La Nature
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- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A I,'INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- HONORÉ TAR M, LE MINISTRE DE ^INSTRUCTION PUBLIQUE D’UNE SOUSCRIPTION POUR LES BIBLIOTHÈQUES POPULAIRES ET SCOLAIRES
- RÉDACTEUR EN CHEF
- GASTON TISSANDIER
- QUINZIÈME ANNÉE
- 1887
- DEUXIÈME SEMESTRE
- PARIS
- G. MASSON, ÉDITEUR
- LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 120
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- W ANNÉE.
- N° 751.
- 4 JUIN 1 887.
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LES TROMBES ASCENDANTES
- TRAVAUX DE M. COLLADON
- La météorologie est en quelque sorte une conquête toute moderne des sciences physiques ; aujourd’hui, dans presque tous les pays, on organise de nombreuses stations pour l’étude approfondie des grands phénomènes de l’atmosphère que l’on enregistre avec soin et que l’on contrôle par des expériences.
- Trois importantes questions sont depuis quelques années le sujet de nombreuses discussions entre les météorologistes, ce sont :
- 1° Les lois de l’électricité atmosphérique , son origine, sa nature, et la progression de sa tension depuis le sol jusqu’aux confins de l’atmosphère.
- 2° Les origines de l’énorme flux d’électricité positive que les grands orages déversent dans le sol et les rapports éloignés ou prochains de ce flux électrique avec la formation de la grêle dans la saison chaude des pays tempérés.
- 5° Enfin, la nature, les caractères et les causes principales des grands tourbillons atmosphériques, cyclones ou tornados, et particulièrement de ceux distincts des premiers, appelés trombes terrestres ou marines.
- 15e aMép. — 2-’ semestre.
- Le journal La Nature ne reste pas étranger à ces études, il est toujours disposé à enregistrer les observations exactes et les expériences nouvelles qui peuvent éclairer l’opinion sur la nature et les causes de ces intéressants phénomènes.
- C’est ainsi que notre Revue s’est empressée de publier récemment1 les mécanismes et les principaux détails des curieuses expériences faites à Pantin par M. l’ingénieur Weylier, lequel a réussi à reproduire en petit, de véritables trombes aériennes ascendantes ; expériences sur lesquelles M. Mas-cart, de l’Institut, a rendu compte à l’Académie des sciences dans la séance du 21 février.
- Dans le numéro de ce jour, nous donnons le dessin et les détails principaux d’expériences faites a Genève pour reproduire en petit des trombes liquides ascendantes ; expériences dont M. 1). Colladon, professeur de physique, s’est depuis longtemps préoccupé, ainsi que d’autres recherches expérimentales sur l’électricité atmosphérique en temps parfaitement serein et en temps d’orage2, les effets de la foudre, les origines de la grêle et l’existence des trombes terrestres
- 1 Numéro 717, du 26 février 1887, page 195. s.
- * M. 1). Colladon a le premier découvert, en 1826. la possibilité de faire dévier un galvanomètre sensiblement modifié,
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- Appareil de M. Colladon pour l'élude expérimentale des trombes ascendantes.
- 1. Vue générale de l'appareil. — A. Agitateur à palettes et à mouvement rotatif. — an. Son axe de rotation. — 15. Capuchon glissant le loug de nu et pouvant recouvrir partiellement l’agitateur A. — CC. Cloche en verre pouvant avoir 0",25 à 0”,30 de diamètre sur 0”,io à 0”,o0 environ de hauteur. — X et Y. Plateaux en bois servant de supports de la cloche C. — SS. Tiges en fer qui relient ces deux plateaux. — K. Caisse en tôle contenant une roue dentée mue à la main par la manivelle M, et un pignon P, quatre ou cinq fois plus petit en diamètre.— EE.Tube servant à maintenir l’axe a « du pignon P et de l’agitateur A. — 2. Les pièces de l’agitateur à l’échelle de 1/3.
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- ou marines à mouvement ascendant dans leur partie la plus voisine du sol ou de la mer.
- En 1875 et en 1877, le savant astronome M. Faye avait publié dans l’annuaire du Bureau des longitudes deux notices sur la loi des tempêtes, où il assimilait les grands tourbillons appelés cyclones et tornados aux simples trombes terrestres ou marines ; il les réunissait sous des lois commîmes ef concluait qu'une trombe aérienne et même une trombe liquide ascendante, étaient des laits physiquement impossibles.
- En 1879, M. Colladon a publié un mémoire intitulé : Contributions à l'étude de la grêle et des trombes aspirantes Ç où il démontre par un grand nombre de laits incontestables qu’il existe réellement dans l’air des trombes ascendantes entraînant de bas en haut, dans l’axe même de cette trombe, des corps légers qui peuvent atteindre une hauteur de plusieurs centaines de mètres.
- Les intéressantes expériences de M. Weyher sont venues fort à propos reproduire en petit des mouvements tourbillonnaires aériens ascendants, qui continuent les faits publiés par M. Colladon en 1879.
- Le professeur genevois vient de,faire faire un pas de plus à la théorie de la possibilité d’existence de trombes ascendantes, par la construction d’un appareil qui peut effectuer à volonté des trombes ascendantes dans un réservoir rempli d’eau.
- Ses expériences ont été variées de diverses manières dans des réservoirs de différents volumes, dont l’un avait 0m,90 de hauteur et 0m,70 de diamètre; les mêmes effets se sont produits dans ces réservoirs de volumes très différents.
- Il sera facile de démontrer dans des cours, avec des appareils de volume restreint et d’un prix [très modéré, ces intéressantes expériences de la formation progressive et ensuite permanente de trombes ascendantes. Nous reproduisons dans la planche ci-jointe la disposition d’un de ces nouveaux appareils, qui devra figurer à l’avenir dans les collections d’instruments hydrauliques des cabinets de physique.
- Pour rendre visibles les tourbillons liquides, il convient de se servir de sciure d’un bois dense, comme du gaïae, et mélangée d’un peu de sciure d’un bois plus léger. Cette sciure doit être préalablement lavée à l’eau chaude pour en séparer l’air et la poussière ; il faut éviter d’en mettre une trop grande quantité qui nuirait a la transparence. La vitesse de l’agitateur à palettes, des dimensions indiquées sur la ligure, peut être variée de quatre à six tours par seconde ; la forme du fond du vase doit être concave à l’intérieur pour que la sciure retourne de nouveau près de son centre et continue de dessiner à l’œil la trombe ascendante. _ a suivre.—
- par l’électricité des machines électriques à frottement, ou par l’électricité des nuages, et en 1827 l’influence du relief du sol sur l’état électrique des couches atmosphériques inférieures. Annales de chimie et de physique, 1826, t. XXXIII.
- 1 Contributions à l’étude de la grêle et des trombes aspirantes, Archives des sciences. Genève, juillet, 1879.
- LA PROPHYLAXIE DE LA FIÈVRE JAUNE
- L’étude de la microbiologie a fait depuis quelques années, en médecine, de grands progrès. C’est sous l’impulsion des travaux de Pasteur que se sont développées, de toutes parts, en France et à l’étranger, ces recherches délicates dont les résultats promettent un jour d’heureuses méthodes de prophylaxie pour les maladies contagieuses.
- La fièvre jaune n’est pas connue dans nos pays d’Europe. A trois reprises cependant, des épidémies graves se sont développées à la suite d’importation du fléau par des bateaux venant des régions où elle règne a l’état endémique. Lisbonne, Gibraltar et Saint-Nazaire ont payé un large tribut de victimes a la maladie, mais ces épidémies ne peuvent être regardées que comme des exceptions. Il est, par contre, toute une région tropicale où la fièvre jaune règne en permanence, comme le choléra sur les bords du Gange, et ne demande que le concours de circonstances particulières pour éclater à l’état d’épidémies redoutables. Cette région peut être comprise, d’une façon générale, entre le 10e et le 52e degré de latitude nord. Les côtes du golfe du Mexique, depuis la pointe de la Floride jusqu’à l’embouchure de l’Urénoque, jes Antilles et, en Afrique, la côte de Sé-négambie, peuvent être considérées comme les foyers primordiaux, comme la mère patrie de la fièvre jaune. Au Brésil, au Pérou et sur d’autres points, le voisinage et les relations suivies avec les pays contaminés donnent fréquemment naissance à des épidémies meurtrières. Leur retour presque annuel dans le vaste empire de l’Amérique du Sud a fourni à un professeur de la Faculté de Rio-de-Janeiro l’occasion d’étudier la nature de ce terrible typhus amaril et l’a conduit, par l’application méthodique des données pastoriennes, à des mesures prophylactiques dont la valeur, au début discutée, ne saurait guère être mise en doute aujourd’hui.
- 11 y a sept ans que le I)r Domingos Freire a commencé ses recherches sur le microbe de la fièvre jaune. En 1885, le gouvernement brésilien, appréciant favorablement, ces premières études, le chargeait officiellement de poursuivre les expériences, de chercher s’il était possible d’obtenir l’atténuation du virus et de pratiquer des vaccinations prophylactiques comme on l’avait fait pour le charbon et d’autres maladies. Les efforts du savant ont été couronnés de succès, et les dernières statistiques des vaccinations communiquées à l’Institut montrent les brillants résultats obtenus à ce jour.
- Si l’on examine le sang d’un sujet mort de lièvre jaune ou en puissance de maladie, on y trouve une quantité innombrable de microcoques petits, transparents et mobiles ; on y trouve également des cor- * puseules d’apparence cellulaire qui représenteraient la forme adulte du microcoque. Ce microbe, décrit par M. Freire, sous le nom de Cryptococcus xantho^ genicus, existe dans la plupart des organes, dans les
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- 'vomissements noirâtres, qui ont' lait donner à la maladie le nom de vomito negro, et dans les déjections. C’est un microbe aérobie susceptible de culture. Si on ensemence le sang ou l’urine d’un malade recueillis avec toutes les précautions voulues pour ces recherches minutieuses, dans des ballons contenant des bouillons de culture, on voit, au bout de peu de jours, que ces bouillons contiennent une quantité énorme de parasites, pendant qu’au fond des vases se dépose une matière noirâtre, analogue à celle des vomissements et rappelant son odeur.
- Les inoculations du sang ou des liquides de culture aux animaux ne donnèrent pas tout d’abord des résultats bien démonstratifs : c’est que toutes les espèces animales ne contractent pas la maladie avec la même facilité. Le singe, le chien, les pigeons, etc., se montrèrent assez réfractaires. Il n’en fut pas de même quand on prit des lapins et des cobayes; les inoculations déterminèrent chez ces animaux une maladie identique « celle de l’homme. Cette transmissibilité étant bien acquise, de l’homme au cobaye et du cobaye à un autre animal de même espèce, M. Freire put tenter alors les inoculations par séries décroissantes pour chercher à atténuer ce virus. Après un certain nombre de cultures successives, le microbe perd une partie de sa virulence; inoculé aux animaux, il ne détermine plus que des accidents fébriles passagers et ces animaux sont devenus réfractaires à l’inoculation intensive. Le sang d’un malade est inoculé à un cobaye ; le sang de celui-ci donne une première culture et ainsi de suite; en arrivant â la dixième génération, le microbe n’a plus guère de sa virulence et peut être inoculé comme vaccin. C'est, on le voit, l’application complète des procédés de Pasteur et une confirmation brillante des principes généraux exposés par notre savant compatriote sur la genèse et les propriétés des virus.
- Les cultures s’atténuent du reste spontanément après un certain nombre de jours, sous l’influence de l’air et perdent graduellement leur virulence, comme le prouve leur inoculation aux animaux.
- Ces recherches expérimentales maintes fois contrôlées par M. Freire et par scs deux collaborateurs, MM. Rebourgeon et P. Gibier, on put songer à l’application à l’homme de la vaccination préventive. De jeunes élèves de la Faculté de Rio voulurent partager avec leur maître la gloire d’être les premiers à subir l’expérience. Le résultat fut conforme à ce que faisaient prévoir les travaux de laboratoire; la vaccination ne détermina qu’une lièvre légère, des troubles passagers, de la courbature, un état nauséeux. La vaccination était inoffensive et elle était efficace, comme le montrent les statistiques de la ville de Rio.
- Cette vaccination se pratique avec des liquides de culture, préparés avec soin, et toujours essayés sur les animaux avant d’être employés chez l’homme. 11 suffit d’injecter sous la peau du bras le contenu d’une seringue hypodermique ordinaire, environ 1 gramme de liquide. Au début, l’inoculation était laite par effraction de l’épiderme à la lancette.
- comme pour la vaccination jennérienne ; on reconnut bientôt à cette méthode un certain nombre d’inconvénients et on lui substitua l’inoculation par injection sous-cutanée.
- En 1885-84, M. Freire avait déjà vacciné 418 personnes, dont 507 étrangers, le reste composé de Brésiliens venus de l’intérieur, présentant par conséquent une réceptivité à peu près égale à celle des étrangers. Sur ce total, 7 personnes seulementjsont mortes de la fièvre jaune pendant qu’il en mourait 650 non vaccinées.
- En 1885, la fièvre jaune emportait à Rio 278 personnes, toutes non vaccinées; pendant ce temps 5051 personnes, dont 2186 Brésiliens et 865 étrangers, vaccinés par la méthode de Freire, restaient absolument indemnes de tout accident.
- Dans une note récemment communiquée à l’Institut, M. Freire et ses deux collaborateurs ont donné la statistique détaillée de toutes les vaccinations dont le chiffre s’élève actuellement à 6524. D’après les bulletins officiels, voici les chiffres de la mortalité par la fièvre jaune, de janvier 1885 à septembre 1886, période pendant laquelle les vaccinations ont été faites : Brésiliens, 591; étrangers, 1284. Sur ce chiffre de 1675 décès, les vaccinés y sont au nombre de 8, les non-vaccinés au nombre de 1667.
- Ces chiffres ont leur éloquence; si l’on tient compte, en effet, de la situation ' topographique de Ijio-dc-Janeiro et des foyers épidémiques nettement circonscrits, on peut évaluer approximativement à 160 000 le nombre d’individus exposés à contracter la fièvre jaune. Prenons ce chiffre comme base d’évaluation et eomparons-le au chiffre des décès : c’est une mortalité de 1 pour 1000 pour les vaccinés et 1 pour 100 pour les non-vaccinés. Cette proportion sera vraisemblablement moindre par la suite, si l’on tient compte que les huit décès se sont produits en 1884 au début de l’application de la méthode d’inoculation, alors que celle-ci était encore imparfaite. Quoi qu’il en soit, les résultats obtenus par M. Domingos Freire permettent d’espérer que l’on pourra bientôt restreindre, dans une large mesure, peut-être supprimer le tribut payé depuis si longtemps, à la fièvre jaune par les populations.de l’Amérique du Sud et de l’Afrique orientale.
- Cet espoir semble légitime, si l’on veut remarquer que cette année, il n’y a pas eu à Rio-de-Janeiro*, d’après les bulletins officiels, d’épidémie de fièvre jaune. Depuis 55 ans, pareil fait ne s’était pas produit. II est bien permis d’attribuer aux vaccinations préventives une part dans cet heureux résultat .
- Dr A. Cautaz.
- STATUETTE DES INDIENS AYMARAS
- EXPOSÉE AU MUSÉUM
- La galerie de géologie du Muséum d’histoire naturelle vient de s’enrichir de la statuette reproduite par la figure 1. Celle-ci présente par elle-même un
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- intérêt historique en même temps qu’un intérêt minéralogique par la substance dont elle est formée. Il s’agit en effet d’une trouvaille faite par Alcide d’Orbigny durant son célèbre voyage dans l’Amérique australe, chez la peuplade bolivienne dite des Jlymaras. L’illustre explorateur ne dit que peu de mots de cet objet curieux, mais il lui consacre, dans son bel atlas, deux figures qui le représentent, l'une de face et l’autre de profil. On doit beaucoup d’obligation à M. de Cessac qui a fait, à la vente de d’Orbigny, l’acquisition de cette statuette pour en faire hommage à la collection de géologie du Muséum.
- Au moment d’exposer ce beau spécimen de l’art sud-américain ancien, il était intéressant de déterminer la roche constituant sa matière première. Le résultat de l’examen auquel je l’ai soumise dans ce but, est qu’il s’agit d’une très belle variété d’andésite amphibolique ou trachy-diorite, remarquable par la netteté avec laquelle sont cristallisés ses éléments minéralogiques.
- Déjà, à l’œil nu, on y distingue l’association de feldspath triclinique et d’amphibole, auxquels s’ajoutent de très nombreux grains plus petits d’autres minéraux. En lames minces, au microscope, ces notions se précisent, comme le montre la figure 2. On y voit de grands cristaux labrado- „
- D P jor. 2.
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- Fig. 1. — Statuette découverte par Alcide d’Orhignv, chez les Indiens Aymaras, et récemment exposée dans la galerie de néologie du Muséum d’histoire naturelle de Faris. 1/7 de grandeur naturelle. — D’après une photographie de M. Boursault.
- riques L, et amphibo-liques À, comprenant entre eux un magma général sur le fond duquel
- se détachent les cristaux très limpides F d’oligoklase, les paillettes P brunâtres de pyroxène, les granules opaques M de magnétite, les lamelles hexagonales de mica et les grains verdâtres très énergiquement
- polycbroïques 0 de péridot. En bien des points l’amphibole, très fibreuse, contient des indu -
- sions de nature fort différente, par exemple de magnétite, autour desquels ses feuillets consti-, tuants se sont contournés. Il faut noter la forme déchiquetée qu’affectent très fréquemment les lamelles d’amphibole.
- Le feldspath Labrador présente les mâclcs bien connues, visibles surtout dans la 1 umière polarisée ; il y a lieu de mentionner aussi les inclusions variées qu’il renferme et parfois l’existence d’inclusions dans des inclusions. Ainsi des granules vitreux compris dans les cristaux renferment parfois des granules opaques semblables à de la œa-gnétitc. Dans les cristaux de feldspath oligoklase, si reconnaissables à leur extension longitudinale, on constate fréquemment en lumière polarisée, l’existence de zones concentriques d'accroissement extrêmement régulières qui indiquent les conditions dans lesquelles ils se sont produits.
- L’andésite tire son nom de celui des Andes, montagnes dans la constitution desquelles elle joue un rôle très important. Toujours à base de feldspath triclinique, labrador et oligoklase, elle renferme comme second élément dominant, soit l’amphibole comme on vient de le voir soit le pyroxène : trachydiorile dans le premier cas, elle est dite trachydolérite dans le second. Les plus hauts pics volcaniques américains, lePichincha, l’Orizaba, le Popocatc-petl sont faits d’andésite du haut en bas, comme notre modeste Puy-de-Dôme est fait de trachyte à sanidine. Stanislas Meunier.
- Coupc mince de la roche dont est faite la statuette de d’Orhigny, vue au microscope. — L. Feldspath labrador. — Oligoklase. — P Pyroxène augitc. — A. Amphibole hornblende. — M. Fer oxydulë ou magnétite. — O. Péridot ou olivine. — Grossissement 55 diamètres.
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- TUNNELS DE LA SEVERN ET DE LA MERSEY
- EN ANGLETEUHE
- Nous avons signalé déjà à diverses reprises à l’attention de nos lecteurs ces larges estuaires qui
- découpent si profondément les côtes de la Grande-Bretagne, et qui ont eu une influence si considérable sur l’histoire maritime du peuple anglais. Cette disposition particulière des côtes n’a pas été non plus sans exercer une influence importante sur l’art de l’ingénieur, car elle a présenté autant d’obstacles au passage des voies ferrées qui s’efforcaient de
- Fig. 1, —. Entrée du tunnel de la Mersey, en Angleterre, avec la disposition des galeries d’aération et d’épuisement. ,
- Nota: U roche est un peu p/us dure du côté de BirI&nhee.J.
- L'eau un peu p/us abondants du cote de Livcrpool
- Conduit de ventilation Trou d'aération. Direction constante des courants
- *0
- Entre /es Quais 7206™
- B1RKENHEAD
- ÎO L1VERPOOL
- eWOEBOROUGH RQAO ,.v^
- Marte haute 78.30
- N ota : le tunnel dans sa partie /a plus basse se trouve à /'a/kiW*{_73+3S37-.39fl3)
- Nota : le P/an de comparaison est i 73m00 au-dessous du niveau de /amer
- Ordonnées *n mètres du d*ssuj du plan de comparaison.
- Déclivités en Mtr*
- Palier
- Coupe d’ensemble du tunnel de la Mersey
- relier entre elles les grandes villes commerçantes et industrielles établies sur le bord de ces estuaires. C’est ainsi qu’à l’origine des ouvrages d’art métalliques nous rencontrons ces pont» de Chepstow, de Britannia, etc., qui ont fait époque dans l’histoire, et plus tard ces grands viaducs lancés à travers la
- mer comme celui du Fort h of Tay si tristement célèbre par la grande catastrophe du 28 décembre 1879, etc.
- A côté des ponts et viaducs, on a songé aussi à recourir aux tunnels pour assurer la traversée de ces grands estuaires, et tout le monde connaît par
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- L A N A TU K K.
- exemple l'audacieux ouvrage qui descend à Londres sous la Tamise, et dont U achèvement lut poursuivi de 1824 à 1842 avec tant de courage et de persévérance par l'ingénieur français Brunei. Ce tunnel, de 400 mètres de longueur a coûté 4 millions par kilomètre, il est à galerie double pour piétons et voitures, et il livre passage actuellement au chemin de 1èr de l’Est. Un autre tunnel tubulaire qui ne sert qu’aux piétons est dû à M. Barlow, il met en communication la tour de Londres avec Winc Street, il a 402 mètres de longueur et 2m,155 de diamètre.
- On pourrait citer également en Amérique les tunnels projetés sous l’Hudson à New-York et à Détroit, qui paraissent abandonnés aujourd’hui après avoir reçu cependant un commencement d’exécution. Faut-il y joindre aussi le tunnel du Pas-de-Calais condamné à attendre que l’opinion publique anglaise se décide à étendre dans ses rapports avec l’étranger un mode de relation qu’elle apprécie vivement chez elle?
- Deux grands tunnels établis à l'embouchure des rivières dans les estuaires des côtes anglaises, ont été livrés à la circulation en 1886 : c’est le tunnel de la Severn, qui met en communication directe la ville de Bristol avec celle d’Aberdare dans le pavs de Galles ; et celui de laMerscy, qui va de Liverpool à Birkenhead.
- Le tunnel delà Severn, le [dus important des deux, a une longueur totale de 9 kilomètres en y comprenant les lignes d’approche; celle du tunnel proprement dit est de 7 kilomètres, dont 5k,62 sont situés sous la Severn; il est muni d’une ligne à double voie posée sur longrines; il est, traversé en dix minutes par les trains réguliers; l’exécution en a coûté 50 millions environ.
- Le tracé est situé tout entier dans un plan vertical, il comporte aux deux extrémités deux parties en pente raccordées aux voies extérieures par des courbes à grand rayon, qui s’enfoncent sous la Severn avec une inclinaison de 10 millimètres du côté anglais, et 9 millimètres du côté du pays de Galles; elles sont raccordées vers le milieu de l’ouvrage par un palier de 500 mètres de longueur. La hauteur minima entre le lit du fleuve et l’extrados du tunnel est de 9m,15. La profondeur de la Severn atteint a marée basse 16m,75 et à marée haute 27m,75, avec un écart qui s’élève, comme ori voit, à il mètres.
- Le revêtement du tunnel est formé de briques vitrifiées de Staffordshire rejointoyées au ciment ; la section transversale présente 71U,95 de largeur à la ceinture et 7m,47 de hauteur totale à la clef.
- L’aération est assurée au moyen d’un ventilateur Guibal de 12m,20de diamètre débitant 6809 mètres cubes d’air à la minute.
- Cette entreprise gigantesque, qui n’a pas coûté moins de 50 millions, a exigé douze ans et demi de travaux, elle a été poursuivie au milieu de difficultés sans nombre résultant surtout des venues d’eau
- qui envahirent les travaux à deux reprises différentes.
- La construction fut autorisée en 1872, d’après les plans de l’ingénieur Charles Bichardson, élève de Brunei, qui en a suivi l’exécution de concert avec sir John Hawkshaw comme ingénieur conseil ; elle fut poursuivie par la Compagnie du Great Western Baihvay jusqu’en 1879, époque à laquelle on rencontra sur la rive du Montmouthshire a 275 mètres du bord une forte venue d’eau (pii en vingt-quatre heures submergea complètement les parties déjà percées. On dut épuiser les travaux à grand’peine, mais on ne put être maître des eaux qu’en février 1881. Dès lors les travaux furent conduits avec la plus grande vigueur par l’entrepreneur M. AValker qui engagea dans les chantiers jusqu’à 4000 ouvriers, et, au mois de septembre suivant, la communication se trouvait déjà établie d’une extrémité à l’autre du tunnel. On laissa provisoirement de côté toutefois la section où s’était produite la première venue d’eau ; mais, lorsqu’on dut y revenir en 1885 pour compléter les travaux, on rencontra, à une distance de 75 mètres environ de celle-ci, une nouvelle venue qui déboucha par une section de 65 décimètres carrés et envahit encore rapidement les travaux en noyant trois des sept, mineurs qui travaillaient en ce point. Il fallut reprendre l’épuisement sur toute la longueur du tunnel située sous le fleuve, on put y réussir avant la fin de la même année grâce à l’énergie avec laquelle on poussa ce travail, et on reprit ensuite l’élargissement des chantiers sans nouvel incident.
- Le cube excavé a atteint 554486 mètres cubes, lînc longueur de lk,600 a été perforée à travers le grès dur de Pennant et les terrains houillers, 800 mètres dans le conglomérat situé au-dessus, 800 mètres à travers l’argile schisteuse des terrains houillers et la marne rouge du nouveau grès rouge.
- La perforatrice employée a été celle de Mac Kean jusqu’en 1877, remplacée à cette époque par celle de John Geach, et plus tard par les perforateurs Darliugton. L’avancement obtenu en employant deux machines à la fois a varié de 2m,10 à 5m,80 par jour.
- Le tunnel sous la Mersey, dont nous donnons la coupe dans la figure 2, (page 5), va de Liverpool à Birkenhead en établissant la communication entre six réseaux de chemins de fer différents; il a une longueur totale de 7k,240, dont lk,188,69. entre les quais du fleuve. La section a une largeur de 7m,95 en œuvre, et une hauteur à la clef de 5m,79 au-dessus des rails ; la ligne est à double voie.
- Le revêtement est constitué, dit la Revue générale des chemins de fer à qui nous empruntons la plus grande partie de ces renseignements, par six ou huit anneaux en briques rejointoyées en ciment de Portland. La roche étant le grès rouge perméable à l’eau, on a dû multiplier les précautions pour obtenir un revêtement bien étanche, et pour les anneaux intérieurs, on a employé les briques bleues
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- dures de Staffordshire. Le tunnel est situé à 10m,15 au-dessous du lit du fleuve; comme celui de la Severn, il présente dans le tracé en long deux parties en pente raccordées sous le fleuve par un palier de 400 mètres de longueur environ. L’inclinaison moyenne des pentes d’accès est de 50 millimètres par mètre.
- L’aérage est assuré au moyen de quatre ventilateurs Guihal placés comme l’indique la ligure 1 à l’orifice de puits de faible profondeur reliés au tunnel par de petites galeries inclinées de 2m,25 de diamètre représentées en pointillé. Sachant combien l’aérage du Métropolitain de Londres était insuffisant, on s’est attache à assurer un renouvellement complet de l’air dans le tunnel de la Mersey.
- L’épuisement s’opère au moyen de pompes spéciales installées dans deux puits de 52 mètres de profondeur, situés sur les deux rives, et qui ont servi au creusement du tunnel. Ces puits qui sont à 1620 mètres d’intervalle sont rattachés à la partie inférieure par une galerie à double pente de 1 à 2 millimètres, de 2,“15 de diamètre, formant conduite de drainage au niveau du palier pour recueillir les eaux qui s’écoulent derrière les maçonneries de revêtement. Ces eaux sont amenées dans des citernes de 550 mètres cubes, situées au fond des puits, et qui formeraient réservoir en cas d’invasion soudaine de l’eau.
- Les appareils d’épuisement qui ont servi à l’exécution des travaux comportent, au puits de Liverpool cinq pompes, et à celui de Birkenhead six, actionnées par trois marehines compound. Elles peuvent évacuer en marche normale 85 mètres cubes à la minute, et elles donnent ainsi toute garantie de sécurité, car les venues d’eau n’ont pas dépassé 55 mètres.
- L’installation de ce tunnel a été poursuivie d’ailleurs avec des soins extrêmes, et on s’est attaché à assurer toutes les conditions d’hygiène désirables de manière à ce que le chemin de fer souterrain pùt lutter sans trop de désavantage avec les bacs à vapeur effectuant les transports sur le fleuve, et on y a réussi complètement, car dans la communication qu’il a faite à ce sujet à la Société des ingénieurs anglais, M. Fox, l’un des ingénieurs chargés de la construction, a pu dire que le jour de l’inauguration faite en présence du prince de Galles, des milliers de personnes ont pu parcourir le tunnel sans recevoir une goutte d’eau.
- La détermination du tracé elle-même a été opérée avec des précautions minutieuses, indispensables d’ailleurs pour obtenir un peu de précision, car la présence de hautes constructions sur le bord des quais ne permettait pas de recourir aux repères directs. On détermina les alignements en suspendant dans les puits des fils d’argent tendus de 6 dixièmes de millimètre de diamètre, qu’on fît passer à travers les pièces des pompes, et on s’assura électriquement qu’ils étaient absolument libres sans aucun contact. Grâce à ces précautions, on n’eut qu’un écart de direction presque insignifiant, inférieur à 0m,07 à la rencontre des galeries.
- Pour l’excavation du tunnel, on conduisit la galerie d’avancement à la partie supérieure, et on élargit ensuite la section d’après les méthodes connues.
- Le tracé fut maintenu dans la roche en grès rouge, comme l’indique la figure 2; on rencontra au milieu du tunnel une fissure qu’il fallut aveugler, et au kilomètre 5,15 sur une longueur Vie 60 mètres, la calotte sortit en partie de la niasse rocheuse; il fallut maintenir la section au moyen de boisages solides suivis immédiatement par le revêtement en maçonnerie.
- L’abatage en grand fut opéré d’abord par la dynamite, et comme cette matière dégageait trop de gaz délétères, on la remplaça par la gélatine Nobel qui donna le plus fort avancement ; on employa ensuite de préférence le coton-poudre dont les effets furent beaucoup plus réguliers. En dehors de la rivière, on pratiqua enfin de nombreux puits intermédiaires pour pouvoir multiplier les chantiers d’attaque qui allèrent un moment jusqu’au nombre de 24. Ces puits qui servirent en outre à la ventilation et à l’enlèvement des déblais furent rebouchés après l’achèvement.
- L’exécution proprement dite de cet important ouvrage d’art exigea cinq années seulement, soit moitié moins du temps .absorbé par le tunnel de la Severn ; mais la longueur à traverser sous la Mersey était beaucoup moindre, et le travail ne fut pas entravé par des accidents aussi graves. Les travaux qui commencèrent seulement en 1881 furent précédés d’ailleurs de près de deux années d’études et de sondages préliminaires, dans lesquels on dépensa 2 500 000 francs, et qui permirent d’acquérir la conviction de la possibilité de l’exécution. Ces sondages furent exécutés avec l’appareil Ilawkshaw sous la direction du major Isaac; les projets furent établis par M. James Brunlees et sir Douglas Fox qui surveillèrent également l’exécution. La dépense totale s’est élevée à 7 000 000 francs par kilomètre.
- Ainsi qu’on le voit sur le tracé (fig. 2), la voie comprend quatre stations ; trois sont situées du côté de Birkenhead : ce sont : Green Lane, au départ ; Borough Iload en tranchée, où sont installés le dépôt du matériel roulant, les gazomètres pour l’approvisionnement des voitures éclairées au gaz, et les ateliers de réparation ; puis Hamilton Square dont les voies sont à 50m,50 en contre-bas de la salle des billets située au niveau de la rue.
- Du côté de Liverpool, on rencontre la station de James Street, située à 27™,90 du sol.
- L’aménagement intérieur de ces deux dernières gares est intéressant à signaler, car on y trouve un exemple des difficultés y le tout genre qu’entraîne l’exploitation d’un chemin de fer souterrain, et des installations coûteuses auxquelles on est obligé d’avoir recours pour que l’accès n’en soit pas trop incommode et désagréable au public. Ces deux gares ont chacune 122 mètres de longueur et 15m,40 de largeur; elles sont mises en relation avec la salle des billets au niveau de la rue par trois moyens différents ; un escalier de plus de 160 marches, un pas-
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- LA N AT LUE.
- sage souterrain en pente tonnant plan incliné de ()n\ 11 de pente par mètre, et enfin trois ascenseurs indépendants.
- Ces derniers qui forment le trait caractéristique de cette installation, sont actionnés par une pression hydraulique de 50 kilogrammes par centimètre carré, obtenue en refoulant l’eau par des pompes dans un réservoir de 45 mètres cubes installé dans une tour qui domine la construction. La voiture peut recevoir 100 voyageurs à la ibis; la descente s’opère dans un délai de 45 secondes. Le [liston plongeur est en acier doux de forme tubulaire, de 0"',458 de diamètre extérieur, et de 0,n,015 d’épaisseur; il est composé de tronçons de 5"‘,50 assemblés par des bagues intérieures. La course disponible est de 25™,51 à James Street, et de 26,n,06 à llamilton Street. Le cylindre du piston est un tube en fonte de 0m,555 de diamètre intérieur, et 0“‘, 029 d’épaisseur. Le joint du [liston à la partie supérieure est formé par un simple cuir embouti. Le cylindre est renfermé dans un trou vertical de 22,u,86 foré au centre de l’ascenseur. Chaque puits d’ascenseur descend à une profondeur de 2"\40 au-dessous du sol de la plateforme de la partie inférieure, et il monte à une hauteur de 5 mètres au-dessus du vestibule. Ces puits reçoivent une section rectangulaire de 6m,40 de long sur 5m,80 de large. Une partie taillée dans le grès solide n’a pas de revêtement, l’autre est revêtue de murs en briques et ciment. De chaque côté de la section sont maçonnées quatre rangées de briques en bois de sapin espacées verticalement de lm,52; elles supportent huit rangs de rails fixés par des tirefonds, et dont quatre servent à guider la cage, et les quatre autres les contrepoids. La cage est guidée de haut en bas au moyen de quatre pièces en Y de 0m,40 de longueur embrassant le champignon du rail. La cage elle-même est supportée par une pièce en forme de croix de Saint-André qui la çelie au piston, et qui peut être considérée comme un spéciriien remarquable de pièces forgées en acier de forme compliquée. Le lingot qui a servi à l’obtenir pesait, dit le Génie civil, S1,1/* et le poids propre de la pièce est de 1500 kilogrammes. La cage elle-même forme une chambre luxueusement décorée, de 5m,94 de long sur 5,u,02 de large, et 5 mètres de hauteur moyenne, la toiture est en bois de teck ; les solives sont en pitch pin ; des expériences spéciales ayant montré que ce bois présente une résistance supérieure à celle des autres essences.
- L’installation de chaque ascenseur comprend un contrepoids de 5450 kilogrammes destiné à équilibrer la cage vide; il est relié à celle-ci par des chaînes à petits maillons de 28 millimètres s’enroulant sur deux poulies situées au haut du puits. Le contrepoids est muni de logements permettant d’y placer 39 poids additionnels de 40 kilogrammes qu’on ajoute ou retranche suivant le poids de la cage.
- Le mouvement de la cage est commandé par une valve d’admission de l’eau formée d’un tiroir en
- bronze installé au bas de l’ascenseur, et munie de lumières en biseau de manière à pouvoir s’ouvrir graduellement et sans choc. Celte valve est commandée elle-même par une corde verticale en chanvre traversant l’ascenseur et permettant ainsi d’arrêter le mouvement en marche à volonté. Des butées, ménagées aux extrémités sur cette corde, amènent automatiquement l’arrêt en fin de course.
- Les pompes de refoulement (pii iournissent l’eau du réservoir sont à double effet, comprenant deux cylindres à vapeur de 50 millimètres de course et de 280 millimètres de diamètre ; elles sont au nombre de trois à .lames Street, et de 2 seulement à llamilton Street. La vapeur nécessaire est fournie dans chaque station par trois chaudières à retour de flamme de lm, 95 de diamètre et 5m,55 de longueur.
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- UN ARBRE GIGANTESQUE
- SAPIX DU MEXIQUE, A TUI.E
- A trois lieues de la ville de Oaxaca, capitale de l’État du même nom, sur le chemin de Tlacolula, dans le district du Centre mexicain, existe un petit village appelé Santa-Maria del Tule et dont les habitants sont des Indiens mixtèques. Dans le cimetière do l’église de ce village, on remarque un arbre gigantesque, dont les proportions colossales ont attiré l’attention de tous ceux qui l’ont vu, à commencer [iar le savant Humboldt jusqu’au plus humble laboureur. Je vais donner aux lecteurs de La Nature la description de ce phénomène, peu connu, du monde végétal; j’indiquerai d’autre part la classification scientifique de cet arbre extraordinaire et ferai connaître la famille et le genre auxquels il appartient dans le domaine de la faune.
- Le diamètre du tronc de ce géant d’un autre âge, [iris avec toutes les circonvolutions de l’écorce, ne mesure pas moins de 60 mètres. Son feuillage est d’une extrême fraîcheur et prouve combien est grande encore la vigueur de cet arbre, malgré les milliers d’années qui se sont écoulés depuis sa naissance. La photographie du géant de Tule peut en laire apprécier la forme et les dimensions colossales. (Voy. la gravure ci-contre.)
- Yoici la désignation botanique du grand arbre de Tule :
- Ahuchuetc. Sapin du Mexique, Cyprès M. Mocte-zuma, Ahuehuete Tarasque; Taxodium mucrana-tum (classification Ten.), famille Conifères. Croît dans la vallée de Mexico, Oaxaca, Chiapas, Querétaro et autres régions de la République mexicaine.
- Le docteur Tomas Noriega, de Mexico, a extrait, par simple distillation des cônes de cet arbre, une essence d’un jaune verdâtre et d’une odeur agréable. Cette essence entre en ébullition à 150°; sa densité est de 0,8259. L’acide sulfurique concentré la colore en jaune-orangé ; peu à peu cette couleur prend une teinte rosée et finalement [tasse au blanc lai-
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- L’arhiv gigantesque île Tule, près d’Oaxaea. Sapin du Mexique. (D'après une photographie.)
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- LA NATLUE
- toux. Mise eu contact avec l'iode, elle fait une légère explosion et dégage des vapeurs violettes.
- M. le docteur T ornas a également trouvé dans les memes fruits une résine onctueuse de couleur rouge foncé. La solution, dans l’alcool, de cette résine, a des teintes rouges; dans l’éther, des teintes jaune clair. Quoique neutre, la potasse chaude la dissout en partie.
- L’écorce du sapin du Mexique sort de médicament ; elle forme une infusion qui, administrée à l’intérieur, est diurétique; les feuilles sont employées comme topique contre la gale. Du bois, on extrait un goudron dont on se sert avec succès dans le traitement de certaines maladies de la peau. La distillation sèche du même bois produit une huile anti-rhumatismale à peu près semblable à celle de eade.
- Notre gravure montre, par la dimension des personnages et du cavalier groupés auprès de l’arbre de Tule, quelle est la majesté de son port et sa grandeur vraiment imposante. Leopoldo Batres,
- Conservateur des monuments archéologiques de la République mexicaine,
- Mexico. 25 février 1887.
- AMUSEMENTS PAR LES JETONS
- Dans une lecture à la Société royale des sciences d’Edimbourg, sur la Topologie de Listing, l’éminent professeur M. Tait s’est occupé incidemment d’un problème amusant que l’on peut réaliser avec des jetons de deux couleurs et, par exemple, avec les pions d’un jeu de dames. « Il y a quelques semaines,
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- A—Six pions de même couleur.
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- A_Dix pions de même couleur.
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- A_Quatorze pions de même couleur.
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- C — Sept pions de même couleur.
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- C—Onze pions de même couleur.
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- C Quinze pions de même couleur
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- D_Cinq pions de même couleur.
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- D_ Neuf pions demême couleur.
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- D Treize pions de même couleur.
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- B—Quatre pions de même couleur.
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- B— H uît pions de même couleur.
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- dit-il, j’aijvu proposer,“pendant un voyage en chemin de fer, le problème suivant : on place sur une ligne quatre souverains et quatre shillings dans un ordre alterné ; on demande de former une ligne continue de quatre souverains suivis des quatre shillings, après quatre mouvements de deux pièces contiguës, sans changer la position relative de ces pièces h »
- M. Tait a donné la solution suivante qu’il suffit d’indiquer par un tableau Coups • • 0 0 0 90909 dans lequel les points re-2 •oo*°*oô*î présentent deux cases vides. 4 î^iJoooo- Si, à l’origine,on suppose les pièces disposées encercle, avec deux cases vides, la loi du procédé est évidente, puisqu’il suffit de déplacer à chaque coup les deux
- 1 Introductory address to the Edinburgh malhematical Societu: novembre 9, 1885. Philosoahical magazine, ian-vier 1884.
- jetons qui précèdent les cases vides de deux et de trois rangs.
- Ce curieux problème assez difficile peut être généralisé et appliqué à un nombre quelconque de pions noirs et à un nombre égal de pions blancs, en ajoutant cette condition que le nombre des coups ou des couples déplacés doit toujours être égal au nombre des jetons d’une même couleur. Le lecteur se rendra compte de la difficulté en cherchant le problème pour dix, douze pions ou pour un plus grand nombre, axant d’avoir consulté l’élégante solution que nous allons exposer, et qui a été imaginée par M. Delannoy, ancien élève de l’École polytechnique, intendant militaire à Orléans.
- Nous supposerons les pions alignés dans l’ordre blanc, noir, blanc, noir, etc., et précédés de deux cases vides; nous distinguerons quatre cas, A,B,C,I), qui correspondent à quatre solutions différentes.
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- LA NATURE.
- Ji
- Dans les deux premiers eas, A et R, le nombre des jetons de la même,couleur est pair; dans les deux derniers cas. C et 1), le nombre des jetons de la même couleur est impair. (Yoy. le tableau ci-contre).
- Premier et deuxième cas. — Le nombre des jetons de même couleur est un nombre pair. — La solution comprend deux phases distinctes d’un nombre égal de coups; dans la première phase, on transporte des couples de jetons de deux couleurs, et dans la seconde phase, on déplace des couples de jetons de même couleur.
- On commence par jouer un premier coup en plaçant sur les deux cases vides du commencement l’avant-dernier pion et celui qui le précède, et l’on sépare par un trait la première moitié des pions. La position occupée après ce premier coup est ligurée sur la première ligne pour les cas A et R. Puis, dans la première phase, on déplace successivement dans l’ordre numérique les couples alternés désignés par les chiffres supérieurs 1,2,5....
- Quand cette première phase est terminée, on obtient la seconde ligne, et le chiffre qui la précède indique le nombre des coups qui ont été joués ; on déplace ensuite les couples de même couleur de cette ligne qui sont désignés par les chiffres inférieurs, et le problème est résolu. Le procédé s’applique en augmentant de quatre le nombre des jetons de la même couleur, en faisant bien attention au numérotage des couples.
- Troisième et quatrième cas. — Le nombre des jetons de même couleur est un nombre impair. — On commence par jouer le premier coup, comme dans les deux cas précédents ; la solution comprend ensuite deux phases d’un nombre égal de coups ; on sépare par un trait la première moitié des pions et l’on transporte le couple alterné situé de part et d’autre de la ligne médiane. Nous avons figuré pour les cas C et 1) la position des jetons après ce deuxième coup, par la ligne supérieure 2. Puis, dans la première phase on déplace successivement dans l’ordre numérique les couples alternés désignés par les chiffres supérieurs 1,2,5....
- Quand cette première phase est terminée, on obtient la seconde ligne de la figure, et le chiffre qui la précède indique encore le nombre des coups qui ont été joués. Dans la seconde phase, on transporte les couples de même couleur de cette seconde ligne, et qui sont désignés par les chiffres inférieurs.
- Le procédé est général et s’applique dans chaque cas, en augmentant de 4, 8, 12, 16... pions; mais il est important, pour ne pas se tromper, de bien faire attention au numérotage des couples de la première ligne.
- Remarque I. —En procédant dans l’ordre inverse, on remplace l’ordre final par l’ordre alterné initial.
- Remarque IL — On peut varier les problèmes précédents en imposant cette nouvelle condition de renverser à chaque coup l’ordre des deux pions du couple déplacé. Edouard Lucas.
- LA. LUMIERE ÉLECTRIQUE
- EM ESPAGNE «fc
- La lumière électrique se développe très rapidement a Madrid et l’on compte déjà un assez grand nombre de magasins qui possèdent le nouvel éclairage. Deux stations centrales sont en service : l’une, établie dans le voisinage du Ministère de la guerre, est spécialement destinée à l’alimentation des lampes placées dans ce bâtiment ; l’autre, beaucoup plus importante, est située près du parc du Retiro et dessert par des câbles aériens des lampes à arc et à incandescence réparties dans la ville. Les installations sont en général assez loin de l’usine, quelques-unes en sont distantes de plus de 1500 mètres; elles sont principalement dans les rues San Geronimo, Montera, Espoz y Mina et Mayor, qui aboutissent toutes à la Puerta del Sol. En présence des bons résultats obtenus jusqu’à ce jour, on étudie la création d’une Société spéciale qui entreprendrait d’une manière beaucoup plus générale la distribution de la lumière électrique dans la ville de Madrid.
- OCTAYE PAYY
- Désirant rendre hommage au docteur Octave Pavy, la Société de géographie a fait reproduire une photographie authentique de cet infortuné compagnon de Gustave Lambert. M. Malte-Brun ayant eu la bonne pensée de nous adresser un exemplaire de cet intéressant document; nous nous empressons de mettre sous les yeux du lecteur les traits d’un compatriote dont le nom figurera à côté de celui du lieutenant Bellot, de Jules de Blosseville, ces courageux Français, martyrs de la conquête du Pôle Nord.
- Originaire d’une famille française établie à la Nouvelle-Orléans, Octave Pavy est né dans cette ville le 22 juin 1844. Il fut élevé à Paris où il suivit les cours de là Sorbonne et de l’École de médecine. Son esprit inquiet et actif l’empêcha de terminer à l’âge ordinaire des études qu’il interrompit à plusieurs reprises pour exécuter d’assez longs voyages. Il était encore étudiant, ne sachant s’il se consacrerait à la médecine ou aux sciences, lorsqu’il se lia avec Gustave Lambert, qui se l’attacha en qualité de secrétaire pendant sa campagne de conférences polaires.
- Le départ de l’expédition de Gustave Lambert ayant été retardé, Octave Pavy retourna encore une fois en Amérique pour dire adieu à sa famille. La guerre franco-allemande éclata comme un coup de foudre, et le vaillant étudiant eut à peine le temps de revenir à Paris pour s’y enfermer. De concert avec M. Beau-regard, un des neveux du célèbre général confédéré, il organisa un corps de volontaires. Plus heureux que Gustave Lambert, Octave Pavy échappa au feu de l’ennemi. Aussi, dès que Paris fut ouvert, n’eut-il plus d’autre ambition que de mettre à exécution le plan de son ancien chef, tout en le modifiant de manière à diminuer la difficulté de la tâche qu’il s’imposait.
- Il se décida à prendre San-Francisco comme point de départ ; ayant choisi un navire, il devait se borner à transporter l’expédition et ses bagages en un point
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- LA NATURE.
- quelconque de la Terre de Kellets ou de la Terre de Wrangel. Après avoir attendu que les glaces eussent rendu praticables les mers situées au nord de ces terres dont les limites boréales sont inconnues, Octave Pavy voulait profiter de Tliiver pour s’approcher le plus près possible du Pôle, hiverner dans un igloss comme un véritable groënlandais, et lors du retour de la lumière battre en retraite vers la côte occidentale du Groenland, où un navire parti de New-York serait venu le recueillir.
- Quelque hasardeux que fût ce plan, M. Pavy avait recueilli l’adhésion de la Société de géographie de New-York, des académies de la Nouvelle-Orléans et de Saint-Louis, etc., etc.
- Parmi les personnes qui devaient partager son sort, on cite le capitaine Mikes du Non-Pareil qui venait de traverser l’Atlantique tout seul dans ce petit canot, acte de témérité dont le souvenir n’a point été oublié.
- Heureusement, peut-être pour M. Pavy, le capitaliste qui avait promis son concours manqua de parole, et l’expédition ne put quitter San-Francisco.
- Octave Pavy qui avait épuisé ses ressources se trouva fort embarrassé, et sans argent en pleine Californie. Il parvint cependant à terminer ses études médicales à Saint-Louis du Missouri, où il se fit recevoir docteur en 1879.
- En 1880, il passa à Washington l’examen de chirurgien de marine et de naturaliste. A l’issue de cette épreuve, il fut attaché à l’état-major de la Gulnare, navire envoyé au Pôle par le capitaine llowgate, sous-directeur du Signal-Office. Pendant cette expédition préliminaire, qui devait être suivie d’une autre, il recueillit de nombreux échantillons de la faune et de la flore des côtes du Groenland; il envoya à Washington le fruit de ses explorations qui figure dans les galeries du Smithsonian Institution, et il resta dans les colonies danoises, apprenant la langue des indigènes, s’initiant à Part de mener les traîneaux, de dompter les chiens et étudiant les maladies spéciales au climat ainsi que les moyens de les guérir. Les journaux américains ont publié une lettre de M. Karup Smitt, inspecteur du Groenland, dans laquelle ce haut fonctionnaire rend hommage à l’expérience de notre compatriote et le prie de ne pas quitter le pays sans lui remettre un mémoire sur les améliora-
- is Dr Octave Pavy.
- tions dont il croit que le régime médical de ces colonies si intéressantes est susceptible.
- Aussitôt que le docteur Octave Pavy reçut la nouvelle du départ de l’expédition Grcely, il prit les mesures nécessaires pour acheter les provisions, les chiens, les traîneaux et engager les deux indigènes qui ont rendu d’inappréciables services pendant le long séjour des Américains au Fort Conger.
- L’histoire complète du docteur Pavy est décrite dans les Affamés du Pôle nord de notre collaborateur M. W. de Fonvielle, et dans les livraisons du Tour dit monde consacrées à ïExpédition Greely.
- La mort cruelle du docteur Pavy a été racontée de différentes manières. Le lieutenant Greely, dit que cet infortuné s’est empoisonné en absorbant une certaine quantité d’une dissolution alcoolique de seigle ergoté. Le docteur Pavy aurait pris cette résolution funeste peu de temps avant le sauvetage par le commodore Schley des débris de cette expédition , si cruellement éprouvée. 11 aurait été amené à cette résolution funeste par d’horribles souffrances physiques, et par les tortures morales qu’il éprouvait.
- La nature des dissentiments qui ont éclaté entre M. Pavy et le lieutenant Greely se trouve expliquée dans les correspondances*-officielles qui ont été rapportées à Washington, mais que le gouvernement n’a pas cru devoir publier jusqu’à ce jour. Il est cependant certain que le docteur Pavy était oppose à la retraite vers le sud, et qu’il demandait à être
- envoyé avec un Esquimau et un sergent jusqu’à l’embouchure du détroit de Smith. C’est contre son avis que le chef de l’expédition aurait ordonné l’évacuation du Fort Conger.
- Nous devons ajouter que le gouvernement des États-Unis est loin de considérer ces reproches comme fondés, car à la mort du général Hazen, il a nommé le lieutenant Greely pour succéder à ce savant officier, et lui a donné le titre de général, avec une rapidité à laquelle nous ne sommes point habitués en Europe, au moins pour les armées régulières.
- Le Dr Octave Pavy, dont nous reproduisons les traits, avait une physionomie douce, expressive et pleine de volonté. Depuis le jour où il avait connu Gustave Lambert, la conquête du Pôle Nord était devenue le but de sa carrière et de sa vie.
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- LA NA T LU K.
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- L’ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- La trompette électrique de M. Zigangi —
- En contruisant, le petit appareil représenté ci-contre (fig. 1), M. Zigang s'est proposé de remplacer la trembleuse classique par un appareil encore plus simple et pins économique, pouvant fonctionner dans toutes les positions, et susceptible d’un grand nombre d’applications.
- L’appareil se compose d’un tube de laiton de 6 centimètres de longueur et 4 centimètres de diamètre renfermant un électro-aimant boiteux dont les extrémités viennent en regard d’une plaque vibrante sur laquelle est fixée une petite lame de fer doux. Contre cette plaque-armature est une vis de réglage terminée par une pointe en platine servant d’interrupteur automatique, par la vibration même de la plaque-armature. Le fonctionnement du système se comprend à la seule inspection de la figure sans qu’il soit nécessaire d'insister.
- Un obtient avec deux éléments Leclanché mi •>son musical caractéristique dont on peut faire varier la hauteur, l’intensité et le timbre,
- . dans une certaine mesure par la manœuvre de la vis de réglage.
- La possibilité de fonctionner dans toutes les positions et quels que soient les mouvements plus ou moins brusques du système auquel l’appareil est suspendu permet de remployer comme signal d’appel à bord des bateaux, sur les chemins de fer, les tramways, etc.
- 11 peut aussi servir d’appareil récepteur au son et permet de télégraphier en signaux Morse ou autres signaux conventionnels formés de points et de traits représentés ici par des notes successivement brèves et longues, très faciles a distinguer et à traduire avec un peu d’habitude.
- permet de un tableau
- d’insister davantage
- lill
- Fig. 1. — Trompette électrique.
- Fig. 2. — Modèle de pile à cellulose sporique, de M. Germain.
- Enfin, le son particulier de l’appareil distinguer l’appel sans avoir recours à indicateur. Nous croyons inutile sur les applications de cet utile et précieux appareil qui rendra de nombreux services aux amateurs d’électricité pratique.
- L’emploi du cofferdam dans les piles. — Le nom donné à la substance appliquée aux piles par M. Germain est des plus impropres. Comme le fait observer avec raison M. de Parvillc, le mot anglais cofferdam signifie coffre à compartiment, blindage cloisonné; et la cellulose signalée par M. fallu de la Barrière est un revêtement destiné à mettre le cloisonnement de la coque des navires à l’abri des boulets.
- On a confondu le contenant avec le contenu. Quoi qu’il en soit, le nom est consacré par l’usage et il faut le conserver. Voici l’origine du cofferdam et de ses variétés employées dans l’industrie :
- Le genre de monoco-tylédones (pii produit la noix à cellulose absorbante (cofferdam ) appartient à la famille des Palmiers à croissance endogène, cocotiers divers, originaires des îles Seychelles. La noix, arrivée à un degré convenable de maturité est, en partie, remplie de cellulose. Chaque noix, de la grosseur de la tète, donne environ ISO grammes de cellulose brute. Une mince enveloppe extérieure recouvre un périspermo corné épais, qui, de bulbeux qu’il est en temps de maturité, devient ensuite sec, élastique et très léger. De ce périsperme, s’écoule une crème astringente dont la saveur est fort appréciée des indigènes des régions tropicales où croissent les cocotiers à cellulose. Une fois ce liquide sirupeux éliminé, il ne reste bientôt plus dans la noix qu’un amas de vésicules adhérant ensemble, sorte de trame légère, formée de cellulose accrochée à de nombreuses libres
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- LA NAT U HE.
- ligneuses. L'industrie française, déjà pourvue d’un matériel important., traite la noix entière en une seule opération. On emploie, à cet effet, des cardes en acier fortement trempé. Le feutrage formé par la confié de la noix de coco est aplati, puis introduit entre les cardes douées d’une grande vitesse. Les libres, tenaces et dures, se séparent de la cellulose, réduite en poussière. Les libres servent à la fabrication du cuir, du crin artificiel, à la sparterie, etc.'La cellulose est divisée en cellulose interne à gros grain et cellulose externe à grain lin. La première., indiquée par M. Pallu de la Barrière, officier supérieur de la marine, sert au calfeutrage de la coque des navires. En vertu de sa compressibilité, elle prend sous une pression énorme un très petit volume. Tout projectile lancé même à bout portant y pénètre et s’y engourdit.
- Les parois de la voie du projectile se referment instantanément. Les expériences les plus décisives ont été faites par la marine française sur cet obturateur naturel, léger et peu coûteux.
- M. P. Germain, agent de l’administration française des télégraphes, a, le premier, utilisé la cellulose externe, qu’il a dénommée cellulose sporique.
- Cette cellulose, séparée de la précédente par différence de grain et de densité, est ensuite soumise à une opération chimique qui a pour but, de la rendre inaltérable et inattaquable par les réactifs chimiques. Cette variété est remarquable par son pouvoir absorbant et tenace des liquides, même corrosifs. Elle est quatre fois plus légère que les spongiaires les plus subtils, et comme ceux-ci, pourvue de filaments cornés et de spiculés convenablement minéralisées. C’est une sorte d'éponge végétale, supérieure, en tous points, à l’éponge d’origine animale. Selon M. A. Beynier, la cellulose sporique peut, à la main, se réduire au quart de son vo-unie.
- La densité de la cellulose sporique est de 0,08. Son pouvoir absorbant est de 15 fois pour l’eau et de 20 fois pour la solution sulfurique à 28° Baumé.
- Lorsqu’on couvre une nappe liquide à froid, d’une couche de cellulose sporique, celle-ci flotte au-dessus sans s’imbiber. On tente en vain de l’immerger. Elle plonge un instant et reparaît sur l’eau.
- Cette particularité est duc à un corps gras que M. Germain s’est abstenu à dessein de détruire dans la cellulose. Pour imbiber celle-ci des diverses dissolutions chimiques de piles, on opère à chaud. La chaleur fait épanouir les cellules. A froid, celles-ci semblent sc refermer et retenir avec force le liquide absorbé.
- La cellulose m'augmente pas d’une façon appréciable la résistance électrique d'un liquide absorbé ; cela tient évidemment à son faible volume spéci-lique (— du liquide absorbé).
- La cellulose sporique constitue donc un excellent absorbant présentant une grande légèreté et une grande fixité chimique, et ses propriétés la rendent propre à son emploi dans les piles et accumulateurs.
- La forme généralement donnée aux piles à cellulose (fig. 2) comporte :
- 1° Un récipient en bois paraffiné, ébonite ou métal, formant l’une des électrodes;
- 2° Des zincs multiples laminés et amalgamés à froid dans la masse ;
- 5° Un liquide excitateur concentré, absorbé à chaud par la cellulose sporique ;
- 4° Un corps dépolarisant en granules humides ;
- 5° Une éleetrode négative en charbon ou en métal.
- Les caractères dominants des piles à cellulose par rapport aux piles en usage sont :
- Suppression de la verrerie et de la poterie, fragiles, lourdes et encombrantes, transportabilité, faibles poids et volume spécifique; entretien réduit à sa plus simple expression, constitution d’un diaphragme inaltérable, retard apporté à la formation des résidus cristallins par l’état de concentration des liquides absorbés. Ces piles, suivant leur destination, sont montées en un seul bloc aggloméré enfermé une fois pour toutes dans le récipient ou bien en plusieurs pièces séparées pouvant être réhumectées en cas de besoin.
- MM. Crosse ont établi pour la télégraphie volante de guerre des batteries équivalant à 18 éléments Daniell sous le poids de 2 kilogrammes; on a expérimenté avec succès des batteries de 12 éléments (poids, 12 kilogrammes) desservant simultanément une ligne télégraphique de 200 kilomètres de résistance totale et éclairant un télégraphe optique.
- M. Germain a créé en outre des accumulateurs légers d’une grande capacité. Il a constitué à l’aide de la cellulose sporique imbibée de dissolutions très conductrices de l’électricité, des communications-terre pour stations télégraphiques et paratonnerres d’édifices, pour bornes de dérivation à établir sur les lignes souterraines, pour rhéostats, etc.
- L’accumulateur à cellulose sporique se compose d’un récipient léger en bois, de plaques minces en plomb préparé par élcctrolyse ou par dépôt d’oxydes plombiques et d’eau acidulée.
- La résistance, la force électromotrice sont identiques à celles des accumulateurs à liquide; les plaques ne se déforment jamais et les oxydes ne peuvent se déplacer et se perdre. La circulation du liquide et des gaz se fait comme dans un liquide libre.
- L’emploi de la cellulose sporique dans les piles et les accumulateurs constitue donc un excellent procédé d’immobilisation des liquides.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 31 mai 1887. — Présidence de M- Jaxssex.
- Nénuphar fossile. — De passage à Paris, l’un des plus célèbres correspondants de l’Académie, M. le marquis de Saporta, dépose sur le bureau un magnifique échantillon; c’est un rhizome ou tige souterraine de nénuphar fossile (nymphéa Dumasü) de la molasse d’eau douce oligocène
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- de Provence. Il a de 26 à 27 centimètres de longueur sur 10 de diamètre, et sa surface est entièrement recouverte des insertions foliaires radiculaires, témoignant d’une plante des plus robustes par ses dimensions trois à quatre lois plus fortes que celles du nénuphar blanc de nos jours. Un sait comment Brongniart a découvert la nature du nymphéa arclhusœ des meulières de Longjumeau, grâce à la rencontre fortuite qu’il venait de faire d’un rhizome actuel desséché. C’est en vertu de cette analogie évidente i que M. de Saporta n’hésite pas à penser que le rhizome tertiaire était féculent, et que les palæothériums et autres herbivores oligocènes devaient en être friands. Les écorces qu’on trouve si fréquemment fossilisées en représentent sans doute les parties non comestibles.
- Le nalron. — On sait comment de nombreux lacs salés recouvrent encore de nos jours leurs bords de ces incrustations de carbonate de soude, dont les anciens nous ont laissé la description sous le nom de natron. Renfermant moins d’acide carbonique que le bicarbonate et plus que le carbonate neutre, cette matière est généralement considérée comme devant constituer un sesqui-carbonate; mais l’analyse de Yurao américain, recueilli par M. Bous-singault, montre que l’acide carbonique y est à la soude dans le rapport de 4 à 5. Partant de ces faits, auxquels l’avait ramené l’examen du produit d’évaporation des eaux de Royat, M. de Montdésir a mêlé le prato et le bicarbonate dans la proportion indiquée par les chiffres précédents. L’eau a déterminé une sorte de combinaison des deux sels qui, surtout en présence du chlorure de sodium, s’est déposée avec tous les caractères du natron.
- Le laboratoire Arago. — Tous les amis des sciences apprendront avec plaisir que l’activité de M. de Lacaze-Duthiers a procuré, au laboratoire de Banyuls, ces deux perfectionnements qui en font un établissement incomparable : une machine à vapeur de sept chevaux et une machine dynamo-électrique qui allume tous les soirs 25 lampes. La bibliothèque, les cabinets de travail, les aquariums brillamment éclairés permettent les recherches de nuit comme de jour. Les jeunes scaphandriers emportent avec eux, dans leurs explorations sous-marines, une lampe électrique qui augmente singulièrement le nombre de leurs trouvailles.
- Sur le dépôt des sables. — En même temps que les géologues s’accordent pour reconnaître que la clef des phénomènes passés est dans l’observation du présent, ils sont obligés d’avouer qu’on ne sait presque rien des phénomènes dont le bassin des mers est le théâtre. M. Thoulet, professeur à la Faculté des sciences de Nancy, pénétré de ce point de vue, reprend l’étude des grandes questions par leur racine, et c’est ainsi qu’il formule aujourd’hui les lois présidant à l’édification des talus de sable sous les couchés d’eau. La grosseur et la densité des grains, la densité et l’état de repos ou de mouvement du liquide l’ont amené à faire 350 expériences, que M. Bouquet de la Grye présente comme offrant une importance tout à fait exceptionnelle et sur lesquelles nous reviendrons quand le texte en sera entre nos mains.
- Le canal de Panama. — Chargé d’étudier les conditions physiques du futur canal interocéanique, M. Bouquet déclare qu’il résulte de ses études que le courant qu’y développeront les dénivellations des deux mers n’aura aucune influence sensible sur la navigation.
- Le mélographet — A l’aide de combinaisons méca-
- niques qu’on n’a pas décrites, M. Carpentier est parvenu à faire qu’un morceau de musique se trouve écrit par le fait seul qu’il est joué. Bien plus, une fois écrit, il se transforme en un quelque chose de fort analogue aux cartons du métier Jacquart, et il suffit de le disposer devant le piano, dans une caisse d’où une manivelle le fait sortir, pour que le morceau soit de nouveau joué, mais cette fois mécaniquement. On sent les diverses applications dont ce procédé peut être l’objet.
- Alliages d'étain. — Pour allier l’étain aux divers métaux du platine, M. Debray dissout ceux-ci dans quarante ou cinquante fois leur poids d’étain, puis il les isole par l’acide chlorhydrique étendu. Ils ont des formes cristallines et des propriétés que l’auteur étudie avec soin.
- Élection. — Le décès de M. Abicb ayant laissé vacante une place de correspondant, dans la section de minéralogie, elle est donnée à M. de Dechen (de Bonn), par 35 suffrages contre 14, réunis par Siacchi (de Naples).
- Varia. — D’après un médecin, dont le nom nous échappe, le régime lacté active la sécrétion de l’urée. — M. Laugier, préparateur au Muséum, étudie les propriétés du sélénite de manganèse, dont il indique le mode de production. — Les conditions de stabilité d’un système oscillatoire, soumis à des conditions d’isochronisme, occupent M. Cornu. Stanislas Meunier.
- CHRONIQUE
- Recherches sur la constitution moléculaire de l’acier. — MM. Ormond et Werth, du Creusot, ont fait récemment quelques expériences intéressantes sur la structure moléculaire intérieure de l’acier fondu. Une feuille laminée très mince fut placée sur une lame de verre et traitée délicatement par l’acide azotique jusqu’à ce que le fer fût entièrement dissous, de façon à laisser le carbone dans sa condition normale. Le résidu, examiné au microscope, démontra que le carbone n’est pas également réparti dans la masse, mais bien que l’acier consiste, dans son arrangement moléculaire, en particules très ténues de fer enveloppées dans une gaine de carbone. Ces gaines ou cellules sont à leur tour englobées dans la masse du métal, soit isolées, soit par groupes laissant de nombreux interstices entre eux, de sorte qu’une plaque pieut être laminée jusqu’à devenir transparente. Les espacements sont de formes irrégulières, et sont très remarquables dans le métal brut, mais les opérations du martelage et du laminage les réduisent considérablement, en augmentant d’une façon notable l’homogénéité de la masse.
- Les centenaires. — VAssociation britannique pour Vavancement des sciences a une habitude qu’on ne saurait trop louer, c’est de nommer des commissions qui subsistent plusieurs années à l’effet d’étudier quelques points particuliers de la science. L’une des dernières désignées est celle « des investigations collectives ». Elle s’est occupée entre autres des centenaires, a répandu des demandes de renseignements sur ce point et a réuni 52 observations de centenaires ou se disant tels, dont 11 avec pièces à l’appui. Le plus âgé a cent huit ans. Le professeur llumphry vient de résumer les données four-
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- nies par ces 52 sujets dans un supplément du Brislish Medical Journal (11 et 25 septembre 1880). La Revue d'anthropologie a récemment résumé cet intéressant travail. 16 de ces centenaires sont des hommes sur lesquels 2 restés célibataires, 56 sont des femmes sur lesquelles 10 célibataires. L’âge moyen des premiers à l’époque de leur mariage était de trente et un ans et celui des secondes de vingt-cinq ans. La durée moyenne du mariage des hommes mariés a été de cinquante-quatre ans et celui des femmes de trente-trois ans (nous laissons tirer les déductions). La moyenne des enfants de ces gens mariés a été de six; deux seulement n’en ont pas eu: un homme et une femme. Sur 49 examinés a ce point de vue, 5 ont été riches, 28 dans des conditions satisfaisantes de confort, et 18 étaient pauvres. Gomme antécédents de santé, l’un a été épileptique de dix-sept à soixante-dix ans, un autre a été paralysé à quatre-vingt-dix ans. La taille moyenne des hommes est de lm,74 et leur poids de 158 livres; la taille des femmes est de lm,60 et leur poids de 129. 22, dit-on, entendaient bien et 54 avaient une bonne vue, 28 sur 55 portaient des lunettes et 4 sur les 7 restant ne pouvaient probablement plus lire.
- Sur 46, 29 avaient une intelligence ordinaire 5, un affaiblissement intellectuel et 11 une haute intellligence.
- La mémoire d’événements récents est bonne chez 26, mauvaise chez 6 et modérée chez 7.
- L’un d’eux peut répéter cent psaumes correctement. Sur 45, 7 fument beaucoup, dont 4 femmes. Leur pouls moyen est de 75 et leur respiration moyenne de 24 par minute. Sur 42, 24 n’ont plus de dents. 57 réunis ont 144 dents dont 65 à la mâchoire supérieure (19 incisives, 8 canines et 56 molaires) et 81 à la mâchoire inférieure (25 incisives, 15 canines et 45 molaires). La moitié sont débiles par le fait du cœur 2 fois, du cœur et des poumons 5 fois.
- 11 serait intéressant d’avoir pour la France et les autres pays de l’Europe une statistique analogue.
- morable expérience des frères Montgollier a Annonay (1785), l'Académie des sciences ne reçut pas moins de 140 projets différents de direction des ballons. Parmi ces projets, il en est des plus remarquables, notamment celui de Brisson, membre de l'Académie des sciences, et celui du général Meusnier, d’autre part, qui a magistralement étudié la construction d’un aérostat allongé avec poche a air et rames tournantes ou hélices. Mais la plupart des autres projets sont absolument dérisoires, et quelques-uns d’entre eux sont marqués au coin de la plus pure fantaisie. Quelques mois après la découverte, un inventeur eut l’idée (le proposer de diriger les ballons en y attelant une bande d'oiseaux dressés. 11 écrivit à ce sujet, une lettre qui fut insérée dans le Journal de Paris. Parmi les projets qui nous sont adressés depuis plusieurs années, nous citerons ceux de quelques inventeurs qui nous ont soumis des systèmes analogues, en se figurant qu'ils avaient au moins le mérite de
- La4 priorité. Non seulement l’idée remonte à plus d’un siècle, mais elle a été étudiée sérieusement en 1845 par un aéronaute féminin, Mmc Tes-siore, née Yitalis. Mme Tessiore a publié à ce sujet une brochure, devenue fort rare, où elle développe son projet de diriger un ballon a l’aide d’un gypaète qui s’y trouverait attelé. Elle a, en outre, exposé à celte époque chez les marchands d’estampe une grande lithographie-affiche dont nous donnons ci-dessus une reproduction très réduite. Est-il nécessaire de faire des objections a un système aussi puéril ? Elles se présentent d’elles-mômes. 11 suffit de ramener le dessin a ses proportions exactes. Un aérostat capable d’enlever deux hommes doit avoir au moins 9 mètres de diamètre; un gypaète aux ailes étendues devrait être environ cinq fois plus
- /tf'1/ • .. . ;é . . V
- Projet de direction des ballons, par M““ Tessiore
- en 1815.
- 6 U R f 0 S IT É S
- DE LA NAVIGATION AÉRIENNE
- On ne saurait croire à quelles innombrables fantaisies a donné lieu le problème de la navigation aérienne depuis la découverte des ballons jusqu’à nos jours, si l’on n’a pas connaissance des livres, des brochures, des mémoires, des articles de journaux, des gravures et des dessins qui ont été publiés à ce sujet depuis un siècle. Dès l’année même de la mé-
- petit que le diamètre du ballon et il va sans dire que, dans ces circonstances réelles, ses efforts musculaires seraient bien impuissants à entraîner la masse à grande surface d’un ballon. Mme Tessiore a figuré un oiseau géant, comme il n’en existe que dans les Mille et une nuits: il nous a paru intéressant d’en reproduire un spécimen à titre de curiosité. , G. T.
- Le propriétaire-gérant : 6. Tissanhier. Imprimerie A. Lahure, 0, rue de Fleurus, à Paris.
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- N* 752. — 1 1 JUINjl887.
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- LES YËL0CIPÉD1STES MILITAIRES
- L’art militaire emprunte actuellement, à la science appliquée toutes les ressources dont elle dispose, et
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- il n’est pas jusqu’aux progrès de la vélocipédie qu1 ne contribue à subvenir au service des armées. Les Allemands ont recours, depuis quelques armées, rides équipes de vélocipédistes militaires destinés au transport rapide des dépêches.*l)e ce côté des Vosges, nous
- Fig. 1. — Vélocipédistes militaires français. (D’après nature.)
- Fig. 2. — Emploi de vélocipédistes dans l’armée anglaise. (D’après une gravure anglaise.)
- n’avons pas]non plus négligé de profiter des avantages d’un service analogue, et des vélocipédistes ont également été organisés dans notre armée. Le type de l’appareil adopté est le bicycle, tel que le représente notre figure 1, montrant un véloeipédiste militaire 15e année. — 2* semestre.
- en temps de campagne, et chargé du transport rapide d’une dépêche urgente.
- Nos voisins d’outrc-Manche ont été au delà de cet usage du vélocipède, pour l’envoi des dépêches; ils ont essayé de s’en servir pour transporter des muni-
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- LA NATUKE.
- tions avec un peloton de plusieurs soldats d'infan-terie. Tout récemment une très curieuse expérience de ce genre a été faite à Londres avec un appareil multicycle construit par M. Singer.
- Cette machine, vraiment curieuse, est représentée dans notre ligure 2 dont nous avons emprunté la composition au Graphie de Londres. Elle consiste en une série de vélocipédistes au nombre de douze. Ces hommes traînent, un chariot rempli de munitions; ils montent en une seule lîle, au lieu d’ètre deux ou .quatre de front, ce qui facilite de beaucoup le fonctionnement de l'appareil, et diminue la surface de résistance au vent debout. La rapidité de transport sur | une bonne route est considérable ; elle varie de 16 à ; 2n kilomètres à l’heure. Une fabrication particulière ; «les caoutchoucs évite qu’ils ne soient détériorés ^ même par une route un peu pierreuse. La mise en marche du système est commandée par un seul ' homme qui se tient à l’avant. Le mois dernier la machine a pu circuler dans les rues de Londres les plus fréquentées. On l’a vue tourner facilement dans un espace moins considérable que celui qu’il eut fallu à une voiture ordinaire, et marcher à grande vitesse, au milieu du mouvement des rues, sans qu’il en soit résulté aucun accident.
- L’équipe chargée de conduire ce multicycle est composée de volontaires exercés, capables de se livrer en outre à tous les exercices militaires.
- Le multicycle militaire que nous signalons aujourd’hui à nos lecteurs est actuellement soumis à un examen spécial du Ministre de la guerre anglais : les expériences ont lieu à Aldershot.
- CAUSES DE LA DESTRUCTION
- DES PIERRES DE CONSTRUCTION'
- Le professeur Thomas Egleston, de New-York, a entrepris un ensemble de recherches pour déterminer les causes de la destruction des pierres par délitage à l’air, et pour tâcher d’y remédier; il a donné connaissance de ses résultats à Y American Society of civil engineers.
- D’après ses observations, le granité subit des dégradations presque imperceptibles dans certaines conditions de l’atmosphère; mais, lorsque ces conditions sont mauvaises, les phénomènes sont tout autres, témoin l’obélisque égyptien érigé dans le Central Parh de New-York. En climat sec, ce monument a vécu 2000 ans intact, et, arrivé dans cet état à New-York en 1880, il manifeste déjà depuis cinq ans des signes de profondes atteintes.
- Les grès employés à la construction doivent être distingués en diverses catégories, suivant qu’ils contiennent dans la base qui sert de ciment aux parties sableuses des matières organiques, du fer, de la chaux ou de la silice.
- Les premiers tombent rapidement en état de dégradation ; les seconds n’offrent pas grande garantie ; les troisièmes, surtout dans les grandes villes, sont facilement attaqués par les éléments atmosphériques; les derniers seuls, à liaison siliceuse, semblent pouvoir être considérés comme pouvant résister suffisamment longtemps aux injures du temps.
- Parmi les calcaires, les carbonates de chaux purs et les
- dolomies sont peu attaqués par les éléments atmosphériques; pour ceux dans lesquels ces deux matières se présentent en proportions d’ailleurs variables, on note que les parties calcaires sont enlevées d’entre les parties dolomiti-ques d’autant plus rapidement que celles-ci dominent moins dans la constitution de la pierre. On reconnaît aussi que l’usure est plus grande dans les parties de la construction voisines de la surface du sol, et qu’elle va en décroissant avec la hauteur de l’édifice. On explique ce phénomène par la présence dans l’air des grandes villes d’une assez notable quantité d’acide carbonique et d’acide sulfureux, dont l’action délétère s’exerce surtout dans les parties de la pierre qui se trouvent traversées par l’eau provenant, soit du sol humide, soit d’une imparfaite distribution des canaux et conduites qui doivent recevoir les eaux pluviales. Vers le haut, les masses d’air pur brassent davantage les éléments acides dont il s’agit, et neutralisent plus efficacement leur action corrosive, au point de les annuler à une distance donnée du sol : cette action, dans les constructions des grandes villes, s’exerce par l’attaque et le lavage lent mais persistant des parties calcaires du ciment naturel, qui sont dissoutes par les eaux chargées d’acide carbonique, dont l’effet est énergique.
- Une des causes les plus efficaces de l’usure des pierres employées dans les constructions des villes populeuses, et qui n’a pas été signalée, consiste dans l’action polissante du vent chargé îles poussières des rues et frottant les surfaces ; cette usure, d’après M. Egleston, est plus considérable qu’on ne le pense généralement. Il mit en expérience un grand nombre de pierres, de dureté différente et de surfaces variables, et les soumit à une soufflerie d’air chargé de sable; pas une seule de ces pierres, pas même un diamant, n’ont résisté à l’usure, dans un temps relativement court.
- Les recherches faites sur les poussières des grandes voies urbaines ont démontré qu’elles se composent de divers éléments, spécialement de sable quartzeux anguleux, d’une forte proportion de fer métallique et diverses autres matières, qui, quoique moins dures, sont cependant assez résistantes pour polir et user les pierres par leur contact. Dans plusieurs cimetières urbains, on a constaté le fait de la disparition, au bout d’un long laps de temps, des inscriptions sur les pierres funéraires primitivement assez profondes et devenues presque illisibles dans les parties qui se trouvent précisément orientées du côté des principaux vents régnants.
- Enfin, M. Egleston croit pouvoir affirmer que jadis on prenait de bien plus grands soins dans le choix des pierres, qu’on tenait un compte sérieux de la nature du ciment naturel des pierres servant de tombeaux, tandis que nos architectes et constructeurs de mausolées actuels y regardent moins, et surtout négligent de donner à leurs œuvres les formes voulues pour que les eaux de pluie ne séjournent pas longtemps à leur surface, en facilitant de la sorte leur désagrégation 1.
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- LES INVENTEURS ET LES A.VEUGLES
- Avant Valentin Haüy, un certain nombre de philanthropes avaient bien imaginé divers moyens de faciliter l'éducation des aveugles et de les mettre en relation avec les clairvoyants, mais, quelque ingénieuses que fussent ces tentatives isolées, il leur
- 1 American Society of civil engineers et Société d'encouragement.
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- manquait la cohésion nécessaire pour constituer un ensemble fécond ; aussi étaient-elles condamnées à disparaître avec leurs auteurs. Au seizième siècle, Lucas de Saragosse avait eu l’idée de tracer dans du bois les caractères de l’alphabet en creux; Moreau, de Paris, imagina en 1640 les premiers caractères mobiles en relief, mais cet inventeur, comme tant d’autres, ne fut pas secondé dans ses travaux, et dut abandonner ses recherches. L’aveugle anglais Saunderson construisit les premières tablettes à calcul ; quant aux livres imprimés pour une jeune aveugle, MUe de Salignac, morte en 1765, Diderot 1 les attribue à Prault, mais ne nous donne aucun détail sur leur mode d’exécution. Nous ignorons également quelles étaient les méthodes suivies par Bernouilli, au commencement du dix-huitième siècle, pour l’instruction de Mlle Yaldkirk. L’obscurité qui règne aujourd’hui sur les essais faits à des époques si proches de la nôtre nous montre qu’ils n’avaient pu se généraliser, soit que les méthodes eussent été reconnues peu pratiques, soit surtout qu’elles eussent manqué, à leur début, de vulgarisateurs énergiques et persévérants comme le furent les deux inventeurs, l’un clairvoyant, l’autre aveugle, h qui nous devons les méthodes répandues aujourd’hui dans le monde entier. Ces deux inventeurs sont Valentin llaüy et Louis Braille.
- Valentin Haüv, né en 1745, était frère du célèbre minéralogiste auquel nous devons la Cristallographie. Frappé des résultats obtenus avec les sourds-muets par l’abbé de l’Epée, son contemporain, il résolut de doter aussi une autre classe de déshérités, les aveugles, de moyens propres à développer leur intelligence en facilitant leur instruction. Par une inspiration de génie, il entrevit tout ce qu’on pouvait demander au toucher, développé d’une façon si merveilleuse par la nature chez ceux qu’elle a privés du sens de la vue, à ce toucher qui permettait à Saunderson de distinguer, dans le médaillier de Cambridge, les médailles vraies d’avec les fausses, et de juger de l’exactitude d’un instrument de mathématiques en passant les doigts sur ses divisions. Après avoir fabriqué des caractères mobiles en relief, représentant les lettres de l’alphabet, Haiiy entreprit, en 1784, l’éducation d’un mendiant aveugle, le jeune Lesueur ; grâce aux progrès rapides obtenus, le nom de l’inventeur devint bientôt célèbre, et cette tentative fut l’origine de la fondation de notre Institution des jeunes aveugles de Paris, doyenne de celles du monde entier.
- Louis Braille, fils d’artisan comme llaüy, vint compléter l’œuvre de son devancier, eh scs travaux portent tous ce cachet de simplicité qui caractérise les inventions faites par des aveugles. Né en 1809 à Coupvray (Seine-et-Marne), Braille perdit la vue à l’âge de trois ans, par suite d’une blessure qu’il se fit en maniant un tranchet. Entré en 1819 à l’Institution des jeunes aveugles de Paris, il s’y distingua
- 1 Lettre sur les aveugles»
- comme élève, puis comme professeur, et publia, en 1829, son admirable Anaglyptographie, méthode de lecture et d’écriture par points en relief. Il s’inspira du système cryptographique imaginé en 1819 par l’officier d’artillerie Barbier, et sa méthode, comme nos lecteurs vont pouvoir en juger, est un chef-d’œuvre de simplicité pratique. Egalement propre aux manuscrits et à l’impression, cette méthode s’applique à l’orthographe, à la sténographie, aux mathématiques et à la musique ; employée depuis 1849 à l’impression des livres, elle est aujourd’hui presque universellement-adoptée; aussi un aveugle écrivait-il avec raison : « Ce que Gutenberg est pour les clairvoyants, Braille l’est pour nous; nous n’honorerons jamais trop sa mémoire. » Sans vouloir entrer ici dans de longs détails sur cette méthode, il nous a semblé utile d’en rappeler au moins les principes, et, si le lecteur veut bien nous suivre le crayon à la main, il sera promptement initié à l’alphabet Braille.
- Anaglyptographie. — Alphabet. — Marquons sur le papier six points disposés trois par trois sur deux lignes verticales, comme le 6 du jeu , ,, 4
- de dominos, et numérotons-les de haut en * • •5 bas en commençant par la gauche; nous aurons le signe générateur duquel dérivent tous les autres.
- Une première série de dix figures, obtenues par une combinaison méthodique des quatre points supérieurs, 1, 2, 4 et 5, constitue les signes fondamentaux.
- 1 « 1» •• •• • o • » • * 9
- 2 0 • •« ••••• «o
- abcdefg’hi j
- Ajoutons le point 5 à chacun de ces caractères, et nous aurons les signes d’une seconde série, donnant les lettres de h à t.
- Les points 5, 6, ajoutés aux signes fondamentaux, fournissent les signes de la troisième série, comprenant les lettres u, v, x, y, z, ç, é, à, è, h.
- On verra que la lettre é n’est autre chose que le signe générateur lui-même.
- Enfin, l’addition du point 6 à chacun des dix premiers signes donne une quatrième série, qui comprend les lettres â, ê, î, ô, û, ë, ï, ü, œ, w.
- Les points 4, 6 placés devant une lettre la font majuscule. Quant aux signes de ponctuation, formés par la combinaison des points 2, 5, 5 et 6, et aux signes de formation anormale, nous nous contentons de signaler leur existence.
- Chiffres. — Le numérique composé des points 5, 4, 5 et 6 change en chiffres ou en e nombres les signes ou groupes de signes . • ’ de la première série qu’il précède. Ainsi, la lettre a précédée de ce signe deviendra L le chiffre 1, la lettre b, le
- 7 7 • »•••• O
- chiffre 2, etc., et le nombre 1254, % •
- par exemple, s’écrira en faisant ,23^
- précéder du signe numérique les lettres abed.
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- LA 'NA T UH K.
- Les nombres ordinaux sont formés des points 2, o, 5, G,.
- Les fractions s’expriment en écrivant le numérateur en nombre cardinal
- et le dénominateur en nombre ordinal.
- Les signes équivalents aux chiffres romains sont minuscules et non précédés du numérique.
- Les points 5, 4 font coefficient le chiffre ordinal qu’ils suivent.
- Quelle que soit la simplicité de ces signes, les opérations d’aritmétique exécutées en les écrivant sur le papier seraient assez longues et difficiles ; aussi ne s’en sert-on que pour transcrire les résultats d’opérations faites à l’aide d’appareils à calculer dont nous donnerons plus loin la description.
- Musique. — Les six points de Braille servent encore pour l’écriture de la musique, en indiquant
- les notes de la gamme, leur valeur et leur position, les accords, signes d’altération, doigters, etc., etc. Nous voilà loin du bizarre système de notation inventé par un aveugle et cité par Guillié1 : « 11 représentait les mesures par des moules de boutons, la valeur des notes par des morceaux de liège plus ou moins épais, une ronde par un anneau, une noire par une pièce de monnaie, les silences par des lanières de cuir dentelées, etc., le tout enfilé sur une longue licelle... II avait plusieurs armoires remplies de cette singulière musique. »
- Sténographie. —
- L’espace considérable exigé par les signes en relief de Braille a naturellement tourné l’esprit des inventeurs vers des
- méthodes sténographiques destinées à abréger
- 1 Guillié, Essai sur l'instruction des aveugles.
- Fiji. 1. — Portrait de Louis Braille
- Fig. 2. — Styles divers. — 1. Style creux (Autriche). — 2. Stylo de la tablette Guldberg. — 3. Style à effaçoir (Ballu). — 4. Autre modèle avec effaçoir en bois (Ballu). — 3 et fl. Modèles ordinaires — 7. Modèle danois.
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- eriture. Les deux principales adoptées en France sont : le système imaginé par M. Ballu, professeur à l’Institution de Paris, qui attribue aux signes
- Braille les plus simples les sons les plus fréquents de notre langue ; c’est donc un système sono-graphique ; l’autre méthode, due à M. Maurice de la Sizeranne, directeur des revues françaises s’occupant des aveugles2, est un système orthographique empruntant, comme le précédent, ses signes à l’alphabet Braille.
- Lecture. — Les caractères, écrits ou imprimés en relief, se lisent avec l’extrémité interne de l’index de la main droite ou de la main gauche, les mains étant tenues ouvertes sur la page, et l’on est élonné de la rapidité avec laquelle certains aveugles, ayant appris de très bonne heure le système Braille, parcourent les lignes tracées d'après ce système si pratique.
- Ecriture. — Les signes anaglyptographiques, ou plus simplement l’alphabet Braille, s’écrivent sur un papier posé sur une tablette de bois ou de métal, dont la surface ondulée présente des rainures parallèles, horizontales et équidistantes, et d’une profondeur uniforme. Cette plaque, de la grandeur d’une ardoise d’écolier, est entourée d’un cadre en bois sur les bords latéraux duquel sont percés des trous .également espacés, destinés à recevoir deux goujons fixés aux extrémités d’un guide. Dans ce guide sont disposées deux rangées de fenêtres rectangulaires de la grandeur du signe générateur de l’alphabet Braille, et la
- 3 Le Valentin llaüy, imprimé en caractères ordinaires, et le Louis Braille, imprime en caractères anaglyptographiques. — Administration: 150, Boulevard Montparnasse, Paris.
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- largeur des rainures creuses de la plaque est calculée de telle sorte que la hauteur des fenêtres du guide corresponde à trois de ces rainures. L’a-
- veugle, qui tient il la main et verticalement un style à pointe métallique arrondie, forme dans chaque fenêtre un des signes qu’il veut écrire; par suite de
- Fig. 5. — Divers appareils pour l’écriture des aveugles. — 1. Guide à pistons (signora délia Casa. — 2. Tablette recto-verso (Laas d’Aguen). — 3. Tablette danoise (Guldberg). — 4. Réglette anglaise. — 5. Réglette française (Bullu). — G. Tablette autrichienne. — 7. Tablette française (Brpille. — 8. Stylographe (de Bcaufort).
- la faible profondeur des rainures, le style donne au papier, qui doit être d’une épaisseur convenable, le relief nécessaire pour la lecture, sans que ce papier puisse être perforé entièrement.
- Après chaque mot, l’écrivain doit sauter une fenêtre pour créer l'intervalle nécessaire, et, toutes les deux lignes terminées, il soulève légèrement les deux extrémités du guide, qu’il traîne sur le cadre jusqu’à ce que les goujons dont nous venons de parler aient pénétré dans les deux trous qui suivent ; le voilà prêt alors à recommencer deux lignes nouvelles.
- Une remarque essentielle, sur laquelle nous ap-
- pelons l’attention de nos lecteurs, est celle-ci : les caractères s’écrivent en creux et doivent être lus en
- relief ; l’aveugle est donc obligé d’écrire à l’envers du papier et de les former de droite à gauche, en les retournant, afin qu’ils puissent être lus à l’endroit de gauche à droite, comme nous lisons nous-mêmes.
- Nous reviendrons plus loin sur cette question du renversement de l’écriture en indiquant la possibilité de l’éviter. 11 peut être intéressant de savoir à quelle vitesse peut atteindre un aveugle habitué à écrire le Braille; certains aveugles peuvent écrire, à l’heure, la valeur d.: 100 vers alexandrins.
- Fig. f. — Fac-similé de l'écriture stylographique en relief, spécialement écrit ' par un aveugle pour les lecteurs de La Nature.
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- Bien des formes différentes ont été données par la suite à la tablette Braille, que nous venons de décrire, et notre dessin indique (fig. o) un certain nombre de ces variantes, s’écartant plus ou moins du type adopté aujourd’hui. Dans la plupart de ces modèles, le ybord supérieur du papier est maintenu par une planchette à charnière articulée sur le haut du cadre. Dans d’autres, la feuille est tendue entre deux châssis emboîtés l’un dans l’autre, et formant un cadre double, qu’il suffit de retourner pour repérer exactement le papier lorsque, le recto terminé, on désire écrire au verso dans les interlignes laissés libres. Ce système permet ainsi d’utiliser une bien plus grande surface du papier. L’aveugle se sert aussi de petites tablettes de poche ou réglettes, dont hotre dessin représente différents modèles; ce sont, pour la plupart, d’étroites bandes de zinc ondulé sur lesquelles sont articulés à charnière des guides portant plusieurs rangées de fenêtres. Dans quelques-unes de ces réglettes, les rectangles sont festonnés, leurs côtés latéraux se composant de deux petites courbes destinées, grâce à l’angle formé par leurs intersections, à mieux assurer la position du style, pour chaque point qu’on doit tracer. Au lieu de rainures parallèles, certaines tablettes, employées en Amérique et en Angleterre, portent en creux, à l’aplomb de chaque fenêtre rectangulaire, les six points du signe générateur, formant ainsi une série de matrices dont le style serait le poinçon. D’autres fois, ces points sont au contraire en relief, et nécessitent l’emploi d’un style creux, analogue à l’extrémité vide d’un de nos porte-mines. Telle est la disposition adoptée, par exemple, pour la tablette autrichienne de notre dessin; elle offre de plus cette particularité que, la plaque métallique étant absente, elle est remplacée par la plaquette inférieure du guide, qui est double. Le papier, comme on le voit, est saisi par le bord supérieur du cadre, et passe entre les deux parties de cette réglette-guide. Avec les points en relief sur le guide et un style creux, les aveugles écrivent les signes tels qu’ils seront lus, et n’ont pas à s’occuper du renversement de l’écriture, qui n’est plus nécessaire. Il va sans dire que, dans cette énumération sommaire des inventions ou perfectionnements concernant les aveugles, nous nous bornons à en donner une simple description ; à notre Institution de Paris, aucun de ces prétendus perfectionnements n’a été adopté, et l’on s’en tient encore, depuis plus d’un demi-siècle, à l’emploi exclusif de la tablette Braille; nous en concluons que les diverses modifications dont elle a été l’objet n’ont pas été reconnues, après expérience faite, susceptibles de donner, dans la pratique, d’aussi bons résultats que l’invention primitive. C’est ainsi que nous voyons souvent rejeter par les aveugles, comme trop compliquées et peu pratiques, des inventions qui nous avaient séduits tout d’abord par leur originalité. Pour terminer notre revue des appareils à écrire, nous mentionnerons la tablette danoise de M. Guld-berg, de la forme d’un petit portefeuille, et dans
- laquelle la plaque métallique ondulée est remplacée par une feuille de caoutchouc. M. Laas d’Aguen, l’ami dévoué que les aveugles viennent de perdre tout dernièrement, est l’inventeur de la tablette recto-verso représentée dans notre figure, et qui permet d’écrire des deux côtés du papier en retournant simplement la tablette, dont les fenêtres, percées sur l’une des faces, correspondent aux parties pleines ondulées de l’autre face, et vice versa.
- Une Italienne, la signora délia Casa, a fait construire l’appareil représenté sur notre dessin. Un petit chariot, portant six boutons qui commandent six poinçons mobiles, glisse le long d’une réglette munie d’encoches équidistantes. A chaque coup frappé avec le doigt sur l’un des boutons, le poinçon correspondant fait saillie et vient tracer un point sur le papier; un ressort fait relever le poinçon, et, après l’écriture de chaque signe, on fait glisser le chariot d’un cran le long du guide. Cet appareil n’est pas employé dans la pratique, et nous ne le signalons qu’à titre de curiosité.
- Lorsque nous voulons écrire à un aveugle, il nous suffit, pour nous habituer rapidement à renverser les signes de l’alphabet Braille, de les copier tels que nous les voyons dans une glace ; nous pouvons aussi nous servir du tableau imaginé par M. Meri-canl, professeur de tour à l’école des aveugles de Toulouse, et qui donne d’une part l’alphabet droit, de l’autre, l’alphabet renversé, avec leur traduction en lettres ordinaires. Nous pourrions enfin n’apprendre qu’un seul alphabet, qui est l’alphabet renversé, et le lire en creux, ce qui nous est facile. Dans ce cas, notre alphabet lu et notre alphabet écrit seraient identiques.
- M. Jules Schônfeld donne par ordre numérique, dans un ingénieux tableau, les différentes combinaisons de points anaglyptographiques, leur traduction en lettres usuelles et le caractère de Braille correspondant. Un clairvoyant, non initié au système Braille, pourra, grâce à ce tableau, trouver rapidement la traduction des signes en relief que lui adresse un aveugle.
- stylograpliie. — Bour mettre les aveugles en communication avec les clairvoyants, bien des systèmes ont été essayés depuis un siècle; la plupart consistaient à faire tracer par l’aveugle, avec un crayon, les caractères de l’alphabet ordinaire, en se servant de guides percés de fenêtres.
- Dans le système de Hebold, employé en Allemagne, les lettres sont inscrites dans des carrés portant une encoche au milieu de chacun de leurs côtés. En Angleterre, la tablette Moon, composée de petites lames de bois collées sur une étoffe, permet d’écrire en ligne droite le long du bord d’une de ces lames, que l’on replie les unes sur les autres à la fin de chaque ligne. L’écriture au crayon a été étudiée également par Guldberg en Danemark, Ga-limberti en Italie, et Bourgougnon en France. Valentin Haüy avait aussi imaginé l’écriture au crayon en plaçant le papier sur un cadre à l’intérieur du-
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- quel étaient tendues parallèlement des cordes à boyau ; entre ces cordes on pouvait tracer des signes de même hauteur. Enfin, plus récemment, Duphau avait construit son transtangible, au moyen de lames étroites de carton équidistantes collées sur un carton épais ; le papier étant posé sur cette tablette garnie de larges sillons, l’aveugle sentait avec la pointe de son crayon le bord des lames en relief. Mais tous ces systèmes ne permettaient pas à l’aveugle de contrôler ce qu’il avait écrit. C’était une écriture en relief qu’il fallait trouver, écriture facile à lire pour les clairvoyants non initiés au Braille, et que le doigt de l’aveugle pût tracer et lire avec facilité.
- Le système existe aujourd’hui : c’est la stylogra-phie, inventée par M. le comte de Beau fort. Rien de plus simple que l'appareil appelé stylographe, imaginé par cet inventeur; le premier venu, aveugle ou clairvoyant, peut le construire lui-même. Recouvrez une feuille de carton d’un morceau de molleton ou de drap épais, après avoir tendu sur cette feuille une série de fils de fer ou de ficelles parallèles et horizontales, espacées d’au moins 4 millimètres, placez sur cette tablette une feuille de papier, et à l’aide d’un style, tracez en les retournant, les lettres de l’alphabet ordinaire, en arrondissant les angles et en négligeant les liaisons. Le relief des ficelles permet de faire des lettres d’égale hauteur. Vous aurez ainsi tracé, après un court apprentissage, des lignes de lettres en creux, que l’aveugle pourra lire en relief, en retournant le papier. Si vous éprouvez de la difficulté à renverser les signes de l’écriture, écrivez les lettres en creux h l’endroit, et l’aveugle, habitué à écrire le Braille, les lira facilement en relief et à l’envers. Les aveugles ont accueilli très favorablement cette invention si simple, qui les met en rapport avec des clairvoyants étrangers au système Braille, et la stylographie, expérimentée depuis quelque temps à l’Institut national de Paris et dans trois écoles françaises, a déjà donné de très bons résultats. Quelques mois suffisent aux élèves pour écrire correctement, et nous pouvons mettre sous les yeux de nos lecteurs le fac-similé d’un spécimen d’écriture stylographique, tracé à leur intention par un zélé partisan de ce système. Arthur Good.
- — A suivre. —
- LES MALADIES DE LA VISION
- ET LES EMPLOYÉS DE CHEMINS DE FER EN ANGLETERRE
- Depuis quelques années, les Compagnies de chemins de fer se sont préoccupées à juste titre de soumettre régulièrement leurs employés à un examen spécial pour s’assurer qu’ils ont une bonne vue et savent exactement distinguer les couleurs.
- Nous croyons utile d’indiquer comment on procède sur l’une des principales lignes de chemins de fer de l’Angleterre à l’égard des mécaniciens et des chauffeurs.
- Des cartons sur lesquels on a disposé irrégulièrement de 16 à 18 taches noires carrées de 5 millimètres de côté, sont présentés en pleine lumière à une distance de 4™,50
- devant l’homme examiné. On lui demande de compter le nombre de taches avec chaque œil successivement, et s’il s’acquitte bien de l’opération, on le considère comme bon pour la vue à distance. Chaque tache noire de 5 millimètres de côté correspond à une surface de 600 millimètres de côté vue à la distance de 550 mètres environ. On lui demande ensuite de distinguer, avec chaque œil séparément, et à la même distance de 4m,50, le rouge, le bleu, le vert et le jaune. On place devant lui un paquet d’écheveaux dans lequel on en choisit un d’une couleur quelconque, rouge par exemple, et on lui dit de réunir les échantillons analogues. On répète l’opération avec le vert et le bleu.
- Les hommes sont examinés consciencieusement; dans bien des cas, lorsqu’il y a doute, on renouvelle, les épreuves, et finalement on a recours à un médecin oculiste qui prononce sans appel. Il peut arriver que des employés sachent distinguer les couleurs, sans connaître exactement leurs noms; si l’on place entre les mains de l’un d’eux un écheveau de laine rouge et qu’il l’assortisse avec un écheveau vert, en déclarant que tous deux sont de la même couleur, on doit admettre qu’il n’a pas la notion exacte des couleurs, au moins en ce qui concerne le vert et le rouge, et ne peut en conséquence être chargé de la conduite d’une locomotive.
- Pour la Compagnie où l’on applique ce mode d’épreuve, 97 pour 100 des hommes examinés avaient une vue bonne et correcte. Ce résultat est la conséquence de l’examen préalable auquel sont soumis tous les mécaniciens à leur entrée en service et de l’exclusion préventive des apprentis chez lesquels on constate une insuffisance de la vision.
- Pu. Dsi.ahaye,
- UNE ARAIGNÉE DE MALAISIE
- LA NÉPHILE A VENTRE DORÉ (NEPHILA CHRYSOGASTER)
- Au déclin de l’été, dès les premiers jours de l’automne, en travers des avenues des parcs, des allées des jardins, se forment des ponts aériens, frêles édifices au milieu desquels, dans le réseau géométrique de leurs fils, restent suspendues immobiles de grosses araignées grisâtres, au ventre distendu et luisant.-Les femelles, énormes, occupent d’immenses toiles, charniers de dentelle où s’appendent tristement les cadavres emmaillottés des insectes, imprudents voyageurs entraînés là par leur mauvaise fortune ou par quelque courant contraire.
- Plus modestes sont les males, et beaucoup plus petits; leurs filets sont moins grands et généralement tendus à proximité de ceux des femelles. Si quelque secousse ébranle le fragile édifice, l’on voit filer le long des câbles soyeux la hideuse bête, et elle disparaît sous une feuille pour revenir, s’enfuir, reparaître et s’évanouir encore jusqu’à ce que la créature nerveuse et soupçonneuse soit remise de sa primitive frayeur.
- La vie précaire de ces pauvres êtres n’est qu’une succession d’alertes, d’angoisses et d’émotions de tous les instants. Être toujours en garde contre quelque ennemi, n’échapper qu’à grand’peine au bec de l’oiseau pour voir sa demeure détruite s’en aller, lambeau tristement pendant après l’ombrelle ou .le
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- LA NATURE.
- chapeau des promeneurs, être à la merci d’un coup de vent, dépendre de tous et de tout : pénible et amère existence! On aurait mauvaise mine à moins.
- A l’instar de nos Epéires, les Néphiles, araignées de 1’ archipel Indien, bâtissent leurs réseaux aériens à environ lm,70 du sol, souvent plus haut, de telle sorte que sans cesse le visage se trouve exposé à donner dedans. Nullement effrayée de cette rencontre, la grande araignée se promène tranquillement avec ses grandes pattes lui donnant l’aspect d’un Landais juché sur des déliassés; elle parcourt votre visage, vos bras, vos épaules, et descend tranquillement le long de votre corps jusqu’à la feuille la plus prochaine, ne se pressant nullement de disparaître. Rien, chez ces puissantes espèces, ne vient nous rappeler les brusques mouvements, les fuites effarées de nos araignées; elles semblent avoir conscience de leur force et je leur soupçonne, en effet, peu d’ennemis. Au contraire, toute la gent ailée et turbulente des insectes aériens vient leur payer un large tribut. Les lourds scarabées sont arrêtés par le fort tissu aussi bien que les épineuses sauterelles; les papillons y embarrassent leurs ailes brillantes, et les mouches bourdonnantes y sont emprisonnées malgré leurs murmures ; parfois les petits oiseaux s'y voient arrêter ; sont-ils victimes de l’araignée? C’est ce que je n’ai pas vu et ce que je ne saurais dire.
- J’ai fait connaissance avec les Néphiles, il y a dix ans et plus, en 1876, au nord de Java, à Rjockolan, district maintenant ravagé par l’éruption du Kra-katau. Dans la grande forêt vierge ces belles araignées n’étaient point rares et leurs immenses toiles occupaient des espaces de plusieurs mètres. Composées de fils élastiques et forts, elles étaient à ce point solides que mon casque de liège, mon satacko, restait facilement suspendu dedans lorsque j'y donnais tète baissée.
- Le male, comme on voit sur notre gravure, est un minuscule pygmée à côté de la femelle ; et celle-ci, incarnation animale du mythe de Sémiramis, ne dévore que trop souvent son époux. Quand elle a pondu ses œufs, elle les enveloppe dans un cocon soyeux, premier berceau de sa progéniture.
- Dans les Moluques, en Nouvelle-Guinée, à Sal-wathy de même qu’à Andaie, je retrouvai les Néphiles et plus d’une tendit même sa toile entre les bambous dépassant du toit de notre rustique demeure du havre de Dorey. Mais de mœurs éminemment sylvatiqucs ou champêtres, jamais ces Epéires ne pénètrent dans les maisons, rarement même s’installent-elles à proximité des habitations. Leurs endroits favoris sont les éclaircies dans les fourrés de la forêt vierge ; elles laissent aux Argiopes à l’abdomen trapu, aux Phyllodromes à la livrée souris, le soin de chasser aux insectes dans les demeures des hommes.
- Et certes, en ces régions, la curée est riche, à la nuit, autour des lumières, des lampes à réflecteurs dont la clarté paraît avoir pour les papillons un ]
- attrait irrésistible. Us s’acharnent, volant lourdement, donnant de la tète contre les verres des lanternes, jusqu’à ce que la flamme finisse par les atteindre et les dévorer.
- Trop heureux ceux qui périssent ainsi et ne se survivent pas à eux-mêmes. Mais trois fois misérables sont les blessés qui, imparfaitement brûlés, s’agitent en tournoyant sur place, couvrant de leurs débris roussis les tables où ils sont retombés agonisants, ou se traînent sur la terre où leur imprudence les a tristement fait choir. Profitant de ces désastres, les maraudeurs accourent et dévorent sur place ou entraînent les malheureux estropiés. Notre petite maison du havre de Dorey fut souvent le théâtre de ces scènes de désolation.
- Le soir, à la lumière, accouraient en foule, quand la pluie n’était pas trop violente, de petites noctuelles, des -sauterelles ou quelques lourds coléoptères. Les insectes à demi brûlés retombaient sur la table et devenaient la proie des fourmis qui se trouvaient là, en quête de quelque aubaine. On remarquait aussi des araignées très actives qui, se laissant choir des toits au bon moment, happaient lestement quelque pauvret et disparaissaient avec lui. Il y avait surtout certain énorme Phyllodrome, robuste araignée d’un brun grisâtre qui déployait en ces circonstances une véritable intelligence.
- Cette bête de proie qui, les pattes étendues, était certes plus large que la main, passait la journée blottie dans ma moustiquaire où je la laissais en toute tranquillité faire la chasse aux moustiques. Je la sentais bien parfois, pendant la nuit, passer sur ma jambe ou mon visage, mais le moindre mouvement suffisait pour la faire disparaître. Ce compagnon de mes nuits ne quittait ma moustiquaire que les soirs où les insectes donnaient autour de la lumière. Tout à coup, si quelque noctuelle ou sauterelle s’arrêtait un moment sur la table, on entendait la chute d’un corps tombant lourdement du toit et l’araignée disparaissait avec sa proie. Un jour même, M. Raffrav l’ayant chassée, elle revint un moment après chercher, au milieu des cartes de notre partie de piquet, la sauterelle qu’elle avait dû abandonner.
- Le genre Nephila proposé par Leach, en 1817, diffère surtout du genre Epeira par les pièces buccales (lames maxillaires et pièce labiale) beaucoup plus longues que larges. Chez le mâle le tibia de la patte mâchoire ne recouvre pas le bulbe, celui-ci étant simple et globuleux, mais prolongé par un long stylet couronné.
- On a rapporté à ce genre une espèce européenne, Epeira fasciata; mais c’est une erreur de l’auteur, car cette forme rentre dans le genre Argiope.
- Le nombre des espèces connues du genre Nephila est d’environ 50 ainsi réparties : Afrique et Madagascar, 20; Asie méridionale et Malaisie, 7 ; Océanie, 19; Amérique, 4. On voit donc que ces araignées sont confinées dans la zone, tropicale excepté les JSephila davata, L. Koch, du Japon, et N. plumipes, | C. Koch, du Sud des États-Unis, et quelques formes
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- LA N A TU NE.
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- australiennes. Les espères les plus connues sont Ne-phila femoralis, Lucas (senegalensis, Walker), de la côte occidentale d'Afrique; N. inaurata, Walk (Madagascar iensis, Vins), région de Madagascar; N. mandata, Fab (chrysogaster, Walk), Malaisie des Indes orientales; JS. antipodiana, Walk (imperialis, I)ol), Malaisie et Indo-Chine; iV. clavata, L. Koch, Chine et Japon; N. clavipes, Linn., Antilles; N. durvillea, Walk {prolixa, L. Koch), Polynésie; N.edulis, La-hill., Nouvelle-Calédonie; JS. fasciculata, Degeer, Amérique du Sud, etc.
- J’adresse ici, en terminant cette esquisse, tous mes remerciements à mon excellent et savant collègue, M. Eugène Simon, qui a bien voulu me prêter un superbe exemplaire de la JSephila chrysogaster, appartenant à sa riche collection, et d’après lequel
- M. Clément a exécuté le dessin fidèlement et habilement exact que nous lui avons demandé.
- Maurice Maindron.
- CERF-VOLANT AMÉRICAIN
- Ce qui caractérise le cerf-volant américain, c’est une forme polygonale ne nécessitant que des baguettes droites, une attache par trois brides, et une queue très longue en corde et étoffe.
- Ses propriétés sont : une construction très simple, une facilité de transport très grande, une docilité merveilleuse à l’enlevage et à la manœuvre.
- Pour l’enlevage il n’est pas nécessaire de courir. Si le vent est bon, il suffit de le présenter au vent pour qu’il parte tout seul. Si le vent est faible, il faut un aide pour le
- CoupeC D
- Vue pur bout
- Fig. i à 5. — Cerf-volant américain, figures d’ensemble et de détails. — 1. Cerf-volant monté. — 2. Détail d’un morceau.
- 4. Queue. — 5. Cerf-volant américain orné ; poids terminé 250 grammes.
- ô. Dévidoir.
- tenir à distance, mais il suffit de ramener vivement la corde, sans courir, pour qu’il prenne le vent et s’élève.
- Décrivons un cerf-volant très maniable de 80 centimètres de hauteur.
- 3 0 5
- Proportion du triangle BCD = ^ S r. p .
- Les baguettes dépassent le corps de un centimètre h chaque bout. Elles sont rondes, de 6 millimètres de diamètre, en poirier passé à la filière, et très droit de fil : C’est la qualité indispensable.
- Le papier doit être à la fois mince et résistant. Tous les’>• angles et le centre sont consolidés par un quart de rond ou un cercle en toile.
- La bride est composée de trois brins en bon fouet AB, AC, AD (fig. 1).
- La longueur de chaque brin est la même et égale à BD ou CD.
- La queue est attachée au bout d’une autre bride EFG, dont les longueurs EF, EG sont encore les mêmes que BD.
- En A, à la bride triple, en E, à la bride double, une
- boucle permet d’attacher la corde et la queue au moyen d’une petite barrette, passée dans la boucle.
- Poids de trois baguettes. . . . 70 grammes.
- Poids de la carcasse avec brides. 75 —
- Poids du cerf terminé et paré. 95 —
- Poids du papier et des renforts j
- en toile.....................20 —
- Surface du cerf-volant. . . . 0m4,36 décimètres carrés.
- A chaque extrémité des baguettes un petit trou est percé à un centimètre du bout. Une ficelle est passée dans ces ,trous et tendue de manière à raidir le tout. Une goutte de colle forte à chaque trou empêche ensuite le bois de glisser sur la ficelle. Au préalable on a fait au centre D une bonne ligature des trois bois ensemble (sans les entailler) ,‘ et la ligature est vernie à la colle forte.
- Une queue en papier, serait beaucoup trop légère pour ce genre de cerf-volant. 11 faut une queue en étoffe longue de 10 à 12 fois la hauteur du cerf. Voici comment on procède.
- Une corde de 19 mètres de longueur, pesant 65 grammes,
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- a été tendue et tordue sur elle-méine jusqu’à refus. Pliée ensuite en deux et abandonnée à elle-même, en maintenant les deux bouts ensemble, elle se tortille. Elle a ainsi 9 mètres et pèse 7 grammes au mètre courant.
- L’étoffe est du calicot pesant 100 grammes au mètre carré. Elle est coupée en morceaux rectangulaires, qui vont en diminuant de largeur par séries, de mètre en
- mètre, la hauteur restant uniforme 10 centimètres
- suivant le tableau suivant : Hauteur. Cent. Cent N oint ire.
- |er mètre. . . . 10 20 9
- 2e —• . . . . 10 18 9
- 5° — . . . . 10 10 9
- 4e — . . . . 10 14 9
- 5° — . . . . 10 12 9
- 6e — . . . . 10 10 9
- 7e — . . . . 10 8 9
- 8e — . . . . 10 0 9
- 9e , t . 10 5 9 8?"
- Chaque morceau est refendu en languettes de 2 centimètres de largeur jusqu’à 2 centimètres de l’axe (fig. 2). (Il reste 4 centimètres non refendus au milieu) pour tous les morceaux depuis 20 centimètres jusqu’à 10 centimètres de largeur (du premier au.septième mètre.) Ceux de 8, 6 et 5 centimètres sont refendus jusqu’à un centimètres de l’axe, auquel il reste 2 centimètres entiers.
- Pour fixer ces morceaux sur la corde, on ouvre par force le toron sur un peu plus de 10 centimètres de longueur, à l’aide de deux clous plantés sur une planchette. On y introduit le morceau de manière que les deux brins de la corde ouverte occupent bien l’axe; puis, enlevant un des clous, on laisse la corde revenir sur elle-même. Elle tord l’étoffe avec elle, ce qui la maintient assez solidement. Mais pour plus de sécurité, lorsque la queue est terminée, il est bon de coudre la toile à grands points après la corde.
- Entre chaque morceau, on laisse un intervalle d’environ un centimètre. L’étoffe étant blanche, par exemple, on remplace chaque neuvième morceau par un morceau d’une couleur plus foncée, bleue par exemple, ce qui indique la fin du mètre, et fait bon effet. C’est un repère assez commode.
- La queue, constituée comme le montre la figure 4, est excellente pour les vents forts, mais elle est un peu lourde quand le vent est faible ou moyen. J’ai donc été amené à la recouper en plusieurs tronçons, reliés l’un à l’autre par une boucle et un bouton. J’ai ainsi quatre queues suivant la force du vent.
- Longueur Poids Force
- en mètres, en grammes. du vent.
- A G 95 vent faible.
- A+B ~ 7 115 vent moyen soutenu.
- A+B+C. . 8 157 vent assez fort.
- À—f— B —1~ G —1). 9 165 vent fort. Le cerf est très dur
- à tenir; brûle les»mains.
- Lorsque la queue est trop légère, ce cerf-volant présente une particularité remarquable. Au lieu de donner une tète à la manière des nôtres, il prend subitement un violent mouvement d’hélice ou de tourbillon sur lui-même, très inquiétant pour la solidité de la corde ou de la carcasse. Il faut s’empresser de lui rendre vivement la main, et, quand il est calmé, de le ramener avec beaucoup de précaution à terre, et de changer la queue.
- Pour la commodité du transport, je fais un portefeuille
- composé de deux feuilles de carton très mince. Il a la forme du cerf-volant, fermé des quatre côtés CBHFG, et ouvert seulement des deux côtés CKG. J’v glisse le cerf, qui est ainsi à l’abri de tout accroc. Dans un endroit sec il se conserve indéfiniment.
- Enfin voici un petit dévidoir (fig. 5), très commode pour éviter de se couper ou brûler les doigts comme il arrive si souvent. C’est une. simple planchette de hêtre de 7 à 8 millimètres d’épaisseur, découpée et munie aux deux bouts d’une poignée en bois tourné. 11 rend le jeu accessible aux jeunes filles qui s’y passionnent comme de simples garçons. Tel qu’il est, il suffit largement à deux pelotes de ficelle assez forte : il en tiendrait peut-être trois. Chaque pelote a environ 150 mètres.
- Pour donner une idée de la docilité du cerf-volant américain il suffit <le décrire les matches auxquels" se provoquent les jeunes Américains. Voici comment ils les pratiquent.
- Les concurrents, aussi nombreux que l’on veut, accompagnés chacun d’un aide, se rendent dans une vaste plaine. Les juges du camp tracent par terre au cordeau une longue ligne perpendiculaire à la direction du vent, et sur cette ligne une série de carrés ou de cercles équidistants de 1 mètre à lm,50 de diamètre, en nombre égal à celui des concurrents. Chacun de ceux-ci prend place dans une de ces loges et n’en peut dépasser les limites sans forfaiture. Chacun a armé la pointe de sa 'queue d’une ou deux lames de canif perpendiculaires à la queue et le tranchant en Pair, formant une sorte de grapin tranchant.
- Le jeu consiste à attaquer son voisin de droite ou de gauche et à chercher à couper sa ficelle avec cette espèce de grapin, et si l’on réussit son cerf-volant vous appartient. Pour y arriver, il faut faire dériver son cerf-volant, au moyen d’une manœuvre de la main plus facile à exécuter qu’à décrire, de manière à-l’amener au-dessus de celui de son adversaire, comme le faucon domine sa proie, et quand la position est convenable à le laisser tomber subitement et à le renlever ensuite non moins subitement quand le grapin est arrivé sous la ficelle. Tout cela doit s’exécuter sans sortir de son carré. Ce serait certainement impraticable avec nos légers cerfs à queue de papier.
- Voici enfin la manière dont on orne les cerfs-volants de fête. Le croquis "ci-joint (fig. 5) le fait suffisamment comprendre. On ajoute une petite baguette verticale qui dépasse plus ou moins. On fait dépasser aussi les trois baguettes de la carcasse. Sur ces baguettes on cerne le corps de deux ficelles distantes de 8 centimètres. En haut trois flammes en papier pelure de différentes couleurs, et de 1 à 2 mètres de longueur. Sur les ficelles et au bord du cerf une série de lames du même papier (sauf sur le côté de la queue, qui reste [libre). Tout cela ondule, frémit et bruisseau vent. F. Pottier, ingénieur civil.
- SUR LA THÉORIE DU TÉLÉPHONE
- LE MONOTÉLÉPHONE OU RÉSONNATEUR ÉLECTROMAGNÉTIQUE.
- Par des expériences antérieures dont nous avons autrefois rendu compte1, M. E. Mercadier a établi que le diaphragme magnétique d’un téléphone ré-
- 1 Yoy. Tableî des matières des années précédentes.
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- LA NATURE.
- eepteur est animé de deux espèces de mouvements qui se superposent.
- Les uns sont des mouvements de résonance, moléculaires, indépendants de la forme extérieure; ce sont précisément ceux qui permettent au diaphragme de transmettre et de reproduire tons les sons, propriété caractéristique qu’il aurait fallu préciser nettement dans le nom même du téléphone en l’appelant pantéléphone. Les autres sont des mouvements A'ensemble, transversaux, correspondant au son fondamental et aux harmoniques du diaphragme, et qui dépendent de son élasticité, de sa forme et de sa structure : ceux-l'a sont nuisibles au point de vue de la transmission nette de la musique et de la parole, car ils altèrent le timbre, leurs harmoniques 11e coïncidant que par le plus grand des hasards avec ceux de la voix ou des instruments usuels.
- En faisant prédominer à volonté un genre de mouvement sur l’autre, on peut mettre hors de doute l’existence des deux genres de mouvements ainsi que leur superposition. C’est ce qu’a réalisé M. Mercadier dès 1881, et récemment sous une forme plus simple, dans l’appareil représenté ci-contre.
- On dispose le diaphragme d’un téléphone quelcpnque de façon à faciliter le plus possible ses vibrations transversales. À cet effet, au lieu de l’encastrer par les bords, on le pose simplement sur un nombre de points suffisants d’une ligne nodale. S’il s’agit,
- par exemple, d’un diaphragme circulaire 1), on perce trois ouvertures a de 2 à 5 millimètres de diamètre sur les sommets d’un triangle équilatéral inscrit dans la circonférence qui constitue la ligne nodale du premier harmonique, et l’on pose le disque sur trois pointes en liège disposées de la même manière sur un plateau fixe et pénétrant dans les ouvertures.
- Cela étant, faisons passer dans la bobine de l’appareil une série de courants d’intensité très faible, de période graduellement décroissante, par exemple, provenant de l’émission de sons musicaux devant un transmetteur quelconque, téléphonique, micro-phonique ou radiophonique.
- Dans ces conditions, le récepteur ne vibre d’une façon appréciable que sous l’action des courants traversant l’électro-aimant E, ayant une période égale
- à celle du son particulier ou spécial à la plaque. Il 11e reproduit plus qu’un seul son, et non pas tous les sons indistinctement; c’est un monotéléphone, par opposition au téléphone ordinaire qui reproduit tous les sons et constitue un pantéléphone.
- Le monotéléphone reproduit bien aussi quelques sons harmoniques du son spécial, mais leur intensité est extrêmement faible; il ne reproduit, et ne renforce, à la façon d’un résonnateur, (pie le son spécial ou ceux «pii ne s’en écartent que de un à deux eommas.
- U11 tel appareil 11e reproduit à peu près rien de la parole ordinaire : on 11’entend que des sons d’un timbre modifié et des articulations émoussées, le tout noyé en quelque sorte dans la sonorité du sou
- toutes les fois
- Moiiotéléphone de M. Mercadier.
- qu’il se fait entendre.
- Mais on peut, à l’inverse, faire prédominer les mouvements moléculaires de résonance sur les mouvements d’ensemble, en fixant le diaphragme sur les bords ou en certains points.
- Le moyen le plus simple de faire l’expérience est le suivant : on reçoit dans le monotélépilone des sons différents successifs ou simultanés parmi lesquels se trouve le son spécial, ou des paroles articulées à peu près à la hauteur de ce son. O11 approche l’oreille du diaphragme : tant qu’elle en est à une certaine distance ou qu’elle l’effleure tout au plus, on entend seulement le son spécial; mais, si l’on appuie de plus en plus l’oreille sur le diaphragme, le son spécial s’affaiblit peu à peu, et l’on finit par entendre tous les sons avec une égale intensité, ainsi que la parole articulée sans altération sensible du timbre. Par cette seule opération très simple, on a rendu aux mouvements de résonance la prédominance sur les transversaux, et à l’appareil la propriété pantéléphonique que possède le téléphone ordinaire à diaphragme encastré.
- Les deux genres de mouvements sont donc bien nettement établis. La conséquence pratique dé ces recherches est qu’il faut favoriser les mouvements moléculaires aux dépens des mouvements transversaux, et donner au diaphragme d’un téléphone les formes et les dimensions qui répondent le mieux à ces conditions.
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- LA NATURE.
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- DISTRIBUTEUR ÉLECTRIQUE
- SYSTÈME ItRUSET
- Il est remarquable de voir avec quelle rapidité se développe et se perfectionne une première idée semée dans le champ de la science appliquée. Il y a quelques années nous avons fait connaître les curieuses tirelires automatiques que l’on voyait fonctionner a Londres et à Paris pendant les Expositions. Il suffisait de jeter une pièce de deux sous dans la tirelire, pour faire fonctionner un petit tableau [mécanisé où des pantins en mouvement ne manquaient pas de faire la joie des enfants. Les sommes ainsi amassées étaient généralement consacrées à des œu-
- Fig. 1. — Vue extérieure du distributeur électrique.
- avons fait connaître récemment le distributeur anglais de cartes postales et de papiers à lettres. Nous avons décrit le distributeur de journaux de M. Gal-land1 ; il existe un grand nombre d’autres systèmes analogues : les uns vous livrent un billet qui contribue à une loterie de caisse d’épargne, les autres vous donnent une boîte d’allumettes, etc. 11 est certain que ces appareils, véritables vendeurs automatiques, peuvent rendre des services dans les grandes villes et se prêter à des usages multiples.
- Nous ferons connaître aujourd’hui un nouveau distributeur de ce genre, qui est très répandu dans les rues de Paris : ce distributeur, inventé par M. Brunet, fonctionne pour la distribution du Petit Journal moyennant un sou, mais il est surtout uti-
- 1 Voy. n° 721, du 26 mars 1887, p. 261.
- vres de bienfaisance / On a vu paraître ensuite [les tirelires balances, qui indiquent votre poids quand vous montez sur la plate-forme dont l’appareil est muni, et que vous avez jeté une pièce de dix centimes dans la tirelire1. Ces balances obtiennent actuellement beaucoup de succès et on en voit partout exposées dans les passages, dans les gares et dans les endroits où la circulation est animée. De là aux distributeurs, c’est-à-dire aux appareils qui livrent un objet, boîte d’allumettes, carte postale, etc., moyennant la pièce de monnaie qui en représente la valeur, il n’y avait plus que quelques progrès à réaliser. Ces progrès ont été faits, et ils se sont manifestés sous forme d’appareils multiples, plus ou j moins ingénieux, plus ou moins bien conçus. Nous
- Fig. 2. — D* (ail intérieur du mécanisme.
- Usé pour la distribution, moyennant une pièce de dix centimes, de petites boites de bonbons au miel. Cet appareil comporte de nouveaux perfectionnements sur ses devanciers, aussi nous a-t-il paru intéressant de le signaler.
- L’appareil en question est applicable à la vente «le tout objet dont le poids et le volume sont constants et pour les prix de 5 centimes, lü centimes, 50 centimes, 1 franc, 5 francs, 10 francs, 20 francs, etc. Alors que les autres distributeurs fonctionnent au moyen d’un mécanisme plus ou moins ingénieux et perfectionné, le distributeur Brunet fonctionne par un déclenchement électrique qui se produit lors du passage de la pièce.
- Un point qui est très important à noter, est que ce
- 1 Voy. ii° 654, du 12 décembre 1885, p. 21.
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- LA NAT LUE.
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- distributeur aura ôté le premier (jusqu’il présent il est encore le seul) qui de lui-même opère son fonctionnement complet : dès qu’il a encaissé la somme prévue, il porte au dehors la marchandise vendue, tandis que dans tous les distributeurs existant aujourd’hui, après avoir mis les dix centimes, le public doit agir lui-même, soit ouvrir un tiroir qui entraîne l’objet vendu, soit actionner un levier, etc., en un mot, fournir une force qui est indispensable au fonctionnement, et que l’appareil est incapable à produire seul.
- Le schéma que nous publions (fig. 5) nous permettra de faire comprendre le dispositif de l’appareil.
- Le distributeur électro-automatique se compose d’une roue distributrice A garnie à sa circonférence de cases d’égale grandeur où l’on place des objets dont le poids et le volume sont constants. Ils se trouvent distribués un à un, en X, au fur et a mesure que la roue exécute son mouvement de rotation .
- D’autre part se trouve un tube plat T dans lequel
- Caisse
- Fig. 3. — Figure explicative du distributeur électrique.
- on place la pièce de monnaie (dix centimes, par exemple). An milieu du tube se trouvent deux points de contact M et N, laissant entre eux un intervalle égal au diamètre d’une pièce de dix centimes.
- Dans le socle de l’appareil se trouve une pile dont le courant, passant par l’élcetro-aimant E, ne se trouve interrompu qu’entre M et N.
- Si l’on place dans le tube une pièce de dix centimes, elle tombe jusqu’aux deux points M et N sur lesquels elle est retenue. Elle ferme ainsi le circuit du courant qui passe par la pièce elle-même, et actionne l’électro-aimant E placé au-dessus de la roue distributrice. L’armature de lelcctro étant attirée en F, pivote en G, et soulève ainsi à son prolongement le petit marteau II qui était engagé dans un des crans d’une crémaillère circulaire placé au dos de la roue A et qui lui servait de point d’arrêt.
- Cette roue se trouvant décalée, et étant sollicitée par le poids des paquets à distribuer, commence son mouvement de rotation et laisse échapper en X un paquet qui tombe sur un plan incliné et glisse au dehors.
- Il faut remarquer que le point de contact M est mobile; il fait partie d’un coude en cuivre pivotant
- en L, et terminé à son autre bras par une tige lx placée devant les divisions de la roue distributrice. Aussitôt cette dernière a-t-elle commencé à tourner qu’une de ses divisions soulève la tige K, le coude pivote en L, et le contact M, s’éloignant de N, laisse tomber la pièce de monnaie dans la caisse. Le courant se trouve alors interrompu, l’armature de l’élec-tro est rappelée à sa position primitive par un ressort à boudin li, le marteau II cale de nouveau la roue en pénétrant dans le cran suivant; l'appareil se trouve ainsi au repos, et prêt à opérer une nouvelle distribution lorsqu’on introduira une autre pièce de dix centimes.
- En outre, on a placé au-dessus de la roue une série de tubes (pie l’on remplit de paquets, lesquels, par leur poids, vont garnir les cases vides au-dessous d’eux. Un poids B dont le fil s’enroule sur la poulie C a pour effet d’augmenter la force de rotation. Une petite porte ferme l’entrée de la monnaie aussitôt que le dernier paquet est distribué. Enfin une sonnerie électrique placée sur le circuit annonce l’encaissement de chaque pièce de dix centimes.
- La figure 1 (page 29) donne la vue extérieure du distributeur ; un écolier est représenté au moment où il met une pièce de 10 centimes dans la tirelire, la boite de pastilles tombe dans un godet placé a gauche et à la partie inférieure au-dessous de la lettre P du mot pastilles. La figure 2 montre le distributeur ouvert avec son mécanisme.
- SÉANCES ANNUELLES
- DE U SOCIÉTÉ FB&NÇMSE DE PHYSIQUE
- Les séances annuelles de la Société française de physique, qui attirent chaque année un grand nombre de professeurs de province venus à Paris à l’occasion du Congrès des sociétés savantes, avaient lieu jusqu’ici pendant les vacances de Pâques. Pour des raisons qu’il ne nous appartient pas (de discuter ici, le Congrès des sociétés savantes a été remis à la Pentecôte, et les séances de la Société de physique ont été renvoyées à la même époque.
- L’exposition a obtenu son succès accoutumé. L’éclairage des salles et dégagements était fait a l’aide d’une machine dynamo-électrique de MM. Saulter et Lemonnier, à potentiel constant, alimentant dix lampes à arc système Cance et seize lampes à incandescence, et réalisant ainsi un éclairage mixte très intéressant au point de vue pratique.
- Les honneurs de ces séances ont été pour le mélographe et le mélotrope de M. J. Carpentier, et la soudure électrique des métaux par les procédés Benardos. Ces appareils et procédés seront décrits prochainement dans La Nature avec gravures à l’appui, et nous n’en parlons aujourd’hui que pour en signaler le succès.
- Les appareils de mesure étaient représentés par un électromètre périodique dû à M. J. Carpentier, résolvant un problème bien longtemps cherché, un voltmètre sans aimant permanent de la maison Breguet, le wattinètre de M. Zipernowsky qui permet de déterminer avec précision et rapidité la puissance et le rendement des transformateurs, appareils dont nous parlerons aussi prochainement,
- M. E. Mercadier exposait ses monotéléphones ou réson-
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- LA NAT UH E.
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- auteurs électromagnétiques dont nous donnons la description dans le présent numéro. La télégraphie à transmission rapide comprend les appareils’ de sténotélégraphie de M. Cassagnes et les appareils Delany, déjà très répandus en Amérique et en Angleterre.
- Signalons parmi les accumulateurs les plaques à montage amovible au mercure, et un type vertical dit à grand débit pour la traction et la propulsion, exposés par M. E. Blanc. Les accumulateurs de M. de Montaud, à grande surface, servaient aux expériences de soudure électrique dont nous parlerons prochainement.
- Les appareils d’optique étaient aussi en grand nombre, mais, en général, d’un caractère un peu trop spécial pour être décrits à nos lecteurs malgré tout leur intérêt.
- Signalons enfin, parmi les appareils déjà décrits dans La Nature, le batteur de mesure de M. J. Carpentier, les ampèremètres à mercure de M. Lippinann, les amorces à projection dites mèches Ruggieri, de MM. Scola et Rug-gieri, les voltmètres régulateurs de M. E. Reynier, les appareils de M. Moissan ayant servi à l’isolement du fluor, les transformateurs de MM. Zipcrnowskv, Deri et Blâthy, les enregistreurs de MM. Richard frères, le siphon automatique de M. Radiguet, les tableaux relatifs aux expériences de M. Wevher, l’hygromètre de M. Nodon, etc.
- CHRONIQUE
- Le port de Sébastopol. — Sébastopol se relève rapidement de ses ruines, et dans un an la ville sera entièrement reconstruite; la population qui, il y a dix ans, atteignait à peine 12000 âmes, dépasse aujourd’hui le chiffre de 40000. Le gouvernement russe tient à faire de Sébastopol le quartier général de ses forces navales dans la mer Noire ; et dans ce but il accorde annuellement à cette ville un subside de 750000 roubles; le port, d’ailleurs excellent, a l’immense avantage de n’être jamais fermé par les glaces. Sébastopol lut fondé en 1784, sous le règne de Catherine, près du village tartare d’Akhtiar ( c’est-à-dire la robe blanche). Le tsar Nicolas 1er contribua beaucoup à donner à la ville un grand développement; il en fit un port militaire important et une forteresse avancée contre Constantinople. Après la guerre de 1854-1855, il ne restait plus que quinze maisons debout ; aujourd’hui, la ville avec ses nouvelles et splendides constructions est devenue un véritable lieu de plaisance, une station balnéaire très recherchée, et un port de guerro de première classe.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 6 juin 1887. — Présidence de M. Janssex.
- Propriétés physiques de Vacide sulfureux. — Un se rappelle les expériences à l’aide desquelles MM. CaiUetet et Mathias ont étudié la densité de l’éthylène et du protoxyde d’azote à l’état liquide et à l’état de vapeur saline. Les mêmes auteurs reprennent aujourd’hui la question pour l’acide sulfureux, avec le même appareil muni nécessairement d’un mode de chauffage quelque peu différent ; ils emploient des bains d’eau ou la distillation de corps ayant des points d’ébullition fixes comme l’alcool amy-lique, le toluène, le xylène et enfin les produits obtenus par la distillation fractionnée des pétroles bruts d’Amérique. Mis ainsi en mesure d’élever la température jus qu’à 4 fit)0 et opérant sur de l’acide sulfureux parfaitement
- pur, provenant de la réaction mutuelle de l’acide sullu-rique et du mercure, les auteurs ont obtenu les nombres suivants que nous extrayons de leurs tableaux :
- à + 7°,5 . . . . 0,00624
- 16°,5 .... 0,00858
- 24°,7. . . . . . . 0,00112
- 57°,5 . . . . 0,0169
- 010,0 . . . . 0,0626
- 135° . . . . 0,1888
- 144° . . . . 0,2495
- 152°,5 .... 0,3426
- 154°,9 . . . . 0,4017
- Toutes ces densités sont rapportées à l’eau à 4°...
- MM. Cailletet et Mathias sont allés plus loin encore et ont apporté le plus grand soin à la détermination du point critique de l’acide sulfureux: c’est, suivant eux, à 456° que ce composé présente la même densité à l’état liquide et à l’état gazeux, et non pas à 155°,4, comme l’avait observé M. Sajotchewsky.
- Voici du reste quelques-unes des mesures de densité fournies aux auteurs par l’acide sulfureux liquide; elles sont extraites de six séries d’expériences :
- 0° .... 1,4338
- 21o,7 .... 1,3757
- 102°,4 .... 1,1041
- 120o,45 .... 1,0166
- 154o,75 .... 0,7317
- 154o,3 .... 0,6706
- 1550,05 .... 0,6370
- La vie propre des muscles. — Voici une expérience étrange pour laquelle un des physiologistes qui nous ont révélé le plus de merveilles biologiques, M. Brovvn-Sé-quart, tient à prendre date. Après la mort d’un animal à qui on a coupé la moelle épinière, on excite séparément les muscles des deux pattes postérieures, et on obtient ainsi pour les deux côtés deux tracés parfaitement symétriques. Ceci posé, on prend un autre animal semblable au précédent et avant de trancher la moelle on excise d’un côté le nerf sciatique. On trouve alors, après la mort et pendant plusieurs semaines, que le muscle du côté correspondant à la section du nerf donne une courbe moins accidentée que les précédentes, mais qu’à l’inverse, le muscle du côté opposé a gagné en énergie ce que l’autre a perdu. Des tracés mis sous les yeux de l'Académie rendent palpable le fait encore inexpliqué que M. Brovvn-Séquart vient de découvrir.
- Les métaux du platine. — Poursuivant un sujet d’étude dont nous avons parlé déjà l’autre jour, M. Debray annonce que les alliages d’étain et de rhodium ou d’iridium, ou de palladium abandonnent après l’action de l’acide chlorhydrique un résidu singulier. C’est une poussière ayant l’aspect du graphite qui déflagre quand on la chauffe dans le vide, sans dégager de gaz et en laissant un produit oxydé. En l’emplaçant l’étain par le zinc, on peut obtenir une matière qui contient jusqu’à 12 pour 100 d’oxygène. Ces corps-là sont, suivant l’ancienne terminologie aujourd’hui abandonnée, essentiellement catalytiques; c’est-à-dire qu’ils déterminent par condensation l’inflammation des mélanges gazeux explosifs.
- FAiologie de la diphtérie. — Il y a déjà longtemps qu’on a rattaché la diphtérie à la pépie des volailles M. Tessier (de Lyon), apporte de nouveaux arguments à l’appui de cette thèse. En plusieurs circonstances, où l’origine du mal était restée douteuse, il en a trouvé les
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- LA N A TU RL.
- racines chez des gens vivant en intimité avec des poules ou avec des pigeons.
- Election d'un vice-président. — M. Janssen étant devenu président par le décès de M. Gosselin, on procède à son remplacement comme vice-président. Les votants étant au nombre de 62, M. Hervé Mangon est désigné par 55 suffrages contre 25 donnés à M. Descloizeaux, et 1 à M. de Lacaze-Duthiers; il y a un bulletin blanc.
- Le filage de l'huile. -— C’est le nom que les marins donnent à la propriété de l’huile répandue sur la mer de mettre immédiatement fin à la production des brisants. M. l’amiral Cloué vient aujourd’hui lire à ce sujet un long mémoire rempli des observations les plus intéressantes. Il résulte de très nombreux faits relatés que la dépense en huile a été en moyenne de 2',20 par heure
- et que l’épaisseur de liquide gras étalé sur l’eau ne dépasse pas I/'JO 000 de millimètre (!). Le filage de l’huile s'impose donc, suivant les expressions de. l’auteur, à tout navire menacé.
- Varia. — M. Zenger étudie la périodicité des perturbations magnétiques en France et en Russie. — La chaleur de combustion occupe MM. Berthelot et Longuinine — Des lettres de candidature à la place vacante dans la section de médecine sont adressées par M. le I)r Guyon et par M. le Dr Trélat. — Un appareil enregistreur des chemins parcourus par un marcheur et des temps employés à ce parcours est présenté par M. Marev. — M. Carpentier soumet un électromètre industriel et un pendule électromagnétique. — Un procédé rapide de dosage de la fécule est décrit par M. Girard. Stanislas Meunier.
- Le mascaret du 12 avril 1887, à Caudebec. (D’après uue photographie instantanée de M. C. l’etilon, de Rouen.)
- LE MASCARET DU 12 AVRIL 1887
- A CAUDEBEC
- II y a quelques années, nous avons décrit la barre de la Seine1 à l’époque des grandes marées; nous renverrons le lecteur à cet article oîi nous avons essayé de donner l’explication de ce phénomène qui se manifeste tous les ans avec plus ou moins d’intensité. Un de nos lecteurs, M. P. Perrot, nous a envoyé de Mouville (Seine-inférieure) quelques détails au sujet de la barre ou du mascaret observé à Caudebec le 12 avril 1887.
- La marée cette année a été de 116°. La grande
- lame qui produit l’inversion de la Seine, était suivie de la ligne d'ételles ou vagues accessoires qui se déroulait avec fracas. Un grand nombre de touristes ont assisté à cet imposant spectacle. M. Perrot nous a envoyé d’autre part une belle photographie instantanée du phénomène. Cette photographie, (pie nous reproduisons ci-dessus, a été faite avec beaucoup d’habileté par M. Petiton, de Rouen. La barre est visible au premier plan, où l’on voit le flot au moment même de son passage sur le quai; la ligne d’ételles s’aperçoit au large et s’avance en une lame de la plus grande régularité.
- Le pr9priétaire-(jérant : G. Tissandieu.
- 1 Voy. u° 107, du 19 juin 1875 p. 55.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- A» 755. — 18 J L IA 188 7.
- LA NA T URL.
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- LE MATÉRIEL DES POMPIERS DE PARIS
- A PROPOS DR L’RNCENDfE DE l’oPKJU-COMIQI’E
- L’incendie de l’Opéra-Uomique ;i été raconté par la presse quotidienne tout entière; il nous suffira
- de rappeler qu’il a eu lieu subitement le mercredi 25 mai, au moment même de la représentation de Mignon, et pendant le premier acte de cette pièce. Sous l'action d’un bec de gaz, le feu prit tout à coup aux frises de la scène; en quelques secondes, les décors se trouvèrent enllammés, et le foyer ne tarda
- L'incendie de POpéra-Comique, à Paris, le niai 1887. — Usage des échelles de sauvetage.
- pas à acquérir une intensité et un développement que rien alors ne pouvait arrêter.
- 11 résulte de ce début de la catastrophe, que la cause même d’un tel accident pourrait être évitée: 1° eu employant la lumière électrique comme éclairage; 2° en se servant de décors incombustibles.
- Aussitôt que le feu se manifesta, la panique se
- 15e année.
- répandit parmi le personnel du théâtre et les spectateurs. Tandis que la salle pouvait être évacuée en cinq minutes si le public avait gardé son sang-froid, les poussées et les bousculades qui eurent lieu au milieu des fumées dont le monument se remplissait peu à peu, eurent pour résultat d’obstruer certaines issues, et d’empêcher que l’on
- 2“ semestre.
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- LA NAT LL K.
- r»i
- ouvrît des portes par oîi pouvaient s’échapper les victimes. Plus de quatre-vingts personnes périrent asphyxiées ou brûlées par les flammes.
- Cette catastrophe démontre la nécessité d’avoir dans les théâtres et les salles de réunion, de très nombreuses issues, d’éviter les portes à battants que la pression d’une foule affolée peut empêcher d’ouvrir, et de se servir autant que possible à l’entrée tles loges de portes à coulisses, entrant dans le mur, et dont aucune pression extérieure n’entraverait le fonctionnement.
- Quelques personnes se figurent que lors de l’incendie d’un théâtre, il est bon de ne point se hâter, de rester en place dans son fauteuil ou dans sa loge, d’attendre que les poussées aient cessé, pour sortir parmi les derniers. C’est une erreur qui a coûté la vie à de nombreux spectateurs.
- Quand le feu se déclare dans un immeuble, et surtout dans un théâtre, l’apparition des flammes est précédée par un dégagement extraordinairement intense de fumées acres, irritantes, formées par la distillation de toutes les matières organiques, décors, tissus, tentures, chauffées par les premières flammes. Ces fumées, formées d’oxyde de carbone, de vapeurs empyreumatiques, et d’acroléine, provoquent la toux, la suffocation, irritent les yeux, et déterminent promptement l'asphyxie. L’intérieur d’un théâtre incendié ne tarde pas à être rempli entièrement de ces gaz, dont la température très élevée produit une dilatation considérable ;, quand les premières issues sont ouvertes, ces gaz comprimés s’échappent en torrents de fumée. L’air du dehors rentre par un contre-courant,, et fournissant l’oxygène nécessaire à la combustion, les gaz prennent feu. Les flammes s’élèvent alors, et dévorent tout, au milieu des cris désespérés des victimes.
- Pendant la terrible catastrophe du 25 mai, on a accusé le service des pompiers d’être lent : on a dit que les premières pompes n’avaient guère fonctionné qu’un quart d’heure après le commencement du sinistre. Nous avons voulu nous rendre compte de ce qu’il y avait de justifié dans ce reproche, et nous avons reconnu qu’on ne pouvait opérer avec plus de rapidité qu’on en a mis.
- Les casernes de pompiers, qui seules possèdent les grandes pompes à vapeur, les plus voisines de POpéra-Comique, sont les trois casernes de la rue Blanche, de la rue J.-J.-Rousseau et de la place du Château-d’Eau. 11 a fallu prévenir par les boutons électriques le sapeur de service â ces casernes ; aussitôt l’alarme du feu donnée, il faut atteler les chevaux et partir à toute vitesse. L’opération de l’attelage dure au moins deux minutes, et ne saurait être exécutée plus promptement. Il faut ensuite le temps nécessaire pour se rendre sur le lieu du sinistre au milieu de la circulation des rues ; une fois arrivé, il faut placer les tuyaux, faire fonctionner les pompes : il est de toute impossibilité qu’un quart, d’heure au moins ne se soit écoulé déjà, et, en un quart d’heure, le foyer, quand il s’agit d’un théâtre
- où tout est comhustihle, a déjà pris un développement que rien ne saurait plus vaincre.
- Les pompiers des petits postes du voisinage, de la rue Drouot, de la rue de Choiscul et de la Bibliothèque nationale, sont arrivés avant ceux des casernes; mais ces sapeurs ont aussitôt couru au secours des personnes avant d’attaquer le feu.
- Non, il n’y a rien à reprocher au service des pompiers; bien au contraire. Il m’a été donné pour ma part d’assister au sauvetage de deux malheureuses femmes que l’on apercevait tout en haut du monument, au-dessus de la dernière corniche qui borde les toits, et les sapeurs, que j’ai vus à l’action, ont montré le courage et le dévouement qui sont l’honneur de leur corps. Les flammes s’élevaient déjà de toutes parts (les toits et des fenêtres mansardées. La fumée enveloppait le monument tout entier, mais de temps en temps, un coup de vent la rabattait, et l’on voyait alors les deux malheureuses, faire des gestes désespérés. Parfois elles semblaient vouloir se jeter du haut de l’édifice, et la foule (pii les voyait d’en bas, leur criait avec une angoisse que rien ne saurait dépeindre : « Attendez, attendez, voilà les pompiers ! »
- Une immense échelle à montants mécanisés arriva ; on la plaça devant la façade de POpéra-Comique, on la dressa de toute sa longueur, et les pompiers montèrent jusqu’à sa partie supérieure. Mais l’échelle n’atteignait pas encore le sommet de la toiture : il fallut descendre en chercher une autre plus petite. Un sapeur, resté au sommet de l’échelle commençait pendant ce temps à lancer l’eau de l’extrémité de la lance qu’il tenait à la main. Les flammèches tombaient de toutes parts autour de lui, mais il restait impassible au milieu du feu. Un autre pompier ne tarda pas à monter avec une petite échelle qu’il posa sur une des corniches du monument; il atteignit enfin les malheureuses qu’il aida à descendre, au milieu des acclamations de la foule. Gaston Tissandier.
- — A suivre. —
- L’EXPLOITATION DU SILEX
- AUX TEMPS PRÉHISTORIQUES
- Pour la fabrication de leurs armes et de leurs outils, les hommes préhistoriques ont dû faire un choix, telle roche se prêtant mieux à la taille ou permettant un travail plus fini que telle autre roche. Ils ont parfois transformé des cailloux roulés; le plus souvent, ils ont exploité la matière première à ciel ouvert, à l’endroit même où elle affleurait. Mais ces ouvriers de la première heure, n’ayant pas tardé à observer que les pierres (pii possèdent leur eau de carrière sont d’un travail plus facile et plus sûr, ont cherché à retirer du sein même de la terre des matériaux plus propices à être transformés en armes et outils plus ou moins délicats. On a retrouvé, en effet, les restes de ces exploitations primitives. Pour-
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- lanl, les découvertes de ce genre sont Lieu pou nombreuses. La première a été laite1 à Spiennes (Belgi-t|ue); on mit au jour des puits d’extraction qui communiquaient avec des galeries ayant servi à l’exploitation des silex de la craie. Depuis, de pareilles carrières ont été décrites en Angleterre dans deux localités différentes. Jusqu’il ces dernières années, on ne connaissait en France rien de ce genre. Kn septembre 1885, M. Cartailhac et moi avons observé ;i Mur-de-Barrez les ruines d’une exploitation primitive; depuis j’ai visité et étudié en détail ce gisement, et voici, résumés, les faits que j’ai constatés1.
- Mnr-de-lîarrez est un chef-lieu de canton du département de l’Aveyron. Au point de vue topographique, cette petite ville appartient plutôt au Cantal ; car elle est bâtie sur une des collines formées dans tout le département par les dernières digitations de la base du volcan. Ces collines sont constituées d’abord par les terrains primitifs, gneiss, micaschistes, etc.; au-dessus viennent des dépôts sédiment aires de l’é-
- /' 'in
- enu N /
- — Coupe d’un puits P. — t. Terre végétale. — c. Calcaire pur. — cm. Calcaire, marneux.. —s. Silex.
- poque du tertiaire moyen; le couronnement est composé de roches éruptives venues des cratères conta-liens. C’est la partie moyenne qui seule nous intéresse. Elle est formée surtout de bancs calcaires alternant avec des lits de silex. Tout près de Mur-de-Barrez, la colline laisse apparaître la roche et a reçu, pour cette raison, le nom de Côte-Blanche. Au lieu dit Bellevue se trouve actuellement une carrière servant à l’alimentation d’un lotir a chaux. L’exploitation se fait en attaquant de Iront l’ensemble des bancs de calcaire et de silex. C’est cette coupe verticale qui a permis de reconnaître l’existence d’anciens puits d’extraction remblayés, aboutissant à des galeries percées au niveau des bancs de silex et serpentant dans l’intérieur de la montagne. Ainsi, ce gisement, exploité actuellement pour les besoins des constructions contemporaines, avait été découvert , il y a bien longtemps, par des hommes ne possédant, en fait d’outillage, que quelques cailloux plus ou moins bien adaptés aux divers usages. C’est là un rappro-
- 1 Je dois encore signaler les puits avec galeries, décrits plus récemment, dans l’Oise, par M* l’abbé Barrot .
- ehement bien curieux, et ce n’est pas sans une certaine émotion que l’on voit le pic et le levier en fer démolir aujourd'hui eu un clin d’œil le labeur si long et si misérable de nos ancêtres préhistoriques.
- J’ai observé, le même jour, jusqu’à huit puits sur le front de la carrière dont la longueur est d’environ 25 mètres ; le flanc de la colline doit en être criblé sur une assez grande surface, car, en avançant, l’exploitation de la pierre à chaux met tle temps à autre de nouveaux puits à découvert. Élargis en entonnoir vers la surface (tig. 1), ils n’ont guère plus de 1 mètre de diamètre vers la partie inférieure où ils aboutissent à remplacement d’un lit de silex. Cette roche se trouve à plusieurs niveaux, mais les mineurs primitifs ont généralement dédaigné les couches de la partie supérieure pour arriver à un lit inférieur qu’ils ont suivi presque partout. Ce dernier a une épaisseur qui varie de 10 à 25 centimètres; le silex est homogène, se prête facilement à la taille; de qualité bien supérieure à celui situé au-dessus et
- Sol de ia carrière
- Fig. 2. — Plan d’une galerie à demi détruite par l’exploitation actuelle et de son puits d’extraction. — G. Galerie encore visible.— G'. Galerie détruite par l’exploitation.
- tpii n’a pas été exploité par les mineurs, scs rognons constituaient des matériaux de choix.
- Parfois, les puits sont seulement en relation avec des cavités surbaissées, simples fissures agrandies pour permettre l’extraction de la roche. Souvent, ils se continuent par de véritables galeries (fig. 2), sortes de boyaux dont la lumière est plus ou moins obstruée par de petits éboulements ; le sol se reconnaît toujours malgré les éboulis parce que la terre a été fortement tassée par les pieds des mineurs et grâce à la présence constante de débris de charbon.
- Chose remarquable, les hommes de la pierre paraissent avoir été versés dans l’art des mines même avant l’exploitation des métaux. Us prenaient beaucoup de précautions, laissant, sur des points assez rapprochés, le silex en place sous forme de piliers servant de garantie contre le tassement ou bien étayant les travaux avec des blocs plus résistants empruntés à la partie supérieure des couches calcaires. Malgré tout, il s’est produit parfois des éboulements ; nous avons vu des instruments en bois de
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- cerf, pinces entre deux niasses, aplatis on broyés par la chute du toit de la galerie.
- Le creusement des puits et des galeries devait être bien pénible ; il était effectué avec les instruments en bois de cerf dont nous avons trouvé de nombreux spécimens. Cela est indiscutable. Les traces des coups de pic sont visibles sur toutes les parois des anciens travaux, aussi fraîches d’apparence que si elles dataient d’hier. Souvent on trouve la pointe de ces outils cassée et incrustée dans le calcaire ou bien enfoncée dans la roche comme si l’ouvrier venait de quitter son travail.
- Les plus nombreux de ces instruments se rapportent aux formes représentées ligure 5 : il en est de 45 centimètres de long. Les mineurs primitifs s’en
- servaient comme de pics et de leviers. A cet effet, ils détachaient un andouiller en faisant une incision circulaire (pii allait jusqu’au tissu spongieux. Le bois était ensuite facilement cassé en ce point. Un voit parfaitement sur la plupart des échantillons les traces de ce travail, les entailles sui generis laissées par le silex. Les instruments des modèles 2 et 5 destinés à être emmanchés sont plus rares. On a encore recueilli des fragments cylindriques de bois de cerl creux, travaillés à leurs extrémités pour servir probablement d’emmanchure à un outil qu’il est difficile de déterminer. Enfin une trouvaille précieuse parce qu’elle sert à corroborer l’àge qu’on doit assigner à ces antiques carrières est celle de haches polies, lourdes, mais très belles, en andésite de la con-
- Fig. 3. — Quelques formes d’instruments en bois de cerf, recueillis dans les puits ou galeries. — 1. I'ic. — 2. Marteau représenté
- sur deux faces. — 3. l’ioche représentée sur deux faces.
- trée. Cette exploitation est en effet de l’àge de la pierre polie. La plupart des pièces isolées, lames, pointes de flèche, etc., que l’on trouve dans la région sont en silex de Mur-de-Barrez.
- Bien que j’aie trouvé tout près des puits un atelier de fabrication de silex, je suis porté à croire (pie le plus souvent la roche précieuse n’était pas débitée sur place, mais emportée au loin pour être vendue ou échangée, comme cela se fait actuellement pour les minerais ; je trouve dans l’ampleur de ces travaux préhistoriques une raison qui me porte a croire à l’existence de cette exportation. Ce qu’il y a de plus frappant, c’est que, dans l’ensemble comme dans la plupart des détails, les gisements observés en Angleterre et en Belgique sont, presque identiques à ceux de Mur-dc-Barrcz. Cela témoigne d’une remarquable
- uniformité dans la civilisation des peuplades de la pierre polie dans l’Europe occidentale.
- Si, d’un autre côté, nous rapprochons les faits observés dans ces antiques carrières d’autres faits observés dans les sépultures, si nous considérons la beauté et le fini de leur outillage de pierre, nous sommes entraînés à penser que les hommes de cette époque n’étaient pas les sauvages hideux que certains auteurs dépeignent trop souvent, mais qu’ils représentent une étape avancée dans la civilisation occidentale dont nous sommes le dernier terme. Ce dernier terme, nous le voyons transparaître en puissance dans ces reliques vénérables qu’étudient avec bonheur les naturalistes et les archéologues.
- Marcelin Houle.
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- ET VIEILLISSEMENT DES EAÜX-DE-VIE PAR L’OZONE
- Tes recherches qui ont été faites jusqu'à présent pour arriver, d’une façon économique, à vieillir artificiellement et à désinfecter les alcools, prouvent
- combien la solution de ce problème présente d’intérêt. Nous avons donné ici autrefois1 la description de l’installation faite à ce sujet, par M. Laurent Nau-din, dont le procédé consiste à transformer en alcool, par l’hydrogène électrolytique, les aldéhydes qui donnent aux flegmes leur mauvais goût. D’autres procédés consistent à oxyder l’alcool directement en
- Fig. 1. — Vue d’ensemble de l’une des séries de l’appareil à rectifier les alcools. — Au-dessous : Details du tube à ozone.
- le faisant, traverser soit 'par un courant d’oxygène, soit par un courant d’air ozoné.
- C’est sur ce principe de l’oxydation qu’est basée l’installation que nous allons décrire et qui a été
- faite par la maison Teilliard de Tournus, acquéreur des brevets Broyer et Petit.
- Le procédé consiste à employer sous pression de l’ozone aussi pur et aussi concentré que possible, et
- Fig. 2. — Appareil à rectifier les alcools. — t. Tube amenant l’oxygène des cornues. — u. Robinet qui le ferme. — n. Tube amenant l’oxygène de la cloche L. — u. Robinet qui le ferme. — m. Pompe. — g. Piles. — f. Bobines d’induction. — a. Tubes à ozone. — o. Flacons laveurs. — C,C,,C2... 11^, I2... Bacs contenant l’alcool à rectifier. — D. Tubes de sûreté.
- à le faire servir plusieurs fois de suite en le régénérant après chaque opération.
- L’ozone, dont on avait reconnu l’existence depuis longtemps (Van Marum l’a signalé en 1785), n’a été réellement découvert qu’en 1840 par Schœnbein, et quoiqu’il ait été étudié depuis par d’éminents chimistes, son emploi dans l’industrie s’est peu répandu jusqu’à présent. On le produit en faisant passer un courant électrique dans de l’oxygène qui à la suite
- de cette opération se réduit de trois volumes à deux. C’est donc de l’oxygène renforcé, un oxyde d’oxygène; aussi a-t-il des propriétés oxydantes très énergiques. Tous ceux qui ont manié des machines électriques à plateau ou des bobines de Ruhmkorff, connaissent son odeur caractéristique, d’où lui vient du reste son nom (oÇio, je sens).
- 1 Yov. n° 539, du 29 septembre 1883, p. 283.
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- Pour fabriquer do l’ozone, il suffit doue de met I re de l’oxygène en présence d’un courant électrique; mais il y a certaines conditions à remplir pour obtenir le meilleur rendement possible. L’un des appareils les plus connus est celui de M. Houzeau, dont on voit un spécimen au bas de la figure 1. Il se compose de deux spirales en fil d’aluminium, isolées l’une de l’aulre par un tube de verre, la première étant enroulée sur ce tube et la seconde à l’intérieur. Le tout est renfermé dans un tube plus gros, également en verre, et dans lequel on fait passer le courant d’oxygène à transformer en ozone, (iliaque spirale est reliée par l'un de ses bouts à une borne soudée sur le tube extérieur et qui sert à la rattacher à la source électrique.
- I/ozone produit avec cet appareil simple ne permettrait pas d’obtenir d’une façon économique la désinfection de l’alcool ; aussi MM. Broyer et Petit, en collaboration avec l'habile souffleur de verre, M. Gaston Seguy, l’ont-ils combiné de façon à obtenir de l’oxygène ozoné au plus haut degré possible et à augmenter de beaucoup l’effet produit. La disposition adoptée est représentée à la partie supérieure de la ligure 1. Elle consiste à employer trois tubes semblables à celui que nous venons de décrire, placés l’un à côté de l’autre et reliés par des coudes (l’appareil est d’une seule pièce) et a électriser chaque tube séparément au moyen d’une bobine d’induction actionnée par une pile de deux éléments. De cette façon, l’oxygène déjà transformé en ozone par le premier tube passe dans le second, puis dans le troisième et se trouve chaque fois soumis à une nouvelle électrisation. Les bobines d’induction et les piles employées jusqu’ici sont destinées à être remplacées par une machine dynamo à courants alternatifs. Chaque tube sera relié au circuit général par une dérivation spéciale de manière à se trouver dans les mêmes conditions qu’avec l'installation actuelle.
- Ce mode de production de l’ozone donne des résultats remarquables, et on peut se rendre facilement compte de l’influence des trois électrisations successives au moyen du réactif employé ordinairement (térébenthine et teinture de gaïac) que l’ozone colore en bleu. Si l’on prend le gaz sortant du premier tube, on obtient une certaine coloration qui servira de point de départ ; faisant la même expérience dans une seconde éprouvette avec le gaz à sa sortie du deuxième tube, on constate que la coloration est dix fois plus forte, et enfin à la sortie du troisième tube elle est quinze fois plus forte qu’à la sortie du premier. Mais si l’on pousse plus loin les essais, on ne voit presque plus l’intensité de la coloration augmenter, d’où l’on conclut que les trois tubes sont suffisants pour que le gaz produise son maximum d 'effet.
- Les huiles essentielles qui donnent aux alcools leur mauvais goût ne résistent pas à l’action de l’ozone ainsi préparé. Mais pour obtenir un bon résultat, il faut faire passer dans le liquide «alcoolique
- au moins dix fois son volume d'ozone, ce qui représente une dépense assez considérable surtout si l'on considère que l'oxygène destiné à être transformé en ozone doit être très pur. Pour obvier à cet inconvénient et rendre la méthode réellement industrielle, on a eu recours à un procédé ingénieux qui consiste à se servir plusieurs fois du même oxygène. En effet, celui-ci n’est pas détruit par sa transformation en ozone, il subit une simple transformation, une ♦•oneentration qui lui donne de nouvelles qualités; mais il reprend sa forme primitive, soit après-avoir été chauffé à inviron 75°, soit a [très avoir été utilisé à des réactions chimiques comme celles qui nous occupent ici.
- La ligure 2, qui représente l’ensemble de l’installation de la maison Teilliard, indique comment cette propriété a été mise à profit. Le gaz oxygène est produit dans des cornues en fonte (non représentées) au moyen d’un mélange de chlorate de potasse et de bioxyde de manganèse; il est purifié en passant dans des solutions de sulfate de fer et de potasse caustique, et arrive sous une pression de trois atmosphères par le tube t, dont le robinet u est ouvert, dans un laveur o où il se refroidit. Il ne peut s’échapper par le tube n dont le robinet u est fermé, et il traverse alors une allonge garnie de potasse caustique pour aller dans les tubes a décrits plus haut et où il se transforme en ozone sursaturé. De là il se rend dans une première cuve C, remplie d'alcool à rectifier, traverse tout le liquide qu’elle contient, puis s’échappe par un tube pour aller traverser les cuves C et C2, également pleines d’alcool. Arrivé là, l’ozone a déjà perdu la plus grande partie de ses propriétés; à la sortie de la cuve G,, ce n'est [dus de l’ozone sursaturé qui s’échappe par le tube, mais de l’oxygène chargé de vapeurs d’alcool. Il se débarrasse de ces vapeurs dans un flacon laveur contenant, de l’eau froide, vient se sécher dans l'allonge à potasse caustique qui suit, et passe ensuite par une deuxième série d’appareils semblable à la première, se transformant d’abord en ozone sursaturé, puis passant dans la première cuve d’alcool, etc... Enfin, après avoir trouvé sur son chemin une troisième série (non représentée sur la ligure) dans des conditions identiques, le gaz qui est alors redevenu pour la troisième fois de l’oxygène, est recueilli dans un gazomètre L. Lorsque celui-ci est plein, on arrête la production de l’oxygène dans les cornues, on ferme le robinet du tube i et on ouvre celui du tube n. A l’aide d’une pompe «aspirante et foulante, le gaz pris dans le gazomètre est reconduit par le tube n au premier bac laveur placé devant la première série et parcourt de nouveau tous les ap-p«areils. L’opération se poursuit ainsi jusqu’à épuisement du gaz, ce qui est indiqué par le niveau de la cloche L qu’on recommence alors à charger au moyen des cornues. On a donc un cycle fermé qui permet d’opérer continuellement et dans des conditions économiques.
- La figure I donne la vue en perspective et le dé-
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- tai 1 de tous les appareils. On suppose <pie le gaz vient par la gauche. On remarque un tube de sûreté interposé entre la première cuve à alcool et l'appareil a ozone afin que le liquide ne puisse pas se rendre dans celui-ci et le briser, dans le cas où une diminution de pression viendrait à se produire. La chambre dans laquelle se trouvent, les appareils est maintenue à une température inférieure à 15°.
- L’alcool que la maison Teilliard obtient par ce procédé est absolument désinfecté, quelle (pie soit sa provenance, et au sortir de l’appareil il est comparable à des alcools fabriqués depuis plusieurs années, ce qui le rend immédiatement propre à la fabrication du cognac. 0. M.
- CHAUFFAGE PAR L’ÉLECTRICITÉ
- Bien que l’un des principaux avantages de l'électricité soit de n’échauffer que fort peu l’atmosphère lorsqu’elle traverse les foyers lumineux électriques, elle n’en est pas moins capable, dans certaines circonstances, de dégager de la chaleur. C’est cette propriété que la Société des usines électriques de Berlin va mettre à profit: elle vient, en effet, d’annoncer à ses abonnés que dorénavant, en outre de la lumière, elle leur fournira également le courant électrique pour le chauffage. Le courant employé dans ce but sera mesuré de la même manière et payé au même prix que pour l’éclairage; on ne dit pas quelle sera la dépense de ce nouveau genre de chauffage: ce détail serait pourtant utile pour les ménagères tentées de l’appliquer dans leurs cuisines. Les appareils que la Société propose à ses clients ont été construits en vue de l’application à laquelle ils sont destinés. Ainsi, pour faire bouillir de l’eau, elle a imaginé une bouillotte à deux enveloppes entre lesquelles est placée une bobine de résistance ; cette bouillotte permet de porter à l’ébullition en vingt minutes un volume de 85 centilitres d’eau avec 4 ampères et 100 volts. Dans quelques théâtres, il y a aussi des fourneaux électriques pour chauffer les fers à friser, les becs de gaz et les lampes à esprit-de-vin étant rigoureusement interdits.
- LES CLOCHES MUSICALES DE M. SAX
- Lo spectateur qui assiste à une représentation de Pairie, le beau drame de M. SanIou monté dernièrement .à l’Opéra de Paris avec la musique de M. Paladilhe, ne se doute probablement pas des difficultés que présentait au premier abord l’exécution musicale d’un des passages les plus émouvants, et il s’en rend d’autant moins compte que c’est celui qui parait le plus facile à exécuter, car il ne s’agit (pie de sonner une cloche. C’est celle avec laquelle l’héroïque sonneur Jonas avertit le prince d’Orange de l’avortement du complot.
- Les auteurs tenaient avec raison à ce (pie cette cloche eût le son grave et lugubre qui contribue pour beaucoup a l’elïet pathétique de cette scène. Mais il n’y avait pas dans le matériel de l’Opéra d’instrument capable de remplir ce but. Il existe bien des cloches qui servent dans différentes circonstances ; dans les Huguenots, dans Guillaume
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- Tell, dans le Cid, etc., mais aucune ne donneTtr' beaucoup près, la note voulue. La plus grande a 70 centimètres de haut, 57 de diamètre et pèse 100 ki-logrammes; elle donne le ré grave du soprano, celui qui correspond au quatrième ré d’un piano à 7 octaves, et il en fallait une donnant la meme note deux octaves en dessous; c’est le ré le plus grave du violoncelle, le deuxième ré du piano. Or on admet conformément aux lois de l’acoustique que le nombre des vibrations d’une cloche est en raison inverse de la racine cubique de son poids; c’est-à-dire •pie celui-ci croit très rapidement avec la gravité du son. Si. nous prenons comme point de départ la cloche de 100 kilogrammes, dont nous venons de parler, la racine cubique étant 4,8, nous obtenons en la doublant pour descendre d'une octave 9,6 dont le cube est 884 kilogrammes, poids déjà respectable, et pour descendre de deux octaves 19,2 dont le cube est, 7058 kilogrammes. Lacloche donnant la note désirée devait donc peser 7000 kilogrammes! On comprend que devant un poids pareil, auteurs et directeurs aient éprouvé quelque peu d’hésitation et aient cherché à tourner la difficulté. Ils eurent recours à M. Sax, l’inventeur bien connu des instruments auxquels il a donné son nom : le saxophone, le saxhorn et de tant d’autres tels que les trompettes d’Aïda, etc.
- Les expériences nombreuses qu’il fait depuis longues années sur l’emploi des résonateurs paraboliques l’avaient amené à penser que par suite de combinaisons dont il avait apprécie les résultats dans ses inventions précédentes, on pouvait à l’aide d’une simple feuille de métal, enroulée dans des conditions spéciales, obtenir des sons aussi pleins, aussi graves, aussi imposants qu’avec une cloche d’église de proportions infiniment plus considérables. Pendant plus de cinq ans il fit des essais dans cette voie, et enfin, en 1886, il se trouvait assez maître de reflet qu’il voulait produire pour établir, à la demande de M. Lamoureux, qui connaissait ses expériences, une cloche faite dans ces conditions et destinée à l’exécution du chant de la cloche de M. d'Indy, ouvrage couronné par la Ville de Paris et monté luxueusement par M. Lamoureux à l’Eden-Théàtre. L’effet produit par cet instrument fut surprenant; c’était la première fois qu’on entendait dans un espace fermé des sons semblables à ceux qui échappés d’un clocher se répandent en ondes puissantes à l’air libre. Nous disons sembla blés, car il est bien clair que les cloches de M. Sax ne peuvent remplacer celles des clochers. Celles-ci sont parfaites pour le but quelles ont à remplir, mais dans un espace fermé, celles surtout qui donnent les notes graves'seraient insupportables.
- Le mode de construction n’exige pas un matériel considérable. Il consiste à enrouler et à souder en forme de cornet une feuille de laiton ordinaire de 1 millimètre et demi d’épaisseur, puis à produire au marteau des renflements superposés qui en fin de compte donnent à l’ensemble une forme parabolique. (Voir la cloche à droite de la gravure.) C’est
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- d’après le nombre, la forme, la disposition de ces renflements que varient le timbre, la hauteur, l'intensité du son obtenu. Ce sont là des détails de construction que l’inventeur garde pour lui et cela se comprend. Certains de ses appareils peuvent même produire plusieurs notes différentes suivant l’endroit où on les frappe; mais toujours avec une intonation précise. Les uns ont la sonorité du tam-tam, celui qui servait pour l’exécution de l’œuvre de M. d’indy était dans ce cas, et cela sur la demande de l’auteur; les autres ont le vrai timbre d’une cloche, c’est le cas de celui qui sert dans Patrie et au sujet duquel nous allons entrer dans quelques explications. Il donne la même note, à deux octaves plus bas, que la cloche de 100 kilogrammes (pie possède l’Opéra et remplace par suite, ainsi que nous l’avons
- dit, une cloche «pii en pèserait sept mille. Il a 52centimètres de haut, 68 à son plus grand diamètre et pèse sept kilogrammes. On peut le porter facilement avec un seul doigt. Il donne un son très net, très sonore qui ressemble absolument comme timbre à celui d'une cloche. Pour prolonger les vibrations, un saxhorn basse et un saxhorn contrebasse donnent la même note à l’unisson pendant que la cloche ordinaire la donne aussi, mais à deux octaves en dessus.
- C/est au quatrième acte «pie cet ensemble fonctionne pour sonner le glas funèbre et donner au public l'illusion d’une grosse cloche. Notre habile dessinateur a reproduit d’après nature la disposition des coulisses de l’Opéra pendant cette scène. Au premier plan à gauche, on voit le chef des chœurs «pii bat la mesure, guidé par le métronome élec-
- Nouvelle_cloche de M. Sax,“dans les coulisses de l’Opéra, et cloche ordinaive’dc 100 kilogrammes. (Un arrachement indique
- les épaisseurs respectives des deux instruments.
- trique de M. Carpentier dont nous avons donné la description dans un article précédent1.
- Au milieu se trouve une charpente à roulettes nécessitée par la cloche de 100 kilogrammes, et qu’on utilise aussi pour suspendre la cloche Sax. Un arrachement fait aux deux cloches montre bien par la différence des épaisseurs celle qui est faite d’une simple feuille de métal. Enfin à droite sont les deux saxhorns et au fond les figurants et choristes qui attendent le moment d’entrer en scène. L’illusion est complète, les spectateurs croient entendre une cloche analogue au bourdon de Notre-Dame, et, comme nous le disions en commençant, il y en a bien peu qui se demandent comment on a pu amener là un pareil poids. 11 est vrai qu’aujourd’hui les directeurs font de tels miracles pour augmenter
- 1 Yoy. n° du 5 février 1887, p. 147.
- la splendeur de la mise en scène que le public est en droit de ne plus s’étonner de rien. Ne voit-on pas en ce moment, dans une féerie que donne un théâtre parisien, de vraies régates sur une véritable rivière!
- Les applications scientifiques au théâtre sont de plus en plus nombreuses et elles nous réservent probablement encore bien des surprises. Celle que M. Sax vient de faire avec ses nouvelles cloches continue la série des innovations heureuses qu’il a déjà introduites dans les instruments de cuivre et qui permettent de produire dans l’interprétation des chefs-d’œuvre des effets autrefois impossibles. Ce nouvel instrument est appelé à de grandes applications dans le théâtre actuel à l’affût de toutes les nouveautés ayant pour objet la reproduction exacte des actes et des dehors de la vie. G. Mareschal.
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- LA NATURE.
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- LES HOMMES VELUS
- On a exhibé récemment à Paris, sous le nom de Pilosis ou de Hirsutes, deux personnages velus, la mère et le fils, qui sont intéressants à plusieurs points de vue.
- La mère est une vieille femme de soixante-quatre ans, elle se nomme Mahphoon, elle a la tête couverte de longs poils fins et soyeux, assez semblables à des poils de chien épagneul ; ces poils sont surtout abondants sur le front et dans la région sourcilière, puis
- Fig. 1. — Une femme velue, île Birmanie,SMahphooii. (D’après une photographie.)
- de chignon ; les épaules, le cou et la poitrine sont également velus. L’épine dorsale est recouverte d’une véritable crinière. Sur les membres le poil est moins long et beaucoup plus fin; c’est une espèce de duvet ayant de 5 à 6 centimètres. Ni la mère ni le fils ne sont velus sur les mains et sur les pieds.
- Moung-Phoset est marié à une Birmane, il a eu plusieurs enfants parmi lesquels une fillle qui présentait le même système que son père et sa grand’-mère. Cette jeune fille appelée Mah-Mé avait atteint l’àge de dix-huit ans, elle est morte l’année dernière en Birmanie, quelque temps avant le départ de ses parents pour l’Europe.
- sur les pommettes; la crête du nez présente une ligne velue, les moustaches sont épaisses et ont une séparation bien marquée au milieu de la la lèvre supérieure. Sur les joues et au menton le poil est très long et très abondant surtout aux endroits où la barbe est ordinairement développée chez les hommes. Cette pauvre vieille femme est aveugle. Le fils, Moung-Phoset, a, comme sa mère, des poils sur la figure, mais plus abondants et plus grossiers; ils peuvent être comparés au pelage d’une chèvre. Sur sa tète, au lieu de cheveux, ce sont de longs poils dont il réunit l’extrémité au sommet en forme
- Fig. 2. — Moung-Phoset, fils de Mahphoou. (D’après une photographie.)
- L’histoire de ces individus présente quelques particularités qui méritent d’être rapportées. Ces années dernières, avant l’occupation de la Birmanie par les Anglais, ils habitaient à la cour du roi Theebault, où ils étaient à titre de curiosité parmi les nains et les bouffons, mais lorsque les Birmans, par un acte de patriotisme sauvage, incendièrent la capitale de leur pays pour ne pas la voir rester aux mains des Anglais (28 novembre 1885), l’homme velu et sa famille, effrayés par les flammes, par le combat des soldats contre les incendiaires, par le bruit du canon et des mines à l’aide desquelles les Anglais essayaient d’arrêter les progrès de l’incendie,
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- LA NAT UH K.
- au milieu de la panique générale, s’enfuirent à travers les flammes, le (ils portant sur son dos sa vieille mère aveugle, et entraînant sa femme et ses enfants. Ils se réfugièrent dans une foret près d’Amara-Poura, et c’est l'a qu’un officier italien, ancien chef d’état-major du roi Theebault, qui s’était mis à leur recherche, les trouva mourant de faim et de fatigue, et les recueillit : c’est lui qui les exhibe actuellement en Europe. Un détail de moeurs à noter : ces individus velus pouvaient, pendant qu’ils étaient à Manda-lav, aller sur le marché et prendre les fruits et les légumes qui étaient à leur convenance, les paysans birmans dont les denrées avaient été choisies étaient, paraît-il, extrêmement flattés, et considéraient cela comme un honneur et un augure favorable.
- L’existence d’une famille velue à la cour de Birmanie est connue depuis longtemps, et les personnages qui la composent ont été décrits plusieurs fois par des voyageurs. Ainsi lord Crawfurd qui fut envoyé en 1824 à A va par le gouverneur de l’Inde pour négocier un traité avec le roi, décrit minutieusement et raconte la curieuse histoire d’un homme velu, nommé Shwe-Maong; il parle d’un enfant de celui-ci, une petite fille alors âgée de deux ans environ qui était également velue, c’était Mahphoon, la vieille femme qui était dernièrement à Paris.
- En 1855, des officiers anglais envoyés à Ava virent une jeune femme velue et en rapportèrent une description ; c’était à leurs yeux une des choses les plus curieuses qu’ils avaient rencontrées dans leur voyage : cette jeune femme était encore Mahphoon.
- En 1875 (tome Ier, p. 121), La Nature a donné d’après le récit de plusieurs voyageurs, la description de Shwe-Maong, l’homme velu, de sa fille Mahphoon et de l’enfant de celle-ci, un jeune garçon présentant la même anomalie du système pileux que sa mère et son grand-père, ce jeune garçon était Moung-Phoset qui était exhibé aux Folies-Bergère; c’est le père de la jeune fille velue Mah-Mé, morte l’année dernière en Birmanie. Cette; jeune fille était donc un exemple de la transmission héréditaire jusqu’à la quatrième génération de ce développement extraordinaire du système pileux. Or, il est à remarquer que cette transmission s’est faite malgré l’influence du sang du conjoint dont l’action devait tendre à prédominer par suite d’un nombre d’ancêtres normaux infiniment plus considérable. Il n’est pas en effet, certain que les hommes velus de Birmanie soient les descendants d’une race présentant cette même particularité et habitant autrefois les forêts du Laos. Au point de vue de l’étude de l’hérédité, il est donc utile de voir en quelques mots l’histoire de la famille de chacun des personnages velus dont nous parlons, d’autant plus qu’il semble tant soit peu extraordinaire qu’ils aient pu trouver à s’allier.
- Le premier, Shwe-Maong, bouffon à la cour du roi de Birmanie, fut marié d’une façon assez originale. Une jeune femme d’une grande beauté, dame d’honneur de la reine, fut accusée d’un
- crime contre la religion du pays, et condamnée à mourir au milieu des plus affreux supplices ; le jour de l’exécution, elle fut conduite en grande cérémonie au cimetière où elle devait être torturée ; le supplice allait commencer quand un cavalier arriva à bride abattue, apportant l’ordre du roi de surseoir à l’exécution et proposant à la jeune femme de devenir l’épouse de l’homme velu ou sinon la mort; elle préféra cet étrange mariage. La cérémonie fut accompagnée de fêtes grotesques : les nains, les albinos, les fous du roi furent les compagnons des mariés. De cette union naquirent sept enfants, les deux premiers moururent jeunes, ils ne présentaient du reste rien d’anormal ; il en était de même du troisième, une petite fille qui vécut; la quatrième au contraire était velue, c’est, comme nous l’avons dit, la vieille Mahphoon d’aujourd’hui ; sur les trois suivants, deux enfants morts très jeunes, un petit garçon et une petite fille semblaient par la nature et la disposition de leurs cheveux, indiquer que s’ils avaient vécu, ils auraient été velus à l’àge adulte.
- Mahphoon se maria avec un Birman dont elle eut plusieurs enfants parmi lesquels trois étaient velus, deux garçons et une fille ; de ces derniers le seul parvenu à l’âge adulte est Moung-Phoset.
- Moung-Phoset s’est marié, comme son grand-père, avec une des dames d’honneur de la cour, qui l’a épousé volontairement ; un mariage d’inclination paraît-il. De ce mariage il est né un seul enfant, la jeune fille velue Mah-Mé dont nous avons parlé et qui, comme nous l’avons dit, est morte en Birmanie. Telle est, au point de vue de l’hérédité, l’histoire de cette étrange famille.
- Les deux individus qui étaient exhibés à Paris, Moung-Phoset et sa mère Mahphoon, ont une dentition anormale; ils n’ont pas de dents molaires, ils ont seulement à la mâchoire supérieure les deux premières incisives et deux canines, les incisives intermédiaires manquent; à la mâchoire inférieure, ils ont quatre incisives et deux canines. Il est à remarquer qu’une dentition irrégulière analogue a déjà été constatée plusieurs fois sur des individus présentant cette abondance anormale du système pileux, notamment sur André Jeftichjew, dit l’homme-chien, dont La Nature a donné la description (22 novembre 1873, p. 385).
- Les exemples d’individus velus sont assez nombreux, les tératologistes en ont cité un grand nombre, et dans la classification des monstruosités humaines ils donnent à celle-ci le nom d'hypertri-chopherosis.
- Quelques-uns de ces exemples méritent d’être rapportés. Un certain nombre d’anthropologistes admettent aujourd’hui que l’homme préhistorique de l’époque tertiaire était glabre, non velu ou tout au moins ne l’était guère plus qu’un homme robuste de nos jours. Mais ils admettent qu’à une période suivante, au commencement de l’époque quaternaire, la race humaine, alors, était complètemet velue, et ils basent cette affirmation sur la décou-
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- LA NAÎTRE.
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- verte, faite il y a quelques années dans une station préhistorique, d’une corne de renne sur laquelle un artiste quaternaire avait gravé le portrait d’une ternme couverte d’une toison longue et épaisse. A la fin de cette période géologique, l’homme serait redevenu glabre. Celte opinion est critiquée; on objecte, en eftet, qu’un seul dessin représentant une personne velue ne peut suffire pour faire préjuger que toute la race d’alors avait une semblable con-formalion. Cette femme, à ce moment, était peut-être un phénomène analogue aux personnages velus qui s’exhibent de nos jours, et ce serait à ce titre que l’artiste de l’époque la jugeait digne d’être transmise par le dessin à la postérité.
- Quoi qu’il en soit, cette femme velue est la première dont il est fait mention dans l’histoire de l’espèce humaine.
- Dans la Bible se trouve un homme velu, c’est Es au. Quand Jacob voulut, par fraude, obtenir de son père aveugle la bénédiction qui le faisait chef de la famille à la place d’Esaii, il dit à sa mère Re-becca qui était sa complice : « Vous savez que mon frère Esaii a le corps velu et que je ne suis point de même. »
- Dans les mélangea académiques de» curieux de la nature, on trouve la description d’un homme-chien, d’après Paulini; et pour rendre ce fait plus étrange, l’auteur prétend que la naissance de ce monstre fut accompagnée de flammes et de fracas (monsirum canino-humanum cum flammci et fra-gore natum).
- Au milieu du siècle dernier le Journal étranger inséra la description qui lui était adressée de Lisbonne, d’une petite il lie velue; elle avait environ sept ans. « Elle est, disait-on, d’une taille robuste et gigantesque, son visage et tout son corps sont couverts de grands poils de diverses couleurs et longueurs, crépure et consistance. Ses cheveux n’ont rien d’extraordinaire. »
- Du fi on parle d’une femme habitant la ville de Bar qui, dit-il, « depuis les clavicules jusqu’aux extrémités, est entièrement couverte d’un poil de veau tauve et touffu. En 1774 également, on voyait à Paris un Russe dont le front et .tout le visage étaient couverts d un poil noir, w A Aeço, des voyageurs de la même époque disaient avoir vu plusieurs individus au visage complètement velu.
- — A suivre. -- (tUYOT-DaüBÈS.
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- ACCROISSEMENT EXTRAORDINAIRE
- DES INCISIVES D’UN PACA
- M. le professeur Dr E. A. Goldi de Rio-Janeiro a récemment présente à la Société biologique du Brésil un crâne de Paca, avec un développement, anormal des incisives vraiment extraordinaire (fig. f).
- Le genre Paca (Cœlogemjs, Fr. Cuvier) renferme 4 ou 5 espèces assez voisines de nos cochons d’Inde (G. Cavia). Il appartient par conséquent à l’ordre des rongeurs et eu
- présente la dentition caractéristique. Les rongeurs n’ont point de dents canines et portent à chaque mâchoire une paire d’incisives qui présentent, plusieurs particularités curieuses. Ces dents, au lieu d’avoir une période de développement limitée, comme chez l’honune, les carnassiers... poussent pendant toute la vie de l’animal. Mais, opposées exactement, l’une à l’autre par suite de leur disposition aux deux mâchoires, elles s’usent constamment et conservent les proportions nécessaires pour un fonctionnement régulier.
- Ou comprend dès lors que, si une de ces dents vient à manquer par suite d’un accident quelconque, celle qui lui
- Fig. 1. — Crâne de paca (Cceloyeuijx paca) où les dents antérieures supérieures ont pris un développement tout â fait extraordinaire.
- correspond à l’autre mâchoire ne trouvant rien qui l’arrête dans son développement, doit s’allonger indéfiniment. Par suite même de sa forme initiale, elle reste courbée, et tantôt sort de la bouche à la manière des défenses de l'éléphant, tantôt se replie, en dedans et va percer les os
- Fi};. 2. — Dents du eoebon d’Inde (Cavia aperça, Cuv.)
- du palais, et de la face. On a constaté maintes fois des faits de ce, genre chez les lapins, les rats et une fois sur un castor.
- Il est évident que chez le Paca dont nous reproduisons le crâne (fig. 1), les deux incisives de la mâchoire inférieure avaient disparu, probablement à la suite d’une atrophie des huiles dentaires. Les incisives supérieures ont donc pu se développer librement et acquérir des dimensions extraordinaires. C’est, croyons-nous, l’exemple le plus frap pant qui ait encore été signalé, d’une anomalie dont nous venons d’indiquer la cause.
- Ci-dessus (fig. 2) un croquis de la portion antérieure du crâne d’un cochon d’Inde, montrant la disposition des dents, et faisant bien comprendre la cause de la curieuse anomalie signalée par le Dr Goldi.
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- LA NATURE.
- LE MILDEW
- Après U oïdium, après le phylloxéra, un troisième fléau, le mildew, a menacé la vigne du plus grand danger. Aujourd'hui que la maladie est bien étudiée et que l’on peut la combattre, presque à coup sûr, il nous semble intéressant de mettre nos lecteurs au courant de sa nature et de son mode de traitement.
- Nature (le la maladie. — Le mildew est un champignon parasite (péronospora vitis), importé, dit-on, d’Amérique. 11 se développe dans le parenchyme des feuilles qui se dessèchent et tombent (fîg. 1). La vigne est ainsi privée de ses organes de nutrition aériens. Le raisin n’arrive pas à son développement normal : le vin qui en résulte est de qualité tout à fait inférieure et ne marque que 5° d’alcool au lieu de lo° ou 14°.
- La feuille atteinte du mildew présente à sa face supérieure des taches qui ont d’abord une teinte jaumdre et passent peu à peu à la couleur feuille morte ; à ces taches en correspondent d’autres à la face inférieure, blanches, de forme plus ou moins irrégulière ayant l’aspect d’un petit dépôt de sel très finement pilé. Lorsque le mal se prolonge,la portion de la feuille correspondant aux taches finit par se détruire. Si on n’y porte remède, la feuille se désorganise dans son ensemble et tombe sur le sol. Les taches blanches de la face inférieure sont les ramifications extérieures du péronospora et les graines qu’il porte. De ces graines s’échappent à un moment donné des spores pins ou moins nombreuses, armées de cils doués de mouvement. Transportées par le vent sur une autre feuille, elles pénètrent dans le parenchyme par un stomate et y germent après avoir déposé leur appareil de locomotion.
- M. Yiala, professeur à l’Ecole d’agriculture de Montpellier, assure que le mildew répandu sur une seule vigne peut produire plus de 450000 conidies ou œufs d’été. On conçoit donc combien l’invasion peut être foudroyante et quels soins méticuleux il est nécessaire d’apporter à la préservation des vignobles.
- L’invasion se produit toujours par l’œuf d’été qui,
- fragile, ne saurait avoir d’action d’une année sur l’autre. Mais l’œuf d’hiver est là pour perpétuer l’espèce. La feuille desséchée et tombée le contient dans son parenchyme, sous forme de grains durs, adhérents aux rhizomes que le péronospora y a développés.
- L’existence de cet œuf d’hiver ou zoospore est à toute épreuve. M. Yiala a montré qu’il résiste aux froids les plus rigoureux, à la fermentation des fumiers et qu’on le retrouve intact dans les crottins de moutons nourris avec des feuilles de vigne péro-nosporées.
- C'est cet œuf d’hiver qui germe l’été suivant et donne les conidies qui, transportées par le moindre vent à des distances considérables, servent à contaminer toute une région.
- 11 faut, pour que la conidie puisse se développer,
- le concours de deux circonstances : une température de 20° à 25° et une certaine humidité dans l’air. C’est donc en général de juin à septembre que les invasions se produisent. Quelquefois les fortes chaleurs de juillet et août arrêtent les progrès de la maladie.
- Quelquefois aussi la maladie prend alors un caractère très dangereux. Le mildew avorte en quelque sorte, il s’étend plus lentement mais sans que l’on y prenne garde, par suite de l’absence presque complète des taches blanches à la face inférieure de la feuille. Cette forme avortée peut se déclarer spontanément. Elle a été signalée d’abord par M. Yiala; dernièrement M. Despetis a appelé l’attention des viticulteurs sur cette variante de la maladie, spéciale aux vignobles des bords de la mer, où les nuits sont humides et les journées souvent torrides.
- Généralement, à l’époque de sa première invasion le mildew n’attaque pas le fruit, dont les enveloppes sont encore trop dures. Mais si l’invasion est tardive ou la végétation très avancée, ces organes sont aussi atteints et la récolte peut être totalement détruite.
- Toute cause affaiblissant la vigne (grêle, dépérissement naturel) la rend plus propre à être attaquée par le mildew. Par contre, une vigne vigoureuse lui résiste assez bien.
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- LA NATURE.
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- Modes de traitement. — Puisque l’origine même du mal est l’ocul' d’hiver, sa destruction rendrait évidemment toute nomad le invasion impossible. Pratiquement cette destruction ne peut s’effectuer puisque le seul moyen eiïieace que l’on puisse employer est le brûlage des leuilles péronosporéos. Une loi d’utilité publique devrait le rendre obligatoire, mais combien de bouilles échapperaient, encore à ce mode de traitement!
- Quant à attaquer les racines du péronospora et par conséquent l’œuf d'hiver, dans le parenchyme, il n’y faut pas songer puisque le remède détruirait la feuille même.
- L’œuf d'hiver est donc pratiquement indestructible et il faut s'attaquer à la conidie, c’est-à-dire à la spore d’été.
- Empêcher qu’elle ne se dépose sur une vigne est
- difficile, pour 11e pas dire impossible. U11 a essayé dans ce but divers .abris artificiels (pie l’on ne saurait se contenter d’employer seuls comme remèdes efficaces.
- L’œuf d’été déposé, 011 peut placer la vigne dans des conditions telles qu’elle résiste mieux au parasite (pie l’on place, dans des conditions aussi peu favorables (pie possible à son développement. Dans ce, but ont été essayés, l’épamprage, l’aération, les irrigations, le drainage, les engrais. Ces moyens sont des adjuvants utiles, mais ils ne suffisent pas à enrayer le mal.
- Restait à trouver un procédé plus sur. M. JVlillar-del, professeur à la Faculté des sciences de Bordeaux, le découvrit par un heureux hasard. R observa en 188*2 que les vignes plantées le long de la route de Saint-.lulicn avaient conservé leurs feuilles. Or, 011
- Fig. 2. — Le même cep de vigne traité par le procédé Millardeti David. (D’après une photographie.)
- sait (pie la coutume en Médoc est de couvrir les vignes de vert-de-gris ou de sulfate de cuivre mélangé à la chaux pour éloigner les maraudeurs. Le mil-dew respectait donc les vignes ainsi traitées, comme les maraudeurs respectaient, par crainte du poison, les raisins tachés de vert-de-gris. Des expériences nombreuses eurent lieu en 1885 et 1884. Des succès furent obtenus chez M. Johnston en Médoc, avec le concours de M. David, son régisseur du domaine de Beaucaillou. Les vignes ainsi traitées présentaient une végétation normale (fig. 2). Les moûts produits par des ceps de Mslbee traités avaient 177 grammes de sucre par litre, ceux non traités 91,8 seulement : ce qui correspond à 8 à 10 pour 100 d’alcool au lieu de 2 à 6 pour 100. Ces chiffres sont concluants.
- Exposons brièvement la théorie déduite par MM. Millardet et Gayon de ces résultats pratiques.
- Supposons une feuille tachée d’une gouttelette du
- mélange chaux et sulfate de cuivre, de bouillie bordelaise, pour employer le terme courant. Cette gouttelette se dessèche en restant très adhérente à la feuille. La pluie venant à mouiller la feuille dissoudra une petite quantité du mélange et baignera cette feuille d’un liquide contenant de la chaux et du cuivre.
- Des expériences directes ont montré qu’il suffit de 1/10 000 de chaux, ou 1/100 000 de fer, ou 2 à 5/10 000 000 de cuivre pour arrêter le développement des eonidies ou spores d’été du peronoz-pora vitis. Si donc une conidie est déposée sur une feuille protégée par cette dissolution cuprocalcique, elle n’y pourra germer.
- Le procédé préconisé par M. Millardet et qui a été le point de départ d’une série de remèdes analogues, consiste donc à « couvrir préventivement la surface des feuilles de diverses substances capables de faire perdre aux spores d’été leur vitalité ou du
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- moins d'entraver leur germination ». (Annales de la Société d’agriculture de la Gironde.)
- Los chiffres que nous avons cités t'ont voir <|ne io sullate de iér, les sels de enivre, la chaux peuvent être employés utilement, soit seuls, soit en mélange. De là, invasion de remèdes, dont les principaux sont :
- Sullate de cuivre en dissolution, —éclialas sulfatés (c’est-à-dire imprégnés de sulfat(‘ de cuivre), — sullatine (mélange de soufre et de sulfate de cuivre pulvérise*), —lait de chaux (ce traitement a été préconisé par MM. Bellusi frères, en Italie; il a été essayé en France par Mme la duchesse de Fitz-James sur son domaine de Saint-Denezet (Yar), — bouillie bordelaise (dont nous venons de parler), — anuno-niure de cuivre (dissolution de tournure de cuivre dans l'ammoniaque), — eau céleste (mélange d’ammoniaque et de sulfate de cuivre).
- Dans la bouillie bordelaise, la chaux paraît avoir [four rôle principal de protéger d'une carapace calcaire l’oxyde de cuivre, élément actif, soluble dans l’eau de pluie et résultant de la réaction qui a eu lieu entre le lait de chaux et le sulfate de cuivre. Il est peut-être à redouter que celte tache calcaire adhérente à la feuille ne s’écaille peu à peu par suite de la croissance de la partie qu’elle recouvre et ne tombe, laissant ainsi la feuille désarmée contre une invasion subséquente.
- L’eau céleste de M. Audoynaud, professeur à l’école de Montpellier et, dans le même ordre d’idées, l’am-moniurc de cuivre de M. Bellot des Minières, contiennent de l’ammoniaque au lieu de chaux. Ces deux remèdes s’appliquent à l’état liquide, c’est-à-dire plus facilement que la bouillie bordelaise. Les taches séchées sur la feuille ne forment pas croûte et sont aussi très adhérentes. La dissolution nourrit la feuille, automatiquement pour ainsi dire, grâce à l’ammoniaque qu’elle contient : la vigne est ainsi placée dans de meilleures conditions pour se défendre contre le parasite.
- Une longue comparaison critique entre ces différents procédés d’attaque du mildew sortirait des limites de cet article. Nous ajouterons cependant que beaucoup préfèrent le traitement à l’eau céleste, plus facile à préparer et ne coûtant que 4 à 5 francs par hectare, à la bouillie bordelaise de manipulation moins commode, coûtant 25 francs par hectare, et à l’am-moniure de cuivre, théoriquement le plus parfait peut-être, mais coûtant 40 francs par hectare.
- Bien des personnes pensèrent, dès le début de ces méthodes, que le cuivre pouvait se retrouver dans le vin venant des vignes traitées et le rendre nuisible. Des analyses les plus sérieuses ont prouvé qu’il n’en était rien. Après fermentation le vin eu contient îles traces presque inappréciables, inférieures dans la plupart des cas à celles que l’on trouve dans les vins manipulés chez les négociants au moyen de-pompes et de robinets en cuivre. D’ailleurs est-il bien prouvé que les sels de cuivre sont vénéneux?
- — A suivre.— M.-A. L..., ingénieur.
- CHRONIQUE
- Application «lu phonographe. — Si l’on en croit les journaux américains, le phonographe est à la veille de devenir un a [(pareil essentiellement pratique et d’un emploi fréquent, de nature à faire une concurrence sérieuse à la sténographie et à tonies les machines à écrire présentes et à venir. M. Sumner Tainter, dont le nom est attaché aux recherches faites sur le photophone, en collaboration avec Graliam Bell, aurait pris le phonographe d’Kdison au point où l'inventeur l’avait abandonné, et serait parvenu à transformer le jouet de la veille en un important article commercial qui sera avant peu sur le marché. La parole n’est plus enregistrée sur du papier d’étain, mais sur de minces couches de cire présentant la forme d’un tube placé sur un cylindre ; chacun de ces tubes peut enregistrer 1000 mots et les reproduire avec une grande puissance et une grande netteté. Un commerçant phonographie ses lettres sur ces tubes et les envoie à ses correspondants. Il suffit de reprendre ces tubes et de les placer sur un traducteur approprié. On tourne la manivelle et l’appareil répète le phonogramme autant de fois qu’on le désire. Le papier phonographique serait en vente chez tous les débitants, comme le papier à lettres. Les lettres phonographiées auraient, entre autres avantages, celui d’empêcher les faux, puisqu’il reprodm l’ait la voix exacte de l’expéditeur. Nous attendons avec une légitime impatience le premier phonogramme de M. Tainter.
- Couverture» de lit eu papier. — Ces couvertures économiques, imaginées par M. Ch. Grisou, de Lisieux, se composent : 1° de plusieurs feuilles superposées de végétaux agglomérés sous forme de papier très résistant; ces feuilles sont, réunies entre elles par un collage partiel à points distants de quelques centimètres les uns des autres, ménageant des couches d’air ; 2° d’enveloppes extérieures en tissus divers de coton ou de soie, destinées à protéger et orner les couvertures hygiéniques. Ces enveloppes sont fixes et cousues tout autour des couvertures et imprimées de jolis dessins, ou en soie, ce qui fait qu’elles servent en même temps de couvertures et de couvre-lits; ou bien elles sont mobiles, et dans ce cas, sont fixées sur l’intérieur des couvertures par un système très simple d’œillets et d’attaches qui permettent de les enlever et de les remplacer en quelques minutes, pour les laver comme on le ferait pour une taie d’oreiller; les enveloppes mobiles sont faites spécialement pour les hôpitaux, asiles, pensions, etc. Ces nouvelles couvertures coûtent beaucoup moins cher que la laine, et elles paraissent conserver tout aussi bien la chaleur. Elles ne se mangent pas aux vers, ni aux rats ou autres rongeurs, ce qui leur assure une durée plus longue qu’aux couvertures de laine ou couvre-pieds, et leur solidité est au moins aussi grande ; une bande de 5 centimètres de largeur sur 20 centimètres de longueur donne une résistance de 25 kilogrammes au déchirement. A ce chiffre doit s’ajouter la résistance des deux tissus entre lesquels la couverture est intercalée. On fabrique avec la substance que nous venons de faire connaître des couvertures de voyage et des sacs-lits.
- Comment les singes mangent les huîtres, —
- bans les îles au sud de la Birmanie, les singes vont, à marée basse, à la recherche des huîtres, et ils les ouvrent en frappant sur la coquille avec des pierres; M. Carpen-
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- LA NA T lit K.
- ï i
- ter, qui a,été souvent témoin de ce fait, donne, dans la Nature anglaise, la descri |rtion suivante de leur manière de procéder : Dans les îles de l’archipel Meigne, les roches qui découvrent à marée basse sont couvertes d’huîtres de différentes tailles. Un singe, probablement le Macacus cynomolgus, qui infeste ces parages, vient rôder sur le rivage quand la mer est basse, et ouvre les huîtres attachées au rocher, en frappant avec une pierre sur la coquille supérieure jusqu’à ce qu’il l’ait brisée; alors, il arrache le mollusque avec ses doigts, ou le gobe directement en approchant sa bouche. En effrayant ces gourmets pour les mettre en fuite, M. Carpenter a pu constater que les pierres qu’ils abandonnent, sont généralement choisies, non parmi les plus lourdes, mais telles que les doigts de l’animal puissent les saisir complètement. Le fait est d’autant plus curieux que les roches sur lesquelles les huîtres sont tixées émergent de la vase, et que les singes sont obligés de se munir sur le rivage, à plusieurs mètres de là, des pierres dont ils se servent. En outre, l’instinct les guide singulièrement dans leur opération, car ils commencent par briser la charnière, puis ils rompent la coquille au-dessus de son attache. Les gibbons, que l’on rencontre aussi dans ces îles, ne se livrent pas à cette pèche.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance dit 15 juin 1887. — Présidence de M. Jasssen.
- Le vol des oiseaux. — Comme sorte de matérialisation des résultats que lui ont fournis ses longues études de photographie instantanée, M. Marey présente aujourd’hui un grand phénakisticope dans lequel il a disposé une série de modèles en relief, représentant les différentes phases du vol chez le pigeon. Par la rotation de la machine, on a, au travers des fentes dont elle est percée, l’illusion de mouvements véritables réalisés par un seul oiseau. L’auteur insiste sur les particularités qui, malgré des ressemblances évidentes distinguent le vol du pigeon de celui du goéland précédemment étudié.
- L’inosite. — M. Maquennc rend compte de la fin de ses recherches relatives à la constitution de l’inosite ; il décrit deux éthers nouveaux : l’inosite hexacétique et l’inosite hexabenzoïque, dont la composition, très voisine de celle des dérivés correspondants de la mannite, prouve que l’inosite est hexatomique comme cette dernière ; il étudie ensuite la nitro-inosite et montre qu’elle se comporte absolument comme un éther et non comme un phénol nitré.
- Enfin, M. Maquenne signale un dérivé nouveau de l’inosite, la tétrabenzoïltétraoxyquinone, qui fixe également la constitution de la tétraoxyquinone déjà obtenue par Niclzki et Benckiser.
- Un essai de synthèse de l’inosite au moyen de l’hexa-ehlorure de benzine n’a pas réussi.
- En résumé, la fonction chimique et la constitution de l’inosite sont maintenant établies d’une manière certaine : cette substance est iin alcool hexatomique à fonction simple, dérivé de l’hexaméthylène ou hexahydrure de benzine.
- Lagucrre. — Conformément à un Usage qui tend à s'établir, M. Poincarré lit une notice sur son prédécesseur, M. Laguerre, dont la veuve, par un relâchement des'règlements, assiste à la séance. Né en 1855, le re-
- gret lé mathématicien s'était signalé par un travail très original alors qu’il était encore sur les bancs du lycée. C’est le 11 mai 1885 qu’il fut élu membre de l’Académie, et c’est le 14 août 188(5 qu’il mourut à Bar-le-l)ue, sa ville natale.
- Les négritos. — M. de Quatrefages présente un grand travail sur les petites races nègres, dans lesquelles il voil les pygmées si souvent cités par les anciens auteurs. 11 s’attache à montrer qu’Aristote leur assigne comme patrie l’une des régions qu’ils habitent réellement, c’est-à-dire les marais voisins des sources du Nil. Les Akkas étaient certainement connus des anciens Égyptiens, puisque Mariette a retrouvé leurs portraits dans les gravures des hypogées. Pomponius Mêlas en cite vers le Centre africain, là où ont été récemment rencontrées par Stanley des populations de 1 m,ô0. On sait que M. d’Abbadie a signalé plus à l’est des nègres qui ne dépassent pas lm,50.
- Sur le beurre. — C’est sous ce titre, que M. Peligol présente un travail de M. Duelaux relatif à la proportion des acides butyrique et caproïque dans les beurres d’isi-gny et de Gournav, ainsi que dans quelques beurres bretons. L’auteur pense que si la propreté et les autres détails de fabrication ont une grande importance sur la qualité du beurre, on ne saurait négliger les considérations qui visent la nature des fourrages, la nature géologique du pays, et les races de vaches.
- Chromate d’aniline. — Si on mélange l’aniline et l’acide chromique, on produit de l’oxvde vert de chrome et des dérivés oxydés de l’alcaloïde. MM. Girard et L’Hôte arrivent à combiner les deux substances en faisant réagir le bichromate de potasse sur le chlorhydrate d’aniline. Le sel produit se présente en beaux cristaux jaunes très altérables à l’air humide, et que l’eau bouillante décompose.
- Le béri-béri. — Il paraît que la maladie engendrée par l’usage du riz à l’état de maturation incomplète a déjà préoccupé les académiciens du dix-huitième siècle. M. le secrétaire perpétuel se propose de rechercher dans quelles circonstances ces anciennes études ont été faites et pourquoi la maladie porte le nom singulier qui la désigne.
- Varia. — Une nouvelle planète a été découverte le 8 juin à Marseille par M. Barelli. — M. Henri Becquerel continue ses intéressantes recherches sur les variations des spectres d’absorption des composés du didyme. — MM. Verneuil, Cornil et Lannelongue posent leur candidature à la place vacante dans la section de médecine par suite du décès de M. Gosselin. — Les actions mécaniques dont le sol de la Provence a conservé les traces, occupent M. Marcel Bertrand. — M. Leloir étudie le psoriasis buccal, et M. Cornil les grands kystes sarcomateux du petit bassin. — Un mémoire de M. Munier-Chahnas concerne les actions métamorphiques exercées par le granit. Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- l'ascension d’un ballon a air chaud ou montgolfière
- J'ai répété souvent dans nos cours de physique l’expérience que La Nature a déjà décrite et qui consiste à lancer en l’air de petites bulles de savon
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- pleines d'hydrogène. On sait, qu'il suffit de faire atteindre à ces bulles quatre ou cinq centimètres de diamètre, pour les voir s'élever rapidement jusqu’au plafond. Cette amusante expérience fournit une
- Fig. 1. — Bulle de savon gonflée d’air chaud. Manière d’y fixer un aéronaute
- Voici une autre expérience non moins intéressante et bien plus simple, pour produire de véritables montgolfières à bulles de savon.
- Prenez un tube de cristal de deux centimètres de diamètre sur vingt de longueur, et, en son défaut, laites-en un en papier a lettres ordinaire, ce qui vous permettra d’obtenir facilement des bulles grosses comme la tète d’un homme.
- Trempez l’extrémité de ce tube dans une solution de savon de Marseille, ou meme d’un savon quelconque, et soufflez fortement et rapidement de haut en bas. Votre bulle grossira vite, et l’air chaud de vos poumons que vous y injectez la fera bientôt monter. Sans lâcher la bulle, suivez-en le mouvement ascensionnel, en retournant graduellement vers le liant l’extrémité du tuyau, jusqu’à atteindre la goutte suspendue au fond de la bulle ; vous refoulerez ainsi vers les parois la dernière portion du liquide, et votre ballon, tout à fait gonflé, n’attendra que le lâchez tout! s’il ne s’est toutefois détaché de lui-mème, comme cela m’est arrivé souvent.
- Si la température ambiante est un peu basse, la bulle ira crever au plafond ; en cas contraire, elle redescendra lentement dès qu’elle se sera un peu refroidie.
- En me servant de tubes de différents diamètres j’ai fait monter des bulles beaucoup moindres; mais l’expérience devient difficile pour les petites dimensions. Les tubes de papier doivent être remplacés
- image des aérostats gonflés au moyen de l’hydrogène ou du gaz de l’éclairage. Je la rends plus instructive et plus variée eu approchant des bulles ascendantes une bougie allumée, (pii les fait brûler.
- Fig. ± — Bulle de savon gonflée d’air chaud, s’élevant avec un bonhomme de papier.
- par d’autres lorsqu’ils se sont retrempés et ramollis ; on doit se servir, autant que cela sera possible, de tubes de cristal.
- Ces expériences de l’ascension de grosses bulles de savon par l’air chaud m’ont déterminé^ à essayer d’y fixer l’image d’un petit aéronaute. J’y suis arrivé à plusieurs reprises, non sans difficultés, je dois l’avouer, mais je puis affirmer que l’expérience réussit quand elle est bien exécutée.
- On découpe dans du papier très milice (celui qui sert d’enveloppe aux livraisons de La Nature convient parfaitement) un petit personnage. On l’attache à un fil qui est fixé à son autre extrémité à un petit disque de papier que l’on fait adhérer par simple contact avec la bulle de savon comme le montre la figure 1. Eu donnant une légère oscillation au tube de verre, la bulle de savon se détache, et s’élève à la façon des montgolfières, avec son aéronaute (fig. 2). Je donne, dans la figure o, l’aspect en grandeur d’exécution du bonhomme de papier (pie je suis arrivé à enlever avec une grosse bulle de savon : I) est le disque supérieur île papier, et E le fil mince terminé par deux nœuds servant à le maintenir en liant et en bas. Thomas Escriche,
- Professeur fie physique à l’Institut fie Bilbao (Espagne].
- Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Fig. 5. — Grandeur d’exécution fiu bonhomme de papier
- mince.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- N» loi. — 25 JUIN 1 887.
- LA NATURE.
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- LE MÉLOGRAPHE ET LE MÉLOTROPE
- DE M. J. CARPENTIER
- S’il fallait une preuve nouvelle que l’intelligence ne suffit pas pour assurer le succès, quand elle n’est pas secondée par l'énergie, la persévérance et le travail, nous la trouverions dans l’historique et la genèse des appareils que nous avons l’honneur et le plaisir — doublé ici par une vieille amitié — de présenter aux lecteurs de La Nature.
- Depuis longtemps déjà, il existait des solutions séparées, plus ou moins parfaites, des deux problèmes de l’enregistrement des improvisations musicales, et de la reproduction mécanique de la musique, mais il appartenait à M. Jules Carpentier de résoudre le premier ces deux problèmes en les réunissant en un seul, et leur donnant ainsi une valeur pratique qu’ils n’avaient pas autrement.
- Les premières recherches deM. J. Carpentier remontent à de longues années : il a décrit ici même 1 les premiers appareils qu’il construisit et qui figurèrent à l’Exposition internationale d’électricité de 1881.
- L’appareil construit alors était un mélographe répétiteur (appliqué à un harmonium) qui découpait directement des bandes de papier; le morceau était répété à l’aide d’un harmonium électrique spécial. De simplification en simplification, perfectionnant sans cesse, M. J. Carpentier est arrivé aujourd’hui à enregistrer les improvisations musicales jouées sur un instrument à clavier quelconque, et à les faire reproduire par un instrument à clavier quelconque, à l’aide d’appareils admirables de simplicité, de bon fonctionnement, et dans lesquels l’habileté du constructeur le dispute à 1 ingéniosité de l’inventeur pour concourir à la perfection de l’ensemble.
- 1 Voy. n° 455, du 4 février 1882, p. 145.
- 15e année. — 2e semestre.
- Nous nous aiderons souvent, pour faciliter l’explication de ces appareils, des deux notes de l’auteur présentées par M. Maseart à l’Académie des sciences, et que complètent les figures qui accompagnent cet article.
- L’ensemble du système créé par M. J. Carpentier pour enregistrer et reproduire fidèlement les improvisations musicales exécutées sur tous les appareils à clavier, comporte trois appareils distincts :
- 1° Le mélographe, appareil enregistrant électriquement, le morceau joué, sur une bande de papier.
- 2° Le perforateur, appareil mécanique de traduction qui perfore les bandes de papier du mélographe et les rend propres à la reproduction mélotropique.
- o° Le mélotrope, appareil mécanique qui, placé sur un piano quelconque, permet de reproduire les improvisations musicales (enregistrées par le mélographe et traduites par le perforateur), sans exiger d’autre talent — sous réserve de V expression — (pie celui de savoir tourner régulièrement une manivelle, tour de main qui ne s’acquiert d’ailleurs qu’avec un peu d’ha-hitude et de pratique.
- 1° I,e mélogra-j»he. — Le mélographe est destiné à conserver les traces de tous les mouvements imprimés aux diverses touches d’un clavier pendant l’exécution d’un morceau.
- Afin de n’altérer en rien les formes et la construction des pianos ou orgues auxquels il s’annexe, il constitue un appareil entièrement indépendant, simplement mis en relation avec le clavier par un faisceau de fils métalliques, dont chacun correspond à une touche, et à travers lesquels l’électricité sert d’agent de trans-niission (fig. 1).
- Etant donnée la nature du phénomène à enregistrer, c’est-à-dire l'abaissement d’une touche, et le mode de transmission adopté, l’électricité, le problème se trouve naturellement ramené à une question de chronographie que résout complètement le
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- télégraphe Morse. Aussi 11e saurait-on mieux comparer le mélographe qu’à un télégraphe Morse multiple, et ne saurait-on mieux en concevoir les dispositions et le fonctionnement qu’on se reportant à ce télégraphe que tout le monde connaît.
- Le mélographe fournit des inscriptions à l'encre sur une bande continue de papier. Cette bande large doit être idéalement considérée comme la réunion d un certain nombre dé bandés étroites dont chacune est réservée à une touche du clavier. Une des principales dilAcuités ;i vaincre dans la réalisation du mélographe a été de réduire à un minimum la largeur des bandes élémentaires, tout en conservant aux organes ainsi resserrés une entière sûreté de fonctionnement. Dans le modèle ici décrit, chaque bande élémentaire ne mesure que 5 millimètres, soit 12 centimètres, y compris les marges, pour 57 notes, ou 5 octaves complètes.
- Le mélographe comporte trois parties.
- La première partie est le transmetteur. Le transmetteur se place sous les touches du clavier dans un intervalle restreint, mais suffisant, qui se trouve dans tous les modèles de pianos. Il est réalisé sous la forme d’une règle en bois portant une série de lames flexibles, dont chacune prend place sous une touche, et qui, s’abaissant et se relevant en même temps i|ue la touche, établit un contact d’autant plus prolongé que la touche est elle-même tenue plus longtemps enfoncée.
- La deuxième partie est le moteur destiné à opérer l’entraînement continu et régulier de la bande sur laquelle se fait l’inscription. Ce moteur est électrique et actionné par six petits accumulateurs. Ce qui le particularise, ce sont ses organes régulateurs. Un volant, tout d’abord, d’apparence exagérément massive, eu égard à la vitesse dont il est animé et la puissance insignifiante absorbée par l’appareil, rend absolument négligeables les perturbations de vitesse que tendrait à produire l’entrée en ligne d’un nombre quelconque d’organes traceurs.
- Le régulateur de vitesse est constitué par un appareil ;i force centrifuge qui, lorsque la vitesse tend à dépasser une certaine limite, rompt le circuit des accumulateurs et supprime ainsi la force motrice; la vitesse tend à se ralentir, le contact se ferme à nouveau et ainsi de suite. En pratique, ces variations n’existent pas et le système prend un état d’équilibre correspondant à un contact imparfait laissant passer un courant suffisant pour maintenir la vitesse constante, non seulement dans le cours d'une expérience, mais d’une expérience à l’autre, à quelque intervalle qu’elles se succèdent. La vitesse d’entraînement du papier correspondante est de 5 mètres par minute.
- La troisième partie du mélographe est le récepteur comprenant l’ensemble des organes d’inscription. On voit à la partie supérieure de la figure 1, les principaux organes de ce récepteur.
- Un cylindre à gorges placé au-dessus de la bande de papier peut être considéré comme la réunion d’une
- série de molettes qui, constamment encrées par un rouleau, placé à la partie supérieure et enduit d’encre oléique, représentent comme autant d’encriers toujours prêts à déposer sur le papier les traces visibles des signaux transmis.
- Sous la bande de papier, une série de styles placés verticalement, chacun en regard d’une molette, sont actionnés chacun par un petit électro-aimant et soulèvent le papier en l’appliquant, contre les molettes encrées, chaque fois qu’on appuie sur les touches correspondantes. A cet effet, les trente-sept électro-aimants sont reliés aux contacts des touches correspondantes du piano par 57 fils, qui servent à fermer le circuit de chacun des électro-aimants sur les accumulateurs, un trente-lmitième fil formant le retour commun. La liaison entre le piano transmetteur et le mélographe se fait à l’aide d’une tresse de 58 fils terminée à ses deux extrémités par des peignes de contact qui s’emboîtent sur chacun des appareils et établissent simultanément toutes les communications.
- L'entraînement régulier du papier se fait par les bords, à l’aide de galets moletés : un embrayage permet d’engager ou de suspendre l’action de ces galets, pour ne dérouler le papier que pendant le temps strictement nécessaire, sans pour cela arrêter le moteur. Le cylindre encreur est animé d’un mouvement lent de va-et-vient longitudinal qui a pour effet d’assurer la régularité de l’encrage des molettes ; lorsque le système ne fonctionne pas, le cylindre encreur est tenu éloigné des molettes pour éviter les encrassements.
- Un grand nombre de dispositions de détail et de réglage sur lesquelles il est inutile d’insister permettent de rendre l’appareil d’un maniement simple et sur. Le modèle présenté par M. J. Carpentier aux Sociétés savantes fonctionne depuis près d’un an, presque chaque jour, sans accident ni accroc. C’est donc un appareil véritablement pratique et qui résout le problème de l’inscription automatique des improvisations musicales exécutées sur un appareil à clavier, d’une façon aussi complète et aussi parfaite que le comporte le problème.
- Dans cette inscription mélographique, chaque note est représentée par un trait dont la position, par rapport aux bords de la feuille correspond à sa hauteur musicale, — dans la gamme tempérée du piano, — et dont la longueur correspond à sa durée. Les motifs formés par la succession des notes dans la continuité du temps trouvent ainsi une représentation, à la fois fidèle et parlante, dans les dessins qui se forment dans l’espace occupé par l’inscription. La figure 5 montre un spécimen de cette écriture.
- Mais l’écriture mélographique, très satisfaisante en théorie, ne saurait être d’aucune application pratique. Si elle contient tous les éléments de la mesure, elle les contient masqués par les mille irrégularités qu’introduit le sentiment, aussi bien que l’inhabileté ou l’hésitation du musicien, et ne per-
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- LA N AT ll\ K.
- r> 1
- met, en aucune manière, de saisir les rapports simples el définis dans lesquels tend à se renfermer toute construction musicale, rapports que la notation vulgaire met si Lien en évidence.
- D’autre part, au point de vue de la grammaire musicale, l’inscription ainsi obtenue n’est, par rapport au morceau qu’aurait réellement écrit le musicien sur les portées, que ce qu’est la sténographie d’un discours au discours lui-même.
- En un mot, un compositeur mis en possession de l’inscription mélographique d’une de ses productions, non seulement serait incapable de la relire au pupitre, mais, pour la transcrire en notation vulgaire, devrait se livrer à un long, pénible et fastidieux travail d’interprétation.
- Pour tourner la difficulté et rendre immédiatement utilisables les précieux documents que fournil le mélographc, un seul moyen se présente à l’esprit : c’est de demander à la mécanique de faire ce que ne peut le compositeur, c’est-à-dire de relire à haute voix les productions enregistrées.
- C’est pour résoudre le problème ainsi posé que M. J. Carpentier a imaginé et réalisé le mélotrope, et un petit mécanisme intermédiaire appelé le perforateur.
- 2° lie perforateur. — Le rôle du perforateur est identique à celui du traducteur dans la vie ordinaire et peut se définir ainsi : Etant donné un appareil ne sachant tracer qu’une écriture musicale de forme A, et un second appareil qui ne comprend et ne lit qu’une écriture de forme B, transformer l’écriture A en écriture B.
- Le perforateur joue ce rôle en transformant la bande imprimée en bande perforée, à l’aide de poinçons manœuvres à la main par un opérateur. En réalité, le morceau est inscrit sur une bande de papier fin et mis en carte sur une feuille de papier plus épais, présentant une rigidité suffisante pour actionner le mélotrope, et cela un nombre de fois indéfini, sans détérioration sensible.
- Ce perforateur n’est manœuvré à la main qu’une seule fois ; lorsque le morceau doit être reproduit un grand nombre de fois, M. J. Carpentier a combiné un perforateur mécanique automatique qui reproduit indéfiniment le môme morceau en se servant de la première perforation comme modèle ou gabarit.
- Si quelques erreurs ou fausses notes se sont glissées dans l’exécution du morceau, il est facile de les corriger en collant des morceaux de carton sur la bande type, perçant de nouveaux trous aux bonnes places pour ne livrer au commerce que des bandes mélotropiques d’une irréprochable exactitude. La figure 6 montre, à une échelle réduite, les bandes perforées. Leur largeur est de 12 centimètres, leur longueur dépend de celle du morceau à jouer, à raison de 5 mètres par minute.
- o° Le mélotrope. — Comme son nom l’indique, le mélotrope est un appareil reproduisant la mélodie ou la musique par un mouvement de rotation, à l’aide d’une manivelle.
- .Cet appareil est, de petite dimension comparé aux systèmes analogues. La figure 2 le montre fixé sur un piano ordinaire, prêta fonctionner; la figure o le représente démonté, le couvercle enlevé, pour laisser voir les principaux organes du mécanisme intérieur. Le mélotrope se présente sous la forme d’une caisse parallélépipédique installée au-dessus du clavier d'un piano ou d’un orgue à l’aide d’équerres disposées à cet effet. Dix minutes suffisent pour préparer l’adaptation de ces équerres. La chose une fois faite, en moins d’une minute, le mélotrope est installé et l’on a un piano automatique, ou le mélotrope est enlevé et le piano redevient un instrument ordinaire.
- À l’intérieur du mélotrope se trouve un mécanisme trente-sept fois répété qui permet de traduire chaque trou de la bande perforée par un abaissement de la touche du clavier correspondante.
- En tournant la manivelle (fig: o, B), on imprime un mouvement de rotation à un cylindre en bois C (fig. 4) occupant toute la longueur de l’appareil, ainsi qu’à deux cylindres I) et E qui entraînent le papier de gauche à droite avec une vitesse égale à celle du déroulement de la bande du mélographc, soit 3 mètres par minute, si l’exécutant tourne bien régulièrement la manivelle à sa vitesse normale. Les notes sont frappées par des doigts ou pilotes S garnis de buffle qui descendent sur les notes et les actionnent chaque fois qu’il passe en regard du cylindre C (fig. 4), une perforation correspondant à la note frappée.
- Lgs perforations du papier ne se prêtent qu’à des actions délicates, tandis que le touché de la note — surtout dans les forte — exige une pression énergique : il faut donc un intermédiaire pour transformer le faible effort exercé près du papier en effort énergique exercé par le pilote sur la touche.
- Le mélotrope comprend, pour résoudre le problème ainsi posé, deux dispositions mécaniques complémentaires l’une de l’autre, et dont le rôle est entièrement distinct : l’une constitue Yembrayage, l’autre le servo-moteur.
- Embrayage. — Le but de l’embrayage est de traduire chacune des perforations de la bande de papier en un petit déplacement mécanique d’un doigt P placé en regard de chaque note et à une certaine distance. A cet effet, la bande de papier F entraînée par le cylindre 1) et E (fig. 4) s’appuie contre un autre cylindre G garni de gorges entre lesquelles peuvent s’introduire les palpeurs IL Avec un papier continu, ne portant aucun trou, les palpeurs sont maintenus dans la position normale ; mais dès qu’un trou se présente, le palpeur sollicité par un ressort, bascule et décrit un petit mouvement autour de l’axe I dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. On voit sur la figure o (À.) tous les ressorts et les fils d’acier qui relient les sommets M des leviers des palpeurs aux ressorts.
- Sur chacun des fils L M, et à une distance qui varie avec chaque note, se trouve un second levier
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- LA NAT U UK.
- en équerre N 0 P, terminé par un petit garnissage en laine P qui s'abaisse de quelques millimètres.
- On peut assimiler les doigts P à ceux d’un exécutant jouant le morceau avec une force insuffisante pour actionner les touches.
- Servo-moteur. — Le servo-moteur est l'intermédiaire empruntant l’énergie nécessaire à cet exécutant, pour faire résonner l'instrument, au travail dépensé sur la manivelle pour faire tourner le cylindre C. A cet, effet, à chaque pilote est fixé, par une de ses extrémités, un cordon qui fait deux tours et demi dans une gorge pratiquée sur ce cylindre et vient, par l’autre extrémité, s’attacher a un petit secteur de huis H. La circonférence de ce secteur est, au repos, toute proche de la surface du cylindre moteur, mais n’y touche point, de telle sorte (pie le cylindre moteur peut tourner sans entraîner le secteur. Cependant, par le jeu de] l’embrayage, le secteur vient-il à être amené, par un petit mouvement des doigts garnis P, au contact du cylindre moteur, il se trouve embrayé par frottement, se soulève , exerce un effort do traction sur le brin du cordon qui lui est fixé, et, suivant les lois du fro 11 e m e n t d e s cordes sur les cylindres, à l’autre extrémité du cordon se trouve disponible une force incomparablement plus considérable dont l’effet est d’enfoncer le pilote et la touche du piano correspondante. De même qu’un mouvement d’approche du secteur détermine l’embrayage et la marche en avant du pilote1, de même un petit recul du secteur, produit par le recul de P, permet le débrayage et le retour en arrière du pilote, rappelé par un ressort à boudin antagoniste.
- Tout le principe de l’appareil réside dans cette application ingénieuse des lois du frottement. Un trouve là l’exemple d’un servo-moteur d’un nouveau genre et dont la docilité est merveilleuse. Pour donner une idée de ses qualités, à ce dernier point de vue, il suffit de dire que le mécanisme du mélotrope permet de faire entendre une note répétée jusqu’à quinze fois dans une seconde.
- Expression. — L’expression, c’est-à-dire le sentiment musical qui caractérise un morceau et lui donne toute sa valeur, réside partie dans l’irrégularité de la mesure, et partie dans l’énergie avec la-
- quelle chaque louche est frappée, les pédales de l’instrument conservant naturellement leur rôle spécial, puisqu’elles restent complètement indépendantes du mélotrope.
- L’expression dans la mesure est rendue d’une façon parfaite1, et c’est là ce qui distingue si nettement la combinaison du mélographe et du mélotrope de tous les systèmes automatiques antérieurs.
- L’expression dans l’intensité du son frappé est obtenue en ne conduisant pas la touche jusqu’au fond et en limitant son enfoncement à un degré variable. 11 y a sur le devant de l’appareil une petite poussette Y (fig. 4, 2) <pii, par une combinaison de leviers, abaisse ou relève une tringle longitudinale qui limite la course des secteurs d’embrayage et, par suite, celle des pilotes et des touches.
- Telles sont les principales dispositions des appareils si’ingénieux et si remarquables de M. J. Carpentier.
- Parmi les nombreuses applications qui leur sont réservées, nous en signalerons une, essentiellement pli i-lanthropique , et qui vaudra à son auteur la reconnaissance de tous les intéressés : le mélotrope permet la reproduction des improvisations jouées par les aveugles chez lesquels le sentiment musical est, en général, si grandement développé. Les morceaux ainsi enregistrés, et mis en carte par le perforateur permettront de reproduire et de répandre une foule de compositions délicieuses qui disparaissaient jusqu’à ce jour avec leur auteur.
- Le mélographe pourra aussi servir, soit pour les études, soit pour les concours de mécanisme, à rectifier la régularité des gammes et des exercices, car il laissera un dessin régulier et permanent qui facilitera beaucoup une analyse minutieuse et rigoureusement exacte de l’exécution, se prêtant ainsi à un classement rationnel des exécutants et à des critiques dont la preuve matérielle sera toujours hors de contestation.
- On pourra aussi appliquer judicieusement — et utilement — le mélographe aux claviers muets. Il
- 1 Nous pourrions citer tel musicien qui, après l’exécution par le mélotrope d’une de ses improvisations enregistrée par le mélographe, mettait en doute la fidélité, cependant scrupuleuse, de la reproduction mélotropiquc, s’étonnant d’avoir joué avec autant d’expression dans la mesure.
- Fig. 2. — Vue d'ensemble du mélotrope disposé sur un piano, prêt à jouer.
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- LA NATURE.
- sui’lira d’embrayer de temps en temps le mécanisme pour vérifier les progrès réalisés dans l’exécution d’un morceau ou d’un exercice, sans être obligé
- d’imposer à ses voisins le supplice d’assister — un pou par lorce — à toutes les [(bases de ces progrès. Le mélograpbo pourra donc servir d’appareil d’é-
- Fig. 5. — Vues intérieures du inélotrojte. — é. Commande des doigts d'embrayage. — B. Servo-moteur.
- tude ou d’appareil à recueillir les improvisations : dans ce dernier cas, il faudra U utiliser avec discer-
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- nemeut partout où l’on lait de bonne musique. Les morceaux ainsi recueillis seront mis en carte,
- cLifl itijl C
- o |jj| ma o
- Fig. i. — Mélotropc. — 1. Coupe longitudinale. — 2. Coupe transversale.
- rejoués au mélotrope, et conservés indéfiniment, reproduits à un nombre indéfini d’exemplaires, grâce s’ils en valent la peine, comme types pouvant être au perforateur automatique.
- Fig. 5. — Spécimen d’écriture mélographique.
- (Fragment d’un morceau de Widor.)
- Les morceaux types, joués par des virtuoses, des auteurs ou des piofesseurs émérites pourront aussi, rejoués par le mélotrope, servir de guide aux jeunes enfants, pour l’exécution correcte et fidèle d’un mor-
- Fig. (). — Spécimen de bande perforée.
- (Fragment d’nn morceau de Ilændel.)
- oeau, sans imposer au professeur la corvée de rejouer un grand nombre de lois le même morceau.
- Le mélotropc, en dehors du mélographe, a aussi devant lui un avenir industriel' assuré et brillant
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- LA NATURE.
- Grâce au mélographe, il est facile de lui constituer, comme le fait justement roman [lier M. Carpentier, un répertoire de morceaux joués par des artistes et dénués, par suite, du caractère de sécheresse qu’imprimaient à la musique mécanique les anciens procédés de piquage.
- M. J. Carpentier tient donc, à quelque point de vue qu’on se place, un grand succès auquel nous applaudissons sans réserves. E. Hospitalier.
- RÉCRÉATION MATHÉMATIQUE
- SUR LES JETONS ET SUR LES POLYGONES
- On vendait dernièrement sur les boulevards une petite boîte de carton dans l’intérieur de laquelle se trouvait dessinée la ligure l ; la boîte renfermait quatorze jetons dont sept noirs et sept rouges, et une devinette mathématique. Cette question, que l’on appelait la Prise (le la Bastille, se compose des quatre problèmes suivants :
- I. Faire entrer dans le fort de gauche les sept
- Fifï. 1. — Le jeu de la prise de la Bastille.
- pions noirs, en suivant les diagonales pointillées, par la porte P (fig. 2), de manière à garnir les sept tours numérotées de 1 à 7, et à laisser la porte libre.
- II. Faire passer les sept [lions noirs du fort de gauche dans le Fort de droite, en suivant les lignes pointillées, et en pénétrant par la porte P', de manière à garnir les sept tours numérotées de 1' à 7' et à laisser la porte libre.
- III. F aire entrer dans le fort de gauche sept pions rouges, comme dans le premier problème.
- IV. Enlever l’un des jetons et faire l’échange des autres pions qui garnissent les deux forts, en les faisant passer alternativement de l’un des forts dans l’autre, en suivant toujours les lignes pointillées.
- Il est entendu que deux [lions ne peuvent se trouver simultanément sur une meme tour, soit au repos, soit dans le déplacement. Le jeu est facile a réaliser en dessinant la ligure sur un carton et en se servant de jetons de deux couleurs, ou des pions d’un jeu de dames ou d’un jeu d’échecs.
- Nous observerons tout d’abord que le troisième problème ne diffère pas du premier, et que le
- deuxième problème n’en diffère que par le sens, car la ligure donnée se compose de deux parties svmé-triques.
- Pour résoudre le premier problème, on introduit un premier pion en o, en suivant le chemin P125, puis un autre en 2, en suivant le chemin PI 2, et enfin un troisième en 1 par le chemin PI ; en tout, l-+-2-bo ou 6 coups.
- Un introduit ensuite un pion en 4, par le chemin P7654, puis un en 5 par le chemin P765, un autre en 6 par le chemin P76, et le septième en 7 par le chemin P7 ; en tout, 1-+-2-h 5-F 4 ou 10 coups. Un remplit donc le fort en 16 coups.
- Un aurait pu garnir les forts 2, 1 d’abord; puis,
- Fi«;. 2. — Figure explicative du jeu.
- dans le sens inverse, les forts o, 4, 5, 6, 7 ; ce qui aurait donné un nombre de coups égal ît ;
- 1 —j— 2 —1~ 1 —f- 2 —*.) —t— 4 —f— o 18
- Si la ligure contenait un [dus grand nombre de forts, on partagerait les pions en deux parts égales ou différentes de l’unité, suivant que le nombre des jetons serait pair ou impair; on introduirait l’une des parts dans un sens P12..., et l’autre dans le
- 1 2 3 0-567
- V 2‘ y V 5’ 6' 7'
- Fi", ü. — Figure de solution.
- sens inverse; on aurait ainsi le nombre minimum des coups1.
- Pour résoudre le quatrième problème, nous pouvons toujours supposer que le pion enlevé se trouvait sur la tour 7', car s’il en était autrement, il suffirait de faire rétrograder d’un rang quelques [lions du fort P' pour dégager la tour T.
- a. Gela posé, on amène sur 7' le pion qui est en 1 ; ensuite on fait reculer d’un rang tous les pions du fort P de manière à dégager la tour 7.
- b. Un amène en 7 le pion de la tour Y et on fait reculer d’un rang tous les pions du fort P' de manière a dégager la tour 7.
- c. Enfin, on recommence successivement les ma-
- 1 Si le nombre des jetons est pair et égal à 2n, le nombie minimum des coups est égal à» (n-fl), et si le nombre dis jetons est impair et égal à le nombre minimum des
- coups est égal à (n + 1 )a.
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- LA NATURE
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- n œuvres a et b jusqu’à ce que U échange des pions ait été obtenu dans les deux torts.
- Le nombre des coups est égal à 85, et si le polygone a n tours en plus de la porte P, b* nombre des coups est 2u (n—1 ) H— 1 -
- Ces règles sont évidentes si l’on remarque que l’on peut remplacer la figure donnée par la suivante (fig. 5).
- La jolie solution que nous venons d’exposer est due à M. Relannov, ancien élève de l’École polytechnique. Edouard Lucas.
- UNE DES CAUSES DE DESTRUCTION
- DES PIERRES DE CONSTRUCTION
- A l’occasion de l’article publié dans le numéro 752 du 11 juin 1887 de La Nature, sur les causes de la destruction des pierres de construction, je crois devoir signaler une cause de destruction qui, à ma connaissance, n’a pas pneore été indiquée et qui agit sur les matériaux les plus durs et les plus résistants, comme le granit. Cette cause est la dilatation brusque produite par l’action du soleil lorsque la température de l’air est très basse et le ciel serein. Voici les faits que j’ai observés et qui justifient cette opinion.
- À Saint-Pal-de-Mons (Haute-Loire), il existe, sur une place publique en face de l’église, une croix en granit érigée en 1670, comme l’indique une inscription gravée dans la pierre.
- Le montant vertical formant l’arbre de la croix est cylindrique et présente un curieux phénomène : la concile superficielle de la pierre s’est détachée circulaire-ment de la partie centrale sur un centimètre d’épaisseur environ ; une partie de cette couche est tombée sur la moitié du contour de l’arbre et ce qu’il en reste forme comme une espèce de demi-fourreau très distinct du reste de la masse, de sorte que l’ensemble présente l’aspect d’un arbre fossile ayant conservé la moitié de son écorce pétrifiée.
