La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- REVUE RES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
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- LES TRENTE VOLUMES PRÉCÉDENTS SONT EN VENTE
- AVEC. I.E VOI.IIME DES TARIES DES DIX PREMIÈRES ANNÉES
- Imprimerie A. Uahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- REVUE DES SCIENCES
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- HONORÉ PAR M. LE MINISTRE DE lTnSTRPOTION PUBLIQUE u’üNE SOUSCRIPTION POUR LES BIBLIOTHÈQUES POPULAIRES ET SCOLAIRES
- RÉDACTEUR EN CHEF
- GASTON TISSANDIER
- SEIZIEME ANNÉE
- PARIS
- G. MASSON, ÉDITEUR
- LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 120
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- 16° ANNÉE. — N” 785.
- 2 JUIN 1888.
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- ÉTUDE SUR LES TROMBES
- OBSERVATION D’UNE TROMBE TERRESTRE AU CHAMI*
- DE MANŒUVRES DE VINCENNES, LE 13 MAI 1888
- Un sait à combien de discussions, a combien de controverses ont donné lieu les théories relatives a la formation des tourbillons aériens auxquels se rattache l'histoire des trombes marines et terrestres. Ce n’est pas aujourd’hui une étude théorique que nous allons présenter a nos lecteurs, mais une simple observation de faits bien examinés. 11 n’est pas facile de se trouver dans les conditions propres à voir de près une trombe.
- M. H. Gilbert, professeur à l’école municipale Colbert, a eu cette bonne fortune, et il nous a adressé pour La Nature une notice détaillée
- de fort bons croquis ; nous reproduisons in extenso la notice et les figures qui l’accompagnent. Il nous a semblé qu’il y avait là un document précis, et par conséquent précieux à enregistrer.
- Le dimanche 13 mai 1888, vers 5 heures et demie de l’après-midi, je me trouvais, avec quelques personnes de ma famille, au champ de manœuvres de \incennes, sur la route dite de la Pyramide, à l’angle de celles qui conduisent à la Ferme et à la Faisanderie.
- La chaleur était accablante, le ciel très pur et l’air absolument calme. Arrivés à 5 ou 6 mètres de l’endroit 1 fi" année. — 2" semestre.
- marqué A sur le croquis (tig. 1 et 2), nous entendîmes un bruit très accentué, étrange, comparable à celui que ferait en tournant une toupie colossale ; ce bruit semblait d’autant plus inexplicable que rien n’en pouvait faire concevoir la cause; l’atmosphère demeurait d’une transparence parfaite et le pays, étant tout plat, n’offrait rien de particulier à la vue. Cependant nous aperçûmes en A comme un mouvement giratoire d’une extrême violence ;
- la route est très poussiéreuse; la poussière et des débris de toute sorte semblaient entraînés dans un mouvement tournant très rapide (tig. 1); c’est alors que le tourbillon prit une forme sensible, celle d’un grand entonnoir placé dans sa position naturelle. Le sable, entraîné par le mouvement giratoire, se répandit peu à peu, en montant, sur la périphérie du tourbillon, ce qui aurait pu faire croire que celui-ci s’élevait vers les nues.
- Les dimensions apparentes du tourbillon augmentèrent donc assez rapidement par l’afflux incessant des poussières qui, s’élevant progressivement suivant des trajectoires hélicoïdales , finirent par se rassembler à 20 ou 25 mètres de hauteur en un nuage opaque de forme globulaire (fig. 2).
- Mais le tourbillon était en outre animé d’un mouvement général de translation (y compris le nuage globulaire) incomparablement plus lent d’ailleurs que le mouvement giratoire : la trombe se déplaçait tout d’une pièce sans s’infléchir, ce qu’il est permis d’attribuer au calme plat de l’atmosphère ambiante ou à la faible vitesse de la translation.
- La première trombe, celle que représente la figure 2,
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- accompagnée
- Fig. 1 et 2. —- Aspect général du tourbillon observé le 13 mai 1888.
- Fig. 1. Début visible de la trombe. — Fig. 2. Trombe dans son état complet de formation.
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- dura trois ou quatre minutes au plus. Arrivée eu H, la pointe se mit à osciller dans le, sens vertical, à danser, si l’on peut s’exprimer ainsi; elle quitta enfin définitivement le sol, disparut, et la trombe avec elle. Il ne subsista plus, à la partie supérieure, qu’une vague nébulosité qui ne tarda pas à s’évanouir à son tour. Dans notre dessin (tig. 2) la flèche /j indique le sens de translation, la flèche f2 indique le sens du mouvement giratoire du tourbillon.
- Quelques instants après, une deuxième pointe commença à apparaître en I) (tig. 3) ; un tourbillon plus petit que le premier se forma et parcourut assez vivement la trajectoire DE ; mais ce ne fut là qu’une manifestation éphémère. 11 n’en fut pas de même du troisième et dernier tourbillon qui prit naissance presque au même point A précédent et qui recommença la même série de phénomènes déjà décrits, sauf cependant la formation du nuage globulaire qui fut moins nettement visible; mais cette infériorité fut compensée par une supériorité: celle de durer plus longtemps, de décrire une longue trajectoire AC d’au moins 100 mètres de longueur, et de pré-
- a
- Fig. 5 et 4. — Trajectoires des tourbillons successifs.
- Fig. ô. Marche suivie par les tourbillons. — Fig. 1. Aspect du sillon tracé par le sol poussiéreux.
- senter, vers la fin de son existence (cinq ou six minutes), un phénomène remarquable de segmentation. Arrivée au point C, la pointe commença à danser, puis, tout d’un coup, cinq ou six pointes plus petites se substituèrent à la précédente et se disposèrent suivant une circonférence de quelques mètres de diamètre. Chacune de ces pointes tourbillonnait sur elle-même dans le même sens que la grande pointe primitive; de plus, leur ensemble était animé d’un mouvement circulaire d’entraînement le long de la circonférence sur laquelle elles étaient distribuées ; enfin le mouvement général de translation rectiligne avait cessé. Au bout de quelques secondes, les pointes s’affaiblirent, dansèrent, s’élevèrent et disparurent. Puis tout rentra dans l’ordre.
- 11 me vint alors l’idée de me rendre compte approximativement de la température du sol de la route où ces phénomènes avaient commencé leur apparition : j’appliquai le dos de la main contre la poussière et ressentis une faible sensation de fraîcheur, ce qui peut donner une idée de la température cherchée. J’examinai ensuite le sillon tracé par la pointe de la première trombe : le sol semblait confusément raviné sur une largeur uniforme de quelques centimètres nettement délimitée (fig. 4) ; je n’ai vu aucune trace, en dehors de ce sillon, d’un mouvement convergent quelconque de la poussière pouvant résulter d’une aspiration vers Taxe du tourbillon. Enfin, pour compléter ces renseignements, il convient de dire que l’état général de l’atmosphère ne sembla pas affecté, dans son équilibre, par l’apparition de ces phénomènes.
- M. (iiJberl, occupé à étudier le phénomène qu’il a vu se produire sous ses yeux, n’a pas songé à s’en approcher aussi près que possible pour se rendre compte du sens du mouvement vertical de la trombe. Dans des circonstances analogues, un observateur pourrait assurément, palper en quelque sorte de la main le tourbillon, et apporter le résultat d’une observation décisive sur la marche ascendante ou descendante de la colonne d’air centrale. Mais les trombes ne sont pas des météores dont on puisse habituellement s’approcher sans danger, et les petits tourbillons de poussière de nos routes ne donnent habituellement qu’une image trop fugitive du phénomène. 11 est donc difficile d’espérer pouvoir faire une constatation de ce genre. (1. T.
- DEUXIÈME RÉUNION ANNUELLE
- DES COLbADORATEURS DE (( LA NATURE ))
- Le deuxième banquet annuel de La Nature a eu fieu le jeudi 24 mai dans la grande salle des Fêtes de l’Hôtel Continental à Paris, sous la présidence de M. Janssen, président de l’Académie des sciences.
- Voici par ordre alphabétique les noms des assistants :
- MM. L. Arbey; Bauclie ; Gaston Bozérian; R. Bischoffs-heim; Bartholdi; Balagny ; Bergmann ; Cailletet, de l’Institut; Clément; Clémandot; Dr Cartaz; Maxime Cornu; P.-P. Dehérain, de l’Institut; Eiffel ; Gadot ; Albert Gau-dry, de l’Institut ; 11. Gauthier-Yillars ; A. Guébhard ; J. de Guerne; Paul Garnier; Hospitalier; Paul Henry; Prosper Henry ; Jousset de Bellesme ; La Marina ; Landrin ; Lahure; Liébaut; Albert Londe; Laffargue; Mermet; A. Martel; G. Masson; Maquenne; Moureaux ; Dr Martin; Ch. Mildé ; E. Morieu; de Nansouty; de Nadaillac; ISachet; A.-F. No-guès; Olivier ; Picou; Poyet ; Poisson; Dr Ranque; Radi-guet; Renou; Raffard; Rivière; de Saporla; Salet; Stresser ; Saunier ; Saffray ; Alfred, Albert et Gaston Tissandier; Emile Tilly; Trouvé; Violle; Yila; Villard. — Plus de trente personnes s’étaient excusées de ne pouvoir assister à la réunion pour des empêchements divers.
- En menu avait été spécialement dessiné par M. Albert Tissandier; il représentait, au milieu d’un ciel étoilé, l’Observatoire d’astronomie physique de Meudon, dont M. Janssen est le fondateur et le directeur. Au milieu de la table M. Trouvé avait installé un énorme bouquet de fleurs à lumières électriques qui ont brillé d’un vif éclat aussitôt que les convives se sont assis. Voici les allocutions qui ont été prononcées après le repas :
- PAROLES DE M. GASTON TISSANDIER.
- « Messieurs, mes chers collaborateurs, mes chers amis,
- « L’an dernier, vous m’avez fait l’honneur de m’offrir le premier dîner de La Nature, fondation tout amicale, qui a pour but de réunir en un banquet confraternel les collaborateurs d’une même œuvre, auxquels veulent bien se joindre des maîtres bienveillants. J'ai encore présentes à l’esprit et gravées dans le cœur, les paroles si élogieuses, si affectueuses, que M. Cailletet, notre président d’alors, et M. Janssen, qui avait eu la bonté d’être un de nos adhérents, ont fait entendre à mon égard1. Après ce premier dîner, il a été convenu que nous dînerions ensemble
- 1 Voy. n° 725, du U avril 1887, p. 502.
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- une fois par an, et que nous demanderions chaque année a quelques-uns de nos savants les plus éminents de présider notre fête de famille.
- « M. Janssen a bien voulu cette année prendre la place d’honneur de notre banquet. Nous lui en sommes vivement reconnaissants. L’honorable président de l’Académie des sciences, en donnant un témoignage de sympathie à notre œuvre, lui donne aussi la consécration de la vraie science.
- « Mon cher maître, nous sommes fiers de votre approbation, parce que cette approbation ne constitue pas un éloge banal ; nous la considérons au contraire comme un diplôme de mérite qui nous est précieux, car il nous est donné par un bomme chez lequel nous ne savons ce qu’il faut le plus admirer, de l’importance des travaux ou de ’élévation du caractère.
- Tous les collaborateurs de La Nature partagent mon avis à cet égard; vous voyez qu’ils sont nombreux puisqu'il n’y en a qu’une partie de réunis autour de cette table. Il y a parmi eux des savants de tout rang, de toutes professions, de toute opinion; tous sont animés de la même ardeur quand il s’agit de combattre pour la cause de la science et de la vérité.
- « Cher et vénéré Président, au nom des collaborateurs de La Nature, je bois à votre santé, à vos découvertes, à votre gloire scientifique. Je sais que c’est la seule que vous ambitionniez.
- « Permettez-inoi de joindre à ce toast celui que je porte à votre voisin de table, M. Dehérain, qui est l’un des collaborateurs de la première heure de La Nature. Depuis notre dernière réunion, M. Dehérain a été nommé membre de l’Académie des sciences ; il a pris la place qui lui était due sous le dôme de l’Institut de France. C’est un honneur qui rejaillit en partie sur notre œuvre, et dont nous sommes heureux de le féliciter. »
- PAROLES DE M. JANSSEN,
- Président de l’Académie des sciences.
- « Messieurs,
- « Je suis profondément touché de la manifestation dont je suis l’objet ici. Vous m’avez fait un honneur dont je sens tout le prix, en me demandant de venir occuper, au milieu de vous, la place que vous avez voulu m’y réserver. La plus belle récompense que puisse recevoir un homme qui s’est voué à la science, lorsqu’il approche de la fin de sa carrière, c’est de voir que ses efforts ont été appréciés, de pouvoir espérer qu’il aura des continuateurs, et de recevoir de semblables témoignages d’estime de ceux qui comme vous, Messieurs, représentent avec éclat le présent et l’avenir de la science.
- « Vous venez de me dire, mon cher Tissandier, que ma présence ici était un témoignage d’approbation pour votre œuvre, et que vous en étiez reconnaissant. Vous auriez pu dire que non seulement mon approbation, mais toute ma sympathie vous était acquise, mais je veux ajouter que je n’ai aucun droit à votre reconnaissance. Tous ceux qui aiment la science sont trop heureux de voir des hommes qui ont la conscience, le savoir, le talent de vos collaborateurs, travailler à la répandre. C’est là, en effet, mou cher Tissandier, le caractère que vous avez su imprimer à la publication de La Nature, et c’est ce qui a valu un succès si grand et si légitime, auquel nous applaudissons tous. Vous avez su obtenir le concours des écrivains scientifiques les plus distingués, et souvent des savants les plus éminents; vous avez su y joindre la collaboration
- des artistes les plus habiles, et enfin vous avez su intéresser un grand éditeur, M. Masson, qui a compris toute l’importance de votre œuvre, et n’a rien épargné pour lui donner tout son développement. Ce n’est pas, du reste, la seule obligation que les sciences doivent à M. Masson.
- « Puisque je parle de vos collaborateurs artistes, je dois un remerciement à l’un d’eux, qui ne vous est pas le moins cher, à celui qui a fait de si beaux voyages au bénéfice des lecteurs de La Nature, à M. Albert Tissandier, pour le charmant dessin que nous avons sous les yeux en ce moment, et qui représente l’Observatoire de Meudonet les astres qu’on y observe. J’espère, Messieurs, que bientôt je pourrai vous inviter à venir voir notre ciel dans les magnifiques instruments que MM. Henry et Gautier nous préparent. ,
- « Oui, mon cher Tissan'dier, ce qui distingue particulièrement cette publication de La Nature, c’est la compétence des auteurs qui y écrivent. Ingres, pour affirmer la nécessité de fortes études chez celui qui se destine à la peinture, Ingres disait : « Le dessin est la probité de « l’art. » Je dirais volontiers, à mon tour : « La compé-« tence est la probité de l’écrivain scientifique. » Cette compétence, condition première de tout travail sérieux, ne suffit pas encore, tant cet art de mettre les principes de la science à la portée du grand nombre, est difficile. Pour réussir, il faut non seulement posséder à fond la doctrine, non seulement s’être élevé jusqu’à la philosophie qui la résume et la domine, mais il faut encore avoir dans l’esprit assez d’étendue et de souplesse pour se mettre à la place de celui qu’on veut instruire. 11 faut savoir dépouiller le langage technique pour prendre celui qui est familier à son lecteur, quitter ses habitudes de raisonnement et créer des démonstrations et un enchaînement d’idées qui conduise celui-ci d’une manière simple et facile à l’intelligence des vérités qu’on veut lui faire comprendre. Messieurs, cet art-là est un grand art, quand il est pratiqué d’une manière supérieure. C’est un art qui demande un génie particulier, génie qui sans doute n’est pas à la hauteur du génie de l’invention, mais qui, s’il est moins éclatant et moins souverain, n'en a pas moins une utilité incomparable, par les jouissances qu’il nous procure et les bienfaits qu’il répand. Aussi, Messieurs, les savants eux-mêmes ont si bien compris la haute utilité de cette diffusion de la science, qu’ils ont souvent voulu y concourir eux-mêmes. C’est ainsi que, pour ne parler que de ceux que je vois autour de moi, je puis citer mon ami, M. Dehérain, qui, sous ce rapport, a rendu à la science de si éminents services qui ne doivent pas être oubliés; M. Albert Gaudry, notre savant paléontologiste, qui est à la tête de sa science et que je lis toujours avec tant de fruit et de plaisir; M. de Saporta, dont les ouvrages sur les flores passées ont tant d’autorité.
- « Messieurs, il faut bien le reconnailre, dans nos sociétés modernes, où l’opinion gouverne en souveraine, le génie créateur risquerait peut-être d’être méconnu si des voix capables de le comprendre ne montraient à tous la beauté et l’utilité de ses efforts. Ces voix, Messieurs, ne jouent-elles pas, par rapport aux découvertes scientifiques, le rôle de ces cours d’eau qui descendent des hauts sommets et vont dans la plaine répandre le précieux liquide qui doit la rafraîchir et la fertiliser ?
- « Soyons donc .reconnaissants envers ceux qui, comme vous, Messieurs, mettent au service d’une si belle cause leur scierie et leur talent. Messieurs, je bois à La Nature et à ses collaborateurs. »
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- OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES
- EN ALSACE-LORRAINE
- Dans une des dernières séances de la Société météorologique de France, M. Ch. G nul a fait un exposé de l’organisation des observations météorologiques en Alsace-Lorraine. Actuellement, des observations régulières se font dans une vingtaine de stations réparties sur toute l’étendue du pays. Ces stations, sauf l’Observatoire organisé à Colmar par M. Ilirn, sont toutes de second ordre, suffisantes cependant pour bien faire connaître le climat des diverses parties de la contrée, depuis les montagnes au-dessus de 1000 mètres d’altitude jusqu’aux plaines du llhin et de la Moselle, entre Strasbourg et Mulhouse et autour de Metz. Une de ces stations, celle de Strasbourg, donne une série continue d’observations de la température, de la pression, du vent et de la pluie depuis 1801.
- M. Marozeau, à Wesser-ling, et M. le curé Muller, d’abord à Gœrsdorf, puis à lehtratzheim, ont réuni aussi des observations faites avec beaucoup de soin de 1846 à 1880. En 1870, la Commission météorologique, présidée par M. Ilirn, avait organisé un réseau ît peu près complet de stations qui, malheureusement, n’ont pu se maintenir par suite de la guerre et de l’annexion.
- Dans ces dernières années, la Délégation d’Alsace-Lorraine a décidé de créer à Strasbourg un Institut météorologique au point de vue de la prévision du temps et pour les avertissements à l’agriculture. D’un autre côté, le Reichstag a adopté une motion en faveur de la gratuité des dépêches sur les lignes télégraphiques de l’Allemagne pour l’annonce du temps probable. Une fois créé, l’Institut météorologique de Strasbourg aura pour objet de réunir et de contrôler les observations de toutes les stations de l’Alsace-Lorraine.
- CURIEUSE APPLICATION
- DE LA TROMPE DE LABORATOIRE
- LE MASSAGE PNEUMATIQUE
- M. le l)r Brouillard, de Saint-Honoré-les-Bains, a récemment construit un ingénieux appareil dans lequel la trompe de laboratoire est employée pour le massage, dont l’usage, comme on le sait, est très fréquent dans le traitement d’un certain nombre de maladies. L’appareil du I)r Brouillard, désigné par lui sous le nom de ventouse cursive, a la forme d’un
- ellipsoïde à cavité intérieure et le volume d’une petite brosse. Cette ventouse est en gomme élastique pure et très molle. L’une doses extrémités est terminée par un simple trou A (Yoy. la coupe au bas de la figure) faisant communiquer l’air extérieur avec la cavité C de la ventouse; l’autre extrémité B est terminée par un tube en caoutchouc T, à parois épaisses communiquant avec la même cavité. Ce tube plus ou moins long, selon les cas, doit être branché sur la prise d’air d’un appareil à vide Y (trompe à eau ou éjecteur à vapeur). La trompe à eau construite spécialement pour cet usage est fixée sur le robinet d’une conduite d’eau devant avoir 8 à 10 mètres de pression au minimum1.
- Aussitôt que la trompe fonctionne et que le vide se produit, l’appareil est mis en train, l’air de la
- ventouse est entraîné, et si cette dernière est appliquée sur le corps en ayant soin à'obturer avec le doigt le trou A indiqué plus haut, la peau est immédiatement happée par une sorte de succion énergique. Si, dans ces conditions, tenant à la main la ventouse, à la façon d’une brosse, on la promène sur le corps, en l’élevant légèrement au lieu de l’appuyer, on produit une traction de la peau et il subsiste, a l’endroit où l’on vient de passer, une traînée rouge plus ou moins intense, selon les sujets et selon le vide produit, ainsi que selon la vitesse ou plutôt la lenteur avec laquelle la ventouse est promenée. La raréfaction de l’air est enregistrée par un indicateur de vide a cadran gradué en centimètres de mercure. Mais l’habitude du maniement de l’appareil rend promptement inutile l'usage de cet instrument.
- D’après le l)r Brouillard, le vide produit peut varier entre 0,15 et 0,74 de mercure, c’est-a-dire entre tous les degrés de la colonne barométrique. La moyenne de ces chiffres, soit 0,45 de mercure, constitue une bonne dépression pour le massage hygiénique pratiqué, soit isolément, soit après le hain ou la douche. DrZ...
- 1 Si l’on n’a pas d'eau sous pression à sa disposition, on emploie un éjecteur à vapeur, à cônes spéciaux, actionné par une petite chaudière de la contenance de 1 à 2 litres d’eau et chauffée par le gaz, l’alcool ou le pétrole.
- Appareil du D' Breuillard pour le massage pucuiiiulnjuc.
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- LE «POLYPARIUM AMBULANS»
- M. le Dr KorotnelT, de Moscou, vient de décrire un animal de la mer des Philippines qui n’est pas sans causer quelque trouble aux zoologistes. Le Po-lyparium ambulam — c’est le nom que M. lvorot-neff a donné à l’organisme nouveau — a été péché par le savant codirecteur de la station franco-russe de Yillefranche dans le détroit qui sépare les îles Mindanao et Billiton. « Lorsque je retirai cet animal de la drague, il m’apparut, dit-il, sous forme d’une pelote glaireuse, d’un gris jaunâtre, de la gros- p
- seur d’une châtaigne, f
- marquée de circonvolu- jî
- tions spirales et couverte |
- de petits tubercules. J’iso- : lai ce corps dans un verre ; je vis bientôt ses circonvolutions se dérouler, la pelote se transformer en une sorte de bandelette d’une certaine épaisseur, les tubercules présenter chacun un orifice en forme de bouche et le corps tout entier se mettre, a mon grand étonnement, à ramper sur les parois du verre. »
- Nous avons fait représenter (fig. 1 ) le Polyparium ambulam rampant sur les rameaux d’une Gorgone de la même localité à laquelle vient fréquemment s’associer une espèce nouvelle de polype que M. Korotneff nomme Tubularia para-sitica. On voit sur cette figure que la face du Polyparium tournée vers l’intérieur lorsqu’il s’enroule est bien différente de l’autre; c’est sur cette face qu’il rampe; elle rappelle un peu la sole pédieuse d’une Limace ou mieux d’une Holothurie rampante, et peut être considérée comme une face ventrale. Cette face ventrale est marquée de deux sillons longitudinaux qui la divisent en trois bandes parallèles, l’une médiane, les deux autres latérales et ayant à peu près chacune la moitié de la largeur de la bande médiane. Les deux bandes latérales ne sont pas exactement semblables, de sorte que l’animal n’est pas tout à fait symétrique ; la bande médiane porte des séries transversales de ventouses dont chacune est placée exactement vis-à-vis de l’un des tubercules presque sphériques qui portent les orifices du côté dorsal. Cette cor-
- respondance des tubercules dorsaux (/) et des ventouses ventrales (v) se voit nettement sur la fig. 2, n°l, qui représente une coupe verticale et longitudinale d’une petite partie du Polyparium. Sur cette coupe on remarque, en outre, que la bandelette qui constitue le corps de ce singulier organisme est creuse et que sa cavité est divisée en chambres successives (/) par des cloisons transversales (c) disposées comme celles qui séparent les uns des autres les segments du corps d'un ver annelé. Mais il y a ici une différence importante. Chez un ver annelé les cloisons qui se suivent séparent des chambres qui se ressemblent toutes, et leurs deux faces sont à peu près semblables. ici les cloisons ont leurs deux faces dissemblables et se groupent par paires, de manière à tourner l’une vers l’autre leurs faces semblables et • à limiter ainsi des chambres transversales (fig. 2, n° 1, /) séparées les unes des autres par des espaces vides {ib'ul. e). Dans les chambres l s’ouvrent en p les tubercules creux /, dont la cavité communique elle-même avec l’extérieur par l’intermédiaire des orifices dorsaux b déjà mentionnés.
- Si l’on ne tenait compte que de la forme générale du corps, de la répétition régulière des cloisons verticales, on pourrait prendre le Polyparium pour un ver ; mais si c’était un ver, un tube digestif devrait traverser ses cloisons ; ce tube digestif devrait s’ouvrir à l’extérieur par une bouche unique. Il n’en est rien; le tube digestif est totalement absent; c’est la paroi même des chambres qui doit digérer les matières alimentaires, et ces matières ne peuvent s’introduire dans les chambres elles-mêmes que par l’intermédiaire des orifices des tubercules dorsaux. Ces orifices doivent, en conséquence, être réellement considérés comme autant de bouches. Or, dans tout le règne animal, les Eponges et les Polypes sont les seuls animaux chez qui les parois du corps remplissent les fonctions digestives, le corps n’étant ainsi qu’une sorte d’estomac. C’est donc auprès de ces Zoophytes que, malgré son apparence vermi-forme, il faut placer le Polyparium. Un caractère net distingue, d’autre part, les Polypes des Eponges;
- Fig. 1. — Polyparium ambulanti rampant suc un rameau Je Gorgone, qui lui-même sert de support à un individu de Tubulaire parasite. (Grossissement : 2 fois.)
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- c’est la présence, clans la couche externe de leurs téguments, d’innombrables capsules remplies d’un liquide venimeux qu’un fil enroulé en spirale, mais apte à se détendre au moindre contact, fait pénétrer dans le corps des animaux qui s’exposent à ce contact. C’est la cause de la sensation de vive brûlure que produisent, quand on les touche, les grandes Anémones de mer et les Méduses. La paroi du corps du Polyparium est bourré de ces capsules arti-ccintes; le Polyparium est donc un Polype et la structure des parois de son corps minutieusement étudiée par M. Korotneff, lui assigne même une place tout auprès des Anémones de mer ou Actinies.
- Ici commencent les difficultés. Les naturalistes ont pris l'habitude, commode pour un enseignement élémentaire, de choisir dans le Règne animal un certain nombre de types représentant pour eux les formes fondamentales que les animaux peuvent revêtir.Ces types sont, en quelque sorte, stéréotypés dans leur esprit et ils ne ménagent rien pour y ramener, de gré ou de force, toutes \e% formes aberrantes, sans trop se préoccuper d’ailleurs de la façon dont les types eux-mêmes ont pu se constituer.
- Les Anémones de mer ou Actinies sont justement un de ces types; elles servent de point de départ pour expliquer la structure des Polypes qui constituent la classe nombreuse et importante des Coralliaires. M. Korotnell a donc cherché comment on pouvait rattacher l’organisation du Polyparium à celle des Actinies dont ses tissus reproduisent la structure microscopique. La tâche n’était pas facile. Quelques mots suffiront pour faire juger de la difficulté.
- Tout d’abord l’aspect des Actinies est bien différent de celui du Polyparium. Une Actinie, c’est une fleur qui n’aurait pas de tige, dont les pétales seraient animés et disposés en plus ou moins nombreuses séries concentriques autour d’un orifice central
- qui est la bouche de l’animal1. Les pétales de ces fleurs mobiles portent le nom de tentacules. La figure 2, nos 2 et 5 représente des sections transversales au travers du corps de deux de ces Actinies, un Alcyon et un Cériantlie. Dans cette figure l’ellipse centrale (g) est la section d’un tube ouvert par en bas qui fait suite à la bouche et que les uns considèrent comme un estomac, les autres comme un œsophage. Les loges rayonnantes (/) comprises entre le cercle central et le cercle extérieur (c), qui représente la paroi du corps, font exactement suite chacune à un tentacule; elles sont en quelque sorte le prolongement des tentacules à l’intérieur du corps. Comme le tube œsophagien a, en général, une longueur beaucoup moindre que celle du corps, les cloisons qui séparent ces loges deviennent bientôt libres du côté interne et les loges s’ouvrent toutes dans la cavité centrale du corps du polype. Une même cloison est du reste commune à deux loges consécutives.
- Tout cela concorde peu avec l’organisation du Polyparium. Ici il n’y a plus d’œsophage ; les loges ne communiquent pas avec.une cavité centrale; elles sont, au contraire, complètement séparées les unes des autres ; de plus, les cloisons transversales (fig. 2, il0 I, c) dont la disposition est déjà si étrange ne sont plus communes à deux loges consécutives, mais chaque loge a ses parois propres, séparées par un espace vide (e) des parois des deux loges voisines. On peut diminuer la difficulté en remarquant, avec M. Korotneff, que les loges des Anémones de mer sont disposées symétriquement, de chaque côté de deux loges impaires, comme le montrent nettement la fig. 2, nüs 2 et 5, il. Si le tubeœsopha-
- 1 Les lecteurs île La Nature trouveront un certain nombre de ces Actinies représentées dans les volumes de 1880, 1er semestre, p. 356 et 357, et 2e semestre, p. 70 ; elles ont été reproduites dans mon ouvrage Les Colonies animales et la formation des organismes. — Masson, 1881.
- Fig. 2. — SX0 [1. Coupe verticale à travers deux loges du Polyparium : b. Bouche; c. Cloisons limitant les loges transversales;
- e. Intervalle entre deux loges consécutives dans lequel on voit deux cloisons en voie de formation ; l. Cavité des loges transversales ;
- f. Bandes transversales épaissies ; p. Pharynx ; t. Cavité des tubercules;/’. Replis entodenuiques ; v. Ventouse.— N”2.Coupe transversale à travers la région supérieure d’une Anémone de mer du genre Cérianthe. — N° 5. Coupe à travers la région supérieure d’un Coralliaire, voisin des Gorgones (Alcyonium) : c. Paroi du corps ; l. Loges latérales paires et symétriques ‘,il. Loges impaires ; s. is. Cloisons séparant les loges; g. Tube stomacal.
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- gien disparaît et si les cloisons s’allongent jusqu’au centre du polype, elles arriveront forcément à se rencontrer deux à deux, à se souder, et constitueront un organisme qui ne sera pas sans quelque analogie avec le Pohjparium. On connaît, d’autre part, des Coralliaires tels que les Méandrines, les Ben-drogyra 1 dans lesquels les loges sont disposées de chaque côté de longues galeries sinueuses, sur la ligne médiane desquelles se trouvent des bouches nombreuses. M. Korotneff pense que le Pohjparium serait l’équivalent d’une de ces galeries; ce serait une Méandrine sans tentacules et a bouches nombreuses, disposées en un grand nombre de séries transversales au lieu d’être disposées en une seule série longitudinale.
- A cette interprétation, M. Ehlers en oppose une autre. Pour lui les tubercules du Pohjparium sont autant de tentacules munis d’une bouche, et, de lait, les tentacules de quelques-unes des Actinies de nos côtes sont perforés au sommet (Bunodes}, et, d’après Hertwig, chez un certain nombre d’Actinies des grandes profondeurs de la mer2, chaque tentacule porte à son sommet une bouche bien développée ; le tentacule peut même avorter et la bouche subsister seule, ce qui nous rapproche sans aucun doute du Polypariiim. Tandis que pour M. Korotneff, le Polyparium est un coralliaire à bouches nombreuses mais sans tentacules, pour Ehlers, cet animal est, au contraire, un coralliaire à tentacules perforés mais sans bouche. M. Ehlers se demande même si le Pohjparium ne serait pas un simple fragment monstrueux d’une actinie des grands fonds de la mer mutilée par un Poisson ; mais la disposition des loges transversales séparées les unes des autres par un espace vide enlève tout fondement 'a cette supposition. Pas plus que la théorie de M. Korotneff; elle n’explique pourquoi chaque loge a ses parois propres séparées des parois des loges voisines, pourquoi plusieurs orifices correspondent à une même chambre transversale; MM. Ehlers et Korotneff acceptent d’ailleurs tous les deux le coralliaire comme un type idéal auquel il faut ramener le Pohjparium, sans se demander ce que peut bien être le coralliaire lui-même. Or nous avons donné autrefois dans La Nature3 et dans nos Colonies animales une solution de cette question, d’où il résulte que, malgré leur apparent antagonisme, l’interprétation de Korotneff et celle d’Ehlers relativement au Polyparium sont, au fond, identiques. Nous avons montré qu’en réalité, de même que la fleur n’est qu’un assemblage de feuilles modifiées, le polype coralliaire n’est, comme la fleur à laquelle il ressemble, qu’un assemblage de polypes plus
- 1 Voy. La Nature, 2e semestre de 1880, p. 20, ou Les Colonies animales, fig. 58, p.285.
- 2 Ce sont les Paradis lubulifcra, Polysiphonia tuberosa, Sicyonis crassa, Polystomidium païens, Polyopis striata, Liponema. Voy. E. Perrier: Les Explorations sous-marines, p. 254, ou Filhol : La vie au fond des mers, p. 250.
- 3 Voy. La Nature, 2e semestre de 1880, p. 18 et 67, ou Les Colonies animales, p. 298 à 525.
- simples, de polypes hydraires étroitement soudés et formant une association dans laquelle les associés se sont partagé les rôles : le polype central a seul conservé une bouche; il avale et digère pour ses associés; ces derniers n’ont, en général, pas de bouche, mais capturent les proies que digère le polype central ; ils descendent ainsi au rang de tentacules. Nous avons vu toutefois qu’il n’en est pas toujours ainsi et que dans une longue série qui s’étend du Bunodes à la Liponema chaque polype-tentacule peut conserver sa bouche propre. Mais ce mode d’association n’est pas le seul que puissent présenter les polypes hydraires. Rien ne les oblige à se disposer en cercles concentriques autour d’un individu central ; rien ne les oblige à se souder entre eux si exactement que leurs parois se confondent; chez la plupart des formes intermédiaires entre les polypes hydraires et les polypes coralliaires (Hydrocoralliaires de Moseley), cette soudure n’a pas lieu, tous les polypes demeurent distincts.il en esta peu près ainsi du Polyparium. Là les polypes hydraires se sont disposés en rangées transversales, disposition sans doute favorisée par les mouvements qui déterminent la locomotion. Chaque rangée est demeurée complètement distincte de ses voisines; mais les polypes d’une même rangée se sont étroitement soudés, les parois qui les séparaient ont disparu, comme ont disparu les parois internes des loges des coralliaires, et tous ensemble n’ont plus formé qu’une seule et même chambre transversale.
- La correspondance étroite des ventouses de la face ventrale et des tubercules de la face dorsale témoigne qu’il en est bien réellement ainsi. Les polypes hydraires ont réalisé, de la sorte, une association exactement comparable à cette remarquable association de Bryozoaires qu’on nomme la Cristatelle1. En somme les tubercules sont bien comparables aux tentacules des coralliaires comme le veut Ehlers, leurs orifices sont bien des bouches comme le veut M. Korotneff; mais le Polyparium, association de polypes hydraires, comme le polype coralliaire, n’a pas présenté le même mode de division du travail physiologique que ce dernier.
- La théorie de la formation des organismes que nous avons publiée dans ce recueil même, coupe court d’avance à toutes les discussions qui s’ouvrent déjà sur ce sujet. Elles sont aussi oiseuses que celles qui s’élèvent encore à propos des animaux simples et des animaux composés, et que s’épargneront les naturalistes qui voudront bien se rendre compte que cette destruction est un simple produit de l’imagination des naturalistes ainsi que nous avons cherché à l’établir dans notre livre Les Colonies animales et la formation des organismes.
- Edmond Perrier.
- 1 Voy. La Nature, 2° semestre de 1880, p. 157, fig. 4, ou Les Colonies animales, fig. 73, p. 355.
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- LA NATURE.
- CAUSERIE PHOTOGRAPHIQUE
- Photographie amusante. —Nous reproduisons ci-dessous (tig. 1), une photographie que nous adresse un de nos lecteurs de Louveciennes, M. T.-11.1). Cette photographie représente un homme assis, qui a devant lui un fantôme géant. 11 s’agit ici d’une amusante récréation facile à obtenir de la manière suivante :
- La maison est d'abord été mise au point, avec l’individu assis qui doit avoir peur du fantôme. Cela fait, on marque sur le sol, la place occupée par les pieds de l'appareil. Alors, on avance vers la maison, et on fait poser la personne (pii recouverte
- '^«JT ‘“6—•
- Fifç. 1. — Le fantôme. — Fac-similé d’une photographie amusante de M. T. 11. I).
- travers. Le procédé se réduit en somme à faire sur la même plaque deux poses à deux échelles différentes.
- Photographie instantanée d'une roue de véhicule en mouvement. — Au commencement de cette année, M. Gardner, a présenté au rédacteur du Photographie News la photographie instantanée d’une voiture en marche, photographie dans laquelle on voyait que la partie supérieure des roues se mouvait plus vite que la partie inférieure parce que les rayons n’y étaient plus visibles. Ce fait a donné lieu à des discussions que nous avons résumées précédemment A « On sait que quand une voiture est en marche, le point de contact d’une de
- 1 Voy. n° 749 du 8 octobre 1287, p. 502.
- d’un drap blanc simule le fantôme. On marque par un trait au crayon sur l’appareil la place où se trouve le verre dépoli de mise au point. On note comme précédemment la position de l’appareil et celle du fantôme.
- Après ces opérations préliminaires, le- fantôme se retire, le premier modèle prend sa place assise, on recule l'appareil jusqu'à la position primitive, et on impressionne la glace. On se remet alors à la seconde position, on fait placer le fantôme devant l’objectif et on pose seulement le quart ou le cinquième du temps nécessaire. Le fantôme étant blanc impressionne suffisamment la plaque et son image vient se superposer très grande, devant l'image primitive de la maison qui subsiste et (pie l’on voit au
- Fig. 2. — llepcoduclioii d’une photographie instantanée d’un tricycle en marche.
- ses roues sur le sol est le centre instantané de rotation de cette roue; la vitesse de ce point est nulle. La vitesse du centre de la roue est égale à la vitesse de translation du véhicule, et la vitesse de la partie supérieure de la roue égale le double de la vitesse de translation, quel que soit le diamètre de la roue. Un de nos lecteurs nous adresse une remarquable photographie instantanée qui met le fait en évidence. Cette photographie, d’une grande netteté, représente un tricycle à deux voyageurs, lancé à toute vitesse (fig. 2). On voit très distinctement les rayons de la roue d’avant, à sa partie inférieure; on ne les voit plus à la partie supérieure de la roue parce que leur vitesse de rotation devenait assurément trop considérable. G. T.
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- DÉPLACEMENTS YIBRATOIRES DES RAILS
- PENDANT LE PASSAGE DES TRAINS EN MARCHE RECHERCHES EXPÉRIMENTALES DE M. CODARD
- Les conditions d’établissement des voies ferrées ont été déterminées, à l’origine des chemins de 1er,
- — Appareil pour m ‘sucer Je déplacement ^vertical de la traverse.
- «
- par des calculs de résistance un peu théoriques; depuis cette époque elles ont toujours été considérées comme suffisantes dans la pratique, et elles ont été conservées sans modifications bien importantes. Les seuls changements qu’elles ont subis tiennent d’ailleurs le plus souvent a l'appréciation personnelle des ingénieurs, plutôt qu’ils résultent d’observations bien
- Fiÿ. t. — Appareil pour mesurer le renversement latéral du rail.
- Fi". 3. — Appareil pour mesurer les flexions verticales du rail. — Disposition d’ensemble des appareils inseripleurs.
- précises. Les seules expériences tentées jusqu’à présent pour apprécier la stabilité des voies avaient porté en effet sur des charges immobiles, et elles sont insuffisantes pour permettre d’apprécier exactement l’état de la voie pendant le passage du train en marche
- sous l’influence des réactions de toute nature instantanément développées : flexion, renversement latéral des rails, inclinaison des traverses. Ce sont ces efforts et ces déplacements presque infiniment petits comme amplitude et comme durée, variables d’ail-
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- leurs d'un instant à l'autre de la marche du train, qu’il importe d’observer, de saisir en quelque sorte dans leur existence éphémère; car, s’ils disparaissent immédiatement, c’est pour renaître peu après sous des conditions peu différentes sous le passage du train suivant, et c’est leur action toujours répétée qui désagrège la voie et y produit des déformations permanentes. Us entraînent donc ainsi un entretien dispendieux et ils peuvent même, à un moment donné, amener les accidents les plus graves. 11 y a là un sujet de recherches des plus difficiles, mais susceptible, par contre, de donner les résultats les plus intéressants en indiquant les points les plus fatigués, la nature et l’importance des déformations, les précautions à prendre dans l’établissement, de la voie pour les éviter en la soutenant dans les régions les plus faibles, etc.
- Un ingénieur des plus distingués de la Compagnie de Lyon, M. Couard, auteur d’un ingénieux avertisseur n’a- pas hésité à entreprendre cet te étude, qu’il poursuit de|mis cinq années déjà, et il s’est attaché à enregistrer ces phénomènes continus, vibrations et oscillations de toute nature, que les trains en marche déterminent sur leur passage. Pour l’inscription, la méthode graphique était tout indiquée; quant aux appareils d’observation, M. Couard les a trouvés en quelque sorte dans ceux qui sont appliqués déjà aux études physiologiques pour Uinseription de mouvements vibratoires analogues. Le sphygmographe de MM. Frank et Marey dont nous avons précédemment donné la description, qui a pu s’adapter dans les mains des savants physiologistes à l’étude des mouvements des ailes de l’oiseau, du galop du cheval, a pu être adapté aussi par M. Couard à l’étude des mouvements des éléments de la voie ferrée dont il s’agissait en quelque sorte de tâter le pouls. Les recherches préliminaires furent exécutées en 1885 avec des instruments prêtés par M. Marey, et elles amenèrent la Compagnie de Lyon à décider la construction d’appareils analogues spécialement adaptés à l’étude de la voie.
- L’appareil ainsi disposé par M. Couard comprend un explorateur de faible masse installé sur le rail même à étudier, et dont tous les mouvements sont transmis à un inscripteur installé à une certaine distance de la ligne pour être soustrait à l'influence des mouvements vibratoires perturbateurs. L’organe de transmission est un simple tube en caoutchouc renfermant de l’air comprimé, et ce sont les variations de pression déterminées par les déplacements de l’explorateur qui agissent sur l’inscripteur. On y retrouve là, comme on voit, le principe émis en 1860 par M. Buisson et qui a été appliqué avec succès au sphygmographe.
- L’explorateur, représenté en place dans les figures 1, 2 et 5, est une sorte de soufflet composé d’une petite boîte ronde métallique fermée par une membrane en caoutchouc sur le centre de laquelle est fixée une tige dont la tête arrondie porte contre le rail. Un ressort en spirale fixé au fond de la boîte
- repousse la membrane et, empêche la boîte de s'aplatir sans effort extérieur. Sur le fond est ménagée en outre une petite tubulure sur laquelle est adapté le tuyau en caoutchouc allant au récepteur. Ce dernier est formé d’un soufflet analogue à celui de l’explorateur; mais la membrane en caoutchouc supporte un style en plume d’oie aussi léger que possible qui inscrit ces déplacements sur un cylindre revêtu de noir de fumée.
- La figure 5 représentant l’ensemble d’une installation montre quatre appareils récepteurs montés devant le même cylindre enregistreur, qui pourrait recueillir à la fois les inscriptions de chacun d’eux, mais un seul est actionné par le tuyau de l’explorateur mis en place. Le cylindre noirci qui constitue l’enregistreur est entraîné par un mouvement d’horlogerie dont la marche uniforme est assurée par un pendule de Foucault ; il peut recevoir d'ailleurs trois vitesses différentes au moyen d’engrenages appropriés, ou être arrêté instantanément. L’inscription est recueillie sur le papier noirci enveloppant le cylindre métallique, elle est fixée ensuite par une immersion du papier dans un vernis photographique suivant la méthode habituelle, et elle est utilisée alors pour tirer des épreuves qui servent à l’étude des tracés obtenus.
- Comme il est fort important de contrôler la régularité de la marche du cylindre pour la détermination exacte de la vitesse des véhicules, M. Couard a complété à cet effet son appareil par un diapason dont le mouvement est entretenu par un courant électrique, et les intersections sont notées graphiquement par le signal électro-magnétique deM. Marcel Reprez.
- M. ( iouard a noté de cette façon des interruptions atteignant 100 par seconde, mais l’appareil est tellement sensible qu’on peut inscrire, dit M. Marey, 1000 et même 1200 vibrations par seconde.
- D’autres appareils accessoires, qu’il serait trop long de décrire ici, servent à déterminer l’instant précis du passage de l’essieu d’avant du train, et à repérer les indications de l’inscripteur par rapport, à celles de l’indicateur de passage.
- Les figures 1, 2, 5 donnent la disposition de l’explorateur sur la voie suivant la nature du mouvement qu’on veut étudier. Celle de la figure 1 sert à relever les déplacements verticaux de la traverse : l’appareil repose, comme on voit, sur une planchette fixée sur un piquet enfoncé en terre entre les deux traverses. Cette planchette supporte l’axe d’un levier dont une branche est rattachée à l’extrémité par une bride sur la traverse à étudier, dont elle partage ainsi les mouvements verticaux, le bouton de la tige de l’explorateur appuie sur la branche opposée et en transmet les oscillations à la membrane flexible. Cette disposition permet de faire varier à volonté les longueurs respectives des deux bras de leviers et de réduire les inscriptions lorsque l’amplitude des mouvements de la traverse déplace celle des oscillations de l’explorateur.
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- Pour mesurer le renversement latéral du rail au-dessus d’une traverse, les explorateurs sont placés extérieurement à la voie avec la tige horizontale, suivant la disposition représentée figure 2, et le bouton est appuyé avec une certaine compression contre l’extrémité d’une cornière boulonnée sur l’àme du rail ; il est retenu d’ailleurs par un fil de fer pour assurer la solidarité des deux mouvements. Dans ces conditions, les déplacements horizontaux de l’explorateur sont égaux à la moitié de ceux du champignon du rail, la cornière étant fixée à mi-hauteur du rail ; il suffit donc de doubler les indications de l’explorateur, pour connaître l’amplitude des déplacements du champignon, car on a reconnu d’ailleurs (pie le patin ne glisse pas sur la traverse.
- La figure 5 représente la disposition adoptée pour mesurer les flexions verticales du rail indépendamment de celles de la traverse : l’explorateur appuie sur un levier supporté par une planchette horizontale reposant elle-même sur deux étriers rattachés au rail par un boulon. Un ressort formé d’une bande en caoutchouc fortement tendue renvoyait continuellement le bras de levier au contact du bouton de l’explorateur.
- Avec les appareils dont nous venons de donner la description, M. Couard a pu obtenir des relevés des plus intéressants permettant d’analyser plus complètement les mouvements complexes du rail ; dans une notice suivante, nous reproduirons quelques-unes des courbes obtenues en résumant les conclusions qui se dégagent de ces recherches.
- — A suivre —
- ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- Utilisation des lampes à incandescence dont les attaches sont eassées. — Il est, très facile de modifier le support Swan ordinaire pour le rendre apte à recevoir des lampes à incandescence dont les attaches sont cassées au ras du verre, accident encore trop fréquent avec les petites lampes dont se servent les amateurs. Il suffit de redresser les deux crochets de ce support bien connu, et de les limer en pointe, puis de fixer sur le côté du support en bois une tige de fer de 2 millimètres de diamètre ayant la forme représentée figure 1. Le but de cette pièce est de presser la lampe contre les deux pointes qui viennent ainsi se mettre en contact avec les attaches que l’on a eu soin de dégager un peu en égranant le verre tout autour avec un tiers-point.
- Grâce à ce procédé qui nous est communiqué par un fidèle lecteur de La Nature, on peut très facilement utiliser des lampes qui, sans cela, seraient absolument perdues. Ce support a l’avantage de bien dégager la lampe et de ne demander qu’une modification insignifiante du support ordinaire.
- M. Mutzig nous communique d’autre part un procédé qui permet de remettre facilement des attaches aux lampes à incandescence et de le faire servir à nouveau.
- Voici comment procède M. Mutzig pour obtenir ce résultat.
- Après avoir égrené le verre et dégagé le fil de platine d’environ 1 millimètre, on soude un petit fil de cuivre ou de platine à l’aide d’un petit fer, avec de la soudure ordinaire. On prend alors un petit tube de verre de 10 à 15 millimètres de diamètre dans lequel on introduit les deux fils ainsi soudés, et l’on y coule' un ciment composé de plâtre gâché dans de l’eau gommée. On laisse sécher et l’opération est terminée.
- Les tubes de Geissler sont susceptibles d’une réparation équivalente en collant aux points où les attaches sont cassées une petite feuille d’étain avec de la gomme arabique. Ces procédés essayés au laboratoire nous ont donné d’excellents résultats.
- Indicateur de pâles de M. Bergliansen. — Il est, souvent nécessaire, dans les installations industrielles électriques, de déterminer rapidement les noms des pôles des conducteurs reliés au générateur sans les suivre sur tout leur parcours à partir de l’origine. Voici un petit appareil qui résout le problème d’une façon très simple et très pratique. 11 se compose d’un tube de verre renfermant un liquide spécial incolore et terminé par deux montures métalliques formant les bornes de l’appareil. Ces montures sont reliées à l’intérieur à deux tiges de platine terminées par de petites boules de même métal.
- Lorsqu’on établit une différence de potentiel entre les deux bornes, celle qui est au potentiel le moins élevé (pôle négatif) se couvre rapidement d'une sorte de pâte rouge violacé' très intense et caractéristique. En secouant vivement l’indicateur, la coloration disparait, et l’appareil est prêt à servir de nouveau.
- La longueur de cet appareil est de 9 centimètres, il pèse 65 grammes et a environ 50 000 ohms de résistance, ce qui permet de l’employer avec des potentiels variant de 5 à 100 volts; la coloration apparaît naturellement d’autant plus vite que la différence ce potentiel est plus grande.
- L’appareil, très portatif, remplacera avantageusement les galvanoscopes qui ne fonctionnent pas également bien dans toutes les conditions, à proximité des dynamos, par exemple.
- Notre collaborateur et ami A. Guébhard nous a de son côté indiqué un électrolyte vulgaire qui permet à tout le monde de réaliser un indicateur de pôles sans avoir recours au liquide de composition inconnue dont fait usage M. Berghausen. Ce liquide est l’acétate de plomb, qui, de sa solution incolore, laisse déposer instantanément sur l’électrode positive, de platine ou autre métal inoxydable, les magnifiques et très brillants anneaux colorés de peroxyde de plomb en lames minces connus sous le nom d’anneaux de Nobili, tandis que sur l’autre électrode ne se produit qu’un dépôt terne ou cristallin de plomb métallique, mêlé ou non de bulles d’hydrogène.
- La solution d’acétate de plomb la plus diluée, et par conséquent la plus résistante, produit nettement
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- le phénomène, et il suffit , après emploi, de fermer sur lui-mème le circuit de l’électrolyte pour que très rapidement les dépôts disparaissent et permettent à l’appareil de resservir indéfiniment sans perte de substance. La môme chose se passerait d’ailleurs, mais un peu plus lentement, en abandonnant le tube à lui-mème, même à circuit ouvert.
- De faibles forces électromotrices suffisent pour produire le dépôt des lamelles de peroxyde de plomb, dont la couleur, toujours très brillante, mais variable depuis le brun jusqu’au vert, suivant toute l'échelle descolorations desanneaux transmis de Newton, permet, si elle dépasse une certaine limite et atteint le noir mat, d’avoir immédiatement une donnée approximative sur la grandeur de la différence de potentiel que l’on cherche à constater.
- Coupleur universel de M. L.
- Brillié. — On a
- souvent besoin, pour des expériences diverses, de pouvoir coupler un certain nombre d’éléments de piles ou d ’ accumulateurs en tension, en quantités ou en séries multiples.
- Parmi les nombreux appareils imaginés dans ce but, il n’en est pas de plus simple et de plus pratique que celui qui nous est indiqué par M. L. Brillié, et que chacun peut construire soi-mème, avec un outillage des plus rudimentaires.
- L’appareil représenté figure o est combiné pour coupler 6 éléments de toutes les manières possibles, mais il va sans dire qu’on peut le construire pour un nombre quelconque d’éléments. Il se compose d’une planchette de bois sur laquelle sont fixés 2n blocs de laiton absolument identiques, n étant le nombre des éléments a coupler. Chacun de ces blocs de laiton est percé de trois trous : l’un, celui du milieu, destiné à recevoir la vis servant à le fixer sur la planchette; les deux autres réservés aux connexions.
- Les n blocs destinés aux n pôles positifs, sont fixés
- les uns à la suite des autres sur la planchette, les n blocs destinés aux n pôles négatifs parallèlement aux premiers, et en quinconce, comme l'indique la figure o. Une traverse de bois fixée sur la planchette maintient les deux rangées à égale distance et bien parallèles. Les fils venant des n éléments sont reliés aux blocs à l’aide des vismèmes <pii fixent ces blocs sur la planchette. L’écartement des rangées et des blocs entre eux dans chaque rangée est tel que la distance des trous d’axe en axe soit constante.
- On peut alors établir une communication électrique entre deux blocs en les reliant par une fiche en forme d’U, enfoncée dans deux trous quelconques. Cette fiche est, formée d’une tige de cuivre dont les deux extrémités sont fendues à la scie dans le plan de la fiche. Ces fiches sont emmagasinées sur un clou à crochet placé à proximité du coupleur (fig. 4,n°i). Les prises de courant se font en des points quelconques à l’aide des prises de courant (n° 2) formées d’une tige de cuivre repliée en équerre à l’extrémité de laquelle est soudé un fil de cuivre souple. En plaçant convenablement les fiches, on peut, faire varier à volonté le couplage des éléments et leur nombre. Les numéros inscrits sur la traverse en bois facilitent ces couplages, mais il faut avoir soin de ne jamais placer une fiche à cheval sur un numéro, sous peine de mettre l’élément correspondant en court-circuit, ce qui peut avoir de graves inconvénients, surtout avec des accumulateurs.
- Grâce aux fiches mobiles et. aux prises de courant, on peut, faire varier à volonté l’ordre, 'le nombre et le couplage des éléments employés et satisfaire ainsi à toutes les exigences des expériences variées auxquelles se prête si facilement le courant électrique. E. H.
- Fifç. 2- — Indicateur de pôles de Bergliuusen. 1*.rélément (-) 2e 3«
- 1«.r élément (-*0 2» 3? M 5? 6?
- Fig. 3. — Coupleur universel de M. L. Brillié.
- Il
- Fig. i. — Fiches du coupleur de M. Brillié.
- 1. Fiches. — 2. Frise de courant. — 3. Détails de ron-J struction d’une iiche.
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- L’ÉBOULEMENT DU MONT NÉRON, PRÈS DE GRENOBLE
- Fig. 1. — Maison détruite par l’éboulement du mont .Néron (Isère), 1" mai 1888. (l)’après une photographie.)
- Le mont Néron1 est un énorme rocher isolé qui s’élève sur ht rive droite de l’Isère, en aval de Grenoble où il l'orme comme un dernier contrefort du massif de la Chartreuse.
- Il se termine par une crête légèrement dentelée AB (tig. 2) dont le point culminant atteint l’altitude de 1500 mètres , c’est-à-dire environ 1100 mètres au-dessus de la plaine de l’Isère qu’il domine.
- Cette crête est parfois tellement aiguë que les rares touristes qui ont essayé de la parcourir ont dù traverser certains passages à cheval, une jambe dans le précipice de droite, une autre dans le précipice de gauche. La ligure 2 indique du reste la coupe de la mon-
- 1 Les anciens documents écrivent Neyron; c’est un nom analogue à Noirmont ou à Monmer et qui tire probablement
- tagne vers sa partie médiane.
- Le Néron n'est abordable que par trois ou quatre passes et aucune n’est sans danger ; d’autre part, la vue dont l’on jouit de son sommet n’a rien de remarquable et beaucoup de montagnes environnantes offrent un panorama beaucoup plus beau avec inliniment moins de fatigue.
- Aussi les ascensionnistes qui se sont laissé tenter par la singularité de la forme du Néron ne se sont-ils point fait faute de lui jeter la pierre dans leurs récits.
- Le mont vient de se venger d’une façon terrible en rendant matériellement aux pauvres humains ce dont on l’avait gratifié au figuré.
- son origine de la nature des bois qui ont pu le couvrir autrefois. La montagne, se couronne souvent de nuages; on
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- Vallon de la Vence W (250)
- Fig. 2. — Carte de l’éboulement du mont Néron. Coupe du mont Néron.
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- L A N AT U IJ K.
- Nous empruntons à ce sujet quelques de'tails au journal le Petit Grenoblois :
- r
- Dès 1870, des blocs de taille déjà respectable, dont on nous a montré quelques-uns, dégringolèrent de la Roche : c’est le nom de l’endroit. Les dégâts, toutefois, ne furent pas considérables. Quelques arbres furent entaillés, d’un côté, qui, cette fois, l’ont été de l’autre, et qui ont résisté quand même à ces deux assauts : la destinée !
- Puis, plus rien n’était descendu depuis, et l’on avait oublié. Mais, dimanche, 50 mars 1888, à 2 heures, commencement de dégringolade; lundi, également, vers midi, canonnade nouvelle : « L’avant-garde, » nous disait une femme du hameau.
- Mardi, 1er mai, à û heures, plus que l’avant-garde. I)e beaux morceaux déjà, des troupes de ligne! Peu de dégâts pourtant encore, et peu de crainte. Le jour, d’ailleurs, on voit venir, après avoir entendu, et l’on sait à peu près de quel côté se garer. Et puis, quand il en est tombé quelques-uns, on pense bien qu’il n’en tombera pas toujours. Et l’on se dispose à s’endormir tranquille, après le rude labeur de la journée.
- C’est ce qu’on allait faire lorsque, vers 8 heures et demie , un effroyable bruit se fit entendre. C’était la Roche qui croulait. Elle commença par atteindre une maison appartenant à un nommé Uippolyte Faure. Sa femme et sa fdle qui l’habitaient avec lui se jetèrent à genoux épouvantées. Faure s’élança au dehors. Comme il franchissait le seuil, des blocs monstrueux passèrent devant lui, l’un réduisant le four en miettes, l’autre pulvérisant un abreuvoir en pierre massive de 3m,50 de long sur de large. A cette vue, affolé, il changea de
- direction, passa derrière la maison et s’enfuit à toute vitesse. Mais la mort allait plus vite que lui et à 20 mètres de là il fut frappé, non pas directement par une pierre, mais par un pieu lancé sous l’action de l’avalanche. Les femmes, qui n’avaient pas bougé, n’eurent rien, bien qu’un des blocs eût pénétré dans la maison dont une partie s’effondra. Elles poussaient des cris lamentables.
- La maison voisine fut miraculeusement préservée. Un des blocs la rasa seulement, emportant un escalier extérieur et s’arrêtant, entre la maison et la grange. C’est au-dessous de cette maison et de celle de Faure que se trouvent les plus gros morceaux de pierre.
- Un peu plus loin que la maison de Faure et que sa grange, qui a été mise dans un pitoyable état, — c’est-à-dire un peu plus près de Clémentières — se trouve la maison de M. Guillaud (Jean-Pierre) habitée par lui, par sa fille, son gendre M. Rey (Prosper), et ses petits-enfants. M. Guillaud venait de traire les vaches, lorsque l’éboulement se produisit. 11 donna l’alarme aux siens qui tous se précipitèrent dehors. Il était temps. Un bloc énorme arriva en bondissant et s’engouffra dans la maison, écrasant tout dans la pièce même où, l’instant d’avant, se tenait toute la famille. On peut l’y voir encore. 11 est resté au milieu des décombres (%. I).
- Les plus gros blocs tombés ont tin volume de 50 à 40 mètres cubes.
- On peut s’étonner qu’il y ait eu un petit hameau construit sur un versant de la montagne aussi peu sùr; mais on remarquera sur le plan (flg. 2) qu’à l’ouest du hameau se trouve un énorme ravin ser-
- dit alors dans le pays que le Néron a son casque; de là le nom de Casque de Néron improprement appliqué «à la montagne elle-même par les guides étrangers.
- vant ordinairement de couloir à tous les débris se détachant constamment de la pointe nord A du Néron. L’accident du 1er mai 1888 est dû à ce que, ce jour-là, une masse beaucoup plus considérable s’étant détachée tout à coup du sommet, cette niasse a rebondi sur le sol et, dans l’un de ses sauts, franchi l’arête formant la rive droite du ravin, puis s’est divisée en portant la ruine sur des pentes jusque-là protégées par l’arête dont nous venons de parler.
- Actuellement, on aperçoit encore sur la Roche une lente qui s'élargit chaque jour et une nouvelle chute est probable, mais il y a de grandes chances pour que les débris suivent, cette fois-là, leur couloir habituel ; aussi les habitants n’ont-ils point abandonné leurs maisons et se sont-ils déjà mis à réparer les dégâts avec la même insouciance que les vignerons établis sur les flancs du Vésuve. L.
- CHRONIQUE
- Eclairage électrique des chaudières. — Dans le but d’observer les conditions de l’ébullition de l’eau et de la formation des mousses calcaires dans les chaudières à vapeur, un inventeur anglais a proposé récemment un dispositif fort ingénieux. Il consiste simplement à éclairer l’intérieur de la chaudière au moyen d’une ou de plusieurs lampes électriques à incandescence ; on les allume ou ou les éteint à volonté au moyen d’un petit commutateur à bouton, disposé sur le fil conducteur à côté de la chaudière. Sur l’une des parois verticales de celle-ci, le constructeur ménage une ouverture qui est fermée par une plaque épaisse de verre : les regards [jeu-vent ainsi plonger dans l’intérieur de la chaudière, et suivre tous les détails de l’ébullition. J. G.
- Age de la lune. — Il est une foule de circonstances dans la vie où il est nécessaire de connaître l’âge de la Lune, et jusqu’à présent, j’étais toujours obligé de recourir au calendrier pour savoir à quoi m’en tenir. J’ai découvert dans un vieux bouquin le moyen simple suivant : L’épacte lunaire ajoutée au quantième du mois et au numéro d’ordre de ce mois (mars étant 1, avril 2... janvier 11, février 12), on a un total qui ramené au-dessous de 50 s’il y a lieu, donne le quantième de la Lune. L’épacte est de 17 depuis le lor mars 1888, elle sera de 28 au 1er mars 1889, et de 9 en 1990, en ajoutant 11 chaque année et revenant toujours au-dessous de 30.
- Le 20 avril 1888, la Lune rousse était à son neuvième jour :
- 17 + 20 + 2 = 59 —30—.9; le 30 décembre 1889 :
- 28 + 30 + 10 = 68 — 60=8, la Lune sera à son huitième jour. X...
- Remèdes contre les brûlures. — Dans les cas de brûlure, ce qu’il importe avant tout pour diminuer la douleur, c’est de mettre la brûlure à l’abri du contact si nocif de l’air. C’est parce qu’elles réalisent cet objet que l’huile et les poudres inertes, comme celle de fécule, ont une grande efficacité. Le remède suivant est bien simple, mais je l’ai toujours vu employer avec un très grand succès et parfois dans des cas graves. On recueille, au moment de la floraison, les pétales des fleurs de lis et on les met digérer avec de la bonne huile d’olive dans un
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- LA NATUIIK.
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- llacon à large goulot. On fait ainsi chaque année sa petite préparation. Ces pétales, appliqués sur la brûlure, amènent un soulagement immédiat et facilitent la guérison d’une manière remarquable. A défaut de ce remède, on se procurera toujours aisément chez un pharmacien du baume du Canada. Si on recouvre la brûlure d’une couche de ce baume, la douleur disparaît comme par enchantement. Enfin, à défaut de pétales de lis et de baume du Canada, l’emploi de l’eau blanche donne de très bons résultats pour calmer la souffrance. J. G.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 mai 1888. — Présidence de M. Jansskn.
- (Euvre d'art préhistorique. — Par l’intermédiaire de M. Alphonse Milne-Edwards, M. Piette met sous les yeux de l’Académie un petit buste de femme taillé dans la racine d’une incisive de cheval et découvert dans la caverne magdaléenne du Mas-d’Àzil j(Ariège). On jsait que les représentations de la forme humaine à l’époque de la pierre taillée sont extrêmement rares. Comme portraits de femme on ne cite guère que le personnage [sans tète connu dans les traités kd’anthropologie sous le nom de Vénus impudique, et un autre, également décapité, représentant une femme grasse. Malgré la connaissance de squelettes humains qui, comme ceux de Cro-Mognon, datent de la même période et vu la remarquable exactitude des portraits de bête tels que le mammouth, l’ours, le renne, le phoque, recueillis dans les mêmes gisements, le buste dont il s’agit possède une très haute valeur. La statuette découverte par M. Piette et dont l’authenticité, suivant M. Milne-Edwards, ne paraît pas attaquable, présente le front déprimé, le nez fort, le menton fuyant et la poitrine des négresses actuelles. 11 faut remarquer que le cheval était alors un animal de boucherie. Les dessins qu’on en possède lui attribuent une crinière raide et son Bottante, et souvent des rayures toutes pareilles à celles du zèbre. 11 était d’ailleurs associé, dans le sol des cavernes, à des hyènes très voisines de celles qui sont localisées maintenant dans l’extrême Sud de l’Afrique. Ces remarques permettent de supposer que la tête représentée est celle d’une négresse. Et comme ces caractères sont incompatibles avec ceux des squelettes extraits des grottes, nous nous demandons si l’artiste paléolithique n’a pas voulu conserver les traits d’un être humain d’une autre race que la sienne propre, et qui, à ce titre, méritait une attention spéciale. Nous soumettons cette supposition à l’appréciation de M. Piette.
- Mesure des basses températures. — Le savant et infatigable M. Cailletet lit un important mémoire qu’il vient de rédiger sur ce sujet avec la collaboration de M. Colar-deau. L’hydrogène jouissant des propriétés d’un gaz parfait constitue le meilleur étalon thermométrique puisque ses indications sont en concordance avec l’échelle des températures absolues de la thermodynamique. Les thermomètres d’une autre nature doivent être gradués par comparaison directe avec lui pour donner des indications rationnelles. Cette comparaison effectuée aux températures élevées par divers physiciens, n’a guère été réalisée jusqu’ici aux basses températures. Une difficulté nouvelle sé présente, en effet, dans ce cas. L’hydrogène, en s’approchant de son point critique de liquéfaction, doit, comme tous les autres gaz, perdre graduellement ses qualités de gaz parfait. Les auteurs, se proposant de rechercher à
- partir de quel moment cette perturbation se produit, ont gradué aux températures ordinaires, sur le thermomètre à hydrogène, divers appareils dont les indications dépendent de la température, et ils ont examiné si leurs marches sont encore concordantes quand on les plonge dans des milieux très froids. Les appareils comparés au thermomètre à hydrogène sont : une résistance électrique en fil de platine, deux pinces thermo-électriques et un lingot de platine refroidi, servant à une expérience calorimétrique. La concordance s’est montrée très satisfaisante jusqu’au point d’ébullition de l’éthylène liquide qui est la plus basse température (—102°) réalisée dans cette série d’expériences. On doit conclure de là que l’hydrogène jouit encore des propriétés d’un gaz parfait à —100°. Les auteurs continuent leurs recherches à l’aide de gaz liquéfiés (formène, oxygène, azote) bouillant à des températures bien plus basses.
- Les plus anciennes dicotylées. — Eu ce moment, à Paris, à l’occasion du Congrès des Sociétés savantes, M. de Saporta expose les résultats de ses recherches sur la flore infra-crétacée du Portugal. Les échantillons qu’il a reçus de quatre localités différentes lui ont fourni la preuve du mélange avec des gymnospermes tels que les brachyphyllum caractéristiques du terrain jurassique, d’une vingtaine de plantes dicptflédonées appartenant à plusieurs familles telles que celles des salicinées, des euphorbiacées, des magnoliacées, des éricacées, etc. Cette conclusion est conforme à celle qu’on a tirée déjà de l’étude dos gisements de la Saxe et de la Bohème.
- Election de correspondant. — Une vacance existant parmi les correspondants de la section de botanique, la liste de présentation portait : en première ligne, M. Mil— lardet, de Bordeaux, et en seconde ligne ex æquo, MM. Bertrand, de Lille, Flahaut, de Montpellier, et Heckcl, de Marseille. Les votants étant au nombre de 55, M. Millardet est nommé par 48 suffrages. Quatre bulletins désignent M. Heckcl, deux M. Bertrand, et un M. Flahaut.
- Relations entre les phénomènes éruptifs et la formation des chaînes de montagnes. — On sait que M. Suess admet qu’il existe à travers l’Europe trois systèmes distincts de soulèvement : le premier, qui daterait des débuts de l’époque primaire, s’étend du nord de l’Ecosse à la Norwègc ; le second, de la fin des temps primaires, va du sud de l’Angleterre à la Silésie ; le troisième, tertiaire, comprend les Pyrénées, les Alpes et les Karpathes. M. Marcel Bertrand pense qu’il faut ajouter en tète de cette série un ridement datant de l’époque archienne, et s’étendant du Canada à la Suède et à la Finlande. Dans chacun des quatre systèmes, on voit successivement se faire jour des pointements de roches éruptives d’abord acides, puis de plus en plus basiques. L’ensemble de ces faits se présente comme si les régions polaires avaient subi avant les autres les effets du refroidissement, et comme si les froncements consécutifs de l’écorce s’étaient constamment propagés vers le sud suivant des zones grossièrement concentriques.
- Le médimarémètre. — C’est d’une manière très particulière que M. Bouquet de la Grye présente de la part de M. Lallemand, ingénieur des mines, un appareil destiné à donner le niveau moyen de la mer en éliminant l’influence des ondes. Nous craindrions, après une simple audition, de donner de l’instrument une idée insuffisante, et nous souhaitons à nos lecteurs que M. Lallemand ait la bonne pensée de rédiger une petite notice spéciale pour La Nature.
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- LA NATURE.
- Encyclopédie Frémy. — On remarque sur le bureau six nouvelles livraisons de l'Encyclopédie chimique à laquelle M. Fremy a donné l’appui de son nom illustre, et qui l'estera pour lui un titre de gloire. On sait que chacune de ces livraisons est un volume entier et parfois un fort gros volume. La première de celles que nous avons à annoncer aujourd’hui renferme des articles relatifs au sodium, au rubidium et au cæsium, par MM. Rousseau et de Forcrand. La seconde traite du bismuth et de ses composés. La troisième, qui traite de l’or, est de MM. Cumenge et Edmond Fuchs, avec la collaboration de MM.Ro-billaz, Laforgue et Sala-din. La quatrième livraison, par M. G. Bresson, traite de la fonte et du fer. La cinquième, des acides gras, par MM. Bour-goin et Riban. Enfin, une sixième livraison rédigée par M. Guignet expose la fabrication des couleurs.
- Fis. 1.
- Mode de confection d’une tonnelle en iicelle.
- Varia. — La planète il78 a été observée à Marseille par M. Lespiault, et la planète Ü79 à Alger par M. Trépied. —La présence du bacille typhique dans le sol occupe M. Macé. —
- De très beaux échantillons d’hyperruthéniate et de ruthéniate de potasse cristallisée sont présentés par M. Debray. — Une étude stratigraphique de la bauxite est adressée par M. Gabriel. — M. Gernez continue ses études sur le pouvoir rotatoire des dissolutions salines.—M. Laitier est parvenu à préparer le sulfure de rhodium.
- — Gomme conséquence du dépouillement de 00 000 journaux de bord, M. Isnard décrit les courants de l’océan Atlantique nord. —
- C’est par la voie sèche que M. Rousseau prépare l’hydrate ferrique cristallisé. — D’après MM. Lacroix et Lévy, la dumartiérite exagère comme le zircon le polychroïsme du mica. — M. Victor Fatio a découvert un nouveau poisson de la famille des Salmonidés dans le lac du Bourget. Stanislas Meunier.
- FNE TONNELLE EN FICELLES
- A l’époque du jardinage, il est intéressant de faire connaître aux amateurs un ingénieux procédé pour
- Fis. :
- confectionner une tonnelle. Nous en empruntons la description à un journal américain, 1 c Saint-Nicholas Magazine.
- Vous choisissez un arbre aux branches d’un accès facile et se dirigeant dans plusieurs sens. Elles vous fourniront, comme on le voit sur la ligure 1, trois
- points principaux, par exemple, qui formeront le sommet du bosquet qu’il s’agit d’exécuter avec une pelote de ficelle.
- Ile deux sommets vous laissez pendre un lil à plomb qui vous donnera le centre de deux cercles à tracer de la grandeur voulue. Vous tracez sur les circonférences de ces cercles un certain nombre de points équidistants assez rapprochés en laissant des espaces libres pour la porte d’entrée de la tonnelle et pour les passages intérieurs de communication. A chaque point on plante un petit piquet de bois qui sert d’attache à des cordelettes fixées d’autre part au point central supérieur. On obtient ainsi des cônes de ficelles; ce sont les pavillons principaux du bosquet. La maison de ficelle est presque formée de la même manière, et si vous réunissez les trois sommets à l’aide d’une corde bien tendue que vous aurez soin de diviser aussi en parties égales, vous achèverez votre construction en tendant encore des cordelettes jusqu’à terre, comme cela a été fait pour les cônes. Ce travail fait, on choisit des graines de plantes grimpantes ou des boutures déjà formées, de gobeas, capucines, volubilis, pois de senteur, haricots d’Espagne, etc; on les plante régulièrement en bordure tout autour des piquets de bois. Il faut surveiller la plantation, arroser de temps en temps, puis diriger un peu plus tard les prerpières pousses le long des cordelettes. A. T.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Tonnelle en ficelle couverte de plantes grimpantes
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- N* 784. — 9 JUIN 1888.
- LA NATURE.
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- LES PUISATIERS ENSEVELIS
- Il est survenu, le 20 avril 1888, à Blancheface, hameau dépendant de la commune de Sermaise, près de Bottrdan, un accident épouvantablement dramatique, «pii mérite d'être raconté avec quelques détails, quoique malheureusement ce genre de catastrophes ne soit pas rarp dans la carrière des pauvres ouvriers puisatiers. Mais il a été accompagné de circonstances qui ont attiré trop vivement l’attention pour «pie la mort de la victime de ce drame ne conduise point les pouvoirs publics à édicter quelques mesures de précaution.
- Le hameau de Blancheface étant tout à fait privé
- d’eau, la municipalité de Sermaise a passé un marché avec un entrepreneur pour creuser à forfait un puits de 65 mètres de profondeur, en traversant un grand nombre de couches géologiques de natures variées, dont quelques-unes étaient friables, et offraient des inclinaisons considérables. Le marché avait été conclu pour la somme très minime de 4200 francs et cédé par l’entrepreneur à un sous-traitant nommé Dutilleux, puisatier belge établi depuis longtemps dans le pays; c’était un praticien fort habile, mais très aventureux, car il avait été déjà victime de deux éboulements auxquels il n’avait échappé que par miracle, après être resté enseveli vivant pendant plusieurs jours chaque fois.
- Aidé par trois ou quatre hommes de peine, il coni^^N1
- Le sauvetage du puisatier Dufavel opéré par les soldats du génie, en 185(1.
- mença par creuser le puits, qu’il poussa jusqu’à la profondeur voulue, en retenant les parois non pas avec des charpentes solides, mais seulement à l’aide de fascines et de branches d’arbres. Quand il se fut assuré de la présence de la nappe liquide, il commença la construction d’un mur circulaire qu’il éleva jusqu’à 54 mètres du niveau de l’eau. Là, il établit un plancher, et sur ce plancher, à 1 mètre de distance, un autre à claire-voie. Alors il songea à consolider la partie supérieure, dont les endroits sensibles avaient été soigneusement garnis de planchettes, quelques-unes renforcées par des feuillards en fer. Son intention était de remplacer par des briques toutes ces consolidations provisoires. Mais dès qu’il 16e anuiie. — 2e semestre.
- enleva les premières planchettes, dans la journée du 19, il se produisit un éboulement.
- Le soir, Dutilleux alla prévenir le maire de l’accident qui était survenu ; mais le lendemain il descendait de nouveau dans le puits. Toutefois il n’était pas sans crainte. Au lieu de s’accroupir dans le baquet dont les puisatiers se servent comme de nacelle pendant toute la durée de leurs opérations, il se lit attacher à la corde à laquelle le baquet est lui-même amarré, et dont le bout est fixé sur un treuil.
- Au moment où Dutilleux mettait le pied sur le plancher à claire-voie, un nouvel éboulement se produisit. « Remontez-moi, vite, vite! » s’écrie-t-il. Ses compagnons s’empressent d’obéir. Mais à peine le
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- LA NATURE.
- baquet a-t-il l'ait 1 mètre qu’un second éboulement survient. Homme et baquet sont pris, enlacés, entre ces deux Ilots de débris; vainement les compagnons essayent de mettre le treuil en mouvement. L’appareil ne peut, vaincre la résistance de la masse de terre accumulée. « Dutilleux, Dutilleux... » hurlent à tue-tète les pauvres diables. Un écho lugubre renvoie ces appels désespérés, mais aucune voix humaine ne répond. Alors ils fuient épouvantés, semant par tout Je pays le bruit de la mort de Dutilleux.
- Avant de raconter la suite de ce drame, il est indispensable de résumer les principales péripéties d’un sauvetage véritablement miraculeux, qui a terminé, il y a plus d’un demi-siècle, aux applaudissements de toute la France, tenue en suspens pendant près d’un demi-mois, et qui a effacé toutes les autres préoccupations. Dans notre généreux pays on s’est toujours noblement préoccupé des souffrances des travailleurs qui s’aventurent dans les profondeurs de la terre pour y trouver le charbon ou l’eau, les deux éléments les jdus nécessaires à la vie des êtres animés et à celle de la civilisation.
- Vers la fin de l’été de 1836, Dufavel, originaire du département de la Loire, était chargé de creuser un puits, sur le territoire de la commune de Champvert, dans les environs de Lyon, sur un terrain de nature sablonneuse et par conséquent très mobile. Le 2 octobre, un éboulement s’étant produit, Dufavel eut la malheureuse inspiration de descendre, afin d’enlever ses outils qu’il avait oubliés la veille, en se faisant remonter à la fin de la journée. Comme Dutilleux, il prit la précaution de se faire attacher à la corde avant de mettre le pied dans le baquet, mais à peine était-il arrivé au fond du trou, qui avait environ 28 mètres, qu’un éboulement se produisit. 11 fut tellement rapide que les compagnons n’eurent pas le temps de retirer Dufavel ; ils le virent englouti par une masse de débris et, par conséquent, ils le cru-
- rent perdu. Cependant, comme ils voulaient au moins ramener son cadavre, ils tirèrent sur la corde avec une énergie désespérée.
- Heureusement, le puits de Champvert avait été boisé, même dans les parties qui avaient cédé. Oue'-ques planches mélangées au sable l’ayant un peu maintenu, il s’était, improvisé au-dessus de la tète de l’infortuné puisatier une sorte de cavité naturelle très fragile, et que la moindre secousse devait faire écrouler. En voyant l’énergie avec laquelle les pauvres diables tiraient la corde, Dufavel comprit toute l’horreur du danger qui le menaçait. Agissant avec une décision véritablement aussi intelligente qu’héroïque, il tira son couteau et, d’un coup hardi, il trancha le seul lien matériel qui, dans ce séjour ténébreux comme un sépulcre, le rattachât encore à cel te terre qu’il avait quittée si richement ensoleillée, et encore parée de toutes les merveilles de la végétation.
- Cette inspiration fut plus heureuse encore que celle du général sy-racusain qui, pour exciter ses soldats à la vaillance, avait fait briller ses vaisseaux. Amenant à eux la corde sans résistance, les compagnons crurent d’abord qu’elle s’était rompue. Mais en regardant de plus près ce qui était arrivé, ils reconnurent qu’elle avait été tranchée avec un couteau, signe certain que Dufavel était encore en vie. Aussitôt on se mit au travail, et bientôt l’on parvint à se mettre en communication avec l’infortuné reclus par l’intermédiaire du long tuyau doublement recourbé que la corde avait laissé derrière elle. Dès le surlendemain on utilisait cette voie extraordinaire pour faire parvenir à Dufavel des aliments légers et de la boisson en quantité ménagée mais suffisante.
- La torture que ce malheureux supporta avec un courage héroïque peut s’apprécier facilement lorsque l’on se fera une idée exacte de l’attitude à laquelle il avait été condamné.
- g. 2. — A. Puits du puisatier. — B. Puits de sauvetage du génie. — C. Galerie souterraine (rameau). — D. Coupe de la galerie et ouverture par laquelle est sorti Dufavel.
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- Au commencement de son incarce'ration, le plafond de sa cellule était encore si élevé qu’il pouvait à peine y toucher en levant le bras. Mais petit à petit le sable s’était tassé, de telle manière qu’à la lin de ses quatorze jours, il était obligé de se tenir la tête courbée. Cette nécessité était d’autant plus cruelle tpie le pauvre diable n’avait jamais pu dégager ses jambes, dont l’une était restée ployée sous son corps. Pour comble de malheur, son genou saillant avait buté contre une portion d’un cercle de 1er, servant au cuvelage du puits. Ce métal, bon conducteur du calorique, occasionnait une impression de froid terrible. Afin de s’y soustraire, Dulavel n’hésita point à mettre son pantalon en lambeaux. Avec les chiffons qu’il se procurait de cette façon désespérée, il enveloppait systématiquement son ennemi, sans jamais s’en débarrasser complètement. Au milieu de ses épreuves, Dulavel eut un jour terrible entre tous, jour funeste où il se crut perdu. L’adjoint, qui s’était mis à la tête du sauvetage et qui, du reste, se montrait plein de dévouement, voulait à toute force que l’on arrivât au captif en déblayant l’éboulement. Ce fut Dulavel qui, du fond de sa retraite, protesta contre cette méthode insensée aboutissant à son écrasement. « Creusez un puits parallèle, hurlait-il, puis vous m’atteindrez par un rameau horizontal que vous pratiquerez à mon niveau. »
- Les ouvriers s’insurgèrent contre l’adjoint bienveillant, mais inepte. Dufavel était sauvé. On appelait le génie militaire à la rescousse. Le puits parallèle était ouvert et foncé avec la furia véritablement francese que nos braves soldats savent mettre dans les oeuvres d’humanité, aussi bien que dans la défense de la patrie. Le 15 octobre, le dernier coup de pioche était donné. Le lieutenant du génie se précipitait sur Dulavel; il arrachait vivant, de sa prison, le malheureux qui oubliait ses douleurs, son épuisement, pour l’embrasser en criant : « Ah! le brave génie! »
- Cette épopée souterraine produisit un soulèvement d’enthousiasme. Dulavel fut conduit à l’Antiquaille, où il fut soigné avec le dévouement le plus tendre. Le docteur Bienvenu écrivit, sous sa dictée, des Mémoires où un coeur généreux trouverait des inspirations éloquentes. Quel sujet plus grandiose et plus digne d’exciter l’émotion! W. de Fonvielle.
- — A suivre. —
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- LE MILLE MARIN OU NŒUD
- A propos d’une Note publiée récemment, dans La Nature au sujet du mille marin ou nœud *, notre confrère Cosmos, s’adressant à un de ses correspondants qui l’interroge sur le même sujet, fait la réponse suivante qui semble donner un démenti à notre article :
- Les savants se trompent quelquefois quand ils abordent des sujets qui leur sont peu familiers. Aucun marin n’appelle nœud une longueur de 1852 mètres, de même qu’il ne dit jamais qu’un navire lile n nœuds à l'heure; un navire lile
- 1 Yoy. Sur l'Expression de la vitesse des navires, n° 779, du 5 mai 1888, p. 358.
- iy
- n nœuds, ce qui veut dire qu’il lile n milles à l'heure. Le mille marin a 1851m,8, le nœud théorique en est la soixaiH tième partie1 oul5m,43.
- Voici notre réponse, documents en mains :
- 1° Les Anglais appellent le mille marin knot (1852 mètres), et tous les dictionnaires traduisent le mot knot par nœud.
- 2° Le Dictionnaire des mathématiques appliquées, de Sonnet, page 8(51, dit :
- « Nœud, unité de longueur employée dans la marine pour évaluer la vitesse (sic) des navires. Le nœud est la 120e partie du mille marin de (50 au degré; il vaut par conséquent 15m,432. »
- 3° ün lit dans le Carnet de l'officier de marine, année 1881, page 312 :
- « Les vitesses des bâtiments, dans les ouvrages anglais, sont exprimées, tantôt en milles marins identiques aux nôtres et désignés sous le nom de knots (nœuds), tantôt en miles ou milles terrestres de litn,(509315. Voici, en vue de ce dernier cas, une table de conversion des miles en kilomètres et en nœuds. »
- (Suit un tableau qu’il est inutile de reproduire.)
- 11 résulte bien des exemples que nous venons de citer que le mot nœud sert aussi bien à désigner une longueur de 1852 mètres, lorsqu’on traduit le mot knot en français, qu’une vitesse de 1852 mètres par heure ou que la longueur de 15m,43 parcourue par le navire pendant les trente secondes de l’expérience du loch.
- Nous avions donc absolument raison de réclamer des réformes de la terminologie, et surtout des réformes de définition, car il est absolument choquant, dans l’état actuel de la science, de voir le même mot appliqué à des choses .essentiellement différentes et, dans le cas particulier, des vitesses de navires exprimées par des longueurs en knots (nœuds) ou en mètres.
- Nous voudrons bien, avec le Cosmos, appeler nœud la vitesse d’un navire (1852 mètres par heure) lorsqu’on voudra bien ne plus appeler nœud la longueur de 1852 mètres. E. II.
- TOTALISATEUR GÉNÉRAL
- POUR PARIS MUTUELS
- On peut évaluer à deux cents millions de francs les sommes annuellement engagées aux courses à Paris et dans les hippodromes suburbains, en paris sur des chevaux : la plupart des parieurs n’en connaissent ni les performances ni les véritables chances, et le succès tient à des causes si nombreuses que sa prévision défie toute la science du sportsman le plus émérite. Le plus clair du bénéfice des courses est un certain mouvement d’affaires dont profitent un grand nombre d’industries. Quant aux parieurs, c’est à la fin de l’année un déficit assuré et proportionnel, si on les considère dans leur ensemble, aux sommes engagées dans les paris, car les grands principes de la conservation de la matière et de la conservation de l’énergie se retrouvent forcément ici et pourraient prendre le nom de principe de la conservation de l'argent... par les intermédiaires. 1
- Paris à la cote ou paris mutuels, l’émotion du jeu
- 1 11 y a là un lapsus échappé à la plume de notre confrère; 15,43 est le l/Liü de 1851,8 et non pas le soixantième, comme il l’imprime.
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- LA NATURE.
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- de courses se solde par une différence assez importante entre les sommes versées par les parieurs et celles restituées aux heureux vainqueurs.... lorsque le bookmaker ne lève pas le pied en emportant la recette, phénomène qui n’est malheureusement plus une exception, sans cependant constituer une règle.
- Mais comme tous les plus beaux raisonnements du monde ne peuvent rien contre une passion aussi vive que celle du jeu, et qu'en somme une promenade à la campagne est plus salutaire, hygiéniquement parlant, qu’une nuit passée au cercle ou au tripot pour arriver au même résultat final, le décavage, le jeu de courses est encore, do tons les jeux d’argent, celui qui nous paraît le moins indigne d’encouragement, car il se passe au grand jour et présente, par ce fait seul, une sincérité relative qui fait défaut aux autres combinai sons, trop souvent compliquées de passions d'un tout autre ordre.
- Puisqu’il faut renoncer à détruire la funeste passion du jeu, on a du moins cherché à le moraliser et à en atténuer les inconvénients en favorisant les paris mutuels, au détriment des paris à la cote, spécialité des bookmakers aux pieds légers.
- Voici en deux mots, pour les non-initiés — espérons qu’ils sont nombreux parmi nos lecteurs — en quoi consistent ces deux modes de paris, équivalents en principe, mais si différents par les résultats :
- Le pari à la cote est fait entre le parieur et un bookmaker qui offre de rembourser, pour le cheval gagnant, n fois la mise, le nombre n étant d’autant plus élevé que le cheval a moins de chances en sa faveur. Ce nombre n constitue la cote du cheval, et, par une singularité bizarre, s’appelle ainsi parce que le cheval est d’autant plus apprécié que la cote est moins élevée. Il n’est pas rare de trouver dans une course des chevaux à 100 contre 1, tandis que le favori est souvent au-dessous de l’égalité. Le pari mutuel est donc un pari à bénéfice fixe, connu d’avance et assuré, si le cheval gagne et si le bookmaker n’a pas filé avec la recette.
- Avec les paris mutuels, la combinaison est tout autre. Tous les parieurs contribuant à former, par l’intermédiaire d’une agence, une sorte de masse qu’ils se partagent ensuite proportionnellement à
- leurs mises, après prélèvement d'un tant pour cent sur la somme totale engagée. (le prélèvement est. actuellement de 5 pour 100, dont o pour 100 sont encaissés par l’administration des paris mutuels, et 2 pour 100 sont versés à l’Assistance publique. Dans cette combinaison, les parieurs font eux-mèmes la cote, ne sont décavés, dans l’ensemble, que du vingtième de leurs mises, et ont encore la consolation de penser qu'une bonne part de leurs péri*.*s va à l’Assistance publique, c’est-à-dire aux pauvres, au lieu de servir à enrichir des bookmakers habiles.
- Pour rendre les paris mutuels tout à fait intéressants et en faire apprécier tous les avantages, il manquait un moyen de connaître à chaque instant le. nombre total des mises, ainsi que celui des mises
- l’aites sur chaque cheval, ipii représente ainsi bien réellement sa cote ou l'estimation de la niasse des parieurs, les valeurs relatives des mises indiquant les valeurs relatives des chevaux, et la cote, comme on l’entend dans le pari de ce nom, étant représentée par le rapport du nombre total des mises au nombre de mises sur chaque cheval.
- C’est ce problème qui a été fort élégamment résolu par un jeune ingénieur des Arts et Manufactures, M. U. Bocandé, à l’aide d’une combinaison d’appareils électriques dont nous allons indiquer le principe et les dispositions essentielles, en prenant pour exemple le Totalisateur général poui paris mutuels qui a fonctionné pour la première fois, à titre d’expérience et d’étude, aux courses d’Auteuil, au mois d’avril dernier.
- L’unité de mise adoptée pour ces courses est de 5 francs; la distribution des tickets pour chaque course se faisait dans quatre bureaux de distribution différents, dont trois à 5 francs et un à 20 francs, agissant, au point de vue du comptage des mises, comme quatre bureaux à 5 francs.
- L’ensemble du système comporte donc :
- 1° Une série de distributeurs de billets, ou timbre urs — quatre dans le cas particulier (fig. 1) ;
- 2° Un distributeur de courants, dont la fonction est de répartir convenablement les courants et d’en opérer le triage pour actionner les compteurs individuels ;
- Fig 1. — Distributeur de tickets pour les paris mutuels.
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- T»0 Une série de totalisateurs individuels, réunis en un tableau (fig. 2) <jui lait connaître à chaque instant le nombre de mises à 5 francs sur chaque cheval;
- 4° Un totalisateur général, faisant connaître à chaque instant le nombre total des mises, placé en haut de la ligure 2, et permettant de juger d’un coup d’œil la cote individuelle de chaque cheval.
- Distributeur de billets ou tirn-breur. — Cet appareil, essentiellement mécanique, se compose d'une manivelle pouvant se dépla-cer au-dessus d’une boîte demi-cylindrique et s’arrêter au-dessus de trente cases verticales renfermant des tickets portant des numéros correspondant, à chacun des chevaux engagés dans la course. Cette manivelle est ameuta'. au-dessus du numéro du cheval demandé par le parieur, et abaissée pour timbrer le ticket de certains signes conventionnels convenus. L’abaissement de la manivelle a pour effet d’enclencher la manivelle et de la rendre immobile jusqu'à ce que l’enregistrement de la mise ait été acquis. A cet effet, chaque timbreur porte un électro-aimant qui ne libère l’enclenchement qu’après avoir été traversé I ] tendant un instant par le courant même qui produit l’enregistrement.
- Il part donc de chaque bureau trente et un fils qui arrivent au distributeur de courant, dont trente pour les trente chevaux représentant le maximum d’enga-menls auquel l’appareil peut satisfaire, et un fil de retour.
- Distributeur de courants. — Les hasards du pari
- font qu’à un instant donné un cheval quelconque — et plus particulièrement le favori — peut se trouver demandé au même instant et que les quatre timbreurs abaissent leur manivelle au même instant. 11 faut que, malgré cette simultanéité des demandes, le compteur correspondant du cheval marque cependant sept mises distinctes, dont trois pour les trois
- propre compte
- quatre rangées distinctes, mais pas plus de fils que les bureaux simples.
- Ces frotteurs mettent successivement en communication chaque bureau avec les compteurs correspondants ; il ne peut donc se produire qu’une seule émission de courant à la fois, sur un seul compteur et par un seul bureau, ce qui rend tout oubli de comptage impossible, et, grâce à des contacts frétants énergiques, assure le fonctionnement du svs-
- bureaux à 5 francs et quatre
- Fig. 2. — Totalisateur général des mises pour les paris de courses.
- pour le bureau à 20 francs. Le distributeur de courants a pour fonction de mettre de l’ordre dans cette l’ouïe de parieurs qui se présentent à la fois, de les recevoir les uns après les autres, très rapidement, en tenant compte de chaque mise et de son importance relative. C’est pour cela que la manivelle de chaque timbreur se trouve enclenchée et n’est libérée qu’a-près le passage d’un courant libérateur indiquant que l’inscription est acquise. A cet effet, le distributeur de courants se compose d’un axe portant une série de frotteurs faisant un tour en 5 secondes environ. Ces frotteurs viennent toucher sept rangées de contacts communiquant avec chaque bureau, le bureau à 20 fr. ayant pour sou
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- tème, même en temps d'orage, et malgré les craintes exprimées par certains parieurs par trop timorés.
- Compteurs. — Les compteurs ne diffèrent des compteurs ordinaires <jue par leurs proportions, et des détails de construction particuliers sur lesquels des questions de brevets nous empêchent d’insister pour le moment. Les chiffres sont inscrits sur des cylindres en carton de 8 centimètres de diamètre et
- 10 centimètres de hauteur, et se détachent très nettement en blanc sur fond noir. Le totalisateur général des mises, placé au haut de la ligure, est absolument identique aux totalisateurs individuels. 11 est seulement intercalé dans le circuit général et avance d’un numéro chaque Ibis que le distributeur envoie lui-même un courant à un compteur individuel quelconque.
- Le système porte en lui-même son contrôle, car chaque bureau a un compteur individuel qui compte le nombre total de tickets distribués, indépendamment du cheval, et il faut (pie la somme dos tickets ainsi distribués par chaque bureau soit égale, d’une part, à la somme totale des mises indiquées par le totalisateur général, et à la somme des mises individuelles indiquées par le compteur affecté à chaque cheval.
- Le seul reproche que l’on puisse adresser à l’appar reil actuel, c’est de ne pas être suffisant pour satisfaire aux besoins des parieurs lorsque les courses sont un peu importantes. Aussi prépare-t-on une installation plus puissante comportant douze tim-breurs, pouvant distribuer 55 tickets par seconde et munies de compteurs à cinq chiffres au lieu de quatre.
- Certains reproches ont été formulés contre le pari mutuel. Ils sont ainsi présentés par M. Fernand Xau dans un récent article du Gil-Blas :
- Les joueurs reprochent tout d’abord au pari mutuel son organisation, son fonctionnement, fis font observer qu’il y a une perte de temps considérable pour le parieur dans la délivrance des tickets et dans leur payement. Ils soutiennent que la capitalisation, qui doit fournir au joueur de gros bénéfices, ne peut être faite les trois quarts du temps, car presque toujours le gagnant ne touche la course précédente qu’après la course suivante engagée. Ils se plaignent enfin de marchera l’aveuglette, — au lieu de se trouver en présence d’une cote fixe, nettement établie, comme dans le pari à la cote. Un cheval est au piquet à 5, à 20 ou à égalité, — et y reste pour le parieur. Au pari mutuel, la répartition varie au fur et à mesure que de nouvelles mises viennent s’ajouter aux anciennes.
- L’appareil de M. Bocandé lève ces objections, car
- 11 fait connaître la cote à chaque instant, et des courbes relevées sur les indications de l’appareil à intervalles réguliers montrent que les cotes des favoris, les plus intéressantes au point de vue des parieurs, restent sensiblement constantes pendant toute la durée des engagements.
- Le total général des mises étant donné à chaque instant par le compteur supérieur, le temps matériel qui sépare la fin de la course de la liquidation
- de celte course se trouve ainsi considérablement réduit et donne sur ce point toute satisfaction aux parieurs.
- Le pari mutuel évite la fraude, et les erreurs dans la répartition des bénéfices deviennent impossibles si l’appareil permet au public de contrôler la valeur des engagements et de calculer lui-même la répartition. Voici encore, d’après M. Fernand Xau, les doléances du public sur ce point :
- On assure, et je ne le répète que sous les plus expresses réserves, que maintes fois certains joueurs, étonnés de voir la répartition attribuer un bénéfice presque insignifiant à des outsiders, ont fait pour leur propre compte le travail des répartiteurs et qu’ils ont constaté avec stupéfaction que hoirs intérêts étaient lésés dans de notables proportions. Certes, je ne veux point mettre en doute la bonne foi de comptables, surmenés par un travail considérable, et encore moins celle des contrôleurs qui ont la confiance des réunions hippiques. Je n’en infère rien, sinon que le public se plaint amèrement et qu’il se prétend parfois victime d’erreurs qui lui sont préjudiciables, encore que les Sociétés d’encouragement sont responsables des malversations qui pourraient être commises. Ut je dis que ce sont choses profondément regrettables, car il suffirait d’une organisation bien réglée et d’un contrôle officiel pour que toutes les inquiétudes fussent tout de suite calmées et que les calomnies disparussent.
- L’appareil de M. Bocandé assure le contrôle officiel demandé, nous délivre des bookmakers, garantit la sincérité des paris et, ce qui est le côté moral de cette chose immorale qu’on appelle le jeu, permet, en développant le pari mutuel, de mettre chaque année quelques millions de plus dans la bourse des pauvres de Paris.
- dette dernière raison suffit pour que nous souhaitions tout succès au pari mutuel et aux appareils de M. Bocandé. F. Hospitalier.
- EMPREINTES DE BALLES DE PLOMB
- SUR DE L’ACIER
- M. le capitaine Uctiard vient de présenter à la Société française de physique les résultats fort curieux d’expériences dans lesquelles on a obtenu des empreintes de balles en plomb dans une plaque d’acier. Nous croyons devoir publier le résumé de cette intéressante commucation.
- Lorsqu’une balle frappe une plaque d’acier, si cette plaque est assez mince (4 à 5 millimètres) et la balle animée d’une vitesse suffisante (400 mètres par seconde pour une balle de 25 grammes par centimètre carré de section), la plaque est percée. La balle enlève un disque de métal d’un diamètre très supérieur au sien. Du côté de l’entrée, le métal est plus ou moins enfoncé, et les bords du trou sont très nets; du côté de la sortie, le diamètre du trou est beaucoup plus grand, en sorte que le trou a la forme d’un cône très aplati dont le sommet serait à quelques millimètres en avant de la face d’entrée.
- Si la plaque est assez épaisse pour n’être pas percée la balle produit une déformation plus ou moins profonde dont la forme, à peu près ronde, n’a en général aucune régularité. Les bords de la partie touchée sont refoulés
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- LA NATURE.
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- latéralement et forment un léger bourrelet en saillie sur la face touchée.
- Dans tous les cas, la balle est aplatie au point que le culot est en quelque sorte plaqué contre la pointe et forme un disque dont les bords sont déchiquetés : les deux tiers au moins du plomb ont disparu, pulvérisés ou volatilisés par le choc.
- Si, dans les mêmes conditions, on frappe normalement une plaque en acier poli, à grain très fin, et d’une épaisseur de 25 à 50 millimètres au moins, la balle, bien que détruite par le choc, s’imprime dans le métal avec une netteté telle que, si l’on grave une figure en creux on en relief sur sa pointe, on retrouve dans la plaque d’acier la contre-empreinte de la figure gravée sur la pointe de la balle.
- Ayant imprimé sur la pointe de balles des chiffres en creux (1 millimètre environ de profondeur), ces chiffres se sont imprimés en relief au fond des empreintes laissées par les balles sur la plaque d’acier.
- Ces balles en plomb se sont donc comportées vis-à-vis de l’acier comme un poinçon de graveur vis-à-vis du métal malléable d’une médaille ; mais, tandis que le poinçon d’acier ne subit aucune déformation, la balle en plomb, au contraire, est pulvérisée par l’effort même qui la fait pénétrer dans l’acier.
- Un doit faire remarquer, en terminant, que si le grain de l’acier n’est pas très fin, sa surface bien polie, exempte de graisse, et si la balle ne frappe pas bien normalement, on n’obtient qu’une empreinte absolument confuse et informe.
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- L’ASSOCIATION FRANÇAISE EN ALGÉRIE
- LES EXCURSIONS. ----- l’oUED RIr’
- Les excursions que comprenait le programme du Congrès tenu a Oran par ïAssociation française pour /’avancement des sciences présentaient un intérêt tout particulier : [tour ne parler que de celles qui ont eu lieu à la suite de la session, la première permettait de visiter les intéressantes mines de Beni-Saf (minerai de fer) ; Tlemcen, si pittoresque comme ville et comme situation ; Sidi-Bel-Àbbès, de création récente et qui a déjà acquis une réelle importance ; — une seconde excursion s’enfonçait vers le sud et, traversant les hauts plateaux, atteignait Àïn-Sefra et permettait de visiter le Kreider, Saïda, Mascara.
- Il était tout naturel que les excursions principales eussent lieu dans la province d’Oran; mais il avait été décidé en outre qu’une excursion aurait lieu également dans la province de Constantine ayant Tou-gourt pour but. Il s’agissait d’aller étudier sur place la colonisation française dans le désert, et c'était seulement dans l’Oued Rir’ que l’on pouvait rencontrer des oasis de création française; il y avait là une question importante qui justifie le programme adopté. Le nombre des excursionnistes qui pouvaient prendre part à ce voyage était strictement limité, et il était possible, en se hâtant, de suivre auparavant une des excursions principales; on avait voulu éviter, par ces conditions, que ces dernières ne fussent négligées en faveur de celle de Tougourt.
- Nous devons ajouter que, en dehors des programmes préparés à l’avance, beaucoup de membres du Congrès parcoururent plus ou moins complètement notre colonie, [tassant à Alger, visitant la Kabylie, allant à Constantine, Bougie, Boue, Biskra, et poussant même jusqu’à Tunis. Nous ne saurions insister sur tous les points qui ont été vus, et nous nous bornerons à raconter sommairement l’excursion de Tougourt.
- Cette excursion présentait de très sérieuses difficultés d’organisation : aussi dut-on réduire à vingt le nombre des personnes qui y prendraient part. Les conditions eu lurent étudiées avec un soin tout particulier par M. Jus, l’ingénieur bien connu à qui la région qu’on allait traverser doit tant pour les nombreux puits qu’il y a forés; M. Jus voulut bien en outre surveiller l’organisation matérielle et prendre la direction de notre caravane; je suis heureux de lui adresser ici tous nos remerciements.
- L’expédition n’eût pas été possible si nous n’avions trouvé la meilleure bonne volonté de la part de M. le général Delebecque et de M. le général Ritter qui nous accordèrent un bienveillant appui et donnèrent des réponses favorables aux diverses demandes qui leur avaient été adressées à cette occasion,,
- C’était de Biskra qu’avait lieu le départ de la caravane dont la date avait été fixée au 12 avril; aussi dès le 11, les excursionnistes étaient-ils réunis dans cette ville qu’ils visitaient avec intérêt : l’Oasis, le vieux Biskra, le village nègre, la propriété de M. Lan-don, furent successivement parcourus dans la journée qui se termina par une séance de danse des Ouled Naïls. U est inutile d’insister : le voyage à Biskra, rendu très facile par la construction du chemin de fer qui y aboutit et dont l’exploitation doit commencer dans quelques jours, sera certainement le complément obligé de tout séjour en Algérie.
- Le jeudi 12 avril 1888, à 5 heures 1/2 du matin, tout le monde était réuni, on s’installait et le départ avait lieu.
- Avant de raconter sommairement le voyage qui commençait, disons quelques mots des conditions dans lesquelles il s’effectuait.
- Notre caravane composée de vingt personnes dont deux dames, Mmes B... et G..., et deux serviteurs, Ali et Saïd, se distribuait dans trois voitures d’ambulance gracieusement mises à notre disposition par l'autorité militaire. Bien que ces voitures ne fussent pas très moelleusement suspendues et que le chemin lut souvent fort cahoteux, la fatigue ne fut pas aussi grande qu’on aurait pu le craindre, ce qui tient sans doute à ce que l’on y était fort au large et que l’on y pouvait prendre des positions variées. Ces voitures étaient traînées par quatre mulets : des relais avaient été préparés, de manière que les attelages étaient changés chaque jour vers midi. Enfin, un fourgon d’artillerie, également traîné à quatre mulets, emportait nos bagages personnels que l’on avait restreints autant que possible, et les matelas sur lesquels nous devions coucher chaque soir.
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- A l’avance, on avait envoyé aux lieux d’étape les provisions du jour consistant en conserves variées, vin, eau de Saint-Galmier, etc. Chaque matin on
- emportait le déjeuner dans les voitures et chaque soir on trouvait en arrivant les éléments du dîner. Pendant que celui-ci se préparait, on installait les
- Fig. 1. — L'Association française en Algérie. — Campement et bordj de Chegga. (D’après le croquis de II. Eysseric.)
- matelas, on mettait le couvert sur des tables pliantes chargeait les matelas et les bagages sur le fourgon,
- que l’on transportait avec le matériel. Le matin, on on prenait une tasse de café et l’on partait.
- Fig. 2. — Le choit Mel’rir, vu du poste optique de Kel-al-Dohor. (D’après un croquis de M. Eysseric.)
- Le premier jour, cette installation à laquelle nous n’étions pas encore habitués nous mit quelque peu en retard; cependant, à 6 heures 1/2, la caravane s’ébranlait et, suivant la route qui traverse le vieux
- Biskra, arrivait bientôt dans la région désertique, non pas aussi nue que nous nous l’imaginions, mais présentant de distance en distance quelques broussailles d’un vert grisâtre dont l’ensemble cependant,
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- vu de loin, donne la sensation de la verdure. Le chemin que l’on suit est une large piste nettement tracée par le passage des voitures et des chameaux qui ont
- précédé, piste dont le sol est tantôt dur et cahoteux, tantôt résistant et presque uni, et tantôt constitué par une épaisse couche de sahlc qui rend la marche dil-
- Fig. 5. — Ourir. — Vieux palmiers et plantations nouvelles. (D’après un croquis de M. Eysseric.)
- ficilejet pénible. Au départ, nous rencontrons ou | mulet, des chameaux pesamment chargés; mais, à nous dépassons des groupes d’Arabes à pied ou à j mesure que nous nous éloignons de Biskra, les ren-
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- Fig. i. — Oasis de Sidi-Rached. en Algérie, envahie par les dunes. (D’après un croquis de M. Eysseric.)
- contres sont moins fréquentes, sans cependant qu’elles cessent jamais.
- Nous apercevons de loin en loin quelques rares oiseaux, et de plus rares quadrupèdes. A l’horizon
- quelques oasis apparaissent, Sidi Okba, Üumach, manifestant leur existence par une longue bande étroite de couleur sombre dont on ne devinerait pas facilement la nature si l’on n’était prévenu.
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- Nous nous arrêtons pour déjeuner au bordj de Saada. Un bordj est une construction carrée, présentant généralement une cour intérieure et établie près d’un puits; les caravanes s’y arrêtent pour y prendre quelque repos; souvent une ou deux pièces nues entièrement, et blanchies à la chaux, sont réservées pour les Français qui veulent passer la nuit au bordj. Quelquefois, et c’est le cas à Saada, le bordj peut servir de lieu de refuge pour les habitants du pays en cas d’insurrection; il présente alors des bastions et ses murs sont percés de barbacanes.
- Le bordj de Saada est placé sur une petite éminence, non loin du lit de l’Oued-Rjeddi, actuellement sans eau, mais (pii, après la saison pluvieuse, s’étend sur une largeur considérable et arrête les communications, car la route le traverse.
- Chegga où-nous devions coucher est une oasis de peu d’importance où se trouve un petit bordj : cette oasis occupe le fond d’une légère dépression et ce n’est, presque qu’en y arrivant que nous l’avons vue. Quel spectacle pittoresque ! Autour du bordj, un véritable camp, des tentes, des hommes, des chevaux, des mulets, des chameaux (fig. 1 ). I)e ces tentes, les unes nous sont destinées, car le bordj ne contient pas assez de place pour nous recevoir, et seules les dames y coucheront. Les autres tentes sont celles de tribus voisines réunies pour l’inspection du général Ritter qui nous reçoit avec la meilleure grâce et nous fait visiter son installation. Le caïd, qui est le fils de Ben Gana, caïd de Biskra, a fait dresser, pour le général et pour lui, deux tentes richement décorées.
- Le lendemain matin, quand nous partons, le camp est levé; le général et son état-major s’éloignent dans une direction opposée a la nôtre, tandis que pendant un certain temps le caïd et sa suite nous accompagnent, exécutant en notre honneur une véritable fantasia.
- Nous déjeunons à Sétil à côté d’un puits dont l’ouverture apparaît au niveau du sol, au milieu du lit de l’Oued Itel qui est complètement à sec ; le paysage, quelque peu triste, est animé cependant par la vue des montagnes de l’Aurès qu’on aperçoit à l’horizon, teintes de couleurs variées, passant notamment du rose au violet.
- Mais bientôt nous allons cesser de les voir, nous arrivons à Kef-el-Dohor, où se trouve une tour dans laquelle est installé un poste de télégraphe optique; nous sommes au bord d’une sorte de falaise d’une grande hauteur au bas de laquelle commence le chott Mel’rir (fig. 2). Il semble absolument qu’on est en présence d’un lac : on distingue la végétation qui parait couvrir l’autre bord et dont on voit l’image réfléchie par une nappe liquide. Mais c’est une illusion, il n’y a pas d’eau comme nous nous en assurerons, car. la route que nous suivons traverse le chott : le sol, à peine humide, est recouvert d’efflorescences salines formant une couche blanche qui renvoie la lumière du ciel, la végétation qui paraît de loin avoir quelque importance se réduit à de maigres broussailles, grossies par un effet de mirage.
- Nous arrivons dîner et coucher à Ourir dans un bordj appartenant à la Société agricole de Batna qui nous offre dans ses bâtiments une large et gracieuse hospitalité. Nous visitons les puits, les plantations dont les unes sont anciennes et les autres nouvelles, les maisons des Khammès, indigènes noirs attachés à l’exploitation; nous allons visiter également l’oasis indigène voisine et le puits qui l’alimente. La journée s’est terminée par des chants et des danses (si l’on peut appeler ainsi les sauts et les contorsions que nous avons vus) exécutés par des habitants de l’oasis voisine, Mraïer.
- Le bordj d’üurir, construction importante nécessitée par les besoins de l’exploitation, se présente d’une manière très pittoresque, dans le voisinage d’un tombeau d’un marabout, et en face de beaux et vieux palmiers (fig. 5).
- Le déjeuner du troisième jour eut lieu à Nza-ben-Bzig, bordj ruiné dans un endroit désolé, à côté d’un puits à peu près comblé. Quelques heures après, nous visitons un atelier de forage et assistons aux dernières opérations de percement du puits où l’eau a jailli deux jours avant notre arrivée.
- Nous dînons et couchons au bordj de Sidi-Yahia où comme la veille nous sommes reçus par la Société agricole de Batna. Ce bordj est situé sur une éminence assez élevée d’où l’on domine le pays : à une petite distance on aperçoit le bordj de Tala-em-Mouidi appartenant à MM. Eau et Foureau, et que nous visiterons à notre retour. Un étang que l’on aperçoit devient un but de promenade pour quelques naturalistes qui vont y faire des recherches d’animaux peu connus.
- La route que nous prenons le lendemain matin suit sur une certaine étendue les bords d’un véritable lac donnant au paysage un aspect riant qui contraste avec les tableaux précédents.
- Nous nous arrêtons bientôt à l’oasis de Sidi-Bached, à côté d’un bordj en fort mauvais état. Mais plus triste encore est l’aspect de l’oasis même qui est envahie par le sable : non seulement ce sable vient combler les fossés d’irrigation, mais il constitue de véritables dunes dans lesquelles sont enterrés les palmiers jusqu’à des. hauteurs variables (fig. 4). Ces dunes s’accroissent chaque année et se déplacent : c’est la perte de l’oasis et la ruine des habitants, que l'on vient de décider, non sans peine, à s’installer à quelque distance autour d'un puits que l’on va creuser.
- La route que nous suivons est sablonneuse également et nous avançons lentement ; cependant on signale derrière une dune le sommet de deux tours : c’est Tougourt. C. M. Gaiuel.
- — A suivre. — __o-Q-o_
- LA CULTURE DE L’OSIER
- En Europe, on ne compte pas moins de cent espèces de saules parmi lesquelles les plus connues en France sont : le saule fragile, le saule blanc, le saule amandier, le saule monadelphe, le saute purpurin, le saule ram-
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- pcuit, le saule cendré, le saule des vanniers, le saule morceau, le saule à oreillelles, etc., etc.
- Chacune de ces espèces est bien caractérisée par le botaniste; mais, pour plus de facililés dans la pratique, on les a divisées en deux sections qui ont pour type le saule Marceau et le saule Osier. C’est de ces derniers que nous voulons parler à cause de l’importance qu'ils ont acquise dans uue industrie française : la Vannerie.
- Depuis quelques années, en effet, l’emploi de l’osier s’est tellement répandu que son prix a doublé. L’agriculture française ne peut plus suffire aux besoins du commerce et celui-ci est obligé de tirer de l’Allemagne et de l'Italie l’osier fin (Salix viminalis, saule des Vanniers) avec lequel on confectionne une grande quantité d’objets j de luxe. Or, on sait combien les produits de la vannerie , française, recherchés par l’étranger à cause de la qualité ! et de l’élégance de leur confection, sont exportés dans le ! monde entier. Quant à l'osier de grosse vannerie (Salix | fragilis, saule fragile) communément planté au bord des j prairies et des ruisseaux et coupé en têtard, il est très | commun en France et très exporté pour la plus grande j partie en Angleterre et en Amérique où les besoins dé- I passent de beaucoup la production.
- Ainsi la France ne produit pas seulement l’osier fin , nécessaire à sa consommation et à son industrie, mais encore elle exporte l’osier de grosse vannerie à des prix très rémunérateurs. Il y aurait donc pour nos agriculteurs, s’ils le voulaient, une source de revenus dans la culture de l’osier, puisqu'ils peuvent être assurés de la vente et que cette culture ne demande ni beaucoup d’argent ni beaucoup de soins.
- L’osier est un arbuste élevé, à tige dressée, à rameaux allongés, effilés, très flexibles, d’un vert grisâtre, plus rarement jaunes, très commun dans les terrains humides, généralement pauvres et presque toujours impropres à tout autre genre de culture. Poussant rapidement, demandant peu de soins, l’osier donne dès la troisième année, vers le vingt-sixième mois de la plantation, un produit net par hectare, de 800 à 900 francs, et jusqu’à 1000 francs dans les terrains de premier choix; 600 à 700 francs dans les terrains de moyenne qualité; 400 à 500 francs dans les terrains les plus pauvres et les plus réfractaires à toute culture. Une oseraie convenablement entretenue peut durer de vingt-cinq à trente ans.
- On voit quelle source de revenus pour notre pays si on transformait en oseraies les 5 à 6 raillions d’hectares de landes laissés, en France, sans culture faute de bras et de capitaux. La dépense de mise en culture et de plantation d’un hectare d’osier s’élève parfois jusqu’à 500 fr. et les frais annuels d’entretien sont d’environ 150 francs. Cette dépense de premier établissement, relativement élevée, a été jusqu’à présent un obstacle au développement de cette branche de notre agriculture industrielle. La petite culture paralysée par le morcellementdesonsol, n’est guère en état de l’entretenir.
- Quant à la grande culture, aujourd’hui ruinée par la concurrence étrangère et le prix sans cesse croissant de la main-d’œuvre, elle est encore plus impuissante : elle ne peut, comme la première, attendre deux ans la rémunération de ses capitaux. Il n’y aurait guère qu’un groupe de capitalistes qui pourrait s’occuper en grand de cette culture et il est bien évident que, sagement administrée, une telle société ne pourrait manquer de largement rémunérer les fonds qui lui seraient confiés1.
- 1 D’après YEcho forestier.
- LES CHEMINS DE FER ÉLECTRIQUES
- Voici un curieux tableau qui ne manquera certainement pas d’intéresser les électriciens. 11 donne l’énumération de tous les chemins de fer électriques existant à la fin de 1887. Nous l’empruntons au journal Industries.
- EN EUROPE
- Longueur Nombre de en kilomètres, voitures.
- Portrush en Irlande (d)........... 9,6 4
- Francfort-Offenbach (a)........... 7,2 14
- Bessbrook-Newbury en Irlande (d). . 4,8 8
- Moedling-llinterbruch, près Vienne (a). 4,5 12
- Bruxelles (c).......................... 5,2 5
- Hambourg (c)..................... — 2
- Blackpool en Angleterre (c)........ — 10
- Lichterfelde à Berlin (b).............. 2,4 2
- Brighton (b).......................... 1,6 2
- Mine d’IJohenzollern (a).......... 0,75 16
- — de Zaukerode près Dresde (o). . 0,72 17
- EN AMÉRIQUE
- Montgomery, Alabama (fl)...............17,7 18
- Kansas City, Missouri (a). ...... — — -
- Richmond, Virginie («)............. il —
- Appleton, Wisconsin (a)................ 7,2 8
- Scranton, Pensylvauie (a)................ — 9
- Port-Huron, Michigan (a) ... . 6,4 8
- llighland-Park, Détroit (d)............ 5,6 2
- Denver, Colorado (e)..................... — 7
- Los Angeles, Californie (a)....... 4,8 8
- Baltimore, Maryland (a et d). . . . 3,2 6
- Windsor, Canada (a)...................... — 2
- Dia Road, Détroit (a).................. 2,8 4
- Orange, New-Jersey (a)................. 0,8 1
- Boston, Massachusetts (a)................ — 4
- (Raffinerie de sucre).
- Les lettres de notre tableau indiquent le système employé : (a) conducteur aérien, qui transmet le courant du générateur au moteur; le circuit de retour est formé, dans ce cas, par l’un des rails ; (b) les rails eux-mêmes servent de conducteur à l’aller et au retour du courant ;
- (c) accumulateurs placés sous le plancher des voitures;
- (d) un troisième rail, disposé entre les deux rails ordinaires, transmet le courant du générateur; (e) conducteur souterrain. Les systèmes (a) et (b) sont les plus efficaces et les moins chers : ils conviennent pour longs parcours, et notre tableau montre que le premier (a) est presque .le seul employé en Amérique. Les dynamos chargées de produire l’électricité sont actionnées le plus souvent au moyen de machines à vapeur, mais elles le sont aussi quelquefois au moyen de turbines hydrauliques. Quant au moteur, il existe presque toujours sur chacune des voitures, et ce n’est que dans des cas fort rares qu’il se trouve disposé sur une voiture isolée, qui joue le rôle d’une véritable locomotive électrique (mines de llohen-zollern, de Zaukerode, Boston).
- 11 a été démontré, pour un certain nombre de ces chemins de fer, que les frais d’exploitation atteignaient, au maximum, 25 centimes par kilomètre et par voiture. La traction par chevaux coûterait au minimum 50 à 60 centimes. Aussi beaucoup de lignes nouvelles ont-elles été construites dans ces derniers temps aux Etats-Unis.
- J. G.
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- LA NATURE.
- L’EDELWEISS
- L’Edelweiss dont nous publions un dessin ci-dessous est une des plantes alpines les plus curieuses et c’est, à ce titre surtout que nous la mettons sous les veux de nos lecteurs.
- On la rencontre à une altitude de 2000 mètres environ dans les Alpes et dans les Pyrénées ; c’est dans certains villages des montagnes la fleur dont se parent les jeunes fiancées le jour de leur mariage; elle remplace là-bas la fleur d’oranger, qui est chez nous l’emblème de la virginité.
- Elle orne aussi le chapeau de presque tous les Alpinistes, mais surtout de ceux qui n’ont, jamais l'ait la moindre ascension. 11 y a en Allemagne des fabriques d’Edel-weiss, où l'on fait avec du coton la charmante fleur blanche étoilée dont le nom veut dire blanc noble ou précieux ; et dire que c’est encore la poétique Allemagne de Marguerite (pii nous dépoétise ainsi notre fleur!
- On est arrivé maintenant à pouvoir cultiver l’Edelweiss dans nos climats. Cette culture pouvant intéresser certains amateurs, en voici le résumé.
- L’Edelweiss (GnaphaUium leontopodium) se sème dans la dernière quinzaine de juin, à froid bien entendu, dans des terrines bien drainées dont la terre est de deux tiers terre de bruyère et un tiers sable et terreau. Au bout d’un mois, le semis est déjà assez fort pour être repiqué dans des godets de 4 à 5 centimètres. On hiverne sous châssis k froid. La plante, perdant ses feuilles de novembre k février, il ne faut pas s’imaginer qu’elle est morte, car il n’en est rien. Vers le milieu de février on place Jes pots sur couche tiède et on obtient alors une bonne végétation, mais sans fleurs, car la floraison n’a lieu que la deuxième année. Elle donne alors, selon sa force,
- un certain nonmre de fleurs sur tiges de 20 centimètres environ. On récolte la graine «pie l'on sème de nouveau et ainsi de suite. Les plantes ainsi cultivées en pots ont l’avantage de pouvoir, au moment de la floraison, être placées dans des rochers, soit à l’intérieur des serres, soit en plein air; l’effet en est d’autant plus charmant (pie la fleur se conserve fort longtemps. Si la terre employée était trop riche, on n’obtiendrait pas de fleur aussi blanche qu’avec une terre un peu calcaire.
- Les plantes alpines deviennent de plus en plus rares; on leur fait, non seulement les simples touristes, mais aussi les bot a ni s ! es, une guerre acharnée; quelques variétés meme sont devenues introuvables; c’est pourquoi il s’est fondé à Genève même une Société protectrice des plantes alpines. Cette Société a installé un jardin où sont conservés tous les types et où les amateurs peuvent se les procurer. Ces plantes cultivées pour l’expédition sont assurées de la reprise, ce dont on n’est pas sur quand on va les arracher dans les monta g lies, au moment de la floraison , c’est-à-dire au moment le moins favorable k leur transplantation.
- Tout en blâmant les amateurs de plantes alpines de leurs déprédations, nous sommes cependant tout disposés k les excuser, car nous sommes tous plus ou moins coupables. Nous avouons avoir admiré dans les jardins botaniques les petits coins rocheux consacrés k ces plantes de montagnes. Un amateur peut arriver à faire dans son jardin un petit jardin alpin, au moyen de petites roches et de pierres très irrégulières, et si le tout est arrangé avec goût, ce sera certainement l’un des endroits les plus agréables dudit jardin. On peut très bien réussir au moyen de plantes alpines, achetées au jardin alpin de Genève. E. Bergman.
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- LA NATURE.
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- SÉCURITÉ DES CHAUDIÈRES A AAPEUR
- MAINTIEN AUTOMATIQUE DU NIVEAU D’EAU
- nous venons de signaler et rend la stricte surveillance du niveau d’eau infiniment plus facile, inutile même en quelque sorte. Le premier est un appareil de sûreté contre les coups de feu imaginé dernièrement par M. Ubermuhlen, l’autre le régulateur d’alimentation de M. Cleuet. La figure 1 représente l'appareil Ubernmh-len et son application aune chaudière (locomo-bile). 11 consiste en un ensemble de deux tubes concentriques / et e, placés dans le foyer, de telle sorte que l’embout a du tube f fermé par un disque fusible o maintenu par un écrou percé, soit entièrement exposé à l’action des flammes. D’autre, part ces deux tubes sont reliées par deux petits tubes (c, tl) à deux robinets placés extérieurement sur la chaudière à la hauteur à laquelle on place le robinet de jauge inférieur, c’est-à-dire un peu en dessus des parties (pii doivent être couvertes par l’eau. Dans ces conditions, le liquide circule très rapidement (ce qui évite toute obstruction possible) dans l’espace annulaire n compris entre les deux tubes. 11 s’y volatilise sans que le disque fusible puisse fondre puisqu’il cède à chaque instant la chaleur qu’il reçoit. Mais si accidentellement le plan d’eau baisse au-dessous des robinets, la vapeur remplace immédiatement le liquide dans le circuit, fond le bouchon et s’élance avec bruit dans le foyer par l’ouverture i de l’écrou. Le chauffeur est ainsi averti qu’il y a
- Les chaudières h grande surface de chauffe et à petit volume d’eau sont généralement d’une conduite assez délicate, nienqueralimen-lation s’y fasse d’une façon continue et ait été réglée d’après la puissance de vaporisation moyenne , on conçoit qu’il puisse arriver (pie pour une cause quelconque la chaudière vienneà manquer d’eau ou inversement, <pie l’ali-mentation soit trop rapide. Dans le premier cas, il y a coup de feu et explosion possible ; dans le second cas, de l’eau entraînée par la va peur et des ii-coup souvent considérables et brusques dans la puissance de la chaudière. Le chauffeur doit donc à tout instant avoir les yeux fixés sur son niveau d’eau et régler l’alimenta-I ion de telle sorte <|ue le plan d’eau reste à peu près constant. Cette surveillance est souvent difficile, car un grand nombre des chaudières dont nous parlons ont un
- plan d’eau de , „
- „ Fig. 2.— Régulateur d’alimentation «le M. Cleuet.
- laible suri ace, et
- leur production de vapeur étant] considérable, il se produit au niveau des soubresauts tels que la fixation d’une hauteur moyenne est presque illusoire.
- Nous venons de voir tout dernièrement deux petits appareils dont l’emploi simultané permet d’éviter automatiquement les deux causes d’accidents que
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- LA NATURE,
- manque (.l'eau et cela avant «ju’il y ait eu coup de feu. 11 ferme alors les deux robinets, alimente convenablement sa chaudière et procède enfin au remplacement du bouchon sans avoir à interrompre le travail de la machine motrice alimentée par la chaudière.
- En principe le système des bouchons fusibles est bien connu, mais l'appareil Ubernmhlen nous a paru intéressant à signaler en ce sens (pie la fusion du bouchon n'entraîne plus un arrêt forcé du travail et la perte totale de la vapeur produite, inconvénient majeur inhérent au système généralement employé consistant à placer ces pièces de sécurité au ciel du loyer.
- Le régulateur d’alimentation est en quelque sorte, comme but à atteindre et comme fonctionnement, l’inverse du précédent. Il a pour fonction de maintenir un niveau d’eau constant en soutirant et renvoyant a la bâche d’alimentation l’excédent d’eau refoulée par la pompe alimentaire. Il se compose (lîg. 2) d’un tube en laiton A incliné et fixé par une de ses extrémitées seulement en b, à une barre de fer f servant à le fixer sur une paroi du fourneau, et en communication d’une part avec la vapeur (tube Y), de l’autre avec l’eau de la chaudière (tube E). A son extrémité libre, ce tube est bouché par un robinet à soupape R, relié par un tube légèrement flexible à la conduite d’alimentation. La soupape 0 de ce robinet est appliquée sur son siège par un ressort puissant que l'on règle à l'aide de l’écrou E et dont la lige est actionnée à l’aide d’un levier L articulé en w, que les écrous de réglage e,e' tiennent constamment en contact d’un couteau a porté par la plaque de soutien /.
- Dans ces conditions qui sont celles de la figure, tant que le niveau du liquide reste normal, la vapeur remplit le tube A, le maintient dilaté, et la soupape U reste appliquée sur son siège : toute l’eau d’alimentation passe à la chaudière. Si le plan d’eau monte, l’orifice de la vapeur se bouche, la vapeur contenue dans le tube se condense, il y a refroidissement, le tube se contracte. Ce mouvement se transmet au levier L qui bascule en s’appuyant sûr le couteau fixe a et soulève la soupape C. Une certaine quantité d’eau s’échappe alors par le tuyau de vidange D jusqu’au moment où la vapeur pénétrant à nouveau dans le tube le redilate et replace les choses en l’état primitif, c’est-à-dire la soupape C sur son siège. Au moment de chaque mise en feu, on ouvre le robinet Z (n° 2 de la fig. 2) pour purger d’air l’appareil, et quand le tube est bien chaud on règle la position du levier L. Il est à remarquer aussi que la soupape C ferme contre pression et agit par conséquent sur la conduite d’alimentation comme une sorte de soupape de sûreté qui préviendrait toute rupture des tuyaux sous un trop grand effort de la pompe, si le clapet réglementaire de retenue restait fermé sur son siège. Sans modifications pour ainsi dire, M. Cleuet a fait de cet appareil, dont le fonctionnement nous a paru intéressant à décrire parce qu’il repose sur une loi
- physique simple, la dilatation d'un métal, un purgeur automatique déjà très apprécié pour conduites de vapeur de toute nature. Il nous semble cependant, inutile de nous étendre sur cette application dérivée bien facile à concevoir.
- Au point de vue que nous avons envisagé, l’emploi simultané des deux petits appareils que nous avons décrits nous semble fournir automatiquement les conditions de sécurité maxima que l’on doit toujours chercher à réaliser quand on utilise les petits générateurs à très grande surface de chauffe d’une façon parfois défectueuse, comme on le fait, par exemple, dans les embarcations de plaisance.
- M. A. U..., ingénieur.
- CHRONIQUE
- Les Falsifications. — Nous empruntons les faits suivants à la Revue internationale des Falsifications. Ils donneront à nos lecteurs une haute idée de l’ingéniosité et de l’esprit d’imagination des falsificateurs.
- Champagne artificiel. — Un joli exemple de contrefaçon, donné par une circulaire assez curieuse d’un fabricant de vin en Allemagne : « En raison de votre grand commerce de vins de Champagne, nous vous recommandons notre qualité de champagne à bon marché : fr. 15,OU la douzaine de bouteilles, emballage compris, expédition par Rotterdam et Anvers. Nous vous ferons observer «pie nous pouvons vous fournir toutes les marques que vous voudrez, et nous vous prions d’en faire l’essai. »
- Les vaches, complices involontaires des falsificateurs. — Dans quelques parties de la Hollande les paysans ont l’habitude de faire avaler de grandes quantités de sel marin par leurs vaches. Si le lait est trop aqueux, les pauvres vaches seules sont les coupables, selon eux, — « elles boivent tant qu’elles falsifient involontairement elles-mêmes leur lait. »
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du b juin 1888. — Présidence de M. Janssev.
- Influence de la température organique sur les convulsions déterminées par la cocaïne. — Dans ces derniers temps la cocaïne a pris une certaine place parmi les médicaments, des expériences tentées d’abord sur le chien puis sur l'homme ayant révélé ses propriétés calmantes. Cependant il faut l’employer à très faible dose; précaution sans laquelle l’alcaloïde agit comme un énergique poison. C’est alors par des convulsions qu’elle manifeste son action, puis par l’arrêt du cœur et des poumons. Or il résulte, des recherches communiquées aujourd’hui au nom de MM. Ch. Richet et Langlois, que l’action convulsive, à dose égale, se produit d’autant plus intense que la température de l’animal est plus élevée. Ainsi la quautité d’alcaloïde qui tue rapidement un chien plongé dans un bain à 42° ne produit aucun effet semblable si le chien est dans un bain à 51°. Mais si ce dernier, après avoir subi quelque temps cette température relativement basse, est surchauffé à 59° sans addition aucune de cocaïne, les convulsions se manifestent aussitôt. Dans certains cas, réchauffement consécutif au simple mouvement est suffisant pour provoquer les accidents. La conclusion
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- LA NATURE.
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- •les auteurs est que Je remède aux empoisonnements par la coca doit consister dans le refroidissement des malades, et il .se demande si l’action bienfaisante des bains froids dans les fièvres typhoïdes n’appartient.pas au même ordre de faits.
- La gulta-percha. — Par l’intermédiaire de M. Chat in, M. ileckel étudie le grand problème proposé à l’industrie par la disparition progressive et rapide des arbres à gulta-percha. Les succédanés proposés sont innombrables, mais suivant l’auteur aucun ne fournit de véritable gutta. La seule solution paraît être dans le développement des cultures auxquelles pourrait être affectées un certain nombre de nos colonies tropicales.
- Le microbe pyocyanique. — En novembre 1884, M. Bouchard a montré que l’injection intra-veineuse de l’urine des cholériques détermine des accidents exactement cholériformes. 11 constate aujourd’hui que l’urine des animaux auxquels on a donné la maladie artificielle que détermine le microbe pyocyanique donne, par injection, des symptômes de la même maladie. 11 résulte de ces faits que, dans le corps du malade, les microbes pathogènes fabriquent, des matières virulentes et infectieuses qui ne restent pas indéfiniment dans l’organisme et sont éliminées par la voie rénale.
