donnent de très fortes décharges qui font périr aussitôt les poissons ou les batraciens qui se trouvent dans leur voisinage. Quand ils sont épuisés, on peut les saisir avec la main, mais en ayant soin de revêtir des gants de caoutchouc épais qui empêchent la propagation de l’étincelle électrique. La décharge que donne un de ces animaux en pleine vigueur est d’une force extrême. M. Sachs ayant laissé tomber un gymnote sur son pied, fut jeté par terre et éprouva une telle douleur qu’il ne put s’empêcher de pousser des cris. »
- Pour terminer cette esquisse, rappelons que M. Ma-rey a fait remarquer avec raison que les poissons électriques dégagent une électricité semblant réunir les propriétés des électricités statique et dynamique : « La décharge électrique du gymnote ou de la torpille, dit M. Ch. Richet, se rapproche de l’électricité statique par son énorme tension, sa facilité à traverser les corps mauvais conducteurs, l’indifférence aux grandes résistances. Elle se rapproche de l’électricité dynamique par ses effets électrolytiques et son action sur le galvanomètre. Enfin la sensation qu’elle produit, quand elle excite notre sensibilité, est tout à fait analogue à la sensation que produisent les courants d’induction, de sorte qu’il serait difficile de dire précisément quelle est la nature de l’électricité qui est produite. »
- Maurice Maindron.
- LES DIAMANTS DE LA COURONNE
- En 1550, François 1er, après avoir été vaincu à Pavie en 1525, avait dans sa défaite conservé toute sa dignité ; et sa réputation comme sa gloire était restée intacte; peut-être son prestige était-il encore plus grand que celui de son vainqueur Charles-Quint. Aussi l’Empereur, annihilant le traité de Madrid, signait le traité de Cambrai par lequel il accordait à François Ier, comme gage d’amitié, la main de sa sœur Eléonore d’Autriche, reine douairière de Portugal. Pendant que la future reine de France se rendait à Bayonne, François Ier partait de Paris pour aller au-devant d’elle; en arrivant à Bordeaux, le 15 juin 1550, voulant sans doute éblouir son ancien rival par l’éclat des richesses de la maison de France, le roi créait le Trésor des'joyaux de la couronne, et par lettres patentes, il faisait don à l’Etat d’une partie de ses diamants les plus estimés, avec cette clause qu’à chacune mutation « d’iceulx joyaux, leur appréciation, poix, poincture, plomb, soient vériffiez en présence de ses successeurs afin qu’ils baillent leurs lettres patentes obligatoires de les garder à la couronne ». Ce Trésor se composait à, ce moment-là d’un grand collier et de six joyaux qui représentaient une valeur de 272242 écus soleil correspondant aujourd’hui à environ 5 675267 francs.
- La plupart de ces pierres provenaient d’Anne de Bretagne qui les tenait de Marguerite de Foix:
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- c’était d’abord un diamant magnifique connu pendant tout le seizième siècle sous le nom de La Belle pointe ; et un rubis plus célèbre encore pesant 206 carats et qui portait le nom de Côte de Bretagne. L’histoire de cette dernière pierre est très mouvementée. Au moment de son entrée dans le Trésor, elle était montée sur un pendant de cou ayant la forme d'un A romain. Catherine de Médicis la fit. remonter avec onze perles ; elle était estimée 50000 écus (environ 650000 francs aujourd’hui). A partir de cette date, le sort de la Côte de Bretagne est lié à celui des deux autres gros rubis que l’on appela, l’un VA romain à cause de sa forme et l'autre YŒuf de Naples.
- Pendant les guerres de religion, en 1569, ils furent remis en gage au duc de Florence contre un prêt de 100000 écus/et ils ne rentrèrent dans le Trésor de la couronne qu’en 1571. Henri III les engagea en 1583 entre les mains d’un sieur Legrand pour une somme de 347 000 livres tournois qu’il lui avait empruntée. Legrand mourut sans avoir été remboursé, mais en 1670, sous Louis XIV, un arrêt du conseil, rendu sous l’inspiration de Colbert, indemnise les héritiers de Legrand et ordonne que les trois rubis soient réintégrés dans le Mobilier de la couronne.
- Sous le règne de Louis XV, le conseil du roi décida de remettre la Côte de Bretagne au sieur Jac-quemin, maître orfèvre, pour être montée dans l’ordre de la Toison d’or. Le 5 novembre 1749, elle fut confiée à Gay, le fameux graveur en camées de Mme de Pompadour, qui lui donna la forme d’un dragon soutenant la toison dans sa gueule. La Côte de Bretagne fut portée sous cette forme par Louis XV et par Louis XVI. Sa valeur était estimée à 60 000 livres. Elle fut volée au Garde-Meuble en 1792.
- Il nous faut revenir un peu en arrière et raconter les diverses péripéties par lesquelles ont passé les autres principales pierres du Trésor de la couronne. En 1564, Catherine de Médicis offrit aux Anglais un diamant acheté par François Ier 65000 écus, en échange de Calais qu’on avait promis de rendre au traité de Cateau-Cambrésis. Les négociations traînent en longueur. Les ambassadeurs anglais envoyés à la cour de France pour obtenir l’exécution du traité, finirent par se disputer entre eux et se jetèrent l’un sur l’autre la dague à la main. Catherine de Médicis les fit séparer et elle négocia ensuite si habilement, qu’elle conserva le diamant et la ville moyennant le payement d’une faible somme d’argent.
- Quelques années après, en 1569, les besoins de la guerre obligèrent la reine mère à contracter des emprunts en Italie en donnant en gage les joyaux de la couronne. La République de Venise consentit à prêter 200000 écus et reçut en gage une grande croix de neuf diamants estimée 90 000 écus, la grande table de diamant de 65 000 écus et une autre table de 45 000 écus. Sous Henri III, les finances de l’Etat sont dans un désordre extraordinaire, les diamants de la couronne sont engagés un peu partout où l’on
- peut se procurer de l’argent. En 1576, ils furent remis en garantie, à Jean Casimir, comte palatin venu en France avec 25 000 reitres allemands à la faveur des guerres civiles; il ne consentit à quitter le territoire français qu’en emportant à Heidelberg, sa capitale, les joyaux de la couronne de France qu’il avait placés sur un char vitrine et exposés aux quolibets de la vile populace tudesque. Le 1er octobre 1588 il ne devait plus rester aucune pièce dans le Trésor, car à cette date, Henri III décharge entièrement sa femme de la garde de ces bijoux qu’il a employés, dit-il, « pour garantir des emprunts faits par son commandement ».
- Henri IV s’efforça de reconstituer le crédit de la France et de faire rentrer les joyaux de la couronne dispersés un peu de tous les côtés. Le sieur Devetz était parvenu, pendant ces époques troublées, à sauver un grand nombre de pierres du Trésor royal, qu’il apporta à Mantes et qu’il remit entre les mains de Sully en son chateau de Rosny. C’est sous ce règne qu’apparaît un personnage dont le nom est demeuré lié à l’histoire des diamants de la couronne. Nicolas Harlay de Sancy fut tantôt colonel général des suisses, tantôt diplomate, et tantôt financier, il rendit à Henri IV un signalé service en conduisant à Saint-Cloud après la mort de Henri III, les 12000 hommes qu’il avait amenés de Suisse.
- Sancy possédait plusieurs diamants sur lesquels il empruntait des sommes considérables qu’il mettait à la disposition du Roi. Au nombre de ces pierres, se trouvait le fameux diamant auquel on a donné son nom. 11 le vendit en 1604 à Jacques Ier, roi d’Angleterre; à la révolution anglaise, Henriette de France l’emporta avec elle. Pressée d’argent, elle le donna en gage le 6 septembre 1655 en même temps qu’une autre pierre rare, le Miroir de Portugal, au duc d’Epernon qui lui prêta 360 000 livres.
- La reine d’Angleterre n’ayant pu les racheter, ces deux pierres furent vendues le 30 mai 1657 au cardinal Mazarin, qui les laissa à sa mort à Louis XIV avec seize autres diamants de premier ordre désignés dans l’inventaire de la Couronne sous le nom des 18 Mazarins. Le Sancy est le premier Mazarin, le second est un diamant en table, et le troisième est le Miroir de Portugal.
- Le Sancy et le Miroir ont été volés en 1792. Nous retrouvons le Sancy en Espagne entre les mains de Charles IV ; il fut vendu pour les besoins de la guerre, et en 1829 il entra dans la famille Demidôff.
- Louis XIV avait fait monter les Mazarins dans une grande chaîne et sur des boutons qu’il portait souvent. Ces parures restèrent dans cet état jusqu’à l’avènement de Louis XV. En 1651, on leur adjoignit deux pierres extraordinaires dont la trace est perdue, le grand diamant bleu et le diamant de la Maison de Guise.
- Quant au Bégent, c’est en 1717 qu’il entra dans le Trésor. L’achat a été conté par Saint-Simon dans ses Mémoires. On le plaça d’abord au centre du bandeau de la Couronne que faisait Ilondé. Lors du sacre
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- de Louis X\, cette couronne était surmontée d'une Marie-Antoinette aimait à se parer des bijoux de lleur de lis dont la pierre centrale était le Sancy. la Couronne. Elle affectionnait particulièrement une
- Fig. 1. — Epée militaire et décorations.
- Fig. 2. — Diadème grec, Colliers, Régent, etc.
- parure de rubis qui était estimée 145 000 francs.
- Un jour, la reine en fit modifier la monture, et, pour la rendre plus belle, elle y fit ajouter, avec
- l’agrément du Roi, une si grande quantité de diamants précieux, qui leur appartenaient, qu’il devint bientôt impossible de distinguer ce qu’on avait em-
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- Fig. 5. — Grande ceinture de pierres de eouleur, émeraudes, topazes, améthystes, et parure de|[saphirs. — La ceinture comprend en outre des pierres de couleurs, deux mille quatre cent quatorze brillants.
- Fig. G. — Parure en rubis avec diadème montés eu 1824 au sacre de Charles X. Diamantsjde la Couronne. (D’après des photographies.)
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- prunté à la couronne de ce qui était à la reine. Aussi obtint-elle du roi que la parure entière lui fût donnée en propre. Mais Louis XVI crut devoir porter l’affaire devant son conseil, et, le 15 mars 1785, intervint un arrêt qui validait cette donation.
- Pour l’assemblée nationale, elle décréta, le 20 mai et le 1er juin 1791, que les pierres reprendraient lades-tination que leur avait imposée François leretqu’elles feraient désormais partie de la propriété nationale.
- On en fit dresser un inventaire. Toutes les pièces furent ensuite déposées au Garde-Meuble où le public pouvait les visiter à certains jours. L’Assemblée législative ordonna la vente des diamants, mais les septembriseurs estimèrent qu’il était plus simple de s’en emparer que de les laisser à l’Etat.
- Pendant six jours une bande d’individus, composée au moins, pour le dernier jour, de trente à quarante personnes, pénétra chaque soir dans les salles du premier étage du Garde-Meuble, au moyen d’échelles de corde et en s’aidant du réverbère placé au coin de la rue Saint-Florentin. Après avoir brisé les scellés apposés sur les portes et avoir crocheté les serrures des armoires, ils s’emparèrent de la presque totalité du Trésor. La police ne s’aperçut du vol que lorsque l’œuvre fut entièrement accomplie.
- « Dans la nuit du 16 au 17 septembre, des gardes nationaux crurent voir remuer le réverbère adossé à la colonnade. Ils s’approchèrent et aperçurent un individu hissé sur ce réverbère. On lui cria qu’on allait faire feu s’il ne descendait. Il s’empressa d’obtempérer. On le conduisit ensuite au poste, où il fut maintenu en état d’arrestation. Un autre homme, pris de peur, se laissa glisser le long du réverbère et tomba également entre les mains des gardes nationaux. On trouva sur ces voleurs un certain nombre de bijoux, et on s’aperçut ainsi de la soustraction qui avait été commise, en toute sécurité, depuis le 11 septembre. Quatre individus, qui semblaient faire le guet, purent s’enfuir. Le lendemain, le ministre de l’intérieur Roland monta à la tribune de l’Assemblée pour parler de cet événement et dut déclarer que, sur trente millions de richesses, il en restait à peine pour 500 000 francs. »
- Durant l’opération, aucune patrouille régulièrement commandée n’avait été faite : les rondes de police n’avaient rien vu, et cependant les voleurs avaient éclairé les pièces du Garde-Meuble, ils avaient dû y manger et y séjourner plusieurs nuits de suite, car, lorsqu’on y pénétra après eux, on trouva des restes de victuailles, des bouteilles vides et des bouts de chandelle.
- L’opinion publique n’hésita pas à accuser de ce crime Danton et le parti avancé, qui, à leur tour, l’imputèrent aux contre-révolutionnaires. Lorsque Yergniaud dut porter sa tête sur la guillotine, il s’écria à la tribune : « Je ne crois pas devoir subir l’humiliation de me disculper d’une accusation de vol. »
- On découvrit quelques voleurs. Ils dénoncèrent leurs complices. Et le tribunal révolutionnaire en lit exécuter quelques-uns sur la place de la Con-
- corde. On retrouva immédiatement un certain nombre de diamants; mais les plus importants, le Régent et le Sancy, furent difficiles a découvrir. C’était .un nommé Cottet qui avait volé le Sancy, il l’avait donné à un de ses camarades, qui avait pris la fuite; quant au Régent, il ne fut retrouvé qu’un an après, dans un cabaret du faubourg Saint-Germain. Napoléon I'r le portait, le jour du sacre, au pommeau de son épée.
- L’Empereur augmenta considérablement le Trésor en achetant six millions de diamants au moyen de fonds spéciaux créés par décret du 16 février 1811. En 1814, tous les joyaux de la couronne furent emportés à Blois par Marie-Louise. Mais François II les lui fit réclamer et il les renvoya à Louis XVIII, qui, dans la nuit du 20 mars 1815, les emporta à Gand, où il les garda.
- À l’avènement de Charles X, toutes les pierres furent remontées pour le sacre, et elles subsistèrent en cet état jusqu’en 1854. Durant le règne de Louis-Philippe, la Reine Marie-Amélie ne s’en servit peint.
- Le 26 février 1848, à l’instigation du général Courtais, commandant de la garde nationale, les diamants de la couronne, qui étaient conservés en écrins dans les caisses de la liste civile du Louvre, furent, contre l’avis de l’inspecteur général et du joaillier de la couronne, mis dans des musettes, placés sur une civière et transportés à l’État-major de la garde nationale par des garçons de bureau et des gardes nationaux en armes. De là, ils furent livrés au Trésor public. Dans l’un de ces transports, deux parures, dont le prix total s’élevait à 292000 francs, furent volées. L’opinion publique accusa Courtais, sinon d’avoir été l’auteur du vol, du moins de l’avoir favorisé par la légèreté avec laquelle il avait ordonné le transport de ces bijoux au milieu des insurgés armés.
- De 1854 à 1870, les diamants de la couronne furent remontés à différentes reprises, et, dans le courant d’août 1870, ils furent enfermés dans une caisse cachetée et remis entre les mains de M. Rouland, gouverneur de la Banque de France, qui se chargea de leur garde. Revenus à Paris, les diamants furent collationnés, en 1875, par une commission extra-parlementaire.
- Quant à la collection, en partie misé en vente aujourd’hui, sauf le rubis la Côte de Bretagne, nous la reproduisons entièrement dans les six gravures des pages 528 et 529. La figurq 1 donne l’épée militaire montée en 1824, avec les ordres étrangers que l’on a démontés.
- La figure 2 représente le diadème grec, chef-d’œuvre de joaillerie; au milieu se trouve le Régent et au-dessous les sept pierres que le Catalogue présente comme des Mazarins, quoiqu’un seul d’entre eux le soit en réalité. Tout autour, est la grande parure de diamant, rivière, chaîne, nœuds, boucle et bandeau de brillants variés et de diverses grosseurs.
- La figure 5 fait voir une parure de perles, ayant au centre la fameuse perle achetée en 1811 moyennant 40 000 francs.
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- Dans la figure 4, autre parure de diamants, collier ! et guirlandes ornées de groseilliers, surmontée du diadème russe, non moins beau que le diadème grec.
- La ligure 5 représente la grande ceinture de pierres de couleurs, émeraudes, topazes, améthystes, et la parure de saphirs.
- Enfin, dans la figure 6 est la parure rubis, Pt les diadèmes de cette parure qui, comme ceux en saphirs et ceux de la parure perle, ont été montés en 1824 au sacre de Charles X. Germatx Rapst.
- LES MICROBES AUXILIAIRES DE L’HOMME
- On considère aujourd’hui les microbes comme les plus redoutables ennemis de l’espèce humaine. Ils sont, en effet, les agents insaisissables de la transmission des maladies infectieuses. Leur puissance de reproduction et de propagation peut cependant, dans certains cas, être mise à profit et tournée pour le bien de l’humanité. La chose a été proposée et tentée par des naturalistes. Le docteur Hagen, professeur au collège Harvard (Massachusetts), est entré l’un des premiers dans cette voie. Dès cette époque, notre savant confrère M. Giard proposait, pour remédier aux dévastations des insectes, de les arroser avec de l’eau tenant en suspension des spores d’entomophthorées.
- Le professeur Forbes (Illinois) a entrepris des essais du même genre. Il s’appuie sur les travaux faits par M. Pasteur en 1860 et 1867, à propos de la maladie des vers à soie. On sait que M. Pasteur a établi, par une longue suite d’expériences judicieusement combinées, que cette maladie nommée pébrine, caractérisée extérieurement par des taches sur la peau du ver, est uniquement due à des corpuscules microscopiques, qui suffisent à transmettre la contagion. Il faut lire le récit de ces recherches conduites pied à pied, depuis l’œuf contaminé jusqu’à la larve à travers ses différentes mues, jusqu’à la chrysalide et au papillon corpusculeux. Il faut voir comment M. Pasteur arriva à distinguer nettement de la pébrine une autre maladie : la flacherie. Tout aussi redoutable, d’une contagiosité plus persistante encore, cette maladie est due, comme la première, à des organismes microscopiques, vibrions ou bâtonnets, qui se développent par la fermentation de la feuille du mûrier.
- Le professeur Forbes a étudié une maladie analogue, attaquant différentes espèces d’insectes, se propageant comme une véritable épidémie, et susceptible d’être inoculée et transmise; elle est due, en effet, à une forme propre de bactérie ou de micrococcus. Il propose d’employer le microbe spécifique de cette maladie pour détruire les insectes nuisibles1.
- ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- Le siphonnage des piles. — La manipulation des liquides épuisés dans les piles en général, et les piles au bichromate de soude ou de potasse en particulier, présente de nombreux inconvénients qui rebutent bien des amateurs. Le vidage direct oblige à démonter la pile chaque fois que le liquide est
- 1 D’après une notice de M. R. Yion, dans le Bulletin de la Société des sciences naturelles d’Amiens.
- épuisé, et ce n’est pas là une mince sujétion : la nature des liquides interdit presque l’emploi des robinets qui, après peu de temps, sont mis hors de service par l’action corrosive des acides et les cristallisations qui bouchent les trous ou grippent les boisseaux. D’ailleurs, dans les piles à deux liquides, les robinets ne seraient applicables qu’aux vases extérieurs, et c’est surtout l’eau acidulée placée dans le vase poreux qui demande le renouvellement le plus fréquent.
- En présence de ces difficultés, le siphonnage est tout naturellement indiqué, et nous allons passer en revue les différents moyens de siphonner les piles, et en particulier les piles employées pour l’éclairage électrique domestique direct ou indirect. Deux cas se présentent, suivant qu’il s’agit de réaliser un écoulement ou un vidage.
- Ecoulement. — Lorsqu’on a une série d’éléments montés en tension, et qu’il s’agit de faire passer le liquide de l’un à l’autre, le moyen le plus simple consiste à adopter la disposition employée pour la première fois, croyons-nous, par M. Cloris-Baudet.
- Le siphon de M. Cloris-Baudet (fig. 1, n° 1) est caractérisé par son amorçage automatique : il se compose de deux tubes en ébonite verticaux Y,Y raccordés à une boîte plate demi-cylindrique et terminée par une poire en caoutchouc S.
- Les deux branches sont inégales pour que la solution puisée au fond d’un vase arrive à la partie supérieure du vase suivant. Pour amorcer les siphons, il suffit d’appuyer sur la poire et de l’abandonner : le liquide est aspiré et le siphon se trouve amorcé : la boîte demi-cylindrique interposée entre les tubes et la poire en caoutchouc a pour but d’empêcher le liquide d’atteindre cette poire et de la mettre rapidement hors de service. Cette disposition permet de transformer simplement et rapidement toute batterie à un ou deux liquides en pile à écoulement | par la simple adjonction de ces siphons.
- Pour notre usage personnel, nous avons simplifié les siphons,de M. Cloris-Baudet en les remplaçant par de simples tubes en verre (fig. 1, n° 2). L’amorçage de ces tubes se fait en les remplissant d’eau et en les plongeant dans les deux vases à réunir, en ayant soin de tenir l’une des extrémités bouchée avec le doigt. C’est là une manipulation à faire, une fois pour toutes, dans la solution de bichromate de soude ou de potasse, car les siphons ne s’y désamorcent jamais. Pour les siphons reliant les vases d’eau acidulée, nous évitons le désamorcement en retournant ! les extrémités des tubes comme le représente la figure (n° 2) : l’hydrogène produit dans Peau | acidulée ne peut plus s’engager dans le siphon et le désamorcer. L’avantage du verre, en dehors du bon marché et de la facilité de construction, est de per-; mettre de surveiller à chaque instant l’état d’amor-cement ou de désamorcement des siphons.
- Vidage. — Pour les piles sans écoulement, telles que celles employées parM. Radiguet pour ses éclairages discontinus, le siphon ordinaire et celui de
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- M. Cloris-Baudet ne conviennent plus au vidage des éléments. I/amorçage par aspiration des siphons ordinaires présente un certain danger, et celui de M. Cloris-Baudet oblige à obturer l’extrémité extérieure du tube avec le doigt qui se trouve ainsi imbibé d’acide. Ces difficultés ont été heureusement vaincues par M. Radiguet a l’aide de la disposition représentée figure 5, n° 5.
- C’est un siphon s'amorçant en soufflant, et dont l’application n’est pas restreinte au cas spécial qui nous occupe.
- Un tube A, terminé en haut par un téton B et à sa base par une partie fermée portant un petit trou C, est traversé par un tube en U de plus petit diamètre dont la branche D est intérieure au tube A, et la branche extérieure est en dehors, au-dessus du récipient destiné au liquide à rejeter.
- Si, après avoir introduit la branche A dans le vase à vider, on souffle en B, soit avec la bouche, soit avec une poire en caoutchouc à double soupape analogue à celle des vaporisateurs, on refoule le liquide qui s’échappe en partie par le trou C et remonte en partie dans le tube D.
- Si les diamètres de l’orifice C et du tube B sont convenablement calculés, le liquide remontera assez haut dans la branche D pour remplir le siphon qui se trouvera dès lors amorcé et videra le vase jusqu’au fond. On peut ainsi vider tous les éléments sans toucher aux vases et sans aucune crainje de se salir les doigts, ce qui n’est pas à dédaigner lorsqu’on manipule des solutions, — même épuisées — de bichromate de potasse et d’eau acidulée sulfurique.
- Le siphon à amorçage automatique de M. Radiguet est donc un auxiliaire précieux, pour les électriciens amateurs en particulier, et même, en général, pour tous ceux qui manipulent au laboratoire.
- Eclairages momentanés. — Bien que, par nature, les piles Leclancbé soient très inconstantes dès qu’on leur demande un débit un peu intense, on peut cependant les utiliser pour des éclairages momentanés, d’une durée de moins d’une minute, séparés par de longs intervalles de repos. Le petit
- appareil représenté ci-dessous (fig. 2) a été spécialement combiné pour des applications qui ne demandent que des éclairages de courte durée; il peut alors fonctionner pendant très longtemps sans plus d’entretien que les piles des sonneries ordinaires. Il se compose de trois éléments Leclancbé à grande surface — modèle à sacs de M. AVarnon — couplés en tension, et disposés dans une boîte en
- acajou sur le devant de laquelle est montée une petite lampe à incandescence munie à l’arrière d’un réflecteur. Un petit support en forme de pupitre permet de suspendre une montre au-dessous delà lampe. Pour lire l’heure la nuit, il suffit d’appuyer sur une poire qui ferme la pile sur la lampe à incandescence : la lumière ainsi produite, — une demi-bougie environ — est plus que suffisante pour lire l’heure facilement, même à un mètre de distance. Lorsqu’on veut laisser la lampe allumée sans s’astreindre à tenir constamment le doigt sur le bouton de la poire, il suffit de manœuvrer un petit commutateur placé sur la droite de la boîte a piles, comme le montre notre gravure. Ce système constitue un petit appareil domestique très élégant et très commode, à la condition de ne pas lui demander un service autre que celui auquel il est destiné, c’est-à-dire celui exigé par des allumages momentanés, de courte durée et largement espacés.
- Pour le cTiromate. Pour [eau- actdulee . Siphons en verre
- Fi". 1. — Siphonna"? «les piles. — 1. Siphon de M. Cloris-Baudet. — 2. Sa modification. — 3. Siphon de M. Badiguet.
- Fig. 2. — Éclairage momentané par les piles Leclanché — Porte-montre avec lampe à incandescence pour la nuit. (La Boîte est enlevée pour montrer la disposition des trois cléments).
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- LE PONT EN ENCORBELLEMENT
- POUGIIKKKPSIE SUR l’hCDSOX (ÉTATS-UMs)
- Les ponts métalliques à travées de grande portée sont généralement mis en place par voie de lançage ou de halage ; ces opérations toujours délicates exigent la construction de plates-formes sur les rives, et même, dans le cas où la travée de rivière est unique, l'emploi d’un échafaudage intermédiaire soit fixe, soit flottant. Pour éviter ces sujétions qui présentent de grosses difficultés sur les ileuves à régime très variable, ou lorsque la hauteur du tablier au-dessus
- du plan d’eau devient considérable, on a imaginé plusieurs solutions dont la plus élégante est celle appliquée par M. Eiffel au pont Maria-Pia sur le Douro : elle consiste, comme l’on sait, à faire supporter le tablier par des pylônes métalliques reposant sur les reins d’un arc également métallique sans tympan, et a été appliquée de nouveau au célèbre viaduc de Garabit. Un autre système, celui des poutres en encorbellement, qui permet, comme le précédent, le montage en porte à faux des éléments des poutres, a pris naissance aux Etats-Unis, et est actuellement employé au gigantesque pont sur le golfe de Forth. La construction d’un ouvrage de ce
- genre vient d’être décidée pour franchir l’Hudson River à mi-distance entre Albany et New-York et mettre en communication directe la côte maritime et les bassins liouillers de Pensylvanie.
- L’ouvrage est prévu pour deux voies ferrées, et présente une longueur totale de 1542m,20, y compris un viaduc d’approche qui règne sur une longueur de 654m,40. La dépense totale est évaluée à 12 500000 francs.
- Le projet comporte l’établissement de quatre piles de rivière en maçonnerie, fondées sur des caissons en bois qu’on fait descendre par des dragages à environ 57ni,50 au-dessous du niveau des hautes eaux. La surface de ces caissons est de 50mxl8 : ils présentent 12 puits qui servent à l’extraction du déblai, et
- qui seront comblés avec du béton quand les caissons seront parvenus à la profondeur voulue.
- La maçonnerie reposera sur des grillages en bois dont on remplira les intervalles avec du béton, comme pour les caissons. Elle s’élèvera a 9 mètres au-dessus du niveau des grandes crues et portera des piles métalliques à 8 arbalétriers chacun, et de 50 mètres de hauteur. L’ensemhle de la pile aura ainsi une hauteur de 72m,50 au-dessus du sol de fondation, et de 59 mètres au-dessus du niveau des hautes eaux.
- Les poutres en encorbellement sont au nombre de trois, de 166m,50 de longueur chacune et réunies par deux poutres intermédiaires de 159m,60, en sorte que la portée maximum atteindra 525m,60 qu’il eut
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- LA NATURE.
- été impossible d’obtenir par voie de lançage. La plus | grande travée mise en place par ce procédé est en j effet jusqu’ici celle du viaduc de la Tardes dont la i longueur est de 105 mètres. Ces dimensions ainsi ! que celles des piles permettent de juger de l’impor- ! tance de cet ouvrage.
- Les fers ont été calculés pour une surcharge de 4500 kilogrammes par mètre courant sur chaque voie, ce qui correspond à deux trains de marchandises passant ensemble sur le pont, et remorqués par des locomotives pesant chacune 85 tonnes. G. R.
- NÉCROLOGIE
- Thollon. — Voici dans quels termes 31. Janssen, vice-président de l’Académie des sciences, a apprécié les travaux de Thollon que la mort a récemment frappé dans la force de l’àge :
- « La mort de M. Thollon enlève à la science un observateur aussi consciencieux que distingué, et dont les travaux, de plus en plus estimés, étaient toujours accueillis avec un vif intérêt. Les sciences spectrologiques, eu particulier, font en lui une grande perte. On sait que M. Thollon s’était d’abord fait connaître par la construction du spectroscope le plus puissant et, sans doute aussi, le plus parfait qui ait été obtenu jusqu’à lui. On sait également avec quel talent il sut s’en servir. Il s’était voué à ces études. De temps en temps il nous faisait connaître des portions très consciencieusement étudiées du spectre solaire si énormément dilaté et si riche en détails que son instrument lui donnait. C’est au cours de ces études que 31. Thollon fit une observation du plus haut intérêt, que l’histoire de la science doit retenir. Il constata que, dans le spectre en question, il était de la plus grande facilité de distinguer les raies d’origine solaire de celles dues à l'atmosphère terrestre en portant successivement la fente du spectroscope au bord et au centre de l’image solaire tombant sur cette fente. Dans ces conditions, les raies d’origine solaire subissent des déplacements que la fixité des raies telluriques voisines rend très sensibles et absolument certains. Au moment où elle fut faite, cette belle observation constituait, et constitue encore aujourd’hui, la preuve la plus décisive en faveur de la réalité du principe posé par notre illustre confrère 31. Fizeau sur les modifications que le mouvement de la source lumineuse apporte à la réfrangibilité des rayons, et par suite à la position des raies spectrales. Par là, 31. Thollon montrait que la considération des raies telluriques fournit la meilleure méthode pour démontrer l’exactitude de ce beau principe, resté toujours un peu indécis tant qu’on a voulu constater le déplacement des raies par des procédés tirés des instruments et qu’on ne s’est pas placé dans des conditions d’observation où les deux espèces de rayons se produisent en même temps et se servent mutuellement de repères. Dernièrement, notre éminent confrère, 31. Cornu, appréciant toute l’importance de l’observation de M. Thollon, imagina un dispositif très élégant qui rend le phénomène plus sensible et plus saisissant encore. Depuis plusieurs années déjà, 31. Thollon travaillait à Nice. 31. Bis-choffsheim lui avait donné l’hospitalité scientifique dans le bel observatoire qu’il y a élevé en faveur de l’astronomie. Depuis longtemps, 31. Thollon s’occupait de la construction d’une grande carte solaire, où la distinction des raies telluriques et solaires aurait été indiquée. Cette
- carte, à laquelle il donnait tous ses soins, toutes ses forces, et dont il m’avait entretenu à diverses reprises, il voulait en faire un monument élevé à la science. 3Iais il avait senti dans ces derniers temps qu’il lui serait difficile de réaliser entièrement ce projet. Ce savant meurt donc au milieu de ses plus importants et de ses plus chers travaux. C’est une perte très sensible pour la physique céleste, et qui sera encore plus vivement sentie par tous ceux qui avaient pu apprécier la droiture de son caractère, l’élévation de ses sentiments et son amour si grand et si désintéressé pour la science. ))
- Nous ajouterons nos regrets personnels à ceux de 31. Janssen. Thollon avait donné à plusieurs reprises, à La Nature, des notices sur les résultats de ses belles recherches, et nous avions le projet de signaler prochainement à nos lecteurs sa grande carte solaire dont il vient d’être question.
- CHRONIQUE
- Mouvements des monuments sous l’aetion de la chaleur. — Tous ceux que leurs affaires appellent à traverser souvent le pont de Brooklyn, à New-York, ont remarqué au milieu du pont les dispositions prises pour permettre aux pièces métalliques de varier de longueur avec la température, et les marques extrêmes qui limitent la contraction ou l’allongement. Mais peu de personnes se doutent que le pont a aussi un mouvement d’expansion ou de contraction latéral, qui, en réalité, est très faible, mais qui serait beaucoup plus marqué si le pont avait la direction nord-sud. Qe mouvement a été remarqué depuis longtemps dans plusieurs monuments construits, soit en matériaux purement métalliques, soit même en pierre. C’est ainsi que le monument de Washington s’incline vers l’est le matin et vers l’ouest dans l’après-midi. Un fil à plomb suspendu au dôme du Capitole, à Washington, se mouvait ainsi, dans l’espace d’un jour, à 11,5 centimètres de part et d’autre d’une position moyenne; le dôme tout entier participait à ce déplacement périodique. Il y a quelques années, lit-on dans Ciel et terre, on fit une expérience du même genre au dôme de Saint-Pierre à Rome, et l’on crut devoir attribuer les déplacements constatés à un mouvement encore inconnu qu’aurait possédé le globe. Mais on reconnut plus tard que ce n’était là qu’un simple effet de la chaleur sur le métal du dôme.
- Nouveau procédé de fabrication des haches, marteaux, etc. — Un ingénieur suédois, 31. Gustafson Odelstjerna, a imaginé un procédé de fabrication qui permet d’obtenir à très bon marché certains outils, tels que haches, marteaux, etc., de qualité supérieure. Ces outils sont directement fondus en acier 31artin avec addition de chrome. Le bain d’acier étant obtenu au four 31artin comme à l’ordinaire, on ajoute une certaine quantité de fonte chromée, en tenant compte à la fois de la dureté à obtenir, de la teneur en chrome de la fonte chromée et de la teneur en carbone de l’acier. La quantité de chrome à ajouter varie de 0,1 à 4 pour 100. En effet, on n’obtiendrait aucun résultat satisfaisant en ajoutant moins de 0,1 pour 100 de chrome à un acier contenant 1 pour 100 de carbone ; d’autre part une addition de plus de 4 pour 100 de chrome rendrait le procédé trop coûteux. Une fois la fonte chromée ajoutée au bain, on brasse la matière et on la coule dans des coquilles métalliques ou de terre réfractaire. Ainsi pour une hache, par exemple,
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- la coquille est verticale et eu deux moitiés dont l’uue est fixe, tandis que l’autre, fixée à l’extrémité d’un levier articulé, se déplace à volonté. Le fer de hache est ainsi coulé de champ, le tranchant occupant la partie supérieure du moule.
- ./Académie de médecine et le magnétisme animal. — Dans son nouvel ouvrage sur les Endor-meurs, M. \Y. de Fonvielle résume d’une façon intéressante les débats qui, à diverses époques, ont eu lieu devant l’Académie de médecine, et qui se sont terminés en 1840, après avoir duré une douzaine d’années. Toutes les péripéties de cette lutte mémorable sont exposées d’ailleurs dans l'Histoire académique du magnétisme animal par MM. Double et Burdin. On y trouve également le détail des séances de la commission de l’Académie des sciences et de l’Académie de médecine, qui, en 1782 et 1784, s’étaient prononcées dans le même sens. On y discute aussi le rapport secret sur le magnétisme présenté au Roi par les commissaires de 1782, et publié pour la première fois dans le Conservateur (année de l’an Y11I), journal périodique rédigé par le célèbre François (de Neufchâteau), ancien Ministre de l’intérieur de la première république.
- Chemin de fer du Congo. — La Compagnie du Congo, qui a obtenu de l’Etat indépendant la concession du chemin de fer à construire, organise une expédition pour procéder aux études du tracé et à l’exploration du haut Congo et de ses affluents au point de vue commercial. Cette expédition aura pour chef M. le capitaine d’état-major Thyo, officier d’ordonnance du roi des Belges, attaché à l’Association; elle s’embarquera à Anvers à la fin du mois. Le chemin de fer projeté pour relier au bas Congo le réseau fluvial du haut Congo aura un parcours de 286 à 320 kilomètres, suivant que le tracé suivra les terrains ravinés qui longent la rive sud du fleuve ou qu’il s’en éloignera par une légère courbe pour gagner Léopoldville en traversant les pays plus plats et plus populeux situés au sud.
- Extraction de la houille dans le Nord et le Pas-de-Calais. — En 1886, il y a eu une augmentation considérable dans la production de la houille des départements du Nord et du Pas-de-Calais. Cette augmentation a été de 727 038 tonnes. La production du Pas-de-Calais s’est élevée à 6 463 880 tonnes contre 6 131 358 tonnes en 1885, soit une augmentation de 332 522 tonnes . pour l’année dernière. La production du Nord a été de 3 078 175 tonnes contre 3582 750 tonnes en 1885, soit une augmentation de 305 416 tonnes. La Société d’Anzin seule figure pour 266 007 tonnes dans le chiffre de cette dernière augmentation.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 avril 1887. — Présidence de M. Janssen.
- Le congrès astronomique. — En ouvrant la séance, M. le président souhaite la bienvenue à un grand nombre de savants qui sont venus de tous les points de l’Europe et du monde pour se constituer à Paris en congrès astronomique. On se rappelle qu’à la suite des beaux travaux de MM. Paul et Prosper Henry il a été décidé qu’on entreprendrait la carte photographique du ciel dont l’état, à la fin du dix-neuvième siècle, serait conservé par les générations futures (voy. p. 321). Pour donner plus de poids à
- l’installation de ce gigantesque travail, M. le directeur de l’Observatoire a pensé que l’Académie devait elle-même adresser des invitations aux représentants de la science du ciel dans tous les pays et c’est ainsi qu’elle voit réunie chez elle aujourd’hui, MM. Struve, Gylden, Cruls et une quarantaine d’autres astronomes. Le congrès s’est déjà réuni deux fois et il a poussé ses travaux avec une si grande activité qu’on peut espérer pour la semaine prochaine le texte de ses résolutions. Pour contribuer à l’intérêt que nos hôtes doivent trouver chez nous, M. Janssen les invite à visiter l’Observatoire d’astronomie physique de Meudon. Ils y verront, en effet, une série de beaux instruments, tels qu'une lunette qui peut lutter avec celle de Pulkova, la plus puissante d’Europe, et un télescope dont le miroir, d’un mètre d’ouverture et de 3 mètres seulement de longueur focale, se prêtera merveilleusem en aux opérations photographiques. Les visiteurs verront aussi ces beaux laboratoires installés dans des écuries de 160 mètres de longueur et utilisant les séparations des boxes à l’installation des tubes horizontaux de 60 mètres où déjà l’étude des propriétés spectrales des gaz a été commencée.
- Nouvelle station antéhistorique. — Notre savant confrère, M. Emile Rivière, a découvert, hier dimanche, dans le bois de Chaville une station préhistorique qui fait le pendant de celle qu’il a signalée en 1884 dans le bois de Clamart. C’est au lieu dit le Chemin-Vert, à l’entrée du bois, à droite de la route de Versailles, dans un carré dont les arbres sont assez clairsemés. J’ai vu quelques-uns des échantillons recueillis et j’ai remarqué des grattoirs parfaitement caractérisés ainsi qu’une lame longue de 41 millimètres et large de 19, arrondie et retouchée; le tout fabriqué en silex de la craie. M. Rivière montre aussi un fragment de poterie très grossière, sans ornement, fort analogue à ceux qui caractérisent les gisements de la pierre polie.
- Rubis artificiel. — Tout récemment, M. Fremy a annoncé la reproduction du rubis oriental ou corindon, consistant en alumine cristallisée. J’ai été assez heureux pour obtenir de mon côté la reproduction artificielle du rubis balais ou aîuminate de magnésie. Mes échantillons sont fort petits, mais ils sont très nets; voici comment il faut opérer pour en avoir : le fond d’un creuset de graphite étant doublé d’une couche de magnésie pure, finement pulvérisée et bien tassée, on y introduit un mélange de chlorure d’aluminium et de crvolithe (fluorure double d’aluminium et de sodium) l’un et l’autre aussi i purs que possible et réduits en poudre impalpable, puis on achève de remplir avec un mélange d’alumine et de magnésie en excès ; de très petites quantités de bichromate de potasse sont ajoutées si l’on veut colorer le produit en rose. Après cinq ou six heures de séjour dans un bon feu de coke, le creuset est abandonné à un refroidissement aussi lent que possible. Dans ces conditions, en brisant le culot, on trouve dans une gangue grisâtre, de composition complexe, des vacuoles tapissées de petits cristaux octaédriques extrêmement brillants et qui consistent en rubis balais identique à celui de la nature. Une remarque intéressante, c’est que la cryolithe dont le pouvoir minéralisateur est suffisant pour faire cristalliser le corindon ne paraît pas capable d’amener la production du spinelle : l’adjonction du chlorure d’aluminium m’a paru absolument nécessaire.
- Sur le bicarbonate de soude. — Il semble qu’on sache sur le bicarbonate de soude tout ce qu’on en peut savoir :
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- pour le préparer, il suffit de faire passer de l’acide carbonique sur le carbonate neutre en présence de l’eau. Or, M. de Montdésir vient de découvrir à cet égard un fait bien imprévu et fort curieux. Bien que le carbonate neutre monohydraté contienne toute l’eau nécessaire à la constitution du bicarbonate, on peut faire passer sur lui autant d’acide carbonique qu’on voudra et même sous pression, sans que la combinaison s’opère. Mais vient-on à placer dans le carbonate une parcelle de bicarbonate tout formé, c’est comme si la réaction était amorcée et elle s’opère jusqu’au bout.
- Effet de tremblement de terre. — Le directeur du bureau télégraphique de Cannes a communiqué à M. Soret, qui en informe l’Académie, un effet assez bizarre du tremblement de terre du 23 février. Après la secousse, toutes les fiches correspondant aux abonnés du réseau téléphonique étaient renversées, tandis que toutes les fiches disponibles et non en rapport avec le circuit étaient restées debout. Il paraît résulter qu’une influence électrique est intervenue dans le phénomène.
- Les canaux semi-circulaires.
- — Des expériences qu’il a faites récemment à Naples, M. Steiner conclut que les canaux semi-circulaires n’ont pas les fonctions qui leur sont généralement attribuées. Des squales privés de ces canaux n'ont en effet manifesté aucun trouble de la motricité. De plus l’auteur étendant ses éludes aux crustacés n’est pas d’accord avec M. Delage sur les effets consécutifs de l’ablation des otocystes.
- Varia. — La castration parasitaire chez le Pagurus bernardus occupe M. Giard. — On annonce la candidature de M. Germain Sée à la place vacante dans la section de médecine et de chirurgie ; M. Sée fait une lecture. — D’après M. Louis Henry les quatre valences de combinaison du carbone sont parfaitement égales entre elles. — La fermentation de 100 kilogrammes de sucre de canne a fourni à M. Morin une très grande quantité d’alcool amy— lique et du glycol isobutylénique, souvent confondu avec la glycérine. — Un volume de M. Rayet sur l’histoire de la photographie astronomique est présenté par M. Faye.
- — Pendant qu’une commission de la Chambre des dé-
- putés examine et discute les projets de loi Siegfried et Lockroy, sur l’organisation des services de l’hygiène publique, M. le Dr de Pietra Santa publie sur le même sujet une étude très complète au point de vue historique et pratique. — M. Milne Edwards dépose de la part de M. de Saint-Joseph une étude sur les annélides de la côte de Uinard. Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- CURIEUSE ILLUSION D’OPTIQUE
- Prenez une boîte rectangulaire en bois blanc, à l’une des surlaces de laquelle vous enfoncerez un clou ou une tige métallique de 0m,08 environ de longueur. Vous fixerez à l’extrémité de cette tige, au moyen de cire à parquet ou de résine fondue, une pièce de dix centimes collée a plat. À côté de cette pièce fixée au bout de la tige, vous collerez directement sur la boîte une pièce de cinq centimes dont la surface est, comme on sait, beaucoup plus petite. Si vous regardez ces deux pièces de monnaie à travers un trou circulaire de 0m,001 de diamètre, pratiqué dans un écran en carton, vous serez incapable de distinguer la pièce de cinq centimes de celle de dix centimes. Elles vous paraîtront toutes
- deux de même grandeur.
- Il va sans dire que les deux pièces doivent être collées du côté pile, afin que la face où ne se trouve point l’indication de la valeur de la pièce soit seule visible. La distance à laquelle les pièces de monnaie doivent être placées de l’œil de l’observateur varie suivant la qualité de la vue. Il est bon, pour réussir l’expérience, de placer son œil contre l’orifice de l’écran maintenu fixe, et d eloigner ou de rapprocher avec la main la boîte de bois servant de support aux deux pièces. Il arrive un point, qui varie généralement entre 0m,15 à 0m,25 de distance, où l’œil aperçoit les deux pièces de même grandeur ; en diminuant alors graduellement la distance, la pièce de cinq centimes arrive même à paraître plus grande que celle de dix centimes.
- Cette expérience s’explique en ce que l’œil, placé dans les conditions indiquées, n’apprécie plus les distances qui le séparent des deux objets. C’est par un phénomène analogue que la Lune, considérée dans le chercheur d’une lunette astronomique, paraît plus petite qu’à l’œil nu, tandis qu’en réalité, elle est grossie par l’instrument. G. T.
- Le propriétaire-gérant : G. Tis-amuk!;.
- Manière de faire paraître de surfaces égales une pièce de lü centimes et une de b centimes.
- Imprimerie A. Lnhurc, 9, rue de Flcurus, à Caris.
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- N° 72«. — ni) AVRIL 1 887.
- LA NATURE.
- DÉFI ET COURSE TRANSATLANTIQUE
- ENTRE DEUX YACHTS AMÉRICAINS <! C O KO Ni E T )) ET (( DA U N T I. E S S )i
- Le départ a eu lieu le samedi, 12 mars, a 11 heures du matin, au nord de la rade de New-York; le
- point d’arrivée était le sud de l’Irlande, rade de Cork (Queenstown).
- Le vainqueur, Coronet, est arrivé le premier à Roche-Point (Irlande), en quatorze jours dix-neuf heures, faisant gagner à son armateur 50 000 francs déposés a l’avance a la caisse du cluh et une part inconnue dans les paris dont le chiffre s’élève à la
- Les Jeux yachts américains, Coronet et Dauntless, au milieu de l'Atlantique. (D'après une peinture américaine.)
- somme exorbitante de 1 500 000 francs.
- Le Dauntless est arrivé en seize jours avec un retard de vingt-neuf heures.
- Coronet. Dauntless. Longueur totale 40mm,55 37““,80
- Tonnage ancienne jauge 580 tonneaux. 567 tonneaux. Equipage, chacun vingt-cinq hommes.
- Grément goélette (schooner). Goélette (schooner).
- 15’ année. — t81 semestre.
- La dangereuse et rapide traversée que viennent d’accomplir dans la plus mauvaise saison, a la suite d’un défi que se sont porté deux gentlemen propriétaires de yachts, tous deux membres du New-York yacht club, a été suivie avec un intérêt général, même par le monde étranger aux choses de la mer.
- oo
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- LA NATURE.
- il est bien naturel de s’étonner que des navires d’un tonnage relativement faible et de dimensions restreintes, ras sur l’eau (les parties les plus élevées du plat bord du pont n’émergeant guère plus de 2 mètres) aient aussi heureusement réussi à franchir l’Océan en forçant de toile sans grandes avaries pendant une saison aussi contraire, alors que des navires géants, tels que les Transatlantiques, sont parfois contraints de changer de route.
- On se rappelle avoir vu le Pereire revenir au Havre, son rouflle d’avant défoncé, ne pouvoir continuer a lutter contre une mer d’une hauteur prodigieuse qui pénétrait par son pont entr’ouvert. Ce navire, qui n’avait d’autre chance de salut que la fuite, a dù, au risque de se perdre, virer de bord dans une nier démontée et rebrousser chemin.
- Les capitaines qui commandaient les navires en course sont des marins d’une expérience consommée. L’un d’eux a fait cent soixante-quatre fois la traversée de l’Atlantique comme officier de la ligne des steamers red star line (ligne de l’étoile rouge) ; l’autre capitaine a passé sa vie à naviguer en toute saison des Açores et des Bermudes pour transporter des fruits aux États-Unis. Ils s’accordent à dire que jamais, dans leurs nombreux voyages, ils n’ont rencontré un aussi mauvais temps.
- La traversée, il faut l’avouer, n’a pas été facile; et un des Transatlantiques que les coureurs ont croisé (Hem Holm) s’est vu obligé de répandre de l’huile à la mer afin de se protéger contre la hauteur des lames qui menaçaient de l’engloutir.
- Le 20 mars1, l’ouragan a soulevé des vagues d’une telle hauteur que le Dauntless a dû fuir à sec de toile. Dans un coup de roulis une des caisses à eau a été défoncée ; l’équipage a été mis à la ration qui a été allongée par de la bière et du claret pour réconforter les hommes sans cesse mouillés et exténués de fatigue. Les invités et les armateurs qui étaient à bord savent ce qu’est une traversée agitée.
- A bord de l’un et l’autre concurrent, des focs, des voiles d’étai, de fortune, ont été arrachées avec fracas par le vent qui en a dispersé les lambeaux dans l’espace ; le Coronet a navigué au milieu des bancs de glace; ainsi que le Dauntless, il a dû plusieurs fois mettre à la cape et faire aussi usage de l’huile répandue afin de calmer la violence de la mer.
- Malgré cette tourmente extraordinaire, la vitesse atteinte a été, certains jours, très remarquable. Dans l’allure du largue, toutes voiles portant, le Dauntless a fait, dans une journée, 528 milles et le Coronet, dans une autre, a parcouru 291 milles. D’après
- 1 Le mois de mars, affirment les marins pratiques de l’Océan, est celui où les coups de vent sont les plus fréquents et les plus terribles ; ceux du sud-ouest amènent souvent des grains violents accompagnés de pluies torrentielles, et soulèvent une mer énorme qui frappe le navire par le travers ; la brume et les brouillards accompagnent presque toujours ces brises dans lesquelles les voiles sont enlevées en lambeaux (focs et misaines), partent sous le vent avec un bruit éclatant d’une détonation. Ce phénomène s’est exactement produit pendant cette course aventureuse.
- la ligne suivie par les navires, le Dauntless a fait une route moins directe, par conséquent plus de chemin.
- En 1860, un défi semblable à celui qui vient de se terminer par la victoire du Coronet, excita l’émulation de trois ardents propriétaires de yachts, la Henrietta, le Fleetwing et la Vesta. La Henrietta, appartenant à M. Gordon Bennett, propriétaire du journal New-York Herald, possesseur d’un des plus beaux steam yachts du monde, Naniouna, arriva première en Irlande, gagnant le pari d’une somme de 525000 francs. La traversée fut aussi très tourmentée et, malheureusement, plus tragique. Le Fleetwing fut un moment engagé dans une très grosse mer par l’action d’un trop grand foc. Dans un coup d’enfournage cinq des hommes de l’équipage qui s’efforcaient, en courant le plus grand danger, de rentrer cette voile et de la changer, furent enlevés et noyés. Pendant deux heures le yacht resta ses voiles amenées sur le lieu du sinistre, et attendit, épiant l’occasion de porter secours à ses infortunés compagnons, mais sans résultat. La route fut tristement reprise et la course perdue.
- Le nombre des yachts américains et anglais qui ont, par rivalité de vitesse, fait en course la traversée de l’Océan, est considérable, et c’est à la suite d’une course anglaise à laquelle prit part pour la première fois (en 1851), un yacht étranger Y America, que cette rivalité s’est exaltée au point de durer encore aujourd’hui après trente-cinq ans.
- En 1851, j’assistai a Cowes à cette course internationale qui a fait sensation en Angleterre et qui a marqué comme une époque en Amérique.
- Une petite goélette, Y America, après une traversée de dix-huit jours avec un petit grément de voyage, est venue enlever dans une course extraordinaire autour de l’ile de Wight, la coupe de la Reine, que son armateur M. Stevens a offert cgmme trophée au club de New-York.
- L'America avait changé en Angleterre de mâture et de grément, apportés en Europe à l’avance par un long courrier.
- Dans cette course, l’A mer ica a fait preuve de qualités surprenantes, surtout dans l’allure du près, et atteignit une vitesse de quatorze nœuds en dépassant, en face Sainte-Catherine, le yacht à vapeur de la Reine.
- VAmerica eut besoin’ de subir un examen de carène pour réparer une légère avarie. L’Angleterre, avec une courtoisie en apparence désintéressée, mit une des formes de radoub de Portsmouth à la disposition de la goélette, et lorsqu’elle y fut à sec, l’arsenal, toujours sévèrement fermé pour le public, fut ouvert à tous les constructeurs de yachts et de navires qui purent, à l’aise, admirer ce chef-d’œuvre d’architecture navale dû à Steers, de Brooklyn, en étudier la forme et même en relever les plans. C’est dans le but de reconquérir la coupe de YAmericà que de nombreux yachts anglais sont allés sans succès jusqu’à ce jour se mesurer avec les Américains
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- (j ne leur expérience réfléchie a portés à perfectionner leurs constructions en les basant sur un mélange des principes adoptés par les deux nations.
- Je terminerai en rappelant ici un fait bien extraordinaire qui s’est produit en 1870 et qui a précédé les prouesses de rapidité, inconnues jusqu’alors, de la goélette yankee Sapho.
- Dans un parcours d’une distance aussi grande que celle qui sépare l’Europe de l’Amérique, la goélette américaine Dauntless, en course contre la goélette anglaise Cambria, n’a perdu que deux heures sur l’arrivée de son rival.
- Pr Leroy d’Étioli.es.
- LE SERVICE GÉOGRAPHIQUE DE L’ARMÉE
- A PARIS
- L’insuffisance du service géographique de l'armée était devenue proverbiale parmi nous, après le funeste dénouement de la guerre franco-prussienne. Malgré la nécessité d’une prompte réforme, le dépôt de la guerre, jusqu’en 1881, resta installé de la manière la plus pitoyable dans les caves, entresols et mansardes de l’ilôtel de Chabrillan, rue de l’Université, au Ministère de la guerre même. Sur l’initiative éclairée et patriotique de M. le colonel Perrier de l’Institut, aujourd’hui général, M. le général Farre, alors Ministre de la guerre, n’hésita pas à demander aux Chambres un crédit de 500000 francs, pour approprier l’ancien hôtel de Sens avec ses dépendances (158 et 140, rue de Grenelle) au service géographique. Cet hôtel de grande surface, occupé par l’Ecole d'application d’Etat-major, se trouvait vacant par le départ de cette école et son installation, sous le nom d’Ecole supérieure de guerre, à l’École militaire. C’est en 1882 que le nouveau service géographique de l’armée française commença son installation, mais il n’est définitivement organisé que depuis 1885, où il a été complété par la création du Musée des cartes et instruments de précision.
- Après avoir été en arrière des autres nations, la France est actuellement en possession d’un établissement qui, de l’avis même des officiers étrangers, est le mieux outillé de tous ceux du même genre qui existent en Europe.
- Nous allons faire connaître en détails à nos lecteurs cette nouvelle et magnifique organisation, qui promet asurémenf de grands résultats.
- Le service géographique de l'armée constitue, au Ministère de la guerre, une direction spéciale, qui relève directement du général, chef de l’état-major général du Ministre de la guerre. Il est chargé de la préparation, du levé, de l'exécution, del’tm-pression et de la publication de toutes les cartes qui intéressent non seulement l’armée, mais le pays tout entier.
- Il est divisé en plusieurs sections, qui sont :
- 1° Une section de géodésie, chargée de l’établissement des réseaux géodésiques sur lesquels s’ap-
- puient, en France, dans l’Algérie, et les colonies aussi bien qu’en campagne, les levés topographiques]:
- 2° Une section de topographie à laquelle se rattachent les officiers qui sont chargés, chaque année, d'exécuter des levés sur le terrain ou de reviser des cartes déjà publiées, notamment la carte topographique de la France au 80000e, connue sous le nom de carte de l'État-major. Les levés dits topographiques sont exécutés généralement à l’échelle de 1/40 000e, mais leur échelle varie du 20 000° au 200 000e;
- 5° Une section de levés de précision, qui est chargée de l’exécution des levés à grande échelle, c’est-à-dire des levés dont l’échelle est supérieure à 1 /20 000e et, particulièrement, des plans directeurs des places fortes.