- La portion de l’enveloppe qui est tombée se trouvant du côté du Midi, il ne faut pas voir dans ce phénomène un effet des gelées seulement, mais reconnaître qu’il est la conséquence des dilatations et des contractions successives renouvelées des milliers de fois depuis que la croix est exposée aux rayons du soleil. J’ajouterai que le climat du pays est très froid à cause de la grande altitude et que l’air y est pur sans brouillards ; l’action du soleil, en hiver, doit donc donner de grandes différence de température.
- Un phénomène semblable, mais moins accentué, s’observe sur une croix en granit au village de Joux près de Tarare (Rhône).
- Enfin sur la première colonne en granit, côté droit du chœur de l’église d’Ainav, à Lyon, on remarque une plaque superficielle qui se détache de la masse et qui s’est produite vraisemblablement dans des circonstances semblables. Ces colonnes proviennent, en effet, d’un temple romain et on pourrait conclure du fait signalé ci-dessus que cette colonne se trouvait à l’intérieur du temple antique, côté sud, ou bien que dans les.ruines de ce temple, elle s’est trouvée exposée pendant des siècles à l’action du soleil. A. Gobin,
- Ingénieur en chef des ponts et chaussées, à Lyon. -----------—
- TRAVERSÉES RAPIDES
- La plus rapide traversée entre l'Angleterre et les Etats-Unis. — UUmbria, qui était parti de Queenstown le 21) mai est arrivé à New-York en cinq jours et vingt-deux heures, temps apparent, ce qui, en tenant compte de la longitude, fait six jours et trois heures. C’est le voyage le plus rapide qui ait encore été fait.
- La plus rapide traversée qui ait encore été faite entre l'Angleterre et l'Australie. — Le paquebot Oroya est arrivé le 4 juin dans la baie de Plymouth à six heures du matin. 11 était parti d'Adélaïde, South Australia, le 2 mai. La durée du voyage a été de trente-deux jours et dix heures et demie. C’est la traversée la plus rapide qui ait encore été faite. Cependant Y Oroya serait encore arrivé douze heures plus tôt s’il n’avait été retenu à l’entrée de la Manche par un épais brouillard qui dura toute la nuit.
- LES CÉNOTÉS DE LA SÉRANNE
- (hérault)
- Dans La Nature du 12 mars 1887 (n° 719), M. Désiré Charnay a décrit et figuré les cénotés du Yucatan, curiosités hydrographiques de la formation calcaire, portions à ciel ouvert d’immenses nappes d’eau souterraines révélées çà et là au jour par l’effondrement partiel de leurs voûtes.
- Il n’est pas sans intérêt, croyons-nous, de faire connaître que la France, comme le Mexique, possède des spécimens de pareils accidents naturels. On les trouve dans ce pays encore presque inconnu des Causses (Lozère, Aveyron, etc.) où l’on admire depuis si peu d’années les sites étranges des gorges du Tarn, de Montpellier-le-Yieux, etc., et qui semble un trésor inépuisable de bizarreries physiques l.
- Nous avons déjà expliqué aux lecteurs de La Nature, à propos des tunnels de Bramabiau (n° 659), comment les eaux pluviales se comportaient entre la surface poreuse, crevassée, des plateaux calcaires appelés causses (altitude moyenne 1000 mètres) et le fond des vallées (altitude moyenne 500 mètres) où le Tarn, la Jonte, la Dourbie, la Vis, etc., coulent encaissées de 500 mètres et plus au pied de deux lignes de falaises abruptes formées par les parois verticales des dolomies et les talus à fortes pentes des marnes jurassiques; comment toute l’eau précipitée s’engloutissait dans les avens ou gouffres qui criblent l’aire du haut Causse, circulait mystérieusement dans les galeries et cavités souterraines de la masse calcaire évidée comme une éponge, puis sourdait en puissantes et pures fontaines au niveau des thalwegs et des grandes rivières.
- Ce régime hydrologique intérieur est bien remarquable et réserve sans doute à ceux qui oseront le scruter à fond d’étonnantes-découvcrtes en grottes et rivières voûtées analogues à celles du Ivarst (Istrie). Les quelques cavernes déjà reconnues dans les lianes des Causses n’ont pas encore été explorées assez au
- * Voy. La Nature. nos 597, 007, 639 et 675.
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- LA NATURE.
- cette découverte, la vue ci-contre ej, les renseignements suivants :
- « Entre les villages de Coupiac et de Brissac une nappe d’eau souterraine donne naissance, près de cette dernière localité, à une petite rivière qui, sur un parcours de quelques kilomètres seulement, fait mouvoir plusieurs usines avant de se jeter dans l’Hérault au Moulin-Neuf.
- « Les lianes calcaires de la Séranne, sierra relevée en bourrelet au-dessus de la surface du Larzac, recèlent un immense réservoir alimenté par de nombreux avens; dans l’aven dit abîme de Rabanel (Yoy. carte au 80000e, le Yigan, n° 221), l'eau se rencontre à plus de 100 mètres de profondeur; plus bas et plus près du village de Brissac, un autre aven
- Cénoté de la Séranne (Hérault). — D’après une photographie de M. Cliahanon.
- loin, les puits des avens n’ont pas encore été assez profondément sondés pour que l’on ait pu pénétrer jusqu’aux réservoirs ou s’opère la distillation des grandes sources inférieures : les perquisitions qu’il faudrait faire dans ce sens seraient périlleuses.
- Mais l’on a tout au moins constaté déjà l’existence de véritables cénotés, c’est-à-dire de voûtes crevées, affaissées au-dessus d’une de ces nappes d’eau souterraines qui se superposent dans la masse interne des Causses. Ce phénomène naturel est situé au pied nord-est de la montagne de la Séranne (945 mètres, qui forme le talus sud-est du grand Causse du Larzac'), au sud de la ville de Ganges (Hérault).
- C’est à M. Cliahanon, notaire à Ganges et artiste photographe de premier ordre, que nous devons
- permet d’apercevoir la nappe liquide à 25 mètres environ de profondeur; enfin le miroir de l’eau scintille dans une troisième cavité, cette fois presque à fleur de terre, à quelques mètres de l’endroit où la source jaillit et se transforme bientôt en rivière. »
- On le voit, cette série de trois regards étagés qui permet d’inspecter l’onde souterraine à des distances diverses est la reproduction exacte des ccnotés mexicains : il est probable que la région des Gausses en fournira encore d’autres exemples.
- « Je n’ai pu, ajoute la lettre de M. Chabanon, photographier les deux premiers de ces abîmes, mais je vous adresse la photographie du petit aven qui se trouve à quelques mètres de la source ; grâce
- à l’effondrement de la voûte, sur” une^jvingtaine de mètres, on peut à ciel ouvert toucher presque à] la nappe liquide.
- « L’eau en est froide et très limpide et l’on y pêche de belles anguilles. Je n’ai aucune donnée certaine sur la profondeur du gouffre qui paraît considérable. »
- N’est-ce pas un intéressant caprice de la nature ([ne celui qui permet ainsi, au moyen des avens des Causses, des cénotés du Mexique, des foibe du Karst istriote, des catavothres de Grèce et autres puits forés dans les calcaires, d’épier le cours des rivières en amont même de leurs sources?
- E. À. Martel.
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- LE TRAVAIL ÉLECTRIQUE DES MÉTAUX
- Les applications de la chaleur produite par l’énergie électrique ne restent pas limitées à l’éclairage par l’arc ou par l’incandescence, et nous avons signalé a plusieurs lois les autres applications dans lesquelles la chaleur intervient.
- C’est ainsi que nous avons décrit le Tourneau électrique du regretté sir William Siemens1, la fabrication du bronze d’aluminium par le procédé de MM. Cowles8, et la soudure électrique des métaux, à l’aide de transformateurs, par les remarquables procédés de M. E. Thomson7’.
- C’est aussi la chaleur dégagée par les courants électriques que M. de Bénardos utilise dans son procédé pour le travail électrique des métaux.
- L’origine de ces recherches remonte à 1881. Les premières applications furent faites par M. de Bé-nardos dans le laboratoire de ÏElectricien fondé par M. de Kabath, son directeur d’alors, à la soudure autogène des lames de plomb d’accumulateurs.
- Ces premiers résultats, développés et étendus à d’autres métaux, ont donné lieu à une industrie nouvelle et servi à constituer une Société pour le travail électrique de métaux.
- Le principe appliqué dans ce procédé de soudure consiste à créer un arc voltaïque, sorte de elialu-
- hisUülation pour la soudure électrique des métaux.
- mcau électrique, entre les points à réunir par une soudure et un morceau de charbon que l’on promène à la surface des parties à souder (voy. la gravure).
- Le courant est. fourni par une série d’accumulateurs en tension maintenus constamment en charge par une machine à courant continu. Le pôle négatif de cette série d’accumulateurs est relié à une table en fonte isolée du sol, et formant en quelque sorte l’enclume électrique sur laquelle on place les pièces a souder, et le pôle positif à un crayon de
- 1 Yoy. n° 449, du 7 janvier 1882, p. 95.
- 2 Voy. n° 688, du 7 août 1886, p. 146.
- 5 Voy. n° 713, du 29 janvier 1887, p. 151.
- charbon, que l’on manœuvre à la main. Ce crayon de charbon est muni d’une poigné isolante et d’une garde protégeant la main contre les éclaboussures du métal fondu par l’arc.
- La soudure réussit beaucoup moins bien, et môme pas du tout, si l’enclume est reliée au pôle positif et le charbon au pôle négatif.
- En touchant légèrement la pièce avec le crayon de charbon et l’éloignant ensuite rapidement à une certaine distance, on forme un arc qui fond très rapidement les pièces en regard et fournit une soudure autogène très solide et absolument étanche. Lorsqu’on a une longue ligne à souder, lorsqu’il s’agit, par exemple, de réunir deux feuilles de tôle,
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- comme pour la fabrication des tonneaux, il suffit de promener le crayon de charbon le long des pièces pour opérer la soudure d’un seul trait.
- L’intensité du courant dépend de la grosseur des pièces à souder : on la règle en faisant varier le nombre des accumulateurs en service. Dans les expériences faites récemment sous la direction de M. J. Sareia pendant les séances annuelles de la Société française de physique, le courant était fourni par une machine Gramme type supérieur chargeant des accumulateurs de M. de Montant!, pouvant débiter de 500 à 400 ampères.
- 11 faut, en général, 28 accumulateurs plomb-plomb en tension pour obtenir un arc convenable. On en règle l’intensité, suivant la grosseur des pièces à souder, en intercalant dans le circuit une résistance variable. Le même procédé permet de percer des trous dans des plaques de tôle : si l’on introduit, ensuite une tige métallique dans les trous ainsi percés et qu’on fasse tondre ses deux extrémités par le courant, on obtient une rivure électrique.
- L’éclat de l’arc serait gênant et même dangereux pour l’ouvrier qui recevrait souvent des coups de soleil électriques. Il protège sa vue pendant le travail a l’aide d’un châssis portant des verres colorés et muni d’un manche que tient la main gauche, tandis que la main droite dirige le crayon de charbon.
- En dehors de la soudure autogène des accumulateurs, pratiquée depuis de longues années, une application des plus importantes est celle faite par M. Pierre Legrand à la construction de réservoirs métalliques absolument étanches, destinés au transport des huiles de pétrole légères et du sulfure de carbone. Les résultats obtenus par la soudure électrique sont des plus satisfaisants.
- On applique aussi la soudure électrique à la fabrication de tubes de fer et de cuivre et a la construction de meubles légers en fer, pour jardins, caves, literie, etc.
- La soudure électrique constitue donc un procédé simple, élégant et pratique, digne en tous points des autres applications si nombreuses et si utiles de l’énergie électrique, et nous devons féliciter M. de Bénardos d’avoir su transformer un tour de main de laboratoire en une industrie importante dans le présent et dans l’avenir. E. H.
- L’AFRIQUE ÉQUATORIALE
- EXPÉDITIONS DU DOCTEUR JUNKER ET DE STANLEY
- La Société de géographie de Paris et la Société de géographie de Londres ont successivement entendu le rapport du docteur Junker qui vient de passer dix années à explorer les régions comprises entre le Haut-Congo, le Haut-Nil, et les lacs Nyanza. La distance comprise entre Mechra-el-Reg au nord, près du Ghesal-el-Abiad, et Mongbattu au sud, sur l’Arwini, affluent du Congo, se jetant un peu en aval des cataractes de Stanley, est de 800 kilomètres. On compte 1000 kilomètres depuis Ahdala sur le NVellé ou Haut-Mobanzi jusqu’à Wadelai
- sur le Bahr-el-Gazal qui limite à l’est les explorations du docteur Junker. Le district compris entre ces points extrêmes, et que l’intrépide voyageur a parcouru dans tous les sens, possède donc une surface de 800000 kilomètres carrés.
- Comme il était resté inconnu jusqu’à ce jour, on apprend pour la première fois qu'il est arrosé par de grandes rivières dont les unes se jettent dans le Congo, et les autres appartiennent au système orographique du Nil. Ce réseau est très compliqué et, suivant les géographes arabes, met en communication le Nil des blancs avec celui des noirs. C’est dans cette région que l’insurrection dn Malidi a pris naissance, qu’Emin-Pacha et Lupton-Bey luttaient encore récemment, suivant toute probabilité, contre l’insurrection, et que M. Stanley marche au secours de ces champions de la civilisation. Jamais pareille affluence de curieux appartenant aux classes dirigeantes n’avait assiégé les portes de la salle de Burlington Gardens à Londres où la conférence de M. Junker a obtenu un succès considérable; depuis le triomphe de Stanley, la Société de géographie n’avait pas vu une si brillante assemblée répondre à son appel. Le docteur Junker décrit son séjour chez les Niam-Niams. Ces peuples, sur lesquels on a raconté une multitude de traditions fabuleuses, occupent une partie considérable du centre de ce pays accidenté, boisé, fertile, salubre. Les princes de cette nation singulière calomniée l’ont reçu avec grande faveur. Une de ses découvertes les plus curieuses a été celle d’une peuplade de nains nommés Tikkis-Tikkis, qui vivent dans les bois et sont de très habiles chasseurs dont il a tracé les exploits étranges. Enfin il a surtout captivé l’attention de son auditoire en racontant les développements de l’insurrection du Mahdi, et exposa avec beaucoup de détails la situation récente d’Enun-Pacha et de Lupton-Bey. Tous ces renseignements seront développés' dans un ouvrage auquel le docteur Junker travaille en ce moment, et qui fera sensation, car on ne connaît de ses voyages que quelques lettres insérées dans les Mitheilungen. On nous annonce de plus que le docteur Felkin d’Édimbourg a reçu des lettres d’Emin-Pacha datées de NVadelai et écrites le 26 octobre 1886. Ces lettres, relatives à une exploration scientifique du lac Albert Nyanza, seront publiées dans le prochain numéro du Scoitish Geographical Magazine. C’est le docteur Junker qui les a apportées en Europe. Depuis lors on n’a plus de nouvelles d’Emin.
- On a reçu d’autre part à Londres des nouvelles de M. Stanley, qui à la date du 16 avril se trouvait à Léo-poldville sur les bords de Stanley Pool, à la tête de 750 hommes. La situation était très triste dans ces régions ravagées par la famine, et les travaux des missionnaires depuis 1875, époque de la dernière visite de M. Stanley, étaient à peu près nuis. M. Stanley n’a pas trouvé, chez les missionnaires américains de l’Intérieur, le concours sur lequel il croyait devoir compter. Il a été obligé d’avoir recours à la force, pour s’emparer du vapeur Henry Reed, qu’ils refusaient de mettre à sa disposition, sous de futiles prétextes. Le gouverneur de l’État libre qui a autorisé cet enlèvement manu militari a fixé une location de 2500 francs par mois, ce qui représente 2 et demi pour 100 de la valeur de ce steamer. La flottille partie de Léopoldville pour le Haut-Congo se compose de 4 vapeurs et de barques portant les 750 hommes de l’expédition, 12 ânes, les vivres et les munitions. Il est probable qu’on ne recevra plus de nouvelles de I M. Stanley avant le milieu du mois de septembre. Comme
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- LA NATURE.
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- on le sait, l’expédition se dirige vers les chutes Stanley et le reste du chemin pour rejoindre Einiu-Pacha doit se faire à travers le pays parcouru par le docteur Junker.
- LA SIBÉRIE ORIENTALE
- EXPOSITION OE M. JOSEPH MAP,TIN, AU TliOCADÉRO, A PARIS
- Une très intéressante exposition des collections qu’a rapportées, de son nouveau voyage dans la Sibérie orientale, un explorateur bien connu, M. Joseph Martin, vient d’ètre ouverte au palais du Trocadéro.
- Envoyé pour la seconde lois sur les rives de la Léna afin d’y étudier les nombreuses mines en exploitation, M. Martin entreprit de parcourir cette fois la vaste contrée inexplorée comprise entre cette rivière et le fleuve Amour.
- Le voyage de notre compatriote, qui a duré cinq ans, a donné des résultats très importants; ses relevés topographiques permettront de rectifier les cartes antérieures de la Sibérie orientale, toutes fautives, de préciser l'orographie des bassins de l'O-leckma, de la Zéa et de l’Amour, et font connaître la configuration exacte d’une partie de la chaîne des monts Stanovoi. Les collections de botanique, zoo-logic, géologie, minéralogie, d'ethnographie et d’échantillons commerciaux, enrichiront nos musées de pièces rares et d’espèces nouvelles.
- Plusieurs peuples se partagent la Sibérie orientale, ce sont les Tschouktchis, les Yakoutes, les Toungouzes, les Mandchous et les Ghilaks. Les régions de la Léna et des monts Stanovoi visitées par M. Martin sont peuplées presque exclusivement par des\akoutes et des bordes Toungouzes, et c’est auprès d eux qu’il a recueilli les pièces les plus importantes de la collection ethnographique.
- Pendant son séjour parmi les Toungouzes et au cours de sa longue exploration en compagnie de plusieurs familles indigènes, M. Martin a eu l’occasion d’assister‘plusieurs fois à des cérémonies religieuses de ces peuples encore adonnés au chamanisme, — culte qui disparaît rapidement depuis que les Russes proscrivent et poursuivent à outrance ceux qui s y adonnent, — et a pu ainsi se procurer un costume complet de sorcier ou Chamane Toungouze qui figure dans l’exposition. C’est le premier que l’on ait rapporté en Europe et le musée de Moscou lui-même n’en possède pas; il est destiné a enrichir le musée d’ethnographie du Trocadéro.
- Rien n’est plus étrange que cet accoutrement à la fois misérable et prétentieux, composé de pièces disparates associées les unes aux autres.
- Il se compose d’une grande robe en peau de renne tannée et d’une tunique semblable soutachée d’arabesques en peau teinte et bordée d’une frange de lanières de cuir ; partout pendent de longues bandes d’étoffes différentes ou de peau, auxquelles sont fixées quelques queues et dépouilles d’animaux et un grand nombre de figurines grossièrement découpées dans des plaques de fer poli et travaillé h la
- forge, qui représentent des rennes, des poissons et des animaux de toutes sortes auxquelles ils attachent un caractère sacre, des plaquettes de cuivre, des grelots et antres bibelots qu’ils ont pu se procurer sur les frontières mongoles. Sur la poitrine tombe .un plastron en cuir recouvert, comme le reste du costume, de ces amulettes. Comme chaussure, d s bottes en peau. La tète est abritée sous une calotte on drap de diverses couleurs; soutenue par une carcasse en lames de 1er qui supporte une pièce de 1er représentant des cornes de renne; des morceaux de peau de cet animal sont enchevêtrés dans les branchés. Cette coiffure maintient en l’appuyant sur le front, un masque grossier en cuivre rouge battu et qui complète bien 1 ensemble de ce costume sauvage et grotesque.
- Le principal instrument de culte des Chamanes est le tambour magique, qui leur sert à s’accompagner dans leurs chants et leurs danses et à étonner les esprits en complétant par un bruit sourd et sonore l’horrible cliquetis de toute la ferraille qui recouvre leurs vêtements. La forme de cet instrument caractéristique n est pas identique chez tous les peuples adonnés au chamanisme; celui rapporté par M. Martin est formé d une peau tendue sur une membrane de bois, de forme ovoïde, au moyen de sortes de chaînes en fer forgé (fig. 1, n° 2). Il est orné de peintures rouges et bleues formant bordures, représentant des rennes et divers sujets et on le lait vibrer avec un battoir courbe en os recouvert d un côté de peau avec son poil et dont le manche figure une tète de renne. 11 diffère sensiblement des objets analogues provenant d’autres peuples chamaniques qui existent déjà dans les collections du musée d’ethnographie du Trocadéro.
- Celui des Lapons, de dimensions un peu moindres, orné de figures plus compliquées, et qui représentent, outre des rennes, des profils de tentes, des croix ou swastikas, etc., (fig. 1, n° 5) est constitué, tantôt par un bloc de bois creusé avec une traverse de même substance, tantôt par un cercle de bois mince avec des tendeurs en cordes de bovaux. Le battoir est un petit marteau en os de la forme d’un T, auquel sont suspendues des pendeloques de métal. Le prêtre, lorsqu’il veut tirer un horoscope, finit par le laisser tomber sur le tambour, prétendant lire dans les signes touchés par la pendeloque ou le marteau, la réponse aux questions qui lui sont posées, et qui, presque toujours, sont relatives aux rennes malades ou égarés. Enfin le tambour des Tschouktchis se réduit à un petit cercle de bois emmanché, couvert d’une peau d’intestins de poisson et muni, en guise de baguette, d’un éclat de fanon de baleine (fig. 1, n° 1).
- Les cérémonies du culte des Toungouzes sont jusqu’ici restées à peu près inconnues, aucun voyageur ne les ayant étudiées spécialement. La publication par la maison Hachette du grand ouvrage de M. Martin sur son voyage, dont l’apparition est attendue avec impatience par les ethnographes, jettera certai-
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- LA NATURE.
- nement beaucoup rie lumière sur cette question. Les seuls renseignements (pie nous ayons à ce sujet sont fournis par un article publié en russe à propos des recherches du même voyageur dans un journal illustré de l'é-tersbourg.
- Un des hommes de l'escorte étant mort, le plus ancien Toungouze, raconte notre confrère, revêtit, les insignes religieux pour célébrer les obsèques. Le corps du défunt fut placé près d’un grand feu autour duquel tout le monde se tenait debout, faisant entendre des chants qui se terminèrent par des plaintes,tics pleurs etdes cris, tandis que le prêtre, frappant sur son tambour, appelait les lions génies, et conjurait les démons.
- Le Chamane s’adresse avec une éloquence véhémente aux divinités des eaux et des airs, à la petite rivière, à la grainl’-mère montagne, objurgue tous les animaux, la lune, le soleil et les étoiles. Il invoque aussi le chef des méchants génies : « Et toi,
- Chandaï, Satana des Satana, vieux comme les pierres et dur comme elles, ne maltraite pas notre frère; » puis il jette en l’air du beurre et de l’alcool, en arrose le feu, répand du lait de rennes, pour remercier les dieux et apaiser les dénions. Alors commence l’ensevelissement. Un place le corps dans un tronc d’arbre et a scs côtés, tous les instruments de chasse et les idoles qui lui ont appartenu de son vivant. Le cercueil est juché sur une charpente à quelques mètres du sol, et en s’éloignant, chaque Toungouze
- marque avec sa hache, en passant, un signe sur le tronc d’arbre qui le soutient.
- Ce n’est pas seulement lorsqu’un des leurs meurt,
- mais à l’occasion de tous les actes de la vie que ces peiqdades recommencent les mêmes invocations. Les naissances, les maladies, le retour des saisons, la mort d’un animal sacré, tel qu’un ours, le départ pour un voyage, le passage d’un torrent, tout pour eux est un motif de conjuration. Ils poussent la superstition s i loin que les guides toungouzes s’opposaient absolument, non seulement à ce que M. Martin emportât les crânes
- humains trouvés dans les tombes anciennes, mais même à ce qu’il prît les têtes et les pattes des animaux tués à la chasse, prétendant qu’il fallait absolument attacher ces ossements, enfermés dans un morceau de peau, aux branches élevées d’un arbre, et les y abandonner, sous peine d’attirer sur la caravane les plus grands malheurs. Un peut juger par ce seul fait des difficultés auxquelles se heurte un voyageur lorsqu’il veut former des collections zoologiques dans un pareil pays.
- Malgré ces obstacles, M. Martin est parvenu réunir un-', série très importante d’idoles, grossières statuettes de bois noirci par le temps, munies d’yeux de verre, habillées de fragments de peau, ornées de mâchoires de rennes sauvages. L’une d’elles est une divinité phallique. D’autres, plus informes encore, sont de simples morceaux de
- Fig. 1. — Peaux (ic tambours magiques. — N° 1. Tambour lapon. — N° 2. Tambour chamane. — ÏN“ 5. Autre tambour lapon. (Au 1)12' de la grandeur réelle). — Musée d’ethnographie du Trocadéro.
- Fig. 2. — Tambour magique et battoirs. — S\° 1. Tambour magique et sa baguette tschouktchis. — K" 2. Battoir de tambour magique toungouze. — A” 5. Battoir de tambour lapon. (Au 1/7* de la grandeur naturelle). — Musée d’ethnographie du Trocadéro.
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- LA NATURE.
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- bois surmontés de doux pointes, ipii ont l'intention de symboliser les bêtes à cornes et servent à la lois de fétiches et de jouets d'eidàuls.
- La collection de M. Martin comprend également un certain nombre de vêtements, objets divers et idoles yakoutes.
- Les Yakoutes, qui habitent à l'ouest des Toungou-zes, sont en général plus civilisés que leurs voisins, et l'influence russe a changé plus profondément leurs mœurs. Certaines tribus habitant, des districts éloignés n’en sont pas moins encore très fanatiques et ont conservé leur ancien culte et leurs dieux. Elles ont, raconte Billings, tout un panthéon de divinités : Aar-Toyon, l’auteur de la création; Koubey-Khatoun, sa femme; Ouchsyt, (pii, disent-ils, a sou-
- Fig. 5. •— M. Martin en costume lakoutc. (D’après une photographie.)
- tant commerce avec les colons russes. Ils ne craignent pas d’attaquer l’ours avec un épieu a gros manche, armé d’une lame aiguë très large et épaisse. Pour s’emparer des petits animaux à fourrure, martres, zibelines, etc., ils ont des pièges très ingénieux. M. Martin en a rapporté plusieurs spécimens.
- Leur instinct nomade est poussé à un tel point qu’ils ne veulent pas rester plus de six jours à un même endroit et qu’ils transportent malgré tout leurs tentes, ne fùt-ce qu’à une trentaine de mètres, prétendant que leurs yourtes, au bout de ce temps, prennent une odeur malsaine et désagréable. M. Martin a eu souvent occasion de rencontrer des métis de Toungouzes et Yakoutes et de Toungouzes et Tschouktchis. Dans certaines localités les mélanges de sang ont été tels, qu’aujourd’hui les résidents
- vent paru parmi eux, tantôt sous la forme d’un cheval blanc, tantôt sous celle d’un oiseau; Ches-sottgoï-Toyon, leur protecteur spécial ; puis des esprits malfaisants, infiniment nombreux, divisés en trente-cinq tribus, auxquelles ils offrent incessamment des sacrifices et des prières. Uonvaicus qu’ils sont d’être en état de démonocratie, c’est-à-dire sous l’influence immédiate des esprits malfaisants, c’est à ceux-ci surtout que s’adresse leur culte, exercé, comme chez les Toungouzes, par l'intermédiaire de Chamane et sous une forme similaire.
- En outre du soin de leurs troupeaux de rennes et de chevaux, leurs principales occupations sont la chasse et la pèche qui leur procurent la nourriture, ; des vêtements et des peaux dont ils font un impor-
- Fig. i. — Chasseur toungouze. — (D’après une statuette île la collection DeinidolT.) — Musée du Trocadéro.
- russes eux-mêmes ne peuvent plus discerner d’après les traits d’un indigène à quelle race il appartient.
- L’exposition de M. Martin comprend, comme nous l’avons déjà dit, une très belle collection de minéralogie formée d’environ treize cents échantillons des rochers et des minerais appartenant aux terrains qu’il a traversés et étudiés. Déjà, à son premier voyage, il avait rapporté une série importante de minéraux des rives de la Léna et de la Transbaïkalie qui a fourni à M. Vélain, directeur du laboratoire des hautes études de géologie à la Sorbonne, les matériaux d’un mémoire de la plus grande importance qui a éclairci bien des points obscurs de la géologie de ces contrées et fait connaître plusieurs espèces absolument nouvelles. M. Vélain va pouvoir continuer et compléter ses recherches.
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- LA NAT LUE.
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- 11 n’a guère été plus aisé do former cette collection de géologie que celles d'etlmographie ou d’histoire naturelle. M. Martin a eu, en effet, à lutter contre le mauvais vouloir de ses porteurs, (pii jetaient en cachette les pierres qu’il ramassait, et lorsqu’il s’en aperçut, lui répondirent'qu'il trouverait sur les bords de l’Amour autant de cailloux qu’il le voudrait, sans leur donner la peine de les porter si loin !
- L’étude des documents variés apportés par ce voyageur offre un vif intérêt d’actualité en ce moment où l’attention de l’Europe est attirée sur les possessions russes d’Asie. Elle nous fait mieux connaître, en effet, l’importance commerciale et politique d’une contrée appelée sans doute à jouer un grand rôle par suite de sa proximité avec la Chine qu’elle limite sur une grande étendue, et de ses ports immenses et surs, libres de glace la plus grande partie de l’année, qui sont les seuls que l’empire russe possède sur l’Océan. Fernand Landrin.
- CHRONIQUE
- Finie de poussière. — 11 est tombé, le 5 mai à Fontainebleau et le 7 du même mois à Caliors, une pluie à la surface de laquelle on a observé une poussière jaune très ténue, tout à fait comparable d’aspect à de la fleur de soufre. C’est la pluie de soufre des anciens. M. Guil-bert, adjoint du génie à Fontainebleau, nous a envoyé un échantillon de la poudre jaune recueillie dans cette ville : cette poussière brûle avec une odeur pénétrante à la façon d’une matière organique et laisse des cendres grises. L’examen microscopique nous a permis de constater que la poussière est formée de grains arrondis qui ne sont autre que les grains de pollen du Pinus sylvestris. Les pins de la forêt de Fontainebleau étaient en pleine floraison au commencement de mai, le pollen a été enlevé par des tourbillons de vent, et saisi dans les hautes régions par la pluie. A Cahors, le voisinage des pins maritimes des Landes explique le phénomène de la même façon. Les pluies de poussière jaune, dites pluies de soufre, se distinguent des pluies de sable qui proviennent du Sahara, et qui se manifestent assez fréquemment en Sicile et dans l’Italie méridionale. G. T.
- Culture de la vigne dans la République argentine. — La culture de la vigne s’étend tous les jours davantage dans la République argentine;' depuis quelques années déjà, les provinces de Mendoza et de San-Juan produisent des vins qui, quoique d’une qualité inférieure, sont destinés à s’améliorer progressivement quand la viticulture, encore dans l’enfance, se sera développée dans le pays. On y travaille sérieusement, et des vignerons venus de France se livrent exclusivement à ce genre de culture, qui se fait dans plusieurs provinces ; de nouveaux essais viennent d’être tentés à Ba-hia-Blanca, dans le sud de la province de Buenos-Avres ; un agriculteur a fait venir du Chili et de Mendoza plus de trois cent mille plants qui ont parfaitement réussi, et il espère que dans deux ans ses plantations seront en plein rapport. L’élevage des animaux et le commerce des laines ont été jusqu’ici les principales ressources du pays ; mais la production des laines a été si considérable depuis
- quelques années, qu’elles ont subi en Europe une baisse assez sensible pour rendre cette industrie moins rémunératrice qu’autrefois ; aussi, certains agriculteurs, convaincus par les expériences déjà faites, abandonnent peu à peu l’élevage des animaux pour planter de la vigne, dont la culture doit certainement réussir dans la Plata. Il n’est pas douteux que, dans quinze à vingt ans d’ici, les vins récoltés dans le pays seront d’assez bonne qualité, non pour entraver l’exportation de nos vins, mais du moins pour leur faire une concurrence d’autant plus sérieuse qu’ils sont frappés de droits fort, élevés, 55 pour 100 environ, à leur entrée dans la République. Aussi, les vins français les plus communs, dits vins de cargaison, ne se vendent pas à moins de 200 à 220 francs la barrique de 210 litres.
- Station préhistorique du lac de Ilienne. —
- Aux environs de Nidau en Suisse, est un petit village du nom de Soutz, situé au bord même du lac de Bienne : les archéologues y connaissent un grand nombre de stations lacustres de l'àge de la pierre et de l’àge du bronze. A Soutz même se trouve un village lacustre de l’àge de pierre ; à un quart d’heure de là où a découvert des vestiges d’une tuilerie romaine et un peu plus loin une station de l’àge du bronze. Cette station était restée sous l’eau jusqu’à l’époque ou en creusant un canal pour détourner l’Aar, le lac a baissé et a mis à découvert tout le
- village avec les traces des pouls, l’enceinte du village et même des espèces de fortins en dehors du village. La curieuse cuillère que nous reproduisons ci-dessus a été trouvée par M. Renner, le peintre bien connu, dans une station lacustre de Soutz située dans la propriété de M. de Butté, architecte. Nous avons joint à cette cuillère une rondelle qui parait être une sorte de bouton préhistorique dont le diamètre réel est de 0Œ,045. Des flèches, des poinçons, harpons, rondelles pour filets, haches et raclons, ont été recueillis abondamment dans la station de M. de Butté.
- ï/industric de la paille en Italie. — Tout le monde sait que la préparation de la paille destinée à la fabrication des chapeaux constitue, en Italie, une industrie spéciale d’une grande importance. M. Colnaghi, consul général à Florence, vient de faire un rapport à ce sujet. M. Colnaghi établit que l’industrie de la paille existait déjà au seizième siècle dans les environs.de Florence. De là elle s’est répandue d’abord dans les autres parties de la Toscane, puis dans toute l’Italie. Toutefois, elle parait n’avoir acquis une grande importance qu’au commencement du dix-huitième siècle, époque à laquelle Domenieo Michelacci introduisit ou perfectionna la culture du blé de printemps, en vue d’obtenir une paille longue et fine. La paille étant ici l’objet principal de la récolte, le grain n’étant plus que l’accessoire, on comprend que l’on doit adopter un système de culture tout différent du système ordinaire. Ainsi, on doit semer très
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- serré, elr. Au moment tir la récolle, on réunit les liges en poignées, dont chacune peut être facilement tenue dans la main, lin hectare donne 19000 à 20000 de ces poignées. On opère un premier blanchiment en étendant les poignées en éventail sur le sol et les laissant exposées à l’air pendant quatre ou cinq jours consécutifs, après quoi on les'retournc et on les laisse encore sur le sol pendant trois ou quatre jours. En cas de pluie, la paille doit être rassemblée et recouverte. Une lois transportée à la fabrique, la paille commence par subir un second blanchiment. Cette opération consiste à l’humecter légèrement et à l’exposer à la fumée du soufre dans une chambre close. 11 s’agit alors de faire le triage suivant le degré de finesse. On se sert pour cela d'un appareil composé d’une série d’entonnoirs tronconiques combinés avec des plaques de cuivre perforées mobiles. Ces plaques sont percées de trous de plus en plus gros; généralement, elles sont numérotées de 0 à 15, mais quelquefois de 0 à 20. On prend une poignée de paille et on la met dans le premier entonnoir, celui dont la plaque a les trous les plus fins. Les pailles les plus fines traversent la plaque et restent suspendues par les épis. On enlève le reste de la [alignée, que l’on place dans le second entonnoir et ainsi île suite jusqu’au dernier. Le triage étant achevé, on coupe les épis, ce qui se fait à l’aide d’une machine spéciale. On assortit alors les pailles de même finesse suivant la longueur. Il y a ordinairement cinq ou six longueurs pour les numéros les plus fins. Après toutes ces opérations, la paille est prête à être tressée.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 juin 1887. — Présidence de M. Jaxssex.
- Les abordages en mer. — L’émotion profonde causée par les récents sinistres maritimes a conduit plusieurs personnes à proposer des mesures de précautions dont l’Académie confie l’examen à une commission composée de MM. Jurien de la Gravière, Paris, de Jonquières, Bouquet de la Grye, Janssen et Cornu. C’est parmi les communications du même genre que figure une note présentée par M. Jurien, au nom de M. Riondel, capitaine de lrégate en retraite. L’auteur voudrait que pour les grandes traversées il y eût deux routes, une pour l’aller et une pour le retour, afin d’éviter déjà de ce chef une foule de raisons de rencontre. Dans les canaux étroits, comme la Manche, on devrait astreindre les vapeurs à ne pas dépasser une certaine vitesse maxima dès que le temps serait brumeux. Les collisions devraient être soumises à un tribunal international et non, comme actuellement, à des juges appartenant tous au même port. Enfin il faudrait perfectionner les signaux de feu.
- De son côté M. Joseph Vinot propose que les navires soient munis d’une part, de cloches immergées sous la mer, et qu’on ferait vibrer pendant le brouillard et pendant la nuit; et d’autre part, d’appareils téléphoniques permettant de saisir dans l’eau les vibrations provenant de navires passant au voisinage. L’auteur se propose de faire à cet égard une série d’expériences.
- Le météorite de Grazac. — M. Alfred Coraven Cachin poursuivant dans le Tarn des études archéologiques dont l’Académie a déjà récompensé la première partie, a rencontré chez des paysans de la commune de Grazac, et spécialement au hameau de Montpélégrv, des fragments de météorite provenant d’une chute qui sans lui serait
- restée perdue pour la science. D’après les renseignements qu’il a recueillis, le phénomène a eu lieu le 10 août 1885 à 4 heures du matin, et s’annonça par une explosion comparable à celle d’un violent coup de tonnerre. Les métayers saisis de frayeur sautèrent de leurs lits tandis que les bœufs et les chevaux piaffaient dans les étables et brisaient leurs chaînes. En même temps les météorites incendiaient et consumaient entièrement une meule de 1500 gerbes de blé à la ferme de la Borie. Les pierres, au nombre de vingt, étaient éparpillées sur 2 kilomètres environ. 11 résulte de l’étude que nous avons faite, M. Daubrée et moi, que le météorite de Grazac se rapproche des pierres charbonneuses d’Orgueil et du Cap, mais s’en distingue en même temps d’une manière très nette. Au lieu d’être homogène et uniformément terne comme celles-ci, il montre des parties qui contrastent par leur éclat métalloïde avec le noir sombre et très légèrement ocracé du fond, en affectant une disposition rubanée. La cassure est granuleuse et présente quelques globules rappelant les cliondres si fréquents dans les météorites. De même que l’aspect, l’action sur le barreau aimanté montre combien la matière est peu homogène. Tandis qu’un échantillon n’agit que très faiblement, un autre dévie très énergiquement l’aiguille, et un troisième n’a d’action que par un de ses côtés. Aucun n’a paru posséder de pôles. La densité prise sur un très petit fragment pesant 0er,25 a été trouvée égale à 4,16. A raison de l’extrême rareté du météorite, les essais chimiques n’ont été faits que sur des esquilles et ne sauraient par conséquent être complets. Chauffée dans un tube fermé, la matière laisse échapper d’abord de l’eau, puis des vapeurs blanchâtres et épaisses à odeur bitumineuse. Le résidu fixe est une substance noire, brillante, très magnétique, qui, chauffée dans un tube ouvert devient d’un brun ocreux. Par l’eau bouillante on extrait des traces très sensibles de sulfates et de chlorures. Avec l’acide chlorhydrique on détermine un dégagement d’hydrogène auquel se mêle peut-être de l’acide carbonique avec indice douteux d’hydrogène sulfuré. La liqueur a donné nettement les réactions du fer, sans qu’on ait pu chercher le nickel, le résidu a conservé l’aspect primitif de l’échantillon. Les grains magnétiques extraits de la poussière ont très visiblement précipité le sulfate de cuivre à la manière du fer métallique. Les lames minces étant restées opaques, nous avons examiné au microscope la poussière de la roche. Au milieu de parties noires en quantité tout à fait prédominante, apparaissent des éclats transparents, de formes irrégulières, sans contours cristallisés. Tous sont très actifs sur la lumière polarisée; les uns donnent des mosaïques très colorées à la façon du péridot; d’autres sont fibreux comme l’est souvent l’eustatite. La gelée qui se produit par leur contact avec l’acide chlorhydrique décèle la présence d’un silicate attaquable. Tout incomplets qu’ils soient forcément, les caractères qui précèdent suffisent pour faire du météorite de Grazac un type lithologique complètement nouveau. Ce type est d’autant [dus remarquable qu’il appartient à la catégorie des météorites charbonneux si rares et si intéressants, qui, par leur ressemblance aveu nos combustibles minéraux, ont invité à rechercher des manifestations biologiques en dehors du globe.
- Composés métalliques explosifs. — A propos du récent travail de M. Debray, MM. Osmond et Wertli décrivent les résidus qu’ils ont obtenus en dissolvant les aciers dans certains acides. Il s’agit de substances graphiteuses renfermant du fer, du carbone, de l’eau et un excès d’oxy-
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- LA NATURE.
- gène, essentiellement explosives et pouvant s'enflammer s|)ontanément quand on les chauffe dans le vide.
- Election. — Le décès de M. Gosselin 'ayant laissé vacante une place dans la section de médecine et de chirurgie, la section a présenté, pour le remplacer, une liste de candidats portant : en première ligne, M. Yer-neuil; en deuxième ligne, ex æquo et par ordre alphabétique : MM. Cornil, Guyon, Lannelongue et Trélat. Les votants étant au nombre de 54, M. Yerneuil est nommé par 47 suffrages contre 5 donnés à M. Trélat, 2 à M. dormi et 1 à M. Guyon; il y a un bulletin blanc
- Physiologie expérimentale. — Poursuivant de liés importantes recherches dont nous avons déjà parlé ici à plusieurs reprises, M. Chauveau cherche aujourd’hui le rapport existant entre le travail mécanique réalisé par les muscles et le travail chimique dont ils sont le siège. En
- faisant faire à un même muscle (le releveur de la lèvre inférieur du cheval) d’abord le travail utile dans la mastication, puis des contractions stériles, l’auteur constate que dans les deux cas le travail chimique est sensiblement le même.
- Varia. — M. Mongrand conteste la célèbre, expérience de Joule qui démontre que si un gaz se dilate sans produire de travail, sa température reste constante. — On a remarqué au Salon actuel la belle statue de Lebon par M. Péchiné : l’inventeur du gaz y est représenté de la manière la plus heureuse. 11 paraît qu’on va prochainement inaugurer cette remarquable œuvre d’art à Chaumont, et l’Académie est invitée à se faire représenter à cette solennité. — Une carte géologique de la province de Gènes est adressée par M. Issel. Stanislas Meunier.
- Fig. 1. — Expérience sur le principe de l’inertie.
- Fig. ± — Autre expérience sur le même principe.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- LE PRINCIPE DE i/lN’ERTIE
- Les expériences sur le principe de l’inertie sont très nombreuses et nous en avons déjà fait connaître un grand nombre. Nous y revenons encore aujourd'hui à propos d'une communication que nous adresse M. F. R., de Lyon.Voici ce que nous écrit notre correspondant :
- « Vous mettez une douzaine de pièces de monnaies différentes au fond d’une assiette et vous proposez à votre entourage de les déposer d’un seul coup dans le même ordre sur la table. Les non-initiés essavent en vain. Pour y réussir, élevez l’assiette à 50 centimètres au-dessus de la table, abaissez-Ia vivement d’une vingtaine de centimètres et tirez-la à vous : les pièces de monnaie, manquant d’appui, tom-
- bent sur la table en gardant leur position (lig. 1). » Cette expérience amusante m’en a rappelé une autre du même genre que je faisais dans ma jeunesse. Elle consiste à relever le bras en arrière de manière que le coude soit bien horizontal. On y place une pile de pièces de monnaie, comme l’indique la ligure 2. Si dans cette position, on abaisse rapidement le bras, la pile manque de point d’appui, reste isolée dans l’espace, et elle peut être entièrement empoignée par la main qui s’abaisse.
- Avec un peu d’exercice et d’adresse, on attrape ainsi dans sa main une dizaine de pièces de deux sous ou de cinq francs superposées, sans qu’il en tombe une seule parterre. G. T.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- .V 735. — 2 JUILLET 1887.
- LA NAT U UE.
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- LA STATUE DE PHILIPPE LEBON
- L'inauguration de ia statue du célèbre inventeur de l’éclairage au gaz a eu lieu le 26 juin 1887 a Cbaumont (Haute-Marne), par les soins de la Société technique du gaz en France. La statue dont nous plaçons la reproduction sous les yeux de nos lecteurs est due au ciseau exercé d'un jeune sculpteur,
- M. Antide Péchiné, qui a parfaitement compris son œuvre et qui a représenté l’inventeur au moment oii il voit se dégager une flamme' combustible du ballon de verre où il chauffait de la sciure de bois. L’attitude du personnage est gracieuse et l’expression de la physionomie est méditative et intelligente. Cette statue qui mesure 5 mètres de hauteur a tiguré au dernier Salon; elle a été fondue dans les ateliers de la maison Barbedienne.
- On ne saurait trop applaudir à l’hommage qui vient d’être rendu à l’inventeur du gaz de l’éclairage,, car Philippe Lebon, comme tant d’autres bienfaiteurs de l’humanité, n’a pas, à beaucoup près, la célébrité qui devait lui appartenir. Quand on étudie les documents qui se rattachent à son existence, quand on suit pas à pas les éclairs de génie qui jaillissent dans son cerveau, quand on voit les obstacles qu’il a dù vaincre, quand on approfondit son grand caractère et les beaux sentiments qui l’animent, on reste saisi d’admiration devant l’humble travailleur qui dota son pays d’un grand bienfait.
- Philippe Lebon naquit à Brachay (Haute-Marne), le 29 mai 1767 : vingt ans après, il fut admis à l’Ecole des ponts et chaussées, où il ne tarda pas à 15° année. — 2° semestre.
- se signaler par son esprit ingénieux et investigateur; ses premiers travaux sont relatifs à la machine à vapeur alors à ses débuts, et, le 18 avril 1792, le jeune ingénieur obtient une récompense nationale de deux mille livres « pour continuer des expériences qu’il a commencées sur l'amélioration des machines à feu. »
- C’est a peu près à la même époque que Philippe
- Lebon fut mis sur la voie de l’éclairage au gaz pendant un séjour qu’il lit à Brachay. Un jour, il jette une poignée de sciure de bois dans une fiole de verre qu'il chauffe sur le feu, il voit se dégager du flacon une fumée abondante, qui s’enflamme subitement et produit une belle flamme lumineuse.
- L’inventeur comprit l’importance de l’expérience qu’il venait de faire, et, avec le coup d’œil de l’esprit supérieur, il résolut de se mettre à l’œuvre. Il venait de constater que le bois et les combustibles pouvaient dégager, sous l’action de la chaleur, un gaz propre à l’éclairage et au chauffage. Il avait vu que le gaz qui se dégage du bois calciné est accompagné de vapeurs noirâtres d’une odeur âcre et empyreum atique. Pour qu'il pût servir à produire la lumière, il fallait le débarrasser de ces produits étrangers. Lebon fit passer les vapeurs par un tuyau de dégagement, dans un flacon rempli d’eau qui condensait les matières goudronneuses ou acides, et le gaz s’échappait à l’état de pureté. Ce modeste appareil est la première image de l’usine à gaz : il en comprend les trois parties essentielles, appareils de production, systèmes de purification , et récipient pour recueillir le gaz.
- La statue de Philippe Lebon, inaugurée le 28 juin, à Chaumont (Haute-Marne). (D’après une photographie.)
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- LA NATURE.
- Un an après, l'inventeur avait vu Fourcroy, de Prony, et les grands savants de son époque ; le 6 vendémiaire an VIII (28 septembre 1709), il prend un brevet d’invention, où il donne la description complète de sa thermolampe, au moyen de laquelle il produit un gaz de l’éclairage lumineux, en meme temps qu’il fabrique du goudron de bois et de l'acide pyroligneux ou acétique. Dans son brevet il mentionne la houille comme propre à remplacer le bois, il expose son système avec une émotion visible et une ardeur singulière; en lisant ce qu’il a écrit, on est frappé de cette forme de persuasion qui ne permet pas de douter qu’il présageait l’avenir réservé à son système.
- Malheureusement Philippe Lebon ne pouvait consacrer tout son temps à sa découverte ; ingénieur des ponts et chaussées, sans argent et sans fortune, il fallait accomplir ses fonctions. 11 se rend, comme ingénieur ordinaire, «à Angoulème; mais il n’arrive pas à oublier son gaz d’éclairage, et il regrette vivement Paris, qu’il appelle « un incomparable foyer d’étude ». Il s’occupe de mathématiques et de science ; il se fait aimer de tous, et son espri t erre bien loin de ses occupations journalières. L’ingénieur en chef ne tarde pas à se plaindre de Philippe Lebon. Hâtons-nous d’ajouter qu’une commission, nommée pour examiner les griefs qu’on avait articulés contre lui, déclara « qu’il était à l’abri de tout reproche ».
- Philippe Lebon fut renvoyé à son poste; mais la guerre décimait les ressources de la France, et la République, pendant que Bonaparte était en Italie, n’avait plus le temps de payer ses ingénieurs. Lebon écrivit au Ministre des lettres pressantes pour rentrer dans les sommes dues sur ses émoluments; mais toutes les lettres restaient sans réponse. Sa femme vint à Paris, et ses démarches furent infructueuses ; elle écrivit elle-même au Ministre la lettre suivante, qui existe dans les archives de l’Ecole des ponts et chaussées :
- Liberté, Égalité, Fraternité. — Paris, 22 messidor, an Vil de la République française une et indivisible. — La femme du citoyen Lebon au citoyen Ministre de Vintérieur.
- Ce n’est ni l'aumône ni une grâce que je vous demande, c’est une justice. Depuis deux mois, je languis à 120 lieues de mon ménage. Ne forcez pas, par un plus long délai, un père de famille à quitter, faute de moyens, un état auquel il a tout sacrifié... Ayez égard à notre position, citoyen; elle est accablante et ma demande est juste. Yoilà plus d’un motif pour me persuader que ma démarche ne sei’a pas infructueuse auprès d’un Ministre qui se tait une loi et un devoir d’être juste.
- Salut et estime. Votre dévouée concitoyenne,
- Femme Lebon, née de Br.vmbille.
- En 1801, Philippe Lebon est appelé à Paris, comme attaché au service de Blin, ingénieur en chef du pavage. Il prend un second brevet, qui est un véritable mémoire scientifique plein de faits et d’idées. Il parle des applications nombreuses du gaz de
- l’éclairage et de son mode de production, jette les bases de toute la fabrication : fourneau de distillation, appareils condenseurs et épurateurs, brûleurs de gaz dans des becs fermés, rien n’est oublié, pus même la machine à vapeur et les aérostats. Lebon propose au gouvernement de construire un appareil pour le chauffage et l’éclairage des monuments publics; mais cette offre est rejetée. C’est alors que l’infortuné inventeur, lassé de toutes scs tentatives, fatigué de ses mille déboires, ne songe plus qu’à recourir au public pour convaincre de l’utilité merveilleuse de son invention. Il loue l’hôtel Seignelay, rue Saint-Dominique-Saint-Germain; il y appelle le public. Il y fait disposer un appareil à gaz qui distribue la lumière et la chaleur dans tous les appartements et dans la cour, il éclaire les jardins par des milliers de jets de gaz sous forme de rosaces et de lleurs. Une fontaine était illuminée par le nouveau gaz, et l’eau qui en ruisselait paraissait lumineuse. La foule accourt de toutes parts et vient saluer l’invention nouvelle. Philippe Lebon, excité par ce succès, publie un prospectus, sorte de profession de foi, modèle de grandeur et de sincérité, véritable monument d’une étonnante prévision. Il suit ce gaz dans l’avenir et le voit circuler dans les tuyaux d’où il jettera la lumière dans toutes les rues des capitales futures. Nous reproduisons quelques passages de cette pièce remarquable :
- il est pénible, dit-il, et je l’éprouve en ce moment, d’avoir des effets extraordinaires à annoncer ; ceux qui n’ont point vu se récrient contre la possibilité; ceux qui ont vu jugent souvent de la facilité d’une découverte par celle qu’ils ont à en concevoir la démonstration. La difficulté est-elle vaincue, avec elle s’évanouit le mérite de l’inventeur; au reste, j’aime mieux détruire toute idée de mérite, plutôt que de laisser subsister la plus légère apparence de mystère ou de charlatanisme.
- Ce principe aériforme, nous dit-il, en parlant du gaz de l’éclairage, est dépouillé de ces vapeurs humides, si nuisibles et désagréables aux organes de la vue et de l’odorat, de ce noir de fumée qui ternit les appartements. Purifié jusqu'à la transparence parfaite, il voyage dans l’état d’air froid, et se laisse diriger par des tuyaux les plus petits comme les plus frêles ; des cheminées d’un pouce carré, ménagées dans l’épaisseur du plâtre des plafonds ou des murs, des tuyaux même de taffetas gommé, rempliraient parfaitement cet objet. La seule extrémité du tuyau, qui en livrant le gaz inflammable au contact de l’air, lui permet de s’enflammer et celui sur lequel la flamme repose, doit être de métal.
- Tout le monde rend enfin hommage à l’illustre inventeur, et une commission, nommée au nom du Ministre, déclare que « les résultats avantageux qu’ont donnés les expériences du citoyen Lebon ont comblé et même surpassé les espérances des amis des sciences et des arts. » Napoléon Ier accorda bientôt à Philippe Lebon une concession dans la forêt de Rouvray pour organiser l’industrie de la distillation du bois et de la fabrication du gaz de l’éclairage. Malheureusement Lebon fut obligé d’entreprendre trop de choses 'a la fois; il prépara le gaz, produisit
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- de l’aeide acétique et du goudron qu’il devait expédier au Havre pour le service de la marine. Malgré toutes ses peines et ses fatigues, il eut comme un rayon d’espérance; il crut voir enfin se lever le jour de la fortune; son usine fut visitée par de nombreux savants, et entre autres les princes russes Galitzin et Dolgorouki, qui proposèrent à l’inventeur, au nom de leur gouvernement, de transporter ses appareils en Russie, en le laissant maître d’établir les conditions. Philippe Lebon repousse ces offres brillantes, et, dans un bel élan de patriotisme, il répond que sa découverte appartient à son pays, et que nulle autre nation 11e doit, avant la sienne, bénéficier de ses travaux.
- Les espérances de Lebon 11e furent pas de longue durée ; des ennemis et des concurrents lui causèrent mille ennuis, et les éléments eux-mèmes semblèrent se tourner contre lui. Pendant un ouragan, l'humble maison qu’il habitait fut dévastée : le feu, quelque temps après, dévora une partie de son usine. La fatalité, comme le génie antique, paraissait s’acharner après l’infortuné inventeur; mais les malheurs et les revers ne pouvaient avoir prise sur cet esprit invincible, si bien secondé par une femme d’un grand caractère. Philippe Lebon, toujours à l’œuvre, allait peut-être triompher de tous les obstacles, et l’heure de la réalisation de ses projets d’éclairage en grand, était proche, quand une mort aussi tragique que mystérieuse vint l’arracher a ses travaux.
- Le jour même du couronnement de l’empereur, le 2 décembre 1804, 011 trouva le corps de Philippe Lebon gisant, inerte et sans vie, dans les Champs-Elysées; treize coups de poignard y avaient ouvert de profondes blessures! Gaston Tissandier.
- LA. STATUE DE NICOLAS LEBLANC
- Nous avons annoncé précédemment qu’une souscription internationale avait permis d’ériger dans la Cour d’honneur du Conservatoire des arts et métiers à Paris, une statue à Nicolas Leblanc, inventeur de la soude artificielle G Nous avons à ce sujet résumé la vie et les travaux de l’illustre inventeur dont les malheurs l’appellent, hélas ! ceux de Philippe Lebon.
- L’inauguration officielle de la statue a eu lieu le mardi 28 juin 1887 en présence d’un grand nombre de savants et d’industriels qui avaient été invités par M. Eug. Peligot, membre de l’Académie des sciences, président du comité de patronage. L’Académie depuis plus de vingt ans s’était préoccupée de rendre cet hommage à Nicolas Leblanc; un comité s’était formé sur l’initiative de MM. le baron Thénard, Dumas et Peligot. Il a fallu des années pour atteindre le but, et M. Peligot, le seul survivant des membres du comité, a lu l’éloge du grand inventeur. M. le Ministre du commerce et de l’industrie qui a pris part à la cérémonie, a félicité le comité de son œuvre de justice, et M. le colonel Lausscdat, directeur du Conservatoire des arts et métiers, a fort heureusement rappelé que le bel établissement qu’il dirige, ne pouvait être mieux placé qu’il ne l’est, sous l’égide de Papin et de Leblanc.
- 4 Yov. 1885, Ier semestre, p, 202.
- LES NUAGES OBSERVÉS EN BALLON
- ASCENSION DU 8 JUIN 1887
- Nous avons souvent parlé des beaux phénomènes que l’on admire pendant les voyages en ballon, et il nous est fréquemment arrivé de décrire les merveilleux aspects que présentent les nuages quand on les contemple à quelques milliers de mètres d’altitude.
- Le mercredi 8 juin 1887, ayant offert l’hospitalité dans la nacelle de notre aérostat le Commandant Bivière à MM. les docteurs Rucquoy et Terrillon qui nous avaient manifesté le désir de goûter le charme des ascensions aérostatiques, nous avons eu la bonne fortune de faire exécuter à nos compagnons de voyage, une des plus belles excursions que l’on puisse imaginer et d'observer quelques spectacles d’un aspect peu commun, qui nous paraissent dignes d’être enregistrés.
- Le départ a eu heu à 2 b. 50 m. de notre atelier aéronautique d’Auteuil. Le vent de terre soufflant de l’ouest-sud-est nous lit traverser Paris, où le ballon fut maintenu à une assez faible altitude variant de 500 à 700 mètres. Dès le moment du départ nous avons remarqué un nuage épais qui s’étendait au-dessus de Yincennes; une brume grisâtre, assez analogue d’aspect à de la pluie, s’apercevait au-dessous de ce nuage jusqu’à la surface du sol. Ce nuage restait absolument immobile à la même place, et le courant aerien au milieu duquel nous étions immergés nous dirigeait vers lui. A 5 h. 15 m. nous étions arrivés au milieu île la brume comme l’indique le diagramme ci-contre; je résolus de le traverser, et quelques kilogrammes de lest nous firent monter dans la nuée qui était grisâtre et vaporeuse. A 1800 mètres d’altitude, nous avions passé le massif des nuages, et quand le ballon en domina la surface supérieure, nous nous trouvâmes suspendus au-dessus d’une mer de nuages (on serait presque tenté de dire une mer de glace), aux reliefs arrondis, formant autour de la nacelle un cirque majestueux, où des ombres faisaient ressortir des mamelons argentés d’un éblouissant éclat. A 2000 mètres, le tableau était saisissant de grandeur et de majesté.
- Après avoir laissé le ballon revenir en vue du sol, dans le voisinage de Rosny, nous nous élevâmes une seconde fois, et à 4 h. 50 rn. nous traversâmes un cumulus blanc qui n’avait pas moins de 1000 mètres d’épaisseur. Son aspect était opalin et translucide; sa température était fraîche, offrant une impression analogue à celle que l’on éprouve en pénétrant dans une cave pendant les chaleurs de l’été. 11 ne m’a pas été permis malheureusement de prendre la température de ce nuage, mes deux thermomètres à boule sèche et à boule mouillée s’étant trouvés détériorés au moment du départ.
- La traversée de ce nuage ne dura pas moins d’un quart d’heure environ; quand nous en sortîmes, à sa partie supérieure un spectacle non moins mer*
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- LA NATlHE.
- veilleux que le précédent s'offrit à nos regards j éblouis. Des cumulus blancs étaient suspendus eà et là autour de nous; la surface supérieure de quel- 1 ([ues-uns d’entre eux présentait des anfractuosités sin- , gulières, offrant l’aspect de cavernes de neige. Le cou- ! rant supérieur, beaucoup plus rapide que le courant de terre, nous entraînait avec une vitesse appréciable, et nous nous élevâmes jusqu’à 5150 mètres d’altitude. On apercevait la terre à travers les espaces des nuages plus ou moins séparés les uns des autres ; nous nous rappelons avoir ainsi considéré, entre deux vumulus, le château de Ferrières, perdu dans la verdure des bas-fonds terrestres, avec le cadre de la mer de nuages comme premier [dan.
- — Nous ne [tensions [tas, me dirent mes compagnons de voyage, remplis d'admiration, qu'il pouvait exister des splendeurs pareilles. »
- Fn continuant notre route, il nous fut donné, un peu plus loin, de faire une observation tout à fait curieuse, que je n’avais [tas encore si bien constatée dans une quarantaine de voyages aériens précédents.
- A 2200 mètres, le ballon était parfaitement équilibré dans l’air; les nuages qui l’entouraient ne se mouvaient [tas dans une même direction que celle qu’il suivait ; ces nuages flottaient à la surface d’un courant qui faisait un angle de route très considérable avec le courant supérieur. Un nuage immense qui dominait notre nacelle de 500 mètres au moins
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- Distance parcourue 70 Kilomètres.
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- Chevru
- Diagramme de l'ascension aérostatique du 8 juin 1887, exécutée par M. Gaston Tissandier accompagné de MM. les docteurs Bucquoy et Terrillon.
- marchait vers nous; on eut dit un iceberg qui allait écraser le ballon et son frêle esquif. Nous nous approchions de ce nuage, à tel point que nous n’en étions plus qu’à quelques mètres, notre ombre entourée d’une auréole de diffraction s’y projetant en vraie grandeur. Je croyais que nous allions traverser ce nuage horizontalement; quelle ne fut pas ma surprise quand le ballon, sans que j’aie jeté la moindre parcelle de lest, en suivit tous les contours et monta jusqu’au-dessus de sa surface supérieure; il redescendit le versant opposé et, un peu plus loin, pareil effet se reproduisit avec un autre massif de vapeurs.
- Il est probable que le courant d’air chaud supérieur baignait la surface de ces nuages, en léchait
- les parois à la façon d’un fleuve passant au-dessus de rochers qui surplomberaient le fond de son lit.
- Dans les régions supérieures, pendant toute la durée de notre voyage, le ciel était d’un bleu intense, le soleil brûlant, et chaque fois que nous approchions d’un nuage, nous observions Vauréole des aéronautes.
- A 0 fleures, la descente s’eflectua : en quelques minutes le ballon quitta la région des grands spectacles et de la pleine lumière : grâce à un jeu de lest bien réglé, notre aérostat se posa mollement dans un champ où mes compagnons et moi nous primes terre, à Chevru, près de Saint-Siméon (Scine-et-Marne), à 70 kilomètres du point de départ.
- Gaston Tissandier.
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- LA NAITRE.
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- LE RADIUM ÊTRE
- ET LA MESURE DES TEMPS DE POSE EX PHOTOGRAPHIE
- Tous les praticiens et les amateurs photographes savent combien il est difficile d’apprécier le temps de pose suivant l’état du ciel et l'intensité lumineuse de l'atmosphère ambiante. On a proposé différentes méthodes; l’une des plus simples, croyons-nous, est celle à laquelle a pensé un de nos savants collaborateurs, M. L. Olivier, docteur es sciences. M. Olivier a pensé à se servir d’un radiomètre sensible, dont les rotations des palettes sont d’autant plus rapides que l’intensité lumineuse est plus considérable. 11 suffit, donc de compter le nombre de tours que fait un radiomètre pondant le temps d’exposition à la lumière d’une plaque sensible. Lola fait, on aura un moyen de mesure précise, le nombre de tours de palettes s’accomplissant plus ou moins rapidement, selon l’intensité des radiations, représentant en quelque sorte une même somme de lumière.
- Voici la note que M. L. Olivier a présentée il y a deux ans à l’Académie des sciences ; nous la reproduisons in extenso, dans la persuasion qu’elle aurait dû attirer davantage l’attention des photographes. Celle note était intitulée : Méthode pour régler et mesurer l'action chimique des radiations :
- I. L’intensité des diverses radiations que nous recevons du soleil varie à tout moment à la surface de la terre ; aussi n’a-t-on pu jusqu’alors régler l’action chimique de ces radiations, ni par suite apprécier d’une façon rigoureuse l’influence qu’elles exercent sur les phénomènes de la vie.
- Pour la même raison, la précision fait défaut aux industries fondées sur l’action chimique de la lumière. Dans la photographie de paysage, par exemple, on ne réussit à trouver les temps de pose que par tâtonnements successifs. Il en est de même dans les applications de la photographie à l’étude des objets microscopiques et des météores, à la reproduction des œuvres d’art, etc.
- J’ai essayé de supprimer ces difficultés en employant une méthode dont le principe est le suivant : Étant donné un groupe de radiations de rang spectral déterminé, en faire agir des quantités égales sur les différentes substances à éprouver, afin de rendre les résultats
- comparables. J'y suis parvenu en laissant de coté la mesure des temps de pose, pour ne tenir compte que de l’action mécanique des radiations. Il y a, en effet, un rapport de proportion entre l’intensité des vibrations et l’action mécanique qui en exprime la force vive. Pour l’apprécier, j’ai fait usage du radiomètre : dans toutes mes expériences, la lumière agissait pendant la durée, petite ou grande, d’un même nombre de révolutions de l’instrument1.
- 11. Pour régler l'action de la lumière sur les sels d’argent en présence des matières organiques dans les opérations de la photographie, j’ai adopté le dispositif suivant : En avant de la chambre noire je place un radiomètre; je l’entoure d’écrans qui ne laissent arriver sur le moulinet que les vibrations actives sur la plaque sensible4. Je note le nombre n de tours que le moulinet exécute pendant le temps de pose qui donne un bon cliché. Cette détermination étant faite une fois pour toutes, je ne fais plus intervenir la mesure du temps. Chaque fois que je fais agir la lumière pendant la durée de n révolutions du radiomètre, j’obtiens un cliché identique au cliché type. Si, par exemple, je désire reproduire une séide de dessins de même format, ce qui constitue l’objet d’une industrie très importante à Paris, je fixe successivement tous les dessins à la même place sur un mur, à la même distance de la chambre noire, et je les fais poser chacun pendant le temps très variable que le radiomètre met à accomplir n rotations.Selon que le jour s’obscurcit
- ou devient plus éclatant, le mouvement du moulinet se ralentit ou s'accélère : ainsi la quantité de lumière qui impressionne la plaque photographique demeure invariable.
- Dans ces conditions rien n’est livré au hasard : on opère à coup sur, quelle que soit la saison ou l’heure du jour, et l’on réalise une économie considérable de temps et de plaques sensibles.
- Mais, de ce que cette méthode règle l’action des radiations avec une précision qui suffit amplement au photographe, il ne résulte pas que cette précision soit absolue. Je me propose d’en iixer le degré, alin d’étendre l’application de ma méthode aux recherches scientitiques.
- 1 Afin de permettre de compter facilement ces révolutions, une des palettes porte une marque rouge spéciale. L’equateur horizontal du globe de verre du radiomètre est divisé en degrés.
- - Les écrans qui satisfont le mieux à cette condition consistent en une solution aqueuse d’alun et une solution ammoniacale de sulfate de cuivre. Mais il est quelquefois difficile de les employer. Des lames de mica colorées ou des verres de couleur sont dans bien des cas très suffisants et même superflus, car dans la pratique ordinaire de la photographie on peut le plus souvent s’en passer.
- Le radiomètre photographique de, M. L. Olivier. Appareil représenté avec son couvercle.
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- LA NAT ( UE.
- 111. Quant à la mesure des actions actiniques, on peut l'effectuer d’une façon très exacte au moven du radio-mètre :
- 1° Employons un groupe de radiations de réfrangibilité déterminée. Recevons-en successivement des quantités égales sur des substances de sensibilités différentes par exemple sur deux plaques, l'une au collodion humide, l’autre au gélatino-bromure d’argent. Les opacités ainsi produites sur les deux plaques par la décomposition des sels d’argent sont très différentes. Pour en exprimer le rapport, il suffit, comme l’a montré 11. Janssen, de recourir aux procédés connus de la pbotométrie.
- 2° On peut aussi impressionner les diverses parties d’une même glace photographique, en faisant agir sur elles la lumière pendant n, n', n", n"',... révolutions du radiomètre. La pbotométrie fait connaître le rapport des effets produits : d’où la possibilité d’exprimer la relation qui existe entre ces effets et les quantités correspondantes de lumière.
- Comme on le voit, cette méthode n’intéresse pas seulement la photographie; je me réserve de déterminer les conditions où il est légitime de la faire intervenir pour étudier, avec plus de précision qu’on ne l’a fait jusqu’ici, certaines questions relatives, les unes à la photochimie, les autres à l’influence de la lumière sur les êtres vivants.
- Depuis que cette note a été publiée, plus de trois cents photographes ont adopté le radiomètre pour apprécier le temps de pose.
- M. 1 jCguy construit spécialement un radiomètre très sensible pour photographie ; nous représentons (page 69) cet appareil d’après le modèle que M. Olivier nous a remis. Le procédé, éprouvé depuis plusieurs années, notamment par un amateur très distingué, M. Cettereau, n’a cessé de donner d’excellents résultats. Dans la photographie de paysage, de portrait, ou la reproduction photographique des œuvres d’art, il est inutile d’employer des verres ou solutions colorées. Le radiomètre muni d’un drapeau et d’une bande équatoriale suffit. La méthode de M. Olivier nous paraît éminemment ingénieuse quoiqu’elle s’applique d’autant mieux que le soleil est plus voisin du zénith. Quand la lumière n’est pas très vive, le système n’a peut-être plus la même sensibilité, car les rayons lumineux qui agissent sur le radiomètre ne sont pas les mêmes que les rayons chimiques impressionnant la plaque photographique. Malgré ces réserves, nous croyons que le système dont nous venons d’exposer le principe est appelé à rendre de grands services aux praticiens.
- ——
- EXPÉRIENCE
- I
- DU PROPULSEUR À RÉACTION
- DE MM. JUS T BUISSOX ET AL. CJÜRCIT CATASTROPHE DU 16 DECEMBRE 1886
- Le 16 décembre 1886, un épouvantable accident mettait, en émoi les populations d’Asnières et des alentours.
- La machine motrice d’une baleinière fit explosion en Seine, un peu en aval du pont de Cliohv; la frêle einbar- !
- cation fut réduite en morceaux, et les trois personnes qui la montaient projetées à l’eau. Deux de ces personnes furent tuées sur le coup; la troisième, quoique blessée et grièvement huilée à la ligure et à la main, put regagner la rive à la nage.
- A l'occasion des débats auxquels donna lieu un procès, un peu de lumière se fit autour de l’affaire. Le publie apprit par les comptes rendus des débats que l’appareil qui avait santé était le fruit d’une, invention faite par MM. Just fiuisson et Al. Ciumi, ayant pour objet un nouveau mode de locomotion. On ajoutait que l’invention avait, pour base le principe du recul qui se produit dans les armes à feu. Mais de là à connaître les détails de l'invention, la distance était grande.
- Aussi nous sommes-nous gardés d’en parler, avant de pouvoir le faire en parfait»* connaissance de cause. Nous avons pensé que le meilleur moyen pour cela était de nous adresser à M. Alexandre Ciurcu (prononcez Tchur-cou), l’un des inventeurs du système et de lui demander les détails qu’il pourrait nous fournir, sans inconvénient pour l’invention. Mais après son procès, — et, hâtons-nous de le dire, son acquittement, — M. Ciurcu avait quitté momentanément la France pour retourner dans son pays natal, la Roumanie.
- En ce moment, M. Ciurcu, de retour de Rucharest, a repris à Asnières la continuation des expériences qu’il poursuivait avec son malheureux ami.
- A la suite de notre demande, il nous a donné un récit complet d’où nous avons extrait les passages que l’on va lire. En dehors de l’intérêt d’une description où les mesures précises font malheureusement défaut, nous croyons devoir faire des réserves sur la valeur pratique des essais exécutés jusqu’ici : G. T.
- Notre propulseur est basé sur le principe de réaction. Just Buisson a le premier eu l’idée de l'utiliser à la propulsion, et moi, je l’ai aidé à mettre son idée en pratique.
- Un a dit que nous utilisions le principe du recul qui se produit dans les armes à feu. C’est vrai. Mais on pourrait tout, aussi bien donner comme exemple Véolipyle inventé par Héron d’Alexandrie, et, pour avoir un exemple encore plus rapproché, on n’a qu’à se reporter à la fusée volante. Le principe, vieux comme le monde, est partout le mente; l’application ainsi (pie les moyens sont nouveaux. Lorsque M. Maurouard, directeur de la division des poudres et salpêtres au Ministère de la guerre, a parlé pour la première fois de notre invention au Ministre, lui rendant compte de l’expérience à laquelle il avait assisté et qui avait pleinement réussi, il lui a donné à peu près cette description, qui en résume assez bien le principe :
- « Imaginez une grande fusée, fixée horizontalement à l’arrière d’un véhicule, d’un bateau ou de la nacelle d’un ballon, de façon à ce que les gaz produits par la combustion lente de la poudre puissent s'échapper librement dans l’air, par derrière. De plus, supposez que la fusée se trouve enfermée dans un canon. Une fois la fusée allumée, les gaz s’échapperont avec force par la bouche du canon, produisant dans son intérieur une réaction qui tendra à faire reculer le canon dans la direction diamé-! tralement opposée à la projection des gaz. Comme
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- LA NA TIJIÎ K.
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- le canon so trouve fixe, par exemple, à un bateau, le recul se transmettra à celui-ci et le bateau avancera sur l’eau par la seule force de la réaction des gaz. Aucun point d’appui n’est pris sur l’eau sur laquelle on navigue, le bateau n’ayant ni bélice. ni roues, ni rames. Seulement au lieu de canon les inventeurs avaient sur leur bateau une sorte de récipient de forme cylindrique dans lequel ils brûlaient une composition qu’ils disent avoir inventée et dont les propriétés sont de fuser en vase clos et de produire une très grande quantité de gaz, sans laisser de résidus solides. Ce récipient possède à l’arrière un orifice destiné à [échappement des gaz qui doivent produire la réaction et la section de cet orifice peut être variée à volonté au moyen d’un papillon qu’on manœuvre à la main. Comme le manomètre qui se trouve sur le récipient indique la pression intérieure, on peut augmenter ou diminuer cette pression en ouvrant plus ou moins le papillon, et en laissant par conséquent aux gaz une issue plus ou moins grande. Les gaz en s’échappant avec force produisent un grand bruit et le bateau avance dans le séns opposé à leur projection d’une manière régulière et continue. C’est une fusée qui s’envole et qui entraîne avec elle l’objet sur lequel elle repose. Les inventeurs remontaient ainsi le courant de la Seine avec leur bateau pendant douze à quinze minutes, c’est-à-dire jusqu’à ce que le combustible enfermé dans le récipient fût entièrement consommé. »
- Si j’ai fait intervenir ici la personne de M. Mau-rouard, c’est parce que sa compétence en cette matière est très grande et parce qu’il a assisté à une expérience qui a parfaitement réussi.
- De ce qui précède, on a pu voir en quoi consiste la nouvelle méthode. C’est, tout bonnement la propulsion directe, obtenue par la réaction des gaz à haute tension, ces gaz s’échappant dans l’air d’un vase, où ils sont produits par la combustion d’une matière fusante.
- Notre point de départ doit être rapporté à ce principe de physique et de mécanique : « Un fluide, enfermé dans un récipient, exerce sur les parois de ce récipient, dans tous les sens, des pressions égales et contraires. » Supposons que ce fluide soit un gaz à haute tension. Il est évident que ses pressions étant* égales et contraires elles se détruisent mutuellement, et cet équilibre des forces fait que le corps contenant le gaz restera immobile. Mais si l’on pratique une ouverture sur une des parois du récipient, le gaz s’échappera avec force par cet orifice, et, comme il continuera à exercer la même pression sur la paroi intérieure diamétralement opposée à la sortie du gaz, cette pression n’étant plus équilibrée, le récipient sera poussé dans la direction opposée à la projection du gaz.^si le récipient est mobile et si la pression est assez forte pour vaincre les résistances, le récipient reculera aussi longtemps que la tension du gaz le permettra.
- Maintenant que j’ai exposé le principe de physi-
- que et de mécanique qui forme la base et le point de départ de notre invention, je veux parler de l’invention elle-même. Je passe sous silence la quantité innombrable d’essais et de tentatives de toute sorte, faites pendant plusieurs années dans le but de mettre le principe énoncé au service d’un propulseur pratique. Je dirai seulement que nous avons renoncé et à la vapeur d'eau, et à l'air comprimé et à la poudre comprimée, pour des raisons multiples, que j’expliquerai à une autre occasion. Il s’agissait pour nous de posséder une matière qui, sous un volume relativement très restreint, pût en brûlant nous fournir une quantité considérable de gaz ; que cette matière, tout en étant peu inflammable, pût brûler en vase clos sans être alimentée par l’oxygène de l’air et qu’eu fusant elle ne laissât point ou très peu de résidus solides. Le reste ne nous inquiétait pas; car les études que nous avions faites ainsi que le bon sens nous assuraient qu’avec une matière pareille le propulseur de nos rêves deviendrait facilement, une réalité. Or, ce combustible, nous avons fini par le découvrir. C’est un mélange de plusieurs matières et il remplit toutes les conditions que nous lui demandions. Sa fabrication est des plus faciles, son prix n’est point exagéré.
- Après avoir acquis, par de nombreuses expériences sur terre, la certitude que nous pouvions régler à volonté la pression des gaz produits par la combustion de notre matière fusante et qu’à tout moment nous pouvions réduire à néant toute pression, soit en ouvrant complètement l’orifice de réaction, dont la section totale était à dessein exagérée, soit en laissant échapper les gaz par des tubes latéraux, appelés par nous tubes de décharge, nous tentâmes l’expérience sur l’eau. Nous fîmes manœuvrer sur la Seine un bateau, rien que parla force de réaction des gaz.
- Bien que, nos calculs, ainsi que les essais faits sur terre au moyen du dynamomètre, ne laissassent aucun doute sur la possibilité de faire manœuvrer avec notre appareil un bateau sur la Seine, notre émotion et notre joie fut très grande lorsque, dans la matinée du 5 août 1886, nous remontâmes pour la première fois le courant de la Seine grâce à notre « propulseur à réaction. » Nous filions sur l’eau, la rive paraissait fuir derrière nous et cependant il nous semblait que nous ne faisions qu’un beau rêve.
- A partir du o août et jusqu’au 16 décembre, jour du terrible accident, nous n’avons cessé de faire des expériences sur l’eau. Toutes nous ont démontré la valeur de notre découverte.
- Pour juger de ces expériences, on n’a qu’à jeter un coup d’œil sur les figures 1 et 2. La première nous représente un bateau à six rameurs, long de huit mètres, ayant pour toute machine motrice une-petite marmite en bronze d’une capacité d’environ trente litres. Sa hauteur n’est que de 50 centimètres et son diamètre en mesure 50. Elle se termine en bas par un pivot tournant dans un socle de bois, en sorte, que ce dernier fait corps avec la marmite.
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- LA NATURE.
- Des poignées adaptées de chaque coté du socle permettent à deux hommes d’enlever la machine, de la transporter d’un bateau sur l’autre, de la remiser après chaque voyage. Elle est par conséquent complètement indépendante du bateau qu’elle doit faire naviguer. Avant de posséder notre propre bateau, nous faisions nos expériences avec le premier bachot venu, que nous louions [pour une heure ou deux. Par la tubulure qu’on voit du côté du mécanicien
- nous introduisions notre combustible — de 15 à 20 kilogrammes — de sorte qu’il remontait jusqu’au niveau de cette tubulure. Nous allumions et nous fermions l’ouverture au moyen d’un bouchon.
- Du côté opposé à cette ouverture se trouve l’orifice destiné à la sortie des gaz qui doivent, en s’échappant dans l'air, produire la réaction. Appe-lons-le orifice de réaction. Dans cet orifice est adapté un papillon (semblable aux bouches des
- Fig. 1. — Propulseur à réaction de MM. J. Buisson et Al. Ciurcu. — Premier modèle.
- calorifères) qui permet d’ouvrir et de fermer l’orifice au moyen du levier muni d’un manche qui est retourné par-dessus la marmite du côté du mécanicien. Aussitôt le combustible allumé, aussitôt nous pouvions marcher, car il n’y avait qu’à rapetisser l’orifice de réaction pour qu’une pression intérieure
- se produisît immédiatement; et qui dit pression, dit force. Les gaz comprimés s 'échappaient dans l’air avec leur bruit caractéristique et produisaient à l’intérieur de la marmite, sur la paroi diamétralement opposée à leur sortie, la réaction qui devait nous faire reculer. Et comme la proue du bateau se trou-
- Fig. 2. —• Deuxième disposition du propulseur à réaction.
- vait du côté, opposé à la projection des gaz, on peut dire qu’en reculant nous avancions. Avec une charge de 15 kilogrammes de combustible, nous avancions ainsi pendant une quinzaine de minutes, sous une pression variant entre 10 et 15 atmosphères.
- Pour terminer la description de la figure 1, j'ajouterai que deux tubes latéraux se trouvaient au-dessous de la tubulure de chargement et étaient destinés à faire évacuer les gaz lorsque le besoin se faisait sentir1.
- 1 Cos tubes no sont indiqués que dans la figure 2.
- Us sont mis en communication avec la marmite au moyen d’un robinet. Par la longueur qu’ils ont, les gaz qui s’en échappent ne peuvent pas incommoder le mécanicien. Nous les appelions tubes de décharge. Notre machine était encore munie, — est-il besoin de le dire? — d’un manomètre et d’une soupape desûreté. Et c’était tout. NBus avions fait avec ce propulseur de nombreux voyages en Seine.
- ,l’arrive maintenant à la figure 2. D’après la description de la figure 1, on a pu remarquer qu’avec, cet appareil on ne pouvait marcher que le temps que
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- LA NATURE.
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- durerait la combustion d’une charge. Une fois la charge consommée, si l’on voulait continuer l’expérience, il aurait fallu s’arrêter et perdre du temps pour recharger la marmite. Aussi ce premier appareil n’avait-il pas d’autre but que de nous permettre de l'aire la démonstration scientifique de notre découverte. Pour nos appareils définitifs, destinés à faire de longs voyages sur terre, sur l’eau ou dans les airs, surtout dans les airs, — car c’était là le but final de tous nos efforts, — pour ces appareils nous avions imaginé un système complet nous permettant de voyager pendant longtemps sans discontinuité aucune. La figure 2 nous représente, quoique incomplètement, un des moyens pouvant réaliser
- cette idée. Mais cet appareil n’était pas non plus l’appareil définitif. 11 ne devait également servir qu’à une démonstration scientifique. Seulement c’était un progrès. Avec lui nous voulions faire la preuve, une prouve en pelit, que nous pouvions marcher sans discontinuité. De plus, cet appareil devait offrir deux autres avantages : pouvoir marcher avec une plus grande vitesse et faire durer une charge plus longtemps.
- Comme on le voit par la figure, nous avions maintenant deux cylindres. L’un, le plus grand, placé horizontalement, nous servait de générateur ; l’autre, le plus petit, placé verticalement, de réservoir à gaz, ou, si l’on préfère, de moteur. Ce dernier
- n’était autre 'que notre marmite en bronze de la figure 1. Nous lui avions fait subir une légère modification, modification qui nous a d’ailleurs été fatale, car elle a été une des causes de la catastrophe du 16 décembre. Au lieu de conserver le disque mobile du papillon à l’extérieur, et de le manœuvrer au moyen d’un levier toujours extérieur, comme nous l’avions fait jusqu’alors, nous avons fait placer le disque mobile à l’intérieur. Il se terminait par une tige en acier qui traversait la marmite et venait passer à travers un presse-étoupe encastré dans l’ancienne tubulure de chargement. A son extrémité, la tige recevait un volant destiné à actionner le papillon. On ouvrait et fermait le papillon en faisant .avec ce volant un quart fie tour à droite ou à gauche.
- On verra plus tard ce qui est arrivé. Le générateur était un simple cylindre en tôle d’acier ayant une porte à fermeture rapide. Sa longueur était d’un mètre et son diamètre mesurait 40 centimètres. L’épaisseur de la tôle était de 7 millimètres. En dehors de la soupape de sûreté et du manomètre, le générateur était muni encore de deux tubes de décharge. Un tube très solide deux fois recourbé à angles droits établissait la communication entre le générateur et le moteur. Les charges de combustible étaient préparées d’avance dans deux auges de rechange ayant la forme d’un demi-cylindre et pouvant être introduites facilement et rapidement dans le générateur, en les poussant sur des glissières, dont le générateur était muni à l’intérieur.
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- On comprend facilement la manœuvre : introduction dans le générateur de l’auge remplie de combustible, allumage de ce dernier, fermeture de la porte. Les gaz qui se forment passent par le tube de communication dans le réservoir; le mécanicien actionne le papillon et les laisse s’échapper à la pression qu’il veut. Tout se passe alors comme dans la figure 1. Seulement, lorsqu’une charge est consommée, on peut la remplacer immédiatement par une autre, car l’auge de rechange attend toute prête. Mais dans la pratique ou a deux générateurs, qui sont mis alternativement en communication avec le réservoir; pendant que l’un travaille, on prépare le second et ainsi de suite. D’ailleurs, je ne saurais trop le répéter, tous ces appareils 11e sont que des instruments d’étude et ne doivent pas être considérés comme des types définitifs, loin de là.
- L’est avec un appareil comme celui que représente la figure 2 que nous voulûmes faire, le 16 décembre, une expérience décisive en présence de M. Edmond Diane et de M. le comte d’ilérisson. Quelques jours auparavant, M. Blanc avait déjà assisté à une expérience faite avec l’appareil de la figure 1 et qui avait pleinement réussi. Aussi était-il tout disposé à nous avancer les fonds nécessaires à la continuation de nos expériences en grand.
- Or, le 16 décembre, MM. d’ilérisson et Blanc furent exacts au rendez-vous, et,immédiatement après leur arrivée au bord de la Seine, un peu en aval du pont de Clichy, où attendait, notre bateau tout prêt, nous nous embarquâmes, mon ami et moi, ainsi qu’un tout jeune homme chargé de tenir le gouvernail, tandis que nos hôtes devaient suivre de la berge nos évolutions sur le fleuve. Mon ami Buisson se tenait devant le moteur et devait régler la sortie des gaz; moi, je me tenais devant le générateur; et le jeune pilote assis sur une banquette tout à fait à l’avant du bateau manœuvrait le gouvernail au moyen de deux tire-veilles. A peine avais-je allumé le combustible et fermé la porte que mon ami ferma le papillon complètement, afin d’obtenir une pression immédiate. Et, en effet, la pression monta de suite à 4 atmosphères et demie. Il ouvrit alors le papillon, les gaz s’échappèrent avec force, mais la pression tomba à zéro. 11 répéta cette manœuvre et comme la pression venait encore de tomber à zéro, il referma le papillon une troisième fois et toujours entièrement. Mais lorsqu’il voulut le rouvrir il ne le put pas. La pression monta alors rapidement. En voyant l’aiguille de mon manomètre approcher du chiffre 10, j’ouvris vite le robinet de décharge, et les gaz s’échappèrent avec bruit par les deux tubes latéraux. Je n’étais point inquiet, car je m’attendais •maintenant, à voir la pression descendre, comme cela s’était toujours passé auparavant, chaque fois que j’avais lâché les gaz par ces tubes. Mais au lieu de descendre la pression montait, montait toujours, et bientôt je vis le manomètre marquer 19 atmosphères. En même temps j’entendis un bruit sourd du côté de la porte. Je compris le danger, car notre
- générateur n’avait été éprouvé qu'à une pression de 20 atmosphères, et comme je voyais l’explosion inévitable, je m’écartais de la porte en bondissant et avec l’intention de sauter à l’eau. Au même instant l’explosion se produisait. Tout ce que je raconte là s’est, passé en quelques secondes de temps. La porte, projetée comme un boulet, me frappa tangenticllcment dans le dos, en même temps qu’elle m’enlevait, tout un pan de ma redingote et qu’elle me faisait pivoter dans l’air pendant que j’étais soulevé à une certaine hauteur par la forte pression des gaz; je fus projeté dans la Seine la figure vers le ciel ; c’est, dans cette position que je reçus sur le côté droit de la figure, ainsi que sur le dos de la main droite des projections de combustible enflammé, tandis qu’au moment où l’explosion allait, se produire je présentais au générateur le côté gauche. Après m’avoir frôlé, la porte, suivie de l’auge et des cinquante kilogrammes de combustible qu’elle contenait, alla frapper le jeune pilote avec une violence telle qu’il fut comme escamoté et pour toujours, car jusqu’à ce jour on n’a pu trouver trace de lui, malgré les recherches minutieuses qu’à plusieurs reprises je fis faire au fond de la Seine. Just Buisson fut écrasé par le fond du générateur qui était venu frapper le réservoir, pendant que la porte s’envolait dans la direction opposée ; il eut la cuisse gauche, broyée ainsi que des lésions intérieures dans Je bas-ventre et fut également projeté à l’eau, où les mariniers d’un remorqueur qui passait en ce moment le repêchèrent immédiatement, tandis que moi, ensanglanté, brûlé et aveuglé, je gagnais la rive à la nage, sans trop pouvoir me rendre compte de ce qui venait d’arriver. Quelques minutes après, mon infortuné ami expirait dans mes bras et dans ceux de M. le comte d’ilérisson, après avoir murmuré quelques paroles à voix à peine intelligible, paroles dont nous avons pu retenir cette phrase : « Mon ami est-il sauvé? »
- La cause de cet effroyable accident a été, comme je l’ai dit, le papillon, dont le disque mobile a été calé par la pression des gaz contre le disque fixe, en sorte que mon pauvre ami n’a plus eu la force de le décaler en tournant le volant. Mais cette circonstance n’aurait pas suffi à déterminer une explosion; il a fallu encore que ce jour-là mon ami ait considérablement augmenté la dose d’amorce que nous avions l’habitude d’étendre à la surface du combustible pour le faire prendre de tous côtés d’une manière égale. Les gaz produits subitement par la combustion rapide de cette amorce, qui était de beaucoup plus inflammable que notre combustible ordinaire, étaient trop abondants pour que leur évacuation par les deux soupapes automatiques et par les tubes de décharge, que j’avais ouverts à temps, pût produire une détente suffisante. Les secteurs d’une couronne en acier qui tenaient prisonniers huit leviers en acier de la porte se sont, brisés d’un seul coup, ainsi que les charnières, et la porte est partie comme partirait un boulet lancé par
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- IjA NATURE.
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- mi canon, projetée par une pression qui devait s’approcher — snr la surface totale de la porte — de 100000 kilogrammes. La force de réaction, justement cette force sur laquelle est basée notre invention, a fait alors reculer le cylindre dans la direction opposée, le projetant avec une force égale contre le réservoir, et le choc a été si violent que h* fond du cylindre, en frappant le réservoir, a été fortement embouti, tandis (pie ce dernier se cassait au ras du pivot, et s’en allait à l’eau par-dessus bord. Qu’on pense au coup qu’a du recevoir mon malheureux ami, pris entre les deux cylindres! Si je connais ces détails, c’est que je suis parvenu à retirer de la Seine, d’une profondeur de (> mètres, le générateur sans porto et au fond embouti, et. j’ai pu reconstituer la scène.
- Je ne peux pas m’étendre dans de longues considérations sur la valeur de cette invention, ni sur son avenir, le cadre de cet article étant limité. Je crains même de l’avoir trop dépassé. Je dirai seulement que la valeur de l’invention ne souffre pas la moindre atteinte par l’accident, survenu en Seine le K) décembre dernier, et qui ne serait certes pas arrivé s'il n’y avait eu une imprudence et si nos moyens nous avaient permis de mieux faire les choses. Car, en somme, il n’y a pas eu d’explosion proprement dite, mais simplement une rupture. La pression a dépassé la limite de résistance de la porte et cette dernière a cédé sous une pression relativement faible. Un millimètre d’épaisseur de plus et rien n’arrivait. On ne doit pas perdre de vue qu’à côté d’une expérience manquée, l’invention a à son actif nombre d’expériences réussies et des plus réussies. J’espère pouvoir en faire bientôt d’autres et avec le plus grand succès, ayant pris, dans la construction de mes nouveaux appareils, des précautions en excès, pour qu’aucun accident ne puisse arriver.
- Ai.. Ci croit.
- LA CATASTROPHE
- DU TUNNEL DU C0L-DE-CABRE
- BEAURIÈRES (DROME)
- Le lundi 20 juin 1887, vers six heures du matin un groupe de mineurs, composé de trente-cinq personnes environ, s’engagea dans le tunnel que l’on creuse en ce moment dans le Col-de-Cabre, à Beaurières. Un jeune garçon de quatorze ans, qui avait une lampe à la main, marchait en tète. 11 approchait du milieu du tunnel, lors que retentit une détonation formidable. La plupart des ouvriers furent blessés. Les secours furent rapidement organisés. On releva d’abord une vingtaine de blessés, dont plusieurs grièvement, —l’un deux succombait quelques heures après; — puis en s’avançant plus loin, de 850 à 900 mètres, dans un amas de décombres de toute sorte, on retira six cadavres affreusement mutilés. L'un avait le corps coupé littéralement en deux tronçons; un autre avait eu un membre projeté à cent mètres de distance. C’est la première fois que des explosions de cette nature se produisent pendant le percement des tunnels. N’y aurait-il pas au-dessous du sol des gisements de
- schiste et de pétrole, ainsi que l’affirmait M. Piret, un ingénieur américain, qui avait entrepris le forage d’un puits artésien à la Fontaine-Ardente, dans l’Isère, pour arriver à les découvrir. D’après M. Pire!, ces gisements existeraient dans tout le massif des montagnes comprises entre Grenoble et la mer, et ce qui viendrait à l’appui de ses appréciations, c’est qu’on retrouve à Molières, village sur la route qui conduit de Die à Beaurières, un échappement de gaz qui surgit de la fente d’un rocher, tout comme le gaz sort à la Fontaine-Ardente du lit même du torrent.
- LE SIFFLET
- Il n’est probablement pas d’instrument qui ail revêtu plus de formes diverses que le sifflet. 11 faudrait un volume pour étudier toutes ses transformations, et ce volume, je n’ai pas la prétention de le faire; je veux simplement poser quelques jalons, en laissant à un autre le soin d’explorer plus complètement un champ aussi vaste.
- Faites vibrer une colonne d’air dans toutes les conditions possibles, vous aurez tout d’abprd un sifllet ; comme l’on n’a que l’embarras du choix pour les moyens, on conçoit la multitude de sifflets de toute forme qui peut en résulter.
- Celui qui est le plus répandu est incontestablement le sifflet humain: il ne faut pas un grand apprentissage pour le faire résonner, — mal du moins ; — maison certain nombre de musiciens sont arrivés à se rendre assez maîtres de ces sons discordants tout d’abord, pour rendre de cette façon, et dans la perfection, les passages les plus difficiles de nos grands opéras. Je n’insisterai pas sur les moyens employés pour rendre ces sons plus aigus, ou pour leur donner certaines modulations; tout le monde sait qu’on y arrive en faisant vibrer l’air conlre la langue repliée légèrement à l'aide de l’index et de l’annulaire, ou encore, envoyant avec force l’air expiré sur la partie extérieure des doigts repliés.
- Yeut-on d’autres sifflets, bien primitifs, ceux-là? N’avons-nous pas la clef forée, si redoutée des auteurs et des comédiens, le fameux sifflet de saule, coupé au moment de la sève, quand l’arbre sue, comme on dit au village, la tige verte du pissenlit fendue d’une mince ouverture longitudinale, la coquille de noisette placée entre deux doigts, le noyau de cerise, usé à grand renfort de patience par les écoliers sur la semelle de leur sabot, et percé d’un trou, la corne faite avec de l’écorce d’arbre, et tant d’autres que nous fabriquions tous si amoureusement dans notre première jeunesse, pour déchirer les oreilles de nos parents et de nos maîtres?
- Étant donné que l’on pouvait arriver à de tels résultats avec des moyens aussi primitifs, il n’est pas étonnant que le sifllet ait été connu dans l’antiquité.
- Les Péruviens, en particulier, étaient passés maîtres en ce genre ; ils fabriquaient nombre de sifflets de terre, agrémentés de figures d’animaux. La manufacture de Sèvres en possède deux de ce genre, dont l’un est analogue à nos 7'ossignols actuels: il doit
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- LA NA TL \\ E.
- être rempli d’eau pour produire une espèce de gazouillement (tig. 1).
- Il existe au Conservatoire de musique, un musée
- instrumental ouvert au public l’après-midi de chaque jeudi. Ce musée fut fondé par Clapisson, et, à l’origine, il ne se composa que d’une collection.... de
- Fig. 1. — Anciens sifflets péruviens en terre. — K° 1 cl 2. Sifflet à figure d’animal, vu de face et de profil. — X° 5. Sifflet en forme de poumons humains. (D’après les échantillons du Musée de Sèvres.;
- sifflets. C’était du reste, paraît-il, une collection des plus curieuses : elle comprenait des sifflets de tous les âges et de tous les pays, en terre cuite, en ivoire, en pierres dures, etc., et certains sifflets à sujets étaient fort remarquables comme invention et comme travail. Malheureusement, cette belle collection fut dispersée aux feux des enchères il y a une vingtaine d’années, et le Conservatoire n’en a pas gardé la moindre parcelle,
- — peut-être a cause de la vieille inimitié de ceux qu’ils forment pour cet instrument.
- Le musée instrumental présente cependant encore de nombreuses curiosités, sans parler du piano d’Auber ou du diapason type, construit par Secrétan en 1859, lequel donne 870 vibrations simples à la seconde, à la température de îo9: on y trouve, en effet, des instruments de toute espèce : des serpents aux formes les plus tourmentées, des cors et des trompettes en cristal, des flûtes en porcelaine, des violons de faïence chers à Champfleury, des cornes des Alpes,
- un basson extraordinaire comme travail d’ajustage, puisqu'il ne faut pas moins d’une journée à un ouvrier habile pour le démonter ; — il n’en joue pas plus etc.
- Mais parlons du sifflet, et au sifflet moderne. Les variétés en sont presque innombrables. La plus simple, celle qui se rapproche le plus de la forme théorique, est certainement celle des sifflets américains ou secrets (fig. 2). Ce sifflet se compose d’une lame de métal recourbée, dont une extrémité A est taillée en biseau, et vient se placer à l’orifice d’une petite boîte creuse 00'. Appliquez la bouche en Oet soufflez : aucun son ne se produit, et c’est ce qui explique le nom de secret donné à cet instrument ; mais fermez les ouvertures T avec le pouce et l’index, et cette fois vous obtiendrez un sifflement énergique dont vous pourrez du reste modifier l’intensité, en élevant ou abaissant le biseau A, en l’écartant ou le rapprochant de la boîte 00'.
- Pour ne pas perdre le bénéfice de l’actualité, il
- juste, paraît-il ; — etc.,
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- Fig. 2.— Siffle) dit secret. — Vue extérieure et coupe.
- Fig. 3. — Sifflet de coininandemeiü.
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- LA NAT U UE.
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- faut signaler ici un porte-plume-crayon-silllet qui semblait avoir un certain succès parmi les inventions exposées par les petits industriels dans leurs baraques du jour de l’an. C’est, en définitive, un siftîet ordinaire, terminant un tube creux dans lequel on peut promener un cylindre plein qui modifie ainsi à volonté la longueur de la colonne d’air vibrante. La marchande de cet instrument fort simple, arrivait à jouer très suffisamment sur lui les airs les plus connus de nos opérettes en vogue.
- Dans les sifflets donnant plusieurs notes, on peut encore citer le .sifflet dje commandement (fig. o). C’est un sifflet ordinaire percé, outre l’em-bouehure, de deux trous sur lesquels on place le médium et l’index. Dans ces conditions, l’instrument donne la note sol; en ouvrant le trou n° 1, on obtient le do, et les deux trous 1 et 'i étant débouchés, on donne le mi.
- On voit d’après cela, les résultats auxquels on peut arriver avec ce sifflet.
- Mais revenons aux sifflets ordinaires. Il y aurait d’abord une étude distincte et comportant de nombreux développements sur toute cette catégorie d’appareils, dont la théorie est celle du sifflet, mais qui tirent leur originalité de la façon dont l’air est envoyé sur le biseau ou sur la lame vibrante qui produit le son. Je me contenterai de signaler la trompe à pédale et la trompe avec poire en caoutchouc des tramways et omnibus, les divers systèmes de cornes qui signalent l’approche des pompes à incendie, les sifflets d’alarme des machines à vapeur,
- dont on peut voir quelques modèles au Conservatoire des arts et métiers, les sifflets hurleurs et les sifflets de locomotive. Pour ces derniers, chacun sait que c’est un jet de vapeur qui produit le bruit strident que l’on connaît, mais différentes modifications dans les détails permettent à un observateur un peu exercé de distinguer en particulier pour la France, à laquelle de nos compagnies appartient une locomotive que
- l’on entend siffler dans le lointain. Il y aurait aussi des choses intéressantes a dire sur la manière dont le mécanicien doit siffler, sur les différentes manières de faire ses appels, ses demandes de voie, etc., mais cela nous entraînerait trop loin de notre sujet.
- Les sifflets modernes ordinaires sont surtout va-' riés à l’infini, et chaque jour on en crée des types nouveaux , suivant les fantaisies des amateurs.
- Un en fait en bois, en écorce, en racine, en métal, en corne, en nacre, en verre, — voire même en sucre ! et c’est surtout aujourd’hui que Franklin pourrait nous conter la fascination exercée sur lui par des collections aussi variées.
- La forme de l’appareil, son mode d’emploi changent aussi du tout au tout, si le principe est invariable, et il suffira de jeter les yeux sur les croquis ci-dessus (fig. 4) pour s’assurer que l’imagination s’est donné libre carrière dans cette voie.
- On y trouvera le sifflet scolaire, le sifflet de pompier qui donne le mi lorsque l’ouverture supérieure est ouverte, et 1 ado lorsqu’on place le doigt dessus;
- Fig. 4. —Différentes espèces de sifflets. —1. Sifflet à roulettes. — 2. Sifflet suisse de clief de gare. — 3. Sifflet scolaire. — 4. Autre type. — 5. Sifflet de pompier. — 6. Sifflet de marine réglementaire. — 7. Sifflet carré à deux trous. — 8. Sifflet rond. — 9. Sifflet de l’armée réglementaire. — 10. Sifflet tête de chien. — 11. Sifflet de l’armée à boussole. — 12. Sifflet et corne à trois voix. — 13. Sifflet de chemin de fer. — li. Sifflet, hoîte d’allumettes et boussole. — 15. Sifflet belge.
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- LA NATUUE.
- le sifflet belge, à la forme peu élégante; le sifflet carré à deux trous, donnant aussi deux notes différentes; le sifflet Baduel, réglementaire pour l’armée. On sait qu’en effet, un certain nombre de mouvements militaires s’exécutent maintenant au sifflet, et tout le monde a vu ce petit instrument passé entre deux boutons de la tunique ou du dolman des sous-officiers, ou encore placé dans un étui accroché à la courroie du revolver des cuirassiers.
- Un type tout à fait différent est celui du sifflet suisse, pour chef de gare; la colonne d’air insufflée vient se briser sur la sphère supérieure et une partie s’y engouffre pendant que l’autre est lancée a l’extérieur.
- Le sifflet réglementaire de la marine est d’un système analogue. Toutefois il est a secret, comme le sifflet américain; pour produire un son, il faut enfermer dans la main la partie supérieure du tuyau et la sphère adjacente. Quant aux modulations que nécessitent les divers mouvements à faire exécuter, l’étude en est relativement compliquée et l’on fait aux quartiers-maîtres une école de sifflet analogue à l’école de clairon ou de tambour dans les régiments.
- Il existe encore des sifflets à trois ou quatre ouvertures comme le sifflet corne et le sifflet de chemin de fer. Dans le premier (fig. A, n° 12), les extrémités A et D peuvent être prises comme embouchure, et les sons se modifient encore en fermant alternativement ou successivement les ouvertures B et G.
- Dans le second, en laissant tout ouvert, on obtient un son mélangé et faux tout à fait caractéristique.
- On obtient des modulations spéciales avec le sifflet a roulettes et le sifflet pinson qui imite relativement le chant de quelques oiseaux.
- Enfin, et c’est là surtout que l’imagination peut se donner libre carrière, il existe une grande quantité de sifflets à sujets, comme le sifflet tète de chien pour chasseurs, ou de sifflets à plusieurs fins, comme le sifflet de l’armée à boussole, le sifflet boîte d’allumettes à boussole, le sifflet porte-cigarettes, etc., etc., les cannes ou poignées de cannes à sifflet, les fouets de chasse à sifflet, les boutons de manchettes à sifflet, etc., etc.
- Nous ne sommes pas entré dans les détails de la fabrication du sifflet, mais on se rend facilement compte des éléments qu’il y a lieu d’étudier pour cette fabrication : la nature et la qualité du son varient, en effet, suivant la longueur et la grosseur du tube, l’étendue du bec et sa longueur, la grosseur et l’épaisseur de la languette, le diamètre de l’instrument, la largeur de l’orifice, la nature de la matière dont il est composé, etc. D’expériences faites, il résulte, paraît-il, que le do et le mi ont surtout le son rond, plein, bien nourri et qu’en particulier dans le sifflet réglementaire Baduel, ces notes peuvent s’entendre au delà de 600 mètres. Des hommes compétents en la matière ont aussi reconnu, assure-t-on, que la manière de siffler n’est pas toujours la même et que certaines personnes ont le malheur de
- ne pas savoir siffler du tout! D'après ces autorités, M. Baduel entre autres, pour bien siffler, il faut prononcer tu.... tu.... lentement, ensuite tu.... tu.... lu progressivement vite et bien détacher, en évitant surtout de siffler de la gorge. Pour faire le double coup de langue, il faut faire tu.... du.... gue.... du, afin d’obtenir le roulement; on doit toujours commencer lentement et aller progressivement.
- Peut-être ces notions succinctes permettront-elles aux amateurs de perfectionner leur art: j’espère seulement qu’ils voudront bien ne pas s’en servir contre l’auteur de cet article. L. Gutode.
- CHRONIQUE
- Ca science au Japon. — Le docteur Kikuchi, directeur du collège scientifique de l’Académie impériale du Japon, nous a fait l’honneur de nous envoyer le premier fascicule du journal de l’établissement qu’il dirige; c’est un magnifique volume de 112 pages petit in-4° sur papier du Japon accompagné de 12 planches, la plupart in-folio hors texte et imprimé à la typographie spéciale de l’Académie de Tokyo en caractères européens. Consacré exclusivement à des articles originaux, ce recueil admet des mémoires rédigés, suivant la volonté des auteurs, en anglais, en français ou en allemand; il en contient sept. Nous en signalerons particulièrement deux. Le premier est consacré à l’étude de plusieurs tremblements de terre et au contrôle des appareils enregistreurs établis dans l’observatoire sismographique du Japon. Nous en ferons usage dans une étude que nous préparons sur le tremblement de terre du lu février dernier. Le second est consacré à l’histoire des mœurs de YUgimya sericaria Rondani, parasite singulier des vers à soie, qui occasionne les plus grands ravages dans les magnaneries nationales. M. C. Sasaki nous apprend que souvent 50, 70 et même 80 pour 100 des vers élevés en mai sont victimes de cette mouche qui atteint chez le mâle 15 millimètres de longueur et le double d’envergure. La femelle, qui peut pondre jusqu’à 5880 œufs très petits, est uu peu plus petite. Elle colle ses œufs avec une matière gluante à la surface (les feuilles de mûrier. Les vers à soie avalent ces objets qui n’ont pas plus de o dixièmes de millimètre de longueur et 2 de largeur. L’éclosion a lieu dans le corps du ver à soie. La petite chenille, qui est pourvue de très fortes mandibules, traverse facilement les parois des intestins de son hôte, et, guidée par un instinct singulier, va se loger dans un ganglion qu’elle dévore et où elle acquiert un premier développement. Puis se frayant de nouveau une route, elle va se placer a proximité de l’ouverture d’une des trachées, où elle trouve l’air dont elle a besoin pour respirer, en même temps que la chair fraîche nécessaire à son alimentation. Si le ver à soie n'est point assez vigoureux, YUgimya périt en même temps que son hôte. Dans le cas où le ver a soie peut filer son cocon, YUgimya dévore sa victime lors-qu’avant fini son ouvrage elle est à 1 état de nymphe et ne peut se défendre. Puis YUgimya perce le cocon et va s’enfouir dans le sol de la magnanerie où il subit à son tour sa métamorphose. Ce qui complète le tableau de celte étrange existence, c’est que son ennemi le plus redoutable est un parasite appartenant a la classe des acarus qui le
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- LA NATURE.
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- dévore à son tour pendant qu’il parcourt la dernière phase de son existence.
- Salomoniens cannibales. — Une lettre, datee du 15 décembre et de la ville d’Apia, capitale d’Upolu (îles Samoa ou des Navigateurs), a récemment apporté à la Revue d'ethnographie la nouvelle d’une scène de cannibalisme qui s’était passée quelques jours auparavant. Un certain nombre de travailleurs mélanésiens, natifs de l’île Malaïta (archipel Salomon), s’étaient embarqués sur un navire à destination de leur pays. En route, ils ont mangé l’équipage entier et ont ensuite pillé le navire. Cette nouvelle a produit à Apia une émotion d’autant plus vive que l’on croyait cette terrible coutume disparue à jamais. Le capitaine et le second du navire étaient originaires d’Upolu où ils avaient femme et enfants; l'équipage était composé d’indigènes de Rarotonga et autres Polynésiens. Aucun détail n’est encore parvenu, mais il sera sans doute très difficile de savoir si ces cannibales ont agi sous l’effet d’une provocation. Le correspondant ajoute : « J'étais dans le port lorsqu» ces insulaires des Salomons ont été embarqués, ils étaient au nombre de soixante, y compris les femmes et les enfants. »
- Observations magnétiques. — Notre collaborateur, M. Th. Moureaux, chargé par M. le Ministre de l’instruction publique d’une mission spéciale en vue de recueillir des observations magnétiques dans le bassin de la Méditerranée, vient de rentrer en France, après avoir effectué des déterminations complètes de la déclinaison, de l’inclinaison, et de l’intensité magnétique, dans 51 stations, dont 4 en Corse, 5 en Italie, 2 à Malte, 1 à Tripoli, 7 en Tunisie, "25 en Algérie, 1 au Maroc et 8 en Espagne. En cours de voyage, les instruments d’observa-lion ont pu être comparés avec ceux du bureau central météorologique d’Italie à Rome, de l’observatoire de la marine espagnole à San-Fernando, et de l’observatoire météorologique et magnétique de Perpignan. Nous ferons part à nos lecteurs des résultats de ces importantes observations, dont la plus grande partie se rapportent à des points où les éléments magnétiques n’avaient jamais été déterminés.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 juin 1887.— Présidence de M. Hervé Mangon.
- Élection. — Séance très courte à laquelle assiste un nombre fort restreint d’académiciens, qui eût été encore moindre peut-être si un vote n’avait pas dû avoir lieu. 11 fallait en effet pourvoir à l’une des six places vacantes parmi les correspondants de la section d’anatomie et zoologie. La liste de présentation portait : en première ligne ex-æquo, M. Agassiz et M. Cari Vogt, et en deuxième ligne, aussi ex-æquo, MM. Flower, Hyrtl et Kowalewsky. Les votants étant au nombre de 57, M. Cari Yogt est nommé par 29 suffrages contre 8 réunis par M. Agassiz.
- L'inosile et le dambose. — M. Maquenne termine ses recherches sur l’inosite par une observation des plus inattendues : cette substance, dont la présence a été constatée déjà dans un très grand nombre de plantes et d organes animaux, est identique au dambose, matière sucrée particulière que M. Aimé Girard a extraite, en 1868, d’un des principes immédiats du caoutchouc du Gabon, la dambonite ou diméthyldambose. Cette identification montre une fois de plus combien l’inosite est répandue dans le règne végétal et simplifie la nomenclature des
- sucres eu supprimant un nom qui désormais n’a plus de raison d’être.
- Nouvelle planète. — 11 résulte d’une note déposée par M. Mouchez que M. Rorelli a observé à Marseille une planète qui parait nouvelle. Elle a été vue tous les soirs du 9 au 19 juin et l’on possède par conséquent plus d’éléments qu’il n’en faut pour calculer son orbite.
- Expérience sur un décapité. — Une exécution qui vient d’avoir lieu à Amiens a permis à MM. Regnard et Loye d’expérimenter sur une tête humaine, deux secondes seulement après la détroncation. Us ont constaté la production des réflexes par l’irritation de la cornée, et cela pendant six secondes après la mort. Les battements du cœur ont persisté vingt-cinq minutes dans les ventricules et une heure dans les oreillettes. Les auteurs pensent que la mort résulte non pas d’asphyxie, mais d’un phénomène d’inhibition du genre de ceux que M. Brown-Séquard a fait connaître et qui sont une conséquence de la lésion du système nerveux.
- Géologie des Vosges. — De ses recherches nouvelles, M. Ch. Velain conclut que les calcaires bien connus à la limite nord des Ballons des Vosges sont non pas dévoniens, comme on l’a dit, mais carbonifères et se rapportent à l’horizon de Visé.
- Signaux sonores sous-marins. — Nous disions la dernière fois que M. Vinot propose de prévenir les abordages en mer par l’emploi des cloches immergées et d’appareils téléphoniques. Aujourd’hui M. Brillouin expose la même idée qu’il paraît avoir étudiée de son côté d’une manière très complète. Il lui voit des applications nombreuses et, par exemple, un moyen de communication acoustique (par les rivières) avec des places assiégées. L’auteur se promet de commencer prochainement de grandes séries d’expériences.
- Les couleurs des prismes. — D’après M. Ch. Brame, les irisations qu’on voit dans un prisme placé sur une feuille de papier doivent être considérées comme des ombres colorées. Elles disparaissent à certaines heures du jour, en certaines saisons de l’année.
- Varia. — L’influence du travail musculaire sur les échanges respiratoires occupe MM. Richet et Hanriot. — Le titre seul d’une note de M. Galtier sur la transmission possible de la phtisie par le sang employé à la clarification des vins est de nature à frapper l’attention. — Suivant MM. Dubois et Baum, les inhalations de chlorure d’éthylène déterminent des troubles du côté de l’œil et spécialement l’opalescence de la cornée. — Le terrain silurien des Pyrénées a fourni des graphtolithes à M. Ga-ren. — M. Duchartre dépose de nombreuses planches sur l’anatomie des feuilles dessinées par M. Yesque. — Dans l’eau mère de la quercite, MM. Vincent et Delachanal ont découvert un nouvel hydrate de carbone, fort analogue à l’inosite dont il se distingue cependant. — Les lésions histologiques du rein dans l’empoisonnement par la can-tharidine occupent M. Cornil. — M. Bouty a mesuré la conductibilité électrique des dissolutions de sulfate de potasse. Stanislas Meunier.
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- LÀ SCIENCE PRATIQUE
- Tournevis américain. — Ce petit outil est fort pratique pour les vis de grosses et moyennes
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- LA NATURE.
- dimensions ; il ne se construit pas pour les vis très petites.
- 11 se compose d’un manelte ordinaire en bois, dans lequel est fixé un tube d’acier, à l’extrémité duquel est solidement attachée la lame plate qui s’introduit ordinairement dans la rainure de la tête de la vis.
- La figure 1 représente l’outil à l’état normal, c’est-'a-dire ayant à peu près l’aspect d’un tournevis ordinaire; il peut être utilisé sous cette forme.
- Si nous appuyons sur la petite pédale A, nous faisons sortir du tube, et de chaque côté de la lame (lig. 2), deux petites griffes en laiton fort, C et B qui dépassent l’extrémité de cette lame 1) tout en s’écartant suffisamment.
- A ce moment, on introduit la tète de la vis entre ces deux griffes, de façon à ce que la lame du tournevis pénètre bien dans la rainure de la tête ; puis on abandonne la pédale, et, grâce à un ressort placé dans le tube, les griffes se referment fortement en serrant la vis sous la tète; il faut appliquer solidement celle-ci sur l’extrémité de la lame de l’outil.
- Bans cette position, la vis fait corps avec l’outil comme l’indique la ligure o, et l’on peut facilement placer la vis dans le trou préparé à l’avance, et avec l'aide d’une seule main.
- Quand il ne reste plus que la tète de la vis à enfoncer dans le bois, on a soin de dégager les griffes au moyen de la pédale, et il suffit d’un tour ou fieux de- l'outil qui a repris sa forme ordinaire pour achever d’enfoncer complètement la vis. Fig. 4.
- Cet outil est très commode dans les endroits peu accessibles, tels que l’angle d’une caisse, le fond d’une rainure etc., etc... Il se fabrique en trois grandeurs et longueurs différentes appropriées au diamètre des vis ordinaires. Nous avons eu très souvent l’occasion de nous en servir, et d’apprécier ses avantages et la commodité de son emploi.
- Fig. 1, 2 et o. — Tournevis américain et détails de l’instrument.
- Éehelle pliante. — La ligure 4 représente un système d’échelle pliante qui, je crois, est peu connu, quoique l’idée première qui a présidé à sa construction soit déjà assez ancienne.
- Cette échelle se compose de deux montants demi-ronds, dans la face intérieure plate desquels on a pratiqué une rainure d’une largeur suffisante pour loger les échelons qui s’y trouvent appliqués longitudinalement quand l’échelle se trouve pliée. Chaque échelon est muni à son extrémité d’une virole en cuivre pour la solidité ; puis il est placé dans la rainure de chaque montant où il est retenu par une goupille en acier, qui forme une sorte de charnière. Pour fermer cette échelle, il suffit d’imprimer à chacun des montants une impulsion verticale en sens contraire, les échelons s’alignent et finalement disparaissent entre les deux montants qui, venant se juxtaposer à leur tour ne forment plus qu’un cylindre de bois rond, de quelques centimètres de diamètre, et d’une longueur proportionnée à l’échelle.
- Le n° 1 de la figure 4 montre l’échelle fermée, et le n° 2 la représente ouverte.
- Cet appareil, peu encombrant, a sa place marquée dans les magasins, bibliothèques, etc., et là, en un mot, où l’on doit économiser la place. Il peut-être aussi très utile dans les appartements où l’on a souvent à prendre un objet sur une planche ou sur un meuble éleyé. Quand il est replié il ne forme plus qu’un seul bâton qui trouve facilement sa place dans l’angle d’un mur, sans être encombrant et gênant
- Échelle pliante. — 1. Fermée. 2. Ouverte.
- comme le serait une échelle ordinaire ou un marchepied. L’échelle pliante a ses montants en bois vernis simulant le bambou et elle est ainsi d’un aspect élégant et agréable. A. Dupuy.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus,-à Paris.
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- L’AUTOTOMIE
- Personne n’est tenu de savoir ce <jne c’est »pie Y autotomie. Aussi nous permettra-t-on de rappeler que ee mot nouveau a été créé en 1882 par un éminent professeur de l’Université de Liège, M. L. Fre-derieq, pour désigner U acte tout à fait singulier au moyen duquel beaucoup d’animaux, reptiles, crustacés, arachnides, insectes, échappent à l’ennemi qui les a saisis par un membre ou par la queue, en provoquant activement la rupture de l’extrémité captive. Le sacrifice d'une partie du corps sauve l’individu. L’animal est pris par la patte : brusquement, il
- ampute de lui-mème et spontanément l’organe qui reste dans la main ou dans les pinces du ravisseur et il s’enfuit. L’autotomie n’est pas applicable à l’espèce humaine. Tant pis pour les récidivistes, tant mieux pour les agents de M. Taylor.
- M. L. Frédéric»j a fait une étude approfondie des amputations spontanées des animaux. Ses recherches ont été de tous points confirmées par les observations île M. 11. Dewitz en Allemagne, et par les travaux de MM. de \arigny et Parise en France. Vous saisissez, par exemple, un crabe vigoureux et bien vivant par une patte en le pinçant fortement : subitement, le crabe tombe à terre, vous laissant sa patte entre les doigts et il s’enfuit à toute vitesse avec les
- Combat d’mi crabe et d’un poulpe. Le crabe a abandonné l’une de ses pattes à sou ennemi.
- neui pattes restantes. Il a amputé sa patte, mais il a reconquis sa liberté. Et c’est bien une amputation spontanée et nullement une désarticulation. La cassure est circulaire et nette; elle se produit vers le milieu du deuxième article à partir du corps, nullement au niveau de l’articulation. Le poids du crabe, en le supposant suspendu par la patte, est absolument insuffisant pour provoquer une rupture; une patte de crabe, d’après les expériences faites sur l’animal mort, peut supporter un effort de traction représentant jusqu’à cent fois son poids. La patte d’un petit carcmus mœnas ne se rompit que sous une charge de 4 kilogrammes et à l’articulation. Chez tous les crabes, le résultat est le même; toute patte saisie est amputée au deuxième article.
- 45e année. — 2e semestre.
- Ainsi pour les carcinus, platycarcinus, portunus, xantho, maja, hyas, etc. Chez la langouste, le homard, l’écrevisse, l’expérience ne réussit pas toujours; il faut que le sujet ait été fraîchement capturé et qu’il possède toute sa vigueur. En ce qui concerne le crabe, l’essai est facile. On peut même provoquer successivement l’amputation spontanée des dix pattes ; les formidables pinces des gros crabes tourteaux (platycarcinus pagurus) tomberont aussi facilement que les membres grêlés des araignées de mer (maja squinado).
- Cette amputation originale est le résultat d’une contraction musculaire énergique déterminée par voie réflexe. Inconsciemment l’animal brise sa patte. Et il la brise ainsi sous l’influence de la peur, de
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- toute excitation douloureuse, d’une brûlure, d’une électrisation, etc. Il existe un neiT réflexe placé sous la dépendance de la niasse nerveuse ventrale; ce nerf commande la contraction et l’amputation. L’anestliésie de l’animal supprime l'action du réflexe protecteur. On peut appeler ainsi ce réflexe, car le moignon d’une patte cassée par une opération saigne abondamment, tandis que le moignon résultant de l'amputation spontanée ne donne issue qu’à une très petite quantité de sang. Le crabe a avantage évident à substituer l’amputation par son procédé à l’amputation par l'expérimentateur.
- M. Huxley, dans son livre : Les écrevisses, et M. Parize, à la suite de scs observations, ont avancé que la rupture des membres du crabe est, souvent au moins un acte instinctif dans lequel la volonté, l’émotion de l’animal jouent un rôle. Ainsi M. Parize met en présence de plusieurs cancer mœnas vigoureux un fort poulpe (octopus vulgaris) leur plus redoutable ennemi qui en fait presque exclusivement sa nourriture sur les cotes granitiques de Bretagne. Or, dès qu’un suçoir de poulpe se fixe sur une patte de crabe, celui-ci abandonne sa patte et se sauve sops un abri. L’animal, dans ce cas, amputerait volontairement sa patte pour reconquérir sa liberté.
- M. Fredericq est d’un avis opposé. Il n’y aurait ici qu’un phénomène réflexe, inconscient et ne relevant en aucune façon de la volonté de l’animal, ^amputation serait préservatrice et indépendante de tout acte intelligent. A l’appui de cette opinion, on peut citer l’expérience suivante : Dans un tiroir, le savant physiologiste de Liège enfonça à moitié une demi-douzaine de clous et à chacun des clous il attacha la patte d’un gros carcinus mœnas bien vigoureux. Quelques-uns de ces crabes avaient la patte lixée tout près du clou ; certains autres avaient un peu plus de liberté. De temps à autre on imprima au tiroir une série de secousses brusqués pour les exciter à fuir. Les prisonniers firent des efforts violents pour rompre leurs liens, mais pas un n’eut l’idée de se sauver en brisant le membre qui le retenait captif. Maintenant si l’on coupe brusquement l’extrémité d’une autre patte (pie celle qui retient l’animal, le crabe ne brise pas la patte captive, mais bien celle dont la perte ne lui est d’aucune utilité. L’absence d’intuition intelligente est donc manifeste. Si, dans l’expérience de M. Parize, le crabe abandonne sa patte au poulpe pour ne pas être dévoré en entier, c’est sans doute, pense M. Fredericq, parce que le poulpe avait écrasé la patte du crabe. C’est peut-être, pour nous, tout simplement parce que le réflexe avait agi sous l’influence de la succion du poulpe. Du reste M. Fredericq a observé que l’autotomie se produisait même chez des crustacés décapités ou privés de cerveau, ou encore chez des crustacés dont les fonctions intellectuelles étaient engourdies par le chloroforme. Bref, l’amputation semble bien être un acte inconscient dans la production duquel la volonté de l’animal n’a aucune part.
- En tous cas, les crustacés auraient pu faire bon
- marché de leurs pattes, car on sait avec quelle facilité elles repoussent. Un trouve fréquemment des crabes présentant une ou plusieurs pattes de formation récente, un peu plus petites que les autres. La patte nouvelle est greffée sur l’ancienne au niveau du milieu du deuxième article. La rupture par amputation se fait chez le crabe par une seule secousse musculaire. Chez le homard, chez l’écrevisse, le bernard-l’hermite, les palémons et les crangons, en général la séparation n’a lieu qu’après de violentes secousses imprimées à tout le corps.
- Les insectes, les arachnides s’amputent aussi. Les sauterelles laissent leurs pattes entre les doigts de l’observateur, mais ces pattes ne repoussent pas. Les grosses pattes du saut se rompent tout aussi bien chez une sauterelle décapitée que chez l’animal intact. La chaîne ganglionnaire ventrale des insectes représente, en effet, une série de centres nerveux capables de provoquer des mouvements réflexes ou automatiques parfaitement coordonnés. Une guêpe décapitée continue à bourdonner, c'est-à-dire à exécuter des mouvements d’ailes réguliers. L’araignée aussi coupe la patte dont on a sectionné l’extrémité avec des ciseaux.
- Même autotomie citez le lézard, chez l’orvet. La rupture de la queue est provoquée par une contraction musculaire et nullement par la fragilité exagérée de cet appendice, comme pourraient le faire supposer les noms d'anguis fragilis et serpent de verre. La queue d’un orvet mort depuis vingt-quatre heures ne s’est rompue que sous un poids de 490 grammes. Or l’orvet pesait 19 grammes, donc il a fallu, dit M. Fredericq, pour rompre la queue, un poids vingt-cinq fois plus fort que celui de l’animal entier. Si maintenant on suspend par la queue un orvet vivant, on le voit se tordre dans diverses directions, sans chercher à s’échapper en coupant sa queue. Vient-on à irriter vivement l’extrémité de la queue en la tranchant par une section brusque avec (les ciseaux; aussitôt la portion située au-dessous du point de suspension se rompt, et l’animal tombe à terre et s’enfuit. M. Fredericq rattrape son serpent et l’attache encore par la portion de queue restante ; puis il froisse le bout vivement entre les doigts, l’animal effectue des contractions de droite et de gauche et la queue se rompt de nouveau au-dessous du point de suspension. Ici encore, il semble que l’amputation soit bien le résultat d’une action ré-11exe. Chez le lézard, dès qu'on irrite même légèrement l’extrémité de la queue, celle-ci se rompt à la hase ; elle repousse d’ailleurs assez rapidement.
- Si le mot A’autotomie est neuf, le fait qu’il désigné était bien connu depuis longtemps.
- Réaumur, par exemple, 1 avait déjà étudié avec beaucoup de sagacité. M. Paul llallez a rappelé que dès 1712 Réaumur avait communiqué à l’Académie des sciences un mémoire ayant pour titre : « Sur les diverses reproductions qui se lont dans les eere-visses, les homards, les crabes, etc., et entre autres sur celles de leurs jambes et de leurs écailles,
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- Il a est pas superflu de reproduire quelques passages de ce curieux mémoire :
- « ,1 en pris plusieurs (des écrevisses) auxquelles je coupai une jambe; je les renfermai dans un de ces bateaux couverts que les pécheurs nomment boutiques, où ils conservent le poisson en vie. boninie je ne les laissois pas manquer de nourriture, j’avois lieu de croire qu’il se ferait chez elles une reproduction pareille à celle dont je chcrchois a m’assurer. Mon espérance ne lut point trompée : au bout de quelques mois, je vis, et ce ne fut pas sans surprise, quelque lieu que j'eusse de l’attendre, je vis, dis-je, de nouvelles jambes qui oecupoient la place des anciennes que je leur a vois enlevées... Une pareille source de reproduction n’excite peut-être guère moins notre envie (pie notre admiration ; si en la place d’une jambe ou d’un bras perdu, il nous en renaissoit un autre, on embrasserait plus volontiers la profession des armes. »
- Après avoir constaté ce fait, Réaumur reprend ;
- « Le temps nécessaire pour la production de nouvelles jambes n’a rien de fixe... Ces jambes naissent et croissent plus ou moins vite, comme les plantes, selon que la saison est plus ou moins favorable : les jours les plus chauds sont ceux qui avancent le [dus la formation et leur accroissement... Une autre circonstance est l’endroit où la jambe a été cassée...; e est lorsque l’on coupe la jambe [très de la quatrième jointure qu elle se reproduit le plus aisément. Et ce qui est digne de remarque, c’est que c’est aussi la que les jambes se cassent naturellement. Le n est pas dans la jointure même que la jambe se casse. La jointure est recouverte d’une membrane flexible et forte. Mais l’écaille qui est auprès de la quatrième jointure, entre elle et la troisième, est composée de plusieurs pièces différentes. Ce qui semble le prouver suffisamment sont deux et quelquefois trois sutures que l’on aperçoit dans cet endroit. C’est dans ces sutures et surtout dans celle du milieu que la jambe se casse... Si on tient une écrevisse par la patte, et de même si on tient un crabe, 1 effort que ces animaux font pour se retirer détache souvent leur jambe; ils la laissent dans les mains de celui qui la tient, et s’en vont avec celles qui leur restent . C est ce qui a fait dire au Père du Tertre assés plaisamment, qu’il serait bien commode aux coupeurs de bourse de pouvoir de même se défaire fie leur liras lorsqu’on les saisit... Si l’on va considérer quelques jours après les écrevisses dont on a coupé une jambe à la première, à la seconde ou à la troisième jointure, on trouvera pour l’ordinaire, et peut-être avec quelque étonnement, que les jambes qu’on avoit coupées sont toutes cassées dans la suture qui est proche de la quatrième; comme si les écrevisses instruites que leurs jambes, lorsqu’elles sont cassées, reviennent plus vite en cet endroit qu ailleurs, avoient eu la prudence de se les y rompre. »
- t AinsC Réaumur connaissait fort bien, dès 1712, 1 amputation spontanée des pattes des crustacés, et
- il avait même déterminé le siège de la cassure.
- En somme, les faits de mutilation active, inconsciente et réflexe, que nous venons d’indiquer sommairement, s’observent chez un grand nombre d animaux appartenant à des groupes zoologiques variés. C’est un moyen de défense et peut-être que, en cherchant bien, on le retrouvera encore chez les animaux de petite taille à extrémités dures et grêles. Le phénomène est étrange, mais très réel. Voilà l’explication de l’autotomie ou l’art de s’amputer soi-même. Henri de Parville.
- ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- Bouton allumeur-extincteur. — Voici encore un petit appareil pratique construit par M. E. Salomon (fig. 1). Destiné à ouvrir et à fermer successivement un circuit par une seule et même manœuvre, il est applicable en particulier à l’allumage et à l’extinction des lampes, ou à des sonneries continues.
- Il présente 1 aspect et les dimensions d’un bouton de sonnerie ordinaire. Le mécanisme comprend une roue à roehet à 8 dents portant 4 goupilles. Le bouton porte lui-même une goupille qui vient à hauteur des dents de la roue à roehet. Chaque fois ([u on appuie sur le bouton, la roue à roehet avance (l’une (lent, en sens inverse des aiguilles d’une montre, et tourne d un huitième de tour. Un ressort a boudin placé sous le bouton a pour effet de le ramener en dehors dès que l’on cesse d’appuyer, la roue a roehet conservant la position acquise.
- Les quatre goupilles viennent, par la rotation de la roue à roehet, successivement appuyer sur une lame horizontale en laiton formant ressort qui ferme et ouvre alternativement le circuit, suivant qu’une des goupilles se trouve ou non en regard de la partie légèrement courbée de cette lame horizontale. La figure 1 représente le bouton dans la position de circuit ouvert.
- Pour empêcher le roehet de rétrograder et de perdre ainsi la position acquise, une seconde lame de ressort vient s’engager dans chaque dent du roehet, et le maintient en place.
- Signalons, puisque nous parlons commutateurs, une solution élégante, réalisée par un de nos fidèles abonnés, M. Grangicr, dchinard, dans le but d’allumer ou dcteindre une lampe à distance, d’un nombre quelconque de points à l’aide d’un seul et unique bouton et deux fils. Le principe en est très simple : il consiste à actionner 1 électro-aimant d un commutateur à relais en appuyant sur l’un de ces boutons.
- Le mouvement de l’armature fait tourner une roue à roehet d’un huitième de tour à chaque manœuvre. Cette rotation est utilisée pour effectuer des contacts à l’aide de deux ressorts venant appuyer contre des galets munis de parties successivement conductrices et isolantes, ce qui produit la fermeture et l’ouverture du circuit relié à ces deux ressorts.
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- Commutateur-snl>stitiitcur automatique à mouvement d'horlogerie. —Le but (le cet appareil, également construit, par M. Salomon, est de permettre de réaliser, dans une certaine mesure, un éclairage à peu près constant parles piles Déclanché, par une méthode de substitution automatique de plusieurs séries fonctionnant I une a près l’autre, et se dépolarisant pendant les périodes de repos. L’apparei l une fois remonté donne!2700 rom mutations avant d’avoir besoin d'être remonté à nouveau, mais il va sans dire que cette limite n’a rien d’absolu et qu elle dépend uniquement des proportions de l’appareil et du poids de son ressort.
- L’appareil représenté ci-dessous (tig prend un mouvement d’horlogerie qui, toutes les trente secondes, toutes les minutes, ou davantage, suivant les besoins, produit un déclanchement qui lait tourner un ave de un quart, un sixième ou un huitième de tour, sui vant qu’on dispose de quatre, six ou huit séries de piles. Ce mouvement de rotation change les communications du circuit extérieur ou de débit, il met une nouvelle série en circuit et retire celle qui vient de fonctionner. Ce résultat est obtenu très facilement a l’aide de doigts métalliques fixés en hélice sur le cylindre tournant, et qui viennent successivement en contact avec les ressorts 2, ô, 4, 5, 0, 7, communiquant avec les pôles positifs des différentes batteries, les pôles négatifs étant reliés à un retour .commun.
- Pour éviter que le commutateur ne fonctionne lorsque les piles ne travaillent pas, un électro-aimant d’arrêt est établi au-dessous du cylindre tournant. Tant que les lampes sont éteintes, le mouvement d’horlogerie est embrayé : dès qu’on allume
- une lampe, l’éleetro attire son armature qui débraye le mouvement d'horlogerie et la fonction purement mécanique du commutateur peut alors se produire.
- D’après M. Salomon, il faudrait six batteries d’un modèle spécial pour assurer un éclairage continu d'une durée indéfinie, à raison de 1 ampère et
- 1 ,o volt utile par élément, en faisant des commutations toutes les trente secondes, laissant ainsi cent cinquante secondes de repos entre deux périodes de travail successives.
- Nous ne mettons pas en doute l'efficacité de cette méthode, mais il nous semble que l’emploi de six batteries pour alimenter une seule lampe de 1 ampère conduit à un matériel un peu coûteux, et à une installation un peu complexe.
- Le commutateur sub-slituteur de M. Salomon peut d’ailleurs, à l’aide de légères modifications, être utilisé avec avantage pour un service analogue : celui de la charge d’une série
- d’accumulateurs à l’aide d’un petit nombre d’éléments de charge ( bichromate ou sulfate de cuivre). Le commutateur devrait, tous les quarts d’heure, par exemple, faire passer auto-m a t i q u e m e n t la pile de charge d’une série à l’autre , et réaliser ainsi systématiquement et méthodiquement une manœuvre que nous faisons jusqu’ici à la main, a l’aide de crochets Sieur, mais d’une façon assez irrégulière.
- Dans ses dernières dispositions de pile au chlore, M. René Upivard emploie précisément un appareil dont la fonction est exactement celle que nous venons de décrire, mais le prix élevé de cet appareil nous porte à croire que la disposition deM. Salomon, légèrement modifiée, résoudrait le problème d’une façon plus simple et surtout beaucoup plus économique. E. II.
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- LES MEHARA OU CHAMEAUX COUREURS
- L’animal représente par la gravure ci-jointe est nn meliari qui vient de chez les Touareg Fogltas; il m'appartient depuis plus de trois ans, et bien qu'un peu Agé il me rend encore presque Ions les jours d’excellents services.
- Le meliari ou chameau coureur est, au chameau de bat, au chameau de convoi, ce que le cheval de pur sang est au cheval de charrette.
- C’est le produit d’une longue sélection; poussé au grand trot, le meliari peut atteindre une vitesse de près de 50 kilomètres à l'heure; mais je n’ai pas
- besoin de dire qu'il ne saurait conserver cette allure pendant très longtemps.
- Le meliari a trois espèces de pas : le pas ordinaire pour lequel l’Arabe dit simplement « Iemchi, il va, ou il marche; » le pas allongé pour lequel on dit « Isir » ; et enfui l'amble « Jraouel, il marche l’amble ». Cette dernière allure que l’animal peut soutenir piaulant des journées entières donne une vitesse de 10 à 11 kilomètres à l’heure et n’est nullement fatigante pour un cavalier entraîné.
- La Société des courses de Biskra a inauguré les courses à chameaux pour la première fois en janvier 1885.
- Il s’agissait do faire, dans le plus bref délai pos-
- sible, le trajet de Touggourt a Biskra (soit 210k,500).
- Le premier méhari est arrivé vingt-six heures après le départ, et les autres concurrents étaient tous à Biskra dans les trois heures suivantes. (Il faut excepter de ces derniers un meliari arrivé presque dead heat avec le premier, mais cet animal était sans cavalier depuis Saàda.)
- Toutefois il est bon de dire que tous les coureurs se sont arrêtés cinq heures consécutives à Saàda (50 kilomètres de Biskra) à cause de la pluie qui avait rendu la route très glissante, ce qui est un inconvénient grave pour le pied des chameaux.
- En somme le trajet a été accompli en vingt-une heures de marche effective; c’est-à-dire à une allure soutenue de 10 kilomètres à l’heure. On pourra,
- avec des animaux bien entraînés, parcourir cette distance en vingt heures au maximum, pourvu que les cavaliers soient assez robustes pour supporter une fatigue de ce genre et pour pousser leur monture.
- La course de janvier 1886 a été insignifiante. Deux animaux; seulement y ont pris part; l’un mauvais, l’autre de bonne race, mais non dressé ; j’ai pu en juger par moi-même, car je l’ai monté à Touggourt, la veille du jour de la course.
- Quant à la course de janvier 1887, j étais en France à cette époque et je ne suis pas renseigné sur ses résultats.
- On voit, en résumé, par ce qui précède, que le méhari est une monture de vitesse et de fond, et
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- LA NATURE.
- qu’il pourrait rendre de très grands services si on l’utilisait dans l’année d’Afrique et si on créait un corps d’éclaireurs à méhari; car, outre sa vitesse et son fond, cet animal marche facilement dans le sahle où les chevaux ne peuvent avancer; et, de plus, il peut se passer de boire pendant sept à huit jours.
- F. Foüreau,
- Explorateur et colon saharien.
- LES HOMMES VELUS
- (Suite et fin. Voy. p. il. >
- On trouve dans les Annales de la Société royale de Londres un rapport du docteur Ascanius décrivant minutieusement un individu qu’il qualifie d’homme porc-épic the porcupine man.
- Voici cette description : « L’homme dont il est ici question, Edward Lambert, naquit dans le Suf-folk en 1710 ; il ne fit rien observer à sa naissance qui pût faire suspecter l’état dans lequel il commença à paraître un mois et demi après. On aperçut alors sur son corps une infinité de petites excroissances qu’on prit d’abord pour une maladie cutanée. Insensiblement on découvrit que c’étaient des soies, qui avaient une consistance de corne et dont rien ne pouvait arrêter le progrès. A l’exception de la , tête, des paumes des mains, de la plante des pieds, tout son corps était couvert de ces sortes de soies qui (ressemblaient, quand elles commençaient h pousser, -à ces tuyaux de plumes qu’on aperçoit sur la volaille ^quand elle est nue. Elles avaient 6 lignes (0m0155)
- ‘ de longueur et environ 4 lignes (0'“,0090) de grosseur. Ainsi que dans les hérissons, elles étaient implantées perpendiculairement dans la peau. Leur couleur était livide et elles semblaient transparentes quand on les opposait à la lumière. Lorsqu’on pliait la peau et que les soies étaient couchées horizontalement, elle paraissait blanche en cet endroit, tandis qu’elle était noirâtre dans toutes les autres parties du corps. Cet homme, étant habillé et ayant des gants, ressemblait à tous les autres hommes. II avait la barbe et les cheveux noirs, il était bien fait et d’une figure intéressante. Mais voici un phénomène bien singulier : ces soies tombaient tous les automnes et renaissaient après; de façon qu’on peut dire que cet homme ressemblait à une bête par les poils et par la mue. Il eut un morceau de chair emporté, la place resta nue, et elle ne fut couverte d’aucune de ces soies. A l’àge de vingt ans, il fut attaqué d’une petite vérole confluente, tout son corps se dépila en très peu de temps, mais après sa guérison les soies reparurent comme auparavant. Du reste, il a toujours joui d’une bonne santé. On le fit passer deux fois par les grands remèdes et il souffrit la salivation sans aucun amendement. Ce fut ce qui fit cesser tous les remèdes qu’on croyait pouvoir lui administrer. Cet homme se maria. Il eut de son mariage six enfants, tant filles que garçons,, tous constitués comme lui et également couverts de cor-
- nes. Il ne restait plus qu’un garçon constitué comme son père lorsque le docteur Ascanius publia cette relation. »
- La Nature a déjà décrit les hommes-chiens qui se montraient à Paris en 1875, et la jeune fille velue Krao exhibée d’abord en Amérique et qui est venue à Paris l’année dernière.
- Ce développement anormal du système pileux sur toute la surface du corps dans l’espèce humaine se rencontre donc assez fréquemment. Cette fréquence est beaucoup plus grande quand cette anomalie n’affecte qu’une partie du corps, ne consiste qu’en plaques velues de dimensions plus ou moins grandes, depuis le simple bouton, le poil de chèvre, jusqu’aux plaques le couvrant presque en totalité. Ces taches ne sont que des noevi (des envies) sur lesquels les follicules pileux sont abondants et produisent des cheveux courts et grossiers ; ils sont formés d’une peau jaunâtre ou brune de contexture molle, comme les noevi ordinaires. Très souvent on rencontre des personnes ayant sur la figure ou le cou de ces noevi couverts de cheveux, mais comme généralement elles coupent ceux-ci avec soin, cette petite infirmité est peu apparente. Ces taches se trouvent aussi sur le corps et atteignent parfois de grandes dimensions.
- Nous avons vu une petite fille à la campagne qui avait, sur l’omoplate droite, une tache de la largeur de la main ; cette tache était couverte de cheveux assez longs et assez abondants pour être feutrés par le frottement des vêtements. La mère racontait que l’enfant ayant gagné à l’école de la vermine dans les cheveux, qu’elle en avait eu également sur la tache de l’épaule.
- Un détail à noter : dans la médecine populaire ces taches velues sont attribuées à des envies et portent le nom caractéristique de couennes de lard ou taches de jambon.
- En mars 1774, à la foire Saint-Germain, à Paris, on montrait une petite fille d’environ trois ans, d'une assez jolie figure mais dont le corps était parsemé de taches poilues. Cette enfant fut examinée au mois de juin de la même année par Buffon qui en a donné la description suivante :
- « C’était une petite fille nommée Anne-Marie Ile-rig, née le 1 1 novembre 1770 à Dackstul dans la Lorraine allemande, a 7 lieues de Trêves : son père, sa mère, ni aucun de ses parents n’avaient de taches sur la peau ; cette petite fille avait néanmoins tout le corps, le visage et les membres parsemés et couverts en beaucoup d’endroits de taches plus ou moins grandes, dont la plupart étaient surmontées d’un poil semblable à du poil de veau; quelques autres endroits étaient couverts d’un poil plus court semblable à du poil de chevreuil. »
- En 1806, le docteur Bodard présenta à la Société de médecine de Paris une enfant dont le cou, les épaules et le dos étaient velus de manière à présenter la forme d’une palatine ordinaire.
- Le docteur H. Cloquet, dans un rapport fait à
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- l'Académie de médecine, le 18 novembre 1828, décrit un jeune homme de quatorze ans, fils d’un tisserand des environs de Bordeaux, dont le corps offrait plusieurs taches velues. La plus grande de celles-ci occupait une partie du dos, une épaule, le haut du bras et la surface antérieure de la poitrine ; on aurait pu croire que l’enfant avait jeté sur son épaule un morceau de fourrure; le poil était soyeux, court, lisse et couché. Dans ce rapport nous signalerons la phrase suivante : « Sans parler des sauvages de Malicolo chez lesquels une semblable couleur de la peau revêtue de poil est naturelle. » Nous n’avons rien trouvé dans les relations de voyageurs modernes qui puisse justifier cette croyance de l’existence d’une race humaine entièrement velue.
- La Faculté de médecine de Paris et la Société d’anthropologie possèdent un grand nombre de moulages, de dessins ou de photographies d’individus affectés de plaques velues.
- Voici un dernier exemple particulièrement intéressant. Vers 1855 on exhibait à Paris dans l’une des fêtes foraines qui avaient lieu alors au carré Marigny, aux Champs-Elysées, un enfant dont tout un côté de la figure était velu ; cet enfant se présentait au public en se montrant de profil, c’était un joli petit garçon de dix à onze ans, aux traits bien dessinés, ayant de beaux yeux, un joli sourire ; il était vêtu d’un brillant costume de hussard qu’il portait avec aisance, c’était un charmant enfant. Tout à coup il se retournait, c’était un monstre ; il avait, en effet, le côté droit de la figure couvert d’un horrible noevus noirâtre à surface mamelonnée et rugueuse, avec de gros plis, et cette surface était parsemée de poils longs et rudes que l’on aurait pu comparer à des soies de sanglier. Cette transformation si soudaine avait naturellement pour résultat de provoquer des marques de surprise et d’intérêt parmi les spectateurs.
- Les philosophes ont longuement agité la question : Les hommes auraient-ils intérêt h être pourvus d’une fourrure naturelle analogue à celle des autres animaux? L’homme velu aurait moins à souffrir des rigueurs de l’hiver, des variations de la température, du vent, de la pluie et de toutes les intempéries. A cela certains philosophes répondent par ce paradoxe : ce qui a fait la supériorité de l’homme sur les autres animaux, c’est précisément sa faiblesse, son manque d’armes naturelles de défense ou d’attaque, l’imperfection des organes lui servent à conquérir sa nourriture. C’est enfin sa nudité, l’absence de système protecteur contre le froid et les intempéries.
- L’homme, dans sa lutte pour l’existence, n’a pu résister aux éléments et aux animaux féroces que parce qu’il a dû se créer des armes, des abris, des outils et des vêtements. Sa faculté d’invention constamment tenue en éveil par la nécessité, a été suffisante pour le sauver des dangers qui le menaçaient et pour le transformer, par étapes successives, de l’état d’homme sauvage à celui d’homme civilisé.
- Cette influence de la nécessité pour provoquer le génie d’invention se trouve encore de nos jours; les peuples avancés en civilisation sont ceux qui se trouvent sous un climat nécessitant une lutte, un travail constant pour que l’homme obtienne sa subsistance et sa sécurité.
- Mais ce n’est là qu’une opinion philosophique; on ne sait pas si l’expérience la justifierait.
- Guyot-Daubès.
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- LES MINES DE NICKEL
- DISTRICT I>E THIO (xOUVEI.I.E-CALÉDONIe) 1
- On sait quelle importance a pris depuis un certain nombre d’années l’exploitation des mines de nickel; le métal qu’on en retire sert à des usages de plus en plus nombreux et importants.
- Voici, d’après un rapport de M. Croisille, garde-mines, l’état actuel des gisements de nickel du plateau de Thio, l’un des plus riches et des plus importants de la Nouvelle Calédonie.
- Ces mines, ouvertes sur le plateau dont l’étendue est d’environ 1900 hectares, forment trois groupes reliés entre eux par une voie ferrée de près de 8 kilomètres de longueur. Les travaux ont été commencés en 1875 et 1876; la puissance des filons exploités varie entre 1 et 10 mètres. L’ensemble des mines a fourni, pendant les six années 1880-1885, un total de 28 953 tonnes de minerai d’une teneur moyenne de 10,5 pour 100.
- On avait abandonné pendant les premiers temps de l’exploitation, comme n’avant que peu de valeur, une quantité considérable de minerai tenant de 5 à 11 pour 100 de nickel qu’on s’occupe actuellement de reprendre pour le laver et l’enrichir.
- Certaines autres mines moins importantes donnent des minerais dont la teneur atteint 12 à 14 pour 100 ; on en a extrait jusqu’ici 1200 tonnes, mais l’éloignement de ces mines et le défaut de moyens de transport économiques en ont fait suspendre provisoirement l’exploitation.
- Enfin, d’importants amas ont été découverts au voisinage du ruisseau Kouangoa. Les travaux d’exploitation d’une de ces mines, — la mine Touinourou, — ouverts sur ce gisement en novembre 1885, avaient déjà donné, au 1er juin 1886, 600 tonnes de minerai légèrement quartzeux tenant en moyenne 10 pour 100 de nickel ; le minerai, trié et mis en sacs, est descendu au fond de la vallée au moyen de deux câbles tendus, d’une portée de 500 mètres, sur lesquels on fait glisser les sacs suspendus par une fourche en bois dur ; il est transporté de là, après un lavage et un nouveau triage, à dos de cheval, puis par voiture, jusqu’au point d’embarquement, sur la rivière de Thio.
- Malheureusement, la crise qui sévit sur l’industrie a obligé les exploitants à ralentir ou même à suspendre l’exploitation d’un certain nombre de ces mines, mais il est à espérer que la situation ne tardera pas à s’améliorer, surtout si le projet, déjà mis en avant, de substituer le nickel au cuivre pour la monnaie de billon française, venait à être définitivement adopté. L’industrie minérale de la Nouvelle-Calédonie prendrait immédiatement, de ce chef, un essor considérable.
- 1 Yoy. Tables des matières des dix premières années.
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- LA NATURE.
- LE MATÉRIEL DES POMPIERS DE PARIS
- (Suite. Voy. p. 53.)
- Quand une maison devient la proie des flammes, il arrive fréquemment que les issues qui permettraient aux habitants surpris de se sauver sont rendues inaccessibles par la fumée ou par le feu. On aperçoit alors, comme nous l’avons vu précédemment pour l’incendie de l'Opéra-Comique à Paris, des malheureux qui, du haut des fenêtres élevées de l’édifice, font des appels désespérés; d’autres sont réfugiés sur les toits et ne manqueraient pas de trouver la mort sans les échelles de sauvetage.
- Il y a plusieurs modèles de ces échelles; l’une des plus usités dans le régiment des pompiers de Paris est l’échelle Bayley ; c’est celle que nous représentons ci-contre.
- L’échelle Bayley est destinée non seulement à opérer des sauvetages, mais aussi à faire des établissements, c’est-à-dire à organiser l’attaque du feu, à poser les tuyaux et les lances pour jeter l’eau dans les parties supérieures d’un monument qui est devenu la proie des flammes.
- Les sauvetages s’effectuent, soit en se servant de l’échelle seule comme moyen de descente, soit en ne l’utilisant que pour porter aux étages les sauveteurs et leurs engins.
- Fig. 1. —Echelle Bayley sur son chariot de transport avec son équipage.
- La hauteur atteinte par cette échelle est de 26m,80 correspondant à un huitième étage environ. Quand elle[est dressée et non développée, elle atteint le troisième étage.
- L’échelle Bayley, qui est utilisée depuis plusieurs années par le corps des sapeurs pompiers de Paris, est remisée à la caserne, sur un chariot toujours prêt à être attelé et à partir avec son équipe au premier signal.
- Le chariot, attelé de deux chevaux (fig. 1), comprend : un avant-train, un arrière-train, un timon mobile, quatre roues, deux flasques en bois, un siège et deux freins à crémaillère.
- Un palan composé de deux moufles, d’une corde à six brins et d’une autre corde à deux boucles, sert
- à maintenir l’échelle, à la charger et à régler sa descente.
- L’échelle Bayley est en bois, elle se compose de trois plans à coulisses qui glissent l’un dans l’autre, à la façon des deux parties d’une règle à calcul.
- Chaque plan comprend : deux montants munis chacun d’un bandage intérieur en cable de fer ajoutant à sa solidité; vingt-huit échelons dont vingt-sept en bois et un en fer. Chaque plan porte deux câbles en fer avec tendeurs destinés à combattre le fléchissement.
- Le premier plan est maintenu par deux tendeurs spéciaux fixés à son extrémité supérieure d’une part, et de l’autre à la partie postérieure du cadre. Beux galets fixés à la partie supérieure du troisième
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- plan facilitent le glissement de l’extrémité de l’échelle contre le mur.
- Les plans à coulisse de l’échelle sont manœuvres au moyen de manivelles se fixant aux extrémités de l’essieu-treuil pour le dé veloppement et le reploiement.
- Les accessoires renfermés dans le coffre du chariot
- comprennent : trois cordes de 50 mètres de longueur servant à assurer la stabilité de l'échelle développée lors des grands vents; une corde pour aider au mouvement de bascule ; des clés à roues, des clés à serrer les écrous, etc.
- Le chariot, son échelle avec son équipe de onzehom-
- Fig. 2. — Échelle dressée.
- mes, pèse 4205 kilogrammes ; le chariot seul pèse 2040 kilogrammes et l'échelle 1595 kilogrammes.
- L’échelle se manœuvre avec un sergent chef d’équipe, un caporal et huit sapeurs.
- La figure 2 représente l’échelle dressée et la figure 5 la fait voir alors qu’elle est entièrement développée dans toute sa longueur.
- Fig. 5. — Échelle développée.
- Parmi les autres échelles les plus usitées par le corps des pompiers de Paris, nous citerons l’échelle Shand-Mason qui est en fer laminé et forgé; et l’échelle Lieb dont les plans comprennent quatre parties, des arcs-boutants, des montants, une rampe et un treuil.
- Outre ces grandes échelles de sauvetage ou deta-
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- LA NATURE;
- blissement, nous mentionnerons Eéchelle à crochet ordinaire qui ne comprend qu’une quinzaine d’échelons et qui se manœuvre à la main; cette échelle peut servir à monter d’un étage à l’autre d’une maison par les fenêtres. Nous retrouverons un peu plus tard ce petit appareil, quand nous parlerons de la voiture où il est disposé et cpii constitue le départ attelé.
- Les grandes échelles «pie nous avons fait connaître aujourd'hui, servent la plupart du temps à poser les tuyaux à de grandes hauteurs, mais elles n’en contribuent [tas moins aussi, au sauvetage; nous en [tournons citer de très nombreux exemples.
- — a suivre. — Gaston Tissaxdier.
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- LE TRANSPORT DE LA FORCE
- PAU l’électricité, en suisse
- Avec ses nombreuses et puissantes chutes d'eau, la Suisse est assurément l’un des pays les plus favorables aux applications du transport de la force par l’électricité ; aussi celles-ci s’y développent-elles assez rapidement. Plusieurs installations importantes sont à l’étude. L’une des premières sera effectuée par les ateliers de construction d’Oerlikon. Il s’agit de transmettre une force hydraulique de 50 chevaux à une distance de 8 kilomètres, de Krieg-stettern aux ateliers de M. Muller Kaiher, à Soleurc. Le courant sera produit par deux dynamos Brown reliées en série et donnant chacune 1200 volts à la vitesse de 700 tours. Le poste récepteur comprendra également deux machines réunies de la même façon. Le circuit se composera de trois fils, comme dans le nouveau système de distribution Edison; de cette façon, si l’un des moteurs vient à s’arrêter pour une raison quelconque, l’autre ne recevra toujours que la même force électromotrice et ne pourra pas être détérioré. De plus quand on n’aura pas besoin de toute la force transmise et qu’on voudra ne faire marcher qu’une seule paire de machines, on reliera deux des conducteurs en quantité, ce qui diminuera la résistance de la ligne. Les conducteurs en fil de cuivre nu, de G millimètres de diamètre, sont fixés à des poteaux placés à 36 mètres de distance : dans la traversée de la rivière de l’Âar, où il y a une longueur de 114 mètres sans support, le cuivre est remplacé par du bronze siliceux de même diamètre, mais de résistance mécanique deux fois plus grande. La résistance électrique de la ligne ainsi construite sera de 9,5 ohms. Avant de faire l’installation, M. Brown a voulu se rendre compte des conditions dans lesquelles fonctionnent ses machines. Il a exécuté des essais dans ses ateliers en se plaçant autant que possible dans les conditions de la pratique et en remplaçant la ligne aérienne par une résistance en fil de fer. Il est ainsi arrivé à un rendement de 70 pour 100. Dans des expériences faites le 29 novembre, il a même pu, parait-il, obtenir 76,9 pour 100; ce sont là des résultats des plus satisfaisants. On parle aussi d’une importante installation qui serait prochainement entreprise à Zurich, également par les ateliers d’Oerlikon. On voudrait transmettre, dans cette ville, une force de 2600 chevaux dispoaible à Baar, c’est-à-dire à une distance d’environ 20 kilomètres; on compterait retrouver à Zurich 1600 chevaux qui seraient utilisés à la production 4e la lumière électrique *.
- D’après le Bulletin international de Vélectricité.
- LES COUPS DE FOUDRE
- Le Ministre des postes et télégraphes a transmis à l’Académie des sciences les renseignements suivants sur une série de phénomènes assez curieux dus à un orage très violent qui a éclaté à Montrée (Orne), le 24 avril dernier, entre 3 et 7 heures du soir. Le til télégraphùpie, à 1 kilomètre du bourg, sur la route «l’Argentan, a été haché sur une lon-gueu r de 150 mèt res environ ; les morceaux étaient tellement calcinés qu’ils semblaient avoir été soumis au feu d’une forge. Certains d’entre eux, un peu plus longs que les autres, étaient pliés et leurs branches soudées «mtr»1 elles. Les poteaux et les isolateurs n’ont pas été endommagés. Bien que la ligne ne soit qu’à 2 mètres à peine des grands arbres qui bordent la route, ceux-ci ont été également épargnés. L’un d’eux, cependant, présentait des écorchures sur l’écorce du tronc; en outre, la terre, autour des racines, était labourée et comme trouée avec le bout d’une canne. Au bureau du télégraphe, la receveuse avait mis son paratonnerre à la terre. Malgré cette précaution, il se produisit dans la pile une décharge accompagnée d’une vive lumière et comparable à une détonation d’arme à feu, mais qui, d’ailleurs, n’occasionna aucun dérangement. La rupture du conducteur avait eu lieu au point de rencontre de deux chemins. En cet endroit, la foudre, pénétra par la cheminée dans une maison et sortit dans la rue en perçant un mur en briques de trois trous, au ras du sol. Durant ce trajet, elle déplaça une chaufferette. La maçonnerie perforée était couverte de plâtre extérieurement; de nombreux morceaux de cet enduit furent détachés, puis projetés contre un carreau d’une maison située en face de la première, de l’autre côté de la route. Derrière cette habitation,. une personne était dans une étable et se disposait à traire une vache. Une boule de feu entre par la porte, passe entre les jambes de l’animal et disparaît sans laisser de traces et sans causer de dégâts. La vache mugit affreusement et, sous l’influence de la peur ou d’une commotion, elle se dressa sur les pattes de derrière en engageant celles de devant dans les barreaux du râtelier. Quant à son maître, il abandonna seau, lait et le reste et vint presque s’évanouir dans les bras de sa famille; il n’avait d’ailleurs aucun mal. Un dernier phénomène reste à signaler. Il s’agit de fragments de pierres incandescentes qui tombèrent en assez grande quantité devant une maison voisine, au moment précis où avaient lieu les effets décrits ci-dessus. Quelques-uns de ces fragments, gros au plus comme une noix, sont d’une matière très peu dense, d’un blanc grisâtre, et qui s’écrase facilement sous le doigt, en dégageant une odeur de soufre bien caractérisée. Les autres, plus petits, ont tout à fait l’aspect du coke. Il n’est peut-être pas inutile de dire que, pendant cet orage, les coups de tonnerre n’étaient pas précédés des roulements habituels; ils éclataient brusquement comme des décharges de mousque-terie et se succédaient à de courts intervalles. La grêle est tombée en abondance, et la température était fort basse.
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- CONSERVATION DU BEURRE
- M. Pierre Grosfils, de Verviers, a récemment fait à la Société d’encouragement une communication sur son procédé pour la conservation du beurre. Après avoir énuméré les causes qui ont amené, depuis quelques années,
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- l'avilissement du prix des produits de la laiterie et particulièrement du beurre, il signale les conséquences si funestes de la surproduction de ce produit et de sa falsification par la margarine. Il a cherché un moyen de conserver pendant une longue période, le, beurre sans altération, de manière à pouvoir le transporter dans des contrées dont le climat ne permet pas sa production économique. Ce procédé est trouvé et a été déjà soumis à une expérience pratique de plus de six mois. M. Grostils décrit les diverses phases de ses recherches : il a d’abord em-plové 1 gramme d’acide salicylique pour 1 kilogramme de beurre, mais après quelques semaines le produit était altéré, ! Il pensa que la cessation de l’effet antiseptique de l’acide était due à sa cristallisation dans les substances non liquides qui en sont imprégnées. Après de nombreux essais, il découvrit à l’acide lactique la propriété d’em-pècher cette cristallisation ; cet acide est effectivement un dissolvant assez énergique de l’acide salicylique, il a l’avantage d’être hygrométrique, de ne point sécher dans les milieux qui en sont imprégnés, de produire également un effet antiseptique assez sensible, et enfin d’être absolument inoffensif au point de vue de l’alimentation humaine.
- Empêcher la cristallisation de l’acide salicylique, c’était maintenir d’une façon indéfinie le pouvoir antiseptique de ce produit.
- Le premier effet de sa découverte fut de, permettre à M. Grosfils de diminuer insensiblement la proportion d’acide salicylique utilisé pour la conservation du beurre. Au lieu de mélanger 1 gramme d’acide par kilogramme, il tritura le beurre dans un liquide contenant 5 pour 1000 d’acide salicylique en présence de 5 pour 100 d’acide lactique. Il descendit successivement à des doses moindres d’acide salicylique et s’arrêta enfin à la proportion de
- 1 gramme d’acide sur 5000 parties de liquide.
- La dernière composition consiste en 98 parties d’eau,
- 2 parties d’acide lactique et 1/5000 d’acide salicylique.
- Cette composition permet de conserver indéfiniment du
- beurre de bonne qualité, même à des températures élevées en été et dans les pays chauds. Si le beurre a déjà subi un commencement d’altération, des doses un peu supérieures, mais ne dépassant point dans la liqueur 1/1000, peuvent être nécessaires.
- D’après les calculs établis par l’inventeur, le beurre, en supposant qu’il retienne 5 pour 100 de son poids du liquide, conserverait une partie d’acide salicylique sur 100 000 parties.
- Mais l’auteur signale le point important suivant : l’acide lactique contenu dans la liqueur antiseptique, à la dose plus considérable de 2 pour 100, communique au beurre une saveur un peu acidulé qui, sans être désagréable, doit disparaître, pour que le produit soit vendable.
- Un simple lavage suffira, qu’il soit fait à l’eau, ou, préférablement, au lait écrémé additionné d’une pincée de bicarbonate de soude, pour empêcher toute coagulation du caséum. Ce lavage enlève non seulement l’acide lactique et son goût, mais encore l’acide salicylique en solution, au point qu’il n’en reste plus que des traces à peine appréciables pour la réaction, pourtant énergique, du chlorure de fer sur ce produit.
- Le procédé est des plus économiques, car la liqueur peut servir indéfiniment, elle reste inaltérable; il suffît de remplacer, après chaque opération, la quantité retenue par le beurre manipulé. La préparation d’un kilogramme de beurre, par ce procédé, peut tout au plus donner lieu à une dépense de 1 à 2 centimes.
- L’inventeur a cherché une méthode pour la recherche quantitative de l’acide salicylique dans ses solutions, plus pratique et plus rapide que le procédé colorimétrique employé jusqu’à ce jour. 11 a imaginé d’utiliser le pouvoir décolorant du protochlorure d’étain sur le mélange des solutions d’acide salicylique et de fer.
- M. Grosfils termine sa communication en faisant connaître les statuts et les règlements du syndicat formé par les cultivateurs dans le district agricole de Verviers, pour restreindre et empêcher la fraude pratiquée par le mélange de la margarine au beurre, fraude si préjudiciable à l’agriculture. Ge syndicat comprend actuellement trois cents membres pour la protection du commerce du beurre pur. Les précautions prises sont suffisantes pour donner des résultats avantageux. Les analyses sont peu nombreuses, mais elles ont pour effet de donner confiance au consommateur et de maintenir les cultivateurs affiliés sous une surveillance incessante qui leur est salutaire et profitable.
- LE MILDEW
- (Suite et fin. — Voy. p. il.)
- Appareils employés au traitement. — Le premier engin dont on se servit pour répandre le liquide protecteur sur les feuilles de vigne fut un petit balai à main alternativement trempé dans un seau plein de la dissolution cuprocalcique et secoué vivement sur la vigne à protéger. On conçoit que le procédé, bien que simple, était peu commode, lent et par conséquent coûteux. Il avait, en outre comme inconvénient de répandre le mélange en grosses gouttes localisées, peu nombreuses, qui, par leur causticité naturelle, endommageaient la feuille aux points touchés. On chercha donc le moyen d’avoir des gouttelettes plus fines et plus nombreuses, c’est-à-dire de pulvériser le liquide. D’où le nom de pulvérisateurs donné aux appareils destinés à répandre sur les vignes les solutions propres à combattre le mildew.
- En principe, un pulvérisateur se compose d’une botte-réservoir en mé-
- tal inattaquable aux liquides qu’il doit contenir et portée, comme un sac de soldat, sur le dos de l’opérateur. Ce réservoir est relié à une pompe qui, par la pression qu’elle produit, lance le liquide dans le pulvérisateur proprement dit, d’où il s’échappe en gouttelettes infiniment petites, disposées en éventail plus ou moins ouvert. Le pulvérisateur est fixé au bout d’une lance tenue à la main par l’ouvrier qui dirige le jet dans la direction la plus convenable pour le traitgment.
- Quand on se sert de bouillie bordelaise, un agitateur est disposé dans la botte et, de temps à autre,
- Fig. 1. — Schéma d'un appareil pulvérisateur pour le miidew.
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- LA NATURE.
- l’ouvrier, on tirant sur une petite chaînette disposée ad hoc, remue le liquide et empêche les matières en suspension de se liquater.
- Dans les nombreux concours qui ont lieu dans les centres viticoles, les inventeurs présentent au public bon nombre d’appareils différents pour le traitement du mildew. bette année, pendant la session générale de la Société des agriculteurs de France, la section de viticulture a fait procéder, le 17 février, au Jardin d’Acclimatation, sous la présidence
- Fi". ± — Appareil Vermorel pour combattre le mildew.
- 1° Le liquide est lancé par une pompe à double effet.
- 2° Le liquide est lancé par une pompe à simple effet munie d'un réservoir d’air pour entretenir et régulariser le jet.
- 5° Une pompe comprime de l’air dans la hotte-réservoir. L’air sort de la pompe dans le réservoir par un tube recourbé s’ouvrant à la partie inférieure; en gagnant la partie supérieure du réservoir, il agite le liquide (fig. 1).
- Ce système est le plus simple, car les liquides corrosifs ou boueux ne sont jamais en contact avec un mécanisme de soupapes ou de clapets. #
- La pulvérisation obtenue avec les appareils de cette dernière classe semble généralement beaucoup moins fine qu’avec les systèmes à pompe. Cela tient sans doute à ce que la pression n’agit pas sur le liquide assez brusquement. Il faut remarquer de plus que plus on vide le réservoir, plus il faut donner de coups de piston pour entretenir une pression déterminée.
- Les appareils des deux premières classes diffèrent
- de M. Yimont, à des expériences comparatives sur un certain nombre de modèles présentés. Nous avons eu la bonne fortune d’assister à ces expériences et avons choisi un des appareils fonctionnant le mieux pour exposer aux lecteurs de La Nature la mise en pratique des traitements dont nous avons parlé.
- Les appareils pulvérisateurs diffèrent en principe l’un de l’autre par le mode de compression employé pour chasser le liquide dans le pulvérisateur proprement dit.
- Fi". 3. — Pulvérisateur de l’appareil ci-dessus.
- peu. La pompe à simple effet à réservoir d’air est plus simple et d’un entretien en réalité assez facile. Les appareils de la deuxième classe donnent toujours une pulvérisation très fine et très régulière. C’est la note qu’ils ont obtenue au Jardin d’Acclimatation, le 17 février dernier, particulièrement les pulvérisateurs d’Aubigny, Yi-gouroux et Yermorel dont nous allons parler.
- Nous devons dire cependant, avec M. Petit le rapporteur, « qu’il ne faut pas attacher une importance plus grande qu’il ne convient à ces essais faits d’une façon forcément différente de celle d’un travail courant pratiqué dans une pièce de vigne. »
- L’appareil de M. Yermorel appartient à la deuxième classe. 11 se compose (fig. 2) d’une botte-réservoir en cuivre ou en tôle plombée (pour l’eau céleste) pesant vide 4 kilogrammes et pouvant contenir 15 litres de liquide. La partie supérieure est percée d’un orifice de remplissage munie d’une grille et fermée par un couvercle. Près du fond et à droite de l’opérateur une tubulure à robinet est disposée pour la sortie du liquide. On y adapte un tuyau en caout-
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- Fig. 1. — Coupe de la pompe-seringue.
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- chouc conduisant le liquide à une pompe-seringue qui le chasse dans le pulvérisateur proprement dit.
- Ce pulvérisateur est un Riley modifié et capable de servir à la division des liquides les plus épais. II est représenté en élévation, coupe et plan (fig. 3). Le liquide arrive sous pression, tangentiellement, dans la boite sphérique. Il y prend une vitesse de rotation considérable (4 à 500 tours par minute environ), maintenu contre la paroi par la force centrifuge et sort enfin par le trou de très faible diamètre placé à la partie supérieure,'pulvérisé en pluie très fine. La boîte sphérique est percée, en outre, a sa partie inférieure d’un orifice circulaire de 5 à 0 millimètres de diamètre qui peut être fermé par une soupape à ailettes. Au centre de cette soupape est soudée une aiguille qui vient se loger dans l’orifice dont est muni le bouchon de la boite, lorsqu’on soulève la soupape. Le liquide sous pression applique la soupape sur son siège inférieur et sort par l’ouverture du bouchon.
- S’il y a engorgement, on soulève la soupape.
- L’orilice inférieur est ouvert et le liquide sort violemment, entraînant les matières bourbeuses déposées; en même temps le trou du bouchon est nettoyé.
- La figure4représente en coupe la pompe-seringue. Le corps de pompe 1’ est renfermé dans un tube enveloppe P', et porte une tubulure T pour le tube souple de jonction avec le réservoir ; ce tube
- est à la fois réservoir de liquide et réservoir d'air. Trois clapets A,B,G, en caoutchouc servent à aspirer et refouler le liquide, pendant la manœuvre du piston E. Le liquide, refoulé quand on pousse le piston, passe par le clapet G dans le réservoir P' où il comprime l’air dans la partie R, et gagne le Riley à dégorgeoir I) par le tube S.
- La pompe-seringue est d’un assez petit diamètre pour pouvoir être tenue dans la main : elle fait of-lice de lance. La tige du piston peut se manœuvrer indifféremment avec la main droite ou avec la main gauche de manière à éviter toute fatigue.
- Le liquide est donc lancé par pression d'un coussin d’air dont le volume très restreint reste le même quelle que soit la quantité de liquide qui se trouve dans la botte. La pression de l’air varie brusquement à chaque coup de pompe : le liquide est donc
- Fig. o. — Appareil Vigoureux pour combattre le mililew.
- projeté vivement, ce qui est une bonne condition pour avoir une pulvérisation fine et régulière. Pendant le retour du piston l’air se détend et le jet continue. Au cas où la pompe aurait quelque irrégularité dans son débit, la chambre à air régularise le mouvement.
- Le principe que nous venons d’exposer est appliqué avec succès dans plusieurs appareils (d’Aubi-gnv, Yigouroux) auxquels on a ajouté différentes dispositions de détail qui no sont pas sans intérêt.
- La ligure 5 représente un ouvrier chargé d’un appareil Yigouroux. La pompe à liquide est placée latéralement contre la botte. On la manœuvre a l’aide d’un levier horizontal placé à hauteur des hanches, à main droite1, dette disposition présente
- certains avantages. Le pulvérisateur est d’un modèle spécial : il est à dégorgeoir, comme le Riley de M. Yermorel; mais, autre disposition heureuse, le dégorgeoir se manœuvre à distance à l’aide d’un petit levier placé sur la lance même. Le réservoir d’air est combiné de telle sorte que sa détente complète peut entretenir un jet convenable pendant un certain temps comme le ferait d’ailleurs aussi l’appareil Yermorel.
- Quel que soit l’appareil employé, on voit que nous sommes loin du primitif balai à main en usage au début. Les remèdes à bases de cuivre se sont aussi perfectionnés : le mil-dew ne saurait donc plus être victorieux comme on le craignait en 1882.
- La méthode de MM. Millardet et Gayon a justifié pleinement les espérances que les premiers essais avaient fait concevoir. Même appliquée grossièrement, elle avait donné des résultats surprenants sur lesquels M. Prillieux, inspecteur principal de l’enseignement agricole, s’exprimait dans les termes suivants dans un savant rapport au Ministre de l’agriculture : « J’ai été bien heureux de pouvoir au moins constater l’efficacité du procédé empirique qui, si les espérances présentes ne sont pas trompées, doit épargner à l’agriculture française des richesses incalculables. On ne désespère déjà plus, en bien des points, de sauver les vignes atteintes par le phylloxéra. Mais aux dégâts produits par le péronospora on ne connaissait pas de remèdes, et les dommages causés par ce parasite dans le Midi et le Sud-Ouest
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- ont été si grands que l'on regardait l’avenir avec terreur.
- « Si je n’ai pas été victime d'une illusion pendant 1 excursion que je viens de faire en Médoe, on a maintenant pour se protéger du mildew un remède aussi efficace que le soufre pour combattre l’oïdium. »
- M. A. C., ingénieur.
- CHRONIQUE
- La méthode Pasteur et les savants anglais.
- — Une commission de docteurs anglais a été chargée, dernièrement, d’établir un rapport sur le traitement de la rage par la méthode Pasteur. Quelques membres de cette commission vinrent à Pans, auprès de M. Pasteur, pour observer sa méthode de traitement et faire une enquête sur un certain nombre de personnes inoculées par lui. Une série de minutieuses expériences furent faites par le secrétaire de la commission, *M. Victor llors-lev, sur les résultats d’une telle inoculation sur les animaux inférieurs. L’enquête terminée et les expériences tentées par M. Horsley ayant confirmé la découverte de la méthode de M. Pasteur, protégeant les animaux contre l’infection rabique, la commission adressa un long rapport à M. Charles Thomson Ritchie, M. P., président du Local Government Board. Ce rapport est signé de noms illustres dans la science anglaise : James Paget, président; Victor Horsley, secrétaire; T. Lânder Brunton, George Fleming, Joseph Lister, Richard Quain, Henry Roscol, J. Burdon Sanderson. Nous en trouvons la traduction dans le Bulletin médical. Tout d’abord, les savants anglais rappellent comment M. Pasteur découvrit sa méthode, comment il l’appliqua, et les perfectionnements qu’il y a apportés. On peut donc considérer, dit le rapport, comme certain, que M. Pasteur a découvert une méthode préventive de la rage comparable à celle de la vaccination contre la variole. II serait difficile de trop présumer de l'importance de cette découverte, tant au point de vue de son utilité pratique que de ses applications à la pathologie générale. H s’agit d’une nouvelle méthode d’inoculation, ou de vaccination, comme M. Pasteur l’appelle quelquefois, et on pourrait en obtenir de semblables pour protéger l’homme et les animaux domestiques contre d’autres virus des plus intenses. Pour déterminer autant que possible l’influence des causes d’erreur possibles dans les cas inoculés par M. Pasteur, les membres de la commission lui ont demandé de les mettre à même d’examiner, par enquête personnelle, quelques-uns des malades par lui traités. M. Pasteur acquiesça immédiatement à cette demande, et les noms de quatre-vingt-dix personnes en traitement furent pris sur ses registres. Les résultats obtenus furent concluants. Aussi la commission croit à l’avenir de la méthode Pasteur.
- Voici comment elle s’exprime à ce sujet :
- (( Par l’évidence de tous ces faits, nous pensons que les inoculations pratiquées par M. Pasteur sur des individus mordus par des animaux enragés ont certainement empêché dans une grande proportion l’apparition de la rage chez des' individus qui auraient succombé à l’affection s’ils n’avaient été inoculés. Et nous croyons que l’importance de sa découverte sera encore supérieure à ce que l’utilité présente fait pressentir, car elle montre qu’il serait possible d’éloigner par l’inoculation d’autres affec-
- tions que la rage, même après infection. On a pensé, il est vrai, pouvoir préserver par la vaccination des individus récemment exposés à l’infection de la variole ; mais la preuve pour le moins est peu concluante; aussi la méthode de M. Pasteur peut-elle être considérée avec raison comme la première ayant atteint et supprimé par inoculation un processus d’infection spécifique. Ses recherches ont considérablement augmenté le cadre de nos connaissances sur la pathologie de la rage et ont donné, ce qui est de la plus haute valeur pratique, un moyen certain de déterminer si un animal, mort suspecté de rage, en a été réellement atteint... »
- L’appendice de ce rapport contient des documents détaillés fort intéressants, sur les expériences et les observations faites au cours de l’enquête.
- L’électricité dans les tremblements de terre.
- — Le dernier numéro du Bulletin de la Société internationale des électriciens contient certains renseignements sur le tremblement de terre de Nice,? qui viennent à l’appui de ceux que nous avons déjà publiés et tendent, eux aussi, à prouver que les secousses ont été accompagnées de courants électriques assez énergiques. Lorsque les employées du réseau téléphonique de Cannes sont entrées dans le bureau central le 25 février à 8 heures du matin, cites ont constaté que les volets des annonciateurs de tous les abonnés reliés étaient tombés. Au contraire, ceux qui ne se trouvaient pas encore en service et étaient réservés pour les abonnés futurs, restaient en place ; les uns et les autres devaient cependant tomber avec la même facilité si la chute avait été simplement due à un effet mécanique. Le fait ne pourrait donc s’expliquer que par la production de courants électriques sur les lignes du réseau lors des deux premières secousses.
- Une ruche gigantesque. — Voici un fait bien étonnant que vient de publier la Société nationale d’acclimatation. Lors d’une exploration qu’il faisait en 1884 dans les forêts australiennes, le docteur E. Guilmeth aperçut un jour, au sommet d’un Eucalyptus qui mesurait 7 mètres de diamètre, et 120 mètres de hauteur, une sorte de hutte arondie en dôme; presque aussitôt il remarqua des myriades d’insectes noirs qui voltigeaient en bourdonnant autour de cette masse, dans laquelle il reconnut alors une ruche d’abeilles noires de Tasmanie. Après avoir fait abattre l’arbre, le docteur E. Guilmeth put extraire de la ruche la quantité énorme de 3500 kilogrammes de miel, la ruche vide pesant encore environ 1000 kilogrammes. Il parait que ce miel possède des qualités médicinales particulières.
- Livres rares. — Deux exemplaires de la Bible imprimée par Guttenberg, vers 1455, viennent d’être vendus à Londres. Le premier a été adjugé 66250 francs à M. Quaritch et le second a été payé 97500 francs.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 juillet 1887. — Présidence de M. Jansses.
- Nature des bilobites. — Poursuivant les belles éludes dont nous avons déjà rendu compte à plusieurs reprises, M. le professeur Bureau appuie de nouveaux arguments la thèse que : les grosses bilobites siluriennes, vulgairement pas de bœufs, représentent réellement des pistes d’animaux marins. .La forme conique sous laquelle ces ves-
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- LA NAT LUE.
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- tiges se terminent et la disposition des stries qui les recouvrent, s’explique pour lui, en admettant que ranimai producteur s’est précipité d’abord sous un angle très aigu contre le fond vaseux de la mer, puis a progressé horizontalement à la surface de ce fond. C’est pour cela qu’au début, les stries sont sensiblement transversales, et qu’ensuite elles affectent une disposition beaucoup plus inclinée. Les guillochures des bilobites résultent, suivant le savant auteur, les unes, du frottement d’une carapace, les autres du frottement de soies disposées sur des pattes motrices. Les carapaces étaient lisses et pourvues d’un bord tranchant: quant aux pattes, elles indiquent très nettement deux genres différents, ayant tantôt douze soies, et tantôt quatre soies seulement; dans tous les cas elles indiquent un crustacé phyllopode, et quand il y a quatre soies, un animal très probablement voisin des apus.
- L'étang de Berre. — Le savant doyen de la Faculté des sciences de Marseille, M. Marion, a étudié avec le plus grand soin la distribution des animaux dans la merveilleuse lagune provençale connue sous le nom d’étang de Berre. Les différents degrés de salure de l’eau à mesure qu’on s’éloigne de la ligne littorale, les variations de nature du fond, tantôt arénacé, tantôt vaseux, se traduisent immédiatement par l’existence de faunes successives. A côté de l’intérêt philosophique de pareilles observations, M. Marion ne dédaigne pas de développer des points de vue plus directement utiles : il signale les perfectionnements considérables que pourrait recevoir dans l’étang la culture des moules et surtout celle des huîtres.
- Election d'un correspondant. — C’est à l’unanimité des 45 membres présents, que M. Agassiz est nommé correspondant de la section de zoologie.
- Bolide. — Les journaux ont déjà parlé de l’apparition d’un bolide le 17 juin dernier. Il paraît que ce météore, d’une grosseur extraordinaire et d’un très vif éclat, a été vu à Paris, à Orléans et jusqu’à Châteaudun. On note qu’après une explosion très bruyante dans le Loiret, il a laissé une traînée blanchâtre remarquable par sa persistance.
- Mécanique. — L’illustre M. llirn étudie un nouveau pendule a deux branches ressemblant beaucôup au métronome, mais que l’auteur destine au réglage de la marche des machines. 11 en donne une théorie complète dont la conclusion est qu’on doit le préférer à la montre à seconde.
- Astronomie. — M. Paye dépose, de la part de M. Char-lois, de l’Observatoire de Nice, les éléments de la 2137° petite planète. Il dépose en même temps sur le bureau, de la part de M. Bischoffsheim, le premier volume des Annales de l’Observatoire de Nice. On sait que c’est comme témoignage d’admiration à cette magnifique manifestation d’initiative privée que le Congrès universel de géodésie, dans sa dernière séance tenue à Berlin, a choisi Nice comme lieu de ses prochaines assises.
- Le général Menabrea annonce que le gouvernement italien s’occupe de publier les Œuvres complètes de Galilée, et qu’il fait appel, pour parfaire son œuvre, à la bonne volonté de toutes les personnes qui peuvent posséder des documents relatifs à cet homme illustre.
- Chimie. — Tout le monde sait que le charbon de cornue employé comme électrode positive dans l’électro-lyse des acides perd sa cohésion et change considérable-
- ment d’aspect. M. Debray s’est assuré que cette modification coïncide avec la production d’un composé dans lequel le charbon est combiné à 10 ou 1 1 pour 100 d’oxv-gène et à 7 ou 8 pour 100 d’eau. Ce corps singulier est analogue aux produits qu’il a décrits récemment et défiagre, comme eux, sous l’iniluence de la chaleur.
- Varia. — L'Académie reçoit du Ministre de l’instruction publique, qui l’a reçue du Ministre des affaires étrangères, la description d’une machine à voler dont l’auteur est M. lombard (de Presbourgj. — M. Pasteur dépose le rapport favorable qui a été lu au Parlement anglais relativement au traitement de la rage. — D’après M. Troost, la zirconc et la thorine, loin d’être isomorphes, corres-pondenl, la première à un bioxyde, la seconde à un protoxyde. — M. Hardy annonce la synthèse de la pilo— carpine. Stanislas Meunier.
- CARRELAGE ILLIMITE
- EX l'O L Y G O X E S RÉGULIERS
- Les seuls polygones réguliers convexes qui puissent fournir des carrelages indéfinis sont : le triangle, le carré, l'hexagone, l’octcgone, le dodécagone.
- En prenant pour unité d’angle la 24e partie de 4 droits, les nombres qui expriment les angles des polygones nommés sont : 4, 6, 8, 9, 10. Représentons ce dernier par X.
- La condition pour que ces polygones fassent un carrelage, c’est que la somme des angles autour d’un point =24. Nous allons donc chercher toutes les dispositions des nombres ci-dessus telles que leur somme soit 24, et pour n’en pas oublier, nous les rangeons dans l'ordre numérique. Considérons chaque arrangement comme un nombre dans lequel le premier chiffre à gauche est toujours du même ordre.
- Voici ces 15 arrangements :
- 444444 4848
- 44448 4XX
- 44466 6666
- 44646 68X
- 4488 699
- 4668 888
- 4686
- 11 est aisé de voir qu’il n’est pas d’autre disposition possible de ces cinq nombres, telle que leur somme soit égale a 24. Les autres que l’on croirait imaginer se ramèneraient à une des précédentes du cycle de laquelle on aurait changé le commencement. Nous avons toujours choisi ce commencement de manière à savoir le nombre le plus petit.
- Toutefois, en assemblant des polygones suivant les indications données par ces arrangements, nous remarquons que nous ne pouvons former que 11 carrelages qui soient caractérisés par un arrangemenl spécial, une véritable formule; on peut en former beaucoup, mais leurs sommets ne sont pas tous de même nature,
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- LA NATURE.
- Deux arrangements-formules ne peuvent convenir seuls, d’autres se réunissent deux et même trois pour caractériser un carrelage ou un type de carrelage.
- Nous donnons les dessins de 23 de ces carrelages ; les uns sont très usités, d’autres moins et seront peut-être jugés dignes de l’être davantage. Us sont classés dans l’ordre de leurs formules.
- Ils donnent lieu à diverses remarques. Parlons d’abord des dix-neuf premiers :
- 1° I, VI, XI, XIV, XIX peuvent être considérés
- comme formés par des triangles équilatéraux, dont on a supprimé un certain nombre de côtés communs.
- 2° A part XVI, carrelage en carrés, le plus ordinaire, qui a même donné le nom à toute la famille et XIX, carrelage hexagonal presque aussi commun que lui, les cinq déjà cités, les douze autres peuvent être considérés comme formés de triangles et de carrés, dont on a supprimé une certaine série d’arêtes communes. Par ce moyen, II produit VIII, IV produit X, les uns ou les autres XV ; III produit XII ; V, XIII; ces deux derniers couples, XVII. Les car-
- 444444-44466-44646
- 44444 -44466-44646
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- Carrelages en polygones réguliers.
- relages du deuxième groupe sont formés de cinq différents des correspondants du premier groupe par une ceinture formée de triangles et de carrés autour de noyaux, hexagones ou dodécagones. Ces ceintures peuvent se multiplier et former des carrelages en nombre indéfini que l’on augmenterait encore par des suppressions de côtés communs ; nous n’avons donné que les types les plus simples. VI dérive de XIX par l’addition d’une ceinture de triangles autour de chaque hexagone ; on pourrait en ajouter d’autres. VII ne m’inspire rien; mais je trouve très curieux IX, dont on soupçonne des éléments dans IV et IX. Ce carrelage où l’imagination peut trouver des enchevêtre-
- ments de feuilles, d’étoiles à quatre branches, d’olives, me paraît aussi original que simple; je ne l’ai vu nulle part.
- Enfin, I, VII, XI, XIV, XVI où se rencontrent des lignes droites indéfinies peuvent, par glissement, former chacun un nombre indéfini de carrelages ; XI et XIV se transforment l’un en l’autre par glissement égal à un côté. Par glissement égal à un demi-côté, tous ces carrelages donnent lieu aux solutions élégantes XX, XXI, XXII, XXIII. Paul Robin.
- Propriétaire-Gérant : G. Tjssandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- .\° 757
- 10 JUILLET 1887
- LA NATURE
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- EXPÉRIENCES SUR LES CERFS-VOLANTS
- PROJET D’US FLOTTEUR POUR LES BALLONS DANS LES TRAVERSÉES MARITIMES
- 11 y a soixante ans, à quelques mois près, que je fi que. 11 s’agissait alors de recherches électriques et
- laisais usage"]de18cerfs-volants dans un hut scienti- j’avais lu mon premier travail à "l’Institut dans le
- Fig. 1. — Curieuse expérience exécutée, à Colognv, à l aide d’un cerf-volant, par M D Colladon, eu 18ii.
- courant de l’été, dans lequel je montrais que le courant produit par les machines électriques à Trottement, les bouteilles de Leyde et meme l’électricité des nuages, pouvaient dévier l’aiguille aimantée et établir un rapport entre les effets de la pile de Volta et l’électricité produite par le frottement, ou môme celle des nuées.
- Dans l’automne de 1827 je vins en Suisse, j’apportai avec moi mon galvanomètre et je renouvelai mes essais en temps parfaitement serein et en temps de pluie; après avoir constaté qu’en temps serein if suffit de s’élever d’environ 100 mètres pour avoir des signes visibles et tangibles d’électricité posi-15e année. — 2° semestre.
- tive, et après avoir montré que sur une montagne les symptômes d’électricité sont sensiblement les mômes et ont la môme intensité que 700 mètres plus bas dans la plaine, j’essayai, par des temps pluvieux, de mesurer l’électricité des nuages, et pour cela j’entrepris de m’élever à environ 500 mètres au-dessus du sol. Je laisais ces expériences avec des cerfs-volants de grandeur moyenne, en toile, munis de ficelles conductrices par un fil d’argent qui doublait la ficelle, mais pour éviter de construire un cerf-volant de grandeur extraordinaire, j’employai trois cerfs-volants attachés successivement l’un au dos de l’autre.
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- Fig. 2. — Détail du mannequin enlevé par le cerf-volant de M. D. Colladon, en 1841.
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- LA N AT U HE.
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- En effet, si on donne à un cerf-volant pins de ficelle qu’il n’en peut soulever, il s’éloigne bien, mais il ne monte plus et la ficelle de trop traîne sur le sol. Mais attachez ce cerf-volant à un autre, le second s’élèvera à son tour autant que le premier et vous doublerez la hauteur, de même pour un troisième cerf-volant attaché au dos du second, qui triple alors la hauteur, et j’atteignis ainsi près des Ô00 mètres avec une licel 1 e conductrice.
- Ces expériences doivent être faites avec précaution, si on veut éviter de se faire foudroyer, comme Heichmann. Je faisais ces expériences dans la campagne de mon parent, près de Genève, mais je connaissaisle sujet, j’avais eu soin de placer hors de la chambre et d’enfoncer en terre, dans un terrain humide, une barre de fer qui s’élevait jusqu’à la fenêtre où elle se terminait par une boule. J’opérais dans une vaste chambre ayant de hautes fenêtres; je développais la licelle avec un treuil spécial en verre, et j’attachais iina-lement mon cerf-volant avec un long cordon de soie dans la chambre, en laissant les étincelles foudroyer, de la boule terminant la licelle, à la boule qui communiquait avec le sol, et cela avec un coup sec comme aurait lait un petit pistolet.
- J’eus alors un spectacle magnifique qui m’enthousiasma. Il ne tonnait nulle part au dehors, mais l’électricité conduite par la licelle qui pouvait avoir en tout 400 mètres de longueur s’échappait incessamment et produisait des étincelles, longues de près d’un mètre, qui formaient des zigzags, avaient toutes les couleurs du blanc, du rouge et même du violet.
- Je courus chercher mon parent pour le faire jouir du spectacle, mais il avait plus de soixante-dix ans, et il voyait avec d’autres yeux que les miens ; il connaissait mal l’électricité, il crut que son immeuble courait le danger de la foudre, n’ayarit pas de paratonnerre, et me supplia d’arrêter cet essai. Heureu-
- sement j’avais eu le temps de voir ce que je désirais et je mis lin à l’expérience et aux craintes de mon parent.
- Dans l'été de 1844 j’étais voisin, à Cologny, près Genève, de mon beau-frère M. Périer-Ador. Il avait [lassé ses premières années en Angleterre, il y avait
- fait des études commerciales. Marié en Suisse en 1841, il avait laissé la carrière du commerce pour se vouer à l’étude des infusoires, puis comme passe-temps il s’était amusé à construire un vaste cerf-volant ayant environ 1 mètre un tiers de surface, il l’avait établi en toile avec une charpente en bambous; il avait une licelle faite exprès, de 500 mètres de longueur et s’amusait à lancer des paniers remplis de fleurs ou de fruits à d’autres parents dans le voisinage.
- Tout le monde connaît ces postillons, espèces de petits ronds en carte que l’on ajoute sur la licelle du ccrl-volant et qui, poussés par le vent, montent et ne s’arrêtent que lorsqu’ils sont parvenus à la bride même du cerf-volant.
- C’était un appareil semblable perfectionné, mais qui pouvait se décrocher de lui-même.
- Pour cela, il avait construit des parachutes qu’il faisait monter le long de la corde tendue au moyen d’un appareil fort ingénieux qui, arrivé à 2 ou 5 mètres du cerf-volant, se décrochait avec l’appareil moteur, qui lui servait de parachute. C’est ce que représente la figure 5.
- AAA est la ficelle, le cerf-volant étant lancé; CCI est un appareil composé d’un tube destiné à monter le long de la ficelle, il se compose d’un tube CC et d’un appendice I qui sert à tenir le panier qui contient des fleurs ou des fruits, et une espèce de parasol qui, après avoir servi de moteur pour transporter le tube et le panier, se décrochait, abandonnant le cerf-volant pour descendre lentement en servant de parachute au panier.
- Pour cela un fil de fer eé recourbé convenable»
- Fig. 5. — Parachutes pour les cerfs-volants.
- Coupe transversale.
- Fig. i. — Projet de llotteur pour les ballons dans les traversées maritimes. — 1N° 1. Détails du flotteur. — 2. Coupe à une
- plus petite éelielle.
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- tuent, servait de point de suspension et arrivé à l'arrêt B, placé près du cerf-volant, il se décrochait, le panier FG1I descendait alors, et le tube n’étant [dus retenu par le parasol 11, redescendait le long de la ficelle.
- Celte expérience m'en suggéra une plus hardie, ce lut de faire monter un homme de grandeur naturelle à l’aide d’un mannequin porté sur une chaise , et tiré par un parapluie, qui aurait l’apparence de s’abriter du soleil.
- Le mannequin posait un peu moins de 0 kilogrammes, je le préparai comme suit : un édredon pesant moins d’un demi-kilogramme lut revêtu d’une blouse et placé sur une chaise dite de Florence, et dont le poids total était de 2 kilogrammes 5 hectogrammes; à cet édredon l’on avait fabriqué une tète et avec un masque et un mouchoir de couleur et un chapeau, il avait l’apparence d’un homme revêtu d’un chapeau de paille; l’homme avait deux bras cousus dans la blouse et il les croisait sur sa poitrine, tenant un vaste parapluie qui devait servir de moteur et dont les branches étaient retenues pour ne pas être renversées.
- Deux jambes figurées par des hottes légères étaient attachées à la chaise et le tout était fort bien arrangé, .j’apportai l’homme dûment harnaché sur sa chaise, un jour que le vent soufflait avec violence, nous mimes deux tubes, un pour le haut du corps et le parapluie ouvert et l’autre pour la chaise (fig. 2) où AA est la ficelle tendue; B et C sont deux tubes qui s’attachent à la ficelle du mannequin, 111)1 sont les points d’attache de la chaise, et E est le parapluie ouvert, dont la position est telle qu’il sert de propulseur sous Faction du vent.
- L’action du vent produisit son effet et l’homme fut enlevé à près de 200 mètres de hauteur, au grand ébahissement des curieux qui abondaient sur la route. Une diligence qui passait s’arrêta même quelques moments et bon nombre des curieux prirent le mannequin pour un homme véritable (fig.l).
- Dans l’expérience précédente, les paniers arrivaient toujours dans la même direction. Je proposai à Périer de faire aller à droite ou à gauche, à volonté, le cerf-volant; voici comment je in’v pris :
- Si a un cerf-volant on plaçait la bride un peu à gauche, le cerf-volant, dévierait du même côté, et si on la plaçait à droite, il dévierait à droite.
- Si on avait double ficelle et double bride excentrées, l’extrémité de l’une étant à gauche et l’extrémité de l’autre à droite, avec un arrêt qui ne permettrait pas de dépasser certaines limites, le cerf-volant pourrait dévier jusqu’à un tiers de la longueur it gauche et un tiers à droite, et on aurait ainsi avec une longueur de 500 mètres de fil double, un cerf-volant qui pourrait varier de 100 mètres à gauche et 100 mètres à droite, et obtenir un écartement de 200 mètres environ. Cette expérience réussit bien et, sauf le poids de la ficelle double, nous pûmes atteindre des points dont la distance perpendiculaire à la direction du vent variait de près de 200 mètres.
- Cologny n'étant qu’à 100 mètres du lac, nous avions projeté de faire un cerf-volant et de lui faire traverser le lac; pour cela nous limes un cerf-volant de dimension ordinaire, à peu près moitié du grand cerf-volant et nous le limes, avec la double ficelle, tirer à droite pour traverser le lac, en lui ajoutant un flotteur qui devait servir à le maintenir en l’air en le retardant. Nous avions une planche qui faisait l’office de retarder et de diriger en même temps, et nous lui donnâmes une inclinaison lixe en l’attachant par les deux extrémités. Nous ne pûmes pas suivre notre flotteur et le cerf-volant, mais aussi longtemps que cela nous fut possible, nous le vîmes traverser le lac dans la direction de Versoix ou Coppet.
- Lorsque j’appris dernièrement que MM. Lhoste et Mangot avaient réussi à franchir la Manche avec un flotteur, cette expérience du cerf-volant me revint en mémoire, et au lieu de ces traversées qui manquent faute d’un souffle favorable, je pensai qu’il serait infiniment plus simple d’avoir un flotteur qui pourrait à volonté dévier le ballon et lui donner une marche dans le sens le plus favorable.
- MM. F. Lhoste et J. Mangot1 se sont servis d’un cylindre qu’ils pouvaient vider ou remplir d’eau, mais ils n’ont pas usé de la faculté que présente le flotteur plat retenu par les deux bouts à la fois, et qui permet d’aller perpendiculairement au vent ou sous un angle quelconque.
- Je signale ici ce moyen avec la double corde qui permet de rendre l’obstacle au vent direct et de courir des bordées, comme avec un navire qui est réduit pour le cas à un flotteur simple.
- GG et G'G' (fig. 4) sont les extrémités de ce flotteur qui sont retenues par les deux cordons aa',bbf à l’extrémité G, et cc',dd' à l’extrémité GCes quatre cordons passent deux à deux dans deux anneaux m et m' et se réunissent près de la nacelle, où ils sont maintenus, ttt sont des trous qui permettent de remplir ou de vider d’eau le flotteur.
- Avec un pareil flotteur, il est permis de tenter la traversée, même par un vent qui aurait une direction qui suivrait l’axe du canal, ou toute autre direction. D. Colladon,
- Correspondant de l'Institut.
- PASTEURISATION
- DE LA BIÈRE EX BOUTEILLES
- 11 est un fait reconnu que la bière en bouteilles doit être débarrassée de tout ferment, sous peine de se détériorer dans un court délai. Comme généralement il est impossible de laisser la bière se reposer complètement pour atteindre ce but, on a été obligé de recourir à des moyens artificiels, au premier rang desquels ou met 1 acide salicylique, qui a produit les meilleurs résultats sur les bières exportées dans les contrées les plus chaudes, et les a conservées
- 1 Yov; 11" 090, du 21 août 1880, p. 183.
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- LA NAT nu:.
- pendant des mois. Malheureusement ee produit exerce, d’après l’avis au moins d’un grand nombre de savants, des effets économiques nuisibles; quoi-qu il soit employé dans presque tous les pavs étrangers, il a été mis à l’index par notre administration, et son usage expose a des contraventions. On a essayé de le remplacer par le bisulfite de chaux (pii, à moins de Irais, produit absolument le même effet, mais que nous ne saurions recommander pour ce but spécial, car la dose à ajouter à chaque bouteille est tellement minime que l'on risque d’en mettre trop ou trop peu ; dans le premier cas la bière contracte un goût désagréable, et dans b; second le remède n’est pas efficace.
- lai plupart des brasseurs et des entrepositaires qui exportent leurs produits dans les pays d’outremer, ou les vendent à leur clientèle, ont donc eu recours aux procédés Pasteur, qui ont si bien réussi pour les vins, consistant à échauffer les liquides jusqu’à la température d’environ 60°
- (h pour détruire la vitalité des ferments.
- C’est à ce procédé qu’on a donné le nom de Pasteurisation, et voici comment on opère pour les bières.
- On remplit les bouteilles de manière à laisser un vide d’environ à 5 centimètres sous le bouchon qui doit être de première qualité et qu’on ficelle soigneusement et fortement, de préférence avec du lil de fer, pour empêcher que le dégagement d’acide carbonique fasse sauter le bouchon.
- Cette opération exigeait beaucoup de temps cl par conséquent de frais de manœuvre, qui viennent d’être remplacés par un système des plus simples, le fixe-bouchon du à M. Junge.
- Le fixe-bouchon se construisant en dix grandeurs différentes, peut s'adapter aux bouteilles et aux canettes des calibres les plus variés; étant à ressort, il retient le bouchon plus fermement, se pose en un clin d’œil et après l’opération se retire facilement pour resservir aux opérations suivantes. Un obtient par conséquent à la fois une économie de main-d’œuvre et une économie de matière première.
- Les bouteilles ainsi préparées, il faut les chauffer peu k peu a une température variant de 45 à 50° C. pour celles qui doivent être conservées pendant peu de mois, et de 55 k 00° C. pour celles qui doivent
- être expédiées au loin. Ce chauffage doit durer de une heure et demie à deux heures. Plus la durée en est longue, plus il est efficace.
- Le chauffage s’opère ordinairement dans des appareils spéciaux, dont le prix est assez élevé, mais qu’a notre avis nous croyons complètement superflus. Lu effet, le brasseur ,1. Exiler est arrivé au même but en faisant chauffer ses bières dans la louraille à malt, en y suspendant les bouteilles munies du fixe-bouchon breveté de Junge; il chauffait graduellement la touraille jusqu’il 75° C., ce qui produisait environ une température de 60° C. pour la bière en bouteilles.
- La mise eu bouteilles ne s'opérant généralement qu’eu été, époque où ou ne malle pas, il n’y avait
- aucun dérangement pour le travail. Pour les brasseurs qui n’ont pas de touraille, il est très facile de faire construire une étuve en tôle, pouvant se chauffer graduellement soit a feu direct, soit a la vapeur, et qui ne reviendra pas au quart du prix des appareils compliqués qui sont à présent en usage. Un autre moyen économique pour le chauf-consiste k faire établir une caisse d’environ 1 mètre de haut et 1 mètre de large, d’une longueur proportionnée au nombre de bouteilles qu’on veut chauffer. Dans le bas de la caisse on fait passer un tuyau recourbé d’environ 12 centimètres de diamètre, k 10 centimètres en-dessus duquel se trouve un plancher destiné k recevoir les bouteilles. On emplit la caisse d’eau, et après avoir mis les bouteilles, on chauffe graduellement parla vapeur.
- Quel que soit le système de chauffage employé, il faut apporter le plus grand soin dans le choix des bouteilles et écarter celles qui auraient le moindre défaut. De cette façon et en surveillant bien le chauffage, laçasse se réduit de 1 1/2 k 2 pour 100.
- Les bières foncées et moelleuses supportent mieux l'opération que les bières pâles et vineuses.
- Nous ne donnerons pas ici de plus amples détails sur le procédé de Pasteurisation qui rend de grands services k la brasserie ; il nous aura suffi d’en faire connaître le principe k nos lecteurs. Notre gravure représente d’autre part le fixe-bouchon k ressort qui maintient le bouchon par une pince venant prendre prise au-dessous de la bague du goulot de la bouteille.
- Fixe-bouchon pour la Pasteurisation de la bière.
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- LA NATURE.
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- LA PREMIÈRE STATION CENTRALE
- DE DISTRIBUTION D’ÉLECTRICITÉ
- A PARIS
- « Tout vient à point à qui sait attendre. » C’est grâce à ce proverbe, dont jamais l'application ne fut plus opportune, que nous pouvons considérer comme venant à point — mieux vaut tard que jamais — la première station centrale de distribution d’électricité a Paris, station fondée par la Compagnie française d'éclairage électrique, et dont l’inauguration a en lieu le 21 juin dernier.
- L’installation actuelle n’a pas, pour le moment du moins, une bien grande importance, car elle ne dessert qu’environ 1500 lampes, mais la place est suffisante pour décupler cette installation, et déjà des travaux sont en préparation pour l’augmenter sérieusement, les demandes dépassant de beaucoup la puissance maxima de la station.
- Voici les principales conditions de fonctionnement de cette première usine centrale de distribution établie cité Bergère, à deux pas du boulevard, dans le quartier le plus populeux de Paris.
- La force motrice est produite par deux machines demi-fixes de 00 chevaux chacune, actionnant chacune deux machines Gramme.
- La distribution est à courant continu et constitue un mode spécial de canalisation à potentiel de 200 volts, tout en assurant l’indépendance de toutes les lampes qui fonctionnent à 100 volts seulement.
- Le courant est fourni par quatre machines Gramme du type dit type supérieur, que représente la figure ci-dessus. Ce type, aujourd’hui très répandu dans l’industrie, présente de nombreuses qualités résultant principalement de sa forme spéciale et des dispositions de construction qui en font un générateur d’énergie électrique robuste, économique et véritablement industriel.
- Quatre machines identiques assurent le service de la station Drouot. Elles sont à double enroulement, et fonctionnent toujours deux par deux, en tension, ensemble ou séparément. Elles sont de plus interchangeables, c’est-à-dire qu’aux heures de faible
- consommation, lorsqu’une seule paire de machines suffit pour assurer le service, on peut à volonté alimenter tout le réseau par l’un quelconque des deux groupes.
- Le potentiel constant est obtenu, quelle que soit la consommation, en partie par l’emploi de machines à double enroulement, en partie par l’emploi de régulateurs automatiques dont la fonction est d’intercaler des résistances variables dans'le circuit dérivé d’excitation de chaque macbii.e lorsque le potentiel augmente, et d’en retirer lorsque le potentiel tend à diminuer.
- Peut-être eùt-il été plus simple de supprimer l’emploi de machines cornpound, qui ne sont pas sans présenter quelques inconvénients de mise en marche, pour s’en tenir à de simples machines excitées en dérivation, en confiant tout le soin du réglage à un système automatique approprié.
- Nous n’insistons pas sur cette question technique qu’il n’y a pas lieu de discuter ici.
- La canalisation principale est aérienne et à fil nu : elle traverse le faubourg Montmartre, au-dessus du toit des maisons pour desservir les nombreux é t a -blissements établis dans l’îlot limité par la rue Drouot, le boulevard Montmartre, la rue du Faubourg-Montmartre et la rue de la Grange-Batelière.
- Les lampes à incandescence sont du système Swan; elles sont de trois types courants, à 100 volts utiles, consommant 0,3, 0,5 et 1 ampère, soit 30, 50 et 100 watts, et produisant respectivement 10, 16 et 32 bougies environ, à raison de 5 watts par bougie.
- La distribution étant à potentiel constant, il suffit, pour compter l’énergie électrique fournie à chaque client, d’employer un coulomb-mètre ou appareil enregistrant la quantité d’électricité traversant le circuit de chaque abonné.
- Le compteur adopté est le compteur Cauderay que nous avons décrit autrefois ici même l, auquel l’inventeur a apporté une importante] modification, au point de vue de l’exactitude, en remplaçant l’ampère-mètre à aimant permanent par un électro-dynamomètre.
- 1 Yoy. n° fvifi, du 8 août 1885, p. 157.
- Machine Gramme; type supérieur, employée à la station Drouot.
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- LA NATlîltK.
- L'ampère-heure, sous une pression de i 00 vol fs, représentant ainsi 100 watts-heure1, soit un peu plus de 1/8 de cheval-heure, est compté à raison de 20 centimes.
- Le bec carcel-heure revient ainsi à 6 centimes environ, mais on peut espérer qu’avant peu, étant donnés les progrès réalisés chaque jour par les lampes à incandescence, ce prix s'abaissera à 5 centimes, équivalent à celui du gaz, mais bien inférieur en réalité lorsqu’on tient compte de nombreux avantages de l’éclairage électrique, ne fùt-ce qu’au point de vue de la réfection périodique des peintures des établissements publics utilisant h1 nouvel illuminant.
- La distribution est permanente et les clients peuvent allumer leurs lampes à volonté, à chaque heure du jour ou de la nuit.
- Aux heures de grande consommation, les quatre machines fonctionnent ensemble.
- Lorsque la consommation s’abaisse au-dessous de 800 lampes, on arrête un groupe de machines, et aux heures les moins chargées, une batterie de 120 accumulateurs toujours maintenus en charge suffit à assurer le service, malgré l’arrêt complet des machines.
- L’installation actuelle alimente, nous l’avons dit, mille cinq cents lampes, c’est-à-dire qu’aux heures les plus chargées, elle fonctionne à son maximum de puissance; mais la place est suffisante pour permettre de décupler l’installation et de desservir ainsi quinze mille lampes. Les demandes dépassent de beaucoup la production, et il est déjà question de quadrupler la production en attendant mieux.
- Il est, certain que l’emplacement, exceptionnellement favorable, choisi par la Compagnie française d’éclairage électrique contribuera, pour une large part, à son succès, et que la puissance maxima de l’usine ne tardera pas à être atteinte par les installations et dépassée par les demandes nouvelles.
- S’il est vrai qu’il n’y ait que le premier pas qui coûte, ce pas est aujourd’hui franchi, et nous devons féliciter chaudement ceux qui ont donné le bon exemple en fondant à Paris la première station centrale d’électricité : M. Charles Mildé, président du Conseil d’administration de la Société; M. Louis Clerc, l’inventeur bien connu de la Lampe-soleil. Le premier a su triompher des difficultés administratives ; le second a eu raison des difficultés techniques toutes spéciales à l’installation ; ils ont eu part égale à la peine et méritent part égale au succès. E. If. '
- LE JAUGEAGE DES BATEAUX
- ET DES NAVIRES
- Déclarons-lc tout d’abord avec regret, l’empirisme et la routine servent encore de base essentielle à la solution de cette question importante et si simple en apparence :
- 1 1 cheval-heure = 270 000 kilogrammètres = 756 watts-heure.
- Le jaugeage des bateaux et des navires. C’est ce qui résulte d’une Note très intéressante publiée récemment dans les Annales des ponts cl chaussées par M. Thur-ninger, ingénieur en chef des ponts et chaussées, et que nous croyons utile de résumer pour l’édification de nos lecteurs et la justification de nos prémisses pessimistes.
- La jauge ou tonnage d’un appareil de transport par eau, que l’on peut définir, d’une manière générale, la mesure de scs facultés de chargement,, s'évalue différemment, suivant qu’il s’agit d’un bateau d’intérieur ou d’un navire de mer.
- Pour un bateau d’intérieur elle s’exprime en poids, et représente, en tonnes de 1000 kilogrammes, le chargement. maximum. Fourmi navire de mer, elle s’exprime en volume. L’unité adoptée est le tonneau de jauge, qui vaut 100 pieds cubes anglais ou 2,85 mètres cubes. La jauge est alors la mesure de l’espace intérieur du navire, disponible pour la cargaison, exprimée en tonneaux de jauge.
- Un seul et même mot, tonneau, appliqué au tonnage des navires et bateaux, s’emploie indifféremment comme mesure de poids, mesure de volume, mesure de déplacement ou mesure de chargement.
- De là des confusions nombreuses de classement et de statistiques, surtout pour les voies fluviales dans le voisinage de l’embouchure ou pour les ports maritimes auxquels aboutissent des canaux d’intérieur.
- Cette confusion est encore augmentée par le fait que l’on désigne encore sous le nom de tonneau d'affrètement ou tonneau de mer, un volume de 1,44 mètre cube, soit un poids variable avec la nature du fret.
- L’origine du tonneau d’affrètement remonte à une ordonnance de Colbert, rendue en 1681, et fixant le tonneau de mer à 42 pieds cubes, soit J, 14 méfie cube.
- Ce volume de 42 pieds cubes correspondait à peu près à l’espace occupé dans la cale du navire par quatre barriques devin, dites bordelaises, pesant environ 2000 livres.
- Le tonneau Colbert est remplacé aujourd’hui par le tonneau Moorsom, de 2,85 mètres cubes, mais il est resté usité comme mesure commerciale de fret, sous la dénomination de tonneau d'encombrement, sans valeur bien fixe, sa composition étant définie dans les chartes parties, soit d’après les usages des ports, soit d’après les tarifs officiels établis pour l’èxécution de certaines lois douanières.
- Les modes de mesurage étaient aussi non moins variés qu’arbitraires. L’ordonnance de 1681 posait le principe du jaugeage d’après le volume intérieur, et définissait l’unité de jauge sans indiquer le mode de mesure de ce volume intérieur.
- C’est, seulement une loi de l’an II, complétée par les ordonnances de 1857 et 1859, qui a fixé des règles empiriques pour la mesure des volumes suivant leurs formes : navires à deux ponts, navires à un pont, navires non pontés, etc.
- La méthode et l’unité de Moorsom, qui se sont substituées aux règles empiriques, ne datent officiellement en France que de 1875.
- Méthode Moorsom, — C’est en 1856 que l’Angleterre se préoccupa de reviser les anciennes règles empiriques de jaugeage adoptées jusqu’alors. Les études entreprises à cette époque aboutirent à l’adoption d’une méthode beaucoup plus rationnelle, généralement connue sous le nom de son inventeur, l’amiral Moorsom, et dont les bases furent établies dans l’acte de navigation du 10 août 1854 (Merchant Shipping Ad),
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- LA N AT UK K.
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- Cette méthode est devenue réglementaire en France, par nn décret dn 24 décembre 1872, en prescrivant l’emploi à dater dn 1er juin 1875, sons la réserve que les mesures seraient prises d’après le système métrique.
- Le caractère essentiel de la méthode Moorsom est de tenir compte de la forme des navires, si compliquée qu’elle soit, en évaluant les capacités intérieures par des procédés géométriques analogues aux procédés de euha-ture des terrasses. Les volumes sont détermines en mètres cubes, mais — et c’est là ce que nous trouvons singulier dans le pays créateur du système métrique — le tonnage en tonneaux Moorsom officiels est obtenu en divisant. par 2,83 le volume calculé en mètres cubes.
- La jauge officielle exprime, en définitive, le nombre de volumes de 2,85 mètres cubes que contiennent les esnaces utilisables pour les marchandises (page 242). C’est purement, à notre avis, un reste de barbarie, daté de 1875.
- Voici l’excuse de cette décision (page 258). Il ressort des calculs de la commission chargée, dès 1863, de préparer en France l’application officielle du système Moorsom 1, qu’avec l’unité ainsi établie, la nouvelle méthode n’apportait que des modifications insignifiantes à l'ensemble du tonnage des navires français, qu’elle abaissait de 2 pour 100 environ; elle avait seulement pour conséquence, comme en Angleterre, de répartir différemment la jauge totale avec les divers navires, proportionnellement à leurs capacités réelles. Ce résultat s’explique en remarquant que si l’ancienne règle de jaugeage ne donnait en moyenne qu'un peu plus de la moitié du volume réel des navires, alors que la méthode Moorsom le calcule à peu près exactement, la première l’exprime en unités de 1,44 mètre cube, tandis que la seconde l’exprime en unités de 2,85 mètres cubes, environ deux fois plus forte.
- Cette explication officieuse demande une traduction libre faisant mieux ressortir la vérité.
- Vous avions autrefois, en France, une unité de jauge ou volume empirique, et une méthode de jaugeage plus empirique encore, fausse et donnant des valeurs deux fois trop petites. Nous remplaçons la méthode de jaugeage inexacte par une méthode exacte ; mais, pour ne pas changer la valeur absolue des nombres représentant le tonnage de chaque navire, nous adoptons une nouvelle unité empirique environ deux fois plus grande, et nous remplaçons le tonneau Colbert (1,44 mètre cube) par le tonneau Moorsom (2,83 mètres cubes).
- C’est là, nous le répétons, un reste de barbarie en faveur duquel on ne peut trouver que des excuses, mais pas une seule bonne raison. Le jour — prochain, espé-rons-le, — où l'Angleterre et l’Amérique se décideront à abandonner officiellement leur système suranné de mesures, et cet abandon est déjà chose faite parmi les savants, sir \V. Thomson en tète, il faudra revenir à la valeur normale, logique, le tonnage ou volume en mètres cubes. Il restera encore à rendre les règles de tonnage uniformes; mais on aura fait un grand pas, le plus grand, en adoptant partout la même unité.
- En pratique, malgré l’adoption de la méthode Moorsom par un grand nombre d’États, les avantages d’une méthode de jaugeage exacte disparaissent en grande partie, à cause des interprétations diverses adoptées par chaque Etat en ce qui concerne les logements d’équipage, les espaces dits de navigation affectés à la manœuvre, et surtout les déductions relatives aux machines à vapeur.
- Ces déductions se font suivant los pays, d’après trois règles différentes, dites règle allemande, règle anglaise et règle danubienne. Chaque Ktat adopte une règle différente qui conduit naturellement à des résultats différents pour la valeur du tonnage au volume d’un navire donné. Certains Etats, connue la France par exemple, admettent la règle allemande en principe et la règle anglaise à litre transitoire. Les Etats-Unis ne font aucune distinction et, par suite, n’appliquent, aucune règle, tandis que la Compagnie de Suez applique les trois règles à la fois, suivant les dispositiqns intérieures du navire.
- La double règle en usage en France amène une conséquence curieuse : les armateurs réclament le bénéfice de l’une ou de l’autre, suivant les cas; ils réclament celle qui donne la plus grande réduction de tonnage lorsqu’il s’agit des droits à payer dans les ports, et, au contraire, celle qui donne le tonnage le plus élevé lorsqu’il s’agit d’encaisser les primes de navigation allouées par l’Etat. C’est là une anomalie qui doit cesser au plus tôt par une réforme du décret de 187.
- L’emploi de ces règles multiples présente, en outre, au point de, vue de la statistique internationale, l'inconvénient de nécessiter l’emploi de coefficients de transformation difficiles à établir, et destinés à permettre la comparaison des tonnages des diverses marines marchandes, en les ramenant à ce qu’ils seraient par l’application d’une règle uniforme.
- Pourquoi, malgré les difficultés nombreuses et les règles variées que nous venons de signaler, le jaugeage au volume intérieur est-il préféré, par le commerce de tous les pays, au jaugeage défini par le poids maximum déchargement, ou, mieux encore, par le déplacement?
- En ce qui concerne les taxés de péage, soit pour Centrée dans les ports, soit pour les traversées des canaux maritimes, ainsi qu’au point de vue statistique, la jauge au déplacement est incontestablement la plus simple, la plus exacte et la plus rationnelle.
- Mais la jauge, devant servir à apprécier les facultés de chargement, doit faire connaître aussi cette puissance de chargement en volume.
- En réalité, les deux jaugeages présentent un intérêt égal pour bien juger de la puissance de chargement, el doivent toujours figurer dans la spécification des navires.
- Pour que les facultés de chargement d’un navire soient utilisées au maximum, il faudrait que le volume Y de marchandises qu’il peut recevoir eût précisément un poids P égal à son tonnage.
- Si le fret est lourd, la capacité en volume sera mal utilisée; si, au contraire, il est léger, ce sera la capacité en poids.
- En général, la proportion de cargaisons, y compris les passagers, exigeant du volume intérieur plutôt que du déplacement, est de beaucoup la plus considérable; et si l’on tient compte, en outre, des difficultés que présente, dans la pratique, pour les navires de mer, la détermination de la ligne de flottaison correspondant au maximum de charge, ligne variable, pour un même navire, avec les saisons, les parages dans lesquels il navigue, etc., on comprendra pourquoi le système de jauge au volume intérieur est employé partout, malgré les avantages qu’offrirait, sous certains rapports, la jauge au déplacement.
- Ces observations nous paraissent fort justes, et nous ne voyons aucun inconvénient à l’emploi de ce jaugeage, à la condition d’exprimer les volumes en unités métriques légales, c’est-à-dire en mètres cubes.
- 1 Dix ans d’études avant l’adoption,
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- LA NATURE.
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- LES YÀGUES DE ]A MER
- L’un des plus beaux spectacles offerts par l’Océan est assurément celui des vagues qui prennent des aspects si multiples et si variés. On ne se lasse point de les contempler du rivage où elles accourent sans cesse, avec un mugissement continu; l’écume blanche et fugitive apparaît et disparaît tour à tour, glissant à la surface de l’onde jiour venir doucement mourir sur le sable fin.
- « La hauteur des vagues ordinaires, d’après Mo-quin Tandon, peut aller jusqu’à 11 mètres. Leur force, ajoute le naturaliste qui leur a consacré quel-
- ques excellentes pages dans son Monde de la mer, vient à bout des roches les plus dures; elle use leurs débris et finit par les arrondir; elle ballotte les galets, les froisse, les polit, les atténue et les réduit en sable fin, qui s’accumule dans les abîmes de la mer ou se dépose sur ses rives.
- « Les vagues les plus fortes heurtent les escarpements sous-marins et tendent à s’élancer en fusées, mais arretés et déviés par les couches d’eau qui les recouvrent, ces courants ascendants se changent en flots de fond, lesquels se meuvent avec une effrayante vitesse et déferlent contre la plage avec une puissance irrésistible. Pendant la tempête de 1822 dans la baie de Biscaye, les vagues, parties
- Fig. 1. — Vague creuse à Etret.it. (D’après une photographie instantanée.)
- des rochers d’Arta, avaient jusqu’à 400mètresd’ani-plitude, et par conséquent parcouraient 20 mètres par seconde. »
- D’après le colonel Emy, les flots de fond agissent par une profondeur de 150 mètres, et peuvent élever au-dessus du niveau de la mer des colonnes d’eau de plus de 50 mètres de hauteur, de 2000 à 5000 mètres cubes de volume, et pesant de 2 à 5 millions de kilogrammes. Ces Ilots de fond jouent un rôle considérable dans la plupart des phénomènes de l’Océan. On les rencontre dans toutes les mers. Ce sont eux, et non les ondulations de la surface, qui poussent jusqu’au rivage les galets, les sables, les débris des coquillages et tous les objets submergés. Ce sont eux encore qui, sur les bancs
- sous-marins, produisent ces brisants si redoutés des matelots, qui rendent quelquefois impraticable, même par les temps les plus calmes, la passe de certaines baies.
- Pendant [les tempêtes ou les fortes mers on voit se former parfois, contre les obstacles du rivage, des vagues ainsi soulevées à de grandes hauteurs. Nous en reproduisons ci-contre deux exemples remarquables enregistrés par la photographie instantanée.
- La figure 2 montre un flot soulevé pendant une forte mer à Arromanches ; une sorte de cavité centrale s’aperçoit au milieu de la vague qui se termine par un panache d’écume.
- La figure 5 représente un exemple plus frappant encore de vagues furieuses, rebondissant contre les
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- LA NATURE
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- Fig. ± — Vague de fond à Arromanches. (D’après une photographie instantanée.
- Fig. 5. — Un coup de mer à Bognor (Sussex), en Angleterre. (D'après une photographie instantanée.)
- quais et les maisons du rivage. Cette scène a été gleterre. On voit une vague immense qui s’élève jus-photographiée à Bognor (Sussex), dans le sud de l’An- qu’au-dessus des toits d’une maison de quatre étages.
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- LA NATUR K
- i I Mî
- Les vagues pendant les temps plus calmes affectent encore des aspects très intéressants à étudier; nous signalerons surtout les vagues creuses, qui roulent sur les plages, à la façon des copeaux de bois glissant sous le rabot; ce sont celles que recherchent les amateurs de bains de mer, et l'une de nos gravures (lig. 1) montre une de ces belles vagues, photographiée à l’heure du bain de mer sur le rivage, d’Etrctal. Par une sorte de hasard vraiment curieux, au moment où la photographie a été prise, la vague était en voit* de formation dans une de ses parties, de sorte que l'on aperçoit parfaitement la cavité sur la partie droite de la gravure tandis que la surface extérieure apparaît sur la partie gauche : on dirait un arrachement explicatif, lait par la nature elle-même.
- ÉCOULEMENT DE ZUG
- K >’ S U IS S K
- La petite ville de Zug, située sur les bords du lac du même nom, a été récemment éprouvée d’une terrible façon. Les quais de la ville se sont écroulés sur une longueur de plusieurs centaines de mètres entraînant vingt maisons dans leur chute. Trente personnes ont été ensevelies dans les flots et vingt d’entre elles ont été tuées sur le coup ou noyées. Les dix autres victimes sont blessées plus ou moins grièvement. Les éboulements ont continué à plusieurs reprises et on a dù évacuer tous les immeubles situés sur les quais, y compris les bâtiments du gouvernement. Ce sinistre cause à Zug et dans la Suisse entière une grande et pénible émotion.
- Les dépêches qui ont été envoyées quelques heures après la catastrophe sont navrantes et nous les reproduisons ici parce qu’elles rendent compte très nettement de la nature du désastre:
- « Genève, 6 juillet.
- « C’est hier, à 4 heures, que la première maison de Zug s’est effondrée dans le lac avec la partie du nouveau quai avoisinant la gare.
- « A 7 heures, seize autres maisons s’effondraient; dans la nuit, de nouveaux écroulements avaient lieu et le nombre des maisons disparues atteignait 27.
- a On parle de 10 à 20 victimes. »
- ci La catastrophe de Zug s’est produite en trois fois : à 4 heures, à 7 heures et à 11 heures du soir.
- « Lucerne, 6 juillet.
- « La catastrophe de Zug a eu lieu dans des conditions effrayantes.
- « Trois écroulements se sont produits dans la nuit.
- « Quarante maisons environ se sont effondrées, y compris l’hôtel de Zurich, où se trouvaient des voyageurs endormis.
- « Ce' matin, de nouveaux écroulements ont eu lieu • quatre autres maisons se sont encore effondrées.
- « Le faubourg de Zug a été entièrement évacué. La troupe en garde l’accès.
- « Les craquements continuent.
- « Plusieurs familles, surprises dans leur sommeil, ont péri dans la catastrophe. »
- Cet événement est vivement ressenti par la Suisse tout entière.
- LA VALLÉE DES GEYSERS D’ISLANDE
- EX 1 886 1
- J’ai l’intention d’offrir aux lecteurs une monographie succincte des geysers islandais, que j’ai pu étudier sur place, en accomplissant en 1880 la mission scientifique qui m’avait été confiée par le Ministère de 1 instruction publique.
- Malgré les distractions du chemin, rien n’égale la joie de l’explorateur quand, après s’être enfin dégagé des méandres du Tûngulfljôt, il aperçoit, s’élevant sur la cendre désolée, plusieurs nuages blancs qui jaillissent du sein de la terre; ces nuages, qui de loin ressemblent à la fumée d’un vaste incendie, lui annoncent qu’il approche de la célèbre vallée des Geysers, but ardemment désiré d’une fatigante journée. Nous arrivâmes vers dix heures du soir à un bœr (ferme) qui vient d’être récemment construit tout près de ces merveilleuses et attractives curiosités naturelles. À peine étions-nous descendus de nos poneys, que les courlis, qui planent en bandes nombreuses sur cette région, se mirent à fuir en poussanl des cris aigus et que le sol trembla, ce qui signifiait: une éruption va se produire! Nous n’eûmes en effet que le temps de courir à toutes jambes pour arriver à point jusqu’au bord du grand geyser.
- Une puissante colonne d’eau aussi large que l’orifice à sa base jaillissait alors en s’évasant dans les airs avec d’effroyables sifflements, tandis que la terre frémissait sous nos pieds et qu’un bruit formidable semblait sourdre des entrailles de la vallée fumante (fig. 5). Ensuite la gerbe retomba dans le gouffre, mais pour remonter immédiatement après ; il y eut de la sorte quatre ascensions et quatre chutes consécutives qui jouèrent trois minutes; puis, comme dans un feu d’artifice, arriva le bouquet qui fut la plus haute projection de la douche brûlante, jusqu’à 50 mètres de hauteur environ. Après quoi, tout rentra dans l’ordre. Quand la vapeur à odeur légèrement sulfureuse qui nous enveloppait eut été dissipée par le vent, je gravis le monticule de silice qui entoure le réservoir et je pus plonger le regard jusque dans la cavité du puits. Le Geyser s’était si bien épuisé sous l’effort de sa dernière poussée qu’il était absolument vide, et il fallait regarder tout au fond, tout au fond, pour apercevoir le liquide bleuâtre en ébullition. Ge n’est, en effet, que graduellement que l’on voit, par la suite, l’eau s’élever de nouveau et venir affluer à la surface libre du canal. La température des parois de la cheminée désemplie est telle que l’orifice du Geyser se dessèche immédiatement. Je mis à profit cette propriété pour y faire rôtir des oiseaux destinés au déjeuner du len-
- 1 M. le docteur Labonne nous a envoyé l’intéressante notice que l’on va lire au moment où il se disposait à entreprendre en Islande une nouvelle exploration qui est actuellement en «surs d’exécution, et au sujet de laquelle nous envoyons nos meilleurs vœux de bonne réussite à notre collaborateur.
- G. T.
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- LA NATURE.
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- demain. Ce prosaïque usage du Geyser est chose commune à en juger par les nombreux cous ou tètes d’oiseaux qui jonchaient la base du cône siliceux.
- Le roi des sources jaillissantes avait jadis des éruptions régulières : « L’eau jaillit du Geyser à plusieurs reprises par jour, comme par élancements et à grands flots, » dit Van Troil dans scs Lettres sur l'Islande, écrites en 1772.... »
- « Le lendemain 6, sur les 10 heures et demie du malin, des détonations plus fortes qu’aucune des précédentes nous annoncèrent que nous allions probablement être témoins d’une grande éruption, phénomène qui, d’ailleurs, ne se manifeste ordinairement qu’une seule fois en vingt-quatre heures, » dit Eugène Robert ? en 1855.
- A l’heure présente, cinquante-deux ans seulement après, il n’en est plus de même. On attend quelquefois des semaines entières avant qu’une explosion vienne vous récompenser des fatigues du chemin. En 1886, elles s’espacaient, au dire des habitants voisins, de trois en trois jours assez régulièrement, tandis qu’en 1885 elles étaient moins fréquentes et aussi moins hautes. Mon guide me dit, du reste, que de longtemps l’on n’avait vu la colonne atteindre pareille hauteur. Y a-t-il corrélation entre l’activité du feu central en Islande et cette même force qui a désolé les îles de la Sonde? Je laisse aux géologues érudits le soin d’élucider la question. La chose n’est pas impossible puisque, en comparant les tableaux chronologiques, on voit que les principales éruptions connues du système volcanique islandais coïncident exactement et à deux ou trois années près, avec les éruptions du système volcanique de la Méditerranée. Quoi qu’il en soit, il est permis d’affirmer que ces geysers ou soufrières, qui sont aujourd’hui dans une activité constante, travaillent à leur propre anéantissement, car, a la longue, ces énormes dépôts qu’elles accumulent à leur orifice doivent finir par les obstruer.
- Le grand Geyser s’est déjà, de la sorte, créé à lui-même une éminence conique qui domine de plus de 5 mètres le niveau général de la plaine; ce monticule (fig. 2) formant au réservoir une ravissante ceinture, découpée comme de la dentelle, est formé de tufs siliceux disposés en plaques minces; près du bassin, ces plaques sont si dures qu’il est difficile de les briser à coups de marteau; j’t cassai même le mien net, tandis qu’au pied elles s’émiettent ; et, si on les détache aisément, il est, en revanche, difficile d’en rapporter des échantillons. Je pus obtenir cependant à une profondeur de 5 mètres une magnifique dalle remplie de Betula alba, de Salix capræa et arctica, de différents Caret, d’Arundo phragmites, de Prèles, etc., fossiles végétaux qui m’ont permis d’établir que, depuis 874, époque où l’île fut découverte par les Scandinaves, la végétation na pas varié, partant la température, quoi qu’en disent les poètes qui, dans leurs Sagas, chantent les forêts qui jadis couvraient l’Ultime Thulé? Les geysers ne déposent que deux millimètres de
- silice par an. (Yov. Revue scientifique, n° 15, année 1886). Cependant M. Jedersen de Copenhague m’écrit qu'il a constaté dans l’Islande méridionale l’existence de grands tronçons d’arbres qu’on avait tirés du sol, prouvant, ajoute-t-il, que la Saga de Njal avait raison lorsqu'elle disait que de grands déboisements ont eu lieu en Islande, ce dont, dit-il, on a douté jusqu’à ce jour.
- Mais ces grands tronçons d’arbres n’ont pas cru en Islande : 1° parce qu’ils sont couchés horizontalement, jamais perpendiculaires, et dépourvus de ramuscules ou de racines ; 2° leur essence diffère des taillis nains actuels; ce ne sont pas des bouleaux, des saules ou des arbousiers, mais des conifères, du calcédrat, de l’acajou ; 5° ils sont souvent perforés par des tarets, mollusques essentiellement marins, n’ayant jamais vécu dans l’intérieur des terres.
- Quelle est donc l’origine de ces troncs d’arbres volumineux, que j’ai maintes fois vus aussi et en bien des endroits? C’est tout simplement, du bois flotté (l’absence de rameaux et de racines détruits par le frottement le prouve), que la mer, alors qu’elle pénétrait jusqu’aux geysers, a déposés dans la vallée.
- Une éruption volcanique, non pas de lave qui les aurait brûlés, mais de cendres, est ensuite venue les recouvrir, les protéger, ni plus ni moins que fit le Vésuve pour Uerculanum et Pompéi qu’il conserva après les avoir ensevelis.