- Election de correspondant. — Une place de correspondant étant, vacante dans la section de botanique, la liste de présentation portait : en première ligne, M. Masters, de Londres, et en deuxième ligne, par ordre alphabétique, MM. Treule, de Batavia; M. Triana, de Paris; M. Warming, de Lund, et M. Wiosener, de Vienne. 59 bulletins sont au nom de M. Masters, qui est, nommé, b voix sont pour M. Triana, 1 pour M. Treule. Il y a 1 billet blanc.
- Phosphates alcalino-terreux. — En faisant réagir les oxydes des alcalino-terreux sur les phosphates alcalins, M. Ouvrard détermine la production de composés cristallisés. Avec la chaux, ce sont, suivant les cas, des pyro, des méta et des orthophosphates doubles. Avec la baryte, la production de ces sels doubles est très difficile à réaliser. Comme résistance, la strontiane se place entre la baryte et la chaux.
- Géologie provençale. — M. Marcel Bertrand revient, sur les plis si singuliers qu’il a décrits en plusieurs localités de la Provence, telles que le Beausset. 11 rapproche ces accidents du double pli des Alpes de Glaris et insiste sur la fréquence des plis sinueux et parfois hémi-circulaires dans les régions disloquées.
- Physiologie des centres nerveux. — Quand on étudie les effets consécutifs à la faradisation de l’encéphale, il huit, d’après M. Brown-Séquard, accorder une grande attention à la situation de la tête de l’animal en expérience. Un chien étant couché sur le côté gauche, si on excite la moitié droite du cerveau, on voit des convulsions dans la moitié gauche du corps; mais si, sans rien changer aux autres conditions de l’expérience, on retourne la tête de l’animal pour la faire porter sur le côté droit, ou constate que c’est à droite que les convulsions ont lieu. D’où il résulte que les effets observés dépendent beaucoup moins des conditions du centre moteur que de l’état de la circulation cérébrale. Il est arrivé à l’auteur de voir un chien, en état de contracture, reprendre une allure normale tant qu’on donnait à la tête une situation déterminée, et il cite le cas d’un malade chez qui la perte
- de la mémoire était beaucoup plus accentuée quand la tète était penchée d’un certain côté.
- Varia. — L’intéressant volume que nous avons cité, l’autre jour, sur le Bismuth et ses composés comme faisant partie de l’Encyclopédie chimique est de M. L. Godefroy, docteur ès sciences, professeur de chimie à l’école libre des Hautes Etudes, flous tenons d’autant plus à enregistrer le nom de l’auteur, omis par mégarde dans notre dernier article, qu’il a bien voulu citer honorablement des recherches que nous poursuivions dès 18(55 au laboratoire de l’Ecole polytechnique, lors de nos premiers débuts dans la science. — M. de Ilouville continue ses études sur le terrain paléozoïque de l’Hérault. — La comète Sawerthal a été suivie toutes les nuits à l’Observatoire de la Plata du 9 mars au 2 avril. — La radiophonie électro-chimique occupe MM. Mercadier et Chaperon. — M. Villard fait connaître des hydrates nouveaux de plusieurs gaz. — L’étude du chloro-mercurate conduit M. Eschner de Koninck à établir la formule de diverses ptomaïnes. — M. le I)r de Pietra Santa étudie le régime cellulaire dans ses rapports avec le développement de la folie. — La théorie des arcs-en-ciel surnuméraires est perfectionnée parM. Mascart. Stanislas Meunier.
- EXPÉRIENCES D’ÉLECTROSTATIQUE
- AVEC DES LAMPES A INCANDESCENCE
- M. Elmer E.-E. Emmons signale dans un récent numéro du Scientific American un certain nombre d’expériences d’électrostatique auxquelles se prêtent facilemenUdes lampes à incandescence, même celles dont le filament a été brisé, et que nous croyons intéressant, de résumer, car elles peuvent presque figurer parmi les expériences de physique sans appareils, les lampes à incandescence étant aujourd'hui universellement répandues.
- Le matériel nécessaire à ces expériences se compose d’une lampe à incandescence, de deux ou trois balles légères suspendues et d’un foulard de;soie.
- Après avoir chauffé légèrement l’ampoule, çi on la frotte avec un mouchoir de soie, on peut réaliser l’expérience fondamentale et classique de l’attraction des corps légers. Une règle plate, légère, placée sur une bouteille ronde retournée peut être mise eu rotation en approchant la lampe à l’une de ses extrémités (fig. 1) et consi ituer ainsi un électroscope des, plus simples.
- Si l’on tient la lampe d’une main dans l’obscurité et qu’on frotte l’ampoule avec un morceau d’étoffe, l’intérieur du globe se remplira d’une lueur bleuâtre caractéristique de l’effluve (fig. 2). Le frottement de la main donne les mêmes résultats si on la passe rapidement à la surface du globe. Si, après avoir cessé de frotter, on vient à toucher la surface de la lampe, l’intérieur de cette lampe s’illuminera aussitôt, et l’expérience pourra être répétée plusieurs fois sans qu’il soit nécessaire de frotter l’ampoule. Le même phénomène d’illumination électrique s’observe dans une boîte renfermant un certain nombre de lampes jetées pêle-mêle; lorsqu’on remue légèrement la
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- LA NATURE.
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- boite, la lueur électrique se manifeste dans la masse entière des lampes ainsi secouées.
- Mais c’est surtout comme bouteille de Leyde ou condensateur que la lampe à incandescence présente des propriétés remarquables.
- Si l’on tient l’ampoule à la main et que l’on approche la partie métallique reliée au filament d’une machine électrique en fonction, cette lampe se charge assez énergiquement; la personne tenant la lampe joue alors le rôle d’armature extérieure mise à la terre.
- La lampe-condensateur peut être chargée également à l’aide d’un électro-phore ou même avec une courroie électrisée comme on en rencontre fréquemment dans les ateliers et les usines.
- Le condensateur peut être déchargé, soit par la personne tenant la lampe, soit par une seconde personne touchant la monture métallique et fermant le circuit à travers le sol. Si on laisse la lampe trop longtemps en charge, elle se déchargera elle-même, l’étincelle jaillissant de la partie métallique de la monture jusqu’à la main de l’expéri mentateur qui s’en apercevra par un bruit sec et un choc électrique très caractéristique; en prenant l’ampoule très loin de la monture, on peut obtenir des étincelles de 7 à 8 centimètres de longueur (fig. 5).
- Si les premiers inventeurs de la bouteille de Leyde avaient tenu dans leurs mains une lampe à incandescence au lieu de la bouteille d’eau classique avec laquelle ils reçurent leur premier choc, il est probable qu’ils ne se seraient pas risqués à en recevoir un autre, si l’on en juge par la frayeur que leur causa la décharge de la bouteille.
- Pour obtenir un condensateur de grande capacité, il faut coller une feuille de papier d’étain à la sur-làce de la lampe jusqu’à une distance de 3 à 4 centimètres de la monture métallique et relier cette armature avec le sol à l’aide d’un fil de cuivre nu traînant sur le sol, ce qui suffit généralement.
- Fig. 1 à 4, — Expériences d’électricité statique laites avec des lampes à incandescence. — 1. Attraction électrique. — 2. Effluve. — 3. Etincelle. — 4. Manière de charger une lampe à incandescence avec une courroie électrisée.
- Dans ces conditions, la lampe se charge rapidement si l’on fixe un fil métallique sur la monture et qu’on l’approche de 5 à 10 centimètres d’une courroie électrisée (fig. 4) : les décharges se produisent alors à la surface du globe, entre la monture et le bord de la feuille d’étain. Pendant la charge, l’ampoule est remplie par une lueur bleu pâle, et, au moment de la décharge, tout le globe se trouve vivement illuminé parla décharge dans le vide et non, cela va sans dire, par l’incandescence du filament, La rupture du filament ne modifie [tas les propriétés électrostatiques d’une lampe à incandescence,
- aussi peut-on utiliser les lampes hors de service pour répéter ces expériences. Alors qu’il est difficile de trouver du verre convenable, pour faire une bonne bouteille de Leyde, la lampe à incandescence est au contraire parfaite pour cet objet.
- L’explication des propriétés de la lampe à incandescence comme bouteille de Leyde est des plus simples. Le vide fait dans la lampe constitue un conducteur excellent qui s’applique d’une manière parfaite à l’intérieur du globe pour constituer l’armature intérieure de la bouteille, armature intérieure mise en communication avec; la monture extérieure par I s attaches en platine et le filament qu i plonge dans ce milieu conducteur. D’autre
- part, la faible épaisseur du verre des ampoules des lampes à incandescence donne, pour une surface donnée, une très grande capacité électrostatique au système, car l’on sait que cette capacité est, toutes choses égales d’ailleurs, inversement proportionnelle à l’épaisseur du diélectrique. Toutes les conditions essentielles indiquées par la théorie se trouvent donc réunies pour faire de la lampe à incandescence un excellent condensateur, surtout si l’on a soin de garnir sa surface extérieure d’une feuille d’étain.
- Le Propriétaire-Gérant : (J. Tissandîku.
- Imprimerie A. Lahure, ‘J, rue de Fleurus, à l’ariv
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- N* 785.
- 10 JUIN 1888.
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- LE CHEMIN DE FER TRANSCÀSPIEN1
- Au moment ou l’on vient d’inaugurer la ligne du grand chemin de fer dont la Russie poursuit la construction à travers les steppes de l’Asie centrale, il nous parait intéressant de donner encore quelques nouveaux détails sur cette immense entreprise. Le chemin de fer transeaspien, après avoir dépassé la laineuse citadelle de Merv, atteint depuis peu, Samarcande à 1400 kilomètres environ de la- mer Caspienne. Cette ligne est assurément destinée à faire époque dans l’histoire des chemins de fer, et nous
- allons publier, sur les difficultés spéciales qu’on a rencontrées pour l’exploitation et l’entretien de la voie ferrée, quelques renseignements que nous empruntons, comme ceux de la note précédente, à l’étude si remarquable de M. Edgard Boulangier.
- Ces difficultés tenaient d’abord à la nature sablonneuse du terrain, formé, sur la moitié du parcours de la ligne, de dunes mobiles contre lesquelles on a dù garantir les travaux. Il a fallu, en outre, assurer les approvisionnements nécessaires d’eau et de combustible pour l’alimentation des machines et les besoins du personnel réparti sur tout le parcours, et ce n’était pas là une tache des moins ardues
- Fig’. 1— Le chemin de fer trauscuspien. —• Vue d'un des quali-e forts construits entre Mikhailovsk et Kizil-Arvat
- pour la protection des travaux.
- dans un pays absolument desséché, en dehors des oasis.
- Les travaux de défense contre les sables ont été imités de ceux auxquels on a recours dans les pays septentrionaux pour prévenir l’accumulation des neiges dans les tranchées. Dans tous les points où la direction des vents peut être considérée comme à peu près constante en hiver, on établit devant les sections à protéger une ou quelquefois deux rangées de palissades à claire-voie faisant face à la direction du vent, de manière à retenir les flocons de neige entraînés2.
- De pareilles palissades furent établies le long de
- 1 Voy. n" 760, du 24 décembre 1887, p. 50.
- s Voy. n° 777, du 21 avril 1888, p. 321.
- 16e année. — 2a semestre.
- la ligne, en lace des tranchées de grande profondeur. Elles sont constituées par de simples planches verticales, non peintes, en sapin, laissant entre elles un vide de 0a,,02 environ, et maintenues assemblées par deux légères traverses horizontales.
- Elles sont fixées dans le sable par des pieux enfoncés de 1 mètre environ.
- On rencontre ces palissades dans la traversée des dunes voisines de la mer Caspienne, où elles sont situées parallèlement à la voie sur le côté »ord,ear le vent y souffle habituellement de cette direction, et surtout du nord-est. Entre Merv et Tchardjoui, elles prennent une direction N. W.-S. E., oblique à la voie. Ces palissades sont quelquefois remplacées par de simples traverses superposées, en faisant
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- LA N AT U R E.
- alterner les vides avec les pleins, de manière à leur donner une surface a peu près égale.
- Pour consolider les dunes on emploie aussi concurremment les plantations d’arbustes; le tamarix est celui (pii se reproduit le mieux dans le sable, et les Russes ont établi à cet effet d’immenses pépinières composées surtout de cet arbuste et lie renfermant pas moins de 5 millions de plants. Un autre arbuste très abondant dans ces dunes, le saxaoul serait aussi d’un usage excellent, mais on n’est pas encore arrivé a le reproduire.
- Les remblais de la voie doivent être consolidés, de leur côté, pour empêcher le vent de déchausser les traverses ; on y est arrivé en recouvrant la plateforme et les talus avec de la terre argileuse d’allu-vion. On se contente aussi quelquefois de pilonner le sable; mais, dans le voisinage de la mer Caspienne, on en fait un véritable mastic en arrosant les talus avec de l’eau salée. On a recours enfin aux plantations de saxaoul; on plante quelques menues branches de cet arbuste sur les crêtes, en ayant soin de les recouvrir d’une faible épaisseur de sable et de leur donner une pente légère, comme l’indique la ligure 2, ci-dessous.
- Fig. 2. — Moite de consolidation des remblais.
- La largeur de la voie est de lin,54, comme dans dans tout le reste de la Russie ; les rails sont du type Vignole, pesant 52 kilogrammes le mètre. Les traverses, en sapin, viennent de la Russie septentrionale, et sont transportées par eau jusqu’à la mer Caspienne. Elles ont été posées sans être injectées, malgré l’avis du général Annenkov, qui aurait voulu les enduire de créosote pour les mettre à l’abri des termites qui fourmillent dans l’Asie centrale, et il est à craindre que, dans ces conditions, leur durée ne soit très courte.
- La ligne ne présente pas d’ouvrage d’art important jusqu’à l’Amou-Daria ; mais le passage de ce fleuve a présenté des difficultés exceptionnelles, en raison de la grande irrégularité du débit des eaux et des affouillements énormes qu’elles produisent, au moment des crues, dans un terrain sans consistance et sur une largeur qui dépasse alors 8 kilomètres. Le fond se modifie continuellement, l’eau coule dans un grand nombre de bras qui se déplacent sans cesse, et il sera très difficile d’installer un pont fixe ; pour le moment, on se contente d’effectuer le transbordement par un bac à vapeur dont l’emplacement même pourra se modifier par les crues.
- Pour les constructions de la ligne on emploie dans les fondations des briques cuites aii feu ; mais un se contente de briques séchées au soleil dans les parties de murs à l’air libre. On a retrouvé de nom-
- breuses ruines remontant, dit-on, à Alexandre le Grand, dont les briques ont été utilisées avec avantage pour les fondations. Nous représentons dans la figure 5 la vue de ht gare d’Askabad, (pii, avec celle de Merv, forme la station la plus importante de la ligne. Le nombre des gares de première classe sera porté plus tard à cinq, après l’achèvement de celles de Tchardjoui, Boukhara et Samarcande. La ligne compte, en outre, trois stations de deuxième classe et quatre de troisième classe ; les autres sont des stations de quatrième classe, comprenant deux bâtiments pour les voyageurs et le chef de gare, et une caserne pour les ouvriers de la voie. Quelques-unes sont protégées par de véritables postes fortifiés comme celui dont nous représentons l’aspect (fig. 1). On rencontre quatre postes analogues entre la mer et Kizil-Arvat. Viennent ensuite des haltes formées par de simples gourbis en terre.
- L’approvisionnement d’eau a présenté, comme nous l’avons dit plus haut, des difficultés énormes puisque la seule partie de la ligne à peu près à l’abri des disettes d’eau dans le voisinage du Mourgab et du Tedchend n’a pas plus de 150 verstes de longueur. Partout ailleurs on ne trouve que des ruisseaux d’un
- Fig. ô. — Vue de la gare d’Askabad.
- faible débit ou qui font même tout à fait défaut. Pour remédier à cette disette il a fallu distiller l’eau de ruer à la tête de ligne Üuzoun-Ada, creuser de nombreux puits artésiens et transporter de l’eau dans des wagons-citernes. Dans une partie de son parcours où la ligne longe les montagnes de la Perse, on a pu recueillir en outre, par une disposition des plus ingénieuses, l’eau descendue des crêtes en installant des conduites métalliques qui l’amènent dans les réservoirs d’alimentation sans aucune machine élévatoire.
- L’approvisionnement de combustible était une question non moins importante dans un pays de climat irrégulier où les hivers rigoureux succèdent à des chaleurs torrides, et elle présentait plus de difficultés peut-être encore que l’approvisionnement d’eau fraîche. Elle s’est trouvée résolue dans les conditions les plus avantageuses par l’emploi du pétrole qui forme un combustible liquide deux fois plus efficace et six fois plus économique que le charbon. Ces pétroles, qui sont tirés des gisements importants de Bakou, sont employés à tous les usages domestiques ainsi qu’au chauffage des locomotives. Nous avons donné d’ailleurs dans un article précédent 1 un exemple de cette application si curieuse du chauffage au pétrole qui parait appelée à recevoir un développement considérable surtout pour les
- 1 Voy. u° 653, du 18 juillet 1885, p. 97
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- chaudières marines et locomotives. Le pulvérisateur employé sur le chemin de 1er transcaspien est du type Brandt, il opère par un courant de vapeur empruntée à la chaudière <pii vient saisir les particules de liquide préalablement échauffées au bain-marie, pour les amener dans la flamme du foyer. Les résidus de pétrole sont employés aussi avec avantage pour les usages culinaires, ce qui permet de ne pas consommer de bois, et d'épargner les arbustes comme le saxaoul qui sont si précieux pour maintenir les sables. Les résidus sont transportés sur toute la ligne dans des wagons-citernes spéciaux qui contiennent chacun 10 000 kilogrammes.
- Le matériel roulant de la ligne transcaspienne comprend actuellement 88 locomotives à trois roues accouplées, chauffées au pétrole, et 1410 wagons.
- La vitesse effective de marche ne dépasse pas 50 kilomètres à l’heure, en deçà d’Askabad, 25 kilomètres même en tenant compte des arrêts, mais l’état de la voie permettrait d’atteindre un chiffre plus élevé.
- Presque tous les trains sont affectés à des transports de matériel pour assurer l’avancement rapide des travaux, mais bien que la voie soit surtout militaire, on s’est préoccupé cependant de l’exploitation commerciale, et on a organisé deux trains de voyageurs par semaine allant de la mer Caspienne jusqu’à Merv. Les autres jours on se borne à atteler un wagon de voyageurs aux trains de marchandises. Le voyage d’Üuzoun-Ada jusqu’à Merv représentant une distance de 820 kilomètres exige quarante heures environ, et grâce à l’installation spéciale des trains qui comprennent des wagons restaurants et des wagons munis de lits comme sur les lignes russes, le voyage peut s’effectuer sans trop de fatigue.
- Le trafic actuel ne couvre encore qu’une partie des frais bien que la ligne ait été construite dans des conditions économiques des plus remarquables; mais il y a lieu de penser qu’il est appelé à se développer assez rapidement. En prévision de cette extension, les Busses paraissent décidés à donner au chemin de fer transcaspien la même organisation pour l’exploitation qu’aux grandes lignes du reste de l’empire.
- L. B.
- IA SOCIÉTÉ D’EXCURSIONS
- DES AMATEURS DE PHOTOGRAPHIE
- Cette Société, depuis un an qu’elle a été fondée par un groupe d’amateurs, prend de jour en jour une extension de plus en plus grande. Elle répond d’ailleurs à un besoin de notre époque, où chacun veut devenir photographe. M. Davanne a fort bien défini la Société d’excursions lors du dernier banquet de la Société française de photographie, en disant à ses membres présents : « Vous croyez faire dans vos promenades l’école buissonnière, et vous allez à l’école mutuelle. »
- La Société d’excursions des amateurs de photographie s’est réunie le mercredi fi juin en son premier banquet annuel. Le banquet, qui a eu lieu au bas Meudon, au restau-
- rant de la Pèche miraculeuse, a été précédé d’une grande promenade sur la Seine, faite sur un bateau à vapeur spécialement réservé aux membres de la Société et à ses invités. La Société d’excursions avait invité à cette journée : M. Janssen, président de l’Académie des sciences ; M. Peligot, de l’Institut, président de la Société française de photographie; M. Léon Vidal, président de la Chambre syndicale de photographie ; M. le l)r Judée, président de la Société d'études photographiques: et M. La Manna, vice-président de Y Académie photographique de Brooklyn, aux États-Unis, et de passage à Paris.
- M. Peligot, qui veut bien porter intérêt à la jeune Société, avait répondu affirmativement à l’invitation, mais un deuil de famille l’a retenu à la dernière heure. M. Léon Vidal et M. Judée, absents, ont été remplacés par les vice-présidents de leurs sociétés, MM. Bloch et Le Breton.
- Après une magnifique promenade de quatre heures de durée, pendant laquelle cinquante excursionnistes ont impressionné environ 400 plaques, le banquet a eu lieu à 7 heures du soir. M. Gaston Tissandier, président de la Société d’excursions, et M. Albert Londe, vice-président, occupaient le milieu de la table, ayant à côté d’eux MM. Janssen, Davanne, La Manna, Bloch, Le Breton et une cinquantaine de leurs collègues. En l’absence de M. Mareschal, secrétaire de la Société, et de M. Poyet, trésorier, M. Jacques Dueom, secrétaire adjoint, aidait les présidents à faire les honneurs. Après le repas, M. Gaston Tissandier a vivement remercié les honorables invités d’avoir bien voulu prendre part à la réunion de la jeune Société. La Société d'excursions, a-t-il dit, peut être fière d’avoir des patronages aussi considérables que ceux de savants tels que M. Janssen, M. Peligot et M. Davanne, et de mériter la sympathie de ses collègues des autres groupes photographiques. M. Gaston Tissandier a remercié spécialement M. La Manna, qui, en sa qualité d’étranger, méritait un hommage spécial. MM. Janssen, Davanne, La Manna, Bloch et Le Breton ont successivement pris la parole pour féliciter la nouvelle société de ses efforts, de ses succès et de son ardeur. M. Albert Londe a résumé ensuite les travaux de l’année. *
- (( Mon rôle, a dit M. Londe, est de vous raconter ce qui s’est passé dans l’année qui vient de s’écouler ; nous avons donné plusieurs conférences et avons exécuté une série d’excursions les plus variées, afin de nous trouver en face de toutes les difficultés de la pratique. Nous avons parcouru les sites charmants des environs de Paris, Join-ville-le-Pont, Versailles, Fontainebleau ; nous avons visité des monuments tels que le Trocadéro, le Palais de justice, la Cour des comptes. Un jour, M. Janssen nous offre l’hospitalité la plus large à l’Observatoire de Meudon ; un autre, l’Hippodrome nous donne une représentation spéciale; ici, M. Marey nous prête son magnifique terrain du Parc-aux-Princes pour y faire évoluer la Fantasia arabe. Là, nous photographions des chevaux, des nageurs, des explosions, des feux d’artifice; aujourd’hui enfin, emportés par un bateau à vapeur, nous avons pu saisir au vol les rives de la Seine. )>
- Après le banquet, le retour a eu lieu le soir en bateau à vapeur où des expériences de photographie à la photopoudre ont été réalisées.
- LA FORME DES NUAGES
- Un savant météorologiste anglais, M. Ralph Aher-eroniby, a entrepris depuis plusieurs années une étude des nuages qui l’a conduit à des résultats par-
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- ticulièrement intéressants. Quelques savants ont récemment proposé de modifier la classification des nuages et d’apporter à la science des roms nouveaux , en allé-guant que les formes des nuages sont beaucoup plus nombreuses qu’on ne le pense communément, et que les types de la classification usuelle ne répondent pas, à beaucoup près, à toutes les formes que l’on peut observer. Sans entrer dans une discussion à ce sujet, il nous suffira de dire que M. Abercromby a apporté à la question les documents les plus complets q u i aient été réunis jusqu’ici. Le savant opérateur anglaisai exécuté un grand nombre de photographies de nuages, non seulement à Londres ou en Angleterre, mais dans tous les pays du monde. et sa collection d’épreuves, absolument unique jusqu'à ce jour, est précieuse pour Je météorologiste.
- M. Abercromby démontre par ses photogra pli i e s que la forme et l’aspect des nuages 11e varient pas avec les latitudes ou les longitudes et qu’ils sont identiques sur tous les points du globe. Le savant Anglais appuie son affirmation par la quantité considérable de clichés qu’il a exécutés et qui compren-
- nent les types suivants : Cumulus observés à des longitudes variées,'et à des latitudes comprises entre
- (H° N. et 55° S. ; stratus entre 72° N. et 45° S. ; cirrus entre 52° N. et 4° S. ; cirro-stralus entre 52° N. et 5° S.; eirro-cumulus entre 52° N. et 51° S. ; strato-cumulus entre 52u N. et 18° S.
- Nous publions ci-contre le fac-similé de quelques-unes des photographies de M. Abercromby. La figure lest très remarquable ; elle reproduit la photographie de cumulus tlottant dans l’atmosphère de l’Equateur, à IPW. de longitude. On voit que ces cumulus 11e diffèrent point de ceux que nous pouvons observer journellement en France. La figure 2 représente un magnifique cumulus des régions tropicales; on aperçoit au delà, dans l’espace , quelques légers cirrus. La photographie a été prise en 111er, sous la latitude 4° S. et sous la longitude 52° \V. Ces formes sont encore habituelles dans nos climats. La figure 3 nous montre un superbe cumulo-nimbus planant au-dessus de la ville [de Rio-de-Janciro. La figure 4 donne l'aspect d’une formation particulière de nuages à la partie supérieure d’un cumulo-nimbus. Cette forme est très commune en
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- France. La photographie d’après laquelle la figure -4 a été exécutée provient, de Bornéo. La figure 5 offre la physionomie de strato - cumulus photographiés à Londres. La figure fi reproduit un nuage cumuli-forme, attaché comme un panache au sommet du mont Kanching Junga, Lun des plus hauts [)ics de l’IIimalaya. Le Kanching Junga est le deuxième parmi les plus hauts sommets du monde. 11 a environ 8600 mètres d’altitude. La photographie a été exécutée par M. Abercromby à 5400 mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle offre un intérêt spécial, parce que quelques météorologistes ont nié la possibilité de l’existence de cumulus dans de .si hautes régions de l’atmosphère.
- Si les nuages de toutes les régions du globe sont les mêmes dans leur nature et dans leur aspect, M. Aber-cromby fait remarquer qu’il y a des espèces de nuages que l’on voit plus souvent sous certaines latitudes que dans d’autres.
- Les cumulus ne se forment jamais dans le nord de l’Europe, pendant les mois de l’hiver, et ils semblent n’exister guère en aucune saison dans les régions arctiques. Les nuages de glace, les cirrus, sont les «plus fréquents dans ces latitudes
- élevées. Par contre, M. Abercromby n’a jamais observé, sous les tropiques, ces magnifiques cirrostratus
- •pie l’on voit fréquemment dans nos climats. Les tropiques sont la véritable patrie du cumulus.
- M. Abercromby ne s’est pas borné à faire une étude purement descriptive et géographique des nuages ; dans les notes qu’il a présentées à la Société royale météorologique d'Angleterre, il s'est attaché à démontrer qu’on pouvait déduire, de l’observation des nuages à un moment donné, de précieuses indications au point de vue de la prévision du temps. On sait qu’un ciel, nuageux le matin, est souvent dans nos régions, quand le baromètre est élevé, un présage de beau temps clair dans l’après-midi. On ne saurait encore émettre à ce sujet des notions précises; mais il est intéressant de réunir les faits qui conduiront peut-être un jour à des règles moins incertaines.
- Nous sommes heureux de signaler à nos lecteurs les beaux travaux de M. Abercromby : ccs travaux ont déjà attiré l’attention de la Société royale météorologique d'Angleterre; ils sont dignes d’être connus parmi nous, et nous ne saurions trop encourager les observateurs à faire concourir la
- Fig. i. — CurnuiO-nimbus à Bornéo.
- Fig. 5. — Strato-cumulus à Londres.
- Fig. 6. — Nuage fixé au sommet du Kanching Junga (Himalaya).
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- LA N A TU R K.
- photographie à l’étude des nuages. 11 y a là une importante moisson de faits à recueillir : nous avons la conviction que le météorologiste qui voudra s’engager dans cette voie, aura la récompense de ses efforts, par l’importance des résultats qu’il pourra obtenir. Gaston Tissandier.
- LA PILE LÉGÈRE
- DE I,'AÉROSTAT DIRIGEABLE (( LA FRANCE ))
- Dans une des dernières séances de ta Société de physique, M. le commandant Renard a présenté les piles légères qui ont été employées par lui, en 1884 et en 188a, pour la propulsion du ballon dirigeable la France.
- Pour avoir la certitude de faire décrire au ballon une courbe fermée, il était nécessaire de disposer d’une force capable d’imprimer à l’aérostat une vitesse relative beaucoup plus grande que celle des ballons antérieurs.
- En réalité, on a tenu à disposer de 10 chevaux électriques. Quant à la durée de la marche, on a cru devoir la porter à deux heures. 11 fallait donc une énergie totale de 20 chevaux-heure. Comme le poids de la pile ne pouvait pas dépasser 480 kilogrammes, on voit que le générateur d’électricité devait être caractérisé par les chiffres suivants : Poids du cheval = 48 kilogrammes; poids du cheval-heure — 24 kilogrammes.
- Aucun générateur connu (accumulateur ou pile) ne pouvait remplir à beaucoup près les conditions de ce programme. Après beaucoup de tâtonnements, le commandant Renard a trouvé deux solutions : la pile au brome et la pile tubulaire chlorochromique. La pile au brome a été abandonnée après les premiers essais, bien qu’elle ait donné d’excellents résultats et permis de réduire à 9 kilogrammes le poids du cheval-heure. Le brome est un corps trop dangereux à manipuler, et, en cas de rupture d’un vase, des accidents fort graves se fussent produits en l’air.
- La pile chlorochromique a été définitivement adoptée pour les essais de, direction aérienne. Elle est caractérisée par les points suivants :
- 1° Le liquide est constitué par une dissolution d'acide chromique, et non d’un chromate, dans l’acide chlorhydrique étendu (généralement à 11° B.). Un pareil liquide se comporte comme une” dissolution de chlore. La stabilité du liquide est cependant sufiisante pour qu’on puisse le conserver quelques jours sans dégagement sensible de chlore gazeux. Le liquide qui donne le maximum d’effet par unité de poids renferme à peu près HCl et CrO5 à équivalents égaux.
- Ce liquide chlorochromique fournit (toutes choses égales d’ailleurs), par unité de temps, un dégagement d’énergie électrique de 5 à 6 fois supérieur à celui des liquides employés dans les piles au bichromate.
- Sa capacité est aussi plus grande (dans le rapport de 3 à 2 environ), par suite de la suppression de la base alcaline qui absorbe d’ailleurs inutilement 1 équivalent d’acide.
- 2° La pile est à un liquide et se compose d’un certain nombre d’éléments ou groupes tubulaires comprenant une électrode positive cylindrique et un crayon de zinc disposé suivant l’axe de cette électrode.
- Cette disposition a pour effet d’augmenter la densité du courant à la surface du zinc (elle atteint de 25 à 40 ampères par décimètre carré), ce qui diminue l’importance
- de l’usure ou attaque chimique inévitable et augmente le coefficient d’utilisation.
- 3° Le rendement est maximum quand la pile est déchargée au potentiel de lTolt,2 mesuré aux bornes.
- Dans ces conditions, le rendement chimique de la pile
- g
- est égal à 0,75 environ, le rendement électrique p- à 0,0,
- et le rendement total à 0,45.
- 4° Les courants produits sont si considérables qu’on ne peut employer le charbon comme électrode, en raison de sa faible, conductibilité. L’électrode qui a le, mieux réussi est formée par une lame d’argent platiné par laminage sur ses deux faces. L’épaisseur totale est égale à 1/10 de millimètre. L’épaisseur du platine, sur chaque face est de 1/400 de millimètre seulement. L’adhérence des deux métaux est parfaite. A conductibilité égale, le charbon de cornue serait environ 2500 fois plus épais et 200 fois plus lourd.
- 5° L’amalgamation est inutile. Tant que la proportion de Crû3 est inférieure à 7/10 d’équivalent pour 1 équivalent de IIC1, le zinc non amalgamé se dissout avec effervescence; au delà de ce chiffre, le zinc, amalgamé ou non, se, dissout sans dégagement de gaz et avec la même vitesse. La suppression de l’amalgamation permet d’employer des zincs de faible échantillon que le mercure rendrait extrêmement fragiles.
- 6° La présence de sels étrangers diminue, rapidement l’activité spécifique de la pile (nombre de watts par kilogramme de pile). La présence de l’acide sulfurique produit le même effet; mais, en le substituant, équivalent à équivalent à une partie de l’acide HCl, on obtient des liquides atténués dont la capacité reste la même que celle du liquide chlorochromique normal (liquide CCA).
- Ces liquides peuvent donc permettre d’employer une même pile à des usages très variés, la durée de la marche étant, avec les divers liquides atténués, en raison inverse de leur activité spécifique.
- 7° Les liquides sont généralement renfermés dans des tubes d’ébonite ou de verre, assez hauts par rapport à leur diamètre (longueur =10 diamètres environ). Cette disposition favorise le, refroidissement des éléments.
- 8“ Au potentiel normal de 1,2 volt, l’intensité est proportionnelle à la surface du zinc (25 ampères par décimètre carré environ à la température de 15°). Comme1 le diamètre des vases est proportionnel à celui du zinc, on voit qu’on a les lois suivantes :
- Courant par unité de longueur de vase proportionnel au diamètre;
- Durée de la pile proportionnelle au diamètre;
- Energie totale proportionnelle au carré du diamètre.
- 9° L’acide chromique cristallisé, qui est cher, peut être remplacé par des liquides qu’on obtient facilement en traitant le bichromate de soude par l’acide sulfurique. On peut aussi recueillir l’acide chlorochromique, CrO*Cl dans l’eau.
- Le commandant Renard a résumé les lois relatives à ses piles tubulaires dans des Tableaux graphiques qu’il a montrés à la Société. Il a fait fonctionner trois types de piles tubulaires. Une de ces piles (vases de 40 millimètres) reproduisait la disposition adoptée pour le ballon dirigeable.
- Chaque élément se compose de 6 tubes en surface pouvant donner jusqu’à 120 ampères au potentiel de 1,2 volt. Une pile de 16 éléments de ce système est employée à l’éclairage de, la salle (20 lampes à incandescence Gérard de, 45 watts). Le liquide est fortement atténué. Une au-
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- tre de ees piles avec liquide non atténué se compose de 60 tubes de 40 millimètres réunis en tension. Elle éclaire un lustre composé d’une lampe anglaise à incandescence de 200 bougies et de 12 lampes Gérard de 10 bougies (45 watts). Une pile de 56 éléments de 50 millimètres de diamètre en tension a alimenté pendant la séance une lampe à arc Gramme de 50 eareels. Poids total de la pile 15 kilogrammes, dépense électrique 200 à 250 watts, durée 2h,15 environ. Une pile de 56 éléments de 20 millimètres seulement, pesant 6 kilogrammes avec vases d’ébonitc, et 7 kilogrammes avec vases de verre, alimente pendant plus d'une heure une lampe Gramme identique à la précédente.
- G’est la plus petite pile qui ait été construite pour produire la lumière à arc. Dans ces deux piles, le liquide est assez fortement atténué.
- Rien n’est plus facile que de construire des lampes déjà puissantes et portant leur pile; une de ces lampes (9 watts) est présentée à la Société. Enfin, le commandant Renard a montré un groupe de la pile du ballon dirigeable, 2 éléments sextitubulaires en tension. Avec le liquide normal on fait diverses expériences :
- Incandescence blanche d’un tube de platine de 5 millimètres de diamètre et 0“m,5 d’épaisseur (150amf>, 1,0“,8). Fusion d’un fil de fer de 2mm,5 de diamètre, etc. Ue poids du groupe est de 10 kilogrammes.
- LES ORCHIDÉES
- Elles sont nombreuses déjà, les plantes qui, à des titres divers, peuvent nous charmer en ornant nos demeures, et leur donnent ce caractère de vie et de fraîcheur qui nous est toujours cher. Mais en même temps que leur nombre va croissant, chaque jour voit aussi augmenter pour elles notre affection. Elles ne sont pas de celles dont on est lassé dès qu’on les connaît. Bien au contraire, leur connaissance intime fait naître sans cesse le désir d’une possession nouvelle. Elles ne seront jamais banales.
- 11 peut sembler que plus le nombre des fleurs rares augmente, plus les amateurs font pour elles de folies, plus en même temps les fleurs communes devraient être délaissées. Il n’en est rien cependant. Non, nous n’aimons pas seulement les fleurs parce qu’elles sont rares ou précieuses, nous les aimons surtout pour elles-mêmes, parce qu’elles sont vraiment aimables et qu’elles nous charment.
- Et dans ce grand cortège de fleurs qui semble être fait pour mettre un ton gai sur le fond gris de notre existence, il en est de fières et d’orgueilleuses qui constituent comme l’aristocratie de ce monde enchanteur.
- C’est de celles-là que nous voulons parler aujourd’hui. Les Orchidées, ces vainqueurs du jour, se feront bien pardonner leur triomphe sur leurs humbles compagnes de nos jardins, car leur victoire est de bon aloi. Quand on les examine, elles étonnent d’abord, mais elles charment bientôt. Elles ont tout pour elles; la nature a été prodigue à leur égard.
- Leur fleur est pleine de ce charme étrange qui captive. Leur couleur faite de tons discrets est tou-
- jours douce et élégante. Leur parfum est suave et pénétrant, mais il ne fatigue jamais. Leur durée, malgré la légèreté de leur contexture qui les semble faire frêles et délicates, est une des plus longues que possèdent nos fleurs d’ornement. Il ne leur manque rien si ce n’est peut-être un feuillage plus léger et plus abondant ; on y supplée facilement par l’adjonction de quelques feuilles de fougères.
- On a cru longtemps que ces plantes merveilleuses étaient délicates et exigeantes entre toutes. Erreur.
- A toutes les vertus qu’elles possèdent déjà, elles en joignent une plus rare encore, celle d’une simplicité grande qui étonne chez ces princesses du règne végétal.
- Presque toutes celles que l’on cultive dans les serres sont originaires de la zone intertropicale. On en avait déduit que ce devaient être des plantes réclamant une somme de chaleur considérable. Peu à peu on s’est convaincu qu’une température trop élevée, loin de leur être utile, nuisait à leur bon développement. C’est que à l’état spontané elles croissent, pour un grand nombre d’entre elles du moins, sur les montagnes, exposées à un air vif. Aussi actuellement les cultive-t-on dans des serres moyennement chauffées et très aérées. Ce sont donc des plantes relativement rustiques qui peuvent très bien convenir à la décoration de nos appartements.
- Les genres ou les espèces d’orchidées déjà connues sont nombreuses; plus nombreuses encore sont les variétés. La raison de cette multiplicité de forme, de nuance et d’aspect, réside, pour une bonne part, dans l’organisation même de la fleur. Je ne veux pas entrer dans des considérations et des descriptions d’un ordre purement scientifique qui ne sauraient trouver utilement leur place ici ; qu’il me suffise de dire que le transport du pollen sur le stigmate ne se peut faire spontanément et qu’il faut, pour que les graines puissent devenir fertiles, qu’un agent étranger intervienne. Ce sont, dans la nature, les insectes visitant les fleurs pour venir s’abreuver des sucs qu’elles sécrètent, qui se chargent involontairement de ce transport. Et l’insecte volage, dans sa course folle, emporte ainsi d’une variété sur l’autre, ou même d’espèce en espèce, ce pollen nécessaire à la fertilisation des graines.
- Il en résulte que les variétés se multiplient sans cesse. Il en est qui restent plus ou moins vulgaires, d’autres prennent des teintes ou des panachures particulières qui les rendent rares et les font rechercher par les collectionneurs. Aujourd’hui que les orchidées sont en pleine vogue, et elles y resteront longtemps, on paye ces variétés rares des prix énormes.
- A la dernière exposition d’horticulture à Paris, figurait une variété de Catleya (fig. 2) dont la corolle, au lieu d’être d’un violet rose, avait pris des teintes d’un bleu légèrement violacé. Cette seule différence de coloration avait suffi pour faire estimer cette plante 10 à 42 000 francs. Cette variété rare appartient à M. Piret, d’Argenteuil, qui a été lui-même
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- la chercher dans les forêts du Yénézuela. Cet exemple est loin d’être unique. Dernièrement, dans une vente à Gand, chaque pousse d’un Cypripedium a été vendue 0000 francs. En Angleterre, des cas analogues se présentent assez fréquemment.
- Ce sont là assurément des prix exagérés et il ne faudrait pas les prendre pourhase de ce qui se passe dans le commerce courant. Depuis quelques années, grâce à de nombreuses explorations, faites souvent au péril de la vie, c’est par milliers que l’on importe les orchidées de toutes sortes et toutes les variétés ordinaires se vendent à des prix raisonnables. xVussi actuellement l’important commerce auquel donnent lieu les orchidées n’est-il véritable-mentlucratifqu’à la condition d’avoir en sa possession des formes rares.
- S’il est difficile ou dangereux de les aller chercher dans leur pays d’origine, il n’est pas plus aisé d’obtenir de ces variétés rares dans nos cultures. C’est que, si la culture des orchidées adultes est relative m e n t facile, l’éducation des jeunes plants de semis est remplie de difficultés qui, pendant de longues années, ont semblé insurmontables. Cependant, il était dès longtemps, venu à l’esprit d’horticulteurs habiles, cette idée que s’il peut se faire à l’état spontané des hybridations accidentelles, il serait bien plus intéressant de les reproduire à point nommé, entre espèces ou variétés reconnues ladies. Plusieurs ont essayé, quelques-uns ont réussi. Un des premiers
- d’entre eux est un horticulteur français, M. Dieu, secrétaire général de la Société d’horticulture. Il a su faire des hybridations, puis pratiquer les semis et élever de jeunes plants. 11 faut avoir suivi ces opérations pour se faire une idée des difficultés dont elles sont entourées. Qu’il me suffise de dire que
- d’abord les graines sont tellement fines qu’on no les voit qu’eu armant son œil d’une loupe fortement grossissante, que le semis ne peut se faire que sur des écorces d’arbres ou de la mousse hachée, qu’enfin le repiquage, qui est indispensable, doit être fait quand les plantes sont, encore tellement petites que cette opération ne peut se faire qu’à la loupe. Mais toutes ces difficultés matérielles ne sont rien encore à côté des soins de toutes sortes dont il faut entourer les jeunes plantes pour qu’elles se développent bien. Sur quelques milliers on est heureux quand on mène à bien quelques dizaines de plants.
- Les orchidées qui se présentent sous une très grande multiplicité d’aspects et de formes ont des façons très différentes de végéter. Les unes sont terrestres, comme les Sabots de Vénus (Cypripedium) ou les superbes Odontoglosses ; d’autres, et ce sont peut-être les plus nombreuses, sont épiphytes. Elles s’accrochent aux écorces des arbres et vivent ainsi à de très grandes hauteurs au-dessus du sol. De ce nombre sont les suaves Catleya et les superbes Phalenopsis aux grandes grappes de Heurs blanches ou roses, si élégantes.
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- Il résulte de cette grande diversité d’exigences les combinaisons possibles pour l'ornementation des que les orchidées peuvent très bien se prêter à toutes appartements. Les unes se cultivent en pots et peu-
- tyv
- Fig. 2. — Orchidées Catleya Nossiæ (variété bleu-mauve).
- Fig.(S. — SpécimeuOl’Orchidée d’appartement.
- vent servir à la décoration des jardinières (fig. 5). R’autres, celles qui vivent sur le tronc des arbres, se
- Fig. t. — Bouquet de corsage en_Orehidée.
- placent dans des corbeilles à claire-voie ou se fixent contre une glace qui reflétera leur gracieuse image.
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- Elles durent très longtemps on appartement pour peu qu’on ait eu le soin de les y transporter dès que la fleur est épanouie. Souvent la fleur reste fraîche pendant deux ou trois semaines. Un bon moyen d’en prolonger la durée est de la recouvrir chaque soir avec une feuille de papier de soie qui la met à l’abri de la poussière et d’une évaporation trop grande.
- Coupées, les fleurs des orchidées se prêtent à la formation de bouquets très remarquables. Elles durent plusieurs jours, quelques-unes même conservent toute leur fraîcheur pendant plusieurs semaines.
- A la dernière exposition d'horticulture, la maison Rebric-Lachaume, qui est justement réputée pour la disposition artistique qu’cllc sait donner à ses bouquets, nous a montré tout le parti que l’on peut tirer des fleurs d’orchidées. C’étaient des tiges de bambou contre lesquelles des touffes de mousses, fixées çà et là, retenaient de ces fleurs superbes entremêlées de branchettes d’une asperge de serre [Asparagus plumosus). Nous reproduisons dans la figure 1 cette disposition qui donne une idée de l’élégance de semblables bouquets.
- Les orchidées sont des fleurs mondaines ; on peut les porter au bal, mises en bouquet de corsage (fig. 4) ; entremêlées de feuilles de capillaire, ou placées dans les cheveux, elles passent toute une nuit sans se flétrir le moins du monda. Les meilleures, pour cet usage, sont les odontoglosses aux belles fleurs blanches en étoile ou YOncidium papilio dont la corolle rappelle la forme d’un élégant papillon.
- Il se fait un commerce très considérable de ces fleurs coupées. Chaque fleur est vendue à la pièce. Leur prix varie entre 7o centimes et 2 francs.
- On crie à l’exagération quand on entend parler des sommes énormes que l’on donne pour les orchidées, et l’on compare cet engoiiment à celui qui existait autrefois pour les tulipes. Cela n’a rien de comparable, car les orchidées ont suffisamment de qualités foncières et réelles, pour que l’on puisse dire sans crainte d’être démenti par les événements, qu’elles resteront toujours au rang des fleurs les plus belles et les plus justement estimées. Les tulipes n’étaient pas belles; elles sont bientôt tombées dans l’oubli. La rose, quoique ancienne, n’est-elle pas vendue quand elle se produit sous des variétés nouvelles, plus cher encore que la plus rare de nos orchidées?
- J. Dybowski.
- LE VIADUC DE GARABIT
- L’une des constructions métalliques les plus remarquables qui aient été faites dans ces dernières années, l’une de celles qui font le plus grand honneur aux constructeurs français, est certainement la construction du viaduc de Garabit, que vient de terminer M. Eiffel. Nous avons décrit précédemment cette œuvre immense *, il nous reste à dire à nos lecteurs que les essais de réception ont eu lieu du 9 au 13 avril 1888; ils ont démontré l’extraordinaire
- 1 Voy. n° 508, du 24 février 1883, p. 193, et n° 521, du 26 mai 1883, p. 401.
- rigidité de ce colossal ouvrage. Quelques détails à ce sujet nous paraissent de nature à intéresser les lecteurs de La Nature ; nous les extrayons de la notice queM. Eiffel lui-même a publiée.
- Dans la contrée très accidentée qui s’étend entre le Cantal et la Lozère, à 16 kilomètres environ au sud de Saint-Flour, se trouve une gorge très profonde, connue sous le nom de vallée Garabit, et au fond de laquelle coule la rivière de la Truyère ; c’est cette gorge que devait franchir la petite ligne de Marvejols à Neussargues. On avait d’abord songé à employer une voie à forte pente et à flanc de coteau qui ne nécessitait qu’un viaduc de 60 mètres de hauteur; mais ce système entraînait, l’exécution de nombreux travaux d’art, et était ainsi relativement coûteux.
- On pouvait, comme le reconnut l’ingénieur des ponts chargé de ce travail, M. Boyer, mort depuis à Panama, faire une économie de plus de 5 millions en restant de niveau avec les plateaux; mais il fallait alors construire un viaduc de 563 mètres de long, comportant une partie métallique de 448 mètres, à 122 mètres au-dessus du niveau de la rivière. On peut se faire un.e idée de ce que représente cette hauteur de 122 mètres, en remarquant que la colonne Yendôme placée sur l’iine des tours Notre-Dame passerait encore sous le tablier.
- M. Dover, désirant savoir s’il était possible d’établir un tel ouvrage dans des conditions satisfaisantes de prix et de sécurité, s’adressa, en décembre 1878, à M. Eiffel, qui venait, dix-huit, mois auparavant, de construire le pont sur le Douro, à Porto. M. Eiffel, adoptant le type des arcs en fer, fit un projet dans lequel la partie la plus profonde de la vallée était franchie par une grande arche métallique dont la corde était de 165 mètres de longueur, et la flèche, de 52 mètres à l’intrados.
- C’est ce projet qui a été adopté et dont l’exécution, commencée en janvier 1880, a été terminée en novembre 1884; les épreuves n’ont pu avoir lieu que plus de trois ans apiès la fin des travaux, par suite de l’état d’avancement de la voie qui ne permettait pas l’accès du matériel roulant. La grande arche est supportée par deux piles de 80 mètres de haut, placées sur les flancs de la vallée et formées d’une partie métallique de 62 mètres sur un soubassement de maçonnerie de 18 mètres ; elle se continue par cinq travées de 50 à 55 mètres, reposant sur des piles métalliques, et se termine de part et d’autre par des viaducs en maçonnerie.
- Le poids total du métal entrant dans l’ouvrage est de 3 326 414 kilogrammes, et l’arc lui seul y figure pour plus de 1 000 000 de kilogrammes.
- Ce magnifique travail mériterait d’être étudié dans tous ses détails; La Nature en a d’ailleurs donné une idéo suffisante dans ses articles antérieurs ; faisons seulement remarquer que les piles métalliques sont disposées de façon à donner une très grande résistance à l’action du vent et à permettre un entretien facile. La voie est placée en contre- bas des poutres horizontales, dans le but d’éviter la chute des wagons en cas de déraillement, d’augmenter la résistance du tablier et de diminuer la surface du train exposée au vent ; l’arc a une forme parabolique, afin de travailler dans son entier à des efforts de compression ; en un mot, tout a été calculé pour que la sécurité soit complète, absolue.
- Aussi, dans les épreuves qui viennent d’avoir lieu, a-t-on obtenu des résultats tout à fait satisfaisants : l’arc, chargé sur toute sa longueur par un train de 405 tonnes, n’a fléchi que de 8 millimètres, et sous l’action des poids
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- roulants, la flèche maxima n’a été que de 12 millimètres ; après chaque essai, d’ailleurs, l’arc est revenu, ainsi que toutes les parties de la construction, à la position première.
- Le viaduc de Garahit est certainement l’un des ouvrages qui font le plus d’honneur au génie civil français; M. Eiffel, qui a imaginé la plupart des dispositifs employés dans ce Travail, mériterait, par celte œuvre seule, la réputation universelle que d’autres lui ont déjà acquise; il est impossible de pousser plus loin la science des constructions métalliques. 11. L
- LE SOUDAN FRANÇAIS
- EXPÉDITION GA.I.LIENI 1886-188"
- La dernière campagne dans le Soudan français a fait faire à notre cause des progrès considérables; il serait téméraire de dire que notre domination y est à l’abri de toute tentative armée, mais on peut affirmer que sous la ferme et intelligente direction du lieutenant-colonel Gallieni, il s’est produit une véritable accalmie qui sera des plus profitables a l’organisation intérieure de notre possession.
- La situation, au début de la campagne 1886-4887, présentait de graves embarras. La longue ligne de postes qui s’étend de Bakel à Bammako d’une part, à Niagassola de l’autre, était menacée.
- Entre Kayes et Bakel, les Soninkés, fanatisés par les prédications du marabout Mamadou-Lamine, étaient encore agités malgré le rude châtiment infligé l’année précédente. Le marabout, retiré dans sa forteresse de Dianna, avait reconstitué son armée et se préparait à reprendre la campagne au commencement de la bonne saison. Au nord, notre vieil adversaire Ahmadou, roi de Ségou, avait rassemblé une forte armée à moins de trois jours de Médine et il ne laissait rien transpirer de ses intentions. A l’est, une troupe de pillards Bambaras et Maures battait le pays; enfin, au sud, notre puissant ennemi, Sa-mory, malgré la présence de son fils Karamoko parmi nous et le traité signé l’année précédente, envoyait ses agents chez les populations de la rive gauche du Niger, leur laissant entrevoir le prochain retour de ses armées.
- Nous n’entrerons pas dans le détail des opérations de cette laborieuse expédition, nous bornant à en faire connaître les divers résultats : 'a la fin de la campagne, la situation avait complètement changé. Le marabout Mamadou-Lamine, chassé de sa capitale, était poursuivi jusque dans le Niani, son armée dispersée, et son fils Soïbou passé par les armes. Les Soninkés avaient fait leur soumission et repris leurs travaux; le cheik Ahmadou, en présence de ces premiers succès, avait demandé spontanément à signer avec les Français un traité de commerce et d’amitié. Après lui avoir tenu rigueur en raison de son attitude précédente, le commandant supérieur accueillait ses propositions et obtenait une convention, qui place toutes les possessions du roi de Ségou sous notre protectorat. Les pillards Bambaras et
- Maures s’étaient dispersés devant nos forces; enfin, Samory, après de longues tergiversations, avait consenti à l’abandon de la rive gauche du Niger et placé ses Etats sous le protectorat français.
- Les progrès intérieurs de la colonie n’étaient pas moindres. Les travaux de toute nature avaient reçu une impulsion vigoureuse, les constructions pour le personnel européen s’élevaient 'a Kayes, la voie ferrée atteignait le kilomètre 94, des écoles étaient fondées, le ravitaillement des postes assuré, etc.
- Des missions d’officiers, envoyées dans les régions inconnues du Sud, avaient considérablement élargi nos possessions en découvrant de nombreux villages et en passant des traités. En un mot, la bande de terre que nous possédions de Bakel à Bammako s’étendait désormais jusqu’au Tankisso. Nous résumerons ici brièvement les travaux géographiques de ces différentes missions.
- Bondou. — Le Boudon n’était connu jusqu’à ce jour que par les anciennes relation-; de Mungo-Park et de Raffenel. La mort de notre vieil allié Boubakar Saada nous a obligés à envoyer des colonnes pour soutenir ses fils contre le marabout Mamadou-Lamine, de nombreux itinéraires ont été levés par MM. Fortin et Lefort.
- Bambouck. — Au début de Ja campagne, nous ne savions presque rien du Bambouck en dehors des rives de la Falémé inférieure; aujourd’hui ce pays est peut-être le plus connu du Soudan français. La seconde colonne expéditionnaire du Diaka, composée de MM. Quiquandon, Martin, Audéoud, Oberdorf, Reichemberg et Levaillant, officiers d’infanterie et d’artillerie de marine, l’a parcouru dans tous les sens, et les travaux de ces messieurs ont permis d’en dresser une carte à peu près complète.
- Mission du Dinguiray. — Le capitaine Oberdorf, seul officier de cette mission, s’est mis en route de Bontou pour Dinguiray le 10 janvier 1887. Ses instructions lui prescrivaient :
- 1° De traiter avec Aguibou, roi du pays; 2° de lever rapidement la carte des pays parcourus.
- Le capitaine Oberdorf traversa le Sirimana, le petit Bélédougou, le Badon, le Sangala et atteignit l’Etat de Dinguiray en descendant vers le Sud. Ayant appris la présence du roi Aguibou à Tamba, il franchit le haut Bafing pour le rejoindre, et, sa mission terminée, arrivait a Kita deux mois et demi après son départ du Bambouck, à travers le Dinguiray, le Kolou, le Bamaka et le Gadoukou.
- Mission du Ouassoulou. — La mission du Ouas-soulou avait pour objet principal la révision du traité signé la campagne précédente entre Samory, souverain de l’empire du Ouassoulou et le capitaine Tournier. La convention, consentie à cette époque, ne donnait pas satisfaction à nos intérêts, il était indispensable de repousser Samory au delà du Niger et du Tankisso. Le capitaine Péroz fut chargé de reprendre les négociations, on lui adjoignit le sous-lieutenant Plat pour dresser la carte du pays et M. le Dr Fras pour les observations scientifiques.
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- La mission partit de Kayes le 5 décembre 1886 et arriva à Danka sur le Niger à la fin de janvier.
- Les négociations furent longues et difficiles, Sa-mory ne voulant rien céder de ses prétendues conquêtes. Il eut même un instant la velléité de n’admettre des relations directes qu’avec le chef des Français à Paris. Pour en finir, le lieutenant-colonel (iallieni lui écrivit une lettre énergique, et Samory signa enfin le 25 avril 1887 le trailé qui nous donne comme frontières le cours du Niger et du Tankisso.
- Dans la même campagne, M. Léotard, aide-pharmacien de la marine, a parcouru les régions du Gan-garan, du Gadougou, du Manding et du Bouré dans un but plus particulièrement scientifique. 11 n’a pas
- dressé la carte de son voyage, mais ses travaux ont une réelle valeur géologique et botanique.
- Enfin, une mission composée de M. le docteur Tautain etdeM. le lieutenant Quiquandon visitait le nord du grand Bélédougou, la rive gauche du Niger et rentrait à Bammako après avoir passé des traités avec les Maures jusqu’au delà de Sikolo.
- Il ne reste qu’à dire un mot du voyage de reconnaissance effectué par la canonnière le Niger jusqu’à Kabara. Dans ce but M. le lieutenant-colonel Gallieni la fit remettre à flot, et en confia le commandement à M. le lieutenant de vaisseau Caron auquel il adjoignit M. le sous-lieutenant Lefort et le docteur Jouenne. Cette expédition put descendre et
- Carte du Soudan français dressée sous la direction du commandant Vallière par le sous-lieutenant Plat.
- Expédition Gallieni, en 1886 et 1887.
- reconnaître le pays jusqu’à Kabara, le port de Tombouctou, tentative vainement essayée depuis longtemps et dont le succès fait le plus grand honneur au commandant Caron, comme au colonel Gallieni, organisateur de la mission.
- En lisant ce résumé rapide la carte en main, il est facile de se rendre compte de l’importance de nos dernières acquisitions dans le Soudan et de l’avenir réservé à la colonie du Sénégal. Pour rendre ces acquisitions durables, il suffit, à notre avis, de construire un poste à Siguiri, au confluent du Tankisso et du Niger; toutes nos possessions seraient ainsi entourées d’une série de postes les mettant à l’abri de toute tentative armée.
- Quant à l’avenir, il est tout indiqué; le Fouta-
- Djallon qui sépare Siguiri du poste de Benty en Mellacorée est lié avec nous par plusieurs traités : ce pays deviendra, quand on voudra, territoire français. On pourra se porter de Siguiri à Timbo et y établir un poste semblable à ceux de Kita et Bammako avec le consentement de l’Almamy.
- La France entrera alors en possession du vaste triangle géographique ayant pour sommets Saint-Louis , Bammako et Benty, d’une surface de 400 000 kilomètres carrés, et d’une population de 2 000 000 d’habitants. Un pareil domaine colonial créera de vastes débouchés que le commerce et l’industrie de notre pays ne manqueront pas de faire fructifier.
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- PHOTOGRAPHIE LA NUIT A LA « POUDRE-ÉCLAIR »
- Tous les journaux scientifiques et les revues spéciales de photographie ont donné de bonnes formules de cette poudre au magnésium et au chlorate de potasse, dite poudre-éclair, qui permet de photographier la nuit. La Nature, qui a contribué, dans une large part, à populariser ce procédé, doit encore donner à ses lecteurs une méthode pratique, pour éviter les accidents et se débarrasser de la luniée que dégage la poudre en brûlant.
- C’est cette méthode que nous allons publier et qui est appelée, croyons-nous, a être utile aux amateurs et
- aux praticiens.
- Je n’ai introduit qu’une légère modification dans les formules Fig. 1 publiées : je transforme seulement la poudre en pastilles et je me sers, pour la faire brûler, d’un petit appareil qui emmagasine la fumée et qui met l’opérateur à l’abri des accidents possibles.
- j’ai emprunté à M. le l)r Fabre la formule de la poudre que j’emploie1. Voici cette formule et comment, je procède :
- Appareil pour la photographie par la poudre-éclair.
- Chlorate de potasse pulvérisé,
- très sec.................0 grammes.
- Sulfure d’antimoine.........1 —
- Magnésium en poudre, du commerce.......................o —
- Ces trois substances étant pesées,
- on mélange
- soigneusement le chlorate
- avec le sulfure; pour cela on se sert d’une petite bande de carton souple ou du doigt sec. Quand le mélange est bien intime, on ajoute le magnésium, et le tout est jeté sur une mousseline raide, de mailles assez larges, préalablement posée sur un morceau de papier, où la poudre tombe pendant qu’on secoue ce tamis rudimentaire.
- L’opération étant renouvelée trois ou quatre fois, le mélange est assez
- homogène pour être transformé en pastilles de la
- manière suivante:
- On met la poudre obtenue sur une surface de verre (le dos d’un mauvais cliché, par exemple) , on y ajoute du col-lodion normal (celui qui sert pour l'émaillage des photographies), en quantité suffisante pour avoir une pâte liquide qu’on triture avec une spatule en bois, ou même avec le doigt.
- Lorsque cette pâte commence à faire prise, il faut se hâter de lui donner la forme d’une pastille plate, puis on la détache du verre quand elle est à moitié sèche, en passant dessous la lame d’un couteau mince. 11 ne reste plus alors qu’à la faire sécher aussi rapidement que possible et entièrement, car l’humidité retarderait la combustion. J’ai conservé de ces pastilles pendant deux ou trois jours après avoir pris le soin de les envelopper dans du papier d’étain ; mais elles s’altèrent presque aussi rapidement que la poudre ; je préfère préparer le matin la quantité dont je puis avoir besoin le soir. Ces pastilles ont, sur la poudre, l’avantage de ne pas projeter au loin du magnésium enflammé ; par suite, la presque totalité de la fumée reste emprisonnée dans l’appareil.
- Voici maintenant la description de l’appareil dans lequel je fais brûler la poudre ou les pastilles ; il est peu coûteux et si l’on ne veut pas en faire l’acquisition, il est facile de le faire soi-même.
- C’est une caisse, placée verticalement, dont le couvercle est remplacé par une guillotine et la planche du bas par une feuille de fer-blanc, inclinée de 50° environ (fig. 1).
- Au centre de cette feuille on perce deux petits trous destinés à recevoir : le premier, une mèche de coton-poudre, le second, un clou que l’on introduit
- Fig. 2. — Coupc tic l'appareil. AAA". Guillotine. — BIT. Fil servant à maintenir la guillotine levée. — C. Crochet pour al tacher le fil. — D. Foyer. — E. mèche de coton-poudre. — S. Support à coulisse. — L. Linge mouillé posé sur l’ouverture 00'.
- 1 Journal de l’industrie photographique. Fév. 1888, p. 26. | par-dessous et que l’on tord en crochet dans l’intérieur
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- de l;t caisse. La partie supérieure de la boite est à moitié enlevée; cette ouverture doit être fermée, au moment d’opérer, avec un linge mouillé plié en quatre. Enfin l’intérieur de l’appareil est garni de glaces ou de papier argenté encadré a la façon des passe-partout. Pour avoir un appareil parfait, il ne reste plus qu’à monter le tout sur un pied à coulisse qu’on puisse élever ou baisser à volonté (fig. 2).
- Ainsi outillé, on obtiendra, sans courir aucun danger, d’excellentes photographies.
- 11 faut, après avoir mis au point sur des bougies, échelonnées aux différents plans du tableau qu’on veut reproduire, placer l'appareil que je viens de décrire à droite ou à gauche de la chambre noire, et assez haut pour que la lumière tombe de 15° environ sur le modèle principal. De l’autre côté de la chambre noire on dispose une petite potence placée à terre dans une assiette, et à laquelle on suspend trois ou quatre rubans de magnésium tortillés ensemble et d’un poids total quinze fois moindre que celui de la poudre employée dans l’appareil. On doit avoir soin de s’assurer que les deux foyers sont hors du champ que peut embrasser l’objectif, sans quoi la plaque sensible serait voilée et rayée de tramées lumineuses qui gâteraient l’image.
- Ces dispositions étant prises, j'arme la guillotine de l’appareil au moyen d’un fil qui est attaché dans le bas de la trappe et qui vient se fixer au crochet planté dans la feuille de fer-blanc, après avoir passé dans un autre crochet situé à la partie supérieure de la boîte. J’introduis alors, dans le trou libre de la feuille de fer-blanc, une mèche de coton-poudre dont j’écarte les fibres en forme de nid, je saupoudre ce « nid » d’un peu de poudre au chlorate et au magnésium et je place la pastille dessus. Puis je ferme la partie supérieure de la boîte avec un linge mouillé plié en quatre.
- Pour opérer, il ne reste plus qu’à placer les modèles; puis, après leur avoir recommandé l’immobilité, on allume le foyer formé de magnésium en ruban, on débouche vivement l’objectif et,quand le magnésium est presque entièrement brûlé, on allume la mèche de coton-poudre, en ayant soin de se tenir derrière l'appareil.
- La pastille s’enflamme et brûle le fil qui maintient la trappe de la guillotine; mais celle-ci ne commence à tomber que quand la pose est terminée, c’est-à-dire après l’explosion. A ce moment on ferme l’objectif et l’on développe le cliché comme les « instantanés » ordinaires.
- Je crois inutile d’ajouter que, si on dispose de piles électriques, il est préférable d’employer la poudre pour les deux foyers, car il est alors facile d’obtenir une double explosion instantanée. Mais, dans le cas contraire, le magnésium en ruban donnera seul de bons résultats; car sa lumière, quoique vive, n’impressionnera pas les modèles comme le fait presque toujours l’explosion de la poudre-éclair1.
- T. Sardnal.
- 1 On peut empêcher toute trace de fumée de s’échapper de
- CHRONIQUE
- Globe terrestre au millionième. — Parmi les plus intéressants projets que l’Exposition universelle de 1889 a fait éclore, nous citerons celui de deux amis passionnés de la géographie, MM. Th. Yillard et Ch. Cotard, qui ne se contentent plus, ni des caries projetées sur des surfaces planes, ni des globes de petite dimension usités jusqu’à ce jour. MM. Yillard et Cotard veulent construire dans un monument spécial, qui leur sera réservé au centre même du Champ de Mars, un globe terrestre à l’échelle de 1 millionième. Ce sera là une curiosité géographique de premier ordre. Notre unité métrique est le quaranle-millionième du méridien ; ce globe aura quarante mètres de tour; un kilomètre y sera représenté par un millimètre. Cette sphère, de près de treize mètres de diamètre, donnera, par son seul aspect, une impression de grandeur en même temps que le sentiment de sa petitesse par rapport à la terre ; de ce contraste naîtra une appréciation possible des dimensions réelles parce que la notion du million est accessible à l’esprit. A cette échelle, les détails géographiques pourront être suffisamment indiqués et apparaîtront, pour la plupart, à leur véritable mesure. Pour la première fois, enverra sur un globe la place réellement occupée par certains espaces de dimensions connues, telles que ceux des plus grandes villes : Paris y occupera à peu près un centimètre carré. Delà, un rapport qui s’établira nettement entre ce centimètre carré qui est Paris et la surface de ce glohle qui est la terre ; et par ce rapport, une perception très nette des dimensions comparées des divers pays, des continents et des mers. Cette vaste sphère tournera sur son axe, et donnera idée du mouvement de rotation diurne de la terre. — Nous reviendrons sur cette construction grandiose : nous nous bornerons à ajouter qu’elle est déjà placée sous le patronage d’un certain nombre de nos savants les plus éminents.
- Les rats en Mongolie. — Un journal de Pékin nous apprend qu’en Mongolie, le district de Oulliassutaï est ravagé depuis deux ans par une invasion de rats : ils ont détruit toute l’herbe des pâturages et les chevaux ne trouvent plus de nourriture. Les courriers de l’empire ont été forcés de modifier leur itinéraire, parce que les postes ne pouvaient pas leur fournir de relais et que d’ailleurs les trous creusés par les rats étaient assez nombreux pour rendre les routes impraticables.
- Les progrès de l’artillerie. — Le journal anglais Engineer nous apprend que les ingénieurs des ateliers Krupp, à Essen, sont sur le point de terminer un canon de 150 tonnes. Ce canon est semblable à celui de, 120 tonnes, mais il est plus long et aura une plus grande portée. Le canon de 120 tonnes, construit pour le gouvernement italien, mais qui a été laissé à Essen quand les autres ont été envoyés en Italie, a tiré plus de 200 coups, et se trouve toujours en bon état. Le journal Iran écrit
- l’appareil en étendant, à la place que doit occuper la trappe fermée, un morceau de mousseline a larges mailles, préalablement mouillée dans une solution d’alun à 2 pour 100 ou, à défaut, d’eau de savon et même d’eau pure.
- Si on emploie ce moyen, les ombres sont mieux fondues; mais il est indispensable d’augmenter de 1/4 à 1/3 la dose de poudre employée. La fumée que contient l’appareil est presque entièrement formée de magnésie et de chlorure de potassium : ces corps ne sont pas nuisibles, mais très désagréables à respirer, dans cet état d’extrême division. 11 faut donc vider l’appareil hors de l’appartement. Un linge mouillé débarrassera les glaces du dépôt qui s’est formé à leur suri ace.
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- LA NATURE.
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- d’autre part que le major général Maitland est l’auteur des plans d’un canon qui vient d’être éprouvé à Shœburyness et qui a une portée de 12 milles (19 kilomètres). Les choses étant ainsi, un port de mer pourrait être bombardé par un bâtiment que l’on ne verrait pas du rivage, grâce à la convexité de la terre. Le canon dont il s’agit pèse 22 tonnes anglaises et le projectile qu’il lance est du poids de 172ks,o. 11 a été fabriqué à Woolwich.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 11 juin 1888. — Présidence de M. Jansskn.
- Mélanges réfrigérants à base d’acide carbonique solide. — Au nom de M. Colardeau et au sien, l’un de nos physiciens les plus féconds, et que La Nature a le bonheur de compter parmi scs collaborateurs, M. L. Caillctet, expose le résultat de nombreuses expériences sur l’application de l’acide carbonique solide à la préparation de mélanges réfrigérants. La facilité avec laquelle on obtient l’acide carbonique à l’état de neige solide, fait souvent employer cette matière pour produire de très grands froids. D’après les indications de Faraday et Thilorier, on la mélange alors avec de l’éther destiné à rendre beaucoup plus parfait le contact de cette neige avec les corps à refroidir. H y a lieu de se demander si l’éther ne joue pas, en même temps, un autre rôle que celui-là. En effet, on peut constater que le mélange d’acide carbonique solide et d’éther est beaucoup plus froid que la neige carbonique seule. D’après leurs expériences, les auteurs croient devoir attribuer cette différence de température à la solubilité de l’acide carbonique solide dans l’éther. La plus basse température que le mélange est susceptible de fournir est, en effet, atteinte dès que le liquide est saturé par la neige carbonique. L’emploi de dissolvants autres que l’éther confirme d’ailleurs cette manière de voir, car les liquides dans lesquels la neige carbonique est peu soluble sont aussi ceux qui donnent les moins grands refroidissements.
- L'inventeur du pendule réversible. — 11 résulte, de documents découverts par M. le capitaine Desforges dans les archives de l’Ecole des ponts et chaussées, que le premier inventeur du pendule à axes réciproques appelé aussi réversible, n’est ni un Anglais, ni un Allemand, comme on le répète couramment, mais notre compatriote de Prony. Dès 1791, il lisait à l’Académie des sciences un mémoire sur cet important sujet qui, d’ailleurs, ne fut pas publié. A cet égard, une assez vive discussion s’élève entre plusieurs membres sur la question générale des droits de priorité. M. le secrétaire perpétuel Bertrand émet l’opinion qu’autant l’historique d’une question scientifique est intéressante, autant la conclusion qu’un progrès donné est dù à tel ou tel savant, est privé de sens. La plupart de ses confrères, MM. Wolf, Faye, Verneuil, Darboux, expriment un avis diamétralement opposé que M. le président Janssen vient appuyer à son tour de sa très haute autorité : « On aura beau faire, dit-il à peu près, on n’empêchera pas la postérité de rattacher à chaque grande découverte le nom de l’homme illustre à laquelle elle est due. ))
- Le pendule non oscillant. —Notre vénérable confrère, M. A. Boillol, fait voir comment le pendule oscillant qui, dans l’expérience de Foucault, rend sensible le mouvement de rotation de la terre, peut être considérablement modifié sans que la démonstration qu’il procure perde de son évidence. Voici la disposition très simple adoptée : Un fil de soie éerue est divisé en ses divers filaments. Le
- plus fin est choisi pour être étiré jusqu’à ce qu’il soit complètement dépourvu de torsion. Ce fil, long d’environ 1 mètre, est fixé, à l’une de ses extrémités, au centre d’un bouchon que l’on applique à la partie supérieure d’un tube en verre, dont l’extrémité inférieure entre dans un autre bouchon peroi de part en part. Ce tube, soutenu par un support, peut ainsi être adapté verticalement sur l’ouverture d’un flacon. Le fil de soie descend dans l’intérieur du tube suivant son axe. Ce fil est terminé par une petite sphère en caoutchouc munie d’un index. Un poids quelconque pourrait être substitué à cette sphère, pour tendre le fil. Cette sphère ainsi suspendue au milieu du flacon parait en repos au bout de quelques heures. Alors on peut suivre la marche de l’index, entièrement à l’abri des mouvements de l’air. Le sens du mouvement apparent de la sphère est celui dès aiguilles d’une montre placée horizontalement dans l’hémisphère boréal; c’est-à-dire que ce mouvement est de même sens que celui du mouvement apparent diurne de la voûte céleste. Une bande de papier divisée en degrés et contournant le flacon permet de mesurer l’arc parcouru en un temps donné. La durée d’une rotation apparente entière de la sphère devrait être, à Paris, de 31 h. 52 m. et quelques secondes, 24h
- d’après l’expresssion -, qui donne cette durée pour une latitude L. Mais cette rigueur ne peut guèreêtre obtenue.
- Diamant tombé du ciel. — Des chimistes de Saint-Pétersbourg, MM. Jeroffeieff et Latschinoff adressent, par l’intermédiaire de M. Daubrée, le résultat imprimé des recherches qu’ils ont faites d’une météorite singulière tombée le 10 septembre 1880, à 7 heures du matin, à Nowo-Urei dans le gouvernement de Pensa, en Russie. A la suite des phénomènes ordinaires de lumière et de bruit, on vit trois pierres se précipiter sur le sol. L’une d’elles tomba dans un marécage où on ne put la retrouver, une seconde fut réduite en poussière par un paysan qui crut se porter bonheur en la mêlant à sa nourriture, et la troisième est actuellement conservée au cabinet minéralogique de l’Institut minéralogique de Saint-Pétersbourg. Le Muséum d’histoire naturelle de Paris possède un petit éclat de cette dernière. C’est une pierre noire dont l’extérieur, poli par la friction de l’air, est dépourvu de croûte proprement dite. L’analyse chimique y révèle, outre des minéraux fréquents dans les pierres tombées du ciel, tels que le péridot, le pyroxène, le fer nickelé et la pyrrhotine, une quantité relativement considérable de carbone. Celle-ci qui représente 2,20 pour 100 du poids de la roche, se scinde en 1,26 de graphite et 1 de diamant ; et c’est la première fois que cette substance est découverte dans un gisement extra-terrestre. Le diamant inétéoritique est en grains microscopiques, irréguliers et plus ou moins transparents. Sa dureté lui permet de dépolir nettement la surface d’un corindon. Chauffé dans un tube au contact de l’oxygène, il brûle avec dégagement d’acide carbonique et production d’une notable quantité de cendres.
- Election. — Une vacance existant parmi les correspondants de la section de botanique, M. Treille, de Batavia, est appelé à la remplir par 25 suffrages sur 44 votants. La liste de présentation comprenait, en outre, les noms de MM. Triana, de Paris; Warming, de Copenhague, et Wiesener, de Tienne. M. Triana a réuni 18 suffrages. 11 y a eu 1 billet blanc.
- Varia. — Un travail fait au laboratoire Àrago et transmis par M. de Lacaze-Duthiers signale des corps d’origine
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- organique hydrogénant le soufre à froid. — Les dérivés azotés de la benzine occupent M. Petit. — M. Bonnier étudie les espèces du genre Galathea sur les côtes de France. — D’après M. de Tcherni, l’œil humain n’est pas optiquement centré. Stanislas MeuSier.
- MARMITE ANTISEPTIQUE
- La Marmite antiseptique est une application du procédé Pasteur pour la stérilisation des liquides; elle a pour but de conserver sans altération, pendant un temps indéterminé, le bouillon, le lait, et toute substance quelconque susceptible de pouvoir être chauffée. L’invention en est due à M. Scbribaux, le directeur de la station d’essais de semences de l’Institut agronomique, bien connu de tous ceux qui s’occupent de sciences agricoles.
- M. Scbribaux a tourné les difficultés qui rendent impraticable pour la ménagère l’emploi des ballons Pasteur en appliquant à la marmite ordinaire l’idée qui les a créés : il oblige l’air à se dépouiller de ses germes avant d’entrer dans le récipient en lui faisant parcourir comme dans les ballons Pasteur, un long trajet. La forme sinueuse de la figure 1 lui paraissant la plus sure, il a muni le bord supérieur de la marmite d’un large rebord creusé de gouttières circulaires dans lesquelles s’emboîtent des gouttières correspondantes du couvercle i. Mais la construction de cet appareil était difficile et coûteuse;
- »le maniement en était peu commode. On a donc tenté la forme 5, celle d’un cône tronqué à large base inférieure, avec couvercle de même figure emboîtant la marmite jusqu’à moitié de sa hauteur; c’est l’application de la forme du ballon à col droit. La réussite en a été parfaite : après trois semaines de conservation, nous avons pu boire du bouillon qu’on eût supposé du jour même. 11 suffit, pour obtenir ce résultat, de porter à l’ébullition le récipient fermé.
- S’il s’agit de lait, on fait bouillir avant de placer le couvercle; quand la pellicule est bien formée, on la fend avec un couteau, et c’est alors seulement qu’on doit couvrir; sans cette précaution, on s’expose à un
- 1 Nous avons parlé déjà do ce premier modèle. (Voy. n“ 673, du 24 avril 1876, p. 336.)
- accident que l’on devine, le lait montant et se répandant à l’extérieur. Quand, au bout de quelques jours, on ouvrira la marmite, on sera sans doute surpris de trouver au lait un aspect différent de celui sous lequel il se présentait le premier jour, et l’on sera disposé à le croire tourné; il n’en est rien; seulement, la crème est montée, formant à la surface une couche qu’on n’est guère habitué à voir sur le lait qu’on emploie dans le ménage, attendu qu’il est d’ordinaire aigri avant qu’elle ait pu se former. Ajoutons que c’est là un excellent moyen de reconnaître si le lait qu’on achète est réellement riche en crème. Au moment de s’en servir, il suffira, pour rétablir le mélange tel qu’il existait primitivement, de chauffer le liquide ; l’émulsion s’v fera de nouveau et reconstituera le lait tel qu’on l’a intro-duit dans le récipient.
- C’est aux ménagères que s’adresse l’invention; peut-être même, en certains cas, est-elle appelée à remplacer, dans l’industrie des conserves, l’incommode procédé Appert ; mais, ce qu’il nous faut surtout noter, c’est le parti qu’en doit tirer l’hygiène. Bouillon et lait sont, en effet, des milieux extrêmement
- propices au développement des germes : on sait que les bouillons de veau, de poulet, etc., sont employés constamment dans les laboratoires pour les cultures microbiennes; il est donc du plus haut intérêt pour la santé publique de pouvoir éliminer tous ces germes, d’empêcher leur ensemencement dans les liquides alimentaires; la légère ébullition à laquelle on les soumet d’ordinaire au moment de les servir sur nos tables n’est qu'un palliatif incertain. En ce qui concerne le lait, il suffira, pour indiquer l’importance de la question à son égard, de rappeler quel’ef-lrayante mortalité qui sévit sur les enfants élevés au biberon est due presque toujours à une entérite inflammatoire, entérite dont la cause première est l’altération de l’aliment : l’emploi de la marmite antiseptique pour conserver la provision de lait offre un moyen facile d’écarter dans une large mesure la cause du mal. M. Blanchard.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Fig. 1 et 2. — Ballons Pasteur pour préserver les liquides de la lermen-tation.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Flourus, à Paris.
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- N° 786 — 25 JUIN 1888.
- LA N A TL H K.
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- IA PHONOGRÀVURE
- K T I.K üliAMOI'ilOM;
- M. Emile Berliner vient de faire, devant les membres du Franklin Institute une très intéressante communication sur les derniers résultats des expériences qu’il poursuit pour résoudre le problème de l’inscription et de la reproduction mécaniques de la voix humaine et de tous les sons, musicaux ou articulés.
- Ces recherches sont justifiées par le fait que, malgré l’énorme succès qu’obtint le phonographe lors de son apparition, il ne reçut jamais d’application pratique, à cause de ses nombreuses imperfections. M. Emile Berliner, avant d’arriver à l’exposé de scs propres travaux, a passé en revue les études précédentes relatives au même objet. 11 a signalé le phonographe de Léon Scott (1857), le projet de M. Charles Cros, présenté, à l’Académie des sciences au mois d’avril 1877 et qui renferme en germe tous les principes appliqués aux appareils
- actuels, et enfin le phonographe d’Edison qui résolut le premier le problème pratiquement à la fin de 1887. Nous laisserons de côté la partie historique consacrée à des appareils bien connus des lecteurs île La Nature, pour arriver aux points essentiels et nouveaux de la communication de M. Berliner.
- Parmi ceux qui croyaient à l’avenir pratique du phonographe était M. Gar-diner G. Hubbard, le protecteur bien connu du téléphone en Amérique. 11 engagea, vers 1885, la Volta Laboratory C°, association dont l’origine remonte au laboratoire fondé par le professeur Graham Bell, avec lits fonds du prix Volta, à consacrer une somme im- *
- portante pour l’étude expérimentale du phonographe.
- Parmi les savants engagés dans ces recherches se trouvaient le professeur G. Bell, I)r Chichester, A. Bell et M. G. S. Tainter. Après deux années de travail ardent, ces expérimentateurs d’élite arrivèrent aux conclusions suivantes :
- 1° Le gaufrage doit être abandonné pour un procédé de gravure, c’est-à-dire qu’au lieu de refouler 16e année. — 2e semestre.
- la surface d’enregistrement avec un style, comme dans le phonographe original, il faut produire un tracé parallèle à la surface d’inscription.
- 2° La meilleure substance, répondant à toutes les exigences du problème posé par la gravure des déplacements du style, est la cire d’abeilles durcie par un mélange de paraffine ou de toute autre substance analogue.
- 5° Le parler à 1
- Fig. 1. — Gi'amophone. — Inscripteur (le la parole.
- Fij. i. — Reproducteur de la parole.
- tante voix est impraticable et le ton ordinaire de la conversation donne les meilleurs résultats, bien que l’intensité des sons reproduits ne dépasse pas celle d’un bon téléphone.
- En 1886, M. le l)r Chichester, M. le l)r A. Bell et M. C. S. Tainter prirent un brevet pour se réserver la propriété de l’idée de la gravure du phonogramme et l’emploi de la cire ou toute autre composition analogue \ et produisirent comme résultat final de leurs travaux ,au printemps de 1887, le graphophone, premier appareil vraiment pratique du type phonographe et qui fut montré à Washington. Cet appareil, excellent comme inscripteur, reproduisait la voix avec l’intensité d’un bon téléphone, mais les déformations dues à la gravure étaient assez grandes pour rendre la voix méconnaissable, à moins de joindre à une vive imagination une connaissance préalable de la voix du phonographié. L’inscription était obtenue sur un cylindre de carton recouvert de cire.
- Dès que le graphophone fut connu en Amérique, Edison, encouragé par les résultats obtenus avec cet instrument, reprit ses expériences sur le phonographe, et après avoir essayé à nouveau le gaufrage, l’abandonna pour la gravure, confirmant ainsi l’exactitude des conclusions de MM. Bell et Tainter. Le graphophone et le nouveau phonographe d’Edison semblent donc être pratiquement le même instrument, ne différant que par la forme et la nature du moteur employé.
- Les difficultés que présente le gaufrage disparaîtraient, comme le faisait observer le professeur E. Thomson dans le journal du Franklin Institute de
- ‘ La cire était employée dès 1878 par M. Lambrigot pour la fabrication des clichés des lames parlantes. (Voy. n°30», du 3 mai 187», p. 549.)
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- janvier 1888, si l'on découvrait une surface dont la résistance au gaufrage soit exactement proportionnelle à la profondeur de ce gaufrage. Toutes les expériences confirment ces conclusions, car [dus on cherche à parler fort, plus i'arlieulafion devient indistincte.
- 11 fallait donc., pour réaliser un progrès, comme cela était d’ailleurs indiqué en principe dans la Note de M. Charles Crus à l’Académie des sciences : 1° tracer les vibrations, comme dans l’ancien phonauto-graplie de Scott, parallèlement à la feuille et non perpendiculairement; 2° réduire au minimum la résistance offerte par la substance gravée.
- M. Berliner vit que le noir de fumée était impraticable et insuffisant, mais il reconnut que le dépôt grisâtre de noir de fumée produit par le centre d’une ilamme de kérosène était plus gras et donnait une ligne plus fine que le dépôt épais et noir produit par le sommet de la môme flamme, et cette observation le conduisit à graisser préalablement la surface d’enregistrement en y appliquant une couche d’encre d’imprimerie ou de peinture à l’huile, à l’aide d'un rouleau ou d’un pinceau.
- L’enfumage ultérieur donne un dépôt d’apparence graisseuse et d’une consistance telle que, si l’on y promène un style, on obtient une ligne franchement coupée et sans aucune bavure, môme en l’examinant au microscope.
- Le jflionautogramme obtenu est alors gravé mécaniquement , chimiquement ou photo - chimiquement.
- Après de nombreux essais,
- M. Berliner s’est arrêté à un procédé qui permet d’obtenir une reproduction en moins d’une heure, en quinze ou vingt minutes môme, si cela est nécessaire, reproduction qui peut être ensuite multipliée à l’infini par les procédés de l’électrotypie. (Test ce que M. Berliner appelle l’arf de graver la voix humaine à /’eau-forte, et que nous appelons plus simplement la phonogravure.
- L’appareil enregistreur (fig. 5) est constitué par une boîte à diaphragme K qui sert de support à l’ensemble. La partie centrale du diaphragme A porte un petit cylindre en laiton B rivé sur ce diaphragme et fendu à sa partie antérieure. Ë est un morceau du tube de caoutchouc pris dans la fente de la pièce cylindrique B et supportant un bout du style C, formé d’une lame mince de métal, oscillant sur deux pivots d acier FF. 1) est un morceau de papier à écrire renforcé par une lame de ressort dont l’extrémité constitue la pointe traçante. C’est un morceau de tube en caoutchouc disposé autour du style pour en amortir les vibrations propres. H est un disque de feutre interposé entre la boîte du diaphragme et le diaphragme lui-même pour amortir les vibrations parasites et les
- Fig;. 3. — Appareil enregistreur. Détails.
- résonances. Le tout est disposé sur un léger chariot (fig. 1) qui le déplace transversalement au disque d’un mouvement régulier. La vitesse angulaire du disque est de trente tours par minute b
- L’appareil reproducteur de la parole ou parleur (fig. 2) est construit d’après les mêmes principes, mais avec de plus petites dimensions et avec plus de rigidité dans les pièces vibrantes. L’extrémité du style se termine par une pointe en iridium pour éviter l’usure due au frottement continu avec le métal.
- Les métaux durs donnent un son plus intense que les substances peu résistantes ou élastiques, comme le caoutchouc ou le plâtre de Paris. Les métaux durs, tels que le cuivre, le nickel ou le laiton parlent plus fort <pie le zinc, mais le grincement dù au frottement est aussi augmenté, à moins que la surface d’inscription soit bien lisse et polie avec le plus grand soin. Le grincement est à peine perceptible sur le verre poli, et M. Berliner espère obtenir, par moulage des matrices, des tracés en relief qui donneront des sons intenses avec le minimum de sons parasites. 11 n’est pas nécessaire, d’ailleurs, d’avoir un guide fileté pour le déplacement latéral du parleur dans le sens vertical du centre à la périphérie, ou inversement, pendant la rotation du plateau. Dans la dernière forme suggérée par M. Werner Suess, mécanicien du petit atelier établi à Washington pour construire le gramophone, le parleur est suspendu comme un pendule de grande longueur et se dé-
- place au-dessus du plateau en décrivant un arc de faible courbure sous l’action directrice de la rainure continue du phonogramme.
- En ce qui concerne l’application du gramophone,
- M. Berliner imagine la combinaison suivante qui rappelle, par certains côtés, ce que M. J. Carpentier commence à réaliser avec son mélographe :
- Un mettra en vente un grand nombre d’appareils parleurs identiques de construction, d’une manipulation facile et d’un prix peu élevé. Les acquéreurs de ces appareils pourront se procurer une collection sans cesse croissante de phonogrammes reproduisant des écrits, des chants, des solos d’instruments, des pièces d’orchestration, etc.
- Il y aura de plus, dans chaque ville un peu importante,un phonautographe au moins avec tous les
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- 1 La transformation du cliché original en planche gravée bonne à la reproduction de la voix humaine ou des son? quelconques émis devant le gramophone inscripteur demande ' une série de manipulations délicates décrites en détail par”
- M. E. Ilerliner, et auxquelles nous consacrerons une note , spéciale à l’usage des lecteurs qui tiendraient à répéter eux,-mêmes ces expériences. Il est d’ailleurs inutile de connaître' ce procédé pour- comprendre l’ensemble des appareils de M. Berliner. £&?*}
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- accessoires nécessaires à la production des phonogrammes et à leur reproduction indéfinie. On ira se faire photographier comme on va depuis longtemps se faire photographier, et l’on enverra à ses amis sa photographie au lieu d’envoyer sa photographie.
- La vie d’un homme tiendra en vingt minutes de phonographie : cinq pour les bégayages du hébé, cinq pour les bavardages de l’enfant, cinq pour les réflexions de l’homme, cinq enlin pour les dernières paroles du moribond....
- Nous ne suivrons pas plus loin l’auteur dans le développement de ces rêveries phonographiques. H nous suffit d’avoir signalé la voie nouvelle dans laquelle il poursuit ses travaux.
- Il faut espérer qu’un avenir prochain verra la solution complète du problème et que les autophones, c’est-à-dire les appareils qui parlent eux-mêmes, ne seront pas une des moindres curiosités de l’Exposition de 1889. X..., ingénieur.
- [ASSOCIATION FRANÇAISE EN ALGÉRIE
- l’oüED-RIr’. ----- TOUGOURT
- (Suite et lin. — Voy. p. 23.)
- L'aga de Tougourt, Si-Smaïl, dont l’affabilité et les sentiments généreux sont connus, avait tenu à venir au-devant de nous : nous l’avons rencontré à quelque distance de la ville, accompagné d’une foule nombreuse et escorté d’un certain nombre de cavaliers de sa daïra, ou garde particulière. Nous mettons tous pied à terre et remercions l’aga de s’être dérangé pour venir nous souhaiter la bienvenue ; puis nous reprenons nos places pour gravir la dernière dune sur les flancs de laquelle les cavaliers exécutent une vive fantasia. Bientôt nous sommes dans la ville et nous arrivons sur la place principale où nous trouvons les officiers dit bureau arabe qui viennent obligeamment se mettre à notre disposition, après avoir gracieusement préparé notre installation. C’est en effet dans les nouvelles constructions du bureau arabe que nous prenons nos repas et que nous couchons, à l’exception de M. et Mme B... et de M. et Mme G... pour qui l’aga a fait disposer des chambres dans ses appartements.
- L’oasis de Tougourt est fort importante et l'on évalue à 170 000 le nombre des palmiers qu’elle contient : elle comprend plusieurs villages dont l’un, Nezla, est presque contigu à Tougourt; en plus de la récolte des dattes, les habitants profitent de la culture de jardins maraîchers qui, ça et là, croissent sous les dattiers.
- La ville de Tougourt (fig. 1), bâtie sur une éminence, est dominée au nord et à l’ottest par des dunes sablonneuses ; sur les autres côtés elle était défendue autrefois par des fossés où l’eau était stagnante, ce qui rendait le pays malsain. Ben-J)riss, l’aga à qui a succédé Si-Smaïl, a commencé des travaux pour combler ces fossés : c’est là une amélioration sé-
- rieuse qui, malheureusement, n’a [tas été complétée : quelques mares infectes subsistent encore.
- Tougourt, sauf quelques bâtiments, est construite en briques séchées au soleil : les maisons sont basses, présentant très peu d’ouvertures extérieures. Dans tout un quartier, et non le moins important, il n’y a pas de rues à proprement parler : la circulation se fait dans des [tassages couverts, au-dessus desquels se trouvent des habitations. De loin en loin, le plafond cesse et la lumière pénètre vive, crue, produisant l'éclairement direct des surfaces qu’elle rencontre (fig. 2).
- Quelques maisons particulières sont bâties en moellons, elles sont rares à Tougourt; il n’en existe pas à Nezla qui est un faubourg, mais où les rues ne sont pas couvertes, et qui ressemble absolument à tous les villages que nous avons ptr voir, El Kantara, le vieux Biskra, Temacin, etc.
- Les monuments principaux de Tougourt sont le palais de l’aga, titre bien pompeux pour une construction fort simple et qui ne présente aucun caractère architectural à l’extérieur, ni à l’intérieur; — le bureau arabe dont la construction n’est pas encore complètement terminée; — la mosquée, Djama-Kebir, qui mérite d’être visitée quoique ne présentant pas un très grand intérêt; — la caserne, qui comprend une tour carrée au sommet de laquelle est installé un poste optique qui, chaque soir, établit une communication télégraphique avec Biskra par l’intermédiaire de trois stations analogues. C’est cette tour et le minaret de la mosquée voisine qui annoncent de loin l’existence de Tougourt (fig. 1).
- Tougourt est un centre commerçant assez important et le marché qui s’y tient chaque jour est très animé; il y a également quelque industrie représentée par des ouvriers qui fabriquent les objets de consommation courante.
- L’aga, dont l’hospitalité est justement réputée, nous offrit à dîner et nous eûmes la double satisfaction d’un repas très bien servi a la française et d’une cuisine franchement indigène : des plats très nombreux et très variés défilèrent devant nous pendant plus de trois heures, parmi lesquels nous citerons seulement le couscous et le méchui, mouton rôti, servi entier et que l’on mange en enlevant avec les doigts des lanières des parties les plus rissolées.
- Nous passâmes deux jours à Tougourt; pendant ce temps, il nous fut possible d’aller jusqu’à Temacin, village situé à lo kilomètres, d’un aspect très pittoresque à distance, mais peu attrayant lorsque l’on y pénètre. Au pied du village, qui est bâti sur une élévation de terrain, se trouvent des fossés remplis d’une eau présentant une coloration assez intense, vermillon oereux, et répandant une odeur infecte. Nous poussons [dus loin jusqu’à la Zaouia de Tamelh’at, qui est la résidence d’un chef religieux ayant une grande influence dans le pays ; c’est également un centre d’instruction religieuse important.
- Nous eûmes une journée entière pour voir Tougourt et les environs immédiats; nous en profitâmes
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- pont' visiter l'école dont le directeur nous lit les honneurs : les entants v tout leurs éludés en français et cette langue seule doit être employée, meme pendant
- les récréations. L'est là une excellente chose, et il esl à désirer que beaucoup d’indigènes arrivent à parler notre langue. Mais il nous paraîtrait bien plus
- important que les fonctionnaires quelconques appelés l’arabe, : d'après ce que nous avons vu, d’après surit vivre en Algérie sc donnassent la peine d’apprendre tout ce qui nous a été dit, il ne nous paraît pas dou-
- teux que leur inlluenee serait considérablement augmentée.
- Si le temps ne nous avait manqué, nous eussions voulu aller dans le Soûl'; nous dûmes renoncer à ce projet. Mais un de nos compagnons de voyage se
- décida pourtant à faire une pointe de ce côté où le pays présente un caractère tout spécial : (Lest le pays des dunes qui se succèdent sans interruption, les oasis occupant les parties basses, à un niveau très inférieur. Les dunes changent constamment de forme,
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- se déplacent sons l'influence du vent : ce mouvement du sable aurait pour effet d’enterrer les oasis si, par un travail continuel, les habitants ne se défendaient
- contre l’invasion; il a aussi pour effet de modifier tellement l’aspect du pays qu’il serait impossible de retrouver la route, de s’orienter dans la direction
- « kpmj, iiif.i
- Fig. 3. — Grandes dunes de la roule, du Souf. (I)’après un croquis de M. Eysserie.)
- convenable. Pour parer à cet inconvénient,on a établi, de distance en distance, sur le sommet de cer-
- taines dunes, des pyramides de pierre (ghemira) qui jalonnent le chemin à suivre (fig. 5). 11 arrive bien
- Fig. i. — Bordj de Tala-eni-Muidi. (D’après un croquis de M. Eysserie.)
- quelquefois que, par suite du déplacement du sable, une de ces pyramides s’écroule; on en est quitte pour la reconstruire.
- Pendant ce temps, MM,nes R... et (i... étaient admises à rendre visite à la femme de l’aga, de qui
- elles reçurent le meilleur accueil et qui leur lit cadeau de coussins touaregs et d’éventails. Bien entendu les autres visiteurs ne purent visiter d’intérieurs indigènes.
- Après avoir vu un atelier français de forage, nous
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- eûmes, à côté de Temacin, la chance de voir des ouvriers indigènes creuser un puits. L’eau jaillissait déjà; mais il y avait encore à travailler au fond, à 50 mètres environ de profondeur. Les ouvriers, noirs, presque nus, plongeaient pour aller effectuer le travail; nous avons vérifié, montre en main, qu’ils restaient presque trois minutes sous l’eau (exactement cent soixante-dix-huit secondes).
- Nous ne saurions songer à donner un récit détaillé de notre voyage, mais seulement un résumé sommaire ; nous devons donc abréger.
- Arrivés le dimanche 15 avril, à 4 heures et demie du soir, à Tougourt, nous en repartions le mercredi à 5 heures et demie du matin. Le retour s’effectua presque absolument dans les mêmes conditions que l’aller; il y eut seulement de petites différences dans l’emplacement des stations où l’on s’arrêtait pour déjeuner. Nous pouvons donc passer rapidement.
- Nous dirons seulement que, en revenant, nous allâmes visiter la troisième propriété appartenant à la Société agricole de Batna, celle d’Ayata ; puis celle de Tala-em-Muidi appartenant à MM. Fan et Fou-reau ; le bordj qu’elle comprend présente un aspect des plus pittoresques (fig. 4) ; il est bâti au sommet d'une petite colline et par-dessus les murs on voit émerger les tètes de palmiers qui ont été plantés à l’intérieur et qui, par leur couleur sombre, font une opposition curieuse avec les murailles; ce bouquet de verdure est d’un bel effet. Le puits est creusé à côté du bordj : l’eau qui s’en écoule doit descendre d’une certaine hauteur pour pouvoir être employée au ni veau où se trouvent les plantations : on a profité de la chute qui en résultait pour mettre en mouvement une roue hydraulique- faisant tourner un moulin, utilisé par les indigènes principalement, croyons-nous.
- Le samedi 21 avril, à 4 heures du soir, le dixième jour de notre excursion, et conformément au programme, nous étions de retour à Biskra. Nous avions été particulièrement favorisés, non seulement parce que rien n’avait fait défaut dans tout ce qui avait été préparé, mais encore parce que nous n’avons eu à supporter aucun des inconvénients (pie l’on pouvait craindre, sans pouvoir rien pour les empêcher. La température ne dépassa pas 55° à l’ombre, alors que, à cette époque de l'année, elle atteint souvent 42°; ajoutons que la sécheresse de l’air rend cette température fort supportable; — nous eûmes la chance que le siroco ne souffla pas pendant les dix journées de voyage; — enfin, personne ne fut malade, personne même ne fut indisposé (car nous ne pouvons compter comme indisposition des résultats seulement gênants de l’usage d’une eau trop chargée de sels), personne ne fut piqué par un animal venimeux.
- J’ajouterai même que, en réalité, la fatigue ne fut pas très grande et que, dès le lendemain de notre arrivée à Biskra, tout le monde était reparti pour de nouvelles excursions. L’est là un point important; il montre que le voyage de Biskra à Tougourt est un de ceux que-les touristes ne devront pas manquer de faire en Algérie s’ils ne sont pas pressés parle temps :
- il ne s’agit pas, comme on le croit quelquefois, de journées à passer à cheval ou à mulet; l’excursion se fait en voiture sans difficulté, et l’on trouve aisément à Biskra à louer une voiture pour cette excursion. Il ne faut pas partir sans précaution, bien entendu, et il faut emporter des vivres, des couvertures; mais ce sont là des détails que l’on peut traiter à Biskra même, la veille du départ.
- Chaque année déjà, quelques personnes font cette excursion; nous ne doutons pas que le nombre ne doive s’en accroître : il y a là un pays intéressant à parcourir, à visiter, à étudier à plus d’un titre. Nous en avons rapporté les meilleurs souvenirs et nous voudrions que ce court récit d’un voyage dans un pays <pii n’est pas encore très connu engageât des savants, des artistes, des industriels, des capitalistes, à aller le visiter pour juger sur place du parti que l’on en peut tirer. G.-M. Gaf.iel.
- LE SERPENT À LUNETTES
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- La Ménagerie des reptiles du Muséum possède actuellement trois exemplaires du Serpent dit à lunettes (Naja tripudians, Merrem) : l’un a été rapporté de Ceylan, depuis plusieurs années déjà, par M. Errington de la Croix ; les deux autres, d’une taille remarquable, ont été acquis tout récemment et sont originaires de Calcutta.
- Ce Serpent a de tout temps attiré l’attention, non seulement par les particularités de coloration d’où il tire son nom, mais surtout par l’attitude singulière qu’il prend lorsqu’il est excité et par le nombre des victimes qu’il fait chaque année. Il est voisin des Elnps, et appartient, comme eux, au groupe des serpents venimeux eolubriformes.
- Il a le corps allongé, arrondi, un peu renflé en son milieu, et la tête de même grosseur que le cou, de manière à offrir extérieurement, lorsqu’il est au repos, l’aspect d’une couleuvre. I)e même (pie chez cette dernière, le dessus de la tête est garni de grandes plaques disposées d’une manière semblable. Est-il excité, aussitôt il redresse la partie antérieure du corps, en même temps qu’il étale son cou en une sorte de large bouclier membraneux convexe du côté dorsal, à l’extrémité supérieure duquel se trouve la tête dirigée horizontalement, comme le représente la gravure (page 56). L’extensibilité'du cou, qui a fait 'aussi donner au serpent à lunettes le nom de Serpent à coiffe, de Cobra di capello (serpent à chapeau), tient à la grande longueur et à la faible courbure des côtes cervicales. Dirigées en arrière et appliquées sur les côtés de la colonne vertébrale pendant le repos, elles prennent, au moment où l’animal est excité, et par l’action de muscles soumis à sa volonté, une direction transversale. La peau, dans la région du cou, se trouve ainsi distendue et étalée en un large disque allongé dans le sens longitudinal, qui joint en avant l’extrémité postérieure de la tête, et sur lequel les écailles, écartées les unes des autres par l’effet de
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- la distension et séparées par des intervalles à teinte claire, prennent l’apparence d’un réseau dont elles occupent les mailles. L’excitation ayant cessé, des muscles antagonistes des précédents ramènent les côtes à leur position primitive et le cou reprend sa forme ordinaire.
- La Louche est largement fendue, et la mâchoire supérieure porte en avant, de chaque côté, un crochet venimeux immobile, que suivent une ou deux petites dents lisses.
- Les variétés de coloration du Serpent à lunettes sont nombreuses. Le plus souvent, la teinte générale est un brun foncé uniforme et presque noir, coupé parfois sur les flancs par des stries transversales blanches; à l’état de distension, le cou laisse voir en dessus deux taches blanches, arrondies et symétriques, à centre noir, réunies du côté postérieur par un arc également blanc, bordé de noir, dont la convexité est tournée en arrière. Cet ensemble offre bien l’aspect d’une paire de lunettes, et a valu à l’animal le nom qu’il porte. La partie antérieure de la face ventrale est blanchâtre, coupée par une ou plusieurs bandes transversales noires. Deux des spécimens du Muséum présentent ce système de coloration ; toutefois, chez l’un d’eux, la teinte fondamentale est moins foncée, et chez le troisième elle est d’un brun très pâle. Fréquemment, les taches cervicales caractéristiques sont plus ou moins effacées ou modifiées dans leur forme, ou même complètement absentes.
- Le Serpent à lunettes peut atteindre une taille assez considérable. Le plus grand de nos spécimens a une longueur que l’on peut évaluer approximativement à lm,60; mais parmi les produits naturels exposés par les Cinghalais au Jardin d’Acclimatation, il y a deux ans, figurait une peau de Cobra dont la longueur dépassait, sans aucun doute, 2 mètres.
- Il est ovovivipare, c’est-à-dire que le développement de l’embryon s’effectue tout entier dans le corps de la mère et que la ponte n’a lieu qu’au moment où il est achevé. L’enveloppe de l’œuf est alors une membrane très mince et sans résistance; le jeune animal la rompt immédiatement après sa naissance et devient libre.
- Le Serpent à lunettes habite les Indes, le Bengale, Siam, le Cambodge, la Cochinchine, le Tonkin, l’Annam, la Chine, le Malabar, Ceylan, et les principales îles de l’archipel Indien, Sumatra, Java, Bornéo, les Philippines; jusqu’ici il n’a été rencontré ni aux Célèbes, ni aux Moluques. Dans les parties occidentales de l’Asie, en Afghanistan et en Perse, il est remplacé par le Naja haje (Linné), qui vit également dans la plus grande partie de l’Afrique et surtout en Egypte, où il a joué, sous le nom à'Aspic, un rôle non moins célèbre que le Serpent à lunettes dans les Indes.
- Le Serpent à lunettes se tient habituellement dans les vieux troncs d’arbres, dans les murs en ruines, les amas de pierres et les buissons de bambous. Il semble rechercher le voisinage de l’homme, où il
- trouve peut-être plus facilement les petits rongeurs dont il fait sa principale nourriture. C’est surtout à la tombée du jour ou pendant la nuit qu’il sort de sa retraite pour se mettre en chasse. II s’empare non seulement des petits Mammifères et des Oiseaux, mais aussi des Lézards, des Grenouilles, des Crapauds et des Poissons. Les Batraciens que nous venons de nommer, ainsi que les Souris et les Rats, constituent l’alimentation exclusive des individus conservés en captivité au Muséum. Le Cobra grimpe volontiers sur les toits des huttes dans l'espoir d’y surprendre quelque proie ; on l’a vu parfois sur la cime des cocotiers donnant la chasse aux Oiseaux. Bon nageur, il fréquente aussi les cours d’eau et on en a rencontré même en mer à une grande distance des côtes.
- 11 attaque sa proie de la même manière que les Couleuvres, en la saisissant et la déglutissant immédiatement, sans l’enlacer dans ses replis pour l’étouffer comme les Boas, et sans attendre qu’elle ait succombé après lui avoir inoculé son venin comme les Vipères.
- Son irascibilité est extrême, et pour peu qu’il soit excité, il se redresse, étale son cou, tourne la tête à droite et à gauche pour reconnaître de quel côté vient le danger, puis s’élance sur son ennemi avec la rapidité d’une flèche, en faisant entendre un bruit de souffle analogue à celui que l’on produit en soufflant brusquement dans un tube étroit, d’où le nom de Serpents cracheurs donné aux Najas en général. Cette dénomination, née de l’opinion que les Najas lancent d’abord sur l’ennemi qu’ils attaquent leur salive ou même leur venin, n’est qu’en partie justifiée par les faits. L’observation des individus tenus en captivité montre que dans les conditions que nous venons de supposer, la respiration s’accélère ; les inspirations sont profondes, et l’on voit le corps se gonfler et se resserrer alternativement ; une expiration brusque coïncide avec le mouvement d’attaque de l’animal et détermine le bruit de souffle mentionné plus haut. L’air expulsé peut évidemment entraîner un peu de salive, ce que nous n’avons cependant jamais constaté; mais ce fait même n’est pas particulier aux Najas, et M. Desguez, gardien de la Ménagerie, l’a observé chez un Crotale irrité. Seulement, ici, comme chez les Vipères, le bruit de souffle devient un sifflement, qui ne se fait entendre que rarement.
- Le Cobra est le plus répandu des serpents venimeux dans les contrées qu’il habite, et comme son venin est très actif, il fait chaque année, surtout aux Indes, un grand nombre de victimes; aussi est-ce à juste titre qu’il est redouté des indigènes. Ses habitudes nocturnes et sa tendance à s’approcher des habitations accroissent encore le danger, en rendant son voisinage plus immédiat; on dit même qu’il s’introduit sôus les paillottes des maisons. Les cas sont relativement rares, où les personnes mordues guérissent en dehors de tout traitement. Les Hindous, et en particulier les charmeurs de serpents, possè-
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- dent divers remèdes empiriques dont ils gardent le secret et qui, d’après les récits des voyageurs, ne sont cependant pas toujours dénués d'efficacité.
- L’attitude si bizarre, si gracieuse et si altière à la fois que prend le Serpent à lunettes lorsqu'il est irrité; le venin si subtil et si souvent mortel qu’il sécrète, ont dû naturellement exercer une impres- j sion profonde sur l’esprit des populations peu éclai- ! rées au milieu desquelles la nature l’a confiné.
- Elles l’ont regardé comme un être mystérieux, favorisé de Bouddha lui-même pour l’avoir protégé contre les rayons du soleil lorsqu'il descendit sur la terre, et dont le pouvoir malfaisant est surtout destiné à venger les injures faites à la divinité. Dominées par une crainte superstitieuse, elles l’ont épargné dans son existence et l’ont entouré d’un respect poussé jusqu’à la vénération. On remplira i t u n volume des légendes et des histoires plus ou moins véridiques auxquelles il a donné lieu ; mais aux Indes, comme partout, l’ignorance et la crédulité humaines ont trouvé d’habiles exploiteurs: brahmines et charmeurs de serpents avaient vraiment beau jeu. Tous les bateleurs, dans ces régions, sont pourvus de Cobras, qu’ils montrent au public moyennant salaire, industrie qui, paraît-il, est fort lucrative. On a d’ailleurs pu voir, au Jardin d’Acelima-tation, le jongleur qui faisait partie de la troupe des Cinghalais exhiber un de ces serpents qu’il tenait enfermé dans une corbeille et qu’il découvrait à un moment donné; mais nous n’avons pas été témoin de 1’influence qu’il exerçait sur lui.
- Les charmeurs savent rendre le Cobra inoffensif, au moins pendant un certain temps, en lui brisant les crochets à venin au moyen d’un morceau de drap qu’ils lui présentent et qu’ils retirent ensuite brusquement après qu’il l’a saisi. On cite cependant des cas bien constatés où les serpents dont se servaient les bateleurs avaient réellement leurs dents venimeuses intactes. A la suite d’une éducation plus
- ou moins prolongée, le charmeur finit, par exercer sur son sujet un pouvoir réel et fort curieux ; le peuple considère ce pouvoir comme magique et surnaturel, et les brahmines l’entretiennent soigneusement dans cette croyance. Le Cobra semble complètement subjugué, fasciné et soumis à la volonté du charmeur. Sous l’influence de sons monotones et lents tirés d’une petite flûte, il exécute des mouvements cadencés ; certains attouchements suffisent à le plonger dans un état léthargique ; à certains ordres, il devient raide et inflexible comme une baguette, tandis que quelques signes lui font reprendre toute sa flexibilité. Ces faits, affirmés par des auteurs sérieux et dignes de foi, mériteraient d’être soumis au contrôle de la science. En attendant, nous ferons remarquer que les procédés employés par les charmeurs ressemblent beaucoup à ceux dont se servent nos cliniciens pour provoquer des crises d’hypnotisme; que les phénomènes décrits chez les Cobras soumis au charmeur ont beaucoup de rapport avec ceux que l’on observe chez les hypnotisés, et que peut-être ils sont de même nature. F. Mocquard.
- Le serpent à lunettes (Naja tripudians). D'après les individus vivant actuellement à la Ménagerie des reptiles au Jardin des Plantes. (1/i de grandeur naturelle.)]
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- COMPTEUR D’ÉLECTRICITÉ
- DE M. H. ARON
- Le besoin d’un bon compteur d’énergie électrique industriel devient de plus en plus impérieux, et nous avons tenu nos lecteurs au courant des principaux appareils réalisés à diverses époques pour résoudre le problème1. Après bien des tâtonnements et de nombreuses expériences, les compteurs iVélectricité sont aujourd'hui arrivés à un état de perfectionnement assez avancé pour être appliqués couramment
- Fig. 1. — Compteur Aron. — Vue extérieure.
- dans les distributions d’énergie électrique — à l’étranger — en donnant une précision certainement supérieure à celle des compteurs à gaz.
- L’appareil que nous allons décrire aujourd'hui est plus particulièrement employé en Allemagne et la station de distribution d’énergie électrique de Mulhouse — p mr ne citer qu’un exemple — en fait exclusivement usage.
- Le compteur de M. IL Aron, de Berlin, appartient à la classe des coulomb-mètres ou ampères-heure-mètres, c’est-à-dire qu’il mesure la quantité totale 1 d’électricité qui a traversé le circuit de distribution
- Fig. 2. — Compteur Aron. — Vue intérieure.
- chez chaque abonné pendant l’intervalle de deux lectures des indications des cadrans qu’il actionne. C’est là une simplification dans la mesure de l’énergie électrique, applicable à toutes les distributions à potentiel constant, puisque l’énergie fournie est alors égale, à tm facteur constant près, à la quantité totale d’électricité. Le compteur de M. IL Aron est fondé sur les propriétés du pendule et applique d’une façon très heureuse et très simple les actions électromagnétiques du courant dont il s’agit d’effectuer l’intégration par rapport au temps, à faire va-
- 1 Yoy. les Tables des matières des années précédentes pour la description des compteurs Edison, Vernon-Boys, Caude-ray, etc.
- rier la durée d’oscillation de ce pendule. Voici comment :
- On sait que les durées d’oscillation d'un pendule sont isochrones pourvu qu’elles soient de faible amplitude, et qu’elles dépendent, pour un pendule donné, de son moment d’inertie, de la force verticale qui s’exerce sur le pendule, et de sa longueur. Toutes choses égales d’ailleurs, cette durée d’oscillation varie en raison inverse du carré de la force verticale exercée sur le pendule, et c’est pour cela qu’un pendule réglé juste dans nos régions, retarde lorsqu’on l’envoie à l’équateur, ou qu’on s’en sert au sommet d’une haute montagne, car alors la force verticale due à la pesanteur, force qui est égale au produit de la masse
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- du pendule par l'accélération due à la pesanteur, est moins grande1 que dans nos régions.
- Construisons un pendule et terminons-le par un aimant vertical, oscillant au-dessus d’une bobine. Si cette bobine n’est traversée par aucun courant, ce pendule oscillera en un point donné du globe, avec une durée d’oscillation absolument constante. Mais si nous envoyons un courant dans la bobine, en vertu des actions bien connues des courants et des aimants, cette bobine fixe attirera ou repoussera l’aimant avec une force qui s’ajoutera à celle de la pesanteur pour accroître la vitesse d’oscillation ou qui s’en retranchera pour réduire cette vitesse d’oscillation. Pour ne pas détruire l’aimantation de barreau, le courant est toujours en pratique, de sens tel qu’il accroisse la vitesse d’oscillation.
- Un calcul très simple, dont on trouvera le développement dans Y Electricien du 9 juin 1888, démontre qu’en proportionnant convenablement l’aimant et la bobine, l’accroissement de vitesse peut être rendu proportionnel, entre certaines limites, à l’intensité du courant. Si l’on a donc deux pendules de même longueur théorique, mais dont l’un est terminé par une lentille ordinaire en laiton, et l’autre par un aimant, la différence de marche des deux pendules sera, à un facteur constant près, égale à la quantité totale d’électricité qui a traversé le circuit, et il suffirait de lire la différence des heures pour avoir cette quantité. Cette lecture est rendue inutile, grâce à un appareil ingénieux qui enregistre lui-même cette différence et la totalise sur une série de cadrans.
- A cet effet, les deux pendules commandent deux roues dentées de même diamètre placées en regard sur un axe commun et reliées entre elles par une roue satellite. Lorsque les deux roues dentées de même diamètre tournent à la même vitesse, la roue satellite qui engrène sur les deux roues tourne sur place autour de son axe, mais sans subir aucun déplacement. Si l’une des roues est arrêtée, l’autre roue entraîne la roue satellite dans le même sens qu’elle et avec sa propre vitesse : la roue satellite ainsi entraînée déplace son axe autour de l’axe commun aux deux roues commandées par les deux pendules et produit en fin de compte l’entraînement de l’aiguille du compteur dans un certain sens. Si l’on suppose la première roue dentée arrêtée et la seconde fixe, le mouvement se produit en sens inverse. Une marche inégale des deux pendules se traduit donc par une rotation de la roue satellite, dans le sens de la roue dentée tournant le plus vite, et avec une vitesse proportionnelle à chaque instant à la différence de vitesse de marche des deux pendules, c’est-à-dire à l’intensité du courant. Le nom-
- 1 La force exercée par la pesanteur sur la masse du gramme est de 983 dynes au pèle, 981 dynes dans nos régions et 978 dynes seulement à l’équateur, soit une variation d’environ un demi pour cent à la surface de la terre. Le gramme considéré comme unité de force est donc une unité absolument déplorable, à cause de cette variation nullement négligeable.
- brc de tours effectués par la roue satellite en un temps donné est donc ainsi une mesure de la quantité d’électricité.
- Les figures 1 et 2 montrent l’aspect extérieur et intérieur du compteur Aron. Le modèle représenté est disposé pour la distribution à trois fils et comporte par suite deux aimants et deux bobines, totalisant ainsi la quantité d’électricité ayant traversé chacun des deux circuits.
- Chacun des pendules commande un mouvement d’horlogerie distinct qui marche pendant quarante-cinq jours consécutifs et peut être remonté sans ouvrir la boîte du compteur. Un petit repère placé sous le pendule à lentille de laiton permet de mettre l’appareil bien d’aplomb, condition indispensable à son bon fonctionnement. Les fils amenant le courant au compteur traversent cette boîte et ne s’attachent qu’à l’intérieur de la noîte; il n’y a donc aucune borne extérieure apparente permettant de mettre l’appareil en court-circuit et de modifier ainsi ses indications.
- Un seul et unique modèle est applicable à toutes les installations, quelle que soit la consommation maxima. La modification réside dans le nombre de spires de la bobine et la section du fil. Ces types courants correspondent à des consommations maxima variant entre 12 et 500 ampères. j,
- M. Aron a construit sur un principe analogue des watts-heure-mètres qui donnent alors ^directement la mesure de l’énergie électrique effectivement consommée, mais un appareil de cette nature dépasse peut-être les exigences des distributions au point de vue pratique, ces distributions se faisant le plus généralement à potentiel constant, et quelquefois à intensité constante. Dans ce dernier cas, il suffit de rouler la bobine de fil fin, de la monter en dérivation sur le circuit : l’appareil fait alors l’intégrale de la différence de potentiel aux bornes par rapport au temps et devient ainsi un volts-heure-mètre.
- Les compteurs de M. H. Aron ne sont plus, comme nous le disions au début de cet article,,,des appareils d’expérience. Leur usage est très répandu en Allemagne où il y en a déjà plus de 1600 en service représentant une puissance maxima de plus de 12 000 000 de watts (16 000 chevaux-vapeur électriques) .
- Ces chiffres nous dispensent de tout commentaire et de toute appréciation. E. Hospitalier.
- LE TATOUAGE
- ET LA PEINTURE CORPORELLE. -- LES TINTADERAS
- La coutume de s’orner la peau de dessins se rencontre chez les populations les plus diverses. Encore très répandue chez la plupart des sauvages, elle n’a pas complètement disparu des sociétés les plus civilisées. En France même on observe fréquemment des tatouages, notamment chez les marins, les forgerons, les lutteurs, etc., et chacun sait qu’en
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- général les dessins varient suivant les professions. Les curieux spécimens que nous publions, de tatouages de cette espèce (fîg. 1), en donnent le témoignage1.
- Cette habitude est d’ailleurs fort ancienne: M. le Dr Lagneau a cité à la Société d’anthropologie des textes de Claudien et d’Uérodien qui ne sauraient laisser subsister aucun doute à cet égard. Les Pietés de la Calédonie associaient au tatouage tracé par le fer rouge sur les joues, le cou et les lianes « des teintes bleues, des peintures bigarrées représentant diverses figures, divers dessins d’animaux, que les Pietés considéraient comme des ornements, mais aussi comme indiquant la situation de fortune, de richesse ». En Gaule, d’après Pline, les filles et les femmes des Bretons paraissaient nues dans certaines cérémonies religieuses, après s’être teintes en noir à l’aide d’une plante appelée glastum (Isatis tinc-toria, L.).Les Thraces, d’après Stéphane de Byzance, Pomponius Mêla et Àmmien Marcellin, exécutaient en bleu sur leur visage, leur corps et leurs membres, des dessins ineffaçables « petits et rares pour les humbles, larges, foncés et rapprochés pour les nobles. » Les cavaliers d’Attila avaient la face couverte de tatouages. Enfin M. de Quatrefages est convaincu que nos ancêtres fossiles, les hommes de l’époque quaternaire, se peignaient déjà le corps à l’aide d’oxyde de fer.
- Ces tatouages, ces peintures, ont été considérés comme « l’habit de l’homme nu » ; ce serait, en tous cas, un habit bien léger qui ne préserverait guère des intempéries. Tout au plus pourrait-on regarder comme un vêtement la couche de boue dont les Mincopies des îles Andaman ou quelques nègres de l’Afrique se couvrent le corps pour se mettre à l’abri de la piqûre des insectes. Dans la plupart des cas, ces pratiques n’ont pour but que d’embellir l’individu; très souvent les ornements de la peau sont les marques distinctives des tribus, des castes ou des professions. Ainsi, en Afrique, presque chaque tribu a sa marque spéciale qui consiste en cicatrices ou en bourgeons dont le nombre et le siège varient. Au Sénégal, les Bambaras libres marquent, à l’aide d’un couteau rougi au feu, leurs enfants de trois lignes parallèles qui vont du front au menton ; les captifs sont marqués de quatre lignes. Le contraire se voit généralement : les ornements sont d’autant plus nombreux que l’individu appartient à une caste plus élevée. A Nouka-IIiva, où tout le monde se tatouait, Krusenstern n’a vu, couverts de dessins de la tête aux pieds, que le roi, le père du roi et le grand-prêtre ; les femmes, considérées dans presque toutes les populations sauvages comme étant de condition inférieure, n’étaient tatouées qu’aux mains, aux bras, au lobe de l’oreille et aux lèvres. Les Maoris de la Nouvelle-Zélande ajoutaient une nouvelle ligne, un nouveau dessin a
- 1 Nous empruntons ces dessins de tatouage à une excellente élude publiée par MM. Laeassagne et Magitotdans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.
- ceux dont ils étaient déjà ornés chaque fois qu’ils s’élevaient en dignités; c’étaient leurs galons. Parfois l’arisfocratie seule jouit du privilège de porter ce blason, « cet armorial gravé sur le vif », comme dit M. 0. Beauregard.
- Dans d’autres cas, le tatouage on la peinture corporelle sont le résultat de quelque superstition. Les prêtres de certaines tribus de l’Amérique du Nord se badigeonnent avant de se livrer à leurs pratiques religieuses. Au dire d’Athénée, les femmes de la Thrace croyaient effacer leur déshonneur en se dessinant sur leur corps, à la suite de quelque faute, des graphiques bizarres à l’aide d’épingles. Les nègres d’Assinie, d’après M. Mondière, se font imprimer sur la peau, par de vieilles sorcières, des dessins représentant des plantes, des animaux ou des figures géométriques quelconques, dans le but de se guérir de certaines maladies. Lors d’une éclipse ou de l’apparition d’une comète, toute la population de ce pays se frotte le corps d’argile blanche.
- C’est à tort par conséquent qu’on a voulu attacher partout la même signification à ces pratiques. C’est à tort également qu’on a souvent confondu le tatouage et la peinture corporelle. Le premier laisse des traces indélébiles, tandis que la peinture s’enlève et a besoin d'être renouvelée.
- Les procédés employés pour se tatouer sont toujours douloureux et présentent souvent des dangers. Ainsi, d’après M. Cari Bock, chez les Laotiens, qui se tatouent le bas-ventre, les fesses et les cuisses, l’opération entraîne une mortalité d’environ deux pour cent. La manière d’opérer varie d’ailleurs considérablement suivant les pays. Tantôt ce sont de simples piqûres faites à l’aide d’aiguilles, d’arêtes de poissons, de parcelles d’os, de dents de requins ou d’épines de végétaux ; il faut, dans ce cas, introduire dans les petites plaies des substances colorantes qui laisseront une marque ineffaçable. Ces substances consistent en charbon mélangé de graisse, en sucs de certaines plantes, en encre de Chine, en indigo ou en diverses couleurs que fournit le commerce. Les Nouka-Hiviens, ces maîtres dans l’art du tatouage, frottent les petites plaies saignantes avec une couleur noire qui se change graduellement en bleu foncé. Tantôt l’opération se fait au moyen d’incisions, parfois de petites dimensions, parfois plus étendues. Les bords des plaies sont écartés pour en éviter la réunion; la cicatrisation obtenue de cette façon laisse une plaque blanche.
- Le tatouage par ulcération ou par brûlure a pour but d’obtenir des végétations, des sortes de petits champignons qui font une saillie plus ou moins notable. 11 se pratique soit en irritant, à l’aide de sucs caustiques de certaines plantes, une incision préalablement faite, soit en brûlant la peau avec un charbon enflammé (Nouvelle-Calédonie) ou avec des nervures de feuilles de cocotier qu’on allume sur le tissu cutané lui-même et dont on active la combustion en soufflant dessus avec la bouche. Dans tous les cas, pour arriver .au résultat désiré, il est nécessaire
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- d’empêcher la cicatrisation de se faire trop rapidement ; aussi arrache-t-on les croûtes qui se forment sur les plaies.
- Les Laotiens obtiennent des bourgeons cutanés en introduisant de longues aiguilles sous la peau qu’ils tordent après l’avoir soulevée.
- Quelques peuplades qui habitent dans le voisinage des régions polaires emploient le tatouage sous-épidermique. L’opération consiste simplement à insinuer entre l’épiderme et le derme des aiguilles armées d’un fil qu’on enduit de graisse mélangée de suie de lampe.
- 11 n’est pas rare de voir dans une même tribu ou bien sur un seul individu des dessins dus à des procédés différents; c’est alors le tatouage mixte de MM. Lacassagne et Magitot.
- La peinture corporelle est une opération bien moins barbare et beaucoup plus simple. Elle se pratique aussi de diverses manières. Ces enduits de boue, auxquels je faisais allusion tout à l'heure, ne sauraient guère être considérés comme des peintures ; c’est à peine si on pourrait regarder comme telles ces badigeonnages d’argile blanche que se font les nègres d’Assinie au moment des éclipses ou à l’ap-
- parition d’une comète. Parfois, cependant, lorsqu’il s’agit d’ornements, l’opération est aussi simple. Le prince Maximilien de Wied Nemvied raconte que, pendant son voyage à l’intérieur de EAmérique du Nord, il voulut faire dessiner par Bodmer un jeune indien Omaha. Le père, pour rendre son fils plus beau, sans doute, s’empressa de prendre dans le creux de la main du cinabre qu’il délaya avec de la salive et avec lequel il frotta toute la figure de son fils avant d’en laisser faire le portrait.
- Bien souvent la peinture est préparée avec plus de soin ; on y ajoute quelque produit pour lui don-
- ner plus de solidité. Les Peaux-Rouges qui vinrent au Jardin d’Acclimatation ne cherchaient pas à obtenir des dessins durables : tous les jours ils les variaient.
- Les hommes employaient chaque matin un certain nombre d’heures à s’orner de rouge, de jaune, de vert et de noir, pendant que les femmes, qui ne doivent pas se peindre, vaquaient à leurs occupations domestiques. Mais les anciens Yucatè-ques, d’après ce que raconte Diégo de Landa, ajoutaient aux couleurs une gomme odorante et très poisseuse, qu’il croit être le liquidambar, de façon
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- a n’être pas obligés de recommencer chaque jour la même opération.
- Pour obtenir des ligures nettes, des dessins variés, un simple badigeonnage a la main ne sulfit pas; il faut alors se servir de pinceaux ou de ces curieux cachets que j’ai décrits sous le nom de pin-laderas1. Tout le monde connaît la manière de se servir d’un pinceau et il serait superflu de parler du procédé opératoire ; mais il n’en est pas de même des pintaderas dont il est nécessaire de dire quelques mots.
- Ce sont des objets en terre cuite ou en bois, présentant une base plane, légèrement convexe ou concave qui porte en relief les dessins qu’on veut s’imprimer sur la peau. La forme en est carrée, rectangulaire, losangique, triangulaire, circulaire, etc. (vov. fig. 2, nos 1 et 2; 4 a 7). Un petit manche, généralement perforé pour permettre de le suspendre à l’aide d'un fil (fig. 2, nu 4), sert à saisir le cachet. 11 en existe, au Musée d’ethnographie, une belle collection recueillie au Mexique par M. Eug. Roban et donnée à cet établissement par M. Alph. Pinart. Ce
- Fig. 2. — Cachets employés au Mexique ou aux îles Canaries pour la peinture corporelle.
- Musée possède aussi, en moulages, toute la série de pintaderas de la Grande-Canarie, dont lui a fait cadeau M. D. llipoche. M. Mondièrc a retrouvé, chez les nègres d’Assinie, des cachets identiques en bois; Soleillef en a vu, de terre sèche, entre les mains des femmes Kassonkaises de Kamantéré, dans le Haut-Sénégal : elles s’en servent pour imprimer des dessins sur leurs pagnes. Enfin M. le professeur Relluci vient de signaler la découverte de pintaderas
- 1 Pintadera signifie objet pour peindre. J’ai conservé le mot espagnol faute de trouver dans notre tangue un substantif pour le traduire.
- en terre cuite, les unes entièrement sembables à celles du Mexique et de la Grande-Canarie, les autres, de forme cylindrique, avec des ornements en relief sur chaque base; elles ont été trouvées en Italie.
- Un a voulu voir dans ces objets des amulettes, des symboles religieux, etc. L’ocre, que j’observai dans les parties creuses de certaines pintaderas de la Grande-Canarie, me fit penser, dès l’abord, qu’elles avaient servi à peindre. J’appris bientôt que, sans se rendre compte de l’usage de ces cachets qui sont antérieurs k la conquête, les habitants actuels
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- les désignaient sous le nom de pintaderas ; la tradition seule a pu leur avoir appris ce nom qui indique clairement la destination des objets. J’étais de plus en plus confirmé dans ma première idée, mais, comme chez les Kassonkais, les anciens cachets de la Grande-Canarie auraient pu servir à imprimer des étolfes. Des recherches attentives me firent repousser cette hypothèse. D’un autre côté, ces pintaderas n’ont été trouvées qu’à la Grande-Canarie, et c’est dans cette île seulement que les chroniqueurs de Béthencourt ont vu les habitants ornés de dessins « sur leur cher de diverses ma-nyeres, chacun celon sa plaisance ». Mon opinion était faite : les cachets des Canaries n’avaient pu servir qu’à s’imprimer des dessins sur la peau comme ces « petites briquettes » que Diégo de Landa avait vues en usage au Yucatan et dont les femmes de ce pays se servaient pour se peindre, après les avoir enduites de leur préparation colorante. Quoique en terre cuite, les pintaderas de la Grande-Canarie pouvaient se comparer à celles en bois que M. Mon-dière avait vues entre les mains des nègres d’Assinie. Depuis la publication de mon mémoire, les faits sont venus justifier ce dernier rapprochement : à la Grande-Canarie, on a trouvé un cachet en bois (fig. 2, nh 7) entièrement comparable à ceux des sorcières du golfe de Guinée.
- Dernièrement, au mois de juin 1886, M. Eug. Boban recueillait dans un faubourg de Mexico (Bumbo Santa-Maria) le fragment de statuette que représente la figure 2, n° o. Quelques années avant, il avait rencontré la pintadera ou Tecuilauztli figurée sous le n° 2 (fig. 2). Ces deux pièces, qui font aujourd’hui partie de la collection de M. Eugène Goupil, ont bien leur importance. Elles démontrent, tout au moins, que l’un des dessins, dont les anciens Mexicains s’ornaient la peau, se retrouve presque identique sur ces objets que je me crois de plus en plus autorisé à regarder comme ayant servi à la peinture corporelle. Dr Verseau.
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- CHRONIQUE
- La bataille des fleurs au bois de Boulogne, à Paris. — Depuis plusieurs aimées, dans la semaine qui précède le Grand Prix, un comité organise, au bois de Boulogne, une fête des fleurs dans le genre de celles qui ont lieu, chaque hiver, à Nice. Jusqu’ici, le mauvais temps était venu troubler les dispositions prises, et les résultats n’avaient été que peu satisfaisants. Cette année, au contraire, un soleil radieux a donné à cette fête un entrain indescriptible, et la réussite a été complète. M. Ch. Thays publie à ce sujet dans la Revue horticole quelques curieux renseignements que nous lui empruntons ici. Pour donner une idée à peu près exacte des proportions qu’a prises le combat, il nous suffira de dire que 03 fleuristes qui avaient installé leurs boutiques provisoires aux abords de l’endroit où la bataille avait lieu, ont vendu chacun environ cent bouquets mesurant en moyenne 20 centimètres de diamètre, et dont le prix, fixé à l’avance entre eux par une sorte de syndicat, était de 0 fr. 50. Les munitions se
- composaient en outre de toutes les fleurs apportées dans leurs voilures par les combattants eux-mêmes et d’une multitude de petits bouquets de 10 centimes vendus par des enfants et des jeunes filles qui couraient entre les voitures. Les bouquets-projectiles se composaient presque uniquement de Pivoines, Roses, Boules-de-neige, Bleuets et Anthémis blanches. La bataille, commencée vers quatre heures, n’a pris fin qu’à sept heures et demie; une véritable litière de fleurs flétries, écrasées, couvrait le sol sur une surface de 5000 mètres environ. Ce n’est pas une quantité négligeable. Autre chiffre intéressant : la fête des fleurs a rapporté net, pour la Caisse des victimes du Devoir, la somme de 98 303 francs.