- 4° Une section de cartographie à laquelle incombe la tâche de mettre en œuvre les documents produits par les sections précitées, c’est-à-dire Yexé-cution, l'impression et la publication des cartes ou plans.
- À ces quatre sections viennent s'ajouter :
- a, un bureau de comptabilité, duquel dépend un magasin chargé de recevoir les tirages, de livrer les cartes aux agents de vente départementaux, et de les répartir entre les différents services.
- b, une section d'archives des cartes;
- c, une école de dessin topographique récemment créée, et destinée à assurer le recrutement du personnel technique du service géographique.
- La section de cartographie qui constitue la partie technique du service géographique, a pour tâche de produire les cartes. Elle comporte un personnel de près de 200 employés et comprend :
- 1° Service de dessin ; 2° de gravure; 5° de zinfographie ; 4° atelier de photographie et de photo-zincographie ; 5° atelier d’héliogravure; 6° de galvanoplastie ; 7° imprimerie en taille-douce ; et 8° imprimerie zincographique.
- Service du dessin. — Le service du dessin a pour mission de réunir, de conserver et d’utiliser tous les documents qui peuvent servir à l’exécution des cartes. C’est à lui qu’incombe la tâche délicate d’interpréter les levés ou travaux de révision exécutés par les officiers topographes, de manière à les rendre susceptibles d’être utilisés par les ateliers du service de la gravure.
- C’est en raison de l’importance capitale de ce service et dans le but d’assurer le bon recrutement des dessinateurs, que le Ministre de la guerre a décidé, en 1885, sur la proposition de M. le colonel Perrier, la création au dépôt de la guerre, devenu service géographique de l'armée, d’une école de dessin topographique.
- Les élèves y sont admis, après concours, au nombre de cinq par année ; les candidats sont âgés de quinze à dix-sept ans. La durée des cours est de deux ans. On enseigne aux élèves, au point de vue théorique aussi bien qu’au point de vue pratique«
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- Fig. 1 — Fragment (Fane feuille de la carte (l’État-major de Bordeaux au 80000”
- avant correction.
- tout ce qui est nécessaire pour la bonne exécution | jor, à 1/80 000e et ses dérivées, les cartes de France des cartes ; on leur donne, par conséquent, une instruction générale assez étendue, et on les met en état d’interpréter et de reproduire avec compétence les travaux topographiques exécutés sur le terrain par les officiers.
- C’est, k tous égards, une très heureuse innovation qui, rompant avec des errements regrettables , assure un recrutement parfait, non seulement des dessinateurs, mais aussi des graveurs et des zin-cographes du ser-vice géographique.
- Service de la gravure. — Le service de la gravure comprend un atelier de gravure sur cuivre, dont la création date de Louvois, et un atelier, assez récent, de gravure sur zinc. Un atelier de gravure sur pierre a existé au dépôt de la guerre , mais il a été supprimé depuis l’introduction des méthodes beaucoup plus commodes
- Fig. 2. — Le meme fragment de carte après le grattage.
- de la gravure sur zinc.
- C’est k l’atelier de gravure sur cuivre que l’on doit les belles cartes en noir publiées par le dépôt de la guerre, parmi lesquelles il faut citer la carte de l’Etat-ma-
- Fig 5. — Le même fragment de «acte après corrections exécutées.
- k 1/320 000° et k 1/600 000e.
- Mais les procédés de la gravure sur cuivre, si merveilleux au point de vue artistique, ne peuvent plus satisfaire entièrement, en raison de leur inévitable lenteur, aux besoins de la production cartographique moderne. Ils sont d’ailleurs absolument insuffisants pour assurer, dans des conditions de temps convenables, la correction des cuivres de la carte au 80000e, et il a fallu chercher ailleurs un procédé dont la rapidité fut en harmonie avec les exigences de notre époque.
- Le procédé ac-tucllement en usage pour la correction des cuivres est du k un ancien graveur du dépôt de la guerre et porte son nom : c’est le procédé Georges-, il est basé sur l’action de la galvanoplastie.
- Avec un outil approprié, une sorte de grattoir, on enlève sur la planche gravée toutes les parties qui doivent être modifiées; on restitue ensuite k la planche, par la galvanoplastie, le cuivre retiré; on enlève, au
- moyen d’une lime, l’excédent du dépôt de métal, qui forme bourrelet et enfin en rend exactement plane
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- la surface des parties nouvelles du cuivre. On remet alors la planche à un artiste qui grave sur les parties planées la nouvelle planimétrie et raccorde
- son travail avec les parties conservées de l’ancienne gravure.
- Ce procédé ingénieux, qui a l’inappréciable avan-
- Fig. I. — Fragment de la feuille du Cap-de-Fer de la nouvelle carte d’Algérie au 50 000e, avant la représentation des montagnes
- par des courbes de niveau.
- tage de préserver les cuivres de toute déformation, à vres exige, en général, un délai de un à trois ans; l’inconvénient d’être trop lent. La correction des oui- celle de certaines planches n’a pas demandé moins
- Fig. 5. — Fragment de la même carte montrant les courbes de niveau reliées et relevées par un estompage.
- de cinq années. Comment, dans des conditions pareilles, aurait-on pu tenir au courant, dans des délais convenables, une carte composée de 275 feuilles?
- La facilité avec laquelle on travaille le zinc a heureusement permis de résoudre la question dans le sens le plus favorable, et c’est grâce à cette particula-
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- rite que le service géographique a pu établir un système de révision quinquennale de la carte de France au 80000e. Chaque année on revise sur le terrain un cinquième de la surface du territoire et ce travail est publié en édition zincographique dans le courant de l’année suivante.
- \oici comment on opère à Y atelier de zincogra-pliie pour l’exécution des corrections dans l’édition dite zincographique.
- On fait un report sur zinc par quarts de feuille du cuivre non an courant de la carte au 80000e. La dimension du quart a été adoptée parce qu’elle permet de diviser le travail, que la manipulation des planches est plus commode et que, par suite, le travail de correction se fait beaucoup plus rapidement.
- Par un léger grattage on enlève sur le report toutes les parties à modifier; on recouvre ensuite les parties du zinc mises à nu par une préparation liquide qui l’empêche de prendre le « gras », et enfin on dessine sur ces parties, avec une pointe fine, et en entamant très légèrement le métal, les détails de la nouvelle planimétrie que l’on prend soin de bien raccorder avec les parties conservées du report. Partout où la pointe a tracé un trait, le métal, mis à nu, redevient susceptible de prendre le gras. 11 suffit alors d’encrer au rouleau pour obtenir une épreuve complètement à jour, dans laquelle les parties nouvelles se confondent si bien avec les parties conservées du report, qu’il est impossible de distinguer les corrections. On peut aisément s’en rendre compte en jetant un coup d’œil sur les trois spécimens (fig. \, 2 et 5, p. 540) dont l’un représente une épreuve avant correction du report sur zinc d’un fragment de la feuille de Bordeaux, au 80 000e; le second, une épreuve après grattage; et enfin le troisième, une épreuve de ce même report après addition des corrections au moyen des procédés de la zincographie.
- La mise à jour du report d’un quart de feuille dure, en moyenne, une douzaine de jours. Le temps nécessaire à l’exécution de la correction des quarts les plus chargés ne dépasse guère une quarantaine de jours, soit au maximum 100 journées ou six mois pour les quatre quarts. U y a loin de ce délai aux cinq années qu’a exigées, dans des conditions de travail analogues, la correction de certaines planches de cuivre.
- Le seul inconvénient de l’édition zincographique, c’est que, les quarts corrigés devant être conservés comme planches mères, on ne peut livrer au public que des reports de report. Cette double opération de report peut amener, dans le tirage de certaines planches très chargées, des écrasements qui nuisent à la netteté de la carte et en rendent parfois la lecture difficile dans les petits détails. Mais cet inconvénient, qu’il n’a pas été possible d’éviter jusqu’à ce jour, est largement compensé par la possibilité de tenir la carte au courant d’une manière presque permanente.
- Les procédés de la gravure sur zinc, beaucoup plus rapides que ceux de la gravure sur cuivre, sont
- très avantageusement utilisés aujourd’hui, par le Service géographique, pour l’exécution des cartes nouvelles et notamment des cartes en couleurs. C’est à ces procédés que nous devons les nouvelles cartes en couleurs de VAlgérie au 50 000e et de la France au 200 000e, qui peuvent être considérées à juste titre comme des chefs-d’œuvre de l’art cartographique nouveau, car elles représentent avec une rare netteté les détails de la planimétrie aussi bien que le relief du terrain.
- La carte topographique de l’Algérie, levée à l’échelle de 1/40 000e, est publiée à celle du 50 000e. La montagne y est représentée, non plus, comme dans les anciennes cartes en noir, par de? hachures, mais par des courbes de niveau équidistantes qu’on relie entre clics par un estompage méthodique afin de donner aux mouvements de terrain du relief et du modelé. La carte est gravée sur zinc en sept couleurs. La couleur rouge est attribuée aux habitations et aux voies de communication entretenues régulièrement et toujours carrossables; le noir est affecté aux écritures, aux chemins qui ne sont pas toujours carrossables, aux limites administratives, aux divisions de culture; les eaux sont représentées en bleu; les bois en vert; les vignes en violet ; les courbes de niveau en bistre ou bistre éteint (brun minéral). Le trait des courbes de niveau est maintenu aussi léger que possible afin d’empêcher que la montagne ne voile les détails de la planimétrie. Enfin on s’est attaché tout particulièrement à déterminer une nuance qui permît à l’estompage de donner à la montagne, tout en lui ménageant un relief et un modelé suffisants, assez de transparence et de douceur pour laisser ressortir avec toute la vigueur désirable les détails de la planimétrie et surtout le réseau des voies de communication. La nuance gris-bleuté remplit parfaitement ces conditions.
- Pour l’exécution matérielle de la carte, on procède comme il suit :
- Au moyen des divers documents établis par les officiers topographes, le service de dessin exécute pour chaque feuille, à l’échelle du levé 1/40 000e, un dessin complet, comportant tous les détails de la planimétrie et les courbes de niveau. Ce travail est réduit au 50 000e (échelle de la publication) par les procédés de la photozincographie et l’on obtient ainsi une maquette photozincographique complète, de laquelle on tire sur des zincs convenablement préparés (dans le but de guider le travail de la gravure), autant de faux-décalques que la carte comporte de couleurs. Le repérage est, dès lors, absolument assuré, puisque le graveur voit exactement, dans chaque planche, les points où il doit arrêter ou interrompre son trait. Dans certains cas il est nécessaire, pour éviter toute cause de confusion, de faire la maquette en gravure.
- L’estompage est exécuté au moyen du « crayon lithographique » sur un zinc bien grené. L’artiste opère d’après un modèle exécuté au pinceau, par le service du dessin, sur une épreuve de trait, d’après
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- un diapason déterminé; il appuie son travail sur un faux-décalque des courbes du niveau.
- Ce procédé nouveau nous semble avoir, au point de vue pratique, des avantages certains sur l’ancienne méthode de gravure sur cuivre en une seule couleur.
- L’emploi de différentes couleurs, pour la représentation de la planimétrie et de la montagne, rend en effet la lecture des cartes facile pour tons. Le figuré du terrain, par des courbes horizontales équidistantes, ne masque plus, comme le font les hachures, surtout dans la haute montagne, les détails de la planimétrie. La gravure des courbes est de beaucoup plus rapide que celle des hachures et l’usage de Y estompe permet de rendre les cartes en courbes — si plates et si insignifiantes en général au point de vue du figuré du terrain — aussi saisissantes et aussi modelées que les plus beaux spécimens des cartes où la montagne est représentée au moyen de hachures. Les deux spécimens ci-contre qui représentent un fragment de la feuille Cap-de-Fer de la carte de l’Algérie au 50 000e, font ressortir clairement la différence considérable qui existe, au point de vue de la représentation du terrain, entre une épreuve où la montagne est figurée par des courbes de niveau seules (fig. 4) et une épreuve où ces mêmes courbes sont reliées et relevées par un estompage (.fig. 5).
- Enfin, le mode de représentation de la montagne par des courbes de niveau équidistantes permettra, dans l’avenir, aux ingénieurs et aux géologues d’utiliser immédiatement pour leurs travaux les feuilles livrées au public, en les affranchissant de l’obligation, à laquelle ils ont été soumis jusqu’à ce jour, d’avoir recours au Ministère de la guerre pour obtenir des calques, avec courbes, des minutes de la carte de l’État-major.
- C’est à cause de tous les avantages précités que le service géographique a définitivement adopté, pour toutes les cartes nouvelles, les procédés si commodes, si rapides et relativement si peu coûteux de la gravure sur zinc. On a utilisé pendant quelques années, au dépôt de la guerre, la pierre lithographique qui, au point de vue de la gravure, présente à peu près les mêmes avantages que le zinc. Mais la pierre est encombrante et très coûteuse; elle est difficile à manier et encore plus difficile à emmagasiner ; enfin, elle se prête beaucoup plus difficilement aux corrections que le zinc. Aussi est-elle complètement abandonnée et remplacée par le zinc même pour les tirages en report.
- La carte de France au 200 000e et, en général, toutes les cartes en couleurs, s’exécutent d’après les mêmes moyens que celle de l’Algérie au 50 000e.
- Vatelier de photographie rend les plus grands services dans la préparation de l’exécution des cartes. C’est lui qui prépare les amplifications au 40 000e de la carte de l’État-major dont se servent les officiers chargés de reviser cette carte sur le terrain; (•'est par les procédés de la photographie et de la photozincographie que l’on obtient les maquettes
- nécessaires à l’exécution des cartes en couleurs, ainsi que la reproduction des croquis ou plans qu’il y a intérêt à tirer rapidement à un grand nombre d’exemplaires. Aussi ce service a-t-il pris une grande extension.
- Une des particularités intéressantes que présente cet atelier, est la reproduction sur clichés en gélatine de toutes les amplifications au 40 000e des huitièmes de feuille de la carte de l’Etat-major. On évite ainsi l’obligation de conserver un nombre considérable de glaces d’un prix élevé, d’un maniement difficile et dont l’emmagasinement exigerait des espaces considérables. La substitution de la gélatine à la glace comporte les mêmes avantages, à tous les points de vue, que celle du zinc à la pierre, et l’on peut conserver, dans une simple armoire de proportions fort ordinaires, les mille clichés en gélatine qui comprennent la représentation au 40000e du territoire de la France.
- Dans Y atelier d'héliogravure on reproduit sur des planches de zinc, avec plus de netteté et de finesse que par les procédés de la photozincographie, toute espèce de cartes et de croquis. L’atelier est pourvu de la lumière électrique.
- L'atelier de galvanoplastie donne le moyen de conserver dans d’excellentes conditions toutes les productions cartographiques gravées sur cuivre. 11 reproduit toute planche de cuivre dont l’exécution vient d’être terminée ou qui a dû subir de nombreuses corrections. On acière ensuite la planche dite reproduite qui sert dès lors presque exclusivement au tirage des épreuves en taille-douce et à celui des épreuves à report nécessaires pour les tirages à grand nombre d’exemplaires exécutés par l’imprimerie zincographique. Cette précaution assure évidemment, aujourd’hui, aux planches mères, qui représentent une valeur considérable, une durée à peu près indéfinie.
- L’imprimerie en taille-douce et Y imprimerie dite zincographique, en raison de la substitution complète du zinc à la pierre, sont établies dans l’ancien manège de l’Ecole supérieure de guerre et constituent un des ateliers les plus vastes de Paris. L’imprimerie zincographique possède quatre machines mises en mouvement par des moteurs à gaz et un grand nombre de presses à bras pour les essais, les reports etc.; un laminoir pour le glaçage du papier et un massiquot complètent son matériel. On y imprime en noir et en couleurs. La production est considérable; on y tire en moyenne 125 000 épreuves par mois.
- En résumé, le service géographique de l’armée française est un établissement de premier ordre, qui a déjà rendu d’immenses services au pays et à l’armée, et qui, se tenant toujours à la hauteur des progrès de la science et de l’industrie, est appelé à en rendre de plus grands encore dans l’avenir, sous l’habile direction de son sympathique chef, M. le général Perrier.
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- LA NATURE
- LE PANORAMA-BIJOU
- M. Ph. Benoist, artiste peintre, a récemment présenté à la Société (T encouragement un petit panorama minuscule que nous représentons dans la figure ci -jointe. Le petit appareil est vu extérieurement à droite de notre gravure, et tenu à la main. On regarde à travers la petite fenêtre, dont est munie la boite cylindrique, et l’on considère un petit panorama minuscule qui se déroule sous l’action d’un mouvement d’horlogerie. L’appareil est représenté à une échelle beaucoup plus considérable, au milieu de la figure, où il a été dessiné avec un arrachement qui en montre le mécanisme intérieur.
- Le Panorama-Bijou est composé d’une image panoramique supportée par un verre simple qui, tout en laissant passer la lumière, lui communique un mouvement de rotation qu’il recueille lui-même d’un mouvement d’horlogerie R auquel il est fixé, et qui se remonte par un orifice extérieure qui lui donne accès.
- 11 est supporté par des cloisons qui sont attachées à la partie de l’instrument qui fait lace au spectateur.
- Cette même face possède la lentille placée dans l’axe de l’appareil et permet de voir dans le prolongement.de cet axe l’image fictive, résultant de l'image réelle, dans un miroir incliné à 45°.
- Il va sans dire que cette image étant vue par réflexion doit être exécutée à l’envers. Le tout est renfermé, comme il a été dit, dans une boîte cylindrique fermée à sa partie postérieure par un verre de nature a ne laisser passer qu’une lumière diffuse. L’image panoramique se met en rotation autour de l’axe central figuré en A.
- L’HORTICULTURE
- DANS DES ALPES-MARITIMES
- Pendant longtemps Paris et ses environs ont été le centre des cultures forcées aussi bien pour le maraîchage que pour l’horticulture, et les gens du métier se souviennent de noms presque illustres dans l’art de bien cultiver fleurs et légumes.
- Les chemins de 1er ont beaucoup contribué au déplacement du commerce et de l’industrie locales. C’est ainsi que depuis une vingtaine d’années le marché de Paris est approvisionné de légumes et de fruits d’Algérie et du littoral français, et plus récemment sont venus s’ajouter les produits de l’horticulture. Les Palmiers, les Dracœna, Aspidistra et autres plantes a feuillage d’ornement, se font par centaines de mille tous les ans, tant aux environs d’Alger que dans les Alpes-Maritimes. La vente de ces végétaux s’effectuant bien et à des prix assez bas, on a songé à exploiter les fleurs qui surtout en hiver et au printemps sont toujours recherchées des citadins. Cet afflux de fleurs des environs de Nice et de Cannes est tel depuis quelques années, qu’on en voit partout dans les rues de Paris au commencement de l’année. Les roses thé Safrano par paquets énormes, les Souvenirs de la Mnlmahon, enfin Comte Bobrinsky,
- Chro ma tel la, Gloire de Dijon, Lamarque, Maréchal Niel, sont aussi de ce nombre. Ces roses de choix sont celles qui se cultivent le mieux dans ces régions, et dont la végétation, ralentie pendant les fortes chaleurs de juillet et d’août, se remet en vigueur avec Jes pluies d’automne. Il faut maintenant ajouter nombre de plantes qui fleurissent de bonne heure, telles que les Primevères de Chine, les Quarantaines, Cyclamens, Cinéraires, etc., et les Violettes le Tsar, et de Parme, qui se font en quantité considérable ; puis les Œillets forcés, les Jacinthes, Narcisses soleil d’or et N. totus albus. Les fleurs qui se voient le plus au printemps, dans cette région méditerranéenne et qui arrivent également à Paris, ce sont les Anémones (A. Coronaria et A. fulgens) ; ces plantes sont dans leur patrie et l’on a obtenu par le semis des variétés nombreuses, tant par la richesse du coloris que de la duplicature des fleurs.
- A la Villa Thuret, à Antibes, on peut voir encore, tous les printemps, une immense pelouse faite d’Anémones et de gazon. Au premier printemps, les Anémones poussent avec vigueur, fleurissent bientôt et forment une nappe immense de couleurs tellement vives que l’œil ne peut en supporter longtemps la vue. Les Anémones défleuries, les feuilles se flétrissent en partie et le gazon à son tour se développe faisant disparaître la végétation première, et succé-
- Panorama-bijou de M. Benoist,
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- Fleurs des environs de Mce. (D’après une photographie de M. Albert Courrel.)
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- tîer un tapis vert à celui d’écarlate dont on avait joui I précédemment.
- Il n’est pas de région qui se prête mieux que les bords de la Méditerranée à la végétation du Cap et de l’Australie tempérée. Naturellement les horticulteurs n’ont pas hésité, après les essais tentés notamment par le savant regretté Thuret, à introduire tous les végétaux intéressants de ces deux régions. Les rameaux jaune d’or qu’on vend maintenant, hélas! presque pour rien au printemps, sous le nom de Mimosa, sont des Acacia d’Australie {A. dealbata, longifolia, cultriformis, etc.). Les jolies et élégantes Iridées du Cap qu’on ne cultive plus guère que dans les jardins botaniques français sous le nom à'Jxia, Mont-bretia, Sparaxis, etc., font aussi leur apparition printanière et venant également du Midi.
- C’est a la bataille des fleurs, pendant le carnaval de Nice, qu’on peut se rendre compte de la richesse des espèces de plantes empruntées aux différentes régions du globe, et venant des établissements de Cannes, de Menton et de Nice. Ces luttes pacifiques se terminent par un encaissement sérieux pour les producteurs, car, dit-on, ces seules fêtes consomment pour plus de 100000 francs de fleurs et de plantes en 48 heures. Mais ce sont les exportations qui constituent le revenu le plus net pour les industriels.
- Notre gravure représente un amas de fleurs des environs de Nice ; on y voit des Roses, des Œillets, des Anthémis, etc., avec des feuilles de fougère.
- IlORTULANUS.
- L’ORIGINE
- DES TREMBLEMENTS DE TERRE
- ET LE SYSTÈME TÉTRAÉDRIQÜE
- Les bouleversements dont le midi de la France et la province de Gênes, en Italie, viennent d’être le théâtre, ont remis à l'ordre du jour la question de l’origine des tremblements de terre.
- Les uns y voient le résultat du développement, sous la croûte terrestre, de masses de gaz ou de vapeurs, chassées du noyau central igné par les progrès de la solidification, ou produites par l’infiltration des eaux superficielles jusque dans les profondeurs du globe. D’autres, niant l’existence d’une masse en fusion au centre de la terre, attribuent ces commotions à des réactions chimiques de diverses natures, ou à des éboulements souterrains.
- Ces différentes explications ne visent guère que les causes locales immédiates des phénomènes, sans en montrer la loi d’ensemble. M. l’ingénieur des mines, Ch. Lallemand, l’un des membres de la mission envoyée par le Ministre des travaux publics, en 1885, sous la direction de M. de Chancourtois, pour étudier l’organisation des observatoires sismo-graphiques en Italie, a essayé de constituer une théorie générale des tremblements de terre, en les rattachant à une ingénieuse conception de la
- figure du globe, due à un savant anglais, M. Green, Ministre des affaires étrangères des îles Sandwich, et qui a été exposée, en France, avec beaucoup de talent, par un éminent géologue, M. de Lapparent.
- Contrairement â une opinion assez répandue, le sol sur lequel nous marchons est dans un état perpétuel de mouvement.
- On compte, en effet, deux tremblements de terre, en moyenne, par jour, dans la partie du globe habitée par des peuples civilisés ; ce qui en suppose une cinquantaine au moins pour le globe entier.
- D’autre part, les observations microsismiques poursuivies dans différents pays, notamment en Italie et au Japon, décèlent l’existence de mouvements imperceptibles et continuels du sol. Ces mouvements, que les dépressions barométriques semblent amplifier, sont plus fréquents en hiver qu’en été et augmentent ordinairement d’intensité à l’approche des équinoxes, où ils dégénèrent souvent en tremblements de terre, principalement dans la région intcrtropicale.
- Tous ces faits dénotent incontestablement l’existence d’une force intérieure, permanente et universelle. Ils ne sauraient guère s’expliquer en dehors de la vieille hypothèse du noyau central fluide, sur laquelle Elie de Beaumont avait assis sa Théorie des soulèvements des montagnes et qui est encore adopté aujourd’hui par un grand nombre.de savants.
- L’existence d’une masse centrale ignée étant admise, l’écorce terrestre, d’après M. Green, tendrait à prendre, en se refroidissant, une forme générale dérivée de la pyramide à base triangulaire (désignée plus simplement sous le nom de tétraèdre).
- M. Ch. Lallemand, qui a vérifié cette hypothèse en faisant progressivement le vide dans des ballons de caoutchouc (fig. 2), en a donné, en outre, l’explication théorique suivante : l’écorce, dans la déformation qu’elle subit pour rester en contact avec le noyau en voie de retrait, doit tendre vers la forme qui lui impose le minimum de contraction, c’est-à-dire qui embrasse le plus petit volume sous une surface donnée. Or, cette propriété est celle du tétraèdre régulier.
- Cependant, le tétraèdre, avec ses quatre pointes saillantes, semble loin, à priori, de réaliser l’équivalent de la partie solide du globe terrestre, dont la figure est si voisine de celle d’une sphère.
- Mais il ne faut pas oublier que, si la symétrie tétraédrique n’est pas plus immédiatement apparente, cela tient uniquement à ce que la géographie terrestre est le résultat de la combinaison de la pyramide avec son enveloppe maritime, constituée par une sphère ayant pour centre le centre de gravité de la pyramide et renflée parallèlement à l’équateur, comme on le sait, en vertu de la rotation diurne (fig. 1). Les régions avoisinant les sommets doivent donc seules émerger au-dessus de la surface des eaux. Il doit exister dans l’hémisphère boréal trois saillies continentales, tandis que le pôle arctique doit être occupé par une mer. Au contraire, une
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- protubérance continentale doit se faire jour au pôle austral. Or, ces conditions se trouvent réalisées en tous points.
- On sait, en elfet, que la terre ferme est concentrée d’une manière remarquable dans l’hémisphère boréal, où elle se répartit en trois massifs : le massif américain, le massif européen avec l’Afrique, le massif asiatique avec son prolongement australien. En outre, le pôle nord est recouvert par une mer dont l’existence, aujourd’hui, n’est plus douteuse et le pôle antarctique est, au contraire, le centre d’un continent qui sert d’appui aux immenses banquises de l’hémisphère méridional.
- Entre les massifs continentaux s’étendent trois nappes océaniques : le Pacifique, l’Atlantique et l’océan Indien. Cette ordonnance paraît, il est vrai, un peu en défaut, puisque l’Asie et l’Europe ne présentent entre elles aucune solution de continuité. Cependant, ce désaccord s’atténue sensiblement si l’on veut bien se rappeler que toute la moitié occidentale de la Sibérie est formée par une contrée déprimée qu’un insignifiant abaissement ramènerait au-dessous de l’Océan. Cette dépression, qui longe le pied de l’Oural, est déjà, du reste, nettement accusée par la présence de la mer Caspienne. La séparation des deux massifs devait fort probablement exister à une époque qui n’est pas encore éloignée.
- Il est, en outre, aisé de voir, d’une part, que les massifs continentaux groupés autour des saillies doivent se terminer en pointe vers le sud et dans le sens de l’est à l’ouest, et, d’autre part, que les nappes océaniques doivent diminuer constamment de largeur à mesure qu’elles arrivent dans des latitudes plus boréales. C’est ce que la géographie confirme.
- Est-il rien de plus frappant que la forme aiguë que prennent, vers le sud, l’Amérique, l’Afrique et le continent australo-asiatique? Ne voit-on pas aussi l’Asie et l’Amérique russe tendre à se rejoindre sous forme de pointes allongées ?
- Il nous reste, maintenant, pour achever l’identification de la forme générale du globe avec le système tétraédrique, à aborder l’examen d’une particularité de la plus haute importance, que cette théorie semble laisser inexpliquée. Nous voulons parler de la grande dépression intercontinentale, sorte de ceinture maritime, qui partage le sphéroïde terrestre en deux moitiés. L’Europe est séparée de l’Afrique par la Méditerranée; l’Asie de l’Australie par une série de mers plus ou moins fermées entourant les îles de l’Archipel polynésien. L’Amérique du Nord n’est rattachée a l’Amérique du Sud que par l’isthme de Panama ; les Antilles émergent à peine du fond qui relie les deux continents.
- M. Green justifie l’existence de cette dépression en faisant intervenir le phénomène de la rotation diurne, jusqu’ici laissé de côté.
- A l’origine, alors que la matière était encore plastique, le globe devait affecter la forme parfaitement sphérique. Mais au fur et à mesure des progrès du refroidissement, la forme tétraédrique s’accentuant,
- les trois saillies de l’hémisphère Nord s’éloignaient chaque jour davantage de l’axe de rotation, tandis que les parties voisines de la pointe australe s’en rapprochaient, au contraire. Les protubérances sep-i tentrionales se trouvaient donc avoir une vitesse de rotation plus faible que les points correspondants de la sphère primitive et restaient par conséquent en-retard dans le mouvement de rotation de la Terre sur elle-même, pendant que les terres de l’hémisphère Sud, conservant un excès de vitesse, prenaient de Xavance vers l’est.
- De là, une sorte de torsion du solide tétraédrique, qui a fait naître, entre les reliefs septentrionaux et leurs prolongements vers le Sud, une ligne de rupture, dont la suite de dépressions occupées aujourd’hui par la mer Méditerranée, le golfe Persique, les mers de la Sonde et le golfe du Mexique, atteste l’existence et jalonne le parcours.
- Il faudrait aussi voir, dans ce phénomène, la raison pour laquelle les terres de l’hémisphère austral : Amérique du Sud, Afrique et Australie, sont toutes déjetées vers l’est par rapport aux continents septentrionaux dont elles forment les prolongements.
- Telle est dans ses traits principaux la théorie tétraédrique. On lui a objecté, il est vrai, que l’ensemble des mesures géodésiques concourt à assigner à la terre la figure d’un ellipsoïde et non celle d’une pyramide. Cette objection n’est qu’apparente. La
- géodésie ne définit-elle pas, en effet, la forme de la terre par la surface générale des mers prolongée par la pensée au-dessous des continents? Rien d’étonnant dès lors qu’elle trouve comme résultat de ses mesures, la figure ellipsoïdale que la mécanique des fluides assigne aux eaux de l’Océan. La théorie tétraédrique, au contraire, faisant abstraction des eaux, vise exclusivement Xécorce solide, dont la détermination du relief par rapport à l’ellipsoïde des mers, est affaire de nivellement, non de triangulation.
- Nous allons maintenant montrer, avec M. Ch. Lallemand, le lien qui rattache les phénomènes sismiques à la théorie tétraédrique.
- La contraction résultant du refroidissement du noyau aurait eu pour conséquences des plissements de l’écorce, au début, alors qu’elle était encore plastique, puis, plus tard des fractures, lorsqu’elle est devenue plus résistante.
- Le choc résultant de la rupture de l’équilibre en un point déterminerait dans le sol des vibrations multiples, d’amplitude comme de périodes différentes, se propageant dans toutes les directions et produisant leur maximum d’effet le long des surfaces de dislocation préexistantes. Les plus rapides de ces vibrations, qui sont en même temps les plus
- Fig. 1. — Tétraèdre en partie enveloppé par une sphère concentrique.
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- destructives, s’éteindraient très vite on vertu de l’inertie de la matière et ne feraient sentir leur action que dans une zone restreinte autour de leur foyer d’origine. Les oscillations lentes, au contraire, se propageraient très loin, avec des vitesses et des intensités variables, suivant le degré de continuité et d’élasticité des couches terrestres.
- Les manifestations du travail intérieur de l’écorce se traduiraient ainsi par un état vibratoire continuel et, de temps à autre, par des crises plus violentes, c’est-à-dire par des tremblements de terre.
- Ces manifestations se produiraient, de préférence, dans les régions où l’écorce a subi les plus grandes déformations et qui sont restées, par conséquent, zones de moindre résistance, appelées à céder au premier effort.
- Les lieux de prédilection des secousses seraient
- donc les régions avoisinant les arêtes et les sommets du tétraèdre et surtout la grande dépression intercontinentale, où la torsion de la pointe australe de la tovpie terrestre a ajouté ses effets à ceux du plissement des arêtes.
- L’existence d’une marée intérieure luni-solaire, en concordance avec les grandes marées de l’Océan, pourrait, enfin, au voisinage de l’équateur et dans toute la zone tropicale, devenir, à certains moments, la cause de la rupture de l’équilibre.
- L’examen des faits confirme la réalité de ces inductions. Comme on le voit sur le planisphère ci-dessous (fig.5) (reproduction d’une carte dressée par R. Mallet en 1858), l’Espagne, l’Italie, la Grèce, l’Algérie autour de la Méditerranée; l’archipel des mers de la Sonde, l’Indo-Chine, dans le massif asiatique ; l’Amérique centrale et les Antilles; tous pays situés le long de
- Fig. 2. — Ballon de caoutchouc dans lequel on a fait un vide partiel.
- Fig. 3. — Carte de la répartition des tremblements de terre et des volcans à la surface du globe, montrant leur relation avec la ligure tétraédrique et avec la grande dépression intercontinentale.
- la grande dépression intercontinentale, sont, en effet, les terres classiques où les tremblements de terre atteignent le maximum de fréquence et d’intensité. Il en est de même, bien que peut-être à un degré moindre, de l’arête montagneuse du continent
- américain, ainsi que du Japon et des îles Aloutiennes qui forment le trait d’union entre les massifs asiatique et américain. A. Lallemand,
- Ancien élève de l’Ecole polytechnique. ---*<>«—
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- AIGUILLE D’ENFONCEMENT
- A POIDS V A UIA B I. K l'OÜII I. ’ E S S A I DES CHAUX ET CIMENTS
- dette aiguille de précision permet d’établir d’une Façon rigoureuse les relations qui existent entre l’allure de solidification des produits hydrauliques et les difl'érentes phases de la fabrication ; elle permet également de comparer les produits entre eux en ce qui concerne l’énergie initiale et cela à chaque instant pendant plusieurs jours.
- Enfin à l’aide de ce petit instrument on peut établir certains rapports entre l’allure initiale d’un produit et sa résistance ultérieure.
- La figure ci-contre représente l’aiguille a l’échelle de 1 /2 ; elle se compose d’une tige creuse (du poids de 50 grammes) s’engageant sans frottement dans une gaine qui se termine à la base par un disque ou support de 01U,055 de diamètre ; cette gaine porte latéralement une vis de pression permettant d’arrêter tout glissement de la tige ; celle-ci se termine par l’aiguille proprement dite, en acier, de
- 0®,001* de section et de 0m,03 de longueur; elle porte en outre, a la partie supérieure, un épaule-ment qui permet d’augmenter progressivement son poids en plaçant des rondelles de zinc pesant chacune 50 grammes.
- Si on fait reposer l’appareil sur sa base en posant celle-ci sur une surface horizontale, plane et dure,
- et qu’on desserre lentement et progressivement la vis, l’extrémité de l’aiguille vient se mettre en contact avec la surface plane, et le zéro du vernier au 1/10 coïncide avec celui des divisions en millimètres de la tige.
- La face de la tige qui touche l’extrémité de la vis de pression est inclinée sur l’axe longitudinal de sorte que la descente se fait toujours lentement et progressivement au fur et à mesure qu’on desserre la vis.
- Yoici comment on se sert de l’appareil : La pâte molle est placée dans une assiette très creuse ; on lui fait épouser la forme de l’assiette par quelques secousses, puis on l’immerge complètement.
- Au moment de l’essai, on retire l’assiette et on la place convenablement pour opérer. Les zéros étant en coïncidence et l’ai-
- Fjg. 1. —Aiguille d’enfoncement pour l’essai des chaux et des ciments. 1, Vue d’ensemble de l’appareil. —2. Détail du système. —5. Rondelles. — L Étui des rondelles. — 5 et 6. Moule et briquette.
- 600 .t
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- 0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 SOheures 0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50heures
- . 2. — Graphiques de la prise des chaux et ciments.
- guille non chargée, on pose l’appareil sur la pâte durcie et on l’y maintient en pressant légèrement sur le disque avec l’index et le majeur de la main gauche placés de chaque côté de la gaine. On desserre progressivement la vis et on fait la lecture n; on serre la vis a refus et sans bouger la main gauche on charge l’aiguille de m rondelles avec la main droite,
- on desserre lentement la vis et on fait la lecture N; N—n sera l’enfoncement à 50.m grammes et 5(m4-l) la pression due à l’aiguille par centimètre carré.
- On pourra : 1° Déterminer l’allure de prise absolue en fonction du temps et du poids; on obtiendra ainsi un graphique analogue au n° 1 (fig. 2).
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- 2° Déterminer les enfoncements en fonction du temps, le poids de l'aiguille étant fixé ; on obtiendra un graphique du type n° 2 (lig. 2).
- 5° Déterminer les enfoncements en fonction du poids après des périodes fixées; on obtiendra un graphique du type n° 5 (lig. 5).
- Au point de vue pratique, c'est évidemment l'établissement du graphique n° 1 qui présente le plus d’intérêt. Pour apprécier le commencement de la prise on se servira seulement de la tige de 50 grammes retirées de sa gaine. La prise commence lorsque la tige étant posée doucement sur la pâte, le frottement dù à la cohésion naissante empêche l’enfoncement complet. 11. Ron.namt, Ingénieur.
- CHRONIQUE
- Les manœuvres «le la flotte allemande. —
- La Revue du cercle militaire nous apprend, d’après lo Journal de Dantzig, qu’une grande activité règne en ce moment dans les arsenaux maritimes de Kiel et de Wil-helmshafen où l’on travaille à compléter l’armement des navires destinés à faire partie de la première division de l’escadre de manœuvres, composée des vaisseaux cuirassés Konig Wilhelm, Kaiser et Oldenburg et de l’aviso Pfeil, Les manœuvres de 1886 et de 1885 avaient eu pour but la défense des côtes, et l’escadre se composait uniquement de navires de côtes; celles de cette année auront un autre objectif et la division des manœuvres ne comprendra que des cuirassés de haute mer. Le Konig Wilhelm est connu par son abordage avec le Gross Kur-fürst : depuis cette catastrophe, il n’avait plus fait partie d’une escadre d’évolution; il n’a été remis en service que l’année dernière. Construit en Angleterre en 1865, pour le gouvernement turc, il fut acheté par la Prusse en 1867. Il a 108 mètres de long avec un déplacement de 9757 tonnes; c’est par conséquent le plus gros navire de la flotte allemande. Le deuxième vaisseau, le Kaiser, est un des plus beaux bâtiments de la flotte allemande. Il a été construit, en 1874, dans les chantiers de Samuda Brothers, à Londres, et il possède une cuirasse de 26 centimètres d’épaisseur. Le troisième batiment, YOldenburg, est une corvette d’attaque.
- Le pétrole en Égypte. — Le pétrole d’Egypte s’obtient de puits peu profonds et de perforations considérables situés à Gemsah et à Gebel-el-Zeit. Le produit brut est d’un brun foncé et possède une odeur désagréable due à la présence de composés soufrés. Sa densité est de 0,934 et, quoique visqueuse, l’huile reste fluide aux basses températures par suite de l’absence presque absolue de paraffine. Purifiée, elle donne une huile de 0,850 à 0,950 de densité. Elle est particulièrement adaptée au graissage et comme combustible, mais laisse à désirer pour les besoins de l’éclairage. On trouve cette huile à environ 400 milles de Suez, à l’entrée du golfe de Suez, sur le versant occidental du détroit de Jubal. D’après M. Robert Irvine, ingénieur, on la trouve dans les couches calcaires. Un des puits a atteint une profondeur de 400 pieds, à travers le corail et l’argile compacte, au-dessous de laquelle se trouve le pétrole. L’huile brute est déjà employée pour le graissage de deux navires à vapeur de l’endroit.
- Le premier paratonnerre. — D'après les recher-clies de M. Friess, le premier paratonnerre n’aurait pas été construit par Franklin, mais bien par un moine natif de Senftenberg (Bohème), Prokop Diwisch. Son appareil a été érigé dans le jardin de la cure de Prenditz (Moravie), le 15 juin 1754. Il se composait d’un mat surmonté d’une lige de fer, supportant douze bras recourbés vers le haut et qui se terminaient par autant de petites boites métalliques. Chacun de ces récipients contenait de la limaille de fer; ils étaient fermés par un couvercle de buis traversé par vingt-sept pointes effilées de fer, qui plongeaient par leur base dans la limaille. Tout le système était réuni au sol par une grosse chaîne. Les ennemis de Diwisch, jaloux de son succès à la cour de Vienne, excitèrent les paysans des environs contre lui et, sous prétexte que son paratonnerre était la cause de la grande sécheresse, il dut l’enlever après l’avoir utilisé avec succès pendant six ans. Il est remarquable de voir que la première forme du paratonnerre ait été à pointes multiples, c’est-à-dire appartenant au système auquel Melsens devait arriver plus tard. Parmi d’autres détails intéressants consignés dans les écrits de Diwisch, le journal Ciel et Terre, auquel nous empruntons ces documents, relève encore le passage relatif à l’influence de l’électricité sur la croissance des végétaux, croissance qui est, comme des expériences récentes l’ont établi, considérablement hâtée par l’action de cet agent.
- Les mangeurs «l’arsenic en Styrie. — MM. Buchner et Knapp ont fait des recherches sur les mangeurs d’arsenic en Styrie (recherches consignées dans Y Indicateur central de chimie technique). Ces mangeurs font entrer dans leur consommation habituelle l’acide arsénieux ou le sulfure d’arsenic. Quelques-uns peuvent en prendre, en une seule fois, jusqu’à 10 centigrammes, quantité énorme, si l’on pense qu’un seul centigramme à la fois est déjà une dose très élevée, employée en médecine. Tous les mangeurs d’arsenic que les docteurs Buchner et Knapp ont interrogés, s’accordent à dire qu'ils emploient cette substance pour se trouver toujours dispos pour le travail et se prémunir contre les maladies épidémiques. Le D' Büchner ajoute qu’il n’a jamais constaté que les mangeurs d’arsenic fussent des gens abrutis ; au contraire, ils se distinguaient par une grande aptitude pour le travail. Contre la croyance générale, l’usage continu de l’arsenic n’amène pas l’embonpoint. Le corps des mangeurs d’arsenic n’était nullement déformé par la graisse; de plus, pour se maintenir en bonne santé, ils n’étaient pas forcés d’augmenter sanj cesse la dose, ainsi qu’on s’est plu à le répéter.
- Expérience sur la vision des couleurs. — Les
- journaux américains rapportent le fait suivant : Un individu, prétendant avoir perdu l’œil gauche à la suite d’un accident, réclamait une indemnité. L’œil paraissait d’ailleurs parfaitement sain, et l’oculiste, appelé comme expert, le déclarait tel. Pour le prouver, il fit l’expérience suivante, basée sur ce fait que le vert et le rouge mélangés donnent du noir. On écrivit quelques mots avec une encre verte sur un carton noir, et on fit mettre au plaignant des lunettes dans lesquelles le verre de droite était rouge, tandis que le verre de gauche était blanc. Le plaignant put lire très facilement l’inscription, ce qui fit découvrir la fraude, car avec l’œil droit il aurait été impossible de déchiffrer les caractères verts sur un fond noir.
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- LA NATURE.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 avril 1887. — Présidence de M. Janssex.
- La vie des muscles. — M. Chauveau, en sou nom et au nom de M. Kauffmann, expose la suite de ses recherches sur les combustions concomitantes des contractions musculaires. Il a étudié spécialement le muscle releveur propre de la lèvre supérieure du cheval, qui remplit des conditions éminemment favorables au but poursuivi. Les auteurs se proposent, en effet, de mesurer exactement, à l’état de repos et à l’état de travail, le quantité de sang qui irrigue le muscle dans un temps donné, la quantité d’oxygène absorbé, la quantité d’acide carbonique excrété et de rapporter ces nombres au poids du muscle lui-même. Or il se trouve que, jouissant d’un privilège à peu près unique, le releveur propre de la lèvre supérieure, est desservi par une veine unique, dont il est dès lors facile de jauger le débit; il se trouve aussi que, le muscle en question présidant à la mastication, il est facile de le faire travailler à volonté. L’animal étant tué, rien n’est plus facile que d’isoler le muscle et de le peser. Quatre expériences ont été faites et les chiffres qu’ils ont donnés, sans être absolument définitifs, présentent cependant une concordance satisfaisante. Le muscle pesant 21 grammes, on trouve qu’à l’état de repos il reçoit 14gr,60 de sang en cinq minutes, et 100 grammes pendant qu’il travaille. En rapportant les nombres à 1 gramme de muscle et à une minute de temps, on trouve que l'irrigation sanguine croît, de repos à l’activité, de 142 milligrammes à 952 ; la consommation d’oxygène de 419 cent-millionièmes de gramme à 14199; et l’excrétion d’acide carbonique, de 125 cent-millionièmes de gramme à 25 709.
- Le calcaire pulvérulent de la terre végétale. — Tout le monde sent bien l’importance de doser exactement la proportion de carbonate de chaux contenu dans le sol arable; mais il se trouve que, si la proportion en est très faible, l’opération devient extrêmement difficile. M. Paul de Montdésir eut l’idée très ingénieuse de substituer à la recherche de la chaux dans les solutions, la mesure de la tension de l’acide carbonique dégagé. Supposons que la terre à analyser contienne un millième seulement de son poids de calcaire. On en prend 100 grammes qu’on délaye dans 100 centimètres cubes dans un flacon de 600 centimètres de capacité. Ce flacon, bien bouché à la partie supérieure, porte vers le bas une tubulure latérale dans laquelle est engagé un tube manométrique dans le flacon par un petit ballon de caoutchouc très mince. On ajoute alors un demi-gramme d’acide tartrique en poudre et on ferme hermétiquement. Les 100 milligrammes de calcaire dégagent 44 milligrammes d’acide carbonique correspondant à 22 centimètres cubes. 1/4 ou 1/5 se dissoudra dans l’eau et le reste se mêlera à l'atmosphère confinée. Ces 16 centimètres cubes déterminent à peu près 1/25 d’atmosphère de tension qui soulèvera dans le tube manométrique l’eau jusqu’à 40 centimètres de hauteur, c’est-à-dire d’une quantité très facilement observable et mesurable. D’après M. Schlœsing qui a présenté le mémoire, la nouvelle méthode est susceptible d’une très grande précision et rendra de grands services à la chimie agronomique.
- L'heure du dernier tremblement de terre. — Chargé par le Ministre d’une mission officielle dans la région agitée par le tremblement de terre du 23 février dernier,
- M. Offret adresse par l’intermédiaire de M. Fouqué un tableau sur lequel il a consigné l’heure notée au moment du phénomène le long de la voie ferrée, depuis Marseille jusqu’à Nice. En présentant ces chiffres, M. Fouqué annonce qu’ils n’ont d’ailleurs pas toute la précision désirable, ce qu’il attribue en partie à ce que les horloges des chemins de fer ne sont pas convenablement réglées.
- Eau sans microbe. — Un de nos ingénieurs les plus actifs et les plus heureux dans ses conceptions, M. Ch. Tellier, décrit un appareil qui permet de cuire l’eau sans la désaérer; de la débarrasser des microbes qui la rendent si dangereuse, sans la priver de l’oxygène dissous sans lequel elle est indigeste. Le liquide est placé, sans la remplir, dans une bouteille de fer, bouchée par un obturateur à vis et plongée dans une chaudière contenant une dissolution de sel marin, du carbonate de potasse, du chlorure de calcium ou toute autre substance retardant le point d’ébullition. Après une heure de cuisson,on plonge la bouteille dans l’eau froide et un robinet permet la consommation du liquide. M. Tellier pense que l’eau étant chauffée sous pression ne pourra se désaérer; peut-être cependant l’air dégagé ne se redissoudra-t-il pas aisément sans agitation et persistera-t-il à l’état gazeux au-dessus de l’eau même après le refroidissement. Ajoutons que le robinet de décharge est associé à un filtre destiné à prévenir l’introduction des germes dans la bouteille avec l’air remplaçant le liquide extrait.
- Coup de foudre extraordinaire. — L’illustre M. Col-ladon (de Genève) envoie des détails sur un coup de foudre qui a frappé un grand peuplier dans un village du canton de Berne. La commotion a occasionné des dégâts comparables à ceux de l’explosion d’une poudrière. La presque totalité des vitres du village ont été brisées et quelques-unes dans une maison éloignée de 700 mètres.
- Animaux morphinomanes. — Il résulte d’une lettre analysée par M. Vulpian que des singes et des chiens manifestent parfois au Cambodge la morphinomanie la mieux caractérisée. Ces animaux, habitués à vivre dans la fumée de l’opium, sont friands des résidus des pipes de leurs maîtres. S’ils en sont privés plus d’un jour ou deux, ils tombent dans un état de dépression semblable à celui des hommes morphinomanes qui ne satisfont pas leur vice, et ils ne peuvent être ramenés à l’état normal que par la fumée de l’opium.
- Varia. — En étudiant la compressibilité de l’eau, M. Amagat a constaté le déplacement du maximum de densité de ce liquide par la pression. — M. Brouardel se présente à la place vacante dans la section de médecine par suite du décès de M. Paul Bert. — On donne de la santé de M. Gosselin, président, des nouvelles qui sont loin d’être satisfaisantes. — M. Chatin a découvert une nouvelle espèce de truffe. — Les hydrates de l’arséniate de soude occupent M. Lescœurs. Stanislas Meunier.
- ——
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LES SOUS MAGIQUES
- Depuis quelque temps les marchands en plein air des rues de Paris vendent aux passants des sous magiques qui sont capables d’entrer dans une bouteille de vin ordinaire. Il s’agit bien d’une véritable pièce
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- 552
- LA NATURE.
- me-horlogers et
- de dix centimes, mais si on la tient dans la main, on sent qu’elle se plie exactement comme les battants d’une table de salle à manger. Les amateurs de canique, les
- tourneurs en cuivre peuvent facilement en fabriquer une semblable. Voici comment il faut opérer :
- À l’aide d’une scie très line à métaux, découpez la pièce en trois morceaux, soit par deux traits parallèles, ou mieux, en suivant les contours indiqués sur notre figure 1. Avec de l’adresse, on arrive à ce que les traits sont presque invisibles. Avant de scier la pièce, on a dû pratiquer à l’aide d’un tour, d’une scie ou d’une lime, une rainure ou gorge circulaire de 2 millimètres de profondeur tout autour de la pièce; cette opération doit être faite, nous le répétons, avant de découper la pièce.
- Dans cette gorge, on place un petit anneau de caoutchouc fortement tendu ;
- cet anneau avant sa tension doit avoir au plus 5 ou 4 millimètres de diamètre ; si le caoutchouc est bien dissimulé dans la rainure, la pièce découpée ressemble absolument à une pièce ordinaire.
- Grâce à ce procédé, on peut facilement faire entrer la pièce dans une bouteille, en plaçant les mains comme l’indique notre deuxième dessin (fig. 2.); la main qui replie la pièce masque l’ouverture du goulot, on y place le sou et, par un coup sec donné sur le goulot, on fait franchir à la pièce le col de la bouteille; grâce au caoutchouc, elle reprend aussitôt sa forme plate primitive, et vous la faites sonner contre le verre pour montrer que c’est bien une pièce de métal. Pour la faire sortir, il faut avoir soin que les traits de scie soient dans la direction de l’axe de la bouteille ; on incline légèrement celle-ci, le goulot en bas, et, par un ou deux coups donnés sur ce goulot, on fait tomber dans
- Fig. 1. — Pièce de deux sous destinée à entrer dans une bouteille. Elle est ligurée à gauche, avec son anneau de caout chouc distendu.
- Fig. 2. — Manière de faire entrer la pièce dans uue bouteille
- Fig. 3. — Le sou double
- la main la pièce, qui reprendra aussitôt sa forme
- primitive.
- Après le sou dans la bouteille, nous dirons quelques mots du sou double qui a été décrit dans le journal le Chercheur, auquel nous empruntons ces curieux amusements. Vous placez le sou préparé, dans votre main et faites bien voir qu’il y est seul; vous placez dessus l’autre main un moment, et, lorsque vous la retirez, il n’y a plus un sou mais bien deux dans la première main. Notre dessin (fig. 5.) montre,
- non pas comment il faut faire l’expérience, mais comment le sou double est fait : c’est tout simplement un sou ordinaire au-dessus duquel est placé une sorte de couvercle creux ayant l’empreinte d’un sou, et qui recouvre le premier si exactement que l’on peut croire qu’il s’agit d’une pièce ordinaire.
- Vous soulevez ce couvercle et vous le faites glisser à côté du sou ordinaire, montrant ainsi deux pièces au lieu d’une.
- Le couvercle est fabriqué par un procédé d’estampage d’une feuille de cuivre mince, placée sur un sou servant de moule. Ges petits objets sont vendus par des camelots qui parcourent les rues de Paris. Il n’est pas toujours facile de se les procurer.
- 11 est peut-être possible de reproduire le moule de cuivre, du sou, au moyen de procédés galvanoplastiques ; mais nous n’avons pas fait d’expérience pour le savoir, et nous ne saurions renseigner nos lecteurs d'une façon certaine sur ce point; quoi qu’il en soit, il y a l’a sujet à récréation intéressante pour les amateurs de physique. Dr Z...
- Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- V 7 27. -
- 7 MAI 1887.
- LA N A TU H E.
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- 15
- LES NOUVEAUX CANONS KRUPP Y.'f
- 11 n'est bruit, en ce moment, en Allemagne, que | des canons de gros calibre qui se fabriquent
- Fig. 1. — Nouveau canon Rrupp, de 143 000 kilogrammes, ayant une longueur de 16 mètres. — Au premier plan on a figuré, à la même échelle, une bouche à feu de campagne allemande, attelée de 6 chevaux
- les ateliers de la célèbre usine des bords de la Ruhr. Nos voisins d’ou-tre-Vosges nous semblent ravis du fait de cette fabrication merveilleuse et, dès lors, il y a lieu d’examiner si leurs applaudissements sont légitimes.
- Nous savions depuis longtemps que le matériel d’artillerie, spécial à la défense des côtes allemandes, comprenait : un canon long de quinze centimètres de place ; des canons longs de vingt et un et vingt-huit centimètres, en acier fretté, avec fermeture à coin cylindro - prismatique ; un mortier de vingt-et-un centimètres ; enfin, des canons des calibres de trente centimètres et demi, et quarante centimètres. Le canon de trente centimètres et demi 15e usée. — 4m umeslre.
- Fig. 2. •
- Projectile de 1300 kilogrammes d’un canou Krupp eu cours de fabrication.
- de hauteur. L’obus
- mesure 6m,70 de longueur et pèse 56 000 kilogrammes, y compris le poids du mécanisme de fermeture. En ce qui concerne les projectiles que lance cette bouche à feu, l’obus ordinaire est haut de 0m, 84 et pèse, tout chargé, 298k,200; l’obus de rupture, de même hauteur, est, tout chargé, du poids de 527k,300. La vitesse initiale de celui-ci est de 488 mètres sous la charge maxima de 72 kilogrammes de poudre.
- Le canon de quarante centimètres a dix mètres de long, — soit une longueur égale à la hauteur du mur d’escarpe de l’enceinte de Paris— et pèse 72000 kilogrammes. Ses projectiles mesurent lm, 12 ordinaire est du poids de 25
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- LA NATURE.
- (HO kilogrammes, charge intérieure comprise; l’obus de rupture, dans les mêmes conditions, 773 kilogrammes, c’est-à-dire plus de trois quarts de tonne. La vitesse initiale de ce dernier projectile est de 502 mètres sous la charge maxima de 502 kilogrammes de poudre. Nous savions aussi que M. Krupp a deux modèles de pièces L/35, c’est-à-dire du calibre de trente-cinq centimètres et d’une longueur égale à trente-cinq fois le calibre, soit 12m,25. Le plus léger de ces modèles—qui a figuré à l’Exposition d’Anvers — ne pèse pas moins de 120000 kilogrammes, affût non compris. Son mécanisme de fermeture à coin cylindro-prismatique (Rundkeilverschluss) pèse, à lui seul, 3750 kilogrammes. C’est le poids d’un canon de 15 centimètres en acier fretté !