- Si le grand Geyser est inconstant dans son jeu, il existe fort heureusement à quelques pas de lui un appareil plus complaisant, comme le Strokkr, qui jaillit suivant le bon plaisir des visiteurs. Il suffit pour cela dé lui chatouiller l’estomac en jelast des mottes de tourbe dans la cheminée, le monstre irascible (geyser veut dire furieux) ne peut supporter cet aliment indigeste et le rend par des éruptions qui se font parfois très violentes, durent dix minutes et se renouvellent jusqu’à quinze ou vingt fois. Une immense colonne d’eau de 50 mètres de hauteur jaillit environ une heure après l’émétique et cela nous advint sans le moindre avertissement au moment même où je m’efforcais de me rendre compte du mouvement rotatoire du liquide au fond du tube. Bien par hasard nous ne regardions plus, juste au moment où la douche brûlante arriva, et le vent la dirigea heureusement du côté opposé au nôtre. Si ces lignes tombent sous les yeux d'un voyageur en Islande, nous sommes heureux de le mettre en garde contre ce danger assez sérieux. Le premier jet sort avec une maestria et une fureur incomparable; un rugissement assourdissant l’accompagne tandis que le sol tremble comme pour le geyser, et souvent cette trépidation s’accuse à plus de 100 mètres. La plupart des auteurs s’accordent à écrire que l’ascension se produit un quart d’heure après la projection de la tourbe, mais c'est là une erreur, au moins pour l’époque actuelle. J. Leclerq ne vit les eaux" monter jusqu’au bord de l’orifice que vingt-cinq minutes après que la dose eut été administrée. W. Geo. Lock attendit une heure et fut obligé, cou-
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- tre l’usage, d’ajouter au gazon quelques dalles de silice. Leroi de Danemark, en 1874, dut, lorsqu’il voulut renouveler une seconde lois l’expérience, se mettre en route sans plus attendre, tant le phénomène différait à se manifester. Nous disions tout à l’heure que nous voulions étudier les mouvements rotatoires du liquide au fond du Strokkr; c’est à ces mouvements et aussi au bruit d’ébullition rythmée qu’il fait en-tcndrequeleiYew;
- Geyser d’Ilender-son doit son nom islandais de baratte. Nous nous sommes rendu compte que Lock avait bien observé. Après l’éruption à laquelle il assista, il vit le niveau du liquide baisser dans le tube jusqu’à 7 à 8 mètres de profondeur; cet abaissement, peu ordinaire, laissa paraître deux canaux souterrains qui semblaient sourdre du côté du grand geyser. Ces deux conduites juxtaposées amenaient d’impétueuses vapeurs qui, barbotant dans l’eau, lui communiquaient une rotation perpétuelle.
- Comme je connaissais cette remarque, je m’efforçai de la constater de visu, mais le liquide n’eut jamais devant moi un retrait suffisant.
- J’avais cependant couru, après la magnifique éruption du roi des geysers , examiner le Strokkr qui baisse alors considérablement, je ne pus que me convaincre que certainement il y avait barbotemenl de vapeur amenée par un tuyau. Ce que je peux donner comme certain, c’est que lorsque le roi des fontaines thermales a une éruption majestueuse, le Strokkr rentre immédiatement ses eaux dans son puits. Et s’il faut tirer une conclusion, je ne mets pas en doute qu’il n’y ait une
- communication entre les deux premiers geysers de l’Ultime Tliulé. J’espère en acquérir la preuve dans un second voyage....
- À une cinquantaine de pas de là existe le plus merveilleux bassin que vous puissiez imaginer : le Blesi, qui représente le calme après la tourmente,
- la beauté froide mise en comparaison avec les sublimes colères des autres frères souvent irrités. Figurez - vous deux splendides sources communiquant sous terre, séparées seulement par une mince cloison siliceuse et remplies d’une eau bleue de cobalt ; telle est la pureté du liquide qu’il semble plu s transparent et plus teinté que les eaux du lac de Genève; ces réservoirs vous fascinent littéralement par leur magique coloration, surtout si les rellets azurés du ciel viennent encore ajouter à l’intensité de leur ton naturel. Comme l'on s’y
- plongerait si de légères vapeurs tournoyant au-dessus des bassins ne vous avertissaient que la température en est trop élevée!
- Après avoir épuisé, dans notre enthousiasme poétique, toutes les interjections admiratives de la langue française, nous nous mîmes en devoir d’étudier le Blesi iblaze, en anglo-saxon, veut dire flamme, lumière). En s’approchant très près de l’une des deux margelles et en se baissant un peu pour plonger du regard dans la profondeur bleue, on voit immédiatement que ce n’est pas un mur véritable qui cloisonne les deux bassins, mais qu’ils communiquent librement ensemble sous une arche de pont submergée elle-même dans le liquide. C’est précisément à l’enfoncement de ce pont
- Fi;?. 1. — Carte d'Islande.
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- naturel qu’il faut attribuer l’erreur de ceux qui ont cru a une muraille. En les empaquetant avec soin, car elles sont extrêmement friables, on pourra détacher comme souvenirs du iîlcsi des teuilles d’argentine qui se silicifient sur les bords.
- Après ces deux fontaines où l’eau se maintient à 104°, la plus intéressante source à visiter est celle qui se trouve au sud-ouest du Strokkr, on la désigne sous le nom de petit Geyser; elle semble vouloir compenser sa petite dimension par un débit perpétuel d’une incroyable quantité d’eau chaude ; ses colères sont également modestes, car jamais elle ne s’élance à plus de 2 mètres. On prétend que la commotion qui réduisit ainsi le petit Geyser eut lieu à la suite du violent tremblement de terre de 1789, et que sur les débris de sa puissance anéantie s’ouvrit, à quelques mètres plus loin, le fameux Strokkr dont nous venons de donner la description détaillée.
- On devrait aussi fendre visite, au dire de Burton, à une source qui vomit de l’eau rouge; j’y suis allé et j’ai constaté que ce n’est pas l’eau qui a la couleur cardinale, mais les conferves qui poussent sur la rigole de ce prétendu geyser rouge.
- Évidemment même ces conferves augmentent la précipitation de la silice.
- Enfin, comme il serait trop long de les énumérer toutes, disons seulement qu’il y a çà et la dans la vallée fumante maints petits ori-lices qui bouillonnent tumultueusement sous terre, et qu’on peut agréablement dépenser plusieurs heures à se rendre compte des sept phases de la vie d’un geyser. (Voy. dans Burton cette division de la vie des geysers en sept périodes, dont le grand Geyser représenterait l’âge mur; le Blesi aux eaux calmes et dormantes, la vieillesse; les mar-
- gelles vides aux bords rougeâtres, la décrépitude et la mort.)
- Bien des physiciens ont essayé de donner une explication rationnelle de la projection et surtout
- de l’intermittence de ces jets d’eau chaude; aujourd’hui c’est l’opinion de Tyndall qui semble prévaloir. Voici la ligure de l’appareil qui lui servit à reproduire le phénomène geysérien (tig. 4). Comme on le voit, ce n’est qu’un simple tube de fer assez long, fermé a son extrémité inférieure et couronné en haut par une petite cuvette circulaire remplie d’eau. En chauffant ce tube à sa base, d’une part, au moyen d’une lampe a alcool, et, de l’autre, dans sa partie moyenne à l’aide d’un second foyer constitué, si l’on veut, par un bec de gaz, on voit, à des intervalles très rapprochés et bien rythmés, un jet d’eau bouillante s’élancer hors de la cuvette. Dans l’espace surchauffé au milieu de la cheminée, l’eau se trouvant portée à une température plus élevée, se résout immédiatement en vapeurs et acquiert ainsi une tension capable de projeter au dehors, par soubresauts , toute la partie liquide qui se trouve au-dessus d’elle-même. Vous pouvez encore obtenir ces jets intermittents au moyen d’une simple pipe en terre; pour cela vous n’aurez qu’à chauffer au rouge sombre la partie moyenne du tuyau que vous tiendrez légèrement incliné; puis à verser de l’eau dans le fourneau. Vous verrez alors que le liquide, au lieu de former un courant continu, s’échappera par petits jets assez violents. De ces deux expériences, il résulte que l’on peut, en effet, parfaitement concevoir que sur le trajet du canal du Geyser il puisse exister un point S, E, P, A (fig. 5) où la colonne d’eau se trouve surchauffée par l’arrivée de
- Fig 5. — Le grand Geyser d’Islande eu éruption. (D’après un croquis de l’auteur.
- Fig. i. — Appareil imaginé par Tyndall pour reproduire les phénomènes gevsériens.
- Fig. 5. — Section d'un geyser. — ESP A. Espace surchauffé. Toul autour la roche encaissante et quatre fissures ffff qui amènent des vapeurs chaudes issues de l’intérieur de la terre.
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- vapeurs plus chaudes issues des fractures de la roche encaissante et venant des prolondeurs du sol. M. Bunsen s'appuyant sur le fait bien constaté qu’à 20 mètres de profondeur, les eaux du Geyser accusent aux thermométrographes une température de 124° centigrades, à 10 mètres 104° et qu’à la surface du bassin elle égale encore celle de l’eau bouillante, établit une théorie sur cette décroissance graduelle de la température. Pour lui, lorsque quelques bulles de gaz ou de vapeur se forment au fond du puits, elles soulèvent toute la colonne, et alors les couches de liquide profondes, étant délestées d’une partie delà pression qui les maintenait aqueuses, se vaporisent subitement et projettent au dehors toute l’eau qui est au-dessus d’elles.
- Quant au Strokkr, le mécanisme qui permet les éruptions à volonté du voyageur réside dans le rétrécissement de son tube vers le milieu. Lorsque les mottes de terre ont obstrué cette étroite partie du canal, la température, au-dessous de l’obstacle, acquiert une élévation considérable, et, bientôt la vapeur surchauffée s’échappe victorieusement entraînant avec elle les corps étrangers qu’elle projette violemment sous les yeux du touriste provocateur.
- Les eaux du Geyser sont inodores et n’ont aucune saveur désagréable. Refroidies, nous les bûmes avec plaisir, soit pures, soit mélangées au thé ou au café. Mais où elles sont exquises et délicieuses, c’est pour le bain ; elles ont un velouté très spécial qui tient évidemment aux sels de soude.
- porbes, dans Icelanil, ils volcanoes, geysers and glaciers} estime l’âge du grand Geyser à 1060 ans. Je recule de beaucoup celte date et je m’appuie pour soutenir cette opinion sur mon étude des plantes fossiles et sur les chiffres du dépôt de silice en un siècle (2 millimètres par an). Toutefois les annales de la Norvège ne les mentionnent qu a partir du treizième siècle, mais ce silence ne prouve absolument rien, pas plus que les Sagas chantant les antiques forets ne démontrent l’existence réelle de ces forêts.
- Si le célèbre historien Àri Frodi qui résidait au milieu même de la vallée fumante à Uaukadalr n’en parle pas dans son Laudnamabok (livre Irès détaillé du onzième siècle qui traite de l’état du pays à l’arrivée des colons norvégiens), c’est peut-être qu’il avait décrit les geysers dans un autre ouvrage qui n’est pas parvenu jusqu’à nous, ou bien que le tube n’était pas encore assez élevé pour diriger un jet aussi puissant....
- Ce serait un crime de lèse-paysage que d’abandonner la classique vallée sans faire l’ascension du Laugafjall ; nous n’y manquâmes pas et nous fumes bien récompensés de ce léger surcroît de fatigue par le tableau si plein de contrastes qui se déroula devant nous. Au sud, l’Hékla perçait le ciel gris bleu de sa cime éblouissante; on le distinguait très nettement surplombant les collines qui bordent la rive gauche de la llvita. Plus loin les glaciers argentés de la côte sud laissaient entrevoir leurs blanches
- lignes découpées comme les dents d’une scie immense, enfin à nos pieds se déroulait la plaine siliceuse, rude, escarpée et laissant échapper çà et là ses nuages ondulants. C’était à la fois les Alpes et le pied du Vésuve, la neige boréale et le feu de la Sicile! Dr Lauokke, explorateur.
- CHRONIQUE
- Une traversée extraordinaire. — .Nous voulions depuis longtemps mentionner à nos lecteurs une prouesse de navigation extraordinaire, exécutée par trois marins norvégiens. Les renseignements complémentaires que nous espérions recevoir à ce sujet ne nous étant pas parvenus, nous reproduisons le récit qu’en donnait le journal anglais le Globe au commencement de cette année.'Le Homewanl Bouml, petite embarcation non pontée, est arrivé aux Açores venant du Cap et se rendant en Angleterre. Ce qu’il y a de curieux, c’est que cette embarcation est montée par trois hommes dont l’un est absolument aveugle et les deux autres sont borgnes, en sorte qu’ils n’ont que deux yeux à eux trois. Ils ont construit leur bateau dans le Transvaal, l’ont transporté par terre jusqu’à Port-Natal et de là ont fait la traversée jusqu’au Cap. ils sont restés en route pendant près d’un an. Le Humeward Bouiul mesure tira,10 de longueur de quille, il jauge 4 tonneaux; il est parti de Port-Natal au mois de mai 1886 pour se rendre en Angleterre. Les trois marins norvégiens qui le montaient sous la conduite du capitaine Owen, sont entrés dans le port de Douvres le 28 mars 1887. L’embarcation n’a touché terre qu'aux Açores et a tenu la mer pendant dix mois environ, avec mauvais temps le plus souvent. Le bateau se ressent fortement de cette longue traversée. L’avant, balayé par les lames, est comme rongé. La partie de la coque immergée est couverte de coquillages et d’une végétation abondante. Les hommes ne sont pas moins éprouvés si on en juge par les vêtements qu’ils portent et qui sont comme pourris par l’humidité constante dans laquelle ils se sont trouvés. Le Yacht du 15 janvier 1887 ajoute quelques renseignements qui complètent ceux qui ont été donnés précédemment. Les hardis navigateurs ont fait la traversée de Sainte-Hélène à Saint-Michel (Açores) en 105 jours.
- Le moineau en Australie. — La colonie de l’Australie du Sud a cherché à acclimater le moineau à grands frais ; et « Maître Pierrot » s’est propagé avec une rapidité merveilleuse sous ce climat magnifique. 11 est même devenu tellement abondant que les cultivateurs ont demandé des lois pour en amener la destruction. L’Assemblée d’Adélaïde a nommé une Commission qui ne s’est pas contentée de récompenser ceux qui lui apporteraient des œufs et des têtes de moineaux morts, mais elle a ordonné d'empoisonner les moineaux par tous les moyens possibles, et de plus elle a muni les chasseurs des engins de destruction les plus perfectionnés. Dans le Nord de l’Amérique on se plaint aussi très vivement des méfaits commis par les moineaux et l’on s’est mis à les pourchasser sans pitié.
- Les dangers du contact du liois avec les tuyaux cliauds. — La f ossisclic Zcitung, en parlant du récent incendie de l’Hôtel Continental, à Berlin, attribue la cause possible de ce sinistre au contact de tuyaux
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- LA N A I I h K.
- chauffés par la vapeur avec des parties de bois, et elle appelle l’attention sur une propriété particulière du bois, peu connue jusqu'il présent, qui le dispose à une inflammation plus facile qu’on ne l’admet généralement. Le bois subirait, sous l'influence d’une chaleur prolongée, des modifications physiques et chimiques. Toute matière combustible a sa température d’inflammation à laquelle elle commence à brûler dans les conditions normales. En moyenne, le bois se brunit à 175° G., mais il commence à se carboniser ou à brûler seulement à 250° G. Le bois aurait la propriété de se modifier sous l’influence d’une chaleur continue de façon que sa température d’inflammation s’abaisse en partie par suite de la diminution continue de sa teneur en eau. La chaleur constante réduirait la teneur en eau à un ijiinimum et la libre ligneuse subirait par suite une modification physique telle qu’elle commencerait à se carboniser déjà à 170° et brûlerait à grande llamme lorsqu'il y a courant d’air. Lorsqu'un tuyau de chauffe est enfermé dans une gaine en bois ou qu’il repose sur une poutre, ou enfin se trouve près d’autres parties en bois d’un bâtiment, le bois subit par suite du rayonnement de la chaleur la transformation chimique et son point d’inflammation s’abaisse. Si le tuyau est chauffé à une température égale à la température d’inflammation du bois qui se trouve à proximité, celui-ci commence à se carboniser, ce qui peut se continuer pendant plusieurs jours sans qu’on s’en aperçoive, parce que l’accident se produit généralement à un endroit où l’accès est difficile. L’incendie de la Chambre des représentants à Bruxelles, en 1885, a pris naissance dans les combles au-dessus du sun-burner, au centre de la salle. Si les affirmations de la Vo&sische Zcilung se vérifient, on ferait œuvre sage en adjoignant aux commissions d’enquête sur les sinistres de ce genre un expert chimiste qui, le cas échéant, pourrait être de bon conseil.
- Quoi qu’il en soit, nous appelons l’attention des industriels sur la nécessité de prendre pour tous les cas les mesures que commande la prudence, ce qui n’est pas difficile eu égard au bon marché des matières isolantes et calorifuges.
- Chemin de fer de Saint-Pétersbourg à Pékin. — Le conseil de gouvernement de l’Empire russe examine un projet grandiose, il s’agit d’exécuter incessamment ou du moins d’entreprendre la construction d’une immense ligne ferrée devant joindre Saint-Pétersbourg à Pékin, et, s’il est possible, à Shanghaï. La ligne projetée aurait une importance stratégique de premier ordre et elle ferait refluer sur la Sibérie, l'Oural et la Russie d’Europe le grand courant commercial qui s’épanche vers le Pacifique. La Sibérie est pourvue d’énormes fleuves, tous navigables, et déjà sillonnés par tme véritable flottille de bateaux à vapeur. C’est entre ces grands fleuves (ouverts à la navigation environ deux cents jours par an) qu’il s’agit d’établir les premiers tronçons de la ligne. *
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 11 juillet 1887. — Présidence de M. Janssln.
- Hommage à M. Chevreul, — On se rappelle qu’à l’occasion du centenaire de M. Chevreul il s’était constitué, sous la présidence de M. Ch. Brongniart, un comité de la jeunesse française qui a offert à l’illustre savant une
- belle médaille due au talent de M. Roty. II s’est trouvé qu’une somme importante est alors restée disponible : le comité l’a consacrée à imprimer un magnifique volume où sont réunis tous les titres des publications de M. Chevreul de 1800 à 1880. Cet énorme travail a été mené à bien par M. Malloizel, sous-bibliothécaire du Muséum d’histoire, si bien connu par sa grande érudition et sa passion de bibliophile. Aujourd’hui, M. de Quatrefages dépose sur le bureau de l’Académie ce guide grâce auquel on peut suivre pas à pas les étapes successives de cette vie toute de travail et d’étude qui dure depuis quatre-vingts ans. 11 salue, en terminant, dans une brillante improvisation « celui qui a la prétention d’être un étudiant et que nous acceptons tous pour notre maître. » M. Chevreul a répondu en termes émus qui ont été salués par les applaudissements de l’assistance.
- Double élection de correspondants. — La section de zoologie et d’anatomie avait présenté une liste portant : en première ligne, M. Fabre; en deuxième ligne, M. Cot-teau; en troisième ligne, MM. Marion et Sabatier. M. Fabre a été nommé par 54 voix contre 2 données à M. Cot-teau et 2 à M. Marion. De son coté la section de médecine et de chirurgie avait présenté la liste suivante : en première ligne, M. Lépine ; en deuxième ligne, MM. Bérenger-Féraud, Oré et Sirus-Pirandi. 55 voix désignent M. Lépine ; M. Oré a 4 suffrages et M. Bérenger-Féraud, 1.
- L’oligocène du Coudrai. — À la suite des très longues discussions dont le travertin de Chàteau-Landon a été l’objet, les géologues 'sont à peu près unanimes aujourd’hui pour y voir une formation synchronique du calcaire de Brie proprement dit. Il repose directement sur la craie ou sur le poudingue siliceux dit de Nemours ; et si parfois des lambeaux de sables oligocènes le recouvrent comme au bois de Tillet, par exemple, le plus souvent il n’est surmonté que par la terre végétale. C’est comme se rattachant à cette question si intéressante que je crois devoir signaler les faits que présentent en ce moment plusieurs coupes autour du Coudrai, à U kilomètres au sud-est de Nemours (Seine-et-Marne), où se voient des particularités stratigraphiques qui, à ma connaissance, n’ont pas été encore signalées. De grandes carrières, d’où l’on tire en particulier, sous le nom de pierre de Souppes, les matériaux destinés au soubassement de la tour Eiffel, montrent au-dessus du calcaire de Chàteau-Landon peu fossilifère et très uniforme, une épaisseur inusitée de couches de recouvrement. En beaucoup de-points c’est une sorte de tuf sableux très calcaire rempli de moules, de coquilles marines. La principale exploitation présente la coupe suivante :
- 4. Terre végétale, ...... Ü“,5Ü
- 5. Calcaire lacustre tubuleux. . 2“*,90 2. Sable blanc marin fossilifère. 4”, 50
- l. Calcaire lacustre (pierre de (épaisseur
- Souppes)......................0” visible).
- Le sable blanc n° 2 très pur vers le haut, à peine agglutiné en grès friable, plus marneux vers le bas, abonde en nombreuses espèces marines caractéristiques de l’oligocène. Celles qui dominent et dont la détermination est certaine sont : Nalica crassatina, Desh.; Cerithium plicatum, Brug. ; C. conjunctum, Desh. ; Xcnophon Lyelliana, Bosquet, Oslræa Cgathule, Laint; Cardita Bazini, Desh.; Cytherœa incrassata, Sow. ; Costulonujs. Milliola, Pinces de crustacés, etc. Un de mes compagnons
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- LA NATURE.
- a sous mes yeux recueilli un gros Dleurotoma. Les deux premiers de ces espèces se trouvent à la partie inférieure des sables, les autres vers le haut. Cette faune est remar quable à plus d’un titre, et je me réserve de la soumettre à une étude ultérieure et complète Pour le moment je signalerai le très vif intérêt que présente, au Coudrai, la superposition du calcaire lacustre (n° 5 de la coupe) au sable oligocène. Quoique ses caractères petrographiques soient rigoureusement ceux de la pierre de Souppes, à telles enseignes qu’on ne saurait certainement distinguer avec certitude leurs échantillons respectifs, et, malgré l'absence presque complète des fossiles, il est impossible de n’y point voir un correspondant de travertin supérieur de la Beauce. L’altitude est ici relativement faible, et le sable de Fontainebleau se présente comme un simple incident marin au milieu d’une longue période lacustre. C’est l’exacte contre-partie de l’intercalation si fréquente du travertin de Saint-Ouen entre les sables de Beauchamp à Cerithium Iricarinatum, et les grès marins infra-gypseux. On en trouvera la raison dans les oscillations verticales du sol qui,, aux environs de Nemours, a subi, durant les temps tertiaires, des vicissitudes tout autres que celles dont ont gardé les traces les couches de même âge au nord de Paris.
- Compression des liquides. — Un fait tout à fait nouveau et qu’on ne peut accepter qu’avec un peu de délianee et beaucoup d’empressement est annoncé par M. Amagat.
- D’après ce physicien bien connu par de nombreux travaux des plus importants, si on comprime le chlorure de carbone liquide à 1160 atmosphères (la température étant de 19 degrés), on le voit devenir prendre la forme de cristaux dont l’auteur adresse plusieurs photographies.
- L'anguillule de la betterave. — Par l’intermédiaire de M. Pasteur, M. Johannès Chatin raconte l’histoire d’un parasite de la betterave, Heterodera cactii. La femelle gonflée d’œufs s’enkyste, et sous cet état peut attendre fort longtemps les conditions favorables à l’éclosion de sa progéniture. Les ravages causés par ce parasite sont très considérables.
- Un succédané de là morphine. — Dans un mémoire extrêmement important, M. le docteur Germain Sée signale l’efficacité de l’antipyrine contre la plupart des affections qui conduisent actuellement k l’emploi si désastreux de la morphine. Le célèbre médecin montre dans la nouvelle substance un moyen de préserver d’un empoisonnement chronique les nombreux malades qui recherchent dans la morphine un apaisement à leurs maux.
- Varia. — La forme cristalline de la quercine occupe M. Friedel, et celle de l’acide arsénieux M. Des Cloizeaux. — M. Giard décrit l’anatomie des hirudinées rhylmehob-dèles. — M. Yinot a reçu de nombreuses lettres relatives au bolide du 17 juin dernier. — C’est de l’origine des racines latérales chez les fougères que s’occupe M. Lach-mann. — M. Fabre étudié les aluns de l’acide sélénique.
- Stanislas Meunier.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- UTILISATION DE LA CHALEUR PERDUE DES LAJIl'ES
- On sait quelle chaleur considérable se produit piaulant la combustion de l'huile, du pétrole ou du
- gaz dans une lampe servant à l’éclairage. La partie supérieure du verre de lampe est un véritable fourneau que l’on pourrait utiliser comme tel, si l’on y disposait un support pour le chauffage d’une capsule, d’une petite bouillotte ou d’une casserole de petite dimension.
- Notre ligure représente (n° 1) un petit appareil qui convient parfaitement pour cet usage, et que l’on peut facilement confectionner soi-même, si l’on ne veut pas se le procurer tout fait dans les bazars où il se trouve généralement.
- Il suffit de prendre une feuille de cuivre laminée et d’y tailler à la scie deux pièces de la forme indiquée a la partie inférieure de notre ligure (n° 2 et n° 5). On pratique en outre une entaille en haut et en bas de chacune d’elles de manière à les introduire l’une dans l’autre afin d’avoir le support n° 1, qui sert de support de chauffe au-dessus d’un verre de lampe (n° 4). Si l’on veut chauffer une capsule de porcelaine sur ce support, on peut arrondir a leur partie supérieure les deux lames de métal qui le constituent. Il faut avoir soin quand on se sert de l’appareil que nous venons de décrire, de chauffer d’abord très lentement le verre de lampe qui sert de support, c’est-à-dire d’élever la flamme très modérément, afin d’éviter que le verre ne se casse par une action calorifique trop rapide.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Support pour le cliaulïage au-dessus d’uu verre de lampe.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 758. — lJ5 JUILLET 1887.
- LA NAT U HE.
- Vf';' *5? .
- BATEAU DÉMONTABLE
- On sait combien les explorateurs ont souvent de difficultés à transporter facilement d’un fleuve à un autre les bateaux qui leur servent à naviguer dans les régions qu’ils parcourent. On a proposé à cet effet de nombreux systèmes et nous en avons déjà décrit quelques-uns1. En voici un autre tout nouveau dont nous empruntons la description au Scientific American de New-York.
- Il s’agit d’un bateau métallique qui se sectionne en fragments que deux hommes peuvent très facilement porter sur des brancards. Ce bateau, dont notre figure fait très facilement comprendre le mécanisme, a été construit par MM. Eorrest et fils [tour
- l’usage de l’explorateur Stanley, au moment de l’expédition qui a été organisée sous ses auspices dans le but d’aller à la rencontre d’Emiri Pacha. La construction a dû être faite avec une grande rapidité : une fois les plans de l’ingénieur remis à l’atelier, elle n’a pas dépassé une durée totale de 15 jours.
- Le bateau démontable que nous signalons est construit en tôle de fer galvanisée de Siemens-Martin. Il se divise en 12 morceaux pesant chacun 57k,500. Un joint en caoutchouc est adapté à l’intersection de chaque pièce à réunir, afin que le bateau monté soit absolument imperméable. Les pièces à joindre sont boulonnées entre elles, et le montage s’opère avec facilité et rapidité, même quand on n’a pas affaire à des ouvriers exercés.
- Bateau démontable pour l’exploration. — Vue du lmleau monté pendant la navigation. — Aspect des fragments placés bout à bout.—
- Transport d’un fragment.
- Le bateau monté a 8m,50 de longueur et l,n,80 j de largeur au fort. C’est un bateau presque plat qui peut naviguer dans les eaux j eu profondes, ce qui est une condition indispensable sur les fleuves de l’Afrique qui baissent considérablement pendant la saison d’été.
- Notre gravure représente à gauche le bateau monté pendant la navigation. 11 marche sous l’action d’une voile, et quand il n’y a pas de vent, il fonctionne à l’aviron; le pilote peut être abrité du soleil sous une tente légère posée sur quatre montants de fer. Cette précaution n’est pas inutile dans les régions où le soleil est brûlant et parfois même dangereux aux heures chaudes de la journée.
- Le gouvernail placé à l’arrière est adhérent à la
- 1 Vuy. Table des matières des dix premières aimées.
- 15e année. — 2° semestre.
- pièce arrière de l’embarcation; il est disposé solidement de manière qu’il résiste aux maniements du transport sans être détérioré.
- Deux banquettes, pour les rameurs, sont adaptées aux compartiments de l’avant, et complètent cette intéressante embarcation.
- En décrivant encore une fois le matériel si bien conçu, si confortable, qui n’a jamais fait défaut aux expéditions de Stanley, nous ne pouvons nous empêcher de songer aux conditions souvent si précaires des campagnes entreprises par notre vaillant compatriote Savorgnan de Brazza.Nous espérons que rien ne lui manque aujourd’hui pour compléter sa belle et pacifique conquête du Congo, et nous serons heureux de pouvoir donner prochainement de ses nouvelles à nos lecteurs.
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- LA N A T LU K.
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- EFFETS DES RADIATIONS SOLAIRES
- S C r. I, K S K I, K X ID M
- M. le professeur E. Edlund, le savant Suédois, vient de communiquer à l'Académie royale des sciences les résultats de ses nouvelles recherches sur les propriétés photo-électriques si curieuses du sélénium. Le sélénium expérimenté était fondu sur un disque métallique avec lequel il formait une sorte de combinaison, et réparti en une couche de deux à trois centièmes de millimètre d’épaisseur. Sur cette couche, on pressait une feuille d’or assez mince pour que les rayons du soleil pussent la traverser. Dans ces conditions, la sensibilité du sélénium est vingt fois plus grande que par les procédés antérieurs, mais le sens du courant modifie cette résistance dans l’obscurité. Cette résistance est de quinze à vingt fois plus grande lorsque le courant va de la feuille d’or au métal, que s’il circule en sens inverse, du métal à la feuille d’or. Celte résistance est aussi fonction de l’intensité du courant, ainsi que de la force éleclromolriee de la source électrique.
- Le sélénium ainsi préparé mis en communication avec un galvanomètre, sans pile intercalée, fournit un courant si l’on expose la feuille d’or aux rayons solaires, à un rayon de lune ou à ceux d’une lampe quelconque. A’ a-t-il action chimique favorisée par la lumière, ou transformation directe de l’énergie des radiations lumineuses en énergie électrique? L’instantanéité des actions milite tm faveur de cette dernière hypothèse, qui contient en germe une nouvelle série de merveilleuses découvertes. La science, on le voit, n'a pas dit son dernier mot.
- LA PURETÉ DE LA GLACE
- Il y a quelques semaines, je signalais, après bien d’autres plus autorisés que moi, les dangers de l’ingestion d’une eau impure ou rendue telle par la contamination de puits, de sources, par le déversement des vidanges dans le cours des eaux même courantes/. Des recherches d’une précision merveilleuse ont fait découvrir l’origine et la filiation de certaines épidémies, en montrant que l’eau, qu’on pouvait croire parfaite, contenait des germes malfaisants, les microbes de maladies contagieuses.
- Des recherches de même nature viennent d’être faites pour la glace dont la consommation, toujours énorme pendant la saison chaude, a pris, depuis quelques années, une extension considérable.
- Nous sommes encore loin d’atteindre les chiffres de la consommation en Amérique, où l’on boit tout à la glace, où le moindre bar vous donne, pour un prix modique, une infinie variété de boissons glacées et alcooliques. New-York absorbe annuellement plus de 700 000 tonnes de glace et la consommation croît tous les ans de 15 pour 100. En 1882, on a consommé, aux États-Unis, 12 millions de tonnes de glace et on en a exporté 8 millions.
- Les Indes, l’Afrique, l’Amérique du Sud sont en partie alimentées par la glace des États-Unis; en Europe, l’exportation est plus limitée; elle se trouve, en effet, en concurrence avec les glaces de la Norvège qui envoie chaque jour dans les différents ports de nombreux bateaux. Paris et le nord de la France s’approvisionnent en
- 1 Yoy, n° 725. du 9 avril 1887, p. 294.
- partie par cette voie; les glaciers de la Suisse, les lacs de la Savoie nous fournissent également une glace très belle et qui devrait, pour bien des raisons, dire préférée à la glace recueillie au voisinage des grandes villes. Ces glaces, recueillies dans les réservoirs inépuisables des grandes montagnes, sont des glaces naturelles très pures; elles peuvent être parfois plus ou moins chargées de matières terreuses, de parcelles calcaires, mais elles sont, je le répète, très pures, si on se place au point de vue qui m'occupe.
- 11 n’en est pas de même des glaces recueillies dans les rivières ou du moins dans certaines rivières ou dans certains étangs. Qu’un égout s’v déverse, que le cours d’eau soit plus ou moins le déversoir des immondices d’une ville, cette eau sera polluée, et il n’est pas difficile de comprendre qu’un morceau de glace fabriquée avec une eau impure ou pris dans une nappe d’eau viciée par l’apport de matières organiques, emprisonne dans sa masse cristalline et transparente tous les germes putrides ou malsains de l’eau elle-même. Cela est si vrai qu’il y a quelques années le Conseil de salubrité de l’État de Connecticut a voté le projet de loi suivant :
- « Toute personne qui vendra ou qui mettra en vente pour l’usage des familles ou des hôtels de la glace coupée ou prise dans un étang ou un lieu où se déverse un égout quelconque, ou dans un fleuve ou une rivière à moins de 2 milles au-dessous de l’endroit où débouche un égout, sera passible d’une amende de 50 dollars. »
- Je me souviens qu’autrefois, à Lyon,'à une époque où ces questions d’hygiène si importantes n’avaient pas été soulevées encore, on recueillait la glace dans les fossés des forts ou dans les flaques d’eau sans courant, les loues des quartiers de la Guillotière et de la Mouche. Il est vrai qu’à cette époque la consommation n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui, et j’aime à croire que cette glace n’était employée que pour les mélanges réfrigérants.
- Mais quel danger peut donc offrir la glace, en dehors des inconvénients qu’elle exerce sur des intestins délicats ou quand on en absorbe de trop grandes quantités? Le danger, c’est que la glace contient les mêmes germes malfaisants que l’eau dont elle est tirée, à un moins haut degré, c’est vrai, mais elle les contient. Et l’opinion, courante jadis, qui voulait que le degré de refroidissement nécessaire pour la congélation amenât par cela même la mort des micro-organismes, était une opinion erronée.
- Divers expérimentateurs, Cramer, Leone, Gardiner, Fraenkel, en ont fourni la démonstration évidente. Tout récemment, le docteur Mitchell Prudden, directeur du laboratoire du collège médical de New-York, a repris ces études sur une très grande échelle, en se plaçant au point de vue de la salubrité de cette ville. Prudden a examiné, par les méthodes modernes de bactériologie, c’est-à-dire en faisant des cultures sur la gélatine pepto-nisée, des échantillons des différentes sources d’alimentation d’eau de New-York, la rivière de l’Hudson, l'eau de Ci'oton et l’eau de l’étang Van Cortland.
- L’eau de Croton contenait’, par centimètre cube, 168 bactéries de différentes variétés; celle de Cortland, 2621; celle de l’Hudson, 3448. Parmi ces bactéries, le plus grand nombre est inoffensif; mais dans certains échantillons, on a rencontré le microbe de la suppuration, le staphijlococcus pyogènes aurais et le bacille de la fièvre typhoïde.
- La congélation détruit-elle ces bactéries? Certaines espèces, oui; les autres, non. Voyons les résultats obtenus avec les échantillons dont la teneur est indiquée plus liant.
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- L’eau de Crotim, qui eonlenait 108 bactéries par centimètre cube, est soumise à la congélation; après quatre jours, la glace contient encore, par centimètre cube, 80 bactéries ; après soixante-neuf jours, 52 ; après soixante-quatorze, 49.
- L’eau de Cortland, après un jour de congélation, n'a plus que 180 bactéries au lieu de 2621 ; 565 après huit jours.
- L’eau de l’Hudson, après deux jours, 720 au lieu de 5148, après six jours de gelée, 2 à 500.
- La glace recèle encore, on le voit, un grand nombre de microbes, et les plus résistants sont justement les plus nocifs. Pour ne pas accumuler des chiffres et des détails qui n’intéresseraient peut-être que médiocrement les lecteurs, je ne citerai que les résultats des expériences faites sur le bacille de la fièvre typhoïde.
- La température de 0° n’a qu’une action relativement fort restreinte sur ce microbe, comme on peut le voir. AI. Prudden prend une série de tubes contenant 1 centimètre cube d’une culture de ce bacille; le nombre des bacilles, multiplié par une culture appropriée, est innombrable et ne peut être évalué même approximativement. Les tubes sont soumis à la congélation. Au bout de onze jours, pendant lesquels le froid a été rigoureusement maintenu et où le liquide n’a pas dégelé, 1 centimètre cube contient encore 1 019-405, plus d'un million de bacilles. Au bout de vingt-sept jours, on en compte 556 000 (je prends des chiffres ronds) ; après quarante-deux jours, 90 000; après soixante-dix-sept jours, 72 000 ; après cent trois jours, 7000.
- Donc, une eau contenant ce bacille typhique reste impure et contient ce bacille vivant, quand elle est prise en glace. Expérimentalement, on n’arrive à détruire ce bacille, à le rendre inactif qu’en soumettant le liquide à des alternatives de congélation et de dégel.
- Ces résultats seraient un peu trop effrayants pour les consommateurs de glace, et ils sont nombreux dans les villes, si je ne me hâtais d’ajouter que ces bacilles nocifs ne se sont rencontrés dans les recherches du savant Américain que dans les eaux contaminées par le déversement des égouts. C’est le cas de la rivière de l’Hudson, sur une partie de son cours, en aval de la ville d'Albany. Ou’on prenne de la glace très pure, comme celle qui provient des glaciers, on y trouvera certainement une certaine proportion de bactéries, mais ce seront des bactéries communes, inoffensives, telles qu’on les rencontre dans l’atmosphère des campagnes, hors de toute grande ville.
- La glace des grands lacs, celle de toute source qui n’aura reçu aucune contamination directe ou indirecte, sera dans le même cas.
- La glace artificielle, qu’hygiéniquement on recommande comme supérieure à la glace naturelle, n’aura réellement cette qualité qu'autant qu’elle aura été fabriquée avec une eau parfaite sous tous les rapports. Ou’on nous assure la distribution de. celle-ci, qu’on veille à ce •pie la glace soit toujours recueillie dans de bonnes conditions et nous pourrons boire sans danger « à la fraîche », comme crient les marchands de coco.
- Dr A. Laiitaz.
- LES CHEMINS DE FER EN ORIENT
- Les chemins de fer sont devenus les instruments indispensables de toute conquête tant pacifique que militaire; c’est grâce à eux que les Anglais ont con-
- quis ITIindouslau, parcouru aujourd'hui du nord au sud avec autant de facilite que les parties les mieux organisées de l'Europe. Les Lusses comme les Anglais mettent tous leurs efforts à faire pénétrer pins avant dans les pays qu'ils convoitent les lignes qui doivent leur eu assurer la possession.
- L’Afghanistan sépare seul la Lussie des colonies anglaises et cette barrière sera bientôt franchie : les progrès des deux nations sont constants.
- Lignes de i.'Afgiiamstax. — Les Anglais avaient d’abord songé a gagner lierai par Bêcha war et Kaboul, mais soupçonnant l’opposition que leur fendent les Lusses, si près de leur territoire, ils ont attaqué T Afghanistan par le sud. Ils ont déjà traversé le Léloutchislan et au delà des passes de llolan ont poussé leurs lignes jusqu’à llarnaï et Queltah. Ils s’efforcent pour l’instant d’obtenir de l’émir de Kandahar, Abd-ur-Lhaman, la concession de la ligne de Ouettah à Kandahar. Ce dernier sent combien cette invasion déguisée lui serait funeste et rejette toute proposition ; mais le Gouvernement, des Indes profitant de l’embarras que causent à l’émir les révoltes constantes des Ghilzaïs et des Sinwaris, attend que son vassal soit rédui t à lui demander îles secours pour lui arracher cette concession.
- Les Lusses, de leur côté, sont arrivés à la frontière nord-ouest à Sarachs ; ils ont remonté au nord jusqu'à Tcbartcliaï sur l’Amou-Daria (Oxus) et en janvier 1888 la ligne sera ouverte jusqu’à Bokhara. La ligne sera suivie jusqu’à Samarkande d’où, continuant son circuit, elle rejoindra [dus tard les bides par la route du Pamir. Lorsque les Anglais iront’à Kandahar, et ils y parviendront bientôt, les Lusses s’empareront immédiatement d’ilérat; 500 kilomètres à peine sépareront alors l’Angleterre de la Lussie, et après une lutte entre les deux nations, au prolit bien probable des Lusses, le tronçon européen joindra définitivement le tronçon indien.
- Dans cette lutte, les Anglais se laissent entraîner par leur passion de complète à agir contre leurs intérêts commerciaux. D’abord il est téméraire à eux de vouloir lutter sur terre contre la Russie; ensuite, au point de vue commercial, leur marine n’a rien à gagner à laisser s’établir des moyens de transport par terre. Les Russes, au contraire, ne peuvent (pie profiter d’un trafic, qui se fait aujourd’hui uniquement par mer et qui alors passera par leurs lignes et sur leur territoire.
- Les produits des Indes consistent en denrées chères et de peu de volume pour lesquelles le transport plus coûteux par voie ferrée sera un supplément onéreux sans doute, mais largement compensé par la rapidité et la sécurité du transport. De Paris, parmi service quotidien, on pourra atteindre Lahore en quinze jours, et, lorsque la ligne d’Orenbourg àTash-kent-Samarkande sera faite, en treize jours; tandis que, actuellement, il faut vingt jours au minimum par un service hebdomadaire pour gagner Bombay.
- D’autres lignes sont également projetées dont la construction n’entraînera pas des difficultés interna»
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- LA NATURE.
- tionales aussi grandes, mais qui iiitUierout certainement sur la prépondérance de la Hussie en Asie.
- Ligne de la Caspienne au golfe Dersique. — Telle est, en premier lieu, la ligne de Bakou à Recht côtoyant la Caspienne, rejoignant Téhéran, Ispahan, Chiraz et Bunder-Bouchir; on prétend que le gouvernement russe s'est déjà entendu avec la Perse pour la construction de cette ligne. De Hakou à Redit, la ligne traverse des marécages et nécessitera d’assez grands travaux de ballast; de Redit à lvasbin (mi-chemin entre Téhéran et Redit) la route au milieu des gorges du Sefid-Roud offrira encore quelques diflicultés et exigera de nombreux travaux d’art. De Téhéran à ispaltan, ce sont des déserts plats ; puis en s’avançant vers Chiraz les montagnes du Earsistan présenteront encore quelques difficultés. Ce chemin de fer rendrait de grands services à la Perse en permettant l’exportation des produits des régions fertiles, produits qui se trouvent perdus faute de moyens de transport.
- Cette route est aussi la plus suivie par les voyageurs qui se rendent d’Europe en Perse. De Tiflis on passe par Bakou ; de là on s’embarque pour Enzeli d’où l’on gagne Recht en six ou sept heures sur de petites barques; un fort mauvais chemin de mulet remontant le Sefnl-Roud
- et le Shah-Roud conduit ensuite à Kasbin, et un service de voitures primitif (troïkas russes) vous mène définitivement à Téhéran. Les mauvais temps à Enzeli empêchent souvent le débarquement en rade du courrier même, et le voyageur pressé est quelquefois obligé de revenir avec le vapeur à Bakou pour ne débarquer qu’au voyage suivant.
- Ligne de Tiflis a Téhéran. — Une antre route mène de Tiflis à Tauris et de Tauris (Tabris) à Téhéran, mais le voyage se fait par caravanes et est fort long. Il est bien probable que ce parcours sera un jour suivi par une voie ferrée. Tauris est un centre important, capitale de P Azerbaïdjan, région fertile en céréales et que des travaux d’irrigation intelligemment combinés rendront plus prospère encore, quoique le système primitif actuel de kanots soit fort judicieux. La ligne partant de Tiflis passerait par Erivan et traverserait l’Arax à Djoulfa; elle gagnerait Tauris, de là elle rejoindrait le Kizil-Uzen, en suivrait le cours jusqu’il Mendjil (endroit où cette
- Carte des chemins de fer en Orient
- rivière se réunissant au Shah-Roud forme le Sefid-Roud) et là se joindrait elle-même à la ligne déjà établie de Redit à Téhéran.
- Ligne de la vallée du Tigre. — Si les Turcs n’étaient pas aussi hostiles à tout mouvement de progrès, une ligne existerait déjà dans la vallée du Tigre, facilitant les communications rapides entre l’Europe . et l’Inde.
- Par cette ligne les courriers gagneraient au moins huit jours sur les services actuels. Toute la vallée du Tigre et de l’Euphrate, malgré la chaleur et la sécheresse, est fertile. Les habitants des bords du fleuve n’auraient besoin que d'un léger encouragement à leurs travaux d’agriculture par l’assurance de l’écoulement de leurs produits et la sécurité qu’amènerait assurément une voie ferrée dans un pays à chaque instant dévasté par les nomades du désert à l’ouest, les pillards des montagnes à l’est.
- Partant d'Ale-xandreite, pas-sanlpar Alep, Or fa, Diarbékir et Mossoul, cette ligne suivrait le Tigre à partir de cette ville jusqu’à Baghdad et Bas-sorah. Un service de vapeurs déjà établi et fonctionnant régulièrement joint Basso-rah, Koralchi, Bombav.
- V
- Autres lignes. —D’autres lignes d’intérêt secondaire, quoique fort appréciable, se construiront
- certainement de Trébizonde passant par Van, Our-miah et Tauris. Au point de vue commercial, cette voie aurait une grande importance, car c’est la route là plus suivie par les caravanes transportant les produits persans.
- De Seutari enfin une ligne allant rejoindre Alep permettra aux voyageurs de gagner l’Asie occidentale sans avoir d’autre traversée que celle du Bosphore. Cette ligne ne manquera pas non plus d’offrir une grande importance commerciale.
- Tels sont, en quelques mots, les principaux projets de voies ferrées qui seront établies en Orient dans un avenir prochain. Outre les bienfaits de civilisation qu’elles apporteraient aux peuplades de ces régions, l’Europe tirerait, elle aussi, grand parti d'un commerce plus suivi avec des gens différents de mœurs et de coutumes, mais qui témoignent par leur histoire de beaucoup d’intelligence et de sagesse. II. Binder.
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- LA NAT LUE.
- POMPES À PISTON CAPTANT
- PAR M. G. DE MONTRICHARD
- Dans plusieurs expositions agricoles récentes on a beaucoup remarqué les pompes d’un nouveau modèle inventées par M. G. de Mon!richard, inspecteur des lbrèts. Le système est très ingénieux; il supprime les soupapes tout en conservant le mouvement alternatif du piston et le mouvement rie rotation pour la manœuvre.
- 11 y a plusieurs modèles; nous décrirons les deux principaux : Lun, destiné plus spécialement aux faibles débits et qui peut être manœuvré soit à bras,
- Fig. 1. — Pompe à piston captant. — Modèle pouvant fonctionner à liras ou avec moteur. — i. Ensemble de la pompe. — 2. Détails du piston et du guide.
- soit avec un moteur; l'autre, construit pour les grands débits, pour les épuisements et qui nécessite l’emploi d’un moteur. Dans les premiers le corps de pompe est fixe et le piston mobile; tandis que dans les autres c’est au contraire le piston qui est fixe et le corps de pompe qui est mobile.
- La ligure 1 représente le premier type. Le corps de pompe se compose d’un manchon cylindrique fixe dans lequel les conduites d’admission et d’émission arrivent perpendiculairement à l’axe. 11 est fermé à chaque extrémité par des plaques munies de presse-étoupcs et des guides courbes et inclinés A et B.
- Le piston, qu’on a représenté à part (2), est monté sur un axe pourvu de deux manivelles ou de deux
- Fig. 2. — Pompe à piston captant à grand débit. — Modèle fonctionnant avec moteur. — 1. Ensemble de la pompe. — 2. Détails du piston et du guide. — 5- Coupe du piston.
- poulies suivant les besoins. Aux deux extrémités l’axe est muni de galets G et H, et lorsqu’on imprime un mouvement de rotation aux manivelles les galets suivent les guides A et B, et il en résulte que le piston reçoit avec le mouvement rotatif un mouvement alternatif simultané dans le sens de l’axe. La surface cylindrique du piston est creusée de deux vastes échancrures, dont l’une P est vue de face sur la figure. La partie pleine du piston ne ferme les orifices d’admission et d’émission qu’au moment précis où celui-ci atteint l'une des extrémités de sa course. Pendant tout le reste du parcours l’une des échancrures met en communication la conduite d’admission avec l’extrémité du manchon de laquelle le piston s’éloigne, et l’autre échancrure met en communication la conduite d’émission avec l’extrémité
- près de laquelle le piston s’avance. Il en résulte un courant qui ne subit d’interruption qu’au moment où l’extrémité de la course est atteinte. On peut du reste le rendre absolument uniforme en vissant sur la conduite d’émission une boule creuse faisant l’office de réservoir à air comprimé.
- On remarquera que le courant peut se produire dans un sens ou dans l’autre suivant le sens de la rotation ; cette propriété est utilisée lorsque la pompe est montée sur un réservoir pour le remplir en tournant dans un sens, et le vider en tournant en sens inverse.
- Parmi les modèles destinés a l’arrosage des jardins, l’un débite l‘,20 par tour et peut être manœuvré par un seul homme. Il peut servir de pompe à incendie lorsqu’il est manœuvré par deux hommes ;
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- LA NA TL RL.
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- avec 10 mètres de tuyaux, ou peut atteindre des hauteurs de 20 mètres et plus, ce qui est suffisant dan ; la. plupart des cas. Le même modèle destiné aux brasseries est muni de poulies pour être actionné par un moteur; il débite 72 hectolitres à l'heure avec une vitesse de deux tours par seconde.
- Notre deuxième gravure montre les détails de la pompe à grand débit. Dans celle-ci, comme nous l avons dit, le piston est fixe; c’est le corps de pompe ou manchon qui est mobile. Lue poulie L qui lait corps avec lui permet de lui imprimer un mouvement rotatif et il prend en même temps un mouvement alternatif au moyen des guides A et I> et des galets G et ]|, comme dans le système décrit plus haut. Le corps de pompe, étant fermé de tous côtés, c'est, par le piston que se fait l’admission et l'émission du liquide. A cet effet l’axe I) est creux et vient déboucher dans les cavités Met P pratiquées dans le piston. La figure T> représente une coupe du piston de la figure 2 par un plan horizontal, de manière à laisser voir les deux cavités et la cloison 11 qui les sépare.
- Sur le corps de pompe se trouvent (1) deux renflements E et F qui viennent passer successivement devant les orifices M et P et les mettent ainsi en communication alternativement avec chacune des extrémités de la cavité du manchon. Il en résulte un courant dans Tin sens ou dans l'autre, suivant le sens de la rotation, qui ne subit d'interruption qu’au moment où l’un des orilices cesse d’être en communication avec l’un des renflements et va commencer à être devant l’autre. Il n’y a qu’un temps d’arrêt, mais pas de recul comme celui qui est déterminé par la fermeture de l’admission dans les pompes à soupapes. Le ralentissement graduel qui résulte du mouvement elliptique du manchon suffit pour éviter les chocs lorsqu’on fonctionne avec des vitesses moyennes. Mais si les colonnes d’eau aspirées sont très longues et si l'on veut une grande vitesse, il faut (pie le couranl ne subisse aucune interruption. Un obtient ce résultat en élargissant les orilices M et P de manière à ce qu’il n’y ait pas interception du courant quand le manchon arrive à l'extrémité d1 sa course, mais, au contraire,communication directe entre les deux conduites-d’admission et d’émission. Dans ces conditions, le courant reçoit son accélération maximum au moment où le manchon franchit le milieu de sa course et à ce moment chacun des orifices M ou P ne communique qu’avec un seul des renflements E ou F, de sorte que l’impulsion e t irrésistible, quelque grande que soit la charge, quelque faible que soit la vitesse. La pompe disposée pour de grandes élévations d’eau et de grandes vitesses peut donc fonctionner aussi avec des vitesses faibles. Mais par suite de l’élargissement des orifices, il arrive que quand la pompe n’est pas pleine de liquide, il entre de l’air après chaque coup de piston. Un est donc obligé de l’amorcer, et on adapte une soupape de retenue pour ne faire l’amorçage qu’une seule fois.
- La pompe (pie représente notre gravure est con-
- struite pour une .vitesse de 100 ;t 120 tours par minute, elle débite l litre par tour soit, fi à 7 mètres cubes à l’heure. Un autre modèle plus grand débile 20 à 21 mètres cubes à une vitesse moyenne, et ü0 mètres cubes à grande vitesse.
- Dans tous les modèles dont les orifices M et D ne sont pas élargis dans le but spécial dont nous venons de parlsr, l'amorçage se fait tout seul à une hauteur (b* 1 ou 5 mètres. A de plus grandes hauteurs ou place une soupape de retenue.
- Les pistons n’ont pas besoin de garnitures, la pompe fonctionne très bien avec un intervalle assez considérable entre le manchon et le piston. 11 ne reste alors (pie le frotlement de roulement des galets et celui des presse-étoupes qui se réduisent à peu de chose; comme les orifices de circulation des liquides sont très larges, le rendement est élevé. Les pompes de M. de Montrichard seront employées avec succès pour tous les usages ordinaires et elles conviennent tout particulièrement pour les eaux vaseuses et chargées de substances solides, les purins, les malts de bière, etc. La forme spéciale des'échancrures du piston a pour effet de ramener dans le courant tous les corps solides, et l’expérience a prouvé qu'ils sortent généralement intacts, quoique l’appareil soit assez solide pour broyer les obstacles (pii s'opposeraient à sa marche. La simplicité du mécanisme permet de les mettre entre les mains de tous et à un prix peu élevé; elles se répandront rapidement dans l’agriculture cl dans l’industrie.
- G. Mareschal.
- LE PENDULE A. DEUX BRANCHES
- ET SES A P P E I C, A T [ O >' S
- M. G. A. llirn vient de présenter à l’Académie des sciences une importante note sur la Ihéorie et les applications du pendule à deux branches; nous croyons utile d’en extraire la partie relative aux applications, dont l’une d’elles est certainement fort peu comme.
- « Le métronome de Maelzel consiste, on le sait, en un pendule à double branche, commandé par un mécanisme d’horlogerie. L’une, inférieure et très courte, porte à son extrémité un poids assez lourd, qui constitue le poids moteur; l’autre, supérieure et plus longue, porte un petit poids qui peut glisser et être arrêté en chaque point voulu, et qui constitue le poids régulateur. Avec ce système, on peut obtenir tel nombre de battements voulu, depuis zéro jusqu’à un maximum n qui dépend de la longueur du pendule inférieur et du moment d’inertie totale. Ce pendule est bien certainement le plus commode pour le but auquel il est destiné, puisque, sous de petites dimensions, il donne tous les battements désirés, sans qu’on ait à doubler ou à dédoubler les indications. Dépouillé de son mécanisme à ressorts, ce pendule à deux branches, convenablement construit sur une échelle un peu grande, peut servir comme un excellent métronome muet; mais il peut servir aussi à d’autres usages.
- « Voici la description du pendule que j’ai construit.
- « La tige est une règle de bois de 0"1,50 de longueur, plate et mince (0m,003 d’épaisseur et 0m,02 de largeur, environ). L’une des extrémités est serrée entre deux dis-
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- LA NATURE.
- LH)
- <pies de plomb égaux, pesant environ 400 grammes, et formant, le poids moteur. A 0m,07 du centre de ces dis-<[ues est adapté un petit axe cylindrique terminé par deux couteaux d’acier qui posent sur deux montants égaux fixés d’équerre sur une planchette. C’est entre ces montants qu'oscille la branche inférieure du pendule. Le poids régulateur consiste en une lame de métal fermée et embrassant, aussi juste que possible, la tige supérieure; cette lame, doublée de drap intérieurement, peut glisser à frottement doux sur la règle. Son poids est tel que, quand elle se trouve à l’extrémité supérieure du pendule, il y a équilibre juste entre les deux branches. L’une des faces de la règle est couverte d’une, bande de papier sur laquelle on trace les divisions.
- « Par celte très courte description, chacun comprendra que, selon la position du poids régulateur, on peut faire battre à ce pendule tel nombre de coups voulus par unité de temps, depuis zéro jusqu’à la limite n. La construction de l’instrument, auquel on peut d’ailleurs donner un aspect élégant, est à la portée de tout menuisier un peu habile. La division seule est la partie, délicate et demande de la patience. Les personnes qui voudront, avec raison peut-être, renoncer au métronome bruyant ordinaire, trouveront dans l’emploi de ce pendule double la manière la plus exacte et la moins coûteuse de marquer les mouvements en musique.
- (( Ce genre de pendule peut servir très utilement lorsqu’on a à faire, sur une machine quelconque, des expériences dans lesquelles on veut varier les vitesses et. les connaître très rapidement sous forme approximative; comme exemple, je cite des expériences dynamométriques sur une machine à vapeur pour laquelle on veut déterminer la vitesse donnant le maximum de rendement. Le pendule étant réglé à un nombre voulu de battements, en ouvrant plus ou moins la valve d’admission, on amène très aisément les coups de piston de la machine à correspondre à ces battements. Ce résultat est beaucoup plus long à obtenir avec une montre à secondes seulement. Dans mes recherches sur la machine à vapeur, je me servais, dans le même but, du pendule ordinaire, auquel je donnais la longueur nécessaire; mais il est beaucoup plus embarrassant. Dans la mécanique appliquée, on trouvera bien des cas où le pendule double pourra faciliter et abréger des expériences. )>
- La théorie complète donnée par M. Hirn indique les précautions indispensables pour la graduation du pendule, et explique pourquoi il existe tant de métronomes fautifs, les constructeurs se donnant rarement la peine de faire les vérifications directes et minutieuses nécessaires à l’exactitude de cette graduation.
- ACTION DE L’HUILE SUR LA MER
- rOÜR CALMER LAGITATION DES VAGUES
- Dans différents articles précédents (Voy. La Nature, numéro du 20 mai et du 29 juillet 1882), nous avons signalé les effets si intéressants qu’on obtient en répandant l’huile à la surface de la mer pour calmer l’agitation des vagues. Une communication récente de M. l’amiral Cloué à l’Académie des sciences (Séance du 6 juin 1887) est venue attirer à nouveau l’attention sur cette question, et montrer qu’il y avait là un auxiliaire, des plus importants pour la navigation, puisque, avec une dépense
- d'huile très minime, on peut arriver à sauver ainsi les navires en détresse et les vies humaines en péril. L’action calmante de l’Imile sur les vagues constitue un phénomène bien constant facile à provoquer, et elle peut s’expliquer peut-être par cette considération que la nappe d’Iuiile se répandant à la surface des eaux, même sous une épaisseur absolument insensible, mettrait en quelque sorte la masse d’eau qu’elle recouvre à l’abri de l’action et du contact du vent, et elle empêche ainsi l’agitation de se communiquer jusqu’à celle-ci. Cette action de l’huile acceptée par les uns, et discutée par les autres, doit être considérée cependant comme un fait des mieux établis, et bien que la chose puisse paraître étrange, elle était connue des anciens auteurs, et il semble qu’elle avait été remarquée depuis très longtemps par les pêcheurs hollandais en particulier, qui allaient chercher la morue dans le voisinage des côtes du Groenland. Ceux-ci devaient y avoir recours sans doute dans les cas de détresse, mais ils évitaient d’en parler aux autres marins, car ils étaient généralement imbus de ce préjugé que l’action de l’huile calmait bien les vagues autour du navire qui la répandait,, mais elle les rendait en même temps plus violentes, en dehors de la nappe ainsi apaisée, et ils craignaient donc d’être accusés, en voulant sauver leur navire, d’avoir causé la perte d’autres vaisseaux voisins dans les mêmes parages. En outre, c’était un fait d’observation connu aussi d’un certain nombre de pêcheurs, que les bancs de poissons se rencontrent toujours sur les points où la mer est calme, car l’huile et les matières grasses qui s’en dégagent remontent à la surface de l’eau et contribuent à calmer l’agitation des vagues. Nous avons trouvé des renseignements très curieux à ce sujet dans un opuscule hollandais publié en 1775 par M. Lelyveld, dont lions avons entre les mains une traduction et qui constitue un Essai sur les moyens de diminuer les dangers de la mer, par l'effusion de l'huile, du goudron ou de toute autre matière flottante, avec des questions proposées sur ce sujet. La traduction française est éditée à Amsterdam chez Marc-Michel Rey en 1776. L’auteur expose « que dans un siècle aussi éclairé, il propose à l’attention particulière de ses compatriotes, comme une chose de la plus grande importance, les moyens de diminuer les dangers de la mer en y répandant de l’huile, du goudron; moyens presque inconnus jusqu’à présent de la plupart des physiciens, que plusieurs regardent même comme incroyables, et qui sûrement méritent d’être examinés de plus près, d’être éclaircis par des expériences purgées de tous préjugés, d’être enfin portés à un degré satisfaisant de certitude, et cela non seulement par les philosophes, mais aussi par les gens de mer. » A cet effet, M. de Lelyveld consulte tous les savants et la plupart des marins de son temps en leur demandant leur opinion sur l’efficacité de l’action de l’huile, et il observe que les pêcheurs l’admettent en général tout en droelamant que c’est un moyen dangereux pour les
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- vaisseaux voisins. M. de Lelvveld voit dans ee préjugé le motif (pii empêche eette action de l’huile d’être plus connue et mieux appréciée, car elle est ignorée en général des marins de commerce.
- Différents passages d’auteurs anciens montrent nettement qu’on avait connaissance de ces procédés dans l’antiquité.
- Pline raconte, en effet, que les plongeurs mettent de l’huile dans leur bouche, et une fois descendus, dans la mer, ils la laissent évacuer peu à peu, les gouttes d’huile montent, aplanissent la surface ridée de l’eau et facilitent ainsi le passage de la lumière (Histoire naturelle, liv. II, ch. cm).
- Pline attribuait aussi à l’effusion du vinaigre la propriété de calmer les trombes marines (ch. xuir, liv. II). Plutarque examine de son côté cette pratique des plongeurs soufflant l’huile (le leur bouche, et demande s’il faut voir là une application de l’idée d’Aristote expliquant l’action calmante parce que « le vent glissant sur une surface lissée et polie n’a point de coup et ainsi ne fait point d’agitation. » Cette action du vent ne pourrait évidemment pas, dit-il, expliquer la meilleure transmission de la lumière au fond de l’eau, et Plutarque cherche à en donner différentes raisons qui ne nous paraissent guère admissibles; « ainsi, dit-il, par exemple, l’huile à cause de sa solidité, fend et sépare l'eau de la mer qui est terrestre et inégale, puis quand elle se resserre et se rassemble, encore demeure-t-il de petits pertuis qui donnent aux yeux de la lumière et transparence. »
- Cette action de l’huile sur la transmission de la lumière au fond de l’eau paraît d’ailleurs bien problématique et aurait besoin d’être établie par de nouvelles recherches. Cependant, d’après les témoignages recueillis par Franklin, cette pratique était encore observée de par les plongeurs dans la Méditerranée. Les pêcheurs des îles Bermudes qui prennent des poissons en les harponnant, jettent aussi de l’huile lorsque la sur-
- face de la mer est trop agitée et les empêche de voir. En ce qui concerne l’action sur les vagues, M. de Lelyveld cite les communications qui lui ont été
- adressées à ce sujet par Franklin, déjà célèbre à cette époque par ses expériences sur l’électricité, et qui paraît le premier physicien ayant étudié la question d’une manière précise. En 1757, se trouvant,dit-il, en voyage sur une flotte composée de 96 bâtiments destinés à l’expédition de Louisbourg, il remarqua que « la lague de deux vaisseaux était singulièrement unie, tandis que celle de tous les autres était fort agitée. » Frappé de cette différence, il en témoigna sa surprise au capitaine du navire qu’il montait, et celui-ci lui répondit: « les cuisiniers auront probablement jeté leurs lavures, c’est ce qui aura un peu graissé les côtés de ces vaisseaux. »
- Etant encore en mer en 1762, dit-il, il observa pour la première fois l’étonnante immobilité de la surface de l’huile au-dessus de l’eau fort agitée dans une lampe suspendue au plancher de sa cabane, et qui oscillait comme un pendule ; la surface de l’huile reste en effet unie et tranquille dans ces conditions, tandis que l’eau au-dessous présente un mouvement d’ondulation très accentué.
- Ces diverses observations frappèrent beaucoup Franklin, qui en cherchait continuellement la raison, en s’étonnant qu’elles ne fussent pas plus connues ; et, se trouvant quelque temps après dans le village de Claphant auprès de Londres, à côté d’un étang dont la surface était ridée par le vent, il jeta la valeur d’une petite cuiller d’huile sur l’eau, et il fut tout surpris de voir que cette petite quantité s’étendait avec une vitesse incroyable, et formait sur l’eau une surface de 150 toises aussi unie qu’une glace. Franklin imagina alors, quand il allait à la campagne, d’avoir une canne de roseau dont il remplissait la cavité supérieure d’huile, afin de pouvoir répéter l’expérience quand l’occasion s’en présenterait, et il le fit toujours avec le même succès.
- de l’huile
- son temps
- Coupe du cylindre distributeur d’huile.
- Fig. 2. — Position du distributeur fermé.
- Fig. 5. — Position du distributeur ouvert.
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- Franklin insiste beaucoup sur l’extension subite que prend Fbuile dans ces expériences. Elle s'amincit, dit-il, peu à peu au point de produire toutes les couleurs du prisme, puis elle continue à s’étendre au loin; il arrive alors qu’elle est complètement invisible, et elle ne se révèle plus que par l’effet qu’elle produit. L’observation de Franklin se trouve bien confirmée par les expériences relatées dans la communication deM. le vice-amiral Cloué. Cet officier rapporte, en effet, <pie sur trente cas dans lesquels la consommation d’buile a été relevée pour un temps déterminé, 17 navires fuyant vent, arrière ont dépensé, en moyenne U,85 par heure, et 11 navires à la cape 2», 70; 2 canots de sauvetage ont dépensé 2‘,75. La
- moyenne générale de la consommation par heure est de 2',20, et 14 navires n’ont pas dépensé plus de O1,66.
- Si on se représente, comme le remarque M. Cloué, un navire fuyant. à la vitesse de 10 nœuds, soit 18 520 mètres en une heure, et couvrant d’buile une bande de cette longueur sur 10 mètres de largeur seulement, en y employant 2',20 d’buile, on arrive à reconnaître que l’épaisseur de ce long ruban d’Imile est d’une fraction de millimètre si infime (1/900 000) que cela dépasse tout ce qu'on peut imaginer. On peut donc, dire que la dépense d’Imile est absolument insignifiante si on la compare à la valeur du matériel préservé.
- pjtr, 4. — Vagues calmées par l’huile autour d’un navire. — Ancien procédé pour répandre l'huile, au moyen de sacs placés à l’avant.
- Pour en revenir a M.ffle Lelyveld, il termine son opuscule, en posant une série de 17 questions ayant trait à l’influence de l’huile, demandant si cette action est la même dans tous les cas, par exemple en présence des brisants, ou seulement des coups de mer, quelle est la durée de cette action, quelle sorte d’huile est préférable, de quel côté faut-il la jeter, quels sont les meilleurs appareils à employer? Y a-t-il préjugé effectivement dans cette opinion que l’effusion de l’huile rend les vagues plus dangereuses pour les autres vaisseaux et qu’elle est nuisible également pour la pêche de certains poissons comme les anguilles? L’auteur offre enfin un prix de 50 ducats ou une médaille, de même valeur à celui qui aura fourni le meilleur ouvrage, les rap-
- ports les plus exacts confirmés par des expériences satisfaisantes sur quelques-uns dé ces articles ou sur tous.
- Le dépôt du mémoire devait être effectué avant le 1er mai 1777; mais il ne semble pas d’ailleurs que le concours ainsi institué ait amené quelques résultats, car la plupart des questions posées attendent encore aujourd’hui leur réponse. On peut dire seulement que l’emploi de l’huile ne doit certainement entraîner aucun danger, car M. de Lelyveld cite plusieurs cas de navires voyageant de conserve, et dont quelques-uns d’entre eux seuls appliquaient le filage de l’huile sans qu’il en résultat aucun inconvénient pour les autres.
- Quant aux appareils employés pour le filage, ce
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- sont généralement des sacs de forte toile à voile de I 10 litres environ de capacité qu’on remplit d’étoupe saturée d’imile. On complète en versant de l’huile par-dessus l’étoupe, et le sac étant fermé solidement, on en perce le fond avec une aiguille à voile, vent arrière; on place un de ces sacs à la traîne de chaque angle de la poupe ; quelquefois aussi on les suspend à l’avant, à chaque bossoir (fig. 4), et le navire, en plongeant et repoussant la mer, étend ainsi la tache d'Iuiile. On verse aussi quelquefois l'huile dans la cuvette de la poulaine de l’avant de chaque hord, et on la laisse déborder. On peut citer également l'emploi des bouées flottantes amarrées sous le beaupré, etc... Aucun de ces procédés anciens ne paraît résoudre la question d’une manière aussi simple et aussi satisfaisante que le cylindre distributeur représenté dans la ligure 1, et dont nous donnons la description d’après le Yacht.
- (lef appareil assure automatiquement, en effet, une distribution d’huile qui se trouve réglée, en quelque sorte, par les vagues elles-mêmes et proportionnée ainsi à la violence et à la hauteur de celles-ci.
- Le navire porte à l’avant un ou deux réservoirs reliés, comme l’indique la figure, par un tuyau coudé avec le cylindre distributeur proprement dit. Celui-ci est attaché verticalement à la carène, soit tout à fait à l’avant ou au bossoir, et posé au-dessous du pont du navire.
- L’huile se rend dans ce cylindre par le tuyau représenté qui peut être fermé à volonté au moyen d’un robinet, et il peut être bon, par les très fortes mers, qu’on puisse appliquer une certaine pression dans le réservoir pour déterminer un écoulement plus rapide du liquide.
- Les figures 2 et 5 donnent la coupe détaillée du distributeur ; on voit que cet appareil comprend deux cylindres E, C, emboîtés l’un dans l’autre, le cylindre intérieur pouvant s’élever ou s’abaisser verticalement dans l’enveloppe extérieure, comme dans un fourreau. Ces deux cylindres sont percés d’un grand nombre de petits trous b' sur le cylindre intérieur, b sur le iourreau. Les diamètres et l’emplacement de ces trous se correspondent exactement, assurant ainsi autant d’orifices d’évacuation lorsqu’ils sont amenés bien en face par suite d’un soulèvement suffisant du cylindre intérieur. Celui-ci est fermé à la partie inférieure et muni à la base I) d’une tige de piston coudée f ijui traverse à frottement doux un orifice ménagé It cet effet au centre de la base du cylindre extérieur.
- A la partie supérieure est interposé un ressort g maintenu en haut par la paroi de l’enveloppe, et qui repousse continuellement le petit cylindre vers le bas ; le tuyau a amenant l’huile débouche en haut à l’intérieur de celui-ci.
- On comprend facilement, d’après cette description, le fonctionnement de l’appareil : au moment où on ouvre le robinet supérieur, l’huile vient se répandre dans le piston intérieur, où elle ne trouve aucune issue, les petits orifices dont la paroi est percée étant
- masqués au repos par la paroi du fourreau extérieur. Au moment où les lames, en se soulevant, viennent recouvrir l’appareil, celui-ci se trouvant plongé dans l’eau, la réaction de l’eau s’exerce sur la tige inférieure, et par suite sur la base du cylindre intérieur dont elle détermine le soulèvement vertical. Celui-ci arrive ainsi au point où ses orifices se trouvent en correspondance avec ceux de l’enveloppe, et l’huile s'écoule librement tant qu’il reste soulevé.
- Dès que les lames d’eau se refirent, le pistou retombe et suspend ainsi automatiquement la distribution d’huile qui reprendra seulement par l’eflél d’une nouvelle lame tant qu’on maintiendra le robinet ouvert. X..., Ingénieur.
- LES PUCES
- Tout le monde connaît les puces; cependant, bien des particularités de leur existence, de leurs mœurs, de leurs métamorphoses et même de leur organisation, ne sont guère connues que des entomologistes; c’est pourquoi nous pensons intéresser les lecteurs de La Nature en les leur faisant connaître.
- Il y a plusieurs espèces de puces qui se nourrissent, les unes sur l’homme et les autres sur quelques espèces d’animaux; nous disons sur quelques espèces d’animaux, car, si presque tous les mammifères et les oiseaux ont des poux ou des parasites plus ou moins analogues, ceux qui ont des puces sont relativement peu nombreux : ce sont, outre l’homme, les carnassiers, chiens, chats, etc. ; les insectivores, chauves-souris, taupes, hérissons, etc. ; les rongeurs, lapins, rats, souris, écureuils, etc., et quelques oiseaux, les pigeons, les poules et les hirondelles, entre autres. Nos grands herbivores domestiques, le cheval, fane, le bœuf, le mouton, la chèvre, n’ont pas de puces et leur odeur les fait fuir ; aussi, pour s'en préserver dans les lieux où elles abondent, n’y a-t-il pas de meilleur moyen que de s’envelopper dans une couverture de cheval qui a servi.
- Chaque espèce animale de celles citées plus haut a sa puce particulière qui lui est spéciale et qui ne l’abandonne pas pour s’acclimater sur une autre. Ainsi on croit généralement que la puce du chien est la même que celle de l’homme et que ce dernier gagne des puces au voisinage de chiens sur lesquels elles pullulent ; c’est une erreur : la puce du chien sautera bien sur l’homme, essayera de le piquer et provoquera des démangeaisons par .son contact et ses mouvements, mais elle ne tarde pas à l’abandonner pour retourner à son habitat normal.
- Toutes les puces, qui constituent le genre Pulex, ont le corps aplati latéralement, caréné supérieurement et inférieurement, ovale, plus ou moins allongé ou arqué, à concavité supérieure, composé d’anneaux imbriqués portant des poils raides épineux, et, chez quelques espèces, des rangées d’épines larges, aplaties, formant peigne.
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- La tète, plus étroite que le thorax qu’elle emboîte cependant supérieurement, est a front arrondi ou plus ou moins saillant et anguleux; de chaque côté on voit l'œil composé d’un petit groupe de facettes, et en arrière l’antenne, composée de trois articles dont le terminal est grand, olivairc et strié transversalement comme s’il était composé d’un grand nombre de segments étroits et empilés. Chaque antenne est couchée dans une fossette et immobile, excepté chez la puce du pigeon où elles se relèvent souvent en forme de corne. Au bord inférieur de la tète se trouve la bouche dont les pièces principales, les maxilles, les mandibules et la languette sont transformés en stylets servant à la ponction ou à la succion (fig. 1,
- / languette, m m mandibules, m x maxilles).
- A côté se voient les palpes (fig. 1, p m palpes maxillaires, p î palpes labiaux.
- Le thorax est composé de trois anneaux qui portent chacun une paire de pattes.
- L’abdomen est composé de sept anneaux; chez la femelle, il est franchement ovale (fig. 5), chez le rnàle l’extrémité se relève et on voit distinctement dans cette région les organes sexuels (fig. 1).
- Les Puces sont des insectes évidemment très voisins des Diptères, et. qu’on peut considérer comme ayant perdu leurs ailes par suite de leur adaptation à la vie parasitaire.
- Comme les Diptères, les Puces sont à métamorphoses complètes, c’est-à-dire que des œufs qu’elles pondent ne sortent pas des individus semblables aux parents, comme cela arrive pour les poux, mais des larves vermiformes qui ont la plus grande analogie avec les larves de Tipules (fig. 2). Ces larves ont une tète rousse, munie d’une paire de petites antennes à deux articles et de mandibules puissantes. Leur corps est composé de treize articles portant chacun un ver-tieille de poils, et se termine par deux crochets presque droits. Ces larves sont très agiles et abondent dans les nids des jeunes chats et des jeunes chiens, aussi bien que dans les rainures des parquets des chambres à coucher, où elles vivent des déjections de leurs parents, constituées par du sang digéré, ce qui avait fait dire à certains naturalistes que les puces nourrissaient leur progéniture en leur dégorgeant du sang. La métamorphose de ces larves en puces adultes s’opère très rapidement et fournit des armées de suceurs qui se renouvellent sans cesse, quelques soins que l’on prenne a en débarrasser les lits ou le corps des animaux; voilà pourquoi, pour tarir la source des puces, il faut détruire ces larves grouillantes, soit au moyen de poudre insecticide que l’on injecte dans les rainures des parquets ou dans les nids et les niches des jeunes chats et des chiens, soit en employant, au lieu de cette poudre, l’eau bouillante ou le flambage, au moyen d’une mèche soufrée et allumée.
- Nous allons décrire quelques espèces de puces pour montrer les principales différences qui séparent ces espèces.
- La puce de l’homme (Pulex irritons, Linné;
- (fîg. 1) a le corps ovale assez court, les téguments brun-roussàfre luisants, portant une rangée de simples poils sur chaque anneau, rangée interrompue sur les flancs. Le mâle (fig. 1) mesure 2 millimètres et demi de long, sur 1 millimètre et demi de large. La femelle a le double de ces dimensions lorsqu’elle est repue; elle pond des œufs qui ont un peu plus d’un demi-millimètre de long, qui roulent par terre dans les fentes du parquet, où les larves éclosent et se transforment en nymphes, puis en insectes par-
- Fig1 1. — Puce (ninltg do l'Iimiimo.
- faits. La durée de ces métamorphoses est d’une vingtaine de jours,
- La puce du chien (Pulex serraticeps, ['. Gervais) (fig. 5) ne se distingue pas à l’œil nu de celle de l’homme, bien qu’en réalité ses téguments soient plus foncés; elle a à peu près les mêmes dimensions; mais avec une forte loupe, ou mieux, un microscope, on distingue des détails d’organisation que ne présente pas la précédente : ce sont des épines mousses et
- noires, rangées comme les dents d’un peigne, au bord inférieur de la tète et au bord postérieur du premier anneau thoracique (prothorax). (\oy. la figure 3 qui représente une femelle de puce de chien et comparez avec la puce humaine représentée figure 1, et qui ne présente pas ces rangées d’épines.)
- L’œuf que pond cette puce est semblable à celui que pond la puce de l’homme, et il en est de même de la larve que l’on trouve en abondance dans les nids des jeunes chiens (fig. 2).
- La puce du chat (Pulex cati, L.) est semblable à celle du chien dont elle ne se distingue que par sa
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- taille plus petite d'un quart, et par les pointes des peignes qui sont aigues au lieu d’être arrondies.
- Les puces des rongeurs et des taupes sont très petites, ne dépassent pas un millimètre de longueur et sont remarquables par la brièveté de leur abdomen, surtout chez le mâle, chez lequel les anneaux semblent confondus sur la ligne dorsale, ce qui fait que l’extrémité postérieure est très relevée. La tête de ces puces ressemble à celle d’une sauterelle par la proéminence anguleuse du front.
- Elles sont plus ou moins aveugles et
- leur couleur est d'un jaune doré. Ces puces ne se communiquent pas aux chiens et aux chats qui font la chasse aux rongeurs, nous ne les avons jamais rencontrées dans leurs poils.
- Les puces des chauves-souris sont remarquables par leur forme allongée et étroite, et par les peignes qu’elles portent sur presque tous les anneaux de leur corps (tig. 4).
- Nous bornerons à ces quelques indications ce que nous voulions dire des puces indigènes, mais il est une espèce exotique qui abonde dans toute l’Amérique centrale dont nous tenons a dire encore quelques mots, à cause de ses mœurs curieuses et des accidents qu’elle peut causer chez les êtres qui sont victimes de ses attaques, car elle n’est pas particulière à l’homme, mais s’adresse aussi aux singes, aux chiens, aux porcs, etc. Nous voulons parler de la Puce pénétrante, ou chique, que les naturalistes ont nommée lihyn-choprion, Dermatophilus, etc
- Fi";. J. — Face femelle du chien.
- La Puce pénétrante (fig. o)est très petite et mesure à peine un millimètre dans sa plus grande longueur, a jeun; aussi pénètre-t-elle facilement, sans qu’on la voie, dans les plus petits interstices des vêtements et des chaussures. Nous en donnons la figure ci-dessus, sans nous étendre sur son organisation qui
- a une grande analogie avec celle des autres puces.
- La femelle fécondée a besoin d’une grande quantité d’aliments pour amener à bien sa progéniture qui se compose d’une centaine d’œufs. Ces œufs ne
- sont pas pondus au fur et à mesure de leur formation, comme chez les autres puces, mais ils se développent tous ensemble dans l’abdomen; c’est pour cela que la puce pénétrante s’introduit sous la peau de l’homme ou des animaux, surtout sous la peau des pieds et sous les ongles, pour sucer le sang ; alors elle grossit insensiblement et atteint en peu de temps le volume d’un pois chiche en provoquant le développement d’une sorte de furoncle ou anthrax dont les conséquences
- peuvent être très dangereuses.C’cst son abdomen seul qui s’est développé ainsi et qui est devenu un sac énorme, blanchâtre, montrant à chacun de ses pôles une petite tache rousse qui n’est autre chose, Fig. I. - Puce ,le chauve-souris. d’une part, que
- l’extrémité antérieure du corps de l’animal, et d’autre part son extrémité postérieure. C’est dans ce sac que sont accumulés les œufs et ils finissent par en sortir et par tomber a terre successivement avec la matière sécrétée par la plaie sous-cutanée, que provoque la présence de la puce pénétrante gonflée, laquelle joue le rôle d’un véritable pois à cautère. Ces plaies, dans les pays chauds qu’habite ce parasite, sont fréquemment suivies d’accidents graves, et on voit souvent des nègres dont les pieds nus ont perdu des doigts par suite de la présence de la puce pénétrante. Les chiens, les chats, les cochons, les brebis et même les ânes, les mulets, les chevaux et les bœufs, sont exposés aux piqûres et aux accidents que cause cette puce, aussi bien que les singes et une foule d’autres animaux sauvages.
- ---— P. Mégnin.
- Fig. 5. — Puce pénétrante.
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- LES ORANGERS EN FRANCE
- Par l’élégance de leur port, la beauté de leur feuillage, la grâce et la suavité de leur Heur, la fraîcheur et les qualités bienfaisantes de leur fruit, les orangers sont classés parmi les plus beaux arbres d’ornement et les plus nobles d’entre les arbres fruitiers.
- La plupart des auteurs anciens ont placé l’origine de ces végétaux aux jardins des Hespérides, situés, d’après ce que rapporte la tradition, à l’occident du mont Atlas, c’est-à-dire dans le nord de l’Afrique, et la fable nous dit que l'enlèvement des pommes d’or desdits jardins était au nombre des douze travaux imposés a Hercule.
- La vérité est que toutes les espèces et variétés qui composent le genre oranger sont étrangères à l’Europe et à l’Afrique ; elles sont toutes originaires des parties chaudes de l’Asie, notamment du midi de la Chine, du Japon et des îles de l’archipel Malais. Quelques parties chaudes de l’Amérique et certaines l’océan Pacifique semblent être aussi la patrie de ces beaux arbres. Mais, grâce à leurs nombreuses qualités appréciées depuis longtemps par l’homme, ils ont été introduits depuis de nombreux siècles dans les contrées de l’Occident; de sorte que leur culture est fort ancienne et leur histoire doit se confondre avec celle de la civilisation. Cette origine asiatique des orangers est aujourd’hui admise par tous les botanistes modernes et se trouve appuyée de nombreux documents relevés dans les explorations faites par divers naturalistes du plus grand mérite1.
- 1 Notamment par Steward cl Brandis, le docteur Brcl-
- Quoi qu’il en soit, l’oranger est aujourd’hui cultivé dans toutes les régions chaudes de l’Asie et du bassin méditerranéen, en Espagne, en Portugal, en France, en Italie, dans le nord de l'Afrique et ça et là dans l’Europe australe. Mais, comme on le sait, grâce aux procédés de cultures forcées des serres et des abris, cette culture s’étend bien davantage vers les régions septentrionales.
- Pour ce qui concerne la France, la culture en pleine terre est toutefois très limitée, elle n’est
- guère possible
- __ .......... .. .. ..(pie sur certains
- points du littoral méditerranéen et que sur une bande très étroite où la température est exceptionnellement douce. Ces principaux centres de production sont, comme on le sait, les environs d’Hyères, de Cannes, de Nice, de Menton, et dans le Roussillon, à partir de Rivesaltes jusqu’à la frontière espagnole, notamment à Perpignan , Argelès-sur-Mer, Col-lioure, Port-Ven-dres et Banyuls.
- Le littoral corse se prête aussi à la culture des orangers.
- En dehors de France, on sait que la culture de ces précieux arbres atteint ui;e grande importance dans tout le sud de l’Espagne, notamment aux environs de Barcelone, de Valence, de Cadix, de Carthagène, etc.; en Algérie, aux environs d’Alger, de Blidah et d’Oran ; en Italie, aux environs de Naples, et en Sardaigne.
- On comprend que nous ne pouvons faire ici une histoire détaillée du groupe oranger ; outre que ce ne serait pas le lieu, notre intention est aussi plus modeste ; nous désirons seulement exposer aussi succinctement que possible ce qui est nécessaire pour
- schneider, sir Joseph Hookcr, ltoxburgh, Seemann, Lour-ciro, etc.
- Le grand oranger de Collioure. (D'après une photographie).
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- LA A ATI UK.
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- donner une idée de ee qu'est cet intéressant groupe de végétaux.
- Suivant les botanistes, le genre oranger, en latin 67-trus, a été classé dans la famille des llespéridées ou des Auraittiacées ou même dans celle des Rutacées. Mais, comme c'est 1(' cas général après un nombre aussi considérable de sièelesde culture, les botanistes classificateurs se sont trouvés en présence d’espèces et de variétés s'éloignant plus ou moins les unes des autres, difficilement, rattaebables à des tvpes bien déterminés, et partant d'une classification fort difficile (ju'était venue encore augmenter une longue période de reproduction par bouture ou par greffe. Les beaux travaux de (billesio, botaniste italien du commencement du siècle (1811 ), de Kisso et Poitcau, botanistes français (1818). montrent cette difficulté.
- Ce n’est guère que d'après les observations des naturalistes voyageurs qui ont pu observer dans les pays d’origine les types sauvages, que l’on est arrivé k avoir des bases un peu solides pour classer les nombreuses variétés de ce beau genre. Aujourd'hui les botanistes modernes sont à peu près d’accord pour admettre les espèces suivantes dans le genre oranger ou citrus :
- 1° L’Oranger vrai, Citrus aurantium, Kisso.
- 2° Le bigaradier. Citrus Bigaradia, Kisso.
- 5° Le Bergamotier, Citrus Bergamia, Kisso.
- 4° Le Limctier, Citrus Limetta, Kisso.
- 5° Les Pamplemousses, Citrus decumana, Wild.
- 6° Les Lumies, Citrus Lumia, Kisso.
- 7° Le Citrus limonium, Kisso, vulg. Citronnier.
- 8° Le Citrus medica, Kisso, vulg. Cédratier.
- Nous allons parler spécialement de l'oranger ordinaire; 0. franc; 0. à fruits doux (Citrus aurantium, Kisso).
- Les orangers sont le plus souvent des arbrisseaux de 5 à o mètres de hauteur, à cime étalée arrondie, très développée par rapport à l’arbre. L’écorce est gris cendré et reste lisse pendant toute la durée du végétal. Celle des jeunes rameaux est verte ou vert grisâtre. Suivant les variétés les ramilles sont épineuses ou inermes. Les feuilles sont alternes,coriaces, glanduleuses, entières ou légèrement dentées, à forme ovale, ou ovales lancéolées, le plus souvent accompagnées de deux oreillettes foliacées arrondies au sommet des pétales qui tiennent lieu de deux folioles incomplètement développées. Les feuilles des orangers sont portées sur des coussinets très développés qui rendent les rameaux noueux ou anguleux. Elles sont luisantes et glabres et persistent plusieurs années sur l’arbre.
- L’inflorescence est axillaire ou terminale, les Heurs sont le plus souvent disposées en petites grappes ou même en corymbe; elles sont d’un blanc pur, et odorantes, suaves. Le calice est gamosépale à 5 dents, la corolle a aussi ordinairement 5 pétales plus ou moins unis entre eux; étamines hypogynesen nombre très variable (de 20 à 60), tantôt libres, tantôt soudées en plusieurs faisceaux. Le réceptacle est convexe et porte un disque glanduleux sur lequel s’in-
- sèrent les éléments de la fleur. Les anthères sont à 4 lobes et a déhiscence longitudinale. L'ovaire est libre, suspère et arrondi; il comprend un grand nombre de loges dans l’angle interne de chacune desquelles il y a de 4 à 8 ovules descendants, anatropes, disposés sur deux séries. Les graines sont ovoïdes, pointues aux deux bouts, à épisperme blanc jaunâtre non adhérent, à raphé très développé et contiennent 1-5 embryons; les cotylédons sont charnus, amylacés.
- Le fruit appelé orange est une drupe charnue, arrondie, ovale ou oblongue, à surface [dus ou moins lisse ou raboteuse et d'un jaune plus ou moins rougeâtre. Le fruit est divisé en un nombre de loges moindre que dans l’ovaire, ordinairement de 8 à 12; chacune des loges, à parois très minces, pellueide. contient les graines, quand il y en a, et une pulpe spéeiale formée de grosses cellules ovoïdes ou en forme de bouteille, renfermant un suc sucré légèrement acidulé très agréable.
- L’écorce, qui comprend l’épicarpc et le mésocarpe, est. suivant les variétés, plus ou moins adhérente aux loges. Le mésocarpe est blanc, spongieux, à saveur douce et légèrement amère; l’épicarpe estjaune-rougeàtre et contient de nombreuses vacuoles ou poches sphériques faisant saillie au dehors et remplies d’une huile essentielle volatile très odorante ; cet U* essence examinée au microscope apparaît sous forme de gouttelettes rondes jaune-verdàtre; toutes les cellules de l’enveloppe semblent jouir de la propriété de sécréter ce principe.
- La germination se fait dix à quinze jours après la mise en terre et le jeune oranger apparaît avec deux petites feuilles primordiales elliptiques ou ovales lancéolées.
- La croissance de l’oranger est lente, même dans les meilleures circonstances. Sa longévité est considérable, il vit facilement plusieurs siècles, même dans nos serres oîi il est cependant dans des conditions peu favorables. Les individus de 200 à 500 ans dans les orangeries de Versailles, des Tuileries, du Luxembourg et du Muséum ne sont pas rares.
- Malgré sa grande longévité, l’oranger n’atteint pas de grandes dimensions; le plus souvent il ne dépasse pas 5 à 8 mètres; ce n’est qu'exceptionnellement qu’il peut atteindre 15 a 18 mètres de hauteur. Celui que nous représentons d’après une photographie et qui se trouve dans le jardin de M. Portai, à Collioure, et qui est très probablement le plus beau qui existe en France, mesure actuellement près de 11 mètres de hauteur sur lm,80 de circonférence a 1 mètre du sol. Il produit tous les ans plusieurs milliers d’oranges (jusqu’à 4000) de la variété ordinaire, rondes, jaunes et petites, mais excellentes. On remarque aussi chez M. Portai et chez scs voisins une douzaine d’autres orangers également très beaux.
- Le bois de l’oranger est blanc-jaunàtre ou blanc légèrement verdâtre, prenant une teinte grisâtre au centre, de manière a lui donner un aspect plus ou moins marbré.
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- LA A AT U II K.
- Les rayons médullaires sonl. très petits, égaux, les vaisseaux sont disposés dans la couche annuelle par petits groupes de 2 h 5 et apparaissent sur la tranche sous l'orme de petites ponctuations blanches. C est un bois lourd à grain lin et susceptible de prendre un beau poli; il est recherché pour fabriquer de menus objets en ébénisterie et en marqueterie. Dans l’antiquité le bois des orangers et des citronniers était particulièrement estimé des Romains pour la fabrication des meubles de luxe qui atteignaient parfois des valeurs énormes. Martial rapporte ipie des tables ont été achetées au poids de l’or.
- On fait aussi avec les jeunes liges des orangers des cannes, des manches de parapluies et d’outils.
- Les orangers, comme on le sait, ont de nombreux emplois, ils sont recherchés en ornementation et tout le monde connaît les nombreuses qualités de leurs fruits ; leurs Heurs, par leur suavité, fournissent des essences pour la parfumerie, notamment l’essence appelée néroli, d’un si grand emploi; elles jouissent de propriétés cordiales et céphaliques et sont employées en médecine; on extrait aussi l’huile essentielle contenue dans l’écorce ; la plus estimée est celle provenant de la bergamote. IL Mouiliæfeut,
- Professeur à l'Ecole îmlionale de Grignon.
- CHRONIQUE
- Fers & cheval. — M. Paul Robert, dans une récente communication à la Société d’encouragement, a fait la critique du ferrage à chaud, ainsi que des fers à cheval employés actuellement, et fait connaître ses nouveaux fers et sa méthode de ferrage à froid. Ces fers se distinguent des autres, en ce que la face inférieure a une rainure profonde, parallèle à chacune des mamelles. Leurs avantages sont les suivants : 1° Par suite du procédé spécial de préparation de la matière première et des soins apportés à la fabrication, ces fers durent beaucoup plus longtemps que les autres. 2U Au fond des rainures sont percés les trous des clous; la rainure elle-même est destinée à encastrer complètement la tète des clous. Par suite de celte disposition, ces derniers n’ont aucun frottement sur le sol et le fer reste très longtemps sans avoir besoin d’être raffermi. 5° Ils ne se cassent jamais et peuvent s’user jusqu’à une très petite épaisseur. 4° Ils ne se fendent pas, les trous étant percés dans de très bonnes conditions. o° Leur malléabilité est si grande que les fers dont la rive interne est taillée en biseau sent spécialement destinés au ferrage à froid. 6“ Tous les fers de même modèle et du même numéro sont exactement du même poids, ce qui empêche de ferrer plus lourdement d’un côté que de l’autre. 7° Enfin, par suite de leur durée,leur emploi réalise une notable économie à la lin de l’année.
- Oies sauvages tuées par la foudre. — Sous n’avons jamais entendu parler d’oiseaux atteints par la fondre au cours de leur vol. Il semble même que l’absence de toute communication avec le sol devrait les mettre, dans une certaine mesure, à l’abri de pareil accident. Le fait vient cependant d’être constaté par M. Burch, aux Etats-Unis, et signalé par le Cosmos. Pendant un orage, il vit passer un vol d’oies sauvages; tandis qu’il les examinait, un violent éclair se produisit et
- jeta le désordre dans la bande, dont six oiseaux tombèrent tués sur le sol. M. Burch a ramassé l’un de ces oiseaux.
- L’eau «le la Seine. — D’après une curieuse statistique, il a été retiré de la Seine, dans la traversée de Paris, pendant l’année 1886 : 2021 chiens, 977 chats, 2257 rats, 507 poulets et canards, 3066 kilogrammes d’abats de viande, 210 lapins ou lièvres, 10 moulons,
- 2 poulains, 66 cochons de lait, 5 porcs, 27 oies, 27 dindons, 2 veaux, 3 singes, 8 chèvres, 1 serpent, 2 écureuils, 3 porcs-épics, 1 perroquet, 600 oiseaux divers,
- 3 renards, 130 pigeons ou perdreaux, 3 hérissons, des paons et 1 phoque.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 juillet 1887. — Présidence de M. J.mstx.
- Élections. — Séance très courte à laquelle assistent seulement 41 membres comme en témoignent les chiffres du scrutin ouvert pour élire un successeur à M. Yulpian, dans les fonctions de secrétaire perpétuel. Sur ce nombre 59 choisissent M. Pasteur, tandis que 2 déposent dans l’urne des billets blancs. Il y avait aussi à pourvoir à une place de correspondant vacante dans les sections d’anatomie et zoologie; mais on n’a pu réunir cette fois que 51 bulletins. La section ayant présenté : en première ligne, M. Cotteau, et en deuxième ligne, MM. Marion et Sabatlier, M. Cotteau est élu par 29 voix contre 2 données à M. Marion. L’Académie ne pouvait faire un meilleur choix, et elle s’honore grandement en s’adjoignant le célèbre paléontologiste d’Auxerre.
- Une pierre dans un grêlon. — A plusieurs reprises on a déjà noté la présence de matières solides dans l’eau de fusion de la neige et de la grêle; mais jamais on n’a constaté encore la présence dans un grêlon d’une pierre pesant 2 grammes! C’est pourtant la découverte que M. Gaston Tissandier signale aujourd’hui et qu’il a faite à l’aide de matériaux qui lui ont été envoyés de Tarbes par M. II. Sudre, professeur à l’École normale de cette ville. Ce qui ajoute à l’intérêt de cette trouvaille, c’est que le minéral inclus dans le grêlon étudié et qui, de forme oblongue, avait la grosseur du pouce, est évidemment travaillé : c’est un disque circulaire, blanc et laiteux, de 15 millimètres de diamètre et de 5 millimètres de hauteur. Quant à la matière qui le compose, M. G. Tissandier n’a pu l’analyser, M. Sudre ayant demandé qu’on ne l’endommageât pas ; mais ses caractères semblent indiquer à l’auteur qu’elle consiste en gypse ou sulfate de chaux hydraté : elle est facile à rayer, non attaquable par les acides et présente une densité de 2,5. La chute de cette singulière substance a eu lieu le lundi 20 juin dernier vers 4 heures du soir, pendant un violent orage, et c’est M. Yimard, imprimeur à Tarbes, qui l’a recueillie près de sa maison. Sans doute le fragment pierreux aura été enlevé de terre par une trombe, et porté dans un nuage orageux; il sera devenu un centre d’attraction pour les éléments glacés du grêlon.
- Physique. — Dans une note présentée par M. Mascart, M. Yiolle compare la quantité de chaleur émise à la même température de 1500 degrés environ par le platine et par l’argent. Le résultat, c’est que le platine émet 54 fois plus de, chaleur que l’argent, et sensiblement 1000 fois plus de lumière. Il y a là un ordre de recherches tout nou-
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- veau et fort intéressant. L’auteur se propose de l’étendre à l’étude comparative de toutes les radiations du spectre.
- Géologie du cap Horn. — C’est comme suite aux études déjà publiées par la Mission du cap Horn que M. Frouqué dépose un volume relatif à la géologie de la Terre de feu. Aux documents rapportés par les missionnaires français, l’auteur a pu joindre des échantillons recueillis antérieurement par des explorateurs italiens et son travail est ainsi très complet. Un caractère fort intéressant des roches dont il s’agit est leur grande uniformité et la présence de l’amphibole dans la plupart d'entre elles, qu’il s’agisse de roches cristallines ou de schistes métamorphiques probablement cambriens.
- Varia. — On annonce la mort subite, le 15 juillet, de M. Alfred Terquem, correspondant de l'Académie et professeur à la Faculté des sciences de Lille. Ce physicien
- très distingué était le fils d’Ülrv Terquem, célèbre géologue et paléontologiste, mort il y a quelques semaines à l’âge de quatre-vingt-neuf ans et qui, jusqu’à la fin de sa longue carrière, a donné à tous ceux qui l’ont connu le spectacle du travail opiniâtre et de l’ardent amour de la science. — M. Boiteau poursuit ses études relatives au phylloxéra et aux moyens qui lui sont opposés. — La terminaison des nerfs moteurs occupe M. Rouget. — M. Ma-rey applique ses procédés d’étude à la marche du cheval et à celle de l’éléphant. — Un nouveau volume de M. Grand’Eury sur le terrain houiller est déposé par M. Hébert. — M. Yenukoff décrit un tremblement de terre qui, à la fin de l’an dernier, a fait 800 victimes dans le sud de la Sibérie. — Un ensemble de travaux dù au corps des topographes militaires russes est offert par AL le général Perrier. Stanislas Meunier.
- Nouveau moulin à barbe avec lequel on peut raser soixante personnes en une minute. (Fac-similé réduit d’une caricature du dix-huitième siècle.) Collection de M. Gaston Tissandier.
- LÀ PETITE MÉCANIQUE
- AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
- On se ligure parfois qu’avant le règne de la vapeur les machines n’étaient pas en très grand nombre et préoccupaient fort peu les esprits. Assurément, il n’y avait pas autrefois les mécanismes multiples que l’on rencontre partout aujourd’hui, mais les machines de toute sorte, et même celles qui s’adressent aux usages de la vie domestique ne manquaient pas. Nous en prendrons comme témoignage la caricature ci-dessus qui tourne en dérision les constructeurs d’appareils domestiques : c’est un moulin à barbe avec lequel on peut raser et coeffer (sic) soixante personnes en une minute. La gravure ori-• ginale est trois fois plus grande que notre reproduction : c’est une pièce rare pour les amateurs de
- vieilles estampes ; elle nous parait être du commencement du règne de Louis XVI.
- La caricature parle d’elle-même et n’a pas besoin d’être expliquée ; nous ne reproduirons pas la longue légende qui accompagne l’original ; nous nous bornerons 'a ajouter que l’inventeur annonce qu’il prépare une nouvelle machine à faire les perruques.
- On voit que l’appareil est mis en mouvement par un cheval attelé à un manège : on ne connaissait guère alors d’autres moteurs que les moteurs animés, et l’artiste, qui était de son temps, ne pouvait en imaginer d’autres.
- L’estampe que nous signalons porte l’indication suivante : Se vend à Liège, chez le sieur Bourguignon, libraire, au Livre d'or, en Neuvice.
- Le propnélaire-yérant : G. Tissandjëk.
- Imprimerie A. Lalture, U, rue de Fleuras, à Paris.
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- iN° 751». — 50 JUJLLIiT J 88 7
- LA N A T l! HE.
- 12‘J
- L.-V TÉLÉGRAPHIE S.\NS FIL CONDUCTEUR
- Le monde entier est aujour<niui sillonné de fils métalliques destinés à desservir les appareils télégraphiques et téléphoniques. Les iils qui traversent
- les mers, courent sur les continents, passant dans les contrées sauvages comme dans les pays civilisés, sont devenus indispensables à notre existence, et leur nombre tend à s’accroître de jour en jour. Nous ne prétendons pas prouver ici qu’ils sont devenus inutiles pour la transmission des dépêches, et
- Fig. 1. — Bas-relief de la colonne Trajanc représentant les postes de télégraphie optique’des Romains. (D’après le moulage]
- du Musée de Saint-Germain).
- qu'on va, en les supprimant à l’avenir, économiser le capital considérable que nécessitent leur pose et leur entretien.
- In tel résultat n’est pas encore réalisable avec l’état actuel de nos connaissances scientifiques ; mais, sans aller si loin, la 'question paraît intéressante à plusieurs {joints de vue; car en supposant que l’installation d’un fil métallique reste toujours le seul moyen d’assurer d’une façon constants et certaine la correspondance entre deux points éloignés, il y a bien des cas où cette installation ne peut se faire, soit parce qu’elle est matériellement impossible, soit parce que le trafic des dépêches échangées entre les deux stations
- 1.He anmift. — 2e semestre.
- ne serait (tas suffisant pour compenser la dépense. C’est alors qu’un autre mode de correspondance doit
- être recherché. Aussi des expériences ont-elles été souvent faites dans cette voie. Des résultats importants ont déjà été donnés par les signaux optiques; d'autres, très intéressants, ont été obtenus par les signaux acoustiques et électriques. Enfin, des tentatives ont été faites pour enregistrer les signaux, soit au départ, soit à l’arrivée, comme cela a lieu avec le télégraphe à fil conducteur.
- Ce sont ces expériences et ces résultats que nous croyons utile de résumer et de faire connaître, pensant que ce modeste travail facilitera la tache à ceux
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- Fig'. 2. — Télégraphe optique de Kessler. (D’après l’ouvrage de l'abbe Chappe.)
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- qui s’occupent de cette question, en leur permettant de suivre la voie des perfectionnements sans retomber sur les écueils contre lesquels on s’est buté jusqu’ici.
- Nous diviserons en trois classes les moyens employés pour correspondre entre deux stations non reliées par un iil métallique; 1° les signaux optiques; 2° les signaux acoustiques; 5° les signaux électriques.
- Signaux optiques, — Les signaux optiques paraissent avoir été employés de tout temps par les hommes. D’après la tradition, aux époques les plus reculées de l’histoire du monde, c’est au moyen de feux allumés sur les hauteurs qu’ils se communiquaient les événements importants, et certains auteurs prétendent même que la tour de Babel n’était pas destinée à autre chose qu’à faire des signaux optiques. Nous trouvons ensuite chez les historiens de l’antiquité des preuves certaines de l’existence d’une véritable télégraphie ou plutôt télélogie optique à leur époque. Passons-les rapidement en revue1. Eschyle, qui vivait 450 ans avant Jésus-Christ, décrit dans sa tragédie d’Agamemnon une ligne de signaux optiques au moyen de laquelle Clytemncstre apprend la prise de Troie. A ceux qui lui demandent comment elle a pu savoir si tôt cette nouvelle, elle répond ; « C’est Vulcain par ses feux allumés sur l’Ida; de fanal en fanal la flamme messagère a volé jusqu’ici...;» et l’auteur énumère toutes les stations où son imagination se plaît à supposer des postes optiques : du mont IdaàLemnos, de cette île au sommet du mont Athos, etc. Mais ce qu’il ne nous dit pas, c’est comment on interprétait la signification des feux. Plus tard, nous sommes mieux renseignés par l’historien Polvbe qui écrivait 200 ans avant notre ère. 11 donne la description d’un système inventé par Æneas un siècle auparavant pour transmettre des signaux phrasiques. Cela consistait à faire écouler une quantité d’eau égale de deux vases placés aux deux stations qui désiraient communiquer entre elles. Pour cela on débouchait les orifices d’écoulement au moment où était démasquée la lumière d’une torche, et on les rebouchait aussitôt que celle-ci disparaissait. La tige d’un llotteur placé dans les vases s’était alors abaissée de la même quantité aux deux stations et, comme cette tige portait des divisions sur lesquelles étaient écrites des phrases convenues, ou pouvait obtenir l’indication de la même phrase sur les deux flotteurs au moyen d’un index fixe placé sur les bords des vases. Ce système, bien primitif, était intéressant à rappeler parce qu’il est le premier des télégraphes basés sur le synchronisme. Mais Polybe lui-même le trouve insuffisant et, comprenant tout l’intérêt qu’il y a à pouvoir transmettre des phrases quelconques, il imagine les signaux alphabétiques. À cet effet, il disposait les lettres de l’alphabet par
- 1 Une grande partie des documents historiques est empruntée à l’Histoire de la télégraphie, par Chappe l’aîné. — Paris, 1824.
- cases placées sur cinq rangs, et au moyen de torches variant en nombre et en position, il indiquait d’abord la. rangée et ensuite la case où se trouvait la lettre désignée. Ce qui prouve du reste que les signaux lumineux étaient employés chez les Grecs, c’est que leur langue renferme une quantité de mots relatifs aux feux, à l'endroit où ils ont lieu, aux signaux, à ceux qui les observent ou les transmettent (cj/apoç, ©puxTwptov, cppoxxwpéw, cppoxTwpla, ï»pu-xxtopô;, etc.,).
- D’après un mémoire publié à la Bibliothèque britannique, les empereurs romains avaient relié par des postes optiques tout le pays soumis à leur domination, et le réseau ainsi formé n’avait pas moins de 5000 lieues de développement. C’est à cette époque que doivent remonter probablement beaucoup de monuments élevés et de tours qu’on trouve ça et là dans notre pays, et notamment les buttes de la vallée de la Loire qui ont été étudiées par notre collaborateur M. le commandant de Rochas1.
- Le plus ancien document irréfutable qui existe se trouve sur la colonne Trajane, érigée au commencement du deuxième siècle de notre ère. Le moulage qu’on en possède au musée de Saint-Ger-main-en-Laye nous a permis de représenter d’après nature cet antique poste télégraphique. C’est, comme on le voit (fig. 1), une tour carrée entourée d’une palissade ; par une fenêtre percée à la partie supérieure sort une torche fixée au bout d’une perche.
- Les signaux optiques semblent avoir été peu employés [tendant le moyen âge et, dans tous les cas, ils ne se sont pas perfectionnés pendant cette période. Mais, à partir du seizième siècle, les savants tels que Jean-Baptiste Porta, le père Kircher, Kessler, Robert Ilooke, Amontons, se sont occupés de la question, et quelques-uns d’entre eux ont approché de très [très des systèmes actuellement employés. Kessler, par exemple, avait imaginé de placer une lampe dans un tonneau défoncé par un bout et au fond duquel se trouvait un miroir réflecteur. Devant le bout ouvert il mettait une trappe qui, en se levant et s’abaissant, faisait apparaître ou disparaître la lumière. Rien ne se rapproche le plus de nos appareils actuels ; aussi nous avons voulu reproduire, d’après l’ouvrage de Chappe, le curieux appareil télégraphique proposé par Kessler (fig. 2). On voit sur l’arrière du tonneau un cercle qui portait probablement un tube servant à viser le poste correspondant. A droite de la gravure se trouve le détail de la trappe. Mais ce qui rendait ce système peu pratique, c’était le mode de transmission ; car l’inventeur n’avait rien trouvé de mieux pour désigner chaque lettre que de faire une série d’éclats indiquant son rang dans l’alphabet. Robert Ilooke présenta un siècle plus tard, en 1684, à la Société royale de Londres, un système alphabétique mieux compris. Il employait des panneaux peints en noir
- 1 Les buttes et la télégraphie optique, par le eouunan-daiit de Rochas. — ]>e Reyval, Mois, 1886.
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- et qu’on élevait en l'air; en changeant leurs positions respectives il obtenait une série de combinaisons qui lui permettaient de désigner tontes les lettres de l’alphabet et certaines phrases usuelles.-Pendant la nuit on remplaçait les panneaux par des lanternes. Ce système ne parait pas avoir été employé, pas plus que ceux imaginés plus tard par Àmontons (1600) qui semble être le premier à se servir de la longue-vue [tour distinguer les signaux ; par Marcel, Dupuis, Linguet, bergtrasser et autres, qui tous employaient le système alphabétique reposant sur des combinaisons obtenues par les différentes positions de corps opaques pendant le jour et de lanternes pendant la nuit. Ce n’est qu’on mars 1702 que Claude Chappe présenta à l’Assemblée nationale un télégraphe basé sur le même principe, mais bien étudié dans tous ses détails, et qu’il fut autorisé à installer l’année suivante. Il est intéressant de rappeler qu’auparavant, Chappe avait imaginé un télégraphe basé sur le synchronisme, qui est peu connu et qui rappelle celui d’Æneas. Il se servait de deux cadrans divisés en dix parties numérotées de 1 à 10. Les aiguilles de chaque cadran, mues par un mouvement d’horlogerie accomplissaient leur révolution dans le môme temps. Lorsqu’à l’un des postes on faisait un signal optique, le correspondant regardait l’indication donnée par son aiguille à ce moment, et, si la concordance était parfaite, le même chiffre était indiqué à la fois aux deux stations. On arrivait ainsi à transmettre des nombres quelconques qui correspondaient aux mots d’un vocabulaire. Les frères Chappe purent ainsi faire passer des dépêches à 5 lieues de distance ainsi que le constate un procès-verbal du 2 mars 171)1, rédigé par les notables de la commune de Porcé (Sarthe). Mais le synchronisme ne pouvait être parfait, et au bout de peu de temps la correspondance devait être impossible. C’est probablement ce qui lit que Chappe abandonna ce système pour revenir à celui de signaux faits au moyen de corps opaques. Son télégraphe est trop connu pour que nous en donnions une description même succincte. La première ligne installée fut celle de Paris à Lille en 171)4; les lignes du Midi ne furent construites qu’en 1825. 11 fonctionna d’une façon régulière non seulement en France, mais à l’étranger où plusieurs appareils du même genre avaient été imaginés pour le remplacer, mais sans beaucoup de succès, car l’Angleterre, le Danemark, la Turquie, etc., demandèrent au gouvernement français des modèles de ses appareils.
- Plusieurs tentatives ont été laites pour rendre les signaux visibles la nuit. Un savant Suédois, Kndel-rantz, a fait en 1794 un travail intéressant sur les formes, les couleurs et les distances qui convenaient le mieux aux télégraphes. Il se servait de lanternes et d’un télescope pour observer leur position. Monge en 1798 avait aussi fait des recherches dans ce sens, et une machine imaginée par lui fut même installée sur les Tuileries. Chappe avait du reste lui-mèmc
- placé des lanternes aux extrémités des bras de son appareil, mais les résultats n’étaient pas satisfaisants. Lorsque Napoléon projeta sa descente en Angleterre et lui demanda les moyens d’établir une communication par-dessus la Manche, il fut amené à essayer des lampes à huile avec des réflecteurs paraboliques de 45 centimètres d’ouverture; et en 1822 il installait ces lampes, mais avec des réflecteurs plus petits sur l'appareil qui reliait Montmartre à l’Hôtel des postes.
- Plusieurs autres inventeurs essayèrent aussi des combinaisons de signaux avec des lanternes, mais sans résultat satisfaisant; à une certaine distance les différents points lumineux se confondent en un seul et on ne distingue [dus nettement la combinaison qu’ils doivent indiquer. Il est assez curieux de voir que de tous ces hommes distingués qui s’occupaient de la question de signaux de nuit, aucun n’eut l’idée de simplifier les appareils en employant une seule lampe et en basant les signaux sur la combinaison d’éclats d’une durée plus ou moins grande. Les idées les plus simples ne sont pas toujours celles qui viennent les premières à l’esprit des inventeurs.
- 11 fallut l’invention du télégraphe électrique pour que Morse imaginât l’alphabet qui porte son nom et qui est devenu rapidement d’un usage universel en télégraphie.
- Mais c’est précisément à l’apparition de cet alphabet, nouveau que la télégraphie optique disparaît, détrônée peu à pou par sa rivale qui la remplace bientôt presque complètement, et il faut le dire, avec le plus grand succès et pour le plus grand bien de tous. G. Mareschal.
- — A suivre. —
- HOULLE DE L’AFRIQUE ÉQUATORIALE
- ou « café du soudain )) (Par Ida biglobosa)
- Il est des végétaux précieux sur tous les continents. L’Europe civilisée ne les compte plus1: elle en a enrichi son sol en les empruntant aux deux hémisphères. La mystérieuse Afrique en est non moins largement et spontanément dotée que la jeune Amérique et la vieille terre asiatique. Cette dernière nous a donné la plupart des meilleurs fruits de nos
- Déjà nous avons montré2 de quelle utilité, dans la zone tropicale africaine, est l’arbre à beurre ou Karité (Butijrospermum Parkii, Kotse) ; on sait aussi à quel culte est voué le Gourou (Sterculia acumi-nata, Pal. Beauv.) dans les mêmes régions. Mais ce n’est pas tout, et la grande famille des Légumineuses, dont les représentants nombreux encombrent ce continent, fournit, elle aussi, aux nègres indi-
- 1 Dans ce nombre, il faut placer les céréales et les arbres fruitiers, notamment b: châtaignier qui pousse spontanément et joue un rôle si important dans l’alimentation populaire.
- - La Nature, 1885.
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- LA NATURE.
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- gènes une panacée qui leur est presque aussi indispensable que le Gourou ou les produits du Baobab (Adansonia digitata), autre arbre précieux certainement le plus répandu dans la région torride africaine.
- Cette Légumincuse, encore peu connue dans le monde civilisé, a été baptisée scientifiquement par Bentham sous le nom de Parkia biglobosa ; les nègres lui donnent des noms fort différents et variables selon les tribus: Houlle chez les Ouoloffs ; Nété chez les Mandingues; Néré en Cazamancc (langage Nalou) ; Rounuo dans le Bornou ; Doroa dans le llaoussa, Nérétou dans le Haut-Fleuve (Sénégal) et dans le Soudan, etc... Elle joue, sur le vieux continent mystérieux, le rôle que les Alyaroba (aux gousses succulentes aussi) remplissent dans lu jeune Amérique. Du reste c’est une règle assez commune que de trouver dans la famille des Légumineuses, et notamment dans la section des Mimosées, des plantes dont les gousses sont alimentaires : les exemples de ces faits abondent. En ce qui concerne la région méditerranéenne, il suffit de citer le classique Caroubier (Ceralonia siliqua) qui est aussi de nationalité africaine, mais qui lait défaut dans la région chaude de ce continent.
- Dans toute la zone tropicale africaine, les indigènes consomment avec délices la pulpe sucrée et la graine contenues dans la gousse du Houlle. Accommodés de différentes manières suivant les tribus et d’après les latitudes, ces deux produits y constituent une véritable panacée. La pulpe se consomme en nature ou en boisson fermentée après avoir été délayée dans l’eau : quant aux graines, après ou sans torréfaction préalable, elles servent a donner une infusion théiforme (de là le nom de Café du Soudan, très impropre du reste'),
- 1 On donne mal à propos le nom de Café nègre à la semence torréfiée du Cassia occidentalis L., vulgo M’benla-mare ou Fedogosa très abondant en Afrique, en Asie et en Amérique. Celui de Café du Soudan est partagé par le produit qui nous occupe ici aussi bien que par le Slerculia acu-minala Pal. lieauv., dont la graine désignée encore sous le nom de Gourou ou de Kola mérite seule cette dénomination, car elle se rapproche fort par sa constitution de celle du vrai café. En Amérique, les mêmes erreurs se produisent, car ou donne le nom de Coffee tree aux graines du Chicot du Canada (Gymnocladus Canadensis, LK.) qui n'ont rien de commun par leur composition avec le fruit des Coffea.
- ou bien à fournir, après avoir subi une fermentation dans l’eau, un condiment national, nommé en certains lieux Kinda, qui se mêle au riz cuit et aux viandes apprêtées. Cette préparation revêt le plus souvent la forme pâteuse ou de farine cohérente ; mais, pour en rendre le transport plus facile dans certains points du centre africain où le commerce en est très actif, on en fait par pression des tablettes analogues à celles de notre chocolat.
- Ces deux produits étant fort peu connus en Europe, il nous a paru intéressant d’en donner la description et l’analyse chimique. Nous dirons peu de chose du végétal qui a suffisamment occupé les botanistes.
- Le Houlle (Parkia biglobosa, Bentli.) est un grand arbre de 12 à 15 mètres de haut, à écorce grise,
- très rameux et à feuillage élégant. Les feuilles, composées, bipennées (fig. 7), ont 50 paires de folioles, linéaires, obtuses, d’un vert grisâtre. L’inllorescencc est des plus agréables à l'œil. « Les Heurs, disent les auteurs du Floræ Sene-gambiæ tentamen, forment des boules d’un rouge éclatant, rétrécies à la base et semblables aux pompons de nos grenadiers (fig. 8). » Le support de ce pompon ne se compose que de fleurs mâles. Les fruits qui succèdent à ces fleurs sont supportés par un réceptacle en massue. Ce sont de fortes gousses qui, à maturité mesurent 0n,,55 de long sur 0m,025 de largeur (fig. 1). Leur coque est brun chocolat, assez lisse ou légèrement tuberculeuse, bosselée aux points où les graines proéminent: ces gousses sont droites ou légèrement arquées. Les indigènes du Bio-Nunez utilisent les enveloppes qu’on croirait inutiles, à empoisonner les poissons qui abondent dans les cours d’eau: la pêche en est rendue ainsi plus facile. Nous ignorons quelle est la nature du principe toxique renfermé dans ces gousses dures. Mais nous connaissons bien la nature de la pulpe jaunâtre et des graines qui remplissent ces gousses en totalité.
- Bien que cette pulpe y forme un tout continu, chaque graine se sépare aisément de la suivante en emportant avec elle sa part de pulpe qui l’entoure et constitue au total une masse indépendante (fig. 2). Formée en entier de cellules ovalaires remplies d’a-leurone (fig. 5, a), cette matière pulpeuse est constituée par deux couches distinctes. La première, ex-
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- f r r r ry..^. >r -Ce c.;;JCo
- Gousse du Iloulle et détails microscopiques de la pulpe et de la graine.
- Fig. 1 à G.
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- terne, d’un beau jaune et 10 à 15 fois plus volumineuse que l'interne qui mesure 0lll,0005 d’épaisseur, est d’un beau jaune et se détache lacilement de la semence, tandis que l’interne fortement adhérente aux parois externes de la graine ne peut s’en détacher que par macération dans l’eau. Cette pulpe fraîche a une saveur douce et agréable bien que légèrement fade ; en vieillissant un peu et en se desséchant,elle prend un goût plus agréable encore, car elle conserve sa douceur et il s’y joint un parfum de violette.
- Quant à la graine, d’une couleur brune et pourvue d’une enveloppe dure, crustacée et brillante, elle mesure 0m,ûl de longueur, sur 0m,008 de large et 0m,005 d’épaisseur. Sa forme est ovale avec un rostre assez accusé au point hilaire (fîg. 4). Le
- bord en est mousse et les deux faces convexes sont pourvues au centre d’une gibbosité limitée par une ligne parallèle
- Fig. 7. — lloulle de l’Afrique équatoriale (Parkia biglobosa)
- aux bords, qui a valu à la plante son nom spécifique de biglobosa.
- Le poids moyen de chaque graine est de 0»r,51.
- L’enveloppe séminale quoique épaisse est peu résistante; elle se compose anatomiquement de quatre couches (fig. 5) : 1° une cuticule épaisse c ; 2° une zone de cellules en palissade^; 3° une zone de cellules à parois tangen-tielles épaisses,
- disposées en une unique rangée zc; 4° une dernière zone, la plus importante et la plus résistante de toutes, formée de nombreuses cellules à parois épaisses, sans forme déterminée et remplies de ma-
- tière colorante, rouge, noirâtre, 2s. Ce périsperme recouvre un embryon privé d’albumen et formé presque en entier de deux cotylédons épais, jaune verdâtre ayant un fort goût de légumine. Examines au microscope, ces cotylédons, partie alimentaire de la graine, présentent l’aspect représenté par la figure 6, où ep est la couche épidermique et cp constitue le parenchyme uniforme de la feuille cotylédo-naire. Celte masse parenchymateuse est constituée par des cellules ovalaires remplies de matière grasse et de grains d’aleurone.
- D’après des recherches chimiques faites à mon instigation par mon collaborateur et ami M. Schlagdenhauffen, professeur de chimie, directeur de l’Ecole supérieure de pharmacie de Nancy, la pulpe présente dans son ensemble, pouf 100 parties, la composition indiquée dans le tableau n° 1 (page 154). Le point saillant de ces résultats analytiques est
- l’énorme quantité de matière (près de 60 pour 100 de la pulpe) formée presque exclusivement par du sucre. 11 n’est pas surprenant dès lors que ce produit constitue à la fois un aliment agréable et utile.
- L’analyse de la graine entière exécutée par le même chimiste a donné les résultats indiqués par le tableau n° 2 (page 154).
- La présence dans ces graines
- d’une quantité considérable de matières grasses, de sucre, mais surtout de matières albuminoïdes (très nutritives) justifie largement l’emploi dont elles son l’objet pour l’alimenlation. L’instinct inné des peu-
- Fig. 8. — lloulle de l’Afrique équatoriale. — 1. Boulon. —2. Coupe longitudinale de la (leur. — 3. Fleur entière. — 4. Support des fruits.
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- LA NATURE.
- plades sauvages de l’Afrique avait donc devancé les données de la science.
- Voici la composition de la pulpe, dont nous avons parlé un peu plus haut.
- Tableau ii° 1. — Pulpe du Iloul/e. Composition pour
- 100 parties:
- Corps gras.............................. 2,407
- Glucose................................ 53,925
- Sucre interverti........................ 7,825
- Matières colorantes et acides libres. . 1,500
- Matières albuminoïdes................... 5,240
- — gommeuses......................... 19,109
- Cellulose. ............................. 8,921
- Ligneux................................ 17,195
- Sels.................................... 4,080
- Tôt il............. 100,000
- Yoici d’autre part les résultats de l’analvse de la graine du lloulle.
- Tableau n° 2. — Analyse de la graine entière du lloulle. Composition pour 100 parités.
- Corps gras solide.................. 21,145
- Sucre non réducteur................ 0,185
- Matières non déterminées............... 5,510
- — gommeuses..................... 10,272
- — albuminoïdes. ,............. 24,026
- — cellulosiques.................. 5,752
- Ligneux et pertes. ................... 20,978
- Sels.............'................. 5,534
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- On voit comme nous l’avons dit, par cette composition, quelle est l’importance alimentaire de cette graine. En. Heckei,.
- ÉTUDES SUR LES NUAGES
- LES CIRRUS
- Les cirrus, désignés par les paysans suisses sous le nom de nuages du sud-ouest, chassent en effet presque toujours du sud-ouest dans notre pays. Mais cela doit tenir à la trajectoire ordinaire des dépressions atmosphériques, car, même en France, on peut les voir venir de tous les points du compas.
- Leur marche est réputée très lente, à cause de la grande altitude à laquelle ils se tiennent ordinairement. On en cite qui ont paru immobiles pendant des heures entières. Cependant j’en ai fréquemment observé qui se déplaçaient, même en apparence, avec une vitesse considérable, comparable à celle des nuages les plus rapides.
- La ligure 1 donne le dessin exact d’un cirrus qui se trouvait le 7 août 1885, à 8 h. 50 m. du matin, au nord-ouest de Clermont, et qui, dix minutes après, était passé en plein nord, après avoir subi un remarquable changement de forme. Ce cirrus chassait de l’ouest, sous l’influence d’un minimum de pression (753 millimètres), qui existait à la pointe sud de la Norvège, tandis que le baromètre marquait 705 millimètres en Bretagne et en Gascogne.
- Les figures 5 et 4 représentent un autre cirrus observé le 2 octobre 1884. A 2 h. 15 m. du soir, il était à l’est-sud-est de Clermont ; une demi-heure après il avait déjà gagné le sud-est, et cependant il passait à 45° environ au-dessus de l’horizon. Il marchait donc très rapidement du nord au sud, subissant l’action d’un minimum barométrique situé vers le golfe de Gènes.
- Enfin le dernier dessin figure les positions successives occupées, à l’horizon de Clermont-Ferrand, le 17 juillet 1884, par un très beau cirrus hérissé. Ce cirrus, très allongé et d’un blanc éclatant, apparut dans un ciel pur, en plein ouest. Son grand axe était alors dirigé du nord au sud. Sous les influences combinées d’un centre principal de dépression atmosphérique existant entre l’Irlande et la Norvège (743 millimètres), et d’un centre secondaire se trouvant à l’ouest de nos côtes de l’Atlantique, il se déplaçait avec une grande rapidité du sud-ouest au nord-est. En même temps son axe accomplissait une rotation qui atteignit 90°, de manière qu’il se trouva bientôt orienté de l’ouest à l’est. A ce moment le nuage disparaissait au nord-est. Dans l’espace de trois quarts d’heure, il avait traversé tout le ciel, en passant presque par le zénith. Des eirro-cumuhis très tins et très nombreux s’élaient formés au-dessous de lui, vers le milieu
- Nord
- Fig. 1 à 5. — Observations de cirrus. — Fig. 1. Cirrus au N. 0. de Clermont-Ferrand, à 8 h. 50tm. du matin, le 7 août 1885. — Fig. 2. Le même cirrus au N. de Clermont, à 9 heures du matin. — Fig. 5. Cirrus à FE. S. E. de Clermont, le 2 octobre 1884, à 2 h. 15 du soir. — Fig. 4. Le même cirrus au S.-E. de Clermont, à 2 b. 43 du soir. — Fig. 5. Positions successives occupées dans le ciel de Clermont par un même cirrus, le 17 juillet 1884.
- de son parcours et sc déplaçaient dans le même sens, mais un peu moins rapidement.
- Je ne crois pas qu’on ait jamais signalé cette énorme vitesse des cirrus; du moins je n’en ai pas connaissance. 11 est probable que ceux dont il est question ici se trouvaient à une altitude beaucoup moins grande que celle où l’on observe ordinairement cette espèce de nuages.
- Quant à la rotation de l’axe des cirrus allongés, M. de llumboldt remarqua que, dans la région équatoriale, les bandes de cirrus « affectent la direction du nord au sud. puis, à mesure qu’elles marchent, changent peu à peu de direction et finissent par prendre celle de l’ouest à l’est, g Howard constata aussi une rotation dans les cirrus hérissés : O Ces nuages, dit-il, font quelquefois un demi-tour du compas dans l’espace de quelques heures. »
- Dans l’exemple cité plus haut, la rotation a été beaucoup plus rapide. ’ I’i.imandox
- Météorologiste adjoint à l’Observatoire du Puy-de-Dôme.
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- LA NATURE.
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- LE GRAND PONT DE FORTH
- EN ÉCOSSE
- Nous avons signalé déjà1 le gigantesque travail actuellement en cours d’exécution en Ecosse sur le Firtli ofFortli.Le pont de Fortli, véritable merveille de l’art de l’ingénieur, va dépasser par la longueur de ses travées tous les types précédents. Ces travées, au nombre de deux, atteignent chacune en effet 521m55, plus d'un demi-kilomètre, et elles surpassent ainsi le célèbre pont suspendu d’East Hiver à New-York qui a 480 mètres seulement de portée.
- Cet ouvrage d’une importance capitale est certainement, destiné à faire époque dans l’art des constructions, et, à côté de la portée exceptionnelle de ses travées, il faut signaler en outre le type de poutre adopté qui lui donne une résistance bien supérieure à celle des ponts suspendus auxquels on a recours ordinairement dans des cas analogues. L’ensemble du pont constitue en effet une poutre de plus de 1500 mètres de longueur qui va reposer seulement sur trois appuis distants de 500 mètres. L’examen des dispositions auxquelles on a du avoir recours pour l’édification des piliers de soutènement et surtout le montage de cette grande poutre, présente donc un intérêt tout spécial au point de vue de l’art de l’ingénieur, et nous avons cru devoir y revenir aujourd’hui pour ajouter quelques détails à ceux que nous avons donnés précédemment; nous les empruntons d’ailleurs à une conférence qui vient d’ètre faite à Londres, à l’Institution royale, le 20 mai dernier, par M. Baker, chargé des travaux, sous la direction de M. Fovvler, l’auteur du projet adopté. L’éminent ingénieur, auquel nous sommes redevables des belles photographies que nous reproduisons ci-après, nous apprend que les travaux qu’il dirige obtiennent un grand suocès de curiosité ; « En quelques mois seulement, dit-il dans sa conférence, nous recevons plusieurs milliers de personnes venant soit d’Angleterre, soit môme du monde entier pour examiner nos travaux ; et nos visiteurs, trouvent au spectacle du maniement de ces lourdes pièces que nous allons mettre en place à des distances vertigineuses, un intérêt émouvant, pour ainsi dire, que ne saurait jamais donner une simple description. » Il faut se représenter, en effet, ces ouvriers travaillant à des hauteurs prodigieuses, en n’avant souvent qu’une simple planche pour s’appuyer, ou suspendus seulement à l’extrémité d’un cable, ballotté à tous les vents de la mer. Le Firtli of Fortli au-dessus duquel va être lancé cet ouvrage audacieux, se rencontre, comme on sait, en Écosse, un peu au nord d’Edimbourg, où il forme l’embouchure de la rivière Fortli. En face d’Edimbourg, la largeur du Fortli dépasse 10 kilomètres ; mais l’estuaire se rétrécit brusquement à une faible distance à l’ouest; il présente entre Queensferry et North Queens-ferry, qui est en face sur la rive septentrionale, une
- 1 Voy. n° 612, (tu 21 février 1885, p. 185.
- largeur de 1450 mètres seulement ; cet étranglement se trouve en outre partagé en deux parties presque égales par l’îlot d’Inch Garvie. C’est là un point très populaire en Angleterre, et il a fourni dans ce pays bien des épisodes à de nombreux romans relatifs aux llighlanders, notamment la célèbre auberge connue sous le nom de Inn Uawes qui s’élève sur le rivage méridional de Finch Garvie dans un joli jardin de houx et d’aubépine (in a pretty garden ofholly trees and hawthorns, suivant l’expression de David Bal four). La profondeur des deux bras du Firtli atteint en général 60 mètres, et elle, empêchait ainsi toute installation de pilier de soutènement dans le lit do l’estuaire. Il fallait nécessairement franchir les deux bras d’une seule travée malgré leur largeur énorme supérieure à 500 mètres. Nous avons donné précédemment la vue d’ensemble du type de pont de MM. Fowler et Baker, actuellement en construction, type qui se compose d’une poutre horizontale continue régnant d’une‘extrémité à l’autre et supportée par trois grandes tours construites sur les deux rives et sur Filot central. La poutre repose sur des consoles formées par de grands tubes en arc soumis à un effort décompression, qui partent des bas des montants pour se rapprocher du milieu des travées ; à la partie supérieure, elle est soutenue par des tirants inclinés travaillant par traction qui sont attachés au haut des tours. M. Baker appelle ce type un pont à balancier équilibré, car l’ensemble du eontrevente-ment peut être assimilé en quelque sorte au fléau oscillant d’une balance dont chaque grande tour formerait le support ; tout l’ensemble du contrevente-ment est d’ailleurs réparti de manière à ramener la verticale du centre de gravité sur ces tours. M. Baker essaye de donner une idée du type adopté, en comparant ces trois grandes tours de 109m,70 de hauteur, à autant d’hommes debout qui s’aligneraient pour soutenir une barre horizontale placée par exemple à la hauteur de la poitrine, et qui serait la poutre du pont. Ils supporteraient celle-ci en étendant les bras obliquement de manière à amener deux à deux leurs mains presque en contact, et ils prendraient en même temps appui sur une canne inclinée qu’ils tiendraient dans chaque main et qui porterait sur le sol devant leurs pieds. Les bras qui seraient assimilés aux tirants de poutres, supporteraient un effort de traction, et les cannes d’appui formeraient jambes de force et travailleraient à la compression.
- Chacune des grandes tours repose sur quatre piliers de maçonnerie formés de pierres dures et de granité d’Aberdeen assemblées avec du ciment et constituant une sorte de monolithe.
- Les travaux de fondation furent commencés en 1885 et purent être poursuivis à l’air libre pour les piliers de la rive du nord, de même que pour deux des piliers d’Inch Garvie. Pour les deux autres piliers de l’îlot, de même que pour ceux de la rive méridionale, on eut recours à la méthode à l’air comprimé, comme nous l’avons indiqué précédemment.
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- LA NATIJRF
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- Le premier caisson lut mis en place au mois de mars 1884 dans les conditions ordinaires ; mais un accident survenu peu de temps après au caisson sud-ouest de Qneensfcrry, en retarda la mise en place de près de neuf à dix mois. Le 1er janvier 188,à, ce caisson, chargé de ciment, avait été amené en le faisant flotter auprès'de la position qu'il devait occuper; mais il arriva qu'il s’échoua dans la vase du fond avant, d’ètre bien en place. La poussée do l’eau ne put même pas suffire a le dégager à la marée montante, et l’eau continuant à s’élever, arriva à monter au-dessus du bord supérieur ; elle remplit ainsi le caisson dont le mouvement d’enfoncement dans la vase s’accéléra encore davantage d'uni' manière irré-
- gulière et inquiétante. Le renflouement fut particulièrement laborieux: on ferma d’abord le caisson, et, pendant trois mois, on l’épuisa avec des pompes afin de l’alléger. Lorsqu’il fut à peu près épuisé, on reconnut que les parois s'écrasaient sous la poussée de l'eau, et il fallut le renforcer par un tubage intérieur (‘il consolidant les parois par une palissade de poutres en treillis, (le travail ne put être terminé qu’au mois d’octobre suivant, époque à laquelle le caisson ainsi renfloué fut immergé dans sa position définitive.
- Après l’achèvement des piliers de fondation, on procéda au montage dos grandes tours, encore actuellement en cours, et la figure *2 donne la vue
- Fig. 1. — Conslruction du grand pont de Fortli, en Écosse. Assise sud. État des travaux le 13 avril 1887. (D’après une photographie comnuiuiquce par M. B. Baker, ingénieur des travaux.)
- des échafaudages de la pile de Queensferrv. Le mode de construction adopté pour ces piliers est intéressant à signaler en raison de leur grande hauteur et de leurs dimensions exceptionnelles, et nous reproduisons quelques détails à ce sujet, en les empruntant a la conférence de M. Baker. On édifia une sorte de plancher mobile susceptible de s’élever à mesure de l’avancement en hauteur, on le fit reposer sur les pistons de quatre presses hydrauliques supportées elles-mêmes par un échafaudage de poutres amarrées sur les parties déjà mises en place des tubes. Sur la plate-forme mobile on installa plusieurs grues au moyen desquelles les ouvriers amènent les différentes pièces à leur position définitive. On sou-
- lève la plate-forme par étapes successives de 0m,o0 environ chacune, en agissant sur les presses hydrauliques, et lorsqu’on a atteint toute la course disponible, soit 5 mètres environ, on s’arrête pour river à demeure les pièces posées, et on relève en même temps le plancher de support des presses pour qu’elles puissent fournir une nouvelle course. Ce travail demande deux à trois jours environ, et on peut évaluer à 15 mètres environ l’élévation réalisée par semaine.
- Les riveuses employées dans ce travail, sont formées de presses pouvant serrer les tubes tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, et elles fonctionnent toutes par pression hydraulique. Elles suivent ainsi l’élévation de ces tubes avec la plus grande facilité, s’a-
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- LA NATURE.
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- daptant à tous les besoins, rattachées seulement, par un tuyau llexible à l'accumulateur qui leur fournit, la force motrice. De petits fourneaux, chauflés au pétrole, suivent les riveuses et permettent d’amener les rivets à la température nécessaire pour la pose. Cette application des riveuses hvdrauliqucs met bien
- en évidence tous les avantages de ce type de machine si llexible qui fournit en même temps un travail plus rapide et régulier qu'on ne pourrait l’obtenir à la main. D’après M. Raker, les ouvriers travaillent ainsi dans des conditions de sécurité parfaites malgré la hauteur où ils sont installés, et ils arrivent,
- Fig. 2. — Vue d’une pile en eonslruction du pont de Forth (Queensferry Cantilever). État des travaux le 7 mars 1887. ('D’après une photographie communiquée par M. B. Baker, ingénieur des travaux.)
- avec ces machines, à poser dans de bonnes conditions plus de huit cents rivets par jour.
- Les pièces de soutènement formant balancier seront érigées dans des conditions analogues, dès que les montants seront terminés, on les poussera simultanément de part et d’antre des montants, en
- ayant soin toujours de les équilibrer pour éviter de fausser ceux-ci. La poutre principale sera continuellement soutenue par des tirants spéciaux jusqu'à la rencontre des deux extrémités en porte à faux au milieu de la travée à franchir. Cette disposition de montage dans laquelle tout l’appui m>-
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- LA NATURE.
- cessaire est emprunté aux supports, exige évidemment beaucoup de soin et de précision dans la conduite des travaux; mais elle a, par contre, l’avantage d’éviter toute construction d’échafaudages qui ne laissent pas aussi d’entraîner certains dangers, surtout au-dessous de la mer, car ceux-ci pourraient se trouver faussés ou déplacés par un ouragan au moment de la pose.
- D’après M. Baker, le poids total de la partie métallique d’une travée devra dépasser HiOOO tonnes, et la charge maximum qu’elle pourra avoir à supporter atteindra à peine 5 pour 100 de ce chiffre, si on suppose, par exemple, que le pont soit traversé simultanément par deux trains de marchandises pesant ensemble 800 tonnes environ. L’effort latéral du vent a été évalué dans les calculs à 275 kilogrammes par mètre carré, ce qui donnerait un chiffre total de 0765 tonnes sur toute la surface d’une travée.
- D’après les relevés de pression qu’on a faits d’ailleurs depuis le commencement des travaux, la poussée du vent n’aurait jamais dépassé 170 kilogrammes, et M. Baker n’estime pas qu’il y ait lieu de compter sur plus de 100 kilogrammes pour l’ensemble de la surface du pont.
- Rappelons à ce sujet que dans les calculs du pont de Tay on avait prévu seulement 45 kilogrammes par mètre carré, chiffre qui s’est trouvé manifestement trop faible, puisque c’est la violence du vent, jointe d’ailleurs aux défauts des matières emplovées, qui a déterminé la rupture du pont, tandis qu’en France, on prévoit habituellement 200 kilogrammes dans les constructions analogues; on peut admettre dans ces conditions que le pont du Firtli of Forth présentera toute sécurité, et pourra être cité à tous égards comme exemple intéressant dans l’histoire des grands ouvrages d’art.
- X..., ingénieur.
- CALENDRIER PERPÉTUEL
- M. l’abbé Jolivald, ancien professeur à l’école Saint-Sigisbert, à Nancy, vient de publier un très joli calendrier qui permet de trouver la date de la fête de Pâques, et par suite de résoudre rapidement tous les problèmes ordinaires du calendrier.
- Ce calendrier se compose de neuf feuillets détachés, renfermés dans un élégant étui en carton. Un premier feuillet, imprimé sur papier rouge, contient l’instruction au milieu; sur les bords se trouvent les 55 dates que peut prendre la fête de Pâques depuis le 22 mars jusqu’au 25 avril inclusivement. Sept autres feuillets de même grandeur renferment les millésimes des années depuis 1585 jusqu’à 2100; chaque millésime est reproduit sur trois des sept feuillets. Les bords sont percés de trous, de telle sorte que si l’on prend les trois feuillets de l’année 1887, et si on les superpose sur le feuillet rouge, on lit à l'instant à travers une lucarne :
- PAQUES tombe le 10 avril.
- Cette curieuse méthode qui consiste dans l'emploi de cartons troués mérite une attention toute particulière,
- et peut être appliquée aussi utilement à la confection de tableaux de calculs. Dans le cas présent, elle est fondée sur le nombre des combinaisons trois à trois de sept objets ; ce nombre est :
- 7x0x5
- c’est-à-dire exactement le nombre des dates que peut avoir la fête de Pâques. Il suffit donc de faire à chaque combinaison de trois feuillets, un trou à travers lequel apparaîtra la date de Pâques pour les années communes à ces trois cartons.
- Une petite difficulté à vaincre était celle-ei; arranger les choses de manière à ce que, sur un même carton, il n’v ait jamais deux trous tangents; en d’autres termes, faire une liste des 55 combinaisons trois à trois des sept nombres 1,2,5,4,5,0,7, de manière à ce qu’aucune de ces combinaisons n’ait de chiffre commun avec celle qui la précède et celle qui la suit. Aux angles, cela n’a pas d’inconvénient, parce que les trous y sont plus éloignés les uns des autres.
- La seconde chose à éviter était que certains feuillets portassent un nombre de millésimes sensiblement supérieur au nombre de millésimes des autres, et cela à cause du peu de place réservée pour l’impression dans chaque carton.
- Enfin un neuvième feuillet contient d’un côté la correspondance des 1,8,15,22 et 29 de chaque mois, avec les jours de la semaine, et de l’autre côté les dates des fêtes mobiles, Septuagésime, mercredi des Cendres, Ascension, Pentecôte, Fête-Dieu, premier dimanche de l’Avent, et le nombre des dimanches après l’Epiphanie ou après la Pentecôte, qui correspondent aux 55 dates de la fête de Pâques. Edouard Lucas.
- LE CANAL DE LA MER DU NORD
- A LA BALTIQUE
- Un fait considérable, et qui n’a presque pas attiré l’atten" tion publique parmi nous, vient de se passer de l’autre côté du Rhin. Le 5 juin 1887, l’Empereur d’Allemagne a inauguré à Holtenau, dans la baie de Kiel, les travaux du canal maritime qui doit permettre de communiquer directement de la mer du Nord à la Baltique, sans passer par les détroits danois. Le journal le Yacht, qui ne reste étranger à rien de ce qui se passe d’important dans le monde maritime, a donné, au sujet de ce grand travail, quelques renseignements que nous lui empruntons aujourd’hui.
- Le canal de la mer du Nord à la Baltique aura 98 kilomètres de longueur ; mais on profitera, pour une partie de son parcours, du canal existant de l’Eider, qu’il suffira d’élargir et de creuser. Les dimensions du nouveau canal seront les suivantes : largeur de la section : 60 mètres au niveau de l’eau, 26 mètres au plat-fond, avec un mouillage normal de 8m,50. La surface mini ma d’une section transversale sera donc de 565m,50 carrés, soit six fois environ celle de la partie immergée du maître-couple des plus grands steamers qui font le service de la Baltique, lesquels ont 6 mètres de tirant d’eau, et 12 mètres de largeur. La profondeur de 8m,50 a été adoptée en vue du passage des navires de la marine de guerre allemande.
- Les promoteurs de ce travail, dont le prix est estimé à 200 millions, comptent sur un transit annuel de 5 500 000 tonnes qui, taxées à 75 pfennigs (95 centimes) par tonne, donneraient un revenu de 5 500 000 francs environ, qui, avec les droits supplémentaires, atteindrait
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- LA NATURE.
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- 5 150 000 francs. 11 est probable toutefois que beaucoup de navires de petit tonnage continueront à se servir de la voie ordinaire, par le Cattégat et le Skager-Rack.
- Les steamers, au contraire, préféreront la voie du canal, qui raccourcira leur route de 257 milles marins en moyenne quand ils viendront de la mer du Nord ; ils gagneront encore davantage quand ils viendront de l’Elbe ou du NVeser : de Hambourg à Cronstadt, par exemple, le profit sera de 424 milles; de Bremerhaven, il sera de 322 milles.
- Calculé en heures de route, à raison de 6 milles à l'heure, le trajet sera diminué : pour Amsterdam, Rotterdam, Anvers, Londres, Dunkerque ou Calais, de vingt-deux heures à vingt-deux heures et demie; pour llull, de quinze heures et demie seulement ; pour tous les ports situés au nord de ce dernier, et en Ecosse, le gain devient presque insignifiant : huit heures pour Hartlepool ; six heures et demie pour Newcastle ; trois heures trois quarts pour Leith.
- Les ports allemands auront donc tout le profit de la nouvelle voie maritime. Mais ce sera la marine de guerre
- SUED
- ^^Bremerhaven
- Tracé du canal de la mer du Nord à la mer Baltique.
- allemande qui en tirera les plus grands avantages. Les deux principaux arsenaux de l’Allemagne sont, en effet, Kiel sur la Baltique et Wilhelmshaven sur la mer du Nord. Le canal les relie directement.
- Il n’y a pas lieu, dès lors, de s’étonner que le Reichstag d’un côté, pour l’empire d’Allemagne, le Parlement prussien, de l’autre, aient voté les fonds nécessaires à cette vaste entreprise ; la part de l’Empire est de 152 millions de francs, celle de la Prusse, de 65 millions.
- En voyant cet effort de l’Allemagne, qui ne néglige rien pour augmenter sa puissance militaire et commerciale, plus d’un Français se reportera naturellement à ce qui, dans ce même ordre d’idées, pourrait et devrait se faire chez nous. Nous avons à refaire le canal du Midi, pour mettre en communication directe nos ports de l’Océan avec Marseille et Toulon. Nous avons à créer à Paris même un port de mer, qui rendrait à notre nation la puissance commerciale et maritime qu’elle a possédée autrefois.
- En 1875, j’ai campé pendant deux jours au-dessus du pittoresque couvent de Mar-Saba qui dresse ses innombrables terrasses contre les flancs arides et
- desséchés du ravin formé par le Cédron, non loin de son embouchure dans la mer Morte.
- En parcourant cette gorge profonde dont la température devient insupportable lorsque les parois ont été surchauffées par un soleil de feu, je fus très étonné de voir, sur une étendue de plusieurs kilomètres, le sol et les rochers couverts de milliards à'Iules se suivant les uns les autres et se dirigeant tous vers le nord-est, c’est-à-dire vers les parties supérieures de la vallée.
- Les bandes de ces Myriapodes étaient si serrées à certains endroits, qu’il était presque impossible de se tenir debout à cause des masses gluantes qu’à chaque pas on écrasait sous les pieds.
- Les tètes de colonnes dépassaient le couvent de Mar-Saba de 2000 mètres environ, et au-dessous, du côté de la mer Morte, aussi loin que les escarpements me permirent de m’avancer, les bataillons montaient toujours aussi serrés à l’assaut du plateau de la Judée. Malgré mes recherches les plus attentives et mes questions répétées aux Bédouins nomades qui me servaient d’escorte, je n’ai pu savoir d’où provenait cette singulière armée et quelles causes la poussaient ainsi à émigrer. A mon retour en Europe, j’ai confié cette espèce à un spécialiste très distingué, M. Alois Humbert, de Genève, qui a reconnu en elle un type déjà signalé par Henri de Saussure et qui a bien voulu m’en envoyer la description suivante ; Spirostrept-us syriacus, Henri de Saussure. Corps long et grêle ; en dessus presque cylindrique, un peu atténué entre le 8e et le 15e segment, assez fortement comprimé à l’extrémité postérieure; de profil, s’atténuant en avant jusqu’au 2e segment, s’élargissant en arrière presque jusqu’à l’extrémité. Antennes relativement courtes n’ayant aucun article très allongé; le deuxième article le plus long; le troisième un peu plus long que les trois suivants, lesquels sont sensiblement égaux entre eux; le septième, comme d’ordinaire, très court. Une villosité rare et courte sur les derniers articles, lesquels sont comprimés. Tête lisse. Lèvre supérieure à peine rugulée vers son bord inférieur; ce bord presque transversal, échancré au milieu et offrant une bordure intramarginale formée d’une série de points juxtaposés, n’atteignant pas les côtés à beaucoup près. Cette ligne de points souvent très obsolète, parfois nulle et remplacée par un simple sillon vague. Plaques oculaires triangulaires; Je bord postérieur, le plus long, presque droit, ou du moins très faiblement arquée; l’antérieur un peu concave dans sa moitié inférieure qui longe de très près la cavité antérieure; le bord inférieur, notablement plus court que les deux autres, assez fortement arqué extérieurement. Les occelles, au nombre d’environ 58 à 59 ; leurs rangées disposées parallèlement au bord postérieur du triangle; la première qui longe ce bord composée de 11 occelles ; la seconde de H ; la troisième de 10; la quatrième de 9; la cinquième de 7; la sixième de 5 ou 6 plus petits et plus séparés les uns des antres; la septième de
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- LA NATURE.
- 5 environ plus réduits ; enfin on peut compter comme formant une huitième rangée 1 ou 2 tout petits oe-celles situés en avant de la septième rangée dans l’angle antérieur de la plaque oculaire. Premier segment du corps s’étendant aussi bas que le deuxième; ses lobes latéraux un peu recourbés en dessous, se rétrécissent jusqu’au bas, puis coupés transversalement, à angles arrondis, et offrant quatre sillons arqués entre lesquels s’ouvrent encore deux autres incomplets. Le bord antérieur des lobes latéraux légèrement concave. Le deuxième segment ne s’étend pas plus bas que le troisième. En dessou s,
- ments du milieu du corps assez faiblement striés en longueur sur leur métazonite; les stries remontant jusqu’aux pores. Les sillons circulaires nombreux faisant le tour des prozonites. Segment préanal fort comprimé, terminé à angle obtus, légèrement dépassé par les valves. Celles-ci très comprimées; leur bord postérieur mince et saillant. Plaque sous-anale petite, en triangle. Pattes médiocrement longues garnies en dessous de longues soies. Couleur noirâtre avec liséré ferrugineux sur le bord postérieur des segments. Nombre des segments 76-80; longueur totale 458 millimètres; largeur au milieu du corps, 8 millimètres; largeur du premier segment, 7 millimètres; largeur du pénultième segment, 5mm,5 ; longueur de l’antenne,
- 6 millimètres.
- En 1883, M. Chiche-
- ster Hart a rencontré une émigration semblable de la même espèce dans les rochers arides de Petra.
- (Palestine exploration fund 1885, p. 261.)
- En 1878, M. Joseph Paszlavszky a fait connaître (Verhandlungen de K. K. zoologisch. botanischen Gesellschaft, inYien, 1878, p. 545) une émigration de bandes innombrables formées par une autre espèce d’iules. Cette apparition vraiment extraordinaire de Myriapodes s’est produite, du milieu de mars au milieu d’aout, en 1878, sur la ligne du chemin de fer de la Theiss, entre les stations de Szajol, Torôk-Szent, Miklôs et Tegyvernek. Ces ani-
- maux couvraient les rails en quantités si fabuleuses que les roues des locomotives, en les écrasant, s’huilèrent sur leur périphérie et, malgré le sable qu’on répandait continuellement, patinaient au point que les trains ne pouvaient plus avancer. Ce phénomène était d’autant plus remarquable qu’il se présentait dans la traversée d’une plaine immense où, sur tle vastes espaces, l’on ne rencontre que des cultures, et où l’on a de la peine à trouver quelques pierres.
- Il manquait donc là ces abris naturels que recherchent généralement les Myriapodes. M. Paszlavszky reconnut qu’après 1 époque de la grande invasion ces animaux se trouvaient encore en abondance sous les pierres du ballast et dans les fentes du terrain produites par la sécheresse.
- Un vieux garde-voie disait à M. Paszlavszky : « Ces animaux étaient si nombreux que je croyais qu’ils dévoreraient non seulement nos champs, mais aussi nous-mêmes. » À quelques endroits la couche formée par ces Myriapodes avait 1 ou 2 pouces d’épaisseur. Les roues les écrasaient et en projetaient des quantités' considérables sur toutes les parties de la locomotive. Ces animaux écrasés produisaient une odeur de feuilles pourries qui se sentait de fort loin. M. Paszlavszky a reconnu que l’espèce dont il s’agit est le Iulm unilineatus de Koch.'M. Tomôsvary a observé en Transylvanie, en mars et avril 1876, une migration analogue de Myriapodes. Elle comprenait plusieurs formes parmi lesquelles on remarquait surtout lesIulns terrestris, L.; I. fascia-tus, Koch; I. trilinealus et I. unilineatus. Le nombre de ces animaux était si considérable que l’on en voyait à chaque pas, sur la route, des milliers écrasés par les voitures et les piétons. M. Tô-môsvary suppose que la chaleur exceptionnelle, à cette époque, les chassait des lieux qu’ils habitaient et leur faisait rechercher des endroits plus frais où ils pussent se procurer de la nourriture et surtout déposer leurs œufs. Rr Lortet.
- Fig. 1. — Spiroslreplus syriacus, Henri do Saussure. (Grandeur naturelle.)
- Fig. — Spirostreptus syriacus. — 1. Lèvre inférieure. —
- 2. Plaque oculaire et cavité antennaire du côté gauche. —
- 3. Antenne gauche. — i. Premier segment vu de profil (très grossi).
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- LA NATURE.
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- PENDULE ENTRETENU ÉLECTRIQUEMENT
- DE M. J. CARPENTIER
- Entretenir un pendule, c’est lui restituer, au fur et a mesure qu'il la perd, l’énergie qu’absorbent les frottements dans l’air et les résistances de la suspension, de manière a maintenir constante l’amplitude de ses oscillations; l’entretenir électriquement, c’est demander a une source électrique l’énergie d’emprunt.
- Pour transmettre a un pendule chaque dose d’énergie restituée, il faut adopter un moyen qui ait le moins possible d'influences perturbatrices sur la loi de son mouvement, et dont l’action soit indépendante de l’intensité du courant électrique employé.
- Le moyen auquel M. Carpentier s’est ar-rêté.et que la figure ci-contre représente en vue d’ensemble et avec les détails relatifs aux dispositions spéciales du mécanisme, consiste à déplacer périodiquement, d’une petite quantité, le point de suspension du pendule, horizontalement et dans le [dan des oscillations.
- A cet effet, la tige du pendule est suspendue par l’intermédiaire d’une feuille d’acier très mince et très souple, formant articulation, a l’armature mobile d’une sorte de relais polarisé, faisant partie du bâti même du pendule. Sous l'influence d’un courant-électrique périodiquement inversé, l’armature du relais oscille entre deux butées dont on peut réduire à volonté l’écartement, et entraîne le point de suspension du pendule tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre, ce qui suffit a maintenir constante l’amplitude des oscillations.
- Ce mode d’entretien n’est, au fond, que l’imitation de ce que l’on est conduit à faire, quand, tenant a la main un cordon a l’extrémité duquel est suspendu un corps lourd, on cherche a faire naître ou il conserver les oscillations de ce pendule improvisé. Il a été appliqué depuis longtemps par M. Guilinet a une pendule de son invention dans laquelle le déplacement du point de suspension est obtenu mécaniquement, par l’action ressort du mouvement d’horlogerie.
- Le déplacement du point de suspension a lieu perpendiculairement ii l’action de la pesanteur, sa grandeur ne dépend pas de l’intensité du courant qui actionne le relais.
- L’inversion périodique du courant résulte de la manœuvre d’un commutateur installé sur la planche qui sert de bâti au pendule, manœuvre commandée par le pendule lui-même. Elle est due a l’action réciproque qui s’exerce à distance entre un petit aimant fixé à la tige du pendule, et entraîné dans son mouvement, et une pièce de fer appartenant au commutateur. Cette dernière pièce a la forme d’un arc de cercle dont le centre coïncide avec l’axe de suspension du pendule ; aussi l’aimant porté par le
- pendule se meut-il en lace d’elle sans que la petite distance qui les sépare varie. L’arc en fer est monté, en son milieu, sur un tourillon placé dans le plan de symétrie de l’appareil, et, tandis que le point d’application de l’attraction qu’il subit de l’aimant passe alternativement de part et d’autre de l’articulation, la pièce exécute une série de mouvements de bascule synchroniques avec ceux du pendule. Ces mouvements, limités par des butées, soûl réduits à être imperceptibles , mais suffisent, par des changements de contact, à provoquer l’inversion du courant.
- Quant à la réaction que subit le pendule, il est évident que, sensiblement normale à l’arc de fer du commutateur, elle passe par la suspension, qui est un point fixe, et que son influence est ainsi presque éliminée.
- Ainsi qu’on le voit, le pendule s’entretient, tout en restant, dans l’espace, libre de tout lien matériel avec les corps extérieurs. Il n’existe qu’une connexion magnétique entre lui et le commutateur. Cette connexion absorbe une certaine quantité d’énergie sans doute ; mais la perte, de ce chef, est réellement négligeable vis-à-vis des frottements dans l’air et des résistances de la suspension. Dans les systèmes où la commutation se fait par des organes mécaniques, c’est l’inverse qui a lieu, et le fonctionnement de ces organes est la cause dominante d’amortissement, de telle sorte qu’en définitive les pendules de ces systèmes exigent, à chaque oscillation,
- fendille eu Ire tenu électriquement de M. J. Carpentier.
- 1. Ensemble du pendule. — 2. Détails relatifs au relais polarisé et au système de commutation magnétique du relais.
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- LA N AT LUE.
- une restitution d’énergie beaucoup plus grande <jue celui-ci. Or, si cette restitution peut être une cause de trouble pour la loi du mouvement pendulaire, quel avantage n'a-t-on point à réduire son importance?
- Pour donner une idée du résultat auquel l’auteur est parvenu, il subit de dire que ce pendule s’entretient moyennant un déplacement du point de suspension de 0mm,02 à chaque oscillation.
- Sans entrer dans l’examen des applications auxquelles se prête cet appareil, on peut remarquer que, en ce qui concerne la distribution de l'heure dans les villes, il remplit une condition généralement exigée : l’émission d’un courant périodiquement inversé.
- LES
- ANNONCES INDUSTRIELLES AMÉRICAINES
- (( Être remarqué quand même » semble être la devise des industriels qui cherchent à appeler l’attention du public sur leurs produits, et pour cela, ils ne reculent devant aucun moyen : pièces de vers de mirliton à propos d’une actualité quelconque, terminées régulièrement par le nom du savon des princes de la science, histoires
- Fig. l.
- émouvantes oii la jeune fille est sauvée par des pastilles d’une efficacité merveilleuse.
- On pourrait faire un livre — si ce livre n’est fait déjà — collectionnant les idées plus ou moins singulières mises en œuvre par des commerçants avides de réclame. En
- Fig. ±
- voici deux exemples qui nous viennent d’Amérique, le pays par excellence pour ces sortes d’innovations.
- Il s’agit de deux marchands de courroies pour machines à vapeur que nous désignerons par John et Jack. Noms à part, les reproductions de nos dessins, sont d’une scrupuleuse fidélité. M. John fabrique des courroies d’une force si extraordinaire qu’elles sont utilisées — l’annonce J’indique nettement — à faire tourner la terre à l’aide d’une poulie gigantesque placée à l’un de ses pôles (lig. 1). Voilà une légende qui aura de la peine à s'accli-
- mater par ce temps do scepticisme presque général. Mais M. Jack, le concurrent, renchérit sur l’idée, et ses courroies (tout cuir), tendues entre la Terre et la Lune, font tourner cette dernière comme une toupie (fig. 2). Et que l’on vienne, après cela, nous parler de l’imagination des poètes !
- CHRONIQUE
- L'antiquité des biscuits. — Les biscuits sont, d’après YAnalyst, la forme la plus ancienne du pain. Personne ne sait à quelle époque de l’histoire de l’homme il faut attribuer l’introduction de la fermentation dans la panification, mais il est certain que des gâteaux fabriqués uniquement avec de la farine et de l’eau sont beaucoup plus anciens. On a trouvé des gâteaux de pâte non fermentée au fond des lits des lacs de la Suisse, datant de l'âge néolithique. C’est là le premier indice relatif à l’origine des biscuits qui ne sont pas autre chose que de la pâte non fermentée. Le biscuit est donc un retour à la forme grossière du pain des premiers âges justifié par ses mérites et ses qualités dans certains cas particuliers. Le pain non fermenté, ou pain sans levain, se conserve longtemps, est facilement transportable et peut être fabriqué avec la plus grande facilité.
- Le plus grand nombre des anciennes nations mangeaient les biscuits dans des conditions spéciales, en guerre et dans de grands voyages, terrestres ou maritimes. Les Grecs les nommaient arton dipuron, c’est-à-dire pain mis deux fois au feu, tandis que les Romains avaient leur panis nauticus ou capta. Quoi qu’il en soit, les biscuits ont été connus de tous temps, et sont partout une des formes les plus populaires et les plus utiles de la nourriture. 11 n’est pas moins singulier que le mot biscuit ou bisquet implique dans sa composition le procédé par lequel les biscuits ont été fabriqués depuis un temps immémorial et jusqu’au siècle dernier, sinon plus tard. Bis, deux fois, et coctus, cuit, indique que les biscuits étaient deux fois cuits. Aujourd’hui les biscuits ne sont jamais cuits qu’une seule fois, mais le nom est resté, créant ainsi, par une évolution lente et naturelle du progrès, un grave problème pour les étvmologistes de l’avenir qui chercheront comment on peut appeler biscuit un pain non fermenté n’ayant reçu qu’une seule cuisson. Mais l’on sait que de tels problèmes ne sont pas faits pour effrayer les étymologisles qui, comme les statisticiens, ne connaissent pas d’obstacles.
- La statue d’Arago. — M. l’amiral Mouchez, ayant réuni le Comité de la statue d’Arago, a pris la résolution de reporter la clôture de la souscription à la date du 31 décembre 1887. Le chiffre des sommes déjà recueillies s’élève à plus de 11 000 francs quoique la majeure partie des listes mises en circulation ne soit pas encore rentrée. Le succès de cette manifestation nationale est donc complètement assuré ; cependant la splendeur du monument élevé à une des gloires les plus pures dont la France ait à s’enorgueillir dépendant de l’importance des fonds qui seront rassemblés, nous engageons les amis de la mémoire du grand astronome, à envoyer sans tarder leur offrande à M. Fraissinet, secrétaire de l'Observatoire. On avait annoncé que la statue de Paris serait la reproduction de la statue de Perpignan avec des bas-reliefs représentant les principaux épisodes de la carrière de François Arago; nous apprenons que M. Oliva, auteur de la statue d’Arago,
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- LA NATLUE
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- à Estugal, a l'ait à M. l’amiral Mouchez une proposition qui sera probablement adoptée, et de laquelle il résulterait •pie Paris serait doté d’une œuvre originale, due à un habile sculpteur qui a personnellement connu Arago.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 juillet 1887. — Présidence de M. Jassscx.
- Nouvelle météorite. — J’ai reçu récemment de Bui-tenzorg (Java) la lettre suivante : « J’ai le plaisir de vous annoncer que j’ai expédié aujourd’hui à votre adresse une brochure sur la météorite de Djati-l’engilon, tombée le 19 mars 1884 et pesant 10(5 kilogrammes. Sur ma demande, le gouvernement Indo-néerlandais a consenti à faire couper la partie supérieure de cette météorite et à diviser cette partie en vingt-quatre morceaux pour les offrir aux principaux musées. J’ai fait mettre sur la liste le Muséum d’histoire naturelle de Paris, pour un beau morceau de 480 grammes, et ce morceau arrivera à Paris, je l’espère, dans cinq ou six semaines après l’arrivée de cette carte postale. I)rR. I). M. Werbeek. »
- M. Werbeek est bien connu déjà de nos lecteurs pour ses belles études sur l’éruption mémorable du Krakatau ; quant à la météorite annoncée, elle figure aujourd’hui à l’Académie, et on se la passe de main en main avec un vif intérêt. Elle a été étudiée chimiquement et minéralogiquement par M. Verbeek et par M. J. W. Iletgers, ingénieur des mines. C’est une roche grisâtre, grenue, dont l’aspect n’est identique avec celui d’aucune autre météorite antérieure. On y voit des chondres, des globules silicates, des granules métalliques et des taches ocreuses fort nombreuses dérivant évidemment de particules d’un brun spécial constituées par un fer sulfuré. On y a trouvé :
- Fer nickelé...........................21,52
- Fer sulfuré........................... 5,00
- Olivine...............................55,59
- Rronzite..............................58,97
- Fer chromé............................ 0,09
- 98,85
- La densité, à 20", est égale à 5,747.
- Il est fort intéressant de noter que la chute de Djati-Pengilon a eu lieu très près des points où furent recueillies, le 19 septembre 1809, les météorites de Tjabé, le 5 octobre 1885, la météorite de Ngawi et où fut découvert en 1784 le fer météorique de Prambanan; et que c’est dans la même île de Java, à Randong, qu’une pluie de pierres eut lieu, également une pluie de météorites le 10 décembre 1871. Une carte spéciale publiée par M. Verbeek, en même temps que deux photographies de la pierre de Djati-Pengilon, fait très bien ressortir la situation relative de ces localités.
- Tremblements de terre. — M. Bouquet de la Grye constate que si, pendant le tremblement de terre du 25 février dernier, le marégraphe de Marseille est resté parfaitement indifférent, il n’en a pas été de même du marégraphe de Nice. La courbe tracée par l’instrument et qui n’est que celle des attractions luni-solaires présente, à 5 h. 50 m. (temps moyen de Paris), un abaissement et une série d’ondulations qui se sont continuées jusqu’à 7 heures. On y voit que, durant tout ce temps, le sol a subi un surhaussement de 55 millimètres. Le 5 mai 1887, la ville de Yariste, dans la Soùora, a été
- entièrement dévastée par un tremblement de terre qui a duré moins de 50 secondes. Presque toute la population, qui faisait à ce moment la sieste, a été détruite. De toutes parts, le sol a laissé sortir des langues de feu qui ont incendié des plantations et porté la rivière à une température voisine de l’ébullition. La secousse a été perçue jusqu’à Mexico, à 5000 kilomètres de distance.
- Elections de correspondants. — La section de zoologie ayant à pourvoir à une place de correspondant a présenté, en première ligne, M. Marion (de Marseille), qui a été nommé. Ses concurrents étaient, en deuxième ligne, M. Sabatier, et en troisième ligne, M. Lavocat. En même temps, dans la section de minéralogie, M. Scacchi a été nommé correspondant ; étaient présentés, en seconde ligne, MM. Renard et Rutimeyer. Des notices nécrologiques sont lues par M. Richet sur M. Gosselin et par M. Mascart sur M. Terquem.
- Varia. — M. Tacehini, de Rome, adresse les observations du soleil faites pendant le deuxième trimestre de 1887. — D’après M. Lido (?), un puceron attaque parfois les racines du blé de façon à compromettre absolument la récolte. — Deux photographies d’un crâne d’Elasmothé-rium sont adressées de Russie par M. Ossokoff. — L’action de l’aniline sur l’éther méthylsuceinique bibromé occupe M. Lopatine. — Il résulte des expériences de M. Mau-mené qu’on peut, avec des liqueurs très étendues, mélanger le chlore à l’ammoniaque sans dégagement d’azote et qu’il cristallise alors un corps représenté par CIH-Az. — Les propriétés comparées du camphre droit et du camphre gauche fournissent à M. Haller le sujet d’une note que M. Pasteur signale tout spécialement. — La conductibilité du bismuth occupe M. Leduc. — Suivant M. Galtier, le virus de la tuberculose résiste sans perdre sa virulence à la température de 150° à l’action du sel, à la dessiccation et même à la putréfaction. Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- ANNEAUX LIQUIDES ET ANNEAUX GAZEUX
- Tous ceux qui ont appris un peu de chimie se rappellent sans doute l’intéressante expérience des anneaux tourbillonnaires produits par le phosphore trihvdrique (mélangé d'un peu de phosphure d’hydrogène) se dégageant sous une nappe d’eau1. Ce curieux phénomène ne dépendant pas évidemment de propriétés particulières de ce gaz, j’avais cherché depuis longtemps à le reproduire au moyen de la fumée de tabac, et même des précipités chimiques, qui sont en quelque sorte de la fumée liquide. Après quelques tâtonnements faits à plusieurs reprises, mes expériences réussirent parfaitement. Voici en quelques mots la manière d’opérer.
- Prenez dans une pipette un peu d’acide chlorhydrique et projetez-en quelques gouttes dans une solution très étendue d’azotate de mercure. Vous verrez se produire des anneaux de chlorure mercureux, animés dans leur chute du même mouvement tourbillonnaire qui caractérise les auréoles d’hydrogène phosphoré. Les gouttes d’acide doivent être projetées lentement et d’une hauteur
- 1 Voy. la notice publiée sur les Tourbillons annulaires des liquides et des gaz, n° 427, du 6 août 1881, p. 149.
- Voy. aussi l’article Anneaux de fumée dans le ii° 594, du 18 octobre 1884, page 319.
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- LA N AT U UE.
- assez faible à la sur vase. 11 va sans dire que le même résultat peut être obtenu en se servant d’autres solutions, pourvu qu'il s’v produise un précipité qui ne soit pas trop épais, car dans ce dernier cas, les anneaux ne se forment pas.
- On peut même, au besoin, avoir recours au lait, eu en versant avec soin quelques gouttes dans un verre d’eau.
- Pour ce qui est des anneaux ou couronnes de fumée, il est aisé de
- [ace du liquide contenu dans le
- Fie. 1.
- les produire en projetant par bouffées la fumée d'une
- cigarette à travers un tuyau (fig. 1). Mais quelques précautions sont né-
- cessaires pour assurer la réussite de l’expérience. Il faut éviter le moindre courant d’air, ce qui exige de fermer les croisées et les portes. De plus, pour interrompre les courants ascendants qui se produisent en la proximité du coips, on doit opérer sur une table, comme le montre la ligure I : les anneaux qui jiassent au delà de celte
- Moite de production des annoaux”de fumée.
- 2. 5. 4.
- Fig. 2, 5 et 4. — Aspect des amicaux de fumée. — Fig. 2. Lancé Irès doucement. — Fig. 5. Avec une certaine force. — Fig. 4. Avec peu de fumée et à une certaine distance du tuyau. (Grandeur naturelle.)
- table ne "sont pas influencés sensiblement par des courants (,1’air chaud. Un tuyau de 'i centimètres de diamètre, fait en roulant une feuille de papier à lettre ordinaire, suffit pour obtenir de très belles couronnes de T) ou 4 centimètres à la sortie du tube.
- Pour bien observer les anneaux, il est convenable de les projeter vers la partie la plus obscure de la chambre, vers le tableau noir, si l’on opère dans une chaire. Les premières bouffées ne produisent pas d’anneaux, si le tuyau n'a pas été préalablement rempli de fumée. Le mouvement en tourbillon est parfaitement visible à la sortie du tube, et même bien au delà.
- Quant à l’aspect des couronnes lancées avec plus ou moins de vitesse ou prises à différentes distances du
- tuyau, les ligures 2, 5 el 4 en donnent une idée assez claire. Les ligures 5 et (> montrent le mode de destruction des anneaux lorsque l’air est calme : ce sont toujours des lilaments de fumée qui tombent précédés d’une espèce de calotte. Ces formes capricieuses de la lu mée se répandant dans une atmosphère calme,sont surtout très apparentes lorsque les rayons solaires pénètrent dans la chambre. On en obtient de tout à fait pareilles dans un liquide dont on trouble la transparence en y produisant un précipité ou des anneaux. Thomas Esuuchk,
- Professeur de physique à l’Institut de liilliao (Espagne).
- Proj/riétaire-Ge.rani : G. Tissamiier. Imprimerie A. Lahure, K, rue de Mem-us, a Paris.
- 5 i>.
- Fig. o et 6. — Destruction des anneaux de fumée. — Fig. ü. Aspect d’ensemble.— Fig.6. Détail de la calotte eu grandeur naturelle.
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- N° 7 i 0
- G AOUT 1887
- LA NATURE
- 145
- LE TORPILLEUR A. GRANDE VITESSE
- « I, ’ O D R A G A S »
- Le torpilleur l'Ouragan qui vient d’être expérimenté récemment avec le plus grand succès, est un type absolument nouveau tant par la construction de sa coque que par les dispositions de sa machine et de ses tubes lance-torpilles. Construit par la Société des Chantiers de la Loire, il a été mis à l’eau a Nantes il y a deux mois environ. Le nom qui lui a été donné est justifié par sa vitesse exceptionnelle qui atteint 25 nœuds à l’heure (46 kilomètres et
- demi) : il constitue actuellement le premier marcheur de toutes les marines du monde.
- Les essais de torpilleurs qui ont été laits l’an dernier ont démontré les inconvénients que présentaient les torpilleurs actuellement à flot; parmi ces inconvénients il faut signaler un faible approvisionnement de charbon ne permettant pas de s’éloigner des côtes, ni de faire de longues traversées, le peu de confortable des logements des officiers et de l’équipage, logements rendus inhabitables par la chaleur et une constante humidité; enfin et surtout l’impossibilité d’ouvrir les tubes lance-torpilles dès qu’il y a un peu de boule et d’effectuer le lancement.
- Le torpilleur français l'Ouragan. (D’après une photographie.)
- L'Ouragan se distingue des autres torpilleurs par des formes de carène destinées à lui faciliter l’obtention des plus grandes vitesses, et aussi par une machine d’un poids réduit à la dernière limite, et qui, par suite de dispositions ingénieuses des cylindres, permet de marcher à volonté, en triple ou en quadruple expansion.
- L'Ouragan est un torpilleur de 147 tonneaux, sa longueur est de 46 mètres.
- L’équipage se compose de 28 personnes dont 20 officiers. Les emménagements sont très confortables ; un revêtement intérieur en liège protège les parois contre réchauffement des tôles, le froid et la condensation des vapeurs.
- A l’arrière se trouvent le salon du commandant, sa chambre et celle du second ; à l’avant, la t5e année. — 2° semestre.
- chambre des maîtres et le poste de l’équipage.
- L’armement consiste en 4 tubes lance-torpilles dont 2 placés sur le pont et 2 placés sous le pont à l’avant, ces derniers à une hauteur supérieure à celle des torpilleurs ordinaires : les tubes de l’avant se trouvent, en effet, à lm,70 au-dessus de l’eau sur l'Ouragan, et à 90 centimètres environ sur les torpilleurs ordinaires.
- Les deux tubes placés sur le pont, l’un à l’avant, l’autre à l’arrière, roulent sur un chariot mobile qui permet de pointer par le travers à bâbord ou à tribord. Chaque tube lance-torpille est approvisionné de deux torpilles placées en réserve dans un abri blindé et dont le chargement est rendu très facile grâce à un mécanisme spécial.
- L'Ouragan possède, en outre, deux canons Jlotch-
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- i m
- LA NATüHE.
- kiss h tir rapide (le 47 millimètres, ce qui permettra de l’employer utilement comme contre-torpilleur.
- Dans son ensemble l'Ouragan ressemble à un torpilleur tle 41 mètres, et, malgré ses dimensions supérieures, il ne paraît pas présenter une cible sensiblement plus apparente au tir de l’ennemi.
- L'Ouragan, en accomplissant sans aucune avarie la première partie de son programme qui consistait à partir de Saint-Nazaire et a arriver à Toulon, en six jours, sans se ravitailler en eau et en charbon, a déjà fait preuve de qualités nautiques remarquables, étant donné surtout qu’à la fin de cette longue traversée de 1700 milles exécutée à la vitesse moyenne de 12 nœuds, il a vaillamment supporté dans le golfe de Lion un violent coup de mistral qui eût mis certainement à la côte un torpilleur moins résistant. Cette dernière épreuve a permis d’apprécier l’avantage que présente une légère voilure pour appuyer le navire, qui s’est du reste parfaitement comporté à la lame, aucune déformation ni trace de fatigue quelconque n’ayant été constatée à l’arrivée. Malgré une mer qui présentait des lames de plus de 5 mètres de' creux, le pont n’était pas mouillé et l’eau n’a pas pénétré à l’intérieur.
- Comme on le voit, Y Ouragan constitue un excellent torpilleur de haute mer qui laisse derrière lui tout ce qui avait été construit jusqu’à ce jour.
- L’ÉPIDÉMIE DE SUETTE MILIAIRE
- Une épidémie grave de suette vient de frapper trois ou quatre départements du centre de la France; on peut la considérer aujourd’hui comme à peu près éteinte, grâce aux mesures prises par les Conseils d’hygiène départementaux et par le Conseil de salubrité. Mais en deux mois le chiffre des malades s’est élevé à plus de six mille, sur lesquels on a eu malheureusement à enregistrer un grand nombre de décès.
- D’après les documents publiés jusqu’ici, le premier cas reconnu par les médecins et signalé à l’attention des autorités, s’est déclaré au village de Poisieux, à 8 kilomètres de Montmorillon (Vienne). Quelques jours plus tard, toutes les communes environnantes, Saulgé, Plaisance, Journet, Montmorillon, étaient ^frappées à leur tour. De ce premier foyer, l’épidémie gagna les départements voisins, et dans le courant de mai, la Vienne, la Haute-Vienne, l’Indre avaient un grand nombre des communes envahies par cette maladie. Sans être plus meurtrière que les nombreuses épidémies de ce genre observées en France, celle de 1887 a fait encore trop de victimes. A Montmorillon, sur 5128 habitants, on compte 47 décès du 5 mai au 19 juin; à Saulgé, 21 décès sur 1460 habitants; à Moulismes, 45 cas et 15 décès sur 940 habitants.
- Dans certaines localités, la suette a eu un caractère de malignité tout particulier; des malades ont
- été emportés en quelques heures. Dans le seul arrondissement de Montmorillon, d’après le relevé du docteur Daremberg, on a compté 500 décès. C’est surtout au début de l’épidémie qu’on a observé ces cas particulièrement graves; depuis qu’elle tend à disparaître, l’allure de la maladie revêt une forme plus bénigne, et l’on n’a plus aussi fréquemment ces formes foudroyantes, suraiguës.
- Cette épidémie, dont l’origine sera difficile à déterminer, car l’histoire'étiologique de la suette est encore fort discutée, cette épidémie, dis-je, ne diffère en rien de celles qui ont frappé à diverses époques le nord et le centre de la France. Depuis 1712, époque à laquelle on fait remonter l’apparition de la suette miliaire en France, il y a eu au moins quatre-vingts épidémies plus ou moins graves. Celle de 1712 éclata dans le Doubs, à Montbéliard; parmi les plus graves, on peut citer celles de Normandie de 1740 à 1770; de Forcalquier en 1772, où 1400 personnes furent atteintes sur 2000 habitants; de Castelnaudary en 1864 (2744 cas sur 15 000 habitants); celle du Lot-et-Garonne en 1842 où l’on compte 50000 cas de suette; celle de 1849, où un quart de la France fut visité par le lléau ; enfin, celle de l’île d’Oléron en 1880, où l’on compta 1000 malades et 146 décès.
- Les symptômes de la suette miliaire relatés dans cette dernière épidémie sont les mêmes que ceux constatés au siècle dernier, et dans les épidémies plus rapprochées de notre époque. En pleine santé la veille, ou ne se plaignant que de malaise insignifiant, le malade est pris brusquement de douleurs épigastriques, de céphalées opiniâtres, avec frissons, courbature. Bientôt surviennent des sueurs abondantes (d’où le nom de la maladie) inondant le malade, traversant la literie, puis au bout de deux, trois jours, apparaît l’éruption dont on distingue deux formes : l’éruption miliaire rouge, où la peau du tronc, des membres, se recouvre de petites taches rouges papuleuses, avec une légère saillie vésicu-leuse au centre; l’autre, la miliaire blanche, formée par de simples vésicules ou sudamina. L’éruption amène en général une diminution des sueurs, qui disparaissent elles-mêmes au bout de trois à quatre jours. On constate alors une desquamation furlura-cée ou par grands lambeaux du tégument, et le malade entre en convalescence.
- C’est là la forme type de la suette miliaire ; mais, dans certains cas, la maladie s’annonce avec un cortège de symptômes effrayants, oppression, délire, hémorragies nasales, une sorte d’empoisonnement suraigu; la mort arrive en quelques heures, dans les premiers jours, avec une hyperthermie considérable et des phénomènes cérébraux. D’autres fois, au contraire, dans les cas bénins, les sueurs sont fort modérées, l’éruption très discrète, et le malade est sur pied en moins d’une semaine.
- Toutes ces modalités de l’affection ont été observées dans le cas présent et ne peuvent être expliquées que par une réceptivité moindre des divers
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- sujets, car Ja maladie semble atleindre de préférence les adultes pleins de santé. Cependant il est a i'em arquer que c’est presque toujours au début de l’épidémie qu’on a eu à enregistrer le plus grand nombre de cas graves, à marche rapide.
- L’étiologie, la nature précise de la maladie, 11e sont guère connues, en dépit des nombreuses circonstances où l’on a été à même de l’observer.
- On a cherché à établir des relations entre l’apparition des épidémies et certains caractères du sol, de l’état météorologique ; on a voulu en faire une sorte de manifestation du genre du paludisme. Les localités de la Vienne où la suette s’est montrée en premier lieu sont des foyers endémiques de paludisme. Mais combien d’autres points ont été frappés, dans les épidémies antérieures, qui se trouvaient et se trouvent encore absolument indemnes de malaria. Les insuccès, maintes fois constatés, du sulfate de quinine, permettent encore de s’inscrire contre l’assimilation de la suette a une fièvre tellurique.
- Le rapprochement qu’on a fait avec les fièvres éruptives et même avec le choléra ne demande que la découverte d’un agent microbien pour donner a ce point de vue une sanction plausible. Ce qu’on peut dire, c’est que bien souvent on avait eu, avant l’explosion de l’épidémie de suette, des épidémies de rougeole et de scarlatine. Le fait a été noté pour 'épidémie récente. Quant au choléra, c’est la gravité le certains cas, leur caractère foudroyant, la propagation rapide de la maladie, à de grandes distances, qui ont pu faire naître l’idée d’une ressemblance, au moins comme allures; la question 11’est plus discutable; il n’y a eu, quand les deux maladies ont sévi simultanément, qu’une coïncidence fortuite.
- L’idée de contagion, qui n’a pas eu grands défenseurs jusqu’ici, nous semblé cependant la plus apte à expliquer ces diffusions rapides, ces variétés graves et bénignes. O11 ne cite pas, dit-011, de contagion directe bien nette; c’est que l’agent du contage n’est pas encore connu. Les inoculations tentées sur eux par de courageux expérimentateurs n’ont donné aucun résultat. Mais 11e sait-011 pas que des médecins ont fait les mêmes tentatives avec les fausses membranes de la diphtérie, sans réussir heureusement à s’inoculer le poison ? Niera-t-011 cependant que la diphtérie soit contagieuse ? Pourquoi les mesures sanitaires prises avec ensemble, appliquées avec fermeté, ont-elles eu un si heureux résultat, en éteignant dans l’espace de quelques semaines une épidémie diffusée sur un aussi vaste territoire ? Je ne donne ici mon opinion que pour une simple hypothèse, puisque je 11’ai pas observé de suette miliaire, ni d épidémie, mais je suis enclin à croire à la nature contagieuse de la maladie.
- Je disais que la suette miliaire n’était apparue en France qu’au siècle dernier ; mais au quinzième et seizième siècle, l’Angleterre avait été ravagée par une maladie analogue. Longtemps on s’est refusé à admettre la similitude entre la peste britannique, la suette anglaise et la suette miliaire, appelée aussi
- suette des Picards. Les historiens modernes ne voient dans ces épidémies qu’une seule et même maladie qui, suivant les époques, suivant les régions, a pu offrir des caractères 'de dissemblance qu’il est aisé d’expliquer. La suette anglaise débuta en août 1485, quelques jours après la bataille de Bosworth, s’étendit à Londres et peu à peu dans le reste de l’Angleterre. Elle avait des allures encore plus terribles que de nos jours, puisque l’on compta à peine une guérison sur cent malades.
- Vingt ans plus tard, on signale une seconde épidémie, beaucoup plus restreinte; puis en 1518 et en 1529 surviennent de nouvelles épidémies, aussi graves que la première, parcourant toute l’Angleterre. La dernière pénétra même en Europe et gagna la Hollande, le Danemark, l’Allemagne du Nord et les provinces Rhénanes. La gravité du fléau ne fut pas moindre sur le continent que dans les lies Britanniques ; dans les quatre premiers jours de son apparition, on comptait, rien qu’à Anvers, plus de 500 victimes.
- En 1551, une épidémie survient encore en Angleterre et la maladie semble, après cette apparition, disparaître pendant des siècles.
- Si l’on se reporte aux narrations des historiens du temps, on voit que la suette anglaise ne différait guère dans son essence et ses modalités de la suette miliaire; la maladie était plus grave à cette époque, la mortalité atteignait des chiffres considérables. Peut-être y a-t-il lieu de tenir compte, au point de vue de cette gravité, des singulières pratiques de traitement mises en oeuvre par l’entourage et qui n’ont pas encore disparu de nos jours. Pour déterminer cette manifestation soi-disant critique de la maladie, il fallait aider la nature en provoquant au plus haut degré la sudation. On entassait les couvertures sur le malade, on calfeutrait la chambre qu’011 chauffait nuit et jour ; on allait même jusqu’à placer les malades dans des fours. Sous aucun prétexte, même pour la satisfaction des besoins naturels, le malade ne devait être découvert; il croupissait dans ses^ déjections, baignait dans des sueurs infectes, respirait une atmosphère empestée. S’il guérissait, il faut avouer qu’il avait l’àme chevillée au corps.
- Dans l'épidémie récente, les médecins se sont heurtés à de grandes difficultés pour combattre ces pratiques d’un autre âge, qui ne font qu’exagérer la gravité de l’état du patient. Leur énergie, celle des autorités, a permis cependant d’employer des mesures sanitaires générales et locales, désinfection de la literie, des chambres, des locaux, qui ont amené assez rapidement l’extinction du fléau. Nous pouvons espérer que les jeunes savants auxquels on a confié le soin d’étudier cette épidémie parviendront à découvrir l’agent de la contagion et nous mettront en mesure d’appliquer des moyens prophylactiques efficaces contre le retour de cette maladie meurtière.
- Dr A. Cautaz.
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- LA NATURE.
- UN
- MACHINES A FABRIQUER LES CAISSES
- d’emballage
- Les nouvelles et curieuses machines (jue nous allons faire connaître sont d’origine américaine. Elles sont destinées à la fabrication mécanique des caisses d’emballage que l’on confectionne en quantité si considérable dans quelques grandes industries; elles ont pour objet de faire vite et bien, en économisant une somme de temps considérable, et en diminuant considérablement la main-d’œuvre.
- Ces machines, qui méritent une attention toute particulière, sont actuellement appliquées en grand à l’usine de MM. Mcnier, à Noisiel, où nous avons eu l’occasion de les voir fonctionner récemment.
- On fait à cette usine 800 à 1000 caisses par jour pour emballer le chocolat fabriqué ; elles sont de trois formats principaux : les caisses, les demies, les quarts ; et chacun de ces formats en quatre mesures différentes.
- Les bois en planches, débités d’abord mécaniquement en long, puis en travers pour être assemblés en panneaux, sont ensuite rabotés par de puissants outils qui, tout en donnant une surface unie et très propre, règle l’épaisseur de ces panneaux d’une manière absolue ; condition essentielle pour le travail mécanique ci-après.
- Ces panneaux sont alors imprimés en noir par une machine rotative, analogue aux machines rotatives à journaux. Le travail se fait avec une grande célérité et la plus parfaite exécution. Outre l’impression à l’encre indélébile, l’inscription est incrustée dans le bois, ce qui en fait une marque ineffaçable.
- Cette machine (fig. 1) est composée d’une table, de l’encrier avec ses rouleaux encreurs et de deux cylindres, ses principaux organes ; le tout actionné par des engrenages et des poulies.
- Sur la table, l’ouvrier pose une pile de panneaux préparés, blanchis et réglés d’épaisseur. Un taquet tiré par une bielle en dessous de la table, pousse le panneau du dessous de la pile, lequel s’engage entre les cylindres qui l’entraînent en l’imprimant sur une face, comme le montre le dessin ci-dessus, le cylindre supérieur portant le cliché de l’inscription.
- Aussitôt, et à chaque tour, un panneau est imprimé et empilé en avant de la machine. Au-dessus du cylindre supérieur est placé l’encrier, qui, par une disposition aussi simple qu’ingénieuse, dépose a chaque tour, sur le cliché, la quantité d'encre nécessaire à l’impression.
- Les panneaux imprimés sont ensuite passés aux machines à clouer, qu’il a fallu disposer en conséquence, pour les approprier a faire successivement et par séries le travail des trois formats de caisses, afin de satisfaire aux besoins de cette fabrication toute spéciale; ce qui se fit dans les ateliers de construction de l’usine de Noisiel (fig. 2). La machine est actionnée d’une manière continue par une courroie, menée par une transmission générale et fait tourner fous
- la poulie et le manchon d’entrainement.
- Le conducteur est debout devant la machine; il place les bois à réunir sur la table ; il touche du pied la barrette en pédale qui agit sur le déclic du manchon d’entraînement ; aussitôt tout le mouvement est actionné par la poulie désignée plus haut, et en un seul tour les bois à réunir ont été pressés, cloués et rivés par une série de clous variant selon les besoins, amenés sous les marteaux par des tubes verticaux.
- Préalab 1 ement, un gamin monté sur une plateforme, garnit de clous les chaînes spéciales de une ou plusieurs machines ; ces chaînesC,C (fig. 5) composées de maillons à godets en rapport avec le nombre de tubes et de marteaux nécessaires. Le clou est mis la tête en bas dans chaque godet, ou alternativement, selon le besoin, et la presque totalité de la longueur de la chaîne est ainsi garnie ; alors chaque tour de la machine avance la chaîne d’une ligne de maillons et fait déverser, la pointe en bas, dans les tubes A, les clous qu’ils contiennent. Pour faciliter l’admission des clous, les tubes sont munis d’un entonnoir au sommet; en bas, ces clous arrivent obliquement dans les boîtes a marteaux 1,2,5,4,5,6 (fig. 5.), et les tiges des marteaux se relevant lors de la mise en mouvement de la machine, le clou glisse dans la partie inférieure de la boîte qui presse sur le bois à clouer, la pointe sur ledit bois; le marteau s’abaisse aussitôt et enfonce le clou par pression, et sans choc, dans les parties de la caisse présentées à cet effet.
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- Immédiatement le mouvement s’arrête, les bois sont j place, puis appuyant de nouveau sur la pédale, une devenus libres et l’ouvrier les retourne ou les rem- j autre série de clous est enfoncée à l’endroit présenté.
- Le"clouage se fait toujours très régulièrement et avec une grande solidité, quelles que soient les dimensions des caisses cf l'épaisseur des bois; la rapidité d’exécution est aussi un des grands avantages de l’emploi de ces machines.
- A Noisiel, la machine n° 1 barre les bouts des caisses, soit 4 clouures de 4 ou 6 clous rivés; la machine n° 2 barre les fonds et couvercle, soit comme ci-dessus ; la machine n° o monte la carcasse, c’est-à-dire assemble les quatre côtés de la caisse, avec une remarquable solidité ; la machine n° 4 fonce la caisse sur les quatre côtés ; le dessus restant à poser à la main après l’emplissage, ce qui s’exécute très rapidement.
- Chacune de ces machines enfonce par jour, en moyenne, plus de 24 000 clous ; soit pour quatre
- machines près de 100000 clous pesant environ 150 kilogrammes, non compris les clous mis à la main pour le couvercle.
- Chaque caisse se compose de 18 à 22 morceaux de bois do peuplier, tous débités mécaniquement à dimensions rigouseuse-ment fixes, lesquels passent successivement par 20 à 25 mains.
- On voit quelle est l’utilité de cet outillage dans une usine aussi importante que celle de Noisiel. Il va sans dire que les ma-[ chines à fabriquer les caisses peuvent être faites pour toutes les grandeurs et tous les formats. X...
- Fig. 5. — Détails de la machine à clouer.
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- LE TREMBLEMENT DE TERRE DU JUPON
- DU 15 FÉVRIER 1887
- Un tremblement de terre d’une intensité considérable a ébranlé le sol d’une partie du Japon, le 15 février 1887 ; il a, par conséquent, précédé de huit jours seulement la convulsion si tristement célèbre de Nice.
- On peut dire que si la crise du 15 février avait éclaté dans nos villes européennes jolie aurait sans doute renversé des quartiers entiers, car nos maisons ne sont pas construites avec la prévoyance des architectes japonais habitués aux effets séismiques.
- L’aire ébranlée a atteint une surface égale à peu près
- au tiers de celle de la grande île de Nippon, soit au sixième environ de celle de la France. On a constaté dans la portion du pays directement frappé des crevasses dont quelques-unes avaient jusqu’à 150 mètres de longueur. Cependant les dégâts n’avaient aucune importance sérieuse.
- Des observations intéressantes ont. été faites à l’Observatoire de l’Université impériale, où l’on a établi depuis plusieurs années des enregistreurs particuliers imaginés par M. Ewing, physicien anglais, faisant partie de la pléiade de professeurs qui a jeté au Japon les bases d’un enseignement scientitique moderne.
- Depuis que la mission d’instruction est revenue en Eu-rope, et que les chaires de l’Université sont occupées par des professeurs indigènes, ces appareils sont dirigés par
- Fig. 1. — Tremblement de terre du Japon. Courbes données par les enregistreurs de l’Observatoire impérial. — a. Composante est-ouest, b. Composante nord-sud. — c. Trajectoire verticale. — A,B,C. Époques où les trajectoires sont déterminées graphiquement.
- Les chiffres de la première ligne marquent le nombre de secondes depuis la première secousse.
- M. Seiky Sekya, professeur de sismologie, science qui deviendra nationale au Japon, car les fureurs de ses volcans principaux y occupent une large place dans son histoire1. On sait que tout mouvement des molécules d’un corps
- peut se décomposer en trois mouvements élémentaires ayant lieu le long de trois axes orthogonaux se croisant en un point quelconque de l’espace. M. Ewing s’est donné le problème de déterminer isolément le mouve-
- pjg 2, — Tracés des enregistreurs. — Trajectoire horizontale amplifiée, d’une molécule aux époques indiquées plus haut.
- ment de chacune des composantes du mouvement des molécules de la terre. Il a donc été conduit à adopter trois enregistreurs spéciaux. Le premier lui sert à écrire les soubresauts, c’est-à-dire les secousses ayant lieu de haut en bas suivant la verticale. Les deux autres sont deux pendules placés dans le plan horizontal. L’un d’eux est destiné à écrire les commotions suivant la ligne nord-sud et l’autre suivant la ligne est-ouest. Ces deux derniers sont terminés par une pointe traçante qui se meut sur une plaque de verre enfumé de manière à laisser la trace de ses oscillations successives.
- Le système est, sans contredit, fort ingénieux, mais il ne met point ’a l’abri des objections que l’on a toujours
- 1 Depuis un temps immémorial, l’attention des Japonais s’est portée sur les grands événements naturels qui sont devenus l’origine d’une multitude de légendes singulières.
- faites aux systèmes à enregistrement. En effet, pour ne parler que des deux pendules horizontaux, dont le fonctionnement est plus facile à comprendre, on doit remarquer que les points d'attache des leviers n’est point fixe, mais qu’il participe plus ou moins au mouvement d’ensemble, de sorte qu’au lieu d’écrire des trajectoires absolues on ne trace que des trajectoires relatives.
- Le point d’appui de chaque levier horizontal est un corps massif ayant la forme d’un cône tronqué dont la petite base est placée vers le sol et dont l’axe d’inertie est vertical. Cette masse est suspendue elle-même par un bras ou une tige rigide horizontale à un axe vertical fai-sant partie de l’édifice. L’impulsion est communiquée par le bras dont la direction concorde avec la ligne nord-sud, par exemple. L’énergie du choc est considérée comme donnant la mesure de la composante dirigée suivant cet azimut. Elle se^ manifeste par un déplacement du levier,
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- et l’on suppose que si le levier est deux ou trois fois plus long que le bras, le déplacement linéaire de la composante sera amplifié deux ou trois fois dans le mouvement décrit par la pointe traçante.
- 11 n’est pas superflu de noter qu’un seul disque suffit pour la réception des deux enregistrements, pour la composante nord-sud et ouest-est. En effet, il a suffi de régler la longueur des leviers pour que le premier tracé ait lieu sur une circonférence et le second sur une circonférence concentrique décrite dans l’intérieur de la première.
- Les deux bras du levier sont disposés de (elle manière que les oscillations de la pointe traçante se produisent dans la direction des rayons communs aux deux cercles.
- On a multiplié les appareils de manière à voir si les résultats recueillis étaient concordants, quoique l’on eût fait varier certaines circonstances de l’enregistrement. Cette preuve a réussi d’une façon satisfaisante.
- Le disque de verre enfumé est mis en rotation par un mouvement d’horlogerie dès le commencement des secousses. Sa vitesse, qui est très grande pendant quelques instants très courts devient bientôt uniforme et lente de manière à faire un tour entier en soixante ou quatre-vingt secondes.
- Les indications ainsi recueillies peuvent être combinées avec celles que donne l’indicateur vertical de manière à donner l’idée de la trajectoire parcourue dans l’espace par les divers points de la surface de la Terre. Cette courbe est souvent très complexe, quoique l’amplitude des soubresauts ou mouvements verticaux soit toujours bien moindre que celle des oscillations horizontales"; mais il n’est pas rare de voir l’impulsion seismique passer successivement par tous les points du compas.
- Il est clair que malgré tous les soins pris pour cette construction les mouvements de ces masses sont toujours moins indépendantes des oscillations du sol que celles des instruments magnétiques, et il n’est pas possible de se défendre de l’idée que des commotions mécaniques ont dû bien des fois troubler les phénomènes que l’on a peut-être trop légèrement attribués uniquement à des variations dans le pouvoir magnétique du globe.
- LA PHOTOGRAPHIE PRATIQUE
- LE FOND RUSSE. ----- PHOTOGRAPHIE AMUSANTE
- On fait usage dans les ateliers photographiques de londs en étoffe ou en papier de nuances très diverses. L’opérateur, s’il est habile, sait tirer de leur emploi de très heureux effets au point de vue artistique.
- L’amateur naturellement moins bien outillé pourra néanmoins avec deux fonds seulement, un blanc et un noir, obtenir une série de résultats des plus intéressants. Avec le premier, en faisant usage d’un dégradateur pendant le tirage des positives, il fera des- portraits dégradés sur fond blanc qui auront un cachet tout particulier surtout s’il fait usage du procédé au platine. Avec le second, il pourra faire ce qu’on nomme le fond russe. L’épreuve au lieu d’être dégradée sur fond blanc, l’est sur fond noir. Ce mode de tirage est très précieux pour les portraits de personnes en costume clair. Rien n’est plus simple que d’arriver à ce résultat au moyen de l’artifice suivant :
- On découpe un carton en forme de dégradateur, (fig. 1), et on le place dans l’intérieur de la chambre où il se trouve maintenu par les plis du soufflet. Les rayons venant du modèle ne peuvent passer que par la partie enlevée de ce petit écran, et viendront éclairer un seul endroit de la glace dépolie, tout le reste étant dans l’ombre. On déplace l'objectif dans un sens ou dans l’autre, de façon que l’image soit bien centrée par rapport a la partie éclairée, on fait varier celle-ci en rapprochant ou eu éloignant 1 écran. A cause de la distance de l'écran au verre dépoli, les contours s’estompent avec la plus
- grande perfection et l’on obtient directement sur
- le cliché un dégradé parfait.
- Dans un autre ordre d’idées M, II |jl 1MÏI K ü
- on sait qu’un fond rigoureuse- jj jj| IPI, nu ]
- ment noir est sans action sur |i| If |
- la surface sensible, que celle-ci il ij II 1
- reste intacte dans toutes les par- Il 1 !
- ties qui n’ont pas été frappées II lli IVrT^rrrm Ij
- par la lumière, et quelle est apte II 1 liiillllü Nil |1| |jj!l||jli| lu
- à recevoir une nouvelle impres- lu üli lllliliiillil 11 üiiü
- sion. C’est en se fondant sur ce Fi g. 1. — Carton
- fait que M. le professeur Marey perfore.
- a pu enregistrer sur une même plaque sensible une série d'épreuves successives. La seule difficulté que l’on rencontre dans cet ordre de travaux provient du fond qui doit être rigoureusement sans action sur la plaque. M.Marey a dù employer le procédé indiqué par M. Chevreul et opérer devant une cavité assez profonde entièrement tapissée de velours noir. Dans ces conditions il est possible d’obtenir une série d’épreuves sur la même plaque sans que le fond ait la moindre action sur la couche sensible. L’amateur pourra tirer de l’usage du fond noir ainsi compris des sujets variés à son gré et qui ne laisseront pas que d’intriguer vivement les personnes ignorant la manière de les obtenir. Il lui suffira d’opérer sur un fond suffisamment sombre, ou en face d’une ouverture donnant sur un intérieur très peu éclairé. Une fenêtre, une entrée de cave, de grotte, lui donneront de très bons résultats. En plaçant son modèle dans diverses positions, mais en ayant soin, au moyen de repères habilement pris pour chaque opération, de faire qu’aucune des images ne chevauche sur la voisine, il pourra obtenir une épreuve dans laquelle la même personne se trouvera représentée deux ou plusieurs fois. Inutile de dire qu’à chaque position du modèle, il devra faire une exposition de la durée
- Rniiiiiiiimtftitirimwmi
- Fig. 2. — Châssis à battants pour los photographies amusantes.
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- LA NATURE.
- voulue pour obtenir une bonne épreuve, lie cette manière les divers portraits auront la même valeur.
- Les sujets que l’on peut faire ainsi sont fort nombreux : la même personne peut se verser à boire, s’offrir du feu en fumant, faire une partie de cartes, etc., etc. En donnant avec intention un temps de pose trop court dans un des cas, on aura une image légère, vaporeuse, qui permettra de faire des effets de spectres, d’apparitions. C’est du reste le procédé qui a été employé avec tant de succès, pour l’obtention des photographies spirites et grâce auquel on a fait tant de dupes.
- Nous laisserons à l’amateur le soin de varier à sa guise les sujets. Qu’il fasse uniquement attention à placer son modèle de manière à ce que la nouvelle
- Fig. 3.— Fac-similé (l’une photographie amusante représentanl trois fois la même ligure, obtenue par M. Duc, de Grenoble.
- image ne vienne pas se confondre ou se mêler avec la première. Si l’on désirait obtenir les mêmes effets non plus sur un fond uniformément noir, mais sur un fond quelconque, la manière de procéder sera différente .
- Voici le moyen qu’indique M. Henry Duc, de Grenoble, et qui est fort ingénieux. Il consiste à faire usage d’un châssis spécial qui au lieu d’avoir un volet coulissant, en comporte deux fonctionnant comme les deux battants d’une porte. Ces volets B,1», (fig. 2) pivotent sur deux axes verticaux A, A, dont les extrémités supérieures dépassent le châssis afin de pouvoir les manœuvrer de l’intérieur. Ils doivent joindre très exactement. A cet effet M. Duc les garnit de papier minéral de façon à obtenir une fermeture
- Fig. i. — Fac-similé d’une autre photographie amusante représentant deuxfois le môme profil, obtenue par M. Duc, de Grenoble.
- absolue et douce en même temps. Une plaque d’acier coulissante ED permet de maintenir les deux volets exactement fermés avant et après la pose. On l’enlève lorsque le châssis est dans la chambre.
- Le verre dépoli est divisé en deux par un trait au crayon concordant d’une manière absolue avec la ligne de fermeture du châssis. On met au point le sujet sur une des moitiés de la glace, puis on démasque le côté correspondant du châssis ; après la pose, le modèle change de place et l’on fait une deuxième pose sur l’autre moitié de la plaque. L’épreuve reproduite ci-dessus (fig. o) a été faite de cette manière, elle représente trois fois la même figure. Le chevalet, le tabouret et le peintre ayant été disposés, on a fait une épreuve sur le côté gauche de la glace, puis le peintre, se transformant en modèle, est venu
- se placer sur le partie correspondant au côté droit de la glace. La deuxième exposition a alors été faite. Le portrait qui est sur le chevalet est encore celui de la même personnne, mais il a été tiré après coup sur l’épreuve positive, au moyen du cliché et d’un dé-gradadeur. L’autre épreuve (fig. 4), envoyée également par M. Duc, est aussi très curieuse et a été obtenue avec le même appareil. Un chapeau était fixé solidement après un appui-tête et la même personne est venue successivement, en se glissant délicatement, présenter ses deux profils.
- Nous avons cru intéressant de signaler ces épreuves et la manière de les obtenir. Nul doute que les amateurs ne trouvent là matière à d’agréables distractions. Albekt Londe.
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- LE MATÉRIEL DES POMPIERS DE PARIS
- (Suite. — Voy. p. 53 et 88.)
- Nous avons vu dans notre précédente notice de quelles ressources pouvaient être, pendant l’incendie de constructions élevées, les échelles a coulisse qui permettent de faire des établissements pour attaquer le leu, ou d’opérer le sauvetage des malheureux ([ue la llamme et la iumée ont surpris. Nous parlerons aujourd’hui de quelques autres systèmes de sauvetage, beaucoup moins utilisés, mais qui peuvent cependant rendre de grands services, et qui font partie du matériel de nos casernes parisiennes.
- Le sac de sauvetage que nous décrirons d’abord est un véritable tuyau de toile, assez long pour être tendu du haut d’une maison de cinq étages jusqu’au sol, et d’un diamètre assez grand pour qu’un homme puisse y passer facilement. Pour s’en servirai faut trois sapeurs, un chef, et deux servants ;on emploie en outre trois hommes pour maintenir l’appareil tendu pendant le sauvetage. Le tube de toile est muni à son extrémité supérieure d’une traverse qui permet de le fixer solidement; on hisse cette extrémité jusqu’à la fenêtre où doivent s’opérer les sauvetages, soit au moyen de cordes, soit au moyen d’échelles. Le chef et son premier servant font entrer l’extrémité du sac dans la chambre, appuient la traverse sous la partie inférieure de la croisée, et fixent convenablement le système avec des cordes. L’extrémité inférieure du sac
- est, d’autre part, tenue dans la rue par le second servant qui se fait aider par d'autres sapeurs ; il doit s’éloigner le plus possible du pied de la maison, afin de donner au sac l'inclinaison nécessaire, [tour que la descente des personnes que l’on veut sauver ne soit pas trop rapide. Dans le cas où la rue est étroite, et où l’on ne saurait donner une pente suffisante au tuvau de toile, le second servant ferme le sac à sa
- partie inférieure, au moyen de la coulisse placée à son extrémité, passe un petit cordage dans les boucles, et peut arriver, par ce moyen, a donner de l’inclinaison à la partie inlérieuredel’ap-pareil. La personne qu’il s’agit de faire descendre étant parvenue à la fermeture, on lâche doucement le cordage jusqu’à ce que l’extrémité du tuyau pose à terre.
- Notre figure montre l’emploi du sac de sauvetage pendant l'incendie d’une maison de Paris. L’extrémité supérieure a été attachée à une fenêtre des toits, et le sauvetage est figuré pendant qu’il s’opère ; qne personne a été introduite à l’entrée supérieure du tube bien tendu, et le renflement représenté vers la partie inférieure du sac, indique le passage de cette personne dans le tuyau flexible, au moment où elle va bientôt être délivrée en sortant par l’extrémité inférieure.
- Un autre appareil très simple et très ingénieux est la toile de sauvetage : il consiste simplement en une toile carrée de 5 mètres de côté, en fort treillis ; les bords de la toile sont fixés à un cordon solide, où se trouvent attachés à égale distance, seize poi-
- Emploi du sac de sauvetage.
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- gnées de tension. Seize personnes robustes saisissent les seize poignées et se tenant, la jambe droite tendue, la gauche ployée, le corps penché en arrière, ils tendent énergiquement la toile au-dessus du sol, se trouvant prêts en outre à faire au moment voulu et tous ensemble, un violent effort vers l’extérieur. Dans ces conditions, une personne peut se icter, ou être jetée, d’un étage élevé sur la toile endue qui la reçoit et agit comme un ressort sans que le choc soit dangereux. On a l’habitude, quand on se sert de la toile de sauvetage, de placer au-dessous de sa surface tendue, de la paille ou des matelas, afin d’amortir un choc s’il survenait accidentellement.
- Les appareils que nous venons de foire connaître, ne sont pas aujourd’hui fréquemment usités, mais il peut toujours se présenter des cas particuliers oîi leur emploi serait rendu nécessaire, et ils sont toujours prêts à fonctionner. II va sans dire que les hommes qui les disposent au milieu de l’incendie, doivent être exercés à leur manœuvre, et agir avec le calme et la prudence qui conviennent aux circonstances dramatiques au milieu desquelles ils sont appelés à agir. Mais les pompiers de Paris ont toutes les qualités nécessaires pour que les sauvetages s’opèrent dans les meilleures conditions possibles. Non seulement ils sont robustes, agiles et courageux, mais on les exerce en outre, par une gymnastique bien entendue, à supporter l’action du feu d’une façon absolument spéciale. Voici l’un des exercices auxquels on livre les pompiers dans les casernes.
- Au milieu d’un caveau spécial, construit à cet effet, on allume des bûchers de paille, la flamme s’élève, la fumée remplit le caveau et les couloirs qui y aboutissent; il fout que les pompiers traversent la fumée suffocante, et séjournent au milieu de l’atmosphère brûlante. Les jeunes pompiers, au début de ces expériences, se récrient et il leur semble impossible de pénétrer dans ce milieu brûlant et asphyxiant, mais leurs sergents qui y sont accoutumés y circulent avec la plus grande facilité. Ceux-ci arrivent même à approcher du foyer, et c’est là, paraît-il, près de la flamme qui appelle l’air, que l’atmosphère est le plus respirable. Pendant que les novices frappent à la porte fermée par leurs chefs, des corridors conduisant au dehors de ces caveaux où le feu brûle, les sergents accroupis près de la flamme restent là sans broncher, attendant qu’il leur soit donné l’ordre de se retirer. Peu à peu, les jeunes pompiers, par l’exercice renouvelé, en font de même. Grâce à cette habitude, ils arrivent à séjourner ainsi pendant l’incendie dans les locaux où nul autre qu’eux ne pourrait même pénétrer. Il est bon, dans ces milieux remplis de fumée, de ne respirer que par le nez, et de mettre son mouchoir dans la bouche. Quand il s’agit d’un local contenant des gaz délétères comme l’oxyde de carbone ou le gaz de l’éclairage, il fout alors recourir à des appareils respiratoires. On n’y pénètre
- d’autre part qu’avec des lampes électriques cpii ne peuvent en déterminer la combustion. Nous avons décrit ces systèmes de lampes, et nous n’v reviendrons pas aujourd’hui. Gaston Tissandier.
- — A suivre. —
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- LA VARIATION SÉCULAIRE DES SAISONS
- Tout le monde a été frappé en France du caractère météorologique particulièrement mauvais du mois de mai de cette année. Plus que jamais il a contredit son proverbial renom de beauté. Par la fréquence du froid et de la pluie, il ressemblait assurément plutôt à un mois de mars. Depuis longtemps déjà on observait ces perturbations dans nos printemps, mais elles se sont prononcées au plus haut degré pendant celui que nous venons de traverser.
- La constatation de la généralité de ce fait n’impliquerait. rien moins qu’un lent, mais très sérieux changement dans le sens de la détérioration de notre climat en France, et même de celui de l’Europe occidentale. C’est une question qui a été traitée il y a une trentaine d’années par notre, illustre philosophe, Jean Reynaud, dont la mort prématurée a été un grand deuil pour la France. Il a donné sa solution dans un des Éclaircissements sur la théorie de la Terre dont il a fait suivre son magnifique ouvrage de Terre et Ciel, et nous l’avons signalée alors dans Y Ami des sciences auquel nous collaborions, ainsi que dans nos Phénomènes de Tatmosphère.
- La théorie dont nous parlons repose sur l’existence, à la surface des planètes, de deux ordres de saisons dépendant, l’un, qui est bien connu, de l’inclinaison du plan de l’équateur sur le plan de l’orbite, l’autre, qui l’est beaucoup moins, ayant pour cause l’excentricité même de l’orbite, par suite de laquelle doit changer la distance du soleil placé au foyer de l’ellipse parcourue. L’auteur analyse la série des combinaisons dérivées des deux ordres dont le premier est désigné par l’adjectif solsticial et le second par l’adjectif héliaque. Considérant seulement les saisons terrestres, il les voit se développer selon une très longue périodicité, dont il nous suffira, pour notre objet, d’indiquer quelques traits.
- Ainsi l’année 1122 de notre ère correspondait à la coïncidence du solstice d’hiver avec le périhélie et du solstice d’été avec l’aphélie. L’hiver solsticial coïncidait alors avec l’été héliaque et l’été solsticial avec l’hiver héliaque. « La saison froide et la saison chaude étaient toutes deux à leur maximum de modération, l’hiver était aussi peu froid et l’été aussi peu chaud que possible ; et en même temps le passage de la saison froide à la saison chaude, et réciproquement, s’opérait par une gradation continue et symétrique de part et d’autre. »
- Il faut reculer à l’an 11760 avant notre ère, pour trouver le solstice d’hiver sur l’aphélie et le solstice d’été sur le périhélie, et par suite la saison froide et la saison chaude ayant le caractère le plus prononcé qu’elles puissent avoir. C’est la condition qui en se tempérant graduellement, appartenait à toute la haute antiquité et se trouvait très distincte, quant à la température, de la période actuelle et de celle du moyen âge. Dans l’année 14004 il y aura reproduction du même régime.
- Toutefois il y a lieu de remarquer la complexité de la recherche du caractère des saisons dans le cours de chacun des siècles de la période de la précession des équi-i noxes en se bornant aux seuls éléments astronomiques.
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- Pour serrer le problème de plus près, il faudrait introduire non seulement la chaleur solaire reçue par le corps planétaire, mais encore la chaleur envoyée par celui-ci à son enveloppe atmosphérique, et avoir égard au refroidissement que les conditions géographiques rendent très inégal. L’application qu’on voudrait faire pour une période limitée seulement exigerait la possession des observations exactes de la température moyenne de chacune des saisons dans les diverses régions du globe, et la science n’est nullement en position de fournir cette donnée. « Tout au plus, conclut l’auteur, est-il possible de recueillir çà et là, dans les monuments de l’histoire ou dans ceux de la nature, quelques traces propres à nous faire reconnaître que les saisons de l’ordre héliaque acquièrent dans l’économie de la terre une valeur assez prononcée pour s’y traduire en phénomènes appréciables, et que par conséquent les climats actuels de cette planète sont destinés à éprouver d'ici à un certain nombre de siècles, particulièrement dans les régions tempérées, des changements capables d’affecter, d’une manière sensible, l’équilibre et les habitudes de la population qui les occupe. »
- Prenons la question de fait la plus simple, relative à l’existence, dans les annales de l’antiquité, d’indices que dans l’hémisphère boréal les étés avaient été jadis plus chauds et les hivers plus froids qu’ils ne le sont aujourd’hui; elle présente plus d’une difficulté. Arago, en l’abordant le premier dans une de ses célèbres Notices de Y Annuaire du bureau des longitudes, en donnait une solution négative en se fondant sur le climat de la Palestine qui n’aurait éprouvé aucune variation depuis l’antiquité jusqu’à nos jours. Jean Reynaud, par une série de documents relatifs aux mêmes végétaux, le palmier et la-vigne, choisis par son prédécesseur, a pu complètement détruire son assertion. C’est lui qui a constaté qu’en ce qui concerne le climat de notre pays, l’histoire nous montre la limite septentrionale de la vigne notablement plus élevée vers le nord qu’elle ne l’est ensuite devenue, et c’est précisément pendant le moyen âge que cette élévation a eu lieu, à une date que nous avons mentionnée plus haut, celle de 1122, qui correspond à la coïncidence de l’été solsticial et de l’hiver héliaque. Qu’il nous suffise de rappeler qu’il y avait alors des vignobles sur les bords de la Manche, et même en Angleterre.
- L’existence d’hivers plus rigoureux dans la haute antiquité que ceux de nos jours, de leur passage à des conditions considérablement plus modérées pendant le douzième siècle de notre ère, et ensuite à une température de plus en plus rigoureuse, résulte d’un autre côté de l’étude des glaciers qui constituent en quelque sorte de véritables thermomètres séculaires. Les stries que ces glaciers produisent par leur frottement sur les rochers, et les moraines qu’ils déposent à leurs extrémités sont des témoignages permanents de leurs anciennes positions et, par suite, de l’extrême rigueur de la saison froide régnant dans les contrées qu’ils ont occupées et dont les anciens écrivains nous ont laissé de nombreuses descriptions concordant avec les mouvements d’avance et de recul observés.
- « En dehors des glaciers des montagnes, ajoute Jean Reynaud, il existe dans notre hémisphère un glacier d’une condition géographique assez considérable pour que ses changements ne puissent passer inaperçus; c’est le glacier polaire, dont tous les autres peuvent être considérés comme de simples lambeaux; et si l’on veut des informations décisives, c’est sur celui-là qu’il faut inter-
- roger l’histoire. Or, il suffit d’ouvrir les annales des peuples du Nord, pour reconnaître que ce glacier a justement suivi une marche conforme à la loi dont nous cherchons à distinguer les effets. Vers le dixième ou onzième siècle, les navigateurs Scandinaves trouvent la mer libre sur la côte orientale du Groenland; ils y fondent des colonies qui prospèrent et demeurent en relation suivie avec l’Europe; puis vers le quatorzième siècle, la mer se ferme, les prolongements du glacier polaire s’étendent, les communications s’interrompent, le pays se dépeuple et la nature polaire reprend possession d’un terrain qu’elle n’avait abandonné que pour quelques siècles, précisément dans les environs du douzième. Voilà un fait clair et qu’il est bien permis de considérer comme une' preuve que notre planète est effectivement sensible à la variation séculaire des saisons. 11 s’accorde d’ailleurs parfaitement avec le changement de climat constaté non seulement en Islande et dans l’ile Jan Mayen, mais dans l’archipel du nord-ouest où diverses traces montrent que la population des Esquimaux est chassée d'année en année de ses anciennes stations, et obligée de descendre vers le sud.
- ...Les glaces du pôle sont donc appelées à gagner du
- terrain de siècle en siècle, et si faible que soit le changement annuel, comme il doit se continuer pendant une période de plus de cent vingt siècles, à partir du nôtre, il ne laissera pas de produire finalement des effets assez considérables pour se faire sentir aux populations de l’Europe et des États-Unis. Le plus grand rapprochement du soleil pendant l’été aura beau agir en sens contraire de son plus grand éloignement pendant l’hiver, la compensation deviendra insuffisante. »
- Après quelques considérations sur la position inverse dans laquelle se trouveront les deux hémisphères relativement à la variation du caractère général des saisons, Jean Reynaud voit dans le glacier du pôle austral, l’image de ce que sera dans une centaine de siècles celui du pôle boréal et s’effraye du danger considérable qui menace l’avenir des contrées qui possèdent aujourd’hui les foyers capitaux de la civilisation. Il voit notre mer Glaciale se congeler entièrement, les banquises, après s’être prolongées le long de la Norvège, venir presque toucher l’extrémité de l’Ecosse, le climat de Stockholm descendre à Paris, et celui de Paris sur le littoral de la Méditerranée. Les cultures qui forment aujourd’hui la prospérité des latitudes moyennes en seraient rejetées ; le Nord perdrait ses avantages et la prépondérance reviendrait peut-être aux peuples du Midi.
- Nous nous arrêtons là, ce qui précède suffisant pour justifier nos vives appréhensions sur la destinée future de notre climat et appeler l’attention sur cette théorie dont on ne s’est pas, croyons-nous, assez occupé. Nous avons recommandé la question à des astronomes très compétents, mais qui dirigeaient probablement leurs études dans une autre voie. C’est bien le cas, il nous semble, de rapporter ici, au sujet de la difficulté qui empêche si souvent la vérité de se faire jour, que Jean Reynaud nous écrivait autrefois qu’Arago lui donnait tort tandis que Herschel lui donnait raison sur les mêmes théories.
- F. Zurcher.
- COLLECTEUR DE POUSSIÈRES
- SYSTÈME COMERFORD
- Il est de toute nécessité de prévoir dans un moulin un peu considérable et bien agencé, un moyen
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- aussi pariait que possible, pour purger l’air des poussières qu’il entraîne en traversant les différentes machines où son usage est nécessaire, avant de le rejeter au dehors.
- I)e là l’origine des chambres à poussières.
- Celles-ci, d’ailleurs, sont loin d’écarter tout danger et l’on sait quel est le rôle considérable joué dans les incendies de moulins par les fines poussières et la folle farine en suspension dans l’air.
- Aussi les compagnies d’assurances anglaises ont-elles relevé très sensiblement les tarifs autrefois appliqués aux moulins. Pareille mesure pourrait bien être prise en France, car aucun des collecteurs de poussières imaginés comme per fe e t i o n n e-ments et en usage jusqu’ici ne sont bien satisfaisants. Tous comportent, en effet, un filtre en matière textile, toile, flanelle, etc., au travers duquel on fait passer l’air poussiéreux.Quelles que soient les précautions prises, ces filtres s’encrassent au bout de peu de temps, bien que l’on y fasse usage de brosses, de secoueurs, de courants d’air renversés, etc.
- Le collecteur lui-même est d’ailleurs éminemment combustible, ce qui est un inconvénient.
- M. Comerford vient de présenter une solution toute nouvelle de ce difficile problème.
- Le principe est le suivant : faire traverser par le courant d’air chargé de poussières, un filtre toujours propre, constitué par une nappe de matières granuleuses — le petit blé a été reconnu très bon pour cet usage — circulant d’une façon continue entre deux parois métalliques, verticales et percées de trous.
- La coupe faite sur le collecteur (fig. 2) montre comment ce principe est réalisé en pratique sans qu’il soit besoin d’entrer dans de longs détails mécaniques. Le blé arrive à la partie supérieure et sa descente en deux nappes, l’une à droite, l’autre à gauche, est réglée par le jeu simultané de trois distributeurs D,D',D", dont
- la vitesse de rotation est variable. L’air poussiéreux arrive au centre et sort par les deux côtés parfaitement propre, les poussières les plus fines ayant été arrêtées par le petit, blé qu’une vis placée
- à la partie inférieure, entraîne au dehors ; après nettoyage il peut servir, presque indéfiniment, au filtrage d’une nouvelle quantité d’air.
- Dans son ensemble, l’appareil se compose (fig. 1) du collecteur de poussières A, au travers duquel l’air est aspiré par le ventilateur Y dont l’action est uniformément répartie sur toute la surface filtrante à l’aide de deux chambres plates accolées au collecteur.
- Pendant son passage dans l’appareil, l’air se nettoie et le petit blé sali est monté dans une blutcrieB par une chaîne à godets a. Il retourne ensuite au collecteur par le conduit b et la poussière est ensachée à l’extrémité du conduit r. Cet ensemble mécanique fonctionne d’une façon continue, sans surveillance. Le collecteur présente un volume restreint, car la surface filtrante proprement dite y est à peine le quart de celle des collecteurs à flanelle. La puissance très remarquable de cet appareil vient de ce que le filtre est mobile et toujours propre : les surfaces sont donc incessamment renouvelées et actives.
- Cet appareil est utilisé couramment aujourd’hui par M. Carter dans les installations de moulins à cylindres, qu’il fait en Angleterre, en Irlande et en France.
- Par suite de son emploi, les compagnies d’assurances anglaises ont baissé leurs tarifs spéciaux de 4 pour 100. Au moulin de Prouvy (Nord) cet appareil fonctionne avec une très grande régularité et une économie considérablè sur les anciens modèles.
- C’est à tous ces points de vue que le collecteur de poussières Comerford nous a semblé intéressant à signaler. M. A. C., ingénieur.
- Fig. 2. — Coupe du collecteur.
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- LA. MONTRE-OBSERVATEUR
- Quelles combinaisons n‘imaginera-t-on pas en fait de montres? Nous avons eu, il y a deux ans, la montre sans aiguilles1; voila maintenant M. Armand Schwob qui nous gratifie de la montre observateur. Au moins celle-ci répond à un besoin incontestable. 11 est beaucoup plus difficile qu’on ne serait tout d’abord tenté de le croire, dans les usages journaliers, de compter un intervalle de temps. Vous prenez une voiture à l’heure, vous louez un canot, un vélocipède, un billard, etc. ; il est 1 h. 24 m., vous abandonnez la voiture, le bateau, etc., à 4 h. 57 m. Pour savoir le temps qui s’est écoulé, il faut faire de tète un véritable calcul ; on se trompe quelquefois et l’on oublie même le point de départ. Etait-ce bien 1 b. 24 m. ? De là des contestations. La nou-
- ressort; les deux petites aiguilles retournent à midi. Quand vous quittez la voiture, le petit cadran indique 2 b. 45 m. Donc, vous avez gardé votre voiture deux heures quarante-cinq minutes. C’est commode.
- Le svstème se devine. C’est le rouage de la montre qui guide les petites aiguilles (fig. 2). En appuyant sur le bouton de rappel, on les fait sortir de l’engrenage et un ressort les ramène simultanément au midi ; elles engrènent de nouveau et reprennent leur marche momentanément interrompue. On voit sur la figure une partie du mécanisme. Lorsqu’on agit sur le poussoir, on déplace le bras de levier courbe de droite à gauche. Par ce mouvement on fait sortir de l’engrenage la minuterie du petit cadran et en même temps on oblige à pivoter sur leur axe deux petits excentriques qui portent les aiguillss. Ces excentriques ramènent la grande et la petite aiguille
- 1 \ov. n° 672, du t? avril 1 <S85, |t. 520
- velle montre se charge de faire le calcul toute seule ; d’un coup d’œil, on peut lire sur un cadran le temps écoulé. Et c’est bien simple.
- En haut, sur le cadran ordinaire, se trouve marqué un petit cadran supplémentaire qui fait pendant au cadran de la trotteuse des secondes (fig. 1). Ce cadran supplémentaire est identique à celui d’une montre quelconque; il indique les heures et les minutes avec les deux aiguilles. La montre donne deux fois l’heure, une fois sur le grand cadran, une fois sur le petit. Ce serait du luxe; mais il y a autre chose. Si l’on pousse un petit ressort placé sur le côté de la boîte, les deux aiguilles du cadran supplémentaire sont instantanément ramenées ensemble à l’origine des heures, au midi. Et elles recommencent leur course. Ce détail, qui n’a l’air de rien, a son importance. En effet, il est, par exemple, 4 b. 8 m. Vous montez en voiture. Vous poussez le
- à midi. Quand on a fini d’agir sur le poussoir, le ressort qui se remarque au bas du dessin repousse le bras de levier et de nouveau la minuterie du petit cadran engrène avec les rouages de la montre. Les excentriques sont cachés dans la figure derrière la roue supérieure de la minuterie. Il ne faut pas confondre l'observateur avec le chronograpbe qui enregistre la minute et fraction de minute; le cliro-nographe est bon pour des observations de précision et il ne totalise que l’heure; il est d’ailleurs coûteux. La nouvelle montre, au contraire, enregistre un intervalle de temps quelconque pour toute opération ou transaction à limite déterminée. Le mécanisme est rudimentaire et n’exige plus les rouages compliqués et délicats qui avaient été essayés déjà ; de sorte que le système est à la portée de tout le monde et peut être réparé en cas de besoin par le premier rhabilleur venu. Evidemment, c’est un en-i rcgislreur et un compteur de temps qui rendra des
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- services. On en pressent les applications multiples. Epernay : buffet, vingt-cinq minutes d’arrêt! Pressez pour plus de sûreté le ressort de l’observateur. Tonnerre, cinq minutes d’arrêt! Regardez l’observateur. Conversation téléphonique Paris-Bruxelles, cinq minutes! Consultez la montre. H est nuit; vous vous réveillez. Quelle heure? Pressez le ressort. Le lendemain vous aurez l’heure du réveil, le moment précis d’un bruit anormal, d’un événement inattendu, etc. Un importun vous rencontre. Combien de temps perdu? Poussez le ressort. Et les applications à la marche des troupes, à la vitesse des trams, à la durée des assauts, aux courses? etc. Passons. Il est évident que ce type de montre aura des amateurs.
- Hexhi de Parviele.
- LA MINE ET L’DSINE A MERCDRE
- d’aljiaden (espagne)
- M. Kuss, ingénieur des mines, à la suite d’une visite récente faite aux mines d’Almaden, vient de publier, dans les Annales des mines, une note sur l’état actuel de l’industrie du mercure dans cette région, qui fournit plus de la moitié du mercure métallique livré actuellement à la consommation. Nous croyons utile d’en extraire les renseignements suivants :
- La mine d’Almaden forme trois gîtes rapprochés, à peu près verticaux, minéralisés sur 18Ü à 200 mètres de longueur, et encaissés dans des schistes ou quartzites siluriens. Les liions d’Almaden s’enrichissent sensiblement en profondeur. Un onzième étage a été tracé depuis dix ans, à 315 mètres de profondeur, les gites ont 200 mètres de longueur exploitable et plus de 12 mètres de puissance. Le rendement moyen s’est élevé, pendant les dix dernières années, à 10 pour 100 environ.
- La méthode d’exploitation actuelle consiste à tracer dans le massif stérile qui sépare les deux groupes de filons, de grandes galeries de roulage centrales communiquant avec ces filons par des traverses de 40 en 40 mètres. Le soutènement se fait en maçonnerie, mais, malgré le prix élevé apparent de ce mode de soutènement, il n’entre que pour une faible part dans le prix de revient : 60 francs par tonne de minerai, dont moins de 10 francs pour le soutènement.
- Ce prix de revient élevé est dù principalement à l’extrême insalubrité de la mine. Quoique l’aérage y soit excellent, le piqueur, payé de 4 à 5 francs par jour, ne peut y travailler effectivement que quatre heures à quatre heures et demie, et encore ne peut-il travailler ainsi que sept à huit jours par mois.
- Il excave dans ce temps de 80 à 90 décimètres cubes. L’abattage proprement dit revient ainsi à 50 francs le mètre cube, soit plus de 15 francs la tonne. Il en est de même pour les rouleurs, les surveillants, etc.; de là la nécessité d’entretenir un personnel hors de toute proportion avec la production, et une très forte augmentation des frais généraux et des frais permanents.
- Le minerai, au sortir de la cuve, subit un classement par grosseur, puis un triage à la main par qualité. Les gros et partie des menus vont aux fours à aludels, les menus sont traités aux fours Linermore.
- Les fours à aludels sont assez, connus pour qu’on puisse se dispenser de les décrire. Les modifications apportées
- récemment consistent dans la substitution de la houille au bois et aux broussailles. La dépense est restée sensiblement la même, mais la houille est moins encombrante, plus facile à approvisionner et à brûler, et la marche de l’opération est plus régulière.
- Dans deux des onze paires de fours à aludels on a aussi augmenté la durée de la calcination du minerai, en la portant de trois jours à quatre; on a agrandi les dimensions des fours et le poids de la charge pour conserver la même production. Les pertes du traitement ne dépassent pas 5 pour 100 du mercure contenu dans le minerai. La teneur de ce miuerai est déterminée par le procédé Eschka, le seul employé aujourd’hui. Ce procédé d’essai, d’une élégance et d’une simplicité irréprochables, consiste dans la calcination, dans un creuset en porcelaine fermé par un couvercle concave en or, constamment refroidi par quelques gouttes d’eau, de 1 partie de minerai avec 2 parties de limaille de fer et 1 partie de minium, pour brûler les matières bitumineuses. Le mélange, recouvert d'un peu de limaille de fer et de minium, est chauffé pendant dix minutes, au rouge sombre, sur une lampe à alcool. L’augmentation de poids du couvercle donne, très exactement, le mercure contenu.
- Les grenailles et les menus non transformés en briquettes sont traités dans deux fours continus, système Linermore : ce sont des fours à réverbères à sole inclinée et très allongée divisée en une série de couloirs parallèles et indépendants où le minerai descend au contact du courant ascendant des flammes; la rapidité de la descente est limitée par des briques horizontales disposées en travers des fours qui provoquent, en outre, chaque fois que l’on tire des scories au bas des couloirs, le retournement automatique des matières et le renouvellement des surfaces exposées aux flammes. Le four à grenailles passe 8 tonnes par jour, la durée de la calcination varie de huit à dix heures, la teneur des scories ne dépasse pas 0,03 pour 100 (3 dix-millièmes). Le four à menus fins ne passe que de 5 à 5 tonnes et demie par jour. La teneur des scories est sensiblement nulle. La condensation est aussi satisfaisante que la calcination puisque la température qui est de 700 à 800 degrés dans le foyer est de 50° dans la huitième chambre et ne dépasse la température ambiante que de 6 à 7° dans la dixième chambre. A la sortie des derniers condenseurs en bois et en verre, elle est à peine suffisante pour maintenir le tirage.
- Les quantités de minerai traitées pendant la dernière campagne varient entre 16 500 et 17 300 tonnes, avec des rendements de 9,5 pour 100 en moyenne.
- La tonne de minerai revient, à Almaden, logement dans des bouteilles en fer compris, entre 1019 et 1092 francs.
- Dans la dernière campagne (1886-1887) la production dépassera 50 000 bouteilles (1725 tonnes). En 1875, la production n’était que de 1255 tonnes avec un rendement de 7,34 pour 100. L’accroissement est dû, en majeure partie, à l’augmentation de la richesse du minerai en profondeur, ainsi qu’aux soins minutieux et éclairés apportés au traitement métallurgique. La production actuelle du mercure, d’après la statistique de l’industrie minérale en France peut s’estimer comme suit :
- Espagne. . . 1564 tonnes en 1884
- États-Unis. . 974 — 1885
- Autriche. . . 487 — 1885
- Italie. . . . 267 — 1884
- Total. , . 5292 tonnes ou 95400
- La production autrichienne étant transformée immé-
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- LA MAT U HE.
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- diateiiient en vermillon, on peut estimer à 5050 tonnes ou 88 000 bouteilles la quantité annuelle de mercure métallique livrée actuellement à la consommation.
- Cette production tiendrait tout entière dans une cuve cubique de 15 mètres de côté.
- Le prix moyen du mercure, en Angleterre, par où passe presque tout le commerce du mercure, a été, en 1886, de 7 livres 5 shillings (181 fr. 75 cent.) la bouteille de 55 kilogrammes, soit très sensiblement 5 francs par kilogramme.