- L'Université de Bologne. — Le 12 juin 1888, ont commencé à Bologne les fêtes de la célébration du huitième centenaire de la fondation de l’Université de cette ville. Cette date nous reporte à l’année 1088, où le pape Urbain IIl était venu en France pour prêcher la croisade contre les infidèles. Il serait trop long de rapporter les noms de tous les hommes illustres qui ont ôté rattachés à l’histoire de l’Université de Bologne, mais il faut faire une exception en faveur de Galvani, qui publia, en 1786, la découverte de l’électricité vitale. Une partie essentielle de la fête a été l’inauguration d’une statue de l’un des fondateurs de l’électricité moderne. Le professeur Hoffmann, de Berlin, a été chargé de prononcer un discours au nom des savants étrangers dont il est le doyen d’àge. Le célèbre chimiste a rappelé qu’il était élève à l’Université de Bologne en 1842, et que Silvestre Gcr-hardi, son professeur, le conduisit avec ses camarades dans la rue Vestarini, aujourd'hui Ugo Basti, pour lui montrer le balcon historique où les grenouilles, dépouillées pour faire un bouillon à 51““ Galvani, avaient manifesté des mouvements convulsifs. Le lendemain, le professeur Albertoni prononça, dans la salle de l’archi-gymnase, un discours sur les découvertes de Galvani, et sur l’importance surprenante des corollaires que le genre humain en a tirés. Il est bon de rappeler que lors de la proclamation de la république Cisalpine, Galvani refusa de prêter serment aux institutions nouvelles, et qu’à la suite de cette résolution on lui retira sa chaire. Il mourut en 1798, avant que la parole lui eût été rendue. C’est à Bologne que la théorie de Ptolémée livra ses derniers combats. Son défenseur, le plus célèbre et le plus obstiné, fut le jésuite Riccioli, qui occupait la chaire de professeur de mathématiques à l’Université, et publia en 1651 un cours complet d’astronomie antieopernieienne en deux magnifiques volumes in-4°. Riccioli avait fait du haut de la tour de Bologne des expériences sur la chute des corps, à l’aide desquelles il croyait avoir démontré que la Terre ne tournait pas. Benoît XIV, le pape ami de Voltaire, appartenait à l’Académie de Bologne. Bologne fut annexée au domaine de Saint-Pierre par Alexandre YI. Elle prit une part active au mouvement de reconstitution de la nationalité italienne, notamment en 1821, en 1831 et en 1849. Les délégués de l’Université de Paris ont été reçus de la façon la plus enthousiaste. C’était la première fois que des étudiants sortaient de France dans une semblable occasion depuis 1870.
- Grains de porcelaine. — On sait que le plomb en grains est fréquemment employé pour le nettoyage des bouteilles. Cette habitude n’a peut-être jamais présenté de notables inconvénients, mais elle n’est pas à l’abri des objections au point de vue hygiénique. On a eu l’idée, à Munich, de substituer aux grains de plomb des globules de porcelaine rugueuse. Ces globules sont absolument
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- inattaquables par les aeides ou les alcalis et ne peuvent, par conséquent, donner naissance à aucun produit nuisible. Ils ont, en outre, l’avantage de nettoyer beaucoup plus rapidement et efficacement que le plomb.
- Vin d’orge. — Il nous paraît intéressant de signaler ce nouveau produit, dû à M. G. Jaequemin (de Nancy) ; c’est une nouvelle boisson qu’il vient de préparer en faisant agir sur l’orge le ferment du vin à la place du ferment de la bière. Les deux ferments 11e se transforment pas l’un dans l’autre; celui du vin conserve son caractère et son action dans le milieu spécial où il est introduit et c’est un véritable vin d’orge qu’il produit. Ce vin renferme en moyenne 5 pour 100 d’alcool et 40 grammes d’extrait par litre; il constitue une boisson des plus nourrissantes. M. Pasteur a fait remarquer à l’Académie de médecine qu’il s’agit là d’un véritable vin, d’une saveur et d’un goût agréables, rappelant ceux du vin de Champagne un peu éventé.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 juin 1888. — Présidence de M. Jansskn-.
- Origine des météorites. — Dans une de ces communications si intéressantes dont M. Fayc a le secret, l’illustre astronome, reprenant une idée qui avait séduit Laurence Smith (Scientifie Rescarches, p. 510), cherche à rattacher l'origine des météorites à l’hypothèse de Lagrange. Celui-ci, qui avait en vue les petites planètes et les comètes, établit ce principe que les orbites parcourues autour du soleil par des fragments détachés d’un même tout par explosion se croisent nécessairement au point même où la séparation s’est produite. Pour les comètes rattachées à des explosions planétaires, les faits, suivant M. Faye, ne cadrent pas avec les exigences de la question; mais pour les météorites il se pourrait qu’on fût autorisé à y voir des matériaux provenant tous de la Lune. L’auteur considère les 00 000 volcans dont la moitié se présente sur le coté visible de la Lune comme étant des cratères d’explosion, et il insiste sur les analogies minéralogiques des roches cosmiques avec les masses profondes de notre propre globe : il tire de ces deux ordres de faits la base d’une supposition que bien des personnes trouveront séduisantes. À une époque maintenant très ancienne, les éruptions volcaniques dont notre satellite a été le théâtre, ont lancé dans l’espace, en dehors de la sphère d’attraction prépondérante de la Lune, d’innombrables fragments rocheux qui se sont mis à graviter jusqu’à l’époque de la rencontre d’un corps plus gros, comme la Terre, à la surface duquelils se précipitèrent. Nous nous garderons bien, pour notre part, de contester la vraisemblance mathématique de cette conception ; mais il est impossible de ne pas rappeler que, sauf de bien rares exceptions, les roches météoriques ne présentent aucunement le caractère volcanique (Voy. Cours de géologie comparée, p. 200), et c’est une circonstance qui s’impose nécessairement aux réflexions de quiconque cherchera à retrouver leur origine. La signification si nette et si diverse, suivant les cas, des roches cosmiques qui comprennent les principaux types stratigraphiques terrestres, ne saurait évidemment se satisfaire d’un mécanisme aussi uniforme que l’éruption volcanique.
- Observations de Saturne et de Mars. — Mettant à profit l’incomparable instrument dont dispose l’Observatoire de Nice, M. Perrotin a soumis l’anneau de Saturne à un grossissement de 1250 diamètres. 11 a pu alors me-
- surer la distance qui sépare le bord de l’anneau du bord de la planète et fixer la place, non seulement de la division de Cassini, mais de la ligne qui sépare les anneaux brillants de l’anneau sombre enveloppé. M. Perrotin a constaté en même temps que cet anneau sombre, dont l’existence n’est connue que depuis une trentaine d’années, présente un bord interne non pas diffus, mais au contraire parfaitement net. Le même astronome continue scs importantes études sur les planètes en ce moment en opposition, c’est-à-dire dans la situation la plus favorable à l’étude. 11 signale des canaux plus vastes que tous ceux mentionnés jusqu’ici : au nombre de quatre, ils commencent tout près de l’équateur et se prolongent jusqu’à la calotte blanche du pôle austral. D’un autre côté, la région de la planète qui récemment semblait, d’après la nuance verte qui l’a envahie, avoir été inondéu par la mer, semble en train de reprendre sa condition continentale antérieure, reconnaissable à la couleur rougeâtre qui lui revient peu à peu.
- Le venin des abeilles. — D’après les études très minutieuses que vient de terminer M. Carlet, professeur à la Faculté des sciences de Poitiers, l’appareil vénénifique des abeilles comprend deux sortes très distinctes de glandes : les unes donnent un produit alcalin et les autres un produit acide. Pour que le venin remplisse son terrible office, il faut que le mélange se fasse des deux liqueurs dont il s’agit. Les glandes alcalines, très développées chez les abeilles et chez tous les autres hyménoptères à aiguillon libre, sont au contraire rudimentaires chez les insectes du même ordre qui fouissent et dont la piqûre a surtout pour but, non plus de les défendre contre des ennemis, mais d’engourdir une victime destinée à l’alimentation de leur larve. Il doit résulter de cette remarque des différences dans la nature du venin lui-même, et M. blanchard éinet le vœu que ce genre de recherches soit continué avec tout le soin qu’il mérite.
- Le ferrate de baryte. — Ce sel dont la découverte est due, comme on sait, à M. Freiny, vient de fournir à M. Rousseau le sujet d’expériences intéressantes. Si on le chauffe à très haute température dans un produit neutre tel que le chlorure de baryum, on le voit se décomposer rapidement en dégageant des quantités considérables d’oxygène, et en déposant du sesquioxyde de fer et de la baryte. Mais si on ajoute au produit un grand excès de baryte caustique, la décomposition devient très lente et son produit consiste en ferrite de baryte parfaitement cristallisé.
- Contribution à la physiologie des microbes pathogènes. — Déjà M. Arloing a reconnu que le développement du microbe delà péripneumonie contagieuse des bœufs, détermine la production d’une substance spéciale dont les propriétés les plus saillantes sont celles des diastases. 11 annonce aujourd’hui par l’intermédiaire de M. Chauveau qu’il a pu obtenir à l’état de pureté la matière dont il s’agit, en la précipitant par l’alcool absolu. Elle est soluble dans l’eau, et la solution administrée en injections intraveineuses détermine les mêmes accidents que le microbe pathogène lui-inême.
- Baréginc et glairine. — Déjà l’on sait que les sulfures exercent sur les sulfates des eaux minérales une action réductrice dont le résultat consiste en soufre libre. D’après M. Olivier, ces mêmes organismes exhalent du sul-focyanate d’ammoniaque ; chez eux, le soufre se comporterait vraiment comme un comburant remplaçant dans sa
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- fonction chimique ordinaire l’oxygène, qui est d’ailleurs son voisin immédiat dans les classifications chimiques.
- Varia. — MM. Manouvrier et Lhapuis étudient l’élec-trolyse produite par les courants alternatifs. — Les formations métamorphiques de la province d’Olonetz occupent M. Lessing. — Plusieurs phosphates doubles de la série du magnésium sont décrits par M. Ouvrard. — Des recherches expérimentales sur le black rot ont été poursuivies par MM. llahat et Yialas. — M. Sabatier décrit un chlorhydrate de chlorure cuivrique.
- Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- JOUJOUX EN P A 11,1, E
- Nous avons indiqué, il y a quelque temps, la manière de fabriquer un grand nombre de joujoux, personnages ou animaux, avec des objets sans valeur, tels (pie vieux bouclions, allumettes, épingles, etc., etc. b
- On peut aussi, et nous en donnerons prochainement plusieurs exemples, utiliser, pour la fabrication de jouets, une infinité de corps jetés d’ordinaire au rebut : coquilles d’œufs, noyaux de pèelies, d’abricots ou de cerises, coquilles de noix et de noi-
- Moulin fait avec une paille de seigle.
- sottes, etc., sans oublier les coquilles vides de moules, d’escargots, qui nous fourniront, celles-ci les godets d’une roue hydraulique, celles-là les aubes d’une curieuse turbine.
- Aujourd’hui, c’est de la paille que nous voulons dire quelques mots, en rappelant que cette matière si commune peut se prêter à la confection d’une quantité de jouets ou d’objets de fantaisie, sans parler de ses applications au rempaillage des chaises, à l’industrie des paillassons, des chapeaux de paille, de la vannerie, enfin à la fabrication de ces mille petits riens artistiques en paille naturelle, teinte ou dorée (cadres pour photographies, dessous de plats, etc., etc.) qui sont la petite monnaie de l’industrie parisienne.
- La paille, qui s’écrase si facilement dans le sens transversal, présente au contraire une grande résistance dans le sens de sa longueur. L’expérience de
- 1 Voy. h” 778, du 28 avril 1888. |>. 351.
- la paille soulevant une carafe 1 nous démontre sa résistance à la compression. Le problème que nous proposons aujourd’hui est celui-ci : confectionner avec de la paille Je petit moulin à vent représenté dans notre gravure, en n employant qu'une seule tige de paille, et sans avoir recours à aucun mode d’assemblage tel que épingles, colle, fil, etc. La paille de seigle est celle qui conviendra le mieux. Loupez, à la base de votre tige, une longueur de 16 centimètres environ; ce sera le tuyau à air. Loupez ensuite, toujours du côté le plus gros, deux bouts de 7 centimètres, que vous fendrez en quatre sur une longueur de 4 centimètres; vous relèverez perpendiculairement les parties ainsi fendues qui vont constituer la roue du moulin. Loupez maintenant une longueur de 72 centimètres, en partant du gros bout, et pliez votre paille aux distances dé 15, 25 et 55 centimètres à partir de ce bout ; vous obtiendrez ainsi un triangle, isocèle ayant 10 centimètres de base et 50 centimètres de côté; vous le fermerez eh rentrant de 2 centimètres l’extrémité la plus fuie dans ,1e gros bout.
- Le bout le plus mince de votre paille vous fournira les deux traverses : l’une ser vira d’axe à la roue, que vous enfilerez sur elle en mettant l’une contre l’autre les deux parties fendues donnant les ailettes, et en taisant alterner ces ailettes qui seront ainsi au nombre de huit ; l’autre entretoise et la base du triangle, fendues au canif, supporteront le tuyau d’air à travers lequel vous soufflerez pour faire tourner le petit moulin. Les extrémités des deux entretoises traverseront les côtés du triangle, convenablement fendus, puis repliées à angle droit, pénétreront longitudinalement dans des trous pratiqués dans ces côtés. On peut varier à l’infini cette disposition fort simple, et nous serions heureux si quelques-uns de nos lecteurs, amateurs de ce genre de travaux, voulaient bien nous communiquer des dessins ou modèles d’objets de ce genre, au sujet desquels on peut répéter l’ancienne devise : materiam superat opus.
- Arthur Good.
- 1 Voy. Récréations scientifiques, par Gaston Tissandier, 1 vol. in-8”, Paris, G. Masson.
- Le propriélaire-yérant : G. Tjssandieu. * Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 787
- 50 JUIN 1888
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- ÉTUDE SUR LES TROMBES
- Nous avons publie précédemment une observation que M. Gibert1, professeur à l’école municipale
- Colbert, a pu faire d’une trombe dont la formation a eu lieu sous ses y eu y memes, à Vincennes1. Nous ajoutions que dans de semblables circonstances, il serait intéressant de constater matériellement le sens du mouvement vertical de l’air dans le météore.
- Fig. 1. — Observateur dans une trombe, constatant le sens du mouvement vertical
- Fig. 2. — Vélocipèdiste traversant une trombe sans arrêter sa formation.
- Nous ne pensions pas qu’une telle observation avait déjà été faite dans tics conditions des plus remarquables. On va en juger par la communication ci-dessous que nous adresse de Gières M. II. Duhamel, l’honorable vice-président de la section de l’Isère du Club alpin français.
- J’ai assisté à la formation. à la translation et à Y évanouissement d’au moins une quinzaine de trombes, soit de poussière, soit de neige, de la hauteur et de la forme de celle de Vincennes, toutes correspondant absolument à la description de M. Gibert, mais jamais je n’ai vu se rassembler les corps soulevés en un nuage opaque de forme globulaire comme dans la trombe observée le 15 mai
- 1 C’est par erreur que dans notre précédente notice on a imprimé Gilbert.
- 16e année. — 2e semestre.
- dernier. Toujours l’extrémité supérieure dans mes observations se perdait en formant une sorte de panache. Toutes les trombes que j’ai vues ont suivi un mouvement de translation plus ou moins régulier, mais dont le mouvement giratoire m’a semblé être de droite à gauche. Je me suis placé à l’intérieur de tourbillons de diverses grandeurs (fig. 1), et toujours j’ai ressenti très distinctement à l’intérieur comme sur les bords, la sensation incontestable du mouvement ascendant. ï)e plus, je suis certain que les matières soulevées sont répandues dans toute la masse du tourbillon ; je ne l’ai pas vu. mais senti par les narines quand il y avait de la poussière, et par le contact contre la figure quand il y avait de la neige ou de la paille.
- Autre chose à signaler. En me plaçant au milieu d’un
- 1 Voy. n° 785, du 2 juin 1888, p. 1.
- Fig. 3. — Trombe de neige dans les Alpes.
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- tourbillon, jamais celui-ci ne s’est évanoui ; son action ne s’est aucunement ressentie de ma présence au milieu de lui. Je me suis amusé trois ou quatre fois sur diverses routes, entre autres, deux fois sur une route traversant la plaine du Graisivaudan sur une longueur de [dus de 4 kilomètres entre Gières et Grenoble, à passer avec une très grande rapidité à travers un tourbillon (absolument de la dimension de celui de Yincennes) ; malgré le grand courant d’air que causait ma translation sur un vélocipède large et haut, la petite trombe ne s’est aucunement ressentie de cette épreuve (fig. 2).
- Je dois ajouter que depuis quinze ans que je parcours cette route, c’est toujours vers le même endroit, à 500 mètres près, que j’ai vu se former les diverses trombes observées par moi à des mois de distance. Or, cet endroit, situé au milieu de la plaine, semble soumis (au moins dans les parties un peu hautes de l’atmosphère qui les domine) à un énorme courant d’air venant du nord-est à travers un passage du massif de la Chartreuse débouchant sur la vallée de l’Isère, à une altitude d'environ 800 mètres au-dessus de celle-ci.
- Je ne saurais trop vous signaler la parfaite exactitude de l’observation de M. Gibert, elle concorde absolument avec toutes les miennes. L’aspect du sillon tracé à travers ou dans (et non par) le sol poussiéreux est scrupuleusement exact; il inscrit en quelque sorte les oscillations de la base de la trombe dans son double mouvement de translation et de giration.
- Les tourbillons que j’ai observés sur les hautes crêtes de nos montagnes (où la neige est généralement agglomérée d’une façon plus ou moins compacte ne permettant aux trombes de ne soulever qu’une sorte de grésil fort sec, et d’une densité très peu considérable) présentent en petit (2 à 6 mètres de hauteur environ) la forme des trombes vues par moi sur les routes poussiéreuses, soit un cône renversé. Au contraire, les tourbillons de neige que j’ai rencontrés sur les grands plateaux où la neige était abondante et farineuse, présentent l’aspect des trombes de sable si terribles dans les déserts (fig. 5). Il me semble que, d’après cela, la densité des corps soulevés modifie sensiblement la forme générale de la trombe, à commencer par sa base même de succion, aiguë dans un cas et fort évasée dans l’autre. Evidemment l’existence même des trombes coniques soulevant la neige et le sable, indique une intensité infiniment plus considérable dans le phénomène météorologique.
- Qu’il me soit permis, pour terminer cette note, de vous faire part de ma conviction personnelle sur la formation de ces intéressants et souvent si terribles phénomènes, conviction antérieure à toutes les discussions actuelles.
- 1° Tout concorde matériellement à démontrer que le tourbillon lui-même présente une force d’ascension et que dans toute sa masse le courant va de bas en haut.
- 2° Dans les régions montagneuses, les tourbillons se forment de préférence dans certains endroits, crêtes arrondies, mamelons larges et découverts, vallons encaissés (formant en quelque sorte cheminées d’appel), hauts plateaux, et points dans les vallées, situés au-dessous de courants d’air provenant de défilés alpins débouchant au-dessus d’elles.
- M. R. Collation, de Genève, nous a adressé d’autre part la note suivante que nous nous faisons un plaisir de publier :
- J’ai lu avec le plus vif intérêt la note de M. 11. Gibert sur la trombe qu’il a pu étudier à Yincennes. Iljy
- a plusieurs choses à observer dans les remarques de, M. Gibert, mais les plus importantes sont la formation de la pointe de la trombe et le sens de la rotation, qui était celui des aiguilles d’une montre.
- Voulez-vous me permettre de rappeler ici ce que j’écrivais, en 1879, sur une trombe dont j’avais pu suivre toutes les phases pendant quelques minutes :
- « Par une belle journée de juillet et un temps très calme, entre onze heures et midi, je passais sur le boulevard de la Goulouvrenière à Genève, près d’une place graveleuse, sur le sol de laquelle on avait exposé en plein soleil une grande quantité de linges de diverses grandeurs. Tout à coup un tourbillon à axç vertical, ayant 2 à 5 mètres de diamètre, et rendu bien visible par la rotation d’un flot de poussière, passe sur cette surface couverte de linges, en fait tournoyer une partie, qu’il emporte avec une vitesse ascendante vertigineuse au-dessus des toits de la ville et toutes ces pièces continuent à tourbillonner en décrivant des spires de plus en plus divergeantes; enfin à une élévation de 600 à 700 mètres au moins, ces objets s’écartent et se dispersent dans diverses directions. C’était, on n’en peut douter, une trombe d’air à mouvement giratoire ascendant. La colonne paraissait, à l’origine, avoir la forme d’un cône renversé et c’est dans son intérieur que tous ces objets avaient été attirés, puis transportés par l’impulsion de l’air. Ces trombes momentanées peuvent être très fréquentes pendant les chaudes et calmes journées du printemps et de l’été, mais elles ne sont visibles que s’il se trouve accidentellement à leur naissance des corps légers et des poussières abondantes, et on les observe rarement.
- « Si la trombe que j’ai observée n’avait pas enlevé avec elle des linges qui m’ont permis de l’observer à une grande hauteur, elle aurait disparu à 50 ou 40 mètres, comme disparait la fumée à une certaine élévation.
- « Ces trombes dans lesquelles l’air monte en spirale ont été vues dans diverses contrées, dans des plaines poussiéreuses, en général par des temps calmes; leur forme a été comparée par de Itumboklt à un entonnoir dont l’extrémité reposerait sur le sol. Dans ses tableaux de la nature, il parle des trombes de cette espèce observées dans les Llanos, vaste plaine desséchée de l’Amérique du Sud [très du Vénézucla.
- « M. Stephenson, dans la province de Béhar, sur des plaines de poussière voisines du Gange, a vu les mêmes phénomènes; il décrit, au confluent du Gange et de la Soane, deux énormes colonnes de poussière ayant plus de 4 mètres de diamètre et dont la tête se perdait dans l’atmosphère. »
- M. Adrien Arcelin nous adresse de Saint-Sorbin (Saône-et-Loire) une observation analogue. Il s’agit d’une trombe observée par lui en août 1875, près de Solutré ; son chapeau fut enlevé par le vent :
- Une main de papier dit papier paille, dont je me servais pour envelopper les objets recueillis dans les fouilles, et qui était déposée à terre, à nos pieds, fut enlevée dans l’espace. Toutes les feuilles se séparèrent les unes des autres et se mirent à monter en tournoyant, suivant des trajectoires hélicoïdales qui allaient en s’élargissant. Rien de plus curieux que ces vingt-quatre grandes feuilles de papier, tourbillonnant en l’air, comme une volée de grands oiseaux. Elles dépassèrent de beaucoup le sommet du rocher qui domine de 85 mètres le lieu où nous étions et se perdirent dans le ciel du côté de Yergisson. La trombe s’était donc déplacée dans la direction du nord-
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- ouest. J1 était 4 heures de l’après-midi. Le temps était superbe, très chaud, le ciel très pur et l’air parfaitement calme, après comme avant.
- Nos dix ouvriers, qui mangeaient assis par terre à une vingtaine de mètres de là, ne ressentirent absolument rien. 11 n’y eut aucun déplacement de poussière, le sol étant gazonné; et sans les feuilles de papier, qui se trouvèrent là par un heureux hasard, plusieurs circonstances du phénomène nous auraient échappé.
- Nous remercions nos correspondants d’avoir bien voulu nous adresser leurs observations; les communications que l'on vient de lire apportent assurément quelque lumière sur la question si controversée de la formation des trombes, et nous espérons avoir l’occasion de revenir encore, avec de nouveaux faits, sur cet intéressant problème de la physique du globe. Gaston Tissandier.
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889
- les grandes fermes du palais des machines
- L’une des constructions les plus intéressantes de l’Exposition de 1889 sera certainement, avec la tour Eiffel, la charpente gigantesque du Palais des Machines. Cette charpente est constituée par une série de fermes métalliques en acier, établies sur un type entièrement nouveau, et dont la portée dépasse considérablement tout ce qui a été fait jusqu’à ce jour. L’ouverture est en effet de 110m,60 entre supports, tandis que la plus grande ferme comme, celle de la gare de Saint-Pancras à Londres, ne mesure que 75 mètres; encore est-elle reliée à sa partie inférieure au-dessous du sol par des tirants qui en équilibrent la poussée.
- C’est au contraire l’absence totale de tirants qui caractérise les fermes en question, en même temps que l’articulation du sommet et des supports. Elles se composent, en effet, de deux arcs distincts s’appuyant à leur base et à leur sommet sur des pivots. Cette articulation en trois points, facilite les calculs et permet les mouvements dus aux variations de température, mouvements qui auront pour effet de produire un relèvement ou un abaissement du faîtage suivant que la ferme se dilatera ou se contractera. Une autre particularité consiste en ce que les pannes qui relient les fermes sont toutes placées dans des plans verticaux au lieu d’être normales au profil même des fermes.
- A la nef principale, de U0m,60 seront accolées deux galeries latérales de 17m,50 de largeur, régnant sur les grands côtés du rectangle, et séparées en deux étages par un plancher avec, des tribunes d’où on pourra, d’un coup d’œil, embrasser toute l'installation du Palais. L’accès à ces tribunes se fera .par de larges escaliers situés au milieu des quatre côtés du rectangle total. Le Palais sera relié aux galeries des sections diverses dans l’axe principal du Champ de Mars, par un pavillon central de 50inx50m.
- Les dimensions de la nef principale sont de*
- 1 I0m,60 X 422ra70. Elle comprend 19 travées, savoir deux à l’extrémité mesurant 25,u,29; 16 intermédiaires de 21m,50 chacune et une travée centrale de 26m,40. Les fermes sont reliées dans le sens de la longueur par 12 pannes entretoisées elles-mêmes par une série de chevrons allant du faîtage jusqu’au chéneau. Sur ces chevrons reposent de petites pannes qui supportent les fers à vitrage.
- La hauteur au-dessus du sol, mesurée jusqu’à l’axe du pivot supérieur est de 44m,99, soit de 0m99 plus grande que celle de la colonne Vendôme. Malgré ces dimensions exceptionnelles, M. Contamin, ingénieur en chef de la construction, qui a calculé les dimensions des pièces métalliques, est parvenu, grâce à l’emploi de l’acier, à réduire le poids des fermes et de leurs accessoires à 148 kilogrammes par mètre carré de surface couverte.
- Les pièces constitutives des fermes ont été calculées pour résister à des surcharges de neige de 50 kilogrammes par mètre carré de couverture, et à une pression normale du vent de 120 kilogrammes par mètre carré de surface exposée ; la moyenne des efforts supportés ne dépasse pas 7 kilogrammes par millimètre carré.
- Dans le but d’assurer la rigidité de la charpente dans le sens longitudinal, les trois fermes médianes seront réunies par des contreventeinents ; il en sera de même des quatre fermes extrêmes de chaque côté.
- Le problème du montage de cette ossature gigantesque est des plus intéressants ; il a reçu des solutions entièrement différentes de la part des deux soumissionnaires des travaux, la Compagnie de Fives-Lillc, et la Société des anciens établissements Cail. Nous nous proposons de décrire successivement les procédés adoptés par chacune d’elles.
- Le système em ployé par la Compagnie de Fi ves-Lille et étudié par M. Lantrac, ingénieur chef du service des ponts et charpentes métalliques de cette compagnie, est entièrement nouveau, et présente les particularités suivantes : les fers amenés à pied d’œuvre sont rivés sur le sol de manière à constituer quatre tronçons distincts dont deux forment les supports à tympan, et les deux autres, les moitiés de la poutre centrale. L’échafaudage consiste en trois énormes pylônes, deux latéraux et un central, montés sur galets, et qui permettraient au besoin de lever d’un coup les quatre tronçons dont nous venons de parler. En fait, pour économiser le nombre des treuils, on se contente de lever, en deux opérations successives, d’abord les supports à tympan, ensuite les poutres centrales.
- La ligure 1 montre à droite le mode de mise en place par rotation du support E ; ou le fait tourner autour de la charnière en en soulevant l’extrémité supérieure à l’aide de forts palans passant sur une poulie B lixée au sommet du pylône latéral correspondant, et tirés par un treuil A établi à la base du pylône central. Chaque pilier pèse environ 50 tonnes, et le levage simultané des deux piliers d’une ferme dure en moyenne deux heures trois quarts.
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- La partie gauche de la fig. 1 rend compte du levage d’une demi-poutre centrale F. Elle est soulevée à ses extrémités par des palans dont les câbles passent sur les poulies B et 1) établies sur les pylônes, et sont tirés par des treuils C et A. Le poids de chaque demi-poutre est de 45 tonnes, y compris 5 tonnes pour les apparaux, et le levage simultané des deux portions exige cinq heures.
- Ces opérations terminées, il y a à faire l'emmanchement des deux demi-poutres, et à insérer entre elles le cylindre d’articulation, ce qui prend une heure et demie environ.
- Il reste à opérer la liaison entre deux fermes consécutives au moyen de pannes, travail fort difficile à raison de l’écartement considérable des fermes, et de la hauteur à laquelle il doit être exécuté. La Compagnie de Fives-Lille a également adopté dans ce but un système nouveau, très ingénieux, et qui donne toute satisfaction au point de vue de la rapidité du montage et de la sécurité des ouvriers. La ligure 2 qui représente en perspective les fermes avec leurs liaisons, donne les indications nécessaires.
- Comme nous l’avons dit plus haut, il y a six pannes par demi-poutre centrale, la faitière étant double.
- Celle-ci se met directement en place à l’aide de l’échafaudage central par simple levage. En même temps on pose la pièce de liaison inférieure AA, puis la sablière BB, et l’arc CC qui réunit ces pièces entre elles ainsi qu’aux piliers, ce qui n’exige qu’un simple levage effectué a l’aide du pylône latéral correspondant.
- Ceci fait, la panne principale qui doit occuper la position 4,4 est levée, comme les pièces de liaison
- AA, BB, CC, amenée au-dessus de la sablière, et passée dans l’intérieur de l'ossature grâce à un jeu de 7 millimètres laissé entre la longueur de la pièce et l’écartement, des fermes. Les extrémités supérieures de cette panne , comme celles de toutes les autres, sont munies d’une sorte de chariot à galets q, qui leur permet de rouler tout d’une pièce sur les membrures supérieures de chacune des fermes à relier. Il suffira ainsi d’effectuer une traction sur ces chariots à l’aide de treuils inclinés disposés sur l’échafaudage central, pour amener successivement chaque panne intermédiaire dans la position qu’on voudra.
- Un commence donc par lever et passer dans l'intérieur de l’ossature les pannes principales qui doivent occuper les positions définitives 4,4 et o,o; on roule la première jusqu’à la distance correspondant à l’écartement définitif entre elles : elles occupent alors respectivement les positions provisoires aaf, bb', la première étant placée près de la sablière. Il est maintenant très facile de monter toute la travée entre ces pannes, c’est-à-dire les chevrons 1)1) avec leurs petites pannes EE, les fers à vitrage ff, et le vitrage lui-même, tout ce travail se faisant de Véchafaudage, c’est-à-dire offrant une sécurité complète pour les ouvriers. La travée entre les pannes 4,4 et 5,5 étant ainsi complétée, on fait rouler F ensemble sur les membrures supérieures des fermes, comme nous l’avons indiqué ci-dessus, de manière
- Levage de la demi-poutre centrale.
- D D
- Fig. 1. —Schéma du système de levage employé par la Compagnie de Fives-Lille pour les grandes fermes.
- — Schéma du système de montage des pannes adopté par la Compagnie de Fives-Lille.
- X. B. — Les fermes et les pannes sont indiquées par huit s axes, les piliers et leurs liaisons par leurs contours extérieurs.
- Fig. 3. — Schéma du système adopté par la Société Cail, pour le montage des pannes et des chevrons.
- IV, g. — Les fermes et les pannes sont indiquées par leurs axes, les piliers et leurs liaisons, par leurs contours extérieurs.
- Levage par rotation du support à tympan.
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- à dégager l’espace qu’il occupait, et à monter la travée suivante, c’est-à-dire celle des pannes principales 0,0 et 2,2. L’opération se poursuit de la même
- manière, pour les pannes suivantes et leurs travées, et on arrive ainsi à tirer l’ensemble de la couverture jusqu’à sa position définitive : on enlève les chariots
- Fig. 1. — Les grandes fermes du Palais des Machines. — Montage de la Compagnie de Fives-Lille. (D’après une photographie.)
- au moyen de vérins, puis les pannes principales sont | grandes fermes, et, comme les précédentes opéra-boulonnécs dans des goussets qui les relient aux | tions, cette dernière peut encore se faire sur les
- échafaudages, sauf toutefois la mise en place de la panne 5,5. Une ferme et sa travée se montent dans l’espace de dix jours environ y compris le déplacement des échafaudages.
- La Société des anciens établissements Cail procède d’une manière toute différente : au lieu d’assembler sur le sol les pièces constitutives des différents tronçons des fermes, et de les lever par grandes masses
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- sur leur emplacement, défini [if, elle les assemble par petites fractions 11e dépassant pas autant que possible 5000 kilogrammes.
- L’opération s’exécute à l'aide d’un double plancher continu en charpente, constitué du coté de, l'avancement par un platclage horizontal qui sert à rouler les appareils de levage des pièces ; et par un second platelage disposé en arrière du premier et épousant la forme de la ferme. Ce second plancher sert au montage des fers. L’ensemble est supporté par cinq forts pylônes à double couronnement, l’un pour supporter le pont de service horizontal, l’autre pour soutenir le plancher courbe.
- Ce gigantesque échafaudage repose sur des galets, et peut ainsi se déplacer suivant l’axe de la galerie. Pendant qu’il est employé au montage des poutres centrales, deux pylônes latéraux en charpente disposés en avancement permettent d’ériger les piliers de la ferme suivante.
- Les appareils de levage des pièces qui constituent la ferme, consistent en treuils établis sur des pylônes métalliques de 12 mètres de hauteur roulant sur le pont de service. Les treuils se déplacent eux-mêmes au sommet des pylônes sur des voies en porte-à-faux pour pouvoir atteindre les pièces à lever : on n’emploie pour cette opération que des câbles en acier.
- Les pylônes en charpente qui servent au montage des piliers en avancement portent également des appareils de levage analogues en principe aux précédents; mais la voie des treuils est parallèle au pont de service, de manière que l'approvisionnement puisse être fait par côté, et que la grande travée soit ainsi entièrement réservée à la manipulation des pièces de la poutre centrale.
- Pour le montage des pièces de liaison, des pannes principales, des chevrons, des petites pannes et des fers à vitrage, on dispose successivement au droit des joints, des chèvres a,a (fig. 5), portant des poulies b,b, sur lesquelles s’engagent des chaînes tirées du sol par les ouvriers. Des monteurs circulent sur les pièces et les fixent au droit des joints.
- Il faut dix à onze jours pour monter complètement une ferme avec la travée correspondante.
- Des précautions minutieuses ont été prises contre les dangers d’incendie des énormes charpentes en bois qui constituent les échafaudages. Chaque pylône est pourvu d’une canalisation d’eau, et approvisionné d’extincteurs d’incendie. De plus, un surveillant est attaché à chaque atelier de rivetage pour prévenir toute projection de rivets sur les planchers.
- Actuellement la Compagnie de Fives-Lille qui a été appelée à établir la première ferme centrale, a monté cinq fermes et procède au levage de la sixième. La société Cail en a monté trois et commence la quatrième. Les travaux sont assez avancés pour qu’on n’ait à redouter aucun retard dans la mise en service de la grande galerie des machines.
- G. Richou,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- LA CHIRURGIE CHEZ LES OISEAUX
- M. \ictor Fatio a présenté récemment à la Société de physique et d'histoire naturelle de Genève les observations suivantes :
- « Déjà à maintes reprises, j’ai eu l’occasion de constater que la bécasse blessée se fait elle-même, avec son bec et au moyen de ses plumes, des pansements fort intelligents; que, suivant les cas, elle sait très bien s’appliquer un emplâtre sur une plaie saignante ou opérer adroitement une solide ligature autour de l’un de ses membres brisés.
- « J’ai tué, un jour, un de ces oiseaux qui, sur une ancienne blessure à la poitrine, portait un large emplâtre feutré de petites plumes duveteuses arrachées à différentes parties de son corps et solidement fixées sur la plaie par du sang coagulé. Une autre fois, c’était sur le croupion blessé que l’emplâtre, fabriqué de la même manière, se trouvait appliqué.
- « Deux fois, j’ai rapporté des bécasses qui portaient, à l’une des pattes, une ligature de plumes entortillées, serrées et reliées par du sang desséché, tout autour de l’endroit où l’os avait été précédemment fracturé. Chez l’une, la jambe droite, au-dessus du tarse, était fortement, mais tout fraîchement bandée avec des plumes provenant du ventre et du dos. Chez l’autre, le tarse lui-mème, en bonne voie de guérison, portait encore la bande qui l’avait maintenu en position.
- « Le cas à la fois le plus curieux et le plus malheureux que j’aie rencontré est celui d’une bécasse à laquelle j’avais brisé les deux pattes d’un coup de feu et que je ne retrouvai que le surlendemain. La pauvre bête avait réussi à se faire des applications et des bandages aux deux fractures différentes ; mais, obligée d’opérer dans une position très difficile et privée du concours de ses pattes, elle 11’avait pu se débarrasser de quelques plumes qui, collées et enroulées autour de son bec, vers l’extrémité, la condamnaient à mourir de faim. Quoique admirablement pansée et capable de voler encore, elle était déjà maigre comme un clou. »
- Cette communication en a amené une autre, de M. Déo-date Magnin, publiée dans un numéro du journal cyné-gitique suisse la Diana :
- « Au mois de novembre 1859, chassant avec deux amis, MM. Renevier père et fds, M. Magnin rencontra, au haut des bois de Versoix, une bécasse qui tint fort longtemps l’arrêt. Mais M. Magnin la manqua au départ et elle s’échappa ; on put remarquer qu’elle avait une patte pendante, et on crut pouvoir en conclure qu’elle avait été touchée. Un peu plus tard, M. Renevier père l’ayant abattue, examen fut fait de la blessure.
- « Les chasseurs constatèrent que l’animal avait eu la jambe cassée anciennement au milieu du tarse et qu’en s’appuyant sur sa patte, elle avait fait glisser les deux parties de l’os l’une sur l’autre jusqu’à l’articulation du jarret ; au-dessous de cette articulation se trouvait un gros bourrelet formé, tout autour de la fracture, de plumes et de brins de mousse entremêlés.
- « Ce qui frappa surtout les observateurs dans ce pansement, c’était une ligature très adhérente faite avec une herbe plate et sèche enroulée en spirale tout autour des deux parties de l’os juxtaposées. Cette herbe, en grande partie dissimulée sous les corps composant le bourrelet, paraissait elle-même fixée au moyen d’une sorte de glu transparente. En remontant jusque sur l’articulation de
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- la jambe, la pointe supérieure du tarse fracturé gênait si bien le mouvement que le membre était complètement raide et que la patte ne pouvait plus guère servir que de béquille, les doigts pliés appuyant sur le sol par leur face supérieure. »
- LES ACRIDIENS EN ALGÉRIE
- l.K « STAURONOTUS MAROCCANUS )) F.T SES DÉPRÉDATIONS
- J’arrive de la province de Constantine, (pie j’ai parcourue dans tous les sens, ayant mission d’étudier les Acridiens dévastateurs1. Hanté par les impressions les plus pénibles, j’ai toujours devant les yeux les scènes de dévastation auxquelles j’ai assisté; j’ai, présentes à l’esprit, les mille péripéties de la lutte contre les insectes envahisseurs; j’ai vu le désespoir des colons, la morne tristesse des Arabes, ruinés et affamés; j’ai parcouru les marchés et j’ai suivi les malheureux offrant à vil prix, moutons, bœufs, chevaux qu’ils ne pouvaient plus nourrir : les moissons étaient tombées sous la mandibule impitoyable des Acridiens, la sécheresse avait anéanti ce que les insectes avaient respecté. Partout la misère et bientôt la famine. Il n’y a pas d’imagination, quelles que soient sa hardiesse et sa puissance, qui soit capable de représenter les désastres qu’entraîne à sa suite une invasion d’Acridiens. Les chiffres seuls sont assez éloquents pour permettre de mesurer l’étendue du fléau.
- Dans le cercle de Tiaret on évaluait en 1886 la surface couverte par les pontes à 8400 hectares; dans l’arrondissement deBatna on avait constaté en 1886-1887 que 150 000 hectares étaient infestés de coques ovigères; dans l’arrondissement de Sétif, on avait relevé que cette même année la superficie des gisements d’œufs était de plus de 20 000 hectares ; et ce ne sont là que des chiffres bien inférieurs à la réalité, car les montagnes recelaient d’immenses territoires de pontes qui avaient échappé aux investigations.
- Si l’on sait (pie chaque gisement d’œufs donne naissance à un corps d’armée, composé de milliers de soldats ; si l’on se représente qu’un nombre immense de ces corps d’armée, sortant pour ainsi dire du sol, vont marcher à la conquête des récoltes; si l’on réfléchit que ces corps d’armées ne traînent pas à leur suite de longs convois d’approvisionnements ; si l’on songe que ces migrateurs ont un appétit plus grand encore que celui des soldats humains, puisqu’ils ne peuvent pas se contenter d’une simple ration d’entretien, mais sont obligés de manger non seulement pour soutenir leurs forces, mais afin de pourvoir à leur accroissement continu ; on se fera peut-être une idée de l’immense quantité d’aliments qu’ils dévoreront sur leur route pour satisfaire leur insatiable gloutonnerie.
- En bon chroniqueur militaire, suivons un corps
- 1 J. Künckel d’IIerculais. Les Acridiens et leurs invasions en Alyérie. Rapport adressé à M. le gouverneur général. L’Algérie agricole, n° 175, 15 juin 1888.
- d’armée jour par jour; couchons sous la tente pour étudier ses évolutions.
- Nous sommes en avril, le soleil commence à réchauffer le sol ; voici que tout à coup du penchant de la montagne aride où l’on a signalé l’année précédente un point de ponte couvrant de 50 à 400 mètres carrés, sortent de terre tout à coup des milliers de petits êtres blancs et faibles de 5 à 4 millimètres de longueur; sous l’action de la lumière, ils prennent bientôt une coloration brune; la terre parait alors constellée d’imnombrables petits points noirs ; on demeure stupéfait de les voir si nombreux; combien sont-ils? Cinq hommes se mirent un jour à les compter dans une mesure d'un quart de litre; il fallut deux heures pour la remplir de 12 285sujets; cela donne 50 000 au litre (49 140), 5 millions à l’hectolitre (4 914 000) en chiffres ronds; on peut donc évaluer que chaque tache de 50 mètres carrés* peut contenir 5 hectolitres ou environ vingt-cinq millions de jeunes Acridiens.
- Six jours se passent, les petits êtres tendres et délicats se sont raffermis sur leurs membres et ont pris quelque force; la faim se fait sentir; ils se mettent alors en mouvement avec une méthode, une régularité que bien des généraux leur envieraient. Ils ne marchent pas en colonne à la façon des fourmis et de nos armées, ils s’avancent en formant un front d’une étendue plus ou moins considérable, dessinant une longue ligne sinueuse épousant toutes les inégalités du sol. C’est lorsqu’on aperçoit ces petits êtres marchant et sautillant qu’on ne peut réprimer son étonnement de les voir tous se diriger dans un sens absolument déterminé sans1 qu’aucun chef, plus ou moins galonné, ne commande leurs mouvements. Ils sont sans nul doute dirigés par des sens dont nous ne pouvons comprendre la perfection; quittant les montagnes arides, les collines desséchées, ils marchent droit devant eux, parcourant chaque jour une étape régulière, vers les champs de céréales qui vont leur offrir une riche provende. Ils cheminent de neuf heures du matin à trois ou quatre heures de l’après-midi ; et avancent d’environ 100 mètres par jour; ils s’arrêtent si un nuage vient voiler le soleil ; ils suspendent complètement leur marche en avant si le soleil se eachant tout à fait la température vient à baisser ou si la pluie se met à tomber ; tout le long de leur route ils dévorent les mille petites plantes sauvages qui poussent çà et là, ne laissant derrière eux que le roc ou le sable dénudé; mais ces végétaux spontanés ne suffiront bientôt plus à leur insatiable voracité ; la main de l’homme leur a préparé de verdoyants champs d’orge et de blé, où ils vont venir se gorger à merci.
- Ils subissent successivement cinq mues et de- viennent de plus en plus vigoureux et agiles. En quinze jours ou trois semaines, ils arrivent à moitié de leur développement et atteignent environ un centimètre et demi de longueur; on en compte alors 800 au litre et 80 000 à l’hectolitre. Après la c-in-
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- quième mue, c’est-à-dire vers le quarantième jour, ils mesurent deux à trois centimètres; le front du corps d’armée s’étend alors considérablement; tant que le soleil est à l'horizon, nos envahisseurs marchent en avant parcourant en sautant de 100 à 110 mètres à l’heure; on en a vu qui en l’espace de douze jours (du 21 mai au 2 juin) avaient franchi jusqu’à 16 kilomètres.
- C’est maintenant qu’il est intéressant de suivre les évolutions des Acridiens. Nous sommes sur un terrain en jachère, nous apercevons la longue et épaisse ligne noire quelque peu ondulée que dessine le front de l'armée d’invasion ; on entend bientôt un bruissement particulier, qui rappelle celui que
- fait un troupeau de moutons passant au loin; l’armée est à vos pieds; elle passe rapide, mais la voilà qui atteint le champ d’orge tant convoité; elle se débande pour courir au pillage. C’est merveille de voir nos Acridiens grimper avec agilité le long des tiges; ils sont cinq, dix, davantage encore, suspendus à un épi; les tiges ploient sous la charge. Approchez et regardez (fig. 1) ; votre présence ne trouble pas les affamés; d’un coup de mandibules les glumes de l’é-pillet sont coupées; d’un second coup les barbes sont tranchées; débarrassés de leurs enveloppes protectrices, les grains encore tendres sont dévorés gloutonnement. Les retardataires qui n’ont pas trouvé place au festin sont là qui dévorent les miettes tom-
- bées à terre ou rongent les feuilles basses. En quelques heures la plantureuse moisson, riche d’espérance, a disparu ; seuls les chaumes se dressent comme de lugubres témoins.
- L’armée a tout pillé sur son passage ; elle a marché cinquante à cinquante-cinq jours dévorant tout devant elle; elle s’arrête repue. Les soldats se reposent de leurs fatigues; ils sont arrivés au terme de leur existence terrestre; ils vont revêtir un autre uniforme pour parcourir le second cycle de leur évolution ; tout à coup leur tégument se fend sur le dos ; laissant derrière eux leurs vêtements fripés, ils apparaissent pourvus d’ailes. S’ils vont encore marcher et sauter, ils pourront quitter la terre et voler à tire-d’aile. Là encore se manifeste cet étonnant
- esprit d’association qui force ces Acridiens à vivre en troupe; on les voit pendant une huitaine de jours, voleter de ci de là, puis tout à coup prendre leur essor en bandes immenses volant à d’assez grandes hauteurs tant que le soleil demeure à l’horizon ; vers la fin du jour, ils descendent à terre pour passer la nuit et repartent au soleil levant. Bientôt, ils ont trouvé sur le penchant d’une montagne exposé à l’est ou au sud, sur un plateau aride, un terrain favorable au dépôt des œufs; ils s’y abattent.
- Alors commencent les luttes pour la pariade.
- Les femelles ne tardent pas à sentir le besoin de mettre en lieu sur leur postérité ; les voilà qui courent et sautillent fiévreusement. C’est plaisir de les voir ainsi soucieuses, toutes réunies sur un même
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- point, sondant çà et là le sol avec leur abdomen, 1 puis tout à coup, l’endroit propice choisi, forant la terre avec ardeur (fig. 2). La nature a mis à leur disposition des procédés de forage bien singuliers; l’extrémité de l’abdomen porte des outils perfectionnés ayant l’apparence de crochets, que ,nous ne pouvons décrire ici, mais qui sont merveilleusement appropriés au rôle qu’ils doivent jouer ; ce 11e sont pas des outils capables de porter les déblais à la surface, mais destinés à écarter et à maintenir les grains de sable; l’homme n’a jamais eu à son service d’instruments aussi parfaits. Le trou foré a une profondeur d’environ 4 centimètres, nos femelles s’arrêtent et commencent à pondre; à mesure qu’elles laissent échap-
- per leurs œufs, elles sécrètent un liquide spumeux qui les enveloppe ; en même temps elles ont l’habileté de recouvrir leur ponte d’une couche de petits grains de sable agglutinés avec une extrême régularité. Ainsi revêtues, ces coques ovigères, enfoncées dans le sol à 1 ou 2 centimètres au-dessous de la surface (fig. 2), se confondent si bien avec le terrain environnant qu'elles échappent à l’œil le plus exercé; l’Arabe seul est eapabc de les découvrir.
- Ces coques ovigères, ou oothèques, ont la forme de petits cylindres légèrement arqués, à extrémité inférieure arrondie, à extrémité supérieure aplatie. Ouvrons une de ces coques, nous y trouverons, symétriquement rangés, trente à quarante œufs d’un blanc
- Fig. 2. — Les Acridiens en Algérie. — La ponte des œufs.
- jaunâtre (fig. 2). Nous sommes à la fin de juin, au commencement de juillet, ils vont dormir en paix jusqu’au printemps suivant, c’est-à-dire rester neuf mois ensevelis avant que la vie se réveille en eux.
- Cette particularité de l’évolution n’a pas échappé aux Arabes que la vie contemplative a préparés à l’observation; comparant la durée de l’évolution à celle de l’homme, ils ont donné le nom significatif d’Adami ou de Djerad el Adami, à ces Acridiens dévastateurs.
- La science ne saurait se contenter de ces désignations arbitraires, elle exige précision et définition.
- Une vieille croyance règne en Algérie : les Acridiens qui, sous le nom erroné de Sauterelles *, les envahis-
- 1 J. Künckel d’IIorculais, Les Sauterelles et leurs inva-
- sent de tout temps à époques plus ou moins régulières, appartiennent tous à l’espèce connue sous le nom d'Acrulium per egr inuni ;ih viennent tous du Sahara, du fond du désert, du Soudan même, portés sur l’aile du vent, du siroco de triste réputation. La légende est vraiment de tous les temps et il nous sied mal de nous moquer du passé. Aujourd’hui, comme jadis, le savant doit lutter pour la vérité ; on ne le brûlera pas en place publique; mais on le traînera sur la claie de la moquerie. Hélas! ce n’est pas le Sahara, le désert, le Soudan qui, depuis ces dernières années, ont vomi sur vous les bordes dévastatrices, ce sont vos montagnes arides et désolées qui recèlent en
- sions. Conférence faite à Oran au Congrès de l'Association française pour l’avancement des sciences, le 30 mars 1888.
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- permanence vos ennemis; vivant en sybarites sur votre littoral embaumé, contemplant la mer aux Ilots toujours bleus, vous n’avez pas soupçonné qu’ils vivaient, croissaient et multiplaient en paix aux frontières du Tell. Depuis 1885, pullulant à outrance, s’avançant progressivement et embrassant chaque année un champ de dévastation plus grand, vos ravageurs appartiennent à une espèce autochtone, à une espèce qui habite aussi bien l’Algérie que tous les pays ([ue baigne la Méditerranée: Crimée, Grèce, Sicile, Espagne, Portugal, île de Chypre; elle a reçu le nom de Slauronotus Maroccanus, Thunberg. L’île de Chypre, l’Espagne, ont vu sortir de leurs montagnes des bordes dévastatrices qui se sont jetées sur les cultures; l’Algérie voit aujourd’hui cette espèce se développer à outrance et porter la dévastation dans toute la province de Constantine et menacer le littoral.
- Ce stauronotus (fig. 2) est un Orthoptère de la famille des Acridides, qui à l’àge adulte est de taille moyenne, — elle atteint 17 à 25 millimètres citez les mâles, 20 à 55 chez les femelles. Il est de couleur rousse testacée, relevée de taches fauves ; ses élytres sont testacées avec des taches et des marbrures éparses brunes; ses ailes sont transparentes. Les dessins du corselet le rendent très reconnaissable ; il porte de part et d’autre une légère carène oblique et arquée, d’un jaune clair, bordée de brun en dedans, et sur les côtés une tache brune arrondie d’où part une tache d’un jaune clair en forme de croissant plus ou moins régulier.
- Voilà le portrait fidèle de l’Acridien qui désole actuellement l’Algérie.
- Ce n’est pas sans un profond serrement de cœur que j’ai assisté aux scènes de désolation que j’ai retracées; ce n’est pas sans émotion que j’ai médité sur les responsabilités qui retombaient sur tous; j’ai pensé qu’au naturaliste incombait un immense devoir, celui de mettre son savoir au service des malheureux ruinés par ces êtres dont il fait l’objet de ses études. S’il est, à l’heure présente, impuissant à lutter contre les déprédateurs, ne doit-il pas étudier leurs mœurs, observer leur mode d’évolution, s’efforcer de saisir les causes de leur multiplication, de leurs migrations, afin de chercher à prévoir les invasions, à désigner les localités favorables au développement où il faudra attaquer et détruire, à indiquer les meilleurs procédés de destruction? Nous allons, en traçant le rôle du naturaliste, montrer combien l’intervention de la science est nécessaire pour résoudre les graves problèmes économiques et sociaux que soulève la question des Acridiens.
- — A suivre. — Küxckel d’Herculais.
- LÀ FABRICATION DE L’HYDROGÈNE
- PAU I.’ÉLECTROLYSE de l’eau
- Il a été question depuis quelque temps de la production de l’hydrogène et de l’oxygène purs par la décomposition électrolytique de l’eau; sans qu’il soit possible
- de songer à une fabrication vraiment industrielle, on peut se demander si, pour certaines applications spéciales, à l’art militaire, par exemple, pour le gonflement des ballons, il ne serait pas avantageux d’employer ce mode de préparation à l’aide de machines à vapeur actionnant des dynamos. Un calcul fort simple nous permettra d’éclairer nos lecteurs. A cet effet, déterminons la puissance électrique théoriquement nécessaire pour la production de 100 mètres cubes d’hydrogène par heure. 1 mètre cube d’hydrogène pèse envù'on 90 grammes, soit 9000 grammes pour 100 mètres cubes, correspondant à 81000 grammes d’eau. 1 ampère-heure décomposant environ 1/5 gramme d’eau, il faudrait donc, en supposant un seul voltamètre, un courant de :
- 5 X 81 000 = 243 000 ampères
- pour décomposer 81000 grammes d’eau par heure. La force électromotrice de polarisation de l’eau étant de l’ull,5, la puissance correspondante, en négligeant la résistance du bain et celle des machines dont on suppose le rendement égal à l'unité, serait de
- 243000 x 1,5 = 364500 watts — ^95 chevaux électriques théoriques.
- Avec les machines les plus parfaites dont le rendement industriel est de 90 pour 100, et des bains ne dépensant que 10 pour 100 pour leur échauffement par le passage du courant, la puissance mécanique minima ne serait pas inférieure à 620 chevaux pour une production horaire de 100 mètres cubes d’hydrogène pur et de 50 mètres cubes d’oxygène pur dont il resterait à trouver l’emploi. Industriellement, il faudrait un moteur d’au moins 800 chevaux-vapeur pour cette production horaire. Ces quelques chiffres semblent bien établir qu’il faut chercher ailleurs que dans la simple décomposition de l’eau par l’électrolyse un moyen de fabriquer l’hydrogène pur nécessaire aux ballons des armées en campagne. Cependant nous savons qu’il se fait des expériences dans ce sens en Angleterre, mais nous ignorons encore quels en sont les résultats.
- LES PROCÉDÉS DE PH0N0GRAYURE
- DE m. berliner
- Comme complément à l’article publié dans notre dernier numéro, sur la phonogravure et le gramophonel, nous publions les indications pratiques données par M. Berliner pour la préparation des clichés directs et des plaques métalliques propres à la reproduction de la parole. Les plaques d’expérience servant à la production de clichés phonographiques de petites dimensions sont obtenues de îa façon suivante :
- On mélange une partie d’huile de paraffine avec vingt parties de benzine ou de gazoline. Ce mélange est versé sur un disque de verre et l’évaporation de la benzine laisse une couche extrêmement mince d’huile de paraffine. Cette plaque est alors promenée au-dessus d’une lampe fumeuse jusqu’à ce que sa surface paraisse juste sèche. L’application au rouleau d’une couche de peinture à l’huile avant l’enfumage est encore meilleure.
- La couche sur laquelle s’opère la gravure est obtenue
- 1 Voy. n° 786, du 23 juin 1888, p. 49.
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- on faisant digérer de la cire d’abeilles jaune et pure dans de la benzine ou de la gazoline. La benzine à froid ne dissout pas tous les éléments de la cire, mais seulement une partie, celle qui se combine avec le principe colorant jaune; l’extrait résultant décanté est une solution claire, de couleur dorée, qui blanchit graduellement par son exposition à la lumière. Les proportions employées sont : 1 once (50 grammes) de cire finement râpée et 1 pinte (0m,57) de gazoline. La bouteille renfermant le mélange doit être souvent agitée et le liquide décanté lorsque la dissolution est complète et qu’on n’a plus qu’un résidu de cire blanche au fond de la bouteille.
- Ou prend alors une feuille de métal poli, de zinc en général, et on y verse une couche de liquide à la manière du collodion. La benzine s’évapore rapidement et il reste une couche de cire extrêmement mince, irisée par réflexion, n’ayant pas la solidité d’une couche obtenue par immersion dans une masse fondue, mais spongieuse, poreuse, et excessivement sensible au moindre toucher.
- À cause de la trop grande sensibilité de la première couche et comme une protection contre l’action des acides employés dans la gravure ultérieure, on doit appliquer une seconde couche de la solution, et cette couche double répond alors à tous les besoins. La protection contre l’acide est due pour la plus grande partie à ce fait que les solutions aqueuses prennent sur la couche la forme sphérique, tandis que là où la cire est enlevée, l’acide pénètre librement et attaque le métal sous-jacent.
- Une difficulté résulte du fait de l’accumulation de poussières imperceptibles et filamenteuses qui adhèrent au style traçant,, et produisent une inscription estompée et indistincte. Cette difficulté a été vaincue en versant à la surface du disque un liquide qui maintient la couche humide pendant l’inscription. L’alcool ordinaire du commerce versé sur la plaque, un peu avant l’inscription, fait .en quelque sorte couler ces poussières et facilite le tracé. Le tracé ainsi obtenu est à peine visible. Comme il est souvent désirable de l’examiner avant de le graver à l’acide, on obtient ce résultat en noircissant légèrement la couche. A cet effet, on tient le disque au-dessus d’une flamme de camphre et assez haut pour ne pas fondre la cire.
- Après bien des essais de gravure à l’acide du tracé ainsi obtenu par la feuille de zinc et pour éviter la formation de bulles d’hydrogène qui nuisent à la netteté, M. Berliner emploie une solution formée d’une partie en poids d’acide chromique ordinaire du commerce dissous dans ti'ois parties d’eau. Le derrière de la plaque est préalablement couvert d’un vernis isolant ou de cire fondue, et la plaque est immergée pendant quinze à vingt minutes dans l’acide chromique. On obtient ainsi une gravure de profondeur suffisante pour la reproductio n de la parole.
- LA RAMIE
- La question de l’exploitation industrielle de la Ramie, dont nous avons plusieurs fois déjà signalé toute l’importance, est depuis plusieurs années l’objet de sérieuses études; il est permis d’augurer que, dans ce tournoi international où chimistes, filateurs et ingénieurs luttent d’intelligence depuis un siècle, c’est à la France en définitive que reviendra très probablement le mérite d’avoir trouvé une solution qui, d’après l’avis de tous les hommes-compétents offrirait une importance considérable.
- On sait que, dans le problème de la Ramie, la difficulté d’arriver à dégommer industriellement le produit, par un mode de traitement simple et économique, se complique de la nécessité de détruire ou de séparer mécaniquement la couche extérieure, ou liber, qui, si on ne l’enlevait pas en totalité, adhérerait à nouveau à la fibre, au point de l’empêcher ensuite d’être peignée.
- La première difficulté a été plus ou moins vaincue, par l’emploi sous pression de la soude caustique; bien que, de l’avis de spécialistes autorisés, la soude caustique ne puisse agir, à la dose exigée, sans altérer la fibre; et que, de plus, le traitement en vase clos d’une matière aussi encombrante que la Ramie soit loin d’être en rapport avec l’importance prévue de son exploitation.
- Quant au liber, comme dans la pratique il serait beaucoup trop coûteux de l’extraire par le lavage, on cherche à l’enlever préalablement au moyen des décortiqueuses en vert, c’est-à-dire en reproduisant mécaniquement le procédé chinois, qui consiste tout simplement à dénuder à la main les tiges fraîches par le raclage. On admet généralement aujourd’hui que le problème de la Ramie ne pourra être pratiquement résolu qu'avec l’intervention de ces décortiqueuses; et ce point de doctrine est si bien établi que le Gouvernement a institué, pour le mois d’août prochain, un concours international de ces appareils.
- Telle est, ou plutôt telle était récemment la situation, quand M. Vial, un spécialiste en cette matière, est venu soumettre à l’examen de la Commission ministérielle de la Ramie et au contrôle de toutes les sociétés savantes, un traitement très étudié dans ses détails techniques, et qui, pour enregistrer ses propres expressions, n’exige ni les décortiqueuses en vert ni la soude caustique, ni vase clos, ni température élevée, ni pression, ni ébullition; et qui est, eu définitive, moins onéreux, et cent fois plus rapide et plus inoffensif, que le simple rouissage rural du lin, considéré cependant jusqu’ici comme le système de traitement le plus élémentaire.
- Ce procédé, très industriel d’après l’auteur et dont l’efficacité a été confirmée par une expérience effectuée au Conservatoire des arts et métiers, pour l’édification de la Commission ministérielle, consisterait, dans son essence, à remplacer la soude caustique par un corps gras ; lequel n’étant ni soluble, ni volatil, et restant localisé dans les appareils, pourrait servir en quelque sorte indéfiniment, sans éprouver de notables déperditions. Ajoutons que les conditions du travail mécanique et de la main-d’œuvre ont été calculées pour traiter nuit et jour, et à ciel ouvert, durant l’année entière, les écorces fraîches ou sèches, de tout venant, quelle que soit leur teneur en bois, par doses fractionnées de 1200 kilogrammes, toutes les trois heures.
- Ne pouvant pas nous étendre plus longuement sur cette matière, nous renvoyons nos lecteurs, que cette question peut intéresser, aux derniers bulletins des Sociétés savantes, et en particulier à celui de la Société nationale d’acclimatation, qui publie sous le titre La Ramie et son traitement une étude très développée sur cette invention.
- Nous espérons que les expériences qui vont être renouvelées par d’autres commissions seront confirmatives de la première, et que nous aurons la satisfaction d’enregistrer à l’actif de notre pays cette industrie nouvelle, que les économistes considèrent depuis longtemps comme appelée à contribuer puissamment, par le relèvement de notre agriculture, à la prospérité de la France et de ses colonies.
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- BRULEUR A GAZ
- SYSTÈME G. LEBRUN
- C’est surtout depuis que la lumière électrique a commencé à entrer dans le domaine de la pratique, que des perfectionnements importants ont été apportés dans les brûleurs à gaz. Les installations avec lampes électriques ont fait ressortir l’insuffisance du bec de gaz ordinaire dont on se contentait jusque-là. La Nature a déjà donné la description de différents systèmes imaginés soit pour l’éclairage des rues, soit pour celui des appartements ou des magasins, et qui tous marquent un progrès sensible dans l’utilisation du pouvoir éclairant du gaz.
- L’appareil que nous décrivons aujourd'hui, et qui a été imaginé par M. Lebrun, est basé sur les mêmes principes que le brûleur Siemens, la lampe Wen-ham, etc., mais son mode de construction est différent. Notre gravure montre l’aspect extérieur de la lampe et les principales dispos i t i o n s i n t é-rieures. Elle se compose d’un globe de verre à la partie inférieure duquel pénètre le tube de cuivre ou bec 1) par lequel arrive le gaz. Au-dessus de ce bec se place un manchon cylindrique G fermé de toutes parts, mais dont la paroi inférieure B est percée d’une infinité de petits trous et dont la partie supérieure communique, par des conduits A, avec l’air extérieur.
- La partie supérieure du globe est fermée par une couronne métallique ; une rondelle d’amiante interposée entre cette couronne et le globe forme joint hermétique, de manière qu’il n’y ait communication avec l’air extérieur que par une cheminée en verre traversant la couronne.
- La partie inférieure du globe est formée par un trapillon qu’on ouvre seulement au moment, d’allumer.
- Dans ces conditions, le fonctionnement du système se comprend aisément : lorsqu’on a allumé le gaz j en D et refermé le trapillon inférieur, l’air contt-nu dans le globe s’échauffe et s’échappe par la chminée ; il se produit alors un tirage qui force l’air extérieur à arriver par les conduits A dans le manchon cylindrique et à s’écouler par les petits trous pratiqués en
- B; il vient par conséquent se mélanger intimement à la couronne de flammes du bec 1) et la combustion est aussi complète que possible.
- La lumière est très blanche et très fixe, le gaz est presque complètement utilisé et à éclairage égal il y a une notable économie sur la consommation.
- Les pièces qui composent l'appareil sont disposées de telle sorte que la lumière peut se répandre aussi bien en dessus qu’en dessous, ce qui permet d’éclairer des locaux dans toute leur étendue, les parties hautes ainsi que les autres.
- On construit trois dimensions différentes qui répondent à un pouvoir éclairant de 4, 9 et 16 carc-els; la dépense par carcel, d’après le constructeur, serait respectivement pour ces trois modèles de 59, 55 et 52 litres à l’heure.
- Les appareils portent un pas de vis qui permet de les mettre à la place des anciens becs sur les installations de lustres, candélabres, etc., qui existent déjà.
- L'emploi des appareils de ce genre se répandra de plus en plus, non seulement dans 1 e s éclairages de luxe, dans les magasins où l’on a besoin pour les vitrines d’un éclairage intense qui attire les regards du client; mais aussi dans les bureaux, les salles d’étude où l’éclairage, si souvent défectueux, abîme les yeux de ceux qui sont obligés d’y travailler. A un autre point de vue encore, au point de vue hygiénique, il est nécessaire de rechercher les brûleurs à gaz dans lesquels la combustion se fait de la façon la plus parfaite. Faire en sorte de conserver à l’air sa plus grande pureté possible, c’est là une des causes qui font rechercher la lumière électrique. Quels que soient les avantages incontestables de celle-ci, il huit bien reconnaître que dans certains cas, en l’absence de stations centrales, l’installation en est pratiquement impossible. Dans un théâtre de province, par exemple, qui n’a qu’un nombre restreint de représentations dans l’année et qui reste fermé pendant l’été, les dépenses de premier établissement et d’entretien ne répondraient nullement au service rendu ; mais ce n’est pas une raison pour s’en tenir à l’ancien état de choses, et c’est là un des cas où les brûleurs à gaz perfectionnés peuvent trouver leur application. G. Mareschal.
- Nouveau brûleur à gaz de M. Lebrun.
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- LES PUISATIERS ENSEVELIS
- (Suite et fin. -— Voy. p. 17.)
- Après avoir raconté le sauvetage du puisatier Dufavel, en septembre 1830, nous allons revenir à l'histoire plus lugubre de l’ensevelissement de Dutilleux, en avril 1888.
- Aussitôt que l’éboulement de Blancheface s’était produit, des soldats du génie avaient commencé à procéder au déblaiement et à la consolidation du puits, sans se préoccuper de Dutilleux qu’ils croyaient écrasé.
- Ils avaient commencé par poser cinq cuvelages, chevauchant les uns sur les autres par leurs extrémités. Us avaient maintenu solidement contre les parois, par des segments en bois reliés à quatre poteaux intérieurs cinq rangées de douves d'une épaisseur suffisante pour résister à une forte compression.
- Lorsqu’ils étaient arrivés à la poche circulaire, qui s’était formée par l’éboulement, ils l’avaient remplie de fascines, et ils étaient occupés à pousser le eu volage de l’autre coté de ce vide lorsque, à 10 heures du matin, le 28 avril,Dutilleux avait répondu, contre toute attente, aux appels désespérés qui lui étaient adressés.
- La voix souterraine avait réveillé Blancheface et les environs. Journaliers, journalistes, propriétaires, vieillards, hommes, femmes et enfants se pressaient anxieux autour des travaux. Avidement, fièvreusement, ils recueillaient les moindres signes, les plus insignifiantes paroles de ceux qui auscultaient l’a-bime ; ils écoutaient avec passion le bruit précipité de la pioche des travailleurs qui se relayaient dans la poursuite fébrile des travaux.
- Mais tous ces efforts eussent été infructueux, si
- Le puisatier de Blancheface enseveli sous l’éboulemeut. (Avril 1888.)
- l’on n’avait eu l’heureuse idée de télégraphier immédiatement «à Paris à M. Lippmann, directeur de l’ancienne société Degousée, Charles Laurent et Cie. Cet habile ingénieur employa si activement les dernières heures de la journée, que le train express du soir emportait de la gare Montparnasse un matériel complet de sondage; aussitôt que ce matériel arrivait en gare, une voiture le transportait a bride abattue, à Blancheface. La nuit môme, les travaux commençaient avec la précision et la rapidité que les grands sondeurs français mettent dans leurs opérations.
- Le 29 avril, à 2 heures du matin, on était parvenu à introduire dans le réduit où Dutilleux s’était réfugié, le bout d’un long tube de tôle, par lequel on avait fait glisser des allumettes et de la bougie.
- Ce n’était pas sans résistance que l’infortuné Dutilleux avait lâché la corde pour permettre de la remonter afin de lui transmettre les bouteilles con-tenant les aliments dont il devait avoir un si cruel besoin. Cependant il pouvait être considéré comme sauvé s’il ne survenait pas de nouvelles eom-plications, toujours possibles avec un sable d’une subtilité terrible, se glissant dans tous les interstices où s'introduit l’eau. En effet, Dutilleux avait fini par comprendre et il avait successivement reçu du lait, du vin et du bouillon.
- Dans la foule émotionnée, palpitante, les versions les plus absurdes, les plus contradictoires, les moins justifiées, circulaient avec une surprenante facilité. Des théoriciens, amis de toutes les inventions extravagantes qu’on a mises en circulation dans ces dernières années, allaient jusqu’à prétendre que Dutilleux était tombé en léthargie dès l’origine de sa captivité, et qu’il n’avait été tiré de cet état cataleptique, que par l’appel même auquel il avait répondu !
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- Malheureusement l’he'sitation visible avec laquelle l’infortuné s’était saisi des aliments, dont il devait ressentir un besoin si brûlant, la peine surprenante avec laquelle il avait lâché la corde, ne permettaient pas de se sentir rassuré par ces explications fantaisistes. Car ce n’étaient que de bien tristes symptômes de l’état de trouble et d’agitation dans lequel se trouvait sa raison. Eux-mêmes ces désordres intellectuels n’étaient que trop conformes aux lois bien connues de l’inanition A
- Pendant le long et terrible jeûne qu’il avait déjà subi, le reclus avait vu apparaître des spectres, des visions de toute nature. Son esprit déjà troublé avait été fatalement assailli par toutes les pensées mauvaises, composant le cortège maudit de la faim. En effet quel sage, ainsi muré vivant dans un tombeau prématuré, aurait eu la force d’entendre avec quelque calme relatif les bruits lointains de la vie de la terre.
- 11 n’y avait qu’une solution possible, celle que Du-favel avait indiquée, du fond de son enfouissement : creuser un puits parallèle à quelques mètres de distance et le réunir au puits principal à l’aide d’un rameau percé horizontalement à la hauteur où se trouvait l’enseveli. C’est à ce travail que les soldats du génie, commandés par un lieutenant, se livraient avec toute la bravoure et le dévouement dont ils donnent tant de preuves répétées.
- Dans son affolement, la multitude s’impatientait; sans tenir compte de la nature prodigieusement friable de l’éboulement, s’indignant qu’on n’utilisàt pas à la délivrance de Dutillenx le puits même qu’il avait creusé. Afin de donner satisfaction à ce sentiment d’humanité désordonné, déraisonnable, funeste, les ingénieurs du service des mines furent obligés* d’autoriser des tentatives que la science réprouvait. 11 fut impossible de faire comprendre à ces braves gens, qu’en voulant aller trop vite on s’exposait à écraser l’enseveli vivant. Ils ne voulaient pas admettre que ne pas se contenter de creuser le puits latéral du génie, était certainement condamnera mort, l’infortuné dont le sort excitait une si honorable sympathie. ‘
- Pendant trois jours entiers la communication fut maintenue avec Dutilleux que l’on interrogeait fréquemment et a qui l’on avait fait parvenir tous les aliments dont il avait besoin, mais en quantité sagement ménagée. Mais tout d’un coup, le puits de Blancheface cessa de parler !
- Nous raconterons brièvement, la suite du drame, l’anxiété de la foule attendant avec passion le succès final, la foi vivace de ceux qui persistaient à espérer contre toutes espérances ; les travaux entrepris dans le puits éboulé, pendant que les soldats du génie continuaient le fonçage régulier du puits parallèle ; les difficultés que ces braves militaires rencontraient dans cette lutte, dans laquelle ils risquaient leur vie avec autant d’héroïsme que si le silence de Dutilleux n’avait indiqué que le principal intérêt
- 1 Voy. les volumes : Mort de faim et les Endormeurs, (jue nous avons écrits sur la matière.
- avait disparu à la suite d’un suprême éboulement; les désappointements de tous les braves gens qui campaient à Blancheface, lorsque l’issue lugubre fut officiellement constatée et donna un démenti aux espérances folles auxquelles ils n’avaient pas renoncé.
- Quand on arriva jusqu’au puisatier de Blancheface, on reconnut qu’il avait eu la tête comprimée comme dans un étau parles fers du cuvelage. En relevant le cadavre mutilé, on s’aperçut que la bouche était entièrement remplie de sable. Ce gravier ne s’était-il pas introduit lorsque l’infortuné avait soupiré pour la dernière fois ? \V. de Fonviei.le.
- CHRONIQUE
- Statistique de l’enseignement.— Nous empruntons au Journal de la Société Franklin les quelques chiffres qui suivent au sujet de l’enseignement populaire.
- Bibliothèques scolaires. — On en comptait 33 880 au 1" janvier 1887, possédant 4159208 volumes, et ayant fait 4866076 prêts. 11 y avait augmentation sur l’année précédente de 1578 bibliothèques, de 306667 volumes et de 708890 prêts.
- Bibliothèques pédagogiques. — En France, au 1er janvier 1887 on en comptait 2626, possédant 876 739 volumes.
- Caisses des écoles. — Loin d’augmenter en France, elles ont diminué de 108 en 1885-86 et ne sont plus qu’au nombre de 17 774. Les recettes ont été de 4549417 francs, en diminution de 116 701 francs. Les dépenses se sont élevées seulement à 3 949 521 francs, en diminution de 12909 francs, laissant une encaisse de 1200 096 francs.
- Sociétés de secours mutuels d'instituteurs. — Cinq départements en sont encore dépourvus. Les 82 autres comptent 40487 sociétaires, dont 2875 nouveaux. Les Sociétés avaient en caisse un actif de 4312199 francs, en augmentation de 242 562 francs sur l’année précédente.
- Instruction des conscrits. — Le meilleur département était le Jura, qui n’a que 0,8 pour 100 d’illettrés; le plus mauvais, le Finistère, qui en compte encore 29 pour 100.
- Instruction des conjoints. — 85,7 hommes sur 100 ont signé leur contrat, contre 77,6 pour 100 de femmes. Moyenne 81,7 pour 100.
- Gymnases. — 5223 écoles publiques possédaient un gymnase, en augmentation de 528 sur les chiffres de l’année précédente.
- Le pyrèthre. — L’Echo universel publie les renseignements suivants sur le pyrèthre, d’après une lettre de M. le commandeur P. de Tartaglia, vice-consul de France à Spalato (Dalmatie) : « Le pyrèthre du Caucase, qui végète spontanément sur les montagnes de la Dalmatie. de l’Albanie et du Monténégro, est maintenant l’objet d’une culture soignée, étendue et très lucrative en Dalmatie. On le propage en transplantant les plantes des montagnes, ou bien en plantant les jeunes sujets provenant de semis. 11 aime les terrains calcaires plutôt légers et qui ne soient aucunement sujets à l’humidité. Le sol doit être soigneusement préparé, de manière à détruire les mauvaises herbes, qui sont très nuisibles au développement de la plante. La plantation se fait au printemps ou en automne, en conservant une distance de 60 centimètres entre les plantes. On donne d’habitude deux la-
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- bours, au printemps et pendant l’été, pour enlever les mauvaises herbes et ameublir la terre. La première année, le produit est presque insignifiant ; la seconde, il est suffisant pour rembourser toutes les dépenses ; à la troisième, la plante se couvre de nombreuses fleurs. C’est un spectacle magnifique, que de voir ces champs de py-rèthres couverts au printemps de fleurs blanches qui tranchent sur le fond vert des vignes et des oliviers. La production d’un hectare est à peu près de 40 quintaux de fleurs qui, séchées, se réduisent à 10 quintaux. Le prix des fleurs non réduites en poudre est actuellement de ‘240 à 200 florins le quintal; de sorte qu’un hectare de terre fournit un produit de 2400 à 2000 florins, c’est-à-dire de 4800 à 5200 francs. C’est une jolie rente! L’usage de la poudre de pyrèthre est à présent très répandu, particulièrement dans les grandes fabriques et dans les magasins de tissus, pelleteries, papiers, etc. Les principales expéditions sont faites pour l’Angleterre et l’Amérique, ün avait essayé la culture de cette plante en Italie et même en Amérique, où elle donnait réellement de grands produits; mais en pratique, on a fini par s’apercevoir que la poudre provenant des fleurs récoltées dans ces pays avait perdu une partie de sa puissance insecticide, et que son effet était presque nul. Aussi, toutes les demandes sont adressées à présent à la Dalmatie et au Monténégro, et le prix de ce produit augmente toujours.' En peu de temps, la culture du pyrèthre va constituer une vraie richesse pour ces pays. »
- L’alimentation de Paris. — Le service municipal des halles et marchés de Paris vient de dresser la statistique annuelle des denrées consommées en 1887, que les droits perçus à l’octroi permettent de connaître exactement. La consommation de la viande de boucherie est eu augmentation sur les années précédentes : elle s’est élevée à près de 160 millions de kilogrammes. Celle du porc a dépassé 22 millions de kilogrammes, et celle de la charcuterie de toute espèce 2 millions de kilogrammes. La consommation de la viande de cheval acquiert une certaine importance : plus de 4 millions de kilogrammes. Le poids de la volaille et du gibier consommés dépasse 26 millions de kilogrammes. 11 y a, de ce côté aussi, progression sensible par rapport aux années précédentes. Les arrivages de poissons sont en augmentation d’environ 8 pour 100 sur ceux de 1886, et cet accroissement porte principalement sur la catégorie des poissons communs. Les introductions d’huîtres sont, au contraire, inférieures d’environ 4 pour 100 à celles des années .précédentes. La consommation des beurres a atteint 18 millions de kilogrammes; celle des fromages secs, les seuls qui paient l’octroi, 5 millions et demi de kilogrammes; celle des œufs, le nombre énorme de 428 millions. Les introductions de vins se chiffrent toujours par la même moyenne de 4500000 hectolitres, c’est-à-dire 2 millions de pièces. La consommation de la bière est de 263000 hectolitres. Depuis quelques années, on observait une progression remarquable dans la consommation des cidres et poirés. Cette progression ne s’est pas maintenue en 1887. La consommation n’a atteint que 175000 hectolitres, alors que la moyenne des cinq années précédentes avait été de 225000 hectolitres. La consommation des fruits et des légumes serait intéressante à chiffrer, mais elle ne peut l’être, ces denrées n’étant assujetties à aucun droit d’octroi.
- Le canal de Crimée. — D’après un correspondant du Daily Neivs, à Odessa, la péninsule de Crimée va être traversée par un canal. Ce serait une compagnie française qui, selon toutes probabilités, serait chargée du perce-
- ment de l’istlnne de Pérékop. Le tsar a déjà donné son approbation au projet. La concession n’impliquerait pas une garantie du gouvernement. Le canal aura 111 vers tes de longueur et reliera la mer d’Azof et le bassin du Don à la mer Noire et au bassin du Dniéper.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 juin 1888. — Présidence de M. Jansskn.
- Les canaux de Mars. — Conformément à la promesse qu’il en avait faite récemment, M. Perrotin adresse de Nice des dessins représentant l’état actuel de la planète Mars, et spécialement les problématiques canaux dont sa surface est recouverte. Ces dessins, au nombre de quatre, et qui seront insérés dans un prochain compte rendu, provoquent de la part de M. Fizeau un intéressant essai d’interprétation. On sait que le dernier des canaux décrit par M. Perrotin traverse en ligne droite la calotte de glace du pôle nord. Or, dans le dernier volume présenté au. nom de M. Nordenskjôld et qui contient la relation de la seconde expédition suédoise au Groenland, on trouve à la page 144 une gravure qui représente le gigantesque canal de l’Inlandsis de la Terre du nord-est. C’est une crevasse rigoureusement rectiligne, ouverte à perte de vue au travers de la plaine congelée. A une échelle prodigieusement grossie, le canal polaire de Mars peut vraisemblablement être attribué à une origine analogue. Restent les autres canaux sur toute la surface de l’astre. M. Fizeau entretient l’espoir que la même explication pourra leur être appliquée, ce qui revient à penser que la surface de notre voisine planétaire est envahie jusqu’à l’équateur par des nappes glacées. Pour justifier cette manière de voir, le savant physicien fait remarquer que la Terre et Mars étant séparés du Soleil par des distances qui sont entre elles comme 2 est à 3. Mars ne reçoit que les 4/9 de la chaleur qui tombe sur la Terre. En outre, son atmosphère étant incomparablement plus mince que la nôtre et emmagasinant, par conséquent, beaucoup moins les radiations calorifiques, le climat général de cet astre peut être considéré comme beaucoup plus rigoureux que le nôtre. C’est dans le même sens encore que viendrait témoigner la couleur rouge caractéristique de Mars qui serait due à une rareté relative de l’air et à une abondance plus grande de la vapeur d’eau. Ceci étant admis, rien n’empêche d’étendre à la surface totale de l’astre les conditions qui régnent chez nous seulement vers les pôles, et de voir dans les canaux de Schiaparelli de gigantesques crevasses de glaciers. Tout en rendant hommage au caractère éminemment philosophique des vues de M. Fizeau, M. le président Janssen se demande si la substance crevassée est bien réellement de la glace. Faisant intervenir les données de la plus pure géologie comparée, et prêtant ainsi l’appui de sa haute autorité à des vues sur l’évolution sidérale que j’ai moi-même exposées dès 1871 dans le Ciel géologique (p. 184, 197, etc.), il fait remarquer que Mars ayant une masse très inférieure à celle de la Terre a nécessairement traversé beaucoup plus vite que celle-ci les différentes étapes de la vie planétaire et que son refroidissement spontané a progressivement déterminé l’absorption partielle de ses océans et de son atmosphère. Dès lors, se demande-t-il, pourquoi ne pas voir dans les canaux de Mars la première forme du phénomène de cra-quellement de l’écorce rocheuse dont les rainures de la lune sont des spécimens si éloquents?
- Le laboratoire de Banyuls. — C’est avec une satisfac-
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- tion communicative que M. de Lacaze-Duthiers rend compte de la visite qu’il vient de faire au laboratoire Arago. C’est seulement depuis peu de temps que les bacs de raquariiun se montrent favorables à la conservation des animaux vivants. Sans qu’on puisse expliquer le phénomène, il faut reconnaître, en effet, que malgré les bonnes conditions apparentes, tous les pensionnaires du laboratoire mouraient en un jour ou deux ; une sorte d’équilibre hygiénique s’est étaldi peu à peu, et M. de Lacaze-Dulhiers signale la question comme éminemment digne d’étude. 11 cite un certain petit polype qui, placé dans un tube à essai avec un peu d’eau de mer dont on rétablissait le niveau avec de l’eau distillée, a vécu quatre ans transporté successivement à Lille, dans Je midi de la France, et finalement ramené à Lille. Il cite d’autre part le véritable égout collecteur des aquariums de Ba-nyuls, où ne manquent pas les cadavres en putréfaction et où pourtant des seiches se trouvent si bien qu'elles couvrent les parois de raisins de mer. Actuellement, les bacs sont si parfaitement à point que les observations zoologiques importantes s’y succèdent rapidement. C’est ainsi que le murex pompilius et que des élédones ont pojidu des œufs qui seront suivis attentivement.
- Emeraude artificielle. — Profitant des propriétés essentiellement minéral isatrices qu’il a naguère dé couvertes chez les vauadates et chez les molybdates alcalins, M. Haute-feuille vient d’employer ses sels à la synthèse de la phénakite et de l’émeraude. Pour la première substance, de la silice et de la zircone sont placées dans un bain de vanadate de lithine maintenu pendant quinze jours à la température de 6 ou 700 degrés, il se fait d’abord un silicate double de zircone et de lithine qui se dédouble ensuite lentement et donne ainsi le minéral désiré avec les caractères chimiques, physiques et cristallographiques des échantillons naturels. Pour l’émeraude, les éléments chimiques de la gemme sont placés dans un bain de molybdate acide de lithine. Dans les deux cas, la température influe très nettement sur la forme des cristaux obtenus.
- Nouvelle lampe sans flamme. — Tout le monde connaît l’incandescence que conserve le platine chauffé dans l’hydrogène au contact de l’air. M. Ilirn a construit récemment une lampe sans flamme analogue, où le platine est remplacé par du charbon. Ayant voulu éteindre une lampe à alcool, et plaçant pour cela le couvercle de verre sur la mèche, il s’aperçut qu’un point de celle-ci restait en ignition. H retira le couvercle, et le coton carbonisé resta rouge pendant neuf heures entières.
- ] positives démontrent que le cancer résulte du développement de microbes. — M. Arnaudo voudrait employer la force des marées à comprimer de Pair qu’on utiliserait ensuite mécaniquement. — Un médecin anglais prétend extraire plusieurs alcaloïdes de l’urine humaine. — La fluorescence de la chaux additionnée de sesquioxyde de chlorure occupe M. Lecoq de Boisbaudran. — Suivant M. Friedel, et quoiqu’on ait dit M. Wilson, la densité de vapeurs du chlorure d’aluminium est bien conforme au nombre publié par Henri Sainte-Claire Deville etM. Troosl.
- Staxislas Meunier.
- PHYSIQUE SMS APPAREILS ’
- LA COMPRESSION DES GAZ
- « Voici une carafe à large ouverture que je tiens horizontalement, je pose intérieurement dans son goulot, un bouchon. Voulez-vous, dis-je à un jeune
- ami de la physique, essayer de souffler sur le bouchon, je vous mets au défi, en soufflant, de le faire entrer dans la carafe. « Mon interlocuteur prit la carafe d ’une main, comme le représente la figure ; avec la sérénité de l’hom-me sur de son fait, il arrondit ses joues, emplit sa bouche d’air, et souffla énergiquement sur le bouchon, qu’il avait la persuasion d’envoyer au fond de la carafe. Erreur profonde ! au moment où le souffle se produisit, le bouchon, comme lancé par un ressort intérieur, sortit violemment de l’orifice du goulot et vint frapper les lèvres de l’expérimentateur.
- L’explication du phénomène est facile à donner : en soufflant dans l’espace confiné de la bouteille, l’air intérieur se trouve comprimé ; puis se détend, et lance le bouchon au dehors. La projection du bouchon sera d’autant plus énergique que l’on aura soufflé plus violemment.
- Pour réussir, quelques précautions sont nécessaires : il faut que la carafe ne soit pas mouillée intérieurement et surtout que le goulot soit absolument sec, l'humidité établirait de l’adhérence entre le bouchon et le verre, et le succès deviendrait douteux. 11 faut enfin se servir d’une carafe lisse; la carafe classique du limonadier convient parfaitement.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris-
- Le bouchon el la carafe.
- Varia. — Suivant M. Doiningos Freire, des expériences
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- N° 788.
- 7 JUILLET 1888.
- LA NATURE.
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- ANCIENNES OPINIONS
- ET FANTAISIES SCIENTIFIQUES
- RELATIVES A
- L’INTÉRIEUR DE LA TERRE
- Rien des siècles avant la création de la science géologique, l’imagination humaine s’était déjà mise en frais, et les philosophes, s’appuyant sur quelques notions plus ou moins vagues glanées ça et là, ou se basant sur l’observation d’un petit nombre de
- phénomènes locaux, avaient forgé divers systèmes plus hardis et ingénieux que vraisemblables et logiques dans le but d’expliquer la structure du cœur du globe. Plus tard, les vieux paradoxes dont nous parlerons en premier lieu ont été oubliés à mesure que surgissaient des hypothèses plus sérieuses. Cependant, en l’an de grâce 1678, les savants sont loin d'ctre d'accord entre eux au sujet de cette mystérieuse question, et la marge laissée aux rêveurs ou aux faiseurs de romans est encore assez ample pour que les futurs écrivains puissent encore, sans par
- Coupe idéale de la Terre (d’après le P. Kirclier) montrant le feu central A et la circulation intérieure des eaux. Fac-similé réduit d’une gravure de Mundus subterraneus, publié en 1678.
- trop blesser la vraisemblance, narrer à la génération présente des récits tels que ceux qui seront brièvement cités à la lin de cette note.
- Tout d’abord, Aristote démontrait — ou croyait démontrer — au moyen ^’un syllogisme demeuré célèbre comme exemple de cercle vicieux, que le centre de la terre coïncidait avec le centre même de l’univers visible; du reste, en adoptant les idées cosmogoniques des anciens, il eût été difficile d’admettre que le pivot des deux fût rejeté excentriquement par rapport à la sphère céleste. 11 faut partir du principe qu’à peu près toutes les suppositions imaginables ont été mises en avant dans le cours de Ifi* année. — 2e semestre.
- l’antiquité et des temps modernes lorsqu’il s’est agi de concevoir l’état physique de l’intérieur de notre domaine. Les entrailles du globe sont embrasées suivant Pythagore, Empédoclc, Platon; leur opinion, soutenue ensuite avec plus d’autorité par Descartes et Leibnitz, règne encore en France, chaudement défendue par d’éminents champions tels que MM. Dau-brée, Paye, de Lapparent. Au contraire, d’après Anaxagore et Démocrite, suivis de bien loin par Woodwart, nous foulons une sphère remplie d’eau entourée d’une mince enveloppe de terre jouant le rôle de la coquille d’un œuf. Buflon avoue son ignorance, mais il répugne au feu central. Nous ne
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- LA NATURE
- savons qui le premier pensa nous donner un noyau enfer; mais ce savant inconnu, s’il revenait sur la terre, s’apercevrait, non sans orgueil, que son idée, loin d’être oubliée, est encore soutenue avec preuves à l’appui'; au surplus, l’existence même du magnétisme terrestre constitue un argument assez fort. Un certain nombre d’érudits plus mystiques se figuraient sous nos pieds un immense creux, à l’intérieur duquel circulaient un soleil, une lune et des planètes recélant des plantes, des animaux et même des êtres pensants d’une nature assurément toute spéciale2 3. D’autres affirment que notre monde est perforé de part en part au moyen d’un long tunnel débouchant aux deux pôles. Les plus timides se contentent de ^supposer l’existence de grandes mers intérieures communiquant avec les océans superficiels.
- Après avoir passé en revue les opinions extrêmes, résumons en quelques lignes la croyance la plus répandue et la moins absolue. Pour cela nous n’avons qu’à ouvrir les deux volumes in-folio que le célèbre P. Kircher5 a modestement intitulé Mundus fubterraneus. Le traité du savant jésuite mérite le iiom d’encyclopédie, car on y voit condensés des (principes ou des applications de toutes les sciences (qui, de près ou de loin, se rattachent à la question (principale: géographie, astronomie, mécanique, physique, acoustique, chimie, histoire naturelle...,etc.
- L’idée fondamentale de l’ouvrage consiste à mettre gn parallèle le corps humain (microcosmus) avec la terre (geocosmus). Le noyau intime de celle-ci est embrasé ; mais la constitution des couches moyennes ijou supérieures est des plus hétérogènes. A nos viscères correspondent des canaux souterrains et des abîmes d’eau (hydrophylacia) qui alimentent les fontaines et font communiquer entre elles toutes les mers4; du feu central rayonnent d’innombrables .veines (pyrophylacia) qui vivifient et réchauffent le globe, alimentent les volcans et tiédissent l’eau des sources thermales ; les esprits vitaux (sanguis spiri-tuosus) fonctionnent à peu près de même dans notre corps. Comment le globe pourrait-il respirer, sinon par le moyen des aerophylacia, vastes réservoirs creux comparables aux poumons et gonflés d’air? L’air des aerophylacia s’échappe à travers des conduits ramifiés et sert d’abord à entretenir la combustion des masses ignées qui s’éteindraient sans
- 1 Tel est le sentiment de M. Nordenskiold.
- 4 On démontre en mécanique un l'ait des plus curieux : la pesanteur ne ferait pas sentir son influence à l’intérieur d’une eaverne sphérique et concentrique à la terre. Suivant llelmholtz, des créatures intelligentes, claquemurées dans une semblable prison, sans rapports possibles avec l’extérieur, ne pourraient concevoir la notion des parallèles et professeraient une géométrie particulière, distincte de la nôtre. (lier. Scient., 16 juin 1877.)
- 3 A. Kircher, s. j., né à Fulda en 1602, mort à Rome en 1080.
- 4 Selon le Mundus subterraneus, la Caspienne est réunie à
- la mer Noire et au golfe Persique, comme la mer Morte à la hier Rouge, par l’intermédiaire d’excavations mystérieuses. L’ouvrage signale aussi l'existence supposée du tunnel sous marin perforant l’isthme de Suez et par lequel M. Jules Verne fait passer le. Nautilus du capitaine Nemo.
- cela ; mais, de plus, mi certain nombre de tuyaux débouchent dans des cavernes superficielles. Le fluide devenu libre s’échappe alors violemment à l’extérieur; ainsi se déchaînent les vents1. Nous n’avons h; temps ni d’examiner plus en détail, ni de critiquer toutes ces fables qui reflètent les préjugés du temps où vivait l’écrivain; n’oublions pas de dire qu'elles sont mêlées de beaucoup de notions saines et justes qu’un géologue moderne ne renierait pas. Le P. Kircher n’avait pas seulement beaucoup lu, beaucoup compilé; il avait aussi voyagé et observé, et s’était livré à de fréquentes expériences.
- On peut considérer la classique descente aux enfers qui prend place comme épisode dans la plupart des anciens poèmes épiques comme un prototype de la Divine Comédie du Dante. Celle-ci, interprétée moins dans le sens mystique que dans le sens litlé-ral, constitue le récit d’un véritable voyage au centre de la Terre occupé par Satan. Au dix-septième siècle le a Molière danois », llolberg, rédige en latin les Aventures de Nicolas Klimius dans le monde souterrain , il décrit les planètes qui circulent dans les parties creuses du globe, et analyse les mœurs des êtres intelligents qui séjournent sur ces astres. Nous n’insisterons pas sur ce voyage imaginaire ; contentons-nous de renvoyer le lecteur soit à l’analyse détaillée qu’en a faite M. Camille Flammarion dans les Mondes imaginaires et les mondes réels, soit à la contrefaçon abrégée de la même œuvre insérée par Hoffmann dans les Contes nocturnes et intitulée VElixir du diable. Notons seulement une circonstance : Holberg n’a pas cru devoir attribuer un luminaire spécial à son univers souterrain, et le fait simplement éclairer par les rayons solaires traversant les mers formant voûte et suspendues au-dessus du vide. L’ouvrage assez ennuyeux intitulé Lamé-kris ou les voyages extraordinaires d'un Egyptien dans la terre intérieure*, n’est qu’un pamphlet philosophique, et, en dépit de son titre alléchant que nous abrégeons, la Relation d’un voyage du pôle arctique au pôle antarctique par le centre du monde n’offre aucun intérêt.
- Depuis une vingtaine d’années la jeunesse française et étrangère a fait ses délices du Voyage au t centre de la terre de M. Jules Verne, œuvre parfaite en son genre, si on la considère comme un roman fantastique et non comme une compilation d’allure
- 1 L’auteur, dans le cours de ses voyages, traversa la Provence et visita le Comtat Yenaissin. Frappé de l'énergie que déploie le mistral entre la Crau et Carpentras, il crut devoir supposer dans ces parages l’existence de deux cavernes des vents. L’une d’elles est située près des bouches du Rhône et se déverse sur la Crau. La seconde est cachée dans les flancs du mont Yentoux. Nous nous rappelons, du reste, avoir vu sérieusement proposer, dans un journal de la région du Midi, le projet suivant : rechercher dans la vallée du Rhône le point d’origine du mistral; faire ensuite des travaux dans le but de l’arrêter ou de le modérer; utiliser enfin pour les besoins de l’industrie le vent une fois capté.
- 4 Par le chevalier de Mouhy (dix-huitième siècle). Ce récit, comme le précédent et le suivant, se trouve dans la collection des Voyages imaginaires.
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- LA N AT U UE.
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- scientifique. Néanmoins, M. Verne s’est servi fort à ‘ propos (le certaines théories géologiques ou géogéniques, et a si bien combiné le récit de l’expédition imaginaire, qu’il entraîne son lecteur sans trop d’efforts de la vie réelle en plein merveilleux. Certains détails par lesquels s’ouvre la narration et qui sont relatifs à l’indication trouvée sur un vieux parchemin1 , de la route mystérieuse qui conduit jusque dans les entrailles du monde sont réellement ingénieux, tellement ingénieux que M. Verne a cru devoir, il y a peu d’années, en revendiquer la propriété littéraire exclusive. Ajoutons a l’usage des rares lecteurs qui ne connaissent pas l’agréable fantaisie de M. Verne, qu’en dépit du titre du livre, les trois touristes n’atteignent pas le centre de la Terre ; mais ils trouvent, à quelques centaines de kilomètres au-dessous de l’Europe, d’immenses grottes baignées par des mers souterraines, éclairées par des effluves électriques et dans lesquelles circulent les monstres des temps géologiques, tandis que des troupeaux de mastodontes guidés par des créatures étranges errent sur les rivages. Plus tard (novembre 1882) M. Verne, en collaboration avec M. d’Ennery, a fait représenter au théâtre de la Gaîté le Voyage à travers Vimpossible, et dans cette pièce, on montrait aux spectateurs les êtres fantastiques habitant les cavernes du globe. Malgré cette exhibition, le drame n’eut qu’un demi-succès et n’a pas été repris depuis.
- Antoine de Saporta.
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- NOUVEAU GILET DE SAUVETAGE
- Nous verrons bientôt figurer à l’exposition de sauvetage, qui s’organise actuellement à Paris, un nouvel engin do sauvetage très pratique, dû à M. Massée, sujet hollandais, qui a eu la satisfaction de le voir adopter immédiatement par la marine militaire de son pays et par plusieurs compagnies de navigation à vapeur hollandaises et belges. Cet engin ressemble à un gros gilet de chasse, sans manches, et il est confectionné en toile, en cheviotte ou en satinette. L’étoffe est double, pour que l’on puisse y introduire de la poudre de liège calciné qui a subi une préparation convenable dans des moulins disposés à cet effet. L’étoffe est alors cousue de façon à ce que la poudre de liège soit également répartie en formant un grand nombre de carrés, ce qui en fait un gilet capitonné, nom sous lequel il est le plus souvent désigné. Outre l’élégance de sa forme et la beauté des étoffes que l’on peut choisir pour le confectionner, il a l’avantage de pouvoir se porter sous un pardessus ou un gros vêtement, sans que le passager qui en est revêtu, paraisse ridicule, ce qui n’est pas le cas avec
- 1 Le fécond romancier nous excusera si nous lui signalons une petite inadvertance qu’il a commise et qui peut-être est la seule qu’on puisse relever dans la collection de ses ouvrages combinés avec tant de soin. Il a oublié que le document du seizième siècle indiquant le jour précis auquel le voyageur doit entreprendre sa dangereuse expédition, avait été composé avant la rectification du calendrier en Italie et à pins forte raison en Islande et qu’ainsi la date prescrite ne saurait concorder avec la supputation actuelle. La fin de juin d’il y a trois cents années correspond à l’heure qu'il est avec les premiers jours de juillet.
- tes ceinlures ordinaires, formées de plaques de liège, que tout le monde connaît. De plus, en cas de choc, ce gilet amollit la violence du coup, tandis que la ceinture ordinaire occasionne des meurtrissures. Les plaques de liège qui la forment n’ayant aucune élasticité, on conçoit qu’elles ne puissent pas atténuer les chocs qu’elles reçoivent; l’étoffe capitonnée, au contraire, étant formée d’un grand nombre de carrés remplis de poussière de liège, elle forme une sorte de bourrelet flexible. Ce gilet se boutonne du haut en bas et il est pourvu d’une ceinture pour mieux l’ajuster à la taille. Chaque passager peut le placer au pied de sa couchette, de façon à l’avoir toujours sous la main. Dans le cas où il faudrait s’en revêtir tout d’un coup, on devra commencer par boutonner le bouton du bas, de façon à ce que le gilet ne puisse pas se relever au-dessus des épaules, ce qui arriverait si l’on était obligé de se jeter à l’eau subitement en ayant seulement pris le temps de passer les bras. Dans le cas où le passager qui en sera revêtu devra séjourner plusieurs heures dans l’eau avant d’être sauvé, ce gilet lui sera précieux en le préservant du froid beaucoup mieux que ne le ferait une ceinture ordinaire. L’on sait que, dans certains sinistres, bien des passagers ont été retrouvés morts de froid et cramponnés aux bouées de sauvetage annulaires ou autres flotteurs dont ils avaient pu se saisir et qui ne les garantissaient aucunement du froid. Les expériences faites avec le gilet capitonné ont prouvé qu’il pouvait soutenir pendant longtemps des marins revêtus de leurs vêtements cirés et chaussés de leurs grosses bottes de mer. Des femmes et des enfants ne sachant pas nager se sont jetés dans la Meuse et ont très bien pu se maintenir à flot avec les épaules complètement hors de l’eau, pendant toute la durée des expériences. Ce gilet paraît donc appelé à remplacer les ceintures de sauvetage ordinaires pour tous les passagers de cabine, ces dernières étant réservées aux émigrants, aux passagers de troisième classe et aux marins du bord. C’est, du reste, ce qui a déjà lieu en Belgique et en Hollande, sur les lignes de Flessingue à Queensborough, d’Ostendc à Douvres, sur les paquebots des Indes néerlandaises et dans la marine royale hollandaise qui en a acheté 2600 à la fois, aussitôt après les premiers essais. Au commencement de cette année, une grande compagnie de navigation à vapeur en a commandé 400 pour ses paquebots.
- Un dernier détail, les nouveaux modèles soni pourvus d’une poche pour permettre aux passagers d’y placer un flacon de liqueur réconfortante, un portefeuille ou tout autre objet susceptible d’y entrer. L. Muller.
- BALANCE AUTOMATIQUE
- A NIVEAU CONSTANT
- L’analyse des eaux minérales ou des eaux potables exige généralement l’évaporation de 2, 5, 10 ou même 20 litres d’eau, et, lorsqu’on veut déterminer le résidu par litre, ou doser la silice, il faut opérer avec une capsule de platine, l’emploi de la porcelaine ou du verre n’étant alors pas possible. Cette évaporation doit, de plus, être conduite avec ménagement, parce que l’ébullition vive pourrait occasionner une légère perte, dans le cas d’une eau magnésienne, par exemple. D’ailleurs il faut toujours éviter les projections. Aussi, serait-ce une opération longue et fasti-
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- LA NATLHE
- (lieuse si l’on était obligé de la surveiller constamment et de remplir fréquemment la capsule de platine, dont les dimensions sont forcément restreintes.
- Parmi les dispositifs imaginés pour obtenir une alimentation automatique, le plus employé, peut-être, est celui de M. Fontaine, pharmacien de la marine, qui consiste en un vase de Mariotte muni d’un siphon dont la grande branche plonge dans la capsule. Le siphon une fois amorcé, le niveau s’établit et se maintient à la hauteur correspondante à l’extrémité inférieure du tube de rentrée de l’air. Malheureusement, il arrive parfois, surtout avec une eau gazeuse, que des bulles de gaz s’introduisent dans la grande branche du siphon, et finissent par le désamorcer, malgré la houle que l’on souffle au point le plus élevé du tube. De plus, l’extrémité plongée dans l’eau qui s’évapore se recouvre, intas et extra, d’un dépôt qu’il est difficile d’enlever et de réunir à celui de la capsule, et peut même s’obstruer. Enfin, pour remplir le flacon de Mariotte, il faut désamorcer , puis réamorcer le siphon, ce qui trouble la régularité de l’évaporation.
- L’appareil que nous allons décrire nous parait éviter ces imperfections et permet de rendre l’évaporation absolument automatique. 11 est d’ailleurs d’une très
- grande simplicité, ce qui rend son fonctionnement sûr et le met à l’abri de tout dérangement.
- Il se compose essentiellement d’une balance ordinaire, à colonne, d’une grandeur appropriée à la dimension de la capsule dont on dispose. Un des plateaux est remplacé par une toile métallique sur laquelle sera placée la capsule. Dans l’autre, une tare lui fera équilibre. Enfin, grâce à une petite modification apportée à la fourchette destinée à arrêter les oscillations du fléau, un tube de caoutchouc de faible diamètre peut être pincé entre le fléau et cette fourchette.
- Ce tube communique, d’une part, avec un flacon de Mariotte contenant l’eau à évaporer, et, d’autre part, avec un petit tube fixé à la colonne de la balance, et dont l’extrémité recourbée aboutit au-dessus de la capsule. Les choses étant ainsi disposées, l’eau s’écoulera dans la capsule tant que son poids sera insuffisant pour vaincre la tare. On dispo-
- Buluuce automatique à niveau constant.
- sera celle-ci de façon que la capsule étant pleine aux trois quarts environ, son poids l’emporte légèrement. Le fléau s’abaissant alors pincera le caoutchouc et l’écoulement s'arrêtera. Si maintenant on installe sous le plateau de toile métallique un bec de gaz, l’évaporation commencera bientôt, et la capsule devenant plus légère, le fléau se relèvera et l’eau recommencera à s’écouler. L’expérience montre que l’appareil se règle de lui-même, de manière que l’eau tombe goutte à goutte, à raison de 50 à 60 gouttes à la minute, selon la rapidité de l’évaporation, en sorte que le niveau se maintient constant, et cela, bien que la balance soit très peu sensible par elle-même.
- On constate que le niveau dépend uniquement de la tare, et que le nombre des gouttes dépend uniquement de l’intensité de l’évaporation, et par suite du chauffage, que Ton règle une fois pour toutes.
- L’appareil peut alors être abandonné à lui-même pendant plusieurs jours sans qu’on ait autre chose à faire qu’a remplir le flacon, ce qui ne dérange nullement la marche de l’opération.
- On n’a pas à craindre l’introduction de bulles gazeuses dans le tube, ce qui n’aurait du reste pas d’inconvénients, ni la formation d’un dépôt dans ce tube, puisqu’il ne plonge pas dans l’eau.
- Tout au plus pourrait-il arriver que, le flacon étant vide, l’alimentation cessât, et que le dépôt lut calciné. Mais cela peut être évité en disposant l’autre extrémité de la fourchette, de manière à pincer aussi le tube qui amène le gaz au brûleur. Si la capsule n’est plus alimentée, la tare l’emporte de plus en plus, la flamme du gaz baisse et s’éteint avant que le dépôt ne soit sec. L’opération n’est pas perdue.
- Il y a plus. On peut facilement s’arranger de façon que la flamme baissant au fur et à mesure de F achèvement de l’évaporation, le dépôt finira par sécher complètement, sans la moindre projection et sans être calciné, en sorte que l’opération est réellement automatique jusqu’au bout.
- Cet appareil peut évidemment être appliqué dans d’autres cas. Nous aurons peut-être l’occasion d’en parler plus tard. Charles Truchot.
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- LA NATURE.
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- UNE TRUIE MONSTRUEUSE
- L’administration du Muséum d’histoire naturelle de Paris recevait récemment une lettre de M. Ré-zaure, consul de France à Canton (Chine), annonçant l’envoi d’une truie monstrueuse.
- Un résident anglais de Canton,
- M. Pitman, l’avait achetée à des Chinois, qui la montraient pour de l’argent.
- « Ce monstre, dit M. Rézaure, déjà âgé de huit mois et en par-laite santé, présente des particularités de développement excessivement caractérisées, pouvant prêter à des observations très intéressantes, tant au point de vue de la physiologie expérimentale (qu’à celui de l’em-hryogénie comparée.
- « M. Pitman, qui avait d’ahord l’intention de se servir de cet animal dans un hut de spéculation, a gracieusement consenti, pour être agréable au Consulat de France, à le céder au Muséum d’histoire naturelle de Paris, moyennant remboursement des sommes qu’il a payées. »
- Ce monstre est arrivé en bon état et chacun peut le voir dans la ménagerie du Muséum.
- L’animal est blanc avec de grandes taches noires. Le corps est simple dans la portion antérieure, c’est-à-dire que cette truie a une seule tête, un thorax, portant deux pattes antérieures. Le train de derrière, au contraire, est double et chacune de ces parties postérieures semble normale au premier abord.
- Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, qui a fait une étude approfondie des monstres et qui a été, avec son père, le créateur de la Tératologie, avait déjà connaissance de cette forme bizarre de monstruosité. Notre truie rentre dans la famille des monstres doubles mono-céphaliens. Tous les représentants de cette famille
- ont une tête qui surmonte deux corps confondus d’une manière plus ou moins intime et sur une étendue plus ou moins grande.
- D’après Geoffroy Saint-Hilaire, l’unité de la tête n’est qu’apparente, et les deux troncs sont toujours réunis jusqu’à l’ombilic au moins.
- Dans cette famille des monstres doubles monocéphaliens Geoffroy Saint-Hilaire a établi trois genres. Les uns, les Déradelphes, ont une tète, un tronc qui se bilurque au-dessous de l’ombilic, trois ou quatre membres thoraciques. Les seconds, ou
- Thoradelphes, ont une seule tête également, un tronc bifurqué au-dessous de l’ombilic, mais n’ont que deux membres thoraciques. Le troi* sième genre, les Synadelphes, présente un tronc unique, mais double dans toutes ses régions; huit membres parmi lesquel^ quatre paraissent dorsaux et dirigés supérieurement1.
- Notre cochon chinois est un Thoradelphe, genre très rare et peu connu. « Gomme l’indique son nom, ce n’est plus à partir du cou, mais seulement du thorax, que la duplicité de l’être commence à se révéler. A l’inté—
- 1 Vov. Des monstruosités, La Nature, 1874, premier semestre. Table des matières.
- Fig. 1. — Truie monstrueuse, à G pattes, du Muséum d’histoire naturelle de Paris.
- Vue do l'ace.
- La même, vue de dos.
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- LA NATURE.
- rieur il n’existe plus qu’une seule série de vertèbres I cervicales, et une seule moelle épinière cervicale, comme un seul crâne et un seul encéphale ; et la bifurcation des deux rachis ne commence que vers le milieu de la région dorsale, ou même plus bas encore. Extérieurement, cette disposition est traduite par le volume à peu près normal du cou et de la partie du thorax qui l’avoisine, mais surtout par la disposition des membres thoraciques, au nombre de deux seulement ; nombre qui est une conséquence nécessaire de l’unité de la portion du thorax qui supporte immédiatement les épaules et médiatement tout le reste des membres thoraciques. »
- C’est à cette courte description, ou plutôt à ces indications très insuffisantes que Geoffroy Saint Hilaire était obligé, faute de matériaux, de borner l’histoire de la thoradelphie.
- Le monstre chinois permettra sans doute de donner plus de détails sur la constitution anatomique des tboradelphes ; mais ce ne sera qu’après sa mort, lorsqu’on en pratiquera la dissection.
- Pour le moment cette petite truie est en parfaite santé et nous devons nous contenter de l’examen extérieur. Les deux gravures (page 85) donnent une excellente idée de l’aspect de ce curieux animal. Il est soulevé sur ses pattes de devant et traîne son corps postérieur double et symétrique.
- La tête et les pattes antérieures sont normales. La séparation des deux troncs semble commencer après les vertèbres dorsales; je dis semble, car la couche épaisse de graisse de l’animal met un obstacle à cette constatation d’une façon précise.
- Les deux trains de derrière sont semblables.
- Les deux pattes extérieures, c’est-à-dire la droite pour le tronc droit et la gauche pour le tronc gauche, servent seules à l’animal, non pour se soutenir, mais pour s’arc-bouter et progresser. Les deux pattes internes, c’est-à-dire la droite du tronc gauche et la gauche du tronc droit, sont inertes et atrophiées. Il existe un orifice anal à chacun des troncs et tous deux fonctionnent en même temps, ce qui fait penser que l’intestin est bifurqué dans la région rectale seulement, ou bien, s’il, n’en est pas ainsi, que les deux portions de l’intestin fonctionnent simultanément avec une régularité parfaite.
- Nous engageons nos lecteurs à aller rendre visite à cet intéressant représentant de la race porcine pendant qu’il est encore vivant. Il reçoit dans la rotonde de la ménagerie du Muséum.
- Charles Brongniart,
- du Muséum d’hisloirc naturelle.
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- KASHMIR
- LA JHELUM ET SES POXTS
- Depuis les guerres que les Anglais ont eu à subir dans leur immense colonie des Indes, ils ont construit des chemins de fer qui réunissent toutes les villes principales entre elles.
- Le terrain, presque toujours uni, a favorisé singulièrement la construction rapide de ces voies ferrées. La distance considérable qu’il faut parcourir pour se rendre de Calcutta à Ueshawar, 2545 kilomètres, la dernière ville frontière avant l’entrée dans l’AI-ghanistan, est faite sur un sol dont les mouvements ne sont pas apparents pour ainsi dire. Delhi, le point le plus élevé, est à 260 mètres au-dessus du niveau de la mer.
- Il ne faudrait pas croire cependant que sur tout ce parcours il n’y a point, de temps à autre, de travaux d’art importants. L’un des principaux est le magnifique pont qui a été construit en 1880 sur la Jhelum, près de la petite ville de Wazirabad, par les ingénieurs anglais Westwood, Raillie and Cü. Il a 4827 mètres de longueur. Il n’a qu’une seule voie avec deux petits chemins de chaque côté pour faciliter le service et pour le passage des piétons. Les fermes liorizontales faites d’entrecroisements de fers ajourés ont une portée de 50 mètres environ et sont posées sur de larges piles de briques placées dans le lit du fleuve.
- Le royaume de Kashmir (pie nous allons visiter est encore indépendant. Quand on y pénètre on descend, à la station de Rawal-Pindi, et là, il faut se procurer des tentes, des ustensiles de cuisine, des lits, etc., pour aller passer une dizaine de jours dans les montagnes des forêts de l’IIimalaya kashinirien où le voyageur pourra vivre de la vie ancienne de Elude, celle d’avant, la création des chemins de fer.
- On loue un ion go, voiture du pays, et en quelques heures, par une belle route de montagne, on monte jusqu’à Murree, petite ville située à 2000 mètres d’altitude. C’est à partir de là que commence véritablement le voyage de Kashmir.
- Pour porter tous les bagages, il me fallait huit coolies, j’avais en outre pour moi un cheval et un autre pour mon domestique qui devait aussi me servir de cuisinier; cela formait presque une petite expédition. Il ne faudrait pas croire cependant que tout cet équipage soit très dispendieux. On le renouvelle à chaque étape; les huit coolies coûtent 4 roupies (7 fr. 20 cent.) ; les deux chevaux, la même somme ; et, bien entendu, on n’a pas à s’occuper de la nourriture des hommes ni des bêtes. Le voyage à travers les montagnes est assez facile d’ailleurs et n’offre pas de grandes fatigues. Il y a des relais bien disposés aux endroits voulus, de sorte qu’avec les lentes et provisions tout se passe aisément. Les grandes pluies de l’année dernière ont détruit une grande partie de la route à suivre. Les talus n’ont aucune consistance. Ils sont composés presque partout d’un mélange énorme de roches roulées, de galets mêlés à la terre qui fait voir les révolutions con-sidéràblcs et les changements de lits de la rivière la Jhelum, de sorte que lorsqu’ils sont détrempés ils glissent en emportant les ponts et les ouvrages de soutènement. J’étais souvent forcé de faire d’assez grands détours par les forêts pour retrouver un peu plus loin un bout de route réparée ou non éboulée.
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- Le gouvernement anglais, d’accord avec le maha-rajali de Kaslnnir, a mis tout un monde d’ouvriers pour refaire le plus vite possible cette route si nécessaire. Mais ces ouvriers sent loin de travailler comme les nôtres. Nos terrassiers, par exemple, enlèveront de leurs bras vigoureux et jetteront au loin toute une pelletée de terre; il faut deux hommes, en ce pays, pour faire cette besogne. Le premier ouvrier enfonce sa bêche dans la terre, le deuxième, à l’aide d’une corde attachée au lias du manche de l’instrument, la retire mollement et en verse le contenu à quelques pas de distance (fig. 1). Là où chez nous quelques hommes suffisent, il en faut à Kashmir plus du double et encore ils dorment souvent. Cette route sera terminée cependant dans trois ou quatre ans; il y aura alors des Bungalows à tous les relais et les touristes ne pourront plus faire le voyage d’une façon pittoresque comme actuellement. La route est presque constamment sur les bords de la Jhelmn, il faut suivre la vallée qu’elle creuse tous les jours de plus en plus. Je la voyais souvent traverser par les ouvriers Hindous, et comme le courant est fort violent, ils emploient un moyen original pour s’aider. Ils s’attachent sous la poitrine et le ventre une grande outre gonflée d’air. Soutenus parfaitement par cette énorme vessie, ils n’ont plus qu’à nager en s’aidant d’un bâton (fig. 2). Le coup d’œil de cette natation est tout à fait comique, les mouvements des hommes deviennent grotesques, mais en somme le but est rempli, le torrent est traversé.
- Le paysage de la route est beau mais il n’offre rien de particulier, ayant une assez grande ressemblance avec celui que nous avons dans nos montagnes d’Europe. (On y rencontre souvent les mômes plantes et les memes arbres, on oublie donc quelquefois qu’on se trouve à Kashmir; mais cela ne dure guère, les spectacles délicieusement pittoresques des Indes viennent bientôt vous rappeler où vous êtes. Dans les étroits sentiers mal tracés, sous les grands cèdres, on est souvent arrêté, par une longue file de cent dromadaires et souvent plus, chargés de lourds bagages, line corde passée dans les narines du second est attachée à la queue du premier et ainsi de suite. Les dromadaires s’en vont lentement, formant un ruban interminable; puis plus loin encore vous voyez cette fois une petite troupe de quarante ou cinquante coolies portant péniblement sur leur dos des marchandises de toutes sortes, des fruits ou du bois qu’ils vont vendre aux Anglais.
- Ma petite troupe s’avançait lentement ainsi au milieu des bois, arrêtée dans sa marche par tous ces défilés divers, et souvent j’étais égayé encore par l’amusant tableau de nombreuses familles de singes gambadant et sautant parmi les jujubiers et les grenadiers couverts de fruits en cette saison (août 1887).
- Nous arrivons à Oie, l’une des plus importantes étapes du voyage. Une ancienne forteresse construite en terre semble défendre l’entrée du défilé autrefois sans doute inexpugnable; mais aujourd’hui, un
- seul coup de canon de l’armée anglaise suffirait pour réduire en poussière, d’un seul coup, le château fort et les quelques Hindous qui en ont la garde. La plus grande curiosité d’Orie est certainement la passerelle suspendue construite sur la Jhelum au pied de la forteresse kashmirienne. On descend par un étroit sentier de pâtres au fond d’un précipice et bientôt on est étonné à la vue de ce pont léger entièrement fait de menus branchages. Trois cordes tressées constituent toute la passerelle. La plus grosse, d’un diamètre de 15 centimètres environ, sert de tablier, elle est traversée de distance en distance par de légères branches d’arbres choisies en forme de Y aux extrémités desquelles sont passées les deux autres cordes qui font l’office de parapet. Ces trois cordes réunies vont s’attacher sur les deux rives du torrent à de longs mâts de bois de cèdre fortement enfoncés dans un mur de maçonnerie grossièrement travaillé (fig. 5). Tout cet ensemble offre une assez grande solidité pour qu’un ou deux hommes puissent passer à la fois. La passerelle peut avoir 50 mètres environ de longueur, le torrent la Jhelum ayant en cet endroit une largeur de 55 à 40 mètres.
- Pendant ce charmant voyage de quelques jours dans toutes ces forêts, il y a quelquefois de petites difficultés auxquelles les Européens ne sauraient s’attendre. Mon domestique est musulman, et un guide supplémentaire que j’avais est d’une secte hindoue. Ils se méprisaient parfaitement l’un et l’autre, et, aux heures de nos repas l’Hindou allait déjeuner seul dans un coin isolé de mon campement tandis que le musulman choisissait un autre endroit. Ils font leur cuisine à part et mangent leur riz à leur façon, adorant ainsi Bouddha ou Allah suivant les rites voulus. Enfin pour moi, l’Européen, mon domestique faisait aussi un repas spécial auquel aucun d’eux n’aurait voulu toucher. Ces ménages à part ne sont pas fort pratiques en voyage. Quant aux coolies, on ne s’en occupe guère, ils sont d’une caste inférieure et sont considérés presque autant que les bêtes de somme. De fait, on peut penser que leur intelligence ne dépasse guère celle de ces animaux. Voir ces hommes réduits à l’état de mulets ou de dromadaires donne de tristes pensées aux Européens ; mais qui songe à cela dans le royaume de Kashmir?
- Nous arrivons bientôt à la ville de Baramula. On doit changer totalement sa manière de voyager cette fois, et c’est dans un bateau qu’il faut s’installer. Pendant un jour et demi environ au milieu de la Jhelum et du lac NVoolar, tantôt remorqué par les bateliers ou voguant sur les eaux avec les rameurs, le touriste a des sujets de distractions fréquentes. Dô nombreux troupeaux de moutons viennent se baigner et boire dans la Jhelum, puis les pâtres leur font leur toilette. Chaque animal est maintenu par un berger tandis qu’un autre peigne sa laine épaisse avec une sorte de lame de bois courbée ; il est lavé ensuite avec soin. Ces braves Hindous, aidés par leur femme ou leurs enfants, font la même opération à chacun de leurs animaux ; il serait à souhaiter que nos ber-
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- gers français eussent les memes attentions pour leurs moutons. Au-dessus des champs de maïs on remarque aussi de petites huttes aériennes plantées sur quatre grosses branches d’arbre. Elles sont habitées par une ou deux personnes qui veillent constamment sur leur champ
- afin d’en écarter —————-— --------
- la foule d’oiseaux qui viendraient voler les graines.
- Cette surveillance pénible est obligatoire ; pour un Hindou, les oiseaux sont sacrés comme toutes les bêtes de la création; n’osant les tuer, il faut bien les écarter pour avoir ensuite de quoi vivre soi-même et payer l’impôt au maha-rajah.—Nous arrivons bientôt au bout de notre excursion.
- La ville de Kashmir est surnommée avec raison la Venise de l’Inde; elle ne ressemble guère à cette dernière que par ses canaux, car les palais et les sculptures ne sauraient s'y voir. La grande rue principale, c’est la Jhelum.
- Cette rivière n’est point bordée par des quais dans la ville, mais quelques ports formés de gradins de pierre mal entretenus servent de débarcadère aux centaines de barques ou doongas qui y voguent perpétuellement.
- Rien n’est plus que ces bateaux remplis d’une foule affairée, allant dans tous les sens et
- donnant au voyageur le plus joli spectacle qu’on puisse voir. Tout se fait par bateaux à Kashmir; dans les ruelles étroites et malpropres de la rue on ne se promène guère, elles sont curieuses a visiter cependant. Les petites maisons de bois, dont un grand nombre semblent avoir perdu leur aplomb par suite des trem-
- Fisr 1. — Terrassiers dans la vallée de Kashmir.
- original
- Fie. 2. — Hindou traversant la Jhelum
- blements de terre, sont intéressantes à étudier et on resterait volontiers longtemps à parcourir les rues tortueuses si les odeurs nauséabondes ne vous obligeaient à en sortir promptement.
- Les rues de Kashmir communiquent entre elles
- d’une rive à l’au-
- - -----— -----— •—: ---a------1 tre de la .Ihclum
- par sept ponts de bois des plus curieux. Ce sont les types de presque tous ceux qu’on voit dans la vaste val 1 é e k a s h m i-rienne. (fig. 4). Les piliers sont composés de gros troncs de cèdre de G à 7 mètres de longueur sur 80 centimètres de diamètre environ. Ils sont placés les uns pardessus les autres et à contresens, comme en quelque sorte on établirait un bûcher. Au travers de ces larges poutres non taillées et posées d’abord dans le lit de la rivière sur pilotis garnis de grosses pierres, quelques graines
- apportées par les oiseaux ont pu germer. Les piliers de bois sont ornés aussi par de nombreuses fleurs brillantes; quelquefois même en grandissant, des arbustes viennent donner de l’ombre aux promeneurs qui passent sur le tablier du pont.
- D’après les études faites par le baron Charles Hügel, dans son livre intitulé Tra-vels in Kashmir and the Panjab, ces ponts ont été
- construits probablement par les mahométans à l’époque de leurs conquêtes. Ils auraient ainsi cinq à six cents ans environ.
- Malgré ce grand nombre d’années, il est curieux de voir la solidité actuelle et le bon état de ces antiques piles de bois de cèdre. On sait la première
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- Fig. 3. — Passerelle suspendue sur la Jhelum (Royaume de Kashmir).
- Fig. A. — Pont de bois à Kashmir. (Dessins d’après nature de M. Albert Tissandier.)
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- date de leur restauration qui a eu lieu sous le règne de la dernière reine de Kaslimir, Rani Kotadivi, en 1564. Une seconde restauration aurait eu lieu à la fin du siècle dernier pendant le règne de l’empereur Jelianghir, le prédécesseur de Rendjit-Sing, l’ami de Victor Jacqucmont, lors de son voyage aux Indes en 1850.
- Le tablier du pont est fort grossièrement établi ; il se compose de longs madriers à peine taillés, posés directement sur les poutres transversales qui relient les piles entre elles, et il est bordé de chaque côté par une grossière balustrade. Les ponts de la ville de Kaslimir ont généralement trois travées, mais à So-pooretà Baramula, la Jhelum étant moins encaissée, on les voit avec cinq ou six travées. Malgré la façon primitive dont ses larges piliers de bois ont été faits, ils n’ont pas moins résisté jusqu’ici aux courants rapides qui viennent chaque année les ébranler au moment des hautes eaux. C’est un sujet d’étonnement pour tous les voyageurs, mais les Kashmiriens, avec leur indifférence, continuent à ne prendre aucun soin de ces ponts qui leur sont cependant si nécessaires.
- Lorsque le touriste arrive à Kaslimir, les bateliers le font débarquer près des grandes prairies nommées les Chenar bags, qui appartiennent au maharajah. Il doit choisir en ces lieux charmants, bordés de grands peupliers, l’emplacement nécessaire pour planter ses tentes et tout son équipage. Un cipaye du maharajah vient vous demander votre nom et vous offre ses services ; voilà toutes les formalités remplies. Vous ôtes absolument chez vous ensuite, ayant le droit de circuler partout sans être inquiété. Le résident anglais, M. Plowden, pour lequel j’avais une lettre de recommandation, vient encore faciliter aux étrangers l’accès difficile du fort de Kaslimir et de quelques temples hindous en vous faisant obtenir un cipaye qui devient votre guide. M. Plowden est certainement le gentleman le plus obligeant qu’on puisse rencontrer en d’aussi lointains pays. Reçu par lui et sa charmante femme dans leur luxueuse villa, embellie par les fleurs les plus brillantes, il faudrait être bien ingrat pour oublier l’accueil gracieux fait par des hôtes si aimables.
- Les journées entières à Kaslimir se passent en bateau et le lac Srinagar, voisin de la ville, est du plus grand attrait. La vallée, située à 1700 mètres d’altitude, est absolument délicieuse. Rien n’est comparable à la couleur de son ciel aux heures du crépuscule, et à celle des brumes matinales qui s’élèvent de la surface du lac. Bordé par les immenses montagnes aux silhouettes bleues de lTIimalaya, Srinagar a des aspects célestes ; et, lorsque les rameursvous font parcourir ses eaux limpides parmi les nelumbium roses et les nénuphars, au milieu des' roseaux, il semble qu’on ait perdu le sentiment de la réalité; c’est un rêve perpétuel tant le paysage est vaporeux et idéal.
- L’un des endroits du lac où la vue générale est la plus merveilleuse, est le petit îlot surnommé l’île du
- Soleil, où Victor Jacquemont allait travailler à l’écart dos importuns. Rendjit-Sing lui en avait donné la jouissance et elle était ornée alors d’un gracieux pavillon dont les fondations, qui existent encore aujourd’hui, sont cachées sous les plantes et les arbres. Les platanes séculaires dont parle Jacquemont sont seuls debout actuellement, ils ont été témoins des travaux du sympathique Français (pii aimait à se reposer sous leurs beaux ombrages.
- Je ne saurais parler ici de la curieuse culture qui fait actuellement le principal revenu de Kaslimir, celle des jardins flottants de Srinagar; il en a été question ici même1. Le maharajah commence actuellement à avoir une nouvelle source de revenu produite par la culture des vignes. Uette industrie prendra bientôt une importance considérable dans le pays. C’est, un Français, M. Frmens, qui fut chargé il y a une douzaine d’années environ par le maharajah d’étudier cette intéressante question. Directeur des travaux agricoles et viticoles du royaume, il put observer les espèces de vignes du pays qui pouvaient remplir le mieux le but désiré. Trois sortes connues d’ailleurs des Kashmiriens qui déjà les cultivaient dans leurs jardins furent distinguées par lui. Elles se nomment l’Opiman, le Katehebourié et le Kavaury. L’Üpi-man donne un vin rouge et le Katehebourié un vin blanc fort agréables à boire. Les fruits sont délicieux comme raisins de table ; avec la troisième sorte, le Kavaury, on obtient un vin de qualité inférieure, mais M. Frmens en pouvait, faire de bon vinaigre. Depuis deux ans le maharajah de Kaslimir a prié deux Français de venir remplacer M. Frmens qui prenait sa retraite. M. Boulcy, ancien élève de l'Ecole d’horticulture de Versailles, est le directeur des travaux agricoles et viticoles, tandis que M. Pey-chaud est le chef des caves et distilleries de Sa llan-tesse.
- M. Bouley a singulièrement fait prospérer les vignobles plantés sur les premières pentes des montagnes qui se trouvent au bord du lac Srinagar. Ils commencent à donner des récoltes fructueuses.
- Des caves spacieuses et bien disposées sont construites auprès du lac et M. Peychaud me montrait avec plaisir les 250 pièces de vin produites par la récolte de la dernière année. M. Bouley espérait que le maharajah se déciderait bientôt à faire faire de nouvelles plantations et en quelques années le produit des vignobles pourra remplacer l’ancien et considérable produit de l’industrie des cachemires, aujourd’hui perdue presque complètement.
- Cette industrie tout artistique occupait dans la vallée près de 40 000 ouvriers, hommes et femmes; elle faisait la fortune du pays. Un caprice de la mode a tout détruit, et les dames européennes sont loin de se douter de la misère qu’elles font subir à tant d’ouvriers en ne portant plus ce joli vêtement fabriqué par les Indiens. Albert Tissandier.
- 1 Voy. n0 412, du 23 avril 1881.
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- CHAMBRES NOIRES PHOTOGRAPHIQUES
- DITES CIIAMDRES DÉTECTIVES
- On sait combien va se vulgarisant chaque jour davantage l’emploi de la photographie, le nombre des personnes qui s’occupent de cet art si attrayant est maintenant considérable et le moment n’est pas loin où l'appareil photographique sera le vade-mecum non seulement de tous les savants et de tous les artistes, mais encore de toute personne en cours de voyage, d’excursion ou même de promenades habituelles. La chambre noire réduite à un volume très restreint, à un poids insignifiant, sera bientôt dans toutes les mains et toujours, non seulement parce qu’on peut opérer avec une rapidité suffisante pour reproduire instantanément les personnes et les animaux ou les objets quelconques en mouvement, mais encore parce que les opérations qui, naguère, obligeaient au transport d’un matériel lourd, encombrant, propre à attirer l’attention du public, peuvent s’effectuer maintenant à l’aide d’outils vraiment portatifs n’ayant en aucune façon l’apparence d’appareils photographiques, servant à la main, c’est-à-dire sans faire usage d’un pied, et permettant d’aller, de pénétrer partout avec une chambre noire dissimulée et, par suite, sans être remarqué; de reproduire n’importe quel sujet,, n’importe quelle1 scène sans que personne s’en doute et toujours instantanément, soit avec une durée d’exposition qui, n’étant que d’une très minime fraction de seconde, donne la possibilité d’obtenir avec une netteté suffisante. des êtres animés en mouvement, des Ilots agités, des trains de chemin de fer en marche, etc.