- Nous apprenons aujourd’hui que l’usine d’Essen vient de procéder à la fabrication d’un canon du poids de 143000 kilogrammes. Cette pièce dite « 40 cm. Kanone L/40 » est, bien entendu, du calibre de quarante centimètres, mais elle diffère de sa similaire ci-dessus décrite en ce qu’elle est d’une longueur égale à quarante fois son calibre, soit seize mètres, ou, si l’on veut, l’étendue occupée sur le terrain de manœuvres par une bouche à feu de campagne attelée à six chevaux (Lange von 16 m. was etwa der Lange eines mit sechs Pfer-den bespannten Feldgeschüsses entspricht) (fîg. 1).
- A la pièce <? 40 L/40 » sont affectés deux projectiles. L’un, dit léger, a lm,12 de hauteur et 740 kilogrammes de poids. 11 peut prendre une vitesse initiale de 735 mètres et percer, à sa sortie de l’âme, soit une plaque en fer forgé de lm,142 d’épaisseur, soit deux plaques jumelées de 0m,55 et 0m,838. L’obus dit lourd est haut de lm,60 et pèse 1050 kilogrammes, soit plus d’une tonne, plus que le poids d’une pièce de douze centimètres de siège ! La charge à employer pour le tir s’élève au chiffre de 485 kilogrammes de poudre brune, prismatique, de la poudrerie de Dünwald. Quatre cent quatre-vingt-cinq kilogrammes, soit près d’une demi-tonne!... c’est plus que le poids d’une pièce de campagne, sans son affût! Sous cette énorme charge, l’obus lourd est capable d’une vitesse initiale de 640 mètres et perce, à sa sortie de l’àme, soit une plaque en fer forgé de 1Q1,207, soit un système de deux plaques jumelées de 0m,60 et 01U,88 d’épaisseur.
- La Gazette de Cologne, à laquelle nous empruntons la plupart des données qui viennent d’être exposées, ajoute que la pièce « 40 L/40 » est le plus grand canon du monde (das grossie Geschüss der Welt) mais qu’elle ne jouira pas longtemps du privilège de cette prééminence. Il parait, en effet, que M. Krupp se prépare à fabriquer un canon du calibre de quarante-cinq centimètres et du poids de cent cinquante mille kilogrammes. Le projectile de cette pièce monstre mesurera un mètre quatre-vingts de hauteur, soit la taille d’un bel homme (Lange eines ausgewachsenen Mannes) — et ne pèsera
- pas moins d’une tonne et demie ou quinze cents kilogrammes. Un homme de taille moyenne (fig. 2) sera donc un peu moins grand que ce projectile.
- Il est possible que tous ces chiffres aient été quelque peu majorés par les journaux d’outre-Vosges qui tiennent sans doute à nous impressionner; mais n’insistons point à cet égard.
- Pour ce qui est de la puissance de perforation des projectiles du grand canon « 40 L/40 », la presse allemande fait observer que, en 1868, l’artillerie n’était pas capable de percer en millimètres ce qu’elle perce aujourd’hui en centimètres. Ultérieurement, on a, dit-elle, admis ce principe qu’un obus doit avoir raison d’une épaisseur égale à son calibre. Or « le plus grand canon du monde » perfore une plaque dont l’épaisseur mesure trois fois le diamètre de son âme. Quel progrès considérable, s’écrient les journaux allemands, comme les Français et les Anglais vont en être jaloux! (Welch gewaltiger Fortschritl, um den uns Franiosen und Englan-der noch lange beneiden werden).
- Jaloux de cela!.. Pourquoi donc? Nous ne le sommes pas le moins du monde. Gomment pourrions-nous l’être?
- D’abord, nous possédons une bouche à feu de très gros calibre dont nous avons ici même donné une description détaillée1. Nous entendons parler du canon de siège et place, de marine et de côtes, de 0m,340, en acier. Du poids de 37 tonne's et demie, cette pièce mesure, on se le rappelle, llm,20 de longueur. Le projectile est d’un poids qui varie de 420 à 600 kilogrammes, suivant son organisation intérieure. Il peut contenir 40 kilogrammes de poudre comprimée. L’ogive en est très allongée et, à raison même de cette forme élégante, il tombe toujours sur. sa pointe, même pour des angles de chute d’une amplitude voisine de 60 degrés. La charge à employer varie de 180 à 200 kilogrammes, suivant la, nature de la poudre. Quant aux propriétés balistiques de la pièce, elles sont fort remarquables. Son projectile est capable d’une vitesse initiale de 650 mètres et la portée maxima de cet obus, de 1H,,27 de haut, est de 17 à 18 kilomètres — soit la distance de Paris àMontgeron par le chemin de fer P. L. M., ou celle de Paris à Versailles via rive gauche. Enfin, la justesse de la pièce de 0m,340 est très supérieure à celle du canon de 0m,240 en acier. Or cette dernière bouche à feu est déjà tellement justç qu’aucun de ses projectiles ne saurait manquer un navire en marche et qu’on est sûr avec elle de jouer contre l’adversaire ce jeu dont la devise est : A tout coup l'on gagne! Eh bien! nous n’hésitons pas à déclarer que ces résultats nous semblent satisfaisants, nous voulons dire très suffisants, et qu’il n’est pas besoin de rechercher un mieux qui peut être l’ennemi du bien.
- Que si l’on ne pensait pas devoir admettre cette opinion, on veuille considérer que l’industrie fran-
- 1 Voy. u0 625, du U mai 188a, p. 358.
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- çaise est parfaitement en mesure de produire des bouches à feu de tel calibre qu’on voudra. A cet égard il n’y a, pour ainsi dire, pas de limite, et c’est même cette considération qui a inspiré à Jules Verne l’un de ses plus jolis Voyages extraordinaires. En ne tenant, d’ailleurs, compte que des conditions terrestres du problème, on peut se convaincre que les grandes usines de notre pays sont plus puissamment outillées que l’usine d’Essen et, par conséquent, mieux à même de forger de grosses pièces d’acier. M. Krupp est, dit-on, très fier de ses deux marteaux-pilons auxquels d a donné des noms d’homme :• Max et Fritz; mais, en somme, ces appareils ne sont que de cinquante tonnes et de trois mètres de chute. Or le Creusot et Saint-Chamond (compagnie des Hauts Fourneaux, Forges et Aciéries de la marine et des chemins de fer) possèdent chacun un marteau-pilon à vapeur de cent tonnes, de cinq mètres de chute, desservi par quatre fours et quatre grues. Ces engins colossaux sont encore les deux seuls qui existent à la surface du globe.
- Mais pourquoi procéder k la fabrication de pièces monstres analogues k celles que M. Krupp vient de produire ou dont il médite la production prochaine? Les bouches a feu d’un tel calibre ne trouvent leur emploi que dans des cas spéciaux : en batterie sur la côte ou k bord d’un navire. Ce n’est pas avec un matériel de ce genre qu’on fait la guerre ; c’est avec du canon de campagne. Nos voisins d’outre-Vosges le savent bien. Si la guerre dont on nous menaçait tout récemment, n’a pas violemment éclaté, l’une des raisons de ce fait est que les Allemands n’ont pu s’empêcher de constater que leur matériel de campagne n’est pas aussi puissant que le nôtre; que l’obus de notre canon de 90 est du poids de huit kilogrammes, tandis que celui de leur canon lourd de neuf centimètres n’en pèse pas sept. Or cette différence a sa valeur. Les chasseurs savent bien quelle importance il leur faut attacher au numéro du plomb dont ils font usage.
- Cela posé, il convient d’observer que le prix de revient d’une pièce telle que le « 40 centimètres Kanone L/40 » ne doit pas s’élever k moins d’un million et demi ou deux millions de francs. Or, moyennant crédit de pareille somme, on peut avoir dix k quinze batteries complètes, c'est-à-dire comprenant, outre les soixante k quatre-vingt-dix bouches k feu, tous les accessoires nécessaires : allùts, avant-trains, caissons, artifices, armements, assortiments, rechanges et harnachements.
- Franchement, entre les deux acquisitions, l’hésitation n’est pas possible.
- Enfin, faut-il le dire? nous ne pensons pas que, le jour où elles croiraient devoir se munir de matériel de gros calibre, les puissances étrangères songent k s’approvisionner k l’usine d’Essen ; et ce, k raison des accidents mémorables dus k l’imperfection de nombre de bouches a feu sorties de cet établissement célèbre. Elle est déjà longue, la liste des éclatements qui se sont produits non seulement en Allemagne,
- mais encore en Russie, en Bohême, en Italie, en Turquie, en Roumanie. A ne parler ici que de ce qui s’est passé en France, en 1870-71, il est constant que, de soixante-dix pièces de gros calibre allemandes en batterie contre les fronts sud-ouest de l’enceinte de Paris, trente-six — soit plus de la moitié — ont été mises hors de service pendant les quinze premiers jours du bombardement, et ce, du seul fait de leur tir... si bien que, de l’avis de M. de Moltke lui-même, les batteries de siège allemandes eussent été réduites au silence si les défenseurs avaient pu tenir une semaine de plus. Il est également certain que, au cours de la campagne de la Loire, vingt-quatre canons du prince Frédéric-Charles ont de même été mis hors de service, du seul fait de leur tir. Et, résumant l’histoire de ces accidents multiples, le duc de Cambridge a cru pouvoir affirmer à la Chambre des Lords (séance du oO avril 1876) que DEUX CENTS canons Krupp ont éclaté durant la guerre franco-allemande! Les ingénieurs de l’usine d’Essen ont-ils, depuis cette époque, amélioré leurs procédés de fabrication? Il est permis d’en douter attendu que, tout récemment, la Marine italienne refusait kM. Krupp des canons de quarante centimètres dont les tubes ne se trouvaient que très imparfaitement corroyés.
- Les nombreux accidents signalés doivent-ils être attribués aux défauts du métal employé? Proviendraient-ils du fait d’un frettage défectueux? Seraient-ils dus k l’un des nombreux inconvénients inhérents au système de fermeture k coin cylindro-prismatique (.Rundkeilverscldüss) ? Sans doute k la concomitance de ces causes réunies1.
- Lieutenant-colonel HeniXebert.
- SONDAGES ET FORAGES
- Notre colonisation en Afrique, soit dans la région algérienne, soit dans la région tunisienne, soit au Congo, est considérablement facilitée par les forages de puits artésiens qui s’y exécutent.
- L’histoire des Puits artésiens remonte, pour l’Al-
- 1 Depuis qu’une loi de 1885 a proclamé la liberté du commerce des armes de guerre, l’industrie française a fait prévaloir dans l’opinion publique le fait incontestable de la supériorité de ses moyens d’action. Pour les hommes compétents, elle l’emporte déjà, sous le rapport de la qualité des produits, sur toutes les concurrences étrangères. Il est notoire que la prééminence de la France s’est, dès à présent, accusée pour ce qui est de la fabrication de l’acier et de l’observation des vrais principes de construction des bouches à feu. De ce fait, la marine française n’a jamais eu d’éclatements de canons d’acier; elle est même restée indemne de tout accident en suite du tir de ses canons en fonte, tubés et frettés; toutes ses pièces sont dotées de qualités remarquables. On sait, par exemple, que, lors du bombardement de Fou-tcheou et des combats de la rivière Min, les navires de la Hotte de l’amiral Courbet ont ouvert et conduit leur feu avec une précision et une puissance d’effets telles que le personnel embarqué à bord des navires anglais n’a pu s’empêcher d’acclamer avec enthousiasme les résultats du tir de nos matelots-canonniers.
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- LA NATURE
- gérie, aux époques les plus reculées. Les sondeurs arabes qui ont creusé les nombreux puits indigènes qui existent dans le désert, notamment dans le sud de la province de Constantine, formaient jadis une corporation très estimée et même vénérée des Arabes.
- Le R’tas, ainsi se nomme le sondeur indigène, a, de tout temps, joui de grands privilèges parmi les populations sédentaires ou nomades du sud de l’Algérie. Son métier très dangereux, et les avantages immenses que les Arabes retiraient de ses travaux, en faisaient un être à part. L’explication du fonçage d’un puits artésien par le R’tas nous amènerait très loin, mais pour juger du danger que présente son travail, il faut se figurer un puits carré de 0m,70 de côté et de 60 à 80 mètres de profondeur environ, blindé en bois de tronc de palmier (le seul arbre qui ôxiste dans la région des puits). Le R’tas descend, s’enfonce petit à petit dans ce pig. puits percé tout entier dans l’argile et arrive
- sur la couche de poudingue rouge qui recouvre la partie artésienne. Cette couche est percée à l’aide d’une pioche, et l’eau qu’elle retient prisonnière jaillit à ce moment avec une telle force qu’il arrive assez souvent que le malheureux sondeur est brus-
- Outils de sondage.
- quement rejeté, aplati contre les parois du puits, l'eau remonte en peu de temps à la partie supérieure sur le sol et rejette inanimé le corps du R’tas.
- L’arrivée des ateliers de sondage français, en 1856, a presque fait disparaître le sondeur indigène. Nous avons pu, malgré cela, en rencontrer quelques-uns dans le cours d’un voyage que nous avons fait en 1882 dans le sud de la province de Constantine.
- Aujourd’hui leurs travaux sont complètement arrêtés, c’est un métier qui a disparu, et les colons français avec leurs ateliers de sondage les font de plus en plus oublier.
- Les ateliers français appartenant à l’État, ont chaque année foré un grand nombre de puits, et ont été conduits par M. Jus, ingénieur, ancien élève de notre École d’Arts et Métiers d’Angers, auquel revient une grande part de la prospérité dont certaines régions d’Algérie ont bénéficié depuis. Malgré que M. Jus fût aidé dans ses travaux par des soldats des bataillons d’Afrique, ce n’est pas sans difficulté qu’il a pu procéder à ses premiers travaux ; à plusieurs reprises sa vie a été en danger. Les Arabes voyaient d’un mauvais œil un Français qui représentait encore pour eux l’ennemi envahisseur, détrôner
- - 1. Trépans. . Cuillers.
- 2. Barres de sondage.
- Terrasse du Square 33.272 JH__________
- 33.347 32,442 33,262
- 33.61 G
- Sables
- vente
- Fig.2. — Cra;i e géologique du Qiamp-de-Mars parallèle à l’avenue de $uffreu, de l’Ecole militaire a la Seine. — Sondages pour études
- de terrain exécutés pour l’Exposition universelle de 1889.
- «r
- le pouvoir indiscuté du R’tas; c’était une défaite dont leur amour-propre souffrait beaucoup. Mais devant les avantages qu’ils tirèrent des travaux de M. Jus, ils en vinrent à le vénérer autant qu’ils le détestaient au début, et aujourd’hui encore ce dernier jouit d’une considération entourée de respect que beaucoup de marabouts lui envieraient.
- Le premier atelier de sondage appartenant aux colons fut installé par MM. Fau, Foureau et Cie qui ont fondé depuis la Compagnie de l’Oued Rirh dont
- le siège est k Biskra. Le premier sondage artésien exécuté par cet atelier a jailli au mois de décembre 1881 et a donné dans l’oasis de Tamerna Djidda, k une profondeur de 56 mètres, un débit de 4000 litres par minute. Cet atelier était alors dirigé par M. Boutain, ce fut le dernier poste français que rencontra le colonel Flatters lors de sa malheureuse excursion chez les Touaregs.
- Il a fonctionné jusqu’au mois de mai 1882 et a foré cinq puits artésiens dans l’Oued Rirh. Les pro-
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- LA- NATURE.
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- fondeurs de ces différents puits ont varié de 50 à 80 mètres et leur débit moyen de 2000 à 4000 litres par minute. L’arrêt du travail a eu lieu en 1882 à cause de l’élévation de la température; l’atelier était alors dans l’oasis de Touggourt. Depuis cette époque la Compagnie de l’Oued Kirh a continué ses travaux, tant en forages qu’en plantations de palmiers, et son avenir est complètement assuré grâce à l’énergie de ses directeurs qui n’ont pas craint de faire pour leurs besoins personnels les sacrifices qui avaient été jusque-là supportés difficilement par l’Etat.
- L’histoire militaire de notre colonie d’Afrique est, par maints endroits, liée à celle des puits artésiens,
- Fig. 5. — Appareil de sondage, ayant servi pour les travaux
- ( D’après une ]
- et la facilité avec laquelle les Français, avec leur outillage perfectionné, faisaient jaillir l’eau du désert, en imposait aux Arabes comme Christophe Colomb annonçant l’éclipse du soleil aux sauvages de Saint-Domingue.
- En Tunisie les forages artésiens suivent également une marche régulière et le temps n’est pas éloigné où le nombre des oasis sera doublé grâce au procédé de forage français. Pour cette région les études préliminaires pour la réalisation du projet connu sous le nom de Mer intérieure du commandant Rou-daire, ont considérablement avancé la reconnaissance du régime artésien. C’est en faisant les son-
- préparatoires de la Tour Eiffel, au Cliamp-de-Mars, à Paris.
- dages d’études pour le canal devant faire communiquer les chotts avec la Méditerranée que nos ingénieurs ont reconnu la présence du régime arté-, sien de la Tunisie, lequel est le même que celui de l’Oued Rirh.
- En France, les bassins artésiens sont nombreux, cependant ils sont limités aux vallées de nos principaux fleuves : Seine, Rhône, Loire, Garonne. Paris est le centre du bassin artésien1 de la Seine, et le
- 1 Citons, pour mémoire, le puits de Grenelle que tout le monde connaît et qui a été foré par M. Mulot. Deux autres puits sont en construction à Paris, l’un place Hébert à la Yil-lette, l’autre à Montrouge, à l’endroit appelé la « Butte aux cailles ». Les travaux de celui-ci ont été arrêtés en 1872, à une profondeur de 540 mètres, et ne seront probablement repris que lorsque celui de la place Hébert sera terminé. Ce dernier
- point où les forages sont le plus profonds pour obtenir l’eau jaillissante. Les eaux sont renfermées dans les sables et grès verts qui font partie de l’étage du terrain crétacé inférieur, subdivision du Gault.
- Les sables verts viennent affleurer sur les collines qui forment les déversoirs des fleuves ; par ces affleurements l’eau pénètre dans ces sables qui forment
- est en construction depuis 12 ans et on est arrivé actuellement à une profondeur de 090 mètres et l’eau ne jaillit pas encore. Le cuvelage ou blindage de ces puits se fait en tôle, le diamètre du forage est de 1“,20 environ. L’eau en est destinée à l'alimentation, comme celle des puits de Grenelle et de Passy. Les eanx de ces derniers ont de 9° à 12° hydrotimétriques tandis que l’eau de Seine varie entre 18° et 20°; il faut, pour l'avoir, dépasser les sables et grès verts et parvenir aux terrains jurassiques*
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- ainsi un immense réservoir. En outre des sables verts, certains terrains peuvent donner naissance à des régimes artésiens. Il suffit que le point où s’exécute le forage puisse être inférieur comme hauteur de niveau a celui où le régime se forme. Les vallées de la Garonne et du Rhône sont également favorisées par les régimes artésiens des sables verts ou bien par d’autres provenant des terrains disposés de façon analogue. Le Médoc, dans la Gironde, possède de nombreux puits artésiens qui servent à l’irrigation des vignobles ravagés par le phylloxéra. Il en est de même dans la région de Perpignan.
- Presque toutes les industries mécaniques ont besoin de grandes quantités d’eau, notamment celles qui sont actionnées par des machines Corliss et autres à condensation, qui demandent une alimentation continue. Les puits artésiens n’étant pas toujours possibles, ou étant quelquefois assez coûteux, il est plus pratique de prendre l’eau dans les terrains supérieurs. Chaque formation géologique renferme un ou plusieurs régimes d’eau que l'on réunit au moyen d’un forage dans lequel est installée une pompe qui refoule dans les réservoirs la quantité d’eau voulue.
- A Paris, par exemple, où les puits artésiens ont de 550 à 650 mètres de profondeur, on n’y a pas recours généralement en raison de la dépense ; certaines usines, comme la raffinerie Say, en sont néan-’ moins pourvues. Celui-ci a 577 mètres de profondeur.
- L’eau des usines est fournie en presque totalité : 1° par les sables et graviers de la vallée de la Seine (diluvium) que donnent les eaux d’infiltration du fleuve; 2° par les calcaires grossiers supérieurs et inférieurs qui font partie de l’étage éocène, subdivision de l’éocène moyen ; 5° par les sables du Sois-sonnais, étage éocène, subdivision éocène inférieur; 4° enfin dans la craie, étage du crétacé supérieur.
- Ce dernier étage ayant à Paris 400 mètres d’épaisseur, tous les puits non jaillissants s’arrêtent dans cette couche, ou bien dans les terrains supérieurs si la nécessité du débit d’eau désirée n'oblige pas d’aller aussi bas.
- Les différents régimes d’eau traversés par le forage se réunissent à l’intérieur d’un tube en tôle descendu jusqu’au fond et communiquant ainsi ensemble. On a soin de ménager dans chaque couche différente de terrain des croisements de tubes ou des trous pour permettre à l’eau de venir dans l’intérieur des tubes du forage. Toutes ces nappes en communication donnent un niveau d’eau moyen, un niveau statique des eaux du forage. Ce niveau, pour Paris, se maintient à la cote -j- 28 a -b 50 au-dessus du niveau de mer, soit approximativement la cote de la Seine.
- Suivant les emplacements et les besoins, les pompes sont installées dans des puits maçonnés de lm,20 à 2 mètres de diamètre, foncés jusque vers la cote —f- 28 à -b 50. Les pompes doivent être scellées à environ I mètre au-dessus du niveau de l’eau, et l’aspiration descendue dans le forage. La rupture de l’équilibre des nappes produite par l’aspiration de la pompe met en mouvement les différents régimes
- réunis dans le forage. Le niveau de l’eau descend d’une quantité variable suivant le débit de la pompe et le diamètre de forage (1 à 5 mètres environ quand le forage a été bien étudié), puis il se maintient toujours au même point pendant la marche de la pompe pour remonter à son niveau primitif.
- Certains cas spéciaux de grand débit nécessitent des pompes particulières dont le piston se meut à plusieurs mètres au-dessous du niveau de l’eau. Ces cas particuliers sont étudiés avec soin et donnent malgré leur apparente difficulté de bons résultats.
- Une étude par le détail des procédés de forage nous mènerait trop loin pour le cadre dont nous disposons ; nous désignerons cependant les outils employés pour ce genre de travail ainsi que l’usage auquel ils sont destinés, nous donnons ci-joint le dessin des principaux (fig. 1 ) :
- 1° Le trépan ou ciseau sert à percer tous les terrains, durs ou tendres, quelles que soient leur épaisseur et leur nature ; cet outil a des formes en rapport avec les terrains qu’il est appelé à percer.
- 2° La cuiller qui sert à remonter les terrains primitivement brisés par le trépan; la forme de cet outil est également subordonnée à la nature des débris à remonter.
- 5° La barre de sonde ou tige de fer portant un filetage, mfile à l’une de ses extrémités et femelle à l’autre. Ces barres, dont les longueurs vont de 1 à 8 mètres, se vissent les unes au-dessus des autres au fur et à mesure de l’approfondissement. C’est sur la dernière barre dépassant l’orifice du sondage que se font les manœuvres de la sonde : enlèvement, déclenchement, mou' ement tournant, etc. Ces tiges, suivant les diamètres et profondeurs du forage, sont en fer carré de 20, 50, 40, 50 millimètres.
- 4° Les outils accessoires tels que : tourne à gauche, agrafes, anneaux, détentes, griffes, etc.
- 5° L’appareil de levage ou chèvre, muni d’un treuil spécial pour le sondage ; ce treuil peut, suivant les cas, être mû a bras ou par un moteur.
- Les procédés de sondages s’emploient également pour les études de terrains, pour recherches de minerai, charbon, sources thermales ou gazeuses, pour l’établissement de fortes maçonneries, telles que culées de pont, piles, travaux de balisage, d’établissement de phares en pleine mer, etc.
- Grâce à l’obligeance de M. Bécot, ingénieur sondeur, qui a bien voulu nous fournir une partie de ces renseignements, nous pouvons donner ci-joint une coupe géologique des terrains du Champ-de-Mars faite d’après les sondages exécutés sous la direction du service des mines pour l’établissement des palais de l’Exposition de 1889 et des fondations de la tour Eiffel (fig. 2). Cette coupe, parallèle à l’avenue de Suffren, commence à l’Ecole militaire et se termine à la Seine. Nous donnons également la reproduction d’une photographie montrant en service l’appareil qui a servi, il y a quelques semaines, aux travaux préparatoires des fondations de la tour Eiffel (fig. 5). On y voit figurer la plupart des outils
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- qui servent aux forages ordinaires'et notamment le tourne à gauche, le trépan, la barre de sonde et la chèvre. Ces fouilles étaient indispensables pour assurer la solidité des masses métalliques qui vont reposer sur les bases de la tour.
- Le pont construit récemment dans la ville de Chà-teauroux (Indre) repose sur neuf piles en fer qui ont été descendues dans des forages de 0m,40 de diamètre et percés dans une roche qui forme le lit de l’Indre, puis bloqués par un béton spécial coulé au travers de l’eau.
- Quelques ingénieurs ont employé et emploient encore un système de sondes à tiges creuses, appelé système lauvel. Ce mode de forage ne s’est pas généralisé à cause de ses nombreux inconvénients :
- 1° Matériel très coûteux et se détériorant facilement.
- 2° Impossibilité de forer à un grand diamètre.
- 3° Accidents nombreux pendant la durée du travail, notamment l’emprisonnement fréquent de la sonde dans le forage où elle reste prise dans les déblais.
- Aussi n en parlons-nous que pour mémoire, son emploi étant très restreint et tendant à disparaître.
- En résumé, l’industrie du sondage a fait de réels progrès depuis quelques années, et, ainsi que nous le disions au début de cette étude, elle a été et est encore d’un grand secours pour la colonisation de nos provinces d’Afrique. Ajoutons que c’est à la France et aux ingénieurs français que nous devons d’avoir vu cette industrie prendre le développement quelle a et qui ne fait que s’accroître.
- \VES GoÉDON, Ingénieur civil.
- LA GROTTE DE MARSOULAS
- (haiite-garonnf,)
- Dans une communication récente à l’Académie des inscriptions, je faisais ressortir les aptitudes artistiques des populations primitives du midi de la France; les fouilles que vient d’exécuter M. l’abbé Cau-Durban nous apporteraient, s’il en était besoin, une preuve nouvelle.
- La grotte de Marsoulas mesure 55 mètres de longueur sur une largeur moyenne de 5 mètres et une hauteur de 6 mètres. Durant les temps paléolithiques elle a servi à plusieurs reprises d’habitation à l’homme. Sous une couche d’éboulis d’une épaisseur de 0,n,80, s’étend un lit d’argile assez fine; c’est à ce niveau que se sont rencontrées les traces des foyers supérieurs. M. Cau-Durban a recueilli des grattoirs, des burins, des pointes de flèches en silex, des pointes de javelot en bois de renne dont quelques-uns mesurent jusqu a vingt centimètres, une corne de cervidé portant des chevrons, des traits, des lignes pointées, essais d’une ornementation encore bien primitive, deux pendeloques enfin percées d’un trou de suspension et ayant probablement servi d’amulettes. L’un d’eux est formé; de l’os pénien
- d’un ours (fig. I); l’autre est un os de plus grande taille, arrondi à l’une de ses extrémités et portant comme ornementation six sillons parallèles. La faune était représentée par l’ours, le cheval, le loup, le putois, quelques autres mammifères enfin, dont les ossements fragmentés ne permettaient guère la reconstitution.
- Les foyers du deuxième étage étaient établis sur de larges dalles de calcaire calcinées par le feu et séparées des premiers par une coucbe de graviers et de débris dont la puissance variait de 0m,20 à 0m,40. Au milieu de ces débris gisaient de nombreux instruments en silex, des lames, des percuteurs, des per-çoirs, des grattoirs de toutes dimensions, des pointes de flèche en forme de feuilles de saule, un petit* mortier en calcaire blanc assez semblable à ceux trouvés dans la célèbre grotte de la Madelaine, quelques grains de peroxyde de manganèse destinés probablement au tatouage déjà à la mode à cette époque. Il faut aussi citer des aiguilles en os percées d’un chas et dont quelques-unes sont d’une extrême finesse, le fragment d’un bâton de commandement, s’il est possible de lui donner ce nom, portant en relief autour d’un trou creusé à la partie supérieure des cordons parallèles, enfin des pointes en bois de renne ornées de figures géométriques.
- C’est à ce niveau que les dessins, les ornements gravés ou incisés se rencontrent pour la première fois ; parmi les plus curieux nous mentionnerons un fragment d’os chargé d’ornements réguliers (fig. 2) ; ces gravures rappellent des gravures à peu près identiques trouvées dans la vallée de la Vézère et reproduites dans les Reliquiæ Aquilanicæ L La distance qui sépare la Haute-Garonne de la Dordogne, Marsoulas de la Madelaine, devait être difficile à franchir pour nos troglodytes ; des communications existaient cependant entre eux et à tous les points de vue, celte identité de goûts, d’habitudes, d’essais artistiques, est intéressante à signaler.
- La pièce la plus remarquable qui ait été trouvée à Marsoulas est un fragment de côte sur lequel est gravé un ovibos (fig. 3) 2. Le dessin est traité avec-une parfaite connaissance des formes anatomiques ; les ombres destinées à mettre certaines parties en relief sont indiquées, le trait est vigoureux ; il y avait évidemment un instinct artistique chez l’homme qui figurait avec autant de précision l’animal qu’il avait sous les yeux, et s’il n’atteignait pas l’étonnante perfection du graveur de Montgaudier, le sentiment de l’art existait déjà chez lui à un haut degré.
- Une couche de terre mêlée de graviers, dont l’épaisseur ne dépasse guère dix centimètres, s’étend sous les dalles dont nous venons de parler et recouvre les foyers inférieurs, les plus anciens de tous. Ils sont peu riches en produits de l’industrie humaine;
- * pi. X, fig. fi et 72.
- ~ L est M. Cartailhae, qui dans une visite à Marsoulas a recueilli cette pièce. C’est aussi notre savant collègue qui a déterminé l’animal. Nous acceptons cette opinion tout en observant que ni les photographies ni les moulages ne l’appuient comme nos lecteurs peuvent en juger.
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- on n’y trouve aucun objet en corne ou en os, mais seulement des pointes de silex soigneusement retouchées sur une de leurs faces, quelques grattoirs fort courts, quelques couteaux de petite dimension. Les os des mammifères étaient brisés en menus fragments et calcinés par le feu ; leur détermination était peu facile; on a pu cependant reconnaître le bœuf et le renne.
- La grotte de Marsoulas a donc été habitée à trois reprises différentes, séparées par des intervalles assez longs, si nous en jugeons par les amoncellements de terre, de sable, de débris de toute sorte qui séparent les foyers. Mais ces amoncellem e n t s tiennent à des causes qui sont rarement semblables ; il est impossible d’accepter leur puissance comme un chronomètre absolu.
- Bien que la faune ne soit pas très exactement déterminée, elle parait sensiblement la même aux trois niveaux ; il faut la rattacher à l’époque quaternaire la plus récente ; on n’y rencontre ni le mammouth, ni le rhinocéros, ni les grands félidés qui ont donné un si vif intérêt aux découvertes de Montgaudieretde la Chaise.
- Une autre conclusion ressort des faits que nous venons de résumer. Le goût de l’ornementation ne se montre guère que chez les hommes qui habitaient la grotte durant la deuxième période. C’est chez eux que se rencontrent les représentations d’animaux, les dessins réguliers. Les habitants de la grotte aux autres niveaux, à en juger parleur mobilier, étaient plus grossiers, moins avancés en civilisation, s’il est possible de se servir de ce mot. Ajoutons que la poterie manquait complètement à tous les niveaux ; l’art du potier était donc inconnu de nos troglodytes. Un n’a pas recueilli non plus, du moins M. Cau-Durban ne les mentionne pas, d’ossements humains; cela est regrettable, car ils auraient permis de déterminer la race de Marsoulas ; selon toute apparence elle se rapproche des races de la Yézère.
- Nous disions, en commençant, que les gravures ou les sculptures que l’on peut dater des temps pa-
- léolithiques ne sesont rencontrées jusqu’ici que dans une région limitée au nord par la Charente, au sud par les Pyrénées, et qui à l’est ne s’étend guère au delà du département de l’Àriège. Dans toute cette région les fouilles ont donné de nombreuses représentations d’êtres vivants plus ou moins bien rendues, mais où il est facile de reconnaître l’homme, le mammifère, l’oiseau, la plante que l’artiste a voulu figurer. Jusqu’ici je ne connais qu’une exception aux limites que j’indique, ce sont les découvertes faites à Thayngen dans une grotte située entre la Suisse et le Wurtemberg. Là, il a été trouvé de
- nombreuses gravures d’animaux ou de végétaux reproduits avec une grande fidélité. Nous citerons un renne au pâturage véritablement remarquable, et qu’on ne peut mieux comparer qu’au bâton de commandement de Montgaudier, récemment reproduit par La Nature.
- Dans la vallée du Petit Morin, M. de Baye décrit des figures humaines burinées sur les parois des cavernes explorées par lui avec tant de succès. Mais
- outre que ces figures sont postérieures à l’âge du renne, elles sont de l’exécution la plus défectueuse. Les gravures sur os découvertes par M. Dupont dans les cavernes situées sur les bords de la Meuse ou de la Cesse sont non moins grossières, on ne peut mieux les comparer qu’aux essais informes dont les écoliers se plaisent à barbouiller leurs cahiers. Je ne connais soit en Allemagne, soit en Espagne, ni gravures, ni sculptures et parmi les milliers d’objets paléolithiques recueillis en Angleterre, on ne cite qu’une tête d’équidé gravée sur un os trouvé à Cresswell-Crags.
- 11 plaît de penser què dès ces temps reculés, nos vieux ancêtres étaient les premiers, presque les seuls à avoir des goûts artistiques et qu’au milieu de leurs dures luttes pour la vie, ils aimaient à reproduire les objets qu’ils avaient sous les yeux; c’est là une des plus curieuses découvertes des temps préhistoriques. Marquis de Nadaidlac.
- Fig. 2. — Fragment d’os avec dessins réguliers.
- Fig. 3.— Fragment de côte portant une gravure d'ovibos, trouve dans la grotte de Marsoulas (Ilaute-Garonne).
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- BICENTENAIRE DE LULLI
- Ce grand musicien est mort à Paris, au commencement de mars 1687.
- Le deux-centième anniversaire de cet événement étant passé inaperçu dans la ville où il a introduit l’Opéra, La Nature a cru devoir remplir cette lacune en donnant quelques détails sur la carrière extraordinaire d’un homme d’un génie singulier, et dont certaines créations sont encore populaires. En effet on lui doit le chant inimitable « Au clair de la lune, mon ami Pierrot », et M. de Louvois lui com-manda quelques-unes des marches et des sonneries, qui depuis prèsde deux siècles ont conduit si souvent les troupes françaises à la victoire.
- Mademoiselle de Mont-
- pensier, si connue dans les chroniques sous le nom de la Grande Mademoiselle, ayant appris que le chevalier de Guise allait en Italie, le pria de lui ramener un petit page. Un jour que le chevalier se promenait dans les environs de Florence, il vit un petit gamin d’une douzaine d’années qui raclait du violon à ravir et faisait danser ses petits camarades. Ce gamin était le fils d’un pauvre meunier qui ne demanda pas mieux que de se débarrasser de sa progéniture. Mais quand le chevalier arriva à Paris avec son page, mademoiselle de Montpensier ne trouva pas la jeune recrue à son goût. Il fut donc décidé qu’on la ferait entrer dans les cuisines, comme aide-marmiton ou laveur de vaisselle.
- Le jeune Italien avait-il apporté avec lui son violon, ou trouva-t-il le moyen de se procurer un
- Portrait de Lulli, d’après une gravure du temps. A propos du deux-centième anniversaire de sa mort.
- Lulli enfant dans les cuisines de Mademoiselle de Montpensier. Composition inédite de M. C. Gilbert.
- mauvais crin-crin, l’histoire n’a point éclairci ce | détail. Ce que l'on sait, c’est que le petit marmiton
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- LA NATURE.
- continuait à faire danser ses petits camarades avec des airs de sa façon. Le comte de Nogent, ayant surpris Lully au milieu de ses exercices, fut si charmé de ce qu’il avait entendu, qu’il fit un rapport tout à fait extraordinaire à mademoiselle de Mont-pensier. Celle-ci revenant de sa prévention tira Lully des fourneaux et le fit entrer dans sa musique. Mais Lully, qui changea son nom en celui de Lulli, était un enfant espiègle, et même fort mauvais sujet.
- Un jour un rimailleur du temps fit une complainte contre Mademoiselle, et Lulli s’empressa de mettre la complainte en musique. Lulli fut chassé, mais il ne tarda pas à être recueilli par Louis XIV qui le chargea de recruter une bande de musiciens et de lui constituer un orchestre. Lulli fit entrer dans la musique ses anciens camarades, les marmitons de Mademoiselle. Mais ces gamins menaient une conduite si débraillée, qu’ils avaient sans cesse maille à partir avec la maréchaussée. On avait à les arrêter si souvent, que le lieu de détention pour, ce même délit prit le nom de violon qui lui est resté.
- Lulli composa la musique de tous les divertissements dont le libretto fut écrit par Molière. Il figura même comme danseur et comme acteur dans plusieurs pièces. Lors d’une représentation où il remplissait le. rôle de M. de Pourceaugnac, il se jeta dans l’orchestre afin d’échapper aux médecins qui le poursuivaient. Dans sa chute il brisa un clavecin. Cette circonstance fit tellement rire le grand roi qu’il pardonna à Lulli qui à la suite de quelque méfait se trouvait en disgrâce.
- Lulli travailla aussi avec Racine avec qui il vécut en très bonne intelligence. Il n’en fut pas de même de Boileau et de Corneille, qui le prirent en horreur, parce qu’il leur faisait sans cesse refaire leurs vers. La grande querelle des librettistes et des compositeurs commença donc avec l’Opéra lui-même. On peut croire que Lulli a été sacrifié à ces hostilités littéraires, car madame de Sévigné qui n’était pas pourtant portée à l’indulgence ne dit rien de désagréable sur son compte; mais la majeure partie de ses biographes ont adopté le parti de Boileau.
- Louis XIV retira à Perrin le privilège de l’Opéra dont il ne faisait pas grand’ chose, et le donna à Lulli qui en tira un parti très fructueux à cause de l’habileté singulière avec laquelle il avait marié les flûtes et les violons avec les cymbales et les grosses caisses, et du soin avec lequel il sut, malgré toutes les hostilités dont il était environné, se ménager la faveur du roi. Il mourut millionnaire en 1687 dans sa cinquante-quatrième année.
- L’histoire de sa maladie est fort singulière et suffira pour donner une idée de son originalité.
- Le 8 janvier 1687, il était aux Feuillants de la rue Saint-Honoré occupé à faire répéter un oratorio pour Louis XIV. 11 était si animé à battre la mesure qu’il se blessa au pouce avec le bâton qu’il tenait à la main. Comme il avait le sang mauvais, le chirurgien qu’il consulta l’engagea à se faire couper le doigt. Lulli refusa. Quelques jours plus tard on lui
- dit qu’il fallait qu’on lui coupât le pied. Nouveaux refus plus énergiques que les premiers. Bientôt ce fut la jambe dont on lui demanda le sacrifice. Alors Lulli se rappelant les avis de Molière, chassa les médecins et fit venir un empirique, qui lui promit de le guérir à forfait ; Lulli paya sans hésiter une somme fort ronde, mais bientôt il rendait le dernier soupir.
- Grâce à l’heureuse inspiration de la direction de l’üdéon, le public parisien a pu apprécier la musique de ce maître. Lulli a vécu si longtemps parmi nos ancêtres qu’on le considère généralement comme français.
- MONUMENT A LA MÉMOIRE DE GALILÉE
- Le 21 avril dernier, à l’occasion de l’anniversaire de la fondation de Rome, le municipe de la ville éternelle a inauguré en l’honneur de Galilée un monument, consistant en une colonne érigée en face du palais de l’ambassade de France, où l’illustre astronome fut emprisonné en lt)5v. La colonne porte l’inscription suivante rédigée en langue italienne : « Dans Le palais voisin appartenant alors aux Médicis, fut emprisonné Galileo Galilée, coupable d'avoir vu la terre tourner autour du soleil. S. P. Q. R. MDCCCLXXXY1I. » Le syndic de Rome était représenté par l’assesseur Tommassini qui a prononcé un discours. L’Université de Rome était représentée par le professeur Ferri, et l’Académie des Lyncei parM. Valentin Cerruti.
- LÀ NOURRITURE DE LÀ SÀRDINE
- Depuis cinq ans, la Sardine diminue sur les côtes de Bretagne dans des proportions vraiment inquiétantes. Tandis que les pêcheurs couvrent à peine leurs frais, les fabricants de conserves se voient forcés de fermer une partie de leurs usines ou d’y réduire beaucoup le personnel. Les femmes perdent ainsi, par le fait même de l’insuffisance de la pêche et au moment où il leur serait le plus nécessaire, le gain résultant du travail à la fabrique. Enfin, d’importants marchés conclus soit avant la crise, soit à son début lorsque rien n’en pouvait faire prévoir la durée, se sont réalisés difficilement et dans des conditions ruineuses par les industriels.
- Le Ministre de la marine, justement préoccupé de cet état de choses, vient de nommer, pour en rechercher les causes, une commission composée surtout d’administrateurs et qui eût certainement gagné à s’adjoindre quelques naturalistes.
- La question de la Sardine est en effet, comme toutes celles qui touchent plus ou moins aux pêches, une affaire d’histoire naturelle et particulièrement de zoologie. Pour arriver à connaître les raisons qui éloignent aujourd’hui de nos côtes une espèce animale qui les fréquentait régulièrement autrefois, il faut étudier de près cette espèce, la suivre s’il se peut, dans ses migrations, s’efforcer de savoir quelle
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- influence le milieu exerce sur elle, déterminer autant que possible la température, la salure des eaux où elle se plaît le plus, chercher à découvrir quelle nourriture l'attire ou lui convient le mieux, l’observer à l’époque de la ponte et du développement des embryons, trouver enfin ses véritables agents destructeurs, soit dans les conditions physicochimiques du milieu qu’elle subit, soit dans les animaux qui lui font la chasse.
- Ce vaste programme d’études est encore à remplir dans presque toutes ses parties. C’est pourquoi les faits positifs touchant l’alimentation de la Sardine que j’ai pu recueillir en unissant mes efforts à ceux de M. G. Pouchet, présentent un certain intérêt. Les matériaux mis en œuvre proviennent de deux centres classés avec raison parmi les plus importants de l’industrie sardinière dans le golfe de Gascogne, beaucoup avaient été réunis au Laboratoire maritime de Concarneau par les soins de M. Pouchet. J’ai pu me procurer les autres en Espagne, à la Corogne, pendant la campagne scientifique accomplie en 1886 sur son yacht /’Hirondelle par S. A. le Prince Albert de Monaco qui avait bien voulu m’inviter à l’accompagner.
- A Concarneau, l’estomac de Sardines prises en juin renferme uniquement desCopépodes appartenant aux espèces les plus grandes des mers d’Europe — leur taille peut atteindre jusqu’à 5 millimètres — ex. : Pleurorama armata (fig. 1). Ce sont des Crustacés de haute mer, que l’on rencontre parfois au large en quantités considérables, mais qui ne se montrent jamais en grand nombre à proximité du rivage. Lorsqu’ils s’y présentent en abondance exceptionnelle, ils constituent ce que les pêcheurs bretons appellent la boët rouge (en celtique, bouèd, nourriture et aussi appât) ; celle-ci correspondrait exactement, sauf peut-être l’identité de toutes les espèces, au Rôdaat qui paraît attirer le Hareng d’été (Sommersild) sur les côtes de la Norvège.
- En juillet, août et septembre, dans les parages de Concarneau, nos préparations nous montrent la Sardine absorbant une nourriture variable suivant la composition de la faune ou de la flore pélagique. Des êtres très divers se trouvent dans les estomacs avec les Copépodes. Ceux-ci ne sont plus des formes de haute mer. Ils appartiennent pour la plupart à la famille des Harpacticidæ. Euterpe gracilis doit être cité entre autres espèces (fîg.2). Mêlés aux restes de ces Copépodes, on remarque un grand nombre de Cladocères du genre Podon (P. minutus, fig .5) que l’on obtient rarement dans les pêches pélagiques faites à la surface, et les débris d’un grand nombre d’organismes inférieurs capables de laisser dans le tube digestif une trace de leur passage. Parmi ces derniers on distingue beaucoup de Ceratium (fig. 4), Péridinien de forme remarquable dont les longues cornes plus ou moins brisées sont cependant faciles à reconnaître1.
- 1 Les Péridiniens sont des organismes inférieurs qui offrent
- A certains moments, comme cela s’est produit en juillet 1874, la nourriture des Sardines peut être exclusivement composée de végétaux microscopiques, de Diatomées.
- Un fait important à noter, c’est que les estomacs remplis de rogue (œufs de morue servant d’appât) contiennent d’ordinaire très peu d’aliments, d’où l’on peut conclure que la Sardine ne travaille, suivant l’expression des pêcheurs, que lorsqu’elle est à jeun.
- A la Corogne, les estomacs de Sardines nous ont offert au mois d’août quelques Euterpe et Podon mêlés à un petit nombre d’embryons de Mollusques; mais ces animaux sont à peine visibles au milieu de l’abondance extraordinaire de Péridiniens qui comblent littéralement le tube digestif de tous les Poissons. Ils appartiennent, à très peu d’exceptions près, à une seule espèce, Peridinium polyedricum (fig. 5 et 6), qu’on n’avait signalée jusqu’à ce jour que sur les côtes de Provence.
- Ces Péridiniens, de dimensions diverses, mesurent en moyenne 56 y.1 de diamètre, ce qui nous donne, en ramenant P. polyedricum à la forme sphérique dont il s’éloigne d’ailleurs assez peu, pour volume d’un individu près de 25 000 g. cubes. La capacité de l’intestin (non compris l’œsophage, l’estomac et son cul-de-sac) chez les Sardines que nous avons sous les yeux, pouvant être évaluée à 1 centimètre cube, on voit qu’elle correspond au volume de quarante millions de Péridiniens. Si l’on tient compte des interstices qui existent forcément entre des corps sphériques juxtaposés, le chiffre se réduit à peu près de moitié. Mais ce nombre de vingt millions doit être considéré comme un minimum, car les Péridiniens s’écrasent rapidement dans le tube digestif, où les plaques de leur test vont se tassant de plus en plus.
- On remarquera qu’une seule pêche pratiquée à l’aide des filets (cedazos) employés à la Corogne prend aujourd’hui environ quatre millions de Sardines. Trois de ces filets peuvent fonctionner simultanément dans la baie. Encore les produits ont-ils diminué de plus de moitié depuis cinquante ans. En 1834, un cedazo prenait souvent en une fois jusqu’à neuf millions de Sardines2. Or, nos études ont été faites sur des spécimens prélevés au hasard dans le produit d’une pêche. Tous s’étaient littéralement gorgés de Péridiniens. Il est donc permis de croire que la plupart des Poissons se trouvaient dans le même cas et que ce jour là du moins une consommation énorme d’êtres microscopiques avait été faite par les Sardines.
- à la fois des caractères de plantes et d’animaux, leur tégument est formé d’un grand nombre de petites plaques juxtaposées, présentant les réactions de la cellulose. On connaît mal leur développement. Le professeur Pouchet les rapproche des Noc-tiluques.
- 1 Le p. = 1 millième de millimètre
- 2 D’après les documents que S. A. le Prince Albert de Monaco a bien voulu me communiquer.
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- Ces chiffres élonneront peut-être les personnes que l’étude de la nature n’a point familiarisées avec
- Fig. 1. — Pleutomna nrmata, très grossi.
- cette idée juste de la prépondérance numérique des infiniment petits. J’en citerai quelques autres pour
- Fig. 2, — Euterpe gracilis, très grossi.
- montrer que ceux - ci n’ont rien d’excessif.
- En février J 872, on pêchait à Kiel, en une journée, près de deux cent quarante mille harengs. La plupart avaient absorbé des copépodes ( Temora longicornis, voisin de Pleuromma armata, fig. 1). Le professeur Môbins évalue à soixante mille le nombre de ces crustacés remplissant l’estomac d’un seul poisson.
- MM. Fol et Dunant estiment qu’un litre des eaux de Genève contient trente-huit mille micro-organismes.
- D’autre part, MM. As-per et Ilenscher, aussi bien que le professeur F.-A. Forel, ont trouvé dans les lacs de Zurich et dans le Léman, pourtant bien limpides, des multitudes de rotifères, de protozoaires et de pé-ridiniens (dix-huitmille ceratium, fig. 4, par exemple, sans compter autre chose, dans six mètres cubes d’eau).
- En filtrant les eaux de la Baltique, en plein hiver, le professeur Hen-sen a recueilli dans dix centimètres cubes de liquide plus de cent quarante millions de végétaux inférieurs (Rhizoso-lenia chætoceros ).
- Comme beaucoup d’animaux, la Sardine ne
- Fig. i, 5 et 6.
- Ceralum (4); Peridinium polyedricum (5 et 6), très grossi.
- d’outre-mer, en particulier, Terre-Neuve.
- cesse de chercher sa nourriture; elle retient pour son alimentation toutes les matières nutritives contenues dans l’eau qui pénètre continuellement dans la bouche pour sortir par les ouïes après avoir passé sur l’appareil respiratoire. Il serait facile d’établir le cube de cette eau en tenant compte de diverses mesures, grandeur de l’ouverture buccale, intensité moyenne du couran t, e te. Mais voici, quant à présent, assez de chiffres et de calculs.
- Les observations qui précèdent montrent que l’alimentation de la Sardine est susceptible de * varier suivant les circonstances. La présence de ce poisson dans le golfe de Gascogne, si l’on admet qu’elle soit influencée par la nourriture plutôt que par toute autre condition de milieu (température, salure, etc.) ne paraît dépendre de l’abondance d’aucune espèce animale ou végétale particulière, et encore moins de l’arrivée très problématique, sur les côtes d’Europe, de détritus venus comme on l’a soutenu, de Jules de Guerne.
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- MACHINE A IMPRIMER
- LES BILLETS DE CHEMIN DE FED
- II est de règle à peu près générale que les voyageurs en chemin de fer doivent se munir de billets représentant l’acquittement de la taxe de transport effectué au guichet de la station de départ.
- Ces billets, en carton, le plus souvent du type Edmundson, ont une valeur réelle entre les mains de ceux qui en sont les détenteurs et l’on conçoit que l’impression, le numérotage et le comptage de ces billets, soient l’objet d’un travail minutieux afin d’éviter les fraudes.
- D’autre part, le nombre des voyageurs allant toujours en augmentant, la confection des billets représente pour les Compagnies une dépense qui est loin d’être négligeable. On a donc été amené à rechercher les moyens de réduire autant que possible les frais résultant de l’impression, du numérotage et du comptage des billets, en employant des machines spéciales actionnées par des moteurs animés, ou mieux mécaniquement, par la vapeur ou le gaz.
- En France et dans beaucoup de pays étrangers, on fait usage des machines Lecoq, construites actuellement par M. E. Ravasse son successeur.
- A notre connaissance les machines Lecoq ou Ravasse, comme on les appelle plus couramment, impriment les billets d’un seul côté seulement. Or, par suite du développement considérable de la circulation et surtout pour les billets spéciaux de trains de plaisir, etc., on a été conduit a recouvrir les cartons, d’inscriptions des deux côtés. Les dispositifs adoptés jusqu’ici obligeaient à faire passer deux fois le même billet dans la machine afin d’en imprimer les deux faces. Dans le but d’éviter la perte de temps et de réduire autant que possible la dépense résultant de cette manière de procéder, M. G. Goebel, de Darmstadt, a eu l’idée, pour imprimer les billets des deux côtés, de construire une nouvelle machine dont nous nous proposons de décrire le principe, qui nous a paru très ingénieux.
- Sur le bâti, sont fixés les paliers de l’arbre moteur actionné par un volant à manivelle. Sur l’arbre X sont calées: 1° une roue R reliée à une tige T communiquant un mouvement de va-et-vient au mécanisme supérieur qui imprime et numérote les billets; 2° une roue excentrique commandant l’extrémité inférieure d’un levier S, mobile autour d’un axe dont l’extrémité supérieure animée d’un mouvement horizontal alternatif, règle le passage successif des billets sous les composteurs.
- Les billets à imprimer sont empilés dans le prisme creux B en bois que l’on voit à droite de la figure.
- Sous l’action du levier S le chariot sur lequel sont fixés les cartons à imprimer est animé d’un mouvement horizontal de va-et-vient. Une saillie, dont l’épaisseur est précisément égale à celle des billets, pousse successivement ces derniers sous le premier composteur qui les imprime d’un côté.
- Le mouvement du mécanisme est réglé de manière qu’après l’action du premier composteur, le billet imprimé d’un côté est poussé par le billet suivant dans l'un des compartiments de la roue à palettes qui tourne d’une division, et ainsi de suite. Quand la roue a décrit 1809, les billets imprimés d’un seul côté seulement se trouvent retournés et pris par une pièce qui les amène successivement sous le second composteur où l’impression s’effectue sur l’autre face. Les billets passent ensuite sous un numérateur et enfin tombent dans le canal P où ils s’empilent.
- Dans les premières machines, la roue d’impression n’avait que 20 palettes et le billet imprimé d’un côté n’était pas suffisamment sec quand sa seconde face se présentait sous le second composteur; aussi devait-on chauffer à l’aide d’un tuyau la plate-forme d’impression.
- Ce chauffage a pu être supprimé dans les nouvelles machines en munissant la roue de 40 palettes. Les billets ont alors tout le temps voulu pour se sécher entre les deux impressions.
- Une machine de ce système fonctionne actuellement aux chemins de fer du grand-duché de Bade,
- Machine de M. Goebel pour imprimer los billets de chemin de fer.
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- LA NATURE.
- une autre chez MM. Zawadil de Vienne, et une troisième dans une imprimerie de Bruxelles. Les résultats obtenus jusqu’ici sont très satisfaisants1.
- CHRONIQUE
- La préparation de l’eau de fleurs d’oranger dans le midi de la France. — Tout le monde sait que l’eau de fleur d’oranger se prépare avec les pétales de la fleur, que l’on a soin de séparer des autres parties, pistils, ovaires, etc., et qu’on appelle néroli l’essence que l’on peut extraire des fleurs d’oranger, en même temps que l’on obtient l’eau distillée odorante. C’est du 25 avril à la fin de mai que se fait d’habitude la cueillette des fleurs d’oranger, sur tout le littoral méditerranéen. L’oranger, originaire de l’Inde, est probablement arrivé en Arabie vers la fin du neuvième siècle ; mais on ne le signale dans le Midi qu’au cours du seizième siècle. Ce que l’on peut assurer, c’est qu’en 1566 les plantations d’orangers des environs d’Hyères offraient l’aspect de vastes forêts, et que ces arbres étaient également cultivés à Saint-Chamas, à Fréjus, à Cannes, à Vallauris, à Aix et même à Marseille. De nos jours, c’est à Vallauris surtout que la culture de l’oranger a pris, depuis quelques années, une grande extension. Le climat de cette localité, toujours tempéré, est très propice à la végétation de cet arbre. Aussi peut-on dire que Vallauris, où fonctionnent plus de quinze usines pour la distillation des fleurs, est devenu le centre le plus important pour ce genre d’industrie. La cueillette n’occupe pas moins de 2000 personnes. La récolte est, en effet, ordinairement d’un million de kilogrammes, ce qui, malgré les variations que subit le prix de vente, constitue un l’evenu important pour les pays où l’on cultive l’oranger pour en recueillir les fleurs. De 1880 à 1882, les fleurs d’oranger se sont vendues de 30 à 60 francs les 100 kilogrammes; en 1885, la gelée ayant presque entièrement détruit la récolte, le prix s’éleva jusqu’à 350 francs. En 1886, les cours varièrent de 75 à 100 francs. Le rendement varie beaucoup, selon l’époque à laquelle sont cueillies les fleurs. Celles qui sont récoltées au début de la saison ne rendent guère que 50 centigrammes d’essence par kilogramme de fleurs ; mais les fleurs cueillies vers la fin de mai produisent jusqu’à 1 gramme d’essence par kilogramme, c’est-à-dire que le rendement moyen d’une année est de 750 kilogrammes d’essence.