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- CHRONIQUE
- La télégraphie en mer. — Nous trouvons dans un des derniers numéros de The Eleclrical World, de New-York, la description du procédé au moyen duquel Edison compte réaliser en mer les communications télégraphiques sans fil conducteur métallique. Ce procédé est basé sur la facilité avec laquelle le son se transmet dans l’eau. (Il est arrivé que des plongeurs ont entendu le bruit de la machine d’un navire qui se trouvait encore à 15 milles de distance.) L’appareil, placé dans la cabine du capitaine, consiste en un sifflet à vapeur communiquant avec la machine et que l’on met en mouvement en tournant une petite clef. Le son de ce sifflet est transmis dans l’eau par un conducteur électrique en communication avec un cornet acoustique placé sur la coque du navire, au-dessous de la ligne de flottaison. Le coup de sifflet se transmet de vague en vague avec une grande rapidité, et vient heurter le cornet acoustique du navire auquel le message est destiné, ce qui met en mouvement une sonnerie électrique placée dans la cabine du capitaine de ce navire. Celui-ci se trouve ainsi prévenu; il peut recevoir le message et y répondre de la même façon.
- Le prix du nickel. — Le nickel a reçu ses premières applications industrielles en 1824, mais c’est seulement depuis son adoption comme monnaie de compte par certains Etats d’Europe et d’Amérique, que son emploi est devenu véritablement populaire, et que son prix a considérablement varié. Il valait 8 francs le kilogramme en 1870, mais en 1875 sa valeur a atteint jusqu’à 57 francs et même 45 francs le kilogramme. Depuis cette époque, il a été en décroissant régulièrement et ne vaut plus actuellement que 5 francs 75 centimes le kilogramme. Bien que le nickelage galvanique ait pris une grande extension, cette consommation spéciale a eu pour effet de réduire la consommation du nickel, en réduisant l’emploi du maillechort, alliage qui renferme de 12 à 25 pour 100 de nickel.
- Lumière électrique et zoologie. — Sous ce titre : Résultat singulier de l'éclairage électrique, le journal Science nous informe que l’éclairage électrique de "Washington (Etats-Unis), a amené ce résultat singulier que la lumière électrique attire des myriades d’insectes minuscules, que les araignées toujours à l’affût en ont profité pour filer force toiles, de telle sorte que les lignes architecturales, corniches, pilastres, etc., de nombre de monuments publics, ont entièrement disparu sous le coup de cette effervescence désordonnée. Washington est à plaindre. Mais Ottawa (Canada) se réjouit, parce que l’introduction de l'éclairage électrique dans l’illumination des rues a facilité la collection de spécimens entomologiques, et plus particulièrement d’espèces rares, les insectes de toutes sortes étant attirés en quantités considérables par les lam-
- pes. C’est ainsi que ce qui fait le malheur des uns, fait quelquefois le bonheur des autres.
- L’ne pluie «1e fourmis. — Le 21 juillet 1887, vers cinq heures du soir, la ville de Nancy a été le théâtre d’un curieux phénomène. Une véritable pluie de fourmis de l’espèce sylvestre s’est abattue sur les rues et sur les places. Ces insectes, les uns aptères, les autres pourvus d’ailes, tombaient comme les flocons de neige sur la tête des passants. Cette pluie vivante et fort inusitée durait encore à 6 heures du soir, quoique moins intense. Presque tous les quartiers de la ville étaient littéralement jonchés de ces fourmis. On attribue ce phénomène à de violents tourbillons, précurseurs d’un gros orage qui s’est abattu sur la ville pendant la nuit suivante.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 1er août 1887. — Présidence de M. Janssen.
- Le ferment de.Tindigo. — Dans un mémoire présenté par M. Bouchard, M. le Dr Alvarès signale ce fait très intéressant que le développement de l’indigo dans le suc de Y Indigo fera tinctoria est le résultat d’une fermentation déterminée par un microbe. A la surface du liquide qui fermente, il se constitue une mince pellicule où le microscope découvre de petits organismes, et ceux-ci placés dans une liqueur préalablement stérilisée ne tardent pas à déterminer la production des cristaux d’indigo. D’après l’auteur, deux autres microbes jouissent de la même propriété ; c’est le pneumocoque de la pneumonie humaine et le microbe de l’urosclérome.
- Le microbe de la fièvre jaune. — M. de Lacerda, qui a déjà signalé tant de faits intéressants sur le vomito negro, annonce aujourd’hui que le foie des individus morts de cette terrible maladie renferme des microbes parfaitement caractérisés dont il donne une description.
- Le pouls géminé. — Dès 1850, M. P. Durozier a appelé le pouls géminé, pouls digitalique, tant il est fréquent à la suite de l’administration de la digitale à dose trop forte pour le malade en traitement.
- Pour l’auteur, l’apparition du pouls géminé est un avertissement de s’arrêter. « Si, dit-il, le pouls, de régulier, devient géminé, nous n’avons rien gagné, nous eussions mieux fait de ne pas employer la digitale. Si le pouls, d’irrégulier, devient géminé, l’effet est suffisant, nous avons bien opéré, mais nous devons nous arrêter. »
- Le pouls géminé est constitué par des paires de pulsations composées d’une forte et d’une faible, la pulsation faible pouvant disparaître, mais existant encore au cœur. Il peut être régulier et constant; le pouls radial bat alors la moitié du pouls cardiaque. Le pouls cardiaque est géminé, le pouls radial ne l’est plus. Il n’est pas nécessaire que le pouls géminé soit constant pour nous servir d’avertissement ; même inconstant, il avertit encore. Le pouls géminé pourrait conserver son titre, même trijligué, quadrijugué, quintijugué. Ce qui le caractérise, c’est la régularité dans l’irrégularité. Le pouls géminé serait seulement un type dont s'approcheraient plus ou moins les autres formes. Le pouls géminé n’appartient pas à la digitale seule. On le rencontre dans l’asthme bronchique, et on l’a produit expérimentalement sur les animaux. On l’a appelé bigéminé, alternant, hémi-systo-lique. Le pouls géminé existe dans les veines, mais ren-I versé ; c’est la première pulsation qui tend à disparaître.
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- 11 est indispensable d'étudier le pouls géminé au cœur, dans les artères et dans les veines. Le pouls géminé est un signe d’utilité pratique.
- Le charbon des porcs. — Par l’intermédiaire de M. Chauveau, M. Peuch appelle l’attention sur le danger que peut offrir la consommation de la viande des porcs charbonneux. Il est extrêmement rare que le cochon contracte la pustule maligne, mais le fait se présente et dans ce cas, les paysans, plutôt que de renoncer à leur provision de lard ou de jambon, se contentent de saler fortement ces produits comestibles. Or, d’après l'auteur, la salaison ne tuerait le Bacillus anthracis qu’après deux mois au moins de séjour avec le sel et, par conséquent, avant ce délai l’ingestion de la chair malade exposerait à l’apparition de l’affection virulente.
- Nivellement. — On sait qu’à la suile des travaux de Bourdaloue, des nivellements de haute précision furent exécutés en France. Les résultats furent si remarquables que les autres pays s’empressèrent de nous imiter et, comme il arrive souvent, ils ne tardèrent pas à nous dépasser. Il était cependant impossible que la France restât en arrière dans cette voie qu’elle avait ouverte et une commission spéciale fut instituée pour étudier la question.
- Aujourd’hui M. le général Perrier dépose son rapport sur le bureau de l’Académie. Ce rapport est l’œuvre de M. le colonel Bouvier qui a étudié les méthodes de correction avec un soin qu’on n’y avait pas mis encore : ses résultats constituent un grand progrès que tous les géodésistes apprécieront.
- Le filage de l'huile. — En remettant à l’Académie un exemplaire imprimé du travail de M. l’amiral Cloué sur le filage de l’huile, dont nos lecteurs ont eu l’analyse, M. l’amiral Paris émet le vœu que l’auteur soit mis en mesure d’étudier expérimentalement la question par lui-même. Il voudrait que des marins des principales puissances fusssent invités à prendre place à bord pour suivre des essais méthodiques où toutes les données du problème seraient séparément étudiées.
- Analyse spectrale. — Plusieurs faits de spectroscopie sont exposés par M. Lecoq de Boisbaudran. Tout d’abord il signale la transformation du spectre de la galline (oxyde de gallium) à la suite d’une très forte calcination. Le spectre de fluorescence, primitivement très faible et traversé de bandes, acquiert alors un éclat éblouissant et présente de très nombreuses raies. L’auteur a déterminé la position d’un certain nombre de ces raies. En second lieu, l'auteur ayant préparé des spinelles artificiels tout à
- fait dépourvus de chrome signale dans leur spectre, au lieu de la lueur rouge, une teinte verte qui paraît dériver de traces de manganèse. Enfin M. Lecoq annonce qu’à la suite de ses expériences de fonctionnement du didyme, M. de Marçay pense que cette substance renferme plusieurs substances simples intimement mélangées.
- Varia. — I)e curieuses expériences sur le pendule sont décrites par M. de Jonquières. — Une note de M. Jordan traite des groupes cubiques cremona d’ordre fini. — Un isomère de la benzine est signalé par M. Friedel. — Des tableaux statistiques sur l’état sanitaire de Bochefort ont été dressés par M. Dupont. — Le jaugeage de la vapeur a fourni un travail à M. Darenty. Stanislas Meunier.
- UNE MORILLE MONSTRE
- Nous reproduisons à titre de curiosité la photographie que nous adresse notre collaborateur M. A.
- Mermet d’une morille monstre. Ce champignon a été trouvé récemment à Cérizy-la-Forêt dans le voisinage de Saint-Lô. Il pèse environ 6 50 grammes. A côté de cette morille de dimensions extraordinaires, on a placé un champignon de la même espèce, de belle taille et pesant 20 grammes.
- Nous rappellerons à nos lecteurs que la Morille se distingue de tous les autres champignons en ce que son chapeau n’est pas perforé au sommet et que n’étant pas recouverte d’une coiffe, elle offre des alvéoles d’un aspect tout à fait caractéristique. On trouve la Morille dans nos bois, dès le commencement du mois de mars ; elle a fort peu d’odeur, mais son goût est agréable et la fait rechercher des amateurs. Nous ne parlons ici que de l’espèce la plus commune, la Morille comestible (M. esculenta).
- Pour conserver les morilles dans certaines campagnes, on les attache en chapelets et on les fait sécher ainsi en les suspendant dans l’intérieur des grandes cheminées. On en fait une poudre qui peut se conserver d’une année à l’autre.
- On peut cuire les morilles fraîches sur le gril, ou dans un plat; quant aux morilles sèches, elles servent à la confection des ragoûts.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Caris.
- Morille monstre de Cerizy-la-Forêt. (D’après une photographie;.
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- .V 741. — 13 AOUT 1887.
- LA NATURE.
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- L’ÉBOULEMENT DE ZUG
- EN SUISSE, LE U JUILLET 1887
- La Nature a publié précédemment deux dépêches relatives à la catastrophe de Zug1. Nous allons aujourd'hui les compléter par quelques renseignements sur la constitution géologique des terrains éboulés, et par la description complète de l’événement.
- La ville de Zug, chef-lieu du plus petit des vingt-deux cantons suisses, compte 5600 habitants. Elle est située à l’extrémité nord-est du lac du même nom, dont le niveau est à 416m,6 au-dessus de la mer. Les montagnes qui encadrent le lac (Riglii,
- Rossherg) sont formées de grès appartenant à la molasse d’eau douce et de poudingues appelés Na-gelfluhe (gompholithe). Leurs versants sont semés de blocs erratiques provenant de l’ancien glacier de la Reuss et identiques avec le granit du Saint-Go-thard. Vers le nord, les rives s’aplanissent et consistent en terrains d’alluvion.
- La rue ou s’est produit l’éboulement —on l’appelle à Zug le Faubourg [Vorstadt) — repose sur un sol formé par les débris de ces roches : c’est un sable siliceux très meuble déposé là par le lac et recouvert d’abord par un limon relativement compact, puis, à la surface, par une couche d’humus qui atteint 1 mètre d’épaisseur. La couche de sable renferme
- Aspect de la ville de Zug, en Suisse, après l’éhouleineut du ü juillet 1887. (D’après une photographie de M. G. Koch, de Schaffhouse.)
- en assez grand nombre des coquilles lacustres appartenant aux espèces actuelles, limnces, unio, ano-dontes. On y a trouvé les restes d’importantes constructions qui remontent à l’àge de la pierre polie, des pieux, des couteaux en silex, des bâches de serpentine, des poteries grossières en terre glaise séchée au soleil. C’est sur une base aussi peu résistante que s’élève la rue dont une partie a disparu le 5 juillet. Les maisons de la rangée inférieure penchaient très sensiblement vers le lac, mais on n’y prenait pas garde, car elles étaient là, toujours inclinées, depuis un siècle ou deux, et nul ne doutait de leur solidité.
- 1 Voy. n* 757, du 16 juillet 1887, p. 163 15° année. — 2e semestre.
- Pourtant, quelque délianee eut semblé légitime. En effet, au-dessus d’une fontaine adossée à l’antique hôtel de ville, une inscription rappelle que le 4 mars 1455, une rue tout entière s’était abîmée dans le lac. Les chroniqueurs racontent que ce désastre lut précédé de signes inquiétants : le sol trembla, les maisons furent ébranlées et de larges fissures sillonnèrent les murailles. La plupart des habitants de la rue menacée quittèrent leurs demeures, tandis que d’autres, moins prudents ou occupés à sauver leur mobilier, s’y trouvaient encore au moment du sinistre. Soixante personnes périrent dans les Ilots, entre autres le landamman Kolin, j président de la petite république.
- [ L’histoire de Zug offre un second exemple du
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- LA NATURE.
- même phénomène. En 151)4, on avait décidé d’abaisser Je niveau du lac. L’entreprise fut confiée à un ingénieur de la ville, qui, après avoir construit un barrage à l’endroit où le lac se déverse dans la Lorze, lit creuser le lit de la rivière. Ce travail terminé, la digue lut rompue, trop vite apparemment, car les terres en aval furent inondées et neuf maisons du faubourg s’effondrèrent. On ne compta pas moins d’une centaine d’éboulements sur le pourtour du lac.
- Ces fâcheux antécédents étaient à peu près oubliés. 11 y a cinq ans environ, la commune de Zug avait décidé la construction d’un quai. Pour cela, il fallut gagner du terrain sur le lac. Le travail était déjà assez avancé; de temps à autre quelques fissures apparaissaient, mais on les regardait comme la conséquence naturelle du tassement des matériaux. Rien, du reste, ne faisait supposer que les catastrophes des siècles précédents dussent bientôt se renouveler. Depuis trois semaines, le temps était beau et sec; le lac, dont le niveau avait sensiblement baissé, était parfaitement calme. Le 5 juillet, vers 5 heures et demie après midi, des symptômes alarmants se manifestèrent. Des ouvriers occupés sur la rive ressentirent tout à coup une oscillation du sol; une partie du quai, qui faisait saillie sur le lac, s'effondra. Quelques personnes, désireuses d’observer le phénomène de plus près, accoururent, mais bientôt de nouvelles fentes crevassèrent le sol et les forcèrent a se retirer en toute liàte. Heureuses celles qui purent fuir assez vite! A 5 h. 55 m., une large bande de terrain s’enfonçait dans le lac, entraînant avec elle quelques bâtiments sans grande valeur, malheureusement aussi une maison habitée. Trois petits enfants s’y trouvaient, reposant tranquillement dans leurs couchettes; ils dorment aujourd’hui au fond du lac, ensevelis sous les décombres. Ce premier éboulement coûta la vie à sept personnes.
- Quelques minutes après, le tocsin se lit entendre. Le corps des pompiers accourut et le faubourg se remplit de curieux qui, à coup sûr, n’avaient pas conscience du danger auquel ils s’exposaient. Cependant l’inquiétude gagnait les habitants des maisons voisines; aidés des volontaires du corps de sauvetage, ils se hâtent de transporter leurs meubles en lieu sûr. Les jardins du voisiuage sont en peu de temps encombrés d’objets divers, habillements, vaisselle, meubles de toute espèce, mais aussi de choses sans valeur, car la précipitation n’a pas permis de faire un choix. Ici, c’est un chapeau de soie qui fut neuf il y a quelque cinquante ans; là, s’entassent des haillons, des caisses vides, des brimborions de toutç.sorte. Les, gens d’affaires, plus calmes, s’empressent d’emporter leurs livres et de vider leurs coffres-forts.
- Mais les fissures du sol s’étendent et se multiplient. Le commandant des pompiers fait évacuer la partie de la rue la plus exposée. Cette mesure de précaution arrivait à temps. Tout à coup, à 7 heures moins cinq minutes, un épouvantable Craquement ;
- se fait entendre. Un épais nuage de poussière obscurcit l’air. Il se dissipe et l’on n’aperçoil plus qu’un vaste amas de ruines, là où quelques instants auparavant se dressaient encore de nombreux bâtiments. Une indicible panique s’empara de la foule qui s’enfuit en criant : sauvez-vous! sauve qui peut! Je n’essayerai pas de décrire l'eflarement d’une population qui sent le sol trembler et crouler sous ses [tas. Ce serait refaire, l’histoire de Diano Marina ou de Casamicciola, ou plutôt celle de tous les tremblements de terre. Dans les premiers moments d’ef-lroi, on crut avoir à déplorer la perte de beaucoup de victimes. Rien des personnes qui avaient vu l’abîme s’entr'ouvrir devant elles, couraient çà et là. redemandant avec angoisse leurs parents ou leurs amis qui s’étaient trouvés avec elle sur le lieu du sinistre. Que de scènes déchirantes!... Par bonheur, les maisons étaient vides et le nombre des victimes ne fut (pie de quatre. Une statistique officielle constatait dès le lendemain que le total des victimes s’élevait à onze1 et que trente bâtiments, dont vingt-cinq maisons d’habitation, s’étaient écroulés.
- Au milieu de la confusion générale, on s’explique aisément que les journaux aient parlé d’abord de quarante maisons détruites et d’une centaine de morts. A Zug même, on se demandait avec anxiété jusqu’où s'étendrait le désastre. Le faubourg tout entier fut évacué le même soir; les 650 personnes qui, dès lors, se trouvaient sans abri cherchèrent un asile provisoire à la caserne ou chez des particuliers. Pendant plusieurs jours, elles durent être nourries aux frais de la commune. Aujourd’hui le calme s’est fait, mais le faubourg est toujours vide et les maisons restées debout, devront, selon toute vraisemblance, être définitivement abandonnées. On évalue le dommage à plus d’un million de francs.
- Les exagérations des premières heures ont fait place à la réllexion. On ne voit plus, comme aux premiers jours, la foule s’enfuir au moindre bruit inaccoutumé. Les gens peureux qui, dans la nuit fatale, avaient quitté même des maisons assises sur un sol inébranlable, sont rentrés dans leurs demeures. De nombreux étrangers viennent chaque jour visiter le théâtre de la catastrophe.
- A quoi attribuer ce triste événement? Les opinions divergent, sans s’exclure cependant. Assurément, la cause première réside dans la matière du sous-sol, dans ce sable éminemment meuble dont j’ai parlé. Je viens de voir un ouvrier enfoncer, sans effort, une latte à bout carré jusqu’à une profondeur de lm,60 dans cette fatale couche de sable. Une barre de fer pointue y pénétrerait sans doute sous son propre poids. M. Ileim, professeur de géologie à Zurich, estime que la pression des dépôts supérieurs, plus compacts que ceux sut* lesquels ils reposent, et surtout aussi le poids des constructions, ont provoqué un glissement de la couche de sable et, par
- 1 Dans les premières dépêches on parlait de vingt à trente victimes, quelques-unes mêmes en signalaient d’avantage. 11 est heureux que ces chiffres se trouvent exagérés.
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- suite, l'effondrement des maisons. En effet, celles-ci j n'ont pas glissé au lac, comme on l’avait supposé I d’abord; elles se sont affaissées presque perpendieu- j lairement et le lac est venu ensuite remplir en partie le vide qui s'était l'ait. 11 est évident que la diminution de la pression hydrostatique par suite de l’abaissement du niveau a pu contribuer aussi pour une part à précipiter le dénouement. Une antre opinion attribue le phénomène à la nappe d’eau souterraine, dent l’écoulement aurait été empêché par la construction du quai. Les deux manières de voir ne me semblent pas inconciliables. Les sondages que l’on vient de commencer nous fourniront sans doute des données plus précises. E. Riiieai1»,
- l’rolesseur à l’École cantonale de Zus.
- L’ÉTUDE DU TIMBRE DES SONS
- PAU I.A MÉTHODE DES FLAMMES MAKOMÉTRIQÜES
- Les sciences physiques se prêtent un muluel appui, et les progrès de l’une réagissent souvent indirectement sur les progrès de l’autre. En voici un nouvel exemple — et non des moins intéressants — qui nous est fourni par une note récente de M. E. Doutner, présentée par M. Lippmann à 1 Académie des sciences. Il s’agit de l’application de la photographie des flammes manométriques à l’élude du timbre des sons.
- D'après Helmholtz, le timbre des sons serait dû exclusivement à l'existence de sons secondaires (hurmouiqws) accompagnant le son fondamental; d’après Kœnig, il pourrait encore provenir des différences de phase existant entre le son fondamental et ses harmoniques.
- La méthode de M. Doumer qui consiste dans la photographie d'une flamme manomélrique actionnée par le son que l’on veut analyser, permet de reconnaître si le son fondamental est accompagné du son harmonique, et en détermine l’ordre ; elle permet aussi de constater et de mesurer avec une certaine rigueur la différence de phase qui peut exister entre eux.
- La présence des harmoniques se reconnaît à l’aspect de l’image du son photographié, les dents étant d’autant plus accidentées que les harmoniques sont plus nombreux.
- I a méthode permet aussi de vérifier s’il existe une différence de phase entre le son fondamental et ses harmoniques, et aussi de mesurer cette différence de phase.
- « Si deux sons présentant entre eux un rapport harmonique et ne possédant aucune différence de phase actionnent en même temps la même flamme inanométrique, on constatera sur la photographie de la flamme que la première vibration du son harmonique coïncide avec la vibration fondamentale, et les intervalles entre toutes les dents d’un même groupe seront égaux. Mais, s’il existe une différence de phase, celte coïncidence n’a plus lieu et le premier intervalle est différent des autres. On peut avec une certaine habitude relever, soit au compas, soit à la machine à diviser, la valeur de ce premier intervalle qui, rapportée à la distance qui sépare deux vibrations fondamentales, permet de connaître en fraction de longueur d’onde du son le plus grave, la différence de marche de deux sons composants.
- « J'ai vérifié avec soin la valeur de cette méthode; pour cela je produisais artiliciellement entre deux sons faisant entre eux un rapport harmonique, et agissant sur
- la même capsule inanométrique, une différence de phase connue; puis, par les photographies prises avant et après l’introduclion de la différence déphasé, je calculais celte même différence de phase. »
- Le désaccord entre la théorie et l’expérience est négligeable, et il semble établi que la méthode de M. Doumer permet de mesurer la hauteur d’un son, ses harmoniques et ses différences de phase.
- Les modifications récentes apportées à l’appareil et l’emploi de plaques d’une sensibilité extrême permettent d’appliquer cette méthode pour les sons musicaux les plus élevés comme pour les plus bas ; c’est assez dire qu’elle ouvre un champ nouveau aux recherches de physique biologique et de musique scientifique.
- L’ÉCLIPSE TOTALE DE SOLEIL
- DU 19 AOUT 18S7
- L’éclipse totale de soleil, que l’on va pouvoir observer dans un certain nombre d’observatoires européens, mérite d’autant plus de fixer l’attention, que ce phénomène est assez rare dans sa totalité pour notre continent. Londres n’a pas eu d’éclipse totale de soleil depuis 1715. A Paris une éclipse totale a été observée en 1724; il n’y en a pas eu d’autres depuis, et le dix-neuvième siècle tout entier s’écoulera sans qu’on en voie. L’éclipse du 19 août prochain ne sera que partielle dans notre capitale, elle sera en outre à peine visible puisqu’elle finit à 5 h. 12 m. et que le soleil se lève à 4 h. 50 m. pour la France. L’éclipse finira donc aux environs du lever du soleil, et par conséquent son observation n’offrira qu’un intérêt médiocre. 11 n’en sera pas de même dans d’autres pays.
- M. Niesten, l’un des savants astronomes de l’observatoire de Bruxelles, a publié dans le journal Ciel et Terre quelques renseignements intéressants que nous lui empruntons à ce sujet.
- « Dans ces dernières années, pour être témoins d’une éclipse totale, les observateurs ont dû s’astreindre à de longs et pénibles voyages; ils ont dû se transporter avec leurs instruments en Chine, en Egypte, aux îles Carolines, aux Antilles, etc.; aussi les conditions favorables que présente l’éclipse prochaine offriront-elles aux astronomes européens une facilité relative pour aller étudier le phénomène en des lieux où il se présentera dans toute sa totalité. Ce qui distingue encore l’éclipse de cette année, c’est que la trace du cône d’ombre de la Lune sur la Terre est presque tout entière sur l’ancien continent, alors que les éclipses précédentes avaient leur courbe de totalité presque tout entière sur les mers, de sorte que le nombre des points de station se trouvait très limité.
- « Dans notre contrée, l’éclipse touchera a sa lin au lever du Soleil (pour Bruxelles, vers 5 h. 10 m.) ; à mesuré qu’on s’avancera vers l’est, l’éclipse aura lieu de plus en plus tard; à l’est du Japon, le Soleil sera près de se coucher quand le phénomène commencera. La bande de terrain qui sera entièrement
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- comprise dans le cône d’ombre aura environ 220 kilomètres de largeur ; elle s’étendra à travers la Prusse et la Russie. A Berlin, si l’horizon n'est pas trop chargé, on pourra déjà observer la fin de l'éclipse totale. De la Prusse, la trace de l’ombre passera en Russie et elle ne quittera l’empire russe que lorsqu’elle aura atteint le 112e degré de longitude est. Elle traversera alors la Mandchourie et la mer du Jupon, coupera la principale des îles de ce pays un peu au nord de la capitale et prendra fin au-dessus de l’océan Pacifique.
- « Un grand nombre de villes importantes se trouvent sur la ligne centrale de l’éclipse même, ou comprises entre les limites de la trace du cône d’ombre. Konigsberg touche à la limite boréale de la trace; Kovno, W'ilna et Vitebsk se trouvent dans l’ombre ; Wilna est presque sur la ligne centrale.
- Dans ces villes, le,
- Soleil sera encore trop peu élevé au-dessus de l’horizon pour qu’on y puisse observer convenablemen I le phénomène. A partir de Moscou vers l’est, les conditions deviennent plus favorables; ce sera donc de ce côté que se porteront les observateurs. Moscou elle-même n’est pas comprise dans l’ombre, mais plusieurs lignes de chemins de fer se dirigeant vers le nord-est conduiront aisément à des points de station favorables. Deux missions allemandes et une mission française s’établiront dans le gouvernement dont Tvvcr est la capitale. A Tvvor, le soleil sera à 16ft au-dessus de l'horizon; la durée de la totalité de l’éclipse n’y sera que de 124 secondes. A Petrowsk, le Soleil se trouvera à 2° plus haut que [très de Twer, et la durée sera de 152 secondes. A Kineshama, le Soleil aura 20 de hauteur et l’éclipse totale sur la ligne centrale durera 156 secondes.
- « De Moscou vers l’est jusqu'à Pcrm, les communications — chemins de fer et voies fluviales — donneront facilement accès à des stations situées sur la ligne centrale. A Pcrm, le soleil atteindra 25° de hauteur et la totalité durera 175 secondes. Les stations choisies par l’Observatoire de Moscou sont : Kineshama. Juriewetz et
- Warnariti (toutes dans le gouvernement de Kos-troma). La première de ces stations sera occupée par M. Brédiehin, directeur de l'Observatoire de Moscou, le Dr Copeland, de l’Observatoire de Dun Ecbt (Ecosse), le Rév. Pcrry, de l'Observatoire de Stonyhurst (Angleterre), et le prof Young, de l’Observatoire de Princeton (New-Jersey, Etats-Unis). Les astronomes italiens Tacchini et Ricci et les astronomes anglais Common et Turner se trouveront dans le gouvernement adjacent de Vladimir. Les autres observatoires de la Russie enverront des missions en Sibérie, où les villes de Tobolsk, Tomsk, Krasnoïarsk et lrkoutsk offriront des positions avantageuses. Au Japon, sur la côte ouest, les villes de Niigata et Takata seront probablement aussi occupées par des missions étrangères; le Soleil y atteindra 57° de hauteur et la totalité y durera 198 secondes.
- « Cette année-ci donc, comme dans les éclipses précédentes, les différentes nations de l'Europe enverront des expéditions astronomiques pour observer le phénomène, car celui-ci est des plus importants. II permet en effet, d’étudier certaines questions qui sont encore à élucider et qui ne peuvent être étudiées que dans les courts instants oîi le Soleil se trouve éclipsé. Ainsi la ; question de l'existence des planètes intra-mcrcu-i rielles, dont la proximité du Soleil ne permet de | rechercher la présence que lorsque l’astre se trouve * masqué par la Lune, est encore fort douteuse; la ; nature et la forme de la couronne solaire, qui ne se j dessine que dans les moments très courts où le Soleil se trouve voilé, n’ont pu encore être fixées. Aussi dans l’éclipse prochaine ne négliger a-t-on pas de rechercher de nouveaux faits qui aideront à la solution de ces questions. »
- Nous apprenons avec plaisir que le gouvernement Belge a décidé que la Belgique prendrait part aux expéditions qui se sont organisées pour observer le phénomène de l’éclipse totale, et c’est précisément M. Niesten qui a été désigné pour se rendre à l’une d’elles.
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- Milieu de l’éclipse L'éclipse commence
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- Zone de l’éclipse totale de soleil du 19 août 1887, d'Allemagne en lîus'de
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- L’ÉCLAIRAGE OXHYDRIQUE
- Depuis un an environ, de nouveaux essais ont été faits par M. Georges Delaporte, pour obtenir avec l’emploi de l'oxygène, qui avait été délaissé depuis les anciennes expériences de Tes ié du Motay, un éclairage capable de rivaliser d’éclat avec la lumière électrique. Des dispositions spéciales, que nous allons taire connaître succinctement permettent d’obtenir une magnifique lumière qui peut convenir pour les installations de luxe. On en voit les effets dans un magasin du boulevard Montmartre au numéro 4 : ce système d’éclairage est désigné par l’inventeur sous le nom d'Electric-gaz, quoique l’électricité n'intervienne en aucune façon dans sa production, mais on a voulu indiquer par cette désignation que l’intensité lumineuse obtenue est comparable à celle de la lumière électrique.
- L’éclairage oxhydrique exige une canalisation spéciale pour amener l’oxygène depuis le réservoir jusqu’au bec où il doit activer la combustion du gaz d’éclairage.
- Gette canalisation auxiliaire est faite en tubes de petit diamètre, ce qui s’explique naturellement par cela seul qu’une consommation de 16 litres d’oxygène et de 28 litres de gaz donne la même quantité de lumière que 140 litres de gaz. La complication n’a donc rien d’effrayant à priori.
- L’oxygène peut être fabriqué sur place au moyen du chlorate de potasse, et revient alors environ à 6 francs le mètre cube. Ce prix pourrait être considérablement diminué.
- MM. Henry Sainte-Claire Deville et Debray ont affirmé que le prix de revient industriel de l’oxygène, extrait du manganèse de Giessen ne dépassait pas
- I fr. 24 le mètre cube, en fabrication intermittente; et ils ont ajouté qu’en fabrication continue ce prix serait encore abaissé.
- M. Delaporte se propose, pour éviter toute manipulation à domicile, de livrer l’oxygène comprimé à
- II atmosphères au prix de 5 francs le mètre cube. Son emploi ne serait alors pas plus gênant que celui du gaz portatif, et l’éclairage oxhydrique ne coûterait guère plus du double de l’éclairage au gaz.
- M. Delaporte ne se sert pas de lumière à incandescence comme le faisait Tessié du Motay; il se
- contente d’activer par l’oxygène la combustion du gaz de l’éclairage. Le brûleur comporte deux becs distincts, de manière à pouvoir fonctionner séparément, soit avec le gaz ordinaire seul, soit avec le gaz et l’oxygène. Dans le premier cas, on emploie le bec d’Argand, dans le second, le bec central. De là résulte une distribution spéciale du gaz et de l’oxygène qui s’opère par la simple manœuvre du robinet.
- Notre figure représente l’ensemble du bec, abstraction faite des garnitures extérieures, panier, porte-verre, etc.
- Voici la description de ce bec. L'arrivée du gaz ordinaire a lieu par le tube inférieur A. Le gaz oxygène arrive par un tube s’adaptant en R. Une vis de réglage D permet d’obstruer plus ou moins le conduit adducteur de ce gaz. Une autre vis placée de l'autre côté du tube A, agit de la même manière pour le gaz ordinaire. L'oxygène continue sa marche dans le tube de gauche E, et le gaz de l’éclairage dans le tube symétrique de droite E. Le robinet commutateur inférieur est muni d’un ca-nillonC; les positions de ce canillon par rapport au boisseau déterminent soit le fonctionnement du gaz ordinaire seul dans le bec Argand, soit le fonctionnement de l’électric-gaz- dans la chandelle. Dans la fonction verticale de la clef indiquée sur la vignette, c'est Y électric-gaz qui fonctionne ; dans la position à 45°, c’est le gaz ordinaire seul du bec Argand, et dans la position horizontale, tout est fermé. Continuons la légende de la figure : F,F,F, tubes adducteurs amenant le gaz ordinaire au bec Argand H. — G, boîte à deux compartiments con-centrigènes auxquels correspondent respectivement les deux conduits adducteurs E et E d’oxygène et de gaz ordinaire de la chandelle. — 1, tubulure extérieure de la chandelle électric-gaz, laquelle est terminée par une petite cuvette en cuivre percée de trous donnant passage au gaz ordinaire correspondant au tube adducteur de droite E. Au centre est la tubulure de la chandelle électric-gaz, livrant passage au gaz oxygène. — L, cône en cuivre repoussé réglant le courant d’air du bec Argand au gaz ordinaire. — E, galerie percée de trous donnant accès à l’air dans le cône L. — Tel est le nouveau bec oxhydrique de M. Georges Delaporte.
- Bec oxhydrique de M. G. Delaporte.
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- LA NA T CI! K.
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- WAGONS DE CHEMIN DE FER
- TYPES NOUVEAUX SUIl LES LIG.NES FRANÇAISES
- Tous nos lecteurs connaissent les traits particuliers qui caractérisent les wagons américains par rapport à ceux qui circulent sur nos lignes d’Europe : les caisses présentent une grande longueur atteignant souvent 15 mètres, elles reposent- à chaque extrémité sur un truck articulé qui leur permet de j s’inscrire dans les courbes de la voie, elles sont munies d'une circulation centrale, et constituent en quelque sorte une vaste salle où tous les voyageurs au nombre quelquefois de cinquante se trouvent en présence, au lieu d’ètre rel hivernent isolés comme i chez nous. Les voitures sont dépourvues de portières latérales, on y accède par les extrémités munies de plates-formes, ce qui permet aux agents du train et même aux voyageurs de circuler sans difficulté d’une extrémité à l’autre. Cette disposition qui laisse au voyageur la faculté de se déqdacer a volonté, présente à ce point de vue des avantages sensibles par rapport a nos compartiments isolés ; elle permet en outre d’intercaler dans le train des wagons spéciaux, restaurants, fumoirs, bibliothèques, wagons-lits, etc., dont l’a cès en marche est toujours possible.
- On a dit, à tort, que la voiture américaine manquait de stabilité, qu’elle avait un mouvement de lacet trop prononcé, et qu’elle n’était pas appropriée à l’allure à grande vitesse. Aussi n’en rencontre-t-on guère d’exemples en Europe, et peut-on citer seulement les voitures usitées en Suisse, en Suède et en Russie, qui s’y rattachent par certains côtés. Quelques lignes allemandes, comme celles de Wurtemberg, en possèdent également. Cependant le développement que prennent actuellement les voyages à long parcours et à grandes étapes, a montré la nécessité d’avoir un matériel approprié laissant an voyageur un peu plus de liberté de déplacement, et on est arrivé ainsi, non sans une certaine résistance à l’origine, à l’application de wagons-lits qui circulent maintenant avec la plupart des trains rapides. A côté des wagons-lits, on rencontre aussi chez nous depuis quelque temps des wagons spéciaux réunissant les voyageurs dans une même salle sans compartiments de séparation, comme les wagons-restaurants, par exemple. Enfin un certain nombre de petites lignes construites et exploitées par des compagnies locales ont été desservies avec des wagons différant du type ordinaire des grandes compagnies. On pourrait citer par exemple les voitures à couloir latéral avec compartiments isolés et portières latérales des deux côtés de chaque compartiment, comme sur la ligne du Tréport, où les voitures de première classe renferment de vastes compartiments aménagés pour ainsi dire comme un salon avec des fauteuils sur tout le pourtour; on retrouve encore ces voitures dans le matériel roulant des grandes compagnies qui les ont rachetées en prenant les petites lignes. Les Normes allemandes, arrêtées en 1879 pour le matériel roulant
- J des chemins de fer de l’Etat, prévoient de leur côté quatre types différents de voitures affectés chacun à un type de train spécial. Les voitures à passage central, surtout celles de troisième et de quatrième classe, sont réservées plus spécialement pour le service local de banlieue autour des grandes villes en quelque sorte. Les voitures de quatrième formant seulement de grandes caisses comme les fourgons où les voyageurs se tiennent debout, elles sont munies intérieurement de colonnes avec tous les agrès nécessaires pour pouvoir se transformer sans difficulté en voitures d'ambulance. Les voitures à couloir latéral doivent être affectées, d’après l'ordonnance, aux trains à parcours moyen, et les voitures à compartiments séparés ou munies d’un couloir intérieur entrent dans la composition des trains de transit. Il faut observer à ce sujet que les voitures d.s trains de transit, même celtes à compartiments séparés, sont presque toujours disposées de manière à présenter un water-closet. et même un cabinet de toilette accessible de chaque compartiment. La voiture comporte généralement quatre compartiments isolés, et on ménage, entre la paroi du compartiment extrême et celle de celui du milieu qui le suit, un espace libre dans lequel on dispose un ou quelquefois deux cabinets distincts, reliés avec ces deux compartiments.
- En Fraire, les Compagnies de chemins de fer montrent une grande répugnance à modifier les types classiques, alléguant d’une part les habitudes générales d’isolement du public et considérant surtout que l’application de types nouveaux plus ou moins imités du matériel américain entraînerait pour elles des dépenses considérables. Ces dépenses seraient assez importantes même au seul point de vue de l’exploitation, car le poids mort de la voiture serait bien plus élevé que sur nos types actuels, en raison même du plus grand espace libre offert aux voyageurs.
- Cependant, on peut opposer certains arguments à ces objections : et en ce qui concerne l’habitude d isolement, parexemple, si on y réfléchit bien, en se rappelant que les Français sont généralement d’humeur très sociable, on reconnaîtra que le désir de n’avoir pas de voisins tient surtout chez les voyageurs à la gène physique qui résulte île leur présence avec l’installation actuelle des sièges dans les compartiments isolés. Un voyageur de première classe, habitué à un certain confortable, se trouve gêné par le voisin qui vient s'asseoir à côté de lui sur la même banquette, car il n’a plus la même liberté de mouvements, et il se trouve nécessairement un peu solidaire de ses laits et gestes pendant tout le cours du vovage. Si les sièges étaient entièrement distincts tout au moins dans les voitures de première classe, on peut penser que les voyageurs ne manifesteraient plus la même répugnance à laisser compléter les p'aces vuhs. 11 arrive en effet que le nombre des places occupées est souvent bien inférieur à celui des places offertes, de sorte que le poids mort
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- LA NATIJHE.
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- remorqué par voyageur transporté subit une augmentation considérable, et par suite il devient en pratique peu inférieur avec notre matériel actuel a la valeur qu'il atteindrait avec le matériel américain.
- M. Banderali a publié à cette occasion, dans la lievue générale des chemins de fer, une étude des plus intéressantes concernant l'appropriation du matériel américain au service des trains express européens. 11 a pris comme type un train express qui comprendrait par exemple quatre voitures de première classe et deux voitures de seconde classe chacune à quatre compartiments du type ordinaire; et i1 montre que ce train pesant 85 tonnes axec les fourgons renfermerai t 208 places,et présenterait un poids mort de 285 kilogrammes par place (sans les fourgons). Si on y subtituait un train composé de cinq voitures à boggies à couloir
- Fie.
- latéral intérieur
- sur lequel déboucheraient les compartiments séparés qui seraient conservés comme dans les types actuels, ou aurait 190 places offertes pour un poids total de 140 tonnes représentant 557 kilogrammes par place. Si on se bornait seulement à imiter la distribution allemande avec des voitures à boggies, en conservant
- les compartiments isolés avec -portières latérales, mais en portant le nombre des compartiments à six et interposant dans chaque voiture des water-elosets entre les compartiments de deux en deux, on aurait, alors un train d’un poids total de 128 tonnes qui pourrait renfermer 206 voyageurs avec un poids mort de 455 kilogrammes par place.
- Les voitures du type ordinaire a quatre compartiments présentent une longueur entre tampons atteignant 9m,856 pour celles de première classe, et 7m,920 pour celles de deuxième; la longueur totale du train étudié serait de 70m,224 sans la locomotive. Les voitures à boggies auraient 15m,560 entre tampons; le train de cinq voitures aurait, avec les fourgons, 94m,840, et celui de quatre voitures 79m,28Û de longueur. Nous représentons d’ailleurs dans la figure 1, les diagrammes de ces différents trains afin que nos lecteurs puissent apprécier la composition de chacun d’eux1. On pou .-ait même munir ces voitures allongées du tamponnement central tel qu’il est pratiqué en Amérique; cette disposition s’imposerait presque nécessairement si les courbes descendaient au-dessous de 500 mètres de rayon, mais on en rencontre peu d’exemple sur nos grandes
- Train composé de voitures à boggies à portières latérales et train composé de, voitures types Nord (n° 2).
- u» 1,.
- Fig. 2. — Voiture de 1” classe (5i places) à couloir latéral.
- lignes. Le principal inconvénient de l’application du matériel américain réside donc évidemment, comme on le voit., dans l’augmentation de poids mort qu’il entraîne. Le poids par place passerait, en effet, de 285 kilogrammes à 455 kilogrammes ou même 557 kilogrammes suivant la disposition qu’on adopterait. Si on se rappelle toutefois que dans nos types actuels le nombre de places effectivement occupées est loin d’atteindre celui des places offertes, on reconnaîtra que le poids mort actuellement transporté par place occupée ne diffère peut-être pas autant que le rapprochement de ces chiffres l’indiquerait au premier abord, et on peut penser que dans le matériel approprié, les sièges étant complètement indépendants et plus confortables pourraient être occupés plus complètement. Les compagnies pourraient peut-être arriver
- d’ailleurs à couvrir par une surtaxe, comme on le fait pour les wagons-lits, les wagons-restaurants, les dépenses supplémentaires que leur imposerait l’emploi de ce type de matériel. Un autre inconvénient au point de vue de l’exploitation tiendrait aussi à la difficulté des manoeuvres dans la composition des trains, car il faut recourir nécessairement aux aiguilles avec les voitures à boggies qui dépassent les dimensions de toutes les plaques; mais c’est une difficulté déjà acceptée pour la plupart des voitures entrant dans la composition des trains de luxe, et elle n’aurait donc rien d’absolument insurmontable.
- Nous reproduisons dans la figure 2 le plan d’un
- 1 Nous empruntons ces diagrammes, ainsique ceux donnant le type de. distribution proposée pour les voiture^ à boggie, à l’étude de M- Banderali.
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- LÀ NATURE.
- type de wagon à couloir latéral, et nous donnons d’autre part un exemple particulièrement intéressant de l’appropriation des voilures à boggies telle qu’on pourrait la réaliser ( liez nous : il s’agit d’une voiture du nouveau type de la Compagnie de Bone-Guelma avec compartiments isolés donnant sur un couloir latéral (fig. 3 et 4). Cette disposition présentée par M. Pesgranges, administrateur de cette Compagnie,
- précédemment administrateur de celle du Tréport, diffère de celle des voitures du Tréport en ce que le couloir latéral ne règne pas continuellement sur un côté uniqu 1 de la voiture, mais il passe au milieu de celle-ci en la coupant transversalement en forme de S allant d’un côté à l’autre; la voiture ne présente pas d’ailleurs de portières du côté opposé à ce couloir, comme en avaient celles de Tréport. La
- Fig. 3. — Wagon de che.nin de fer à eouloir extérieur de la Compagnie du chemin de fer de Boue à Guelma.
- voiture se compose en réalité de deux caisses assemblées sous le couloir transversal, mais le plancher se poursuit sans interruption de même que le toit. Les parois extrêmes sont munies de plates-formes
- auxquelles on accède par des marches et qui permettent de pénétrer dans le couloir d’entrée ou de passer sur la voiture suivante. La distance entre les parois de tète atteint 101U,20 pour les voitures mixtes
- Fig. 4. — l'ian du wagon de chemin de fer ci-dessus.
- comprenant deux compartiments de première et quatre de seconde classe, et 9m,80 pour les voitures de troisième classe à six compartiments. La largeur des compartiments est de lm,725,1m,550* et lm,515, suivant les classes. Le couloir a 70 centimètres de largeur dans les voitures mixtes, et 60 centimètres dans celles de troisième classe. On remarquera l’installation du toit avec circulation d’air intérieur destinée à prévenir la transmission de la chaleur. Cette
- disposition s’impose dans les pays chauds, et elle y caractérise en quelque sorte le matériel employé.
- L’application du couloir en zigzag a l’inconvénient d’allonger un peu la voiture, mais elle est précieuse pour les voyageurs qui peuvent jouir ainsi de la vue du paysage sur les deux côtés du train, et elle donne en même temps une répartition de poids sensiblement plus uniforme que le couloir latéral droit. L. B.
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- LA NATURE
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- LES MIROIRS MAGIQUES
- U est remarquable de voir qu'aux siècles passés | la science n’était point étudiée et pratiquée comme
- Fig. 1. — Catherine de Médias et le miroir magique de Kostradanms. fReproduction’héliographique d’une ancienne gravure.)
- à notre époque.
- Les hommes de mérite qui étudiaient la nature et qui taisaient, des découvertes, au lieu de publier leurs procédés et leurs résultats, se plaisaient a les dissimuler, sous des formules énigma t iques obscures que les adeptes s’efforçaient souvent en vain de dévoiler.
- On sait que les alchimistes excellaient à présenter les réactions des corps sous une
- forme absolument indéchiffrable pour le profane; une tendance analogue se retrouve dans toutes les
- Fig. i. — Explication donnée par Robertson du miroir magique de Nostradamus.
- branches de la science. Quand Huyghens découvrit l’anneau de Saturne, il proposa à ses confrères de deviner l’anagramme suivant qui contenait ta découverte : aaaaaaa — ccccc — d — eeee — g — h iiiiiii — llll — mm — nnnnnn nnn — oooo — pp — q — rr — s— tttt—uuuu. Personne ne cont-prit. Huyghens ne donna l’explication que trois
- ans après dans son Systema Saturninum. L’ana-granmie se traduit ainsi: Annulo cingilur tenui,
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- LA NATURE.
- piano nwqumn cohærente ad eeUpticam inclinato. (Il est entouré (Saturne) d’un anneau léger, n’adhérant à l'astre en aucun point, et incliné vers l’écliptique.)
- Les physiciens, allant plus loin, se servaient souvent de leur science, pour faire croire aux prodiges et aux phénomènes surnaturels; quelques-uns d’entre eux, •fui ne manquaient pas de valeur cependant, ne , craignaient pas de devenir de véritables prestidigitateurs, et de se livrer à des supercheries expérimentales, (fui produisaient un grand effet à une époque de crédulité naïve et de superstition fanatique.
- (les réminiscences du passé nous sont revenues à l’esprit en examinant la gravure fort ancienne qu’il nous a été donné île nous procurer récemment et que nous reproduisons page 169 (lig. 1). Elle représente Nostradamus dessinant des cercles symboliques devant Catherine de Médicis et faisant, apparaître dans un miroir magique, la succession de ceux qui devaient régner en France. « La reine, lit-on dans la légende de cette gravure, vit d’abord Henri IV, ensuite Louis XIII, après Louis XIV et enfin une troupe de jésuites qui devaient abolir la monarchie et gouverner eux-mêmes. » Cette gravure, publiée en 1710 est de beaucoup postérieure aux expériences de Nostradamus, qui remontent au milieu du seizième siècle (vers 1550); mais elle montre que le souvenir des opérations merveilleuses de ce magicien, est resté vivant pendant fort longtemps, dans la mémoire des chroniqueurs et des historiens.
- C’est à Blois que Catherine de Médicis avait fait venir Nostradamus et c’est là qu’il opéra ses prodiges et tira ses horoscopes.
- Le physicien Robertson, le célèbre créateur de la fantasmagorie, a voulu expliquer les procédés que pouvait employer Nostradamus : il est arrivé à refaire des expériences analogues à l’aide d’un miroir magique dont notre figure 2 donne la disposition. L’image à représenter est figurée par un personnage placé dans une pièce A, voisine de celle où s’opère le prodige. L’image de ce comparse est réfléchie dans un miroir caché dans le dais B, et on en voit la représentation dans un miroir C. L’illusion, avec de bonnes conditions d’éclairage, est absolument complète. Les personnages peuvent, se succéder dans la pièce A et leurs images viennent ainsi se réfléchir les unes après les autres.
- Nostradamus, qui pratiquait ces jongleries, n’en était pas moins un homme d’une haute valeur. Il était un médecin habile pour son époque; en 1525, il soigna les malades avec le plus grand dévouement lors d’une épidémie qui régna à Montpellier; et plus tard, en 1544, il fit preuve, lors de la peste qui se déclara dans le midi de la France, d’une science et d’une abnégation qui lui valurent les honneurs publics. C’est en 1555 que Nostradamus a publié ses célèbres Prophéties, où, sous une forme absolument emblématique, des historiens ont cru retrouver la prévision d’événements futurs.
- L_s amateurs de physique amusante peuvent faci-
- lement reproduire l’expérience indiquée par Robertson, et grâce aux indications données par le célèbre physicien, acquérir à peu de frais l’hahilclé de l’astrologue du seizième siècle. Gaston Tissandieb.
- LES JEUX DE HASARD
- I.ES « PETITS CHEVAUX )) DES VILLES D’EAUX
- Nous n’avons jamais manifesté d’enthousiasme poulies loteries et les jeux de hasard en général, qui, à notre avis constituent un placement d’argent à gros intérêt... négatif.
- Nous avons précédemment donné notre avis sur les loteries1; nous parlerons aujourd’hui du jeu des petits chevaux dont il a été question dans ces derniers temps. On sait que le jeu consiste à faire tourner, au moyen d’un mécanisme, une série de petits chevaux qui accomplissent leur rotation au-dessus d’un tapis vert : le cheval qui s’arrête le plus près du but a gagné la mise de tous les autres, moins un prélèvement du banquier; il va sans dire que le hasard seul préside à l’arrêt des chevaux, à une place quelconque du tapis. Mais le prélèvement constitue, comme on va le voir, un intérêt considérable.
- Nous avons cherché à calculer la valeur mathématique de ce gros intérêt, et voici le résultat brut de notre calcul, en prenant pour exemple un jeu établi sur l’une de nos plages normandes.
- La course comprend huit chevaux que l’on prend, suivant le nombre des amateurs, à 50 centimes, 1 franc ou 2 francs. Les huit chevaux pris, à 1 franc, par exemple, font encaisser 8 francs à l’entrepreneur; 6 francs sont restitués à l’heureux vainqueur. La partie durant environ deux minutes, l’enjeu étant payé d’avance et n’étant restitué qu’aux trois quarts, on peut ainsi définir la combinaison :
- Le jeu des petits chevaux est une banque à laquelle on prête de l’argent à court terme, et qui prélève sur cet argent ainsi confié, un intérêt de douze et demi pour cent... par minute.
- On voit qu’il reste une marge assez large pour les frais généraux.
- Moralité : Les passions ne sauraient se payer trop cher, et ce calcul ne changera pas de 1 centime les recettes des petits chevaux tant qu’il sera à la mode de s’v amuser.
- DÉVERSOIR-SIPHON
- ÉVITANT TOUTE OBSTRUCTION DES TUYAUX
- Je possède à la campagne un bassin alimenté par un jet d’eau et dont l’eau est maintenue à un niveau constant au moyen d’un déversoir ordinaire de superficie, formé d’un tuyau vertical en plomb, ouvert à la partie supérieure, au niveau même qu’il s’agit de maintenir constant.
- Ce déversoir s’obstruait très souvent, surtout à l’époque de la chute des feuilles ; on y plaçait bien une pomme en fil de fer, mais les feuilles, attirées par l’écoulement de l’eau, se collaient contre la grille et le niveau du bassin s’élevait peu à peu jusqu’au débordement.
- J’ai remédié à cette situation en transformant le tuyau
- 1 Voy, n° 583, du 2 août 1884, p. 131,
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- LA NATURE.
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- déversoir de superficie en un déversoir-siphon au moyen d’un simple pot à Heur en terre et d'un til de fer.
- Si l’on coiffe l’extrémité supérieure du déversoir d’un vase cvlinlrique quelconque, renversé, d’un diamètre notablement plus grand que celui du tuyau (ce vase forme une espèce de cloche), et si on le maintient de manière à* ce que le fond ne repose pas sur l’oritice du tuyau déversoir, mais qu’il en soit éloigné de 2 ou 3 centimètres, on voit que cet espace permettra à l’eau du bassin de s’écouler comme auparavant, mais cette eau évacuée au lieu de venir de la surlace du bassin, viendra des parties profondes pour passer dans l’espace annulaire compris entre le tuyau et la cloche, comme le montrent les flèches de la ligure I.
- Les corps flottant à la surface ne sont plus attirés par le courant du déversement, et, s’ils viennent dans le voisinage du déversoir, ils sont arrêtés par la cloche et ne peuvent pas parvenir jusqu’au tuyau.
- Voici comment j’ai réalisé très économiquement cette disposition.
- domine cloche, je prends un pot à fleur en terre.
- Pour maintenir le fond de ce pot un peu au-dessus de
- Niveau de gj eau dans I lebassin
- Fond di
- Bord du bassin
- E _______jC_______O
- l’oritice du déversoir, je me sers d’un til de fer que je courbe quatre fois pour lui donner la forme ci-contre (flg. 2) ABCDEF, la longueur de la partie CD élant un peu plus grande que le diamètre de l’orifice du tuyau. J’introduis ensuite dans le tuyau là partie EF un peu arquée pour qu’elle fasse ressort et je l’enfonce jusqu’à ce que la partie CD repose sur l’oritice du tuyau. Puis je coiffe le tout d’un pot à fleur en terre renversé, en faisant passer la partie AB du fil de fer dans le trou qui se trouve au fond du pot. De cette façon, ce pot est lixé d’une manière stable et son fond est maintenu à une petite distance au-dessus de l’oritice, ce qui permet à l’eau de s’écouler. La ligure 5 représente l’ensemble de celte disposition qui est très simple et est à la portée de tout le inonde; elle n’entraîne aucune dépense, et donne de très bons résultats.
- Dans un second bassin dont le déversoir est un tuyau horizontal, j’ai supprimé de même la pomme en fil de fer qui protégeait l’oritice et présentait les mêmes inconvénients, pour la remplacer par l’appareil suivant basé sur le même principe.
- 11 se compose d’une petite boîte rectangulaire en fer-
- blanc ou en zinc, ABCDIKGH (fig. 4) dont les deux faces AlUill et G1UK sont vides et dont la largeur CD ainsi que la profondeur CA dépassent de quelques centimètres respectivement le diamètre de l’oritice et la saillie du tuyau déversoir sur le parement du bassin. En appliquant cette boîte contre la paroi du bassin de façon à supporter la face supérieure ABCD par la saillie du tuyau, on réalise un second type de déversoir-siphon (fig. 5). On voit que les eaux déversées viendront de la partie inférieure de la boite et non de la surface. Pour empêcher les petits poissons de parvenir jusqu'au déversoir, on fait un grillage sur la face vide GI11K en perçant les parois de la boîte de petits trous et en y passant un til de fer ou un fil de laiton.
- Celte boîte se construit facilement en découpant une lame de fer-blanc comme l'indique la figure (i et en repliant à angle droit la partie ABCD suivant la ligne poin-tillée CD, et les faces latérales suivant les lignes Cl et DK.
- A. Goiîin,
- Ingénieur en chef des ponts ei chaussées, à Lyon.
- TOURNE-FEUILLE MÉCANIQUE
- s’adaptant a toutes sortes de pupitres a musique
- Le problème du tourne-feuillc pour la musique n’est pas aussi simple qu’on le croit au premier abord, et c’est ce qui explique pourquoi les divers appareils qui ont été construits jusqu’à présent ne sont pas entrés dans le domaine de la pratique. En effet il faut : 1° que l’appareil soit petit, autrement il devient encombrant, disgracieux, doit être enlevé après chaque exécution, et l’o.i ne sait alors qu’en, faire; 2° qu’il ne soit pas sonore, car alors, appliqué sur un piano, il est assourdissant; 5° qu’il soit d’un usage général, c’est-à-dire qu’il s’applique à tons les pianos (pianos à queue comme pianos droits), orgues et harmoniums, pupitres ordinaires pour violonistes et autres, se haussant et s'abaissant à volonté, car tous ces musiciens sont souvent plus embarrassés encore que les autres pour tourner leurs feuilles; 4° que la marche du mécanisme ne cause aucun embarras à l’exécutant; ,3° enfin, et surtout, que l’appareil tourne, à volonté, les feuilles dans tous les sens, c’est-à-dire de droite à gauche, et de gauche à droite, pour faire les reprises, les da c ipo, tout ce qu’exige, en un mot, une sonate, un trio, etc.
- Ces conditions paraissent être remplies par le tourne-feuille inventé par MM. Basroger, professeur à Cluny (Saône-et-Loire) et Clergué, directeur de la Compagnie des gaz du Sud-Est.
- Cet appareil se compose essentiellement : lu d’une petite boite, renfermant tout le mécanisme, mesurant ; largeur, 14 centimètres; profondeur, 4 centimètres; hauteur, 6 centimètres (cette hauteur peut varier, suivant le nombre de feuilles à tourner), et formant la table horizontale du pupitre lui-même*; cette boîte peut aussi être fixée au piano, dans les pianos droits, alors le pupitre vient se poser dessus; 2° de chaînes et de poulies de transmission; 5° d’une
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- LA NATURE
- pédale ou d'une genouillère, suivant le cas, imprimant au mécanisme son mouvement à gauche ou à droite, suivant que le genou ou le pied agit à gauche ou à droite.
- Le mécanisme comprend : 1° vingt petites lamelles AA' ;
- 2° une bobine se mouvant librement sur un axe lixe, et sur laquelle les vingt lamelles sont montées, tout en conservant chacune, sur cette bobine, un mouvement circulaire libre et indépendant ; r>°deux cylindres fixes C'C', semblables, renversés l'un sur l'autre, à une distance de 1 millimètre fort, de manière qu'une lamelle puisse passer librement entre les deux; ie cylindre supérieur C est entaillé à droite dans toute sa hauteur; le cylindre intérieur C' l’est à gauche, afin que les lamelles puissent se mouvoir, de haut en bas ou de bas en haut, à droite dans le cylindre supérieur, à gauche dans le cylindre inférieur, et cela pendant que la bobine qui les porte se meut sur toute la partie de l’axe fixe située dans les deux cv lindres; 4° deux ressorts, l’un supérieur R, plus fort que l’autre R' inférieur, agissant sur la bobine, et lui imprimant un mouvement descendant ou ascendant, à volonté; à0 deux pieds de biche, 1 ’un b' dépassant le cylindre inférieur de 1 millimètre, exécutant un mouvement tournant de droite à gauche, autour du cylindre, entraînant chaque fois une lamelle, et par conséquent tournant une feuille de droite à gauche; l’autre P disposé de la même manière auprès du cylin-
- Fig. 1. — Mécanisme du tourne-feuille de MM. Basrogvr ci Qergué.
- Fig. i. — Tourne-feuille à pédale appliqué à uu pupitre ordinaire. M. tourne-feuille appliqué à la planchette inférieure du pupitre. — l’X, chaîne de transmission. — K Y, tige conduisant à la pédale T qui permet de faire tourner les feuilles à droite ou à gauche.
- dre supérieur et retournant les feuilles de gauche à droite.
- Le mouvement de droite à gauche est produit par
- le pignon F', libre autour de l’axe soudé à la [flaque q' qui porte le pied de biche P'; le quart de roue K', son levier T', la chaîne H' et la poulie de transmission W'. Le mouvement, de gauche à droite est produit par le pignon F, soudé a la plaque q, qui porte le pied de biche P, le quart de roue K, son levier T, la chaîne IF, les poulies Pour que ce dernier mouvement se produise utilement, il faut tjue l’action du ressort supérieur R, sur la bobine, ne s’exerce plus.
- Ce résultat est obtenu au moyen de la poulie m, qui peut tourner d’une quantité suffisante pour manœuvrer le levier I, sans agir sur la première partie de la chaîne H de transmission, puisque cette chaîne est fixée à cette poulie ni en un point o, qui ’sc déplace à peu près horizontalement pendant quelque temps.
- Le ressort est maintenu en place par l’axe mobile q qui porte une cale.
- En résumé, l’appareil est petit ; il n’est pas sonore ; il peut être appliqué à n’importe quel pupitre, monté sur n’importe quel instrument ; il ne gêne en rien l’exécutant; il peut être construit très élégamment ; il tourne les feuilles en tous sens; et ainsi se trouve résolu le problème du tourne-feuille mécanique pour la musique qui est alors des plus pratiques.
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- SOURCE INTERMITTENTE DE YESSE
- P n K s vichy (allier)
- On voit d;ms la commune de Yesse à un kilomètre au delà du pont de Vichy, une source très remarquable, non seulement par la manière intermittente dont l’eau jaillit à intervalles réguliers assez éloignés, mais encore par la nature, l'abondance de ses eaux et surtout les circonstances qui accompagnent ses éruptions.
- Elle fut découverte par M. Brosson en avril 1844, à la suite d'un sondage la rive droite lier, dans l’espoir de découvrir des sources minérales analogues à celles de la rive gauche.
- Après avoir percé le roc sur une profondeur de 115 mètres, l’eau se mit à jaillir avec abondance à près de 9 mètres de hauteur. Elle monta à gros bouillons en répandant des émanations sulfureuses.
- Ce premier résultat était en tout conforme aux déductions théoriques qui avaient engagé à entreprendre le sondage : mais tout à coup le jet s’arrêta complètement pour reprendre d’ailleurs, à l'étonnement général, au bout de sept à huit heures.
- Les circonstances de celle seconde éruption furent les mêmes que celles que nous allons décrire tout à l’heure, et, depuis cette époque, l’intermittence de la source s’est maintenue presque absolument régulière.
- Cette source est devenue en peu de temps une des curiosités naturelles de Vichy et on s’est empressé d’en rendre les abords agréables (fîg. 1). Un petit parc bien ombragé et très frais entoure le grand bassin circulaire au milieu duquel s’élève de 0m,40 le tube de fonte que l’on a mis pour capter la
- source; le tube a 0m,08 de diamètre intérieur. Un panier circulaire en fer l’entoure en entier et contient une foule d’objets qui passent à l'état de pétrification par le dépôt, des sels dissous dans l’eau de la source. Latéralement, un tube, à entonnoir amène l’eau jaillissante, au bord du bassin, à portée des dégustateurs intrépides. Une sorte de vaste cage, en
- fils de fer, fermée à la partie supérieure et haute de 8 à 9 mètres, recouvre l’ensemble et maintient les curieux à une distance respectable du jet d’eau et des gaz délétères, acide carbonique et hydrogène sulfuré, qu’il émet. Tout à l’entour, des bancs sur lesquels les visiteurs sont invités à s’asseoir pour assister commodément au spectacle dont nous venons de poser le décor.
- Le gardien a d’abord la parole pour le boniment obligatoire et comme il a pris soin de faire afficher, en différents endroits, l’heure à laquelle la source jaillira, son auditoire est généralement nombreux et bien disposé. Il explique que l’eau est en train de monter et il vous le montre à l’aide d’un flotteur attaché à une corde qui s’enfonce de moins en moins profondément dans le tube d’arrivée d’eau Enfin, presqu’àl'heu re dite, l’eau affleure le sommet supérieur de l’orifice. Une première goutte d’eau se détache du ménisque liquide formé au-dessus de l’ouverture et va tomber dans le panier a pétrification, puis bientôt une seconde goutte la suit : les gouttes se serrent de près et se transforment en un petit filet.
- A ce moment quelques bulles de gaz apparaissent à la surface du ménisque et le filet d’eau augmente. Au bout de dix à douze minutes, tout à coup, cette source si bonne et si tranquille envoie dans les airs
- Fig. 1. — La source intermilente tic Vesse près de Vichy. (D’après une photographie).
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- une énorme qmutité d’eau à plein jet qui s’élève de 7 à 9 mètres de hauteur et retombe dans le bassin circulaire. L’eau monte par saccades, en flocons de neige; quelques jets vont plus haut, d’autres partent avec moins de force; le jet se coupe, puis repr.nd, s'interrompt encore et recommence. Ces intervalles entre la projection des jets successifs varient d’un dixième de seconde a un quart de minute environ; à la fin du phénomène ils peuvent atteindre une demi ou même une minute entière.
- Les masses liquides projetées en l’air y produisent des silhouettes étranges : on voit des bras, des ailes, des voiles se détacher des corps bizarres qui s’abattent aussitôt formés. Il semble que cette eau est un peu visqueuse, car on la voit se projeter en masses compactes, d’où se dégage une telle quantité de gaz que tout le jet est d’une couleur blanc de neige : ce qui contribue beaucoup à faciliter le travail de l'imagination en présence de ces apparitions curieuses et fugitives. L’éruption dure une heure eri-\iron et pendant ce temps la source débite environ 20000 litres d’eau. Cn compte en moyenne trois jaillissements par 24 heures.
- La fin du phénomène est aussi brusque que le début. Le dernier jet projeté, la source tarit en q u e 1 q u e s i n -stants, l’orifice du tuyau se sèche, tout dégagement de gaz est suspendu et si on cherche avec le flotteur le niveau de l’eau, on constate une dénivellation de 16 mètres. L’arrêt a été aussi subit que prompt.
- L’analyse chimique de ces eaux a montré la présence d’hydrocarbures et d'hydrogène sulfuré unis aux principes alcalins qui dominent dans les sources de Vichy.
- La température de l’eau est essentiellement constante toute l’année et se maintient à 30L La quantité d’eau sortie est aussi a peu près indépendante des saisons.
- Telles sont les différentes phases qui ont provoqué maint s hypothèses relatives aux causes de ce singulier phénomène. Plusieurs personnes ont cru voir l’a de véritables éruptions volcaniques dans lesquelles l’eau remplace la lave : d’autres lui ont appliqué la théorie des geysers d’Islande.
- Nous avons eu occasion dernièrement, cn passant à Vichy, d’observer de près cette source, et l’explication du travail souterrain qui provoque ces perturbations dans l'écoulement naturel dj l’eau nous parait des plus simples* .et se déduire entièrement
- des faits observés, dont nous avons emprunté les détails à une courte notice anonyme distribuée aux visiteurs.
- La figure 2 montre comment on peut se figurer les choses disposées. Une source intermittente S, située dans les collines voisines de Vichy ou plus loin, à une certaine hauteur, déverse ses eaux dans une couche minéralisante BC placée immédiatement sous le roc. Cette couche s’enfonce à une certaine profondeur dans le sol et l’eau prend ainsi une température déterminée. Son contact avec les éléments de cette couche lui donne les propriétés qui la distinguent, et en même temps elle se charge de gaz acide carbonique, hydrogène sulfuré et autres. Ces gaz proviennent, soit d’éléments éminemment dé-composables dans l’eau qui les baigne, soit des fissures profondes du sous-sol, et viennent se loger dans des cavités, telles que a, existant sous la couche rocheuse dure et imperméable.
- La source venant de jaillir reste, avons-nous dit,
- en équilibre statique à 16 mètres au - dessous d u sol. Pendant la période de repos, sept à huit heures environ, les cavités (n) se remplissent de gaz qui peut y atteindre une pression de 10 atmosphères environ, égale à la hauteur de la colonne d’eau dans le tube Cl), sans que le liquide affleure le sol; en mèmè temps le réservoir de la source S se remplit par suite d’infiltrations quelconques.
- La source S commence enfin par débiter un peu d’eau par son siphon sans que celui-ci s’amorce entièrement. Le phénomène commence.
- Le poids de cette eau, combiné en effet avec l’augmentation lente de pression du gaz dans les caxités souterraines, fait monter le niveau dans le tube CD. Peu à peu l’eau affleure l’orifice de sortie, déborde, et quelques bulles de gaz se montrent, entraînées par le courant d’eau devenant plus rapide.
- Enfin le siphon A s’amorce : l’eau se précipite cn torrent, comprime le gaz des cavités intérieures, en entraîne une partie et jaillit violemment à une hauteur de 7 à 9 mètres-, due, pour la plus grande partie, à la différence de niveau, comme dans un puits artésien. Après ,ce premier coup de louet, auquel l’augmentation brusque de pression des gaz dans des cavités n’est pas étrangère, le jet prend un régime moins élevé. Les saccades plus ou moins rapprochées, suivant l'instant considéré de l’éruption, sont dues U-des. frottements variables dans une cou*
- Fig. 2. — Figure explicative de la source intermittente.
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- tluite a [loches de gaz, dans lesquelles, par suite de l’entraînement par l’eau, la pression varie sans cesse.
- Enfin, au bout d’une heure, le siphon A se désamorce. Un dernier jaillissement se produit et immédiatement après l’eau se met en équilibre statique dans le tube en U (ABCD), à 1(3 mètres environ au-dessous du sol (et non à 0 mètre comme on pourrait le croire), en raison de la vitesse qu’avait le liquide au moment de la dernière projection.
- Cette explication satisfait, comme on le voit, aux différentes phases du phénomène. Toutes les eaux d’infiltration venant se perdre d’une façon quelconque dans la couche BC concourent d’ailleurs, dans une certaine mesure, au jaillissement, mais le moteur en quelque sorte est une source intermittente S, située à une certaine altitude.
- La source de Yesse est à juste titre le but d'une excursion très intéressante et très peu fatigante à faire, ne serait-ce que pour se croire transporté, avec un peu d’imagination toutefois, en Islande ou mieux en Nouvelle-Zélande devant un des geysers si beaux et si nombreux dans ce dernier pays.
- 11 existe aussi à Vais une source du même genre. Ses éruptions sont séparées par des intervalles de deux à trois heures et ne durent que quelques minutes. On peut lui appliquer la même théorie. j
- M. A. C., ingénieur.
- CHRONIQUE
- Les progrès de la télégraphie électrique. —
- Le ‘27 juillet dernier a eu lieu à Londres, un grand banquet de 250 couverts, pour célébrer le cinquantième anniversaire de la première expérience de télégraphie électrique exécutée par M. M. Cooke et ’Whealstone entre le terminus du chemin de fer de Birmingham et la première station distante de 5 kilomètres. Le Ministre des postes, qui présidait, a montré un morceau d’une barre de bois triangulaire qui avait réuni les deux stations, et dans laquelle cinq fils de cuivre avaient été encastrés. Les inventeurs étaient parvenus à réussir leur expérience en employant cinq fils de cuivre et cinq aiguilles aimantées. La vitesse de transmission était de cinq mots environ par minute. Aujourd’hui, elle est à peu près de cinq cents mots avec le transmetteur automatique; il suffit d’un fil unique pour réunir les deux stations, et ce fil unique sert, non pas seulement pour transmettre un courant, car il peut en transmettre jusqu’à six simultanément. Au lieu de deux stations situées à 5000 mètres l’une de l’autre, les extrémités du réseau universel sont à 50000 kilomètres l’une de l’autre. Quel progrès accompli en un demi-siècleî Quelle étonnante simplification! Bien qu’en Angleterre, le nombre des messages transmis est de un million par semaine.
- Le Jouvnat officiel tlu Tonkin. — M. Bihours, résident général du Tonkin, a nommé M. Arthur de Fon-vielle, rédacteur en chef du Joui ml ojficiel du Tonkin, qui se publie à Hanoï depuis deux ans. M. Arthur de Fonviellc a quitté Alger où il dirigeait YAklibar, et partira de Marseille le 14 courant, pour prendre possession de son poste. Le Journal officiel du Tonkin, qui se publie depuis deux ans, était exclusivement consacré à des
- articles officiels; il sera dorénavant rédigé dans le but de faire connaître à l’Europe, les ressources, l’histoire, les besoins, les mœurs et l’histoire naturelle de notre nouvelle possession.
- Roulette en papier comprimé. — M. Clark construit cette roulette en plaçant un certain nombre de couches de papier entre deux disques métalliques avec lesquels font corps des pointes tournées vers l’intérieur. La longueur de ces dernières est suffisante pour qu’elles puissent être recourbées après avoir traversé l’épaisseur du papier. Il y a dans ce but des nervures triangulaires venues de fonte sur les surfaces intérieures des disques, à l’endroit même où la pointe de l'aiguille opposée doit sortir du papier. On place les couches de papier, qui forment le corps, entre les lames, puis on soumet le tout à une pression énergique.
- Les chevilles s'enfoncent de chaque côté dans le papier et se replient, de sorte que les couches sont maintenues dans un état de parfaite compression. La roulette est ensuite façonnée sur le tour | aux dimensions voulues. On introduit ensuite un tube dans le trou ménagé au centre du rouleau. Ce système de roulette convient pour les meubles; il est susceptible d’une longue durée; son roulement très doux ne peut endommager les planchers et ne produit aucun bruit.
- l’n steamer rapide. — Le yacht à vapeur Now Tlien, construit par le célèbre ingénieur aveugle Herreshoff, de Bristol, Bhode Island, U. S., a fait la traversée de Bristol à New-York en sept heures six minutes, avec une vitesse moyenne de 24 nœuds et qui a atteint, pour une partie de la course, la valeur inconnue jusqu’à ce jour, de 28 nœuds (5lk,86 par heure). La caractéristique des navires de ce constructeur réside dans l’emploi de chaudières formées d’un long tube roulé en hélice (coil boiho) pouvant supporter une pression de 250 livres par pouce carré (17 kilogrammes par centimètre carré).
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 août 1887. — Présidence de M. Jaxsse.v.
- Agronomie. — M. Baron propose, de combattre l’invasion des vignobles du sud-ouest de la France par le mil-dew, au moyen d’un mélange de soufre sublimé et de coaltar. Le mildew est un cryptogame qui se développe sur le revers des feuilles; M. Baron croit pouvoir le détruire en l’attaquant directement, c’est-à-dire en projetant sous les feuilles la poussière destructive. M. Baron fait valoir l'innocuité de son traitement vis-à-vis du traitement du mildew par les sels de cuivre. Des expériences récentes, mentionnées dans les Comptes rendus, ont montré que l’emploi des sels de cuivre était parfaitement inoffensif; l’avantage signalé par M. Baron est donc tout à fait nul.
- Physiologie. — M. Yignal continue les travaux qu'il a entrepris sur les micro-organismes de la bouche ; il étudie leur action sur les aliments. 11 a déjà pu constater la présence de microbes dans les produits de la digestion : leur
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- nombre serait supérieur à 20 000 pour 1 décimètre cube.
- M. Chauveau étudie la quantité de chaleur développée dans les muscles qui fonctionnent à l’état physiologique normal. Les recherches de M. Chauveau ont été effectuées j au moyen d’aiguilles thermiques enfoncées dans le muscle releveur de la lèvre supérieure d’un cheval. Des précau- 1 lions avaient été prises pour éviter le rayonnement cutané. ; On a pu constater ainsi que le muscle, fonctionnant à | vide, subissait une élévation de température de 0°,17, tandis que pendant le fonctionnement utile, l’élévation de température n’était que de 0°,42. Connaissant la quantité de sang qui remplissait le muscle, il a pu calculer le nombre de calories qui correspondait à cette élévation de température.
- M. Charles Richet a recherché les causes de l'accélération de respiration qui résulte pour le chien de l’action de la chaleur. M. Richet donne le nom de polypnée à ce phénomène singulier. Dans l’état physiologique normal, le chien respire vingt à trente fois par minute ; transporté dans une étuve ou par l’effet d’une marche au soleil, le nombre de respirations, par minute, peut s’élever à 500 ou 350.
- Il faut noter que la transpiration cutanée n’existe pas chez les chiens ; la polypnée a une action purement thermique, ou plutôt hypother misante, c'est-à-dire qu’elle agit pour abaisser la température de l’animal en augmentant, dans d’énormes proportions, l’évaporation parle poumon. Un chien maintenu dans une étuve et placé sur une balance, perd en une heure 11 grammes d’eau par kilogramme de poids. La polypnee est donc simplement un moyen de réfrigération.
- Géographie. — M. Héraut, ingénieur hydrographe, a déduit des indications d’un marégraphe installé à Gabès, les coefficients de la formule de Laplace, relatifs à la prédiction des marées. Les calculs de M. Héraut ont permis de constater que l'âge de la marée, c’est-à-dire le retard des plus grandes marées sur la nouvelle et la pleine lune, n’est que de vingt-quatre heures -à Gabès, au lieu de trente-six heures dans nos ports de l’Océan. M. Bouquet de la Grye rappelle qu’il avait déjà obtenu ce nombre vingt-quatre heures, à I’ile Campbell.
- Astronomie. — M. l’amiral Mouchez présente le volume des Annales de l’Observatoire pour 1882. Ce volume renferme toutes les observations astronomiques faites à l’observatoire pendant l’année, et, par une innovation heureuse, il contient encore le résumé de toutes ces observations, sous forme de catalogue.
- Varia. — M. Ravel décrit des observalions spectrosco-
- piques faites à l’observatoire de Bordeaux, pendant l’éclipse de lune du 2 août dernier. — M. Félix Bernard expose ses recherches sur la structure des bronchies des gastéropodes polybranehes. — M. Cliatin est désigné pour représenter l’Académie aux fêtes données en l’honneur de Saussure. — M. Bouquet de la Grye présente Y Annuaire des marées des côtes de France pour 1888, et Y Annuaire des marées des côtes de Cochinchinc et du Tonkin pour la même année. Stanislas Meunier.
- THERMOMÈTRES MÉDICAUX
- On sait que la mesure de la température du corps offre de grandes ressources à la clinique médicale : nous donnons ci-dessous la reproduction de petits thermomètres spécialement construits par M. L. Bloch, de Genève, et qui sont susceptibles de rendre des services aux praticiens. Le n° 1 de la figure représente un petit thermomètre à maxima. L’instrument enlevé après la mesure, et rendu à l’air ambiant, la co-lonne mercurielle reste en place pour marquer le maximum tandis que la partie inférieure s'écoule dans le réservoir : ce résultat est obtenu au moyen d’un petit morceau de verre soudé dans le tube du thermomètre, près du réservoir; le mercure, forcé
- de passer par cette ouverture très étroite, se rompt en cet endroit chaque fois que la température cesse de le faire monter. Ce thermomètre a donc l’avantage de ne jamais se déranger et de rester toujours maxima. Le n° 2 dê la figure montre le thermomètre muni d’un petit microscope mobile B qui permet d’apprécier avec exactitude les fractions de degrés, et le n° 5 donne l’aspect de tout le système enfermé dans son étui.
- M. L. Bloch a imaginé, pour prendre la température des bains, un dispositif très gracieux : le thermomètre est couché horizontalement sur un petit bateau qui flotte à la surface de l’eau, et le réservoir courbé à angle droit, plonge dans le liquide à l’arrière de l’embarcation, et prend la température du milieu ambiant. l)r. Z...
- Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure 9, rue de Fleurus, à Pam.
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- N° 742. — 20 AOUT 188 7.
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- LES MONUMENTS MÉGALITHIQUES
- DE NEMOURS
- _ Notre gravure représente un magnifique monument des âges antéhistori jues, en face duquel se sont trouvées récemment les personnes qui m’accompagnaient en excursion géologique aux environs de Nemours. C’est, comme on voit, un énorme polissoir, c’est-à-dire l’un de ces outils avec lesquels on donnait aux haches de pierre le fini qui caractérise souvent leur surface.
- La roche qui le constitue est de grès quartzeux à ciment calcaire et à grains fins, et les dépressions
- qu’on y remarque sont de deux sortes fort différentes : les unes, étroites, profondes, terminées en pointe aux deux bouts, sont des rainures où se placent très bien les haches selon leur tranchant; les autres, larges, plus ou moins hémisphériques, sont propres à polir les armes sur leur largeur.
- C’est M. E. Doigneau, le savant auteur de la belle et savante monographie de Nemours1, qui a découvert le polissoir qui nous occupe et qui est situé sur la rive droite du Loing, au lieu dit le Gué du Beaumoulin. Ce qui ajoute encore à son très vif intérêt, c’est qu’il n’est pas isolé. Autour de lui le terrain porte toute une série de polissoirs analogues, si bien que la localité a manifestement été
- Le polissoir préhistorique du gpé de Beaumoulin, près de Nemours. (D’après une photographie de M. Henri Boursault.)
- un vaste atelier de polissage. M. Doigneau, frappé de l’importance d’un semblable rassemblement, a obtenu que l’État en fit l’acquisition et assurât ainsi leur conservation. Tous les amis des sciences lui en seront vivement reconnaissants. Les polissoirs sont là au nombre d’une douzaine ; deux sont sur la rive gauche de la rivière, à 500 ou 600 mètres en amont du Gué, au pied d’un amoncellement énorme de cliquart et de poudingue.
- Parmi ces pierres, une a pu être transportée a Nemours, grâce à ses dimensions relativement faibles, et elle orne maintenant l’incomparable collection de M. Doigneau.
- Ensemble, ces tables de polissage portent environ cinquante rainures et vingt-cinq cuvettes, ce qui 15e année. — t semestre.
- suppose une activité industrielle vraiment très grande. Celle que M. Boursault a photographiée est, comme on voit par la gravure, presque entièrement couverte d’empreintes de frottement et d’usure. Sur lq. rive gauche du Loing, fa plus petite de ces pierres porte trois cuvettes, dont l’une, qui mesure 70 centimètres sur 40, est des plus remarquables par sa régularité et par sa profondeur.
- A ceux qui s’attachent à revêtir les temps quaternaires de caractères extraordinaires, il est bon de faire remarquer que ces pierres sont sur un sol à peine élevé de un mètre au-dessus du niveau actuel de la rivière. Les eaux n’étaient donc pas alors plus hautes
- 1 Nemours, 1 vol. in-8°, avec 105 photogravures, 18F4. Garcet, éditeur.
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- qu’aujourd’hui pendant la saison où le polissage avait lieu. « II semble, ajoute M. Roigneau, qu’on devrait trouver autour de ces roches au moins autant d’éclats de silex et de fragments d’outils que sur les lieux de campements voisins, situés à l’étage supérieur, sur les deux rives et bien plus éloignés de l’eau, et du silex. Et cependant, chose singulière, c’est à peine si l’on y rencontre quelques rares traces de silex taillé. Il est certain qu’on n’y taillait pas ie silex. » Cette circonstance remarquable paraît confirmer l’hypothèse que les hommes de la pierre polie habitaient les plateaux à demeure, et ne descendaient dans la vallée que de temps en temps.
- Grâce aux recherches dont elle a été l’objet dans ces dernières années, la région de Nemours, jusque-là non soupçonnée par les anthropologistes, apparaît comme très riche en vestiges préhistoriques. Silex travaillés et monuments se voient de toutes parts.
- C’est ainsi que dans le bois de Laveau, se montre un polissoir digne d’être cité à côté des précédents. Il porte onze rainures parallèles de 60 à 80 centimètres de long, et plusieurs parties planes ou légèrement concaves, usées par le frottement des surfaces larges des haches. Ce polissoir n’est pas seulement intéressant par la dimension et le nombre des empreintes, mais surtout par sa situation à l’extrémité de la vallée de Fay, à 5 kilomètres de la rivière et à 120 mètres environ d’altitude.
- On peut mentionner un mégalithe du même genre vers l’embouchure du Loing, sur la rive droite, à 500 mètres à l’est du village de Saint-Mammès. Ce polissoir, de petites dimensions, ne porte qu’une rainure et une cuvette, mais il est remarquable en ce qu’il est de même nature que les gros polissoirs de Beaumoulin, et qu’il provient certainement du même lieu, c’est-à-dire de 50 kilomètres en amont.
- La Roche au Diable est aussi un polissoir, et toutefois les gens du pays en donnent une autre interprétation : selon la légende, le diable, voulant jouer au palet, prend un gros bloc de grès et le plante sur la hauteur où nous le voyons aujourd’hui. Puis il passe de l’autre côté de la vallée et va se placer sur la colline opposée, dans la direction du hameau de Guerlot, à 2 kilomètres environ du but. Selon les uns, il jouait seul; suivant d’autres, il avait le bon Dieu pour adversaire.
- Les deux joueurs saisissent chacun un rocher; le bon Dieu lance son palet qui va tomber près du but. et constitue aujourd’hui la Petite Pierre fritte, à côté du grand Menhir. Le diable prend une roche beaucoup plus volumineuse ; mais, soit maladresse ou défaut de vigueur, il sent son gros palet s’échapper de sa patte crochue. Il serre plus fortement ses griffes, entre lesquelles le palet glisse; mais il a beau faire, sa roche ne franchit même pas lu vallée et va s’enfoncer dans la prairie, au bord du Lunain, où elle est encore, et l’on peut voir sur le grès les quatre empreintes profondes de ses ongles.
- La Pierre fritte dont nous venons de parler, cette quille du diable, est un superbe menhir tout parei
- à ceux qui abondent en Bretagne. C’est un bloc de grès brut en forme de parallélépipède rectangle assez régulier; il a A mètres de haut hors terre sur lm,40 de large et 0ill,80 d’épaisseur. Comme il ne peut avoir moins de lra,50 de fiche, il mesure 6 mètres cubes et ne pèse pas moins de 15 à 16 000 kilogr.
- Naturellement, de temps immémorial, l’aspect de cet étrange monument a attiré l’attention des habitants, qui lui ont donné le nom significatif de Pierre fritte (petra fixa).
- Un certain nombre d’autres menhirs sont connus dans les environs et l’on y signale un dolmen parfaitement caractérisé. Il est situé entre Amponville et Rumont, à 2 kilomètres au nord de ce même point. Il consiste en une table de grès de 5m,50 de longsur A mètres de large et 0m,50 d’épaisseur, posé sur trois autres pierres dressées. Les deux pierres latérales sont les plus fortes; elles ont environ 0ra,80 d’épaisseur sur lm,20 de hauteur; plusieurs blocs qui fermaient le caveau sont renversés : l’un est au fond à droite, l’autre à l’ouverture. 11 n’existe plus trace de tumulus ; c’est maintenant une sorte de petite grotte dont la table, formant plafond, dépasse de 1U1,50 le niveau du sol. Dans les champs voisins sont disséminés et assez rares quelques éclats de silex taillés. Cette sépulture a été fouillée depuis si longtemps, qu’on ignore complètement dans le pays et son origine et ce qu’on a pu en retirer. Mais le nom qu’elle porte et qu’elle a donné au terroir, la Pierre morte (la pierre du mort), conserve un vague souvenir de son antique destination.
- Stanislas Meunier.
- ÉCLIPSE PARTIELLE DE LUNE
- DU 5 AOUT 1887
- L’éclipse partielle de Lune du 5 août 1887 a été observée à l’Observatoire de Bordeaux par un ciel très beau, quoique un peu brumeux vers l’horizon.
- Le disque entier de la Lune n’a pas cessé de rester visible dans une lunette, et la partie éclipsée n’a montré aucune coloration bien sensible.
- A l’aide d’un spectçoscope à trois prismes, monté sur le grand équatorial de O”, 58 d’ouverture, j'ai examiné le spectre de la zone ombrée qui fait la transition entre l’ombre pure et la partie éclairée de notre satellite. Au spectroscope, cette transition est très brusque ; tandis que le spectre de la partie éclipsée est limité par les lignes D et F, avec un maximum d’intensité vers E, le spectre de la partie de la Lune sur laquelle se fait la transition s’étend brusquement vers le rouge jusqu’au groupe atmosphérique a d’Angstrom.
- Le spectre de la Lune était d’ailleurs trop pâle, surtout dans la partie voisine de la portion éclipsée, pour permettre l’usage d’une fente assez étroite pour montrer les lignes atmosphériques ; le groupe a et les très nombreuses lignes voisines de D étaient seules bien visibles sous forme de bandes1. C. Rayet,
- Directeur de l’Observatoire de Bordeaux.
- 1 D’après une note présentée à l’Académie des sciences.
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- LÀ PHOTOGRAPHIE PRATIQUE
- I.aboratoire-poriefeiiille de M. Pokrineau. —
- Tout le monde est plus ou moins photographe. On se procure facilement une bonne chambre noire, un bon objectif; quant aux obturateurs instantanés, c’est l’embarras du choix. Mais c’est un laboratoire qui manque. Ce facteur important, indispensable même, fait presque toujours défaut, on s’empare d’un coin de grenier, d’un cabinet noir; tout le monde ne possède pas une chambre, ou une cuisine inoccupée.
- Un ingénieux appareil imaginé par M. Poitrineau, photographe amateur, permet de développer un cliché partout et toujours, même en plein air. 11 se compose d’une boîte légère (fig. 1) en bois verni acajou, de forme plate d’environ 45 centimètres de longueur sur 55 centimètres de largeur, et 6 centimètres d’épaisseur, s’ouvrant de côté comme un portefeuille ; une poignée permet de le transporter facilement.
- Pour installer le laboratoire, on ouvre la boîte à angle droit, on relève une plaque en fer mince et verni qui recouvre le fond et on déplie les trois côtés contenus dans le couvercle ; on a ainsi un abri de forme cubique de 40 centimètres de hauteur représenté ligure 2.
- Laboratoire-portefeuille. — 1. Fermé.'— 2. Ouvert.
- Dans le couvercle redressé de la boîte se trouve une ouverture munie d’un verre rouge, qui empêche les rayons chimiques de pénétrer dans le laboratoire. Dans la plaque mobile du fond et parfaitement en face de cette première ouverture, il en existe une seconde; e.nfin dans chacun des côtés se trouvent deux trous ronds permettant de passer les bras. On jette sur l’ensemble de l’appareil une housse noire, serrée par des sangles, munie à droite et à gauche de deux manchettes, et en face d’un sac terminé par un masque que l’opérateur s’applique sur le visage. Le laboratoire étant installé, soit devant une fenêtre, soit en pleine campagne, pour développer un cliché on s’assied devant l’appareil, on passe les mains dans les manchettes, après avoir ajusté le masque devant les yeux. Dans l’intérieur du laboratoire on dispose préalablement les cuvettes, à droite celle du bain révélateur, à gauche celle du fixateur; au milieu on met une carafe munie d’un siphon en caoutchouc terminé par un robinet pour le lavage des plaques; une ouverture ménagée au fond de l’appareil permet à l’eau de s’écouler au dehors.
- Ce laboratoire-portefeuille ne remplace pas incontestablement un véritable laboratoire, mais il est appelé à rendre de réels services aux photographes amateurs en général, et en particulier aux excursionnistes qui peuvent ajouter à leur bagage photographique un appareil peu embarrassant, et leur permettant de développer en pleine campagne et immédiatement les clichés qu’ils ont ob-*cnus- Maurice de Thierry.
- UNE FAMILLE DE NAINS
- Les nains ont été l’objet de nombreux travaux descriptifs1, niais on peut dire qu’on en a fait rarement une étude véritablement scientifique au point de vue anthropologique.
- M. de Quatrefages avait donné, en 1881, quelques renseignements sur un nain, le prince Balthazar (fig. 1) qu’il avait vu a Claris (Suisse); nous en reparlerons tout à l'heure.
- Récemment, M. le docteur Benzenger, de Moscou, a publié un travail fort intéressant sur une famille de nains dont il donne une description. Un père et une mère, grands, bien portants, ont eu neuf enfants dont trois sont morts dans leur première année (le premier, le huitième et le neuvième), dont le sixième, une fille de sept ans, a une taille à peu près normale pour son âge. Les autres, dont l’aîné a seize ans, sont tous nains.
- Yoilà le fait ; mais il est bon d’insister davantage, de donner quelques détails, pour montrer tout ce que ce fait a de curieux et d’intéressant au point de vue scientifique.
- Le père de tous ces enfants, Karjee Gregorie'vitch Kostezky, né à Kanef, gouvernement de Kiew, a quarante-cinq ans, sa taille est de lm,79 ; il est robuste, d’une bonne santé et jouit d’une grande force musculaire. 11 a fait des études primaires et se plaça â quinze ans comme desservant de la cathédrale de Kanef. Dix ans après, à vingt-cinq ans, il se maria. En 1885, il entreprit un voyage â Saint-Pétersbourg avec sa nombreuse famille. Son grand-père, et son père mort â quarante-quatre ans d’une fièvre chaude, étaient grands et forts ; sa mère, âgée de quatre-vingts ans, vit encore.
- ' Ses quatre frères et ses deux sœurs, tous aussi grands que lui, vivent encore. L’une de ses sœurs a onze enfants, de grande taille.
- Les enfants de ses frères sont tous d’une taille au-dessus de la moyenne.
- 11 se souvient tle trois de ses six oncles.
- En somme, M. Ixostezky appartient â une famille nombreuse de gens grands et bien faits. D’après les récits de sa mère, il sait qu’à huit ans,,il a eu une si forte attaque de choléra qu’on l’a cru mort pendant quelques instants. Il n’a jamais eu depuis de maladie grave, si ce n’est une sorte d’aphasie qu’il a eue pendant deux mois à la suite d’une chute sous la glace du Dniéper. Sa nourriture est pour ainsi dire végétale; il mange rarement de la viande et du poisson. Son existence a toujours été rude. Sa femme, A. Gavrilovna Kostezkaja née Grinevitch, est de taille moyenne, lra,54. Son père avait une taille de lm,5o; sa mère était grande; ils eurentAuit enfants dont deux seulement vivent encore. Ses grands-parents, au dire de sa mère, étaient des gens d’une taille ordinaire et bien portants. Il n’y a pas, de mé-
- 1 Voy. Les Nains et les Géants, 1887, 1er semestre (Table des matières).
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- moire d’homme, de parenté entre les Grinévitch et les Kostezkv. Jamais, .en outre, il n'v a eu de nain dans la famille. Mroe Jxostezkaja a eu son premier enfant à dix-huit ans. Elle en a eu neuf, qu’elle a tous allaités. Le premier, le huitième et le neuvième sont morts dans leur première année, comme je l’ai dit plus haut. La sixième enfant, une fille âgée de six ans et dix mois, est de taille normale (lm,l(>). La septième enfant, une fille également, âgée de quatre ans et deux mois, a une tadle de 1 mètre; il est donc impossible d'affirmer que c’est une naine: elle peut encore grandir.
- 11 n’en est pas de même pour les autres enfants. Le second, Téophane, un garçon de seize ans et dix mois, n’a que 071 millimètres. La troisième enfant, Néonila, jeune lille de quatorze ans, a une taille de 102 centimètres. Marija, la quatrième enfant, est âgée de onze ans et dix mois et a 9o5 millimètres de haut. Michaele, garçon de neuf ans, est haut de 92 centimètres. Tous ces enfants ont cessé de grandir à partir de la quatrième année.
- Sur la gravure ci-après (fig. 2) on voit bien la grande taille des parents, le nanisme des quatre premiers enfants, la taille normale de la cinquième, et les formes enfantines de la petite cadette, qui n’a pas encore le type d’une naine.
- Ils présentent Lien tous, sauf les deux dernières lilles, le type des nains, surtout l’aîné des garçons : grosse tête, gros ventre, extrémités courtes, flaccidité vieillesse prématurée, quelques rides une mèche de cheveux gris chez l’aîné des garçons.
- / ils ont tous la peau fraîche et d’un blanc rosé; leurs cheveux sont châtain foncé et leurs yeux châtain clair. La sixième, celle qui grandit encore, est blonde et a les yeux plus clairs.
- Les facultés intellectuelles de tous ces enfants sont vraiment remarquables; n’ayant jamais fréquenté une école quelconque, ils savent lire et écrire le russe, lisent le slavon, connaissent l’histoire Sainte, savent pgr cœur une quantité de prières, de psaumes, de fables et de chansons; le cadet des garçons est un très agile danseur; les filles excellent dans les travaux manuels, elles cousent et brodent parfaitement; à Moscou, grâce à l’obligeance d’un précepteur, elles apprennent avec beaucoup de succès
- Fig. 1.— Le nain Balthazar Zimmermann. (D’après une photographie.)
- des muscles, la lace;
- sur
- le français et l’allemand, ainsi que le violon et la danse. Il est à noter que l’aîné, Téophane, devient de plus en plus triste, apathique, indolent, tandis que vers dix ou douze ans il était aussi vif et gai que son cadet l’est actuellement.
- Ils ont tous un très petit appétit; la digestion se fait généralement bien. Leur sommeil est léger et court; ils doivent dormir une ou deux fois par jour. Le caractère est extrêmement doux et tranquille. Ils sont d’une obéissance remarquable ; on dirait qu’ils n’ont pas de volonté. Depuis un an le docteur Ben-zenger les a complètement perdus de vue.
- Voilà donc un père et une mère de taille plutôt grande, n’ayant jamais eu de nain dans leurs deux familles, et dont les enfants sont de véritables nains.
- Tous ont eu évidemment un arrêt de développement à la même époque, durant leur quatrième année, pour une cause assurément identique.
- Quelques mots maintenant de Balthazar Zimmermann, qui se fait appeler le Prince Balthazar , probablement pour affirmer sa supériorité de petitesse sur le général Tom Pouce. M. de Quatrelàges a pu le voir en 1881, à Aix-les-Bains, et a publié à ce sujet une note dans le Bulletin de la Société d'anthropologie.
- Balthazar est né à Glaris (Suisse) de parents robustes et bien constitués. Il a huit frères et sœurs de taille ordinaire et qui ne présentent rien de particulier. Au moment de sa naissance, au dire de son gardien, il avait des proportions normales. En 1881, lorsque M. de Quatre-fages le vit, on le disait âgé de seize ans, sa taille était de 76 centimètres et son poids de 9 kilogrammes. A seize ans, il était de 2 centimètres plus petit que ne l’était, à dix-neuf ans, le fameux Bébé.
- La gravure ci-dessus (fig. 1) permettra de mieux comprendre la description qui va suivre.
- L’ensemble du corps n’a rien de disproportionné, cependant la tête est trop grosse, le ventre est un peu trop développé, les bras sont un peu courts; les membres paraissent charnus et même potelés. Le front déjà large en avant, bombé et s’élargissant sur les tempes, indique que l’individu est brachycéphale. En somme, la tête de Balthazar rappelle celle des enfants qui ont été atteints d’hydrocéphalie. « Cette affection, dit M. de Quatrefages, tout en
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- élargissant la boîte crânienne, a-t-elle comprimé les centres nerveux de manière à produire secondairement, dans le reste de l’organisme, un arrêt général de développement? »
- La Lice est charnue, les yeux grands, la bouche petite ; le nez trop peu développé, écrasé, est étroit à la racine, il se relève ensuite, mais reste arrondi du bout et un peu épaté. Les oreilles sont grandes et bien dessinées. En somme, la physionomie est un peu vieillotte et morose. Ses mouvements sont un peu lents et compassés; il n’a pas l’air lier comme Tom Pouce; il est sensible au moindre témoignage d’affection. Il était, paraît-il, très choyé par ses pa-
- rents et montrait, dans sa famille, un caractère gai et aimant.
- Son gardien dit qu’il lit et écrit bien l’allemand et sait un peu d’italien. 11 chante d’une voix grêle et un peu fêlée, mais juste, diverses chansons avec accompagnement de piano, et valse avec mesure. Ces exercices semblent agir sur la circulation, car avant, le nombre des pulsations était de 70-75 par minute, tandis qu’après il était de MO1.
- Les Russes Kostezky étudiés par le docteur Benzenger et le prince Balthazar sont de vrais nains.
- Un a souvent confondu avec les nain.s véritables, les microcéphales. Dans sa note, M. de Quatrefages
- Fig. 2. — La amille Kostezky. (D’après une photographie communiquée par le docteur Benzenger de Moscou.)
- a le premier, croyons-nous, montré les différences qui distinguent ces deux sortes d’anomalies. Les microcéphales ont à la fois la boîte crânienne plus ou moins réduite, et le squelette facial, au contraire, très développé; tandis que les vrais nains ont plutôt la face réduite et le crâne trop fort relativement aux dimensions générales du corps. Les microcéphales, par suite du peu de développement de la boîte crânienne, ont les facultés intellectuelles très faibles; ils sont plus ou moins idiots.
- Nicolas Ferry, dit Bébé, le fameux nain du roi de Pologne, était un véritable microcéphale, comme on peut s’en convaincre en examinant son squelette qui figure dans les collections du Muséum d’histoire naturelle de Paris.
- D’après M. de Quatrefages, par conséquent, les
- dimensions réduites et la forme du crâne coïncidant avec le développement relativement exagéré du squelette nasal, sont deux traits caractéristiques qui suffisent pour attester la microcéphalie. Plus le crâne se réduit, plus le squelette nasal prend d’importance, d’après les observations de Cari Yogt.
- Chez nos Russes de même que chez Balthazar, c’est l’inverse qu’on remarque : la tète est plutôt trop, grosse, et le nez est réduit. Balthazar était très affectueux avec les siens, et pouvait lire, écrire et apprendre bien des choses ; les jeunes Kostezky sont remarquablement intelligents.
- Bébé, au contraire, n’a jamais pu apprendre à
- 1 Le Dr Benzenger a décrit succinctement et figuré un autre Russe, le nain Kotomanof, dans le n° 548 de La Nature, du 1er décembre 1885, page 13.
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- ire, et, après quinze jours de séparation, il ne-reconnaissait plus sa mère. Bébé présentait ces mou vements saccadés qu’on constate chez tous les microcéphales, mouvements que l’on remarquait chez les prétendus Aztèques. Chez Balthazar, chez nos jeunes Busses, le caractère est tout à fait opposé.
- De tout ce qui précède, il ressort qu’il y a lieu d’établir une distinction bien nette entre les nains véritables, d’une part, et les microcéphales, d’autre part; tous remarquables cependant par leur taille exiguë.
- Les vrais nains sont ceux qui, malgré leur petite taille, ont la tête et le cerveau normalement développés, et de dimensions même relativement supérieures à celles du corps. Leurs facultés intellectuelles sont intactes; il en est même qui, par suite de leur intelligence, ont joué un rôle historique.
- Les microcéphales sont des individus de petite taille, dont le crâne et le cerveau sont réduits outre mesure et dont l’intelligence est toujours plus ou moins obscure.
- Charles Broxgxiart, du Muséum.
- LES TREMBLEMENTS DE TERRE
- DU MEXIQUE (3 ET 29 MAI 1887)
- Nous devons à l’obligeance de M. José Joachin Arriaga, rédacteur en chef A'El National, de Mexico, des renseignements exacts sur les récents tremblements de terre des 3 et 29 mai derniers, ainsi qu’une carte dressée par M. Guillermo y Puga, de l'observatoire météorologique central de Mexico, qui permettent d’embrasser d’un seul coup d’œil la propagation et le centre probable de chacune de ces manifestations sismiques.
- Voici tout d’abord le résumé d’une note publiée par M. Guillermo y Puga dans El National :
- « Le o mai 1887, à 3 heures 45 minutes du matin, on a ressenti à Mexico un léger mouvement oscillatoire de peu d’intensité et de peu de durée. L’observatoire reçut les jours suivants plusieurs télégrammes annonçant que le même mouvement s’était produit en divers points de la République, à Sonora, Babispe, Chihuahua, Guaymas, etc. En traçant des lignes passant dans ces différents points dans la direction indiquée pour le mouvement d’ondulation, on constate que toutes ces lignes convergent et se rencontrent en un point placé vers le nord de Sahuaripa (État de Sonora), comme l’indique le diagramme ci-joint dressé par MM. Rafael Aguilar et Guillermo B. y Puga, de l’observatoire météorologique de Mexico.
- « On peut donc considérer ce point comme le centre de l’oscillation du 3 mai ; mais celle-ci ne s’est pas propagée a la même distance dans toutes les directions, comme on peut le voir facilement sur la carte. M. Guillemo B. y Puga attribue ce mouvement sismique au choc reçu par la croûte terrestre pour
- donner passage aux produits volcaniques vomis par les montagnes placées à trois lieues à l’ouest de la colonie Juarez.
- « Un mouvement plus important est celui qui s’est fait sentir à Mexico dans la nuit du 28 au 29 mai, et qui a alarmé la plus grande partie de sa population. Il s’est produit à 2 heures 50 minutes du matin et a duré environ 55 secondes. La première commotion, la plus forte, s’est produite de haut en bas, comme si le sol disparaissait sous les pieds ; il a été suivi d’un mouvement oscillatoire du nord au sud et, d’après certains observateurs, se serait terminé par un léger mouvement de l’est à l'ouest.
- « En traçant de même sur la carte la direction des oscillations en chaque localité, on constate un point de convergence correspondant au district de Taxco (État de Guerrero). La localité de Chipan-cingo a tout particulièrement souffert.
- -W / ;
- :
- Tremblement do terre du 3 Mai.
- Tremblement de terre du 29 Mai.
- Carie des tremblements de terre du Mexique des 3 et 29 mai 1887
- « De tous les renseignements fournis sur ces deux mouvements sismiques, on peut tirer quelques conséquences qui, si elles ne sont pas rigoureusement certaines, sont du moins conformes aux observations faites. Il semble établi que les mouvements se sont propagés du nord au sud, puisqu’à peu de jours d’intervalle ils se sont fait sentir successivement en différents points de la Sierra Madré du Mexique : les premiers jours de mai à Sonora, le 8 a Queretaro, le 29 au sud de la République, parcourant ainsi en peu de temps toute la Sierra, du nord au sud. Ces mouvements semblent corroborer fortement l’opinion émise par quelques-uns de nos géologues, qui considèrent tous nos volcans reliés entre eux et en communication permanente par de grandes galeries souterraines, où les gaz produits par les combinaisons chimiques intérieures, ou même ceux provenant de la masse ignée qui peut, occuper le centre de notre glohe, obéissant a des causes peu connues, arpentent considérablement de terrain à certaines époques, et occasionnent les mou-
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- vemcnts qui tourmentent l'écorce terrestre et sèment la frayeur au milieu de ses habitants.
- « Il serait heureux que dans ce pays essentiellement volcanique on suivît l’exemple de l’Italie, où, comprenant que tous les grands mouvements sont précédés de mouvements plus petits et d’oscillations quasi imperceptibles, on a établi îles séries d’observations sismiques qui permettent d’enregistrer ces petits mouvements et de prévoir ainsi les secouses de plus grande intensité. »
- D’après le Periodico oficial de Sonora, le tremblement du 3 mai a été un véritable désastre pour Balispe; pas une maison n’est restée debout; on a retiré 35 cadavres des ruines et un grand nombre de blessés. Les habitants ont abandonné le village détruit et vivent provisoirement en campement, abrités par des tentes légères.
- Le mouvement du 29 mai a été beaucoup moins grave ; les maisons de Chipancingo ont été lézardées, cinq toits se sont écroulés, le kiosque de la place d’armes menace ruines, mais il n’y a eu aucun accident de personne.
- CONSERVATION
- ET TRANSPORT DES VIANDES
- TAR LE FROID
- Les importations de viandes congelées de la Plata en Europe prennent de jour en jour une importance de plus en plus considérable. La Compagnie des messageries maritimes, voulant réunir à ce sujet les éléments d’information les plus complets, a confié à l’un de ses ingénieurs les plus distingués, M. Juclier, la mission de recueillir en Angleterre tous les renseignements à ce sujet. M. Juclier a récemment fait, sur cette question d’un haut intérêt, une conférence à la Société d’hygiène de Bordeaux ; il a bien voulu nous en communiquer le texte; nous en reproduisons les passages d’un intérêt général qui nous ont paru devoir être publiés dans La Nature. G. T.
- Nous savons tous que les pâturages de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et de la Plata nourrissent des quantités énormes de bestiaux, dont le nombre s’accroît chaque année. L’Australie, par exemple, n’élevait que 11 millions de moutons en 1866, et en 1884 les statistiques lui attribuaient un total de 35 millions.
- Pendant longtemps, l’exploitation des propriétaires habitant ces contrées se bornait à abattre les animaux et à les dépouiller de leur peau ou toison pour exporter celles-ci à l’état de cuirs et de balles de laine. Une partie relativement minime des bœufs et des moutons était utilisée pour l’alimentation sur place; le reste était perdu, car l’on ne connaissait pas encore de méthode pratique pour assurer, sur une large échelle, l’exportation des viandes de l’abattoir. On était donc en présence d’une perte sèche fort importante.
- Il y a une vingtaine d’années, les Anglais, après entente avec les producteurs, essayèrent d’utiliser ce déchet considérable. Ils fabriquèrent, sous di-
- verses formes, des conserves de bœuf et de mouton, et inondèrent leurs marchés de ces nouveaux produits, que vulgarisaient d’innombrables réclames. Ce mode d'alimentation était économique pour les ménages modestes, mais, au point de vue du goût et de I’bvgiène, il ne pouvait se comparer à la consommation des viandes fraîches débitées dans les boucheries. L’engouement cessa bientôt, et les conserves furent délaissées peu à peu.
- Le problème de l’utilisation des viandes étrangères n’avait donc pas encore reçu de solution pratique satisfaisante ; il fallait reprendre la question, et la traiter d’une façon plus générale et plus complète. On rechercha alors les moyens de transporter les viandes dans des conditions telles, que le consommateur ne pût trouver aucune différence entre le mouton d’Australie et celui d’Angleterre, c’est-à-dire que l’aspect extérieur, le goût, les qualités nutritives et hvgiéniques fussent exactement les mêmes dans les deux cas. Après plusieurs tentatives plus ou moins heureuses, on finit par appliquer le principe de la congélation dans l’air complètement sec, qui a la propriété de conserver remarquablement les corps organisés.
- Les essais conduisirent à l’adoption de chambres tapissées intérieurement de revêtements isolants, et dans lesquelles l’air, continuellement renouvelé par des machines spéciales, maintient la température à 8 ou 10 degrés centigrades au-dessous de zéro. Dans ces conditions, les graisses se prennent bien, les parties aqueuses sont évaporées et la viande devient sèche et dure comme du bois.
- Des magasins, installés en chambres réfrigérantes et munis de machines à air froid, furent créés sur les lieux mêmes de production. Ces appareils frigorifiques sont mis en mouvement par des machines à vapeur spéciales. Les animaux, abattus et préparés ensuite convenablement, sont arrimés dans ces chambres, les bœufs en quartier et les moutons à l’état de carcasses contenues dans des sacs en toile. On met les machines en marche et, au bout de deux ou trois jours, la congélation est complète. On continue à injecter l’air froid jusqu’à la venue du navire, qui doit prendre cette cargaison d’un nouveau genre. Les cales du bateau destinées à recevoir les carcasses sont disposées comme les magasins à terre, et la viande y est maintenue au même degré de froid pendant la traversée.
- A l’arrivée à Londres, on procède au débarquement des carcasses, et on les arrime à nouveau dans les magasins des docks, transformés également en chambres réfrigérantes. Ces dépôts sont établis à Victoria Dock, East India Dock, South West India Dock, et dans les galeries situées sous la gare de Cannon Street, au bord de la Tamise.
- Les grands établissements pour le débit de la viande au détail, tels que Smithfield Market, Lea-denhall Market, ont également transformé leurs caves en chambres réfrigérantes, avec annexes pour suspendre les viandes et les dégeler graduellement, avant de les livrer à la consommation. Les machines
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- à produire le froid y sont actionnées par des machines à gaz. Toutes les précautions sont prises, à bord et à terre, pour maintenir les carcasses de mouton et les quartiers de bœuf en parlait état de conservation : il est difficile, dans l’achat au détail, de reconnaître à première vue si telle viande vient d’Angleterre ou d’Australie ; au goût, la différence est insensible.
- Malgré les frais de transport et d’emmagasinage, les viandes congelées, vendues au détail, coûtent moitié moins cher que les viandes ordinaires de boucherie. Ce nouveau genre de trafic a pris une extension considérable à Londres depuis quelques années. En 1881, on importait seulement 15 000 carcasses; en 1886, de nombreux vapeurs, et même des voiliers, ont déchargé plus d’un million de car-
- casses provenant de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et de la Plata.
- Des entrepôts frigorifiques existent également dans les grands ports d'Amérique ; des wagons, convenablement aménagés, approvisionnent les cités de l’intérieur en vivres de toutes sortes.
- Après ces aperçus préliminaires, M. Juelier donne les dispositions du navire destiné à recevoir l’installation des chambres réfrigérantes, il passe en revue les machines à produire le froid, système Carré, Pictet, etc., que nos lecteurs connaissent déjà d’après les publications faites dans La Nature. Nous arriverons à la description d’une chambre réfrigérante dont l’auteur paraît préconiser l’emploi :
- Voici les dispositions générales de la chambre réfrigérante pour conserver les vivres. Elle est divisée en deux compartiments spéciaux (fig. 2). Le
- Fig. — Machine Hall à produire le froid, installée à bord d’un navire. — A. Décharge du condenseur à surface. — B. Aspiration à la mer de la pompe de circulation. — C. Refoulement au condenseur. — D. Décharge de la bâche à la mer. — E. Décharge de la bâche alimentant la caisse à eau de la petite chaudière du premier pont. — G. Prise de vapeur.— J. Purge du tuyau de vapeur.
- premier constitue la chambre froide proprement dite, où sont arrimés les carcasses de mouton, les quartiers de viande, le poisson, la volaille et le gibier.
- Dans le second compartiment sont disposées les installations suivantes : 1° un récipient en tôle contenant un serpentin et rempli d’eau refroidie par le courant d’air retour de la chambre froide ; une extrémité du serpentin est en communication avec une caisse à eau située sur le pont supérieur; l’autre extrémité remonte également dans la batterie et donne l’eau frappée par un robinet convenablement disposé ; 2° un magasin fermant à clé, où sont arrimées les bières, eaux gazeuses, boissons de toutes sortes, disposées sur des râteliers; 5° une grande chambre où sont suspendues les viandes devant être livrées de suite à la consommation, et où sont déposés les légumes et autres accessoires.
- Sur l’avant du vestibule d’accès aux compartiments, se trouve une caisse en tôle, contenant des seaux remplis d’eau. Le fonctionnement de la machine amène la congélation, et fournit ainsi de la glace pour les services du bord.
- Le canal d’arrivée d’air froid est en bois, et se trouve placé contre le plafond, au milieu du compartiment réservé aux viandes; des trappes à coulisse, manœuvrées à la main, règlent, suivant les indications du thermomètre, la quantité d’air froid à distribuer dans le sens de la longueur du compartiment.
- Pour produire le froid, les machines Hall ou Has-lam, qui ont ensemble de grandes analogies, conviennent pour cette installation. Nous nous bornerons à dire quelques mots de la première machine que nous représentons ci-contre (fig. 1).
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- Cet appareil se compose de deux machines a air indépendantes, mises en mouvement ensemble ou séparément, par une machine à vapeur compound et à condenseur à surface. Les cylindres à vapeur à haute et à basse pression sont fixés au milieu du bâti entre les deux compresseurs. Les deux détendeurs sont à une extrémité du bâti, et sont séparés par les pompes à air et de circulation. L’arbre à manivelles est à l’autre extrémité du bâti. Les diamètres des cylindres à vapeur à haute et à basse pression, des compresseurs, des détendeurs, sont respectivement 550, 555, 508 et 594 millimètres avec course commune de 548. Les distributions de vapeur et d’air sont réglées par des tiroirs Meyer.
- Le condenseur à surface, les condensateurs à eau et à air sont renfermés dans la plaque de fondation...
- En Amérique, les installations frigoriques sont, pour ainsi dire, entrées dans les mœurs et coutumes des habitants. Dans le Royaume-Uni, Glasgow suit à son tour l’exemple de Londres; le 19 octobre dernier, on inaugurait, dans cette ville, un immense abattoir de 12 000 mètres carrés de superficie, pouvant contenir 2500 tètes de bétail et un nombre considérable de moutons. Des chambres frigorifiques sont annexées aux abattoirs et commandées par des machines llaslam. Elles conservent les viandes des animaux provenant de la région, ou importés de
- Fig. 2. — Chambre frigorifique pour la conservation des vivres à bord d'un navire. — M. Machine Hall à produire le froid. — V. Descente et vestibule. — C. Chambre frigorifique contenant les viandes à conserver. — A. Caisse en tôle renfermant les seaux remplis d’eau destinée à produire de la glace. — D. Chambre des vivres destinés à la consommation immédiate. — E. Chambre contenant les boissons. — F. Étagères pour les poissons, volailles, etc. — B. Çaisse en tôle avec serpentin pour l’eau frappée.
- l’étranger. Les constructions, complètement aménagées, coûtent 1 750 000 francs : ce capital a été fourni par deux corporations locales.
- A Genève, M. Schrôder, architecte, a établi un entrepôt frigorifique dans les bâtiments des abattoirs, avec machine Pictet. Moyennant une redevance annuelle minime, les bouchers ont à leur disposition des locaux où la viande est conservée dans d’excellentes conditions. Le succès de cette entreprise a été tel, que Mulhouse a confié au même architecte la construction d’un entrepôt identique1. La ville
- 1 Yoy. La Nature du 18 décembre 1886.
- d’Anvers étudie en ce moment l’établissement d’installations semblables.
- Il serait à désirer que la France imitât ces exemples dans les grands centres de population, comme Paris, Rordeaux, Lyon, Marseille. Nous ne serions plus en été soumis à cette alternative : ou consommer de la viande avariée, ou bien de la viande chaude d’un animal nouvellement abattu, nourriture malsaine dans les deux cas.
- La même méthode s’appliquerait aux produits alimentaires les plus variés, tels que poissons, légumes, fruits, volailles, gibier, etc. Rien entendu, je ne parle ici que de la conservation de nos propres
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- produits, et les renseignements que j’ai recueillis démontrent que tout le monde trouverait son compte à l’emploi d’un pareil système.
- UN ORCHESTRE ORIGINAL
- inaginons un observateur O placé en présence d’une source sonore S (fig. 1). Les ondes sonores alternativement condensées et dilatées qui se propagent avec la vitesse du son, à partir du centre S, viennent successivement rencontrer la .membrane du tympan de son oreille et la mettre en vibration. C’est le nombre de ces rencontres pendant chaque seconde qui détermine, pour l’observateur, la hauteur ou l’acuité du son perçu.
- Si l’observateur, au lieu de rester immobile en O, se déplace rapidement vers la source, il va à la rencontre des ondes, et il en traverse un plus grand nombre pendant chaque seconde. Le, son perçu doit donc s’élever pour lui. Si, au contraire, il s’éloigne de la source, il rencontre un moins grand nombre d’ondes que s'il était immobile, et le son doit baisser.
- On sait que ces conséquences curieuses de la théorie ont été vérifiées directement par des expériences de MM. Buys-Ballot, Fizeau, Kœnig, etc.
- Il résulte de là qu’étant donnée une source sonore installée à poste fixe, de façon à donner le nombre de vibrations correspondant à une note déterminée, ré4 par exemple, il suffirait de se déplacer, par rapport à elle, d'une façon convenable, pour entendre, au lieu de ré4, une note quelconque.
- On conçoit alors qu’un observateur pourrait, en modifiant convenablement son mouvement, entendre telle succession de notes, c’est-à-dire tel air musical qu’il voudrait. Proposons-nous d'examiner, avec quelques détails, comment on pourrait, sinon réaliser pratiquement, du moins concevoir la possibilité d’une réalisation pratique de ce problème, sans être obligé de varier, d’une façon absolument brusque, la vitesse de rapprochement ou de recul correspondant à chaque note.
- Un calcul très simple montre que si l’on s’approche de la source avec une vitesse égale à la fraction f de celle du son, le son entendu s’élève dans le rapport de (1—f) à 1. Si, au contraire, on s’éloigne, le son baisse dans le
- îpport de 1 à r—r~f On peut alors, en partant de là,
- luer facilement les diverses valeurs numériques que l’on doit donner à f pour que le son entendu soit d’un nombre quelconque de demi-tons, plus élevé ou plus grave que celui de la source.
- Nous avons effectué ce calcul en adoptant le nombre 340 mètres pour la vitesse du son par seconde. Nous avons obtenu les résultats que nous inscrivons ci-après, (en nombres ronds), pour quelques cas particuliers. Ces résultats vont nous être utiles dans un instant.
- La source donnant toujours la note ré4, la note entendue s’élève de 1 ton et devient mi4 pour une vitesse de rapprochement de la source égale à 37 mètres par seconde. Cette note baisse de 1 ton et devient ut4 pour une vitesse d’éloignement de 42 mètres par seconde.
- Enfin elle baisse de 3 tons et demi, c’est-à-dire devient
- so/3 pour une vitesse d’éloignement, de 171 mètres par seconde.....et ainsi de suite.
- Ceci posé, soit à réaliser, par ce procédé, l’audition d’une mélodie quelconque. Choisissons un air populaire bien connu : Au clair de la lune, par exemple. Écrivons d’abord sa notation musicale : (fig. 2).
- On voit qu’elle renferme précisément les notes so/3, ut,j ré4, mi4, dont nous venons de nous occuper.
- Pour que l’audition de ce morceau ait son véritable caractère, il ne suffit pas que les notes se succèdent avec leurs hauteurs, mais aussi avec leurs durées relatives qui caractériseront le rythme et la mesure. Or, notre phrase musicale, telle qu’elle est écrite, ne contient que deux
- cz n— w - ^
- Wri—; g W f w r' --f "
- s-V-A +— ^—
- Au clair de la lu — ne Mcm a-mi Piep-rot Fig. 2.
- durées de notes, celle de la croche et celle de la noire qui sont entre elles comme les nombres 1 et 2. Adoptons, par exemple, une seconde pour la durée de la croche, la durée de la noire sera de deux secondes.
- Pour entendre la note so/3 qui commence notre morceau, il faut, d’après ce qui a été vu plus haut, nous éloigner de la source à raison de 171 mètres par s e-conde, et cela pendant deux secondes , puisque sol5 figure comme une noire. Traçons donc, sur le terrain , une ligne droite quelconque, à partir de la source S (fig. 3), et prenons sur elle deux points A et B distants l’un de l’autre de (2 x 171} mètres = 542 mètres.
- Franchissons la distance AB avec une vitesse de 171 mètres par seconde, nous aurons le résultat demandé.
- Il s’agit ensuite d’entendre la note ut4 pendant une seconde, sans être obligé d’abaisser brusquement, au point B, la vitesse de translation de 171 mètres à 47 mètres, vitesse nécessaire à l’audition de ut4. Décrivons alors, de S comme centre, un arc de cercle avec un rayon égal à (SB+ 42 mètres), puis de B comme centre, un autre arc de cercle de rayon égal a 171 mètres. Ces deux arcs se coupent en C. Menons, sur le terrain, la ligne BC ; elle a 171 mètres de long. Franchissons-la, à partir de B, avec riotre même vitesse de 171 mètres : nous arriverons en C au bout d’une seconde, et, pendant cette seconde, nous nous serons éloignés de 42 mètres de la source, puisque SC =: (SB + 42 mètres). Nous aurons donc dû entendre la seconde note ut4 de notre morceau.
- Décrivons à nouveau de S un arc de cercle de rayon égal à (SC + 42 mètres) et de C un arc de rayon 171 mètres. Soit D leur point d’intersection. En franchissant la droite CD, toujours à la même allure de 171 mètres, nous aurons une seconde fois la note ut4.
- Pour entendre la note suivante rc4, il nous suffit de
- Pier-j.
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- rester, pendant une seconde, à distance constante de la source. Prenons donc, sur le terrain, un arc DE de 171 mètres de longueur, à partir de D sur la circonférence de centre S et de rayon SD. Franchissons-le à son tour, nous aurons l’audition de réA.
- Enfin, de E comme centre, avec un rayon égal à (2x171) mètres, décrivons un arc de cercle. Il coupe en F celui décrit de S comme centre .avec la longueur [SE — (2x57)] mètres pour rayon. Le parcours de EF durera deux secondes et nous fera entendre pendant le temps voulu la note m?4 qui figure comme une noire dans notre morceau, et ainsi de suite.
- 11 est facile de saisir maintenant la règle à suivre pour tracer les tronçons à parcourir successivement pour entendre chaque note avec sa hauteur et sa durée relative. La figure 5 montre la courbe complexe que nous aurions à suivre dans toute sa longueur, à la vitesse constante de 171 mètres par seconde, pour entendre, avec sa hauteur et son rythme, la phrase musicale choisie.
- Le choix de la vitesse de déplacement par seconde est déterminé ici par la note la plus grave ou la plus aiguë qui se rencontre dans le morceau à partir de la note réA émise par le centre sonore. Ici, c’est la note initiale sol5 qui nous force à choisir la vitesse de 171 mètres nécessaire, à un moment donné, pour son audlition.
- Admettons que la courbe tracée soit matérialisée sur le terrain par une voie de chemin de fer ayant les dimensions indiquées dans le calcul. Abandonnons sur cette voie une locomotive lancée à raison de 171 mètres par seconde, un observateur placé sur cette locomotive entendra la source sonore, placée en S, moduler la phrase musicale adoptée, tandis qn’elle continuera à donner invariablement réA à un observateur immobile.
- Si quelqu’un des lecteurs de La Nature veut se donner la fantaisie d’essayer cette expérience, nous pensons que l’exemple précédent lui permettra de tracer sans peine l’épure de sa voie de chemin de fer. Nous lui conseillerons toutefois de faire son testament avant de s’embarquer, car avec la vitesse de 171 mètres dont devra être animé le véhicule, un déraillement sera fortement à craindre dans un tournant tel que celui que l’on rencontrera au point B.
- Remarquons cependant que rien ne sera changé au mouvement relatif de la source et de l’observateur, c’est-à-dire à l’ensemble du phénomène, si cet observateur, étant immobile en S à la place de la source sonore, on vient à remplacer le voyageur par cette source sur le véhicule. Il suffira donc de munir la locomotive d’un sifflet donnant la note re4 pour que l’observateur restant en S entende, sans se déranger, l’effet désiré se produire.
- E. C.
- L’OPTOMÈTRE BULL
- M. le Dr Javal vient de présenter à l’Académie de médecine un optomètre, très ingénieux et très pratique, imaginé par un jeune docteur américain, M. George-J. Bull, à la suite de recherches faites au laboratoire d’ophtalmologie, a la Sorbonne.
- Entre autres applications qu’on en peut faire, il en est une assez originale et qui lui assurera quelques succès dans le monde. 11 permet, en effet, de déduire approximativement l’âge d’une personne de la connaissance de certains éléments qu’il fournit
- sur la vue de cette personne. On sait qu’avec l’âge les organes s’affaiblissent, leurs fonctions s’accomplissent avec moins de régularité et de précision, et, selon l’expression du poète :
- En marchant à la mort, on meurt à chaque, pas,
- les sens s’émoussent, l’ouïe devient moins fine, les yeux perdent de leur éclat, de leur vivacité ou de leur force, la vision devient, en général, moins étendue, moins perçante et moins puissante.
- Les diverses parties de l’œil, mais plus particulièrement le cristallin, éprouvent des modifications dans leur forme et leur constitution. L’accommodation se fait de plus en plus difficilement, et, vers soixante-dix ans, elle est à peu près nulle. Les choses se passent ainsi pour les yeux emmétropes1 comme pour les hypermétropes2 et les myopes.
- 11 y a donc, on le voit, une relation entre l’âge d’une personne et l’amplitude de l’accommodation5 de ses yeux. On peut, sinon exprimer une loi, au moins parvenir, par la statistique, à connaître d'une manière approximative l’âge d’une personne si l’on sait l’étendue de l’accommodation de ses yeux. Un oculiste hollandais, Donders, a dressé une table où, en regard des amplitudes, se trouvent les âges qui y correspondent. Or, l’optomètre Javal-Bull permet de déterminer rapidement la valeur en dioptries1 de l’amplitude de l’accommodation.
- La première idée de cet appareil est due à l’illustre physicien anglais, Thomas Young, qui vivait il y a un siècle environ. L’appareil de Young est aujourd’hui une curiosité scientifique à peine connue que MM. Javal et Bull ont ressuscité en le transformant et en le complétant. Il se compose d’une règle en
- 1 L’œil emmétrope est celui qu’on pourrait appeler l’œil normal au point de vue de la réfraction. Scs dimensions sont telles que les objets très éloignés forment leur image sur la rétine, lorsque le cristallin est au repos, c’est-à-dire non contracté.
- 2 L’œil hypermétrope est anormal comme appareil réfringent, en ce sens que les images des objets très éloignés ne peuvent, faute de convergence de l’œil, se peindre sur la ré-iine, lorsque le cristallin est au repos. Elles iraient se former au delà de la rétine, si la chose était possible. L’œil est donc trop court, et les images ne peuvent être amenées sur la rétine que par l’accommodation, c’est-à-dire en augmentant la courbure du cristallin, en le rendant plus convexe.
- L’œil myope est au contraire trop long par rapport à la réfringence : les images des objets éloignés se forment en avant de la rétine. Un accroissement de convexité du cristallin ne ferait qu’éloigner davantage les images de la rétine.
- 5 L’accommodation est l’opération inconsciente par laquelle nous augmentons la réfringence de nos yeux en donnant au cristallin une courbure plus prononcée. Un muscle nommé ciliaire environne le cristallin sur le bord comme le cadre du verre d’une montre en saisit le verre. Ce muscle, en comprimant le cristallin, le rend plus bombé. Si donc l’œil est trop court, l’accommodation peut amener les images sur la rétine. C’est grâce à l’accommodation que nous pouvons voir nettement des objets placés à des distances différentes de l’œil.
- 4 Tout le monde sait que les verres des bésicles ou lunettes sont caractérisés par des numéros. La dioptrie est la puissance d’une lentille dont la distance focale est de 1 mètre. Si cette distance est de 1/2, 1/3, 1/4 de mètre, soit 0in,50, 0m,53, 0m,25, la puissance sera de deux, trois, quatre dioptries.
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- bois léger d’environ 60 centimètres de long sur o de large que l’on peut facilement tenir à la main au moyen d’une poignée fixée perpendiculairement à la partie plate (fig. 1). A l’une des extrémités se trouve une lame mince métallique carrée de la largeur de la règle, également perpendiculaire à la règle, mais sur la face opposée à celle de la poignée. Cette plaque est percée en son milieu d’un trou rond de quelques millimètres de diamètre (fig. o).
- On peut amener contre l'ouverture, soit une lentille convergente de cinq dioptries, soit une lentille divergente de même diamètre et de six dioptries.
- En tenant l’appareil par la poignée, et en approchant l’œil de l’œilleton, muni ou non d’une des lentilles, on voit sur la règle les dés
- d’un jeu de dominos répartis sur la longueur depuis le double as qui en occupe l’extrémité la plus éloignée de l’œil, jusqu’au double-six qui est tout près de l’œil (fig.2). On a voulu simplement indiquer les nombres de deux à douze, mais on a choisi ce moyen original de les représenter afin de mieux appeler l’attention. Les chiffres sont des caractères
- sans physionomie, si l’on peut parler ainsi, tandis que les points des dominos affectent des dispositions particulières selon le nombre représenté et se différencient plus nettement entre eux que les chiffres. La lecture en est tout à la fois plus facile que celle des chiffres ou que celle de points régulièrement alignés. Or, il est très important de fixer l’attention sur les nombres, car
- Fig. 1. — Mode d’emploi de l’optomëtre Bull.
- Fig. 2. — Fac-similé réduit des tracés de l’optomëtre montrant l’image des dominos figurés. (Réduit au quart.
- ils sont disposés à des distances exprimées en dioptries et indiquées par le nombre des points. En regardant à travers l’œilleton, on voit d’abord un des dominos plus distinctement que les autres; en essayant ensuite de voir ceux qui sont plus loin et plus près, on parvient à accommoder son œil et à voir les nombres qui expriment les termes extrêmes de l’accommodation et par suite l’amplitude.
- Prenons maintenant des exemples : veut-on mesurer en dioptries la myopie d’une personne, on lui met l’appareil en main et on l’invite à regarder en mettant l’œil tout près de l’œilleton et on note le nombre de points du domino le plus éloigné qu’elle voit distinctement, c’est le nombre cherché.
- Si l’on a regardé à travers la lentille supérieure, il faut retrancher cinq au nombre trouvé, si l’on s’est servi de l’autre lentille il faut, au contraire, ajouter dix.
- S’agit-il d’un presbyte, laissez-le regarder avec ses lunettes, notez le domino le plus voisin vu dis-
- tinctement, c’est le nombre de dioptries exprimant la distance la plus proche où il puisse lire. Ce nombre permet de savoir ce qu’il faut ajouter ou retrancher de dioptries pour lui permettre de lire plus près ou plus loin. Si, par exemple, il voit distinctement le deux et as, soit trois dioptries ou 0ra,5o et qu’on veuille lui permettre de lire à 0m,25, répondant à quatre dioptries, il faudra augmenter d’une dioptrie la force de ses lunettes.
- En résumé, l’optomëtre de M. Bull permet de mesurer l’amplitude d’accommodation et, par suite, l’àge approximatif des personnes, de connaître les distances extrêmes de l’accommodation, d’évaluer rapidement le numéro des verres nécessaires pour chacun; il révèle les maladies de l’accommodation, il sert à déterminer rapidement la réfraction. En disant que ce petit instrument est très ingénieux et très pratique, M. le Dr Javal n’a donc rien exagéré.
- Félix Hément.
- Fig. 3. — Détail de l’œilleton. (Grandeur d’exécution.
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- LA CATASTROPHE DE LA JUNGFRAU
- Les ascensions en montagne ne sont pas exemptes de périls. La Jungfrau, en Suisse, a récemment été le théâtre d’un drame terrible qui a coûté la vie à six excursionnistes, et dont nous allons reproduire le récit d’après le Journal de Genève.
- Vers le milieu du mois de juillet 1887, six excursionnistes de la Jungfrau, parmi lesquels nous citerons M. Bieder, pharmacien à Berne, et les frères Wettstein, ont pris le chemin suivi pour la première fois le 20 septembre 1885 par six guides. Ce chemin consiste à passer par l’arête sud-ouest, en évi-
- tant le fatal couloir où, le 24 juillet 1872, les guides Bischoff et von Almen ont trouvé la mort.
- Dès le jeudi 14, la caravane, en faisant cette ascension, est entrée dans un orage qui doit l’avoir entièrement trompée et détournée par moments de sa voie ; cependant, le soir de ce jour-là, elle avait en tout, cas atteint la cahane du Club alpin suisse, et le vendredi matin on a pu, de Trachsellauenen (à l’ouest de la Jungfrau) et de Schilt, suivre avec la lunette les ascensionnistes lorsqu’ils grimpaient sur l’arête du sud-ouest. Les observations faites en ce moment sont d’accord sur ce point qu’évidem-ment ils étaient partis trop tard de la cabane; tandis (jue ce départ aurait dû être effectué dès 2 heu-
- res du matin, on les voyait entre 6 et 7 heures I encore très en arrière sur l’arête, vraisemblablement par suite de l’orage de la veille et du mauvais état de la neige, qui, cette année, a environ 20 centimètres d’épaisseur sur le roc nu et est très molle.
- A midi, il est survenu un vent d’une violence extraordinaire qui soufflait de l’ouest dans les régions supérieures et enveloppait les hautes sommités d’un brouillard épais ; la caravane put être observée jusqu’à 2 heures aprps midi : elle paraissait alors avoir atteint les hautes neiges dans lesquelles elle devait marcher, se dirigeant sur le point culminant de la montagne (4166 mètres) ; puis elle disparut dans le brouillard, et depuis lors toute trace de ces six jeunes gens avait été perdue ; sans
- doute, ils opéraient la très périlleuse descente vers le col du Roththal (2857 mètres), lorsqu’ils ont été atteints par un violent orage accompagné de tonnerre et d’éclairs.
- L’ascension de la Jungfrau est rendue particulièrement difficile cette année par l’élargissement d’une célèbre crevasse, bien connue des touristes qui ont parcouru ces régions. Cette crevasse, que l’on pouvait franchir facilement il y a peu d’années, mesure actuellement une largeur de 2 à 5 mètres et l’un de ses bords surplombe l’autre de 5 mètres. Il était fort possible que les malheureux y eussent été précipités par la violence du vent.
- Après de longues recherches les six cadavres ont été retrouvés. Cette découverte a été faite par l’ex-
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- pédition de Grindehvald composée des guides Kaufmann,. Egger et Brabant, dans la matinée du 21 juillet, dans le Jungfrau-Firn, a une altitude de 5420 mètres.
- La chute des victimes de la catastrophe a eu lieu vraisemblablement d’après les observations des guides, à un point situé à 40 mètres au-dessous de la cime, et toute la caravane est tombée a la fois, à 700 mètres de profondeur. Les guides de Grindel-wald qui avaient poussé leurs reconnaissances jusqu’au col du Rotlitbal, avaient découvert un bâton de montagne à quelques mètres au-dessus du glacier d’Aletscli, et cette circonstance les a amenés à trouver les cadavres ; les provisions et les vêtements des touristes se trouvaient épars autour d’eux ; on a même ramassé des montres et des lunettes ; les corps sont relativement peu mutilés. 11 est probable que les malheureux avaient du passer la nuit sur la cime de la Jungfrau, car on y a retrouvé un manteau et un carnet de notes. La nouvelle a été portée par les cris des guides de Grindehvald à l’expédition de Lauterbrunnen : aussitôt deux hommes de celle-ci se sont détachés pour la porter à Lauterbrunnen par un chemin excessivement dangereux que ces messagers ont mis cinq heures à parcourir.
- Une nouvelle expédition est partie de l’Eggiscb-liorn pour relever les cadavres et les transporter d’abord par cette localité au moyen de traîneaux jusqu’au lac de Merjclen, où les constatations judiciaires ont été faites par l’autorité valaisanne.
- Les obsèques des victimes ont été faites,à Berne pour le pharmacien Bieder, et à Zurich pour les frères AVettstein et leurs compagnons; les voitures chargées des cercueils étaient surchargées de fleurs, spécialement de roses des Alpes, de gentianes et d’edelweiss; 1600 personnes suivaient avec soixante-dix bannières non déployées, et sur le passage une foule énorme témoignait de sa sympathie pour les victimes et leurs familles.
- Nous accompagnons ces tristes détails, d’une gravure représentant la Jungfrau, toujours blanche de neige et de glace, vue du village d’interlaken.
- LE GALIOSCOPE
- La belle expérience faite autrefois par Foucault, relative au mouvement du pendule, pour démontrer directement la réalité de la rotation de la Terre, va, paraît-il, être renouvelée. Nous pensons donc qu’il est opportun de donner ici la description d’un appareil très simple, qui montre que le plan des oscillations d’un pendule conserve une position indépendante des mouvements de rotation et de translation de la sphère à laquelle il est attaché. Cet. appareil, que nous avons appelé galioscope, se compose d’une sphère S en caoutchouc, par exemple, de 10 centimètres de diamètre, à laquelle est suspendue une petite halle B, au moyen d’un fil AB, long de 8 à 10 centimètres. La sphère S.est retenue par un fil CD fixé au point D diamétralement à A, point d’attache du pendule. Ces deux points D et A sont les pôles. Le fil CD qui soutient
- la boule S est long de 20 à 25 centimètres; il est fixé à son extrémité supérieure au bout C d’une tige horizontale CE équilibrée en E, où l’on peut placer une autre sphère S' semblable à la première et au-dessus de laquelle oscillera un autre pendule IV pareil au premier. La tige EC peut tourner, à l’aide d’un rouage très simple, autour de l’axe vertical TK supporté par un pied P. Le système étant mis en mouvement, on fait os'ciller les pendules B et B' dans un plan vertical quelconque. La rotation des sphères S,S' se produit en même temps que leur translation autour de l’axe TIv. La torsion des fils de suspension CD,EF suffit pour déterminer cette rotation.
- On constate alors que, dans le double mouvement des sphères, le plan des oscillations des pendules conserve une direction constante, les battements s’effectuant suivant un sens fixe. Mais cette direction du plan pendulaire change constamment relativement aux points situés sur
- la sphère à laquelle il est suspendu, ce qui n’aurait évidemment pas lieu si la sphère était au repos.
- L’expérience de Foucault faite à Paris, dont la latitude est de 48°,50',49" donnerait, pour la durée d’une rotation entière du plan du pendule 31l,,52m,27% à très peu près.
- 24h
- Cette durée, exprimée par . - , L étant la latitude,
- devient vingt-quatre heures sidérales à l’un des pôles de la Terre. Le mouvement du plan du pendule aurait lieu dans le sens des aiguilles d’une montre posée à plat pour le pôle nord, et en sens contraire au pôle sud. Cette durée est infinie sur l’équateur oùsin L = (), c’est-à-dire que, pour ce cercle, la direction du plan des oscillations est invariable par rapport aux objets placés à la surface du globe. C’est ce que l’on peut encore vérifier expérimentalement au moyen du galioscope, en faisant tourner la sphère autour d’un axe horizontal. A. Boillot.
- CHRONIQUE
- L’ascension à grande hauteur de ÜIM. Jovis et Mallet. — Un aéronaute qui a déjà fait des expéditions hardies, M. Jovis, a exécuté le samedi 45 août, avec son second, M. Mallet, une ascension à grande hau-) teur dont il a été fait grand bruit, un peu trop de
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- bruit peut-être. Le matériel dont disposaient les voyageurs consistait en un aérostat de 1600 mètres cubes, le Ilorla, dont le volume est peu considérable pour tenter de semblables expéditions avec le gaz de l’éclairage, et ne leur permettait point d’atteindre les hauteurs extrêmes. Le ballon de M. Glaisher avait 2500 mètres cubes, et le Zénith atteignait le volume de 5000 mètres. Quoi qu’il en soit, M. Jovis a fait une belle ascension 11 a atteint, d’après le baromètre enregistreur Richard, 7100 mètres. Son compagnon M. Mallet, a éprouvé des syncopes au delà de 6500 mètres. L’altitude de 7000 mètres a déjà été dépassée plusieurs fois antérieurement: en 1805, par Robertson et Lhoest (7170 mètres), en 1804; parGav-Lussac (7016mè-tres); en 1850, par Barrai etBixio (7050 mètres). M. Glaisher, dans le cours de ses beaux voyages aériens, a atteint deux fois cette hauteur, et lors de sa mémorable ascension de 1862, il l’a dépassée de beaucoup et s’est évanoui à 8000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Crocé-Spinelli et Sivel, le 22 mars 1874, ont été à 7500 mètres, et le 15 avril 1875, ils accomplissaient avec moi, dans la nacelle du Zénith, l’ascension qui causa leur mort et qui nous conduisit jusqu’à l’altitude de 8600 mètres1. 11 n’y a donc à considérer l’ascension de M. Jovis, que comme une continuation de résultats déjà acquis ; mais les expériences de ce genre sont toujours dignes d’être enregistrées dans les annales de l’aéronautique. L’ascension du 15 août 1887 est intéressante par la vitesse des • courants aériens dans les régions supérieures de l’air. Tandis que le temps était absolument calme à la surface du sol, le ballon le Horla a parcouru plus de 100 kilomètres à l’heure dans les grandes altitudes. Après un voyage de quatre heures, les voyageurs ont atterri à 400 kilomètres environ du point de départ, dans le Luxembourg belge. La température, à 7000 mètres était de —5°; lors de l’ascension du Zénith, elle était de —10° à la même altitude. M. Glaisher a observé —15° et ’— 9° à la même hauteur. Le départ de MM. Jovis et Mallet a eu lieu à l’usine de la Yillette à 7 heures du matin; l’atterrissage s’est effectué à 11 heui'es, dans le voisinage du château Sainte-Ode, appartenant à la famille Orban. Gaston Tissandier.
- L’instruction publique en Chine. — Nous apprenons que l’Empereur de la Chine vient de donner sa sanction à une mesure recommandée par le Ministère des affaires étrangères, et qui équivaut à une véritable révolution pédagogique dans ce vaste empire. Les candidats au baccalauréat qui sont examinés dans tous les chefs-lieu de province, pourront être examinés sur les sciences physiques et mathématiques aussi bien que sur les textes classiques. La même faculté est donnée aux bacheliers qui veulent aller à Pékin passer les examens d’un degré supérieur. Ces grades nouveaux donneront dans la hiérarchie administrative les mêmes prérogatives que les grades anciens. Il serait difficile de deviner l'étendue des changements que cette innovation est destinée à produire dans la politique de l’empire dont le nom a été si longtemps le symbole de l’immobilité.
- Ine nouvelle lumière pour des photographies instantanées. — M. le professeur C. W. Yogel vient de communiquer à la Société de physique de Berlin une nouvelle découverte permettant d’obtenir des photographies instantanées dans les endroits les plus obscurs. Les inventeurs, MM. Gœdlicke etMiethe, préparent un mélange
- 1 Yov. n0100, du 1er mai 1875, p. 557.
- de magnésium pulvérisé, de chlorate de potasse et de sulfure d’antimoine qui, enflammé, produit un éclair lumineux d’une intensité telle qu’elle permet d’obtenir une photographie instantanée. L’éclair dure à peine 1/40 de seconde ; l’efficacité du procédé a été mise en évidence à la séance même, en photographiant les personnes présentes. Ces poudres préparées sont fort peu coûteuses et deviendront certainement, avant peu, d’un emploi général.
- Le bruit de l’eau. — Sur quelques points des côtes de Sumatra et des îles Moluques, les pêcheurs reconnaissent, la nuit, la profondeur de la mer et la constitution du fond au bruit que fait l’eau en battant les écueils de corail. A 20 pieds et moins, c’est, toute proportion gardée, la crépitation du sel qu’on jetterait sur des charbons ardents ; à 50 pieds, c’est le tic-tac d’une montre, tic-tac plus ou moins rapide selon que le fond est exclusivement de corail ou composé alternativement de corail et de vase, ou de corail et de sable. Si le fond est seulement de sable, le son est clair ; s’il n’est que de vase, lé son est sourd et ressemble au bourdonnement d’un essaim d’abeilles. Dans les nuits sombres, les pécheurs se guident d’après ces bruits ou ces murmures dans le choix des endroits de pèche. Pour mieux les entendre et les apprécier, ils s’appliquent à l’oreille le bout d’une rame dont l’autre bout plonge dans l’eau.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 16 août 1887. — Présidence de M. Janssen.
- Agronomie. — L’emploi de l’acide picrique, comme agent destructeur des œufs d’hiver du phylloxéra, a déjà été signalé à l’Académie. Des expériences viennent d’être réalisées sur des sarments envahis par la cochenille. La solution employée contenait 2 grammes d’acide picrique et 2 grammes de carbonate de soude par litre. Les sarments ont été immergés dans le liquide, moyen préférable au badigeonnage. Trois jours paraissent suffire pour détruire toute trace de vie. Les jus de tabac ont été également expérimentés.
- Astronomie. — M. Janssen entretient l’Académie des travaux poursuivis à l’Observatoire de Meudon. Ces travaux ont eu pour objet le perfectionnement de la photographie solaire et l’étude des lois de l’absorption lumineuse par les gaz de l’atmosphère. La photographie du soleil a fait, à l’Observatoire de Meudon, des progrès considérables. On obtient aujourd'hui des épreuves qui contiennent les détails du centre et des bords, et même les détails des pénombres. La difficulté vaincue paraissait insurmontable à cause de la différence, très grande, d’intensité lumineuse des différentes parties de l’astre. M. Janssen présente à l’Académie des épreuves photographiques d’une grande tache qui apparut vers le milieu de juillet dernier. On voit sur la photographie les stries de la pénombre se résoudre en granulations, ce qui permet à M. Janssen de conclure que l’ensemble de la surface solaire est complètement uniforme. M. Janssen annonce que la prochaine éclipse de soleil, visible seulement en Asie et dans l’est de l’Europe, sera observée par deux de ses élèves, au moyen d’un appareil photographique, qui n’est qu’une modification du Revolver photographique, qu’il avait imaginé à l’occasion du passage de Yénus, en 1874. Les observations porteront sur les phénomènes de la couronne solaire. Enfin, M. Janssen mentionne, pour prendre date, ses travaux sur l’absorption
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- LA NATURE.
- lumineuse par les gaz de l’atmosphère; ses recherches ont porté sur l’oxygène et l’ont conduit à des résultats très intéressants, qu’il publiera plus tard. — M. Thibaut, de Meung-sur-Loire, indique l’existence, à la surface de la lune, d’une rainure lumineuse qui n’est portée sur aucune carte de notre satellite. Il a pu observer cette raie les 28 et 29 juillet dernier.
- Géographie. — M. Bouquet de la Grye présente la série des dernières cartes publiées par le Dépôt de la marine. Ce sont : six feuilles des côtes du Tonkin; la partie sud-ouest de Madagascar ; quelques levés exécutés en Océanie ; le plan de la ville de Bastia, par Ilatt, ingénieur hydrographe.
- Physiologie. — M. Ranvier annonce que le bacille de la tuberculose a été retrouvé dans les déjections de mou-
- Fig. 1.— La crevette-siphon.
- munication que nous’adresse un de nos lecteurs de Royan, M. J. de R., la manière de faire un siphon avec une simple crevette ou Palémon.
- Il faut prendre un verre à boire, le bien remplir d’eau, et y accrocher le Palémon, comme il est indiqué sur la figure 1 ; la nageoire qui est à l’extrémité de l’abdomen doit plonger le plus possible dans le liquide, il faut aussi couper un peu l’extrémité des grandes antennes pour qu’elles ne touchent pas au vase dans lequel est placé le verre. A peine le Palémon est-il accroché au bord du verre, que l’on voit se former au bout des antennes, de petites gouttelettes d’eau ; elles deviennent peu à peu un mince filet qui dure tant que la nageoire de l’abdomen est immergée.
- Après la crevette-siphon, voici une expérience sur l’inertie, que nous signale M. A.f_I). de Yassy Saint-
- ches qui avaient séjourné auprès de malades atteints de cette maladie. On a pu vérifier que les mouches ingéraient les microbes des crachats.
- Varia. — M. Maupas adresse, du Laboratoire Arago, à Banyuls, une note sur la théorie de la sexualité des infusoires ciliés. — M. ’frolowski a étudié un phénomène déjà signalé, la surproduction d’urée par les animaux, lorsque l’on soumet le foie à l’action électrique.
- Stanislas Meunier.
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- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- A cette époque de villégiature au bord de la mer, il nous paraît opportun de signaler, d’après la corn-
- Fig. 2. — Expérience sur l’inertie.
- Biaise. Elle consiste à couper une pomme placée dans un mouchoir, sans couper le mouchoir.
- La pomme est enfermée dans un mouchoir pendu a une ficelle comme l’indique la figure 2. On prend un sabre ou un fort couteau dont la coupe est représentée au coin supérieur de droite de la figure. Il est bon que la coupe de la lame en soit peu aiguë. Mais plus la lame sera polie et coupera, mieux on réussira ; il faut donner le coup sans scier, et perpendiculairement au point de suspension ; si la lame est un peu épaisse, la pomme saute légèrement, et pendant ce temps le mouchoir entre avec la lame sans être coupé.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 745.
- 27 AOUT 1887.
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- LES BAMBOUS EN FRANCE
- Les bambous, ces magnifiques végétaux d’ornement que tout le monde connaît, ne sont pas originaires defFrance ni même d’Europe; ils appartiennent à l’Afrique, à l’Amérique, à l’Océanie et surtout à l’Asie. Le nombre des espèces paraît être considérable et leur détermination , par suite de la rareté de leurs fleurs, plçine de difficultés. Un botaniste anglais, le colonel Munro, dans son très remarquable travail (Monograph of Bambusæ), publié dans les Transactions de la Société lin-néenne de Londres, en 1868, en décrit 220 espèces réparties en 21 genres et 5 grandes sections.
- Les bambous se rencontrent tantôt dans les régions les plus chaudes , vivant dans des terrains secs ou marécageux et formant parfois d’immenses forêts , tantôt sous des climats plus doux rappelant ceux du midi de la France ou des côtes de l’Océan ; d'autres espèces enfin envahissent les montagnes qu’ils couvrent de leur végétation unique jusqu’aux plus grandes altitudes. C’est ainsi que sur les monts Himalaya et autres environnants, on a constaté leur présence à une hauteur de près de 3700 mètres, et, suivant James Orton, ils couvrent entièrement le sol à 4000 mètres au-dessus du niveau de la mer sur la chaîne occidentale des Andes.
- Les bambous ont des dimensions fort variables : tandis que certaines espèces conservent l’aspect de grandes herbes, d’autres atteignent jusqu’à 25 et 15e »Dée. — 2° semestre.
- même 30 mètres de hauteur sur 20 à 25 centimètres de diamètrei.
- Caractères botaniques. — Les bambous appartiennent à la famille des graminées, leur tige ou chaume est cylindrique, creuse à l’intérieur et formée de mérithalles plus ou moins longs séparés par des nœuds plus ou moins saillants auxquels correspond une cloison qui vient partager de distance en
- distance le creux intérieur 2. Lors de sa naissance la tige des bambous apparaît sous forme de turion ou d’une grosse asperge , elle porte de nombreuses écailles très rapprochées resserrées aux nœuds et qui s’espaceront de plus en plus en commençant par le bas au fur et à mesure que l’axe s’allongera. Ces écailles, suivant les espèces, seront caduques ou persistantes.
- Le chaume reste simple plus ou moins longtemps suivant les espèces : tantôt, il produit des ramifications dès le début de sa croissance; tantôt, au contraire, ces ramifications n’apparaissent que dans le cours de la végétation et même, pour certaines espèces, qu’à partir de la deuxième année ; elles naissent toujours aux nœuds, sur un même point, et alternativement de chaque côté de la tige; elles sont au nombre de 1-3, le plus souvent 2, mais de vigueurs
- * D’après le colonel Munro, il existe dans les Indes orientales, à Mataban, à Pegu, à Ténassérim, une espèce, le B. brandisii dont les tiges sont hautes de 120 pieds anglais, soit environ 57 mètres.
- 2 Cependant chez le B. Platonia le chaume n’a pas de nœuds; chez certaines espèces il est llexueux (B. afinis, B. distans) ou même grimpants [B. Mac-Cellendi) et enfin quelques espèces anguleux.
- Un massif do bambous à Perpignan. (D’après une photographie.)
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- inégales; elles laissent sur le chaume, en lace d’elles, un ou plusieurs sillons qui se continuent le plus souvent sur toute la longueur du mérithalle et rendent la tige plus ou moins cannelée. Ces ramifications se subdivisent ensuite à leur tour pareillement un nombre de fois variant avec la vigueur de la végétation.
- La tige des bambous vit un nombre d’années plus ou moins considérable, suivant les espèces, le milieu et le climat où ils végètent, depuis quelques années jusqu’à quinze, vingt ans, quelquefois jusqu’à la fructification qui arrive à «les époques fort variables.
- La croissance des tiges de bambous est d’abord très lente, puis extrêmement rapide pour redevenir très lente et s’arrêter tout à fait. Mais, en somme, ces végétaux offrent l’exemple de la croissance la plus rapide, dépassant même de beaucoup celle de certains Ficus, de Y Eucalyptus globulus, des feuilles des Musacées et même de la tige de Y Agave; c’est ainsi que le Bambusa giganiea des Birmans qui atteint une hauteur de 50 mètres grandirait de 0m,50 par jour, le B. Tulda, du Bengale, atteindrait en trente jours 22 mètres, soit 3 centimètres par heure. MM. Rivière ont vu, au jardin du llamma, à Alger, le B. macroculmis croître de 514 millimètres en vingt-quatre heures (du 20 au 21 octobre), le B. vulgaris, de 211 millimètres (le 1er novembre) et le B. mitis, de 506 millimètres (8 juin).
- Les tiges de bambou proviennent, suivant les espèces, tantôt de bourgeons souterrains situés sur la souche (B. cespiteux) tantôt de bourgeons situés sur des rhizomes longuement traçants (B. traçants) et leur grosseur dépend de la vigueur de la souche ou de celle des rhizomes.
- Les feuilles de bambous sont portées sur les ramifications de la tige; elles sont alternes, distiques, ou disposées sur deux rangs. Quand elles sont complètement développées, elles sont composées d’une gaine qui enveloppe le rameau, d’une ligule plus ou moins développée et d’un limbe ou partie plane foliacée.
- Fleurs. — Même dans leur pays d’origine, les bambous fleurissent peu. Les inflorescences naissent sur les ramifications et constituent des panicules ou des épis ou même des glomérules disposés en verti-cilles. Dans certaines espèces (B. macroculmis) toutes les ramifications sont fructifères depuis la base; dans d’autres, au contraire, il n’y a que les supérieures.
- Les fleurs constituent ensuite des épillets comprenant, comme la plupart des fleurs des graminées, des glumes, des glumelles et des glumellules. Les étamines sont au nombre de 5 à 6 à filet blanc plus ou moins long. Le fruit est le plus souvent un cariopse ayant l’aspect d’un grain de blé ou de seigle. Mais, chez quelques espèces, il est charnu et prend un aspect bacciforme (B. baccifera).
- Certaines espèces de bambous fructifient tous les ans (B. male, B. stricto) ; d’autres, au contraire, à des intervalles plus ou moins rapprochés et quelquefois même tous les vingt ou trente ans. Mais ce
- qu’il y a de remarquable dans la floraison de ces végétaux, c’est que pour une même espèce toutes les tiges fleurissent en même temps, la même année et dans toute l’aire géographique et qu’elles meurent aussitôt après ou ne vivent que peu de temps ensuite. La partie souterraine, au contraire, reste vivante et reproduit de nouvelles tiges.
- Multiplication des bambous. — On peut multiplier les bambous : 1° par le semis; 2° par divisions de touflc; 5° par éclats de souche; 4° par bouturage des tiges en ayant soin que la bouture porte un nœud au milieu pourvu de ramifications; 4° par couchage ou marcottage des tiges.
- Propriétés et usages des bambous. — Les bambous doivent être rangés parmi les végétaux qui rendent le plus de services à l’humanité. Dans l’extrême Orient ils sont l’objet d’une culture spéciale et même d’un véritable culte. Les Indiens et les Chinois mangent leurs jeunes pousses en guise d’asperges; ils les emploient aussi comme condiments, en confitures et en font même des conserves qu’ils expédient dans le nord de l’Asie, dans la Mandchourie et la Mongolie. Les grains sont aussi, sur certains points (dans le Sikkims) consommés comme le riz ; on en fait également des gâteaux et même une espèce de bière.
- Quant aux tiges des bambous, elles ont de nombreux emplois : très résistantes à la destruction et aux efforts, suivant leur grosseur, elles servent soit dans les constructions comme bois de charpente ou de bois d’œuvre, soit pour faire différents meubles ou ustensiles de ménage, des instruments aratoires, de musique, des haies vives ou des palissades, des manches d’outils, des tuteurs, des cannes, des manches d’ombrelles et de parapluies, des lignes pour la pêche, des sarbacanes, etc., etc.
- Ces mêmes tiges, débitées en lanières minces, servent à faire des chapeaux, des éventails, des parasols, des parapluies, des nattes, des cordages et différents objets de vannerie ; défibrées ou réduites en poussière, on en fait de la pâte à papier servant à fabriquer le papier de Chine.
- Les expositions haïtienne, japonaise et chinoise de 1878 à Paris, si riches et si variées en objets fabriqués avec les bambous, ont pu montrer aux Européens les nombreux emplois de ces curieux végétaux. D’autre part, les bambous peuvent être aussi avantageusement employés en agriculture, surtout sous les climats chauds et doux, soit pour assainir des terrains humides, soit pour fixer des terrains mouvants tels que les berges et les atterrissements des torrents, les talus ou les remblais des chemins de fer et des routes. Nous pensons même qu’ils peuvent faire, dans beaucoup de cas, l’objet d’une culture très lucrative. Enfin on sait combien ces belles graminées sont recherchées dans l’ornementation tant pour la beauté de leur feuillage que pour l’originalité de leur végétation.
- Introduction des bambous en Europe. — Pour diverses raisons mal définies, l’introduction de ces
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- admirables plantes en Europe est relativement récente, elle remonte à peine à cinquante ans pour les plus anciennes. Mais depuis vingt ou vingt-cinq ans, il semble que ces végétaux sont mieux appréciés des Européens ; on a voulu se rattraper du temps perdu et on compte aujourd’hui plus de vingt espèces cultivées en France ou dans sa grande colonie algérienne. Parmi les principales espèces il convient de signaler :
- 1° Le Bambma mocroculmis, A. Rivière ou B. arundinacea, Retz, dont les tiges atteignent de 15 à 25 mètres de hauteur sur 0m,25 à 0m,30 de circonférence 1 et constitue de véritables forêts impénétrables et du plus curieux aspect. Ce bambou vient admirablement bien dans tous les sols frais de l’Algérie et de la région de l’olivier en France. La photographie que nous reproduisons (p. 193) représente un massif de cette espèce existant actuellement à Perpignan dans le jardin de Mme veuve Jaume. Ce massif ne comprend pas moins de 2 à 3 ares d’étendue et est composé de nombreuses tiges de grosseur et de grandeur à peu près uniformes variant de 14 à 16 mètres de hauteur sur 0m,20 à 0m,30 de circonférence.
- 2° Le B. vulgaris, Wendl, oui?, madagascarien-sis, Ilort., originaire de l’Inde et de Madagascar et qui atteint 12 à 15 mètres de haut sur 0m,20 à 0m,30 de circonférence.
- 3° Le B. Hookeri, de 10 à 12 mètres de hauteur sur 0m,20 a 0m,25 de circonférence et originaire de la Chine.
- 4° Le B. spinosa, Roxburg, des Indes orientales et atteignant 8 à 10 mètres sur 0'",15 à 0m,20 de circonférence, comme le précédent propre à la région méditerranéenne.
- 5° Le B. gracilis; comme les précédents il est à souche cespiteux formant de belles touffes rondes très serrées et du plus gracieux effet.
- 6° Le B. mitis, Poiret, ou Phyllostachys mitis, originaire de la Chine et atteignant 8 à 12 mètres sur 0m,16 à 0m,23 de grosseur. Quoique originaire des contrées chaudes,il est relativement rustique; il vient dans la région de Paris en pleine terre et peut supporter de 15 a 17 degrés de froid. Les plus beaux massifs de ce bambou, en France, se trouvent à Montsauve, près d’Anduze (Gard) chez M. Mazel, grand amateur de bambous; en 1883, nous avons visité les magnifiques collections de M. Mazel, et avons pu mesurer des tiges de près de 14 mètres sur 0m,30 de grosseur.
- 7° Le B. nigra, originaire des Indes orientales, atteignant 5 à 6 mètres de hauteur sur 0m,06 à 0m,07 de grosseur, espèce très rustique et facilement reconnaissable à ses tiges noires qui sont très recherchées pour faire des cannes et des manches de parapluie. Les plus belles cultures en France se trouvent probablement aussi chez M. Mazel à Montsauve et chez Mme Jaume, à Perpignan.
- 1 Au jardin de Hamma, près Alger, ceitc espèce dépasse 20 mètres de haut et 0m,55 de circonférence 'Rivière).
- 8° Le B. metake, originaire du Japon et introduit en 1850 par le docteur Siebold, espèce très remarquable par sa tige lisse presque sans nœud, son beau feuillage et sa grande rusticité.
- 9° Enfin on trouve dans les cultures de France les B. aurea, B. Simoni. B. falcata, B. flexuosa, B. violaceus, B. sulphurea, espèces rustiques et supportant la pleine terre dans les environs de Paris.
- P. Mouillefert,
- Professeur à l'École nationale de Grignon.
- LA PHOTOGRAPHIE ET LES FAUSSAIRES
- La photographie est copiste fidèle, aussi a-t-elle été employée fréquemment pour la falsification des billets de banque. Rien n’était plus simple et plus aisé que d’obtenir des fac-similés à peu près irréprochables. Mais les contrefacteurs n’avaient pas songé que la photographie après leur avoir servi quelque temps allait se tourner contre eux et interrompre le cours de leurs exploits. La Banque, pour déjouer leurs opérations, fit imprimer ses billets en bleu. Personne n’ignore que la photographie n’a pas jusqu’à ce jour donné le moyen de reproduire, en valeurs vraies, les différentes couleurs. Telle couleur, active sur la rétine, est de nulle action sur la plaque sensible; telle autre, beaucoup plus sombre à l’œil, agira cependant plus que la première. C’est ce que l’on traduit en langage photographique en disant que les couleurs n’ont pas le même pouvoir photogénique. Ainsi le rouge, le jaune et le vert sont peu photogéniques, le bleu et le violet le sont au suprême degré. Dans ces conditions un trait bleu, par exemple, se discernera parfaitement à l’œil sur un fond blanc, tandis que sur le cliché il sera très difficile de l’apercevoir.
- La reproduction du billet de banque est, pour cette raison, une véritable impossibilité, d’autant plus que la présence de filigranes dans l’épaisseur du papier vient ajouter un nouvel obstacle. Cet exemple de la photographie se défendant, pour ainsi dire, contre elle-même, est très curieux, mais nous allons la voir intervenir dans d’autres cas non moins intéressants.
- Le bleu et le blanc, comme nous venons de le dire, ne présenteront sur la plaque qu’une différence insensible tandis qu’à l’œil le premier se détache très bien sur le second. Si maintenant nous prenons deux couleurs identiques à l’œil au point de vue de la valeur, il est facile de pressentir que cette égalité d’intensité pourra ne plus exister si les deux couleurs ne sont pas aussi photogéniques l’une que l’autre. Dans ce cas, la photographie sera d’un secours inappréciable, car elle permettra de voir, de mettre en lumière ce que l’œil ne peut discerner; elle lui sera donc supérieure en l’espèce. Le lecteur connaît très probablement le fait suivant rapporté par YogeL Une dame se fait photographier ; le cliché montre
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- à l’opérateur iort étonné un visage criblé de points, alors que le modèle ne possédait pas la plus petite tâche de rousseur. Nouveau cliché, même résultat. Le lendemain, la dame mourait de la petite vérole.
- La plaque sensible avait donc enregistré des dilférences dans l’épiderme, différences que l’œil ne voyait pas. dette expérience devrait, à notre avis, engager les spécialistes à faire usage de l'appareil
- Fig. 1. — Fac-similé très réduit de l’agrandissement photographique d’un chèque falsifié.
- photographique, dans les maladies de la peau. Nul doute qu’ils ne trouveraient dans cette voie des buts intéressants.
- En reproduisant de vieux parchemins on réapparaître sur le cliché l’ancienne écriture effacée sans pratiquer aucune opération chimique susceptible de les détériorer.
- C’est en mettant à profit ces faits, et les combinant avec un fort grossissement de la pièce suspecte, que M. Gobert, l’habile expert de la Banque de France, apporte au tribunal la preuve irréfutable de falsifications de signatures,de grattages et de surcharges, dans les effets ou papiers de commerce , de faux monnayage, etc.
- Nous devons à l’obligeance si connue deM. Gobert l’autorisation de reproduire quelques pièces absolument inédites, et nous l’en remercions vivement en notre nom et celui de nos lecteurs. La première pièce que nous allons examiner est un chèque de mille cent six francs qui a été présenté dans une maison de commerce à l’ordre d’un M. Rocher (fig. 1). La
- maison de Paris, n’ayant pas été avisée parla maison de Saint-Quentin qu’elle aurait à payer cette somme à la date indiquée, conçut des soupçons. Le chèque fut saisi malgré toutes ses apparences d’authenticité et envoyé à l’examen de M. Gobert.
- Un agrandissement à forte échelle fut exécuté et Lépreuve agrandie fit voir d’une manière indubitable qu’un lavage complet de l’écriture primitive avait été Le grain, l’aspect du papier étaient complè tement modifié par l’action du liquide employé. Déplus les anciens caractères réapparurent sous la nouvelle écriture. C’est ainsi qu’on lit nettement l’ancien chiffre n° 22 665, puis le nom de M. Saller qui était le destinataire. La somme primitive était de cent dix francs au lieu de mille cent six francs. Enfin le reste valeur reçue comptant, Saint-Quentin, le 20 juin 1876, est complètement visible.
- On comprend facilement pourquoi le faussaire d préféré tout effacer : c’est afin de n’ètre pas trahi par
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- Fig. 2. — Agrandissement photographique de signatures : vraie (en haut) et fausse (en bas).
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- la différence d'encres. Seule la signature a été respectée par lui.
- En consultant les livres de la maison de Saint-Quentin, on retrouva effectivement l’inscription et le libellé tel qu’il avait été reconstitué par
- Fi". 5. — Agrandissement photographique d’une pièce de 20 francs.
- intacte. Il est certain qu’avec des produits chimiques appropriés on arriverait également à de bons résultats, mais la pièce est susceptible d’ètre altérée
- Fig. 5. — La même pièce de 20 francs du côté pile.
- l’excellence de la méthode photographique est surabondamment prouvée. Ici les chiffres n’étaient ni grattés ni lavés, ils étaient recouverts comme par hasard d’une tache d’encre. Il était dans l’espèce absolument nécessaire de retrouver le chiffre masqué par le coupable. Un lavage chimique eût pro-
- M. Robert. La preuve du faux était donc indéniable et la présentation de l'épreuve photographique au tribunal amena la condamnation du coupable.
- Ue qu’il faut surtout remarquer dans cette manière d’opérer, c’est que la pièce originale reste
- Fig. f. — Agrandissement photographique d’une pièce de 20 francs fausse.
- et même complètement perdue, ce qui peut ne pas être sans inconvénients au point de Vue judiciaire. M. Ferrand, expert à Lyon, rapporte un cas où
- Fig. 6. — La même pièce fausse du côté pile
- babîement enlevé et la tache et les chiffres sous-jacents. M. Ferrand eut l’idée de photographier la tache en question, et il put arrivera lire les chiffres, grâce a la différence des encres dont l’une à hase d’aniline ne s’est pas comportée sur la plaque comme l’autre qui avait servi à tracer les chiffres.
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- La méthode d’agrandissement employée par M. Robert peut à elle seule donner des résultats très importants lorsqu’il s’agit de comparer des écritures ou des signatures. Sur l’épreuve agrandie il est facile d’analyser la formation des différentes lettres et de les comparer sur les divers spécimens à examiner; il y a des détails qui échappent forcément à l’œil dans l’écriture naturelle, et qui frappent lorsque cette même écriture est fortement grossie.
- Cette manière de faire sera utile pour savoir si deux lettres, par exemple, doivent être attribuées à la même main malgré une différence voulue d’exécution ; on peut prouver à l’inverse que différentes pièces n’émanent pas de la même personne.
- Voici deux spécimens de signatures fortement grossies (fig. 2) ; elles sont évidemment fort dissemblables, à taille vraie il y avait un doute puisqu’il a fallu recourir à l’expert pour le trancher.
- Nous avons fait reproduire également deux pièces d’or "de 20 francs à un fort grossissement, l’une est vraie (fig. 5 et 5) et l’autre fausse (fig. 4 et 6). Même ainsi grandies, elles ne semblent pas être très différentes. Il faut les examiner avec grand soin.
- On constatera alors que la pièce fausse manque de relief, est plus molle. Le modelé de l’oreille et de la joue dans la pièce fausse (fig. 4) ne ressemble en rien au modelé des mêmes parties de la bonne pièce (fig. 5). La signature Barré est plus grande et moins nette dans la pièce fausse. Pour le côté pile, on voit que les lettres .sont empâtées dans la pièce fausse. Du reste il ne faut pas ignorer que si on a eu recours à la photographie, dans l’espèce, c’est que l’imitation était tellement bien faite qu’à l’œil il y avait impossibilité de reconnaître les pièces. On avait la conviction cependant que la pièce incriminée était fausse, et la photographie permit seule d’acquérir une certitude à cet égard.
- Les reproductions de ces pièces ont été faites par un procédé photographique directement d’après des épreuves sur papier. Elles ont perdu naturellement beaucoup, et le lecteur se rendra moins bien compte de la différence que s’il avait eu comme nous l’original sous les yeux. Cependant nos reproductions typographiques sont encore suffisantes pour que les différences soient appréciables. Albert Londe.
- LES TREMBLEMENTS DE TERRE
- DU MEXIQUE (3 ET 29 MAI 1887)
- Pour compléter les renseignements que nous avons donnés dans une de nos précédentes livraisons *, nous donnons aujourd’hui l’extrait d’une notice écrite par un léinoin oculaire, M. Gaston Parliot, commissaire des ^douanes à la résidence de Babispe, et présentée par M. Daubrée à l’Académie des sciences :
- « Le 5 mai 1887, à 5 heures de l’après-midi, des secousses ont agité la ville de Babispe si violemment qu’en moins de trente secondes les maisons s’écroulèrent, en-
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- sevelissant leurs habitants, dont beaucoup se livraient en ce moment à la sieste. A travers des nuages de poussière on distinguait l’église complètement détruite. A la tète de mes employés je me rendis sur la place principale, d’où nous retirâmes 35 cadavres et 208 personnes blessées.
- « Pendant qu’on travaillait à déblayer, les secousses se succédaient, plus ou moins fortes que la première, mais plus effrayantes encore, par suite de la surexcitation nerveuse de ces malheureux qui étaient affolés et croyaient assister à la fin du monde. Beaucoup d’entre eux seraient morts de faim si nous ne leur avions fait chercher des vivres dans les villages voisins. Nous leur fournîmes aussi de l’eau ; car ils auraient préféré périr de soif plutôt que de s’approcher de la rivière. Sur les rives de celles-ci s’étaient, en effet, ouverts des gouffres d’une largeur de 2 à 5 mètres et d’une profondeur inconnue, d’où il jaillissait de l’eau chaude, avec des langues de feu qui incendiaient les plantations voisines; les bois des montagnes du couchant de Babispe prirent feu immédiatement. L’eau de la rivière, dont le niveau s’était accru d’une manière notable, était devenue bourbeuse etpresque bouillante.
- « Le 5 mai, on a observé à la sierra de Piedras-Verdes, à 14 milles environ au sud-est de Babispe, une colonne épaisse de fumée ; et des flammes, qui doivent être considérables pour qu’elles soient vues à une telle distance, font croire qu’un volcan s’est mis en éruption par suite du cataclysme de Babispe. »
- LE TREMBLEMENT DE TERRE
- DE L’ASIE CENTRALE DU 9 JUIN 1887
- Le tremblement de terre qui a eu lieu, le 9 juin, à Yernoï, fut, pendant deux jours, précédé de légères secousses, auxquelles les habitants du pays n’avaient attribué aucune importance, parce qu’ils étaient déjà habitués à de pareils phénomènes. A 4 h. 35 m. du matin, 9 juin, le premier choc, assez violent, réveilla tout le monde (17 000 âmes) ; on entendit un vague bruit souterrain, que l’on compara à des hurlements lointains. Comme l’effet du choc fut à peu près nul, plusieurs personnes, surtout les enfants, s’endormirent de nouveau, et ce n’est qu’un quart d’heure après que le coup principal eut lieu. Il dura de deux à trois minutes.
- De 2500 bâtiments qui formaient la ville, 1700 s’écroulèrent et tombèrent en ruines complètes, impossibles à restaurer : ce furent les bâtiments en brique et en pierre ; 800 maisons et remises en bois restèrent debout et ne demandent que la reconstruction des cheminées ; 200 personnes furent tuées, dont plus de la moitié (106) étaient des enfants endormis.
- Le gouverneur de la province et sa femme furent blessés. Il est à présent connu que le nombre total de victimes à Vernoï et dans le pays environnant, surtout dans les montagnes Alatau1, dépasse 800.
- De nombreuses crevasses se formèrent dans les montagnes et même à leur pied, dans la plaine; quelques-unes, remplies d’eau chaude. Ce phénomène fut surtout observé à la sortie des montagnes dans la plaine de la rivière Aksaï, à 18 kilomètres à l’ouest de Yernoï. Il paraît
- 1 11 n’y avait pourtant que des nomades Kirghizes qui habitent sous les tentes : ils ont été tués par le choc meme, qui lésa jetés par terre, ou par les pierres détachées des flancs des montagnes.
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- que le centre du tremblement de terre a été dans cette région, car la destruction des bâtiments et la déformation du terrain y ont été extrêmement fortes. Les villages Keskélen et Ouzoun-Agatch, encore plus à l’ouest, ont été ruinés; mais, comme ils étaient bâtis en bois, ils ont été moins éprouvés, à l’exception des églises en pierre.
- A l’est de Yernoï, les effets du tremblement de terre ont été moins désastreux; mais le rayon du pays ébranlé est plus considérable; il dépasse sans doute 200 kilomètres. On a observé des chocs assez violents à Kazakol, à Préobrajensk, etc., dans le bassin du lac Issyk-Koul, qui est séparé de Vernoï par la double chaîne des montagnes neigeuses Alatau, dont le sommet principal atteint 5000 mètres. A l’ouest de Kazakol, la côte du lac Issyk-Koul s’est affaissée de 1 mètre. La superficie totale du pays ébranlé dépasse 50000 kilomètres carrés.
- Il paraît qu’à Yernoï la direction des chocs a été du sud-ouest ou du sud; mais les rapports officiels ne donnent pas encore d’indications précises sur ce sujet. Il est à remarquer qu’au sud-ouest du pays secoué se trouve un autre foyer d’action sismique, dans la vallée du Tchoui, où les tremblements de terre avaient eu lieu deux ou trois ans auparavant.
- A Yernoï, après le 9 juin, plusieurs nouvelles secousses eurent lieu, notamment le 21, le 22 et le 26 juin, la dernière a été assez forte. La période d’agitation sismique continue, et les habitants se sont abrités sous des tentes en toile ou en feutre. On a l’intention de ne rebâtir la ville qu’après des recherches minutieuses sur la nature géologique du sol. Une expédition scientifique, dont le chef est M. Mouchkétow, professeur de géologie à l’Ecole des mines de Saint-Pétersbourg et auteur de la carte géologique du Turkestan russe, est envoyée sur place, précisément dans ce but. Peut-être sera-t-on obligé de s’éloigner du pied des montagnes vers la plaine, où les secousses ont été moins violentes*. Yenukoff.
- LES MÉDICAMENTS NOUVEAUX
- LA SOLANINE
- La solanine a été découverte, en 1821, par Desfosses, pharmacien à Besançon, dans les baies de la morelle (so-lanum nigrum). Plus tard, on l’a trouvée dans les feuilles et les baies de plusieurs autres solanées, principalement de la douce-amère, et notamment dans les germes qui poussent au printemps sur les pommes de terre dans les caves humides.
- On peut préparer la solanine en épuisant les germes frais de la pomme de terre, au moyen de l’eau bouillante, faiblement acidulée par l’acide sulfurique; on ajoute ensuite de l’ammoniaque à la décoction chaude. Le précipité est repris par l’alcool et purifié par des cristallisations successives dans ce véhicule.
- La solanine cristallise en aiguilles fines très soyeuses ; elle est insoluble dans l’eau, très peu soluble dans l’éther, dans les huiles et dans l’alcool, plus facilement à chaud dans ce dernier liquide. Sa saveur est âcre; mise en contact avec la muqueuse de la bouche, elle donne une sensation de brûlure.
- Les acides étendus transforment, la solanine en solani-dine et en glucose. Le chlorhydrate, de solanine s’obtient en dissolvant la solanine dans l’alcool additionné d’acide
- 1 îiote présentée à l’Académie des sciences par M. Fouqué, dans la séance du 18 juillet 1887.
- chlorhydrique et en précipitant par l’éther. C’est un corps gélatineux très soluble dans l’eau.
- Le premier médecin qui ait employé la solanine est le professeur Julius Clarus (de Leipzig) qui, en 1859, publia un mémoire sur l’action physiologique et thérapeutique de la solanine et de la douce-amère ; mais ce médicament ne tarda pas à tomber dans l’oubli, par suite de l’insuffisance des doses prescrites. Le docteur Geneuil qui vient de reprendre l’étude physiologique de la solanine a, en effet, montré qu’il faut des doses de 5 à 30 centigrammes de cet alcaloïde pour obtenir une action bien marquée, tandis que le médecin allemand n’employait que des doses de l à 5 centigrammes. À doses suffisantes pour amener des accidents, comme on l’a quelquefois constaté dans les empoisonnements dus à la morelle, la solanine amène les symptômes suivants plus ou moins accentués : mal de tête, insomnie, agitation, soif ; ensuite, violente céphalalgie, vertiges, face congestionnée, nausées, coliques, efforts inutiles pour aller à la garde-robe; puis, vomissements, pupilles très dilatées, sueurs abondantes sur tout le corps, soif inextinguible, pouls petit et très fréquent, tremblements; la parole cesse d’être libre, la respiration devient stertoreuse ou reste libre, mais rapide; enfin, délire, convulsions, raideur tétanique et mort.
- La solanine est donc un poison des plaques motrices terminales de la vie organique; elle narcotise le bulbe, la moelle et les cordons nerveux, ce qui donne lieu à de la paralysie dans les extrémités terminales des nerfs sensitifs et des nerfs moteurs. Cette action physiologique permet de ranger la solanine parmi nos meilleurs analgésiques. Elle ne présente pas les inconvénients de la morphine et de l’atropine. Maniée avec prudence, elle est inoffensive. Elle ne s’accumule pas dans l’économie. On doit la donner surtout au lieu et place de la morphine.
- M. le docteur Geneuil prescrit la solanine à la dose de 5 à 50 centigrammes en trois ou quatre fois dans la journée.
- Les injections hypodermiques se pratiquent avec du chlorhydrate de solanine en solution dans l’eau distillée, depuis 1 jusqu’à 5 centigrammes, deux fois par jour.
- De nombreux essais ont été faits par le docteur Geneuil et quelques curieux résultats ont été obtenus. Deux sciatiques datant, l’un de dix et l’autre de vingt ans, ont été guéris en deux jours, après avoir pris, l’un 15 centigrammes de solanine par jour, l’autre 20 centigrammes. Chez un robuste campagnard, il fallut aller jusqu’à 30 centigrammes, dès le deuxième jour, et il n’y eut même aucune amélioration. On fit alors appliquer un vésicatoire, et sur le derme dénudé, 5 centigrammes de solanine matin et soir. Par le contact du médicament, le malade ressentit, durant environ deux à trois heures, une assez forte sensation de brûlure, qui fit place ensuite à un soulagement très marqué. Au bout de trois jours de ce traitement externe, il était guéri.
- D’excellents résultats ont été également obtenus dans le traitement des névralgies intercostales et faciales, de tic douloureux de la face, de névrite, de dermalgie, de prurigo et prurit, de démangeaison vague, de cystite, et en général des maladies nerveuses.
- Dans la bronchite, la solanine calme la toux. Dans l’asthme, dans l’emphysème et en résumé dans toutes les maladies où il y aura lieu de combattre l’excitation, le spasme et la douleur, la solanine peut être employée avec le plus grand succès.
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- LA NATURE.
- LE MATERIEL DES POMPIERS DE PARIS
- (Suite. — Yoy. p. 55, 88 et 153.)
- Nous avons vu quels étaient les principaux erq de sauvetage pendant l’incendie ; nous allons parler aujourd'hui des appareils d’attaque du feu qui consistent dans l’emploi des pompes à bras ou à vapeur alimentées par l’eau de la Ville. Les premières, dont nous ne dirons rien, s’emploient dans le cas d’incendies peu importants; les secondes, au contraire, sont appliquées dans les grands sinistres. Toutes deux sont alimentées par les eaux de la Ville.
- 11 n’est pas inutile de rappeler ici que l’eau s’écoule des réservoirs par des conduites à gros diamètres variant de lm,100 à 0m,500 suivant l’importance de la consommation dans tel ou tel quartier. Sur ces grosses conduites se ramifient des artères d’un diamètre moindre sur lesquelles se greffent à leur tour d’autres conduites plus petites. En 1856, l’arrivée des eaux de la Dhuys nécessita une nouvelle canalisation; les conduites établies à cette époque eurent des diamètres multiples de 0m,05 ou 0m,10; la vitesse de l’eau circulant dans les conduites permettait généralement d’éviter les encrassements. Mais, par suite de l’obligation où l’on fut d’utiliser les anciennes conduites, une partie de l’eau fut jetée dans les vieilles conduites où elle perd de sa vitesse et de son débit. L’ajournement des grands travaux recule l’époque à laquelle
- Fig. 1. — Bouche d’eau sous.trottoir.
- Fig. 2.
- liée
- on ne fera plus usage que de la canalisation nouvelle.
- On voit que le service des eaux de Paris laisse encore à désirer tant au point de vue du service des pompiers qu’à celui de l’alimentation publique. Quoi qu’il en soit, les prises d’eau pour le matériel des pompes sont disposées suivant l’importance des conduites dans les différents quartiers de Paris, et réparties en des points assez voisins les uns des autres pour que l’alimentation d’une ou plusieurs pompes puisse se faire dans de bonnes conditions.
- Notre figure 1 représente une bouche d’eau sous trottoir; cette bouche est formée d’un tuyau vertical branché sur la conduite d’eau en égout. Ce tuyau, venant déboucher dans une boîte en fonte placée sous trottoir, est fermé par deux robinets. Quand il s’agit de les ouvrir, on se sert, poulie premier robinet qui est placé dans la boîte, d’une clef A, et pour le second , qui est placé sous terre hors de l’action de la gelée, d’une clef B. Ce dernier robinet est fermé en hiver seulement, la partie verticale du tuyau est alors d’éviter la
- îaulïeur d une pompe à vapeur.
- vidée, [afin
- rupture de la bouche par la gelée.
- Sur la bouche d’eau, les pompiers fixent une pièce spéciale à deux orifices appelée tête de chat ; on peut y établir à volonté un tuyau C ou deux tuyaux, de 0m,080 de diamètre, ou bien encore un
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- tuyau de 0m,040 au moyen d’une pièce à réduction retenue à la tète de chat par une elrdnette. La ligure 1 fait comprendre cette ingénieuse disposition.
- Arrivons à présent à la pompe à vapeur qui est toujours prête à fonctionner, et à partir au premier signal donné à une des casernes de pompiers. Avant de la décrire nous parlerons du réchauffeur (fig. 2) qui sert à l’alimenter d’eau chaude alin que sa machine puisse être mise rapidement en pression.
- Cet appareil, établi a poste fixe dans le voisinage de la salle de remisage de la pompe, est destiné à entretenir constamment 100 litres d’eau à une pression de 2 à o atmosphères. Au moment du départ au
- feu d’une pompe à vapeur, le réchauffeur qui communique par le tuyau P, avec la chaudière de cette pompe, lui envoie par la simple ouverture d’un robinet dont le tuyau est muni, la quantité d’eau chaude nécessaire pour l’emplir. La pompe part donc avec de l’eau à 100° au minimum.
- Le réchauffeur est à retour de flamme. La chaleur est produite par un brûleur à gaz sur la conduite duquel se trouve placé un régulateur R mis en mouvement par la pression même de l’eau du récliauf-feur. Lorsque cette pression tend à varier, elle fait varier en sens inverse l’ouverture d’un clapet par lequel passe le gaz, et la pression, grâce à ce dispo-
- Fig. 5. — Pompe à vapeur système Thirion. (D’après une photographie faite au coin de la rue de Grammont, à Paris, le lendemain de l’incendie de l’Opéra-Comique.)
- sitif, reste constante automatiquement. La consommation de gaz varie de 400 à 600 litres à l’heure suivant la saison.
- Le réchauffeur est muni des organes ordinaires d’une chaudière à vapeur.
- Son alimentation se fait ordinairement en prenant l’eau directement dans la conduite de ville dont la pression est supérieure à celle du réchauffeur. A représente la boule qui est en communication avec la conduite de ville et de cette houle part un tuyau muni d’un robinet et d’un clapet de retour qui permet d’introduire l’eau dans le réchauffeur.
- La chaudière de la pompe à vapeur a toujours son foyer prêt à être allumé. Des morceaux de charbon sont rangés sur la grille, et une bonne couche de
- copeaux de sapin bien sec, disposée sur toute la surface de la grille peut être mise en ignition au moment voulu. Des morceaux de sapin bien sec sont placés au-dessus et déterminent la combusion de charbon à longue flamme. On apporte le plus grand soin à garnir le foyer, car la rapidité de mise en pression dépend autant des précautions qui ont été prises dans la préparation du feu que du choix du combustible. Quand le feu est allumé et deux ou trois minutes après, la pression dans la chaudière s’élève à 7 atmosphères.
- La pompe à vapeur que nous représentons (fig. 5) est du système Thirion. La chaudière est placée à l’arrière de la voiture et le mécanisme est horizontal. Il comprend trois cylindres à vapeur actionnant
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- directement trois pompes que l’on voit sur l’avant. L’aspiration se fait par un pros tuyau que l’on voit au premier plan, à droite de notre gravure, et le refoulement par deux tuyaux plus étroits figurés à gauche. Le réservoir d’air comprimé placé au-dessus des pompes reçoit le siège du cocher.
- Les deux tuyaux, dont la pompe est munie, refoulent ensemble de 1200 à 1500 litres d’eau par minute à une pression de 7 à 8 atmosphères. En une heure la pompe ne débite donc pas moins de 05 mètres cubes.
- L’équipe d’une pompe à vapeur et des voitures qui en dépendent se compose d’un sous-officier (mécanicien), d’un caporal (mécanicien adjoint), de quatre sapeurs (chauffeur, chauffeur adjoint et chauffeurs auxiliaires), auxquels il faut ajouter encore trois sapeurs pour la conduite des voitures.
- Quand la pompe à vapeur arrive au lieu du sinistre elle se dirige vers la bouche de 0m,100 la plus rapprochée de l’incendie sur la roule normale du poste au feu.
- C’est ainsi que pour le feu de l’Opéra-Comique, la pompe à vapeur de la caserne de la rue de Rome a été branchée sur la bouche de 0m,100 à l’angle du boulevard des Italiens et de la rue de Grammont, la pompe de la caserne de Passy, à l’angle des rues Grammont et Grétry, celle de la rue Saint-Honoré, place Boïeldieu, et celle de Château-Landon, à l’angle’du boulevard des Italiens et du passage des Princes. GaSTOX TiSSANDIER. _ A suivre. —
- PARIS PORT DE GUERRE
- La question de « Paris port de mer » est à l’ordre du jour. On médite la création d’un canal de dimensions majeures, d’un fleuve artificiel ([ui serait pour Paris ce que la Tamise est pour Londres; et l’Escaut, pour Anvers. On se propose d’ouvrir, aux portes mêmes de notre capitale, un port muni de docks, de bassins, de formes de radoub, de l’outillage le plus complet.
- D’éminents économistes ont exposé quels seraient, au point de vue des intérêts de l’industrie et du commerce national, les bienfaits de cette œuvre grandiose dont l’accomplissement est bien de nature à clore glorieusement notre dix-neuvième siècle, qui sera dit un jour le siècle des merveilles. Des ingénieurs ont démontré qu’une heureuse solution de la question posée, offrirait à la ville de Paris le moyen de résoudre ou plutôt de irancher d’un coup nombre d’autres questions pendantes, notamment celles des égouts, des eaux, de l’éclairage, etc.
- Outre les avantages à provenir du fait de ces améliorations matérielles, Paris port de mer aurait à recueillir, à bref délai, le bénéfice moral d’une transformation de ses procédés commerciaux.
- Des marins ont reconnu de quelles propriétés précieuses jouirait un port militaire ouvert à l’intérieur
- du camp retranché de Paris, de ce Paris que ses immenses ressources industrielles semblent naturellement, appeler à tenir un rôle d’arsenal maritime et qui ne manquerait point de devenir, à bref délai, le plus grand arsenal du monde.
- Reste à faire ressortir quelle est, au point de vue des intérêts de la défense du territoire national, l'importance de Paris « port de guerre ». Question capitale qui, de l’aveu de M. le rapporteur de la sixième Commission, échappe, du fait même de sa nature, a la compétence du Conseil municipal A
- Si l’on veut qu’elle puisse jouir de propriétés véritablement militaires, la communication maritime qu'il s’agit d’ouvrir ne doit être embarrassée d’aucun obstacle. Elle ne saurait, en conséquence, admettre la gène d’aucune écluse.
- Des écluses!... L’ennemi peut, en effet, aisément les détruire. Chaque sas comporte, comme on sait, deux appareils de fermeture, et ces appareils sont fragiles à ce point que l’explosion d’une petite torpille, d’une simple cartouche de dynamite suffit à les mettre hors de service. Or pareille destruction aurait pour effet de mettre à l’instant le canal à sec ou, tout au moins, d’abaisser le plan d’eau à tel niveau que les navires de guerre n’y pussent plus circuler.
- En admettant qu’un accident de cette nature ne soit pas à craindre, il convient d’observer que le passage de chacun des sas entraîne, outre des chances d’avaries, une perte de temps qui peut s’évaluer h une demi-heure au minimum. Or un navire de guerre ne saurait être ainsi condamné, par intervalles, à l’immobilité. La définition même de son service lui commande de se refuser à subir la moindre obligation de pause ou de retard. La route qui lui est offerte doit pouvoir se pratiquer à telle vitesse qu’il juge convenable; elle doit être absolument libre, dégagée de tous impedimenta, obstructions ou barrières.
- Admettons qu’un navire de guerre puisse consentir, en certains points déterminés, des temps d’arrêt gênants, il est évident que chacune des écluses appelées a fonctionner va sur-le-champ servir d’objectif à l’ennemi; que, si solidement construit qu’il soit, l’ouvrage hydraulique considéré sera vite ruiné par un tir convergent de projectiles à mélinite ou fulmi-coton.
- Chaque écluse, dit bien M. le rapporteur, « sera protégée au milieu d’ouvrages défensifs, de telle sorte qu’elle soit absolument à l’abri des tentatives de l’ennemi. » Eh bien, c’est l'a, nous le déclarons sans ambages, exprimer une espérance absolument chimérique. Or, en pareille matière, il importe de ne point se leurrer, de ne point s’exposer à de cruels mécomptes. Disons-le donc bien haut, il n’est plus aujourd’hui d’ouvrage de fortification capable de
- 1 Rapport en date du 24 mars 1887, présenté par M. Guichard, au nom de la sixième Commission sur divers projets adressés au Conseil municipal de Paris et relatifs à l’établissement d’un port maritime.
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- couvrir convenablement une écluse ; il n’est plus possible de concevoir une forteresse organisée de façon à tenir longtemps sous le coup d’une grêle d’obus a charge de matières brisantes. Ce qu’il importe de préparer, c’est une défense mobile des plus sérieuses et, par conséquent, ainsi que nous l’avons dit, rien ne doit faire obstacle à la mobilité de nos navires de guerre.
- Les projets de canal examinés par la sixième Commission du Conseil municipal de Paris sont ceux de MM. Douhet, Carro, bourdon, Labadie et Rouquet de la Grve.
- Le projet de M. Labadie est celui d’une communication maritime à niveau entre le Havre et Paris; il satisfait, en conséquence, a toutes les conditions du problème, tel qu'il doit être militairement posé, et c’est de ce projet que nous allons donner une analyse succincte1. Suivons d'abord le tracé qu’il comporte. (Yoy. la figure, page 204.)
- A partir du Havre ou, plus exactement, de la pointe sud du banc d’Amfard, le canal Labadie traverse la plaine de l’Eure, emprunte le canal de Tancarville et se confond ensuite jusqu’à Rouen avec le cours de la Seine, sauf de Guerbaville à Saint-Paul, points entre lesquels il coupe la presqu’île de Jumièges. I)e Rouen à Paris, le tracé coupe de même les presqu’îles d’Oissel, des Andelys, de Rolleboise, de Poissy, du Vésinet, de Gcnnevillicrs et aboutit à la hauteur de Saint-Oucn entre Saint-Louis et Asnières, c’est-à-dire à 1500 mètres des fortifications. Sa longueur est de 250 kilomètres, soit 158 kilomètres de moins que le développement total du cours de la Seine de Paris à la mer.
- Le port à créer au Havre se compose de deux rades, chacune d’un kilomètre de long sur 400 mètres de large et destinées : l'une, à la montée; l’autre, à la descente. Ces deux rades sont, bien entendu, reliées aux bassins existants. Quant aux fortifications île la place, il faut les remanier afin de parer au danger du bombardement desdites rades et de la destruction du barrage de Tancarville dont il sera parlé tout à l’heure. 11 convient de créer, à cet effet, deux groupes d’ouvrages : l’un, à Tancarville pour couvrir ledit barrage-déversoir; l’autre, à llonfleur pour défendre l’entrée du canal maritime. Ce canal s’élargit à la hauteur de Rouen et, en amont de Rouen, à Üissel, Andé, Yernon, Mantes, Denouval, de manière à former « port » on chacun de ces points.
- Quant au port de Paris, il lui est attribué 160 hectares de superficie et 16 kilomètres de quais. Cette vaste étendue d’eau à niveau de la mer comprend six bassins distincts, dont trois — de 77 hectares et de plus de 7 kilomètres de quais — sont exclusivement réservés aux grands navires de guerre — cuirassés, croiseurs, torpilleurs, etc., — qui y mouillent en sûreté parfaite.
- Le profil en long permet aux bâtiments du plus
- 1 Yoy. pour l’analyse du projet de M. Bouquet de la Grye, n° 715 du 29 janvier 1887, p. 139.
- fort tirant d’eau d’entrer dans le canal même par les plus basses mers d’équinoxe et d’aller du Havre à Paris sans avoir à pratiquer ni portes de marées, ni écluses. De l'entrée sise au banc d’Amfard jusqu’à la plaine de l’Eure, le plafond est, en effet, maintenu à 9 mètres au-dessous du zéro des cartes marines, de sorte que, à toute heure de jour et de nuit, les navires peuvent facilement atteindre la rade de montée qui s’étend au sud du Havre. Du Havre à Paris, le plafond est reporté à 5 mètres au-dessous du zéro des carte». Un barrage-déversoir muni de portes de marées est organisé au Havre entre les rades de montée et de descente; un autre barrage tout semblable, est établi à Tancarville, en aval du débouché du canal dans la Seine. Le système de ces ouvrages hydrauliques permet de maintenir les eaux du fleuve et celles du canal à 6 mètres au-dessus du zéro, d’où il suit que, du Havre à Paris, le mouillage minimum est de 9 mètres.
- Du banc d’Amfard à la rade de montée, le plafond du canal mesure 200 mètres de large et, par conséquent, trois navires de guerre du plus fort échantillon peuvent facilement s’v croiser ou marcher de conserve. De là jusqu’à Paris, le profil en travers assure à ce plafond une largeur constante de 85 mètres, dimension voulue pour le facile croisement ou la marche de conserve de deux navires de premier rang. La largeur au plan de flottaison est, au minimum, de 105 mètres, c’est-à-dire égale à celle de la Seine au pont de Solférino, et plus grande que celle de l’avenue de Paris, à Versailles; elle atteint 161 mètres au moment des grandes crues.
- Pour des motifs d’ordre divers, le projet Labadie a, suivant l’expression de l’honorable M. Guichard, été « écarté d’une façon absolue par le Conseil des ponts et chaussées ». Ces motifs, qui, sans doute, ont leur valeur technique, il ne nous appartient pas de les discuter, et nous désirons ne pas quitter le terrain sur lequel nous nous sommes placé. N’envisageant donc que le côté militaire de la question, nous répétons que le projet considéré comporte une solution plausible. Quant à la raisqn économique qu’on peut nous opposer, nous ne saurions non plus la prendre en considération, attendu que, en matière de création de moyens de défense nationale, le prix de revient ne saurait fournir qu’un élément d’appréciation essentiellement secondaire. On dit que les travaux à exécuter coûteraient cher; mais ne seraient-elles pas bien plus chères, les conséquences d’une guerre malheureuse? Nous savons ce que nous ont coûté les événements de 1870-1871, et la ville de Paris doit savoir ce qu’elle a dépensé pendant le siège. Elle n’a pas oublié sans doute que, au lendemain de l’ouverture de ses portes, elle a dû verser aux Prussiens la somme de deux cents millions.
- Nous avons exprimé tout à l’heure que la réalisation du projet de « Paris port de guerre » serait favorable au succès des opérations de défense de notre territoire national. 11 convient de donner à cet égard quelques explications sommaires.
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- LÀ NATURE.
- Dans l’hypothèse, malheureusement admissible, d’un nouveau siège de Paris, le canal maritime nous donnerait, le moyen de réunir, avant toute menace d’investissement, d'immenses approvisionnements dans la place. Un navire de 2000 tonnes comporte, en effet, un chargement cinq ou six (bis plus grand <jue celui d'un train ordinaire de marchandises sur l’une quelconque des voies terrées de notre réseau national. Admettons, si l'on veut, que notre escadre d’observation ait été battue et que, avant l'arrivée à la rescousse du reste de nos forces navales, la flotte ennemie ait pu former, au Havre, le blocus de l'entrée du canal, Paris ne demeurerait pas moins, du-
- rant un intervalle de temps appréciable, en communication avec notre riche province de Normandie, d’où un stock considérable de vivres affluerait, par le canal, dans le camp retranché. Mais il est permis de croire que cette voie navigable restera libre et permettra, en conséquence, le ravitaillement indéfini de la place menacée. Cela étant, Paris ne pourrait plus, ainsi qu’il l'a été en 1871, être réduit par la famine.
- Le canal, avons-nous dit, est à niveau de Paris au Havre; il est sans écluses et, par conséquent, librement, facilement praticable aux navires de guerre; mais cela ne suffit pas. 11 faut encore pour-
- Tracé du canal maritime « niveau de Pans au Havre. — Projet de M. Labadie.
- voir à l’organisation défensive de cette communication maritime. Hans cet ordre d’idées, chacune des rives est munie d’un chemin de fer et ledit chemin est couvert par un rideau formé d’un épaulement de campagne. Sur cette voie circulent des bouches à feu de ütos calibre montées sur affûts à éclipse et plates-formes roulantes. On peut de même y faire marcher des batteries cuirassées également roulantes1. Ainsi bordé de parapets collatéraux, le canal affecte la disposition d’une vaste double-capon-nière pourvue d’une défense mobile extrêmement respectable. Quelle est, en effet, l’artillerie de campagne qui oserait entrer en lutte avec les gros cali-
- bres en batterie sur les voies ferrées ou à bord des navires?
- Il est donc permis d'affirmer que l’ennemi ne saurait songer à tenter le franchissement de l’obstacle. Dès lors point d’investissement possible. Or l’investissement est le premier acte nécessaire, indispensable de toute attaque, que cette attaque doive s’opérer par voie de bombardement, de blocus ou de siège régulier; sans un investissement préalable aucune chance de succès. D’où il est permis de conclure que Paris n’aurait plus guère d’insulte h redouter de la part d’un envahisseur. Or Paris est, jusqu'à certain point, le palladium de la France.
- Lieutenant-colonel Hexnerert.
- 1 Voy. La Nature, n° 703, (tu 20 novembre 1886.
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- LA PILE AUTOMATIQUE
- DP: SI. EDWARD o’kEF.XAN
- Si les petites installations d’éclairage électrique domestique n’ont pas reçu jusqu’à ce jour un très grand développement, cela tient surtout aux difficultés tpie présente la production de l’énergie électrique nécessaire à l’alimentation des petites lampes à incandescence. Aussi 11e rencontre-t-on jusqu’ici cet éclairage que chez quelques amateurs que ne rebutent pas les opérations nécessaires à la préparation des liquides employés dans les piles, le montage et remontage fréquent des batteries, et un certain nombre d’autres inconvénients qui ont fait reculer les moins hardis et découragé bon nombre des plus patients. Mais aujourd’hui , grâce aux progrès réalisés dans les différentes branches des applications de l’électricité, aux connaissances électriques de plus en plus répandues, et aux perfectionnements apportés aux plus menus détails de l’appareillage, la question change de face, et après une expérience personnelle poursuivie depuis plus de trois ans, nous persistons à croire, plus que jamais, à l’avenir des petites installations d’éclairage par la pile, et cet avenir sera prochain, pour peu qu’il se produise encore quelques inventions pratiques de l’importance de celle que nous allons présenter aujourd’hui aux lecteurs de La Nature.
- Pour en bien apprécier la valeur, il nous faut tout d’abord passer rapidement en revue les différentes solutions proposées pour résoudre ce délicat problème. Elle se partagent en deux groupes distincts, suivant qu’il s’agit de réaliser un éclairage direct
- ou indirect. Les piles pour l’éclairage direct sont innombrables, il se prend tous les jours de nouveaux brevets, et il se fonde chaque mois de nouvelles sociétés pour exploiter lesdits brevets. Jusqu’à ce jour, les installations faites avec ces piles merveilleuses 11’ont eu, dans la pratique, qu’une durée éphémère pour les raisons bien connues de nos lecteurs : leur plus grand inconvénient réside dans l’obligation de réaliser une manœuvre auprès de la pile chaque fois que l’on veut allumer ou éteindre une
- lampe. Les piles, pouvant rester longtemps montées et prêtes à fonctionner sans qu’011 y touche ont, d’autre part, ou un trop faible débit, ou une constance insuffisante. Elles conviennent surtout à des éclairages temporaires, instantanés, de peu de durée, mais ne réalisent pas un éclairage proprement dit, avec indépendance des lampes, tant au point de vue de la durée d’allumage de chacune d'elles, que du nombre d’appareils fonctionnant simultanément. Jusqu’à ce qu’on ait découvert une pile constante, énergique et ne dépensant rien à circuit ouvert, il faut donc renoncer, sauf quelques cas exceptionnels, à l’emploi des piles pour l’éclairage direct, et les utiliser seulement d’une manière indirecte, pour charger des accumulateurs de dimensions appropriées à l’importance de l’installation. 11 faut nécessairement, pour utiliser les piles au maximum, avoir recours à l’écoulement, et réaliser des piles continues, fonctionnant vingt-quatre heures par jour. Les piles au bichromate de soude ou de potasse sont énergiques et conviennent très bien à ce service, mais elles présentent l’inconvénient, déjà signalé, de la préparation périodique des produits, manipulation que plusieurs redoutent, bien que nous les
- Fig. 1.— Pile automatique Je M. Edward O’Keenan.
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- fassions depuis trois ans, pour notre éclairage particulier1, sans aucune difficulté. 11 fallait donc créer un appareil automatique puissant sous un petit volume, capable d’un long fonctionnement pratique, presque sans soins et sans surveillance, et n’employant que des produits d’une manipulation simple et sans aucun danger. C’est ce problème qui, après des essais sans nombre, se trouve résolu par la pile continue de M. Edward O’Kecnan.
- La pile de M. O’Keenan n’est pas autre chose que la pile primitive de Raniell, rendue pratique et continue. Une fois l’appareil monté, il suffit, pour que son fonctionnement continue indéfiniment, d’y faire arriver de l’eau pure prise sur une canalisation ou dans un réservoir quelconque, d’entretenir une provision suffisante de cristaux de sulfate de cuivre
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- SO^Cu
- SO^Zn ! TV,
- Fig. 2. —Diagramme de la pile automatique.
- dans une trémie, et de ménager un écoulement au ruisseau ou à l’égout pour la solution de sulfate de zinc formé par la réaction chimique.
- La figure 1 montre l’ensemble d’une batterie de dix éléments en tension et destinée à la charge d’une série de trois accumulateurs.
- Les dix éléments sont renfermés dans une cuve parallélépipédique en bois paraffiné, dont la face antérieure est formée d’une glace permettant de suivre l’état de la pile à chaque instant : les dimensions varient avec l'importance du débit à obtenir et l’importance de l’éclairage. Le modèle de dimensions moyennes représenté ici a environ im,20de hauteur. L’auge est divisée en dix parties par des cloisons verticales en bois : la partie antérieure de chaque élément porte une fente verticale qui a pour but d’établir une communication entre lui et l’espace commun ménagé en avant. Vers l’extrémité de gauche se trouve une caisse rectangulaire percée de petits trous et terminée à la partie supérieure par une trémie T, qui permet de la remplir de cristaux de sulfate de cuivre. On conçoit ainsi que l’eau mise dans l’auge circulant par les trous vient lécher les cristaux et remplir tous les éléments d’une solution
- 1 Yov. n° 011, du 14 lévrier 1885, p. 109.
- sensiblement saturée de sulfate de cuivre. Dans chaque élément se trouve une lame de zinc de très grandes dimensions, enveloppée dans une gaine de papier parchemin, tandis que les faces de la boite sont garnies de deux lames de plomb sur lesquelles vient se déposer le cuivre formé par la réduction du sulfate de cuivre, tandis qu’il se forme du sulfate de zinc plus dense et qui tombe au fond des éléments. En faisant arriver de l’eau pure à la partie supérieure de la pile, goutte à goutte, on obtient trois couches distinctes et très nettement séparées : la première formée d’eau pure, n’a que quelques centimètres d’épaisseur ; la plus épaisse est formée de sulfate de cuivre, d’une belle couleur bleue caractéristique ; la troisième, à la partie inférieure, légèrement jaunâtre, est une solution saturée de sulfate de zinc. Pour obtenir un fonctionnement continu, il suffit donc d’introduire de l’eau dans la pile, ce qui se fait à l’aide du robinet R (fig. 2) réglé une fois pour toutes, et laissant arriver plus d’eau qu’il n’est nécessaire. L’excès d’eau s’échappe par le trop-plein SP. Lorsque la couche de sulfate de zinc saturé a atteint une certaine épaisseur, elle descend dans un tube vertical de hauteur H disposé à la partie inférieure de la boîte. L’extrémité inférieure de ce tube plonge dans un petit réservoir renfermant du mercure. Le mercure se trouve ainsi dénivelé par la pression de la colonne de sulfate de zinc augmentée de celle exercée par la cou-he de sulfate de cuivre et d’eau. La hauteur du mercure x au-dessus de l’extrémité inférieure du tube est réglée pour faire précisément équilibre à la colonne de sulfate de zinc, lorsque le niveau de de ce sulfate de zinc arrive en a.
- Lorsque le niveau du sulfate de zinc tend à monter au-dessus de L, par suite du fonctionnement de la pile, il s’échappe alors de la partie inférieure du tube, remonte au-dessus du mercure et vient s’écouler par un trop-plein dans le récipient qui reçoit déjà l’excès d’eau par le tube SP. Si on a eu soin de mettre, au moment du montage, des lames de zinc suffisamment épaisses, on obtient une batterie capable de fournir pendant plusieurs mois un courant constant, sans aucune interruption.
- La figure 1 montre une batterie de dix éléments chargeant six accumulateurs montés en tension et chargés successivement, trois par trois, pendant la moitié du temps. La commutation se fait à la main, à l’aide de simples verrous que l’on manœuvre une fois par jour, chaque matin, par exemple, en allant rendre visite à la pile pour mettre du sulfate de cuivre dans le trémie T. On pourrait aussi employer un commutateur automatique analogue à celui de M Salomon1, disposer une trémie de grandeur suffisante et ne visiter la pile que tous les quatre ou cinq jours, le commutateur automatique se chargeant de coupler périodiquement la batterie sur les différentes séries d’accumulateurs. Ces accumula-
- 1 Voy. n° 756, du 9 juillet 1887, p. 84.
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- tours, du type Julien, de lOUà 12U ampères-heures i de eapacité, sont placés sous la pile même, dans | l’intervalle laissé entre elle et la caisse à provision de sulfate de cuivre. La planchette sur laquelle ils reposent est mobile et peut être amenée en avant pour faciliter la surveillance et l’entretien des accumulateurs.
- Le tout constitue une installation simple, pratique, commode et peu encombrante, qui contribuera, dans une large mesure, au développement des applications domestiques de l’électricité, et, en particulier, à l’éclairage. Le système original et ingénieux réalisé par M. O’Keenan constitue à nos yeux un très réel progrès auquel nous souhaitons tout succès, car il apporte une solution élégante à un problème souvent posé et toujours incomplètement résolu jusqu’à ce jour. E. Hospitalier.
- CHRONIQUE
- Les chemins de fer nogentais. — C’était dimanche dernier, 21 août, fête à Yincennes, Nogent, Neuilly-sur-Marne. On célébrait l’inauguration des chemins de fer nogentais destinés à relier le fort de Yincennes à l’asile de Yille-Ëvrard. M. le Dr Delthil, initiateur de l’entreprise, a reçu ses nombreux- invités avec une bonne grâce parfaite. Le nouveau chemin de fer est en réalité une sorte de tramway à trois voitures, fonctionnant au moyen de la remarquable machine à air comprimé de M. Mékarski ; cet ingénieur a donné l’explication de son système et a fait voir en détails l’usine où l’air est comprimé dans les réservoirs de la locomotive. Nous avons déjà décrit la voiture automobile à air comprimé ; nous renverrons nos lecteurs à la notice publiée à ce sujet (vov. n° 142, du 19 février 1876, p. 177).
- Les grottes de Floreffe. — Dans la campagne, aux environs de Namur, on a découvert dernièrement des grottes d’un caractère remarquable qui avaient échappé jusqu’à présent à la curiosité des voyageurs. Ces grottes sont formées dans le roc, sous une montagne couverte de bois, du sommet de laquelle on aperçoit, dans une riante vallée le village de Floreffe. Dans l’intérieur des grottes, on trouve des concrétions calcaires ayant les formes les plus variées et les plus bizarres : stalagmites et stalactites droites comme de petites colonnes, formant comme des draperies, des statuettes fantastiques du blanc le plus pur et d’une transparence remarquable.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 22 août 1887. — Présidence de M. Janssen.
- Physique. — M. Isambert, professeur à la Faculté de Poitiers, a réalisé une série d’expériences très précises ayant pour but d'étudier la loi de variabilité de la compressibilité de l’eau saturée d’un gaz très soluble, tel que l’ammoniaque ou l’acide chlorhydrique. La compressibilité du liquide augmente sensiblement, ainsi qu’il fallait s’y attendre. M. Isambert donne des tableaux qui contiennent les résultats correspondant à ses diverses expériences.
- A propos d’une note recommandant de munir l’avant des navires d’un foyer électrique intense, animé d’un
- mouvement oscillatoire rapide afin d’augmenter la pénétration lumineuse de la brume, M. Paye rappelle une expérience qu’Arago aimait à répéter devant les personnes qui venaient le visiter à l’Observatoire, par un jour de beau soleil. La terrasse de l’Observatoire est située au pied du mur qui forme la face sud de l’Observatoire, devant le jardin; elle est pavée de grandes dalles très blanches. Le visiteur était amené sur cette terrasse et placé de manière à tourner le dos à l’Observatoire. En regardant à ses pieds, il n’apercevait aucune image sur la dalle éclatante de lumière, mais s’il venait à agiter rapidement le bras, on pouvait distinguer sur les dalles des apparences d’ombres, provenant de la lumière réfléchie par le mur et interceptée par l’expérimentateur. — M. Janssen ajoute, de son côté, qu’en donnant un mouvement au spectre, il est possible de doubler la puissance de la vision dans les parties invisibles.
- Astronomie. -— M. Faye signale à l’Académie un ouvrage imprimé cette année à Munster : la Cosmogonie au point de vue de la science chrétienne, par le père Brown. L’auteur adopte complètement l’hypothèse formulée par M. Faye relativement au mode de refroidissement de la terre. Il admet que l’action des premières eaux sur la croûte du globe a été de favoriser le refroidissement des parties recouvertes d’eau en offrant à la chaleur un milieu plus conducteur. Par suite, l’épaisseur de ces parties a dù s’accroître ; elles ont pu alors exercer un effort vertical sur le noyau liquide et, par une réaction hydrostatique, provoquer le soulèvement des parties plus faibles de l’écorce, c’est-à-dire des continents. En reproduisant ainsi la théorie développée par M. Faye dans son cours de l’Ecole polytechnique et dans l’Annuaire du bureau des longitudes pour 1881, M. Brown a omis d’en indiquer la provenance, justifiant ainsi l’appréciation de M. Faye : « M. Brown a cité mon nom avec complaisance chaque fois qu’il a eu à me critiquer; il l’a omis quand il a adopté mes idées. >)
- M. Janssen rend compte à l’Académie des efforts qui ont été tentés en vue d’obtenir d’utiles observations de l'éclipse du 19 août dernier. Cette éclipse devait être visible dans la Prusse orientale, la Russie et la Sibérie. C’est en Sibérie que l’on devait rencontrer les conditions d’observation les plus favorables. Malheureusement les difficultés des communications ne permettaient guère le transport des lourdes caisses d’instruments que devaient emporter les astronomes. M. Struve, qui a organisé à Pulkowa vingt expéditions composées de savants russes ou étrangers, les a réparties dans la vallée du Yolga. Le temps a été mauvais pour quelques-unes, favorables pour d’autres; les stations allemandes organisées dans la Prusse orientale par M. Forster ont eu uniformément un temps détestable et n’ont pu faire aucune observation. Pour la première fois, durant cette éclipse, on devait tenter de réaliser quelques expériences en ballon. Il s’agissait, au moyen de la photographie instantanée, d’obtenir des épreuves reproduisant le phénomène. L’observatoire de Moscou devait lancer deux ballons; mais il ne paraît pas que ces ascensions aient eu lieu.
- Varia. — M. P.-P. Dehérain fait hommage d’un mémoire sur l’œuvre agricole de Boussingault. — M. Lescarbaut décrit les différents aspects de la Lune durant l’éclipse du 5 août dernier. — M. Bertrand donne une règle relative à la probabilité d’élection d’un candidat pendant les différentes phases du dépouillement d’un scrutin portant sur deux noms. Stanislas Meunier.
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- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- Un de nos lecteurs, M. Simiand, professeur à l’École normale de Grenoble, nous adresse la description d’un petit système d’une extrême simplicité, facile à construire, et servant à démontrer la dilatation linéaire sous l’action de la chaleur. Voici la communication de M. Simiand :
- Avec trois aiguilles et un bouchon de liège on peut démontrer la dilatation linéaire d’une manière aussi concluante qu’avec le pyromètre à cadran des cabinets de physique.
- Un taille au couteau un bouchon comme le représente la ligure 1, c’est-'a-dire qu’on y forme une surface plane et une échancrure demi-cylindrique. Dans l’une des saillies A, on plante une aiguille à coudre AB qui va par la tète s’appuyer sur l’autre saillie B tenue à un niveau in^i|Bs élevé de 1 à 2fflRl-limètres. Dans le trou de l’aiguille, on passe une deuxième aiguille choisie de grosseur telle que la pointe fasse saillie de 2 à 3 millimètres. On l’enfonce dans le bouchon jusqu’à ce que l’aiguille couchée ne soit plus qu’à environ un quart de millimètre de la surface du liège.
- Pour faire que cette distance se maintienne sans réglage, on peut donner à la surface B une légère inclinaison de dedans en dehors, l’aiguille s’appuie sur l’arête. Parallèlement à l’aiguille droite et en arrière, on en plante dans le liège une autre de même longueur.
- Si on présente l’aiguille couchée à la partie infé-
- rieure de la Ranime d’une bougie, — en chauffant ainsi, le liège n’est pas atteint par la chaleur et ne brfde pas, — on voit l’aiguille BC s’incliner en dehors, en formant avec l’aiguille fixe BI) un angle de plusieurs degrés. On tient le bouchon entre les doigts
- par l’une des extrémités et on place Uœil dans l’alignement des deux aiguilles. Si on laisse refroidir, l’aiguille revient à sa position primitive. Ce petit système est très sensible. En quelques instants les deux phénomènes réciproques , dilatation et contraction, peuvent être observés.
- M. A. Gilly, licencié ès sciences à Nîmes, nous adresse , d’autre part, une photographie que nous reproduisons ci-contre (fig. 2) et qui complète les expériences sur le centre de gravité que nous avons citées précédemment.
- On place deux fourchettes avec les dents les unes sur les autres ; on glisse une pièce de 5 francs entre les dents du milieu des deux fourchettes, on pose ensuite cette pièce à plat sur le bord d’un verre, en la poussant jusqu’à ce (pie les deux circonférences (du verre et de la pièce) soient tangentes extérieurement. Dans cette position, après quelques tâtonnements, on peut abandonner le système qui se trouve en équi-libre. L’expérience peut être faite avec un verre plein d’eau que l’on peut déverser dans un autre verre sans que la pièce de 5 Irancs, en équilibre, tombe de son bord.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Fig. 1. — Expcrieuce'sur la dilatation linéaire.
- Fi g. 2. — Expérience d’équilibre sur le centre de gravité.
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- LE CINQUANTENAIRE DES CHEMINS I)E FER EN 1887
- Ori sait que de grandes letes devaient être celé- | brocs cette année en Ulionneur du cinquantenaire du
- Fig. 1. — Les premiers trains du chemin de fer de Liverpool à Manchester, en 1831. (D’après une gravure du temps.)
- premier chemin de 1er français ou plutôt de l’inauguration du chemin de fer de Paris à Saint-Germain. C’est, en effet, le 24 août 1857 que lût ouvert au public le chemin de fer de Saint-Germain dont la construction avait été décidée par ordonnance du roi en date de juillet 1855. Une exposition a été organisée à Vincen-nes, mais fêtes
- Fig. 2, — La gare du chemin
- et exposition se
- sont presque complètement effondrées palet la mort de l’organisateur.
- Nous n’avons pas voulu laisser passer la 15e année. — 2e semestre.
- date du
- 24 août sans rappeler l’origine des chemins de fer dont l’accroissement prend chaque jour un plus grand déve-loppement, et dont l’importance est prépondérante dans les destinées de l’humanité.
- 11 est difficile de déterminer exactement l’histoire des chemins de fer : l’histoire des rails, et par conséquent de la voie, se perd dans la nuit des temps; mais la locomotive, qui est l’âme du chemin de fer, est d’invention plus récente. Une pareille invention, comme l’a dit Arago, « n’est pas un objet simple
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- de fer à Saint-Germain, en 1857. (D’après une gravure du temps.)
- a ruine
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- LA NATURE
- sorti du cerveau d'un seul imenleur; il existe des idées capitales émanées de génies divers, il importe de les classer par ordre d’importance, et de donner à chacun ce qui lui appartient. » Dans cet ordre d'idées, on peut dire que trois hommes d'un incomparable génie ont amené le principe de la locomotive à l'état déünitir et complet, et ces trois hommes sont : Denis Papin, Sfephenson et Marc Seguin.
- Denis Papin, en 1(590, créa incontestablement la première machine à vapeur et construisit un bateau et une voiture à vapeur.
- Divers essais infructueux sont laits de 1700 à 1780, en France par Uugnot, en Amérique par Evans, pour l'aire circuler des chariots à vapeur; en 1804 en essaye en Angleterre de faire manœuvrer le chariot à vapeur sur les rails, mais à peine la machine pouvait-elle remorquer 10 tonnes et faire 8 kilomètres à l’heure. La transmission de mouvement de cette machine avait lieu au moyen du balancier de Watt.
- Plus tard Stephenson applique le piston sous la chaudière et transmet le mouvement à l’essieu par une bielle et une manivelle ; puis il essaye d’augmenter la production de vapeur en activant le tirage de la cheminée par son jet de vapeur ; mais la machine n’était pas encore complète ; elle manquait de poumon; essoufflée, elle s’arrêtait au bout de quelques kilomètres, pour renouveler sa provision de vapeur.
- Enfin Marc Séguin, en 1828, crée la chaudière tubulaire : il jette la flamme à travers des tubes baignés par l’eau, multiplie les points de contact de la chaleur, en augmentant la surface de chauffe et donne à la locomotive une puissance de production de vapeur inépuisable.
- Dès lors, la locomotive était complète.
- Aussi, le 15 septembre 1850, la fameuse machine la Fusée (The Boclcet) construite par Robert Stephenson, et munie de la chaudière tubulaire de Marc Seguin, est lancée sur le chemin de fer de Li~ verpool à Manchester ; elle démontre le triomphe définitif de la locomotive sur tous les moyens de traction usités jusqu’à ce jour.
- Pendant que ces essais se poursuivaient en Angleterre, la France ne restait pas inactive; en 1825 les frères Seguin obtenaient la concession du chemin de fer de Saint-Étienne à Andrézieux, et en 1826 et 1828 les prolongements de Saint-Etienne à Lyon et Saint-Étienne à Roanne ; en 1850, on commençait le chemin de fer d’Epinac au canal de Bourgogne ; en 1854, Talabot obtenait la concession du chemin de fer d’Alais au Rhône ; et le 7 septembre 1852, les frères Emile et Isaac Pereire déposaient à la direction générale des ponts et chaussées les plans et projets du chemin de fer de Paris à Saint-Germain, et en sollicitaient la concession.
- Il est curieux de lire, dans les gazettes du temps, les réflexions que faisait naître l’exécution du chemin de fer de Paris à Saint-Germain.
- « Un voyage n’est aujourd’hui qu’une corvée, lisons-nous dans le Magasin pittoresque de jan-
- vier 1856, demain ce sera un plaisir. Aussi quelle affluence il y aura de tous les points du globe sur notre capitale, car Paris est le centre des arts et des sciences, la capitale de l’univers. Les Parisiens ne trouveront plus de place à l’Opéra, parce qu’il sera encombré d’Anglais, de Hollandais, d’Italiens, venus pour se distraire un instant. Orléans et Rouen deviendront les faubourgs de Paris. On s’invitera au bal de Paris à Bruxelles, comme aujourd’hui de Paris à Saint-Denis. Et quel temps ce sera pour la bonne chère!
- « Un amateur pourra commander une truite sau-monnée à Genève, un roastbeef à Londres, une tranche de veau glacée à Archangel, un macaroni à Naples, un dessert des fruits sucrés d’Andalousie, et tout cela lui arrivera à point, et à bon marché, ce qui vaut mieux encore.
- « L’Angleterre a maintenant 100 lieues de chemins de fer terminés, et 160 en construction; l’Amérique en a trois ou quatre fois autant. Nous sommes en arrière de nos rivaux, car nous en comptons 50 lieues à peine; mais on espère que quand les capitalistes parisiens auront vu le succès du chemin de fer de Paris à Saint-Germain, qui s’exécute aujourd’hui avec activité, ils se disputeront les entreprises de chemin de fer qui doivent sillonner le sol de la France. »
- Se serait-on douté alors, que cinquante ans seulement après l’inauguration du chemin de 1er de Saint-Germain, les voies ferrées allaient envahir le monde entier.
- PHARE ÉLECTRIQUE DE L’ILE DE MAY
- M. D. Stevenson vient de lire, devant l’institution des ingénieurs mécaniciens assemblés en meeting annuel à Edimbourg, un mémoire intéressant sur le phare électrique de l’île de May. Nous en extrayons ce qui suit :
- Les constructeurs, MM. Stevenson, ont installé ce phare le 1er décembre 1886. La dynamo était, à l’origine, du système Brush compound du type appelé Victoria et ayant une f. é. m. de 70 volts et une intensité de 100 ampères, MM. Stevenson ayant cru pouvoir lui donner la préférence sur les machines magnéto-électriques plus coûteuses de M. de Méritens. Elle fut, cependant, ayant refusé de donner les résultats attendus, remplacée par deux machines de Méritens pesant chacune 4 tonnes et demie.
- Les lampes sont du type Serrin-Berjot; les crayons ont 40 millimètres de diamètre et ‘ peuvent aller jusqu’à 50 millimètres. Le crayon positif est placé sous le négatif, de manière à envoyer la plus forte lumière possible à la partie supérieure de l'appareil dioptrique L La puissance lumineuse de l’arc alimenté par une seule machine est estimée de 1200 à 1600 carcels. L’appareil dioptrique fabriqué par MM. Chance Brothers, de Birmingham, sur les plans de MM. Stevenson, a été traité d’une façon toute nouvelle, certains secteurs demeurant obscurs et ne recevant la lumière que pour la refléter sur des secteurs voi-
- 1 Cette disposililion signalée par notre correspondant se rapporte évidemment au montage ancien, avec la machine à courant continu. On sait que l’arc est sensiblement symétrique avec les courants alternatifs.
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- sins de manière à obtenir un maximum de condensation. Le résultat de cette disposition est un foyer lumineux de ÔOO OUI) carcels avec une machine, et 00(1 000 carcels avec les deux machines, ou environ de 500 à 000 fois plus puissant que les anciens feux lixes à l’huile.
- La portée géographique de ce, feu est de 55 kilomètres, mais il a été perçu à 65 et 80 kilomètres en mer par des marins qui ont reconnu ses périodes dans les nuages éclairés au-dessus du phare.
- L’installation a coûté 595 025 francs, et des matériaux existants, d'une valeur de 105 000 francs, ont été utilisés; l’installation complète, nouveau bâtiment, moteurs, machines électriques, lampes, a donc coûté au total 500025 francs.
- L’entretien annuel est estimé à environ 25 000 francs.
- Comparant ces chiffres aux coûts d’installation et d’entretien annuel d’un phare à l’huile, M. Stevenson trouve que l’éclairage à l’huile coûterait 5,49 shillings par heure et 0 00017 penny par candie (1 carcels9,0 candies), l’éclairage électrique coûte 9,00 shillings par heure et seulement 0 000 058 penny par candie, ou -4,47 fois moins que l’huile.
- M. Stevenson conclut en combattant la notion assez généralement répandue que l’éclairage électrique est inférieur à l’huile, par les temps de brouillards. Il dit que c’est une erreur, l’expérience ayant prouvé que, dans des brouillards naturels ou artificiels, ainsi que les observations faites sur les phares électriquement éclairés, l’arc électrique était, dans toutes les circonstances, doué du plus grand pouvoir de pénétration. Il est parfaitement vrai que la supériorité incontestable de la lumière électrique, laquelle, dans ce cas, projette par un temps clair, des ombres à 24 kilomètres de distance, est considérablement réduite par un temps brumeux et disparaît complètement dans un brouillard épais.
- Dans l’opinion de M. Stevenson, l’arc électrique appliqué à la production de foyers très puissants, question de coût à part, n’a pas de rival '.
- MESURE DES COUPS DE YEN!
- manomètre: a m a x i m a 2
- La pression produite par l’effort du vent et principalement la violence de ses à-coup, intéresse au plus haut point ceux qui l’envisagent du coté scientifique aussi bien que ceux qui s’cn occupent au point de vue pratique; les architectes et les ingénieurs doivent tenir compte dans leurs projets de la force du vent pour donner à leurs constructions une stabilité suffisante.
- La force des plus grands coups de vent est peu connue; on la déduit ordinairement de la vitesse moyenne pendant dix minutes, tandis que durant les tempêtes le vent peut souffler par rafales et par
- 1 D’après VElectricien.
- 2 Dans la séance du 51 mai 1887, M. Fines, le savant directeur de l’Observatoire météorologique de Perpignan, a présenté à l’Académie des sciences une note sur la mesure simultanée des coups (te, vent au moyen de l'anémomètre multiplicateur de Bourdon et du moulinet de Robinson.
- Fm reproduisant une partie de ce mémoire, nous rendons hommage à la mémoire de l’ingénieux inventeur dont les' (ils continuent les travaux. (J. ’j\
- successifs instantanés et d’une grande
- vio-
- a-coup lence.
- Les anémomètres de pression d’Osler ou de Je-lineck seraient excellents pour obtenir directement cette mesure, si les ressorts conservaient leur élasticité, et si l'axe du vent restait toujours normal à la plaque dynamométrique ; mais ces conditions sont loin d’être réalisables actuellement.
- Le moulinet de Robinson ne fait pas connaître exactement la vitesse, parce que la force du vent a pour effet de presser l’axe contre les couronnes qui le supportent ou de l’en arracher. Cet appareil cependant nous semble moins défectueux que les premiers, à la condition de bien graisser l’axe, ou mieux de le munir de godets graisseurs et de le faire tourner dans des couronnes et sur des supports en agate.
- L’anémomètre multiplicateur, que M. Eugène Bourdon présenta à l’Académie des sciences, le 50 janvier 1882, nous a paru préférable. 11 inscrit d’une manière continue, sur une feuille de papier sans fin, toutes les variations de la force du vent en même temps que les changements de direction et l’heure1.
- MM. Bourdon fils, reprenant les travaux de leur père, ont bien voulu tarer notre appareil au moyen d’une machine souillante installée dans leurs ateliers. Ils ont déterminé la dépression manoniétrique, en centimètres de hauteur d’eau correspondant à la vitesse du vent en mètres, par seconde, et la longueur de l’ordonnée tracée par l’enregistreur; nous avons ajouté à l’anémomètre multiplicateur de Bourdon, un manomètre à maxima pour vérifier les indications de l’enregistreur. A cet effet, nous avons construit un manomètre à eau avec un tube de verre à fortes parois, de 4 mètres de longueur et de 6 millimètres de diamètre intérieur, plongeant dans un flacon rempli d’eau. Ce manomètre est raccordé à l’anémomètre par des tubes en cuivre, de sorte que les oscillations de la colonne manoniétrique sont synchroniques et proportionnelles à la succion produite au point d’intersection des ajutages eonvergents-di-vergents.
- Nous avions principalement pour but de connaître les maxima de dépression qui correspondaient aux plus forts coups de vent. Nous y sommes parvenus au moyen d'un Bol tour en verre mince, surmonté d'un disque très léger en laiton qui a presque le même diamètre que le tube, et qui pousse un index semblable a ceux des thermometrographes de Six et Bellini. Il suffit de lire sur l’échelle la hauteur du bas de l’index pour connaître la dépression correspondant au plus fort coup de vent, et pour savoir si l’ordonnée tracée simultanémcnl par l’enregistreur est exacte.
- L’épaisseur des parois du tube de verre ne permettait pas à un fort aimant, en fer à cheval et à trois lames, d’actionner l’index et de l’entraîner. En entourant le tube d’un anneau de 1er doux, mobile
- 1 Yoy. a0 482, du 2(> août 1882, p. 194.
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- LA NA T UK E.
- et divisé en deux parties séparées par un anneau de cuivre, nous avons ainsi beaucoup augmenté le champ magnétique, de sorte que l’aimant nus en contact avec l’anneau peut entraîner l’index et le faire descendre ou monter a volonté.
- Nous avons relevé les maxnna absolus mensuels depuis le mois de décembre 1885, et nous avons calculé les vitesses simultanées, d'après l’anémomètre multiplicateur de Bourdon et d’après le moulinet de Bobinson, pour en déduire la pression correspondante. Cette pression a été calculée d’après la formule de Borda : P = G Y2. Nous avons adopté, pour la valeur de C, le nombre 0,1278 proposé par Atba-nase Dupré; ce coellicient représente très approximativement la moyenne de celui qui avait été indiqué par Poncelet, 0,125, et de celui que M. l)es-douits a trouvé expérimentalement, 0,1296.
- De ces relevés, il résulte que depuis le mois de décembre 1885, la plus grande vitesse du vent a été observée le 6 mars 1886, a 2 heures du soir.
- L’anémomètre multiplicateur de Bourdon indiquait une vitesse absolue de51n,,7, et le nombre de révolutions du moulinet de Bobinson, pendant les dix minutes correspondantes, répondait à une vitesse de 26m,8.
- Le plus fort à-coup de vent représentait donc une vitesse de 5im,7 par seconde, et une pression de 155 kilogrammes par mètre carré.
- Nous pouvons conclure de ces relevés que la différence entre la dépression observée et la dépression calculée d’après la longueur de l’ordonnée inscrite, peut varier entre —5 et -t-5cm,5. La différence moyenne est de 1CU1,4 pour 125cm,7, soit une erreur moyenne de 1,11 pour 100, ou bien une erreur moyenne de 2,u,02 pour une vitesse moyenne de 24,u,l par seconde, ou enfin une différence de pression de 0k,658 oour une pression moyenne de 79k, 1 par mètre carré, ce qui est presque négligeable.
- En terminant cette note, je crois devoir indiquer le rapport qui existe entre les maxirna absolus mar-
- qués par l’anémomètre de Bourdon et les plus forts maxirna moyens déduits du nombre de tours du moulinet de Robinson, comptés simultanément, ce dernier instrument étant fréquemment employé et pouvant fournir des données utiles aux ingénieurs qui établissent généralement les calculs de résistance et de stabilité d’après les plus fortes vitesses moyennes de préférence aux vitesses absolues. Les motifs de cette préférence tiennent à ce que la force du vent n’est pas uniforme et que, pendant les rafales, l’air se comprime en avant du corps, sert de matelas, forme ressort et diminue l’effet du choc.