- Ces petits appareils, dissimulés de diverse façon et dont il existe actuellement de nombreux modèles, ont reçu le nom de chambres détectives (detectiv caméra) dans leur pays d’origine, en Amérique, puis en Angleterre, où ils ont été d’abord employés.
- Nous allons décrire deux de ces outils photographiques que l’on peut considérer comme étant les types modèles d’autres appareils analogues, aujourd’hui très répandus. Mais avant de nous en occuper, il convient de dire que l’emploi des appareils à main, qu’ils soient ou ne soient pas dissimulés sous des enveloppes destinées a cacher les organes photographiques, se trouve facilité par la fabrication de-plaques ou de pellicules sensibles douées d’une sensibilité telle qu’on peut, en pleine lumière solaire, obtenir des négatifs d’une belle intensité en 1/500 de seconde. On conçoit que, grâce à une pareille rapidité opératoire, il soit aisé de réproduire n’importe quel sujet en mouvement; il suffit même, en général, pour des sujets assez éloignés de l’appareil, d’une durée de 1/200 pour obtenir des images d’une netteté très satisfaisante.
- Cette rapidité explique comment on arrive à se passer d’un pied accessoire gênant. Il suffît de tenir la chambre noire à la main, autant que possible appuyée contre la poitrine, ou tout au moins en
- maintenant le bras qui le supporte dans un état de rigidité aussi complet que possible. La rapidité de l’obturation de l’objectif est telle que souvent on peut, étant en chemin de fer, dans une voiture, dans un bateau en marche, reproduire, soit la nature immobile, soit d’autres objets ou des personnes en mouvement, sans que la netteté de la reproduction s’en trouve beaucoup altérée.
- Le propre de ces appareils portatifs, et surtout des chambres détectives, est de servir dans ces cas-là à recueillir au passage des souvenirs, des documents que le crayon du dessinateur serait impuissant à copier, à croquer même, l’œil ayant à peine le temps de saisir un aspect d’ensemble dont la photographie, dans un temps bien moindre que celui qu’il faut pour voir, donnera les moindres détails avec une précision absolue.
- Elle est, en ce cas, un œil plus puissant que l’œil humain puisqu’elle perçoit et fixe ce que notre rétine ne saurait pas voir. Or, on ne peut conserver le souvenir de ce qu’on n’a pas vu, et pour dessiner il faut, avant tout, faire œuvre de mémoire.
- Ceci étant dit, passons à la description des appareils appelés à tenir lieu de crayon photographique.
- L'orthoscope. — Une de ces chambres détectives est l'orthoscope, formé d’une combinaison très ingénieuse de l’ancienne chambre claire avec la chambre noire proprement dite.
- L’invention de cette chambre remonte à quelques années déjà. En 1884, un artiste peintre de New-York, M. C. R. Smith, grand amateur de photographie instantanée, frappé des impedimenta qui rendaient fort peu pratiques les appareils en usage pour ce genre d’études, eut l’ingénieuse idée de substituer à la chambre photographique la « chambre obscure à miroir ».
- Un coup d’œil sur les figures ci-après fera comprendre immédiatement l’extrême simplicité et la valeur de ce système, qui resta cependant ignoré à Paris jusqu’en juillet 1880, malgré les efforts de l'inventeur pour y vendre son brevet.
- La figure 1 représente la « chambre obscure à réflecteur ». L’une des parois a été ouverte pour montrer le miroir A, qui transmet l’image sur le verre dépoli en R, à l’abri du couvercle C.
- Il est aisé de concevoir que si le miroir, au lieu d’être fixe, est susceptible d’osciller sur un axe placé en I), et de se relever sur le plan horizontal de cet axe, l’image qu’il recevait et reflétait se portera sur le fond découvert de la chambre, où elle se fixera s’il existe à cet endroit une plaque sensible en attente.
- Toute l’idée de Smith est là : Utiliser la chambre obscure à miroir en donnant à celui-ci la faculté de se déplacer d'une manière quelconque à la volonté de l'opérateur, et de livrer passage, pour le temps nécessaire à l'impression d'une plaque sensible disposée dans ce but, aux rayons émanés de l'objectif.
- La figure 2 montre le dispositif adopté par Smith
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- pour réaliser cette combinaison à double effet. La chambre est séparée en deux compartiments par une cloison cintrée C, placée en arrière de l’objectif, vis-à-vis duquel elle présente une petite ouverture rectangulaire 0. Le miroir est fixé sur la paroi antérieure d'une sorte de boîte ayant la forme d’un segment de cercle, fermée sur quatre laces seulement. L’une de ces laces est cintrée, et épouse exactement
- la courbe de la cloison C; de même que cette cloison, elle présente une ouverture rectangulaire. Cette boîte, obturateur et réllecteur tout à la fois, oscille sur des pivots; elle est poussée de bas en haut par un ressort (à tensions variables au gré de l’opérateur) dès qu’on appuie sur une gâchette placée à côté du bouton de l’objectif, lequel, par un prolongement de la tige de la crémaillère, fait légèrement saillie au
- Fig. 1 et 2.— Chambre photographique portative de Smith.
- dehors de la chambre. Pendant cette évolution de la boîte-obturateur, les deux ouvertures se rencontrent et se masquent aussitôt. A l’instant même de ce croisement, le rayon émané de l’objectif passe par les ouvertures conjointes, et va impressionner une plaque sensible, placée verticalement au fond de la chambre, en arrière de la boîte-obturateur, dans un châssis approprié. Un mode d’armature très simple ramène l’obturateur à sa position première, ou l'arrête à mi-chemin, au point où les deux ouvertures coïncident, si les circonstances ne se prêtent pas à l’instantanéité. On peut alors prolonger autant qu’on veut la durée de la pose, en plaçant l’appareil sur un support fixe quelconque.
- Le verre dépoli, placé en B (fig. 1), est protégé contre la lumière ambiante extérieure par un sac en tissu opaque, qui se termine à sa partie supérieure par une tablette percée d’un regard. Ce sac se développe automatiquement quand on soulève le couvercle C, après lequel il est fixé. Grâce à ces précautions, l’œil de l’opérateur ne cesse de voir son sujet sur le verre dépoli, quelle que soit la lumière qui l’environne.
- M. Emile Tourtin, un de nos photographes artistes
- les plus connus, frappé des avantages que réalise l’invention de Smith, a réduit de moitié le volume et le poids de la monocular duplex caméra. Son appareil, baptisé du nom d'orthoscope, a l’aspect d’un sac à main en maroquin (fig. o, n° 1 à o) ; rien de photographique
- n’y apparaît. A peine aperçoit-on les quelques boutons servant à faire fonctionner l’appareil dont l’emploi est des plus simples. Il donne des images du format 9x12. Les châssis négatifs sont simples, à rideau, et construits de telle sorte qu’ils ne peuvent laisser pénétrer à l’intérieur le moindre rayon de lumière. Ils reçoivent des plaques, des pellicules ou des papiers pelliculaires.
- Express détective Nadar. — Cet appareil diffère en quelques points de l’orthoscope, mais il n’en constitue pas moins un outil photographique très bien compris, exécuté avec le plus grand soin et susceptible de donner toutes les facilités et tous les avantages que l’on attend des chambres noires dites détectives et de l’appareil à main. M. Nadar, s’inspirant d’une construction d’origine américaine, a fait établir un type analogue, mais bien plus réduit comme format, et propre surtout à l’emploi du châssis à rouleau Eastman Walker, châssis permet-
- Fig. 5. — Orthoscope, dernier type. — N* 1 et 2. Coupe et plan. •—• N* 3. Appareil fermé. — AA. Caissons à châssis négatifs. — B. Verre dépoli rentrant dans la boîte avec le sac — G. Cône métallique coiffé de l’obturateur. — C’. Châssis négatif en attente. — D. Œillères latérales de l’oculaire. — 0. Obturateur oscillant, en métal. P. Couvercle s’ouvrant et se fermant automatiquement.
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- tant de faire successivement 48 négatifs sur une même bande de papier sensible à pellicule réversible (ce qui veut dire à pellicule que l'on peut détacher du papier pour la monter sur tout autre support plus translucide,verre ou gélatine en feuilles).
- Cette chambre, qui est absolument dissimulée dans un étui en cuir, est à mise au point variable et automatique permettant de photographier à toute dis tance dans le sens de la hauteur ou de la largeur.
- L’aiguille G (tig. 4) que l’on voit sur un des côtés de l’appareil est un levier actionnant le tiroir de la chambre noire et l’amenant, suivant que la pointe est posée sur telle ou telle division de l’arc de cercle gradué, à la distance focale voulue pour la distance qui sépare l’appareil de l’objet a reproduire.
- On peut faire usage de châssis négatifs ordinaires, mais il est préférable d’employer le châssis a rouleau K, grâce auquel on peut reproduire, sans augmentation de volume et de poids appréciable, une quantité considérable de sujets. La planchette antérieure recouvre l’objectif, l’obturateur et les lunettes des viseurs FF.
- Ces viseurs sont de petites chambres claires composées d’un objectif, d’une glace inclinée à 45° recevant les rayons réfléchis et les rejetant sur une glace dépolie où l’on voit, à l’état réduit, l’image à reproduire; on suit par le viseur la marche du sujet en mouvement et on agit sur le déclenchement au moment précis où on désire le reproduire.
- Grâce au viseur on peut photographier, à l’insu de tout le monde, des sujets, des groupes placés en arrière, c’est-à-dire en leur tournant le dos de façon
- à ne pas éveiller l’attention des personnes à photographier.
- Il y a deux viseurs, l’un pour opérer dans le sens de la hauteur, et l’autre en largeur.
- Le sac en gai-nerie qui sert à enfermer la chambre détective Nadar est muni d’ouvertures correspondant aux divers organes de la chambre noire, mais il est bien difficile de les remarquer si l’on n’est prévenu et l’outil photographique se trouve absolument dissimulé. On peut, avec une
- courroie, le porter en bandoulière ainsi que le représente la figure 5.
- On voit là l’opérateur relevant la petite trappe qui cache le viseur, il suit sur la glace dépolie la marche d’un sujet en mouvement et dès qu’il le voit arrivé au point convenable qu’il désire lui voir occuper sur la plaque ou sur le papier sensible, il presse avec les doigts de la main gauche, en dessous de la boîte, le bouton qui actionne l’obturateur, et la vue est prise.
- L’obturateur est à vitesse variable; on règle cette vitesse suivant la rapidité de déplacement des sujets à reproduire selon qu’ils se meuvent dans un sens transversal ou faisant face à l’appareil.
- Les deux outils photographiques portatifs qui viennent d’être décrits caractérisent l’ensemble des outils de même sorte, ils offrent des dispositions bien distinctes pour conduire cependant au même résultat, soit à la reproduction rapide, instantanée, des vues,
- Fig. 4, — Appareil photographique Détective JNadar.
- Fig. o.— Mode d’emploi du Détective.
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- des monuments, des scènes de la rue, de toutes les manifestations du mouvement, quelle qu’en soit la source ou la cause.
- Dans cette même voie se rencontrent bien d’autres constructeurs habiles: nous pouvons citer MM. Gilles frères (pii ont construit un appareil analogue à celui de M. Emile Tourtiu, mais portant un réservoir à plaques sensibles que l’on escamote à mesure que l’impression a eu lieu; M. Français avec son kiné-graphe ; MM. Marco Mendoza, Hanau, Molteni, de Che-nevière, Darlot, Mackenstein, Marion fils et bien d’autres encore avec des appareils à main, tous fort ingénieux, susceptibles d’être plus ou moins dissimulés et réalisant dans une certaine mesure, plus ou moins complète, le vade-mecum, le crayon photographique.
- 11 n’est pas douteux que de nombreux perfectionnements s’ajouteront encore à tous ceux qui ont été apportés à l’outil photographique, à l’appareil de poche ou portatif actuel ; mais dès maintenant on peut, avec un plein succès, réaliser ce qui naguère encore n’était qu’à l’état de rêve, la reproduction photographique partout et toujours à l’aide d’appareils très légers, d’un volume très réduit et donnant instantanément les résultats désirés.
- Un jour viendra, qui n’est pas loin, où des appareils de ce genre feront partie intégrante, indispensable du bagage de tout voyageur, de tout excursionniste, de tout promeneur sans oublier les inappréciables documents qu’ils fourniront d’une façon incessante aux artistes et aux savants.
- Léon Vidal.
- CHRONIQUE
- La fabrication de l'hydrogène pour les ballons des armées en campagne. — Tandis que des expériences se poursuivent en Angleterre pour résoudre le problème de la fabrication de Y hydrogène à ballons par l’électrolyse, Iron nous informe que MM. Majert et Riehter ont imaginé, fait construire et expérimenté avec succès un appareil qui élimine les inconvénients des procédés antérieurs. L’hydrogène est obtenu en chauffant un mélange de chaux éteinte et de zinc en poudre, mélange dont le transport en campagne est rendu facile par l’emploi de cartouches en étain qui le renferment. L’eau de la chaux éteinte est décomposée par le zinc, et l’on obtient comme résultat de l’hydrogène pur exempt d’hydrogène arsénié dont les propriétés toxiques sont dangereuses pour les servants, et d’acide sulfurique si nuisible à la conservation du ballon. Le foyer de production du gaz peut être alimenté par un combustible quelconque; il présente la forme d’une petite locomotive et est facilement traîné par quatre chevaux. Devant se trouve un siège pour deux hommes, siège qui s’enlève en une minute et se trouve remplacé par une cheminée. Le feu est allumé, et eu six minutes les tubes à cartouches de zinc et chaux se trouvent portés au rouge. Dès que cette température est atteinte, les cartouches sont introduites dans le foyer, et après cinq minutes la production de l’hydrogène est en marche normale. Avec 120 cartouches on obtient environ 120 mètres cubes par heure; un ballon militaire de dimensions ordinaires est donc rempli en
- trois heures. Les expériences faites à Fürslenwalde, près de Berlin, ont, parait-il, parfaitement réussi.
- Sensibilité des plantes. — Tout le monde sait que les végétaux, dans diverses circonstances, par exemple, dans leurs alternatives de sommeil et de veille, sous un attouchement, dans les variations de température, présentent certains mouvements qui ont fait croire à leur sensibilité et ont fait comparer certains d’entre eux aux derniers représentants du règne animal. Les nervosités de la Sensitive, l’adresse des plantes dites carnivores pour saisir leur proie, ont depuis longtemps été citées par les partisans de la théorie qui voit dans les végétaux des êtres sensibles. M. Bâillon vient de découvrir un nouveau fait à l’appui de cette théorie. Les vrilles sont un des sièges les plus ordinaires des manifestations de l’espèce de sensibilité que l’on constate dans les plantes. Celles du Cissus discolor, que le savant professeur de la Faculté de médecine a observées, présentent un grand intérêt. Si on opère le moindre frottement sur une des branches de la vrille, il se produit aussitôt une courbure qui devient le point de départ d’un enroulement. D’un autre côté, M. F.-W. Oliver vient d’observer, dans le Libelle du Masdevallia muscosa, dont un échantillon a fleuri l’année dernière à Kew, des mouvements extrêmement curieux : le labelle montre, dans certaines parties une irritabilité telle, qu’il suffit, pour lui faire prendre des positions tout à fait opposées à celles qu’il occupe dans l’état habituel, de l’attouchement d’un cheveu ou de l’aile d’un insecte.
- L’n oléoduc américain. — Les mines de pétrole de Lima, près de Chicago, ayant pris un très grand développement, la Standard OU Company vient de commencer la construction d’un oléoduc qui ira de Lima à Chicago et aura une longueur de 200 milles (522 kilomètres environ). Le diamètre des tuyaux est de 203 millimètres et la longueur de chaque section de 6m,71. 11 y aura 240 sections par mille et, comme un wagon en porte 48, il faudra 5 wagons par mille, soit 1050 wagons pour les 200 milles. La tranchée destinée à recevoir la conduite de pétrole est déjà faite le long de la voie ferrée, et chaque train amène 6 wagons chargés de tuyaux. Le prix de revient de cet oléoduc, non compris les machines et les accessoires, sera d’environ 35500 francs par mille, soit 7100000 francs pour toute la ligne. Dans quelques mois tout sera terminé et une centaine d’usines ou de fabriques des environs de Chicago emploieront ce pétrole comme combustible à la place du charbon. Cet emploi du « combustible liquide » est appelé à prendre un grand développement aux Etats-Unis et à dépasser rapidement celui qui en est fait dans les provinces du S.-E. de la Russie d’Europe.
- Les coups de foudre. — Les orages ont été fréquents vers la fin du mois de juin 1888, et nous relevons quelques cas de victimes de la foudre. Le tonnerre est tombé le dimanche 24 juin sur l’église de Brzezic, cercle de Bochnia (Galicie). Trois personnes ont été tuées, six grièvement blessées, trente légèrement atteintes et deux cents contusionnées. La foudre a éclaté -mardi 2(>, à 4 heures, en pleine école de Barnay (Saône-et-Loire). Deux jeunes enfants ont été tués sur le coup et dix autres légèrement blessés ; l’instituteur a lui-même été blessé. Antérieurement le ballon captif qui avait été gonflé a l’occasion de l’Exposition de Barcelone a été incendié [tendant un orage par un violent coup de foudre.
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- LA NATURE.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 juillet 1888. — Présidence de M. Jakssev.
- Culture de la ramie. — C’esl avec une satisfaction non dissimulée que M. Frémy donne lecture d’une lettre dans laquelle M. Naudin lui rend compte des essais de culture de ramie qui viennent d’être tentés avec un plein succès à la villa Thuret, à Antibes. On se rappelle que M. Frémy est parvenu à tirer de cette belle urticée de Chine une fibre textile aussi éclatante que la soie, et qu’il nourrit l’espoir de contrebalancer pour notre pays la ruine des industries séricicoles en ouvrant avec la ramie une somme considérable de profits. La réussite dans le Yar des graines de ramie (Bœhmeria nivea et B. utilis) rapportées de Chine, prouve qu’en Corse, en Algérie et dans beaucoup de nos colonies, la même culture sera couronnée du plus grand succès. D’après M. Naudin, les plants de ramie blanche repiqués après l’hiver ont déjà 50 à 00 centimètres de hauteur, et seront parfaitement exploitables l’an prochain. De nombreuses touffes de ramie utile présentent des tiges de lm,70 à 2 mètres, bien qu’on ne leur ait accordé ni fumure, ni arrosage. Dès les premiers jours de juin on a pu faire une première coupe, et comme il y a encore quatre mois de chaleur, on arrivera aisément à deux récoltes encore cette année. M. Naudin joint à sa lettre des tiges des deux ramies et du liber détaché. Il assure que le décorticage est des plus faciles, et que des femmes et des enfants le font sans fatigue. D’un autre côté, les feuilles du Bœhmeria constituent un excellent fourrage pour les vaches. En renonçant aux fibres et en arrosant, on pourrait faire cinq ou six coupes par an.
- Les plantes fossiles. — M. Duchartre présente, au nom de M. B. Renault, un charmant volume intitulé les Plantes fossiles. C’est, avant tout, un ouvrage de vulgarisation et qui s’adresse au grand public comme en témoigne dès l’abord le glossaire par lequel il débute et qui contient l’explication des mots techniques ou peu usités. Mais c’est en même temps l’œuvre d’un novateur qui décrit à chaque page les découvertes dont il est l’auteur, et met sous les yeux du lecteur une série de beaux dessins qu’il a faits lui-même au microscope d’après nature. C’est enfin le résultat des méditations d’un philosophe qui sait tirer des observations les plus précises de larges conséquences sur l’économie de la nature. A ce dernier titre nous recommandons spécialement à nos lecteurs le dernier chapitre qui traite de l’évolution végétale d’une manière à la fois neuve et hardie.
- Hygiène coloniale. — Un de nos praticiens les plus éminents, M. le Dr Ad. Nicolas, vient d’augmenter la série déjà si longue de ses importantes publications par un volume qu’il adresse à l’Académie, et qui fera certainement sensation. Sous le titre de Chantiers de terrassement en pays paludéen, l’auteur qui a réuni des masses considérables de documents dans de nombreux voyages, et récemment dans un séjour de plusieurs mois à Panama où M. Yillard l’avait appelé comme organisateur du service sanitaire, a condensé les données fondamentales de l’hygiène coloniale. La géographie malarienne, l’histoire des fièvres palustres, l’hygiène du terrassier, l’assainissement des marécages, lui fournissent entre autres le sujet de chapitres puissamment intéressants. Tout entrepreneur d’une de ces grandes œuvres industrielles et sociales dont M. de Lesseps a donné l’exemple devra nécessairement adopter comme vade-mecum l’ouvrage que nous annonçons.
- Théorie des cyclones. — Attaqué une nouvelle fois,
- M. Faye rétorque encore les arguments qu’on a opposés si souvent à sa théorie des tempêtes tourmentes. Aujourd’hui, le coup vient de M. Douglas Àrchibald et consiste dans un article du journal anglais Nature. Nos lecteurs n’attendent pas que nous recommencions l’exposé du litige. Répétons seulement qu’à notre sens, M. Faye nous parait avoir absolument raison.
- Election de correspondant. — Une place de correspondant étant vacante dans la section d’astronomie, 28 voix sur 50 votants désignent pour la rempli]’ M. Lan-glev, directeur de l’Observatoire d’Alleghany, qui occupait la première lign» sur la liste de présentation. M. Gill réunit 24 suffrages. Un bulletin est au nom de M. Auwers.
- Varia. — Un correspondant s’occupe de la pêche à la sardine. — M. Recharme étudie les courbes magnétiques isodynamiques. — La chambre de commerce de Lille annonce qu’elle inaugurera très prochainement les bustes de Berthollet et de Dumas. — Une étuve autorégulatrice entièrement métallique, est décrite par M. d’Arsonval. — M. Trouvelot a photographié des éclairs dimanche dernier. — Un intéressant gisement de quartz bipyramide a été découvert récemment en Algérie par M. Pomel.
- Stanislas Meunier.
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- UN PARADOXE MÉCANIQUE APPARENT
- DANS L’ARRÊT DES TRAINS MUNIS DE FREINS CONTINUS
- En vertu des principes connus de l’inertie, un corps est incapable de modifier de lui-même son mouvement sans l’intervention de forces extérieures. Si donc un voyageur est debout dans un train lancé à toute vitesse, et que l’on vienne à arrêter brusquement le train, le voyageur continuant sa course, sera projeté contre la cloison d’avant du compartiment dans lequel il est placé.
- On observe cependant un phénomène opposé dans les trains de chemin de fer munis de freins continus à action rapide, tels que le frein Westinghouse ou le frein YVenger : au moment de l’arrêt définitif, le voyageur .placé debout dans le compartiment est projeté en arrière, contre la cloison la plus rapprochée de la queue du train (fig. 1).
- Ce paradoxe mécanique apparent nous est signalé par un lecteur de La Nature, M. G. F. de Niort, qui nous en fournit en même temps une explication simple et ingénieuse que nous reproduisons en la complétant. Le phénomène en question perd son caractère paradoxal lorsqu’on tient compte de toutes les aetions en jeu, c’est-à-dire de l’accélération positive ou négative du train en marche et des variations de cette accélération.
- Pendant la mise en marche du train, lorsque sa vitesse va en croissant d’une manière régulière, et que l’accélération est sensiblement constante, le voyageur se penche instinctivement en avant pour ne pas être rejeté en arrière et revient insensiblement à la position verticale lorsque la vitesse est devenue constante et normale.
- Les variations de l’accélération depuis le départ jusqu’au moment où la vitesse est devenue constante étant très lentes, on n’observe aucune secousse, aucun
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- LA NATURE.
- déplacement, aucun phénomène particulier, à moins d’ètrc particulièrement prévenu.
- Lorsque le train s’arrête, au contraire, si cet arrêt se l'ait lentement, avec une accélération négative ou un ralentissement ne subissant que de faibles variations, le voyageur se penche instinctivement en arrière et revient insensiblement à la position verticale lorsque le train est arrêté.
- D’après ce que nous venons de dire, il y a donc, pour chaque valeur constante de l’accélération, une certaine position d’équilibre du voyageur qui doit être penché en avant si l’accélération est positive, en arrière si l’accélération est négative, c’est-à-dire si le train ralentit sa marche, la position verticale correspondant à une accélération nulle et une vitesse constante ( vitesse normale ou arrêt).
- Nous pourrions donc prévoir ce qui doit se passer pendant l’arrêt d’un train si nous savions comment varie l’accélération de ce train depuis le moment où l’on serre les freins jusqu’à celui où le train est arrêté.
- Les courbes indiquant ces variations sont heureusement connues depuis quelques années, grâce à l’ingénieux dynanomètre d’inertie de M. Desdouits, ingénieur aux chemins de fer de l’État.
- Le diagramme ci-contre (fig. 2) représente les variations de l’accélération négative du train depuis le moment ou l’on serre les freins, jusqu’à celui de l’arrêt complet avec un frein Westinghouse.
- On voit qu’au début du serrage- du frein, l’accélération négative augmente assez vite; et, comme pour l’équilibre, le voyageur devrait être penché en arrière, il se trouvera, de fait, projeté en avant, mais sans trop de brusquerie, parce que la variation est relativement lente. C’est la première phase. Pendant
- la seconde phase, le ralentissement restant constant, le voyageur s’incline en arrière et trouve ainsi une position d’équilibre. Mais pendant la troisième phase, l’accélération diminuant très brusquement jusqu’à devenir nulle au moment de l’arrêt, le voyageur n’ayant pas eu le temps de reprendre sa position verticale, se trouve trop penché en arrière, et par suite, tend à tomber dans cette direction lorsque la variation d’accélération qui lui imposait cette position d’équilibre disparaît, c’est-à-dire lorsque le train s’arrête.
- Ce sont donc les variations de l’accélération , et non les variations de vitesse qui troublent l’équilibre d’un voyageur debout dans un train de chemin de fer.
- 11 est facile de rendre ces différentes actions évidentes en suspendant un trousseau de clefs à l’extrémité d’une ficelle dont l’autre extrémité est attachée au filet du wagon ou au bouton qui sert à fixer le rideau de la lanterne de nos voitures de première classe.
- Ces considérations nous font penser à un moyen très simple de savoir si la vitesse d’un ballon montant ou descendant dans les airs, augmente ou diminue. Il suffirait de suspendre un poids à un peson à ressort disposé sur la nacelle : si le peson indique un poids plus grand que celui qui correspond au repos, le ballon monte avec une vitesse croissante; le peson indique, au contraire, un poids moins grand si le ballon descend avec une vitesse croissante. Les principes généraux de la mécanique expliquent très simplement tous ces effets, que nous aimerions voir confirmer par l’expérienee. E. II.
- Le propriétaire-gérant : G. Tjssandieh.
- Fig. 1. — La science en chemin de fer. — Curieux effet de l’arrêt par les freins Westinghouse.
- 1ère Phase
- 2"!e Phase
- -^3™ Phase
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- Secondes
- Fig. 2. — Variations de l’accélération d’un train de chemin de fer pendant l’arrêt au frein Westinghouse.— lr“ phase. Le ralentissement augmente, le -voyageur est projeté doucement en avant. — 2" phase. Le ralentissement varie peu : le voyageur reste en équilibre. — 3” phase. Le ralentissement diminue brusquement : le voyageur est projeté avec plus de violence en arrière.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- N° 7 8U — 14 JUILLET 1888.
- LA QUATRIEME
- CAMPAGNE DE « L’HIRONDELLE »
- N O U V K A V V ENOIXS DE DÈCHE
- Nos lecteurs ont déjà souvent entendu parler de la goélette I. Hirondelle qui, sous le commandement du prince héréditaire de Monaco, continue avec honneur les recherches du Talisman et du Travailleur. Ce navire, admirablement armé pour une campagne scientifique, vient de quitter Lorient se rendant aux Açores pour y draguer les grands fonds.
- Les appareils emportés pour la nouvelle expédition sont nombreux : nous signalerons tout d'abord le câble qui doit mener au fond les autres engins. 11 a plus de 4000 mètres et il est formé de six brins de fil d’acier constituant un toron moins gros qu’un porte - plume; malgré cette petitesse, il résiste à une traction de plus de 1000 kilogrammes. Il réalise donc les conditions que l’on réclame d’un engin de ce genre à bord d’un na-\ire: roulé sur une bobine, il n’est pas encombrant, il ne pèse pas lourd et, malgré cela, il est capable de résister aux grands efforts que l’on est obligé de faire pour retirer les appareils noyés dans les grands fonds. Le prince de Monaco emporte aussi des sondeurs d’un nouveau modèle destinés à ramener à la surface la vase du fond de la mer et à étudier les milliers d’organismes qui y fourmillent. Des appareils enregistreurs donneront à tout moment l’état de la mer au point de vue de la hauteur des lames et des mouvements du navire. Enfin des dra-
- gues perfectionnées permettront aux explorateurs de fouiller les abîmes avec plus de soin qu’on ne l’a fait jusqu’à présent.
- Nous voudrions insister surtout aujourd’hui sur des instruments d'un ordre tout nouveau embarqués sur Y Hirondelle et destinés, à notre avis, à donner des résultats imprévus : nous voulons parler des nasses que nous pourrions appeler abyssales.
- La grande et juste réputation des expéditions du Talisman et du Travailleur fait que tout le monde sait aujourd'hui comment se pratiquent les explorations des profondeurs : une sorte de grand sac en filet, tenu ouvert par une garniture en fer, est attaché à un immense câble qui va jusqu’au navire; celui-ci entraîne ce chalut dans sa marche et racle ainsi le fond de la mer. On conçoit que si ce procédé est relativement commode, il est imparfait. Le chalut ramasse en effet autant de vase que d’animaux ; si solide qu’il soit, il se déchire sur les pointes de rocher; s’il recueille des organismes délicats, et c’est le cas le plus habituel, il les met en une véritablebouillie. De plus, il ne prend guère que les animaux qui se traînent sur le fond. Tout être un peu agile se sauve facilement devant lui. 11 résulte de cela que nous ne devons pas encore connaître tout ce que recèlent de curieux les profondeurs abyssales. Deux des explorateurs de Y Hirondelle se sont demandé s’il ne serait pas possible de tenter les êtres des grands fonds par de véritables pièges appâtés, et c’est de cette idée que sont nés les nasses du prince de Monaco et l’appareil électrique de notre collaborateur le Dr P. Regnard.
- Fig. 1. — Appareil île M. le D‘ Heguurd pour l’éclairage du fond des mers.
- 16e année. — 2e semestre.
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- LA NATURE.
- Les nasses sont, à leurs proportions près, très semblables à celles qui servent sur les côtes à prendre les homards; seulement, au lieu d’avoir quelques centimètres de longueur, elles ont jusqu’à 2 mètres. Notre figure 2 montre une de ces nasses démontée pour tenir moins de place à bord. 11 suffira, quand on voudra s’en servir, de réunir les deux moitiés ARC!) et A'B'C'R' par les crochets ffff pour avoir un appareil complètement clos dans lequel on mettra un peu de poisson gâté et qu’on coulera au bout du cable d’acier, k l’autre extrémité on mettra une bouée flottante terminée par un voyant, puis on s’en ira, abandonnant l’appareil à la mer. 11 suffira de revenir un jour ou deux après et de le relever assez vivement pour faire une ample moisson.
- Et qu’on ne croie pas que nous n’avons sur ce point que des espérances : les précédentes campagnes de Y Hirondelle ont déjà donné des résultats étonnants.
- En 1886 et en 1887, le prince de Monaco a immergé des nasses de cette sorte : un jour, l'une d’elles revint rapportant plus de 50 kilogrammes de poissons et de crustacés. Malheureusement à cette époque les câbles de chanvre employés n’étaient pas assez résistants et ils ont cassé abandonnant dans la mer des richesses. Rien de pareil ne peut plus arriver avec le câble d’acier et les nasses des grands fonds nous réservent sans doute des surprises.
- C’est un de ces engins que le docteur Regnard a eu l’idée d’éclairer. On sait, par de récentes recherches, que, passé 400 mètres, il ne pénètre plus assez de lumière sous l’eau pour impressionner nos plaques les plus sensibles. Une glace au gélatino, qui se voile en un centième de seconde, peut rester découverte dix heures dans les grands fonds et revenir parfaitement indemne. Les êtres abyssaux sont donc privés de lumière, ils vivent dans une obscurité complète, ils ont des yeux, mais ils ne leur servent qu’à voir la phosphorescence qu’émettent leurs congénères ou la faible lueur qu’ils répandent eux-mêmes, car leur corps est légèrement lumineux. Mais il y a loin de là à la lumière électrique. Or, c’est précisément la lumière électrique que M. Regnard veut amener dans les grands fonds. 11 veut en faire un piège pour capturer les espèces spéciales qu’elle pourra attirer, ou, tout au moins, il veut juger la question de savoir si les animaux des grands fonds sont lucifuges comme ceux des cavernes . ou s’ils recherchent la lumière. *
- Ue n’est pas la première fois qu’on essaye de faire de la lumière un engin de pèche. Les animaux sont ordinairement attirés par elle. Les papillons de nuit
- Fig. 2. — Nasse abyssale de Y Hirondelle.
- vont se brûler aux bougies, les oiseaux de mer se jettent sur les lentilles des phares avec tant de force qu’ils se tuent souvent et qu’on retrouve leurs cadavres au pied de la tour.
- Enfin les poissons vont si bien à la lumière que la pêche au fanal est assez connue pour que la loi ait pris la peine de la défendre.
- Tout ce qui brille attire le poisson ; on prend les maquereaux et, les thons en mettant au bout de la ligne un morceau de tuyau de pipe : un très bon appât pour les casiers à homards, c’est encore un fragment d’assiette cassée.
- L’idée d’éclairer la mer pour la pêche est donc venue à bien des gens. 11 y a trois ans, le Talisman traînait derrière lui une lampe immergée à quelques mètres, et, il y a peu de jours, une Société scientifique anglaise partant de Liverpool à bord du navire Ilyæna essayait d’éclairer la mer à quelques brasses de profondeur.
- Conduire la lumière électrique dans les abîmes de plus de 1000 mètres est un problème autrement difficile à résoudre. La première idée qui se présente est de descendre un appareil communiquant par un câble avec un navire où se produirait le courant. Cela est absolument impraticable. Car de deux choses l’une : ou bien le navire en marche traînera l’appareil entre deux eaux et alors rien n’entrera dedans , ou bien il essayera de le déposer sur le fond, et alors, comme il ne peut rester immobile, il le brisera en quelques minutes. La seule solution est dans une pile descendue au fond et abandonnée avec le casier lui-même. Mais alors se présente une autre difficulté. L’appareil supportera autant de fois une atmosphère qu’il aura au-dessus de lui 10 mètres d’eau. A 4000 mètres il supportera 400 atmosphères : il y a peu de parois capables de résister à pareille pression et il n’y a pas de fermeture qui puisse la supporter. L’invention de M. Regnard consiste précisément à supprimer la pression à quelque profondeur qu’on se trouve ou tout au moins à faire que la pression soit toujours égale en dedans et au dehors de l’appareil et par conséquent annulée. Il y arrive par le procédé suivant.
- La nasse dont il se sert est cylindrique ; trois entrées y sont ménagées ainsi qu’une porte. Sur le fond repose une suspension à la Cardan, laquelle contient une sorte de marmite en fer bouchée par un couvercle. Ce couvercle se ferme par des boulons qui le serrent sur une bague de caoutchouc. Dans ce récipient on met sept éléments de Bunsen dans lesquels on a remplacé l’acide nitrique par de 1 acide
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- chromique. (Chacun des vases de ces Bunsen est fermé par une lame de caoutchouc pour éviter le mélange des liquides si quelque mouvement brusque se produisait. Tous ces éléments chargés en tension aboutissent à une lampe Edison de 12 volts renfermée dans une garniture en verre solide (fig. 1). Voilà l’appareil d’éclairage. Comment ne supporte-t-il aucune pression à quelque profondeur qu’il se trouve? C’est fort simple. Au-dessus de la nasse se trouve un véritable aérostat en caoutchouc ou en toile caoutchoutée : il est renfermé dans un blet qui le soutient pendant l’immersion. Un tube part de ce ballon et se rend dans l’intérieur de la marmite qui contient les piles. Quand on descend l’appareil dans la mer, le ballon se comprime et il injecte dans la marmite de l’air qui est juste à la pression de l’endroit où on se trouve, pression que supporte précisément l’extérieur de la marmite (fig. 1).
- 11 y a donc pression égale en dedans et en dehors et par conséquent pression nulle, et le joint ne tend pas à prendre l’eau, fùt-on à 400 atmosphères. Il suffit de calculer la capacité de la marmite de telle sorte qu’elle soit en rapport avec la capacité du ballon et la profondeur à atteindre. Exemple : si la marmite contient 4 litres d’air (quand les piles et les liquides y sont) il faudra un ballon de 4 mètres cubes pour arriver à une profondeur de 10 000 mètres. Pour atteindre 5000 mètres, il suftira d’un ballon de 2 mètres cubes. Ce principe une fois admis, on peut l’appliquer à toute sorte d’appareils : c’est ainsi que M. llegnard a construit un thermomètre enregistreur avec mouvement d’horlogerie qui va être descendu dans les grands fonds et donner leurs variations de température comme celui de Pou-chet donne les variations des petites profondeurs. Il en sera de même d’un actinomètre.
- En terminant, nous ferons encore remarquer une particularité de l’appareil de M. Regnard. Tous ceux qui ont essayé d’immerger quoi que ce soit dans les grandes profondeurs ont remarqué combien il faut mettre de lest pour arriver à fond. Or l’appareil de M. Rcgnard se leste de lui-même puisqu’il diminue de volume et par conséquent augmente de poids à mesure qu’il s’enfonce. L’effet inverse se produit quand on le remonte et il revient pour ainsi dire de lui-même quand on lui a donné l’impulsion première.
- Au début de sa campagne, Y Hirondelle l’a immergé deux fois pour l’essayer devant Groix et devant Belle-Ile, et deux fois les explorateurs ont pu, pendant toute la nuit, contempler le fond de la mer illuminé.
- IP Z....
- LE NOUVEL HOTEL DES POSTES
- A PARIS
- Les travaux du nouvel hôtel des Postes commencés le 20 décembre 1880, sous la direction de M. Gua-det, architecte du gouvernement, sont depuis assez
- longtemps terminés; mais des modifications importantes, qui ont du être introduites dans le matériel mécanique de ce vaste établissement, en ont fait ajourner l’inauguration jusqu’à ce jour. L’hôtel des Postes, construit au centre de Paris, dans l’espace compris entre les rues J.-J. Rousseau, Etienne Marcel, Gutenberg et du Louvre, n’est pas seulement une œuvre d’art et d’architecture; la science y joue un rôle prépondérant, les engins mécaniques multiples qui en assurent le fonctionnement, sont d’ordre très varié, et leur description ne pouvait être passée sous silence dans notre recueil.
- La première notice que nous publions aujourd’hui est en quelque sorte une introduction qui, faisant connaître à nos lecteurs l’ensemble des dispositions adoptées, nous conduira à leur présenter ensuite l’outillage qui constitue le mécanisme postal.
- Les plans que nous publions donneront une idée complète de l’installation. 11 nous suffira de les expliquer succinctement.
- Sur la rue du Louvre est pratiqué un vaste portique d’abri, voûté en pierre, élevé de trois marches seulement, et qui doit rester ouvert jour et nuit. C’est que, outre qu’il sert de péristyle au monument, il abrite les boîtes aux lettres et aux imprimés, qui doivent être accessibles à toute heure. On y trouve aussi les entrées du grand bureau, et deux bureaux ou boutiques où se vendront les timbres, cartes postales, enveloppes timbrées, etc., etc.
- L’extrémité de droite donne accès à une salle de cabines téléphoniques, et à une autre salle — création nouvelle— des réclamations et renseignements, alfectée aussi à la correspondance, car des tables pourront y recevoir les personnes pressées de répondre à une lettre reçue, probablement moyennant une légère rétribution.
- En entrant, en face de soi, on trouve le grand bureau de Poste ou salle du public, la seule qui ait reçu un peu de décoration. 48 mètres de guichets ou plutôt de comptoirs y font face au public, pour les divers services d’affranchissements, chargements, mandats, caisse d’épargne, télégraphe.
- Cette salle profite de la face postérieure des boites aux lettres et imprimés; de grandes inscriptions y renseignent le public sur les taxes, les heures, les contraventions, les services qu’il peut demander à la Poste, etc. De là enfin, on passe à la salle de la Posté restante, sur la rue Gutenberg, également dépourvue de guichets, mais pourvue d’un grand nombre de boites particulières pour les abonnés, boîtes fermant avec des clefs toutes variées de façon à ce que chaque abonné puisse venir à sa convenance vider sa case quand bon lui semble. C’est une pratique nouvelle à Paris, mais qui existe à l’étranger et dans certaines villes de France. La Poste restante a une autre entrée, sur la rue Gutenberg.
- 11 y a encore une autre catégorie de public, très nombreuse, trop pittoresque, et spéciale à la grande Poste : ce sont les porteurs de tout ce qu’on appelle les Périodiques, c’est-à-dire les journaux, revues,
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- LA N AT U UE.
- brochures, prospectus, tout ce qui est apporté par ballots, au moyen de voitures, tapissières, charrettes à bras, crochets. Us apportent chaque jour
- des centaines de mille imprimés, surtout vers \ heures du matin et 5 heures du soir et le nombre des imprimés va sans cesse en grandissant ; la récep-
- tion des Périodiques se fera à l’opposé de celle des correspondances isolées.
- Le service des employés est ainsi au milieu de
- deux lignes parallèles des comptoirs de réception.
- Pour cela, M. Guadet a disposé une cour spéciale dite des Périodiques, — cour d’ailleurs recouverte
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- LA NATURE.
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- par des salles de travail, — dans laquelle les voitures entreront par la rue Etienne-Marcel et d’où elles sortiront par la rue Gutenberg, sans qu’il y ait jamais croisement.
- Les porteurs amènent leurs voitures contre le trot-
- toir ou quai de la réception, livrent leur marchandise, passent à la caisse, puis repartent avec leur voiture par la porte opposée.
- Est-il besoin de dire que cette réception des périodiques est un service colossal? Les imprimés reçus
- Rue
- Gutenberg
- Etienne
- Marcel
- Etienne
- Marcel
- Fig. 3. — Plan du sous-sol.— AA. Réception des boîtes aux lettres. 11 B. Réception des boites aux imprimés. — CC. Timbrage des périodiques.— DD. Réception des périodiques. — EE. Monte-charges des périodiques. — F. Contre-seings. — G. Circulations. 11 H. Monte-charges du transbordement.— I. Chauffage à vapeur. .1 J. Dépôt de charbon pour le chauffage. — K K. Caves. — L. Dé-Ilôt du matériel. — M. Objets de rechange pour les voitures. — Ecuries et dépendances. — il. Cour basse des écuries. — P. Sellerie. — Q. Descente des chevaux. — RR. Armoires des cochers. S. S. Emplacement réservé pour l’éclairage électrique. — TT. Machines des services pneumatiques. — U U. Machines de l’Hôtel. — VV. Générateurs. — XX. Réservoirs d’air. — Y. Charbon des machines.
- Marcel
- Fig. 5. — Plan du premier étage. — A. Direction des postes et des télégraphes de la Seine. — 11. Directeur. — Service de la recette principale (distribution) : C. Monte-charges des périodiques. — DD. Monte-charges du transbordement.—E. Rayon central (lettres). F. Rayon central (chargements). — G. Annexes. — IIII. Rayons des facteurs de quartiers (lettres). — II. Rayon central (imprimés). — JJ. Rayons des facteurs d’impritnés. — K. Chauffoir des facteurs. — LL. Vestiaires. — M. Chefs de section. — N. Appar-ment.
- Fig. i. — Plan du rez-de-chaussée.— A. Portique d’abri.— B B. Boîtes aux lettres. — CC. Boîtes aux imprimés. — DD. Vente de timbres-poste, etc.— EE, Grande salle publique des guichets.— F F. Poste-restante et abonnés. — G. Correspondance, réclamations, renseignements, cabines téléphoniques. — II. Concierge. — I. Corps de garde. — J. Dépenses publiques. — K. Chef de la caisse. — LL. Salle des guichets des périodiques. — M. Chargements des contre-seings. — N N. Descenseurs mécaniques des périodiques. — 0. Monte-charges des périodiques. — Q. Vaguemestres (Poste militaire). — R. Transbordement, arrivée— S. Transbordement, départ.— T. Monte-charges du transbordement. — U. Sacs vides.
- — V. Descente des chevaux au sous-sol. — X. Remisages. —
- — Y. Entrée particulière et concierge du pavillon des appartements.
- Rue Gutenberg'
- Rue Etienne Marcel
- Fig. 6. — Plan du deuxième étage. — A. Bureau des rebuts et réclamations. — B. Chefs du bureau des rebuts et réclamations.— Services de la recette principale (départ) : C. Monte-charges des périodiques. — D. Monte-charges du transbordement. — E. Ouverture générale. — FF. Lettres. — GG. Banlieue. — HH. Étranger. — 1. Colonies. —JJ. Journaux. — K. Imprimés non urgents.
- — LL. Trémies vitrées pour l’éclairage des salles du premier étage. — M M. Vestiaires.— N. Chefs de section. — 0. Appartement.
- — P. Chargement.— QQ. Glissières de livraison au transbordement.
- au comptoir, et comptés, seront déposés par espèces dans des récipients métalliques avec contrepoids qui les descendent au sous-sol.
- Voilà, en somme, la partie publique de la Poste : réception des correspondances isolées, service d un grand bureau de Poste et Poste restante d’une part; réception des Périodiques de l’autre; entre les deux,
- timbrage des Périodiques et envoi aux services de transit1.
- Nous donnons ci-contre l’élévation de la façade principale du nouvel hôtel des Postes (lîg. 1), la coupe du monument (fig. 2) et les plans du sous-sol,
- 1 D'après la Conférence de M. Guadet à la Société des ingénieurs civils.
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- du rez-de-chaussée, du premier et du deuxième étage (fig. 5, 4, 5 et 6).
- Au delà de la cour des Périodiques, une grille divise le bâtiment en deux sur toute sa largeur; c’est au delà que commence la partie de la Poste interdite au public. Nous y introduirons prochainement nos lecteurs.
- — A suivre. — X..., ingénieur.
- VITESSE DES PAQUEBOTS
- TRANSATLANTIQUES
- La construction des navires à vapeur qui traversent l’océan Atlantique fait chaque jour de nouveaux progrès. Il est intéressant de suivre l’accélération de vitesse de ces « lévriers de l’Océan » (greyhounds) comme les appellent les Américains. Le journal Le Yacht nous fournit à ce sujet quelques renseignements que nous reproduisons.
- Actuellement, les trois paquebots les plus rapides de l’Atlantique nord sont YEtruria, YUmbria, tous deux appartenant à la Compagnie Cunard, et le Lahn du « Norddeutscher Lloyd », de Brème.
- Les dimensions respectives de ces trois paquebots sont les suivantes :
- Etruria et Umbria : 452ra,88 de long, 17m,45 de large et 11“,64 de creux.
- Lahn : 156ra,55 de long, 14m,92 de large et I lm,ll de creux.
- Nous sommes à la veille de voir entrer en ligne les nouveaux paquebots à deux hélices qui sont appelés à les surpasser comme dimensions, comme puissance et par suite comme vitesse, en même temps (qu’ils offriront beaucoup plus de chances de sécurité et un plus grand confortable. 11 n’en est pas moins curieux de s’arrêter à ce que l’on obtient aujourd’hui.
- Les paquebots anglais qui ont effectué, en moins de sept jours, la traversée de Queenstown à New-York ou de New-York à Queenstown — trajet de 2828 milles environ — sont les suivants :
- L'Oregon (ancien paquebot de la Compagnie Cunard, coulé en 1886 à la suite d’un abordage avec une goélette), dont la plus courte traversée a été de six jours neuf heures et vingt-deux minutes; le City of Rome (de l’Anchor Line), qui a mis six jours et dix-huit heures de Queenstown à New-York; Y America (ancien paquebot delà « National Line », acheté par le gouvernement italien), qui a effectué le trajet en six jours treize heures et quarante-quatre minutes; le Servia, de la Compagnie Cunard, qui a employé Six jours vingt-trois heures et cinquante minutes dans une traversée de retour; YAurania, de la même Compagnie, qui a fait la traversée d’aller en six jours vingt-trois heures et deux minutes; et Y Alaska, de la Compagnie Guion, dont la plus belle traversée a été de six jours seize heures et trente-huit minutes.
- C’est donc la Compagnie Cunard qui tient la première ligne, puisque ses quatre navires, qui font actuellement le service de Liverpool à New-York, ont employé moins de sept jours pour faire le trajet de Queenstown à Sandy Hook ou vice versa.
- On compte généralement 2828 milles pour la distance qui sépare Queenstown de Sandy Ilook, à l’embouchure de l’iludson, mais les paquebots ont souvent à franchir une distance plus grande, soit qu’ils rencontrent des icebergs ou des banquises, soit pour d’autres causes. C’est
- ainsi, par exemple, qu’au mois de mai 1885, YEtruria parcourut 2956 milles dans sa traversée d’aller et 2958 dans sa traversée de retour du mois suivant.
- Cette dernière s’était effectuée en six jours quatorze heures et trente-cinq minutes — d’après un extrait du journal de bord — et cela malgré un détour de 120 milles dans le sud qu’il avait fallu faire pour éviter les glaces Bottantes, ce qui donnait une vitesse moyenne de 18”,65 pour toute la durée du trajet. Le rapport officiel que le « Commissaire de la navigation » a publié, au commencement de cette année, cite plusieurs traversées rapides effectuées pendant les années 1884, 1885 et 1886. C’est dans ce tableau que nous avons pris quelques-unes des données précédentes et que nous relevons une traversée de six jours dix-neuf heures et huit minutes pour YUmbria en 1884; une de six jours et neuf heures pour YEtruria en 1885 ; et trois autres traversées de YUmbria en 1886, dont les durées respectives ont été de six jours neuf heures et vingt-deux minutes, six jours six heures et huit minutes, et six jours quatre heures et douze minutes.
- Malgré les grandes vitesses obtenues par ces trois paquebots, les compagnies rivales font construire de nouveaux navires qui sont appelés à les surpasser en même temps qu’ils offriront beaucoup plus de chances de sécurité et.surtout d’insubmersibilité, par la raison qu’ils auront deux machines indépendantes actionnant des hélices jumelles, disposition qui permet d’isoler chaque machine et d’avoir une cloison longitudinale depuis les chaufferies jusqu’à l’arrière du navire. Ces nouveaux paquebots express en construction sont au nombre de huit, à savoir : deux pour la Compagnie « White Star », deux pour la « Compagnie hambourgeoise-américaine », un pour notre ligne du Havre à New-York, un pour le « Lloyd de Brème », et deux pour la Compagnie « fnman et International ».
- CANONS HOTCHKISS A TIR RAPIDE
- Il se produit fréquemment, à la guerre, telle circonstance où il importe à l’Artillerie de tirer rapidement un grand nombre de coups. Le cas se présente alors qu’il s’agit pour elle de battre un but mobile sur lequel elle ne saurait agir que durant un très court intervalle de temps.
- Quand, par exemple, une colonne d’infanterie se jette au pas de course à l’attaque d’une position, le défenseur doit être en mesure de rompre l’élan de cette troupe; et ce, par le moyen d’une pluie de projectiles. Des escadrons de cavalerie se démasquent-ils brusquement à l’effet de prononcer un mouvement offensif, l’adversaire est mis en demeure d’en briser vivement la cohésion ; de ne leur laisser que l’alternative de se faire détruire ou de battre précipitamment en retraite. Un navire cuirassé se voit-il enveloppé d’une nuée de torpilleurs, le voilà tenu de se débarrasser de ces assaillants, et il ne peut guère le faire autrement que moyennant l’exécution d’un tir énergique et rapide.
- Nous pourrions multiplier les exemples.
- On a cru quelque temps que l’emploi des mitrailleuses était de nature à fournir une heureuse solution du problème; on a surtout, dans cet ordre d’idées, préconisé la mitrailleuse de Refïye, appareil
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- extrêmement ingénieux, fait pour projeter des balles analogues à celles que lance le lusil d’inlanterie. Malheureusement, toutes les bouches à feu de cette espèce sont affectées de ce commun défaut qu’elles ne tirent que des projectiles légers, de petit calibre, ordinairement inexplosibles et dotés, en tout cas, d'une vitesse initiale insuffisante à l’efièt d'exercer une action efficace à grande distance.
- Ultérieurement, l’américain llotchkiss a proposé le canon-revolver qui porte son nom ; c’est, de fait, une mitrailleuse lançant des projectiles explosibles. Cette pièce peut, à l’occasion, rendre de grands services, témoin la nuit du 25 au 26 août 1884, durant laquelle notre canonnière Vipère, alors mouillée dans les eaux de la rivière Min, coula, grâce au tir de ses hotchkiss, deux torpilleurs chinois qui l’avaient menacée.
- Au cours de la plupart de ses autres expéditions, notre marine avait sur les rivières du Tonkin nombre de canonnières spéciales telles que VAlerte, la Carabine, l’Éclair, la Hache, la Massue, le Revolver, la Mitrailleuse, etc., etc. L’armement de chacun de ces petits bâtiments, de quinze hommes d’équipage, se composait d’une bouche à feu de 14 centimètres en batterie à l’avant, et d’un hotchkiss à l’arrière. Or ce hotchkiss a fait merveille en mainte circonstance.
- Les canons-revolvers, qu’on désigne sous cette dénomination générique de hotchkiss, sont de trois calibres distincts — 57, 47 et 55 millimètres — lançant tous trois des obus ordinaires, des obus de rupture en acier et des boîtes à mitraille. L’excellence de ces divers calibres ressort clairement du résultat des expériences auxquelles il a été successivement procédé: en 1878, au Ilelder (Rays-Bas) ; en 1879, à Revel (Russie) ; en 1880, à la Spezia (Italie) et àTrongsund (Finlande); en 1881, àPola (Autriche).
- Observant toutefois qu’un canon-revolver quelconque est, tout considéré, une pièce de faible calibre; que le tir ne saurait en être efficace aux grandes distances; qiffune telle bouche à feu est incapable d’entrer avec quelque chance de succès en lutte avec des canons de campagne ordinaires, les ingénieurs de la maison Hotchkiss ont conçu l’idée d’un autre type de canon léger, à tube unique, de grande longueur (quarante fois le calibre), sans recul, à chargement et tir rapides.
- Les nouvelles bouches à feu qui viennent d’entrer en scène se distinguent en canons « légei’s » et canons « à grande puissance ».
- Le premier groupe comprend deux pièces, des calibres de 57 et 47 millimètres, pesant respectivement, avec leurs crosses, 55 et 120 kilogrammes. Chacune de ces bouches à feu tire les munitions du canon-revolver de même calibre.
- Le second groupe comprend également deux pièces, des calibres de 47 et 57 millimètres.
- Du poids de 250 kilogrammes, le canon à grande puissance de 47 millimètres tire h la charge de 0ks,780 de poudre étiquetée Ca : un obus ordinaire
- pesant lk*,511 ; — un obus de rupture en acier, de même poids; — une boîte à mitraille farcie de 40 balles de 52 grammes. L’obus ordinaire est» animé d’une vitesse initiale de 610 mètres.
- Cette pièce peut tirer 12 coups pointés à la minute, soit 1 coiqi par intervalle de cinq secondes. Expérimentée à Shœburyness (Angleterre) en 1885— 84, elle a très brillamment fait ses preuves en présence des membres de YOrdnance Committee.
- Le canon à grande puissance de 57 millimètres est du poids de 565 kilogrammes. Il lance à la charge de 0k»,895 de poudre C2 : un obus ordinaire pesant 2kg,724; — un obus de rupture en acier, de même poids ; — une boîte à mitraille emplie de 80 balles de 52 grammes. L’obus ordinaire prend une vitesse initiale de 554 mètres. La pièce peut également tirer 12 coups pointés à la minute.
- Pour le service de ces deux canons de 47 et 57 millimètres à grande puissance, les ingénieurs de la maison Hotchkiss viennent de mettre à l’étude un shrapnell pouvant s’armer d’une fusée â double effet.
- Ils expérimentent aussi, en ce moment, deux autres types de canons à tir rapide à grande puissance, des calibres de 65 et 100 millimètres.
- Du poids de 600 kilogrammes, le canon de 65 millimètres lance un obus ordinaire pesant 4 kilogrammes ; un obus de rupture en acier, et un shrapnell de même poids. La vitesse initiale de l’obus ordinaire s’élève à près de 620 mètres.
- Le canon de 100 millimètres, actuellement soumis à l’expérience, lance des obus ordinaires et des obus de rupture du poids de 15 kilogrammes, ainsi que des shrapnells et des boîtes à mitraille. La vitesse initiale de son obus ordinaire mesure environ 650 mètres.
- Cela dit, nous devrions donner ici une description détaillée du nouveau matériel, en exposer la construction, le système de fermeture de culasse et de mise du feu, le mode de fonctionnement du mécanisme, d’organisation des projectiles, etc., etc., mais l’exposé de ce tableau de détails nous entraînerait trop loin.
- Observons seulement que les canons Hotchkiss à tir rapide peuvent se monter sur affûts de genre divers, établis chacun selon les besoins particuliers du service qu’ils ont à faire. Nous distinguons ainsi les affûts de boi’d, les affûts d’embarcation, l’affût de débarquement et l’affût sans recul de campagne.
- Obligé que nous sommes d’imposer des limites â l’étendue de la présente étude, nous ne jeterons, à titre d’exemple, qu’un coup d’œil sur le matériel adopté par la marine et actuellement en usage à bord de ses navires et de ses embarcations.
- Si le canon à tir rapide doit prendi’e place à l’intérieur d’une batterie de bord, on le monte sur un chandelier qui s’engage dans une crapaudine fixée invariablement au navire. S’il doit tirer en barbette, on l’établit : soit encore sur un chandelier, soit sur un bâti élastique installé à demeure sur le pont et qui a recule nom de crinoline (fig. 1).
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- Revenant automatiquement et instantanément en batterie après chaque coup tiré, les affûts d'embarcation permettent au pointeur de modifier rapidement la direction et la portée ; et cela, sans jamais interrompre le feu de la pièce. Ces appareils sont de deux types distincts : l’un est à pivot antérieur; l’autre, à pivot central (fig. 2).
- Celui-ci fonctionne d’une manière particulièrement satisfaisante.
- Analysons, en terminant, quelques-uns des effets du tir des canons à tir rapide.
- A 1000 mètres, les obus du canon de 47 percent une plaque d’acier de 47 millimètres ; ceux de 57, une plaque de 59. A plus grande distance, ces projectiles traversent les tôles de la coque, des chaudières, des cloisons transversales d’un torpilleur et, en éclatant à l’intérieur de ce petit bâtimenf, y produisent des ravages qui ont vite fait de le mettre hors de combat.
- Or on peut, en pointant, tirer douze coups à la minute; vingt coups, si l’on ne pointe pas. Ces chiffres, dûment acquis à l’expérience, permettent de calculer le nombre de coups à essuyer par un torpilleur qui se dirige, en plein jour, sur un navire — depuis le moment oii il est à portée de son adversaire, c’est-à-dire à 5000 mètres, jusqu’à celui où il est en mesure de lancer sa torpille automobile, c’est-à-dire à 400 mètres. Dans l’hypothèse où le canon du navire de guerre ne tirerait que douze coups à la minute et où le torpilleur aurait une vitesse exceptionnelle de vingt nœuds — soit 10 mètres à la seconde — on voit que ledit torpilleur ^serait exposé au feu du canon à tir rapide durant 260 secondes, et qu'il pourrait être frappé cinquante-deux fois.
- Mais, à la mer, nombre de circonstances contrarient la précision du tir; l’expérience prouve que
- Fig. 2. — Canon Ilot; likiss à tir rapide sur aflùt d'embarcation à « pivot central. »
- le nombre des touchés n’est guère que le septième du nombre de coups tirés. D’où il suit que, dans les conditions indiquées, le torpilleur serait vraisemblablement touché sept fois avant de pouvoir
- faire usage de sa torpille. Son attaque n’a donc aucune chance de succès ; sa mise hors de combat est certaine. Lieutenant-colonel Henkeuert.
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- LES « HUACAS » DU CHIRIQUI
- ANCIENS CIMETIÈRES
- Le Cbiriqui est une îles provinces qui dépendent de la République de Uosta Rica, formée, on le sait,
- par le démembrement du Guatemala *. Le pays était peu connu jusqu’à ces dernières années, où les nombreuses éludes pour le canal destiné à réunir l’Atltm-tique et le Pacilique l'ont livré aux explorateurs. Les Espagnols avaient parcouru l’istbme à diverses reprises. Ralboa, selon le récit de Ilcrrcra*. avait l'ai^
- Objets recueillis dans les anciens cimetières (huacas) du Cbiriqui (République de Costa-llica). — 1. Représentation d’une figure humaine
- — 2. Clochette en bronze doré. — 5. Figure grotesque en cuivre doré. — t. Figure humaine en alliage d’or cl de cuivre.^______o. Puma
- en or. — 0. Grenouille en terre cuite. — 7. Poisson en or.
- une riebe moisson d’objets en or à Darien, une plus ricbe encore à Panama ; mais les conquistadores paraissent avoir peu visité le Cbiriqui. Les rares voyageurs qui, depuis ce moment, l’avaient exploré, ne signalaient aucun [monument précolombien ; la population était pauvre et clairsemée; rien ne rappe-
- lait les brillants souvenirs du Mexique ou du Pérou, et cependant le pays avait été anciennement habité
- 1 Mittheilungen de Petennann, 1865. — W. Holmes, The use of gold and other mêlais atnong the ancient inhabi~ tants of Chiriqui isthmus of Darien. Washington, 1887.
- - Décades de las Indias, t. III, p. 287 ; t. VI, p. 569.
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- par une race qui, à en juger par les produits de son industrie, était déjà assez avancée.
- De nombreux imacas (tel est le nom donné dans l’Amérique espagnol»! aux anciens cimetières) couvrent toute la partie de l’isthme (pie baigne le Pacifique.Leurs fouilles ont donné d’intéressants résultats et la riche collection formée avec une rare persévérance par M. J.-A. Mae-Niel et qui appartient aujourd’hui au Musée national de Washington, atteste une certaine civilisation à une époque reculée qu’il est difficile de préciser avec quelque certitude.
- Les Indiens actuels, grâce à l’indifférence qui les caractérise, ne savent rien de leurs ancêtres; quelques légendes cependant conservées par M. Pinart paraissent les rattacher aux anciens possesseurs du sol.
- On ne connaît, jusqu’à présent, ni les demeures, ni les lieux d’adoration des vieux habitants du Chiriqui et les sépultures restent leurs seuls témoins. Si les explorations avaient été plus complètes, elles eussent sans doute été non moins fructueuses; mais les tombes livraient de l’or, c’était assez pour attirer l’attention. En 1858, deux ouvriers, par un heureux hasard, avaient trouvé auprès de Bugava une figurine en or; ils se mirent à fouiller avec un zèle bientôt récompensé. Le bruit de leurs découvertes se répandit rapidement; dès l’année suivante, le pays était sillonné de nombreux chercheurs de trésors et on estime à 150 livres le poids des objets en or fortement mélangé de cuivre, ainsi obtenus. Plus tard, un seul huaca couvrant une superficie d’environ 5 hectares livrait, pour sa part, une valeur de 50 000 dollars. Malheureusement, à cette époque, l’intérêt pour les recherches relatives aux races primitives de l’Amérique n’était pas encore éveillé et la plupart de ces bijoux si importants pour l’ethnographie de l’Amérique centrale furent fondus, faute d’acquéreurs.
- Les tombes groupées comme au hasard, sans orientation fixe, sont tantôt ovales, tantôt carrées. La terre était creusée à une profondeur atteignant parfois jusqu’à 18 pieds; puis on établissait une cella avec des montants en pierres brutes recouverts d’une large dalle souvent apportée de loin. Le sol était pavé en cailloux. Là le cadavre était étendu; mais les ossements, ces tristes restes de la mort, ont presque tous disparu et aucune constatation sérieuse sur les hommes eux-mêmes n’a été possible. Seuls les objets en matériaux plus durables, en pierre, en terre cuite, en métal, ont survécu. Selon un usage que nous retrouvons dans toute l’Amérique, ils avaient été déposés avec un soin pieux auprès du mort, pour obéir à cette pensée sinaturelle à l’homme, que tout ne finit pas avec la vie qui s’écoule si rapidement pour lui !
- Comme sous les mounds de l’Amérique du Nord, les poteries sont de beaucoup les objets les plus nombreux (Voy. la gravure, n° 6). Le seul musée de Washington possède plus de 4000 vases de formes diverses provenant du Chiriqui. Les armes ou les
- outils en pierre sont plus rares, ils exigeaient une plus grande somme de travail.
- Ce sont surtout les bijoux ou ornements en métal (pii vont nous occuper. Ces ouvriers employaient indifféremment l’or, l’argent, le cuivre et l’étain; ils savaient même mélanger ces deux derniers métaux dans les proportions nécessaires pour obtenir le bronze. 11 est assez difficile de dire si l’ouvrier arrivait au résultat qu’il cherchait par le moulage ou par le martelage. Il est probable (pie le premier mode était surtout employé puisqu’on achevait le travail par le martelage là où il était indispensable.
- On se servait probablement pour le moulage d’un procédé très primitif, encore en usage dans certaines contrées de l’Orient : l’artiste modelait le sujet qu'il voulait représenter en quelque matière fusible telle que la cire ou la résine, par exemple; il revêtait le modèle ainsi obtenu d’une épaisse couche de terre glaise et l’exposait à un feu ardent. La cire ou la résine disparaissaient rapidement et l’argile durcie devenait le moule oii l’on versait le métal en fusion. Peut-être aussi procédait-on par ^'amalgamation de l’or et du mercure. Cette pâte plastique se prêtait au modelage ; quand la pièce était terminée, on l’exposait au feu et on l’achevait à l’aide d’outils très grossiers, les seuls que ces hommes connussent; c’est ainsi sans doute qu’étaient fabriquées les figurines que les fouilles ont données (nos 1, 5, 4). Tel était également le procédé souvent employé au Pérou où l’on obtenait ainsi des pièces assez compliquées. Nous citerons un enfant couché dans un hamac, sur lequel un serpent va s’élancer et un homme assis entre deux femmes.
- Les artistes du Chiriqui ne connaissaient ni la taille, ni la gravure, ni le repoussé; du moins n’a-t-on trouvé jusqu’ici aucun objet qui permette de le supposer. On ne remarque non plus nulle trace de soudure. Les pièces rapportées l’étaient avec une telle perfection qu’il est souvent difficile de reconnaître le point de jonction. L’ouvrier employait, pour les ornements qu’il ajoutait après coup, des fils d’or entrelacés mesurant environ 60 millimètres de diamètre. Une de nos figurines (n° 5) est fort remarquable par son aspect; elle offre un des meilleurs spécimens de ce genre de travail.
- Quelques-uns des objets recueillis méritent une mention spéciale ; les uns sont en cuivre doré, les autres recouverts d’un plaqué d’or. Le même fait a été constaté pour des objets trouvés sous les mounds de l’Amérique du Nord. Là, l’or était quelquefois remplacé par du fer, encore aussi rare que précieux. Notre ignorance est complète sur les procédés employés par ces ouvriers ; nous pouvons seulement dire qu’ils indiquent chez eux des connaissances assez avancées qui contrastent singulièrement avec leurs productions soit en terre cuite, soit en métal. Il est difficile de voir rien de plus primitif que les nombreuses figurines représentant des hom-‘mes ou des anthropomorphes (nÜS 1, 3, 4). On se demande, tant on est frappé de l’infériorité de l’exé-
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- cntion, si l’artiste a voulu représenter des grotesques plutôt que les hommes qu’il avait sous les yeux.
- Il en est de même pour les oiseaux et pour les mammifères; le hibou, l’aigle, le perroquet dominent parmi les premiers. Cette préférence se montre chez les diverses races qui ont peuplé l'Amérique centrale. Nous reproduisons un puma (n° 5) qui montre la même inexpérience que les figures humaines, et un poisson (n° 7) dont il est impossible de dire la signification; elle se rapporte vraisemblablement à quelque tradition oubliée. Les grenouilles se rencontrent fréquemment; il en était de même chez les Chibchas. Ne nous lassons pas de signaler ces points de contact entre des peuples souvent très éloignés les uns des autres. Peut-être permettront-ils d’arriver un jour a quelque conclusion sur leur origine. Les habitants du Chiriqui fabriquaient également, soit en or, soit plus souvent en un alliage d’or et de cuivre, des sonnettes, des grains de collier, des sifflets, des amulettes. Ils possédaient aussi des plaques en or chargées quelquefois d’ornements, toujours percées d’un trou et destinées probablement à être suspendues sur la poitrine comme un signe honorifique. Le musée de Washington possède une de ces plaques de 760 millimètres de diamètre.
- Nous avons dit que ces hommes connaissaient l’alliage nécessaire pour obtenir le bronze. Les nombreux objets en bronze paraissent bien avoir été fabriqués sur place. Nous choisissons parmi eux un fil d’or portant cinq petites clochettes dorées (n° 2)) ; elles présentent entre elles certaines différences; mais toutes sont de forme allongée, échanerées dans le bas, pour que le son puisse mieux s’échapper, et toutes renferment de petites boules en métal. La plus grande de ces clochettes mesure un peu plus de o centimètres de hauteur et près de 2 centimètres dans sa plus grande largeur ; elle est surmontée d’une figurine grossièrement modelée.
- D’après de nombreux témoignages, les ornements et les bijoux soit en or soit en d’autres métaux ont été trouvés en grand nombre dans les différentes parties de l’isthme. Quelle était la provenance de ces métaux? Les rivières roulent des pépites d’or, mais ces pépites n’auraient pu suffire à une fabrication considérable. On ne connaît aucune mine dans cette région de l’Amérique ; les métaux devaient donc être importés et les habitants du Chiriqui avaient, dès les temps les plus reculés, des rapports avec des populations éloignées en possession des métaux précieux, et cependant l’art dont témoignent les objets, soit en métal, soit en terre cuite, est bien mi generis et n’a rien emprunté à des sources étrangères; il diffère essentiellement de l’art des Péruviens ou des Mexicains, de l’art des Chibchas ou des habitants de la Nouvelle-Grenade. C’est une civilisation inconnue qui se révèle à nous. Peut-être à cause de cela offrira-t-elle, malgré son état d’infériorité, un certain intérêt aux lecteurs de La Nature.
- Marquis de Nadaillac.
- ÉLECTRICITÉ ATMOSPHÉRIQUE
- M. le Dr Marcet a fait de curieuses observations sur les phénomènes dus à l’électricité atmosphérique, pendant un séjour au pic de Ténéritfe. Il en a présenté récemment le résumé à la Société royale météorologique de Londres,
- « La grande sécheresse de l’air sur le pic de Ténéritfe, dit le Dr Marcet, n’est sans doute pas étrangère aux singuliers phénomènes électriques qui s’y produisent et dont je fus moi-même témoin, pendant le séjour de trois semaines que je fis à cette époque sur le pic, en vue de recherches physiologiques. A l’altitude de 7000 pieds, j’observais la nuit, sous ma tente, de brillantes lueurs électriques qui se produisaient surtout lorsque je frottais avec ma main la surface de mon mackintosh. Nous observions les mêmes effets, le guide de Chamonix «pii m’accompagnait et moi, en frottant les draps de nos lits. L’air était si sec que l’écart entre les thermomètres à boule sèche et à boule humide dépassait 50° pendant le jour. Le cuir de nos bottes se déchirait et se fendait, les caisses contenant les instruments faisaient entendre des craquements et il s’y produisait de larges fentes causées par la contraction du bois. Nous ne nous apercevions plus de notre transpiration, tant était rapide l’évaporation par la peau, et bien que, d’après les observations de. Piazzi Smith, la température avec la boule noire dans le vide dût s’élever probablement à 212°, soit au point d’ébullition de l’eau au niveau de la mer. »
- CONSEILS
- AUX AMATEURS D’HISTOIRE NATURELLE 1
- LA COLLECTION DE PAPILLONS
- Les papillons préparés sont piqués dans les boîtes de la collection (fig. 1). Ici chacun fait comme il l’entend, les uns aiment les grandes boîtes, d’autres les préfèrent petites; la forme en tiroirs vitrés est généralement employée. Quels que soient leur volume et leur forme, le fond en doit être liégé, recouvert de papier blanc, et le couvercle vitré afin qu’on puisse voir les insectes sans être obligé d’ouvrir la boîte. Cette précaution est loin d’être inutile, l’air que l’on comprime en refermant fréquemment le couvercle pèse sur les ailes des papillons, les ébranle et finit par les détacher. Les pinces à piquer (fig. 2) sont indispensables pour le rangement et le maniement des insectes.
- Si l’on vient h s’apercevoir qu’un ou plusieurs papillons soient attaqués par les insectes ravageurs des collections, ce que l’on reconnaîtra à un tas de fine poussière brune amassée sous lui, il faut immédiatement retirer les sujets contaminés de la boîte. On les met passer quelques heures dans le large flacon à cyanure, ou, s’ils sont trop grands, dans une boîte hermétiquement close contenant un chiffon ou une éponge imbibée de benzine ou de sulfure de carbone. Les émanations ne tardent pas à tuer le parasite que l’on trouve généralement mort au fond de la boîte quelques heures après l’introduction du papillon
- 1 Suite. — Voy. n° 775, du 24 mars 1888, p. 209.
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- attaqué. ]1 sera du reste prudent de faire passer une douzaine d’heures dans ce lazaret à tous les papillons déjà préparés que quelque acquisition ou quelque échange pourront amener dans la collection.
- 11 est de bonne précaution de mettre dans un des coins de chacune des boîtes de la collection un petit tube qu’une bande de papier collée autour de sa panse permet de fixer sur le fond liégé au moyen d’une épingle, tube contenant du coton que l’on imbibe de temps en temps de benzine, de sulfure de carbone (fig. 5). Aux délicats à qui répugnent ces substances infectes, nous indiquons l’usage de l’essence de serpolet ou d’une huile provenant d’une plante de Malaisie, le kayou-pœti que les pharmaciens commencent à débiter; ces deux essences ont l’avantage d’avoir une odeur forte, pénétrante, sans être désagréable, et suffisent ainsi à éloigner les insectes parasites, dennestes, ptines, an-thrènes, teignes (fig. 4, 5, 6 et 7), fléaux des collections, dont les larves et les chenilles dévastent, dans leur voracité aveugle, les plus belles pièces, dévorant les corps et trouant même les ailes des papillons
- Le camphre est une substance d’une utilité contestable, mais dont Fio. 2
- l’usage doit être complètement re- Pinces à piquer.
- Fig. 1. — Vue d’une boîte à collection de papillons.
- jeté, car cette matière renfermée dans les boîtes ne tarde pas à s’y sublimer et à recouvrir les insectes d’une line couche blanche qui produit le plus mauvais effet ; nous lui préférons la naphtaline. A rejeter aussi ce moyen déplorable consistant à enduire le dessous du papillon d’une masse de savon arsenical (savon de Bécœur) empoua-crant les pattes, graissant la base des ailes et n’empêchant pas l’insecte ainsi gâté d’être attaqué par cet autre fléau des collections, les Accirus. Ces petits animalcules (fig. 8), s’installant en masse sur le corps du papillon , ne tardent pas à donner aux gros bombyciens ou autres lépidoptères poilus, un aspect mouillé, luisant, produisant le plus triste effet. II semblerait que le papillon ainsi attaqué a été trempé dans l’huile; les amateurs, pour définir cet état de choses, ont une expression consacrée : on dit que le papillon est tourné au gras.
- Heureusement qu’il existe un remède souverain et facile à appliquer. On plonge le papillon contaminé dans la benzine, de manière à ce qu’il y baigne complètement, puis on le pique dans une petite boîte remplie d'argile smectique (terre à foulon ou terre de Sommières) finement broyée et tamisée, et on le
- Fig. 5.
- Tube à benzine.
- Fig. I, o et fi. — Les ennemis (les collections. — Fig. i. Dermestes. a. Insecte parfait; b. Larve; c. Nymphe. — Fig. 5. Ptine. — Fig. 6. Anthrène. a. Insecte parfait ; b. Larve. — Un trait à côté de chaque figure indique la grandeur réelle.
- recouvre complètement de la même substance (fig. 9). Un jour, quarante-huit heures au plus, suffisent pour mener à bien l’opération. On peut alors retirer
- le papillon qu’on époussette soigneusement avec un pinceau très doux, et l’on s’aperçoit alors qu’il est redevenu aussi frais qu’avant l’accident.
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- Il est un ennemi plus terrible, plus facile à éviter qu’à combattre, et contre lequel il est peu de remèdes : nous entendons parler de la moisissure, triste apanage des collections disposées dans les maisons lmmides.
- On peut essayer de nettoyer les insectes attaqués avec de l’alcool absolu, avec de l’éther. Pour éviter les Acarus et la moisissure, il faut tenir sa collection dans un endroit sec et la visiter fréquemment.
- Il arrive souvent qu’un accident malheureux amène chez les papillons secs la rupture d’une par-lie du corps fragile : une antenne se détache, une patte se brise, parfois un abdomen tombe, et, chose plus grave, une aile se déchire. Les parties ainsi séparées se recollent avec de la gomme laque dissoute dans de l’alcool à consistance sirupeuse.
- Celte substance a l’avantage de prendre sur les parties poilues et écailleuses, de sécher rapidement et d’ètre à peu près insensible à l’humidité, de telle sorte que les insectes ainsi recollés peuvent être facilement ramollis. Pour réparer les ailes, il est bon de ramollir préalablement le papillon et de le réparer sur l’étaloir en ayant eu soin de ramollir également les morceaux détachés ; une fois qu’à l’endroit recollé la gomme laque est bien sèche, on étale le papillon comme précédemment. Cette méthode a l’avantage d’éviter les boursouflures, les gondolements des parties recollées.
- Si quelque insecte parasite a fait un trou dans le corps du papillon pour s’échapper au dehors, on peut le boucher en mélangeant des poils de laine de couleur appropriée, finement hachée, avec de la gomme laque et en appliquant cet enduit sur le trou; quelques touches de peinture
- habilement données concourent à donner un résultat satisfaisant ; il est même possible, par cette méthode, de refaire des fragments entiers d’abdomen brisés
- et perdus. Il est des amateurs qui sont arrivés dans ces réparations à une habileté prodigieuse ; tel fut feu notre collègue De-puiset, tels sont encore nos collègues Poujade, préparateur au Muséum de Paris, et A.-L. Clément et M. Fallou.
- Le classement de la collection doit être aussi méthodique que possible. Des étiquettes de dimension et de forme variant suivant le goût de chacun portent les noms de genre, d’espèce ; de plus grandes portent ceux des familles (fig. 10). On les fixe dessus ou dessous chaque rangée d’individus avec des épingles courtes les assujettissant au fond de la boîte ( épingles camions ), ou bien on les monte sur des épingles plus longues au moyen d’un support en liège ou en moelle de sureau sur lequel on les colle alors que la tète de l’épingle se trouve prise dans le support, la petite construction formant table à un seul pied. Cette disposition a l’avantage de présenter les étiquettes dans les boîtes à la même hauteur que les papillons, ce qui donne une meilleure vue d’ensemble et économise de la place.
- Il est également très utile de piquer à l’épingle supportant le papillon une petite paillette de papier sur laquelle on inscrit la provenance du sujet (fig. 11), localité, date de la capture, mois et année ; si c’est par échange qu’on s’est procuré l’insecte, indiquer de quelle collection il vient, etc. Toutes ces indications sont fort utiles; faute de les posséder, une collection perd de son intérêt et de sa valeur. « Ce n’est, en effet, que d’après les localités
- Fig. 7 et 8. — Les ennemis des collections. — Fig. 7. Papillon attaqué. a. Larve de la teigne; b. Teigne à l’état parlait; b'. Teigne grossie. — Fig. 8. Acarus, très grossi.
- Fig. 0. — Traitement d’un papillon tourné au gras.
- Fig. 10. — Divers spécimens d'étiquettes.
- Fig. 11. — Étiquette de provenance.
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- ainsi inscrites clans les collections et relevées par les auteurs, que l’on a pu faire les faunes et surtout les faunes locales dont l’importance est si grande. »
- 11 est bon de tenir aussi au courant un cahier de chasse où l’on inscrit, au retour de chaque excursion, le nom et le nombre de ses captures, la date exacte, le lieu de prise et les renseignements de mœurs qu’on aura recueillis. Mais ce livre n’exclut en rien l’établissement de paillettes individuelles; en effet, on peut faire sur son livre une erreur de détermination, confondre des espèces voisines, tandis que l’insecte ayant sa paillette à son épingle porte avec lui son état civil; sa détermination peut changer, sa provenance et sa date de prise sont toujours les mêmes. Maurice Maindron.
- CHRONIQUE
- La propagation tin son dans l'air. — Oïl s’occupe beaucoup en ce moment des modifications apportées à la vitessse du son par le fait de la vitesse considérable des nouveaux projectiles. Après les expériences du capitaine Journée, à Chàlons, et de M. Jacob de Marce, à Lorient, on a conclu que la vitesse du son était accélérée lorsque le projectile dépassait 533 mètres à la seconde. Cette conclusion est certainement juste, car je suis à même d’observer, tous les soirs, un fait qui vient la confirmer, mais avec une particularité bien curieuse. Les fenêtres de mon cabinet de travail sont à peu près à 100 mètres de l’ilippodrome où l’on joue Skobeleff, pantomime entremêlée de nombreux coups de canon. J’entends parfaitement la musique qui accompagne cette pièce et je me suis amusé à faire fonctionner, dans son rythme, mon métronome, pour savoir dans quelle proportion les coups de vent accéléraient la transmission du son. Je déclare d’abord, métronome en main, que les coups de vent apportent avec eux une intensité plus forte du son, mais n’en modifient, pour ainsi dire pas la vitesse. Mais j’arrive à la remarque la plus curieuse que j’aie été à même de faire; c’est que, lorsqu’un coup de canon part, je vois parfaitement l’éclair se refléter sur le vitrage de l’Hippodrome et sa détonation m’arrive avec un retard de 1/198 de minute, retard qui correspond à une oscillation de mon métronome normal au chiffre 198 (vitesse théorique du son 533 mètres par seconde). Mais le temps musical, qui suit immédiatement la détonation, est accéléré probablement par celle-ci, car il m’arrive avec une avance marquée que je crois être de 1/240 de minute, ce qui correspond à une vitesse de 400 mètres par seconde. Donc, la détonation de ces canons, sans projectile, se transmet avec la vitesse théorique du son et les ondes sonores de l’orchestre sont précipitées avec une vitesse beaucoup plus grande par cette détonation. Léon Roques.
- Machine à battre les tapis. — La Compagnie du chemin de fer du Nord emploie, pour battre les tapis et les coussins des voitures à voyageurs, une machine imaginée par un de ses ingénieurs, M. Ch. Bricogne. Les coussins sont à la fois battus et brossés. A cet effet, ils passent sous deux brosses cylindriques, entre lesquelles ils sont battus par des bandes de cuir à semelles fixées à un tambour qui fait 300 tours par minute. Quant aux tapis, ils sont placés sur des chaînes sans fin, d’une construction particulière, qui les présentent à l’action des
- batteurs. La machine est complètement enfermée dans une chambre vitrée qui met les ouvriers à l’abri de la poussière, tout eu leur permettant de suivre l’opération. Au fur et à mesure qu’elle est produite, la poussière est enlevée par un aspirateur bourdon.
- La trachéotomie. — On a enterré récemment un nommé M. Louis Berthome, qui avait subi, il y a deux ans, à l’hôpital Saint-Louis, l’opération de la trachéotomie. Au moment où la même opération fut faite à Frédéric III, M. Berthome reçut la visite de médecins étrangers venus pour se renseigner sur les suites de l’opération qu’il avait subie. Sa Santé était excellente, et il eût vécu longtemps encore probablement s’il n’avait pas commis une imprudence qu’il a payée de sa vie. Lorsqu’il était nécessaire de nettoyer la canule introduite dans sa gorge, M. Berthome était obligé de se rendre à l’hôpital Saint-Louis, où les internes prenaient toutes les précautions usitées en pareil cas. Un jour, il voulut nettoyer la canule lui-même, l’air a pénétré dans la plaie, des complications sont survenues, et il est mort.
- A propos de l’autographométre. — Par une
- sorte d’interprétation trop large peut-être des explications techniques qui nous avaient été données concurremment par MM. Floran de Villepigue et Fanon, lors de la deuxième série des expériences faites à Courbevoie avec l’autogra-phomètre, nous avions été conduits, dans la notice que nous avons fait paraître à ce sujet (n° 722, du 2 avril 1887), à confondre ces deux messieurs dans la paternité de cet intéressant appareil. Il vient de nous être fait à ce sujet une réclamation, bien tardive peut-être, mais à laquelle nous devons à la stricte vérité de faire immédiatement droit. Le brevet de l’autographomètre est au nom seul de M. Floran de Villepigue : M. Fanon (de la maison Eynard etPanou, 41, rue de Saintonge) n’en est que le constructeur et ne paraît avoir aucune autre part directe à la conception première et à l’invention proprement dite de l’appareil. M. A. C..., ingénieur.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 juillet 1888. — Présidence de M. Jansskn.
- Photographie d’éclairs. — On se rappelle certainement les intéressants résultats obtenus par M. Ch. Moussette en photographiant des éclairs. La même voie est suivie aujourd’hui par M. Trouvelot qui, le 24 juin dernier, a obtenu des clichés dont l’étude microscopique est fort curieuse. On y voit que le trait fulgurant se divise un très grand nombre de fois; dans un cas, en 37 branches dont quelques-unes sont d’ailleurs extrêmement ténues et faibles. La forme du trait n’est évidemment pas cylindrique, mais aplatie comme un ruban, et l’auteur compare ses inflexions à celles qu’un ruban matériel décrirait dans un milieu fluide lentement agité de courant et de remous. Un autre fait bien singulier est que ce ruban est dans toute sa longueur traversé de fines raies noires dont la description nous rappelle la stratification de la lumière électrique et que l’auteur compare aux raies du spectre solaire.
- Singulier effet du, soleil couchant. —Vendredi dernier, fi juillet, à 7 h. 50 m. du soir, après une ondée assez forte, précédée d’un éclair avec tonnerre, au sud de Paris (le vent soufflait dans cette direction), la partie est du ciel s’éclaira subitement d’une lumière rouge intense, semblable au reflet d’un vaste incendie, et analogue aux lueurs crépusculaires qui suivirent l’éruption du Krakatau.
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- Au même instant, un arc-en-ciel se montra dans cette région; son sommet atteignait 45° environ de hauteur. Notre très distingué confrère, M. A. Boillot, qui se trouvait à 200 mètres à peu près à l’est de la gare Montparnasse, sur le boulevard de ce nom, note que l’atmosphère située entre cet arc et l’horizon était vivement estompée par une couleur rouge violacé, et le violet tendait à dominer de plus en plus, à mesure que l’éclat de l’arc lumineux s’affaiblissait. Le phénomène avait complètement disparu à 8 h. 10 m., c’est-à-dire sept minutes après le coucher du soleil. Alors le fond du ciel où il s’était produit se montrait d’un bleu foncé grisâtre, et cette nuance atteignait son maximum d’intensité vers 8 h. 45 m. Le fait de cet arc-en-ciel n’a par lui-même rien d’extraordinaire; mais ce qui paraît digne d’attention, c’est le vif éclairage qui illuminait la portion du ciel comprise entre l’arc et l’horizon. Le phénomène, dans son ensemble, était vraiment admirable, et quelques personnes qui en furent témoins, de Saint-Cloud, l’attribuèrent d’abord à quelque vaste incendie éclatant dans Paris.
- Les centenaires. — Le gouvernement a fait dresser en mai 1886 la statistique de tous les centenaires vivant en France. M. Levasseur résume les résultats de cette enquête, où ne figure d’ailleurs pas M. Chevreul qui, à l’époque, était encore de quelques mois trop jeune. Le premier chiffre obtenu fut de 184 centenaires pour les 57 000 000 de Français, mais, après vérification, il se réduisit à 83 seulement : cent personnes s’étant indûment faufilées dans les vénérables, les unes par leur faute comme cette dame de trente ans qui s’était donné cent trente ans sur la feuille de recensement, les autres par suite des erreurs de bureau comme cet enfant qui, né en 1870, fut porté à 1780 par simple transposition des chiffres, etc. Encore, des 85 restants, n’y en a-t-il réellement, que 16 en possession d’état civil régulier et irréprochable. Parmi eux est Joseph Privas de Tarbes, né le 20 avril 1770 et qui avait par conséquent cent seize ans. Une femme a peut-être cent douze ans, mais la chose n’est pas absolument certaine. Parmi les centenaires, les femmes sont en grande majorité : 52 contre 31 hommes. L’une d’elles, âgée de cent trois ans, veuve d’un chambellan de Stanislas II, a fait la campagne de Pologne comme chirurgien-major, reçut deux blessures et vit maintenant d’une pension de 60 francs par mois que lui sert le Gouvernement français. Dernier fait qui conduit M. Levasseur à constater que la plupart des centenaires sont dans l’indigence. Ces vieillards sont répartis en France d’une manière très inégale : c’est le sud-ouest qui est le plus favorisé. Le bassin seul de la Garonne fournit un total égal à celui de tout le reste de la France ; est-ce bien correctement observé, et l’exagération qui fleurit si bien en Gascogne se fait-elle sentir ici? c’est un point qui n’est pas éclairci. Comme conclusion, on trouve que chaque membre de la génération qui a vécu pendant le dix-neuvième siècle avait 1 chance contre 18 800 de devenir centenaire.
- Pêche abyssale à la lumière électrique. — L’idée d’appliquer l’attraction exercée par la lumière sur les animaux, à la pêche dans les grands fonds océaniens, a été caressée déjà, mais jusqu’ici toutes les tentatives ont échoué à cause des difficultés de mettre une lampe plongée à 5000 mètres, par exemple, en communication électrique permanente avec le vaisseau. En effet, les fils s’embarrasseront dans les câbles pendant la descente ou la montée des nasses ou autres engins de pêche et seront
- détériorés durant le traînage sur les rochers. Dans une note présentée en son nom par M. Milne-Edwards, M. Paul Regnard fait voir comment la difficulté peut être tournée. La lampe est descendue avec sa pile. Celle-ci est disposée dans une sorte de chaudière en tôle, étanche, mais en communication par une tubulure avec un gros ballon flexible plein d’air. A mesure que la pression s’exerce sur l’appareil, l’air expulsé du ballon entre dans la chaudière et prévient son écrasement (voy. p. 97).
- Le puits de la place Hébert. — Nos lecteurs ont eu déjà une étude sur le grand sondage artésien de la Chapelle, et en cela ils sont en avance sur l’Académie qui n’est officiellement informée que d’aujourd’hui. Dans une note déposée au nom de M. Lippmann, l’histoire des accidents dont cette entreprise a été entravée occupe une large place. Commencé en 1865, le forage, de lm,5ü de diamètre, parvenu à 677 mètres, fut arrêté en 1874 par la chute d’un tronçon de tube de 120 mètres de longueur. On dut broyer ce corps étranger et le remonter par parcelles, ce qui demanda onze années tout entières. C’est en 1885 seulement qu’on reprit le travail. Mais l’an dernier, tout le tubage glissa de 139 mètres pendant la nuit : sur 471 mètres, le tube était resté correct, mais les 247 mètres inférieurs s’étaient refoulés sur eux-mêmes, de manière à n’occuper plus que 88 mètres. Le puits est donc réellement obstrué. L’eau jaillit néanmoins mais en quantité relativement faible, soit 1000 mètres cubes environ par vingt-quatre heures. La température est de 50°, en déficit de 4° sur les prévisions de la théorie. L’eau s’épanche dans les sables tertiaires de la surface, de façon à échauffer très fortement (à 22° au lieu de 9°, qu'elles ont normalement) les eaux des puits du voisinage. La dépense totale a été jusqu’ici de 2137 000 francs.
- La sueur du cheval. — D’après les analyses de M. Leclère, la transpiration cutanée du cheval est extrêmement riche en albumine : par cette voie, l’animal rejette de 1 à 2 grammes d’azote par jour, et ce fait est de constatation fort importante au point de vue physiologique.
- Election d’un vice-président. — L’Académie appelle à la vice-présidence, vacante par le décès de M. Hervé Man-gon, M. Des Cloizeaux qui réunit 40 suffrages contre 5 donnés à M. Lacaze-Duthiers.
- Varia. — M. Mascart constate que dans son dernier travail, M. Faye a fait une part dans la théorie des trombes à la composante centripète du vent. — M. Léon Teis-serenc de Bort adresse une première carte magnétique de l’Algérie, de la Tunisie et du Sahara. — En opérant par voie sèche, M. Dubois est parvenu à préparer le silicate d’yttria cristallisé ainsi que l’yttrya également en cristaux. — La peptonisation des viandes par la pulpe d’agave occupe M. Marcano, dont l’usine située au Vénézuela a déjà fabriqué 200 quintaux de peptone destinée aux malades. — M. Johannes Chatin continue ses intéressantes études sur l’anguillule de la betterave et indique l’époque de l’année où les antiseptiques ont le plus de chance de détruire ce redoutable parasite. Stanislas Meunier.
- BONDE AUTOMATIQUE
- Dans beaucoup de pays le vin de consommation courante ne se met pas en bouteilles et presque partout le cidre et la bière se tirent au tonneau. En
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- LA NATU1\E.
- principe, rien de plus simple que cette opération de soutirage : un petit trou, percé dans la bonde et permettant à l’air extérieur d’entrer dans le fût, suffit pour obtenir un jet régulier au robinet. En pratique, l’opération est infiniment plus délicate qu’elle ne le parait, si l’on veut que le liquide ne perde aucune de ses qualités depuis le jour où la pièce est mise en perce jusqu’au jour où elle est complètement vidée.
- Nous ne saurions donc trop insister sur les avantages pratiques du petit appareil que nous allons décrire. 11 s’adresse au premier chef aux populations de nos campagnes, aux brasseurs, débitants et marchands de vin, enfin peut-être à nos lecteurs de La Nature actuellement en villégiature : c’est ce qui nous engage à le faire connaître, après en avoir fait d’ailleurs nous-même l’essai et avoir été très satisfait du résultat obtenu.
- Ce petit appareil est la bonde automatique de M. William Hubert de Genève. La figure ci-contre permet de se rendre immédiatement compte de sa [constitution, mais nous en expliquerons le fonctionnement avec quelques détails pour bien mettre en évidence les problèmes théoriques qu’elle résout pratiquement.
- Supposons que la bonde un peu haute que représente la figure soit simplement percée verticalement d’un trou borgne dans lequel débouche le conduit latéral c s’ouvrant à l’air.
- Si, dans ces conditions, on ouvre le robinet dont le tonneau est muni, le liquide qu’il contient s’écoulera aspirant à chaque soutirage une certaine quantité d’air plus ou moins impur et chargé de microbes. En peu de temps il se produira donc, pour ainsi dire fatalement, à l’intérieur de la barrique, des moisissures de nature diverse, déterminant l’acidité ou le goût de moisi dans le liquide avec lequel elles sont en contact.
- Mais heureusement, par ses nombreux travaux, M. Pasteur nous a appris qu’un simple tampon de coton fin interposé sur le passage de l’air suffit pour le purifier entièrement, le filtrer en quelque sorte. Tout naturellement M. Hubert a mis à contribution cette idée si simple et, pour éviter le premier inconvénient, il a muni le conduit C d’un filtre en coton maintenu extérieurement par une petite toile métal-
- lique. Mais avec cette unique précaution, la seule qui existe dans beaucoup d’appareils analogues, la bonde est bien loin d’être complète.
- Si, en effet, on ne s’astreint pas à boucher hermétiquement chaque fois, à l’aide d’un fausset, le trou de bonde, il se produit une déperdition continuelle de vapeurs alcooliques et des gaz nécessaires à la conservation du liquide. Peu à peu, de ce fait, le liquide s’affaiblit et s’altère, au point de devenir souvent impotable et quelquefois nuisible.
- Mais se servir d’un fausset, quelle sujétion! ici, rien de semblable. M. Hubert a remplacé le fausset par une petite soupape A fermant automatiquement l’extrémité du conduit vertical H de la bonde et appliquée sur son siège, au moyen d’un léger ressort
- en argent légèrement et constamment tendu.
- Le trou d’air est donc toujours fermé, par conséquent entre deux soutirages l’évaporation du liquide est impossmle. Vient-on d’ailleurs à ouvrir le robinet de vidange, immédiatement, par suite de la dépression qui se produit à l’intérieur du tonneau, la soupape se détache de son siège en tirant légèrement sur son ressort. L’air extérieur peut alors entrer en se filtrant comme nous l’avons vu jusqu’à ce que l’équilibre de pression s’étant rétabli, la soupape se referme d’elle-même.
- L’appareil est donc à la fois filtrant et automatique : c’est ce double caractère qui nous a paru intéressant, et qui nous a conduit à le décrire.
- Nous ajouterons que toutes les parties de la bonde sont inattaquables aux vapeurs des liquides soutirés et que le bois est rendu imperméable à l’air, aux gaz et à l’eau par une immersion à chaud dans un bain de cire.
- Toutes les plus petites précautions sont donc prises pour que, en toutes circonstances, le liquide puisse conserver tout son arôme, son parfum et sa force jusqu’à la fin du tonneau, sans contracter aucune des maladies auxquelles sont sujets, au bout de peu de temps, les liquides tirés au fût à la manière ordinaire. M. A. C..., ingénieur.
- Le propriétaire-gérant : G. Tiesavdieu.
- Boiule automatique de M. William Hubert.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 790. — 21 JUILLET 1888.
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- MOTEURS À VAPEURS VOLATILES
- L’idée d’appliquer une autre vapeur que la vapeur d’eau comme agent intermédiaire de transformation de l’énergie calorifique des combustibles en énergie ou travail mécanique est déjà ancienne : tous les essais faits jusqu’à ce jour avaient donné des résultats insuffisants pour leur obtenir une consécration industrielle et un emploi dans la pratique, et les expériences ont porté sans succès jusqu’ici sur l’alcool, l’éther, le chloroforme, l’acide carbonique, etc.
- La théorie mécanique de la chaleur a parfaitement établi aujourd’hui que le rendement ne dépendant que de Xécart de température, et non pas de la nature de l’intermédiaire employé, cette vérité scien-
- tifique de plus en plus répandue a certainement refroidi le zèle de bon nombre d’inventeurs.
- Mais s’il n’y a plus lieu de rechercher l’emploi d’autres vapeurs que la vapeur d’eau pour améliorer le rendement d’un moteur thermique, on peut chercher à substituer à l’eau un autre liquide présentant des avantages spéciaux pour certaines applications.
- Il serait difficile de citer un exemple plus typique que celui qui nous est fourni aujourd’hui par le nouveau moteur dont nous voulons entretenir nos lecteurs.
- Il s’agit d’un moteur à vapeur de pétrole construit par MM. Yarrow, de Londres, pour satisfaire aux exigences particulières de la petite navigation : canots de plaisance, canots de guerre, torpilleurs, etc.
- Les principales conditions à remplir, dans ce cas particulier, sont une mise en pression rapide, un
- Le Zèphir. — Bateau à vapeur de pétrole. — Le petrole vaporisé sert à la fois de combustible et de fluide moteur.
- générateur commode à entretenir en bon état, sans incrustations ni corrosions, et un moteur simple, facile à conduire par l’homme chargé de la manœuvre du gouvernail.
- Le principe appliqué consiste à employer le pétrole à la fois comme combustihle et comme vapeur, la chaudière fournissant automatiquement, une fois la mise en marche obtenue, le combustible nécessaire à son entretien.
- Voici comment M. Yarrow a présente', dans une séance delà Institution of naval architects, la description du premier bateau construit sur ce principe, ainsi que les résultats obtenus.
- Le bateau a 56 pieds (10m,97) de longueur et 6 pieds (lm,82) de largeur. La coque en acier pèse 14 cwt (700 kilogrammes) et la machinerie, 6 cvvt (500 kilogrammes), soit 1 tonne de poids total. La machine tout à l’arrière se compose d’un moteur à
- 16e année. — 2e semestre.
- action directe avec tous les accessoires ordinaires.
- Le générateur de vapeur, qui constitue la partie nouvelle de l’appareil, se compose d’un tube de cuivre roulé en bobine et enfermé dans une double enveloppe de tôle de fer. Le vide ménagé entre les enveloppes, est rempli d’amiante. Sous le tube en bobine, est un tuyau de fer en forme d’anneau percé de trous et disposé comme un bec Bunsen, de sorte que le mélange d’air et d’hydrocarbure puisse être comprimé dans le tube et s’enflammer en s’échappant par les trous.
- A l’avant se trouve un réservoir en cuivre de 40 gallons (181 litres 6) de capacité destiné à recevoir l’hydrocarbure, et rendu parfaitement étanche pour éviter les suintements. Ce réservoir communique avec la pompe d’alimentation par un tube passant en dehors du bateau, sous la quille, et la pompe d’alimentation qui envoie l’hydrocarbure dans
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- LA NATURE.
- la chaudière. L’échappement du moteur passe dans deux tuyaux de condensation placés longitudinalement de chaque côté de la quille et ces tuyaux communiquent avec le réservoir.
- C’est là une disposition analogue en principe aux condensateurs par surface employés à bord des canots à vapeur naviguant à la mer.
- Il y a deux pompes à main. L’une a son aspiration en communication avec le réservoir et son refoulement branché sur la pompe d’alimentation de la machine. En actionnant cette pompe, on envoie donc l’hydrocarbure au fond de la chaudière. La seconde pompe à main a pour effet d’envoyer de l’air à la partie supérieure du réservoir à hydrocarbure. Cet air se charge de vapeurs hydroearburées et arrive par un tube disposé le long du plat-bord à un bec supplémentaire placé sous la chaudière et dont la fonction est d’enflammer le brûleur principal dès qu’il entre en fonction.
- Pour mettre en marche, la pompe à air est d’abord actionnée à la main, et dès que l’air chargé de vapeurs arrive au brûleur supplémentaire, il est enflammé avec une bougie ou un rat-de-cave et chauffe la bobine de cuivre. La pompe à air est entretenuè régulièrement en fonction à la main pendant un intervalle de temps qui peut varier de deux à six minutes, suivant la température extérieure.
- Lorsque le tube est assez chaud, on donne quelques coups de pompe à main refoulant l’hydrocarbure dans la chaudière ; la pression augmente alors rapidement. On ouvre une communication entre l’intérieur de la ^chaudière et le tube formant le brûleur principal. À ^ce moment, il n’est plus nécessaire de pomper^' car la flamirié continue tant que** la pression est maintenue dans la chaudière.
- Le moteur est mis en route, et la pompe d’alimentation se substituant à la pompe à main, celle-ci peut être arrêtée. Désormais le fonctionnement' est entièrement automatique et le moteur ni la chaudière n’exigent plus aucune surveillance.
- La pression peut être facilement maintenue à 70 livres par pouce carré (5 kilogrammes par centimètre carré). Lorsque la vapeur d’hydrocarbure a traversé le moteur et produit son travail, elle arrive dans le tuyau d’échappement, s’y condense et revient au réservoir sous sa forme liquide initiale.
- L’expérience montre qu’on peut marcher à une vitesse de 7 à 8 milles par heure (llkm,2 à 12km,8 par heure) sans aucune surveillance ni entretien autre que ceux nécessités par le graissage des coussinets.
- Yoici les avantages de ce système :
- La mise en pression et en marche n’exige pas plus de cinq minutes.
- La partie centrale du canot est disponible pour les voyageurs, et cet avantage peut être estimé avec assez d’exactitude en disant que le système laisse deux fois plus de place disponible qu’un moteur à vapeur d’eau.
- Le faible poids de la machinerie permet d’employer une coque d’une très grande légèreté, et l’on
- peut s’en rendre compte par le fait qu’un canot de 11 mètres de longueur, ne pèse, tout compte fait, qu’une tonne.
- L’entretien du foyer est nul et entièrement automatique, la suppression du {'barbon et des charges de la grille à la main donne une très grande propreté à l’ensemble. Une seule personne peut facilement et confortablement se charger à la fois de la chaudière, du moteur et du gouvernail. A l’arrêt, il suffit de fermer l’arrivée de vapeur sans autre préoccupation.
- La dépense est pratiquement la même que celle des canots à vapeur. On obtient une vitesse de 7 à 8 milles par heure en consommant 1,25 gallon (5 litres 67) par heure.
- L’hydrocarbure employé est l’un des premiers produits résultant de la distillation du pétrole, dont la densité varie entre 0,725 et 0,750. Ce produit est tout à fait commercial aux Etats-Unis.
- M. Yarrow termine sa communication en déclarant que, quelle que soit la valeur du système, il tient à établir qu’aucun mérite ne lui revient personnellement; et comme il arrive souvent, les brevetés ne sont pas les réels inventeurs, il s’abstiendra de mentionner aucun nom.
- Pour distinguer ces bateaux des bateaux ordinaires à vapeur (d’eau), M. Yarrow appelle le système Zephir System.
- On a objecté à ce système l’emploi d’une huile volatile assez coûteuse, fort combustible et partant fort dangereuse au point de vue de l’inflammabilité.
- MM. Yarrow ont récemment modifié' lcuf appareil en ayant recours a un hydrocarbure^ plus dense, connu sous le noni 'd'huile de paraffine ou de pè-1 trole ordinaire. x "
- On emploie alors un alimentateur spécial formé d’une petite chaudière destinée à vaporiser le combustible absolument distinct de la chaudière à vapeur de pétrole proprement dite.
- Des expériences poursuivies sur un petit moteur lixe construit spécialement par MM. Yarrow pour déterminer le rendement comparatif des petits moteurs à vapeur d’eau et à vapeur de pétrole, ont indiqué que ces .derniers pouvaient, à dépense égale de combustible, produire une quantité de travail double de celle des moteurs à vapeur de dimensions correspondantes. 11 ne s’agit pas ici, bien entendu, d’un meilleur rendement théorique, mais d’une meilleure utilisation de la chaleur produite, ce qui est un problème essentiellement différent.
- Ce chiffre ayant été obtenu sur un moteur de trop faible puissance (1/10 de cheval environ) demande à être confirmé par des expériences sur une plus grande échelle avant qu’on puisse l’admettre sans discussion.
- Quoi qu’il en soit, les qualités particulières du moteur à vapeur de pétrole, si bien approprié à la petite navigation, assurent aux bateaux de M. Yarrow un succès au moins égal à l’intérêt scientifique qu’ils présentent.
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- LA NATURE.
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- DEPLACEMENTS VIBRATOIRES DES RAILS
- l’ENDASÏ LE PASSAGE DES TRAINS EN MARCHE RECHERCHES EXPÉRIMENTALES 1)E M. COUARD
- Nous avons décrit précédemment1 la disposition et l’installation des appareils employés par M. Couard pour enregistrer les mouvements vibratoires presque infiniment petits dans leur amplitude et leur durée qu’éprouvent les éléments constitutifs de la voie ferrée (rails et traverses) pendant le passage des trains.
- Les expériences exécutées avec ces appareils ont occupé une période de plus de quatre années, elles ont porté sur tous les points intéressants de la voie : influence de la longueur et du type des rails, du nombre et de l’espacement des traverses, de la nature du ballast et du bourrage de la voie, de la vitesse et de la charge des trains, etc.
- Elles ont été nécessairement fort multipliées, et nous ne saurions pas les résumer ici ; mais nous indiquerons, d’après le mémoire de M. Couard, les conséquences les plus intéressantes qui se dégagent des recherches poursuivies.
- Les premières études ont porté sur des rails PM pesant 39 kilogrammes le mètre, qui forment le type habituel des voies les plus fatiguées de la Compagnie de Lyon : les rails observés étaient posés sans selle directement sur des traverses en chêne avec tire-fonds; et, pour dégager nettement l’influence de la longueur, M. Couard opérait à la fois sur des rails de 10 mètres et des rails de 5 mètres en relevant les déplacements verticaux de toutes les traverses de support, celles-ci bien réunies aux rails par des tirefonds complètement serrés.
- Dans ces conditions, il a reconnu que les traverses commencent à se déplacer bien avant l’arrivée de la charge mobile, elles se soulèvent d’abord à l’approche du train, puis, lorsque la machine n’est plus qu’à 1 mètre ou lm,50 de la première traverse du rail de 5 mètres, celle-ci commence à s’abaisser progressivement jusqu’à l’arrivée du premier essieu; elle prend alors son abaissement maximum qu’elle conserve jusqu’au passage du dernier essieu du même véhicule, habituellement la machine; puis elle se relève un peu si l’écartement des véhicules successifs le permet, pour s’abaisser ensuite sous l’influence de la charge transmise au passage des essieux suivants.
- Pour les traverses intermédiaires d’un même rail, l’effet de l’approche de la charge se fait sentir à une distance d’autant plus grande et sur un nombre d’autant plus élevé de traverses que le rail est plus long ; mais en même temps le déplacement vertical de la traverse subit une réduction correspondante, ce qui explique la supériorité des rails de grande longueur au point de vue des déformations de la voie. Ainsi avec le rail de 5 mètres reposant sur sept traverses, la première traverse commence à s’abaisser à une
- 1 Voy. n° 785, du 2 juin 1888.
- distance de l'",50, la dernière à lm,30, et celle du milieu à lm,90; les flexions respectives sont de 3 millimètres pour la première, 4 pour la seconde, Omni,7 j pour les traverses du milieu nos 4 et 5, et lmra,8 pour la traverse n° 7.
- Avec le rail de 10 mètres, l’effet de la charge se fait sentir à une distance de lm,7ü pour la première traverse, 2m,20 pour la dernière et 5m,10 au milieu (traverse n° 7). Les flexions, qui atteignent 3ram,3 et 5mm,5 p0ur jos traverses 1 et 2* s’abaissent à 0"'m,4 au milieu pour remonter à l’extrémité, à 2mm,3. Les ligures 1 à 6, que nous empruntons au mémoire de M. Couard, donnent d’ailleurs la reproduction graphique de ces déplacements. Ces figures ont été obtenues en relevant les positions des diverses traverses situées aux extrémités et au milieu de deux rails successifs, l’un de 5 mètres et l’autre de 10 mètres, à mesure de l’avancement d’une machine suivie d’un tender (série 111 à 400 de la Compagnie de Lyon). Les essieux porteurs de la machine, avant et arrière, ainsi que les trois essieux du tender sont figurés par de petits points noirs, et les essieux accouplés par de gros points. La figure 1 donne la position de deux rails lorsque l’essieu d’avant arrive au-dessus de la première traverse du rail de 5 mètres. Elle montre le déplacement considérable des traverses de ce rail, et l’inclinaison prise par le rail de 10 mètres en aval. La figure 2 correspond à l’arrivée de l’essieu d’avant au-dessus de la quatrième traverse du rail de 5 mètres, et la figure 3, à son arrivée au-dessus delà septième et dernière, tout le rail de 5 mètres étant alors occupé par la machine, et le rail de 10 mètres toujours infléchi à l’amont, et relevé à l’aval comme il a été dit. On voit ensuite les flexions du rail de 10 mè-tees, à mesure de l’avancement de la machine dont l’essieu d’avancement arrive à la quatrième traverse (fig. 4), puis à la huitième (fig. 5) et enfin à la dernière, la douzième (fig. 6). La fatigue du rail de 10 mètres doit être bien inférieure à celle du rail de 5 mètres, et sur le même rail, la fatigue est moindre au milieu qu’aux extrémités.
- On voit par là que le rail n’est guère soutenu à ses extrémités par l’éclissage et doit être considéré comme à peu près libre en ce point ; mais d’autre part il ne peut pas être considéré non plus comme complètement encastré aux appuis des traverses puisque celles-ci éprouvent aussi un déplacement de leur côté. L’abaissement de la traverse augmente naturellement avec la charge, il est plus important au passage de la machine et du tender que pour les wagons. D’autre part si la voie présente un certain devers, rabaissement se trouve augmenté de ce côté, et cet effet est surtout sensible sur la deuxième traverse qui, d’ailleurs, présente généralement les flexions les plus fortes sur une voie bien bourrée; mais il semble cependant, remarque M. Couard, que l’abaissement plus grand et surtout inégal de la deuxième traverse doit entraîner un certain mouvement de lacet de la machine, car on observe que la cinquième traverse présente généralement un abais-
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- LA NATURE.
- serment moindre du côté du devers, circonstance indiquant que l’essieu, en passant sur la deuxième traverse, a dù prendre un déplacement reportant la charge du côté opposé.
- Lorsque la voie commence à se débourrer, c’est la première traverse qui se déplace le plus, car l’éclissage est desserré; l’extrémité du rail n’est plus soutenue par le rail voisin, et tout l’effort se reporte sur la traverse, la résistance du joint devenant presque insignifiante. C’est la situation qui se retrouve le plus fréquemment sur les voies ordinaires, et le fait
- est bien connu d’ailleurs des ouvriers spéciaux.
- Partant des données ainsi recueillies pour le rail type PM, M. Couard est parvenu à représenter le mouvement d’ensemble du rail dans toute sa longueur pendant le passage des trains, et il a pu établir ainsi pour des trains de vitesses différentes divers tracés des plus intéressants dont nous donnons un spécimen (fig. 7). L’un de ces trains correspond au passage d’un train rapide marchant à 66 kilomètres à l’heure, et l’autre à celui d’un train de marchandises atteignant seulement 29 kilomètres. La comparai-
- lere Position
- Rails /Je 10^00
- Fig. 2 V Position
- Raih delO'T'OO
- Fig. 3 7? Position
- Rails de 5^00_____Rails dj* IQ'POO
- 11? Position
- 15e Position
- K / de 5?00
- • 8?traverse- ! J
- Fig. 1 à 6. — Tracés représentant les déplacements de diverses traverses de deux rails successifs, l’un de 5 mètres et l’autre de 10 mètres, à mesure de l’avancement d’une machine suivie de son tender (série 111 à 400, de la Compagnie de Lyon, à deux essieux accouplés représentés par les gros points noirs ; les essieux porteurs, à l’avant et à l’arrière et ceux du tender, sont figul’és par de petits points noirs.
- son de ces tracés montre avec évidence que le rail s’abaisse a l’extrémité antérieure dès l’arrivée du premier essieu du train, mais ce mouvement d’abaissement détermine une surélévation qui, avec les rails courts, affecte même les traverses les plus reculées du même rail; le rail conserve ainsi sur toute sa longueur, pendant le passage du train, une inclinaison moyenne presque constante de près de 1 millimètre par mètre, et cet effet est d’autant plus sensible que
- le bourrage est moins bon. 11 résulte, de ce relèvement de la partie en aval, que le train suit en quelque sorte une pente ascendante par rapport à la position moyenne du rail pendant qu’il en parcourt la seconde moitié, celle qui est en aval ; et par suite en arrivant à l’extrémité qui s’est trouvée relevée, les roues doivent tomber, subissent, en un mot, une certaine chute pour atteindre le rail suivant en aval dont l’extrémité antérieure n’a pas été entraînée par
- Train 32 du 16 Juillet 1ô65.Afachine3Ô8.Vite$se 19 *
- Accotement
- Train 710 du 16 Juillet 1885 Machine 396. Vitesse 66%
- Accotement
- Fig. 7. — Déplacement vertical de la deuxième traverse des rails de 5 mètres sous le passage de deux trains de vitesses dilféreutes.
- l’éclissage. On voit là l’explication d’un fait bien connu de tous ceux qui ont eu à se préoccuper, à un titre quelconque, de l’entretien des voies : le joint est le point faible, et c’est presque toujours là que se produisent les ruptures en service. On observe même que la partie en amont du rail n’est pas aplatie dans la section d’extrémité, et elle ne paraît même pas être touchée par la roue sur une longueur de quelques millimètres dépassant même souvent 1 centimètre, car c’est à cette distance seulement de l’extrémité qu’on constate l’aplatissement ou l’usure due au frottement des roues des trains.
- Les relevés reproduits par M. Couard montrent que les ruptures déterminées par le voisinage des joints s’observent surtout dans la partie d’amont du rail au-dessus de la deuxième traverse qui présente, comme nous l’avons dit plus haut, la flexion la [dus forte dans les voies bien bourrées. Il arrive quelquefois, d’ailleurs, que sans aller jusqu’à se rompre, les rails présentent, dans leur longueur, des déviations permanentes fort graves, susceptibles de les mettre hors de service, et cet effet se remarque aussi principalement du côté d’amont.
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- DÉSINCRUSTATION
- DES CHAUDIÈRES A VAPEUR #
- ÉPURATEUR CARROLL, SYSTÈME W. J. SMITH
- La nature des eaux employées à l’alimentation d’une chaudière à vapeur a, comme l’on sait, une influence capitale sur son bon fonctionnement, son entretien et sa durée. A de très rares exceptions près, toutes les eaux naturelles sont assez chargées de sels calcaires et autres pour donner des incrustations généralement difficiles à extraire et formant au fur et à mesure de leur production une sorte d’écran très peu conducteur de la chaleur entre le liquide à vaporiser et la tôle chauffée par les gaz du foyer. De là des conséquences fâcheuses (diminution de la puissance vaporisatrice et par suite augmentation de dépense de combustible) et quelquefois même dangereuses (coups de feu et explosions par déchirement) .
- Une foule de moyens ont été proposés pour éviter les incrustations ou au pis aller pour les mettre dans leur masse, à un état tel que leur enlèvement soit rendu plus facile. Les recettes plus ou moins compliquées , plus ou moins parfaites, plus ou moins coûteuses surtout, ne manquent pas : elles peuvent se classer approximativement comme il suit :
- 1° Épuration préalable à chaud ou à froid par des procédés chimiques ou physiques de l’eau d’alimentation.
- 2° Procédé des extractions.
- 3° Désincrustants de toute nature, physiques ou chimiques, introduits à l’intérieur de la chaudière.
- Quelle que soit la valeur intrinsèque de tous ces procédés, ceux de la dernière classe ont souvent le grave inconvénient de n’agir que sur certaines eaux de composition bien déterminée et constante, deux conditions parfois difficiles à réaliser en pratique et faute desquelles le remède est quelquefois pire que le mal, comme le montrent ces quelques lignes tirées du cours professé à l’Ecole du génie maritime par M. Bienaymé, directeur des constructions navales : « Le carbonate de soude, efficace contre les dépôts de carbonate de chaux que l’on rencontre dans les eaux douces, est non seulement inefficace,
- mais encore dangereux, dans le cas du sulfate de chaux dont il hâte la précipitation. On a cherché à adjoindre à certains anticalcaires des acides tels que les acides chlorhydrique et sulfurique ; mais ils ne suffisent pas toujours à empêcher l’agrégation des dépôts et peuvent avoir une action très nuisible sur la tôle des chaudières. »
- La question n’était donc pas résolue quand depuis quelque temps déjà plusieurs constructeurs ont eu l’heureuse inspiration de chercher à appliquer pratiquement les résultats de remarquables études théoriques faites par l’ingénieur Cousté, directeur des manufactures de tabac, sur l’effet des hautes températures sur les eaux dures ou séléniteuses dont l’industrie est forcée de faire usage. Les expériences avaient, montré que les sels calcaires dissous dans l’eau se précipitent dès que la température du liquide dépasse 130° et que la précipitation est d’autant plus rapide et complète que la température est plus élevée.
- De ces études pratiques sont sortis quelques générateurs nouvellement créés dans lesquels les principes généraux de l’ingénieur Cousté, appliqués d’une façon plus ou moins ingénieuse, donnent des résultats généralement très satisfaisants 11 n’en existait pas moins une la cune regrettable puisque toutes les anciennes chaudières en service étaient, par leur disposition même, inaptes à l’emploi du procédé le plus rationnel, le plus simple et le plus efficace d’épuration des eaux d’alimentation.
- Cette lacune vient d’être comblée il y a un peu plus d’un an en Amérique par l’épurateur Carroll, système W.-J. Smith, sorte d’appareil amovible, de forme appropriée, applicable à tout type de chaudière, et fonctionnant d’après le principe général que nous avons exposé. Des essais sur des locomotives, locomobiles et chaudières fixes de tout modèle et de toute puissance, ont permis de bien se rendre compte des avantages qu’offrait le système et de l’amener au type qui vient de faire son apparition en France.
- Que l’on se figure ifn long tube placé horizontalement dans la chaudière, comme le montre la figure, à moitié immergé, son axe le plus près possible de la ligne du niveau d’eau normal. Ce tube,
- Épurateur Carroll.
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- LA NATURE.
- bouché à une de ses extrémités, communique par l’autre avec le tuyau d’alimentation, porteur des robinets et clapets réglementaires. Un diaphragme métallique divise horizontalement l’intérieur de ce tube en deux chambres distinctes dans lesquelles l’eau d’alimentation circule en chicane, en traversant d’abord le diaphragme par les orifices 1), puis la paroi meme de l’épurateur par les orifices d’alimentation. C pour venir se mélanger enfin à la masse d’eau en travail d’évaporation dans la chaudière. Pendant ce trajet long et sinueux, l’eau commence par se purifier dans la chambre inférieure, où les sels précipités se cantonnent dès que la température est égale à 150° ; purifiée sous l’effet de l’action mécanique produite par le renversement du courant d alimentation, elle continue à s’échauffer dans la chambre supérieure d’où elle sort enfin en pluie dans un bain de vapeur qui la place presque instantanément dans l’état physique le plus favorable à sa vaporisation complète, dernière période de son séjour dans la chaudière.
- Les sels déposés dans la chambre inférieure de l’épurateur ne peuvent s’y cristalliser, y mordre la tôle et y adhérer, car ils ne sont pas soumis directement à l’action des flammes ; pour s’en débarrasser il suffit donc de procéder à un certain nombre de vidanges par jour, suivant la nature des eaux employées et la puissance vaporisatrice .du générateur.
- Pratiquement et théoriquement on obtient donc ainsi non seulement la suppression des incrustations sans désincrustants spéciaux et quelle que soit la nature des eaux employées, mais encore une diminution très sensible (10 à 15 pour 100) de la consommation du combustible pour produire un même poids de vapeur.
- 1° Parce que les surfaces de chauffe restant toujours propres, la transmission de chaleur au travers des parois atteint son maximum.
- 2° Parce que l’alimentation en eau chaude, coulant en pluie dans un bain de vapeur, diminue considérablement les pertes de pression, c’est-à-dire les abaissements notables de température dans la chaudière, à chaque nouvelle période d’alimentation.
- Tout à fait pratiquement, l’épurateur a même donné un résultat très curieux et important à signaler. Par son emploi un peu prolongé (deux à trois mois par exemple), une chaudière entartrée se nettoie d’elle-même : non pas que les dépôts se redissolvent dans l’eau, mais bien parce que ne s'augmentant plus par de nouvelles couches, ils s’effritent peu à peu sous l’influence de la chaleur vive que leur transmet directement la tôle qu’ils recouvrent. C’est là peut-être une des particularités les plus intéressantes de cet appareil qui, non seulement donne des résultats très satisfaisants aux industriels qui l’ont appliqué, mais est encore d’une application si facile et si simple que bous aurons peut-être rendu directement service à quelqu’un de nos lecteurs en faisant paraître cette courte-notice.
- M. A. C. '
- . LA MÉRIDIENNE DE LAGHODAT
- La jonction géodésique de l’Espagne avec l’Algérie, exécutée, en 1870, par les géodésiens français et espagnols au moyen d’un gigantesque quadrilatère jeté pardessus la Méditerranée, permet de prolonger jusque sur le continent africain la méridienne de France, qui est déjà soudée aux triangulations de l’Angleterre au nord et de l’Espagne au sud et peut s’étendre maintenant sur un développement de 28°, en atteignant les contins du Sahara algérien.
- Le dernier réseau de cette longue chaîne, celui d’Alger à Laghouat, auquel nous avons donné Je nom de méridienne de Laghouat, vient d’être mesuré, sous ma direction, par les officiers géodésiens du Service géographique de l’armée, MM. Defforges, Brullard, de Magnin, Tracou, (meneau de Mussy et Barisien.
- La triangulation part du coté Zaccar-Amrouna du parallèle d’Alger et se termine un peu au sud de Laghouat, s'étendant sur une longueur de près de 300 kilomètres.
- L’enchaînement était particulièrement difficile à établir: la direction, suivant laquelle se développe le réseau, quitte immédiatement les hauteurs du petit Atlas, traverse la plaine du Sersou, coupe les arêtes rocheuses qui courent du sud-ouest au nord-est à hauteur de Chel-
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- Ciirifville K/fiLAGHOUAT | ,
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- MAROC
- lala, et ne retrouve les massifs montagneux du haut Atlas que vers A flou ; la vaste région des hauts plateaux* n’a pu être franchie que par d’énormes triangles, dont les côtés atteignent près de 90 kilomètres.
- Avec d’aussi longues portées, on ne pouvait faire usage de mires ordinaires; nous avons eu recours aux signaux lumineux, en utilisant, de jour des miroirs solaires, de nuit des collimateurs optiques à pétrole.
- En Algérie, l’époque favorable aux observations est très limitée, particulièrement sur les hauts plateaux ; on ne peut guère compter, pour faire les mesures d’angles, que sur les mois d’octobre et de novembre : plus tôt, l’atmosphère est troublée par les ondulations que les grandes chaleurs produisent dans l’atmosphère ; plus tard, ce sont les intempéries qui rendent impossible tout séjour prolongé sur les hauts sommets.
- D’autre part, l’autorité militaire, qui était chargée de pourvoir à l’organisation des postes optiques, au transport du matériel et au ravitaillement, nous invitait à distraire le moins longtemps possible de leur service les hommes et les animaux qu’elle devait nous fournir en assez grand nombre.
- Sous l’empire de ces deux nécessités, nous avons pris le parti de mesurer toute la chaîne en une seule campagne, et nous avons procédé de la façon suivante : trois groupes d’observateurs ont été organisés ; les stations ont été réparties entre eux et les dispositions ont été prises pour que les observations fussent faites simultanément
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- LA NATURE.
- HO
- pnr les trois groupes, qui se trouvaient toujours ainsi aux trois sommets d’un même triangle. Grâce à un programme mûrement préparé d’avance, dans lequel on avait dû combiner les déplacements par étapes, les séjours probables aux stations, les installations des postes optiques, programme qui fut ponctuellement suivi, les opérations ont été conduites avec un ordre et une régularité tels que pas un jour n’a été perdu et que toutes les mesures d’angles étaient terminées au bout d’une période de cinquante-trois jours seulement; nous quittions les dernières stations sur les cimes du Djebel-Amour, dont l’altitude dépasse 1700 mètres.
- (l’est la première fois, croyons-nous, que semblable méthode d’exécution a été employée pour les opérations géodésiques; elle est particulièrement expéditive et même économique, et mérite d’être recommandée quand il s’agit de trianguler une région difficile.
- Chaque groupe d’observateurs, comprenant deux officiers, disposait d’un grand cercle azimutal à quatre microscopes de Brunner et d’un théodolite. Des directions ont été mesurées par tour d’horizon au moyen de vingt séries correspondant à vingt origines équidistantes du limbe. Les triangles ont des erreurs de fermeture, tantôt positives, tantôt négatives, dont la moyenne, en valeur absolue, ne dépasse pas une seconde sexagésimale.
- Les distances zénithales, prises aux heures favorables, ont donné des résultats satisfaisants, malgré la longueur des côtés : le coefficient de la réfraction s’est montré sensiblement constant pendant toute la durée des opérations et égal en moyenne à 0,060 ; on peut juger de la précision obtenue pour les altitudes par l’accord des deux cotes trouvées pour Laghouat, dont l’une est calculée en suivant le contour oriental, et l’autre en suivant le contour occidental de l’enchaînement : elles ne diffèrent que de 0m,90.
- Nous avons rattaché à la triangulation les stations astronomiques de Guelt-es-Stel et de Laghouat, situées, la première vers le milieu et la seconde au sud du réseau, et en chacune desquelles on a déj^ déterminé la longitude, la latitude et un azimut.
- i ^ » ,xt
- Enfin, dans le but de pouvoir assurer à cette chaîne une autorité incontestable, nous avons préparé, dans les environs de Laghouat, une base de vérification dont la mesure sera poursuivie incessamment.
- En réalité, la méridienne de Laghouat, considérée comme chaîne isolée, s’étend d’Alger à Laghouat, sur un développement de 3°,2; elle s’appuie sur deux bases et trois stations astronomiques; considérée comme prolongement de la méridienne de France, elle peut figurer maintenant dans le grand arc anglo-franco-espagnol, dont l’étude fournira d’intéressants résultats pour les recherches relatives à la forme et aux dimensions du globe terrestre1. L. Bassot.
- ACCROISSEMENT DE LA TÊTE
- A l’université DE CAMBRIDGE
- Le Dr Yenn a fait à l’Institut anthropologique de Londres, le 24 avril dernier, une communication sur les mesures de la tête qu’il a recueillies dans le cours de trois années sur les élèves de l’Université de Cambridge, en Angleterre.
- Il prend le diamètre antéro-postérieur maximum, le
- diamètre transverse maximum et la hauteur sus-auriculaire par projection, les multiplie l’un par l’autre et ob-lient ainsi un produit qui ne donne pas le volume exact de la partie crânienne de la tète, mais une valeur comparable, sinon entre individus, du moins dans les moyennes.
- Le l)r Yenn donne ces moyennes âge par âge, de dix-neuf à vingt-cinq ans et plus, dans un tableau pour trois groupes d’élèves, établis suivant leur classement à l’entrée, groupes que nous désignerons par les lettres À (Uigh honour lr9t class), B (High hononr 2d class) et C, moins bien doués [Poil).
- La statistique porte sur 1095 élèves. M. Francis Galton, président de l’Institut anthropologique, a donné dans le journal Nature, de Londres, les résultats obtenus et les conclusions qu’il en tire. En voici le résumé.
- Les sujets du groupe A ont, au point de départ, à l’âge de dix-neuf ans, un cerveau de presque 5 pour 100 plus gros que ceux du groupe C dans la proportion de 241 à 250,5. A la fin de leur carrière universitaire, les premiers ont atteint 249, c’est-à-dire ont gagné 3 pour 100, et les derniers 244,5, c’est-à-dire 6 pour 100, le double, sans toutefois avoir rattrapé les premiers par conséquent. D’où ces quatre conclusions :
- 1° Quoiqu’il soit à peu près certain que dans la masse de la population le cerveau cesse de croître à l’âge de dix-neuf ans, sinon plus tôt, il s’en faut qu’il en soit ainsi chez les élèves de l’Université.
- 2° Les sujets qui obtiennent à dix-neuf ans les distinctions les faisant ranger dans le groupe A ont un cerveau plus gros.
- 3° Les mêmes sujets ont encore à vingt-cinq ans un cerveau plus gros, mais proportionnellement moins.
- 4° Par conséquent les sujets d’élite A sont à la fois plus précoces et mieux doués par le volume du cerveau que les autres.
- D’après la Revue d’anthropologie, il y aurait beaucoup à dire sur ces mensurations et déductions ; le rédacteur de ce journal s’en tient à une remarque. La proposition que le cerveau a terminé sa croissance à dix-neuf ans, est déduite par M. Francis Galton très certainement des pesées de cerveaux de Boyd; mais, si l’honorable physiologiste veut bien se reporter aux Éléments d’anthropologie générale, de M. le Dr Topinard, il verra que la proposition est loin d’être confirmée par les autres documents que la science possède.
- Du reste les pesées de Boyd aussi bien que celles de Broca, de Bishoff et de tant d’autres ne portent que sur une population spéciale, la moins favorisée, celle qui fréquente les hôpitaux. Si l’on consulte les pesées de cerveaux pris dans la classe éclairée, celle qui travaille par le cerveau, on demeure convaincu que là surtout la période de développement du cerveau, aussi bien que la période de décroissance sénile de cet organe, est notablement reculée. 11 se produit, pour les hommes à gras cerveau, ce qui a lieu pour les hommes de haute taille, le terme final est repoussé plus loin. Il est certain que si les élèves de l’Université eussent été mesurés après vingt-cinq ans et que si les mesures extérieures de la tête étaient capables de trahir de faibles différences de l’organe cérébral, on verrait la tête continuer à croître jusque vers quarante et quarante-cinq ans, moment seulement où chez les sujets travaillant par le cerveau les sutures crâniennes commencent à se souder.
- 1 Note présentée à l’Académie des sciences.
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- LA mOCIPÉDIE1
- Après avoir décrit l’organisation du sport véloci-pédique en France, nous devons dire quelques mots de ce que nous appellerons les prouesses de la vélo-eipédie. l)e même que l’équitation, la vélocipédie a, en effet, scs virtuoses s’ingéniant à vaincre toutes les difficultés de l’équilibre sur le bicycle en mouvement, et à en créer de nouvelles. Nous avons tous vu, dans les cirques et les théâtres, des troupes de vélocipédistes exécuter différents exercices, tels que jonglerie, pyramides humaines, etc. Mais le public étant aujourd’hui blasé sur ce genre de spectacle, il a fallu lui trouver autre chose : de là la création de l’unicycle ou monocycle , vélocipède à une seule roue. On a peine à croire qu’il soit possible à un homme de se maintenir sur un appareil de ce genre; il faut pourtant se rendre à l’évidence, et aujourd’hui, dans quelques courses publiques de vélocipèdes, on voit souvent un artiste parcourir la piste sur un monocycle, en guise d’intermède; on est même arrivé à employer le monocycle sur route au lieu de le conduire sur un vélodrome,toujours .mieux nivelé; inutile d’indiquer à nos lecteurs quelle est alors l’instabilité de l’équilibre, car ici le moindre caillou peut causer les chutes les plus graves.