- I.es chemins de fer du Japon. — L’industrie allemande a obtenu récemment un certain nombre de commandes de rails et de matériel roulant pour les chemins de fer du Japon et, à ce sujet, le Bautechniker publie les renseignements suivants : Le Japon possède actuellement 227 milles de lignes du gouvernement et J 20 milles de lignes appartenant à des compagnies privées, soit un total de 547 milles en exploitation. Le gouvernement a, de plus, 68 milles, et les compagnies 42 milles, soit 110 milles au total, en cours d’achèvement. Une longueur de 246 milles a en outre été tracée, dont 91 seront construits par le gouvernement et 155 par l’entreprise privée ; 456 milles de chemius de fer sont encore à l’état de projet, dont la majeure partie, c’est-à-dire 356 milles, seront des lignes privées.
- Sur la ligne de Tokio-Nagasaki, appartenant à une com-
- 1 D’après les Annales industrielles.
- pagnie privée, 47 milles ont été ouverts en 1885 et le projet de ligne entre les deux capitales du Japon, Tokio et Kioto, sera bien achevé.'A l’est de Kioto, on fait de grands progrès dans la construction des chemins de fer et les chiffres qui précèdent font voir que le Japon possède un total de 1159 milles de voies ferrées achevées, en cours d’exécution, ou à l’état de projet.
- La nématolythe et la fabrication du papier.
- — Le Journal des fabricants de papier signale une matière dont l’emploi est nouveau dans la fabrication du papier, où elle paraît appelée à rendre de véritables services, bien supérieurs à ceux qu’on retire du plâtre et du kaolin. Cette matière, à laquelle on a donné le nom de Nématohjlhe, contient 95 à 96 pour 100 de silicate de magnésie; par sa composition, elle se rapproche de l’as-beste (ou amiante) et des autres silicates de magnésie que l’on importe d’Amérique sous les dénominations d’agolythe ou d’agalythe, d’asbestine, etc. Elle s’en distingue cependant par sa grande pureté et l’absence du peroxyde de fer, de soufre et de chaux, impuretés dont sont souillées la plupart des amiantes. Elle présente une blancheur éclatante qu’elle communique au papier auquel elle permet de donner un beau glacé; elle n’est pas purement farineuse, c’est-à-dire à grains ronds, comme le plâtre et le kaolin, mais elle est fibreuse et par conséquent susceptible de feutrage : elle n’est donc pas entraînée, comme les autres charges, par l’eau de fabrication; ainsi, tandis que la perte avec les charges ordinaires atteint quelquefois 50 à 60 pour 100 du poids ajouté à la pâte, celle de la nématolythe (emportée par l’eau de fabrication) se réduirait à 5 pour 100. On peut, paraît-il, introduire jusqu’à 20 pour 100 de cette matière même dans les papiers les plus fins, attendu que son poids spécifique est peu supérieur à celui de la cellulose imprégnée d’eau. Cela permet de gratter le papier sans qu’ensuite il boive l’encre. Le meilleur mode d’emploi de la nématolythe consiste, au dire des fabricants qui l’emploient, à faire bouillir à la vapeur 100 kilogrammes de cette substance dans 1000 litres d’eau et à ajouter au mélange 10 kilogrammes de fécule de pommes de terre. Cette matière est déjà très employée en Belgique, en Allemagne et en Autriche, et quelques fabricants français l’essayent en ce moment. M. Angenot, professeur à l’Institut supérieur de commerce d’Anvers, a analysé un échantillon de nématolythe et a trouvé la composition suivante :
- Humidité, 0,66 pour 100; eau combinée, 2,50; silice, 61,20; magnésie 34,29; protoxyde de fer, 0,09; alumine, 0,30 ; protoxyde de manganèse, 0,41.
- l’n gros gibier. — U y a quelques semaines, il y avait foule devant Potel et Chabot, boulevard des Italiens, à Paris, pour admirer un gibier assez rare : c’était une ourse de grande taille avec son ourson. En voyant, dit l’Eleveur, la blessure qui avait amené la mort de cette bête, on devine tout un drame qui a dù se passer entre elle et le chasseur; en effet, une petite ouverture à y loger le petit doigt, se remarquait sous l’épaule au côté droit de la poitrine, et au point correspondant dans le dos, une autre ouverture béante à y fourrer le poing; on reconnaît là un coup de carabine rayée du calibre de 27 millimètres, le point d’entrée de la balle étant devant et sa sortie derrière — les armes rayées produisent toujours des effets semblables. — L’ourse avait donc été frappée debout, certainement à peu de distance du chasseur, et au moment, sans doute, où elle cherchait à protéger sa progéniture. Si elle n’avait pas été mortellement
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- LA NATURE.
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- atteinte du premier coup, le chasseur aurait probablement passé un mauvais quart d’heure.
- Accroissement de température dans les mines du lac Supérieur. — M. H.-A. Wheeler vient de faire des observations thermométriques dans les mines de cuivre de Keweenaw-Poinl, les plus profondes de toutes celles que renferme le territoire das États-Unis. Les observations, que résume le journal Ciel et Terre, furent faites dans cinq mines dont la profondeur varie de 221 à 643 mètres, les distances horizontales intérieures étant à peu près égales à la profondeur des puits. Les résultats obtenus prouvent que le gradient thermométrique est un des plus faibles connus : il est de 59 à 60 mètres par 1° G. Les différences considérables observées dans les cinq mines ont conduit à trouver la cause de ce fait, au premier abord singulier. Keweenaw-Point est une péninsule qui s’étend d'environ 115 kilomètres vers le centre du lac. Aucune des mines n’est conséquemment bien éloignée de l’eau et celles qui s’en trouvent le plus près ont aussi le plus faible gradient, les plus éloignées présentant un gradient plus rapide. Si l’on prend en considération l’énorme étendue du lac Supérieur et le fait que sa surface seule change de température, tandis que les couches profondes restent environ à 4° au-dessus de zéro, il semble que le lac fasse office d’un immense réfrigérant, qui abaisse la température de toutes les masses rocheuses qui l’environnent.
- La SSociétc des géants au* Etats-Unis. — 11 existe de l’autre côté de l’Atlantique une singulière société; elle est connue sous le nom de Société des Titans. Nul ne peut en faire partie s’il n’a au moins 6 pieds 2 pouces de hauteur. La Société des Titans s’est réunie récemment à l’hôtel de Brunswick, à New-York, dans sa cérémonie annuelle, ayant pour but de célébrer la Terre, sa mère, le premier jour de l’hiver. Nous empruntons le compte rendu de cette curieuse séance à un journal américain. Dans le vaste hall servant de salle à manger, on aurait cru se trouver en présence des géants américains de profession, tenant un congrès pour reconnaître les mérites ou mettre en interdit (boycotter) les prétendants à la grandeur physique. Mais, en y regardant de plus près, on apercevait, parmi les Titans modernes, bien des ligures de connaissance. L’ancien sénateur Alfred Wagstaff présidait. Il mesure 6 pieds 4 pouces et demi ; « parmi les autres membres présents se trouvaient Inger-soll Lockwood, 6 pieds 4 pouces et demi; James J. Far-ley, 6 pieds 4 pouces; Rensselaer W. Dayton, de Mat-tewan (New-Jersey), 6 pieds 4 pouces et demi; W. Barris Roome, 6 pieds 5 pouces ; le général John B. Woodward, de Brooklyn, 6 pieds 3 pouces; James H. Lancaster, 6 pieds 2 pouces ; C. Parmalee, 6 pieds 2 pouces et demi; W. T. Pierce, 6 pieds 6 pouces. John Seaton, l’appariteur de coulera' bien connu à New-Yoïk, se tenait à la porte du Ganymèdc des Titans. C’est le plus grand de tous; il mesure 6 pieds 6 pouces et demi. » Le meeting n’offrit rien de particulier, quoique, dans la langue élevée et pesante des Latins employée par le président, il dut y avoir sept exercices distincts : invocation, installation, récitation, cantation, libation, mastication et fumigation. Alfred Wagstaff fut réélu président pour l’année; Inger-soll Lockwood, secrétaire; James J. Farley, trésorier; et J. T. Smith, grand-prêtre. Les chants et discours se prolongèrent jus qu’au milieu de la nuit.
- Les vers & soie au Tonkln. — La Gazette géographique a récemment appris qu’une expérience des plus intéressantes pour l’avenir de la colonie a eu lieu à Haï-
- phong. M. Arnal a apporté de France des graines de vers à soie et les a fait éclore. Ces graines tenues en glacière pendant toute la traversée, ont éclos à Haïphong dès qu’elles ont été mises à l’incubation, avec une température constante de 22°. Les vers à soie sont très vigoureux et mangent beaucoup, maintenant qu’ils sont sortis de la deuxième maladie. La feuille du mûrier du pays paraît leur convenir; l’expérience est concluante sur ce point que, pour utiliser la graine française, on pourra se servir des mûriers nains, au lieu d’être obligé de faire des plantations de mûriers de France, ce qui demanderait au moins dix ans. R semble aussi que la feuille du mûrier nain soit très soyeuse en février. M. Arnal pense que le rendement sera supérieur à celui de juin. Si l'importation de la graine française réussit complètement, — et c’est aujourd’hui hors de doute, — le Tonkin en retirera de grands avantages, car le rendement de la race française est beaucoup plus rémunérateur que celui des races du pays. Quand 9 à 12 kilogrammes de cocons frais de race française suffisent pour un kilogramme de soie valant de 70 à 90 francs, il faut 20 à 25 kilogrammes de cocons frais de race tonkinoise pour un kilogramme de soie dont la valeur est quatre ou cinq fois moins élevée.
- L’Exportation des locomotives aux Etats-Unis. — Depuis 1875, les États-Unis ont exporté pour 63500000 francs de locomotives. Cette exportation s’est faite, pour les différents pays, dans les proporlions suivantes: Russie, 4 pour 100; Angleterre et colonies anglaises, 29 pour 100; Espagne et Cuba, 10 pour 100; Mexique, 14 pour 100; Amérique du Sud, 37 pour 100.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 mai 1887. — Présidence de M. Janssen.
- M. Gosselin. — Nos lecteurs connaissent déjà la très grande perte qu’ont faite cette semaine la science et l’Académie. M. tGosselin est mort samedi après une longue et douloureuse maladie. En quelques phrases émues, M. Janssen, vice-président, a rappelé quelques-uns des titres scientifiques du défunt. L’Académie, dit-il à peu près, a perdu son président. Le chirurgien illustre, l’auteur de tant de travaux devenus classiques, le professeur qui a donné tant de brillantes leçons, le maître en qui la génération médicale actuelle voyait presque son père, a cessé d’exister. Il était né le 16 juin 1815, l’avant-veille de Waterloo, le jour même des victoires de Ligny et de Fleurus. Il fut l’élève de Velpeau ; à trente-un ans, chirurgien des hôpitaux, il était, à quarante-trois, professeur de pathologie chirurgicale, et à quarante-cinq, membre de l’Académie de médecine. Son action sur la jeunesse médicale fut merveilleuse : peut-être n’y a-t-il pas en France un seul chirurgien qui, ayant fait ses études à Paris, ne lui ait passé par les mains : et tous ses élèves l’aimaient.
- A son tour M. Vulpian est venu dire un dernier adieu au maître dont la dernière et formelle, volonté a été d’interdire tout discours sur sa tombe. M. le secrétaire perpétuel, dans un style éloquent, a rappelé les principaux titres de M. Gosselin aux suffrages de l’Académie qui l’admit dans son sein en 1874 et le fit vice-président en 1886.
- En signe de deuil, la séance est levée sans même que la correspondance soit dépouillée. Stanislas Meunier.
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- LA NATURE.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- Carnet à visites imprimeur. —Lafabncation des timbres de caoutchouc a pris une certaine extension depuis peu. Voici maintenant un petit système imprimeur ingénieux, qui a été imaginé en Belgique, et qui obtient beaucoup de succès à Bruxelles. Ce petit appareil très simple (fi g. 1 ) permet de faire les cartes de visite ou de commerce soi-même et au fur et à mesure des besoins. Il peut se porter dans la poche et a l’aspect d’un carnet ordinaire. 11 se compose de 5 feuillets articulés, se repliant l’un sur l’autre. Celui du milieu porte en caractères de caoutchouc la chose à imprimer : noms, adresse, profession, etc. ; celui de droite est muni de drap imbibé d’encre et en temps ordinaire il est replié contre celui du milieu de sorte que l’appareil est toujours prêt a fonctionner; enfin le troisième feuillet, celui de gauche porte une glissière de la dimension exacte de la carte à imprimer.
- Voici la manière d’opérer : on place une carte dans la glissière, on ouvre l’appareil et on rabat le feuillet portant la carte, sur celui portant les caractères d’imprimerie; c’est tout. Chaque fois qu’on imprime une nouvelle carte on encre les caractères en rabattant sur eux le feuillet garni de drap. On ne reinet de l’encre sur ce dernier que de loin en loin.
- L’appareil se fait de 4 dimensions différentes depuis 9 centimètres sur 6 jusqu’à 12 sur 9 ; il est accompagné d’un flacon d’encre noire et d’un cent de cartons.
- Son prix est très modéré.
- Lorsqu’on le désire, les caractères d’imprimerie sont montés sur une plaque à glissière et peuvent ainsi facilement être remplacés par d’autres. De sorte que pour une seule famille on peut avoir un seul carnet avec plusieurs noms. Nous ne craignons pas de prédire beaucoup de succès à.cet ingénieux appareil. G. M.
- Rondelle métallique pour verres de lampes à gaz. —Voici un petit système (fig. 2) d’un prix très modeste (0f,75) qui rend de véritables services à tous ceux qui se servent d’une lampe a gaz pour l’éclairage ; il se compose de deux disques superposés en clinquant, ajourés et reliés entre eux comme le montre notre gravure. 11 reste à demeure sur le
- verre de lampe. Quand on allume le gaz, le petit appareil par sa présence et sa conductibilité calorifique, empêche le verre de se casser; on n’a presque plus de bris de verre avec son usage, mais chose plus surprenante, il augmente notablement le pouvoir éclairant de la flamme, de sorte que l’on a autant de lumière en consommant moins de gaz. — Il est facile de constater le fait en retirant la rondelle pendant que la lampe à gaz est allumée : on constate un abaissement sensible du pouvoir éclairant, très appréciable en considérant une surface de papier blanc éclairé. Quand on remet le petit appareil sur le verre, aussitôt, le phénomène inverse se produit et le pouvoir éclairant augmente. La démonstration est donc complète au moyen de cette double expérience.
- Ce résultat très curieux n’est peut-être pas facile à faire comprendre au point de vue théorique. Le fabricant l’explique de la façon suivante : la présence de la rondelle métallique augmenterait la température du milieu où se produit la flamme, et déterminerait plus complètement la combustion du carbone. Quoi qu’il en soit de cette explication, le lait que nous citons de l’action de la rondelle est absolument manifeste et peut donner lieu à une économie notable dans la consommation du gaz. Une lampe ne constitue pas seulement un centre lumineux; elle est aussi un foyer calorifique intense, et il ne serait peut-être pas impossible d’utiliser d’une façon plus ou moins complète la chaleur perdue. Quelques essais ont été déjà faits dans ce sens, et nous avons décrit jadis un ingénieux petit support qui permettait de faire bouillir de l’eau, et même de se chauffer les pieds par le transport, dans une chaufferette, de la vapeur d’eau produite au moyen de la chaleur de la lampe1.
- Nous ferons connaître prochainement un appareil très ingénieux dont on peut se servir pour faire bouillir de l’eau sur une lampe et que l’on arrive facilement à confectionner soi-même. G. T.
- 1 Yoy. Tables dés matières des précédents volumes.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissahdier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Fig. 1. — Carnet-imprimeur pour cartes de visite.
- Fig. 2. — Rondelle métallique de verre de lampe à gaz.
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- N° 728. — 1 4 MAI 188 7.
- LA NATIJHE.
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- LÀ CARTE DU CIEL
- a l’observatoire de paris 1
- Nous avons annoncé précédemment l’ouverture de la conférence internationale pour le levé photogra-
- phique de la carte du ciel. Nous résumerons aujourd’hui les résolutions qui ont été adoptées dans les séances successives tenues à l’Observatoire de Paris.
- Voici les conclusions de la première séance générale tenue le 10 avril dernier :
- 1° Les progrès réalisés dans la photographie astrono-
- Groupe des membres de la conférence astronomique internationale pour la Carte du ciel. (L’après une photographie de M. Puul Nadar.)
- inique rendent absolument nécessaire que les astronomes du siècle actuel entreprennent, d’un commun accord, la représentation photographique du ciel. — 2“ Celte oeuvre
- sera entreprise à certaines stations qu’il faudra choisir, et à l’aide d’instruments identiques dans leurs parties essentielles.—5° Les principaux buts qu’on doit chercher it réa-
- l e'1 /V'
- MM. (1) Paul Henry, (2) Prosper Henry, (3) P. Gautier, (4) Thiele, (5) Beuf, (G) A. Cornu, (7) Bouquet de la Grye, (8) Cruls, (9) Winlerhalter, (10) Eder,(ll) Fizeau,(12)Baillaud, (13) Vogel, (14) Donner, (15i Steinheil, (16) Schœnfeld, (17) Krueger, (Î8) R.-P Perry, (19) Oom, (20) Pujazon, (21) Laussedat, (22) Taccliini, (23) E. Gautier, (24) Wolf, (23) Knobel, (26) Common, (27) Russell, (28) Peters, (29) Loewy, (30) Folie, (31) Weiss, (32) Gylden, (33) Gill, (54) Lolisc, (53) Hasselberg, (36) Péchute, (57) Tennant, (38) Trépied, (39) Oude-mans, (40) Tisserand, (41) Bertrand, (42) Faye, (43) Auwers), (44) Struve, (45) Mouchez, (46) Christie, (47) Janssen, (48) Bakhuyzen, (49) Duner,(50) Rayet.
- liser seront : (a) La représentation de l’état général du ciel à l’époque actuelle de manière à obtenir des données qui puissent mettre à même de déterminer la position et l’éclat de toutes les étoiles jusqu’à une certaine grandeur,
- 1 Voy. n° 725, du 23 avril 1887, p. 521.
- sur laquelle on s’entendra ultérieurement, avec la plus grande précision possible; les grandeurs devront être exprimées conformément à une base photographique à déterminer subséquemment, (b) L’entente sur les moyens d’utiliser, tant à l’époque actuelle que dans l’avenir, les données fournies par les procédés photographiques.
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- S" année. — tcr semestre.
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- LA NATURE.
- Pour bien comprendre la portée de ce programme, il est bon que l’on sache que, afin de faciliter l’étude des étoiles, on a classé tous les astres par ordre de grandeur; mais les astronomes n’emploient pas ce mot grandeur dans son sens réel ; il correspond simplement a-l’éclat apparent des étoiles, dont les dimensions sont encore inconnues.
- Maintenant on pourra se faire une idée de l’importance du travail que la réunion internationale des astronomes se propdse de mener à bonne fin, si l’on réfléchit qu’on est parvenu à distinguer jusqu’à la dix-septième grandeur, que le nombre total des étoiles jusqu’à cette grandeur s’élève peut-être à cent millions au moins, et qu’on en découvre sans cesse de nouvelles : c’est la voûte immense sur laquelle sont parsemées ces myriades d’astres qu’il s’agit de photographier.
- La carte du ciel sera formée de 1800 à 2000 feuilles, représentant les 42 000 degrés carrés que comprend la surface de la sphère, et donnera l’image de tous les groupes d’étoiles.
- Après le vote des résolutions que nous avons rapportées, le Congrès a nommé un comité technique de dix-neuf membres, chargé d’étudier les questions relatives au choix de l’instrument à employer pour la photographie des étoiles, et à la limite des grandeurs d’étoiles à adopter pour cette photographie.
- Cette commission a décidé, à l’unanimité, qu’il y avait lieu :
- 1° D’adopter pour la photographie un instrument non réflecteur (combinaison de miroirs), mais réfracteur, c’est-à-dire combinant des lentilles pour projeter l’image sur la plaque sensibilisée par le gélatino-bromure ; 2° D’adopter pour l’objectif de l’instrument une ouverture et une distance focale semblables à celles de l’équatorial fonctionnant à l’Observatoire de Paris; 5° De fixer, pour le choix des étoiles à photographier, les étoiles de 14° grandeur comme limite extrême; ce qui implique un temps de pose nettement déterminé. Pour déterminer la grandeur, on se servira de l’échelle usitée en France.
- Soumises au Congrès réuni en séance plénière le 10 et le 25 avril, ces propositions ont été adoptées sans hésitation. Le Congrès avait d’abord décidé de se diviser en quatre commissions; mais on a reconnu que le fractionnement avait de graves inconvénients, et l’on est convenu qu’il n’y aurait que deux commissions : la commission astronomique et la commission astro-photographique. Chacune de ces commissions s’est mise à l’œuvre sans retard.
- La commission d’astro-photographie, sous la présidence de M. Janssen, a successivement délibéré sur le mode de construction des objectifs, la nature des verres dont ils devront être formés, la composition et le mode de préparation du gélatino-bromure d’argent qui devra être employé pour la fabrication des plaques sensibles.
- Il a été décidé que l’on emploirait des appareils semblables à celui que MM. Henry ont construit à l’observatoire de Paris.
- La commission d’astronomie, présidée parM. Au-
- wers, n’a terminé ses travaux qu’après trois longues séances, dans lesquelles ont été discutées des questions tant théoriques que pratiques, de la plus haute importance.
- Samedi, 25 avril, le Congrès, réuni en séance plénière, a adopté, à une grande majorité, les décisions prises par les deux sections.
- Ces décisions peuvent se résumer ainsi :
- 1° La carte du ciel comprendra toutes les étoiles jusqu’à la quatorzième grandeur; elle renfermera donc environ 20 millions d’étoiles, qui seront reproduites sur les clichés photographiques après une pose d’environ quinze minutes. 2° A coté des clichés destinés à la construction de la carte, il sera fait des clichés pour lesquels la durée de pose sera réduite à trois minutes environ, et sur lesquels on trouvera toutes les étoiles jusqu’à la onzième grandeur.
- Ces derniers clichés seront soumis à des mesures micrométriques d’une haute précision, dans le but d’avoir la position astronomique des étoiles avec une très grande exactitude. L’ensemble de ces mesures conduira alors à un catalogue d’environ 2 millions d’étoiles.
- Il y aura donc deux séries de plaques photographiques, l’une comprenant les étoiles jusqu’à la quatorzième grandeur, et l’autre, les étoiles jusqu’à la onzième grandeur inclusivement. Ces plaques complémentaires auront une pose réduite, de manière à obtenir des images plus petites des étoiles ; chaque plaque portera tous les éléments nécessaires pour la détermination des constantes (échelle et orientation).
- Un réseau imprimé sur le cliché, et pour lequel le comité permanent fixera la distance des traits, permettra de mesurer les erreurs ou les déplacements des images. Les mesures sur les images photographiques seront faites avec un appareil semblable à celui dont nous avons donné la description dans le numéro 717, du 26 février 1887.
- Quant au nombre des observatoires qui prendront part à l’œuvre de la carte et du catalogue, il n’est pas déterminé d’une façon absolue. On sait cependant qu’on comptera parmi eux les quatre observatoires français, de Paris, de bordeaux, de Toulouse et d’Alger, l’observatoire de la Plata, l’observatoire de Rio-de-Janeiro et l’observatoire de Santiago (Chili). L’adhésion d’autres observatoires est considérée comme certaine, et parmi eux principalement les observatoires du Cap de Bonne-Espérance, dePotsdam, de Vienne, d’Helsingfors, de Sydney ou de Melbourne, etc ; toutefois leurs directeurs qui ont pris part au Congrès, n’ont pas voulu assurer leur coopération avant d’avoir la certitude d’obtenir de leurs gouvernements les ressources nécessaires pour la construction des appareils, dont les dépenses, sans compter leur installation et le prix des plaques, s’élèvent à plus de 40 000 francs.
- Le Congrès a tenu sa dernière séance le 25 avril ; il a terminé ses travaux par l’élection des membres d’un comité permanent d’exécution, chargé de résoudre par l’expérience quelques questions sur les-
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- quelles les astronomes ne se sont pas crus complètement éclairés.
- Ce comité permanent chargé d’autre part d’assurer l’exécution des décisions du Congrès est composé des directeurs des observatoires qui accepteront de participer au travail de dresseinenl de la carte photographique du ciel ; MM. l’amiral Mouchez, Rayet, Baillaud, Trépied, JBeuf et Cruls sont dans ce cas, jusqu’à présent. Le Congrès leur a adjoint: MM. Gill (du Cap) ; Christie ; Struve (de Poulkova) ; Tacchini (de Rome) ; Weiss (de Vienne) ; Yogel (de Potsdam) ; Duner; Pickering; Prospcr Henry, Loewy et Janssen.
- Le Comité permanent a nommé un Bureau de 9 membres chargés de poursuivre les expériences et les études décidées par le Congrès et d’activer les préparatifs d’exécution. Ont été nommés membres de ce bureau : M. Mouchez, président, MM. Struve, Christie, Gill, Janssen, Lœwy, Yogel, Tacchini, Duner.
- Avant que la conférence ait pris fin, une photographie de tous les membres a été faite dans la cour de l’Observatoire par M. Paul Nadar. — L’habile opérateur a bien voulu nous communiquer l’épreuve qui a été exécutée très rapidement avec le nouveau papier Eastman ; nous la reproduisons, page 569, S heureux d’offrir à nos lecteurs le groupe des plus éminents astronomes du monde1 2.
- LE SOMMEIL DU LOIR
- (Myoxis glis.)
- M. le DrForel, professeur à Zurich (Suisse), a communiqué à la Revue de l'hypnotisme les curieuses observations suivantes :
- « En 1877, j’habitais Munich, dit M. Forel : on m’offrit deux loirs dont leur propriétaire voulait se défaire, en ayant été mordu. Il me les donna en hiver et je fus assez étonné de ne pas les recevoir endormis. Au contraire, ils étaient très vifs, ce que j’attribuais à la chaleur de la chambre. Je les mis dans une grande cage en toile métallique, haute de cinq à six pieds, au milieu de laquelle se trouvait un petit sapin. Je laissai aussi les animaux courir dans ma chambre : tout l’hiver ils demeurèrent vifs et alertes, mangeant une masse énorme de noix et de noisettes. Lorsque l’un d’eux avait péniblement rongé une noix, l’autre arrivait en tapinois et cherchait à la lui ravir. Ils demeurèrent méchants, cherchant toujours à mordre.
- « Après s’être repus pendant tout le printemps, ils de-
- 1 Quelques membres étaient absents au moment où le groupe a été fait ; ce sont MM. Brunner, amiral Cloué, Elkin, En-gelhardt, Kapteyn, Liard, Pritchard, général Perrier, Roberts, ltuther furd.
- Nous avons donné précédemment la liste complète de tous lps membres avec l’énumération- des pays qu’ils représentent. (Voy. p. 523, n° 725, du 23 avril 1887.)
- 2 M. Paul Nadar a soumis la photographie qu'il a obtenue directement, et que nous reproduisons, à un agrandissement très remarquable, donnant une magnifique épreuve de 0m,80 de diamètre, où chaque membre du Congrès a son véritable portrait.
- vinrent très gras, et je ne fus pas médiocrement étonné de les voir l’un après l’autre tomber, au mois de mai, dans leur sommeil léthargique qui, d’après ce que j’avais lu dans tous les livres, ne devait se produire qu’en hiver, sous l’influence du froid. Ils étaient devenus épais comme de petits ours; leurs mouvements se ralentirent. Finalement ils se blottirent dans un coin et devinrent tout à fait léthargiques.
- « Dans cet état, leur température s’abaissa ; leurs mouvements respiratoires se ralentirent et leurs lèvres prirent un aspect cyanosé. Mes animaux, mis à l’air libre et d’abord plus ou moins enroulés, finirent par demeurer demi-étendus sur le dos. Cependant, quand on les piquait ils faisaient quelques mouvements rétlexes, en particulier un léger grognement ou sifflement, et à force de les exciter je pouvais arriver à leur donner pour un instant un peu de vie. Mais dès que je les laissais tranquilles, ils retombaient dans leur léthargie. Je fis alors une expérience assez curieuse. Je pris un des loirs et le plaçai au sommet du sapin qui se trouvait au milieu de leur cage. Bien qu’il fût endormi, il me suffit de faire toucher une branche mince par la face plantaire des pattes de l’animal pour provoquer chez lui une contraction réflexe qu lui fit empoigner la branche comme il l’eût fait instinctivement étant éveillé. Je le lâchai alors, le laissant ainsi suspendu à sa branche. Il retomba petit à petit en somnolence. Les muscles de la patte accrochée se détendirent lentement, la face plantaire s’allongeant commençait à ne plus tenir la branche que par son extrémité, près des ongles, et je croyais que mon loir allait tomber; mais au moment de perdre l’équilibre, une sorte d’éclair instinctif traversa son système nerveux, et une autre patte saisit la branche inférieure le plus à sa portée, de façon que l’animal ne fit que descendre d’un cran. Alors le même manège se répéta. Mon loir se rendormit d’abord, la patte se relâcha lentement jusqu’au moment de lâcher prise; mais alors une autre patte s’accrocha à une branche inférieure. Mon loir descendit ainsi en dormant, sans se laisser choir, tout le sapin, de haut en bas, jusqu’à ce qu’il eût atteint le plancher de la cage où il demeura en léthargie. Je répétai l’expérience à plusieurs reprises avec mes deux loirs, toujours avec le même succès. Jamais aucun d’eux ne se laissa choir.
- « Le sommeil de mes loirs, interrompu de temps à autre par une journée, ou quelques heures de réveil plus ou moins complet, pendant lequel ils mangeaient un peu, dura une grande partie de l’été, et finit par cesser petit à petit entièrement au mois d’août. Mes loirs avaient dormi pendant les plus grandes chaleurs de juin et de juillet. Yers la fin de leur sommeil léthargique ils avaient assez considérablement maigri, moins cependant qu’on n’aurait pu s’y attendre. La température du corps de ces animaux, mesurée pendant leur sommeil léthargique, était d’environ 20 à 22 degrés centigrades.
- « De ces faits, résulte clairement que le sommeil dit hivernal des loirs ne peut être dû directement à l’abaissement de la température. Peut-être l’état de leur nutrition, l’amas de graisse dans leurs tissus en est-elle la cause ou l’une des causes principales. Mais il me paraît probable que cet état, quelle que soit sa cause, est parent de la catalepsie et du sommeil hypnotique. A ce titre, il me semble que l’étude de l’hypnotisme chez les loirs offrirait de l’intérêt et je souhaiterais que la lecture de ces observations inspirât à quelques-uns de vos lecteurs l’idée d’expériences fructueuses. »
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- LE GRAND TOUR UNIVERSEL
- DE MULHOUSE
- L’importante maison Heilmann-Ducommun et Steinlen, de Mulhouse, vient de terminer récemment l’établissement d’un des plus beaux et des plus puissants outils qui aient été exécutés par l’industrie moderne : c’est un tour universel à fosse et a deux chariots, équivalant à lui seul à tout un outillage mécanique. Ajoutons que ce bel outil est destiné à l’établissement national de la marine française de la Chaussade, à Guérigny (Nièvre).
- Nous en donnons deux vues, qui feront apprécier
- les formes robustes de cet appareil. L’homme se sent tout à la fois petit et puissant en considérant cette masse mécanique asservie dans ses proportions colossales et rendue propre à l’exécution des opérations les plus variées : le tournage des pièces, le mortaisage, le fraisage, l’alésage, le filetage. Tout cela se fait avec la précision et le fini les plus parfaits et avec l’emploi de forces imposantes, en laissant à l'ouvrier, ce qui est l’idéal actuel de nos ingénieurs, non pas la tâche ardue et l’emploi pénible de ses forces musculaires, mais l’emploi rationnel et intelligent de ses facultés au point de vue de la direction de la force brutale et le souci unique de la perfection mécanique et de la bonne exécution.
- Fig. 1. — Le grand tour universel de Mulhouse. — Mécanisme de commande de la poupée et du banc.
- Le grand tour universel que nous décrivons est actionné par un moteur à vapeur vertical de la force de 25 chevaux à la pression de 2k,75 dans son cylindre. Il pèse, avec ses accessoires, 340 657 kilogrammes : plus de 540 tonnes de fer, de fonte, et d’acier!
- Il n’existe actuellement, à notre connaissance, aucun outil aussi puissant, embrassant un aussi vaste champ d’opérations, c’est là une sorte d’usine condensée sur un minimum d’espace renfermant plusieurs machines de grandes dimensions et de poids considérables : réparties sur une surface étendue, ces machines, en raison de leur spécialisation, resteraient parfois coûteusement inoccupées. Agglomérées, se prêtant en quelque sorte la main, sans transport pénible et coûteux des matières, elles
- permettent la réduction de la main-d’œuvre, l’économie de force motrice et la rapidité d’exécution. Autant de qualités précieuses lorsqu’il s’agit d’exécuter, en toute diligence, les grandes pièces, sans cesse variées par leur forme et leur destination qui entrent dans la construction d’un grand navire de guerre blindé, par exemple, dans sa coque, dans son armement, dans ses machines. Ni montage, ni démontage : le travail est continu. La pièce colossale traverse en tous sens ces griffes, ces forêts, ces sabots d’acier, s’y couche et s’y relève, laissant, à droite et à gauche, ses portions inutiles comme le fait le simple bloc de bois de petites dimensions, entre les mains d’un habile charpentier : elle se dégrossit, s’ébauche, se finit : elle est terminée et prête.
- Chose curieuse, c’est des besoins si destructeurs et
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- si ruineux de la guerre moderne que seront nés ces grands perfectionnements mécaniques : le principe en est dans la fabrication des fusils et des canons. Les immenses approvisionnements que nécessitent ces armes de guerre, les exigences de précision qu’elles occasionnent, ont conduit impérieusement et rationnellement nos constructeurs à combiner ces grands moyens de fabrication ingénieux, précis et puissants tout à la fois. Lorsque la faux du laboureur, par crainte ou par raison universelle, ne prendra plus dans l’ombre de l’bistoire son menaçant aspect et ses sinistres reflets d’épée, les grands outils de l’industrie moderne nés sous l’inspiration des menaces guerrières, ne cesseront pas pour cela de
- tourner le métal et de l’asservir; mais ce sera pour les besoins civilisateurs et pacifiques de l’humanité qu’ils accompliront leur besogne cyclopéenne.
- Une pareille combinaison mécanique que l’on eût justement qualifiée jadis, toutes proportions gardées, de chef-d’œuvre dans son genre, ne surgit point inopinément de toutes pièces. Elle est l’œuvre du temps et le résumé de l’expérience acquise : elle est surtout la constatation des progrès accomplis pas à pas et des conquêtes de l’industrie humaine sur les difficultés de la matière. C’est à ces divers titres que nous sommes heureux de saluer la belle exécution donnée à cette œuvre par les remarquables établissements Ducommun de Mulhouse, dont MM. Heil-
- man-Ducommun et Steinlen perpétuent la juste et considérable réputation.
- L’origine du tour est bien humble et c’est entre les mains du potier d’argile, dans la nuit des temps, que se perd le principe du colosse métallique qui va aller accomplir sa besogne dans les grands ateliers nationaux de Guérigny. Nous avons dit que l’outil actuel pèse plus de 340 tonnes. Or, vers 1860, un tour du même genre fit honneur à l’industrie française et attira l’attention de tous nos mécaniciens : construit par la maison Calla, de Paris, pour l’arsenal du port de Toulon, il fut un grand progrès pour son temps. Il pesait 76 tonnes et fut l’objet d’une description que l’on relit avec énormément d’intérêt dans le douzième volume de la belle publication d’Àrmen-gaud, « Machines-outils ét appareils ».
- Notre imposante usine du Creusot ne pouvait rester en arrière et elle construisit, vers cette époque aussi, un grand tour dit « tour en l'air », classique également, qui résolut le problème de construction des pièces circulaires du pont tournant de Brest. La poupée de ce tour repose sur un massif de pierres de taille; l’outil, bien que très puissant, présente des dispositions sommaires et incomplètes à de certains points de vue, car il fut créé pour répondre à un programme de besoins spéciaux et déterminés : il manque donc de l’esprit de généralisation que nous constatons dans ses continuateurs actuels.
- Les ateliers Ducommun poursuivirent leurs recherches et leurs généralisations dans cette voie. Ils fournirent successivement à divers grands ateliers de i construction ainsi qu’aux arsenaux de l’Etat des
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- tours plus complets que les précédents atteignant le poids de 50 et de 80 tonnes. Dans ces dernières années, ils fournirent à la fonderie de canons de la marine, à Huelle, plusieurs tours à forer et à tourner les canons, pesant de 120 à 150 tonnes et ayant une longueur totale de 40 à 41 mètres. Nos gros canons de marine doivent beaucoup à l’emploi de ces machines déjà colossales. La maison Varrall, , Elvvell et Middleton, de Paris, fournissait à la même fonderie, vers la même époque, une série de tours pesant environ 150 tonnes chacun.
- Il y a quelques semaines, enfin, un grand établissement allemand de Ghenmitz, en Saxe, invitait, par une circulaire, les industriels curieux du progrès à visiter dans ses ateliers un tour de 2m,00 de hauteur de pointes et de 27 mètres de longueur de banc pesant environ 200 tonnes.
- Le tour de la maison Ducommun destiné à l’établissement de la Chaussade, se trouve de 140 tonnes en avance sur celui que ses concurrents allemands invitent les mécaniciens à visiter. C’est deux tiers de poids en plus, mais la puissance est bien plus que proportionnelle à l’augmentation de poids. 11 se prêtera merveilleusement au travail délicat et compliqué des pièces de blindage des tourelles cuirassées, des supports d’hélice, des gouvernails, des arbres coudés et des arbres d’hélice, des cylindres, des pistons, des grandes roues d’engrenages, des frettes de canons, etc.... Il faut nf>ter que, pour ces énormes pièces, le constructeur est obligé de veiller à une précision méticuleuse en même temps qu’il doit mettre en œuvre des poids énormes : double difficulté. Une fraction de millimètre d’écart compromet un travail coûteux et expose non seulement à des frais excessifs, mais encore à des retards dont on ne peut évaluer les conséquences. Il ne faut donc admettre ni erreur, ni retard : c’est ce qui donne au grand tour que nous décrivons, lorsque l’on en considère les différents aspects présentés par nos gravures, l’apparence d’une gigantesqne combinaison d’horlogerie aux rouages délicats et innombrables. Toute cette complication est combinée en vue de la simplicité même de l’exécution ; chacun de ces engrenages, taillé avec une rigueur et une solidité extrêmes, entre en jeu précisément au moment voulu lorsque l’esprit humain intervient, lorsque la main du praticien exécute ce que la prévoyance a indiqué : mens agitat molém, suivant la belle expression antique.
- Le grand tour universel de Mulhouse est typique dans l’ordre des combinaisons mécaniques. Il montre combien on peut trouver de véritables économies dans le perfectionnement des machines-outils, en dehors du désir de combattre la cherté de la main-d’œuvre par la réduction forcée de son prix élémentaire. Un personnel nombreux est, en somme, tout aussi nécessaire avec ces gros outils pour l’accomplissement d’un travail donné ; mais ce personnel est employé mieux, d’une façon plus conforme à la dignité humaine et à l’excellence du résultat : on
- gagne surtout du temps a cet emploi, le rendement s’augmente, et tout le terrain que perd dans la lutte la résistance brute de la matière, l’intelligence et le progrès le gagnent. Max de Nansouty.
- CHUTE D’UN PONT DE CHEMIN DE FER
- AU V ÉTATS-UNIS
- La chute d’un pont de chemin de fer, au moment même du passage d’un train, est un fait peu commun, alors surtout que cet ouvrage d’art est étal*i dans les conditions les plus simples qu’on puisse imaginer. Il convient donc de dire quelques mots de la catastrophe de Forest-IIills, survenue le 14 mars, aux portes mêmes de Boston, sur la section de Denham du Boston and Providence Railroad.
- lin train de banlieue comptant huit ou neuf voitures et remorqué par une locomotive, type Américain de 40 tonnes pour voyageurs, en passant à la vitesse ordinaire sur un pont au-dessus d’une grande route, est tombé tout à coup d’une hauteur de 25 pieds (7m,50) sur le sol, en entraînant avec lui la charpente métallique. Le pont avait été primitivement construit en bois, suivant le système de poutres à treillis de Ilowe. Un peu avant 1870, la partie Nord fut remplacée par une charpente en fer, et, en 1877, on avait achevé la transformation. Là se bornent jusqu’à présent les renseignements fournis par les journaux américains, dont il nous paraît inutile de reproduire les suppositions.
- Le pont, prévu pour l’établissement de deux voies, n’en avait encore reçu qu’une, sur la partie Nord : il coupe la grande route sous un angle très aigu. La machine et trois voitures parvinrent de l’autre côté du pont, mais celles-ci furent endommagées à leurs extrémités arrière, arrachées de leurs châssis et jetées sur la voie. La quatrième voiture fut, d’après les apparences, lancée violemment contre la culée Est, réduite en débris informes, à l’exception de la toiture qui vint se placer sur la voie à la suite de la tête du train. Quant aux autres wagons, ils s’entassèrent dans un désordre effrayant, sur toutl’espacecompris entre les culées (125piedsou37m,50).
- Le wagon des fumeurs, placé en queue, fut complètement renversé, sens dessus dessous. L’ensemble du train est tombé parallèlement à la direction de la route.
- On estime qu’il y avait 500 voyageurs, pour la plupart des ouvriers, des demoiselles de magasin et autres personnes qui se rendaient à leurs occupations à Boston. Il y a eu 26 tués sur le coup et environ 115 blessés, dont plusieurs ont peu de chance de se remettre d’une émotion pareille. Par bonheur, le feu n’a pas pris aux wagons, chauffés au moyen de poêles; un commencement d’incendie a été éteint avant d’avoir pu augmenter l’horreur de la situation. Le voisinage de Boston a permis d’organiser promptement les secours.
- Cet accident va réveiller sans doute les anciennes polémiques relatives à la solidité des ouvrages en métal ou en pierre. Àvartt de critiquer les charpentes métalliques, il conviendra d’examiner s’il en a été fait dans ce cas un usage rationnel, et peut-être apprendrons-nous que le pont de Forest-IIills n’a pas plus été étudié que son établissement n’a été surveillé par un ingénieur compétent. Pour les lecteurs qui seraient surpris de voir les compagnies de chemins de fer se jouer si facilement de la vie des vovageurs, nous ajouterons, d’après The Railroad
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- Gazette, qu’il ne manque pas en Amérique de ponts aussi mauvais. Nous souhaitons qu’on n’attende pas pour les reconstruire des catastrophes pareilles à celles dont la ligne Boston-Providence vient d’être le théâtre.
- Pu. Delahaye.
- LES PERROQUETS ACRORATES
- Los perroquets sont des oiseaux fort étranges, ils sont doués, en effet, d’aptitudes, de talents et de qualités qui ne se rencontrent à un degré aussi prononcé chez aucune autre espèce. keur intelligence est souvent extraordinairement développée, de plus ils peuvent apprendre à parler, et enfin ils ont des dispositions acrobatiques incontestables. C’est seulement à ce dernier point de vue, un des moins étudiés des naturalistes, que nous les considérerons dans cette note. Il suffit d’aller au Jardin des Plantes ou au Jardin d’Acclimatation, ou simplement de regarder un perroquet sur son perchoir, pour se convaincre que ces animaux sont gymnasiarques par instinct. Leurs organes se prêtent, du reste, beaucoup à ces exercices, non seulement leurs doigts sont susceptibles de saisir les objets et de les maintenir, mais ils présentent cette particularité de pouvoir s’ouvrir et se fermer quelle que soit la position de la patte par rapport au corps.
- Les doigts du perroquet forment donc une véritable main, dont ils savent se servir avec beaucoup d’habileté. En outre, leur bec est pour eux un organe de préhension, et ils s’en servent concurremment avec leurs pattes pour grimper, s’accrocher et exécuter nombre d’exercices acrobatiques.
- Il est à remarquer qu’en exécutant ces exercices, les perroquets donnent souvent les preuves d’une véritable vanité. Ils appelleront, par exemple, l’attention de leurs camarades ou des personnes avec lesquelles ils ont l’habitude de vivre, par des cris stridents; c’est, en somme, l’orgueil du gymna-siarque qui sollicite les bravos !
- L’année dernière nous avons vu plusieurs fois au Jardin des Hantes un gros perroquet (un ara rouge) dont le perchoir était voisin du bassin des phoques, exécuter le tour suivant :
- Ce perroquet descendait le long de sa chaîne, puis tout à coup restait suspendu par une patte et se mettait à pousser des cris épouvantables, en battant des ailes, agitant sa tête, comme s’il se fut trouvé dans un péril extrême, dans l’impossibilité de se relever ; puis peu à peu ses cris devenaient plaintifs ; le pauvre, perroquet, semblait-il, allait mourir si on ne venait à son secours. Ce manège avait pour résultat d’assembler un certain nombre de spectateurs, parmi lesquels quelques-uns s’alarmaient et se disposaient à aller chercher un gardien, quand tout à coup l’oiseau se redressait, grimpait tranquillement sur son perchoir en s’aidant de ses pattes et de son bec, et là tout en lissant ses plumes regardait les spectateurs avec malice, paraissant enchanté du bon tour qu’il venait de jouer. D’autres
- fois les perroquets se pendent par le bec a leur chaîne ou à leur perchoir et agitent leurs pattes et leurs ailes. Ils semblent tous trouver un certain plaisir à grimper, à se mettre la tête en bas, à franchir les endroits difficiles, à atteindre les objets qui sont presque hors de leur portée. Ce sont, en somme, de véritables acrobates. De Blainville, dans ses leçons, par plaisanterie, les classait en dehors des grimpeurs et les appelait les primates ou les singes des oiseaux.
- On a exhibé plusieurs fois en public des perroquets acrobates. Ainsi, il y a quelques années, on a pu voir, à Paris, un montreur qui faisait exécuter à un de ces oiseaux divers exercices parmi lesquels nous citerons les suivants : monter au mât de cocagne, faire la manœuvre du fusil, faire la culbute, faire le mort, etc. Ce perroquet appartenait à la famille des aras dont les dispositions acrobatiques sont moins développées en général, ainsi que nous le verrons plus loin, qu’elles ne le sont dans la famille des kakatoès.
- En ce moment on exhibe, dans un théâtre de Paris, une troupe de perroquets savants des plus remarquables. La scène sur laquelle ils manœuvrent est une sorte de longue table ; à une des extrémités se trouvent des perchoirs, et sur ceux-ci une demi-douzaine de perroquets.
- Ces perroquets appartiennent presque tous à la race des kakatoès blancs à huppe jaune ; il y a cependant deux perruches grises, à collier et à ventre rose. Yoici la série des curieux exercices que le dompteur'kl. Abdy fait exécuter à ses artistes.
- 1° On place sur la table deux barres fixes supportées par des montants. Un perroquet grimpe sur l’une d’elles, fait la culbute, se tient la tête en bas passe sur la seconde barre et refait les mêmes exercices. Le dresseur appelle Tom, un petit perroquet blanc; celui-ci accourt, a l’air de se préparer à grimper sur les barres, puis se sauve en baissant la tête et en écartant les ailes d’une façon grotesque. Tom est le bouffon de la troupe.
- 2° On apporte un timbre ayant un manche formant levier, un perroquet s’approche, met sa patte sur le manche et fait sonner le timbre ; le dresseur prie le public de lui indiquer le nombre de coups qu’il désire; quelqu’un prononce le chiffre 7, et le perroquet fait sonner sept fois le timbre. Le dresseur demande quel nombre font 5 fois 5, le perroquet fait sonner neuf fois le timbre.
- 5° On apporte une balançoire composée d’une sorte de perchoir double basculant en son milieu sur un poteau. A chaque extrémité de cette balançoire viennent se placer les petites perruches grises dont nous avons déjà parlé, et sur la barre au-dessus du pivot saute un magnifique perroquet blanc, Charly, le principal personnage de la troupe. Ce perroquet, en portant le poids de son corps successivement à droite et à gauche du pivot central, fait osciller la balançoire et cela à mouvements précipités. A voir l’animation de Charly, on peut croire
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- qu’il a un véritable plaisir à balancer ses deux camarades.
- 4° L’exercice suivant est encore exécuté par le beau perroquet Charly. Sur la table sont fixés quatre mâts au pied de chacun desquels se trouve un drapeau attaché à une corde qui passe sur une poulie à son sommet. Les drapeaux sont français, belge, anglais et américain. Un spectateur demande le drapeau français; Charly approche, fait le beau, relève sa belle crête jaune, écarte les ailes, puis tout à coup saisissant avec son bec la corde du pavillon, la tire, la maintient avec sa patte et recommence cette manœuvre jusqu’à ce que le drapeau soit fixé au sommet du mât et il repète le même exercice successivement pour les autres pavillons (fig. 2).
- 5° Le perroquet en vélocipède est encore un exercice très drôle. Ce vélocipède est actionné par un levier relié à une bielle fixée à la roue de devant.
- Le perroquet monte sur le vélocipède, saisit le levier avec sort bec, le lève et l’abaisse successivement avec beaucoup d’énergie et de précipitation, et le petit vélocipède se met en marche (fig. 2).
- G0 Un orgue de barbarie microscopique est apporté, un perroquet accourt, c’est Tom; de sa patte il saisit la poignée avec une précipitation comique, tourne la manivelle, et ce mouvement l'oblige à d’étranges contorsions, il semble en quelque sorte battre la mesure à la fois avec sa tête et avec sa queue.
- 7° Une grosse boule est placée sur une planche basculant en son milieu sur un tréteau ; un perroquet saute sur cette boule, la fait progresser en déplaçant son centre de gravité; la boule monte sur la planche, arrive en son milieu, celle-ci alors bascule, se maintient en équilibre pendant quelques instants, puis le perroquet reprenant sa marche, la planche
- s’incline de nouveau et le perroquet et sa boule redescendent de l’autre coté (fig. 4).
- 8° Plusieurs lettres de l’alphabet sont placées verticalement sur la table, le dompteur fait avancer Charly, celui-ci s’approche faisant le beau, hérissant son plumage comme il a fait précédemment. Un spectateur désigne une lettre, Charly hésite, incline la tête, semble réfléchir, puis tout à coup se précipite et enlève la lettre demandée (fig. 2) ; il répète cet exercice pour trois ou quatre lettres. Tout à coup le petit Tom saute de son perchoir, accourt, prend successivement les lettres qui restent et les jette au loin sur le plancher.
- 9° Un perroquet fait au commandement plusieurs fois la culbute (fig. 2).
- 10° Deux autres parcourent la longueur de la table en tournant sur eux-mêmes, pendant que la musique joue une valse.
- 11° On place sur la table un petit appareil représentant une porte fermée maintenue entre deux
- montants et au sommet d’un de ceux-ci se trouve une petite clochette à laquelle est fixée un cordon. Un perroquet placé de l’autre côté de cette porte prend le cordon avec son bec, et agite la sonnette avec frénésie. Un autre perroquet alors saute de son perchoir, accourt, vient ouvrir la porte à son camarade (fig. 2); lorsque celui-ci est passé referme la porte et tous deux de compagnie reviennent sur leur perchoir.
- 12° Dans une petite voiture prennent place les deux perroquets gris, il y en a un sur. le siège, l’autre dans l’intérieur; quand ils sont installés, un perroquet blanc accourt, se place entre les brancards et prenant dans son bec une petite chaînette qui relie l’extrémité de ceux-ci, il tire de toutes ses forces en écartant les ailes et traîne l’équipage.
- 13° Un petit canon est apporté, la détente est actionnée par un levier sur lequel un perroquet pose sa patte; au commandement de feu! le coup part (fig.2).
- ,44° Enfin les exercices se terminent par une mar-
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- ohe militaire exécutée par le beau perroquet Charly. L’orchestre joue une marche avec un accompagnement du tambour qui marque le pas, Charly hérisse ses plumes, étend ses ailes et majestueusement lève ses pattes et les abaisse en mesure, exécutant un superbe pas de parade. C’est la fin du spectacle.
- Fig. 2. — Exercices divers exécutés par des perroquets savants de M. Abdy, exhibés à Paris.
- Les perroquets de M. Abdy sont, comme nous l’avons déjà dit, des kakatoès (sauf les deux perruches grises). On sait que les kakatoès se distinguent des autres races de perroquets par leur queue plus courte et leur huppe mobile. De toutes les races, c’est incontestablement la mieux douée sous le rap-
- port de l’agilité, de la vivacité des mouvements, de la rapidité de la marche. De plus, ces animaux sont très adroits et se servent fort habilement de leur bec et de leurs pattes. Ce sont les perroquets acrobates par excellence. Us apprennent, il est vrai, fort difficilement à parler, mais ils s’apprivoisent fort vite, ils comprennent et exécutent ce qu’on leur commande. Leur mimique est des plus expressives, ils
- savent manifester leurs sentiments, joie ou colère, ils sont sensibles aux caresses et aux marques d’approbation ; en somme, ce sont incontestablement les plus singuliers des perroquets. Nous venons de voir ce qu’ils peuvent faire et jusqu’à quel degré extraordinaire on peut porter leur éducation.
- Guyot-Daubès.
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- ENREGISTREMENT DES TEMPS DE POSE 1
- EN PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE
- Les lecteurs de La Nature ont pu voir fréquemment, dans le cours de ces dernières années, des reproductions d’épreuves photographiques instantanées: ils ont également lu la description d’un certain nombre d’obturateurs; ce sont les appareils qui permettent de réduire suffisamment la pose pour saisir les objets en mouvement. Ils ont remarqué que certaines épreuves étaient obtenues en 1/50, 1/100 de seconde, et même beaucoup moins. Ils sont en droit de se demander comment on peut mesurer des fractions aussi faibles du temps, et quelle est la valeur qu’il faut accorder aux chiffres annoncés.
- Nous allons répondre à cette question, voir si on peut mesurer le temps de pose en photographie instantanée, et comment on peut le faire. Nous n’entendons parler dans ce travail que des obturateurs portatifs, spécialement destinés aux amateurs, et avec lesquels on peut, et on doit d’ailleurs, obtenir des clichés complets. Il existe d’autres appareils destinés à des recherches scientifiques2, mais nous les laissons de côté, parce que, dans les méthodes auxquelles ils s’appliquent, la photographie n’est pas le but, mais simplement le moyen, le procédé d’étude et d’observation. Dans ce cas on peut trouver des vitesses beaucoup plus considérables, parce que l’obturateur fait partie d’une installation fixe et que les épreuves simplement documentaires n’ont pas besoin d’avoir la perfection que l’on est en droit d’exiger de la photographie courante.
- Diverses méthodes ont été indiquées pour mesurer le temps de pose; on peut les diviser en trois classes : les méthodes graphiques, les méthodes optiques et les méthodes mixtes, c’est-à-dire celles qui sont une fusion des deux.
- Par les premières, on enregistre le fonctionnement mécanique de l’obturateur; par les autres, on mesure le temps pendant lequel la lumière agit utilement sur la surface sensible. Si on place, par exemple, une bande de papier enfumée sur une guillotine photographique, que l’on fasse vibrer un diapason dont le style touche légèrement la surface du papier, on obtiendra, lorsque l’appareil fonctionnera, une sinusoïde comprenant un certain nombre de vibrations. En comptant le nombre de vibrations comprises entre le moment où l’objectif est démasqué et celui où il est recouvert, comme d’autre part, on connaît le nombre de vibrations du diapason par seconde, il est aisé, par un simple calcul, de déduire le temps qui s’est écoulé entre l’ouverture et la fermeture. C’est là un enregistrement mécanique, un exemple de méthode graphique3.
- Cette méthode serait la plus simple si la lumière
- 1 Nous entendons par temps de pose le temps d’action de la lumière sur la surface sensible.
- 8 Appareils de MM. Janssen, Marey, etc.
- 3 Voir La Nature, du 26 janvier 1884, p. 141.
- pénétrant dans un objectif agissait sur la surface sensible dès qu’une portion de la lentillle est démasquée; mais il n’en est pas ainsi, comme nous le prouverons tout à l’heure, et la valeur des méthodes graphiques se trouve infirmée par ce fait que les bases adoptées pour compter le temps de pose, à savoir, l'ouverture et la fermeture de la lentille, sont des bases purement hypothétiques.
- Dans les méthodes optiques on ne s’occupe que de mesurer le temps pendant lequel la lumière agit utilement sur la surface sensible; photographiquement parlant, c’est la seule chose qui soit utile à connaître ; pour cette seule raison les méthodes optiques sont à priori bien préférables aux méthodes graphiques. M. Vidal a indiqué une méthode de la deuxième catégorie. Elle consise à photographier une aiguille animée d’un mouvement de rotation.