- La moyenne des plus grandes vitesses marquées
- par le moulinet de Bobinson est de 18m,9 par seconde; elle est de 5m,2 plus faible que la vitesse absolue indiquée par l’anémomètre de Bourdon, ce qui représente une différence de vitesse de4,14pourl00, ou une différence de pression de 5k,760 pour une pression de 79k,l par mètre carré. » Ajoutons enfin que M. Ch. Zen-ger, professeur à l’École polytechnique de Prague, dans une note inédite qu’il nous a communiquée, a constaté que « le tableau donné par M. le docteur Fines montre la coïncidence des jours de pression maxirna avec les jours de la période solaire et du passage des essaims périodiques d’une manière vraiment surprenante. »
- Le diagramme représenté dans la figure ci-dessus est la reproduction exacte, grandeur naturelle, du tracé de l’enregistreur. 11 montre les variations du vent en chaque instant, ainsi que la puissance et l’instantanéité de ses à-coup. Ce dernier fait est important au point de vue mécanique, car la différence est grande entre les résultats d’une force dont l’action est instantanée ou progressive. 11 nous reste à déterminer avec précision la durée des à-coup ; nous espérons pouvoir le faire bientôt. l)r Fuses.
- la
- Diagramme tracé par l’anémomètre de Bourdon à l’Observatoire de Perpignan, pendant la tempête du 6 mars 1886. — a. Plus fort coup do vent. — b. Heure du plus fort coup de veut. — c. Repère de l’heure.
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- I
- LA NATURE.
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- \ ASCENSION A GRANDE HAUTEUR
- DE MM. JO VIS ET MAI.I.ET
- Depuis l’ôrigine des aérostats, les ascensions à grande hauteur, en raison des difficultés quelles présentent^Sont très rares : il n’y a qu’un très petit nombre de vbyageurs aériens qui aient atteint l’altitude de 7000 mètres, et la hauteur de 8000 mètres n’a été dépassée que deux fois. Une ascension exécutée à 7000 mètres au-dessus de la mer est donc un fait digne d’être enregistré, aussi reviendrons-nous aujourd’hui avec quelques détails sur l’expédition récente de MM. Jo-, vis et Mallet1, au sujet de laquelle nous allons pouvoir donner les documents les plus précis.
- Le voyage a été exécuté dans la nacelle de l’aérostat le Ilorla cubant 1650 mètres, et construit en soie de Chine. Le départ a eu lieu à l’usine de la Villette le 15 août 1887 à 7 h. 10 du matin. Notre figure 1 représente d’après une photographie, l’arrimage de la nacelle au moment du départ, avec les ballons remplis d’un mélange d’air et d’oxvgène, et les appareils enregistreurs qui ont été construits par MM. Richard frères.
- L’ascension a eu lieu graduellement jusqu’à l’altitude de 7100 mètres : au delà de 6000 mètres, M. Mallet a éprouvé deux syncopes qui ont été de courte durée. Nous ferons remarquer, comme l’indique le diagramme de l’ascension (fig. 2), que les deux voyageurs ont fait dans les hautes régions un séjour de très courte durée, quelques minutes à peine au delà de 7000 mètres, altitude où les accidents graves ne commencent généralement pas encore.
- La température aux différentes altitudes ne décroissait pas d’une façon régulière et la température rninima de — 5° a été observée à 7000 mètres.
- La vitesse des courants aériens augmentait considérablement avec l’altitude ; ce fait a été précédemment observé par un grand nombre d’observateurs en ballon, mais le voyage du 15 août l’a mis en évi-
- 1 Yoy, n° 742, du 28 août 18.87, p. 190.
- Fig. 1.
- La nacelle du Horla de M. Mel
- dence d’une façon remarquable. La vitesse du vent à terre était de 5 mètres à la seconde, et M. Jovis estime que de 2000 mètres à 4000 mètres cette vitesse atteignait 16 mètres à la seconde (96 kilomètres à l’heure), et que de 4000 mètres à 7000 mètres elle arrivait à 58 mètres à la seconde (154 kilomètres à l'heure). Le chemin parcouru pendant l’ascension a été de 400 kilomètres, et la durée totale du voyage n’a pas dépassé 5 h. 50 minutes.
- Les courants inférieurs, de la surface du sol à 2000 mètres, étaient d’Est, et les courants supérieurs, au delà de 2000 mètres de S. S. W.
- Les voyageurs n’avaient plus de lest quand ils ont
- atteint la hauteur extrême de 7100 mètres, aussi la descente a-t-elle eu lieu avec une grande rapidité. MM. Jovis et Mallet ont traversé, en descendant, des nuages de givre, semblables à ceux que nous avons décrits précédemment, et ils ont touché terre dans la forêt de Freyr (Luxembourg belge) à 10 b. 40 du matin.
- Les instruments enregistreurs de MM. Richard ont très bien fonctionné. Nous publions ici la reproduction réduite des courbes données par le baromètre (fig. 5), le thermomètre (fig. 4) et l'hygromètre (fig. 5).'
- A 6000 mètres et à 7000 mètres M. Jovis a recueilli de l’air dans des ballons de verre qui ont été analysés par M. H. Bocquillon, pharmacien, successeur de M. Limousin.
- L’air recueilli à 6000 mètres renfermait 20,95 pour 100 d’oxvgène et 70,05 pour 100 d’azote. L’air recueilli à 7000 mètres a donné 20,89 pour 100 d’oxygène et 79,11 pour 100 d’azote. Ces résultats concordent avec ceux de Gay-Lussac et de Humboldt, et prouvent encore une fois que la composition centésimale est la même aux grandes altitudes qu’à la surface du sol.
- En dehors de la vitesse extraordinaire des courants aériens dans les hautes régions, la présence des nuages de givre dans l’atmosphère est un fait des plus intéressants qui mérite, à noire avis, au plus haut point, l’attention des météorologistes. 11 nous montre combien on est loin de connaître la véritable constitution des nuages et des banquises
- . (D’après une photographie andri.)
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- LA NATURE.
- )
- }
- aériennes. Ce n’est pas sans surprise que l’aéronaute rencontre parfois dans ses voyages des couches d’air
- 7t> 30' 8h 3o' 9h 3o' 10h 3o’
- Mètres
- 7000
- .Givre
- 5000
- 3500
- 3000
- Courant S.S.W.
- Courai it Est
- leurs
- Luxembo arg
- Paris
- Fig 2. — Diagramme de l’ascension à grande hauteur du 13 août 1887.
- Fig. 3. — Courbe du baromètre enregistreur (réduite).
- Fig. i. — Courbe du thermomètre enregistreur (réduite).
- Fig. 3 — Courbe de l'hygromètre enregistreur (réduite).
- où se trouvent suspendues, voltigeant çà et là, des paillettes de glace, des nuages froids immergés dans
- un air chaud, et laissant déposer le givre à la surface des corps qui s’y trouvent plongés !
- Gaston TisSandier.
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- RECONSTITUTION DES NIGNOBJLES
- DANS LE MIDI DE LA FRANCE
- /
- M. Eustache a fait à la Société d'encourcujement une intéressante communication sur ce sujet. Il a donné d’abord quelques détails sur les ravages causés par le phylloxéra dans les départements dp Yar, des Bouches-du-Rhône, de Vaucluse, du Gard, de l’Hérault, etc. Aujourd’hui on lutte partout et avec la plus grande vigueur contre le fléau; malheureusement le succès n’a que peu ou point couronné les efforts. La perte annuelle depuis cinq ans est d'environ 1 milliard de francs !
- Les deux moyens qui semblent donner les meilleurs résultats pour combattre le phylloxéra sont la submersion et, le sulfure de carbone, mais le premier, occasionne de grands frais et n’est pas toujours applicable. Le sulfure de carbone donne de bons résultats ; ce liquide s’emploie en injections dans le voisinage des ceps de vigne, soit à l’aide du pal injecteur, véritable seringue de grandes dimensions, soit à l’aide de la charrue sulfureuse. Néanmoins le sulfure de carbone n’empêche pas toujours la mort de la vigne; il lui faut une terre spéciale: une terre légère, meuble, siliceuse, permettant aux vapeurs sulfuriques de diffuser sur une grande étendue.
- Ouoi qu’il en soit de la lutte contre l’insecte ravageur, le succès a été loin de couronner parfont les efforts, et fin 1884, les 2/5 environ du vignoble français avaient succombé aux atteintes du phylloxéra. 11 fallait reconstituer cette source de la fortune publique.
- M. Eustache parle alors de la replanlation des vignes françaises. La reconstitution du vignoble se fît d’abord avec des plants français, mais il vaut mieux ne pas adopter ce mode de faire, et recourir aux plantations de plants américains. Les plantations américaines se font en grand dans les départements de l’Hérault et de l’Aude, et il est à espérer que le succès couronnera les sacrifices des viticulteurs.
- Les frais pour un propriétaire s’élèvent de 1500 à 2000 francs l’hectare et il faut attendre quatre à cinq ans avant d’avoir un rendement quelconque.
- Enfin, pour comble de malheur, le phylloxéra n’est pas le seul ennemi de la vigne, et de la vigne américaine surtout : la chlorose, l’anthracnose, le mildcw, et bien d’autres maladies encore viennent sans cesse la menacer et la faire succomber.
- Malgré ces sombres pronostics, le Midi plante, greffe, reconstitue à outrance, espérant ainsi arriver à retrouver son ancienne fortune et par ce moyen aider à la reconstitution dç la fortune de notre pays.
- — <> —
- LE POLYMORPHISME DU FEUILLAGE
- CHEZ LE PEUPLIER DE l’eüPHRATE
- Il est intéressant, lorsque l’on dispose de riches matériaux d’herbier, d’étudier les diverses transformations de feuillage chez certaines espèces végétales.
- Une des plus curieuses est bien certainement cette espèce de Peuplier, appelée par L’Olivier Popidus Eu-phratica, Peuplier de l’Euphrate, qui, comme son nom
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- l’indique, croit sur les bords de ce grand fleuve asiatique ainsi que dans plusieurs autres parties de l’Arabie. 11 existe également suc les bords de l’fndus, où il a été découvert par MM. de Scldagintvveit pendant leur vovage de 1854 à 1858.
- Le feuillage rentre dans quatre formes géométriques qui sont : 1“ orbiculaire; 2° ovale; 5° lancéolée; et 4° linéaire. L’étude approfondie (pie nous avons faite dans l’berbier de M. Boissier, de Genève, nous a démontré que la première de ces quatre formes est la plus fréquente. Certains échantillons présentent l’association des formes orbiculaire et sub-orbiculaire et certaines même montrent quelques feuilles orbicidaires-ovales.
- Les échantillons à limbes ovales sont moins nombreux que les précédents, mais, comme chez les premiers, il y a, en compagnie de la forme caractéristique, quelques feuilles à contour sub-elliptique, d’autres ovales-lancéo-lées. La tonne lancéolée existe sur un nombre assez grand de rameaux et très rarement avons-nous trouvé l’association de l’une ou l’autre forme. Les rameaux à feuilles linéaires sont plus rares et bien certainement, à
- Feuilles du peuplier de l'Euphrate (Populus Euphralica).
- première inspection, on ne les considérerait pas comme appartenant à la même espèce que ceux caractérisés par les trois autres formes de feuilles.
- Si le contour de la feuille varie sur un même rameau, le sommet du limbe est également très polymorphe; dans certains cas il est aigu ou obtus, la forme ovalaire est terminée par une pointe plus ou moins longue ; ou le sommet est obtus ou arrondi. Quant aux feuilles lancéolées, le sommet s’amincit en une pointe plus ou moins longue. Enfin, les feuilles linéaires sont aiguës le plus ordinairement, d’autres ont leur sommet arrondi.
- Les proportions du limbe sont également très intéressantes à étudier. Prenant des limbes de 5 centimètres de hauteur, on trouve, comme largeur, les mesures suivantes : 6; 4,5; «5; 2,5 centimètres. Chez les feuilles linéaires de 9 centimètres de hauteur on observe des diamètres de 0,4 à 2,5.
- L’étude approfondie d’une espèce démontre à l’évidence toute son importance au point de vue de l’unité spécifique. Aussi polymorphe qu’est le Peuplier de l’Euphrate, il est à craindre que plusieurs des formes ne soient érigées au rang d’espèces.
- Grâce aux riches matériaux de l’herbier de M. Boissier et au magnifique envoi que j’ai reçu de MM. de Schla-gintweit, j’ai pu débrouiller une question d’unité spécifique importante. Alfred Wermael,
- Nimy tMons), 18 avril 1887.
- DÉCOUVERTES PRÉHISTORIQUES
- EX ESPAGNE
- Les progrès des sciences préhistoriques sont un des laits remarquables de notre époque. Nous avons retrouvé des aïeux absolument oubliés et restitué à l’histoire des siècles inconnus. C’est à l’elfort d’explorateurs habiles que nous devons ces résultats. Parmi eux il faut placer deux jeunes ingénieurs belges, MM. Siret. Ils nous tout connaître des races nouvelles et ils nous apprennent une civilisation qui offre de notables différences avec celles étudiées jusqu’ici1. Les fouilles exécutées le long de la cote espagnole entre Carthagène et Alméria ont mis an jour trente stations anciennement habitées par l’homme et donné plus de douze mille objets qui forment une collection riche et variée.
- Grâce à ces découvertes, nous pouvons suivre pas à pas, pour ainsi dire, les progrès accomplis par ces races inconnues hier encore. Dans les stations les plus anciennes le métal fait définit; elles ne donnent, <{ue des haches en diorite, des coquilles perforées, des poteries d’une facture toute primitive. Puis le cuivre apparaît, sans que nous puissions dire à quel moment. L’art du fondeur a-t-il été apporté par des étrangers? Les indigènes ont-ils su, par leur seule initiative, utiliser les mines importantes que leurs montagnes recèlent? Nous savons seulement que la hache, le couteau, la pointe de flèche sans ailerons, étaient fabriqués sur place, car on a retrouvé l’atelier du métallurgiste avec l’attirail de son métier, les moules, les vases en terre servant de creusets, les scories cuivreuses jonchant le sol, et jusqu’à des pièces ébauchées. L’art du fondeur n’est pas le seul indice d’une civilisation plus avancée. Les habitations sont construites avec plus de soin, l’industrie du potier s’est perfectionnée, les armes, les instruments offrent des formes plus élégantes. Sur d’autres points, les bourgades sont des camps fortifiés, situés sur des collines escarpées et défendus, là où la nature n’avait pas fait tous les frais, par de grands murs en pierres, à peine cimentées avec un peu d’argile. Six stations enfin répondent à l’àge de bronze; l’étain a certainement été apporté, car on n’en trouve aucune trace dans les exploitations du pays.
- Les sépultures méritent une mention particulière. Dans tous les temps et sous tous les climats, la sé-
- 1 Les premiers âges du métal dans le sud-est de l'Espagne, Bruxelles, 1887. Les découvertes de MM. Siret leur ont mérité le grand prix de 20000 francs, fondé par D. Francisco Martorell y Pena en faveur du meilleur travail sur l’ar-cbéologie espagnole.
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- LA NATURE.
- pulture a été delà plus haute importance et un sentiment religieux paraît toujours s’associer à la mort. « Priver les hommes de sépulture, dit Euripide, c'est mépriser les dieux. » Mais si l'idée persiste à
- travers les âges, les rites, les usages varient singulièrement, et il est difficile d’imaginer un mode de sépulture qui n’ait été pratiqué par l’homme. Dans la province d’Almeria, à l’Argar, par exemple, la
- Fig. 1. — .Nouvelles découvertes préhistoriques eu Espagne. — Exemple d'inhumation dans une jarre.
- demeure du vivant devenait le dernier asile du mort; plus tard de véritables cimetières sont établis; dans l’un, d’eux on a fouillé jusqu’à douze cents tombes. L’inhumation , tantôt dans des jarres ( fig. 1), tantôt dans des cistes construits en pierre (lig. paraît le mode le plus usité, et toujours on plaçait auprès du mort, les armes, les instruments, les ornements, les vases que l’on croyait nécessaires dans la vie nouvelle qui s’ouvrait pour lui.
- Dans les tombes renfermant des hommes, on trouve toujours une hache plate en cuivre ou en bronze; dans les tombes de femmes, un poignard et un poinçon, l’outil domestique par excellence. Les bijoux se rencontrent auprès (les deux sexes, plus abondants
- peut-être et plus riches chez les femmes.
- L'inhumation dans des jarres n'est pas un fait
- nouveau. A l’aurore des temps historiques, les Chaldéens plaçaient leurs morts dans des vases en terre. Deux jarres jointes par le goulot et cimen- ' tées avec du bitume devenaient la dernière demeure de l’homme. -Les fouilles du palais de Nabu-chodonosor ont aussi donné des corps repliés sur eux-mêmes renfermés dans des urnes mesurant 0m,66 de hauteur sur 0m,52 de largeur. Ce même mode était usité à Travancore dans l'Inde, ou selon la tradition les corps des jeunes vierges immolées en l’honneur des dieux étaient déposés, à Sfax, dans la Chersonèse de Thrace et aux pieds de la colline où fut Troie. Le tumulus
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- do, Hanai-Tepeh renfermait un squelette accroupi dans une vaste amphore, et les riches Japonais aimaient à reposer dans d'immenses jarres, chefs-d’œuvre de la poterie indigène. Si nous traversons
- l'Atlantique, nous verrons le même usage au Pérou, et des fouilles récentes ont mis au jour, sur les rives du Mississipi, deux grands bassins de forme rectangulaire agglutinés avec de la ferre glaise,
- qui renfermaient le corps d’un jeune enfant. 11 est curieux de retrouver toujours et partout les mêmes coutumes et de constater le génie de l’homme toujours semblable dans ses multiples inventions.
- En Espagne, les jarres étaient couchées horizontalement et la gueule était fermée au moyen d’une grosse pierre.
- Dans celle que nous avons reproduite (fig. 1) on peut voir, auprès du crâne, trois pendants d’oreilles enroulés en spirale ; deux sont en bronze, le troisième en argent; à ces bijoux adhèrent encore des fragments de toile de lin conservés jusqu’à nous, grâce à la présence des sels de cuivre qui les ont imprégnés. Le squelette portait à son doigt une petite bague et à côté de lui gisait un poinçon indiquant son sexe.
- A la station deFuente-Alamo (fig. 3), qui date de la même époque que l’Argar, les sépultures sont construites_en dalles de grès. Les dimensions d’un
- de ces caveaux ne sont que de 0m,82 en longueur, 0m,55 en largeur et 0m,50 en profondeur. Deux
- morts, un homme et une femme, reposaient dans eet étroit espace. Sous le crâne de la femme, on relevait les débris d’un ruban en argent qui probablement avait servi de diadème ; sur les ossements de l’autre squelette était étendue une épée en bronze à lame plate et garnie, de rivets. Les poteries déposées dans la tombe sont belles, elles étaient fabriquées sans l’aide de la roue du potier. De nombreux vases, comme ceux de la Grèce primitive, ou comme ceux recueillis à Troie, sont apodes.
- On a trouvé auprès d’un crâne de femme, venons-nous de dire, les débris d’un diadème en argent. Un autre de ces diadèmes, cette fois complet, était placé sur la tête même du mort (fig. 4). Sa forme singulière mérite d’être signalée ; c’est un simple ruban de métal, avec un appendice
- Fig. 4. — Crâne ceint d’un diadème d’argent.
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- LA NATURE.
- forme d’une plaque mince (l'argent. La position de cet appendice est étrange et inconnue jusqu’ici. Faut-il supposer (pie le diadème a été retourné au moment de l'ensevelissement, ou qu’il a glissé lors de la décomposition cadavérique? Des boucles d’oreilles de forme ronde, des boules en os ou en pierre complètent les ornements trouvés dans celte tombe. Dans un autre, on a recueilli un bracelet du poids (K I I 4 grammes, formé d’un gros fil d’or enroulé. Sur plusieurs points de la côte, on a reconnu de petits filons d'or et d’argent, affleurant le, sol ; ils avaient été exploités dès la plus liante antiquité et leur rareté avait mis ces métaux en honneur.
- Quels étaient ces bonnnes qui apparaissent au dix-neuvième siècle après un si long oubli? A quelle race appartenaient-ils? De quelle région leurs ancêtres étaient-ils partis? On sait combien tout ce qui touche aux origines des peuples est obscur. Si une conjecture est permise, je n’hésiterais pas a rattacher ces vieux habitants de l’Espagne à la grande race qui a précédé les Aryas sur notre continent et dont les Ibères, les Pélasges, les Ligures, les Berbères d’Afrique, d’autres incore, étaient les rameaux. Les premiers sont sans doute ceux dont MM. Siret viennent de retrouver les habitations et les tombes.
- Marquis de Nadaillac.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- SUR LE JEU DE D 0 MIX O S 1
- On s’était proposé, depuis bien des années, de rechercher le nombre de toutes les manières possibles d’aligner les vingt-huit dés d’un jeu de dominos, en se conformant à la règle ordinaire. Mais on ne connaissait jusqu’à présent qu’une seule solution de ce problème fort difficile qui semblait rebelle à toutes les méthodes d’investigation. Le nombre des solutions du problème des dominos a été donné, pour la première fois, en 1859, par le docteur Reiss, de Francfort, auquel on doit encore la théorie mathématique du jeu du Solitaire (Journal de Crelle, t. LIV. Berlin).
- Le travail du docteur Beiss sur le jeu de dominos a été publié, après la mort de l’auteur, dans les Annali di matematica, à Milan, en 1871. Mais son mémoire, bourré de chilfres, remplit 58 pages in-4°, et les développements qu’il comporte renferment des tableaux numériques et des calculs nombreux, trop compliqués pour être intéressants et trop exclusifs puisqu’ils n’avaient d’autre but que la solution du problème en question.
- Le résultat obtenu est celui-ci : Le nombre des manières de disposer en ligne, en comptant pour deux les mêmes dispositions rectilignes de droite à gauche et de gauche à droite est
- 7 959 229 951 520.
- Ce nombre doit être considéré comme exact; nous avions déjà reçu de M. l’abbé Jolivald un travail assurément ingénieux, qui simplifiait beaucoup la solution du problème et qui conduisait au résultat du docteur Reiss.
- Au congrès tenu à Nancy, l’année dernière, par l’Association française pour l’avancement des sciences, M. Tarrv, ancien élève de l’Ecole polytechnique, contrôleur des contributions diverses, à Alger, a présenté un mémoire tort intéressant qui venait continuer l’exactitude des solutions précédentes. La simplicité de la méthode employée, et la rapidité du procédé permettent d’appliquer ce mode de recherche à un grand nombre d’autres questions de mathématiques.
- La méthode de M. Tarn repose sur une jolie remarque qui a été faite par M. Laisant1. Si l’on supprime les doubles du jeu de dominos, il reste 21 dés que l’on peut figurer de la manière suivante. On trace un heptagone ou polygone de sept eôlés, et l’ensemble de ses diagonales; en d’autres termes, on prend sept points que l’on désigne par 0,1,2,5,4,5,6, et que l'on joint deux à deux de toutes les manières possibles.
- La ligne 1 5, par exemple, représente l’as-trois; la ligne 0 4 représente le blanc-quatre Fig> u _ Jeu (le dominos. et ainsi des autres. Par conséquent, le problème de placer en rond les 21 dés du jeu de dominos, sans les doubles, revient à décrire d'un seul trait continu la figure 1, en passant sur toutes les lignes, une seule fois, sans faire sauter la plume ou le crayon, et sans fragmenter les diagonales.
- LES LABYRINTHES.
- La question de décrire par un seul trait, sans arrêt, ni répétition, une figure géométrique, a été exposée pour la première fois, par Euler, dans un mémoire fameux sur les Ponts de la Prégel, publié dans les mémoire'» de l’Académie des sciences de Berlin pour l’année 1751. Plus récemment, cette question a été développée par Clausen, dans les Astronomische Nachrichten, puis par M. Emile Lemoine au congrès d’Alger, et tout dernièrement par M. l’abbé Lecointe, dans le Cosmos. Mais tous ces travaux ne portaient que sur la possibilité ou l’impossibilité de la description en un ou plusieurs traits, et non pas sur le nombre des tracés.
- Ainsi, par exemple, il n’est pas possible de décrire en moins de deux traits la figure formée par les côtés d’un rectangle et ses diagonales (fig. 2), et en moins de quatre traits la figure 5. Rien n’est plus simple que de déterminer le plus petit nombre de traits continus pour décrire une figure ou un laby-
- 1 Voir les 751 et 754 (te La Nature,
- Voir Récréations malhénatiques, t. II. p. 229.
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- LA NATURE.
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- rinthc. On compte le nombre de points ou carrefours auxquels aboutissent des lignes ou chemins en nombre impair; le nombre de ces points est toujours zéro ou un nombre pair, et sa moitié indique le nombre minimum des parcours. Lorsqu'un labyrin-
- the ne contient aucun carrefour d’ordre impair, on peut le parcourir d’un seul Irait. Voici, dit-on, (fig. 4), la signature que Mahomet dessinait d’un
- des parcours d’un labyrinthe à un seul carretour est le double du produit, de tous les nombres pairs plus
- Fi»'. 7 et 8. — Labyrinthes à carrefour unique.
- petits que le nombre des chemins qui aboutissent au carrefour.
- CHEMIN DK K K R A DOUBLE V01K.
- Lorsqu’un labyrinthe ne contient que des impasses, mais à e rrefours différents, on peut encore appliquer le même procédé, et ainsi, par exemple, résoudre le problème suivant : Lu chemin de 1er à
- A B C D E F G
- C>-^v>- O •-•-G - • O'—O- • O
- Fi". ît. — Chemin de fer à double voie.
- seul coup sur le sable avec la pointe de son cimeterre. On peut aussi décrire d’un seul trait les lignes de la figure 5, et le nombre des manières de faire retracé est très considérable.
- FKKMKTTRK D’UNE EM CASSE.
- La méthode de M. Tarn repose sur deux ou trois problèmes préliminaires fort simples; le premier concerne la suppression des impasses. On appelle impasse tout chemin dont les deux extrémités aboutissent à un seul carrefour; soit J une impasse aboutissant au carrefour A (fig. 6) auquel aboutissent en outre d’autres chemins en nombre pair, au nombre de six, sur ht ligure. Dans chacun des parcours complets du labyrinthe, on passera trois fois au point A; à l’un quelconque de ces passages on peut, parcourir l’impasse dans deux sens. Par conséquent, chaque fois que l’on ferme une impasse, il faut multiplier, par la moitié du nombre des autres chemins du labyrinthe réduit qui passent au carrefour, le nombre des parcours complets du labyrinthe réduit.
- LABYRJXTHES A UX SEUL CARREFOUR.
- Les labyrinthes à un seul carrefour peuvent affecter des formes diverses, mais ils sont uniquement formés d’impasses. En appliquant le résultat précédent, en fermant successivement une impasse,-on voit que le nombre des parcours des labyrinthes des figures 7 et 8 est égal à
- 6 X 4 X 2 X 2 = 96.
- Le dernier facteur 2 représente les deux sens du parcours de la dernière impasse. En général, le nombre
- Fig G. — L’im , passe.
- double voie renferme sept stations, et le train peut changer de voie à chacune d’elles; déterminer le nombre des parcours complets. En supprimant successivement l’impasse A (fig. 9), puis l>, etc., on trouve
- 2 X 2 X 2 X 2 x 2 X 2 = 64,
- et en général le produit de facteurs égaux à 2 dont le nombre est égal au nombre des intervalles entre les stations.
- CHEMIN DE FER DE CEENTURE.
- Pour déterminer le nombre des parcours complets d’un chemin de ceinture à double voie (fig. 10), on doit observer que si les deux voies d’un intervalle entre deux stations sont parcourues successivement, aller et retour, le reste du chemin revient à celui de la figure 9; mais chaque intervalle peut être* parcouru ainsi a l’exclusion de tous les autres; ce qui fait six lb's le nombre précédent ; enfin si les deux voies d’un intervalle ne sont jamais parcourues successivement, on a encore une fois ce nombre; donc en tout (6 H- J)X 64, et en général pour n stations, il y a (u-f- 1)2“ parcours. La solution précédente a été donnée par M. Pelannoy, intendant militaire à Orléans.
- 10. — Chemin de. ceinture.
- l'ÉRÉCRINATlOXS d’ü.NE FOURMI.
- Lorsque le labyrinthe n’a que deux carrefours, il se compose d’impasses que l’on peut d’abord supprimer; il reste formé de chemins en nombre pair,
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- LA NATURE.
- réunissant les deux carrefours, et sans se croiser. La détermination du nombre des parcours revient au problème suivant : Un melon a douze côtes; une fourmi visite successivement les douze vallons qui séparent les côtes et revient à son point de départ. Quel est le nombre de manières d’accomplir ce voyage de pérégrinations?
- La fourmi, placée en un point d’un vallon, peut d’abord choisir entre deux sens; mais, arrivée a l’un des pôles du melon, elle a le choix entre onze vallons, et lorsque celui-ci est parcouru, il lui en reste dix autres, et ainsi de suite. Par conséquent le nombre cherché est
- 2 X1X 2 X 5 X 4 X 5 X 6 X 7 X 8 X 9 X10 x 11
- ou 091)16 800. En général, c’est le double du produit de tous les nombres entiers plus petits que le nombre des chemins.
- surpression d’ux carrefour.
- La méthode deM. Tarry consiste dans l’application des résultats précédents en y ajoutant l’étude de la suppression d’un carrefour. On ramène ainsi la recherche de la description d’une figure géométrique quelconque, ou du parcours d’un labyrinthe, à plusieurs autres, parfois identiques, contenant un carrefour en moins, et finalement a un labyrinthe à deux carrefours, c’est-à-dire au cas de la fourmi; mais on commence toujours par la fermeture des impasses, s’il y a lieu. Nous expliquerons la dernière partie de la méthode, sur la figure il, formée par les côtés et les diagonales d’un pentagone, c’est-à-dire sur le jeu de dominos terminé au double-qu atre.
- Fig. 11.
- Fig. li.
- En O aboutissent quatre chemins a,b,c,d; on peut les souder ensemble deux à deux, de toutes les manières possibles :
- ab d’une part et cd d’autre part donne figure 12. ac — bd — figure 15.
- ad — bc — figure 14.
- Le carrefour 0 se trouve supprimé, et le nombre des tracés de la figure 11 est égal à la somme des nombres de parcours des trois autres figures.
- Mais ces trois nouveaux labyrinthes sont équivalents puisque les carrefours A et R, C et D sont réunis par deux chemins, et que les autres jonctions ont lieu par un seul. Il suffit donc de tripler le nombre des parcours des labyrinthes (fig. 14).
- On peut supprimer le carrefour I) de trois manières, comme précédemment. La soudure de a et b donne la figure 15, et après suppression de l’impasse, la figure 10; nous nous trouvons ainsi dans le cas de la fourmi 2x1 X2xo ou 12 tracés.
- Fig. lo.
- La soudure de a et c, ou de a et d donne deux fois la figure 17. Celle-ci, par la suppression du carrefour C donne par soudure de a et b, la figure 18 qui donne 8 tracés.
- Et par soudure de a et c, ou de a et d deux fois la figure 16. Donc encore 24 tracés.
- Ainsi au total deux fois 12 + 8-1-24 ou 88.
- La figure 14 se décrit donc de 88 manières, et le pentagone (fig. 11), de 264 manières différentes.
- jusqu’au double-six.
- En appliquant le procédé de réduction à la.figure I de l’heptagone, on trouve en quelques heures Je nombre donné par Reiss pour les dispositions circulaires des dominos, sans les doubles, c’est-à-dire
- 129 976 520.
- Pour tenir compte des doubles, il faut ajouter une impasse à chacun des sommets de la figure 1, en la comptant pour moitié de sa valeur effective, parce que celle-ci peut être décrite dans deux sens, tandis que le double du jeu de dominos est identique dans ses deux parties. Par suite, il faut multiplier le nombre précédent successivement par 5 sept fois ou par 57 = 2187.
- Enfin, pour obtenir les dispositions rectilignes, il suffit d’ouvrir une disposition circulaire quelconque, dans l’un des vingt-huit intervalles des dominos; ce qui revient à multiplier par 28. Ainsi la solution du problème de Reiss, obtenue d’abord par un si grand labeur, doit être considérée comme exacte ; la solution de M. Tarry constitue un très grand progrès dans l’étude des questions de ce genre, mais nous pensons que l’on finira par trouver des méthodes plus rapides encore. Edouard Lucas.
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- LA N AT U HE.
- 2<21
- LA MER MORTE DE PALESTINE
- NOTES DE VOYAGE
- En revenant de mon exploration des formations glaciaires du Sinaï, j'eusse voulu reprendre l'étude de l'ancienne communication de la mer Morte avec la mer Bouge. L'état de surexcitation des Bédouins do l'intérieur ne me permit pas de remonter le ouady Arabali par Pelra. Je dus me contenter d'un tour à la côte occidentale de la mer Morte à partir de Jérusalem. Cette excursion est très facile. Parti de Jérusalem à cheval, entre (5 et 7 heures du matin, en compagnie de deux naturalistes américains, je suis
- arrivé vers 2 heures de l’après-midi près de l'embouchure du Jourdain. Un quart d’heure après, mes compagno s et moi, nous prenions un bain dans la mer, h 400 mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée, aux ports de Jaffa et de Marseille, sans réussir à plonger sous la surface liquide, malgré tous nos efforts. C'est que la densité de l’eau dépasse ici celle de toutes les mers connues. J'y ai recueilli des morceaux de bitume flottants. Un vernis salin enduisait tout notre corps au sortir du bain. A la surface, la température de l’eau salée était de 22° centigrades, contre 1 7° observés dans le courant du Jourdain, en amont, deux heures plus tard.
- Bien de plus morne que le paysage où s'étale la
- Vue de la mer Jlortc. (D’après une photographie de l’auteur.)
- nappe bleue de ce lac ou de cette mer. A vrai dire, la mer Morte n’est qu'un grand lac salé. Les Arabes l’appellent Bahr-Lout, la mer de Loth, en souvenir trime tradition biblique qui raconte que la femme de Lotit y a été changée en une statue de sel en punition de sa curiosité. Chez les Juifs, la mer Morte avait le nom de mer Salée, mer de LArabab ou du désert, mer Aspbaltite. Pour venir, le chemin que nous avons suivi passe par Ncbi Mouça, le tombeau de Moïse. Triste pays au point de vue de la culture, pourvu seulement de quelques pâturages maigres, rocailleux, mais rempli de sites pittoresques, malgré leur sévérité. Depuis les hauteurs, ht mer Morte est visible de loin, étendue au fond d’un large bassin entaillé dans les montagnes. Jérusalem
- se trouve à 779 mètres au-dessus du niveau de la Méditerranée, en sorte que la descente jusqu’au niveau de la mer Morte atteint 1170 mètres environ, un peu plus que l’altitude absolue du col de la Schlucht, dans nos Vosges de France. A la descente, on constate la présence de terrains correspondant a d'anciens niveaux du lac. Après les couches calcaires horizontales viennent des dépôts de limon, pareils à notre Lehm d'Alsace. Par-ci, par-l'a, des mares d'eau et des fonds marécageux, qui alternent avec des grèves de cailloux roulés et des bois flottés sur le bord du lac.
- La différence de niveau entre la mer Morte et la Méditerranée, a été signalée pour la première fois en 1857, à la suite d’observations barométriques de
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- LA N A TL H K.
- l’eke et de Schubert. Lu 1858, IWtou et llussegger évaluèrent cette différence à plus de 17)00 pieds, tandis que des mesures Irigonomélriques ultérieures de Simonds la fixèrent à 504 mèlres. En réalité, le niveau varie de .10 à Là pieds d'une époque à l'autre de l’année. Los Lois flottés -visibles sur le littoral, a distance de l'eau, indiquent l'existence de ces variations au premier coup d'œil. Pendant l'hiver, des pluies [tins ou moins abondantes sur les plateaux environnants amènent des quantités d'eau considérables, par les ouadys, par les ravins débouchant sur tout le périmètre, comme par la vallée du Jourdain. Près des rives, l'eau paraît très limpide. Les baigneurs surnagent comme des morceaux de bois, sans descendre au fond, mémo à proximité de l'embouchure du Jourdain, assez fort en ce moment, au commencement d’avril, par suite des pluies. Avalez-vous une gorgée d’eau pendant le bain, vous lui trouvez un goût détestable, une saveur huileuse et amère. Des expériences exactes montrent que la proportion des matières dissoutes varie près de la surface suivant l'époque de l'année. Les sels en dissolution consistent en composés de soude et de magnésie, qui donnent à l’eau sa grande pesanteur spécifique et son goût désagréable. Quoique limpide, cette eau n’a pas une grande transparence, car le1 fond devient invisible à une laible profondeur, par suite de la quantité de matières salines. Kn temps ordinaire, la surface parait d'un beau bleu ; mais elle présente aussi, a certains jours, une légère teinte verdâtre. Des sondages du capitaine américain Lynch, buts en 1848, repris et vérifiés en 1864 par l’expédition française du duc île Luynes, portent la profondeur de l’eau à 180 brasses ou 1080 pieds au milieu de la cuvette. Kntre Aïn-Terabeh et la bouche du torrent Zerka-Maïn, [dus au nord, eetle profondeur va à 1708 j)ieds ou 218 brasses, pour descendre à 2 brasses, moins de 4 mètres au sud de la presqu'île Lisàn, la Langue.
- Une longue faille, allant du grand llermon au golfe d’Akaba, dans la mer Iîouge, sur une longueur de 500 kilomètres, forme la vallée dans laquelle le Jourdain s’écoule. Cette vallée, que les Arabes riverains appellent le Ghor. présente dans son développement trois . bassins lacustres successifs, dont la cuvette de la mer Morte est le plus considérable. 11 y a d’abord, au nord, le Dahr-el-llouleh, à peu près au niveau de la Méditerranée, puis la mer de Tibériade, Rahr-Tabarijeh, déjà à 194 mètres plus bas. Dans ce pays, tout lac est une mer, comme dans les Vosges lorraines et dans l’Eifel de la Prusse rhénane. Aux environs de Jéricho, aujourd’hui Kr-Riba, les montagnes du Ghor s'écartent un peu de l’axe de la vallée; mais plus loin, elles courent parallèlement au Jourdain. La largeur même de la mer Morte change peu sur toute son étendue, longue de 40 milles sur 0 de large. A partir de l'extrémité sud, une [daine basse, marécageuse, inondée quand le niveau du lac s’élève, après la pluie, en forme la continuation. Dans la plaine du nord, vers Jéricho,
- on remarque à la surface du sol beaucoup d’ei’llo-rescences salines. Evidemment, la salure de la mer Mode lient à l’évaporation des eaux, qui amènent les matières salines en dissolution des parties supérieures do la vallée du Jourdain. L’évaporation paraît plus forte que l’afllux de l'eau en temps ordinaires. Ainsi, peu à peu, dans la suite des temps, la mer Morte tend à se transformer en un dépôt de sel gemme, comme celui du Djebel Usiloum, dont la base plonge en quelque sorte dans le lac.
- Plusieurs géologues ont pensé que le Jourdain franchissait autrefois la mer Morte et descendait le ouady Arabah jusqu’à la mer bouge. Entre autres, l’abbé Moigno admettait qu’un soulèvement, contemporain de celui du seuil de Suez, en avant du lac ïimsah, que j’ai examiné au mois de mars, a fait reculer le Jourdain dans le grand lac, à l’époque de l’exode des Hébreux. Cet événement serait consigné au psaume 115 : « In exila Israël de Æ~ ggplo.... Mare vidit et fagit : Jordank conversas est relrorsam. Montes exidtaverunt ut arietes, et colles sicut agni ovium.... A facie Dornini mota est terra; a facie Dei Jacob! » Toutefois, M. Louis Lartet. un des compagnons du duc de Luynes, en 1864, conteste que les eaux du Jourdain aient jamais coulé dans la mer Rouge par le golfe d’Akaba. Un seuil élevé sépare aujourd’hui le bassin de la mer Rouge du bassin de la mer Morte, au milieu du ouady Arabah. Ce seuil forme la séparation des eaux entre les deux bassins. Au nord, les ouadys latéraux sont creusés dans la direction de la mer Morte, et inversement sur le versant méridional du seuil. Nulle part, M. Lartet n’a trouvé dans les dépôts sédimentaires des coquillages ni des coraux dont les especes vivent encore dans la mer Rouge. Selon notre collègue de la Société géologique de France, l’ouverture de la faille, dont la mer Morte occupe le fond, serait antérieure à la formation des dépôts crétacés dont sont formées les montagnes de Judée et de Moab, comme toute la moitié septentrionale de la péninsule du Sinaï. M. Lartet a donné le nom de formation de la Lisàn aux dépôts modernes sur le pourtour de la mer Morte. Ces dépôts sont constitués par d’innombrables feuillets d’un grès clair, alternant avec des strates minces de substances salines, qui renferment du gypse et de grands cristaux de sulfate de chaux, en fer de lance, comme j’en ai observé au Sahara algérien. Par places ces couches atteignent ensemble plus de 100 mètres d’épaisseur, preuve d’une plus grande élévation de l’ancien niveau du lac. Je n’ai pu trouver dans ces grès, relativement récents, aucune trace de végétal ni d’animal. Par contre, j’ai recueilli sur la rive septentrionale du bitume roulé sous forme de galet ordinaire.
- Rejeté par les flots, cet asphalte provient soit de sources profondes, soit des gîtes bitumineux du ouady Mahahoual. 11 renferme des traces de fibres ligneuses et des vaisseaux d’aubier. Probablement son apparition se rattache à l’action de couches thermales puissantes sur les couches de lignite, abondantes en
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- LA NATURE.
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- Syrie. Los eaux thermales, dont les vapeurs soûl soumises à une énorme pression, peuvent extraire, sous 1’efTet de leur température élevée, les produits bitumineux des dépôts de lignites pour les amener ensuite à la surface du sol. D’un autre côté, les éruptions basaltiques qui se sont fait jour dans le Liban et dans la vallée supérieure du Jourdain ont pu détourner de leur direction primitive d’anciens affluents dont les eaux n’arrivent plus à la mer Morte. A l’époque des glaciers du Sinai, dont j’ai découvert les traces certaines autour du mont Ser-bal, le Jourdain devait avoir aussi un plus fort volume qu’aujourd’lmi. Les montagnes du Liban et de l’Anti-Liban présentent, comme le Sinaï, des traces manifestes d’anciens glaciers contemporains de nos glaciers disparus des Vosges. Maintenant encore, lors de la fonte des neiges de l’Ilermon, le Jourdain coule à pleins bords, pour se réduire ensuite pendant la sécheresse. A ce moment, vers la fin de la saison pluvieuse, les ouadys desséchés, qui aboutissent à la mer Morte, voient renaître leurs torrents aux flots jaunâtres. Charles Gbad,
- Correspondant de l’Institut
- CHRONIQUE
- Les chiens militaires. — Les Allemands satisfaits des premiers essais tentés pour dresser les chiens à un service militaire, viennent, disent les journaux allemands, de continuer leurs expériences sur une plus grande échelle. Le 14e bataillon de chasseurs, eu garnison à Schxverin, se livre, en ce moment, d’une façon suivie, au dressage des chiens pour le service des avant-postes. D’après la Revue du cercle militaire, dix ou douze chiens ont été adjoints à ce bataillon et accompagnent les patrouilles et les reconnaissances. Des notes écrites au crayon sont fixées à leurs colliers, notes que ces chiens doivent porter des avant-postes au gros du bataillon. On les utilise aussi sur les champs de tir : ils y font le service entre les cibles et les stands, qui sont quelquefois à une grande distance les uns des autres. La nuit, lorsque le bataillon bivouaque, les chiens se trouvent aux avant-postes et dénoncent par leurs aboiements l’approche de personnes étrangères au bataillon.
- Les pigeons voyageurs. — La Société colombophile de Paris a donné, dimanche 7 août 1S87, son premier concours pour jeunes pigeons nés en 1887. Résultat de ce concours : 583 jeunes pigeons lâchés à Yierzon à 0 heures du matin. Vent sud. Distance de Paris, 200 kilomètres. Le premier pigeon est arrivé à Paris à 8 h. 57 m. du matin ; le deuxième à 8 h. 57 m. 15; le troisième à 8 h. 57 m. 50 ; le quatrième à ü heures. Le premier pigeon a donc fourni la vitesse de 1125 mètres à la minute ou 07 kilomètres et demi à l’heure.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 août 1887.— Présidence de M. Hervé Maxgok.
- Physique. — M. Bertrand donne une formule qui fournit la tension maxima de la vapeur d’eau à toute température. 11 part de cette hypothèse, que la vapeur d’eau pos-
- sède une chaleur spécifique variable avec la température. Il donne la forme nécessaire de la relation qui doit remplacer la loi de Mariotte, quelle que soit la fonction qui lie la température et la chaleur spécifique de la vapeur d’eau. A toute température, le produit du volume par la pression doit être proportionnel à la température absolue augmentée de 127.
- Le quotient
- p X V
- « H-127
- 7? doit donc être constant.
- L’expérience confirme ce résultat d’une manière très approchée.
- Enfin M. Bertrand donne la loi suivante : la pression à toute température s’obtiendra en multipliant une con-
- stante par le rapport
- l™
- M. Bertrand contrôle sa
- + 127
- formule à l’aide des nombres de Régnault. Toutefois il ne croit pas avoir découvert une loi de la nature. 11 est intéressant de mentionner les nombres énormes mis en jeu par cette formule.
- Géographie. — M. Bouquet de la Grye communique le résultat des opérations entreprises pour fixer avec exactitude les coordonnées géographiques d'un point de nos possessions du Tonkin. On a fait choix du port d’Haï-phong dont on a déterminé la différence de longitude avec l’observatoire de Ilonkong. En chaque station l’heure sidérale a été déduite d’observations méridiennes; des signaux électriques ont été échangés par le câble. Les calculs ont donné: longitude est, 6h,57m,22s,05, Si l’on rapproche ce nombre du résultat obtenu pour ce même port d’Haïphong, par M. Héraut, à l’aide de la méthode chronométrique, on relève un écart de 2%8. Cette différence est une sorte de mesure de la précision que l’on peut espérer tirer de la méthode qui consiste à déduire une différence de longitude de la marche calculée d’un chronomètre.
- Météorologie. — M. Dufour, de Genève, a réuni une grande quantité de remarques et d’observations relatives à une trombe qui s’est montrée sur le lac Léman, le mercredi 19 août, à 7 heures et demie du matin. La trombe s’est formée sur le lac, par un vent du 8. 0., elle a abordé la rive suisse, en un point où le chemin de fer côtoie le bord du lac, à une distance de quelques mètres. En touchant terre elle a disparu : sa pointe est remontée vers le ciel, donnant, dit M. Dufour, le spectacle « d’un serpent qui relire sa queue ». Un bateau à vapeur qui naviguait sur le lac, a vu apparaître et disparaître la trombe. Le phénomène a duré huit minutes environ. Le pilote a vu distinctement la trombe, il a déclaré que l’eau montait dans la trombe. C’est aussi l’apparence du phénomène pour un cantonnier du chemin de fer qui travaillait sur la voie, à quelques mètres du point où la trombe a abordé le rivage. Le ciel était couvert, mais nullement orageux ; des averses tombaient dans le voisinage de la trombe. Enfin, un autre observateur, M. Testu, a observé la trombe sur le lac du rivage où il était placé. Elle était alors à une distance de 500 mètres environ et marchait droit sur lui; à 200 mètres de terre, la direction de la trajectoire s’est infléchie à angle droit. L’extrémité de la trombe ressemblait à de la fumée opaque. Elle était inclinée sur l’horizon, ce qui montrait, d’après la direction du vent, que la partie supérieure avançait avec une vitesse plus grande. En résumé, le phénomène paraît s’être formé à 5500 mètres du rivage suisse, au point de rencontre des deux vents soufflant, l’un du sud, l’autre de l’ouest. La hauteur de la trombe était d’environ 100 mètres.
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- 22 4
- LA NATURE.
- M. F;iye analyse un livre de M. Finlay, chef du Signal Office américain. Ce livre a été écrit pour répondre aux préoccupations grandissantes des populations des Etats-Unis à l’égard des ravages exercés par les tornados durant ces dernières années. M. Finlay, après avoir constaté que la science est impuissante à expliquer ou à prévoir ces catastrophes, établit qu’il serait possible, dans une certaine mesure, d’atténuer les désastres qu’elles provoquent en limitant les pertes aux destructions matérielles. 11 n’est pas possible de construire aucun édifice capable de résister à la violence terrible du phénomène et d’offrir un abri sur aux malheureux habitants d’une contrée dévastée ; M. Finlay décrit la construction de véritables casemates mises en communication avec l’intérieur des maisons par un souterrain de quelques mètres. Ces casemates ne devront pas former saillie sur le sol; elles devront être protégées par une couche de terre épaisse de 1 mètre et demi. En oulre, un système d’avertissement devra être organisé dans chaque village. M. Finlay recommande à l’habitant d’une maison non pourvue de souterrain, de s’adosser au mur exposé à l’ouest, dans la pièce la plus basse. Les tornados progressant toujours de l’ouest vers le nord-est, les débris sont projetés vers l’est et la chance de salut est plus grande. Des compagnies se sont formées pour favoriser la construction des casemates. M. Finlay constate que durant ces cent vingt-cinq dernières années, on a observé 1864 tornados ; cc nombre devrait être porté à 25000 si le phénomène avait été, dès l’origine des observations, l’objet d’une attention continue. La seule année 1886 en a présenté 280.
- Le livre de M. Finlay est destiné aux instituteurs, qui sont appelés à décrire le phénomène devant les enfants ; et contient l’exposé de la théorie de M. Finlay qui diffère complètement de celle qu’admet M. Faye.
- Varia. — M. Rayet envoie les observations de la comète de Barnard faites à l’Observatoire de Bordeaux pendant les mois de juin, juillet et août. — M. Maret commence une nouvelle série d’études sur le vol des oiseaux. — L’Académie désigne M. Schlœsing en première ligne et M. Munlz en deuxième, au choix du ministre, pour la chaire laissée vacante au Conservatoire des arts et métiers, par la mort de M. Boussingault. Stanislas Meunier.
- CLAPET DE RETENUE SPHÉRIQUE
- POUR GÉNÉRATEUR A VAPEUR
- Une ancienne circulaire ministérielle à propos des générateurs à vapeur contient les prescriptions suivantes :
- « Indépendamment des conditions de sûreté depuis longtemps exigées, chaque chaudière devra dorénavant être protégée par des dispositions convenables contre les dangers que provoquerait la rupture, soit de la conduite d’amenée de l’eau, soit de la conduite de prise de vapeur. »
- Si l’appareil de retenue (soupape ou clapet) placé au point d’insertion du tuyau d'alimentation, doit fonctionner automatiquement, il n'en est pas de même pour la soupape ou robinet d'arrêt de vapeur placé autant que possible à l’origine du tuyau de conduite de vapeur, sur la chaudière même.
- En cas de rupture, l’arrêt, automatique de l'arrivée de vapeur est aussi important que l’arrêt, automatique de l'arrivée de l’eau ; aussi une circulaire ministérielle datée du lo lévrier 1884, survenue à la suite des catastrophes de Marna val à Tinville, a recommandé, dans le cas de plusieurs générateurs placés en communication, « Vadaptation de clapets près de l'insertion de chaque conduite partielle de vapeur sur la conduite générale, de manière à éviter, en cas d'explosion de l'un des générateurs, l'irruption de la vapeur provenant de la conduite générale et des autres chaudières ».
- Les dispositions les plus variées ont été étudiées pour établir des appareils satisfaisant aux conditions ci-dessus énoncées.
- Parmi celles-ci nous citerons le clapet de M. La-beyrie qui a surtout cherché un obturateur ne comportant ni mécanisme, ni ressorts, ni contrepoids. Enfermé dans une boite bien close, il est hors de l’atteinte du chauffeur et son fonctionnement est toujours assuré dans les deux sens du courant, ce qui n’existe pas dans les autres appareils.
- Cet appareil, dont la ligure ci-jointe démontre la simplicité, est basé sur le même principe que le niveau à boulet, employé depuis un certain temps.
- On prohte de l'écart qui existe entre la vitesse d’écoulement, de la vapeur, suivant qu’elle s’échappe (‘il pression à l'air libre, ou bien qu’elle actionne, par compression, un piston de machine renfermé dans un cylindre.
- Cette vitesse, qui, dans le premier cas, atteint. 560 mètres par seconde, lorsque la pression est de 5 kilogrammes, se réduit à 15 mètres dans le second. Généralement, la section du tuyau de vapeur est, supérieure au débit maximum de la machine; de plus, le débit, intermittent dans le cas du piston h mouvement alternatif, devient, continu dans le cas d’échappement libre.
- L’inertie du boulet peut donc être surmontée dans le seul cas du courant vit et continu, et non dans celui du courant ralenti et intermittent.
- Notre ligure explique suffisamment ce mécanisme simple sans qu’il nous paraisse nécessaire d’y insister davantage.
- Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Clapet pour machine à vapeur de M. Rabeyrie.
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- N» 745. — 10 SEPTEMBRE 1 88 7.
- LA NATURE.
- LE CHEMIN DE FER A CREMAILLERE
- DU MONT PILATE, EN SUISSE
- Si le chemin de 1er à crémaillère du liigi a été considéré comme remarquable, à plus forte raison peut-on actuellement signaler à l’attention des techniciens et du public celui du Pilate qui dépasse de beaucoup ses semblables, aussi bien par la construction de sa ligne que par celle du matériel roulant. La hauteur de la montagne est de 2125 mètres (le Rigi n’a que 1800 mètres), la découpure et
- Fig. 1. — Vue de la rampe au nouveau chemin de fer du mont Pilate. (D’après une photographie).
- belles forets, en ayant une vue splendide sur les magnifiques champs de neige du Titlis, du Dam-mastock et du groupe des cimes oberlandaises.
- La longueur de la ligne est de 4455 mètres ; sa hauteur verticale de 1654 mètres; sa pente varie entre 18 et 48 pour 100, pente extraordinaire que les chemins de fer à câbles atteignent peu souvent. Sur le milieu du parcours, à Aemsigen, il sera établi une double voie. La ligne est rectiligne sur une longueur de 2215 mètres, et curviligne sur une longueur de 2240 mètres; ses courbes ont 80 à 100 mètres de rayon. Elle aura, comme travaux d’art, un viaduc sur le Wollbrtbach, trois petits tS° année. — 21' semestre.
- \^225
- \v
- la pente de la voie indiquent suffisamment les diffi-' eultés à vaincre et donnent à cette entreprise remarquable un caractère spécial tout nouveau.
- La ligne est située sur le versant sud-ouest de la montagne. Elle commence a Alpnach-Stadt, entre l’hôtel du Pilate de cet endroit et le restaurant de l’Aigle à 441 mètres d’altitude; elle se dirige au nord vers Palpe d’Aemsigen, de là à l’Ouestmatt (1620 mètres); puis après plusieurs fortes courbes, elle traverse dans la direction du nord-est un contrefort du sommet pour arriver au plateau de l'hôtel Relle-Vue. Le trajet se fera en partie par de
- Fig. — Nouveau chemin de fer du mont Pilate. La locomotive, (D’après une photographie).
- tunnels et un grand de 550 mètres de longueur.
- La crémaillère a (fig. 5) se trouve au milieu des rails dans un plan supérieur à ceux-ci ; elle est d’acier mou, à double rangée de dents latérales d’un pas de 85'nm,7 ; elle est formée de barres de 5 mètres de longueur avec 55 dents de chaque côté; la dilatation est comptée à 2mm,5. Les dents sont fraisées dans la barre, les barres courbes sont fraisées avant d'être pliées ; la différence de pas pour une courbe de 80 mètres de rayon n’est alors que de 6/100 de millimètre. Les roues b engrènent de chaque côté de la crémaillère et leurs axes sont perpendiculaires à la ligne.
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- LA NATLUIE.
- avec
- liii'no
- La liaison des rails de 6 mètres de Ion les traverses, et de celles-ci avec le sol de h est d’une grande force; elle doit aussi l’ètre, vu que la partie supérieure du wagon est tenue aux rails, en cas de coup de vent, par des sabots qui entourent complètement la tête du rail (lig. 4).
- Les traverses sont incrustées de moitié de leur hauteur dans des dalles de granit, puis lixées au mur au moyen de forts boulons de scellement.
- Par le croquis, ligure 5, on peut facilement se rendre compte de la solidité avec laquelle la crémaillère est lixée au sol préparé de la ligne.
- La pièce de fer sur laquelle est fixée la crémaillère a de chaque côté une surface latérale verticale d, contre laquelle appuient des rouleaux c fixés sous la roue, afin d’assurer à ces roues un engrenage toujours exact.
- Par cette disposition, les dents sont et peuvent être beaucoup moins hautes que celles du chemin de fer du lligi ; elles sont par conséquent plus solides.
- La locomotive et le wagon forment un train (fig. 4) qui compte 2 axes horizontaux et 4 axes de roues d’engrenage. A la montée comme à la descente, la machine se trouve au bas du wagon qui peut contenir trente-deux voyageurs.
- Voici quelques données techniques :
- Surface de chauffe, 20inï; diamètre du cylindre, 0m,220; déplacement du piston, 0m,500; pression, 12 atmosphères; nombre de tours de la manivelle, 180 par minute; diamètre de la roue d’engrenage, 0m,411 ; pas, 85mm,7 ; nombre de dents, lu; poids à vide, 5700 kilogrammes; poids chargé, 10500 kilogrammes; pression entre les dents, 4600 kilogrammes; pente, 480 pour 1000; distance des deux roues, 5m;20;
- Jarj
- PL
- — Détail du la crémaillère.
- Fig. i. — Coupe longitudinale du train avec sa locomotive et plan de la voie.
- Echelle 1:80
- — /g*,
- s''
- Coupe longitudinale.
- eur maxima du train, 2‘",20 ; longueur, ,40; écartement des rails, 0U1,80.
- De la place du mécanicien, le train peut être enrayé ou arrêté : 1° au moyen d’un frein a air; 2° au moyen d’un frein agissant sur la manivelle ; 5° au moyen d’un frein agissant sur la paire de roues supérieures.
- Le conducteur, placé en \ (fig. 4), ne peut agir que sur le frein des roues supérieures. Tous ces freins sont commandés par des leviers. La disposition des freins agissant sur les roues supérieures est originale. L’axe de la roue c (fig. 4) porte une autre roue faisant partie d’un engrenage à vis sans fin ; cette roue ne participe au mouvement de l’arbre qu’à la descente, et cela au moyen d’une espèce d’encliquetage Dobo; à la montée, l’axe tourne dans la roue. En descendant, le mouvement de l’axe du pignon est transmis à l’axe horizontal delà vis sans fin, donnant 500 rotations par minute ; sur cet axe se trouve le rouleau b sur lequel le frein agit.
- Pour plus de sécurité encore, il existe, à côté du frein ci-dessus, un frein automatique qui peut agir en arrêtant le train aussitôt que sa vitesse dépasse une certaine limite.
- L’année passée déjà, une partie de la ligne a été exécutée. Cet intéressant chemin de fer, sera complètement terminé en j uin 1880.
- L’idée de cette entreprise est duc à M. Ed. Loeber, de la maison Loeber et Cu, à Zurich. Le matériel sort des ateliers renommés de la fabrique de locomotives de Win-terthur. Le bon fonctionnement de la machine, est dù en grande par-assidu du regretté ingénieur 11er-
- tie au travail ma un Haas.
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- \A NATI.UK.
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- LA PHOTOGRAPHIE PRATIQUE
- n K ItlSON
- ORGANISATION DU I.AHORATOIRE
- D'après une communication faite par le professeur Bai'ker le 15 août dernier, devant l’.-lmmctut Association for the advancement of science, Edison aurait réalisé un appareil destiné à transformer directement la chaleur en énergie électrique, en mettant à profit les variations d’aimantation du fer et autres métaux magnétiques en fonction de la température. Ces variations d’aimantation peuvent être utilisées, soit pour obtenir un moteur thermo-magnétique, — idée déjà réalisée il y a près de deux ans par un auteur dont le nom nous échappe — soit un générateur pyro-magnétique.
- Le premier moteur construit à titre expérimental aurait produit une puissance d’environ 1,5 kilogrammètre par seconde. Un second appareil de plus grand modèle, actuellement en construction, devra produire environ 5 chevaux-vapeur, sous un poids d’environ 700 kilogrammes. On ne donne aucun chiffre relatif au générateur. L’article du journal américain qui nous apporte ces nouvelles conclut que la production de l’énergie électrique à l’aide du générateur pyro-magnétique, sera au moins aussi économique, sinon plus, que les procédés actuellement employés, bien que la puissance spécifique doive être beaucoup moindre que celle des dynamos actuelles. E. II.
- ROBINET INTERMITTENT
- Chaque année, au moment des chaleurs, l’alimentation de Paris en eau de source se trouve insuffisante, et l’ad-ininistration attribuant cette pénurie au gaspillage des habitants alimente certains quartiers en eau de Seine.
- Un mécanicien, déjà connu de nos lecteurs, M. A. Bine, vient d’imaginer un robinet intermit-
- tent qui permettrait, s’il était imposé à toutes les prises d’eau particulières, d’éviter cette dépense exagérée dont on se plaint tant.
- Ce robinet est une modification très simple de celui que nous avons déjà décrit *. Le clapet À, au lieu d’être creux, contient un obturateur B cvlindrique qui le remplit exactement, mais qui ne forme pas corps avec lui. Quand on ouvre le robinet, cet obturateur est aspiré par un effet pneumatique, mais ensuite il glisse lentement sous l’action de la pesanteur et vient fermer l’orifice C de sortie de l’eau après avoir permis un débit de 4 à 5 litres. Si la quantité est insuffisante, il faut abandonner le levier et recommencer la manœuvre.
- 11 est impossible, avec ce système, d’employer un moyen quelconque pour caler le robinet et obtenir un écoulement continu. Le gaspillage se trouve donc évité. IL Vila.
- 1 Yov. le n° d 10 de La Nature,
- L amateur est quelquefois assez embarrassé pour installer la pièce qui doit lui servir pour développer ses clichés. Nous pensons qu’en lui indiquant les parties pour ainsi dire essentielles de celte organisation nous pourrons lui faciliter sa tâche.
- il faut tout d’abord que la pièce qui doit servir de laboratoire soit préservée d’une manière absolue de toute trace de lumière blanche. On sait, en effet, que la lumière agit sur les préparations employées en photographie, et que pour manipuler ces substances il est indispensable de faire usage de verres colorés qui ont précisément pour effet d’éliminer tous les rayons actifs.
- Toutes les fissures, fentes, ouvertures quelconques, même les plus petites, doivént être bouchées avec le plus grand soin; le papier mis en double épaisseur ou le mastic noir seront très utiles à cet effet.
- Pour bien juger de la manière dont le travail aura été fait, il faut s’enfermer plusieurs minutes dans le laboratoire. La réline se repose, et s’il y a le moindre jour on l’aperçoit alors qu’on ne l’avait pas vu tout d’abord.
- Ceci fait, l’ajnateur aura à s’occuper des trois questions suivantes : 1° l’éclairage; 2° l’eau; o° l'agencement intérieur.
- Examinons ensemble ces divers points.
- 1° Eclairage. — L’éclairage peut être naturel ou artificiel : naturel, si l’on se sert de la lumière du jour; artificiel, si l'on emploie une source lumineuse quelconque.
- Dans l’un et l’antre cas, la lumière devra traverser un verre coloré. Le verre rouge est généralement adopté, car les rayons qu’il laisse passer sont de presque nulle action sur les surfaces sensibles. Cependant il ne faudrait pas croire que tous les verres rouges sont également bons ; c’est une grave erreur, il est des verres rouges mélangés de jaune qui sont de beaucoup inférieurs aux autres. Néanmoins il est juste de reconnaître que la qualité de ces verres s’est beaucoup améliorée depuis plusieurs années, plusieurs fabricants s’étant décidés à couler spécialement pour les usages photographiques.
- Rien n’est, du reste, plus simple que de contrôler, au point de vue expérimental, la qualité d’un verre rouge. L’amateur ne devra jamais manquer de faire cet essai, une lois son laboratoire organisé. 11 suffit de mettre une glace dans un châssis négatif, puis de placer celui-ci à moitié ouvert à l’endroit où l’on devra travailler, soit devant l’ouverture qui reçoit le jour extérieur, soit devanl la lanterne.
- Au houl de quatre à cinq minutes, temps qui correspond à un développement moyen, il ne devra pas, au développement, trouver de différence sensible entre la partie de la glace qui a été éclairée et celle qui ne l’a pas clé. S'il en était autrement, il aurait
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- certainement des voiles sur scs clichés; il faut donc ou changer le verre, ou en superposer un deuxième, ce qui, dans la plupart des cas, suffirait. On peut également diminuer l’intensité de la source lumineuse, soit par un écran plus ou moins transparent, soit en réglant la flamme dans le cas de la lumière artificielle.
- En résumé, ce n’est pas sur la quantité de lumière qu’il faut être difficile, mais uniquement sur sa qualité.
- Si l’on nous demande quel est l’éclairage préférable , nous répondrons qu’il vaut mieux faire usage de l’éclairage artificiel, par la raison qu’il est toujours identique, toujours le même, ce qui est très important pour apprécier l’intensité des clichés. Il arrive aussi souvent qu’on ait à développer le soir, on est donc tout installé.
- On a proposé de remplacer le verre rouge, qui, dit-on, fatigue les yeux à la longue, par un système composé d’un verre jaune et d'un verre vert (vert cathédrale). Cette combinaison peut être avantageuse avec la lumière artificielle qui possède moins de rayons chimiques que la lumière du jour. Avec cette dernière, ce système ne donne pas de bons résultats.
- 2° De l'eau. — L’eau est indispensable dans le laboratoire; elle doit être, bien entendu, de bonne qualité. Les eaux stagnantes, corrompues, souillées par des résidus d’usines, l’eau de mer, les eaux minérales, doivent être rejetées. L’eau de puits, de pluie, de source et de rivière sont également bonnes. Cependant si l’on fait usage du développement au fer, les eaux trop calcaires devront être évitées.
- I/eau arrivera par un robinet terminé par une pomme d’arrosoir : dans ces conditions, les lavages s’effectuent avec la plus grande facilité. Au-dessous du robinet sera placé un évier destiné à évacuer les bains et les eaux de lavage.
- 5° De l'agencement intérieur. — En substance, il est nécessaire d’avoir une table, une armoire,
- Fig. i. — Mouille à développer.
- Fis. “2.
- quelques tiroirs et des casiers pour ranger les cuvettes. L’installation sera tout à fait complète si l’on a une balance cuvette pour entretenir la cuvette en mouvement pendant le développement. 11 est, en
- effet, reconnu que cette manière de faire est très avantageuse.
- Nous avons fait faire un meuble de laboratoire qui, dans notre pensée, est destiné à permettre à l’amateur de s’installer dans n’importe quelle pièce noire et d’avoir néanmoins toutes ses aises. Avec une prise d’eau et un évier, il se trouvera tout de suite organisé.
- Voici la description de ce meuble qu’il est facile de faire exécuter par un ouvrier quelconque (fig.l).
- Il se compose d’une table montée sur deux corps latéraux renfermant des tiroirs et des casiers verticaux devant recevoir les cuvettes. Les tiroirs peuvent renfermer les glaces et en général les divers objets qu’il est utile d’abriter de la poussière ou de la lumière.
- Le dessus de la table reçoit les divers réactifs nécessaires. En son milieu elle porte une lanterre a verre rouge et par devant un plateau basculant destiné à recevoir la cuvette pendant le développement. Un fort contrepoids fixé au plateau permet de le faire balancer au moyen du doigt avec la plus grande facilité.
- La lanterne (fig. 2) est munie de deux verres rouges, l’un vertical et l’autre à 45°, I)D. Le premier permet l’éclairage direct comme d’habitude, le deuxième l’éclairage par en dessous. A cet effet un miroir à 45°, B situé en dessous du plateau basculant, reçoit les rayons de la lanterne A et les renvoie sur la glace G que l’on développe.
- Le plateau se compose d’un cadre métallique dans laquelle est fixée une glace forte, et on fait usage de cuvette de verre. De cette manière on peut juger de la venue du cliché, de son intensité, avec la plus grande facilité, sans sortir la glace. Le miroir est
- Détail de la lanterne du meulde à développer.
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- monté sur un axe qui lui permet de pivoter. On ne s’éclaire ainsi qu’au moment voulu, et l’on ne risque pas de voiler la glace, ce qui pourrait arriver si le développement se prolongeait trop.
- Ce système qui consiste à examiner le cliché par-dessous, sans être obligé de le sortir du révélateur, nous paraît très avantageux, étant donné surtout que l’examen par transparence est le seul auquel il faille donner confiance. L’examen direct devient le plus souvent impossible dès qu'un cliché a pleine pose et qu’il ne présente pas de grandes oppositions : l’examen du dos du cliché, pour voir si l’image a traversé ou non, est loin de nous paraître un critérium assuré, car les épaisseurs de gélatine varient beaucoup suivant les fabricants, et on peut alors faire de grosses erreurs.
- Tirage des épreuves. — Dans la plupart des lor-mules de virage il est nécessaire de décanter le bain d’or. Cette opération ne laisse pas que d’être assez
- délicate pour les personnes qui ne sont pas au courant des manipulations chimiques. Voici un dispositif (lîg. 5) qu’il est facile de combiner et qui rend l’opération absolument simple. On prend un x'ase à tubulure inférieure, en ayant soin que celle-ci soit à 2 centimètres environ du fond afin que le dépôt puisse s’y rassembler. On ajuste alors dans la tubulure un bouchon en caoutchouc percé d’un trou dans lequel on fixe un tube de verre coudé dont la grande branche a la hauteur du récipient. On prépare le bain d’or dans ce vase; lorsque le dépôt est bien rassemblé, il n’y a qu’à faire pivoter le tube pour recevoir toute la partie supérieure du liquide absolument limpide.
- Lavage des épreuves, — Nous allons décrire un modèle de cuve facile à exécuter et qui permet de laver un grand nombre d’épreuves à la fois (fig. 4) . Elle est en bois recouvert de plomb (ne jamais employer de zinc), et est divisée en deux par un filet
- Fig. o. — Vase à décantation pour bain de virage.
- qui empêche les épreuves de passer dans la partie inférieure. L’eau arrive par un robinet supérieur, un trop-plein règle le niveau. Un robinet de vidange situé à la partie inférieure permet de vider rapidement la cuve.
- Les épreuves sont placées dans la partie supé-
- rieure, la cuve étant pleine d’eau. Le robinet d’arrivée étant ouvert, les épreuves se trouvent constamment en mouvement, l’hyposulfite de soude étant plus dense s’accumule dans la partie inférieure. De temps en temps, au moyen du robinet de vidange, on vide la cuve jusqu’à hauteur du filet, à seule fin
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- ([uc les épreuves ne se collent pas les unes aux autres.-Puis on ouvre de nouveau le robinet d’arrivée. De cette manière le lavage s’effectue très bien.
- Sechage des epreuves. — 11 est facile d’organiser un bon séchoir en suspendant tout simplement les épreuves à des cordes tendues au moyen de pinces américaines en bois (fig. a). Si l’on a affaire à des épreuves à l’argent qui ont une tendance à se rouler, cet accident sera évité en mettant les épreuves dos à dos. Dans ces conditions, elles resteront très suffisamment. [lianes. Le séchoir devra être mis dans un endroit sec et bien aéré. Albkc.t Loxnr;.
- utoi s jont s
- AU SOMMET DU MONT BLANC
- I.e sommet du mont Blanc offre un intérêt de premier ordre comme station météorologique, puisqu’il s’élève à une grande altitude (4810 mètres) et domine le massif alpestre. Mais un séjour prolongé pour les observations v était considéré comme impossible. De Saussure dont on vient d’inaugurer la statue à Chamonix resta quelques jours, en 1788, au col du Géant à 5500 mètres. En 1844, Martins, Bravais et Le Pileur allèrent planter leur tente au Grand-Plateau à 4000 mètres d’altitude; ils y passèrent plusieurs jours et y firent une ample moisson de documents. Jusqu’ici nul explorateur n’avait, séjourné au sommet même du mont Blanc ; les touristes qui gravissent le géant des alpesyrestentun temps fort peu prolongé, quelquefois un petit nombre de minutes seulement. On concevra, par ces faits, l’importance de l’expédition scientifique qui vient d’être réalisée avec un grand succès et une rare énergie par M. Joseph Yallot, un des membres les [dus hardis et les plus compétents du Club Alpin, auteur de travaux remarquables sur les glaciers des Pyrénées. Après avoir fait en 1886 une série d'observations physiologiques pendant l’ascension des pics les plus élevés des Alpes, M. J. Yallot résolut de créer au mont Blanc trois observatoires météorologiques temporaires, le premier situé à Chamonix à 1050 mètres d’altitude, le second aux rochers des Grands-Mulets à 5050 mètres, et le troisième sur le sommet môme du mont Blanc à 4810 mètres. 11 fit construire des ahris météorologiques et munit chacun d’eux des instruments enregistreurs, baromètre, thermomètre, hygromètre, construits par MM. Richard frères.
- Les appareils placés à Chamonix et aux Grands-Mulets étaient destinés à être remontés chaque semaine ; quant à ceux placés au sommet du mont Blanc, ils devaient l’être tous les 15 jours, les ascensions à jour fixe pouvant être entravées par le mauvais temps. De plus, M. Yallot pourvut la station de Chamonix d’une série d’instruments à lecture directe, et se proposa de passer 5 jours au sommet du mont Blanc avec des appareils semblables, afin de faire des observations simultanées à 4810 et à 1050 mètres. Pour ces dernières observations, M. Yallot s’était assuré du concours de M. Henri Yallot, ingénieur distingué, sur la compétence duquel on pouvait absolument compter.
- La résolution si hardie de M. Joseph Yallot passait à Chamonix pour irréalisable. Il l’exécuta cependant, en compagnie de M.F.-M. Richard, l’un des constructeurs des enregistreurs, qui l’a accompagné dans son voyage, et nous a donné, sur notre demande, le récit de ce premier séjour au sommet du mont Blanc. Il n’a pas fallu moins de
- 24 guides pour porter le campement, le. bagage atteignant le poids de 250 kilogrammes. L’ascension aux Grands-Mulets, le 27 juillet 1887, se fit à midi seulement en raison des retards dus au grand nombre de guides (fig. 1) ; et la caravane après avoir atteint la nuit arriva à la cabane des Grands-Mulets à 10 heures du soir. Couchés à 11 heures du soir, les voyageurs se remirent en marche le lendemain à 5heures du matin, après avoir pris un léger repas. Ici nous cédons la parole à M. Richard, dont on va lire le récit : G. T.
- A partir des Grands-Mulets, l’ascension est pénible, mais relativement peu dangereuse quand la neige est lionne. 11 n’y a que quelques crevasses dont une à traverser sur une échelle, puis ce sont des côtes de neige sans fin, très raides et très fatigantes.
- Arrivés au Grand-Plateau à 7 heures, tout le monde s’arrête pour prendre un peu de nourriture et se reposer. Cependant le soleil est déjà haut sur l’horizon, et la montée devient de plus en plus difficile. Nous passons les Bosses du Dromadaire, nous nous engageons sur le rocher de la Tournette ; mais les courages faiblissent; un porteur est forcé de s’arrêter, et pour lui permettre de continuer, on est obligé de répartir sa charge sur le dos des plus robustes.
- Enfin nous voici au sommet. Il est plus de 5 heures. Les guides, pressés de descendre avant la nuit, se débarrassent de leur charge sur la neige et repartent aussitôt. M. Yallot et moi restons seuls avec les guides Michel et Payot. En gravissant la dernière côte, j’avais déjà senti les atteintes du mal de montagne, et à peine au sommet, M. Yallot en fut complètement victime. Pendant qu'assis sur le sol il reprenait un peu de force, je jette un coup d’œil autour de moi. La forme du sommet est comparable, comme l’a très bien fait remarquer M. Durier, à une poire coupée dans la longueur et posée à plat , la queue du fruit représentant assez bien l’arête très étroite par laquelle on arrive. Entre cette arête et le dôme qui ne mesure guère plus de 20 mètres do diamètre, se trouve une petite dénivellation que nous choisissons pour placer la tente. Aidé des deux guides, j’ai à peine la force de la dresser; après avoir enfoncé des piquets dans la neige, nous l’arrimons fortement au moyen d’une longue corde, puis l’un des guides prépare le fourneau à pétrole et fait fondre de la neige pour le dîner. Personne n’a le courage de ranger les bagages ; chassés par le vent, nous rentrons, et après avoir avaié un peu de soupe faite de neige fondue et de bouillon conservé, nous nous étendons sur le sol, la tête sur des boîtes d’instruments ou sur des ustensiles de ménage, oreillers fort peu rembourrés !
- Epuisé par les eflorts que j’ai faits pour monter la tente, je m’endors. M. Yallot a cependant repris ses esprits; il est ressorti; vaillamment il s’est mis à monter quelques appareils de météorologie sur les supports, et il a placé un thermomètre mini ma sur la neige; mais le froid le force à ren-
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- tri'v. On rabat les entés de toile qui ferment la tente et tout le monde s’assoupit. Au bout de quelques heures d’un sommeil que je qualifierai de grelottant, je m’éveille; craignant, que l’acide carbonique dégagé par la respiration de quatre personnes n’entraîne des conséquences graves, j’appelle mes compagnons et on décide d’aérer un peu ; puis nous laissons la lanterne allumée, posée sur le sol, et nous nous promettons de la surveiller, supposant qu elle s’éteindrait avant qu’il n’y ait danger d’asphyxie pour chacun de nous. Mais le vent qui faisait rage au dehors, rendait celte crainte inutile, il traversait facilement la toile et prouvait l’aération en nous glaçant jusqu’aux moelles. Vers 4 heures du matin M. Yallot sort de la tente et nous appelle aussitôt. Le soleil va se lever et le spectacle vaut la peine qu’on affronte le grand air. Le thermomètre placé sur la neige a marqué 19° au-dessous de zéro, et donne l’explication du froid que nous avons ressenti toute la nuit. M.Yallot avait cependant combiné l’installation avec beaucoup d’intelligence. Le sol du sommet étant partout de la neige dont la température est de 25° au-dessous de zéro, il avait fait garnir la tente d’une double toile goudronnée formant un fond imperméable, puis on avait placé dessus un feutre de 4 centimètres d'épaisseur. Le matelas était dur, mais il empêchait tout contact avec la neige. La tente, mesurant 4 mètres carrés et lm,50de hauteur, était ainsi relativement très confortable.
- Le matin, l’état général de la santé était moins mauvais que la veille, cependant le guide Payot et moi nous éprouvions des maux de tète violents et le pouls de chacun battait tellement vite qu’il semblait que nous avions tous la fièvre. De plus, le moindre effort, le moindre travail, un déplacement de quelques pas, engendrait une telle fatigue qu’on était forcé à chaque instant de rentrer dans la tente et de s’asseoir ou de se coucher.
- Le soleil se levait, et ce fut le spectacle le plus merveilleux qu’il soit donné de voir. A mesure que l’astre du jour montait, il venait colorer de nuances roses les cimes neigeuses des montagnes environnantes; peu à peu l’ombre, dans laquelle était plongée la multitude de pics rocheux émergeant de la neige dans les régions plus basses s’évanouissant, ces pics revêtaient les plus riches teintes ; les nuages que nous avions sous nos pieds semblaient tantôt une mer houleuse dont les vagues se pressaient contre une rive escarpée, tantôt un voile épais jeté sur les vallons encore dans la nuit. Puis, ces nuages se dissolvant dans l’air sous l’influence de la chaleur solaire, semblaient disparaître comme par enchantement, ne laissant comme trace de leur existence passée que quelques brumes légères attachées au flanc des montagnes ainsi qu’une écharpe k des rochers aigus. Quel spectacle! Emus, enthousiasmés, nous «avons oublié fatigues et malaises ; mais la bise qui souffle nous ramène bien vite du pays de l’idéal. 11 convient d’installer les appareils au plus tôt, afin de commencer nos observations. Dans les bagages, était
- une petite table démontable sur laquelle fut installé le grand actinomètre créé par M. Yiollc; puis nous déballâmes les autres instruments qu’on plaça sur le dôme au moyen d’une sorte de chevalet de bois. Toutes les heures, M. Yallot et moi, nous notions les points des appareils, actinomètres d’Arago et de M. Yiolle, thermomètres, baromètre Fortin, anémomètre, et toutes les deux heures, M. Yallot faisait une expérience avec le grand actinomètre. Cette opération durant trois quarts d’heure et nécessitant une observation de minute en minute, était la plus importante et la plus fatigante (fig. 2). Aux mêmes heures, M. Henri Yallot devait faire les mêmes expériences k Cbamonix.
- Le premier jour se passa ainsi k travailler, avec une diversion cependant; vers 11 heures, la petite colonie reçut la visite d’un ascensionniste, M. le baron Munch, venant de Courmayeur, en Italie, et descendant k Cbamonix. Ce voyageur fut très étonné de trouver des habitants au sommet du mont Blanc, et de pouvoir s’y réconforter de bouillon chaud.
- La seconde nuit fut moins pénible que la première : nous avions pris le temps d’organiser des oreillers un peu plus moelleux que les ustensiles de ménage et nous pûmes goûter un repos moins agité. La tente présentait un aspect très pittoresque. M. Yallot, «avec beaucoup de prévoyance, nous avait fait emporter de ces chaussures de caoutchouc appelées snow-boots; après l’ascension, faite avec de grosses chaussures de chasse ferrées de clous énormes destinés k empêcher les glissades, nous avions chaussé les snow-boots après avoir préalablement mis une paire de chaussons fourrés. Grâce k cette précaution, personne n’eut froid aux extrémités. Ce n’était d’ailleurs pas très mutile, car Saussure eut un pied k peu près gelé dans son séjour au col du Géant; mais que faire des chaussures de cuir? elles avaient été séchées au soleil et nous ne voulions point les remettre dans la neige. On prit le parti de les accrocher intérieurement au haut de la tente où existait une corde tendue dans la longueur. La aussi, nous accrochions la nuit les dunettes dont on se munit toujours pour rester sur les glaciers, les plus graves ophtalmies pouvant être entraînées par l’oubli de cette précaution. M. Y7allot, instruit par l’expérience, avait fait prendre également des passe-montagne pour cacher les oreilles et le cou ainsi que des masques en toile pour protéger la peau du visage. Harnachés de cette façon, nous avions un aspect comique pour ne pas dire absolument horrible. La tente, «avec toutes ces choses accrochées, avec les boîtes de vivre, le fourneau allumé, la soupe du soir fumante, «avait donc un aspect des plus pittoresques (fig. 5).
- Le second jour se passa k faire des observations. Nous ne limes guère honneur «aux provisions ; étant toujours las, nous n'avions aucune énergie et l’«ap-pétit ne revint d’ailleurs pas pendant tout le séjour. Les diverses conserves, cependant fort appétissantes, ne sollicitaient guère nos estomacs engourdis, et nous
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- ne prîmes chaque jour que deux soupes faites avec des purées conservées dans lesquelles on émiettait un peu de fromage.
- La boisson était constamment du café chaud ; le thé que nous avions apporté avait semblé, le premier jour, nous donner des nausées, attribuables bien plutôt au mal de montagne ; néanmoins l’impression première fit que personne ne fut tenté d’y revenir. Les guides en burent cependant un peu.
- Le 30 juillet, les observations furent reprises dès le lever du soleil. Vers dix heures , l'Hôtellerie internationale du mont Blanc (c’est ainsi que M. Yallot avait baptisé notre installation en aper-cevant des voyageurs qui montaient) reçut une seconde visite, cette fois d’un Anglais qui, lorsqu’il repartit, voulut bien se charger de quelques lettres qui furent datées du sommet du mont Blanc.
- Nous eûmes aussi, pour la première fois depuis notre arrivée, un compagnon de séjour. Une corneille à bec jaune de l’espèce dite choucas vint se poser, à diverses reprises, à quelques mètres de nous. Voletant sur la crête de neige, elle semblait nous inviter à redescendre et, en effet, quoique les guides eussent affirmé que sa présence était signe de beau temps, il semble que ce fut le contraire. Vers 2 heures, d’énormes cumulus commencèrent à se former du côté du mont Pelvoux, puis leur couleur changea, les nuages tournèrent au noirci le temps restant clair sur Chamonix, la vallée d’Aoste et les Alpes de Savoie se trouvèrent bientôt cachées par un orage gigantesque. Les nuées s’amoncelaient, montant à une hauteur considérable, et le tonnerre commença à gronder. Un vent furieux s’éleva bientôt et nous dûmes rentrer dans la tente.
- 11 était 4 heures du soir. Un moment nous avions eu la pensée de descendre, mais le temps nous manquant pour mettre en lieu sûr tous nos instruments installés en plein air, il fut décidé que nous affronterions l’orage. On tendit les cordes de la tente et on amoncela de la neige tout autour pour la consolider.
- 11 y eut alors un moment d’anxiété. Le vent était
- devenu très violent, il fouettait la tente en faisant craquer la toile sur laquelle la neige crépitait, et le tonnerre grondant ajoutait encore aux difficultés de la situation. Vers 9 heures, M. Yallot étant sorti, se trouva l’objet d’un phénomène curieux ; le sommet de la montagne étant enveloppé de nuages électriques, de ses vêtements, de sa tête, s’échappait un crépitement semblable à celui qu’on observe dans les expériences qu’on fait en physique sur l’électricité statique.
- Les quelques heures que nous passâmes ainsi dans la tente, dont nous avions dû bouclier les moindres fentes pour empêcher la neige de pénétrer, furent utilement employées. M. Yallot profita de ce moment pour obtenir quelques diagrammes j physiologiques. Les courbes du pouls, de la carotide, etc., devaient avoir un intérêt d’autant plus grand que nous étions au sommet depuis deux jours et qu’elles devaient différer de celles qu’on obtient lorsqu’on arrive ou qu’on ne reste que peu de temps. Ces observations firent une diversion utile à nos inquiétudes du moment. Enfin, vers 2 heures du matin, l’orage s’éloigna, et, quoique le vent continuât de souffler violemment, nous nous endormîmes plus tranquilles.
- Le lendemain, 31 juillet, jour fixé pour le retour.
- Fig. 1. — Ascension au mont Blanc de MM. J. Vallot et F.-M. Richard, avec vingt-quatre guides, le 27 juillet 1887.
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- Fig. 2. — Campement au sommet du moût Blanc F1810 mètres d'altitude;. — A gauche, actinomètre il’Arago, Baromètre, etc. — Au milieu, tente. — A droite, grand actinomètre de M. Violle, abri des thermomètres, et pavillon tricolore.
- Fig. 3. — intérieur de la tonte à l’heure du repas. — F. Aspect d’un des observateurs avec masque et passe-montagne
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- on décida de continuer les observations météorologiques jusqu’à 9 heures, puis de tout rentrer dans la tente et de descendre aussi vite que possible. Le guide Michel jugeait la descente devoir être difficile, la tempête de la nuit ayant sûrement effacé les traces des voyageurs des jours précédents. Ce matin-là, M. Vallot et moi nous nous sentions beaucoup plus dispos; nous commencions, disions-nous, à nous acclimater. 11 n’en était pas de même pour le guide Payot. Une migraine violente, compliquée d’une fièvre assez Porte, le tenait couché dans le fond de la tonte et nous craignîmes un instant qu’il ne pût descendre. Nos inquiétudes étaient vives et nous étudiions déjà les moyens de le traîner dans une couverture, lorsque vers 1 I heures, il put heureusement se remettre sur pied, et avec beaucoup de courage il se déclara même prêt à porter son havresac. Nous nous trouvions être très chargés; ne sachant si on pourrait descendre exactement le jour fixé, M. Vallot n’avait pas donné d’ordres pour qu’on nous envoyât des porteurs, et, quoiqu’on fût convenu de laisser la plupart des bagages et instruments dans la tente, il y avait certaines choses qu’on ne pouvait abandonner au hasard. Il fallut donc se partager les paquets.
- Enfin, après un dernier coup d’œil donné à l’admirable vue dont on jouit à cette hauteur, la descente commença.
- Ainsi (pie le guide Michel l’avait pensé, la marche lut pénible; ce qui est assez rare, la neige balayée par le vent n’offrait plus aucunes traces et il fallait constamment tailler des pas à la descente des arêtes. Après une halte au Grand-Plateau, nous eûmes des passages très mauvais. A ces hauteurs, il avait plu, et la neige était devenue tellement friable qu’en certains endroits nous enfoncions jusqu’à mi-corps. De plus, dans les pentes rapides,oh l’on est forcé de descendre en zigzags, la neige 'glissait sous nos pieds et ce n’est, qu’au prix de grandes précautions que, traversant les crevasses au-dessous du Petit-Plateau, nous arrivâmes aux Grands-Mulets. Là un bon repas, la température plus clémente, l’air plus dense, nous remirent rapidement, et, après avoir changé les papiers des instruments enregistreurs, nous nous mîmes en route de nouveau.
- Vers 7 heures, nous sommes enfin à Chamonix oh nous nous trouvons l’objet d’une réception qui nous rend confus. M. le maire, à la tête des autorités municipales et d’une députation des guides nous offrant des monceaux de fleurs, nous souhaite la bienvenue en quelques paroles émues du milieu d’une foule-enthousiaste, qui pousse des vivats répétés. Cet instant nous fait oublier toutes les fatigues et les dangers du voyage.
- Le but avait donc été atteint : on avait passé pour la première fois quelques jours au sommet du géant des montagnes, et M. Vallot avait montré une fois de plus que l’audace, doublée d’un esprit d’organisation très développé, permettait de vaincre les difficultés et d’augmenter la somme de nos richesses scientifiques.
- Je n’ai pas à parler ici des résultats de l’expédition ; ils feront plus tard l’objet de comptes rendus lorsque les documents recueillis auront été classés, étudiés et discutés. Je puis cependant dire, comme conclusion immédiate, qu’il est très possible de vivre et de travailler à ces altitudes, mais dans des conditions de santé fort mauvaises. Le véritable danger réside dans les orages qui se forment inopinément et qui peuvent dégénérer en tourmentes violentes pour lesquelles les installations les mieux faites ne pèseraient plus que des fétus de paille.
- Depuis l’ascension du 27 juillet, M. Vallot est remonté au sommet, pour la mise en état des enregistreurs. 11 eut alors pour compagne d’ascension Mmfi Vallot qui est maintenant une des rares et, intrépides dames ayant atteint le sommet du mont Blanc.
- Je terminerai, en adressant mes félicitations et mes remerciements à ne*; guides Michel et Payot qui ont fait, preuve, dans cotte difficile expédition, d’un courage, d’une habileté et d’une prudence au-dessus de tout éloge. F.-M. Richaud.
- CONGRÈS ASTRONOMIQUE DE KIEL
- La Société internationale des astronomes vient de terminer sa session de 1887, qui a eu lieu à Kiel (Schlœs-wig-Holstein) sous la présidence de M. Amvers. Le choix de la ville où se tiendra le Congrès de 1889 a été l’objet de discussions. L’assemblée s’est, prononcée pour Bruxelles, par 25 voix contre 15.
- Les décisions du Congrès qui a été convoqué à Paris, par M. l’amiral Mouchez, constituent certainement le grand événement astronomique de l’année; mais en dehors des mesures à prendre pour l’exécution de la photographie céleste, d’après le système organisé par les astronomes français, le congrès de Kiel à eu à s’occuper de plusieurs questions d’intérêt général.
- La première, séance a été presque entièrement occupée à la discussion d’un mémoire de M. Peters, de Kiel, sur les causes d’erreur de l’heure indiquée, par les chronomètres emportés à la mer. L’étude des résultats du réglage des instruments de la marine allemande a conduit ce savant à penser que la marche est affectée par une perturbation variant dans le même sens que celle qui est occasionnée par les différences de température, et qui tient à la grande humidité de, l’air qu’on respire à bord.
- M. le professeur Gylden a présenté un nouveau système pour entretenir d’une façon simple les chronomètres de la marine à une température constante, et supprimer radicalement une cause de perturbation beaucoup plus importante que celle dont, s’est occupé le professeur Peters, de Kiel.
- La détermination des orbites des comètes, et la rédaction d’éphémérides pour les comètes qui sont périodiques donnent lieu à des discussions. On peut espérer que bientôt toutes les apparitions signalées comme pouvant être le retour d’astres antérieurement observés depuis le commencement du siècle jusqu’à la seconde de 1886, seront calculées; mais il paraît désirable de reculer l’époque arbitrairement fixée en 1800, jusqu’à l’année 1770, el peut-êire même d’étendre les recherches jusqu’aux astres observés à l’origine de l’histoire. (
- Le professeur Shoerer a présenté, sur les taches du ; soleil, un travail historique dans lequel il fait usage d’un
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- manuscrit de Stolberg, commencé en 17 il) et terminé en 1709. Il résulte des renseignements recueillis pendant un demi-siècle sur les observations antérieures, aussi bien que sur les observations contemporaines, que les périodes observées en 1700 étaient toutes différentes de celles qu’on a remarquées de nos jours. Pendant un quart de siècle, de 1045 à 1070, les taches ont été excessivement peu nombreuses. D’autres circonstances, dans le détail desquelles on ne saurait entrer, prouvent que ces curieux phénomènes dont la cause n’est point connue, sont assujettis à d’étranges vicissitudes.
- Le 50 août, le Congrès astronomique a interrompu ses séances pour se rendre à Eekenforde, petit port voisin. Quoique la tempête, qui était menaçante dès le matin, n’ait éclaté que pendant le retour, les nuages ont eu les honneurs de la conversation pendant la traversée. Chacun déplorait les désastres de la grande éclipse du 19 août, où les préparatifs du gouvernement allemand avaient été faits en pure perte. Ceux du gouvernement russe, qui a dépensé près d’un million de notre monnaie, n’ont pas été beaucoup plus utiles au progrès des sciences, à moins que les stations sibériennes, qui, malheureusement étaient peu nombreuses, n’aient donné, ce que le Congrès ignorait encore, des résultats exceptionnellement remarquables. Les ballons lancés de Marienfeld, près de Berlin, de T ver, et de Klin n’ont pu traverser les nuages.
- Le lendemain, 51 août, les membres du Congrès ont tenu leur dernière séance; ils se sont particulièrement occupés de la photographie et de l'observation des nébuleuses. M. Hartwig a présenté le plan de l’observatoire de Bamberg, et M. Hertz a donné des détails sur la construction du nouvel observatoire de Vienne.
- La Société astronomique a procédé au renouvellement de son bureau. MM. Auwers, Backhuvsen et Sceliger ont été renommés; M. Struve a été nommé à la place laissée vacante par le décès récent de M. Oppolzer.
- La réunion a également nommé le président de la session de 1889. M. Auwers a obtenu la presque unanimité des suffrages. Après les votes usuels, l’assemblée a clos sa session de 1887.
- COMMENT ON PEUT CONSTRUIRE SOI-MÈME
- UNE MACHINE DYNAMO-ÉLECTRIQUE
- Un certain nombre de nos lecteurs nous ont souvent demandé de leur donner les moyens de construire eux - mêmes une machine dynamo - électrique capable de fournir un courant suffisant pour entretenir une petite lampe à arc ou un certain nombre de lampes à incandescence. Le vœu de ces amateurs d’électricité est aujourd’hui comblé par un Américain habile, M. Geo. M. Hopkins, qui s’est fait une spécialité de ces appareils scientifiques faciles à construire, et nous ne saurions mieux faire que de reproduire, en le réduisant aux mesures et habitudes françaises, l’intéressant article qu’il vient de publier à ce sujet dans un récent supplément de notre confrère de New-York : Scientific American,
- Le type de machine représenté d’ensemble (fig. J ) est à courant continu, avec bobine à enroulement Siemens : il est établi pour donner environ cinquante volts utiles et huit à dix ampères en absorbant ime puissance d’environ un cheval-vapeur, en
- tournant à deux mille deux cent tours par minute. Le poids de la machine est de 50 kilogrammes.
- Inducteurs. — Les inducteurs sont formés de deux pièces identiques en fonte grise et douce1, réunies au milieu et solidement boulonnées. Les laces doivent èlre soigneusement dressées pour que, serrées par les boulons, elles arrivent à ne former qu’une pièce unique.
- Le trou ménagé dans les extrémités polaires des inducteurs a neuf centimètres de diamètre : ses faces latérales sont soigneusement dressées au tour pour recevoir les supports des paliers en bronze destinés à supporter l’arbre : ces supports sont eux-mêmes dressés et ajustés au tour pour que les axes des paliers coïncident bien exactement avec l’axe de la cavité cylindrique ménagée dans les inducteurs pour recevoir l’armature. Le vide entre la surface extérieure de l’armature et le trou ménagé dans les inducteurs doit être d’environ trois millimètres.
- Armature. — Sur la partie de l’axe qui se trouve embrassée par les pièces polaires se fixe un cylindre de bois dur et bien sec dont nous indiquerons les dimensions dans un deuxième article. C’est sur ce cylindre en bois que sont fixés les trente-neuf disques annulaires de fer doux, séparés entre eux par des disques en papier de mêmes dimensions et d’environ trois quarts de millimètre (^épaisseur. Ces disques de tède sont percés en deux points diamétralement opposés pour recevoir deux entretoises en laiton qui le maintiennent en place. Ces entretoises sont recouvertes sur toute leur longueur d’un tube d’ébonite ou de. papier, et les écrous des extrémités sont aussi isolés de§ disques de 1er extrêmes par des rondelles de matière isolante : ébonite, mica, fibre vulcanisée, etc. La figure 'i montre ces détails.
- Les disques sont, fixés sur l’arbre et le cylindre en bois à l’aide de deux chevilles qui traversent les anneaux, le cylindre en bois et l’arbre. Les bords des disques extrêmes sont arrondis pour éviter qu’ils ne coupent l’isolement des fils. Sur ces deux disques, à chaque extrémité, on forme vingt-quatre sections radiales équidistantes b de trois millimètres de protondeur (tig. 5) et de lmm,5 d’épaisseur, et toute la surface est recouverte de ruban adhésif, tel que celui employé par les poseurs de fils pour recouvrir les jonctions de conducteurs. Ce ruban est roulé en spirale sur le cylindre et radialemenl aux extrémités ; on le roule aussi sur l’axe, de chaque côté de la bobine, sur une longueur d’environ 5,5 centimètres. On dispose, dans les sections radiales, de petites lames d’ébonite dépassant la circonférence du noyau de quatre à cinq millimètres.
- Enroulement de l'armature. — 1/enroulement se fait le plus facilement sur un tour (fig. 4). On commence par enrouler sur l’arbre dix à douze centimètres de fil avant de faire l’enroulement proprement dit. Le fil est tendu de la main droite à la surlace de l’armature dans l’intervalle compris entre
- 1 Le fer doux forgé donnerait des résultats encore plus satisfaisants, mais le prix en serait plus élevé.
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- deux coins, correspondant avec l’espace dans lequel la première bobine doit être enroulée. La main gauche sert à faire tourner la bobine en saisissant le nez du tour qui entraîne l’axe par l’intermédiaire d’un toc. Lorsque le fil est tendu, on imprime à la bobine un demi-tour pour amener en dessus l’intervalle diamétralement opposé au premier; le lil est amené à travers la face du noyau placée du côté du commutateur j usqu ’à la section supérieure; il est ramené sur le noyau de gauche a droite, puis l’armature est ramenée à sa position initiale en lui imprimant une nouvelle rotation d’un demi-tour. Un tour complet est alors formé. On recommence la même opération huit fois de suite, jusqu’à ce que l’on ait obtenu une couche de huit spires parallèles occupant un secteur entier. La figure 3 montre la disposition d’une bobine complète en la supposant très grandie pour bien montrer l’enroulement. La couche intérieure est en B, la couche extérieure en I). Le commencement ou bout intérieur E, de la bobine B, est représenté en noir. Lorsque l’enroulement de la bobine intérieure B est terminé1, (huit spires et une couche) on continue l’enroulement pour former la couche supérieure de la même bobine, en enroulant dans le même sens, mais en plaçant les spires successives dans l’ordre inverse pour revenir exactement au point de départ initial, lorsque la deuxième couche est terminée. On a eu soin de colorer en noir le bout entrant de la bobine, en commençant l’enroulement. Lorsque les deux couches sont enroulées et la bobine terminée,
- Fis- 1. _
- Fis. 2.
- Fig. 5. — Enroulement de Ja première .bobine sur l’armature.
- on coupe le hl en laissant dépasser environ dix centimètres et l’on roule ensemble les deux extrémités.
- 1 La figure 3 n’indique que quatre spires par couche, au lieu de huit, pour ne pas embrouiller le dessin.
- Le bout peint en noir empêche de confondre les deux extrémités du fil. ainsi rapprochées. On voit, en se reportant aux figures 4 et 5, que les deux couches
- sont disposées de part et d’autre de l’axe dans leur partie radiale : cette disposition est celle qui donne la bobine la plus compacte et le moins de fil inutile.
- Après avoir ainsi rempli l’espace 1,1 avec la bobine 1, on remplit l’espace 2,2 exactement de la même façon en ayant soin de peindre en noir le bout entrant ou commençant de chaque bobine ; puis on remplit l’espace 5, 5, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on ait ainsi obtenu douze bobines dont les extrémités occupent une des moitiés de l’armature qui présente alors l’aspect de la figure 5. Lorsque l’armature est ainsi enroulée, on continue exactement le même enroulement sur le premier, en constituant une nouvelle série de douze bobines de deux couches et de huit spires dans chaque couche, dont les extrémités viennent occuper la seconde partie de l’enroulement. 11 est bon, avant de réaliser l’enroulement de cette seconde moitié, de maintenir les bobines de la première moitié enroulée à l’aide de frettages en fil solide disposés sur l’armature en trois points équidistants; il est bon aussi de protéger les extrémités de chaque bobine par une couverture de coton
- plus épaisse, destinée à s’opposer aux courts-circuits. Le second enroulement est maintenu à son tour par trois frettes formées chacune de huit à dix spires de fil fin de laiton verni, fortement serrées et soudées en plusieurs points. I)u
- Type d’une machine dynamo de 50 volts à 8 ou 10 ampères.
- Delail de construction du noyau de fer doux de l’armature.
- ruban adhésif est interposé entre la bobine et les frettages pour assurer l’isolement.
- Collecteur. — C’est là peut-être la partie la plus délicate de la construction. Le collecteur se compose de
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- vingt-quatre barres de bronze soigneusement isolées : Il a trente-huit millimètres de diamètre et cinq centimètres de longueur. Sa monture en bronze A (fïg. 6, n° 5), maintenue sur l’arbre par une vis de pression à une de ses extrémités, porte un pas de vis à son autre extrémité, destiné à maintenir la rondelle en bronze B. Un tube en ébonite et des rondelles en ébonite taillées en biseau D, servent à isoler électriquement les lames du collecteur de la monture. Ces lames sont obtenues en découpant à la scie, ou par tout autre moyen, un tube en bronze divisé en vingt-quatre parties égales : les sections ainsi obtenues sont numérotées au préalable pour pouvoir être rapprochées ensuite dans le même ordre. Les vides laissés par la scie sont comblés par des lames de mica d’épaisseur convenable ; elles peuvent être plus larges que les barres du collecteur, mais doivent avoir exactement la même longueur.
- Lorsque les touches du col-
- lecteur sont sciées, elles sont rapprochées en les séparant par les lames de mica, serrées entre A et B
- (lig. 6), et se trouvent ainsi solidement maintenues. Le cylindre ainsi formé est mis sur le tour et soigneusement tourné à sa surface pour en faire un cylindre parfait. On perce ensuite chaque lame E et l’on y taraude un petit pas de vis destiné à recevoir une vis sous laquelle viendront s’attacher les fils des bobines. Le collecteur ainsi terminé est emmanché sur l'arbre et fixé en place a l’aide de la vis de pression.
- L’arbre de la machine est alors fixé sur le tour et les fils de chaque bobine soigneusement dressés parallèlement et dans le prolongement des côtés de l’armature. Les bouts libres des fils sont alors soigneusement dénudé ; et nettoyés et fixés sous les petites vis des touches du collecteur de la façon suivante (fig. 7) : Le bout sortant de la bobine 1 est fixé à une touche, le bout entrant ou commençant de la bobine 1 est
- Fig. i. — Moile d'enroulement de l’armature.
- Fig. o. — Commencement de l’enroulement des 1:2 bobines extérieures (15 à 21).
- Fig. 6.
- Construction du collecteur.
- fixé à la touche suivante ; le bout sortant de la bobine 2 est relié a la même touche ; le bout entrant de la bobine 2 est relié à la touche suivante ainsi
- Fig. 7. — Liaison des bobines de l’armature et des touches du collecteur.
- que le bout sortant de la bobine o, et ainsi de suite, jusqu’à ce que les quarante-huit bouts de fils soient reliés entre eux deux par deux et aux vingt-quatre
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- touches du collecteur, le bout entrant de- la viimi-quatrième bobine communiquant avec le bout sortant de la bobine I sur la louche du collecteur à laquelle ce dernier était fixé au début de l'opération. L’armature est alors terminée.
- Balais. — Les balais sont formés par six lames minces de cuivre laminé et écroui, de 20 millimètres de largeur et de 7 à 8 centimètres de longueur, fendues par le milieu pour augmenter leur élasticité. Ils sont lixéssur une monture mobile autour de l’axe pour pouvoir changer le calage, et isolés dans des bagues en ébonite.
- Il nous reste à décrire la construction des inducteurs et ;i reproduire les croquis donnant les dimensions des diftérentes pièces de la machine, ainsi que les couplages Ce sera l’objet d’un prochain article.
- — A suivie. — X..., ingénieur.
- L’ÉCLIPSE TOTALE DE SOLEIL
- Dü 19 AOUT 1887, OBSERVÉE EK RUSSIE 1
- Les observateurs de l’éclipse totale de soleil ont généralement été peu favorisés par le temps. Cependant quelques photographies ont pu être faites avec succès sur certains points. Voici la communication que nous adresse un de nos correspondants à Yjatsk, gouvernement de Smolensk, Russie, à la date du 19 août 1887 :
- Le mauvais temps que nous avons depuis environ quinze jours, a empêché toute observation sérieuse et ce n’est que vers la lin de l’éclipse qu’une éclaircie momentanée m’a permis de faire quelques croquis des phases. J’ignore si les savants, qui avaient établi sur plusieurs points des observatoires temporaires, ont pu suivre les phases de l’éclipse, mais j’en doute fort, vu les données météorologiques. Cependant on avait fait partout de grands préparatifs ; à Moscou et à Tver des ballons devaient s’élever pour permettre de faire des observations à une certaine hauteur dans l’atmosphère.
- L’éclipse était attendue avec une grande anxiété par les populations. La faute en a été certainement aux mesures que l’on a prises pour prévenir l’effroi des paysans, mesures qui ont produit un résultat tout opposé. Ôn faisait dire en effet au peuple que l’éclipse n’amènerait aucun cataclysme, mais en même temps on faisait prendre des mesures de prudence assez étranges; ainsi, par exemple, on défendit de faire sortir le bétail le matin du 19 août (?). Grâce à ces ordres, le bruit se répandit bientôt que nous aurions d’affreux tremblements de terre, des catastrophes épouvantables, en un mot que la date qui nous occupe serait celle de la lin du monde.- Des serviteurs à moi avaient une telle peur qu’ils refusaient de sortir de la maison le matin de l’éclipse, et ont passé tout le temps qu’elle a duré à asperger les chambres d’eau bénite. Les bêtes ont été plus intelligentes que les hommes, ainsi que c’est souvent le cas : la plupart n’ont montré aucun effroi. Les oiseaux seuls, les pigeons entre autres ont vite cherché un abri, au moment de l’obscurité totale, et un oiseau de proie nocturne est sorti de son nid. Quant aux
- Voy. 741, du 15 aoûf 1887. p. 165.
- chevaux et aux vaches, ils ont continué à paître tranquillement.
- Le soir nous avons eu un orage épouvantable que l’on •fa pas manqué d’attribuer à l'influence de l’éclipse. Cette pauvre éclipse est bien maltraitée, car les paysans sont convaincus que c’est à elle que nous devons le mauvais temps ijui règne ici depuis une quinzaine de jours. Si elle est innocente dans ce cas-là, elle mérite toutefois Jes malédictions des savants pour ne pas s’étre rendue visible.
- L’heure indiquée ei-dessous est celle de Saint-Pétersbourg, qui avance sur celle de Paris de 1 heure 52 minutes. Cependant je ne réponds pas de son exactitude rigoureuse, mon chronomètre n’avant pas été réglé depuis longtemps, \ oici le résultat de mes observations :
- 4 heures 17 du matin. — Temps brumeux, quelques ninibo-cumuli à l’horizon ; le soleil s’est levé dans tout son éclat. \ent du sud qui fait craindre que l’on ne puisse suivre les phases de l’éclipse.
- 4 heures 55. — Le soleil est caché par des nirnbo-cumuli, le ciel se couvre presque en entier.
- 4 heures 48 m. — Temps couvert.
- 5 heures. — L’éclipse a dû commencer, mais le ciel
- 6>?18™ N. 6!?23rT' N.
- N 6h40m N.
- 6t?46m N, 6|?47'Î'15" N.
- N,
- eh43m N.
- 6'?49? N.
- est uniformément gris, ce qui rend toute observation impossible; il tombe une petite pluie line.
- 5 heures 45 m. — On commence à s’apercevoir de l’obscurité, le jour paraît blafard. La pluie fine continue.
- 5 heures 45 m. 40. — L’obscurité a notablement augmenté.
- 5 heures 48 m. — Obscurité rappelant le crépuscule.
- 5 heures Ad m.— .Nuit complète, les oiseaux s’envolent vers leurs nids, les oiseaux de nuit sortent de leurs abris, il fait une obscurité analogue à celle d’une nuit avec le clair de lune.
- 5 heures 51 m. 5 s. — Le jour revient.
- 5 heures 51 m. 55 s. — Presque clair; l’obscurité totale a duré 2 m. 5 s. ; elle est venue et est partie presque subitement, absolument comme l’ombre d’un nuage qui passe devant le soleil.
- 6 heures 18 m. — Petite éclaircie subite qui permet d’apercevoir le soleil à travers une légère couche de nuages ; on aperçoit nettement l'échancrure du côté gauche
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- embrassant environ le 1/4 de la surface solaire. Rien d’anormal dans la coloration si ee n’est une petite irisation produite sans doute par la réfraction des rayons sur les nuages. L’éclaircie dure environ deux minutes.
- 0 heures 25 m. — Seconde éclaircie, on voit l’échancrure très distinctement, elle tranche fortement et l’on peut l’apercevoir même à l’œil nu sans verre coloré.
- 6 heures 2(1 m. 50. — L’ombre prend une teinte rougeâtre assez prononcée.
- A partir de ce moment on a eu de temps en temps de petites éclaircies qui ont permis de faire les croquis ci-contre, mais sans que l'on put faire des observations plus sérieuses; il fallait pour ainsi dire saisir au vol l’instant où le soleil apparaissait pour disparaître aussitôt. La tin de l’éclipse a eu lieu à G heures 40 m. 55 s., autant que j’ai pu en juger.
- Nous joignons à celle intéressante note la reproduction des croquis de notre correspondant.
- CHRONIQUE
- L’électricité dans les théâtres. — On sait que depuis sa réouverture, le Théâtre-Français est éclairé à la lumière électrique. Ce progrès n’est point le seul que nous ayons à enregistrer depuis quelque temps. L’Opéra de Vienne vient de recevoir un éclairage électrique. 11 en est de même de l’Opéra de Berlin, où l’on n’allume pas moins de 5000 lampes. Les installations ont été faites par la Compagnie Edison. Il faut ajouter que le courant est envoyé d’une station centrale d’éclairage.
- Sur l’emploi de la magnésie comme succédané du plâtre de Paris. — Des recherches déjà anciennes faites par Yicat, Macleod et Deville ont montré la possibilité d’employer la magnésie comme ciment, mais c’est tout récemment que la question a pris une sérieuse importance industrielle, lorsqu’on s’est trouvé en présence d’une quantité énorme de sels de magnésie constituant les résidus et sous-produits de la fabrication de la potasse à Stassfurt. La question est d’autant plus importante que les chlorures combinés à la potasse à Stassfurt sont utilisables à la fabrication de l’acide chlorhydrique et du chlorure de chaux du commerce. L’utilisation de ces sous-produits fait l’objet d’une élude publiée par M. le docteur Frank, de Charlottenbourg, dans les Glaser's Annalcn fiir Gewerbe und Bauwesen, que nous résumons d’après les Abstracts ofpapers de l'Institution of civils enyinters de Londres. Lorsque Sorel démontra, en 1867, qu’on pouvait produire un ciment en mélangeant de la magnésie et du chlorure de magnésium, on attendait les meilleurs résultats de ce nouveau produit, analogue, en principe par sa composition, avec le ciment des dentistes, formé d’un mélange d’oxyde de zinc et de chlorure de zinc. Ces espérances ne se sont pas réalisées, et le ciment de magnésie n’a pas réussi en raison d’une tendance, souvent observée sur les ciments calcaires, de gonfler et d’éclater, par suite d’une lente hydratation. M. le docteur Grundmann, d’JIirschberg, vient de breveter une nouvelle méthode de traitement de la magnésie par laquelle, au lieu de calciner la magnésie et de la traiter par l’eau, il la carbonate en la soumettant à l’action de l’acide carbonique, comme font les maçons lorsqu’ils sèchent et durcissent les enduits de plâtre, en brûlant du coke dans l’air confiné des salles enduites de plâtre. On sait que le carbonate de magnésie naturel,'connu sous le nom de magnésite, est un minerai très dur et très
- dense; le carbonate de magnésie artificiel obtenu par le procédé du docteur Grundmann ne le cède en rien à la magnésite comme dureté et faculté de prendre un beau poli. M. le docteur Grundmann emploie la magnésie connue ciment dans plusieurs matières, en la mélangeant, par exemple, avec de la poussière de marbre, pour fabriquer de la dolomie artificielle. On peut aussi adjoindre à la magnésie des silicates solubles et obtenir ainsi un stuc artificiel.
- Pièce de forge colossale construite par les forges du Creusot. — Les usines du Creusot viennent de livrer à la marine italienne une pièce de forge tout à fait exceptionnelle par ses dimensions et les difficultés d’exécution qu’elle présentait. 11 s’agit de la tourelle de commandement du Lepanto, qui fait partie de la fourniture du cuirassement de ce navire, et dont l’exécution a été confiée à M. Schneider et Ci0. Celte tourelle est un anneau cylindrique d’une seule pièce, en métal, à blindages, présentant les dimensions suivantes : diamètre extérieur, 5m,050 ; diamètre intérieur, 2m410; hauteur, lm,460. Le poids en est de plus de 50000 kilogrammes. Fille a été forgée au pilon de î 00 tonnes, en partant d’un lingot de 65000 kilogrammes, qui fut amené d’abord au diamètre de 2 mètres environ, puis foré et amené enfin par forgeage sur mandrin à ses dimensions définitives. Une telle pièce fait honneur à l’industrie française, et notamment au Creusot; aucune forge, en Angleterre m en Allemagne, ne serait en mesure d’en produire une semblable.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 sept. 1887. — Présidence de M. 11en\i. Masüox
- Astronomie. — M. Dclaunay a imaginé une loi à laquelle satisfont les nombres qui représentent les masses des planètes et des comètes du système solaire. Celte loi est purement empirique. Elle n’est la conséquence d’aucune conception théorique; on peut la comparer à la relation célèbre dont Bode a démontré l’existence entre les distances moyennes des planètes au soleil. M. Delaunav s’est déjà fait connaître par les travaux qu’il a entrepris dans le but de démontrer que la cause des tremblements de terre doit être recherchée dans les phénomènes astronomiques. — M. Zeuger communique un mémoire intitulé: Sur la fréquence des incendies par rapport aux quantités d'éloilcs filantes. La bizarrerie de ce titre s’explique aisément par une hypothèse de M. Zeuger, sur laquelle repose son mémoire. En effet, M. Zeuger attribue à des chutes de météorites en ignition les incendies de forêts, de récoltes, de maisons isolées classés dans les documents de statique officielle sous la rubrique : causes inconnues. M. Zeuger a relevé, par date, le nombre de ces incendies ; il a constaté que des maxima se présentaient aux époques des grandes chutes d’étoiles filantes. Il a obtenu du gouvernement autrichien la nomination d’une commission chargée de dresser une statistique complète de tous les incendies sans (( causes connues » ayant éclaté sur le territoire austro-hongrois ; il demande à l’Académie des sciences de prendre la même initiative vis-à-vis du gouvernement français. La haute notoriété de M. Zeuger en Allemagne, et d’autres travaux fort appréciés, sont une recommandation pour son mémoire; néanmoins l’Académie ne croit point devoir entrer dans la voie que lui trace l’auteur.
- Météorologie. — M. Mascart présente trois volumes des Annales du Bureau central météorologique. Indépendant!-
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- LA NATURE.
- ment des résultats des observations météorologiques, ils contiennent trois mémoires; l’un est dù à M. Moureaux et traite de la détermination des éléments magnétiques au parc de Saint-Maur, l’autre est rédigé par M. Renou et offre une revue de la pluie à Paris depuis 1680.
- Physiologie. — M. Marey a entrepris des expériences dans le but de rechercher les conditions au moyen desquelles on change la forme d’un muscle en modifiant ses fonctions. Il a expérimenté sur des chevreaux dont le calcanéum a été réduit à la moitié de ses dimensions normales. Les animaux ainsi opérés, puis guéris, ont été laissés en liberté.
- Le travail des muscles de la jambe a été mqdifié par suite du déplacement du point d’insertion. Il en est résulté un changement de forme musculaire très caractérisé. Des pho-tographies du muscle de l’animal opéré et du muscle correspondant d’un animal témoin, mettent la différence en évidence.
- Varia.— M. Ra-dau donne un mémoire sur la détermination des orbites des planètes. —
- M. Breton a effectué des recherches sur la mesure des sensations lumineuses en fonction des quantités de lumière.—M. Nourry communique une théorie du tremblement de terre. —
- M. Morel (de Chail-ly, Saône-et-Loire) donne les résultats d’expériences entreprises sur des vignes phylloxérées. Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- Principe de l’inertie. — Avec les dames d’un jeu de jacquet, former une colonne, lancer fortement, et en roulant, au moyen du pouce et de l’index, une autre dame contre la colonne, la dame
- lancée frappera tangentiellement la colonne de deux manières : 1° soit, au point de contact de deux dames, dans ce cas deux dames sont projetées au dehors de la colonne; 2° soit, au point de contact d’une seule dame comme dans le cas représenté dans la ligure 1, où la dame noire seule doit s’échapper, sans que le reste de la colonne tombe l.
- Les hémisphères de Mag-dchotirg.— On prend deux gobelets de verre de même grandeur, en ayant soin qu’ils adhèrent bien l’un contre l’autre, en les superposant bord contre bord. On allume un bout de bougie au fond d’un premier gobelet posé sur une table. On recouvre ce verre d’un morceau de papier un peu épais et imbibé d’eau. Puis on place par-dessus le second verre, comme l’indique la figure 2. L’adhérence entre les deux verres séparés par le papier doit être complète. La bougie s’éteint, mais en brûlant elle a dilaté l’air contenu dans le verre inférieur, cet air se trouve ainsi raréfié. La pression atmosphérique extérieure retient les deux gobelets collés l’un à l’autre nmme dans l’expérience classique des hémisphères de Magde-bourg. On peut soulever le verre inférieur en tenant seulement le verre supérieur qui y adhère. Le papier est souvent crevé intérieurement, mais l’expérience n’en réussit pas moins quand elle est convenablement exécutée2.
- 1 Communiqué par M. Desjalels. a Communiqué par M. F. Bergmann, à Lyon.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, {), rue de Fleurus, à Paris.
- Fig. 1. — Expérience sur le principe de l’inertie.
- Fig. 2. — Expérience des hémisphères de Magdebourg, faite avec deux verres.
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- N° 746. — 17 SEPTEMBRE 1 887.
- LA NATURE.
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- LE GÉNÉRATEUR PYROMAGNÉTIQUE D’EDISON
- La production directe de l’énergie clcctricpie avec | le charbon est un problème ([ni a longtemps préoc-
- Fig. 1. — Moteur pyromasndtiquo. Fig. 2. — Coupc longitudinale du moteur.
- cupé les inventeurs les plus habiles. Si la quantité immense d’énergie latente dans le charbon, pouvait 15e année. — 2e semestre.
- apparaître sous Ibrme d’énergie électrique à l’aide d’un appareil de transformation simple, et produire
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- LA NATURE.
- cc résultat avec une certaine économie, on accordera que les procédés et systèmes mécaniques du monde entier se trouveraient, de ce l'ait, révolutionnés de fond en comble.
- La production d'une différence de potentiel à l’aide de la chaleur date de Seebeck et deMelloni. La science thermo-électrique ainsi créée a été développée par Becquerel, Peltier, Thomson, Tait; les piles thermo-électriques de Clamond et de Noé ont reçu un certain nombre d’applications pratiques. Les résultats obtenus ont merveilleusement stimulé les recherches, et plusieurs ont cru trouver, dans cette voie, rien moins que la pierre philosophale.
- Notre collègue, M. Moses G. Farmer, a travaillé longtemps et assidûment dans cet ordre d'idées, et a produit, croit-on, les meilleurs résultats, au point de vue économique, qui aient jamais été obtenus, mais ces résultats eux-mêmes n’étaient pas très encourageants. Il n’a jamais transformé un pour cent de l’énergie du charbon en énergie électrique.
- Lord Ilavleigh a discuté, avec son habileté bien connue, la loi du rendement de la pile thermo-électrique au point de vue de la seconde loi fondamentale de la thermo-dynamique. Il arrive à cette conclusion qu’un couple fer-cuivre, travaillant aux limites de température les plus élevées possible pour ces deux métaux, ne pourrait transformer que 1/500 de lenergie totale du charbon en énergie électrique.
- Il s’ensuit que, si le résultat espéré doit être obtenu un jour, il faut évidemment chercher la solution du problème dans une voie autre que la thermoélectricité. En étudiant le sujet, un ordre de recherches tout différent s’est présenté a mon esprit.
- On sait depuis longtemps que l’aimantation des métaux magnétiques, et eu particulier le fer, le cobalt et le nickel, est considérablement modifiée par la température. D’après Becquerel, le nickel perd son pouvoir magnétique a 400° centigrades, le fer au rouge cerise, et le cobalt au blanc.
- Comme, d’autre part, chaque fois qu’un champ magnétique varie d’intensité dans le voisinage d’un conducteur, ce conducteur est le siège d’un courant électrique, j’ai pensé qu’en plaçant un noyau de fer dans un circuit magnétique et en variant sa perméabilité magnétique, ou faculté d’aimantation, par des variations de sa température, il serait possible de produire un courant électrique dans une bobine de fil entourant ce noyau de fer. Cette idée constitue le principe essentiel et fondamental du nouveau générateur que j’ai, par suite, appelé générateur pyromagnétique d'électricité.
- Le principe qui consiste à utiliser les variations de magnétisme par la chaleur a été tout d’abord appliqué a la construction d’un moteur thermique d’une forme très simple que j’ai appelé moteur pyromagnétique, et qui nous conduira a comprendre le générateur construit ultérieurement.
- Supposons un aimant permanent ayant une botte de petits tubes de fer placée entre ses pôles, et pouvant tourner autour d’un axe perpendiculaire au
- plan de cet aimant, comme une armature. Supposons de plus qu’à l’aide de moyens convenables, tels qu’une soufflerie ou un tirage forcé, on puisse faire passer de l’air chaud à travers ces tubes pour les amener au rouge, et qu’à l’aide d’écrans placés de part et d’autre de ces tubes et en couvrant la moitié à la lois, on puisse empêcher l’accès de l’air chaud dans les tubes ainsi garantis par les écrans. Si les écrans sont placés à égale distance des branches de l’aimant, il ne se produira aucune rotation du système, puisque les parties les plus froides et, par suite, les plus magnétiques du faisceau de tubes seront à égale distance des deux pôles et également attirées. Mais, si l’écran est placé d’une façon dyssymétrique, plus près d’un pôle que de l’autre, il se produira un mouvement de rotation continu, la partie protégée par l’écran et plus magnétique étant attirée avec plus d’énergie que la partie chauffée. Cette disposition réalise un moteur pyromagnétique, la chaleur traversant les tubes pour y produire une dyssymétrie dans les lignes rie force du champ à travers le fer. L’écran thermique joue ici un rôle analogue au commutateur d’une machine ordinaire. Le premier moteur d’expérience construit sur ce principe, chauffé à l’aide de deux petits becs Bunsen et disposé avec une soufflerie, pouvait produire environ 700 pieds-livres par minute (1,5 kilogrammètre par seconde) (fig. 1 et 2). Un second appareil pesant 1500 livres, actuellement en construction, devra développer environ 5chevaux-vapeur (225 kilogrammètres par seconde).
- Dans ces deux machines, on a substitué des électro-aimants aux aimants permanents, et le courant qui entretient ces électro-aimants est emprunté à une source étrangère; dans le dernier modèle, l’air nécessaire à la combustion traverse d’abord les tubes de fer pour aider à leur refroidissement et vient ensuite dans le foyer à une température déjà élevée.
- Les premières expériences sur la production pyromagnétique de l’électricité ont été faites avec un appareil fort simple, composé d.’un tube de fer mince placé dans un solénoïde traversé par un courant constant. Une bobine de fil était enroulée sur ce tube de fer et se trouvait en circuit avec un sounder délicatement ajusté. On chauffait le tube au rouge par un jet de gaz et on lui substituait rapidement un jet d’air froid. Le sounder était aussitôt mis en mouvement, montrant que l’augmentation de perméabilité magnétique produite par le refroidissement avait modifié le flux de force à l’intérieur du tube de fer, et produit un courant électrique dans le circuit formé par la bobine et le sounder.
- La construction d’une machine de dimensions suffisantes pour démontrer la possibilité de produire des courants continus d’une certaine importance par ce procédé, fut alors commencée et vient d’être à peine terminée. La nouvelle machine se compose de huit éléments distincts (fig. 5), dont chacun est l’équivalent de la disposition déjà mentionnée et constituée par les deux branches d’un électro-aimant reliées, d’un côté, par la culasse, et de l’autre par un
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- rouleau d'une feuille de tôle mince ondulée, de 5 millièmes de pouce d’épaisseur (1/8 de millimètre). Celle armature- est roulée d’une bobine de lil séparée du contact d’avec la tôle par une enveloppe en papier d’amiante. Ces huit éléments sont rangés radialemenl autour d'un centre commun, les huit, armatures en tôle ondulées — appelées armatures interstitielles — traversent deux disques de fer qui constituent les pièces polaires communes à toutes ces armatures interstitielles reliées entre elles en tension et formant ainsi un circuit fermé. A travers le centre des deux disques passe un arbre vertical portant à sa partie inférieure une moitié de disque en terre réfractaire appelé plaque de garde qui, lorsque l’axe est en rotation, tourne autour de la partie inférieure des armatures en tôle ondulée et obture l’accès de l’air chaud venant de la partie inférieure (fig. 4, A).
- L’arbre porte un cylindre de matière isolante ayant des pièces de contact métallique disposées sur deux côtés opposés, la ligne qui les joint étant parallèle au bord radial de la plaque ds garde. Sur ce cylindre pressent huit ressorts de contact, chacun d’eux étant relié aux fils qui relient les bobines deux à deux (fig. 4). La longueur du segment métallique est telle que le ressort suivant le touche au moment où le ressort précédent le quitte, et les ressorts eux-mêmes sont ajustés de telle façon que chacun d’eux vienne en contact avec son segment métallique au moment où la bobine précédente de la paire de bobines entre lesquelles ce ressort est fixé, est découverte par la rotation de la plaque de garde.
- Deux bagues continues fixées sur le même arbre et contre lesquelles frottent deux balais fixes servent à recueillir le courant extérieurement.
- L’appareil entier que nous venons de décrire est placé au sommet d’un foyer approprié, alimenté par une soufflerie qui force les produits de la combustion à travers les armatures interstitielles non protégées par la plaque de garde, et les élève à une haute température. Les électro-aimants n’aimantent que les armatures froides. En faisant tourner la plaque de garde, les armatures sont successivement couvertes dans un sens et découvertes dans l’autre, et il s'en trouve toujours quatre en voie d’échauf-fement et quatre en voie de refroidissement : celles qui gagnent de la chaleur perdent de l’aimantation, et réciproquement ; il s’ensuit que toutes les bobines des armatures sont à chaque instant le siège de courants, puisque le magnétisme varie dans toutes les armatures ; celles qui sont protégées par la plaque de garde sont le siège d’un courant d’un certain sens, et celles exposées à la chaleur sont le siège d’un courant de sens inverse. La commutation se fait au moment où chaque bobine passe de la période d’éehauffementà celle de refroidissement, etréci-proquement, c’est-à-dire deux fois par tour de l’arbre.
- La force électromotrice développée par cet appareil dépend évidemment du nombre de tours de fil sur chaque armature, de la différence de température que l'on peut obtenir, de la rapidité îles varia-
- tions et du voisinage plus ou moins rapproché du point pour lequel reflet utilisé se produit au maximum. Un n’a, par exemple, rien à gagner en élevant la température au-dessus du point pour lequel la perméabilité magnétique du fer est pratiquement nulle, pas plus qu'en le refroidissant au-dessous du point pour lequel sou magnétisme passe pratiquement par un maximum.
- Ainsi la température d’aimantation nulle est la chaleur blanche pour le cobalt, le rouge cerise pour le 1er et 400° centigrades pour le nickel. Mais, tandis <pie l’aimantation maxima du fer à la température ordinaire est représentée par 1590, elle est encore de 1500 à 220° centigrades; il n’y a donc aucun avantage pratique à descendre au-dessous de cette température. Pour le nickel, son intensité d’aimantation est de 800 à la température ordinaire, et il n’a plus qu’une intensité de 520 à 220° centigrades ; il peut donc être employé à une température moins élevée. La vitesse de variation de la température est commandée par celle de la plaque de garde, mais celle-ci dépend de la vitesse avec laquelle les armatures interstitielles peuvent être réchauffées et refroidies, vitesse qui s’obtient en prenant des feuilles minces et de grande surface, dont on peut augmenter la durée par un émaillage ou un nickelage. Les expériences déjà faites montrent qu’on pourra faire tourner le plateau écran à 120 tours par minute. En doublant cette vitesse, on quadruplerait la puissance de l’appareil, mais il reste à déterminer la meilleure épaisseur, le volume relatif de l’air et du fer dans les armatures, le meilleur diamètre, le meilleur métal, les meilleures limites de température et la meilleure vitesse de rotation, toutes questions qui ne pourront être tranchées que par l’expérience.
- Les résultats obtenus jusqu’à ce jour conduisent à la conclusion que l’économie de production de l’énergie électrique à l’aide de la chaleur par le générateur pyromagnétique sera au moins égale et probablement plus grande que celle réalisée par aucune des méthodes actuellement employées. Mais la puissance spécifique de cet appareil sera moindre que celle d’une dynamo de même poids. Pour fournir 50 lampes de 16 bougies dans une maison d’habitation, il faudra probablement un générateur pyromagnétique pesant 2 à 5 tonnes. Mais comme le nouvel appareil n’empêche pas d’utiliser l’excès d’énergie du charbon pour chauffer la maison elle-même, qu’il ne faudra aucune surveillance pour l’entretenir en bon fonctionnement, ce générateur a déjà devant lui un vaste champ d’applications. De plus, en lui appliquant le principe de la régénération, on pourra réaliser de grands perfectionnements relativement à sa puissance, et son utilité pratique sera probablement égale à l’intérêt scientifique des principes que cet appareil met en jeu1.
- Th. à. Edison.
- 1 Commmiicaliou faite à Y Association américaine pour l’avancement des sciences.
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- LA NATUKE.
- TOITURE A VAPEUR
- DE SIM. ROGEH DE MONTAIS ET i/llÉRITIER
- La voiture à vapeur que nous allons faire connaître est montée sur trois roues. Les deux grandes roues ont lm,20, la roue de devant 0m,G8. Le voyageur a devant lui une petite eh;mdière chauffée par le pétrole, qui n’a pas de tuyau; qui ne dégage aucune fumée ni aucune odeur. Elle est organisée de telle façon que la chaleur résultant de la combustion des gaz n’incommode en rien le voyageur. Dans le siège et immédiatement au-dessous du voyageur se trouve le réservoir de pétrole; ce réservoir contient 10 litres d'huile de pétrole et permet de marcher pendant dix heures consécutives. Un peu en arrière se trouve le réservoir d'eau contenant 54 litres permettant de marcher pendant deux heures et demie sans renouveler la provision .
- Ce réservoir en deux parties contient de l'eau froide et de l’eau constamment chauffée par l’échappement de la vapeur. Le réservoir d’eau chaude sert a l’alimentation de la machine , le réservoir d’eau froide sert a condenser la vapeur, pendant la traversée d’un village, par exemple, ou lorsqu’on se trouve en présence d’un cheval effrayé.La manœuvre s’opère au moyen d’un robinet placé à côté du voyageur. Tout à fait en arrière, se trouve le moteur, du poids de 40 kilogrammes. Ce moteur est vertical, à deux cylindres de 6 centimètres de diamètre et 10 de course. Il est placé a l’arrière afin d’équilibrer, autant que possible, le poids de la chaudière, car l’eau et les voyageurs, qui sont des poids variables, se trouvent placés directement au-dessus de l’essieu de la voiture, afin de ne rien changer dans l’équilibre. Sauf la chaudière, qui seule est devant le conducteur, tous les autres organes sont renfermés dans un coffre, à l’abri de la pluie et de la poussière.
- Sur le sommet de ce coffre, et à la portée de la main, se trouvent divers robinets permettant, sans changer de place, de purger les cylindres, d’alimenter, de condenser la vapeur, d’étouffer le bruit de l’échappement et de changer la vitesse. A la portée (le la main gauche, se trouve un frein supplémen-
- 1 taire pour le cas où le frein au pied viendrait a manquer. A portée de la main droite se trouve la poignée de direction, (pii commande avec une grande précision la roue de devant. Cette dernière n’est pas prise dans une fourche, (pii pourrait céder par suite d’un choc, mais est solidement maintenue par une couronne dans laquelle elle opère son mouvement de rotation.
- Enfin, entre les deux voyageurs, se trouve la prise de vapeur, qui glisse de droite à gauche, le long du siège, afin de permettre au conducteur de se mettre au milieu, s’il est seul, et d’avoir toujours la prise de vapeur sous la main gauche. Le pétrole s’introduit dans le réchaud pendant la marche, à la volonté du voyageur, et il en est de môme pour l’alimentation de l’eau. La chaudière, construite dans les ateliers de M. L. Mors, de l’avenue de l'Opéra, est entièrement en cuivre rouge ; elle a 40 centimètres de diamètre et 57 de hauteur. Elle vaporise 16 litres d’eau
- à l’heure. La surface de chauffe est obtenue par 18 bouilleurs verticaux dont les parois sont chauffées par rayonnement au moyen de brûleurs à pétrole. A la partie supérieure de la chaudière se trouve une boîte à chaleur où deux serpentins , l’un de vapeur, l’autre d’alimentation , absorbent la chaleur perdue dans les bouilleurs. Immédiatement sous la chaudière se
- trouve le réchaud, qui a 10 centimètres de hauteur et 56 environ de largeur. 11 est muni de 18 brûleurs correspondant aux bouilleurs.
- Au moyen d’une seule poignée le conducteur peut à son gré augmenter l’intensité des flammes, la diminuer ou l’éteindre.
- Le réchaud s’allume en quinze secondes, et développe immédiatement toute sa chaleur.
- En quinze minutes, la chaudière est sous pression, la voiture prête a partir.
- Pour éviter les courants d’air occasionnés par la vitesse ou le vent, la prise d'air se fait à la base et dans le sens opposé à la marche, de telle sorte que tout courant d’air est plusieurs fois contrarié avant d’arriver aux brûleurs.
- Avec une personne cette voiture peut faire 16 et 18 kilomètres a l’heure et de 14 à 16 avec deux personnes.
- Nouvelle voiture à vapeur
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- LA NATURE
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- LES TRAINS-TRAMWAYS
- Les grandes Compagnies de chemins de 1er dont les | recettes ont subi, comme on sait, ces dernières an-
- Fig. 1. — Voiture du’ nouveau train-tramway formée de la réunion de deux voitures rattachées par une articulation centrale.
- néees, une dépréciation sensible, se préoccupent beaucoup actuellement de réduire leurs dépenses de toute nature et de se créer même des recettes nouvelles en modifiant un peu leur système d’exploitation suivant les localités pour l’adapter plus complètement aux besoins réels du public. L’Etat, de son côté, qui se trouve directement intéressé par le fonctionnement de la garantie d’intérêts et du partage éventuel des bénéfices a la prospérité des chemins de fer, s’est prêté plus facilement a ces expériences en autorisant sur les grands réseaux certaines dérogations aux prescriptions de l’ordonnance de 1846, réglant la composition des trains. C’est ainsi que dès 1880, sur la demande des chemins de fer de l’État, un décret avait autorisé la mise en circulation, sur ce réseau, de voitures à
- Fig. 2. — Articulation rattachant les deux voitures assemblées qui forment le véhicule du train-tramway. — K° 1. Elévation. — .V 2. Vue en plan.
- vapeur système Bel-paire, et aussi de trains légers comprenant seulement quelques voitures à voyageurs sans interposition de fourgons de choc, analogues à ceux qui font depuis longtemps le service de la ligne de Bayonne il Biarritz.
- Ce décret resta toutefois sans application , car l’essai de la voiture Beipaire ne donna pas de résultats satisfaisants , et fut bientôt abandonné ; on reconnut en effet qu’il était difficile d’installer dans de bonnes conditions une vitesse solidaire avec son moteur, on était obligé d’immobiliser celle-ci pour toutes les réparations à faire au mécanisme; il était donc préférable d’avoir un moteur indépendant assez puissant pour être en mesure de remorquer au besoin plusieurs voitures en cas d’affluence de vovageurs.
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- LA NATURE.
- Aucune application de train léger ne fut tentée a cette époque, mais les Compagnies et l’Administration suivirent néanmoins avec attention les essais pratiqués à l’étranger, notamment en Autriche et en Allemagne. Une sous-commission spéciale du Comité d’exploitation technique des chemins de fer fut nommée en 1881 pour faire l’étude de cette question dans ces deux pays, et le rapport présenté en son nom par M. lleurteaux, actuellement directeur de la Compagnie d’Orléans, signala l’intérêt qu’il y aurait en France à imiter les simplifications de service en usage sur quelques réseaux autrichiens pour la mise en circulation de trains légers à petits parcours desservant les relations vicinales. Ce rapport ne fut pas publié, mais on en trouvera les conclusions résumées dans un très intéressant mémoire récemment présenté à la Société des ingénieurs civils, par M. Cossmann.
- La sous-commission proposait de simplifier le service de ces trains légers qui ne comprendraient qu’un nombre de voitures très limité, en autorisant au besoin la suppression d’une des classes de voyageurs, celle du service de messagerie, et admettant enfin l’arrêt facultatif, en certains points déterminés.
- Ces conclusions furent acceptées par l’Administration, et un certain nombre de compagnies se préoccupèrent de profiter de la latitude qui leur était ainsi accordée pour modifier leur exploitation sur certaines lignes appropriées. La compagnie du Nord, en particulier, est entrée l’une des premières dans cette voie, et elle a créé deux tvpes de trains allégés qui paraissent appelés à recevoir une grande extension. Sur les embranchements à faible parcours, desservant les relations surtout locales, il y a intérêt à multiplier le nombre des arrêts afin de diminuer le parcours à effectuer par les voyageurs pour se rendre à la station. On utilise à cet effet les passages à niveau, les points spéciaux munis déjà d’un poste de gardien. On peut arriver néanmoins à conserver une vitesse commerciale aussi (‘levée qu’auparavant, car le poids des trains est considérablement diminué, le nombre des voitures étant ramené à six au maximum et la machine employée ayant à peu près la même puissance. C’est le type dénommé train léger qui présente d’ailleurs un aspect extérieur absolument semblable à celui des trains ordinaires. Il est desservi par un seul conducteur, qui peut être même chargé de délivrer les billets en cours de route pour les points d’arrêt où il n’existe pas d’installation spéciale. Au-dessus de sept voitures, le train rentrerait dans la catégorie des trains ordinaires, et devrait recevoir un second conducteur et comprendre un fourgon de choc interposé derrière la machine. Cette transformation peut se faire d’ailleurs sans difficulté en cas d’affhience de voyageurs, puisque la machine présente une force suffisante pour assurer la traction ; mais on comprend immédiatement qu’en temps ordinaire sur des lignes oii le trafic est assez limité, un nombre de six voitures peut être bien suffisant pour le service.
- Dans le voisinage des centres industriels et des grandes villes, les conditions d’exploitation sont toutes différentes et demandent donc une organisation appropriée. On se trouve en effet en présence j d’un mouvement considérable et presque continu de voyageurs venant tous les jours, et même plusieurs fois par jour dans la ville et retournant dans la I banlieue à une faible distance de celle-ci. Un pareil j service est imparfaitement assuré par des trains à plus grands parcours dont les arrêts dans la banlieue sont nécessairement trop écartés, les trains ne sont pas assez multipliés, et il en résulte des pertes de temps fâcheuses pour le voyageur de banlieue, qui aurait besoin de trouver pour ainsi dire un train presque continuellement disponible qu’il pût prendre sans aucune formalité. Enfin, la Compagnie même se trouve obligée, quand elle fait le service avec les trains h grand parcours, d’y ménager un grand nombre de places vides qui voyagent ainsi inutilement sur la plus grande partie du chemin effectué. 11 est donc préférable à tous égards d’isoler complètement le service de banlieue, et la Compagnie du Nord s’est trouvée amenée ainsi à créer des trains, ne comportant plus qu’une voiture unique avec moteur distinct, dénommés trains-tramways. Ceux-ci étant très légers peuvent donner une vitesse commerciale élevée tout en ayant des arrêts très rapprochés, et ils peuvent être assez multipliés pour que le voyageur n’ait jamais à subir une longue attente. Le personnel du train est réduit en même temps à deux agents, le mécanicien sur la machine, et le conducteur dans la voiture; le chauffeur est supprimé; seulement la disposition du matériel doit permettre la communication facile de la voiture à la machine pour que le conducteur puisse venir aider le mécanicien ou même le suppléer en cas de besoin.
- Pour les trains légers, il n’était pas nécessaire de créer un matériel spécial, et on a conservé les voitures ordinaires à un seul étage, à compartiments isolés, en adoptant de préférence les voitures mixtes comprenant à la lois des compartiments de première et de seconde classe, la Compagnie n’ayant pas usé de la faculté de supprimer l'une des trois classes. On n’a pas cru devoir employer le matériel à deux étages à cause des difficultés de circulation qui en résulteraient.
- Pour les trains-tramways, on avait à réaliser une voiture de 70 à 80 places sans compartiments distincts pour les bagages ou la poste, à circulation longitudinale, munie à ses deux extrémités de plates-formes pour permettre au conducteur d’aller au besoin sur la machine. Le type de voiture disposée à cet effet est représenté dans la figure 1, il comprend une caisse de plus de 14 mètres de longueur comportant 75 places dont 8 de première classe dans un compartiment, 16 de deuxième en deux compartiments, et 49 de troisième classe avec un compartiment de service à l’extrémité pour le conducteur garde-freins. Ce véhicule est formé de la réunion de deux voitures à couloir provenant des anciennes li-
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- gnes du Nord-Est rattachées entre elles par une articulation des plus ingénieuses due à M. Bricogne et que nous représentons figure 2. Les parois extrêmes (les deux caisses sont supprimées et les parois latérales sont rattachées par deux tôles articulées autour d’une charnière formant soufflet; la continuité du plancher est assurée par une sorte de couvre-joint en hile solidaire avec l’un d’eux et glissant sur l’autre. Quant aux châssis, ils sont retenus par les guides B et G, et rattachés entre eux dans l’axe de Belfort de traction par deux tiges fixées sur les parties médianes des croix de Saint-André qui les consolident intérieurement, et ces tiges sont assemblées à l’extrémité servant de joint par une articulation autour d’un simple boulon formant pivot A qui laisse aux deux parties du véhicule la liberté de prendre une position inclinée dans le passage en courbe. On a retrouvé ainsi toutes les facilités d’inscription des voitures à boggie sans avoir eu à créer un matériel spécial.
- Quant au moteur, la Compagnie du Nord a pris une ancienne machine Stephenson qu’elle s’est bornée à transformer légèrement en supprimant le ten-der remplacé par des bâches d’eau latérales sur la chaudière, et établissant une communication directe entre la plate-forme du mécanicien et la voiture du train. Cette machine est à trois essieux, dont deux sont accouplés avec roues de lm,739 de diamètre; elle pèse en charge 2ol,800 et peut développer un effort de traction de 1964 kilogrammes avec un poids adhérent de lSQoOO.
- La mise en service des trains-tramways fut inaugurée en juillet 1885 dans la banlieue de Lille sur la ligne de Lille â Tourcoing, et dans celle de Liège, sur la ligne allant delà gare de Longdoz à Flémale; et celle des trains légers, à la même date, sur la ligne de Boulogne à Saint-Omer. Ces nouveaux trains furent accueillis avec la plus grande faveur par les populations, et en présence de ces résultats la Compagnie du Nord se décida à en multiplier les applications. A la date du 1er mars 1887, on comptait déjà neul lignes formant une longueur de 131 kilomètres exploitées à l’aide de trains-tramways, et huit lignes formant une longueur de 299k,8 exploitées avec des trains légers de moins de 6 voitures. Cette application va s’étendre rapidement de jour en jour.
- La banlieue de Paris sera exploitée à l’aide de trains-tramways sur la ligne de Paris à Saint-Denis pour laquelle une voie spéciale va être installée, de Paris aux docks de Saint-Ouen, et de Saint-Ouen à Pantin sur des lignes qui, jusqu’à présent, ne servaient qu’au trafic des marchandises. Ce service qui est appelé certainement à un fort grand succès sera assuré à l’aide d’une voiture de capacité supérieure à celle de la voiture décrite plus haut; elle comprendra, en effet, 102 places en compartiments séparés avec couloir latéral; elle sera formée de la réunion de trois anciennes voitures de la Compagnie du Tréport à Abancourt rattachées dans des condi-
- tions analogues; on élargira seulement le couloir latéral, et on fermera les portières du côté opposé.
- Les autres compagnies de chemins de fer se sont préoccupées également de cette question des trains légers, et poursuivent les études nécessaires pour cette application déjà commencée aussi sur quelques-unes d’entre elles. Le chemin de fer de Grande-Ceinture a commencé, le 18 octobre dernier, le service des trains-tramways sur la section de Yille-neuve-Saint-Georges à Palaiseau, et a pu ajouter ainsi trois arrêts intermédiaires sur passages à niveau aux deux stations existant déjà sur ce parcours. La section de la Plaine-Saint-Denis à Pantin sera exploitée aussi dans les mêmes conditions. La Compagnie de l’Est a adopté également les trains légers pour plusieurs embranchements de Meurthe-et-Moselle, et la Compagnie de l’Ouest se propose d’appliquer aussi les trains-tramways sur un certain nombre de lignes de Bretagne et même de Normandie. Il y a donc là, comme on voit, un essai des plus intéressants qui est de nature à permettre aux Compagnies de diminuer leurs frais d’exploitation tout en donnant plus complètement satisfaction aux voyageurs. L. B.
- LES LAPINS EN AUSTRALIE
- L’Australie est, paraît-il, débordée de lapins et des mesures énergiques sont prises en vue de limiter le fléau.
- En moins de trois ans on a détruit 18 millions de lapins et, malgré ce carnage, ces animaux sont encore si considérables que les moutons ne trouvent plus de quoi brouter, et sont obligés d’abandonner leurs terres devant cet envahissement.
- Dans la colonie de Victoria, l’administration a déjà dépensé environ 24000 livres sterling (G00 000 francs) pour la destruction des lapins, et l’initiative privée n’a pas consacré moins de 575000 francs à des efforts analogues. Des terres, autrefois de grande valeur, se vendent actuellement 10 schellings l’acre, soit environ 25 francs l’hectare. Plus de 12 millions d’acres sont atteints par le fléau. Des cultures florissantes, des vergers magnifiques sont détruits, rendus impropres à toute exploitation et inhabitables pour les animaux, si ce n’est pour les lapins. Là où en 1875 on élevait 700000 moutons, on n’en élève plus aujourd’hui que 100000, ce qui représente une perte annuelle d’environ 19 millions de francs.
- L’AÉROSTATION MILITAIRE AU DANEMARK
- La réorganisation des forces militaires du Danemark est depuis quelques années en pleine activité, et les aérostats militaires ne sont pas oubliés dans le travail de sécurité nationale qui s’opère dans ce vaillant pays. Il n’v a pas au Danemark de service d’aérostation militaire proprement dit, mais le chef des troupes de télégraphie de campagne, a, entre autres devoirs, celui de se tenir au courant de tous les progrès dans l’aérostation. C’est dans de telles circonstances que M. le capitaine Ed. J. C. Rambusch
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- LA NATURE.
- a exécute récemment quelques expériences d’essai, avec le concours d’un de nos compatriotes, aéro-naute de mérite, M. Jullies.
- M. Rambush a bien voulu nous tenir au courant de ses expériences aérostatiques qui ont eu lieu à Copenhague. Nous allons en donner ici le résumé.
- Les premières ascensions captives ont été faites le 22 juillet avec l’aérostat l'Etoile du Nord cubant 500 mètres et appartenant à M. Jullies. Ce ballon, gonflé au moyen du gaz de l’éclairage, a exécuté une ascension à o heures de l’après-midi avec MM. Jullies et le capitaine Rambusch dans la nacelle. Les observateurs sont restés pendant une demi-heure à 100 mètres d’altitude, échangeant
- des signaux optiques avec une station éloignée de 5 kilomètres. M. le général Ernst, chef du corps du génie, M. le colonel Iloskier, chef des troupes du génie, et une vingtaine d'officiers de l’armée danoise, assistaient à ces essais. Quatre autres ascensions captives furent exécutées dans la même journée. Pendant l’une d’elles, M. le lieutenant Crut réussit a faire une lionne photographie de la terre vue de l’aérostat.
- La journée a été terminée par une ascension libre exécutée par MM. Jullies et le capitaine Rambusch. Le départ a eu lieu à 5 b. 20 m. Le ballon, emporté par un vent rapide', s’éleva à 1450 mètres d’altitude et il ne tarda pas à planer au-dessus de la mer, où
- Les premières expériences d’aérostution militaire de l’armée danoise. — Ascensions captives du ballon l'Etoile du Nord, à Copenhague
- (D’après une photographie instantanée de M. le capitaine Grut.)
- les courants aériens l’avaient dirigé. « Que la vue s’ouvrant a nos yeux était belle! Nous' écrit M. le capitaine Rambusch. En vérité, il faut monter en ballon pour apprécier la beauté de notre petite patrie. Derrière nous s'étend jusqu’à perte de vue file de Seeland, riante, fertile, tachetée de lacs, sillonnée de ruisseaux et d’anses longues et minces. Devant nous, la Suède méridionale, plus sombre, mais rayonnante au soleil couchant; à droite et à gauche, la Baltique et le Kattegat, étincelants aux rayons du soleil et reliés par le large ruban bleu du bel Ore-seind, d’où s’élèvent juste sous nos pieds, comme de petites îles, les forts défendant Copenhague. Un peu plus loin nous considérons l’île assez plate, mais fertile, d’Amac, où M. Jullies avait déjà effectué une
- descente. Là on tire le canon, et nous pouvons parfaitement distinguer l’erulroit où frappe chacun des projectiles. »
- A 6 heures, l’aérostat planait dans le voisinage de l’île de Saltholm, au milieu du Sund. Il l’eùt atteinte, si les voyageurs avaient eu du lest, mais la provision en était épuisée. M. Jullies se résout à laisser descendre le ballon en mer, où la nacelle vient se heurter contre les vagues. Le traînage commence à la surface de l’eau; bientôt heureusement le steamer le Malmo aperçoit l’aérostat en détresse, et son brave capitaine change aussitôt sa route, pour venir au secours des voyageurs aériens et les ramener au port. Gastox Tissaxdier.
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- LES ÀGHANTIS
- AU JAIUHN D'ACCLIMATATION DE l’ARIS
- Pendant le cours de leurs guerres africaines, les Anglais ont rencontré les plus vives résistances de la part d’un peuple énergique de l’Afrique occidentale, les Acliantis. Ce sont les représentants de ces curieuses populations que l’on peut voir actuellement au Jardin d’Acclimatation de Paris, où se sont succédé depuis quelques années les Nubiens, les Esquimaux, les Galibis, les Kalmoucks, les Fué-
- Fig. 1. — Achauti du Jardin d’Accliiuatation, avec ses armes. (D'après une photographie.)
- l’Achanti est noire et crépue; sa coiffure ne manque pas de grâce. Le guerrier a une couronne de peau sur la tête, avec deux grandes cornes fixées sur le côté du front. Les autres Acliantis ont sur la tête une touffe de plumes assujettie au moyen d’une j monture de coquillages. !
- Les femmes sont moins bien faites que les hommes, et leur costume est tout aussi primitif. Elles aiment les bijoux a la passion. Dans son pays, la femme sans être tenue en servage comme dans un grand nombre de régions de l’Afrique barbare, elle reçoit souvent de son mari le soin de diriger les affaires du ménage. Elle peut être vendue cependant.
- giens, les Gauchos, les Lapons, les Araucaniens, les Peaux-Rouges et les Cinghalais1.
- Les Acliantis sont grands, bien taillés et vigoureux. Leur corps, couleur de bronze, est sans cesse assoupli par des ablutions et des frictions huileuses. Leur costume est des plus simples : une large ceinture en peau de bêtes avec un peu d’étoffe aux vives couleurs, est attachée à leur taille. De nombreux colliers et bracelets ornent leur cou, leurs bras et leurs jambes ; les coquillages, les griffes ou les dents d’animaux forment les éléments de fabrication de cette joaillerie bizarre. La chevelure de
- Fig. 2. — Guerrier Achanti du Jardiu d’Aeclimalalion, sans armes. (D’après une photographie.)
- Les grands personnages du pays des Acliantis ont plusieurs femmes et le roi en compte 5535, chiffre fatidique qui ne varie jamais. Les Acliantis sont très sanguinaires, et les sacrifices humains rentrent dans les pratiques habituelles de leurs croyances. Quand un Grand du royaume meurt, on enterre avec lui un certain nombre de ses esclaves, et souvent aussi quelques-uns de ses parents et amis. C’est alors une fuite générale dans les champs et les forêts, mais les fugitifs sont presque toujours pris ; ils sont décapités et leur corps accompagne le défunt à la tombe.
- 1 La caravane du Jardin d’Acclimatation comprend vingt Acliantis, douze hommes, huit femmes et jeunes filles.
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- Le gouvernement du peuple Achanti est absolument tyranniqne. Le roi, qui habite la capitale, Coumassie, dispose d’un pouvoir qui n’a d’autre règle que celle qu'il tire de sa volonté ou de scs caprices. 11 est maître de la vie et des biens de ses sujets. Non seulement il confisque à sa guise les biens des grands, mais il peut même leur enjoindre l’ordre de se suicider. 11 envoie, à celui qu’il veut faire disparaître, du poison ou un glaive, et si le courtisan refuse d’obéir, il est noyé en compagnie d’un chien.
- Coumassie, où se trouve la résidence royale, est une ville importante qui ne compte pas moins de 100000 habitants; on se rappelle qu’en 1875, la défense organisée contre l’armée anglaise y fut tout à fait héroïque. On rencontre ça et là dans la cité des pyramides de crânes humains régulièrement disposées.
- Les Achantis habitent les contrées voisines de la côte d'Or, dans la Guinée. Leur pays abonde en gisements aurifères et en pépites souvent volumineuses. Us soumettent l’or à la fusion, et transforment le métal fondu en grenaille en le jetant dans l’eau. La grenaille leur sert de monnaie.
- Le royaume des Achantis est décrit, par les voyageurs qui l’ont parcouru, comme un des plus beaux que l’on puisse citer par ses richesses et la magnificence de la nature1 2 3 *. La canne à sucre et les dattiers, l’oranger et l’ananas y prospèrent; le cocotier, le bananier s’v trouvent en grande abondance. Le millet, le maïs, le manioc, l’igname, le riz, le coton, le caféier, le palmier, l’arbre à beurre, l’arbre à lait, etc., prodiguent aux habitants les produits alimentaires ou utiles.
- Fruits, plantes, animaux, abondent dans le royaume des Achantis; les forêts y sont nombreuses, et les éléphants y pullulent. A côté de l’or se trouve l’ivoire qui est l’objet d’un commerce important. Là, l’éléphant africain est sans cesse traqué au milieu des forêts vierges, où se rencontrent abondamment les lions, les panthères et les chacals, et un jour viendra où l’homme aura détruit sa race, qui ira rejoindre, dans l’histoire du globe, le mastodonte et le mammouth. Dr Z...
- UNE FAMILLE ECTRODACTYLE
- Vers le milieu de l’année 1884, il m’a été donné d’observer une famille entière atteinte d' ectrodacty-lies, anomalie qui consiste dans la diminution du nombre des doigts5. Le cas dont il s’agit offre un double intérêt : l’ectrodactylie est un vice de con-
- 1 Yoy. Ramseyer. Captivité chez les Achantis. 1 vol. in-8°, Zurich. — Elisée Reclus. Géographie universelle, tome XII. — Gros. Captivité de Jean Bounat chez les Achantis, etc.
- 2 De EXTpoiw, je fais avorter et SaxxvXoç, doigt.
- 3 Yoy. d'autre part.: Les mains à six doigts, (n° 710, du
- 8 janvier 1887, p. 90),
- formation relativement rare et il est encore plus exceptionnel de la voir se transmettre par hérédité.
- D'après Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, l’ectrodac-tylie est infiniment plus rare que la polydactylie (doigts surnuméraires) ; elle s’observe surtout chez des individus atteints en même temps d’autres monstruosités graves. Dans la plupart des cas on l’a rencontrée chez des monstres auxquels il manquait des organes essentiels à la vie, tels que les acéphales1 (individus sans tête). Dans son grand ouvrage sur Y Histoire générale et particulière des anomalies de l'organisation chez l'homme et les animaux, Geoffroy Saint-Hilaire n’a pu réunir qu’un très petit nombre d’observations d’ectrodactylie simple; plusieurs sujets n’avaient présenté l’anomalie qu’à une seule extrémité.
- J’ai dit que la transmission héréditaire de cette disposition anomale est tout à fait exceptionnelle. 11 me suffira de dire que l’auteur auquel je me réfère n’a pu en rapporter qu’un seul cas emprunté d’ailleurs au docteur Déchet. Il n’était donc pas sans intérêt de conserver l’histoire de la famille que j’ai observée, chez laquelle l’anomalie s’est déjà trans mise pendant trois générations.
- A la première génération, l’ectrodactylie revêtit une forme spéciale; le sujet ne présentait ni aux mains, ni aux pieds, de phalanges unguéales. Les doigts et les orteils étaient en nombre normal ; ils étaient simplement avortés.
- Marié à une femme exempte de toute infirmité, notre homme fut père de deux filles qui offrirent des anomalies bien plus accentuées que lui. Elles sont nées toutes les deux à Saint-Laurent, canton de Saint-Alvaire, dans la Dordogne, la première en 1848, et la seconde en 1854. -..-4
- Élisa Fori, l’aînée, ne porte à chaque main que trois doigts apparents, le pouce, l’annulaire et l’auriculaire, ces deux derniers réunis l’un à l’autre par les téguments qui leur forment une enveloppe commune. Des deux côtés, le métacarpe est complet, de sorte que l’anomalie consiste dans l’absence de l’index et du médius (fig. 5). Entre le pouce et l’annulaire, l’on voit deux bourgeons cutanés qui semblent recouvrir la tète des métacarpiens correspondants. C’est ce qui existe réellement à la main gauche, mais à droite, en cherchant sous les proéminences de la peau, on rencontre assez facilement les rudiments des doigts absents. Deux phalanges rudimentaires de l’index sont accolées au métacarpien et repliées du côté de la paume de la main. La troisième phalange de ce doigt est isolée des autres; elle est logée sous le bourrelet le plus voisin du pouce, et s’articule avec le bord interne du premier métacarpien. Le médius n’est représenté que par une seule phalange rudimentaire qui se dirige sous la peau, vers le petit doigt; son extrémité vient toucher la première phalange de l’annulaire.
- Les pieds sont plus incomplets que les mains ; ils
- 1 Do a privatif et xespaX/j. tête
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- n'offrent que le gros et le petit orteil (fig. 4), sans vestiges des autres. Les métatarses n’ont que le premier et le cinquième métatarsien normalement développés ; mais de chaque côté l’on trouve un autre métatarsien rudimentaire, accolé a gauche à celui du petit orteil, et a droite à celui du gros orteil. Les métatarsiens intermédiaires font complètement défaut, de sorte que la scissure remonte bien au-dessus des phalanges.
- J’ajouterai que, grâce à un mouvement d’opposition assez étendu, Elisa Fori peut, avec le pied droit ramasser de petits objets, ce qu’elle ne saurait faire avec le pied gauche qui présente un gros orteil fortement fléchi, et un petit orteil fort peu développé.
- La plus jeune des deux sœurs, Marie Fori, ne porte à la main gauche que deux doigts, l’annulaire et le petit doigt, soudés ensemble (lîg. 1). La main droite ne possède, en apparence, que l’auriculaire, mais en cherchant bien, on trouve aussi, de ce côté, les vestiges de deux phalanges de l’annulaire, ca-
- chées sous la peau ; elles se dirigent en dedans, vers le petit doigt, en formant, avec le métacarpien qui leur correspond, un angle presque droit (fig. 2). Des deux côtés le métacarpe se trouve réduit à trois os ; les deux métacarpiens externes font défaut.
- Le pied gauche de Marie Fori est exactement semblable au pied droit de sa sœur aînée : le gros et le petit orteil existent seuls et sont opposables ; le métatarse se compose de trois os dont les deux externes sont accolés. Le pied droit, conformé essentiellement comme son congénère, ne s’en différencie que par la direction du gros orteil qui se dirige en dedans exactement comme le petit orteil. Il résulte de cette disposition que, du côté droit, il n’y a pas de mouvement d’opposition. J’ajouterai que la scissure qui existe entre les deux orteils qui ont persisté, remonte jusqu’au tarse.
- Elisa Fori était, en 1884, mère d’une fillette de deux ans, Marie, qui possède à la main gauche le pouce atrophié, et deux autres doigts, l’annulaire et l’auriculaire, réunis par les téguments. Ces deux
- lre Génération’ . 2e Génération .
- 5e Génération .
- OS DISPARUS
- MAINS 1MEDS
- — ——* total. MOYE N
- Métacarpiens. Phalanges. Métatarsiens. Phalanges.
- Aïeul » 10 » 10 20 20
- Elisa Fori » 8 5 18 31
- Marie Fori 4 17 4 18 45 i
- Marie Fori )> ’ 14 0 18 58 \
- Anatalie Fabre. . . 2 12 G 18 58 45
- Clémence Fabre . . 4 22 G 18 50 \ 40
- Delphine Fabre . . 4 19 4 18 45 ) 1
- derniers doigts, également réunis par la peau, sont les seuls qui se voient à droite. Les métacarpes sont complets.
- Les pieds de cette petite fille se ressemblent exactement entre eux et rappellent ceux de la mère dont ils ne diffèrent que par la présence de deux uniques métatarsiens (fig. 7).
- Marie Fori, sœur d’Élisa, a eu de son mariage avec J. Fabre, trois enfants : Anatalie, née au mois de décembre 1874; Clémence, née en 1881 ; et Delphine, née a la fin de l’année 1882. Toutes ont hérité de malformations des extrémités.
- Anatalie Fabre a les mains conformées à peu près comme sa tante (fig. 5), avec cette différence qu’elle n’a que deux doigts apparents, le pouce et l’auriculaire. L’annulaire et son métacarpien font complètement défaut. Le médius est représenté par des phalanges rudimentaires qui se dirigent sous la peau vers l’auriculaire1.
- 1 La direction du petit doigt et son immobilité presque complète ne permettent pas à l’enfant de saisir quoi que ce soit entre ses deux doigts, mais elle peut saisir de petits objets, un crayon, par exemple, entre le pouce et le deuxième métacarpien ; je l’ai vue faire cette opération, et assujettir le crayon assez solidement pour écrire. Je dois citer à ce propos un fait
- Les pieds de cette enfant rappellent exactement ceux de sa petite cousine, Marie Fori : en avant du tarse on ne rencontre que deux métatarsiens qui s’articulent avec deux orteils, le gros et le petit.
- Chez Clémence Fabre, les deux mains ne présentent qu’un doigt, l’auriculaire (fig. 6) et trois métacarpiens. Les pieds sont semblables à ceux des deux fillettes dont je viens de parler.
- Enfin, la petite Delphine Fabre possède, à gauche, l’auriculaire seul et à droite le petit doigt et l’annulaire réunis par la peau (fig. 8). Les deux mains ont chacune trois métacarpiens. Ses deux pieds ne se différencient de ceux de ses sœurs que par l’existence d’un troisième métatarsien accolé à celui du petit orteil. Malgré l’infusion à chaque génération de sang normal, l’anomalie n’a aucune tendance a disparaître, ce qu’il est facile de mettre en évidence au moyen du simple calcul indiqué par le tableau ci-dessus.
- Nous voyons que, tandis que l’aïeul manquait de 20 os aux extrémités, les enfants de la deuxième
- assez bizarre : lorsqu’elle ne se surveille pas attentivement, Anatalie Fabre écrit de droite à gauche, en renversant récriture qu’elle lit cependant avec facilité.
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- génération en manquaient en moyenne de 57, et ceux de la troisième, de 45. Que nous considérions les moyennes, les minima ou les maxima, nous arrivons au même résul-
- Fig. 1 à i. — Exemples d’ectrodactylie à la deuxième génération.
- dans le cas présent, la méthode
- que l’on emploie pour obtenir de nouvelles races d’animaux domestiques, je veux parler de la sélection, de créer une race ectrodactyle. Il est vrai que les bénéfices que retireraient de l’expérience les malheureux estropiés ne sont guère faits pour donner au plus fanatique l’envie de saisir cette occasion de créer une nouvelle race humaine.
- Encore une remarque et je termine cette note.
- « On sait, dit Isidore Geoffroy Saint-Hilaire1, qu’aucun animal ne présente normalement plus de cinq doigts, mais qu’un grand nombre d’espèces en ont moins de cinq. Ainsi, parmi les mammifères et les reptiles, quadrupèdes et bipèdes, on en trouve souvent quatre, plus rarement deux ou trois, beaucoup plus rarement encore un seul. Chez les
- oiseaux, il n’y a jamais normalement, ni plus de quatre doigts, ni moins de deux ; encore l’autruche présente-t-elle seule ce dernier caractère. De ces dif-
- férents nombres il n’en est aucun qu’on ne puisse rencontrer chez l’homme. »
- On pourrait donc être tenté, lorsqu’on trouve
- des êtres humains offrant des exemples d’ectrodactylie , de voir en ces malheureux des individus reproduisant par atavisme un type ancestral plus ou moins éloigné. Or, il n’en est rien pour la limaille que j’ai étudiée, ni pour une jeune fille que l’on exhibait, il y a une quinzaine d’années, place Haubert, et qui ne possédait, comme certains de nos sujets, que le pouce et le petit doigt aux mains, le gros et le petit orteil aux pieds. Dans la série animale, lorsque le nombre des doigts va en diminuant, l’on voit disparaître tout d’abord le pouce, puis le petit doigt. 11 faudrait donc , pour expliquer au moyen de l’atavisme l’ectr odacty 1 ie chez l’homme, que ce fussent ces deux doigts qui disparussent les premiers ; nous venons de voir que chez les individus dont je viens de parler, c’est l’inverse qui s’est produit. Je n’ai d’ailleurs nullement la pensée d’invoquer ce fait contre le transformisme. Je sais fort bien qu’un grand nombre d’anomalies que l’on observe chez l’homme constituent l’état normal de telle ou telle famille animale. Il n’en est pas de même du cas que je viens de décrire; il s’agit ici de la transmission héréditaire d’un état que j’appellerais volontiers pathologique , dans lequel l’atavisme ne joue aucun rôle. I)r Verneau.
- Fig. 3 à 8. — Ectrodactylie à a troisième génération.
- Op. cit., p. 073.
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- LE CYCLONE DE LA REDÜRTE (AEDE)
- 15 AOUT 1887
- Samedi 15 août 1887, un cyclone d'une intensité rare a exercé ses ravages dans une partie du départe-
- ment de l’Aude. La petite ville de La Redorte et celle d’Homps, situées à 50 kilomètres environ à l’est de Carcassonne,ont été littéralement dévastées par le vent, principalement la première localité. Nous publions ici les communications que nous recevons à ce sujet de nos lecteurs. Voici ce «pie nous écrit, de Carcas-
- Fig. 1. — Aspect des maisons de La Redorte (Aude) après le cyclone du 15 août 1887. (D’après une photographie
- de M. J. Arnaud à Carcassonne.
- sonne, M. J. Arnaud, à la date du 25 août :
- J’arrive de visiter les deux malheureux villages de La Redorte et d’Homps : voilà huit jours que le cyclone a sévi,
- J 20 hommes du génie ont essayé de déblayer les rues ; à peine si encore aujourd’hui les abords sont praticables.
- Quelques détails sur ce formidable cyclone pourront intéresser les lecteurs de La Nature. Vendredi matin 12 août, le ciel était très pur, pas un nuage à l’horizon; à 10 heures le baromètre marquait 70; à midi l’aiguille était tout à coup descendue à 75; à 4 heures du soir le ciel se couvrait de nuages; à minuit éclatait un fort orage. Le lendemain, samedi, l’aiguille barométrique se maintenait à 75, l’atmosphère était très chargée, un nouvel orage se préparait.
- A 4 heures du soir environ, tandis que vers le levant le ciel était pur, vers le couchant un rideau de nuages se présentait effrayant , un vent marin (vent d’est) d’une très grande violence soufflait et empêchait ce formidable rideau de nuages d’avancer. Vers les 5 heures , les vents de l’est charrièrent de nombreux nuages qui venaient se heurter et puis se fondre dans les nuages qui formaient barrière et retenus par les vents du couchant. Après quelques instants, ces nuages suivirent un courant.très violent. Au-dessous de ce barrage, le tonnerre grondait avec une grande violence. Vers les 6 heures et demie des grêlons commencèrent à tomber ; ils furent suivis d’autres grêlons tombant de loin en loin, mais plus gros que des œufs de volaille : c’étaient de vé-
- Fig. 2. — Une rue de La Redorte après le cyclone. (D’après une photographie de M. J. Arnaud.)
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- rilables glaçons. Il se forma aussitôt un courant atmosphérique à 200 mètres au couchant de La Redorte de deux énormes nuages, se heurtant l’un contre l'autre, pareils à deux géants luttant corps à corps et formant, de la terre au ciel, deux puissantes colonnes se croisant, s’entrecroisant qui, poussés vers La Redorte par le vent du couchant, produisaient un fracas épouvantable, mêlé de coups de tonnerre, d'éclairs; c’était un roulement de coups de canon, de mitraille. La Redorte disparut en quelques in- , stants au milieu de ce tourbillon. Elle resta sept minutes enveloppée et reparut ensuite comme une nouvelle Sodome détruite par le feu du ciel. Cent cinquante maisons ont été anéanties, toutes les toitures enlevées, les arbres déracinés et emportés par le vent; huit cadavres ont été relevés des décombres, le nombre des blessés est bien grand.
- La tourmente s’est ensuite dirigée en droite ligne vers le levant, emportant, sur une largeur de 100 mètres, toutes les récoltes et tout ce qu’elle trouva sur son passage. Elle ravagea le village d’IIomps, comme celui de La Redorte et se perdit à 200 mètres environ du premier de ces villages.
- Une guerre n’aurait pas fait de plus grands ravages; c’est un spectacle des plus émouvants. Vous pourrez vous-mèine juger du désastre par les photographies que je vous envoie et que j’ai prises huit jours après la catastrophe.
- M. L. Faurie nous adresse de Narbonne des renseignements qui confirment ceux que l’on vient de lire. Le village d’IIomps a eu son clocher démoli, la voûte de l’église, mise à nu, est en partie démolie, les toitures des maisons enlevées. C’était un spectacle des plus émouvants.
- ——
- L ’ A S S O CIA TIO N B RIT A N N1Q U E
- POUR L’AYANCEMENT DES SCIENCES
- Congrès de Manchester. — (Août 1887)
- La première réunion de Y Association Britannique à Manchester a eu lieu en 1842 et la seconde en 1861. A cette époque le nombre des membres était de 5500 ; il a dépassé cette année 4000, et l’Association a pu dépenser plus de 50 000 francs à encourager les recherches scientifiques. Les savants étrangers ont été nombreux à Manchester. La plupart, MM. Rowlands, Riley, Langley, Abbé, étaient de nationalité américaine; il y avait quelques Allemands tels que M. Wiedeman et quelques Russes, comme M. Mendeleieff. La science française était représentée par M. de Saporta. Le voyage projeté en Australie, à l’occasion du centenaire de la Nouvelle-Galles du Sud, n’aura pas lieu. Le gouvernement de Sydney étant tombé entre des mains hostiles à l’Angleterre, l’invitation a été retirée, et les soixante savants qui s’étaient fait inscrire pour aller représenter la mère patrie dans cette circonstance mémorable, ont inutilement donné leur assentiment à un voyage aux antipodes. Aucune allusion n’a été faite publiquement à cette circonstance, mais elle a été commentée non sans vivacité dans les conversations particulières.
- On avait calculé que l’on aurait des nouvelles de Stanley, mais cette attente a été déçue, et l’on est l’esté réduit à de simples conjectures sur l’issue d’une entreprise si hardie et si intéressante. Hàtons-nous de dire que tout
- porte à croire que les nouvelles lugubres qui avaient circulé ne seront pas confirmées.
- La question qui a été traitée avec le plus de soin, de développement et, il faut le dire, de passion, est celle du tunnel de la Manche, dont on sait depuis longtemps que M. Dawkins est l’apotre. 11 a été démontré facilement que l’exécution de la partie anglaise de ce grand travail ne coûterait pas 40 millions de francs. En doublant cette somme pour la partie française, on arrive à un chiffre tout à fait raisonnable, et presque insignifiant en présence du trafic assuré. La question stratégique a été traitée avec tout le soin désirable. M. Dawkins, assisté de deux ingénieurs, a démontré que le tunnel pourrait être submergé en cinq ou six minutes à l’aide d’une écluse, que l’on pourrait manœuvrer de l’intérieur de la forteresse de Douvres et qui introduirait dans le canal trois mille mètres cubes par minute. Enfin il a été établi que le commerce anglais souffre de l’isolement de la Grande-Bretagne qui, par suite de la construction du tunnel, garderait tous les avantages de sa position insulaire, et acquerrait ceux d’une puissance continentale. Nous espérons que, dans un avenir prochain, les considérations politiques dont on se sert pour réclamer la continuation de l’isolement cesseront d’être prépondérantes.
- La ville de Bath avait été déjà choisie pour le meeting de 1888. La réunion sera présidée par M. Frédéric Bram-well. La ville de Newcastle a été choisie pour 1889 ; le président sera élu l’an prochain. La ville de Leeds s’est mise sur les rangs pour la session de 1890.
- La ville de Manchester se trouvant dans un district peu pittoresque, les excursions de la dernière session ont souffert de cette circonstance. Le plus grand intérêt s’est concentré dans la visite des exploitations industrielles, de l’Exposition, et des exploitations minières.
- On sait que l’on a formé une compagnie pour faire de Manchester un port de mer. Le modèle du canal praticable pour les vaisseaux a excité un intérêt universel, facile à comprendre.
- Les réceptions du comité local n’ont rien laissé à désirer, Les arrangements du Réception Room, des télégraphes, des postes, etc., étaient splendides. L’hospitalité civique et particulière a été véritablement écossaise, quoique Manchester soit au cœur de l’Angleterre.
- L’adresse de sir Henry Roscoe, membre du Parlement, et physicien bien connu par sa collaboration avec Bunsen dans la fondation de l’analyse spectrale, a roulé presque exclusivement sur la physique moléculaire. Les débuts méritent d’être traduits in extenso :
- « A l’occasion de notre premier meeting dans cette ville, en 1842, le président lord Egerton commença son discours par une allusion touchante au vétéran de la science John Dalton, le grand chimiste qui vivait encore. Lord Egerton avait dit : « Manchester est encore la résiden-« ce d’un homme dont le nom est prononcé avec respect « partout où la science est cultivée, et qui est ici parmi « nous pour recevoir les honneurs dus à une longue car-« rière de dévouement à la science. Qu’il reçoive de « moi, s’il veut bien condescendre à le faire, l’expression « du regret que j’éprouve que le poids des années ne lui « ait pas laissé la force matérielle nécessaire pour remplir « la place que je me considère comme usurpant en sa « présence. » Je vous demande la permission de changer le nom de Dalton pour celui de Joule et l’année 1842 pour l’année 1887, et d’ajouter que je me considérerais comme fort honoré de servir comme concierge dans toute maL son dont Joule serait le locataire. »
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- Une partie intéressante du discours présidentiel a été consacrée à rappeler que Mendeleleieff a cherché à appliquer la théorie de l’évolution darwinienne à la création des corps simples en partant de l'idée de Proust qu’ils sont transformés par la combinaison d’un certain nombre d’atomes d'hydrogène.
- L’orateur a raconté ensuite à propos de J. B. Dumas une anecdote peu connue. Du temps de Charles X, le gaz n’était pas inventé, et dans les soirées on ne connaissait d’autre lumière que celle des bougies de cire. Une certaine fois, les hôtes de Sa Majesté furent tellement incommodés par des fumées acides, qu’on appela en consultation le grand chimiste pour lui demander ce qui était arrivé. Celui-ci s'aperçut que les bougies avaient été blanchies au chlore, mais que, l’opération ayant été mal faite, un atome do chlore avait pris la place d’un atome d’oxvgène. La combustion avait donné de l’acide chlorhydrique, qui avait fait éternuer les courtisans et Sa Majesté elle-même, mais la théorie des substitutions était découverte.
- CHRONIQUE
- Arrêt des navires en vitesse. — Des essais intéressants ont eu lieu récemment en Seine, à bord du steamer Corsaire, muni du càble-ancre imaginé par M. Pagan. Le système consiste en un câble enfilant un chapelet de cônes en toile à voile, qui s’ouvrent sous l’effort de l’eau, et qui se referment quand on les retire en les retournant. Le steamer Corsaire, filant 15 nœuds, a été arrêté chaque fois par l’appareil Pagan en sept à huit secondes et 8 à 9 mètres de parcours au maximum. Comme terme de comparaison, le Corsaire, lancé à toute vitesse, a été arrêté avec ses propres moyens, c’est-'a-dire en faisant machine arrière ; la vapeur ayant été renversée à toute vitesse, le steamer n’a été arrêté qu’en trente-quatre secondes et après avoir parcouru de 105 à 110 mètres. Il résulte de ces expériences que le càble-ancre Pagan arrête un navire en vitesse en dix fois moins de parcours et quatre fois moins de temps, que si ce navire tente d’obtenir l’arrêt avec ses moyens propres.
- Les épaulants sur la côte est tl’Angleterre.
- — Les épaulards ont fait leur apparition, au grand détriment des pêcheries de saumon, dans la baie de la Tee. Mardi soir, 50 août dernier, la Hotte à saumon de Seaton Carew a été attaquée par plus de cent de ces cétacés qui mesurent 5m,G0 de long, et lesquels ne se sont pas, paraît-il, contentés de détruire plusieurs blets, mais ont positivement donné la chasse aux bateaux de pèche et forcé les pêcheurs à gagner le rivage. Plusieurs de ces visiteurs désagréables se sont montrés aux bains de mer de Seaton, au grand émoi des baigneurs.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du k29 août 1887.— Présidence de M. Hervé Makgox.
- Physique. — M. Bertrand donne lecture d’une préface qui doit figurer en tète d’un traité de thermodynamique qu’il a composé avec les leçons professées par lui au Collège de France, durant l’année dernière. L’auteur dit qu’il s’est toujours appliqué à la démonstration des faits j
- soi-disant évidents. Il montre, par quelques exemples, dans quelles erreurs grossières on peut tomber en admettant trop facilement des propositions réciproques. Il déclare qu’il a restreint le plus possible le nombre de ces faits évidents, et s’est attaché aux parties faibles de la théorie pour les perfectionner.
- Physiologie. — M. Marey communique le résultat de ses dernières expériences relatives aux forces en action dans le vol de l’oiseau. Il rappelle qu’au moyen d’une série de photographies instantanées, prises à des intervalles très rapprochés, il avait pu constater que la ligne qui joint les positions successives du centre de l'animal est sensiblement horizontale. Les petits écarts que l’on relève admettraient une variation de l’intensité de la composante verticale égale au 1/5 'le sa valeur. Il calcule ensuite l’intensité de la composante horizontale, et le nombre obtenu concorde avec le résultat des mesures dynamiques directes entreprises sur l’animal.
- M. Prévost, de Genève, a expérimenté l’infusion de fleurs de cytise sur différents animaux, la grenouille, le chat, le lapin, le cobaye, etc. Sur la grenouille, l’action physiologique est tout à fait analogue à celle du curare; chez les mammifères, le cytise provoque des vomissements violents très peu de temps après l’ingestion stomacale. On peut obtenir les mêmes effets, au moyen d’injections hypodermiques. M. Prévost croit avoir doté la médecine d’un excellent médicament.
- M. Tholozan, pendant son dernier séjour en Perse, a provoqué des enquêtes minutieuses sur les différentes épidémies de peste qui ont sévi dans les contrées qui s’étendent entre la Perse et le Caucase. Il a dressé un catalogue complet de ces épidémies, avec indication des lieux ravagés, nature du mal et nombre approximatif des victimes. Tout d’abord, il'constate que la peste procède par périodes spontanées d’activité, suivies de longues années d’accalmie pendant lesquelles le mal semble disparaître tout à fait. De plus, le fléau ne rayonne pas autour des localités atteintes; il semble, au contraire, se concentrer dans le foyer d’éclosion, et cependant, dans ces contrées, les moyens prophylactiques sont nuis. De plus, la nature même de l’épidémie est très variable : tandis que dans la grande épidéfnie de Mésopotamie de 1874, la mort atteignait les malades au bout de douze heures, les épidémies qui se sont déclarées dans les provinces caucasiennes, sur les bords du Volga, à Merv, parmi les troupes russes, étaient tout à fait bénignes.
- Agriculture. — M. Yiala, professeur à l’École d’agriculture de Montpellier, qui s’est déjà distingué par ses travaux sur les vignes phylloxérées, s’est rendu aux États-Unis pour y continuer ses recherches. II écrit qu’il vient de constater l’apparition d’une nouvelle maladie du raisin, analogue au black rot. 11 s’agit encore d’un champignon qui se développe sur le grain du raisin, à l’époque de sa maturité et le détruit en trois jours.
- Varia. — M. lladau établit une comparaison entre les méthodes de Laplace et d’Olbers pour la détermination des orbites des planètes. — M. Delaunav envoie un deuxième mémoire sur les relations numériques qui existent entre les masses, les distances moyennes des planètes et les périodes de tremblements de terre. — Variations des courants telluriques mesurées avec le galvanomètre de Deprez. Stanislas Meunier.
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- LE MONUMENT
- DE BÉNÉDICT DE SAUSSURE
- On a récemment inauguré à Chamonix le monument élevé à la mémoire d'Horace Bénédict de Saussure, géologue et physicien suisse, célèbre par les voyages qu’il entreprit pour étudier la structure du globe terrestre. L’artiste a eu surtout pour but de célébrer l’ascension du mont Blanc exécutée par de Saussure et le guide Raimat, le 3 août 1787. Le sculpteur, M. J. Salmson, a su rendre hommage à la vérité, en représentant le guide mon- [~ trant du doigt le sommet si longtemps considéré comme inaccessible. Car c’est Jacques Balmat qui ouvrit la voie aux mémorables entreprises de l’illustre de Saussure. Si Balmat était humble par sa position sociale, il était grand par le cœur, grand par le courage, par la volonté, par l’inébranlable ténacité dans la poursuite de son but.
- Après des tentatives laites par de Saussure pour escalader le sommet du mont Blanc,
- Balmat s’était promis d’avoir raison du géant des Alpes. On le voit tout à coup quitter sa famille et disparaître : pendant des journées entières, il parcourt les glaciers, traverse les crevasses, affronte les avalanches : rien ne peut arrêter son ardeur. Dans une de ses tentatives, il reste quatre nuits consécutives au milieu des neiges, sans oser marcher, dans la crainte de tomber dans les abîmes; sans avoir presque rien à manger, presque rien à boire, en proie aux plus cruelles morsures du froid. Il rentre au logis accablé defatigue, mais non découragé. Il s’étend sur le foin de sa grange, reprend des forces et s’élance encore a la conquête de son nouveau monde.
- Des efforts si énergiques trouvèrent enfin leur récompense : le 9 août 1786, Balmat frappa de son bâton ferré la pointe extrême de la plus haute montagne de l’Europe. Après l’ascension qu’il exécuta l’année suivante avec de Saussure et Paccard. Bal-
- Le monument de Bénédict de (D’après une
- mat continua ses explorations alpestres. Cet homme d’audace et d’incomparable persévérance, qu’Alexan-dre Dumas a si bien appelé le Christophe Colomb du mont Blanc, mourut en 1834, en tombant au fond d’une crevasse inaccessible.
- Avec Bénédict de Saussure, qui gravit le mont Blanc le 3 août 1787, en compagnie de Balmat, du docteur Paccard et de dix-lmit guides, c’est la science qui prend possession de ces hautes régions alpestres, où des observations et des déterminations scientifiques importantes furent exécutées avec une une grande précision par le géologue genevois.
- En 1789, de Saussure , a [très avoir eu raison du mont Blanc, atteignit le sommet du mont Rose; ses études, pendant ses explorations, portèrent essentiellement sur les minéraux dont il ne découvrit pas moins de 15 espèces; ses recherches sur la physique, la météorologie, la géologie et la botanique ne sont pas moins importantes.
- Bénédict de Saussure, né à Couches, près de Genève, le 17 février 1740, mourut à Genève, le 22 janvier 1799. Après avoir professé la philosophie naturelle a Genève jusqu ’ e n 1 7 86, il fut nommé professeur à l’école centrale du département de Léman, formé lors de la réunion de Genève, à la France. Quand il mourut , son fils, Théodore de Saussure, continua à illustrer son nom et a montrer que 1 l’énergie physique et le courage, sont les meilleurs auxiliaires du savant qui veut arracher ses secrets
- Saussure, inauguré à Chamonix. photographie. )
- à la nature G
- G. T.
- 1 L’inauguration du monument de Bénédict de Saussure a eu lieu le ‘28 août, sous les auspices de M. Spuller, ministre de l’intruction publique, accompagne de 31. Dclpeucli, son chef de cabinet. 31. Jansscn, membre de l’Institut, a pris part à la cérémonie au nom de l’Académie des sciences. Plusieurs discours ont été prononcés. Le Club Alpin était brillamment représenté à celte fête des explorations en montagne.
- Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, a Paris.
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- LES GRANDS FEUX DE JOIE DD JUBILE DE LA REINE D’ANGLETERRE ^ l
- La célébration du Jubilé de la reine Victoria à | l’occasion du cinquantième anniversaire de?son.règne
- S-'
- Fig. 1. — L’éclairage électrique de la flotte anglaise à Spithead, à l'occasion du Jubilé de la reine \icloria, le 23 juillet lgg'7
- s’est manifestée sous une variété de formes : processions, réceptions, illuminations, revues militaires et maritimes, etc., etc.
- Parmi les illuminations les pins remarquables, nous citerons d’abord celles de la Hotte anglaise à Spit— bead. Tous les cuirassés, éclairés à la lumière électrique, projetaient, leurs rayons dans le ciel et produisaient les effets d’une espèce d’aurore boréale d’un nouveau genre.
- rience de lumière électrique n’avait été faite jusqu’ici dans de telles proportions. Nous donnons l’aspect de ce tableau féerique, d'après le croquis qui nous a été envoyé par un de nos correspondants (fig. 1).
- L’une des plus originales manifestations qui aient 15e année. — 2e semestre.
- été imaginées, et dont il a été fort peu question cependant, cou sis t ait dans rallumage simultané d’environ 2000 feux de joie sur tous les points culminants de l’Angleterre et du pays de Galles. Environ 1000 de ces feux étaient pourvus par les autorités locales des 52 comtés qui ont participé à ce genre de démonstration; les 1000 autres étaient dus à l’initiative privée. L’idée prit naissance à Worcester et fut adoptée unanimement par tout le pays.
- Great Malvern , ville située entre Hereford et Worcester, dans le Worcestersbire, à 570 kilomètres nord-ouest de Londres, fut choisie, tant à cause de son élévation (720 mètres au-dessus du niveau de la mer) que de sa position centrale, comme sta-
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- Jamais expé-
- Fig. 2. — Le grand feu-signal de Great Malvern. (D’après une photographie.)
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- LA NA T LUE.
- tion-sigual. A JU heures tiu soir, heure convenue, Je 25 juillet 1887, après une cérémonie préliminaire de circonstance, une l'usée donnait le signal de l'allumage, et ce signal, répété de distance en distance, était compris dans toute l'étendue du territoire, avec ce résultat, qu’entre 10 heures et
- 10 heures et demie, environ 2000 leux de joie brûlaient au grand plaisir des habitants, sur tous les points culminants du pays. Quelques-uns de ces leux, de dimensions monumentales, avaient donné lieu à des préparations très complexes, et attiraient tous les habitants du voisinage.
- Nous donnons page 257 la représentation du feu-signal de Great-Malvern, d’après une photographie de M. F.-C. Earl, de Worcester (fîg. 2). Ce l’eu de joie, construit sur le sommet de la chaîne de Mal-verne, n'avait pas moins de 11 mètres de hauteur et 50 mètres de circonférence. Les matériaux entrant dans sa composition consistaient en 22 tonnes de traverses de chemins de fer, 600 fagots, 2 tonnes de déchets de coton; 1000 litres de pétrole, 20 barriques d’huile, plus des quantités de genêts, perches, etc. J.-A. Bercy.
- LES TRAINS DE CHEMINS DE FER
- AUX ÉTATS-UNIS
- Sur nos lignes de chemins de fer, la sécurité des trains en marche repose, comme on sait, sur l’action du personnel de ces trains, et, d’autre part, sur celle d’un grand nombre d’agents répartis sur la voie, comme les chefs de gares et stations traversées par le train, les aiguilleurs, les gardes de sémaphores, les gardes-barrières, etc. Chacun de ces agents connaît les dispositions essentielles des règlements,
- 11 est chargé d’assurer, en ce qui le concerne, l’exécution de quelques-unes d’entre elles, et il peut même avoir à prendre, à un moment donné, l’initiative d’arrêter ou de retenir un train, par exemple, s’il voit que la sécurité y soit intéressée. A côté de ces agents dont l’attention peut se trouver par moments en défaut, des appareils savants et compliqués sont destinés à remédier en quelque sorte à ces erreurs possibles, et plutôt même a les prévenir dans l’application : les enclenchements du poste Saxby obligent l’aiguilleur qui les manœuvre à mettre toujours les signaux visibles en concordance avec l’état réel de la voie, les sémaphores amenés à l’arrêt ne peuvent pas être ramenés à la voie libre par l’agent qui vient de les fermer, et il faut l’intervention de l’agent du poste en avant qui a pu constater la sortie effective du train ainsi couvert, hors de la section bloquée, etc. Nous avons examiné déjà d’ailleurs la plupart de ces appareils dont plusieurs peuvent passer pour des merveilles de mécanique1, et les compagnies de chemins de fer en France et même en Europe n’hésitent pas à les multiplier pour assurer
- 1 Yoy. Tables des matières des aimées précédentes,
- une sécurité aussi parfaite que possible. Et on peut dire elfeclivement que les accidents par collision de trains deviennent de pins en plus improbables, car ils ne peuvent se produire par l’erreur ou l’oubli d’un seul agent, et il faut absolument le concours d’un grand nombre d’entre eux, outre les difficultés résultant du jeu des appareils de protection. Si les agents chargés d'assurer la sécurité de la circulation sont généralement d’ordre peu élevé, et peuvent ne pas toujours bien saisir les règles, d’ailleurs fort simples, qu’ils ont à appliquer, leur action, par contre, ne s’exerce que sur un détail particulier, et devient incapable de créer un accident sans la participation des autres agents chargés de surveiller les détails connexes.
- 11 est assez curieux d’opposer à cette organisation complexe celle d’une simplicité presque rudimentaire grâce à laquelle les compagnies de chemins de fer des Etats-Unis arrivent à assurer la circulation de leurs trains. La sécurité est certainement moindre , mais on obtient cependant une circulation plus active que nous ne pourrions le faire chez nous sur certaines lignes, comme celles à voie unique, par exemple; Nous reproduisons à ce sujet quelques détails empruntés à un mémoire publié dans la Revue générale des chemins de fer, par M. Rœderer, sous-chef de l’exploitation dans la Compagnie de Lyon, à la suite d’un voyage en Amérique.
- Au point de vue de la marche des trains, les réseaux des lignes américaines sont partagés en sections de 100 à 200 kilomètres de longueur comprenant chacune de quinze à trente gares, et placées sous la direction d’un agent unique nommé train-despatcher. Celui-ci est installé dans la gare la plus importante de la section, et mis en relations télégraphiques continuelles avec toutes les stations ; il connaît à chaque instant la position de tous les trains en marche ou arrêtés dans la section, et il a seul qualité pour régler la marche de ceux-ci, les arrêter, les expédier, etc. Les chefs des différentes stations n’ont d’autre mission que de correspondre avec le despatcher, lui signaler les trains qui passent et prendre ses ordres; mais ils n’interviennent jamais de leur propre initiative pour arrêter un train ou l’expédier. La sécurité repose donc exclusivement sur le despatcher qui doit, par suite, apporter la plus grande attention pour se représenter continuellement la position exacte des trains qu’il dirige, et prendre à chaque instant les mesures que comporte la situation. Le despatcher fournit un service de huit heures par jour, pendant lequel il lui est absolument interdit de se laisser distraire par un motif quelconque ;-il doit donner son attention exclusive à l'étude des trains et à la correspondance avec les gares intéressées. Comme c’est là un poste très délicat, le recrutement en est particulièrement sévère. Un définit ainsi, en eflet, les qualités demandées à cet agent ; il faut qu’il soit tranquille, sobre, méthodique, vif, intelligent, jeune, qu’il ait du sang-froid et de la mémoire, qu’il connaisse parfaitement le
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- réseau, ses rampes, ses courbes, la position des voies de garage, les dimensions et les dispositions des gares, enfin le caractère et le degré d’intelligence des agents des trains. Lue pareille organisation exige évidemment que le télégraphe soit toujours en marche, toutes les gares doivent être en communication continuelle avec le despatcher pour lui donner les renseignements nécessaires ou recevoir ses ordres. Un fil est affecté exclusivement à cet usage, il communique avec toutes les gares ; mais comme chaque dépêche est toujours précédée du nom de la gare intéressée, les autres gares se trouvent ainsi prévenues de n’avoir pas à s’en préoccuper. Pour éviter toute erreur de transmission, la gare doit toujours retourner au despatcher a titre de eollationnement l’ordre qu’elle vient de recevoir, et celui-ci en accuse réception par le mot correct après lequel la gare doit mettre à exécution l’ordre ainsi transmis.
- 11 arrive parfois et même souvent que le despatcher ordonne d’arrêter un train en marche afin de le garer jusqu’au passage du train suivant. La gare qui reçoit cet ordre n’ayant pas, comme chez nous, de disque a distance ou de sémaphore pour se couvrir, se contente d’arborer un signal à feu vert au milieu du bâtiment à l’endroit où nos gares reçoivent l’horloge. C’est là un signal peu apparent, à peine visible, qui paraît bien insuffisant, et M. Rœ-derer déclare qu’il a été témoin d’un accident qui lui en a fourni la preuve.
- 11 faut observer, d’autre part; que les trains qui passent sans s’arrêter doivent donner leur nom à la gare qu’ils traversent, soit au moyen d’un bulletin qu’ils lancent sur la voie, soit en ralentissant suffisamment pour pouvoir donner ce renseignement verbalement, comme l’exigent certains règlements. Cette obligation n’existe d’ailleurs que pour les trains de marchandises qui voyagent presque toujours sans marche arrêtée, et qui dépendent donc absolument des ordres du despatcher. Quant aux trains de voyageurs (pii sont à peu près les seuls dont la marche soit réglée à l’avance, on admet qu’ils se reconnaissent d’eux-mèmes. Cependant, il faut observer que les gares n’ont pas d’horloges, et l’heure n’est déterminée que par les montres des agents. Les trains de voyageurs sont aussi les seuls qui aient un numéro, ceux de marchandises qui sont habituellement hors marche étant désignés seulement par le nom du conducteur, ou un nom imposé par le despatcher.
- Comme le despatcher peut commettre cependant une erreur ou une omission, on a dû donner une certaine initiative aux agents des trains, et on a posé h cet effet la règle de subordination des trains, grâce à laquelle les trains d’ordre inférieur comme les trains de marchandises irréguliers ( tvild trains) doivent toujours se garer, même en l’absence d’ordres, pour laisser passer les trains d’ordre supérieur.
- 11 nous paraît incontestable qu’une pareille organisation ne peut pas assurer la sécurité aussi bien que la notre, et les faits montrent d'ailleurs que les accidents sont proportionnellement plus fréquents
- aux Etats-Unis que chez nous. Le seul avantage qu’elle présente est de pouvoir s’adapter sans difficulté aux besoins variables de l’exploitation. On arrive ainsi, en quelque sorte, à faire tous les jours une marche de trains différente appropriée au trafic qui se présente, et le despatcher sachant continuellement où se trouvent les trains qu’il dirige peut les expédier toujours sans la moindre perle de temps. 11 n’en est pas de même avec nos graphiques qui ne peuvent être établis qu’un certain temps à l’avance, et qui imposent toujours des stationnements importants très prolongés encore dans la pratique pour les trains à marche lente. Le passage d’un train à marche rapide ralentit en effet d’une manière sensible la circulation des autres trains qui sont obligés de s’effacer pour lui livrer passage, et il est incontestable que nos graphiques, surtout sur les lignes à voie unique, se prêteraient difficilement à une circulation intense, comprenant surtout un grand nombre de trains irréguliers comme en Amérique. Les compagnies qui ont chez nous le trafic le plus important se sont bien rendu compte de cette difficulté, et elles tendent à augmenter la vitesse des trains de marchandises de manière à ce qu’elle soit peu inférieure à celle des trains de voyageurs, ce qui permet de réduire beaucoup les stationnements, et d’augmenter ainsi la capacité de la ligne. L. B
- GÉOLOGIE DE L’ILE DE JERSEY
- Jersey est une dos îles les plus célèbres de nos côtes. Son climat, d’une grande douceur, où ni l’hiver ni 1 été ne sont extrêmes, en fait un vaste jardin, dont les routes sont ombragées de beaux arbres, dont les bosquets ont de magnifiques floraisons. On y voit d étonnants fuchsias, des géraniums arborescents; et aussi des hortensias qui semblent la fleur de prédilection des habitants, des rhododendrons, des camélias. On cultive (en serre) de délicieux raisin. Malheureusement, les champs de pommes de terre menacent, paraît-il, de devenir envahissants, les Jersiais exportant annuellement pour 10 à 12 millions de ce tubercule. Quant à présent, le voyageur ne s’aperçoit pas de l’introduction du côté utilitaire dans ce paradis naturel qui, à côté des aspects les plus gracieux, présente le long de ses côtes des accidents grandioses.
- Ces rochers, ces grottes, ces hautes falaises, ces caps, ces anses, que la mer façonne selon leur dureté, sont une invitation puissante à faire de la géologie. Cependant il n’existait naguère qu’une carte géologique de Jersey, publiée par Transon, en 1851, dans les Annales des mines, et qui se bornait aux côtes et aux vallées principales. M. Ch. Nourv, professeur à Saint-Louis (Jersey), habitant l’ile depuis plusieurs années, offrit, en 1885, au Musée de la Société jersiaise, une grande carte géologique. Il étendait les données de Transon, et fournissait des renseignements plus exacts sur bon nombre de loca-
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- lités. « Il y a, dit-il, dans cette petite île une telle variété de roclies, que j’ai diï réunir sous un certain nombre de groupes principaux les espèces les plus voisines et géologiquement, subordonnées entre elles. Peut-être aussi, un jour, on creusera une carrière ou un chemin dans un massif actuellement couvert, et on y trouvera ce que je n’y ai pas soupçonné. C’est le sort commun des cartes géologiques des pays tourmentés. Plus d’une fois, en moins de dix pas, j’ai trouvé trois espèces de pierres. Dans les siècles (lassés, Jersey fut, d’une façon vraiment remarquable, le champ ouvert aux assauts des agents internes et externes de notre globe. Nous avons sous les yeux les résultats de la lutte. »
- La carte de M. Noury rendra de réels services. Son livre1 est une excellente monographie, remplie d’observations bien faites, exposées avec une grande clarté. Nous allons l’analyser au point de vue de l’ordre qu’il a adopté, et indiquer, d’après lui, les principaux terrains de Pile.
- Dans les roches granitiques, l’auteur distingue les granits proprement dits, et les granulit.es. Sur la carte, on les voit formant trois massifs : l’un, le plus considérable, au nord-ouest, constituant presque en totalité les paroisses de Saint-Jean et de Sainte-Marie et le nord de Saint-Ouen; le second, au sud-ouest, à Saint-Brelade ; le troisième, au sud-ouest, passant par le sud de Saint-Sauveur et formant en grande partie les collines de Saint-Clément et de Grouville, ainsi que le rocher de Montorgueil.
- La syénite qui, avec la diorite, fait partie des roches granitoïdes, compose le massif au sud-est de Saint-IIélier, une bande qui s’étend depuis Rouge-Road, à la sortie de la ville, jusqu’à Longueville et au Radier. La diorite se montre sur deux massifs principaux, l’un au nord, l’autre au sud. Le premier commence à la Plaine, se développe à Sorel, et s’étend vers l’est, jusqu’au delà de Rosnez, sans doute nez roussi, dit M. Noury, parce que son extrême pointe, composée de granits, est rougeâtre, tandis que le reste garde la couleur sombre de la diorite. Le second massif comprend une partie des rochers d’Elizabeth Castle, de la Pointe des Pas et de la Colette, ainsi (pie la plupart des écueils de la baie de Samarès.
- Le terrain, désigné sous le nom de porphyres
- quartzifères et euritiques, pyromérides, se partage avec les granités et le schiste cambrien la presque totalité de l’ile. Il comprend toute la bande nord-est, sauf l’extrémité de Rozel et de Sainte-Catherine, «occupée par un conglomérat de poudingue.
- « La principale région sédimentaire de Jersey est comprise, quoi qu’on en ait dit, entre les massifs granitiques du sud-ouest, et du nord-ouest et elle s’étend depuis la baie de Saint-Ouen jusqu’au chemin qui relie Saint-IIélier à Donne-Nuit par Sion Chapel. Cette bande mesure au moins sept kilomètres en longueur sur une largeur moitié moindre; sa grande dimension est de l’ouest à l’est. Elle est pénétrée par le prolongement granitique qui descend au sud de Sainte-Marie jusqu’à la Hague Mill ; mais en revanche elle s’étend en pointe du coté de Saint-Jlélier et enveloppe une partie de la ville. »
- Malgré cette grande prépondérance laissée à la roche dont il s’agit, c’est diminuer beaucoup la part
- que lui ont faite les premiers géologues s’occupant du pays. La carte géologique de France, d’EIie de Beaumont et Ru-frénoy, montre Jersey comme formé de deux parties à peu près égales, l’une granitique regardant la cote de Bretagne, et l’autre de transition en face de la Normandie. D’après M. Ch. Noury, et comme le montre la carte ci-dessus, la distribution de ces terrains est beaucoup plus compliquée, et ne présente aucun rapport de position avec les roches constituantes des falaises voisines.
- Peut-être l’auteur est-il trop affirmatif en repoussant d’une manière absolue le vaste et séculaire ensemble d’observations d’où l’on a conclu une dénivellation du sud de la région par rapport à la mer. Pour lui, le magistral ouvrage de Chèvremont1 consacre une série d’erreurs. Au contraire, nous sommes pleinement d’accord avec M. Noury quant à la part très large qu’il accorde aux phénomènes actuels dans la dénudation du sol, le creusement des vallées et le déchiquètcment des côtes. En résumé, le livre ((ue nous annonçons devra nécessairement servir de base à toute étude ultérieure sur la principale des îles normandes. Stanislas Meunier.
- 1 Les mouvements du sol sur les côtes occidentales de la France et particulièrement dans le golfe normano-bre-
- Nouvelle carte géologique de l’ile de Jersey.
- Paris, librairie Savy. — Jersey, librairie Le Leurre.
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- ËL ÉTAT ION DES LIQUIDES PAR L’AIR COMPRIMÉ
- Il est necessaire, dans un grand nombre d’indus- | tries, de faire monter facilement et économiquement
- Fig. 1. — Élévation des liquides par l’air comprimé. Système Sainte et Mardi.
- les liquides qui se trouvent dans les tonneaux d’une cave, à un étage supérieur d’une maison. Nous avons visité récemment une installation d’élévation tle ce genre, réalisée au moyen de l’air comprimé. La compression de l’air est obtenue sans aucuns Irais dans le cas particulier qui nous occupe, au moyen tle l’eau tle la ville qui est conduite dans un réservoir spécial. Ce système, organisé par MM. Sainte et Mardi, ingénieurs, chez M. Lebeault, propriétaire fies vins médicinaux , dits'|de [Rugeaud, nous a paru intéressant à faire connaître, car il est susceptible de s’appliquer à tout autre liquide de valeur.
- Dans l’installation que nous mentionnons, le liquide à élever est d’un prix très élevé; comme il
- peut s’altérer au| contact tle métaux tels que le fer ou le cuivre, tous les vases qui doivent le contenir sont doublés d’étain, toutes les conduites, tous les robinets sont en étain.
- L’agent à l’aide duquel on obtient de l’air sous pression est, comme nous l’avons dit, l’eau de la ville qu’on fait passer dans un réservoir compresseur d’air avant son utilisation au lavage des bouteilles, de sorte que la consommation d’eau n’est pas augmentée par ce mode de travail. En outre, on évite ainsi l’emploi de pompes dont la manœuvre est pénible, demande du temps, et qui remuent le vin d’une manière préjudiciable à sa bonne qualité.
- Nous donnons ci-dessus (fig. 1) une vue d’ensemble tle l’installation. A la cave sont les foudres dont
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- une première série G contient le vin de Malaga tel qu’on le vide des fûts. Chacun de ces foudres porte à la partie inférieure un robinet à trois voies qui le fait communiquer avec une conduite générale aboutissant à un réservoir élévateur E placé dans une fosse spéciale.
- On envoie dans cet élévateur la quantité de vin que l’on veut élever aux appareils de préparation I\ Un flotteur dont l’extrémité de la tige est visible à travers un tube en verre J indique le niveau du vin dans l’élévateur.
- La compression s’effectue dans un réservoir G qui communique par la partie supérieure avec l'élévateur par l’intermédiaire d’une conduite A,A,L
- L’eau y arrive par le bas et chasse l’air dont la pression, indiquée par un manomètre, s’exerce peu à peu sur le vin de l’élévateur, et le fait monter jusqu’aux appareils de préparation.
- De ces derniers, le liquide transformé en vin de Bugeaud, redescend aux foudres de la deuxième série H où il repose quelque temps.
- Avant de le livrer à la consommation, il est nécessaire de le faire passer dans un appareil de filtration F situé au rez-de-chaussée. On y envoie la quantité convenable par le même procédé que précédemment.
- De l’appareil de filtration, le vin passe à l'appareil de remplissage des bouteilles.
- Pour éviter que l’eau arrivant en haut du compresseur, une partie puisse s’écouler dans la conduite d’air et de là dans l’élévateur, un robinet flotteur a été disposé de manière à arrêter l’arrivée de l’eau quand le compresseur est plein. Mais les robinets flotteurs sont des organes sur lesquels on ne peut pas compter d'une manière absolue; ils se détraquent facilement. Aussi, MM. Sainte et Mardi ont-ils encore interposé à l’embranchement de la conduite d’air un appareil de sûreté S. que nous représentons d’autre part, dans la ligure 2.
- C’est une soupape à boulet, dans laquelle le boulet est plus léger que l’eau. Aussitôt que celle-ci arrive, la boule est entraînée à la surface et vient fermer l’orifice supérieur de la soupape. Le peu d’eau qui pourrait passer pendant l’entrainement est, retenu dans le petit réservoir H. Un clapet à ressort, dont le ressort a une tension réglée par l’écrou T, laisse échapper l’eau comme par un rop-plein, dès que sa pression dépasse la limite qu’on ne veut pas dépasser. X..., ingénieur.
- PROPRIÉTÉS DES ORTIES
- ET PARIICULIÈREME.XT DF. l’oRTIK BLAXCHF
- Parmi les plantes qui croissent spontanément sur notre sol, l’Ortie blancle, Lamium album, et la grande Ortie, Urlica dio'ica, possèdent des propriétés jusqu'ici méconnues et peuvent nous rendre des services assez importants pour mériter notre attention. C’est bien à tort
- qu’elles sont considérées sinon comme malfaisantes, tout au moins comme inutiles.
- Quoique l’ortie blanche, dépourvue de poils piquants, ne nous inspire pas la môme répulsion que l’ortie brûlante, avec laquelle on frappait autrefois les malades pour produire une dérivation, nous n’en faisons pas plus de cas; et cependant cette plante, si abondante dans certaines régions, possède des propriétés hémostatiques remarquables et ne le cède en rien à Vllamamelis virgi-uica, au Gossypium hcrbaceum et à Yllydraslis cana-densis que nous recevons de l’étranger. Nous accordons toute notre confiance à ce qui vient de loin et trop souvent la rareté et le prix d’un produit en font tout le mérite. Je sais telle personne qui boirait volontiers une infusion d'Ilamamelis virginica, mais ne consentirait jamais à prendre quelques cuillerées de décoction d’ortie blanche. Quel serait le médecin assez osé pour proposer un semblable remède! I)u reste, il n’existe pas en pharmacie, où l’on ne trouve que les Heurs, dont l’infusion est considérée comme diurétique et emménagogue.
- Il faut aller dans les campagnes et surtout au centre de la France, où les sorcières et les matrones jouissent encore d’une considération bien supérieure à celle des médecins, pour se rendre compte de l’efficacité incontestable de certains remèdes.
- Pour bon nombre d’affections, le médecin n’est jamais appelé et j'ai remarqué que, depuis plusieurs années que j’exerce dans un canton de l’Ailier, je n’ai jamais eu à traiter un cas de métrorrhagie. Une seule fois, je fus demandé pour un cas d’une gravité exceptionnelle, et quel ne fut pas mon étonnement, lorsque, après avoir em-plové sans succès toutes les ressources de l’art, je vis ma malade, dont je commençais à désespérer, guérir très rapidement en suivant les conseils d’une matrone qui lui fit prendre quelques cuillerées d’un liquide verdâtre obtenu en écrasant les tiges et les racines de l’ortie blanche dans du vin blanc. Je fus tellement frappé de ce résultat que je me mis immédiatement à l’étude pour isoler le principe actif1.
- En traitant par l’eau bouillante aiguisée d’acide chlorhydrique les tiges et les racines de l’ortie blanche, recueillies au moment de la floraison, j’ai pu en extraire deux alcaloïdes. Après concentration, la liqueur mélangée avec un lait de chaux et ensuite filtrée, donne, avec l’acide sulfurique, un sel abondant qui se dépose sous forme d’aiguilles soyeuses, analogues au sulfate de quinine. La chaux, épuisée par l’alcool, fournit un nouveau sel, plus soyeux et plus léger que le premier. Ces deux sulfates sont insolubles dans l’alcool, l’éther, la glycérine et la benzine ; ils ne se dissolvent complètement que dans l’eau bouillante, fortement aiguisée d’acide chlorhydrique.
- En somme, j’ai suivi le procédé employé pour l’extraction des alcaloïdes du quinquina et j’ai obtenu deux corps : l’un, le sulfate de lamine, correspondant au sulfate de quinine ; l’antre, le sulfate d’a lamine, correspondant au sulfate de cinchonine.
- Malgré de nombreuses préparations, il m’a été jusqu’ici impossible d’isoler les bases en quantité suffisante pour préparer les chlorhydrates ou des sels solubles, permettant d’étudier l’action physiologique de ces corps.
- Quel est celui qui renferme le principe actif de l’ortie blanche et lui donne ses propriétés hémostatiques? Les expériences ne permettent pas encore de se prononcer. Quoi qu’il en soit, il est certain que la décoction d’ortie donne d’excellents résultats dans le traitement des hc-
- 1 Yov. liullehn génér. de thérapeutique. 15 janvier 1887.
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- morrhagies, soit qu’on l’emploie à l’intérieur ou à l'exté- I rieur. Du coton trempé dans le décodé et séché ensuite arrête presque instantanément un écoulement sanguin d’une certaine importance. I
- En 1694, Zaculus Lusitaniens recommandait l’ortie dans l’hémoptysie; depuis, Chomelet Sydenham l’ontemployée ; tout dernièrement le Dr llothe et le IJr Ménière ont £:.it de nouveaux essais, mais ils ne se sont servis que de YUrtica dio'ica et de YUrtica urens, de la famille des Urticées. D’après les analyses de Saladin, ces plantes'sont riches en matières astringentes, en tanin et acide gal-lique; elles renferment aussi une matière azotée. C’est cette matière azotée que j'ai retirée du lamier blanc et que je me propose de rechercher dans la grande ortie.
- De longtemps ces sels ne seront peut-être qu’une curiosité de laboratoire et n’auront aucune application thérapeutique; mais il est certain que les plantes qui les produisent sont d’excellents agents hémostatiques.
- Depuis un temps immémorial, les Chinois fabriquent avec la filasse de l’ortie blanche des toiles supérieures à celles obtenues avec le plus beau lin. Dans l’économie rurale, les diverses variétés d’ortie pourraient fournir un aliment précieux et des plus économiques. On a remarqué que chez les animaux qui en consomment, le lait est plus abondant et de meilleure qualité.
- La quantité relativement considérable de matière azotée contenue dans l’ortie explique pourquoi les agriculteurs recherchent le fumier provenant de cette plante qui, mélangée avec le foin, est bien consommée par les animaux.
- D’après la France agricole, les volailles s’engraissent rapidement quand on les met au régime des graines d’orties. Ces graines fournissent une huile d’un goût délicat, recommandée aux jeunes mères pour favoriser la sécrétion lactée.
- En résumé ; l’ortie blanche et l’ortie dioïque qui croissent chez nous en si grande abondance méritent de fixer l’attention. Elles peuvent fournir d’excellenls produits à l’industrie, à l’agriculture et à l’art de guérir.
- Je n’ai point la prétention d’en faire la panacée universelle, mais je serais heureux si ces modestes plantes, dont le seul défaut est d'encombrer nos chemins, pouvaient un jour être appréciées à leur juste valeur et prouver, une fois de plus, qu’il croît spontanément en France, non seulement des orties, mais encore un grand nombre de plantes qui, quoique ne venant pas des forêts vierges de l’Amérique, n’en ont pas moins une réelle importance. I)r Fl.OliAIN.
- Marcillat (Allier).
- LES NOUVELLES MATIÈRES EXPLOSIBLES
- M. le lieutenant-colonel Bucknill, du corps des Royal Engineers, a publié dans Engineering une liste des substances employées, essayées ou proposées récemment en Angleterre pour le chargement des torpilles. Les inventions se multiplient si rapidement que ce travail n’est peut-être déjà plus à jour, mais nous le publions tel qu’il a été donné. La nitroglycérine intervient presque toujours et le nom seul différencie des compositions dont les éléments principaux ne changent guère :
- Dynamite : 75 pour 100 de nitroglycérine et 22 pour 100 de kieselguhr ou farine fossile.
- Colon-poudre : Il s’agit de la nitro-cellulose comprimée et fabriquée suivant la méthode d’Abel.
- Dualine : 80 pour 100 de nitro-glycérine et 20 pour 100 de nitro-cellulose.
- Lilhofracleur ou Rcndrock : 40 pour 100 de nitroglycérine; 40 pour 100 de nitrate de potasse ou de soude; 15 pour 100 de cellulose et 7 pour 100 de para fti ne.
- Poudre géant : 50 pour 100 de nitro-glycérine, 48 pour 100 de nitrate de potasse ou de soude, 8 pour 100 de soufre; 8 pour 100 de résine ou charbon de bois.
- Poudre Yulcain : 55 pour 100 de nitro-glycérine, 48 pour 100 de nitrate de potasse ou de soude, 10 pour 100 de charbon de bois et 7 pour 100 de soufre.
- Poudre Mica : 52 pour 100 de nitro-glycérine et 48 pour 100 de mica.
- Poudre Hercule: 77 pour 100 de nitro-glycérine, 20 pour 100 de carbonate de magnésie, 2 pour 100 de cellulose et 1 pour 100 de nitrate de soude.
- Poudre électrique : 55 pour 100 de nitro-glycérine et le reste inconnu.
- Poudre Dessignolle : 50 pour 100 de picrate et 50 pour 100 de nitrate de potasse.
- Poudre Bruyère ou picrique : 50 pour 100 de picrate d’ammoniaque et 50 pour 100 de nitrate de potasse.
- Tonite : 52, 5 pour 100 de coton-poudre et 47, 5 pour 100 de nitrate de baryte.
- Gélatine explosive : 89 pour 100 de nitro-glycérine,
- 7 pour 100 de coton nitré et 4 pour 100 de camphre.
- Gélatine détonante : (Blasting gélatine) 92 pour 100 de nitro-glycérine et 8 pour 100 de coton nitré.
- Poudre Atlas (A) : 75 pour 100 de nitro-glycérine, 21 pour 100 de fibre de bois, 2 pour 100 de carbonate de magnésie et 2 pour 100 de nitrate de soude.
- Poudre Atlas (B) : 50 pour 100 de nitro-glycérine, 54 pour 100 de nitrate de soude, 14 pour 100 de fibre de bois et 2 pour 100 de carbonate de magnésie.
- Poudre Judson (1) : 17,5 pour 100 de nitro-glycérine et le reste inconnu.
- Poudre Judson (2) : 20 pour 100 de nitro-glycérine, 59,9 pour 100 de nitrate de soude, 13,5 pour 100 de soufre et 12,6 pour 100 de charbon pulvérisé.
- Poudre Judson (3) : 5 pour 100 de nitro-glycérine, 64 pour 100 de nitrate de soude, 16 pour 100 de soufre, 15 pour 100 de charbon pulvérisé (cannel coal).
- Rackarock : 77, 7 pour 100 de chlorate de potasse et 22, 5 pour 100 de nitro benzol.
- Forcite-gélaline : 95 pour 100 de nitro-glycérine et 5 pour 100 de cellulose non nitrée.
- Gélatine dynamite : N° 1 : 65 pour 100 de matière A et 55 pour 100 de matière B; N° 2 : 45 pour 100 de matière A et 55 pour 100 de matière B. La matière A est formée de 97,5 pour 100 de nitro-glycérine et 2,b pour 100 de coton-poudre soluble. La matière B est formée de ' 75 pour 100 de nitrate de potasse, 24 pour 100 de cellulose et 1 pour 100 de soude.
- Gélignite : 56,5 pour 100 de nitro-glycérine, 5,5 pour 100 de coton nitré, 8 pour 100 de bois pulvérisé et 32 pour 100 de nitrate de potasse.
- Mélinite : Composition inconnue. On croit qu’il y entre de l’acide picrique et de la trinitrocellulose dissoute dans l’éther.
- Roburite : Composition variable. Éléments principaux : la naphtaline nitrée et le nitrate de potasse, d’après le procédé de fabrication.
- 11 n’est pas question, sauf pour l’explosif américain Rackarock, des combinaisons nilrées de la benzine, parce qu’elles n’ont pas encore donné lieu à des essais suffisamment prolongés.
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- SOCIÉTÉ D’EXCURSIONS
- DES A MATE l! P, S DE I* H O T O G II A I'Il I E 1
- Dans le eourant du mois de mai 1887, un de nos collaborateurs, M. Albert bonde, dont nos lecteurs ont assurément apprécié la compétence en matière de photographie, offrait à quelques-uns de ses élèves et à un certain nombre de ses amis l'occasion de faire des expériences de photographie instantanée dans des conditions d'intérêt toutes particulières. Il s’agissait de se réunir à Argenteuil, au S carrières de gypses de Yolambert, où le directeur de l’exploitation devait faire sauter 50 000 mètres cubes do
- roche à la poudre, et de faire la photographie de l'explosion.
- J’étais de ceux qui s’étaient empressés d’accepter l’aimable invitation, et le 15 mai, à dix heures du matin, nous nous trouvions à la gare Saint-Lazare, au nombre de trente amateurs de photographie, ayant chacun son appareil. On arrive à Argenteuil, où les amateurs de photographie déjeunent ensemble; après le repas, une voiture emporte tous le matériel, et nous nous rendons, en nous promenant, sur l’emplacement des carrières.
- Au moment où l'explosion va avoir lieu, les trente appareils sont braqués et les obturateurs partent tous en même temps, comme les feux d’une mous-
- quelerie. Après l’explosion, d’autres photographies sont laites, groupes, paysages, instantanés2. Lent trente clichés étaient développés le lendemain.
- Parmi les meilleurs, nous avons choisi celui de M. Jacques Pucom, notre jeune collaborateur de photographie en ballon (fîg. 1). Ce cliché représente la masse rocheuse au moment de sa chute, au milieu d’un nuage de poussière et de pierres lancées dans l’espace. Un des amateurs se trouve figuré au premier plan, à genoux, en face même de l’explosion, au moment où il pressait de la
- 1 Autorisée par arrêté de M. le Préfet de police, en date du 4 juillet 18X7.
- - Quelques groupes des mieux réussis ont été obtenus par M. Ilalagny.
- main la poire de caoutchouc de son obturateur.
- En revenant de cette charmante excursion, chacun se communiquait son mode d’opérer, le genre d'appareil dont il se servait, et l’on se disait qu’il y avait là, dans ces causeries en plein air, une excellente occasion d’enseignement mutuel. Si nous recommencions une semblable excursion ? dit un des assistants. Si nous nous organisions en société intime ? dit un autre.
- Et voilà comment fut fondée la Société d'excursions des amateurs de photographie dont nous nous empressons de faire connaître l’existence à nos lecteurs. Nous étions trente à la première excursion d’Argenteuil : il n’y avait pas moins de quatre-vingt-dix adhérents inerits quelques semaines après la
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- dernière excursion *. Les amateurs de photographie | sont légion aujourd’hui, et leur nombre est appelé
- à grandir sans cessse.
- Après l’excursion d’Argenteuil, M. le directeur de l’Hippodrome a bien voulu donner aux membres de la Société nouvelle une représentation spéciale, faite à dix heures du matin : on a eu des sujets de photographies instantanées peu communs. Nous reproduisons ci-dessus le cliché d’un autre membre de la Société, M. Guy de la Bretonnière ; ce cliché présente l’étonnant exercice d’un éléphant et d’un cheval admirablement dressés (tig. 2).
- M. le professeur Ma-rey de l’Institut, qui peut être considéré comme le maître des maîtres en photographie instantanée, a bien voulu être des nôtres, et il nous a gracieuse-
- 1 Voici comment a été constitué le bureau de la nouvelle Société par les membres fondateurs : Président : M. Gaston
- nient invités à visiter son bel établissement du Parc-aux-Princes à Boulogne-sur-Seine .Non seulement nous avons admiré les admirables résultats obtenus dans le laboratoire physiologique, mais la piste à fond noir absolu a été mise à notre disposition avec la troupe d’Arabes qui se trouvait alors à Paris. M. Albert Londc a très bien réussi la photographie d'un arabe au grand galop ; nous la reproduisons (fig. 5).
- Quinze jours après la visite au Parc - aux -Princes, le 4 juillet, une autre promenade avait lieu à Joinville-le-Pont. Le lieu du rendez-vous était à l’établissement de bains
- Tissandier; vice-président: M. Albert bonde; secrétaire: M. G. Mareschal ; trésorier : M. Poyet; vice-trésorier : 51. Jacques Ducom.
- Fig. 5. — Cheval arabe et son cavalier au grand galop. (Photographie instantanée de M. Albert Londe, au Laboratoire de physiologie expérimentale du Parc-aux-Princes.)
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- froids de l’Institution du Parangon, gracieusement mis à notre disposition par M. Mermet, un des membres de la Société. On a pu faire des photographies de jeunes baigneurs plongeant, piquant des tètes et se livrant à toutes les -évolutions île la natation. Un autre des membres de la Société d’amateurs, M. Bourdais, le sympathique architecte du Palais du Trocadéro,a invité la Société à assister au 14 juillet au feu d’artitice du pont d’Iéna.
- Chacun était invité à apporter un appareil, mais, au dernier moment, crainte d’encombrement, on a dû renoncer à dresser les instruments. Seul, M. Albert bonde put opérer, grâce à l’obligeance de M. Bourdais, qui lui fit réserver une place spéciale. Il ne faut pas oublier que le Trocadéro était complètement embrasé et que cette seule raison rendait impossible toute photographie, à moins de pouvoir éteindre les illuminations à l’endroit choisi par l’opérateur; c’est du reste ce qu’a fait faire très aimablement M. Bourdais. Les résultats obtenus par M. Londe sont très remarquables. U a saisi sur des glaces 15x18 l’aspect varié des chandelles romaines, des bombes, des fusées-parachutes et enfin du bouquet qui remplit toute la plaque.
- Quelques temps auparavant, les amateurs de photographie avaient été invités à assister an départ d’un aérostat, dans notre atelier aéronautique d’Au-teuil. Encore une occasion peu commune d’intéressants exercices de photographie.
- La première série d’excursions de la première année d’existence de la Société des amateurs de photographie, s’est terminée le 50 juillet par une visite à l’Observatoire d’astronomie physique de Meudon, où M. Janssen, de l'Institut, fait un si remarquable usage de la photographie pour l’étude du Soleil. M. Janssen, toujours prêt à aider les travailleurs et amis de la science, nous a montré ses intéressants appareils et ses belles photographies des taches du soleil ; il a bien voulu nous dire, dans un entretien familier, qu’il approuvait la fondation d’une Société d’amateurs, s’occupant de la photographie, au point de vue pratique, scientifique et artistique. «Cette association, a dit M. Janssen, contribuera certainement a relever l’étude de la photographie, qui a été considérée jusqu’à présent, on ne sait trop pourquoi, avec une sorte de défaveur. Moi-même, je n’ai pas échappé à la critique. Lorsque, sentant mes yeux fatigués par les observations astronomiques, j’eus recours à la photographie , quelques-uns de mes collègues me crurent perdu pour la Science. « Il lait de la photo-« graphie, » disait-on, et l’on ne cachait pas les regrets sincères de me voir ainsi dévoyé. L’avenir pourtant m’a donné pleinement raison, car, en astronomie surtout, la plaque photographique est de beaucoup supérieure à la rétine, en ce sens que non seulement elle enregistre avec une rare perfection, mais qu’elle saisit des phénomènes que l’œil ne peut percevoir1. »
- Malheureusement une pluie torrentielle est venue
- 1 M. Janssen nous a autorisé à l'inscrire sur la liste des membres de notre Société.
- surprendre à Meudon les opérateurs, qui se sont trouvés réduits à essayer de faire la photographie instantanée des gouttes de pluie pendant leur chute. Nous sommes obligés de déclarer qu'ils n’ont pas réussi.
- La Société d’amateurs de photographie ne se borne pas à faire des excursions ; elle donne aussi des conférences, et déjà M. Favre a fait un excellent entretien devant un nombreux auditoire sur la photographie en voyage, avec des projections de M. Molteni.
- Ajoutons en terminant que la nouvelle Société, dont le but est absolument scientifique et désintéressé, a des visées très modestes, qu’elle ne cherche à faire aucune concurrence, et qu’en naissant, elle adresse ses témoignages d’estime et de sympathie à la Société française de photographie et aux autres sociétés photographiques.
- Gaston Tissa mu km.
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- LES ÉCOLES Âü TONKIN
- Dans l’un de ses derniers numéros Y Avenir du Ton-kin contient un très intéressant document. C’est un rapport adressé au Résident général sur la marche des écoles publiques établies il y a moins d’un an d’après le plan adopté par le regretté Paul Bert..
- Il résulte de cette pièce que 117 écoles ont été ouvertes, dans ce court laps de temps, pour l’enseignement de la langue annamite aux indigènes, en leur apprenant à lire avec une transcription latine. Cette méthode, qui dispense d’avoir recours à un alphabet presque aussi inextricable que l’alphabet chinois, a été pratiquée par les missionnaires catholiques pour apprendre à lire l’évangile et les paroissiens à l’usage des catéchistes. 11 n’est pas inopportun de rappeler que l’inventeur de ce procédé n’est autre que le célèbre Volney, l’auteur des Ruines. Il voulait l’employer à l’étude de l’arabe, mais l’alphabet arabe n’est point assez compliqué pour que la simplification résultant de l’emploi des lettres romaines valût la peine de révolutionner la langue; aussi ce projet de réforme a complètement échoué, mais il jJIraît devoir réussir dans l’extrême Orient. En effet, ce n’est pas seulement en Cochinchine que son usage se vulgarise. On nous apprend qu’un des principaux journaux du Japon vient d’abandonner l’alphabet national pour prendre celui qui est en usage dans toute l’Europe, excepté en Grèce et en Russie.
- LES GRANDES NAGEES DE L’OCÉAN
- Bien des touristes, bien des baigneurs venus aux bords de l’Océan, ont vu les vagues battre les plages, s’élever, grossir suivant la puissance du vent, et bon nombre d’entre eux ont dû se demander dans quelles limites est tenue la fureur des flots. Quelle est donc la hauteur maxiina que peuvent atteindre les plus formidables vagues?
- Cette hauteur — une certaine force de vent étant donnée — dépend de l’espace que la vague a devant elle pour se form’er; les Anglais appellent cet espace le felch. et les calculs de M. Th. Stevenson nous montrent que pour un fetch de 500 milles, la vague peut atteindre 20 pieds ou 8 mètres environ de hauteur.
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- LA NAT U ME.
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- Dans l’Atlantique où l’espace ne manque certainement point, le navigateur Scoresby a pu observer une lame de 45 pieds de hauteur!
- Est-ce la dernière limite? — Non. — Sous certaines influences plus ou moins ignorées, telles que : oscillations du sol, rencontre des ondes de marée, etc., s’élèvent sur la mer — même par beau temps — de formidables vagues, plus ou moins indépendantes du fetch.
- Ainsi, l’amiral Fleuriot de Langle a mentionné, dans les mers du Sud, une lame qui atteignait 55 mètres de hauteur.
- Ce phénomène est rare, fort heureusement, mais on en peut citer des exemples; ainsi, j’écrivais à La Nature, en avril 1885:
- (( Le steamer Aquila allait de Weymonlh à Guernesey. Le temps était clair, la mer calme. Arrivé en vue du phare de Shambles, le steamer fut assailli par deux lames monstrueuses qui le désemparèrent complètement; ses ponts furent balayés, et presque tout ce qui s’y trouvait fut broyé et détruit. Cinq minutes après, la mer était redevenue parfaitement cahne. »
- Le 25 juillet dernier, le steamer Martello, jaugeant 4000 tonneaux, appartenant à la ligne Wilson, rencontra une formidable lame qui le subinerga complètement; c’était à 8 heures et demie du soir, dans l’Atlantique, par 31° de longitude et 49° 3' de latitude nord.
- Le paquebot Umbria, jaugeant 8000 tonneaux, appartenant à la ligne Cunard, rencontra la même lame en allant à New-York. Probablement aurait-il été détruit par elle, si les deuxième et troisième officiers de garde sur le pont, n’avaient, de loin, aperçu la gigantesque vague. Elle s’avançait comme une masse d’eau noire, sur laquelle couraient de petites vagues blanches ; elle paraissait d’autant plus haute qu’elle s’approchait. On eut le temps d’avertir l’équipage qui se mit en garde; la route du navire fut changée et dirigée perpendiculairement sur la lame, la vitesse du paquebot étant ralentie. Le navire, de 500 pieds de long, trembla de l’avant à l’arrière, et s’arrêta net, quand survint l’effroyable choc; il fut balayé de bout en bout, la lame s’élevant assez pour éteindre le grand feu blanc du navire, placé contre le màt de misaine, à 00 pieds de hauteur.
- Les officiers, sur la passerelle placée à grande hauteur au milieu du navire, ont estimé avoir été ensevelis sous 15 pieds d’eau; le choc fut si violent contre la passerelle que les garde-fous en laiton, d’un pouce de diamètre, furent ployés ou brisés comme de simples fils. 11 va sans dire qu’une immense quantité d’eau pénétra dans le navire, les cloisons étanches étant heureusement fermées. 11 régna tout à coup une véritable panique parmi les passagers qui crurent que le navire sombrait ; mais l’ordre fut bientôt rétabli peu après Je passage de la vague. Le vapeur, malgré ses avaries, put heureusement gagner New-York.
- Le phénomène, ai-je dit, est rare, fort heureusement, et rendu d’autant plus rare pour nous, que ceux qui le contemplent en réchappent peu souvent pour conter la nouvelle. En effet, si le navire n’est pas d’une solidité exceptionnelle, comme le paquebot Cunard, il est inévitablement écrasé par les masses d’eau tombant sur lui; ainsi, l'Umbria portant, pour un instant, près de 10 mètres d’eau sur son pont, supportait 1 kilogramme environ de pression par centimètre carré du pont, si bien que la teugue, d’une solidité à toute épreuve et faite en dos de tortue, s’est trouvée enfoncée dans le sens vertical.
- 11 y a quelques années, le paquebot Perdre, de
- 5000 tonneaux, appartenant à la Compagnie générale transatlantique, et allant du Havre à New-York, fut en partie détruit, dans des circonstances analogues. L’accident amena malheureusement de nombreuses morts d’hommes.
- La vitesse des vagues dépend surtout de la hauteur du flot et de la profondeur de l’eau. Les grandes lames, circulant souvent sur les grands fonds, possèdent une vitesse considérable, pouvant atteindre, d’après Ross, jusqu’à 1 (35 kilomètres à l’heure ; par conséquent, le navire qu’elles attaquent n’a pas toujours le temps de s’élever sur lesdites lames; il est donc submergé.
- On peut considérer ces formidables vagues comme les plus redoutables de celles qui agitent la mer.
- Emile Souel fils.
- TONNELLERIE MÉCANIQUE
- Les récipients destinés à contenir le vin ont porté des noms bien divers; et, quoique l’art du tonnelier se perde un peu dans la nuit des temps, quelques recherches prouvent que la forme primitive s’est conservée : les deux cônes tronqués du tonneau sont, en effet, la l'orme résistante par excellence et à l’extension des liquides et au maniement de la pièce.