- D’après nos renseignements particuliers, ce serait à un Italien du nom de Scurri qu’il faudrait faire remonter l’invention du monocycle. Ayant brisé, dans un voyage, la roue d’arrière de son bicycle, et ne pouvant, faute d’argent, la faire remplacer, Scurri essaya d’utiliser la seule roue restante, et, au bout d’un laborieux apprentissage, il réussit non seulement à aller sur route en monocycle, mais même à accomplir, sur sa roue unique, un voyage de 80 kilomètres ! Il créa un certain nombre d’exercices assez difficiles, celui, par exemple, qui consistait à manœuvrer en monocycle sur un simple guéridon, puisa
- 1 (Suite et fin). Yoy. n° 779, du 5 mai 1888, p. 562.
- le laisser tomber à terre, tout en se maintenant en selle. D’une carrure athlétique, il mettait à contribution sa force musculaire ptfur la plupart de ses exercices.
- Un jeune télégraphiste américain, Dan Canary, de Newhaven (Connecticut) eut aussi l’idée d’étudier le monocycle, et arriva, grâce à la souplesse de ses mouvements et à une très grande élégance, à mériter le titre envié de champion du monde pour l’adresse. Notre dessin (fig. 2), exécuté d'après des photographies, indiquera mieux qu’une longue description quelques-uns de ses merveilleux exercices, et l’on comprend l’enthousiasme provoqué par le jeune artiste lorsqu’il a paru dernièrement sur nos scènes parisiennes. « Lorsque Canary monte en bicycle, dit
- un journal anglais, la question n’est pas de savoir ce qu’il peut, mais bien ce qu’il ne peut pas faire. » Aucune impossibilité ne semble exister pour lui, et nous ne voulons pas abuser de l’attention de nos lecteurs en indiquant les soixante-quatorze façons différentes dont il peut monter sur un bicycle. Les exercices des artistes velo-cemen s’étaient, exécutés en général sur des bicycles dont les roues avaient un faible diamètre; Canary , mince et élancé, emploie au contraire un bicycle de route de proportionné à sa taille, pesant 18 kilogrammes, et n’offrant aucune disposition spéciale. Le dessin placé au centre de la figure 2 nous le montre debout sur la selle de son bicycle lancé à grande vitesse; il dirige alors l’appareil à l’aide de son pied, posé sur un bout du gouvernail. Disons ici que l’exiguïté des scènes de théâtre le force à tourner constamment, ce qui rend ses exercices bien plus difficiles que s’il les exécutait sur une piste en ligne droite. Les deux dessins du bas de notre figure nous montrent deux des exercices que les connaisseurs trouvent les plus remarquables : à gauche, on voit Canary appuyant son pied sur le marchepied situé à l’arrière de la machine; il se suspend au gouvernail par l’une de ses mains et actionne la pédale avec l’autre ; à droite, nous le voyons assis sur la pédale
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- on se tenant au gouvernail, et donnant le mouvement par le relèvement et l’abaissement de son corps. Un de ses admirateurs écrit qu’il est indifférent à Canary de pousser les pédales avec ses mains, ses orteils, ses genoux ou ses cuisses, et, ajoute l’écri-
- vain, s’il le voulait, il pourrait le faire avec ses sourcils !
- Dans l'un des exercices du bicycle, Canary se penche en avant, de façon à ce que la petite roue ne touche plus le sol, et fait aller sa machine, devenue
- Fig. 2. — Exercices vùlocipcdiques de Dan Canary.
- monocycle, en avant et en arrière. 11 enlève ensuite la petite roue pour exécuter divers exercices de monocycle; l’un d’eux, représenté en haut de la figure, nous le montre monté sur les pédales, le gouvernail posé à terre; il se penche pour saisir la fourche, la relève, saisit les guidons et part. Puis il supprime fourche et guidons, et il monte sur la roue seule,
- garnie de ses pédales. Voilà, croyons-nous, le vélocipède réduit à sa plus simple expression, et nous rappelant avec assez de vérité la roue mythologique de la Fortune.
- Canary peut, avec son monocycle, monter et descendre un escalier, valser sur place, aller en avant ou en arrière, etc., etc.
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- Enfin, jugeant sans doute que les pe'dales de sa roue unique sont du superflu, il manœuvre une roue de voiture en appuyant ses pieds sur les deux côtés du moyeu, et la fait rouler entre ses jambes à l’aide de ses mains. C’est ce que représente le dessin supérieur à gauche de notre gravure.
- Les quelques exercices dont nous avons essayé de donner une idée surpassent tout ce que l’imagination pouvait concevoir en fait de difficulté vaincue, et, si Canary a aujourd’hui quelques imitateurs, aucun d’eux n’a pu jusqu’ici rivaliser avec lui de grâce et d’élégance.
- Nous avons vu tout à l’heure que les monocyclistes se montrent non seulement sur piste, mais encore sur route; la piste choisie il y a quelques semaines par un veloceman du nom de Maltby, pour y mener son monocycle, était singulièrement étroite et dangereuse ; notre dessin (fig. 1 ) montre en effet ce Maltby courant en monocycle sur le parapet de la jetée d’Aberdeen en Écosse, parapet situé à 8ra,5t) au-dessus des rochers et de la mer.
- Contentons-nous d’admirer les prouesses du vélocipède sans regretter de ne pouvoir les imiter; le bicycle, la bicyclette et le tricycle nous offrent des jouissances plus douces, et les accidents dus au vélocipède devenant de plus en plus rares, ce qui n’a pas lieu pour le cheval, le vélocipède continuera à être l’utile auxiliaire du touriste et du voyageur ami de la nature. Arthur Good.
- LE TIR DES FUSILS DE CHASSE
- Si les chasseurs sont nombreux, par contre, ceux qui connaissent, même à grands traits, les qualités balistiques de l’arme dont ils font usage, sont certainement fort rares; aussi croyons-nous qu’il n’est pas sans intérêt d’analyser, à l’intention de nos lecteurs passionnés à la fois pour la chasse et la mécanique, une remarquable étude expérimentale faite par M. le capitaine Journée, à l’Ecole normale de tir du camp de Châlons, sur le Tir des fusils de chasse. Ils y trouveront une foule de renseignements précieux, des faits nets et précis résultant d’innombrables expériences sur les fusils de chasse actuels, et dont l’ensemble pourrait former le chapitre le plus intéressant d’un traité sérieux et complet sur Y Art de chasser.
- Nous suivrons pas à pas l’auteur de ce remarquable travail.
- Calibre des fusils. — L’empirisme règne en maître chez les armuriers qui désignent encore le calibre des fusils de chasse par le nombre de balles sphériques nécessaires pour faire une livre ! (500 gr.) Aussi, suivant les fabricants, les diamètres des fusils d’un calibre donné peuvent-ils varier d’un demi-millimètre.
- Voici les valeurs moyennes les plus probables des diamètres en millimètres correspondant aux divers calibres :
- CALIBRES
- 32 24 20 16 12 10 8 4
- DIAMÈTRES CORRESPONDANTS EN MILLIMÈTRES
- 13,5 14,5 15,5 17 18,5 19,5 21,2 26
- Echelle des numéros de plomb. — Même empirisme en ce qui concerne les numéros de plomb, mais avec de notables différences entre les grosseurs des grains de plomb portant le même numéro suivant leur provenance, et obligation pour M. le capitaine Journée de construire une courbe pour définir les grains de plomb employés (fig. 1).
- D’ailleurs les grains de plomb ne restent pas sphériques pendant le tir : ils s’écrasent et prennent une forme polyédrique d’autant plus nette que le plomb est plus à l’arrière de la charge, la poussée des gaz plus énergique, et leplomb moins dur. L’alliage du plomb avec l’étain et l’antimoine s’écrase moins que le plomb pur.
- Vitesse des plombs. — La pénétration d’un grain de plomb de grosseur donnée dépend de sa vitesse restante au moment du choc, et pour que cet effet soit produit le plus loin possible, il faut nécessairement réaliser la vitesse initiale la plus grande possible en modifiant les conditions de chargement pour obtenir pratiquement ce résultat sans compromettre la solidité du fusil ou la sûreté de son fonctionnement.
- Influence de la nature de la poudre. — Avec un fusil calibre 16 à canon choke-bored (à àme conique) et 50 grammes de plomb n° 2, une charge de 4 grammes de poudre donne, suivant la qualité, des vitesses initiales variant de 291 à 582 mètres par seconde. Dans un fusil calibre 16 à canon cylindrique, et 50 grammes de plomb n° 6, une charge de 4,5 grammes donne les résultats suivants :
- Vitesse initiale en mètres par seconde.
- Poudre de chasse fine .................391
- — extra fine. ... 418
- — dite de carabine
- (gros grain). . 341
- Poudre pyroxyllée de chasse . . . 354
- Variations de la vitesse avec le poids de la charge. — Les résultats sont représentés dans la figure 2 et se rapportent à de la poudre superfine tirée dans un fusil choke-bored calibre 16.
- Tassage de la poudre. — Un léger tassage de la poudre accroît la vitesse initiale, mais un tassage plus énergique ne donne pas sensiblement plus de vitesse qu’un léger tassage.
- Canons choke-bored. — Toutes choses égales d’ailleurs, et à 5 mètres de la bouche, un canon choke-bored donne une vitesse initiale de 1,5 pour 100 environ plus grande qu’un canon cylindrique (545 mètres par seconde contre 540), mais M. Journée attribue cet excès de vitesse à ce que les plombs sortent de ces canons en paquet serré et ne se divisent qu’à une certaine distance de la bouche, perdant ainsi moins de vitesse pendant leur trajet dans l’air que lorsqu’ils sont éparpillés.
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- Longueur du canon. — Tous les canons des fusils de chasse à deux coups ont sensiblement une longueur uniforme, indépendante de leur calibre et qui est de 75 centimètres. En allongeant le canon du fusil de 1 centimètre, on accroît sensiblement la vitesse initiale de 1 mètre par seconde.
- Étui de la cartouche. — Les étuis en carton peuvent se fendre et laisser passer une partie du gaz de la poudre en avant de la bourre des plombs; on perd ainsi 50 mètres par seconde dans la vitesse initiale, et cette perte peut aller jusqu’à 100 mètres par seconde.
- Les étuis cuirassés intérieurement donnent moins de perte de vitesse initiale.‘Dans les fusils chambrés pour des étuis en carton, les étuis métalliques donnent, pour une môme charge, une vitesse un peu moindre que les étuis en carton, et il convient alors, pour atteindre la même vitesse avec la poudre noire, d’augmenter la charge d’environ 0,5 gramme.
- Bourres. — La bourre a une influence considérable. Mince et non plastique, elle laisse passer une partie du gaz dans le plomb ^donnant ainsi une faible vitesse relative. Avec une bourre élastique, la poudre brûle moins vivement qu’avec une bourre dure, et la vitesse est moins grande dans le premier cas que dans le second.
- Les plus grandes vitssses sont obtenues, toutes choses égales d’ailleurs, avec une bourre dure moins plastique, telle que la bourre en cire et graisse ou la bourre en feutre saturée de cire ou de graisse.
- Les expériences ont donné une vitesse de 289 mètres par seconde (à 5 mètres de la bouche) avec une bourre élastique en feutre non graissée, contre 551 mètres par seconde, vitesse obtenue avec une bourre en cire et graisse de 7 millimètres d’épaisseur comprise entre deux rondelles de carton lustré de 0,8 millimètre d’épaisseur.
- Grosseur du plomb. — Les vitesses initiales sont indépendantes de la grosseur des grains de plomb, mais les vitesses restantes à une certaine distance de la bouche décroissent d’autant plus vite que le plomb est plus petit.
- Sertissage du plomb. — Des cartouches bien serties ont donné, avec la poudre superfine, une vitesse de 20 mètres par seconde, supérieure aux vitesses obtenues avec des cartouches non serties.
- Poids de la charge de plomb. — A charge de poudre égale, la vitesse des plombs augmente à mesure que le poids de plomb de la charge diminue. Pour un fusil de calibre 16, la vitesse augmente de 5 à 4 mètres par seconde lorsque la charge de plomb diminue de 1 gramme dans les limites ordinaires comprises entre 50 et 40 grammes.
- Température. — Adéfaut d’expériences directes, on peut admettre, par analogie avec les résultats des cartouches de poudre noire du fusil modèle 1874, que la vitesse initiale est de 10 mètres par seconde plus grande en été qu’en hiver.
- Vitesses individuelles des grains de plomb. —
- Les inégalités des grains de plomb leur font perdre inégalement leurs vitesses initiales. A 50 mètres de la bouche, les vitesses diffèrent de 8,5 mètres par seconde en moyenne, et les écarts extrêmes peuvent s’élever à 50 ou 40 mètres par seconde.
- Vitesses restantes à différentes portées. — Le diagramme de la figure 5 indique les vitesses restantes en fonctions des portées pour du plomb non durci, des plombs n° 2 et n° il à la température de 0° centigrade.
- En changeant les vitesses initiales et en construisant les courbes des vitesses restantes correspondantes aux différentes portées, l’expérience a démontré qu’il' n’y avait pas avantage à dépasser la vitesse initiale de 580 mètres par seconde au point de vue des vitesses restantes à une portée moyenne.
- Les grandes vitesses initiales déforment beaucoup les grains de plomb, et pour de la grenaille de plomb pur n° 0, et des vitesses initiales respectivement
- Numéros des plombs de chasse.
- Fig. 1. — Courbes relatives à la nature des grains de plomb.
- égales à 580 et 450 mètres par seconde, c’est la plus faible vitesse initiale qui donne, à 20 mètres de portée, la plus grande vitesse restante. Il y aurait donc avantage à lancer des grains de plomb indéformables ayant une densité au moins égale à celle du plomb pour augmenter le cercle dans lequel un numéro de plomb donné peut produire un effet meurtrier.
- Puissance meurtrière des plombs. — Il est possible de tuer un animal relativement gros en le criblant de petit plomb lancé a grande vitesse. Toutefois il est évident que l’effet cherché sera plus sûrement obtenu avec un petit nombre de projectiles de grosseur appropriée à la taille de l’animal. Suivant que l’animal doit être tiré de près ou de loin, le poids des projectiles sphériques en plomb doit varier du 1/2000 à 1/10 000 du poids de l’animal que l’on cherche à abattre. On emploie habituelle-
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- ment les numéros de plomb de 10 à 12 pour les petits oiseaux (alouettes, etc.) ; les n08 6 à 8 pour les perdrix ; les nos 2 à 6 pour le lièvre ; les nos 00 à 2 pour le chevreuil ; les chevrotines ou la balle pour les animaux plus gros.
- En moyenne, on emploie des plombs dont le grain pèse 1/5000 du poids de l’animal que l’on cherche à abattre.
- Des plombs ayant ce poids relatif brisent la plupart des os de l’animal frappé quand ils arrivent avec une vitesse supérieure à 150 mètres par seconde et ils peuvent en tous cas, s’ils ne les tuent pas, leur faire des blessures très graves.
- Les mêmes plombs ne font plus que des plaies contuses quand ils frappent directement la chair à une vitesse inférieure à 80 mètres par seconde, et ils peuvent ne rien faire d’appréciable quand ils frappent un épais matelas de plume ou de poils.
- D’après cette règle et le graphique des vi-tesses restantes, les plombs appropriés à la grosseur du gibier peuvent produire un effet meurtrier jusqu’aux distances données ci-dessous en les tirant au maximum de vitesse initiale qu’il soit utile de réaliser, soit 380 mètres par seconde.
- Numéro Brise les membres. Pénètre dans les chai ri
- lu plomb. Distance. sans briser les os.
- 0 60 mètres. 95 mètres.
- 2 55 90
- 4 50 80
- 6 45 75
- 8 40 70
- 10 35 60
- En employant des projectiles en plomb pesant notablement plus que 1/5000 du poids de l’animal, on pourrait produire de l’effet à des distances supérieures à celles données dans le tableau ci-dessus. Ainsi un boulet qui tombe de 10 mètres de haut et qui a une vitesse de 14 mètres par seconde suffit pour tuer un homme. Un train de chemin de fer animé d’une vitesse d’une dizaine de mètres par seconde suffit, par son choc, pour broyer un homme ou un cheval même sans l’écraser sous les roues ; de même une chevrotine animée d’une assez faible vi-
- tesse suffit pour broyer un petit oiseau, et une balle lancée à la main pour assommer une perdrix.
- De même, dans certains cas, on pourra tuer un gros animal avec du petit plomb et avoir des coups de hasard qui s’écarteront notablement de la règle donnée ci-dessus. Ainsi on cite des hommes qui sont tombés foudroyés par un seul grain de petit plomb qui leur était entré dans l’œil. Il y a eu des soldats tués par l’ancienne balle de tube à tir qui pesait 1 gramme, et avait une assez faible vitesse.
- Les différents êtres animés offrent, du reste, des différences notables dans la sensibilité aux blessures.
- Un plomb suffit pour faire tomber la bécassine, le chevreuil; une blessure relativement légère met l’homme hors de combat. La perdrix continue son vol avec les pattes brisées, le lièvre se sauve en courant sur les moignons, ou encore les entrailles pendantes. Le sanglier bourre parfois avec 10 balles dans le corps et les membres brisés. Il faut atteindre un félin dans ses organes essentiels (cœur, cerveau), pour le tuer rapidement. Un félin peut être criblé de blessures qui le feront mourir en peu de temps sans cesser d’être dangereux.
- On voit donc que la puissance meurtrière du plomb n’est pas une chose absolue qui puisse être chiffrée exactement.
- Ce que nous avons dit des vitesses restantes fait comprendre qu’il est impossible de reporter plus loin la limite à laquelle chaque numéro de plomb cesse de produire de l’effet. Les valeurs que nous avons données représentent les limites pratiques de la portée efficace maxima de ces plombs.
- Des grains sphériques indéformables et ayant la densité du plomb auraient une puissance meurtrière s’étendant à peu près deux fois plus loin que celle de la grenaille de plomb.
- Après avoir résumé l’intéressant chapitre de la puissance meurtrière des grains de plomb nous continuerons prochainement à analyser le remarquable mémoire de M. le capitaine Journée.
- — A suivre —
- Poids des charges de poudre superfme_
- Fig. 2. — Courbe des variations de vitesses de la balle avec le poids de la charge.
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- Portées en Mètres.
- Fig. 3. — Courbes des vitesses restantes en fonctions des portées.
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- LES YOYAGES DE M. THOUAR DANS LE GRAND GHACO
- Eu 1881, le l)r Crevaux, déjà bien connu pour ses explorations de la frontière séparant la Guyane du Brésil, avait reçu la mission d’aborder l’autre côté du bassin de l’Amazone, en remontant le Haut-Paraguay. Il traversait Buenos - Ayres, quand des membres de la Société de géographie de cette ville l’entretinrent de l’intérêt qu’il y avait à reconnaître le cours du Pilcomayo.
- Aussitôt il s’enthousiasma pour cette idée, et, au lieu de remonter le Parana, il partit en chemin de 1er par Rosa-rio, Cordoba et Tucu-man, puis franchit la frontière bolivienne le 16 janvier 1882, passa par Tarija, et arriva en-lin à la mission San-Francisco, dirigée par le père Doroteo, sur le Pilcomayo. Au même moment, venait de partir de Caïza une expédition militaire contre les Indiens Tobas, habitants du Gbaco, à la suite de vols commis par eux; cette expédition revint bientôt ramenant sept enfants prisonniers ; c’était un contretemps fâcheux qui ne pouvait qu’augmenter les dangers que courrait l’expédition scientifique. Pour prévenir les craintes desTobas,onleur envoya une de leurs congénères, la Toba Yalla ou Petrona, qui habitait depuis quelque temps la mission, emmenant un des enfants pris sur eux, et qui devait revenir apporter des nouvelles des sentiments des indigènes. Elle ne revint pas, nous verrons plus tard pourquoi,
- et malgré tout M. Crevaux partit le 19 avril, accompagné du l)r Billet, de R ingel, llaurat, Bumigron et
- d’une quinzaine de Boliviens. Après un certain parcours sur le Pilcomayo, le 27 avril, ils tombaient et périssaient tous assassinés par les Tobas, sauf le jeune Zeballos, qui fut racheté après six mois d’esclavage.
- Au bout d’un an, en avril 1885, la nouvelle arriva au Chili que deux survivants de cette malheureuse mission étaient prisonniers au milieu des Tobas. Notre compatriote, M. A. Thouar, qui se trouvait alors à Santiago, sans perdre un instant, s’embarque le 5 mai pour Arica, gagne La Paz, puis Sucre et Tarija, où il reçoit comme Crevaux le meil-accueil du Gouvernement et des habitants. Le 21 juillet, il entre à Caïza, sentinelle avancée de la civilisation ; de là il gagne Santa Barbara sur le Pilcomayo, où avaient été massacrés Crevaux et ses compagnons , et où il fonde, le 29 août, la colonie Crevaux. Pendant ce séjour, un grand nombre de Tobas étaient venus le voir, qu’il avait tous interrogés, et bientôt la certitude avait été acquise qu’il n’existait plus aucun survivant de la mission Crevaux. Malgré tout, Thouar ne voulait pas se contenter de ces affirmations des Indiens, et le 10 septembre, il se lança en pays inconnu, descendant le Pilcomayo au milieu de tribus hostiles. Au départ il était à la
- Fig. 1. — La Toba Yalla ou Petrona qui servit d'intermediaire entre les Tobas et Crevaux.
- Asuncîol
- B L 1 Q
- FUeHavtâ h/ Kilomètres-
- Carte des régions parcourues par M. Thouar.
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- tète de cent cinquante hommes, soldats de ligne ou nationaux, habitants de la Bolivie, formant déjà une colonne d’expédition, qui ne voulurent pas le laisser partir seul. Mais les désertions ne tardèrent pas à se produire, compréhensibles, d’ailleurs, en présence des difficultés et des dangers du voyage, privation fréquente d’eau potable, embûches dressées par les sauvages, qui tout au moins coupaient les vivres, faisant le vide autour de l’expédition, brûlant leurs ranchos. La colonne descendait la rive droite, argentine par conséquent, du rio; le 18 septembre, elle traversait 'a grand’peine des marais profonds couverts d’eau saumâtre. Le 25, plus de 2000 Indiens la menaçaient, surprenaient M. Thouar et quelques hommes partis avec lui en avant-garde, qui ne devaient* leur salut qu’à l’arrivée du gros de leurs forc'èsuLe o octobre, les Tobas et les Tapiétis, qui les Avaient constamment, leur donnent un assaut au nombre de 800; ils sont heureusement repoussés. Les marécages rendent la rive droite tout à fait impraticable, M. Thouar et ses hommes passent sur la rive gauche. Enfin, le 13 octobre, ils trouvent le commencement de l’immense delta du Pilcomayo, et affaiblis, épuisés qu’ils sont parleur voyage, par leurs luttes contre les Indiens, ils prennent au plus court, quittent le lleuve et vont dans la direction est-nord-est. Ce fut peut-être la période la plus terrible ; l’eau leur manquait, plusieurs journées se passent sans qu’ils trouvent la moindre mare ; les mules s’enlisent dans les marais, il faut abandonner les bagages, les collections; tous les bœufs ont été mangés, et les Indiens ne veulent rien vendre, et le thermomètre marque 40° C. On ne saurait trop admirer la volonté, l’habileté, le courage qu’il fallait à M. Thouar, aidé de son ami le colonel Estensorro, pour maintenir la discipline et pour obtenir la marche en avant de ces malheureux épuisés. Enfin le 10 novembre on touchait le Paraguay et on arrivait au milieu de l’enthousiasme de la population à Villa Ilayes ou Occidental et à l’Assomption.
- Le 20 janvier 1884, notre brave compatriote était de retour en France. Le résultat cherché était atteint : M. Thouar avait recueilli entre les mains des Indiens bien des objets ayant appartenu à la mission Crevaux, mais aucun des membres de cette expédition ne survivait. Un autre résultat fort important avait été obtenu : le relevé et la reconnaissance de la plus grande partie du Pilcomayo. Il n’avait pas été sans soulever un vif sentiment de satisfaction en Bolivie. En effet, cette petite république, enserrée entre les pays voisins, voit ses richesses rester inutiles, n’ayant pas de voies de communication pour les exporter. Cette voie, elle ne peut songer à la trouver à l’ouest, où elle doit franchir le sommet des Andes ; de même la voie du sud vers l’Argentine est très longue, demandant trois mois pour que les marchandises transportées arrivent à Buenos-Ayres. Aussi, à la nouveüe du succès deM. Thouar, on vit enfin dans le. Pilcomayo la route tant cherchée. Mais il restait à explorer le delta ma-
- récageux du lleuve. C’est ce que fit M. Thouar, revenu bientôt en Amérique. Il partit de l’Assomption en juillet 1885 pour Formosa, sur la rive droite du Paraguay; gagnant de là le fort Fateringham, il suivit le sud du delta, et, après 80 lieues faites par terre, il parvenait au point où, lors de son premier voyage, il avait quitté le Pilcomayo, qu’il redescendait heureusement cette fois en canot jusqu’à son embouchure, où il trouvait une profondeur de 18 pieds (décembre 1885). Cette reconnaissance était faite sous les auspices du gouvernement argentin.
- Infatigable, M. Thouar gagne aussitôt Buenos-Ayres, mais non point pour retourner en France ; il * remonte immédiatement (février 1886) par la voie rlongue, mais sûre, de Tucuman. En juillet seulement, il arrive à Sucre, appelé par la Bolivie; mais, •à son vif regret, il ne peut pas réaliser son projet de reprendre la route si périlleuse de son expédition de 1883, et de prouver la navigabilité du Pilcomayo. La Bolivie, désireuse de trouver une route commerciale vers le fleuve Paraguay, route libre des entraves dont l’Argentine et le Paraguay la menaçaient sur le Pilcomayo, avait accepté les offres d’un individu pour la construction d’un chemin carrossable direct entre Sucre et Puerto Pacheco. Ce chemin étant soi-disant achevé, Thouar reçut la mission de confiance de l’aller examiner; il parcourut un premier tronçon, qui venait s’arrêter à une contrée absolument privée d’eau; deux autres petits tronçons, ne se faisant pas suite d’ailleurs, étaient construits. L’ensemble du projet était irréalisable.
- Entre temps, en mai 1886, en venant de Buenos-Ayres à Sucre, il avait terminé l’étude complète du Pilcomayo, l’explorant à tous les points de vue, le relevant jusqu’à sa source, depuis Caïpipendi, dans la région de Tarija. La Bolivie, qui avait déjà éprouvé son dévouement éclairé, lui demanda de chercher une autre route gagnant toujours Puerto Pacheco, mais commençant à un point situé au sud de Sucre. Il partit de Machareti, territoire des Missions de Tarija. Un autre aurait reculé devant une tentative aussi dangereuse ; il avait été prévenu que le pays était sans eau, mais rien n’arrête notre vaillant explorateur. Descendant d’abord à Caïza, il remonte au nord-nord-est vers Puerto Pacheco avec ses soixante-dix hommes. Us se heurtent encore à une zone sans eau et impraticable; tout le centre du Chaco était donc impossible à traverser. Il fallait se rabattre au sud : c’est ce que fit Thouar. Renvoyant cinquante de ses hommes, il vint toucher à la colonie Crevaux ; là il apprit de nouveaux détails sur la mort du Dr Crevaux; il apprit notamment que c’est la Toba Yalla 1, en qui on avait pleine confiance, qui poussa au meurtre de nos compatriotes. Thouar repartit, mais les difficultés augmentaient sans cesse; sans cesse la colonne était harcelée par les Indiens.
- 1 Le portrait de celte Indienne (fig. 1) a été fait d’après les croquis remarquables du dessinateur de l’expédition, M. Novis. qui a perdu un œil, à la fin de la campagne, d’une piqûre d’épines.
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- Les soldats, ne pouvant résister à ces souffrances, rétrogradèrent. Thouar, voulant réussir ou mourir à la tâche, continua vers l’est avec Novis, Prat et Val-verde. Us n’avaient plus de nourriture; tous les puits étaient taris ; ils n’avaient plus que trois mules fourbues ; ils se traînent, mais toujours en avant, toujours à l’est, suivant la route que Thouar a promis d’ouvrir. Ils allaient succomber, quand heureusement le colonel Martinez vint à leur secours avec une colonne qu’on avait formée lorsque les bruits les plus alarmants étaient parvenus à Caïza. Lutter encore aurait été folie et ils revinrent tous à Sucre (octobre 1887).
- Notre intrépide compatriote est, depuis une semaine, rentré dans la mère patrie. Mais il ne tardera pas à repartir. Il a démontré que la seule roule praticable de la Bolivie au Paraguay est le Pilcomayo, et il pourra, aidé du Comité franco-argentin du Pilcomayo, établir le courant commercial sur cette nouvelle route. Les richesses de cette contrée pourront être utilisées, et le nom de la France restera glorieusement attaché au développement de cette république. Daniel Bellet.
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- CHRONIQUE
- La pluie en juillet 1888. — Nous recevons de MM. Richard frères, les constructeurs bien connus d’instruments, l’intéressante communication suivante :
- « La courbe du pluviomètre enregistreur de no tre sta-, tion de Belleville a été tellement intéressante dans la
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- Tracé du pluviomètre enregistreur de la station de Belleville. à Paris, du 2 au 8 juillet 1888 (très réduit).
- semaine du 2 au 8 juillet que nous vous l’envoyons. Vous y verrez qu’il est tombé cette semaine 60 millimètres d’eau à Paris, ou plutôt à Belleville. Si l’on supposait que Paris a reçu partout les mêmes averses, étant donnée sa surface, qu’on peut estimer à 78 kilomètres carrés, on arriverait à un volume d’eau équivalant à plus de 18 millions de barriques de deux cent cinquante litres l’une (chiffres arrondis). Nous ne pensons pas qu’il y ait beaucoup de précédents à la semaine qui vient de s’écouler. »
- Les bancs de poissons. — Un officier de marine,, dont la Revue de la marine marchande rapporte la lettre, raconte que, se trouvant par 50 degrés de latitude N. et 23 degrés de longitude 0., le paquebot transatlantique sur lequel il était, flotta, pendant deux heures consécutives,
- (( dans le poisson ».‘Le temps était beau, c’était la nuit; tous les poissons avaient l’apparence de Sardines; déjà, la nuit précédente, le même navire avait rencontré de nombreux bancs de poissons. D’après l’estimation de cet officier, les bancs couvraient un espace de 700 milles marins (plus de 1300 kilomètres) ; des bateaux de pêche auraient fait là en quelques instants de merveilleuses récoltes.
- D’après ces indications, le point relevé se trouve en plein courant chaud, dans la branche du Gulf-stream, qui remonte vers les côtes nord-est de l’Europe. 11 serait intéressant, lit-on dans le Bulletin de la Société nationale d’acclimatation, de recueillir de semblables observations qui permettraient d’établir des cartes de pèche, non moins précieuses que les cartes routières dressées par M. Maury, au moyen d’un pareil dépouillement des journaux de bord. Le Bulletin de la Compagnie générale transatlantique ne partage pas cet avis ; son rédacteur affirme que les rencontres de bancs de poissons ne sont pas aussi fréquentes qu’on veut bien le croire, et que la publication des journaux de mer deviendrait rapidement fastidieuse. L’idée qui lui paraîtrait la plus pratique serait de signaler chaque fois aux intéressés les passages des livres de bord pouvant rendre service, soit à la navigation proprement dite, soit aux industries maritimes. Sous quelque forme qu’elles soient faites, nous croyons, pour notre part, que de telles publications peuvent être utiles.
- Culture des quinquina* dan* l'Afrique centrale. — Voici, dans la Revue horticole, un fait qui intéresse l’avenir du Congo français. Le consul des territoires d’Ayassa (Afrique centrale) a fait récemment savoir que des plantations de Cinchona, faites depuis trois ans, ont jusqu’ici bien réussi. Les plantes atteignent déjà une hauteur de 2 mètres. Espérons que M. de Brazza fera essayer la culture du Cinchona dans notre nouvelle colonie.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 juillet 1888. — Présidence de M. Janssev.
- M. le président annonce à l'Académie que M. Langley, directeur de l’Observatoire des Alleghanys, assiste à la séance. A peine M. Janssen terminait-il de souhaiter la bienvenue à M. Langley, que M. Graham Bell prenait place sur la banquette des savants étrangers. Le président a fait remarquer, que la science américaine se trouvait aujourd’hui brillamment représentée à l’Académie.
- M. Janssen a conservé la parole pour annoncer que l’on venait de terminer à l’Observatoire de Meudon le grand appareil destiné à étudier le spectre de la vapeur d’eau à travers un tube de plus de 100 mètres de longueur. La Nature parlera prochainement de cet appareil d’une façon complète.
- La gangrène foudroyante. — Sous ce*titre: Contribution à l’étude expérimentale de la gangrène foudroyante et spécialement de son inoculation préventive, M. Cornevin adresse un très important Mémoire présenté avec détails par M. Chauveau. 11 résulte tout d’abord des travaux de l’auteur que si l’homme et la plupart des animaux à sang chaud, le bœuf excepté, subissent les atteintes de la gangrène foudroyante ou gazeuse, la réceptivité des espèces animales domestiques pour cette maladie est cependant fort inégale. A ce point de vue on peut faire cinq catégories successives, d’après l’ordre décroissant de la susceptibilité, qui comprendront : la première, le cobaye, l’àne, le cheval ; la seconde, le mouton, le pigeon ; le troisième, le lapin, le coq; la quatrième, le rat blanc; la cinquième, le chat, le chien, le canard. La constatation d’une pareille inégalité amène M. Cornevin à rechercher si, par le passage sur une série de sujets d’une même espèce animale, le virus serait modifié dans son activité par d’autres espèces. Le cobaye et le rat blanc furent choisis pour poursuivre cette idée.
- Les expériences ont montré que quel que soit le nombre
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- de générations que l’on atteigne, en passant de cobaye à | cobaye, le bacille de la gangrène conserve intacte sa virulence. Reporté sur les animaux cités plus haut, il les tue tous, mais les résultats sont différents si l’on agit sur le rat blanc en se servant de sujets adultes ou âgés; à partir de la septième génération, le virus, recueilli et transporté sur d’autres espèces animales, tue dans les délais habituels tous les cobayes inoculés, tandis qu’il ne fait mourir qu’une partie des lapins et des pigeons, et ce, dans un temps plus long que si le virus a une autre provenance; enfin il respecte le canard, le chat et le chien, à moins qu’il s’agisse de jeunes sujets. L’auteur paraît donc autorisé à conclure que le passage par l’organisme d’une série de rats atténue la virulence de la gangrène. En somme, l’ensemble des travaux de M. Cornevin permet de constater :
- 1° Que le virus de la septicémie gangréneuse est identique au vibrion de M. Pasteur; 2° que son atténuation est produite également par l’application continue de la chaleur et par l’action de certains réactifs chimiques tels que les phénols; 5° que l’immunité produite par l’inoculation est de très courte durée, vingt-quatre jours / '
- au maximum, ce ' '
- qui es? un fait très important pour la physiologie des virus ; 4° que le virus atténué est régénéré par l’acide lactique ; 5° que les virus de la septicémie gangréneuse sont très abondants dans les terres cultivées, très rares au contraire, sinon absents, dans le sol des forêts; M. Cornevin ne l’a pas rencontré dans l’air ; 6° que le virus ne s’inocule jamais par les surfaces naturelles et que, par contre, inoculé sous la peau, il donne lieu taux ravages les plus graves, voire même mortels.
- Composition élémentaire de la slrophantine. — Les Fans ou Pahonins, peuplade guerrière et anthropophage du Gabon, se servent de semences pilées de Finie ou Onaye pour empoisonner leurs flèches et leurs sagaies. On sait que Finie est le Strophantus hispidus ou kombé de la famille des Apocynées. Mon savant collègue au Muséum, M. Arnaud, a isolé le principe actif, la strophantine cristallisée, qui est un des plus violents poisons cardiaques que l’on connaisse; il en a établi la formule C31H48012, ce qui en fait l’homologue immédiatement supérieur de l’Ouabaine, C3Ü1I40 012, dont l’origine est très analogue; en effet, cette substance a été extraite par M. Arnaud de l’Ouabaïo (Apocynée), qui lui-même est le poison à flèches des Çomalis, de la côte occidentale d’Afrique. Il est assez intéressant de voir ces deux corps non azotés, si vénéneux et dont Faction physiologique présente tant de rapport, être aussi si voisins comme composition chimique. Peut-être constituent-ils les premiers termes d’une série de poisons cardiaques, qui posséderaient alors un noyau central commun dans leur constitution moléculaire.
- Varia. — M. le commandant Banaré réclame, contre M. Regnard, la priorité de l’invention des lampes sous-inarines destinées à la pêche; il fait ouvrir à cette occasion un paquet cacheté déposé depuis quelque temps. — M. E. de Friedberg, inspecteur dans les manufactures, publie chez Hachette un charmant petit manuel illustré, intitulé : Premiers secours aux blessés et aux malades, destiné à un succès certain. — Sous le titre de Piani d'incrinatura nei cristalli, M. Carlo Marangoni (de Pa-doue), étudie les curieux effets de l’électricité sur des métaux cristallisés. Stanislas Meunier.
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- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LE ROSIER MAGIQUE
- Dans les cours de chimie, le professeur qui parle des couleurs d’aniline, exécute souvent, pour donner une idée de la puissance colorante de certaines de
- ces substances, l’expérience suivante. 11 jette, sur une feuille de papier, du rouge d’aniline qui se présente comme on sait, en cristaux irisés rassemblant à l’aile d’un charançon ; il remet, dans le flacon qui contenait la substance colorante, tout ce qui se trouvait sur le papier. On croirait qu’il ne reste rien sur la surface de celui-ci. Si l’on vient cependant à y verser de l’alcool dans lequel les couleurs d'aniline sont très solubles, le papier devient immédiatement rouge. Des poussières de matière colorante invisibles à d’œil nu, y ont adhéré, et ont suffi pour colorer toute la surface du papier en se dissolvant dans le liquide.
- On peut varier cette expérience de la façon suivante : au lieu de jeter la couleur d’aniline sur du papier, on en saupoudre, à la campagne, les roses d’un rosier blanc, on secoue les fleurs afin que toute poussière y soit bien invisible, et quand on reçoit un amateur d’horticulture, on lui dit que l’on possède dans son jardin un rosier magique dont les fleurs deviennent rouges quand on y verse de l’alcool ou de l’eau de Cologne. On exécute l’expérience à l’aide d’un vaporisateur de parfumeur, et le phénomène se produit au grand étonnement des assistants non prévenus.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Imprimerie À. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Roses blanches changées en roses rouges sous l’action de l’alcool.
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- N° 7 IM.
- 28 JUILLET 1888.
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- LES CENTENAIRES1
- M. Emile Levasseur a récemment présenté à l’Académie des sciences une fort curieuse communication à propos des Centenaires en France d'après le recensement de 1886i. Le nombre en est moins considérable qu’on ne le suppose généralement, par suite d’exagérations. « Les jeunes femmes ont la coquetterie de se rajeunir, dit M. Levasseur; au contraire, les vieillards qu’on cite pour leur grand âge, ont la vanité de se vieillir pour se faire admirer. » En Bavière, il y avait, d’après le dénombrement de 1871, 57 centenaires déclarés. Vérification faite, on n’en a trouvé qu’un seul authentique. Au Canada, on en citait 421 ; sur le nombre, on a pu constater
- Fig. 1. — Jean Causeur, à J’âge de cent trente ans, peint en août 1771, par Charles-Cal'tieri.
- l’état civil de 82 à l’aide de pièces sérieuses, et il n’est resté, après cet examen, que 9 centenaires véritables, dont 5 hommes et 4 femmes.
- En France, les mêmes illusions existent au sujet des centenaires, comme le prouvent les rapports émanés du bureau de la statistique.
- Après avoir reçu des documents relatifs à 184 centenaires, on a reconnu qu’en se rapportant à des pièces authentiques, telles que actes de baptême, congés de réforme, etc., le nombre de centenaires descendait considérablement, à une soixantaine environ. Parmi ces derniers se trouve un nommé Joseph Ribas, né à San Estevan de Litera, en Espagne, le 20 août 1770, et habitant à Tarbes.
- Nous joignons ici, à ces détails, deux documents peu connus, sur des exemples d’extraordinaire longé-
- Fig. 2. — Noël des Quersonnières, à l’âge de cent dix-sept ans. (D’après un portrait publié en 1815.)
- vité humaine ; ils nous ont été communiqués par un des collègues de M. Levasseur, à l’Institut. Le premier document consiste en une gravure que nous reproduisons (fîg. 1). Elle a été faite par Ch. Le-vesque, en 1772, et est fort bien exécutée. Elle est accompagnée de la légende suivante que nous reproduisons textuellement :
- « Jean Causeur, boucher de profession, âgé de cent trente ans, né au village de Ploumoguer, en basse Bretagne; peint en août 1771 par Ch. Caffieri, sculpteur breveté du Roi pour la marine, à Brest. »
- Le second document est relatif à M. Noël des
- 1 Voy. n° 789, du 14 juillet 1888, p. 111.
- * Voy. précédemment la Centenaire d’Auberives et la longévité humaine; n° 622, du 2 mai 1885, p. 357, et n° 655, du 3 décembre 1885, p. 11.
- 16e aonee. — 2“ semestre.
- Quersonnières, dont nous publions aussi le portrait (fîg. 2), d’après une lithographie faite en 1845. A cette époque, M. de Quersonnières avait 117 ans : il vivait encore l’année suivante, comme l’atteste une brochure biographique publiée sur son compte. François-Marie-Joseph-Noël des Quersonnières était né le 28 février 1728 à Valenciennes, où son père était conseiller du roi. Il devint commissaire général aux approvisionnements militaires en 1789, et fut en disgrâce sous l’Empire ; il alla vivre à Londres et se maria. A 117 ans, M. de Quersonnières était encore vigoureux. « Sa physionomie est douce, dit son biographe, l’ouïe et la vue ont conservé une délicatesse de perception étonnante, la tête n’est pas entièrement dépouillée de cheveux. »
- En terminant cette notice succincte, nous faisons
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- des vœux pour que M. Chevreul, auquel on ne saurait s'empêcher de penser quand on parle de centenaires, suive l’exemple de Noël des Quersonnières et de Jean Causeur. Caston Tissandier.
- LE NOUVEAU PORT DU HAVRE1
- LE CANAL DE TANÇARVILLE
- La première série des travaux actuellement en cours d’exécution ou déjà achevés comprend, outre le bassin Bellot dont nous avons précédemment parlé, la construction des formes de radoub nos 5 et 6 établies comme la forme n° 4 des Transatlantiques et auprès d’elle, sur le terre-plein du bassin de l’Eure, et le canal du Havre à Tancarville.
- Les nouvelles formes de radoub présentent une particularité intéressante qui consiste dans l’établissement d’une fosse permettant de démonter et de remonter sur place les gouvernails des grands paquebots. Le chantier, extrêmement resserré par suite des conditions locales, a été conduit d’une manière fort remarquable par les entrepreneurs MM. Adrien Iiallier et Letellier. L’exiguïté des dégagements les a notamment amenés à faire un usage aussi judicieux qu’étendu de l’enlèvement des déblais à l’aide de plans inclinés qui ont servi ensuite à descendre dans les fouilles les matériaux de construction autres que le béton. Celui-ci, fabriqué dans une installation spéciale qui fournissait jusqu’à 360 mètres cubes par jour, descendait par des couloirs jusque dans des wagons à caisse basculante qui circulaient sur des voies placées au fond de la fouille, et permettaient de procéder rapidement au coulage sur toute la surface. Une très puissante installation d’épuisement organisée dès le début de l’entreprise a largement contribué à assurer la régularité et la bonne exécution des travaux.
- Le canal du Havre à Tancarville, dont la figure 2 indique le tracé, a pour but de faciliter les communications par batellerie entre le port du Havre et la Seine, et d’éviter aux bateaux de la navigation intérieure les dangers que présente la traversée de l’estuaire du fleuve. Nous en empruntons la description à la notice publiée par M. Maurice Widmer, ingénieur des ponts et chaussées, au Havre.
- Le canal s’ouvre dans le bassin de l’Eure à 150 mètres environ au sud de la forme de radoub n° 4, s’infléchit ensuite vers le nord-est par une courbe de 600 mètres de rayon, traverse la plaine de Graville, passe devant Harfleur en suivant une courbe de 5000 mètres de rayon, longe les coteaux qui bornent la vallée, et gagne Tancarville par un alignement droit. Il débouche enfin dans la Seine au pied du cap de Tancarville à 96 kilomètres en aval de Rouen avec une longueur totale de 25 kilomètres.
- Le canal est complété par un embranchement
- 1 (Suite et fin.) Voy. n° 777, du 21 avril 1888, p. 527.
- qui le relie au port d’Harfleur et remplace la voie de la Lézarde suivie autrelois par les bateaux fréquentant ce port, et coupée actuellement par la nouvelle voie. Il présente en outre un garage et un bassin fluvial au Havre, et deux autres garages, l’un à Graville, l’autre à la suite des écluses de Tancarville, ainsi qu’un quai de 100 mètres de longueur à Harfleur. Formé d’un seul bief, il se termine à ses deux extrémités par des sas éclusés, nécessités par la position du plan d’eau qu’on a choisie intermédiaire entre ceux des pleines et des basses .mers au Havre et à Tancarville. Son tirant d’eau entre Tancarville et l’embranchement d’Harfleur a été fixé à 3ra,50, soit 0m,50 de plus que la profondeur minima qu’aura la Seine en amont de Rouen, lorsque les travaux d’amélioration du fleuve seront terminés. Entre le Havre et l’embranchement d’Harfleur et dans cet embranchement, le mouillage est de 6 mètres.
- Les communications entre les deux rives sont rétablies du Havre à l’embranchement au moyen de ponts tournants : au delà on a prévu un certain nombre de bacs. Onn’a pas eu besoin de défendre les talus par des perrés : sous l’eau ils sont parfaitement stables ; pour prévenir leur corrosion au-dessus de l’eau, on les a consolidés au moyen de gazonnements et de plantations de roseaux disposés sur les banquettes submersibles placées à leur pied.
- Nous nous contentons de citer ces divers ouvrages dont la description détaillée nous entraînerait trop loin. Nous donnerons seulement quelques détails sur les portes d’écluses, les ponts tournants étant d’un type analogue à celui qui a été décrit ci-dessus pour le pertuis du bassin Bellot, et recevant leur mouvement soit par force hydraulique dans les mêmes conditions que ce dernier, soit par manœuvre ordinaire à bras d’hommes.
- Les portes du sas éclusé du Havre sont à deux vantaux construits d’après le même principe que les nouvelles portes de l’écluse des Transatlantiques et de l’écluse Bellot. Au contraire, celles du sas éclusé de Tancarville sont à un seul vantail. Chacune d’elles est constituée de manière à flotter, quelle que soit la cote à laquelle l’eau ambiante s’élève, au-dessus de son niveau minimum qui est celui des basses mers de vive eau (2m,75). A cet effet, on a placé à ce niveau une poutre horizontale à âme pleine qui forme pont étanche, et constitue, avec la partie inférieure de la porte, une caisse où est placé le lest destiné à assurer l’équilibre, et où l’eau ne doit jamais pénétrer. Sur cette poutre horizontale sont fixées trois poutres verticales à treillis sur lesquelles s’appuient deux ceintures horizontales ; celles-ci supportent des membres verticaux sur lesquels sont rivées les tôles de bordé.
- La porte est complétée à l’une de ses extrémités par une caisse rectangulaire de 2m,25 de longueur, qui est munie à sa partie supérieure d’un tourillon, et d’une crapaudine à sa partie inférieure. Le tou-
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- rillon s’engage dans un collier lixé dans la maçonnerie, et la erapaudine repose sur un pivot scellé dans le radier.
- Des aqueducs en fonte susceptibles d’être fermés par des vannes permettent à l’eau d’amont de pénétrer librement dans la porte au-dessus du pont étanche. De la sorte, quand l’eau s’élève au-dessus de la cote (2m,75), l’équilibre n’est troublé que par l’immersion des fers. La caisse inférieure est mise en communication avec la partie supérieure de la porte par des cheminées en tôle partant du pont étanche.
- Ce système de portes, imaginé par M. Bcllot, présente de sérieux avantages sur les portes busquées, quand les appareils sont soumis à l’action de la houle ; leur manœuvre est simplifiée, et la fermeture d’un vantail unique exige moins d’attention.
- L’exécution des ouvrages du Havre s’est effectuée en isolant le chantier de la mer à l’aide d’un batardeau de 800 mètres de longueur, formé par une cstacade en charpente protégée par un mur en enrochements' et une digue en terre. Les fondations des ouvrages consistent en une couche de béton posée sur le sol en contre-bas du fond du bassin correspondant, mais les épuisements qu’on a dû faire pour tenir les fouilles à sec ont été très considérables, et ont nécessité, après la mise en eau du bassin Bellot, le fonctionnement de huit pompes centrifuges commandées par des locomobiles d’une force totale de près de 200 chevaux.
- On n’a pas rencontré de difficultés sérieuses dans les fondations des autres ouvrages d’art, sauf pour celles des culées des ponts tournants entre le Havre et Harfleur, où les terrains criblés de sources ont obligé à l’emploi de fondations sur pilotis, et dans la construction des murs de raccordement entre le rivage et les têtes de l’écluse du côté de Tancarville, où l’énorme quantité des apports de vase et de sable amenés par la Seine à chaque marée a nécessité, pour les fondations, la mise en œuvre de la méthode par puits analogues à ceux qui ont servi à la construction des murs de quai de la darse ouest du bassin Bellot. Par contre, les écluses et le sas de Tancarville ont pu, avec un grand avantage au point de vue de l’économie, être encastrés dans un banc de craie dont la surface plonge de la falaise vers la Seine, mais qui toutefois a donné lieu à des épuisements considérables.
- On peut dire, d’autre part, que le chantier du canal proprement dit a constitué un véritable champ d’expériences pour l’excavation et le transport des déblais à l’aide d’engins mécaniques.
- Le total des déblais du canal et de l’embranchement d’IIarfleur est d’environ 5 millions de mètres cubes. On n’en a exécuté à bras d’hommes qu’une quantité relativement faible, et ce procédé n’a pu être suivi que dans certaines parties du canal où les épuisements ont été assez complets pour que le terrain fût bien asséché, comme au garage de Gra-ville et à l’embranchement d’ilarlleur : les terres
- chargées sur wagons étaient transportées par voies ferrées à des distances plus ou moins grandes.
- Un volume de terres beaucoup plus important (garage de Graville et première partie du canal) a été extrait au moyen d’un excavateur du système Couvreux qui déversait également sur wagons.
- Entre la Lézarde et Tancarville, M. Allard, entrepreneur des travaux, a fait, pour ainsi dire, entièrement enlever les déblais à l’excavateur ou à la drague et les a fait déposer sur la rive sud au moyen d’appareils automatiques.
- Ges appareils, désignés sous le nom de transporteurs, se composaient chacun d’une poutre métallique à treillis de 54 mètres de longueur (on va actuellement jusqu’à 70 mètres) supportant une courroie sans fin en caoutchouc à rebords. A chaque extrémité de la poutre, la courroie passe sur un tambour de 0m,90 de diamètre. La poutre repose sur deux trucs qui circulent l’un et l’autre sur une voie ferrée parallèle à la voie de l’excavateur et à l’axe du canal. L’un de ces trucs est attelé a l’excavateur et se trouve entraîné dans sa marche ; il porte en outre une machine à vapeur de 18 chevaux, qui actionne l’un des deux tambours et met ainsi la courroie en mouvement. L’autre truc se déplace sous l’action d’une autre machine de 12 chevaux, qu’il porte, et dont le mécanicien règle l’allure de manière que la poutre reste sensiblement perpendiculaire à la voie de l’excavateur.
- Le premier truc étant solidaire de celui-ci, sa voie doit être déplacée en même temps que la sienne à chaque passe nouvelle qu’il fait dans la fouille. La voie du second truc n’a besoin d’être déplacée que trois ou quatre fois pendant toute la durée de l'exécution. A l’origine elle est posée sur le sol naturel, puis on la relève sur le remblai au fur et à mesure des besoins.
- On a eu simultanément en service pendant près de deux ans quatre excavateurs desservis chacun par un transporteur. Ces appareils travaillaient généralement par groupe de deux, chaque groupe opérant sur 500 mètres de longueur. Us ont produit et transporté dans des conditions très économiques 2 500 000 mètres cubes en travaillant jour et nuit à raison de 20 heures par journée de 24 heures.
- Le creusement du canal a été achevé après la mise en eau des fouilles par trois dragues à godets de types analogues ; leur différence a consisté dans les divers systèmes employés pour transporter sur la rive sud du canal les matières élevées par les godets.
- A la première drague était amarré un chaland portant une pompe centrifuge et une locomobile : le tuyau d’aspiration de la pompe aboutissait à une caisse immergée dans l’eau, jusqu’à moitié de sa hauteur et dans laquelle tombaient les produits de la drague. La pompe aspirait un mélange d’eau et de matières qu’elle refoulait sur la berge au moyen de tuyaux supportés en partie par des radeaux, en
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- partie par de petits trucs roulant sur des voies ferrées.
- Dans les autres systèmes la pompe aspire seulement de l’eau et la refoule dans des appareils où elle rencontre les matières extraites par la drague, les dilue et les entraîne sur la berge au moyen de tuyaux. Tels sont l’appareil Yassct et le distributeur automatique Allard. Le premier est composé de deux récipients qui reçoivent alternativement la décharge des godets: quand l’un deux est plein, on y envoie le courant d’eau de la pompe qui le dégorge pendant le chargement de l’autre. Ce système, grâce à l’emploi des pompes à piston, détermine l’entraînement parfait des déblais même en mottes assez grosses et fonctionne très économiquement Le distributeur automatique de M. Allard est constitué par une caisse cylindrique à axe horizontal placée sous la trémie de déversement des godets et ouverte en haut et en bas, mais fermée par des fonds latéraux. A l’intérieur de ce cylindre tourne un arbre muni de palettes planes. Les matières extraites
- par les godets tombent dans le récipient par son ouverture supérieure et sont entraînées par la rotation des palettes dans le compartiment inférieur où passe le courant d’eau envoyé par une pompe centrifuge. Ce courant d’eau emporte avec lui les matières sur la berge. Ce procédé ne permet guère le transport des déblais qu’à 50 ou 60 mètres, tandis que le précédent a fonctionné avec succès jusqu’à 400 mètres.
- Dans la partie comprise entre le Havre et la
- Lézarde où les terrains riverains du canal ont une trop grande valeur pour servir à la décharge, on a versé d’abord les déblais dans des chalands qu’on est allé décharger en face d’Har-lleur.La décharge a été opérée au moyen d’un élévateur flottant. Cet appareil est une véritable drague à godets montée sur deux bateaux; le chaland plein de déblais vient se placer entre eux, la chaîne à godets drague les déblais dans le chaland, et les élève au sommet d’un couloir de 50 mètres de longueur supporté par des tréteaux. Une pompe
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- 1. — État actuel du port du Havre.
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- Fig. 2. — Tracé du canal de Tancarville.
- centrifuge envoie de l’eau dans ce couloir pour faciliter l’entraînement des terres; le mélange était répandu sur les terrains situés au sud du canal.
- Le canal de Tancarville est le complément indispensable des travaux d’amélioration de la Seine entre Paris et Rouen, et, en ouvrant vers le Havre, une voie navigable accessible à la batellerie lluviale, il assurera au port français, à l’exclusion d’Anvers, la clientèle de l’industrie de Paris et des départements du Centre et de l’Est. H tend en un mot à donner à notre grand port de la Manche, les mêmes avantages que l’immense réseau de voies navigables
- qui l’entourent, fournit à son concurrent. On estime <[ue dans les nouvelles conditions qui lui sont faites, la navigation lluviale entre le Havre et Paris pourra abaisser ses prix de 2 francs par tonne, et détourner ainsi à son profit une grande partie du trafic réservé jusque-là au port belge.
- Le coût total des travaux du canal de Tancarville s’est élevé à 23 200 000 francs. Les projets ont été dressés et exécutés par MM. Bellot, Quinette de Rochemonl, Renaud et Maurice Widmer, du corps des ponts et chaussées.
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- LA NATURE.
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- PISTES DE CHEIROTHERIUM
- (ratracien I'ERMIEx)
- EXPOSÉES AU MUSEUM D’HISTOIRE XATüRELLE
- On voit dans la galerie de géologie du Muséum, à droite en entrant, une grande plaque de grès, dressée verticalement contre le mur et que reproduit, à l’échelle de 1/20, la figure 1, ci-contre. Elle provient du terrain permien de Lodève (Hérault) et présente en relief la contre-empreinte des pistes d’un animal très singulier désigné sous le nom de Cheirotherium. C’estun type incomparable de traces purement physiques fossilisées , seuls vestiges qu’on ait parfois d’êtres disparus. Par exemple, de nombreux oiseaux ne sont connus dans le trias des Etats-Unis que par la trace de leurs pas entre des couches de roches rougeâtres; des reptiles jurassiques, des animaux variés du gypse des environs de Paris et des quantités d’autres sont exactement dans le même cas.
- Avec des traces de pas se présentent d’ailleurs d’autres restes de nature analogue, comme des empreintes de gouttes de pluie, des ondulations semblables à celles que les eaux agitées dessinent sur le sable, des cra-quellements comparables à ceux des argiles desséchées, etonpeut en voir de beaux spécimens dans la plupart des collections sous les
- Fig. 1. — Flaque de grès permien des environs de. Lodève‘(Hérault), portant à sa surface la contre-empreinte en relief des pistes de Cheirotherium. (Échantillon du Muséum d’histoire naturelle.)
- Fig. 2. — Détail de la plaque de grès permien de Lodève montrant deux empreintes de pieds de Cheirotherium.
- noms très pittoresques de pluie fossile, de vent fossile et de soleil fossile.
- Quant au mécanisme par lequel les objets se sont produits, il semble, à première vue, très facile à comprendre et on le voit décrit dans la plupart des livres avec une assurance qui peut faire supposer qu'il ne soulève aucun problème. Il est manifeste tpie l’animal dont nous avons la piste a du marcl er sur un sol vaseux et que ses empreintes ont été en-
- suites remplies de sable qu’un ciment a transformé en grès : c’est pour cela qu’elles sont en relief et situées à la face inférieure des bancs rocheux.
- Mais le remplissage des creux par le sable n’est pas aussi simple qu’il paraît dès l’abord, et ce que j’en veux dire s’applique en même temps à l'interprétation d’une question très activement discutée entre les géologues, à savoir l’origine des bilobites. Ces corps au sujet desquels nos lecteurs sont maintenant parfaitement renseignés, puisque nous leur en avons parlé avec détail à diverses reprises , sont considérés par les uns comme représentant le produit de la fossilisation de débris végétaux, les autres comme entrant dans la grande catégorie des traces physiques laissées sur le fond de la mer par le passage d’animaux rampants ou par le frottement d’algues poussées par les eaux ou par les vents. On voit par ces divers motifs, et aussi par les simples ruissellements qui retournent à l’Océan au moment du reflux, se constituer des accidents qui, moulés, auraient toutes les apparences de fossiles végétaux. Il suffirait que le grès se constituât dans
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- leur dépression pour que leur conservation fût assurée. Seulement il faut des circonstances tout à fait exceptionnelles pour que la fossilisation s’empare de semblables vestiges : le premier résullat de la mer qui remonte est, en effet, d'effacer intégralement les traces qui se sont produites pendant la marée basse.
- Sur le littoral delà mer et même ailleurs, on peut parfois rencontrer quelques-unes des circonstances favorables à la conservation qui nous occupe, et, pour qu’on en apprécie la valeur, je rappellerai tout d’abord ce fait très frappant que parmi les vestiges physiques énumérés ci-dessus et dont la nature n’est pas contestée, on ne rencontre rien qui ne soit terrestre, c’est-à-dire étranger au bassin des mers. Ce sont, comme on vient de le dire, des pistes d’animaux aériens comme le Cheirotherium de Lodève ou d’Hildburghausen, les oiseaux du Connecticut, les êtres si variés du gypse étudiés à Montmorency par J. Desnoyers; Ce sont des gouttes de pluie ou des retraits d’argile; ce sont des rides ou des ondulations pareilles, il est vrai, à celles que l’eau courante imprime sur son fond, mais pareilles aussi, il ne faut pas l’oublier, à celles que le vent produit sur les sols sableux ;
- Parmi les combinaisons fort diverses de conditions qui ont pu être réalisées, en voici une qu’on voit à l’œuvre sur plusieurs points de nos côtes et qui semble devoir être très efficace : une flaque d’eau existant au-dessus de la zone accessible à la haute mer, un animal imprime sa trace sur son fond ; si le vent vient ensuite à souffler en tempête, le sable charrié, au lieu d’aller collaborer à la dune voisine, pourra tomber dans la flaque; il viendra former une couche sur l’empreinte qui ne subira, pendant ce temps, aucune action tendant à l’effacer. En dehors de la flaque, quelques gouttes de pluie auront pu creuser leurs cupules dans le sol que le soleil aura pu craqueler; c’est encore le vent qui rpportera le sahle destiné peut-être à devenir grès plus tard, dont toutes les excavations se rempliront.
- On arrive donc ainsi, et c’est la première fois, je pense, que cette conclusion est proposée, à admettre pour le grès à Cheirotherium une origine éolienne ; c’est la seule qui paraisse satisfaire aux conditions du problème. La flaque d’eau n’est d’ailleurs pas indispensable ; le sable apporté sur une argile qui a reçu l’empreinte donnera le résultat désiré.
- D’ailleurs, une remarque est ici nécessaire pour réfuter d’avance une objection naturelle. Ce n’est pas, nécessairement, dans la région littorale des eaux agitées que des traces peuvent être produites sur des fonds marins. Même dans les grands fonds, des animaux se mouvant sur la vase produisent certainement des traces que les limons fins, postérieurement déposés, viennent mouler et parfois fossiliser. Je puis même, à cette occasion, ajouter aux exemples déjà connus celui dont j’ai constaté récemment la production auprès de la petite île du Perron (Ille-et-Vilaine) et qui consiste dans les bourrelets géminés, mutuellement distants d’un centimètre environ, et
- en relief, que détermine la progression sous l’eau du Trochus ci'assm. Pourquoi, dès lors, semble-t-il, ne pas admettre pour les bilobites de tout âge une origine du même genre?
- Eh bien, il se trouve que la nature des roches à bilobites s’oppose tout à fait à cette interprétation : dans le terrain silurien comme dans le terrain jurassique, ces roches sont toujours des grès médiocrement fins, c’est-à-dire dont le dépôt suppose des courants d’une intensité notable et suffisante en tous cas pour effacer, au moins dans leurs détails les plus délicats, les délinéaments dont il s’agit.
- De façon que si, relativement aux bilobites, on voulait leur faire application de ce qui précède et, par conséquent, les considérer comme étant d’origine purement physique, il faudrait, avant tout, éliminer l’incompatibilité évidente existant entre ces deux faits :
- 1° Leur persistance, qui exige l’éloignement du littoral où les vagues effacent les pistes ;
- 2° La nature gréseuse de la roche, qui réclame non moins impérieusement un courant rapide.
- Or je ne vois qu’un procédé pour sortir d’embarras; c’est d’admettre que les êtres dont les bilobites seraient des pistes auraient dû se mouvoir dans le fond d’abîmes marins parfaitement tranquilles, tandis qu’au-dessus, les eaux de la surface auraient été poussées parades courants assez forts pour y suspendre du sable; celui-ci tombant verticalement en pluie comme il fait dans les flaques d’eau où le vent lance du sable, moulerait les pistes par le même mécanisme.
- Mais outre que le gisement des bilobites ne s’accommode pas d’une telle supposition, il faut reconnaître que les conditions supposées ne sauraient être fréquentes tandis que les vestiges dont il s’agit sont prodigieusement abondants.
- A côté des Crossochorda siluriennes, de celles du jurassique supérieur de Boulogne-sur-Mer, je puis encore citer aujourd’hui un échantillon qui m’a dernièrement été communiqué comme provenant des environs de Salins (Jura) et plusieurs spécimens recueillis en Arabie par l’infortuné voyageur Hubert et qui, à première vue, me paraissent devoir constituer une espèce nouvelle.
- 11 faut évidemment laisser encore de côté la question des bilobites, mais les mêmes doutes n’existent pas au sujet des pistes de Cheirotherium, et le nouveau spécimen du Muséum est à leur égard bien riche en enseignements. Notre figure 2 reproduit à une échelle plus grande un détail de la première. Ces deux figures sont gravées d’après des photographies de M. Boursault qui les a réussies avec tant de perfection qu’au point de vue purement photographique elles méritent d’être spécialement signalées.
- Un savant étranger, s’occupant spécialement de l’étude du Cheirotherium, m’avait prié de lui communiquer des documents sur les échantillons du Muséum. A la réception des photographies, il m’écrivait : « Elles sont si bien réussies qu’elles rendent, avec
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- une netteté remarquable, les moindres détails et qu’il serait très facile d’en faire faire un agrandissement au douille. » Or les conditions étaient spécialement défavorables, l'échantillon se trouvant dans un coin de la galerie de géologie et par conséquent fort peu éclairé. Le succès tient tout entier à la précision avec laquelle l’auteur parvient à calculer le temps de pose et je crois être agréable à nos lecteurs en résumant ici sa méthode.
- Remarquons d’abord que le temps de pose, pour un objet placé en plein air, est relativement facile à déterminer : il dépend de la longueur focale et de l’ouverture de l’objectif, de l’éloignement et de la couleur du sujet, de l’état du ciel, de la saison, de l’heure et enfin de la sensibilité de la couche employée. Il suffit donc, pour cette détermination rapide, de consulter un tableau contenant les cas les plus usuels de la photographie en plein air.
- Mais pour les objets placés dans un intérieur, la détermination du temps de pose est un peu plus difficile et demande un calcul spécial pour chaque cliché. Certains auteurs disent même que le calcul n’est, pas possible et recommandent exclusivement l’emploi du photomètre. Cependant, ce procédé peu précis en plein air devient souvent inapplicable à l’intérieur; en effet, si l’intensité lumineuse est mesurée au moyen d’un produit directement sensible à la lumière, comme le papier albuminé nitraté, par exemple, il peut se présenter des cas où l’impression serait tellement lente que l’obtention de la plus légère teinte sur l’échelle photométrique demanderait un temps beaucoup trop long. Si l’essai était fait vers la fin du jour, on prendrait pour cette opération préliminaire la faible lumière qui aurait pu être utilisée à impressionner la glace.
- A l’intérieur comme en plein air, M. Boursault préfère se servir exclusivement du calcul. Il regarde un objet placé en plein air comme étant au centre d’une demi-sphère transparente de diamètre illimité. Partant de là, on peut comparer l’éclairage d’un sujet placé dans un intérieur à l’éclairage du même objet situé au centre d’une demi-sphère ayant pour rayon la distance du sujet à l’ouverture. La lumière reçue dans les deux cas est alors directement proportionnelle aux surfaces d’éclairage.
- Naturellement ce raisonnement n’est pas rigoureusement exact ; il faudrait tenir compte de la position de l’ouverture : quand elle est trop près du sol, l’éclairage est plus faible que quand elle est au-dessus de l’objet; mais dans la pratique, l’erreur est négligeable et peut être corrigée au développement ; il en est de même de l’erreur qui peut résulter de l’influence d’un vitrage propre.
- On commence alors par déterminer, comme il est dit plus haut, le temps de pose t pour le sujet placé en plein air, puis on calcule la surface S de la demi-sphère ayant pour rayon la distance I) de l’objet à l’ouverture ; puis la surface1 s de cette ouverture. Le
- 1 II faut, dans ce dernier calcul, tenir compte de l’inclinai-
- lemps de pose T est alors : T = y. Pour généraliser
- ce calcul, il est plus simple de considérer une demi-sphère unité de 1 mètre de rayon et de remplacer dans la formule la surface s par sa projection s' sur la demi-sphère unité. On a ainsi S — 2ttR2= 6,28
- et enfin T
- s
- pi
- 0,28/xD*
- s
- Pour la plaque à Cheirotherium de Lodève dont la photographie est si parfaitement réussie, on opérait le 22 juillet, à 4 heures du soir, par un temps de pluie sombre, l’échantillon étant à 12 mètres environ d’un vitrage intérieur de 25 mètres carrés de superficie. Le tableau de temps de pose donnait pour le cas du plein air 13". Dès lors la formule précédente donnait :
- T =
- 6,28x15x12»
- 20
- 470 secondes
- ou 7 minutes 50 secondes.
- « Il est intéressant de remarquer, dit M. Boursault dans une note qu’il m’a remise, que cette reproduction, faite au gélatino-bromure, eût été impossible avec le collodion. En effet, le collodion humide eût exigé une pose de plus d’une heure et le collodion sec une pose de 627 minutes ou 10 h. 27 m., en admettant que la lumière fût restée constante pendant toute la durée de l’exposition. » Stanislas Meunier.
- LA TENSION SUPERFICIELLE1
- Considérons un verre contenant de l’eau; le liquide est-il constitué également partout? On l’a cru pendant bien longtemps, on ne le croit plus aujourd’hui. Pour nous faire une idée à cet égard, examinons les forces qui sollicitent les particules. Et, tout d’abord, je dis qu’il y a des forces attractives; car si je plonge un crayon dans l’eau, puis que je l’en retire, il y aura une goutte suspendue au crayon; si on imagine qu’un plan horizontal coupe la goutte, toutes les particules situées au-dessous de ce plan doivent être regardées comme soutenues par celles qui sont au-dessus, sans quoi il n’y aurait pas d’équilibre. Cette cohésion est due évidemment à des forces attractives.
- D’autre part, je dis qu’il y a des forces répulsives qui tendent à écarter les particules : en effet, si j’abandonne à lui-même le verre d’eau que voici, le liquide finira par s’évaporer complètement; n’est-ce pas une preuve que, s’il y a des forces ayant pour
- son du plan de l’ouverture et mesurer ou apprécier seulement la section droite du faisceau lumineux.
- 1 Résumé de la conférence faite à la Société belge de microscopie, le 3 mars 1888.
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- effet de rapprocher les particules des liquides, il y en a d’autres en vertu desquelles ces particules s’écartent?
- C’est en étudiant la constitution des liquides à ce point de vue que je suis arrivé au résultat suivant : l’équilibre ne peut avoir lieu, au sein du liquide, entre les forces attractives et les forces répulsives sans que, dans le voisinage immédiat de la surface libre, il y ait une tendance à l’écartement des particules, tendance combattue sans cesse par les forces attractives.
- Or cet état de la couche superficielle n’est-il pas comparable à celui d’une membrane élastique mince que l’on tend en exerçant un certain effort, et dont la cohésion s’oppose à chaque instant à un allongement plus considérable? Voilà pourquoi on peut dire que la couche superficielle libre d’un liquide est soumise à une force contractile ou tension en vertu de laquelle elle possède une tendance à devenir aussi petite que possible.
- Mais quelle est l’épaisseur de la couche qui est le siège de cette tension? Joseph Plateau et G. Quincke ont trouvé, par des procédés différents , que l’épaisseur de la couche superficielle où règne la tension ne dépasse pas 1 /20 000 de millimètre d’épaisseur. Et quelle est l’intensité de la force contractile? Elle varie d’un liquide à un autre, et pour un même liquide, elle diminue en général quand la température augmente. A 45° C., la tension de l’eau distillée est d’environ 7,5 milligrammes par millimètre de longueur; l’huile d’olive a pour tension 3,6, le pétrole 2,6, l’alcool absolu 2,5 et l'éther 1,88 milligrammes.
- Mais il est temps de vous démontrer l’existence de la force contractile par quelques expériences bien simples.
- lre expérience. — Prenons deux- crayons dont l’un en bois léger n’ait pas plus de 5 à 4 millimètres d’épaisseur; appliquons-les l’un contre l’autre, de manière que le contact ait lieu suivant une ligne droite horizontale; déposons dans l’espace voisin de cette droite plusieurs gouttes d’eau ordinaire mais pure, de façon que les portions voisines de la ligne de contact soient toutes bien mouillées; il se formera alors une petite masse liquide adhérente aux deux crayons, de courbure concave, et dont la section est représentée figure 1 en a, b. Dès lors le crayon en bois léger pourra demeurer suspendu à l’autre, grâce à la tension des surfaces concaves a, b, qui régnent de
- part et d’autre de la ligne de contact. Par exemple, si la longueur des crayons est de 12 centimètres, le poids qui pourra être soutenu sera de 2x120x7,5 = 1800 milligrammes. Le crayon doit donc peser moins de lsr,8.
- 2e expérience. — Nettoyons parfaitement un anneau en fil de cuivre ayant environ 1 millimètre d’épaisseur et 8 centimètres de diamètre, et plaçons-le avec précaution à la surface de l’eau pure contenue dans une capsule préalablement bien lavée; l’anneau de cuivre flottera (Yoy. la section a, fig. 2), et cela malgré sa densité 8,8 fois plus grande que celle de l’eau; c’est que toutes les tensions du liquide qui régnent de part et d’autre de l’anneau, donnent lieu à une résultante dirigée de bas en haut. Un calcul très simple montre que le poids de l’anneau vaut
- à fort peu près x X nX 80 X 8,8 milligrammes — l«r,75 ; d’autre part l’effet maximum des tensions est de 2Xit X 80x 8mm»r,5 = 5«r,77 ; on voit donc (pie, même abstraction faite de la poussée du liquide, l’effet de la tension est supérieur au double du poids de l’anneau.
- De même on peut faire flotter sur l’eau, des aiguilles, des globules de mercure, un anneau mince en platine, etc.
- 3e expérience. — On se procure une feuille de papier léger et non glacé (papier de soie, etc.), ayant par exemple 17 centimètres de longueur et 5 de largeur; on plie tous les bords, de manière à réaliser un rectangle de 15 centimètres de longueur et d’un centimètre de largeur; puis on relève les bords ayant tous 1 centimètre de hauteur, on effectue quatre petits plis suivant une diagonale de chacun des carrés dessinés par les premiers plis et l’on obtient un petit vase dont on rend bien planes les longues parois latérales (flg. 5). Cela fait, on pose l’appareil sur une table, on mouille bien, à l’aide d’un pinceau, toutes les faces intérieures et l’on verse de l’eau à 4 ou 5 millimètres de hauteur; aussitôt la tension de la surface liquide rapproche les longues parois en regard et le petit vase se referme ainsi de lui-même.
- 4e expérience. — Prenons un bouchon cylindrique (fig. 4) ayant, par exemple 2 centimètres d’épaisseur et 4 de longueur; au centre de l’une des faces terminales, enfonçons un fil de fer très fin de 6 ou 8 centimètres de longueur et portant un crochet
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- ou une petite corbeille destinée à recevoir du lest; à l’autre face du bouchon fixons un système composé d’un anneau en fil de fer lin ayant 10 centimètres de diamètre et porté par deux bouts du meme lil
- a,b, <pi’on enfonce dans le bouchon de manière que le plan de l’anneau soit perpendiculaire à l’axe de ce dernier cl placé concentriquement par rapport à lui. Cela étant, on plonge le petit appareil dans l’eau
- contenue dans un vase d’une profondeur suffisante; si le lest est convenable, le bouchon se tiendra verticalement et n’émergera que de 8 ou 10 millimètres
- au-dessus du niveau (fig. 4) ; si l’on fait descendre ensuite tout le système verticalement dans le liquide et qu’on l’abandonne à lui-même, l’anneau ue quit-
- Fig. 4. Anneau de fil de fer maintenant, plongé dans l’eau, Fig. o. — Contour de fil de soie, prenant la forme circulaire quand
- un bouchon auquel il est fixé. on a crevé la lame mince liquide au-dessus de laquelle il était posé.
- tera plus l’eau; il s’élèvera un peu au-dessus du niveau en produisant un double ménisque concave. Ici l’effet de la tension superficielle donne lieu à une résultante dirigée de haut en bas et suffisante pour contre-balancer le surcroît de la poussée.
- Si le lest est convenable, cette résultante augmentée du poids du système dépasse très peu la poussée de bas en haut du liquide; alors il suffit d’approcher de l’eau un peu d’ouate imbibée d’étlier (ce qui diminue la tension superficielle) pour voir l’anneau
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- sortir en apparence spontanément do liquide, et le système reprendre sa première position d’équilibre.
- Jusqu’il présent, nous n’avons opéré (pie sur des masses liquides relativement considérables et n’ayant qu’une surface libre; citons maintenant de nouvelles preuves de la tension fournies au contraire par de petites masses présentant deux couches superficielles en contact avec l’air et susceptibles de produire des effets deux fois plus marqués.
- 5eexpérience. — Voici un mélanged’un litre d’eau, de 25 grammes de savon de Marseille et de 25 grammes de sucre candi ; plongeons-y ce cadre en fil de fer et puis retirons-le; nous le verrons occupé par une lame plane qui semble n’avoir pas de poids tant elle parait peu infléchie; à mesure qu’elle s’atténue, la force contractile des deux faces l’emporte de plus en plus, et finit par régner en maîtresse absolue. Déposons sur celte lame un contour fermé en fil de coton ou de soie ; il affectera une forme quelconque, parce qu’il y aura une lame liquide à l’intérieur du contour comme à l’extérieur. Mais à l’instant où je fais crever la lame intérieure, le fil se tend brusquement et devient parfaitement circulaire (fig. 5) ; c’est l’effet des tensions combinées des deux faces de la lame restante. Le fil prend la forme pour laquelle la surface qu’il limite est aussi grande que le permet la longueur du fil ; or on démontre en analyse que cette forme est celle d’une circonférence du cercle.
- 6e expérience. — Mon assistant, M. le professeur Schoentjes a tâché de varier cette expérience, que j’ai publiée en 1860 : il prend non plus un simple fil, mais un système composé de portions solides rectilignes et de portions de forme arbitraire; d’après un théorème de Steiner, le maximum de surface limitée par un pareil contour a lieu quand toutes les portions de forme arbitraire sont des arcs d’une seule et même circonférence dont les portions solides rectilignes constituent autant de cordes.
- M. Schoentjes a réalisé de pareils systèmes au moyen de fils de cocon qu’il fait passer dans les »pe-tits canaux libres de portions de tiges de fines graminées : chaque fois le théorème de Steiner s’est parfaitement vérifié, quand après avoir posé l’un de ces systèmes sur une lame liquide plane, la portion laminaire intérieure a été crevée (fig. 5).
- Les expériences précédentes ont été faites chacune aveO un seul liquide ; mais on prévoit que si l’on met en présence deux liquides à tensions différentes, il se produira des mouvements centrifuges ou centripètes selon les valeurs de ces tensions.
- Si les deux liquides se mêlent, comme l’eau et l’alcool, la surface de contact a une tension nulle; voilà pourquoi, si l’on dépose sur l’eau une goutte d’alcool (2,5) ou d’éther (1,88), on constate un violent mouvement d’extension, parce que la tension 7,5 de l’eau dépasse notablement celle de l’alcool (2,5) ou de l’éther (1,88). Aussitôt après l’étalement, il y a un retrait du liquide vers le point où a lieu le dépôt : c’est que l’évaporation de l’alcool ou de l’éther a refroidi le liquide sous-jacent qui acquiert
- ainsi une tension plus forte (pic celle des portions [dus éloignées.
- Dans le cas où les deux liquides mis en présence ne se mêlent pas (comme l’eau et l'huile), la surface commune à ces liquides a aussi une tension qu’il ne faut pas négliger.
- Lorsqu’on dépose une goutte d’essence de térébenthine (2,90), d’huile de lavande (3,00), etc., sur l'eau pure contenue dans une large capsule (une assiette ordinaire convient très bien), on remarque aussitôt un étalement très rapide de la goutte qui se transforme en une lame fort mince offrant parfois les plus belles couleurs : cet étalement provient de ce que la tension 7,5 de l’eau pure l’emporte sur la somme des tensions de l’huile employée et de la surface commune aux deux liquides.
- Comme l’extension rapide ne se fait qu’avec une diminution de température du liquide de la goutte primitive, la lame ne conserve pas sa forme, mais elle se subdivise en une infinité de portions très déliées, dessinant parfois de petits polygones curvilignes et rappelant l’aspect d’une fine dentelle ; c’est ce que M. Tomlinson appelle une figure de cohésion. Pour l’huile de lavande, la figure ne tarde pas à se résoudre en une multitude de lentilles à peine visibles.
- Le dépôt d’iine ou de deux gouttes d’huile sur l’eau suffit en général pour rendre l’extension d’une nouvelle goutte impossible; c’est, que la tension de la couche superficielle est devenue égale ou inférieure à la somme des tensions de l’huile et de la surface commune aux deux liquides.
- Dès 1869, j’ai étudié avec le plus grand soin ce genre de phénomènes dont, à mon insu, M. Maran-goni, de Florence, avait donné l’explication quelque temps auparavant.
- Si, à la surface de l’eau pure, on dépose un petit fragment d’un corps solide qui s’y dissout plus ou moins, l’équilibre de la couche superficielle de l’eau est rompu ; si la solution se fait inégalement autour de la parcelle, celle-ci présente des mouvements brusques de translation et de rotation.
- Disposons, par exemple, sur l’eau distillée, un contour flexible, fermé, ayant 25 ou 50 centimètres de longueur, et faisons en sorte que le fil touche le liquide en tous ses points inférieurs, sans être plongé nulle part. Laissons tomber alors à l’intérieur du contour une ou plusieurs parcelles de camphre, telles qu’on en obtient en grattant un morceau de cette substance avec la pointe d’un canif : aussitôt les parcelles tourneront vivement en changeant de place, et le fil s’arrondira en circonférence parfaite. Ce qu’il y a de curieux, c’est que le contour flexible se laisse parfois franchir par le liquide intérieur en un ou plusieurs points, et qu’alors toute la lame circulaire se meut à la surface du liquide. On comprend que tous ces phénomènes sont dus à l’inégale distribution de l’eau camphrée dont la tension n’est que de 4,5 milligrammes.
- A propos de l’extension de l’huile sur l’eau, qu’il me soit permis de signaler ici une application im-
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- portante que j’ai fait connaître en 1882. Rappelons que, par millimètre de longueur, la surface de l’eau éprouve une tension de 7,5 milligrammes; or, imaginons une surface d’eau ayant 1 millimètre carré, et demandons-nous quel travail il faut dépenser pour augmenter cette surface de 1 millimètre carré, de manière à la doubler. Nous aurons à vaincre une série de petites forces dont la somme vaut 7,5 milligrammes, et à faire décrire à tous les points d’application de ces forces élémentaires un chemin égal à 1 millimètre; or comme le travail équivaut précisément au produit de l'intensité de la force par le chemin parcouru sur la droite où se trouve la force, nous aurons à effectuer ici un travail de 7,5 milligrammes-millimètres; alors ce travail dépensé se retrouvera, comme énergie disponible, dans le nouveau millimètre carré de surface libre; c’est cette énergie de 7,5 milligrammes-millimètres, que j’ai appelée énergie potentielle de l’eau pure.
- N’oublions pas que cette énergie réside dans une couche n’ayant pas plus de 1/20000 de millimètre d’épaisseur; nous comprendrons alors que dans la couche superficielle de l'Océan se trouve emmagasinée une puissance mécanique dont rien ne peut donner une idée exacte.
- Je suppose maintenant que de deux couches superficielles égales et juxtaposées, l’une glisse sur l’autre par l'effet du vent, par exemple; la couche complètement recouverte aura perdu sa surface libre, et, avec elle, son énergie potentielle caractéristique. Le glissement s’opère-t-il avec lenteur, cette énergie sera remplacée par une quantité de chaleur équivalente ; mais si le phénomène se passe avec rapidité, l’énergie potentielle perdue donne lieu à un accroissement de vitesse. Si donc le vent communique à certaines couches de la mer une vitesse plus grande qu’aux couches voisines, celles-ci sont recouvertes par les premières qui vont recouvrir d’autres plus éloignées, et ainsi de suite. C’est pourquoi toute vague en voie de formation est composée de portions dont les vitesses sont les plus grandes vers le haut; quand le vent est violent, l’accélération de vitesse produit sur chaque vague une crête qui devient de plus en plus proéminente, et qui finit par se désagréger dans l'espace ou comme on dit, par déferler.
- Il suit de là que toute cause capable d’empêcher le glissement des tranches superficielles des eaux de la mer les unes sur les autres constituera un obstacle à l’accroissement graduel de la force vive des masses liquides.
- Or, une cause pareille se trouve précisément dans l’huile qui recouvre sur une étendue suffisante la surface de la mer ; en vertu de sa légèreté spécifique, l’huile remonte toujours à la surface et rend impossible le glissement d’une couche sur une autre. C’est ce qui explique l’efficacité, si mystérieuse au premier abord, des huiles susceptibles d’être étalées en lames d’une minceur incroyable (1/100 000 à 1/200 000 de millimètre); dès que le glissement des couches est entravé, il est clair que la formation
- des crêtes ou brisants si redoutables pour les navires, devient impossible également.
- Mais il y a plus : non seulement l’huile empêche la mer de déferler, mais encore elle peut transformer les vagues à crêtes en ondulations régulières formant la houle. En effet, si une haute vague se rapproche d’une portion de la mer couverte d'huile, celle-ci s’étale subitement sur la face concave de la lame et atteint bientôt le sommet de la crête; dès ce moment, le glissement des couches superficielles autour de la volute qui surmonte la vague devient impossible; de là une résistance qui accumule le liquide au haut de la crête, et celle-ci retombe avec grand bruit sur la mer; voilà comment les brisants sont transformés en houle comme l’avaient déjà avancé Aristote, Pline et Plutarque.
- La théorie que j’ai émise en 1882 a été confirmée l’année dernière par M. le vice-amiral Cloué qui, s’appuyant sur les conclusions favorables des 205 rapports de capitaines de navires, n1 craint pas de déclarer que la question de l’emploi de l'huile pour calmer les brisants de la mer lui paraît résolue. Aujourd’hui le perfectionnement de cet emploi est étudié constamment en Angleterre, en Écosse, aux Etats-Unis, en Australie, et depuis peu de temps en France. Pourquoi n’en est-il pas de même en Belgique? Sans doute à cause du triste préjugé qui fait dire : « Que peut un litre d’huile contre des montagnes d’eau de mer ? » Heureusement, comme je le déclarais il y a un mois à l’Académie, je puis répondre avec assurance qu’une couche très mince d’huile transforme et apaise les mouvements des flots; c’est un fait bizarre, si l’on veut, mais absolument incontestable, et qui découle d’ailleurs de ma théorie des variations d’énergie des suïiaces liquides. C’est pourquoi je termine en émettant une fois de plus le vœu qu’aucun navire, aucun bateau de pèche, aucun canot de sauvetage ne quitte plus ni un port ni une côte belge sans avoir une provision suffisante d’huile avec le matériel nécessaire pour s’en servir1. Vax der Mexsbrggghe.
- 1 Voici un exemple frappant de l’efficacité de l’huile, d’après un rapport cité par M. le vice-amiral Cloué :
- « Pendant une traversée de Boston à Londres, le bâtiment à vapeur le Stockholm City rencontra une terrible tempête d’ouest qui, augmentant en violence, souleva les lames à une hauteur énorme. Le navire étant au-dessous de scs lignes d’eau en charge et le pont étant encombré de 200 bêtes à cornes, mettre à la cape était impossible, et la seule ressource était de fuir; mais eu égard à la grosse mer qui brisait, celte manœuvre devenait extrêmement dangereuse. Le capitaine se résolut à faire usage de l'huile, et un sac en toile à voile contenant de l’étoupe saturée d’huile de lin fut suspendu à l’arrière de chaque angle de la poupe. Sur les côtés du milieu on en plaça deux autres et les cuvettes poulaines de l’avant furent remplies d etoupe dans laquelle on versa du pétrole, de manière à le faire couler doucement à la mer. L’effet de l'huile sur les lames parut être instantané, et les plus dangereux brisants furent transformés en une houle inoffensive. Pendant une fuite d’environ 170 milles devant la tempête, nous avons dépensé 17 gallons d’huile, soit 1 gallon (4 litres et demi) à l’heure, et pas une goutte d’eau ne vint à bord. »
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- LA NATURE.
- COLLECTIONS ETHNOGRAPHIQUES
- DE LA NOUVELLE - GUINÉE RAPPORTÉES PAR M. LÉON LAGLAIZE
- Lors de mon premier voyage dans l’archipel Ma-layo-Papou je fis la connaissance de M. Léon Laglaize, en novembre 1876, à Ternate, chez M. Y. D. von Du iven Boden. Nous partîmes de conserve deux mois après pour la nouvelle-Guinée, M. Raffray et moi, sur le shooner le Macassar, M. Laglaize sur un shooner de M. Bruinjn ; nous nous quittâmes dans le détroit de Dampierre et nous retrouvâmes un an après à Paris.
- M. Laglaize, dans ce premier voyage (1876-1877), avait fait un séjour de trois mois chez les Karons et les Amberbakis, sur les côtes de la baie du Geelvvinck, et un autre séjour de trois mois, plus au nord, en deçà du détroit deGalewo, tandis que j’étais rongé de plaies, comme Job, au havre de Dorey, et que M. Raffray allait à Saoko-rem, puis aux îles W.Schoo-ten.
- Mais, en 1881, M. Laglaize repartait pour la Nouvelle-Guinée et équipait une expédition de concert avec M. Bruinjn, de Ternate.
- Le nom seul de M. Bruinjn me rappelle son aimable et sympathique figure, que je n’ai pas vue depuis douze ans. Tous les naturalistes qui ont passé dans les Moluques se souviennent avec plaisir de cet homme affable et instruit, vrai introducteur des explorateurs à la terre de Nouvelle-Guinée où il a, des premiers, fait recueillir ou été colliger lui-même tous ces merveilleux oiseaux que les naturalistes du Challenger ou d’autres expéditions ont été heureux de trouver à acquérir dans ces pays perdus.
- Qu’il me soit encore permis d’acquitter ici une dette de reconnaissance vis-à-vis d’une autre personne que je n’ai pas oubliée et qui m’a jadis ramené à la vie par ses soins. Puissent ces lignes vous tomber sous les yeux, digne monsieur YVœlders, et puissent-elles vous témoigner toute ma gratitude envers vous et votre compagne dévouée. Dans votre petite mission d’Andaie, au pied des monts Arfaks, où je suis revenu peu à peu à la vie grâce à votre dévouement, il me semble voir encore ces superbes collections d’oiseaux qui ont contribué à enrichir nos grands musées.
- Qu’on me pardonne ces souvenirs. J’en reviens à M. Laglaize qui, dans son second voyage de 1881 à 1887, explora à plusieurs reprises la côte nord de la Nouvelle-Guinée. Le courageux voyageur prit Ternate comme centre d’opérations avec M. Bruinjn, et chaque année le voyait aborder en quelque point désert ou périlleux. C’est ainsi qu’en 1881-1882 il fait un séjour de huit mois à l’île Jobie dont les habitants sont fort batailleurs et également versés dans l’art de fabriquer les flèches et de les envoyer au corps de leurs ennemis ; et on devient facilement leur ennemi. Je me rappelle, entre autres, un certain préliminaire de combat entre gens de Jobie et des Wan-damens, dans la baie de Dorey, qui fut bon à voir.
- En 1882-1883, M. Laglaize fait un séjour de trois mois à l’île Bertrand Gilbert, puis un an après (1883-1884) il visite Tabi, la baie de Walkener , et séjourne à Tafia et à De-nita. La saison de 1884-1885 le voit parcourant le fond de la baie du Geelvvinck , Rhonn, Mapan, Tabi. Puis il va jusqu’à l’île d’Urville, y séjourne et passe un mois à Kafou sur la Grande-Terre en face de l’île Bertrand; c’est là sur la terre de Papouasie la limite du petit paradisier jaune, le petit émeraude de Buffon (Paradi-sert papuana).
- En 1885-1886, M. Laglaize visite à fond les îles de Waigiou, Salwatty, puis va dans le havre de Dorey, à Mansinam, puis à l’île Biak, aux îles dos Traîtres, à Tabi, aux Trois-lles, aux îles Bertrand et Gilbert, d’Urville et Gressieti. Enfin il est revenu en France en 1886, rapportant de magnifiques collections ethnographiques qui ornent le musée du Trocadéro, et de remarquables spécimens zoologiques dont s’est enrichi le Muséum d’histoire naturelle. Au bout de ces six explorations en Papouasie, précédées de grands voyages en Afrique, aux Philippines et en Amérique, M. Laglaize a obtenu la croix... d’officier d’académie; souhaitons-lui mieux.
- M. Clément a figuré ici, par nos soins, et d’après nature, divers objets rapportés par M. Laglaize doses voyages. Rappelons à ce propos que les armes de Nouvelle-Guinée que possèdent nos musées nationaux ont été rapportées par MM Raffray, Léon Laglaize et par moi.
- La figure 1 nous montre dix modèles différents de pointes de flèches, pointes en hois dur artistement
- Fig. 1.
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- travaillées, en hameçon, en fourche ou en lames barbelées. La première à gauche est terminée par
- un os de sanglier taillé en sifflet. La disposition de la quatrième est typique et rappelle la tête de
- Fig'. 2. — 1 et 2. Petits sacs tressés, ornés de perles, servant, à mettre le tabac. — o, 7 et S. Figures de bois sculpté ornant les pirogues. — i. Ceinture d’un habitant de Tabi. — 5. Ceinture d’un habitant de Taraway. — 6. Pagaie de la région a l’est de la baie de llum-bolilt. — 9. Boîte en rotin et feuilles de pamlanus.
- cc remarquable lucanide détlié par le l)r Gestro à Mme gruinjn (Neolamprima Adolphinæ). La cinquième comporte quatre branches barbelées , cette sorte de tlècbe sert à ferrer le poisson. La pointe de la dernière flèche est formée d’un large éclat de bambou habilement retaillé et sculpté, orné de tines gravures.
- L’antépénultième est un remarquable modèle venant de Tabi et orné, au sommet de la hampe, de plumes decasoar.
- Toutes ces flèches ont de quatre à six pieds de haut, leur hampe est formée d’un roseau léger plus ou moins gravé et sculpté, les pointes
- sont fichées dedans, maintenues avec des résines poisseuses et des fils végétaux, le talon n’est jamais
- muni de plumes. Ces armes de trait ne sont jamais empoisonnées, les indigènes les lancent avec de grands arcs en divers bois munis de cordes plates de rotin.
- Elles proviennent toutes de la région de la Nouvelle-Guinée nommée Tabi et Ta-nah merah (terre rouge, en malais), c’est-a-dire le littoral situé entre le lo6° et le 158° à l’est du méridien de Paris, soit entre l’Ambernoh et le mont Cyclops. Tous les indigènes du littoral et des petites îles avoisinantes se
- 5 et -l. Figurines fétiches de Taraway.
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- servent de ces armes, mais on les fabrique à Bongko dans la baie Walckener, d’où on les exporte. Les mêmes llèehes ne peuvent servir à deux expéditions; après une campagne les tiédies sont emmagasinées dans une maison où les insectes xylophages les rongent à loisir, et l’on s'en procure de neuves à la première alerte; de même pour les arcs. Chaque indigène a toujours sous la main un arc et de dix à douze llèehes, et les Papous aiment peu à sortir sans ce petit attirail, ainsi que sans ce couteau à lame élargie au sommet, le péda. La limite de la flèche,-en Nouvelle-Guinée, est Pile d’Urvillc, et sur le point correspondant du littoral on ne se sert plus que de sagaies.
- La figure 2 représente divers ustensiles domestiques ou nautiques. Les n°* 1 et 2 sont de petits sacs tissés en une sorte de crin végétal avec graines et petites coquilles du genre cypræa; ils proviennent de Pile d’Urvillc (Djakœr des indigènes), de Pile Gilbert et Bertrand ( Taraway et Walis des indigènes) et sont en usage sur tout le littoral depuis les trois îles (Ali, Siliou et Tamar des indigènes) jusqu’à la baie de l’Astrolabe. Ces sacs servent à mettre le tabac, le bétel et la chaux; les Papous y gardent aussi les petites coquilles bivalves à charnière intacte dont ils se servent pour s’épiler, et les petits morceaux d’obsidienne taillés en biseau avec lesquels ils se rasent. Tout Papou digne de ce nom ne quitte jamais son sac, sans cesse il le porte sur sa poitrine, pendu autour du cou par le cordon.
- Les nos o, 7 et 8 sont des morceaux de bois sculpté dont les Papous se plaisent à orner Pavant et l’arrière de leurs pirogues et où ils les fixent par des cordes de rotin. Le n° o vient de Pile Duperrcy (Wakdé des indigènes) et le 7 et 8 de Pjarnna et Po-dena, îles situés un peu plus à l’est que Wakdé.
- Le il0 6 est une pagaie de la région à l’est de la baie de Humboldt; elle a été acquise par M. Laglaize en échange d’un petit morceau de cercle de barrique en fer. On remarquera l’élégante décoration du talon de la palette coupée en forme de feuille de sauge; des ornements blancs sur fond noir y figurent une tète dont le montant de la hampe forme le nez démesurément allongé, caractère constant et remarquable du canon décoratif des Papous.
- Le n° 4 est une petite ceinture de même nature que les sacs ; de petites coquilles prises dans la tresse y dessinent d’élégants motifs dont l’élément est une série de compartiments en losange, des graines noires y figurent aussi des dessins. Tel est le seul costume des habitants de Tabi, qui passent cependant dans cètte ceinture des feuilles et des herbes pour lui donner plus d’ampleur. Le n° 5 est un costume de femme de la région de Pile Gilbert et Bertrand; pendue bas sur les hanches, cette ceinture descend très bas; en cette région la ceinture des hommes s’allonge par de longs brins formant des lambrequins.
- Le n° 9 est une boîte dont la charpente est de rotin tandis que les parois sont faites de feuilles de
- pandanus diversement colorées, en rouge, en jaune et, en noir. La fabrication de ces boîtes, dont je me rappelle avoir rapporté de beaux .exemplaires de Salwatty, est l’industrie des indigènes d’Ambay, à Pile Jobie. On les nomme Kabila et les indigènes s’en servent chez eux pour renfermer leurs objets précieux. 11 en est de toutes tailles, celle ici figurée a un peu plus d’un pied de long ; les petites sont des boîtes à bétel et présentent, comme les grandes, des compartiments mobiles adroitement disposés.
- La figure o nous présente des figurines et un masque remarquable. Le n° 1 est un masque de Pile d’Urvillc; la figure 2 le montre de face. Il est en bois sculpté, de plus d’un pied de haut, entouré d’une torsade d’un tissu d’écorce. Les ouvertures des yeux et de la bouche sont entourées de graines rouges fixées avec de la résine. Les peintures, grossières, sont rouges et blanches. Ces masques sont pendus aux murs dans les maisons et servent, les nuits de clair de lune, dans les danses qui accompagnent les réjouissances ayant lieu à chaque changement de mousson. Les Papous dansent en chantant et se livrent à mille contorsions, tenant ces grands masques à deux mains devant leur figure. Le musée du Trocadéro possède une belle collection de ces masques rapportée par M. Laglaize ; celui ici figuré fait partie des collections du voyageur. 4
- Le n° 3 est un petit masque, sorte de fétiche que les indigènes de Taraway portent accroché à leurs sacs à tabac (fig. 2, nos 1, 2). La petite idole (n° 4) est un vrai dieu, fétiche provenant également de Taraway; comme le petit masque, elle est en bois sculpté et est rougie avec une terre rouge propre à Pile; les Papous pendent également ces figurines à leurs sacs à tabac; ils en sculptent aussi de plus grandes qu’ils accrochent aux murs de leurs maisons.
- Nous voudrions passer en revue toutes les merveilles, toutes les choses singulières rapportées par M. I jaglaizc de ses voyages, mais nous devons nous restreindre; c’est au musée du Trocadéro ou chez ce voyageur que les amateurs d’ethnographie pourront voir ces collections remarquables.
- Maurice Maindron.
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- CHRONIQUE
- Production de la laine dans le monde entier.
- — M. Leroy, sous-intendant militaire, chargé par M. le Ministre de la guerre d’étudier la production de la laine dans le monde entier, au point de vue de la fabrication des draps de troupe, vient de présenter un remarquable rapport, dont nous extrayons les principaux passages.
- La production totale des laines du globe peut être évaluée annuellement à 800 millions de kilogrammes, représentant une valeur totale de 3 milliards de francs. L’Australie et la Nouvelle-Zélande possèdent 75 millions de moutons produisant 100 millions de kilogrammes de laine valant 600 millions de francs. Au cap de Bonne-Espérance, les troupeaux produisent 15 millions de kilo-
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- grammes de laine représentant 50 millions de francs. A la l'iata, on compte au moins 100 millions de moutons produisant 50 millions de kilogrammes de laine pour une valeur d’environ 250 millions de francs. Aux-États-Unis paissent 50 millions de moutons ne produisant cependant pas assez de toisons pour l’industrie américaine, qui est obligée d’importer un grand nombre de cargaisons de laine de la Plata et de l’Australie. L’Europe possède 200 millions de moutons donnant 200 millions de kilogrammes de laine d’une valeur de 900 millions de francs. Le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, produisent de la laine en quantité très appréciable. U y a quarante ans, la France possédait 55 millions de moutons ; par suite de l’abaissement du prix de la viande, les troupeaux ne comprennent plus que 22 millions de tètes. En Europe, c’est la Russie qui tient le premier rang comme production de la laine. Puis viennent l’Angleterre, l’Allemagne, la France, l'Autriche, l’Italie, l’Espagne. Les anciens troupeaux espagnols de mérinos sont maintenant remplacés par ceux de Rambouillet et de Vineville qui exportent leurs magnifiques béliers dans le monde entier. L’Inde, l’Asie centrale, la Chine, sont évaluées comme production à 150 millions de kilogrammes. Sur le total de 800 millions, indiqué par les statistiques, pour la production générale du monde, la majeure partie des laines de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, du Cap et de la Plata est importée par Londres, Anvers, Liverpool, Brème, le Havre, Marseille, Dunkerque, Bordeaux et Gènes.
- Les dindons sauvages. — L’acclimatation des dindons sauvages avait été jugée jusqu’ici comme une chose presque impossible ; le comte Breüner vient de faire prévenir la Société générale autrichienne de protection de la chasse qu’il a réussi à acclimater le dindon sauvage dans sa terre de Graffencck. Venus des prairies américaines, il y a quelques années, trois coqs et quatre poules dindons sont aujourd’hui les pères et mères d’une nombreuse lignée que les gardes du comte estiment monter à 580 individus, sans compter 150 égarés qui se sont fait tuer dans les chasses voisines. Ce sont des oiseaux vigoureux, leurs petits même craignent peu d’ennemis, le renard, la martre, l’aigle ou le grand-duc. Ils savent se défendre aussi courageusement contre l’homme. Dans les dernières chasses qui ont eu lieu chez le comte Breüner, le kronprinz Rodolphe en aurait tué quatorze en un jour dont quelques-uns pesaient 9 kilogrammes et demi.
- Industrie de l’huile de bois. — L’industrie de l’huile de bois prend, en Suède, depuis plusieurs années, de plus en plus d’importance. On cherche à utiliser les souches, les racines qui restent dans la terre après que les forêts ont été abattues pour en faire des bois sciés ou équarris, et les bois qui fournissent la résine; c’est-à-dire qu’elles sont chauffées dans les cornues sans que l’air y ait accès ; il se forme dans cette opération une certaine quantité de produits qui trouvent un emploi facile dans la vie journalière et dans diverses branches d’industries. Outre l’huile de bois, ces matières fournissent de l’huile de térébenthine, de la créosote, de l’acide acétique, du charbon de bois, des huiles de goudron, etc. L’huile de bois pour l’éclairage, telle qu’elle est produite actuellement dans les fabriques de Suède, n’est pas propre à être brûlée dans les lampes ordinaires. La grande quantité de carbone que ces huiles contiennent les fait fumer. Elle exige donc des lampes spéciales, peu différentes d’ailleurs des lampes ordinaires de photogène qui peuvent facilement être rendues propres à l’usage de l’huile de bois.
- Mêlée avec ce photogène en certaines proportions, l’huile de bois peut même être employée dans des lampes ordinaires. Dans son état naturel et sans mélange, c’est l’huile d’éclairage la moins coûteuse : son prix est de 55 centimes le litre ; elle n’est pas sujette à explosion et dure à la consommation 55 fois plus que le photogène. Les arbres qui, à la distillation, donnent l’huile d’éclairage, sont en général le pin et le sapin. Il v a en Suède environ une trentaine d’usines qui fabriquent aujourd’hui près de 40000 litres d’huile de bois.
- La crampe des planistes. — M. Vivian Poore a observé certains désordres fonctionnels du bras et de la main chez les pianistes; il en donne la description détaillée dans un article étendu et intéressant du Journal médical anglais; la crampe des pianistes serait, d’après lui, huit fois plus commune que la crampe des écrivains ; il l’a rencontrée surtout quand on emploie la méthode dite « de Stuttgard », dans laquelle le poignet est tenu rigide pendant toute l’exécution. Les symptômes sont l’engourdissement douloureux de l’épaule et du bras droits, moins souvent du côté gauche, crampes du petit doigt, de l’annulaire, parfois avec tremblement; ce malaise persiste souvent après l’exercice du clavier : les plus petits travaux de la main et des doigts le ramènent. Le froid, la vie sédentaire, l’anémie, les diathèses rhumatismale et goutteuse y prédisposent.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 juillet 1888. — Présidence de M. Janssen.
- M. Debray. — On sait déjà le deuil qui frappe la science et l’Académie : M. Henri Debray, membre de la section de chimie, professeur à la Faculté des sciences, maître de conférences à l’École normale supérieure, est mort jeudi, 19 juillet, à la suite d’une courte maladie. Né à Amiens en 1827, il entra à l’École normale en 1847 et devint, en 1851, le préparateur d’Henri Sainte-Clairc-Deville dont il devait être par la suite le collaborateur si actif. La Nature lui consacrera la notice nécrologique à laquelle il a droit, mais ce n’est pas .la déflorer que de noter les paroles émues que M. Janssen vient de consacrer au confrère enterré de la veille. « Certes, a dit à peu près M. le président, si la section de chimie avait eu à redouter une perte nouvelle, ce n’est pas celle de Debray qu’elle pouvait craindre. Après dix ans seulement d’Académie, le savant qui disparaît meurt dans toute la force et la plénitude de son talent. Il aura suivi de bien près l’homme illustre dont il fut l’élève, le collaborateur et le continuateur. » En signe de deuil, la séance a été levée, non pas toutefois sans que les pièces de la correspondance aient été rapidement énumérées. Nous y avons noté, à la volée, les faits suivants :
- Photographie d'éclairs. — Revenant sur un sujet qu’il a déjà traité, M. Trouvelot adresse neuf nouveaux clichés photographiques obtenus le 22 juillet d’après des éclairs. On y retrouve toutes les particularités de structure déjà mentionnées par l’auteur dans sa note du 9 juillet, et personne ne conteste l’intérêt de ces observations. Seulement plusieurs physiciens, et notamment M. Mascart et M. Fizeau, ont émis l’avis que les bandes et les raies dont les éclairs se montrent hachés pourraient bien n’avoir pas une existence réelle et tenir simplement à ce que l’objectif n’est pas rigoureusement au point. II est, en elfet,
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- LA NATURE.
- bien difficile d’obtenir, dans les conditions de l’opération, une mise au point parfaite. Peut-être résoudrait-on la question en photographiant des étincelles semblables à celles que M. Gaston Planté produit sur une échelle si considérable et dont l’analogie avec les éclairs naturels ne saurait être contestée. Si les bandes apparaissaient entre deux éleclro dès qu’on aurait, au préalable, parfaitement mis au point, ce qui est facile, il y aurait de fortes présomptions que le phénomène observé par M. Trouvelot a pris son siège dans le météore.
- Le monument du général Meusnier. — Lue nouvelle lettre du maire de Tours annonce que c’est le 29 juillet prochain qu’aura lieu l’inauguration de la statue dont
- Fig. 1. — Spécimen d'une photographie en photo-buste. Fac-similé d'une épreuve obtenue par M. Gravet.
- RÉCRÉATIONS PHOTOGRAPHIQUES
- LE PHOTO-BUSTE
- La figure 1 que nous plaçons sous les yeux de nos lecteurs est la reproduction exacte d’une photographie. Elle donne un portrait réel sous la forme d’un buste de marbre. Nous allons indiquer à l’aide de la figure 2 comment on peut facilement obtenir ce résultat.
- On met le modèle derrière une colonne creuse ou un piédestal mince en bois peint. Si l’on veut figurer un empereur romain, on coiffe le modèle d’un casque en carton blanc, on lui saupoudre les che-
- nous avons déjà parlé, sous la présidence de M. Floquet, président du Conseil. M. Janssen prononcera un discours au nom de l’Académie où il exposera les travaux et racontera la brillante carrière du général; M. Halphen est invité à parler au nom de l’armée.
- Varia. — M. le secrétaire perpétuel Bertrand continue ses recherches sur le calcul des probabilités appliqué au tir à la cible. — Au nom du Ministre de la marine, M. Bouquet de la Grye dépose une dizaine de nouvelles cartes hydrographiques. — Les alcaloïdes volatils retirés de l’huile de foie de morue occupent M. Gauthier. — De la part de M. Moissan, M. Dehérain dépose une note sur la préparation du fluorure d’éthylène. Stanislas Meunier.
- Fig. ±. — Figure explicative pour l’obtention d’un photo-buste, avec la vue du piédestal en bois mince.
- veux et i;t ligure de poudre de riz, et on entoure les parties du corps que l’on veut rendre visibles de flanelle blanche. On opère sur un fond de velours noir. On peut faire lever les bras, ce qui ne gêne en rien l’opération comme on va le comprendre. Une fois que le cliché est développé, on découpe, à l’aide d’un canif la figure développée que l’on veut conserver, on gratte sur le cliché les bras et toutes les parties que l’on veut retrancher. Le verre devient ainsi transparent, là où le grattage a eu lieu ; et sur le positif, le buste se détache sur un fond noir.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 7 U 2.
- 4 AOUT 1888.
- LA NATURE.
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- LE MUSÉE D’HYGIÈNE
- DE I,A FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS
- Nous n'avons pas à rappeler à nos lecteurs quelle importance l’hygiène a prise, dans les préoccupations publiques, dans ces dernières années; car nous n’avons pas manqué de les informer de toutes les découvertes et des recherches qui ont été faites afin d’améliorer les conditions de la santé et de la vie dans nos habitations, dans nos villes, dans les industries. De même nous les avons successivement tenus au courant de tous les procédés applicables à la prophylaxie des maladies transmissibles, au fur et à
- mesure qu’ils sont parvenus à notre connaissance. C’est pourquoi nous nous empressons d’appeler leur attention sur le Musée d’hygiène qui vient d’être créé à la Faculté de médecine de Paris, et dont la figure ci-dessous reproduit la vue de la salle principale.
- Parmi les corporations sociales qui sont appelées à s’occuper d’hygiène, c’est à coup sùr le corps médical qui a le plus besoin d’en faire une étude rationnelle et approfondie. En raison même des connaissances qu’il acquiert, pendant ses études, sur le fonctionnement de notre organisme et sur les désordres que la maladie apporte à ce fonctionnement, le médecin doit toujours être consulté lorsqu’il s’agit
- Vue d’ensemble du Musée d’hygiène, à lu Faculté de médecine de Paris.
- de prendre des précautions pour prévenir les maladies ou d’édicter et d’exécuter des mesures pour en arrêter les ravages.
- 11 n’y a pas bien longtemps que l’enseignement de l’hygiène dans les Facultés de médecine a pris le caractère scientifique qu’il y revêt aujourd’hui. Cet enseignement était purement théorique et il se composait d’une série de leçons didactiques, sans qu’aucune application des principes posés dans ces leçons fut montrée aux élèves. C’est ainsi que les médecins sortaient de leurs écoles après avoir appris par cœur, pour les examens, quelques formules plus ou moins banales sur les moyens à prendre pour se préserver de la maladie ; on pouvait presque dire qu’ils ne connaissaient de l’hygiène que le célèbre aphorisme des 16° année. — 2* semestre.
- anciens : « Boire frais, manger chaud, se tenir la tête froide et le ventre libre. »
- Mais à mesure que l’on s'est de plus en plus préoccupé de la salubrité des maisons et des villes, que l’industrie est de plus en plus venue en aide à la science pour améliorer les conditions du bien-être, on n’a pas tardé à comprendre qu’il fallait une entente commune entre les divers représentants des sciences dont l'hygiène applique les éléments. On ne conçoit plus la construction d’un édifice public si l’hygiéniste n’a pas pu vérifier les procédés de chauffage et de ventilation qu’on y doit appliquer, si l’architecte ne s’est pas inspiré des nécessités d’y maintenir une atmosphère respirable ; si l’ingénieur n’y a pas disposé ses procédés de façon à n’apporter
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- LA NATURE.
- aucune nuisance à ceux qui sont appelés à en éprouver les effets.
- L’Angleterre a marché la première dans cette voie. A la suite de la première épidémie de choléra qui a sévi en Europe et qui fit chez elle un nombre considérable de victimes, elle se préoccupa d’en prévenir les ravages ultérieurs. On y comprit bien vite que les épidémies ne naissent ou ne se propagent que dans les milieux insalubres, et que les mesures prophylactiques doivent être préparées en tous temps, si l’on ne veut pas avoir à les improviser dans les plus mauvaises conditions de sécurité. Aussi n’a-t-on pas cessé en Angleterre, depuis cette époque, de faire des travaux d’assainissement dans toutes les agglomérations, d’assurer la salubrité intérieure des habitations et d’organiser une administration sanitaire appropriée à toutes les nécessités. Le résultat a été que la mortalité générale y a diminué d’année en année, notamment la mortalité par les maladies transmissibles, et que la plupart des épidémies dues à des maladies pestilentielles exotiques y ont été arrêtées dès le début. Pour y parvenir, l’Angleterre a multiplié les moyens d’enseignement de l’hygiène, et elle en a, en particulier, la première, constitué dans ses écoles l’enseignement expérimental ; elle a substitué aux leçons théoriques des exercices pratiques et développé les leçons de choses.
- Dans ce but, on a organisé à Londres un Musée permanent d’hygiène, qui porte le nom de Muséum of Parkes, du nom d’un célèbre hygiéniste anglais. Cet établissement est une institution privée, rattachée à la principale société d’hygiène de la Grande-Bretagne, le Sanitary Institute of Great Britain; on y fait des cours et des conférences qui permettent aux médecins, aux ingénieurs et aux architectes anglais de conquérir des diplômes qui leur permettent de remplir les fonctions sanitaires dépendantes de l’administration soit gouvernementale, soit locale.
- L’Allemagne n’a pas tardé, à son tour, à suivre l’Angleterre dans cette voie et, comme on n’y marchande ni l’argent ni les efforts, lorsqu’il s’agit des besoins de l’enseignement supérieur, il s’y est élevé, depuis un certain nombre d’années, des Instituts spéciaux d’hygiène, munis de laboratoires bien outillés et d’intéressantes collections. Dans ces établissements, qui dépendent des Universités, les étudiants et les médecins, ingénieurs ou architectes, reçoivent l’enseignement qui leur est indispensable pour être chargés des fonctions que les services d’hygiène mettent à la disposition de ceux qui ont pu ainsi affirmer leur compétence. En 1885, une importante exposition nationale d’hygiène, réunie à Berlin, a permis de se rendre compte des résultats obtenus par cet enseignement, si bien que le gouvernement •de l’Empire a désiré conserver la réunion des principaux objets réunis à cette occasion. De là est venue la création d’un Musée d’hygiène, annexé à l’Institut d’hygiène que dirige, à l’Université de Berlin, M. le professeur Robert Koch. Ce Musée, ouvert au public à certains jours de la semaine, a une importance
- considérable; il occupe 56 salles dans un ancien hôtel et renferme plus de 600 modèles et appareils, représentant la plupart des améliorations introduites en Allemagne, depuis un certain nombre d’années, dans les diverses branches de l’hygiène. Son installation seule a coûté plus de 100 000 francs, et la valeur des objets qui y sont réunis dépasse 600000 francs.
- Depuis longtemps déjà on se préoccupait en France de créer un établissement de ce genre, et M. le professeur Bertin-Sans a pu, il y a quelques années, organiser un très intéressant Musée d’hygiène à la Faculté de médecine de Montpellier ; d'autres sont en voie de formation à la Faculté de médecine de Lille, sous la direction de M. le professeur Arnould, et à la Faculté de médecine de Bordeaux, par les soins de M. le professeur Layet. Il existe aussi, à l’École militaire du Val-de-Grâce, un Musée spécial d’hygiène que M. le professeur Vallin a installé, il y a deux ans. L’Exposition d’hygiène urbaine, organisée en 1886 à la caserne Lobau par la Société de médecine publique et d’hygiène professionnelle, a permis d’appeler l’attention de l’Administration supérieure sur les avantages d’une telle création. Grâce à l’initiative de M. le professeur Proust, il fut décidé qu’un Musée d’hvgiène serait créé à la Faculté de médecine de Paris, fréquentée par la majeure partie des étudiants en médecine français.
- Sans doute les ressources mises à la disposition de cette Faculté n’ont pas permis de donner de suite à ce nouveau Musée d’hygiène toute l’extension qu’une pareille institution peut et doit comporter. Mais tel qu’il est actuellement, et grâce au concours actif et désintéressé de plusieurs de nos grands industriels sanitaires, celui de la Faculté de Paris comprend, pour chacune des branches de l’hygiène, des appareils ou des collections de choix, représentés par des spécimens permettant de donner à ses diverses parties des développements bien combinés en vue de l’étude.
- Car c’est surtout pour l’enseignement que ce Musée a été organisé ; cette préoccupation se révèle très nettement dans la disposition des appareils, dans la répartition des divers objets, et il lui donne un caractère d’utilité pratique qu’on trouverait difficilement au même degré dans les établissements semblables que nous venons d’énumérer.
- La classification adoptée permet une étude comparative des diverses branches de l’hygiène; elle comprend l’hygiène de l’enfance, y compris l’hygiène scolaire, celle de l’alimentation, l’hygiène des industries et des professions, l’hygiène des habitations, urbaines ou rurales, privées ou collectives, celle des villes, les études étiologiques, la répartition géographique et la prophylaxie des maladies transmissibles, la statistique et la démographie. On y remarque une importante collection d’appareils de chauffage, d’aération et de ventilation, et des dispositions très ingénieusement adoptées afin de montrer d’une façon claire et précise comment la salubrité de l’habitation
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- doit être aménagée, en ce qui concerne l’évacuation de toutes les matières salies dans la vie journalière. Une installation à deux étages, que l’on peut voir au Musée de la Faculté, indique à la fois les appareils en usage dans la maison et ceux qui sont placés dans le sous-sol et jusque sous la voie publique ; les dispositions insalubres y sont placées à côté de celles qui peuvent être le plus justement considérées comme offrant actuellement les meilleures garanties sanitaires. Au point de vue de l’bygiène de l’alimentation, il faut noter une intéressante collection disposée de manière à montrer les nombreuses falsifications du vin et installée de façon à servir de modèle à d’autres collections qui permettront bientôt de placer sous les yeux des visiteurs toutes les falsifications dont on use si largement aujourd’hui à l’égard des matières alimentaires.
- L’une des salles de ce Musée est consacrée aux épidémies. Des préparations microscopiques et anatomo-pathologiques y permettent de se rendre compte des différences morphologiques des micro-organismes pathogènes et des lésions qu’ils déterminent directement ou indirectement dans l’organisme ; des appareils sont disposés de façon à montrer comment se pratiquent les recherches bactériologiques et bac-térioscopiques, comment l’air et les eaux sont analysées chimiquement et biologiquement; puis des cartes permettent d’étudier la distribution géographique des épidémies, et des spécimens d’appareils indiquent quels sont les procédés susceptibles de réaliser pratiquement les mesures prophylactiques les plus communément recommandées, en particulier la désinfection sous toutes ses formes et variétés; enfin, dans cette même salle, les moyens de filtration des eaux apportent leur contingent à ces études.
- On voit combien il est ainsi facile pour les élèves et pour les visiteurs de se rendre compte de toutes ces questions où l’hygiène emprunte à la fois à la science du laboratoire et à la technique industrielle des éléments si nombreux. Une bibliothèque spéciale est aussi installée dans le Musée, un grand nombre de cartes et de plans y sont aussi mis à la portée de ceux qui viennent y travailler. Un laboratoire de recherches, qu’on achève en ce moment, complète, en outre, les moyens d’études pratiques de la chaire d’hygiène et forme, avec le Musée, un centre d’enseignement qui ne tardera pas à être apprécié à sa juste valeur, non seulement par les étudiants en médecine, mais par les élèves ingénieurs et architectes dont un grand nombre viennent déjà assister aux explications qui y sont données chaque semaine.
- Grâce à la bienveillance deM. le doyen Rrouardel, le Musée d’hygiène est ouvert au public tous les jours, sauf les jours fériés, de 1 heure à 5 heures, 15, rue de l’École-de-Médecine, dans les dépendances de l’Ecole pratique de la Faculté de médecine.
- Nous ne saurions trop engager nos lecteurs à le visiter; car c’est, à coup sûr, l’une des créations les plus utiles pour la vulgarisation de la science sanitaire. Dr Z....
- LES TISSUS DE MADAGASCAR
- Deux étoffes, le lamba et les rabannes, constituent la base de l’industrie textile indigène de l’île de Madagascar. On appelle lamba une pièce d’étoffe tissée par les indigènes, dont la longueur varie entre 2m,20 et 5 mètres, et la largeur entre lm,50 et 2 mètres. Deux espèces sont fabriquées en coton et en soie : les dernières seules donnent lieu à un commerce d’exportation. Dans le lamba de soie il y a lieu de distinguer deux catégories : celui tissé avec la soie provenant d’un bombyx indigène ; celui tissé avec la soie provenant du ver à soie de l’Inde et de la Chine et introduit à Madagascar, où on fait l’élevage comme dans les pays d’origine. Généralement de couleur rouge, il constitue une étoile solide, plutôt rugueuse et n’ayant que fort peu les reflets soyeux. Au point de vue des tissus fabriqués dans la grande île africaine, c’est évidemment celui qui paraît devoir fixer le plus sérieusement l’attention du commerce européen, car les bombyx qui produisent la soie servant à le confectionner abondent à Madagascar et ne nécessitent aucuns frais d’élevage. La production pourrait donc être considérable si la vente de cet article parvenait à s’établir sur les marchés étrangers. Mais pour arriver à ce résultat, il serait nécessaire que les procédés imparfaits de tissage employés par les natifs fussent améliorés. La pièce de cette étoffe, de dimensions indiquées plus haut, vaut actuellement de 40 à 50 francs. Quant au lamba fait avec la soie du mûrier, il n’offre qu’un intérêt commercial très restreint. Les cocons qui servent à le fabriquer, moins beaux que ceux de France, se vendent à un prix aussi élevé ; le tissage est des plus irréguliers et les couleurs mal fixées ne résistent pas à l’action du soleil. La vivacité des tons, la bizarrerie des dessins en font un article plutôt original; c’est surtout cette dernière qualité qui le fait vendre. Le prix est plus élevé que pour le premier, 40 à 60 francs le lamba. En 1886, Tamatave a exporté, tant à destination de France que d’Angleterre, pour 17 645 francs de ces étoffes de soie. Tamatave est le seul port de l’île qui expédie cette marchandise.
- Les rabannes sont des tissus d’un genre tout à fait particulier à Madagascar. Fabriqués avec les fibres du ralîa, elles constituent une sorte d’étoffe assez souple dont on peut faire même des vêtements. On s’en sert également pour préserver de l’humidité les colis qui montent de la côte à la capitale. Cet article est peu connu en Europe, mais il ne semble pas impossible de l’utiliser pratiquement. Outre la rabanne composée entièrement des fibres du rafia, on trouve la rabanne dite de « soie » dont la chaîne est en rafia et la trame en soie. Très souple et fine, aux reflets soyeux, d’une couleur jaune paille, elle peut être employée à tendre les appartements. Son prix est assez élevé. Une pièce mesurant 6 mètres de long sur 0m,50 de large vaut environ 4 francs. La première catégorie de rabanne blanche, forte, ne vaut pas plus de 20 centimes la pièce de 2m,50 sur 0m,90 de large. Elle est employée principalement à la Réunion et à Maurice pour l’exportation du café. Celle de couleur plus fine, propre à faire des rideaux, des tentures, est achetée ordinairement au prix de 80 centimes la pièce de 2 mètres sur lm,40. Les rahannes de soie sont entrées dans l’exportation de Tamatave pour 450 francs et les rabannes ordinaires pour 8581 francs, expédiées soit en France, soit en Angleterre.
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- LE LUCIGÈNE
- Le nouveau système d'éclairage connu sous le nom de Lucigène permet d’obtenir une lumière intense d’un grand éclat, dans des conditions très remarquables. Ce système,, imaginé par deux ingénieurs anglais, MM. llannay et Lyle, est basé sur la pulvérisation des liquides combustibles au moyen d’un courant d'air comprimé; nous allons le faire connaître d’une façon suffisamment complète pour que nos lecteurs puissent en apprécier l’intérêt.
- Décrivons d’abord le réservoir d’huile, que notre ligure 1 représente avec un arrachement explicatif. Le Lucigène emploie les lmiles les plus diverses,
- pétroles bruts, rectifiés, napbtes, huiles de goudron, huiles végétales, déchets de graissage, etc. 11 peut tout brûler, mais il donne une intensité lumineuse variable avec la teneur en carbone de l’huile employée. Il est [indispensable que l’huile soit anhydre et ne renferme aucune particule solide assez volumineuse pour boucher les orifices de sortie du brûleur.
- L’huile est versée dans le réservoir par le tamis E qui retient les particules solides, s’il y en a. Elle se réunit dans un premier compartiment E, mis en communication avec la partie inférieure I), au moyen d’un tuyau à robinet, représenté à la droite de notre gravure. L’air comprimé arrive par la canalisation À, descend par le tuyau annulaire B dans la chambre d’air C, et fait remonter l’huile dans le tuyau central
- Fig. 1. — Réservoir d’huile.
- 1), qui conduit au brûleur. Le réservoir d’huile est à double fond, de manière à former bouteille alimentaire et à pouvoir être rempli pendant le fonctionnement du système.
- Notre figure 2 fait comprendre le fonctionnement du brûleur. L’huile arrive sous pression dans le tube central À et sort par un ajutage cylindro-conique placé intérieurement à la lampe. Il est lui-même coiffé par un second ajutage B placé intérieurement, servant au passage de l’air et de l’huile pulvérisée. L’air arrive par un conduit C parallèle au tube d’amenée de l’huile, circule en s’échauffant dans le serpentin D, placé au contact de la flamme dans la chambre de combustion K, et revient dans la chambre annulaire E, couronnée par l’ajutage de sortie; là il échauffe l’huile dans une certaine mesure, rendant
- Fig. 2. — Détail du brûleur.
- ainsi sa pulvérisation plus facile et plus sure, et enfin la saisit entre les deux ajutages et l’entraîne a l’extérieur sous forme de gouttelettes extrêmement divisées. Le débit de l’air et celui de l’huile sont réglés par un double robinet R (fig. 3), placé d’ailleurs à distance quelconque du brûleur.
- Pour compléter la description du bec, il faut mentionner le rôle d’une prise accessoire d’huile F, placée sur le côté et également munie d’un robinet de réglage G (fig. 2)._
- L’huile, au sortir de ce robinet, se rend dans un tube vertical H, débouchant à la partie inférieure de la chambre de combustion; elle y humecte une mèche en corde d’amiante, et pendant le fonctionnement du bec brûle constamment en veilleuse, de façon à rallumer automatiquement le brûleur au cas
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- où il viendrait à s'éteindre, soit par le passage d'un corps étranger à travers la buse, soit pour toute autre cause.
- L’appareil décrit ci-dessus est celui construit et perfectionné par MM. Rouart frères, concessionnaires du système llannay pour la France. Il fournit une (lamine large, volumineuse, qui ne saurait être mieux comparée qu’à un panache de leu (fig. 3, A). Les dentelures observées sur les bords de la colonne de feu sont produites par le cboc des gaz en combustion contre les lames d’air environnantes qui, bien qu’entraînées dans un mouvement ascendant par la vapeur en ignition, ne possède qu’une vitesse incomparablement plus lente.
- MM. Rouart ont étudié une série d’appareils destinés aux diverses applications possibles de ce nouveau mode d’écla irage. A la suite de l’expérience de mobilisation, où le Lucigène a fait en France sa première apparition sérieuse et donné la mesure des services qu’il était appelé à rendre, malgré Remploi d’appareils encore assez primitifs, on a étudié divers modèles d’installation du Lucigène pour l’éclairage des chantiers fixes ou mobiles, des gares, des quais, etc.
- Lorsque les appareils doivent être installés à poste
- fixe, on dispose les brûleurs aux distances convenables sur des supports de hauteur variable, suivant leur intensité et la conformation du terrain. Ainsi lin bec de 2000 bougies en terrain plat sera placé à environ 8 mètres de hauteur. Le support employé dans ce cas est formé, soit d'une colonne en fonte, soit plus simplement d’un montant de fer muni d’échelons, de manière à former échelle de perroquet (fig. 5, G). II est indispensable en effet de pouvoir
- Fig. 3. — A. Brûleur du Lucigène avec l’aspect de la flamme obtenue. — B. Support mobile de Lucigène. — C. Support fixe.
- aller visiter le brûleur de temps à autre pour le nettoyer, changer la mèche du veilleur, etc. Au pied du support se trouve le réservoir d’huile que nous avons décrit.
- Les robinets de réglage du bec, se trouvent sur le réservoir à portée de la main, l’allumage se fait, comme celui d’un bec de gaz, au moyen d’une lance porte-feu. Une canalisation souterraine, analogue à
- celle d’une distribution de gaz, conduit l’air comprimé aux différents becs. Cet air doit être comprimé à environ un kilogramme par un compresseur à poste fixe, et qui peut être soit à vapeur, soit à moteur quelconque à gaz, à pétrole, hydraulique, soit actionné par tout autre moyen.
- Si l’on a à éclairer un chantier temporaire, on peut employer ou une installation fixe comme la précédente, ou des appareils mobiles si la durée de cet éclairage n’est pas suffisante pour permettre unb installation aussi complète. Le compresseur peut être actionné d’une manière quelconque ; toutefois l’emploi d’une locomobile à vapeur ou à pétrole semble plutôt indiqué dans ce second cas.
- La canalisation sera simplement posée sur le sol ou enterrée dans une fouille de 0m, 10 tout au plus. Les supports seront mobiles et pourront être facilement transportés aux points que l’on désire éclairer. Pour cela, ces supports, représentés en B (fig. 3), sont formés d’un trépied surmonté d’une colonne en fer de faible diamètre. Les pieds peuvent tourner autour de trois charnières, de façon à venir, l’appareil étant placé horizontalement sur le sol, se replier le long de la colonne; le support devient ainsi très maniable. Pour l’installer, on fixe le trépied au
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- moyen des tringles d’écartement, on relève le support tout d’une pièce ; deux hommes suffisent pour cette manœuvre ; on installe le réservoir entre les branches du trépied, et on n’a plus qu’à relier le réservoir à la conduite d’air.
- Une des applications les plus intéressantes des appareils Lucigène nous semble être celle qui a été étudiée en vue de leur adaptation aux wagons de secours.
- Un petit moteur à pétrole de faible volume actionne directement un compresseur, et on a utilisé le socle du moteur comme réservoir d’air comprimé. Les supports et les réservoirs d’huile sont ceux décrits ci-dessus. La canalisation est formée de 50 à 40 tubes de 6m,40, longueur moyenne d’un wagon, de façon à pouvoir tenir dans le fourgon de secours ; tous les joints sont faits avec raccords rapides. Quelques minutes à peine suffisent au montage et à la mise en marche d’une semblable installation.
- En cas d’accidents ne nécessitant pas la présence d’un wagon de secours, ou lorsqu’on n’a besoin que d’un éclairage de faible durée, comme par exemple l’examen des voûtes d’un tunnel, les appareils diffèrent un peu des précédents. Le brûleur est alors fixé directement sur son réservoir à huile ; le compresseur est disposé pour pouvoir être manœuvré à bras, et deux hommes suffisent pour alimenter une lampe de 2000 bougies.
- L’éclairage au Lucigène, encore fort peu connu en France, est déjà très répandu en Angleterre, où il a pris naissance ; il est employé sur un grand nombre de lignes de chemins de fer : the Caledonian, the Lancoshire and Yorkshire, the, London Brighton and u° Coast, Great Norlh of Scotland, Great Southern and Western of Ireland railway, etc. Il sert également à l’éclairage de chantiers importants, entre autres ceux des travaux du Forth-Bridge1.
- Les appareils Lucigène peuvent encore recevoir d’autres applications que celles de l’éclairage; avec quelques modifications ils peuvent également s’appliquer au chauffage dans un grand nombre de cas. MM. Rouart ont étudié dans ce but un appareil portatif; cet appareil, dit chalumeau Lucigène, se compose d’une table portant deux brûleurs en regard
- 1 Nous saisissons l’occasion de rectifier une erreur qui s’est glissée dans un article sur les lampes à incandescence, article paru dans le n° 771, du 10 mars dernier, où il est dit que les lampes à incandescence de grande puissance lumineuse venaient d’être installées aux chantiers du Forlh-Bridge où elles remplaçaient la lampe Lucigène. 11 résulte des renseignements reçus depuis, qu’il y a eu, en effet, au Forth-lîridge, une interruption dans l’éclairage au Lucigène, mais que cette interruption a été seulement produite par la difficulté de se procurer les huiles nécessaires qui ne pouvaient arriver à la suite de l’obstruction par les neiges des lignes de chemin de fer, on s’est alors servi de nouveau de l’ancienne installation de lampes à incandescence qu’avait remplacée le Lucigène et qui n’avait pas été démontée. Mais on était si peu disposé à abandonner la lampe Lucigène que les entrepreneurs des travaux ont mis cette interruption à profit pour installer un nombre important de foyers supplémentaires, qui fonctionnent aujourd’hui avec ceux précédemment installés, et ce, à leur entière satisfaction.