- Cette aiguille brillante se meut sur un cadran noir portant des divisions blanches, et fait un tour en une seconde. Pendant la pose, elle se déplace d’un certain nombre de divisions, suivant la vitesse de l’obturateur. Au développement, on obtient l’image du cadran et un secteur blanc qui correspond exactement au déplacement de l’aiguille. Si le cadran est divisé en 600 parties et si l’aiguille s’est déplacée de 10 divisions, on peut en conclure que la lumière a agi pendant 10/600, soit 1/60 de seconde. La seule condition, et elle est capitale, c’est que l’aiguille parcoure des espaces égaux en des temps égaux. "Au point de vue pratique, c’est un inconvénient sérieux, car rien n’est plus difficile en mécanique que d’obtenir un mouvement de rotation d’une parfaite égalité. Les régulateurs les plus perfectionnés sont toujours susceptibles de présenter de légères variations.
- Dans ces conditions et pour n’avoir pas à se préoccuper de la régularité absolue du moteur, nous avons proposé de contrôler la marche de l’aiguille par l’emploi du diapason1.
- Nous pensons en effet que lorsqu’il s’agit de mesurer des centièmes et des millièmes de seconde, il faut écarter à priori toutes les causes d’erreur et n’employer que des méthodes ayant une véritable rigueur scientifique.
- Une autre méthode, indiquée par M. Jubert et reprise par M. de Labaume Pluvinel, consiste à photographier une boule brillante tombant à l’air libre le long d’une échelle graduée. La boule laisse, suivant le temps d’obturation, une trace plus ou moins longue. Sachant l’origine et la fin de cette trace par rapport au point de départ et aux divisions de l’échelle, on peut en déduire, en appliquant la formule de la loi de la chute des corps, le temps pendant lequel la lumière a travaillé.
- Cette méthode, parfaite en théorie, est néanmoins assez délicate dans son application. U faut en effet ne déclencher l’obturateur que lorsque la boule a déjà acquis une certaine vitesse, il faut faire une
- 1 La Photographie instantanée. — Paris, Gauthier-Vil-lars, 1886.
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- série de calculs dans lesquels intervient, par exemple, l’intensité de la pesanteur au lieu où l’on opère ; il est de plus assez difficile de déterminer, d’une manière certaine, l’origine et la fin de la trace, toutes raisons réunies qui font que cette méthode, quoique présentant un caractère très scientifique, n’est peut-être pas très pratique.
- Elle a de plus avec la méthode du cadran un inconvénient commun, à savoir qu’elle exige une très belle lumière pour être employée ; on ne peut donc l’utiliser tous les jours.
- Nous avons pensé que le diapason appliqué à cette méthode, la simplifiait beaucoup en supprimant tous les calculs et en lui donnant une précision absolue. Il faudrait alors remplacer la boule par un point brillant fixé sur une grande planchette coulissante, laquelle porterait une lame enfumée destinée à l’inscription des vibrations.
- Nous décrirons du reste plus loin un appareil que nous avons fait construire dans cet ordre d’idées.
- Les méthodes dont nous avons parlé tout à l’heure, n’étant pas applicables par tous les temps, ce qui est une gêne sérieuse pour exécuter des travaux suivis, le diapason donnant seul la précision désirable, tout en réduisant les calculs à une simple numération de vibrations, nous nous sommes demandé s’il n’y aurait pas moyen d’inscrire sur la plaque photographique elle-même le temps d’action de la lumière. De cette manière et d’un seul coup on aurait sur le cliché l’enregistrement du temps d’action de la lumière mesuré en fractions de seconde. Dans ce but nous avons indiqué une méthode mixte qui est en quelque sorte une fusion, une réunion des autres méthodes, et proposé un appareil dont voici sommairement la description :
- ' Il ressemble à une chambre photographique à trois corps fonctionnant sur un grand chariot (fig. 6, p. 580). Le corps d’avant porte un diapason électrique, celui du milieu l’obturateur à essayer et son objectif, le dernier, un cadre enregistreur.
- Un foyer électrique est le complément de notre installation. Le diapason donne 1000 vibrations simples par seconde1. Une de ses branches porte une petite plaque métallique percée d’une ouverture de très faible diamètre.
- Cette ouverture est recouverte de papier diop-trique. Lorsqu’elle sera vivement éclairée par le foyer électrique, elle fonctionnera elle-même comme source lumineuse. Elle éclairera l’objectif et ira former son image très brillante sur une glace dépolie placée sur le cadre enregistreur.
- Celui-ci se compose d’un double châssis, glissant au moyen de petites roues, le long de deux règles métalliques. II peut recevoir soit un verre dépoli pour la mise au point, soit des glaces sensibles au moment de l’expérience et même une plaque de verre enfumée, nécessaire pour certaines études.
- 1 Le diapason qui nous a servi dans nos diverses expériences a été construit, spécialement pour nous, par M. Pellin, l’ancien associé et l’habile successeur de M. Duboscq.
- Ce cadre est suspendu par un crochet que l’on peut soulever au moyen d’un appareil pneumatique : lorsqu’il est abandonné, il peut tomber de toute sa hauteur.
- Ceci dit, voyons le fonctionnement de l’appareil. Le point vivement éclairé vient faire son image sur le bas du verre dépoli, le cadre étant dans sa position la plus élevée.
- Lorsque l’on fait vibrer le diapason au moyen d’un courant électrique, le point se déplaçant latéralement avec la branche qui le supporte, nous aurons sur notre glace un trait lumineux ; si à ce moment nous déclenchons le cadre enregistreur après avoir rem-
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- placé le verre dépoli par une glace sensible nous aurons une trace affectant la forme d’une sinusoïde et occupant toute la hauteur de la glace (fig. 1).
- Si alors, nous faisons une nouvelle expérience en faisant cette fois fonctionner l’obturateur, la lumière ne pouvant passer que pendant le temps de fonctionnement de celui-ci, nous aurons une trace qui sera l’expression même du temps pendant lequel la lumière aura pu agir. Il suffira de compter le nombre de vibrations inscrites pour savoir en millièmes de seconde la valeur exacte de ce temps (fig. 2).
- La chute du cadre enregistreur doit être assez rapide : cela est absolument nécessaire afin que les vibrations soient assez espacées les unes des autres pour pouvoir être comp-! tées. 11 est même indispensable que l’obiu-
- | rateur ne soit déclenché que lorsque le
- cadre est en pleine chute. Pour obtenir ce résultat nous nous servons de deux tubes fermés
- rentrant l’un dans l’autre et formant piston. La partie fixe du tube inférieur, adaptée à la monture du cadre, est munie à sa base d’un ajustage sur lequel on place le tuyau en caoutchouc de l’appareil pneumatique actionnant l’obturateur. Le tube supérieur, un peu plus petit de diamètre, est sollicité à rentrer dans l’autre par deux forts ressorts latéraux, mais il peut être maintenu en haut de sa course par un cliquet, installé de telle manière que le cadre ne peut passer sans le faire basculer. Le tube mobile est alors entraîné par les ressorts, il comprime violemment l’air intérieur et déclenche par suite l’obturateur précisément au moment où le cadre a acquis une vitesse suffisante pour que les vibrations
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- soient bien espacées. Pour essayer un obturateur, on le place muni d’un objectif sur la planchette ad hoc, on éclaire le petit écran, on fait vibrer le diapason. Après mise au point, on remplace le verre dépoli par une glace sensible, on arme l’obturateur, le double piston —11 n’y a plus alors qu’à déclencher le cadre mobile.
- Celui-ci tombe, fait partir l’obturateur; on aperçoit un éclair sur la glace et l’expérience est faite.
- Au développement, on obtient la sinusoïde en noir se détachant sur fond blanc.
- Si l’on trouve 10 vibrations, le diapason en donnant 1000 par seconde, la pose a été de 10/1000, soit 1/100.
- Cette méthode nous sert depuis plus de deux années et nous a permis d'étudier d’un manière
- complète le fonctionnement de divers obturateurs, ainsi que le mode d’action de la lumière sur les préparations sensibles.
- La première question qu’elle nous a permis de résoudre est la suivante : Lorsqu’un obturateur quel qu’il soit, démasque une lentille, est-il vrai de dire que dès le début la lumière agit ? La chose est intéressante car s’il en est ainsi les méthodes graphiques dans lesquelles on compte le temps à partir du moment où la lentille est démasquée jusqu’à celui où elle est recouverte, sont parfaitement valables ; autrement, elles ne sont plus applicables.
- En examinant un des tracés obtenus par notre méthode (fig. 2), nous constatons tout d’abord que l’impression laissée par la lumière, apparaît très faible au début, pour augmenter ensuite d’inten-
- Cadre enregistreur. Obturateur avec objectif. Diapason électrique. Foyer lumineux.
- Fig. 6. — Appareil pour la mesure des temps de pose en photographie instantanée.
- sité, atteindre un maximum, puis décroître et disparaître en mourant.
- L’endroit où la trace commence à être visible indique évidemment l’instant précis où la lumière avait acquis l’intensité suffisante pour agir. Elle pénètre en effet dans l’objectif d’une manière progressive et croissante, proportionnelle exactement à la surface de lentille démasquée par le volet de l’obturateur pendant son fonctionnement; elle disparaît de même. L’intervalle qui sépare l’instant auquel la lumière agit, de celui où elle a cessé d’impressionner la surface sensible, nous est donné par notre appareil avec la plus grande précision, c’est ce qui constitue l’enregistrement optique. Si comme on l’admet par hypothèse dans les méthodes graphiques, la lumière agit dès qu’elle peut pénétrer dans l’appareil jusqu’au moment où elle disparaît, l’enregistrement optique devra avoir la même valeur que
- l’enregistrement graphique. S’il n’en est pas ainsi, c’est qu’il existe une période dans laquelle sur les préparations que nous employons, la lumière n’agit pas faute d’intensité.
- Pour donner une preuve indéniable de cette affirmation, nous opérons ainsi. Nous plaçons sur notre cadre enregistreur et à côté de la glace, une lame de verre recouverte de noir de fumée. Nous fixons au moyen d’une tige articulée un chronographe électrique qui vient appuyer son style sur notre lame de verre. Lorsque celle-ci se déplacera, entraînée par l’appareil enregistreur, l’extrémité du style tracera une ligne droite en enlevant le noir de fumée sur son parcours ; si à un moment quelconque nous envoyons un courant électrique dans notre chronographe, le style attiré par l’électro-aimant se déplacera latéralement et laissera un signal qui nous servira à noter l’instant précis d’un
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- phénomène que nous voulons observer. Dans notre expérience, le chronographe sera utilisé pour noter l’instant précis où la lumière pénètre dans l’appareil et celui où elle disparaît. À cet effet, nous faisons fonctionner notre obturateur de manière à démasquer lentement la lentille jusqu’au moment où le point est visible sur le verre dépoli.
- Nous plaçons alors un contact électrique réglé de telle façon que notre chronographe fonctionne au moment précis où la lumière pénètre dans l’appareil. De même nous installons un autre contact grâce auquel sera indiqué l’instant de la disparition du point lumineux. De cette manière nous obtiendrons sur notre lame de verre enfumé, deux signaux indiquant l’admission et la disparition de la lumière. C'est l’enregistrement optique comme il a été dit tout à l’heure.
- Si la lumière agit dès qu’eile apparaît, jusqu’au moment de sa disparition, la trace optique devra avoir précisément la même longueur que l’intervalle existant entre les deux signaux. La simple inspection du résultat obtenu (fig. 3) montre qu’il n’en est pas ainsi : il s’est écoulé un certain temps très appréciable entre le moment où la lumière a pénétré et celui où elle a agi, de même qu’elle a cessé d’impressionner avant sa disparition. Ce retard d’impression est la preuve manifeste qu’avec les préparations actuellement employées, la lumière ne peut agir que lorsqu’elle a acquis une intensité suffisante, et démasqué par conséquent l’objectif d’une certaine quantité.
- La conclusion de ce qui précède est que les bases adoptées par les méthodes graphiques sont purement arbitraires; nous croyons donc qu’elles ne peuvent être maintenues dans la pratique.
- Au point de vue théorique, nous pouvons dès a présent poser en principe, que la lumière, lorsqu’on fait une épreuve instantanée, doit avoir une intensité donnée, intensité initiale, si on nous passe l’expression, pour agir sur la préparation sensible employée. Tant que la lumière n’aura pas acquis
- l’intensité initiale, c’est-à-dire tant que l’objectif n’aura pas été démasqué de la quantité nécessaire, il n’y aura pas impression et par conséquent pas formation d’image. L’examen des traces ne laisse aucun doute à ce sujet. Nous allons même plus loin et nous pensons que pour un fonctionnement d’obturateur identique, si la lumière est plus intense, le point initial sera atteint plus tôt et le nombre de vibrations inscrit plus grand. Si la lumière est plus faible, ce sera l’inverse. En effet si l’objectif étant démasqué d’une quantité donnée, une source lumineuse égale à 1000 par exemple a atteint l'intensité initiale voulue, une source 100 fois plus faible ne donnera le même résultat que si l’objectif est démasqué d’une nouvelle quantité, ce qui permettra, par l’admission d’une somme plus grande de rayons, d’atteindre l’intensité nécessaire pour agir.
- En résumé, de tout cc qui vient d’être dit, on peut formuler la loi suivante :
- Pour un fonctionnement constant d'un obturateur photogra-phique, le temps d’action de la lumière sur la préparation sensible variera suivant l'intensité même de celle lumière. En un mot « la durée d’action de la lumière sera proportionnelle à son intensité. » Rien n’est plus facile que de vérifier expérimentalement cette loi. Nous enregistrons la vitesse d’un obturateur quelconque avec notre foyer électrique comme source lumineuse, nous obtenons 17/1000 (fig. 4). Nous refaisons un autre enregistrement, mais en interposant un écran transparent de façon à diminuer notre intensité lumineuse, nous ne trouvons plus que 15/1000 (fig. 5). Le temps d’action de la lumière sur la préparation se trouve donc diminué en même temps que l’intensité. C’est la preuve évidente de l’exactitude de la loi qui vient d’être formulée. Les conséquences d’un pareil résultat sont importantes, car elles montrent, dans les méthodes optiques d’enregistrement des obturateurs, une cause d’erreur qu’il était difficile de soupçonner à priori.
- En effet si l’intensité de la source lumineuse
- Fig. 7. — 1. Vue d’ensemble de l’appareil à chute. — 2. Portion de la sinusoïde montrant le nombre de vibrations correspondant à chacune des traces. — 5. Reproduction d’une portion du cliché négatif montrant les traces inégales laissées par les trois points.
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- entraîne des variations correspondantes du temps de pose, quelle confiance devra-t-on accorder aux méthodes qui exigent pour être employées la lumière du jour, telles que celles de l’aiguille ou de la boule? Par la raison que nous venons d'indiquer, elles ne peuvent que donner des chiffres non comparables entre eux, puisque l’intensité de la lumière varie constamment suivant l’heure, le climat, le temps, etc., etc.
- Nous avons voulu nous rendre compte de la valeur de cette erreur, et voir si elle avait réellement quelque importance.
- Nous avons fait construire à cet effet un appareil à chute portant une série de points que nous photographions dans leur course (fig. 7). La lame qui porte ces points, reçoit une plaque de cuivre nickelée et recouverte de noir de fumée. Un diapason de 10U0 vibrations placé en haut de notre appareil, inscrit ses vibrations sur la plaque noircie. Cette méthode est une modification de celle de la boule, mais elle comporte une grande précision puisque la vitesse de chute est toujours enregistrée à chaque expérience : elle n’exige de plus aucun calcul, il suffit de compter le nombre de vibrations correspondant à la trace laissée par la boule, et on obtient le résultat en millièmes de seconde.
- Pour mettre en évidence les différences d’enregistrement obtenues par les méthodes optiques suivant l’intensité lumineuse, nous fixons sur notre lame mobile trois points inégalement brillants réfléchissant par suite des quantités inégales de lumière. Nous plaçons notre chambre photographique munie d’un obturateur devant notre appareil et nous opérons au moment où la plaque de l’appareil à chute est en pleine course.
- Nous développons. Nos points étant entraînés d’un même mouvement se sont déplacés de la même quantité exactement, mais si à cause de leurs différences d’intensité ils n’ont pas impressionné la glace au même instant, nous devons obtenir des traces de longueurs inégales et correspondant a des nombres également différents de millièmes de seconde.
- Nous avons fait reproduire le cliché de cette expérience qui ne laisse pas le moindre doute : l’un des points a agi pendant 24/1000, le deuxième pendant 22/1000, le troisième pendant 21/1000,seulement. Il y aurait peut-être là, entre parenthèses, une méthode pholométrique permettant de juger de l’intensité d’une source lumineuse d’après la longueur de la trace qu’elle laisserait. Nous étudions cette question et en reparlerons dans la suite.
- L’expérience que nous venons de citer montre avec évidence l’influence de l’intensité lumineuse sur le chiffre trouvé. Si aujourd’hui avec un beau soleil, nous trouvons un chiffre, demain, peut-être même quelques instants après, nous trouverons un autre chiffre si le soleil est moins brillant.
- Les méthodes optiques indiquées précédemment, la lumière du jour étant l’élément nécessaire, ne
- nous paraissent donc pas avoir les qualités de précision nécessaires pour être à l'abri d’une critique impartiale.
- — A suivre. — ALBEHT LoM)E.
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- NÉCROLOGIE
- A.-L. Uosselin. — La chirurgie française a perdu récemment un de ses maîtres les plus éminents et les plus respectés. M. Gosselin a succombé à la longue et douloureuse maladie dont il a supporté sans se plaindre les épreuves et dont il avait ressenti depuis plus de deux ans les premières atteintes. I1 était âgé de soixante-douze ans.
- Né le 16 juin 1815, élève des lycées de Versailles et de Charlemagne à Paris, Léon Gosselin fut reçu docteur à l’âge de 28 ans, après avoir été interne des hôpitaux (promotion du 13 décembre 1835). À 30 ans, il était nommé au concours, professeur agrégé de la Faculté de médecine. A 31 ans, en 1846, il devenait chef des travaux anatomiques à la Faculté. En 1845, il avait déjà été reçu chirurgien du Bureau central des hôpitaux. 11 a été successivement chef de service aux hôpitaux suivants : Lour-cine, Cochin, Beaujon, Ja Pitié et enfin la Charité. En 1858, il fut nommé professeur à la Faculté et y occupa la chaire de pathologie externe jusqu’en 1867, époque de la mort de Velpeau. 11 lui succéda à la clinique chirurgicale de la Charité.
- Dès 1860, l’Académie de médecine lui avait ouvert ses portes; et même dès 1856 il était président de la Société de chirurgie qui lui conférait l’honorariat en 1863.
- De son enseignement clinique à la Charité, il reste l’œuvre la plus importante de Gosselin, l’œuvre qui résume presque toute sa vie chirurgicale. Ce sont les deux volumes qui constituent ses Leçons de clinique chirurgicale de la Charité (1872). Gosselin a publié en outre un très grand nombre de travaux.
- Gosselin était membre de l’Institut (Académie des sciences, section de médecine et chirurgie) depuis 1874; il avait remplacé Nélaton. En 1886, il fut même président de l’Institut et, malade déjà à cette époque, ne put occuper qu’assez rarement le fauteuil présidentiel. Bien d’autres titres lui ont été conférés : il fut vice-président honoraire de l’Association générale des médecins de France, dont il présida quelque temps la Société centrale.
- Gosselin, comme l’a dit M. le Pr Lannelongue, dans le discours qu’il a prononcé au nom de la Société de chirurgie, a été un homme sympathique à tous, bon, simple et bienveillant, ami des jeunes, doué d’un grand bon sens et d’une parole claire et mesurée. Ses travaux montrent quelle est sa valeur.
- CHRONIQUE
- La lumière électrique dans la marine. —
- La batterie cuirassée le Furieux, en construction dans le port de Cherbourg, vient d’être pourvue d’une importante installation d’éclairage électrique comprenant 2 projecteurs de 1600 carcels et environ 150 lampes à incandescence de 16 bougies, ces dernières réparties dans l’intérieur du bâtiment. Les feux de route et de position sont également pourvus de lampes à incandescence. Le courant est fourni par une machine Gramme, actionnée par un moteur Brotherhood, qui alimente tous les foyers électriques. Il existe en outre une machine de combat avec un second moteur et une troisième dynamo de ré-
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- serve. L’installation a été faite par MM. Sautter, Leinon-nier et Cie. L’amiral xVube a prescrit une série d’expériences fort intéressantes, qui sont commencées depuis quelques jours à bord de l’escadre de la Méditerranée, il s’agit d’essayer l’emploi des projecteurs électriques dans les manœuvres de guerre. De la plate-forme tournante placée sur chacun des vaisseaux, à 10 mètres environ au-dessus du niveau de la mer, et par un simple déplacement du foyer, on éclaire à volonté un espace considérable ou bien on concentre toute l’intensité lumineuse sur un même point. Ces projections électriques, d’après le Bulletin de la Société des électriciens, semblent démontrer que l'on peut s’opposer à l’entrée d’un navire dans un port et signaler de très loin la présence des torpilleurs qui sont maintenant un des éléments les plus importants des guerres navales.
- La traversée de l’Atlantique en quatre jours.
- — U Arrow Sleamship andi Shipbuilding Company de New-York, annonce qu’elle commence, d’après un nouveau système, la construction d’un paquebot, qui pourra avoir une vitesse moyenne de 22 nœuds, au moyen de machines développant une force motrice de 22 986 chevaux. Ce paquebot, qui s’appellera le Pocahontas, aura 164“,16 de long sur 12m,16 de large, avec un tirant d’eau de 7“, 75. Il sera construit en fer et en acier; mais, au lieu de l’être sur des lignes latérales, suivant l’ancienne coutume, il le sera sur 68 cloisons transversales d’acier qui seront éloignées, l’une de l’autre, de 2m,28. Ces cloisons auront des ouvertures pour les salons, les passages, etc., avec des murailles verticales, faisant ainsi 1060 compartiments étanches, dont 500 seront au-dessous de la flottaison. 11 y aura 20 chaudières pour la production de la vapeur. Ce paquebot pourra faire la traversée de New-York à Liverpool en moins de quatre jours; mais il ne portera point d’autres marchandises que des articles de messagerie.
- Les pommes de terre sèches. —Le séchage des pommes de terre tend à prendre de plus en plus d’importance et on le comprend facilement quand ou réfléchit aux nombreux avantages qui résultent de ce mode d’emploi. Les pommes de terre sèches se conservent beaucoup plus longtemps et coûtent moins à conserver, soit en place, soit en temps perdu, puisqu’il suflit de les mettre en caisse dans un endroit sec ; on évite ainsi qu’elles ne noircissent, qu’elles ne pourrissent et qu’elles ne germent, toutes choses qui enlèvent une partie de leur valeur aux tubercules frais. Les pommes de terre sèches ayant beaucoup diminué, soit en volume, soit en poids, puisqu’un homme peut facilement porter ce qui représenterait deux hectolitres de fraîches, il en résulte que les frais de transport et de camionnage sont aussi beaucoup réduits, en sorte que le marché en devient plus grand et qu’on peut même les embarquer pour l’usage des vaisseaux ou pour les transporter au loin. Enfin on peut employer pour le séchage même des qualités inférieures ou des espèces moins bonnes ; elles livrent encore un très bon produit. Dans les endroits où l’on sèche des fruits, le même matériel peut servir au séchage des pommes de terre après que la saison des fruits est passée, ce qui diminue notablement les frais d’exploitation. Les pommes de terre qui conviennent le mieux pour être séchées sont celles dont la pelure est unie ; elles donnent moins de déchet et moins de travail pour les peler. Ce travail se fait, en général, à la machine; après cela on les lave à l’eau fraîche, on les coupe en tranches et on les jette aussitôt dans une solution concentrée de sel de
- cuisine où elles restent de 15 à 20 minutes. Ce bain salé leur enlève un peu d’eau et augmente la durée de leur bonne conservation après le séchage, en même temps qu’il empêche qu’elles ne noircissent. Lorsqu’on les sort de l’eau salée, on laisse les pommes égoutter quelques minutes et on les porte au séchoir; ce sont de grandes chambres chauffées à 80° ou 90" centigrades où on les étend sur des claies. On doit les laisser au séchoir passablement plus longtemps que les fruits, pommes ou poires, parce que la fécule que contiennent les pommes de terre est plus sujette à fermentation que le sucre. Une fois séchées, on les emballe bien serrées dans des caisses ou des tonneaux. Les pommes de terre sèches s’emploient comme les pommes de terre fraîches ; on les laisse d’abord tremper 12 heures dans l’eau pour que la pulpe reprenne un peu d’humidité.
- Le platinage du verre. — Il existe, dans les galeries du Conservatoire des arts et métiers, un carreau de verre couvert d’une mince couche de platine et qui offre la remarquable propriété suivante : quand on le considère par réflexion, l’image s’y forme comme dans un miroir ; par transparence, il se comporte au contraire à la façon d’un carreau ordinaire, et on y voit les objets placés de l’autre côté. Cette invention actuellement abandonnée, remonte à plus de vingt ans ; elle est due à Dodé. Voici le procédé indiqué par ce chimiste. Il consiste à mélanger intimement du chlorure platinique avec de l’essence de lavande (Â) et à composer d’autre part un fondant à l’essence de lavande, l’oxyde et le borate de plomb (B). — On mélange (A) et (B) et quand la pâte est bien homogène, on l’étend au pinceau sur l’un des côtés du verre. Après dessiccation on cuit au moufle, au rouge sombre. Les matières volatiles, y compris le chlore, se dégagent, et le métal reste mélangé à l’excipient fondu à qui il communique une teinte grisâtre. Ces produits, assez difficiles à préparer, ont été jusqu’ici peu appréciés. II y aurait là peut-être d’intéressants essais à reprendre.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 mai 1887. — Présidence de M. Janssen.
- Matière colorante rouge des feuilles. — M. Arnaud, aide-naturaliste au Muséum, qui s’est déjà distingué par des découvertes importantes et en particulier par celle d’un alcaloïde catalogué maintenant sous le nom de Caroline, signale aujourd’hui la présence constante de la même matière dans les feuilles de toutes les plantes. Son travail est présenté à l’Académie par M. Chevreul que nous ne nous rappelons pas avoir jamais vu plus alerte, plus enthousiaste dans l’exposé des vérités naturelles, plus jeune d’allure en un mot. L’illustre doyen de l’Académie insiste sur le caractère de précision du mémoire qu’il analyse et il souligne le fait de l’association à la chlorophylle d’un corps dont la couleur est justement complémentaire de la sienne. Il promet d’ailleurs de revenir sur le sujet et sur quelques autres dans une communication ultérieure.
- L’eau de Montrond. — Nos lecteurs se rappellent que l’an dernier un puits foré pour la recherche de la houille à Montrond (Loire) livra passage à des torrents intermittents d’une eau extraordinairement riche en acide carbonique. Depuis lors un deuxième trou de sonde a été pratiqué, et l’eau a été remise par M. Laur à M. Terreil, aide-naturaliste au Muséum. Celui-ci a été fort surpris de
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- trouver dans le liquide une composition fort différente de celle de la première source et qui même n’a jamais été présentée jusqu’ici par une eau souterraine. Elle comprend, en effet, 0‘r,68 de soude caustique par litre, sans la moindre trace d’acide carbonique. Le savant auteur n’a pas tardé à découvrir la cause d’une nature aussi exceptionnelle : elle réside évidemment dans les matériaux qui ont servi à doubler le puits foré. Ceux-ci consistent en mortier où la chaux vive a joué son rôle ordinaire, et la chaux, en vertu des lois de Berthollet, a décomposé le carbonate de soude pour en faire du carbonate de chaux et de la soude.
- Studer. — Le doyen des géologues, il. Studer, correspondant de l’Académie, est mort le 2 mai à Berne, sa ville natale, à l’âge de 93 ans. Soit seul, soit en collaboration avec M. Escher de la Linlh, il a contribué à faire connaître la structure des Alpes et des régions voisines. Ses livres, ses cartes, ses collections conservées à Berne, sont des monuments qui perpétueront le souvenir de ce grand chercheur.
- Le cyclone d'Aden.
- On se rappelle le cataclysme qui, il y a peu d’années, a causé la perte corps et biens de l’aviso français le Renard, de la frégate allemande Auyusla et de plusieurs autres navires : nos lecteurs ont eu, à cette occasion, le résurné des recherches de M. l’amiral Cloué qui, par la discussion de 43 journaux de bord, est parvenu à retracer la trajectoire du météore. A cause de leurs intérêts compromis en cette circonstance par le naufrage de YAugusta, les Allemands viennent de leur côté d’étudier la question à nouveau. Les résultats qu’ils ont publiés ne diffèrent pas beaucoup de ceux que notre compatriote avait mis en lumière et cependant le tracé publié à Berlin diffère de celui que M. Cloué a donné par des méandres qu’on n’a jamais relevés en aucune circonstance analogue. Pour l’amiral français comme pour M. Faye qui se joint à lui, les méandres dont il s’agit n’ont pas une existence réellement liée au fait du cyclone; ils correspondent à l’influence accessoire des vents de mousson qui, en certains points, ont ajouté et dans d’autres ont retranché leur vitesse propre à la vitesse du tourbillon. La discussion des faits ne laisse aucun doute à cet égard.
- Varia. — Un auteur, dont le nom nous échappe, constate les variations de composition du lait au cours de la lactation. — L’émission de l’ammoniaque par la terre végétale occupe M. Berthelot. — Selon l’usage, M. l’amiral Mouchez adresse les observations de petites planètes faites au grand appareil méridien de l’Observatoire : il s’agit cette fois du 4e trimestre de 1886. — Une combi-
- naison de l’hématine avec le bioxyde d’azote est étudiée par M. Linassier. — C’est par l’usage des appareils enregistreurs donnant à chaque instant la pression et la force ascensionnelle que M. Charbonnel précise les fonctions hydrostatiques de la vessie natatoire des poissons. — Une révision des microsporidées est adressée par M. Monnier. — M. Ilayem et M. Bouchard posent leur candidature à la place vacante dans la section de médecine par le décès de M. Paul Bert. Stanislas Meunier.
- JEUX SCIENTIFIQUES
- LE CHEVAL DE BOIS MANNING
- On voit depuis quelque temps dans le jardin du Luxembourg, et dans un grand nombre d’autres jardins publics ainsi que dans les fêtes foraines, un nouveau cheval de bois qui a beaucoup de succès parmi les enfants. Ce petit appareil, imaginé par M. Manning, est monté sur deux tiges rigides qui pivotent à leur partie inférieure autour d’un axe.
- Des ressorts à boudin placés de chaque côté des montants en régularisent les mouvements. Le petit cavalier imprime le mouvement au système par un balancement du corps, et il se livre ainsi à un exer cice gymnastique salutaire.
- Avec ce cheval de bois, pas d’accidents à craindre, puisque le socle est fixé au sol ; pas de brusques secousses, comme celles que donne le cheval à bascule. Grâce aux solides ressorts à boudin qui modèrent l’amplitude des oscillations, les mouvements du système sont des plus doux.
- Le cheval de bois Manning mérite bien son surnom dhygiénique, car le mouvement du corps, nécessaire pour le mettre en marche, fortifie les reins et développe la poitrine. Notre dessin représente un jeune cavalier monté sur un de ces chevaux.
- Ces petits appareils sont généralement montés en grand nombre dans les fêtes foraines ou dans les expositions, de sorte que les jeunes cavaliers peuvent s’exciter entre eux, et former une cavalcade d’un nouveau genre, dont l’aspect ne manque pas d’être très animé. Dr Z...
- Propriétaire-Gérant : G. Tissandieb.
- Cheval de bois Manning.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paru.
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- N" 721). — 21 MAI 1 887.
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- J.-B. BOUSSINGAULT
- Jean-Baptiste Boussingault, qui vient de mourir dans sa quatre-vingt-sixième année, est assurément l’une des grandes figures scientifiques de notre époque; ses travaux ont rendu son nom impérissable; il convient de résumer avec quelques détails l’histoire de la vie de ce grand chimiste et de sa longue carrière si bien remplie par un labeur incessant et par d’éclatantes découvertes.
- J.-B. Boussingault est né à Paris, le 2 février 1802, après avoir fait ses études classiques, il fut reçu h l’Ecole des mines de Saint-Étienne, d’où il sortit avec le diplôme d’ingénieur. Le jeune savant avait l’esprit très actif, il était robuste, énergique, et accepta avec empressement l’offre qui lui fut faite par une compagnie anglaise d’aller dans l’Amérique du Sud pour retrouver d’anciennes mines comblées depuis plusieurs années, et d’en diriger l’exploitation, après les avoir déblayées.
- J.-B. Boussingault partit à l’âge de vingt ans, mais le séjour qu’il fit a l’étranger, se prolongea beaucoup plus qu’il n’aurait pu le croire au départ ; il fit dans l’Amérique du Sud la connaissance de Humboldt qui le prit en amitié, il parcourut la Bolivie et la province du Véné-zuela, il visita les régions alors presque inconnues, qui s’étendent entre Carthagène et l’embouchure de l’Oré-noquc ; enfin, lors de l’insurrection générale des colonies espagnoles, le jeune ingénieur voulant s’associer à la conquête de l’indépendance d’un peuple, devint attaché à l’état-major de Bolivar, avec le grade de lieutenant-colonel.
- Pendant dix années consécutives, Boussingault séjourna dans ces admirables régions, où la nature est riche et exubérante ; il ne cessa de se préoccuper de son étude et des résultats qu’on en peut obtenir. La moisson d’observation qu’il rapporta, est immense, et pendant toute la durée de sa longue existence, il se plaisait jusqu a la fin même de ses jours, à rappeler les épisodes de son séjour en Amérique.
- Boussingault exécuta d'innombrables analyses minéralogiques dans la Bolivie et les pays voisins. Il découvrit un nouveau minéral, un hydrocarbonate de 15* auuée. — 1" semestre.
- chaux et de soude, qu’il appela la Gay-Lussite. Malgré les difficultés du voyage, il s’ingéniait à trouver les moyens d’amasser des documents; il faisait parfois ses analyses de minéraux à cheval, à l’aide d’un trébuchet qu’il portait sur lui. 11 avait en bandoulière un baromètre Fortin, auquel il était attaché comme à son plus fidèle compagnon; cet instrument lui servait à déterminer les altitudes. Ses méthodes d’investigation étaient souvent extraordinairement ingénieuses : nous en prendrons, comme exemple, sa recherche sur la température des volcans, lors de sa grande excursion aux volcans de l’Equateur. Boussingault, arrivé unjouràla bouche même du volcan de Pasto, voulut reconnaître quelle pouvait être la température, au fond d’un gouffre d’où s’échappaient des vapeurs brûlantes. Un thermomètre a mercure ordinaire placé dans la vapeur, s’éleva aussitôt à 102° : l’instrument eût été brisé s’il avait séjourné quelques minutes en ce milieu. Le jeune ingénieur eut alors l’idée de descendre dans le gouffre des feuilles d’étain qui enveloppaient des tablettes de chocolat, il reconnut, quand il les retira, qu’elles avaient été fondues. La température était donc supérieure à celle de la fusion de l’étain : 255 degrés. Cela fait, il descendit la balle de plomb d’un pft-tolet : le plomb sortit intact sans avoir été ramolli ; la température était donc inférieure à celle de la fusion du plomb : 552°. Elle se trouvait comprise entre les deux limites extrêmes. La visite au volcan Pasto n’était pas exempte de périls; le guide qui accompagnait Boussingault ne pouvait cacher son appréhension en entendant les mugissements souterrains, et en considérant l’orifice du volcan : « S’il crachait, » dit-il à l’ingénieur. « Nous serions perdus, » répondit Boussingault ». Et le guide répliqua avec un calme parfait : « C’est ce que je crois. »
- Boussingault ne tarissait pas d’anecdotes quand il se reportait aux souvenirs de son aventureuse existence de jeunesse. Nous en citerons quelques-unes. Pendant ses voyages dans les Pampas, il était accompagné d’un Indien qui le soignait parfois comme un enfant. Lejeune ingénieur fut pris de fièvres qui faillirent l’enlever ; son Indien, avec une sollicitude quasi maternelle, le sauva en mâchant lui-même des ali-
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- J.-B. Boussingault, né à Paris le 2 février 1802, mort à Paris le 11 mai 1887. (D’après une photographie
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- ments bien choisis qu’il introduisait dans la bouche de son malade. C’est là au milieu des Pampas que Bous-singault fit ses recherches sur le curare et certaines substances vénéneuses ; c’est là qu’il étudia les propriétés du coca. Il racontait dans ses cours qu’il avait souvent vu des coureurs indiens parcourir de grandes distances en restant vingt-quatre heures sans prendre aucun aliment. Ils mâchaient des feuilles de coca dont ils avaient emporté une provision dans de petits sacs.
- L’agronome perçait déjà sous le chimiste lors de ses explorations en Amérique. « 11 ne traverse pas une plaine, dit un de ses biographes, M. E. Tisserand, ne franchit pas une montagne, ne passe pas une rivière, ne rencontre pas un végétal utile sans faire les recherches et les observations qui puissent l’instruire sur les mystères de cette nature équatoriale si différente de la nôtre. C’est ainsi que nous le voyons, dès 1822, étudier l’arbre qui fournit dans les Cordillères de Vénézuela, une sève comparable, par son aspect et sa saveur, au lait de nos vaches. Bous-singault ne se contente pas d’analyser ce produit, d’y trouver les éléments du lait ordinaire, avec cette différence toutefois, que la matière grasse y est remplacée par une cire analogue à celle que sécrètent les abeilles1. »
- Ce sont ensuite les produits extraits des plantes par les Indiens pour les usages les plus variés, pour nourrir les hommes, ou pour les tuer, qui attirent son attention, et qui devaient plus tard lui donner la matière de savants mémoires sur le chica, l’hura, le rocou, le vernis végétal et la banane; ces travaux, on les lit encore aujourd’hui avec autant d’intérêt que de profit.
- Boussingault prit part à de nombreux combats avec Bolivar dont il était l’un des officiers les plus cfèvoués: pendant le pillage d’une ville, il fut chargé de protéger un couvent de religieuses où il s’installa pendant quelque temps.
- Il assista à des tremblements de terrre, et un jour, il fut obligé de tirer par les pieds pour les sauver, des malheureux qui, prosternés la tête contre le sol devant une église, allaient se faire écraser sous le monument qui s’écroulait. Les indigènes étaient absolument affolés ; avant de rendre leur âme, ils se confessaient à haute voix, prenant le ciel pour témoin : « J’en entendais de belles, » ne manquait pas d’ajouter Boussingault en souriant, lorsqu’il racontait cette histoire.
- Le voyageur rentra en France en 1855 ; il fut bientôt nommé professeur de chimie à la Faculté des sciences de Lyon, dont il devint le doyen peu de temps après. En 1859, après s’être fait remarquer par des recherches importantes, il fut appelé à l’Académie des sciences et vint à Paris où il fut nommé professeur du Conservatoire des Arts et Métiers. En 1848, il représenta le département du Bas-Rhin à
- 1 Rapport, au nom du Comité d’agriculture de la Socir'lé d'encouragement, sur les titres de M. Boussingault, à la grande médaille de Thénard, en 1872.
- l’Assemblée constituante, il y prit place parmi les républicains modérés. Il devint, par élection, membre du Conseil d’État. Au 2 décembre, il quitta le conseil et renonça pour toujours à la vie politique.
- Il se consacra dès lors exclusivement à la science. En 1876, il fut promu grand officier de la Légion d’honneur.
- Boussingault était, après M.Chevreul, le plus ancien membre de l’Institut. 11 appartenait à la section d’économie rurale, où il avait remplacé, il y a presque cinquante ans, Uuzard, l’ancien inspecteur des écoles vétérinaires.
- Les travaux de Boussingault tiennent une place considérable dans l’histoire de la chimie. Il exécuta, de concert avec J.-B. Dumas, les mémorables expériences sur la composition de l’air atmosphérique, qui ont en quelque sorte apporté le couronnement de l’édifice élevé par Lavoisier, et sont désormais devenues classiques.
- C’est surtout à partir de 1856, quelque temps après son retour en France, que Boussingault s’adonna à son étude de prédilection, celle de la physiologie végétale. Les résultats qui lui sont dus en zootechnie pour la ration des animaux, et en agriculture pour là nutrition des plantes, sont de la plus haute importance. En 1858, apparut le travail magistral du grand agronome, c’est-à-dire le résultat de ses recherches chimiques sur la végétation. Boussingault a vérifié, la balance à la main, le fait entrevu seulement par ses prédécesseurs, de la fixation par les plantes du carbone contenu dans l’acide carbonique de l’air; il a prouvé en même temps d’une façon définitive que les plantes décomposent l’eau pour s’en approprier l’hydrogène. Il a constaté enfin que les céréales puisent l’azote dans le sol, et que suivant la formule de Lavoisier, dans la nature végétale comme dans le laboratoire, « rien ne se crée, rien ne se perd. » Ce qu’on met dans le sol comme engrais, se retrouve dans la plante comme récolte.
- Chercheur infatigable, analyste d’une habileté consommée, Boussingault, pendant de longues années, entreprit dans sa ferme de Bechelbronn, en Alsace, une série d’analyses des plantes et des engrais dont les résultats ont véritablement eu pour conséquence la création de la théorie agricole.
- Sous l’incomparable direction du chimiste, la ferme agricole de Bechelbronn a été une ferme expérimentale, et n’a jamais pu être une ferme à profit; car Boussingault, ayant toujours en vue l’intérêt de la science, négligeait le côté financier de son exploitation.
- Ce qu’il avait fait pour les végétaux, l’expérimentateur voulut le réaliser pour les animaux, et il lui fut donné de constater qu’un animal soumis à la ration d’entretien perd une somme d’éléments égale à celle qu’il reçoit sous forme de nourriture.
- Après son domaine de culture de Bechelbronn, c’est son laboratoire du Conservatoire des Arts et
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- Métiers qui, pendant de longues années, a été son centre de travail favori. À la lin de sa carrière, Bous-singault s’occupa beaucoup de métallurgie ; ses analyses d’échantillons de 1er et d’acier ont rendu des services signalés à l’une des branches capitales des applications de la chimie. L’éminent professeur cessa son cours des Arts et Métiers en 1875 ; il fut remplacé depuis cette époque par M. Schlœsing, et vécutdésormais dans la retraite.
- La tendresse et les soins de son tils Joseph Bous-singault et de ses deux filles, ont assuré le calme et la joie paisible de la famille à ses vieux jours, mais avant de rendre le dernier soupir, le maître eut àv souffrir d’une cruelle maladie.
- Le nombre des travaux et des mémoires de Bous-singault est si considérable, que nous ne saurions songer à en donner une énumération, même succincte. Pendant de longues années, les Comptes rendus de l'Académie des sciences et les Annales de physique etde chimie dont Boussingault était un des rédacteurs, publiaient très fréquemment de ses mémoires originaux.
- « Comme tous les maîtres de la science, a dit M. E. Tisserand, auquel nous nous plaisons à avoir recours pour résumer l’œuvre du grand chimiste qui vient de mourir, M. Boussingault ne s’est pas contenté de faire des travaux dans son laboratoire et dans sa ferme, il a cherché à propager les nouvelles doctrines, à vulgariser scs méthodes. Son Traité d'économie rurale est un ouvrage classique que l’on peut considérer comme l’un des plus beaux monuments de l’agriculture française. Enfin ses leçons au Conservatoire des Arts et Métiers ont formé une pépinière de jeunes savants qui, s’inspirant de ses idées, continuent son œuvre au grand avantage de l’agriculture. En résumé, on peut dire que l’influence des travaux et des publications de Boussingault sur l’agriculture a été immense. Ses travaux ont été le véritable point de départ du grand mouvement agricole qui s’est produit depuis quarante ans. C'est la ferme de Bechelbronn qui a conduit a la fondation de Ro-thamsted en Angleterre, et a servi de modèle aux Allemands pour la fondation de ces laboratoires de recherches agricoles dont ils sont si fiers, et on peut le dire hautement, il n’est aucun de ces établissements qui ait encore produit autant et fait d’aussi importantes découvertes que Bechelbronn. »
- Nous avons perdu, hélas! la terre alsacienne de Bechelbronn ; mais ce qui nous restera toujours, c’est l’éclat qu’y ont jeté les travaux de Boussingault. Nul ne saurait nous en ravir la gloire, et ces travaux, malgré tout, continuerontlà briller à travers les âges.
- Boussingault, par la sûreté de sa méthode et la clairvoyance de son esprit, est digne d’ètre placé à côté de J.-B. Dumas comme un autre continuateur de Lavoisier; il mérite d’ètre appelé le père de l’Économie rurale et le créateur de l’Agronomie.
- Son nom est à jamais inscrit parmi ceux des grands hommes de notre siècle. Gastox Tissandif.r.
- LE PETIT « URSUS SPELÆUS »
- DE G ARGA S
- Nous venons de placer dans la nouvelle salle de paléontologie du Muséum le squelette entier d'un Ursus spelæus remarquable par sa petite taille. Ce squelette a été monté avec des os de différents individus, recueillis dans les Oubliettes de Gargas par M. Félix Régnault et donnés par lui au Muséum.
- L'Ursus spelæus ordinaire est notablement plus fort que les plus grands Ours actuels, l’Ours gris (Ursus horribilis) et l’Ours brun de Pologne (Ursus arctos) ; au contraire, le petit Ursus spelæus de Gargas a des membres plus courts que l’Ours gris et l’Ours brun de Pologne. A part sa petitesse, il ressemble à Y Ursus spelæus ordinaire.
- Nos Ours actuels ont des formes très lourdes. U Ursus spelæus devait être un singulier animal, étant encore beaucoup plus massif et trapu. La grosseur des os est considérable, proportionnellement à leur longueur. Les pattes de devant sont fort élargies. Dans les squelettes entiers à'Ursus spelæus que nous possédons (grand individu de l’flerm et surtout petit individu de Gargas), les tibias sont courts comparativement à ceux de l’Ours brun; peut-être la brièveté des membres postérieurs chez Y Ursus spelæus, comme chez les Hyènes, était une disposition favorable pour descendre dans les cavernes où ces animaux ont vécu. Si l’on remarque qu’outre la lourdeur de son corps, Y Ursus spelæus avait des phalanges onguéales assez faibles, qu’il avait perdu scs petites prémolaires antérieures, que ses tuberculeuses s’étaient agrandies et que leurs pointes s’étaient émoussées, on est porté à penser que son régime devait être surtout omnivore et qu’il n’a pas dû être pour nos pères un voisin bien redoutable. 11 a été le moins carnivore de tous les carnivores ; de même que le Mammouth du quaternaire a été le plus Eléphant des Eléphants, YUrsus spelæus du quaternaire a été le plus Ours des Ours.
- Le petit Ursus spelæus a été contemporain du grand; il n’est pas rare à Gargas. Je l’ai trouvé à l’Herm, il y a longtemps, dans une excursion que j’ai faite sous la conduite de M. l’abbé Pouech; le musée de Toulouse en possède un squelette entier tiré de cette grotte; il a été monté par M. Trulat. Dans la grotte d’Aubert, près Saint-Girons, où j’ai pu assister aux fouilles de M. Félix Régnault, les os des petits Ur'sus spelæus sont plus communs qu’à l’Ilerm, ils le sont moins qu’à Gargas.
- En Belgique aussi on a découvert un petit Ursus spelæus; mais, d’après Sclmierling‘, son crâne serait l’opposé de celui de Gargas, car il serait très large comparativement à sa longueur.
- Outre YUrsus spelæus, les cavernes renferment les débris d’un Ours de forme beaucoup moins massive,
- 1 Ossements fossiles des cavernes de Liège, 1*1, XI el XII.
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- qui a été appelé Ursus prisais et que des paléontologistes habiles ont cru pouvoir identifier avec l’Ours gris de Californie (Ursus horribilis). J’ai constaté sur un squelette du musée de Paris, que l’Ours gris diffère plus que l’Ours brun (Ursus arctos) de VUrsus prisais; car notre squelette d’Ours gris est plus massif que celui de l’Ours brun et son humérus se distingue par une plus forte saillie de l’épitrochlée. Les humérus et les autres os de Y Ursus prisais que je connais ne présentent pas ces caractères. U Ursus prisais paraît être simplement un Ursus arctos de grande taille, et je pense que le mieux est de l’inscrire sous le nom A'Ursus arctos (race prisais); il serait l’ancêtre de nos Ours, tandis que Y Ursus spelæus serait une espèce distincte qui s’est éteinte sans laisser de postérité. Le squelette du petit Ursus spelæus de Gargas, qui vient d’être placé dans la nouvelle galerie de paléontologie, tire en partie son intérêt des circonstances dans lesquelles il a été recueilli. Ceux-là seulement qui ont vu fouiller les an-ciens repaires d’animaux féroces peuvent se faire une idée du courage et de la passion pour la science de leurs explorateurs. Autant les grottes où l’homme a séjourné sont d’une exploitation facile et parfois même agréable, autant les repaires des carnivores fossiles sont pénibles à fouiller : les Ours se sont tenus de préférence là où ils cessaient de voir la lumière du jour; par conséquent, il faut s’enfoncer profondément dans les grottes pour faire d’abondantes découvertes; on passe bien des jours dans l'obscurité, souvent dans la boue, exposé à tomber dans des trous et surtout à contracter des maladies; MM. l’abbé Pouecli, Garrigou, Filhol père et Henri Filhol, Tru-tat, Rames, Marty, Régnault et d’autres encore ont été de courageux explorateurs des repaires d’animaux fossiles de nos Pyrénées, et, à cet égard, ils méritent que leur nom soit conservé avec reconnaissance par les paléontologistes. M. Régnault me parait avoir été un des plus zélés. Dans les sombres profondeurs de la grotte de Gargas, il y a un trou dont l’entrée est si étroite qu’on a de la peine à y passer; ce trou s’enfonce verticalement ; il a près de 20 mètres de profondeur ; c’est ce qu’on appelle les Oubliettes de Gargas. En regardant ce trou, j’ai été
- étonné qu’un homme ait osé y pénétrer. Non seulement M. Régnault a eu la curiosité d’y descendre, mais encore il y a fait des fouilles un grand nombre de fois pendant deux années ; il en a retiré une multitude d’os fossiles qu’on montait dans un panier au moyen d’une corde; l’espace est si exigu, il y a si peu d’air que M. Régnault et ses aides étaient fréquemment obligés de sortir de leur trou pour respirer librement; c’est dans ces conditions qu’ont été trouvés le squelette entier d’Hyène que j’ai montré il y a deux ans à l’Académie, quatre têtes d’Hyènes, un squelette presque entier de Loup qui n’est pas encore monté et décrit, deux autres têtes de Loups, huit têtes (YUrsus spelæus et le squelette de la petite variété d’Ursus spelæus que M. Régnault vient de donner au Muséum.
- 11 me semble que la grotte de Gargas peut fournir quelques renseignements utiles pour l’étude
- de la chronologie des phénomènes glaciaires. Déjà il résulte des recherches de MM. Piette, Trutat et d’autres géologues que, malgré la quantité de débris de Rennes accumulés dans les dépôts de l’âge magdalénien, cet âge ne correspond nullement à l’époque de la grande extension des glaciers et appartient à une époque plus récente où les glaciers avaient un bien moindre développement. Ge que l’on voit à Gargas montre également que l’âge pendant lequel Y Ursus spelæus et plusieurs autres bêtes fossiles dominaient encore est postérieur à la grande extension des glaciers; en effet, quand on descend de Gargas à Saint-Bertrand de Comminges, on observe des boues glaciaires et des débris de rochers souvent énormes qui proviennent d’anciennes moraines et indiquent que la grotte a été entourée de glace. Ge n’est sans doute pas à ce moment de la grande extension des glaciers que la puissante faune de Gargas a pu se développer. MM. Régnault et Trutat m’assurent que la grotte renferme des cailloux de roches différentes de celles des pays environnants et qui proviennent nécessairement de moraines. Ainsi le grand âge glaciaire serait antérieur à l’époque où a régné YUrsus spæleus.
- Aluekt Gaüduy, de l’Institut.
- ——
- Squelette du petit Ursus spelæus nouvellement placé dans la galerie de paléontologie du Muséum d'histoire naturelle.
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- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- A 1,’oi'ÉRA DE PARIS
- Depuis le mois de mars 1887, l’éclairage électrique est installé dans toutes les parties de l’Opéra de Paris ; de sorte que le gaz en est, pour ainsi dire, banni. L’année dernière, on avait distribué dans la partie réservée au public, c’est-à-dire dans la salle, le foyer et les dépendances attenant à la façade, des becs à incandescence Edison et des globes Jaîdochkoff.
- C’est au printemps que l’on a étendu cet éclai-
- rage à la seconde moitié de l’édifice, consacrée à l’administration et aux artistes.
- Nous allons décrire avec quelques détails cette importante installation qui est venue ajouter aux merveilles de notre édifice national une valeur nouvelle.
- Tous les spectateurs des représentations actuelles du théâtre de l’Opéra peuvent apprécier, par leurs yeux, l’éclat extraordinaire que donne au grand escalier et à la salie, la lumière, si blanche, si éclatante et si pure, des petits globes Edison. M. Garnier a été, dans cette occurrence, plus heureux qu’il ne pouvait s’y attendre. On sait que la peinture de
- Fig. 1. — Eclairage électrique à l'Opéra île Paris.
- Régulateur général des effets de scène, placé sous la scène, à droite du trou du souüleur.
- la salle, avec sa teinte chocolat, donnait un caractère de tristesse au monument intérieur, et ne faisait aucunement valoir les toilettes des dames. Le lustre électrique et les petits globes à incandescence, avec leur lumière scintillante et diamantée, sont venus combattre ces fâcheuses conditions ; de sorte qu’au-jourd’hui l’aspect de la salle et surtout celui de l’escalier, sont réellement féeriques.
- Ce n’est qu’après des années de tâtonnements et d’essais que l’on est parvenu à réaliser cette magnifique installation.
- De 1880 à 1885, on fit à l’Opéra des essais multipliés d’éclairage par l’électricité; mais les résultats de ces essais sont restés longtemps sans caractère tranché. Tout était subordonné aux locaux
- à éclairer. Les grands foyers Jablochkoff illuminaient les vestibules ; la rampe était éclairée par des lampes Swan; le foyer des abonnés recevait des lampes Swan; le foyer du public des lampes-soleil, des becs Edison et des lampes Maxim. Le résultat définitif fut long à se dégager. Jusqu’en 1885, l’Opéra de Paris a réuni, comme pour une sorte d’enquête comparative, les systèmes d’éclairage les plus opposés. On y trouvait l’éclairage au gaz, les lampes à l’huile, exigées par la Préfecture de police, enfin l’électricité, et l’électricité empruntée à toutes sortes de systèmes.
- Il fut décidé, en définitive, en 1884, qu’on emploierait la lumière Edison. 1800 lampes Edison devaient éclairer la salle, la scène et les couloirs.
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- Le foyer devait recevoir des lampes-soleil. Dans le grand lustre de la salle, on voulait combiner a lumière par incandescence avec les lampes à arc voltaïque. Ces dispositions ont encore été modifiées.
- Aujourd’hui, l’éclairage électrique par incandescence a conquis sa place dans toutes les parties de l’Opéra. Les célèbres peintures de Baudry, qui ont été si longtemps menacées de destruction par l’épaisse couche de fumée provenant du gaz qui les recouvrait de plus en plus, sont enfin préservées de toute altération, et le plus bel édifice théâtral de l’Europe est à l’abri de toute chance d’incendie, grâce à ce nouvel éclairage.
- Arrivons à la description de l’installation actuelle de l’éclairage électrique à l’Opéra.
- Les sous-sols gigantesques de ce vaste édifice, avec leurs sombres profondeurs et leurs piliers énormes, se prêtaient merveilleusement à l’installation des machines à vapeur et chaudières devant servir à la production de l’électricité. Sous ces voûtes immenses, il y aurait place pour des milliers de chevaux-vapeur. L’espace occupé par les machines à vapeur est pourtant relativement restreint. Trois chaudières inexplosibles, du système Belleville, fournissant, par heure, 2450 kilogrammes de vapeur, chacune, sont réunies, du côté de la rue Halévv, dans une salle mesurant 6mX 8m,70. La cheminée, de lm,500 de diamètre, et 59 mètres de hauteur, passe dans une cour intérieure ; elle est invisible du dehors, et ne nuit pas ainsi à l’aspect monumental de l’édifice. Cette cheminée, en tôle galvanisée, a été très ingénieusement combinée, de façon à servir de gaine de ventilation pour les chaufferies.