- Quant à la matière, elle a changé, et le bois, qui a constitué si ingénieusement, par les opérations du bouge, du joint, du jable et du cercle, le tonneau, la futaille, le baril, le poinçon ou la pièce, n’a fait que succéder aux peaux enduites de poix, aux outres que l’Espagne, l’Italie, l’Algérie et la Grèce, notamment, possèdent encore; cette succession est constatée par un transformisme du langage assez remarquable : poinçon, en effet, vient de piceum, mot latin qui veut dire poix, et l’ancien enduit de l’outre a constitué, par une ligure de rhétorique, le nom du vase en bois lui-meme; l’Orléanais conserve encore ce mot de poinçon.
- Dans l’antiquité, la terre, la craie modelée, séchée au soleil et cerclée de 1er ou de plomb, avaient précédé le bois : le tonneau de Diogène était en terre cuite, et Jupiter, nous chante Homère, avait placé à ses côtés deux tonneaux dont l’un contenait les biens et l’autre les maux; ces vases de la poésie étaient bien de terre cuite, mais hélas! ils n'étaient déjà plus d’égale capacité, puisque celui des maux était bien plus ventru. Déjà l’humanité manifestait de mauvaises dispositions.
- Quoi qu’il en soit de la poésie, le bois finit par dominer ; ses qualités natives et sa profusion dans la nature désignaient cette matière souple et taillable à cette noble mission. C’est Pline qui nous révèle (liv. IV, ch. ccxxi) l’emploi du bois et en attribue l’invention aux Gaulois des Alpes, aux Piémontais de nos jours.
- Dès l’an 70 de Père chrétienne, sous Vespasien, il y a près de dixmeuf cents ans, Yarron et Colu-melle parlaient déjà de pièces de bois réunies par des liens dans leurs préceptes sur l’économie rurale.
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- Depuis ces époques la construction des tonneaux à liquides ou futailles s’est perfectionnée de plus en plus; le travail des futailles à la main est très complexe et demande surtout une grande habileté. Les outils sont : le rabot, la colombe, la plane, la seille à tailler ou chevalet, la tire ou tiroir, la chaspi ou tronchet, la doloire, le bar-roir, l’asseau, l’assette, le co-choir, le compas et l’utinet; chacun de ces outils correspond à un travail spécial.
- Nous n’insisterons pas sur les détails de ces opérations successives et nous avons hâte d’arriver à la justification des dessins que nous reproduisons. Comme nous l’avons dit plus haut, l’extension des besoins et les progrès de notre époque ont amené la création d’outillages mécaniques. Pendant de longues années, les tâtonnements des inventeurs, les utopies même se donnèrent carrière. Mais enfin la science de l’ingénieur parvint à déterminer et à circonscrire les opérations manuelles ci-dessus désignées en quatre machines bien spéciales dont la description va suivre. Si les liquides devaient être nécessairement contenus, le progrès de toutes sortes de iabri-cations a amené l’application du tonneau ou plutôt de la futaille à la contenance des solides tels que ciments, ferronneries, fruits secs, poissons, beurre, etc., etc. De là est né un matériel plus simple parce qu’il fallait moins de précision, mais analogue à celui dont il est question et que seul nous décrirons.
- Le bois, essence de chêne de belle qualité, arrive à l’atelier mécanique tout fendu sous le nom de mer-
- rain; les forêts si célèbres d’Autriche ou de Hongrie le fournissent : aussi les deux grands marchés pour le monde entier sont-ils Eiume et Trieste.
- Ce merrain a une épaisseur double ou triple de celle de la douve, douelle ou douvelle : aussi peut-
- il être refendu ou dédoublé à l’aide d’une scierie à lame sans fin armée d’un chariot cylindres et produire ainsi deux et même trois pièces selon l’importance du contenant à fabriquer.
- Nous ne dessi-110ns pas cette scierie si connue et si merveilleuse et dont le chan-tournement des fonds permet encore l’utilisation.
- La douve ainsi dédoublée passe au dolage, c’està-dire qu’elle est rabotée suivant les courbes des surfaces intérieures et extérieures des futailles. Ici encore, comme pour la scierie à lame
- sans lin, nous ne donnerons pas d’image, parce que ces engins mécaniques rentrent dans outils ordinaires. Ce rabotage ou dolage s’exécute à entraînement continu et en une seule passe au moyen de lames portant le prolil voulu.
- Le bouge est la courbure que prend la douelle, le tonneau étant terminé; cette courbure est parabolique. Pour donner ce bouge et faire le joint, la machine spéciale (fig. 1) agit avec une précision absolue; elle exécute le joint d’une façon mathématique. En effet, la douve, après avoir reçu par la pression la forme exacte de bouge qu’elle prendra définitivement une fois la futaille terminée, est coupée par une petite lame circulaire qui se meut exactement dans le plan de l’axe du tonneau; cette lame porte une denture
- Fig. 2. — Machine à assembler les futailles.
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- spéciale; elle scie et rabote en même temps la surface qui va former joint. C’est cette opération qui, à la main, s’exécute au moyen de la colombe et demande une grande dextérité; la machine, an contraire, peut être conduite par n’importe quel manœuvre et donne une perfection de précision constante.
- L’assemblage ( tig.2 ) présente une certaine originalité. Dans cet appareil ingénieux, les douel-les sont posées les unes a côté des autres; seule, la dernière doit être choisie de largeur convenable de façon a entrer à frottement dur. Les douves ainsi placées, le fort cône en fonte descend automatiquement et vient serrer fortement les douves les unes contre les autres. Arrivé au point voulu, le cône remonte rapidement et laisse sur le tonneau un cercle provisoire ; on retourne le tonneau après avoir ouvert le cône et on recommence l’opération pour l’autre extrémité : la futaille est ainsi parfaitement assemblée et le joint est absolument étanche.
- Ainsi montée, la futaille est placée sur la machine à jabler, biseauter et chanfreiner (fig. 5). En un tour les deux extrémités sont façonnées de la manière la plus précise. Cette triple opération se fait, comme on le sait, en bois de travers, et de délicate qu’elle était manuellement, elle devient absolument simple; mécaniquement exécutée, elle consiste en la confection de cette sorte de moulure intérieure qui pare le tonneau a ses deux extrémités et permet l’adjonction des fonds.
- Les fonds sont de simples planchettes, d’abord
- rabotées sur les deux faces au moyen de la machine cà doler dont il est parlé plus haut; quant au joint qui n’est que [dan, il est admirablement dressé par une petite varlope mécanique alternative; cette varlope porte également sur son bâti un tour à godet
- servant ;t l'aire les goujons en bois et deux petites machines à percer qui exécutent les trous dans lesquels pénètrent les goujons.
- Les planchettes ainsi assemblées forment le fond qui, chantourné sur la scierie à lame sans fin décrite plus haut, au moyen d’un ingénieux guide circulaire est tourné etbiscauté sur la quatrième machine spéciale (fig. 4). La vue du dessin l’explique suffisamment : c’est une simple toupie, munie d’un chariot animé d’un mouvement circulaire automatique. Une dernière manœuvre se
- fait à la main; certes la machine pourrait être employée , mais il est pratique et en réalité plus prompt de recourir à l’habileté de la main pour placer les cercles définitifs.
- Il est d’ailleurs une observation générale à faire dans l’installation des moyens mécaniques pour une fabrication déterminée. Pour celle du tonneau qui nous occupe, par exemple, il est utile de ne point exclure formellement la coopération de l’homme de métier; l’outillage mécanique en question permet d’exécuter facilement en un jour 120 barriques de 1 hectolitre chacune, â l’aide de dix ouvriers dont deux tonneliers seulement. C’est ce que nous avons constaté en visitant dernièrement la célèbre fabrique de vinaigre d’Orléans.
- Cette production varie, du reste, selon les dimen-
- Fig. 5. — Machine à jabler, biseauter et chanfreiner les futailles montées,
- Fig. 4 — Machine à tourner et biseauter les fonds des futailles.
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- sions h obtenir, et nos lecteurs rencontreront peut-être, dans une exposition prochaine, des tonneaux de certaines formes et de certaines épaisseurs contenant des bières françaises. On sait que cette exposition nationale peut comprendre jusqu’à un outillage analogue à celui décrit ci-dessus. Et si le temps n’a pas permis que les machines y fussent installées, peut-être y rencontrera-t-on, au moyen de dessins, l’excitation aux grands brasseurs français à suivre l’exemple de certaines nations étrangères. Que man-que-t-il trop souvent en France pour réagir contre l’horrible crise, si ce n’est l’installation des moyens mécaniques? Louis Arbey, ingénieur civil.
- CHRONIQUE
- I/Exposition des Insectes utiles et des Insectes nuisibles A l'Orangerie des Tuileries. — La
- Société centrale d'apiculture et d'insectologie a organisé sous le patronage de M. le Ministre de l’agriculture sa huitième Exposition bisannuelle. Ce concours préparatoire pour l’exposition du Centenaire a eu lieu sous la présidence de M. de Ilérédia, Ministre des travaux publics. Le succès de l’Exposition de 1887 a été considérable. Le nombre des entrées payantes s’est élevé à près de 500 par jour pendant la fin du mois d’août et la presque totalité du mois de septembre. Les élèves des écoles primaires de la ville de Paris et des écoles libres ont assisté gratuitement, sous la conduite de leurs professeurs et de leurs institutrices, à des séances de projections à la lumière oxhydrique par M. Molleni, et accompagnées d’explications élémentaires. On a distribué à la majeure partie des écoles des bons points illustrés, offerts par la maison Hachette aux élèves qui feraient la meilleure composition sur leur visite à l’Exposition des Insectes. Le nombre des objets exposés a été exceptionnellement considérable. On ne compte pas moins de 500 numéros inscrits au Catalogue. Dans la journée, avaient lieu, également avec accompagnement de projections, des conférences sur les principales questions soulevées par l’étude des insectes. Il y a eu un Congrès d’apiculture et d’insccto-logie. Des médailles d’or et d’argent ont été distribuées aux instituteurs des communes rurales qui ont envoyé à l’Exposition des collections d’insectes laites par eux ou par leurs élèves. Les principaux éditeurs de Paris ont donné des livres qui ont été distribués en prix aux elèves s’étant distingués dans la collecte des insectes, ou dans les compositions relatives à l’insectologie. Parmi les objets exposés, ceux qui ont excité au plus haut degré l’attention générale sont les préparations anatomiques du docteur Ozouf, donnant tous les détails de l’organisation du ver à soie dans ses divers états, et du hanneton sur une échelle gigantesque; les soies du Tonkin, du Cambodge, et du Sénégal, envoyées par l’exposition permanente des colonies, et montrant l’étendue îles ressources que nos nouvelles colonies offrent à la sériciculture nationale; les vers à soie du chêne élevés en plein air dans la forêt de Sénard par M. Falloux et donnant une soie identique à celle dont les Chinois se servent pour fabriquer ces étoffes appelées ponghie, et actuellement introduites en énorme quantité en France par les grands magasins du Louvre1 ; les miels du Sénégal, etc., etc. L’Exposi-
- 1 C’est avec cette étoffe que sont construits les ballons mi-
- tiou renferme un grand nombre de fourmilières vivantes recueillies par M. Morel, simple ouvrier peintre ; des fourmis-lions qui avaient creusé leur tanière dans le sable comme s’ils se fussent trouvés en pleine forêt ; des batraciens vivants, des lézards, des couleuvres, des insectes aquatiques, des guêpes construisant et réparant leur nids, des ruches pourvues de carreaux à travers lesquels on pouvait assister à tous les détails de l’élaboration du miel, etc., etc. On remarquait également un nombre considérable de curiosités naturelles : des nids de guêpes cartonnières provenant du Sénégal et remarquables par leur excessive dureté; des noix de galle d’une multitude de provenances différentes, des monstruosités insectologiques produites par M. Falloux, en gênant c développement de larves de Lépidoptères ; des collections d’insectes du Cambodge, du Tyrol, de la Nouvelle-Calédonie, d’Algérie, etc., etc.; une collection complète provenant du musée Zoologique national aujourd’hui en formation, comprenant une vingtaine de carions exclusivement consacrés aux charançons indigènes ; une collection d’une vingtaine de cartons comprenant les insectes recueillis dans la Haute-Marne, plusieurs cartons consacrés à l’étude du genre Staphylin, et du genre Carabide, petits insectes carnassiers fort utiles, sauf de très rares exceptions, aux agriculteurs ; enfin un grand nombre de manuscrits consacrés à l’étude de questions spéciales.
- Canon des éclipses. — M. d’Oppolzer a publié à Vienne, l’an dernier, sous ce titre, les éléments de 8000 éclipses de Soleil, et de 5000 éclipses de Lune comprenant tout l’intervalle de 5570 années, de 1207 avant jusqu’à 2165 après notre ère. Des cartes, magnifiquement gravées, indiquent les lignes suivies par ces éclipses à la surface de la Terre, lignes pleines pour l’éclipse totale, ponctuées pour l’éclipse annulaire, etc. Ce travail, combiné avec celui de M. Schram, de Vienne aussi, permet de calculer très facilement les circonstances de ces éclipses en un lieu donné. Ce sera là, dit le journal le Ciel, un précieux secours pour les historiens qui ont à rétablir l’ordre dans des chronologies embrouillées et surtout pour les astronomes qui veulent étudier les variations de la marche de la Lune. M. Ginzel s’est déjà servi de ces travaux pour débrouiller un certain nombre de dates d’éclipses mentionnées par les vieux chroniqueurs espagnols un peu au hasard. Il a réussi pour presque toutes ces vieilles éclipses, du quatrième au dixième siècle de notre ère.
- I/okonite. — On désigne sous ce nom, en Amérique, une composition à hase de caoutchouc, qui a longtemps été appliquée comme matière imperméable à la place du caoutchouc pur. M. Smith, de Passaic (New-Jersey), a modifié l’okonite en vue de la faire servir comme matière isolante dans les appareils électriques. La composition de l’okonite Smith est tenue secrète : l’inventeur dit seulement qu’elle contient 58 pour 100 de caoutchouc pur, et 62 pour 100 d’hydrocarbures, oxydes et silicates. Voici comment l’okonite s’applique aux conducteurs électriques : On commence par la laminer sur des feuilles d’étain auxquelles elle adhère légèrement, puis on coupe les j feuilles d’okonite doublées d’étain, ainsi obtenues, en bandes un peu plus larges qu’il ne le faut pour envelopper longitudinalement le fil électrique. On assemble bout à bout les bandes d’okonite de manière à former un très
- litaires de Mcudun, et ceux du gouvernement russe, du gouvernement italien, etc., etc.
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- long ruban que, pour plus de commodité, l’on enroule sur une bobine. Le lil à garnir est également, enroulé sur une bobine et on le fait passer avec le ruban dans une machine spéciale dont l’organe principal est une espèce de filière dont l’entrée est de forme aplatie comme le ruban et qui, changeant progressivement de forme, se termine par un orifice circulaire. En passant par la filière en même temps que le fil, le ruban se replie autour de lui peu à peu et finit par l’envelopper complètement. La soudure de l’enveloppe est longitudinale et s’opère sous la pression de galets, grâce à la température à laquelle on a eu soin de porter l’okonite, en la faisant passer sur une table chauffée avant de pénétrer dans l’appareil.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 19 sept,. 1887.— Présidence de M. Hervé Maxüox.
- Agriculture. — M. Dehérain a recherché les conditions dans lesquelles la culture du blé peut procurer un rendement maximum. 11 établit d’abord que le choix judicieux des engrais ne suffit pas à réaliser ce but; il faut encore tenir compte de la préparation du sol par l’assolement, c’est-à-dire par la succession des cultures. La terre doit fournir à la plante les matières minérales et azotées nécessaires à son développement. 11 est très aléatoire d’introduire des nitrates dans le sol, à cause de leur solubilité excessive. La pluie les entraîne. Les matières azotées du sol proviennent de l’action d’un microbe aérobie. M. Dehérain explique ainsi comment la culture du blé succédant à celle de la betterave, dans le méipe terrain, produit de très maigres résultats. La betterave est arrachée à une époque très tardive; les charrettes doivent pénétrer sur le lieu même de la récolte. Le labour qui devra suivre immédiatement sera pratiqué très hâtivement et sur un sol foulé. La terre sera mal travaillée et l’action du microbe aérien sera entravée; de là, une récolte médiocre. Au contraire, l’avoine qui se sème au printemps donnera d’excellents résultats après la betterave. Les expériences sur lesquelles s’appuient les conclusions de M. Dehérain ont été effectuées à l’Ecole d’agriculture de Grignon et dans le département du Pas-de-Calais.
- Mathématiques. — M. Bertrand, à propos de son traité de thermodynamique, présente quelques observations relatives à une fonction algébrique connue sous le nom de Fonction de Carnot. L’histoire de cette fonction est singulière ; Carnot l’a mentionnée pour la première fois dans un opuscule en 1824. Il affirmait que le rendement dépend de la quantité de chaleur mise en jeu et est fonction des deux températures extrêmes. Cette fonction est la même pour tous les corps de la nature. Clapeyron a recherché cette fonction et l'a réduite à une seule variable, bien qu’il en ait laissé la forme inconnue. William Thomson n’a point non plus fixé la forme de la fonction de Carnot, mais il en a indiqué les valeurs numériques. Joule a le premier reconnu la véritable nature de cette fonction qui n’est autre que l’inverse de la température absolue. Carnot et Clapeyron ne pouvaient obtenir la forme véritable de la fonction, s’ils s’étaient appliqués à la rechercher, au moyen d’un gaz, parce qu’ils faisaient une hypothèse fausse sur le calorique spécifique du gaz. M. Bertrand donne le résultat auquel ils auraient dù parvenir; ils auraient trouvé que cette fonction croissait comme la différence des logarithmes népériens des températures extrêmes, comptées à partir du 0 ubsolu.
- Varia. — M. Bouquet de la Grye présente une publication du dépôt de la marine, consacrée à la navigation du Pacifique. — M. Batnbaud communique les éléments de la nouvelle comète de Brooks. — M. Sallusto, pharmacien, à Borne, envoie des échantillons d’étoffes rendues incombustibles. — Formules et tables numériques propres à la résolution des équations à 2, 5, 4 et 5 variables provenant de l’application de la méthode des moindres carrés. Stanislas Meunier.
- LE CAPTAGE DU GRISOU
- Il est bien intéressant de voir le grisou, l’ennemi le plus redoutable des mineurs, réduit par le génie de l'homme à être son agent et son serviteur. C’est ce qui se passe aujourd’hui en Allemagne. Les charbonnages de la Wurm, auprès d’Aix-la-Chapelle, comptent parmi les plus grisouteuses ; les précautions les plus minutieuses étaient nécessaires pour éviter des dangers malgré cela toujours à craindre. M. llilt, directeur des charbonnages, entreprit la lutte : il fit construire une canalisation allant à front de tous les chantiers et aboutissant à une conduite principale reliée à la surface à une puissante machine aspirante.
- Ce n’était pas assez de se débarrasser du gaz nuisible à coups d’argent; il fallait l’utiliser. M. llilt eut l’idée ingénieuse de faire aboutir la conduite à un gazomètre. En isolant celui-ci et en plaçant sur la conduite une série de toiles métalliques, il put, sans inconvénients, lancer le gaz sur le foyer de deux générateurs et s’en servir pour les entretenir.
- Nous obtenons, dit le directeur, par vingt-quatre heures, 864 mètres cubes ou 550 kilogrammes de grisou qui distillent 8000 kilogrammes d’eau. En réunissant le grisou de toutes nos exploitations, nous arriverons à 18 mètres cubes par minute, et nous pourrons distiller 160000 kilogrammes d’eau par vingt-quatre heures.
- L’utilisation du grisou ainsi capté peut devenir avantageuse au point de vue commercial. 11 peut servir non seulement pour les moteurs à gaz, mais encore avec des brûleurs bien construits, à l’éclairage. Le gaz d’éclairage coûte aujourd’hui à Aix-la-Chapelle 15 centimes le mètre cube. La Société de la Wurm, tout en obtenant des bénéfices considérables, pourra le livrer à 10 centimes ; il y a donc tout lieu de croire que son usage se généralisera rapidement.
- M. A. Simon, à qui nous empruntons ces détails1, fait quelques réserves sur les inconvénients qui résulteraient d’une ventilation moins énergique, car le procédé llilt repose sur la faible vitesse du courant d’air à front des exploitations. Nous croyons ces inconvénients moins graves que ne le suppose M. Simon; mais, le fussent-ils, il sera facile d’y porter remède et le grand fait de l’utilisation du grisou reste entier.
- LE SIFFLET
- Nous avons publié récemment une monographie du sifflet2. Des renseignements reçus depuis lors nous permettent de la compléter par la description
- 1 Comptes rendus mensuels de la Société de l'industrie minérale, juin 1887.
- * Yoy. n° 735, du 2 juillet 1887, pi 75i
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- LA NATURE.
- de quelques systèmes peu connus. M. Gutode, Tau- I rieux sifflets de terre des anciens Péruviens. On en tenr de notre première notice, mentionnait les c-u- J confectionne encore de la même façon dans quel-
- Fig — Sifflet en terre des environs de Florence. Fig. 2. — Sifflet en bois que l'on peut faire soi-même.
- ques régions de l’Italie. Nous représentons ci-dessus I un son d’une intensité telle qu’il domine absolu (fig. 1) un curieux sifflet de terre cuite, des environs de Florence; il a la forme d’un oiseau, et c’est en soufflant dans le bec de l’animal que l’appareil rend un son aigu-
- Voici à présent la manière de faire soi-même un sifflet avec une tige de bois de lilas ou de saule (lig. 2). Un
- Fig. 5. — Sifflet des filatures du Mord.
- prend une tige en sève
- et l’on tranche l’écorce au canif. On bat l’écorce mouillée dans la bouche, a l’aide du manche de couteau dont on s’est servi, en frappant sur le genou. Cela fait, on procède à la décortication d’une seule pièce par un mouvement de rotation imprimé avec ménagement de la main droite, la gauche retenant la tige inférieure. On peut avoir ainsi le sifflet ordinaire, obtenu comme dans le canon de la clef (fig. 2, A) ou le vrai sifflet, en coupant tige et écorce, suivant B et C (fig.2) *.
- Après le sifflet de saule ou de lilas, nous ferons connaître un appareil d’une extrême simplicité, qui est surtout en usage chez les contre-maîtres des filatures du Nord, pour commander la manœuvre du démontage des bobines sur les métiers (fig. 3). Ce sifflet, en fer-blanc, a
- ment tous les bruits d’une filature, et de plus il
- permet de donner des modulations au point que certains arrivent à siffler des airs d’opéra. Toutefois la façon de s’en servir n’est pas sans présenter une certaine difficulté au commencement. 11 faut que la langue vienne s’appliquer près de l’ouverture du trou supérieur, sans le boucher cependant, et que l’air soit projeté simultanément par les deux trous, de façon à venir vibrer dans la partie recourbée (fig. 4). Après quelques essais, on arrive à tirer, sans efforts, des sons d’une puissance surprenante1.
- Ce curieux silllet de 1er blanc peut être confectionné sans aucune difficulté : nous devons toutefois prévenir les amateurs que son mode d’emploi n’est pas très facile et demande de l’exercice. Nous n’avons rencontré que peu de personnes qui aient été capables de le faire fonctionner de suite au premier essai. Il est possible que l’emploi de ce sifflet si simple se multiplierait s’il était plus aisé de s’en servir.
- 1 Communique par M- E. V. B., à Lille.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, me rte Fleurus, à Paris.
- Fig. 4. — Mode d’emploi du sifflet des filatures.
- 1 Communiqué par M. L. Dumuys, à Orléans.
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- N° 748
- 1er OCTOBRE 188 7
- LA NATURE
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- LES OIES DE MADAGASCAR
- Un de nos éleveurs les plus distingués, M. E. Lemoine, de Crosne (Seine-et Oise), a reçu, au commencement de cette année, un couple d’oies de Madagascar : ce sont les premières de leur espèce qui aient été introduites en France; elles ont figuré avec honneur au dernier concours général agricole de Paris, elles sont actuellement en pleine prospérité dans le beau parc de leur éleveur, et nous avons pensé qu'il serait intéressant de les faire connaître. Nous en donnons l’aspect dans notre gravure.
- D’après les renseignements réunis par M. Le-
- moine, ces oies sont appelées à Madagascar oies royales; elles sont assez rares à Tananarive où on les considère comme des oiseaux de luxe; elles n’y valent pas moins de 00 francs la paire. Le couple dont il s’agitestâgé de dix-sept mois; il a été donné par l’instructeur général des troupes malgaches à M. Grégoire qui l’a rapporté en France. Parties de Tananarive le 15 août 1886, ces oies furent transportées à dos d’homme jusqu’à Tamatave (durée du trajet : sept jours), et elles y restèrent trois mois, exposées à une chaleur torride. Le 20 novembre, elles furent embarquées sur le paquebot Eryman-the, des Messageries maritimes, qui les transporta à la Réunion, où elles furent transbordées sur le
- Fig. 1. — Les premières oies malgaches introduites en France et élevées par M. Lemoine à Crosne (Seine-et-Oise). (D’après nature.)
- SyJney; là, elles eurent à souffrir de l’étroitesse de leur cage, au point qu’en passant l’équateur, M. Grégoire crut qu’il serait forcé de les jeter à la mer. De Pord-Saïd à Marseille, une violente tempête fit sentir ses effets en même temps que le froid devenait très vif. On débarqua les oies malgaches à Marseille, le 17 décembre.
- Par ce qui précède, on peut conclure que ces oiseaux ont un tempérament très vigoureux et qu’ils sont extrêmement rustiques. Depuis qu’ils sont en la possession de M. Lemoine, leur estomac a parfaitement accepté graines diverses : blé, avoine, sarrasin, maïs, et des pâtées farineuses. Il reste à connaître le résultat de la ponte, sous le rapport de la quantité et de la fécondation.
- 15e année. — 2e semestre.
- Le plumage de ces oies est gris sur le dos, blanc et gris sur. le reste du corps. Les [jattes sont très fortes. Le corps est plus plat que haut. La forme du bec a une grande analogie avec celui de l’oie de Guinée. Les mouvements ressemblent à ceux du cygne.
- Le mâle pèse 10k, 150, et la femelle, 9 kilogrammes; au même âge, les oies de Toulouse pèsent en moyenne : le mâle, 8 kilogrammes, la femelle, 7\800.
- L’oie femelle a pondu chez M. Lemoine deux œufs : le premier a été cassé par la mère; le second pesait 285 grammes et mesurait 275 millimètres sur 220 ; les six autres pesaient en moyenne 260 grammes. Un œuf d’oie de Toulouse pèse en moyenne 190 grammes et il mesure 240 millimètres sur 490.
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- LA NATURE.
- Les œuis de la lemelle malgache sont malheureusement inféconds jusqu’ici. Les deux premiers ont subi une incubation de o2 jours et les cinq autres sont restés sous des dindes pendant 40 jours. L infécondité dépend-elle du changement de climat ou de 1 âge des oiseaux? C’est ce que l’avenir apprendra. M. Lemoine a l’espoir d’obtenir des élèves l’année prochaine. Le croisement de ces oiseaux colosses avec nos oies communes améliorerait celles-ci considérablement.
- L’ASSOCIATION FRANÇAISE
- POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES
- Congrès île Toulouse. — (SEPTEMBRE 188")
- La seizième session de l’Association française a élé ouverte à Toulouse le 22 septembre dernier, sous la présidence de M. le Dr Jules Rochard, inspecteur général du service de la marine, en retraite, membre de l’Académie de médecine.
- Dans la séance d ouverture, M. J. Sirven, maire de Toulouse, a souhaité la bienvenue aux membres du Congrès. Il a fort heureusement rappelé que Toulouse devenait un centre universitaire important, et fait entendre que la force des nations dépendait aujourd’hui de son développement scientifique. Des applaudissements ont salué le passage de l’allocution de 31. Sirven où il a fait valoir l’importance du succès de la mobilisation du 17e corps d’armée : « L’expérience faite dans cette région, il y a quelques jours à peine, a dit 31. le maire de Toulouse, nous a prouvé que la 1 rance avait reconquis, par de sérieux efforts, le rang qu’elle occupe dans le inonde depuis bien des siècles. Nous savons maintenant qu’au premier signal le pays se lèvera prêt pour la lutte. »
- Le président de l’Association française, 31. Jules Rochard, prenant la parole à son tour, a commencé par remercier 31. le maire de la cordialité de son accueil, par s associer à ses nobles paroles, au nom des cinq mille savants dont il est lier d’ètre l’interprète.
- L Association française, a-t-il dit, a surgi le lendemain de nos désastres; elle a été l’expression de ce besoin d’union, de travail collectif qui s’est fait sentir dans le pays tout entier lorsqu’il a pu relever la tête. Elle s’est donné pour but de répandre et de vulgariser la science en la décentralisant. Voilà seize ans qu’elle poursuit sa tâche avec une ardeur qui ne s’est pas démentie, et scs progrès vont toujours croissant, avec sa reconnaissance pour les populations qui ont secondé ses efforts.
- 31. Jules Rochard a fait part ensuite à l’assemblée d’un événement important qui s’est accompli depuis le dernier Congrès. C’est la fusion de VAssociation scientifique de France, fondée en 1864, par Le Verrier avec l’Asso-ciation française, qui n’a été créée qu’en 1871. Il laisse à 31. le secrétaire le soin de rendre compte des phases que celte fusion tant désirée a dù traverser et se borne à se féliciter de l’honneur que les circonstances lui ont valu en l’appelant à présider le premier la grande assemblée résultant de la réunion des deux autres.
- L’orateur a abordé enfin le fond même de son discours. Conformément aux traditions, il en a emprunté le sujet à la science qu’il représente au sein du Congrès et a entretenu ses auditeurs de l’avenir de l’hvgiène, en s excusant de traiter une question de ce genre dans la patrie de Clémence Isaure et des adeptes du Gay-Savoir.
- L hygiène, a-t-il dit, n’a jamais hanté le Parnasse ni parlé le langage des dieux; mais celui dont elle se sert est clair, intelligible et profitable pour tous.
- Après avoir passé en revue les règles et les desircrala de l’hygiène, 31. le Dr Rochard a dit en terminant :
- « L'hygiène n’est pas seulement l'art de se bien porter et de mourir vieux. Elle a des visées plus hautes, rien de ce qui touche au bonheur des hommes ne lui est étranger. Elle s’efforce de le leur procurer par la santé et par le bien-être, mais elle ne leur enseigne ni le goût des jouissances materielles, ni le culte de l’argent. Elle inspire, à ceux qui l’écoutent, l’amour du travail et de la sobriété, celui de la famille et de la vie régulière. Eh leur donnant la force et la santé, elle travaille à leur amélioration morale et intellectuelle, car ces qualités physiques sont les compagnes habituelles de la vigueur de l’intelligence, de la solidité du caractère et de la bonté du cœur. En cherchant à rendre les hommes plus heureux, afin de les rendre meilleurs, la scienee au nom de laquelle je parle ici est, ce me semble, dans la bonne voie et je crois qu’elle a droit à la sympathie et aux encouragements de tous ceux qui aiment leur pavs. »
- 31. Schlumberger, secrétaire général, a résumé les travaux de l’Association française en 1886-1887, et 31. Émile Galante, trésorier, a exposé l’état fort prospère des finances de la Société.
- Au moment de mettre sous presse, nous apprenons que les séances des sections ont été très suivies, que les excursions quotidiennes ont eu grand succès et que les membres de l’Association ont trouvé le meilleur accueil de la part des habitants hospitaliers de la ville de Toulouse.
- APPLICATION DES COMBUSTIBLES LIQUIDES
- AU CHAUFFAGE DES CHAUDIÈRES MARINES
- BRULEUR UE M. G. DIÉTRIC1I
- Nous avons assisté récemment a une expérience fort intéressante faite à Eragny-Conflans, sur un yacht à vapeur, la Flamboyante.
- Il s’agissait d’essayer un nouveau pulvérisateur ou brûleur pour combustibles liquides. Cette expérience a servi en quelque sorte de répétition a celle que l’inventeur, M. G. Riétrich, vient de faire avec succès devant MM. les amiraux Cloué et Miot.
- La Flamboyante (fig. 1) appartient à M. de Bosnie, un de nos yachtmen les plus distingués, déjà très au courant de l’application des huiles minérales au chauffage des chaudières marines. C» yacht mesure 17m,80 de long sur 2m,70 de large, et pour un tirant d’eau de 1 m,(>0, il déplace 10 tonnes. La machine, genre pilon, est double; elle est alimentée par une petite chaudière Belleville à tirage forcé de 8m,91 de surface de chauffe, fournissant de la vapeur à 10 kilogrammes de pression, et développe 28 chevaux. L’hélice fait 200 tours par minute et imprime au yacht une vitesse de six nœuds et demi, soit 12 kilomètres à l’heure environ.
- Le pulvérisateur de M. G. Biétrich nous a paru fort simple et donner des résultats assez intéressants pour que nous ayons songé de suite à mettre nos lecteurs au courant, d’une façon succincte d’ailleurs,
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- tic la question générale du chauffage (1rs chaudières marines par les combustibles liquides. En même temps et comme application, nous décrirons le pulvérisateur (1. Diétrich qui est, à notre connaissance, le dernier type créé.
- L’application des huiles minérales au cbauiïage a pris naissance en Russie où les sources abondantes de Rakou et les installations dernières que l’usine Nobel a fait établir permettent de livrer, dans certains pays, le combustible liquide à un prix avec lequel la bouille peut à peine lutter.
- Nous rappellerons pour mémoire, (pie distillé, le naplite brut (1) = 0,870) donne de la benzine (1) =0,780) dégageant des vapeurs à la température ordinaire; puis de la kérosine ou pétrole ordinaire (0=0,820) ne dégageant pas de vapeurs à la température ordinaire, et en même temps de l’huile solaire ou pétrole lourd employé à l’éclairage. Le résidu masoute ou astalki (0 = 0,909) est la matière utilisée pour le cbauiïage des chaudières.
- 11 donne par distillation des huiles de graissage sur lesquelles nos compagnies de chemin de fer françaises ont entrepris une série d’expériences, un goudron très riche en matières colorantes, et cnlin un coke dont la teneur en carbone est très élevée.
- Sur certains chemins de 1er russes ainsi que sur les bateaux à vapeur qui font le transport, du naphte sur le Volga et sur la Caspienne, les premières tentatives faites sur le nouveau combustible ont eu assez de succès pour que l’on pensât à l’appliquer aux navires de mer.
- Les avantages invoqués pour les huiles minérales sont : le grand pouvoir calorifique (environ le double de celui du charbon), donc, la plus grande production de vapeur et par suite le moindre poids des chaudières pour la même puissance; la réduction du nombre des chauffeurs et la suppression des soutiers; la propreté et l’absence de fumée, de cendres et escarbilles; la suppression du décrassage des grilles; la facilité de la mise en pression; la réduction des approvisionnements de combustible, considération capitale, surtout pour les torpilleurs; la rapidité et la facilité d’emmagasinage qui peut se faire à l’aide de pompes; enfin, la prolongation de la durée des chaudières.
- Par contre, les huiles minérales ont contre elles les précautions à prendre, le danger d’incendies dus à des fuites, l’obligation d’employer des lampes de sûreté pour éviter l’inflammation des gaz et vapeurs, et les chances à peu près certaines de pertes totales des navires en cas d’incendie.
- M. N.-R. Clarke, ingénieur en chef de la marine des Etats-Unis, dans une note publiée dans le Journal of the Franklin Imtitule, mai 1883, en signalant l’utilité du pétrole comme combustible des cas d’urgence, dit qu’à la condition d’employer quelques précautions, le pétrole n’est pas plus dangereux à bord d’un navire que la poudre.
- Les brûleurs employés sont tous basés sur le même principe, et on ne saurait plus généralement
- les décrire qu’en les comparant à une variante de l’injecteur Ciffard.
- La Nature a déjà décrit un appareil de ce genre, applicable aux locomotives1.
- Sur beaucoup de chemins de fer russes et sur les bateaux de la mer Caspienne, on emploie le [dus souvent des brûleurs système Arteweff et Karapetoiï. La Compagnie Fraissinet a l’ait, l'année dernière, à Marseille, des expériences très complètes à bord du steamer l'Aude, avec un brûleur de l’invention de M. d’AUest, ingénieur en chef de la Compagnie.
- Les essais ont donné de très bons résultats. « On a dû toutefois établir dans le foyer une sorte de véritable cornue à gaz percée d’un grand nombre de petits trous. On a également trouvé avantageux de n’admettre que peu d’air autour du brûleur par l’orifice annulaire et de faire arriver le surplus dans la chambre de combustion, après l’avoir fortement chauffé par son passage dans des tubes en fer traversant la cornue foyer. »
- Dans ces expériences, on a constaté aussi que même avec le tirage naturel, le volume des gaz chauds étant moindre qu’avec le chauffage naturel, ceux-ci ne passaient pas par tous les tubes de la chaudière et avaient à la sortie une vitesse assez forte pour qu’une grande partie de la chaleur fût perdue. Sur cette remarque on a disposé une chaudière marine spéciale, à double retour de flammes, parfaitement appropriée au nouveau mode de chauffage et ne tenant pas plus de place que l’ancien type. Avec ces dernières, d’ailleurs, on arrive à un résultat analogue en créant dans les tubes une résistance supplémentaire à l’aide d’une fourrure intérieure de forme convenable.
- Nous citerons quelques chiffres d’après M. D’AI-lest. La consommation de charbon s’élevait sur Y Aude à 201 kilogrammes par heure : en pétrole, elle fut de 125 kilogrammes. L'avantage de l’emploi du pétrole est donc :
- 201—125
- 125
- = 00 pour 100.
- et même davantage, car 1/10 à 1/12 de la vapeur produite est utilisée au pulvérisateur [tour entraîner le pétrole et ne sert pas au cbauiïage proprement dit.
- Des différentes expériences, il résulte en résumé que, par cheval et par heure il a fallu 0k,755 de naphte au lieu de 1k, 182 de charbon.
- Assurément ces nombres très satisfaisants sembleraient résoudre la question, si la consommation forcée de vapeur au pulvérisateur n’était par elle-même un grave inconvénient.
- Un sait, en effet, que les machines marines sont généralement munies de condenseurs à surfaces, ou de tous autres moyens permettant d’alimenter les chaudières, presque complètement avec la même eau douce. Les quelques pertes inévitables sont compensées, soit à l’aide d’eau de mer dont on prévient
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- Voy. u° 053, du 18 juillet 1885, p. 97.
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- les incrustations par divers moyens, soit même avec de l’eau douce tle réserve si cela est possible.
- Mais avec un brûleur à pétrole, la vapeur ayant servi à l'entraînement du combustible liquide est totalement perdue : cette perte est une fraction notable de la consommation journalière, et les difficultés d’alimentation des chaudières prennent alors une importance considérable.
- Aussi a-t-on essayé dès le début de substituer l’air comprimé à la vapeur comme agent pulvérisateur. Le résultat fut des plus satisfaisants, mais on put se convaincre de la difficulté qu’il y avait encore, à celte époque, de se procurer en quantités suffisantes et à un prix raisonnable les huiles nécessaires.
- Ces difficultés tendront évidemment à disparaître et Sir Ed. Reed, dans les derniers débats sur le budget de la marine des Etats-Unis, ne craignait pas de dire qu’il était probable (pie dans peu d’années le combustible liquide serait d’un emploi général dans la marine. L'Amérique, en effet, fournit aussi de grandes quantités d’huile minérale qui pourraient être utilisées au même titre que l’astatki russe, au cas où une guerre amènerait la fermeture des Dardanelles.
- En Angleterre, des essais du même genre ont été entrepris sur h• Maraku (SOU T., machine 500 chevaux), le Cobdcn et à Portsmouth avec des résultats plus ou moins satisfaisants.
- Le yacht la Flamboyante ayant servi aux expériences d’une chaudière marine, chauffée au pétrole.
- Aux États-Unis, trois navires appartenant a la Southern Pacific Company, le Solano, le Pielmont, et le Tliorougfare brûlent du combustible liquide. Les brûleurs sont très simples, et l’économie réalisée sur ces ferrybouts ou bateaux de passage a varié, suivant la nature du service et de la chaudière, di 42 pour 100 pour le Solano et le Tliorougfare, à 7 pour 100 pour le Pielmont.
- Sur le Volga et la Caspienne il y a plus d’un millier de steamers chauffés avec de l’astatki et quelques-uns ont des machines développant 1900 à 4000 chevaux indiqués.
- Les réservoirs à huile doivent se jdacer avec toutes les précautions convenables, à 0rtl,50 ou 0m,60 seulement au-dessus du niveau du brûleur. On peut
- très bien les mettre à la même hauteur et même au-dessous, dans les doublcs-lbnds de la coque disposés comme pour le water-ballast.
- Ces renseignements généraux forment ce que nous pourrions appeler l’historique de la question. Us ont été pour la plupart signalés par M. d’Allcst dans la communication qu’il a faite de ses essais au Génie civil. Jusqu’alors ces expériences sont peut-être les plus complètes (pie l’on ait entreprises sur la matière et M. Griffin, ingénieur adjoint de la marine des Etats-Unis, s’y étend longuement en résumant l’état de la question dans le Bulletin de la Société des ingénieurs civils.
- — A suivre.— M.-A. G..., ingénieur.
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- LE BLUTAGE DES TERRES
- M. Eugène Elaeliat a récemment l'ait connaître à la Société des ingénieurs civils un intéressant procédé que nous croyons devoir signaler à nos lecteurs. Voici comment s’exprime à ce sujet M. Elaeliat.
- 11 y a quelques années, un industriel organisait dans sa propriété une usine de béton aggloméré. 11 apporta successivement à cette fabrication plusieurs modifications, tant à la forme des moules, qu'au moulage lui-même; mais la principale modification qu’il apporta a été de retirer de la terre les matières
- premières qui, mélangées avec le ciment, forment le béton ou le mortier nécessaire.
- L’usage a démontré, depuis longtemps, qu’un béton de ciment fabriqué avec du sable dont les grains sont d'une certaine grosseur était plus résistant au cassage, qu’un béton fabriqué avec du sable fin, à égale proportion de ciment. Cela s’explique par la moins grande quantité de parties divisibles dans le premier cas (pie dans le second. On a donc été conduit à prescrire pour la fabrication du béton de ciment pour tuyaux, le sable de rivière qui est composé d’une grande quantité de petits cailloux parfaitement propres à celle fabrication, ce qu’on
- ne peut obtenir que très difficilement avec du sable de fouille, à cause de la grande quantité d’eau qu’il serait nécessaire d’employer pour ce lavage.
- Des expériences faites récemment à l’usine précitée, prouvent, d’une manière irréfutable, que la résistance du béton fabriqué avec du gros sable provenant du lavage des terres de fouille, est plus grande que celle du béton fabriqué avec du sable de rivière.
- On peut facilement expliquer cette différence de ténacité, en examinant les grains de sable qui entrent dans la fabrication de ces bétons. On remarque, en effet, que, dans le sable de rivière, les grains ont pour la plupart des formes géométriques et arrondies, provenant de leur roulement continuel les uns sur les autres, ce qui leur donne des surfaces
- lisses, tandis que les grains du sable de fouille ont des formes quelconques et présentent presque tous des faces rugueuses. C’est à ces différences qu’on doit le plus ou moins de ténacité du béton; et c’est tellement vrai que, si on examine la cassure de la briquette fabriquée avec du sable de rivière, on aperçoit, dans l’une ou l’autre des faces de cette cassure, les alvéoles parfaitement unies des pierres rencontrées par la cassure, et qui, dans ce cas, ont agi comme les noyaux d’un moule. La cassure de la briquette faite avec du sable de fouille ne présente pas la même apparence, et chaque pierre est entourée d’une quantité plus ou moins grande de ciment. Pour arriver à un bon résultat, il faut faire subir au sable de fouille un lavage complet.
- C/est à la suite deces expériences que l’industriel
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- dont nous venons de parler eut l’idée d’employer, dans la fabrication de ses bétons de ciment, du sable de fouille parfaitement lavé, et pour ne pas être obligé de chercher des carrières de sable de fouille, il conçut l’idée de retirer économiquement de la terre ordinaire le sable fm et les cailloux qu’elle contient, de manière «à les obtenir dans leur plus grande pureté. Il résolut ce problème à l’aide de l’appareil que représente notre gravure.
- L’organe principal est un cylindre creux do 1 mètre de diamètre environ, dont la paroi latérale, formée d’une feuille de cuivre d’une épaisseur convenablement résistante, est percée de trous de différents diamètres groupés suivant leur dimension en plusieurs zones d’une longueur de 1 mètre chacune. La première de ces zones a des trous de petit diamètre, tandis (pie ceux de la dernière zone correspondent à l’anneau de Üm,0P> de diamètre. Au-dessous de chacune de ces zones, se trouve un récipient en zinc, qui reçoit les cailloux venant du cylindre troué; ces récipients sont inclinés de manière à faciliter l’enlèvement des cailloux. L’axe du cylindre est formé d’un arbre creux troué également, dans lequel arrive un courant d’eau à une certaine pression.
- Cet axe, et par conséquent le cylindre, reçoivent, par l’intermédiaire d'une roue hydraulique, un mouvement de rotation qui n’excède pas un tour par minute. La terre est introduite dans le cylindre par son extrémité correspondant aux trous du plus faible diamètre, et est entraînée vers l’autre extrémité, par une hélice qui se trouve à l’intérieur du cylindre. L’introduction de la terre se fait par petite quantité à la fois, et pelletée par pelletée.
- Cette terre, sous l’influence d’un arrosage venant simultanément de l’axe creux du cylindre et d’un tuyau qui se trouve au-dessus de ce cylindre et qui distribue l’eau sur tout sou parcours, se débarrasse peu à peu de tousses cailloux parfaitement lavés, et au fur et à mesure qu’elle rencontre des trous d’un diamètre suffisant. C’est, ainsi que, dans les récipients correspondant à chaque zone du cylindre, on trouve une catégorie correspondante de cailloux, ceux de la dernière zone pouvant servir aux empierrements des chemins, ou à fabriquer le béton pour fondation d’ouvrages d’art.
- L’eau qui sert à ces divers lavages et qui, par conséquent, est chargée de sable fin et de terre végétale ou humus, est recueillie dans l’une ou l’autre des deux cuves peu profondes en forme de demi-cylindre, dans lesquelles se meuvent des dents recourbées et plates de manière à agiter constamment, cette eau. Sous l’influence de cette agitation, le sable fin se dépose peu à peu, et quand l’eau qui déborde de la première cuve sort limpide, on fait arriver le courant dans la deuxième cuve et on ouvre la vanne de la première.
- On recueille ainsi dans un bassin spécial un sable fin parfaitement propre qui sert à fabriquer le mortier de ciment. Ajoutons que l'eau qui sert à ces différents lavages ne se rend à la rivière qu’a près
- avoir traversé une série de bassins où l’Immus qu’elle tient en suspension se dépose.
- En résumé, à l'aide de l’appareil ci-dessus, on retire d’une terre quelconque les différents éléments dont elle se compose tels que : 1° sable fin; — 2" gravier groupé par catégorie de grosseur; — o° pierre propre à faire des empierrements de chemins ou du béton de fondation; — 4° de l’humus très recherché par les agriculteurs et les maraîchers.
- Uet appareil qui fonctionne depuis plusieurs années ne doit son bon fonctionnement qu’à la grande quantité d’eau qu’on doit lui donner, et on peut dire de prime abord que ce système ne sera économique (pie si on peut y appliquer un moteur hydraulique qui fera fonctionner en même temps les pompes nécessaires à l’élévation des eaux de lavage. 11 convient de remarquer que, de toute l’eau qui est nécessaire pour ce travail, aucune quantité ne se perd, si ce n’est celle que conserve l’humus quand il se dépose dans les bassins. On peut donc dire que, lorsque le régime de l’usine est établi, il rentre autant d’eau dans le ruisseau qu’il en sort pour le travail. M. Eugène Flaehat fait remarquer qu’il y a, dans l’application que nous venons de décrire, une idée qui pourrait être mise en pratique par de grands entrepreneurs de travaux publics ; ces entrepreneurs pourraient trouver, dans les déblais qu’ils exécuteraient, le sable nécessaire au mortier et les cailloux nécessaires soit à leurs maçonneries de béton, soit aux empierrements de chaussées.
- LE SÉJOUR AU SOMMET DU MONT BLANC1
- EXPÉDITION DE M. TYNDAI.L EN 1859
- De retour de voyage, je lis dans La Nature du 10 septembre le récit du séjour de MM. A allôt et Richard au mont Diane. Voulez-vous me permettre une petite rectification historique à la note dont vous avez fait précéder cette relation? Personne n’a plus d’admiration que moi pour le courage dont notre collègue et son compagnon ont fait preuve; et, celle admiration, j’ai eu le plaisir de l’exprimer de vive voix à M. Yallol lui-même lorsque je l’ai rencontré à Chamonix. Appelé, le lendemain, à prendre la parole, au nom du Club alpin français, lors de l’inauguration du monument de de Saussure, j’ai dit que, en passant trois jours et trois nuits au sommet, M. Vallot avait, avant nous, célébré de la façon la plus digne et la plus éclatante le centenaire de l’ascension du mont Blanc. Mais ceci ne doit pas empêcher de rendre justice à ses devanciers. Il est dit dans la note que « jusqu’ici nul explorateur n’avait séjourné au sommet même du mont Blanc >). Ce n’est exact qu’à une exception près. Le 22 août, 18o9, le célèbre physicien anglais Tvndall et son ami le docteur Frankland ont passé une nuit entière (environ vingt heures) à la cime du mont Blanc. Ces messieurs avaient emporté une tente de 10 pieds de diamètre sous laquelle ils se blottirent avec neuf guides. Grâce à
- 1 Nous nous empressons d’insérer la lettre que nous recevons de M. Duricr, l’honorable président du Club alpin français; elle répare, sous une forme trop bienveillante, l'omission involontaire d'une notice précédemment publiée. G. T.
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- cet entassement et quoiqu’ils n’eussent que la couverture dont ils s’enveloppaient pour se préserver du contact de la neige, ils ne souffrirent pas du froid; mais ils éprouvèrent, plus ou moins, les effets du mal de montagne, surtout M. Tyndall, déjà malade, il est vrai, à son départ de Chamonix. Leur* tente n’occupait pas la même place que celle de M. \allot. Elle fut dressée sur le versant italien, à quelques mètres au-dessous de la cime, afin de l’abriter contre le vent du nord qui soufflait avec violence. Cette ascension n’eut, du reste, presque point de résultats scientifiques. Le brouillard mit obstacle aux expériences actinométriques que M. Tyndall se proposait de faire au lever du soleil. Des thermomètres furent enfoncés dans la neige jusqu’à 2 mètres de profondeur ou fixés à un poteau, mais quand il fut possible à M. Tyndall (deux ans seulement après) d’aller relever leurs indications, le poteau existait encore, mais les tubes des thermomètres étaient brisés1.
- Vous voudrez bien excuser, Monsieur le Directeur, cette rectification que je ne vous adresse qu’après quelques hésitations ; mais La Nature s’est acquis dans le monde savant une si légitime autorité que, moi qui suis un de ses pdus anciens lecteurs, j’ai considéré comme un devoir de compléter les indications de ce répertoire presque infaillible des progrès et des découvertes modernes.
- Cii. Durier,
- President du Club alpin français.
- LA TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUE
- AU JAPON
- Le rapport du Consul anglais, à Nagasaki, contient quelques détails intéressants au sujet du développement de la télégraphie au Japon. Le nombre des dépêches pour l’intérieur du pays qui ont été transmises par le bureau de Nagasaki, s’est élevé l’année dernière à 201 979 contre 142 290 pour l’année précédente. Les dépêches pour l’étranger étaient au nombre de 17 501 contre 15134 en 1885. La grande augmentation du trafic international qui a eu lieu depuis huit ans, car en 1878 le total ne dépassait pas 3600, provient du développement du réseau télégraphique chinois, surtout dans les ports ayant un service régulier de bateaux à vapeur avec Nagasaki. Quand la nouvelle ligne terrestre sera terminée de Socul à Fusan, le trafic augmentera certainement encore, caron pourra transmettre les dépêches par le câble Fusan-Naga-saki, sans passer par le réseau chinois. On espère que cette ligne pourra fonctionner avant la fin de l’année.
- LES MONUMENTS PRÉHISTORIQUES
- DE LA MONTAGNE d’esPIAUX (HAUTE - GARONNE) .
- Située dans le canton de Bagnères-de-Luchon, au centre des Pyrénées françaises, la montagne d’Es-piaux sépare la vallée de Larboust des vallées d’Oueil et de Louron. En 1875, j’y ai découvert plusieurs monuments préhistoriques fort intéressants que je vais décrire; l’année suivante, M. Piette et moi, nous avons entrepris ensemble l’exploration plus complète de cette montagne et nous y avons
- 1 L’ascension de M. Tyndall est rapportée de son ouvrage : Uours of exercise in ihe AIps. ch. îv.
- trouvé quelques autres monuments; nous y avons aussi pratiqué des fouilles dont nous avons, en collaboration, publié les résultats dans le Bulletin de la Société d'anthropologie de Boris (séance du 5 avril 1877) et dans les Matériaux pour l'histoire primitive de l'homme (année 1878, p. 246-259)1. Tout récemment, le 4 juillet 1887, la Société des études du Commingues, au nombre de soixante-quatre membres ou invités, a fait, sous ma direction, une excursion sur l’Espiaux et donné ainsi la notoriété désirable à l’une des stations antiques les plus digues d’ètrc connues et visitées. Voici l’itinéraire que je propose, celui qui a été suivi par la Société des études, celui qui sera également suivi, (le 1er octobre 1887) parles membres de l'Association française pour l'avancement des sciences, actuellement réunis en Congrès à Toulouse.
- l)e Bagnères-de-Luehon au village de Benqué d’Oueil, à cheval ou en voiture, 0 kilomètres; de Benqué au village de Cazaux-Larboust, par la montagne d’Espiaux, à cheval ou à pied, 5 kilomètres; enfin, de Cazaux à Lucbon, à cheval ou en voiture, 7 kilomètres. On explore ainsi une partie notable de l’Espiaux, la plus intéressante, quoiqu'il existe plusieurs autres monuments préhistoriques sur divers autres points de la même montagne.
- L’ascension commence à Benqué. En trente minutes, on atteint le plateau du Castera (1540 mètres d’altitude), où l’on aune vue magnifique, l’ime des plus belles des Pyrénées : au-dessous de soi, la ville de Bagnères et les vallées de Lucbon, d’Oueil, de Larboust et d’Oô, parsemées de villages et sillonnées par une infinité de torrents et de ruisseaux; dominant ces villages, les vieilles tours de Castel-Blancat, de Castel-Yielh, de Mayrègne, d’Oô et de Gouaux; au deuxième plan, en face de soi et tout alentour, une couronne verdoyante dé montagnes et de forêts; plus haut, crevant le ciel, les pics les plus élevés et ies plus fameux de la chaîne, la Mine et la Pique, Sauvegarde, le Nethou (5404 mètres) et le massif de la Maladetta, puis la Glère, les crêtes deBaliran, Céciré, le Couayrat, le Selh de la Baque et les glaciers d’Oô qui portent leur tête blanche à près de 5000 mètres dans les airs.
- C’est au milieu de ce cadre superbe, dominant les vallées et permettant de surveiller les cols, que nos ancêtres s’établirent sur la montagne d’Espiaux.
- Au Castera, on commence à trouver des alignements et des enceintes de pierres fichées dans le sol. En suivant les croupes gazonnées de la montagne, on rencontre plusieurs groupes de cercles de pierres, notamment du Sarrat de Cousseillot, ceux du Cloulet de Bernet, et du Tiroun des Groux. On parvient bientôt au quartier de Peyrelade, où se trouvent un grand alignement et une grande enceinte de pierres, trois sortes de terrasses formées de pierres brutes et un monument mégalithique fort
- 1 En 1876, M. Goimlon a fait aussi des fouilles dans les enceintes de pierres de l’Espiaux. et il n exhumé cinq ou six vases cinéraires.
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- carieux, le Calhau des Pourics ou des Ponricous (fig. 1 et 5) ; de là, se dirigeant vers le village de Billère, on va rejoindre la grande route près de l’église de Cazaux. Deux ou trois heures suffisent pour explorer cette partie de la montagne, de Benqué d’Oueil à Cazaux-Larboust.
- Décrivons, maintenant, les monuments primitifs de 1 ’E s — piaux, blocs erratiques de grau-wacke, d’eurite, de calschiste dévonien et, le plus souvent, de granit.
- Les alignements, formés de pierres fichées dans le sol, sont rectilignes ou sinueux. Le plus beau, celui de Peyrclade, dans le territoire communal de Billère, a 277 mètres de longueur et se compose de 95 pierres parmi lesquelles on remarque des blocs de granit qui ont jusqu’à 58 mètrescubes.
- Formées aussi de pierres brutes fichées dans le sol, les enceintes de pierres sont circulaires ou ovoïdales (celle de Pevrelade, composée de 164 pierres, mesure 80 mè-
- Montagne d’F.spiaux.
- de 0m, 15 à 0m,65, se trouve ordinairement une céda, . sorte de caisse rectangulaire faite de dalles schisteuses et renfermant des cendres et des ossements calcinés. Parfois, l’un des côtés de la cella est formé de plusieurs petits galets superposés. Les cella, dolmens en miniature, ont en moyenne 0,n,40 de côté et 0m,55 de hauteur. Quelques-unes contiennent des vases cinéraires dont l’ornementation et les formes, dérivées de celles des vases néolithiques, révèlent une parenté avec la poterie de l’àge du bronze. Deux bracelets en bronze, que M. Piette et moi nous avons recueillis dans une petite cella sans urne, portent des ornements identiques à ceux de certains bracelets retirés des lacs de la Suisse et de la Savoie. Leur
- dimension, leur forme et les dessins géométriques qui les ornent, sont caractéristiques du bel âge du bronze; aussi M. de Mortillet et M. Chantre, auxquels nous les avons montrés, n’ont-ils pas hésité
- sur leur fige. Les sépul-
- — Cupules sur la roche. (D’après une photographie de M. Emile Belloe.)
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- très sur 40 mètres), ou rectangulaires (plusieurs spécimens aux alentours du Castera).
- Leur diamètre est de 5 à 6 mètres en moyenne; par fois il n’atteint pas 1 mètre, mais il dépasse parfois 50 mètres. Les enceintes circulaires — la dénomination de cromlechs me paraît impropre — sont les plus nombreuses ; composées de pierres presque toujours placées de champ, elles constituent des groupes très intéressants
- à observer, entre autres le groupe qui se trouve au quartier dit de Cousseillot (fig. 2), dans le territoire communal de Billère, et, à l’autre extrémité de la montagne, les groupes que possèdent les communes de Jurvielle et de Portet de Ludion.
- Au centre de chaque enceinte, à une profondeur
- /
- 12 t
- Fig. 2. — Groupe de cercles de pierres du Sarrat de Cousseillot, commune de Billère.
- Cercle 1. Diamètre, 2m,60 intérieurement, 3",80 extérieurement;
- 11 pierres. — Cercle 2. Diam., 5m,60 inter., 7 mètres extér. ; 20pierres dont une à écuelle. — Cercle 3. Diam., 2n,,80 intér., 5",60 extér. ; 14 pierres.—Cercle4. Diam., 3 mètres intér., 3”,60 extér.; ^pierres. — Cercle 5. Diam., 1”, 20 intér., lm,70 extér.; 10 pierres. — Cercle 6. Diam., lm,50 intér., 1”,80 extér.: 10 pierres. — Cercle 7. Diam., 4”,10 intér., 5m,50 extér.; 16 pierres. — Cercle 8. Diam. 3”,50 intér., 4",50 extér. ; 13 pierres. — Cercle 9. Diam., 1”,63 intér., 2“,45 extér.; 10pierres. — Cercle 10. Diam.,3™,40intér., 4m,20 extér. ; 13 pierres..— Cercle 11. Diam., 2 mètres intér., 2”,80 extér. ;
- 12 pierres. —Cercle 12. Diam., 3™,80 intér., 4m extér.; 13 pierres.
- titres à incinération de l’Espiaux et leurs monuments de pierres seraient donc contemporains des cités lacustres de la Suisse. J’ajoute qu’étant allé, en 1880, étudier sur place la station préhistorique de Golasecca, dans la haute Italie, immédiatement au sud du lac Majeur, j’ai constaté de grandes ressemblances entre les enceintes de pierres de la montagne de Golasecca (au quartier de Montsorino, sur les bords du Tessin) et les enceintes, beaucoup plus nombreuses et plus importantes, de la montagne d’Espiaux, au centre des Pyrénées françaises.
- Les pierres à bassin sont des blocs plus ou moins grands dans lesquels ont été pratiqués, très anciennement, un ou plusieurs creux ; ces pierres ainsi sacrées font parfois partie d’un cercle de pierres (Sarrat
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- Fig 3. — Montagne d’Espiaux (Hautes-Pyrénées). — Calliau des Pourics. — Le détail des cupules de [a roche supérieure
- est indiqué dans la figure 1.
- Fig. 4. — Montagne d’Espiaux (Ilautes-Pyrénées). —Cercle de pierres. (D’après des photographies de M. Emile Belloc.) — Les pierres sont contiguës ou presque contiguës; elles s’élèvent au-dessus du sol de 0“020 à 0,n70; elles sont enfoncées dans le sol de 0“30 à 0'"70.
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- de Cousseillot, cercle n° 2, fig. 2 et fig. 4) ', ou d’un alignement (Peyrelade)*. On trouve aussi des pierres à bassin qui ne dépendent ni d’un alignement ni d’un cercle : le calhau de Sacada (dénomination récente), qui a 45 cupules, et le ealhau des Pourics, qui en a 98 (fig. 5). Celui-ci mérite une description spéciale. Le monument mégalithique des Pourics, dans la commune de Billère, est formé de deux blocs erratiques de granit porphyroïde ; l’un, à moitié enfoncé dans la terre, mesure 17m,70 de eir-conlérence ; l’autre, placé sur le premier, comme sur une table, a 2m,60 de circonférence et présente, à sa surface supérieure, trapézoïdale et aplatie, 98 petits creux arrondis, évidemment faits de main d’homme, ayant 0m,04 de diamètre environ, et 0m,02 environ de profondeur. Calhau des Pourics ou des Pouricous, appellation patoisê, signifie « pierre des poussins ou des petits poussins. » Faisant partie des monuments funéraires ou situées dans leur voisinage, les pierres à bassin ne sont peut-être pas sans rapport avec le culte des morts.
- J’ai trouvé plusieurs blocs enfoncés dans le sol et dont la partie supérieure est ornée de cupules, et aussi de fossettes très allongées qu’un berger de l’Espiaux m’a dit être « l’empreinte des doigts du géant, es dits det gigant5. » Si ces dernières pierres et celle des Pourics ne sont, à ma connaissance, l’objet d’aucune pratique ou croyance superstitieuse 1 * * 4, il existe
- 1 Écuelle do forme ovale, de 0m,22 sur 0m,14; la profondeur est de 0m,07.
- a Écuelle de forme ovale, de sur 0m,22 ; profondeur,
- O™,12. Le bloc de granit dans lequel elle est creusée a 0m,74 de longueur, 0m,(>2 de largeur et 0m,60 de hauteur ; ce bloc est, comme les autres, à moitié enfoncé' dans le sol.
- 5 Je crois utile de décrire ici quelques-uns de ces curieux monuments dont je n’ai encore parlé nulle part. Au Clôt de Castera, bloc de granit dépendant d’un grand cercle de pierres, portant 8 cupules et 4 fossettes dont la plus grande a ()m,l(i de longueur; une autre pierre, placée à l’intérieur de ce cercle, est ornée de longues lignes formant trois figures qui ressemblent à des \ ; — sur la Serre du Castera, petit groupe de cercles : un de ces cercles est composé de six pierres dont l’une, en gneiss, porte une écuelle (0m,30 sur 0m15 et 0m,08 de profondeur) et une autre, en granit, est ornée de 4 cupules et de 9 fossettes; — sur la Serre du Cloutet de Bernet, bloc de granit, isolé, presque complètement enfoncé dans le sol; la surface supérieure, mesurant l'n,45 sur ln,,36, porte •il cupules dont 2 sont conjuguées, et 22 fossettes de dimensions très variables (la plus grande a 0m,5G de longueur, 0m,06 de largeur et O”,02 de profondeur) ; trois fossettes liées à leurs extrémités, présentent grossièrement la forme d’un Y; — sur les pentes de la Costa det Tech, gros bloc de granit long de 3 mètres, large de lm,92, haut de 0,94, orné de 22 cupules et de 31 fossettes; près de ce monument, autre bloc en gneiss, long de lm,54, large de 0m,86 et haut de 0m,51, portant 0 cupules et 1 î fossettes. — Au quartier de Treys, 31. Sassoure a trouvé une pierre ornée d’une cupule et de 14 fossettes dont 5 se touchant par leurs extrémités ont la forme d’un Y.
- 4 Dans l’Inde, les pierres à écuelles sont considérées comme sacrées. « On voit encore de nos jours, dans les pèlerinages bouddhistes, des femmes hindoues apporter de l’eau du Gange jusque dans les montagnes de Pendjab, et en arroser ces signes dans les temples où elles vont implorer la faveur de la divinité, en Lvue de devenir mères. » (Matériaux, année 1878. p. 271.)
- sur la montagne d’Espiaux, dans le territoire de la commune de Poubô, un monument mégalithique appelé le calhau d'Arriha-Pardin, objet, jusqu’en ces dernières années, d’un culte burlesque que je m’abstiendrai de décrire ici, me bornant à rapporter que, d’après la tradition orale, il suffit de se frotter contre le bout de la pierre pour faire complètement disparaître toutes les causes d’impuissance ou de stérilité b
- Ce curieux monument est composé d’un bloc de granit porphyroïde, ayant 2 mètres de hauteur et O111,85 de circonférence, et d’un bloc de granit
- . . O
- amphibolilëre, haut de 0m,98, à moitié enfoncé au-dessous du plus grand, la partie supérieure taillée en pointe et présentant, très grossièrement d’ailleurs, un aspect phalliforme. En 1871, pour combattre les pratiques superstitieuses, M. le curé de la paroisse a fait sceller une croix de fer au sommet du monument à' Arriba-Pcirdin et, plus d’une fois, du haut de la chaire, il a vivement, mais vainement., prêché contre la pierre sacrée.
- Je pourrais parler d*e plusieurs autres pierres à légendes, telles que celles de Sagâret, du Baran et du Tiron de la croix; qu’il me suffise, en terminant cette simple note, de mentionner, dans le territoire communal de Cazaux-Larboust, le cercle d’Haut-Arrouy, le plus grand de tous ceux que j’ai trouvés dans les Pyrénées; cette enceinte, composée de 488 pierres fichées dans le sol, mesure environ 4oo mètres de circonférence. Servait-elle de lieu de sépulture, ou bien de heu de réunion? Je n’y ai point lait de fouilles. Julien Sacaze.
- LA TÉLÉGRAPHIE SANS FIL CONDUCTELR
- (Suite. Voy. p. 129)*.
- La télégraphie optique au moyen des corps opaques ou lumineux ne disparaît pas cependant tout à fait à l’apparition de la télégraphie électrique. Les appareils de Chappe furent conservés en Algérie jusqu’en 1860, à cause de la difficulté qu’on rencontrait à établir, d’une façon durable, des fils conducteurs dans un pays où la surveillance était impossible.
- Pendant la guerre de Sécession, elle fut aussi très employée. L’armée américaine du Nord avait un Corps de signaleurs ne comprenant pas moins de 200 officiers de tous grades, qui recueillait les renseignements sur les mouvements de l’ennemi, et employait pour les faire parvenir au quartier général tous les moyens connus : fusées, pavillons de plusieurs couleurs, appareils de Chappe, télégraphe électrique, etc... Ce corps, très bien organisé et très bien outillé, rendit alors les plus grands services. Il
- 1 Dans la vailée d’Aspe, sur le bord de la route, se trouve un rocher de forme conique, nommé la pierre des fées, donnant lieu aux mêmes croyances populaires.
- â X° 739, du 50 juillet 1887.
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- fut du reste conservé après la cessation des hostilités et on l’utilise en temps de paix pour le service météorologique 1.
- C’est aussi ee mode de correspondance qui est en usage dans la marine où il semble avoir été employé dans tous les temps et par tous les peuples pour les communications des navires entre eux et avec les côtes; On se sert des drapeaux, des ballons, des lanternes de différentes formes et de différentes couleurs dont les diverses combinaisons donnent des signaux qui correspondent aux lettres, aux mots ou phrases toutes faites d’un répertoire dont est muni chaque navire et chaque sémaphore. Le [tins employé de ces sortes de répertoires est celui imaginé par le capitaine de port, Charles de Reynold, et connu sous le nom de Code Reynold, dans lequel tous les mots et les phrases usuelles dont on peut avoir besoin sont classés par ordre alphabétique et numérotés. Il suftit, par conséquent, pour correspondre, de désigner les numéros d’ordre. Mais nous n’entrerons pas dans les détails de ce système, cela nous entraînerait trop loin. Il est probable, du reste, que, même dans la marine, ce mode de correspondance se modifiera peu à peu pour se rapprocher autant que possible de celui qui a pour base l'alphabet Morse.
- Pour le service des armées, M. le capitaine Gau-met avait proposé, il y a quelques années, un système consistant a employer un album sur les feuilles duquel sont fixés des signaux argentés de grande dimension (les lettres de l’alphabet, les chiffres et quelques signes conventionnels). Avec une longue-vue, le poste correspondant lisait les signaux qu’on lui présentait successivement. L’ensemble de l’appareil, album et lunette compris, pesait de 2 à 6 kilogrammes, suivant les distances auxquelles il était destiné. On a réussi à transmettre des dépêches à 8 kilomètres. Ce système a été décrit ici même2 en son temps.
- Une tentative d'un autre genre qui mérite aussi d’être rappelée et qui a encore été renouvelée dernièrement, fut faite en 1885. Un ballon de petite dimension, gonilé de gaz hydrogène, fut élevé à environ 100 mètres. A l’intérieur se trouvait une lampe à incandescence de 10 bougies alimentée par les piles, dites auto-accumulateurs, de M. Jablochkoff. En lançant le courant dans la lampe ou en l’interrompant, on éclairait le ballon par transparence pendant un temps plus ou moins long, suivant les lois du code Morse. D’autres expérimentateurs se sont proposés de recommencer l’expérience en ascension libre et en éclairant cette fois le ballon par réflexion, au moyen d’une lampe à arc, fixée à la nacelle. Ce moyen de correspondance télégraphique peut certes rendre service à un moment donné, mais il entraîne avec lui bien des complications, et nous pensons qu’il ne sera jamais employé qüe dans des cas exceptionnels.
- 1 Vov. année 1881, p. 235, 274, 411 ; et année 1882, p. 44.
- - Vov. année 1881, p. 291.
- L’avenir de la télégraphie optique est, selon nous, dans l’emploi des appareils, basés sur la projection d’un puissant faisceau lumineux vers le poste correspondant, avec interruptions brèves ou longues reproduisant l’alphabet Morse. C’est cette classe d’appareils qui va nous occuper maintenant.
- Dès 1850, les Autrichiens employaient les rayons réfléchis par un miroir et interrompus par intervalles pour relier entre elles les principales villes de leurs possessions dans la péninsule. Mantoue et Vérone, distantes de 55 kilomètres, correspondaient au moyen de miroirs de plus de 1 mètre de diamètre et d’environ 20 centimètres de distance focale qui réfléchissaient les rayons d’une lampe électrique alimentée par 40 éléments Bunsen. Pour les distances moindres, la lumière d’une lampe à pétrole suffisait. Après la prise de ces villes en 1859, par les Italiens, le système fut conservé et perfectionné par eux; mais les autres nations paraissent v avoir attaché alors peu d’importance.
- En France, c’est M. Leseurre, inspecteur des lignes télégraphiques, qui eut le premier l’idée d’appliquer les signaux de l’alphabet Morse au faisceau émis par une source lumineuse, en produisant des éclats brefs ou longs correspondant aux points et aux traits de cet alphabet. Il proposa, en 1855, un appareil complet et nous avons eu la bonne fortune de trouver la description qu’il en fit, avec dessin à l’appui, dans un ouvrage devenu assez rare aujourd’hui1. Nous reproduisons la figure qui accompagnait la description et qui représente à peu de chose près l’appareil tel qu’il fut construit plus tard par M. Molteni et qui a été décrit dans la Physique de Ganot (édition de 1859). On voit (lig. 1) qu’il se compose de deux miroirs Aet B (le miroir II est supposé enlevé de son cadre sur la figure) montés de façon à ce qu’on puisse les orienter facilement et rapidement pour envoyer les rayons solaires dans une direction quelconque. Les émissions et interruptions du faisceau lumineux étaient obtenues en faisant légèrement varier la position du miroir B au moyen du manipulateur M. L’ensemble reposait sur une planchette, montée sur tourillons dans une boîte, dont on a supposé, sur la figure trois des côtés enlevés afin de montrer les détails du mécanisme.
- Plusieurs expériences furent faites avec œt appareil et réussirent parfaitement, mais il ne fut jamais employé d’une façon officielle. L’inventeur mourut en 1864, sans avoir réussi a le faire adopter, même en Algérie où son emploi paraissait cependant tout indiqué.
- Aux Indes, et dernièrement au Soudan, les Anglais se servirent d’un appareil de ce genre, mais d’une construction plus simple, imaginé par un de leurs ingénieurs des télégraphes, M. Mance.
- Avec tous les dispositifs de cette sorte, il faut
- 1 Les Annales télégraphiques de 1855. C’est grâce à l'obligeance bien connue de M. Jacquez, l’érudit bibliothécaire du Ministère des postes et télégraphes, que nous avons eu connaissance de ce document.
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- absolument le soleil, et c’est un grave inconvénient. Aussi les systèmes basés sur l’emploi d’une source lumineuse artificielle sont-ils bien préférables. Mais jusqu’en 1870, époque à laquelle on eut malheureusement trop à chercher les moyens de correspondre sans fil conducteur, on ne s’est guère occupé des signaux de ce genre qu’au point de vue des phares. La télégraphie électrique absorbait tous les esprits ; on oubliait que dans certains cas elle peut être impossible, et qu’on devait se ménager, soit pour le service des particuliers en temps de paix, soit pour le service des armées en temps de guerre, un autre mode de correspondance. Ce n’est qu’après l’investissement de Paris qu’on sentit quels services immenses pourrait rendre la télégraphie optique. Mais l’étude de la question avait été négligée à ce point qu’il semble qu’on ignorait complètement à cette époque les travaux faits dans cette voie à l’étranger et même ceux de notre compatriote Le-seurre. Au mois de septembre 1870, M. Maurat, professeur de physique du lycée Saint - Louis, s’inspirant de la célèbre expérience de M. Fizeau, entre Suresnes et Montmartre, pour la détermination de la vitesse de la lumière, fit avec MM. Lis-sajous, Brion, Ilioux et Malot, une série d'expériences entre quelques points élevés de la capitale, avec des lunettes empruntées au cabinet de physique d’un lycée.
- M. le colonel Laussedat vint ensuite se joindre à eux et leur procura des lunettes plus puissantes, et deux héliotropes de Gauss dont il s’était déjà servi autrefois pour faire des signaux pendant un travail de triangulation. Les expériences donnèrent des résultats encourageants, et les expérimentateurs furent constitués en Commission, avec M. le colonel Laussedat comme président. Un peu plus tard, un nouveau membre, M. Cornu, leur lut adjoint. Dès le commencement de novembre cette Commission avait fait construire par MM. Dubosq frères des appareils qui fonctionnèrent entre le fort du mont Valérien et celui de Nogent, distants de 20 kilomètres, et qui pouvaient servir pour des distances doubles. C’est alors que deux membres de la Commission, MM. Lissajous et Ilioux, partirent en ballon pour essayer de mettre la province en communication avec Paris par-dessus les lignes ennemies. Les appareils qu’ils emportaient se composaient simple-
- ment de lunettes astronomiques, au foyer de l’oculaire desquelles on plaçait une lampe à pétrole qu’on masquait ou démasquait au moyen d’un obturateur. ils tombèrent près de Vannes et se rendirent à Tours où on leur donna une destination autre que celle qui avait été prévue par leurs collègues de Paris, de sorte que la correspondance tant désirée ne put s’établir. Ils furent chargés de faire construire de nouveaux appareils, et d’organiser le personnel destiné à être employé à l’armée de la Loire. Ce service a commencé à fonctionner régulièrement entre deux divisions aux portes du Mans4, puis l’armistice survint et les études furent momentanément abandonnées. Après la paix, la Commission fut reconstituée, mais son président, le colonel Laussedat, faisant partie de la Commission de délimitation de la frontière, était obligé de s’absenter fréquemment ; c’est alors que lui fut adjoint le commandant, depuis colonel, Mangin, qui s’était occupé depuis longtemps déjà de la construction des lunettes courtes, et qui résolut de la manière la plus heureuse le problème des objectifs à grand diamètre et à court foyer. Les premiers appareils construits n’étaient pas portatifs, ils furent placés dans les forteresses.
- Les appareils portatifs ou de campagne qui sont d’une construction plus simple furent plus difficiles à obtenir. M. le colonel Laussedat, convaincu de l’utilité de ces appareils plus simples et plus surs, dans bien des cas, que les appareils électriques, fit en leur laveur une propagande considérable dans l’armée par des conférences, des écrits et tous les moyens en son pouvoir. Il fit'même construire à ses frais, en 1875, par la maison Ducretet, le premier appareil de campagne réellement pratique. C’est, le type qui a servi depuis et dont on s’est peu écarté ; aussi croyons-nous utile d’en donner la description. La figure 2 représente son aspect extérieur. C’est une boîte carrée en tôle de fer, se plaçant sur un pied de manière à pouvoir être orientée dans toutes les directions. La partie antérieure porte une lentille à échelons de Fresnel destinée à l’émission des rayons lumineux. Sur le côté se trouve
- 1 Association française pour Vavancement des Sciences, Congrès de Lille, 27 août 1874, conférence de M. le colonel Laussedat.
- Fig. 1. — Ancien appareil de télégraphie optique de Leseurro.
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- fixée une lunette ou longue-vue, qui sert à observer les signaux du poste correspondant. La ligure 5 montre les détails de construction. Une lampe à pétrole munie d’un réflecteur R fixé dans la paroi postérieure constitue la source lumineuse; les rayons qu’elle émet sont recueillis par un système L de deux lentilles plan-convexes, qui les concentre en un point placé au centre d'une ouverture ménagée sur la paroi qui divise la caisse en deux parties.
- (Je point très petit, mais très brillant, devient alors la véritable source lumineuse, car il se trouve précisément au loyer de la lentille à échelons 0, qui émet alors vers le poste correspondant un puissant faisceau de rayons parallèles. Un petit écran, manœuvré par le manipulateur M vient masquer en temps opportun le point lumineux. C’est cet appareil qui a servi au colonel Laussedat dans plusieurs circonstances pour démontrer q non pouvait faire des appareils portatifs pour le service en campagne. Il fit, notamment pendant les grandes manœuvres de 1875, des expériences devant le maréchal Mac-Mahon et le général de Cissey.
- Ceux-ci furent très frappés de la simplicité, de la rapidité de la manœuvre et de la précision des résultats. L’année suivante, les appareils de campagne entraient dans la phase de la pratique. Ils sont dérivés, comme nous l’avons dit plus haut, de celui que nous venons de décrire. C’est le colonel Mangin qui en étudia les détails et les fit construire. Nous avons donné sur eux, ainsi que sur les appareils télesco-
- piques imaginés précédemment par le même officier, des renseignements détaillés dans ce journal1 ; nous n’y reviendrons pas aujourd’hui. La portée considérable de ces divers appareils est due aux qualités optiques que le colonel Mangin est parvenu, après de
- longues études, à donner aux miroirs réflecteurs et aux lentilles tout en conservant la facilité de construction qui permet de les obtenir à bon marché. C’est au moyen de ces appareils que l’cx-trème limite de nos possessions en Algérie est reliée aux premiers bureaux de télégraphie électrique. L'air très pur et très peu chargé de vapeur d’eau de ce pays a permis de correspondre directement à 150 kilomètres, entre Né-grine et l’Oued-Souf. Mais c’est là un cas exceptionnel et, en général, il ne faut pas compter dépasser , avec la lumière du pétrole, 40 à 50 kilomètres pour les appareils portatifs, et 80 à 100 pour les appareils fixes. Au Tonkin, où l’air est constamment chargé de vapeurs d’eau, ce sont les seuls appareils qui aient été employés et M. le lieutenant Sail-lard, qui a organisé et dirigé le service, évalue à 1500 kilomètres le développement des lignes installées et à 10 800 le nombre des dépêches reçues en quatorze mois par le poste central des Pins-Parasols, lequel, dans la seule nuit du 15 novembre 1885, reçut 2945 mots2.
- La portée des appareils peut être augmentée par
- 1 Voy. n° du l“r août 1885, p. 129.
- 2 Voy. le Journal des sciences militaires, octobre 1880.
- Fig. 2. — Appareil de télégraphie optique de campagne de M. le colonel Laussedat.
- Aspect extérieur
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- l’emploi de sources lumineuses plus puissantes. L’absorption produite par l’air croît très rapidement avec la distance et elle est d’auiant plus lbrtc qu’il contient plus de vapeur d’eau ; en temps de brouillard on ne distingue pas, à trente pas, une lumière qu’on voit en temps ordinaire à 10 kilomètres. Pour assurer un service régulier entre deux postes, il faudra donc avoir recours à la source lumineuse la plus puissante. Nous examinerons cette question dans un prochain article, en même temps que celle qui touche à la possibilité d’enregistrer automatiquement les signaux. G. Maresciial.
- — A suivie. —
- LES INVENTIONS DU VIEUX TEMPS
- l’horloge aux épices et les ascexseurs sous LOUIS XIV
- Voici un curieux et intéressant passage extrait des mémoires du marquis de Dangeau :
- 5 février 1691. — Monsieur de Vilayer mourut à Paris. 11 était doyen du Conseil (le Conseil du roi) et l’un des quarante de l’Académie française. — Noie de l'Anonyme (Duc de Saint-Simon) : Ce bonhomme était plein d’inventions singulières et avait beaucoup d’esprit. C’est peut-être à lui qu’on doit celle des pendules et des montres à répétition pour en avoir excité le désir. Il avait disposé à sa portée, dans son lit, une horloge avec un fort cadran, dont les chiffres des heures étaient creux et remplis d’épices différentes ; en sorte que, conduisant son doigt le long de l’aiguille sur l’heure qu’elle marquait, ou au plus près, il goûtait ensuite et, par le goût et la mémoire, connaissait la nuit, l’heure qu’il était. C’est lui aussi qui a inventé ces chaises volantes qui, par des contrepoids, montent et descendent seules entre deux murs à l’étage qu’on veut, en s’asseyant dedans, par le seul poids du corps, et s’arrêtent où l’on veut. M. le Prince s’en est fort servi à Paris et à Chantilly. Madame la Duchesse, sa belle-fille et fdle du roi, en voulut avoir une de même pour son entresol, à Versailles, et, voulant y monter un soir, la machine manqua et s’arrêta à mi-chemin, en sorte qu’avant qu’on pût l’entendre et la secourir en rompant le mur, elle y demeura bien trois bonnes heures engagée. Cette aventure la corrigea de l’invention et en fit passer la mode.
- CHRONIQUE
- Les deux t'rafttltfai' de 18ÎIÏ et 188Ï. -—
- Il a été offert à la Reine d’Angleterre, à l’occasion de la grande revue navale de Spithead, le 25 juillet A887, deux réductions de navires réalisant les types des bâtiments de guerre en 1857 et en 1887. Les deux navires représentés sont un ancien vaisseau de ligne de premier rang, le Trafalgar, construit à Woolwich, et un cuirassé de premier rang, portant le même nom, qui vient d’être lancé à Portsmouth. La comparaison de ces deux bâtiments est, en effet, intéressante. L’ancien Trafalgar, navire à voile, construit tout en bois, avait 62ra,50 de longueur sur 18m,70 de large; il pouvait porter 120 canons du poids moyen de 2286 kilogrammes, lançant des projectiles de 7\480. Enfin, il exigeait un équipage de 1000 hommes, tant pour la manœuvre même du bâtiment
- que pour celle des pièces qui, alors, s’effectuait sans le secours d’aucun engin accessoire. Le nouveau Trafalgar, entièrement construit en acier, et dont l’intérieur est divisé en 150 compartiments étanches, a une longueur de 105'”, 15, une largeur de 22m,25 et un tirant d’eau de 8m,2o; son déplacement est de 15 516 tonneaux. Ses machines à triple extension, dont l’action sera de 9k,49U par centimètre carré, développeront une force de 12 000 chevaux-vapeur, imprimant au navire une vitesse de 16 nœuds et demi à l’heure. Le bâtiment portera une provision de charbon de 1200 tonnes, suffisante pour un parcours de 2000 milles à vitesse pleine; ou de 6000 milles environ à la vitesse de 10 nœuds à l’heure. Il sera renforcé de plaques d’acier d’une épaisseur variant de 564 à 520 millimètres et sera muni de deux tourelles mobiles recouvertes d’un blindage de 468 millimètres. Celles-ci seront armées chacune de deux canons rayés, en acier, se chargeant par la culasse, du poids de 68 tonnes et longs de 11 mètres. Ces pièces lanceront, à la charge de poudre de 255k,870, des projectiles du poids de 567 kilogrammes qui, doués d’une vitesse initiale de 597 mètres, pourront traverser, à la distance de 900 mètres, des plaques de fer de 70 centimètres. Enfin, 8 canons de 150 millimètres, 19 canons-revolver et les appareils nécessaires au chargement et au lancement des torpilles compléteront son armement. Des machines hydrauliques seront employées à faire mouvoir les tourelles, à manœuvrer les pièces et à élever les munitions. De plus, 50 ou 60 machines à vapeur seront utilisées pour différents usages. L’équipage, dans ces conditions, ne comptera que 520 hommes, la moitié environ de celui de l’ancien Trafalgar, et néanmoins le navire de 1887 eût été totalement invulnérable à une flotte entière de l’année 1857! I! est vrai que le nouveau cuirassé coûte, à lui seul, 25 millions de francs.
- Distance d'une étoile à la terre. — 11 s’agit de l’étoile numéro 1516 de Struve, dans le Dragon (11 h. 8, 15°55) et d’un curieux calcul publié par le Journal du Ciel. Les deux composantes de ce groupe n’ont pas été bien déterminées, la deuxième est indépendante de la première qui a seule un mouvement propre, et c’est une troisième étoile, très faible, qui se relie à la première pour former le couple constitutif d’une étoile double. (Juant à la deuxième, elle est tout simplement située sur le rayon visuel qui va à la première, et bien plus éloignée de nous que cette première. 11 en résulte que, dans le cours d’une année, la première étoile s’éloigne et se rapproche de la deuxième avec le déplacement de la Terre dans son orbite, la deuxième étant assez loin dans le ciel pour paraître immobile. Ce mouvement de la première étoile par rapport à la deuxième, intimement lié à la dimension connue de l’orbite terrestre, peut conduire à une mesure de la distance de l’étoile à nous. M. de Rail, qui a suivi pendant une année, d'avril 1885 à juin 1886, les déplacements de l’étoile, arrive à conclure que le rayon de l’orbite terrestre, 148 millions de kilomètres, est vu de cette étoile sous un angle de 0",104, avec une erreur possible en plus ou en moins, de 0",008. En d’autres termes, la parallaxe annuelle de la principale étoile du groupe en question est comprise entre 0",096 et 0",1]2. Or, lorsqu'on voit de loin un objet sous un angle de une seconde, c’est que la distance à laquelle on se trouve de cet objet est 2062648 fois plus grande que la longueur de l’objet lui-même. Si donc le rayon de l’orbite terrestre est vu de cette étoile sous un angle plus petit que une seconde, c’est qu’il en est encore plus éloi-
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- gnc, d’autant plus de fois que l’angle est plus petit que une seconde. La distance de l’étoile en question est donc comprise entre 8 fois, 92857 et 10 ibis, 41 067 la distance correspondant à une seconde, c’est-à-dire entre 1 841 650 fois et 2 148591 fois 148 millions de kilomètres ou entre 275 trillions et 518 trillions de kilomètres ou qu’il faut à sa lumière entre 28 et 55 ans pour venir à nous.
- Photographie d'une roue de voiture en ' mouvement. — Depuis assez longtemps on a voulu démontrer, à l’aide de la photographie, un paradoxe assez curieux, savoir que la partie supérieure d’une roue de voiture se meut plus vile que la partie inférieure. Aujourd’hui on y revient à propos d’une photographie que M. 8. \V. Gardner vient d’adresser au rédacteur du Photographie News. Examinons un peu ce fait avec Le Moniteur de la photographie auquel nous empruntons ces renseignements. L’exposition, dans ce cas, a été d’une demi-seconde environ : on remarque sur l’épreuve que la partie inférieure des rayons, là où ils sont le plus près de la terre, est reproduite d’une manière assez nette, tandis qu’à la partie supérieure, tout à fait opposée, la reproduction des rayons montre qu’ils ont bougé, et que le déplacement dans cet intervalle a été d’environ 10 degrés. Un a conclu de là que la partie supérieure d’une roue de voiture voyage plus vile que la partie inférieure, et on explique ce phénomène en affirmant qu’il est dù à la friction que subit la circonférence de la roue au contact de la terre. Un ne peut pas dire qu’une partie quelconque d’une roue de voiture voyage plus vite qu’une autre partie ; mais ce que la photographie a démontré, c’est que, par suite de la résistance, ou friction, de la terre, une roue de voiture voyage par une série de secousses, et qu’à un moment donné la plaque photographique est capable de reproduire l’une de ces secousses.
- Le chien descend-il du loup? — Voici un fait d’atavisme qui pourrait être cité à l’appui des doctrines du transformisme. Nous le reproduisons à titre de document: Le Journal d’Odessa raconte la mort d’un paysan, originaire de Tauris et âgé de vingt-six ans, qui a été dévoré vif par des chiens. Ce jeune homme, son travail terminé, était allé pécher dans un étang appartenant à son maître. Durant cette occupation, il se déshabilla et se jeta à l’eau pour se baigner. Il avait à peine fait quelques brassées, que le garde des chiens de la propriété détacha quelques-uns de ces derniers pour les promener. Ces bêtes, ayant trouvé sur la rive les vêtements du baigneur, les déchirèrent, sautèrent à l’eau, se précipitèrent sur le malheureux au nombre de sept et le mirent en pièces. Les gens accourus aux cris de la victime ne retirèrent qu’un cadavre. La tète, la face, les mains, les pieds et le dos du malheureux étaient entièrement déchiquetés.
- Trempe par l’électricité. — On a fait à Chicago, dans les ateliers de la Sedgwick Mainspring Company, une intéressante application de l’électricité. Il s’agit de ressorts de montre trempés au moyen d’un courant électrique. On sait que ces ressorts se trempent généralement dans un bain d’huile. Le bain d’huile étant préparé, on fait arriver l’un des fils d’une petite dynamo à un contact placé dans l’intérieur du bain, et l’autre à un contact placé extérieurement. On fait arriver la bande d’acier, qui doit être trempée au bleu d’abord sous le contact extérieur, puis sous le contact intérieur ; elle réunit ainsi les deux électrodes et ferme le circuit. Elle s'échauffe régulièrement et on apprécie, comme à l’ordinaire,
- d’après les colorations qu’elle prend, la température atteinte. Ce procédé a plusieurs avantages. D’abord, l’acier n’a pas le temps de s’oxyder entre le moment où il est chauffé au degré voulu et celui où il est couvert par l’huile. La chaleur est uniforme d’un bout à l’autre du ressort. Entin, l’opération est très rapide, les ressorts étant vite chauffés et entrant dans le bain avec une promptitude étonnante.
- L’éclipse de soleil et les oiseaux. — La récente éclipse de soleil semble avoir produit plus d’effet sur le monde animal que sur les hommes qui s’en sont à peine aperçus; à Berlin, les oiseaux qui étaient en plein chant, au lever du soleil, se sont tus subitement, et manifestaient par des cris de frayeur, leur inquiétude quand l’obscurité devint plus profonde. Des observateurs ont remarqué que les perroquets étaient les plus alarmés pendant que les serins paraissaient les plus indifférents au phénomène astronomique.
- Les pompes des docks Victoria, ù Londres.
- — Une nouvelle station de pompes vient d’être construite aux docks de Victoria, à Londres, pour remplacer dans les docks l’eau dépensée à la manœuvre des écluses. Ces pompes débitent 5625 mètres cubes d’eau à la minute (540000 mètres cubes par heure), quantité qui permet d’élever le niveau de l’eau de ce dock, dont la surface est de 72 hectares, de 47 centimètres par heure.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 sept. 1887.— Présidence de M. Hervé M angon
- Géographie. — M. le général Décrier fait hommage à l’Académie du tome XIII, du Mémorial du Dépôt de la guerre. Cet ouvrage contient : 1° l’exposé des opérations entreprises en commun par les officiers français et espagnols sous la direction de MM. les généraux lianes et Derrier, pour la liaison des triangulations espagnole et algérienne; 2° les observations astronomiques effectuées à M’Sabiha (Algérie) et Tetica (Espagne), par M. Derrier et M. Merino, directeur de l’Observatoire de Madrid, pour la détermination de la différence de longitude M’Sabiha-Tetica, par l’échange de signaux lumineux; 5° la compensation de la triangulation algérienne comprise entre la base d’Oran et le dernier côté de cette triangulation.
- M. Derrier présente les feuilles de Lyon et du Duy, de la carte de France au 1/200 000e dont l’exécution est poursuivie, en ce moment, au service géographique de l’armée.
- Météorologie. — A propos d’une lettre de M. Dufour, qui signalait des apparences de mouvements gyratoires ascendants dans la trombe qui s’est montrée, le 19 août dernier, sur le lac de Genève, M. Faye expose, de nouveau, sa théorie dés trombes. Il fait remarquer que l’illusion de M. Dufour peut s’expliquer facilement. La trombe affecte la forme d’un long cornet dont la pointe repose sur l’eau; elle est entourée d'une couche de brouillard qui rend très douteuse toute observation d’un point quelconque de la surface; d’ailleurs, le pied de la trombe est caché par un véritable buisson d’écume : une partie des gouttelettes de la masse d’eau ainsi remuée est entraînée dans le mouvement gyratoire de la trombe et donne sur sa surface l’aspect de stries. Si l’on se reporte à la sensation que produit le mouvement d’un tire-bouchon lorsqu’on le fait tourner, en appuyant la pointe sur un plan fixe, sensation qui donne l’illusion d’une hélice sortant
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- LA NATURE.
- de ce plan, on comprendra que les stries, signalées plus haut, produisent, pour un observateur éloigné, un effet ascensionnel analogue à celui constaté sur le tire-bouchon. Ce phénomène n’a donc rien de commun avec les mouvements qui s’exécutent dans la trombe elle-même-— M. Colladon, de Genève, a imaginé un appareil qui reproduit la formation des trombes. II en communique aujourd’hui la description ; l’instrument sera présenté à la prochaine séance.
- Physique du globe. —
- M. Resal rappelle la catastrophe du lac de Zug qui a eu lieu le 5 juillet dernier.
- À la suite d’une violente secousse de tremblement de terre, la rive du lac s’est affaissée sur une longueur d’environ 150 mètres. Les eaux ont gagné 40 mètres sur l’intérieur des terres.
- Plusieurs personnes ont été victimes de cet accident ; la secousse a été ressentie à la surface du lac, un bateau à vapeur, stationné devant l’embarcadère, a été refoulé en arrière, à 200 mètres environ A
- Physiologie. — M. Perrot a reproduit tous les phénomènes de la rage, morsure, bave, etc., sur les chiens par l’administration d’une substance nouvelle.
- Varia. — M. le capitaine Delauney représente les distances des planètes au soleil, par une loi basée sur les puissances du nombre 86. — M. Saint-Félix a exécuté à l’usine à gaz de la Villetle des expériences de navigation aérienne à l’aide d’un appareil nouveau. —
- M. Dreyfus présente une note sur la vitesse d’oxydation de diverses substances, par le permanganate de potasse. — M. Laur annonce une chute certaine d’étoiles lilantes ainsi qu’un prochain tremblement de terre. —
- M. Marey rend compte d'expériences relatives à la marche humaine, et présente trois photographies à l’appui. — M. Lafitte démontre que les sociétés de secours mutuels doivent nécessairement se trouver en déficit, au bout d’un certain nombre d’années d’existence, si l’on prend pour base les tables actuelles de mortalité. Stanislas Meunier.
- 1 Voy. n° 741, du 15 août 1887, p. 161.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- Lois »ie lu chute «les corps. — Je pique légèrement un couteau pointu en haut du chambranle d’une porte en bois, de façon à ce qu’en donnant un coup de poing contre ce chambranle, le couteau tombe par terre; il s'agit de savoir exactement ofi le couteau tombera; si I on jdace une noix à l’endroit de la chute, le couteau, tombant d’une certaine hauteur, cassera la noix.
- Pour trouver le point exact oii tombera le couteau, on introduit le manche du couteau dans un verre plein d’eau, de façon à le mouiller et à ce qu’une goutte d’eau s’en sépare. Il suffi t de mettre la noix à l’endroit où la goutte est tombée ; on donne un coup de poing ; le couteau tombe, la noix est cassée sûrement!.
- Notre ligure 1 montre la manière de disposer l'expérience et d’en assurer la réussite.
- Je prends d’autre part unsouetun morceau de papier que je découpe de manière à lui donner la forme de la pièce de monnaie; je laisse tomber les deux objets, en les plaçant l’un a
- côté de l’autre : le sou arrive à terre bien avant le papier (lig. 2). Je pose le disque de papier sur la face supérieure de la pièce, que je laisse tomber dans sa position horizontale : les deux objets arrivent alors en même temps à la surface du sol (fig. 5). Le papier, en contact avec le sou, s’est trouvé préservé de l’action de Pair. Le poids des corps n’est pour rien dans leur chute; c’est l’air seul qui les empêche de tomber avec la même vitesse.
- 1 Communiqué par M. Desjalet, à Vassy.
- Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Fig. 1. — Manière de casser une noix par la chute d’un couteau.
- Fig. 2. — Chute d’un sou et d’une rondelle de papier.
- E.PEUcmiT
- Fig. 5. —Chute des mêmes corps le papier étant posé sur le sou.
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- LA NATURE.
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- LES NOUVEAUX
- APPAREILS FRANÇAIS DE DÉSINFECTION
- La Nature a fait connaître, l’an dernier1, à propos de l’Exposition d'hygiène urbaine de la caserne Lobau, les progrès qu’avait laits en France le matériel servant à la désinfection en cas de maladies transmissibles. Nous ne revenons aujourd'hui sur cette question (pie pour appeler l’attention sur des appareils nouveaux, qui montrent combien l'industrie sanitaire française a su répondre de plus en plus aux désirs exprimés par les hygiénistes. Les travaux préparatoires du Congrès international d'hygiène, qui
- s'est réuni à Vienne le 20 septembre et les débats de ce Congrès, permettent d'affirmer que la France est aujourd’hui à même de posséder un matériel de dé sinfection bien supérieur à celui des autres nations ; car les rapports publiés par des hygiénistes de pays différents montrent bien que les appareils français de désinfection sont les seuls qui puissent assurer l'application de cette mesure dans le délai le plus court, avec la pression la plus faible et à la température la plus basse. 11 s’agit, bien entendu, de la destruction des micro-organismes pathogènes dans les linges, vêtements, objets de literie, chiffons, etc. Quant à la désinfection des locaux et du mobilier, elle doit être laite à d’aide de désinfectants chimi-/
- Chaland de désinfection par la vapeur sous pression, en fonctionnement auprès d’un navire.
- ques, gazeux ou mieux liquides; mais ceux-ci ne peuvent pénétrer assez vite ni assez sûrement et sans détériorations graves dans les linges et objets précités.
- Les deux appareils nouveaux que nous croyons devoir signaler sont : le premier, un chaland de désinfection ; l’autre, une étuve locomobile de désinfection.
- MM. les professeurs Brouardel et Proust et M. le docteur Rochard, délégués français à la Conférence sanitaire internationale de Rome en 1885, avaient insisté, au cours de cette Conférence, sur la corrélation qui existe nécessairement entre les garanties
- 1 Voy. n° 682 du 26 juin 1886, p. 55 15° année. — 2e semestre.
- données à la santé publique par les mesures'’! de désinfection et les mesures de quarantaine; si bien que l’administration sanitaire pourrait diminuer sans inconvénient la durée des quarantaines en raison des garanties données par la rigueur de la désinfection. La Conférence a approuvé cette manière de voir ; mais il n’y a que notre gouvernement qui l’ait encore réalisée dans la pratique. L’Administration sanitaire française est en effet résolument entrée dans cette voie; elle s’efforce d’y amener les compagnies de navigation, ainsi qu’en ont témoigné les débats de l’intéressant Congrès de police sanitaire maritime qui s’est tenu au Havre au mois d’août dernier. Plusieurs étuves à vapeur sous pression fonctionnent actuellement sur des navires et les
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- LA NAT U UE.
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- services qu'elles ont rendus sont tels qu’elles ont permis à ceux-ci d’obtenir dès leur arrivée libre pratique. Le Congrès du Havre, comme l’Administration sanitaire française, s’est d’ailleurs déclaré uniquement lavorable à la désinfection par la vapeur sous pression, à l’exclusion de tout autre procédé d’application de l’air ou de la vapeur, et cela d'après de nombreuses recherches des hygiénistes, des ingénieurs et des physiologistes.
- Tous les lazarets français sont aujourd’hui pourvus d’étuves de ce système. Mais dans les ports qui n’ont pas de lazarets, lorsqu'un navire suspect ou contaminé se présente, l’Administration sanitaire maritime, là Santé, est tenue de l’envoyer au lazaret le plus voisin. A lin de remédier à cette difficulté, cause de pertes considérable de temps et d’argent, on a pensé que, la plupart du temps, il y aurait avantage à pouvoir pratiquer la désinfection à proximité de ce navire. MM. Geneste et llerscher ont été chargés par le comité de direction des services de l’hygiène de construire un chaland à désinfection, destiné à être placé le long du bord du navire, isolé au milieu d'un bassin spécial, où le médecin sanitaire a décidé de faire pratiquer la désinfection (fig. }). 289). Ce chaland se trouve actuellement attaché au port du Havre, où il était l’un des éléments d’attraction de l’Exposition maritime internationale.
- Les dimensions courantes d’un chaland à désinfection varient de 20 à 50 mètres sur 7 à 8 mètres de largeur.
- 11 est partagé en trois compartiments par deux cloisons en tôle. Le premier compartiment constitue le poste des gardiens et renferme deux couchettes et deux armoires ; on y accède par un capot à coulisse et une échelle en bois ; il est éclairé par deux hublots. Le second compartiment, qui s’étend sur la moitié de la longueur du navire, constitue le magasin; il renferme à l’arrière une caisse à eau douce de 5 à A mètres cubes de capacité. La partie du pont située au-dessus de la caisse à eau est démontable. On accède a ce compartiment par un panneau a charnières. Le troisième compartiment constitue la soute à charbon ; on y accède par une échelle en fer et un panneau en bois.
- La coque du chaland est tout entière en fer ; elle est garnie d’une ceinture de bois; sa partie arrière est en forme de voûte pour protéger le gouvernail.
- Le chaland est surmonté d’un roof, recevant les appareils à désinfection : ce roof est éclairé par six fenêtres et muni de deux portes a coulisses pour l’accès des objets à désinfecter et leur sortie. Une étuveà désinfection parla vapeur sous pression1 (type pour hôpital ou lazaret) est installée dans le roof, le long d’un des grands côtés de la chambre. Dans le prolongement de l’étuve et dans l’angle du roof, est placé une chaudière verticale qui fournit la vapeur à l’étuve. Elle est placée à proximité de la soute à charbon. Une bâche en tôle galvanisée porte un injccteur
- 1 Yoy. n° 682, du 26 juin 1880, p. 55.
- destiné à l'alimentation de la chaudière et une pompe à liras dont le tuyau d’aspiration plonge dans la caisse à eau. Le roof est divisé en deux compartiments par une cloison en tôle, placée de telle sorte que les portes de l’étuve se trouvent de part et d’autre de cette séparation. L’un des compartiments est, dit chambre d’entrée ou des objets infectés; l’autre est la chambre de sortie ou des objets épurés. Le roof comporte encore un appareil de désinfection chimique pour le traitement des objets en cuir, en peau, ou des fourrures qui ne peuvent subir la température élevée de l’étuve à vapeur. Gel appareil consiste en une chambre rectangulaire adossée à la paroi du roof et à la cloison de séparation; elle est munie de deux portes qui s’ouvrent chacune dans un des compartiments du roof. Les parois de la chambre sont recouvertes d’un enduit protecteur, et la fermeture des portes est rendue hermétique au moyen d’une garniture en corde siiicée que les vantaux de ces portes viennent comprimer quand on les terme. Dans l'intérieur de la chambre sont des supports auxquels on suspend les objets à désinfecter.
- L’armement du chaland comprend, en outre : des bittes d’amarrage, des galoches, des pitons pour la manœuvre; deux treuils à bras, un à l’avant, l’autre à barrière, servant pour le halage du navire et la manœuvre des colis; enfin, un gouvernail et sa barre.
- Tel est cet appareil qui n’a encore son similaire dans aucun pays et qui offre, comme on le voit, un réel intérêt. D1' Z...
- — A suivre. —
- RENVERSEMENT D’UN TRAIN
- PAR LE VE A T
- L’Ingénieur, de Kiew, publie un article de M. 1). Yolk sur le fait assez rare du renversement d’un train par le vent, article dont le Bulletin de la Société des ingénieurs civils donne la traduction.
- La tempête éclata, dans la nuit du lü au Tl juin 1886, dans le district d’Elisabethgrad, et amena le renversement d’un train entre les stations de Pomoclma et de la Nou-velle-Ukraine sur les chemins de fer Sud-Ouest. Dans les villages voisins de ces stations, plusieurs moulins furent détruits jusqu’aux fondations, beaucoup de bâtiments eurent leurs toitures enlevées, etc.
- Le mécanicien sentit sa machine s’ébranler, puis se produire un choc violent et une rupture; il arrêta le train et regarda en arrière. En descendant avec la plus grande difficulté, à cause du vent qui soufflait du côté où il se trouvait, c’est-à-dire à droite dans le sens de la marche, il s’aperçut que la machine.et trois wagons se trouvaient séparés du train. Averti, le personnel de la station se rendit sur place, et on constata que deux wagons chargés et seize vides, tous à la suite les uns des autres, étaient renversés et couchés sur un bourrelet régulier et non interrompu de ballast, latéral à la voie.
- A la station de la Nouvelle-Ukraine, le vent avait renversé des clôtures et enlevé la toiture du réservoir, tandis qu’à la station de Pomochna la toiture en 1er avait été enlevée du bâtiment d’habitation situé près de la halle des marchandises.
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- LA NATURE.
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- LA MÉTALLURGIE ÉLECTRIQUE
- LA PRÉPARATION INDUSTRIELLE DE l’aLUMIMUM PAR L’ÉLECTRICITÉ
- Nous avons signalé déjà les curieuses tentatives île M. Siemens pour l’application de l’électricité à la métallurgie, et nous avons décrit le fourneau au moyen duquel cet éminent physicien est arrivé à réaliser la fusion de l’acier1. Plus tard l’électricité a pu être appliquée également à la soudure des métaux2; la chaleur intense développée dans des conditions appropriées a permis de réaliser les soudures réputées les plus difficiles, et elle laisse même entrevoir pour l’avenir, comme le remarque notre collaborateur M. Hospitalier, dans la notice qu’il a publiée à ce sujet, la formation de nouveaux alliages.
- L’électricité a pénétré ainsi dans le domaine de la métallurgie pour des opérations accessoires en quelque sorte; mais elle n’est certainement pas destinée à s'arrêter là ; elle est même arrivée actuellement à pouvoir s’appliquer à l’opération principale, c’est-à-dire à la fusion et réduction des minerais eux-mêmes pour la préparation des métaux. Il y a là un fait des plus importants capable de devenir le point de départ d’une révolution dans la métallurgie, peut-être de la substitution d’un métal nouveau, comme l’aluminium, à la plupart des métaux que nous employons encore aujourd’hui.
- Les civilisations successives que l’humanité a traversées depuis son origine ont tiré leur caractère particulier du métal qu’elles employaient. Après le silex qui a été l’arme et l’outil de nos premiers aïeux, est venu l’or qui se présentait pour ainsi dire de lui-même dans ses gisements, puis l’argent, le bronze résultant de l’alliage de métaux qui se dégageaient par des réactions relativement simples de minerais dont le caractère métallique était évident. Le fer qui est venu ensuite a dû être préparé par des opérations de plus en plus compliquées à mesure qu’on avait recours à des minerais plus terreux. Le métal fondu ou l’acier qui va le remplacer aujourd’hui, et qui, à certains égards, devrait donner son nom à l’époque actuelle, n’est toujours, au point de vue chimique, que le même métal ; mais par ses propriétés physiques et mécaniques c’est un métal tout nouveau possédant une homogénéité, une résistance à l’usure que le fer puddlé n’a jamais connues. Cet acier se prépare, comme on sait, par voie de fusion au moyen de procédés qui sont apparus dans la métallurgie depuis trente aimées à peine; il va continuellement se substituant au fer et éteignant les l'ours à puddler, comme ceux-ci avaient éteint auparavant les antiques bas foyers.
- 1 \oy. u° 1)88, du 7 août 1886, j>. 140. Un annonçai! dans ce premier article sur la métallurgie électrique de l'aluminium, des progrès qui sont réalisés et que nous taisons cou* naître aujourd’hui.
- 2 Voy. n” 734, du ‘23 juin 1887, p. 37.
- L’invention récente des procédés dits de déphosphoration, qui ont reçu en quelques années une si grande extension, est venue accélérer encore cette substitution. Cette invention a été des plus importantes par ses conséquences, elle a permis d’utiliser pour cette fabrication des minerais jusqu’alors complètement délaissés, et d’en tirer un métal ayant des qualités de malléabilité qu’on n’avait pu encore réaliser antérieurement d’une manière aussi parfaite.
- L’application industrielle de l’électricité à la fabrication de T aluminium, une fois qu’elle serait réalisée, entraînerait donc une révolution qui pourrait devenir le point de départ d’un autre âge dans l’humanité pour succéder en quelque sorte à l’àge d’acier. Ce pourrait être, en effet, la mise en application, pour l’avenir, de minerais encore plus abondants que ceux du fer ou de l’acier, et dont l’aspect extérieur n'indique en rien la nature métallique. On sait quels progrès la chimie a dû réaliser pour arriver à soupçonner seulement l’existence de l’aluminium et le préparer plus tard par quantités presque infinitésimales. On se rappelle encore les beaux travaux de Wolher, l’inventeur qui le découvrit en 1825, puis de Sainte-Claire Deville qui réussit le premier, en 1854, à le préparer à l’état de pureté par l’intervention du sodium, mais dans des conditions qui excluaient encore toute idée d’application industrielle.
- On est arrivé, depuis cette époque, à diminuer sensiblement les frais de fabrication; mais le prix de ce métal atteignant d’abord 100 francs le kilogramme ne s’est diminué que dans ces dernières années; ce prix est encore beaucoup trop élevé pour que l’aluminium puisse entrer dans la pratique courante. 11 n’y a pas à douter cependant qu’il n’y arrive rapidement lorsqu’on pourra le fabriquer couramment, comme on l’espère, sans dépasser 4 francs le kilogramme. Il faut considérer, en effet, qu’en raison de son éclat métallique, de sa grande sonorité, de sa légèreté et sa grande résistance aux essais physiques, l’aluminium est appelé à trouver une quantité d’applications que nous ne pouvons qu’indiquer sommairement. Le bronze d’aluminium qui restera sans doute l’application la plus générale du nouveau métal de l’avenir, servira, par exemple, pour la préparation de tous les objets de quincaillerie et d’orfèvrerie qui demandent un certain éclat, objets d’art, serrurerie, services de table, etc.; de même il entrera dans la composition de tous les bronzes employés dans l’industrie dont il améliorera les qualités physiques et mécaniques. Deux échantillons de bronze à 10 pour 100 d’aluminium fabriqués à l’aide du four électrique et présentés récemment à VAssociàlion des ingénieurs belges de l'école de Liège, avaient une résistance supérieure à celle du fer et de l’acier ordinaire. L’un, simplement coulé, a donné 50 à 00 kilogrammes, et l’autre, à l’état forgé, 80 à 85 kilogrammes par millimètre carré. Par suite de sa sonorité, le bronze d’aluminium s’emploiera aussi dans l’industrie des cloches, dans la préparation des
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- sonnettes, sifflets, etc., dans celle des instruments de musique, des cordes à pianos.
- La grande résistance de l'aluminium jointe à sa légèreté exceptionnelle (sa densité ne dépasse pas 2,5) le fera rechercher pour les pièces d’artillerie et de blindages, canons, projectiles, cuirasses, machines marines, tôles et doublages de navires, etc., et toutes les pièces de mécanique en général ; il y a donc là, comme on voit, un champ d’application des plus étendues.
- Sans discuter la valeur de ces prévisions, ce qui pourrait peut-être paraître prématuré, nous avons tenu toutefois à les indiquer pour montrer toute l'importance éventuelle de cette application nouvelle de l’électricité, et nous représentons dans les ligures ci-contre divers types de fours appliqués à la métallurgie électrique par les inventeurs de ce procédé, MM. Cowles et Mabery, dans leurs établissements de Lock-port, près New-York h
- La difficulté qu’on rencontre dans l’application de la chaleur électrique développée par exemple dans l’arc voltaïque, à la fusion des minerais, tient à ce que cette chaleur intense est localisée et ne peut pas être distribuée également sur une étendue de quelque importance, et avec une masse un peu considérable,
- on ne peut pas maintenir la résistance constante pour un travail d’une certaine durée. Cette difficulté qui avait arrêté jusqu’à présent toute application de l’électricité à la réduction des minerais métalliques avait besoin d’être résolue complètement, et MM. Cowles et Mabery y sont parvenus en maintenant les matières à traiter au milieu de niasses incandescentes dont ils peuvent régler la température à volonté. Le corps à employer à cet effet devait donc posséder une résistance électrique suffisante pour provoquer l’incandescence sans présenter cependant de variation d’intensité; il fallait, en outre, qu’il fût sans action chimique sur les minerais pour les cas de fusion ou d’alliage, et simplement réducteur pour les opérations désoxydantes.
- MM. Cowles et Mabery ont reconnu que le charbon
- 1 Les renseignements que nous donnons à ce sujet sont empruntés à la Revue universelle des mines et à Y Engineering and. Mining Journal.
- des grains de charbon en raison ceux-ci,
- Fig. 1. — Premier type de four électx-ique de MM. Cowles et Mabery, pour la métallurgie du zinc.
- spécial servant à la fabrication des charbons d’éclairage électrique possédait toutes les qualités nécessaires et pouvait s’appliquer ainsi d’une manière générale à un traitement métallurgique quelconque dans le fourneau électrique. Ce produit possède, en effet, la résistance exigée, et il peut supporter les plus hautes températures connues sans se désagréger ou s’agglutiner, pourvu qu’il reste maintenu à l’abri de l’air pendant toute la durée du passage du courant.
- Ce charbon spécial est employé en grains de dimensions appropriées qui sont mélangés intimement avec le minerai à traiter de manière à obtenir une masse relativement homogène qui est intercalée dans le passage du courant. L’électricité s’y répand donc uniformément, et détermine l’incandescence
- de leur résistance qui se trouvent en tous points en contact avec le minerai, l’amènent partout à la même température et assurent ainsi une répartition bien égale de la chaleur développé e dans toute la masse traversée par le courant. Le charbon en poudre ne convient pas pour cette opération, car il paraît présenter une résistance trop élevée, et il donne des résultats moins constants que le charbon granulé. Celui-ci
- est donc préféré, mais la forme et les dimensions des grains peuvent varier dans une très grande mesure et doivent être soigneusement déterminées d’après la nature du minerai et la force du courant électrique employé.
- L’opération est toujours conduite à l’abri de l’air ou dans un milieu réducteur ainsi que nous l’avons dit plus haut pour éviter la combustion du charbon; celui-ci ne doit pas exercer d’action chimique, ou agir seulement aussi connue réducteur sur le minerai.
- La ligure 1 représente le premier type de four électrique essayé par MM. Cowles et Mabery. Ce four, qui était destiné à la réduction des minerais de zinc, a été établi sur le modèle des cornues ordinaires servant à ce travail. Cette cornue se compose d’un cylindre en matière réfractaire, généralement en silice, placé à l’intérieur d’un massif en briques B où il est complètement isolé par une enveloppe en ma-
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- NATURE
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- tière mauvaise conductrice de la chaleur, charbon de bois, amiante, etc. Le fond de la cornue est en charbon, cl sert d’électrode positive; à l’avant est disposé un creuset de graphite renversé avec un
- couvercle qui ferme la cornue et sert en même temps à recueillir les vapeurs de zinc qui viennent s'y condenser. Celles ci pénètrent dans le creuset par l’ouverture spéciale. Un tuyau d’aérage est mé-
- Fig. 2. — Four électrique pour la fabrication intermittente de l’aluminium.
- nagé en outre à la partie supérieure. Le creuset sert d’électrode négative; il est mis en place et luté dans la cornue après qu’on a introduit le chargement formé de minerais de zinc intimement mélangé avec les grains de charbon spécial ; on fait passer le courant, la masse est portée à l’incandescence , le minerai se réduit comme dans les opérations ordinaires, et le zinc volatilisé vient se condenser dans le creuset. M.
- Cowles observe qu’il se produit la une sorte d’élec-trolyse par voie sèche dans des conditions peu étudiées encore, et il conjecture que la seule influence du courant électrique doit aussi aider à la réduction. Quoi qu’il en soit, la chaleur se trouve utilisée dans cet appareil d une manière très satisfaisante puisqu’elle atteint son intensité maxima au
- contact de la masse a traiter sans aucune perte extérieure; et M. Cowles estime que, par ce procédé, on arrivera à fabriquer le zinc avec un prix de revient
- tout à fait réduit.
- Le type du four représenté n’est pas applicable évidemment aux métaux non volatils comme l’aluminium, et les inventeurs ont du l’installer dans des conditions différentes. Le type adopté, représenté figure 2, forme une caisse en I briques réfrac-
- | taires B de lm,50
- j de longueur,
- 0m,o0 de largeur et de hauteur, recouverte a la partie supérieure d’une dalle percée de trous. Cette caisse est entièrement revêtue à l’intérieur d’une couche épaisse de matières isolantes I, laissant au milieu un espace vide formant un simple sillon de 0m,08 de profondeur sur 0 “,2o de large cl
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- LA NATURE
- 0m,90de long qui est rempli par la charge à traiter figurée en C (mélange de minerai et de charbon). Cette profondeur relativement faible a du être observée pour assurer l’évacuation facile des gaz dégagés à travers la masse [tendant la réaction. L’épais revêtement isolant est indispensable d’un autre côté pour préserver les parois du four qui autrement entreraient en fusion et souilleraient le produit obtenu. La charge est recouverte à la partie supérieure de charbon de bois concassé pour prévenir l’accès de l’air, et le four est soigneusement luté avant chaque opération.
- Les électrodes formées par deux tiges de charbon qui pénètrent dans le sillon ménagé pour la charge sont susceptibles de glisser hors du four sous l’action d’un mécanisme spécial réglé par le courant lui-même. Ces tiges sont quelquefois refroidies extérieurement par un courant d’eau; en sortant du four, elles traversent en outre une sorte de boîte h bourrage remplie de grenailles de cuivre qui assure leur refroidissement rapide, et empêche ainsi la combustion au contact de l’air libre. Il convient d’ailleurs, en posant le noyau dans le four, de mettre une certaine quantité de charbon fin devant l’extrémité des électrodes pour faciliter la transmission du courant au moment où il s’établit à travers la charge, et éviter une tension anormale qui les mettrait bientôt hors de service. Comme la résistance intérieure de la charge diminue à mesure de la réduction même, on a reconnu la nécessité de placer les électrodes dans une position très rapprochée à l’origine de la réaction, et de les obliger ensuite à s’écarter d’une manière continuelle pour maintenir le courant constant.
- M. Cowles a imaginé, à cet effet, le mécanisme représenté dans la figure, qui assure automatiquement cet écartement des électrodes sous l’action même du courant principal, par l’intervention d’un courant dérivé passant en dehors du four et dont l’intensité varie ainsi en raison directe de la résistance rencontrée dans le four. On voit que l’écartement est commandé par une crémaillère engrenant avec une série de roues dentées actionnées par une roue a toc qui échappe d’une dent, chaque fois que la palette qui l’entraîne abandonne l’électro-aimant devant lequel elle peut osciller. Celui-ci est actionné par le courant dérivé contre-balançant le courant principal, et son action se trouve ainsi réglée par les variations d’intensité des deux courants, et on conçoit qu’il puisse être appliqué ainsi au réglage de cette intensité. En dehors de ce réglage, M. Cowles a reconnu que, pour prévenir tout accident, il convenait de pouvoir apprécier à chaque instant la puissance du courant pour suivre les réactions, et d’intercaler, à cet effet, dans le circuit un ampèremètre, avec une boîte de résistance qui sert en quelque sorte de soupape de sûreté, en permettant de dériver le courant à volonté.
- On suit l’opération en se guidant d’après la couleur et l’intensité des flammes, et en observant éga-
- lement les indications de l’ampère-mètre qui doivent rester aussi constantes (pie possible.
- Le métal réduit s’étale sur le fond en charbon de la rigole dans le four. Quand on prépare l’aluminium pur, ce métal retient toujours une certaine quantité de charbon dans ses pores; mais, lorsqu’on se propose d’obtenir simplement des alliages d’aluminium, il est préférable de les préparer directement au four, [tour éviter cette introduction du charbon. On emploie à cet effet des mélanges de minerais appropriés, on peut même introduire dans la masse chargée du cuivre en grenailles, en ayant soin évidemment de bien isoler ces grenailles dans le minerai pour éviter le passage direct, du courant par le cuivre. Ce métal entre en fusion sous l’influence du courant, et il se combine à l’aluminium en formant un alliage qui se rassemble aussi au fond de la boite. On peut d’ailleurs préparer, dans des conditions analogues, un grand nombre d’autres métaux, comme le silicium, le bore, le chrome, la manganèse, etc.
- La difficulté principale qu’on a rencontrée dans l’installation du four électrique tient à l’entretien du revêtement en charbon qui se durcit rapidement sous l’influence des courants électriques et perd ses propriétés isolantes. On est parvenu à y remédier dans une certaine mesure en introduisant, dans les pores du charbon certaines matières étrangères, comme l’oxyde .de calcium ou d’aluminium finement pulvérisés, dont on prépare une bouillie dans laquelle on fait tremper les morceaux de charbon.
- Le four ainsi décrit ne se prête évidemment qu'à un travail intermittent, mais M. Cowles espère réaliser prochainement un dispositif assurant la production continue de l’aluminium. Dans ce type de four représenté figure 5, la sole serait inclinée vers un trou de coulée destiné à l’évacuation du métal réduit, ainsi que des scories diverses, et la plaque de recouvrement serait recouverte d’un certain nombre d’orifices munis de trémies T pour le chargement; un trou d’évacuation serait ménagé pour les fumées; on aurait, en un mot, une disposition qui rappellerait un peu celle des hauts fourneaux, et il est incontestable que si M. Cowles arrive à l’obtenir d’une manière réellement pratique, il abaissera encore le prix de revient de ce métal dans une proportion énorme.
- Le courant électrique servant à la production de ces hautes températures est obtenu au moyen d’une machine dynamo de dimensions pour ainsi dire colossales, et surpassant tout ce qui a été fait auparavant .
- Cette machine dont nous avons donné une description L construite par M. Brush, l’ingénieur-électri-cien bien connu, peut absorber, en marche normale, une puissance motrice de 500 chevaux, et elle devait donner un courant de 5200 ampères avec une force électromotrice de 80 volts, à une vitesse inférieure à 600 tours par minute. D’après les résultats publiés, elle fournit sans difficulté le travail nécessaire avec
- * \«y. n» 098, du 10 orlohrr 1880, p. 505.
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- une vitcssi* de-420 (ours, par îninufe, en ne dépensant guère plus de 420 chevaux.
- Le courant venant de la machine est amené au fourneau au moyen de câbles en cuivre aboutissant à des armatures en même mêlai de 57 millimètres de diamètre supportant quatre charbons servant d’électrodes. On est arrivé même récemment à porter le nombre de ces charbons à 7, ce qui a permis de traiter jusqu’à 70 kilogrammes de charge comprenant 27k,20 de cuivre mélangé avec un poids égal de corindon, et 15 kilogrammes de charbon granulé. On n’indique pas toutefois la durée de l’opération qui formerait cependant un élément important.
- Devant l’extension que prennent continuellement les applications de l’aluminium, la Oompaguie compte installer prochainement deux nouvelles machines d’une puissance encore supérieure, et elle espère réaliser avec chacune d’elles une production quotidienne supérieure à 100 kilogrammes d’aluminium par jour. Il est à remarquer (pie ce chillre dépasse déjà de beaucoup la production annuelle de ce métal ; ces importantes entreprises ouvrent à l’industrie de nouveaux horizons (pie nous pouvons à peine entrevoir.
- ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- Support à amalgamer, de 31. A. Railiguet.
- — La pile au bichromate à deux liquides est celle qui convient le mieux pour les éclairages discontinus, dont nous avons eu souvent l’occasion de parler, ou pour un éclairage de durée, mais dans lequel on allume une seule lampe a la fois. On peut alors employer directement la pile, et se passer de l’intermédiaire des accumulateurs. M. A. Iladiguet s’est préoccupé, depuis plusieurs années, de perfectionner cette pile, et d’en faire un appareil essentiellement pratique, dans les conditions d’emploi indiquées ci-dessus.
- La pile à deux liquides permet la suppression du treuil, et, par suite, laisse l’appareil toujours prêt à fonctionner, propriété précieuse dans bien des cas où il n’est pas pratique d’aller manipuler le treuil pour abaisser les zincs, au moment même où l’on veut allumer une lampe, et les relever pour éteindre. Mais la pile ainsi établie renferme une quantité de solution dépolarisante suffisante pour épuiser trois fois au moins la provision d’eau acidulée sulfurique que renferme le vase poreux. C est pour renouveler facilement cette eau acidulée, sans etre obligé de démonter la pile, que M. Iladiguet a imaginé le siphon s’amorçant en soufflant, dont nous avons donné précédemment la description1.
- Il restait entin à entretenir l’amalgamation des zincs, et à pouvoir utiliser les rognures ou déchets, sans avoir besoin d’une lame de zinc de forme spéciale, dont une [ortie importante était autrefois forcément perdue. C’est ce problème que résout le support à amalgamer représenté ci-contre. Ce support est formé d’une cuve en bois ou en porcelaine A, renfermant environ 100 grammes de mercure tenant un peu de zinc en dissolution, et formant ainsi une sorte d’amalgame riche en mercure. Un tube de cuivre C, terminé par une galerie circulaire R et deux
- 1 Yoy. n° 725. du 25 avril 1887, p. 55t.
- | liges de cuivre 1) plongeant dans le mercure, complètent ] ce support : une traverse E solidarise le support proprement dit et la cuvette à amalgame A. Ce support est introduit dans le vase poreux, comme le montre la coupe, sur la gauche de la ligure. C’est dans le vide cylindrique annulaire ménagé entre le vase poreux et le tube C qu’on place le zinc à utiliser : rognures, déchets, morceaux de crayon, sphères spéciales, etc. Par une action capillaire, mécanique ou électrique, dont il est prudent de réserver l’explication, le mercure grimpe le long du support, ainsi que sur le zinc qui est en contact avec lui, et les maintient toujours en parfait état d'amalgamation, ce (pie nous pouvons affirmer par une expérience personnelle prolongée pendant plusieurs mois consécutifs.
- Grâce à l’emploi du siphon et du support à amalgamer, la pile peut rester montée indéfiniment, puisque le renouvellement du liquide se fait très facilement, et qu’il suffit de jeter des morceaux de zinc, dans le vase poreux, au fur et à mesure de l'usure. La seule précaution à prendre est de remuer et de brosser de temps en temps les zincs avec un pinceau analogue à ceux dont se servent les peintres, pour raviver les surfaces de contact.
- Ces divers perfectionnements que nous avons décrits successivement, au fur et à mesure qu’ils se produisaient, ont fait de la pile au bichromate à deux liquides, un appareil pratique dont la manipulation ne présente plus aujourd’hui aucun danger ni aucune difficulté.
- Dépolissage des lampes à incandeseence. — Le moyen le plus simple pour atténuer l’éclat trop vif du filament d’une lampe à incandescence, sans perdre trop de lumière, consiste à tremper la lampe dans du collodion normal, ou même du collodion photographique ordinaire, et à laisser sécher. Un tour de main vite acquis permet de répartir la couche de collodion d’une façon uniforme sur toute la surface de l’ampoule en verre. Si l’atténuation est insuffisante, il suffit de recommencer deux ou trois fois l’opération. L’avantage du procédé, en dehors de sa simplicité et de son économie, est qu’il permet de remettre rapidement la lampe, par un simple nettoyage, dans son état primitif.
- Il n’est pas hors de propos, au sujet du dépolissage des lampes, de rappeler que, d’après les expériences faites à diverses époques, le verre opale absorbe de 40 à 60 pour 100 de la lumière qui le traverse, et le verre dépoli de 25 à 55 pour 100. Le répartisseur dioptrique de M. Trotter n’absorbe que 10 pour 100. E. IL
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- LA NATURE.
- UN MAMMIFÈRE VOLANT
- DE LA PAPOUASIE
- Parmi les mammifères, il en est peu qui témoignent une aussi grande tendance à l’adaptation que les marsupiaux actuels. Leurs membres et leur dentition sont là pour nous le prouver.
- Grimpeurs plus vifs que l'écureuil dans les arbres de la grande lorèt, noctambules actifs comme les lémuriens, maraudeurs aquatiques pouvant aisément tenir leur rang près des rongeurs et des carnassiers amphibies, les marsupiaux n'ont-ils pas, parmi les carnivores, leur place avantageusement représentée par les thylacines et les dasyures, par le fameux diable de Tasmanie ?
- A plusieurs reprises, nous avons attiré l’attention de nos lecteurs sur les moyens mis en œuvre dans la série animale pour assurer à certains types les avantages de la locomotion aérienne ; nous allons en parler encore aujourd’hui. Traiter de navigation aérienne dans les colonnes de La Nature est œuvre pie; les aéronautes trouveront peut-être quelque jour, dans ce grand livre de la nature largement ouvert sous leurs yeux, un moyen simple de se diriger au sein de l’atmosphère ou de s’élever à meilleurs frais dans les airs.
- Les marsupiaux, disons-nous, sont remarquablement disposés pour l’adaptation. Je n’en veux, pour l’instant, d’autre preuve que le Bélidée ici figuré, et qui, décrivant dans l’air son audacieuse trajectoire, se précipite de la cime de quelque arbre à pain le long du stipe d’un palmier.
- A ne considérer que son aspect général, on serait tenté de voir, en ce gracieux animal, quelque petit écureuil volant dans le genre de ceux qui habitent la Sibérie et qui sont bien connus sous le nom de polatouches. On dirait encore, n’était la taille, un parent de ces grands pteromys, nocturnes hôtes des forêts de l’archipel Indien. Au reste, la Malaisie paraît exceptionnellement riche en animaux volants. Nous avons déjà montré ici, à diverses reprises, des formes appartenant aux embranchements les plus variés, mais présentant ce caractère commun d’être doué d’organes propres au vol. Par des moyens différents, mais toujours également ingénieux, la nature a mis ces êtres, construits primitivement sur un type absolument terrestre, à même de s’élever plus ou moins haut et de se maintenir dans les airs. Chez les dragons, c’était une expansion de la peau des flancs soutenue par des prolongements des côtes ; chez les rhacophores, c’étaient les membranes interdigitales des pattes démesurément accrues de façon à constituer un vaste parachute. Ici, que ce soient les galéopithèques, les pteromys, les polatouches ou les bélidées, c’est une membrane épaisse, insérée aux flancs, aux membres antérieurs et postérieurs, pouvant s’étendre jusqu’à la queue, et, comme elle est recouverte de poils, se confondant avec la peau de l’animal dont elle semble n’être qu'une continuation.
- En outre, chez le bélidée, a queue, longue et très fournie, représente une sorte de gouvernail au moyen duquel l’animal peut, en décrivant sa parabole, modifier à volonté sa direction.
- Dire que la Nouvelle-Guinée est la terre promise des naturalistes est chose superflue. On sait que cette grande île, jetée comme un vaste pont naturel entre les Moluques et l’Australie, possède une faune encore plus riche que celle de ces régions pourtant privilégiées entre toutes.
- Les mammifères, sauf quelques rares exceptions, appartiennent tous à l’ordre des marsupiaux, et l’on peut dire que les formes nombreuses de ces didel-pliiens reproduisent tous les types de la série quadrupède du reste du monde. G’est ainsi que les carnassiers et les insectivores ont leur représentant dans les péranieles et les phascogales ; les rongeurs, dans les phalangistes, les couscous, les dactylopty-les, etc. Les grands écureuils volants, connus dans toute la région indo-malaise sous le nom de tagouans, sont remplacés par les bélidées, et ceux-ci s’étendent jusqu’en Australie avec les pétauristes et les acrobates.
- Certains naturalistes considèrent les bélidées comme une simple subdivision des pétaurus dont ils ne différeraient que par la présence d’une troisième prémolaire dans les deux mâchoires. On peut assigner à ce petit genre comme caractères généraux des oreilles longues, nues et échancrées sur le bord externe; la membrane interfémorale étendue jusqu’au petit doigt du membre antérieur, et quatre paires de molaires gemmiformes inférieures. Le corps, rappelant celui de l'écureuil, est allongé; la tête petite, à museau brièvement pointu, s’éclaire de deux gros yeux saillants et vifs, à pupille démesurément dilatée comme celle de tous les animaux nocturnes. La queue est longue et touffue, presque uniformément fournie, et représente un long manchon soyeux de la longueur au moins de l’animal. Les bélidées n’excèdent guère la taille des petits-gris, dont ils se rapprochent encore par leur coloration générale grise, variée de brun ou de noir en dessus, blanche en dessous et par leur pelage mou, abondant et lin. Il en existe diverses espèces. Nous représentons ici le Belideus Ariel dont nous avons rapporté de si nombreux individus en 1877 au Muséum de Paris, au retour de la mission Raffray.
- C’est au havre de Dorev, dans la baie du Geel-winck, que je vis, pour la première fois, un individu de ce petit phalanger volant. 11 nous avait été rapporté par un indigène qui l’avait trouvé dans le creux d’un arbre et étouffé en route. Je me rappelle même en cette circonstance que, bien (pu; l’exemplaire fût mutilé, privé d’une de ses pattes de devant, sa vue nous remplit cependant d’une certaine joie; c’était en effet le premier sujet de cette remarquable espèce que, malgré nos promesses aux indigènes, nous avions pu nous procurer, et ce fut même le seul bélidée que nous pûmes obtenir sur la grande Terre. M. Raffray fut plus heureux dans
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- Le llélidée Ariel. Marsupial volant de la Papouasie.
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- la suite et réussit, dans son exploration des îles \Y. Sehooten, à rapporter près de cent peaux du curieux marsupial volant. Dans l’ile Mafor, si riche en cocotiers, le bélidée Àriel pullule, comme, dans toutes les îles de la Sonde et dans la région indienne, ces petits écureuils rayés appelés rats palmistes. Il existe d’ailleurs en Australie, dans la Nouvelle-Galles du Sud, un autre bélidée (belideus scinreus) connu sous le nom vulgaire d’écureuil des sucres, qui se plaît également dans les arbres à fruits sucrés.
- Le bélidée Ariel atteint tout au plus, y compris la queue, 1 pied de long. Tout son pelage est en dessus d’un beau gris cendré plus ou moins ardoisé, marqué de noir sur la tète, le long de l’épine dorsale et notamment aux membres antérieurs. Le ventre est presque blanc. C’est un animal essentiellement nocturne, passant le jour a dormir dans le creux des arbres, dans les noix de coco vides, pour lesquelles il paraît avoir une grande prédilection. C’est là qu’on le trouve blotti, enroulé en boule dans son parachute membraneux, pour ne se réveiller qu’aux premières heures de la nuit. Alors il se réveille ; sa pupille largement ouverte lui permet de voir comme en plein jour. Il s’élance de branche en branche, recherchant ses semblables, et s’occupe activement de quêter sa nourriture. Il s’attaque aux noix de coco et à toute espèce de fruits; il ne paraît pas non plus dédaigner les insectes. Au cours de ses expéditions nocturnes, sa membrane aliforme lui rend les plus grands services.^ Grâce à elle, il s’élance de brandie en branche, franchit facilement de grandes distances ; on dit même qu’il peut, au cours de son trajet aérien, modilier sa direction par les mouvements de sa longue queue ët même remonter dans l’air pour gagner un point plus élevé. 11 n’entre pas dans notre plan d’analyser le mécanisme de ce vol. Nous nous bornons à montrer que par des moyens différents la nature arrive au même résultat. Maurice Maixdron.
- LES MENTEURS ET LES AVEUGLES1
- (Suite et fin. — Yoy. p. 18.)
- Méthodes étrangères. — Bien que le Braille soit presque universellement adopté, nous devons dire un mot des autres systèmes employés à l’étranger; le plus important est le système inventé en 1847 par Moon, en Angleterre, pays où les aveugles ont bien de la peine à correspondre entre eux, par suite de la confusion regrettable créée par sept systèmes différents. Outre le Moon, les Anglais ont encore : la lettre romaine ordinaire, le Glascow inventé par Alston en 1837, et dont le petit relief est presque illisible pour le doigt ; l'Edimbourg triangulaire inventé par Gall en 1827, etc., etc., plus deux systèmes sonographiques, celui de Frere et celui de
- 1 Yoy. n° 732, du Tl juin 1887.
- Lucas. Le Moon a servi à imprimer le premier journal pour les aveugles. Les signes, composés de points très rapprochés ou de lignes en relief, reproduisent les formes simplifiées de nos lettres ordinaires ; ils sont longs et très difficiles à écrire; aussi voyons-nous avec plaisir le Braille propagé aujourd’hui en Angleterre par le docteur Armitage, et se répandant, par contre-coup, dans les colonies anglaises. Disons cependant que, pour les vieillards dont le toucher a été affaibli, le Moon rend certains services. L’Allemagne, qui avait auparavant l’écriture vulgaire imprimée en relief, et fort difficile à lire, a définitivement adopté le Braille depuis 1879, au congrès de Berlin. Il est assez répandu en Russie et dans les pays Scandinaves; l’Italie s’en sert exclusivement ainsi que la Belgique et une partie de la Suisse; enfin, aux Etats-Unis, il a été adopté dans un. certain nombre d’écoles pour la musique, mais, pour l’alphabet, on l’a modifié dans les établissements où l’on s’en sert, pour en faire le New-York, qui se compose de six points placés sur deux lignes horizontales; nos doigts étant longs et étroits, ce système élargi dans le sens horizontal nous semble devoir être plus difficile à lire. Nous souhaitons de voir le Braille universellement et intégralement adopté, pour le plus grand bien des aveugles, qui doivent aujourd’hui, pour lire un livre étranger, connaître non seulement la langue dans laquelle il a été écrit, mais encore le système d’après lequel les signes ont été tracés.
- Raphigraphie. — Dans le but de mettre les aveugles en communication avec les clairvoyants, Braille imagina, en 1859, la raphigraphie. Foucault, autre élève de l’Institution, rendit ce procédé pratique et construisit l’appareil appelé raphigraphe qui porte le nom des deux inventeurs. Le raphigraphe se compose d’un clavier de dix touches terminées en aiguilles, et figurant une perpendiculaire qui, pour la formation des signes de l’écriture, se combine avec une horizontale parcourue par le clavier que meut une vis à manivelle. Le papier est porté par un chariot qui se déplace de ligne en ligne. Chaque signe graphique est numéroté selon les aiguilles à frapper pour le produire. Ainsi, par exemple, pour écrire la
- lettre II dont nous I**“l 17 23456 147 4 i4'7
- donnons le spécimen ’ * * * 23456 17
- en raphigraphie, on frappe, sur la perpendiculaire de gauche, les touches 1 et 7 ; on fait avancer le chariot horizontalement, au moyen de la manivelle, et l’on frappe les touches 2, 5, 4, 5 et 6, et ainsi de suite. On voit, sans qu’il soit besoin d’insister, quel apprentissage est nécessaire à l’aveugle chargé de manier un appareil aussi compliqué et de retenir un si grand nombre de chiffres pour chaque caractère. Entre les aiguilles et le papier, on interpose une feuille de papier à décalquer, de façon à marquer en bleu ou en noir, par exemple, la série de points formant les lettres. Le raphigraphe, dont les organes sont délicats et le prix trop élevé, n’est
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- p;is l'instrument pratique destiné à mettre en communication les aveugles et les clairvoyants.
- Kncres épaisses. —Nous devons mentionner, avant de quitter ce sujet de l’écriture, les essais tentés par Jlassenfratz, en 1785, et Challant, vers 1820, pour faire écrire les aveugles avec des encres épaisses produisant un relief sur le papier après leur dessiccation. Cette idée vient d’ctre reprise par un Italien, l’abbé Yitali, qui fabrique une encre donnant un relief suffisant pour être perçu par le doigt de l’aveugle. Cette encre obligeant à repasser deux fois sur les mêmes traits, peut rendre des services aux clairvoyants pour écrire aux aveugles, mais ceux-ci ne semblent pas pouvoir s’en servir pour écrire, puisqu’ils seraient forcés de toucher le premier trait avant qu’il ne soit sec, et par conséquent de faire des taches rendant l’écriture illisible. L’encre Yitali pourra rendre des services pour le tracé des dessins et des ligures géométriques destinées aux aveugles, et surtout pour leurs cartes de géographie.
- Géographie. — Cartes. — Diderot parle, mais sans donner de détails, d’une carte de géographie qui aurait été confectionnée pour Mlle de Salignac. A peu près à la même époque, l’aveugle Weissembourg de Manheim, confectionna pour son élève, Mlle Paradis, des cartes de géographie dans lesquelles les diverses parties étaient représentées par du sable de différentes granulations, et les limites par des perles de verre passées à un fil cousu sur la carte, ou par des chaînettes de soie d’inégale grosseur. Yalentin flaiiy adopta cette méthode et la modifia légèrement, pour mettre des cartes plus solides sous les mains des enfants. Depuis AYeissembourg, bien des essais cartographiques ont été faits par des particuliers ou dans les écoles d’aveugles ; les résultats les plus remarquables ont été obtenus par M. Trouillard, qui a recours au linoléum ; il indique les fleuves au moyen de fil de fer, les montagnes par de fortes ondulations, etc. La place de chaque ville, dont le nom est désigné par la lettre initiale en « Braille », est marquée par une cheville portant une fente. Un fil attaché au point qui indique Paris, par exemple, peut être fixé momentanément dans ces fentes et permet à l’élève de tracer ainsi les lignes de chemins de fer, ou de connaître, à l’aide des nœuds équidistants placés sur ce fil, les distances kilométriques entre les villes. Mais la véritable innovation de M. Trouillard consiste dans la construction originale de sa carte de France, comprenant deux cartes superposées. Celle du dessous est la carte physique; celle du dessus donne la France politique divisée en provinces, chacune d’elle consistant en un morceau de bois découpé analogue a ceux des jeux de patience. Après avoir étudié l’emplacement des diverses villes les unes par rapport aux autres, l’enfant enlève une ou plusieurs de ces pièces mobiles, et, promenant ses doigts sur la carte inférieure, se rend compte de la configuration physique de la province qu’il étudie.
- Laas d’Aguen imagina, en 1847, une autre caté-
- gorie de cartes : les cartes reproductibles par l’impression; sa découverte avait été, du reste, provoquée par les essais de MM. Pignier et Boher Keller. Dans ces cartes tracées en relief par gaufrage dans un papier fort, les méridiens et les parallèles sont représentés par des filets très fins, les frontières par des points ronds, les montagnes par de gros points ovales, les mers et les lacs par des stries. Cette méthode a été suivie avec succès à l’étranger, en particulier en Angleterre parla Société Moon et la British and Foreign Blind Association. La première a publié un atlas contenant diverses cartes terrestres ou célestes, parmi lesquelles celles des phases de la lune, du système solaire et des saisons, nous ont paru se distinguer par leur clarté. M. Kunz, directeur de l’école d'illzaeh (Alsace-Lorraine) est parvenu à fabriquer des cartes à très bon marché (55 centimes pièce), son atlas de 40 cartes est actuellement employé en Allemagne. Les cartes commandées par l’Institution nationale de Paris à M. Abel Pifrc laisseront loin derrière elles, comme perfection, tout ce qui a été fait jusqu’à ce jour; leur prix sera malheureusement peut-être un peu élevé.
- Globes. — Les visiteurs de notre Institution nationale connaissent le superbe globe construit par Hochstetter; ce globe, du prix de 0000 francs, est aussi parfait que possible ; il est couvert de cercles, tels que : méridiens, équateur, parallèles, tropiques, cercles polaires, écliptiques, etc. ; mais, à cause de sa perfection même, il ne peut être qu’un objet de curiosité ou de luxe. Les élèves ont entre les mains les petits globes de M. Levitte ; leur surface est nickelée; nous leur préférons les globes que M. Piras, alors directeur a l’Institution, fit confectionner en 1877; ils sont faits en carton, avec de la peau collée qui représente les continents et les îles. Leur prix est minime (environ 4 francs), et l’on pourrait y appliquer avantageusement les fils mobiles et les clous fendus des cartes Trouillard.
- Calcul. — Calcul écrit. — Les essais faits en 1885 par M. Mattéi, professeur de mathématiques à l’Institution nationale, ont démontré l’avantage du calcul écrit sur le calcul fait au moyen d’appareils particuliers. Malgré cela, nous croyons intéressant de signaler quelques-uns de ces appareils.
- Tablette Ballu. — M. Ballu a repris, il y a quelques années, l’idée de la table de Saunderson, décrite par Diderot dans sa Lettre sur les aveugles. Ainsi que l’indique le dessin (fîg. 1), elle se compose d’une plaque divisée par des lignes métalliques saillantes en un grand nombre de petits carrés percés de neuf trous disposés trois par trois, et numérotés de 1 à 9. L’un ou l’autre de ces trous peut recevoir une épingle dont la tête arrondie vient faire saillie sur la plaque, et figure les chiffres de 1 à 9, suivant le numéro du trou occupé par l’épingle. Malgré la simplicité de ce système, il faut un assez long exercice pour arriver à lire rapidement les nombres ainsi formés.
- Tablette Taylor. — Dans la tablette anglaise in-
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- LA NATURE.
- ventée par Taylor, la plaque de métal est percée de trous ayant la forme d’un octogone régulier étoilé, dans lequel peuvent s’ajuster de petites chevilles prismatiques, à section carrée, terminées à chacune de leurs extrémités par une saillie formant biseau. L’une des saillies est lisse, l’autre dentelée. Comme une cheville peut être disposée de 16 façons différentes dans chaque trou, on voit qu’il est possible de ligurer les 10 chiffres du système décimal et les principaux signes algébriques.
- Mais l’ajustage des chevilles dans les trous est pour l’aveugle une cause de tâtonnements, ce qui rend cet appareil inférieur au précédent, au point de vue de la rapidité du calcul.
- Casier. — Le casier à chiffres vulgaires constitue un meuble coûteux et très lourd, et la multiplicité des caractères qu’il nécessite en
- fait un instrument pénible à manier pour l’aveugle. Les caractères employés sont des chiffres vulgaires en métal, que l’on place
- Fi£. 1- — Appareils à calculer à l’usage îles aveugles. — Tablette Ballu. 1'. Détail des carrés. Épingle. — 2. Tablette Oury. 2'. Détail des octogones. — Chevilles rouges.
- dans les trous carrés du casier. Après chaque problème ou même chaque opération, l’élève doit trier un à un les caractères qu’il a employés, pour les remettre chacun à sa place.
- Tablet te Oury. —
- M. Oury vient d’imaginer tout récemment un système beaucoup plus simple. Profitant des différentes positions qu’une cheville qua-drangulaire peut occuper dans le trou octogonal de la tablette Taylor, et aussi de ce que les chiffres Braille peuvent être réduits à quatre types, il emploie deux sortes de chevilles à section carrée, en bois ou en métal, portant à leurs extrémités, les unes les chiffres 2 et 4, — pouvant, en changeant leur
- Fig.
- orientation, devenir les chiffres 5, 5, 9, et 6, 8, 0 — les autres, les chiffres 1 et 7. L’inventeur espère même pouvoir arriver à une seule sorte de cheville,
- qui ne nécessiterait plus aucun triage de la part de l’élève. Comme on le voit dans le dessin, la tablette (Jury fait corps avec une boîte à couvercle glissant, contenant les chevilles dans deux eompartiments distincts. Un détail à plus grande échelle montre distinctement les extrémités des chevilles et la façon dont elles peuvent être placées dans la tablette, pour effectuer une opération.
- machines s» écrire.
- — Appareil Mau 1er. — Un grand nombre de machines à écrire ont été spécialement inventées pour les aveugles ; la plupart ont pour but non seulement de leur permettre l’écriture du système Braille , mais encore celle de l’alphabet ordinaire; l’aveugle peut ainsi communiquer soit avec un autre aveugle, soit avec un clairvoyant non
- initié au système Braille.
- M. Becordon a eu le premier l’idée de construire un appareil de ce genre. Nous rappellerons que La Nature a donné, dès son apparition, la description et le dessin de son dyplo-yraphe l. Voici aujourd’hui un appareil du même genre, mais beaucoup plus simple, inventé par un de nos compatriotes, M. Mau-ler, serrurier - mécanicien. La machine Mau-ler (fig. 5) a pour organe essentiel un plateau représenté à la figure 2. Ce plateau horizontal est garni sur son bord
- Plateau de la machine Mauler, représentée figure ô.
- circulaire d’une série de plaquettes, portant chacune un des signes de l’alphabet Braille et le caractère correspondant de notre 1 Voy. n° 221, du 25 août 1877, p. 193.
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- couronnes concentriques. Le plateau, tournant autour d’un axe vertical, peut être fixé momentanément au moyen d’une tige à ressort, formant repère , et pénétrant dans Lime des échancrures dont il est garni à sa circonférence, et chaque plaquette correspond exactement à l’une de ces échancrures.
- Un châssis, oscillant autour d'un axe horizontal, supporte les deux rouleaux sur lesquels s’enroule le papier; ce châssis est mis en mouvement au moyen d’un levier que l’écrivain tient dans sa main gauche. Sur ce levier glisse un petit tampon mobile
- le tampon soit à l’aplomb de la couronne extérieure (signes Braille ) soit à l’aplomb de la couronne intérieure (alphabet vulgaire ). Lorsque l’aveugle a amené devant lui la lettre voulue, et que la tige à ressort, pénétrant dans l’é-chancrure correspondante, a fixé momentanément le plateau, il abaisse le levier, ce qui met en contact le papier avec le plateau ; de plus, le papier étant pressé par le caoutchouc du tampon subit un véritable gau-lrage, et l’on voit ainsi que, d’un seul coup de tampon, l’écrivain a imprimé en relief tous les points
- Fig. L — Jeux à l’usage des aveugles. — 1. Forteresse. — 2. Jeu de Co Bang. — 5 et i. Pions. — 5. Jeu d échecs. — 6. Jeu de dames. — 7 et 8. Dames noire et blanche. — 9 et 10. Aiguilles pour aveugles. (Très grossies.)
- du signe Braille qu’il désirait tracer. Nous passons sur les dispositions accessoires, fort ingénieuses, permettant au châssis de se déplacer latéralement
- de quantités égales après l’impression de chaque signe. Par contre, nous insisterons sur le point capital de l’invention, qui est le suivant.
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- Quand l’aveugle imprime l'alphabet ordinaire a l’aide de l’appareil Maulcr, c’est en relief et non pas en couleur qu’il le trace; dès lors il peut contrôler ce qu’il a écrit (ce qui est impossible avec l’écriture en couleur), et rectifier une erreur commise. A-t-il, par exemple, écrit la lettre 0 au lieu de la lettre L, ses doigts l’avertissent de la faute ; il fait alors revenir le papier de façon à replacer la lettre O sous le tampon, tandis qu’il y a amené la lettre L du plateau; d’un seul coup de tampon, la lettre inexacte se trouve écrasée et remplacée très distinctement par la lettre qu’il s’agissait de lui substituer. Nous croyons que, grâce à cette dernière considération, la machine Mauler pourra rendre aux aveugles de réels services. Légère, portative et peu compliquée, elle pourra être construite à très bon marché (environ 20 francs) si l’inventeur arrive à trouver le concours des capitaux qui lui sont nécessaires pour exploiter commercialement son invention.
- Musée Valentin iiaüy. — Pour terminer cette étude rapide, nous signalerons à nos lecteurs l’existence, à Paris, d’un curieux musée spécial aux aveugles : le musée typhlologique Yalentin Haüy L Dirigé par son fondateur, M. Guilbeau, ce musée contient les documents les plus complets sur tout ce qui se rapporte aux aveugles. Commencé modestement, en 1886, il s’est rapidement développé et enrichi chaque jour, et possède aujourd’hui plus de 1000 objets de tous genres, offerts par des aveugles ou des typhlophiles. Les objets exposés sont de deux sortes : ceux qui ont été inventés pour les aveugles, et ceux qui ont été inventés ou fabriqués par eux. Nous y trouvons une collection remarquable de cartes de géographie, une collection unique de tablettes et réglettes à écrire employées dans tous les pays, 80 livres écrits ou imprimés dans tous les systèmes, des machines a écrire, etc.
- Parmi les objets servant au travail professionnel, signalons les deux curieux systèmes d’aiguilles reproduits à grande échelle (fig. 4) et pouvant être facilement enfilées par l’aveugle, des outils-spéciaux destinés au cordonnier aveugle, etc., etc.
- Notre dessin représente également quelques jeux tels que dames, échecs, forteresse, etc., etc.
- Puis viennent les ouvrages fabriqués par les aveugles, montrant 'un échantillon de leur habileté : ouvrages artistiques en fil de fer et en perles, brosses, balais, chaussures, filets, chaises rempaillées ou cannées, ouvrages én bois tourné, etc., etc.
- Le musée Yalentin Haüy rendra les plus grands services à tous les éducateurs d’aveugles et à tous ceux qui se préoccupent de rendre à ces infortunés Ja place à laquelle ils ont droit dans notre société ; aussi adressons-nous l’appel le plus chaleureux à tous les lecteurs de La Nature, inventeurs ou propriétaires d’appareils se rapportant aux aveugles, en les priant d’adresser au musée Yalentin Haüy, à
- 1 Le musée Yalenliti Ilaiiy (14, rue Bertrand, à Paris) est ouvert tous les mardis, de 4 à 5 heures (août et septembre exceptés). L’entrée est gratuite.
- titre de don ou de prêt temporaire, un modèle ou dessin de leurs appareils. Ils auront ainsi contribué à la réussite de cette œuvre utile, et à l’amélioration du sort des aveugles. Arthur Good.
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- CHRONIQUE
- Photographie d’une roue de voiture en mouvement. — Nous avons inséré sous ce titre (p. 287), une notice empruntée au Moniteur de la photographie. C’est par mégarde que cette insertion a été faite. Cette notice, qui nous avait été communiquée par un de nos lecteurs, doit être rectifiée. Notre excellent confrère, le Moniteur de la photographie, a fait une erreur, en affirmant que 1’ « on ne peut pas dire qu’une partie quelconque d’une roue de voiture se meut plus vite qu’une autre partie. » C’est le contraire qui est la vérité. Il s’agit là d’un problème élémentaire de cinématique dont il est facile de donner la démonstration. Considérons une voiture ayant une vitesse de translation de 1 mètre par seconde; la roue tournant sans glissement, tous les points de la jante ont une vitesse tangentielle de 1 mètre par seconde ; mais comme l’axe se déplace lui-même avec la voiture à la vitesse de 1 mètre par seconde, de gauche à droite par exemple, la vitesse de la partie inférieure de la jante est nulle (1 mètre par seconde — 1 mètre par seconde — 0) tandis que la vitesse de la partie supérieure est de 2 mètres par seconde, somme de la vitesse propre de la jante autour de son axe et de la vitesse de cet axe dans le sens horizontal. En d’autres termes, le point de contact de la roue sur le sol est le centre instantané de rotation du système, sa vitesse est zéro ; celle du centre est égale à la vitesse de translation, et celle de la partie supérieure égale le double de la vitesse de translation, quel que soit le diamètre de la roue. Ainsi s’expliquent aisément les résultats fournis par la photographie, sans faire intervenir les trépidations ni les secousses du véhicule.
- JLa longévité chez les oiseau*. — L’espèce humaine n’a pas seule le privilège de fournir des centenaires. Plusieurs oiseaux ont la prétention d’atteindre aisément l’àge respectable qui a illustré M. Chcvrcul. Parmi les candidats au prix de longévité, dit le journal VÉleveur, il faut d’abord citer l’aigle, le cygne et le corbeau, qui vivent facileinont au delà de cent ans. Le perroquet, ainsi que le héron, se contente de devenir sexagénaire; l’épervier ne dépasse pas la quarantaine; c’est aussi l’àge atteint par l’oie et le pélican. Le paon vit 25 ans, le pigeon 20, la grue 24, le linot 25, le chardonneret 15, l’alouette 15, la fauvette à tête noire 15, le merle 12, le serin 24, le faisan 15, la grive 10, le coq 10, le rouge-gorge 12, le roitelet 5.
- De l’action du tabac sur la santé. —
- Mme YValitzkaja a eu l’occasion de visiter plus de mille ouvriers (hommes, femmes et enfants) travaillant dans les manufactures de tabac. Pour contrôler les données fournies par l’examen des ouvriers, elle a entrepris au laboratoire du professeur Anrep une série d’expériences sur des animaux. Le séjour des ouvriers dans une atmosphère saturée de poussière de tabac détermine principalement des troubles du système nerveux, tels que : 1° dilatation de la pupille; 2° névroses cardiaques; 5° exagération des réflexes tendineux et vaso-moteurs ; 4" frein-
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- blement des mains; 5° dyspnée. Les ouvriers sont sujets j aux maux de tète, évanouissements, gastralgie, crampes dans les membres, toux nerveuse (sans signes physiques du côté du poumon), etc. Les organes respiratoires sont, après le système nerveux, ceux qui sont le plus fréquemment atteints. Les catarrhes des bronches et du larynx, l’emphysème sont d’une observation courante, Par contre, la phtisie pulmonaire ne paraît pas être fréquente. Les expériences sur des animaux (chiens et lapins) permettent d’établir que les altérations du système nerveux observées chez des ouvriers sont véritablement dues au tabac. Les symptômes d’empoisonnement par la nicotine sont les mêmes après les injections (1/40 à 1/10 de goutte de nicotine pour les lapins, 1/28 à 1/5 de goutte pour les chiens), comme après le séjour des animaux dans une atmosphère remplie de poussière de tabac. Ces symptômes sont identiques à ceux qu’on observe chez des ouvriers. Comme la plupart des alcaloïdes, la nicotine excite d’abord et déprime ensuite le système nerveux. Les jeunes résistent moins et succombent beaucoup plus facilement que les animaux adultes.
- La lumière électrique au Japon. — Les progrès de l’électricité se poursuivent dans tous les pays du monde : il vient de se créer à Tokio (Japon) une Société de lumière électrique, au capital d’un million de francs. Cette Compagnie se propose d’établir dans la ville cinq stations centrales; elle doit, en outre, installer et entretenir l’éclairage du palais impérial avec 5000 lampes à incandescence et 100 lampes à arc.
- Un manteau de gorges d’oiseaux de paradis. — Une des dames richissimes de la colonie américaine de Paris, Mme M., a accepté la proposition qui lui a été faite par un marchand de fourrures, d’avoir un manteau fait de gorges d’oiseaux de paradis. Ces oiseaux se vendent 50 shellings la pièce (57 francs 50 centimes). Leur gorge et poitrine est de 12 centimètres de large sur 18; il en faudra 500, de sorte que rien que la matière première, sans compter la main-d’œuvre, ni le salaire des chasseurs à la Nouvelle-Guinée, coûtera 18 750 francs. Deux chasseurs de première marque envoyés en mission spéciale, se livrent en ce moment à un véritable carnage.
- Perturbation magnétique. — Une perturbation magnétique d’une assez grande intensité a été enregistrée au magnétographe de l’Observatoire du parc de Saint-Maur, dans la nuit du 25 au 20 septembre dernier. A 10 h. 55 m. du soir, la déclinaison passait par un minimum très accentué ; un maximum s’est manifesté le 20 entre 7 et 8 heures du matin, précisément à l’heure où se produit habituellement le minimum régulier diurne. L’écart angulaire entre les deux valeurs extrêmes de la déclinaison est de trente-sept minutes. Les deux composantes de la force terrestre ont subi simultanément une grande agitation. Cette perturbation a été signalée également à Bordeaux par M. Rayet, et à Perpignan par M. le I)1' Fines. , Tu. Moureaex.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 3 ocl. 1887. — Présidence de M. Hervé Maxüox.
- Nature du tétanos. — Les anciens médecins distinguaient deux sortes de tétanos ; le traumatique et le
- spontané. Depuis une trentaine d’années au moins l’existence de ce dernier a été mise en doute et une école, chaque jour plus nombreuse, professe que la terrible, maladie a toujours pour origine première une plaie qui peut être d’ailleurs extrêmement petite et qui peut aussi être guérie depuis très longtemps. On cite le tétanos comme conséquence d’une simple piqûre produite par une épine, et on raconte l’histoire d’un'officier qui, ayant reçu une balle dans l’avant-bras, eut des accidents tétaniques après deux années passées d’incubation.
- Dans une lecture très écoutée, M. Verneuil déclare hau tement qu’il est uniciste et que, pour lui, le tétanos est essentiellement virulent et contagieux. Il admet même que la maladie puisse être contractée par absorption cutanée ou muqueuse et promet une prochaine suite à son intéressante communication.
- M. Chevreul qui a écouté son collègue avec la plus grande attention, en saisit occasion pour accuser la médecine d’un très grand vague : au lieu de parler de muscles, de nerfs, de virus, il voudrait qu’on pût tout ramener aux principes immédiats entrant dans la constitution de ces objets. « Tant que vous n’y serez pas parvenu, dit-il en terminant, la médecine ne sera pas une science, mais un art. » A quoi M. Verneuil répond spirituellement : « Nous ferons ce que nous pourrons pour obtenir la métamorphose! »
- Conditions mécaniques du vol. — Continuant le cours des belles recherches dont nos lecteurs ont été si souvent informés, M. Marey recherche aujourd’hui quelle est la force mécanique dépensée par les oiseaux durant le vol. Elle comprend une composante verticale qui, pour le goéland, égale 950 grammètres par seconde et une composante horizontale qui vaut 1898 grammètres. Ensemble, elle correspond à un effort total de 2lni,068 grammètres; c’est-à-dire, si on veut, que le goéland élève son propre poids à 5 mètres environ par seconde. Toutefois, il faut remarquer qu’il ne s’agit là que du travail de l’essor et non pas du plein vol qui est moins pénible. L’essor est la grande dépense; au bout de trois départs successifs l’oiseau est très fatigué; après cinq départs, il refuse de s’enlever et cependant le même oiseau peut rester très longtemps en l’air. M. Marey constate, pour expliquer ce fait d’apparence contradictoire, que, dans le même temps, l’essor demande cinq coups d’aile, le plein vol trois et que l’amplitude du mouvement est, dans le second cas, un quart seulement de ce qu’elle est dans le premier. 11 en résulte que le travail total du plein vol n’est que le cinquième du travail de l’essor, ou 555 grammètres pour le goéland. De plus, il y a de fortes raisons de croire que la résistance de l’air est fortement diminuée pendant le vol. Pour la remontée, le travail n’est pas fait par les muscles; l’oiseau inclinant ses ailes se comporte comme un cerf-volant dont la corde est remplacée par la vitesse acquise. La Nature publiera prochainement des notices sur les intéressants travaux de M. Marey.
- Théorie des trombes. — Déjà nous avons décrit l’appareil avec lequel l’illustre M. Colladon (de Genève) produit dans l’eau d’un récipient de verre une colonne ascendante dont il a comparé tous les caractères à ceux des trombes atmosphériques1. L’auteur de ce travail si ingénieux vient de faire don de son appareil au laboratoire de phvsique du Collège de France, mais en exprimant le vœu que l’expérience soit tout d’abord répétée devant l’Académie. M. Mascart la réalise en effet et elle réussit de tout point.
- 1 Yoy, n° 731, du 4 juin 1887, p. 1.
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- Toutefois M. Fave insiste sur les différences de l’effet produit avec les trombes véritables : celles-ci étant des cônes renversés dont la pointe dirigée en bas est animée d’un mouvement rotatoire extrêmement rapide, le tourbillon de M. Colladon est un cône droit à pointe dirigée en haut et dont la base tourne évidemment moins vite que le sommet.
- La discussion ne semble donc pas encore à son terme.
- Graphite cubique. — Dans une brochure dont il a bien voulu m’adresser un exemplaire, l’un des minéralogistes les plus distingués de l’Angleterre, M. L. Fletcher, analysant un fer météorique trouvé en 1884, près de Youn-degin, dans l’Australie occidentale, y signale la présence de graphite cristallisé dans le système cubique. L’auteur donne le nom de Clifftonite à cette nouvelle espèce d’un si haut intérêt cristallographique.
- Géologie. — Sous le titre d'Essai sur les recherches de houille en Nouvelle-Calédonie, M. Porte, pharmacien de la marine, publie un très important mémoire, illustré de plusieurs lithographies, et dont la-conclusion est que d’importants bassins houillers pourraient être exploités dans notre colonie. Il décrit sommairement les terrains carbonifères de l’ile, indique les gîtes nombreux et insiste sur les qualités industrielles du combustible qu’on peut recueillir aux environs mêmes de Nouméa.
- Sous le nom de Schizo-podium Renaulti, le très honorable doyen de la Faculté des sciences de Caen,
- M. Morière, décrit avec beaucoup de soin une nouvelle cvcadée que lui a fourni le lias de Montigny (Calvados). C’est un type d’un très grand intérêt, à la fois pour les paléontologistes, les géologues et les botanistes. Enfin il faut signaler deux belles études sur les récentes éruptions du Vésuve, par M. le Dr H.-J. Johnston Lavis. L’une d’elles est accompagnée de treize très belles phototypies d’un puissant intérêt, représentant les changements de forme du cratère consécutives avec éruption.
- Varia. — Notre très savant collaborateur, M. le professeur Dehérain, publie en brochure la belle étude qu’il a donnée dans ses Annales agronomiques de l’œuvre agricole de Boussingault. — La Société d’histoire naturelle de Loir-et-Cher publie son quatrième bulletin qui présente un très vif intérêt et lui fait grand honneur. — Suivant M. Govi, Torricelli et Pascal ont connu le haro-mètre à siphon qu’on supposait avoir été inventé après eux. — Une forme nouvelle de parachute est décrite par M. Brisson. — M. Samuel Rotti étudie les couleurs dérivées du chromate d’aniline. — Un procédé de titrage acidimétrique des vins et des cidres est proposé par
- M. Garcin. — Une expérience imaginée par M. Sernola met en évidence la production de chaleur résultant du dégagement de l’électricité par une pointe.
- Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- SINGULIÈRE MANIÈRE DE COI'I’ER UNE PÊCHE ET S O N N O Y A U
- N’est-il pas un peu tard pour parler de la manière de couper les pêches? On en mange encore jusqu’au milieu d’octobre. Le procédé que nous allons signaler est une curieuse expérience sur le principe de l’inertie.
- Voici la manière d’opérer. On prend une pêche presque mûre et de moyenne grosseur, dans laquelle on introduit la lame d’un couteau de table, de façon que cette lame soit normale à l’axe du noyau, et que son tranchant soit en contact immédiat avec l’arête de ce noyau. Si la pêche est trop mûre pour rester adhérente à la lame, on la fixe à l’aide d’un fil délié, mais avec la condition expresse que le tranchant du couteau reste en contact avec l’arête du noyau. Ce système est tenu sans raideur de la main gauche par l’extrémité du manche du couteau ; puis de la main droite armée d’un couteau pareil au précédent, on frappe sur le dos de ce couteau un coup sec et vigoureux, à proximité du lruit. Si le couteau a été convenablement introduit dans la pêche, de façon que le choc se transmette sensiblement dans la direction du centre de gravité du fruit, le noyau est tranché normalement à son axe, ainsi que l’amande qu’il renferme, et cela d’une manière très nette. Le plus souvent, le noyau est coupé obliquement ; mais l’expérience n’en est pas moins intéressante, étant donnée la dureté bien connue des noyaux de pêches.
- Il convient d’opérer au-dessus d’une table et de se servir de couteaux communs dont les dos ne craignent pas d’être endommagés1.
- 1 Communiqué par MM. G. Sire, à Besançon, L. Laboureur, à Paris, et F. Tordeux, à Avesnelles.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandieu.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Expérience sur l’inertie
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- N« 750. — 15 OCTOBRE 1 887.
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- LES MONUMENTS MÉGALITHIQUES
- DE CARNAC
- Le voyageur qui parcourt certaines régions du Finistère et du Morbihan est frappé par les nombreux
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- vestiges qu’il rencontre de pierres levées par l’homme, se dressant c'a et là par centaines, en avenues, en enceintes, en allées couvertes ; au milieu de ces antiques débris, il se trouve transporté à d’autres âges de l’humanité. A Carnac, non loin de la baie de Qui-beron, les piliers d’avenue encore debout sont au
- Fi g. i. — Los pierres levées de Carnac, monuments mégalithiques récemment déclarés d’utilité publique. Alignement de Kermario.
- Vue d’ensemble. (D'après une photographie.)
- Fig. 2. — Détail de l’alignement de Kermario. (D’après une photographie.)
- nombre de plus de cinq cents. Ces pierres ne constituent qu’un faible reste des dix ou quinze mille dolmens qu’on y comptait au seizième siècle, et qui se prolongeaient sur un espace de fO kilomètres.
- 45e année. — 2e semestre.
- A travers les siècles, les paysans ont détruit ces vestiges pour clôturer leurs champs1; la destruction,
- 1 Voy. Nouvelle géographie universelle, par Elisée Reclus, t. II. La France.
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- LA NAT LUE.
- continuant sans cesse son œuvre, irait en augmentant, sans la mesure qui vient d’ètre prise et qui assure désormais la conservation des dolmens bretons.
- Un décret, en date du 21 septembre 1887, inspiré par le rapport de la Commission des monuments historiques, déclare d’utilité publique la conservation des monuments mégalithiques deCarnac. En conséquence, l’Etat est autorisé à acquérir diverses parcelles de terrain situées aux lieux dits le Menez, Kermario et autres.
- Dès 1879, le Ministre de l’instruction publique, des beaux-arts et des cultes, institua, sous la présidence dcM. Henri Martin, une Commission spéciale, et il obtint du Parlement, en 1882, qu’un supplément de ressources fût, à cet effet, inscrit au crédit des monuments historiques.
- Désormais en mesure de protéger d’une manière effective les monuments dont l’intérét lui était signalé, le Ministère des beaux-arts dirigea surtout ses efforts vers les grands centres mégalithiques de la Bretagne, et plus particulièrement vers celui de la commune deCarnac (Morbihan). Depuis cinq ans, l’Administration des beaux-arts a ainsi réalisé dans cette commune, a l’amiable ou à la suite d’expertises contradictoires, toutes les acquisitions dont les conditions lui ont paru pouvoir être acceptées, et l’Etat se trouve aujourd’hui en possession de la plus grande partie des monuments qui constituent l’important groupe de Carnac.
- Mais les exigences des propriétaires se sont augmentées peu à peu, en raison du désir que montrait l’Etat d’acquérir la totalité de ces monuments; c’est pourquoi, en présence des prétentions excessives des uns ou du relus formel opposé par les autres aux propositions qui leur ont été laites, le Ministre des beaux-arts s’est vu contraint d’abandonner tout espoir d’arriver à une' entente amiable, et dans la nécessité d’avoir recours à l’expropriation pour cause d’utilité publique.
- Nous avons déjà parlé des dolmens du Morbihan1, cn_racontant les excursions de VAssociation française lors du Congrès de Nantes en 1875^ et nous avons figuré le monument de Corcoro, près Plou-harnel, ainsi que la Table de César à Locmariaquer. Nous donnons aujourd’hui l’aspect du célèbre alignement de Kermario, à Carnac. Les pierres qui le constituent, sont les plus anciens vestiges historiques de notre vieille France.
- LES ACCUMULATEURS ÉLECTRIQUES
- DE M. DESMAZURES
- A propos du canot électrique de la marine expérimenté récemment au Havre et dont on trouvera plus loin une description complète (p: 509), on a fait grand mystère d’un nouvel accumulateur merveilleux, tenu secret, ne contenant ni plomb ni acide, ayant une puissance et une capacité incomparablement plus grande que la puis-
- 1 Vuy. u° 120, du 18 septembre 1875, p. 245.
- sauce cl la capacité des accumulateurs connus et expérimentés jusqu’à ce jour. Un brevet récent de M. Des-mazures (5 mai 1887) analysé et étudié très complètement par M. Emile Reynier dans le numéro de Y Electricien portant la même date que le présent numéro de La Nature, nous fournit tous les renseignements techniques nécessaires pour en apprécier la nouveauté, la valeur pratique, l’avenir industriel et maritime. L’accumulateur électrique de M. Desmazures n’est pas autre chose, en principe, que la pile zinc-potasse-oxyde de cuivre de MM. de Lalande et Chaperon rendue réversible et régé-néralile par électrolyse. Les lames négatives sont constituées par des feuilles de tôle étamées, les plaques positives sont en cuivre poreux, obtenu en comprimant du métal pulvérulent sous une pression de 600 à 1200 kilogrammes par centimètre carré.
- Le liquide est une solution de zincate de soude ou de potasse additionnée de chlorate de soude. Le tout est renfermé dans un récipient entièrement clos, en tôle étamée. relié aux électrodes négatives qui reposent sur le fond. Les parcelles de zinc électrolyse qui pourraient se détacher de leur support en tôle, soit pendant la charge, soit pendant la décharge, tombent dans le bas du récipient où elles rentrent dans le circuit de décharge et sont ainsi reprises par la liqueur.
- Les oxydes de cuivre n’étant pas complètement insolubles dans les alcalis caustiques, les électrodes négatives sont cloisonnées avec du papier parcheminé pour éviter la dispersion de ces oxydes dans l’électrolyte, et leur réduction sur le zinc qui recouvre les lames de tôle après la charge. Ces cloisonnements sont maintenus par des baguettes de verre verticales qui servent de séparation, isolante entre les plaques positives et négatives.
- D’après M. Emile Reynier, à l’étude duquel nous empruntons tous ces détails, l’accumulateur de 20 kilogrammes de poids brut, renferme 6 kilogrammes de plaques (5 positives et 6 négatives). La force électromotrice de l’élément est de I volt et le potentiel utile de 0,85 volt au régime de décharge de 56 ampères. La capacité chimique est de 572 ampères-heure et le débit utile de 5 kilograinmètres par seconde, ce qui correspond à une capacité de 1 cheval-heure (270 000 kilogrammètres) pour un poids total de 45 kilogrammes et un poids de 490 kilogrammes pour une puissance électrique de 1 cheval électrique (756 watts).
- Les récentes expériences faites au Havre ont montré une importante amélioration au point de vue de la capacité et du débit. Le poids par cheval-heure est réduit d’après M. E. Reynier à 55 kilogrammes 1 et le poids par cheval électrique à 166 kilogrammes.
- M. E. Reynier fait remarquer que le poids de 166 kilogrammes par cheval n’a rien d’extraordinaire, et avait déjà été obtenu sur le même canot, avec ses accumulateurs à plaques plissées allégées, mais que pour la légèreté, au point de vue de la capacité, rapportée au cheval-heure, l’accumulateur Desmazures l’emporte sur tous les systèmes actuels dérivant du Planté.
- Les expériences faites jusqu’ici ne permettent pas de porter un jugement sur le rendement de l’accumulatepr lié aux deux facteurs coefficient de restitution et coefficient de baisse. Le coefficient de restitution, qu’on appelle dans le langage courant rendement en quantité, parait devoir être très élevé, car l’électrolvse des zincates alcalins s’effectue sans dégagement de gaz et donne un dépôt compact et bien adhérent. Mais le coefficient de baisse, c’est-
- 1 29 kilogrammes d’après les expérimentateurs du Havre.
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- à-dire le rapport (le la force électrornolrice disponible à la décharge à la force éleetromotrice nécessaire pour effectuer la charge, ne paraît pas devoir dépasser 0,65 (0,78 volt à la décharge et 1,1 volt pour la charge). 11 faut donc attendre des chiffres précis avant de se prononcer sur le rendement.
- En ce qui concerne la durée, les mêmes réserves s’imposent, car le brevet date de mai dernier et les expériences n’ont eu lieu que pondant que quelques jours. Mais tout en faisant ces réserves, M. Reynier insiste sur la remarquable légèreté de l’accumulateur Desmazures, qui lui vaudra la préférence dans bien des applications et justifie pleinement le choix fait par MM. Zédé et Krehs pour la propulsion des petits bâtiments de guerre.
- Comparant ensuite les accumulateurs du type Planté aux accumulateurs à alcalis caustiques, M. E. Reynier établit par des chiffres qu’eu principe la combinaison voltaïque de M. Gaston Planté est préférable à l’autre, même au point de vue de la légèreté. La légèreté effective des accumulateurs Desmazures tient à une excellente utilisation spécifique des matériaux, taudis que le poids excessif des accumulateurs au plomb provient surtout du métal inerte formant le support conducteur des plaques. Ce poids mort peut être considérablement atténué et même complètement supprimé, comme, par exemple, dans les accumulateurs de M. Fitz-Gerald, dont les électrodes sont constituées par des oxydes de plomb comprimés, et qui donnent le cheval-heure avec un poids inférieur à 35 kilogrammes. Il semble donc facije d’obtenir industriellement la légèreté relative des accumulateurs du genre Planté qui, à poids égal, sont beaucoup moins volumineux que leurs rivaux et sont constitués par des matériaux environ quatre fois moins coûteux.
- Voici la conclusion de M. E. Reynier : « Le succès vif et mérité des nouveaux accumulateurs et leur adoption bien justifiée pour notre petite marine de guerre, ne doivent pas ralentir l’étude technique et industrielle des batteries au plomb. Dans le chemin ouvert par MM. de Lalande et Chaperon, M. Desmazures a atteint d’emblée des résultats qui témoignent d’une grande habileté; en déployant une habileté égale dans la mise en œuvre du système Planté, on obtiendra certainement des accumulateurs plus légers et beaucoup moins chers. »
- Ces conclusions paraissent légitimes, et nul n’est mieux préparé que M. Emile Reynier pour faire passer du domaine de la théorie dans celui de la pratique raccumu-lateur au plomb léger et économique dont il nous fait entrevoir la possibilité. E. IL
- LE SATELLITE ENIGMATIQUE DE VÉNUS1
- Le satellite de Vénus est resté jusqu’à nos jours une des questions énigmatiques de l’astronomie. Gela résulte, d’après nous, de l’ancienneté et de la rareté des apparitions de cet astre. Les trente-trois observations que nous avons pu réunir sont contenues dans le tableau suivant :
- Date. ' Observateur.
- 1. 11 noveinb. 1645, 6 h. s., Fontana, à Naples.
- 2. 15 novemb. 1645, 6 h. s., id.
- L'alu.
- Observateur.
- 3. 25 décemb.
- 4. 22 janvier
- 5. 25 janvier
- 6. 28 août
- 7. 5 îxovend).
- 8. 20 mai 10 février
- 9
- 10. 11 février
- 11. 12 février
- 12. 5 mai
- 1645, 5 h. s., Fontana, à Napcs.
- 1646, 6 h. s., id.
- 1672, 7 h. m., Cassini, à Paris. 1686, 4 h. m., id.
- 1740, 7 b. m., Short, à Londres. 1759. 9 h. s., Mayer, à Greifswald. 1761, 7 h. s. (?), Lagrange, à Marseille.
- 1761, 7 b. s. (?), id.
- 1761, 7 b. s. (?), id.
- 1761, 9 h. 1/2 s., Montaigne, à Limoges.
- 15. 4 mai
- 14. 7 mai
- 15. 11 mai
- 16. 6 juin
- 17. 28 juin
- 18. 29 juin
- 19. 50 juin
- 20. 19 juillet
- 21. 5 août
- 22. 8 août
- 23. 12 août
- 24. 15 août
- 25. 5 mars
- 26. 4 mars
- 27. 9 mars
- 28. 10 mars
- 29. 11 mars
- 30. 15 mars
- 51. 28 mars
- 52. 29 mars
- 55. 4 janv.
- 1761, 9 h. 1/2 s., id.
- 1761, 9 h. s., id.
- 1761, 9 b. s., id.
- 1761, midi , Scheuten, , à Crefeld.
- 1761, matin, Rœdkiær. ,à Copenhague.
- 1761, matin, id.
- 1761, matin, id.
- 1761, 1 b. m., id.
- 1761, 2 h. m., id.
- 1761, 2 b. m., id.
- 1761, 1 h. m., id.
- 1761, 1 h. m., id.
- 1764. 6 h. s. id.
- 1764, 6 h. s. id.
- 1764, 6 h. 1/2 s., Copenhague.
- 1764, 6 h. s., id.
- 1764, 6 h. 1/2 s., id.
- 1764, 7 h. s., Montbar ron, à Auxerre.
- 1764, 7 h. 1/2 s. id.
- 1764, 7 h. 1/2 s. id.
- 1768, 6 h. m., llorrebow, Copenhague.
- La première explication qui vint à l’esprit des astronomes fut que l’astre que l’on avait vu quelquefois près de Vénus était un véritable satellite tournant autour de la planète principale; mais cette supposition a dù être écartée, car la masse de Vénus déduite de la grandeur de l’orbite de ce prétendu satellite serait dix fois trop forte.
- La deuxième hypothèse fut imaginée par Hell; cet astronome croyait que l’astre que l’on avait cru observer était une fausse image de la planète, qui se lormerait dans les lunettes et les télescopes. Cette hypothèse, qui pourrait s’appliquer à quelques-unes des apparitions du satellite, ne tient pas devant un examen détaillé; car presque tous les observateurs se sont assurés de la réalité de l’astre qu’ils voyaient.
- Ce ne pouvait pas être non plus Uranus ou une des petites planètes1 situées entre Mars et Jupiter, car aucun de ces corps célestes ne s’est trouvé dans la direction de la planète au moment voulu.
- D’un autre côté, un astre inconnu circulant à l’intérieur de l’orbite de la Terre n’aurait pu se retrouver- près de Vénus lors des différentes apparitions , car les orbites calculées dans cette hypothèse ne représentent jamais que quelques observations isolées. Enfin, la forme et la position du satellite
- 1 Résume d’un travail paru dans le L XL1X des Mémoires couronnés et Mémoires des savants,étrangers publiés par l'Académie de Belgique.
- * Pour les peliles planètes noire recherche ne s’est appliquée qu’à Vesta, les autres astres de ce groupe nous paraissant trop faibles pour être vus si près de Vénus*
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- LA NATURE.
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- par rapport à la planète ne permettent pas de supposer que c’était le résultat d’une réflexion de Ténus sur les cristaux de glace de notre atmosphère.
- En examinant l’observation du 5 août 1761, nous avons été conduits à rechercher quelle était l’étoile que les observateurs renseignaient près de Ténus et nous avons trouvé que c’était y. de la constellation d’Orion ; mais en même temps nous avons remarqué qu’à la position indiquée pour le satellite se trouvait l’étoile y,t de la même constellation. La ligure 1 permet de se rendre compte de cette coïncidence très remarquable. Les positions indiquées par l’observateur sont désignées par ® pour le satellite et par © pour l’étoile. Les différences qui existent entre les positions calculées et les positions observées sont suffisamment petites pour être attribuées aux erreurs d’observation .
- Nous avons alors recher-ci ié si de semblables méprises n’avaient pas été faites dans d’autres observations et nous avons pu identifier le prétendu satellite avec différentes étoiles pour les apparitions du 5 novembre 1740; des 10, 11 et 12 février, 5, 4, 7 et 11 mai, 18 juillet, 8, 12 et 15 août 1761 ; des 15, 28 et 29 mars 1764 et enfin du 4 janvier 1768 T Pour cette dernière observation surtout, la coïncidence est parfaite et, de plus, le mouvement propre que l’observateur indique pour le satellite, par rapport à Ténus, est égal et de sens contraire à celui qu’avait la planète sur la sphère céleste, ce qui ne laisse aucun doute sur l’identité de l’étoile (9 de la Balance) et de l’astre qu’llorrebow prenait pour le satellite de Vénus.
- Scheutcn crut voir, le jour du passage de Ténus sur le Soleil (6 juin 1761), une petite tache noire traverser le disque solaire en suivant à peu près la
- 1 Les observations que nous avons faites au printemps dernier à l’Observatoire royal de Bruxelles, à l’aide de l’cquato-lial de l’Est (ouverture, 0m.15) muni d’un grossissement de 80, nous ont montré qu’une étoile de neuvième grandeur peut être vue à quelques minutes d’arc de Vénus.
- même route que la planète principale. Mais les observations de La Caille, Cassini de Thury, Samuel I)unn, Ferner et John Wintbrop prouvent qu’aucun corps céleste n’a passé devant le disque du Soleil ce jour-là et qu’il s’agit simplement des taebes que l’on observe presque tous les jours sur cet astre.
- Quant aux observations de Fontana, elles méritent bien peu de confiance, car l’auteur représente Ténus en croissant pour chacune des observations tandis
- que le calcul nous montre que la planète avait une phase absolument différente, comme on peut en juger en jetant un coup d’œil sur la figure 2, où est représenté l’aspect réel de Ténus et au-dessous son aspect d’après l’observateur.
- Pour les observations de Cassini (1672 et 1686), de Mayer (1759), de llœdkiær et des autres astronomes de Copenhague (28 - 50 juin 1761 et 5 au 11 mars 1764) on ne trouve pas d’étoile. 11 n’est pas impossible que Cassini ait été trompé par une illusion d’optique, car, à son époque, les astronomes n'étaient pas encore mis en garde contre de semblables erreurs. Pour expliquer l’observation de Mayer on peut supposer qu’il s’est glissé une erreur dans la date; car, si on avançait de quelques jours
- cette apparition, on arriverait à l’étoile s des Gémeaux. Les observations de juin 1761 par llœdkiær sont douteuses, car il est noté que les autres astronomes de l’Observatoire de Copenhague ne virent rien. Seules, les apparitions du commencement de mars 1764 nous paraissent presque inexplicables. Peut-être, comme le fait remarquer M. IIou-zeau dans son bienveillant rapport sur notre travail à l’Académie, serait-il opportun de rechercher si l’un des astéroïdes les plus brillants : Gérés, Pallas ou Junon, ne s’est pas trouvé près de Vénus à cette époque.
- Nous pouvons donc dire, en résumé, que le satellite de Ténus, considéré comme astre distinct, n’existe pas. Pâli. Stroobaxt.
- Vénus ‘
- Fig. 1. — Observation présumée du satellite de Vénus.
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- LA NATURE.
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- LE CANOT ÉLECTRIQUE
- DH LA MARINE FRANÇAISE
- La Marine militaire française ne reste pas en arrière dans l’étude des applications de l’électricité à la propulsion des bateaux. On a beaucoup parlé dans ces derniers temps des récentes expériences qui ont été faites sous ses auspices, d’un nouveau canot électrique, et l’opinion publique s’est vivement préoccupée des résultats obtenus.
- Nous avons voulu recueillir à ce sujet des documents précis et nous avons été la semaine dernière
- au Havre où nous avons visité la nouvelle embarcation.. Nous publions ici les renseignements qu’il nous a été donné de recueillir.
- Dans le but de partir d’un point de comparaison bien défini, permettant d’apprécier la valeur des résultats des expériences, l’Administration de la marine avait décidé que l’on substituerait poids pour poids à la machine et chaudière à vapeur du canot de 8ra,85 une machine électrique mise en mouvement par un accumulateur.
- La Société des forges et chantiers de la Méditerranée lut chargée de l’exécution de ce programme. Les plans de machine et d’installation à bord, ont
- Le canot électrique tic la Marine française à l’Exposition maritime du Havre. (D’après une photographie.)
- été fournis par M. le capitaine Ivrebs, le collaborateur bien connu du capitaine Renard dans la construction du ballon dirigeable de Chalais-Meudon.
- La coque du canot de la marine a des formes lourdes qui lui permettent de bien se comporter à la mer, mais l’empêchent d’avoir de grandes vitesses. La longueur entre perpendiculaires est de 8m,85. La largeur au fort de 2m,10. Le déplacement en charge de 5 tonnes environ.
- La machine électrique actionne l’arbre de l’hélice par l’intermédiaire d’un engrenage qui ralentit au 1/3 la vitesse de rotation de la machine.
- Les accumulateurs sont disposés dans un coffre placé au centre du bateau. Un commutateur permet au moyen d’un seul levier, d’envoyer à la machine le courant avec une force électromotrice.variable,
- assurant quatre vitesses différentes. Ce même levier assure également la marche en arrière avec deux vitesses.
- Lors des essais qui eurent heu en Seine l’hiver dernier, les accumulateurs dont on faisait usage ont été reconnus insuffisants au point de vue de la durée.
- Les nouveaux essais auxquels il vient d’être procédé au Havre ont montré que les nouveaux accumulateurs employés ont répondu largement à ce que l’on exigeait d’eux. Ces accumulateurs qui ne renferment ni plomb ni acide et dont l’enveloppe métallique est fermée hermétiquement ont été étudiés et construits par MM. Commelin et Desma-. zures.
- Nous publions dans un article spécial (p. 506) la description de ces nouveaux accumulateurs. Il nous
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- LA NA T Lit E.
- suffira fie dire ici qu’à la suite de longues expériences exécutées dans l’usine de M. Desmazures, sur les indications du capitaine Krebs, ce dernier, convaincu des qualités bien supérieures de cet accumulateur sur les autres systèmes, n’bésita pas à l'appliquer dans les conditions que nous venons d’indiquer, à la propulsion du canot électrique de la marine '.
- Voici quelques chiffres qui donneront une idée de la valeur du nouvel appareil :
- Le poids total de la batterie est de 2300 kilogrammes. Elle emmagasine un travail de 7680 kilo-grammètres-lieure ou 100 chevaux-heure environ, ce travail mesuré à l’entrée de l’accumulateur. Cette énergie est ensuite dépensée dans la machine de la façon suivante :
- A raison de 80 pour 100 de l’énergie totale fournie à la charge lorsque le canot marche à grande vitesse, et à raison de 83 à 90 pour 100 pour les vitesses inférieures.
- Pendant les essais au Havre, le canot a fonctionné à grande vitesse pendant six heures environ, à raison de 6 nœuds par heure au minimum et pendant plus de trois heures à des vitesses réduites. La dépense électrique à grande vitesse était de 12 chevaux à l’entrée de la machine.
- | Les distances pratiques que peut franchir le canot sont au minimum de : 56 nœuds ou 66k,7 à la vitesse de 6 nœuds, 130 nœuds ou 277 kilomètres à la vitesse de 4n,7. Le poids du cheval-heure ressort donc pour cet accumulateur à 29 kilogrammes.
- Nous avons photographié à l’Exposition du Havre le premier bateau électrique de notre marine, et nous en donnons l'aspect (p. 509) : on voit que ce canot paraît être un bateau vide, n'offrant au regard aucune trace apparente de moteur. Quand on le considère à l’intérieur, rien de plus saillant n’apparaît, les accumulateurs et les organes mécaniques étant enfermés dans des caisses de bois relativement peu volumineuses 1 2 * 4.
- Les résultats auquel le bateau électrique de la marine a donné lieu, dépassent tous ceux qui ont été obtenus jusqu’à présent. Ils semblent faire présager que les travaux entrepris pour la réalisation de la navigation sous marine seront couronnés de succès. Les projets de bateaux sous-marins du regretté Du-puy de Lomé ont été repris par son ami et collaborateur M. Zédé. Avec le concours de M. le capitaine Krebs, le savant officier de marine, dirige la construction d’un torpilleur sous-marin nui par l’électricité. Les accumulateurs Uonnnelin-Desmazures seront les réservoirs d’énergie emmagasinée dans les bateaux; ils lui assureront la propulsion, la direction et la lumière.
- Le navire est construit. Sa forme est celle d’un
- 1 L’article de la page 506 analyse le brevet du 5 mai 1887,
- portant le nom de M. Desmazures seul. Les travaux de
- M. Commelin sont donc postérieurs à ce brevet
- 4 La photographie que nous reproduisons, donne en même temps l’aspect de l’intéressante Exposition maritime du Navre.
- fuseau. Son diamètre, de 1m,80, permet tout juste à un homme de se tenir debout. Sa longueur est de 20 mètres, ce qui lui donne un déplacement d’environ 50 tonnes.
- M. Zédé pense que le navire sous-marin pourra soutenir une vitesse de 11 nœuds pendant cinq heures. Des réservoirs d’air comprimé permettent de renouveler l’atmosphère ambiante et de régler la pression intérieure; des réservoirs d’eau, vidés ou remplis par une pompe mue par une petite machine électrique permettent de régler à chaque instant la flottabilité et l’assiette. Deux gouvernails, l’un vertical, l’autre horizontal, actionnés également par des machines électriques, donnent la faculté de suivre la route voulue en direction comme en profondeur.
- Des lampes à incandescence éclairent l’intérieur; enfin, un appareil optique spécial permet de voir dans l’air quand on est près de la surface de la mer et dans l’eau lorsqu’on plonge.
- Tel est le futur torpilleur sous-marin qui, après les heureux essais de la chaloupe électrique au Havre, ne va pas tarder maintenant à faire ses expériences et peut-être bientôt à sillonner les mers.
- Gaston Tissaxiuer.
- LA. MACHINERIE HYDRAULIQUE
- DES MESSAGERIES A LA GARE SAINT-LAZARE (PARIS)
- Le voyageur qui arrive sur les voies de la gare Saint-Lazare, à Paris, au débouché du tunnel des Batignolles, est frappé par l’aspect d’une construction monumentale en briques et fer, s’élevant à la gauche des voies, un peu avant le pont de l’Europe. Au rez-de-chaussée, des locomotives attendent le signal de formation des trains, des wagons évoluent : au premier étage, s’aperçoit toute une circulation également active de wagons, d’employés, de marchandises, qui ne s’interrompt ni jour ni nuit, grâce à un brillant éclairage. Toute cette activité mécanique et humaine dessert la nouvelle et remarquable installation des messageries réalisée à Paris, par la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest.
- C’est la force hydraulique, l’eau sous pression, qui constitue l’élément principal de cette installation et qui en est la caractéristique. L’élévation du prix de la main-d’œuvre, l’insuffisance des espaces ménagés, au début, en prévision de manutentions bien moindres, la nécessité d’utiliser au maximum un temps précieux qui, plus que jamais, suivant le proverbe anglais, est de l’argent, toutes ces conditions combinées conduisent, de jour en jour, nos ingénieurs à une condensation plus intense et à une utilisation plus asservie de l’énergie mécanique.
- En attendant que le transport de l’énergie électrique à distance, cette grosse question d’avenir, soit entré dans la période de la pratique, ce qui ne saurait tarder, l’accumulation de la force se fait actuellement sous deux formes usuelles très intéres-
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- LA NATURE.
- santés déjà, à savoir : l’air comprimé et l’eau sous pression.
- On sait quels services l’air comprimé, si savamment étudié par une série de spécialistes en tète desquels brille le professeur Colladon, a rendus à l’industrie : le percement des grands tunnels est, le type de son appropriation et nous n’y insisterons pas dans cette note.
- L’eau sous pression, dans ces dernières années, a mis également, entre les mains de nos constructeurs, des moyens d’action des plus puissants. Le principe en est simple : il consiste à utiliser l’uniforme répartition des pressions au travers d’une masse d’eau sensiblement incompressible et qui, par conséquent, sert en quelque sorte de conducteur mécanique. Toute installation de machinerie hydraulique se réduit à ce diagramme simple: deux pistons étanches, l’un accumulateur, l’autre récepteur, reliés par une conduite pleine de liquide : le piston accumulateur soulevé par U eau que refoule une force mécanique ou une pression quelconque, emmagasine Fénergie, le piston récepteur la reçoit au point voulu et l’utilise. Sauf les pertes de liquides inévitables, les frottements des appareils et le coefficient de rendement des machines, pertes qui sont, d’ailleurs, relativement considérables, tout est ainsi employé dans un but utile : une force de plusieurs centaines de chevaux se transmet à distance avec la précision d’un signal. Il y a mieux encore : les machines à vapeur employées pour mettre l’eau sous pression à l’usine productrice de l’énergie sont mises automatiquement en rapport avec les ateliers où cette énergie est répartie entre des appareils divers ; ces machines complaisantes se mettent en mouvement et s’arrêtent d'elles-mêmes suivant les besoins du service ; l’usine de mise en pression jouit d’une sorte de vie mécanique que les ouvriers spéciaux attachés à ce petit centre n’ont d’autre tâche que de surveiller ou de régler.
- Avant de résumer les éléments principaux de l’installation effectuée à la gare Saint-Lazare, nous dirons quelques mots des installations analogues qui l’ont précédée. C’est dans les ports et les entrepôts, surtout à l’étranger, que la manutention hydraulique fit ses débuts. Londres en donna les premiers exemples. La facilité avec laquelle ce système permet de transmettre une énergie considérable pouvant agir, par intermittences en des points variables, la simplicité de transmission de mouvement se faisant par tuyaux, et par conséquent se prêtant à tous les caprices du terrain ou des constructions, pouvant monter, descendre, s’infléchir, se bifurquer, toutes ces raisons recommandaient ce système pour les manœuvres des gares. Or les gares anglaises sont presque toutes à deux étages ; comme elles pénètrent jusqu’au centre de la ville où les terrains sont très chers, on s’empressa de recourir à la puissance hydraulique pour réduire les surfaces occupées en superposant, les services. Le succès ayant couronné ces tentatives, elles furent bientôt imitées notam-
- ment au port d’Anvers. En Angleterre même, les appareils prenaient dans les villes une extension considérable; à Hull, les conduites sous pression répartissaient la force par des concessions particulières dans toutes les maisons, et cet exemple a été suivi depuis lors en maintes circonstances.
- Actuellement, il n’est pas de port de mer ou de port fluvial bien organisé qui ne possède son outillage hydraulique de grues et de cabestans, ou qui ne soit en passe de l'organiser. Marseille est à citer dans cet ordre d’idées pour sa bonne utilisation de l’eau sous pression qui actionne de remarquables ateliers de machines-outils. Au Havre, une très belle installation se prépare.
- Parmi les chemins de fer français, c’est la Compagnie du Nord qui fit la première grande installation de ce genre à la gare des marchandises de La Chapelle, dès l’année 18791. Elle opérait ainsi une manutention journalière de 1200 à 1500 wagons, et M. Sartiaux, l’éminent ingénieur de cette compagnie, après expériences faites, posait en 1880 les règles suivantes, à ce sujet, dans la Revue generale des chemins de fer : 1° au-dessous de 50 unités-wagons à manœuvrer par jour, la manutention à bras est avantageuse; 2° de 50 à 400 wagons, il y a lieu d’employer les chevaux ; 5° de 400 à 800 wagons, il faut employer des appareils mécaniques ; 4° au-dessus de 800 wagons la manutention hydraulique devient profitable.
- Ces règles s’appliquent aux gares de surface, sans étages. Lorsque, par suite du resserrement du terrain, il faut étager des services, comme à la gare Saint-Lazare, la nécessité de la manutention hydraulique se montre bien plus rapidement encore; il suffit dès lors d’ajouter aux appareils de manutention proprement dits, cabestans et grues, des ascenseurs hydrauliques puissants qui font monter et descendre les wagons d’un étage à l’autre.
- Les appareils moteurs employés se rapprochent tous plus ou moins du système Brotherood : ils consistent en un moteur à trois cylindres et à trois pistons, actionnés par l’eau sous pression et par conséquent parfaitement équilibrés, lesquels communiquent à un axe vertical un mouvement de rotation. C’est tantôt la chaîne d’une grue, tantôt la corde de lialage d’un wagon qui vient s’enrouler sur cet axe muni d’un manchon : le dispositif est sensiblement identique dans tous les cas.
- Installation générale de la gare Saint-Lazare. — Le grand bâtiment des Messageries que vient de construire la Compagnie de l’Ouest se subdivise, nous l’avons dit, en deux étages : le premier au niveau des voies, le second au niveau de la rue de Saint-Pétersbourg. Le premier étage comprend les bureaux d’exploitation et d’octroi et est desservi par quatre grues de chargement de la force de 1500 kilogrammes et par une autre plus forte dont la puissance est variable entre 5000 et 5000 kilogrammes.
- 1 Voy. n° 603, du 20 décembre 1884, p. 30.
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- LA NATURE.
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- Six cabestans hydrauliques, actionnés par l’eau à la pression de 50 kilogrammes par centimètre carré, complètent l’outillage nécessaire à cet étage pour la manutention des colis et le mouvement des wagons en chargement et de leurs plaques tournantes.
- L’étage d’arrivée communique avec celui des voies par deux monte-wagons que représentent nos gravures, et deux monte-charge à plateau, 12 voies occupant une surface de 5000 mètres carrés sillonnent cette surface. Deux chariots roulants hydrauliques, l’un pour locomotives , l’autre pour wagons, et neut cabestans desservent cet étage et assurent aux manutentions la force, la rapidité et la précision.
- L'usine hydraulique. — La Compagnie de l’Ouest, en raison de l’espace re- , lativement restreint dont elle disposait, n’a pas hésité à rejeter au loin l’usine de force motrice contenant les accumulateurs hydrauliques. Cette installation est située dans un bâtiment spécial, près du pont Cardi-net, à la gare des Ba-tignolles. Elle comprend les machines motrices avec leurs chaudières, les pompes et les accumulateurs. La lorce motrice brute totale développée par les machines motrices, au nombre de deux, est de 143 chevaux-vapeur correspondant à une force utile de 100 chevaux et consommant, sans condensation, lk,300 de charbon par cheval et par heure. Les pompes sont directement attelées sur les machines dans le prolongement des tiges des pistons à vapeur. Leur diamètre est de 0m,60 et elles donnent environ 50 coups par minute. L’eau refoulée par ces pompes va soulever deux grands accumulateurs juxtaposés placés tout à côté de la salle des machines. Ces accumulateurs sont une des parties les plus curieuses de
- l’installation : la capacité de chacun d’eux est de 750 litres d’eau, la charge totale sur leur piston plongeur de 76 250 kilogrammes1. Un seul travaille le plus généralement. C’est un spectacle à la lois curieux et émouvant que de voir cette énorme masse de métal dansant en quelque sorte Sur sa tige par petites secousses avec une merveilleuse sensibilité. Met-on un wagon en mouvement à la gare Saint-
- Lazare, y fait-on tourner un cabestan, aussitôt l’accumulateur du pont Cardi-net descend légèrement , attestant le travail effectué a distance; mais aussitôt aussi la machine motrice, remise en mouvement automatiquement par une valve spéciale , refoule sous lui une nouvelle quantité d’eau, le remonte et lui rend l’énergie qu’il a perdue.
- On peut se demander ce qui se passerait si la machine motrice tournant trop longtemps ou trop vite exagérait la quantité d’eau refoulée sous l’accumulateur de façon à le pousser en haut à bout de course, ou bien encore ce qui arriverait si les conduites d’eau sous pression se rompant entre l’usine et la gare Saint-Lazare, ces énormes masses métalliques s’effondraient le long de leur tige sous l’action de la pesanteur. Ces deux cas sont prévus, hâtons-nous de le dire, et ni l’un ni l’autre ne peut survenir. L’accumulateur fonctionne, en effet, entre deux taquets, l’un placé au-dessous, l’autre au-dessus, d’une sensibilité parfaite; le seul résultat d’une fausse manoeuvre ou d’un accident serait l’immobilité temporaire.
- Il est intéressant de remarquer que c’est toujours
- 1 Nous renvoyons à ce sujet à la description précédemment donnée des accumulateurs de la gare du Nord, n° 005, du 2 décembre 1884, p. 50.
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- LA NATURE.
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- la même eau qui sert à la manutention ; une conduite d’aller la mène à la gare Saint-Lazare, une conduite de retour l’en ramène : les pertes sont très faibles. Ces conduites, formées de tuyaux à brides avec rondelles en gutta-percha. ont été essayées pour une pression de 100 kilogrammes par centimètre carré, c’est-'a-dire le double de ce qu’elles auraient à supporter dans le service le plus intensif; elles portent des soupapes d’arrêt et d’isolement, et un petit accumulateur spécial placé auprès des monte-wagons au premier étage du batiment de la gare Saint-Lazare achève la régularisation de la pression et du débit des conduites.
- Les monte-wagons. — Les monte-wagons que
- représentent nos dessins (fig. 1 et 2) sont au nombre de deux et du poids de 15 000 kilogrammes chacun. Ce sont, en somme, de grands et puissants ascenseurs à trois pistons, lesquels peuvent travailler ensemble, deux par deux, ou celui du milieu isolément suivant la charge; leur plateau, de 8 mètres de longueur sur 5m,20 de largeur porte une voie sur laquelle vient se placer le wagon pour parcourir la différence de niveau de 9m,60 existant entre les deux étages du bâtiment des Messageries. La vitesse du plateau portant le wagon est de 1 mètre par seconde; en admettant le mouvement de manutention courant, on peut donc effectuer aisément 80 manœuvres par heure, soit 40 montées
- et 40 descentes, en disposant de 55 secondes à chaque opération pour amener le wagon sur le plateau de l’appareil et l’en retirer.
- Les cabestans. — Les cabestans sont d’un type spécial, à trois cylindres, breveté par la Compagnie de Fives-Lille qui a fourni le matériel de cette belle installation. Ils sont à 2 diamètres de poupée, correspondant à deux vitesses, l’une de 0m,420, et l’autre de 0,u,620 : la vitesse de traction varie de 1 mètre à lm,50 et l'effort développé sur l’amarre de 266 à 400 kilogrammes. Tout l’appareil est contenu dans une cuve en fonte boulonnée sur les fers du plancher à l’étage supérieur, fixée sur le sol à l’étage inférieur; on le fait basculer pour le visiter et l’examiner; tout étant remis en place, on ne voit plus
- émerger du sol que le cabestan proprement dit.
- Les grues hydrauliques et les chariots roulants. — Les grues hydrauliques et les chariots roulants ne diffèrent guère des appareils similaires que par des perfectionnements de détail fort intéressants, mais dont la description sortirait du cadre de cette brève étude. Leur fourniture a été faite par la Compagnie de Fives-Lille, avec les soins tout spéciaux de M. Bassères, ingénieur en chef de la mécanique générale de cette société. 11 n’est pas hors de propos de constater ici que rien de plus parfait, de plus exact et de plus puissant tout à la fois, ne se fait actuellement à l’étranger; si nos voisins nous ont devancés dans la voie de l’initiative de ces installations, aujourd’hui le terrain est absolument regagné ;
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- LA NATURE.
- et, pour toutes les installations analogues, nous n’avons rien à emprunter ni de leur outillage ni de l’ingéniosité de son application. La France peut largement se suffire à elle-même, et, pour une grande gare comme pour un port maritime à grand trafic tout se réduit à la question des crédits à ouvrir.
- Résumé. — La puissance maxima absorbée par les services de manutention hydraulique de la gare Saint-Lazare est, nous l’avons dit, de 100 chevaux-vapeur utile. L’eau dépensée, par heure, à la pression de 50 kilogrammes par centimètre carré se chiffre par 51 470 litres, soit un peu plus de 14 litres par seconde, ce qui représente en kilogram-mètres un travail de 7 502,25.
- Le fonctionnement est tout a fait satisfaisant : toutes les espérances de rapidité et d’économie que l’on avait conçues ont été réalisées au grand honneur de la Compagnie de l’Ouest et des ingénieurs éminents qui en ont dirigé l’installation, M. Clerc, directeur des travaux et M. Bouissou, ingénieur du matériel fixe de la compagnie.
- Max de Nansouty.
- cède à l’enroulement des quatre fils, couche par couche, en marquant en noir le bout entrant, comme l’indique la figure 2. Le mieux est de faire cet enroulement sur un tour.
- Lorsque les inducteurs sont montés en série, — c’est le cas de la figure 1, — les quatre fils de chaque noyau sont reliés entre eux en quantité et les deux enroulements ainsi formés montés en tension. L’avantage
- Fig. 2. — Enroulement des inducteurs.
- de ces enroulements distincts est de permettre plusieurs couplages des inducteurs ; si la machine doit toujours être excitée en circuit, il est préférable de
- COMMENT ON PEUT CONSTRUIRE SOI-MÊME
- UNE MACHINE DYNAMO-ÉLECTRIQUE1
- (Suite et fin. Yoy. p. 233.)
- Il nous reste à décrire la construction des inducteurs et à donner les principales dimensions de la machine.
- Inducteurs. — La figure 1 montre le couplage de ces inducteurs en circuit ou en séries, le circuit extérieur étant établi entre a et b. Pour faciliter l’intelligence de l’enroulement, on n’a représenté qu’une seule couche de fil, mais il y en a huit en pratique, formant quatre circuits distincts, ainsi que le montre la figure 2, et pouvant se coupler entre eux de différentes façons, comme nous l’indiquerons tout à l’heure.
- Voici comment on effectue l’enroulement de ces quatre couches de fil. Les parties à garnir de
- Fig. 1.—. Couplage des inducteurs. fil Sont recouvertes
- d’une toile de coton que l’on colle à l’aide de vernis à la gomme-laque ; les épaulements sont garnis d’un morceau de cuir ou de minces feuilles de vulcanite ou de fibre vulcanisée, pour assurer un bon isolement entre les noyaux de fer et l’excitation. Puis on pro-
- 1 Yoy. n° 745, du 10 septembre 1887, p. 255.
- r--3,2 -
- (Les dimensions sonl exprimées en centimètres.)
- n’employer qu’un seul fil de section quadruple et formant seulement quatre couches.
- Lorsque les inducteurs sont ainsi enroulés et reliés conformément à la figure l, les balais sont ajustés de façon qu’ils viennent toucher le conducteur sur un diamètre sensiblement vertical, avec une légère avance dans le sens de la rotation; cette rotation doit être de sens tel que le collecteur exerce une traction sur les balais, et ne les prenne pas à rebrousse-poil. On met alors la machine en marche et l’on établit pendant un instant un court-circuit entre les bornes extérieures. Si, à la rupture de ce circuit, on aperçoit une étincelle, c’est que le magnétisme rémanent est suffisant pour produire l’amorçage, et il
- * .4
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- n’y a plus alors qu’à parfaire rajustement des balais, en les plaçant aux points où les étincelles sont le plus faibles possible. Si l’amorçage ne se produit pas, il laut le provoquer en reliant pendant quelques instants la machine avec une batterie de 4 ou 5 éléments Runsen. Les croquis ci-joints (fig. 5 et 4) et le tableau qui termine cet article permettent de compléter la construction de l’appareil en donnant les formes et dimensions des principales parties.
- Nous avons dit que les quatre fils distincts enroulés sur chacune des branches des inducteurs permettent de faire varier les couplages. On peut en réaliser un grand nombre, mais le plus intéressant et le plus utile est celui qui permet d’exciter la machine en dérivation (shunt-dynamo) pour la charge des accumulateurs. A cet effet, les quatre fils sont reliés en
- Fig. 4. — Disposition des supports de l’arhre et des porte-balais.
- tension, c’est-à-dire que le bout sortant de chaque bobine est relié au bout entrant de la bobine suivante. Les 8 bobines sont ainsi en tension. Il faut avoir soin d’intercaler une résistance dans le circuit de l’excitation pour éviter que les bobines ne soient traversées par un courant trop intense. Cette résistance additionnelle se détermine par l’expérience. Elle doit être d’environ 20 ohms. D’autres combinaisons de l’excitation s’indiquent d’elles-mêmes, mais les deux que nous venons d’indiquer sont les seules qui présentent un véritable intérêt pratique pour une machine d’aussi petites dimensions.
- La résistance des inducteurs avec les quatre fils en dérivation est de 0,085 ohm ; elle est de 14 ohms avec tous les llls en tension. La résistance de l’armateur est de 1,8 ohm. La machine bien construite doit donner 10 ampères et 60 volts à sa vitesse normale de 2200 tours par minute.
- Nous terminons cette notice en donnant le tableau des principales dimensions de la machine.
- INDUCTEURS
- Hauteur des inducteurs.......... 55 ,ÿ centimètres.
- Longueur des noyaux............. 17,5 — *
- Largeur......................... 14 — *
- Epaisseur....................... 4 — *
- Hauteur des pièces polaires.... 11,5 — *
- Largeur........................... 17,2 — y
- Epaisseur. ......................... 7,6 — >
- Diamètre de la cavité des pièces
- polaires......................... 9,2 — v
- Epaisseur de la culasse des induc-
- teurs. 4,4 centimètres
- Diamètre des boulons de la culasse. 1,5 —
- Diamètre du iil sur les inducteurs. Nombre de fils parallèles sur chaque 0,1 —
- noyau Nombre total de couches de fil sur 4
- chaque novau ,8
- Nombre de couches de chaque fil. 2
- Poids de fil sur les inducteurs.. . INDUIT 5,4 kilogrammes.
- Longueur de l’arbre. ...... 45 centimètres
- Diamètre 1,5 —
- Diamètre des trous des coussinets. Longueur entre les faces parallèles 1,25 —
- de l'armature Diamètre extérieur des disques de 16.8 —
- l’armature Diamètre intérieur des disques de 7,5 —
- l’armature 4,7 —
- Epaisseur des disques 0,4 —
- Nombre des disques 59
- Diamètre du noyau en bois. . . . Longueur du noyau en bois et de 4,7 centimètres.
- la bobine Nombre des bobines et des touches 16,8 —
- du collecteur 24
- Longueur du commutateur. . . . 5 centimètres.
- Largeur des balais 2 —
- Diamètre du fil sur l’armature. . . Longueur (approchée) du fil de cha- 0,08 —
- que bobine 760 —
- Nombre de spires sur chaquecouche. 8
- Nombre de couches 2
- Nombre total de spires par bobine. Nombre de bobines dans chacune 16
- des 24 divisions de l’armature. . 2
- Diamètre extérieur de l’armature. . 8,5 centimètres.
- Poids du fil sur l’armature. . . . 1 kilogramme.
- Diamètre de la poulie 8,7 centimètres.
- Largeur 6,2 —
- Largeur de la courroie 5 —
- Ces indications complètent les détails de construction que nous avons indiqués.
- X..., ingénieur.
- LES BOUQUETS
- Le goût des fleurs s’est beaucoup répandu chez nous; leur présence est devenue presque indispensable dans les habitations, tant elles leur donnent de fraîcheur et de vie. Comme tout ce qui nous touche, de près ou de loin, les fleurs, elles aussi, n’ont pas échappé à la mode.‘Hier on préférait les plantes à feuillage ; aujourd’hui les plantes fleuries et les bouquets tiennent le haut du pavé. Il y a peu de temps le caoutchouc était la plante obligatoire ; il est remplacé par les palmiers et les suaves orchidées que quelque plante nouvelle détrônera à son tour.
- Mais le choix des fleurs peut changer, la mode capricieuse peut leur imposer tel ou tel arrangement, il n’est pas moins certain que les plantes ont
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- définitivement pris droit de cité chez nous, qu'elles font partie désormais de tout ameublement, aussi bien du salon le plus somptueux que de la chambre la [dus modeste.
- Il faut donc compter avec elles, et c’est là un compte charmant <pie l’on a à faire, car tout n’est que plaisir et agrément dans les relations que l’on peut avoir avec les fleurs aimables; que saurait-on leur reprocher, en elfet ? Rien assurément, si ce n’est peut-être leur trop courte durée. Mais est-ce là véritablement un défaut et notre nature inconstante s’accommoderait-elle aisément de fleurs qui ne faneraient jamais ? Je ne le crois pas, car s’il en était ainsi, pourquoi refuserions - nous , si justement d’ailleurs, toute espèce de crédit aux fleurs artificielles qui cependant sont souvent fort bien faites?
- C’est que nous préférons à ces images immuables les fleurs qui vivent, auxquelles chaque jour apporte son changement, chez lesquelles nous attendons à tout moment une éclosion nouvelle et qui nous quittent avant de nous avoir lassés.
- Les bouquets, disions-nous, sont à la mode ; bâtons - nous d’en parler de crainte (jue le goût ne change.
- Le bouquet subit chez nous, en ce moment, une modification profonde. 11 était compact et lourd ; il devient élégant et léger.
- Qui ne se souvient des anciens bouquets, (pie l’on retrouve d’ailleurs encore en province et même chez certaines bouquetières attardées (fig. 1). Seules les fleurs régulières, plates, compactes, étaient admises
- à y figurer. Les dahlias, les reines-marguerites, poulies bouquets communs; les roses et les camélias, pour
- ceux d’un prix plus élevé, étaient les fleurs les plus recherchées. Chacune d’elles était montée, comme disent les horticulteurs, c’est-à-dire que l’on supprimait complètement la tige qui les porte et qu’on la remplaçait par une baguette implantée dans la fleur et retenue suivant le cas par des fils de coton ou des fils de fer légers que Ton passait à travers les [létales. Puis un fil de fer rigide était lié en mêm-temps que la baguette-support contre laquelle on fixait quelques feuilles. C’est ainsi (pie sont encore préparées les fleurs destinées à faire les couronnes.
- Une fleur ainsi montée peut se placer dans un bouquet et y conserver la position que l’on veut lui donner, le fil de fer rigide permettant de l’incliner et de la maintenir suivant la disposition voulue. C’est avec ces fleurs que l'on faisait les bouquets plats ou légèrement surélevés au centre. Dans cette disposition aucune fleur ne ressort à sa valeur; sa légèreté, sa grâce, de son port, tout disparaît. Aussi le bon goût a fait justice de cette disposition indigne d’une nation où le sentiment artistique a atteint le degré élevé que nous lui connaissons en France. Laissons ces arrangements aux peuples qui s’inquiètent peu des règles de l’esthétique, aux Allemands, par exemple, qui non seulement font des bouquets plats, mais qui par surcroît de bon goût leur donnent la forme carrée.
- Autant l’ancien bouquet était lourd, autant le-bou-
- Fig. 1. — L'ancien bouquet.
- Fig. 2. — Le bouquet moderne.
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- quel moderne tend a devenir léger. Les Heurs qui I montées, on leur laisse leur tige naturelle, ce qui doivent le composer ne sont plut complètement j assure leur conservation (fig. 2).
- Fig. 3. — Bouquet japonais en gerbe.
- Fig. i. — Branche de Heur dans une potiche du Japon.
- On leur donne l’as- \ pect d’une gerbe dans laquelle les Heurs alternant avec des rameaux de feuillage léger ressortent à leur véritable valeur. 11 est dresser soi-mème de ces gerbes et il suffit de peu d’exercice pour arriver à de très bons résultats.
- On obtient de beaux bouquets en employant des Heurs polychromes mélangées dans des proportions à peu près égales ; cependant les grands bouquets laits de deux couleurs seulement ou bien d’une même espèce de plante représentée par toutes ses variétés aux tons divers, sont d’un effet plus saisissant.
- Au printemps les gerbes de pivoines blanches avec ces grands pavots d’Orient aux tons chauds ; en hiver le lilas blanc mélangé à des rameaux de poincettia aux rouges
- bradées, font un effet très agréable bien qu’un peu tapageur ; par contre , quoi de plus charmant et de plus discret qu’un bouquet de roses coupées avec de longues tiges et chez lesquelles les couleurs les plus diverses s’allient agréablement, ou bien encore a l’automne ces grandes gerbes de chrysanthèmes aux nuances anciennes et douces ?
- L’arrangement de ces Heurs diverses est aisé. 11 convient, après avoir choisi un vase à ouverture plus ou moins large, suivant l’importance que l’on veut donner au bouquet, d’y pla cer une à une chacune des branches qui doit les composer. Les branches les plus rameuses seront placées les premières de façon à faire un fond, puis, après 'avoir effeuillé le bas de chaque rameau, on le pique çà et
- Fig. 5. — Dame japonaise avec sau bouquet de branches de prunier. ( D’après uqe photographie.,)
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- là dans le vase où il se trouve soutenu par les premiers rameaux que l’on y a déposés. En ayant soin de répartir également les diverses nuances et de mettre au bord les rameaux les moins élevés, on obtient facilement un bouquet léger et gracieux (fig. 2).
- S’agit-il de Faire un bouquet qui doit être transporté, il devient utile alors de fixer solidement chaque tige. On prend d’abord deux ou trois rameaux vigoureux que l’on relie ensemble par un fil, puis on ajoute successivement des branches lleuries en les entremêlant de Feuillage afin d’éviter que les Fleurs ne se touchent et qu’en se comprimant elles ne perdent de leur élégance. 11 est utile d’effeuiller le bas de chaque rameau et au contraire de garnir de branches fouillées le milieu du bouquet. En ayant soin de passer constamment quelques tours de fil pour bien consolider le tout et en appliquant ce lien dans le bas des rameaux, on empêche les fleurs de se serrer les unes contre les autres.
- Les anciens bouquets comportaient forcément soit une bordure de leuillage, soit quelques feuilles de papier blanc formant comme un grand cornet. Les gerbes modernes ne sauraient s’accommoder d’une semblable disposition.
- Ce genre d’arrangement des fleurs coupées est depuis longtemps adopté parles Japonais (fig. 3). Les bouquets sont très en honneur au Japon et les hommes eux-mêmes ne dédaignent pas de s’en occuper. 11 y existe même des professeurs de bouquets qui viennent à domicile donner fies leçons de leur art et dresser des gerbes qui par leur disposition ressemblent à celles dont nous venons de parler.
- Souvent ils ne mettent dans un vase qu’une seule branche retenue dans la large ouverture de la potiche au moyen de deux petits bâtons placés transversalement entre lesquelles la branche est emprisonnée (fig. 4). Puis, pour donner au tout une forme élégante, ils courbent les moindres rameaux, les cassent même partiellement et leur imposent ainsi cet aspect anguleux et bizarre que nous voyons reproduit dans leurs dessins de plantes.
- Sans imiter absolument les Japonais, nous adoptons des dispositions analogues. Une seule hampe d’orchidée mise dans un vase de cristal avec quelques frondes de capillaire produit un effet ravissant.
- Les Japonais sont de trop grands admirateurs de la nature qui les a dotés d’ailleurs d’un pays pittoresque au delà de toute imagination, pour ne pas aimer toutes les fleurs ; cependant ils ont quelques prédilections marquées. Les lis, les pivoines, les chrysanthèmes jouissent d’une grande faveur; mais il n’est peut-être pas de plante qu’ils chérissent autant que leurs admirables cerisiers et pruniers à lleurs doubles. Ils les représentent dans tous leurs dessins et se rendent en loulc au printemps dans île vastes jardins où ils sont spécialement cultivés. Ils en font de grands bouquets dans des potiches posées par terre (fig. 5) et dépassent parfois la hauteur d’un homme.
- En même temps que le goût îles (leurs se répand
- chez nous, nous comprenons chaque jour davantage que toutes les lleurs ont leur beauté. Aussi à mesure que le commerce des fleurs s’accroît à Paris, voyons-nous apparaître à tout moment fies espèces nouvelles ou simplement d’anciennes lleurs que la mode dédaignait autrefois. Ce n’est pas sans une véritable satisfaction que l’on doit assister à cette vulgarisation fie l’art lloral qui répand chez nous le goût des beautés de la nature. Jean Dïbowski.
- CHRONIQUE
- E,e dispensaire Giffard. — On n'a pas oublié que par clause spéciale de son testament, M. Henry Giffard a laissé une somme de trois cent mille francs, destinée à une fondation médicale dont M. le docteur Darin déterminerait la nature, et dont il serait le premier directeur. Après de longues et sérieuses négociations, l’administration a consenti à la délivrance du legs qui sera consacré à la fondation d’un dispensaire Giffard, situé boulevard des Capucines, dans le but d’organiser le traitement des maladies cancéreuses par la voie de l’électrolyse.. Les travaux d’installation sont poussés avec ardeur, et nous serons bientôt à même d’annoncer l'ouverture d’une des plus utiles fondations dues aux libéralités de l’illustre ingénieur. M. Giffard avait laissé une somme de 50000 francs à l’Acadégiie des sciences, qui emploie les arrérages en secours donnés aux savants dignes de l’intérêt de l’Académie. La Société des Amis des sciences a reçu un legs de même valeur qui a été grossir les fonds réservés au soulagement des familles des inventeurs pauvres. La Société des Ingénieurs civils qui se trouvait dans le même cas, a ouvert un concours dans le but de faire rédiger un Eloge de Giffard, auquel elle a consacré les intérêts acquis depuis le jour, où elle a formé la demande en délivrance du legs jusqu’à celui de la mise en possession. La Société d'encouragement a eu aussi pour sa part un legs de 50000 francs. L’Etat a depuis longtemps accepté la donation qui le constituait légataire universel. Nous n’avons point appris que l’administration supérieure ait encore pris une décision dans le but d’employer au bien des sciences, comme le testateur en a exprimé le désir, le bloc de la fortune, qui s’élève à 4 ou 5 millions.
- Collection» scientifiques de» îles Canaries. — Le docteur Verneau, de retour de son second voyage dans l’archipel canarien, a exposé, au Laboratoire d’anthropologie du Muséum, les collections qu’il a recueillies dans ces dernières années. La Nature a publié plusieurs articles de ce voyageur qui a exposé succinctement les résultats anthropologiques de sa première Mission. Il lui restait à explorer les îles du nord et de l’est : le succès a pleinement couronné ses efforts. Les fouilles qu’il a pratiquées, de 1884 à 1887, lui ont fourni une grande quantité de squelettes, de crânes, de bassins, etc., des anciens habitants des Canaries. L’industrie de ces populations primitives est, largement représentée dans les collections rapportées par M. Verneau, et les innombrables dessins qu’il a exécutés, fournissent de précieux renseignements sur les mœurs, les coutumes, la civilisation des anciens Canariens. Les documents qu’il possède aujourd’hui sont assurément suffisants pour lui permettre d’écrire une histoire complète des races qui vivaient dans ces iles avant l’arrivée des Européens, Le voyageur n’a pas négligé les autres branches de l’histoire naturelle;
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- ses collections d'animaux inférieurs, de roches, etc., attirent vivement l’attention des spécialistes.
- Une orchidée rare. — Dans le numéro 062 de La Nature, du 6 février 1886 (p. 148), nous avons publié une gravure du Yanda Lowi, plante qui avait fleuri dans les serres de Ferrières dans le courant de l’année 1885. Cette magnifique Orchidée, qui ne fleurit que tous les deux ans, est merveilleuse encore cette année au moment où nous écrivons (octobre). La plante est considérablement enforcie depuis deux ans, elle a maintenant 2 mètres de haut, 1 70 feuilles en parfait état; elle se compose de trois tiges principales ayant chacune réciproquement 4, 4 et 5 pousses de côté. Les tiges florales sont au nombre de 26, avec une longueur moyenne de 2 mètres. Le nombre total des fleurs est de 650. Rappelons que cette plante avait eu, en 1880, 2 tiges à fleurs; en 1885, 11 tiges et 280 fleurs; en 1885, 17 tiges et 450 fleurs; et enfin en 1887, 26 tiges et 650 fleurs. Si elle continue à pousser de la sorte, nous nous demandons à quel nombre de tiges et de fleurs elle pourra bien arriver. Les amateurs anglais l’estiment actuellement de 12000 à 15000 francs. Inutile de dire qu’on n’en connaît pas de cette force et de cette beauté. Ernest Bergman.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 octob. 1887.— Présidence de M. Hervé Mangûn.
- Le prochain Congrès géodésique. — ^L’Association géodésique internationale est composée, comme on sait, d’officiers-qui ont à chaque instant à se servir de cartes, et de géodésistes qui ont pour mission de les établir; quelques astronomes aussi en font partie. Tous les ans, il y a un Congrès dans une des capitales de l’Europe ; et l’an dernier, c’est à Berlin qu’a eu lieu la réunion. Il a été décidé alors qu’en 1887 on se retrouverait à Nice, dans cetobservatoire dû aux libéralités de M. Bischoffsheim et qui est incomparablement le plus bel observatoire de toute l’Europe, puisqu’il renferme toute une série d’instruments exceptionnels. Telle est, par exemple, la grande lunette méridienne des frères Henry, et la coupole mobile qui la recouvre, construite par M. Eiffel, et qui a 2 mètres de plus que la coupole du Panthéon. Comme membres de l’Association, MM. Paye, le général Perrier et Tisserand invitent de la part de M. Bischoffsheim les membres de l’Académie à prendre part aux séances du Congrès et aux fêtes scientifiques qui les accompagneront et qui commenceront le 29 octobre.
- Le carbonate d'aniline. — Jusqu’à présent on avait échoué dans toutes les tentatives de combinaison de l’acide carbonique avec les bases de la série aromatique et spécialement l’aniline. L’insuccès tenait évidemment , à la grande tendance des carbonates dont il s’agit à la dissociation, et l’on devait espérer un résultat meilleur en opérant sous une pression suffisante. C’est ce que vient de faire M. Ditte, professeur à la Faculté des sciences de Caen, en soumettant l’acide carbonique et l’aniline aux pressions réalisables dans l’appareil de M. Cailletet. Le composé résultant est parfaitement cristallisé et susceptible d’une analyse complète. Toutes les autres bases de la série aromatique se sont comportées de même, mais il en a été tout autrement des bases de la série pyridique, et il y a lieu de rechercher la cause de cette différence.
- grandes profondeurs océaniques dont M. Vaillant décrit la structure par l’intermédiaire de M. Alphonse Milne-Edwards. Ce poisson, s’il n’est pas aveugle, n’a du moins que des yeux tout à fait rudimentaires ; et de même que chez maint crustacé on voit des antennes énormes suppléer le sens de la vue, de même chez le Bathypteroïs on voit certains rayons de nageoires acquérir des dimensions et une liberté d’allures qui en font des organes de tact extrêmement délicats. Les nageoires pectorales présentent des rayons écartés les uns des autres à la manière des doigts; le plus élevé d’entre eux acquiert une longueur qui égale au moins celle de l’animal tout entier dont la grosseur est celle d’un hareng. Ce rayon est terminé par deux prolongements portant des pelotes tactiles semblables à celles que M. le docteur Jobert a signalées chez les barbillons. Par une disposition anatomique spéciale, ces grands bras tactiles ordinairement couchés en arrière sur les côtés de l’animal peuvent être rejetés en avant, de façon à le précéder comme deux longues antennes.
- Fossiles africains. —M. le professeur Alphonse Milne-Edwards a bien voulu me communiquer, pour les étudier, des échantillons de calcaire fossilifère qu’il venait de recevoir de M. Cavelier de Cuverville, capitaine de vaisseau, ex-commandant de la division navale de l’Atlantique sud. Ces échantillons qui proviennent de la falaise nord de la baie de Lobito, à petite distance de Saint-Philippe de Benguala, (Angola, côte occidentale d’Afrique), présentent surtout des ammonites et en particulier des spécimens de plusieurs tailles de Schlœhbacliia inflata, Sow. A côté se montre une ammonite tout à fait différente et qu’on doit regarder comme très voisine de celle que Stolizcka, dans son grand ouvrage sur l’Inde, a représenté et qu’il appelle Desmoceras involutus. Je propose de l’inscrire dans les catalogues sous le nom de ü. Cuvervillei. Un autre céphalopode abonde dans le calcaire de Lobito; c’est Hamites virgulatus Brongn., parfaitement identique aux échantillons européens. Enfin on doit mentionner la présence de gastéropodes d’ailleurs difficiles à déterminer spécifiquement et dont le plus fréquent ressemble singulièrement aux Rostcllaria du gault des Ardennes. On aperçoit aussi des traces de lamellibranches de très petite taille. En résumé, la réunion de ces différentes formes fossiles ne laisse aucun doute sur l’âge albien du terrain de Lobito.
- Varia. — La municipalité de Toulouse annonce, pour le 18, l’inauguration de monuments à la mémoire de Trousseau, de Velpeau et de Bretonneau. — La structure et le développement de l’œuf des chitonides occupe M. Gardault. — Notre confrère, M. Boillot, modifie l’expérience de M. Colla don pour lui faire produire des trombes descendantes : les palettes sont mises au fond du vase et la masse d’eau est recouverte d’une couche de vin rouge alcoolisé. — Une éruptiùn solaire est décrite par M. Trouvelot. — M. Mouchot étudie la représentation géométrique des expressions imaginaires. — M. Chevreul raconte ce trait d’intelligence d’une chienne de chasse qui, voulant porter un hérisson à son maître, commença par l’envelopper dans une couche d’herbages. — L’illustre M. llirn veut bien m’adresser en même temps une bro -cliure d’un puissant intérêt et que M. Faye présente avec détails. Elle est intitulée : La thermodynamique et Vélude du travail chez les êtres vivants. On sera frappé des considérations finales qui concernent le travail intellectuel.
- Stanislas Meunier.
- ^ A. _
- Le Bathypteroïs. — 11 s’agit d’un poisson habitant les
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- LA NATURE.
- LE POLYGRÀPHE
- Le petit appareil d’origine américaine qui porte le nom de polygraphe, permet de produire au moyen d’un cercle découpé tout ce que pourrait donner l’outillage d’une boite de compas. L’instrument consiste en une rondelle de laiton convenable-mentajourée(lig.
- 1) ; il remplace la règle, l’équerre, le compas 'a pointes sèches, le compas à courbes,le double décimètre, le rapporteur etlespistolets;un enfant, en l’employant, peut faire très rapidement des dessins géométriques les plus compliqués et les plus variés. Nous reproduisons ci-contre (fig. 2) un certain nombre des dessins obtenus au moyen du polygraphe.
- Cet outil ingénieux, en dehors de son côté récréatif, peut rendre des services aux ingénieurs, aux architectes, aux décorateurs, et aux dessinateurs ; mais nous en avons assez signalé les avantages, arrivons à sa description.
- Le polygraphe est percé d’un trou central au moyen duquel on le fixe sur une planchette avec une épingle ordinaire comme pivot. —
- Trente-six cercles concentriques peuvent être tracés, en insérant la pointe fine d’un crayon dans autant de trous répartis sur deux rayons dont l’un contient les intervalles équidistants de rangs pairs et l’autre ceux de rangs impairs. En se servant de ces trous comme de pivots, l’on peut obtenir des cercles plus grands que le cercle extérieur de l’appareil. Celui-ci a 0m,118 de diamètre. On peut obtenir, en employant le n° 55 comme centre, un cercle de 0m,225 de diamètre.
- Des polygones réguliers de 5, 4, 5, 6, 8, 10, 12 côtés, peuvent être obtenus instantanément en traçant les lignes marquées de ces chiffres et amenant l’une des extrémités de la ligne ainsi marquée sur l’appareil, à l’extrémité de la ligne tracée au
- crayon ; en fai sant ainsi consécutivement pivoter l’appareil, le polygone se trouvera complété.