- l’un de l’autre ; le dessous de la table a été utilisé pour loger les réservoirs d’huile et d’air, et on a fixé sur le côté la pompe de compression avec ses poulies de commande; il suffit donc de relier cet appareil à une transmission quelconque d’atelier pour avoir aussitôt deux jets de flamme à haute température. On peut avec ce chalumeau faire toutes les opérations du chalumeau à gaz, brascr, souder, chauffer les rivets, etc., et il rendra de grands services dans les ateliers de construction.
- Le Lucigène est appelé, croyons-nous, à trouver des applications très multiples par la diversité des appareils qui en assurent le fonctionnement dans des conditions très variées. Gaston Tissandier.
- UN PARADOXE GÉOMÉTRIQUE
- Quelques-uns de nos lecteurs connaissent déjà sans doute le paradoxe géométrique dont nous allons les entretenir, mais comme l’explication en est assez délicate, et qu’elle met en relief certains principes fondamentaux de la géométrie qu’on néglige quelquefois, nous avons cru intéressant de l’exposer ici. On y trouvera d’ailleurs une preuve frappante de la nécessité de se conformer toujours dans ces démonstrations, comme disait Pascal, à l’esprit géométrique, c’est-à-dire de ne jamais s’écarter de la définition première des figures considérées, de rester toujours en mesure de substituer celle-ci au mot défini.
- Développement de deux circonférences concentriques OA et 013 sur deux droites parallèles AA' et BB'.
- Il s’agit, dans l’espèce, de démontrer que toutes les circonférences sont égales, quelle que soit la longueur de leur rayon, et on procède à cet effet par développement. On prend une circonférence OÀ figurée, par exemple, par un disque circulaire qu’on développe en le faisant rouler sur une tangente AA' (fig. J).
- Le développement est arrêté lorsque le point de contact initial A de la circonférence qui, dans ce mouvement, décrit une cycloide, arrive en A', se retrouvant ainsi sur la ligne de déroulement. On admet sans discussion que la longueur rectiligne AA' est égale à celle de la circonférence considérée, puisqu’elle est le développement de celle-ci : tous les points de la circonférence étant arrivés successivement en contact avec ceux de la droite. Considérez maintenant une circonférence concentrique OB de rayon moindre que celui de la première, et entraînée dans le mouvement de celle-ci, elle se déroulera suivant une parallèle BB' à la droite AA', et le point de contact initial B arrivera sur cette droite à l’instant seulement où le point A de la grande circonférence situé sur le même rayon que lui, arrivera lui-même sur la droite de développement AA'. Il est facile de démontrer d’ailleurs qu’à chaque point m de la circonférence intérieure OB, il correspond un point et un seul m de la ligne BB', et la réciproque est encore vraie, absolument
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- comme c’est le cas pour chaque point M de la ligne AA' par rapport à la circonférence OA. Partant de là, au même titre qu’on a admis que la longueur de la ligne i\A' était égale à celle de cette circonférence, on ne voit pas qu’on puisse se refuser à admettre que la longueur BB' soit égale à celle de la circonférence OB, et comme BB' est évidemment égal à AA' puisqu’il s’agit de parallèles comprises entre parallèles, on voit de là la conséquence, la longueur de la circonférence OB est égale à OA, et comme OB est une circonférence quelconque par rapport à OA, le raisonnement restant d’ailleurs le même quelle que soit la circonférence considérée, extérieure ou intérieure, on arrive ainsi à la proposition générale énoncée plus haut.
- L’objection évidente à ce raisonnement spécieux, c’est qu’il ne tient pas compte des glissements infiniment petits qui s’opèrent à chaque instant dans le déroulement de la circonférence intérieure ; on peut dire, en un mot, que dans le mouvement considéré, le point de tangence variable de la grande circonférence devient à chaque instant un centre instantané de rotation autour duquel le point de tangence de la petite circonférence décrit un arc infiniment petit qui constitue ainsi un glissement s’ajoutant au développement proprement dit. L’objection est juste, mais elle n’a réellement sa valeur que si on en revient à la définition géométrique de la courbe, c’est-à-dire que si on la considère comme formée par un polygone rectiligne d’un nombre de côtés continuellement croissant, de manière à se rapprocher indéfiniment du contour curvili-gne.En faisant cette substitution dans la figure précédente, on voit immédiatement (fig. 2) que lorsque le polygone extérieur pivote autour du sommet A pour amener le côté Aa à se superposer sur la direction prolongée du côté précédent zA, le sommet B du polygone intérieur décrit une petite circonférence BB' autour du point A et le rayon du polygone passe de la position initiale ABO à celle AB'O' après quoi le côté suivant du polygone vient s’appliquer en B'(3' sur la direction parallèle à celle du grand côté Aa'.
- 11 faut donc en revenir à la considération du polygone rectiligne pour échapper aux conséquences absurdes énoncées plus haut, et on voit par là combien il est nécessaire de ne pas perdre de vue la définition de la ligne courbe qui est toujours considérée en géométrie comme formée d’une série de lignes brisées. En fait, la démonstration fausse que nous avons donnée plus haut prouve seulement qu’il y a autant de points dans toutes les circonférences, ce qui est sans intérêt au point de vue de la longueur totale, attendu que le point mathématique n’a pas de dimensions; et la comparaison des longueurs ne doit jamais résulter que d’une superposition laquelle est évidemment impossible avec les lignes courbes, puisqu’on serait obligé de les déformer pour les rapporter sur un étalon rectiligne.
- On comprend donc qu’il n’y a aucun rapprochement de longueur possible entre la ligne droite et la ligne courbe;
- mais par suite, comme conséquence curieuse, lorsqu’on énonce le célèbre axiome que la ligne droite est le plus court chemin d’un point à un autre, il faut bien exclure les lignes courbes de la comparaison, puisque, si on les considère en elles-mêmes sans leur substituer des lignes brisées, on n’a aucune notion sur leur longueur, et l’axiome énonce simplement que la ligne droite est plus courte que la ligne brisée aboutissant aux mêmes extrémités. 11 est intéressant de signaler à cet égard que la démonstration de cet axiome a pu être donnée par Euclide, en considérant seulement la droite comme définie par deux points, de manière que deux droites ayant les points communs coïncident nécessairement dans toute leur étendue.
- LE
- NOUVEAU TORPILLEUR A GRANDE VITESSE
- (( LE COUREUR ))
- Le sort des guerres maritimes de l’avenir — espérons que cet avenir est lointain — semble lié aux progrès des torpilles et des torpilleurs, et il ne se passe pas de mois où nous n’entendions parler d’une nouvelle torpille — ou d’un nouveau torpilleur — dont les résultats dépassent tous ceux obtenus jusqu’à ce jour. Bien qu’on ne puisse prévoir encore quel sera l’heureux vainqueur appelé à supplanter ses rivaux dans la lutte engagée entre les différents systèmes, il n’est pas sans intérêt défaire connaître les principales conditions de fonctionnement relatives aux types qui ont donné satisfaction, et c’est le cas du Coureur, qui résume les derniers progrès de cet art spécial.
- A la suite des excellents résultats obtenus par le torpilleur espagnol Ariejte, construit dans les chantiers Thor-nycroft, à Chiswick, torpilleur qui a réalisé une vitesse de 26,25 nœuds aux essais, avec 17 tonnes de charbon à bord, notre Gouvernement a commandé à ce constructeur un torpilleur de même type qui doit filer 27 nœuds aux essais.
- Ce torpilleur a été lancé, le 15 courant, à Chiswick, en présence de notre ambassadeur à Londres, de nos attachés militaire et naval, etc. Il se nomme Le Coureur, mesure 44m,95 de longueur, 4m,42 de largeur et calera lm,52 avec son armement et son charbon à bord. La coque est construite en acier galvanisé et divisée en de nombreux compartiments étanches, chacun pourvu d’un éjec-teur à vapeur pour en extraire l’eau en cas d’avarie. Lors même qu’un compartiment serait plein d’eau, le navire pourrait continuer à flotter sans danger. Ses deux machines sont de type compound, avec condenseur par surface, et elles pourront développer jusqu’à 1500 chevaux collectivement. La vapeur est fournie par deux chaudières Thornvcroft chauffant à une pression de 14 kilogrammes par centimètre carré. Ces chaudières sont plus légères et occupent moins de place en longueur que les chaudières du type locomotive. Le Coureur sera manœuvré par des doubles gouvernails placés de chaque côté des hélices propulsives, ce qui donnera à ce torpilleur une grande facilité d’évolution.
- Son armement comporte deux tubes lance-torpilles placés à l’avant et les torpilles Whitehead seront lancées par ces tubes au moyen d’explosions de poudre à canon. Il porte aussi quatre canons Hotchkiss dont deux sont montés sur les kiosques et les deux autres fixés sur le pont pour pouvoir tirer par le travers. L’intérieur sera éclairé à la lumière électrique. Les essais doivent avoir lieu à Cherbourg.
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- Fig. 2. — Développement des deux polygones réguliers concentriques zAa et B,3 substitués aux circonférences OA et OB', montrant l’arc BB’ décrit par le sommet I! du polygone intérieur avant que le côté lia ne s’applique sur la droite en B'p', et pendant que le côté Aa du polygone extérieur vient s’appliquer en Aa'.
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- LA NATURE.
- L’ANTILOPE SING-SING
- ET I.’aNTILOI'E GORGONE
- Le public qui parcourt les allées de la ménagerie du Muséum ne se doute pas de l'importance des richesses accumulées dans cet établissement. Sans parler des animaux qui se tiennent obstinément cachés dans leurs cabanes pendant la plus grande partie du jour, il y a, en effet, beaucoup d’espèces qui ne se laissent voir que d’une manière incomplète ou qui ne paraissent pas à leur avantage, étant enfermées dans des parcs trop étroits, dont les constructions et les grilles se superposent et s’enchevêtrent devant l’œil du visiteur. Ces défauts d’installation, bâtons-nous de le dire , ne pourraient, sans injustice, être imputés à l’administration actuelle qui, faute de crédits suffisants , ne peut songer à des transformations radicales, mais doit se borner à introduire peu à peu quelques améliorations dans l’ancienne ménagerie de Cuvier et de Geoffroy Saint-Hilaire; néanmoins un pareil état de choses est profondément regrettable, en ce sens qu’il ne permet pas d’apprécier à leur juste valeur une foule de Mammiières et d’Oi-seaux aussi remarquables par leurs allures que par leurs formes extérieures. Il est certain, par exemple, que les Antilopes feraient un tout autre effet .si elles pouvaient s’ébattre librement sur de vastes pelouses, entrecoupées de bouquets de bois1. On apprécierait
- 1 Le mot Antilopes été employé tantôt au masculin, tantôt
- alors, comme elles le méritent, ces magnifiques Antilopes Kobs dont le Muséum possède tout un troupeau, issu d’un mâle et de deux femelles donnés en 1880 par M. Rrière de l’Isle, alors gouverneur du Sénégal.
- Ces Kobs, comme on peut en juger par une des gravures ci-jointes (fig. l),ont, des formes robustes, mais
- élégantes; leur tète est surmontée de cornespointues, divergentes comme les bras d’une lyre, légèrement recourbées en dedans à l’extrémité, et annelées sur les deux tiers de leur longueur, et leur cou est revêtu d’une sorte de crinière. Les poils du corps, sans être aussi développés que ceux de la région cervicale, sont néanmoins plus allongés que chez beaucoup d’autres Antilopes , et sont constamment imprégnés d’une substance grasse. Cette particularité avait été déjà constatée par Lau-rillard qui avait proposé d’appeler Antilope onctueuse (Antilope unctuosa) l’espèce dont nous parlons. La couleur générale de la robe est un roux marron clair qui passe au blanc jaunâtre sur la région postérieure et la face interne des membres et au blanc grisâtre sur la gorge et les joues, mais les extrémités des membres sont d’un brun foncé; la queue, relativement grêle, se termine par une touffe de crins noirs; les oreilles, ourlées de noir en dehors, sont garnies au dedans de longs poils
- au féminin, par différents auteurs et parfois par le même auteur dans le même ouvrage, mais nous pensons qu’il faut dire une Antilope, à l’exemple de Cuvier et d’autres naturalistes éminents.
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- blancs, et des lignes ou des plaques blanches se montrent auprès des sabots, au-dessus des yeux, sur la lèvre supérieure et sur le menton.
- Les Kobs de Sénégambie sont désignés scientifiquement sous le nom de Kobus sing-sing. On les trouve assez communément, suivant M. de Roche-brune, dans le Cayor et le Haut-Sénégal, et d’après M. Gray, sur les rives de la Gambie, c’est-à-dire dans des régions tropicales; et cependant ces animaux, transplantés dans notre pays, ne paraissent nullement souffrir de la rigueur de nos hivers : an Jardin des Plantes ils passent une partie de leur existence au grand air et n’ont d’autre refuge qu’une cabane non chauffée ; mais loin de souffrir de ces conditions,
- ils se portent admirablement et se reproduisent aussi bien que dans leur pays natal. Il résulte, en effet, des renseignements communiqués par M. Huët à la Société d’acclimatation1, que, depuis 1880, il n’est pas né moins de dix Kobs dans la ménagerie du Muséum. Il est donc probable que ces Antilopes s’acclimateraient sans difficultés sur les bords des grands cours d’eau de la France centrale et notamment en Touraine.
- Comme beaucoup d’espèces de Mammifères et d’Oiseaux occupent toute la largeur du continent africain, on est porté à admettre que les Antilopes découvertes en Abyssinie par Riippell et désignées par ce naturaliste sous le nom spécifique d'Antilope de-
- fassa doivent être assimilées aux Kobs du Sénégal. Cependant M. J. Mûrie a constaté1 que deux dépouilles d’Àntilopes rapportées, il y a une vingtaine d’années, de la région du Haut-Nil par le baron Guillaume de Ilarnier et conservées dans le musée grand-ducal de Hesse-Darmstadt, n’offrent ni le toucher onctueux, ni les poils longs et touffus du Kobus sing-sing. La robe est aussi d’une teinte moins rousse et plus rembrunie que chez les Kobs du Sénégal, et ces différences dans la nature et la coloration du pelage ne paraissent pas dépendre exclusivement de la saison, puisque les deux Antilopes dont nous parlons ont été tuées l’une pendant la saison des pluies et l’autre
- 1 Notice publiée dans les Proceedings de la Société zoologique de Londres, en 1867.
- pendant la saison sèche, et qu’elles ont toutes deux le poil plus court et plus foncé que les Kobs du Sénégal vivant au Jardin zoologique d’Anvers ou au Jardin des Plantes2. En revanche, les cornes sont disposées comme chez le Sing-sing et les mêmes caractères se retrouvent sur une tête d’Antilope rapportée d’Uganda par le capitaine Speke et appartenant sans doute à l’espèce appelée par ce voyageur Antilope N'samma3. Enfin c’est également du Kobus sing-
- 1 Bull. Soc. d’acclimat.iSSl, n° 5, p. 272.
- * En raison de ces différences, les Antilopes du Haut-Nil avaient été désignées par Kaup sous le nom d'Antilope Harnieri.
- 3 Voy. Speke, Journal of the discovery of the Source of the Nile, 1863, p. 471 et Pli. L. Sclater. notice insérée dans les Proceedings de la Société zoologique de Londres (1864,
- p. 102.)
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- sing que se rapproche Y Antilope Mehedehet, tuée par sir Samuel Baker sur les bords de la rivière Asua, par 5° 12' de longitude ouest (Greenw.).
- Dans les vastes plaines de l’Afrique australe vit une autre espèce de Kob, de taille plus forte, qu’on appelle le Kob à croissant (Kobus ellipsiprymnus) à cause d’une bande blanche qui descend du sacrum et se termine en pointe sur les cuisses. La robe est d’un gris jaunâtre passant au brun roussàtre sur le Iront et le chanfrein et au blanc sur la gorge, le museau et le dessus des yeux. Comme leurs congénères, ces Antilopes se plaisent surtout dans le voisinage des rivières et se nourrissent d’herbes tendres et de plantes aquatiques. Elles forment de petites troupes composées de plusieurs femelles, de deux ou trois jeunes mâles et d’un seul mâle adulte qui veille au salut de la bande. Aussitôt qu’il évente un danger, il prend le galop et toute la bande s’élance sur ses talons. Alors ces animaux, d’apparence un peu lourde, se montrent dans toute leur beauté et franchissent, avec une agilité surprenante, de vastes espaces de terrain, jusqu’à ce qu’ils aient rencontré un marais ou un cours d’eau. Sans hésiter ils s’y précipitent et c’est ainsi qu’ils échappent, dit-on, au Lion, leur plus terrible ennemi. Dans l’Afrique australe, en effet, les indigènes ne font guère la chasse à cette espèce dont la chair a une odeur de houe des plus intenses.
- L’Antilope gorgone (Antilope gorgone ou Cato-blepas gorgone) qui habite également le sud du continent africain, et dont on peut voir un représentant dans un des parcs du Jardin des Plantes, diffère tellement, par sa physionomie, des Kobs, des Nil-gauts, des Gazelles et de la plupart des autres Antilopes, qu’on ne comprend pas, au premier abord, pourquoi les naturalistes l’ont rangée dans la même famille, en même temps que le Gnou, son proche parent. Toutefois, en y regardant de près, on retrouve quelques-uns des caractères essentiels des Antilopidés chez ces deux mammifères bizarres, ayant la tête et le cou d’un Taureau, la croupe et la queue d’un Cheval (fig. 2).
- Dans un article consacré aux Antilopes en général1, nous avons déjà parlé du Gnou ordinaire ou Gnou de Sparmann (Catoblepas gnu) et nous avons joint à une description succincte de l’espèce quelques détails de mœurs empruntés aux récits de différents voyageurs et contrôlés par des observations faites dans la ménagerie du Muséum. Il serait donc inutile de revenir ici sur cette grande Antilope de l’Afrique australe si nous n’avions à enregistrer deux faits qui témoignent de son aptitude à vivre et à se reproduire sous le climat de l’Europe occidentale. Le Jardin des Plantes possède en effet actuellement une femelle qui est née en captivité et M. Blauw a réussi également à obtenir un jeune des deux Gnous qu’il garde dans un parc, sous le ciel brumeux de la Hollande. Ces jeunes, dans les premiers temps de leur exis-
- 1 Yoy. n° 291, du 28 décembre 1878, p. 49; n° 294, du 18 janvier 1879, p. 98 ; et n° 297, du 8 février 1879, p. 146.
- tence, étaient privés de cornes et portaient une robe d’un gris roussàtre, mais ils ont pris peu à peu la livrée et les signes distinctifs des adultes. Leurs cornes, après avoir poussé d’abord verticalement,, se sont recourbées en deux crochets divergents, et en même temps elles se sont élargies à la base, de façon à constituer un bouclier sur le sommet de la tête. Ce bouclier n’existe pas chez l’Antilope gorgone dont les cornes, quoique très épaisses à la naissance, restent séparées et se dirigent en dehors en se recourbant seulement dans leur portion terminale. Il n’y a pas non plus la moindre trace de la touffe de poils noirs qui se dresse sur le milieu du nez du Gnou; mais, comme dans cette dernière espèce, le menton est orné d’une véritable barbe, retombant jusque sur la gorge, et le dessus du cou porte une crinière raide se prolongeant jusqu’au garrot. La robe de l’Antilope gorgone est d’une autre couleur que celle du Gnou : elle est d’un gris de fer passant au roussàtre sur les parties inférieures du corps et paraît recoupée sur le cou et sur les flancs par des raies verticales, mais ces raies, d’ailleurs peu marquées, ne sont point produites, comme chez le Zèbre ou le Tigre, par des différences de coloration; elles sont dues simplement à la disposition particulière des poils qui vont en divergeant et dont les extrémités se rencontrent suivant des lignes assez régulières. Du reste, comme chez le Gnou de Sparmann, la crinière et la barbe sont fortement nuancées de noir, de même que la queue, dont les crins traînent jusqu’à terre.
- D’après le Dr Kirk, l’explorateur bien connu, l’Antilope gorgone est appelée Kokong par les Betchua-nas et Nyumbo par les Manganjas et les tribus qui habitent les rives du Zambèze. Les colons anglais la désignent vulgairement sous le nom de Blue Vilde-beest. Elle est très commune dans toute cette région de l’Afrique australe, particulièrement dans le pays des Batokas et sur les bords du lac Shirwa, où elle forme des bandes nombreuses quand elle ne s’associe pas aux hordes de Zèbres, qu’elle accompagne dans leurs pérégrinations. On la trouve aussi dans le pays des Zoulous et, à l’ouest, dans celui des Damaras, mais elle ne franchit pas, vers le sud, les limites de la colonie du Cap. Les indigènes lui font une chasse assez active, moins pour sa chair, qui est dure et d’un goût désagréable, que pour sa dépouille dont certaines parties sont fort recherchées. La queue de l’Antilope gorgone passe, en effet, aux yeux de ces peuplades sauvages, pour un talisman merveilleux, propre à assurer le succès des expéditions guerrières.
- Au mois de novembre les vieux mâles de cette espèce se séparent de leurs troupeaux respectifs et s’en vont errer à travers la campagne, toujours prêts à chercher querelle aux autres mâles qu’ils rencontrent sur leur passage. Quand on vient à les surprendre, ils décrivent généralement un ou deux grands cercles avant de prendre la fuite. E. Oüstalet.
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- LE SILPHE DE Là BETTERAVE
- On parle beaucoup, en ce moment, des dégâts causés aux plantations de betteraves du nord de la France, par un insecte parasite, le silplie opaque. Ce parasite, non plus que ses effets, ou plutôt ceux de sa larve, ne sont pourtant pas nouveaux, attendu que son nom de Silpha opaca lui a été donné par Linné au siècle dernier, et que ses premières invasions en France remontent à l’année 1846, époque où Guérin-Menncville le mentionne dans les Annales de la Sociélé entomologique de France. Depuis, sa présence a été constatée en Angleterre en 1847, en Autriche en 1858, et M. le professeur Giard l’a signalé de nouveau aux environs de Carvin dans le Pas-de-Calais en 1876.
- C’est dans les mêmes localités du Pas-de-Calais et aussi dans le département du Nord que le silplie opaque a reparu cette année, et ses ravages y ont occasionné un émoi tel que le Ministre de l’agriculture a envoyé sur les lieux un inspecteur de l’enseignement agricole, M. Grosjean, pour étudier les moyens de combattre efficacement ce nouveau fléau et d’empêcher sa propagation.
- M. Grosjean a remis son rapport au Ministre le 11 juin dernier, et c’est à la fois de ce rapport et surtout d’une très intéressante communication que nous avons entendu faire à la Société de biologie par notre collègue, M. le professeur Giard, que nous extrayons les renseignements qui vont suivre sur le silplie de la betterave et sur les moyens d’arrêter les déprédations de cet insecte et de sa larve.
- Le Silpha opaca, L., est un insecte coléoptère comme le doryphora de la pomme de terre dont les dégâts, en Amérique, ont une grande analogie avec les siens. Il appartient à la famille des clavicornes et à la tribu des silphides ou silphales, presque entièrement composée d’insectes très utiles qui nous rendent les plus grands services en faisant disparaître les cadavres de taupes, de souris, de serpents et d’autres petits animaux qui seraient une cause permanente d’infection. Les nécrophores et les sil-phes sont particulièrement chargés de ce soin. Le silphe opaque lui-même, d’après les expériences de M. Giard, préfère les matières animales aux matières végétales et ce n’est que par nécessité, par suite de sa grande multiplication et faute d’autres aliments, qu’il est devenu phytophage.
- Le Silpha opaca (fig. 1), à l’état parfait, a la forme de la plupart des autres silphes, c’est-à-dire qu’il a le corps ovale sub-carré, le corselet grand, aussi large que l’abdomen, la tête enfoncée dans le corselet et portant des antennes en massue de onze articles, et enfin les élytres rebordées. C’est un insecte d’un centimètre de long, d’une couleur générale brun-noir, recouvert d’une courte pubescence soyeuse d’un gris roussâtre.
- La larve (fig. 2), d’une longueur d’un centimètre et demi, est allongée, élargie en avant, rétrécie en arrière, aplatie, légèrement bombée en dessus, plate
- en dessous et composée de treize anneaux coriaces et bien séparés, à bords latéraux tranchants et formant une scie par leur ensemble. Elle est de couleur noire brillante, munie de six pattes et est très agile, beaucoup plus que l’insecte parfait. C’est cette larve, dont la voracité est extrême, qui, en s’attaquant aux feuilles de betteraves, constitue surtout le fléau qui désole en ce moment nos départements du Nord.
- Cette larve est noctambule, c’est-à-dire que c’est pendant la nuit qu’elle commet ses dégâts et elle s’enterre dans la journée.
- Le Silpha opaca, ainsi que l’a déjà indiqué M. Giard en 1876 *, est vraisemblablement originaire des bords de la mer, et s’est répandu peu à peu à l’intérieur des terres en suivant la culture de la betterave, favorisé dans son développement par l’emploi des engrais salins artificiels. Les observations récentes de M. Gambert, directeur de l’Ecole primaire supérieure de Fournes, confirment absolument cette idée. Il en est de même des faits si curieux signalés par MM. Swienta et Bitzema-Bos relativement aux invasions du Silpha opaca dans les cultures des polders récemment desséchés en Hollande.
- Bien des moyens ont été proposés pour détruire le silphe opaque, les uns mécaniques, les autres chimiques : on a recommandé tour à tour les rouleaux, les poules promenées dans les champs, les rigoles de goudron, le mélange de sulfure de carbone et d’eau, enfin le vert de Schcele et le pourpre de Londres.
- C’est M. Grosjean, inspecteur de l’enseignement agricole, qui, dans son rapport au Ministre de l’agriculture, se basant sur les observations qu’il a faites pendant son séjour aux États-Unis, recommande le vert de Scheele et le pourpre de Londres sous prétexte que ces substances sont employées avec succès en Amérique contre les ravages du doryphora de la pomme de terre et ceux de Yaletia du coton, et que ces insecticides sont entrés dans la pratique courante agricole de l’autre côté de l’Atlantique. Le premier de ces insecticides est bien connu : c’est l’arséniate de cuivre ; le seôond est un résidu de la fabrication de la rosaniline : c’est un arséniate de chaux teint par cette substance colorante.
- Ces deux insecticides s’emploient, soit à l’état sec, soit en suspension dans l’eau.
- 1° A l’état sec, on mélange une partie de l’une ou de l’autre de ces substances finement pulvérisées à 100 parties de plâtre ou de farine avariée additionnée d’un tiers de cendres de bois, de manière à ce que la dissémination s’effectue aussi régulièrement que possible. L’épandage se fait soit à la main, soit à l’aide d’un soufflet ou d’une houppe à soufrer la vigne, et le matin de bonne heure, ou le soir, quand les feuilles sont couvertes de rosée.
- 2° À l’état liquide, les mêmes insecticides, qui ne sont pas liquides, sont mis en suspension dans l’eau
- 1 Giard, Un Ennemi -peu connu de la betterave (Bulletin scientifique du nord de la France et de la Belgique, VIII, 1876, p. 158).
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- clans la proportion de 240 grammes par hectolitre pour le vert de Scheele, et seulement de 120 grammes pour le pourpre qui est plus actif dans l’eau. L’aspersion se fait au moyen d’un petit balai ou mieux d’un pulvérisateur à bouillie bordelaise employée à combattre le mildew de la vigne. On agite continuellement le liquide pendant l’opération.
- La quantité d’insecticide à employer par hectare est de un kilogramme de vert de Scheele et de 500 grammes seulement si on l’emploie avec de l’eau.
- Les effets du vert de Scheele paraissent supérieurs à ceux du pourpre. C’est le premier qui est le plus généralement employé en Amérique. Son prix est, là-bas, de 2 fr. 20 c. à 5 fr. 72 c. le kilogramme, tandis que celui du pourpre n’est que de 69 centimes à 1 fr. 14 c. le kilogramme.
- Le traitement doit être appliqué dès l’apparition des premières larves. Souvent un seul suffit; d’autres fois il faut le répéter. L’empoisonnement des feuilles n’affectant pas les tubercules de la pomme de terre, M. Grosjean pense qu’il en serait de même de la betterave et de scs jus et qu’en plus il détruirait les autres parasites animaux ou végétaux de cette plante.
- Depüis plus de quinze ans ces produits arsenicaux sont couramment employés aux Etats-Unis à des usages agricoles sans avoir jamais causé d’accidents; il est vrai que les cultivateurs, habitués à leur usage et connaissant leurs propriétés toxiques, ne les manient jamais qu’avec prudence : ils se lavent soigneusement les mains et le visage, et brossent avec soin leurs vêtements, surtout après l’usage des poudres.
- M. Giard considère l’emploi de ces toxiques comme difficile, dangereux et d’une application seulement possible dans la petite culture ; ils deviendraient très coûteux lorsqu’il faut opérer en grand.
- En ce qui regarde l’emploi du sulfure de carbone, un cultivateur fort instruit, qui a assisté aux essais de la Société des agriculteurs du Nord, écrivait dernièrement à M. Giard : « Avec une solution au centième, la plupart des larves, d’abord engourdies, ont repris ensuite leurs sens et leur activité; au trente-cinquième, les betteraves ont été brûlées. » C’est d’ailleurs pendant la nuit qu’il est convenu de faire ces essais à cause des habitudes nocturnes des larves.
- Pour M. Giard, les remèdes véritables doivent être d’ordre biologique et le problème consiste à obtenir un modus vivendi tolérable entre le végétal cultivé et les parasites qui l’attaquent.
- Dans le cas actuel le modus vivendi devra être cherché comme il suit : .
- 1° On restreindra l’emploi abusif des engrais chimiques (nitrates) qui, sans augmenter la richesse
- saccharine, rendent la betterave plus saline et plus agréable aux silphes.
- 2° L’assolement biennal (betterave-blé) devra être abandonné et remplacé par un assolement dans lequel la betterave ne réapparaîtrait que tous les trois ou quatre ans de façon à ce que la puissance reproductrice du silphe soit réduite par une nourriture insuffisante.
- 5° On évitera la concentration de la culture de la betterave sur des étendues de terrain considérable et on évitera de semer la plante dans les champs contigus à ceux qui en avaient porté l’année précédente.
- 4° Enfin, on cultivera de préférence les variétés de betterave qui paraissent résister mieux que d’autres aux atteintes des silphes comme les variétés roses qui, à Fournes, sont restées à peu près intactes tandis que les blanches, au contraire, ont particulièrement souffert.
- M. Giard a terminé sa communication à la Société de biologie en nous disant : « Je puis annoncer aux agriculteurs un fait qui est de nature à calmer toutes leurs inquiétudes pour l’année prochaine : la multiplication exagérée des silphes, ce printemps, a eu pour conséquence de permettre le développement, en nombre immense, d’un parasite de l’ennemi des betteraves. Depuis dix jours environ, un grand nombre de larves recueillies dans l’Aisne (où le silphe a été plus précoce), et depuis cinq a six jours, les larves recueillies dans le Nord et le Pas-de-Calais portent sur le dos un, deux ou trois petits points blancs qui sont les œufs d’une mouche, très probablement d’une Tachinaire. Ces œufs, qui sont pondus sur les larves de silphes prêtes à s’enterrer pour se transformer en nymphe, ne doivent pénétrer dans leur corps qu’au moment de leur transformation en nymphe. Le parasite trouve alors une nourriture abondante et dans un état de repos qui lui est commode. Comme à Fournes, 96 pour 100 des larves de silphes portent des œufs; bien qu’à Carvin et à Guise la proportion soit un peu moindre, elle est encore assez grande pour me permettre d’affirmer que, sauf des .circonstances imprévues et bien improbables qui causeraient la mort du parasite, les dégâts des silphes cesseront, dès cette année, dans nos départements du Pas-de-Calais, du Nord et de l’Aisne. »
- Cette découverte ranimera le courage de nos cultivateurs si péniblement éprouvés. Elle donnera aussi satisfaction, a ajouté M. Giard, aux partisans du sulfure de carbone et autres marchands d’orviétan, qui tous pourront triompher facilement, l’année prochaine, en revendiquant pour leurs drogues les succès de l’humble diptère jusqu’à présent passé inaperçu. Pierre Mégnin.
- Le silphe de la betterave.
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- LE PORT EN EAU PROFONDE
- DE BOULOGNE
- La ville de Boulogne, fondée cinquante ans avant Jésus-Christ par un lieutenant de César, fut, à l’époque romaine, le port océanique le plus important de l’Empire 1 : cette importance tenait déjà en partie à sa proximité des côtes de l’Angleterre. Le célèbre phare de 41 mètres qu’on y éleva et qui était connu sous le nom de Tour d'Odre, datait de cette époque. Nous voyons ce port jouer un certain rôle pendant la guerre de Cent ans ; mais, à la fin du dix-huitième siècle, en raison de l'encombrement de la baie de Liane par les sables, il ne pouvait plus recevoir que des bâtiments de 100 à 150 tonneaux et tirant au plus 11 à 12 pieds. Lors des préparatifs de descente en Angleterre, on y commença quelques améliorations ; on construisit une certaine longueur de quais réunis aux deux jetées établies en 1750 et 1740; puis, en 1804, on créa une écluse de chasse. En-tin, de 1820 datent les projets d'amélioration qui furent peu à peu mis à exécu-tion jusqu’à nos jours.
- Disons tout d’abord un mol des ouvrages composant le port, sans parler des travaux en eau profonde, sur lesquels nous insisterons particulièrement tout à l’heure.
- Nous trouvons un chenal d’accès, large de 72 mètres à la surface et de 50 mètres au plafond ; il est compris entre deux jetées courbes: l’une, celle du sud-ouest, est longue de 650 mètres ; l’autre, celle du nord-est, n’a que 500 mètres. A l’intérieur de ces jetées, le chenal a une profondeur de 1™,80 au-dessous des plus basses mers ; dans la partie extérieure il a 5m,50 au-dessous des plus basses mers ou 12™,50 aux pleines mers de vive eau, et 9™,50 à celles de morte-eau. On entre ensuite dans l’avant-port, puis dans le port d’échouage. Celui-ci est long d’environ 500 mètres sur une largeur de 150 mètres, offrant une superficie de 15 hectares ; mais le fond en est mal-heureusenient à 2 mètres au-dessus des plus basses mers, d’où il suit que l’entrée des paquebots n’est pas possible à toute heure. On y trouve un appon-
- 1 Géographie de la Gaule romaine, par Desjardins.
- tement de marée de 180 mètres et une gare maritime le long des terre-pleins. Mentionnons en passant un arrière-port de 220 mètres sur 108 mètres, et arrivons au bassin à flot. Il est à l’ouest du port, présentant une surface de 6 hectares 28 ares et 22 500 mètres carrés de quais ; il communique avec le chenal par une écluse de 21 mètres de large, et pouvant recevoir des navires de 100 mètres de long. Les quais ont 1048 mètres de développement, et l’on y voit une cale de 60 mètres de long sur 50 mètres de large. Si nous ajoutons à cela un bassin de retenue, formé par l’épanouissement du lit de la Liane, et de 60 hectares ; deux grils de carénage dont l’un de 75 mètres; des chantiers de construction, des grues à bras ou à vapeur, des hangars, des voies ferrées, nous pouvons penser que Boulogne est un des meilleurs ports français. Mais il lui manque pour cela
- deux choses : avoir un tirant d’eau suffisant pour permettre l’entrée des navires à toute heure, être abrité des coups de vent ; c’est pour remédier à ces deux défauts qu’ont été entrepris les travaux actuellement en cours d’exécution.
- La loi du 17 juin 1878 a déclaré d’utilité publique les travaux en question jusqu’à concurrence d’une somme de 17 millions, fournie pour une faible partie par la Chambre de commerce, et recouvrée pour le reste au moyen de certains droits sur lesquels nous ne pouvons insister. Ce programme comprend une rade presque rectangulaire, formée d’une enceinte de trois digues (comme l’indique le plan ci-joint) coupées par deux passes dans des profondeurs de 8 mètres à basse mer; cette rade doit contenir une traverse, sorte de darse, accos-table à toute heure par les paquebots tirant 5 mètres. L’ensemble de la digue du large, séparée en deux tronçons, courant par des fonds de 7 à 8 mètres, sera longue de 1100 mètres, la branche nord, entre la passe ouest et la passe nord, formant un môle isolé de 500 mètres. Quant à la branche sud, elle se raccordera au sud-ouest, par une courbe de 550 mètres, à la digue du sud-ouest qui, partant de la terre, s’étendra sur 1650 mètres. Pour la digue nord-est, ce ne sera que le prolongement, sur 1440 mètres, de la jetée actuelle. La passe nord doit avoir 150 mètres de large, et la passe ouest, 250 mètres. La traverse ou darse, longue de
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- Plan du nouveau port de Boulogne.
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- LÀ NATURE.
- 1150 mètres sur 200 de large, et accostable à toute heure sur les 200 derniers mètres au moins, doit être desservie par une voie ferrée l'unissant au chemin de 1er du Nord. L’intérieur de la rade sera dragué à 5 mètres.
- Mais, le 1er septembre 1884, est intervenue une nouvelle loi venant restreindre, du moins pour un certain temps, la mise à exécution complète du programme de 1878, et acceptant de la Chambre de commerce un subside de 2 millions et une avance de 4 millions, qui permettront d’engager les dépenses jusqu’à concurrence de 18 millions, en même temps que l’Etat ouvrira un crédit de 950 000 francs, mais réparti sur plusieurs années.
- Voyons donc ce qu’il y a d’exécuté dans le programme de 1878, qui nécessiterait, pour sa complète réalisation, une dépense de 35 millions.
- On a commencé, en juillet 1879, par établir au pied de la falaise un vaste remblai, pour y ouvrir les voies de communication, les chantiers et des carrières. Puis on a créé dans l’angle sud-est de la rade future un petit port d’échouage. Les digues sont formées d’un massif d’enrochements jetés pêle-mêle à la mer jusqu’au niveau des basses mers de morte-eau, et, au-dessus, par une muraille en maçonnerie avec parapet, jusqu’à 3 mètres au-dessus du niveau des plus hautes mers. Du côté du large, le talus des enrochements est protégé par un revêtement de blocs en maçonnerie de 30 000 kilogrammes chacun. Dans la branche du large, la hauteur totale de digue au-dessus du fond de la mer est d’environ 20 mètres.
- Les travaux devant être définitivement exécutés (ils sont indiqués par un trait continu sur la carte), sont relatifs à la construction de la digue du sud-ouest et de la partie de la digue du large qui en forme le prolongement. Le massif d’enrochements est complètement achevé sur toute la longueur de ces deux digues, moins l’emplacement du musoir définitif, c’est-à-dire sur 2110 mètres; le parapet reste seul à construire sur 1450 mètres ; enfin le massif des maçonneries de la muraille est encore incomplet sur 400 mètres ; l’extrémité de la digue est protégée par un musoir provisoire avec balise lumineuse. 11 reste à faire un volume de maçonnerie de 16 000 mètres cubes pour donner à ces deux digues leur profil complet. On a, en outre, construit l’amorce de la traverse sur une longueur de 350 mètres. Ces deux digues, digue du sud-ouest et branche sud de la digue du large, pourraient être achevées, moins le musoir définitif, dans le courant de 1888, si l’on disposait de 800 000 francs. Le reste des travaux projetés en 1878, construction du môle isolé, prolongement de la jetée nord-est, achèvement de la traverse, devra être ajourné. Ainsi qu’on peut le comprendre en examinant les courbes des profondeurs, il serait urgent de draguer toute la rade. Mais du moins on va être à même de juger de l’effet produit par les ouvrages déjà exécutés, qui seront d’une grande utilité, étant donné
- que, dans une série de 1460 observations, de 1865 à 1869, les vents de sud-ouest et ouest sont représentés par 578 observations. On verra ainsi que la nécessité s’impose d’achever les travaux commencés, dans une mer aussi dangereuse que la Manche, pour un port aussi important que Boulogne, qui a vu entrer, en 1886, 4603 navires portant 1 019 807 tonneaux de marchandises, et 146 546 voyageurs. Mais il faudra d’ailleurs agir avec prudence et répartir les dépenses nécessaires sur un grand nombre d’années. Daniel Bellet.
- CHRONIQUE
- Bougeoir à pétrole. — Dans la dernière séance de la Société d'encouragement, M.#Lefebvre, ingénieur à la Compagnie parisienne du gaz, a présenté, au nom de M. Chandor, de Aew-York, un bougeoir à pétrole. En 1860, M. Chandor apportait à Paris les premiers produits volatils extraits du pétrole qui devaient quitter, plus tard, leurs noms de chandorine pour s’appeler gazoline, luci-line, etc. Il présente aujourd’hui un modeste appareil, un simple bougeoir qui donne la lumière de deux bougies. 11 est de construction bien simple, un réservoir pouvant contenir 140 grammes de pétrole ordinaire et capable d’alimenter la lumière pendant 10 à 12 heures. Un petit tube capillaire fait communiquer le réservoir avec l’atmosphère afin qu’il ne puisse se produire ni pression ni vide. Dans ce petit réservoir central plonge une mèche en coton que l’on entoure d’un tube de toile métallique, terminée par un bouton en cuivre dans lequel se trouve la fente ovale qui constitue le bec proprement dit. Le tube en toile métallique est lui-même entouré d’un tube en opale qui protège le système et lui donne l’aspect d’un bougeoir ordinaire. Au-dessus se trouve un verre bombé qui n’est pas indispensable et qui protège simplement la flamme. Les explosions des lampes à pétrole proviennent presque toujours du vide qui se produit dans le réservoir, l’air appelé se mélange avec la vapeur de pétrole et forme un composé explosif que la moindre étincelle peut enflammer. Dans le bougeoir Chandor, pas d’explosion possible, car un petit tube met toujours le réservoir en communication avec l’atmosphère et empêche la formation du vide. Yoici comment se produit la lumière. La mèche extérieure chauffe et gazéifie le pétrole : les vapeurs, les gaz au lieu d’être enfermés dans un gazomètre sont brûlés immédiatement sans fumée, sans odeur, grâce à une bonne admission d’air, d’oxygène, qui assure la combustion complète jusqu’à l’épuisement total du liquide dans la lampe. Ce bougeoir, destiné à remplacer le bougeoir ordinaire, ne peut être comparé qu’avec une source analogue de lumière ; il l’a été avec la bougie de l’Étoile, connue en France. Cette bougie coûte 2 fr. 60 le kilogramme, et le bon pétrole (pétrole Securitas) 1 fr. 26 le kilogramme, soit 1 franc. Le bougeoir Chandor ne consomme que 0fr,016 de pétrole à l’heure, la bougie de l’Étoile coûtant, pendant le même temps, 0fr,024, il résulte une économie de 33 pour 100; hors Paris, l’économie serait de 62 pour 100.
- Production de l'acier dans la (grande-Bretagne en 188Ï. —Acier Bessemer. — Il a été produit en 1887, dans le Royaume-Uni, 2064400 tonnes de lingots d’acier Bessemer, ce qui présente un accroissement de 493883 tonnes sur 1886; cette production est
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- LÀ NATURE.
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- la plus forte qui ait encore été enregistrée. Chacun des centres de production de la Grande-Bretagne a eu sa production en progression en 1887. Dans cette année deux nouvelles aciéries ont été mises en opération, une en Écosse et une dans le sud du pays de Galles. Sur les 206-4400 tonnes d’acier Bessemer produites en 1887, 570000, soit 18 pour 100 seulement, l’ont été par le procédé basique. Dans cette même année 1887, il a été fabriqué dans la Grande-Bretagne 1 021847 tonnes de rails d’acier, contre 750540 tonnes en 1886; accroissement : 201 507 tonnes. La plus grande production de rails d’acier remonte à 1882 où elle a été de 1 255 785 tonnes. On voit que près de la moitié de l’acier Bessemer produit en 1887 a été employée pour d’autres usages que la fabrication des rails; une partie importante de cet acier a été exportée aux Etats-Unis sous forme de blooms, massiaux, etc. 11 y avait, en 1887, dans la Grande-Bretagne 112 convertisseurs Bessemer, dont 28 en non-activité, ce qui fait une production moyenne annuelle de 24655 tonnes par convertisseur en activité.
- Les femmes au mont Blane. — M“6 Gabrielle Yallot a donné, dans Y Annuaire du Club alpin français, de cette année, une liste fort intéressante de toutes les femmes qui sont montées, jusqu’à ce jour, au mont Blanc. Leur nombre s’élève à soixante-et-onze. Autrefois les ascensions faites par des femmes étaient si rares, qu’elles prenaient la pi-oportion d’un événement. Ainsi, l’ascension au mont Blanc de Mlle d’Angeville, en 1858, parut si extraordinaire qu’on en fit la relation illustrée, dans un album de planches coloi’iées, où l’héroïne est montrée traversant les passages les plus difficiles. Depuis cette course mémorable jusqu’en 1865, cinq femmes seulement atteignirent le sommet du mont Blanc. A partir de l’année 1871, il n’y a pas un été où au moins une femme ne soit parvenue au sommet du géant des Alpes. Parmi les soixante-et-onze ascensionnistes, les Anglaises sont au nombre de 58, tandis que les Françaises n’arrivent qu’à celui de 28 ; des dames de nationalités diverses complètent le chiffre total. Espérons que, dans notre pays, le nombre des femmes ascensionnistes augmentera d’année en année.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 50 juillet 1888. — Présidence de M. Janssen.
- Le général Meusnier. — Délégué par l’Académie, M. le président Janssen a assisté hier, dimanche, à Tours, à l’inauguration du buste du général Meusnier, et il donne lecture du discours qu’il a prononcé à cette occasion. On sait que Meusnier, grand géomètre et grand physicien, fut un des principaux créateurs de la science aérostatique. Né dans une famille aisée et entouré de la considération générale, il n’alla point au lycée, et reçut cette éducation libre qui, malgré ses périls, est si favorable au développement des esprits originaux. Dès ses débuts, il se signalait aux yeux de ses camarades par la sûreté de ses connaissances, et c’est à leur grande surprise que celui qu’ils considéraient déjà comme leur maître et leur guide échoua à l’examen d’entrée à l’école d’application de Mézières. Quand il y parvint à la session suivante, alors qu’il avait seulement dix-huit ans, sa renommée de mathématicien précoce l’y avait si bien précédé, que l’illustre Monge lui proposa comme exercice un problème dont Euler venait de donner la solution. A l’admiration de tout
- le monde, l’élève apporta dès le lendemain la réponse demandée avec des caractères de précision et de généralité qui dépassent de beaucoup ceux qu’Euler lui-même avait su atteindre. Meusnier n’était pas sorti de l’école qu’il était déjà correspondant de l’Académie des sciences. Envoyé à Cherbourg et chargé de fortifier les îles qui gardent la rade, il se préoccupa d’alimenter d’eau l’île Pelée à l’aide d’une machine actionnée par la force seule des marées et où la distillation de l’eau de mer était obtenue dans le vide. Après deux années de travaux, le jeune officier renonça à son projet faute de ressources suffisantes, mais devenait membre de l’Académie. C’était l’époque où Lavoisier faisait ses magistrales expériences sur la composition de l’eau ; malgré leur précision, elles laissaient encore bien des incrédules. Meusnier proposa au fondateur de la chimie moderne de reprendre les expériences en écartant toutes les causes d’incertitude, et, à partir du 1er avril 1784, il devint son digne collaborateur. C’est alors qu’il inventa le gazomètre dont les chimistes ont tiré un si fructueux parti. Il avait conçu le projet de faire le tour du monde dans un aérostat allongé où à l’aide de rames hélicoïdales, ainsi qu’avec une double enveloppe dans laquelle on aurait comprimé de l’air, il eût été possible de chercher, soit verticalement, soit horizontalement, les courants favorables sans perdre de gaz. Le projet fut soumis à Louis XVI qui l’admira, mais recula devant la dépense de 7 à 8 millions jugée nécessaire. En présence des périls qui menaçaient alors la patrie, Meusnier se fit envoyer à la frontière, et mourut en 1795, en combattant pour la France. Sa dépouille incinérée fut rapportée à Tours où, après avoir été véritablement égarée, elle fut récemment retrouvée par le maire qui provoqua l’érection du monument inauguré hier.
- L’azote et la terre végétale. — Comme suite aux beaux travaux dont nous avons déjà entretenu nos lecteurs, M. Schlœsing cherche si la terre végétale enfermée dans un appareil dont l’atmosphère se renouvelle lentement, emprunte de l’azote à l’air atmosphérique. La conclusion à laquelle le conduisent des analyses opérées sur 250 grammes de terre, à l’aide de tubes à combustion de 2 mètres de long, est que la fixation d’azote est absolument nulle. Il se fait des nitrates, mais exclusivement aux dépens de l’azote organique.
- Le mammouth de Saint-Pétersbourg. — M. Albert Gaudry met sous les yeux de l’Académie la photographie qu’il vient de recevoir du célèbre mammouth conservé au musée de Saint-Pétersbourg. C’est celui qui fut découvert en 1799 à l’embouchure de la Léna, et dont des chiens mangèrent la chair. Il s’écoula en effet sept années entre l’époque de la trouvaille et le moment où Adams fit transporter le précieux vestige à la capitale. Encore fallut-il abandonner une quantité considérable de chair, de peau et de poil dont le poids était beaucoup trop considérable. La photographie nous montre un animal dont la tête et l’œil sont à peu près intacts, et qui a de la peau et des poils à la partie inférieure des membres. Le sommet de la tête est à 5m,42 du sol, ce qui, d’après les mesures de M. Gaudry, lui donne pour la taille le cinquième rang parmi les proboscidiens fossiles connus jusqu’ici. Avant lui, il faut placer le Mastodon giganteus des États-Unis, qui a environ 4 mètres ; YElephas meridionalis de Dur-fort, conservé au Muséum et qui a 4m,22; YElephas an-tiquus de Montreuil, à Paris, dont l’humérus indique une taille de 4m,42, et enfin le Dinothérium giganteum, de
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- LA NATURE.
- Pikermi, qui, si la proportion est conservée, devait avoir 4m,96.
- Géographie de la Tunisie. — M. Rouire poursuivant ses études sur la géographie de la Tunisie centrale et l’ancien bassin du lac Triton, décrit diverses particularités topographiques qui sont de nature à modifier la carte du golfe de Hammamet. Signalons également une très intéressante carte du relief de l’Algérie et de la Tunisie, dressée par Guillemin.
- Vieux papiers. — Ayant eu récemment l’occasion de trouver dans une vente des documents écrits sur le papier académique à tête de Minerve, M. Aumont les a achetés pour en faire hommage à l’Académie. Ils proviennent du célèbre physicien Dulong, et renferment entre autres un rapport de Biot, daté de 1815, relatif aux
- classiques recherches de Dulong et Petit, sur la dilatation absolue du mercure.
- Varia. — Un monsieur Maiche adresse un tube renfermant une poussière noire qui consisterait en diamants artificiels cristallisés en octaèdre. — M. Crulls adresse de Rio par l’intermédiaire de M. Faye des observations de la comète 1888 où il annonce que le noyau de l’astre s’est détriplé à peu près dans le sens du rayon vecteur. — Le tétanos expérimental occupe M. Ritche qui a déterminé la maladie chez un âne et chez des cobayes par l’inoculation de la poussière de foin. — M. Gruey donne les positions de la comète 1888 n° 1, mesurées à l’équatorial de Besançon. — La fluorescence de la chaux chromifère et ferrifère fournit de nouvelles observations à M. Lecoq de Boisbaudran. Stanislas Meunier.
- La maison de glace, à Moscou, construite pendant l’hiver 1887-1888. (D’après une photographie de M. A. Hoffmann.)
- UNE MAISON DE GLACE
- A MOSCOU
- Notre correspondant de Moscou, M. A. Hoffmann, nous adresse une photographie que nous reproduisons ci-dessus et qui représente une maison entièrement construite en fragments de glace. Cette maison a obtenu, l’hiver dernier, un très grand succès à Moscou. On s’y rendait surtout le soir alors qu’elle était éclairée par un puissant foyer de lumière électrique auquel s’ajoutaient les feux de flammes de Bengale. A certains moments, le monument prenait un aspect féerique, surtout lorsque les feux roses dominaient. La construction de cette maison a coûté, paraît-il, 5000 roubles. Son architecture en est assez
- gracieuse, quoique un peu massive; l’entrée principale était précédée d’une balustrade de glace, surmontée de statues.
- Une maison analogue a été construite également à Saint-Pétersbourg, et n’a pas moins excité la curiosité du public. Il paraît qu’en 1740 une maison semblable fut érigée par l’impératrice Anna Ivanovna, nièce de Pierre le Grand, à l’occasion du mariage du fou de sa cour, Kulcovsky, avec une de ses suivantes. Les maisons de glace se construisent aussi très fréquemment au Canada1.
- 1 Voy. n° 550, du 15 décembre 1885, p. 47.
- Le propriétaire-gérant : G. Tjssandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- TURE.
- 11 AOUT 1888.
- H. DEBRAY
- Nos lecteurs ont déjà appris la mort d’un de nos chimistes les plus distingués, 11. Debray, qui était en même temps un des membres les plus jeunes et les plus actifs de l’Académie des sciences1. Né le 26 juillet 1827, il entra à l’Ecole normale supérieure en 1847, et passa quelques années après ses examens d’agrégation et de doctorat.
- M. Janssen, président de l’Académie des sciences, a très éloquemment résumé les travaux de Debray ; nous reproduisons ici la majeure partie de l’allocution du savant physicien-astronome.
- « Il est impossible, a dit M. Janssen, de séparer le nom de Henri Deville, qui a jeté tant d’éclat sur l’Ecole normale et la chimie française, de celui de son cher et éminent collaborateur Debray. Cette collaboration, qui devait être si longue, si fidèle, et donner de si importants résultats, commence pour ainsi dire à l’origine des deux carrières* Quand Deville entrait à l’École normale, il y trouvait M. Debray, qui devint son préparateur et lui rendit, dès l’abord, des services si distingués, si appréciés , notamment dans ses recherches sur l’aluminium, que dès l’année suivante il se l’associa comme collaborateur.
- « L’œuvre de M. Debray est considérable ; la science lui doit d’excellentes études sur le glucinium, le molybdène, le tungstène, la minéralogie synthétique où il continue l’œuvre des Berthier, des Ebelmen, des Daubrée, des Fremy, etc. Mais on peut dire que l’œuvre principale deM. Debray est caractérisée par ses longs et remarquables travaux sur le platine et les métaux qui l’accompagnent dans ses rnine*-rais, et par la fixation des lois précises de la dissociation. Pour ce qui concerne le platine et les métaux de sa mine, la compétence et l’autorité de M. Debray étaient hors de pair et reconnues universellement. Ce champ d’études était en quelque sorte son champ de prédilection, et ce champ, il l’explora pendant plus de vingt ans avec son ami H. Deville. C’est ainsi que les deux éminents chimistes créèrent une
- 1 Aoy. n° 791, du 28 juillet 1888, p. 145.
- 16e année. — 2e semestre.
- nouvelle métallurgie du platine et des métaux qui l’accompagnent, assignèrent des méthodes pour leur fusion et déterminèrent un grand nombre de leurs propriétés physiques et chimiques.
- « Mais, de toutes ces études, la plus importante aux yeux mômes de l’auteur, et la postérité sera de son avis, c’est celle qu’il a faite sur la dissociation. 11. Deville avait ouvert une admirable carrière par la découverte de la dissociation et des conditions physiques qui y président et en règlent la manifestation. Les expériences du grand chimiste montraient bien les conditions fondamentales qui permettent ou limitent le phénomène; mais elles avaient été faites, et cela arrive bien souvent aux inventeurs, elles avaient été faites, dis-je, dans des conditions où, si le sens des phénomènes était évident, leur mesure était impossible, et cette mesure importait au plus haut point pour formuler les lois d’une manière précise. Ce fut la tâche de M. Debray. M. Debray sut choisir avec un grand discernement les composés qui se prêtaient à des phénomènes très simples et à des mesures rigoureuses. Citons, par exemple, ses belles expériences sur le carbonate de chaux, où il montre que ce sel, soumis en vase clos à l’action de la chaleur, commence à se décomposer vers le rouge; mais que, vers 860°, sa décomposition cesse dès que l’acide carbonique dégagé acquiert une tension de 85 millimètres. Si l’on augmente la température, la tendance à la décomposition est plus prononcée, et à 1040° elle n’est équilibrée que par une tension du gaz six fois plus forte, et égale à 520 millimètres. Ainsi, la tension de l’élément gazeux, nommée ici tension de dissociation, limite la décomposition, croît avec la température; elle reste constante pour une température donnée et elle est absolument indépendante de la quantité de carbonate de chaux actuellement décomposée.
- « L’auteur fait remarquer avec raison l’analogie frappante de ces phénomènes avec ceux que présentent les dissolutions salines qui seraient surmontées d’un espace limité et qu’on soumettrait à des températures variables. L’analogie est encore complète avec les lois qui président à la vaporisation partielle d’un liquide de composition définie, tel que
- 11
- J.-H. Debray, né le 26 juillet 1827, mort à Paris, le 10 juillet 1888. (D'après une photographie de M. Eugène Pirou.)
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- LA NATURE.
- l’eau, l’alcool, l’éther soumis en vase clos à des températures croissantes. Ces expériences ont donc le grand mérite de ramener les lois de la décomposition chimique aux lois physiques de la vaporisation.
- « Dans ce même ordre d’idées, les travaux de M. Debray sur les sels hydratés sont aussi très remarquables; il y montre nettement que les divers hydrates d’un sel constituent des composés de stabilités très différentes, ayant une résistance variable à la dissociation, résistance expliquée et mesurée par la loi des tensions de dissociation. La découverte de ces lois jette donc un jour inattendu sur une foule de phénomènes. Entre autres applications, elle a fourni à MM. Troost et Ilautefeuille l’occasion d’un beau travail qui a fait la lumière sur les questions, naguère si obscures, de la véritable nature des singulières combinaisons de l’hydrogène avec le sodium et le palladium.
- « Puisque je viens de prononcer le nom de M. Troost, je ne voudrais pas oublier de rappeler qu’il a été, lui aussi, un ami et un éminent collaborateur de II. Deville et que nous nous rappelons tous la sensation produite dans le monde savant par leur beau travail sur la densité de la vapeur de soufre.
- « Quand M. Debray publia ces lois sur la dissociation, II. Deville fut sans doute heureux de voir que sa belle découverte recevait de si heureux développements; mais je suis sûr qu’il fut plus heureux encore de penser qu’elle avait fourni à celui qu’il aimait si sincèrement l’occasion d’un travail qui fera vivre son nom.
- « Tous ces travaux de notre confrère et cette longue collaboration désignaient M. Debray pour devenir le successeur de son maître et ami. Aussi, quand les forces de H. Deville, minées par un labeur incessant, par les funestes effets d’expériences sur des substances délétères, et, il faut le dire aussi, par des soucis qu’on aurait voulu lui voir épargnés et dont la gloire n’afïranchit pas, quand ses forces, dis-je, l’abandonnèrent, ce fut M. Debray qui lui succéda à la Faculté et à l’École normale.
- « Il s’efforça de continuer les traditions de bienveillance, de dévouement à la jeunesse dont son maître lui avait donné un si bel exemple. C’était un héritage bien beau, mais lourd à porter. Ce laboratoire de M. Deville avait été, pendant un tiers de siècle, un lieu où l’hospitalité scientifique ne fut jamais refusée, et où l’on trouvait, avec les encouragements, les conseils du maître, des ressources données sans compter et qui allaient même souvent jusqu’à compromettre l’équilibre du budget officiel. »
- Debray sut maintenir le laboratoire de l’École normale au rang important qu’il n’avait jamais cessé d’occuper dans la science. Non seulement il le fit briller de l’éclat de ses travaux personnels, mais des découvertes remarquables y furent accomplies par d’autres chimistes ; il nous suffira de rappeler que c’est là que M. Moissan isola le fluor.
- ÉTUDE SUR LES TROMBES
- Nos précédentes notices sur les trombes1 nous ont valu quelques nouvelles observations que nous allons continuer à analyser.
- M. Mouchet, receveur des postes et télégraphes à Miliana (Alger), nous rapporte, à propos d’une trombe signalée par les journaux, dans les Vosges le 26 juin dernier à Neufchâteau, qu’il a observé il y a vingt-huit ans, dans la même localité, et absolument au même endroit un phénomène tout à fait semblable. Cette coïncidence de lieux semble indiquer que, la configuration du pays doit jouer un rôle important dans la production du météore. On a déjà eu l’occasion de faire de semblables constatations et il est certain que des configurations du sol spéciales, favorisent la formation des trombes.
- M. Camps, chef d’escadron d’artillerie à Vannes, a eu l’obligeance de nous adresser, à la date du 6 juillet, l’intéressante communication suivante :
- Je venais de lire YÉtudc sur les trombes, parue dans le numéro 785 de La Nature, du 2 juin dernier, lorsque le hasard in’a fait assister à la formation d’un tourbillon analogue à ceux qui ont été observés à Vincennes par M. Gibert.
- Il y a une quinzaine de jours, par un temps très beau et par une forte chaleur, je rentrais à cheval à Vannes en suivant une grande route. 11 était environ 8 heures du matin, et l’air était absolument calme. Tout à coup, je vis se former, à 8 ou 10 mètres en avant de moi, un tourbillon de poussière qui s’éleva dans l’air, son diamètre augmentant progressivement. A la fin du phénomène, qui a duré à peine quinze secondes, la hauteur du tourbillon, dont je m’étais approché à 5 ou 4 mètres, avait environ 8 mètres de hauteur et 0m,80 de diamètre sur le sol. Sa forme était celle d’un entonnoir renversé. Un mouvement de translation très lent avait entraîné le tourbillon vers le côté gauche de la route, et c’est lorsque l’extrémité inférieure a rencontré le ressaut formé par le bord de l’accotement, qu’il s’est dispersé ; la poussière est retombée sur le sol. Le tourbillon avait parcouru 8 mètres environ sans se déformer. La route était bordée par une haie vive d’une grande hauteur.
- J’ai parfaitement constaté que la poussière et les particules de toute nature entraînées étaient animées, sur le bord du tourbillon, d’un mouvement hélicoïdal ascensionnel. Néanmoins ce mouvement était assez lent et la vitesse des molécules était à peine triple de la vitesse de translation générale. L’inclinaison de l’hélice sur l’horizon était de quelques degrés seulement, c’est-à-dire que son pas était très faible.
- Quant au sens de la rotation, il était de sens contraire à celui des aiguilles d’une montre pour un observateur qui aurait été dans les airs. La tracé de la trajectoire sur le sol était d’ailleurs une courbe s’inclinant vers la gauche; c’est-à-dire concave de ce côté.
- Ces petits phénomènes comme vous le dites fort bien, peuvent fournir de précieuses indications pour expliquer la formation des vraies trombes, or il est probable que les petits tourbillons pareils à celui que j’ai pu observer,
- 1 (Suite.)— Vov. n° 785, du 2 juin 1888, p. 1 et n° 787, du 50 juin 188, p. 65.
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- LA NATURE.
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- sont très fréquents. Seulement ils ne sont rendus visibles que lorsqu’ils peuvent soulever de la poussière : et encore faut-il se trouver là au bon moment !
- Le 11 juillet 1884, j’ai pu observer au Tonkin la formation de deux trombes. Mais j’étais très loin du phénomène. Le temps était très orageux et couvert. Au moment de la formation, on voyait deux cônes à peu près d’égale dimension, l’un descendre des nuages et l’autre monter de la terre. Au bout de quelques instants, apparaissaient comme des filaments blancs qui joignaient les cônes l’un à l’autre. Peu à peu ces filaments devenaient plus nombreux, prenaient corps et la trombe était formée. Elle disparaissait d’une façon inverse. Il y a lieu de faire remarquer que, contrairement à ce que l’on observe sur les petits tourbillons de poussière, c’est la grande base du cône qui s’appuie sur le sol. Cela n’a rien d’étonnant : il peut se faire que la trombe proprement dite ait une forme différente de celle du tourbillon de corps légers qu’elle entraîne.
- Un autre de nos lecteurs, M. Masson, conseiller à la Cour de Dijon, nous rapporte la description d’un fait qui, pour être ancien, n’en est pas moins très digne d’être enregistré :
- Le 17 juin 1877, à 4 heures de l’après-midi, par un temps clair et chaud, je me trouvais sur la terrasse du château de Gevrcy-Chainbertin (Côte-d’Or), armé d’une forte lunette terrestre, montée sur support. Mon attention fut attirée à l’horizon par un nuage bleuâtre s’avançant du midi, qui me parut avoir une forme singulière. A l’extrémité inférieure de ce nuage il existait une espèce d’apophyse oblongue, ayant l’aspect d’un œuf coupé par le milieu. A mesure que ce nuage s’avançait et .grossissait, l’œuf s’allongea et prit une forme fusiforme, comme une toupie ou un champignon. Une demi-heure après, le phénomène allait toujours en s’accentuant, la queue du champignon s’était considérablement effdée et descendait à 50 mètres environ du sol, en diminuant graduellement d’intensité à mesure qu’elle s’en approchait. La nuée était alors à 200 mètres de moi, et brillamment éclairée parle soleil couchant. J’ai constaté, à l’aide de ma lunette, qu’une colonne d’eau ascendante montait en pluie le long de la queue de la trombe et se perdait dans la partie supérieure du nuage. Quelques minutes après, le ciel s’est trouvé complètement obscurci ; un vent violent s’est élevé, on entendait au loin un bruit semblable au roulement de dix trains de chemin de fer, une pluie diluvienne s’est mise à tomber pendant une heure, faisant disparaître la queue de la trombe, puis le soleil a reparu.
- Notre honorable correspondant ajoute qu’il avait eu l’intention de présenter à ce sujet une note à l’Académie des sciences, mais que, par suite de quelque retard, son projet n’avait pas reçu d’exécution.
- Nous ne terminerons pas cette notice sans remercier les lecteurs qui veulent bien nous aider, au grand profit de la science, à élucider par des faits, les questions que nous avons l’occasion de traiter dans La Nature. C’est une grande satisfaction [tour nous d’avoir à enregistrer dans notre publication les documents recueillis par des observateurs consciencieux. Gaston Tissandier.
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- PREMIÈRES CARTES MAGNÉTIQUES
- DE L’ALGÉRIE, DE LA TUNISIE ET DU SAHARA ALGÉRIEN
- La détermination de la valeur des éléments magnétiques en Algérie n’avait encore été l’objet d’aucun travail d’ensemble fait avec des instruments de précision, quand M. le Ministre de l’instruction publique a bien voulu me charger, à la fin de l’année 1883, d’une reconnaissance magnétique dans la province de Constantine et dans la Tunisie. Depuis cette époque, j’ai pu, dans plusieurs missions scientifiques, faire des déterminations magnétiques dans les diverses parties de l’Algérie et dresser ainsi les premières cartes magnétiques de ces régions.
- J’ai cherché tout d’abord à porter mes efforts sur le Sahara, pour étendre le plus loin possible le cercle de nos connaissances sur le magnétisme terrestre, et en second lieu à cause de l’intérêt tout particulier qu’offre la détermination de la déviation de la boussole (ou angle de l’aiguille aimantée avec le nord vrai) dans un pays où les levers et itinéraires à la boussole sont d’un usage courant dans la construction des cartes.
- A partir du moment où l’on quitte les voies de transport de la civilisation, chemins de fer, paquebots, etc., on a à lutter contre bien des difficultés pour conserver en bon état ses instruments. Il faut les placer à dos de chameaux, et ces animaux, malgré leur caractère assez doux, sont pris parfois de paniques subites dans lesquelles ils jettent leur charge par terre et même parfois la traînent derrière eux en galopant. Mais dans le Sahara en particulier, le plus grand ennemi des observations magnétiques, c’est le vent.
- En effet pendant la saison, où on est assuré d’avoir toujours un ciel clair, de févrierjusqu’à mai où arrivent les grandes chaleurs, il règne dans le Sahara algérien une brise diurne, venant généralement de nord-est à nord-ouest, qui chasse le sable sur les instruments et les ébranle de façon à rendre les observations très difficiles et dans certains cas impossibles. C’est ainsi, par exemple, que M. le commandant Roudaire a eu, près des chotts, un théodolite renversé par terre avec son pied et mis ainsi hors de service.
- Ne pouvant remettre à un jour plus calme les observations, parce que le temps, les vivres et quelquefois l’eau sont comptés, j’ai du, à plusieurs reprises, construire une sorte de paravent avec des piquets et de la toile, pour m’abriter contre cet espèce d’alizé qui, dans les dunes, est particulièrement gênant1.
- Comme les positions géographiques de douze stations n’étaient pas fixées exactement, ou même n’étaient pas connues, j’ai du procéder à la déter-
- 1 M. D’Abbadic, dans son récent voyage en Égypte et sur la mer Rouge, ayant aussi à lutter contre le vent, fixait sur le dos de son domestique indigène une sorte de grand bouclier en toile tendue sur un châssis, et le faisait placer près de lui au vent.
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- initiation de la latitude pour pouvoir calculer la direction du méridien et y joindre la détermination de la longitude pour placer sur une carte les points d’observation; ces opérations et les calculs qui s’y rapportent ont beaucoup augmenté le travail nécessaire à la construction des cartes.
- Distribution des lignes d'égale déclinaison. — Nos observations, ramenées à leur valeur pour le mois de janvier 1888, nous ont permis, en y joignant les déterminations laites sur la côte de Tunisie par les missions hydrographiques, de tracer la carte des lignes d’égale déclinaison et d’égale inclinaison. Ces lignes donnent lieu aux remarques suivantes :
- D’une façon générale, les isogones vont en se resserrant légèrement de la côte de la Tunisie à la frontière du Maroc, où leur distance est de 1/5 environ moindre. L’inclinaison de ces lignes sur les méridiens, qui croît vers l’occident, est de 5° à 15° vers l’ouest dans le nord de l’Algérie; plus au sud, ces lignes s’infléchissent en se rapprochant du méridien.
- La ligne de 11°, qui touche la côte de la Tunisie et pénètre en Afrique près de Djerba, est presque droite ; celle de 12°, qui passe près de la Calle, s’intléchit légèrement vers l’est, à partir du trente-quatrième parallèle ; celle de 15° présente à sa sortie des montagnes, vers le Sahara, une anomalie assez remarquable : elle passe à 40 kilomètres à l’ouest de Biskra et, au lieu de poursuivre vers le sud, elle oblique vers Lagbouat, tendant à devenir parallèle à la ligne de faîte des montagnes, comme on peut le voir par les observations de trois stations, puis elle s’infléchit vers l’est, pour reprendre sa direction générale.
- Cette anomalie, qui correspond à une déviation sensible des lignes d’égale inclinaison, ne s’explique pas par la présence de terrains magnétiques apparents./
- Il est intéressant de constater l’inégal accroissement de la déclinaison quand on s’avance de l’est à l’ouest : entre Cherchell et Tenez, pour 80 kilomètres, la variation est de 50'; de Tenez à Mostaga-nem, pour 110 kilomètres'', elle n’est plus que de 10' ; enfin, de Mostaganem à Arzew, pour 35 kilomètres, elle est de 15'. Au sud-est de Mostaganem, les observations de Hillil indiquent aussi une anomalie magnétique.
- Distribution des lignes d'égale inclinaison. — Ces lignes, dans l’ensemble, sont plus inclinées sur les méridiens que ne l’indiquent les meilleures cartes générales publiées jusqu’à ce jour et d’après lesquelles l’angle d’une isocline avec le méridieu serait en moyenne sur l’Algérie de 68°, pendant qu’il est voisin de 78°. Cela se traduit par ce fait que l’isocline de 54°, qui passe au nord de Bizerte et pénètre en Algérie près de Bougie, devrait passer près de Saïda, pendant que, dans la réalité, elle passe par Arzew, puis au nord de Nemours, en mer, ce qui fait une diflérence de 1°.50' en moins dans l’inclinaison admise à Nemours.
- Dans le Sahara on observe les mêmes différences.
- D’autre part, la distance qui sépare les isoclines est assez variable, au lieu de croître régulièrement avec la latitude, comme c’est le cas normal, elle augmente au voisinage de la chaîne de montagnes qui
- borde le Sahara, puis diminue au voisinage de la seconde chaîne qui borde le Tell et paraît reprendre son allure normale sur la Méditerranée.
- Le point où ces lignes sont le plus rapprochées est situé entre Boghar et la région de Sétif; la distance entre les isoclines de 55° et de 54° y est seulement de 78 kilomètres, pendantque, entre les mêmes lignes, on constate au nord de Tunis un écart de 100 kilomètres, et de 120 kilomètres près de Nemours. C’est aussi une des régions qui possèdent les plus grandes montagnes de l’Algérie; la Mouzaia, les Bibans, le Jurjura s’élèvent brusquement au-dessus des plaines qu’ils dominent de 1500 mètres à 2000 mètres. Dans cette région, la ligne de 54° présente un bombement vers le nord. L’action des reliefs qui resserre les lignes cesse auprès de Mostaganem et d’Arzew où la côte s’abaisse vers le sud ; l’isocline de 54° s’éloigne vers le nord et reprend sa distance normale. La ligne de 51° offre aussi une particularité remarquable, et forme entre Biskra et Lagbouat une double boucle.
- Les reliefs de l’Algérie, si importants par leur masse, paraissent donc jouer un rôle manifeste dans la direction des lignes isogones et dans la distance qui sépare les lignes isoclines, même lorsque ces reliefs ne contiennent pas d’une façon apparente de terrains magnétiques proprement dits.
- Léon Teisserehc de Bort.
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- Carte magnétique de l’Algérie, de la Tunisie, etc. — Lignes d’égale déclinaison et d’égale inclinaison au 1" janvier 1888; par M. Teisscrenc de Bort.
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- LE PAQUEBOT « CITY OF NEW-YORK »
- Bien que nous ayons déjà donné une description sommaire de ce magnifique navire1, nous croyons devoir y revenir aujourd'hui, à cause de l’immense intérêt qui s’attache à ce nouveau type de paquebot transatlantique. En effet, le City of New-York est le premier grand paquebot à deux hélices avec machines à triple expansion et faisant usage, à l’instar des navires de guerre, du tirage forcé en vase clos. Il est aussi le plus grand, le plus beau et le plus puissant. Voici, du reste, ses principales caractéristiques : longueur totale, 172m,20; longueur à la flottaison, 160mètres; largeur, 19m,58; creux, 12m,80; tonnage brut, 10 500 tonneaux; et déplacement en pleine charge, 14 500 tonnes.
- Les essais officiels ont eu lieu à l’embouchure de la Clyde, mais il n’y a eu que deux parcours d'effectués, après quoi le navire a pris la mer, avec ses trois cents invités, pour se rendre à Liverpool en faisant le tour de l’Irlande. Les résultats obtenus pendant ces essais n’ont pas été communiqués par les constructeurs afin de ne pas en faire profiter les compagnies rivales qui ont également des paquebots à deux hélices en construction pour les lignes des Etats-Unis. Ce que l’on sait, c’est que la puissance développée a été d’environ 19 000 chevaux indiqués et que la vitesse a dépassé 20 nœuds, sans que les machines aient été forcées, comme cela a lieu dans la plupart des essais de livraison. Ce ne sera donc qu’après trois ou quatre traversées que nous pourrons savoir exactement à quoi nous en tenir au point de vue de sa puissance, de sa vitesse et de sa con-
- Le City of New-York, le plus grand paquebot du inonde.
- sommation de charbon; mais il y a tout lieu de croire qu’il surpassera YEtruria qui est actuellement le plus rapide des paquebots de haute mer.
- La Nature ayant reproduit dernièrement la plus grande partie de l’article que nous avions écrit dans le journal le Yacht sur les « grands marcheurs de. l’Atlantique nord », nous n’avons pas à rappeler les traversées rapides de YEtruria2. Nous remarquerons seulement, en passant, que ses puissantes machines compound, à trois cylindres, qui ont développé jusqu’à 14 521 chevaux, seront probablement les dernières machines de ce type appliquées aux paquebots transatlantiques. En effet, celles du City of New-York, qui sont construites pour développer 20 000 chevaux, n’exigent, grâce à l’emploi de la
- 1 Voy. n° 775 , du 7 avril 1888.
- 2 La plus rapide s’est effectuée avec une vitesse moyenne de 19 nœuds 1/2 à l’heure (un peu plus de 50 kilomètres).
- haute pression et du tirage forcé, que neul chaudières à six foyers, alors que YEtruria et YUmbria (paquebot semblable) en ont chacun douze à six foyers. De plus, le City of New-York a une jauge de 2723 tonnes supérieure à celle de chacun de ces deux paquebots.
- Ne pouvant pas entrer dans trop de détails, nous dirons seulement que les cylindres à basse pression sont pourvus chacun de quatre tiroirs à pistons, qu’ils ont 2m,87 de diamètre et que la vitesse des grands pistons est de 253 mètres par minute à l’allure de 83 tours.
- Quant aux hélices jumelles, elles n’ont que trois ailes : leur diamètre est fle 6m,70 et leur pas de 8m,54. Le gouvernail est en partie compensé et se trouve complètement en dessous de la flottaison ! ainsi que les puissants béliers hydrauliques qui le j manœuvrent au moyen d’une simple barre franche.
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- Cette disposition est précieuse sur un paquebot qui est appelé à être utilisé comme croiseur auxiliaire par l’amirauté anglaise, de même que le paquebot semblable City of Paris qui va être lancé très prochainement pour la même compagnie. La grande facilité d’évolution que donne à ces navires ce système de gouvernail compensé est encore bien augmentée par l’adoption des deux hélices. Aussi, ces paquebots, considérés comme croiseurs auxiliaires, sont-ils bien supérieurs aux nôtres qui n’ont qu’une seule hélice et dont les machines à cylindres superposés, s’élevant bien au-dessus de la flottaison, sont beaucoup trop exposées aux projectiles de l’ennemi. Quant à notre nouveau paquebot transatlantique la Touraine, qui se construit à Penhoët, pour la ligne du Havre à New-York, il aura deux hélices et comportera de nombreux perfectionnements, mais sa puissance ne sera que de 11 000 chevaux.
- Au point de vue de la sécurité, le City of New-York surpasse tous les autres paquebots actuellement en service. L’exemple du paquebot Oregon, coulé par une simple goélette, n’a pas été perdu; aussi toutes les cloisons étanches du nouveau paquebot sont-elles dépourvues dè portes de communication, depuis le double fond jusqu’au pont principal qui est situé au-dessus de la flottaison. Les chaudières sont contenues dans trois compartiments et peuvent envoyer leur vapeur à chaque machine séparément. Les machines motrices sont séparées par une cloison longitudinale. En cas de voie d’eau dans l’un des compartiments des machines, on laisserait pénétrer l’eau dans l’autre pour la refouler ensuite dans les compartiments du même bord qui sont situés sous le double fond, et cela pour empêcher le navire de donner la bande du côté du compartiment avarié. Sans cette précaution, l’hélice actionnée par la machine du compartiment resté intact se trouverait plus ou moins émergée et perdrait une grande partie de son efficacité propulsive. L’adoption des deux hélices permettra au paquebot de naviguer avec une vitesse de 16 nœuds à l’heure lors même i[ue l’une des deux machines serait paralysée pour une cause quelconque, ce qui augmente beaucoup les conditions de sécurité.
- Au point de vue du confortable, du luxe des emménagements, de l’éclairage (qui comporte 1000 lampes à incandescence), de la ventilation, etc., ce paquebot est sans rival. Les guindeaux, cabestans, treuils, ascenseurs, monte-plats, etc., sont actionnés par la force hydraulique. Une bibliothèque de huit cents volumes est à la disposition des passagers de cabine, etc. Enfin, dernier perfectionnement, les amplitudes de roulis seront fortement atténuées par un système de « caisse à roulis » bien supérieur, comme efficacité, à celui qui a été employé, dans le même but, à bord de certains navires de guerre.
- Le City of New-York a quitté Liverpool le 1er août avec un grand nombre de passagers.
- C’est le pionnier de toute une série de paquebots transatlantiques à deux hélices et à grande vitesse
- qui se construisent actuellement à Belfast, à Birken-head, à Clydebank, à Stettin et à Penhoët et qui vont tous entrer en ligne l’année prochaine pour se disputer les milliers de passagers américains qui se préparent à venir visiter notre magnifique Exposition.
- L. Muller.
- EXPÉRIENCES SUR LES FLEURS
- L’histoire du rosier magique, racontée dans une des dernières livraisons de La Nature1, m’a remis en mémoire, quoiqu’elles soient au fond de nature bien différente, une série d’expériences que j’ai faites naguère avec mon beau-frère, Albert Levallois, maintenant mort, et qui était directeur de la station agronomique de Nice. Notre laboratoire était une sorte de prairie en partie cultivée en jardin, entre Yevey et le château des Crêtes; notre situation, le décubitus ventral, comme disent les savants, et notre réactif, un cigare que nous fumions paresseusement en regardant de haut les bateaux qui passaient sur le lac de Genève.
- Je ne sais lequel de nous toucha par hasard, avec la cendre chaude, le tube corollaire d’un gros pétunia rouge et y dessina ainsi un large point d’un vert vif : l’alcali que laisse la combustion du tabac explique aisément l’apparition de cette nuance analogue à celle du sirop de violette qui verdit par la potasse ainsi que tout le monde le sait. Il n’en est pas moins vrai qu’en faisant des taches symétriques sur un pétunia, on fabrique une fleur qui, présentée aux gens non prévenus, apparaît à leurs yeux comme une variété étrange et superbe. Une vieille dame qui, de bonne grâce, nous pardonna la plaisanterie, alla jusqu’à nous demander des graines de la plante nouvelle et qu’elle n’avait jamais vue.
- Comme on le conçoit, d’autres fleurs rouges se comportent comme le pétunia au contact du cigare : la rose rose est dans ce cas, comme aussi l’hortensia rose et le trèfle ordinaire.
- Beaucoup de fleurs violettes font de même : le colchique d’automne qui nous entourait en abondance le montra tout d’abord et à sa suite la scabieuse (knautia) violette, la sauge des prés et la pervenche sauvage (vinca minor).
- Mais d’autres fleurs roses ou violettes, au lieu de devenir vertes, passent au bleu, ce qui rappelle la manière d’être du tournesol des chimistes en présence des alcalis. La mauve commune bleuit au contact du cigare; les fleurs roses du géranium de Robert et les clochettes lilas de la campanule raiponce font comme elle. Le laurier-rose se contente de passer au gris sale.
- Il ne faut cependant pas croire que toutes les matières colorantes végétales rouges deviennent ou vertes ou bleues sous l’influence de notre réactif : les baies rouges du sorbier des oiseaux ne donnent rien, pas plus que les réceptacles du rosier, qualifiés si souvent à tort de fruits du rosier; pas plus que les grains de raisin violet.
- Les roses, non pas roses mais rouges, deviennent noires, comme font de leur côté les capucines brunes. Mais les roses, qui sans être rouges sont d’un rose foncé, passent au violet sous l’influence de la cendre alcaline; c’est aussi ce qui se produit avec les fleurs d’un rouge si éclatant du pélargonium tom-pouce.
- On voit que certainement ces diverses substances
- 1 Yov. n° 790, du 21 juillet 1888, p. 128.
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- ronges ou rougeâtres ne sont pas identiques et plusieurs d’entre elles ne sont évidemment pas encore bien connues des chimistes. On peut arriver à la même conséquence en comparant, comme nous le faisions durant notre farniente de Yaud, diverses feuilles devenues rouges comme il leur arrive si souvent de le faire à l’automne. Tandis que la feuille du géranium Robert devenue rouge passe au vert sous l’influence du cigare, la feuille devenue rouge de l’ancolie bleuit. De son côté, la feuille rouge du fraisier devient noire, et on n’obtient aucun résultat avec la feuille empourprée de la vigne vierge.
- Jamais nous n’avons eu de modification avec les fleurs jaunes : le pissenlit, le seneçon jacobée, la capucine jaune n’ont rien manifesté sous l’influence de la cendre. Mais à l’inverse un très grand nombre de fleurs blanches sont devenues jaunes et quelquefois d’une nuance très pure : c’est le cas pour la carotte sauvage et pour la rose blanche ; c’est le cas aussi pour la partie inférieure blanche du colchique, pour la ronce à fleurs blanches, pour les demi-fleurons de la pâquerette, pour la corolle infun-dibuliforme du grand liseron des haies (callistegia septum) et même pour les baies blanches de la symphorine.
- Certes on se méprendrait si l’on supposait que j’attache une grande importance à ces faits non coordonnés et auxquels manque une explication précieuse dans chaque cas ; mais si un seul de nos lecteurs trouve à les vérifier, à les multiplier, autant de plaisir que nous en eûmes pour les voir, je m’estimerai heureux de les lui avoir signalési.
- Stanislas Meunier.
- LES HOTTENTOTS
- AU JARDIN D’ACCLIMATATION DE PARIS
- Les indigènes de l’Afrique australe que le Jardin d’Acclimatation nous invite à visiter sont intéressants à la fois pour l’artiste avide de pittoresque et de couleur locale, pour le penseur songeant que ces restes humains d’un autre âge sont condamnés à disparaître, parce qu’ils 11e savent pas s’adapter aux
- 1 M. le Dr Rattel nous adresse d’autre part la communication suivante :
- « Dans La Nature, n° 790, je lis un petit article bien intéressant et accompagné d’une gravure curieuse sur le lîosier magique. En le faisant remarquer à un de mes amis, M. De-sobry, chimiste des plus distingués, j’ai obtenu de lui les remarques suivantes sur ce sujet. D’abord, la coloration rouge 11e doit pas être uniforme. La poussière rouge d’aniline étant nécessairement répartie sur la fleur d’une manière inégale, la coloration sera plus intense et en quelque sorte baveuse là où la couleur d’aniline se trouvera en plus grande quantité. D’autre part, cette coloration ne doit pas avoir de durée. Elle disparaîtra au lavage ou à la pluie. En allant plus avant dans notre conversation, nous sommes arrivés à penser qu’il serait possible de parer à ces inconvénients. Une solution de rosaniline dans l’alcool est incolore; de plus, elle devient rose sous l’influence de la plus petite trace de Y acide le plus faible. Tous les végétaux, à l’exception de la vulvaire et de quelques autres chénopodiacées, sont à réaction acide. Il suffit donc, selon nous, de pulvériser une solution de rosaniline sur les végétaux pour les rendre colorés en rose, qu’il s’agisse de la tige, de la fleur ou des feuilles.
- « Dr Ratticl. »
- A ees renseignements, nous ajouterons que nous avons indiqué précédemment, il y a quelques années déjà (110 121 du 25 septembre 1875, p. 257) le moyen de colorer artificiellement les fleur au moyen de l’éther ammoniacal.
- conditions nouvelles que leur impose notre civilisation, et pour l’anthropologiste auquel ils permettent de résoudre sur place des problèmes qui le préoccupent à juste titre. Ils sont au nombre de lo : 0 hommes, 5 femmes et 2 enfants, sans parler des hôtes : 5 zèbres et 4 autruches. Nous plaçons sous les yeux de nos lecteurs les portraits des plus carastéristiques individus exhibés, en reproduisant deux photographies qui les représentent. La première (fig. 1), montre deux femmes; l’une à gauche de la gravure, dont les jambes indiquent l’état de steatopygie; l’autre, à droite, qui tient son enfant dans ses bras. Notre deuxième gravure (fig. 2) reproduit un groupe de six hommes.
- Les indigènes du Jardin d’Acclimatation viennent de Kimberlé, sur les rives du Vaal, affluent du fleuve Orange, dans le Griqualarul, ou terre des Griquas. Kimberlé est la capitale de ces plaines célèbres qui, depuis 1867, fournissent les diamants du Cap. Le fleuve Orange est le fleuve coulant transversalement du pays de Natal à l’océan Atlantique qui, jusque dans ces dernières années, formait la limite septentrionale des possessions anglaises. Le pays des Griquas, qui est au delà de ce fleuve, est situé entre l’État libre d’Orange à l’est, et le désert de Kalahari à l’ouest, et a été annexé à l’empire britanique en 1871 par les Anglais, gens éminemment pratiques; c’est la partie de l’Afrique australe dans laquelle la population semble le plus mêlée, quoique l’élément indigène y reste prédominant.
- Les indigènes de l’Afrique australe sont de trois sortes *
- 1° Les Cafres, parlant une langue dite bantou, très répandue de la côte de Mozambique au Congo. Ce sont des nègres typiques, mais d’une espèce supérieure. Ils sont de haute taille, sveltes, bien découpés, ont des cheveux relativement abondants qu’ils disposent avec coquetterie et sont intelligents. Ils enveloppent comme d’un croissant les deux genres d’indigènes dont nous allons parler ensuite et se partagent en orientaux, les Amaxosas ou Cafres proprement dits, Zoulous, Betchouanas et Bassoutos, et occidentaux ou Damaras, et ova-Hereras.
- 2°Les Bosjesmans (des Hollandais), Bushmen (des Anglais), Boschimans (des Français), autrement dits les hommes des bois, les sauvages par excellence. Ils ont été dépeints dans La Nature *, à l’occasion de ceux exposés à cette époque aux Folies-Bergère. Ils présentent l’un des types les mieux caractérisés de l’anthropologie : nègres au plus haut degré par leurs cheveux rares et courts, dispersés en petites boules qu’on a comparées à des grains de poivre, ils semblent de race jaune par leur couleur de cuir tanné, leurs yeux petits et bridés, leur visage plat et large, leurs pommettes proéminentes, leur nez petit, leur taille, la plus petite connue dans l’humanité, leur tête forte, leur buste long, leurs membres trapus, et possèdent plusieurs caractères en propre, savoir : le visage court et
- 1 Yoy. n° 712, du 22 janvier 1887, p. 125.
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- triangulaire par en bas, les mains étonnamment petites et bien conformées, la stéatopygic et le tablier dit des Uottenlotes. Les Boscbimans sont la race la pins ancienne de l'Afrique australe; ils s’étendaient jadis du Cap au Zambèze et remontaient sans doute jusqu'à la hauteur d’une ligne allant du pays des So-malis à l’est au Gabon à l’ouest. Les Egyptiens en ont connu. Aujourd’hui, on ne rencontre [dus visiblement de Boscbimans, acceptés par tous comme tels, (pie dans le désert de Kalahari. Ceux des Folies-Bergère en venaient.
- 5° Les Hottentots qui comprennent tout le reste de la population indigène, tout ce qui n’est pas notoirement 'Cafre ou Bo-schiman. Us se distinguent par la langue en trois groupes : les Na-maquois qui parlent le nama et sont au nord du bas Orange ; les Koranas qui parlent le kora et occupent les deux rives de l’Orange moyen; et les Capistes qui parlent un idiome dégradé et se réduisent à quelques tribus méridionales.
- A ces trois idiomes, il faut ajouter le griqua qui se parle dans le Griqualand et est un mélange de hottentot, de cafre et d’européen.
- Sur la nature ethnique des Hottentots, deux , opinions ont cours dans la science. Pour les uns, ils constituent une race propre et ont par conséquent un type propre.
- Trois races se seraient superposées dans l’Afrique australe : les Boscbimans, la race du sol, les Hottentots et les Calres venus après coup ; les Hottentots seraient la seconde. H est certain que la dénomination de Koi Koin qu’ils se donnent, veut dire les hommes par excellence, les maîtres, et que cela implique une domination sur des habitants antérieurs, les hommes des hois, les Bosehimans qu’ils n’ont cessé de considérer comme des ennemis et de traquer comme des bêtes. Pour les autres, il n’y aurait que deux races dans l’Afrique de l’extrême Sud, la première invasion étrangère serait celle des Calres qui, en s’alliant avec les Boscbimans autochtones, auraient donné naissance aux Hottentots du siècle dernier et des siècles précédents, c’est-à-dire à une race croisée, supérieure aux Boscbimans purs, mais inférieure aux Cafres venus ultérieurement et
- restés indemnes de tout croisement. II résulte de cette dernière façon de voir, qui a le plus d’adeptes, (pic si l’on rencontre eà et là dans l'Afrique australe des tribus indigènes assez distinctes et assez caractérisées à la fois par leurs caractères physiques, ethnographiques et linguistiques, pour qu’on soit en droit de leur appliquer la dénomination de Boschi-man, de Hottentot ou de Cafre, il devient en revanche fort probable que ces trois groupes se sont considérablement égrenés et infiltrés les uns chez les autres, et par conséquent mélangés et croisés, et que, dès lors, la véritable dénomination à donner
- à tels on tels indigènes de l’Afrique australe est par-fois très difficile. C’est effectivement ce qui a- lieu et pour s’y reconnaître, il faut faire intervenir toutes sortes de considérations.
- Dans le cas particulier des Hottentots du Jardin d’Acclimatation, il y a une difficulté de plus. Le Griqualand est un des noms qui ont le [dus retenti dans le tiers moyen de ce siècle lorsque la discussion entre les monogénistes et les polygénistes était à son maximum.
- Toutes les races sont eu génésiques, disaient les monogénistes avec Prichard , c’est - à - dire que toutes peuvent entre elles donner naissance à une race nouvelle intermédiaire susceptible, les circonstances aidant, de se reproduire indéfiniment. La preuve, entre autres, c’est que dans le Griqualand il y a une population entière de métis, d’indigènes et de Boers désignée sous le nom de Bastaavds qui y prospère et augmente.
- Certaines races entre elles sont dysgénésiques, sinon agénésiques, répondaient les polygénistes avec Broca, c’est-à-dire qu’elles ne peuvent engendrer de race nouvelle permanente. La population métisse de Griqualand a disparu, elle est revenue au type indigène et si l’on rencontre chez elle encore quelques métis, c’est qu’il s’y est produit de nouveaux croisements.
- Ces^uestions sont aujourd’hui résolues, le débat entre les monogénistes et les polygénistes a pris lin avec les données nouvelles apportées par Bouclier de Perthes et Darwin. Toutes les races sont eu-
- Fig. 1. — Fournies llottentotes actuellement exhibées, au Jardin d’Accliinatation de Paris. (D’après une photographie.)
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- génésiques. Ce qui détermine le succès ou l’insuccès des métis, ee sont les conditions favorables ou défavorables qui leur sont laites dans le milieu social. L’une des llottentotes du Jardin d’Acclimatation est précisément une baslanrd; c’est une belle fille, aux yeux agréables, à la chevelure abondante, frisée
- sans être crépue, aux formes sveltes et à la taille bien prise, sans stéatopygic; elle a du Hollandais dans les veines.
- Chez les autres Hottentots la question se pose, en somme, comme il suit : sont-ils cafres, boschimans, un croisement de deux, ou un type spécial? Le cos-
- tume des femmes est cafre, notamment la peau de Kaama tannée qui les recouvre. Sur aucun nous n’avons découvert de phalanges amputées ; mais cette mutilation, pratiquée en signe de deuil à la mort d’une personne, s’observe aussi bien dans quelques tribus bottentotes que chez les Boschimans. Ils parlent non le griqua, mais le korana, et l’on est
- frappé chez eux de ce singulier claquement en parlant, que les Boschimans des Folies-Bergère présentaient à un si haut degré. Ce claquement est dù à certaines consonnes prononcées par aspiration avec bruit sec et retentissant assez analogue à celui d’une bouteille qu’on débouche. Mais si les Boschi-mans possèdent dans leur langue six de ces cou-
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- sonnes à claquement, les Hottentots en ont quatre et les Cafres trois.
- La seule manière de résoudre la question est donc de consulter l’anthropologie physique, c’est-à-dire de comparer le type cafre, parfaitement connu, et le type boschiman, non moins classique aujourd’hui, grâce aux descriptions d’une foule d’auteurs et à de nombreuses photographies, sans parler de la Vénus hottentote du Muséum et de la description de ceux des Folies-Bergère que j’ai donnée.
- La place qui nous est attribuée ici ne nous permet pas de donner nos raisons qui, du reste, auraient un caractère peut-être trop technique; nous nous bornerons ù dire la conclusion de notre examen.
- La bastaard étant mise de côté, les douze Hottentots adultes restant ne présentent aucun caractère qui ne se rencontre tantôt chez le Boschiman, tantôt chez le Cafre et qui, même, n’y soit plus accentué. 11 n’y a donc pis lieu de chercher à reconstruire d’après eux un type hottentot.
- En revanche, on y reconnaît tous les caractères des types croisés, cette sorte d’affolement des traits qui rend leur association parfois discordante. Suivant qu’on considère les membres, la face ou quelque autre région, on les trouve Cafre ou Boschiman. Toutefois, d’une manière générale, les hommes sont davantage Cafres, les femmes davantage Boschimans. Certaines de celles-ci, pourtant, semblent entièrement Boschimanes. Sauf la bastaard, elles ont toutes la stéatopygie la mieux caractérisée ; une d’entre elles, surtout, dont nous donnons la photographie (fig. 1) la présente à un degré qui dépasse tout ce que l’imagination peut concevoir; l’exubérance égale ou dépasse tout ce que nous avons vu en ce genre dans les ouvrages de Levaillant, de Fritsch et ailleurs.
- Bref, les Hottentots du Jardin d’Acclimatation sont la démonstration vivante qu’il n’y a pas de race de ce nom, pas de type de ce nom, mais que les Hottentots sont une race métisse de Cafre et de Boschiman, avec prédominance de Boschiman. Pour l’anthropologiste, ils sont donc plus intéressants encore que leur nom ne l’indique. Ce sont, pour la plupart, d’excellents représentants de la plus ancienne et de la plus singulière race de l’Afrique. Dr P. Topinard.
- SUR LA
- "VÉRITABLE VALEUR UES GUTTA-PERCHAS
- FOURNIES PAR LES MIMUSOPS ET LES PAVENA
- (famille des sapotacées)
- Par MM. Edouard HECKEL et Fn. SCIILAGDENHAUFFEN
- La question de l’approvisionnement en gutta-percha (produit dont l’industrie ne saurait se passer) restant toujours pendante en face de la destruction croissante de YIsonandra Gutta dans les îles de la Sonde, et de leur disparition imminente des forêts de ce végétal, il nous a semblé d’un intérêt majeur de porter l’attention sur les produits similaires obtenus des nombreux représentants de la famille des
- Sapotacées. Déjà dans une étude antérieure, nous avons fait connaître1 la valeur des produits émanés des laticifères de Bassia Parlai; aujourd'hui nous croyons utile d’examiner les Gultas des Mimusops et des P a gêna.
- Nous avons eu la bonne fortune de recevoir, il y a plusieurs années, de M. Jaubert, Français devenu ministre du roi Ménéliek au Choa, une assez grande quantité d’une gutta provenant, ainsi qu’en témoignaient les échantillons botaniques que nous avons eus entre les mains, des Mimusops Schimperi, et M. Kummel, Hochst. D’autre part, nous reçu d’un officier de la marine française ayant séjourné aux îles de la Sonde, une autre gutta que nous attribuons avec certitude aux Pagena.
- Depuis, un produit identiquement semblable à ce dernier nous a été fourni en assez grande abondance par M. Thomas Christy, le savant droguiste de Londres bien connu, qui nous a déclaré en avoir plusieurs tonnes dans ses magasins, ajoutant que le commerce semblait le demander beaucoup. La première gutta (des Mimusops) que j’appellerai d’Abyssinie, se présente sous l’aspect d’une masse dure, d’un brun sale, mais d’une couleur moins noire que la vraie Gutta (à'Isonandra gutta) commerciale. Elle se raye cependant avec facilité à l’ongle, et, tenue entre les. mains, elle ne tarde pas à se ramollir légèrement et à devenir adhérente à la peau, mais l’adhérence n’augmente pas avec la chaleur.
- L’autre (des îles de la Sonde) se présente sous la forme d’une masse d’un blanc jaune, dure également, se rayant à l’ongle plus facilement encore que la précédente, enfin se ramollissant davantage, et adhérant plus fortement aux mains qui l’ont ramollie parleur chaleur. Les échantillons reçus de M. Thomas Christy revêtaient uniformément la forme de boules rondes, du poids de 150 à 200 grammes, un peu tourmentées et aplaties en certains points, ce qui leur donnait une ressemblance frappante avec un tubercule de pomme de terre récemment épluché.
- Après cet examen originel et cette description physique, nous allons passer à l’étude chimique :
- I. — Gutta d’Abyssinie (des Mimusops Schimperi et Kummel, Hochst.). — Nous avons traité la matière par de l’eau tiède d’abord, puis par l’eau bouillante, pour en séparer aussi bien que possible les débris de végétaux et autres impuretés. En laissant ensuite refroidir le liquide et brassant vigoureusement la bouillie grisâtre, nous avons pu fixer autour de l’agitateur une substance de même couleur plus ou moins élastique entièrement différente du dépôt grumeleux non adhérent resté au fond de la capsule. Malgré divers traitements renouvelés à l’eau chaude et une agitation prolongée, nous ne sommes pas parvenus à agglutiner cette dernière portion. La cause de la résistance à la plasticité tient à la quantité considérable des sels fixes contenus dans le dépôt, puisqu’une analyse faite sur 0,027 de substance nous y
- 1 Yoy. n0’ (547, 650. 652 de 1885, 2e semestre, p. 525, 570 et 405.
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- a révélé 0,127 (le cendres. Le dépôt qui tombe au fond de l’eau renferme donc d’après ces données :
- 72,56 de matière organique,
- 27,44 de cendres.
- 100,00
- La matière adhérente et élastique, d’un brun terreux, a été malaxée ensuite entre les doigts jusqu’à obtention.d’une masse homogène.
- Celle-ci présente assez d’analogie avec la gutta ordinaire comme aspect extérieur, se ramollit dans l’eau, mais conserve toujours une élasticité considérable et reste excessivement adhésivc. En raison de ces défauts, elle ne pourra donc jamais, sans modi-iication ou transformation préalable de la matière, être substituée à une bonne gutta commerciale.
- Ile nombreux essais ont été tentés dans le but de faire disparaître ces inconvénients ou tout au moins de les atténuer, mais toujours sans succès; des variations brusques de température et de pression ne nous ont fourni que des résultats négatifs. En présence de ces faits peu encourageants pour les applications de notre produit, nous avons cherché à l’associer à de la gutta ordinaire dans la pensée que l’excès d’élasticité et d’adhésivité pourraient être masquées par la plasticité de la gutta de meilleure qualité.
- C’est dans ce but que nous avons préparé deux mélanges dont l’un (A) contenait 1 partie de gutta d’Abyssinie et de partie de gutta commerciale, et l’autre (B) des proportions égales des deux substances ; nous les avons remis au chef de l’imprimerie Berger-Levrault avec prière de nous faire connaître, si, dans ces conditions, le produit nouveau pourrait avoir une application industrielle et servir notamment à prendre des moules de clichés en taille-douce destinés à la confection des galvanos. La solution du problème ne se fit pas longtemps attendre grâce à la bienveillante obligeance avec laquelle M. Berger s’est mis à notre disposition. Les essais ont fourni d’excellents résultats.
- Pour découvrir la cause de la différence si marquée entre ces deux variétés de gutta, nous avons cherché la manière dont elles se comportent en présence de divers agents chimiques. Nos premiers essais se sont naturellement portés sur les dissolvants tels que Y alcool, Y éther, le sulfure de carbone, etc. Or, tandis que l’alcool ne dissout pas la gutta ordinaire, la matière soumise à l’analyse s’y dissout au contraire dans la proportion de 42 pour 100.
- La solution que l’on obtient avec le liquide bouillant est incolore. Elle dépose après refroidissement un produit blanc d’aspect mamelonné mais sans apparence cristalline. Le microscope y révèle, il est vrai, quelques rares aiguilles qui ne peuvent être éliminées par aucun des véhicules que nous employons successivement dans ce but. Nous en concluons donc que la substance en question est amorphe et présente néanmoins quelque tendance à la cristallisation. En la reprenant une seconde et une troisième fois par l’alcool bouillant, on finit par l’obtenir d’un blanc
- de neige. Le composé, de nature résineuse, est fusible à 107°. Chauffé jusqu’à 250°, il se maintient fondu sans la moindre altération, mais à une température plus élevée il brunit et il se décompose. 11 est soluble dans Yalcool ordinaire, Y alcool méthylique, Y acétone, le benzine, le chloroforme, Yéther, Yessence de térébenthine, Yéther de pétrole et le sulfure de carbone. 11 ne se dissout pas dans la potasse bouillante et ne fournit pas de produit de dédoublement par l’action de la potasse en fusion. L’acide nitrique l’attaque très vivement, et donne lien, entre autres, à un corps cristallisé (dont l’étude fera l’objet d’un travail spécial), à de l’acide oxalique, et à de l’acide picrique.
- La composition répond à la formule :
- C«U80 ou Câ#ll5*0*.
- Cette substance peut être considérée comme un produit d’oxydation de Yalbane C!0IIr'202 contenue dans la gutta ordinaire, mais elle eu dil.’ère par ses propriétés chimiques. De plus, elle ne possède aucun des caractères de la Fluavile CÎ0II52Ü qui accompagne Yalbane dans la gutta ordinaire. Ces deux résines dont la première est cristallisée et blanche, l’autre amorphe et translucide, sont associées à la gutta dans les proportions suivantes :
- Gutta 75 à 82 pour 100 Albane 19 à 14 —
- Fluavile 6 à 4 —
- ÏÔü ÏÜÔ"
- tandis que notre gutta de Mimusops ne contient que cette résine blanche non cristallisable dont nous venons de donner l’analyse et qui forme 42 pour 100 du produit brut.
- Le reste, c’est-à-dire 58 pour 100 de matière insoluble dans l’alcool, constitue un corps d’un brun foncé dont l’aspect rappelle celui de la gutta ordinaire, et qui, comme elle, est soluble dans le sulfure de carbone, très peu soluble dans Y éther, et complètement insoluble dans Yalcool ordinaire, Yalcool méthylique et Yacétone. Ce produit Contient 9,80 pour 100 de résidu fixe presque uniquement dù à de la chaux à l’état de sulfate. La composition de la gutta de Mimusopi peut donc être représentée de la manière suivante :
- Gutta = 48,20 Sels fixes = 9,80 Résine amorphe = 42,00 100,00
- Le produit brut ainsi que la gutta purifiée, après élimination préalable de la totalité de la résine, ou mieux encore d’une partie seulement de celte résine, peut être utilisé comme nous venons de le dire. Pour obtenir le composé le plus favorable à la confection des galvanos, nous faisons bouillir la substance brute avec son poids d’alcool à 90°, nous filtrons et nous nous servons du gâteau qui reste pour l’incorporer à de la gutta commerciale à proportions égales.
- — A suivre. — ^
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- LA NATURE.
- L4 SOIE ET LE VER 4 SOIE
- EN CHINE
- Nous avons la satisfaction d’offrir à nos lecteurs, dans ce numéro, la première partie d’un travail sur la soie dù au général Tcheng-ki-Tong, premier secrétaire de l’ambassade chinoise, à Paris. Ce travail forme le résumé d’une conférence qu’il a prononcée à l’Orangerie des Tuileries, à l’occasion de l’Exposition des Insectes utiles et nuisibles et qui a obtenu le plus grand succès1. Ce diplomate a bien voulu visiter avec nous le fond chinois de la Bibliothèque nationale et nous guider dans le choix des documents de nature à compléter par des gravures originales une œuvre dont nos lecteurs apprécieront assurément tout l’intérêt :
- En Chine, lc-poque de l’éclosion des vers à soie coïncide toujours avec les premiers coups de tonnerre du printemps. Au bruit de ses détonations on veille sur les œufs soigneuse-ment préparés jusque-là, et à partir de ce moment on peut compter les éelo-sions j usqu’au
- 1 L’empereur Yu, dit le Grand, monta sur le trône en 2205 avant Jésus-Christ et régna vingt-sept ans.
- Il fonda la seconde dynastie et. compléta l’œuvre civilisatrice de l'empereur lloang-T i, don t i 1 d escen d a i t.
- C’est lui qui partagea chacun des signes du Zodiaque en deux fractions égales ayant chacune 15 degrés. Les agriculteurs suivent, avec la plus grande attention, la manière dont les diverses parties de ce cycle se succèdent, car ils en tirent des pronostics pour les phénomènes météorologiques. Les observations faites à Zi-ka-Wci par le Père De-chevrens ne permettent pas de soutenir sérieusement qu’il y ait aucun fondement dans cette météorologie superstitieuse. La date de l’entrée du soleil, dans chacune de ces vingt-quatre divisions, est indiquée par celle du 1er janvier chinois. Voici, pour l’année 1888, l’ordre des saisons pour ce printemps, en nous aidant île la table publiée par l’évèque Perny, dans son dictionnaire chinois, à la suite de l’article Zodiaque : a 14 février, ouverture du printemps; 29 février, eau de pluie; 15 mars, temps où les vers éclosent ; 31 mars, signe du prin-
- cinquième jour au plus. A cette époque, le tonnerre révèle l’action de cette électricité dont on se sert actuellement en Europe pour bâter l’éclosion au moyen d’une pluie d’étincelles.
- Afin de protéger la culture du mûrier, il est môme interdit, dans certaines contrées, d’élever les polyvoltines, c’est-à-dire les vers qui font plusieurs générations par an. Mais la plupart des chenilles n’ont que trois mues. Ici, je dois faire remarquer que nous désignons les mues par deux périodes : 1° au moment où les chenilles cessent de prendre
- de la nourriture, nous disons qu’elles se couchent; 2° au moment où elles se dépouillent de la carapace, nous disons qu’elles se lèvent. Une autre particularité ; ‘lorsqu’on les étouffe à l’eau chaude, on dit que c'est un bain que prennent les vers.
- Pourquoi, et que signifient ces mots ; se coucher, se lever et se baigner? Je ne sais, mais je suppose que lorsqu’on est chargé de bien les élever, on veut qu’ils aient une conduite régulière et
- temps par excellence; 15 avril, clarté limpide ; 50 avril, pluie abondante. » Il n’est pas sans intérêt de constater que c’était une liaison du même genre entre le cours du soleil et les phénomènes météorologiques que les auteurs du calendrier républicain avaient cherché à réaliser lorsqu’ils ont adopté les noms imaginés par Fabre dTlglantine ; mais ils n’avaient tenu aucun compte du cours de la Lune, dont les phases dominent le calendrier chinois. Cette tentative de prévision du temps est donc une combinaison de la nomenclature républicaine et de théories plus ou moins analogues à celles de Mathieu de la Drôme. Nous laisserons aux sériciculteurs le soin de déterminer jusqu'à quel point on peut admettre qu’il y ait une liaison entre les premiers coups de tonnerre du printemps çt l’éclosion des vers. En tout cas, si cette liaison existe, elle peut s’expliquer d’une façon toute naturelle, parce que l’apparition des premières manifestations de l’électricité naturelle doit être considérée comme une preuve que la température moyenne de l’air a acquis un degré assez élevé.
- Fig. 1. — Ilécolto des feuilles. *
- Sur les arbres grimpés, les garçons du village Font retentir les airs des chansons de leur âge. Chacun des mûriers appartient à quelqu’un,
- Mais à tous du prochain, le respect est commun. Vive dans nos paniers, vole aujourd’hui la feuille ! El zéphyr est moins vif, que la main qui la cueille !
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- de la propretél. La qualité de notre soie et le moyen de sa fabrication sont aussi trop connus pour que j’aie besoin de les énumérer dans ce court entretien; mais je liens à vous signaler une particularité qui, je crois, n’existe que chez nous, et dont la découverte remonte à l’antiquité.
- C’est le son de la soie. Avant que mes compatriotes eussent inventé l’art de travailler la soie et de l’employer à la fabrication des étoffes, ils avaient trouvé le secret de le faire servir à la musique, et d’en tirer les plus doux et les plus tendres sons.
- Du temps meme de l’empereur Fou-Ili (5000 ans av. J.-C.), ils lirent un instrument qui ne consistait qu’en une simple planche
- 1 Le couplet qui accompagne en légende la gravure 2 exprime la même idée que le discours du général Tcheng-ki-Tong. C’est, pour que la soie conserve tout son lustre que l’on sépare soigneusement les vers qui n’ont plus à s’acquitter de fonctions digestives de ceux qui ont encore à satisfaire leur appétit.
- Cette tâche, qui nécessite de l’expérience, est dévolue aux femmes mariées, tandis que la fabrication du fil est considérée comme étant l’apanage des jeunes filles. Il ne faut pas croire que la séparation des fonctions soit aussi absolue que le poète le suppose.
- Le nom de Kang-lli sous lequel l’auteur a régné, veut dire « durable et prospère. » Le poème dont nous avons fait un extrait ligure dans un traité complet d’agriculture que ce prince a lui-même entièrement rédigé; plusieurs des ouvrages dus à son élégant pinceau ont été traduits par les missionnaires du dix-huitième siècle et font partie de la célèbre collection connue sous le nom de Mémoi~ res sur les Chinois. C’est sous son règne et sous ses auspices que fut publiée la dernière édition de l’Encyclopédie chinoise sur les Sciences et les arts. Ainsi le recueil le plus moderne qui existe en Chine date du commencement du xviii0 siècle. On comprend que le besoin d’un Larousse se fasse universellement sentir, et que les ouvrages scientifiques européens aient besoin d’être mis à la disposition des étudiants. La difficulté de traduire des termes créés dans un ordre d’idées auxquelles les Chinois sont tout à fait étrangers est si grande que le Gouvernement a créé des collèges dans lesquels il enseigne
- d’un bois doux, sec et léger, sur laquelle ils avaient tendu plusieurs cordes en fil de soie, qu’ils avaient joint ensemble en les tordant entre les doigts. Peu à peu ils façonnèrent la planche; elle fut courbée en voûte, et on y garda certaines dimensions. Les cordes furent filées avec plus d’art; les fils de soie qui les composaient furent comptés, et l’on en détermina le nombre selon les différentes grosseurs désirées. Ces cordes, pincées légèrement, rendirent ainsi tous les sons, graves, aigus ou moyens, suivant le degré de tension qu’on leur donnait et le nombre des üls
- dont elles étaient composées.
- Tel est, en substance , l’origine de nos premiers instruments de musique Kin et Che, inventés
- les différentes langues européennes. Généralement, les étudiants se décident dans le choix de l’idiome barbare auquel ils se consacrent par la nature de la spécialité qu’ils veulent choisir. Ainsi les futurs ingénieurs adoptent la langue anglaise, et les futurs militaires l’idiome germanique. Le français est considéré comme étant la langue de la philosophie, de l’histoire, des belles-lettres et de l'étude de la nature, mais une fois qu’un jeune Chinois a fait l’effort nécessaire pour acquérir l’intelligence complète d’une langue européenne, il ne se contente pas généralement d’un premier succès, il pousse plus à fond ses études comme on le voit par l’exemple du général Teheng-ki-Tong. L’éducation scientifique indispensable à la jeunesse chinoise, pour la pratique de nos arts est donc le grand véhicule du progrès, dans cette terre classique de l’immobilité.
- On voit, d’après nos vignettes, que les femmes chinoises emploient, pour la préparation du fil de soie, les procédés les plus rudimentaires, mais il ne faut pas oublier que la main-d’œuvre est très bon marché chez les Célestes, et que, par conséquent, ils ont peu de raison pour l’économiser. Les habitants, hommes et femmes, sont très assidus au travail, et iis excellent dans l’art de tirer parti d’instruments tellement grossiers que des Occidentaux auraient de la peine à s’en servir. 11 ne s’agit dans le traité de l’empereur Kang-lli que de la culture du ver à soie domestique et non pas de celle des vers à soie sauvages dont le fil moins précieux quoi-
- Fig. 2. — Séparation du ver qui veut filer.
- Quand l’estomac du ver prend un certain éclat C’est un signe certain qu’il va changer d’état, Que sa bouche bientôt nous donnera sa soie ;
- A préparer son lit, notre épouse s’emploie ; Sur la paille on le pose, afin que rien ne tache Le (il immaculé, que lui-même il attache.
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- LA NATURE.
- tous les deux par le même auteur et à la même date, et qui rendent l’un et l’autre le son propre de la soie1. Général Tchexg-ki-Toxg.
- — A suivre.— ________
- CHRONIQUE
- Un nouveau ver parasite de l'homme. — Une
- intéressante découverte hclmin Biologique a été faite au Japon, il y a deux ou trois ans. Le professeur Baclz, de l’Université de Tokio, constata, dans le foie d’un certain nombre d’indigènes, des vers parasites se rapprochant de la douve si fréquente dans le foie du mouton. Il en fit deux espèces distinctes qui, plus tard, furent réunies en une seule par M. U. Blanchard, sous le nom de Distoma Japonicum. Ce sont des vers ovalaires, longs de 12 millimètres, larges de 2 à 5 millimètres, transparents, munis de deux fortes ventouses. Leur développement n’est pas encore connu. Nous savons que leurs œufs, fort minces, donnent naissance à des embryons allongés, ciliés, qui nagent facilement dans l’eau. Ils doivent probablement parcourir plusieurs états larvaires et affecter tour à tour une vie libre et une vie parasitaire. C’est un mode de développement généralement réalisé chez les Tréinatodes, groupe de vers auquel appartient Je Distoma japonicum. Mais ce qu’il y a de plus curieux, c’est la répartition géographique du parasite. Il est endémique au centre du Japon, dans deux régions bien circonscrites, où il constitue une véritable calamité publique, tant il est abondant. La première région est située dans la province d’Okayama et comprend quelques petits villages, construits sur un sol fangeux, recouvert autrefois par la mer et transformé aujourd’hui en rizières. 20 pour 100 des habitants de cette région sont infectés. A 2 kilomètres de distance de cette localité, le parasite est à peine connu. Il se retrouve dans une seconde localité éloignée de 70 kilomètres de la première. Là le parasite se borne à un petit village d§ 200 habitants, mais il y est excessivement abondant et envahit presque la moitié de la population. Dans le reste du Japon, le Distoma japonicum est très rare chez l’homme ; il a cependant été signalé par Ijima dans le foie des chats à Tokio. Dans les deux localités infectées, les indigènes boivent une eau impure et d’une saleté incroyable. Il est fort possible qu’ils avalent avec l’eau l’hôte intermédiaire — petit crustacé ou mollusque — du Distoma.japonicum.
- Formation de la terre végétale. — M. C. Relier, privat-docent à l’université de Zurich, a fait récemment connaître ses recherches concernant la formation de la terre végétale par l’activité vitale de certains animaux. Ces recherches ont été faites sous les tropiques et surtout dans l’île de Madagascar et sont venues corroborer de la
- que encore fort utile, se prépare d’une tout autre manière. Il ne faut pas croire que l’empereur Kang-lli soit une exception dans un pays où le talent littéraire conduit aux plus hautes fonctions. Les empereurs sont tenus de faire des compositions littéraires, quelques-uns sont cités au nombre des auteurs les plus célèbres de leur pays.
- * Les estampes que nous mettons sous les yeux du lecteur ont été photographiées d’après l’édition du poème de l’empereur Kang-Hi, publiée à Shanghaï; elles démontrent, d’une façon absolue, qre l’orateur a fait une peinture de mœurs agricoles remontant à la plus haute antiquité. Les hommes ne sont employés que pour les travaux qui exigent de la force, comme la culture du mûrier, la cueillette des feuilles, etc. Nous reproduisons au-dessous de chacun de nos dessins un couplet en vers français; c’est la traduction libre des vers chinois qu’on lit au-dessus.
- façon la plus heureuse les découvertes de Darwin, dans ce domaine qui confine à la biologie et à la géologie. Les vers de terre exercent effectivement une action de premier ordre dans la préparation de l’humus, et à Madagascar l’espèce qui joue le rôle principal est un ver colossal, long de 1 mètre, le Geophagus Darwini. Dans la région des côtes ainsi que dans les forets de Mangrone, le rôle des vers de terre dans ce travail est rempli par des crustacés, particulièrement des crabes.
- Culture des vergers en Amérique. — D’après le Bulletin de la Société nationale d'acclimatation de France, il y a aux Etats-Unis deux millions d’hectares de vergers, qui rapportent en moyenne, par an, 1500 millions de francs. Ce sont surtout des vergers énormes. Ainsi, on en citait un dans le comté de Surrey-Yirgi-nie, qui compte 20000 poiriers. Ce verger est la propriété d’une Société financière qui donne annuellement 50 pour 100 du capital engagé. La statistique de 1880 évalue à 112 millions le nombre des pêchers plantés aux Etats-Unis et à 280 millions de francs le revenu qu’ils produisent, soit 2 francs 50 par arbre, tandis que les poiriers et les pommiers ne rapportent que 2 francs 25. Naturellement, les Américains, gens pratiques, se sont mis à cultiver spécialement le pécher. Et il paraît que cette culture leur réussit; dans l’État de New-York, un propriétaire gagne 15000 francs avec A hectares et demi plantés en pêchers. A Starkey, une ferme de 55000 francs rapporte 30000francs; dans l’Uhio, un verger planté de pêchers, payé 55000 francs, rapporte 50000 francs à l’acheteur dès la première année. En 1870, on a expédié de Chicago 126000 paniers de pèches, contenant chacun un quart de bushel. Le busliel équivaut à 36',34. Un verger, dans le Maryland, comprend 50 000 pieds de pêchers et occupe un personnel de 800 personnes au moment de la récolte. Cette ferme expédie, bon an mal an, 130000 caisses de pèches, ce qui représente à peu près 130 millions de fruits. Cette production étonnante de fruits, excède de beaucoup les besoins des Américains, aussi ils en font des conserves. Elles sont envoyées dans tous les pays du monde, dans des boîtes de fer-blanc, et cette branche d’industrie américaine s’accroît de plus en plus.
- Les navires japonais laqués. — Les derniers journaux japonais nous annoncent que le navire à vapeur en bois Fuso-Kan, dont la carène avait été partiellement laquée d’après un procédé inventé par un Japonais, vient d’entrer dans la cale sèche de Yokoska pour y faire laquer complètement ses œuvres vives. Les résultats obtenus, pendant les dix-huit mois d’essai qu’il vient de faire, ont été si satisfaisants que ses armateurs ont voulu appliquer à la carène entière le procédé qui leur a si bien réussi pour la portion de carène sur laquelle il a été employé.
- La production de l*or et de l’argent en 1889.
- — La production de l’or, en 1887, s’est élevée à 502015400 francs, chiffre inférieur à la production moyenne des années précédentes. Depuis 1870, la production dp l’or suhit une diminution marquée. Ce sont les États-Unis qui produisent actuellement la plus grande quantité d’or, 104 millions en 1887. 11 y a quelques années, l’Australie tenait le premier rang parmi les pays aurifères ; elle n’est plus maintenant qu’au second rang avec 155 millions; vient ensuite la Russie avec 106 millions. Il faut, toutefois, s’attendre, dans un avenir rapproché, à d’importants changements dans cette classification des pays aurifères; de nouvelles contrées sont découvertes et exploitées, et les procédés industriels per-
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- mettent, en outre, d’exploiter des gisements aurifères qui ne rémunéraient qu’insuftisamment le travail avec les anciennes méthodes d’extraction Si nous passons maintenant à la production de l’argent, nous remarquons que, au lieu de s’abaisser comme celle de l’or, elle s’accroît d’année en année. Les deux dernières années, en effet, ont fourni chacune plus de 600 millions d’argent au commerce des métaux précieux. Ce sont, principalement, les mines américaines des États-Unis et mexicaines qui tendent à augmenter la production annuelle de l’argent. Les exploitations mexicaines ont fourni à elles seules pour 78 millions en 1887.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 6 août 1888. — Présidence de M. Janssen.
- Azote et terre végétale. — M. Berthelot communique un Mémoire sur la fixation de l’azote par certaines terres végétales et par quelques plantes déterminées. 11 a réalisé de nouvelles expériences dont les résultats lui paraissent indiscutables et pourront clore la polémique engagée sur cette question.
- Téléphonie entre Paris et Marseille. — M. Janssen entretient l’Académie des expériences téléphoniques en-treprises entre Paris et Marseille. Les appareils des deux villes sont reliés par un lil d’aller et un fd de retour. Il n’a pas été possible d’utiliser les fils de la ligne télégraphique ainsi que cela a été fait entre Rouen et le Havre. Déjà, lors de l’établissement des communications téléphoniques entre Paris et Reims, l’emploi des fils de la ligne télégraphique avait donné des résultats moins bons ; enfin ce procédé avait été abandonné lors de la construction de la ligne Paris-le-Havre. Le cuivre a été préféré au fer, comme matière conductrice. Le bronze silicié (à raison de 2 pour 100 de silicium) a été définitivement choisi. Le diamètre du fil de la ligne Paris-le Havre est de 0m,002 ; pour Paris-Marseille, la résistance électrique augmentant avec la longueur, le diamètre a été porté à 0“,0035. L’établissement de la ligne a coûté 000 000 francs. M. Janssen pense que l’on pourrait sans difficulté relier des points dont la distance serait double. Une ingénieuse disposition permet d’utiliser le fil téléphonique pour la transmission des dépêches. On a réussi à éteindre tout à fait le bruit causé par l’ouverture et la fermeture du courant dans les appareils de manipulation et de réception. L’audition de ces bruits constituait un obstacle absolu à la perception de la parole.
- Les trombes. — M. Fave adresse une rectification à une citation faite par M. Mascart dans une précédente communication ; il rétablit le texte de Maury qui forme l’objet de la contestation en complétant la pensée de l’auteur par d’autres citations prises dans l’ouvrage. M. Faye constate l’évolution qui se produit en Allemagne et en Angleterre, en faveur de sa théorie des cyclones.
- La forme des terrains. — M. le colonel de la Noë, chef de section au service géographique de l’armée, présente un ouvrage sur la forme des terrains. L’auteur attribue en grande partie la configuration actuelle du terrain aux ravages de la pluie ; il a réalisé des expériences qui ont reproduit les formes de la nature. Cet ouvrage emprunte un véritable caractère d’actualité aux efforts que l’on tente en ce moment pour améliorer l’embouchure de nos fleuves; il ne comporte pas moins de 250 pages de texte et 150 figures.
- Varia. — M. Fouqué résume dans une brochure l'his-
- torique des théories anciennes et modernes des tremblements de terre. — M. Poincarré recherche les mouvements de l’atmosphère dus à l’attraction de la lune.
- Stanislas Meunier.
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- LÀ SCIENCE PRATIQUE
- Equerre à tracer les parallèles. — Cet appareil (fîg. 1), imaginé par M. Elie Reuille, permet de tracer les parallèles et les rayons dans tous les écartements et dans toutes les formes. 11 se compose de deux parties distinctes, la règle et l’équerre. La règle supporte une tige filetée et un écrou B. Cette tige est maintenue à ses extrémités par deux supports comme C, fixés à la règle et élevés de manière que le molletage de l’écrou B touche presque la règle. Sur l’équerre est fixé un taquet A. La règle et l’équerre étant réunies (fig. 1), si l’on fait glisser la règle contre l’équerre, la distance qui existe entre le taquet A et la portée fixe C déterminera un écartement, lorsque l’équerre reprendra sa position. Ces deux mouvements alternatifs donnent les hachures régulières. Les différents écartements s’obtiennent en jjiontant ou en descendant l’écrou sur la tige filetée; le pas de vis étant de 1 millimètre, on peut donc prendre facilement toutes les distances.
- La règle et l’équerre doivent toujours glisser l’une contre l’autre et dans le même sens. Pour plus de facilité, un caoutchouc réunit ces deux parties en passant par le point C, par un des boutons du taquet A et par deux autres boutons placés sur la règle et l’équerre. La main gauche peut faire fonctionner l’appareil, la droite reste libre pour tracer.
- A cet effet, on place le doigt annulaire sur le bouton de la règle, l’index sur celui de l’équerre, et le pouce sur le bouton du taquet ; avec ces deux derniers doigts on maintient l’équerre dans sa position, et avec l’annulaire on fait descendre la règle toujours contre l’équerre jusqu’à la butée de l’écrou contre le taquet. On maintient à son tour la règle et en soulevant les doigts de l’équerre, elle reprend sa place ramenée par le caoutchouc, et ainsi de suite.
- Pour tracer les ondulations, on fixe sous l’équerre, au moyen de pains à cacheter, une bande de papier assez fort I), découpée suivant le dessin que l’on désire reproduire, et l’on suit avec le tire-ligne ou le crayon les contours découpés; de cette façon, on obtient des ondulations bien parallèles comme E. Pour tracer les rayons droits ou ondulés, on fait un trou à l’extrémité de la bande de papier D pour y placer une épingle, l’appareil est obligé de tourner, et les lignes droites ou ondulées convergent à ce point de centre comme on le voit en F.
- Ellipsograplie. — L’ellipsographe, du même inventeur (fig. 2), est composé d’une règle ayant une rainure longitudinale et de deux pivots-vis. Ces deux pivots-vis coulissent le long de cette entaille et se maintiennent une fois placés par le serrage de la vis. A l’extrémité de la rainure est fixé un crayon ou tire ligne. Pour tracer une ellipse, on porte le crayon au
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- centre de son ellipse, et l’on conduit le pivot-vis opposé au crayon au point le plus éloigne de l’ellipse ; ensuite on fixe le deuxième pivot-vis au point le plus rapproché. Ces distances étant prises, on place une équerre de façon que l’angle soit sur le centre et que les deux côtés de l’équerre correspondent, l’un à un point le plus éloigné, et l’autre à un point le plus
- rapproché du centre; dans cette position, placer les pivots-vis, l’un à l’angle de l’équerre, et l’autre contre un de ses côtés, et faire pivoter l’ellipsographe de façon à ce que les deux pivots-vis suivent bien les deux côtés de l’équerre. Exemple (fig. 2) : a près quatre déplacements de l’équerre, l’ellipse se trouve terminée avec une grande régularité.
- Fig. 1. — Equerre à tracer les parallèles et les rayons. — Fig. 2. — Ellipsographe.
- Le centimètre conformateur. — Oïl a donné à la mesure de longueur, au mètre, bien des formes diverses; on l’a construit avec des matières de toutes sortes; les unes sont souples et s’enroulent, les autres sont rigides et se replient par moitié,par dixièmes,etc.
- On pouvait croire qu’on avait épuisé la série des différentes variétés sous lesquelles il peut être employé le plus commodément dans tous les cas.
- Nous avons cependant remarqué dans une exposition récente une nouvelle disposition imaginée par M. Lhéon, qui nous paraît mériter de fixer l’attention. Le centimètre conformateur, tel est le nom donné par l’inventeur, est destiné à réunir, à résumer, pour ainsi dire, les autres dispositions adoptées jusqu’à présent. Il est monté de telle manière qu’il se prête à une foule de transformations. C’est le celluloïd qui est employé pour sa fabrication, mais on pourrait aussi bien le construire en métal, os, ivoire, corne, etc... On voit sur notre
- gravure (fig. 3) que chaque centimètre est indépendant; il est réuni, à frottement dur, au centimètre suivant au moyen d’un œillet en cuivre, ce qui permet de leur faire prendre entre eux un angle
- quelconque. L’ensemble du mètre peut par conséquent être plié et replié sur lui-même et garder la position qu’on désire ; il peut épouser toutes les courbes, toutes les sinuosités des objets à mesurer, ce qui offre le double avantage de pouvoir l’utiliser comme gabarit pour reproduire ensuite ces courbes, et de mesurer en même temps leur développement. On peut également l’utiliser pour tracer des circonférences en plaçant une épingle dans Un œillet et la pointe d’un crayon dans un autre. Cet instrument sera employé avec avantage par tous les corps de métier. G. M.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Fig. 5. — Le mètre conformateur. — Fraction de 10 centimètres.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 794. — 18 AOUT 1888.
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- GENERATEUR DE VAPEUR A PRODUCTION INSTANTANEE
- DE MM. SERPOLLET FRÈRES
- L' explosibilité d’un générateur de vapeur peut se mesurer par le rapport de sa capacité totale à sa puissance de vaporisation. Les anciens générateurs de vapeur, et certains générateurs actuels, sont encore établis dans des conditions telles qu’ils renferment quinze à vingt fois plus d’eau que celle qu’ils peuvent vaporiser en une heure. On obtient ainsi un grand volant de chaleur assurant une pression uniforme, mais l’appareil de vaporisation est coûteux, lourd, encombrant, long à mettre en pression, et ne convient que pour des installations fixes marchant sans arrêt pendant de longues périodes de temps. De plus, cette réserve énorme d’eau chaude sous pression constitue une menace de danger permanente qui fait de l’explosion d’une chaudière à houilleurs un véritable désastre.
- Pour satisfaire aux exigences nouvelles créées par la navigation, la locomotion, les petites forces motrices et les applications qui demandent de la vapeur par intermittences, il a fallu modifier le type des chaudières à vapeur, augmenter la surface de chauffe, diminuer la réserve d’eau, et arriver peu à peu aux appareils dits inexplosibles, dont la chaudière Belleville constitue l’un des prototypes les plus caractéristiques.
- En exagérant encore hors de toute proportion 16® année. — 2® semestre.
- l’inexplosibilité, MM. Serpollet frères sont parvenus à réaliser un type de chaudière absolument inexplosible, et cette propriété résulte de ce fait que la chaudière ayant une capacité sensiblement nulle, l’explosibilité devient elle-même nulle, puisque le rapport de la capacité à la puissance de vaporisation devient lui-même nul.
- Ce résultat est obtenu d’une façon très simple par MM. Serpollet, en prenant un tube d’acier cylindrique d’un diamètre convenable et d’une épaisseur suffisante. Ce tube est laminé à chaud à une température inférieure à celle de la soudure du métal, la dernière passe au laminoir étant donnée à froid. On obtient ainsi un tube aplati laissant à l’intérieur un vide qui apparaît, lorsqu’on fait une section transversale dans le tube (fîg. 1, n°2) comme une ligne noire de l’épaisseur d’un cheveu et dont la grandeur varie, par estimation, entre 0,1 et 0,3 millimètre. Cet élément est ensuite roulé en spirale, ou laissé droit, suivant l’application en vue, et disposé dans une chaudière appropriée (fig.l,n°l); on adapte un raccord à chaque extrémité, l’un destiné à faire arriver l'eau qui doit être vaporisée, l’autre, à l’autre extrémité, par où s’échappe la vapeur.