- Les machines à vapeur et les machines dynamoélectriques sont placées plus loin, en partie du côté de la place de l’Opéra, en partie sous le grand escalier et l’avant-foyer.
- Le service d’éclairage journalier est assuré par deux machines à vapeur, du système Corliss, jumelles, de 150 chevaux-vapeur chacune, et à condensation. Ces machines font 65 tours par minute, actionnent, à 200 tours, une transmission principale, commandant cinq machines dynamo-électriques Edison, de 500 lampes, dont une de rechange. Une machine Gramme, â courants alternatifs, alimente les foyers Jablochkoff de la façade.
- Le service de secours est assuré par une machine à vapeur Àrmington, de 100 chevaux-vapeur, tournant à 280 tours par minute, et commandant deux machines dynamo-électriques Edison, de 400 lampes.
- En mettant en marche, à la fois, toutes les machines dynamo-électriques, on disposerait de 300 000 volts-ampères, en courants continus, à 100 volts de potentiel, et de 10 000 volts-ampères, en courants alternatifs à 550 volts de potentiel ; ce qui représente probablement la source d’électricité la plus importante qui existe en France.
- Au lieu d’emprunter aux conduites de la ville de Paris l’eau destinée aux chaudières à vapeur, on a préféré creuser un puits. Ce puits, qui n’a pas
- ! moins de 57 mètres de profondeur, a été foré par | M. Léon Dru, qui a pris toutes les précautions j nécessaires pour isoler, par des tubages concentri-j ques et cimentés, les nappes supérieures, très abon-j dantes, qu’on a été obligé de négliger, afin d’éviter toute chance possible d’affouillement dans les fondations de l’Opéra. En cas d’avarie aux condenseurs, les machines à vapeur peuvent fonctionner à échappement libre de vapeur.
- Le courant fourni par les machines dynamo-électriques est amené à un tableau général de distribution, où viennent aboutir les différents services d’éclairage. Voici ce tableau :
- Façade-péristyle. . . . 10 foyers voltaïques Jablochkoff.
- Façade-Zo^/qm 8 arcs voltaïques Pieper.
- Grand foyer 524 lampes à incandescence Edison.
- Avant-foyer 90 —
- Grand escalier 558 —
- Rampe •. . 120 —
- Girandoles 99 -
- Lustre. ....... 510 —
- Le service de la salle, comprenant, à lui seul,
- 720 lampes, a demandé une étude très soignée, afin de rendre les effets de lumière aussi faciles que possible, vu le peu d’espace dont on disposait pour le jeu d'orgues aboutissant à la scène. On a pu réunir sur un panneau, mesurant seulement lm,50xlm,10, les trois cadrans des régulateurs du lustre, des girandoles et de la rampe, qui sont ainsi sous la main d’une seule personne.
- Les effets de réduction et d’augmentation de la lumière, sont, comme on le sait, obtenus, dans les théâtres éclairés au gaz, par un jeu de robinets, que l’on nomme le jeu. d'orgue, qui permet de faire, à volonté, la lumière ou la nuit. Avec l’éclairage électrique/cet effet d’augmentation ou de réduction de la lumière s’obtient en interposant des résistances au passage du courant, pour en affaiblir leclat.
- Comme il était impossible de loger dans la même salle les résistances nécessaires pour produire les effets de nuit du lustre, celles-ci ont été placées dans un deuxième dessous, et, afin d’éviter de ramener au jeu d'orgue tous les fils de dérivation, qui étaient d’une forte section, les connexions ont été faites directement sur un grand cadran, dans le deuxième dessous, dont la touche mobile est mise en mouvement au moyen d’une chaîne Gall, manœu-vrée du jeu d'orgue.
- Ce régulateur du lustre demanderait une description détaillée, en raison de l’emploi ingénieux de toiles métalliques, qui a été proposé par M. Ycrnes, ingénieur en chef de la Compagnie continentale Edison, et appliqué par M. V. Picou, directeur des usines Edison, d’Ivry.
- La figure 1 représente une vue d’ensemble du régulateur général des effets de scène. 54 manettes réparties sur deux rangs sont montées sur deux arbres, elles peuvent pivoter ensemble ou séparément.
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- On les enclenche à volonté sur l’arbre principal, et au moyen des deux volants placés sur la gauche du dessin, on les fait pivoter. Une lampe étalon placée au-dessus de chaque manche permet de suivre par circuit l’effet de lumière obtenu en la manœuvrant. Grâce â cette disposition, un homme seul peut régler à volonté l’éclairage de la scène qui comprend, suivant les pièces, de 1200 à 1000 lampes.
- En principe, toutes les lampes Edison ont été montées sur des bras spéciaux, raccordés aux appareils existants, et venant se brancher à cheval entre les becs de gaz. La disposition de ces lampes, légèrement inclinées, rayonnant ainsi au milieu des verreries, est très heureuse.
- Mener à bonne fin un éclairage de cette importance, sans entraver le service des représentations, et substituer, du jour au lendemain, l’électricité au gaz, n’étaient point chose facile.
- Les circuits, entièrement protégés par des moulures en bois ou des gaines de plomb, sont parfaitement équilibrés. Le tableau de la page précédente donne le détail de ces circuits.
- Le service du lustre comprend un câble conducteur, de la section de 200 millimètres carrés, et de 270 mètres de longueur. Un système très simple de poulies permet au câble de suivre les mouvements de montée et de descente du lustre, sur une course de 21 mètres, sans qu’on ait à s’en occuper.
- Comme on a pu s’en convaincre, l’éclairage électrique a parfaitement répondu au programme arrêté, et l’effet obtenu est, en général, excellent. D’ailleurs, l’expérience apprendra promptement ce qu’il pourrait y avoir de défectueux dans l’installation, et on y remédierait aussitôt. Ce n’est plus qu’une affaire de détail.
- Cette première installation était terminée en 1880. En 1887, a été réalisé le complément de l’éclairage de l’édifice, c’est-à-dire la partie des bâtiments occupés par l’administration.
- Quatre machines à vapeur, du système Compound, type pilon, de la force de 140 chevaux-vapeur, construites spécialement pour l’Opéra, par MM. Weyher et Richemond, de Pantin, ont été installées dans les sous-sols, par la Société Edison. Les machines à vapeur sont à condensation ; mais elles sont disposées de façon à pouvoir, à l’occasion, marcher à libre échappement de vapeur. Deux condenseurs, actionnés séparément par deux moteurs, reçoivent la vapeur qui s’échappe de ces quatre machines.
- Quant aux machines dynamo-électriques, elles ont une capacité double de celles qui sont en service dans la première partie de l’installation, c’est-à-dire dans la partie réservée au public, et qui alimentent 500 lampes de 16 bougies. Les machines qui fonctionnent depuis le mois de janvier 1887 alimentent 1000 lampes. Des perfectionnements importants réalisés par M. R.-V. Picou dans les ateliers d’Edison, à Ivry, ont permis d’établir ces nouvelles machines dynamo-électriques de 1000 lampes sur des
- modèles beaucoup plus économiques que sur les anciens types créés en Amérique U
- Chaque machine dynamo-électrique est actionnée par une courroie, venant directement du moteur. Le moteur faisant 160 tours par minute, les bobines de la machine dynamo-électrique font 500 tours.
- Pour compléter le service des générateurs, on a installé deux nouvelles chaudières inexplosibles, du système Belleville, fournissant 1250 kilogrammes de vapeur par heure. Elles sont placées dans le prolongement des trois premières, qui ont chacune une capacité double, c’est-à-dire qui fournissent par heure 2450 kilogrammes de vapeur chacune.
- De chaque extrémité de la batterie des générateurs à vapeur, part une double conduite de vapeur, desservant les différents moteurs, et venant se rejoindre au centre, de façon à former un véritable cercle, aboutissant aux chaudières. On peut ainsi envoyer la vapeur par la conduite de droite ou de gauche, ou dans les deux à la fois.
- En résumé, le matériel mécanique et électrique de l’éclairage de l’Opéra comprend :
- Chaudières à vapeur.
- Générateurs Belleville de 2450 kilogrammes de vapeur. 5 Générateurs Belleville de 1250 kilogrammes de vapeur. 2 Générateur Weyher et Richemond (service de jour), de 500 kilogrammes de vapeur....................1
- Machines a vapeur.
- Machine à vapeur Corliss, de 250 chevaux-vapeur à condensation, tournant à 60 tours par minute. . 1
- Machine Armington de 100 chevaux-vapeur, à échap-
- pement libre, tournant à 300 tours..............1
- Machines Weyher et Richemond de 140 chevaux-vapeur à condensation, tournant à 160 tours. ... 4
- Machines Weyher et Richemond de 20 chevaux-vapeur, pour actionner les condenseurs...............2
- Machine Weyher et Richemond de 40 chevaux-vapeur à échappement libre (service de jour), tournant à 85 tours...................................• . . 1
- 1 Voici quelques détails précis sur les machines Edison de 1000 lampes:
- „ .... ( 125 volts,
- conditions
- , . { 800 amperes.
- du fonctionnement. ) _KA , r ,
- ( 350 tours par minute.
- Vitesse linéaire......... 10m,500 par sec.
- Diamètre extérieur . . . 0ra,630.
- Longueur de la génératrice induite............ 0m,800.
- Tnduit. . ( Divisions au collecteur. . 40
- (Résistance mesurée statiquement.................... 0,0054 ohms.
- Poids de cuivre sur l'induit......................... 190 kilogrammes.
- Résistance réduite. . . . 4,25 ohms.
- Courant d’excitation maxi-
- Ixducteurs. \ mum........................ 29,5 ampères.
- Poids de cuivre sur les inducteurs..................... 285 kilogrammes.
- Flux de force total dans l'induit. . 66 568000 unités CGS.
- Champ magnétique dans l’entrefer. 5300 — —
- — — dans le fer de
- l’induit............................... 13000 — —
- Rendement électrique. jj||jj=90,5 pour 100.
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- LA NATURE
- Machines dynamo-électriques. Dynamos en dérivation Edison de 375 ampères. Dynamos en dérivation Edison de 800 ampères ... 4
- Dynamos en dérivation Edison de 500 ampères ... 2
- Dynamo en dérivatiou Edison de 500 ampères ... 1
- Dynamo en dérivation Edison de 40 ampères (transmission de force, pompe
- centrifuge)............ I
- Dynamoàcourants alternatifs Gramme, 24 foyers Ja-blochkoff................ 1
- En admettant que toutes les machines fonctionnent en même temps, à leur force nominale, on disposerait d’une force de 950 chevaux-vapeur, les machines dynamo-électriques ayant une capacité suffisante pour alimenter 7700 lampes (A, 16, de 0,75 ampères). Mais pour le service d’éclairage usuel, on allume seulement 5000 lampes de 10 bougies, et 1000 lampes de 16 bougies chacune.
- Nous représentons ci-contre (fig. 2 et 5) les dispositions des portants à lampes électriques et des lanternes électriques installées dans la coulisse.
- À côté de chaque système électrique nous avons figuré l’ancien système à gaz. La fig. 2 montre, n° 1, le portant électrique. Au - dessous des lampes Edison, on voit l’interrupteur placé dans une petite boîte rectangulaire, le plomb de sûreté et la prise de courant. La figure 5 donne une lampe électrique (n°l), et l’ancienne lampe à gaz (n° 2).
- Notre grande vue d’ensemble (fig. 4) donne la vue générale de l’usine électrique de l’Opéra, installée dans les caves au-dessous du grand
- Fig. 2.
- - N' N"
- foyer. Au premier plan se trouvent les machines dynamos de 500 lampes; celles de 1000 lampes sont dans le fond. A gauche de la gravure, au pre-
- Fig. 3. — n® 1. Lanterne pour lampe Edison," modèle placé dans les dessous et dessus de scène. — N* 2. Ancienne lanterne à gaz.
- mier plan, on aperçoit les régulateurs de champ magnétique; au second plan, le tableau de distribution des dynamos, et tout à fait dans le fond, le tableau de distribution des circuits dans le théâtre. Les machines motrices dessinées dans le fond de la gravure, sont les moteurs Weyher et Riche-mond de 140 chevaux.
- Les renseignements que nous venons de donner au lecteur indiquent sur quelles proportions colossales l’éclairage électrique est établi à l'Opéra de Paris. On comprendra aisément que ce n’est pas sans de grandes difficultés que M. Vernes, ingénieur en chef de la Compagnie continentale Edison, a pu mener à bonne fin, dans un théâtre en pleine activité, une installation, dont il suffit de dire, pour en faire comprendre toute l’importance, qu’il s’agissait de remplacer 8000 becs de gaz, représentant autrefois l’éclairage total.
- Cependant, l’Opéra de Paris est d’une organisation si compliquée, tout y prend de si vastes proportions, par suite de l’échelle anormale, excessive, sur laquelle il est construit, qu’il est impossible de tirer de ce qui s’y fait un enseignement utile pour les autres théâtres; il faut, pour trouver des modèles applicables aux théâtres ordinaires, connaître P installation des scènes et salles qui ont adopté l’éclairage électrique.
- Ces théâtres sont, à Paris (pour ne pas parler de l’étranger) : l’Hippodrome, le Châtelet, le Théâtre des Variétés, le Théâtre de P Ambigu, le Palais-Royal et l’Eden-Théâtre.
- On trouvera dans La Nature la description de la plupart de ces installations, ce qui complétera notre notice. Qu’il nous suffise de dire que l’éclairage électrique, qui assure une sécurité abso-
- 1. Portant pour lampes électriques Edison. 2. Ancien portant pour becs de gaz.
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- Fig. b. _ Vue générale de la grande salle des dynamos Edison de o03 et 1000 lampes. — Installation dans les caves de l’Opéra au-dessous du grand foyer.
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- lue contre les chances d’incendie, qui, en été, donne un éclairage sans chaleur, et en toute saison, laisse l’air inaltéré, est destiné a conquérir un jour toutes les salles de théâtre du monde entier : ce n’est qu’une affaire de temps.
- Une question importante se pose au sujet de l’éclairage électrique dans les théâtres : c’est celle de la dépense. L’électricité est-elle plus chère que le gaz, pour un même éclairage? On ne possède à ce sujet aucun renseignement précis. Mais on estime, en général, que le prix de l’éclairage d’un théâtre par l’électricité est le même que par le gaz. une fois l’installation des machines et des becs terminée. La redevance quotidienne à payer a la Compagnie qui a installé l’éclairage électrique à l’Opéra de Paris, est, dit-on, à peu près la même que celle du gaz, et elle est quelquefois inférieure.
- Logis Figuier.
- ORAGE DE GRÊLE A VARSOVIE
- LE 4 MAI 1887
- Un orage de grêle d’une intensité rare a éclaté a Varsovie et dans les environs. Nous recevons à ce sujet d’intéressantes communications que nous nous empressons de reproduire.
- Voici le premier document que nous adresse, de Varsovie, M. le comte Victor Soltan :
- La ville de Varsovie (Pologne russe) a été visitée le 4 mai dernier, vers 3 h. 25 m. de l’après-midi, par un orage
- Grêlon A.
- Grêlon B,
- Fig. 1. — Grêlons tombés à Varsovie le 4 mai 1887.
- Face supérieure et coupe.
- de grêle. La violence de cet orage mérite tout autant l’attention que la forme remarquable des grêlons, dont nous reproduisons quelques-uns (fig. 1). Il y en avait fort peu de ronds, la plupart étaient aplatis, avec un renfoncement circulaire ou annulaire au milieu. Les lignes C allant de ce renfoncement vers la périphérie du grêlon sont très marquées et la cristallisation va dans le même sens. Le noyau central D se détache parfois et forme alors une boule assez ronde, avec formation radiale (non concentrique). L’air ne s’est point du tout refroidi après l’orage qui n’a duré, du reste, pas plus de 20 minutes.
- ' Quelques moments après l’orage, les ruisseaux des rues s’enflèrent considérablement d’une eau presque noire (non pas sale). Ce phénomène s’est répété dans toutes les rues que j’ai traversées.
- Les premiers grêlons tombèrent à 3 h. 26 m. du soir
- et la chute de la grêle n’a duré ipie sept minutes; l’orage proprement dit avait complètement cessé après vingt minutes, une pluie fine seulement continua encore quelque temps-. La température dépassait 25° C. à l’ombre avant l’orage, elle ne baissa que de 5°. Deux courants d’air superposés étaient bien visibles : à un vent est qui régnait dans la matinée, se joignit un vent ouest qui précéda de peu le phénomène. L’almosphère saturée d’électricité arrêta le fonctionnement des téléphones. La chute des premiers grêlons fut précédée d’un assombrissement extraordinaire auquel succéda un bruit sec et strident, ressemblant à une décharge de mousqueterie. La direction de chute était ouest-est, l’inclinaison contre l’horizon assez petite. Les plus gros grêlons pesaient, environ 65 grammes.
- Les dévastations causées par la grêle dépassent de beaucoup ce que l’on pouvait prévoir : plus de 500 000 vitres enfoncées, les jardins maraîchers complètement ruinés, les toitures en zinc et en tôle de fer trouées, plusieurs personnes blessées gravement (l’une d’elle en est morte). On ne se souvient pas d’une grêle pareille depuis le 19 juillet 1857.
- Les dégâts causés dans les jardins seulement, sont évalués à la somme considérable de 100 000 roubles (240 000 francs).
- M. Stanislas Dangel, chimiste aux laboratoires des aciéries de Varsovie, nous envoie, d’autre part, la note suivante :
- Le 4 mai, la température à Varsovie était de 15° C. avec 740mm pression, a midi 25°C. Fig. 2. — Aspect d’un grêlon tombé à Var-A partir de midi, sovie, à 4 heures du soir le 4 mai 1887. un vent sud-ouest
- violent s’est maintenu jusqu’à la fin de la catastrophe. A 4 heures de l’après-midi, la chute de grêle a commencé en projetant de gros grêlons isolés; après quelques instants elle a pris une violence inouïe en cassant toutes les vitres des bâtiments du côté ouest, trouant les tôles des toits, démolissant tout objet se trouvant sur son chemin et blessant les passants et les animaux qui ont eu le malheur de se trouver dans les rues.
- La chute n’a duré que cinq à six minutes.
- Les échantillons de grêlons ramassés ont pesé de 9 à 25 grammes. Les croquis ci-dessus (fig. 2) ont été faits par un de mes amis, l’ingénieur M. AV. K. Les grêlons ramassés ont eu différentes formes, mais principalement la forme d’une tomate.
- M. Dangel ajoute que les parties translucides des grêlons ont fondu rapidement en laissant des noyaux de glace blanche.
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- L’INSTITUT ÀQUICOLE DE GRIMSBY
- EN ANGLETERRE
- Depuis quelques années, les nations qui s’adonnent à la pêche ont bien saisi tout l’intérêt que présente l’étude des questions scientifiques qui s’y rattachent. Les Etats-Unis ont puissamment organisé leur Commission des pêches et des pêcheries; en Suède, en Norvège, en Allemagne, en Russie, des stations ont été fondées; une station aquicole a été créée a Boulogne-sur-Mer; en divers points de l’Ecosse des observations biologiques du plus haut intérêt ont été entreprises et ont donné de précieux renseignements. Partout on a compris, en effet, qu’il est indispensable, par des recherches longtemps suivies, de donner une impulsion plus scientifique et plus rationnelle à la pêche.
- L’utilité de ces stations d’aquiculture est à ce point incontestable que plusieurs des ports anglais qui se livrent à la grande pêche dans la mer du Nord, ont sollicité de l’Association nationale anglaise pour la culture du poisson (National fish culture association) l’établissement d’un Institut s’occupant de l’étude de toutes les questions scientifiques et pratiques ayant trait à la pêche et aux pêcheries. Le grand port de Grimsby a revendiqué l’honneur de posséder un semblable Institut, et tout dernièrement une réunion préliminaire s’est tenue dans cette ville, pour arrêter les bases de l’Association.'
- Le programme proposé est des plus vastes; il comprend l’étude de toutes les questions qui peuvent concourir au développement de la pêche; il n’est dès lors sans doute point inutile d’en indiquer tout au moins les grandes lignes.
- L’Association estime que les pêcheurs ont encore beaucoup à apprendre et elle voudrait qu’il leur fût fait des cours comprenant, tout au moins, les éléments de la navigation et du cabotage, de manière à ce qu’ils puissent se présenter aux examens de patrons de pêche. De semblables cours théoriques et pratiques pour les patrons et pêcheurs ont lieu à Ostende et ont donné d’excellents résultats ; il serait, dès lors, vivement à désirer que cet enseignement fut largement propagé en France; dans beaucoup de nos ports, il est certain que des officiers de la marine, que des capitaines au long cours en retraite, au désintéressement desquels on ne fait jamais vainement appel, pourraient organiser cet enseignement qui rendrait les plus grands services.
- Pour ce qui est de la pêche proprement dite, l’Institut aquicole de Grimsby s’occuperait de l’étude des divers lieux de pêche, de l’époque 'a laquelle le poisson vient frayer sur les bancs, des conditions de toute nature dans lesquelles il fraye; il se propose de rechercher la meilleure manière de se livrer à la pêche, sans nuire, autant que possible, à la reproduction du poisson.
- Toutes les recherches relatives à la biologie des animaux marins servant à l’alimentation devront
- être entreprises : études sur la ponte, le développement, questions se rattachant à la migration du poisson, à sa nourriture, aux phénomènes météorologiques qui peuvent influer sur la ponte, causes de la présence du poisson a telle époque ou a tel endroit déterminé, effets de la lumière, de la température, etc., sur la faune marine, étude de cette faune marine elle-même dans ses rapports avec la pêche. D’autres recherches seraient également entreprises sur la température de la mer à la surface et au fond, sur la force et la direction des vents, sur l’état, de la mer, sur sa densité, sur les indications que les oiseaux marins peuvent donner aux pêcheurs.
- Tel est, dans son ensemble, le plan qui a été exposé par M. Oldham Chambers, secrétaire de l’Association nationale d’aquiculture, qui a demandé à ce que l’Institut comprît un aquarium, une bibliothèque, un musée. L’Institut aquicole serait élevé à Gleethorpes, près de Grimsby, au moyen de subventions du gouvernement, de la municipalité, de squs-criptions particulières, des droits que payeraient les élèves, du bénéfice réalisé par la vente des spécimens de la faune marine aux musées et aux collectionneurs.
- La réunion, présidée par le maire de Grimsby, a de suite vu son programme favorablement accueilli par la municipalité, par les armateurs, par les compagnies de chemins de fer. Le président de l’Association nationale, le marquis d’Exeter, qui a déjà tant fait pour le repeuplement des cours d’eau, a mis son yacht à vapeur à la disposition du futur Institut pour qu’il puisse entreprendre certaines recherches. Une commission, chargée d’étudier la question à fond, a été nommée et il n’est pas douteux que, dans un avenir sans nul doute peu éloigné, la Grande-Bretagne ne possède, près de son grand port de pêche, une station qui pourra singulièrement aider au développement d’une industrie qui fait sa richesse. ‘ E. Sauvage,
- Directeur de la Station aquicole de Boulogne-sUr-Mer.
- L’ORIGINE DES VERTÉBRÉS
- ET le troisième œil des reptiles
- Tout est possible en zoologie, et l’étude de cette science est toujours féconde en surprises même pour les savants qui ne craignent pas de s’adresser aux animaux les plus connus et les mieux étudiés en apparence. Quoi de plus vulgaire, de plus facile à trouver qu’un lézard, et qui aurait pu penser que ce Reptile pût être le sujet de découvertes importantes et tout à fait inattendues ? Eh bien, il a suffi de chercher vers le sommet de la tête pour trouver sous la peau un organe, très réduit il est vrai dans la plupart des espèces, mais se présentant quelquefois avec la structure d’un œil, dont la position dans la profondeur des tissus empêcherait seule le fonctionnement.
- Cet œil est rattaché au cerveau par un pédoncule
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- qui aboutit à une petite saillie qu’on appelle l'épiphyse ou la glande pinéale. Si l’œil dont il s’agit fait le plus souvent défaut, même chez la plupart des Sauriens, il n’en est pas ainsi de cette glande, dont l’existence est constante chez les Vertébrés, et même chez l’homme, où elle atteint à peu près la grosseur d’un pois.
- Rien n’est plus curieux que les vicissitudes par lesquelles ce petit organe a passé dans l’opinion des naturalistes. La première phase de son histoire est fort brillante pour un organe de dimensions aussi modestes. C’était l’époque où la philosophie croyait pouvoir suppléer à l’observation raisonnée des faits par de simples vues hypothétiques. La physiologie n’existait pas encore, et les données anatomiques fort incomplètes que l’on possédait servaient seules de base aux idées tout à fait fantaisistes que l’on pouvait avoir sur les différents organes.
- C’est ainsi que Descartes, qui, comme on le sait, avait imaginé un système de physiologie des plus singuliers, avait attribué à l’épiphyse un rôle prépondérant dans l’organisme : il en faisait le siège de l'âme. « Bien que l’âme, disait-il, soit jointe à tout le corps, il y a néanmoins dans ce dernier quelque partie en laquelle elle exerce ses fonctions plus spécialement qu’en toutes les autres. » Après avoir démontré que celte partie ne peut être ni le cœur ni le cerveau, il établit que ce doit être cette petite glande, située juste au centre de ce dernier organe, maintenue en place par deux filets en forme de rênes, mais assez libre cependant pour pouvoir être ballottée en tous sens parles « esprits animaux » qui parcourent les cavités du cerveau. « L’âme, ajoutait-il, est simple, et comme elle doit coordonner toutes les sensations venues des différents organes du corps, organes pairs en général, elle ne peut habiter qu’une région simple et impaire. »
- On peut trouver sans doute que ce raisonnement du grand philosophe manque un peu de rigueur. On ne peut lui refuser du moins le mérite de la har-
- diesse. Ce n’est plus ainsi qu’agit la science moderne : avant d’énoncer des lois générales sur les rapports de la pensée avec le cerveau, les physiologistes cherchent maintenant à déterminer les fonctions de chacune des parties de l’encéphale ; mais leurs travaux ont présenté de telles difücultés, que les résultats obtenus, si intéressants qu’ils soient, ne peuvent encore être considérés comme définitifs.
- L’épiphyse en particulier s’est toujours montrée rebelle aux tentatives qui ont été faites pour en déterminer le rôle. Ni l'ablation de l’organe, ni son excitation mécanique ou électrique, ni aucune autre des méthodes employées en pareil cas n’ont permis d’éclaircir le problème. Aussi les physiologistes sont-ils fortement tentés d’admettre que l’épiphyse, au moins chez l’homme, ne joue absolument aucun rôle.
- Cette opinion est bien naturelle, 'déclarent à leur tour les histologistes : on trouve à peine quelques traces d’éléments nerveux dans cet organe. Le tissu qu’on y rencontre, appartient à cette catégorie de tissus qui, dans l’organisme, remplit les vides laissés
- par les autres éléments, et qu’on appelle tissu conjonctif. Il semble caractériser un organe rudimentaire, c’est-à-dire un organe qui aurait existé d’une manière mieux définie chez des ancêtres plus ou moins éloignés des animaux que nous considérons. » C’était ce que pensaient plusieurs zoologistes, et surtout l'un des principaux fondateurs de l’Anatomie comparée, Richard Üvven, dont la célèbre théorie mérite un rapide examen.
- Les partisans des doctrines transformistes ont été amenés a rechercher les ancêtres des Vertébrés parmi des animaux dont le corps est formé de segments placés bout à bout ; et, à l’exclusion de tout autre groupe, la classe des Vers annelés ne tarde pas à se présenter comme réunissant les plus sérieux arguments en sa faveur. Il va sans dire que pour pouvoir soutenir une semblable opinion, pour trouver avec les Vers des termes de comparaison, on ne doit pas considérer seulement les Vertébrés supérieurs; on doit même s’adresser
- Fig. 1. — Cerveau du lézard ocellé. — h. Hémisphère cérébral. — e. Epiphyse. — l. Lobe optique. — c. Cervelet. — o. œil
- piuéal.
- Fig. 2. — Œil pinéal du lézard ocellé. — N. Nerf pinéal. — p. Cellules pigmentaires. — n. Couche de cellules à gros noyaux. — r. Rétine. — d. Dure-mère. — c. Cristallin.
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- de préférence au plus dégradé des Poissons, a l’dm-phioxus, chez qui les caractères du Vertébré sont réduits pour ainsi dire à leur minimum.
- Mais tandis, que, chez le Ver, le système nerveux se trouve sur la face ventrale, c’est au contraire du côté du dos qu’il se voit chez l’Amphioxiis. Il faut donc supposer que ce dernier, s’il provient d’un ver, a subi une sorte de retournement, et que la région sur laquelle il se meut correspond à la face dorsale des Ànnelés. Par suite, la bouche de l’animal se trouve dirigée vers le haut, position fort incommode, on le conçoit, pour saisir la nourriture. Aussi que se passe-t-il?
- La bouche primitive se ferme, une nouvelle ouverture apparaît à la partie inférieure ; et dès lors, tandis que chez les Vers le tube digestif traversait le système nerveux, laissant le cerveau seul au-dessus de lui, le système nerveux du Vertébré se trouve au contraire tout entier au-dessus du tube digestif.
- Telle est la conception présentée par beaucoup de naturalistes pour effacer l’abîme qui séparait si profondément les Vertébrés du reste du règne animal.
- Mais on est allé plus loin. On a cherché s’il n’existait pas quelque trace du plan primitif, si quelque organe rudimentaire ne subsistait pas, comme pour révéler à nos yeux l’organisation presque effacée.
- C’est encore dans la glande pinéale qu’on a voulu voir cet organe résiduel. Des cavités de l’encéphale partent, en effet, dans les premiers jours de l’embryon, deux culs-de-sac, deux diverticules se dirigeant en sens inverse. L’un, qui plus tard deviendra précisément l’épiphyse, se porte vers le sommet de
- la tête, comme s’il allait s’ouvrir à l’extérieur; l’autre, au contraire, se rend vers la face ventrale de l’animal, du côté du tube digestif. Celui-ci constitue, à cette époque, un sac absolument clos ; la bouche ne s’est pas encore ouverte, un diverticule tout semblable aux précédents, mais dépendant cette fois du tube digestif lui-même, vient au devant de celui qui émane de la cavité du cerveau. Ne semble-t-il pas qu’on observe ainsi les premières phases de la formation d’un canal qui traverserait de part en part le système nerveux et serait dès lors de tous points comparable à l’œsophage des vers annelés ?
- è b a *
- Fig. 4. — Amphioxus lanceolatus, grossi. — b. Bouche. — c. Cirres buccaux. — cl. Tube digestif. — p. Porc abdominale. — a. Anus. — o Œil. — N. Cordon nerveux. — n. Nerfs. — cd. Corde dorsale. — nd. Rayons de la nageoire dorsale. —e. Extrémité caudale.
- Cette tentative de constitution d’un pareil tube n’aboutit pas, il faut bien l’avouer. Cette bouche qu’on serait en droit d’attendre pour compléter un véritable œsophage, ne s’ouvre au dehors chez aucun des vertébrés. A sa place, la protubérance creuse située entre la peau et le cerveau s’arrête dans son développement, comble même parfois sa cavité et devient, comme nous l’avons dit, la glande pinéale qu’on peut ainsi comparer à une bouche qui se serait fermée à tout jamais avant même de s’être ouverte.
- Etait-ce là cette fois le dernier mot sur la nature
- de l’épiphyse? On aurait pu être tenté de le croire, si des recherches approfondies dues à Ashborn, à Korschelt, et surtout à Baldwin Spencer, n’étaient venues jeter sur la question un jour tout à fait inattendu.
- On sait aujourd’hui, à n’en pas douter, que l’épiphyse n’est pas plus une bouche qu’elle n’était le siège de l’àme. C’est tout ce qui reste d’un œil impair, médian, qui se présente avec une complication anatomique extrême chez quelques Sauriens, et qu’on voit se dégrader dans les autres groupes au
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- point de se réduire à la protubérance par laquelle il se rattachait au cerveau. Examinez les ligures précédentes 1 et 2, et surtout la ligure 2, qui représente l’œil pinéal du Lézard ocellé tel que le décrit Baldwin Spencer : vous y trouverez d’abord une lentille transparente, située comme le cristallin de l’œil normal, en avant d’une chambre dont le fond est tapissé par une véritable rétine. Les éléments principaux de cette dernière couche sont des bâtonnets identiques à ceux qui constituent habituellement les terminaisons nerveuses sensorielles. Là viennent aboutir en effet les libres d’un nerf volumineux partant de l’épiphyse proprement dite.
- Que manque-t-il donc à un pareil organe pour être capable de percevoir la lumière? Uniquement d’être placé de façon à la recevoir. Dans le Lézard ocellé, l’œil pinéal est situé juste au milieu d’un trou percé dans l’os temporal ; chez d’autres Lacertiliens, il est bien moins profondément placé, mais cependant encore caché sous un épiderme très pigmenté qui intercepte tout rayon lumineux. Dans la plupart des cas, le pédoncule est encore plus raccourci, et en même temps, dans l’œil lui-même, les éléments nerveux disparaissent pour faire place à des éléments conjonctifs. La dégénérescence atteint son maximum, comme nous l’avons vu, chez les Vertébrés supérieurs.
- De l’œil pinéal, tel que nous l’avons décrit dans le Lézard ocellé, à un œil véritable, il n’y a donc qu’un pas. Ce pas a du certainement être franchi dans quelques espèces, sans quoi il serait impossible d’expliquer l’existence d’un organe aussi complexe et ne pouvant jouer aucun rôle. Depuis longtemps déjà, on avait découvert chez de gigantesques Reptiles ou Batraciens fossiles, les Ichtyosaures, les Plésiosaures, les Labyrinthodons, une large perforation dans le crâne. Peut-être est-ce là l’indice de la présence dans ces formes d’un œil impair particulièrement développé, et fonctionnant tout à fait normalement.
- Sommes-nous cette fois arrivés à une conclusion définitive? Les travaux que nous venons d’indiquer ont-ils énoncé sans appel, sans contestation, la solution du problème? Il semble bien difficile aujourd’hui de se refuser à l’admettre. Est-ce à dire pour cela que les idées qui tendaient à prévaloir sur l’origine des Vertébrés doivent être rejetées sans retour? Faut-il renoncer à chercher au delà de l’Àmphioxus les ancêtres de ces animaux? Heureusement, les documents permettant d’établir leur arbre généalogique sont encore nombreux et convaincants : la théorie de la segmentation des Vertébrés n’était pas à la merci de la solution du problème de l’épiphyse. Si l’on tient à tirer de l’histoire de cet organe une conclusion, ou même si l’on veut une moralité, nous ne ferons pas difficulté de concéder que l’hypothèse la plus séduisante peut être exposée à disparaître si les faits sur lesquels elle est établie ne sont ni assez nombreux ni assez rigoureusement établis.
- F. BiRNARD.
- SPHÈRE TOURNANT DANS UN JET D'AIR
- J’ai répété plusieurs fois l’expérience que je vais décrire l’époque où je m’occupais de ventilation par l’air comprimé. Elle a toujours parfaitement réussi.
- Comme elle a une grande analogie avec celles de M. Charles Weyher, décrites dans La Nature du 19 mars 1887, j’ai pensé qu’elle pourrait intéresser les lecteurs de ce journal scientifique.
- E est un tube en cuivre, avec pavillon P, que l’on tient à la main dans une position aussi verticale que possible.
- Une lance en cuivre, II', située dans l’axe du tube et maintenue par les deux traverses W et TT', comporte à son extrémité supérieure l un injecteur de 5 à 4 millimètres de diamètre.
- Af
- Son extrémité intérieure V est encapuchonnée dans un caoutchouc , g g', plus ou moins long et communiquant avec un réservoir d’air comprimé à une atmosphère environ.
- Une sphère en bois A, d’un diamètre sensiblement égal à celui du tube E, repose surl’orilice de l’injecteur i.
- Le récipient étant entretenu à pression sensiblement constante par une pompe à air, on ouvre le robinet de communication, et l’on voit alors la sphère À sortir vivement du tube E,
- et se maintenir en équilibre dans sa position À' à une hauteur plus ou moins grande.
- On peut alors promener avec la main le tube E et la sphère A' dans les limites permises par le développement du caoutchouc. La sphère A' ne peut en effet sortir du cône d’expansion aa' bb'.
- En fermant le robinet de communication, soit successivement, soit d’une manière brusque, on verra toujours la sphère en bois retomber exactement dans le tube E.
- PlARRON DE MoxDESIR.
- CHRONIQUE
- Fonctionnement économique des moteurs modernes. — Voici un exemple typique des résultats obtenus pendant ces dernières années dans la voie du perfectionnement des moteurs à vapeur appliqués à la navigation. Nous le résumons d’après Engineering, qui l’extrait lui-même d’une communication faite par M. J. W. T. Harvey devant la section d’ingénieurs de la Société des naturalistes de Bristol. La Junon est un steamer qui fonctionnait d’abord avec un condenseur à injection, remplacé par un condenseur à surface et transformé
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- finalement en machine compound. On a ainsi le même navire fonctionnant dans trois conditions différentes : l’économie ne peut donc être attribuée qu’aux changements apportés dans la machine. Le moteur fonctionnait à l’origine à une pression de 30 livres par pouce carré, produisait 1603 chevaux indiqués, imprimait au navire une vitesse de 14,1 nœuds et consommait 92 tonnes de charbon par voyage. En changeant les chaudières, conservant la même pression et la même vitesse, mais en substituant un condenseur à surface au condenseur à injection, la consommation s’abaisse à 81,3 tonnes par voyage, soit une économie de 9 pour 100. En présence de la concurrence, on dut viser à l’économie en com-poundant le moteur à un prix aussi peu élevé que possible et en travaillant avec de la vapeur à la pression de 80 livres par pouce carré fournie par des chaudières cylindriques. La machine ne produisait plus que 1270 chevaux-vapeur indiqués, soit 555 chevaux-vapeur de moins qu’auparavant, et la vitesse n’était plus que de 15,4 nœuds soit 0,7 nœud de moins, mais la consommation s’abaissa à 49 tonnes par voyage. La consommation de charbon ramenée en cheval-vapeur est représentée respectivement dans les trois cas par les nombres : 100 — 91 — 67 — La consommation par voyage est respectivement proportionnelle à 100 — 91 — 53. Les chiffres relatifs à la consommation par cheval sont, à notre avis, ceux qui donnent l’idée la plus exacte des économies réellement réalisées, car chacun sait que la puissance nécessaire à la propulsion d’un navire, variant comme le cube de la vitesse, la moindre diminution de celle-ci correspond à une réduction considérable de la consommation. Cette remarque n’enlève rien au mérite des modifications apportées à la Junon, car l’économie de 35 pour 100 réalisée par la transformation de son moteur est très satisfaisante.
- Les scories brutes de déphosphoration en Allemagne. — On compte aujourd’hui, tant en Allemagne que dans le Luxembourg, douze établissements métallurgiques qui produisent des scories de déphosphoration. Cette production s’élève, par année, pour l'Allemagne entière, a 200000 tonnes, ce qui correspond, avec un taux moyen de 17,5 pour 100 d’acide phospho-rique, à un total de 55 000 tonnes d’acide phosphorique. On n’utilise actuellement qu’une très petite partie des scories de déphosphoration pour la préparation des engrais. Une portion de ces scories, lit-on dans le Journal de pharmacie et de chimie, reste sans emploi et la majeure partie sert à enrichir le fer brut en phosphore.
- Station centrale d'électricité à la Aouvelle-Oriéans. — La station centrale de la Nouvelle-Orléans est peut-être l’une des plus importantes qui existent actuellement; elle ne renferme pas moins de 60 dynamos et alimente 1600 foyers à arc, dont 850 servant à l’éclairage public et 750 répartis dans les maisons particulières. L’installation encore toute récente, comporté des machines à vapeur à faible vitesse; au début on avait essayé des appareils à grande vitesse, mais on les a supprimés par raison d’économie. Ils consommaient en effet, 2 kilogrammes de charbon par lampe et par heure, tandis que les machines à allure lente n’en brûlent, parait-il, que 1,1. Les 1600 lampes fonctionnant en moyenne huit heures par jour, on économise ainsi près de 12,5 tonnes de combustibles par vingt-quatre heures.
- Les (( Sanatoria )) de la Suède. — 11 existe dans la Suède centrale, notamment dans les provinces d’IIerjeadal et de Jeintland plusieurs sanatoria ou sta-
- tions sanitaires très favorables aux phtisiques. Le manque de chemins de fer a empêché jusqu’ici les malades de visiter les stations de l’Herjeadal. Celles du Jemtland sont un peu plus fréquentées, grâce à la voie ferrée qui traverse cette province. Ces stations sont au nombre de sept. Ce sont : Ocke, Môrsil, Hjerpen, Undersaker, Are, Dufed et Slorlien. Leur altitude varie entre 300 et 600 mètres. La température moyenne de l’air peut être déduite de celle des sources : + 4°,9 au printemps à + 6° en automne. En été la température de l’air est très variable. Du 21 juin au 50 août, M. Lamm, qui vient de communiquer une note à ce sujet à la Société de géographie, a constaté, à diverses reprises, un maximum de + 26° et un minimum de -j- 5°. Le 11 juillet, le thermomètre descendit même à + 0°,1. M. Lamm ne peut encore affirmer que le séjour dans ces stations ait une influence favorable sur les phtisiques. Deux bons résultats ont déjà été obtenus. Une troisième personne également phtisique s’est fort bien trouvée d’un séjour de trois hivers dans le Jemtland. Les cures sont encore trop peu nombreuses pour établir l’excellence de cette méthode pour la guérison des maladies de poitrine; mais elles sont un précieux indice. M. Lamm ajoute que c’est dans le Jemtland que les Suédois atteignent la plus grande longévité.
- La lumière électrique en Allemagne. —
- L’administration municipale de la ville d’Elberfeld a résolu de fournir la lumière électrique aux habitants de la ville à partir du 1er octobre. On commencera par donner la lumière depuis le crépuscule jusqu’à minuit. Le prix sera de 15 centimes par heure pour une lampe à arc de 180 bougies, et 5 centimes par heure pour une lampe à incandescence de 16 bougies normales, mais, pour ces dernières, on exige une durée d’éclairage d’au moins une heure et demie par jour ; si cette durée n’est pas atteinte, on demandera un prix additionnel de 2,5 centimes par heure-lampe. Pour les lampes à arc, on ne prévoit pas de prix supplémentaire. La jonction avec le câble principal se fera aux frais du consommateur. Tous les travaux exigés par la jonction, y compris l’installation du compteur d’électricité, seront faits par la municipalité seule. L’exécution de tout autre travail qui s’y rattache est remise à des entrepreneurs, auxquels la ville donnera des concessions, en se réservant la fixation du tarif. La municipalité est prête à fournir les lampes à incandescence, mais n’a pas encore de lampes à arc. Les compteurs d’électricité seront fournis par la ville et loués aux consommateurs. Les frais des conduites reliant les maisons aux conducteurs principaux et ceux de l’installation dans l’intérieur varieront selon les circonstances, mais le prix moyen sera de 20 francs par lampe à incandescence.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 16 mai 1887. — Présidence de M. Janssem.
- Boussingault. — Il y a quinze jours, l’Académie se séparait en deuil de son président ; aujourd’hui un motif 1 pareil a réduit la séance au dépouillement très succinct de la correspondance. On sait en effet, que l’un des membres les plus illustres de la Compagnie, M, Boussingault, est mort jeudi à l’âge de quatre-vingt-cinq ans. Nos ! lecteurs trouveront dans le présent numéro une notice ! sur ce maître vénéré.
- La photographie du ciel. — Un chercheur qui s’est déjà signalé à plusieurs reprises par l’originalité de ses
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- LA NATURE.
- vues, M. Charles Cros, ne pense pas que la photographie directe du ciel puisse donner des résultats parfaitement exacts. Des déformations doivent nécessairement accompagner la projection de la sphère étoilée sur une série de plans, quelque petits qu’ils soient, et dont l’ensemble constitue un polyèdre. Aussi l’auteur voudrait-il qu’on obtînt les photographies, non pas sur des plans, mais sur des sphères. M. Bertrand et M. Janssen reconnaissent la justesse de ces observations, mais ce dernier académicien rappelle que la cause d’erreur signalée est extrêmement faible. Chaque photographie, en effet, ne comprend autour de son centre qu’un degré du ciel, de plus, les photographies voisines empiètent de moitié les unes sur les autres, de sorte que les raccords sont toujours très faciles.
- Signaux acoustiques. — Frappé de l’inefficacité des sirènes et des sifflets à vapeur par les temps de brouillard, dont on vient d’avoir de nouvelles preuves par les récents abordages maritimes, M. Fizeau a étudié les conditions spéciales de propagation du son dans les milieux nébuleux. Sa conclusion est qu’on aurait bien plus de chance de les faire entendre si les signaux sonores étaient placés à une certaine hauteur au-dessus du pont du navire.
- Bois fossiles. —
- Les sablières quaternaires du Per-reux (Seine) ont fourni à M. Emile Rivière des fragments silicifiés de bois provenant d’assises plus anciennes . L’étude microscopique de lames minces ont prouvé à l’auteur, qui s’est adjoint pour la circonstance la collaboration de M. Danguy (du Muséum), que ces vestiges, évidemment tertiaires, appartiennent aux genres Rhizocaulon, Cedroxylon et Taxodium.
- Varia. — Une reproduction artificielle de l’alabandine ou sulfure de manganèse est décrite par M. Baubigny. — Des parasites de l’Oursin commun occupent M. Joyeux-Laffine. — M. Lagrange, de l’Observatoire de Bruxelles, étudie les variations diurnes de l’aiguille aimantée entre les tropiques. — Un mémoire est adressé par M. Varey relativement à l’action de l’acétylène sur la benzine en présence du chlorure d’aluminium. — A l’Observatoire de Paris, M. Bigourdan a suivi la nouvelle comète de Barnar. Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- Chacun connaît le procédé employé par les épiciers et les boucliers pour étaler en forme de soleil les feuilles de papier qui leur servent à enlevopper
- leurs marchandises et leur permettre de les saisir rapidement une à une, au fur et à mesure des besoins, sans perdre de temps à leur séparation. Il suffit de .poser les feuilles découpées et superposées sur une table, et d’appliquer la main sur le milieu du paquet en exerçant une pression avec torsion, dans le sens des aiguilles d’une montre, par exemple. On voit les feuilles tourner et s’écarter avec la plus grande régularité dans le sens du mouvement.
- La figure ci-dessous montre cette expérience bien connue.
- La même expérience se fait aussi avec une feuille de papier que l’on frotte avec le dos de l’ongle, après l’avoir posée sur une autre feuille de papier ordinaire ou de papier buvard.
- Rien, jusqu’ici, de bien extraordinaire. Mais si, toutes choses égales d'ailleurs, on diminue de plus en plus les dimensions de la feuille de papier soumise à l’expérience , l’on constate que la rotation se fait de moins en moins bien dans le sens du frottement, elle cesse et, pour une dimension donnée, suffisamment petite, elle s'effectue en sens inverse du mouvement de rotation imprimé à l’ongle. L’inversion du sens de la rotation paraît indépendante de la pression exercée par l’ongle sur le papier, et se produit toujours dès que les dimensions de la feuille de papier sont assez petites.
- L’expérience réussit mieux avec du papier satiné. Si la feuille a plus de 10 centimètres de côté, la rotation se produit invariablement dans le même sens que celui du frottement de l’ongle, tandis qu’en réduisant le papier aux dimensions d’une pièce de cinq centimes, la rotation se produit non moins invariablement en sens inverse.
- Reste a trouver l’explication de ces expériences que chacun peut facilement répéter. Nous avouons ne pas être satisfait de toutes celles qui nous ont été suggérées jusqu’ici, et nous soumettons les faits à nos lecteurs, en réservant notre opinion qui pourrait paraître a plus d’un incomplète, sinon inexacte.
- Dr Z...
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandiek.
- Expérience de physique moléculaire.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- 28 MAI 1887.
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- F.-A. VULPIAN
- Notre livraison de la semaine dernière s’ouvrait par une notice nécrologique sur Boussingault. Nous avons a signaler encore un deuil aujourd’hui, deuil pour l’Institut, pour l’Académie de médecine et pour la science française.
- F.-A. Yulpian, qui est mort comme Béclard à la suite d'une courte maladie, aura laissé dans le domaine de la physiologie des traces durables de ses travaux.
- Reçu docteur en médecine en 1854, agrégé de la Faculté en 1860 avec une thèse sur les Pneumonie s secondaires, il était déjà attaché au Muséum, où il suppléait Flourens. Le jeune savant s'était distingué par des recherches expérimentales sur le système nerveux.
- Le nouvel agrégé devint un des médecins de la Salpêtrière. La chaire d’anatomie pathologique étant vacante à la Faculté, on songea à la donner à M. Yulpian, que son enseignement et ses travaux désignaient aux suffrages des professeurs.
- Le nom de Yulpian se trouve lié en quelque sorte à la plupart des grandes découvertes physiologiques de ce siècle ; il apportait la lumière sur tous les problèmes qu’il voulait élucider. Ses beaux travaux sur le système nerveux, ses remarquables recherches sur Faction du curare, du chlo-ral et de la strychnine, sont devenus classiques.
- « C’est sur l’anatomie et la physiologie du système nerveux, comme l’a dit récemment un de ses biographes, que se sont concentrées de préférence les recherches de M. Yulpian; après Claude Bernard, il a étudié, avec un soin particulier des moindres détails, le rôle et la nature de ces filets nerveux d’une extrême ténuité qui couvrent d’un réseau l’extérieur des vaisseaux, pour y déterminer des contractions et des dilatations dont l’effet général sur le mécanisme des fonctions est si puissant. Nous voulons parler des nerfs vaso-moteurs. Les localisations des fonctions des différentes parties de l’appareil cérébro-spinal et les effets des alcaloïdes sur ces parties occupèrent longuement cet expérimentateur habile. »
- M. Vulpian était renommé pour la sûreté de son
- 15" aimés. — 1er semestre.
- diagnostic dans les affections les plus obscures ; aussi fut-il appelé auprès du comte de Chambord qui succombait à une maladie mystérieuse. C’est à lui que M. Pasteur recourut pour savoir s’il pouvait en conscience inoculer pour la première fois le virus des moelles rabiques à l’homme. M. Yulpian encouragea cette épreuve, il la couvrit de toute son autorité comme médecin et comme savant. On sait avec quelle ardeur il défendit, en ces derniers temps, contre de vives et injustes attaques, la méthode qu’il avait préconisée à ses débuts1.
- L’Académie des sciences, qui avait élu Yulpian membre de la section de médecine en 1876, en remplacement d’Andral, lui donna un haut témoignage de confiance et d’estime en lui confiant les fonctions
- de secrétaire perpétuel, que la mort de M. Jamin avait rendues vacantes en 1886. Il était membre de l’Académie de médecine depuis 1860 et officier de la Légion d’honneur.
- L’ensemble des publications deM. Yulpian2 ne donne qu’une idée incomplète de son œuvre, qui se partage entre la recherche expérimentale et l’enseignement. Le professorat, qui profite moins que le livre peut-être à la réputation, mais qui sert mieux l’intérêt général, compte pour beaucoup dans la vie scientifique de ce savant laborieux.
- Vulpian était professeur à l’École de Médecine depuis l’année 1868, pour l’anatomie pathologique en premier lieu, et ensuite pour la pathologie expérimentale. Ses leçons qui brillaient toujours par le choix des expériences nouvelles, et par l’expression des aperçus originaux, étaient hautement appréciées de son auditoire.
- M. le l)r Charcot, qui a parlé sur la tombe du secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, a éloquemment résumé le caractère de Yulpian :
- « On peut d’un mot caractériser Vulpian, dit M. Charcot, c’était l’homme du devoir. Jamais on ne l’a vu reculer devant une tâche qu’il s’était engagé à remplir. Lorsqu’il sentit ses forces décliner, il résigna le litre si
- 1 Voy. n° 714, du 5 février 1887, p. 154.
- 2 11 faut citer parmi ses principaux ouvrages ses Leçons sur la physiologie générale et comparée du système nerveux, ses Leçons sur l'appareil vaso-moteur, sa Clinique médicale de l'hôpital de la Charité, enfin son livre sur les Maladies du système nerveux.
- F.-A. Vulpian, né le 5 janvier 1826, mort le 17 mai 1887. (D’après une photographie de M. Eug. Pirou.)
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- LA NATURE.
- fort envié de médecin de l’IIôtel-Dieu, cinq ans avant la limite d’àge, et du même coup il abandonna la pratique civile qu’il menait cependant depuis plusieurs années avec le plus grand succès à titre de médecin consultant. C’est qu’il voulait employer tout son temps au service de notre Académie, et on sait comment, à cet égard, il s’acquittait de son devoir.
- « Yulpian était plus encore : c’était un grand et bon cœur; un homme de famille prêt à tout sacrifier pour les siens, un rnaitre adoré de ses élèves, un ami sùr et dévoué; et celui qui a le triste honneur de porter ici la parole, ne peut sans une vive émotion se remettre en mémoire comment, dans les nombreuses et ardentes compétitions où ils se sont trouvés mêlés tous les deux, Yulpian s’est toujours trouvé l’émule loyal, généreux, chevaleresque.
- « Bien qu’il ait rempli de hautes fonctions administratives, en particulier comme doyen de la Faculté de médecine, je crois bien qu’il n’a rencontré que peu d’ennemis, et encore ces ennemis appartenaient-ils sans doute à cette classe d’hommes malheureux qui ne peuvent rencontrer la supériorité du cœur et de l’esprit sans en éprouver comme un sentiment d’irritation et de dépit. Mais ceux-là, « on les regarde et on passe », comme dit le grand poète des tristesses humaines.
- « Dans le courant des dernières années, la santé de Yulpian s’était progressivement altérée. La mort inopinée d’un enfant qu’il aimait par-dessus tout, puis celle de la femme dévouée qu’il avait choisie pour compagne, vinrent l’ébranler plus encore. Alors je l’entendis répéter ce que je lui avais entendu dire une fois déjà, il y a de cela trente ans, lorsque peu de temps après la mort de sa mère qu’il adorait, j’essayais de ranimer son courage un instant abattu : « J’espère, disait-il, me relever par le tra-« vail, heureusement que nous avons encore ce remède-(( là... » Oui, le travail, toujours le travail! Tel était bien son refuge suprême. Mais, hélas! celte fois la lutte était décidément trop inégale. Que de courageux efforts cependant n’a-t-il pas faits pour remonter la pente fatale.