- Les centres des lignes 5, 4, 5, 8, 10 sont marqués par des traits ; l’un des quarts de la circonférence extérieure est divisé en 90 degrés. De nombreuses courbes et deux cercles sont découpées et distribués dans les endroits de l’appareil non occupés par les lignes précédemment décrites. Cet appareil ..est, paraît-il, en usage dans de nombreuses écoles des États de l’Est de , Amérique du Nord où il jouit d’une grande faveur et sert à l’enseignement de la géométrie et du dessin linéaire. On conçoit que par suite des dispositions de ses découpages fort ingénieusement combinés, il se prête à la formation des rosaces les plus variées, et devient l’objet d’exercices de dessins fort récréatifs pour les enfants et les écoliers.
- Le polygraphe est fabriqué par une Société dont le siège est à Philadelphie. 11 ne nous paraît pas très difficile de confectionner soi-même un instrument analogue pour son usage particulier. Ce nouvel instrument a déjà fait son apparition à Londres, et nous avons lieu de croire qu’il ne tardera pas à être présenté au public parisien, qui lui fera assurément bon accueil. J. A. B.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Fig. 2. — Spécimen des dessins que l’on peut obtenir avec le polygraphe (réduit).
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- N° 751.
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- LÀ TOUR EIFFEL
- Nous avons déjà donné dans La Nature des détails circonstanciés sur le projet d’ensemble de la Tour
- de 500 mètres1 et sur l’exécution de scs fondations2. Aujourd’hui les massifs de fondation ont disparu sous les remblais; seules les énormes assises de pierre de taille qui supportent les quatre pieds de chacune des piles émergent au-dessus du remblai.
- Fig. 1. — Le chantier (le la Tour de 300 mètres au Champ de Mars de Paris. — État des travaux le 10 octobre 1887. (D'après une photographie de M. Jacques Ducom.)
- C’est une première et importante étape de l’exécution chie.
- 11 nous paraît intéressant maintenant de fournir à nos lecteurs quelques renseignements sur l’état d’avancement et sur la marche des travaux métalliques; ils ont été conduits avec une rapidité telle, que le montage, commencé en juillet dernier, est arrivé à ce jour à plus de 50 mètres de hauteur pour chacune des quatre piles, et que plus de 1450000 kilogrammes de fer sont déjà mis en place.
- Rappelons d’abord que la plus grande inclinaison de chaque pile par rapport à l’horizontale se produit dans le sens de la diagonale de la base de la Tour.
- 45e année. — 2e semestre.
- Cette inclinaison est de 54°, ce qui veut dire que le porte-à-faux total ou surplombe--ment résultant de cette inclinaison sera de 50 mètres pour la partie de chaque pile comprise entre le sol et le premier étage. La difficulté du montage résulte de ce porte- à - faux, puisqu’il faut tenir en équilibre stable les masses considérables inclinées qui constituent chaque pied.
- Nos lecteurs se souviendront que chaque pile est composée de quatre montants ou arêtiers espacés en carré de 15 mètres et réunis par des entretoises et des treillis de manière à constituer un ensemble
- 1 Yoy. n° 600, du 29 novembre 1884, p. 401.
- 2 Yoy. n° 750, du 28 mai 1887, p. 40 >.
- Fig. 2. — Un des quaire montants (l’une pile de la Tour de 300 mètres. (D’après une photographie.)
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- prismatique h hase quadrangulaire. Chaque montant d’angle s’appuie sur son socle en maçonnerie par l’intermédiaire d’un appui, fonte et acier, composé de la façon suivante : d’abord une pièce inférieure en fonte pesant 5500 kilogrammes, dont le large patin inférieur repose sur l’assise inclinée delà fondation. Cette pièce est évidée; une de ses parois latérales est percée d’une ouverture destinée à l’introduction d’un cylindre de presse hydraulique de 800 tonnes de puissance dont nous dirons plus loin l’usage.
- Cet appui en fonte reçoit à sa partie supérieure un chapeau en acier fondu, du poids de 2700 kilogrammes, qui pénètre en partie dans l’évidement de la pièce de fonte et qui supporte l'about inférieur du premier tronçon du montant d’angle. La bonne répartition des charges du montant sur la maçonnerie est assurée par l’interposition de ces pièces d’appui. Mais de plus et grâce à la disposition de la pièce d’acier pénétrant dans l’appui en fonte, il sera possible de faire glisser d’une certaine quantité la pièce d’acier dans le sens de l’axe du montant et par conséquent de régler mathématiquement la position définitive de chaque montant rendu ainsi indépendant, dans les limites nécessaires, de l’appui de la fondation.
- C’est ici qu’interviendront les presses de 800 tonnes dont nous avons dit un mot déjà : dans la chambre ménagée dans l’appui, on viendra installer le gros cylindre de la presse, sa base reposant sur l’appui en fonte, sa tète allant actionner le dessous.du chapeau en acier. Lorsque la presse sera en action, ou pourra soulever ce chapeau d’acier qui, guidé par sa pénétration à jeu libre dans l’appui en fonte, soulèvera le montant de pile qu’il supporte. 11 est inutile de dire que les noyons de calage, de réglage, de guidage, sont minutieusement prévus et que par des reprises successives on pourra, si toutefois cela devient nécessaire, produire les variations de hauteur des pieds des montants dans des limites plus que suffisantes pour assurer le réglage rigoureux de toutes les pièces. Rappelons encore que les tirants d’amarrage qui sont ancrés dans chaque massif de fondation traversent la base de l’appui en fonte et viennent saisir, par des armatures puissantes, le pied de chaque montant.
- Les choses étant à ce point, on a installé le chantier de montage en pourvoyant d’abord à la réception et au bardage des fers. Arrivant de l’usine, ils sont reçus au Champ de Mars par une grue roulante qui les décharge, les porte et les dépose au lieu d’approvisionnement et de classement. l)e là, partent quatre voies distinctes se dirigeant chacune vers une des piles de la Tour, et permettant d’amener chaque pièce à l’endroit où les engins de levage auront à la reprendre.
- En définitive, le chantier général de la Tour comprend maintenant quatre chantiers distincts identiques, un pour chaque pile. Ce que nous dirons pour une pile s’applique exactement aux autres piles.
- Les parties inférieures des piles ont pu être mon-
- tées par des moyens assez simples et sans autres appareils quelles bigues munies de treuils de levage. Ces bigues qui ont atteint une hauteur de 22 mètres sont composées de longues pièces de bois assemblées à leur sommet, présentant assez bien la l’orme d’un A majuscule élancé. Un treuil dans lobas, mie poulie à la partie supérieure dans laquelle se retourne la chaîne du treuil qui vient s’accrocher à la pièce à soulever, et l’appareil est constitué.
- Les tronçons de montants, qui sont des morceaux en forme de caissons de 0m,80 de côté et qui pèsent 2500 à 5000 kilogrammes l’un, ont été successivement montés ainsi sur place bout à bout ; le tronçon en montage, aussitôt arrivé à sa position, était réuni au tronçon précédent par des broches, puis par des boulons. Après les caissons des montants, venaient les treillis et les entretoises qui, en réunissant les portions de montants déjà levées, leur donnaient leur réglage de position relative, et en meme temps les consolidaient par la formation d’un tout indéformable.
- Derrière les équipes de monteurs viennent les équipes de riveurs qui substituent aux boulons, placés provisoirement aux joints, des rivets posés à chaud et formant la véritable et définitive liaison des pièces entre elles. Quand l’ensemble ainsi constitué a dépassé la hauteur de 15 mètres, l’emploi des bigues a cessé d’être avantageux et on a dù recourir à l’emploi d’engins mécaniques plus perfectionnés, constitués par des grues spéciales que nous décrirons dans une prochaine notice.
- — A suivre. — G.VSTOX TlSSANDIER.
- LES NOUVEAUX
- APPAREILS FRANÇAIS DE DÉSINFECTION
- (Suite et lin. — Voy. p. 489.)
- Nous représentons aujourd’hui (page 524) le train sanitaire qui a été utilisé, avec un grand succès, au cours de l’épidémie de suette miliaire qui a régné dans le Poitou pendant cet été1. Ce train sanitaire se composait d’une étuve locomobile et d’une chaudière. En réalité, comme le temps pressait, on s’est servi des locomobiles agricoles qu’on a pu trouver ; mais dorénavant on utilisera les locomobiles représentées dans la figure et spécialement construites pour accompagner ces étuves. Nous laissons la parole à M. le professeur Brouardel, dans la communication qu’il a faite à l’Académie de médecine sur ce sujet, dans la séance du 15 septembre dernier3 :
- « 11 ne faut, à la campagne, jamais songer à la désinfection à domicile par 1 acide sulfureux, les paysans n’ayant souvent qu’une seule chambre où les lits de toute la famille sont réunis. Chacun sait que les agglomérations qui composent une meme
- 1 Voy. ii° 740, du 6.août 1887, p. 140.
- - Voy. Bulletin (le VAcademie de médecine.
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- commune sont souvent distantes entre elles et le chef-lieu de la commune de 4 à o kilomètres et plus : c’est le cas ordinaire dans la Vienne, l’Indre, la Haute-Vienne, etc. Trouver un local à désinfection dans le chef-lieu de la commune est déjà difficile, en trouver un dans chacun des hameaux est absolument impossible : les familles qui ont des malades sont donc obligées de transporter au chef-lieu les vêtements, objets de literie à désinfecter et de les venir chercher au bout de vingt-quatre heures; cela n’est pas d’une application aisée.
- « Il est facile de comprendre à quelles difficultés on doit se heurter dans bien des cas ; aussi doit-on souvent, à regret, se contenter de prescrire seulement la lessive et le blanchiment à la chaux, pratique simple, partout acceptée, mais bien insuffisante. Ainsi donc la désinfection à l’acide sulfureux, facile dans les grandes villes comme l’ont appris les épidémies de choléra des dernières années, est souvent malaisée à la campagne. On lui a toujours reproché aussi d’être d’une efficacité douteuse. Nous n’avons pas à examiner cette question ici, mais il est hors de doute que seule la vapeur humide sous pression réalise la désinfection parfaite, et que si ce mode de désinfection pouvait être appliqué dans les campagnes, comme il peut l’être aisément dans les villes, la santé publique serait mieux défendue en cas d’épidémie. Dans les villes on peut toujours installer, à poste fixe, une ou plusieurs étuves de désinfection par la vapeur humide sous pression; dans les campagnes il faut des étuves mobiles, des'étuves volantes. Sur les indications de M. Brouardel, MM. Geneste et Herscher ont résolu le problème de construire ces étuves mobiles en quelques jours, et, grâce à la bonne volonté de M. le Ministre du commerce et de l’industrie, quatre ont pu être mises à la disposition de la mission.
- « M. le Dr Thoinot, qui dirigeait cette mission, a choisi, pour faire l’expérience de ces appareils, deux points où les cas de suette étaient encore nombreux et où les conditions étaient entièrement différentes et devaient permettre d’étudier le fonctionnement du service et des machines sous des faces diverses. Un de ces points était le Dorât, chef-lieu de canton dans la Haute-Vienne (arrondissement de Bellac), localité à population agglomérée et présentant toutes les ressources voulues (eau, emplacement facile, personnel pouvant être mis à la disposition, etc., etc.). L’autre était la commune de Mauvières dans l’Indre, petite commune à population dispersée en plusieurs hameaux.
- « La première étuve fonctionna au Dorât dès le 29 juin; la deuxième à Mauvières le 1er juillet. Un gendarme accompagnait l’étuve dans tous scs déplacements et restait en permanence auprès d’elle pendant les séances de désinfection. L’étuve du Dorât a fonctionné au Dorât le 29 juin, les 1er, 2 et o juillet ; le 50 juin elle a été désinfecter la commune de Darnac. L’étuve de Mauvières a désinfecté d’abord le chef-lieu de cette commune (1er juillet); le lende-
- main, 2 juillet, on la conduisait dans un petit hameau de quelques feux, dépendant de la commune de Mauvières, le hameau des Poulets; toutes les pièces de literie, tous les vêtements des malades de cette petite localité, qui avait été un foyer de suette surtout infantile, furent, sans exception, désinfectés. Le 4 juillet, l’étuve alla à Concremiers, commune distante de 4 à 5 kilomètres et y acheva la désinfection qui avait été jusque-là faite par les moyens ordinaires.
- « L’épidémie était presque partout en décroissance à cette époque; nous jugeâmes que l’épreuve des étuves était suffisante.
- « Nous pouvons hardiment avancer ceci : .pour l’application de la désinfection dans les campagnes, l'étuve mobile est ce que nous connaissons de plus pratique; facilement maniable, elle peut se rendre dans les plus petits hameaux et par les routes les plus difficiles. Elle n’inspire aucune défiance aux paysans. Les premières répugnances sont facilement vaincues et chacun, voyant que les objets sortent sans aucune détérioration de l’étuve, se hâte bientôt d’y porter tout ce qu’il possède de linge et d’objets souillés à la maison. Ajoutons encore que la désinfection se fait en un quart d’heure; qu’elle prive donc fort peu de temps le paysan de ses affaires, avantage très apprécié ; et qu’enfin une journée bien employée suffit pour désinfecter entièrement une petite agglomération. En somme, véritablement efficace et peut-être seule efficace, la désinfection par l’étuve mobile à vapeur humide sous pression est la seule qui puisse partout et toujours se réaliser. Nous la croyons appelée à rendre les plus grands services dans l’avenir. »
- L’étuve locomobile, sur laquelle M. le professeur Brouardel s’exprime dans les termes qu’on vient de lire, se compose d’un corps cylindrique de lm,10 de diamètre intérieur et de lm,50 de longueur, fermé à l’avant par un fond et à l’arrière par une porte à fermeture hermétique. Ce corps .cylindrique, qui constitue la chambre à épuration, est monté sur roues et muni de brancards, de façon à pouvoir être traîné facilement par un cheval ou par un mulet. Le corps cylindrique est en tôle rivée; il est recouvert extérieurement d’une enveloppe isolante en bois. Le fond et la porte sont en tôle emboutie. Les bords de la porte sont redressés de façon à pénétrer dans une feuillure du corps cylindrique; cette feuillure est formée par un cercle en tôle rivé sur le bord du cylindre, avec interposition d’un fer carré, et dans le fond de cette feuillure est logée une garniture en caoutchouc souple. Sur cette porte sont rivées des fourchettes en fer forgé recevant les écrous de boulons à charnières fixés sur le cylindre. On serre énergiquement les écrous, et les bords de la porte, venant comprimer la garniture en caoutchouc, rendent la fermeture hermétique. Une charnière soutient cette porte qui est, en outre, munie d’une poignée venant glisser, quand on ferme l’étuve, sur un plan incliné fixé au cylindre.
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- La vapeur arrive a l’étuve paruu tuyau en caoutchouc, à raccord fileté, dans une boîte de séparation en fonte, en communication directe avec l’intérieur de l’étuve. Un robinet permet de régler l’arrivée de vapeur dans cette boite qui comporte en outre une soupape de sûreté, un manomètre et un petit robinet pour la purge de l’eau provenant de la condensation de la vapeur. A l’intérieur de l’étuve, l’arrivée de la vapeur est masquée par un vaste écran en cuivre étamé qui double la partie supérieure du corps cylindrique et préserve les objets en traitement dans l’étuve des gouttelettes d’eau de condensation; celles-ci retombent donc de part et d’autre de l’écran, suivent les parois du corps cylindrique
- et se réunissent au point bas d’où elles sont évacuées par un robinet placé à l’arrière.
- Les parois sont recouvertes intérieurement d’une garniture en bois qui empêche le contact des objets à désinfecter avec le métal, et des claies mobiles permettent d’étager ces objets. Le robinet de purge d’eau du corps cylindrique sert en même temps pour évacuer au dehors l’air ou la vapeur contenus dans l’appareil.
- L’étuve repose sur un essieu par l’intermédiaire de deux cornières rivées longitudinalement sur le corps cylindrique. L’essieu est coudé et prend appui sur deux roues en bois de lm,40 de diamètre. Les brancards sont fixés sur les cornières. L’appareil
- Train sanitaire (le désinfection. — Étuve looomobile et sa chaudière, pendant l’épidémie de suette miliaire en Poitou.
- comprend, en outre, un siège avec marchepied, un frein et des chambrières à l’avant et à l’arrière, pour le maintenir horizontal quand il n’est pas attelé.
- La chaudière locomobile qui alimente cette étuve est une chaudière verticale montée sur un train à quatre roues; la porte du foyer est facilement accessible. La chaudière est garnie d’une enveloppe isolante en bois, elle comporte comme accessoires un niveau d’eau a tube de verre, deux robinets indicateurs de niveau d’eau, un. manomètre métallique, deux soupapes de sûreté a ressort, un robinet de prise de vapeur avec tube en caoutchouc se raccordant avec celui de l’étuve, un tampon autoclave pour le nettoyage, un cendrier et une cheminée. A l’arrière du train se trouvent deux réservoirs cylin-
- driques à eau communiquant entre eux et destinés à alimenter la chaudière au moyen d’un injecteur; au-dessous de ces réservoirs une caisse a combustible. A l’avant du train, est disposé un siège dont le coffre sert de caisse a outils et à objets divers. Cette voiture est également munie d’un siège avec marchepied, et d’un frein.
- En même temps que ces étuves étaient envoyées dans les localités envahies par l’épidémie, une Instruction sur la conduite de Voperation était remise aux agents chargés de les faire lonctionner; cette Instruction était revêtue de la signature et de l’approbation de.M. le professeur Brouardel.
- l)r Z...
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- LES VESTIGES PRÉHISTORIQUES
- DANS L’ISTHME DE PANAMA
- Habitant l’isthme de Panama depuis plusieurs années, j’ai eu l’occasion d'éludier de curieux ves-
- tiges préhistoriques consistant en pierres gravées, qu’il m’a paru intéressant de faire connaître.
- 11 ne s’agit pas ici de monuments proprement dits, ce mot impliquant l’idée de constructions; je n’ai rencontré jusqu’à présent que des mégalithes non édifiés. Ce sont de gros blocs de trachyte por-
- Fig. 1. 2, 3 et l. — Spécimens des blocs de pierres graves de l'isthme de Panama. (Croquis de l’auteur )
- tant des gravures et semés irrégulièrement, à flanc de coteau, sur les nombreuses ondulations du terrain, dans la vallée de l’Obispo, sur le territoire de la section d’Empérador. Blocs erratiques? C’est peu probable, malgré leur apparence moutonnée mais non striée. Ce seraient plutôt des noyaux ayant ré-
- sisté à l’action décomposante de l’atmosphère et des eaux, action destructive dont on rencontre à chaque pas des preuves : effritement des roches, kaolinisation, etc., etc.
- Leur aspect moutonné tient à l’altération superficielle de la pierre qui s’écaille par lamelles sous
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- LA NATURE.
- l’action des pluies diluviennes de l’hivernage et des chaleurs torrides de la saison sèche. Il faut joindre à ces deux causes principales, les incendies répétés de la broussaille dans ce pays où l’incendie est, à peu près, le seul moyen de défrichement employé.
- Quelques-uns de ces blocs sont entièrement détachés du sol où ils reposent à moitié ensevelis dans l’humus et le détritus de la roche mère. D’autres, au contraire, et ceci confirmerait l’opinion émise ci-dessus touchant leur origine, tiennent encore aux couches rocheuses sous-jacentes par une sorte de pédicule, noyé également dans le terrain ameubli.
- Les uns (lig. 1) portent des cupules nombreuses entourées de cercles concentriques offrant parfois une apparence d’orientation ainsi constituée.
- L’autre groupe de pierres situé plus à l’est et sur le versant sud-ouest d’un mamelon, se compose, ou plutôt se composait de quatre blocs. Ils sont aujourd’hui recouverts par les remblais. Le premier de ces blocs cubant environ 2 mètres, portait, sur sa face supérieure arrondie, une série de figures, de masques plutôt, irrégulièrement distribués, de toutes dimensions et munis de rudiments de cornes (lig. 2). Un autre, un peu plus petit, ovoïde, porte un seul de ces masques profondément gravé (lig. 5). Un troisième offrait une sorte d’échelle graduée de 16 divisions (fig. 4). Le dernier enfin, encore plus petit, outre deux boucles ou crosses très frustes, porte vers la partie inférieure de sa face latérale, une sorte de cartouche horizontal, arrondi aux deux extrémités et renfermant huit traits de division.
- Quelle est la signification de ces gravures? C’est ce que je ne me charge pas d’expliquer. Je remarque seulement l’analogie complète présentée par les dessins des premiers blocs, cupules et cercles, avec les mégalithes à gravures des autres pays, la pierre à cupules de Baken-hill entre autres, et celle de Locmariaker, dolmen des Pierres plates, de même que ces cartouches, ces boucles et ces échelles graduées rappellent les signes analogues de certains dolmens de Bretagne. Je citerai, en particulier, celui de Mané-Kérioned, près de Plou-harnel.
- Quelle est la date de ces monuments? Ici tout moyen d’appréciation chronologique nous manque. Ils sont apparemment contemporains des produits de l’àge de la pierre polie trouvés dans le voisinage; éclats de silex et de quartzite, haches en dolérite de la forme classique des Celtes ou à tranchant demi-circulaire, etc. Mais comme nous ne savons pas à quelle époque rapporter cet âge de la pierre polie dans l’isthme, la question n’est pas tranchée.
- On peut cependant affirmer, sans trop de témérité, que cet art rudimentaire est de beaucoup antérieur à l’époque où s’élevaient les merveilleux édifices du Yucatan et du Mexique. Nous sommes l'a en présence d’une industrie préhistorique, ne remontant pas, toutefois, plus haut que la lin du quaternaire. Elle appartient tout entière à l’age néolithique, et ses
- produits ont tous été rencontrés dans des alluvions de formation relativement récente, alluvions des anciens déplacements du Chagres à Gorgona, alluvions du Rio-Grande à Mirallores, etc. Peut-être lera-t-on de nouvelles découvertes lorsque l’avancement des travaux du canal aura ouvert plus largement les couches profondes.
- En tous cas l’isthme étant de formation récente, n’a rien fourni jusqu’à présent et ne fournira peut-être jamais rien de bien intéressant au point de vue des études paléontologiques. Il est à remarquer en outre qu’il n’y a jamais eu ici de grandes agglomérations d’habitants, ni de civilisation fixe. L’on ne trouve aucune ruine vraiment ancienne, aucune de ces sépultures si répandues un peu plus au nord ou au sud, au Chériqui ou au Darien, et sui fournissent tous les jours de si curieux spécimens de poteries domestiques ou votives.
- On a trouvé dans les lombes de Chériqui quelques spécimens remarquables de poterie.
- On jugera, par la reproduction que nous donnons d’une photographie (fig. 5), l’élégance de certains types et l’originalité de presque tous.
- Certains échantillons, de forme classique, rappellent étonnamment comme galbe et comme ornementation les produits de l’art antique, les poteries cypriotes, par exemple, dont il existe une si belle collection au Metropolitan-Museum de New-York, et les vases dits étrusques.
- Dr E. Ménard de Saint-Maurice,
- Médecin de la Compagnie du canal de Panama, à Empérador.
- RÉCRÉATION ARITHMÉTIQUE1
- DIVINATION d’un CHIFFRE OMIS DANS LA SOMME OU LA DIFFÉRENCE I)E DEUX NOMBRES INCONNUS, MAIS LIÉS ENTRE EUX PAR UNE CERTAINE RELATION.
- 1° Si, sous un nombre quelconque, A =725586 l’on écrit ce nombre avec ses chiffres renversés....................................B = 685 527
- la différence, positive ou négative11. . . . I)= 58259
- est un multiple de 9.
- Grâce à cette propriété, il est facile, sans connaître les nombres A et B, de deviner un des chiffres de leur différence D, pourvu que l’on connaisse tous les autres chiffres de cette différence, rangés d'ailleurs dans un ordre quelconque, et leur nombre total.
- Ainsi, sachant que D comprend 5 chiffres, et que, sur ces 5 chiffres, on compte un 5, un 9, un 5 et un 8, la preuve ordinaire par 9 fait aussitôt reconnaître que,
- 1 Cette récréation, insérée dans l’appendice de La Nature (n° du 1er octobre 1887), avant donné lieu à quelques observations, nous la reproduisons dans le corps du journal à cause de son intérêt, sous une forme complétée, qui satisfait aux cas particuliers relevés par nos correspondants.
- 2 II faut toujours retrancher le nombre le plus petit du plus grand. La différence sera positive, si dans le nombre A le premier chiffre à gauche* est supérieur au chiffre des unités de ce nombre; elle serait négative dans le cas contraire.
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- LA NATURE.
- :rïl
- pour rendre le nombre D un multiple de 9, il faut que le chiffre inconnu soit un 2.
- Dans le cas où ce chiffre serait un 9 ou un 0, l’oracle de Delphes serait embarrassé et devrait répondre qu’il hésite entre ces deux chiffres.
- 2° Si, au lieu d’opérer sur la différence 1) des nombres A et B, on opérait sur leur somme S, on pourrait renouveler le même exercice, mais avec cette double restriction : que le nombre A, au lieu d’être quelconque, ; aurait un nombre pair de chiffres, et que l’on donnerait dans la somme S le rang exact du chiffre omis.
- Voici la très simple explication de ce nouveau cas :
- Quand on additionne un nombre. . . . A = 725581) ayant, comme dans l’exemple choisi, un nombre pair de chiffres avec le nombre renversé.............................. B = 685 527
- La somme........................... S = 1 408 915
- est un multiple de 11.
- C’est cette propriété qu’on met en œuvre pour une devinette semblable à celle du cas précédent, mais un peu plus compliquée, parce qu’on est généralement moins familiarisé avec la preuve par 11 qu’avec la preuve par 9.
- Dans les multiples de 11, la somme P des chiffres de rang pair égale la somme I des chiffres de rang impair, sauf une différence qui est elle-même un multiple de 11.
- P = I ±m 11
- Dans l’exemple donné, qui correspond au cas le plus fréquent, celui où m = 0, on vérifie que P —1 = 15.
- Au contraire, pour le nombre 909 090919, qui est également un multiple de 11, la somme des chiffres de rang impair égale 45; celle des autres chiffres égale 1, et l’on a :
- P = I —4x11
- Ceci posé, on voit maintenant comment il faut procéder pour deviner un chiffre omis, dont on connaît le rang dans la somme S.
- Si l’on vous donne le total S, sauf un chiffre représenté par un trait ; par exemple :
- 14089—5
- vous calculez mentalement :
- Æ + 8 + 4 = 5-f-9-fl±mll ou x— 1 ±m 11
- m doit être choisi de manière à donner pour x un résultat positif et au plus égal à 9. Il sera donc égal à zéro dans ce cas particulier; d’où l’on déduit x = i.
- Dans le cas du nombre cité plus haut 909090919, si l’on vous donne :
- 9090—0919
- vous calculez de même :
- 9 + 9 + x + 9 + 9=1 11
- ou x~m 11 — 55.
- Le multiple de 11 immédiatement supérieur à 55 étant 44, on en déduit æ=9.
- Avec un peu d’habitude, on résout très vite ces petites équations par le calcul mental, au grand étonnement des personnes qui n’en connaissent pas le mécanisme.
- E. Cheysson.
- LA FABRICATION UES ACCUMULATEURS
- AUX ÉTATS-UNIS
- Pour se former mie opinion sur l’état de développement ou de perfection d’une industrie, il suffît de parcourir les ateliers ou les usines dans lesquels cette industrie s’exerce; on peut alors juger facilement si cette industrie a atteint le point où cfle est dirigée par des règles exactes et une pratique courante, on Lien si elle en est encore aux premiers tâtonnements et aux premières expériences.
- Une visite faite récemment par M. W. J. Jenks, de New-York, aux ateliers de l'Electrical Accumu-lator Company, qui exploite les brevets de notre compatriote, M. Camille Faure, montre que si les accumulateurs sont exploités en Amérique depuis moins de temps qu’en Europe, on rattrape activement le temps perdu, et que leur construction y est entreprise sur une échelle dont nous n’avons aucune idée de ce côté de l’Atlantique.
- L’usine de Newark, dont nous donnons une description d’après The Electrical World, et dont nous reproduisons les parties essentielles d’après des photographies que nous devons à l'obligeance de M. Camille Faure, est certainement l’une des plus importantes fabriques actuelles; elle construit les accumulateurs à oxydes de plomb et à grillages connus en France sous le nom d’accumulateurs F. S. V. (Faure-Sellon-Volckmar).
- Yoici, à grands traits, les principales phases de la fabrication de ces accumulateurs, que nous avons eu plus d’une fois l’occasion de décrire.
- La première opération est la fabrication des grillages en plomb fondu, dans des moules en deux parties qui rappellent assez volontiers les moules à gaufres. Les mouleurs puisent le plomb fondu dans deux cuves de fusion qui peuvent recevoir une tonne de plomb fondu chacune.
- Après le démoulage, les plaques sont dressées, débarrassées des bavures à l’aide d’une machine à raboter, et portées à Vempâtage (fig. 1).
- La pâte, préparée à l’avance, est mise dans les alvéoles et comprimée à la main, à l’aide de fortes spatules; les plaques positives sont empâtées au minium, les plaques négatives avec une litharge spéciale. Après l’empâtage, les plaques sont portées au séchoir, où elles séjournent assez longtemps pour permettre aux matières actives qui garnissent les alvéoles de devenir assez solides et résistantes avant de passer à la formation.
- L’atelier de formation est un vaste hangar rectangulaire de 46 mètres de longueur sur 15 mètres de largeur, dont le sol est occupé par quatre doubles rangées de cuves de formation. Entre chaque rangée de cuves est un système de tuyautage et de siphon de verre permettant d’amener l’eau acidulée et de la retirer à volonté. Dans cet atelier, comme dans tous les autres, est disposé un système de treuils roulants pour permettre le transport facile des plaques et des
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- LA NATURE.
- accumulateurs formes d'une extrémité à l'autre de l’usine.
- Les plaques positives et négatives sont formées séparément. A cet effet, on lait alterner, dans une cuve, une série de plaques positives avec une série de plaques de plomb simples, sans garniture de matière active, et de meme pour les plaques négatives. Les plaques positives demandent une semaine de formation pour se transformer en peroxyde de plomb; les plaques négatives sont réduites à l’état de plomb poreux en deux jours et demi. Lorsque les plaques négatives formées sont retirées du bain de formation, l'hydrogène naissant occlus dans leurs pores se combine avec l'oxygène de l’air et chauffe
- les plaques d'une façon très sensible. Pour empêcher que la température n’atteigne un point dangereux, on lance de temps en temps à leur surface un jet d’eau froide pulvérisée qui les refroidit.
- Le type d’accumulateur le plus fréquemment employé est connu sous la désignation de 15 A. 11 se compose de 15 plaques, dont 8 négatives et 7 positives, de dimensions un peu plus petites que des plaques négatives pour permettre la dilatation qui se produit graduellement sur les plaques positives, à mesure quelles avancent en âge. La résistance intérieure de l’accumulateur est très faible et varie entre un millième et cinq millièmes d’ohm, le débit peut atteindre un chiffre énorme, mais sa valeur
- Fig. 1. — Une fabrique d'accumulateurs électriques, aux États-Unis. L’empâtage des plaques.
- normale est de 55 ampères et la capacité utile, sans baisse sensible, de 550 ampères-heure. Après la formation, les plaques sont garnies, en une douzaine de points, de petits parallélépipèdes en caoutchouc qui ont pour but de maintenir l’écartement des plaques et de faciliter la circulation de l’eau acidulée. Ce travail est effectué à l’aide d’une machine qui remplace une douzaine de gamins nécessaires auparavant pour effectuer cette besogne. Les plaques ainsi terminées sont alors soigneusement examinées, et celles qui ne présentent aucun défaut sont convenablement enchevêtrées et superposées pour constituer l’accumulateur. A cet effet, les queues des plaques de même nom sont soudées au chalumeau sur une grosse bande de plomb. On ne fait usage
- d’aucune soudure, car l’acide, en grimpant attaquerait l’alliage constituant cette soudure et détruirait la communication parfaite entre la queue de la plaque et la bande de plomb. On peint enfin la bande reliant les plaques positives en rouge, la bande reliant les plaques négatives en noir, pour faciliter les couplages, et les accumulateurs sont prêts a être livrés, après avoir été mis dans leurs boîtes en bois doublé de plomb dont la fabrication ne présente rien de bien particulier.
- La formation est faite à l’aide de dix machines électriques actionnées par deux moteurs à vapeur de 100 chevaux chacun. Huit de ces machines tournent jour et nuit; les deux autres sont en réserve.
- Toutes les parties de l’usine ont été appropriées
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- Fig. 2. — Une fabrique d’accumulateurs électriques, aux États-Unis. La salle de formation.
- (D’après une photographie.)
- Fig. 3. — Une fabrique d’accumulateurs électriques, aux États-Unis. Le montage des plaques.
- (D’après une photographie.)
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- en vue de eette fabrication, et l’usine est étudiée pour une fabrication maxima de 500 éléments par semaine, mais il n’est pas exagéré de dire (jue ce chiffre sera bientôt atteint et deviendra même insuffisant en présence des applications chaque jour plus nombreuses que reçoivent les accumulateurs.
- BOURRELETS PNEUMATIQUES
- POUR PORTES ET FEXÈTRES
- A ce moment de l’année, où l’on se prépare pour l’hiver, nous croyons être agréable aux lecteurs de La Nature en leur indiquant la manière de poser eux-mêmes, soit aux portes, soit aux fenêtres de leur appartement, des bourrelets absolument hermétiques. Nous avons imaginé ces bourrelets pour notre usage il y a plus de quinze ans.
- On devra tout d’abord se munir d’un pinceau, d’un flacon de colle forte liquide ou d’un flacon de vernis et d’une pièce de ruban de fil. Le ruban aura 4 centimètres environ de largeur; il sera aussi fin et aussi souple que possible.
- Cela fait-: soit à poser un bourrelet sur le montant vertical d’une porte.
- On voit (fig. 1) 1 une coupe horizontale faite sur les deux montants qui viennent battre l’un contre l’autre.
- La fermeture n’est pas bonne ; c’est là l’hypothèse, et la figure montre le jeu laissé libre entre les montants. Supposons que la salle que l’on veut préserver des vents coulis soit placée du côté A de la porte et que cette dernière se ferme, dans le sens indiqué par la flèche m.
- Il suffira de coller la bande de ruban tout le long de la feuillure B de façon que la moitié environ de sa largeur soit flottante en dehors de la porte. Le vantail C, en se refermant, donne au ruban la forme recourbée ab et l’applique contre le bois. On conçoit que, dans ces conditions, le vent qui tend à pénétrer entre les portes, dans le sens indiqué par la flèche v, a pour effet d’appliquer le ruban d’autant plus énergiquement contre la porte que lui-même a plus de force. De cette façon l’on est d’autant mieux calfeutré que le tirage des cheminées est plus énergique.
- Si l’on veut préserver du courant d’air le côté B de la porte (fig. 2), alors on colle la bande en a'b' sur la feuillure de l’autre battant. Enfin, si l’on a lieu de craindre les courants d’air dans les deux sens v et v' (fig. 5) on colle deux rubans en ab et en a'b' comme l’indique la figure 5. On voit, en somme, que ce ruban agit à la manière du cuir de Brama dans les presses hydrauliques.
- Pour le haut des portes les figures 4, 5 et 6 indiquent
- 1 Sur toutes les figures la lettre a ou à indique la partie collée.
- les dispositions à donner aux bourrelets suivant les hypothèses faites pour la direction des courants d’air.
- Dans le cas de la figure 6 le bourrelet double, ab et a'b', s’oppose à l’introduction de l’air dans les deux sens.
- 4 5 6
- Fig. 1, o et C.
- Le calfeutrage du bas des portes est plus difficile à réaliser.
- Si la porte ouvre du côté d’ou l’on craint l’arrivée de l’air, alors, en collant sur la traverse inférieure de la porte un ruban assez long pour traîner sur le sol, le courant d’air aura pour effet, en venant dans la direction
- 7 8 9
- de la flèche v (fig. 7) d’appliquer la bande de toile sur le parquet et l’obturation sera parfaite ; 'mais l’on conçoit que si le courant se produisait dans le sens de la flèche r', il soulèverait le ruban et passerait dessous.
- On adoptera, pour le bas des portes, l’une quelconque des trois dispositions indiquées figure 7, 8 ou 9 ; celle de la figure 9 est préférable; elle donne un bourrelet invisible, mais elle exige que la porte soit démontée de ses gonds pour coller le ruban.
- Si le courant d’air tend à se produire à l’opposé, c’est-à-dire dans la direction de la flèche v', on peut l’arrêter en clouant le ruban sur le parquet, comme l’indique la
- 10 n 12
- figure 10; mais cette disposition n’est pas à recommander, parce que le ruban est rapidement arraché par les personnes qui passent, et que, de plus, il emmagasine la poussière.
- Il est préférable d’adopter la combinaison suivante.
- On prend un ruban plus large et l’on y pratique (fig. 11), soit à l’emporte-pièce, soit avec des ciseaux, une série de petits trous g,g,<J, de 1 centimètre environ de diamètre disposés sur une moitié seulement de sa largeur.
- Cela fait, le ruban est collé comme l’indique, en coupe, la figure 12, mais en ayant soin que les trous, g', soient placés du côté d’où vient le vent, v.
- Dans ces conditions, le courant d’air s’engouffre dans les trous, g', (fig. 12), il donne au bourrelet la forme d’une poche abc bien gonflée, et qui produit, le plus souvent, un calfeutrage suffisant.
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- ô») i
- La bande de toile doit avoir, dans ce cas, une largeur égale à une fois l’épaisseur de la porte, plus deux fois la hauteur du jeu ; à cela il faut ajouter 2 centimètres environ pour le collage, en admettant qu’il suffise de la coller sur un centimètre de hauteur, de chauue côté a et c. Ainsi, pour un jeu de 2 centimètres, la porte ayant 3 centimètres d’épaisseur, il faudra une bande de finie de 5 + 2 -f 2 -{- 2 = 1) centimètres. Les trous seront percés à 2 centimètres environ du bord; ils seront espacés de 5 en 5 centimètres.
- Les fenêlreb seront calfeutrées de la manière suivante. Faisons remarquer tout d’abord que, pour les fenêtres, le courant d’air est toujours dirigé de l’extérieur vers l’intérieur. 1° Le bas de la fenêtre sera garni comme l’indique la figure 13. Le ruban sera collé en ab sur la
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- a.
- Fig. 15 et 14.
- traverse fixe A. 2° Dans le haut (fig. 14), il le sera comme il a été dit pour les portes. 3° Du côté des charnières on le placera comme l’indique la figure 15, c’est-à-dire collée en ab sur la partie fixe M et recouvrant en partis la gorge n dans laquelle s’engage la partie saillante n' du battant de la fenêtre. 4° Enfin, sur le montant vertical central, à la jonction des deux moitiés de la fenêtre, on
- 15 16
- a y
- Intérieur
- placera le ruban comme l’indique la figure 10. 11 sera collé en a dans l’intérieur de la gorge du battant de droite et l’on aura soin qu’il soit flottant en b, du côté de l’extérieur; de cette façon le courant d’air appliquei'a, en b, cette partie flottante sur le battant de gauche.
- La pose de ces bourrelets pneumatiques est aussi simple que rapide. Elle se fait de la manière suivante. Quand on a bien décidé sur quelle partie de la fenêtre ou de la porte on doit coller le ruban, on commence par laver cette partie au moyen d’une éponge trempée dans de l’eau bien chaude. Sur le bois ainsi chauffé on applique, au pinceau, une couche mince de colle forte ou de vernis, et, immédiatement après, le ruban.
- Il ne faut pas tirer sur ce dernier, ce qui le ferait gauchir et se voiler; il suffit d’exercer sur lui, avec le doigt, une légère pression qui le fait adhérer à la colle. Plus le ruban est mince et souple, plus le calfeutrage est parfait : un ruban de soie serait préférable à un ruban de toile. J, p.
- LA FABRICATION DU LAIT CONCENTRE
- L’opération qu’on fait subir au lait pour le conserver a simplement pour but de lui enlevqr une grande partie de son eau, par des procédés qui n’altèrent pas sa constitution, et comme le ferait, par exemple, l’ébullition dans les conditions ordinaires. En l’additionnant de sucre et en introduisant le produit obtenu dans des vases absolument étanches et scellés hermétiquement, on est parvenu, en Amérique, il y a près de trente ans déjà, à lui conserver ses qualités spéciales, à le rendre transportable sans aucune altération, à des distances quelconques, tout en réduisant considérablement le volume. Une simple addition d’eau peut, au moment de la consommation, ramener le volume primitif. Ce lait concentré a rendu pendant la guerre de Sécession aux États-Unis d’importants services aux troupes en campagne. 11 est entré depuis celte époque dans l’alimentation des marins et des soldats, et au Tonkin, notamment, c’est grâce à lui que les malades atteints de dysenterie et de diarrhée chroniqne ont pu recevoir le seul aliment qu’ils fussent capables de digérer. Aussi le médecin Zuber, enthousiasmé des résultats qu’il en avait obtenus, disait qu’on devrait élever une statue à celui qui avait imaginé le lait concentré.
- L’industrie qui prépare ce produit prend chaque année des proportions plus considérables ; elle a franchi l’Océan, et le petit village de Cham situé sur la Lorze, près de Zug (Suisse), est devenu aujourd’hui le siège d’une usine qui concentre journellement ,1e lait de plus de 8,000 vaches, soit environ 60,000 litres et qui expédie de 15 à 17 millions de boites de lait conservé par an. »
- Cette usine, qui est le principal des sept établissements que possède une puissante Société, commença à fonctionner il y a vingt ans. A celte époque, elle traitait le lait de 2G5 vaches et livrait à la consommation 137,000 boîtes de 435 grammes (livre anglaise) chacune. Le lait est payé aux cultivateurs 12 centimes par litre et la Société se charge de le faire prendre à domicile.
- A l’arrivée à l’usine, le lait est versé directement dans un réservoir muni d’un tamis de soie, destiné à le filtrer et à retenir les impuretés accidentelles. Ce réservoir forme en même temps le plateau de la bascule où tout est pesé a l’arrivage. Une soupape qu’on soulève après chaque pesée laisse s’écouler directement le lait dans de grandes chaudières en cuivre rouge, chauffées vers 35° à la vapeur; on l’additionne alors d’un huitième environ de son poids de sucre de canne. Dès que le sucre est dissous, le liquide se rend automatiquement dans des chaudières à vide, dans lesquelles il subit la concentration à la température de 52°, sous une dépression de 10 centimètres de mercure environ. Dans ces conditions, le lait bout sans que ses éléments constitutifs (graisse, caséine, etc.) subissent la moindre altération. En l’espace de trois heures, chacune des chaudières réduit au tiers de son volume, par élimination de l’eau, 70 ou 80 quintaux de lait sucré. Des chaudières à concentration, ie liquide, qui a la consistance demi-fluide, se rend dans de grands cylindres plongeant dans de l’eau incessamment renouvelée , où il se refroidit rapidement grâce à l’agitation automatique des vases et du liquide lui-même. Dès qu’il est froid, le lait concentré remonte par voie mécanique dans l’atelier, où il est distribué dans les boîtes métalliques, qui sont scellées pour l’expédition L
- 1 Archives médicales de chimie.
- belges et Journal de pharmacie et
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- APPLICATION DES COMBUSTIBLES LIQUIDES
- AU CHAUFFAGE DES CHAUDIÈRES MARINES
- BRULEUR I)E M. G. DIÉTRICH (Suite et lin. — Voy. p. 271.)
- Toutes les observations d’ensemble que nous avons présentées dans notre précédente notice sont presque totalement indépendantes de la nature du brûleur: elles sont donc applicables h celui que nous allons décrire.
- Dans son brûleur ou pulvérisateur, M. G. Iliétricli s’est attaché surtout à obtenir un réglage facile des deux éléments essentiels : naphte et vapeur. C’est là, en effet, un point très important pour utiliser le plus complètement possible toute la puissance calorifique du combustible liquide.
- La figure 1 représente l'appareil en coupe. La vapeur arrive par la tubulure A et trouve une issue autour de la périphérie d’une tuyère D. En s’échappant avec une grande vitesse elle produit l’entraînement du pétrole qui débouche de deux tubulures latérales B (fig. 2), et elle le projette en pluie fine dans le foyer par l’ajutage C (lig. i), aplati près de la sortie en forme d’éventail ouvert horizontalement.
- Le mélange s’entlamme immédiatement au contact des gaz chauds et donne une belle flamme claire longue et large.
- L’air nécessaire à la combustion est aspiré par l’intérieur de la buse H ménagée à l’avant de la tuyère et soutenue par des nervures évidées.
- On voit que le courant de vapeur peut être réglé en approchant ou en éloignant, suivant les besoins, la tuyère I) filetée extérieurement, de l’orifice d’échappement, ce qui s’effectue par la manœuvre du volant F. En second lieu, l’écoulement du pétrole est régularisé d’une manière précise en tournant le volant à main G qui donne 'a l’aiguille O un mouvement de translation dans la tuyère D.
- Dans un premier modèle de cet appareil, M. Dié-trich avait fait l’ajutage C simplement conique et non aplati en bec de canard. Les dispositions d’ensemble sont les mêmes : ces deux appareils sont applicables suivant les cas particuliers dans lesquels on se trouve placé.
- Les facilités de réglage sont très grandes : il est donc possible de faire varier instantanément, ensemble ou séparément, les deux éléments vapeur et pétrole. Dans ces conditions les engorgements sont peu à craindre à l’orifice pétrole où, d’après expériences, l’épaisseur de la lame à pulvériser ne doit pas être inférieure à 1 millimètre.
- On pourrait évidemment faire arriver le pétrole en A et la vapeur en IL Mais une des conclusions des essais que nous avons citées, est que le rendement est meilleur lorsque le jet de vapeur entoure le pétrole. On conçoit, en effet, que parce moyen aucune particule du liquide inflammable ne puisse échapper à la pulvérisation, à l’entrainement, et, par suite, à la combustion. De plus, le jet de pétrole étant complètement entouré par la vapeur on peut en augmenter le débit dans de plus larges limites, ce qui, dans certains cas, peut parer à un engorgement sans
- diminuer beaucoup l’effet utile du brûleur.
- L’appareil est facilement et rapidement démontable : il suffit même d’enlever la buse C pour procéder à un nettoyage partiel. Il semble même que l’on pourrait faire ce nettoyage au tomati q u e -ment en quelque sorte, en renversant de temps à autre et pendant un temps assez court, la marche des deux éléments (pétrole et vapeur) dans le brûleur. Un simple jeu de deux robinets convenablement disposés suffirait pour que, à un moment donné, la vapeur vînt détacher et entraîner d’une façon quelconque les matières résineuses, résidus du pétrole tendant à engorger l’orifice de sortie.
- Quoi qu’il en soit de l’efficacité de ce moyen, l’appareil tel que nous l’avons décrit peut très aisément être appliqué sur tous les générateurs fixes en service dans l’industrie. La figure 2 représente, à titre d’exemple, son installation sur le devant d’un foyer pourvu d'une porte à deux battants. Une boîte métallique, à deux compartiments, isolés par une cloison, est placée sur le côté du foyer et construite avec deux presse-étoupes qui peuvent tourner autour des tuyaux de vapeur et de pétrole. Ceux-ci forment ainsi les pivots de la charnière portant le jeu des pulvérisateurs et du tuyautage.
- C’est ainsi que M. G. Diétrich avait disposé ses
- Fig. 1. — Pulvérisateur Diétrich pour la comlmstion îles huiles minérales.
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- appareils dans une expérience laite sur une chaudière fixe chez M. Corpet. Les résultats ont été satisfaisants et l’expérience a conduit à adopter pour le foyer proprement dit la construction indiquée par la figure 5.
- L’autel est formé d’un étagement de briques réfractaires et la plus grande partie des barreaux de grille est bouchée par une sole en briques. Les quelques barreaux libres permettent la mise en feu de la chaudière et l’accès de l’air a l’intérieur du foyer comme nous l’avons expliqué. Dans ces conditions la combustion est très régulière, le foyer ne ronfle plus et la fumivorité de l’appareil une fois réglée est absolue.
- Dans l’expérience faite sur la Flamboyante, la chaudière n’était munie que d’un appareil et la grille restait couverte d’une couche de charbon en ignition, ayant servi à la mise au feu, c’est-à-dire à obtenir de la vapeur à 1 kilogramme et demi de pression nécessaire pour faire fonctionner le pulvérisateur.
- Cette couche de charbon en ignition très facile à entretenir , sans dépense pour ainsi dire puisqu’elle se consume à.peine, a paru remplacer très avantageusement la chemise en briques réfractaires dont elle remplit plus exactement le but. On a reconnu bon cependant de briser le jet de flammes par quelques briques étagées dans le foyer, à une certaine distance en avant, pour obtenir un mélange aussi intime que possible des gaz comburants.
- , 11 est à remarquer que la mise en feu pour obte-
- nir tout d’abord de la vapeur à 1 kilogramme et demi de pression, est une sujétion dont on pourrait s’affranchir jusqu’à un certain point, en se servant au début de l’opération d’une très petite chaudière de secours. On produirait alors l’allumage dans le
- foyer principal à l’aide d’un tampon de coton, par exemple. Mais, dans la pratique courante, si l’on conserve une grille incandescente, la mise en feu serait peut-être plus simple.
- En quelques minutes, avec un seul appareil, la pression de la chaudière de la Flamboyante monta de 5 à 10 kilogrammes ; et peu de temps (un quart d’heure environ) après le départ du quai, l’appareil était réglé de telle façon qu’il n’y avait pas trace de fumée.
- Cette propriété des brûleurs à combustibles liquides et particulièrement du brûleur 0. Dié-trich, découle naturelle ment de l’emploi d’un jet de vapeur pour l’entraîne ment du pétrole et de nécessaire à la combustion. C’est, en réalité, un fumivore Or-vis transformé et appliqué à un usage spécial.
- Nous devons cependant ajouter que le réglage demande une certaine pratique et même un certain temps à chaque changement de régime dans 1 allure de l’embarcation. Aussi est-il bien préférable de mettre deux et même trois appareils de dimensions appropriées à celles de la chaudière. Le réglage de la température au foyer se fait alors en éteignant un ou deux ou même les trois appareils, suivant que l’on désire
- Fig. 3. — Foyer de chaudière à retour de flamme brûlant des huiles minérales au moyen du pulvérisateur Diétrich.
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- LA NATURE.
- ralentir plus ou moins la marche pour diverses raisons, ou arrêter tout à fait. Comme on n’a pas à toucher aux appareils continuant à fonctionner, on ne les dérègle pas, les tâtonnements nécessaires à un nouveau réglage sont supprimés et la fumivorité reste absolue : c’est un point sur l’importance duquel il est inutile d’insister.
- L’huile employée par M. de Dosme sur son yacht est une huile de shiste provenant de la Comaille près Autun (Paul Rondeleux et Cie). Son prix est assez bas et étant donnée la faible consommation (15 à 20 kilogrammes par heure pour la chaudière du yacht) elle lutte avec avantage avec le charbon que M. de Dosme était autrefois obligé d’employer.
- Comme nous le disions, l’appareil de M. G. I)ié-trich est un des derniers brûleurs créés. Il était bon de le signaler en dessinant dans ses grandes lignes une question qui, d’un jour à l’autre, peut devenir d’une actualité toute particulière.
- M. A. C., ingénieur.
- CHRONIQUE
- I/Empercur du Brésil et l’expérience du pendule de Foueault. — L’empereur du Brésil, accompagné du comte d’Aquila, a visité une seconde fois le pendule Foucault de la tour Saint-Jacques. Sa Majesté a été reçue par M. Chassaing, vice-président du conseil municipal et par MM. Joseph Jaubert et Charles Carré, directeurs du Laboratoire d’études physiques établi dans ce monument. Une conférence qui a paru dans le Spectateur militaire a été faite par M. W. de Fonvielle. L’orateur a expliqué que la démonstration du mouvement de la Terre avait été donnée d’une façon complète par Galilée dans un ouvrage publié en 1632. 11 s’est attaché à montrer que Léon Foucault n’a fait qu’ajouter un chapitre à l’œuvre de Galilée, en démontrant que le pendule donne une nouvelle preuve de l’inertie de la matière, en conservant son plan invariable malgré le mouvement de rotation de la Terre. L’orateur a insisté sur l’importance de ce mode de démonstration populaire qui met en évidence d’une façon brutale le fait le plus saillant de l’astronomie moderne. Il a exprimé le désir que le général Tcheng-Ki-Tong, qui assistait à la conférence, converti aux idées scientifiques de l’Europe, puisse obtenir l’établissement d’un pendule Foucault à Pékin où la majorité des Chinois croient encore à l’immobilité de la Terre. Il a rappelé que l’empereur du Brésil a été le premier souverain à faire répéter les expériences de Paris, et qu’il l’a fait avec un zèle remarquable; car, publiés au mois de février 1881, elles avaient lieu à Rio-de-Janeiro au mois de septembre de la même année. S. M. l’empereur a bien voulu ajouter que les expériences de Rio avaient été faites par M. d’Oliveira, savant Brésilien qui a étudié les mathématiques à Paris; à la suite de ces expériences, Léon Foucault a fait hommage à Sa Majesté d’un gyroscope que l’empereur a conservé dans son cabinet, parmi ses objets les plus précieux, et qui a servi à M. d’Oliveira pour faire la rédaction d’un ouvrage sur le gyroscope. S. M. a promis d’envoyer à Paris un exemplaire de ce livre, et de faire rechercher l’original de la communication relative aux observations du pendule.
- Une turbine de ÎOOO chevaux-vapeur. — Les
- aciéries de Terni ont toutes leurs machines-outils commandées par des moteurs hydrauliques. L’un des moteurs les plus remarquables de l’installation, est la turbine qui commande les laminoirs, construite par MM. Rieter et Cie, de Winterlhur, et dont la puissance est de 1000 chevaux-vapeur. Cette turbine est du système Schwambrug, spécialement adapté aux grandes chutes et aux faibles débits. Dans le cas particulier, la chute utilisable est de 180 mètres, soit une pression de 18 kilogrammes par centimètre carré, et la dépense d’eau de 560 litres par seconde. La puissance utile moyenne est égale à 0,73 de la puissance brute de la chute. La turbine a 2m,8 de diamètre intérieur, fait de 180 à 240 tours par minute et pèse 4300 kilogrammes, soit moins de 5 kilogrammes par cheval. C’est certainement un des moteurs les plus légers actuellement en service.
- Ce que peut rapporter une grande Invention. — Dans son histoire de l’acier, M. J.-S. Jeans nous apprend que l’ensemble des patentes qui garantissent les procédés Bessemer ont rapporté à l’heureux inventeur la somme de 26000000 de francs. Mais ce n’est pas tout. Après l’expiration d’une association de quatorze années, les ateliers qui avaient été souvent agrandis ont été vendus, par contrat privé, pour une somme exactement égale à vingt-quatre fois la valeur du capital entier souscrit, bien que la Société ait distribué en bénéfices, pendant sa durée, cinquante et une fois le capital principal. En résumé, l’exploitation du procédé, en dehors des patentes, a permis aux cinq associés, fondateurs des aciéries de Sheffield, de recevoir, en quatorze ans, une somme égale à quatre-vingt et une fois le capital souscrit, soit 100 pour 100 environ par chaque deux mois, résultat qui n'a probablement pas de précédent dans les annales de l’industrie.
- line pépite monstre. — Le journal Sydney Mor-ning Herald nous apprend que des mineurs chinois ont déterré récemment, à Hargraves, près de Murgee, une pépite d’or pesant 6k,536. La nouvelle s’en est rapidement répandue dans le district, malgré les soins pris pour cacher cette trouvaille. Il y a peu de temps, une pépite pesant 15 kilogrammes était trouvée dans le même endroit; en 1832, c’est encore là que fut recueillie la célèbre pépite connue sous le nom de Carr Nugget, pesant 30 kilogrammes.
- La Compagnie Edison aux États-Unis. —
- D’après une circulaire envoyée récemment par la Compagnie Edison, le nombre d’installations isolées était, le 1er mai 1887, de 891, comprenant 250674 lampes; il y avait en outre 102 stations centrales alimentant 290500 lampes. Le système d’éclairage municipal d’Edison était employé dans treize villes et comportait 6300 lampes. Le nombre total de lampes Edison en usage aux États-Unis atteignait donc le chiffre fabuleux de 600 000 lampes. De plus, les usines centrales alimentent un grand nombre de moteurs. L’argent engagé dans cette Compagnie atteint, dit-on, 20 à 23 millions de francs.
- La plus basse température observée en météorologie. — Une station météorologique a été créée à Werchojansk, dans la région à l’est de la Léna, en un lieu que les cartes isothermes de l’empire russe indiquent comme le pôle du froid en Asie. La plus
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- basse température, qui avait été précédemment observée à Werchojansk dans une série d’observations embrassant deux années, lisons-nous dans le Bulletin de la Société météorologique, avait été en décembre 1871 de — 65°,2 centigrades, ce qui représentait la plus basse température jamais observée sur le globe. Le 3/15 janvier 1883, le thermomètre à alcool de la nouvelle station a indiqué une température de — 68°, la moyenne du mois de janvier, la plus basse qui ait été observée, ayant été de — 52°,7. En réduisant à l’échelle du thermomètre à air l’indication du thermomètre à alcool susdit (thermomètre vérifié à l’Observatoire physique central de Saint-Pétersbourg), on trouve pour la valeur du minimum en degrés de thermomètre à air : — 76° !
- Les progrès de l’éclairage électrique au point de vue économique. — \oiei quelques chiffres publiés par M. Franklin Van "Winkle dans Light, Hcat and Poiver, et qui montreront, mieux que de longues dissertations, les progrès énormes réalisés par l’éclairage électrique pendant ces dernières années.
- Il y a quatre ans, une machine électrique, type de 200 lampes de 16 bougies, marchait dans les conditions suivantes :
- Nombre de lampes alimentées.
- 178
- 01
- 45
- 5
- 0
- Puissance absorbée en chevaux-vapeur.
- 24,4
- 14,56
- 0,08
- 4,70
- 5,07
- Nombre des lampes par cheval-vapeur.
- 7,3
- 6,54
- 4,06
- 1,04
- »
- Voici les conditions de fonctionnement actuelles d’une machine et de lampes de construction récente. La machine est du type de 400 lampes de 16 candies,.
- nbre de lampes Puissance absorbée Nombre des lampes
- alimentées. en chevaux-vapeur. par chéval-vapeur.
- 400 40,89 9,98
- 300 50,82 9,7
- 200 20,91 9,5
- 100 12,28 8,1
- 50 t, t 'O 6,4
- 0 5,78 »
- En 1885, on ne pouvait donc alimenter au maximum que 7 lampes de 16 bougies par cheval mécanique, on en alimente 10 aujourd’hui... et le dernier mot n’est pas dit.
- L’amiante dans l’Oural. — De vastes dépôts d’amiante existent entre Orenbourg et Ekaterinenbourg, dans la région de l’Oural, en Russie. Près des mines de fer de Verkni Tagil, toute une colline, que l’on appelle la Sholkovoya Gora, ou colline de soie, est entièrement composée d’amiante. Le minerai est, dit-on, de qualité tout à fait supérieure et bien adapté à tous les usages auxquels on emploie aujourd’hui l’amiante. Dans le district de Goroblagsdat, du gouvernement dePerm, il existe de semblables dépôts qui affleurent à la surface, et l’on peut y obtenir une quantité énorme d’amiante pour rien, cette substance n’ayant aucune valeur dans ces pays.
- Statistique des explosions dans les mines en Angleterre. — Toutes les industries anglaises ont fait leur examen de conscience à propos du Jubilé de la Reine Victoria. Le Times, bien avisé, passe en revue les explosions fatales dé mines ayant eu lieu sous ce bienheureux
- règne, pendant la période 1857-1887. D’après ce journal, le nombre des victimes ne s’élève pas à moins de 11000. Les causes principales de ces catastrophes sont les coups de mines et l’emploà non judicieux de la poudre, les lampes de sûreté défectueuses, les feux nus, l'ignorance des propriétés du poussier de charbon comme agent propagateur, sinon provocateur d’explosions, et le relâchement de la discipline. Grâce aux procédés perfectionnés d’exploitation, le nombre des victimes est actuellement moindre qu’il ne l’était il y a environ trente ans, malgré l’énorme augmentation de la quantité de houille extraite. En 1837, cette quantité s’élevait à 58000000 de tonnes; elle est actuellement d’environ 152 000000 de tonnes. À cette époque (1837), la quantité de houille importée à Londres était de 2 626997 tonnes; en 1845, année où la houille fut pour la première fois transportée à Londres par voie ferrée, l’importation par mer, canaux, chemins de fer, était de 5 405520, tandis que l’année dernière, elle atteignait 11810507 tonnes. Il est remarquable qu’avec cette augmentation de production et de consommation le nombre des explosions sérieuses soit allé en décroissant. M. Ellis Lever écrit au Times, disant que, malheureusement, le chiffre de 11 OüO est bien au-dessous du nombre de mineurs tués par accidents durant cette période; il estime ce nombre total à 60000 tués, blessés ou estropiés.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 17 octobre 1887. — Présidence de M. Jansscs.
- Luminosité de la pholade. —M. le Dr Raphaël Dubois, dont nos lecteurs connaissent déjà les intéressantes recherches sur les insectes lumineux, a étudié aussi la fonction photogénique chez d’autres animaux. Il signale aujourd’hui, chez le Pholas dactylus, l’indépendance complète de cette fonction et des organes qui en sont le siège. Par des procédés chimiques, il a pu isoler des tissus lumineux deux substances dont le contact, en présence de l’eau, fait naître la lumière. L’une d’elles, parfaitement cristallisée et soluble dans l’eau, pourra être définie chimiquement d’une manière complète ; la seconde, de nature albuminoïde, parait jouer le rôle d’un ferment soluble.
- Télégraphie optique. — On sait en quoi consistent les appareils de la télégraphie optique si forts en honneur maintenant dans l’armée. Un manipulateur permet de lancer et d’intercepter alternativement un rayon lumineux de façon à reproduire ainsi tous les signes de l’alphabet Morse. Le seul inconvénient de l’appareil, mais il est grand, est de ne conserver aucune trace des dépêches envoyées. M. Ducretet y pourvoit en alliant à l’appareil un Morse véritable qui enregistre tous les signes au fur et à mesure de leur production.
- Propriété du système nerveux. — Il y a plus de trente-cinq ans maintenant, M. Brown-Séquard a démontré que la section d’une des moitiés de la moelle allongée détermine la paralysie de la moitié opposée du corps. Cette assertion a été admise par tous les physiologistes, et, chose assez singulière, c’est Fauteur lui-même qui vient aujourd’hui en démontrer l’inexactitude. Si, en effet, la moitié droite de la moelle • allongée éttnt coupée, et, par conséquent, la moitié gauche du corps étant paralysée,
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- LA NATURE.
- on vient à couper la moitié gauche de la moelle épinière, toute paralysie disparaît. Il n’y a donc pas à supposer que les cordons nerveux s’entre-croisant on ait, par la première section, détruit la communication entre le centre et la périphérie d’un côté; car, après les deux demi-sections, tous les fdets de ce genre, sans exception, sont tranchés les uns vers le haut, les autres vers le bas. L’auteur cite des faits identiques obtenus par la section d’une moitié du cerveau et de la moitié opposée de la moelle, soit au point de vue de la sensibilité, soit en ce qui concerne la température du corps.
- La carte du ciel. — En présentant de nouvelles publications de l’Observatoire de Paris, M. l’amiral Mouchez annonce que des limettes photographiques sont dès maintenant installées à Toulouse, à Bordeaux, à Alger, en Espagne, au Brésil, dans la République argentine, au Chili, ail Mexique, à Melbourne et à Sydney. Le concours de l'Angleterre est assuré en ce qui concerne la Nouvelle-Zélande et le Cap de Bonne-Espérance, et celui de la Russie en ce qui concerne Pulkowa.
- Bien qu’on n’ait pas encore d’avis favorable de l’Italie, de l’Autriche et des Etats-Unis, il n’v a pas de doute que le travail ne puisse être en 1889 commencé dans les meilleures conditions de réussite.
- Cas de fausse rage. -—
- Un alcoolique, croyant voir au fond de son verre un sédiment qui lui répugne, est pris tout à coup d’un sentiment invincible d’horreur, de céphalalgie, de spasmes ; en quelques jours, il meurt après avoir présenté tous les symptômes de la rage. L’auteur de l’observation est M. le l)r Mesnières ; et M. Pasteur en prend occasion pour insister sur la nécessité d’introduire dans virus contenu dans la cervelle des malades ayant succombé.
- Origine de la scarlatine. — D’après M. Pichenet, vétérinaire à Besançon, et conformément à une opinion déjà développée par des praticiens anglais, la scarlatine serait transmise à l’homme par le lait de vache atteinte d’une certaine maladie éruptive des mamelles. Une observation très circonstanciée, qne M. Pasteur analyse avec détail, fournissait la démonstration dont il s’agit.
- Nouvelle cycadôe fossile. — Sous le nom de Clathro-podium Marieri, M. Bernard Renault décrit un échantillon remarquable de végétal silicifié provenant de la curieuse formation connue sous le nom de forêt fossile de l’ile de Portland, et qui appartient aux assises supérieures du terrain jurassique. L’auteur insiste sur les différences qui séparent cette plante de ses congénères déjà décrites, et en reproduit dans deux planches les particularités les plus caractéristiques.
- Varia. — D’après M. Berthelot, les eaux de drainage enlèvent au sol une quantité d’azote combiné bien supérieure à celle que l’atmosphère et la 'pluie peuvent lui fournir. — Le développement du bois dans le Cereus gigan-teus de Bolivie occupe M. Sacc. — La torsion de l’humérus procure une série de considérations à M. Durand (de Gros). — M. Maurice Hovelacque étudie l’anatomie de YUlricularia montana. Stanislas Meunier.
- LES JOUETS SCIENTIFIQUES
- IA MOUCHE MÉCANIQUE
- Quand arrive la fin de l’année, l’époque du nouvel an approchant, les constructeurs de jouets s’ingénient à trouver des mécanismes nouveaux, ou à donner à ceux dont on se sert des formes nouvelles, La mouche ({lie nous figurons ci-contre nous paraît une disposition ingénieuse des moteurs à ressort de caoutchouc si souvent employés dans la mécanique des jouets.
- Cette mouche, en métal verni, a 0m,14 de longueur, clic est attachée par un long fil ; on la suspend soit au crochet central d’un plafond, soit à la partie inférieure d’un lustre. En cet état, elle oscille librement au bout de la cordelette d’attache comme un pendule.
- La mouche mécanique contient intérieurement, comme le montre la coupe dessinée au bas de la figure, un faisceau de caoutchouc auquel on donne la torsion à l’aide d’une manivelle. Le ressort tendu agit sur un système de transmission qui met en mouvement une hélice à trois branches de mica, montée à l’arrière. C’est une roue à crémaillère qui sert d’organe de transmission. Un cran d’arrêt permet de faire fonctionner le petit appareil au moment voulu.
- I/hélice, par sa rotation imprime à la mouche un rapide mouvement de translation, et lui fait parcourir un cercle autour de son point de suspension. Le diamètre du cercle est d’autant plus grand que la rotation de l’hélice est plus rapide. Le petit appareil est élégamment construit, et d’un aspect très gracieux.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus^ à Paris.
- le diagnostic l’observation du
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- N° 752. — 29 OCTOBRE 188 7,
- LA NATURE.
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- LA GRAVURE PAR LES JETS DE SABLE
- Il n’y a guère plus d’une dizaine d’années, un Américain, M. Tilghman, imagina, pour graver le
- verre, un procédé purement mécanique qui consiste à corroder le verre en projetant du sable à sa surface au moyen d’un jet d’air ou de vapeur. Chaque petit grain de silex, plus dur que le verre, agit ainsi par le choc, et le verre se trouve rapidement
- Fig. 1. — Spécimen des découpages pour la gravure sur métal et sur verre.
- dépoli. Nous avons donné précédemment les dispositions d’un appareil pour' mettre ce procédé a exécution'.
- Un physicien américain dont nous avons déjà signalé les travaux à nos lecteurs, M. Geo M. Hopkins, a reconnu •récemment que l’on pouvait remplacer le jet d’air ou de vapeur entraînant le sable par un simple mouvement d’oscillation qui projette les parcelles sur la surface à graver. Le Scientific American a décrit ce nouveau et curieux procédé de gravure comme pouvant être mis en pratique par des amateurs, mais il nous paraît aussi susceptible de trouver des applications plus importantes, et nous croyons devoir le signaler à nos lecteurs.
- 11 suffit de se procurer une livre d’émeri gros, une livre de plomb de chasse, une boite rectangulaire en bois, de forme allongée, ayant environ 25 ou 30 centimètres de longueur, quelques plaques de verre ou de métal et quelques papiers convenablement découpés à jour suivant les dessins que l’on veut graver.
- 1 Yoy. n° 214, du 7 juillet 1877, p. 96.
- 15° année. — 2e semestre.
- La boîte étant supposée placée verticalement, le fond, qui est constitué par l’un des petits côtés, est
- muni d’un châssis intérieur qui reçoit la plaque à graver. Cette plaque, en verre ou en métal, doit être parfaitement nettoyée et polie. On y fixe le dessin au moyen de gomme de bonne qualité. Le dessin est fait sur papier épais et le collage sur la plaque doit être irréprochable, de telle sorte que la gravure, qui correspond aux découpures du papier, soit bien nette (fig. I). 11 faut donc avoir soin d’enlever avec une éponge la gomme qui déborde.
- On introduit alors l’émeri et le plomb de chasse dans la boîte et on ferme le couvercle, qui, dans la position où se trouve la boîte, est placé latéralement. Ce couvercle est garni d’une bande de drap ou de feutre, de manière à obtenir une fermeture suffisamment hermétique pour empêcher l’émeri de sortir quand on secoue la boîte.
- C’est, comme nous l’avons dit, au moyen des secousses imprimées à la boîte, dans le sens de la longueur, que s’effectue la gravure. Le mélange ; d’émeri et de plomb de chasse frappant les deux
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- LA NATURE.
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- bouts alternativement, la plaque de verre ou de métal ne tarde pas à être attaquée partout où elle n’est pas protégée par le papier découpé. L’opération achevée, il ne reste plus qu'à détacher le papier en le mouillant et à laire sécher la plaque. Le dessin se trouve reproduit en mat sur fond brillant.
- Quand il s’agit de gravures délicates, on prend de l’émeri et du plomb de chasse plus fins. On peut remplacer le papier découpé par de la dentelle.
- Par ce procédé, on grave un grand nombre d’objets, tels que miroirs, vitres, gobelets, etc. Quand il s’agit de gobelets ou, en général, d’objets arrondis, le fond de la boîte est enlevé et est remplacé par une espèce de cadre flexible en caoutchouc sur lequel on fixe l’objet, à l’extérieur de la boîte, au moyen de courroies en cuir (fig. 2).
- ACCROISSEMENT DES VILLES
- AUX ÉTATS-UNIS
- Il suffit de citer quelques chiffres pour montrer le développement prodigieux que prennent les villes américaines à la suite des années. En 1850, New-York comptait 258 000 habitants, en 1880, le nombre en dépassait déjà 2 500 000. Mais l’accroissement le plus extraordinaire est celui de Chicago, qui ne comptait que 45 habitants en 1850. C’était un bourg de quelques maisons. En
- Nombre
- d'habitants. (500.000.____
- 1830 1840
- 500.000
- 400.000
- 300-000
- 200.000
- 100.000-
- Courbe de l’aceroissemeut de la population de Chicago.
- 1860, il y avait à Chicago 122 000 habitants. 11 y en a plus de 600000 aujourd’hui. Nous donnons ci-dessus la courbe de l’accroissement de la cité américaine. Nous ferons observer, à propos des chiffres indiqués un peu plus haut, que nous avons compté dans la population de New-York des localités qui peuvent être considérées comme des faubourgs de cette ville, telles que Brooklyn, Jersey-City, Hoboken, etc., et que pour Chicago, on a compté le territoire entre Ilyde Park et Evanston. En somme, en cinquante ans la population de New-York a décuplé, celle de Chicago s’est accrue dans la proportion de 1 à 12500.
- NOUVEAU REMEDE CONTRE LE MILDEW
- ET LES MALADIES DE LA VIGNE
- Des pluies violentes et des orages trop fréquents ont causé, pendant ces derniers mois, dans certaines parties du midi de la France, des dégâts matériels assez importants et surtout un désastre considérable dans les vignobles
- qui, au dernier moment, ont été envahis avec une rapidité terrifiante par le mildew. Bien que vigoureusement combattu par les composés cuivreux dont nous avons déjà parlé1, le tléau, favorisé par des conditions climatériques exceptionnelles, a porté un préjudice considérable aux vendanges qui promettaient d’être superbes.
- Ces circonstances toutes particulières ont permis à un nouveau mode de traitement de faire ses preuves. Elles sont même si concluantes d’après ce que vient de nous confirmer M. Joubert, l’aimable et savant directeur de l’Académie nationale agricole et manufacturière, que nous croyons utile d’en faire part à nos lecteurs. Nous voulons parler de la sulfostéatite ou stécdite cuprique inventée par M. le baron de Chefdebien, ancien élève de Grignon et déjà connu par ses nombreuses communications à l’Académie des sciences. Ce produit se présente sous la forme d’une poudre dont la nature et la composition diffèrent essentiellement des produits analogues.
- Nous rappellerons pour mémoire que les poudres au sulfate de cuivre, si bien broyées et mélangées qu’elles soient, sont toujours d’une densité beaucoup trop grande, ce qui les empêche de bien adhérer aux feuilles, et présentent une répartition assez inégale des matières actives pour occasionner des brûlures partielles ou rendre le traitement absolument nul. Malgré cela cependant beaucoup de personnes compétentes préconisent leur emploi. Elles dispensent, en effet, d’instruments spéciaux d’épandage à l’état liquide qui exige de plus ou moins grandes quantités d’eau, jusqu’à 1200 litres par hectare. C’est là quelquefois une difficulté presque insurmontable.
- M. de Chefdebien a pensé que la stéatite imprégnée de sulfate de cuivre pouvait résoudre entièrement et à tous les points de vue le difficile problème du traitement du mildew. On sait que la stéatite ou talc est une roche naturelle (silicate de magnésie) employée depuis longtemps dans l’industrie. Elle est généralement connue sous la forme d’une poudre blanche onctueuse. Sa finesse est extrême et sa divisibilité presque infinie puisque 1 centimètre cube de cette poudre renferme de 6 à 7 milliards de fragments.
- Yoici comment on l’emploie dans le cas particulier qui nous occupe. On brasse la stéatite en poudre dans une dissolution saturée de sulfate de cuivre. Une fois que la pâte qui en résulte est bien sèche, on la passe à la meule et au blutoir, de façon à lui faire reprendre son état physique primitif. Par cette opération la poudre de talc, agent diviseur par excellence, amène une répartition infinitésimale du sulfate de cuivre, puisque chaque molécule de stéatite, inerte en elle-même, sert de noyau à une carapace du remède actif. On obtient ainsi une poudre blanche à reflets bleuâtres, à fragments légers presque imperceptibles et par ce fait très adhérents, contenant environ lü pour lüü de cuivre qui se dissout peu à peu à l’endroit même qu’il doit protéger, sous l’influence de la rosée et de la pluie mouillant la feuille.
- La sulfostéatite se répand au moyen d’un soufflet. L’opération peut se faire par tous les temps (sauf le grand vent) mais de préférence le matin, par la rosée, pour que son action soit immédiate. C’est là un avantage considérable, quand on songe à la rapidité foudroyante avec laquelle peut se contaminer toute une région. De plus, et c’est surtout ce qui nous a engagé à parler du produit imaginé par M. de Chefdebien, la stéatite cuprique a donné les résultats satisfaisants contre tous les fléaux cryptogami-
- 1 Yoy. n° 756 du 9 juillet 1887, p. 91.
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- LA N ATI1 UE.
- ôôy
- ques delà vigne, oïdium, brown-rot, gray-rol, Idaek-rol, anlraelinose, etc. 8011 action sur l’oidium (contre lequel la bouillie bordelaise est absolument sans action) est particulièrement intéressante. Elle est due probablement à la réaction acide que possède le sulfate de cuivre pur en dissolution, qui par son acide sulfurique libre, agit sur l'oïdium comme le lait le soufre ordinairement employé, qu’une oxydation successive change en acide sulfureux et acide sulfurique.
- Appliquée dans d’autres cultures la sull'ostéatite a paru résoudre plusieurs problèmes dont on poursuivait les solu- | lions. Elle tue à coup sur le peronospora de la pomme de terre et des tomates, et ausii presque tous les pucerons infestant nos jardins d’agrément, les escargots, l’altise, l’écrivain, et probablement encore d’autres insectes.
- Tous ces laits ont été pratiquement constatés, officiellement même en quelque sorte. Pour ce qui regarde le traitement proprement dit de la vigne, nous ne pourrions d’ailleurs trouver d’autorité plus compétente que celle de M. Millardet. Nous emprunterons donc à son savant mémoire sur le Traitement du mildew par les composés cuivreux (1887) les quelques lignes suivantes qui complètent d’ailleurs, mieux que nous ne l’aurions fait, le point le plus intéressant peut-être de l’exposé général que l’on vient de lire.
- « La stéatite cuprique se recommande à notre attention par ce fait capital que seule elle contient du cuivre à l’état de solubilité immédiate et rapide dans l’eau pure.
- 11 est donc capable, pour peu qu’il y ait un peu d’humidité sur la feuille, d’être absorbé par cette dernière et d’y produire de suite un effet utile, considérable, qui reste acquis définitivement. A cet avantage la sull'ostéatite en joint un autre aussi remarquable. La moitié du cuivre qu’elle contient se trouve à un état de solubilité très lent, de sorte que l’effet initial se trouve fortifié à chaque rosée et à chaque pluie par l’action de nouvelles quantités de cuivre dissous, par les eaux météoriques, sous le contact des sels ammoniacaux et de l’acide carbonique qu’elles contiennent. En résumé, cette poudre est la seule qui unisse à un effet énergique immédiat une action continue et durable, la seule qui renferme à la fois du cuivre à l’état d’activité immédiate et à l’état de réserve. Enfin, un dernier avantage, dit M. Millardet, de la stéatite cuprique et qui va de pair pour l’importance avec d’autres poudres, c’est son action sur l’oïdium. Cette propriété se trouve établie d’une manière irrécusable par un grand nombre de témoignages authentiques. ». M. A. C., ingénieur.
- L’ÉRECTION D’UN OBÉLISQUE
- Quels moyens les Egyptiens employèrent-ils pour dresser sur leur base ces énormes monolithes, d’une hauteur dépassant quelquefois 50 mètres et d’un poids de plusieurs centaines de tonnes? Bien des réponses, pour la plupart insuffisantes, ont été faites, bien des explications, souvent improbables, ont été données.
- L’explication la plus ingénieuse est que les Egyptiens se servaient de l’eau pour dresser ces monuments. Voici, d’après M. Arnoudcau, qui a publié une excellente étude à ce sujet dans la Revue scientifique, comment ils auraient procédé. Autour de l’obélisque couché horizontalement, la base dirigée vers son piédestal, on élevait, jusqu’à une hauteur égale à celle du monolithe, une digue circulaire, ayant pour centre le piédestal déjà dressé,
- Qn armait l’obélisque, surtout à la partie supérieure, de !
- pièces de bois et de fiolteurs quelconques. Le centre de gravité se trouvant ainsi amené très près de la base, le monolithe se dressait de lui-même, au fur et à mesure que l’on faisait s'élever le niveau de l’eau dans l’immense cuve.
- Cette hypothèse explique très bien les faits, comme on peut s’en assurer par la très simple expérience suivante
- Expérience indiquant le mode possible d’érection d’un obélisque.
- que chacun peut répéter avec la plus grande facilité et qui vient bien à l’appui de l’ingénieuse théorie de l’auteur.
- Prenez une vis à tète plate, d’une longueur de 5 à 6 centimètres. Armez d’un demi-bouchon ordinaire le sommet de notre obélisque en miniature, couchez la vis dans un bassin que vous remplirez d’eau ensuite. Vous verrez notre monolithe (en fer!) se dresser lentement, et quand l’eau aura atteint une hauteur suffisante, il se tiendra dans la position verticale *.
- LE MATÉRIEL DES POMPIERS DE PARIS
- (Suite.— Voy. p. 33, 88,155 et 200.) »
- Dans notre précédent article, nous avons décrit la pompe à vapeur du système Thirion, et nous avons donné les détails de son mode de fonctionnement. Cette pompe est toujours accompagnée, quand elle est conduite au feu, d’un chariot spécial qui peut être considéré comme son tender. C’est le dévidoir de pompe (fig. 1). Ce dévidoir comprend 800 mètres de tuyau, enroulés sur deux bobines qui trouvent leur place dans la cage du chariot, entre les deux roues d’arrière. Le chariot portant le dévidoir de pompe est monté sur quatre roues, cgmme le représente notre gravure, il emporte eu outre une provision de charbon, des raccords de tuyaux, et tous les accessoires de la pompe à vapeur.
- Après la pompe à vapeur et son dévidoir, nous avons à signaler le chariot de départ attelé.
- Le chariot de départ attelé est destiné à conduire rapidement sur le lieu d’un incendie le premier matériel nécessaire et à transporter sans fatigue le personnel qui doit le manœuvrer.
- La voiture qui sert à effectuer ce transport rapide consiste, à la partie antérieure en une plate-forme pour une pompe à air reposant sur un essieu garni de deux roues ; à la partie postérieure en un châssis solide formant cage pour des dévidoirs. Ce châssis, surmonté d’un coffre et de deux banquet-
- Coinmuuiqué par M. F. Vilcuxc, à Bruxelles.
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- LA NATURE.
- tes, est soutenu pur un essieu brisé à angle droit garni de deux roues plus grandes. La charge répartie sur quatre roues rend la voiture plus roulante et d’un meilleur service. Le tirage est rendu facile par des essieux en fer et des boîtes de roue en bronze.
- Les chevaux sont attelés au moyen d’une volée garnie de deux palonniers, le timon est fixé et n’a pas d’oscillations, toujours fatigantes pour les chevaux. Chaque cheval peut agir également des deux épaules sans gêner l’action de son voisin, et sans être gêné lui-même. L’attelage se trouve dans les conditions les plus favorables pour produire le maximum d’effet.
- Le chariot de départ attelé porte deux dévidoirs et une pompe, avec leurs armements, deux échelles
- à crochets, un sac de sauvetage, une échelle à coulisse, une gaffe, un appareil a feux de cave composé de la pompe à air et d’un scaphandrier pour pénétrer dans un milieu non rcspirahle. Le chariot de départ attelé comprend aussi une lampe électrique Trouvé, une lampe de mineur, des cartes de Paris et des carnets indiquant l’emplacement des bouches d’eau, la pression et la nature de l’eau pour chaque bouche. 11 renferme en outre des agrès de réserve dans le coffre. Les deux dévidoirs sont placés à l’arrière dans la cage, l’avant reposant sur le plancher; ils sont maintenus par une entretoise d’arrêt avec clavette ; les flèches sont placées à droite et à gauche, la traverse contre l’étrier du milieu, une extrémité reposant sur le plancher; elles
- Fig. 1. — Le chariot du dévidoir do pompe. (D’après une photographie.)
- sont amarrées au moyen de courroies en cuir après les étriers de l’arrrière. Le personnel transporté sur le chariot comprend un officier, trois sous-officiers, douze sapeurs et caporaux, et un cocher.
- Le poids total du chariot prêt à aller au feu est, de 3524 kilogrammes. Le chariot de départ proprement dit pèse vide 1210 kilogrammes; le matériel qu’il contient 994 kilogrammes et le personnel 1120 kilogrammes.
- Nous ne donnons pas la figure d’ensemble du chariot de départ attelé parce qu’il offre une grande analogie d’aspect avec le chariot du dévidoir de pompe; mais nous ferons connaître un des engins les plus importants qu’il transporte : il s’agit de l’appareil à feu de cave Paulin. Cet appareil consiste
- en un véritable scaphandre qui permet à un sapeur de pénétrer dans une cave dont l’air est rendu irrespirable par l’incendie. Quand il s’agit d’un feu ordinaire et qu’une certaine quantité de fumée remplit l’atmosphère d’un local incendié, les pompiers en prenant certaines précautions spéciales, arrivent à y pénétrer, mais il ne saurait en être de même quand une cave se trouve remplie de gaz d’éclairage ou des produits de la combustion du soufre, du caoutchouc et de nombre d’autres produits fournissant des gaz asphyxiants. Pour arriver à connaître l’endroit du foyer de l’incendie, il faut dans ce cas recourir à l’appareil à feu de cave, contenu tout entier dans le chariot de départ attelé.
- Un pompier revêt le scaphandre : c’est une blouse
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- LA NATURE
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- en cuir, serrée à la taille et aux poignets par des ligatures; cette blouse est munie d’un capuchon avec masque en verre! L’air nécessaire à la respiration de l’homme revêtu de ce costume, lui est en-
- voyé au moyen d’une pompe à air, par l'intermédiaire d’un tuyau de caoutchouc de grande longueur. Ce tuyau amène l’air par une ouverture ménagée dans le dos du scaphandre. La blouse est
- Fig. 2. — Appareil à feu île caves. Scaphandre permettant do visiter un local rempli de gaz délétères.
- très large, et assure une grande liberté de mouvements. Notre figure 2, tlessinée d’après nature à la caserne de Chalignv, à Paris, montre le mode d’emploi de l’appareil à leu de cave.
- Quand le scaphandrier a visité les locaux remplis de gaz délétères, qu’il a indiqué le lieu du loyer, et que les pompiers ont eu raison de l’incendie, l’air ambiant est resté chargé des gaz qui le rendaient inaccessible ; il faut chasser ces gaz et les remplacer par de l’air respirable.
- C’est ici qu’intervient un nouvel appareil, amené
- sur un petit chariot spécial, conduit à bras d’homme ; nous voulons parler du ventilateur à force centrifuge.
- Ce ventilateur (fig. 5) est formé de palettes courbes qui, lorsqu’on les met en mouvement aspirent
- l’air respirable du dehors, pour le chasser avec énergie dans un tuyau de grand diamètre, aboutissant dans la cave ou le sous-sol vicié. Ce ventilateur,
- très énergique, débite 400 litres à la seconde.
- Comme il s’agit de gaz généralement chauds et légers, l’air insufflé les remplace facilement au moyen de ce ventilateur; si l’on avait affaire à des gaz très denses, plus lourds que l’air, comme l’acide carbonique, par exemple, on se servirait alors d’un ventilateur spécial, celui de d’Enfer, qui insuffle de l’air
- sous pression. On emploie très rarement de ce dernier appareil, aussi ne croyons-nous pas qu’il soit nécessaire de le décrire.
- — A suivre. — Gaston Tissandier. !
- Le ventilateur d’aération.
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- LA DISTILLATION DES FRUITS
- I T LA FABRICATION DE I.’eaU-I>E-VIE
- Parmi les fruits que nous lionne la nature, les uns figurent avec avantage sur nos tables, les autres servent a la fabrication îles conserves a l’eau-ile-vie, des confitures, des gelées, des marmelades; ceux de qualité inférieure, d’aspect moins agréable à l’œil ou seulement que la trop grande abondance empêche d’utiliser sous ces diverses formes, sont employés à la fabrication des eaux-de-vie de fruits. L’insouciance est si grande que la majeure partie de ces fruits sont perdus, privant ainsi le propriétaire d’une ressource qui, cependant, n’est pas à négliger.
- La distillation des fruits est une opération d’autant plus lucrative que la loi du 14 décembre 1875, relative au privilège des bouilleurs de cru1, dispense de toute déclaration et affranchit les propriétaires distillant les fruits de leur récolte, de tout exercice et par suite les exonère de tous droits.
- Le propriétaire a donc les meilleures raisons pour utiliser tous les produits de sa récolte, puisqu'il obtient à bon compte une excellente eau-de-vie qu’il sait être naturelle et hygiénique.
- Tous les fruits ne rendent pas la même quantité proportionnelle d’eau-de-vie. Suivant qu'ils sont plus ou moins sucrés, la proportion d’eau-de-vie est plus ou moins forte.
- Le tableau ci-dessous indique les quantités moyennes d’eau-de-vie à 55 degrés centésimaux, qui peuvent être obtenues par la distillation de 100 kilogrammes de fruits :
- Prunes ordinaires................. 8 litres.
- Prunes de reine-claude. ... 10 —
- Prunes à kirsch...................10 —
- Couestches fraîches. .... 10 —
- Framboises........................10 —
- Groseilles........................ 8 —
- Poires............................ 5 —
- Baies de sureau................... G —
- Pommes............................ 6 —
- Cerises acides.................... 8 —
- Cerises douces....................10 —
- Marc de raisin après la fabrication du vin..................... 7 —
- Potirons et citrouilles des espèces sucrées....................... 8 —
- Melon.............................10 —
- Figues fraîches.................. 10 —
- Figues sèches . ..................40 —
- Les prunes en Bohême et en Moravie donnent une eau-de-vie connue sous le nom de Slhvowitz.
- En France, l’eau-de-vie obtenue a une grande analogie avec le kirsch qui est plus spécialement produit par une petite cerise noire d’une grande douceur appelée merise; nous ajouterons que cette
- 1 Voy. L es bouilleurs de cru des Charentes, n° 92, du 9 mars 1875, p. 209.
- cerise doit être cueillie avec soin quand elle est arrivée à sa complète maturité.
- Le kirsch se fabrique surtout en Suisse, dans la Forêt-Noire, et en France dans la Franche-Comté, les Vosges et la Meurthe-et-Moselle.
- En Algérie, les dattes, les figues douces, les figues de Barbarie donnent une excellente eau-de-vie.
- Les myrtilles, les framboises sont également livrées à la distillation; mais plus rarement.
- La méthode à employer pour la fabrication de l’eau-ile-vie est, à peu de chose près, identique, qu’il s’agisse des fruits à noyaux ou sans noyaux. Elle est d’aillehrs très simple.
- Dès que les fruits approvisionnés sont en assez grande quantité, on les porte sur un châssis d’osier placé sur un cuvier, et avec les mains ou un rabot en bois on les écrase pour leur faire rendre tout leur jus qui passe avec la pulpe dans le cuvier. Pour les prunes, les cerises et les autres fruits dont les noyaux se trouvent arrêtés par le châssis, il faut avoir soin de rejeter ces noyaux dans le cuvier ; ce sont eux qui communiquent à l’eau-de-vie ce parfum spécial qui lui donne sa valeur.
- Certains distillateurs poussent la précaution jusqu’à casser ces noyaux et jettent les amandes dans la masse. Cette petite opération n’est pas indispensable. Il a été reconnu que les amandes quoique renfermées dans l’écorce, abandonnent néanmoins leur parfum aussi facilement.
- Le tout est alors jeté dans une cuve à fermentation qui, en général, est une barrique défoncée d’un bout. On a soin de verser dans la cuve une petite quantité d’eau tiède pour provoquer la fermentation et l’on couvre la cuve.
- Il faut choisir un local d’une température à peu près égale, entre 18 et 25 degrés. Cette température de 25 degrés ne doit jamais être dépassée : si elle l’était, la fermentation se trouverait arrêtée et le rendement alcoolique serait diminué dans de fortes proportions; si, au contraire, la température du local était trop basse, la fermentation serait plus lente.
- Lorsque les fruits que l’on veut faire entrer en fermentation sont secs, comme les figues et les raisins secs, ils doivent être mis à macérer dans de l’eau tiède; pour les figues il faut, au préalable, les déchiqueter afin de les réduire en pulpe. L’eau de macération entre en fermentation de la même façon que le jus de fruit.
- Suivant les fruits, la fermentation dure plus ou moins longtemps. Elle peut être terminée en huit jours et quelquefois se prolonge pendant un mois. Les prunes, les cerises demandent de douze à quinze jours. La fin de la fermentation est d’ailleurs indiquée par la descente du chapeau qui se forme pendant la fermentation et qui est composé de grains et pellicules entraînés à la surface du liquide par le dégagement de l’acide carbonique. Elle est indiquée également par l’odeur vineuse qui se dégage. La fermentation terminée, le liquide est soutiré, et le
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- marc pressé pour en extraire tout, le jus qui est ajouté au liquide soutiré.
- Dans cet état le jus est bon a être distillé, il contient non seulement l’alcool des fruits, mais aussi les parfums caractéristiques. Beaucoup de distillateurs routiniers n’ont pas le soin d’opérer la séparation des liquides et des matières solides, et distillent le tout en matières pâteuses; mais l’eau-de-vie obtenue n’est pas aussi franche de goût; elle prend un goût spécial d' empyreume plus ou moins prononcé dû à la cuisson des matières solides, qui viennent, malgré tous les soins, se coller sur les parois de la chaudière et s’y brûler.
- Les marcs de raisin seuls n’ont pas besoin d’être fermentés puisqu’ils proviennent de la fermentation du raisin et contiennent de l’alcool tout formé. Us peuvent être distillés directement dans un alambic, ou au préalable être mis à macérer dans l’eau à laquelle ils abandonnent leur alcool. Dans le deuxième cas, c’est, l’eau sous forme de vinasse qui est mise à distiller ; cette méthode donne un meilleur produit qui n’a pas, comme dans la distillation directe des marcs, le goût caractéristique des eaux-de-vie de marc.
- Dans les distillations d’eaux-de-vie fines de fruits, pour.éviter de communiquer au produit les mauvais goûts de brûlé ou d’empyreume, on met le liquide à distiller dans un bain-marie chauffé lui-même par l’eau d’une chaudière placée sur le feu. De cette façon le liquide à distiller ne peut jamais avoir une température supérieure â 100 degrés et l’eau-de-vie recueillie a une saveur et une finesse qu’il serait difficile d’obtenir par un chauffage direct à feu nu. Cette manière d’opérer a l’inconvénient d’être très longue et relativement coûteuse et ne doit être employée que pour obtenir des produits supérieurs de fruits bien mûrs et bien sains.
- L’alambic employé jusqu’à présent fournit, par une première distillation, ce que l’on appelle des petites eaux, qui sont un produit alcoolique, marquant en moyenne 20 degrés Gay-Lussac ou centésimaux. Ces petites eaux doivent être remises dans l’alambic pour être à nouveau distillées et fournissent dans cette deuxième distillation appelée repasse, l’eau-de-vie ordinaire, titrant 50 à 55 degrés centésimaux, de sorte que la production de l’eau-de-vie nécessite, de cette façon, deux opérations assez longues. Cette complication explique le peu d’empressement que mettent les propriétaires à tirer de leurs récoltes tout le parti possible.
- M. Egrot construit un appareil de distillation qui supprime toute complication et donne sans repasse de l’eau-de-vie de premier jet. Cet appareil a été beaucoup remarqué aux concours agricoles de cette année où il paraissait pour la première fois. Le réfrigérant, construit suivant des principes nouveaux, procure une économie de plus de moitié sur l’eau employée pour le refroidissement dans les brûleurs actuels et produit, par l’analyse des vapeurs, la séparation des vapeurs aqueuses de celles alcooliques. Le réfrigérant se compose de deux par-
- ties : dans la première, qui est à l’air libre, le produit (le la distillation se condense; et dans la deuxième, qui est plongée dans l’eau, il se refroidit.
- La partie qui est à l’air libre est disposée de telle façon que les vapeurs pauvres s’y condensent et retournent à l’alambic. Seules, les vapeurs riches en alcool se dirigent vers le réfrigérant à eau et sortent à l’état d’eau-de-vie.
- Pour rendre la vidange de la chaudière rapide et eu faciliter le nettoyage, un petit dispositif très simple en permet le renversement à la main et sans eiiort.
- Les dessins ci-après montrent l’appareil de M. Egrot, sous ses différents aspects, pendant la distillation (fig. 1) et au moment du renversement du liquide épuisé, contenu dans la chaudière (fig. 2).
- La chaudière en cuivre, dans laquelle se met le liquide à distiller, repose sur un fourneau en tôle, dont la partie du devant est découpée suivant une courbe spéciale. La chaudière porte une plaque de tôle recouvrant exactement cette échancrure de sorte que le tout étant en place, le fourneau a l’aspect d’un fourneau ordinaire cylindrique. Sur la chaudière sont fixées deux cames parallèles, reposant sur deux consoles en fer, rivées sur le fourneau. Ce sont ces consoles qui servent de guide aux cames dans l’opération du renversement de la chaudière qui, pour cet usage, est munie d’une poignée de manœuvre. Le couvercle de la chaudière, légèrement bomhé, porte à son pourtour un endant vertical qui, lorsque le couvercle est en place, se trouve au milieu d’une rigole saillante établie au haut de la chaudière ; cette rigole étant remplie d’eau, forme un joint hydraulique absolument hermétique. Le couvercle est relié au réfrigérant par un raccord rapide absolument étanche dont le serrage est pour ainsi dire instantané.
- Dans un trépied en fer galvanisé surmonté d’un réservoir à eau, est installé le réfrigérant qui est à l’air libre et se compose de tuyaux en cuivre, droits, réunis aux deux extrémités par des coudes et formant un serpentin. Ce réfrigérant à l’air libre se raccorde avec un dernier serpentin de très petite dimension, plongé dans l’eau dans une bâche fermée.
- L’alimentation d’eau de réfrigération se fait par le réservoir placé sur le trépied. De là un tuyau la conduit dans la petite bâche inférieure où elle s’échauffe en refroidissant l’eau-de-vie. Un nouveau tuyau la conduit dans des petites cuvettes distributrices d’où elle tombe en pluie sur le serpentin et s’évapore.
- Lamarche de la distillation est simple. Le liquide à distiller est versé dans la chaudière. S’il s’agit de fruits distillés en nature, de marc de raisin, de pommes ou de poires, on a soin de placer au fond de la chaudière une grille en cuivre1 dont le but est d’em-
- 1 On peut quelquefois remplacer la grille en cuivre par un lit de paille sèche.
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- pécher la partie solide de se prendre au fond et de s’y brûler. On doit ajouter au marc environ le quart de son volume d’eau. Le couvercle est mis en place dans le joint hydraulique rempli à moitié d’eau, le serpentin relié au couvercle par le serrage du raccord rapide, et le feu allumé dans le fourneau. La distillation est commencée. Trois quarts d’heure après, le liquide dans la chaudière est en pleine ébullition et dégage des vapeurs qui se rendent dans l’analyseur sur lequel on fait tomber une légère pluie.
- Quand l’analyse des premières vapeurs est faite, celles qui sont riches vont se condenser, se refroidir, et sont recueillies à la sortie du serpentin sous forme d’eau-de-vie absolument limpide et bonne à
- consommer. Trois heures environ après la mise en route, la distillation est finie et le liquide traité complètement épuisé d’alcool. Le couvercle de la chaudière étant enlevé on saisit le levier de manœuvre et on vide le contenu de l'alambic en le basculant.
- Un petit dispositif maintient la chaudière vide inclinée, et son nettoyage est des plus faciles. Ce nettoyage étant effectué, la chaudière est ramenée à sa position primitive dans le fourneau et est à nouveau remplie pour une nouvelle opération. Le feu, qui n’a été que couvert, est tout prêt pour cette nouvelle, chauffe. Un seul homme suffit pour conduire la distillation avec cet alambic. D’un autre qôté, comme l’eau-de-vie est obtenue sans repasse,
- elle est meilleure et les frais de fabrication réduits comme temps et combustible. Il en est de même de l’eau de réfrigération dont la dépense est à peine la moitié de celle employée pour les anciens appareils.
- Nous terminons en rappelant un autre élément qui entre dans la fabrication de la bonne eau-de-vie : le temps; chacun sait, en effet, que la vieillesse améliore l’eau-de-vie, la rend plus fine et plus moelleuse.
- Ceux que cet article encouragera à faire leur eau-de-vie eux-mêmes, seront certains d’obtenir ainsi des produits purs et sains qui n’auront rien à envier aux nombreux mélanges à base de trois-six, souvent vendus pour du vieux cognac.
- X..., ingénieur.
- UN CHEMIN DE FER ELECTRIQUE
- DANS UNE SALLE A MANGER
- Si l’éclairage est, sans contredit, la plus importante application des distributions d’énergie électrique, elle n’est pas la seule, et nous n’en voulons pour exemple que l’ingénieux petit chemin de fer établi par M. Gaston Menier dans sa salle à manger, et qui complète d’une manière très heureuse l’installation d’éclairage que nous avons fait connaître antérieurement *.
- Disposant d’accumulateurs toujours chargés et prêts à fonctionner, M. Gaston Menier a combiné et fait construire un petit ensemble que nous allons
- 1 Voy. n° 574, du 51 mai 1884, p. 418.
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- décrire et qui lui permet de faire facilement et rapi-» ! domestique pénètre dans la salle à manger. Un train dement tout le service d’un repas, sans qu’aucun ! passant et s’arrêtant devant chaque convive, aecom-
- Fig. 1. — Vue d’ensemble du petit chemin de fer électrique, de t;ilde de M. Gaston Menier.
- Fig. 2. — Le train du chemin de fer électrique de table.
- plit rapidement et discrètement, sous la direction du maître de la maison, toutes les manœuvres essentielles d’un service ponctuel et bien ordonné.
- Ce train, qui va de l’olfice à la table et de la table à l’office, pour apporter les plats, les remporter, apporter les assiettes, etc., comprend deux par-
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- lies essentielles: la voie et le véhicule. —La voie se compose de quatre rails parallèles montés sur des planchettes en chêne ajustées bout à bout et en nombre proportionné à la longueur de la table, c’est-à-dire au nombre des convives. Les deux rails extérieurs reçoivent les roues du train, ils sont isolés l’un de l’autre, et en communication avec l’inducteur du moteur dynamo-électrique.
- Les deux rails intérieurs sur lesquels roulent des petits galets de contact mettent la source électrique
- — une batterie de 20 accumulateurs dans l’espèce
- — en communication avec l’induit du moteur par l’intermédiaire d’un commutateur placé à la droite du maître de la maison, permettant d’arrêter le train ou de changer le sens de sa marche, par un simple changement de sens du courant dans l’induit.
- Les planchettes en chêne sur lesquelles sont fixés les quatre rails reposent sur des supports placés de distance en distance et qui élèvent la voie à 10 centimètres environ au-dessus du niveau de la nappe : le vide ainsi ménagé au-dessous de la voie est utilisé pour placer les objets usuels du service : couverts, salières, etc. Bien que les huit roues qui supportent le train forment deux boggies placés à ses extrémités, la longueur de la plate-forme étant de 75 centimètres, il serait difficile de faire décrire à ce système une demi-circonférence à l’extrémité de la table, car le rayon de cette courbe aurait à peine 40 à 45 centimètres. Le problème a été résolu en remplaçant la courbe par un aiguillage automatique. La voie partant de l’office où se dressent les plats sur le train, traverse un petit tunnel et arrive dans la salle à manger : le train rencontre un premier aiguillage où la voie se partage en deux parties qui passent respectivement à droite et à gauche devant chaque rangée de convives (dans la figure 1, les convives desservis par la voie de droite, ou voie d’arrivée, ont été supprimés pour dégager la table)1. A l’extrémité opposée, les deux voies se réunissent en une seule, de façon à former un chemin fermé.
- Les deux aiguillages sont maintenus dans une position donnée par des ressorts, et la voie est toujours faite d’un même côté. Lorsque le train rencontre un aiguillage dans un sens, il le franchit en faisant lui-même l’aiguillage, mais lorsqu’il revient en arrière et rencontre l’aiguillage en pointe, il s’engage sur la seconde voie. Le train fait donc le tour de la table dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, en allant de gauche à droite sur la voie d’avant ou voie de droite, et de droite à gauche sur la voie de gauche ou voie d’arrière, celle devant laquelle sont les trois convives représentés figure 1.
- Il va sans dire que le train engagé sur l’une des voies desservant chacune des deux rangées, peut parcourir cette voie à volonté dans les deux sens, mais pour le faire passer d’une voie sur l’autre, il doit nécessairement franchir l’aiguillage de droite, qui se trouve le plus éloigné de l’office.
- 1 Les surtouts qui garnissent la table ont été également enlevés pour mieux montrer les dispositions de la voie.
- L’écartement de la voie est de 115 millimètres’* largeur suffisante pour assurer une stabilité satisfaisante au matériel roulant sans encombrer la table.
- Le train (fig. 2) se compose d’une plate-forme de 75 centimètres de longueur et de 22 centimètres de largeur pivotant sur deux boggies : l’un de ces boggies porte le moteur, le second boggie n’est qu’un truck à deux essieux servant de support.
- Le moteur dynamo-électrique actionnant le boggie moteur est constitué, par une double bobine en T, genre Siemens; l’emploi de deux bobines calées à angle droit évite les points morts et assure le démarrage dans toutes les positions. Les quatre roues du boggie sont couplées par des bielles pour augmenter l’adhérence, et commandées par un engrenage qui réduit leur vitesse dans le rapport de 1 à 9. La dépense d’énergie électrique est insignifiante, car le courant ne dépasse pas 0,5 à 0,6 ampère, avec une force électromotrice de 36 volts. Le train pèse 7 kilogrammes à vide et peut porter 25 kilogrammes. En intercalant des résistances dans le circuit, on peut faire varier la vitesse normale entre 10 centimètres et 1 mètre par seconde.
- Le démarrage et l’arrêt sont très rapides, et la simple inversion du courant permet de porter très vivement le train d’un point de la table à un autre.
- C’est merveille de voir avec quelle docilité le train obéit instantanément aux ordres du maître de la maison faisant ainsi lui-même le service, par la manœuvre habile d’un commutateur placé sous sa main. C’est là un raffinement de confortable et une gracieuse politesse qui donne au repas un caractère tout particulier d’animation et d’intimité.
- Cette installation nous offre aussi un nouvel exemple des mille services que peut rendre l’électricité dans la vie domestique ; nous devons remercier M. Gaston Menier de nous avoir offert l’occasion d’apprécier le charme et l’agrément de cette curieuse et intéressante application. E. H.
- LE COTON ET LES INCENDIES EN MER
- Le 6 août dernier, le steamer City of Montreal, appartenant à la ligne Inman de Liverpool, quittait New-York pour Liverpool ayant à bord 145 passagers, 97 hommes d’équipage, et une cargaison composée de 2031 balles de coton (d’un prix évalué à 525 000 francs), et de fromages et provisions (estimés à 2 210 000 francs). Le 10, quatre jours après, ce navire brûlait en pleine mer, le feu s’étant déclaré dans la cargaison de coton; heureusement l’équipage et les passagers ont pu être sauvés.
- D’après l’enquête ouverte et récemment terminée à Liverpool, il résulterait que depuis cinq années 26 navires faisant le transport du coton ont brûlé dans les ports d’embarquement, 7 dans les ports de débarquement et 13 en pleine mer. Ces chiffres trop significatifs ont été établis par le Board of Trade, et le public, aussi bien que les intéressés, se sont justement émus de ces catastrophes fréquentes.
- Parmi les substances étrangères citées au cours de l’enquête comme étant trouvées parfois mélangées au coton américain, figurent des allumettes, des cartouches
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- de revolver, etc. ; l’un des témoins a déposé avoir trouvé un revolver dans l’intérieur d’une balle de coton. Si l’on ajoute à cela les dangers résultant de la combustion spontanée, d'étincelles provenant soit de la cheminée du navire pendant le chargement, soit de la pipe d’un fumeur de contrebande ou encore de la rupture ou du frottement des ligatures en acier, l’on verra que le passager à bord d’un navire transportant du coton n’est pas à l’abri de tous risques.
- UN DES PÈRES DE LA PHOTOGRAPHIE
- H . ü A Y A HI)
- II. Bayard est mort récemment à l’àgc de quatre-vingt-un ans. Parmi les nombreux adeptes de la photographie, il y en a bien peu qui ont entendu citer le nom de Bavard comme ayant été l’un des découvreurs de la photographie et l’un des premiers qui ait trouvé un procédé permettant de fixer l’image produite an foyer de la chambre obscure.
- Cette belle découverte moderne a surgi en 1859 de trois manières différentes. Celle exhibée par Bayard a été à peine remarquée. Nous n’avons rencontré qu’une seule publication relative à l’histoire de la photographie qui en ait parlé in extenso. C’est celle de Blanquart-Kvrard, de Lille. Malheureusement, ce livre si intéressant n’a paru qu’à un petit nombre d’exemplaires (en 1869) et il est ainsi peu connu.
- Nous ne croyons pas pouvoir mieux faire que d’en extraire textuellement ce qui suit :
- M. IL Bayard, chef de bureau au Ministère des finances, avait, dans les moments perdus que lui laissait son travail administratif, trouvé une photographie sur papier donnant l’image directe à la chambre noire; son invention était complète, originale, sans rapports comme résultats avec ce qui a été divulgué par Itaguerre et Talbot, et l’image peinte par la lumière de la chambre noire était admirable comme finesse de rendu. Mais il n’y a. comme le dit le proverbe, qu’heur et malheur dans ce monde. Ce qui fit la fortune de Daguerre fit l’insuccès de M. Bayard.
- On ne.saurait méconnaître que ce fut une très grande habileté à Daguerre de n’avoir produit sa découverte que lorsqu’elle était arrivée, comme résultat et comme méthode, à un état parfaitement pratique.
- Je ne suis pas dans le secret de M. Bayard, mais je pense que tel était aussi son sentiment. Une modestie exagérée ne lui donnait pas conscience de la valeur de sa magnifique découverte et peut-être l’eùt-il caressée encore longtemps sans en montrer les résultats si les demi-confidences qui précèdent toujours les grandes apparitions n’étaient venues l’avertir qu’il était temps de sortir de sa réserve.
- Malheureusement pour lui, il ne s’exécuta qu’à demi. Il exhiba l’image, il ne divulgua pas la méthode. C’était frapper les yeux au lieu de frapper l’esprit.
- S’il avait jeté sa méthode dans le public, s’il avait dit au monde savant, au monde artiste surtout : (( Tous admirez l’image qui se peint au foyer de la chambre noire, eh bien, prenez une feuille de papier, trempez-la dans une solution de sel d’argent, faites noircir cette feuille au soleil, puis trempez-la alors dans une solution d’iodure alcalin et placez-la au foyer de la chambre noire ; après une exposition de quelques minutes, vous j’etirez cette
- image peinte sur le papier par les rayons du soleil », chacun fût tombé dans l’admiration et chaque artiste, expérimentant facilement une nouveauté si étrange, le nom de Bayard eut été acclamé comme l’ont été depuis ceux de Daguerre et de Talbot.
- C’était en 1858, six mois avant la publication de M. Talbot, que M. Bayard montrait à M. Desprez, membre de l’Institut, et deux mois plus tard, à MM. Biot et Arago, ses images obtenues directement à la chambre noire.
- Le 24 juin 1859, dans une exposition publique, faite au profit des victimes du tremblement de terre de la Martinique, il exposait un cadre qui contenait trente épreuves.
- Le résultat fut ce qu’est à Paris une exhibition curieuse, l’objet d’une admiration de vingt-quatre heures. Peu de jours après, Daguerre apparaissait divulguant sa découverte et sa méthode. L’émotion fut générale, et malgré le rapport de M. Raoul Rochette à l’Académie des Beaux-Arts, rapport inséré au Moniteur du 15 novembre 1859, M. Bayard resta dans l’ombre, et son invention, qui n’est jamais entrée dans la pratique, fut presque entièrement ignorée.
- M. Bayard a bien voulu me communiquer sa manière d’opérer. Je transcris littéralement sa note; elle est pleine d’intérêt pour ceux qui aiment et pratiquent la photographie.
- Note 1. — Faire tremper le papier pendant cinq minutes dans une dissolution de sel ammoniacal à 20 pour 100. Faire sécher.
- 2. — Poser ce papier sur un bain de nitrate d’argent à 10 pour 100, pendant cinq minutes et faire sécher à l'abri de la lumière.
- 5. — Exposer le coté du papier nitraté à la lumière jusqu'au noir, en ayant soin de ne* pas pousser l’action jusqu’au bronzé. Laver ensuite à plusieurs eaux, sécher et conserver en portefeuille pour l’usage.
- 4. — Tremper le papier pendant deux minutes dans une solution d’iodure de potassium à 4 pour 100; appliquer le côté blanc sur une ardoise bien dressée, grainée au gros sable et mouillée avec la solution d’iodure; exposer aussitôt dans la chambre noire. La lumière fera blanchir selon son intensité.
- 5. — Laver l’épreuve à plusieurs eaux; puis dans un bain composé d’une partie d’eau et d’une partie d’ammoniaque, laver encore à l’eau ordinaire et faire sécher.
- En plaçant un verre dépoli devant l’objectif et en regardant’ par une ouverture faite au devant de la chambre noire, on peut juger de la venne de l’épreuve. Ces épreuves peuvent être renforcées à l’acide pyrogallique par la méthode ordinaire; on fixe alors à l’hvposulfite1.
- A. de B.
- SOUPAPE DE SURETE NICH0LS0N
- On sait qu’en principe, rien ne s’oppose à ce que l’on surcharge volontairement ou non le levier d’une soupape de sûreté ordinaire. Nombre de récits, certainement encore dans la mémoire de tous, nous ont rapporté ces luttes souvent épiques dont les fleuves américains étaient (et sont peut-être encore) le théâtre.
- Deux ferryboats de Compagnies en concurrence
- 1 D’après le Moniteur de la photographie.
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- LA NATURE.
- entament un beau jour une lutte de vitesse. Le charbon épuisé, on brûle tout ce qui se présente, bois, balles de coton imbibées d’huile, caisses de biscuits, voire môme des jambons. Le feu ronfle, la pression monte, la vapeur fuse par les soupapes : « Chargez les soupapes by God, and go ahead! », crie le capitaine. On sautait souvent, mais quelquefois ou arrivait premier, ce qui avait beaucoup d'importance.
- Aujourd’hui ces luttes à la l’enimore Cooper n’ont plus lieu dans les memes conditions, mais pour eu venir à des faits moins lantaisist.es, combien trouve-t-on de chauffeurs qui, par inadvertance, ou volontairement pour avoir à surveiller leur chaudière de moins près, imposent une surcharge accidentelle ou permanente aux leviers de leur soupape de sûreté. Cela peut être quelquefois la cause de dangers réels.
- La Nature a déjà parlé1 d’un manomètre do sûreté dû à M. La-ruelle et disposé de telle sorte qu’à première inspection on pouvait s’assurer si la pression limite avait été dépassée, ne fût-ce qu’un instant. En combinant leur appareil, MM. Ni-cholson et fils ont poursuivi un but analogue, en ce sens qu’il est im-possible, avec leur soupape de svàreté, de dépasser une pression limite fixée d’avance , soit que l’on cherche à surcharger le levier ou à se servir de tout autre moyen.
- L’appareil est constitué comme il suit (fig. 1) : une soupape creuse, à double chambre S, repose sur un siège en bronze rapporté dans la tubulure de soupape. Elle y est appuyée à l’aide d’un ressort R, auquel on donne une certaine bande à l’aide d’un écrou fileté sur la tige T qui supporte le levier de soupape L. Cette soupape S s’ouvre à la façon ordinaire de bas en haut.
- A sa partie inférieure, la tige T porte deux petites soupapes de surface inégale S' et S" : elles s’appuient sur deux sièges ménagés intérieurement sur la grande soupape creuse : elles s’ouvrent de haut en bas. Un écrou plein à ailettes B ferme la chambre intérieure de la grande soupape du côté vapeur.
- Enfin, une enveloppe générale E, boulonnée, protège le tout et empêche que l’on ne puisse toucher
- 1 Voy. n° 680, du 12 juin 1886, p. 30.
- à l’écrou de réglage ou à toute autre pièce intérieure.
- Dans ces conditions, supposons la soupape fermée, comme l’indique la figure et voyons ce qui se passe :
- 10 Si l’on surcharge le levier, immédiatement le levier baisse, la lige T baisse en comprimant légèrement le ressort. Les deux soupapes S' et S" quittent leur siège, et la vapeur, en s’échappant, prévient de quelque phénomène anormal.
- 2° Si, au contraire, la pression de vapeur intérieure augmente, la soupape S" dont la surface est la plus grande, tend à descendre et, par suite, à décoller en même temps la soupape S'. Ce mouvement produit aussi une légère compression supplémentaire du ressort R.
- Quoi qu’il en soit, la vapeur sort à ce moment, à la fois par l’ouverture supérieure de la soupape principale et aussi par la chambre intérieure qu’une
- petite fenêtre Y (voir la figure) met en communication avec l’extérieur. Cette fuite rétablit la pression intérieure à son taux normal : s’il en était autrement d’ailleurs, la grande soupape enveloppe S se lèverait à son tour, offrant alors à la vapeur une large issue suffisante dans tous les cas. Ce dernier mouvement se transmet comme à l’ordinaire au levier horizontal de soupape par l’intermédiaire du ressort R et de la cloche enveloppe C.
- IJ est facile de voir que cet appareil est doué d’une très grande élasticité. Par la tension donnée au ressort, il est facile de tarer, presque exactement et d’une façon permanente sans qu’on puisse y changer quoi que ce soit, les tolérances extrêmes que l’on veut admettre, soit comme surcharge au levier, soit comme excès de pression intérieure.
- Cette soupape présente un certain volume et coûte plus cher à établir qu’une soupape ordinaire. Pour beaucoup de machines ces raisons ne sont pas à mettre en parallèle avec le supplément de sécurité, inconsciente en quelque sorte, qu’elle procure. Aussi l’applique-t-on assez fréquemment sur des chaudières fixes ou des machines agricoles.
- M. A. C..., ingénieur.
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- LA NATURE.
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- UN CURIEUX REPTILE
- LE LEZARD CORNU
- Le Muséum d’histoire naturelle possède eu ce moment dans sa ménagerie un curieux reptile provenant de Saint-Domingue. Il porte le nom de Lézard cornu que Lacépède lui avait donné.
- Depuis, M. Wagler l’a lait rentrer dans le genre Metopoceros.
- C’est, en somme, un Saurien de la famille des Iguaniens qui se distingue des Iguanes proprement dits par ses dents semblables à celles des Cvclures, et par les deux rangées de poils que l’on remarque au-dessous des cuisses. La seule espèce connue est le Metopoceros cornuta, remarquable par son front surmonté d’un gros tubercule en lorme de corne.
- Ce lézard rappelle beaucoup par sa forme ces énormes reptiles fossiles Dinosau-riens connus sous le nom d'iguanodon et dont les ossements ont été retrouvés dans les terrains crétacés wealdiens, tout récemment en particulier, à Bernissart ( Belgique).
- Le lézard cornu mesure environ 70 centimètres de long, son corps est lourd, trapu, de couleur brun-noir, la ligne du dos est garnie d’épines légèrement recourbées en arrière, depuis la partie postérieure de la tête jusqu’à la naissance de la queue, où il y a un petit espace sans épines; elles reprennent ensuite sur une certaine longueur de la queue. La queue n’est pas cylindrique comme celle de nos lézards. Elle est comprimée latéralement, et possède des muscles puissants qui permettent à l’animal de la courber brusquement et violemment de droite et de gauche pour se défendre lorsqu’on veut le toucher.
- Les pattes sont robustes et écartées du corps sur les côtés.
- En arrière de la tête, le dos présente une sorte de bosse. Mais c’est précisément cette tête qui offre les particularités les plus remarquables. Surmontée
- en avant d’une corne dermique, elle est, en arrière, large et bombée de chaque côté. Sous la mâchoire inférieure, on remarque un fanon ou repli de la peau, flanqué de chaque côté d’abajoues ou poches énormes, qui donnent à l’animal, vu de face, le plus curieux aspect, comme on peut en juger par le dessin ci-joint.
- Les collections du Muséum possèdent peu d’exemplaires de ce Saurien, et c’est la première fois qu’un individu vivant arrive à la ménagerie. Aussi ne connaît-on pas ses mœurs.
- Cependant, depuis qu’il est arrivé au Jardin des Plantes, on a.constaté sa démarche lente, et certains mouvements verticaux de la tête. Lorsqu’on veut l’approcher, il semble vouloir se donner un air
- aussi méchant ^ que possible. On U| lui donne comme
- g! nourriture des
- H feuilles de salade
- SJ et un peu de
- (il viande ; mais il a
- P peu d’appétit.
- Ë Le lézard cor-
- nu est proche
- J parent des Cy-
- | dures, des Ano-
- jj lis, des Ambly-
- g§ rhynques.
- j| Ces derniers
- §| ont été étudiés
- p par le célèbre
- Darwin, dans m l’archipel des
- i| Galapagos. 11 est
- Ü probable que
- gjj leurs habitudes
- ÿj se rapprochent
- § de celles des Me-
- sj topoceros. Il y en
- si a deux espèces,
- l’une aquatique (.Amblyrhynchus cristatus), l’autre terrestre (Amblyrhynchus Demarlii). En parlant de cette dernière espèce, Darwin raconte que « ces animaux mangent pendant la journée et ne s’éloignent guère de leurs terriers; s’ils sont effrayés, ils y courent de la façon la plus comique. Ils ne peuvent courir très vite, saul quand ils descendent un terrain en pente; cela tient évidemment à la position latérale de leurs pattes. Ils ne,sont pas craintifs; quand ils regardent quelqu’un attentivement, ils relèvent leur queue, et, se soulevant sur leurs pattes de devant, ils agitent continuellement leur tête verticalement et essayent de se donner un air aussi méchant que possible. Mais au fond ils ne sont pas méchants; si on frappe du pied, leur queue s’abaisse immédiatement, et ils s’éloignent aussi vite que possible. » Darwin a observé que les petits
- Le lézard cornu actuellement vivant à la Ménagerie des reptiles, au Muséum d’histoire naturelle de Paris. (D’après nature, très réduit.)
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- LA NATURE.
- lézards qui mangent des mouelics impriment exactement à leur tête ce même mouvement de haut eu bas, quand ils observent quelque chose.
- Cette même espèce se creuse des terriers à fleur de terre, et quand on marche dans un endroit habité par ces lézards, on enfonce constamment. Ils creusent avec les pattes d’un seul coté du corps', et quand ce côté est fatigué, les pattes situées de l’autre côté reprennent le travail, et ainsi de suite.
- Comme on peut s’en convaincre, les Amblyrhyn-ques, qui sont des Iguaniens, de même que le lézard cornu, ont des ressemblances sous le rapport des mœurs. Nousengageens nos lecteurs à se rendre à la ménagerie des reptiles du Muséum, pour voir le lézard de Saint-Domingue. Charles Rrongkiart.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- L’anneau blaisois. — Les anneaux scellés dans les murs des écuries et des auberges sont destinés à attacher par la bride les chevaux qu’on veut panser ou abandonner quelques instants. Avec leur disposition habituelle, on est obligé de faire à la bride un nœud qui a le triple inconvénient d’abîmer le cuir, d’être assez long à faire et de se défaire très souvent par suite des efforts de l’animal. Dans le Blaisois, où l’on monte beaucoup à cheval, on a trouvé le moyen de se passer de nœud.
- Ce moyen consiste simplement à ajouter un crochet à l’anneau, comme l’indique la figure i. Quand on veut
- Fig 1 et 2. — Anneau blaisois.
- attacher la hride, on l’enfile d’ahord dans l’anneau, puis on la ramène de manière à passer sur la tète du crochet de telle sorte qu’elle finit par se trouver dans la position qu’indique la figure 2. On voit que l’anneau arc-bouté contre l’arrêt qui termine le crochet empêche la hride de sortir à moins qu’on ne lui fasse parcourir en sens inverse
- Fig. ô. — Serre-faix dauphinois.
- toutes les phases de l’opération susindiquée, ce qui est évidemment au-dessus des moyens du prisonnier; de plus, la bride, s’appliquant à plat contre le crochet, ne se froisse pas.
- Fig. i. — Arrêt de persienuc.
- Serre-faix dauphinois et arrêt de prrsiennc.
- — Quand on a à serrer un faisceau élastique tel qu’un fagot de bois, une botte de paille, une charge de foin, etc., on se borne presque partout à faire, à l’une des extrémités d’une corde, une boucle dans laquelle on fait passer l’autre extrémité que l’on tire ensuite dans le sens convenable. Ce qui est difficile, c’est d’arrêter la corde, lorsqu’on est arrivé au degré de compression désiré, de manière à le conserver, et à pouvoir ensuite aisément relâcher la corde quand cela est nécessaire. Ici encore les nœuds ne remplissent qu’imparfaitement le but que l’on se propose.
- En Dauphiné, les paysans taillent eux-mêmes de petits instruments de bois dont la figure 5 donne une idée.
- C’est une espèce de navette percée de deux trous A et B. Dans le trou A on enfile l’un des bouts de la corde et on l’arrête à l’aide d’un nœud : la corde ayant embrassé le faisceau, l’autre bout est engagé dans le trou B. On serre alors autant qu’on le veut, puis on arrête la corde au moyen de deux boucles, l’une embrassant la pointe de la navette, l’autre passant sur l’un des côtés de la première.
- Il est facile de se rendre compte que plus la corde sera tendue par l’élasticité du faisceau, plus la boucle C sera serrée contre le corps de la navette et par suite plus la fermeture sera solide. Quand on veut défaire le paquet, il suffit de tirer le bout D et alors la corde se desserre toute seule.
- Ce mode d’arrêt est analogue a celui que l’on emploie souvent poulies cordes des persiennes et qui est indiqué dans la figure 4.
- Tuteur franc-comtois. — Les
- tuteurs généralement employés poulies plantes dont la tige est faible pa r rapport aux fruits qu’elles doivent i apporter sont de simples tiges de bois qui se pourri s sent facilement et ont de plus le grave défaut de ne remplir leur office qu’à l’aide de liens qui les relient à la plante et endommagent plus ou moins l’écorce de celle-ci. En Franche-Comté on remplace ces pieux primitifs par de gros fils de fer présentant un nombre plus ou moins considérable d’hélices plates comme on le voit dans les figures 5 et G, dont la première représente un fraisier et la seconde une vigne. Quand la plante à soutenir doit s’élever à une certaine hauteur, il faut qu’il y ait une hélice enterrée. Cette hélice se trouve bientôt scellée dans le sol par les racines elles-mêmes. On comprend que les fruits ainsi suspendus et préservés du contact de la terre sont dans d’excellentes conditions pour être bien aérés et exposés au soleil. A. B.
- Fig. o et t>. — Tuteur franc-comtois.
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- LA NATURE.
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- NÉCROLOGIE
- G.-R. Kirchhoff. — Le savant et célèbre physicien allemand Kirchhoff s’est récemment éteint à Berlin, à l’àge de soixante-trois ans. Gustave-Robert Kirchhoff, né le 12 mars 1821, à Kœnigsberg, après avoir étudié les mathématiques et la physique à l’université de sa ville natale, se lit recevoir agrégé à l’Université de Berlin en 18-18; il fut ensuite attaché à l’Université de Breslau comme professeur extraordinaire de physique; en 1851, il avait été nommé professeur ordinaire à l’Université de Heidelberg; en 1875, il avait passé à l’Université de Berlin. La même année, il avait été élu membre de l’Académie des sciences de cette ville. Il était correspondant de l’Institut de France depuis le 21 janvier 1870.
- On doit à Kirchhoff d’importantes recherches sur l’électricité, l’élasticité, la tension de la vapeur; il a particulièrement attaché son nom à la découverte capitale de l'analyse spectrale, en collaboration de M. R. Bunsen. Ce procédé d’analyse qui constitue incontestablement l’une des plus grandes et des plus fécondes découvertes de la science moderne, permet de reconnaître, selon la couleur des raies du spectre, la nature du métal qui les produit. Cette découverte, appliquée aux investigations sur la nature physique des corps célestes, a donné naissance à l’astronomie physique. Kirchhoff a publié les résultats de cette science dans son ouvrage : Recherches sur le spectre solaire et les spectres des corps simples (Berlin 1861). Il a donné, en outre, dans les Annales de chimie et de physique de Poggendoff et dans le Journal des mathématiques de Crelle, de nombreux mémoires sur ses autres travaux.
- Le phonographe rendu pratique. — Le New-York Herald donne, dans son numéro du 20 octobre, de curieux détails sur une nouvelle invention d’Edison. L’inventeur du phonographe aurait trouvé un papier si homogène et si peu élastique qu’il conserverait les impressions de la pointe de cet admirable instrument avec une fidélité merveilleuse ; on n’aurait qu’à placer la feuille sur un phonographe identique pour reproduire le discours. Edison espère être à même, au mois de janvier prochain, de mettre en vente un premier lot de 500 feuilles de trois formats. Les petites, pour la reproduction de 800 à 1000 mots; les moyennes, de 2000; et les grandes de 4000. Les feuilles seraient accompagnées de boîtes spéciales pour la transmission postale. Il est dangereux de prononcer le mot impossible en parlant des inventions d’un homme à qui nous devons tant de merveilles, mais nous attendrons d’avoir vu fonctionner, ce papier surprenant avant de suivre le Herald dans les développements
- où il entre pour apprécier les conséquences de ce progrès.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 octobre 1887. — Présidence de M. Jaxssen.
- Traitement préventif de la rage. — M. Perrault décrit, par l’intermédiaire de M. Brown-Séquard, les expériences d’où il conclut que l’injection intra-veineuse du chloral dilué dans dix fois son poids d’eau, apporte un obstacle invincible à l’éclosion de la rage. Il y a déjà plusieurs années, un jeune homme ayant été mordu par un chien dont l’état de rage fut parfaitement constaté, subit
- l'inoculation nouvelle et n’éprouva aucun accident; fait évidemment non démonstratif à lui seul, mais que vient corroborer l’expérience suivante : il y a sept mois, l’auteur soumit sept lapins à l’injection sous-cutanée du bulbe d’un homme mort de rage. L’un des lapins reçut ensuite le chloral, tandis que les six autres furent abandonnés à eux-mêmes. Ces derniers moururent sans exception. L’autre présente l’apparence d’une excellente santé.
- Sur les Syringodendrons. — Les troncs de Syringo-dendrons, aussi nombreux que les troncs de Sigillaires dans le terrain houiller, sont connus de tous les paléontologistes ; pour les uns ce sont des plantes indépendantes, pour les autres, au contraire, ce sont les troncs de Sigillaires âgées. On n’est pas plus d’accord sur la nature des appendices fixés aux cicatrices caractéristiques souvent très grandes qui couvrent leur surface ; on y a vu des écailles, des épines, des stipules, des racines, etc. L’étude anatomique d’écorces de Syringodendrons silicifiées à structure conservée recueillies en partie par M. Roche dans les gisements d’Autun ont montré à mon savant collègue, M. B. Renault : 1° que ces écorces sont des écorces de Sigillaires âgées; 2° que les cicatrices elliptiques solitaires ou géminées des Syringodendrons ne sont autre chose que les petites cicatricules latérales arquées que l’on remarque sur les cicatrices des Sigillaires de chaque côté du faisceau foliaire, et qui ont pris, en même temps que l’écorce, un développement énorme; 5° que ces cicatrices correspondent à des appareils sécréteurs de gomme ou de résine, occupant toute l’épaisseur de l’écorce. Comme le nombre des cicatrices réparties sur un tronc de Syringodendron est considérable, les produits sécrétés ont dù jouer un rôle important dans la formation de la houille non organisée.
- Nouvel antiseptique. — Depuis deux années, M. Bouchard a soumis à une étude très attentive les propriétés thérapeutiques du naphtol [3. Cette substance avait d'ailleurs été déjà employée, mais on l’avait restreinte au traitement des maladies de la peau à cause de l’extrême toxicité qu’on lui attribuait et qui, paraît-il, était fort exagérée. Selon l’auteur, c’est, à cause de sa très faible solubilité, le véritable agent à employer pour obtenir l’antiseptie du tube digestif. Sa dissolution, à raison de 0gr,33 pour 1000 empêche le développement du microbe de la morve, de celui du charbon bactéridique, du microcoque- de la pneumonie ; il retarde le microbe typhoïdique et entraîne même sensiblement celui de la tuberculose. M. Bouchard a étudié spécialement l’action du naphtol sur le microbe pyocyanogène, et sur celui qui détermine dans l’intestin du lapin la production de cette belle substance verte douée d'une fluorescence si remarquable; et des tubes qu’il met sous les yeux de l’Académie montrent qu’à la dose de 0,66 pour 1000, ces végétaux sont absolument empêchés. Dans un tableau par lequel il termine sa communication, le savant académicien compare l’antiseptie du naphtol à celle de plusieurs autres agents insolubles : l’iodoforme jouit d’un pouvoir antiseptique de 1,27 pour 1000; l’iodol, de 2,75; la naphtoline, de 1,51 ; et le naphtol, de 0,40. La quantité de ces quatre substances, rapportée au kilogramme d’animal expérimenté, qu’il est nécessaire d’administrer pour déterminer la mort, est respectivement : 0?r,50, 2sr,17, 5r‘,40 et S^^O. La dose quotidienne qui peut être tolérée pendant une quinzaine de jours est, toujours par kilogramme d’ètre vivant : 0gr,05 pour l’iodoforme, 1er,24 pour l’iodol, 1 gramme pour la naphtaline, 1er, 10 1 pour le naphtol. De sorte qu’on peut dire, suivant l’au-
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- LA NATURE.
- teur, que le naphtol est le plus énergique des antiseptiques, en même temps que le moins toxique: celui auquel, par conséquent, il est indiqué de donner la préférence.
- Résistance de Vorganisme au développement des microbes. — M. Char-rin, après avoir reconnu que quelques centimètres cubes de microbes pyocyaniques injectés dans les veines d’un lapiil le tuent en quarante-huit heures, constate que la même injection faite sous la peau ne détermine aucun accident. Il pratique cette dernière opération plusieurs jours de suite sur le même lapin, et il s’aperçoit que-l’injection intra - vci -neuse peut alors être réalisée sans avoir les caractères presque foudroyants du début; elle détermine seulement maintenant la paralysie, la paraplégie ou la monoplégie. L’auteur s’est demandé si cette résistance de l’organisme est due à l’introduction des microbes eux-mêmes ou à celle de produits dont ils ont déterminé la formation au sein des liquides de culture. Ces expériences, faites sur des bouillons stérilisés par la - chaleur ou par la filtration, appuient la seconde opinion, et c’est le premier pas fait dans la recherche du mode d’action des vaccins.
- Varia. — M. Pruvost vient de terminer au laboratoire de Roscoff un travail qui démontre l’existence d’un œil anal larvaire chez les Gastropodes Opistobranches. — La statistique de la superficie et de la population des contrées de la Terre occupe M. Levasseur. On y apprend que la superficie exacte de la France n’est pas connue, et que le Ministre de la guerre va faire procéder à la mesure exacte de la carte au 1/80000. — M. Boucheron étudie les troubles psychiques qui peuvent résulter des altérations du nerf acoustique. Stanislas Meunier.
- —-"O-*— I
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- Conductibilité des métaux pour la chaleur.
- Prenez un porte-plume en bois, muni d’une
- garniture métallique, collez une bandelette de papier à la surface de ce porte-plume, de telle laçon que le papier se trouve adhérer mi-parti sur le bois et sur le métal. Chauffez avec précaution la surface du papier adhérente au porte-plume au-dessus de la flamme d’une lampe à es-prit-de-vin(fig.l); vous verrez se carboniser et noircir la partie du papier collée contre le bois, tandis que celle qui est collée contre le métal restera blanche. Le bois est mauvais conducteur de la chaleur; on voit le papier s’y carie métal, au est bon conducteur , et le papier s’y échauffe peu.
- Vibration des corps sonores. — 11 est facile de démontrer ce principe de l’acoustique que l’on exprime en disant : Tout corps qui rend un son est en vibration. On attache au pied d’un verre à boire retourné un petit pendule formé par un lil auquel est fixé un bouton de bottine. Le bouton doit venir s’appuyer a la partie inférieure du verre, comme le montre la figure 2. Avec un crayon, on frappe le verre qui se met à rendre un son ; pendant tout le temps que le son se produit, le bouton sautille à la surface du verre dont il rend ainsi les vibrations manifestes.
- Propriétaire-Gérant : G. Tissandiek.
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- .V 7 55
- 5 .NOVEMBRE 1887
- LA NATURE
- non
- CANON PNEUMATIQUE A DYNAMITE
- IIE M. LE LIEUTENANT ZAF,INSKI
- l)e nouvelles expériences, celles-ci couronnées de succès, viennent d’avoir lieu avec le canon pneuma-
- tique a olms à dynamite de M. Zalinski, lieutenant de la marine des Etats-Unis, système dont nous avons donné la description il y a environ dix-huit mois U
- Ces expériences ont eu lieu le 20 septembre dernier, dans la baie de New-York, sous la direction
- de l’inventeur, en présence du secrétaire de la marine des Etats-Unis, M. Whitney, et de plusieurs ol-iiciers de toute nationalité.
- Nous résumons, d’après une correspondance spéciale, adressée à notre excellent confrère Engineering, les résultats de ces expériences.
- Les projectiles étaient dirigés sur une vieille goélette hors de service depuis plusieurs années, le Sullivan, et employée jadis pour la surveillance des côtes. La distance du schooner Sullivan au canon était exactement de 1864 yards (1680 mètres), et l’angle du canon avec l’horizon de 15 degrés. La pression pour le premier coup de feu — le premier coup d’air serait plus exact — était de 590 livres par pouce carré (41,5 kilogrammes
- tu0 année. — 2e aemeatre.
- par centimètre carré)' Le projectile, du poids de 158 livres (62 kilogrammes) était simplement lesté et tiré à blanc, dans le but d’essayer la portée du canon : il tomba à 10 mètres du Sullivan en produisant un nuage d’écume. Le second projectile, également tiré à blanc avec une pression de 600 livres par pouce carré (42 kilogrammes par centimètre carré) tomba à l’arrière.
- Au troisième coup seulement fut lancé le premier projectile à dynamite pesant aussi 158 livres (62 kilogrammes) et renfermant 55 livres (25 kilogrammes) de nitroglycérine, avec une pression de 710 livres, atteignant l’arrière du navire et faisant
- 1 Voy. n° 667, du 15 mars 1886, p. 251.
- 1 | '| y
- Fig. 2. — Nouveau croiseur à dynamite en voie d’exécution pour le gouvernement américain. — Coupe longitudinale et plan.
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- LA NA TU U K.
- explosion sous l'eau. L’effet fut formidable : l’arrière du schoouer fut soulevé dans l’espace comme pris par une vague gigantesque, et l'on put voir un instant la lumière du jour sous la quille ; le grand màt s’abattit sur le beaupré et le brisa; la carcasse endommagée sur toute sa longueur, faisait eau de toute part. La gravure (fîg. 1, p. 555), reproduite d’après le Scientific American, donne une idée de cette première et gigantesque explosion.
- Le deuxième projectile, lancé dans les mêmes conditions, fit explosion sous l’eau avec un bruit sourd; la goélette fut soulevée et retomba en pièces. C’est ce coup particulier qui a bien mis en évidence la précision du canon à air et la puissance explosive du projectile. Le cinquième coup, lançant le troisième projectile avec une pression de CIO livres par pouce carré, acheva de rompre en pièces la carcasse qu’un sixième et dernier coup dispersa à la surface de la mer. Le temps relativement grand qui a séparé les différents coups est dù à un fait purement accidentel dont la responsabilité 11e remonte en aucune façon au canon de M. le lieutenant Zalinski ; un retard dans la réception de l’explosif, le jour des expériences, fait que les quatre projectiles n’ont pu être remplis -que dans l’intervalle de deux coups successifs. Si les projectiles avaient pu être remplis d’avance, l’expérience 11’eùt duré que huit minutes.
- On peut se demander quelle sera l’influence probable de ce nouveau canon sur les armements modernes. Si un navire peut être détruit par de faibles charges de dynamite lancées avec certitude et précision, de quelle utilité peuvent bien être les blindages et les cuirasses énormes des vaisseaux de guerre actuels?
- l)c même que le Monitor a modifié la construction des navires de guerre et fait remplacer les navires en bois par des navires en fer, de même le canon à dynamite pourra modifier ce dernier mode de construction, et montrer comme nécessité, dans un avenir prochain, l’usage de croiseurs rapides légèrement protégés et armés de canons à dynamite.
- Les expériences ont montré que le procédé de lancement du projectile par l’air comprimé est parfaitement sûr et sous le contrôle absolu du pointeur qui peut augmenter ou diminuer la portée à volonté en augmentant ou en diminuant la pression initiale, tout en conservant une inclinaison constante de 15 degrés. L’efficacité de la fusée électrique a aussi été démontrée, puisqu’elle peut être réglée pour produire l’inflammation dans l’eau à une profondeur quelconque, ou lorsque le projectile rencontre le but.
- Bien que l’explosion d’une charge de 100 livres (45 kilogrammes) de dynamite ne soit pas suffisante pour faire couler absolument un cuirassé, elle n’en produira pas moins ce navire à se mettre hors de portée, le plus vite possible, d’un ennemi aussi dangereux.
- Le nouveau croiseur à dynamite commandé par le Gouvernement américain après le succès de ces expériences aura une vitesse de 20 nœuds (57 ki-
- lomètres) à l’heure, les canons auront 57,5 cen-limètres de diamètre et les projectiles pourront recevoir 000 livres (270 kilogrammes) de gélatine explosive.
- Les croquis (fig. 2, p. 555) donnent une idée des dispositions de ce nouveau croiseur.
- Nous applaudissons volontiers à ces progrès de l’art de la destruction s’ils peuvent rapprocher le temps heureux où la guerre deviendra impossible.
- X..., ingénieur.
- LE CONGRÈS MYC0L0GIQDE
- La Société botanique de France vient de tenir sa troisième session cryptogamique, mais plus spécialement mycologique, dans le local qu’elle occupe, 84, rue de Grenelle, à Paris, du 15 au 17 octobre. Le public d’amateurs et de savants qu’elle avait attiré ne manquait pas de se presser devant des collections nombreuses de champignons recueillis fraîchement aux divers points de la France, ainsi qu’en face de séries d’aquarelles et de photographies occupant le pourtour des salles, et représentant les types les plus variés de cette importante branche de la botanique cryptogamique.
- Plusieurs centaines d’espèces de champignons étaient exposées sur des assiettes avec leurs noms scientifiques, mis par les soins des mycologues les plus accrédités. Ces derniers avaient contribué à l’illustration de cette exposition, en. exhibant des aquarelles scrupuleusement faites de ces plantes trop souvent éphémères. La collection si remarquable de M. Boudier, celle non moins importante du Dr Bichon, qui publie, en collaboration avec M. Roze, une iconographie des champignons de la France, occupaient la première place. Disons, en passant, que M. Richon possède actuellement en album 2200 aquarelles de champignons épiphytes ou terrestres de la France. MM. Patouillard, Bernard et Roland, mycologues également distingués, avaient aussi exposé leurs œuvres en aquarelles très soignées et, dans une annexe, on pouvait voir celles d’un artiste de talent, M. Cuisin, consistant en une série d’études de presque tous les champignons de la Flore parisienne. La photographie a été essayée avec succès par M. Bourquelot pour la reproduction des champignons en grandeur naturelle et les espèces de petite taille ; telles sont les moisissures et les parasites, en un mot, qui sont obtenus très exactement au moyen de la photographie microscopique par M. Bénier.
- En tant que côté pratique, la maison Vilmorin exposait des meules de champignons de couches et, dans un coin de la salle, un petit lot exposé par M. Bouquet de la Grye consistant en Polypore du Bouleau et les produits qu’on en tire, c’est-à-dire des cuirs à rasoirs et des estompes taillés à même dans le champignon blanc et consistant que l’on connaît. Enfin, sur le bureau, quelques publications récentes sur la matière et des herbiers de champignons complétaient cette exposition.
- L’étude des champignons est-plus que jamais à l’ordre du jour. Le nombre des personnes qui s’en occupent dans toutes les classes de la société, est incalculable; il y a même des journalistes de talent qui sont des mycologues et des mycophages passionnés. Depuis la publication du splendide ouvrage de Bulliard, paru à la fin du siècle dernier, peu de travaux avaient été produits pendant cinquante ans sur les champignons, si ce n’est cependant le
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- LA NATURK
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- Synojisis de Fries, les publications de l'aulet, de Confier et quelques autres à l’étranger sur certaines particularités de structures ou de la physiologie de ces végétaux, qui souvent sont une ressource pour l’homme, mais qui peuvent aussi être ses implacables ennemis.
- Pour le lecteur qui n’est pas botaniste et mycologue, ce qu il demande, c’est de ne pas être exposé à l’empoisonnement par les champignons, en flattant son goût pour ce légume qui peut être un appoint sérieux des ressources culinaires. Aussi la question qu’il adresse invariablement a tout mycologue, c’est de savoir comment on reconnaît les bons des mauvais champignons. Cette distinction ne peut se faire qu’à la condition de se mettre courageusement a les étudier, soit avec ceux qui les connaissent, ou bien avec leurs ouvrages. Et, à ce propos il est permis d’émettre un vœu qui n’est pas irréalisable.
- Comme tous les ans des accidents graves se produisent du fait des champignons, par suite de méprise de gens inexpérimentés, il serait à désirer que l’administration supérieure fit exécuter une iconographie complète des champignons de la France.
- De cette publication, on extrairait les principales espèces comestibles et vénéneuses et l’on en formerait un album ou des tableaux qui seraient envoyés d’office dans les écoles de la France, avec une légende explicative. Les espèces propres à la région seraient naturellement signalées,ce qui serait facile en divisant la France en quatre régions. Quant aux espèces sans valeur par la consistance, ou la taille et la forme, il n’en serait pas fait mention dans les albums scolaires, et les instituteurs recommanderaient spécialement ceux qui seraient figurés.
- La jeunesse, si prompte d’habitude à distinguer les objets même similaires, apprendrait sans s’en apercevoir a connaître promptement les bons et les mauvais champignons. Des tableaux scolaires ont été faits depuis longtemps, mais il faut reconnaître qu’ils sont rarement satisfaisants comme quantité d’espèces et comme fidélité il exécution. 11 faut qu’un pareil travail soit aussi parfait que possible. Les savants et les artistes capables de bien taire existent, il ne s’agirait que de les bien choisir.
- En terminant, pour réconcilier un peu les mycophobes, c est-à-dire ceux qui redoutent les champignons, avec l’objet de leur ellroi, disons que les accidents peuvent être écartés en privant ces végétaux de leur suc ou eau de végétation. Le principe vénéneux des champignons toxiques (Amanitine et Muscarine) est habituellement entraîné avec l’eau dont ils sont pénétrés. 11 en résulte que associés à des mets en sauce ce n’est plus le champignon mais la sauce qui est délétère. Nous mangeons chaque année des fausses oronges, après avoir jeté la première eau de cuisson, et sans en être jamais incommodés.
- J. Poisson.
- PÉPITES MONSTRES
- Le fait annoncé par le Sydney Horning Herald, de la découverte d’une pépite de 6095 grammes à llargraves, près Mudgee1, est à peine connu qu’une nouvelle du même genre est transmise à la presse anglaise par le journal Argus de Melbourne, du 24 août. Cette fois il s’agit de la découverte d’une pépite d’or pur, du poids extraordinaire de 19 kilogrammes, 185 grammes, extraite de la mine Midas, à Sulky Gully, dans la colonie de Victoria. Cette mine, célèbre par les pépites (quoique de dimensions
- 1 Voy. n° 751, du 22 octobre 1887, p. 554.
- | plus modestes) qui y ont été déterrées, de temps en temps, est située dans la forêt de Dowling, propriété de sir , \\ illiam Clarke. La pépite a été baptisée du nom de Lady | Loch; celle pépite est plate et a l’apparence d’une main | gigantesque ouverte avec le pouce .et les doigts réunis; j sa plus grande longueur est de 516 millimètres, sa plus j grande largeur 215 millimètres, et elle varie d’épaisseur jusqu’à 62 millimèlres. Un moule en sera pris avant de la livrer au creuset. La pépite elle-même va être exhibée dans la vitrine d’un joaillier de Melbourne et, probablement, en Angleterre ultérieurement. Elle a été trouvée à 56 mètres de profondeur et est estimée, à raison de 5451 fr. 40 le kilogramme, à 66 208 francs.
- NOM DE LA MINE DATE DK LA DÉCOUVERTE POIDS
- Black-Ilill 1851, 14 octobre Grammes 2 800
- Canadian-Gullv. 1853, 20 janvier. 34000
- Id — 22 — 31500
- ld — 31 — 50 000
- Id — février. 11 400
- Id. 1854. ’l — 11 496
- Eurêka — 17 800
- Dalton’s fiai (Janadian Ladv
- llothain' — 8 sepl. 56 500
- Bakerv-ltill 1855, mars. 17 700
- Id — 14 850
- Union Jack (Buningyongj. . . 1857, 28 février. 11 400
- Black-Ilill Lead iNil Despe-
- randum) O £3 1 16 800
- Bakery-IIill (Welcome; . . . 1858, 9 juin. 68 750
- Koh-i-Noor Claim 1860, 27 juillet. 26 000
- Id. Sir 1 minime
- Dalv 1862, février. 9 700
- Moliagul \ Ve 1 coi ne Etranger!. 1869, 9 — 70 600
- 'Webbville (Buningyong). . — 1er août. 4 500
- Nous donnons, ci-dessus, le tableau des pépites remarquables découvertes dans les mines d’or de la colonie de Victoria.
- LE TOUR DU MONDE
- EN VÉLOCIPÈDE
- M. Thomas Stevens, un Anglais émigré en Amérique depuis quinze ans, vient de faire, pour le compte d’un colonel American, fabricant de vélocipèdes, et purement comme annonce, un voyage absolument étonnant. Dans sa tournée, M. Stevens a parcouru, entre autres, la distance de San-Francisco à NTew-Vork, 5800 kilomètres; Liverpool à Constantinople, (passage de la Manche en bateau) 4050 kilomètres; Constantinople à Téhéran, 2550 kilomètres; de Téhéran aux Indes anglaises, qu’il ne put atteindre, les Afghans lui refusant le passage, il dut retourner à Constantinople ; de cette dernière ville, il se rendit par bateau à Kurrachee, d’où il vélocipéda à Calcutta, distance, 2260 kilomètres;de là il s’embarqua pour Canton et roula sa machine jusqu’à Kinkiang, où il s’embarqua de nouveau pour le Japon et roula de nouveau jusqu’à Yokohama d’où il s'embarqua enfin pour San-Francisco. Celte tournée dura, avec les hivernages à Boston (1884-1885) et à Téhéran (1885-1886) du 22 avril 1884 au 7 janvier 1887. M. Stevens n’avait jamais appris à conduire un vélocipède avant 1 âge de trepte ans, en 1885.
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- LA NATU11E.
- LES TRAINS SANITAIRES
- Comme annexe aux expériences <jni intéressaient l’art militaire proprement dit, la mobilisation du 17° corps d'armée a donné lieu à différents essais relatifs au matériel des troupes en campagne, et, entre autres, à l’expérimentation du train sanitaire que quelques-uns de nos lecteurs ont pu visiter, cet été, sur les voies de garage du chemin de fer de l’Ouest à Paris.
- Le train sanitaire n’est pas, comme on pourrait le croire, un hôpital roulant; il ne saurait-être mis en comparaison, par exemple, avec les bateaux aménagés pour recevoir les blessés, et qui peuvent à la fois servir à les transporter et à les garder à bord loin des champs de bataille, en cas d’encombrement
- des hôpitaux. Le rôle véritable du train sanitaire consiste à prendre les blessés, en plus grand nombre possible, dans les hôpitaux d’évacuation et a les diriger sur des établissements hospitaliers de l’intérieur du pays, où ils recevront les soins exigés par leur état, aussi longtemps que cela sera nécessaire. Combiné en vue d’un service rapide et continuel, le train sanitaire a dû être aménagé d’une façon assez complète pour recevoir des malades dangereusement atteints, exigeant, par suite, des soins de tous les instants, pendant le parcours. 11 doit, de plus, leur fournir un certain confortable, pour ne pas aggraver leur état, par la fatigue inévitable d’un voyage qui peut être plus ou moins long.
- Quelques mots d’historique au sujet de cette installation humanitaire :
- Fig. 1. — Embarquement d’uu blessé dans le train sanitaire.
- Les premiers essais à 'peu près satisfaisants du transport des blessés sur les voies ferrées datent de 1881 ; à cette époque, l’expérience porta principalement sur le mode de suspension des brancards destinés à recevoir les malades, mode de suspension imaginé par le colonel Bry. Quoique plus instructive, l’expérience ne parut pas concluante, et le système du colonel Bry, rejeté pour les trains sanitaires permanents, fut adopté seulement pour les trains improvisés.
- De nouveaux essais furent répétés en 1884, et c’est à l’issue de cette dernière tentative que la Commission spéciale des trains sanitaires émit le programme définitif suivant :
- 1° Pour les transports des militaires gravemenL blessés ou malades, le mode de suspension des brancards installés dans les wagons n’étant pas satisfaisant, l’élasticité nécessaire pour éviter les tré-
- pidations et les chocs devra être demandée à la suspension même du véhicule.
- 2° Le nombre des blessés ne doit pas être supérieur à huit par wagon; les couchettes doivent être installées dans chaque angle du wagon et espacées dans le sens vertical, de façon à permettre au blessé de se mettre sur son séant, et au médecin de pratiquer ses pansements.
- 5° La communication des véhicules sera établie à l’aide d’une disposition analogue à celle que présentent les voitures à couloir central.
- 4° La ventilation sera assurée par un lanterneau placé au centre du wagon, et muni de châssis vitrés, mobiles, dans le sens de la marche du train. Pour la nuit, chaque véhicule sera muni d’une lanterne applique et d’une lanterne du type militaire.
- 5° Le chauffage par bouillottes étant reconnu insuffisant, on aura recours à de petits poêles.
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- LA NATURE
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- fiu Le plancher des wagons s ra garni de linoléum.
- 7° Un wagon spécial comprenant des lits en fer,
- avec rideaux, un lavabo, des sièges, un bureau et un poêle, sera spécialement affecté aux médecins.
- 8° Un fourgon spécial sera affecté aux infirmiers;
- Fi", g. — Intérieur d'un
- Fig. n. — La cuisine du train sanitaire.
- le mobilier comprendra une table-bureau et des sièges.
- 9° Un lourgon spécial, pour la cuisine, contiendra un fourneau, des réservoirs d’eau, des tables et des
- capron du train sanitaire.
- Fig. i. — La pharmacie du train sanitaire.
- armoire» contenant de la vaisselle, et servira à la préparation des aliments et des tisanes.
- 10° Un wagon, aménagé spécialement, recevra la pharmacie, la lingerie et les instruments de chirurgie.
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- LA NAT U LE.
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- Enfin,pour les fourgons de tète et de queue, le premier, muni d'armoire, servira aux approvisionnements, le second, au linge sale et au combustible. Ces deux derniers véhicules, qui ne communiquent pas avec les précédents, sont appelés à recevoir les conducteurs; ils seront munis du vigies et de freins.
- 11° Le train sanitaire en son entier comprendra 22 fourgons ainsi répartis: Ifi pour les blessés, 1 pour les médecins, 1 pour les infirmiers, 1 pour la cuisine; 1 pour la chirurgie, la pharmacie et la lingerie, et enfin les deux fourgons de tète et de queue.
- C’est la réalisation de ce programme que la Compagnie du chemin de 1er de l’Ouest, sous la direction de M. Clerault, ingénieur en chef du matériel, mit à l’étude, et qui aboutit à la création du premier train sanitaire que nous décrivons.
- Le type de wagon choisi est le fourgon de marchandises pour les trains de grande vitesse; son mode de suspension sur des ressorts d’une Jlexihilité de 58 millimètres, ayant été reconnu insuffisant, des mesures ont été prises, pour remplacer, en cas de mobilisation, ces ressorts par d’autres dont la flexibilité atteindra 90 millimètres. De cette façon, la trépidation en marche, même à grande vitesse, ne sera pas plus sensible que pour les voilures à vova-geurs de première classe. Les autres prescriptions du programme ont été exécutées par la Compagnie, de concert avec le service de santé; la disposition des wagons, pour les médecins, pour la pharmacie, lingerie et cuisine, a été très bien étudiée en vue d’une utilisation rationnelle de l'espace disponible, tout en enfermant soigneusement, les approvisionnements, pour les soustraire à l’action de la fumée et de la poussière. Une seule modification importante au programme a été apportée en ce qui concerne le fourgon cuisine : on a reconnu que ce dernier n’offrait qu’un espace trop restreint, et il fut décidé de lui adjoindre un second véhicule qui porte définitivement à 25 le nombre des wagons du train sanitaire.
- A cette étude et à cette construction s’arrête le rôle de la Compagnie de chemin de fer. Sauf les cinq wagons spécialement aménagés, elle est arrivée, à l’aide de dispositions ingénieuses et simples, à fournir au service de la guerre un matériel qui, en dehors du service sanitaire, reste absolument propre aux besoins du trafic ordinaire de l’exploitation, L’agencement du matériel intérieur des wagons destinés au transport des blessés a été combiné de façon à pouvoir être rapidement et facilement mis en état de fonctionner. Suivant les données du programme, chaque angle du wagon est muni d’un châssis en bois verni, pouvant recevoir deux couchettes superposées. Ces châssis reposent sur le plancher même du wagon, par l’intermédiaire de plusieurs couches de moquette, de façon à les isoler encore des chocs. Les lits sont formés d’une forte toile fixée au cadre en bois, par des courroies de suspension, ce qui augmente encore l’élasticité du lit; il ne reste plus qu’à disposer sur ces toiles le matelas, les couvertures, en un mot toute la literie.
- Chaque malade trouve aussi, à portée de la main, une petite planchette à rebords, fixée au châssis par des crochets, et destinée à recevoir une tasse, le pot de tisane et autres médicaments. Enfin le mobilier de chaque wagon se complète, comme nous l’avons vu plus haut, de menus objets tels que sièges, thermomètres, poêles pour l'hiver, lanterne applique, etc...
- Indépendamment des portes placées aux bouts des fourgons et par lesquelles on communique d’une extrémité à l’autre du train, ces derniers restent munis de leurs grandes haies latérales ; c’est par là que s’opère le chargement des blessés.
- Le premier train sanitaire a été expérimenté, le 4 juillet 1887, dans le parcours de Paris au Havre et retour, à la vitesse moyenne de 50 à 40 kilomètres à l’heure; 88 hommes d’infanterie simulant les blessés ont été couchés sur des brancards, puis transportés de l’une des salles d’attente dans le train où 50 infirmiers les attendaient pour procéder à l’expérience. Pendant le trajet, le fourneau de la cuisine a été allumé, et comme fort heureusement les blessés de « service » se portaient tous très bien, ils purent faire honneur au déjeuner qui leur était servi pendant le cours du trajet, et dont le menu tranchait avec avantage sur leur ordinaire habituel. 11 est résulté de cette expérience que l’organisation des trains sanitaires n’offre plus d’imprévus, et qu’un grand progrès humanitaire a été réalisé. L’évacuation rapide et facile d’hôpitaux encombrés près des champs de bataille est désormais assurée, et, saut quelques légères modifications à prévoir, le type de train sanitaire présenté par la Compagnie de l’Ouest est en conséquence adopté par la France; dix trains de ce modèle seront prochainement, prêts à lonctionner sur notre réseau. Georges Petit.
- ——
- LE FONDS CHINOIS
- DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE
- Le général Tcheng-Ki-Tong, attaché à la légation impériale de Chine, et savant d’une haute érudition, dont on connaît les ouvrages écrits en français, a récemment visité la Bibliothèque nationale à Paris où il a été reçu par les conservateurs des imprimés et des manuscrits. Nous avons recueilli à ce propos quelques documents peu connus sur les ouvrages chinois de cet établissement.
- Le fonds chinois de la Bibliothèque nationale a été formé sous le règne de Louis XIV par les soins de M. Fourmont, professeur d’arabe au Collège de France, et auteur de la première grammaire chinoise qui ait été publiée en Europe. Il s’est depuis augmenté d’une façon constante, et se compose actuellement d’environ 4000 numéros, formant à peu près 10 000 volumes. La plupart de ces volumes sont reliés à l’européenne, quelques-uns cependant ont été conservés dans des espèces de portefeuilles ou d’étuis, plus ou moins riches, dont les Chinois ont l’habitude de faire usage. Ces livres font partie du département des manuscrits, quoique l’immense majorité soient imprimés. Cette division s’explique parce que tous ces ouvrages sont exécutés avec des planches sur
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- bois et non pas avec des caractères mobiles dont les (Illinois ne font presque point usage, par la raiîon bien simple que le nombre des caractères dont ils se servent s’élève à plusieurs milliers, et que les fontes chinoises, revenant à des prix fabuleux, sont excessivement encombrantes. Jusque dans ces derniers temps, les livres chinois et japonais étaient mélangés, mais depuis quelques années on a fait un département spécial pour le japonais et un pour le coréen.
- Le fonds chinois contient encore un grand nombre de livres mandchoux souvent reliés à la chinoise, commençant par la fin comme tous les livres orientaux, et se lisant par colonnes verticales, mais cependant composés de caractères alphabétiques.
- Il y a dans le fonds chinois quelques curiosités bibliographiques, telle qu’un livre de prières bouddhiques, provenant du Palais d’été, et tracé au pinceau sur papier doré. Cet exemplaire est relié avec luxe et le titre est écrit avec des incrustations de pierre de jade.
- La collection comprend aussi un nombre de livres très anciens, qui sont devenus fort rares, et qu’on aurait de la peine à se procurer en Chine. Il existe un exemplaire de la dernière encyclopédie, que l’on nomme en Chine /’Encyclopédie moderne et qui date de trois cents ans. On n’a fait que de nouveaux tirages de ce livre encore aujourd’hui classique. M. Stanislas Julien a composé un catalogue qui contient, avec les livres chinois arrivés jusqu’à l’époque de sa mort, survenue il y a environ trente ans, de courtes notices biographiques fort précieuses. Depuis, on n’a plus que des catalogues alphabétiques renfermant les noms chinois transcrits en caractères latins d’après leur prononciation.
- Le cabinet des estampes possède environ 150 volumes de gravures ou de vignettes représentant des scènes de la vie chinoise, des plantes et des animaux, des portraits historiques ou mythologiques, quelques-unes de ces estampes sont d’une grande beauté. Il y a aussi, sur papier de soie, des dessins originaux réellement splendides. Le département des imprimés possède en outre une série de publications populaires éditées à Shanghaï, comme celles dont nous avons donné antérieurement des spécimens, et imprimées sur papier de Chine très mince. Un de ces volumes a un certain degré d’actualité, il est le récit des fêtes qui ont eu lieu à Pékin, en 1709, pour célébrer le soixantenaire du règne'de l’empereur Kanghi, qui mourut l’année suivante. C’est dix ans de plus, comme on le voit, de présence sur le trône que dans le cinquantenaire de la reine Victoria. Il est bon de rappeler que les siècles chinois, comme nous l’avons expliqué, se composent de soixante années seulement et portent le nom de cycles.
- APPLICATION D’ADHÉRENCE CAPILLAIRE
- Les jardiniers qui cultivent, aux environs de Paris, les champignons dans les anciennes carrières à pierre de construction, mettent chaque jour en pratique une application assez particulière de l’adhérence capillaire. Les carrières qu’ils exploitent ont souvent 50 mètres et plus de profondeur. On y descend à l’aide de puits munis d’échelles suspendues.
- Dans la culture des champignons on est obligé d’arroser abondamment le fumier sur lequel ces végétaux se développent. Or, il arrive souvent que l’eau fait totalement défaut dans les carrières. On est donc dans la nécessité de faire descendre dans les carrières celle qui est puisée
- à la surtace du sol. Les champignonnistes se servent, dans ce cas, d’un procédé très ingénieux qui dispense de l’établissement de tuyaux en plomb d’un usage toujours dispendieux. Ils placent sur le bord du puits, par lequel la descente de l’eau doit se faire, un tonneau rempli d’eau et muni d’une cannelle. Contre cette cannelle ils attachent une ficelle qui descend jusqu’au fond de la carrière. Quand on laisse couler l’eau le long de cette ficelle, elle descend régulièrement sans s’éloigner du chemin qui lui est ainsi tracé. Il arrive même que l’on donne à la ficelle une courbe douce afin de conduire l’eau dans les galeries souterraines.
- Ce n’est là, d’ailleurs, qu’une application du fait que les chimistes mettent journellement en pratique dans le cas des filtrations et qui consiste, afin d’éviter de percer le libre, ou de laisser échapper le liquide en dehors de l’entonnoir, de le faire couler le long d’une baguette de verre et de le diriger ainsi dans sa chute. J. Dvrowski.
- MODELK DE DÉMONSTRATION
- DE LA MACHINE ÉLECTROSTATIQUE
- DE WIMSHURST
- Parmi les machines d’induction électrostatique, les plus simples, les plus sûres, les moins encombrantes et les plus économiques, sont sans contredis les appareils de Yoss et de Wimshurst dont La Nature a donné la description il y a quelques années 1.
- M. Hempel a vulgarisé en France le type de Yoss, mais la machine de Wimshurst, peut-être plus ingénieuse encore, construite avec soin par une des grandes maisons de Paris, était jusqu’à ce jour d’un prix trop élevé pour trouver place ailleurs que dans les cabinets de physique ou pour certaines applications médicales.
- Un habile constructeur, M. Bonetti, vient de faire pour la machine Wimshurst ce qu’avait lait M. Hempel pour la machine de Yoss. En réduisant ses dimensions, en simplifiant son mécanisme et en réduisant la main-d’œuvre, il est parvenu à la construire à un prix qui la rend accessibles à toutes les bourses.
- La figure 1 représente le type de machine Wims-hurst créé par M. Bonetti; la figure 2 est un modèle plus complet, avec tous les accesseires nécessaires pour répéter les expériences fondamentales de l’électrostatique, le tout renfermé dans une boîte en chêne ayant à peine 55 centimètres de hauteur, peu encombrante et très transportable.
- On sait que la machine se compose essentiellement de deux plateaux en matière isolante, animés d’un rapide mouvement de rotation en sens inverse. 40 feuilles d’étain sont collées sur les plateaux, et amenées par la rotation en regard de balais de clinquant qui établissent entre elles les communications nécessaires au fonctionnement de la machine, puis en regard des peignes métalliques supportés par les condensateurs.
- Le petit modèle n’a que 27 centimètres de hau-
- 1 Voy. n° 555, dn 19 janvier 1884, p. 117.
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- LA NATURE.
- leur, et le diamètre des plateaux ne dépasse pas 20 centimètres; il donne néanmoins des étincelles dont la longueur atteint 8 et quelquefois 0 centimètres de longueur.
- En dehors de son extrême simplicité, la machine Wimslmrst présente l’avantage de s’amorcer par tous les temps, instantanément et sans aucune préparation, même par les temps humides et au milieu d'un nombreux auditoire qui charge l’atmosphère de vapeur d’eau, dette qualité sera
- ment appréciée par tous les professeurs de physique, habitués aux insuccès des expériences d’électrostatique devant un nombreux auditoire.
- Le nécessaire scientifique (tig. 2) renferme, outre la machine, un tabouret isolant, un carreau étincelant, un excitateur médical, une tige de communication extensible pour le tabouret, des tubes de Geissler et des pantins.
- Ces accessoires peuvent être complétés à peu de frais, lorsqu’on veut multiplier les expériences : c’est ainsi qu’un de nos abonnés, celui qui nous a fait connaît re cette machine, et que nous remercions, a pu répéter facilement les intéressantes expériences de M. le docteur Boudct de Paris1 sur l’impression par l’électricité.
- Le nouveau modèle de machine Wimslmrst a donc sa place marquée, eu égard à ses avantages et à son prix modique, dans les écoles primaires aussi bien que dans la collection d’appareils d’un amateur de science.
- 1 Yoy. n° 702, du 13 novembre .1880, p. 574, et n° 087, du 51 juillet 1886, p. 150.
- LES CHATS SAVANTS
- La Nature a publié à plusieurs reprises des notices sur les exercices auxquels se livrent des animaux convenablement dressés, et que l’on désigne habi t u e 11 e m e n t sous le nom d’animaux savants. Il a été question de chiens et d’oiseaux, voire même d’éléphants dressés ; on n’a jamais parlé jusqu’ici des exercices exécutés par les chats, et cela par une excellente raison, c’est que les dresseurs ne viennent générale-ment, pas à bout de l’esprit d’indépendance de ces animaux, essentiellement amoureux de la liberté.
- Le chat domestique a jadis été l’objet d’une véritable vénération; il se peut qu’à force de soins et de prévenances, on ait reconnu en lui des qualités que nous avons peut-être laissé perdre par notre indifférence habituelle à son égard. Hérodote
- rapporte dans ses écrits que les Egyptiens avaient un tel amour de leurs chats, que, lorsque leur maison venait à briller, c’était au salut de ces animaux qu’ils songeaient avant tout. « Lorsqu’un chat meurt de mort naturelle, dit Hérodote, tous les habitants de la maison se coupent les sourcils. On place les chats morts dans les appartements sacrés, on les embaume et on les
- porte dans la ville de Bubastis. »
- Le chat n’a nullement l’esprit de servilité; il est fier, indépendant, mais affectueux et plein de tendresse pour ceux qui lui prodiguent des soins. Il est parfois d’une remarquable intelligence, et c'est par la douceur et les bons procédés qu’il n’est pas ini-
- Fig. 1. — Machine électrique de Wimshnrl. — Modèle de démonstration de M. Bonetti.
- fondamentaux et indispensables
- Fig. 2. — Le même appareil, dans sa boite, avec ses accessoires.
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- Fig. 1,
- Exercices des chats savants au Cirque d’Iliver, à Paris
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- possible d’arriver à le dresser, comme le prouvent les faits curieux dont nous allons donner le récit.
- Un dresseur hollandais exhibe actuellement, au Cirque d'Hiver à Paris, une troupe de chats savants qui accomplissent sous ses ordres, avec une docilité incomparable, une série d’exercices vraiment surprenants.
- On apporte sur la piste du cirque deux petites maisonnettes A et R (fi". 2) entre lesquelles on place
- B
- Fig. 2. — Disposition adoptée pour les exercices des chats savants
- une longue lile de chaises C 1) qui les réunissent l’une à l’autre. Le dresseur frappe du doigt la cloison d’une des baraques, on voit aussitôt un chat passer sa tète à l’une des petites portes d’entrée de cette baraque. Le dresseur le caresse doucement et lui lait signe de sortir; le chat circule aussitôt sur le dos de toutes les chaises et se rentl à la baraque voisine, où il pénètre aussitôt.
- Un chat recommence cet exercice pendant qu’un autre chat parcourt la lile des chaises, entre les montants verticaux. Une longue planche garnie de bouteilles est placée entre les deux maisonnettes, les chats défdent au milieu de ces bouteilles en les contournant, alternativement à droite et à gauche.
- L’exercice des chaises et des bouteilles étant terminé, on place une série de tréteaux entre les deux baraques. Chacun de ces tréteaux est distant par un espace d’un mètre environ. Les chats sautent de l’un à l’autre tréteau au signal de leur maître. Ils recommencent l’exercice en faisant le saut à travers un cerceau qui leur est présenté.
- Le dresseur prend un cerceau de cuivre, autour duquel il enflamme des étoupes imbibées d’alcool. Sur son signal, un des chats s’élance au milieu du cercle de feu.
- Les chats savants ne s’en tiennent pas là : la représentation se termine par des tours d’adresse plus étonnants encore. Les deux petites maisonnettes, où les chats se tiennent toujours enfermés, restent à la même place. Une corde raide est tendue entre elles. Les chats savants y passent successivement avec beaucoup d’adresse; mais voilà qu’après avoir parcouru la corde tendue, un homme apporte des rats blancs qu’il y pose de distance en distance : les chats recommencent leur exercice, et enjambent les rats sans les toucher. Après les rats, ce sont des petites souris blanches et des oiseaux vivants que l’on place sur la corde tendue, les chats passent encore au-dessus de chaque petite bête, sans lui faire le moindre mal. Un des chats accomplit même l’exercice en ayant une souris blanche placée sur le dos et un oiseau perché sur la tête.
- Notre gravure d’ensemble (fig. 1) représente les principaux exercices dont nous venons de donner la
- description. A gauche, on aperçoit un chat qui grimpe à un mat et qui termine la séance.
- Quelque extraordinaire que soit le fait de chats respectant des oiseaux et des souris, ce n’est pas la première fois que ces animaux montrent de la sollicitude pour ces bêtes habituellement traitées par eux en ennemis. Voici une histoire que raconte Rrehm dans sa Vie des animaux :
- Dans une ferme d'Angleterre une chatte avait mis bas pendant la nuit et dès le matin elle avait perdu ses petits : on avait profité de sa première absence pour aller les noyer au loin. La pauvre mère s’était fatiguée à courir la maison, cherchant, appelant et donnant tous les signes d’une douleur bien naturelle en pareil cas. Elle était encore en quête lorsqu’un enfant, qui la voulait régaler, déposa dans le panier d’où l’on avait enlevé les chats, une nichée de jeunes rats qu’il venait de découvrir. La chatte, revenant au bout de quelques instants, trouva ces petits êtres demi-nus et gémissants, auxquels d'abord elle prit à peine garde. Elle se coucha dans son panier sans prendre aucune précaution, mais aussi sans faire aucun mal aux nouveaux occupants. Ceux-ci, dans le premier moment, furent-ils effrayés en sentant si près d’eux l’ennemi constant de leur race? Je serais très porté à le croire. Quoi qu’il en soit, ils se remirent promptement, et le besoin leur aidant à surmonter une antipathie naturelle, ils saisirent les mamelons de la chatte et commencèrent a téter de bon appétit. La nourrice les laissa faire d’abord sans colère; puis éprouvant peut-être quelque soulagement par suite de la succion, elle commença à y prendre plaisir; bientôt elle s’intéressa aux petits rats et, avant la fin de la journée, elle s’était déjà occupée de leur faire leur toilette. De ce moment elle les avait adoptés. Tous les habitants de la ferme étaient venus voir cette singulière famille; les voisins accoururent à leur tour; enfin les visites se multiplièrent au point de devenir une véritable incommodité, et pour y mettre un terme, on prit le parti de détruire les petits rats. Je regrette que l’expérience n’ait pas été poussée jusqu’au bout; il eût été curieux de voir si, une fois capables de vivre par eux-mêmes, nos jeunes animaux n’eussent pas été empressés de fuir leur nourrice.
- Nous ne pouvons mieux terminer cette notice qui fait en quelque sorte l’apologie de l’intelligence des chats, qu’en rappelant que Jonathan Franklin avait une prédilection pour ces charmants animaux. Dans sa Vie des animaux, il vante les qualités du chat, sa propreté et son courage. Franklin rapporte qu’il a vu un petit chat tenir tête à cinq chiens, sans prendre Ja fuite et il admire son sang-froid. Il ajoute que c’est à tort que l’on parle de la perfidie des chats. Us savent aimer, dit-il, autant que haïr. Dr Z...
- TÉLÉMÈTRE DE POCHE
- Cet instrument, imaginé par M. le capitaine Heurtant, du 22“ de ligne, se compose d’une simple boîte rectangulaire de 0m,05 de long sur 0m,03 de large et 0m,005 à 0m,007 de haut. A la partie antérieure on remarque trois fenêtres de 0m,0005 d’ouverture qui sont percées de telle sorte que du bord extérieur d’une fenêtre externe au bord intérieur de l’autre fenêtre externe il y ait exactement 0ra,025. Entre les bords extérieurs de ces fenêtres il y a
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- donc O1",025a, les deux bords de la fenêtre du milieu donnent donc les bissectrices de deux angles formés par l’œilleton placé à la partie postérieure de la boite : 1° le bord extérieur rie la fenêtre de gauche avec le bord intérieur de la fenêtre de droite ; 2° le bord extérieur de la fenêtre de droite avec le bord intérieur de la fenêtre de
- XIUL
- Fip-, 1 ot 2. — 1. Télémètre légèrement réduit, le dessus enlevé. 2. T.e tédémètre déployé sur nue carte de visite.
- gauche.. Ainsi que je viens de le dire, un œilleton permettant de vojr en même temps les deux fenêtres extrêmes est percé à la partie postérieure de la boîte.
- Théorie de l instrument. — Supposons un angle quelconque ACB et la bissectrice CE; si du point C on fait passer un rayon visuel par les points A et I», l’un de ces points étant dirigé sur l’objet dont on cherche la distance, la ligne CA rencontrera la ligne d’horizon sur laquelle se trouve cet objet au point. A ; la ligne AB est la somme des tangentes des deux angles adjacents ACEetECB. Pour connaître la distance à laquelle se trouve le point B, il suffit dec-onnaître cetfi
- Fig. 5. — Figure pour la théorie de l'instrument
- somme; en effet, la tangente d’un angle est toujours exprimée pour un rayon d’un mètre, pour un rayon de 100 mètres elle est donc cent fois plus grande, pour un rayon de 200 mètres, deux cent fois, etc.
- Si on prend sur AB une distance AD = ^ de AB et qu’on mesure Al), c’est absolument comme si on avait mesuré AB; c’est le but de l’instrument AD — tg\Œ — tpDCE. Du point I) menons DI parallèle à AC, nous déterminons ainsi sur CE et CB deux points II et F, les longueurs Cil et CF sont proportionnelles à AD, ce sont elles qui nous serviront à mesurer CB et CE.
- Considérons les triangles rectangles AEC et DEII, nous AE EC ._ ,
- avons AD étant le £ de AE, CH sera le ~ de CE ;
- donc si on s'avance sur CE d’une longueur CH et qu’on multiplie CH par 25, on aura la distance CE.
- Du point F menons une parallèle à CE et joignons MK. Remarquons que FO = OJ, CK = FO, donc MK qui a deux de ses points également distants de AC est parallèle à cette ligne et par suite à D ; de plus FO = f de F J, AM égalera | de AD.
- Considérons les deux triangles rectangles AEC et COF ; AE EC , .
- nous avons t-t-t = — et dans les triangles BEC et COF
- BC
- AD
- BE
- CO
- BE _
- FÔ ~ CF °U lAD ~ CF' 0l * de AD’ cest le ^ de AE 0 de BE, CF est donc le ~ de CB ou de CA; si donc o s’avance sur CB d’une longueur CF et qu’on multipli
- 305
- cette longueur par 50, on aura la dislance du point C au point B.
- Manœuvre nu télémètre. — Ier cas. — Appliquer l’instrument, la partie poslérieure, contre l’œil, viser l’objet avec le bord gauche de la fenêtre de droite, remarquer sur la même ligne d’horizon le point ou aboutit le bord droit de la fenêtre de gauche, marcher soit sur l’objet, soit sur la bissectrice de l'angle (indiquée par le bord gauche de la fenêtre centrale) jnsqu a ce que le bord gauche de la fenêtre de gauche vienne se placer sur le point auxiliaire précédemment déterminé par le bord droit de cette même fenêtre, multiplier la distance cherchée par 25 si on a marché sur la bissectrice ou par 50 si on s’est dirigé sur l’objet.
- 2° cas. — Afiser l’objet avec le bord gauche de la fenêtre de droite, déterminer le point auxiliaire avec le bord droit de la fenêtre de gauche et marcher sur le point on sur la bissectrice jusqu’à ce que le bord droit de la fenêtre de droite coïncide avec l’objet.
- 5e cas. — Viser l’objet avec la bissextrice, ou déterminer alors deux points auxiliaires à droite et à gauche de l’objet. On retombe alors dans le premier ou le deuxième cas, suivant qu’on s’avance sur le point auxiliaire de droite ou celui de gauche; on peut, dans ces trois cas, au lieu de déterminer le point auxiliaire à laide du bord droit de la fenêtre de gauche ou du bord gauche de la fenêtre de droite, le chercher avec l’un des bords extérieurs de l’une ou l’autre de ces fenêtres; il faut alors reculer dans les directions indiquées plus haut pour que les bords intérieurs de ces fenêtres viennent coïncider avec l’objet ou avec le point auxiliaire.
- HISTOIRE DE MES ASCENSIONS
- RÉCIT DE QUARANTE VOYAGES AÉRIENS
- Bar Gaston TISSANDIER1
- Il y a presque dix ans, dans notre livraison du 8 décembre 1877, nous annoncions à nos lecteurs la première édition illustrée de cet ouvrage, qui comprenait le récit de vingt-quatre voyages aériens. L’accueil favorable qui a été fait à ce livre, a décidé d’éditeur à en faire une édition populaire de petit format. Le recueil ainsi présenté, a obtenu un grand succès, puisque six éditions successives en ont été écoulées en quelques années. La septième édition, qui vient de paraître, a le mérite de reconstituer le grand format illustré primitif, sans être d’un prix plus élevé que le petit ; cette édition augmentée de plusieurs chapitres nouveaux, offre l’histoire de quarante voyages aériens.
- En terminant, il y a dix ans, l’histoire de ses premiers voyages aériens, l’auteur écrivait les lignes suivantes : « Je fais des vœux pour que dans dix ans, il me soit donné de présenter le récit d’une nouvelle et plus importante série d’explorations, aériennes. »
- 1 Histoire de mes ascensions. Récit de quarante voyages aériens, par Gaston Tissandier. — Septième édition, entièrement refondue, et augmentée de plusieurs chapitres. Ouvrage illustré de nombreux dessins par Albert Tissandier. 1 vol. in-8°. Prix 3 francs 50. Maurice Drevfous, éditeur, 13, Faubourg-Montmartre. Paris.
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- LA NATURE.
- Ces vœux ont été exaucés. Dans la nouvelle édition du livre, l'auteur parle des ascensions qu’il a exécutées avec son frère, depuis le commencement de 1878. Ces nouveaux voyages comprennent ceux qui ont été entrepris dans l’atelier aéronautique d’Auteuil, soit avec le premier aérostat dirigeable électrique, soit avec des aérostats sphériques.
- Après leurs expériences de navigation aérienne, M M. Albert e t Gaston Tissandier ont fait construire un ballon sphérique de 1100 mètres cubes, le C o m m an dan t Rivière, dans lequel ils ont exécuté l’un et l’autre un assez grand nombre de voyages aériens. Outre un appareil pour la fabrication de l’hydrogène, l’atelier d’Auteuil reçoit une canalisation spéciale de gaz de l’éclairage, établie par la Compagnie parisienne. 11 suffît d’ouvrir un robinet pour gonfler un aérostat et le faire partir. C’est ainsi que M. Gaston Tissandier a étudié avec son frère les couronnes solaires , alors qu’elles préoccupaient l’attention des astronomes et des météorologistes, c’est ainsi qu’il a réalisé, avec M. Jacques Rucom, scs expériences de photographie en ballon en 1885, et qu’il a entrepris plusieurs autres expéditions aériennes, offrant toujours quelque particularité plus ou moins intéressante au point de vue météorologique.
- La septième édition de l’Histoire de mes ascensions est augmentée d’un certain nombre de gravures et de diagrammes inédits. Nous représentons ci-dessus 1 aspect de la nacelle du Commandant Rivière, lors de sa première ascension dans l’atelier aéronautique d Auteuil. MM. Albert et Gaston Tissandier avaient
- Un départ du ballon le Commandant Rivière, à l’atelier aéronautique d’4uteuil. (D’après une photographie de M. Moussettc.)
- offert une place dans leur nacelle à leur constructeur, M. H. Lachambre. Au moment où l’équilibrage était fait, le ballon fut retenu à proximité du sol, afin qu’un habile photographe amateur, M. Mous-set te, pût en prendre un cliché. La gravure donne la reproduction de ce cliché, obtenu quelques minutes avant le départ.
- 11 ne reste plus, après la photographie prise, qu’à
- ouvrir l’appendice inférieur de l’aérostat, condition indispensable pour permettre l’écoulement du gaz dilaté par la dépression de l’air, à vérifier si l’équilibrage est bien établi ; les hommes de manœuvres abandonnent la nacelle qu’ils tenaient des mains, et le ballon s’élève doucement en quittant peu à peu la surface du sol, pour monter dans les régions supérieures.
- Depuis la fondation de l’atelier aéronautique d’Auteuil, vingt-cinq ascensions y ont été exécutées sans qu’aucune d’elles ait donné lieu au moindre accident.
- Les amis de la navigation aérienne trouveront le récit de la plupart d’entre elles, dans l'Histoire de mes ascensions qui comprend toujours les chapitres émouvants, revus et corrigés par l’auteur : ascensions maritimes et nocturnes, expédition de l’aérostat le Pôle fiord, voyages aériens pendant le siège de Paris, catastrophe du Zénith, et nombre de faits dignes d'être enregistrés par la science.
- L’éditeur, M. Maurice Rreyfous, a apporté tous ses soins à publier l’ouvrage sous un aspect agréable, malgré son prix très modeste.
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- LA NATURE.
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- BATEAU A PETROLE DE M. FOREST
- Nous avions déjà le bateau à vapeur et le bateau électrique, voici maintenant le bateau à pétrole. On pourrait presque donner le nom de bateau à gaz, au canot le Volapük, que M. Forest, l’ingénieux méean cien, vient de construire, car c’est un moteur à gaz de de 0 qui s’y installé (lig.
- Ce n’est pas le gaz d’éclairage qui est employé ici, mais l’air chargé de carbure d’hydrogène par son passage dans l’essence de pétrole. Nous avons déjà parlé des avantages qu’on peut retirer de cette préparation, tant au point de vue de l’éclairage qu’au point de vue de la force motrice1.
- On a vu à ce sujet que l'air carburé mélangé en proportion convenable à l’air ordinaire produit un mélange détonant qui peut être utilisé sous le piston d’un moteur.
- L’installation faite par M. Forest à bord de son canot est basée sur ce principe, elle comprend donc un carburateur et un moteur à mélange détonant.
- Le premier appareil est très simple et peu encombrant. 11 se compose de trois petits cylindres disposés horizontalement et d’une capacité totale d’environ 10 litres. Le premier contient une réserve d’essence de pétrole et entretient dans le second un niveau constant. C’est dans celui-ci qu’arrive l’air
- 1 Voy. a” 724, du 16 avril 1887, p. 507.
- extérieur aspiré directement par les pistons du moteur. Afin qu’il se charge mieux de carbure d’hydrogène, une hrosse hélicoïdale dont la partie inférieure trempe dans l’essence, tourne lentement dans ce cylindre de façon à s’imprégner constamment du liquide et à présenter une très grande surlace d’évaporation. Le troisième cylindre sert à arrêter cl à recueillir les traces de liquide qui auraient été entraînées par le courant d’air.
- Le moteur que construit M. Forest (lig. 2) a deux pistons renfermés dans le même corps de pompe et agissant simultanément sur le même arbre. Pour se rendre compte de cette disposition, il suffit de se figurer un cylindre ouvert à ses deux extrémités et dans lequel on enfoncerait par chaque bout un piston; la rencontre aura lieu au milieu du cylindre. Si on introduit en ce point, entre les deux pistons, de la vapeur ou un gaz à forte pression, il est clair qu’ils seront poussés tous les deux avec une force égale et que leur course pourra être utilisée pour faire tourner un volant. Cette disposition adoptée par M. Forest a pour but de mieux répartir sur l’arbre moteur l’effet produit par l'explosion.
- Le mélange détonant est, comme nous l’avons dit, aspiré directement par les pistons ; il arrive en traversant un système de soupapes qui s’ouvrent au moment voulu pour donner accès à chaque gaz (air pur et air carburé) dans des proportions déterminées; puis qui se referment, lorsque les pistons commencent à se rapprocher l’un vers l’autre, en com-
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- LA IN AT LUE
- primant le mélange. Lorsqu'ils sont au bout de leur course de retour, une étincelle, produite par un système magnéto-électrique, jaillit au sein du mélange et l’enllamme.
- Les pistons accomplissent alors leur course utile et agissent sur l’arbre du volant. Lorsqu’ils reviennent l’un vers l’autre pour la seconde Ibis il y a évacuation des gaz par une soupape spéciale qui s’ouvre à ce moment ; puis tout se trouve disposé de nouveau pour une aspiration, une compression et un nouvel effet utile. Comme on le voit, les pistons n’agissent utilement, de même que dans presque tous les moteurs à gaz, qu’à chaque deux révolutions du volant. Pour agir à chaque révolution, il suffirait d’augmenter le nombre des pistons, on aurait alors plus de force et on pourrait diminuer le volant.
- Le refroidissement est obtenu naturellement au moyen d’une circulation d’eau très facile à produire dans les conditions spéciales où l’on se trouve.
- La machine qui est montée sur le Volapük n’avait pas été construite pour cet usage, c’est plutôt un moteur d’atelier; elle a deux volants verticaux, et le mouvement est transmis à l’arbre de l’hélice au moyen d’un engrenage d’angle. Elle a une puissance de 0 chevaux et consomme 4 litres d’essence de pétrole par heure pour imprimer au bateau une vitesse de 10 kilomètres par heure. Dans un moteur de 0 chevaux actuellement en construction et destiné au canot d’un amateur qui habite les environs du lac de Genève, la machine comporte des perfectionnements notables qui en réduiront le volume et diminueront les trépidations.
- L’application de ce genre de moteur à la navigation est une idée très heureuse, car on supprime ainsi la chaudière si encombrante des bateaux à vapeur et tous les accessoires qui s’y rattachent, l’ennui d’avoir un chauffeur, un approvisionnement de charbon, le temps nécessaire pour la mise en pression, etc.... C’est surtout la navigation de plaisance qui profitera de ces divers avantages, et beaucoup d’amateurs de sport nautique qui reculaient devant l’emploi des moteurs à vapeur seront heureux de profiter de cette nouvelle application des moteurs 'a gaz1. G. Mareschal.
- BOUTEILLES EN PAPIER
- Les applications du papier comprimé sont innombrables ; depuis quelques années surtout elles se multiplient avec une incroyable fécondité, mais l’une des plus importantes est sans contredit l’emploi du papier pour la fabrication des bouteilles en tous genres, industrie nouvelle créée par M. L. H. Thomas, de Chicago, et récemment importée en Angleterre par MM. Tulk et Cie.
- Les bouteilles sont faites à la machine, qui commence
- 1 Nous avons eu récemment l’occasion fie voir fonctionner, ù l’Exposition du Havre, le canot à moteur à air carburé de M. Lcnoir. Le célèbre inventeur des moteurs à gaz a construit une très intéressante machine à essence de pétrole appliquée à la navigation s nous la décrirons prochainement. G. T.
- par former des cylindres ayant la longueur, le diamètre et l’épaisseur désirés : c’est le corps de la bouteille. La surface de ces cylindres est ensuite recouverte d'une feuille de papier coloré et glacé, pour lui donner un aspect extérieur agréable, et le cylindre est découpé en un certain nombre de longueurs, suivant la hauteur à donner à chaque bouteille. On ajuste ensuite à ce cylindre le fond et le goulot qui sont en bois ou en papier, d’après les dimensions de la bouteille et l’usage qu’elle doit faire.
- L’intérieur des bouteilles est alors enduit, à chaud, d’une préparation spéciale qui augmente leur ténacité et, résistant aux acides, alcools, essences, etc., les rend aptes à contenir des encres, des couleurs, et un grand nombre de produits transportés jusqu’à présent dans des récipients en verre, en poterie, en grès ou en étain.
- Les bouteilles en papier sont pratiquement incassables ; leurs formes et dimensions se prêtent à toutes les exigences de l’industrie ; elles sont plus économiques et ont l’avantage de ne pas exiger, pour le transport, un emballage spécial encombrant et souvent fort lourd, qui grève les produits ainsi transportés d’une somme importante. Les bouteilles en papier constituent donc, de l’avis de Ylron, auquel nous empruntons ces détails, une invention très utile à laquelle l’industrie devra faire bon accueil en raison des services qu’elle pourra lui rendre.
- CHRONIQUE
- La puissance des machines du monde. — Le
- bureau de statistique de Berlin vient de publier les résultats d’une sorte de recensement général de toutes les machines du monde. La force totale qu’elles produisent est évaluée à 40 millions de chevaux-vapeur, sur lesquels 4 millions seraient consacrés à la traction sur les chemins de fer. En admettant ces nombres, on peut estimer qu’il faudrait un milliard de tourneurs de roue pour produire une puissance équivalente. Pour l’obtenir avec la main-d’œuvre humaine, il faudrait donc condamner à un travail abrutissant, que l’antiquité réservait avec raison aux esclaves, une population représentant les deux tiers environ de celle qui existe sur la terre, en y comprenant les femmes, les vieillards et les enfants. Ce n’est point exagérer la vérité de déclarer que cet effectif de la population valide n’excède pas beaucoup 500 millions d’àmes, c’est-à-dire qu’elle n’atteint pas le tiers du nombre de travailleurs humains qui seraient nécessaires. Les différentes nations sont inégalement favorisées dans cette répartition. L’Angleterre posséderait à elle seule 7 millions de chevaux-vapeur (non compris les locomotives), ce qui représente un cheval-vapeur pour chaque 5 habitants ; les Etats-Unis 7 millions et demi de chevaux-vapeur de plus que l’Angleterre, mais comme la population est plus considérable, le chiffre proportionnel serait environ de 6 âmes et demie par cheval-vapeur. En troisième ligne viendrait l’Allemagne avec 4 millions et demi de chevaux-vapeur, soit un cheval-vapeur par 41 habitants ; en quatrième, la France, 5 millions, ou bien un cheval-vapeur par 15, et enfin, en cinquième, U Autriche-Hongrie qui n’aurait que 1 million et demi de chevaux-vapeur, soit environ 1 cheval-vapeur par 50. 11 n’est pas sans intérêt de faire remarquer que 40 millions de chevaux-vapeur représentent le travail nécessaire pour élever 5200 milliers de tonnes à 1 mètre en une seconde. C’est plus que trois cubes d’eau de 100 mètres de côté, mais beaucoup moins que quatre. Ge chiffre montre combien l’effort précédent,
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- LA NATURE.
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- immense par rapport à nous, est faible par rapport aux forces mises en jeu dans les phénomènes astronomiques, notamment l’énergie des attractions exercées parla terre.
- Importation des poissons congelés. — Mous avons parlé précédemment des importations des viandes fraîches de la Plata conservées par le froid; aujourd’hui, nous pouvons annoncer que l’importation des poissons congelés vient d’être organisée en France. En effet, il s’est constitué à Marseille la Société du trident, qui possède un vapeur et un navire à voiles tout spécialement disposés pour ce genre de transport. Le vapeur Roke\lle est arrivé dernièrement à Marseille avec 50000 kilogrammes de poissons congelés et conservés dans ses cales à l’état de glaçons. La température des cales est maintenue constamment à 17° centigrades au-dessous de zéro, à l’aide d’une machine Pictet produisant le froid par l’évaporation de l’acide sulfureux. Les poissons ont été péchés au filet sur divers points de la Méditerranée et de l’Atlantique. C’est la seconde importation de la nouvelle entreprise, la première ayant été faite il y a trois mois par le Milan, voilier armé en pèche. Dès l’arrivée à Marseille, le poisson est transporté de nuit (pour éviter la chaleur), dans une cave où la température est la même que dans les cales. Ce poisson est excellent et la Commission d’hygiène a constaté qu’il était parfaitement comestible et qu’il constituait un précieux aliment. L’expérience faite avec le premier chargement, a démontré que l’on pouvait conserver le poisson pendant sept ou huit mois dans une basse température, sans qu’il éprouvât la moindre altération. On s’est rendu compte aussi que l’on pouvait l’expédier au loin, sous la simple précaution de l’entourer de paille ou d’algues marines. C’est ainsi que le premier arrivage a été disséminé, non seulement dans la région, mais aussi jusqu’à Paris et même en Suisse.
- La conservation des œufs. — Lne exposition d’œufs conservés, en Angleterre, a donné des résultats utiles à signaler. Le premier prix a été remporté par un lot conservé dans du son très tin, le petit bout de l’œuf placé en bas. Ceux qui ont été brisés étaient bons, et le blanc était entièrement exempt d’odeur et de goût. Le second prix a été gagné par des œufs enduits de cire et d’huile et conservés dans le sel; le troisième, par ceux enduits de suif et renfermés dans de la chaux fusée et parfaitement à l’abri de l’air. 11 y en avait aussi de conservés simplement dans le son, et d’autres dans le froid. Il y avait des lots d’œufs conservés dans des préparations de salpêtre, de sel, d’eau, de chaux éteinte; malheureusement les spécimens étaient presque tous gâtés. On remarqua que dans beaucoup de cas les prix ont été gagnés par les procédés simples et éminemment pratiques. Aucun d’eux n’apparaît supérieur à la conservation dans le sel sec sans aucune autre préparation. Le second prix, comme on l’a vu, avait enduit ses œufs de cire avant de les placer dans le sel, ce qui donne du travail sans nul avantage correspondant. Aucun procédé liquide n’a eu de succès en cette exposition. Yoici un procédé pratique pour conserver durant l’été des œufs qui seront employés pendant l’hiver : on prend une caisse d’une capacité convenable, dont le fond sera retenu avec des vis graissées, afin de pouvoir facilement les enlever; on y placera un lit d’œufs, le petit bout en bas, et on les recouvrira d’une couche de sel, et ainsi successivement jusqu’à ce que la caisse soit pleine, on la placera dans un endroit frais, autant que possible ; lorsqu’on voudra s’en servir, on renversera la caisse, on dévissera le fond,‘de telle sorte que les premiers
- œufs placés soient ainsi les premiers employés : pendant l’hiver on aura un bon supplément pour la pâtisserie et la cuisine. Les œufs qui ont été examinés à cette exposition avaient trois mois de séjour dans une cuisine. Ce témoignage est d’autant plus sérieux que la conservation eût été bien plus sûre si on les avait placés dans un endroit frais. Les œufs à double jaune, ceux qui sont sales et mal assortis, n’ont aucune chance de se conserver.
- U’ozokérîte. — M. Jtateau, ingénieur des mines, a publié, dans les Annales des mines, une note relative à l’ozokérite et dans laquelle il définit ce minéral : un pétrole solide. C’est un mélange, en proportions variables, d’hydrocarbures simples. Wagner dit qu’on peut admettre, en gros, la formule C30II60, le pétrole répondant à peu près à C12lli(î. L’ozokérite présente de nombreuses variétés entre une substance très molle, qui serait du pétrole riche en paraffine, et une substance noire, dure comme du gypse. Mais l’ozokérite ordinaire est molle, plastique. Sa cassure est extrêmement fibreuse. Sa couleur varie du jaune clair au brun foncé, sa densité de 0,85 à 0,05. A mesure qu’on la chauffe, elle devient de plus en plus plastique. Elle fond aux environs de 02° et donne, à la distillation, les produits suivants :
- Benzine, environ............8 pour 100
- Naphte.................15 à 20 —
- Paraffine..............50 à 50 —
- • Huiles lourdes.............15 à 20 —
- Résidu fixe............10 à 20 —
- L’ozokérite est soluble dans la benzine, l’essence de térébenthine, le pétrole. Au point de vue électrique, elle peut remplacer la gutta-percha comme, isolant. L’usage principal de l'ozokérite est la préparation de la parraffine et surtout la préparation d’un hydrocarbure blanc, appelé cérésine, qui peut remplacer la cire d’abeilles dans toutes ses applications. Les gisements d’ozokérite connus sont peu nombreux. Les principaux sont dans les régions pétrolifères des Karpathes et du Caucase. C’est à Borvslaw, dans la Galieie orientale, qu’on l’a trouvée pour la première fois en quantité suffisante pour donner lieu à une exploitation. Cette exploitation, commencée en 1860, représente aujourd’hui une valeur de plus de dix millions de francs.
- Une grosse perle. —Un télégramme, daté de Perth (Australie) du 5 septembre 1887 et publié dans le Melbourne Argus du 8 du même mois, annonce la trouvaille sur la plage connue sous le nom de Ninety-Mile Beach, par M. George Bœ, d’une perle pesant 5gr,85 et estimée à 20000 francs.
- -——
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 51 octobre 1887. — Présidence de M. Janssi'.s.
- Polarisation rotatoire. — Un sait que Biot avait conclu, de ses expériences sur le pouvoir rotatoire de l’acide tartrique additionné de quantités croissantes de soude ou d’ammoniaque, qu’il se fait dans le liquide une série continue de composés dont le nombre est, par conséquent, infini. Grâce à l’activité imprimée au phénomène par l’addition de molyhdates alcalins, M. Gernez démontre aujourd’hui qu’il n’en est rien, et que la courbe exprimant l’augmentation du pouvoir rotatoire subit des inflexions brusques pour des doses correspondant à des composés définis. Tout le monde appréciera l’élégance et la précision de ces procédés de dissection véritable à la-
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- LA! NATURE.
- quelle M. Cernez sait soumettre les liquides complexes.
- Variélé remarquable de cire minérale. — Nous avons reçu récemment, M. G. Dollfus et moi, de Sloboda-Run-gorska, près Koloméa (Galicie autrichienne), une série d’échantillons de cire minérale dont plusieurs se signalent par la beauté de leur aspect. D’un jaune doré, chatoyant et éminemment fibreux, ils offrent une ressemblance singulière, quoique tout extérieure, bien entendu, avec les fragments un instant si en vogue de la crocido-lite de l’Afrique australe. La densité prise sur plusieurs spécimens est égale à 0,60. Chauffée dans l’eau, la substance fond à une température voisine de 80°, et se concrète par refroidissement en une masse tout à fait homogène, de couleur assez foncée, tendre sous l’ongle comme la cire ordinaire. L’eau qui a bouilli en contact avec elle n’a pas paru contenir trace de chlorures alcalins, et le fait contraste avec la présence, d’ailleurs tout à fait exceptionnelle, d’un très petit cristal de sel gemme parfaitement visible dans l’un de nos échantillons. Dans l’éther, la substance blanchit, puis se dissout. Une goutte de la solution, évaporée lentement sur unelame de verre, donne de longues aiguilles inco-lores, très actives sur la lumière polarisée. Une analyse élémentaire a donné des chiffres qui correspondent sensible ment à la formule CH. Les échantillons dont il s’agit proviennent de couches pétrolifères récemment mises en large exploitation, et consistant en marnes compactes d’un gris bleuâtre, d’une puissance de 500 mètres au moins ; non aquifères, sans fossiles, mais qu’il parait légitime, néanmoins, de rapporter au miocène supérieur.
- Sur les cysticerques. — 11 résulte des travaux de M. le Dr Cavoix que le cysticerque de la ladrerie n’est pas, comme on l’a cru, identique au tænia solium. Le premier de ces parasites a déterminé récemment la mort d’un malade dans le cerveau duquel il a été retrouvé en grand nombre.
- Traité clinique des fièvres larvées. — M. le baron Larrey présente _de la part de l’auteur, et sous le titre qui précède, un important volume de M. le le IV Tartuson. On trouvera en tète une magistrale préface de M. Georges Barrai. H s’agit de tout un ensemble de maladies, ordinairement graves, parfois [mortelles, dont le diagnostic a jusqu’ici été particulièrement difficile.
- Varia. — L’observatoire d’Alger annonce la découverte de la 272° petite planète, et M, Moveliez dépose les observations de petites planètes faites à Paris dans le deuxième trimestre de 1887. — La théorie mathématique de l’aimantation par influence occupe M. Duhem. — M. Painlevé
- traite des transformations rationnelles des courbes algébriques. — Une suite à ses études sur les récepteurs radiophoniques à sélénium est adressée par M. Mercadier. — Une importante étude de M. de Itouville sur les terrains anciens du département de l’Hérault est déposée par M. Hébert. — Des combinaisons parfaitement cristallisées de l’aniline avec les acides métalliques sont signalées par M. Ititte. — M. Bouquet de la Grye dépose des séries d’inclinaisons et de déclinaisons magnétiques observées en Tunisie par la mission hydrographique de 1886.
- Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- IMITATION DU TONNERRE
- Dites à quelqu’un (le poser les mains sur scs oreilles, et passez dessus, autour de sa tète, une ficelle, de la façon représentée dans la figure ci-
- contre. Si vous pressez légèrement la ficelle entre deux doigts et que vous éloigniez peu à peu votre main, la personne soumise à l’expérience en-tendra un fort roulement de tonnerre. Pour bien produire l’effet voulu, quelques précautions sont nécessaires. Nous allons les indiquer. Avant d’atteindre l’extrémité de la ficelle, il faut la saisir de l’autre main au point de départ; en opérant ainsi, il est possible de prolonger quelque temps l’expérience.
- En appuyant les ongles sur la ficelle et retirant la main par saccades, on produit des coups de tonnerre secs, qu’on change en roulement lointain, par un léger écart des ongles. Cette petite expérience ne manque généralement pas d’étonner ceux qui en sont l’objet; on ne saurait s’imaginer combien est intense l’impression produite sur le tympan.
- La Nature a parlé antérieurement d’une autre expérience du même genre, à la description de laquelle nous renvoyons le lecteur. Elle consiste a faire entendre une cloche avec une cuillère pendue a un fil *. Thomas Escriche,
- Professeur de physique à l’Inslilut de Bilhao (Espagne).
- 1 Yoy. n° 559, du 17 avril 1880, p. 317.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N» 754. — 12 NOVEMBRE 188 7.
- LA NATURE.
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- LES CROSNES DU JAPON
- Depuis plusieurs années déjà on s’occupe beau-
- Fig.l. — Crosnes du Japon (Stachys tuberifera). — Ensemble de la plante.
- Fig. 2. — Rhizomes du Crosnes de Japon. Partie comestible de la plante. (Grandeur naturelle.)
- ciennement déterminée jque celle de la Chine et du
- Japon. Notre Labiée se nomme donc aujourd’hui Stachys lu-berifera. Plante vivace originaire de la Chine boréale et du Japon. Souche émettant de nombreux rhizomes souterrains, tubéreux. Tubercules formés par une succession'de nodosités , ressemblant assez aux collets de racines de l’Avoine à chapelets. Tige simple ou rameuse, dressée ou couchée à la base, quadrangulaire, haute de 25 à 40 centimètres, couverte sur les angles de poils hispides. Feuilles opposées, pé-tiolées, rugueuses, liis-pides, à base cordée, acu minées, dentées, crénelées ; les inférieures ovales, les supérieures ovales oblon-gues, graduellement plus petites à jnesure qu’elles s’insèrent plus haut.
- Fleurs sessiles, réunies par 6-4 en faux verticilles distincts. La Heur se compose d’un calice subcampanulé ou infundibuliforme obeonique à dents égales aiguës. Corolle de 10 à 14 millimètres de longueur, purpurine, à tube exert, ayant un anneau de poils à l’intérieur.
- Le Stachys tuberifera ou Crosnes du Japon est une plante des plus rustiques, d’un produit très coiv
- coup dans le monde horticole d’un nouveau produit légumi-neux appelé à rendre de grands services dans l’alimentation journalière ; nous avons pensé qu’il pourrait être d’un certain intérêt de le faire connaître aux lecteurs de La Nature.
- Au printemps de 1882, la Société nationale d’acclimatation de France reçut du Dr E. Bretschneider, médecin de la légation russe à Pékin, parmi une certaine quantité de graines quelques tubercules d’une variété de labiée, variété que les Japonais appellent Choro-Gi, et dont ils font grand cas pour leur nourriture.
- La Société chargea M. Paillieux, l’un de ses membres les plus actifs et les plus dévoués, de la cultiver, de l’étudier et de voir enfin si on pourrait l acclimater en France.
- M. Paillieux1, qui s’est fait une spécialité de l’étude des légumes peu connus, se mit à l’œuvre et les détails que nous allons publier nous ont été obligeamment donnés par cet excellent collègue.
- Le Stachys qui nous occupe reçut, au moment de son introduction, le nom de Stachys affinis, mais M. Cli. Naudin vient de le baptiser Stachys tuberifera, car il a constaté l’existence, sous le nom de Stachys affinis, d’une plante d’Arabie plus an-
- 1 M. Paillieux, en collaboration avec M. Bois, du Muséum, a publié à la Librairie agricole de la rue Jacob, Le potager d’un curieux, ouvrage des plus intéressants et qui com-
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- sidérable et dont la culture ne demande pas de soins spéciaux.
- On plante en février deux ou trois tubercules à la touffe à 40 centimètres en tous sens. Si la terre
- prend l’histoire, la culture et les usages de 100 plantes comestibles peu connues ou inconnues.
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- est bonne et bien fumée, la récolte sera considérable. On sarcle le sol à diverses reprises et selon les besoins pour le débarrasser des mauvaises herbes. Il ne faut arracher que fin novembre ou commencement de décembre. On laisse les tubercules en terre pendant tout l'hiver en recouvrant le dessus de paille ou de feuilles pour que la neige ou la gelée n’en empêche pas l’arrachage; mais il vaut mieux arracher au fur et à mesure des besoins, car une fois hors de terre les tubercules se flétrissent, noircissent au bout de douze à quinze jours. Dans le sable cependant on peut les conserver indéfiniment. Dès les premiers jours de mars les tubercules recommencent à végéter ; on en cessera donc la consommation.
- M. Paillieux, pensant avec raison que nos cuisinières auraient certaine difficulté a se rappeler, soit le nom de Stachys tuberifera, soit celui de Cliori-Gi, lui a donné celui de Crosnes du Japon, Crosnes étant le nom d’un village de Seine-et-Oise où M. Paillieux a son jardin. La partie comestible de ce légume consiste dans les rhizomes, qui sont d’un blanc nacré et dont le goût peu accentué, mais agréable, rappelle à la fois celui de l’artichaut, du salsifis et de la pomme de terre. Les Crosnes se préparent, soit confits au vinaigre, soit frits dans la pâte ou préparés comme les flageolets, à la maître d’hôtel, ou au jus ; on peut s’en servir comme garniture de ragoût. L’eau de cuisson doit être plus salée que pour les flageolets. Bref, ils peuvent être accommodés comme les salsifis et les pommes de terre qu’ils peuvent remplacer dans certains cas.
- Si on considère la date récente de l’introduction du Stachys tuberifera en France, on a droit d’être surpris des résultats déjà obtenus, résultats dont tout le mérite revient à M. Paillieux qui l’a fait connaître par tous les moyens possibles, se mettant même, comme il le dit plaisamment, à faire la place pour faire acheter cette nouveauté. Brébant, le renommé restaurateur, l’a mis sur sa carte du jour, et l’a fait entrer dans la composition de la fameuse salade japonaise, ce mets à la mode, dont la recette nous est donnée par Alexandre Dumas dans Fran-cillon.
- Les Crosnes ont, de plus, le grand avantage d’être un légume d’hiver, époque où naturellement on est le plus embarrassé pour trouver quelque chose de nouveau et de frais en fait de]légumes. La consommation en est déjà considérable, et nous sommes persuadés que dans quelques années les Crosnes se trouveront partout, comme on trouve aujourd’hui les pommes de terre et les haricots.
- Ernest Bergman.
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- ACTION A DISTANCE DES MÉDICAMENTS
- CHEZ LES SUJETS HYPNOTISÉS
- On a beaucoup parlé, dans ces derniers temps, de la prétendue action exercée par des substances médicamenteuses contenues dans des tubes de verre hermétiquement
- clos mis en contact avec des sujets hypnotisés. Sans discuter ici la valeur d’expériences que l'on ne saurait accepter sans contrôle, il nous paraît curieux de montrer que les faits en discussion ne sont pas nouveaux, et que des expériences du même genre ont jadis passionné nos arrière-grands-pères.
- Il y a environ cent cinquante ans, des médecins italiens s’imaginèrent que les propriétés purgatives de drogues renfermées dans des vases de verre pouvaient transsuder au dehors, à l’aide de l’effluve électrique qui donnait à leurs émanations la puissance de traverser les [tores de la même manière que le fait la lumière. Ces théories ont été exposées par Pivati dans un volume publié à Lucques en 1747, sous le titre de la Médecine électrique. Le bruit de cette prétendue découverte fut si grand, que l’abbé Nollet traversa les Alpes dans le seul but de la contrôler. Il assista à des expériences nombreuses à Bologne, à Turin et à Venise. Le Père Beccaria, alors âgé de trente-cinq ans, est au nombre des persannes qui se montrèrent réfractaires. Une fois, l’abbé Nollet éprouva un flux de ventre, mais il déclara que cette circonstance devait être attribuée à la nature du repas qu’il avait absorbé la veille. Il fit à l’Académie des sciences de Paris un rapport radicalement contraire aux prétentions des médecins italiens, et la compagnie l’inséra dans le volume des mémoires pour 1749. Malgré la condamnation formelle portée par un physicien d’une telle réputation, Winckler, professeur à Leipsick, persista. Il envoya un mémoire à la Société royale de Londres. Watson, un des correspondants de Franklin, fut chargé de contrôler ces assertions. II arriva aux mêmes conclusions que l’abbé Nollet.
- Depuis lors il ne fut plus question dé ces effets singuliers, et l’on commença à étudier les effluves sans se préoccuper de la nature des substances renfermées dans les parties matérielles servant de pôle. Dans son Histoire de l'électricité, Priestley raconte tout au long les singulières aventures qui, grâce au renom des physiciens induits en erreur, avaient vivement préoccupé l’opinion scientifique pendant plusieurs années, étaient devenues l’occasion de dépenses considérables et se terminèrent, à la confusion de leurs auteurs, dans leur pays même. Quelque prévenus que fussent les témoins en faveur de la théorie extraordinaire dont on faisait l’épreuve, ils furent obligés de confesser que leurs célèbres compatriotes s’étaient trompés.
- C’est à cette occasion que l’abbé Nollet démontra que si l’eau de mer pénètre dans l’intérieur d’une bouteille vide, qu’on descend au fond de la mer, et qui est assez solide pour ne point être écrasée, ce n’est point par les pores du verre, mais par ceux du bouchon ou par l’espace entre le bouchon et le verre.
- L’ARCHIPEL CANARIEN
- ET SES HARITANTS PRIMITIFS1
- La famille. — La population ancienne de l’archipel canarien comprenait des éléments divers, tantôt fusionnés, tantôt juxtaposés les uns aux autres. Il n’en est pas moins vrai que toutes les îles avaient reçu, au début, le même élément ethnique qui formait le fond de la population. C’est ce qui
- 1 Voy, La Nature, 7° année, lur semestre, p. 158* 201, 405.
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- nous explique et les ressemblances et les différences que présentaient, au point de vue des coutumes, les diverses Hes de ce groupe.
- Le mariage était partout la base de la famille; partout il n’avait lieu que par consentement mutuel. Mais, à Ténériffe « les hommes prenaient autant de femmes qu’ils en pouvaient nourrir » (Espinosa); ailleurs, existait la monogamie. Les époux avaient la faculté de divorcer et même, au dire d’Azurara, à la Gomère, le divorce était des plus faciles. En général, la célébration du mariage se réduisait à une grande simplicité. Après s’être assuré du consentement de sa fiancée, il ne restait au jeune homme qu’à obtenir, parfois au moyen de quelques têtes de bétail (île de Fer), le consentement des parents; l’union s’effectuait sans plus de cérémonie.
- Hiérarchie civile et religieuse. — Chaque île de l’archipel semble avoir été gouvernée primitivement par un chef unique, mais, à l’époque de la conquête, Lanccrotte et File de Fer étaient les seules qui ne reconnussent qu’une autorité. Le pouvoir était partout héréditaire et, plus d’une fois, à la mort d’un roi, des difficultés surgirent entre ses fils. Pour les résoudre il arriva que les enfants se partagèrent l’héritage du père. Aussi, les conquérants trouvèrent-ils à Fortaventurc deux chefs; à la Grande-Canarie, quatorze; à Ténériffe, dix; à la Palme, douze; à la Gomère enfin, quatre. Ténériffe avait obéi à un seul roi (mencey) jusqu’à la mort de Tinerfe le Grand, survenue cent ans environ avant l’arrivée des Espagnols; ses fils, tout en se partageant le pouvoir, reconnurent la suprématie du chef de Taoro, dans la vallée d’Orotapala. A la Gomère, ce ne fut qu’à la fin du quatorzième siècle que les quatre chefs qui, jusqu’alors, avaient reconnu la prépondérance de l’un d’eux, se proclamèrent indépendants.
- La royauté, bien qu’héréditaire, n’était pas absolue. Chaque chef était entouré d’un conseil, composé de nobles et de prêtres, que l’on désignait sous le nom de sabor (Grande-Canarie) on de tagoror (Ténériffe, Fortaventurc, etc.).
- Sauf à la Gomère et à l’île de Fer les rois avaient la propriété du sol; ils en abandonnaient l’usufruit à leurs sujets, moyennant une faible redevance.
- La noblesse n’était pas héréditaire : les sigones de Ténériffe aussi bien que les guayres de Canarie, étaient nommés à l’élection par le conseil royal. Le nombre des nobles étant limité, il ne pouvait être procédé à une nouvelle élection que lorsqu’un d’eux venait à mourir. Au-dessous des nobles venaient les guerriers, puis les vilains et enfin les bourreaux, méprisés de tout le reste delà population.
- Dans certaines îles, sinon dans toutes, la justice était rendue par des juges appartenant soit à la noblesse, soit au peuple; chacun d’eux ne pouvait juger que les individus de sa caste.
- Le roi portait, au sommet de la tête, une longue mèche de cheveux; les nobles avaient seuls le droit
- de porter les cheveux longs ; quant aux vilains, ils devaient couper leur chevelure.
- Devant les menceys de Ténériffe, un guerrier portait Yanepa, sorte de petit étendard en jonc, enfilé dans une hampe en bois (fig. o). Les nobles se servaient, comme insignes, de bâtons de commandement plus ou moins sculptés (fig. 2), qui servaient au besoin de massues. Ceux que représente notre figure ont été trouvés dans la grotte du dernier roi de Taoro, le vaillant Bencomo, qui défendit avec tant d’héroïsme l’indépendance de sa patrie contre les envahisseurs espagnols. Les guerriers se servaient, comme armes de jet, de pierres roulées par les ravins, et de javelots dont la pointe était tantôt armée de pierre ou d’os, tantôt simplement durcie au feu. Ils employaient aussi, comme arme offensive, une sôrte d’épée en bois de tea (pinus cana-riensis), dont le tranchant, disent les chroniqueurs, coupait comme s’il eût été en acier. Pour parer les coups, ils se servaient d’un bouclier consistant en une rondelle de dragonnier (dracæna draco).
- Dans l’archipel canarien existait encore une caste sacerdotale. A la Grande-Canarie, elle se composait d’un pontife, le fayean, de prêtres, de sortes de moines vivant de la charité publique, et de confréries de femmes, les harimaguadas, qui ne devaient, sous peine de mort, montrer leur visage à aucun homme. C’étaient elles qui procédaient, sur les nouveau-nés, aux ablutions auxquelles nous avons fait allusion. Le fayean jouissait d’une autorité comparable à celle des rois; lui seul pouvait ratifier l’élection des nobles et leur donner l’investiture.
- Croyances. Cérémonies religieuses. — Les anciens Canariens croyaient à un être suprême qu’ils nommaient Acoran, Achihurcin, Èraoranhan, Abora, etc., et à une foule de divinités inférieures : Magec (le soleil), Acaman (le soleil ou la lune), Magios (les âmes, filles de Magec). Les femmes de l’île de Fer adoraient une déesse, Moneiba. Tous ces êtres habitaient les sommets des montagnes d’où ils descendaient pour écouter les prières du peuple. Le diable, Gabiot, Gayota, Irnene, qui pouvait revêtir la forme d’animaux et s'appelait alors Tibicene, habitait, pour les gens de Ténériffe, le pic de Teyde; c’est dans le cratère que se trouvait l’enfer ou Echeyde.
- A toutes les divinités, bonnes ou méchantes, le peuple portait des offrandes qui consistaient habituellement en lait ou en fruits. Les lieux sacrés occupaient presque toujours des sites escarpés, sur le sommet des montagnes. Ces temples étaient en général de simples abris sous roche; on les désigne encore à la Grande-Canarie sous le nom d'Almoga-ren. C’est là que les prêtres offraient aux dieux les libations de lait de chèvre, brûlaient les fruits et tiraient des présages de la direction de la fumée.
- En dehors de ces pratiques journalières et lorsque sévissait quelque fléau, on séparait dans les troupeaux les males des femelles et on les soumettait
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- pendant trois jours à un jeune presque absolu. Les habitants eux-mêmes observaient le même jeûne, puis toute la population, ayant à sa tête les prêtresses, se dirigeait vers la mer que l’on frappait avec des verges et des feuilles de palmier en chantant Almene Covan (ayez pitié de nous. Seigneur). De cette façon, grâce surtout au bêlement des troupeaux, on espérait attendrir la divinité. A l’île de Fer, dans les grandes calamités, on promenait le porc sacré, Aranfaibo, autour du rocher vénéré de Bentayga.
- Les sacritices d’animaux étaient relativement rares ; c’étaient des agneaux et des chevreaux qu’on immolait.
- Le dessin que nous donnons (fig. 4) représente un des hornos (fours ou mieux autels à sacrifices) , dans lesquels on brûlait les animaux sacrifiés. Ces autels étaient de simples monticules de pierres sèches ayant, au centre, une cavité dans laquelle on allumait un grand feu, au milieu duquel on jetait les victimes. La direction de la fumée permettait aussi aux prêtres de tirer des présages.
- Je ne parlerai pas des offrandes aux rochers qui menaçaient ruine ; on les craignait et ils rentraient alors dans la catégorie des dieux méchants.
- Les premiers navigateurs qui abordèrent aux Canaries trouvèrent quelques idoles en bois. L’une d’elles fut emportée en Portugal ; elle figurait une statuette humaine tenant une boule dans sa main. Une autre représentait une femme nue ayant devant elle une chèvre et un bouc disposés à l’accouplement.
- Dans ces dernières années, il a été trouvé quelques statuettes en terre cuite que nous devons con-
- sidérer comme des idoles. Nous avons été nous-mème assez heureux pour en rencontrer une tout à fait comparable à celle dont nous donnons le dessin (fig. 1). Ce sont de grossières figurines ayant toutes
- le cou fort allongé : de chaque côté se voit une sorte d’aile peinte en ocre rouge, qui représente peut-être la chevelure ; en arrière un bourrelet médian, peint en noir, simule une tresse.
- Embaumements ; sépultures.— Les limites dans lesquelles nous devons nous renfermer ne nous permettent point de traiter ces questions. Nous nous bornerons à dire que les morts étaient parfois embaumés par des procédés qui nous sont inconnus ; ils étaient ensuite recouverts de sept, huit, neuf enveloppes superposées, faites de peaux soigneusement préparées et finement cousues. A la Crande-Canarie les enveloppes extérieures étaient souvent de jonc. Mais tous les cadavres n’étaient pas embaumés ; dans certains cas on se contentait, pour retarder la
- putréfaction, de répandre autour des corps des graines aromatiques ; dans d’autres, on ne prenait aucune précaution pour empêcher la décomposition.
- Ajoutons enfin que les morts, embaumés ou non, étaient déposés le plus souvent dans des grottes naturelles, et quelquefois dans des fosses, limitées par des pierres, et reeou-vertes soit d’un monticule de scories volcaniques, soit d’un véritable tumulus en terre C Dv Veux eau.
- Voy., pour plus de détails, notre Rapport sur une mission scientifique dans Varchipel canarien, Archives des Missions, 3° série, t. XIII.
- Fig. 1, 2 et 3. — 1. Statuette eu terre cuite de la Grande-Canarie. — 2,2. Bâtons de commandement, de Ténériffe. — 3. Hampe d’anepa (étendard en jonc) de Ténérifi'e.
- Fig. 4. — Autel à sacrilices de l’île de Fer.
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- LA TRACTION MÉCANIQUE
- DES VÉHICULES SUR ROUTES
- Nul problème n’a été et n’est encore plus cherché — et, pourrions-nous ajouter jusqu’à nouvel ordre, moins résolu complètement, — que la traction mécanique de petits véhicules sur routes ordinaires.
- Depuis la première voiture à vapeur à réaction, iondéc sur le principe de l’éolipyle, proposée par IsaacNewton en 1080, et la première voiture à vapeur de Nicolas Joseph Cugnot, construite en 1769 et dont un deuxième modèle perfectionné construit en 1770 figure encore dans la galerie du Conservatoire des Arts-et-Métiers, à Paris, il a été fait des expériences sans nombre pour réaliser avec plus ou moins de succès la traction mécanique des voitures ordinaires. Les solutions proposées ou expérimentées peuvent se classer en deux groupes distincts : l’un de ces groupes renferme les appareils dans lesquels l’énergie est produite par des générateurs thermiques, au fur et à mesure des besoins, en transformant la chaleur en travail. Ce groupe comprend les appareils à vapeur alimentés par la combustion de la bouille, du coke et du pétrole, et certains appareils, plus nouveaux, dans lesquels on utilise directement cette chaleur de combustion, sans passer par l’intermédiaire de la chaudière à vapeur.
- Dans un brevet récent, puisqu’il date du 9 avril dernier, M. Debriat propose même, sous le nom bizarre de dynamophore impondérable (sic), comme moteur puissant et léger, un moteur à poudre dans lequel l’explosion est produite par une étincelle électrique !
- Le second groupe appartient à la classe des réservoirs ou accumulateurs, système dans lequel on emporte une provision d’énergie connue et préparée à l’avance, sous forme d’air comprimé, d’eau chaude, de ressorts tendus, ou d’accumulateurs électriques chargés.
- L’air comprimé et, à fortiori, les ressorts, consti-
- tuent un déplorable réservoir d’énergie au point de vue de la puissance spécifique1, mais l’avenir semble ouvert aux accumulateurs électriques qui n’ont pas encore dit leur dernier mot.
- Nos préférences sont pour un accumulateur puissant et léger complété par une pile de grande capacité, mais de faible débit, maintenant cet accumulateur constamment en charge, même pendant les périodes de repos. On réunirait ainsi, par cet artifice, deux qualités, puissance et durée, qui ne se rencontrent ensemble dans aucun appareil connu.
- Quoi qu’il en soit des.solutions de l’avenir, celles du présent sont, le plus souvent, faites en vue de l’utilisation de moteurs thermiques, sous la forme d’un foyer alimentant une chaudière à vapeur qui à son
- tour, dessert des cylindres à vapeur.
- La figure ci-contre représente un des modèles les plus récents de petits véhicules à moteur thermique, construit et expérimenté par M. J. Yirot, chef mécanicien à l’Ecole centrale lyonnaise.
- Voici les renseignements qui nous sont fournis à son sujet par le constructeur :
- « Cette routière est mue par deux moteurs commandant les roues d’arrière au moyen d’engrenages. A l’avant est une roue directrice commandée par un levier à main. La chaudière est du type Seguin ; vingt minutes suffisent [tour la mettre en pression. La vitesse de cette routière est de 16 kilomètres à l’heure, et elle peut franchir sans difficulté des rampes de 8 centimètres par mètre. A l’arrière, trois i personnes peuvent prendre place, y compris le mécanicien; en outre elle peut remorquer un poids de 1200 kilogrammes. Quant à la dépense en combustible, elle ne dépasse pas 1 kilogramme par kilomètre parcouru. Avec un tender chargé d’eau et de combustible, elle peut fournir de longs trajets».
- Sans penser que l’appareil de M. J. Virot apporte
- 1 La puissance spécifique d’un appareil est le rapport de sa puissance à sa masse. La puissance spécifique d’une machine pouvant produire 5 chevaux et pesant 200 kilogrammes, est de 1/40 de cheval par kilogramme.
- Voiture à vapeur (le M. J. Virol.
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- LA NATURE.
- une solution définitive au problème de la traction des petits véhicules sur routes, il nous a semblé utile de présenter cet essai aux lecteurs de La Nature, dans le but d’encourager les recherches et de montrer l’état de la question. X..., ingénieur.
- L’AGE DES ÉTOILES
- Lors de la dernière séance publique annuelle des cinq Académies, le 25 octobre 1887, M. Janssen, délégué de l’Académie des sciences, a prononcé un remarquable discours sur VAge des étoiles. Le savant physicien astronome a d’abord résumé l’histoire de la connaissance du ciel, et de la découverte de l’analyse spectrale; puis il a été conduit à examiner sur quelles bases la science pouvait s’appuyer pour assigner l’âge relatif des étoiles. Nous reproduisons cette partie de l’allocution de M. Janssen :
- C’est par la considération du spectre fourni par les étoiles que la science procède.
- On peut admettre, d’une manière générale, que quand un soleil est formé, et toutes choses égales d’ailleurs, plus la température de cet astre est élevée, plus il remplira efficacement les fonctions d’astre rayonnant, et plus longue sera la période pendant laquelle il pourra la remplir.
- Il est vrai que la constitution de ces corps célestes ne nous est pas encore suffisamment connue, pour que nous puissions distinguer sûrement les conditions qui pourraient venir troubler ces données simples et générales, mais il convient de ne pas s’arrêter d’abord à ces difficultés. L’àge des étoiles est donc lié à la température leur matière.
- Or, cette température se trahit par des caractères spoc traux. En effet, Messieurs, cette admirable image prismatique qui nous montre l’ensemble des rayons qu’un astre nous envoie, séparés, classés, ordonnés, et où nous savons lire aujourd’hui la composition chimique, le mouvement et tant d’autres données précieuses, nous instruit encore sur sa température. Si le corps était simplement échauffé sans être porté à l’incandescence, son spectre nous avertirait de cette circonstance par l’absence de ces rayons qui nous donnent la sensation de la lumière. Mais dès que l’incandescence se produit, les rayons lumineux et photographiques se montrent. Quand celle-ci se prononce encore plus, le spectre s’enrichit du côté du violet qui est toujours l’indice d’une haute température. Que si la température s’élevait encore, le violet et les rayons invisibles qui le suivent deviendraient plus abondants. On peut même concevoir, par une sorte d’abstraction, un corps qui serait porté à une température telle, qu’il n’émettrait plus que de ces rayons invisibles situés au delà du violet, que l’œil ne percevrait plus, et qui seraient seulement révélés par la photographie, la fluorescence ou les appareils thermoscopiques. Ainsi, dans l’échelle croissante des températures, le corps est d’abord invisible, il devient ensuite visible, et cesse de nouveau de l’être, par l’excès même de cette température.
- Le spectre traduit fidèlement tous ces états, et nous permet d’en lire avec une fidélité admirable les plus délicates circonstances. Une étoile dont le spectre sera très riche en rayons violets sera donc une étoile dont les enveloppes extérieures au moins seront portées à une haute température. 11 existe au ciel un grand nombre de ces
- astres. Ce sont en général ceux dont la lumière nous paraît blanche ou bleuâtre.
- La plus remarquable est cette magnifique étoile Sirius qui, par le volume de lumière qu’elle nous envoie, est comme hors pair dans le ciel. Le volume de cet astre est énorme et hors de comparaison avec celui de notre soleil. Il est enveloppé d’une vaste atmosphère d’hydrogène, ainsi que son spectre en témoigne.
- Il contient, sans aucun doute, les autres métaux, mais la présence de ceux-ci est d’une constatation difficile à cause de la puissance de rayonnement de cette énorme atmosphère, dont les effluves masquent les autres rayons. Tout indique ici un soleil dans toute la puissance de son activité, et qui conservera cette activité pendant d’immenses périodes de temps
- Après Sirius, qui est l’ornement du ciel et qui le restera longtemps d’après les indications de la science, nous trouvons comme étoile entourée d’une vaste atmosphère hydrogénée, l’étoile Wega de la constellation de la Lyre. C’est une étoile blanche qu’on remarque souvent au zénith de notre ciel. On admet que la masse de ce soleil est portée à une haute température, et qu'il a devant lui de longs espaces d’activité et de rayonnement.
- Ces deux exemples d’étoiles dans tout le développement de leur activité solaire sont peut-être les plus remarquables, mais ils ne sont pas les seuls. Il existe au ciel un nombre considérable d’étoiles appartenant à cette classe. Disons même que le plus grand nombre des étoiles visibles à l’œil nu sont dans ce cas. Mais on a découvert en meme temps une autre classe d’étoiles dans lesquelles les caractères de leur spectre indiquent un degré de condensation beaucoup plus avancé. A la place de ces vastes atmosphères d’hydrogène, l’analyse montre une couche gazeuse, basse, dense, formée de ces vapeurs métalliques que nous reconnaissons précisément dans notre soleil, car notre astre central appartient à cette classe d’étoiles dont les fonctions solaires semblent encore puissantes, mais qui cependant ont dépassé ce qu’on pourrait appeler la jeunesse, si on veut me permettre cette expression. Chose remarquable : en général, la couleur de ces étoiles se trouve être en rapport avec leur constitution. Elles n’ont plus cet éclat, cette blancheur qui caractérisent les étoiles de la première classe. Quelques-unes même sont de couleur jaune, et même orangée.
- Citons comme exemple de ces étoiles qui ont dépassé la période la plus active de leur rayonnement : d’abord, notre soleil, comme je le disais tout à l’heure, qui n’appartient déjà plus à la première classe ; puis Aldébaran, ou l’œil du Taureau qui est sur la route du Soleil, et qui brille en hiver au-dessus de la célèbre constellation d’Orion ; Arcturus, la belle étoile du Bouvier, qui se trouve dans le prolongement des étoiles de la queue de la Grande Ourse, et dont les feux rouges décèlent l’évolution déjà avancée. Mais il existe encore des astres parvenus à un degré plus prononcé encore de leur évolution sidérale. Ici, le spectre trahit d’une manière incontestable les signes d’un refroidissement fatal. Le violet, cette'couleur des hautes températures, manque ici presque absolument; en même temps des bandes sombres, indices d’une atmosphère épaisse et froide, où les affinités chimiques commencent déjà leur œuvre d’association, envahissent le spectre. Chose remarquable, la couleur de ces astres répond en général à ces conditions de décrépitude ; elle devient orangé foncé et passe souvent au rouge sombre. L’étoile qui occupe l’angle gauche supérieur de la constellation d’Orion est dans ce cas.
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- M. Janssen, après avoir ainsi exposé les principes de la méthode, les résultats d’une étude qui commence seulement, a fait remarquer que la science, triomphant des difficultés qui l’arrêtent parfois aujourd’hui, arrivera à poser définitivement le grand principe d’évolution, appelé à devenir un des plus féconds de l’astronomie.
- L1 TOUR EIFFEL
- (Suile. — Voy. p. 521).
- Nous avons parlé, dans notre précédent article, de la forte inclinaison des piles. Cette inclinaison tend naturellement à produire le renversement de la pile, mais cette tendance ne peut avoir d’effet que lorsque la pile est déjà arrivée à une certaine hauteur, telle qu’alors la projection du centre de gravité des masses dressées tombe en dehors du carré des appuis formant la base de la pile entière.
- Le calcul a montré que cette hauteur serait de 25 mètres environ, de sorte que, jusqu’à cette cote, le montage de la pile inclinée s’est effectué, au point de vue de la stabilité, comme s’il s’était agi de monter une pile verticale.
- Disons cependant, qu’outre la sécurité théorique que l’on puisait dans les résultats du calcul, on avait encore en plus la garantie pratique résultant de la présence des tirants d’amarrage définitifs de la Tour qui sont dès maintenant en place et boulonnés et qui étaient plus que suffisants, le cas échéant, pour s’opposer à tout mouvement.
- L’opération du montage a marché dans les conditions prévues et est arrivée, sans le moindre incident, à la hauteur de 50 mètres.
- Le poids des pièces déjà mises en place dépasse 1 450 000 kilogrammes, ainsi que nous l’avons déjà dit et le nombre des rivets posés au chantier est d’environ 110 000.
- A cette hauteur de 50 mètres, finissait, en quelque sorte, une première étape des opérations du montage : pour continuer, il fallait recourir à des dispositions nouvelles dont la préparation s’effectuait, du reste, pendant que la première phase se poursuivait.
- Voici à quels moyens on s’est arrêté : on a établi des échafaudages en charpente, de 50 mètres de hauteur, implantés de façon à pouvoir soutenir à leur sommet les trois montants intérieurs de chaque pile, le quatrième montant ne pouvant être soutenu puisque sa projection tombe dans l’emplacement même de la pile ; il n’est pas nécessaire, du reste, de soutenir ce quatrième montant, sa liaison intime et rigide avec les trois autres montants suffisent pour permettre son montage sans appui intermédiaire1.