- Dans ces conditions, le tube étant porté à une haute température dans un foyer approprié, l’eau injectée par
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- Fig. 1.— Chaudière à vaporisation instantanée de MM. Serpollet.
- 1. Vue d’ensemble de la chaudière (dispositif expérimental).— 2. Coupe transversale de la chaudière, en grandeur naturelle. Le trait AB indique, à une échelle un peu exagérée, la coupe transversale de la capacité intérieure de la chaudière.
- Fig. 2. — Vélocipède à vapeur actionné par une chaudière Serpollet.
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- une pompe d’alimentation à une extrémité', se résout instantanément en vapeur dans le tube, et s’échappe par l’autre extrémité, à une pression et à un état de sécheresse dépendant des conditions dans lesquelles fonctionne l’appareil. L’idée ingénieuse, véritablement originale et nouvelle, réside tout entière dans cette heureuse disposition du tube aplati réalisant une véritable chaudière capillaire dans laquelle l’état sphéroïdal ne saurait se produire, à cause de l’écrasement de l’eau entre les parois du tube, écrasement qui s’oppose d’une façon absolue à la formation de gouttelettes. 11 n’y a plus alors ni réserve d’cau*chaude, ni tube de niveau d’eau, ni soupape de sûreté, ni aucun des nombreux appareils accessoires, qui compliquent toutes les chaudières et en augmentent considérablement le prix.
- 11 n’y a aucun robinet interposé entre la sortie de la chaudière et le moteur que la vapèur doit actionner. L’arrêt se fait tout simplement en supprimant
- l’arrivée de l’eau, c’est-à-dire en vida nt la chaudière !
- La régularité de production est assurée par le volant de chaleur constitué par le tube de fer dont l’épaisseur a été choisie intentionnellement très grande. C’est ce volant de chaleur qui remplace le volant d’eau chaude des chaudières à bouilleurs.
- Il est facile maintenant de concevoir, au point de vue général, l’ensemble du système constitué par une chaudière et son moteur.
- Ce moteur actionne une petite pompe à course variable qui envoie l’eau dans la chaudière au fur et à mesure de la dépense. La mise en marche se fait à l’aide d’une pompe spéciale actionnée à la main.
- Si la vitesse du moteur tend à s’accroître, un régulateur à force centrifuge disposé sur le moteur, réduit la course de la pompe ainsi que la quantité d’eau injectée, ce qui diminue la production de vapeur et réduit, par suite, la vitesse. L’inverse se produit si la vitesse tend à diminuer. Pour arrêter,
- A. Générateur
- 8. Introduction de l'eau — C.Sortie de vapeur.
- B. Introduction de l'eau___C. Prise de vapeur
- A . Générateur C.Sortie de vapeur
- Fig. 3. — Ensemble de la chaudière Serpollet. — 1. Vue extérieure. — 2. Coupe verticale. — 3. Coupe horizontale à hauteur du tube.
- il suffit de détourner l’eau fournie par la pompe, à l’aide d’un robinet à trois voies, et de faire faire retour à cette eau à la bâche d’alimentation. La chaudière se vide en moins d’une seconde et le moteur s’arrête faute de vapeur pour l’actionner.
- Tout cela est d’une merveilleuse simplicité et fait l’étonnement et l’admiration des visiteurs, même les plus sceptiques.
- Le tube de la chaudière dite de 1 cheval, pèse 33 kilogrammes. 11 est constitué par un tube de fer de 2 mètres de longueur et de 10,5 centimètres de hauteur une fois aplati, ce qui donne une surface de chauffe de 48 décimètres carrés et une puissance de vaporisation de 20 kilogrammes de vapeur d’eau par heure. La consommation de charbon ne dépasse pas 4 kilogrammes par heure, ce qui est relativement peu pour une chaudière d’aussi faible puissance.
- La figure 2 représente le premier modèle de tricycle construit par MM. Serpollet, comme application locomobile de leur chaudière. Nous avons vu fonc-
- tionner cet appareil et nous allons donner ici quelques renseignements précis à son sujet
- Le poids total de l’appareil en charge est de 185 kilogrammes et 250 kilogrammes avec le voyageur. La chaudière est disposée à l’arrière, le moteur, sous le siège qui renferme lui-même la provision d’eau et de charbon. Dans ce moteur, la pompe d’alimentation est à course constante, mais le levier de direction peut, en tournant sur son axe, agir sur un robinet à trois voies, diviser l’eau pompée en deux parties, l’une qui fait retour au réservoir d’eau, l’autre qui est envoyée à la chaudière.
- En faisant varier la position de ce robinet, on modifie ainsi la puissance de la machine et on règle la vitesse.
- L’arrêt s’obtient sur un parcours de moins de 2 mètres, grâce à l’action combinée d’un frein et à la suppression complète d’arrivée d’eau dans la chaudière. La mise en marche s’effectue à l’aide d’une petite pompe à main spéciale que le conducteur du
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- tricycle manœuvre un instant de la main gauche, au moment même de cette mise en marche.
- Dans des expériences faites le 25 juillet devant les membres de la Société des ingénieurs civils, le tricycle a traversé les rues de Girardon et de Norvins, à Montmartre, rues dans lesquelles les rampes atteignent 15 centimètres par mètre, avec une vitesse de 5 mètres par seconde.
- La figure 5 représente les dispositions du premier modèle de chaudière fixe, les légendes suffisent à faire comprendre les dispositions principales de ces générateurs dont on peut modifier les formes à volonté suivant les applications en vue.
- MM. Serpollet étudient des dispositions spéciales pour l’application à un quadricycle, à un torpilleur, à un poêle, à une locomotive et à une chaudière fixe de dix chevaux avec éléments rectilignes.
- L’inexplosibilité de leur chaudière a été mise en évidence dans une expérience faite devant MM. les ingénieurs des mines, dans laquelle un manomètre, gradué jusqu’à une pression de 200 kilogrammes par centimètre carré, a été forcé bien au delà des limites de sa graduation ; et dont l’aiguille, venant buter contre l’intérieur de la boîte, a été tordue par ce déplacement. La chaudière avait ainsi atteint une pression qu’il est impossible de fixer, sans avoir subi aucune avarie.
- Les incrustations de cette chaudière ne sont pas à craindre, car, grâce à la grande vitesse de la vapeur qui circule dans le tube, les matières en dissolution dans l’eau sont pulvérisées et entraînées mécaniquement hors du générateur et viennent, au contraire, lubrifier et polir les organes du moteur.
- L’invention de MM. Serpollet est encore trop nouvelle pour qu’on en puisse prévoir toutes les applications, mais leur appareil constitue dès à présent le générateur tout indiqué pour la production des petites forces motrices, en attendant que des études nouvelles rendent le système économiquement applicable aux appareils de grande puissance.
- L’application la plus directe et la plus immédiate nous semble être celle de l’éclairage électrique des restaurants, à l’aide d’un élément à vaporisation instantanée disposé dans les fourneaux qui, par destination, doivent rester allumés toute la journée, et pourront ainsi fournir par surcroît la force motrice nécessaire à la mise en marche d’une petite dynamo chargeant des accumulateurs.
- En attendant que nous ayons à décrire une installation réalisant cette application intéressante parmi tant d’autres, nous ne saurions trop féliciter MM. Serpollet dont l’invention remarquable ouvre un champ d’exploitation nouveau aux applications de la vapeur1. E. Hospitalier.
- 1 Le générateur de vapeur instantanée de MM. Serpollet a été présenté à la Société des Ingéuieurs civils dans la séance du 20 juillet. Cette commenication a vivement excité 1 étonnement des assistants et a valu aux inventeurs les plus chaleureuses félicitations.
- LA CRYPTOGRAPHIE DE SÛRETÉ
- DE M. SCHLUMBERGER
- M. Schlumberger a imaginé une série de procédés destinés à rendre impossible la contrefaçon des actions, obligations, chèques, et à permettre de vérifier instantanément si un titre est authentique. Nous allons donner une analyse des principales méthodes préconisées.
- On sait que la cryptographie de sûreté consiste à cacher sous le fond des titres ou dans l’impression même des fonds de garantie des valeurs fiduciaires, des produits chimiques, dont le contact avec les réactifs généralement employés pour décolorer l’encre ou enlever les chiffres et les oblitérations, laisse apparaître des taches indélébiles, des signes, des mots ou des chiffres qui sont invisibles et qui déroutent le fraudeur.
- Comme les réactions chimiques de ce genre sont nombreuses, on comprend que, par la nature des composés chimiques employés, la réaction qui doit apparaître au moment de la fraude pourra varier au gré des intéressés. Le signe révélateur pourra être placé de diverses façons, avoir différentes formes.
- Voici quelques exemples du système de M. Schlumberger, empruntés à un rapport présenté à la Société industrielle du Nord.
- 1° Faire un fond guilloché avec un sel de manganèse.
- Le fraudeur, en voulant faire disparaître d’un chèque, par exemple, la partie écrite, par le chlore, le chlorure de chaux ou l’ammoniaque, pour y substituer une autre valeur, verra apparaître un guilloché brun indélébile, et, s’il existe quelque réserve, à un endroit connu, un signe apparaîtra en blanc. Il sera donc toujours facile du même coup de constater que le titre ou le chèque sont vrais ou faux.
- 2° Coucher le papier avec des composés insolubles donnant des réactions semblables.
- 5° Introduire dans l’encre noire ou colorée des substances qui donneront des colorations variées avec divers réactifs.
- L’encre bleue, ou bleu de cobalt, par exemple, est mélangée à un sel de manganèse. Elle deviendra brune par le chlore ou les hypochlorites. L’encre noire mêlée d’ali-zarine donnera une tache rouge persistante sous l’influence des alcalis.
- 4° Placer, à des endroits déterminés à l’avance, une substance incolore, donnant lieu à une coloration intense, mais fugace, qui permettra de vérifier immédiatement, et sans laisser de trace, l’authenticité d’un titre. La phta-léine et l’ammoniaque par exemple, peuvent être utilisées dans ce cas.
- 5° Il s’agit ici d’un perfectionnement important apporté depuis quelques mois et consistant à introduire plusieurs substances chimiques dans la couleur servant à faire l’impression, sans action possible les unes sur les autres, soit à cause de leur insolubilité, soit à cause de leur mélange à l’encre d’impression, mais donnant des réactions diverses suivant les réactifs employés par le fraudeur : chlore, chlorure de chaux, acides organiques ou minéraux, alcalis fixes ou mobiles.
- Nous ajouterons, en terminant ce résumé, que M. Schlumberger a eu l’idée d’appliquer, pour l’impression des titres, un système de gaufrage qui rend plus difficile que par le passé le grattage. — On comprend tout l'intérêt de ces procédées dans la pratique financière.
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- LES AÉROSTATS MILITAIRES
- L’organisation des ballons captifs de l’armée, dont nous avons entretenu nos lecteurs à plusieurs reprises1, fonctionne actuellement dans les meilleures conditions, et nos officiers du génie, chargés de cet important service, sont devenus, par la pratique, des aéronautes experts.
- L’une de nos stations de ballons captifs les plus importantes a son siège à Grenoble; on ne sera donc pas étonné que l’aérostation ait eu sa place dans les fêtes auxquelles a donné lieu le récent voyage du Président de la République en Dauphiné. « Parmi les troupes qui formaient la haie sur son passage a Grenoble, se trouvait la compagnie d’aérostiers.
- Elle avait tenu à figurer avec armes et bagages, et de même que l’on disait autrefois : enseignes déployées, on dira pour les aérostiers: ballon au vent.
- L’aérostat était maintenu à une centaine de mètres au-dessus du sol, sa corde attachée au treuil à vapeur sous pression et attelé.
- Tout à côté, se trouvaient la voiture - générateur d’hydrogène — d’un aspect tout à fait original avec ses beaux récipients en cuivre rouge étincelant, — et les autres voitures qui complètent le parc d’aérostats.
- On avait pavoisé le ballon. C’était un essai un peu timide et maigre, peut-être par raison d’économie ; mais
- 1 Yoy. n° 710, du 8 janvier 1887, p. 87.
- le procédé consistant a suspendre des flammes tricolores autour de la région équatoriale semble bon et donnera un effet satisfaisant lorsque ces flammes auront des dimensions proportionnées à la vaste machine qu’ils accompagnent. » Notre première gravure représente, d’après une bonne photographie de M. Duc jeune, à Grenoble, le ballon, au moment où il est ramené à terre et où les aérostiers ont saisi les cordes de manœuvre attachées au trapèze (fig. 1).
- Le jour même de l’arrivée présidentielle, un ballon de Y Union aéronautique, cubant 700 mètres, est parti des bords de l’Isère enlevant deux aéronautes. La descente s’est opérée très heureusement au village d’Echirolles, tout près de Grenoble ; mais il était difficile d’aller plus loin sans s’engager dans les montagnes, et la perspective est peu riante d’aller se heurter, avec une force ascensionnelle disponible insuffisante, contre un mur de 2000 mètres d’altitude. C’est ce qui rendra toujours le Dauphiné peu propre aux ascensions libres.
- Lors du passage de M.Carnot à Grenoble, la Compagnie des aérostiers a été photographiée avec son matériel, par plusieurs opérateurs et nous reprodui-sons ci-contre une autre intéressante épreuve qui a été exécutée par M. Rostaing-Biecliy(fig. 2). La première photographie représentait le ballon militaire, au moment où il était ramené à terre après sa première ascension, la seconde le montre retenu au sol au moyen de ses cordes d’équateur.
- Fig. 1. — Aérostat captif militaire, à Grenoble. (D’après une photographie de M. Duc jeune.)
- Fig. 2. — Le même, amarré à terre. (D’après une photographie de M. Rostaing-Bieeliy.)
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- Notre figure 3 donne la reproduction d’une haute curiosité que nous offrons encore à nos lecteurs. C’est le fac-similé d’une photographie faite dans le ballon captif. Elle montre, vu d’en haut, le cortège présidentiel. Les savants, les artistes et les amateurs de photographie qui veulent bien nous lire, apprécieront à leur valeur ce document remarquable, bien fait pour mettre en évidence les ressources de l’aérosta-tion et de la photographie.—Non seulement les ballons sont utilisés par nos armées de terre, mais on s’efforce de les faire concourir au service des armées de mer.
- Le problème ici nous paraît plus difficile à résoudre, en raison de l’intensité du vent au bord de la mer. Toutefois, l’un de nos officiers de marine les plus distingués, M. A.
- Serpette, lieutenant de vaisseau, a exécuté récemment de très remarquables expériences;! Toulon, à bord de Y Implacable, au moyen d’un ballon de soie minuscule de 200 mètres cubes gonflé à l’hydrogène pur. Ces expériences, nous devons l’ajouter, ont été favorisées par un temps très calme. M. A. Serpette, qui avait bien voulu nous communiquer ses projets il y a un an, et nous faire l’honneur de nous demander quelques avis, nous adresse la lettre suivante :
- Monsieur,
- Vous souvient-il qu’il y a exactement un an, je vous écrivais pour vous demander votre avis sur l’utilisation possible des ballons captifs à bord des bâtiments de guerre? La réponse très bienveillante que vous m’avez faite m’indiquait le principal écueil que je devais rencon-
- Fig. ô, —Entrée à Grenoble de M. Carnot, Président de la République. Juillet 1888. (Fac-similé d’une photographie instantanée laite en ballon captif par la i* Compagnie d'aérostiers.
- trer dans la réalisation de mon idée : le peu de résistance qu’offrirait au vent le ballon minimum que je rêvais. Fort ébranlé par cette objection, j’avais tout d’abord abandonné mon projet, mais au mois de janvier dernier je fus mis à même de reprendre la question et de me convaincre qu’un ballon de dimensions restreintes pourrait fonctionner pratiquement jusqu’à des vents de 8 mètres à la seconde. La nature des services que nous pourrons attendre en temps de guerre d’une ascension même
- de peu de durée, favorisée au besoin par la mobilité du bâtiment qui porte le ballon, et la fréquence encore assez grande des circonstances favorables, me conduisirent à poursuivre mon idée. Je fus envoyé à l’établissement d’aérostation militaire de Chalais et nous avons pu faire dernièrement à Toulon des expériences concluantes qui aboutiront sans aucun doute à l’adoption d’un matériel d’aérostation pour le service de la flotte. Tout ce qui précède n’a d’autre but que de vous rappeler notre échange de correspondances du 10 au 20 août 1887 ; dans une lettre du 20 août je vous disais : « Si j’étais plus entêté, plus au courant de ce problème du cerf-volant méprisé des savants, mais pouvant donner lieu aux réflexions les plus profondes, si surtout j’avais à ma disposition les moyens d'expérience qui me manquent, peut-être
- chercherais-je à utiliser la composante verticale du vent sur une surface inclinée et accouplant un cerf-volant à un aérostat captif, à obtenir le relèvement du ballon par le vent lui-même. » Or, je lis dans le Temps du 28 juillet, qu’en Angleterre, M. Archibald Douglas vient de faire une application expérimentale de la même idée et a obtenu des résultats très satisfaisants. Ayant de mon côté l’intention bien arrêtée d’entreprendre des essais de même nature et désireux d’éviter l’accusation de plagiat, je vous serais très reconnaissant de vouloir bien insérer cette
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- LA NATURE.
- lettre dans La Nature, pour qu’il demeure entendu que mes recherches partent d’une idée toute personnelle et antérieure aux essais de M. Archibald Douglas.
- Veuillez agréer, etc. A. Serpette,
- Lieutenant de vaisseau, Aide de camj> du Contre-Amiral, à bord de la Dévastation. Escadre de la Méditerranée.
- A bord de la Dévastation. — En mer.
- Côtes de Tunisie, 2 août 1888.
- Nous nous faisons un plaisir dp publier la lettre que nous adresse M. Serpette et de confirmer les affirmations qu’elle contient. Nous nous permettrons de féliciter notre correspondant de ses louables efforts, non sans continuer toutefois à ne pas lui dissimuler les difficultés de l’aérostation maritime.
- Gaston Tissandier.
- LÀ SACCHARINE
- La saccharine, que l’on a appelée à juste titre le sucre de houille, puisqu’elle dérive de produits extraits du goudron de houille1, a été récemment l’objet d’un rapport adressé au Préfet de police au nom du Conseil d'hygiène et de salubrité, par M. Dujardin-Beaumetz. Nous publierons quelques extraits de ce rapport qui compléteront utilement les notices publiées dans La Nature:
- Dans la séance du 25 mai dernier, vous avez communiqué au Conseil d’hygiène et de salubrité une note de M. Charles Girard, chef du laboratoire municipal, vous signalant la présence de la saccharine dans certains produits alimentaires présentés à l’analyse de ce laboratoire. M. Girard vous priait de soumettre au Conseil d’hygiène la question de savoir si la saccharine pouvait être introduite dans l’alimentation sans danger pour la santé publique.
- Une Commission, composée de MM. Peligot, Gautier, Jungfleisch, Proust, Riche et Dujardin-Beaumetz, a été chargée de répondre à la question que vous avez bien voulu poser au Conseil d’hygiène, et c’est comme rapporteur de cette Commission que je viens aujourd’hui vous rendre compte de ses délibérations....
- Cette substance, qui n'est pas un sucre, possède toutefois un pouvoir sucrant énorme : 280 fois plus considérable que celui du sucre ordinaire, 3 centigrammes remplaçant les 4 grammes de sucre nécessaires pour édulcorer un verre d’eau. On comprend facilement qu’on ait voulu utiliser cette propriété au point de vue industriel et, en particulier, pour augmenter le pouvoir édulcorant des glucoses. La saccharine ne donne que l’illusion du sucre, car elle est éliminée en nature et en totalité par les urines et les matières fécales, sans subir aucune modification dans l’organisme. C’est ce qui l’a fait utiliser, en thérapeutique, dans le régime des diabétiques.
- Au point de vue toxique, les expériences faites sur les animaux ont montré que l’on pouvait leur administrer sans inconvénient des doses massives de cette substance. C’est ainsi qu’on peut donner, comme je l’ai fait moi-même, à des lapins et à des chiens, jusqu’à 2 grammes et même 6 grammes de saccharine par jour, sans produire de phénomènes toxiques.
- 1 Voy. n* 757, du 3 décembre 1887, p. 1.
- Ces expériences n’ont pas la portée qu’on a voulu leur attribuer; pour un aliment d’un usage journalier et aussi répandu que le sucre, le point important est de savoir si de petites doses, administrées pendant longtemps chez l’homme, peuvent produire des troubles dans son économie.
- Sur ce point particulier, la réponse paraît être affirmative, et les faits signalés par le docteur Worms, dans la communication qu’il a faite à l’Académie de médecine, le 10 avril dernier, en sont une preuve péremptoire. Chez quatre personnes auxquelles il avait administré la saccharine à la faible dose de 10 centigrammes par jour, il a constaté sur trois d’entre elles, au bout d’une quinzaine de jours, des douleurs d’estomac et des troubles de la digestion tels qu’on a dù cesser l’administration de cette substance. Ces désordres reparaissaient, d’ailleurs, chaque fois que l’on voulait reprendre chez ces personnes l’usage de la saccharine....
- Ces faits ne sont pas isolés, et le plus grand nombre des observateurs désintéressés qui ont expérimenté la saccharine en ont trouvé de semblables. 11 paraît donc acquis que, si chez certaines personnes l’usage de la saceharine peut être prolongé à petites doses pendant longtemps, d’autres, au contraire, en nombre presque égal, en éprouvent de sérieux inconvénients...
- Convaincue que la saccharine ne servirait qu’à augmenter les falsifications déjà si nombreuses des denrées alimentaires, falsifications que votre administration poursuit à si juste titre et avec tant de succès, la Commission est d’avis que l’on doit repousser la saccharine de l’alimentation générale comme pouvant avoir des dangers pour la santé publique.
- Nous nous bornons à reproduire les conclusions du Rapport, non sans faire remarquer que la saccharine n’en offre pas moins, au point de vue chimique et thérapeutique, un intérêt incontestable.
- SILEX TAILLÉS
- RECUEILLIS PAR M. F. MOREAU EN TUNISIE
- [1 y a trente ans, on remarquait à peine les silex intentionnellement travaillés; aujourd’hui, ils se rencontrent innombrables, sous les formes les plus diverses dans toutes les régions du globe où les recherches ont été possibles, et grâce à eux nous parvenons à reconstituer tout un vieux passé de l’humanité. De là leur importance pour les anthropologistes et pour les archéologues. L’homme, si sauvage qu’on puisse le supposer, avait vite compris l’utilité pour l’attaque comme pour la défense des pierres qui gisaient à ses pieds. Il avait su les appointer, leur donner les formes les mieux appropriées à ses besoins. Partout ces silex, tantôt éclatés au feu ou grossièrement ébauchés, tantôt polis par un travail persévérant, présentent une analogie qui frappe 1 observateur le plus superficiel. « On les trouve, s’écrie un savant américain, sous les tumuli de la Sibérie, dans les tombes de l’Egypte, sur le sol de la Grèce, sous les rudes monuments de la Scandinavie; mais, qu’ils viennent de l’Europe ou de l’Asie, de l’Afrique I ou de l’Amérique, ils sont tellement .identiques
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- comme forme, comme matière, comme travail, qu’on pourrait facilement les prendre pour l’œuvre des mêmes ouvriers. »
- Cette similitude permet-elle de supposer d’anciens rapports dont nous ne parvenons pas à bien saisir les traces, ou l’homme a-t-il simplement obéi à des instincts innés chez lui, comme les animaux le font chaque jour sous nos yeux? La première solution me paraît la plus vraisemblable; mais il faut ajouter que c’est la une des nombreuses questions qu’il est facile de poser, mais que nos connaissances actuelles ne permettent guère de résoudre avec la déduction rigoureuse aujourd’hui nécessaire. Aussi suivons-nous avec un vif intérêt les découvertes nouvelles; toutes sont destinées à faciliter l’examen du grand problème qui a occupé les philosophes du
- passé, comme il occupera sans doute encore les philosophes de l’avenir.
- M. Frédéric Moreau1, au cours d’un récent voyage en Tunisie, a parcouru un pays peu connu entre Gafsa et Tamerza. Le l)r Collignon, dont on sait les belles recherches sur le passé préhistorique de la région, n’avait pu le visiter. Il est habité par une population clairsemée, vivant sous la tente ou sous des gourbis construits en branchages et se déplaçant au gré des saisons. 11 n’en était pas ainsi autrefois. M. Moreau a constaté sur bien des points de véritables ateliers; les matériaux bruts, les éclats, les nuclei, les pièces ébauchées ou terminées gisent, pêle-mêle sur le sol dans l’état où ils se trouvaient au jour, où l’ouvrier, sous l’empire de circonstances que nous ignorons, avait dù s’éloigner pour toujours.
- Fig. 1 à a. — Silex taillés de Tunisie, — Fig. 1. Pointe de javelot trouvé à Tamerza. — Fig. 2. Pointe de lance pédonculée des gorges de l’Oued-Seldja. — Fig. 3. Lame épaisse et massive recueillie à Bir-Sahad. — Fig. 4. Fragment d’une pointe de lance découverte à Bir-Saliad. — Fig. 5. Racloir provenant de Bir-Sahad.
- Le climat en ces temps était probablement plus hospitalier que de nos jours. Les débris d’arbres fossilisés, les restes de forêts plus récentes attestent que ces régions aujourd’hui si désolées étaient autrefois ' boisées; la disparition des arbres a amené celle de l’eau et a transformé en sables arides des pays fertiles.
- Les silex taillés rapportés par M. Moreau doivent dater de cette période à laquele il n’est permis d’assigner aucune date certaine. Je signalerai parmi eux une pointe de javelot provenant de Tamerza (fig. 1), une pointe de lance pédonculée trouvée dans le lit d’un ruisseau au plus profond des gorges de l’Oued-Seldja (fig. 2), une lame massive recueillie à Bir-Sahad (fig. 5), un fragment d’une belle pointe soigneusement retouchée sur ses deux faces, découvert à deux kilomètres de Bir-Sahad (fig. 4). C’est, de
- toutes les pièces qu’il a recueillies, celle que M. Moreau juge la plus remarquable comme travail. L’atelier de Bir-Sahad lui a également fourni plusieurs autres silex (fig. 5). Tous, autant que l’on peut en juger sur des reproductions, appartiennent au type moustérien, sans que nous prétendions pour cela établir leur contemporanéité avec ce même type en Europe. M. Moreau n’a trouvé aucun fragment de poterie, aucun ossement caractéristique qui puissent permettre une classification plus rigoureuse.
- Les découvertes de M. Moreau ne sont pas les
- 1 Ce jeune ingénieur, disons-lc en passant, est le petit-fils de M. Frédéric Moreau dont chacun connaît les admirables collections. Les fouilles qu'il a poursuivies avec une rare persévérance depuis de longues années et dont La Nature a rendu compte ont largement ajouté à nos connaissances sur les plus anciennes époques historiques de la France,
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- seules faites en Tunisie durant ces dernières années. J’ai déjà parlé de celles de M. Collignon et je puis rappeler la présentation que j’ai faite en 1884 à la Société d’anthropologie de nombreux silex trouvés par mon fils alors capitaine au 101° de ligne, aux environs de Gabès et dont plusieurs offrent un type assez semblable à ceux que je viens de décrire. Ce sont surtout des pointes do flèche recueillies auprès du camp établi par nos soldats ; à en juger par leur nombre, il est probable que là aussi il y avait des centres d’habitations d’une certaine importance. On retirait aussi des haches ou plutôt des fragments, de l’ancien lit de l’Oued-Gabès où ils gisaient dans une couche d’humus sablonneux recouvrant un banc de gypse. Nous citerons enfin un grand nombre de silex en forme de croissant, d’une extrême petitesse et portant pour la plupart de nombreuses retouches. Ces silex ne pouvaient servir à aucun usage ; ils doivent donc être des amulettes ou des pierres votives déposées dans les sépultures. Un fait récent ajoute singulièrement à leur importance : M. Rivett-Carnac annonce des silex de taille et de formes semblables trouvés par lui dans la province de Banda (Inde-Anglaise) ; déjà on en connaissait d’autres provenant du Caucase. Il est bien remarquable, je ne puis que le répéter, de rencontrer ainsi sur tous les points du globe, sous toutes les latitudes, les mêmes conceptions de l’homme.
- Je ne saurais terminer sans féliciter M. Moreau de ses recherches. « Noblesse oblige, » a-t-on dit; il appartient au petit-fils de M. Frédéric Moreau de continuer ses savantes traditions.
- Marquis de Nàdaillac.
- LE NOUVEL HOTEL DES POSTES
- A PARIS (Suite. — Voy. p. 99.)
- SERVICE DE LA TÉLÉGRAPHIE PNEUMATIQUE
- On a réservé dans un des vastes sous-sols du nouvel Hôtel des Postes une salle pour les appareils nécessaires à la télégraphie pneumatique. Ce sous-sol, dont la façade est rue Etienne-Marcel, renferme en outre les chaudières inexplosibles du système Belle-ville, et les machines du service, dit intérieur, spécialement affecté aux postes.
- Nous n’avons pas à décrire ces dernières; nous nous contenterons de parler seulement des machines du service de la télégraphie pneumatique qui ont été construites par MM. Schneider, du Creusot.
- Il existe deux groupes d’appareils semblables, mais complètement indépendants l’un de l’autre. En prévision de l’extension probable du réseau, un emplacement a été réservé pour un troisième groupe. Chaque groupe se compose d’une machine motrice de 400 chevaux du système Corliss et de deux cylindres à air. L’un des cylindres est destiné à comprimer de l’air dans les conduites de la ville, tandis
- que l’autre fera le vide dans ces mêmes conduites. On sait que les trains contenant les dépêches sont formés d’un petit piston creux ou boîte, circulant dans des tubes, qui est poussé sur l’une de ses faces par de l’air comprimé et aspiré sur la face opposée par un vide relatif1.
- Les machines livrées par le Creusot sont à un seul cylindre, à détente de vapeur variable et à condensation. Leur vitesse est de 52 tours par minute, et chacun des cylindres soufflants doit comprimer et aspirer 50000 litres d’air par minute. En service normal un seul groupe marchera, l’autre servira de rechange pendant les visites et les réparations.
- Le service de ce groupe commence à 7 heures du matin pour finir à 11 heures du soir ; à partir de ce moment un petit moteur auxiliaire fait fonctionner deux pompes décompression de dimensions réduites, mais suffisantes pour le service de nuit. En temps ordinaire, l’eau nécessaire est fournie par un puits situé à proximité des machines. Une prise d’eau spéciale a été faite sur un branchement de la canalisation d’eau de l’Ourcq, afin d’assurer la marche en tout temps. Dans le même but, l’eau chaude provenant de la condensation de la vapeur peut être rejetée, soit dans l’égout de la rue Etienne-Marcel, soit dans celui de la rue J.-J.-Rousseau.
- Nous allons entrer, maintenant, dans certains détails d’ordre technique qui pourront, croyons-nous, intéresser la plupart de nos lecteurs. Ainsi que nous l’avons dit, chaque groupe se compose d’une machine à vapeur horizontale et à condensation, de deux cylindres soufflants et d’une pompe pour l’eau destinée à la réfrigération de l’air. Le tout est établi au même niveau sur des massifs reposant sur le sol du sous-sol. Le cylindre moteur est muni d’une enveloppe à circulation de vapeur et d’une garniture calorifuge, afin d’éviter les déperditions de chaleur.
- Nous ne croyons pas devoir décrire le système de distribution à déclic, de Corliss, distribution bien connue et réalisant, sur tous les autres systèmes, les avantages considérables dus à un emploi judicieux et économique de la vapeur. Nous dirons seulement qu’elle est réglée automatiquement par un régulateur à cames assurant d’une manière absolue la vitesse de la machine.
- Les deux cylindres à air sont disposés à l’arrière de la machine et commandés directement par le prolongement de la tige du piston à vapeur ; la suppression de tout organe intermédiaire, entre la puissance et le travail résistant résultant de cette disposition, permet d’obtenir un rendement élevé des moteurs et une simplification d’entretien. Malgré leur différence de régime, ces deux cylindres à air, dont l’un est aspirant et l’autre soufflant, sont exactement semblables et leur construction permet, à l’aide d’une combinaison de vannes spéciales, de les substituer l’un à l’autre ou de les faire aspirer tous deux dans l’atmosphère ou tous deux dans les réservoirs de vide.
- 1 Yoy. La téléqraphie atmosphérique, par Ch. Bontemps; lre année 1883.
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- Le nouvel Hôtel des Postes, à Paris. Installations dans es sous-sols des appareils nécessaires à la télégraphie pneumatique.
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- L’aspiration dans l’atmosphère s’effectue par une cheminée située dans une cour contiguë à la salle des machines et donnant sur la rue J.-J.-Rousseau. Les clapets d’aspiration et de refoulement, d’un même modèle, sont du système Corliss. Ces clapets simplifient beaucoup l’entretien des cylindres à air, et de plus, étant entièrement métalliques, ils fonctionnent parfaitement à des températures élevées; enfin, par leur masse presque nulle et leur fermeture brusque, ils permettent, sans désavantage aucun, l’allure rapide et, par suite, la réduction des dimensions des cylindres. Ajoutons que les cylindres à air sont à double effet, et que les clapets d’aspiration et de refoulement sont très aisément visitables par des regards fixés sur chacun des fonds sur lesquels ces clapets sont disposés.
- Le condenseur qui est vertical et dont la pompe à air est à simple effet, est placé en contre-bas des machines, sous la manivelle, et actionné par une contre-manivelle. La pompe de réfrigération reçoit son mouvement d’un excentrique placé à l’extrémité de l’arbre moteur du côté opposé à la manivelle. Un purgeur automatique assure l’écoulement régulier de l’eau condensée dans le cylindre. Chaque machine est, en outre, munie d’un volant du poids de 8000 kilogrammes.
- La petite machine, dite auxiliaire, pour le service de nuit, est de la force de 30 chevaux. Elle est du système compound, à pilon et à condensation; sa vitesse est de 80 tours par minute. Elle commande directement un arbre de transmission relié par des plateaux a l’arbre moteur et situé dans son prolongement. L’arbre de transmission porte deux poulies attaquant par des courroies les volants-poulies des pompes de compression.
- Une Commission d’ingénieurs, nommée par le Ministre des postes et des télégraphes, a été chargée de procéder aux essais de ces machines. Les résultats constatés ont été très satisfaisants.
- LE LABORATOIRE MARITIME
- nu muséum d’histoire naturelle
- Il a été longtemps de mode de médire du Muséum d’histoire naturelle, et l’on en médit quelquefois encore.
- On ne lui pardonne pas toujours d’avoir conservé à peu près intacte la sage constitution qu’il tenait de la Convention.
- On aessayédele soumettre à un régime administratif moins indépendant. Dans certains cours publics, on a représenté ses chaires comme d’aimables sinécures dont les titulaires ignoraient jusqu’à la valeur des richesses qui leur sont confiées. On a raconté à plusieurs reprises que les collections recueillies pour lui s’accumulaient dans de vastes greniers où les caisses n’étaient même pas défaites et dont aucun œil n’avait jamais sondé les mystérieuses profondeurs. 11 se rencontre encore de temps en temps
- des gens qui essayent avec précaution de se faire avouer que les caisses envoyées par Victor Jacque-mont dorment, toujours fermées, dans quelque recoin de ces tristes nécropoles.
- Pendant très longtemps le personnel du Muséum d’histoire naturelle a été si peu nombreux, ses batiments si exigus et si délabrés, ses laboratoires si mesquins, sa dotation si faible, qu’il a fallu, en effet, des miracles incroyables d’ordre et d’énergie pour conserver intactes les magnifiques collections qui y affluent chaque jour.
- Aujourd’hui se manifeste, dans ce Muséum longtemps si délaissé et pourtant si populaire, un vigoureux mouvement d’expansion, au triple point de vue des collections, de l’enseignement et des travaux-scientifiques. Une galerie de paléontologie vient d’être créée et admirablement aménagée par M. Albert Gaudry. Un spacieux et magnifique monument, qui sera ouvert au public en 1889, va recevoir les collections de zoologie dont la presque totalité, classée et cataloguée, pourra être exposée ; les missions scientifiques encore récentes des passages de Vénus, celles du cap Horn, du Travailleur et du Talisman, ont enrichi ces collections d’inappréciables trésors. Ces deux dernières campagnes, si habilement organisées et si courageusement dirigées par M. Alphonse Milne Edwards, ont ajouté une page des plus brillantes aux annales de la science française.
- De vastes laboratoires destinés aux chaires d’anatomie végétale, de culture, de géologie, de minéralogie, d’anthropologie, seront inaugurés à la rentrée prochaine, au 53 de la rue de Buffon, sous la direction respective de MM. Van Tieghem, Cornu, Daubré, Des Cloiseaux, de Quatrefages.
- L’établissement de quinze bourses de doctorat et d’agrégation n’avait pas peu contribué à vivifier l’enseignement du Muséum. Cette mesure vient d’être complétée par une création qui est une véritable innovation pour notre enseignement supérieur, et qui est due à l’initiative de l’illustre directeur du Muséum, M. Fremy, libéralement soutenu par M. Liard, directeur de l’Enseignement supérieur, et M. Burdeau, député, rapporteur du budget de l’Instruction publique. Une fois le grade de docteur obtenu, les jeunes gens aptes à faire avancer la science, éprouvent souvent le plus grand embarras à trouver les moyens de continuer leurs recherches originales. Les créations de bourses s’adressent presque partout aux élèves.; elles ouvrent l’accès de certains grades; mais le grade une fois obtenu, la bourse se ferme, et les nécessités de la vie imposent au jeune docteur l’obligation de donner des leçons élémentaires ou d’écrire au courant de la plume des articles d’actualité. Aucune autre carrière que celle de la pédagogie ou de la vulgarisation ne lui est ouverte pour le moment.
- Pour remédier à cet état de choses et permettre à des jeunes gens d’une valeur reconnue de continuer à consacrer à la science un temps précieux, M. Fremy, commençant à réaliser l'organisation des
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- carrières scientifiques, a obtenu l’institution, près le Muséum, de places de stagiaires, peu rémunérées à la vérité (2400 francs), encore trop peu nombreuses, mais qui permettront aux plus remarquables élèves de l’établissement, d’attendre, en concourant au progrès scientifique dans notre pays, que s’ouvrent pour eux les positions définitives du Muséum et surtout les maîtrises de conférences et les chaires dont les Facultés des sciences sont abondamment pourvues. Familiarisés par leur séjour au milieu de magnifiques collections avec l’infinie variété des formes vivantes, presque tous licenciés ès sciences physiques et agrégés des sciences naturelles en même temps que docteurs, ils constitueront des recrues de premier ordre pour nos universités, où les fonctions d’examinateur cumulées avec celles de professeur exigent une instruction générale étendue et des aptitudes professionnelles dont le doctorat ne fait pas la preuve. Le Muséum j ustifiera ainsi la place qui lui a été assignée par son décret d’organisation à la tête des institutions dans lesquelles peut se recruter le personnel de nos professeurs et de nos savants.
- Pour obtenir ces résultats, il a dû non seulement étendre ses collections, mais encore modilier son outillage. De vastes laboratoires d'enseignement et de recherches qui occupent aujourd’hui une bonne moitié de la rue de Buffon lui ont été annexés et sont libéralement ouverts à qui veut chercher ou apprendre. Grâce à l’activité de nos voyageurs et de nos missionnaires, les êtres vivants ou fossiles, les minéraux et les roches de tous les points du globe s’y donnent, en quelque sorte, rendez-vous et fournissent aux étudiants et aux maîtres d’inépuisables sujets d’étude ; mais c’est là l’étude de la nature morte, et pour donner tous les résultats qu’elle comporte, elle doit être sans cesse contrôlée par l’étude des êtres vivants. C’est pourquoi ont été fondées ailleurs, les stations zoologiques maritimes, dont la nécessité s’impose à ce point, qu’en Angle-terrre l’initiative privée vient de constituer à Ply-mouth un magnifique établissement de ce genre, digne de rivaliser avec celui qu’a fondé à Naples le docteur Dohrn.
- Le Muséum d’histoire naturelle, dont les services sont si multiples, dont le personnel scientifique compte presque autant de naturalistes que toutes nos Facultés de sciences réunies, qui est non seulement un établissement d’enseignement, mais une sorte de comité permanent d’étude de toutes les questions agricoles industrielles et commerciales dans lesquelles interviennent les êtres vivants, le Muséum d’histoire naturelle devait être doté, lui aussi, d’un laboratoire maritime. Une aussi grosse machine ne pouvait imposer sa clientèle à l’une des stations déjà fondées sur l’exemple si brillamment donné par M. de Lacaze-Duthiers sans l’absorber entièrement. Aussi, dès 1881, l’assemblée des professeurs du Muséum demandait-elle au Ministre de l’instruction publique la création d’un laboratoire
- maritime relevant directement de l’établissement qu’elle dirige et placé à Saint-Vaast-la-Hougue (Manche), localité peu éloignée de Paris et illustrée par les travaux de zoologistes tels que Henri et Alphonse Milne-Edwards, Audouin, de Quatrefages, Claparède, Grube, Jourdain, de botanistes tels que Thuret, Bornet. Grâce à l’inépuisable sollicitude que M. Liard, directeur de l’enseignement supérieur, porte au développement de nos institutions scientifiques et dont il a déjà donné tant de preuves au Muséum, le vœu des professeurs du Muséum est enfin exaucé. Le point le plus riche de cette admirable plage de Saint-Yaast, où les prairies de Zos-tères s’étendent à perte de vue aux grandes marées, est Tatihou—presqu’île dix-huit heures par jour, île pendant six heures. Là se trouvait un lazaret qui n’avait jamais été utilisé et ne répondait plus aux besoins actuels du commerce. Ce lazaret, composé de onze bâtiments presque neufs, a été cédé par le Ministère du commerce au Muséum d’histoire naturelle : les onze bâtiments qu’il comporte actuellement n’ont besoin que d’insignifiantes modifications intérieures et de l’installation hydraulique spéciale pour être aménagés en laboratoire.
- Nous donnons (fig. 1) un plan d’ensemble de l’Institut zoologique du Muséum tel qu’il va être réalisé sous la haute direction de M. André, l'éminent académicien à qui l’on doit les nouvelles galeries et les nouvelles serres du Muséum, par M. Dauphin, l’habile architecte qui a construit l’Ecole des sciences et lettres d’Alger. L’eau de mer, retenue d’abord dans uh bassin-vivier à écluses, se rendra dans une citerne où elle déposera les matières qu’elle tient en suspension. Elle sera élevée de là Mans des bassins étanches établis dans les combles du laboratoire et d’une capacité suffisante pour permettre, trois fois par jour, le renouvellement total de l’eau des bassins et aquariums. Ceux-ci, placés pans une vaste salle du rez-de-chaussée, auront une capacité totale d’environ 50 mètres cubes, non compris un bassin extérieur destiné à recevoir les gros poissons.
- Dix-huit naturalistes, non compris le personnel administratif, pourront travailler dans le laboratoire où ils auront à la fois le vivre et le couvert, un réfectoire devant être installé, comme à Plymouth, pour éviter les voyages à Saint-Yaast, que l’heure des marées ou l’état de la mer peuvent rendre momentanément difficiles. En outre, un vaste baraquement sera confortablement aménagé pour donner asile aux élèves des Ecoles publiques qui ont introduit les excursions au bord de la mer dans l’en seignement pratique des sciences naturelles.
- Chaque laboratoire aura son aquarium particulier avec robinets d’eau de mer, robinets d’eau douce et toute l’installation qui peut faciliter les études. En outre, une bibliothèque, une salle de conférences et des collections régionales seront mises à la dispo sition des travailleurs.
- Le laboratoire maritime du Muséum s’efforcera
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- d’ailleurs d’être utile à tous les établissements publics d’instruction, à la disposition desquels il mettra des animaux vivants ou conservés par les meilleures méthodes récemment découvertes, comme il le fera pour les diverses chaires du Muséum elles-mêmes. Il sera non moins utile aux botanistes qu’aux zoologistes qui trouveront dans ce laboratoire impersonnel, comme le Muséum lui-même, toute la liberté et toute l’assistance matérielle et scientifique dont ce grand établissement a depuis longtemps gardé la tradition vis-à-vis des hommes de science qui l’ont fréquenté.
- Placé dans une région où s’enchevêtrent les terrains primitifs, primaires et secondaires, que la côte coupe successivement , le laboratoire de Saint-Yaast aura 'a sa disposition une flore et une faune plus variées que partout ailleurs. Les abris granitiques, les phyllades cambriennes, les conglomérats siluriens, les sables, les vases, les calcaires oolithiques lui apporteront leur contingent.
- Depuis quelque temps l’ostréiculture a pris à Sain t-Vaast même une réelle importance. Le laboratoire maritime sera naturellement pour les ostréiculteurs, de même que pour les pêcheurs, un lieu d’études où pourront être faites toutes les recherches profitables à leur industrie , tandis que les parcs à huîtres fourniront à leur tour une jaune spéciale, facile à entretenir dans les parcs abandonnés où prospèrent à l’envi, dans des conditions exceptionnelles de tranquillité, tant de formes intéressantes. Telles sont les conditions dans lesquelles est institué le laboratoire déjà ouvert, qui couronne dignement l’organisation de notre Muséum national d’histoire naturelle, et dont quelques difficultés administratives, à peu près levées heureusement
- grâce à l’habile persévérance de M. le Directeur de l’enseignement supérieur, et nous sommes heureux de le dire, la bonne volonté de tous, ont seules retardé la complète installation.
- Avec les admirables galeries dont l’éminent architecte du Muséum, M. André, donnera la primeur aux visiteurs de l’Exposition de 1889, avec ses vastes
- laboratoires de la rue de Buffon, son laboratoire maritime, les moyens de pêche qui seront mis à sa disposition, sa ménagerie historique, si richement peuplée grâce aux soins vi-gilantsdeM.Aiph. Milne - Edwards, son jardin botanique que M. Cornu dirige avec tant de sollicitude après M. De-caisne, le maître vénéré auquel il a succédé, avec ses serres dont il sera facile, quoi qu’on en dise, de tirer un fort beau parti, son enseignement désormais puissamment organisé au point de vue pratique, comme au point de vue théorique, le Muséum d’histoire naturelle de Paris va présenter un ensemble unique au monde, et dont chaque département pourra soutenir avantageusement la comparaison avec les établissements isolés de l’étranger auquel il correspond. C’est maintenant aux pouvoirs publics à comprendre quel instrument de gloire et de richesse peut être pour le pays une institution qui, malgré tant de circonstances défavorables, a pu trouver en elle-même une aussi grande force d’expansion. C’est aux pouvoirs publics à en tirer tous les avantages que sa bonne volonté met à leur disposition, à féconder son activité en lui donnant les moyens de s’exercer utilement, en lui demandant tout ce qu’il peut donner. Edmond Perrier.
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- j. Bastion ,
- . Citer ne eau douce
- Fig. 1. — Le Laboratoire maritime du Muséum d’histoire naturelle, à Saint-Vaast (Manche). Plan d’ensemble de l’établissement.
- ADMINISTRATION,,
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- Détail des bâtiments de la première cour.
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- LE CHÊNE OCCIDENTAL
- CHÊNE-LIÈGE DE L’OUEST (Quercus occidentalis, J. Gay)
- Le chêne occidental a été pendant longtemps confondu avec le vrai chêne-liège (Q. suber de Linné), et c’est au botaniste J. Gay que l’on doit d’avoir établi la différence qui existe entre ces deux espècesl.
- S’il est vrai que le chêne-liège de l’ouest a, en effet, beaucoup de ressemblance avec son congénère, il s’en dis-tinguenéanmoins très nettement par les caractères suivants : d’abord sa ramification est plus serrée et, par conséquent, sa cime est plus touffue et a le couvert plus épais à toutes les périodes de son existence . Ses feuilles sont arrondies à la base et même légèrement prolongées sur le pétiole au lieu d’être un peu cordifor-mes ; elles sont plus ovales, elliptiques, mais grises, tomenteuses en dessous, et elles sont également plus ou moins dentées, spinulées et de mêmes dimensions. Enfin elles ne persistent sur l’arbre que jusqu’à l’entier développement des nouvelles, tandis que chez le vrai chêne-liège elles ne tombent qu’à la fin de la deuxième et même de la troisième année.
- Mais la plus grande différence réside surtout dans le fruit : tandis que dans le chêne-liège la cupule est roussàtre et à écailles presque toutes à extrémité libre et dressée, chez le chêne occidental, la cupule
- 1 Bulletin de la Société botanique de France, 1857.
- est gris cendré, les écailles inférieures sont courtes et appriinées et vont en augmentant de longueur au fur et à mesure que l’on se rapproche du bord où la partie libre atteint jusqu’à 2-5 millimètres tout en restant dressée. Le gland du chêne occidental est plus pointu et généralement moins gros, 12-22 millimètres sur 8-15 de diamètre, surmonté d’une pointe raide saillante. Enfin la maturation est bisannuelle,
- de sorte que les glands les plus anciens sont portés sur les ra-mules de deux ans alors que chez le chêne-liège, la maturation étant annuelle, tous les glands sont situés sur les pousses de l’année.
- Aire géographique. — Le chêne occidental appartient entièrement à la flore ouest de l’Europe. Mais c’est en France qu’il atteint sa plus grande importance.On le trouve entre l’Adour et la Gironde ; le long du golfe de Gascogne, il est à l’état plus ou moins grand de dissémination ou mélangé avec le pin maritime et le chêne tangin. Sur certains points du département des Landes et des Basses - Pyrénées il devient même l’essence dominante, notamment dans le sud-ouest et dans l’ouest de l’arrondissement de Bax, surtout dans le canton de Saint-Vincent de Tyrosse et au nord de Bayonne.
- Dans la Gironde, il est commun dans la région des sables et des dunes, c’est-à-dire au sud-ouest de Bordeaux. Il est aussi assez répandu dans la région • ouest des départements du Gers, du Lot-et-Garonne et même de la Dordogne. Ce chêne existe aussi dans les provinces basques de l’Espagne dans le nord-ouest de la Biscaye aux environs de Saint-Sébas-
- Chène-liège de l'ouest (Quercus occidentalis). (D’après une photographie).
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- tien et de Fontarabie ainsi qu’en Portugal (Welvv).
- Le chêne occidental est un arbre qui peut atteindre 18 à 22 mètres de hauteur sur 4 et même 4m,50 de circonférence à lm,50 du sol. Celui que nous représentons est situé chez M. le marquis de Lure-Saluces à Uza (Landes), il mesure 4m,05 de circonférence et environ 18 mètres de hauteur. Nous en avons constaté au même endroit plusieurs individus ayant ces dimensions et âgés de plus de cent cinquante ans. L’écorce de ce chêne est, comme celle de son congénère, très subéreuse et est aussi périodiquement exploitée. Le chêne occidental demande des terrains siliceux. Ce sont les sables rejetés anciennement par la mer, les dunes depuis longtemps fixées qui lui conviennent le mieux. Mais on le trouve aussi sur des terrains silico-argileux mélangés de cailloux roulés. Les situations abritées contre les vents dominants lui conviennent bien ainsi que le mélange avec le pin maritime qui le protège sans lui être nuisible par son couvert léger. Comme [le chêne-liège, il ne vient pas sur les sols calcaires.
- Le chêne occidental a le tempérament bien moins méridional que le surier, il est plus résistant aux froids; la culture l’a propagé avec succès jusqu’à Belle-Isle-en-Mer (1826). Un pied mesurant près de 15 mètres de hauteur sur lm,50 de circonférence et datant de la fin du siècle dernier a pu vivre k Tria-non jusqu’en 1879, année où il a été détruit par les froids exceptionnels qu’il a fait.
- Exploitation.—Le chêne occidental est cultivé pour son écorce et est soumis à cet égard k peu près au même traitement que celui du vrai chêne-liège. Un commence k faire la première levée qui consiste k enlever le liège mâle (démasclage), lorsque les arbres ont de 0m,70 à 0m,80 de circonférence ou environ trente ans et les levées suivantes lorsque la couche subéreuse a atteint environ 50 millimètres d’épaisseur, ce qui a lieu tous les huit à dix ans.
- Les revenus que donne ce chêne sont considérables, trois à quatre fois plus élevés que ceux des pins maritimes; il a enrichi plusieurs cantons des Landes et des Basses-Pyrénées et contribué, dans une large mesure, à amener avec le pin maritime le bien-être dans ces deux départements.
- Le bois du chêne occidental a aussi beaucoup do rapports avec celui du Q. suber; il n’y a également pas de démarcations entre l’aubier et le cœur; c’est un bois uniformément roussâtre clair devenant à la longue brun roussâtre et quelquefois brun marron en se rapprochant du centre ou chez les vieux arbres. Toutefois, par suite de la grande dimension des gros vaisseaux de printemps, les couches annuelles sont plus distinctes que dans le chêne-liège. Les grands rayons sont un peu moins hauts, d’où résultent des maillures plus petites ; enfin la densité est aussi un peu moindre.
- Ce bois résiste mal aux alternatives de sécheresse et d’humidité et il est par cela même peu employé comme bois de service; mais il est en revanche très estimé pour le chauffage et produit un excelleii
- charbon. Son liber est riche en tanin et on peut utiliser pour le tannage l’écorce des arbres dont on a enlevé le liège.
- En résumé, sa culture qui prend une extension de plus en plus grande semble destinée k jouer un grand rôle dans la mise en valeur des terrains du sud-ouest. B. Moüillefert,
- Professeur de sylviculture à l’Ecole nationale de Grignon.
- CHRONIQUE
- Travail de l’homme sur une manivelle. — Le
- travail que l’homme peut fournir dans un court espace de temps est bien supérieur à ce qu’on suppose généralement d’après le travail moyen. Le Bulletin de la Société des ingénieurs civils cite à ce propos d’intéressants détails, fournis par Y American Society of mechanical en-gineers. Le travail de l’homme, agissant sur une manivelle, dépend non seulement du temps pendant lequel il est fourni, mais de bien d’autres conditions dont quelques-unes sont inhérentes au sujet. L’auteur a constaté qu’un vigoureux manœuvre travaillant pendant un court espace de temps peut produire bien près d’un cheval-vapeur. Un homme qui travaille avec de fréquents intervalles de repos développe facilement un demi-cheval. Dans le travail courant, on obtient de 10 à 50 pour 100. Le fait suivant, rapporté par M. O’Neill, de New-York, est intéressant. Dans l’atelier de cet ingénieur, la réparation d’une chaudière arrêtait la marche du moteur. On ajusta à chaque extrémité de l’arbre de la machine une manivelle de 0m,380 de rayon. Avec un homme à chaque manivelle à raison de 100 tours par minute, on obtint 3 chevaux-vapeur. Les hommes travaillaient trois minutes et se reposaient autant, et les quatre manœuvres ont travaillé ainsi douze heures par jour pendant les douze jours qu’a exigés la réparation de la chaudière. 11 est vrai qu’à la fin de cette période les hommes étaient absolument éreintés, rapporte M. O’Neill ; mais il croit que, si la journée avait été de dix heures seulement, ils auraient pu continuer indéfiniment. Le travail ressort ainsi, pour chaque homme et pour la journée entière, à 3/4 de cheval-vapeur. Dans la discussion qui a suivi la communication, un membre a cité des expériences faites par lui sur le travail développé par 2 hommes agissant sur les manivelles d’une grue. Ces manivelles avaient 0m,355 de rayon. Un poids de 906 kilogrammes (2000 livres) était élevé à 0“,305 en vingt secondes, ce qui représente 13kg,8 élevés à 1 mètre par seconde, soit 1/5 de cheval-vapeur pour les 2 ouvriers. Il faut ajouter que la transmission s’opérait par une vis sans fin, une roue dentée, un tambour de 0m,28 de diamètre et un câble en fil de fer, ce qui absorbait une très notable partie du travail. L’effort exercé sur chaque manivelle a été mesuré par une balance à ressort et trouvé égal à 50 livres, soit 15k8,6.
- Tes bouches du Mississlpl. — Une récente inspection des jetées construites par feu M. Eads, à l’embouchure du Mississipi, au-dessous de la Nouvelle-Orléans, a prouvé qu’elles ont complètement atteint le but qui leur était assigné : celui de maintenir la profondeur du chenal telle que la navigation l’exige aujourd’hui. Sur un parcours de 2 milles et demi, elles ouvrent dans le golfe du Mexique un large passage aux navires ayant 9 mètres de tirant d’eau. La ligne extérieure de défense
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- contre les empiètements des sables entraînés par les eaux du golfe, n’a pas eu le même succès, car elle a été rompue, quoique composée de roches artificielles. On a placé, en arrière, deux rangées de cyprès enfoncés profondément dans le sable, plaçant entre elles un matelas de saules, chargé avec des pierres perdues. La mer et le sable ont continué de briser sur le mur de pierres extérieur; mais, quand chaque lame se retirait, elle laissait le sable emprisonné entre les rangées de piquets. Il se forme donc une barrière qui promet de faire obstacle aux ravages des plus fortes tempêtes du golfe. Derrière la jetée de la rive droite, une grande étendue de sable s’est transformée graduellement en un rivage solide qui s’étend presque jusqu’à l’extrémité de la jetée.
- Explosion d’un wagon de dynamite. — Un
- wagon de dynamite, faisant partie d’un train de marchandises, a fait dernièrement explosion, à Locust Gap, sur la ligne de Philadelphie et Iteading, en tuant sept personnes et en en blessant vingt-cinq. Los wagons avaient été garés pour laisser passer un train rapide. Quand on les remit en marche, une partie se détacha et resta en arrière; on arrêta le premier tronçon, et on poussa le second. Il se produisit, au moment de la jonction, un choc d’une violence inattendue et telle que le wagon de dynamite fit explosion. Sept maisons, placées en bordure sur une rue, en face de la voie, furent renversées. Un peu plus loin, à 100 mètres de distance, il y avait une rangée de huit maisons qui furent démolies. Des arbres furent déracinés et l’un d’eux s’affaissa sur le train.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance duYS août 1888. —Présidence de M. Jansse.v.
- Mathématiques. — M. de Jonquières donne un nouvel énoncé d’un théorème relatif aux surfaces du 3° ordre, déjà formulé par lui dans une de ses précédentes communications.
- Astronomie. — M. Bouquet de la Grye présente, au nom du Bureau des longitudes, la Connaissance des temps, pour 1890. A propps de cet ouvrage aujourd’hui perfectionné, au point de défier la comparaison avec les publications similaires étrangères (Berliner Jahrbuch, Nautical Almanach, American Ephemeris), M. Bouquet signale de petites améliorations introduites cette année. L’éphé-méride du soleil contient, pour tous les jours de l’année, le demi-diamètre et la durée de son passage, la parallaxe, tandis qu’antérieurement à 1890 ces éléments n’étaient donnés que de 20 en 20 jours. Une nouvelle étoile polaire boréale a été intercalée à la dixième heure d’ascension droite de manière à combler une lacune fort incommode pour les astronomes. Enfin on a facilité l’emploi des éléments permettant de calculer les phases d’une éclipse en un lieu quelconque de la terre ; la Connaissance des temps, pour 1890, paraît cette année 17 mois avant l’époque des éphémérides. Une avance de deux mois sur la date de la publication a donc été réalisée ; M. Bouquet de la Grye espère que l’on pourra gagner 3 mois sur 1891, ce qui permettra d’arriver à une avance de deux années d’ici 3 ou 4 ans. — La rapidité et la perfection de l’exécution des calculs font le plus grand honneur à M. Roques-Desvallées.
- Météorologie. — M. Duponchel, ingénieur des ponts et chaussées, à Montpellier, a étudié une série d’observations
- thermométriques régulières, effectuées [à Paris depuis 1804. 11 a pu également étudier quelques années isolées (1753, 1768), antérieures au commencement du siècle. M. Duponchel croit avoir trouvé une loi de périodicité des années d’extrême chaleur et de grand froid. Les années les plus chaudes se reproduiraient à intervalles de vingt-quatre ans, tandis que les années froides reviendraient à intervalles de douze ans. Toutefois cette alternance n’est pas absolument régulière. M. Duponchel constate des exceptions, des manques. M. Bertrand fait observer qu’en présence de résultats aussi peu satisfaisants, on est en droit de dire que, pour établir une loi de périodicité, -il faudrait disposer d’observations embrassant une période de plusieurs siècles.
- Chimie. — On a reconnu que l’électrolyse donne une variété d’antimoine amorphe, dont la densité et la température de fusion sont différentes de la densité et de la température de fusion de l’antimoine cristallin. M. Erard a obtenu cet antimoine amorphe en chauffant, à la température du rouge, l’antimoine ordinaire dans un courant d’azote. M. Érard n’a pas entrepris d’expliquer son expérience; il ne peut préciser le rôle de l’azote. M. Berthelot pense qu’il s’agit d’une propriété de l’antimoine analogue à celle que possède le tellure, de passer de l’état cristallin à l’état amorphe sous l’influence de la chaleur.
- Varia. — M. Janssen annonce la mort de M. llouzeau, ancien directeur de l’Observatoire de Bruxelles. Depuis plusieurs années, M. llouzeau avait abandonné à M. Folie la direction de l’Observatoire, pour raison de santé. Depuis cette époque, M. llouzeau s’était consacré tout entier, avec la collaboration de M. Lancaster, à l’édification de cette immense bibliographie astronomique qui est une œuvre de bénédictin, une source précieuse et féconde d’indications. La bibliographie reste inachevée; un volume reste à paraître. M. Lancaster en assure la publication. — M. Lucien Lévy a obtenu quatre nouveaux tita-nates de zinc. — M. Louis Olivier écrit au sujet d’une réclamation de priorité concernant son Mémoire sur l’hydrogénation du soufre intracellulaire par le protaplasma. — M. André a institué, à l’Observatoire de Lyon, une série d’expériences ayant pour but de perfectionner l’observation des éclipses des satellites de Jupiter. L’observation précise de ces phénomènes fournirait une contribution précieuse à la détermination du système de Jupiter en même temps qu’à la géographie. On sait, en effet, que l’observation des éclipses des satellites de Jupiter fournit le moyen le plus simple de déterminer la longitude d’un lieu. Malheureusement, ce moyen est peu précis en raison de l’incertitude de l’observation. M. André constate qu’avec la lunette équatoriale de l’Observatoire, l’incertitude atteint lm,30; avec des instruments d’un pouvoir optique moindre, l’incertitude est un peu plus grande. M. André a fait découper, dans une plaque de métal noirci, des ouvertures figurant en grandeur et en position relative le système de Jupiter. Cette plaque, placée à l’extrémité d’une chambre noire de 120 mètres de longueur, était éclairée à la lumière oxhydrique et observée, à cette, distance, au moyen d’une lunette de 0m,12 d’ouverture. Dans ces conditions, une liaison lumineuse, un véritable ligament ou point lumineux apparaît nettement dès que la distance des 2 disques-éclairs atteint 0",8, augmentant d’éclat à mesure que la distance des deux bords diminue, et se confondent à U",15 avec les bords éclairés. Le même phénomène se produit naturellement dans l’observation des éclipses des satellites de Jupiter, et
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- LA NATURE.
- causent les incertitudes qui ne permettent ’guère d’en utiliser les observations. La cause de ces apparences doit être cherchée dans les changements qu’apportent, à la marche des ondes lumineuses, les surfaces optiques des instruments : c’est un phénomène de diffraction. Il résulte de cette explication que l’intensité du ligament lumineux augmente, si l’ouverture de l’instrument diminue. M. André fera connaître prochainement un procédé permettant de faire disparaître le ligament lumineux dans l’observation des satellites de Jupiter.
- Stanislas Meunier.
- PHOTOGRAPHIE DES PHÉNOMÈNES
- ÉLECTRIQUES
- La photographie, en fixant l’image des éclairs et celle des étincelles électriques de nos machines de laboratoire, nous permet de les mettre en regard, de les comparer attentivement et de constater leur complète analogie, toute proportion gardée.
- Il est donc intéressant de multiplier les expériences et de mettre sous les yeux du public compétent le plus grand nombre possible d’images photographiques des éclairs et des étincelles.On s’en préoccupe surtout à l’étranger.
- Un concours a eu lieu l’an dernier en Angleterre et la Société royale météorologique de Londres, encouragée par ce premier succès, fait un nouvel appel aux personnes qui ont la possibilité de photographier les éclairs et les prie de lui en adresser des épreuves accompagnées de renseignements techniques.
- Il est à regretter qu’un semblable appel n’ait pas encore été fait ici par une de nos sociétés savantes. Espérons que cet oubli va être réparé. Nous exprimons en outre le désir que les laboratoires pourvus de machines puissantes d’électricité statique ou d’appareils d’induction prennent des mesures pour que les étincelles de forte tension soient photographiées avec soin.
- M. Ducretet a déjà obtenu dans cette voie des résultats très remarquables et qui ne sont pas assez connus, bien qu’ils datent de plusieurs années. U plaçait, dans l’obscurité, une plaque photographique entre les deux conducteurs d’une bobine d’induction et faisait jaillir l’étincelle à la surface de la pellicule
- sensible. Ensuite il développait par les procédés habituels et obtenait des images aussi belles que si elles étaient venues au foyer d’un objectif. Il photographiait de même l’effluve et, dans ses nombreuses épreuves, on pouvait comparer les différentes manifestations de la tension électrique.
- On n’éprouve pas de grandes difficultés quand on opère avec objectif et chambre noire. La mise au point seule est délicate. On la prépare à l’avance sur un objet lumineux (tel qu’une hélice de platine rendue incandescente par un courant électrique) que l’on place au milieu de la ligne idéale qui joindrait les deux conducteurs de la machine ; puis on retire cet objet, on supprime les lumières, on débouche l’objectif et on met en marche l’appareil producteur des étincelles.
- Après chaque étincelle, on change la plaque, ou bien on en fait jaillir un certain nombre avant de la
- renouveler. Dans l’exemple donné ci-contre les étincelles ont été trop nombreuses et leur enchevêtrement ne permet pas de les bien suivre individuellement dans leur parcours; cependant on remarque leur analogie avec certaines formes de l’éclair : marche sinueuse, torsions, production de boucles et nœuds, bifurcations suivies quelquefois d’une rejonction avant de parvenir au pôle opposé. — Si l’image est au point, les traits sont nets et filiformes ; mais, dans un faisceau d’étincelles, quelques-unes apparaissent diffuses et d’aspect rubané parce que, dans leur marche élective et capricieuse, elles se sont écartées en deçà ou au delà de la route que l’on comptait les voir suivre. Dans certaines photographies qui ont été publiées et que l’on admire de confiance, toutes les étincelles sont diffuses et d’aspect rubané par suite de mise au point défectueuse. Elles ne peuvent servir de base qu’à des conclusions erronées.
- La rédaction de La Nature accueillera avec le plus vif intérêt les épreuves et les communications qui lui seront adressées, ayant pour objet les éclairs et l’étincelle électrique. Ch. Moussette.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Fac-similé d’une photographie de deux séries d'étincelles d'une machine électrique de Iloltz. — Epreuve de M. Ch. Moussette.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- N» 7 95.
- 25 AOUT 1888.
- LA NATURE.
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- L’ASCENSEUR DE LA LOUVIERE
- (Belgique)
- Cet ascenseur pour bateaux a été inauguré récemment par la Société Cockerill à l’endroit oiijle
- nouveau canal du Centre vient se réunir ii l'embranchement de Houdeng, du canal de Bruxelles à Char-leroi. Ce canal passait seulement à 15 kilomètres* de la tête du canal de Von à Condé, mais avec une différence de niveau de 89m,45. De plus, l’eau manquait absolument pour alimenter le grand nom-
- /‘\0
- Fig. 1. — L’ascenseur de la Louvière, pour bateaux. Canal du Centre, en Belgique. (D’après une photographie.)
- bre d’écluses nécessaires pour racheter cette différence de niveau.
- M. Génard, ingénieur distingué du corps des ponts et chaussées de Belgique, proposa d’établir des ascenseurs hydrauliques du système Clark; c’est l’un de ces ascenseurs qui vient d’être terminé, que nous allons décrire.
- Cet ascenseur est destiné à racheter à lui seul une différence de niveau del5m,40.Le reste sera racheté par trois autres ascenseurs ayant une course de 16m,93 et par six écluses. L’ascenseur actuellement terminé peut livrer passage à des bateaux de 300 a 400 tonneaux.
- Les sas ont les dimensions suivantes : longueur,
- 46* uaée. — 2* uaeitre.
- 43 mètres; largeur, 5m,80; profondeur d’eau, 2m,40.
- À l’amont, un aqueduc métallique de 17m,80 de longueur fait passer les bateaux au-dessus d’une
- route et facilite aussi le raccordement avec le sas de l’ascenseur quand celui - ci arrive à son niveau. Le bief aval est terminé par un petit canal métallique de 3m,55 de longueur.
- Les sas sont guidés verticalement au centre par des guides glissant dans des rainures et aux extrémités par des glissières permettant la libre dilatation des sas. Ces guides sont fixés sur une grande charpente métallique formant passerelle qui entoure les deux sas et porte la cabine du mécanicien; le tout est visible sur la gravure ci-dessus.
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- Fig. 2. — Ascenseur de la Louvière. — Coupe transversale par l’axe des presses.
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- LA NATURE.
- Chaque sas est compose' d’une immense caisse métallique reposant sur la tête d’un piston hydraulique ayant un diamètre de 2 mètres et une hauteur totale de 19m,45 avec une épaisseur de parois de 75 millimètres. Il est composé de huB tronçons assemblés par des boulons intérieurs et les joints sont faits au moyen d’une mince feuille de cuivre écrasée par les boulons. Le poids supporté à la descente par un tel piston est au total de 1050 tonnes. Il se meut dans un cylindre également en fonte mais fretté sur toute sa hauteur par des cercles d’acier.
- Les dimensions du cylindre sont :
- Diamètre intérieur. .... 2™,06
- Épaisseur................ 0m,10
- Hauteur. ................19.
- La garniture entre le cylindre et le piston est métallique. Ce cylindre est composé de neuf parties ou viroles dont l’une a été essayée jusqu’à 151 atmosphères de pression. Chaque extrémité des canaux métalliques de raccordement est fermée par une porte-vanne qui s’ouvre en s’élevant verticalement de manière à laisser une hauteur libre de 4m,25 au-dessus de l’eau. Chaque extrémité des sas est munie d’une porte semblable.
- Quand le sas est à l’extrémité inférieure ou supérieure de sa course, l’espace laissé entre ses portes et celles des raccordements est aussi faible que possible pour éviter les pertes d’eau, caron a soin de remplir cet espace d’eau au moyen d’une petite vanne pour équilibrer les pressions supportées par chaque face des portes et faciliter leur mouvement.
- Le raccord étanche entre le sas et l’extrémité des canaux métalliques supérieurs ou inférieurs se fait par des coins métalliques garnis de caoutchouc.
- Il y a deux ascenseurs et par suite deux sas semblables dont l’un monte quand l’autre descend, et dans ce but reliés entre eux par une canalisation munie de vanne. Ces deux ascenseurs se font donc équilibre, et le mouvement de descente de l’un d’eux qui entraîne par suite la montée de l’autre se fait uniquement par la différence de poids constituée par une quantité d’eau supplémentaire introduite dans le sas descendant placé sur un des pistons.
- La manœuvre est donc des plus simples et se réduit à ceci :
- Quand un bateau se présente pour monter, on l’introduit au moyen de cabestans hydrauliques dans le sas inférieur dont les portes, ainsi que celle du canal métallique, ont été ouvertes et qui a été raccordé d’une manière étanche par les coins hydrauliques en question. Puis on ferme derrière lui les portes et l’on introduit dans l’autre sas, qui, dans cette position, est situé à l’extrémité supérieure, une quantité d’eau convenable pour équilibrer le sas inférieur et provoquer sa montée.
- Quand le sas contenant le bateau est arrivé au niveau du canal supérieur, on fait le raccord étanche par les coins métalliques, puis on introduit l’eau
- entre les deux portes-vannes qui s’élèvent ensuite et le bateau peut alors sortir du sas et continuer sa course.
- Si un bateau s’était présenté en même temps pour descendre, on l’eût introduit par une manœuvre semblable dans le sas descendant et la manœuvre n’eût pas exigé plus de temps.
- Le personnel nécessaire à toute la manœuvre est seulement de trois hommes. Des turbines installées dans un bâtiment voisin et alimentées par une chute d’eau formée par la différence de niveau du canal lui-même, actionnent un accumulateur hydraulique puissant servant aux manœuvres des coins hydrauliques, des cabestans et de la levée des portes-vannes. ‘
- Cet accumulateur est assez puissant pour servir à faire mouvoir l’un des sas préalablement isolé de l’autre, en cas de réparations à l’un d’eux.
- Tel est cet appareil .remarquable qui a fonctionné dernièrement devant S. M. le roi des Belges et qui a donné d’excellents résultats.
- Nous devons ajouter que les renseignements ci-dessus nous ont été donnés avec la plus grande obligeance par M. Ilufourny, ingénieur principal des ponts et chaussées, qui a bien voulu nous communiquer le plan et nous a fait admirer un magnifique modèle réduit de cet appareil qui figure actuellement à l’Exposition de Bruxelles.
- C. Dupuy.
- L’ÉTÉ DE 1888
- a l’observatoire du parc de saint-maur
- Le mois de juillet 1888 a attiré l’attention du public et surtout des agriculteurs par la persistance des mauvais temps et la basse température qui en a été la conséquence.
- La température moyenne de ce mois (moyenne vraie des vingt-quatre heures) a été 15°,7, en déficit de 2°,4 sur la moyenne normale, mais plus élevée de 0°,1 que celle du mois de juillet 1879.
- 11 y a eu vingt-deux jours de pluie qui ont donné 81mm,6 d’eau, à peu près la moitié en sus de la quantité ordinaire; la nébulosité a été 74 centièmes, c’est-à-dire que le ciel a été en moyenne aux trois quarts couvert. 11 y a eu huit jours de tonnerre.
- La plus basse température a eu lieu le 2 et a atteint 6°,5. On connaît des températures de juillet plus basses; ainsi, le 15 juillet 1875, le thermomètre s’est abaissé à 6°,0 et le 9 juillet 1877, à 6°,2; à ces mêmes dates l’Observatoire de Paris a noté des minirna de 9°,1 et 8°,4. On voit que la différence de Paris avec la campagne n’est pas la même dans ces deux années. Mais, en 1809, le 4 juillet, lorsqu’on a observé à Paris 6°,2 il devait faire seulement 5° à 4° dans la campagne.
- La plus haute température a atteint 26°,6, c’est le maximum de juillet le moins élevé que je connaisse. En 1795 seulement, Cotte a noté le maximum du 20 juillet comme égal à 25°, 5 ; mais à cette époque on ne se servait pas de thermomètre à maxima et les observations donnent généralement, à la lecture directe, des indications moindres. En observant d’après ce système, nous
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- n’aurions trouvé, pour maximum, au parc de Saint-Maur, que 25°,2, température de 5 heures du soir.
- La température la plus haute de la Marne n’a pas dépassé 19°,G; depuis bien des années, et dans toutes celles où j’ai observé, j’avais toujours vu la température de la Marne ou de la Seine, car les deux rivières ont à fort peu près la même température, s’élever au moins quelques jours au-dessus de 20° pendant le mois de juillet.
- La température a été très basse cet été pendant cinquante-six jours, du 15 juin jusqu’au 7 août; pendant cet intervalle de près de deux mois, la moyenne a atteint à peine 15°.
- Mais ce qui nuit le plus aux produits de la terre, surtout au blé, au raisin, aux fruits de table, c’est le temps couvert. C’est précisément ce qui arrive cette année; la nébulosité de juillet 1888, qui est 74, est aussi forte que l’est ordinairement celle de décembre, le mois le plus sombre de l’année.
- Cette intempérie de deux mois a atteint la France et les pays limitrophes ; dans l’Est il y a eu des pluies considérables : à Grenoble, M. Foulât a recueilli 202mni,25 d’eau en juillet; le 16, il y est tombé 51 “m,7 de pluie et 53mm,l le 51 ; ces pluies ont produit des inondations. Pendant ce temps il a fait très chaud dans toute la Russie.
- E. ItliNOU.
- UN TINTINNÀBULUM BOUDDHIQUE
- TROUVÉ AU PÉROU
- Lorsqu’on parcourt le musée d’ethnographie du Trocadéro, on est émerveillé des richesses que renferment les salles consacrées à l’Amérique ; l’industrie des anciens Péruviens y est, notamment, largement représentée. On y trouve réunis les objets les plus divers : à côté d’ustensiles grossiers, destinés à des usages vulgaires, se voient de nombreuses pièces, travaillées avec art, qui montrent à quel point avait atteint, au Pérou, la civilisation avant l’arrivée des Européens.
- Mais ce pays, pas plus qu’aucun autre, ne nous a livré tous ses secrets : chaque jour amène la découverte d’objets intéressants qui viennent parfois jeter un jour nouveau sur les mœurs, les relations des anciens habitants. Tel est le cas de la curieuse pièce dont la description va suivre : grâce à l’obligeance de M. Boban, l’antiquaire bien connu de tous les américanistes, je puis en donner la primeur aux lecteurs de La Nature.
- Il s’agit, en effet, d’une pièce absolument inédite; jamais, que je sache, on n’avait rencontré d’objet analogue au Pérou ni même dans les autres contrées de l’Amérique.
- C’est une sorte de douille, ayant l’apparence du bronze *, qui porte sur son pourtour et sur le rebord supérieur des ornements divers. Abstraction faite des sujets qui la décorent, elle mesure 60 millimètres de long; son diamètre intérieur est de 25 mil-
- 1 Je dis que l’objet péruvien a l'apparence du bronze, l’analyse n’en ayant pas été faite. Soumises à l’analyse, plusieurs pièces américaines qu’on avait cru en bronze n’étaient en réalité formées que de cuivre plus ou moins impur. L’existence du bronze, en Amérique, avant l’arrivée des Européens n’est pas encore absolument démontrée.
- limètres dans presque toute son étendue. En bas, le bord, ramené en dedans, diminue quelque peu les dimensions de l’ouverture.
- Le cylindre présente, dans sa longueur, deux rangées parallèles de doubles spirales à jour. Ces spirales, en se réunissant deux à deux, donnent naissance, sur chaque rang, à quatre signes assez comparables à des S couchées.
- Douze anneaux fixes \ faisant corps avec la douille, sont également disposés par rangées de quatre. Ceux du premier rang se trouvent placés exactement au-dessus de ceux du troisième ; les anneaux de la deuxième rangée sont situés dans l’intervalle des précédents.
- Des anneaux mobiles, offrant en bas une partie renflée en forme de boule, sont suspendus aux anneaux fixes des deux rangées supérieures ; ils viennent frapper la douille chaque fois qu’on agite l’objet. Fixes ou mobiles, tous les anneaux sont grossièrement fondus.
- La douille se termine en haut par un rebord plat de 12 millimètres de largeur, qui supporte quatre personnages disposés en deux groupes placés l’un en face de l’autre et reproduisant la même scène. Un homme mal proportionné, à nez très saillant, avec de grands yeux et des oreilles détachées, portant, sur sa chevelure courte, une sorte de calotte sans ornements, se tient debout et s’apprête à trancher, avec sa hache, la tête du second personnage qu’il maintient accroupi au moyen d’une main posée sur la tête. Ce dernier, le vaincu, sans doute, ressemble assez à son vainqueur par les caractères de la face; il s’en distingue toutefois par ses longs cheveux qu’il porte tressés en trois nattes qui lui retombent sur le dos. Il est coiffé d’une sorte de bonnet étroit, en forme de cône tronqué, qui est orné, sur le pourtour, de croix en relief.
- Les caractères des quatre personnages, la hache que les vainqueurs appuient sur le cou de ceux qu’ils vont sacrifier, ne peuvent laisser aucun doute sur la provenance de l’objet; c’est bien la hache du Pérou, et le cachet péruvien que l’artiste a imprimé à ses personnages aurait permis de déterminer facilement la provenance de la pièce si elle n’eùt pas porté son étiquette.
- Quel pouvait bien être l’usage d’un semblable objet? Il n’y a pas longtemps encore, il eût été difficile de répondre à cette question. Des instruments en bronze tout à fait comparables, bien qu’ils ne présentassent pas de personnages, avaient été, à diverses reprises, découverts dans les habitations lacustres de la Suisse et du lac du Bourget. Pendant longtemps les archéologues avaient, sans résultat, exercé leur sagacité à en deviner l’usage. On les compara enfin à des instruments analogues qui se rencontrent dans l’Inde et en Chine, et la ressemblance fut si frappante qu’on n’hésita pas à les identifier. Les douilles à anneaux mobiles de l’Orient
- 1 Deux de ces anneaux sont aujourd'hui brisés.
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- LA N AT U UE.
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- « sont placés à l'extrémité de grands bâtons ou cannes, que l’on voit entre les mains de personnages que M. Cernuschi considère comme les saints bouddhiques, patrons des voyageurs. MM. Chantre et Guimet croient que ce sont des attributs des mendiants ou des prêtres, ce qui est à peu près la même chose. Us vont, armés de leur bâton garni d’anneaux, faire du bruit aux portes et aux fenêtres jusqu’à ce qu’on leur donne la pièce de monnaie qu’ils réclament. » (G. de Mortillet.)
- Ces crécelles, sistres ou tintinnabulions, se voient aussi entre les mains des mendiants du Japon. D’après M‘“e Cl. Royer, cet objet aurait été « d’un usage religieux chez beaucoup de peuples anciens. C’était une sorte de sonnette sacerdotale, comme celle que font tinter nos enfants de chœur. » Les bacchantes de Dionysios l’ont connu, aussi bien que les pleureuses d’Ado-naï, les Curètes, les Co-rybantes de Phrygie et de Crète, les Ménades de Thrace, les initiés d’Eleusis, les pytho-nisses de Delphes, les prêtresses germaniques et les druidesses gauloises. U aurait donc été jadis d’un usage bien répandu dans l’ancien continent.
- Mais, dans le nouveau monde, il n’avait pas été signalé et aujourd’hui nous le retrouvons au Pérou. C’est bien, en effet, un tintin-nabulum ( instrument bruyant) que je viens de décrire. Qu’il ait servi à des usages religieux ou non, il n’en est pas moins comparable à ceux dont se servaient autrefois les peuples de l’Europe et dont se servent encore quelques mendiants de l’Asie. Les Péruviens , qui décoraient si souvent de peintures ou de figures en relief leurs vases les plus vulgaires, l’ont orné de personnages, ce que ne faisaient pas les habitants de l’ancien monde. Mais, à part ces ornements, l’objet reste le même.
- Si le rapprochement que je viens de faire n’est pas erroné, une nouvelle question se pose. Beaucoup d’archéologues pensent, avec M. de Mortillet, que ces douilles à anneaux ont été fabriquées tout d’abord par les Hindous et que ceux-ci en ont répandu l’usage en Occident en même temps qu’ils importaient dans cette région l’industrie du bronze. Peut-on admettre également que les Péruviens aient reçu de l’Inde le tintinnabulum?
- Si étrange que le fait puisse paraître au premier abord, il n’a rien d’impossible. J’ai dit que le sistre se rencontrait chez les Chinois et les Japonais, qui peuvent fort bien l’avoir emprunté aux Hindous. Or, à une époque ancienne, les Chinois connaissaient dans l’Est un pays que leurs livres désignent sous le nom de Fou-Sang et que de Guignes n’hésite pas à identifier avec l’Amérique. M. de Quatrefages, s’appuyant sur des témoignages multiples, admet complètement l’opinion de de Guignes ; il croit aussi, avec de Rosny, que les Japonais avaient eu aussi connaissance du Fou-Sang, qu’ils appelaient Fou-So.
- On s’explique, dès lors, la présence en Amérique de tribus qui, par les caractères physiques, se rapprochent des populations asiatiques. On se rend compte des ressemblances constatées « entre les monuments, les figures bouddhiques de l’Asie et les mêmes produits de l’art américain. On conçoit (pie le Tài-lii, le symbole des Chinois , se retrouve en Amérique ; que , dans des pays aussi éloignés, on rencontre des légendes absolument analogues. On comprend enfin que les habitants du village d’Eten, qui diffèrent de leurs voisins par le type, qui « vivent et s’allient entre eux, parlent une langue que les Chinois, amenés au Pérou pendant les dernières années, entendent parfaitement. » (Paz Soldan.)
- Mais alors si les Chinois, si d'autres Asiatiques ont accompli, en Amérique, des voyages à une époque fort reculée, pourquoi n’auraient-ils pas importé au Pérou, où ils paraissent avoir formé des colonies,l’usage du tintinnabulum qu’ils avaient eux-mêmes reçu des Hindous?
- Si l’objet que je viens de décrire est en bronze, il ne serait même nullement impossible que les Américains aient, eux aussi, reçu d’Asie l’industrie du bronze. On ne saurait toutefois rien affirmer encore sur ce point.
- Le sistre péruvien de M. Boban peut, on le voit, ouvrir des horizons aux archéologues et aux ethnologues. Il doit, en tous cas, être considéré comme un nouvel argument en faveur de l’hypothèse des relations anciennes entre l’Asie et le nouveau monde.
- Dl Verneau.
- Tintinnabulum bouddhique trouvé au Pérou.
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- LE « SYRRHAPTES PARADOXUS »
- Il y a vingt-cinq ans, en juin 1863, on signalait le passage à travers l’Europe de bandes considérables d’un oiseau, nouveau pour ces contrées, ïe Syrrhaptes paradoxus; un certain nombre de sujets furent tués en Allemagne, en France, en Belgique, en Angleterre. Depuis, pas un seul exemplaire n’a été vu; et pendant un quart de siècle on ne signala en Europe aucune capture de ce nomade.
- Cette année, M. le professeur Taekcbanovski, directeur du musée de Varsovie, signalait leur passage dès la fin d’avril en Russie; il écrivait à celte date :
- « Le 24 avril, nous avons obtenu un exemplaire femelle des environs de Ptock; le 25, nous en recevions un des bords de la Pilice, capturé dans une bande de plus de deux cents; un autre venant de Ronokic, au sud de Radom, et notre préparateur en a acheté une paire au marché de Varsovie. »
- Le 5 mai, une première avant-garde est signalée en Italie, à Fano. Le 15 mai, d’après M. Lamotte, les habitants de l’ile Dieu avaient tué trois ou quaire syrrhaptes, et voici ce que nous écrivait un habitant des Sables-d’Olonne à la date du 28 mai :
- « Il y a cinq ou six jours, il a été remarqué en mer, entre les îles Dieu et Noirmoutier, un vol assez épais de ces oiseaux, et il en a été pris trois ou quatre
- Le Syrrhapte paradoxal. Oiseau originaire de Tartarie, récemment observé en France.
- aux Sables-d’Olonne ; ces oiseaux étaient épuisés et cherchaient à s’abattre sur les bateaux de pêche à deux ou trois milles au large, n’ayant plus la force d’aller jusqu’à terre; cependant un grand nombre arrivèrent jusqu’au littoral. Dans une excursion que j’ai faite sur la côte, dans la direction de Valmont, j’ai constaté depuis qu’il y avait encore quelques-uns de ces oiseaux, qui sont excessivement sauvages et font un singulier bruit lorsqu’ils s’envolent, comme le bris d’un carreau par une pierre. Au départ, ils piquent droit comme le faisan, la queue ayant beaucoup d’analogie avec celle de ce dernier ; leur vol est très rapide. Il faut avoir de bons yeux pour les découvrir dans les guérets, où ils se confondent abso-
- lument avec les mottes; lorsqu’ils se croient en sûreté, ils courent la tête haute, comme fiers d’eux-mêmes. Je crois, et beaucoup de personnes sont de mon avis, que ces oiseaux sont accouplés et vont nicher dans le pays; il peut y avoir environ cent couples entre les Sables et Noirmoutier, et je n’ai pas entendu dire qu’il y en eût plus loin, ni dans l’intérieur. »
- Ces oiseaux sont originaires de la Tartarie; ils habitent d’ordinaire de grandes plaines dénudées où poussent seulement quelques plantes rabougries, dont ils mangent la verdure et les graines. Leur extérieur rappelle bien l’allure d’un voyageur dont le manteau est couvert de la poussière de la route.
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- LA NATURE.
- Figurez-vous une perdrix d’un gris roussâtre, couleur poussière presque uniforme, avec des ondes d’un jaune terreux sur les côtés de la tète et des taches en lunules brunes sur le dos ; la poitrine est traversée par deux ou trois traits noirs très étroits; le ventre est maculé de noir et de roux. La femelle a la gorge cerclée d’un trait noir étroit, mais la poitrine n’est pas traversée de filets noirs.
- Les ailes ont une forme toute particulière et fort remarquables la première plume se prolongeant en un long filet mince et flexible; les deux plumes médianes de la queue sont, elles aussi, terminées par deux prolongements analogues.
- La patte a une forme singulière; elle n’a pas 'de pouce, et les trois doigts antérieurs sont soudés et réunis comme dans une gaine d’où sortent trois ongles assez forts et aplatis. Le dessous est fort rugueux et nu, tandis que le dessus est garni jusqu’aux ongles de plumes courtes.
- Voilà donc des oiseaux qui sont venus d’Asie, traversant toute l’Europe à la recherche d’une contrée où ils puissent se fixer; dans leur émigration, ils se trouvent arrêtés par l’Océan, qu’ils tentent de traverser; leur instinct ne leur a pas permis d’apprécier, probablement, la longueur de l’étape, et bon nombre, épuisés de fatigue, reviennent à la côte; quelques-uns ont-ils pu atteindre la rive américaine? Ce n’est pas probable; ce qui est plus admissible, c’est que le gros de la bande a dû périr en mer.
- Bon nombre des femelles capturées portaient dans l’ovaire des jaunes d’œuf gros déjà comme des noisettes; quelques couples ont-ils pu nicher? C’est très douteux.
- M. Peilletz nous écrivait de Calais, le 3 août :
- « Hier, M. Boidin chassait à la mer en face du phare de Waldan, à trois kilomètres environ de la jetée Est de Calais, lorsqu’il aperçut une bande de syrrhaptes d’une quinzaine d’individus ; il parvint à les approcher à environ vingt pas, derrière des monticules de sable, et réussit à en tuer un. Il est peu probable que ces oiseaux aient niché ici, car d’après le dire du chasseur, ils étaient tous de même taille; leur couleur est loin d’être aussi belle que celle des premiers vus ici en mai, la mue commence à se faire sentir, les longues plumes des ailes et de la queue sont usées. »
- Leur présence a été constatée sur un grand nombre de points, en Belgique, en France, pendant les mois de mai et juin; mais depuis, la bande de Calais parait être la seule qui soit signalée au moment où nous écrivons.
- En conclusion, devons-nous espérer voir ces oiseaux se fixer en France, et y devenir sédentaires ou au moins de passage régulier? Non! c’est une illusion que de croire capables de fixité des nomades de leur caractère, dont la puissance des ailes égale certainement celle des hirondelles. Le voyage ne les épuise pas, car tous ceux capturés étaient gros, gras et bien portants, et nous ajouterons même d’une
- grande délicatesse de chair; nous en parlons par expérience et pour l’avoir goûtée.
- Depuis l’Italie jusqu’à l’Angleterre, ils se sont répandus partout par petites bandes et se sont arrêtés surtout au littoral, il n’est pas besoin d’ajouter, parce qu’ils ne pouvaient aller plus loin.
- M. IL Lafon, sans préciser la date, dit qu’un paysan a tué un syrrhapte à Listrac (Gironde).
- M. de Pincenoire les a rencontrés dans les plaines entre Niort et Fontenay-le-Comte en Vendée; il rapporte que M. de T.... en avait reçu deux, faisant partie d’une capture de cinq, faite dans les environs de Barbezieux.
- Leur présence est signalée le 28 mai dans les dunes de Port-Mahon où plus d’un mois après, les gardes en signalent quelques couples, ce qui leur fait supposer que ces oiseaux veulent s’y reproduire.
- A la même époque, M. Th. Deyrolle en tue quatre en Bretagne à la pointe de Trevignon, près Concarneau.
- Sur les bords de la Manche, on les signale dans les environs de Dunkerque de la fin de mai à fin juin, puis à Calais, à Boulogne; M. Magaud d’Aubusson les rencontre dans la baie de la Somme.
- Plus au nord, en Belgique, on constate leur présence sur plus d’un point dans l’intérieur, et enfin aux environs d’Ostende.
- 11 paraît ne plus en rester qu’à Calais, et il est fort probable que le jour de l’ouverture de la chasse qui est très proche, bien peu de fusils pourront se flatter d’avoir envoyé du plomb dans l’aile d’un syrrhapte. Emile Deyrolle.
- ÉRUPTIONS VOLCANIQUES
- AUX ILES LIPARI, DU 3 AU 0 AOUT 1888
- Les îles Éoliennes, aujourd’hui appelées îles Lipari, du nom de la plus grande, sont groupées, au nombre de 12 (dont 7 principales) à environ 50 kilomètres au nord de la Sicile. Ces îles, toutes volcaniques, dans lesquelles deux volcans, Stromboli et Vulcano, aujourd’hui en activité, peuvent être considérées comme constituant, avec l’Etna et le Vésuve, une chaîne volcanique.
- Une de ces îles a été récemment le théâtre d’une éruption assez intense, dont je vais parler. Depuis longtemps le cratère du volcan de cette île, nommée précisément Arul-cano [(anciennement Hiera ‘ Vulcania), était calme, en se maintenant toujours à l’état de solfatare. A de longs intervalles il se manifestait un accroissement d’activité éruptive.
- L’île de Vulcano a la forme ovoïdale ; elle mesure 7 kilomètres environ de longueur et 3 kilomètres de largeur moyenne. Dans sa partie septentrionale le volcan s’élève à 386 mètres de hauteur.
- Mais ce n’est pas le point le plus élevé de l’île : le mont Saraceno, à la partie méridionale, a une hauteur de 480 mètres, et le mont Aria plus au sud, s’élève à 499 mètres.
- 1 'Iepd, sacrée, parce qu’elle était sacrée à Vulcain.
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- Le bord supérieur du volcan a un diamètre de 500 mètres environ; le fond du cratère1, qui dans les longues périodes de calme est accessible, est à une profondeur d’environ 240 mètres. On y avait construit une fabrique pour l’extraction de l’acide borique. Cette fabrique, endommagée par les éruptions précédentes, a été complètement détruite par l’éruption de février 1886. Depuis cette époque, le volcan n’a jamais repris d’une façon absolument complète son état de calme 2.
- Le 5 août 1888, dès les premières heures du matin, le cratère de Yulcano commença à présenter des phénomènes alarmants, qui faisaient présager un prochain réveil dans l’activité éruptive et les habitants des régions avoisinantes, n’ont pas été sans éprouver une légitime émotion.
- Dès le lever du jour, des colonnes de fumée et de cendres sortaient du cratère avec beaucoup d’intensité et on entendait des grondements souterrains. L’intensité de ces phénomènes s’est accrue à des intervalles,- pendant la nuit du 5 au 4 ; et le 4, à 7 heures du matin, l’éruption a atteint son maximum. La colonne de fumée et de cendres s’élevait plus intense; de grosses pierres incandescentes étaient lancées à une hauteur considérable; une pluie brûlante de cendres, de lapilli et de pierres a endommagé les maisons, les arbres et les vignobles situés au pied du volcan. Les habitants de la localité la plus ravagée, appelée Porto (Porto di Levante et Porto di Ponente), ont abandonné l’île en se réfugiant sur un navire envoyé par l’autorité de Messine. Le service télégraphique a été interrompu à cause des dégâts du bureau. Heureusement personne n'a péri.
- Aucun courant de lave n’a jailli du cratère ; l’éruption a seulement consisté en cendres, en scories, en lapilli et en grosses pierres incandescentes. La couleur de la cendre est presque blanche.
- Le 4 août, l’activité des phénomènes éruptifs a diminué considérablement. Pendant le jour suivant, le volcan a continué à lancer, mais avec moins d’intensité, des globes de fumée et de cendres. Le 6, tout était rentré dans le calme.
- Pendant l’éruption dont nous venons -de rapporter la description, plusieurs petits bois de genêt ont été brûlés. Quelques scories ont été lancées à grande distance. Les lapilli tombés abondamment n’ont pas complètement détruit les plantations. Quatre ou cinq maisons ont été écrasées par des masses de pierres volcaniques, lancées du cratère.
- 11 est regrettable qu’aucun observatoire météorologique et volcanologique n’existe encore dans les îles Eoliennes ; il y aurait là de très importantes études à entreprendre au point de vue des phénomènes de la physique du globe. Jean Platania.
- Aciréale (Sicile), le 11 août 1886.
- TRAITEMENT DES MINERAIS AURIFÈRES
- PAR I.E CHLORURE DE CALCIUM
- Dans le traitement de certains minerais aurifères, l’emploi d’une solution étendue de chlorure de calcium, additionnée d’une égale quantité d’acide étendu, peut offrir
- 1 Appelé par les habitants Fossa di Yulcano.
- 3 Les produits minéraux de Yulcano ont une grande importance. On y exploite le soufre, le sel ammoniac, l’acide borique et l’alun. Le professeur A. Cossa y a découvert la présence des deux métaux cæsium et rubidium.
- des avantages sérieux sur l’emploi du gaz chlore. On supprime tout d’abord l’appareil de fabrication du chlore; en outre, on n’a pas à craindre la production de gaz ou de fumées dangereuses pour la santé des ouvriers : l’attaque de l’or se poursuit avec uniformité jusqu’aux dernières traces, et on peut contrôler les progrès de l’opération par des essais au chlorure d’étain. Si le minerai ou les résidus des traitements antérieurs contiennent de l’or ou de l’argent, le procédé est encore applicable.
- Voici comment il convient d’opérer. Le minerai, préalablement grillé, s’il est nécessaire, est réduit en poudre fine et on ajoute une petite quantité de sel marin. On grille la masse dans un four à réverbère jusqu’à décomposition de toutes les combinaisons du soufre, de l’arsenic et de l’antimoine. Le résidu est porté dans des baquets en bois, où l’on dissout par l’eau chaude les oxydes et les sels de cuivre et d’argent. On extrait ensuite l’or au moyen d’une solution de 0,6 à 0,7 pour 100 de chlorure de calcium dans l’eau, mélangée à un égal volume d’acide chlorhydrique de densité 1,002 à 1,003, et on poursuit le traitement jusqu’à ce qu’un échantillon ne révèle pas, même après un repos de deux heures, la présence de l’or, quand on le traite par une dissolution acidulée de chlorure d’étain. On réunit dans des cuves en bois le liquide contenant l’or, et on le chauffe par de la vapeur jusqu’à 70 degrés centigrades. On précipite par le sulfate de fer, le sulfure de sodium ou l’acide sulfureux à la manière ordinaire, en ajoutant une petite quantité d’acétate de plomb pour ne rien laisser perdre du métal précieux.
- A la mine de Fahlun, en Suède, depuis 1885, on a traité ainsi les résidus provenant de 29 000 tonnes de minerai de cuivre, et 1500 tonnes déminerai aurifère. En 1886, les résidus de 14 000 tonnes de minerai de cuivre contenaient par tonne 2,7 grammes d’or dont on a recueilli les neuf dixièmes, en dépensant à peu près 1 franc par tonne. La même année, 960 tonnes de minerai aurifère renfermant 34 grammes d’or par tonne, en ont abandonné 98 pour 100, et les frais correspondants ont été de 15 fr. 50, en ne tenant pas compte de la préparation mécanique. La faible quantité d’agents chimiques employés, le bon marché de la main-d’œuvre et du combustible justifient la préférence accordée à la méthode ci-dessus décrite. Ph. Delahaye.
- LA TOUR EIFFEL
- Depuis le commencement des travaux de la Tour de 300 mètres, qui s’élève avec une précision merveilleuse h l’entrée du Champ-de-Mars, nous avons toujours tenu nos lecteurs au courant des opérations multiples que nécessite cette immense entreprise.
- Dans notre précédent article1, nous avons donné des détails sur la construction jusqu’au premier étage et une vüe de la partie supérieure de l’un des quatre montants. Aujourd’hui la Tour est arrivée au deuxième étage, c’est-à-dire à une hauteur de plus de 115 mètres; et les quatre piliers se trouvent reliés, comme > ils ont été au premier étage, par une ceinture de poutres horizontales.
- En même temps que le montage des piliers entre
- 1 Voy. n° 768, du 18 février 1888, p. 183.
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- LA NATURE.
- le premier et le second étage, on a effectué la mise en place des arcs décoratifs sur les quatre faces de la Tour, ainsi que la pose des consoles qui doivent supporter les galeries extérieures du premier étage. On a démonté les quatre grands échafaudages qui avaient été établis pour la pose des poutres horizontales et pour le montage de ces arcs, ainsi que les pilônes en charpente qui soutenaient les pdiers en porte-à-faux avant qu’ils ne fussent reliés à la hauteur du premier étage.
- Le montage des piliers entre le premier et le second étage s’est effectué très rapidement par la même méthode que celle qui a été adoptée depuis le sol jusqu’au premier étage, c’est-à-dire que le levage des pièces a été fait au moyen de quatre grues fixées sur les 'poutres des ascenseurs qui constituent leurs chemins d’ascension.
- Des dispositions nouvelles ont cependant été prises à partir du premier étage pour le levage des pièces. Comme il aurait été trop long de prendre les pièces sur le sol au moyen des grues disposées dans les piliers pour les amener jusqu’à la hauteur où elles doivent être mises en place, on a songé à créer un relais sur le plancher du premier étage; et, à cet effet, on a installé sur ce plancher une grue mue par une locomobile de six chevaux.
- Les pièces prises sur le sol au moyen de cette grue sont levées à la hauteur du plancher et déposées sur des wagonnets qui, par une voie circulaire convenablement installée dessert les quatre pieds ; les pièces sont ainsi conduites à l’emplacement même où elles doivent être prises par les grues installées sur les piliers. Notre ligure 1 montre une de ces grues des piliers, au moment où elle amène à la partie supérieure de l’un d’eux la pièce métallique
- à poser, qu’elle a prise au relais du premier étage. Notre grande gravure (fig. 2) montre l’ensemble du chantier du premier étage, avec l’aspect d’un des quatre piliers de la Tour. On voit à droite du dessin l’abri sous lequel se trouve la locomobile et une partie des voies de chemin de fer et du plancher.
- Lorsqu’on arriva à préparer la jonction des quatre
- piliers deux à deux, par les poutres horizontales situées au-dessous du second étage, on constata entre les écartements des piliers, comme cela s’était déjà présenté au moment de la mise en place des poutres du premier étage, une légère différence qu’il fallait corriger.
- Cette différence provenait de ce que les deux piliers situés du côté de Gre-nelle étaient un peu plus hauts que les deux autres, de cinq à six millimètres environ. Comme les pièces ne doivent pas être modifiées sur place, et que les trous d’assemblage ne doivent pas être agrandis, on a corrigé ce très faible écart en abaissant et en écartant en même temps de quelques millimètres les deux piliers du côté de Grenelle. Cette opération a été faite au moyen des vérins hydraul iques dont nous avons donné une description, un dessin, ainsi que des détails de manœuvre dans notre précédente notice1.
- Nous avons parlé antérieurement des escaliers conduisant du sol au premier étage, qui, on s’en souvient, sont droits et coupés de paliers de distance en distance. Cette disposition n’a pu être adoptée pour les escaliers qui relient le premier et le second étage, à cause du changement d’inclinaison des piliers.
- 1 Voy. n° 7C8, du 18 février 1888, p. 184.
- Fig. 1. — Grue de montage fonctionnant à la partie supérieure d’un des quatre piliers de la Tour, avant le raccordement de ces piliers.
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- Fig. 2. — Construction de la Tour de 300 mètres au Champ-de-Mars, à Paris. Le chantier du premier étage. Figure montrant nu des quatre piliers de la Tour, et l’abri de la locomobile. (D’après une photographie).
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- Ces escaliers du premier au second étage sont hélicoïdaux et fixés sur un noyau cylindrique en tôle.
- Le poids total des fers actuellement mis en place et entrant dans la construction est de plus de cinq millions de kilogrammes, et il ne reste pour achever complètement la Tour de 300 mètres qu’à effectuer le montage d’un million de kilogrammes environ.
- Ces chiffres disent assez que l’œuvre est en bonne voie et que les prévisions de M. Eiffel au sujet de son achèvement d’ici la fin de l’année courante seront certainement réalisées.
- Le deuxième étage de la Tour a été inauguré le 4 juillet 1888 par un déjeuner offert par M. Eiffel à la Presse. Une table de cent couverts avait été dressée au premier étage, et, avant le repas, on a fait l’ascension du deuxième étage où le panorama prend déjà un aspect grandiose.
- M. Ilébrard, président du Comité de la presse parisienne, a félicité M. Eiffel de son œuvre, à laquelle il a trouvé, en dehors de son intérêt scientifique, un côté artistique, poétique même, par cette légèreté des matériaux qui s’élèvent avec grâce vers les régions du ciel.
- Nos lecteurs ignorent peut-être, pour la plupart, que c.ette légèreté de la grande construction métallique est plus qu’apparente. Peu de personnes savent assurément que le sol des fondations de la Tour de 300 mètres ne sera pas plus chargé que celui d’une maison de cinq étages de Paris.
- C’est là une des grandes supériorités des constructions métalliques de ce genre. A surface égale le fer est dix fois plus résistant que le bois et vingt fois plus résistant que la pierre. En outre, l’élasticité du fer lui permet de résister aussi bien aux efforts de tension qu’aux efforts de compression ; aussi son emploi met entre les mains des ingénieurs des ressources absolument nouvelles , dont la Tour de 300 mètres offrira au monde, en 1889, un des exemples les plus grandioses et les plus remarquables.
- — A suivre. — GASTON TlSSANMEU.
- LE TIR DES FUSILS DE CHÂSSE
- (Suite. — Vov. p. 122.)
- Nous avons terminé notre précédent article par l’analyse du chapitre relatif à la puissance meurtrière des grains de plomb. Nous allons aborder la suite des résultats obtenus par M. le capitaine Journée.
- Recul. — Le recul est une fonction du poids du fusil, du poids du plomb, des bourres de la charge de poudre et de la vitesse initiale. Le tableau ci* contre résume les différents éléments de chargement et de recul des fusils de chasse dans les conditions moyennes où ils sont employés.
- L’effet moyen du recul, comme impression physiologique, est représenté par la dernière colonne
- du tableau ; on voit qu’il varie environ du simple au double suivant le fusil employé :
- DÉSIGNATION du fusil du fusil \ en kilo- j grammes 1 de la (2 poudre en> — grammes j ® ® S _0 O S "3 ** « Sf 12 a» « 5 2 U t 4i m bd —, o. g o * VITESSE DU RECUL en mètres par seconde 4) S c h £ Pli 3 g « KS> im 22 - CC “ -2 15
- Calibre 10 3,1 4 52 575' 4,0 7),?>7)
- — 12 5,25 5 40 575 5,52 4,85
- Modèle 1874 4,20 5,25 25,0 445 5,51 2,07
- Portée extrême des fusils de chasse. — L’on a intérêt à connaître la portée extrême des fusils de chasse, autant pour éviter les réclamations des voisins que pour éviter des accidents. Cette portée dépend à la fois de l’angle de tir et de la grosseur du plomb, mais est à peu près indépendante de la vitesse initiale lorsque celle-ci varie entre 200 et 400 mètres par seconde. Le diagramme ci-contre (fig. 1) montre d’un seul coup d’œil comment varie la portée avec l’angle de tir.
- Il suffit d’abaisser la verticale passant par le point d’intersection de la courbe ovoïde et des rayons correspondant aux différents angles : le chiffre inscrit sur la ligne horizontale donne la portée en mètres. On voit, par exemple, que la portée est la même pour un angle de 10° et un angle de 50°, et que cette portée est de 150 mètres. La portée maxima du plomb n° 4 est de 200 mètres sous un angle de tir de 32° ; elle est d’environ 400 mètres pour le plomb 00 pesant 1 gramme par grain. Au delà de 120 mètres, le plomb de chasse est entièrement inoffensif, sauf pour les yeux. La balle sphérique, calibre 16, tirée sous des angles de 25° à 50° porte à 1000 mètres environ.
- Chargement des cartouches. — La poudre superfine est celle qui convient le mieux pour la charge des cartouches qui doivent correspondre au chambrage du fusil à tirer, suivant que celui-ci est chambré pour cartouches à gros ou à petit bourrelet. La poudre fine donne moins de vitesse que la poudre superfine ; la poudre extra-fine est trop vive et coûte trop cher.
- La charge de poudre superfine doit être de 4 grammes pour le calibre 16 et de 4«r,5 pour le calibre 12. Les étuis métalliques nécessitent des charges de 0«r,5 plus fortes que les étuis en carton.
- La bourre doit être en cire et graisse ou en feutre saturé de cire et graisse ; l’épaisseur doit être comprise entre la moitié et les deux tiers du calibre de l’arme. Cette bourre doit être placée entre deux cartons pour empêcher la poudre de toucher directement les matières grasses et les grains de plomb de s’incruster dans la bourre.
- La charge de plomb doit être de 30 à 35 grammes pour le calibre 16 et de 35 à 40 grammes pour le calibre 12.
- Lorsque, dans un fusil à deux coups, l’un des canons est choke-bored et l’autre cylindrique, ce dernier doit être chargé avec du même plomb plus
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- fin, car. dispersant davantage, il est destiné à être tiré a une plus faible distance que l’autre; le coup doit donc être plus garni, et il n’y a pas d’inconvénient à employer des grains moins lourds, la distance de tir étant plus faible. Le plomb durci est préférable au plomb pur qui est trop mou, se déforme et conserve bien moins sa vitesse que le plomb dur.
- Dispersion du plomb et dimension des gerbes. — L’ouverture de la gerbe des fusils de chasse et l’emploi d’un grand nombre de grains de plomb sont les correctifs nécessaires de la maladresse humaine; et, comme les écarts personnels de chaque chasseur sont bien plus grands, en général, que la gerbe de plomb d’un fusil de chasse ordinaire, il s’ensuit que le tir très serré ne convient qu’aux très bons tireurs.
- Lorsqu’une charge de plomb est lancée dans de bonnes conditions par un canon non rayé sur une cible verticale suffisamment grande pour recueillir tous les plombs, elle forme une gerbe circulaire dans laquelle les empreintes se trouvent réparties suivant les lois habituelles de la probabilité.
- La densité des empreintes va en décroissant du centre à la circonférence.
- La meilleure façon d’apprécier la dispersion d’une gerbe de plomb consiste à. tirer sur une cible assez grande pour recueillir tous les plombs et à mesurer le rayon de la circonférence ou encore les dimensions du rectangle qui contient une fraction définie des empreintes des grains de plomb les plus au centre. Cette fraction doit être comprise entre 50 pour 100 et la totalité des empreintes.
- Les différents grains d’une charge de plomb subissant dans l’air des pertes de vitesse inégales, dues à leurs différences de poids, diamètres et déformations, il en résulte qu’une charge de plomb en mouvement vue par côté a la disposition représentée figure 2. L’allongement relatif de la gerbe est d’autant plus grand que la portée est plus grande. 11 est facile de contrôler cette disposition en tirant à une certaine distance sur une surface d’eau calme et étendue.
- La dispersion du plomb est sensiblement indépendante de la nature de la poudre. Toutefois, avec des canons cylindriques, la dispersion est un peu plus grande avec des poudres lentes, telles que la poudre au picrate, qu’avec des poudres vives, telles que la poudre superfine. Cela tient a ce que l’étalement du plomb à la sortie du canon est d’autant plus grand que la pression est plus forte à la bouche. Quand la
- Fig. 1.— Portées extrêmes en mètres, en fonction des angles de tir pour du plomb de chasse n° 4 et un fusil de calibre 16 (3 gr. de poudre.)
- vitesse initiale des plombs dépasse 400 mètres par seconde, la dispersion s’accroît sensiblement avec la vitesse, du fait des déformations considérables que les plombs subissent.
- A la condition de bien remplir son rôle d’obturateur, la bourre n’a pas d’influence sur la dispersion, mais la dispersion s’accroît dans des limites considérables si la bourre obture mal. La bourre placée en avant du plomb doit être légère, sans quoi elle accroît la dispersion.
- Dans les limites habituelles, le poids de la charge de plomb n’a pas d’influence sur les dimensions de la gerbe. La dispersion est d’autant plus forte que le plomb est plus petit.
- La déformation des projectiles joue aussi un rôle important dans la dispersion de la charge.
- En tirant à mitraille dans des pi'èces d’artillerie des balles sensiblement indéformables en zinc, en fer, en fonte, on a constaté que la dispersion du tir reste à fort peu près proportionnelle à la distance.
- D’autre part, en tirant de la grenaille de plomb dans les fusils de chasse, on observe que la dispersion croît beaucoup plus que proportionnellement à la distance. Cet accroissement relativement plus rapide de la dispersion de la grenaille de plomb, tient aux déformations que les grains subissent dans le canon. Quand on tire à une forte vitesse, il est impossible, avec les poudres actuelles, d’éviter la déformation du plus grand nombre des grains de plomb.
- Un fort durcissement du plomb peut réduire sensiblement ces déformations, mais ne les supprime pas entièrement.
- En employant de la grenaille de laiton, de zinc, de fonte, de fer, on éviterait à peu près entièrement ces déformations ; mais avec les métaux ci-dessus et tous les métaux communs, on aurait l’inconvénient d’avoir une densité inférieure à celle du plomb. Dans un même parcours, les grains d’un même diamètre et même les grains d’un même poids subiraient des pertes de vitesse notablement plus grandes que les grains de plomb. Les grains ayant la moindre densité auraient donc une puissance meurtrière s’étendant moins loin que celle des grains de plomb.
- Les seuls métaux durs et ayant une densité égale ou supérieure à celle du plomb (or, platine, tungstène,...) sont tous trop chers et trop difficiles à travailler pour pouvoir être utilisés comme projectiles de chasse.
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- LA NATURE.
- Il faut remarquer aussi que des grains indéformables ne pourraient être tirés dans des canons choke-bored. Comparés aux charges de grains de plomb tirés dans un canon choke-bored, les avantages de grains indéformables, au point de vue de la précision, ne seraient appréciables qu’au delà de 50 mètres. Les canons
- Dans un canon choke-bored, la charge de plomb, entrant dans la partie conique, reçoit du fait de cette conicité un resserrement assez brusque. Les plombs situés à la circonférence et ceux qui les touchent sont lancés vers le centre de la charge. Cette contraction de toute la masse peut être combinée
- de façon à faire exactc-
- Fig. 2.
- choke-bored ou à étranglement qui fournissent le tir le plus serré sont ainsi constitués : Le canon, cylindrique jusque près de la bouche, est conifié de 1/50 à 1/15 de calibre sur une longueur de 5 à 4 calibres, puis ce canon redevient cylindrique sur une longueur de 1 calibre (fig. 5).
- Voici comment, d’après M. le capitaine Journée, s’explique la différence de dispersion d’un canon cylindrique ou d’un canon choke-bored.
- Au moment de la déflagration, la charge de plomb poussée par la poudre s'écrase par suite de son inertie.
- L’ensemble des grains de plomb manquant de cohésion tend à s’étaler en largeur mais en est empêché par les parois du canon.
- Les plombs conservent cette tendance à l’expansion latérale tant que dure la poussée des gaz. La cause qui tend à faire étaler une charge de petit plomb est la même que celle qui produit le forcement par inertie des balles allongées.
- Dans un fusil lisse et cylindrique, la charge de plomb arrive donc à la bouche toujours poussée et ayant, par suite, toujours une tendance à s’épanouir. Cette cause produit une dispersion initiale des plombs dans tous les sens et le diamètre de la gerbe contenant la plus grande partie des grains est pour les petites distances à peu près égale à 3/100 de la portée. Cette règle se vérifie dans les fusils de chasse et dans les canons lisses tirant à mitraille. La tendance de la gerbe à s’ouvrir est d’autant plus grande que la pression à la bouche est plus grande. C’est pour cette raison que les armes très courtes dispersent plus que les armes longues.
- ment équilibre à la tendance qu’a la poussée des gaz à étaler la masse de plomb.
- Dans un canon choke-bored bien organisé, la charge de plomb sort donc sans tendance à s’étaler et, par suite, sans déviation initiale des grains. Les cartouches grillagées, tirées dans un canon cylindrique, donnent la même dispersion des plombs que les charges de plomb en vrac tirées dans un
- canon choke-
- Pisposition des grains de plomb d’une charge on mouvement, vue par côté.
- Fig. 5. — Canon choke-bored.
- Fig. 4. — Gerbe de plomb de chasse n° 2 tiré dans le fusil modèle 1874.
- bored.Le grillage diminue la déviation initiale en empêchant l’étalement latéral des plombs au sortir du canon.
- 11 n’y a pas de différence de dispersion bien sensible entre les tirs d’une même espèce de cartouche, d’une part dans un canon cylindrique en parlait état d’entretien, et, d’autre part, dans un canon semblable, mais rouillé, mal poli et cabossé.
- Tir du plomb de chasse dans les armes rayées. — Quand on tire du plomb de chasse dans une arme rayée, les plombs situés à la périphérie de la charge prennent la rayure, entraînent les plombs qui les touchent et communiquent ainsi à toute la charge le mouvement de rotation commandé par la rayure.
- Les plombs sortent du canon animés d’une force centrifuge d’autant plus grande, qu’ils se trouvent placés plus loin de l’axe du canon. Cette force centrifuge augmente la dispersion initiale des plombs. Les grains situés a la périphérie de la charge se disposent sur la circonférence d’un cercle dont le rayon est d’autant plus grand que le pas de la rayure est plus court. Les plombs situés au centre de la charge portent au centre du groupement (fig. 4).
- — A suivre. —
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- GRAND INCENDIE DE LA MINE DE BEER
- AU CAP (AFRIQUE DU SUI))
- La ville de Kiniberly est la. capitale du district diamantifère de Griqualand (West), que le Gouvernement britannique a détaché du territoire de la République d’Orange1. On rencontre, dans son voisinage, des exploitations considérables que nous avons décrites à plusieurs reprises2.
- Les ingénieurs n’en sont pas restés aux niveaux que nous avons indiqués. La mine de Beer, la plus importante de toutes, possède deux plans inclinés semblables à celui que l’on peut voir dans notre dessin du 14 avril 1885. Le n° 1 descend à 150 mètres, et le n° 2 à 125 seulement.
- Les travaux cessant plus bas d’être à ciel ouvert, sont descendus juqu’a 210 mètres, niveau
- auquel se trouvent ploitation a lieu à l’aide d’un puits de 60 mètres conduisant au plan incliné n° 1 ; il y a dans ce puits une machine d’extraction semblable a celles de nos mines européennes.
- Ces galeries inférieures communiquent en outre avec la surface par des plans abandonnés, des tunnels inclinés ou des échelles. D’anciennes galeries quelquefois sans issue,
- les galeries Frigger. L’ex-
- Coupe schématique de la mine de Beer, au Cap. — A. Galerie Frigger, théâtre de l’incendie. — B. Puits bouché par la chute de la benne. — C. Grand plan incliné, n" 1. D. Grand plan incliné, n“ 2. — E. Echelles, galeries abandonnées, vieux plans, etc,, permettant de s’échapper de la galerie incendiée. — F. Machine d’extraction.
- 11 était de 6 à 7 heures du soir et les ouvriers de l’équipe de nuit étaient en train de remplacer les ouvriers de l’équipe de jour. La montée avait lieu par le puits de 60 mètres et le plan incliné n° 1.
- Aussitôt que les mineurs, qui se trouvaient dans la galerie Frigger, s’aperçurent du danger, ils se précipitèrent vers la benne. Le mécanicien, ayant été prévenu par les cris qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire, la fit redescendre alin de pouvoir enlever plus de monde. Mais la chaleur devint soudainement si intense que le feu gagna les cordes et que la benne retomba lourdement dans le fond du puits, assommant, écrasant tous ceux qui y étaient montés et tous ceux qui attendaient leur délivrance! 11 n’y avait pas, en ce moment, moins de 800 ouvriers enfermés dans la galerie inférieure et privés de tout moyen d’échapper aux flammes. Le plan incliné n° 1 fut soudainement envahi par la fumée et les Ranimes, avec tant de rapidité que les mécaniciens durent prendre la fuite. Heureusement M. Gardiner William, directeur général de la mine, se rappela qu’on pouvait communiquer par le téléphone avec les prisonniers. Il leur dit de chercher à gagner le plan incliné n° 2 à l’aide des échelles et des galeries abandonnées.
- Pendant ce temps, la nuit était arrivée, et
- se trouvent dans le voisinage.
- La disposition des lieux étant bien établie, on pourra facilement comprendre l’histoire de la terrible catastrophe qui vient de fondre sur la population ouvrière de Kimberly, dans des conditions déplorables. En effet, on vient de découvrir, au nord du district occupé par la colonne du Cap, de grandes mines de diamant beaucoup plus riches, où les Boers vont se transporter immédiatement, et que le haut commissaire du Gouvernement anglais a annexé, il y a quelques semaines, aux domaines de Sa Majesté Britannique, lesquels s’étendent actuellement jusqu’au Zambèze.
- Le 14 juillet, le feu prit dans l’intérieur des galeries Frigger. On ignore encore la cause de ce sinistre qui sera expliquée, peut-être, dans l’enquête à laquelle va se livrer le gouvernement colonial du Gap.
- 1 Voy. n° 515, du 14 avril 1885, p. 311.
- a Voy. n° 240, du 5 janvier 1878, p. 51, et n° 410, du 0 avril 1881, p. 295.
- jusqu’au jour on dut se borner à inonder le plan n° 2 pour le protéger contre les flammes; c’est à quoi l’on put heureusement parvenir. C’est seulement le lendemain matin, 15 juillet, que des bandes de volontaires purent pénétrer jusqu’à l’embouchure du puits vertical; on le trouva littéralement bouché par un tas de cadavres à moitié carbonisés. Les infortunés avaient péri en cherchant à suivre le conseil du directeur, et on en rencontra qui étaient morts cramponnés aux barreaux des échelles faisant communiquer le niveau inférieur avec le plan n° 2. On put alors reconnaître que le nombre des victimes avait été de 21 blancs et de 180 noirs. Les volontaires eurent la joie de ramener à la lumière du jour, avant le coucher du soleil, 408 noirs et 45 blancs recueillis dans les galeries abandonnées où ils s’étaient réfugiés pour échapper aux flammes, ou à la fumée, qui n’était pas moins dangereuse. Tous auraient infailliblement péri jusqu’au dernier, s’il ne s’était pas élevé une épouvantable tempête à la
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- LÀ NATURE.
- suite de laquelle de l’air était entré dans les galeries par toutes les ouvertures.
- Le bruit s’était répandu qu’une troupe de volontaires avait péri, mais on les vit reparaître portant sur leurs épaules des noirs qui étaient encore vivants, mais trop épuisés pour pouvoir marcher. Ces malheureux avaient passé la nuit dans un souterrain, voisin du théâtre de la catastrophe, où ils étaient parvenus avec des échelles. Au moment où ils allaient échapper, le vent avait changé, la fumée s’était dirigée de leur côté, et les héroïques sauveteurs avaient failli périr avec les braves gens accourus à leur aide.
- On cite des actes d’héroïsme dans lesquels l’humanité faisait abstraction de la couleur. Un blanc périt dans une tentative pour sauver ses camarades noirs. Un noir, qui avait la médaille militaire de la guerre des Cafres, faillit succomber en portant son maître sur ses épaules. Comme on l’aurait fait en Europe, une souscription fut immédiatement organisée pour venir en aide aux familles des vietimes.
- Les dommages sont évalués à 500000 francs. Mais 1’exploitation pourra recommencer aussitôt que les corps des victimes auront été récupérés.
- NÉCROLOGIE
- J.-C. Ilouzcau. — Le célèbre directeur de l’Observatoire de Bruxelles, membre de l’Académie des sciences de Belgique, est mort le 15 juillet 1888; nous emprunterons ici quelques passages aux discours qui ont été prononcés sur la tombe de ce savant distingué, par le lieutenant général Liagre et par M. Folie.
- Jean-Charles Houzeau de Lehaie naquit à Mous le 7 octobre 1820. Après avoir fait, au collège de cette ville, de brillantes études humanitaires, il vint à Bruxelles, à l’àge de dix-huit ans, pour y suivre les cours de l’université libre. A l’époque où il se trouvait encore sur les bancs du collège, Houzeau manifestait déjà un goût prononcé pour l’astronomie; il s’était même créé de ses propres mains un petit observatoire. A partir de 1845, nous le voyons entrer résolument dans la carrière, et publier des mémoires sur les étoiles filantes périodiques, les comètes, la lumière zodiacale et l’aberration de la lumière. 11 fait ensuite des excursions sur le champ de la physique du globe, de la météorologie et de la climatologie.
- Après avoir été nommé aide à l’Observatoire de Bruxelles, Houzeau entreprit de grands voyages en Amérique, et notamment à la Jamaïque et au Texas, où il fit de nombreuses expéditions scientifiques.
- C’est à la mort de Quételet que Houzeau fut nommé directeur de l’Observatoire de Bruxelles. Dès son arrivée, cet établissement fut transformé. Grâce à son initiative et à son activité tout américaines, le service météorologique, notamment étendu, donna bientôt naissance à un Bulletin quotidien, et permit à l’un des collaborateurs de Houzeau d’établir les lois de la formation et de la propagation des orages en Belgique. Les études spectroscopiques et les recherches d’astronomie physique commencèrent, et bien peu d’années devaient s’écouler avant qu’elles fussent très avantageusement connues en Europe. L’impulsion de Houzeau n’est certainement pas non plus étrangère aux
- beaux travaux de mécanique céleste qui sont éclos, [tendant sa direction, à l’Observatoire de Bruxelles.
- On doit à Houzeau un grand nombre d’ouvrages et de travaux divers qui laisseront leur trace durable dans le domaine de la science.
- CHRONIQUE
- la» photographie aérienne par cerf-volant. —
- Nous recevons de l’un de nos lecteurs, M. Arthur Batut, à Enlaure (Tarn) une intéressante communication dont nous .reproduisons la partie essentielle : « Je poursuis depuis six mois environ la solution du problème de photographie aérienne par cerfs-volants. Les résultats que j’ai obtenus, bien que très imparfaits encore, me permettent d’espérer une réussite complète.... Le cerf-volant est un appareil peu coûteux, d’un transport relativement facile et qui, sans excéder des dimensions très acceptables (2 mètres de haut sur lm,40 de large), enlève facilement un appareil photographique du poids de 1 kilogramme. )) Notre correspondant accompagne sa lettre de l’envoi de deux photographies mesurant t)m,080sur0m,10l), obtenues, l’une à 101) mètres, l’autre à 80 mètres environ d’altitude, et donnant la vue de la maison et de la ferme d’En-laure, appartenant à l’expérimentateur ; ces épreuves sont flou, mais elles donnent cependant le plan des habitations et des arbres qui l’environnent. 11 y a là, assurément, un premier résultat très digne d’être encouragé.
- La population du bétail en France. — On estime qu’à la fin de 1882 la France possédait 12 997 000 têtes de gros bétail. A la fin de 1886, ce nombre s’était accru de 278000 animaux, ce qui élevait le total à 15275000 tètes. Ce qu’il y a de curieux, c’est que le nombre des bêtes de travail a diminué de 151 500 bœufs de trait et de 268000 vaches, mais les bêtes à l’engrais ont progressé de 514000 tètes. Les bouvillons, génisses, élèves, ont progressé en quatre ans, de 1885 à 1886, de 485000 têtes. 11 était, en 1886, de 5642000. Le nombre des veaux au-dessous de six mois était, en 1886, de 1078000. Le nombre des moutons est, au contraire, en diminution. De 25809000, en 1882, il est descendu en 1886 à 22688000. Mais la diminution a surtout porté sur les bêtes âgées de moins de deux ans. Le nombre de ces animaux est tombé de 15410000 à 15785000. Par contre, le nombre des animaux jeunes a progressé de 8 599000 à 8 905000. En 1886, le marché de la Yillette a reçu 505442 bœufs et 190 105 veaux.
- Cristallisation électrique des métaux. —
- M. II. Warren vient d’imaginer un appareil très simple, qui permet de produire la cristallisation du cuivre métallique au moyen de l’électricité. Il se compose d’un tube fermé à une de ses extrémités au moyen d’un diaphragme en baudruche et suspendu dans une solution diluée de chlorure de sodium. On introduit dans ce tube une solution saturée de sulfate de cuivre, dont on maintient la densité par l’insertion d’un tube plus petit, terminé en pointe et contenant des cristaux de sulfate de cuivre. On introduit ensuite une bande de feuille de cuivre, d’environ 5 centimètres de long sur 1 centimètre de large, dans la solution de cuivre et on la relie au moyen d’un fil du même métal à une plaque de zinc qui forme l’électrode négative en contact avec la solution saline. Après quelques heures, de petits cristaux de cuivre métallique commencent à se former sur l’électrode de cuivre et présen-
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- tent, au bout d’une semaine, une masse brillante de cristaux de cuivre. L’argent, l’antimoine, le bismuth, le magnésium, le fer, l’aluminium et tous les métaux les plus oxydables peuvent être réduits d’une façon analogue.
- Hauteur à laquelle peut briser un paquet de mer. — Le service des phares des États-Unis vient de recevoir un rapport intéressant du gardien du feu de Tillainock Rock (Orégon) annonçant que la mer en brisant, s’est élevée jusqu’à près de 160 pieds (48m,76) au-dessus du niveau des hautes mers. Ce phare est bâti sur un rocher qui s’élève à 96 pieds (29ra,26) au-dessus du niveau des hautes mers, et le plan focal du feu est 58 pieds (llm,58) plus haut. Pendant une récente tempête, la violence de la mer a été telle qu’elle a sauté à au moins 25 pieds (7m,61) plus haut que la tour, brisant les vitres de la lanterne et éteignant le feu.
- Les tuyaux de conduite d'eau au Japon. —
- La distribution d’eau de Tokio (Japon) s’effectue au moyen de tuyaux en bois qui existent depuis plus de deux cents ans. La quantité d’eau journalière es,t d’environ 113 millions de litres. 11 y a plusieurs types de tuyaux : les plus gros sont de section carrée et formés de planches assujetties par des frettes extérieures très rapprochées. Au-dessous de 0m,15 de diamètre, les tuyaux consistent en pièces de bois forées; ceux qui sont un peu plus gros sont formés de pièces de bois évidées sur une des faces ; une planche recouvre l’évidement. Les joints sont à chanfrein, et toutes les fentes sont calfatées au moyen d’écorçe fibreuse. De distance en distance, des chambres carrées servent à régulariser le courant, lequel est assez rapide pour empêcher les végétations aquatiques.
- lin poste de torpilleurs à Marseille. — La
- Compagnie des Messageries maritimes vient d’achever, pour le compte du gouvernement, la construction, sur le quai des Forges, à Marseille (bassin de la Joliette), d’un petit hangar dans lequel on a installé un appareil, système Thirion, destiné à comprimer l’air à 100 atmosphères pour la charge des torpilles. Une machine à vapeur de 30 chevaux actionnera ce puissant appareil. Des installations semblables vont être organisées à la Ciotat et à Port-de-Bouc. En outre, dans ces deux ports comme à Marseille, des dépôts spéciaux de charbon tiendront constamment des provisions à la disposition des torpilleurs, qui pourront ainsi se ravitailler, aussi bien en force motrice pour leurs terribles engins qu’en combustible pour leurs machines.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 août 1888. — Présidence de M. Jansseh.
- Les satellites de Mars. — M. Dubois, professeur d’astronomie à l’École navale, fait remarquer que les satellites de Mars n’ont été découverts qu’en 1877. Il lui paraît très surprenant que ces astéroïdes aient pu si longtemps échapper aux investigations des observateurs. M. Dubois émet l’opinion que ces corps ont pu être annexés au système de la planète Mars, en 1877, par suite du passage de cet astre dans le voisinage de quelques petites planètes. En recherchant celles qui pourraient satisfaire à cette hypothèse, il a trouvé que la planète 132 avait réalisé cette condition. Un ne possède pas, d’ailleurs, d’observation de cet astre depuis de longues années. M. Bertrand critique l’hypothèse de M. Dubois, en objectant que la faiblesse de la masse de Mars la rend très peu probable.
- L’heure universelle. — M. Bouquet de la Grye annonce
- que le Bureau des longitudes s’est préoccupé de la question du méridien unique et de l’heure universelle. Dès le mois de janvier, une commission a été nommée pour rechercher quelle heure légale unique il convenait d’adopter en France et en Algérie. Cette heure officielle emprunte aux délais de procédure visés par le code un caractère de réelle importance. Dès le mois de juin, le Bureau des longitudes a remis au Ministre de l’instruction publique un rapport sur la question avec un projet de décret réglant les détails de l’application.
- Nivellement de la France. — M. le colonel Goulier, secrétaire de la Commission du nivellement général de la France, s’est appliqué à la correction du nivellement général effectué par Bourdaloue, il y a une vingtaine d’années. En étudiant les instruments employés par cet observateur, il a pu constater des erreurs d’étalonnage et de graduation qui nécessitent l’application de corrections à toutes les cotes de Bourdaloue. En étudiant la ligne Marseille-Lille, on trouve, dans le plateau central de la France, des corrections qui atteignent 1 mètre. 11 est vrai que ces corrections sont de signe contraire à la montée et à la descente, et s’annulent par conséquent pour des lieux situés à la même altitude. Un nouveau nivellement très précis a été effectué entre Paris et Lille. En comparant les résultats de ce nivellement avec les nombres corrigés du nivellement de Bourdaloue, on trouve une différence systématique qui va croissant vers le nord, si l’on admet que le niveau moyen de la Méditerranée n’a point varié. Le sol de Lille resterait affaissé de 0m,78, dans l’intervalle des deux opérations. M. Bouquet de la Grye ajoute que les résultats du colonel Goulier lui paraissent en concordance avec les indications des maré-graphes.