- « À la Faculté de médecine nous le voyions chaque année, avec la même ardeur et la même ponctualité qu’aux plus beaux jours, reprendre et poursuivre aussi longtemps que ses forces le lui permettaient ses cours toujours si consciencieusement préparés. A l’Institut, il remplissait avec ce zèle scrupuleux et cette distinction que nous nous plaisions tous à reconnaître ses difficiles fonctions. On n’a pas oublié le bel éloge de Flourcns qu’il prononça dans une de nos séances solennelles et qui excita notre admiration. Marquée au coin des qualités littéraires et scientifiques, qui lui étaient familières, la construction de cette œuvre remarquable au milieu de tant d’autres occupations pressantes, dut lui coûter bien des efforts. Récemment enfin, nous l’avons entendu au sein de l’Académie de médecine défendre éloquemment, avec toute l’ardeur, toute la passion même d’une conviction profonde et aussi toute l’indignation que suscite dans une ûme droite le sentiment d’une agression qui ne lui paraît pas justifiée, la cause d’un illustre savant. »
- TABLE DE JAUGEAGE
- l’OUK LES TONNEAUX 1
- Pour mesurer la contenance d’un tonneau on opère de plusieurs manières : par le dépotage, le pesage, avec les instruments spéciaux appelés jauge et par le procédé géométrique qui n’exige que Remploi d’un mètre et d’une ficelle. Ces mesures sont comptées intérieurement. On doit donc déduire l’épaisseur du bois quand on mesure extérieurement. Ces mesures sont : la longueur L ou hauteur II, le grand diamètre I) pris a la bonde, le petit diamètre d pris sur les fonds (fîg. 1). On peut remplacer les diamètres par leurs circonférences. Il y a de nombreuses méthodes ou formules pour calculer la contenance d’un tonneau. Le problème consiste à trouver la surface d’un cylindre équivalent au tonneau de même hauteur ou longueur. La formule la plus exacte, l’expérience l’a démontré, est celle qui admet que la courbure des douves se rapproche d’un are de parabole, mais elle est trop compliquée pour être admise dans la pratique. Cette formule est : 0,05250 L [8 D2 H- 4 I)d -F- o d2] ce qui veut dire qu’il faut faire la somme de 8 fois le carré du grand diamètre, plus 4 fois le produit du grand diamètre par le petit diamètre, plus o lois le carré du petit diamètre, qu’il faut multiplier cette somme par la longueur et ce dernier produit par le nombre constant 0,05256. On a donc cherché des formules plus simples qui donnent des résultats approximatifs. Une des plus usitées est donnée par l’instruction ministérielle de l’an VII. C’est 0,087266 L (21) H-, d)2, ce qui revient à ajouter deux fois le grand diamètre au petit diamètre, à élever cette somme au carré, à multiplier le produit par la longueur et ce dernier produit par 0,087266 ou 0,0875. Cette formule donne des résultats trop forts. Celle qui a servi a établir la table graphique a été trouvée graphiquement et s’exprime [d H- D2 — di X! 0,65) X L X 0,7854. l'our obtenir des résultats identiques avec la formule parabolique, il faudrait faire varier le coefficient 0,65 entre 0,64 et 0,66 suivant le rapport des deux diamètres. Voici quels seraient les coefficients quand le grand diamètre dépasse le petit ;
- 5 pour 100 0,6635
- 10 — 0,6620
- 15 — 0,6575
- 20 — 0,6550
- 25 — 0,6525
- 50 — 0,6495
- 55 — 0,6470
- Vulpian laisse l’exemple d’une vie modeste et d’un caractère empreint d’une grande dignité. Après avoir apprécié l’utilité de ses travaux, on doit respecter en sa mémoire le souvenir de l’homme absolument droit dans sa conduite, et inébranlable dans ses convictions.
- On peut sans erreur sensible prendre pour coefficient moyen 0,65. La différence du résultat n’atteindra pas 1/500 de la contenance, ce qui est négligeable dans une opération où les mesures don-
- 1 La table de M. Péraux a du être réduite pour être insérée dans La Nature. Elle a 14,5 de hauteur sur 20 de largeur, CS qui en double la surface.
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- nées ne sont qu’approximatives. En effet., il suffit (le 5 millimètres de différence dans la mesure du grand diamètre pour faire varier lacontenance de 1 pour 100. De plus les dimensions d’un tonneau ne sont jamais parfaitement régulières. La surface du cercle intérieur est un polygone irrégulier dont les douves non arrondies sont les côtés. 11 ne s’agit donc dans le jaugeage que d’une exactitude relative.
- Pour abréger les calculs, on a imaginé des tables numériques plus ou moins exactes et embarrassantes où les valeurs du diamètre moyen sont comp-
- tées par centimètres. Quant au résultat d’une operation, ou ne doit conserver que trois ou quatre chiffres; il y a grand avantage à remplacer une table numérique par une table graphique où l’on peut interpoler a vue des valeurs estimées entre es lignes. La table graphique (fig. 2) donne les diamètres, les circonférences, les surfaces du cercle, les diamètres moyens, leurs circonférences et les surfaces moyennes. En interpolant les valeurs par un demi-millimètre dans les surfaces, par deux millimètres dans les diamètres, on obtient 400x70=28000
- __ose ___________oze ________oie __________ooe oez Q8z__________oiz
- rx£rnnr.Fr[i-r i^f rrrrf n r r hj i r itt4 u n i n | ; ï i j^Iii J_xjuirlpu X—Xw.a
- A m, soi-, zot . loi.X>1\ 96yÀ £6. z6 • ur-XV, os «s m . «8^
- osz
- ~~ 1 -*~fe1 i.inin
- 110 1EO 130 1^0 150
- 160 170 100 190 200 210 220
- Fig. 2. — Table graphique pour le jaugeage des tonneaux.
- 240 Xj/Uompu/ü,
- valeurs dans moins de trois décimètres carrés. Avec cette table l’opération se réduit a multiplier les trois chiffres de la surface par les deux chiffres de la longueur et à ne conserver que les trois premiers chiffres du produit comme dans l’opération à la plume.
- Ce produit pourrait s’obtenir bien rapidement en se servant de la petite règle a calcul décrite dans le numéro de La JSalui'e du 4 mars 1882.
- Voici une petite table graphique (fig. 5) de 40 millimètres sur 25 disposée pour être collée au verso de cette règle à calcul et pour opérer d’après la formule de la table de jaugeage. 11 suffit de faire
- la m ultiplication successive des trois données DxdxL comme dans un cubage rectangulaire, de multiplier les trois premiers chiffres du produit final par le coefficient de la table. Ce coefficient correspond au quotient du grand diamètre divisé par le petit diamètre Cette table rend aussi la a
- formule calculable par les logarithmes. Ex. soitD =0,75. d-b0,64,ona 75 ., ,
- .77 =*114. 04
- Le quotient 114 correspond au coefficient 0,821,
- P. Peiuux.
- 79 coef. 80 81 82 83
- 102 105 110 116 117
- 83 Coef. 84 05 88 87
- •f-HMQ1!1 ^ l'i11 '>' | 1JI 1111 j1
- 117 120 125 130
- 87 Coef 88 89 90 91
- 130 135 140
- Fig. 3. — Table graphique pour règle à calcul.
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- ENREGISTRERENT DES TEMPS DE POSE
- EN PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE [(Suite et fin. — Voy. p. 378.)
- Il semblerait résulter des méthodes exposées dans notre précédent article que la question de la mesure du temps de pose d’un obturateur est une question insoluble! Nous croyons en effet, qu’il en est ainsi: personne à notre avis ne peut donner actuellement la valeur absolue du temps d’action de la lumière obtenue au moyen d’un obturateur quelconque, en faisant une épreuve instantanée. Nous allons le prouver.
- Il est bon à notre idée que le public connaisse les données du problème, les obstacles ou même les impossibilités qu’il présente. La photographie est un peu sortie du domaine de l’empirisme, et dans certaines parties au moins, on peut et on doit lui appliquer les méthodes réellement scientifiques.
- La méthode que nous avons proposée et que nous considérons comme mixte parce qu’elle emprunte le diapason aux méthodes graphiques, et analyse l’action de la lumière sur les préparations comme les méthodes optiques, évite les écueils des autres méthodes parce que nous nous servons d’une source de lumière, qui, si elle n’est pas absolument la perfection, réalise cependant une régularité pratique très suffisante. Nous ne la donnons pas du reste comme irréprochable, attendu que toute sa valeur ne sera atteinte que si l'on fait usage d’une source lumineuse constante. Mais nous touchons ici à la question de l’étalon de lumière, question qui, comme on le sait, est loin d’être résolue.
- Qu’il nous suftise de dire qu’une méthode d’enregistrement photographique, pour être parfaite, doit comporter l’usage d’une lumière parfaitement étalonnée. Quant au chiffre trouvé, ce ne sera pas le chiffre absolu, mais bien un chiffre relatif. Notre loi de tout à l’heure s’applique toujours. Plus la source adoptée sera intense, plus le chiffre trouvé sera fort, pour un même fonctionnement d’obturateur. Les chiffres trouvés par notre méthode avec la lumière électrique sont donc trop forts, parce que la lumière qui est en jeu, lors de la reproduction
- d’une épreuve instantanée, est beaucoup plus faible que l’image très brillante fournie par notre point. 11 y aurait donc une correction h faire, correction
- dont l’expression serait la fraction^, a représentant
- l’intensité de notre source lumineuse, et b celle de la lumière qui agit sur notre plaque, lorsque nous faisons une épreuve instantanée. Si, dans cette fraction, a peut être considéré comme connu et suffisamment constant, b est et sera constamment une variante. Pour avoir le chiffre vrai, absolu, il faudrait, à chaque épreuve, connaître la valeur de b et fiire la correction nécessaire. Autant reconnaître notre impuissance et l’avouer sincèrement au lieu de tromper le public par des chiffres absolument de fantaisie.
- On pourrait d’ailleurs se demander si la connaissance de la valeur absolue du temps de pose d’un obturateur est de quelque utilité. Nous ne le croyons pas. En présence d’un résultat obtenu avec un appareil quel qu’il soit, que nous importe de savoir si la lumière a agi 1/100 ou 1/150 de seconde !
- Ce qui est plus important, c’est de pouvoir comparer la vitesse de divers obturateurs entre eux, afin de pouvoir faire un choix judicieux entre eux suivant le genre de travail que l’on veut entreprendre. Ce classement, cette comparaison de divers instruments, est autrement nécessaire à connaître ; or avec notre méthode rien n’est plus facile que de l’obtenir.
- En effet, du moment que toutes les mesures auront été faites, à intensité égale de source lumineuse, les chiffres trouvés seront absolument comparables.
- On saura d’une manière très précise, en millièmes de seconde, les différences de vitesse. Les écarts entre deux appareils, trouvés par la méthode, avec une intensité donnée, subsisteront toujours lors même que l’on prendrait une lumière diflérente. Le temps d’action de la lumière variera certainement, le chiffre trouvé également, mais la différence de vitesse sera toujours constante entre les deux instruments. C’est-à-dire que tel appareil plus rapide qu’un autre de 4/1000 par exemple, sera toujours plus rapide de cette même quantité, lorsque l’on opérera dans les mêmes conditions d inten-
- Fig. 1. — Photographie instantanée d’un cheval au galop. (Agrandissement au double.)
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- site pour l’un et pour l’autre. Ces explications étant faites, on pourra donner les graduations d’obturateurs, mais en ayant soin de faire connaître l’inten-
- sité de la source lumineuse employée ; ces chiffres seuls devront être admis comme ayant un réel caractère de précision.
- Nous avons étudié, par notre méthode, les vitesses de nombreux obturateurs en adoptant, pour source lumineuse, la lumière électrique fournie par un régulateur Duboscq actionné par une dynamo de Gramme.
- Ce qui nous a frappé, dans les chiffres trouvés, c'est qu’ils sont beaucoup au-dessous de ceux que l’on a indiqués.
- Il est très peu d’obturateurs qui donnent 1/100 de seconde. Le plus rapide que nous ayons trouvé,
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- construit du reste spécialement pour notre usage par M. Dessoudeix, donnait 1/250. A cette vitesse, les préparations sensibles paraissent être déjà à leur limite de sensibilité lorsque l’on veut obtenir des instantanés en format lo/18 ou 15/21. On ne peut d’ailleurs utiliser cette vitesse qu’avec une lumière magnifique et des objets bien éclairés.
- Il est évident, d’après ce que nous avons vu, que ces chiffres sont trop forts et qu'en réalité le temps de pose a été certainement beaucoup moindre: l’appareil gradué 1/100 n’a posé peut-être que 1/150 ou même moins lorsque nous avons fait telle ou telle épreuve, mais rien ne nous autorise à donner un chiffre plutôt qu’un autre. Dans ces conditions, on ne peut indiquer d’autre chiffre ([ue celui donné par la méthode.
- Pour résumer ce travail, nous retiendrons que toute méthode de mesure des obturateurs n’a de valeur scientifique que si elle est basée sur l’emploi d’une lumière constante ; qu’on n’obtient jamais un chiffre absolu mais plutôt un chiffre de comparaison ; que tous les chiffres donnés jusqu’à présent n'ont pas un caractère de précision suffisant, et qu’ils doivent être contrôlés par une méthode rationnelle.
- C’est, en somme, une petite exécution que nous faisons; mais elle nous a paru nécessaire et les amateurs de photographie nous sauront gré, nous l’espérons, de les avoir éclairés sur une question qui les intéresse certainement.
- Pour ne citer que quelques exemples, nous allons donner les chiffres indiqués par les fabricants et, en regard, ceux trouvés par notre méthode.
- Mesure du temps de pose obtenu avec l'obturateur pour les photographies , reproduites ci-dessus. (8/1000 de seconde.)
- TABLEAU COMPARATIF PC S VITESSES I) OBTURATEURS
- Chiffres du fabricant en millièmes de seconde,
- Chiffres trouvés par la méthode de M. bonde, en millièmes de seconde.
- 8 l 14 1
- 1000 au ,. 12.) 1000 OU 70
- 20 1 25 1
- 1000 50 1000 10
- 4 1 10 1
- 100 J 250 1000 lot)
- 10 1 40 1
- 1000 100 10U0 25 '
- 2 1 10 1
- ÏÜÏÏ9 500 1000 100
- 24 1 28 1
- Tôôü 5(j 1009 35
- • 10 1 25 1
- 1000 100 1000 40
- 9 J 11 1
- ÏÜ0Ô 110 1000 70
- Nous ne donnons le nom d’aucun construc
- car les défauts des méthodes employées peuvent expliquer les différences trouvées.
- Au lecteur de tirer la conclusion.
- Nous avons pensé, en terminant, qu’il serait inté-
- ressant, à côté du tracé donné par un obturateur, de montrer l’épreuve obtenue. Ce rapprochement nous a paru instructif. Avec un obturateur de M. Dessoudeix dont la vitesse mesurée était de 1/125 soit 8/1000 (fig. 0), nous avons obtenu diverses épreuves que nous avons fait reproduire en similigravure par M. Petit (fig. 1 à 5).
- Ces épreuves montrent qu’il n’est pas nécessaire, pour saisir des mouvements même très rapides, de vitesses aussi considérables qu’on le dit. 11 est bon du reste de ne pas oublier que dans ces conditions il faut être déjà un très habile opérateur [tour pouvoir mener à bien son cliché. Ai.rkrt Lonue.
- LES FONDATIONS DE LA TOUR EIFFEL
- M. Eiffel a récemment communiqué à la Société des ingénieurs civils quelques détails très intéressants sur la conslruction de la tour de 500 mètres. Nous reproduisons les renseignements donnés par le célèbre ingénieur. M. Eiffel a bien voulu, d’autre part, nous inviter à visiter ses travaux, au sujet desquels nous ajouterons un peu plus loin quelques détails complémentaires.
- iïtude du sous-sol. — Il résulte des nombreux sondages effectués dans le Champ de Mars que l’assise inférieure de ce sous-sol est formée par une puissante couche d’argile plastique de 16 mètres environ d’épaisseur, reposant sur la craie. (Cette argile est sèche, assez compacte, et peut supporter des charges de o à 4 kilogrammes par centimètre carré.)
- La couche d’argile est légèrement inclinée depuis l’Ecole militaire jusqu’à la Seine, et est surmontée par un banc de sable et gravier compact, éminemment propre à recevoir des fondations. Jusqu’aux environs de la balustrade qui séparait le Champ de Mars proprement dit, appartenant à l’Etat, du square appartenant à la Ville, c’est-à-dire à peu près à la hauteur de la rue de Grenelle, cette couche de sable et gravier a une hauteur à peu près constante de 6 à 7 mètres. Au delà on semble entrer dans l’ancien lit de la Seine, et l’action des eaux a réduit l’épaisseur de cette couche, qui va toujours en diminuant pour devenir à peu près nulle quand on arrive au ht actuel.
- La couche solide de sable et gravier est surmontée elle-même d’une épaisseur variable de sable fin, de sable vaseux et de remblai de toutes natures, impropres à recevoir des fondations.
- Certaines considérations administratives ayant dû faire renoncer à implanter la Tour dans la partie du Champ de Mars appartenant à l’Etat, où les fondations ne présentaient aucune difficulté, on songea ensuite à la placer sur le quai de la Seine, afin qu’elle lut le plus loin possible des batiments de l’Exposition ; mais la connaissance du sous-sol démontra que l’on aboutissait à une impossibilité, parce que l’on ne pouvait songer à fonder directement sur l'argile une construction aussi considérable.
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- On se décida donc, sur mes instances, à la reporter à l’extrême limite du square, où elle se construit actuellement. Les fondations de chacun de ses pieds sont ainsi séparées de l’argile par une épaisseur suffisante de gravier.
- Mode de fonda lion. —Les deux piles d’arrière qui portent les numéros 2 et.5 sont placées à cheval sur les limites de l’ancienne balustrade : le sol naturel est en ce point à la cote -|- 54, les remblais de toutes natures ont une épaisseur de 7 mètres, et on rencontre à la cote 27, qui est le niveau normal de la Seine (retenue du barrage de Suresne), la couche de sable et gravier dont l’épaisseur en ce point est de 6 mètres environ. On a donc pu très facilement obtenir, pour ces deux piles, une fondation parfaite dont le massif inférieur est constitué par une couche de 2 mètres de béton de ciment coulé a l’air libre.
- Les deux piles d’avant, qui portent les numéros 1 et 4 ont été fondées différemment. La couche de sable et gravier ne se rencontre qu’à la cote H- 22, c’est-à-dire 5 mètres sous l’eau, et pour y arriver on traverse des terrains vaseux et marneux, provenant des alluvions récentes de la Seine. Pour reconnaître d’une façon précise et exempte des incertitudes que présentent les sondages faits par les procédés ordinaires, nous avons fait au centre de chacune des piles un sondage à l’air comprimé, à l’aide d’une cloche en tôle de lm,50 de diamètre surmontée de hausses. Nous ne saurions trop recommander ce procédé, qui n’est en somme que peu coûteux quand on dispose d’un matériel à air comprimé, et qui donne des résultats absolument certains sur la consistance et la composition réelle des terrains. Nous avons ainsi constaté que, jusqu’à l’argile, on ne rencontrait au-dessous du sable et gravier que du sable pur, 'du grès ferrugineux et un banc de calcaire chlorité, qui s’est formé au fond de la dépression qui avait été creusée par les eaux dans la couche d’argile plastique. On a donc ainsi une couche incompressible qui a une épaisseur de plus de
- 5 mètres à la pile 4 (côté Grenelle) et près de
- 6 mètres à la pile 1 (côté Paris). On peut donc avoir toute sécurité, d’autant plus que les fondations sont calculées de telle sorte que la pression maxima sur le sol de fondation, même en y comprenant l’effet du vent, ne dépasse pas 4 kilogrammes par centimètre carré.
- Les fondations de ces deux piles sont établies à l’air comprimé à l’aide de caissons en tôle de 15 mètres de longueur sur 6 mètres de largeur, au nombre de 4 pour chaque pile et enfoncés à la cote -f- 22, soit à 5 mètres sous l’eau. On aurait peut-être pu employer un mode différent et procéder par dragage dans une enceinte avec béton immergé; mais d’une part, malgré tous les sondages antérieurs, nous n’étions pas, dans cette partie si tourmentée du sol du Champ de Mars, suffisamment sur du terrain pour tous les points de la surface englobée par les pieds, laquelle est de près de mille mètres carrés
- par pied. Il fallait donc, dans ces circonstances, adopter une solution répondant à toutes les éventualités. Du reste l’emploi de l’air comprimé présente une telle sûreté, soit comme travail, soit comme certitude du résultat obtenu, qu’en raison de l’immense intérêt que nous avions à marcher aussi rapidement que possible en nous débarrassant de suite de tout aléa et à établir des fondations ne donnant absolument aucune crainte pour l’avenir, nous n’avons pas hésité à employer ce procédé coûteux mais sûr et rapide, de l’air comprimé. Nous avons d'autant plus à nous en féliciter, qu’en ce moment même nous rencontrons dans nos caissons de la pile numéro 1 des restes considérables de maçonneries datant probablement del’tme des Expositions précédentes et qui auraient été un obstacle très sérieux à la prompte exécution de nos fondations si nous n’avions pas eu à notre disposition les ressources de l’air comprimé.
- Nous brisons ces massifs au burin, et nous les extrayons par les sas comme des déblais ordinaires.
- Massifs de fondation et murs de pourtour. — Chacun des quatre montants de la tour est formé, comme on le sait1, par une grande ossature de section carrée de 15 mètres de côté dont les arêtes transmettent les pressions au sol de fondation par l’intermédiaire de massifs de maçonnerie placés sous chacune d’olles. U y a donc quatre massifs de fondation par pied. La partie supérieure de ces massifs, qui reçoit les sabots d’appui, est normale à la direction des arêtes, et le massif lui-même a la forme d’une pyramide à face verticale sur l’avant et à face inclinée sur l’arrière, dont les dimensions sont telles qu’elles ramèneront dans un point très voisin du centre de la fondation la résultante oblique des pressions.
- Cette réaction oblique des pressions s’élève à son entrée dans la maçonnerie, à la cote -f- 56, à 565 tonnes sans le vent, et à 875 tonnes avec le vent. Sur le sol de fondation des deux piles voisines de la Seine, qui est à la cote -b 22, c’est-à-dire à une profondeur de 14 mètres, la pression verticale ser le sol est de 5520 tonnes avec le vent, qui réparties sur une surface de 90 mètres carrés donnent une charge de 5k,7 par centimètre carré.
- Sur les deux piles voisines du Champ de Mars la pression sur le sol, à la cote de H-27 mètres, c’est-à-dire à une profondeur de 9 mètres, est de 1970 tonnes, qui, réparties sur une surface de 60 mètres carrés, donnent une pression de 3k,5 par centimètre carré.
- Les massifs de béton réalisant cette surface ont 10 mètres de longueur sur 6 mètres de largeur.
- Tous les massifs sont disposés suivant la projection horizontale des arêtes, c’est-à-dire à 45 degrés par rapport à l’axe du Champ de Mars.
- Les bétons sont faits en ciment de Boulogne, avec un dosage de 250 kilogrammes par mètre cube de sable.
- 1 \Toy. n° 600, du 29 novembre 1884, p. 401 : Description de la tour de 500 mètres.
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- Les massifs sont en pierre de Souppes, hourdée en mortier de ciment au même dosage.
- L’emploi du ciment a été nécessité par le désir d’obtenir une prise très rapide et d’éviter tout tassement.
- Au centre de chacun de ces massifs, sont noyés deux grands boulons d’ancrage de 7n,,80 de longueur et de O'VlO de diamètre, qui, par l’intermédiaire de sabots en fonte et de fers à 1 intéressent la majeure partie des maçonneries des pyramides.
- Cet ancrage, qui n’est pas nécessaire pour la stabilité de la tour, laquelle est assurée par son poids propre, donne cependant un excès de sécurité con-
- tre tout renversement et sera de plus utilisé lors du montage en porte à faux des montants.
- Ces maçonneries, qui travaillent au plus à un coefficient de 4 à 5 kilogrammes par centimètre carré, seront couronnées par deux assises de pierre de taille de Chàteau-Landon, dont la résistance à l’écrasement est, d’après les expériences que nous avons demandées à l’Ecole des ponts et chaussées et au Conservatoire des arts et métiers, de 1255 kilogrammes en moyenne pareentimètre carré. La pression sous les sabots en fonte ne sera que de 50 kilogrammes par centimètre carré. La pierre ne travaille donc qu’au quarantième de sa résistance.
- Fig. 1. — Massifs de fondation d’un des montants de la tour Eiffel, du côté de l’Ecole militaire. (D’après une photographie
- de M. Albert Londe.)
- 11 résulte de tous les chiffres et indications qui précèdent que ces fondations sont établies dans des conditions de sécurité très grandes, et que, soit comme choix de matériaux, soit comme dimensions, elles ont été traitées très largement, de manière à ne laisser aucun doute sur leur solidité.
- Cependant, pour rester complètement sûrs que nous pourrons maintenir les pieds de la tour, quoi qu’il arrive, sur un plan parfaitement horizontal, nous avons ménagé dans les sabots un logement pour y installer une presse hydraulique de 800 tonnes; à l’aide de ces presses on pourrait produire le déplacement de chacune des arêtes et la relever de la quantité nécessaire, sauf à intercaler des coins en acier entre la partie supérieure du sabot et la partie
- inférieure d’un contre sabot en acier fondu sur lequel vient s’assembler le montant en fer.
- Ces presses opéreront donc, si cela devient nécessaire à un moment quelconque, et à la façon de vis de réglage, le nivellement rigoureux de tous les points d’appui.
- En dehors des massifs, nous avons projeté un socle en maçonnerie qui ne portera aucune charge, mais qui est destiné à recevoir les amortissements des moulures en métal qui doivent garnir le pied des montants.
- Ces murs sont fondés sur des piliers avec arcades, disposés suivant des faces parallèles ou perpendiculaires a l’axe du Champ de Mars et forment autour de chaque pied un carré de 26 mètres de côté.
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- Fia. 2. — Vue (t
- ’un caisson [tour la fondation de la lour Eiffel par l’air comprimé.
- et les tubes d’accès et de déblaiement.
- Coupe montrant le travail souterrain
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- Toute cette infrastructure sera noyée dans un remblai arasé au niveau du sol, sauf pour la pile n" 5, où elle reste à l’état de cave, destinée au logement des machines et de leurs générateurs pour les services des ascenseurs; ces machines sont prévues pour une force de 500 chevaux.
- L’écoulement de l’électricité atmosphérique dans le sol se fera pour chaque pile par deux tuyaux de conduite en fonte de 0",50 de diamètre, immergés, au-dessous du niveau de la nappe aquifère, avec une longueur de 18 mètres. Ces tuyaux se retournent verticalement à leur extrémité jusqu’au niveau du sol, où ils seront mis en communication directe avec la partie métallique de la tour.
- Etat (les travaux. — On a commencé les déblais par une fouille générale de 55 mètres sur 55 mètres pour chacune des piles. Ces fouilles ont été descendues à la cote -}- 29 pour les piles 2 et 5, soit à 6 mètres au-dessous du sol, et à la cote-+-28 pour les piles 1 et 4, soit à 7 mètres au-dessous du sol.
- Environ 12 000 mètres cubes de ces déblais ont été transport ésauxdéchargespubliques ; le reste est disposé sur le sol du square et sera rapporté en remblai dans le vide des fouilles après rachèvementdesmaçonnerics. Le premier coup de pioche a été donné le 28 janvier dernier. Depuis, nous avons terminé les maçonneries des piles 2 et 5 fondées à l’air libre. 11 ne reste que quelques parachèvements qui ne seront possibles qu’après le remblayage des vides des fouilles, remblayage qui est actuellement en cours d’exécution. Les piles 1 et 4, fondées à l’air comprimé, sont en ee moment au degré d’avancement suivant.À la pile 4, 5 des caissons ont été descendus à la cote -j- 22 et les massifs de fondation qu’ils supportent vont être terminés ; le 4” caisson est encore en fonçage. Dans huit jours cette pile !scra terminée. À la pile n° 1, deux des caissons sont en fonçage et les deux autres ont déjà été descendus à l’air libre à 0m,50 au-dessous de l’eau1.
- Dans quinze à vingt jours environ, tous les fonçages seront terminés et la construction des massifs supérieurs de maçonnerie sera déjà commencée.
- Dans notre programme nous comptons que l’ensemble de toutes les fondations et la remise en état du terrain seront achevés le 50 juin prochain, de manière à nous permettre de commencer à cette époque le montage des parties métalliques.
- Le 5 mai 1887, M. Eiffel, dont on vient de lire le rapport, nous a fait l’honneur de nous recevoir à son chantier. Nous avons d’ahord visité les quatre massifs de fondation d’un des montants de la tour. Notre collaborateur, M. Albert bonde, qui nous accompagnait, en a pris la photographie que nous reproduisons (page 408, fig. 1). M. Eiffel nous a ensuite fait descendre dans l’un des caissons en tôle servant aux fondations par l’air comprimé. Notre figure 2, fait comprendre très clairement le dispositif adopté. La descente dans un de ces caissons est
- 1 Actuellement les fonçages de la pile 4 sont terminés, et il ne reste plus à achever que le dernier caisson de la pile 1.
- une expédition fort curieuse pour le profane ; on pénètre dans la cloche métallique supérieure qui a été isolée du caisson par une trappe ou soupape hermétiquement fermée, t.luand on est entré dans la c'oche, la porte étant fermée, on y comprime de l’air, ce qui se traduit pour le visiteur par une sensation particulière dans le tympan, mais une simple déglutition suffit pour la faire disparaître. On ouvre alors la trappe qui conduit au caisson souterrain, et on y descend par une échelle de fer fixée à l’un des tubes verticaux qui sert aussi de passage aux sceaux de déblaiement. Une fois dans le caisson, on voit les ouvriers qui piochent le sol à la lueur de lampes électriques et qui l’amassent dans des seaux enlevés et rejetés au dehors au fur et à mesure qu’ils sont remplis. Le caisson chargé de béton s’enfonce ainsi peu à peu jusqu’à ce qu’il soit arrivé au bon sol. Cela fait, il est entièrement rempli de béton, et forme une énorme assise d’une inébranlable solidité.
- Nous avons voulu offrir à nos lecteurs des documents complets sur ces premiers travaux de la tour Eiffel dont nous aurons souvent occasion de parler dans la suite. Nous en suivrons les développements successifs jusqu’au faîte, et nous donnerons tous les détails de cette entreprise immense qui rendra de grands services à la science, qui contribuera au succès de l’Exposition universelle de 188!), et qui fera l’étonnement et l’admiration du monde. Nous sommes heureux de rendre hommage aux efforts de M. Eiffel, qui, avec une énergie peu commune, réalise l’une des plus étonnantes merveilles de l’art de l’ingénieur dans les temps modernes. Gaston Tissandiiïb.
- LES AURORES BORÉALES
- TRAVAUX DE M. LEMSTROM (Suite et lin. — Voy. p. 104.)
- Dans une précédente notice, nous avons étudié avec M. Lemstrom l’apparence des aurores boréales et nous avons montré que, sous des formes plus ou moins variées, ces phénomènes peuvent se présenter dans toutes les contrées, mais avec des degrés de fréquence très différents. Il nous reste à parler de la périodicité de l’aurore boréale, de son étendue géographique et des théories de sa formation. Ce sont là des questions d’un intérêt capital que M. Lemstrom étudie avec de grands développements et que nous allons essayer de condenser1.
- En général la lumière polaire peut se produire à toute heure et en toute saison, mais le nombre et l’intensité des apparitions varient suivant les heures et les époques. Toutes les années ne sont pas non plus également riches en aurores boréales. Le résumé des observations enregistrées depuis un siècle a permis de constater que les aurores boréales subissent des fluctuations périodiques, embrassant presque toujours un laps de temps de onze années; on constate ensuite assez distinctement une autre périodicité de cinquante-cinq à cinquatite-six ans.
- D’autre part, l’ensemble des observations faites
- 1 V Aurore boréale.. Elude générale des mouvements produits par les courants électriques de l’atmosphère, par M. S. Lemstrom. 1 vol. in-8°, avec figures et planches en couleur. — Paris, Gauthier-Villars, 1886.
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- LA NATURE.
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- par plusieurs savants de 1777 à 18(>4 atteste la concordance presque parfaite entre les apparitions d'aurores boréales et les mouvements de l’aiguille de déclinaison. La lumière polaire occasionne des tempêtes magnétiques, mais ces tempêtes peuvent se produire sans que la lumière polaire soit visible.
- Ce qui est plus remarquable encore, c’est que l’on trouve la même marche périodique dans un autre phénomène qui se produit dans le Soleil, celui de l’apparition des taches solaires. Les observations les plus minutieuses tendent à démontrer que, lorsque le nombre des taches du Soleil est maximum, il en est de même du nombre des aurores boréales, et aussi de l’amplitude des variations magnétiques et réciproquement. M. Lemstrom donne, d’après M. Loo-mis, une représentation graphique de ces trois phénomènes qui montre parfaitement leur concordance depuis 1780 jusqu’en 1870 (fig. 1).
- L’aurore boréale, comme nous l’avons déjà dit, peut apparaître avec toute sa splendeur en un point quelconque de la surface terrestre; cependant les régions boréales et australes sont de beaucoup les plus favorisées.
- D’après les nombreuses observations de M. Trom-lïolt et de M. Wey-prechl, il résulte que la zone maximum des aurores boréales change tous les ans de position.
- M. Lemstrom résume ainsi tous les résultats :
- « La zone autour du pôle nord de la Terre où le nombre d’aurores polaires atteint son maximum n’est pas située au même endroit, mais elle apparaît dans sa position la plus méridionale, à l’époque où les taches solaires atteignent leur maximum. Puis elle se déplace peu à peu vers le nord, et prend sa position la plus septentrionale quand les taches solaires sont à leur minimum. Un semblable déplacement de la zone se montre pendant toute l’année et tous les jours. Ces mouvements de la zone du maximum sont la cause des périodes journalières, annuelles et de onze ans, de l’aurore boréale. Ils déterminent aussi dans les contrées arctiques la marche périodique des taches solaires et des aurores boréales opposée à celle des zones tempérées. »
- Avant d’abordeé l’étude de la théorie des aurores polaires, M. Lemstrom indique les méthodes qui ont été employées pour mesurer la hauteur à laquelle le phénomène se produit dans l’atmosphère, et il semblerait que la limite supérieure puisse être indiquée très approximativement entre 55 et 70 kilomètres d’altitude. Dans les contrées méridionales,
- l’aurore boréale se montre souvent à des niveaux bien inférieurs, à quelques kilomètres seulement de la surface terrestre; certaines formes de l’aurore boréale, affectant l’apparence de faibles flammes, peuvent être vues tout près du sol.
- 11 existe un rapport merveilleux entre les variations quotidiennes du magnétisme, les tempêtes magnétiques et la lumière polaire. Pour aborder l’explication du phénomène, il n’est donc pas indifférent de donner un aperçu général sur le magnétisme terrestre. On sait que la valeur des trois constantes magnétiques, c’est-à-dire la déclinaison, l’inclinaison et l’intensité, observées à l’aide de l’aiguille aimantée, varie suivant les différents points de la Terre. Les figures 2 et 5 donnent : 1° les lignes des méridiens magnétiques qui convergent toutes vers deux points, l’un situé dans l'hémisphère nord (latitude 75°,55' et longitude 264°,21' de Greenwich); l’autre dans l’hémisphère sud (latitude 72°,55' et longitude 152°,50'); 2U les lignes menées par les contrées ayant la même inclinaison. Ces lignes forment autour du globe des parallèles assez différents des parallèles astronomiques.
- Les figures 4 et 5 donnent les lignes traversant toutes les régions de même intensité magnétique. On voit, en les considérant, que la force magnétique a sa valeur minimum au milieu de la Terre et qu’elle augmente vers les deux pôles à proximité desquels se trouvent des contrées où la force devient maximum.
- Il arrive parfois que le magnétisme terrestre subit une perturbation exceptionnelle, relative à la fois à la direction et à l’intensité. Ces perturbations qui constituent les tempêtes magnétiques s’observent parfois sur toute la surface du globe : elles sont très fréquemment accompagnées de l’apparition d’aurores boréales, et la corrélation des deux phénomènes ne saurait être mise en doute.
- Tel est le succinct résumé des faits acquis ; on a observé une simultanéité incontestable entre certains phénomènes, et il est possible que la théorie puisse un jour jaillir d’une façon complète de ces coïncidences. A vrai dire, nous ne saurions encore trouver aujourd’hui rien d’absolument satisfaisant pour expliquer d’une façon précise les effets du magnétisme et de l’électricité terrestres. M. Lemstrom essaye toutefois de donner un aperçu des hypothèses que la physique peut actuellement présenter aux esprits curieux de connaître le pourquoi des phénomènes.
- 1820 1830
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- Fig. 1. — Concordance entre les périodicités des aurores boréales, des variations magnétiques et des taches solaires. — I. Nombre des aurores boréales observées annuellement. — 11. Déviation moyenne de l’aiguille de déclinaison. — III. Extension relative des taches solaires.
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- LA NATURE.
- On sait que des courants électriques circulent dans la Terre : ces courants telluriques paraissent être la cause première des perturbations magnétiques; mais ils semblent trop faibles pour produire les grands phénomènes d’aimantation de la planète.
- D’après M. Lemstrom les causes du magnétisme terrestre pourraient résulter de la rotation de notre globe dans l’espace.
- U ne nous est pas possible de suivre l’auteur dans toutes les dissertations qu’il donne sur la théorie de
- Fig. 2 et 5. — Cartes des méridiens et parallèles magnétiques dans l’hémisphère boréal et dans l’hémisphère austr.d.
- l’aurore boréale; il passe en revue les doctrines de ] courants électriques de l’atmosphère et arrive à des tous les physiciens qui se sont occupés de cet impor- conclusions analogues à celles de de la Rive ; ces tant problème de physique du globe, il étudie les | explications, souvent compliquées, ne satisfont pas
- Fig. 4 et 5. — Lignes d’égale intensité magnétique dans l'hémisphère boréal et dans l’hémisphère austral.
- complètement l’esprit ; il paraît certain qu’il y a une accumulation de l’électricité autour des pôles, mais il nous semble prudent de réunir encore les faits avant d’aborder avec assurance des théories bien difficiles à établir, et qui, pendant longtemps encore, resteront selon nous, contestables et souvent obscures.
- L’ouvrage de M. Lemstrom n’en est pas moins un travail magistral; en outre des notions théoriques, il est rempli de faits très nettement décrits; on y trouve, d’une façon complète, tout ce que la science peut recueillir aujourd’hui sur le grand phénomène des aurores boréales. Gastov Tissaadier.
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- TERRES COMESTIBLES DE MA
- Nous avons déjà signalé les curieux bonshommes en terre comestible que M. Ilekmeyer, pharmacien en chef des Indes orientales, avait présentés à l’Exposition d’Amsterdam en 18831. Nous reproduisons aujourd’hui l’aspect des échantillons qui se trouvent actuellement au Musée d’ethnographie du Trocadéro. Voici, d’autre part, les intéressants renseignements que M. E. Ferrand a'publiés à ce sujet, dans l’excellente Revue d'ethnographie de M. le I)r Ilarny.
- Ces argiles, que l’on mange non seulement à Java, mais encore à Sumatra, au Siam, à la Nouvelle-Calédonie, en Sibérie, en Guyane, à la Tcrre-de-Feu, etc., sont essentiellement formées de silice, d’alumine et d’eau, en proportions variables, colorées par divers oxydes métalliques. Elles se présentent sous l’aspect de masses amorphes, onctueuses au toucher, donnant sous l’ongle une strie luisante, happant à la langue, et formant avec l’eau une pâte liante et fine.
- Les Indiens de Java et de Sumatra leur font subir une préparation particulière ; ils les nettoient de leurs corps étrangers, les étalent en plaques minces qu’ils découpent en petits morceaux et les font griller dans une casserole de 1er sur un feu de charbon. Chacune de ces petites galettes, recroquevillée en un petit rouleau, ligure assez bien un fragment d’écorce de cannelle plus ou moins grisâtre ou rougeâtre.
- Le dessin ci-dessus reproduit exactement les plus curieux objets que M. llekmayer a envoyés au Musée d’ethnographie. A droite est une femme vêtue d’une robe à ramages tenant un enfant sur ses genoux: à gauche, on voit un enfant à cheval sur un chien. Un troisième objet est une imitation de fruit.
- M. Ferrand a goûté ce régal des Javanais ; il avoue très humblement n’avoir rien trouvé de bien
- attrayant à la saveur terreuse et un peu empyrcu-matique de ce singulier aliment. Pourtant une sensation assez douce, légèrement aromatique, qui succède à la première impression, est une circonstance atténuante.
- D’après les récits de Labillardière, confirmés par les renseignements de M. Ilekmeyer, les figurines sont souvent croquées par les temmes et par les enfants auxquels elles servent de poupées, de jouets et même de tirelires, ainsi qu’en témoignent les fentes ménagées à la partie supérieure des gros objets généralement creux.
- On ne possède pas assez de documents pour remonter à l’origine de cette tradition, qui fait que, depuis des temps reculés, on donne la forme humaine à certaines préparations alimentaires. Des savants ne sont pas éloignés d’y voir comme un vague souvenir des horribles festins qui succédaient aux sacrifices humains chez les peuples primitifs ; à défaut de prisonniers et de victimes désignées, on en serait venu peu à peu à une représentation symbolique , qui s’est maintenue en perdant son caractère religieux. M. Ferrand croit devoir s’en tenir à l’indication sommaire de ce problème fort obscur, n’ayant pas la prétention de le résoudre. Quoi qu’il en soit, les curiosités ethnographiques dont nous venons de parler méritent d’être signalées et d’attirer l’at-’ tention. Les bonshommes comestibles de Java sont remarquables par la naïveté de leur fabrication, et, comme nous l’avons déjà fait remarquer en 1885, on ne peut s’empêcher en les considérant, de penser a nos bonshommes de pain d’épice, et aux figurines naïves que se plaisent encore aujourd’hui à faire les pâtissiers et les confiseurs.
- Il y a là une coïncidence remarquable qui ne manquera pas de frapper l’esprit de l’observateur et du philosophe. Que de rapports mystérieux existent ainsi entre les hommes de tous les pays et de tous les âges !
- Tcrres comestibles de Java, d’après les échantillons du Musée d’Ethnographie au Trocadéro. (Collection ilekmeyer.)
- 1 Voy. n° 699, du 31 janvier 1883, p. 1 VI.
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- LA NATURE.
- LE MIRAGE I)U SON
- M. II. F izeau vient de présenter à l’Académie des sciences une note très intéressante sur cette question, note que nous croyons utile de résumer pour nos lecteurs en ne publiant que les résultats des calculs qui l’accompagnent.
- L’attention de notre savant physicien a été appelée sur cette question, à la suite de récents abordages désastreux entre des navires qui. d’ailleurs, présentaient les plus grandes garanties de sécurité, et qui étaient munis, notamment, des puissants appareils sonores aujourd’hui en usage, sirènes, sifflets à vapeur, etc.
- Sous l’influence des variations de température, la propagation des ondes sonores peut donner lieu à une sorte de mirage du son, tout à fait analogue aux phénomènes bien connus de la lumière, mirage résultant d’une propagation plus rapide dans les couches les moins denses.
- Si donc on suppose que, dans certaines circonstances, la mer est à sa surface plus chaude que les couches d’air voisines, celles-ci, par un temps calme, doivent prendre dans le voisinage de l’eau plus chaude une disposition par couches de températures décroissantes, à mesure que leurs distances augmentent jusqu’à une certaine hauteur au-dessus du niveau de l’eau. C’est ce qui s’observe le plus souvent en mer pendant la nuit, et fréquemment aussi dans le jour par les temps de brouillard.
- Dans ces circonstances, qui sont précisément celles où l’on fait le plus grand usage des signaux acoustiques, les rayons sonores, destinés à se propager horizontalement dans les couches d’air voisines de la mer, subissent nécessairement, par l’effet des inégalités de température dont il s’agit, des vitesses inégales, les plus voisins de la surface de l’eau prenant l’avance sur ceux qui traversent les couches situées au-dessus, tir, la direction des rayons étant toujours donnée par la normale au plan tangent commun des ondes, on voit que cette direction doit s’infléchir successivement de bas en haut, tant que la propagation se continue dans une direction voisine de la direction horizontale.
- Cette inflexion des rayons sonores, peu sensible dans le voisinage de l’origine du son, augmente beaucoup avec la distance et, à quelques centaines de mètres, peut produire des effets considérables, meme pour de faibles variations de température dans les couches d’air superposées.
- Si l’on suppose la température des couches d’air décroissant avec la hauteur à raison de un dixième de degré seulement par mètre, le calcul donne pour les hauteurs auxquelles il faudrait se placer à différentes distances pour entendre les sons qui se propageaient primitivement dans la direction horizontale, les valeurs suivantes :
- Distances horizontales Hauteurs verticales
- à partir des rayons sonores
- de l'origine au-dessus de leur direction
- des ondes sonores. horizontale primitive.
- Mètres. Mètres.
- 10 . . . . 0,009165
- 100 . . . . 0,9165
- 250 . . . . 5,728
- 500 . . . . 22,91
- 750 . . . . 51,5
- 1000. . . . . . . . 91,6
- Dans certains cas, par les temps de brouillard, des
- nuits tranquilles et une mer calme, plus chaude que
- les couches d’air voisines, on obtiendrait des différences
- encore plus grandes que celles résultant de l’hypothèse ci-dessus, et il faudrait doubler ou tripler les hauteurs verticales si la décroissance des températures de l’air venait à atteindre deux dixièmes ou trois dixièmes de degré par mètre de hauteur.
- Les moyens à employer pour corriger les effets de cette déviation accidentelle des signaux sonores, et obtenir par tous les temps la plus grande portée possible, se présentent d’eux-mèmes. Puisque l’on a à redouter une inflexion des sons suivant une courbe dont la concavité est tournée en haut, il doit être avantageux de placer, d’un coté le point de départ des sons, et de l’autre le point d’arrivée, à une assez grande hauteur au-dessus des couches inférieures de l’air, pour que les sons puissent suivre librement leur marche en ligne courbe, sans sortir de l’espace où ils peuvent être entendus.
- M. IL Fizeau termine en émettant le vœu que des expériences spéciales soient faites prochainement, en pleine mer et près des côtes, dans les conditions les plus propres à utiliser dans la pratique les indications de la théorie formulée ci-dessus.
- NÉCROLOGIE
- S. Limousin. — Le I) avril 1887, Stanislas Limousin dont les travaux de pharmacie sont connus de tous, succombait à une longue et cruelle maladie. Nous croyons devoir publier ici quelques détails sur cet homme de bien et ce savant consciencieux. Nous emprunterons au discours que M. Desnoix, président de la Société de pharmacie, a prononcé sur sa tombe, les quelques documents publiés ici : « Né à Ardentes, petite ville du département de l’Indre, Limousin lit ses études au collège de Château-roux; ses éludes achevées, il vint à Paris, et entra comme élève chez Gobley, pharmacien, rue du Bac. C’est sous la direction de ce maître éminent qu’il acquit les premières notions de l’art pharmaceutique. Un peu plus tard, en 1855, il concourut pour l’internat des hôpitaux et fut nommé; il passa ses aimées d’internat soit à la Pitié, soit à la Maison municipale de santé. A la Maison de santé, il fut attaché au service de Demarquay, un maître aussi, celui-là, qui, reconnaissant dans son interne pharmacien l’amour du travail et le grand désir de s’instruire, aidés par une intelligence d’élite, se prit d’amitié pour lui et le dirigea dans les recherches qu’il entreprit dès cette époque sur la préparation rationnelle de l’oxvgène pur, destiné à l’art de guérir. Ses années d'internat terminées, il acquit la pharmacie qu’il a dirigée jusque dans ces derniers temps. Celte pharmacie, sous son habile direction, ne tarda pas à prendre une importance de premier ordre. C’est là que, tout en dirigeant son officine, il continua les travaux commencés à la Maison de santé et qu’il lit connaître et vulgariser son procédé de préparation de l’oxvgène destiné à l’usage thérapeutique.
- « L’emploi médical de l’oxygène date pour ainsi dire de la découverte de ce gaz, mais ce n’est que grâce aux travaux de Demarquay, de Claude Bernard, de Baul Bert, de Limousin et de plusieurs autres, qu’il est entré dans la pratique courante. Limousin a donc, en indiquant un procédé commode et peu coûteux de préparation de ce gaz, permis à la thérapeutique d’utiliser les propriétés remarquables dont il est doué l.
- 1 C’est Limousin qui prépara les ballonnets d'inhalation lors de l’ascension du Zénith à grande hauteur. — Yoy. n° 100, du 1er inui 1875.
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- « Peu de temps après, Limousin, dont l'esprit ingénieux ne se reposait jamais, voulut généraliser les procédés employés déjà pour dissimuler aux malades le mauvais goût et la mauvaise odeur de certains médicaments; il appliqua aux médicaments solides et pulvérulents les moyens que Alothes, Yiel et Clertan avaient appliqués aux médicaments liquides. Les cachets médicamenteux étaient nés et prenaient de suite une place importante dans l’arsenal thérapeutique. »
- S. Limousin était affable et serviable; il a été regretté de tous ses confrères et de tous ceux qui l’ont connu.
- CHRONIQUE
- Le tremblement de terre du golfe de CJônes.
- — Ce phénomène volcanique au sujet duquel nous avons donné des renseignements détaillés, n’est pas encore terminé actuellement, depuis les premières secousses du 25 février 1887. Notre collaborateur, M. Maxime Hélène, nous écrit de Cengio, près Millesimo, où il est en résidence, à la date du 21 mai 1887 : « Notre tremblement de terre recommence à se manifester ; depuis le 25 février, on ressentait fréquemment de faibles secousses ; ces mouvements semblent s’accentuer depuis deux jours. Hier malin, 20, à 8 h. 14 m., secousse ondulatoire d’une durée d’environ 2 secondes, avec trépidation très sensible des meubles et objets mobiliers. Secousse de même durée et intensité, ce matin, 21, à 7 b. 12 m. Ces secousses ont été plus violentes à Savone. »
- La locomotive considérée comme hygromètre. —- Un observateur anglais fait connaitre le résultat de ses observations et établit ainsi les relations entre la manière d’ètre de la vapeur d’échappement et l’état hygrométrique de l’atmosphère : « La vapeur reste-t-elle en suspension dans l’air comme si elle hésitait pour savoir si elle doit ou non disparaître, c’est que le point de saturation approche. Si elle disparait au contraire rapi-. dément, comme avalée en quelque sorte, le temps est sec et il y a peu de chance de pluie. Ces règles sont le résultat de longues observations. J’ai vu, par un jour de chaud été, un train de voyageurs montant une rampe à pleine pression, sans donner le moindre signe de son mouvement, et sans laisser échapper la moindre trace de vapeur. D’autres fois le panache de vapeur avait 5 à 4 mètres de longueur; dans certains cas il était aussi long que le train lui-mème, et par des temps très humides il s’étendait bien au delà de la queue du train. » L’auteur de ces observations termine en recommandant cet hygromètre peu coûteux aux fermiers qui habitent dans le voisinage des voies ferrées, et le Railroad and Engineering Journal fait appel à ses lecteurs pour la confirmation et l’extension pratique de ces utiles observations.
- Sur les causes déterminantes de la phosphorescence du sulfure de calcium. — M. Ver-neuil a présenté à l’Académie des sciences un travail fort intéressant sur la phosphorescence du sulfure de calcium. Pour préparer le sel à phosphorescence violette, il suffit de calciner un mélange de 100 parties de chaux de la coquille d’Hypopus vulgaris, 50 de soufre et 0sr,02 de sous-nitrate de bismuth. L’auteur ayant observé que la chaux pure ne donne qu’une faible phosphorescence, a analysé la coquille et y a trouvé 0sr,99 de carbonate de soude, 0sr,06 de chlorure de sodium et des traces de silice, de magnésie, d’acide phosphorique et de matières
- organiques. L’expérience suivante démonlre que la vive phosphorescence du sulfure de calcium de coquille est due principalement à ces deux matières. 100 parties de carbonate de chaux pur, imbibées d’une solution contenant 1 partie de carbonate de soude et 0er,0ti de chlorure de sodium, ont été calcinées au rouge vif. La chaux obte -nue, ayant sensiblement la meme composition que celle de la coquille, a été mélangée avec 50 pour 100 de soufre et 0er,l)2 de sous-nitrate de bismuth eu solution alcoolique, puis calcinée. Le produit possède une belle phosphorescence bleue, inférieure cependant, comme éclat, à celle obtenue avec la chaux A’Hijpopus. Mais, en doublant les quantités de carbonate de soude et de sel marin, ou obtient un produit semblable à celui que donne la chaux de coquille dans les mêmes conditions ; l’excès de fondant qu’on doit employer tient à la difficulté de reproduire un mélange aussi intime que celui de la nature. Le sulfure de calcium violet, préparé avec la coquille, doit sa vive phosphorescence à la fois au sel de bismuth, au carbonate de soude, au sel marin et au sulfate de chaux formé pendant la réaction, et comme, en forçant les quantités de carbonate de soude et de sel marin, on n’augmente pas notablement l’éclat du produit, on doit reconnaîfre que la coquille contient ces fondants dans les proportions voulues pour donner à peu près le maximum d’éclat. Les traces de silice et de produits non dosés jouent probablement un rôle analogue, mais leur action est négligeable, si on la compare à celle des corps précédents. L’auteur pense que tous ces corps agissent comme de simples fondants, et que toute matière capable de vitrifier la surface du sulfure de calcium sans la colorer rend ce produit très phosphorescent. Il acquiert, en effet, celte propriété à un degré plus ou moins élevé, mais toujours très supérieur à celui que lui donne le simple grillage, lorsqu’on le chauffe au rouge sur une lame de platine avec quelques centièmes de l’un des corps suivants : borax, carbonate de potasse, chlorure de sodium, carbonate de soude, sulfate de soude, silicate de soude, chlorure de baryum, chlorure de strontium, fluorure de calcium, fluorure de baryum, hydrofluosilicate de baryum, cryolitlie, etc.
- L’or noir. — M. R. AV. E. Mc Ivor a récemment analysé un spécimen d’or noir provenant des rocs à pépites de Maldon (Victoria), trouvées dans les veines de granité que l’on rencontre dans le quartz de ce pays. Le minerai est cristallin, malléable et d’un aspect blanc argent lorsqu’on vient de le briser; mais l’exposition à l’air le ternit et le noircit. Le grillage élimine le bismuth et laisse de l’or pur. L’analyse a donné à AI. Aie Ivor la composition suivante : or, (14,211 pour 100; bismuth, 54,598; matières siliceuses, 1,591. L’or noir est donc, en réalité, un alliage naturel d’or et de bismuth.
- —<>«—
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 mai 1887. — Présidence de M. Janssen.
- M. Vulpian. — Encore un deuil et un grand deuil. Le sympathique secrétaire perpétuel pour les sciences physiques, Al. Vulpian, a été enterré samedi. À peine âgé de soixante-un ans, le savant illustre est mort au moment où il allait pouvoir jouir des fruits de sa laborieuse existence et se consacrer à ses travaux académiques. Nos lecteurs connaissent sa brillante carrière; tous ceux qui ont
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- LA NATURE.
- eu 1 honneur de l’approcher conserveront le souvenir de sa bienveillance et de son inébranlable impartialité. En signe de deuil, l’Académie s’est formée en comité secret après un dépouillement extrêmement rapide de la correspondance, mais non sans avoir satisfait à l’impérieuse exigence des règlements qui est deprocéder quand%iême à toute élection annoncée.
- S
- Election. — 11 s’agissait, en effet, de pourvoir au fauteuil resté vide depuis la mort de M. Paul Berl. Par l’organe de son doyen, M. Marey, la section de médecine et de chirurgie avait présenté une longue liste de candidats portant : en première ligne, M. Bouchard; en seconde ligne ex æquo et par ordre alphabétique, MM. Brouardel, Rouget, Sée, Villemin; et en troisième ligne, ex æquo et par ordre alphabétique, MM. Cornil, Ilayem, Jaccoud, Lancereaux et Ch. Richet. Les votants étant au nombre de 61, 27 bulletins désignent M. Bouchard, 22 M. Sée et 12 M. Villemin.
- Aucun candidat n’ayant la majorité, on procède à un second tour de scrutin d’où M. Bouchard sort élu par 52 suffrages contre 22 donnés à M. Sée et 7 àM. Villemin.
- Coup de foudre.
- — Le Ministre des postes transmet le récit d’un coup de foudre récemment observé dans le dé-partement de l’Orne. Un fil télégraphique fut, sur une longueur de 150 mètres, réduit en menus morceaux calcinés comme s’ils eussent été exposés à un feu de forge. Les plus longs, contournés sur eux-mêmes
- étaient transformés en anneaux par la soudure de leurs deux extrémités. On mentionne d’autres particularités, mais qui ne distinguent pas le phénomène des coups de foudre ordinaires.
- Effet d’électrisation de lanières de caoutchouc
- Varia. — M. Thoulet, professeur à la Faculté des sciences de Nancy, adresse la liste de ses travaux à l’appui de sa candidature au prix Delesse. — MM. Grimaux et Cloëz étudient le bromure d’érythrène. — Les iodures doubles de cuivre et d’ammoniaque occupent M. Saglier.
- Stanislas Meunier.
- ——
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- ÉLECTRISATION DE LANIÈRES DE CAOUTCHOOC
- Les expériences qui mettent en évidence la répulsion des corps possédant des charges de même signe sont nombreuses et bien connues : feuilles d’or de
- l’électroseope, répulsion des balles de sureau, expériences de l’hérissé et de la bulle de savon, etc., mais aucune d’elles n’est aussi belle et aussi frappante que celle que nous fait connaître le Scienlific American et que représente la ligure ci-dessous. Elle a été réalisée en grand dans les bureaux de notre confrère américain, par M. C. Voorhis, de la National Suspender Company, fabrique de caoutchouc de New-York. Le matériel nécessaire se compose de bandes de caoutchouc d’une longueur quelconque qui, réunies en faisceau et suspendues, forment le corps électrisé, et d’un vulgaire plumeau qui sert a produire l’électrisation.