- * On a souvent dit qu’il y aurait des difficultés à exécuter les travaux à de grandes hauteurs, et quelques journaux ont publié les récits les plus fantaisistes au sujet du montage des pièces métalliques. Nous croyons devoir répondre à ces objections peu sérieuses avec M. Eiffel : « Je n’aurai pas d’équipes spéciales, a dit l’éminent, ingénieur, je n’ai nullement
- Ces grands échafaudages ou pylônes, de forme pyramidale, ont été établis sur des pilotis battus au refus ; on est donc sûr qu’aucun tassement n’est à craindre. La réunion des arbalétriers forme au sommet du pylône une plate-forme sur laquelle on peut installer des boites à sable, identiques à celles que l’on emploie dans les décintrements de ponts.
- Une console accessoire, qui disparaîtra après le montage, est greffée sur le montant de pile et présente une surface horizontale qui va reposer sur les boîtes à sable et constitue ainsi l’appui de la pile en fer sur l’échafaudage en bois. Cet appui obtenu, on continue le montage en porte-à-faux de la pile jusqu’à la hauteur du premier étage de la Tour; la partie inférieure de la pile servant de contrepoids a la partie qui reste à monter, aucun basculement n’est à craindre. Les boîtes à sable constituent un moyen de réglage, permettant, le cas échéant, de rétablir la position rigoureuse des parties de la construction en cas de déviation quelconque. S’il s’agit d’abaisser quelque peu la pile, on fera écouler du sable des boîtes en quantité suffisante, et le point d’appui de la pile cédant de la quantité voulue, celle-ci s’inclinera. S’il est, au contraire, besoin de relever la pile, on y parviendra sans peine par l’action de verrins puissants agissant sur la console provisoire et prenant leur appui sur la plate-forme supérieure du pylône.
- Ainsi aux moyens de réglage des appuis inférieurs dont nous avons parlé, viennent s’ajouter ceux de la boîte à sable et des verrins placés au sommet des pylônes. On est donc à chaque instant toujours maître de la position rigoureuse des pièces.
- Dans la construction des douze pylônes que nous venons de décrire, il n’est pas entré moins de
- dressé des ouvrière, et toutes les inquiétudes qui ont été manifestées ne reposent sur aucun fondement. On craint qu'on ne trouve pas d’ouvriers résistant suffisamment au vertige pour pouvoir effectuer les montages, mais les expériences que j’ai faites détruisent absolument toute incertitude à cet égard. J’ai monté les deux plus hauts viaducs métalliques qu’il y ait en France, l’un, le viaduc de la Tardes, près de Montluçon, qui est à 80 mètres au-dessus du sol, l’autre, le viaduc de Garabit dans b Cantal, qui est à 124 mètres. Mes ouvriers, qui travaillaient absolument dans le vide et en porte-à-faux, n’avaient en aucune façon le vertige. Etaient-ce des ouvriers spécialeCient dressés? En aucune façon. C’étaient pour la plupart de simples paysans, des ouvriers qui s’étaient très vite habitués à travailler à ces hauteurs ; il y avait parmi eux de très jeunes ouvriers. Tous les ingénieurs qui suivaient ces travaux, et moi-même, nous ne songions pas à éprouver une appréhension quelconque. C’est une erreur absolue de croire que celte tendance au vertige augmente avec la hauteur ; c’est le’contraire qui a lieu. Tous ceux qui sont montés en ballon, même en ballon captif, le savent bien; de plus, dans la Tour, les ouvriers ne travailleront pas dans le vide, comme aux deux viaducs dont il vient d’être question, ils se tiendront sur un plancher de 15 mètres de côté, où ils seront aussi tranquilles que sur terre. On voit à quel point toutes ces craintes sont chimériques. Evidemment, les gens du monde ont pu exprimer une inquiétude en pensant que des travaux pourraient être exécutés à 250 ou 300 mètres, mais quand ils sauront qu’il y aura un plancher de 15 mètres de côté, ils comprendront aisément que les ouvriers n’auront jamais travaillé dans des conditions meilleures de sécurité. »
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- LA NATURE.
- 600 mètres cubes de bois. Grâce à ces pylônes, on va maintenant, et sans nouvelles installations, pouvoir continuer le montage des piles et les prolonger jusqu’à la hauteur de 50 mètres, hauteur qu’il est nécessaire d’atteindre pour établir les poutres horizontales qui devront réunir les quatre piles et former l’ossature du premier étage.
- Pour le montage actuel des piles, on se sert de grues pivotantes qui ont été tout spécialement étudiées pour cet objet et dont voici, en quelques mots, une description sommaire :
- Nos lecteurs savent que chaque pile de la Tour doit recevoir un ascenseur; deux poutres parallèles destinées à supporter le chemin de roulement de la cage ont été disposées dans chacun des pieds ; M. Eiffel a eu l’idée heureuse de se servir de ces chemins de roulement pour leur faire supporter une ossature en forme de hotte donnant une plate-forme horizontale pour recevoir une grue et fournissant en même temps les points d’attache du pivot.
- La grue a une portée de 12 mètres, suffisante pour desservir chacun des quatre montants de la pile; la pièce à poser est amenée par le mouvement combiné de rotation de la grue et d’élévation de son treuil au point précis où elle doit être mise en place (fig. 1 et 2).
- Quand la grue a opéré ainsi pour un étage de tronçons, on la hisse en s’accrochant aux tronçons quelle vient de monter et on l’amène à la hauteur voulue pour qu’elle puisse monter un nouvel étage ne tronçons; cette ascension de la grue se fait par repi:ses successives de 2m,50 et de la façon la plus sûre , l’aide d’une grosse vis.
- Le poids des pièces que peut soulever la grue est de 4000 kilogrammes. Sa portée est variable par le relèvement de sa volée ; elle peut donc desservie tous les points du plan de pose.
- Elle est nantie de tous les appareils de sûreté nécessaires. C’est un engin puissant et docile, grâce auquel le montage marche méthodiquement avec une rapidité qui dépasse même ce qu’on en attendait. Son poids est de 12 000 kilogrammes. Chaque pile est munie d’une grue semblable.
- Ces appareils serviront jusqu’à 150 mètres de hauteur; comme l’inclinaison des montants de la Tour varie et diminue à mesure qu’on s’élève, on a
- rendu le pivot mobile autour d’un axe horizontal de manière à pouvoir toujours, grâce à une vis de réglage, la maintenir dans la position verticale ; malgré les particularités qui rendraient ici l’emploi de la grue très difficile, on est arrivé à l’utiliser dans d’aussi bonnes conditions que si elle fonctionnait à terre et comme une grue fixe.
- Dans la deuxième phase du montage, il s’agira, les piles étant arrivées à 55 mètres de hauteur, de mettre en place le premier rang des poutres horizontales qui doivent les réunir à leur partie supérieure.
- Ces poutres ont 7m,50 de hauteur et pèsent chacune 70 000 kilogrammes; de plus elles seront inclinées selon le plan des têtes de la Tour; ces conditions, jointes à la grande hauteur où il faut les lixer, rendent le problème assez délicat pour nécessiter l’emploi de nouveaux échafaudages dont on l termine en ce moment même le levage.
- Ils seront verticaux, composés chacun de trois fermes en charpente de 45 mètres de hauteur avec contrefîches au sommet pour donner une plateforme de 25 mètres de longueur. Il y aura quatre échafaud âges semblables, un pour chaque lace de la tour.
- Les pièces métalliques devant constituer la partie centrale de chaque poutre seront montées sur la plate-forme, et le montage ainsi amorcé continuera à droite et à gauche de manière à venir rejoindre chacune des piles voisines. Ce montage sera fait en porte-à-faux par le procédé que M. Eiffel a déjà employé avec succès, notamment aux ponts de Cubzac et de Szegedin.
- Ce travail, conduit simultanément pour chaque face de la Tour, donnera alors un cadre horizontal puissant sur lequel se reporteront les poussées dues à l’inclinaison des quatre piles; c’est alors que l’on pourra enlever tous les échafaudages, aussi bien les pylônes de 25 mètres que ceux de 45 mètres et abandonner la partie métallique à elle-même.
- La partie résistante du premier étage de la Tour sera alors constituée. Ce sera un grand pas de fait et M. Eiffel ne doute pas que pour le 1er janvier prochain ces difficultés seront vaincues et cette portion de l’œuvre achevée. Nous dirons ultérieurement comment devra se continuer le montage.
- Le nombre d’ouvriers actuellement employé au
- Fig. 1. — Schéma du système de grue de montage de la Tour Eiffel.
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- Fig.
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- Construction de la Tour <le 500 mètres nu Champ de Mars do Paris. —
- lie d’ensemble d’une des grues de montage
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- LA NATURE.
- chantier de la Tour est de 250. Vingt équipes de riveurs y travaillent constamment.
- C’est aujourd’hui un beau et grandiose spectacle que celui du chantier de la Tour de 300 mètres; il fait pressentir l’immense intérêt que présentera le monument lorsqu’il sera complètement achevé. Le peuple parisien se passionne pour cette étonnante entreprise, et le dimanche, le pont d’Iéna et le quai dans le voisinage du Champ de Mars sont couverts de la foule des curieux qui viennent suivre les progrès de la construction. Gaston Tissandier.
- IA TEMPÉRATURE PROBARLE DU PÔLE
- Les plus grands efforts ont été tentés pour atteindre le pôle; la légitime curiosité de l’inconnu a provoqué, depuis cinquante ans, vingt-cinq ou trente expéditions, grandes ou petites, qui n’ont pas répondu au but proposé, ni même donné des résultats scientifiques en rapport avec les frais qu’elles ont entraînés. Vanankè de l’inconnu persiste toujours.
- Devant cette impossibilité, on a pensé qu’on pouvait du moins faire le siège scientifique du pôle en organisant tout autour, sur un certain nombre de points accessibles, une série d’observations où, pendant une année consécutive, on procéderait à une série d’études simultanées; en les concentrant, on pourrait déduire par comparaison, les principaux phénomènes physiques des régions circumpolaires.
- L’honneur de cette généreuse initiative revient à M. 'Wayprecht, le compagnon de M. Payer, l’explorateur hardi qui dirigea l’expédition du Tegetthoff en 1872; il fut le découvreur de la terre François-Joseph au 79° 51' de latitude. Largement secondé dans les détails assez délicats de l’organisation de l’entreprise par M. le comte Wilczek, il réussit, a la suite de nombreux préliminaires diplomatiques, à rallier la plupart des nations européennes au projet présenté et à obtenir les subventions nécessaires. Les délégués de chacune d’elles se réunirent successivement à Hambourg, à Berne, à Saint-Pétersbourg, dans des conférences où fut discuté le choix des points les plus propres à l’installation des observatoires circumpolaires. Chacune des nation.? représentées s’engagea alors à entretenir à ses fraifey pendant au moins une année (août 1882 a août 1*885), une mission scientifique sur un des points convenus, obligée à se conformer à un programme arrêté d’avance. C’est ainsi que fut résolue l’organisation des stations suivantes :
- 1° États-Unis. — Station d’Uglaamie, à 5 milles à l’ouest de la pointe Barrow (côte nord de l’Alaska), sous les ordres du lieutenant Ray; lat. 71° 18'; long. 158° 44' 0.
- 2° États-Unis. — Station de la baie Lady Franklin (côte est de la terre de Grinnel), sous les ordres du lieutenant Creely. Cette expédition aboutit à un désastre complet; la plupart des membres périrent.
- 3° Angleterre. — Station de Fort-Raë (grand lac
- des Esclaves, Canada), sous les ordres du capitaine Dawson; lat. 62° 50'; long. 118° 00' O.
- 4° Allemagne. — Station de Kingua Fiord (golfe de Cumberland), sous les ordres du Dr W. Geise; avec stations annexes sur la côte du Labrador.
- 5° Danemark. — Station a Godthaab (côte ouest du Groenland), sous les ordres de M. Paulsen; lat. 04°, 10'; long. 54° 05' 0.
- 6° Autriche. — Station à File Jan Mayen (entre la Norwège et le Groenland), sous les ordres du lieutenant Von Wohlgenmth; lat. 70° 58' ; long. 10° 55' 0.
- 7° Suède. — Station à la baie Mossel (Spitzberg) ; sous les ordres de M. Nils Kkholm; lat. -79° 55; long. 15° 40' E.
- 8° Norwège. — Station à Bossekop (Laponie), sous les ordres de M. Akel Sleen; lat. 69° 56'; long. 20° 40' E.
- 9° Hollande. — Station a Dicksonshaven (embouchure du Yenissei), sous les ordres de M. Snellen; lat. 75° 20'; long. 79° 40'E. ; l’expédition a été prise dans les glaces.
- 10° Russie. — Station à Ssagstyr (bouches de la Lena), sous les ordres de M. Yurghens; lat. 67° 24'; long. 24° 16' E.
- 11° Russie. — Station à Sodankvlâ (Finlande); lat. 67° 24'; long. 24° 16'E.
- 12° Russie. — Station à la baie Karmakuli (côte nord de la Nouvelle-Zemble), sous les ordres de M. Andrieff; lat. 72° 30' ; long. 50° 40' E.
- Les autres stations situées dans l’océan Antarctique ont été distribuées à la France1, a l’Allemagne, à l’Italie et à la République Argentine. Elles complétaient pour les deux pôles la série des observations possibles.
- Les travaux de toutes ces stations ont été publiés; les observations ont été faites d’heure en heure pendant douze mois consécutifs et uniformément d’après un programme identique. Ils fournissent ainsi des documents de haute importance.
- En ajoutant à cette série d’observations régulières un certain nombre de documents fournis par les expéditions polaires indépendantes qui ont atteint des hautes latitudes, sur des points éloignés des stations internationales, on comble certaines lacunes. Il faut aussi tenir compte des stations météorologiques permanentes et régulières de l’extrême nord de l’Europe, en Russie, en Sibérie, en Norwège, ainsi que de celles de l’Amérique du Nord.
- Parmi les expéditions indépendantes qui ont hiverné dans les parages les plus voisins du pôle, on peut citer : celle de Th. Von Heuglin, commandant le navire allemand Germania (1875) qui a fait une croisière au nord du Spitzberg; celle du capitaine Koldewey, qui atteignit l’île Sabine (1869-1870) ; le .voyage de circumnavigation de M. A. E. Nordens-- kjôld (1879), pendant lequel il a hiverné sur la côte nord de la Sibérie, chez les Tschoukotches; l’expé-
- 1 Yov. La mission française de la Terre de Feu, 188i-1.1", p. 273, 310 et 562. *
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- LA NATURE.
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- dition de MM. Payer et Weyprecht, de la marine autrichienne (1872-1874) qui ont découvert la terre François-Joseph ; celle des capitaines Nares et Thompson, commandants YÀlert et le Discovery (1875-1876), enfermés pendant un hiver dans les glaces près de la terre Grinnel ; et enfin l’expédition dramatique de la Jeannette, commandée par le capitaine De Long, qui s’est avancée jusqu’au nord des îles de la Nouvelle-Sibérie.
- En réunissant les indications fournies sur la température par ces différentes séries d’explorateurs, qui ont attaqué le pôle de tous les côtés, on forme un ensemble approximatif servant de base a un essai sur les climats circumpolaires.
- Le tableau suivant fournit les documents nécessaires pour tracer les principaux isothermes; ceux
- qui représentent les deux extrêmes : janvier et juillet; ce tracé indique seulement l’expression-des caractères généraux de la température.
- Janvier (voy. fig. 1), — La température la plus basse normalement constatée a été — 57° relevée par l’expédition de YAlert et le Discovery, pendant Y hivernage à la terre de Grinnel. On en a cité qui sont encore inférieures; mais, comme Fa fait observer M. A. Pinart, voyageur dans l’Alaska, au delà de — 40° l’alcool du thermomètre « se transforme tellement qu’il est difficile d’accepter ses indications. » En partant du détroit de Berhing vers l’est, on peut constater que l’isotherme — 40° débute à l’embouchure du Mackensie; à Fort-Yukon et à Fort-Good-Ilope, situés à peu près sous la même latitude; il redescendrait ensuite vers le sud jusqu’à la baie
- OBSERVATIONS SUR LA TEMPÉRATURE MOYENNE MENSUELLE
- 1° Stations internationales circumpolaires (1882-1885). j vc*a ÛO 5 K 1 AVRIL < JUIN JU1LL. H O < SEPT. OCTOB. Il >> O x ca a ‘Cd ; —
- Pointe-Barrow, Alaska Fort-Raë, L. des Esclaves (Améri- -U — 4 — 5 — 3 1 7 5 0 0 7 — 12 -15
- 'que; Ivingua Fjord, G. Cumberland (Amé- — 32,07 -23,56 — 22,03 - 7,06 2.52 15,75 16,17 13,61 6,89 0,53 — 12,61 —26,22
- rique) — 30,52 -35,79 — 21,19 — 15,18 — 0,88 2,15 5,91 7,39 0,26 — 10,91 — 18,16 -21,67
- Okok, Labrador (Amérique). . . . — 2i -25 —15 — 7 2 7 11 9 6 1 5 10
- Godtiiaab, Groenland — 9,72 —15,17 — 6,02 — 5,65 0,07 2.69 6,51 1,62 2,75 - 5,01 — 5,50 — 7,18
- I. Jan Mayen, Océan Glacial. . . . — 7,50 — 1,15 -10,51 - 2,72 — 3,96 1,85 3,50 5,10 2,55 2,11 — 1,91 — 9,63
- Sagastyr, bouches de la Léna. Si- — 55,15 -39,89 — 52,16 - 20,43 — 7,75 5,03 6,98 5,51 0,05 -15,01 —27,50 -32,80
- Sodankyla, Finlande — 12,32 » » — 0,75 » » 12.56 » ” 7,15 »
- 2° Stations diverses et indé- j
- pendantes. j 1 j |
- Terre François-Joseph, Payer. . . — 21,01 — 27,95 -25,52 — 17,19 — 7,12 — 0,41 l.ül 0,11 - 7,31 — 13,50 - 19,52 — 23,95
- Terre Grinnee, Nares — 30.00 — 38,00 — 59,90 ;—27,70! — 11.56! 0,22 5,50 — 0,03 — 9,15 — 20,51 -27,12 — 50,06
- I. Sabine, Koldcwey I. Jeannette, au nord des îles de la » — 7,62 — 6,75 — 2,17 1,81 i ” “ — 0,78 — 1,83 — 9,85 — 15,04 — 9,50
- Nouvelle-Sibérie 1 » -20 » » » * — 1 » „ „ „
- Fort Yukon, Alaska 2 —15 -12 — 57 — 8 12 18 12 5 - 6 ,, — 10
- Nordshaven, Spitzberg3 ; » » » » » i I 1,50 5,00 6 0.50
- 1 De Long. — 2 Yvan-Pcterholf, 1881. —; 5 Siirensen.
- Cbesterfield, où Schwatka a observé — 40°, à Camp Daly; sa trace se perd ensuite jusqu’à la terre de Grinnel ou cap Colombia.
- L’isotherme — 30° est indéterminable dans l’est de l’Amérique du Nord à cause du manque de documents; il semble passer par la baie d’Hudson, la station internationale allemande de Kingua Fiord et remonter jusqu’au cap York, d’après une observation de llayes. On retrouve ce même isotherme dans le nord de la Sibérie, où il est rigoureusement déterminé d’après les stations permanentes de l’empire russe. Il s’infléchit jusqu’à la mer d’Okhotsk pour remonter au nord à l’embouchure de la Kolyma.
- L’isotherme —20° prend naissance à la pointe Barrow; descend au sud jusqu’au lac Winnipeg et remonte ensuite jusqu’à la côte du Labrador, près de la station internationale d’Okok ; très indéterminé sur toute la côte orientale du Groenland, il réappa-
- raît au Spitzberg, à la terre François-Joseph, à l’île Bennett, au nord des îles de la Nouvelle-Sibérie, d’où il rejoindrait la pointe Barrow, contournant ainsi le bassin polaire dans la moitié de son trajet et pénétrant profondément dans le continent américain.
- Les isothermes représentant des températures plus élevées sont déterminés, pour la plupart, au moyen des renseignements fournis par des observatoires météorologiques réguliers.
- Il résulte de ce tracé que le froid paraît se répartir avec intensité sur deux centres principaux : le premier, déterminé par des observations méthodiques, se trouve dans le nord de la Sibérie, aux environs des bouches de la Léna, près Vcrkhoyansk, d’après II. Wild; le second centre, indiqué par des observations moins certaines, mais ayant une réelle concordance entre elles, serait au nord de la baie d’Hudson, près de laBoothia. 11 est à remarquer que
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- LA NATURE.
- ces deux centres de Iroid se produisent au nord des deux continents.
- Juillet. — La répartition de la température estivale présente plus d’uniformité que celle de l’hiver. Au mois de juillet débute l’été, avec une rapidité inconnue dans nos climats; le soleil restant perpétuellement à l’horizon, ses rayons obliques donnent une chaleur peu élevée, mais ininterrompue; leur action est telle que la température s’élève du côté éclairé à H- 12° et même -F- \ 5°, tandis qu’à l’ombre, du côté opposé, elle s’abaisse au-dessous de 0. Une atmosphère à peine tiède s’étend tout autour du pôle.
- La moyenne la plus basse se trouve à la terre François-Joseph, sans avoir
- Fig. 1. — Température moyenne de janvier dans les régions circumpolaires, d’après les Observatoires internationaux (1882-1883) et autres stations indépendantes.
- d’autre point d’attache pour le tracé de Les documents fournis par : Nares, à Grinnel ; Payer et Wey-preclit, à la terre François-Joseph ; Smith et Ulves, au Spitzberg ; Nordenskjôld, sur les glaciers du Groenland, la station internationale de Kingua Fiord, celle de Pointe-Barrow, stations les plus rapprochées du pôle, donnent pour la moyenne de juillet -j- 5°. Le tracé de l’isotherme -f- 5° passe par les points suivants, pour chacun desquels il a été établi une moyenne mensuelle ; Fort Yukon,
- Fort Good-llope, Rivière Sullivan, Godthaab, le sud du Spitzberg, le sud de la Nouvelle-Zemble, Dicksons-haven, la péninsule de Tai-mour. Le tracé se maintient
- l’isotherme, la terre de
- Fig. 2. — Température moyenne mensuelle de plusieurs stations circumpolaires, -emparée à celle de la station météorologique la plus énvée : Pike’s Peak.
- entre le 68e et le 76e degré
- de latitude. Au nord de Terre-Neuve, l’inlluence des courants marins ne permet aucune détermination régulière; elle s’accentue encore plus sur la côte orientale du Groenland, d’où les courants tièdes s’épanouissent vers le nord d’un côté, à l’ouest
- du Spitzberg et de l’autre dans la mer de Baffin.
- Il parait résulter de l’ensemble des renseignements comparés sur la température, que les isothermes de froid se concentrent autour de deux centres, situés tous deux à la partie la plus septentrionale des deux continents du globe. On sait, du reste, que les climats extrêmes concordent presque touj ours avec les grandes surfaces continentales et que les climats sont plus équilibrés dans le voisinage des mers. Si l’on pouvait prolonger le tracé figurant les isothermes concentriques aux deux centres froids, on obtiendrait au pôle même des températures moins basses qu’en Sibérie et dans l’Amérique du Nord. L’intensité du froid ne concorde donc, pas plus que
- le pôle magnétique, avec le pôle terrestre.
- Cette absence des basses températures au centre du bassin polaire indiquerait la prédominance des eaux sur les terres; il existerait des terres détachées ou des groupes d’iles, analogues à la terre François-Joseph et non pas un continent que les géographes ont considéré pendant longtemps comme étant la prolongation du Groenland.
- La répartition de la température de l’été est moins nettement indiquée. Elle a des rapports encore inconnus avec les mouvements des eaux et des effets des marées , qui provoquent la débâcle des glaces. La chaleur des mois de juillet et d’aoùt contribue à diminuer les glacés dans des proportions considérables, tandis que les courants transportent dans des régions plus chaudes, celles que la température d’été ne parvient pas à fondre sur place. Jules Girard,
- Secrétaire adjoint de la Société de géographie.
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- LA NATURE.
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- ILLUSIONS D’OPTIQUE
- i
- l.ES METEMPSYCOSES
- L'illusion (les spectres remonte à près d’un siècle : on en trouve des descriptions dans les Mémoires du physicien liégeois Etienne Gaspard Robertson (1762-1857) qui créa les fantasmagories par projections.
- Ce mode d'illusion fut absolument transformé par Robin (pii imagina d’obtenir les images réelles d'un personnage vivant, au moyen d’une glace transparente, invisible pour le spectateur. Les représentations de Robin tirent fureur à Paris, il y a quelque vingt-cinq ans, et notre collaborateur, G. Kerlus, — lisez
- Guyot-Daubès — en a donné une description aussi claire et aussi complète que possible1. L’article auquel nous faisons allusion se terminait par une courte description de spectres fondants que nous devons reproduire, car elle renferme le principe nettement indiqué des métempsycoses, qui obtiennent depuis deux ou trois ans un certain succès sur quelques scènes de la capitale ou dans des exhibitions foraines. Voici cette description :
- « Les spectres fondants (dissolving-spectres) consistent à faire apparaître successivement, sans interruption, divers objets qui se transforment sous les yeux des spectateurs. M. Robert lloudin a ainsi obtenu de très curieux effets. Les spectres fondants
- sont obtenus en plaçant un objet sur la scène pour être vu directement, et un autre dans le dessous pour être vu par réflexion, et en éclairant graduellement l’un et non l’autre. L’image du moins éclairé disparaît pour faire place au même point à celle de l’objet qui reçoit à ce moment toute la lumière. »
- Et un peu avant, à propos des spectres en général : « Lorsque le théâtre ne permet pas, par sa disposition, de placer l’acteur faisant le spectre dans le dessous, on peut le placer dans la coulisse ; la glace doit être alors verticale, mais en biais sur la scène. » Il n’y a pas autre chose dans le truc des métempsycoses, que nous allons décrire tel qu’il se présente au public, puis tel qu’il est — à quelques détails près — dans la coulisse.
- La gravure ci-dessus (fig. 1) donne une idée générale de l’aspect de la scène au moment où l’on ouvre les portes du temple des transformations. Au fond d’une profonde ouverture légèrement conique et entièrement tendue de noir, apparaît, vivement éclairée, au milieu d’une cavité cubique d’environ 60 centimètres de côté, une tête en plâtre ou en carton-pàte, que le barnum prend et fait circuler au milieu des spectateurs, pour bien montrer la matérialité de son existence. Après cet examen, la tête de plâtre est remise en place ; peu à peu la tête s’anime, les paupières battent, le visage se colore, la bouche sourit, et en moins d’une minute, la tête
- 1 Yuy. u° 500, p. >07, du 10 lévrier 1885.
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- LA NATURE.
- de plâtre a complètement disparu pour faire place à la gracieuse apparition d’une tête de femme vivante qui remue les yeux, la bouche, et adresse même quelques mots au public. Puis, par un effet inverse, la tête vivante se décolore et se transforme de nouveau en tête de plâtre; cette tète de plâtre devient ensuite une lugubre tête de mort de laquelle parait sortir un bouquet de fleurs artificielles ; la tête de mort disparaît à son tour et se trouve remplacée par un pot qui supporte le bouquet. Le barnuin s’approche alors de la scène, prend le bouquet et le fait circuler au milieu des spectateurs; il le remet en place, le fait disparaître et fait apparaître à sa place un bocal de poissons rouges, au milieu duquel il fait ensuite surgir la tête de plâtre du début : cette dernière apparition termine une séance qui, par des transformations successives, pourrait se continuer ainsi indéfiniment.
- Le lecteur a déjà deviné que, dans ces transformations successives, les objets qui se succèdent sont
- Fig. 2. — Figure schématique explicative des métempsycoses.
- vus alternativement, directement et par réflexion. Le diagramme ci-dessus (fig. 2) montre le principe de la disposition fort simple qui permet d’obtenir ces résultats. En P est l’objet réel posé sur une tablette EGAM. En AB est une glace sans tain, verticale et inclinée à 45° environ. L’objet B étant directement et vivement éclairé se voit seul ; mais si l’on place en F un second objet, et qu’on l’éclaire peu à peu, son image réfléchie par la glace AB paraît placée en P pour les spectateurs, c’est-à-dire que la tête en plâtre P est remplacée par la tête de femme vivante F.
- Il semble que la glace AB empêche le barnum placé sur le devant de la scène de s’approcher pour prendre le buste en plâtre et le montrer aux spectateurs: en fait, il n’en est rien, car la glace n’a pas nécessairement les dimensions représentées dans le diagramme, et son bord inférieur s’arrête à peu près au niveau de la planchette sur laquelle est posée la tête P. Bans le cas d’une scène et d’objets de très grandes dimensions, il ne serait pas difficile
- de faire glisser la glace en arrière, et de l’amener en AG lorsque le barnum s’approche pour prendre l’un des objets placés en P et vu directement : l’obscurité de la partie dans laquelle se trouve la glace empêcherait de voir son déplacement.
- La manière de poser la tète de plâtre et le bouquet laissent cependant supposer que les objets sont simplement passés par-dèssous cette glace, qui reste, par suite, immobile.
- En résumé, la tête de plâtre est vue directement à travers la glace AB, la tête de femme qui la remplace est vue par réflexion ; la tête de plâtre revient et l’on substitue à la tête de femme une tête de mort qui, éclairée à son tour, vient faire son image réfléchie au point où se trouvait la tête de plâtre; celle-ci n’étant plus éclairée, cesse aussitôt d’être visible.
- Rien n’est plus facile alors que d’enlever cette tête de plâtre et de lui substituer un bouquet, sans que les spectateurs s’aperçoivent en quoi que ce soit de la manœuvre, ledit bouquet ne devenant visible qu’au moment où on l’éclaire directement.
- Tel est le principe des métempsycoses : nous avons réalisé facilement toutes ces expériences sur un modèle en petit, constitué par une simple boîte en carton de 25 centimètres de côté et 60 centimètres de profondeur. Il nous a suffi pour compléter l’appareil de fixer à 45° un verre à vitre ordinaire dont le bord vertical le plus rapproché du fond en est à 20 centimètres environ.
- L’intérieur de la boite est garni de papier noir dit papier à épingle, et des ouvertures sont ménagées sur les côtés pour l’éclairage des objets, à l’aide de deux lampes à incandescence manœuvrées par des rhéostats, pour obtenir les gradations de lumière, et effectuer les substitutions nécessaires. Les expériences qui réussissent le mieux dans ce modèle en petit consistent à faire mûrir un fruit, en faire sortir une tête de poupée blonde que l’on transforme en brune, ou réciproquement. Un cartonnier habile pourrait certainement utiliser cette expérience, et en faire un jouet intéressant et peu coûteux, car l’emploi des lampes à incandescence, très commode pour notre cas particulier, n’est nullement indispensable.
- Sur les scènes foraines, l’installation est complétée par quelques artifices qui contribuent à accroître l’illusion : ainsi des lampes placées en L (fig. 2) et munies de réflecteurs servent à éclairer le public, voire même à l’éblouir un peu, pour faire paraître le fond plus noir; la tête de plâtre est moulée sur celle de la personne qui l’anime pour que, par un repérage préalable, la superposition des deux images soit aussi complète que possible, etc.
- Tous ces détails font des métempsycoses un spectacle attrayant et intéressant qui, sans offrir une bien grande nouveauté de principe, est du moins habilement présenté et mérite le même succès que les spectres de Robin dont il dérive. E. H*
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- * NÉCROLOGIE
- Charles Drouault. — Le l8r novembre s’éteignait à la Maison Dubois, un de ces hommes utiles et modestes dont la disparition est vivement sentie: Charles Drouault, agent, depuis quinze ans, à la fois de VAssociation française pour l'avancement des sciences et de la Société d'anthropologie. Drouault était un homme de cœur, d’énergie, droit et dévoué, dont les services dépassaient toujours ce qu’on attendait de lui. Il avait été soldat, conducteur des travaux à Saint-Domingue et à l’isthme de Suez. En 1870, l’un des premiers, il répondait à l’appel de la patrie; volontaire au 1er bataillon des francs-tireurs Mocquart, il était à Sedan, à Etrépagny, à l’armée de l’Ouest. A la paix, il devint le secrétaire particulier de Broca en remplacement de Léon Guillard, tué à Bu-zenval, et bientôt après, entrait comme agent à l'Association française et à la Société d'anthropologie. Il était officier d’académie, chevalier de la Légion d’honneur et fut élu spontanément membre à vie de la Société d'anthropologie en 1879. Deux discours ont été prononcés sur sa tombe, au cimetière Montparnasse, l’un au nom de l'Association française, l’autre, au nom de la Société d’anthropologie. Une souscription en faveur de sa fa mille a été ouverte sur l’initiative de MM. Auguste Broca, prosecteur à la Faculté de médecine; C. M. Gariel, secrétaire général de l'Association française; G. Masson, éditeur; Pozzi, vice-président de la Société d’anthropologie; et Topinard, professeur à l’Ecole d’anthropologie. Les personnes disposées à souscrire peuvent s’adresser à l’un de ces commissaires.
- CHRONIQUE
- Les ballons captifs italiens en Abyssinie. —
- L’expédition militaire italienne en Abyssinie sera pourvue d’une équipe de ballon captif pour les reconnaissances, Le gonflement de l’aérostat employé par l’armée italienne se fera au moyen du très curieux procédé adopté par l’usine aéronautique anglaise de Wohvich. Ce procédé consiste dans le transport du gaz hydrogène comprimé dans des bouteilles d’acier. Chaque bouteille a 2ra,40 de longueur, 0”,150 de diamètre, et 0m,003 d’épaisseur. Une bouteille ayant environ 32 décimètres cubes de capacité,. contient 4 mètres cubes de gaz comprimé à 120 atmosphères de pression. La bouteille a été essayée à 230 atmosphères; elle pèse 50 kilogrammes. S’il s’agit de gonfler un petit aérostat de 400 mètres,,cubes, il suffit donc de transporter 100 bouteilles de 30 kilogrammes, qu’il n’y a plus qu’à ouvrir pour opérer le gonflement. Cette charge totale de 5000 kilogrammes est inférieure à celle des matériaux que nécessiterait la préparation du gaz, faite sur place. Ce procédé évite en outre l’ennui du transport de l’acide sulfurique, il supprime les embarras d’une fabrication opérée en campagne et nécessitant un grand volume d’eau qu’on ne trouve pas toujours dans les pays chauds.
- Ci- Gê •eut castem. — Le navire de. Brunnel, si connu en France sousle nom de Leviathan, semble destiné à une existence de vicissitudes. Vendu et revendu depuis plusieurs années, il vient d’être adjugé, sous le marteau du commissaire-priseur, pour une somme de 525 000 francs. Il y a une année, il était vendu 650000 francs. Il a coûté à construire et à équiper 18500000 francs.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 7 novembre 1887. — Présidence de II. J.vnssen
- L'elasmolherium. — Au mois de juillet 1886, M. Paul Üzoskoff annonçait de Samara (Russie) au président de l’Académie des sciences, la découverte dans le lœss d’une portion d’un crâne à’elasmotherium qu’il offrait au Muséum d’histoire naturelle. Le savant professeur de paléontologie, M. Albert Gaudry, chargé d’accepter les offres du naturaliste russe, annonce aujourd’hui l’arrivée de l’échantillon : celui-ci étant d’ailleurs beaucoup trop volumineux pour qu’on l’ait apporté dans la salle des séances. On sait que le nom A'Elasmotherium a été employé dès 1832 par Laurillard pour désigner les très grosses dents remarquables par leur structure lamelleuse. A cette époque, la collection du célèbre D' Gall ayant été acquise par le Muséum, on y trouva un débris de crâne que Laurillard rapporta à la béte énorme dont il avait étudié les dents. Duvernoy cependant éleva des doutes à cet égard, et institua pour l’os en litige le genre stereoceros. Aujourd’hui aucune hésitation n’est possible, et M. Gaudrv, d’après les échantillons qu’il a vus lui-même à Saint-Pé-térsbourg, comme d’après le spécimen qu’il vient de recevoir, n’hésite pas à donner raison à Laurillard. Le savant professeur du Muséum, loin de considérer, avec les auteurs qui l’ont précédé, Y elasmotherium comme une forme aberrante, y voit une modification du rhinocéros tichorhinus correspondant au changement de régime imposé par la succession des plantes herbacées de l’époque glacière aux végétaux arborescents et rudes de l’époque chaude immédiatement antérieure. Avec le talent de dessinateur qu’on lui connaît, M. Gaudry fait sur le tableau une série de dessins qui montrent le passage des dents depuis la forme laphiodon jusqu’à la forme elasmotherium, en passant par les types pachynolaphus, rhinocéros et tichorhinus.
- Les sligmarhizomes. — Mon savant et infatigable collègue, M. B. Renault, a émis l’opinion que certains Stigmaria sont des formes de Sigillaires courant à l’état de rhizome au fond des lacs houillers, ou entre deux eaux, et pouvant dans des conditions favorables, donner naissance à des troncs de Sigillaires aériennes. Cette manière de voir a été contestée en France comme à l’étranger. Ür, un gisement remarquable situé près de Dracy, dans les environs d’Autun, et qui paraît être le fond d’un lac permien silicifié en partie, renferme une véritable forêt de Stigmaria. Ces végétaux présentent à l’extérieur non seulement les cicatrices orbiculaires caractéristiques du genre, mais encore les organes foliaires cylindriques qui y sont attachés. La structure interne répond exactement sous le rapport du cylindre ligneux et sous celui des cordons vasculaires qui en partent, à celle des Sigillaires à écorce lisse dont la tige est aérienne. En devenant aérien, le tronc perdait les cicatrices circulaires appartenant aux feuilles aquatiques pour revêtir celles des Sigillaires dont les feuilles étaient devenues aériennes. L’existence des Stigma rhizomes est donc incontestable.
- Physiologie du système nerveux. — C’est avec l’intérêt qui s’attache à toutes ses communications, qu’on écoute un nouveau travail de M. Brown-Séquard sur le rôle des lésions du cerveau, du cervelet ou du bulbe dans la production des paralysies. Déjà nous avons rapporté les expériences de l’auteur qui montrent que la section d’une moitié de la moelle allongée provoque des effets que détruit la section faite en un point plus bas de la moitié
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- opposée de la moelle. Il en résulte la ruine de la théorie jusqu’ici admise universellement du croisement des fibres conductrices nerveuses. Aujourd’hui M. Brown-Séquard montre que si chez le mammifère jeune, la section d’une moitié du pont de Yarole entraîne la paralysie de la moitié correspondante du corps, au moins huit fois sur dix, au contraire, et comme on l’a reconnu depuis longtemps, c’est la paralysie croisée qui se produit dans les mêmes conditions chez le mammifère adulte comme chez l’homme lui-même. La question est donc encore plus compliquée qu’on ne le pensait, et l’on attendra avec impatience la suite que l’auteur promet de donner à ses recherches.
- A ce propos, M. Blanchard rappelle les expériences exécutées, il y a une vingtaine d’années par Beaudelot, sur l’épinoche dont il suffisait de piquer avec une aiguille la hase du cerveau à droite ou à gauche pour faire verser l’animal sur le côté opposé, et lui imprimer un mouvement giratoire rapide qui ne cessait qu’avec la vie, c’est a diré parfois après quarante-huit heures. A l’époque,
- M. Blanchard a mis sur le bureau deux cuvettes en cristal | renfermant des épinoches qui dans l’une tournaient à droite, et dans l’autre à gauche.
- Dans l’opinion de M. Brown-Séquard, les expériences qu’il vient de décrire n’ont qu’un rapport éloigné avec celles de Beaudelot dont il se propose d’ailleurs de décrire les analogues faites sur des animaux à sang chaud. Les faits observés se rattachent, suivant lui, au grand groupe des paralysies réflexes, telles que celles qu’on détermine par une lésion du nerf auditif, en des régions périphériques du crâne fort éloignées des centres nerveux.
- Médecine hypnotique. — M. de Fonvielle signale dans le volume de 1749 des mémoires de l’Académie des sciences le compte rendu, par M. l’abbé Nollet, d’un voyage que ce dernier fit en Italie pour' assister à des expériences d’un médecin qui prétendait purger ses malades avec des médicaments renfermés dans des tubes scellés. On comprend l’application qu’on pourrait faire des résultats dont il s’agit à des questions actuellement à l’ordre du jour; mais il paraît que le succès du médecin italien laissa fort à désirer. Nollet déclara que pour son compte il n’éprouva aucun effet purgatif. 11 avoue que deux jours après il éprouva une colique, mais il s’empresse d’ajouter qu’il avait mangé des raves. Du reste, l’opérateur aurait déclaré que les membres de la Commission de contrôle étaient beaucoup trop nombreux pour que sa médication pùt réussir à leur endroit (voy. p. 570).
- Varia. — Le terrain carbonifère de l’ouest du département de l’Hérault occupe M. de Rouville. — Une formule géométrique des effets de la réfraction dans le mouvement diurne est proposée par M. Gruey qui pense
- que les étoiles décrivent chaque jour une ellipse. — Une étude cristallographique et chimique des minéraux renfermés dans la péperite du Puy-de-Dôme est adressée par M. Conard. — Suivant M. Forel, des thermomètres très précis indiqueraient, dans la profondeur des glaciers, une température inférieure à zéro. Stanislas Meunier.
- L’ÉCLAIRAGE SOUS-MARIN
- On a déjà l'ait de nombreuses expériences d’éclairage électrique sous-marin, pour la pèche ou pour les travaux qui se font sous l’eau. Le identifie American a récemment fait connaître un projet d’éclairage électrique sous-marin pour la défense des navires cuirassés qui peuvent être menacés en temps de guerre par des torpilles. Ce projet a été proposé par M. de Celis qui propose de ménager
- dans la carène des navires au-dessous de la ligne de flottaison des postes de défense qui comprendraient trois ouvertures. La première, garnie d’un verre lenticulaire, laisse passer les rayons d’une lampe électrique , projetés par un fort réflecteur, et illumine la masse des eaux autour du navire. Derrière la seconde, fermée d’une glace puissante, se tient en permanence un veilleur qui inspecte cet horizon sous-marin. La troisième est la bouche d’un tube lance-torpilles, dans lequel est logée une torpille toujours prête à partir, et qui, munie des appareils de direction bien connus, se trouve sous la main du veilleur.
- Un bateau sous-marin se montre-t-il dans le champ illuminé, tous les veilleurs dirigent sur lui les torpilles dont ils disposent, et le détruisent à une distance du navire telle, que cette opération n’a aucune influence sur la coque qu’il voulait atteindre.
- Nous n’avons pas l’habitude de signaler à nos lecteurs de simples projets dont l’expérience n’a pas consacré l’importance : nous avons fait exception en faveur de celui-ci qui ne manque pas assurément d’originalité.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fieurus, à Paris.
- Projet d’éclairage sous-mariu à bord des navires cuirassés.
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- N° 7 55. —
- LE CHEMIN DE FER FUNICULURE DE HONG-KONG
- Fig. 1. — Le chemin Je fer funiculaire de Hong-Kong, en Chine. (D’après une photographie.)
- Fig. 2. — Vue générale de Ilong-Koug, montrant les deux stations extrêmes du nouveau chemin de fer funiculaire.
- Nous avons déjà signalé dans La Nature les principaux types de chemins de 1er spéciaux funiculaires ou à crémaillère établis depuis quelques années sur 15e année. — 2e semestre
- le flanc des montagnes et qui présentent un intérêt tout particulier en raison de leurs fortes rampes. Celui dont nous représentons la vue dans la figure
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- qui précède (fig. 1) est installé dans 1 île de Hong-Kong qui se trouve, comme on sait, devant l'embouchure du Yang-tse auprès de Canton; il nous arrive donc de Chine en quelque sorte, bien qu’il soit établi, en fait, dans une île devenue actuellement colonie anglaise.
- Un des plus anciens abonnés de La Nature, M. lluchet, de passage dans cette île, a bien voulu, avec une amabilité dont nous ne saurions trop le remercier, recueillir des photographies et nous adresser quelques renseignements relatifs à cette voie curieuse;..nous avons cru intéresser nos lecteurs en les reproduisant ici.
- L’Üe de Hong-Kong ou Iliong-Kong, l’ile des Eaux Parfumées, forme un massif abrupt de 95 kilomètres carrés de superficie environ, dont le sol est composé, dit Elisée Reclus, de roches éruptives, de granité, schiste et basalte. Elle a été cédée par les Chinois aux Anglais en 1841, et, depuis cette époque, elle est devenue le lieu de transit obligé de tout le commerce venant de Canton; aussi a-t-elle pris un développement considérable; la ville capitale de Victoria ou Kouantaïlou qui en forme le port principal, avec ses solides maisons bâties en pierres, ses rues bien pavées, d’une propreté remarquable, pourrait soutenir la comparaison avec les grandes villes européennes; et elle aurait en plus le merveilleux décor naturel qu’apporte le soleil du Midi, dans un pays dont la flore luxuriante comprend, paraît-il, presque toutes les espèces de plantes et d’arbres qu’on retrouve dans la province de Canton.
- Quoi qu’il en soit, les habitants, suivant en cela les usages habituels des Anglais, surtout dans les pays méridionaux, ne séjournent dans la ville proprement dite que dans le jour, pour leurs affaires, et ils établissent leurs demeures en dehors de la ville, dans des villas plus fraîches, construites au milieu de la campagne, sur le flanc de la montagne dominant la côte. U s’établit donc un va-et-vient continuel, les habitants se rendant dans la campagne voisine tous les soirs pour y trouver un peu de fraîcheur, surtout dans les journées caniculaires, et échapper en même temps aux préoccupations des affaires et aux bruits de la ville. Grâce à ces habitudes et à ces soins particuliers pour le confort et le bien-être que les Anglais se préoccupent toujours de retrouver dans leurs colonies, Hong-Kong peut être considérée comme le sanitarium de l’extrême Orient.
- L’ascension à faire sur la montagne est trop fatigante à pied, et on ne connaissait d’autre moyen de transport que la chaise à porteur, soutenue sur les épaules de deux ou quatre vigoureux coolies chinois; c’est donc pour remplacer ce mode de locomotion un peu primitif qu’une compagnie s’est formée récemment afin d’établir une voie ferrée reliant le sommet de la montagne à la ville, et, comme la pente moyenne atteint 55 pour 100, on a reconnu qu’il fallait recourir nécessairement à un type spé-
- , cial, comme b* chemin de 1er funiculaire. La voie ! ferrée s’élève à une altitude de 500 mètres environ ; au-dessus de la ville, elle présente une longueur totale de 1000 mètres (fig. 1 el 2). Le tracé se compose de deux lignes à peu près droites, réunies vers le milieu par un coude, en un point où la ligne se dévie vers la gauche pour atteindre la station d’arrivée située dans un petit col à la ligne de partage des eaux. Le terrain traversé est exclusivement granitique, ce qui a permis d’obtenir une grande solidité dans les travaux d’infrastructure malgré la pente si rapide de la voie. Ce terrain est recouvert de béton aggloméré dans lequel sont amarrées les traverses métalliques en forme d’U renversé qui supportent les rails. Les seuls travaux d’art qu’ait nécessités la construction de la ligne se réduisent à trois viaducs, dont le plus considérable a 50 mètres de longueur.
- Les rails en acier du type Yignole reposent directement sur les traverses par leurs patins, ils sont solidement maintenus par des crampons boulonnés. La largeur de la voie est de lm,60.
- La ligne ne comprend qu’une voie unique jusqu’au milieu du parcours où} elle se bifurque en double voie sur une longueur de 100 mètres pour assurer le croisement des deux wagons solidaires, l’un montant, l’autre descendant, qui font le service. Au-dessus du croisement, la ligne se poursuit en double voie jusqu’à la station d'arrivée, mais avec trois rails seulement ; le rail unique du milieu servant de rail intérieur sur chacune de ses faces latérales, remplace ainsi les deux rails intérieurs que nécessiteraient deux voies parallèles. Cette disposition particulièrement économique se rencontre assez fréquemment sur les lignes funiculaires exploitées avec un cable unique conduit par un moteur placé à l’une des extrémités de la ligne, lorsque le câble doit remorquer deux wagons équilibrés attachés chacun à un bout. Comparée à un tracé qui se poursuivrait en voie unique des deux côtés du croisement, elle a l’avantage d’empêcher tout mélange des deux brins actifs du câble de traction, l’un montant, l’autre descendant. Comme le treuil qui conduit ce câble est à la station supérieure, les deux brins trouvent ainsi une voie distincte, l’un à droite, l’autre à gauche du rail du milieu pour descendre au croisement ou en remonter, et lorsque le bout descendant s’engage ensuite sur la section en voie unique en quittant le croisement, il est seul à occuper celle-ci puisque le brin montant est arrivé alors dans la section supérieure. Lorsque le brin descendant remonte à son tour, il parcourt de nouveau la voie unique avant que l’autre brin devenu descendant ait pu l’atteindre. Chaque câble conservé toujours par lui-même sa voie spéciale ainsi que le wagon qu’il conduit. Cette disposition lacilite la bifurcation en arrivant au croisement puisque le même wagon doit toujours se dévier du même côté, el elle a permis d’installer un aiguillage automatique. Un aurait pu imiter, d’ailleurs, complètement la
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- disposition si ingénieuse appliquée en pareil cas sur I le chemin de 1er funiculaire de Gicssbacli et que nous avons décrite antérieurement1. Dans cette in- ! stallation si remarquable les roues de runc des voitures ont les boudins de leurs bandages disposés du côté intérieur de la voie comme sur les wagons ordinaires, et celles de l’autre voiture ont leurs boudins reportés au contraire à l’extérieur. A l’arrivée au croisement l'un des rails extérieurs, celui de la voie droite, par exemple, se poursuit sans solution de continuité, et il oblige la voiture à boudins extérieurs à se dévier avec lui, le rail correspondant étant interrompu évidemment en face de la déviation pour laisser passer le boudin de la roue conjuguée. Le rail intérieur de la voie gauche se poursuit aussi île son côté sans interruption à la déviation, et comme il est en contact vers la gauche avec les boudins intérieurs de l’autre voiture, il oblige aussi celle-ci à se dévier automatiquement.
- Les câbles employés sont en fils d’acier résistant à 120 kilogrammes par millimètre carré, ils sont composés de 6 tours de 6 fds, et peuvent résister à un effort de 40 000 kilogrammes environ, avec un diamètre de o centimètres. Ces câbles sont au nombre de deux, ils cheminent parallèlement le long de la voie en passant chacun sur une série de galets en fonte spéciaux disposés entre les rails; mais un seul cable sert effectivement à la traction, l’autre est seulement un câble de sûreté ayant comme celui-ci ses deux bouts attachés aux wagons, et il entrerait en prise pour les retenir si le câble de traction proprement dit venait à se briser. D’après les ebilfres qu’a bien voulu nous communiquer M. lluehet, le poids total d’un wagon chargé serait de 10 000 kilogrammes environ, ce qui correspondrait pour le câble à un effort de 5000 à 4000 kilogrammes au maximum pour équilibrer la composante de la pesanteur parallèle à la voie; ce serait environ 1/10 de la charge de rupture.
- L’effort moteur est fourni par deux machines locomobiles type compound de la force de 40 chevaux chacune installées a la station supérieure. Ces machines sont indépendantes, elles peuvent actionner chacune séparément le treuil de traction formé de deux poulies de chacune 2 mètres de diamètre sur lequel le câble de traction passe en faisant trois tours. L’entraînement résultant de la rotation des poulies détermine le mouvement du câble, qui se déplace alternativement dans les deux sens à chaque voyage. Quant au câble de sûreté, il passe simplement sur une poulie de renvoi située au haut du plan. Le treuil de traction est muni d’ailleurs d’un frein spécial d’action instantanée pour les cas d’accident. On n’indique, toutefois, aucune disposition spéciale de frein d’un fonctionnement automatique autre que le câble de sûreté pour prévenir les conséquences d’une rupture du câble de traction,
- Le mécanicien, installé sur une plate-forme située
- 1 Y<>}\ n° 384, du 9 oclobre 1880, p, 293.
- au-dessus du treuil, peut surveiller tout l’ensemble de la voie et il reste d’ailleurs en communication électrique permanente avec chacun des deux wagons en marche, sans doute par l’intermédiaire des câbles eux-mêmes ; mais on n’indique cependant aucune disposition spéciale pour l’isolement de ces conducteurs.
- Les wagons sont formés d’un solide châssis incliné parallèlement à la voie, et reposant sur deux Irucks articulés comme sur les voitures américaines ; ils présentent chacun aux deux extrémités une large plate-forme pouvant contenir vingt-cinq voyageurs, avec un compartiment de première classe au milieu.
- * L. ».
- PROGRÈS DE L’OSTRÉICULTURE
- E X F n A K C E
- Le principal résultat obtenu par suite des progrès de l’ostréiculture est l’accroissement de l’exportation de ce mollusque, non pas précisément au point de vue de la quantité, mais surtout au point de vue de la valeur, ce qui indique sûrement les soins donnés par l’élevage en France aux espèces de qualité supérieure.
- Voici quel a été, depuis 1865, le mouvement d’exportation des huîtres, par pièce :
- En 1885, on a exporté 51 millions d’huîtres; on en a exporté 50 millions en 1885 et 55 millions dans les huit premiers mois de 1887.
- D’après le total des huit premiers mois de celte année, on peut supposer que le total de l’année 1887 sera de 52 millions. Un autre résultat obtenu est la diminution de l’importation des naissains que l’on tire du Portugal. Cette exportation était de 154 047 kilogrammes représentant une valeur de 1 855 764 francs, en 1885; elle n’était plus que de 62 058 kilogrammes valant 744 600 francs en 1884, et de 1500 kilogrammes valant 18 000 francs en 1885. Le relevé des douanes n’accuse aucun chiffre pour les huit premiers mois de cette année. Ce dernier résultat est dû à ce que les éleveurs s’occupent plus sérieusement qu’autrefois de la production des huîtres et que, non seulement ils en produisent des quantités considérables pour la consommation et l’exportation, mais ils trouvent encore à exporter des quantités importantes de naissains. C’est ainsi que, pendant les huit premiers mois de cette année, il a été exporté de France 405 450 kilogrammes de naissains ayant une valeur de 5 millions de francs. Cette exportation représente le double de celle de la période correspondante de 1886 et le triple de celle de 1885. Grâce au développement de l’ostréiculture, on arrive donc à fournir à l’activité industrielle de nouvelles sources de profits et à toutes les classes de la population un aliment qui a été longtemps réputé comme aliment de luxe.
- MOTEUR A GAZ ET DYNAMO
- COMBINÉS POUR I,'ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE DOMESTIQUE
- 'Pour satisfaire aux exigences des petites installations d’éclairage électrique, MM. Crossley frères, de Manchester, ont combiné un moteur à gaz attelé â une dynamo montée sur le même bâti, le tout d’une
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- LA NATUItE.
- construction très simple et très robuste, et n'occupant qu'une place fort restreinte, considération qui n’est pas à dédaigner dans les applications domestiques dans les grandes villes, où la place fait généralement défaut.
- Le moteur est du type Otto vertical et d’une puissance mécanique de 1,5 cheval-vapeur. 11 ne diffère que par des détails de construction du moteur horizontal dont nous avons autrefois donné la description.
- La machine dynamo attelée à ce moteur produit 55 volts et 20 ampères. Elle est ordinairement utilisée à charger des accumulateurs, le temps de chaque charge et les intervalles entre les charges nécessaires dépendantdela durée journalière de l’éclairage, de son importance, du débit de chaque lampe et de la capacité des accumulateurs.
- La combinaison peut aussi servira l’éclairage direct, et alimenter de 18 à 20 lampes à incandescence de 16 bougies : l’ensemble tient fort peu de place et peut s’installer à peu près partout sans grande dépense. MM. Crossley construisent aussi une combinaison d’un type plus important, représentant une puissance nominale de 4 chevaux.
- La machine dynamoélectrique est placée au-dessus du cylindre; elle est commandée par une courroie très courte, et toute l’installation ne prend pas plus de place que le moteur lui-même. La machine peut
- alimenter directement de 45 à 50 lampes à incandescence de 20 bougies : le moteur à gaz produit alors près de 8 chevaux indiqués1.
- Suivant l’importance de l’installation, et ses exigences particulières, on peut choisir l’un ou l’autre type, utilisé directement pour l’éclairage, ou indirectement pour la charge d’accumulateurs. Des régulateurs de vitesse, du type liait pour le moteur vertical, du type Crossley pour le moteur horizontal, assurent le bon fonctionnement de l’ensemble, quel que soit le nombre de lampes alimentées à chaque instant.
- 1 11 n’est pas rare de voir des machines motrices produire une puissance indiquée, c’est-à-dire mesurée d’après les diagrammes de l’indicateur, deux fois et même trois fois plus grande que la puissance nominale, pour laquelle le moteur est vendu.
- Moteur à gaz accouplé à la machine dynamo qu’il actionne
- La machine dynamo employée dans ces petites installations ne présente rien de bien particulier : elle est du type supérieur, excitée en dérivation, et munie d'un volant puissant sur l'arbre même de l’armature, pour atténuer les effets dus aux variations do vitesse produits par chaque coup de piston moteur. La disposition de commande par courroie courte mérite d’être signalée, ainsi que les dispositions de cette courroie, composée d'un grand nombre de morceaux de cuir sur champ, reliés entre eux à l’aide de broches transversales, comme les maillons d’une chaîne à la Yaucanson. Celte courroie, très employée aujourd’hui en Angleterre et en Amérique, présente de nombreux avantages : elle permet d’abord d’obtenir des courroies de longueur
- indéfinie, faciles à allonger ou à raccourcir à volonté, en rajoutant ou en enlevant des maillons ; de plus, la jonction se faisant sans couture, la commande est aussi douce que possible, et ne donne pas ces petites variations de vitesse bien connues des conducteurs de machines, chaque fois que la couture d’une courroie ordinaire passe sur la poulie delà dynamo.
- Enfin, un dernier avantage résulte, pour les courroies assez longues reliant entre eux des arbres assez éloignés l’un de l’autre, du poids même de la courroie qui permet d’obtenir une tension suffisante malgré l’allongement.
- Le brin conducteur est alors placé à la partie inférieure, et le brin conduit à la partie supérieure des poulies. L'allongement se traduit par une chaînette plus ou moins tendue du brin conduit qui compense automatiquement l’effet nuisible de l’allongement, l'are embrassé sur les poulies augmentant à mesure que la tension diminue. Dans le cas de courroies très courtes, on ne peut pas mettre à profit cette propriété des courroies; il faut alors ménager un tendeur représenté sur la droite de la figure ci-dessus.
- La combinaison du moteur à gaz et de la dynamo constitue un ensemble très pratique qui se recommande tout spécialement pour les installations domestiques, ainsi que les petits laboratoires d’enseignement électrotechnique, où elle pourra rendre de sérieux services.
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- LA NATURE.
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- LE MATÉRIEL DES POMPIERS DE PARIS
- (Suite et fin.— Yoy. p. 33, 88, 133, 200 et 339.)
- Nous avons passé en revue les differents appareils qui permettent de combattre le feu, ou d’opérer le sauvetage des victimes; il nous reste à donner quelques renseignements sur la statistique des incendies, sur leur histoire, et sur l'organisation générale des casernes de Paris.
- L’emploi du fer et de la pierre dans les constructions modernes, a considérablement diminué les chances d’incendie; mais les feux intérieurs, feux de caves, feux de cheminées sont encore nombreux et nécessitent une prompte attaque. Chaque année une
- statistiquedes incendies est publiée sous la direction du colonel des sapeurs-pompiers de Paris : elle montre que les incendies sont beaucoup plus nombreux dans les quartiers populeux où les constructions comprennent encore beaucoup de bois, que dans les quartiers neufs; elle indique que la proportion des leux est beaucoup [dus considérable en hiver qu’en été, et que les incendies se produisent surtout dans la soirée, après la sortie des ateliers. Ces publications comprennent des courbes et des diagrammes très instructifs que nous ne saurions publier sans dépasser les limites d’une notice qui ne doit pas être technique.
- On ne peut plus craindre à Paris de ces sinistres épouvantables qui se comptent aux premières heures
- Fig. 1. — Incendie de l'Opéra-Comique, le 6 avril 1763. (D’après une gravure du temps.)
- de son histoire. Paris fut presque entièrement brûlé en 585 sous le règne de Chilpérie; sous le règne de Dagobert I'*r un embrasement général vint encore jeter le deuil dans la capitale. En 856 et en 857, les Normands s’étant emparés de. Paris détruisirent la cité de fond en comble par l’incendie; après leur départ il ne resta qu’un monceau de cendres. Ce ' n’est que dix ans après ce désastre que la ville com- i mença à se relever de ses ruines.
- En 1054, sous le règne de Henri 1er, un incendie qu’il fut impossible de maîtriser étendit ses ravages dans presque tous les quartiers de Paris.
- Les théâtres, à des époques moins anciennes, ont souvent été la cause de sinistres importants. Nous publions ici, d’après une très curieuse gravure du temps, le premier incendie de l’Opéra de Paris le
- 6 avril 1765 (tig. 1). L'Opéra se trouvait alors dans la partie méridionale de la Cour des Fontaines. 11 lut brûlé entièrement; mais le feu prit dans la matinée alors qu’il n’y avait point de spectateurs dans la salle, et il n y eut personne de brûlé.
- Nous ne prolongerons pas celle énumération historique et nous arriverons de suite à l’organisation des casernes de pompiers.
- La surface de Paris est divisée actuellement en onze parties (prochainement en douze, quand la caserne du boulevard de Port-Royal sera occupée), qui comprennent, chacune dans son périmètre, une caserne et un certain nombre de petits postes répartis suivant la surface à défendre et la densité des habitations. La composition de ces postes, comme matériel et comme personnel, varie aussi avec la pression
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- de l’eau dans les conduites de la ville et le genre do construction et d’industrie du quartier.
- Tous les postes communiquent directement et télégraphiquement avec la caserne. Un poste de pompe à vapeur se trouve placé dans chacun des périmètres et dépend également île la caserne à laquelle il est aussi relié.
- La surveillance de la surlace comprise dans un périmètre est confiée à une compagnie commandée par un capitaine.
- La garde des petits postes est changée tous les jours. Les hommes, revenant, ainsi périodiquement
- occuper les mêmes emplacements, connaissent parfaitement toute la surface du quartier à la défense duquel ils sont appelés a concourir.
- Toutes les casernes, ainsi que les postes de pompes à vapeur, sont reliées télégraphiquement et directement avec le quartier central situé au centre de Paris, dans l’île de la Cité.
- Tous les avis et renseignements sont de la sorte centralisés rapidement sans qu’il y ait retard dans les secours.
- Les petits postes partent sur le premier avis d’un habitant en avertissant, la caserne. Celle-ci, suivant
- Caserne
- î* ' Poste do pompe *>. vapeur O Poetedopompeàbras (T Poste mixtedepompe à bras etde dévidoir O Poste de dévidoir 9 Poste ne'Pourrussant par de secours extérieur) Théstres et établissements de l‘État 0 Poste de sauvetage pour bateaux MrtmPeriTnètre des casernes
- Fig. 2. —Carte des casernes et des postes de sapeurs-pompiers de Paris.
- l’avis reçu, envoie immédiatement un secours plus puissant et avertit le quartier central. Enfin, si des secours plus nombreux sont nécessaires, le quartier central fait partir une autre caserne ou des pompes à vapeur.
- La rapidité dans la succession de ces secours dépend donc de celle de la transmission complète des dépêches. Plus cette transmission sera rapide, plus vite arriveront les secours.
- Pour faciliter encore au public l’appel des secours, des avertisseurs d’incendie1 disposés sur la voie pu-
- 1 Yoy. Avertisseur d’incendie de la Ville de Paris, n°C52, du 28 novembre 1885, p. 415.
- blique resserreront encore le réseau actuel formé par les postes.
- Le 1er et le IIe arrondissement sont déjà pourvus de ces appareils qui vont être placés successivement dans tous les autres arrondissements.
- Nous donnons ci-dessus (fig. 2) la carte des casernes et des postes de sapeurs-pompiers de Paris : ce document pourra intéresser surtout nos lecteurs parisiens, mais nous souhaitons qu’ils n’aient pas à l’utiliser pour cause d’incendie.
- (}uand le feu est déclaré par le télégraphe dans une caserne de pompiers, le caporal stationnaire au bureau télégraphique a sous la main un tableau com-
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- LA NATURE
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- prenant quatre commutateurs électriques; l’un d’eux lait fonctionner un mécanisme électrique spécial, remarquablement organisé, qui permet d’obtenir immédiatement le résultat suivant :
- En abaissant le commutateur électrique, quand l'appel est fait de nuit, voici ce qui se produit automatiquement :
- 1° Une sonnerie de feu se fait entendre dans tous les locaux de la caserne.
- 2° Les becs de gaz brûlant toujours en veilleuse s'allument tous instantanément et permettent aux hommes de s’habiller.
- o0 Le robinet du réchauffeur s’ouvre, et l’eau à deux atmosphères de pression se précipite dans la chaudière de la pompe à vapeur.
- 4° Les portes de la caserne s’ouvrent, du dedans au dehors afin que les issues soient instantanément libres pour laisser passer le matériel.
- Le tableau d’appel comprend deux autres commutateurs : un pour prévenir les officiers, un pour prévenir la troupe ; il en comprend enfin un autre pour l’appel général.
- Pendant la nuit, il suffit de deux minutes pour que les secours partant de la caserne, après le premier signal, soient en route; une minute et demie suffit pendant le jour.
- Telle est l’organisation du matériel et des casernes des pompiers de Paris. Ce matériel fort bien étudié, toujours tenu au courant des derniers perfectionnements de la science, est mis en action par des hommes disciplinés, chez lesquels le courage est traditionnel.
- Gaston Tissanuier.
- LE JABIRU D’AUSTRALIE
- La ménagerie du Jardin des Plantes possède, pour la première fois, un grand oiseau d’Australie qui réunit au plus haut degré, dans son étrange personne, les caractères essentiels de l’ordre des Echassiers. Son corps, relativement svelte, repose, en effet, sur de véritables éehasses, permettant à l’animal d’entrer hardiment dans l’eau, sans risquer de mouiller son plumage; et sa tête, armée de longues mandibules pointues, est perchée à plus d’un mètre au-dessus du sol, sur un cou grêle dont les dimensions semblent calculées sur celles des pattes, de telle façon que l’oiseau puisse, sans se baisser, saisir les vers et les mollusques qui rampent à ses pieds. Tout cela ne constitue pas un ensemble des plus gracieux, et en voyant de profil ce singulier bipède, au cou maigre, au corps efflanqué, aux épaules fuyantes, à l’échine fortement déclive, on songe immédiatement à un quadrupède également bizarre, à la Girafe, qui est d’ailleurs conformée pour un tout autre genre de vie. Mais de même que la Girafe gagne a être vue au milieu d’un paysage africain où son pelage marqueté de fauve s’harmonise avec les teintes chaudes des terrains environnants, l’Echassier dont nous parlons, ou le Jabiru
- d’Australie, pour J'appeler par son nom, fait bien meilleure ligure au bord des fleuves de la Nouvelle-Hollande (jue dans les parcs de nos jardins zoologiques. M. G. Hennett, qui n’a pu l’étudier qu’en captivité, prétend cependant qu’avec sa physionomie douce, ses allures placides et son regard loyal, le Jabiru gagne bientôt les sympathies en même temps qu’il excite l’admiration par les riches couleurs de son plumage. Sur ce dernier point au moins, nous nous garderons de contredire notre savant confrère, car il est certain que le costume de noces du Jabiru d’Australie est aussi riche qu’élégant. La tête et les deux tiers du cou de l’oiseau adulte sont revêtus d'un magnifique capuchon d’un vert foncé, à reflets dorés, bleus, pourprés ou irisés, particulièrement sur la nuque et l’occiput ; les épaules, les reins, la queue et une partie des ailes sont également d’un vert métallique, contrastant vigoureusement avec la teinte blanche immaculée de la base du cou, de la naissance des ailes, de la poitrine et des parties inférieures du corps; les mandibules sont noires, les yeux jaunes et non pas bruns, comme on le dit généralement, et les pattes se montrent d’un rouge vif toutes les fois qu’une couche de boue desséchée ne vient pas masquer leur coloration naturelle. Ge costume somptueux, dont certaines pièces paraissent empruntées a la livrée des Paons, appartient aux deux sexes et remplace d’assez bonne heure le costume plus modeste et fortement mélangé de brun que portent les jeunes individus. Geux-ci d’ailleurs se distinguent encore des adultes par leurs yeux d’un brun noisette, et par leurs pattes d'un brun rougeâtre tirant au noir.
- Le Jabiru d’Australie (Mycteria austral is, Lath) n’habite pas seulement le vaste continent dont il porte le nom; il se trouve aussi dans le sud de l’Asie continentale et dans les îles de Java et de Ceylan; on dit même qu'il est assez répandu dans les provinces centrales de l'Inde, où il séjourne pendant toute l’année, sur le bord des rivières, des lacs et des étangs, et où il est connu des indigènes sous le nom de Ram-salik. 11 est fort rare, au contraire, dans le Bengale méridional. De même, en Australie, le Jabiru est, à l’heure actuelle, beaucoup plus commun sur les côtes septentrionales et orientales, au nord de Moreton-Bay, que dans la Nouvelle-Galles du Sud, où il est appelé Grue géante par les colons anglais et Barri-enna par les aborigènes. Dans cette dernière région, on ne le rencontre plus guère que sur les bords des rivières Cla-rence et Mac-Leay, et sur quelques îlots situés à l’embouchure de la rivière Hunter; mais, telle est la rareté de l’espèce que, pendant un séjour de vingt-deux ans dans la Nouvelle-Galles du Sud, M. Bennett n’eut pas sous les yeux plus de quatre dépouilles de Jabirus, et que M. J. Gould, le célèbre naturaliste-voyageur, n’eut jamais l’occasion d’observer ces oiseaux à l’état de nature. M. Gilbert et M. Mac-Gilli'ray en virent quelques-uns à Port-Es-
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- sington, mais toujours hors de portée de fusil ; et le premier de ces voyageurs, comme M. Murphy, ne réussit pas à en abattre un seul sur les bords des lagunes de l’intérieur de l’Australie, dans le cours de l’expédition dirigée par le Dr Leichhardt. Les Ja-birus en effet, lorsqu’ils sont en liberté, se montrent extrêmement farouches; ils se tiennent dans des endroits découverts, sur des bancs de sable, sur des promontoires qui s’avancent dans la mer, ou bien encore au centre de vastes marais salants. C’est là que le chasseur est obligé de les suivre et de les épier, souvent pendant plusieurs jours, en se glissant au milieu des joncs, jusqu’à ce qu’il puisse faire usage de son arme. Pour les prendre vivants, les difficultés sont encore plus grandes et il n’y a guère qu’un sauvage australien qui puisse mener à bien une pareille tâche. Avec ses allures silencieuses de félin, l’aborigène rampe dans les hautes herbes, arrive jusqu’au Jabiru paisiblement accroupi et saisit par les ailes l’oiseau effarouché avant qu’il ait eu le temps de se mettre sur ses pattes. L’animal, ainsi capturé, est ensuite cédé pour quelques paquets do tabac à un marchand européen.
- Tel a dù être le sort du Jabiru qui vit présentement au Jardin des Plantes. Ce magnifique Echassier est encore plus adulte que l’individu sur lequel M. Bennett a publié, il y a une quarantaine d’années, d’intéressantes observations1 ; mais il est aussi doux de caractère, aussi digne dans ses allures, aussi vorace dans ses appétits. Naguère encore, quand la température était plus clémente, on pouvait le voir se promener dans son parquet, s’arrêtant de temps en temps devant les visiteurs comme pour leur faire admirer la richesse de son plumage. Jamais il ne se laissait aller à ces démonstrations bruyantes, à ces accès de gaîté folie auxquelles s’abandonnaient volontiers les Grues enfermées dans un autre enclos ; mais il ne prenait pas non plus les airs rogues et compassés des Marabouts, ses voisins. S’il parvient à traverser sans encombre les longs mois d’hiver, nul doute qu’au printemps il ne soit devenu aussi familier que le Jabiru dont parle M. Bennett. Ce Jabiru, qui avait été pris à Port-Macquarie et qui avait déjà supporté quatre mois de captivité avant d’arriver à Sydney, fut placé dans une cour dépendant de la maison de M. Bennett, cour dans laquelle se trouvaient déjà des poules. Aussitôt il se mit à inspecter son nouveau domaine, au grand effroi de la volaille qui s’enfuit en piaulant et en voletant devant lui. Seul un petit Coq bantam, rageur et outrecuidant, se planta devant l’ennemi la tête droite, les ailes frémissantes et, nouveau David, tenta de se mesurer avec Goliath. Mais le géant se contenta de regarder le pygmée de son œil clair et continua sa promenade. Furieux d’être ainsi méprisé, le Coq se montra de plus en plus arrogant et lit tant et si bien qu’à la fin le Jabiru, agacé se retourna brusquement et marcha droit sur le fanfaron comme s’il voulait le
- 1 Gatherings of a Naturalist in Australasia. — 1860, p. 195, et figure en tête du volume.
- réduire en poussière. Le Coq alors, voyant que l'affaire menaçait de tourner au tragique, battit prudemment en retraite et depuis lors ne songea plus à se frotter à un aussi terrible adversaire.
- Un jour on introduisit dans l’enclos quelques Casoars. A la vue de ces grands oiseaux aux manières brusques et sauvages, le Jabiru manifesta un vif mécontentement, en claquant du bec, en entrechoquant ses ailes puissantes et en hérissant les plumes de sa tête ; toutefois il ne chercha point à repousser par la force l’invasion de son domaine. On pourrait même croire qu’il avait fait taire son ressentiment quand un beau jour il saisit par la peau du cou un Casoar qui s’était approché de lui et le rappela par une admonestation vigoureuse au juste sentiment des distances. En toutes occasions d’ailleurs le Jabiru ne manqua point de làire respecter ses droits et il ne voulut jamais souffrir qu’un Casoar lui dérobât la moindre part des rayons du soleil, auxquels il aimait à se chauffer béatement.
- Cet oiseau était fort £>ros mangeur et coûtait assez cher d’entretien. Dans les premiers temps il dévorait à chaque repas jusqu'à une livre et demie de viande de bœuf coupé en petits morceaux, et avalait, avec une égale gloutonnerie, dejeunes anguilles ou des tranches de brèmes et d’autres poissons. 11 n’avait garde de se laisser oublier, et quand le cuisinier tardait trop à lui donner sa pitance, il venait la réclamer à la cuisine et surveillait attentivement les apprêts de son repas. Souvent aussi, dans les beaux jours de l’été, il faisait la chasse aux Tettigonies et aux larves de divers insectes arboricoles, ou bien même il guettait les mouches qui bourdonnaient autour de lui et les saisissait prestement entre ses mandibules. 11 se servait du reste de son bec avec une grande adresse, aussi bien pour happer une proie ou pour déchiqueter sa nourriture que pour lisser son plumage et le débarrasser des moindres parasites. Quand on plaçait à sa portée un vase plein d’eau, il avait l’habitude d’v mettre une de ses pattes, et après avoir bu largement, il prenait dans son bec une grande gorgée d’eau qu’il rejetait après s’être gargarisé.
- Le soir même de son arrivée dans la maison de M. Bennett, le Jabiru était entré dans le hall, attiré par la lumière du gaz, et avait commencé à gravir les premières marches de l’escalier, sans doute afin de chercher un endroit à sa convenance pour passer la nuit; mais bientôt il avait renoncé à cette ascension fatigante et s’était décidé à regagner la cour, puis à pénétrer dans la remise, où il s’était installé au milieu des voitures. Depuis lors, il se retira chaque soir dans le même endroit, à moins qu’il ne préférât passer la nuit à la belle étoile. Pendant la journée il se tenait tantôt debout sur une patte, tantôt accroupi à la manière des Emeus et des Casoars et ne s’inquiétait pas plus des averses qui mouillaient son plumage que des rayons dardés sur sa tète par le soleil de midi. Bien plus, quand le vent soufflait du sud et que la chaleur était particulièrement intense, il aimait mieux rester à la
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- Lu Jabiru d'Australie, d’après l’iudividu vivant actuellement au_lluséum d’histoire naturelle de Paris.
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- même place, haletant, le bec cuti*'ouvert, (pie de chercher quelque endroit ombragé pour v respirer plus à l’aise. Il était tellement apprivoisé qu’il se laissait approcher et caresser par les personnes de sa connaissance, se reculant seulement quand on essayait de le saisir et ne cherchant jamais à se défendre avec ses terribles mandibules. Les chevaux mêmes qui entraient dans la cour ne lui causaient aucune frayeur et il se contentait de s’écarter de leur passage, sans se presser. Il accourait quand on l’appelait pour lui donner son repas, mais aucun cri n'exprimait sa joie; et pour le faire sortir de son mutisme il fallut qu’un jour on eût oublié de lui fournir la pâture accoutumée et que la faim torturât ses entrailles. Cet oiseau eut une fin tragique : il mourut empoisonné par quehpie poisson, à la chair vénéneuse, qui s’était trouvé, sans qu’on s’en aperçût , au milieu de ceux qu’on lui servait de temps en temps, pour varier son ordinaire. Il faut espérer que le Ja-biru du Jardin des Plantes 11e sera pas victime d’un semblable accident et qu’il atteindra un âge avancé. Si l’on en juge par le temps qu’ils mettent à prendre la livrée caractéristique de l’espèce, les Jabirus doivent en effet avoir la vie très longue.
- Sur la côte occidentale d’Afrique et dans la région du Haut-Nil le genre Mycteria est représenté par une autre espèce (Mycteria senegalemis, Shaw) qui porte à peu près le même costume que le Jabiru d’Australie, mais qui s’en distingue facilement par la coloration de son bec d’un rouge vif, avec une large bande noire au milieu et deux caroncules rouges tombant de chaque côté du menton. Avec ces caroncules latérales, la zone rouge qui chevauche sur la base des mandibules figure grossièrement une selle munie de ses étriers; aussi désigne-t-on parfois sous le nom de Cigogne sellée (Sattelstorch, Saddle bil-led Stork) cette espèce que Ch.-L. Bonaparte considérait comme le type d’un genre particulier (Ephip-piorhynchus), en même temps qu’il plaçait dans deux autres groupes (Xenorhynchus et Mycteria) le Jabiru d’Australie et une troisième espèce, originaire du Brésil et de la Guyane. Cette dernière forme (Mycteria americana, L.) aurait bien, plutôt que le Jabiru du Sénégal, le droit d’occuper une place à part dans la classification. Elle se fait remarquer, en effet, par la dénudation de sa tète et de son cou qui pré-' sentent à peine quelques villosités sur la nuque et dont la peau, parfaitement lisse, est d’un noir mat, rehaussé par un collier rouge et une tache occipitale de même couleur. Cette peau noire contraste avec la blancheur du plumage qui couvre le corps, mais est en harmonie avec la teinte foncée et uniforme des mandibules.
- Dans leurs mœurs les Jabirus d’Amérique offrent aussi certaines particularités dignes d’intérêt : ainsi le voyageur Schomburgk a remarqué que ces oiseaux étaient plus sociables que les Jabirus de l’ancien monde et de la Nouvelle-Hollande et qu’ils formaient souvent des troupes nombreuses à l’embouchure des grands fleuves. Sous ce rapport aussi bien que par
- la dénudation de leur tète, ils présentent des affinités avec les Marabouts, tandis que les autres Jabirus se rapprochent davantage des Cigognes.
- E. Oustai.i'î.
- LES BATEAUX EN PAPIER
- Il a souvenl été question des bateaux en papier, mais on n’a jamais donné de renseignements précis sur la manière de les construire. Voici, d’après The Paper Record, comment on procède : fa construction des bateaux en papier, suivant le brevet récemment expiré de C. Water, de Lansingburg, près Troy, N.-V., s’exécute avec du papier manille ordinaire de bonne qualité dont on superpose habituellement cinq feuilles formant ensemble une épaisseur de lmm,G (1/16 de pouce), excepté dans certaines parties où l’on ajoute des renforts d’une ou deux bandes.
- Le procédé est simple; un modèle du bateau, en vraie grandeur, est construit avec du bois de pin; l’avant est en deux pièces que l’on peut séparer. Le papier est fourni en long rouleaux; le modèle est placé, le fond en haut sur un grand châssis; on pose d’abord suivant la longueur une bande étroite de papier, puis une seconde, à l’endroit où la quille devra se fixer; on ajoute ensuite successivement une, deux, trois, quatre, cinq feuilles que l’on applique soigneusement sur le modèle. A mesure que l’on pose une feuille, on l’enduit de gomme laque, puis de colle-forte pour faire bien adhérer la feuille suivante.
- Ainsi recouvert de papier, le modèle est introduit dans une étuve où l’on entretient, pendant cinq jours, une température d’environ 140° F. (60° cent.), qui donne au papier collé la consistance d’une masse solide. On dévisse alors et l’on enlève les pièces de bois mobiles qui forment l’avant du modèle ; il est dès lors facile d’ôter la carapace du papier qui se détache du modèle comme la peau d’une pêche se détache du fruit.
- Cela fait, on adapte une quille à l’extérieur du bateau; on donne à l’intérieur et à l’extérieur plusieurs couches de verdis à la gomme laque ; puis on ajuste une tringle en bois formant plat-bord et la coque se trouve prête à recevoir les bancs et supports d’avirons.
- Ce mode de construction s’applique le plus souvent aux bateaux de course, depuis 2 avirons de couple jusqu’à 8 avirons de pointe; cependant on a construit un bateau de 42 pieds de longueur (12m,80) sur 4 pieds 4 pouces (lm81) de largeur, pouvant porter 42 personnes. Ce bateau, naturellement, était consolidé par des membrures en bois. Dernièrement une chaloupe à vapeur de 19 pieds de longueur (5™,78), mue par une machine à pétrole de la force d’un cheval, a navigué avec succès sur l’Hudson à la vitesse d’environ 10 milles à l’heure (18km,5).
- Un bateau à deux avirons de couple, de 21 1/2 pieds (6m,55), sur 10 1/2 pouces de largeur (0m,267), coule de 65 à 100 dollars (547 fr.,50 à 554 fr.,60. Le bateau à 8 avirons d’environ 60 pieds de longueur sur 24 pouces de largeur (18“60x 0m61), coûte 400 dollars (2,lo8fr.).
- Les embarcations de course d’Havard, de laie et Columbia, en 1886, étaient toutes du même modèle et construites aux ateliers de Lansingburg, de sorte que les équipes luttaient d’habileté dans des conditions égales.
- D’après le Knight's American Mechanical Dictionary, la première bande de papier employée à la construction d’un bateau est appliquée sur le modèle après avoir été humectée; elle est maintenne, pendant qu’elle sèche, au moyen de triangles clouées sur sa face antérieure. Une
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- LA NATURE.
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- lois sèche, elle reçoit une couche de vernis adhérent cl | l’on applique sur elle une seconde bande. Les couches de J papier et de vernis sont ainsi superposées jusqu’à l’épais- j seur convenable. i
- On emploie quelquefois du papier exclusivement fabriqué avec des chiffons de toile : dans ce cas une seule épaisseur de 1 '20 de pouce (lmm,27) peut suffire.
- Le séchage à l’étuve a pour but d’effacer toutes les fronces de papier et de durcir la coque ; quand celle-ci est terminée, on lui donne une couche de vernis d’huile de lin cuite et de térébenthine, et en dernier lieu, une ou plusieurs couches de vernis à la gomme laque1.
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- LA CONESSINE
- On a importé, en Allemagne, il y a sept ou huit ans, une écorce employée contre la dysenterie dans l’Afrique tropicale et désignée sous le nom d'écorce de conessi. Cette écorce provient du Holarrhena africana, D. C. ; elle a été étudiée par divers savants, mais sans fournir aucun alcaloïde bien caractérisé. MM. Polstorff et Schir-mer ont été plus heureux; ils en ont extrait un alcali cristallisé, qui s’y trouve à la dose de 1 gramme par kilogramme environ, et qu’ils désignent sous le nom de conessine. Voici comment ils préparent ce composé :
- Ils épuisent l’écorce par l’eau chaude additionnée d’acide chlorhydrique, et concentrent beaucoup la liqueur. En ajoutant d’abord à la solution acide un très faible excès d’ammoniaque, il se précipite des matières colorées, contenant du calcium et de l’aluminium, mais des traces seulement d’alcaloïde ; en filtrant, puis en versant dans le liquide un fort excès d’ammoniaque, l’alcaloïde se précipite en flocons. On recueille ce dernier, on le dissout dans l’acide acétique, on décolore la liqueur par le noir animal, on précipite de nouveau par l’ammoniaque; enfin on fait cristalliser le produit dans l’alcool, en ajoutant de l’eau à la solution alcoolique chaude jusqu’au moment où un trouble se produit. On répète les cristallisations jusqu’à ce que les cristaux fondent à 121°,5.
- La conessine ainsi obtenue constitue des aiguilles soveuses. Sa composition est G-4ll-°Az. Elle possède une saveur amère très prononcée. Elle est insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool, l’éther, le chloroforme, la benzine. Elle se colore en jaune quand on la chauffe à l’air. Elle est faiblement entraînée par la vapeur d’eau.
- Le cldorhvdrate cristallise difficilement. On l’obtient cependant en aiguilles en faisant passer un courant de gaz ehlorhvdrique dans une solution éthérée de la base contenant un peu d’alcool.
- La conessine est une base tertiaire ; elle se combine à 100° avec l’éther méthyliodhydrique, pour fournir un iodure d’ammonium composé, cristallisable. L’hvdrate d’oxyde d’ammonium, composé correspondant, peut être obtenu en traitant l’iodurc par l’oxyde d’argent; il est cristallisé, alcalin et absorbe l’acide carbonique de l’air.
- Les auteurs ne résolvent pas la question de savoir si la conessine présente une relation [dus ou moins étroite avec la vvrightine, base extraite par M. Jlaims en 1858 d’une autre écorce de conessi, importée des Indes orientales et provenant du Wrightia antidysenterica, et par Stenhouse en 1854 des semences du même végétal-.
- 1 D’après le Bulletin des fabricants de papier.
- - D’après le Journal de chimie et de pharmacie.
- LA TÉLÉGRAPHIE SANS FIL CONDUCTEUR
- (Suite. Voy. p. 129 et 282. )
- L’emploi d'une lumière aussi intense que possible s’impose en télégraphie optioue. A défaut du soleil qui serait la meilleure de toutes, il faut chercher à utiliser une lumière artificielle. C’est la lumière électrique qui conviendrait le mieux, car son éclat peut être évalué à la moitié de celui du soleil, et des signaux ont été échangés à 500 kilomètres de distance pendant les remarquables travaux faits dernièrement par les généraux Perrier et I ha nez pour relier la triangulation de l’Algérie a celles de la France et de l’Espagne. Mais la production de la lumière électrique entraîne des complications qui en limitent l’emploi aux appareils à poste fixe. Cependant quelques types de machines électriques permettent d’obtenir de la lumière, soit en les manœuvrant à bras, soit au moyen d’un moteur à vapeur monté sur un chariot. C’est là une installation sinon portative, du moins transportable, et qui est surtout employée pour les appareils de projection du colonel Mangin, appareils basés sur le même principe que ceux décrits précédemment, mais employés à éclairer le terrain ou la mer à une assez longue distance pour y faire des reconnaissances au moyen d’une lunette, lis servent également à faire des signaux télégraphiques, notamment dans la marine oîi les appareils construits par MM. Sautter et Lemonnier sont disposés de manière à envoyer le faisceau de rayons lumineux verticalement ou sous un angle quelconque. Un peut, de cette manière, éclairer un ballon placé en haut d’un màt, ou même les nuages, ce qui permet de mettre en correspondance deux points qui ne se voient pas. C’est M. Léard qui eut l’idée, en 1875, de faire cette expérience; il mit ainsi en communication Alger et Fort-National, situés à 25 lieues de distance et séparés par une montagne; il employait 50 éléments Bunsen et un régulateur Serrin et projetait le faisceau sur les nuages. On a cherché à remplacer la lumière électrique, impraticable pour les appareils portatifs, de différentes façons. Le magnésium a peu de fixité, donne un abondant dépôt de magnésie et coûte cher. La lumière de Drummond serait préférable et on a imaginé de petits laboratoires portatifs mesurant 1 mètre sur 50 et 80 centimètres qui renfermaient les matières premières nécessaires à la fabrication et à l’emmagasinement du gaz pour un fonctionnement de plusieurs heures; mais il y a là encore des complications, et c’est en fin de compte la lampe à pétrole à mèche plate qui est adoptée d’une façon générale. On construit aujourd’hui des lampes à tirage forcé qui pourraient peut-être remplacer les autres avantageusement. L’air carburé par son passage dans l’essence de pétrole nous paraît aussi pouvoir rendre des services, soit qu’on utilise son pouvoir éclairant, soit qu’on le mélange à un courant d’air pur pour porter à
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- LA NATURE.
- l'incandescence une corbeille de magnésie on de platine.
- Quelle ([ne soit la source de lumière employée, lorsqu'elle arrive à être très puissante, il y aurait économie à ne l’allumer qu’au moment de se servir de l’appareil. M. Mercadier a proposé un mode d’emploi économique des sources lumineuses intenses, qu’il nous paraît intéressant de rappeler ici. U s’agissait des signaux faits par les phares, signaux qui consistent en éclipses espacées à des intervalles plus ou moins longs, mais que M. Mercadier pense pouvoir être utilement remplacés par les éclats longs ou brefs de l'alphabet Morse, se faisant automatiquement et donnant pour chaque phare une lettre alphabétique qui en fasse facilement reconnaître la position. Dans ces conditions et partant de ce principe, qu’il laut au moins un dixième de seconde entre chaque éclat pour qu’ils puissent être perçus distinctement par l’œil à cause de la persistance des impressions sur la rétine, il a calculé qu’il y a, pendant la transmission au moyen de l’alphabet Morse, au moins 65 pour 100 de perte totale de lumière non utilisée pendant les éclipses. 11 serait donc possible de réaliser une économie notable en employant un dispositif de manipulateur qui permette d’éteindre, ou au
- moins de modérer la lampe au lieu de masquer simplement le faisceau avec un écran.
- Cette idée mérite certainement d’ètre prise en considération pour les phares et pour les appareils télégraphiques à poste fixe.
- Nous arrêtons ici l’examen des sources lumineuses qui comporterait cependant plus de développement, mais la place nous est limitée. L’aperçu qui précède suffira, espérons-nous, à indiquer la voie des perfectionnements qu’on attend encore de ce côté.
- Enregistrement. — On fait à la télégraphie optique deux reproches principaux : les signaux peuvent être facilement interceptés; ils ne laissent pas de traces. Au premier, nous répondrons que l’emploi delà cryptographie1 assure d’une façon suffisante le secret de la correspondance; car, en supposant que toute dépêche chiffrée puisse être lue par des gens exercés2, il suffit en général qu’on soit obligé
- 1 Yoy. n° 443, du 26 novembre 1881, p. 413.
- - En Allemagne, la cryptographie est enseignée dans les écoles militaires à tous les officiers, et ils sont initiés à tous les principes théoriques de l’art de déchiffrer.
- d'y mettre un certain temps pour que sa divulgation n’ait jdns d’importance.
- Quand au second, nous allons l’examiner en détail.
- Les dépêches pouvant avoir à un moment donné une valeur historique ou judiciaire considérable, il y aurait un grand intérêt à conserver automatiquement aussi bien au départ qu’à l’arrivée, la trace des signaux tels qu’ils sont expédiés. Le problème est facile à résoudre en ce qui concerne l’enregistrement au départ. Nous connaissons bon nombre de télégraphistes qui ont eu l’idée de relier électriquement avec un appareil Morse ordinaire, le manipulateur d’un appareil optique, et qui enregistraient ainsi tous les signaux transmis; il est clair qu'ils ne se servaient de l’électricité (|ue parce qu'ils l'avaient sous la main, et qu'une transmission mécanique entre le manipulateur et le récepteur eût été préférable. Cette idée a été réalisée récemment par un de nos meilleurs constructeurs, M. E.Du-cretet ; elle présentait certaines difficultés d’exécution qui ont été très heureusemcntvain-cues par lui, et aujourd’hui tous les appareils fixes ou portatifs pourraient être munis de son système que représente la figure l. La question de l’enregistrement automatique au départ peut donc être considérée comme résolue. Mais bien plus difficile est la solution de l’autre question. L’enregistrement automatique à l’arrivée, outre l’avantage de conserver les signaux tels qu’ils sont expédiés, aurait celui de faciliter la réception de la dépêche et d’éviter des erreurs.
- On a proposé, en se servant d’un appareil comme celui de M. Ducretet, de faire répéter les signaux par le poste récepteur à mesure qu’il les reçoit, et qui enregistrerait par le fait la dépêche à l’arrivée; mais il n’y a là rien d’automatique; c’est toujours l’œil de l’opérateur qui sert d’intermédiaire, et les causes d’erreurs et de fatigue restent les mêmes1. Il faut donc chercher autre chose. Tous ceux qui se sont occupés de la question se sont inspirés généralement de ce qui a été fait pour l’enregistrement des signaux du galvanomètre à xuiroir, lorsque cet appareil était le seul récepteur possible sur les cables transatlantiques; mais ici on avait un avantage,
- 1 Eu 1873, M. F.-L. Roux, capitaine de frégate, a proposé pour la marine, un système d'enregistrement au départ et à l'arrivée, basé sur ce? principes.
- Fig. 1. — Appareil de télégraphie optique de M. Ducretet.
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- c’est que opérant avec une lumière qu’on avait sous la main, on pourrait disposer d’une intensité qu’on n’aura jamais au récepteur d’un télégraphe optique. Quoi qu’il en soit, ce sont les mêmes moyens qui ont été proposés : la photographie, le sélénium, le rail iom être. Nous ne rechercherons pas a qui appartient la priorité dans ces trois ordres d’idées, nous ne parlons ici que des expériences réalisées dont nous avons connaissance, et si nous en omettons, nous serons heureux qu'on veuille bien nous les signaler.
- Les progrès faits depuis quel • ques années, en p hotographic, permettent actuellement d’obtenir des images en 1/250 de seconde au soleil; en prenant un temps de pose plus long, on a encore des traces avec une lumière artificielle de.faible intensité. Afin de nous rendre compte exactement des résultats qu’on pouvait obtenir par ce procédé, nous avons lait construire l’appareil1 que représente la figure 2. 11 consiste simplement en un mouvement d’horlogerie entraînant au moyen de deux cylindres C une bande de
- ble ABU, mise complètement à l’abri de la lumière, sauf au point B, où un trou percé dans le tube qui guide la bande, permet de l’exposer à la lumière provenant du poste transmetteur et concentrée par une forte lentille.
- Nos connaissances photographiques n’étant pas assez étendues, nous avons eu recours à MM. A. Londe et J. Ducom, deux collaborateurs bien connus des lecteurs de La Nat ure ;
- 1 2Sous remercions M. Cli. Dessouder qui s’est mis gracieusement à notre disposition, et dont l'habileté en mécanique nous a été très utile.
- grâce a eux, nous avons pu obtenir des résultats auxquels nous ne serions pas arrivé autrement. Nous nous sommes servi comme transmetteur d’une lampe à pétrole à mèche plate, placée derrière une lentille d’environ 20 centimètres de diamètre. A une
- distance de 0 kilomètres, le récepteur disposé comme le représente la figure 1, nous a donné, sur une bande découpée dans une plaque souple de M. Balagny, des traces de points et de traits parfaitement lisibles; on faisait au transmetteur les lettres de l’alphabet et le déroulement de la bande était de 10 centimètres à la minute. Le développement était fait par les procédés ordinaires dans le laboratoire, mais on pourrait disposer [très de l’appareil un système de cuvettes où il se ferait automatiquement. Des bandes de papier
- Balagny de 1 mètre de long que MM. Lumière et fils, de Lyon, ont bien voulu fabriquer sur la demande de e, nous ont beaucoup facilité les expériences, que nous continuons du reste. Il est clair que la distance à laquelle ces résultats ont été obtenus est insuffisante, mais nous ferons remarquer que nous n’avions qu’une lampe à pétrole. Avec une lumière plus puissante, on pourrait arriver à augmenter de beaucoup la distance ; ensuite, il est probable que le dernier mot n’est pas dit sur la sensibilité des préparations et l’énergie des développements.
- L’enregistrement au moyen du sélénium serait de beaucoup préférable. On sait en effet que ce métalloïde a la propriété de ne laisser passer le courant électrique que lorsqu’il est a la lumière. En d’autres termes, sa conductibilité électrique varie
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- en raison directe de l'intensité de la lumière. Les propriétés ont été mises à profit pour les expériences remarquables du pliotoplione, décrites ici en leur temps et sur lesquels nous n'insisterons pas’. Partant de cette propriété remarquable du sélénium, rien ne paraît plus simple que de l'utiliser pour le cas particulier qui nous occupe, et beaucoup d’inventeurs ont déjà construit sur le papier des appareils purement théoriques. Un prend un appareil Morse, une pile et un morceau de sélénium qu’on interpose dans le circuit et qu’on place au loyer de la boitille de l’appareil optique; quand un rayon de lumière est envoyé par le poste correspondant, le sélénium devient conducteur et l’éleelro du Morse attire la palette. Seulement, dans la pratique, ce n’est pas du tout la même chose. On ne dispose au loyer de la lentille du poste récepteur que d'un point lumineux, on ne peut agir par conséquent (pie sur une surface de sélénium excessivement faible ; ensuite la résistance de ce métalloïde, même à la lumière, est encore considérable et le courant électrique dont on disposera sera toujours faible. Il est vrai qu’on peut prendre des appareils plus sensibles qu’un Morse, des galvanomètres, par exemple, et s’en servir comme relais; mais ici on rencontre une autre difficulté. Un de nos amis, M. Gillet, a présenté, il y a quelques années, à l’Académie des sciences, une note sur ce mode d’enregistrement, et depuis a étudié pratiquement la question. 11 s’est servi d’un élément de sélénium construit suivant les données de Mercadier; un galvanomètre sensible interposé dans le circuit déviait bien à chaque émission de lumière (à petite distance) et l’aiguille de ce galvanomètre venait buter contre un point fixe pour fermer un circuit local; mais, et c’est ici que se présente l’autre difficulté, une fois ce contact établi, il fallait, pour le rompre, une force de beaucoup supérieure à celle qui l’avait produit. 11 y a une sorte de collage entre le point fixe et l’aiguille. Nous avons depuis étudié ce collage, et nous avons remarqué qu’il se produit dans tous les cas, même avec une aiguille non métallique et ne servant au passage d’aucun courant, et qu’il a lieu aussi bien dans le vide qu’à l’air. Il faudra donc toujours compter avec lui, et pour le combattre employer un ressort ou une force antagoniste quelconque, et par suite un courant plus énergique, ce qui revient à dire que les éléments de sélénium, tels qu’on les prépare actuellement, ne sont pas assez bons conducteurs. La question, comme on voit, est. plus compliquée qu’elle ne le paraît.
- Enfui le troisième moyen qui se présente à l’esprit est l’emploi du radiomètre. Cet instrument es! trop connu pour que nous donnions sa description. Nous avons pu nous assurer que le radiomètre ordinaire, construit sous la forme d’un petit moulin à quatre ailes, se met à tourner lorsqu’il est placé au foyer de l’appareil, représenté ligure 2, la lumière
- 1 Yoy. année 1880, l. Il, p. 341.
- 2 Voy. année 1875. I. IL p. '•225.
- venant d’une lampe à pétrole placée dans un appareil semblable à six kilomètres plus loin. Nous avons ensuite fait construire un radiomèlre d'une forme spéciale représenté ligure û, et avec lequel nous espérions former un relais, mais nous nous sommes encore ici trouvé en présence du collage dont nous parlions plus liant, et c’est même là que nous avons pu constater qu’il est encore [tins énergique dans le vide qu’à l’air libre. Ile plus comme on est obligé [tour faire relais d’avoir une ehappc en métal, on perd beaucoup en sensibilité; le petit moulin dont nous nous étions servi [tour l’expérience précédente avait une chappe en verre dur et avait été choisi parmi beaucoup d’autres chez le constructeur M. Sé-guy. Nous ne pensons pas qu’un système semblable puisse être utilisé à antre chose qu'à produire un seul contact destiné à actionner une sonnerie d’appel.
- En résumé, des trois modes d’enregistrement dont nous venons de parler, c'est jusqu'à présent la photographie qui a seule donné des résultats; mais elle entraînera toujours certaines complications, et c’est avec le sélénium ou une autre substance jouissant des mêmes propriétés à un [dus haut degré qu'il laut espérer obtenir un résultat réellement pratique. G. Maueschal.
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- CHRONIQUE
- Eclairage électrique des trains sur la ligne de Stuttgart-IIall. — L’éclairage des xvagons se fait par des lampes à incandescence, système Bernstein, alimentées par des accumulateurs du système de Khotinsky. Les accumulateurs ne sont en communication avec aucune source de courant; ils ne sont pas alimentés par la dynamo placée dans le fourgon aux bagages, de sorte rpie la lumière est complètement indépendante des variations ou des pulsations. Par contre, une deuxième batterie d’accumulateurs est reliée à la dynamo pendant la marche, de sorte qu’à une vitesse déterminée, le courant produit est employé à la charge des accumulateurs. Si, par suite de la décharge, la différence de potentiel des accumulateurs de la première batterie, tombe assez bas pour que le pouvoir lumineux des lampes diminue sensiblement, on met, à l’aide d’un commutateur, la deuxième batterie, qui a eu le temps d’accumuler une charge suffisante, en communication avec les lampes, et la première batterie, en partie épuisée, en communication avec la machine. Ce changement de batterie peut se faire dans chaque wagon sans affecter le fonctionnement des autres. Chaque wagon contient deux batteries de huit accumulateurs chacune. Le poids d’une batterie est d’environ 150 kilogrammes. Les lampes à incandescence sont fixées au plafond et protégées par des globes en verre. Dans les wagons de troisième classe, on se sert de lampes de 5 bougies, et, dans les autres, de lampes de 5 à 10 bougies, mais avec une disposition permettant de diminuer la clarté au moyen de résistances artificielles.
- Le chauffage au pétrole appliqué à un cuirassé. — Le grand cuirassé russe Tchesme, dont le déplacement dépasse 10000 tonneaux et dont la cuirasse a une épaisseur de 400 millimètres, aura des chaudières chauffées au pétrole. Ce navire, en construc-
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- LA NATUHE
- tion à Sébastopol, est sui' le point d’être achevé. Celle application en grand du chauffage à l’hydrocarbure dont il a été si souvent question dans nos colonnes, décidera peut-être le gouvernement français à adopter le combustible liquide à bord de quelques torpilleurs. En tous cas, l’exemple donné par le gouvernement russe sera certainement suivi, surtout si les résultats correspondent aux prévisions des ingénieurs de l’arsenal de Sébastopol.
- Une nouvelle forme de elou et vis. — On
- commence à faire usage en Amérique d’une forme ingénieuse de clou-vis (screw-nai!) dont le croquis ci-dessous permet de comprendre d’un seul coup d’œil les dispositions et l’économie. C’est une simple vis à pointe aiguë et à pas incliné pouvant pénétrer facilement dans tmis les bois à l’aide d’un marteau, mais ne pouvant en être re-
- tirée qu’à l’aide d'un tournevis, ce qui donne une grande solidité et une grande sécurité aux caisses, emballages et appareils divers joints à l’aide du clou-vis. On peut augmenter encore la solidité des assemblages en introduisant partiellement le clou-vis à l’aide du marteau, et partiellement avec un tournevis. Le prix est moins élevé que celui des vis ordinaires, et la série comprend un grand nombre de dimensions correspondant aux différents assemblages à effectuer.
- Cheval et vélocipède. — Une course de 1450 kilomètres vient d’ètre inaugurée à Agricultural Hall, à Londres, entre le cheval et le vélocipède. Deux cavaliers appartenant à la célèbre troupe de Buffalo Bill, troupe dont les exploits ont été l'attraction de la saison, cette année, à l’Exposition Américaine de Londres, courent, un à la fois, sur autant de chevaux qu’ils croient devoir en changer, contre l’un ou l’autre des champions bicyclistes d’Angleterre et des Etats-Unis, tous deux engagés spécialement pour la circonstance. Ce spectacle d’un nouveau genre a procuré au public un excitcment considérable et les paris vont ferme. Les bicyclistes se relayent toutes les demi-heures et tiennent tète aux poneys de Buffalo Bill. La vitesse moyenne des coureurs, des deux côtés, est d’environ 27 kilomètres et demi à l’heure.
- Un saumon gigantesque. — Un saumon du poids de 40 kilogrammes vient d’ètre péché dans la rivière de la Tyne. Cet énorme poisson avait déjà été aperçu plusieurs fois et avait même été capturé, il y a deux ans, mais avait réussi à s’échapper. A l’époque de sa première capture, il avait été estimé peser 57 kilogrammes. C’est probablement le plus lourd spécimen de l’espèce qui ait été pêché dans la Tyne et même en Grande-Bretagne.
- Obésité. — Un homme connu par son obésité, Ber-thelot, exerçant la profession de blanchisseur, vient de mourir à Trouville. Cet homme pesait 220 kilogrammes; il n’a pas fallu moins de huit aides des pompes funèbres pour porter son cercueil sur le char. Ce cercueil avait lra,05 de largeur et T110,10 de hauteur.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 14 novembre 1887. Présidence de M. Janssex.
- Sur les unités de la mécanique. — C’est avec une attention exceptionnellement soutenue que l’Académie
- écoute la lecture d’un travail dans lequel M. de Freycinet propose de substituer au mètre une unité déduite rationnellement de l’étude des phénomènes dynamiques. Préoccupé de trouver une unité qui relierait entre elles les notions de masses, de poids et de force, l'auteur conclut qu’il faut donner la préférence à la longueur représentée par g dans les formules relatives à la pesanteur, et qui exprime le chemin parcouru durant la première seconde par un corps tombant dans le vide. Un des principaux avantages de la substitution, serait de faciliter beaucoup la mesure de l’unité mécanique : autant il est malaisé de connaître la longueur du méridien terrestre, autant l’opération est simple et susceptible de précision qui consiste à évaluer Je déplacement d’un grave qui tombe. On peut objecter, il est vrai, que g n’a pas la même valeur sous tous les parallèles ; mais, on admettra avec M. de Freycinet que les peuples accepteront aussi bien le nombre relatif à un point déterminé qu’ils acceptent comme base géographique le méridien de Paris ou celui de Greemvich. L’auteur ne s’illusionne pas sur les difficultés pratiques de la substitution qu’il propose; mais il voudrait qu’on en signalât la possibilité au début de l’enseignement de la mécanique : le temps, dit-il, ferait son œuvre et dirait s’il faut persister dans le système métrique, ou s'il n’y a pas lieu d’introduire les modifications que la logique semble indiquer.
- Les plages soulevées de la Ligurie. — Un très savant géologue italien, dont plusieurs fois déjà nous avons eu l’occasion de citer les travaux, M. Issel, de Gênes, a relevé sur la côte ligurienne l’altitude d’un grand nombre de lambeaux quaternaires. La plupart sont à une vingtaine de mètres au-dessus de la mer. Il en est qui gisent jusqu a 140 mètres d’altitude, et cela, chose digne de remarque, précisément dans la région qui fut la plus secouée le 25 février dernier, c'est-à-dire entre Diano-Marina et Alassio. Ces dépôts soulevés consistent en sable renfermant des coquilles généralement marines auxquelles sont associées quelques formes terrestres. M. Issel ajoute qu’à l’époque présente, la région est le théâtre, non d’un soulèvement, mais d’un affaissement qui se serait exercé à raison de l,n,50 à 2 mètres depuis cinquante ans.
- Profitons de l’occasion pour signaler à vos lecteurs la très instructive carte géologique des environs de Gênes que M. Issel vient de publier pour le Club alpin italien, et sur laquelle nous reviendrons prochainement dans un article spécial.
- La faune des tombeaux. — Une bien originale collection est présentée par M. Brow n-Séquard au nom de M. Mégnin ; elle consiste dans la réunion de tous les insectes qui vivent dans les tombeaux, au voisinage des cadavres. Ils se succèdent les uns aux autres avec tant de précision, qu’on peut, par la présence de certains d’entre eux, reconnaître à coup sur le temps qui s’est écoulé depuis l’inhumation.
- La hauteur des nuages. — On sera surpris d’apprendre que malgré l’ardeur avec laquelle les météorologistes discutent sur le régime des hautes régions de l’atmosphère, on manque encore de données précises quant à l’altitude des nuages. Un savant suédois, M. Eckholm, professeur à l’Université d’Upsal, s’est livré, durant une expédition au Spitzberg, à une série de mesures. Deux opérateurs, situés aux deux extrémités d’une base de 500 mètres de long et reliés entre eux par un téléphone,
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- LA NATURE.
- choisissaient un point précis d’un nuage donné et en faisaient le sommet d’un triangle. En répétant la double visée, on avait de quoi calculer la vitesse de translation du nuage. D’après M. Mascart, il y aura dans des recherches de ce genre, le point de départ d’un ensemble de notions d’une importance considérable.
- L'arc tangent des halos. — Tout le monde a vu le soleil entouré à 22° environ de distance d’un arc irisé dit halo et qu’on regarde comme un pronostic assuré de pluie ou de neige. Dans des cas plus rares, on voit aux deux extrémités du diamètre vertical des courbes lumineuses tangentes au cercle, et que Bravais a étudiées mathématiquement. M. Cornu a constaté mardi dernier la présence dans le ciel de cet arc tangent non accompagné du cercle, et il attribue son existence à l’orientation horizontale et rigoureusement parallèle des aiguilles de glace flottant dans les très hautes régions. Sa conclusion est qu’une simple observation d’optique peut fournir des notions précises sur la constitution de l’atmosphère, et servir de hase à un pronostic météorologique certain.
- Varia. — M. Bi-gourdan adresse de nombreuses observations de nébuleuses nouvelles qu’il a découvertes à l’observatoire de Paris. — Par l’intermédiaire de M. Frémy, M. Cha-staing décrit l’ac tion de l’acide sulfurique sur la morphine. — L’état de la potasse dans les plantes et dans le sol occupe M. Berthelol. —
- Répétant d’anciennes expériences de H. Deville et de M. Caron, M. Faury constate les qualités industrielles de certains alliages de cuivre et de silicium. — D’après M. le docteur Dupuis, l’antipyrine est un remède certain contre le mal de mer.
- Stanislas Meunier.
- LES JOUETS SCIENTIFIQUES
- LE DEVIN MAGNÉTIQUE
- Le jeu de société représenté ci-dessus pour être d’origine déjà ancienne, n’en reste pas moins un jouet intéressant et ingénieux, habilement rajeuni par son constructeur moderne.
- Yoici d’abord la manière de Taire parler l’oracle; nous donnerons ensuite le secret de ses réponses précises.
- On écrit sur une douzaine de cartons préparés une série de questions se rapportant à l'histoire, à
- Le devin magnétique.
- la géographie, à la science, aux usages, aux coutumes, etc. Une personne de la société prend un de ces cartons au hasard et lit une des questions; puis le carton est placé sous les pieds du magicien, dans une rainure ménagée pour le recevoir : aussitôt l’oracle oscille autour de son axe, et, après quelques oscillations, se fixe dans une position bien déterminée, sa baguette magique dirigée sur l’un des numéros dont il est entouré.
- En se reportant alors au numéro correspondant d’une liste, on lit la réponse d’une précision et d’une exactitude admirables.
- Ou conçoit qu'en variant à volonté les cartons de demandes et de réponses, on puisse obtenir de l’oracle un nombre indéfini de réponses.
- Rien de plus simple que le procédé par lequel on obtient ce résultat.
- Le socle dans lequel s’engagent les cartons porte
- un pivot vertical sur lequel repose le corps de l'oracle dont la robe magique dissimule un aimant en U vertical, ayant ses deux pôles rapprochés du socle.
- Dans chacun des cartons se trouve encastré et dissimulé un autre aimant, un barreau droit, mais occupant une position différente pour chacun d e s d o u z e cartons de la collection. On conçoit qu’en vertu des lois bien connues des attractions des aimants entre eux, chaque fois qu'on placera un carton avec son aimant dans le socle, le devin tournera autour de cet axe et effectuera une série d’oscillations autour de son axe jusqu’à ce que les pôles de l’aimant en U caché sous sa robe soient en regard des pôles de noms contraires du barreau droit dissimulé sous le carton. Si le socle a été bien repéré dans une première expérience, la baguette divinatoire indiquera le numéro correspondant de la réponse.
- C’est donc là une application des propriétés des aimants incomparablement plus divertissante que l’étude de la méthode de Gauss, et nous la recommandons aux parents de nos jeunes, lecteurs qui, plus tard, partageront notre avis.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N* 756. — 26 NOVEMBRE 1887
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- LES PONTS EN ACIER
- PONT DU FÜST SCR I,E ROIIBION A MONTÉLIMAR
- Nous avons déjà publié des renseignements sur la construction du pont de Morannes, où l’acier a été employé l’une des premières fois en France1. Depuis, cet emploi tend à se généraliser et nous sommes heureux de pouvoir aujourd’hui donner quelques
- détails concernant le pont du Fust, nouvellement construit à Montélimar, et qui constitue actuellement la plus grande travée en acier existant en Franco.
- Les deux rives de la rivière le Iloubion, qui traverse la ville de Montélimar, étaient réunies autrefois par un pont en bois de cinq travées de 12 mètres de longueur environ.
- Le mauvais état de ce pont, les accidents que faisait craindre, sous l’action des crues fréquentes et violen-
- Fig. 1. — Pont en acier sur le Uouhioii, près de Montélimar. (D’après uite photograpliie.)
- tes du Roubion, la fragilité des palées sur lesquelles il reposait, enfin son insuffisance pour la circulation importante qu’il était appelé à desservir, décidèrent le Conseil général du département à le mettre en
- reconstruction. Les études furent entreprises tout d’abord par M. Pérouse, ingénieur en chef des ponts et chaussées, puis furent continuées par M. Berthet, ingénieur en chef, qui lui succéda à Valence au
- COUPE TRANSVERSALE
- ELEVATION
- commencement de l’année 1880. Ce fut la maison Eiffel, de Levallois-Perret, qui fut chargée par eux de l’exécution du projet.
- Afin de la^er tout le débouché possible aux eaux de la rivière, on décida de faire le nouveau pont en une seule travée dont la longueur d’axe en axe des appuis est de 62m,24; la longueur de la partie métallique du pont est de 6om,24, sa longueur totale
- 1 Voy. n° 704, du 27 novembre 1886. 401.
- 15“ année. — 2e semestre.
- y compris les culées, de 71'“,44. On adopta comme type un bow-string, c’est-à-dire une poutre dont la membrure supérieure affecte la forme d’une parabole et dont la membrure inférieure est une ligne droite reposant sur les culées. Ces deux membrures sont reliées entre elles par des montants verticaux et par des barres de treillis en croix de Saint-André, formant des panneaux de 5m,89 de longueur.
- A la base des montants, sont attachées intérieurement des pièces de pont destinées à supporter la
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- chaussée, et extérieurement, des consoles sur lesquelles reposent les trottoirs.
- Dans le milieu du pont, les poutres ont une hauteur totale de 0 mètres et sont maintenues par un entretoisement décoratif.
- Toutes les parties de la construction sont en acier doux provenant des usines de Demain. Le poids total de l’ouvrage est de 210 000 kilogrammes. Le montage commencé dans les premiers jours d’avril, a été terminé à la fin du même mois; il s’est fait sans échafaudages, en utilisant comme pont de service l’ancien pont qui a été détruit aussitôt après.
- Le pont a été livré à la circulation le 10 juin 18X7.
- Pendant la durée des travaux, qui ont du être commencés en septembre 1886, à cause de la réfection des culées de l’ancien pont, les communications se sont trouvées assurées, pour les voitures comme pour les piétons, par l’établissement d’une passerelle provisoire, située à peu de distance en amont du nouveau pont. Cette passerelle se composait de trois travées de 21 mètres, formées par trois ponts portatifs démontables en acier, reposant sur des palées en bois simples, constituées au moyen de six [lieux battus et d’une charpente supérieure très rustiquement établie.
- La passerelle montée sur la rive a été mise en place par voie de lançage, les trois travées ayant été préalablement rendues solidaires au moyen d’éclisses , boulonnées. Toute cette opération a été effectuée en une seule journée. La passerelle a fonctionné pendant environ dix mois. Elle a été démontée aussitôt après que le nouveau pont a été ouvert à la circulation et ses différentes pièces ont été conservées en magasin par le département, afin de les avoir sous la main et de les utiliser le jour oii il deviendrait urgent de rétablir immédiatement les communications, soit dans le cas d’une rupture d’un pont, des remblais d'une digue, d’une route ou d’un chemin de lialage, soit dans toute autre circonstance où les avantages des ponts de ce système peuvent rendre les plus grands services.
- L’ASCENSION DU BALLON L’ « ARAGO »
- MM. Lhoste et Mangot, voulant essayer un système de ballons satellites attachés à la nacelle d’un aérostat, ont tenté une première expérience le 6 novembre 1887. Ils sont partis de Paris à 8 heures du soir, par un vent ouest. La pluie ayant tombé toute la nuit, ils ont été obligés de prendre terre à Bar le-Duc à la pointe du jour. Ils voulaient repartir, mais la violence du vent qui s’est élevé, les a obligés à dégonfler. Le dimanche suivant 15 novembre, ils sont partis de nouveau de Paris, de l’usine de la fillette, à 8 heures du matin. Ils avaient pris dans la nacelle de YArago, un passager, M. Àrchdeacon, âgé de dix-sept ans. Le vent était assez violent et soufflait du sud-est, dans la direction de la côte anglaise. Les voyageurs n’ont embarqué qu’une faible provision de vivres. Le voyage fut charmant jusqu’à Quillebœuf, où M. Archdeacon fut descendu, conformément au programme. MM. Lhoste et Mangot avaient le dessein de franchir le détroit. Gomme
- le vent soufflait toujours dans la même direction et prenait même de la force, ils refusèrent de partager un déjeuner que leur offrit leur ami, et s’élancèrent dans les airs, après avoir remplacé son poids par des sacs de terre. Il était 11 h. 15 minutes quand YArago bondit de nouveau dans l’espace. On l’a vu passer, filant rapidement vers le nord-ouest au-dessus de Tancarville et au-dessus de Bartleur. Le vent s’étant mis au nord, sur l'Lurope et l’Atlantique oriental dans la journée du 15, il est à présumer que les voyageurs aériens ont été refoulés en plein Océan. On n’a pas encore de leurs nouvelles à l’heure où nous écrivons, et tout semble, hélas! faire présager que les infortunés aéronautes ont été perdus en mer, à moins qu’ils n’aient été recueillis par un navire allant en Amérique !
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES1
- LE JEU MILITAIRE
- Le Jeu militaire obtient une grande vogue en ce moment dans les cercles militaires et au café de la Régence; nous avons assisté dernièrement à l’exécution d’une partie gagnée contre l’un de nos plus célèbres joueurs d’échecs, M. J.-A. de Rivière, par un célèbre joueur de dames, M. Barteling qui luttait les yeux fermés. Nous pensons que M. Barteling est le premier qui ait pu accomplir cet autre tour de force vraiment merveilleux, et vainement tenté par Philidor, de jouer et de gagner aux dames contre un adversaire quelconque, sans voir le damier ; mais le jeu en question est beaucoup plus simple, car l’un des partenaires n’a que trois pions tandis que l’autre n’en possède qu'un seul; d’autre part, le casier de ce nouveau jeu renferme seulement onze cases, au lieu de cinquante. Nous allons donner le moyen de toujours gagner avec les trois pions, en observant les règles du jeu, contre un adversaire quelconque, et sans voir le casier.
- Par conséquent le jeu militaire rentre dans la catégorie des jeux où le hasard ne remplit aucun rôle; il se rapproche du jeu des marelles que nous avons tous joué dans notre enfance avec trois cailloux blancs et trois cailloux noirs, il est encore analogue a U jeu des chiens et du loup que l’on exécute avec cinq pions contre un seul sur le damier ordinaire et dans lequel les cinq chiens peuvent toujours acculer le loup et l’emprisonner sur une case du damier2.
- Nous reproduirons d’abord les documents qui nous ont été communiqués sur ce jeu intéressant; nous en donnerons ensuite la théorie complète.
- Le Bulletin de la Réunion des officiers (N° 54, du 21 août 1886, p. 795), contient l’alinéa suivant : « M. Louis Dyen, sous-lieutenant en retraite, chevalier de la Légion d’honneur, 3 a utilisé ses loisirs à la confection d’un jeu militaire qu’il a offert à la
- 1 Voy. le n° 744 de La Nature, — A la page 220, il faut échanger les figures 15 et 17 ainsi que les figures 16 et 18.
- 2 Voy. Récréations mathématiques, t. II, 3e Récréation.
- 5 D’après Martin Gall, le chroniqueur des jeux de combinaisons au journal le Gil-Blas, l’inventeur du jeu militaire serait M. Constant Roy, à Saint-Mandé (Seine).
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- bibliothèque, et qui, par ses combinaisons variées, donne une idée des manœuvres stratégiques employées par trois brigades de cavalerie pour couper de ses communications un corps d'armée qu'elles harcèlent. Sous une apparence des [dus simples, le jeu militaire présente une variété de combinaisons très compliquées. La partie matérielle du jeu se compose d’une planchette semblable à un échiquier, sur laquelle se trouvent onze cases liées à leurs voisines par autant de lignes droites qui marquent autant d’étapes à franchir par chacune (les trois brigades de cavalerie pour couper le corps d’armée de ses communications, et par le corps d’armée pour éviter d’ètre bloqué. Le corps d’armée est victorieux lorsque, après un nombre d’étapes marqué d’avance, il n’a pu être immobilisé ; il est vaincu dans le cas contraire. Moins difficile que le jeu d’échecs, le jeu militaire est des plus instructifs, et mérite d’ètre reeom-mandé comme une distraction des plus utiles aux officiers et aux sous-officiers. ))
- Voici maintenant le prospectus qui accompagne la tablette du jeu militaire :
- « Ce nouveau jeu, basé sur la stratégie militaire et paraissant à première vue d’une grande simplicité, pré-sentc au contraire des coups difficiles et demande une attention soutenue.
- « Les joueurs se trouvent bientôt en présence de combinaisons incalculables de défense et de passage dépendant toujours de l'attaque et de la riposte, ce qui permet de le comparer au jeu d’échecs.
- « Des primes de cent francs sont offertes par l’inventeur aux personnes qui gagneront autant de parties que lui-même, et des primes de mille francs à celles qui en gagneraient plus de la moitié.
- « Une partie se compose d’un nombre de coups égaux joués à tour de rôle par chacun des deux partenaires.
- « Règle du Jeu.— Lcjeu se compose de douze triangles isoscèles formant onze stations ou places et de vingt-deux lignes qui sont autant de routes reliant ces places.
- « 11 se joue à deux comme aux échecs : l’un prend le jeton qui représente le corps d’armée, l’autre joue avec les trois tours.
- « Le corps d’armée placé primitivement sur la sta-
- tion 2 part le premier se dirigeant sur la station 5; de là, il prend la route qui lui semble la plus favorable. A chaque bifurcation des routes, c’est-à-dire à chaque station, il doit s’arrêter et attendre la réponse de l’adversaire. 11 peut marcher à droite et à gauche, en avant et en arrière, c’est-à-dire dans tous les sens, lorsque les routes sont libres.
- « Les trois tours sont placées sur les cases a, 1 et o ; elles suivent le corps d’armée, et sont jouées à tour de rôle au choix de l’autre partenaire; celles qui n’ont pas été déplacées peuvent faire un mouvement en arrière; toutefois ce mouvement ne peut s’opérer qu’une seule fois; ensuite elles doivent marcher en avant ou de côté.
- « Le corps d’armée gagne la partie si les tours n’arrivent pas à le cerner dans une des places du jeu ; par contre il la perd, si les tours parviennent à le
- bloquer dans une place quelconque. ))
- Sans nous arrêter aux considérations de stratégie dont il est parlé dans ce prospectus,etqui ne, nous paraissent avoir aucun rapport avec le Jeu militaire, nous devons reconnaître que ce jeu est assez intéressant et assez difficile, bien qu’il nous ait paru trop simple dès l’abord. Nous en donnerons la solution complète que nous venons d’élaborer à Orléans, avec notre ami M. Delannoy. Nous montrerons d’abord que le nombre des combinaisons de ce jeu, loin d’être incalculable, est très facile à déterminer; puis nous ferons voir que les tours habilement dirigées finissent toujours par bloquer le corps, d’armée.
- Nombre des positions diverses. — Le nombre des dispositions des trois tours sur onze cases est égal au nombre des combinaisons pour onze objets pris trois à trois, ou 1(55; d’ailleurs le roi noir peut se trouver en l’une des huit cases inoccupées par les tours; il suffit donc de multiplier par 8 le nombre précédent. Ainsi le nombre des diverses positions du jeu est 1520;’nous voici bien loin des combinaisons incalculables annoncées par le prospectus.
- Nous ferons observer, d’autre part, que le nombre que nous venons d’indiquer est une limite supérieure du nombre des positions distinctes. En effet, beaucoup d’entre elles sont symétriques deux à doux et se ramènent l’une à l’autre en repliant
- Fig.3 Partie A
- Notation des cases.
- Position initiale
- Partie B
- Fig.8 Partie P
- Partie C
- Partie D
- Partie E
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- m
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- la figure autour de l’axe longitudinal ao (fig. 1).
- Parties élémentaires. — Nous commencerons par étudier quelques coups ou fins de parties que nous désignerons respectivement par les lettres A,B,C,I),E, F; puis nous donnerons le tableau général de l'attaque et de la riposte. Dans ce qui suit, nous supposerons que l’on tient compte des positions symétriques par rapport a l’axe ao du jeu, afin de simplifier l’étude de tous les cas possibles.
- Partie A (fig.
- 5). — Les blancs jouent et gagnent en un coup. — 11 suffit de jouer 5 en 8. La position de cette partie sera désignée par 579—0, le groupe de trois cbififres représentant les positions des blancs, et le chiffre isolé, la position du noir.
- Partie R (fig.
- 4). — Les blancs jouent et gagnent en un coup. —
- Il suffit de jouer 8 .en 7.
- Partie C (fig. 5). — Les blancs jouent et gagnent en deux coups. — Le petit rond sur une case indique l’une des positions du troisième pion blanc, les deux autres étant représentés par des cases grises. — On joue le troisième pion au centre 5, le noir vient en 0 et l’on est ramené à la partie A.
- Partie D (fig. fi). —
- Les blancs jouent et gagnent en deux coups.
- — Il suffit de jouer fi en 9.
- Partie E (fig. 7). —
- Les blancs jouent et gagnent en trois coups, quelle que soit la position du troisième pion blanc sur l’une des cinq cases couvertes d’un petit rond.
- — On joue 5 en 9; le noir vient en 8; puis on amène le troisième pion en 5 et le noir revient en 0.
- Partie F (fig. 8). — Les blancs jouent et gagnent en trois ou quatre coups. — Les blancs jouent 1 en 4 et le noir vient en 8 ou en 0; s’il vient en 8, on joue 4 en 7, et le noir vient en 0; on joue ensuite 5 en 8 et le noir est bloqué. Mais si le noir vient en 0, on joue 5 en 7, le noir vient en 8 ; les blancs jouent
- 1 en 5, le noir vient en fi; les blancs jouent 5 en 8 et le noir est bloqué. Nous invitons le lecteur à étudier ci-dessous la notation de cette partie, avant d’étudier le tableau général.
- 159 7 459 I 8 579 fi 789 » »
- I fi 279 8 579 fi 789
- Cet te notation représente les positions successives des
- pions blancs et du pion noir. Le tableau ci-dessous (fig. 10) représente tous les cas qui peuvent se présenter dans la partie du Jeu ; en laissant l’initiative aux pions blancs, le noir peut occuper diverses cases ; ce tableau montre que les blancs gagnent toujours en une douzaine de coups, au maximum. Dans ce tableau nous n’a-vons pas tenu compte des positions symétriques par rapport à l’axe longitudinal ao. Les lettres du tableau indiquent les fins de parties que nous venons d’étudier et le signe ^ indique que le tableau renferme, dans l’une des lignes supérieures, une position ’ xue a celle à laquelle on vient de parvenir.
- Remarque 1. — Les blancs doivent éviter d’occuper la position diagonale 159 (ou 257), si le noir peut venir en 8 ou en 4 (ou 6), attendu que le noir pourrait rendre la partie nulle. Remarqué II. — Il n’est pas nécessaire de faire reculer les blancs facultativement une fois, ainsi qu’il est dit dans la règle ; il est préférable de supprimer cette complication inutile, puisque les blancs gagnent quand même.
- En quelques heures, on se rend maître de ce jeu, et l’on peut gagner autant de fois qu’on voudra la prime de cent francs offerte par le prospectus. Mais il s’agit de trouver l’adresse du banquier; c’est un problème plus difficile que le précédent. Edouard Lucas.
- 4 135 7 545
- 0 349
- 7 459
- 4 159
- 159 ] 7
- 7 125
- 8 135 i 7 545 ^
- 0 138 7 158 ] 4 B
- 0 258 7 259 *
- 0 129 | 7 259 *
- S 135 *
- Fig. 10. — Tableau général des parties du Jeu militaire.
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- LES NEÂUX k DEUX TÈTES - DEUX MONSTRES DOUBLES AUTOSITÀIRES
- Grâce à de nombreuses mistes ont démontré ce lait capital que les organisations anomales et monstrueuses sont aussi régulières que les organisations normales, bien qu’elles soient construites sur des plans différents. Cette régularité a permis à Etienne et Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire d’établir une classification naturelle des anomalies et des monstruosités, et de fonder
- recherches, les analo- |
- l'-
- une science dont l’origine est éminemment française:
- la tératologie.
- Tous les mons-tres connus, dont la plupart se sont produits chez des animaux domestiques, se rattachent à un certain nombre de types parfaitement définis ou définissables ; aussi , chaque monstre que la nature offre à nos études trouve-t-il im méd iatement saj)lace dans l’un des nombreux genres de la classification tératologique. Dans le
- Veau à deux têtes, né à Ilunangues, commune d’Ainherl (Puy-de-Dôme.) (D’après la photographie de l’individu empaillé.)
- Fig. 2. — Vache adulte à deux têtes, exhibée aux États-Unis.
- cas où le monstre à examiner présente des particularités nouvelles, nécessitant pour lui la création d’un genre spécial, ce dernier viendra s’intercaler na-
- turellement entre deux types tléjà connus et décrits.
- Si nos connaissances actuelles sur l’organisation des anomalies et des monstres unitaires et doubles
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- sont relativement étendues, par contre, il règne encore, sur les causes de leur iormation, une assez grande obscurité; mais, comme la science contemporaine tend à prouver, de plus en plus, que les phénomènes de la vie sont dus uniquement à des forces physico-chimiques, il y a tout lieu d’espérer que l’étude de ces forces nous dévoilera les causes de la formation des anomalies et des monstruosités. D’ailleurs, le docteur Camille Dareste a pu produire artificiellement un certain nombre de monstres unitaires, créant ainsi la tératogénie expérimentale ; et, si la production artificielle des monstres doubles est encore impossible aujourd’hui, nous sommes néanmoins dans la voie qui peut conduire à sa réalisation. Pour faciliter ces recherches, il importe de faire connaître, à mesure qu'ils se présentent, les cas tératologiques offrant un certain intérêt : c’est le but de ce modeste article.
- La figure 1 représente un veau monstrueux appartenant à l’ordre des monstres doubles autositaires, à la famille des Sysomiens et au genre Psodyme. Ce veau naquit le 11 avril 1887, a Runangues, commune d’Ambert (Puy-de-Dôme), et mourut en venant au monde, le vêlage ayant eu lieu par présentation postérieure et sans de trop grandes difficultés. Les deux sujets composants étaient normaux dans toute la partie antérieure du monstre, tant à l’extérieur qu’à l'intérieur, ainsi que l'autopsie l’a démontré: toutefois les deux poumons du côté gauche étaient plus développés que les deux du côté droit. La fusion apparente avait lieu a partir de l’ombilic commun. Le cordon ombilical était unique. Il n'y avait qu'une seule cavité abdominale contenant, de chaque côté, un estomac et des intestins, normaux jusqu'au petit côlon transverse, où existait une dilatation anomale ressemblant, à première vue, à une énorme vésicule biliaire. A partir de ce point, on n’observait qu’un seul intestin, aboutissant a un anus unique. 11 y avait deux foies, normaux, mais dont les vésicules biliaires étaient presque atrophiées; deux rates, dont 1a droite était un peu plus développée ; seulement deux reins, placés du côté externe de chaque colonne vertébrale ; le rein gauche normal et celui de droite en partie atrophié; une seule vessie et un seul canal uréthral. Les deux colonnes vertébrales, bien distinctes jusqu’à leur extrémité, se terminaient chacune par une queue. Au niveau des quatre dernières vertèbres lombaires, il y avait accolement des deux sacrums qui semblaient n’en former qu’un, mais qui, après un examen attentif, paraissaient n’ètre réunis que par une forte bride cartilagineuse; les apophyses transverses de ces quatre vertèbres faisaient complètement défaut.
- Chacun des deux sujets composants de ce monstre Psodyme présentait des marques blanches semblables au front et aux quatre membres antérieurs 1.
- 1 Ces divers renseignements sont extraits d’un intéressant rapport de M. Bcrtliéol, médecin-vétérinaire à Ambert, qui a fait l’autopsie de ce veau monstrueux. Nous devons à l'obligeance de II. Mory-Pourrat, gérant du Cercle littéraire d’Am
- La Psodymie est un genre de monstruosité assez rare qui a été observée plusieurs, fois chez l’homme, chez le veau et chez des squales. Presque toujours, les sujets présentant ce type tératologique meurent en venant au monde ou très peu de temps après leur naissance. Toutefois, on connaît un Psodyme humain, du sexe femelle, né en Lorraine en 1722, qui, un mois après sa naissance, jouissait encore d’une très bonne santé, et ne mourut que dans le cours du troisième mois. Les deux sujets composants dormaient, remuaient et tétaient tantôt ensemble et tantôt séparément.
- La Psodymie présente un grand intérêt, non seulement au point de vue physiologique et tératologique, mais aussi au point de vue de la psychologie; malheureusement, l’étude si curieuse des manifestations psychiques ne peut se faire, chez ces monstres, que dans des cas très rares, vu leur très faible viabilité.
- La vache adulte, représentée par la figure 2, est un monstre double autositaire, appartenant à la famille des Monosomiens et au genre Iniodyme. Cette vache à deux tètes fait partie d’un cirque qui l’a exhibée en Amérique. Seule, comme le montre la figure, la partie céphalique est monstrueuse, et se compose de deux tètes soudées dans les régions occipitales et pariéto-temporales, ce qui a entraîné forcément la disparition des deux oreilles du côté interne. La tête du côté gauche est la seule qui fonctionne; toutefois, [tendant son fonctionnement, la boucla' de la tète de droite émet de la salive. Ses yeux, au nombre de quatre, étaient tous normaux, avant un accident qui a causé la perte de l’un d’eux. Au centre du front de la tète de droite existe une dépression ac usée qui correspond probablement à une dépression analogue du cerveau. Peut-être l’autopsie de ce monstre fera-t-elle découvrir, dans d'autres parties du corps, des traces de la duplicité, qui, à l’extérieur, ne s’est manifestée que dans la partie céphalique 1.
- L’Iniodymic est assez rare; on l’a cependant constatée chez l’homme, le chat, le cerf, le mouton, le bœuf, le poulet, chez un serpent et chez des tortues. Le plus souvent, les Iniodymes meurent au moment de ou peu après leur naissance, mais il y a des cas, comme l’exemple précédent, où les individus affectés de ce genre de monstruosité atteignent leur entier développement et peuvent vivre aussi longtemps que les individus normaux2.
- IIe.xri Gadeaü ce Kervii.le.
- bert, et possesseur de ce monstre, ta communication de ce rapport, et de quatre photographies représentant ce veau sous ses principaux aspects.
- 1 Les renseignements et la figure concernant cette vache monstrueuse sont empruntés en partie au Scienliftc American (n° du 28 mai 1887).
- - Ceux de nos lecteurs que la question des monstruosités intéresse, pourront se reporter à un article remarquable publié à ce sujet dans La Nature par le I)1' J. Bertillon. — Yov. Deuxième année, 1874, premier semestre.
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- LA TÉLÉPHONIE INTERNATIONALE
- I.E TÉLÉPHONE DE PARIS A RRUXELLES
- Il y a aujourd’hui neul mois que l’ouverture publique du service téléphonique de Paris à Bruxelles a eu lieu : les résultats obtenus ont dépassé les espérances, et l’encombrement de cette ligne est devenu tel à certaines heures de la journée, qu’il a fallu songer à doubler le service en établissant une seconde | ligne dont la construction, est, ou va être, terminée.
- Nous croyons donc intéressant de résumer les conditions d’installation technique qui ont permis de
- Bourse
- Abonné
- Bureau de l'Avenue de l’Opéra
- Fig. 1. — Disposition des circuits téléphoniques permettant d’indiquer la fin de conversation à la Bourse (A) et au Bureau de l’avenue de l’Opéra (B).
- réaliser effectivement ces communications, et d’utiliser la ligne aux communications télégraphiques et téléphoniques simultanées.
- Disons tout d’abord que la netteté des transmissions téléphoniques entre Paris cl Bruxelles n’emprunte absolument rien aux vertus particulières des transmetteurs et des récepteurs téléphoniques em-
- Terre I
- Fig.2. — Disposition permettant, les communications télégraphiques et téléphoniques simultanées.
- ployés. Tous les microphones et téléphones expérimentés ont donné sensiblement les mêmes résultats satisfaisants.
- La facilité relative des transmissions tient simplement a la nature de la ligne, à double fil, en bronze phosphoreux ou silicieux, de très grande conductibilité et aérienne sur la plus grande partie de sa longueur qui est de 520 kilomètres, soit 640 kilomètres de lil total. Cette ligne comporte trois tronçons distincts l’un en bronze phosphoreux, le deuxième en bronze silicieux, le troisième en cables enfermés, système Fortin-Hermann, de la Chapelle à la Bourse de Paris.
- La résistance totale de la ligne ne dépasse pas 1600 ohms, ce qui, joint à l’emploi du double fil, contribue à assurer une excellente transmission téléphonique.
- La ligne est anti-induclée par un croisement des deux fils à chaque poteau : ils se substituent l’un à l’autre dans le prolongement de chaque ligne et égalisent ainsi les effets d’induction des nombreux fils télégraphiques parallèles voisins par une succession de boucles dans lesquelles ces oflots d’induction étant égaux et de signes contraires, s’annulent à peu près complètement.
- Les appareils employés à Paris sont des microphones d’Arsonval avec récepteur d’Arsonval ou Aubry. À Bruxelles, on fait usage des microphones Berliner ou Bejongh avec récepteurs Bell. Les piles qui desservent le circuit microphonique — les deux postes fonctionnent avec des bobines d’induction — sont, a Paris, les éléments de Lalande et Chaperon ; à Bruxelles, des piles Leclanehé, modèle à sac de M. Warnon.
- Les combinaisons des circuits assez complexes exigés aux deux bureaux où aboutissent les lignes, Bourse de
- Fig. 5. — Appareil phonique avec annonciateur différentiel.
- Paris et Bourse de Bruxelles, sont toutes faites à partir d'un tableau général.
- La ligure 4 montre les dispositions d’ensemble de ce tableau pour le poste de la Bourse de Paris : toutes les communications des circuits entre eux s’établissent à l’aide de crochets Sieur, dont la manœuvre est très rapide et qui donnent des contacts très sûrs.
- Nous examinerons, dans les diagrammes ci-contre, quelques-unes des combinaisons parmi les plus intéressantes. Disons d’abord que les deux fils de In ligne Paris-Bruxelles se trouve coupée, à Paris comme a Bruxelles, par deux condensateurs, condensateurs dont la présence est rendue nécessaire par l’utilisation de la ligne aux communications télégraphiques et téléphoniques simultanées.
- Lorsqu’il faut établir des communications avec les abonnés urbains, c’est, jusqu’à nouvel ordre, le bureau de l’avenue de l’Opéra qui est chargé de ce service, et à cet effet, il est relié à la Bourse par un câble téléphonique spécial.
- Les communications avec l’abonné sont alors établies d’après le diagramme 1. avec une disposition analogue à Bruxelles. La première difficulté que l’on rencontre consiste à donnera l’abonné le moyen d’indiquer la fin de conversation, sans cependant changer les habitudes acquises en modifiant le poste. Ce résultat est obtenu en disposant à la Bourse en A, un électro-aimant servant d’annonciateur et monté en | dérivation sur les deux fils venant de l’Opéra, avant
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- LA NATURE.
- les condensateurs C t et C 2 Les courants téléphoniques ne traversent pas la bobine A, à cause de son grand coefficient de self-induction, mais l’annonciateur tombe lorsque l’abonné envoie son courant de pile, à la manière ordinaire, à la fin de la conversation. Le bureau de l’avenue de l‘Opéra est lui-même prévenu de la fin de la conversation par un relais du à M.Ader et constitué par une bobine légère B, fermant un circuit local qui actionne une sonnerie. Ce relais B ayant peu de résistance et peu de self-induction, ne gène en rien la transmission téléphonique.
- Le poste de la Bourse et celui de l’avenue de l’Opéra se trouvant ainsi avisés simultanément de la fin de conversation n’ont point à échanger d'avis de service qui occasionneraient des pertes de temps.
- Télégraphie et téléphonie simultanée. — Les idées se sont modifiées pendant ces dernières années. On voulait, au début de l’invention deM. Yan Rysselberghe, utiliser tout le réseau télégraphique à la transmission téléphonique . Malheu-reusement, les résultats obtenus en Belgique n’ont pas été toujours satisfaisants, car les lignes télégraphiques en fer conviennent mal aux communications téléphoniques, dès que la distance devient un peu grande.
- 11 sembla plus logique, et c’est ce qui a été fait entre Paris et Bruxelles, d’établir une excellente ligne téléphonique, et d’utiliser celte ligne téléphonique aux transmissions télégraphiques simultanées. Sous cette forme nouvelle, le système de M. van Rysselberghe est susceptible de nombreuses et utiles applications, dont la ligne Paris-Bruxelles nous offre un exemple.
- En dehors de son rôle comme circuit téléphonique entièrement métallique, chacun des fils sert à une communication télégraphique distincte simultanée avec retour par la terre.
- La figure 2 montre les communications des appareils qui permettent ces communications sur le circuit L j. A est l’électro-aimant graduateur, C un condensateur, A' une bobine graduatrice, T la terre. Les dispositions relatives au circuit IM qui dessert une
- seconde communication télégraphique sont absolument identiques.
- Appels téléphoniques entre Paris et Bruxelles. — L’appel entre Paris et Bruxelles ne peut pas se faire à l’aide de courants directs. M. Sieur avait suggéré au début à M. Van Rysselberghe un mode d’appel spécial connu sous le nom d'appel phonique. Cet appel phonique est constitué par la membrane d’un téléphone dont la bobine est reliée à la ligne, après les condensateurs. Sur cette membrane appuie un pendule très mobile qui, pendant le repos, ferme une pile locale en court-circuit. Sur cette pile locale est branchée une sonnerie locale que ne traverse aucun courant. Si l’on envoie des courants dans la ligne, la membrane du téléphone
- vibre, rompt le circuit local et met la sonnerie en action.
- Cette pile locale, qui est presque toujours fermée en court-circuit, est l’objet d’une usure que M. de la Touanne, ingénieur des télégraphes chargé du service, est parvenu à réduire en modifiant le montage.
- 11 emploie à cet effet un annonciateur différentiel ; l’un des circuits de cet annonciateur est fermé directement sur la pile, l’autre indirectement à travers le pendule et la membrane. Au repos, les actions s’annulent, tandis que si la membrane de l’appel phonique oscille, l’action du circuit direct prédomine. Dans ces conditions, la pile du relais, au lieu d’être fermée en court-circuit, travaille sur deux résistances en dérivation ne produisant qu’un faible débit.
- Telles sont, dans leur ensemble, les dispositions adoptées, à Paris, pour établir les communications entre les abonnés et la ligne Paris-Bruxelles.
- Les dispositions employées a Bruxelles sont, sinon identiques, du moins équivalentes. Aux jours de Bourse un peu agités, on a donné jusqu’à quatre-vingts communications en trois heures, et trente à trente-deux communications soi-disant de cinq minutes pendant l’heure des communications les plus actives.
- Fig. 4. — laldeau des commutateurs téléphoniques de Bruxelles à la Bourse de Paris.
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- EXPÉRIENCE
- DU PENDULE DE LÉON FOUCAULT
- AU PANTHÉON DE PARIS EN 1851
- La grande expérience du pendule de Léon Foucault a été récemment reprise à la Tour Saint-Jac-
- ques à Paris : il nous a paru curieux de publier des documents rétrospectifs sur un fait scientifique qui a jadis vivement attiré l’attention du public et des astronomes.
- Les premiers essais de Léon Foucault ont eu lieu dans la cave de la maison qu’habitait cet illustre physicien ; cette installation primitive avait été exé-
- L’expérience du pendule de Léon Foucault au Panthéon de Paris, eu 1851.
- cutée par Froment. Voici dans quels termes Léon Foucault la décrit : « Au sommet d’une cave on a solidement scellé une forte pièce en fonte qui doit donner un point d’appui au fil de suspension, lequel se dégage d’une petite masse d’acier trempé dont la surface libre est parfaitement horizontale. Le fil est
- fortement écroui par l’action même de la libère; son diamètre varie entre 0 et 11 dixièmes de millimètre ; il se développe dans une longueur de 2 mètres, et porte à son extrémité inférieure une sphère de laiton rodée et polie. Elle a été, de plus, martelée de façon à ce que son centre de gravité coin-
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- LA NATURE. '
- eide avec son centre de ligure. Cette sphère pèse 5 kilogrammes et elle porte un prolongement aigu qui, à l'état de repos, semble faire suite au fil sus-penseur » L Les expériences comprenaient un angle de 15° à 20n. Le départ se faisait à l’aide d’une anse constituée avec un fil organique que l’on brûlait lorsque l’on s’était assuré que la gravité ne donnait point d’impulsion latérale. Au bout d'une demi-heure d’oscillations, le phénomène sautait aux yeux, mais on pouvait le suivre de minute en minulc à
- Fig. 2. — Suspension du pendule Foucault.
- l’aide d’une sorte de style monté sur un support que l’on plaçait à terre de manière que l’appendice du pendule vînt raser son extrémité lorsqu’il était arrivé aux limites de son excursion.
- Après les expériences privées vinrent les expériences de vérification. Elles eurent lieu dans la salle méridienne de l’Observatoire. Les résultats furent consignés dans une note lue par Arago dans la séance du 5 février 1851, et répétés quelques jours après devant un public d’élite. M. Terrien, un des deux rédacteurs scientifiques du National, nous apprend que le billet d’invitation était rédigé sous la forme suivante :
- Vous êtes invité à voir tourner la Terre, dans la salle méridienne de l'Observatoire de Paris, demain, de 2 heures à 5 heures.
- Les expériences avaient lieu avec un pendule de 11 mètres. M. Terrien était si satisfait qu’il gourmande Galilée de ne point avoir découvert la rotation du plan du pendule. Il attribue tous ses malheurs à ce qu’il n’a pas eu assez d’intelligence pour pousser la démonstration jusqu’à ce point. M. Léon Foucault n’est pas de cet avis, car il déclare que cette propriété du pendule n’cùt été qu’un embarras de plus entre les mains de Galilée. Si elle est démonstrative en 1851, c’est à cause du progrès des temps. Cf’est parce que l’on croit à la rotation de la Terre, et qu’il ne s’agit plus que de vérifier cette opinion ; mais la comparaison qu’il fait dans son feuilleton des Débats, du 51 mai, est saisissante de grandeur. « De même qu’en pleine mer le pilote a les yeux fixés sur le compas pour évaluer les changements de direction du navire, ainsi l’habitant de la Terre se crée, au moyen du pendule,
- 1 Le» mots en italique ne figurent pas dans le texte.
- une sorte de boussole dans l’espace absolu. Le mouvement apparent de cet instrument lui révèle le mouvement réel du globe qu’il habite. »
- Après avoir décrit les nombreuses expériences qu’il a exécutées, Léon Foucault s’écrie : « Partout où l’on pourra disposer librement, sans restriction, d’une hauteur de 10 à 12 mètres, on sera à même d’étudier à fond et sérieusement l’influence de la rotation de la Terre sur la marche du pendule. Mais sous les voûtes élexTées de certains édifices le phénomène devait prendre une splendeur magnifique. Nous
- Fig. 5.— Action exercée sur le sable par le pendille Foucault. (La flèche indique le sens de la dégradation du talus.)
- avons trouvé dans le Panthéon un espace merveilleusement approprié à l’installation d’un pendule gigantesque; nous avons trouvé pareillement dans l’administration les dispositions les plus favorables. Sur une simple description du projet d’expériences, le Président de la
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- République résolut que la chose serait faite. Avec la rapidité de l’éclair, sa haute protection réagissant jusqu’au dernier degré de l’échelle administrative, on vit, en moins de quinze jours, se dresser les appareils nécessaires. »
- Voici comment M. Terrien décrit l'expérience dans le feuilleton du National du 2fi mars : « En arrivant sous la coupole du Panthéon vous voyez pendre un fil d’acier rond et homogène, long de 68 mètres et fixé par un bout à la voûte; on suspend à l’autre extrémité une boule de cuivre de 50 kilogrammes. Dans sa position d’équilibre la boule occupe le centre d'une galerie circulaire divisée en degrés, et qui s’élève au-dessus du pavé à la hauteur d’appui. On écarte la boule en l’embrassant dans une anse d’un fil de chanvre, dont les bouts réunis sont attachés à une échelle placée en dehors de la galerie, on brûle le fil à la flamme d’une allumette, et la boule commence une série d’oscillations dont le plan tournant toujours, fait, après une heure, avec sa direction initiale, un angle de plusieurs degrés. Une heure! dites-vous. Ne craignez rien : ce sera l’affaire de cinq minutes, de seize secondes, si vous êtes bien pressé. Je dis seize secondes et voici pourquoi? En raison de sa longueur, le pendule met seize secondes à revenir au point d’où il est parti. Dans le temps la Terre a tourné, et le pendule répond à une autre division du cercle au-dessous duquel il oscille. » Ce cercle avait 18 mètres de circonférence, et à chaque oscillation double lé pendule s’était déplacé de 2 à 5 millimètres. Pour manifester ce déplacement par une trace visible on avait construit sur le bord du cercle un petit mur en sable dans lequel le pendule pratiquait une brèche qui s’agrandissait progressivement (fig. 5).
- Les amplitudes allaient en diminuant rapidement ; cependant au bout de cinq à six heures elles étaient encore assez visibles pour que l’on pût constater le déplacement total, qui était de 60° à 70°. Afin de faire ces dernières constatations, on avait placé au
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- milieu du rende une table d’une étendue beaucoup moindre, dont la surface était traversée par une série de diamètres se coupant les uns les autres sous l’angle de 5 à 0 degrés. Mais si ces lignes permettaient de constater le déplacement du plan moyen de l’oscillation, elles révélaient un l'ait nouveau. La pointe du pendule ne revenait jamais rigoureusement à la verticale du point en suspension; il semblait que la pointe traçante décrivît une ellipse sur le plan horizontal. C’est la cause de cette perturbation qui n’a point été expliquée d’une façon complète.
- La suspension du fil avait été organisée comme l’indique notre figure 2, et l’on avait procédé delà manière suivante aux installations. Au sommet de la coupole ornée par les peintures de Gros se trouvait une sorte de tampon qui, une fois enlevé, laissait béant une ouverture circulaire d’un mètre et demi de diamètre. On avait jeté en travers, d’un bord à l’autre, un fort madrier en sapin de 0m,40 d’équarrissage, et l’on avait comblé par un plancher l’espace resté libre de chaque côté. Au milieu de ce madrier on avait percé un trou évasé par le bas dont l’axe se confondait avec celui du dôme. C’est par ce trou que passait le fil attaché aux pièces métalliques que nous avons dessinées et qui repssaient sur la face supérieure du madrier. Comme le fil ainsi encastré et soumis à l’action d’un poids qui le faisait allonger de 5 a 6 centimètres se rompait quelquefois, on avait recouvert la mosaïque d’un plancher et sur ce plancher on avait déposé une épaisseur d’environ 20 centimètres de terre. La boule de laiton avait été formée en repoussant deux hémisphères dans une forte plaque de tôle bien homogène. On les avait réunis par une soudure équatoriale en y coulant du plomb, de sorte qu’on avait une masse pesant 28 kilogrammes sous un diamètre de 18 centimètres.
- Notre grande gravure (fig. 1 ) montre la disposition générale de l’expérience telle qu’elle était exécutée au Panthéon, en présence des spectateurs1.
- Les expériences furent interrompues après le coup d’Etat. Jusqu’aux derniers jours elles avaient attiré une grande affluence. Chaque fois que nous entrions au Panthéon, nous trouvions des personnes regardant le pendule, même lorsqu’il était en repos. Il y avait toujours quelque volontaire de la science expliquant d’une façon plus ou moins intelligible, à des auditeurs qui le comprenaient plus ou moins parfaitement, ce que cette expérience signifiait.
- Quelquefois Léon Foucault lui-même prenait, paraît-il, la peine de faire au public la démonstration de son appareil. Il aimait, nous a-t-on dit, à entendre les réflexions qui se produisaient. Peut-être avons-nous, sans nous en douter, eu l’honneur de recevoir de sa bouche les explications qui sont restées gravées dans notre mémoire, mais, ne connaissant pas personnellement l’illustre inventeur, nous ne saurions rien affirmer à cet égard. Ce que nous pou-
- 1 Nous avons fait exécuter cette gravure d’après celle qui a été publiée en 1851, par Y illustration.
- vons affirmer, c’est que l’enseignement ainsi reçu nous a profité, car nous n’avons rien oublié de tout ce que l’on nous a dit il y a trente-cinq ans.
- Nous nous rappelons même un détail fort intéressant. La dernière fois que nous visitâmes le Panthéon, pendant l’intervalle, de deux cours que nous faisions au collège Sainte-Barbe, le fil se rompit devant nous, mais il n’y eut aucun accident, rien ne se décrocha de la coupole, autrement quelques-uns des auditeurs auraient pu être blessés. On nous avertit de ce qui s’était passé et on nous apprit que Léon Foucault avait imaginé ce qu’on appelait un parachute. Voici en quoi consistait cet appareil. Comme le fil se rompait toujours au ras de la mâchoire, il suffit de lui faire porter, un peu au-dessous et à quelques centimètres au-dessus du trou dont il est question plus haut, une virole dont le diamètre débordait, et qui retenait le fil suspendu en attendant qu’on le raccrochât. Le fil de la tour Saint-Jacques cingle tellement le visage des spectateurs, quand il se rompt, qu’il est facile de se rendre compte de la nécessité d’une si ingénieuse précaution.
- AV. DE FoxVIELLE.
- LES LIVRES NOUVEAUX
- LA PHOTOGRAPHIE MODERNE, par M. Albert LOA DE '
- La photographie a pris dans ces dernières années un développement extraordinaire, et l’on peut dire, sans rien exagérer, que tout le monde est devenu plus ou moins photographe. Les procédés au gélatino-bromure d’argent, les plaques sèches, remplaçant le collodion humide avec un degré de sensibilité inouï qui permet de réaliser les merveilles de la photographie instantanée, ont absolument transformé l’art de Daguerre et de Niepce. Ces procédés tout nouveaux ne se trouvent pas décrits dans les traités anciens, et un livre de photographie moderne pratique, et condensé, tout en étant suffisamment complet, était demandé par tous les amateurs. Cette lacune va être comblée par le livre que nous annonçons aujourd’hui et qui inaugure une nouvelle série de la Bibliothèque de « La Nature ». La Photographie moderne a été écrite par un jeune savant et un de nos collaborateurs les plus assidus dont le nom est bien connu de nos lecteurs, M. Albert Londe, préparateur de clinique à la Salpêtrière, et chef du service photographique de ce grand établissement.
- M. Albert Londe n’est pas seulement un praticien d’une habileté de premier ordre, c’est un théoricien émérite qui a apporté â l’art photographique des appareils perfectionnés et des méthodes nouvelles; ayant étudié, pratiqué et professé la photographie avec passion, il est devenu un maître incontesté;
- 1 La photographie moderne. Pratique et applications, par M. Albert Londe. — 1 vol. in-8° de la Bibliothèque de a La Nature », avec de nombreuses gravures dans le texte et 5 planches hors texte. — Prix : 7 francs 50, broché. — Paris, G. Masson. 1888.— Cet ouvrage sera mis en vente dans les premiers jours du mois de décembre.
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- nul mieux que lui n’était capable de mener à bien l'entreprise qui lui a été confiée.
- La Photographie moderne de M. Albert Londe est un ouvrage qui sera le vade-mecum de l’amateur et du praticien : l’auteur n’a pas cru devoir donner la description de tous les appareils et de toutes les recettes; il a fait connaître les principaux types des premiers et les meilleures formules des secondes.
- Le livre est donc absolument substantiel, il ne donne que des notions précises et ne renferme pas une ligne inutile. C’est, à notre avis, le meilleur éloge qu’on puisse en faire.
- La première partie comprend le Materiel photographique, outillage, laboratoire; la deuxième partie traite de l’obtention du négatif, temps de pose, développement, etc. ; la troisième partie donne tous les détails relatifs à la préparation du positif et aux modes de tirage photographiques, procédés mécaniques, etc. Les insuccès et les applications forment encore une importante partie de l’ouvrage certainement appelé à rendre de grands services.
- Nous empruntons deux gravures au livre de M. Albert Londe.
- La première (fig. 1) donne le type d’une chambre noire, construite par M. Ma-ckenstein avec les derniers perfectionnements. Le cadre postérieur relevé montre le verre dépoli à rayures rectangulaires. Le cadre antérieur relié au précédent par le soufflet, reçoit une planchette coulissante qui permet de monter et de descendre l’objectif.
- La figure 2 donne l’aspect de viseurs de différents modèles qui ont pour but de permettre de savoir exactement l’étendue du sujet embrassé par l’objectif au moment où l’on opère.
- Le plus simple et le plus pratique consiste en
- une petite lentille calculée de façon à donner la meme image que celle qui se produit sur la glace. Elle est placée sur la chambre, de manière à ce qu’un même objet se trouve exactement au centre des deux glaces. Le repérage est donc très facile.
- Un autre comporte une double équerre métallique; la partie d’avant porte deux fils à angle droit compris dans un rectangle calculé de telle manière que lorsque l’oeil de l’opérateur est placé à l’œilleton de la partie d’arrière, il ne perçoit que la surface embrassée par l’objectif. Les fils servent à centrer le sujet et à constater la perpendicularité de la vue.
- Un dernier viseur consiste en une petite chambre miniature munie d’une lentille et d’un petit verre dépoli. La lentille est calculée de manière à donner la même image que l’objectif.
- Le livre de M. Albert Londe est fort élégamment édité par M. G. Masson; outre de nombreuses gravures et des figures explicatives, il comprend de curieux spécimens de photographies instantanées et
- Irois planches hors texte, obtenues par les plus récents procédés de tirage à la presse , exécutés par MM. Ralagny, Rerthaud et Lumière. Ces planches sont destinées a illustrer le chapitre de l’ouvrage traitant des procédés pho-lo-méeaniques. Ce chapitre précède ceux des applications aujourd’hui si nombreuses de la photographie : photographie documentaire, photographie judiciaire, photographie des voyageurs, appareils enregistreurs photographiques, photographie microscopique, photographie médicale, art militaire, levé des plans, photographie aérienne, etc., etc., sont successivement étudiés. La Photographie moderne obtiendra, un très favorable accueil de la part des praticiens.
- Fig. 1. — Une chambre noire photographique.
- Fig. 2. — Viseurs pour les appareils photographiques.
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- LA VU: RUSTIQUE, par An-dur TIIElilUET, compositions et dessins de Léon L11KKM1TTK b
- Le libraire artistique de M. Lauuette, où l’on a vu paraître successivement tant de beaux livres, illustres par les plus célèbres artistes, vient de publier un nouvel ouvrage bien digne d’être placé à
- côté de ses devanciers. Après les Maurice Leloir et les Giaconielli, c’est M.Léon Lhcrmilte qui vient figurer aujourd’hui la Vie rustique écrite et dépeinte par M. André Theuriet. L’auteur a fait un livre d’art et de nature, où il retrace le travail rustique et montre le paysan au milieu de ses rudes besognes, non pas l’agriculteur poétisé des Géorgiques ou le
- Fig. 1. — La vendange.
- berger enguirlandé de Florian, mais le laboureur, le vigneron, le bûcheron, tels qu’ils sont, et tel qu’il est intéressant de les connaître, aune époque où l’agri-
- culture se transforme sous l’envahissement de l’outillage mécanique.
- M. Léon Lhermitte, comme M. André Theuriet, a
- le mérite d’avoir un respect scrupuleux de la vérité; les vingt-huit grandes compositions dont il a orné le livre, avec des tètes de chapitres et des
- 1 La Vie rustique, par André Theuriet. Compositions et dessins de Léon Lhermitte, gravures sur bois de Clément Bellenger. 1 vol. in-8°, édition de luxe. Prix : 20 francs. Paris, Librairie artistique bonnette et Cie. 1888.
- culs-de-lampe sont absolument belles, absolument vraies. Cela est large de conception, et en les admirant, on revit de la vie champêtre; on assiste aux travaux de la ferme, à la fenaison, à la récolte des pommes de terre, à la culture du blé avec le labour, les semailles et la moisson. On voit la vigne au printemps, et les préparatifs des vendanges à l’au-
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- tourne, le tonnelier qui eercle ses tonneaux et le vigneron qui prépare ses cuves.
- C’est au livre de la vigne que nous empruntons deux charmantes têtes de chapitre : la première (lig. 1 ), montrant « la population entière hommes et femmes qui est aux vignes depuis le matin jusqu’à la nuit; » la deuxième (tig. 2), représentant l'appréciateur du bouquet du vin nouveau.
- Elles constituent de délicieux petits tableaux, ces compositions de M. Léon Lhermitte; elles sont simples et gracieuses, la lumière y jette de l’éclat, les personnages y sont pleins de vie et d’action. Dans ses nombreuses scènes sur la vigne et le vin, le peintre a assurément inspiré l’auteur qui est pris d’enthousiasme en parlant de nos vins de France.
- « O nos vins de France, dit M. Theuriet, aux bouquets divers et exquis, connue les paysages si variés et si charmants de nos provinces ; il faudrait presque un dénombrement homérique pour vous nommer tous et vous chanter suivant vos mérites et vos qualités. »
- Après la vigne, vient la culture du chanvre, puis la vie dans la forêt, puis la description du village, avec ses travaux et ses fêtes; puis enfin, voici la vieillesse et la mort du paysan, llumble pionnier du travail ici-bas, il a souvent inspiré les poètes et les peintres; cette fois encore, Jacques bonhomme aura fort heureusement servi de modèle à un excellent écrivain, et à un artiste de grand talent.
- GXSTOX TlSSAXDIEn.
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- NÉCROLOGIE
- Le comte de Ruolz. — Le nom de M. le comte Henri de Ruolz est absolument universel, car il se trouve attaché à un mode d’argenture et de dorure électro-chimiques devenu la base d’une industrie florissante. Tl nous appartient de ne pas laisser passer la mort récente de cet éminent inventeur sans résumer l’histoire de sa longue et belle carrière. Le comte de Huolz a eu une existence très accidentée et très méritante. Né à Paris en 1805, d’une famille riche et distinguée, il reçut une éducation brillante, et il prit ses grades dans quatre facultés : lettres, sciences, droit et médecine. 11 cultivait en même temps la musique avec passion, et en 1850 il fit jouer, à l’Opéra-Comique, un opéra en un acte composé en collaboration avec Halévv. Après un voyage en Italie, où il donna à Naples la représentation de son opéra intitulé Lara, il se trouva, par suite de circonstances restées obscures, absolument ruiné. Le jeune de Ruolz résolut de refaire sa fortune dans l’industrie, et il s’engagea comme chimiste dans la maison d’un teinturier de ses amis nommé Chappée. Ruolz était un excellent praticien; ses solides études du jeune âge lui étaient, au moment de ses revers, fort utiles; le frère de son patron, qui était joaillier, lui proposa de chercher le moyen de dorer le filigrane, d’argent autrement que par la méthode au mercure. Huolz se mit à l’œuvre, et après des travaux persévérants, des expériences multiples, il fut conduit à découvrir les procédés de dorure et d’argenture par les procédés galvaniques. Il prit, en 1840, un brevet qui fut signalé par J.-R. Dumas à l’Académie des sciences. Ce brevet lui fut
- acheté par Christophle pour la somme de 150 000 francs, et lui valut un prix de 0000 francs de l’Académie des sciences. Ln autre prix de même valeur fut décerné en même temps à Elkington, qui avait trouvé en Angleterre des procédés analogues à ceux de Ruolz. Christophle exploita plus tard les procédés des deux inventeurs. Le comte de Ruolz peut donc être considéré comme l’un des fondateurs de l’industrie électro-chimique. 11 ne cessa de s’occuper, après ses premiers travaux, de sciences technologiques : il inventa le tiers-argent ou argenterie massive, puis il aborda avec succès l'étude de la fabrication des aciers. M. de Ruolz fut nommé, en 1846, inspecteur des chemins de fer (contrôle de l’Etat), et, en 1854, inspecteur général et membre du Comité ^consultatif des chemins de fer. Cet homme ingénieux, modeste et savant est mort à Neuillv, oublié depuis de longues années et quelque peu délaissé.
- CHRONIQUE
- Les mines d’or en Chine. — Dans les temps anciens, on exploitait en Chine un grand nombre de mines d’or et d’argent. En effet, il n’y a pas une seule des provinces du Céleste Empire qui ne possède les métaux précieux. Mais les parties facilement accessibles ont été partout épuisées par un travail bien des fois séculaire. Les ouvriers ont été obligés, comme dans les autres parties du monde, de descendre dans l’intérieur de la terre. Ils ont eu à combattre des inondations et des dégagements de gaz méphitiques, qu’ils n’ont pu combattre, les Chinois étant très peu avancés dans l’art d’extraire les eaux, et ne connaissant rien aux procédés de la ventilation. Ils ont attribué les accidents à la colère des Feng-Shin, génies infernaux qui ont été irrités de voir qu’on dépouillait la terre de ses trésors. C’est à la colère des Feng-Shin qu’on a également rapporté les pestes et les tremblements de terre. Aussi, vers la fin du quatorzième siècle, un des derniers empereurs de la dynastie des Shun, a-t-il rendu un décret pour interdire l’exploitation des mines sous peine de mort. Cependant., les travaux superficiels ont été tolérés dans quelques provinces : le Yunnan, le Tzc-chuen, le Chan-si, le Sze-chuen. A la suite des dépenses nécessitées par la guerre avec la France, le gouvernement impérial de Pékin a compris la nécessité d’augmenter les ressources du trésor impérial, au risque de braver la colère des Feng-Shin. Li-IIun-Chang et le prince de Ixung ont décidé de rouvrir des mines importantes situées dans le voisinage de Chee-fou, ville importante du Chan-tong, province célèbre pour avoir donné naissance, il y a 2400 ans, à Confucius. Les travaux, confiés à des mains incompétentes, n’ont, pas donné de résultats; mais le vice-roi ne s’est pas découragé, il a envoyé des instructions au consul chinois de San-Francisco, qui a choisi un personnel expérimenté à San-Francisco même. Les méthodes californiennes seront donc appliquées dans une région très riche, et ne sauraient manquer de donner naissance à une exploitation très fructueuse. En effet, le prix de la main-d’œuvre dans la région des mines chinoises est évalué à 75 centimes par jour, tandis que la valeur de la journée d’un mineur californien ne s’élève pas à moins de 20 francs, et dépasse par conséquent celle d’une escouade de 25 Chinois. *Le départ de cette expédition a eu lieu de San-Francisco le 21 septembre. La Cité de Pékin menait les ingénieurs et les ouvriers engagés, à Yokohama, d’où ils devaient se rendre à Chee-fou par un autre navire, avec les pompes, et tous les appareils nécessaires.
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- LÀ NATURE.
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- lu nouveau rôle de la dynamite. — La Revue du génie militaire donne l’explication détaillée du rôle bien inattendu que peut jouer la dynamite comme auxiliaire dans la construction. M. Bonnefont, capitaine du génie, a imaginé d’utiliser la force d’expansion de la dynamite pour assécher instantanément les infdtrations du sol dans lequel on veut établir des fondations. Voici comment on opère : avec l’aide de la barre à mine, on fore dans le terrain inondé un trou d’une profondeur de o à 4 mètres et d’un diamètre de 4 centimètres, puis l'on y fait éclater un chapelet de cartouches de dynamite. L’eau d’infiltration est immédiatement refoulée par l’explosion à lm,10 environ des parois de l’excavation, et ne recommence à suinter qu’au bout d’une demi-heure. Ce temps suffit pour permettre aux ouvriers de couler du béton dans la cavité, après l’avoir nettoyée. Et quand l’eau revient, elle ne peut plus nuire à la fondation.
- I n nid d’acier. — 11 existe dans la ville de So-leure, en Suisse, un certain nombre de fabriques d'horlogerie. Le Bolletlino del Naturalista rapporte, d’après Ylsis, que le propriétaire de l’une d’elles, M. Rodolphe Bueder, a découvert dernièrement sur un arbre de son jardin un nid de bergeronnettes construit entièrement en ressorts d’acier et mesurant une longueur de 12 centimètres. Ce nid, construit avec une adresse admirable, a été déposé au cabinet d’histoire naturelle de Soleure.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 novembre 1887. — Présidence de )I. JAXwex
- Nouvelle météorite. — M. de Karpinsky vient de présenter au Muséum, de la part du Comité géologique de la Russie, une météorite tombée le 50 août 1887 à Ta-borg dans le gouvernement de Perm. Un bolide très brillant, malgré la clarté du jour, parcourut une trajectoire très peu inclinée, et laissa tomber deux pierres pesant 1 kilogramme et 15 kilogrammes. La roche, dont la densité est égale ào, 620, appartient au type Cannellite dont font partie huit chutes déjà représentées au Muséum. Elle consiste en fragments de montréjile empâtés dans de la lirneriekite.
- L’évolution sidérale. — C’est avec une bienveillance extrême dont je suis heureux de pouvoir lui exprimer publiquement ma profonde reconnaissance, que l’illustre président de l’Académie, analyse une note que j’ai eu l’honneur de lui remettre. Dans la dernière séance solennelle des cinq Académies, M. Janssen a prononcé sur l’âge des étoiles un magistral discours qui constitue un véritable événement scientifique. Il y a trop peu de temps encore que Le Verrier protestait contre toute idée d’évolution sidérale pour que l’on n’éprouve une joie sincère à entendre la plus autorisée des voix, la proclamer, au contraire, comme « un des plus importants progrès, une des plus belles conquêtes de la science. » A la suite des phases nébuleuses et stellaires que M. Janssen a si éloquemment décrites, à la suite des phases planétaires dont Vénus, la Terre, Mars et la Lune peuvent être considérés comme représentant des types successifs, j’ai appelé, depuis près de vingt ans, l’attention sur la phase météori-tique qui représente, à mon sens, le dernier terme des métamorphoses astrales en même temps que le mécanisme par lequel la substance même des globes morts retourne à ceux qui continuent à vivre. Alors que M. Janssen ne craint pas, à diverses reprises, de comparer l’histoire des
- corps célestes à celle des êtres vivants, comment résiste.! au désir de rappeler ce point de vue dont l’Académie a d’ailleurs bien voulu consacrer naguère la légitimité? Qu’il me soit, du reste, permis d’ajouter que la conclusion formulée, résulte exclusivement de recherches poursuivies dans le laboratoire sur la composition des météorites. Celles-ci soumises aux méthodes de la minéralogie et de la géologie ont trahi leurs anciens rapports stratigraphi-ques mutuels, et justifié ainsi le problème — analogue à celui dont le paléontologiste fait sa spécialité — de reconstituer, à l’aide de débris maintenant séparés les uns des autres, un tout unique qui se trouve être un astre.
- Prétendu rôle protecteur du foie. — On a prétendu, à diverses reprises, que le foie exerce sur les alcaloïdes introduits dans le sang une décomposition qui fait dispa-l'aitre nécessairement leurs propriétés toxiques. Cette doctrine qui a eu en Allemagne le plus grand succès a toujours trouvé Vulpian parfaitement incrédule, et quand la mort est venue le ravir à la science, il se préoccupait d’expériences démonstratives à cet égard. Ce qu’il n’a pu faire lui-même, deux de ses élèves l’ont fait pour lui, et M. Charcot présente leurs résultats à l’Académie. Une dose convenable de strychnine étant injectée dans les veines, les accidents apparaissent au bout d’une minute. Par une artère l'injection exige un quart d’heure pour' déterminer la mort. Ceci posé, on fait une injection dans la veine porte, et loin d’observer la destruction du poison, on voit l’intoxication devenir complète au bout d’une quinzaine de minutes. Le prétendu rôle protecteur du foie, au moins en ce qui concerne la strychnine, est donc une pure illusion.
- Théorie des trombes. — A propos d’une récente communication de M. Colladon, M. Faye revient sur quelques détails de la théorie des trombes. Il rappelle en particulier que les matériaux dont il a surtout fait usage consistent dans les rapports officiels du Signal Office des Etats-Unis, qui soumet chaque cyclone à une enquête.
- Les îles Hawaï. — Bien qu’il ail atteint maintenant l’àge de soixante-quinze ans, l’illustre minéralogiste et géologue américain, Dana, n’a pas craint de faire, de Newhaven, une nouvelle excursion aux îles Hawaï qu’il avait déjà visitées dans sa jeunesse. On sait que ce massif volcanique a récemment fourni matière à une théorie d’après laquelle l’eau serait loin de jouer dans les éruptions le rôle que tout le monde a été porté jusqu’ici à leur attribuer. M. Dana reconnaît qu’à l’inverse de ce qu’on observe d’ordinaire, les chlorures manquent presque complètement dans les efflorescences, où le sulfate de soude les remplace. Mais il pense que si l’eau de la mer n’intervient pas, l’eau douce résultant des pluies et des neiges s’infiltre dans le sol, et provoque les éruptions.
- Varia. — MM. Cliastaing et Barillot décrivent, pal* l’intermédiaire de M. Fremy, un bleu de morphine parfaitement cristallisé, et propre, selon les auteurs, à recevoir des applications industrielles, — Le bilan des taches solaires pendant les mois de juillet, août et septembre dernier, est adressé de Rome par M. Tacchini. — La comète d’Olbers a été observée à Bordeaux par M. Rayet. — D’importantes conséquences de la célèbre expérience des trois miroirs de Fresnel sont développées par M. Mascart. — M. de Lacaze-Duthiers étudie le système nerveux de l’aplysie. — M. Peyrat revient, par l’intermédiaire de M. Brown-Séquard, sur les propriétés préventives de l’es-, sençe de tanaisie à l’égard de la rage. — M. Obret, par
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- LA NATURE.
- la discussion des épreuves photographiques du passage de Vénus en 1874, fournies par les stations de Saint-Paul, de Nouméa, de Nagasaki et de Pé-King, arrive au nombre 8",80 pour la parallaxe du soleil, avec une erreur probable de 0",06 en plus ou en moins. — M. Prillieux constate que le coniophgUum est réellement un parasite déterminant sur la vigne le développement du black rot. — L’analyse de 92 litres de cognac parfaitement pur a démontré à 31. Morin l’existence dans ce liquide, de quantités relativement considérables des alcools amvlique, propylique et isobutylique. Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- DÉMONSTRATION EXPÉRIMENTALE DE LA LOI DE I,A RÉFLEXION DE LA LUMIÈRE
- En dépit du titre de cette notice, il vu être question d’un appareil, mais d’un petit appareil facile a construire.
- Il s’agit deve-rifier la loi de la réflexion : L’angle d’incidence égale l’angle de réflexion. Nous empruntons la description à une note de M. T. j O’Conor Sloane publiée dans le Scientific American.
- On découpe un disque de bois circulaire, et l’on en enlève une partie de façon à en conserver une j partie un peu plus grande que le demi-cercle.
- On perce en son centre un trou de 20 à 2b millimètres de diamètre et l’on y fixe un cylindre de bois de même diamètre qu’on laisse dépasser d’environ 25 millimètres; on enlève ensuite exactement la moitié de la partie qui dépasse en ne laissant qu’un demi-cylindre au-dessus du niveau du disque. Cette pièce de bois est alors maintenue en place à l’aide de colle ou d’une vis, en ayant soin que son plan diamétral soit aussi parallèle que possible avec le bord droit de la planchette. On fixe alors provisoirement un morceau de glace plane étamée contre la partie plane du demi-cylindre de bois, et l’on tend un fil à plomb en avant du miroir, en le déplaçant le long du cercle jusqu’à ce qu’il cache sa propre image dans le miroir. C’est le zéro, que l’on a soin de marquer ; à partir de ce zéro ainsi déterminé, on trace une série de divisions égales, de chaque côté, et on les numérote à partir du zéro commun.
- On coupe ensuite deux règles à dessin à la longueur convenable et on les perce à une extrémité d’un trou de 20 à 25 millimètres de diamètre destiné à recevoir le pivot sur lequel est fixé le miroir. L’autre extrémité d’une des règles reçoit un bout de bougie, et l’autre extrémité de la seconde, règle un écran vertical percé d’une fenêtre circulaire, sur laquelle on colle une feuille de papier blanc.
- Chacune des règles reçoit de plus un morceau de bois percé d’un trou circulaire devant lequel on colle une lentille convexe à court foyer. La position exacte de ces lentilles sur les règles correspondantes se fixe par expérience et par tâtonnements, et les porte-lentilles ne sont fixés en place que lorsqu’on obtient sur l’écran de la règle de gauche une image nette d’un bout de ressort tendu sur la lentille de droite, du côté de la bougie.
- L’appareil est alors terminé. Pour faire l’expérience, on déplace l’une des règles et l’on amène son axe en regard d’une division tracée sur le cercle; on déplace l'autre règle jusqu’à ce que son axe vienne en regard du nombre correspond an t, de l’autre côté du zéro, et l’on constate alors que l’ombre du fil tendu sur la lentille de droite vient se projeter sur le milieu de l’écran en papier après s’être réfléchie dans le miroir, démontrant ainsi l’exactitude de la loi. La glace doit avoir 3 ou 4 centimètres de largeur et 5 ou 6 centimètres de hauteur; elle est maintenue en place verticalement à l’aide d’une jarretière de caoutchouc. Le plan postérieur de la glace, sur lequel est l’étamage, doit coïncider avec le diamètre du cercle perpendiculaire au diamètre passant par le zéro pour que l’expérience vérifie exactement la loi.
- Le petit appareil de M. Geo. Hopkins permettrait aussi de répéter facilement l’expérience classique des miroirs plans inclinés, en remplaçant les deux porte-lentilles par deux miroirs plans placés sur l’axe de chacune des règles. On sait que dans ce cas les miroirs donnent trois images si l’angle qu’ils forment est droit, cinq images si l’angle est de 60°, sept images s’il est de 45°, etc.
- Le propriétaire-gérant : G. ïissandier. Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
- Expérience pour la démonstration de la loi de la réflexion de la lumière.
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- LA NATURE
- QUINZIÈME ANNÉE — 1887
- DEUXIÈME SEMESTRE
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Abordages en nier, 63.
- Académie des sciences (Comptes rendus des séances hebdomadaires), 14, 51, 47, 63, 79, 94, 111, 127, 143, 159, 175, 191, 207, 223, 239, 255, 271, 287, 303, 519, 535, 351, 367, 583, 399, 415.
- Achantis au Jardin d’Acclimatation (Les), 249.
- Acide sulfureux (Propriétés physiques de 1’), 31.
- Accumulateurs aux États-Unis (La fabrication des), 327.
- Accumulateurs électriques de M. Desma-zures, 306.
- Acier (Constitution moléculaire de F), 15.
- Adhérence capillaire (Application de F), 359.
- Aérostation militaire au Danemark, 247.
- Afrique équatoriale (Expédition dans T), 58.
- Air comprimé (Élévation des liquides par F), 261.
- Alliages d’étain, 15.
- Aluminium par l’électricité (Préparation industrielle de F), 291.
- Amalgamer (Support à), 296.
- Amiante dans l’Oural (L’), 355.
- Auguillulc de la betterave, 112.
- Aniline (Carbonate d’), 319.
- Aniline (Chromate d’), 47.
- Anneaux liquides et anneaux gazeux, | 143. J
- Annonces industrielles américaines, 142. j Arago (La statue d’), 142.
- Araignée de Malaisie, 23.
- Arbre gigantesque au Mexique, 8. Arithmétique (Récréation), 326.
- Ascenseurs sous Louis XIV, 286.
- Ascension à grande hauteur de MM. Jo-vis et Mallet, 190, 213.
- Ascension du 8 juin 1887, 67.
- Ascension du ballon Y Arago, 402. Ascensions (Histoire de mes), 563. Association britannique pour l’avancement des sciences, 254.
- Association française pour l’avancement des sciences, 274.
- Astronomique de Kiel (Congrès), 254. Autotomie (L’), 81.
- Aveugles (Les inventeurs et les), 18, 298.
- B
- Dallons captifs italiens en Abyssinie, 583. Ballons dans les traversées maritimes (Projet d’un flotteur pour les), 97. Ballons (Direction des), 16.
- Bambous en France (Les), 193.
- Bateau à pétrole, 365.
- Bateau démontable, 143.
- Bateaux en papier (les), 594.
- Bateaux (Jaugeage des), 102.
- Bayard (H.), 347.
- Bélidée Ariel, 296.
- Béri-béri (Le), 47.
- Beurre (Conservation du), 90.
- Beurre (Le), 47.
- Bilobites (Nature des), 94.
- Biscuits (Antiquité des), 142.
- Blutage des terres, 277.
- Bois avec les tuyaux chauds (Les dangers du contact du), 110.
- Bouquets (Les), 315.
- Bourrelets pneumatiques pour portes et fenêtres, 330.
- Bouteilles en papier, 366.
- Brûleur de M. Dietrich, 274.
- c
- Café du Soudan, 131.
- Caisses (Machine à fabriquer les), 148. Calendrier perpétuel, 138.
- Canal de la mer du Nord à la Baltique, 138.
- Canarien (Archipel), 371.
- Canaries (Collections des), 318.
- Canon pneumatique à dynamite, 353. Canot électrique de la marine française, 509.
- Cap Horn (Géologie du), 128.
- Carnac (Les monuments mégalithiques de), 305.
- Carrelage illimité, 95.
- I Carte du ciel, 336.
- ] Cénotés de la Séranne (Les), 55.]
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- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Centenaires (Les), 15.
- Cerf-volant américain, 26.
- Cerfs-volants (Expériences sur les), 97. /
- Chameaux coureurs (Les), 85.
- Chats savants (Les), 360.
- Chemin de fer à crémaillère du mont Pilate en Suisse, 225.
- Chemin de fer de Saint-Pétersbourg à Pékin, 111.
- Chemins de fer aux Etats-Unis, 258.
- Chemin de fer électrique dans une salle à manger, 344.
- Chemin de fer funiculaire de Hong-Kong (Le), 385.
- Chemins de fer en 1887 (Le cinquantenaire des), 209.
- Chemins de fer en Orient, 115.
- Chemins de fer nogentais (Les), 207.
- Chevreul (Hommage à M.), 111.
- Chien descend-il du loup (Le), 287.
- Chiens militaires (Les), 223.
- Chine (Instruction publique eu), 191.
- Chine (Mines d’or en), 414.
- Chinois à la Bibliothèque nationale (Le fonds), 358.
- Cire minérale, 368.
- Cirrus (Le), 134.
- Clapets de retenue sphériques, 224.
- Cloches musicales de M. Sax (Les), -224-.
- Clou et vis, 399.
- Cofferdam dans les piles (Emploi du), 13.
- Colladon (Expériences de M.), 1.
- Collecteur de poussières, 155.
- Combustibles liquides au chauffage des chaudières marines (Application des), 274, 332.
- Compression des liquides, 112.
- Congrès my cologique, 354.
- Conessine (la), 395.
- Conservation et transport des viandes par le froid, 183.
- Coton et les incendies en mer (Le), 346.
- Creusot (Pièce de forge colossale construite par les ateliers du), 239.
- Crosnes du Japon (Les), 369.
- Cycadée fossile, 336.
- Cyclone de la Redorte (Aude), 253.
- Cysticcrques (Sur les), 368.
- D
- Dambose (Le), 79.
- Décapité (Expérience sur un), 79.
- Désinfection (Appareils français de), 289, 322.
- Devin magnétique (le), 400.
- Diphtérie (Étiologie de la), 31.
- Dispensaire Giffard (Le), 318.
- Distillation des fruits, 342.
- Distributeur électrique, système Brunet, 29.
- Domino (Récréations scientifiques sur le jeu de), 219.
- Drouault (Charles), 383.
- Dynamite (Un nouveau rôle de la), 415.
- Dynamo-électrique (Comment ou peut construire soi-même une machine), 235, 314.
- E
- Eau de la Seine, 127.
- Eaux-de-vie par l’ozone (Vieillissement des), 37.
- | Éboulemcnt de Zug en Suisse, 106, 161. I i Éclairage électrique des trains, 398.
- | Échelle pliante, 80.
- Éclairage électrique (Les progrès de 1 ), 335.
- Éclairage oxhydrique, 165.
- Éclairage sous-marin, 384.
- Éclipse partielle de lune du 3 août 1887, 178.
- Éclipse totale de soleil du 19 août 1887, 163, 258.
- Éclipses (Canon des), 270.
- Écoles au Tonkin (Les), 266.
- Ectrodactyle (Une famille), 250.
- Edison (La compagnie), 534.
- Edison (Générateur pyromagnétique d'), 227, 241.
- Elasmotherium, 383.
- Électricité à Paris (Première station centrale de distribution d’), 101.
- Électricité (Chauffage par F), 39. Électricité dans les théâtres, 239.
- Électricité pratique, 13, 83, 295.
- Élévation des liquides par l’air comprimé, 261.
- Epaulards sur la côte est d’Angleterre, 255.
- Espagne (Découvertes préhistoriques en), 215.
- Étain (Alliages d’), 15.
- Étang de Berrc, 95.
- Étoile à la'terre (Distance d’une), 286. Étoiles (Age des), 374.
- Evolution sidérale (L’), 415.
- Explosibles (Les nouvelles matières), 263. Explosifs (Composés métalliques), 63. Explosions dans les mines, 335.
- Exposition de M. Joseph Martin au Tro-cadéro, 59.
- Exposition des insectes utiles et des insectes nuisibles à l’Orangerie des Tuileries, 270.
- F
- Ferment de l’indigo (Le), 159.
- Fers à cheval, 127.
- Feuillage chez le peuplier de l’Euphrate (Polymorphisme du), 214.
- Feux de joie du Jubilé de la reine d’Angleterre, 257.
- Fièvre jaune (Prophylaxie de la), 2, 159. Flegmes alcooliques (Désinfection des), 57.
- Foie (Prétendu rôle protecteur du), 415. Force par l’électricité (Transport de la), 90.
- Fossiles africains, 319.
- Foudre (Les coups de), 90.
- Fourmis (Une pluie de), 159.
- G
- Galioscope (Le), 190.
- Géologie de l’île de Jersey, 259. Générateur pyromagnétique d’Edison, 227, 241.
- Géodésique (Congrès), 319.
- Geysers d’Islande (La vallée des), 106. Glace (La pureté de la), 114.
- Graphite cubique, 304.
- Gravures par les jets de sable, 357.
- Great Eastern (Le), 585.
- Grêlon (Une pierre dans un), 127.
- Grisou (Le captage du), 271.
- H
- Halos (Arc tangent des), 400.
- Hawaï (Les îles), 415.
- Hommes velus (Les), 41, 86.
- Horloge aux épices, 286.
- Iloulle de l’Afrique équatoriale, 131. Huile (Filage de F), 32, 160.
- Huile sur la mer (Action de F), 119. Hydraulique de la gare Saint-Lazare à Paris (Machinerie), 310.
- Hypnotique (Médecine), 384.
- I
- Incisives d’un paca (Accroissement extraordinaire des), 43.
- Indigo (Le ferment de F), 159.
- Inosite (L’), 47, 79.
- Invention (Ce que peut rapporter une grande), 534.
- J
- Jabiru d’Australie (Le), 391.
- Japon (La science au), 78.
- Jaugeage des bateaux et des navires, 102. Jersey (Géologie de File de), 259.
- Jetons (Amusements par les), 10, 54.
- Jeu militaire (Le), 402.
- Jeux de hasard à propos des « petits chevaux », 170.
- Jouets scientifiques (Les), 536, 400. Journal officiel du Tonkin, 175.
- Jungfrau (Catastrophe de la), 189.
- K
- Kircbhoff (G.-R.), 351.
- L
- Laboratoire Arago, 15. Laboratoire-portefeuille, 179.
- Laguerre, 47.
- Lait concentré (La fabrication du), 331. Lapins en Australie (Les), 247.
- Leblanc (Statue de Nicolas), 67.
- Lebon (La statue de Philippe), 65. Lézard cornu (Le), 349.
- Liquides (Compression des), 112. f Livres rares, 94.
- Lumière électrique au Japon, 303. Lumière électrique en Espagne, 11. Lumière électrique et zoologie, 159.
- M
- Machine électrostatique de Wimshurt, 359.
- Machines du monde (La puissance des), 566.
- Magnésie comme succédané du plâtre (Emploi de la), 259.
- Magnétique (Perturbation), 305. Magnétiques (Observations), 79. Mammifère volant de la Papouasie, 296. Manomètre à maxima, 211.
- Manteau de gorges d’oiseaux de Paradis, 303.
- Mascaretdu 12 avril 1887 à Caudebec,52.
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- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Mathématiques (Récréations), 10, 54. Mécanique au dix-huitième siècle (La petite), 128.
- Médicaments sur les sujets hypnotisés (Action à distance des), 570. Mégalithiques de Nemours (Les monuments), 177.
- Mégalithiques de Carnac (Les monuments), 505.
- Mehara ou chameaux coureurs, 85. Mélographe et le mélotrope de M. J. Carpentier (Le), 15, 49.
- Mer morte de Palestine, 221.
- Mercure d'Almadcn (Mine et usine de), 158.
- Métallurgie électrique (La), 291. Métempsycoses (Les), 581.
- Météorite de Grazac, 63.
- Météorite (Nouvelle), 143, 415.
- Microbe de la fièvre jaune (Le), 159. Microbes, 352.
- Mildew (Le), 44, 91, 538.
- Mines d’or en Chine, 414.
- Miroirs magiques (Les), 169.
- Moineau en Australie (Le), 110. Monotéléphone de M. Mercadier, 27.
- Mont Blanc (Trois jours au sommet du), 230.
- Monstres doubles aulositaires, 405.
- Mont Blanc (Séjour au sommet du), 278. Monte-wagons de la gare Saint-Lazare,
- 313.
- Montgolfière en bulle de savon, 47. Montre-observateur, 157.
- Morille monstre, 160.
- Moteur à gaz et dynamo combinés pour l’éclairage électrique domestique, 387. Morphine (Un succédané de la), 112. Mouche mécanique (La), 356.
- Moulin à barbe (Nouveau), 128.
- Muscles (Vie propre des), 31.
- Myriapodes (Migration des), 139.
- N
- Nains (Une famille de), 179.
- Natron (Le), 15.
- Navigation aérienne (Curiosités de la), 16. Négritos (Les), 47.
- Navires en vitesse (Arrêt des), 255. Nénuphar fossile, 14.
- Néphile à ventre doré, 23.
- / Nerveux (Système), 355.
- Nickel (Les mines de), 87.
- Nickel (Le prix du), 159.
- Nid d’acier (Un), 415.
- Nivellement, 160.
- Nuages (Études sur les), 134.
- Nuages (Hauteur des), 599.
- Nuages observés en ballon, 67.
- 0
- Obélisque (Érection d’un), 339.
- Obésité, 599.
- ! (Eufs (Conservation des), 567.
- Okonite (L’), 270.
- Oies de Madagascar (Les), 273.
- Oies sauvages tuées par la foudre, 127. Oiseaux (Longévité chez les), 502. Oligocène du Coudrai, 111.
- Optomètre Bull, 187.
- Orangers en France (Les), 125. Orchestre original (Un), 186
- Orchidée rare (Une), 319.
- Ostréiculture en France (Progrès de 1), 387.
- Orties (Propriétés des), 262.
- Ozokérite (I/), 367.
- P
- Paille en Italie (L’industrie de la), 62.
- Panama (Le canal de), 15.
- Papier (Couvertures de lit en), 46.
- Paris port de guerre, 202.
- Parhia biglobosa, 131.
- Pasteur et les savants anglais (La méthode), 94.
- Pasteurisation de la bière en bouteilles, 99.
- Pavy (Octave), 11.
- Pèche et son noyau (Manière de couper une), 304.
- Pendule à deux branches et scs applications (Le), 118.
- Pendule de Foucault (L’empereur du Brésil et l’expérience du), 534, 409.
- Pendule entretenu électriquement de M. J. Carpentier, 141.
- Pépites monstres, 334, 555. /
- Perle (Une grosse), 367.
- Pétrole (Bateau à), 365.
- Péti ole appliqué à un cuirassé (Chauffage au), 398.
- Phare électrique de Pile de May, 210.
- Pholade (Luminosité de la), 355.
- Phonographe (Le), 351.
- Phonographe (Application du), 46.
- Photographie (Société d’excursions des amateurs de), 264.
- Photographie et les faussaires (La), 195.
- Photographie instantanée (Une nouvelle lumière pour la), 191.
- Photographie moderne (La), 411.
- Photographie pratique, 151, 227.
- Physique sans appareils, 47, 64, 145, 192, 208, 240, 288, 352, 416.
- Pierres de construction (Causes de destruction des), 18, 55.
- Pigeons voyageurs, 223.
- Pile automatique de M. Ed. O’Kcenan, 205.
- Plages soulevées de la Ligurie (Les), 399.
- Planète (Nouvelle), 79.
- Platine (Métaux du), 51.
- Poissons congelés (Importation des), 567.
- Polarisation rotatoire, 567.
- Pôle (Température probable du), 378.
- Polygones réguliers (Carrelage illimité en), 95.
- Polygraphe (Le), 320.
- Pompes à piston captant, 117.
- Pompiers de Paris (Le matériel des), 53, 88, 153, 200, 339,589.
- Pont de Forth (Le grand), 135.
- Ponts en acier (Les), 401.
- Porcs (Le charbon des), 160.
- Pouls géminé (Le), 159.
- Poussières (Pluie de), 62.
- Préhistoriques en Espagne (Découvertes), 215.
- Préhistoriques de la montagne d'Espiaux (Monuments), 279.
- Préhistoriques de Panama (Vestiges), 525.
- Prismes (Couleurs des), 79.
- Propulseur à réaction de MM. Just, Buisson et Al. Ciureu, 70.
- Puces (Les), 122.
- 4dD
- R
- Radiomètre et la mesure des temps de pose en photographie (Le), 69.
- Rage (Cas de fausse), 336.
- Rage (Traitement préventif de la), 351. Récréations scientifiques, 218, 402. Robinet intermittent, 227.
- Roue de voiture en mouvement (Photographie d’une), 287, 302.
- Roulette en papier comprimé, 175.
- Ruche gigantesque (Une), 94.
- Ruolz (Le comte de), 414.
- S
- Sables (Sur le dépôt des), 15.
- Saisons (Variations séculaires des), 154. Salomoniens cannibales, 79.
- Sapin du Mexique, 8.
- Satellite énigmatique de Vénus, 307. Saumon gigantesque (Un), 599.
- Saussure (Le monument de Bencdict de), 256.
- Scarlatine (Origine de la), 336.
- Science pratique (La), 79, 112, 350. Sébastopol (Port de), 31.
- Sélénium (Effets des radiations solaires sur le), 114.
- Sibérie orientale (La), 59.
- Sifflet (Le), 75, 271.
- Signaux sonores sous-marins, 79.
- Silex aux temps préhistoriques (Exploitation des), 34.
- Singes (Comment ils mangent les huîtres), 46.
- Siphon (Déversoir-), 170.
- Société française de physique (Séances annuelles), 30.
- Solanine (La), 199.
- ! Soudure électrique des métaux, 57. Soupape de sûreté Nicholson, 347. Source intermittente de Vesse, 173. Station préhistorique du lacde Bienne, 62. Statue d’Arago (La), 142.
- Statue de Nicolas Leblanc, 67.
- Statue de Philippe Lebon, 65.
- Statuette des Indiens Aymaras exposée au Muséum, 3.
- Steamer rapide, 175.
- Stigmarhizomes (Les), 385.1 Suette miliaire (Épidémie de), 146. Syringodendrons (Les), 551.
- Système nerveux (Physiologie du), 583.
- T
- Tabac sur la santé (De l’action du), 502 Télégraphie électrique au Japon (La),279. Télégraphie électrique (Les progrès de la), 174.
- Télégraphie en mer, 159.
- Télégraphie optique, 335.
- Télégraphie sans fil conducteur, 129, 282, 395.
- Télémètre de poche, 362.
- Téléphone (Théorie du), 27.
- Téléphonie internaliônale, 407. Température observée (La plus basse), 334.
- Température probable du pôle, 378. Tétanos (Nature du), 303.
- Thermomètres médicaux, 176.
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-
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- 4‘20
- Timbre des sons par la méthode des flammes manométriqucs (Elude des), 165.
- Tombeaux (Faune des), 599.
- Tonkiu (Les écoles au), 266.
- Tonnellerie mécanique, 267.
- Tonnerre (Imitation du), 368.
- Torpilleur à grande vitesse l'Ouragan. 145.
- Tour Eiffel (La), 321, 575.
- Tourne-feuille mécanique, 171.
- Tournevis américain, 79.
- Traction mécanique des véhicules sur routes, 375.
- Trafalgar de 1857 et 1887 (Les deux), 286.
- Trains sanitaires (Les), 356.
- Trains-tramways, 255.
- Traversée extraordinaire (Une), 110.
- Traversées rapides, 55.
- Tremblement de terre au Japon du 15 février 1887, 150,
- Tremblement de terre de l’Asie centrale du 9 juin 1887, 198.
- Tremblements de terre (L’électricité dans les), 94, 143.
- Tremblements de terre au Mexique, 182, 198.
- /Trempe par l’électricité, 287.
- Trombes ascendantes (Les), 1.
- Trombes (Théorie des), 303, 415. Trompette électrique de M. Zigaug, 15. Tunnel du col de Labre (Drôme), 75. Tunnels de la Sevcrn et de la Merscy en Angleterre, 5.
- Turbine de 1000 chevaux-vapeur (I nc), 334.
- U
- Unités de la mécanique (Sur les), 399.
- y
- Vagues de la mer (Les), 104, 266. Vapeur (Voiture à), 244.
- Veaux à deux tètes (Les), 405. Vélocipède (Cheval et), 399.
- Vélocipède (Tour du monde eu), 335. Vélocipédistes militaires (Les), 17. Velus (Les hommes), 41, 86.
- Vénus (Satellite énigmatique de), 507.
- Vent (Mesure des coups de), 211.
- Vent (Renversement d’un train par le), 290.
- Viandes par le froid (Conservation des), 185.
- Vie rustique (La), 413.
- Vigne dans la République argentine (Culture de la), 62.
- Vignobles dans le Midi do la France (Reconstitution des), 214.
- Villes aux États-Unis (Accroissement des), 538.
- Vision (Maladies de la), 25.
- Vol (Conditions mécaniques du), 303.
- Vol des oiseaux, 47.
- Vosges (Géologie des), 79.
- w
- Wagons de chemin de fer (Types nouveaux de), 166.
- Z
- Zug (Éboulement de), 106.
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-
- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- ârbey (Louis). —Tonnellerie mécanique, 267.
- Bâclé (L.). — Wagons de chemins de fer. Types nouveaux sur les lignes françaises, 166. — Les trains-tramways, 245.
- — Les trains de chemin de fer aux Etats-Unis, 258. — Le chemin de fer funiculaire de Hong-Kong, 385.
- Ratres (Léopold). — Un arbre gigantesque. Sapin du Mexique à Tule, 8.
- Bergman (Ernest). — Les crosnes du Japon, 369.
- Berly (J.-A.). — Les grands feux de joie du Jubilé de la Reine d’Angleterre, 257. — Le polygraphe, 320.
- Bixder (IL). — Les chemins de fer en Orient, 115.
- Boillot (A.). — Le galioscope, 190.
- Boule (Marcelin). — L’exploitation du silex aux temps préhistoriques, 34.
- Bronc.niart (Ch.)- — Une famille de nains, 179. —Un curieux reptile, le lézard cornu, 349.
- C..., ingénieur (M.-A.). — Le mildew, 44, 91. — Collecteur de poussières, système Comerford, 155. — Source intermittente de Vesse, près Vichy (Allier), 173. — Application des combustibles liquides au chauffage des chaudières marines, 274, 532. — Nouveau remède contre le mildew, 358. —
- — Soupape de sûreté Nicholson, 547.
- Cartaz (Dr A). — La prophylaxie de la fièvre jaune, 2. — La pureté de la glace, 114. — L’épidémie de suette miliaire, 146.
- Cheysson (E.). — Récréations arithmétiques, 526.
- Ciimcu (Al.). — Expérience du propulseur à réaction de MM. Just Buisson et Al. Ciurcu. Catastrophe du 16 décembre 1886, 70.
- Colladon (D.).— Les trombes ascendantes, 1. — Expériences sur les cerfs-volants. — Projet d’un flotteur pour les ballons dans les traversées maritimes, 97.
- Delaiiaye (Pii.). — Les maladies de la vision et les employés de chemins de fer en Angleterre, 25.
- Dupuy (A.). — La science pratique. Tournevis américain, échelle pliante, 79.
- Rurier (Ch). — Le séjour au sommet du mont Blanc. Expé -dition de M. Tyndall en 1859.
- Dybowski (Jean).— Les bouquets, 515. — Application de l’adhérence capillaire, 559.
- Edison (Th.-A.).— Le générateur pyromagnétique d'Edison, 241.
- Escriche (Thomas). — Physique sans appareils. L’ascension d’un ballon à air chaud ou montgolfière, 47. — Anneaux liquides et anneaux gazeux, 145. — Imitation du tonnerre, 368.
- Fines (Dr). —Mesure des coups de vent. Manomètre à maxima,
- 211.
- Florain (Dr). — Propriété des orties et principalement de l’ortie blanche, 262.
- Fonvielle (\Y. de). — Expériences du pendule de Léon Foucault au Panthéon de Paris, en 1851, 409.
- Foureau (F.). — Les meliara ou chameaux coureurs, 85.
- Cadeau de Kerville (H.). — Les veaux à deux tètes. Deux monstres doubles autositaires, 405.
- Girard (Jules). — La température probable du pôle, 378.
- Gobin (A.). — Une des causes de destruction des pierres de construction, 55. — Déversoir-siphon évitant toute obstruction des tuyaux, 170.
- Good (Arthur). — Les inventeurs et les aveugles, 18, 298.
- Grad (Cu.). — La mer Morte de Palestine, 221.
- Gintode (L.). — Le sifflet, 75.
- Guyot-Daubès. — Les hommes velus, 41, 86.
- IIeckel (Ed.). — Houllo de l’Afrique équatoriale ou « café du Soudan » (Parkia biglobosa), 131.
- IIément (Félix). — L’optomètre Bull, 187.
- Hennebert (Lieutenant-colonel). — Paris port de guerre, 202.
- Hospitalier (Ed.). — Le mélographe et le mélotrope de M. J. Carpentier, 49. — Le travail électrique des métaux, 57. — Électricité pratique, 83, 295. — La première station centrale de distribution d’électricité à Paris, 101. — La pile automatique de M. Edward O’Keenan, 205. — Le générateur pyromagnétique d’Edison, 227. — Les accumulateurs électriques de M. Desmazurcs, 506. — Un chemin de fer électrique dans une salle à manger, 344. — Illusions d’optique. Les métempsycoses, 581.
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- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPIIARÉTIQUE.
- Rabonne (Dr). — La vallée des geysers d’Islande en 1886,106
- 'Landrin (Fernand). — La Sibérie orientale. Exposition de M. Joseph Martin, au Trocadéro, à Paris, 59.
- Londe (Albert). — La photographie pratique, 151, 227. — La photographie et les faussaires, 195.
- Lortet (Dr). —Les migrations des myriapodes, 159.
- Lucas (Edouard). — Amusements par les jetons, 10. — Récréations mathématiques sur les jetons et les polygones, 54. — Calendrier perpétuel, 158. — Récréations scientifiques sur le jeu de dominos, 218. — Le jeu militaire, 402.
- Maindron (Maurice). — Une araignée de Malaisie. — La né-phile à ventre doré, 25. — Un mammifère volant do la Papouasie, 296.
- Maresciial (G.). — Désinfection des ilegmes alcooliques et vieillissement des eaux-de-vie par l’ozone, 57. — Les cloches musicales de M. Sax, 39. — Pompes à piston captant de, M. G. de Montrichard, 117. — La télégraphie sans fil conducteur, 129,282,595.— Bateau à pétrole de M. Forcsl, 565.
- Martel (E.-A.). — Les cénotés de la Séranne (Hérault), 55.
- Mégnin (P.). — Les puces, 122.
- Ménard de Saint-Maurice (Dr E.). — Les vestiges préhistoriques dans l’istlnne de Panama, 525.
- Meunier (Stanislas). — Académie des sciences (Séances hebdomadaires) 14, 51, 47, 65, 79, 95, 111, 127, 145, 159, 175, 191, 207, 225, 259, 255, 271, 287,505, 519, 555, 551, 367, 385, 599, 415. — Statuette des Indiens Aymaras exposée au Muséum, 5. — Les monuments mégalithiques de Nemours, 177. — Géologie de l’ilc de Jersey, 259.
- Mouillefert (P.). — Les orangers en France, 125. — Les bambous en France, 195.
- Nadaillac (de). —Découvertes préhistoriques en Espagne, 215.
- Nansouty (Max de). — La machinerie hydraulique des messageries de la gare Saint-Lazare, à Paris, 510.
- Oustalet (E.). Le jahiru d’Australie, 391.
- Parville (H. de). — L’autotomie, 81. — La montre-observateur, 157.
- Petit (Georges). — Les trains sanitaires, 557.
- Pluhandon. — Études sur les nuages. Les cirrus, 134.
- Poisson (J.). — Le congrès iüycologiquc, 354.
- Pottier(F.). — Cerf-volant américain, 26.
- Rayet (C.). — Éclipse partielle de Lune du 3 août 1887, 178.
- Rireaud (E.). — L’ébouleihent de Zug, en Suisse, le 5 juillet 1887, 161.
- Richard (F.-M.). — Trois jours au sommet du mont Blanc, 250.
- Robin (Paul). — Carrelage illimité en polygones réguliers, 95.
- Sacaze (Julien). — Les monuments préhistoriques de la montagne d’Espiaux, 279.
- Sorel fils (Émile). — Les grandes vagues de l’Océan, 266.
- Stroobant (Paul). — Le satellite énigmatique de Vénus, 507.
- Thierry (Maurice de). — Laboratoire-portefeuille de M. Poi-trineau, 179.
- Tjssandier (Gaston). — Curiosités de la navigation aérienne, 16. —Le matériel des pompiers de Paris, 33, 88, 153, 206, 559 et 589. — Physique sans appareils, 64, 192, 208, 240, 288,352. — La statue de Philippe Lebon, 65. — Les nuages observés en ballon. Ascension du 8 juin 1887, 67. — Les miroirs magiques, 169. — L’ascension à grande hauteur de MM. Jovis et Mallet, 190, 213. — L’aérostation militaire au Danemark, 247. — Le monument de Benedict de Saussure, 256. — La Société d’excursions des amateurs de photographie, 264. — Le canot électrique de la marine française, 309. — La tour Eiffel, 521, 375. — Les livres nouveaux : La photographie moderne, par Albert Londe; La Vie rus-tique, par André Thcuriet, avec compositions de Léon Lhermitte, 411.
- Yenukoff. — Le tremblement de terre de l’Asie centrale, 198.
- Veiineau (Dr). —Une famille ectrodactyle, 250. — L’archipel Canarien et ses habitants primitifs, 370.
- Vila (H.). — Robnet intermittent, 227.
- Wermaël (Alfred). — Le polymorphisme du feuillage chez le peuplier de l’Euphrate, 214.
- X..., Ingénieur. — Action de l’huile sur la mer pour calmer l’agitation des vagues, 119. — Le grand pont de Forth eu Écosse, 135. — Comment on peut construire soi-même une machine dynamo-électrique, 235. — Élévation des liquides par l’air comprimé, 261. — La distillation des fruits, 342. — — Canon pneumatique à dynamite, 353. — La traction mécanique des véhicules sur routes, 373.
- Zurcher (F.). — La variation séculaire des saisons, 154.
- Z... (D‘). — Thermomètres médicaux, 176. —Les Achantis au Jardin d’Acclimatation de Paris, 249. — Les nouveaux appareils français de désinfection, 289, 322. — Les chats savants, 360.
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- TABLE DES MATIÈRES
- N. B, Les articles de la Chronique, imprimés dans oe volume en petits caractères, sont indiqués
- dans notre table en lettres Italiques.
- Astronomie»
- L’Eclipse totale de soleil du 19 août 1887. . . . 165, 238 Eclipse partielle de lune du 3 août 1887 (G. Rayet). . 179
- ^ (Ingres astronomique de Kiel...........................234
- Le satellite énigmatique de Vénus (P. Stroobant). . . 307
- L âge des étoiles........................................374
- Expérience du pendule de Léon Foucault au Panthéon de
- Paris, en 1851 (AV. pe Foxvieliæ)....................409
- Nouvelle planète......................................... 79
- Analyse spectrale........................................160
- Canon des éclipses.......................................270
- Distance d'une étoile à la terre.........................286
- L'éclipse du soleil et les oiseaux.......................287
- L’empereur du Brésil et Vexpérience du pendule de
- Foucault.............................................534
- La carte du ciel.........................................536
- L’évolution sidérale.....................................415
- Physique»
- La lumière électrique en Espagne...................... 11
- Electricité pratique : La trompette électrique de M. Zi- 15 gang ; l’emploi du cofferdam dans les piles ; bouton allumeur-extincteur; commutateur-substituteur; support à amalgamer de M. Radiguct; dépolissage des
- Le mélographe et le mélotrope de M. Carpentier. . . 15
- Cerf-volant américain (E. Pottier).......................... 26
- Sur la théorie du téléphone. Le monotéléphone ou réson-
- nateur électro-magnétique............................... 27
- Chauffage par l’électricité................................. 59
- Les cloches musicales de M. Sax......................... 39
- Physique sans appareils (Thomas Escriche) (G. T.), 47, 64,
- 145, 192, 208, 210, 288, 416........................... 552
- Le mélographe et le mélotrope de M. J. Carpentier
- (E. Hospitalier)........................................ 49
- Le travail électrique des métaux (E. 11.). ................. 57
- Le radiomètre et la mesure du temps de pose en photographie ................................................. 69
- Le sifflet (L. Gutode).............................. 75, 271
- La première station centrale de distribution d’électricité
- à Paris (E. H.)...........................................101
- La science pratique. Utilisation de la chaleur perdue
- des lampes....................................... 121
- Effets des radiations solaires sur le sélénium............114
- Le pendule à deux branches et ses applications............118
- La télégraphie sans fil conducteur (G. Mareschal) . 129,282, 595 Pendule entretenu électriquement de M. J. Carpentier. 141 La photographie pratique : Le fond russe, photographie amusante, organisation du laboratoire (Albert Londe). 151 Le laboratoire-portefeuille de M. I'oitrineau (M. de Thier-
- ry)........................................... 179, 227
- Etude des timbres des sons par la méthode des flammes
- manométriques...........................................163
- L’éclairage oxhydrique.....................................165
- Les miroirs magiques (G. Tissandier).......................169
- Un orchestre original (E. C.)..............................186
- Le galioscope (A. Boillot).................................190
- La photographie et les faussaires ((Albert Loxde). . . . 195
- La pile automatique de M. Edward O’Keenan (E. Hospitalier)....................................................205
- Le générateur pyromagnétique d’électricité (Th.-A. Edison)............................................. 227, 241
- Comment on peul construire soi-même une machine dynamo-électrique (X..., Ingénieur).............. 255, 314
- Le télégraphie électrique au Japon.........................279
- Récréations scientifiques. Singulière manière de couper
- une pêche avec son noyau................................304
- Les accumulateurs électriques de M. Desmazures (E. H.). 506
- La fabrication des accumulateurs aux Etats-Unis. . . . 527
- Un chemin de fer électrique dans une salle à manger
- (E. H.). .'.............................................544
- Modèle de démonstration de la machine électrostatique
- de Wimshurst...............................................359
- Illusions d’optique. Les métempsycoses.....................581
- Le devin magnétique.................................400
- La téléphonie internationale. Le téléphone de Paris à
- Bruxelles...............................................407
- Application du phonographe................................. 46
- Les couleurs des prismes................................... 79
- Compression des liquides.................................. 112
- La télégraphie en mer.................................... 159
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- 424
- TABLE DES MATIÈRES,
- Les progrès de la télégraphie électrique..............175
- U électricité dans les théâtres.......................250
- Photographie d'une roue de voiture en mouvement.
- . ........................................207, 502
- La lumière électrique au Japon.......................>505
- La compagnie Edison aux Etats-Unis....................554
- Les progrès de Véclairage électrique au point de vue
- économique....................................... 355
- Télégraphie optique...................................535
- Le phonographe rendu pratique.........................551
- Polarisation rotatoire................................307
- Éclairage électrique des trains.......................598
- Chimie.
- Désinfection de flegmes alcooliques et vieillissement des
- eaux-de-vie par l’ozone (G. M.)...................... 37
- Conservation du beurre.................................... 90
- Pasteurisation de la bière en bouteilles................ 99
- I/cclairage oxhydrique.................................. 165
- Conservation et transport des viandes par le froid. . . 183
- Les nouvelles matières explosibles........................205
- La métallurgie électrique. La préparation industrielle
- de l'aluminium par l’électricité.....................291
- La fabrication du lait concentré........................531
- La distillation des fruits et la fabrication de l’eau-de-vie
- (X.... Ingénieur)......................................342
- Bouteilles en papier......................................500
- Le nalron................................................. 15
- Alliages d’étain.......................................... 15
- Recherches sur la constitution moléculaire de l’acier. 15
- Propriétés physiques de l'acide sulfureux................. 51
- Les métaux du platine..................................... 51
- L’inosite et le dambose...........................47, 79
- Sur le beurre............................................. 47
- Chromate d’aniline........................................ 47
- Composés métalliques explosifs............................ 63
- Jjes dangers du contact du bois avec les tuyaux chauds 110
- Antiquité des biscuits....................................142
- Une nouvelle lumière pour les photographies instantanées................................................... 191
- Sur l’emploi de la magnésie comme succédané du plâtre.......................................................239
- L’okonile.................................................270
- Le carbonate d'aniline....................................519
- Nouvel antiseptique.......................................551
- La conservation des œufs..................................307
- météorologie. — Physique du globe. Géologie. — minéralogie.
- Les trombes ascendantes. Travaux de M. CollaJon. . . 1
- Le mascaret du 12 avril 1887 à Caudebec............... 52
- Les cénotés de la Séranne, Hérault (E.-A. Martel). . . 55
- Les coups de foudre................................... 90
- Les vagues de la mer; les grandes vagues de l’Océan
- (Emile Sorel fils)............... ............ 104, 206
- Eboulement de Zug en Suisse (E. Ribeaud).........100, 161
- La vallée des geysers d’Islande en 1886 (Dr Labonne). . . 106
- Etudes sur les nuages. Les cirrus. (Pluhandon)......134
- Le tremblement de terre du Japon du 15 février 1887. 150
- La variation séculaire des saisons (F. Zurcher)..........154
- Source intermittente de Vessc, près Vichy (Allier).
- (M. A. C..., Ingénieur)...............................175
- Les monuments mégalithiques de Nemours (Stanislas
- Meunier)..............................................177
- Les Ircmblements de terre du Mexique (3 et 29 mai 1887).
- ............................................ 182, 198
- Le tremblement de terre de l’Asie centrale du 9,juin 1887
- (Yenükoff). . ...................................... 198
- Mesure des coups de vent. Manomètre à maxima (Dr Fines). 211 Trois jours ausommet'du mont Blanc (F.-M. Richard). . 250
- Le cyclone de la Redorte (Aude), 15 août 1887....... 255
- Géologie de l’ile de Jersey (Stanislas Meunier).....259
- Pépites monstres......................................555
- La température probable du pôle (J. Girard)...........578
- Sur le dépôt des sables................................ 15
- Pluie de poussières.................................... 62
- Le météorite de Grazac................................. 65
- Observations magnétiques............................... 79
- Géologie des Vosges.................................... 79
- L’électricité dans les tremblements de terre........... 94
- Uétang de Berre........................................ 95
- L’oligocène du Coudrai.................................U1
- Oies sauvages tuées par la foudre......................127
- Une pierre dans un grêlon..............................127
- Géologie du cap llorn..................................128
- Nouvelle météorite........................... 143, 415
- Tremblements de terre................................. 143
- Le bruit de l’eau......................................loi
- Perturbation magnétique ( E Mourkaux).................505
- Théorie des trombes........................... 505, 415
- Une pépite monstre............................ 554, 555
- La plus basse température observée en météorologie 554
- L'amiante dans l’Oural................................555
- L’ozo hérite...........................................567
- Variété remarquable de cire minérale..................568
- Les plages soulevées de la Ligurie....................599
- J.a hauteur des nuages................................599
- L’arc tangent des halos................................400
- Sciences naturelles. — Zoologie, — Botanique.
- Paléontologie.
- Un arbre gigantesque. Sapin du Mexique à Tule. ... 8
- Une araignée de Malaisie. Le néphile à ventre doré (Ne-
- phila chrysogaster) (Maurice Maindron).......... 23
- Accroissement extraordinaire des incisives d’un paca. . . 45
- L’autotomie (Henri de Parville)......................... 83
- Les mehara ou chameaux coureurs (F. Fourfau). ... 85
- Les puces (P. Mégnin)..................................122
- Les orangers en France (P. Mouillefert)................125
- Houllc de l'Afrique équatoriale ou « café du Soudan »
- (.Parkia biglobosa) (Ed. IIeckel)..................131
- Les migrations des myriapodes (Dr Lortet)............139
- Une morille monstre..................................160
- Les bambous en France (P. Mouillefert)...............195
- Le polymorphisme du feuillage chez le peuplier de l’Euphrate (Alfred Wermael)..............................214
- Un mammifère volant de la Papouasie (E. Maindron). . 29ù
- Les bouquets (J. Dïbowski)...........................515
- Un curieux reptile. Le lézard cornu (Gn. Brongniaht) . . 349
- Le congrès mvcologiquc (J. Poisson)..................554
- Les chats savants (LF Z...)..........................360
- Le Jabiru d’Australie (E. Oustalet)..................391
- Nénuphar fossile..................................... 14
- Le laboratoire Arago................................... 15
- Gomment les singes mangent les huîtres................. 46
- Le vol des oiseaux..................................... 47
- Nature des bilobites....................... ... 94
- L’anguillule de la betterave.......................... 112
- Lumière électrique et zoologie.........................159
- Une pluie de fourmis...................................159
- Les épaillards de la côte est d’Angleterre.............255
- Le chien descend-il du loup............................287
- La longévité chez les oiseaux..........................502
- Un manteau de gorges d'oiseaux du paradis. . . . 303
- Une orchidée rare......................................519
- Fossiles africains..............”.......................319
- Luminosité de lapholadc................................535
- Nouvelle cycadée fossile...............................550
- Sur les syringodendrons................................551
- Une grosse perle...................................... 567
- Sur les cysticerques.................................568
- L’elasmotherium........................................575
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-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 425
- Les stigmarhizomes................................583
- La faune des tombeaux.............................399
- Un nid d'acier....................................415
- («éographic. — Voyages d’exploration.
- L'Afrique équatoriale. Expédition du Dr Junker et de
- Stanley................................................. 58
- La Sibérie orientale. Exposition de M. Joseph Martin, au
- Trocadéro, à Paris (Fernand Landrin) ................... 59
- La vallée des geysers d’Islande en 1880 (Dr Laboxne). . 100
- La catastrophe de la Jungfrau.............................189
- La mer morte de Palestine. Notes de voyages (Ch. Ghad). 221 Trois jours au sommet du mont Blanc (F.-M. Richard). 230 Le séjour au sommet du mont Blanc (Ch. Durier). . . 279
- Accroissement des villes aux Etats-Unis...................338
- Le tour du monde en vélocipède............................555
- La science au Japon....................................... 78
- Les îles Hawaï............................................415
- Anthropologie. — Ethnographie. — Sciences préhistoriques.
- Statuette des Indiens Aymaras (Stanislas Meunier) ... 5
- L’exploitation du silex aux temps préhistoriques (Marcelin Bojjle)......................................... 34
- Les hommes velus (Guyot-Daubès)...................41, 86
- Une famille de nains (Ch. Brongniart).....................179
- Découvertes préhistoriques en Espagne( Mis de Nadail-
- lac).................................................. 215
- Les Acliantis au Jardin d'Acclimatation de Paris (Dr Z.) . 249
- Les monuments préhistoriques de la montagne d’Espiaux
- (Haute-Garonne). (Julien Sacaze)........................279
- Les monuments mégalithiques de Carnac.....................305
- Les vestiges préhistoriques dans l’isthme de Panama (Dr
- Ménard de Saint-Maurice)................................325
- L’archipel Canarien et ses habitants primitifs (Dr Verseau) 370
- Les centenaires........................................... 15
- Les négritos................................. . . y 17
- Station préhistorique du lac de Bieune. ..... 62
- Salomoniens cannibales.................................... 79
- Collections scientifiques des îles Canaries...............318
- Mécanique. — Art de l’ingénieur. — Travaux publics. — Arts industriels.
- Les tunnels de la Severn et de la Merscv en Angleterre. Causes de la destruction des pierres de construction (A.
- Gobin)...................•.......................18,
- Distributeur électrique système Brunet.................
- Le matériel des pompiers de Paris (Gaston Tissandier). .
- ......................... 35, 88, 153, 200, 359,
- Expérience du propulseur à réaction de MM. Just Buisson et Al. Ciurcu. Catastrophe du 16 décembre 1886
- (Al. Ciurcu)...........................................
- La catastrophe du tunnel du Col-de-Labrc Beaurières
- (Drôme).............................................
- Les mines de nickel du district de Tliio (Nouvelle-Calédonie).................................................
- Transport de la force par l’électricité c:i Suisse. . . .
- Les chemins de fer en Orient (H. Binder)...............
- Pompes à piston captant de M. G. de Montrichard. . . .
- La petite mécanique du dix-huitième siècle.............
- Le grand pont de Fortli en Ecosse (X.., Ingénieur). .
- Le canal de la mer du Nord à la Baltique...............
- Machine à fabriquer les caisses d’emballage (X...). . . Collecteur de poussières, système Comerfurl (M.A. G...,
- Ingénieur)..........................................
- La montre-observateur (H. de Parville).................
- La mine et l’usine à mercure d’Almaden (Espagne). . .
- 5
- 55
- 29
- 389
- 70
- 75
- 87
- 90
- 115
- 117
- 128
- 135
- 139
- 148
- 155
- 157
- 158
- Wagons de chemin de fer. Types nouveaux sur les lignes
- françaises (L. B.).....................................166
- Déversoir-siplion évitant toute obstruction des tuyaux
- (A. Gobin).............................................170
- Tourne-fcuille mécanique..................................171
- Le cinquantenaire des chemins de fer en 1887............. 209 /
- Phare électrique de l’île de May..........................210
- Clapet de retenue sphérique pour générateur à vapeur. 224 Le chemin de fer à crémaillère du mont Pilate en Suisse 225
- Robinet intermittent (II. Vila)...........................227
- Voiture à vapeur de MM. Roger de Montais et L’Héritier 244 -
- Les trains-tramways. (L. B.)............................. 245 j
- Les trains de chemin de fer aur États-Unis (L. B.). . . 258
- Élévation des liquides par l’air comprimé (X..., Ingénieur) 262
- Tonnellerie mécanique (Louis Arbev).......................267
- Le captage du grisou......................................271
- Application des combustibles liquides au chauffage des chaudières maritimes. Brûleur de M. G. Diétrich (M.-
- A. C..., Ingénieur)............................ 274, 532
- Le blutage des terres.....................................277
- Les inventions du vieux temps. L’horloge aux épices et
- les ascenseurs sous Louis XIV..........................286
- Renversement d’un train par le vent..................... 290' l
- La machinerie hydraulique des messageries à la gare
- Saint-Lazare à Paris (M. de Nansoutv)................310
- La tour Eiffel (G. Tissandier).................... 521, 375
- Les jouets scientifiques. La mouche mécanique.............336
- La gravure par les jets de sable........................337
- L’érection d'un obélisque.................................339
- Soupape de sûreté Nicholson (M.-A. C..., Ingénieur). . 347 Application de l’adhérence capillaire (J. Dybowski). . . 559
- Télémètre de poche........................................362
- La traction mécanique des véhicules sur routes (X..., Ingénieur)................................................373
- Le chemin de fer funiculaire de Hong-Kong (L. B.). . . 585
- Moteur à gaz et dynamo combinés pour l’éclairage électrique domestique.......................................387
- Les ponts en acier. Pont du Fust, sur le Roubion, à Mon-
- télimar..............................................401
- Le canal de Panama..................................... . 15
- Chemin de fer de Saint-Pétersbourg à Paris. ... 111
- Fers à cheval.............................................127
- Le prix du nickel........................................ 159
- Nivellement...............................................160
- Roulette en papier comprimé...............................175
- Le chemin de fer nogentais................................207
- Pièce de forge colossale construite par les forges du
- Creusot.........................................239
- Photographie d’une roue de voilure en mouvement.
- Les pompes des docks Victoria à Londres............287
- Trempe par Vélectricité..............................287
- Une turbine de 1000 chevaux-vapeur...................334
- Ce que peut rapporter une grande invention. . . . 334
- Statistique des explosions dans les mines en Angleterre................................................334
- La puissance des machines du monde.................366
- Une nouvelle forme de clou et vis. ................399
- Sur les unités de la mécanique . ..................399
- Les mines d’or en Chine..............................414
- Un nouveau rôle de la dynamite..................... 415
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- La prophylaxie de la fièvre jaune (D1 A. Cartaz). . . 2
- Les inventeurs et les aveugles (Arthur Good). . . 18, 298 Les maladies de la vision et les employés de chemin de
- fer en Angleterre (Pii. Delahaye)................ 23
- Pureté de la glace............................ 114
- I/épidémic de suette miliaire (Dr A. Cartaz)........146
- Thermomètres médicaux (Dr Z.). . ...................176
- L’optomètrc Bull (Félix Hément).....................187
- Les médicaments nouveaux. La solanine...............199
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- 426
- TABLE DES MATIÈRES.
- Une famille ectrodactyle (D‘ Verseau)..................250
- Les nouveaux appareils français de désinfection
- (Dr Z.)...................................... 289, 522
- Les trains sanitaires (Georges Petit)..................556
- Action à distance des médicaments chez les sujets hypnotisés. ........................................... 570
- Les veaux à deux tètes. Deux monstres doubles autosi-
- taircs (II. Gadeau de Kervillk).....................405
- La vie propre des muscles.............................. 51
- Étiologie de la diphtérie.............................. 51
- Le béri-béri........................................... 47
- Expérience sur un décapité............................. 79
- La méthode Pasteur et les savants anglais.............. 94
- Un succédané de la morphine............................112
- Le ferment de l’indigo.................................159
- Le microbe de la fièvre faune.............. ... 159
- Le pouls géminé........................................159
- De l'action du tabac sur la santé......................502
- Nature du tétanos......................................505
- Conditions mécaniques du sol. ...».....................505
- Le dispensaire Gif fard................................518
- Propriété du système nerveux...........................555
- Origine de la scarlatine...............................556
- Traitement préventif de la rage........................551
- Résistance de l’organisme au développement des microbes.............................................. 552
- Physiologie du système nerveux.........................585
- Médecine hypnotique....................................584
- Obésité................................................399
- Prétendu rôle protecteur du foie.......................415
- Agriculture. — Acclimatation. Pisciculture, etc.
- Le mildew (M.-À. G..., Ingénieur)................44, 91
- Reconstitution des vignobles dans le midi de la France. 215
- Les lapins en Australie..............................247
- Les oies de Madagascar..................................275
- Les crosnes du Japon (E. Bergman) , ....................369
- Progrès de l’ostréiculture en France....................387
- Culture de la vigne dans la République Argentine 62
- Une ruche gigantesque................................... 94
- Le moineau en Australie.................................110
- Le charbon des porcs....................................160
- Importation des poissons congelés.......................367
- Un saumon gigantesque...................................599
- Art militaire. — Alarme.
- Les vélocipédistes militaires........................... 17
- Le jaugeage des bateaux et des navires..................102
- Bateau démontable................................ . . 113
- Action de l'huile sur la mer pour calmer l’agitation des
- vagues...............................................119
- Le torpilleur à grande vitesse l'Ouragan................145
- Paris port de guerre (Lieutenant-colonel Hennebert). . 202
- Le canot électrique de la marine française (G. Tissan-
- dier)............................................... 509
- Le coton et les incendies en mer........................546
- Canon pneumatique à dynamite de M. le lieutenant
- Zalynski (X..., Ingénieur)...........................555
- Bateau à pétrole de M. Forest (G. Marescual)............365
- Les bateaux en papier...................................595
- Le port de Sébastopol................................... 51
- Le filage de l'huile.............................52, 160
- Traversées rapides...................................... 55
- Les abordages en mer.................................... 65
- Signaux sonores sous-marins............................. 79
- Une traversée extraordinaire............................110
- Un steamer rapide.......................................175
- Les chiens militaires................................ . 223
- Les pigeons voyageurs...................................225
- Arrêt des navires en vitesse.........................255
- Les deux « Trafalgar » de 1837 et 1887............. 286
- Le « Great-Eastern ».................................385
- L'éclairage sous-marin...............................584
- Le chauffage au pétrole appliqué à un cuirassé. . . 398
- Aéronautique.
- Curiosités de la navigation aérienne (G. Tissandiek). . 16
- Les nuages observés en ballon. Ascension du 8 juin 1887
- (Gaston Tissandier).................................. 67
- Expériences sur les cerls-volants. Projet d’un llotteur pour les ballons dans les traversées maritimes (1). Col-
- ladon)............................................... 97
- L’ascension à grande hauteur de M1I. Jovis et Mallet
- (Gaston Tissandier)...........................190, 215
- L’aërostation militaire au Danenark (Gaston Tissandier). 247 Histoire de mes ascensions. Récit de quarante voyages
- aériens par Gaston Tissandier........................363
- L’ascension du ballon 1 ’Arago..........................402
- Les ballons captifs italiens en Abyssinie...............383
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- Octave Pavy............................................. 11
- Laguerre............................................... 47
- La statue de Philippe Lebon (Gaston Tissandier) ... 65
- La statue de Nicolas Leblanc............................ 67
- Le cinquantenaire des chemins de fer en 1887........... 209
- Le monument de Bcnedict de Saussure.....................256
- Un des pères de la photographie. II. Bayard.............347
- G. R. Kirchhoff. .......................................551
- Le comte de Ruolz.......................................414
- Charles Drouault........................................383
- La science au Japon..................................... 78
- Hommage à M. Chevreul.................................111
- La statue d'Arago.......................................142
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- Académie des sciences (Comptes rendus des séances hebdomadaires).................... 14, 31, 47, 65, 79,
- 95, 111,127, 143, 159, 175, 191, 207, 223, 239,
- 255, 271, 287, 305, 319, 355, 351, 367, 383, 399, 415 Séances annuelles de la Société française de physique. . 30
- Exposition de M. Joseph Martin au Trocadéro, à Paris
- (Fernand Landrin).................................... 59
- Congrès astronomique de Kicl. ..........................234
- L’Association britanique pour l’avancement des sciences.
- Congrès de Manchester. Août 1887.................... 254
- Société d’excursions des amateurs de photographie (G. Tissandier)................................................264
- L’Association française pour l’avancement des sciences.
- Congrès de Toulouse. Septembre 1887................. 274
- L’Exposition des insectes utiles et des insectes nuisibles à l’Orangerie des Tuileries......................270
- Congrès géodésique......................................319
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Amusements par les jetons (Edouard Lucas)............... 10
- Récréations mathématiques sur les jetons et sur les polygones (Édouard Lucas)................................. 54
- La science pratique. Tournevis américain. Echelle pliante. (A. Dupuï) Anneau blaisois. Tuteur franc-comtois (A. R.).................................... 80, 350
- Carrrelage illimité en polygones réguliers (Paul Rouin). 95 Calendrier perpétuel (Ed. Lucas)........................158
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- TABLE DES MATIÈRES.
- 4*27
- Le jeu de hasard. Les petitschevaux des villes d’eaux. 170 Récréation scientifique sur le jeu de dominos (Ed. Lucas). 218 Les grands feux de joie du Jubilé de la reine d’Angleterre (J.-A. Berly).........................................257
- Les écoles au Tonkin........................................267
- Récréations scientifiques. Déclic et son noyau. Imitation
- du tonnerre (Th. Escriciie)................. 504, 568
- Le polygraphe (J. A. B.)....................................320
- Récréations arithmétiques (E. Cheyssox).....................326
- Bourrelets pneumatiques pour portes et fenêtres (J. I’.). 350 Jouets scientifiques............................... 336, 400
- Le jeu militaire (E. Lucas).............................402
- Les livres nouveaux. La Photographie moderne, par Albert Londe ; La Vie rust)que, par André Theui iet, compositions de Léon Lhermitte (G. Tissandier). . . 411
- Couverture de lit en papier.......................... 46
- L’industrie de la paille en Italie................... 62
- Livres rares............................................ 94
- L’eau de la Seine...................................... 127
- Le « Journal offieicl du Tonkin ».......................175
- L’instruction publique en Chine.........................191
- Cheval et vélocipède....................................599
- FIN DES TABLES.
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- ERRATA
- Tage 212, col. 1, ligne 48. Au lieu de : 133 kilogrammes par
- mètre carré.
- Il faut : 128 kilogv. , 22 par mètre carré.
- Page 249, col. 1, ligne 21. Au lieu de : elle reçoit souvent
- de son mari.
- Il faut : reçoit souvent de son mari (en supprimant elle).
- Page 205, col. 2, ligne 18. Au lieu de : au grand galop.
- Il faut : au trot.
- Page263, légende de la fig. 3. .lu lieu de : cheval arabe et
- sou cavalier au grand galop.
- Il faut : cheval arabe et son cavalier, au trot.
- Page 287, col. 1, ligne 9 ctsuiv. La notice photographie d'une
- roue de voiture en mouvement, doit être rectifiée par celle de la page 502.
- Page399, légende de la lig. l. Au licude : incendie de l’Opéra-
- Comique.
- Il faut : Incendie de l’Opéra de Paris.
- Imprimefie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Tar s.
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