- Dans l’expérience représentée ci-contre, les bandes de caoutchouc ont 5 mètres de longueur et 40 millimètres carrés environ de section. 11 suffit de les
- frotter avec un plumeau pour les électriser, les rendre de plus en plus divergentes et les amener à un état tel qu’on ne puisse s’en approcher sans qu’elles vous enveloppent entièrement comme sous une vaste cage.
- En attachant les lanières de caoutchouc en haut et en bas, elles se repoussent vers le milieu lorsqu’on les électrise et prennent une forme plus ou moins sphérique. Lorsque le caoutchouc est électrisé et que le temps est sec, la charge se conserve pendant plusieurs heures. 11 suffit, pour décharger les lanières, de les mettre en communication avec le sol en les prenant à la main que l’on fait glisser de haut en bas.
- C’est la une expérience simple, facile à répéter sur une petite échelle, avec des élastiques plus courts, et qui met en évidence le phénomène de la répulsion électrique de la manière la plus brillante et la plus frappante.
- Un voit, à droite de notre gravure, une jeune fille qui produit elle-même le phénomène avec des lanières de caoutchouc d’une petite longueur; l’expérience faite sous cette forme rentre bien dans le cadre de la Physique sans appareils,
- Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Parii.
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- LA NATURE
- QUINZIÈME ANNÉE — 1887
- PREMIER SEMESTRE
- :>
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Aberration (La constante de 1’), 187.
- Académie des sciences. (Comptes rendus des séances hebdomadaires), 15, 31,
- 46, 63, 79, 95, 111, 127, 143, 159, 175, 191, 207, 222, 239, 254, 271, 287, 303, 519, 335, 551, 567, 585, 399, 415.
- Addition (Table d'), 15.
- Aérostats militaires, 87.
- Aiguille d’enfoncement pour l'essai des chaux et ciments, 349.
- Aimantation (Influence de la température sur 1'), 14.
- Air de la mer (Organismes de 1’), 510.
- Air gazéifié (Eclairage et force motrice par 1’), 509.
- Alcoomètres (Vérification des), 259.
- Alimentation végétale des peuples de l’extrême Nord, 515.
- Almanachs (Préjugés météorologiques et
- ' vieux), 314.
- Ane centenaire (Un), 127.
- Anguille dans une conduite d’eau, 79.
- Anneaux de papier, 80.
- Antiquité de l'homme, 223.
- Appareil pour transmettre la mesure, 6.
- Aquicole de Grimsby (Institut), 553.
- Arago (La statue d’), 14.
- Arboriculture et de viticulture (École d’), 506.
- Arbres nains chinois, 110.
- Armes à feu au théâtre, 229.
- Arsenic en Styne (Les mangeurs d’), 350. Ascenseur hydraulique des Fontinettcs, 3. Aspidiotus du laurier-rose, 47.
- Auréole lumineuse, 289.
- Aurores boréales, 104, 275, 410. Autographomètre, 273.
- • ' B
- Bactériologie, 63.
- Balances sans poids, 204.
- Baleines (Force motrice des), 287.
- Ballon dirigeable de M. Gratien (Petit), 160.
- Ballon (Photographie en), 9.
- Ballon (Tracés sphygmographiques du pouls radial pris en), 10.
- Ballons captifs de l’armée chinoise (Les),
- 141.
- Ballons captifs (Tir contre les), 110. Ballons (Histoire des), 283.
- Bandes d’absorption des cristaux, 127. Basse-cour en Égypte, 270.
- Bateau antique (Découverte d’un), 205. Bateau-canon (Le), 3, 213.
- Bateau sous-marin, 81, 93.
- Batracien volant de Malaisie (Un), 184. Batterie secondaire de 100 chevaux, 305. Bauxite (Age de la), 111.
- Bec à incandescence du Dr Auer von Wclsbach, 56.
- Béclard (J.-A.), 177.
- Bétail en France (Le), 302.
- Betteraves (Sur l’influence de l’orientation des lignes de), 78.
- Beurre et de ses mélanges (Analyse du), 125.
- Bicarbonate de soude, 335.
- Bilobites à l’époque actuelle (Formation.
- des), 47, 191.
- Blavier (E.), 142.
- Bois fossile, 409.
- Boomerang (Le), 287.
- Borax de Californie (Le), 239.
- Boscovitch (Le centenaire de la mort du P.), 227.
- Boshimans à Paris (Les), 123.
- Boule magique de Kobert-lloudin, 144. Bouquets (Machine à fabriquer les), 300. Boussingault (J.-B.), 385, 399.
- Brevets photographiques en Angleterre, 30.
- Briquet à air comprimé, 504.
- Brongniart (Jules), 62.
- G
- Calendrier perpétuel et la mnémotechnie (Le), 22, 70, 122, 134.
- Canal indo-européen, 31.
- Canaux semi-circulaires (Les), 336. Canons Krupp (Les nouveaux), 353. Carnet à visites imprimeur, 368.
- Carte du ciel à l'Observatoire de Paris (La), 321, 369.
- Cénotés au Yucatan (Les), 236. Cerfs-volants (Les), 58, 202.
- 57
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- 418
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Chats (Exposition de), 111.
- Chemin de fer du Congo, 335.
- Chemin de fer du Japon, 366.
- Chemin de fer électrique, jouet, 32. Chemin de fer transcaspicn, 170.
- Cheval de bois Manning (Le), 584. Chcvreul (Hommage à M.), 15.
- Chiens à Bruxelles (Attelage de), 221. Chiens militaires (Les), 245.
- Chiffons à Paris (Industrie des), 63. Ciments (Cuisson des), 142.
- Colchicine (Toxicité de Ja), 191.
- Colonne de lumière, 289.
- Collaborateurs de La Nature (Réunion des), 302.
- Collisions en mer avec des animaux marins, 85.
- Combustion organique (Mécanisme intime des), 46.
- Comètes (Nouvelles), 158.
- Compas pour découper les poulies de papier, 223.
- Congrès astronomique (Le), 321, 535. Cosmographique Girod (Appareil), 301. Cou (Propriétés de la peau du), 303. Couleurs (Vision des), 550.
- Courants de l’Océan (Les), 63.
- Cyclone d’Adcn (Le), 584.
- D
- Dauphin (Pêche au), 1, 65.
- Défi et course transatlantique entre deux yachts américains, 337.
- Démoniaques interprétés par l’art, 207. Dés (Un tour de), 272.
- Dessins par la photographie (Reproduction des), 202.
- Diamant (Un gros), 110.
- Diamants de la Couronne (Les), 326. Distributeur, automatique de journaux, 261. 1 ,
- Distribution de force motrice par l'eau sous pression, 251.
- Dorure chez les Annamites (La), 119. Dressage des chevaux rétifs, 7. Dynamo-électrique à l’Hôtel continental (Machine), 251.
- Dynamo-électriques à distribution (Les machines), 37.
- v- .»“ E
- Eau de fleur d’oranger dans le Midi (Préparation de 1’), 366.
- Eau potable et lièvre typhoïde, 294. Éclairage électrique à l’Opéra de Paris. 589.
- Éclairage électrique de l’Hôtel continental, 270..
- Éclairage électrique des wagons-lits, 27. Éclairage électrique Edison aux États-Unis, 63.
- Électricité à la Nouvelle-Orléans (station centrale d’), 399.
- Électricité dans les fils télégraphiques (Vitesse de propagation de 1’), 66. Électricité (Méthode d’impression par T), , 94.,-a .. , .
- Électricité pratique, 105, 165, 331. Électrisation de lanières de caoutchouc, _ 4, 16.
- Éléphants à Ceylan (Chasse aux), 258. Emprisonnement cellulaire et folie, 240.
- Émulsion au gélatiuo-bromurc, 271. Engrais chimiques, 62.
- Épidémie de Pierrefonds (L’), 47. Essences (Fabrication des), 79.
- Étoiles filantes, 286.
- Explosion du Pelriana, 158.
- Exposition de photographie de Nantes, 94.
- F
- Fauconnerie au dix-neuvième siècle (La), 59.
- Feuilles (Matière coloi'antc des), 583.
- Fièvre jaune (Microbe de la), 271.
- Fièvre typhoïde (L'eau potable et la), 294.
- Fin du monde (La), 259.
- Flotte allemande (Les manœuvres de la), 550.
- Flotteurs en eau courante (Les grands), 238.
- Flourens (Éloge historique de), 79.
- Fluor (Le), 64.
- Fluorescence de l’alumine, 63, 159,175, 223, 271.
- Forages artésiens, 144.
- Forages et sondages, 355.
- Formiates (Absorption des), 191
- Foudre en mer (Un coup de), 254.
- Foudre remarquable (Un coup de), 227, 351, 416
- Fourneaux électriques (Sous-produitsdes), 30.
- Frigorifiques (Appareils), 99.
- Frigorifiques à refroidissement artificiel (Entrepôts), 53, 198.
- Fruits en Angleterre (Production des), 46.
- G
- Gaiffe (A.), 318.
- Galets du Righi, 593.
- Galilée (Monument à la mémoire de), 362.
- Gaudet (J.-M.), 318.
- Gazomètres (Réparation des cuves de), 109.
- Géants aux États-Unis (Société des), 567.
- Géants (Les nains et les), 18, 193, 242, 262.
- Géodésie ( Défense de la), 31.
- Géographique de l’armée (Le service, 339.
- Géologie des Vosges, 287.
- Gibier et tremblements de terre, 287.
- Gibier (Un gros), 366.
- Giovanitc (La), 127.
- Glace au frottement de l'eau (Électrisation de la), 126.
- Gosselin, 367, 582.
- Greffe osseuse, 287.
- Grêle à Varsovie (Orage de), 594.
- Grotte de Marsoulas, 559.
- Gymnote électrique (Le), 323.
- Gyroscope collimateur de M. Flcuriais, 83.
- H
- Haches, marteaux (Procédé de fabrication des), 354.
- Halo solaire du 28 janvier 1887, 161. Hécla (Le mont), 39.
- Hélice (Nouveau mode de construction de 1), 29.
- Herbier de Lamarck, 127.
- Hérissons et vipères, 110.
- Horlogerie américaine (Fabriques d’), 119.
- Horticulture dans les Alpes-Maritimes (L’), 344.
- Houille dans le Nord (Extraction de la), 535.
- Huile d’olives (Réaction de 1’), 175. Hydrauliques de l’Égypte (Les grandes usines), 167, 215.
- I
- If et ses propriétés toxiques (L’), 150. Impression par l’électricité, 94.
- Incendie (Appareils de sauvetage en «as d’), 12.
- Incendies spontanés, 55, 86.
- Indiens des États-Unis (Les), 206.
- Inosite Propriétés de l’), 159.
- J
- Jardinage (Conseils aux amateurs de), 198, 214, 266.
- Jardinets de fenêtre, 198, 214, 266. Jardins botaniques du monde (Les), 142. Jaugeage pour les tonneaux (Table de), 402.
- Jeûneurs dans l'antiquité (Les), 154. Jouets scientifiques, 48, 160, 384.
- K
- Krakatau (Cendre du), 95.
- L
- Laboratoire d’Arcachon (Le), 162. Laboratoire de Banyuls (207.
- Laboratoire (Outillage du), 97.
- Labourage après gelée blauche, 206. Lacaze-Dulhiers (Banquet offert à M.), 254.
- Laines en Australie (Production des), 83. Lamarck (Herbier de), 127.
- Lancement du vaisseau cuirassé le P&~ layo, 241.
- Lcudet, 240.
- Lias de Sicile, 96.
- Liège (Le), 54, 179.
- Lièvres de Bohême, 206.
- Limousin (S.), 414.
- Locomotive considérée comme hygromètre, 415.
- Locomotives aux États-Unis (Exportation des), 567.
- Locomotives (Les). Progrès récents, 290. Loir (Le sommeil du), 371.
- Lulli (Bicentenaire de), 361.
- Lumière électrique dans la marine, 382. Lumière électrique en Allemagne (La), 599.
- M
- Machine à écrire Columbia type writer, 15.
- Machine à écrire Ilerrington, 277. Machine à fabriquer les bouquets, 300. Machine à imprimer les billets de chemin de fer, 365.
- Machines à vapeur compound, 50. Machines à vapeur à grande détente, 155.
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- INDEX ALPHABÉTIQUE
- Magnétisme animal (L’Académie de médecine et le), 335.
- Magnétisme terrestre, 111.
- Mains à six doigts (Les), 91.
- Maori (Tombe), 297.
- Mars (Géographie de), 145.
- Megalodon ensifer, 129.
- Menton (Faune des grottes de), 47. Métaux alcalins (La fabrication des), 86. Métaux au Mexique (L’âge des), 49. Métronome électrique Carpentier, 147. Microbes auxiliaires de l’homme (Les), 331.
- Microbes (Eau sans), 351.
- Mines (Accroissement de température dans les), 566.
- Mirage du son, 414.
- Mirage par réflexion observé à Madras, 53.
- Mnémotechnie (Le calendrier perpétuel et la), 22, 122.
- Moisson dans le Haut-Aragon ( Travaux de la), 13.
- Montrond (Eau de), 383.
- Monuments mégalithiques en Espagne et en Portugal, 75.
- Monuments sous l’action de la chaleur (Mouvement des), 334.
- Mont Blanc vu de l’Observatoire du Puy-de-Dôme (Le), 173, 226.
- Montre solaire, 61.
- Morgue à Paris (La), 99.
- Morphinomanes (Animaux), 551. Morphinomanes (Pouls des), 271. Mosaïques romaines de Tébessa, 225. Moteurs modernes (Fonctionnement économique des), 398.
- Mouche (Les œufs de la), 159.
- Muscles des rongeurs, 95.
- Muscles (Vie des), 504, 551.
- JN
- Nains et les géants (Les), 18, 193, 242, 262.
- Nébulosité, 175.
- Neige extraordinaires (Flocons de), 192. Neiges dans les grandes villes (L’enlèvement des), 42, 257.
- Nématolythe et la fabrication du papier (La), 366.
- Niagara (Projet d’utilisation des chutes du), 187.
- O
- Odorat (Sens de P). 126.
- Œil des reptiles (Le troisième), 394.
- Œil humain (Structure de P), 30.
- (Euf d’Autruche (Explosion d’un), 110. Oiseaux (Nos), 40.
- Oppolzer, 111.
- Orchidées (Conférences sur les), 502.
- Or noir (P), 415.
- Ortie (Poison de P), 319.
- Ours des cavernes, 255, 387.
- P
- Pacificateur (Bateau sous-marin le), 81. Paléontologie rémoise, 191.
- Palladium (Dépôt électro-chimique du), 46.
- Panama (Les travaux de), 251. Panorama-bijou (Le), 544.
- Papier de Chine, 102.
- Paquebots transatlantiques, 263.
- Paralysie mercurielle, 96.
- Paratonnerre (Le premier), 350.
- Paris (Les environs de), 39.
- Paris port de mer, 139.
- Pasteur et le traitement de la rage (M ), 154.
- Pavage en fer, 67.
- Pêche au dauphin, 1, 65.
- Pêche et chasse (Association do l’homme et des animaux sauvages), 151.
- Pêches et pêcheries de l’Annam, 1.
- Perles et l’éclairage électrique (La pèche aux), 318.
- Perroquets acrobates (Les), 575.
- Pétrole de Bakou, 206.
- Pétrole en Égypte, 350.
- Pétrole en mer (Incendie de), 128.
- Pétrole (Un déluge de), 11.
- Phosphates de Picardie (Les), 113.
- Phosphorescence du sulfure de calcium, 415.
- Photographie céleste à l’Observatoire de Paris, 200, 599.
- Photographie de la chaîne des Alpes à distance, 174.
- Photographie des feux d’artifice, 94.
- Photographie à Nantes (Exposition de), 94.
- Photographie en ballon (La), 9.
- Photographie instantanée appliquée à l’artillerie, 149.
- Photographie instantanée d’un torpilleur, 298.
- Photographie instantanée (Mesure des temps de pose en), 378,404.
- Photographie la nuit (La), 67.
- Photographie (Procédé pelliculaire eu), 230, 246.
- Photographie sans objectif (La), 50.
- Photographique de M. Perron (Procédé et appareil), 311.
- Photographiques Eastman (Appareils et papier), 185.
- Photomètre (Nouveau), 63.
- Physique sans appareils, 176, 208, 240, 255, 287, 336, 400, 416.
- Pigeons voyageurs (Vente de), 95.
- Planètes (Orbites des petites), 159.
- Plante alimentaire (Une nouvelle), 147.
- Platinage du verre, 383.
- Plesiadapsis (Le), 127.
- Plomb (Filaments de), 270.
- Poisson électrique (Un), 323.
- Poisson (Wagons américains pour le transport du), 512.
- Pommes de terre sèehes, 383.
- Pont de chemin de fer aux États-Unis (Chute d’un), 574.
- Font en encorbellement de I’oughkeepsie aux États-Unis, 333.
- Population en France (La), 178.
- Problème de physique, 166.
- Pyrotechnie (Études de), 106, 170, 267.
- R
- Rage (La), 143.
- Rayon vert (Le), 46.
- Récréations scientifiques, 223, 272, 551.
- Réservoirs sous pression (La réglementation des), 178.
- Rubis artificiels, 254, 335.
- Rubis (Les faux), 35.
- 419 ,
- S
- Sables ferrugineux (Traitement des), 14. « Sanatoria » de la Suède (Les), 399. Sarcopte (Un nouveau), 287.
- Sardine (La pêche de la), 175.
- Sardine (Nourriture de la), 362. Sauterelle de Java, 129,186.
- Sauterelles dans l’Asie Mineure, 206. Scheele (Le centenaire de), 17.
- Science pratique (La), 112, 304, 319, 568.
- Scientia (Conférence), 238.
- Scories brutes de déphosphoration en Allemagne, 397.
- Secours aux blessés (Poste de), 126.
- Sel dans les allées (Le), 150.
- Semelière pour la glace et le verglas, 166. Sibérie (Exposition industrielle de), 191 Sisteron (Catastrophe de), 7.
- Signaux acoustiques, 400.
- Sondages et forages, 355.
- Son (Mirrage du), 414.
- Soudure électrique (La), 151.
- Sous magiques (Les), 351.
- Spath (Phosphorescence du), 31.
- Sphère tournant dans un jet d’air, 598 Station antéhistorique, 335.
- Statistique graphique (La), 115.
- Statues colossales du Bamian, Asie centrale (Les), 136,
- Studer, 384.
- T
- Table de jaugeage pour les tonneaux, 402. Table de multiplication (Sur la), 203. Taches solaires, 127.
- Talisman (Conférence sur l'expédition du), 222.
- Télégraphes et téléphones en Allemagne, 518.
- Télégraphiques au Tonkin (Conducteurs),
- Téléphone de Paris à Bruxelles (Le), 154.
- Tempêtes (Calme central dans les), 505. Tempêtes dans différentes mers (Fréquence des), 239.
- Terre végétale (Calcaire pulvérulent de la), 551.
- Terres comestibles de Java, 413. Thollon, 319, 354.
- Timbres en caoutchouc (Fabrication des 311.
- Tire-bouchons, 319.
- Tombe Maori, 297.
- Tonneaux (Table de jaugeage pour les) 402. h
- Tonkin (L’habitation au), 189.
- Torpilles balistiques, 23.
- Tour Eiffel (Les fondations de la), 408. Tour universel de Mulhouse, 372. Tourbillons aériens (Expériences sur les) 195. h
- Tourne-pages automatique, 157.
- Train continu (Projet de), 275. Transatlantiques (Paquebots), 263. Transatlantiques (Vitesse comparative des), 143.
- Transfusion, 159.
- Transmission électrique de la force motrice à distance. Expériences de M. Hip-polyte Fontaine, 72.
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- 4‘20 INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Traversée de l’Atlantique en quatre jours, 383. Traverses en verre pour chemins de fer, 239. Tremblement de terre du 25 février 1887, 209. 222, 232, 240, 254, 271, 278, 287, 507, 318, 556, 551, 415. Tremblements de terre, 270. Tremblements de terre (Origine des), 346. Tribut uni (Le), 13. Trombe observée à Shangaï, 145. Trombes artificielles, 175. Trombes (Théorie des), 239, 271, 319. Trompe de laboratoire, aspirante et soufflante, 97. Tunisie (Eaux souterraines de), 111. Tunnel (Accident pendant la réparation Violons et violoncelles, 287. d’un), 30. Vipères, (Hérissons et), 110. Turgan (Julien!, 207. Virus charbonneux, 15. jj Vulpian (F.-A.), 401,415. « Ursus spelæus » de Gargas (Petit), 587. W y Wagons américains pour le transport du .... . , . poisson, 512. Vaccination antituberculeuse, lu. Valseurs électriques (Les), 48. Y Veilleuses 112. Vélocipède (Histoire du), 44. Ya,hts am6ricains entre deux), 337. Verres de lampes (Rondelles pour), 568. Vucea (Les), 247. Verrou électrique, 219. r> Vers à soie au Tonkin, 507. Vertébrés (Origine des), 595. Zoologie d’Arcachon (Le laboratoire de), Vins en France (Production des), 110. 162.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Bâclé (L.). — Les locomotives. Progrès récents réalfiscs par M. Ricour, 290.
- Bapst (Germain). — Les diamants de la Couronne, 326.
- Batres (Leopoldo). — L’âge des métaux au Mexique, 49.
- Bernard (F.). —Le laboratoire de zoologie de la société scien-tilique d’Arcachon, 162. — L’origine des Vertébrés et le troisième œil des Reptiles, 393.
- Bert (Paul). — Pèches et pêcheries de l’Aunam. La pêche au dauphin, 1.
- Bertillon (Jacques). — Le calendrier perpétuel et la mnémotechnie, 22, 70, 122, 134.
- Boca (Edmond). — Les entrepôts frigorifiques à refroidissement artificiel, 33. — L’habitation au Tonkin sous le rapport de l’hygiène, 189.
- Bon.nami (IL). — Aiguille d’enfoncement à poids variable pour l’essai des chaux et ciments, 349.
- Brandicourt (V.). — L'if, scs propriétés toxiques, 150.
- C... (A.). — L’autographomètre, 273.
- Carpentier (J.). — La science au théâtre. Sur un appareil permettant de transmettre la mesure à des exécutants placés de manière à ne point voir le chef d’orchestre, 6.
- Cartaz (Dr A). — L’eau potable et la fièvre typhoïde, 294.
- Charnav (Désiré). — Les cénotés du Yucatan, 236.
- CouuvoisiER et Humbert. — La chaîne des Alpes photographiée à 103 kilomètres de distance, 174.
- Dehérain (Henri). — Association de l’homme et des animaux sauvages pour la pèche et la chasse, 151.
- Delaiiaye (Pii.). Bec à incandescence du Dr Aucr von Wels-bach, 36. — Chute d’un pont de chemin de fer aux États-Unis, 374.
- Durier (Ch). — Le Mont Blanc vu de l'observatoire du Puy-de-Dôme, 226.
- Errington de la Croix (J.). — La tombe Maori au Musée du Trocadéro, 297.
- Fépoux (0.). — Les grands flotteurs en eau courante, 238.
- Figuier (Louis). — L’éclairage électrique à l’Upéna de Paris, 389.
- Friedel (C.). — Les faux rubis, 55.
- Gaudiiv (Albert). — Le petit « Ursus spelæas » de Gargas, 387.
- Good (Arthur). — Les appareils de sauvetage en cas d’incendie, 12. — Le liège 54, 179. —La Morgue à Paris, et les nouveaux appareils frigorifiques, 99.
- Guédon (Yves). — Fabrication des timbres en caoutchouc, 511.
- — Sondages et forages, 355.
- Guerne (J. de). — La nourriture de la sardine, 562.
- Guyot-Daubès. — Les nains et les géants. Les variations de la stature humaine, 18, 193, 242, 562. — Les mains à six doigts, 90. — Les perroquets acrobates, 375.
- Helène (Maxime). — Le tremblement de terre du 23 février 1887, dans le golfe de Gênes (notes d’un témoin), 278.
- IIément (Félix). — La constante de l'aberration, 187. — Les récents paquebots transatlantiques, 263.
- IIennebert (Lieutenant-colonel). — Torpilles balistiques, 23.
- — Études de pyrotechnie, artifices de signaux, artifices d’éclairage, les fabriques pyrotechniques au xvu* siècle, 106, 170, et 267. — Les nouveaux canons lvrupp, 553.
- IIortulanus (J.). — Conseils aux amateurs de jardinage : Les jardins de fenêtre, 198, 214, 266. — L’horticulture dans les Alpes-Maritimes, 344.
- Hospitalier (E.). — Les machines dynamo-électriques à distribution, 57. — Expériences de M. Ilippolyte Fontaine Transmission électrique de la force motrice à distance, 72.
- — La soudure électrique, 131. — Distribution de force motrice par l’eau sous pression, 251.
- Joly (Cn.). —L’École d arboriculture et de viticulture de Gei-senheim, 306.
- JousîET de Bellesme ( Dr ). — Wagons américains pour le transport des poissons, 312.
- Lallemand (A ). — L’origine des tremblements de terre et le système tétraédrique, 346.
- Le Cesne (M. et R.) — La photographie instantanée d’un torpilleur à grande vitesse, 298.
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- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- Lecoq (Henri). — Phénomènes météorologiques. Auréoles et colonnes de lumière, 289.
- Leroy d’Étioij.es (D').(— Défi et course transatlantique entre deux yachts américains « Coronet » et <r Daunlless, » 337.
- Londe (Albert). — Le procédé pelliculaire en photographie, 250, 240. — Enregistrement des temps de pose en photographie instantanée, 378, 404.
- Maindron (Maurice). — Une sauterelle de Java, 129. Un batracien volant de Malaisie, 184. — Un poisson électrique, 523.
- Maresciiai, (G.) — Machine à écrire « Columbia type writer, » 15. — Eclairage électrique des Avagons-lits, système Desruelles, 27. — La photographie sans objectifs, 50. — Verrou électrique, 219. — Éclairage et force motrice par l’air gazéifié, 309.
- Méloizes (Albert des). —Découverte d’un bateau antique dans le Cher, 205.
- Meunier (Stanislas). — Académie des sciences (Comptes rendus hebdomadaires) 15, 31, 40, 05, 79, 95, 111, 127, 145, 159, 175, 191, 207, 222, 259,254, 271, 287,303, 319,335, 351, 567, 383, 599, 415. — Les phosphates de Picardie, ! 13. — Progrès récents de lu géographie de Mars, 145. — Sur la table de multiplication, 203. — Le tremblement de terre du 23 février 1887 ; une visite à la région ébranlée, 307.
- Moureaux (Th.). — Le tremblement de terre du 23 février à Paris, 222.
- Nadaillac (M‘* de). — Les monuments mégalithiques en Espagne et en Portugal, 75. — Les statues colossales du Bamian (Asie centrale) 136. — La grotte de Marsoulas (Ilautc-Ga-ronne), 359.
- Nansouty (Max de). — Le grand tour universel de Mulhouse, 372.
- Parville (H. de). — Les travaux de Panama. — Une armée mécanique, 251.
- Pkraux (P.). — Table de jaugeage pour les tonneaux, 402.
- Phillippi (E.). — Vitesse de propagation de l’électricité dans les fils télégraphiques, 66.
- Piiipson (Dr). — Reproduction des dessins par la photographie, 205.
- Plumandon. — Le mont Blanc, vu de l’observatoire du Puy-de-Dôme, 173.
- Piarron de Mondesir. — Sphère tournant dans un jet d’air, 398.
- Poisson (J.). — Les yucca, 247.
- Rey (Dr Philippe). — Tracés sphygmographiques du pouls radial pris en ballon aux altitudes de 2800 mètres et de 5350 mètres, 10.
- Reynier (Émile). —Batterie secondaire de 100 chevaux à l’Hôtel de Ville de Paris, 305.
- Bichou (G.). — L’enlèvement des neiges dans les grandes villes, 42, 257. — Les grandes usines hydrauliques pour l'irrigation du Iléhéra (Égypte), 167, 215.
- Sapouta (Antoine de). — L’alimentation végétale des peuples de l’extrême Nord en général et des Tchouktchcs en particulier, 315.
- Saunier (C.). — Les fabriques d’horlogerie américaines, 119.
- Sauvage (E.). — L’institut aquieole de Grimsby en Angleterre, 395.
- Simon (P.). —Ascenseur hydraulique des Fontinettes, 3.
- Standaert (L.). — Semclière pour la glace et le verglas, 100.
- Tissandier (Albert). — Travaux de la moisson dans le Haut-Aragon, 15.
- Tissandier (Gaston). — La photographie en ballon, 9. — Le centenaire de Scheele, 17. — Les livres nouveaux : Les environs de Paris ; Nos oiseaux, 39. — Histoire du vélocipède : Un bicycle à Londres en 1819, 44. — Mirage par réflexion, 53. — Montre solaire, 04. — La pêche au dauphin dans l’antiquité, 65. — La photographie la nuit, 67. — Les aérostats militaires et les armées européennes, 87. — L’outillage du laboratoire ; nouvelle pompe aspirante et souf-llante, 97. — Les aurores boréales : travaux de M. Lems-trôm, 104,410.— Les ballons captifs de l’armée chinoise, 141.
- — M. Pasteur et le traitement prophylactique de la rage, 154. — Le halo solaire du 28 janvier 1887, 101. — Physique sans appareils, 176, 208, 240, 255, 287, 355.—J.-A. Bé-clard, 177. — Le tremblement de terre du 23 février 1887, 209, 232. — La vérification des alcoomètres, 259. — Machine à écrire Ilcrrington, 277. —Histoire des ballons, 283.
- — Les vieux préjugés météorologiques et les anciens almanachs, 314. — La carte du ciel à l’observatoire de Paris, 321.
- — J.-B. Boussingault, 385.
- Topinard (Dr). — Les Bosliimans à Paris, 123.
- Trouve (G.). — Nouveau mode de construction de l’hélice, 29.
- Weyher (Ch.). Expériences sur les tourbillons aériens et les sphères tournantes, 195.
- X... Ingénieur. L a Pacificateur, bateau sous-marin américain, 81. — Les machines à vapeur à grande détente, 155. — Lancement du vaisseau cuirassé ce Pcjayo », 241. — Projet de train continu, 275.
- Z... (Dr). Récréations scientifiques : Un petit chertiin de fer élee trique, 32. — Les anneaux de papier, 80. — La boule magique de Robert Houdin, 144.— Un tour de dés, 272. — Les sous magiques, 351. — La fauconnerie au dix-neuvième siècle, son intérêt au point de vue militaire, 59. — La science pratique, 112, 504, 519. — Jouets scientifiques. Le cheval de bois Manning, 384. — Physique sans appareils, 400. ' '
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- TABLE DES MATIÈRES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volnme en petits caractères, sent indiqués
- dans notre table en lettres italiques.
- Astronomie.
- Montre solaire........................................... 64
- Progrès récents de la géographie de Mars (Stanislas
- Meunier)..............................................145
- La constante de l’aberration (Félix IIéjient)...........187
- La photographie céleste à l’observatoire de Paris 200, 509
- La fin du monde.........................................259
- Apparéil cosmographique de M. L. Gi'roJ,................501
- La carte du ciel à l’observatoire de Paris (Gaston Tissan-
- dier).............’.......................... 521, 569
- Les taches solaires.....................................127
- Trois nouvelles comètes................................ 158
- Orbites des petites planètes........................... 159
- Instruments d'astronomie pratique.......................240
- Le congrès astronomique.................................555
- La photographie du ciel. ...............................599
- Physique.
- La science au théâtre. Sur un appareil permettant de transmettre la mesure à des exécutants placés de manière à ne point voir le chef d’orchestre (J. Carpentier)..................................................... 6
- Eclairage électrique des wagons-lits. Système Desruelles
- (G. Mareschal)............................................ 27
- Récréations scientifiques. — Un petit chemin de fer
- électrique (Dr Z.).. . .................................. 52
- Bec à incandescence du Dr Auer von Welsbach (Ph. De-
- laiiate)................................................... 55
- Les machines dynamo-électriques à distribution (E. H.). 57
- La photographie, sans objectif (G. Mareschal)................ 50
- Vitesse de propagation de l’électricité dans les fils télégraphiques (E. Phillippi). ............................... 66
- La photographie la nuit (G. Tissandier)...................... 67
- Expériences de M. Hippolyte Fontaine. — Transmission électrique de la force motrice à distance (E. Hospitalier) .................................................... 72
- Méthode d’impression par l’électricité....................... 94
- Physique sans appareils (G. T.l. 96, 176, 208, 240, 255,
- 287........................'........... 336, 400, 415
- La soudure électrique (Ë. H.)..........................151
- Métronome électrique de M. J. Carpentier (G. M.). . . 147
- Le téléphone de Paris à Bruxelles....................... . 155
- L’électricité pratique. — Allumeur-extincteur, système Browett ; régulateur de lumière électrique ; le siphonnage des piles; éclairage momentané .... 165, 331
- Curieux problème de physique...........................166
- Appareils et papiers photographiques Eastman .... 183
- Verrou électrique (G. M.)..............................219
- Les procédés pelliculaires en photographie (Albert
- Machine dynamo-électrique de l’Hôtel Continental, à Paris, 231
- La vérification des alcoomètres (G. Tissandier)....259
- Photographie instantanée d’un torpilleur à grande vitesse
- (M. et R. Le Cesne).................................296
- Briquet à air........................................ 304
- Batterie secondaire de 100 chevaux à l’hôtel de ville de
- Paris (Émile Reynier)............................. 305
- Appareil photographique de M. Perron...................311
- Enregistrement des temps de pose en photographie
- instantanée (Albert Londe).................. 378, 404
- L’Éclairage électrique à l’Opéra de Paris (Louis Figuier) 389
- Table de jaugeage des tonneaux (P. Peraüx).........402
- Le mirage du son.................................... . 414
- Influence de la température sur l’aimantation. . , 14
- Phosphorescence du spath............................... 31
- Dépôt électro-chimique du palladium................ 46
- Jouets scientifiques. — Les valseurs électriques . 48
- L'éclairage électrique Edison aux Etats-Unis. ... 63
- Nouveau photomètre..................................... 65
- Fluorescence de l'alumine.............. 63, 159, 175, 271
- Les bandes d’absorption des cristaux...............127
- Accumulateurs Elieson..............................239
- L'Eclairage électrique de l’Hôtel Continental. ... 270
- Les télégraphes et les téléphones en Allemagne. . . 318
- Le premier paratonnerre................................ 350
- Station centrale d’électricité a la Nouvelle-Orléans. 399
- La lumière électrique en Allemagne.................399
- Signaux acoustiques.................................... ^00
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- TABLE DES MATIÈRES,
- Chimie.
- Les entrepôts frigorifiques à refroidissement artificiel
- (Ed. Boca)......................................
- Incendies spontanés (J. Courbery) (Léon Dumuys). . 55,
- Les faux rubis.....................................
- La fabrications des métaux alcalins (I*. ü.).......
- La photographie des feux d’artifice................
- L’outillage du laboratoire. Nouvelle trompe aspirante et
- soufflante (Gaston Tissandier)..................
- Etudes de pyrotechnie. — Artifices de signaux. — Artifices d’éclairage (Ll-colonel IIennebert. . 106, 170,
- La dorure chez les Annamites.......................
- Analyse du beurre et de ses mélanges...............
- Les sous-produits des fourneaux électriques. . . .
- Fluorescence de l'alumine............ 65, 159, 175,
- Le fluor...........................................
- Fabrication des essences...........................
- Nouveau procédé de cuisson des ciments.............
- Propriétés de l’inosite.........................
- Réaction de l’huile d’olive........................
- Rubis artificiel................................ 254,
- Sur les sels de didyme.............................
- Activité rotatoire de l'acide tartrique............
- Filaments de plomb.................................
- Emulsion au gélatino-bromure pour épreuves transparentes..........................................
- Sur le bicarbonate de soude........................
- La préparation de l'eau de fleur d’oranger dans le
- midi de la France...............................
- La nématolythe et la fabrication du papier. . . .
- Le platinage du verre..............................
- Matière colorante rouge des feuilles...............
- L'eau de Montrond..................................
- Les scories brutes de déphosphoration en Allemagne. Sur les causes déterminantes de la phosphorescence du sulfure de calcium..............................
- Météorologie. — Physique du globe. Géologie. — Minéralogie.
- Mirage par réllexion observé à Madras (G. Tissandier).
- Les aurores boréales. — Travaux de M. Lcmstrom (G.
- Tissandier)................................... 104,
- Les phosphates de Picardie (S. Meunier).................
- Le halo solaire du 28 janvier 1887 (G. Tissandier)
- Le mont Blanc, vu de l’observatoire du Puy-dc-Dome
- (Plumandon) (Ch. Durier)........................175,
- La chaîne des Alpes photographiée à 105 kilomètres de
- distance (Emile Courvôisier et Charles Humbert). . .
- Flocons de neige extraordinaires....................
- Expériences sur lès tourbillons aériens et les sphères
- tournantes, par Ch. Weylier......................
- Le tremblement de terre du golfe de Gênes du 25 février 1887 (G. Tissandier) (Maxime Hélène) (S. Meunier). 209, 222, 252, 240,255, 271, 278,287,507,518, 555, 551,
- Un coup de foudre remarquable................. 227,
- Les cénotés au Yucatan (Désiré Ciiarnay)............
- Aurores boréales....................................
- Phénomènes météorologiques.— Auréoles et colonnes de
- lumière (Henri Lecoq)............................
- Les vieux préjugés météorologiques et les anciens almanachs (G. T.).......................................
- I/origine des tremblements de terre et le système
- tétraédrique (A. Lallemand)......................
- Orage de grêle à Varsovie le 4 mai 1887.............
- Le r-uyon vert..................................
- Eaux minérales de Java..............................
- Géologie sous-marine...........................
- Les courants de l’océan.............................
- La cendre du Krakatau...............................
- Le lias de Sicile...................................
- Un gros diamant.......................................110
- Eaux souterraines de la Tunisie....................111
- L’âge de la bauxite...................................111
- Magnétisme terrestre..................................111
- Electrisation de la glace au frottement de l'eau. . 126
- La giovanile..........................................127
- Trombe observée à Shangai............................ 142
- Trombes artificielles.................................175
- Nébulosité............................................175
- Le pétrole de Bakou...................................206
- Expériences de M. Weyher..............................207
- Fréquence relative des tempêtes dans différentes
- mers...............................................259
- Le borax de Californie................................259
- Théorie des trombes..................... 259, 271, 519
- Un coup de foudre en mer..............................254
- Oscillations des niveaux causées par les tremblements
- de terre...........................................270
- Le fer météorique de fort Duncan......................271
- Etoiles filantes......................................286
- Géologie des Vosges...................................287
- Le calme central dans les tempêtes....................505
- Les galets du Rigi....................................505
- Mouvements des monuments sous l'action de la chaleur ................................................554
- Extraction de la houille dans le Nord et le Pas-de-
- Calais . ..........................................555
- Le pétrole en Egypte..................................550
- Accroissement de la température dans les mines du
- lac Supérieur..................................... 267
- Le cyclone d'Aden. ...................................584
- Jm locomotive considérée comme hygromètre .... 415
- L’or noir.............................................415
- Coup de foudre.......................................41(3
- Sciences naturelles. — Zoologie. -— Botanique. Paléontologie.
- Nos oiseaux, par Giacomelli (G. T.).................... 40
- La fauconnerie au xixe siècle. — Son intérêt au point de
- vue militaire (Dr Z...1............................. 59
- Une sauterelle de Java, le Mégalodon ensifer (Maurice
- Maindron)......................................129, 186
- Une nouvelle plante alimentaire (Arracacha æsculcnta) 147
- L’if; ses propriétés toxiques (J. Batise)................150
- Association de l'homme et des animaux sauvages pour
- la pêche et la chasse (Henri Dehéiiun)................151
- Le laboratoire de zoologie de la Société scientifique d’Ar-
- cachon (F. Bernard)...................................163
- Un batracien volant de Malaisie, Le Racophorus Rhein-
- wardti (Maurice Maindron).............................184
- Les yucca (J. Poîsson)...................................247
- La chasse aux éléphants à Ccylau.........................258
- Machine à fabriquer les bouquets.......................- 500
- Un poisson électrique (Gymnotus electricus)..............523
- L’horticulture dans les Alpes-Maritimes (Hortulanus). . 344
- La nourriture de la sardine (Jules de Guerne). . . . 562
- Le sommeil du loir.................................... . 571
- Les perroquets acrobates (Guyot-Daubès)..................575
- Le petit « Ursus spelæus » de Gargas (Albert Gaudiiy. . 586
- L’origine des vertébrés et le troisième œil des reptiles
- (E. Sauvage)..........................................395
- Bois fossiles............................................400
- La faune des grottes de Menton........................... 46
- Aspidiotus du laurier-rose.............................. 47
- Formation des bilobites à l'époque actuelle.............. 47
- Explosion d’un œuf d’autruche............................110
- Arbres nains chinois.....................................110
- Hérissons et vipères.....................................110
- Le Plesiadapsis..........................................127
- L’herbier de Lamarck. ... 127
- Les jardins botaniques du monde entier. .... 142
- Les œufs de la mouche....................................158
- 33
- 86
- 55
- 86
- 94
- 97
- 267
- 119
- 125
- 3!)
- 271
- 64
- 79
- 142
- 159
- 175
- 535
- 255
- 255
- 270
- 271
- 535
- 566
- 366
- 385
- 583
- 583
- 399
- 415
- 53
- 410
- 115
- 161
- 226
- 174
- 192
- 195
- 415
- 351
- 236
- 275
- 289
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-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 425
- Les usages de la mousse................................159
- Nouvelle localité fossilifère..........................175
- Nattire des bilobiles........... . ...........191
- Paléontologie rémoise..................................191
- Sauterelles dans l’Asie Mineure........................206
- Le laboratoire de Banyuls..............................207
- Conférence sur l'expédition du « Talisman ». . . . 2 2
- Nouvelle race d’ours des cavernes......................255
- La force motrice des baleines..........................287
- Gibier et tremblement de terre.........................287
- Conférences sur les orchidées..........................505
- Un gros gibier.........................................500
- Géographie. — Voyages «l’exploration.
- Le mont Ilécla et le grand geyser d’Islande.......... 59
- Les cénotés au Yucatan (Désiré Ciiarnay).............256
- Le service géographique de l’armée à Paris...........559
- Défense de la géodésie.................................. 51
- Anthropologie. — Ethnographie. — Sciences préhistoriques.
- Les nains et les géants. — Les variations de la stature
- humaine (Guyot-Daubès)............... 18, 195,242. 262
- L’âge des métaux au Mexique (Leopoldo Batres) . ... 49
- Les monuments mégalithiques en Espagne et en Portugal (M'a de Nadaillac).................................. 75
- Les Boshimans à Paris (T.Topinard)........................125
- Les statues colossales du Bamian (Asie centrale) (M'" de
- Nadaielac)........................................... 156
- Découverte d’un bateau antique dans le Cher (A. des
- Meloizes).............................................205
- Les mosaïques romaines de Tébessa.........................225
- La tombe Maori au musée du Trocadéro (J. Errington
- de la Croix)..........................................297
- I/alimentation végétale des peuples de l’extrême Nord en général et des Tchouktches en particulier (Antoine
- de Saporta)...........................................515
- La grotte des Marsoulas (Hte-Garonne) (JP* de Nadaillac) 559
- Terres comestibles de Java............................... 415
- Indiens des États-Unis....................................206
- Nouvelle station antéhistorique...................... . 555
- La Société des géants aux Etats-Unis......................567
- Mécanique. — Art «le l’ingénieur. — Travaux publics. — Arts industriels.
- Ascenseur hydraulique des Fontineltcs (P. Simon.). . . 5
- La catastrophe de Sistcron................................. 7
- D’n déluge de pétrole................................ 11
- Les appareils de sauvetage en cas d'incendie (Arthur
- Good)............................................. 12
- Machine à écrire « Columbia type vvriter » (G. Marés-
- ciial)............................................ 15
- L’enlèvement des neiges dans les grandes villes (G. Ri-
- chou)............................................42, 257
- Histoire du vélocipède.'— Un bicycle à Londres en 1819
- (G. Tissandier)................................... 44
- f Machines à vapeur compound.......................... 50
- Le liège (Arthur Good)...........................54, 179
- Pavage en fer........................................ 67
- La Morgue à Paris et les nouveaux appareils frigorifiques (Arthur Good)...................................... 99
- Les fabriques d’horlogerie américaines (C. Saunier). . 119
- La photographie instantanée, appliquée à l’artillerie. . 149
- Les machines à vapeur à grande détente. — Machines à quadruple expansion, du yacht « Rionnag-na-
- Mara » (X... ingénieur)...........................155
- Tourne-pages automatique .........................157
- Les grandes usines hydrauliques pour l’irrigation du
- Les chemins de fer transcaspiens.........................170
- Réglementation des réservoirs sous pression..............178
- Projet d’utilisation des chutes du Nigara............ . 187
- Les entrepôts frigorifiques (K.)............... . . 198
- Balances sans poids .....................................204
- Les grands flotteurs en eau courante (0. Fépoux). . . . 258
- Les travaux de Panama. —Une armée mécanique (Henri
- de Par ville)....................................... 251
- Distribution de force motrice par l’eau sous pression (E. IL). 251
- Distributeur automatique de journaux.....................261
- I/autographomètre (M. C.)................................273
- Projet de train continu pour l’Exposition universelle de
- 1889 (X... ingénieur)................................ 275 \
- Machine décrire Hcrrington (G. T.).......................277
- Les locomotives. — Progrès récents réalisés par M. Ri-
- cour (L. B.)......................................... 290 S
- Machine à fabriquer les bouquets.........................500
- Éclairage et force motrice par Pair gazéifié (G. M.) . . 509
- Fabrication des timbres en caoutchouc (Yves Guédonj . . 311
- Le pont en encorbellement de Poughkeepsie sur l’IIudson
- (États-Unis) (G. R.)..................................533
- Le panorama-bijou........................................544
- Aiguille d’enfoncement .à poids variable pour l’essai des
- chaux et ciments (IL Bonnami) .' .....................349
- Sondages et forages (Yves Guédon)........................555
- Machine à imprimer les billets de chemin de fer. . . . 365
- Le grand tour universel de Mulhouse (Max de Nansouty). 372 Chute d’un pont de chemin de fer aux États-Unis (Pu.
- Delahaye)........................................... 374 \
- Jouets scientifiques.—Cheval de bois Manning. . . . 384
- Sphère tournant dans un jet d’air (Piarron de Mondesir) 398
- Les fondations de la tour Eiffel.........................4G6
- Accident arrivé pendant la réparation d’un tunnel. 5©
- Canal Indo-Européen..................................... 1
- Forages artésiens........................................144
- Nouveau procédé de fabrication des haches, marteaux, etc...............................................334
- Chemin de fer du Congo...................................335
- Les chemins de fer du Japon..............................566
- IJ exportation des locomotives aux États- Unis . . . 367
- Fonctionnement économique des moteurs modernes. . 398
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- Les nains et les géants, variations de la stature humaine
- ^Guyot-Daubès)...................... 18, 193, 242, 262
- Les mains à six doigts (Guyot-Daubès).................. 90
- M. Pasteur et le traitement prophylactique de la rage
- (G. Tissandier).....................................154
- Les jeûneurs dans l'antiquité. ....................... 154
- L’habitation au Tonkin sous le rapport de l’hygiène
- (Ed. Boca)..........................................189
- L’eau potable et la fièvre typhoïde (lU A. Cartaz). . . 294
- Organismes microscopiques de l'air de la mer...........311
- Les microbes auxiliaires de l’homme....................531
- Vaccination antituberculeuse........................... 15
- Combustions animales................................... 15
- Le virus charbonneux................................... 15
- Structure de l’œil humain............................. 30
- L'épidémie de Pierrcfonds............................. 47
- Bactériologie......................................... 63
- Muscles des rongeurs .................................. 95
- La paralysie mercurielle............................... 96
- Le sens de l'odorat................................... 126
- Poste de secours aux blessés, noyés et asphyxiés. . 126
- Un âne centenaire................................... . 127
- La rage............................................. • 143
- Transfusion........................................... 159
- Absorption des formiales...............................191
- Toxicité de la colchicine..............................191
- Les démoniaques interprétés par l'art. •...............207
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- m
- TABLE DES MATIÈRES.
- Étude sur l'emprisonnement cellulaire et son influen-
- ce sur la folie.................................... 240
- Le pouls des morphinomanes..........................271
- Températures morbides...............................271
- Le microbe de la fièvre jaune.......................271
- Greffe osseuse......................................287
- Un nouveau sarcopte.................................287
- Propriétés physiologiques de la peau du cou. . . . 303 Les dernières manifestations de la vie des muscles. 304
- Sur le poison de l’ortie............................318
- L'Académie de médecine et le magnétisme animal. . 555
- Ixs canaux semi-circulaires.........................336
- Les mangeurs d’arsenic en Styrie....................350
- Expérience sur la vision des couleurs...............550
- La vie des muscles..........................301, 551
- Eau sans microbe....................................351
- Animaux morphinomanes...............................551
- Les « Sanatoria » de la Suède.......................399
- Agriculture. — Acclimatation. Pisciculture, etc.
- Pêches et pêcheries de l’Annam. — La pêche au dauphin (Paul Bert)......................................... 1
- Le dressage des chevaux rétifs.......................... 7
- Travaux de la moisson dans le Haut-Aragon (Pyrénées
- espagnoles) (Albert Tissandier)..................... 15
- La pêche au dauphin dans l’antiquité (G. Tissandier) . . 65
- La production des laines en Australie................ 85
- Le sel dans les allées (J. Batise)...................150
- Conseils aux amateurs de jardinage. — Jardinets de fenêtre (J. Hortulanus)...................... 198, 214, 266
- Ecole d’arboriculture et de viticulture de rieisenheim
- (Ch. Joly)...........................................506
- Wagons américains pour le transport du poisson (Dr Jous-
- SET DE BeLLESMe). ...................................512
- L’horticulture dans les Alpes-Maritimes (Hortulanus). . 344
- L’institut agricole de Grimsby en Angleterre (Dr E. Sauvage) ..................................................595
- La production des fruits en Angleterre................. 46
- Engrais chimiques..................................... 62
- Sur l’influence de Vorientation des lignes de betteraves................................................... 78
- La production des vins en France........................110
- La pèche de la sardine..................................175
- Le labourage de la terre après une gelée blanche. . 206
- La basse-cour en Égypte sous les Ptolémées..............270
- Le bétail en France.....................................503
- La pêche aux perles et l’éclairage électrique. . . . 318 Le calcaire pulvérulent de la terre végétale. . . . 551
- Les vers à soie au Tonkin.............................. 567
- Les pommes de terre sèches..............................585
- Le service géographique de l’armée à Paris............539
- Les nouveaux canons Krupp (Lieutenant-colonel IIenne-
- bert)............................................ 555
- Un nouveau bateau sous-marin......................... 95
- Tir contre les ballons captifs....................110
- Vitesses comparatives des transatlantiques...........143
- Explosion du « Petriana »............................158
- Les manœuvres delà flotte allemande...............550
- La lumière électrique dans la marine.................382
- Traversée de l’Atlantique en quatre jours............383
- Aéronautique.
- La photographie en ballon (Gaston Tissandier) .... 9
- Tracés sphygmographiques du pouls radial pris en ballon aux altitudes de 2800 et de 3350 mètres (Dr Philippe
- Rey................................................ 10
- Les cerfs-volants............................... 58, 202
- Les aérostats militaires et les armées européennes (Gaston Tissandier) ...................................... 87
- Le petit ballon dirigeable de M. Graticn...............160
- Histoire des ballons (Gaston Tissandier)...............285
- Tir contre les ballons captifs.........................110
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- Le centenaire de Scheelc (G. T.)....................... 17
- Jules Brongniart..................................... 62
- Oppolzer.................................................m
- J. A. Béclard (G. Tissandier)..........................177
- Julien Turgan........................................ 207
- Le centenaire de la mort du Père Boscoviteh............227
- Lcudct............".v ..............................240
- A. Gaiffe.............).............................518
- J. M. Gaudet...........................................518
- Thollon....................................... 319, 53*
- Monument à la mémoire de Galilée,......................562
- Gosselin....................................... 367, 382
- Studer.......................................... ... 584
- J.-B. Boussingault (G. Tissandier)................... 585
- F.-A. Vulpïan. . ...............................401, 415
- Limousin...............................................414
- La statue d’Arago...................................... 14
- Hommage à M. Chcvreul.................................. 15
- E• Blavier.............................................142
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- Art militaire. — Marine.
- Le bateau-canon............................................ 2
- Torpilles balistiques (Lieutenant-colonel Hennebert). . 23
- Nouveau mode de construction de l’hélice (G. Trouvé). 29
- La fauconnerie au XIXe siècle. Sou intérêt au point de
- vue militaire (Dr Z...)............................... 59
- Le Pacificateur. Bateau sous-marin américain (X... ingénieur) ................................................. 81
- Gyroscope collimateur de M. Fleuriais, capitaine de vaisseau...................................................... 85
- Collisions en mer avec des animaux marins................. 85
- Paris port de mer (G. Tissandier).........................159
- Le Gabriel Charmes, bateau-canon à grande vitesse. . 215
- Lancement du vaisseau cuirassé Pelayo.....................241
- Les chiens militaires.....................................245
- Les récents paquebots transatlantiques (Félin Hément). , 265 Défi et course transatlantique entre deux yachts améri-* cains Coronet et Daunlles.? (Dr Leroy d’Étiolles). . . 537
- Académie des sciences (Compte rendu des séances heb-
- domadaires) 15, 31, 46, 63, 79, 95, 111, 127, 145,
- 159, 175, 191, 207, 222,239, 254, 271, 287, 503,
- 519, 335, 551, 367, 583, 399, 415
- Exposition de photographie de Nantes............... 95
- Exposition de chats.............................. 111
- Exposition scientifique et industrielle de la Sibérie
- et des Monts Ourals............................ 191
- La conférence a Scientia »..................... 238
- llcunion annuellcdes collaborateurs de « La Nature ». 302
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Le calendrier perpétuel et la mnémotechnie (Jacques
- Bertillon)........................... 22, 70, 122, 154
- Les livres nouveaux. Les environs de Paris. Nos oiseaux
- (G. T.). ........................................ 59
- Récréations scientifiques. Les anneaux de papier. ... 80
- La science pratique : Veilleuse de nuit. Veilleuse à bougie.
- p.426 - vue 430/432
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- TABLE DES MATIÈRES
- 427
- Veilleuse-phare. Un briquet à air. Tire-bouchon. Carnet à visite imprimeur. Rondelle pour verres de lampes..................................112, 301,319, 368
- La statistique graphique au Ministère des travaux publics. 115
- Incendie de pétrole en mer................................. 128
- Récréations scientifiques. La boule magique de Robert-IIoudin. Compas à découper des poulies de papier.
- Un tour do dés. Les sous magiques (Dr Z...) 144,
- 223, 272............................................. 551
- Association de l’homme et des animaux sauvages pour la
- pêche et la chasse (Henri Dehérain)..................151
- Semelicre pour la glace et le verglas (Louis Standaert). 166 La population de la France. ...................... 178
- Reproduction des dessins par la photographie (Dr Phipson), 202 Sur la table de multiplication (Stanislas Meunier). . . 203
- Les attelages de chiens à Bruxelles.................22
- Les armes â feu au théâtre (Ed. B.).................229
- Les diamants de la Couronne (Germain Bapst).........326
- Brevets photographiques en Angleterre.................. 30
- L'industrie des chiffons à Paris. .................. 62
- Les conducteurs télégraphiques au Tonkin............ 78
- Une anguille dans une conduite d'eau................ 79
- Vente de pigeons voyageurs............................. 95
- Lièvres de la Bohème.................................. 206
- Banquet offert à M. de Lacaze-Duthiers. ..... 254 Violons et violoncelles.................................287
- FIS DES TABLES.
- p.427 - vue 431/432
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- ERRATA
- Page 21, ligne 2 de la légende.
- Au lieu de: les chiffres donnent ce nombre pour 100, il faut : donnent ce nombre pour 1000. ’
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- Page 83, col. 1, ligne 9. Page 83, col. 1, ligne 12, Page 83, col. 2, ligne 2.
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- Au lieu de Grccnsland, il faut : Queensland, ylw lieu de : Antwcrp, il faut : Anvers.
- Même correction.
- -?
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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