- Le vaccin du choléi'a. — M. Pasteur donne communication d’une note de M. le Dr Gamaleia, chef du laboratoire antirabique d’Odessa, relative à la vaccination préventive du choléra asiatique. En 1887, M. Gamaleia a été envoyé à Paris par la municipalité d’Odessa pour y suivre les travaux de M. Pasteur; son mémoire est écrit en français et débute par des considérations sur la fécondité de la méthode créée par M. Pasteur. 11 constate ensuite l’insuccès de M. Koch dans ses tentatives d’inoculation du choléra. M. Gamaleia a été plus heureux en expérimentant sur des pigeons. Il a réussi à inoculer un choléra violent, avec excoriation de l’épithélium intestinal. Le microbe passe dans le sang et quelques gouttes de ce sang tuent un pigeon en dix heures. Si l’on cultive ce virus dans un bouillon nutritif, chauffé ensuite à 120°, de manière à provoquer la stérilisation, il reste un liquide très actif qui détermine des phénomènes intenses. Une injection de 12 centimètres cubes tue un cobaye en vingt-quatre heures, un pigeon en quelques heures. Mais si l’on administre, à quelques jours d’intervalle, trois injections de 2 centimètres cubes, l’animal résiste et devient réfractaire au virus le plus violent. L’auteur pense que sa découverte est susceptible d’être expérimentée sur l’homme. M. Gamaleia viendra à Paris au mois de novembre répéter ses expériences devant une Commission de l’Académie des sciences. M. Pasteur se propose de se rendre ensuite dans une contrée ravagée par le choléra pour se consacrer, sur place, au traitement de la maladie. La communication de M. Gamaleia est renvoyée à la Commission du grand prix de 100 000 francs.
- Hypnotisme. — M. le Dr Lhuys, à l’aide d’une surface brillante animée d’un mouvement de rotation, provoque, chez les sujets névropathes, un sommeil cataleptique ac-
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- compagné d’anesthésie. Le réveil du sujet s’opère très facilement en soufflant sur les yeux. M. Lhuys pense que la chirurgie peut utiliser ce phénomène. M. Larrey rappelle qu’un chirurgien anglais, M. Edail, a pu pratiquer de très longues et douloureuses opérations au moyen d’un procédé d’insensibilisation analogue, en présentant au sujet un objet brillant entre les deux yeux. Les expériences de M. Edail remontent à vingt-cinq ans; elles eurent lieu aux Indes anglaises et soulevèrent l’étonnement, mais furent répétées avec un plein succès devant une Commission médicale.
- Maladie des pommes de terre. — M. Prillieux a réussi à sauvegarder les pommes de terre atteintes de (( la maladie ».
- On se rappelle que l’apparition du fléau, en 1845, produisit dans certaines contrées une véritable dépopulation. Deux recensements de l’Irlande effectués à deux années d’intervalle accusèrent une diminution de un million d’habitants ! M. Prillieux disposait de quatorze plantes. Il en fit arracher neuf pour les soumettre au traitement, les cinq autres restèrent en place, comme témoins. Il a suffi de mouiller les feuilles avec la bouillie bordelaise. On désigne sous ce nom un mélange de 6 kilogrammes de sulfate de cuivre et 6 kilogrammes de chaux dans un hectolitre d’eau.
- Le traitement fut commencé le 5 août, le jour même où apparurent sur les feuilles les taches noires, indices de la maladie.
- L’arrachage eut lieu le 16 août. Les neuf pieds traités avaient conservé leurs 118 tubercules en parfait état ; les cinq pieds malades portaient 55 tubercules dont 17 pourris.
- L’expérience paraît très concluante.
- Varia. — M. Bérenger : recherches ethnologiques dans les légendes de Provence. — M. Raoult confirme les résultats de ses expériences sur la tension de vapeur des corps en dissolution dans l’alcool. — La ville de Mont-bard se propose de célébrer, le 17 septembre prochain, le centenaire de Buffon et prie l’Académie d’envoyer une délégation aux fêtes qui seront données à cette occasion.
- Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- APPAREILS I)E PHYSIQUE EN PAILLE
- La Nature a donné précédemment le moyen de confectionner un curieux petit moulin avec de la
- paille l. Un de nos lecteurs, M. J. Hugot, à Paris, nous adresse une autre manière de fabriquer un moulin à vent à gouvernail avec la même substance.
- On prend une forte paille avec un nœud À au milieu, qui lui donne de la rigidité*. On y pratique, à la partie supérieure, une incision et l’on y passe une paille avec son épi B, qui servira de gouvernail, ou ]> 1 utôt formera girouette. Les ailes du moulin à vent sont formées avec une paille plus forte coupée en quatre jusqu’à demi-longueur, et repliée en plan hélicoïdal G. On introduit le bout de la paille À dans une autre tige de paille de plus petit diamètre 1), qui sert de pivot.
- M. Adrien Avice nous a, d’autre part, donné le moyen de faire un siphon avec une paille et un noyau d’abricot. On prend un noyau d’abricot dans lequel on perce deux trous (soit avec une lime, soit en le frottant contre une pierre dure) de 2 millimètres environ de diamètre. Cela fait, on adapte à chaque trou, comme le montre la figure 2, deux fétus de paille, l’un plus long que l’autre. On bouche les jointures avec de la cire molle. On aspire par le plus long tube pour faire écouler le liquide. On peut arriver au même résultat en supprimant le noyau : il suffit de tailler les deux pailles en biais et de les réunir par un peu de cire à modeler.
- Le propriétaire-gérant : G. TissAtiDiEit. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Fig. 1. — Un moulin à ven lait avec une paille.
- Fig. 2. — Siphon conlectionué avec une paille et un noyau d’abricot.
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- N# 790.
- 1" SEPTEMBRE 1888.
- LA NATURE.
- /
- »9
- 'V
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- LES PR0T0PTÈRES
- AU MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE DE I’ARIS
- Lu Ménagerie du Muséum d’histoire naturelle, grâce aux soins de M. le professeur Heekel, de la Faculté des sciences de Marseille, vient de recevoir un poisson des plus curieux, le Protopterus annec-tens, Owen, être que la singularité de ses r mœurs et F ambiguïté de son organisation signalent depuis plus de cinquante ans à l’attention des zoologistes.
- L’aspect de ces animaux vermi formes rappelle, jusqu’à un certain point, l’anguille ; ils sont couverts
- bien visibles et ne possèdent, pour membres pairs, que des sortes de filaments frangés sur un de leurs bords, dont ils se servent avec une certaine maladresse, tantôt, lorsqu’ils flottent entre deux eaux, les laissant tomber en berceau de chaque côté du corps, d’autres fois, les agitant en ondulation, sem-ble-t-il, au hasard.
- Il n’existe, d’après ce que nous pouvons supposer, que cette seule espèce du genre, mais elle est très largement répandue dans toute l’Afrique intertropicale, étant connue depuis le Sénégal jusqu’à la côte de Mozambique, depuis le Haut-Nil jusqu’à l’Ogooué; ceux que possède aujourd’hui le Muséum ont été pris dans la rivière de Gambie.
- Les mœurs de ce poisson n’ont pu encore être étudiées dans tous leurs détails ; toutefois, ce que nous en connaissons est bien de nature à piquer la curiosité. Ils habitent les bords des grands fleuves, surtout les marécages que ceux-ci forment dans leurs inondations périodiques lors de la saison des pluies. A ce moment les Protoptères mènent une vie active 16* usée. — 2* umeilre.
- et nagent, dit-on, sur le fond vaseux, se nourrissant de petits animaux aquatiques ou enlevant, au moyen de leurs mâchoires fortes et tranchantes comme une paire de cisailles, des fragments de chair aux proies plus volumineuses qu’ils peuvent atteindre. Mais bientôt les conditions d’existence se modifient profondément : à la pluie succède la sécheresse; l’ardeur du soleil hâtant l’évaporation de ces grandes
- masses d’eau, le marais se dessèche. Le bizarre animal saura s'accommoder à cette nouvelle situation. Sentant que l’élément aquatique va lui manquer, il se creuse dans la vase un trou en boyau d’une profondeur proportionnée à sa taille, de telle sorte que, latéralement ployé sur lui-même, la portion caudale placée devant son museau, celui-ci se trouve être à une distance de 10 à 20 centimètres de l’orifice (fig. 1). Il se produit en même temps à la surface de son corps une exsudation muqueuse abondante, qui, se concrétant, f o r m e une enveloppe solide, pe.u perméable, un véritable cocon, dans lequel le Protoptère va patiemment attendre le retour de jours meilleurs. Tous ces faits ont été étudiés expérim enta lement avec grand soin, il y a une vingtaine d’années, à la Ménagerie du Muséum, par M. Auguste Du-méril.
- La disposition du cocon (fig. 2) semblerait indiquer, au premier abord, qu’il ne résulte pas d’une simple sécrétion cutanée, auquel cas il devrait produire une enveloppe ayant plus ou moins exactement la forme régulièrement ovoïde, allongée, prise par le poisson. Au contraire, et la remarque en a été faite depuis longtemps, il représente une ampoule terminée à sa partie inférieure par un cul-de-sac hémisphérique, tandis que l’extrémité opposée, tournée
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- Fig. 1.— Protoptère actuellement vivant à la Ménagerie du Muséum d'histoire naturelle de Paris. (D’après nature.)
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- vers l’ouverture du tube, porte une sorte d’opercule circulaire, qui se détache du reste du cocou suivant une ligne de jonction très nette. Cette structure pourrait peut-être s’expliquer par une action directe de l’animal travaillant son enveloppe pour lui donner intentionnellement une forme déterminée, quelque chose d’analogue à ce que font certains insectes, mais il me semble plus probable que ce résultat est purement mécanique. La sécrétion muqueuse forme d’abord un revêtement homogène, qui adhère fortement à la vase partout où il se trouve en contact direct avec elle, comme Auguste ltuméril l’a constaté; toutefois l’extrémité supérieure reste libre au fond du tube. On comprend qu’au moment de la dessiccation les parties latérales et le fond seront maintenus en place par cette adhérence naturelle, tandis que la partie libre devra se tendre, comme le fait un parchemin appliqué humide à l’orifice d’un vase, et donnera finalement une portion plane comme surajoutée à l’ampoule. La dernière hypothèse paraît d’autant plus probable que sur certains cocons obtenus dans les expériences dont il a été fait mention plus haut, instituées autrefois à la Ménagerie des Reptiles (les pièces se trouvent encore conservées au laboratoire d’herpétologie), cet opercule n’existe pas, l’enveloppe est simplement ovoïde; on n’avait pu probablement réaliser les conditions de sécheresse qui se rencontre t là où habitent ces curieux animaux. Cet effet delà dessiecalion peut d’ailleurs être favorable à la délivrance de ceux-ci en rendant plus facile la rupture du cocon, qui présente un point faible sur le pourtour de l’opercule.
- Le Protoptère une fois enkysté peut rester à sec pendant un temps plus ou moins long dans une sorte de sommeil léthargique comparable à l’hibernation, jusqu’à ce que le retour des pluies vienne le délivrer. Il est dès lors facile, en taillant à la bêche dans les marais desséchés des mottes de l’argile contenant ces cocons, de les transporter sans autre soin et sans que l’animal, la plupart du temps, en souffre le moins du monde. Ceux qu’on peut voir en ce moment au Muséum, après six mois d’attente à l’île Mac Carthy dans les magasins de la maison Weminck, à l’obligeance de laquelle était dù cet envoi, ont encore mis plus de cinq semaines pour parvenir de là à Marseille, puis à Paris.
- Cette propriété singulière pour un poisson de pouvoir passer un si long temps hors de son élément habituel était, on peut dire, explicable avant même qu’on connût ces mœurs anormales. Le premier type décrit du groupe est le Lépidosirène, très proche
- parent du Protoptère, dont il se distingue par l’absence de franges aux filaments natatoires; il habite les grands fleuves de l’Amérique du Sud où Natterer le découvrit en 1857. On reconnut fort bien sur lui, dès cette époque, la présence simultanée de branchies et de poumons, ce qui soulevait la question de savoir à laquelle des deux classes des Batraciens ou des Poissons devait appartenir cet étrange vertébré ayant une respiration en partie aérienne, mais couvert d’écailles et possédant des nageoires verticales soutenues par de véritables rayons. Aussi, tandis que Natterer, Bischoff, Milne-Edwards, Yogt, Duvernoy, pour ne citer que les plus illustres de ceux qui prirent part à cette discussion, se prononçaient dans le premier sens, Owen, Müller, Àgassiz, Peters, plaçaient au contraire le Lépidosirène paradoxal, comme on l’a si justement qualifié, dans le second de ccs groupes.
- Bien que cette dernière manière de voir soit aujourd’hui généralement adoptée et ait rallié même les premiers adversaires, on ne peut disconvenir que ces êtres ambigus ne forment entre les deux classes un lien intime des plus propres à nous démontrer combien sont souvent artificielles nos divisions systématiques. 11 est facile de comprendre comment, au moyen de ce double appareil respiratoire, d’où le nom de Dipnoi imposé an groupe qui renferme ces Poissons, le Protoptère, suivant le besoin, peut user de ses branchies ou respirer l’air en nature, véritable amphibie dans le sens absolu du mot.
- Lors de ce dernier envoi, pour faire sortir les animaux et les rendre à la vie active, nous nous sommes contentés de plonger directement dans l’eau les mottes d’argile sans les ramollir graduellement, comme l’avait fait Auguste Duméril, qui, pour la première fois, recevait ces poissons. Le résultat n’a pas été moins favorable : dès le soir même oïi le lendemain matin, les survivants, c’est-à-dire environ la moitié, avaient abandonné leurs retraites et nageaient librement dans les aquariums.
- Un d’eux cependant fait exception et depuis l’immersion, c’est-à-dire depuis plus de trois semaines, se refuse à quitter complètement son tube vaseux ; il est cependant plein de vie, car sa tête se présente presque toujours à l’ouverture, mais à la moindre alerte il s’enfonce avec rapidité et disparaît complètement.
- Bien que, de tous, lui seul soit resté dans cette situation, je suis porté à croire qu’il nous met sur la voie des habitudes normales de ces animaux. Lorsqu’on les observe nageant au miheu des eaux par les mouvements ondulatoires de leur corps, ils ne progressent que difficilement, et leurs longues nageoires filamenteuses semblent plus embarrassantes qu’utiles; sur le sol, au contraire, ils se servent activement de celles-ci pour palper les corps, blocs d’argile, pierres, etc., qui les entourent et au milieu desquels ils glissent alors avec une certaine agilité à la manière des serpents ou des anguilles. D’un autre côté, mieux
- Fig. 2. — Cocon du protoptère.
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- disposes pour l’attaque (pic pour la défense, il leur arrive à chaque instant dans nos aquariums d’être blessés par leurs congénères, qui leur enlèvent à belles dents des fragments de queue, des portions de la peau, mutilations dont ils doivent d’ailleurs se soucier assez peu, la reproduction s’en faisant avec beaucoup de rapidité. Cet individu, prudemment casanier, se trouve donc, en somme, dans des conditions bien meilleures que s'il nageait librement, protégé qu’il est dans ses parties vulnérables par les parois de sa retraite, où les ondulations de son corps lui permettent de se mouvoir avec facilité et dont au besoin il peut défendre l’accès au moyen de ses robustes mâchoires. Aussi peut-on croire qu’à la manière de certains animaux inférieurs ces poissons vermiformes doivent, dans certains cas au moins, faire leur demeure habituelle du tube qu’ils se sont creusé, ne laissant passer que la partie antérieure de leur corps pour happer au passage ceux qui les approchent imprudemment. A un certain moment ces précautions deviennent sans doute moins nécessaires, lorsque ayant atteint tout leur développement ils en imposent par leur taille, laquelle, au dire des voyageurs, devient parfois.considérable.
- Dans la dernière expédition de M. de Brazza, on a pu observer des Protoptères longs de plus d’un mètre et ayant au moins la grosseur du bras; mais, dans aucune collection on ne connaît, que je sache, d’exemplaires atteignant un semblable volume, et ceux qui vivent à la. Ménagerie sont incomparablement moins développés, les plus grands mesurant à peine 0m,40 à 0m,50, les autres étant moitié plus petits.
- 11 serait curieux de savoir si les autres Dipuoi permettraient d’observer des faits analogues et surtout s’ils jouissent, comme l’animal dont il est ici particulièrement question, de la faculté d’user de leur respiration pulmonaire et de s’enkyster au besoin lorsque l’eau vient à leur faire complètement défaut.
- Pour le Lepidosii'ène, les dispositions anatomiques, l’apparence extérieure, parleraient en faveur de cette manière de voir, mais jusqu’ici nous n’en avons aucune preuve positive; cet animal, il est vrai, est si rare, qu’on cite les quelques exemplaires connus dans les collections. Quant au Ceratodus de la Nouvelle-Hollande, qui constitue un troisième type, la chose est peut-être moins probable, car non seulement par son aspect1 il semble se rapprocher davantage des vrais poissons, mais encore son appareil respiratoire pulmonaire est visiblement plus imparfait. Les zoologistes australiens pourront sans doute nous éclairer sur les mœurs de ce dernier animal, fort abondant, paraît-il, dans certaines rivières du Queen’s Land où sa pêche serait l’objet d’exploitations industrielles pour la confection de conserves analogues à celles de Saumon. Léon Vaii.lant.
- 1 Yoy. la notice précédemment publiée dans La Nature sur le Ceratodus Fovsteri, n° 57, du 14 février 1874.
- TREMBLEMENTS DE TERRE
- EX ARMENIE (MAl-Jl'IX 1888)
- Dans une des dernières séances de l’Académie des sciences, M. l’amiral Mouchez, le savant directeur de l’Observatoire a communiqué d’intéressants documents sur des tremblements de terre qui ont eu lieu à Horhor et à Erzindjian (Turquie d’Asie). Ces détails lui ont été communiqués par le vice-consul de France à Erzeroum. Nous les reproduisons ici, car ils nous semblent, dignes d’être signalés, en raison de leur importance. Ils s’ajouteront aux nombreux faits du même ordre que nous avons toujours pris soin d’enregistrer dans l’intérêt des études relatives à la physique du globe. Voici les principaux extraits de la lettre adressée par notre consul à M. l’amiral Mouchez :
- D’après les avis reçus de Keghi, district situé au sud-ouest d’Erzerouin, un accident phénoménal s’est produit pendant le mois dernier, à Horhor, village composé d’une centaine de maisons et distant de 12 kilomètres du chef-lieu du district précité.
- Les habitants de Horhor entendaient, depuis quelques jours, des bruits souterrains venant du fond de l’emplacement même du village. Ces bruits persistaient encore, lorsque tout à coup le terrain occupé par le village, se détachant sur un circuit de plus de 1 kilomètre, des terrains contigus, s’est enfoncé de 0m,20 environ.
- Effrayée par ces symptômes menaçants, la population s’est empressée d’évacuer immédiatement le village et de se disperser dans les localités avoisinantes, en attendant la fin du phénomène.
- Cette précaution prise par les habitants de Horhor ne pouvait être plus à propos : le lendemain même de son évacuation, une grande partie du village s’est effondrée à une profondeur de plusieurs dizaines de mètres, tandis que sur l’autre partie, le sol se fendant en plusieurs endroits et en divers sens, toutes les maisons existant sur cet emplacement étaient précipitées au fond des profondes crevasses qui venaient de s’ouvrir.
- Environ un mois après l’accident de Horhor, deux secousses de tremblement de terre ont eu lieu, à une distance de 8 kilomètres l’une de l’autre, à Erzindjian, ville distante de 50 kilomètres et au nord-ouest de Keghi. D’après l’avis officiel reçu à ce sujet par levali d’Erzerouin, la première secousse a été assez forte et a duré environ quinze secondes. Une église arménienne, le dôme d’une mosquée, quatre minarets, avec une dizaine de maisons, se sont écroulés, ensevelissant sous leurs décombres trois femmes et huit enfants.
- Le district de Keghi, au milieu duquel se trouve la ville d’Erzindjian, est situé au sud de Trébizonde, à 150 kilomètres environ des rivages de la mer Noire. Les tremblements de terre ne paraissent pas avoir été fréquents dans ces régions, ou du moins ils n’ont pas été souvent signalés. Il est difficile d’être renseigné sur les événements géologiques qui surviennent dans les pays lointains, et dans le cas présent, le tremblement de terre que nous enregistrons aurait passé inconnu sans l’initiative de notre consul.
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- PLUVIOSCOPE ENREGISTREUR
- DE M. HERVÉ MAKGOS
- La météorologie est redevable à M. Hervé Mangon d’un grand nombre d’appareils ingénieux, dont la plupart ont été décrits dans La Nature. En 1875 notamment, M. Gaston Tissandier, en traitant de l’installation d’une station météorologique, a donné (2e semestre, p. 228) le dessin d’un pluvioscope qui ligure dans le matériel scientifique des observatoires. Cet appareil, comme son nom l’indique, ne mesure pas les hauteurs d’eau tombée, il fait seulement connaître les moments pendant lesquels il a plu, et, jusqu’à un certain point, l’intensité relative des chutes de pluie.
- L’inscription automatique des observations plu-vioscopiqucs est basée sur la propriété que possède a noix de galle de former une encre noire en se combinant au sulfate de fer, en présence de U eau. Pour préparer le papier pluvioscopi-que, on le plonge dans un bain de sulfate de fer, puis, après sc-chage parfait, on le saupoudre, à l’aide d’un tampon, avec de la noix de galle pulvérisée, à laquelleon ajoute un peu de sanda-raque, afin d’augmenter l’adhérence. Dès qu’une goutte d’eau, meme faible, tombe sur ce papier, elle y produit une tache d’encre noire. C’est cette propriété qui est utilisée pour noter la durée et la fréquence des ondées.
- Dans les dernières années de sa vie, M. Hervé Mangon s’est occupé de transformer son pluvioscope en enregistreur de grande sensibilité, et il a réalisé le modèle que nous allons décrire, et qui fonctionne à son observatoire de Sainte-Marie-du-Mont (Manche).
- Le papier, préparé comme il vient d’ètre dit, est enroulé autour d’une bobine D, la bande, de 4 centimètres de large, est entraînée d’un mouvement uniforme, et passe à frottement entre deux cylindres dont l’un, C, est mis en rotation par un mouvement d’horlogerie, puis elle vient s’enrouler ensuite autour d’une seconde bobine 1), tournant sous l’eftort d’un poids qui descend dans le sol.
- L’appareil est installé en plein air; il est protégé
- par un couvercle en zinc percé, à sa partie supérieure, d’une fente F transversale, de 55 millimètres de long sur 4 de large, et située immédiatement au-dessus de la bande de papier, au point A. La pluie vient-elle à tomber, le papier se mouille au-dessous de la fente, et noircit immédiatement. La bande se déroule de 28 centimètres en une heure ; les moments du début et de la fin de chaque averse peuvent donc être estimés très exactement.
- Pour l’inscription automatique de l’heure sur la bande, la roue des heures de l’horloge est munie de contacts électriques qui., toutes les vingt minutes, ferment un circuit. Lorsque le courant passe, un trembleur à pointe recourbée A, fixé sur l’armature d’un électro-aimant, perce le papier sensible, au-dessous de la fente, et, une fois par jour, l’observateur inscrit directement sur la bande l’heure correspondant à l'un de ces repères.
- Les indications fournies par le pluvioscope enregistreur complètent de la façon la plus heureuse . l’observation du pluviomètre. Un sait, en effet, que l’étude du climat, au point de vue de la pluie, doit comprendre, non seulement les hauteurs d’eau tombée, mais encore la pluviosité, c’est-à-dire le rapport entre ces hauteurs d’eau et la durée de leur chute. Ainsi la quantité moyenne annuelle de pluie n’est guère plus élevée à Paris qu’à Perpignan, mais cette pluie se répartit sur cent soixante-dix jours à Paris et sur soixante seulement à Perpignan. Ce rapport serait plus frappant encore si l’on comparait les résultats de Perpignan à ceux de Sainte-Marie-du-Mont, où le nombre annuel des jours de pluie est en moyenne de deux cent trente-quatre, et peut même s’élever, comme en 1878, jusqu’à deux cent soixante-six.
- Au point de vue agricole, l’observation de la fréquence et de la durée des pluies a peut-être plus d’importance que la mesure de la quantité d’eau tombée.
- L’appareil auquel M. Hervé Mangon a consacré ses derniers efforts, a donc, comme ses devanciers, sa place marquée dans les observatoires météorologiques. Th. Moureaux.
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- LES PROCÉDÉS PHOTOGRAPHIQUES
- DÉVELOPPEMENT A I.’hYDUOQIINONE
- Nous savons, par la multiplicité des lettres (jue nous recevons de nos lecteurs au sujet de la photographie, combien la pratique de cet art est actuellement répandue, et combien est considérable le nombre des amateurs. On nous demande souvent des détails précis sur le mode de développement à l’hydroquinone dont nous n’avons encore parlé que succinctement1. Nous avons voulu nous
- rendre compte par nous-même de. la nouvelle méthode, et nous eu avons eu de bons résultats. Nous reproduisons ci-dessous, par l'héliogravure, une épreuve directement produite d'après un cliché que nous avons obtenu lors de la Revue du 14 juillet 1888. Le développement du cliché, comme on en peut juger par le positif, a été des plus satisfaisants. Quant aux préparations et aux modes d’emploi des réactifs à l’hydroquinone, nous avons cru ne pouvoir mieux faire que de les demander à l’initiateur du nouveau procédé, M. Balagny, qui a bien voulu nous adresser une notice très complète que nous nous empressons de publier : G. T.
- Reproduction par l’héliogravure d’une photographie développée à l’hydroquinone. — Une tribune de Longehamp à Paris,
- au moment de la Revue du 14 juillet 1888.
- Depuis six mois environ que nous avons donné nos premières notes sur ce révélateur, nous avons fait de nombreuses expériences pour nous assurer que la manière d’opérer que nous avions indiquée dès le mois de janvier était la bonne. Mais nous avons reconnu bien vite que nos formules qui marchaient bien pendant les mois d’hiver devaient subir une modification pendant les mois du printemps et de l’été où régnent de grandes lumières. D’autre part, nous avons été heureux de trouver, dans des renseignements qui nous ont été donnés à ce sujet par des amateurs distingués, une confirmation de nos obser-
- 1 Yoy. n° 763, du 14 janvier 1888, p. 103, et n° 766, du 4 février 1888, p. 151.
- vations personnelles, et nous croyons pouvoir soumettre aujourd’hui à nos lecteurs une méthode précise de développement à l’hydroquinone qui, nous l’espérons, rendra des services sérieux à ceux qui,comme nous, sont convaincus des qualités et de l’énergie de ce révélateur. Tout d’abord, il est essentiel que le bain soit bien préparé afin qu’il ne se détériore pas. On voudra donc bien se conformer à la manière de faire que voici: on préparera d’abord, et en certaine quantité, si on travaille beaucoup, les solutions suivantes :
- 1° Eau ordinaire .... 1 litre
- Sulfite de soude. . . 250 grammes
- 2° Eau ordinaire. ... 1 litre
- Carbonate de soude. . 250 grammes.
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- LÀ NATURE.
- Une fois ces solutions bien faites, on les laissera reposer et on les décantera pour l’usage.
- Quand, par la suite, on voudra préparer un bain d’un litre d’bydroquinone, on fera cbautfer au bain-marie, dans un llacon, 500 centimètres cubes de la solution de sulfite. Dès que la température se sera élevée de 60 à 70° environ, on retirera le flacon du feu et on y mettra 10 grammes d’bydroquinone. Ue corps se présentant dans le commerce soit sous la forme de poudre, soit sous la forme de petits cristaux, nous préférons de beaucoup la poudre qui se conserve plus longtemps.
- On dissoudra ces 10 grammes dans la solution cbaude de sulfite, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien au fond du flacon. On fera même couler avec soin dans le liquide les quelques cristaux qui ne manqueront pas d’adhérer au goulot de la bouteille. Puis, quand on sera sûr ainsi que tout l’bydroquinone a disparu, on finira en mettant dans le même flacon 600 centimètres cubes de la solution de carbonate de soude. On agitera le tout. On bouchera avec un bouchon neuf, et on laissera reposer.
- Dans ces derniers temps une critique s'est élevée contre cette façon de faire ce révélateur. Ou a prétendu que notre proportion de sulfite était trop forte. Nous n’hésitons pas à répondre que le sulfite en quantité est nécessaire : pour nous le sulfite de soude est comme le secret du révélateur à l’hydro-quinone. Nous nous sommes toujours rendu compte qu’une grande quantité d’alcalin, par exemple, de carbonate, était nécessaire pour obtenir un développement énergique et rapide pour les clichés instantanés. Mais l’alcalin fait rougir immédiatement l’hy-droquinon et ce n’est qu’avec beaucoup de sulfite qu’on peut le ramener’au blanc. Nous avons donc cherché la limite. Dans notre formule il entre 7gr,50 pour 100 de sulfite et 15 grammes de carbonate. Nous avons essayé de diminuer le sulfite tout en conservant la même dose de carbonate. Ne mettant alors que 2gr,50 de sulfite pour 100 de liquide, nous avons fait un bain qui se décomposait vite. Jusqu’à 5 pour 100 le même effet s’est produit. Mais avec 7gr,50 le bain est resté blanc, toujours en mettant la même quantité de carbonate. Ah, sans doute, vous pourrez diminuer le sulfite, mais il faudra diminuer le carbonate proportionnellement ! Vous aurez alors, quoi qu’on en dise, un bain bien moins énergique et qui en outre se décomposera. Cette conséquence fâcheuse des bains faibles en sulfite, que reconnaît même un de nos contradicteurs, nous a engagé à conserver définitivement la formule que nous venons de donner et qui contient 7gr,50 de sulfite pour 100, proportion peu exagérée.
- Mais on a ainsi un bain très énergique, développant à merveille les clichés à grandes vitesses. Je crois devoir avertir nos amateurs que s’ils développaient avec ce bain, employé pur, les clichés instantanés ordinaires, c’est-à-dire faits avec les obturateurs ordinaires du commerce, ces clichés se développeraient trop vite. Les blancs ne se conserveraient
- pas, et les noirs eux-mêmes deviendraient gris. On croirait presque à un voile : mais un œil exercé reconnaîtra là bien vite une surexposition évidente. Si pareil cas se présentait, vous n’auriez qu’une ressource, ce serait de pousser suffisamment le développement afin d’avoir des oppositions qui finiront par vous permettre de tirer le cliché. Mais il ne faut pas que cela arrive : en conséquence, toutes les fois que vous n’avez pas à développer de ces clichés difficiles qui se font avec des obturateurs très rapides, toutes les fois que vous aurez travaillé par une belle lumière, par un beau soleil et en employant les vitesses ordinaires, le 60e, le 80e, voire même le 100e de seconde, vous ferez bien de ne pas employer ce bain pur, et de le mélanger avec du bain ayant, par exemple, servi à développer la veille une série d’une demi-douzaine de clichés instantanés.
- Cela revient à dire qu’il faut avoir à sa disposition du bain ayant déjà servi. Mais, nous direz-vous, comment fera-t-on si l’on"n’en a pas? Dans ce cas, on modifiera le bain nçgife t l’on préparera un premier bain spécial ainsi^composé :
- On prendra : \
- Bain neuf.........., 100 centimètres cubes.
- Eau....................-y 50 — —
- Et très exactement :
- Acide acétique cristallisable. 15 gouttes.
- On peut aussi ne prendre que du bain neuf et lui ajouter 10 gouttes d’acide acétique par 100 centimètres cubes de bain employés.
- Cela fait, il ne peut plus se présenter à l’opérateur que deux cas :
- Premier cas. — 11 a des clichés posés à développer : il n’aura qu’à employer son bain modifié comme nous venons de le dire. Le développement se fera à la fois lentement et suffisamment vite. Les blancs se garderont merveilleusement. Le bain sans eau avec une simple addition de 10 gouttes d’acide acétique cristallisables pour 100 centimètres cubes de liquide est plus rapide que celui auquel on ajoute une petite proportion d’eau. Nous préférons donc celui-ci.
- Deuxième cas. — L’opérateur veut développer des instantanés. Dans ce cas, il prendra environ 70 centimètres cubes de son bain neuf pur tel qu’il aura été préparé avec la formule qui se trouve en tête de cet article, et il les additionnera de 50 centimètres cubes du bain modifié. S’il travaille à la mer, la proportion variera : il pourra prendre parties égales du bain neuf et parties égales du bain modifié.
- Le bain ainsi fait servira, je suppose, à lui développer six clichés instantanés, ou même plus suivant les conditions favorables dans lesquelles il aura fait son exposition à la chambre noire. Quand il aura fini de travailler, il mettra son bain dans un flacon spécial et il aura ainsi pour travailler le lendemain un bain d’bydroquinone ayant déjà servi et qu’il mélangera à son bain neuf dans diverses proportions suivant les travaux qu’il aura à exécuter. 11 suffit
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- donc de conserver spécialement pour le lendemain ou pour un jour plus éloigné (l’hydroquinone n’oblige pas à travailler tous les jours) 100 centimètres cubes du dernier bain employé, pour se trouver toujours dans les memes conditions. Le surplus du bain, on le mettra, si on veut le garder, dans un grand flacon spécial et il ne servira qu’à certains travaux dans lesquels l’opposition et la dureté sont particulièrement désirables.
- Il ne nous reste plus qu’à expliquer dans quelles proportions on ajoutera le bain neuf au bain vieux chaque fois que l’on se mettra de nouveau à travailler. Comme il est impossible de passer en revue tous les cas qui peuvent se présenter, posons en principe cette observation que nous avons faite dans nos nombreuses expériences et qui n’a jamais subi d’exception : Le bain neuf tend à donner gris, et, par conséquent, donne la douceur; au contraire, le bain vieux tend à accuser fortement les oppositions et, par conséquent, donne la dureté. En combinant les deux, suivant les circonstances, et en variant les quantités de l’un et de l’autre, on peut obtenir toutes les gammes de clichés quelconques.
- Pour finir, nous donnerons quelques exemples des mélanges à employer.
- À la mer avec un obturateur très rapide, par exemple, le nôtre qui donne le 250e de seconde et (fui a été construit spécialement pour faire nos expériences sur les chevaux au trot, nous développons sans peine un cliché avec moitié bain neuf et moitié bain vieux ayant servi auparavant à faire, par exemple, de six à dix clichés environ.
- À Paris, par beau temps, avec la même vitesse, nous emploierons 80 pour 100 de bain neuf et 20 pour 100 de bain vieux. Avec des obturateurs moins rapides on pourra augmenter la dose de bain vieux jusqu’à 50 et même 100 pour 100.
- Nous avons fait de très bons groupes dans un jardin avec une partie de bain neuf pour deux de bain vieux : nous avions posé deux secondes.
- Pour un portrait à l’atelier ayant posé cinq secondes, on met avec succès parties égales des deux bains. Cet essai a été fait avec un objectif double de Ross de 45 centimètres de foyer, le diaphragme avait 40 millimètres de diamètre et la distance du modèle était de 5m,50. Nous avons obtenu un portrait moins énergique, mais peut-être un peu plus doux en employant 75 parties de bain neuf pour 30 de vieux.
- Le même bain a ensuite très bien développé un groupe en plein air fait avec dix secondes de pose, ce qui était excessif, mais la pose avait eu lieu sous un arbre. Le modèle était à 12 mètres et l’objectif avait 22 centimètres de foyer.
- Pour les reproductions, surtout de gravures, ou de trait, pour les projections, les transparents, etc., il faut toujours se servir de bains vieux, et le plus souvent rien que de bains vieux.
- Pour les tableaux, il faut du bain vieux avec 40 pour 100 de bain neuf. Rref, quand la pose augmente,
- le bain vieux doit augmenter. Aussi pour une pose très longue on pourra ne mettre que du bain vieux.
- Tel est le résumé de nos expériences consigné avec le plus grand soin; nous ne doutons pas un instant que ceux de nos lecteurs qui suivront ces notes ne réussissent immédiatement. Les commençants eux-mêmes peuvent s’y fier, ils auront avec ce procédé moins de déboires qu’avec aucun autre; quant aux praticiens déjà consommés, ils trouveront dans l’hydroquinone la réalisation de leurs rêves, c’est-à-dire des clichés bien purs et surtout des blancs se conservant admirablement pendant tout le temps du développement.
- Pour terminer, nous ne devons pas omettre de dire que les cuvettes en verre, les flacons et les tables doivent être absolument propres, et n’avoir pas servi à l’acide pyrogallique, ce qui décomposerait immédiatement notre bain d’hydroquinone.
- G. Balagny.
- LA DISTRIBUTION D’ÉNERGIE ÉLECTRIQUE
- PAR LE SYSTÈME A TROIS FILS
- STATION CENTRALE DE MULHOUSE
- La distribution de l’énergie électrique a donné lieu à bien des systèmes dont le nombre a été réduit par l’expérience à quelques types caractéristiques que l’on peut diviser en deux classes bien distinctes :
- 4° Distributions directes, à intensité constante ou à potentiel constant.
- 2° Distributions indirectes, par accumulateurs ou par transformateurs à induction.
- La distribution à trois fils dont nous voulons parler aujourd’hui appartient à la classe des distributions directes à potentiel constant; mais, avant d’en indiquer l’économie générale, il est utile de montrer par quelle suite de raisonnements on y a été conduit.
- Les stations centrales de distribution d’énergie électrique ayant été établies jusqu’à ce jour en vue de satisfaire à l’application de beaucoup la plus importante, Y éclairage, la première question qui s’est posée a été de choisir judicieusement le potentiel constant à adopter, de façon à réaliser un éclairage mixte, c’est-à-dire une distribution permettant d’alimenter à la fois des lampes à arc et des lampes à incandescence.
- Bien qu’une lampe à arc ne demande que 45 à 48 volts aux bornes dans ses conditions normales de fonctionnement, l’expérience a démontré qu’il n’était pas possible, dans les conditions actuelles de fabrication des charbons et de sensibilité du mécanisme de réglage, d’obtenir une lumière d’une fixité satisfaisante sans disposer d’une force électromotrice supérieure, 65 volts au moins, et sans intercaler une résistance jouant le rôle de volant électrique, mais dépensant inutilement une fraction importante de l’énergie fournie par la dynamo.
- Pour satisfaire à ces exigences, certaines distri-
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- butions ont été établies au potentiel constant de 65 à 70 volts, et ce potentiel est parfaitement suffisant lorsque les distances à franchir ne sont pas grandes ; a bord d’un navire, par exemple, dans lequel la distance maxima d’une lampe à la maehiue dynamo, placée vers le milieu du bâtiment, dépasse rarement 50 mètres.
- Dès que la distance augmente, la nécessité économique de ne pas employer de conducteurs trop gros et trop coûteux conduit à augmenter le potentiel de distribution, et dès le début des stations centrales le chiffre fatidique de 100 volts a été considéré comme répondant le mieux aux besoins particuliers de la distribution. En réalité, c’est bien plutôt à 105 ou à 110 volts que s’effectue la distribution, car on éprouve encore de grandes difficultés lorsqu’il s’agit d’alimenter deux lampes à arc en tension sur 100 volts seulement. L’artifice de la résistance est encore nécessaire, bien qu’à un moindre degré.
- Ce chiffre de 100 volts, adopté par Edison il y a quelques années, n’a d’ailleurs rien d’absolu et résulte principalement de la dif-liculté que l’on éprouve à fabriquer des lampes à incandescence pour un potentiel supérieur à 100 volts, mais le problème n’est pas insoluble, car il existe déjà à Berlin une petite station centrale marchant à 150 volts et dans laquelle on fait exclusivement usage de lampes Khotinsky marchant à ce potentiel élevé, ce qui permet de monter des lampes à arc par dérivations de 5 lampes en tension.
- M. de Khotinsky espère même arriver à fabriquer normalement des lampes de 200 volts, ce qui permettrait d’établir des distributions avec ce potentiel initial, et de réaliser ainsi des économies considérables sur la canalisation.
- Quoi qu’il en soit, le potentiel de 100-105-110 volts est, jusqu’à nouvel ordre, le potentiel normal de distribution, et pour pouvoir aller au delà, il a fallu imaginer des artifices dont la distribution à trois fils est, sans contredit, l’un des plus ingénieux.
- La distribution à trois fils, due à MM. Edison et llopkinson, consiste dans l’emploi de deux machines dynamos montées en tension : les trois fils de la canalisation sont reliés, le premier, au pôle négatif de la première machine, le second, au fil intermédiaire, au point de jonction du pôle positif de la première machine et du pôle négatif de la seconde, le troisième au pôle positif de la seconde machine. Si nous appelons respectivement A,B,C, ces trois fils, nous voyons que, dans ces conditions, il y aura entre À et B une différence de potentiel d’environ 100 volts, de même qu’entre B et G, et que nous pourrons grouper des lampes en dérivation soit entre A et B, soit entre B et G, tout en n’employant que trois fils au lieu des quatre que nécessiteraient deux machines
- isolées et distinctes. Il y a donc de ce fait seul une économie de fil de 55 pour 100. Il importe de remarquer aussi que le fil intermédiaire n’est pas traversé en chaque point par la somme des courants fournis par les deux machines, mais bien par leur différence, et que si les lampes étaient toujours régulièrement et également réparties entre les deux circuits, il serait possible de ne donner à ce conducteur qu’une section insignifiante. En pratique, cependant, on donne à ce conducteur intermédiaire une section égale à celle des deux conducteurs extrêmes, pour que, dans le cas limite où toutes les lampes d’un circuit seraient allumées simultanément, pendant que toutes les lampes de l’autre circuit seraient éteintes, la distribution n’en soit pas moins assurée.
- Nous signalerons comme type d’une distribution à trois fils celle établie par M. J.-J. Ileilmann, à Mulhouse, que nous avons eu récemment l’occasion de visiter, car elle présente, à notre avis, la disposition la plus méthodique que l’on puisse imaginer pour une installation de cette nature.
- Cette station comporte actuellement quatre machines dynamos Siemens (fig. 1) actionnées par deux machines à vapeur Armington et Sims de 150 chevaux effectifs chacune (fig. 2).
- Fi". 1. —Dynamo Siemens, type II. (Excitation en dérivation.)
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- Fig, 2. — La station centrale de distribution d’énergie électrique, à Mulhouse. Salle des machines.
- (A droite, machines dynamos (voir le détail lig. 1) actionnées par les machines à vapeur Armington et Sims figurée à gauche.)
- Fig. 3. — Tableau de distribution de la station centrale de Mulhouse.
- (Dessins faits d’après nature par M. I’oyet spécialement envoyé à Mulhouse par La Natui'e.)
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- Chacune des machines dynamos est du type H, analogue au type dit supérieur de Gramme, avec inducteurs en fonte, et collecteurs en acier à isolement d’air. Chaque machine, excitée en dérivation, produit 110 volts et 550 ampères en marche normale, mais peut facilement atteindre 400 ampères pour satisfaire aux besoins de la consommation maxima pendant une heure ou deux chaque jour. Ces machines sont montées sur des châssis-tendeurs qui permettent de régler la tension des courroies pendant la marche, et d’éviter ainsi tout glissement.
- La grande salle des machines munie d’un pont-roulant qui facilite le montage est disposée pour pouvoir augmenter l’usine de 5/5, porter à 5 le nombre des moteurs et à 10 le nombre des dynamos. Trois fils, dont deux principaux et un troisième plus fin, commandant l’excitation, relient sous le plancher chacune des machines au tableau général de distribution (fig. 5), actuellement équipé pour quatre machines seulement, mais sur lequel la place a été ménagée pour recevoir les fils venant de dix machines. Ce tableau de distribution comprend, à la partie inférieure, des volants et des manivelles destinés à manœuvrer les rhéostats qui permettent de faire varier l’excitation des machines et, par suite, de maintenir le potentiel constant. On peut manœuvrer l’excitation de chaque machine individuellement ou manœuvrer ensemble l’excitation de toutes les machines alimentant un même circuit.
- Les quatre machines sont alternativement groupées entre (A,B) et (B,C). Un ampère-mètre intercalé dans le circuit de chacune d’elles, avant les conducteurs principaux, permet d’égaliser le débit des machines et d’éviter ainsi la surcharge pour chacune d’elles. En cas d’arrêt accidentel de l’une des machines, — arrêt provoqué par la chute d’une courroie, par exemple, — un interrupteur automatique est ménagé sur le circuit de chaque machine et la sépare de la distribution au moment où le courant, changeant de sens, pourrait prendre une intensité dangereuse pour la conservation de la machine, et nuisible à une bonne distribution. Disons que c’est là une garantie de sécurité qui n’a pas eu encore besoin de manifester son action.
- Des commutateurs manœuvrés à la main permettent de mettre ou d’enlever à volonté une machine quelconque sur le circuit général, suivant les besoins.
- Enfin des. commutateurs disposés sur le panneau vertical établissent les communications entre les trois conducteurs principaux dans l’usine et les conducteurs souterrains distribués dans la ville. Des ampère mètres placés à la partie supérieure font connaître le débit à chaque instant sur chacun des conducteurs, et des voltmètres placés sur la gauche du tableau donnent la différence de potentiel utile aux extrémités de chacun des groupes de conducteurs principaux. L’électricien a ainsi sous la main tous les éléments de vérification et tous les éléments d’action nécessaires pour assurer une bonne distribution, c’est-à-dire un potentiel constant ou sensi-
- blement tel sur tout le réseau. La distribution de ce réseau, la combinaison des circuits dans les rues et chez les abonnés sortiraient du cadre de cet article dans lequel nous avons voulu seulement indiquer le principe général de la distribution à trois fils, et fixer les idées de nos lecteurs par un exemple typique.
- E. U.
- SUR LA
- VÉRITABLE VALEUR UES GUTTA-PERCHAS
- FOURNIES PAR LES MIMUSOPS ET LES PAYENA
- (famille des sapotacées)
- Par MM. Edouard HECKEL et Fr. SCHLAGDENIIAUFFEN *
- Gutta jaune des Îles de la Sonde (des Payena). — En traitant la substance par de l’alcool bouillant, on obtient un liquide jaune poisseux qui, après évaporation spontanée, abandonne de petits cristaux aiguillés. En opérant sur 5 grammes, il nous est resté lgr,5 seulement de résidu ; par conséquent, 5gr,5 ont été dissous dans l’alcool.
- En opérant sur 50 grammes de matière qui nous ont fourni 55 grammes d’extrait, nous avons repris ce dernier, provenant de la partie soluble dans l’alcool, par de Y éther de pétrole et séparé une partie poisseuse soluble dans ce véhicule d’avec des cristaux soyeux presque incolores.
- Le composé cristallisé À ainsi obtenu, tout à fait insoluble dans l’eau, est soluble dans Y alcool, Yéther, le chloroforme, la benzine, le sulfure de carbone. Il est sans action sur le tournesol.
- Il fond à 65° et donne, en se refroidissant, un vernis dur et transparent. Il diffère en cela complètement de l’acide stéarique dont le point de fusion n’est pas très éloigné de 65°, mais qui cristallise toujours après refroidissement de la masse fondue. Il résiste à l’action de la potasse fondue. L’acide sulfurique concentré le colore en jaune, brun qui passe au violet à la longue.
- L’acide azotique l’attaque déjà à frcid, et très vivement à la température du bain-marie. Le produit de la réaction ne renferme ni acide oxalique, ni acide picrique.
- La composition de la substance cristallisée A a été établie d’après les résultats de l’analyse de la manière suivante :
- Matière employée = 0,200
- CO2 = 0,4615 d’où C pour 100= 67.950 H20 = 0.2175 H — = 12,085 O — = 19,987.
- 100,000.
- d’où la formule C5H100.
- La matière poisseuse dont il a été question plus haut se trouve dans les eaux mères des cristaux. Conservée en couche épaisse pendant plus de trois mois et exposée aux variations de température de
- 1 Suite et fin. Voy. n° 795, du 11 août 1888, p. 170.
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- —5 à +18°, elle est restée d’une limpidité parfaite. L’analyse nous a révélé une identité à peu près complète au point de vue chimique, avec le produit cristallisé ; même solubilité dans les divers véhicules, à l’exception de Y éther de pétrole qui le dissout en totalité, tandis qu’il attaque à peine les cristaux; même réaction de couleur avec l’acide sulfurique, même décomposition sous l’influence de l’acide nitrique , même résistance enfin à l’action de la potasse en fusion. Appliquée en solution chloroformique ou pétrolique sur du verre, sur du bois ou tout autre corps dur, elle peut tenir lieu de vernis.
- Mais sa composition élémentaire n’est pas la même. Nous ne lui trouvons, en effet, que 49,655 de carbone pour 100 au lieu de 67,950, et 11,505 d’hydrogène pour 100 au lieu de 12,085; elle renferme, par conséquent, beaucoup plus d’oxygène.
- Au point de vue de ses propriétés physiques, elle pourrait, au premier abord, être confondue avec la Fluavile, mais elle en diffère complètement par sa constitution moléculaire.
- La matière qui reste après l’épuisement du produit brut au moyen de l’alcool possède toutes les qualités d’un excellent caoutchouc. Elle se laisse étirer en fils minces et revient sur elle-même en raison de sa grande élasticité.
- En somme, la prétendue gutta jaune extraite des Payena n’est autre chose qu’un mélange de caoutchouc et de deux résines dont l’une cristallisable et l’autre poisseuse.
- En soumettant, par conséquent, la matière brute à l’action de l’alcool bouillant, on enlève les résines et on laisse, comme nous l’avons dit au commencement, 50 pour d 00 de produit insoluble constitué par du caoutchouc de bonne qualité.
- Conclusions. — En résumé, les produits des Mi-musops d’Abyssinie, comme nous venons de le voir, se rapprochent sensiblement par leur composition et leurs propriétés de la vraie gutta de Vhonandra; par contre, les produits des Payena semblent se confondre davantage, par leur composition et leurs propriétés chimiques, avec les Caoutchoucs.
- L’un et l’autre de ees produits s’éloignent beaucoup plus par leur nature de la véritable Gutta que celui des Bassia ou tout au moins du Bassia Parkii (que nous avons étudié antérieurement) dont l’identité avec le produit si avidement recherché des Iso-nandra est presque complète.
- Il n’y a donc pas lieu de faire un fonds trop sérieux sur les genres voisins de YIsonandra qui ont été indiqués1 comme pouvant donner des produits comparables à ceux de ce dernier végétal. Dans le genre Mimusops, seul le M. Balata, des Guyanes, donne un produit de bonne réputation pouvant être confondu avec la gutta vraie; quant aux Payena, il n’en faut, semble-t-il, rien attendre autre chose qu’un caoutchouc durci.
- 1 Pierre. Les plantes à gutta. (Bulletin tle la Société linn. ,1c Paris. — 1885, n° 40.) '
- CALCUTTA ET DARJEEL1NG
- LUS LIEUX 1)E REFUGE, QUARTIER INDIGÈNE ET THEATRE
- Sur le bateau des messageries maritimes françaises le Tibre, où nous étions quelques voyageurs en juin 1887, le temps était aussi splendide que possible, et le commandant, M. Trocmé, nous disait ({lie le calme presque absolu que nous avions était assez rare dans cette saison où la mousson règne encore fréquemment. Dans le golfe du Bengale, on rencontre fort peu de navires ; c’est l’isolement complet pendant des journées entières. Les êtres animés sont rares, on ne voit pas d’oisaaux. Quelquefois des poissons volants ou une petite escouade de grosses tortues à carapace jaunâtre et nageoires rouges, viennent seuls, en se montrant autour du navire, apporter quelques distractions au voyageur suffoqué par le manque d’air et les 50° qu’il a toujours dans sa cabine.
- Le Tibre continue son voyage, faisant en vit on 250 milles en moyenne par vingt-quatre heures. Un navire ensablé se voit à l’horizon; il a été poussé par un cyclone deux mois auparavant, mais quoique entièrement perdu, tous les naufragés ont cependant pu être sauvés. Au mois de mars 1887, un épouvan table drame a eu lieu. Un superbe navire, le Sir John Laurens, contenant sept cent cinquante passagers se rendant en pèlerinage de Calcutta aux célèbres temples hindous dédiés à Siva et au dieu Jaggernath, a été englouti corps et biens en quelques minutes avec un autre navire. Le cyclone n’a rien épargné. Le Tibre qui nous porte a pu cependant échapper à la tempête.
- Le pilote du navire, M. Anderson, a bien voulu me laisser recueillir quelques notes, dans son livre spécial fort intéressant, Tide Tables forDublat (San-gor Island) diamond Harbour and Kidderpore, — (Calcutta), 1887, by major A. W. Baird, qui traite des précautions à prendre pour vous mener avec succès dans les mille détours ensablés de l’Hoogly.
- Il y a tout d’abord les recommandations nécessaires aux capitaines des navires au sujet des nombreux phares et signaux divers, etc., puis les instructions relatives aux naufrages et à tous ceux qui, se trouvant en détresse, pourraient atteindre les lieux de refuge.
- Au milieu des sables et des jungles du Delta, le Gouvernement anglais a fait construire, à des endroits marqués, des cabanes pour l’usage des naufragés. On y trouve de l’eau, des vêtements et des fournitures de toutes sortes, nourriture, cordages et outils, des cartes du littoral et une série d’instructions diverses écrites en langue anglaise, française et indigène, dans des boîtes de fer-blanc fermées hermétiquement.
- On est prié d’apporter la plus stricte économie dans l’emploi de tous ces objets. Si les provisions qui se trouvent dans un lieu ne sont point utilisées, ce qui sera laissé devra être soigneusement empa-
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- quêté et recouvert afin de servir à d’autres naufragés; et, si on se rendait d’un lieu de refuge à un autre, le choix des objets emportés serait l'objet de soins particuliers, afin d’éviter tout gaspillage. Les naufragés, ne voulant pas rester dans les cabanes, devront voyager en troupe serrée, en côtoyant les grandes baies ou le littoral de la mer; personne ne devra s’écarter, car les tigres abondent dans ces jungles désertes.
- Le long de votre route il faudra casser les brandies des arbres en ayant soin de les laisser pendre pour indiquer à ceux qui peuvent être à votre recherche la direction que vous suivez. Allant vers le nord, cassez les brandies sur le côté nord des arbres;
- vers l’ouest, vous briserez les branches côté ouest ; et ainsi de suite.
- Dans le cas où les provisions des refuges auraient été volées par des bateliers ou des bûcherons indigènes, ce qui, malheureusement, arrive quelquefois, on vous indique un moyen de subsister quelques jours en mangeant les cœurs des jeunes palmiers qui croissent en grand nombre dans ces parages ou en faisant cuire de l'herbe au scorbut ou criste-marine, abondante également dans le Delta.
- On devra faire des feux en signe de détresse, avec les morceaux de bois qu’on trouve aisément tout le long de la côte et sur les rives des bras du Gange.
- Après les cyclones et les violents coups de vent,
- Fi". -J. — Le figuier multipliant du jardin botanique de Calcutta. (D’après nature, par M. Albert Tissandier.)
- un navire à vapeur est envoyé près de tous les lieux de refuge ; il est donc préférable d’y attendre l’arrivée des secours plutôt que de courir les hasards d’un voyage en radeau ou en petite barque parmi les jungles et les marécages déserts.
- L’arrivée à Calcutta n’offre à la vue rien de pittoresque, la ville et tous ses environs étant situés sur une plaine immense allant à perte de vue. L’aspect seul des rives de l’Hoogly, toute peuplée par une foule de navires de commerce, est un coup d’œil saisissant. Calcutta, la ville des palais, au dire des Anglais, est loin d’être aussi agréable à visiter que Bombay; elle a cependant un grand attrait lorsqu’on se promène dans l’immense quartier marchand indigène. 11 est difficile de s’imaginer un ensemble
- pareil, où, pour ainsi dire, aucun détail, aucun passant ne soient intéressants ou amusants à observer. Il y a, dans ces petites rues, un mouvement commercial extraordinaire justifié d’ailleurs par le nombre des habitants de la ville et de ses faubourgs qui s’élève aujourd’hui à 685 000.
- La nuit, la promenade dans ces rues marchandes est encore plus pittoresque, surtout dans celles où se trouvent les cuisines et pâtisseries, les fritures de poissons et de viandes qu’on prépare pour les indigènes.
- Les boutiques, misérables d’aspect, sont éclairées avec des lampes à huile, analogues aux lampes antiques; elles sont encombrées d’une foule de passants en quête de leur dîner ; c’est un mouve-
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- nient extraordinaire jusqu’à 11 heures du soir; puis tout s’éteint peu à peu. Chaque boutique, presque toujours fort petite, contient souvent six ou sept personnes qui se couchent l’une près de l’autre; elles sont empilées d’une i'açon effroyable. D’autres marchands forment leur magasin avec des auvents et couchent en plein air sur la petite terrasse qui, chargée de marchandises dans la journée, forme la devanture du magasin.
- Le voyageur a bien des choses à observer dans ce milieu étrange, si joli de couleur, et qui, en quelque sorte, vous donne l’idée des mœurs de l’antiquité, mais il a dans la soirée d’autres distractions. 11 y a des théâtres à Calcutta, des théâtres bengalis et Par-
- sis. Rien, certainement, n’est plus primitif, mais pour cela même, ils sont curieux. Un grand hangar de bois, avec des loges et galeries au premier étage, constitue la salle de spectacle.
- Les loges sont garnies d’un panka qui, manœuvré par un jeune Indien, vous fournit, pour quelques sous, la ventilation indispensable en ce climat. Pour le même motif sur chaque fauteuil d’orchestre on trouve généralement un éventail.
- Les spectateurs, presque tous du sexe masculin, sont habillés d’une veste de brocart et de robes de mousseline blanche drapée de toute façon sur leur corps. Us sont ornés souvent d’une jolie guirlande de fleurs odoriférantes qu’ils portent en bandoulière
- Fig. 2. — Le chemin (le fer de Darjeeling près de Calcutta. (D'après une photographie.)
- par-dessus leur léger vêtement, et sur leur tète on remarque une riche calotte brodée de fleurs d’or.
- C’est la toilette de soirée des Indiens. Quant à la pièce qu’il faut écouter, elle est pour l’Européen d’une monotonie et d’une naïveté désespérantes. Les indigènes, il faut l’avouer, ne paraissent pas être de cet avis. Les décors grossièrement peints et mal éclairés sont faits à une échelle trop petite pour les acteurs et seraient dans la proportion voulue pour des poupées demi-grandeur naturelle. Quant aux acteurs, ils ne se doutent pas un instant de ce que peut être l'art de jouer le drame ou la comédie; leurs chants, cependant, ne manquent pas d’un certain charme. Le ton élevé des mélodies oblige les chanteurs à prendre souvent la voix de tête, surtout pour les
- jeunes hommes qui jouent les rôles de femmes. L’orchestre se compose de quelques tambourins cachés dans la coulisse et d’un Indien qui joue du sarungki, sorte de violon indigène. Installé sur un des côtés de la scène, il accompagne les chanteurs tout en mâchonnant du bétel et tire de son instrument des sons plaintifs et doux qui sont souvent d’une grande délicatesse.
- Les quartiers luxueux de Calcutta où se trouvent les Européens sont peu intéressants.
- Les grands bâtiments à l’italienne, ornés de colonnes et couverts en terrasse que les Anglais ont construits, sont en briques enduites de stuc pour la plupart et peints de couleur claire; ils sont entourés de jardins et leur aspect est singulièrement monotone
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- et ennuyeux. La chose la plus curieuse de Calcutta est son jardin botanique. C’est, un pare délicieux dessiné avec art. Situé sur les bords de l’Hoogly, ses cours d’eau et ses lacs artificiels viennent ajouter encore à son agrément.
- Les Heurs superbes et les échantillons les plus rares des arbres des tropiques sont un véritable enchantement.
- Le plus bel arbre du jardin est le célèbre figuier multipliant, le Ficus Bengalensis, Linné, (fig. 1). Cet arbre est âgé de cent ans environ, la circonférence de son tronc est de 14 mètres et on peut compter 252 tiges aériennes qui viennent prendre racine dans le sol et soutenir les immenses branches qui partent du tronc principal. Ce figuier colossal forme un bouquet de verdure qui n’a pas moins de 290 mètres de tour. Un ne connaît pas, m’a-t-on dit, de Ficus Bengalensis plus grand dans le monde entier.
- Dans la saison des grandes chaleurs, Calcutta est déserté en partie par les Européens. Us ont créé dans les montagnes de l’Himalaya, à 2587 mètres de hauteur, un séjour agréable entre tous, Darjee-ling, qui, il y a trente ans environ, n’était qu’un pauvre village indien. Pour arriver en ces lieux élevés de la montagne, il faut voyager en chemin de fer une nuit et un jour, mais le trajet est curieux.
- Au sortir de Calcutta, la campagne bien cultivée réjouit la vue, puis il faut passer le Gange en bateau ; c’est un ferry-bout à l’américaine qui vous transporte à l'autre rive en douze minutes. Après la nuit passée en chemin de fer, on remarque le changement de paysage : ce sont d’immenses rizières mêlées de bambous, puis des plantations de thé et les montagnes à l’horizon.
- Nous voici enfin au pied même des montagnes et il faut s'installer cette fois dans le petit chemin de fer qui vous montera en quelques heures à Darjee-ling. La route suivie devient peu à peu une des plus belles choses qu’on puisse voir. Du petit wagon où le touriste est installé, il admire les immenses montagnes de l’Himalaya toutes couvertes de verdure.
- Les grandes fougères arborescentes de 10 et 15 mètres de hauteur, les orchidées pendues aux branches des arbres sont splendides. Au travers de ce feuillage merveilleux, les vues de la plaine que le voyageur a quittée le matin offrent également aux yeux un spectacle absolument inouï. Le train marche lentement en suivant des lacets nombreux aux détours les plus invraisemblables et à pente peu rapide (fig. 2). Il s’arrête fort souvent, de sorte qu’on peut jouir à l’aise de toutes les vues de la montagne. Les stations sont fort pittoresques également, les quelques habitants qui viennent voir passer les voyageurs et leur vendre des bijoux ou des insectes aux ailes brillantes ont un type tout différent de ceux de la plaine du Gange. Ces pauvres gens des montagnes du Népaul ressemblent déjà presque à des Chinois avec leur figure plate et leur nez écrasé.
- Dans le temps des pluies, ils ont une existence bien
- difficile et des plus précaires dans leurs huttes misérables ; il ne faut pas s’étonner si dans la belle saison ils laissent leurs petits enfants demander quelques sous aux voyageurs.
- Darjeeling est tout à fait charmant. Ses cottages bâtis en amphithéâtre sur le versant méridional de la montagne et ses belles allées bien entretenues, plantées de nombreux séquoias de la Californie (pii poussent à ravir en ce pays, tout est à souhait. Des promenades délicieuses sont à faire autour de Darjeeling, le Birch park surtout avec ses arbres et ses lianes est une merveille de la végétation tropicale. Sur les sommets les plus élevés de cette jolie localité, de l’Observatoire, ou un peu plus loin, du mont Jalapahar (2628 mètres), on jouit d’un panorama exceptionnel. Les cimes neigeuses de l’Everest et celles du Kantchijunga (9666 et 9585 mètres) remplissent une partie de l’horizon. Quoique bien éloignées de Darjeeling, elles apparaissent, merveilleuses de clarté dans le haut des nuages ; ce sont des spectacles incomparables. Albert Tissandier.
- ——
- NÉCROLOGIE
- R. Clausius.— Rodolphe-Julien-Emmanuel Clausius, physicien allemand, vient de mourir à Bonn, le 24 août. 11. était né en 1822 à Kœslin en Poméranie. En 1848, il a été reçu docteur à P Université de Halle, et pendant plusieurs années professeur à l’École polytechnique de Zurich. Les travaux de Clausius ont été consacrés exclusivement à la théorie mathématique de la chaleur et de l’électricité. On lui doit en partie le triomphe de cette conception en vertu de laquelle la chaleur est un mouvement des particules des corps, et non pas un fluide impondérable comme on l’a cru pendant longtemps. Les principaux mémoires de Clausius ont été réunis en volumes qui ont rapidement obtenu plusieurs éditions. Il est à remarquer que son principal théorème connu sous le nom de Cycle de Clausius est un développement du théorème de 8adi Carnot, savant français, oncle du président actuel de la République. M. Clausius était correspondant de l’Académie des sciences depuis 1859, et en 1882, il avait obtenu le prix Poncelet pour l’ensemble de ses travaux. Les Comptes rendus de VAcadémie des sciences contiennent un grand nombre de communications intéressantes dues à Claudius, qui n’a pas cessé, avant comme après la guerre franco-allemande, de tenir l’Académie des sciences au courant de ses principaux travaux et de ses principales publications. Il eut même quelques polémiques courtoises avec M. Yvon Villarceau et avec M. Levy, de l’Institut. 11 était membre de la Société royale de Londres et directeur du laboratoire de physique de Berlin. 11 s’occupa très activement de la détermination des unités électriques, et on lui doit une brochure spéciale dans laquelle les principes de cette création sont très clairement expliqués. Il était, en outre, membre d’un grand nombre de sociétés savantes et avait obtenu une multitude de décorations. Les principaux mémoires scientifiques de Clausius ont été publiés par lui dans les Annales de Poggendorf. Nous mentionnerons spécialement son grand ouvrage intitulé : De l'essence de la chaleur comparée avec la lumière et le son.
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- LA NATURE.
- CHRONIQUE
- Le coco de mer. — M. Guisan a récemment présenté à la Société vaudoise des sciences naturelles un de ces fruits envoyé par M. Rouillard à l’île Maurice. 11 a donné sur ce fruit les renseignements suivants : « Souvent les marins naviguant dans les mers des Indes recueillent à la surface de la mer un énorme fruit dont la forme étrange lui vaut,' de la part des matelots, un nom grossier mais caractéristique. Jamais on n’avait vu l’arbre qui le produisait; aussi, croyant qu’il provenait d’une plante sous-marine, reçut-il le nom de coco de mer. Grâce à sa provenance mystérieuse, ce fruit jouissait de la réputation de posséder des propriétés merveilleuses. En tout cas c’était un fruit rare. 11 y a un certain nombre d’années, on découvrait dans deux ou trois des nombreux îlots qui forment l’archipel des Seychelles, le palmier qui produit ce fruit étrange, auquel on donna le nom de Lo-doicea Seychellensis ou Lodoicoa Seychellarum. Ce palmier pousse sur le rivage de ces îlots, le fruit enveloppé de sa gaine fibreuse tombe à la mer, ou est enlevé par les vagues et entraîné par les courants, celui de Mozambique entre autres, et est repêché parfois à plus de 500 lieues de son lieu d’origine, soit entre Ceylan et Sumatra, soit au sud de Madagascar, à la latitude de Natal. »
- Lentille convexe de l'ancienne Egypte. — Nous lisons dans le Moniteur de la photographie que l’on a découvert cette année en Egypte, à Fayun, qui est environ à vingt lieues au sud du Caire, dans un cimetière qui se trouve à ilawara, une ancienne lentille piano-convexe. C’est M. Pétria qui a fait cette découverte, et M. Frank llaes a pu dernièrement montrer, à l’une des sociétés photographiques de Londres, l’ancienne lentille en question. Un croit que cette lentille date des années 150 à 200 environ de notre ère. Le verre en est un peu jaunâtre, le côté convexe est quelque peu parabolique, et on affirme positivement que la lentille a été polie au tour. L’épaisseur au milieu est d’un demi-pouce. Que faisaient les anciens Égyptiens avec cette lentille qui a un peu plus de deux pouces en diamètre? Question fort difficile à résoudre. Cependant, ce n’est pas la première fois que l’on découvre des lentilles en Égypte. On en a trouvé encore quelques-unes, mais si détériorées par le temps, qu’elles avaient perdu leur transparence.
- Cigares en papier. — Où s’arrêtera le génie de la falsification? Yoici une nouvelle que nous recueillons dans les journaux américains. Les inventeurs si ingénieux du Nouveau Monde ont trouvé le moyen de transformer le vieux papier en excellent tabac. Vous prenez du papier, vous le faites tremper et macérer dans des jus de tabac, riches en nicotine, que vous obtenez en traitant du tabac de qualité inférieure par l’eau bouillante ; quand le papier est bien imbibé, à l’aide de cylindres, vous imprimez sur sa surface encore humide des cannelures et des raies qui simulent les côtes de la feuille de tabac ; vous taillez à la grandeur voulue, vous roulez, et voilà des havanes de premier choix.
- Un parasite du hanneton. — M. ltolland-Banès, secrétaire de la Société mycologique, a signalé un champignon du genre Jsaria (Isara farinosa), qui prendrait naissance sur le hanneton vivant et provoquerait sa mort. Si l’on parvenait à propager ce champignon, peut-être arriverait-on à la longue à diminuer le nombre des hannetons. D’après M. Rolland, une autre sphériacée, le cor-
- dyceps entomorrhiza, se développe sur le ver blanc. Il semble donc que le hanneton est attaqué par des parasites de même nature que ceux qui viennent sur les chenilles, les scarabées, etc. Ce fait est peut-être digne d’être signalé aux personnes compétentes qui pourraient poursuivre convenablement cette difficile et intéressante étude.
- lTn voyage A la « Jules Verne )). — Les journaux anglais rapportent le fait suivant, qui montre à quelles vitesses on peut atteindre sur les chemins de fer, en cas de besoin. Un voyageur, retournant en Amérique et devant s’embarquer à Liverpool, avait manqué le train à Londres, ce qui le mettait dans l’impossibilité d’arriver à temps pour prendre le paquebot. 11 se fit conduire à Crcwe par un train ordinaire, et là on mit une locomotive à sa disposition pour faire le trajet de Crewc à Liverpool qui est de 36 milles, soit près de 58 kilomètres. La distance fut franchie en trente-trois minutes, ce qui correspond à une vitesse de plus de 105 kilomètres à l’heure, et le voyageur [tut arriver à Liverpool dix minutes avant le départ du paquebot. Ce voyage rapide lui avait coûté 275 francs.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 août 1888. — Présidence de M. Janssen.
- Hydrophone. — M. le commandant Banaré, du dépôt de la marine, a imaginé un appareil auquel il a donné le nom d’hvdrophone, qui est destiné à remplacer la sirène. On sait que, par les temps brumeux, les navires en marche font entendre un sifflement de timbre grave, produit au moyen d’une sirène, dans le but de prévenir les collisions. Ce sifflement s’entehd très bien, à de grandes distances, si le vent n’est point (Contraire, mais est trop souvent insuffisant. M. Banaré, s’inspirant des expériences de Colladon sur le lac de Genève, recueille sur Fun des navires, à l’aide d’un microphone spécial, les ondes sonores transmises par l’eau, émanées d’un corps vibrant placé sur l’autre navire. Des expériences ont été prescrites par le Ministre de la marine ; elles ont été effectuées dans la rade de Brest, entre deux vaisseaux dont l’un* était fixe, puis entre deux vaisseaux en marche. Dans les deux cas, la réussite a été très satisfaisante. On pouvait, dans la première série d’essais, percevoir le bruit de l’hélice du bâtiment en marche. En raison de l’exiguïté de la rade de Brest, la distance à franchir, n’a jamais dépassé quelques kilomètres; de nouvelles expériences seront réalisées au large.
- Maladies de la vessie. — M. Richet présente un ouvrage de M. Félix Guyon sur les maladies de la vessie. Ce livre, composé avec un soin tout particulier, se distingue des ouvrages écrits sur le même sujet par un chapitre qui contient un exposé très complet des connaissances acquises aujourd’hui sur les tumeurs de la vessie. Ces tumeurs n’étaient même pas soupçonnées, il y a trente ans. Leur connaissance et leur traitement chirurgical sont surtout dus à M. Guyon, en France, et à M. Thompson, enAngleterre. M. Guyon se prononce pour le procédé d’opération par la voie abdominale, qui consiste à ouvrir le ventre, puis la paroi antérieure de la vessie ; on éclaire l’intérieur de l’organe, on enlève la tumeur et l’on soigne le pédicule par les antiseptiques. Parmi ces tumeurs, il en est qui sont bénignes, et guérissent fort bien, mais celles qui sont de nature cancéreuse reparaissent au bout de quelque temps. L’opération ne réussit point toujours d’ailleurs, car elle est des plus dangereuses.
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- LA NATURE.
- Varia. — M. Halphen fait hommage du deuxième volume de son Traité des fonctions elliptiques dans lequel il a renfermé les applications à la mécanique, à la physique, à la géodésie. — M. Perrotin communique des observations delà comète Paye. — M. Fischer a identifié des débris osseux provenant du squelette d’une tortue fossile avec diverses pièces du squelette d’une espèce vivante. — MM. Chevreul et Frémy sont réélus membres de la Commission de vérification des comptes.
- Stanislas Meunier.
- ÉTAU PARALLÈLE DE STEPHEN
- Les moindres inconvénients des étaux ordinaires sont leur encombrement, le manque de parallélisme des mâchoires lorsqu’il s’agit de serrer de grosses pièces, et le temps perdu à visser et dévisser le tourniquet lorsque les objets à placer successivement dans l’étau sont de dimensions très différentes. L’étau parallèle de Stephen, très répandu aujourd’hui en Amérique et en Angleterre est à l’abri de toutes ces objections : la figure ci-contre qiji le représente en élévation et en plan-coupe permet d’en comprendre facilement les dispositions simples et ingénieuses.
- La mâchoire fixe A porte une cavité rectangulaire dans laquelle vient s’engager une coulisse horizontale qui constitue le socle de la mâchoire mobile B. Le serrage s’effectue à l’aide du levier H qui, dans la position représentée sur la figure, est à l’état de repos et laisse glisser la mâchoire B à frottement doux et permet d’écarter ou de rapprocher rapidement les mâchoires jusqu’au contact avec la pièce à maintenir dans l’étau. Pour effectuer le serrage énergique et rapide de la pièce, il suffit d’amener vers soi le levier II en lui faisant décrire un angle d’environ 120 à 150° dans le plan horizontal et dans le sens des aiguilles d’une montre' autour de son axe vertical. Ce mouvement produit une série d’actions mécaniques qu’il est intéressant d’analyser. Au début du mouvement, la dent M quittant la butée m dégage un système de leviers qui permet à la crémaillère dentée t, sous l’action du ressort s, de venir s’appliquer contre une autre denture T ménagée sur le côté droit de la coulisse
- de la mâchoire mobile B. La pièce t et la mâchoire B deviennent ainsi solidaires.
- En continuant le mouvement de rotation du levier II, la came fixée sur son axe venant s’appliquer en n contre les deux leviers G et G', tend à les redresser et à les mettre dans le prolongement l’un de l’autre. Pour que ce mouvement puisse s’opérer, il faut, puisque l’extrémité de gauche du levier G s’appuie contre la mâchoire fixe A, que l’extrémité de droite du levier G' se déplace de gauche à droite entraînant ainsi la pièce t et la mâchoire B. L’énergie du serrage dépend de la forme de la came du levier II et de l’angle décrit par ce levier. Il suffit de se rappeler les propriétés bien connues des leviers pour se rendre compte de la grandeur du facteur par lequel la traction exercée sur le levier H se trouve multipliée grâce à cette combinaison. Le mouvement en sens inverse du levier a naturellement pour effet de desserrer la pièce et de dégager la denture l, ce qui rend libre la mâchoire mobile B.
- Gette combinaison de leviers, très simple et très robuste, fait de l’étau Stephen un outil extrêmement utile et précieux, non seulement dans les ateliers de construction, mais aussi et surtout chez le simple amateur, qui appréciera certainement les nombreux avantages d’un système sanctionné par la pratique et le succès. Les types établis sont de différentes grandeurs: le plus petit, spécialement disposé pour les amateurs, et pouvant se fixer sur une table, à l’aide d’un simple écrou à oreilles, a des mâchoires dont la largeur n’excède pas 5 centimètres. Le type le plus grand a des mâchoires de 17 centimètres. L’écartement maximum n’est que de 5 centimètres dans le plus petit modèle ; il dépasse 28 centimètres dans le plus grand.
- Enfin, les plus grands modèles ainsi que les modèles moyens sont munis d’organes supplémentaires s’adaptant aux mâchoires pour permettre le travail des pièces de formes irrégulières, pour prendre facilement des pièces de section circulaire ou pour couper bien droit des fils métalliques de toutes dimensions. Dr Z...
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissa n dieu. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Élévation et plan-coupe de l’étau parallèle de Stephen.
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- N° 797. — 8 SEPTEMBRE 1888.
- LA NATURE.
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- LA PÈCHE DU CACHALOT A TERRE
- La pêche du cachalot est toujours une industrie considérable. Le nombre des navires baleiniers qui le chassent dans les mers a, il est vrai, diminué, mais les pêcheries à terre se sont multipliées. Aux Açores, elles sont aux mains de petites Compagnies fort nombreuses. Ces compagnies ordinairement ne comptent qu’une dizaine d’actionnaires. Chaque compagnie possède, en général, deux ou trois baleinières qu’on achète tout armées et toutes gréées à New-Bedford ou à Boston. Les embarcations sont constamment tenues en état et prêtes à être lancées à la mer au
- premier signal. L’acquisitiop «plféntretien des baleinières est la grosse dépense de la compagnie qui paye en plus à l’année un « officier » pour chacune d’elles. L’officier commande la baleinière et c’est lui qui tue le cachalot d’un coup de lance, ou quelquefois maintenant, avec une arme à feu, après qu’il a été harponné par le harponneur. En général, chaque baleinière a aussi son harponneur attitré, mais sous les ordres de l’officier. Quand il existe plusieurs compagnies dans une localité, elles vivent ordinairement en bonne intelligence et combinent plus ou moins leur action. Elles payent ensemble un guetteur chargé de faire un signal convenu. Dans les petites localités il tire une fusée à pétard et hisse un
- Dépècement d’un cachalot, récolte du spermacéti. (D’après une photographie de M. Ralph. D...)
- pavillon. Alors c’est tout un spectacle : les officiers, les harponneurs courent à leurs baleinières qu’on s’empresse de pousser à l’eau, c’est à qui s’y jettera pour former les équipes que l’officier compose comme il l’entend. On aura sa part, un quarantième ou un cinquantième de la prise, après tous les frais payés. Il est vrai que si c’est l’autre compagnie qui a le cachalot, on aura perdu son temps et sa peine; mais l’affaire, au demeurant, est bonne puisqu’on trouve toujours plus de monde qu’il n’en faut. Et toute la flottille s’en va faisant force de rames ou force de voiles, quelquefois sur des mers effrayantes, pour joindre l’animal solitaire ou la troupe signalée par le guetteur.
- Nous passons sur les péripéties bien connues de la 16® année. — 2® semestre.
- pêche. A signaler seulement la mauvaise humeur des compagnies qui ont perdu leur peine et qui rentrent au port sans vouloir aider en quoi que ce soit la compagnie plus fortunée qui a llait la capture. Si la mer est grosse, si le vent souffle de terre, il faut venir chercher des embarcations de renfort pour remorquer la bête flottante au chantier.
- Celui-ci est un endroit de la côte où l’on a fait quelques dispositions pour favoriser le travail du dépècement. Parfois c’est tout simplement une cale inclinée, avec des cabestans et plus loin un fourneau. Ailleurs l’installation est beaucoup moins primitive. La bête est d’abord débitée dans l’eau en grandes pièces, selon des règles fixes et séculaires. Ces pièces hissées à terre sont ensuite découpées en morceaux
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- LA NATURE.
- plus petits qu’un homme peut traîner avec un croc. Tout le travail principal se fait avec un Iouchet tranchant, pas plus large que la main, au bout d’un long manche, que les baleiniers appellent spade. Dans un coin le rémouleur s’est installé avec sa meule, un aide pour la tourner et tout un attirail de pierres à aiguiser, pour donner aux spades qu’on lui apporte sans cesse le fil convenable. Ce n’est pas lui le moins occupé.
- Cependant on a allumé le fourneau, nettoyé les cuves qui souvent n’ont, pas servi depuis longtemps; les pièces de lard, finalement coupées en tranches minces par deux hommes employés seulement à cela avec deux aides, sont mises à bouillir. Une énorme écumoire sert à enlever les lardons qu’on brûle ensuite au fourneau. L’huile est mise à refroidir dans une vaste cuve de métal d’où elle passe dans les tonneaux.
- Toutes ces opérations ne diffèrent pas essentiellement de ce qu’on voit à bord des navires baleiniers. Mais il est plus aisé de les saisir par la photographie, et le dessin que nous donnons aujourd’hui aux lecteurs de La Nature est la première représentation qu’on ait jamais faite du dépècement d’un cachalot. Nous le choisissons dans une précieuse collection de photographies qu’a bien voulu faire à notre demande M. Ralph D....
- Le chantier est en pleine activité; la tête, séparée du tronc et de la mâchoire inférieure, a été enlevée à terre au moyen de puissantes grues dont on voit le pied. On a également détaché l’extrémité antérieure et supérieure du museau, la pièce que les baleiniers appellent junck. On la voit à gauche en forme de carène ou plutôt d’étrave, avec deux trous par où on a passé les chaînes pour hisser le morceau. 11 est à noter que jamais cette disposition en étrave de l’extrémité antérieure de la tête du cachalot, qui se voit ici si bien, n’avait été ni décrite ni figurée; on avait toujours cru la tête du cachalot terminée en avant par une surface presque plane. Le reste de la tête, qui pèse plusieurs tonnes, gît sur le chantier dans sa position naturelle, la face inférieure en bas. Toute la région supérieure a été enlevée, la tranche ne montre que de la graisse, dense sur les bords, molle et presque fluide au milieu. Des hommes, avec leurs spades, attendent pour continuer de débiter la pièce, qu’on ait vidé la caisse (cash) remplie d’huile liquide. Un homme, enfoncé dans celle-ci jusqu’aux genoux, puise avec le bucket (sorte de seau à manche), le précieux produit dont on emplit une baye que deux hommes transporteront à l’usine. Comme cette huile est très pure, on la met quelquefois à part, sinon on la mélange directement à celle obtenue par la cuisson du lard.
- On a longtemps cru que le blanc de baleine ou spermacéti se trouvait exclusivement dans la tête du cachalot. Il n’en est rien, le spermacéti est un « produit immédiat » entrant dans la composition de la graisse des cétacés. Seulement il est très peu abondant chez les. baleines, tandis qu’il forme une partie
- notable de la graisse du cachalot, aussi bien celle qui remplit les os que celle qui occupe la (< caisse ». 11 est possible que l’huile de celle-ci soit un peu plus riche en spermacéti que le reste de la graisse de l’animal, mais là est toute la différence; le spermacéti, liquide à la température du corps de l’animal vivant, est partout mélangé aux autres principes immédiats qui constituent l’huile du lard ou même celle qu’on pourrait tirer des os. L’erreur qui a fait considérer le spermacéti comme un produit spécial de la tête du cachalot vient uniquement sans doute de l'état de pureté et de blancheur où on peut l’obtenir dans l’huile extraite de la caisse et qui n’a pas pris la teinte brune de l’huile sortie des chaudières.
- G. Pouchet.
- RÉACTIONS CHIMIQUES ENTRE SOLIDES
- Un chimiste américain, M. W. Spring, a publié récemment les résultats de ses expériences au sujet des réactions qui ont lieu entre des corps solides soumis à une forte compression. Dans une première série d’expériences, un mélange de sulfate de baryte et de carbonate de soude a été soumis à une pression de 6000 atmosphères. La quantité employée dans chaque essai était de 1 gramme (1/4 de gramme de sulfate de baryte et 5/4 de gramme de carbonate de soude). En comprimant le mélange une première fois, on constata que 1 pour 100 de sulfate de baryte s’était changé en carbonate. On pulvérisa le bloc solide produit par la compression et on comprima de nouveau la poudre ; on obtint une nouvelle transformation de 4 pour 100 de sulfate en carbonate. En laissant le mélange sous la presse pendant quatorze jours, la quantité de sulfate ainsi transformée s’éleva à 11 pour 100. Dans ces expériences, le mélange primitif contenait, comme on l’a dit ci-dessus, une partie de sulfate de baryte et trois parties de carbonate de soude. En comprimant, au contraire, un mélange de trois parties de sulfate de soude et d’une partie de carbonate de baryte, la première compression eut pour résultat la transformation de 59 pour 100 de carbonate de baryte en sulfate; après six compressions, la quantité transformée était de 73 pour 100. En laissant subsister la compression pendant quatorze jours, on arriva à 80’pour 100. L’expérience a également prouvé que ces réactions n’étaient pas favorisées par la chaleur.
- LE TIR DES FUSILS DE CHÂSSE
- (Suite et fui. — Voy. ]). 122 et 202.)
- Tir à balle dans les fusils de chasse. — La balle sphérique du calibre exact est celle qui dans un canon lisse donne les meilleurs résultats. Le tir de cette balle, quoi qu’on fasse, n’est jamais bien brillant.
- Dans les meilleures conditions de tir, on ne peut songer à loger 10 balles, si ce n’est par hasard, dans un carré de moins de 50 centimètres de côté à la portée de 50 mètres. A 400 mètres il faudrait un rectangle vertical de 30 mètres de côté pour contenir tous les coups. Le tir d’une balle unique allongée
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- dans un fusil lisse est toujours plus dispersé (pie celui de la balle sphérique. Le tir à 2 balles est encore plus mauvais. A 50 mètres, tous les coups ne sont pas compris dans un carré de 1 mètre de coté. Le tir à 2 balles fatigue en outre énormément les armes.
- Réglage des fusils. — Pour que les deux canons d’un fusil de chasse portent dans la même direction, il faut que ses deux canons forment entre eux un certain angle dans le plan horizontal. Cet angle appelé convergence est déterminé par l’expérience. Dans un fusil calibre 10 bien réglé et tirant une charge de 4 grammes de poudre superfine, cet angle est de 1 o minutes.
- L'angle de mire, ou angle formé par la ligne de visée et l’axe des canons est assez variable suivant les armes. 11 a été trouvé de 50' pour un fusil calibre 16 tirant des cartouches chargées avec 4 grammes de poudre superfine et 50 grammes de plomb.
- Le centre de la gerbe varie notablement avec la charge ou, plus exactement, avec la vitesse des plombs. Tous les fusils à bascule expérimentés portent, à partir d’une certaine charge, d’autant plus bas que la charge est plus forte.
- La plupart des fusils calibre 16 à bascule se trouvent tellement mal réglés avec des charges un peu fortes que, si l’on vise exactement avec un canon cboke-bored, toute la partie dense de la gerbe passe au-dessous du centre du but. C’est le défaut de réglage et l’habitude qu’ont les chasseurs d’essayer leurs fusils trop loin et sur des cibles trop petites qui ne peuvent recueillir qu’une partie des plombs qui ont fait croire à tant d’entre eux que le tir est plus ou moins serré suivant la charge de poudre. 11 est évident que si un fusil est très mal réglé avec de fortes charges, en tirant sur une cible petite et éloignée, on n’atteindra le but qu’avec une portion peu garnie de la gerbe. De là à conclure que la charge employée disperse le plomb, il n’y a qu’un pas pour ceux qui ne se rendent pas compte que la partie la plus garnie de leur gerbe a passé au-dessous du but.
- La plupart des fusils à bascule sont relativement mieux réglés aux fortes charges que les fusils calibre 16.
- Les variations dans le réglage des fusils de chasse sont dues à l’influence des vibrations du canon. Les variations du réglage en hauteur sont dues surtout à l’inertie de la crosse et à son excentricité par rapport à l’axe du canon. Les variations du réglage en direction sont dues en partie à la position excentrique de chaque canon par rapport au plan vertical de symétrie de l’arme, ainsi qu’au manque de rigidité de l’assemblage du canon et de sa fermeture dans les fusils à bascule.
- Cette dernière influence est d’autant plus sensible que la poudre est plus vive.
- 11 n’y a pas d’appareil permettant de corriger des écarts de réglage en direction. Les écarts en hauteur peuvent être atténués en disposant une hausse maintenue sur la bande des canons, près de la culasse,
- au moyen d’une vis. Cette hausse (vov. la figure, p. 228), laisse à la ligne de visée son aspect habituel et laisse le pointage rapide sur un objet en mouvement aussi facile qu’avec un fusil bien établi et sans hausse. Pour déterminer la hauteur à donner à la hausse, on exécutera un tir à 10 mètres, on déterminera la position du centre de la gerbe. Une simple proportion fixera la hauteur à donner à la hausse. Cette hauteur s’est trouvée être de 5 à 7 millimètres pour la plupart des fusils calibre 16 que M. le capitaine Journée a expérimentés. Ce remède est applicable aux fusils déjà construits.
- Correction de pointage. — Le bon réglage du fusil est la condition essentielle d’un bon tir, car il est impossible à un chasseur de tenir compte des défauts de réglage de son arme pour faire des corrections de pointage. 11 suffit d’énumérer ces différentes corrections pour justifier cette affirmation.
- Le chasseur idéal qui penserait à tout dans le temps qui s’écoule entre le moment où il aperçoit une pièce et celui où il fait partir le coup, et qui, de plus, aurait une organisation physique susceptible d’exécuter exactement le pointage voulu, aurait à déterminer, dans chaque cas :
- 1° L’utilité ou l’inutilité de la correction de pointage .
- 2° La durée du trajet du plomb employé.
- 5° La vitesse du but et sa direction.
- 4° Le retard personnel au tireur provenant de l’intervalle de temps qui s’écoule entre l’instant où le tireur commande au doigt d’agir, et celui où le doigt exécute le commandement.
- Cet intervalle de temps varie entre trois dixièmes de seconde pour un tireur novice et un dixième de seconde pour un tireur exercé.
- 5° La durée de mouvement de la gâchette avant le déclenchement.
- 6° Le temps que le chien met à s’abattre, temps qui varie entre un centième et un dixième de seconde suivant la nature du ressort et le moment d’inertie du chien.
- 7° Le temps qui s’écoule entre l’instant où l’amorce est frappée et celui où la charge sort du canon (o à 6 millièmes de seconde).
- Plus le but est rapproché, plus la correction de pointage est relativement grande, et plus elle a d’in-lluence sur les résultats du tir.
- A 20 mètres, en visant correctement le centre du but, on est certain de le manquer. Ces chiffres sont parfaitement d’accord avec la réalité des faits et tout chasseur sait combien il est fréquent de manquer une pièce de gibier qui vous part dans les jambes quand on se presse pour tirer. En terrain découvert, le chasseur très expérimenté laisse filer la pièce et ne cherche à la tirer que quand elle est à environ 50 mètres. Dans le tir de chasse, la correction de pointage tire son importance moins de la durée de trajet du plomb que de la lenteur des transmissions nerveuses.
- 8° L’effet du vent est assez important pour que la
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- déviation produite par un fort vent de côté soit supérieure au rayon de la gerbe efficace au delà de la portée de 40 mètres.
- Au delà de cette distance on manquera donc à peu près sûrement toute pièce de grosseur moyenne pointée directement et située de telle sorte que le vent soit perpendiculaire à la ligne de tir.
- Enfin, les écarts personnels des tireurs peuvent varier dans des limites considérables suivant leur état nerveux.
- Devant un fauve dangereux, devant une pièce inoffensive qui part inopinément, devant le danger ou dans la surprise, les nerfs se surexcitent, le tireur devient agité et tout tireur expérimenté sait quels écarts énormes on peut commettre dans ce cas.
- Que de cavaliers ont passé à quelques mètres de fantassins, ont été visés, tirés et manqués! On n’a cependant pas souvent un gibier offrant une pareille surface. Que de gens tirent des coups de revolver presque à bout portant et manquent leur homme !
- Il est impossible de fixer la limite maxi-ma des écarts d’un tireur agité; mais on connaît la limite minium des écarts d’un tireur parfaitement calme tirant soit posément, soit rapidement sur des buts fixes ou mobiles.
- 11 n’a pas été fait d’expériences spéciales avec des fusils de chasse, mais il en a été fait d’innombrables avec des fusils de guerre de tout modèle.
- Ces tirs renseignent parfaitement sur les écarts que l’on fait dans le tir de chasse quand on tire sans trop se presser sur une pièce qui part bien.
- En tirant sans émotion avec des fusils de guerre, en visant sommairement et en lançant le coup de fusil, comme on le fait à la chasse, on observe des écarts probables de 0m,3 à 0“,? à la portée de 100 mètres. Ces écarts sont proportionnels à la distance, ils sont donc de 3 à 7 centimètres à la portée de 10 mètres. Les tireurs qui obtiennent 3 centimètres d’écart à 10 mètres peuvent être considérés comme exceptionnellement adroits.
- Si on compare ces écarts à ceux de la gerbe de plomb, on voit que les écarts du chasseur peu exercé, tirant avec calme sont souvent supérieurs à l’ouverture de la gerbe de plomb et qu’en général dans le tir à bonne portée, le chasseur manque plus de gi bier par sa faute que par celle de son armement.
- Les considérations qui précèdent ont permis à M. le capitaine Journée de dresser un tableau fixant les distances limites au delà desquelles on peut,
- dans un tir parfaitement réglé, tuer à peu près sûrement le lièvre, la perdrix et la caille.
- Ce tableau montre que les plombs les plus avantageux pour tirer aux grandes distances sont :
- Lesn0S2 à 6 pour le lièvre, 0 à 8 pour la perdrix,
- 8 à 10 pour la caille.
- Procédés pour pouvoir tuer le gibier de loin — Le gibier devient, par sélection, de plus en plus sauvage, car les trop confiants disparaissent sous les coups des chasseurs et il ne reste plus que les méfiants ; on est donc conduit à rechercher les moyens de tuer le gibier de plus en plus loin, soit par des armes tirant le plomb en mitraille, soit en réalisant l’idée de l’obus à balle employé comme projectile de chasse.
- Pour tuer le gibier de loin, il faut un fusil de fort calibre, tirant de fortes charges de gros plomb avec une grande vitesse initiale, mais on a alors une arme et des munitions lourdes et coûteuses et le désagrément d’un fort recul. De la grenaille faite d’un métal très dense (or ou platine) serait supérieure à la grenaille de plomb, mais le prix en est prohibitif.
- Quand on voudra accroître notablement la distance à laquelle il est possible de tuer le gibier, M. le capitaine Journée estime que la seule solution susceptible de donner un fort accroissement de portée efficace consistera à copier ce qui s’est fait dans l’artillerie quand on a voulu pouvoir envoyer des gerbes serrées de petites balles bien au delà de la portée où il était possible de les envoyer en tirant à mitraille. On sera donc conduit à tirer dans le fusil de chasse le diminutit des ohus à mitraille. La fusée de cet obus serait fusante, il serait désirable que ses écarts de durée ne dépassent pas 1/30 de seconde, ce qui correspondrait à des écarts de 10 mètres en portée sur le point où se produirait l’éclatement.
- Les fusées seraient réglées de façon à éclater à des portées déterminées et on aurait des munitions pour tirer à 80, 120, 160 mètres..... De pareilles muni-
- tions ne sauraient coûter moins de 5 francs le coup. La question pécuniaire est la plus difficile des questions à résoudre pour réaliser cette idée.
- Telles sont, en résumé, les principales données relatives aux fusils de chasse établies théoriquement et expérimentalement par M. le capitaine Journée. Nos lecteurs amateurs de chasse sauront en apprécier l’importance et l’intérêt.
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- Canon de lusil avec sa hausse.
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- LES FILETS PARE-TORPILLES
- (SYSTEME SOLOMIAC)
- La brusque apparition du torpilleur dans les flottes de guerre n’a pas laissé que de troubler profondément les officiers chargés de les conduire au combat. Mais de même qu’ils avaient garanti leurs navires en
- Fig. 1, — Filet pare-torpilles (système Solomiac).
- bois en les cuirassant contre la puissance sans cesse grandissante de l’artillerie, la science, toujours en éveil, ne devait pas tarder à leur fournir le moyen de mettre leurs bâtiments à l’abri des tentatives de la torpille. Ce moyen, c’est à un ingénieur anglais, M. Bullivant, qu’ils le doivent.
- Son système consiste en un filet métallique à mailles circulaires (sorte de crinoline), suspendu de
- Fig. 2. — Filet pare-torpilles (système Solomiac).
- distance en distance à des supports en bois ou en fer appelés tangons, mobiles autour d’une charnière et pouvant, au repos, se rabattre le long du bord à l’extérieur du navire, ainsi que le filet roulé sur lui-même.
- La manoeuvre se fait à bras et exige environ quinze minutes ; les tangons tournant autour de leur point d’attache viennent se placer normalement à la muraille du navire, et sont maintenus dans cette position par une balançoire et deux haubans, tandis que le filet, déroulé, tombe d’aplomb à 6 mètres de la carène, si le navire stationne.
- En marche, on peut encore employer les filets Bullivant, à des vitesses inférieures à 4 nœuds à l’heure (7 kilomètres 400 mètres) ; mais leur efficacité décroît alors rapidement : suspendus simplement au bout des tangons, ils sont entraînés vers l’arrière, ramenés à la surface, découvrent la carène et forment autour du bâtiment une masse confuse qui
- l’alourdit en risquant parfois d’engager ses hélices. Ce phénomène se produit avec d’autant plus d’intensité que la vitesse est plus grande.
- Ce mode de protection présente un autre inconvénient, c’est la lenteur relative de sa mise en place, qui oblige à l’installer d’avance, en prévision d’attaques éventuelles et ne permet pas d’y recourir si le navire est inopinément assailli.
- Ces défauts du procédé Bullivant, qui, joints à la lenteur qu’ils impriment au navire, menacenl de le faire abandonner, ont attiré l’attention de l’un de nos compatriotes, M. l’ingénieur Solomiac, qui a étudié le problème et nous semble l’avoir très bien résolu, en perfectionnant singulièrement l’invention anglaise.
- Dans son système, les tangons sont placés au repos dans l’intérieur du bâtiment. Us peuvent glisser entre deux guides, ce qui permet de les pousser dehors, à leur position de combat, par un simple déplacement
- Fig. 5. — Appareil à air comprimé pour la pose des filets Solomiac.
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- en avant au travers de sabords spéciaux, ou de les tirer à l'intérieur par le mouvement inverse; ils forment un plan horizontal à lm,50 environ au-dessus de la flottaison et sont disposés parallèlement entre eux dans la partie moyenne du navire, en éventail aux extrémités.
- Le filet enveloppe complètement le navire à une distance de 7 mètres, lorsqu'il est dehors : au repos il s'applique extérieurement à plat contre le bor-dage. Les mailles sont rectangulaires, ce qui permet le ploiement à la manière des jalousies avec une très grande rapidité.
- Maintenu dans le liant par les tangons, le filet l’est aussi dans le bas par des pièces métalliques appelées tendeurs, sortes d’arcs-boutants qui se déploient et se reploient comme les tangons sous lesquels ils viennent s’appliquer au repos. Le filet, ainsi fixé par ses deux bords, ne peut dériver dans la marche, comme avec le système Bullivant, et reste en rideau, la vitesse soit-elle de 10 ou 12 nœuds.
- Le tendeur, le tangon, les guides de celui-ci et les organes producteurs du mouvement, forment un appareil unique pouvant basculer autour de tourillons placés antérieurement [très du bordage, ce qui permet d’immerger en un instant le filet à 2 mètres plus bas que sa position initiale, si la nécessité de cette manœuvre complémentaire vient à s’imposer, et de garantir ainsi une zone située plus profondément au-dessous de la flottaison, sans augmentation de hauteur du rideau métallique.
- Le mouvement est produit par l’air comprimé que fournit un réservoir de faible capacité. Comme dans les freins Westinghouse, d’un usage si répandu sur les chemins de fer et avec lesquels le système dont nous parlons a beaucoup d’analogie, cet air est réparti entre les divers appareils par une canalisation spéciale, et agit sur les faces des pistons dont le va-et-vient est transmis au tangon et au tendeur. De meme que dans les freins précités, que le mécanicien peut serrer et desserrer instantanément sur toute la longueur du train, la manœuvre de l’ensemble des appareils se trouve concentrée entre les mains d’un seul homme, l’officier de service, qui, par le simple jeu d’un levier dans l'un ou l’autre sens, peut mettre le filet à la mer ou le relever en un espace de temps que l’inventeur estime ne pas devoir dépasser 20 secondes pour chacun de ces mouvements.
- Ajoutons enfin que les appareils sont installés dans les batteries à la façon des pièces d’artillerie, et que la canalisation d’air comprimé formé de conduites de faible diamètre, se place dans le batiment tout comme les conduites d’eau ou de gaz de nos appartements, sans’que leur pose soit plus difficile et leur présence plus gênante.
- En résumé, le procédé Solomiac présente sur celui de M. Bullivant une supériorité incontestable. Tandis que les filets de ce dernier, exigent un quart d’heure de travail pour être mis en position ou pour être cargués avec le concours d’une partie de l’équipage ;
- tandis que leur emploi n’est possible qu’au mouillage, ceux du nouveau système, sans exiger aucun personnel, avec une rapidité défiant toute surprise, assurent le maximum de protection possible, par le maintien de la rigidité de l’ensemble, que le navire manœuvre, fasse route ou stationne.
- D’instrument passif de défense, à l’utilité limitée, le filet devient dans ces conditions un engin de combat essentiellement actif, pouvant dans la lutte, grâce à son extrême mobilité et à son obéissance absolue à la volonté du commandant être porté par lui, au moment propice, comme un véritable bouclier, au-devant des coups de l’agresseur. On voit combien un tel moyen de protection peut donner de sécurité à l’équipage, tout en rendant plus difficile et plus périlleuse la tâche des torpilleurs. L. B.
- LE POISON DES ANGUILLES
- Mon ami, M. Mosso, le professeur distingué de l’Université de Turin, vient de publier, dans LaNon-velle Anthologie, un travail sur le venin des poissons et celui de la vipère. Il a découvert que le sang des anguilles renferme une substance toxique assez éner- ' gique pour que d’une grosse anguille on en puisse tirer de quoi occasionner la mort de dix hommes.
- M. Mosso se trouvant à la station zoologique du professeur Dohrn, à Naples, voulut faire des études sur le sang des poissons et voir si, chez tous les poissons, il a la même composition ou si, au contraire, il existe des différences. En même temps, il se proposait de chercher pourquoi quelques poissons, les anguilles, par exemple, peuvent vivre indifféremment. dans l’eau douce ou dans l’eau de mer, tandis que d’autres qui vivent dans la mer meurent en moins d’une heure de séjour dans l’eau douce. Ayant recueilli une certaine quantité de sang de divers poissons, il le vit d’abord se coaguler comme le sang humain, et constata que la partie liquide nommée le sérum diffère chez les diverses espèces. Celui de la murène, par exemple, est jaune avec des reflets d’un blanc bleuâtre. Il eut la curiosité d’y goûter, et la goutte qu’il mit sur sa langue lui fit éprouver une sensation âcre et brûlante, à la suite de laquelle survint une abondante salivation et une assez grande difficulté à exécuter les mouvements de déglutition. Le sang dè l’anguille vtaie ou commune, celui du congre, lui causèrent la même impression douloureuse. Dès à présent on peut affirmer que ce sang est toxique.
- Rentré chez lui, à Turin, M. Mosso se mit à étudier méthodiquement, dans son laboratoire, les effets toxiques du sérum de l’anguille et des poissons de la même famille. Il en fit d’abord l’essai sur une grenouille, — cet animal, avec quelques autres, lapins, chiens, etc., est une pâture à vivisecteurs. — Sous la peau du dos, il injecta un déeigramme de sérum. Au bout de quatre heures, la grenouille parut morte ; on pouvait la mettre indifféremment sur le dos, le
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- ventre ou le liane sans qu'elle réagît en aucune façon dans ces diverses positions. Pourtant le cœur ri'avait pas cessé de battre; le pouls donnait environ quarante pulsations à la minute; les nerfs étaient peu excitables : on pouvait pincer impunément l’animal. Un courant mis en rapport avec le nerf sciatique donnait lieu à des contractions notablement plus faibles que celles qu’on observe lorsque l’animal est dans son état normal.
- 11 y a là une action évidente de la substance toxique sur la moelle épinière. Mais poursuivons.
- La seconde expérience fut exécutée sur un lapin. On injecta 3 décigrammes de sérum de murène sous la peau, et, à peine l’injection était-elle terminée, que la respiration devint plus active, puis l’animal se coucha sur le flanc, eut des convulsions, sa tête se renversa complètement en arrière, ses yeux sortaient de leurs orbites, ses lèvres étaient livides, ses membres rigides. Après un instant de calme, de nouvelles convulsions eurent lieu : au bout de deux minutes et demie, l’animal succombait.
- L’expérience fut répétée sur des souris, des cochons d’Inde, des pigeons; chaque fois, on observa la même succession dans les phénomènes et la même issue fatale au bout d’un temps plus ou moins long.
- Restait à soumettre le chien à la même épreuve. Après le singe, c’est l’animal sur lequel les remèdes ou les venins produisent des effets les plus analogues à ceux que ces substances produisent sur l’homme. Il y a donc un intérêt particulier pour nous à opérer sur le chien, malgré la peine que nous éprouvons à sacrifier et quelquefois à faire souffrir ces frères inférieur. Un demi-gramme de sérum fut donc injecté dans la veine jugulaire, et aussitôt la respiration de l’animal devint haletante; survinrent ensuite les convulsions, l’insensibilité, la suspension des mouvements respiratoires, l’arrêt du pouls, et, au bout de quatre minutes environ, la mort.
- Si maintenant nous observons les effets du venin de la vipère, nous constatons qu’il agit de la même manière que le sang des poissons : c’est toujours une augmentation dans la fréquence et la force des mouvements respiratoires, un ralentissement dans les battements du cœur, etc. Seulement le venin de vipère est plus énergique.
- Voilà un premier fait acquis, c’est que le sérum de certains poissons peut occasionner la mort, mais comment la mort survient-elle? Quels sont les organes directement atteints? La nature des phénomènes observés nous a déjà permis d’avancer que l’action se porte sur la moelle. Allons plus avant, c’est en un point particulier de la moelle, au nœud vital, centre d’action des mouvements respiratoires. Ce point, on le sait, occupe sur le bulbe, au-dessous du point où émerge le nerf pneumogastrique, un espace qui n’est pas plus grand que la tête d’une épingle. En perçant la moelle en ce point avec une grosse épingle, l’animal tombe foudroyé, succombant à l’arrêt subit des mouvements respiratoires.
- Nous avançons de plus en plus dans la connais-
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- sance de notre sujet. Arrivons aux moyens de combattre l’action du venin lorsqu’une personne sera victime d’un empoisonnement, car c’est là qu’il faut en venir. Quelle est la composition chimique du venin? Quel est le remède? Jusqu’à présent on axait préconisé les injections sous-cutanées d’ammoniaque ou l’emploi des excitants, mais il est facile de voir qu’on ne saurait ainsi rétablir dans ce cas le jeu des mouvements respiratoires. Or, avant tout, il importe d’éviter l’asphyxie. 11 faut donc entretenir artificiellement la respiration, ce que l’on peut faire à l’aide d’appareils spéciaux qui se trouvent dans les laboratoires de physiologie et qui devraient également se trouver dans les hôpitaux. On aura ainsi le temps de lutter contre le poison avant que la mort arrixe.
- Nos lecteurs pourraient s’étonner que, malgré la grande consommation qui se fait des poissons dont nous venons de parler, on n’ait guère constaté que des indigestions chez ceux qui en avaient mangé, probablement avec excès. La chair en est difficile à digérer; Moïse en avait défendu l’usage, mais il est, pour le moment, question du sang et non de la chair. Comment se fait-il qu’on n’ait pas eu à constater des cas d’empoisonnement? C’est que le sang de l’anguille, comme le venin des serpents et d’autres animaux, comme certains poisons minéraux, n’agit qu’autant qu’il est introduit directement dans le sang. 11 peut traverser le tube digestif sans causer aucun dommage, sans doute parce qu’il est neutralisé par les sucs digestifs. La cuisson des aliments leur fait perdre aussi leur action toxique. On mange sans inconvénient de la chair des serpents venimeux.
- Le xenin de l’abeille est injecté axrec son aiguillon qui n’est autre chose qu’une seringue à injection, merveille de finesse et de précision dans ses dimensions minuscules. L’aiguillon est fragile, sa pointe aiguë pourrait s’émousser, aussi est-il ordinairement retiré dans le ventre et enfermé dans un fourreau. C’est donc dans les vaisseaux capillaires de la surface du corps que le venin est introduit.
- Chez les serpents, certaines dents mobiles, nommées crochets, jouent le même rôle. Longues et coniques, canaliculées à l’intérieur, ou simplement rayées de rainures extérieures dans lesquelles le venin coule comme dans des rigoles et se rend dans la morsure au moment où les dents pénètrent dans la chair. Les crochets, ordinairement repliés et engagés dans la gencive comme la lame d’un canif fermé l’est dans le manche, se relèvent, comme un canif à demi ouvert, lorsque le serpent s’apprête à mordre. C’est encore une inoculation.
- Or, l’anguille ne possède ni l’aiguillon de l’abeille, ni les crochets du serpent. En outre, il faudrait que le sang de l’anguille fût en rapport direct avec les instruments afin de pénétrer dans les piqûres pour se mêler au sang de l’animal mordu.
- Ainsi s’explique l’absence d’empoisonnements, et l’impunité pour les amateurs d’anguilles et de bouillabaisse. Félix Hément.
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- LE GENERAL MEUSNIER
- ET LES BALLONS DIRIGEABLES
- On a récemment inauguré à Tours (le 20 juillet 1888) un monument élevé à la mémoire de Jean-Baptiste - Marie - Charles Meusnier, général et physicien français, né dans cette ville le 19 juin 17541.
- M.Janssen, ayant eu pour mission de représenter l’Académie des sciences à cette cérémonie, a résumé la vie et les travaux de cet officier d'élite, dont la bravoure et le patriotisme s’unirent sans cesse au travail et au génie de l’invention. Nous empruntons à l’allocution de M. Janssen l’histoire des débuts de la carrière de l’officier :
- Par suite de circonstances spéciales, le jeune Meusnier n’alla pas au collège et reçut cette éducation particulière souvent si favorable au développement des esprits originaux. Son sciences se
- très bonne heure. Envoyé à Paris pour se préparer à l’examen d’admission au corps des ingénieurs militaires, il devint bientôt, dit-on, le professeur de ses camarades, et levait les difficultés que ceux-ci pouvaient rencontrer dans les ouvrages de science qui étaient entre leurs mains. Cet esprit de recherche et d’invention qu’il avait reçu de la nature, et que sa libre éducation avait laissé se développer en lui, ne lui permettait guère de suivre méthodiquement le programme et les méthodes du cours qui devait le conduire aux examens. Aussi, quand cet examen arriva, y échoua-t-il, au grand étonnement de ses camarades, qui avaient déjà la plus haute idée de sa capacité. Mais l’er-
- 1 Ce monument consiste en un buste en bronze (fig.l) placé sur un piédestal de marbre entouré d’une grille.
- reur fut bientôt réparée, et l’année suivante, bien qu’il n’y eût point de promotion, on le fît entrer à l’École d’application de Mézières, où professait l’illustre Monge.
- Ici, nous avons une bonne fortune. Monge nous a laissé, sur ses rapports avec le jeune Meusnier à cette époque, des notes précieuses qui éclairent les points les
- plus importants de la vie scientifique de celui - ci. Quand Meusnier vint à Mézières, il avait dix-huit ans, et la réputation de ses brillantes dispositions pour les sciences l’y avait précédé. Dans un entretien avec son illustre professeur, le jeune Meusnier lui demande de lui donner à traiter une question propre à mettre en évidence ses dispositions scientifiques. Monge l’entretient alors de la théorie d’Euler sur les rayons de courbure des surfaces; il lui en expose les principaux résultats et lui propose d’en chercher la démonstration. Mais, quel ne fut pas l’étonnement du professeur, quand, le lendemain matin, Meusnier lui apporta les démonstrations demandées ! et. ce qui était plus extraordinaire, c’est que les considérations employées par l’élève étaient plus directes et mieux prises dans la nature même du sujet, que celles d’Euler lui-même. A la demande de Monge, il compose un Mémoire qui fut lu les 14 et 21 février 1776 et qui est inséré au Recueil des savants étrangers à /’Académie , tome X Dans ce Mémoire, Meusnier reconnaît que la question principale de la courbure a été résolue par Euler, mais il la montre sous un autre point de vue qui relie mieux la théorie des surfaces à celle des lignes, et qui est plus analytique. Il complète du reste la théorie d’Euler en plusieurs points importants, et trouve un théorème qui a conservé son nom.
- Dans un second Mémoire, le jeune Meusnier, en étudiant quelques cas particuliers d’un problème général que Monge s’était proposé sur les surfaces, parvient à
- manifesta de '________________________________________________
- Fig. 1. — Le buste du général Meusnier inauguré à Tours, le 29 juillet 1888.
- Fig. 2. — Projet de ballon dirigeablejlu général Meusnier (1783). — Lajaoclie à air.
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- d’intéressantes propriétés de la chaînette et de l’hélice. Ces deux Mémoires montraient de rares aptitudes mathématiques chez leur jeune auteur; aussi fut-il reçu correspondant de l’Académie peu de temps après son admission dans le corps du génie. 11 eut été bien désirable que les circonstances permissent au jeune géomètre de se
- livrer, entièrement à ses hautes études, mais les devoirs professionnels d’abord et bientôt les événements vont l’arracher de cette voie et forcer son génie à s’appliquer à des sujets d’utilité publique. À peine entré au corps du génie, il est envoyé à Cherbourg et employé à fortifier les îles qui défendent l’entrée de la rade de cette ville.
- Fie. 5. — Le ballon dirigeable à hélice du général Meusnier. — Vue de profil et de face par l’avanl.
- C’est à cette occasion que commença à se révéler le génie inventif de Meusnier : il imagina une machine à distiller l’eau de mer par l’effet du vide, et qui
- empruntait à la marée elle-même la lorce motrice nécessaire pour mettre le mécanisme en mouvement Meusnier fut peu de temps après nommé membre
- adjoint de l’Académie, et il devint le collaborateur de Lavoisier au sujet des expériences mémorables de la synthèse de l’eau, par l’union de l’hydrogène et de l’oxygène.
- Quand les aérostats firent leur apparition en 1785, lorsque les Montgolfier eurent lancé le premier bal-
- lon à Annonay et que les premières ascensions aérostatiques furent réalisées, Meusnier se passionna pour cette science nouvelle : avec une sûreté d’appréciation et une intuition rares, il jeta les véritables bases de la navigation aérienne.
- C’est le 5 décembre 1783 que Meusnier, alors
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- Lieutenant en premier au corps royal du génie, présenta à l’Académie des sciences un premier Mémoire dont nous reproduisons exactement le titre : Sur l'équilibre des machines aérostatiques, sur les différents moyens de les faire monter et descendre, et spécialement sur celui d'exécuter ces manoeuvres sans jeter de lest, et sans perdre d'air inflammable, en ménageant dans le ballon une capacité particulière destinée à renfermer de l'air atmosphérique *.
- Nous ne saurions analyser ici tout le travail du savant officier, il nous suffira d’insister sur la découverte capitale qu’il fait connaître, celle de la poche à air des aérostats. Il n’est pas possible d’en mieux expliquer l’importance et le principe, que ne le fait Meusnier lui-même. On en jugera par les lignes suivantes que nous empruntons à son Mémoire :
- Conduits par une suite de raisonnements nécessaires à conserver au ballon une forme invariable, pour le faire mouvoir par les changements de son poids, nous avons facilerrient réussi à diminuer ce poids par l’évacuation d’une partie de ceux que porte la machine2; mais il n’en peut résulter que des ascensions successives, et pour lui procurer le mouvement contraire il faudrait pouvoir augmenter la pesanteur. Que peut-on donc ajouter à un corps isolé de tous les autres, si ce n’est une portion de l’air même dans lequel il nage?... Toutes les difficultés disparaissent dès lors. Il est clair, en effet, qu’en comprimant dans le ballon de l’air atmosphérique, son poids augmentera, sans que son volume change, et qu’il sera par conséquent déterminé à descendre. 11 n’est pas difficile d’imaginer après cela de faire remonter la machine, en évacuant ce même air atmosphérique; elle ne manœuvrera plus alors aux dépens de sa propre substance, et le milieu qui l’environne sera la cause unique de tous ses mouvements, comme il était celle de son équilibre. Mais cet air qu’on introduit dans l’aérostat devant bientôt en ressortir, il faut qu’il soit préservé de tout mélange avec l’air inflammable, et contenu pour cette raison dans une capacité particulière.
- Meusnier après avoir indiqué les différents moyens de résoudre cette question dans la pratique, préconise le procédé suivant :
- On peut séparer l’une de l’autre ces deux capacités par une sorte de diaphragme flexible, semblable pour la forme à une des moitiés de l’enveloppe du ballon (fig. 2). L’air inflammable occupe le dessus, laissant le bas à l’air atmosphérique, et le diaphragme qui les sépare doit être habituellement flasque, excepté dans le cas de la plus haute ascension, où l’air inflammable occupant tout le vide du ballon, et l’air atmosphérique étant entièrement échappé, ce diaphragme serait exactement appliqué contre l’hémisphère inférieur.
- Pour insuffler l’air dans la poche, l’inventeur proposait d’employer des ventilateurs mis en action dans la nacelle. Des tuyaux destinés à l’entrée et à la sortie de l’air étaient disposés à la partie inférieure de l’aérostat.
- Presque un an après, le 13 novembre 1784,
- 1 Observations sur la physique, par l’abbé Rozier. — Juillet 1784, t. XXV.
- * Il s’agit ici de l’action de jeter du lest.
- Meusnier ayant continué ses études, lut à l’Académie un travail complémentaire très complet Sur la perfection des machines aérostatiques. Le savant physicien préconise l’emploi d’un ballon allongé; quant aux moyens de locomotion, il compte surtout sur les courants aériens lorsqu’il s’agit de se déplacer avec rapidité, mais Meusnier propose d’autre part de recourir à la force motrice des bras de l’équipage dès que le temps sera calme. L’inventeur, pour avoir un propulseur énergique, emprunte aux moulins à vent le système de leurs ailes; en multipliant ces ailes autour d’un axe fixé entre la nacelle et le ballon (fig. 3), il donne aux palettes une certaine inclinaison qui doit favoriser la propulsion. Ce qu’il appelle des rames tournantes constitue, en réalité, une série d’hélices. Un gouvernail est disposé à l’arrière du système. L’inventeur conçut le dessein d’entreprendre à l’aide de son appareil un voyage au long cours. Pour ce voyage, il comptait employer les différentes directions du vent, en se servant des hélices pour les petites déviations de la route.
- Dans quatre autres mémoires rédigés en 1784l, Meusnier complète d’une façon très minutieuse l’étude de son grand projet. Il calcule le poids de tout le matériel, donne les dépenses que sa construction nécessiterait, et termine son œuvre par l’exécution d’un album incomparable intitulé Atlas relatif à la machine destinée à porter trente hommes.
- Cet album dont nous empruntons plusieurs dessins (fig. 2, 5 et 4) ne renferme pas moins de 16 planches, donnant tous les détails de la machine aérostatique, le plan et les coupes de la gondole (la nacelle) le mode de suspension de celle-ci, les détails des rames tournantes, le mode d’arrimage du ballon à terre, les manœuvres relatives à son fonctionnement à terre et dans l’air, et enfin le monument destiné à construire et à abriter l’aérostat dirigeable (fig. 4).
- Meusnier avait imaginé un appareil pour mesurer la résistance des tissus, il publia un tableau complet de ses mesures; il procéda de même pour la corderie et les cordages ; on peut dire de lui qu’il a véritablement créé le principe de la direction des aérostats allongés. C’est un précurseur, dont l’œuvre est trop longtemps restée dans l’oubli.
- L’atlas du général Meusnier a été conservé à l’École du génie à Metz jusqu’en 1870 : il fut sauvé des mains des Prussiens grâce au dévouement du colonel Goulier. Ce document incomparable se trouve actuellement à l’établissement aéronautique militaire de Chalais-Meudon2.
- Nous ne terminerons pas cette notice sans suivre le général Meusnier jusqu’à la fin de sa carrière. Au mois d’août 1792, il dut quitter les travaux scientifiques pour contribuer à organiser les nouvelles
- 1 Ces Mémoires se trouvent actuellement au Ministère de la guerre. (Bibliothèque du génie.)
- 2 Cet atlas a été reproduit au moyen de la photographie à
- quatre exemplaires par feu le général Perner, qui nous a fait l’honneur de nous donner un de ces exemplaires pour notre bibliothèque aéronautique. G. T.
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- armées au Ministère de la Guerre et pour prendre bientôt un commandement à l’armée du Rhin. Chargé de la défense du fort de Kœnigstein, il s’y maintint avec une énergie peu commune, et ne se rendit qu’à bout de vivres. Envoyé à Cassel sur le Rhin, vis à vis de Mayence, il exécuta autour de cette ville de nombreux travaux de défense. En juin 1795* lors d’une sortie, un biscaïen de l’armée prussienne l’atteignit au genou.
- Le général Meusnier rendit le dernier soupir quelques jours après, à la suite de l’amputation que nécessita sa blessure. Il était resté l’esclave de l’héroïque devise qu’il avait formulée lui-même : vaincre ou mourir. Gaston Tissandif.r.
- UTILISATION DES BALAYURES DE PARIS
- Les égouts de Paris déversent actuellement un cube de 359000 mètres par jour ou de 131 millions de mètres par an, d’eaux impures chargées de matières suspendues ou dissoutes; chaque mètre cube d’eau en contient environ 2kfc’,55. Aussi comprend-on quel utile emploi agricole pourraient facilement trouver toutes ces matières, quand on songe que 100 mètres cubes d’eau d’égout contiennent autant d’azote que 1000 kilogrammes de fumier, et que par conséquent, il sort chaque jour des égouts de Paris l’équivalent de 3000 tonnes de fumier1.
- Pour peu que l’on ait idée de la valeur des engrais, on ne peut s’empêcher de voir avec peine les balayeurs et cantonniers de la ville de Paris jeter à chaque instant dans les bouches d’égouts des quantités considérables de fumier de cheval. C’est précisément ce côté particulier de la question qu’a envisagé une Société qui vient de se fonder : la Société des engrais de la ville de Paris.
- Ceux de nos lecteurs qui circulent dans le Pr arrondissement ont dû rencontrer maintes fois, depuis quelque temps, une sorte de caisse métallique traînée et poussée par deux hommes à mine plus ou moins misérable, et contenant deux ou trois petits sacs; peut-être même ont-ils vu les deux hommes en question ramasser et charger du fumier de cheval, armés l’un d’un balai, l’autre d’une pelle. C’est une des voitures de transport et ce sont des employés à la solde de la nouvelle Compagnie.
- La population chevaline de Paris est, on le sait, très considérable; on peut estimer qu’il circule environ 60000 chevaux sur le pavé parisien, et l’on peut immédiatement voir quel volume de fumier ils laissent chaque jour sur la voie publique. À vrai dire, il y a dans Paris un service de l’enlèvement des houes ; mais il se fait à partir de 5 à 6 heures du matin et doit être fini avant 8 ou 9 heures, suivant la saison; d’ailleurs, son but est plus particulièrement de ramasser les détritus provenant des maisons. A ce service, il faut ajouter celui du balayage, qui se fait à trois reprises différentes dans la journée ; mais les balayeurs ne peuvent qu’à peine suffire pendant les heures indiquées, et, entre temps, la circulation chevaline continuant toujours, le fumier se renouvelle sans cesse .et s’accumule ; il est bientôt foulé par les pieds des chevaux et par les voitures, il pénètre dans le pavage en bois, et devient partout fort difficile à enlever, outre même les émanations désagréables qu’il répand.
- 1 D’après les chiffres donnés par M. de Freycinet (Rapports sur l’assainissement), on perdrait ainsi à Paris une somme annuelle de 20 millions de francs.
- C’est à ce désidératum que la Société des engrais essaye de satisfaire. Pour cela, il fout que le fumier soit recueilli constamment. Dans ce but, à chaque station de voitures ou d’omnibus, un de ses wagonnets doit être en permanence: c’est, en effet, en ces points que le fumier se produit avec la plus grande abondance. Toutes les heures, le wagonnet doit quitter la station qu’il occupe pour gagner un autre point, effectuant autant que possible un parcours de 1000 mètres et ramassant tout le fumier qu’il trouve sur sa route ; son départ doit du reste coïncider avec l’arrivée d’un autre wagonnet prenant sa place et la quittant à l’arrivée du suivant. Par ces déplacements successifs, chaque wagonnet arrive graduellement aux points de déchargement. 11 ne semble pas d’ailleurs que le ramassage présente plus de danger au milieu de la circulation des voitures que le simple balayage par les cantonniers.
- Au point de vue de l’organisation du service, la Société en est encore un peu aux tâtonnements et aux hésitations, étant donné qu’elle n’existe que depuis peu de temps. Une question importante est naturellement celle du matériel; il n’a pas à être varié, mais encore faut-il qu’il soit simple et bien approprié aux services qu’il doit rendre. On employait d'abord une sorte de petite cage assez haute en treillis de fer, et montée sur quatre roues basses, mais un peu massives, se rapprochant beaucoup, comme dimensions, du wagonnet actuellement en usage. On songea un instant à se servir de voitures plus grandes, pouvant contenir jusqu’à dix sacs placés perpendiculairement, et poussée par trois ou quatre hommes. Enfin on en est arrivé au modèle actuel, qui nous semble le meilleur; il est formé d’une lame de tôle de fer ployée en forme d’U ; cette caisse, ouverte par devant et par derrière, est haute de 1 mètre, large d’environ 0m,40 entre les faces de la lame de tôle, et de O”,80 à peu près dans le sens d’avant en arrière. Sur les côtés de l’U sont des crochets permettant d’amarrer les deux petits sacs dont le fond repose aussi sur le fond de l’U; un troisième sac peut être couché par-dessus les deux autres, quand ceux-ci ne suffisent pas au ramassage. La caisse est montée sur deux petites roues très basses, l’essieu étant au-dessous et au milieu de la caisse; enfin, l’avant et l’arrière sont munis en dessous chacun d’une sorte de roulette permettant l’équilibre du système, suivant que c’est l’avant ou l’arrière qui est le plus chargé.
- Chaque wagonnet est desservi par deux ramasseurs, armés l’un d’un balai, l’autre d’une pelle à main. C’est un ouvrage très facile que ce ramassage, et la Société offre du travail à qui en veut, notamment dans les asiles de nuit. Malheureusement le directeur se plaint que les gens recrutés dans ces asiles ne consentent, pour la plupart, à travailler que bien peu de temps. Ils sont d’ailleurs payés en raison de ce qu’ils font.
- Pour l’instant, la tentative de cette Société se borne au premier arrondissement; mais elle ramasse déjà 14 000 kilogrammes par jour. C’est peu ; mais c’est toujours autant d’engrais de gagné. La Société se contente encore d’envoyer ce fumier par voie ferrée aux environs de Paris. Mais, quand elle en recueillera davantage, elle a l’intention de recourir aux transports par eau, pour éviter des frais trop considérables.
- Certes, ce n’est point là une solution complète de l’assainissement de la Seine ; mais c’est du moins une amélioration partielle et une tentative aussi intéressante par elle-même que par le mode suivi pour la mettre à exécution. Daniel Bellet.
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- LA NATURE.
- LE CHIMPANZÉ
- Le Chimpanzé (Troglodytes niger) constitue avec l’Orang-Outang et le Gorille le groupe des grands singes anthropomorphes et, quoique beaucoup moins grand que le dernier, il paraît être celui des trois qui se rapproche le plus de l'homme par la longueur moindre de ses bras et par la grandeur de son cerveau.
- Il est connu depuis longtemps des naturalistes, qui sont d’accord pour lui donner la Guinée pour patrie, bien qu’il ait été rencontré aussi par certains voyageurs au Gabon, au Congo et à Angola.
- À ces différentes contrées de l’Afrique équatoriale et occidentale il faut ajouter notre colonie sénégalaise, car, l’année dernière, deux jeunes Chimpanzés de six à huit mois, un mâle et une femelle, cette dernière plus âgée, ont été pris sur les bords du Rio-Pongo, au sud du Sénégal, après qu’on eut tué leur mère. Une photographie de ces' deux jeunes singes a été envoyée à La Nature, par M. le docteur Paul Good, pendant qu’ils étaient à Saint-Louis, chezM. Izard, marchand d’animaux. (C’est la femelle qui est à droite dans la reproduction de cette photographie qui est donnée ci-dessous (fig. 1.) M. Good les avait habillés et ils dînaient avec lui, assis sur des chaises, comme des enfants.
- Fig. 1. — Jeunes Chimpanzés du Sénégal recueillis par M. le docteur Paul Good. (D’après une photographie.)
- Ces intéressants animaux n’ont malheureusement pas vécu longtemps : le mâle est mort d’un abcès au foie causé, selon toute probabilité, comme le pense M. Good qui procéda à l’autopsie, par un ascaride lombricoïde qu’il trouva dans l’abcès et qui avait sans doute pénétré dans l'organe hépatique par le canal biliaire. Peu de temps après la femelle mourut de chagrin.
- Voici quelques détails sur cette espèce de singe. A l’âge adulte le Chimpanzé mesure 4 pieds à
- 4 pieds et demi (lm,25 à lm,50). Les naturels de la Guinée prétendent même qu’il finit par atteindre
- 5 pieds de haut. Il est adulte à l’âge de dix à douze ans. Il a le corps gros et court, le ventre proéminent. La tête est grosse à front fuyant, avec des
- oreilles semblables à celles de l’homme et un nez très épaté ; les mâchoires sont saillantes, la supérieure bombée, et les lèvres minces et très mobiles; le menton est effacé et fuyant. Les yeux ont l’iris roux, la sclérotique noire, les paupières dépourvues de cils et les arcades sourcilières très saillantes et nues. (Nous donnons ci-contre l’aspect de la face d’un Chimpanzé adulte qui a vécu à la ménagerie du Jardin des Plantes, d’après un beau portrait peint par M. Bocourt pour la collection des vélins du Muséum (fig 2). Nous donnons aussi plus bas la figure entière d’un Chimpanzé, vu de profil et marchant en s’aidant des mains (fig. 5). C’est aussi la reproduction d’un vélin de la même collection.) Les bras sont vigoureux et descendent très peu plus bas que les
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- genoux ; les mains sont de grandeur moyenne et garnies d’ongles plats. La face et les paumes des quatre mains, souvent aussi le dos de ces mêmes mains, sont nus et de couleur chair fortement hàlée; le reste du corps est couvert d’un poil grossier, noir, plus épais et plus long sur la tête, sur le dos et sur la face externe des membres.
- Le front au-dessus des arcades sourcilières est aussi couvert de poil et les joues sont cachées par d’épais favoris; le menton est couvert de grands poils follets blanchâtres simulant une sorte de barbe courte.
- L’Orang-Outang est à peu près de la même taille que le Chimpanzé ; il en diffère par ses bras plus longs, par ses poils de couleur roux ardent et par son front entièrement découvert jusqu’au sommet de la tête. Enfin le Chimpanzé a une figure moins stupide et surtout beaucoup moins féroce que le Gorille, dont les mâchoires sont comparables à celles du lion et dont la force musculaire est certainement supérieure à celle du roi du désert.
- Le Chimpanzé, comme ses congénères, habite les grandes forêts arrosées par les fleuves et les rivières, et il y vit en grandes troupes.
- Autant il grimpe avec agilité, autant il parait lourd et embarrassé quand il est à terre ; il ne marche alors guère qu’en s’aidant de ses mains et en appuyant sur le sol le dos de ses doigts ; cependant il paraît qu’il marche aussi quelquefois complètement debout et il croise alors ses mains de devant sur sa nuque ; mais quand il est pressé, ou qu’il veut fuir, il se sert immédiatement de ses nfains comme nous l’avons indiqué ci-dessus et fait alors une série de sauts très drôles.
- Les Chimpanzés se nourrissent de fruits, de noix,
- de racines; ils pillent souvent les bananiers et les autres arbres à fruits des nègres.
- « Leurs bandes sont toujours dirigées par le mâle le plus vigoureux, dit Brehm, et la vigilance de celui-ci n’est égalée que par sa force. On assure qu’un Chimpanzé mâle parvenu à son complet développement brise des branches que deux hommes auraient de la peine â courber. Les nègres vont même jusqu’à prétendre qu’un Chimpanzé est assez fort pour résister à dix hommes ; ils ajoutent, il est vrai, qu’il n’attaque jamais l’homme et ne le combat que pour se défendre. En casde danger, le chef de la bande pousse un cri qui rappelle celui d’un homme en danger de mort ; les autres grimpent aussi rapidement que possible au sommet des arbres et font entendre des cris qui imitent un peu
- l’aboiement de nos chiens. Ce n’est que dans le cas où un chasseur a tué un membre de la bande que tous les mâles se précipitent sur lui, et malheur à ce chasseur si la bande est nombreuse. »
- On a amené assez souvent de jeunes Chimpanzés en Europe, mais ils ne résistent, malheureusement, pas longtemps au climat : ils succombent généralement à la phtisie.
- Les jeunes Chimpanzés font preuve, en captivité ou domesticité, d’une très grande intelligence : ils apprennent facilement à manger à table, à se servir de couteaux, de cuillers, de fourchettes, à boire dans un verre et à s’essuyer les lèvres avec une serviette. Ils deviennent même très vite passionnés pour le vin et les liqueurs.
- Buflon en a possédé un qui était extrêmement obéissant et auquel on avait appris à mettre le eou-
- Fig.2. — Face d’un Chimpanzé adulte ayant vécu au Jardin des Plantes de Paris. (D’après une aquarelle de Bocourt.)
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- LA NATURE.
- vert et à servir à table. 11 se tenait toujours debout, même en portant les plus lourdes charges. Enfin il remplissait très sérieusement et très ponctuellement son office. Il offrait aussi le bras aux personnes qui venaient visiter son maître et se promenait gravement avec elles.
- Les récits des navigateurs qui ont eu de jeunes Chimpanzés en leur possession sont remplis d’histoires du même genre, mais il paraît que cette douceur d’habitudes, cette facilité avec laquelle ils s’apprivoisent et se dressent, disparaissent avec l’àge. Le caractère de ces animaux devient difficile, farouche ; la captivité les irrite et ils deviennent dangereux, quelquefois même terribles.
- P. Mégnin.
- CHRONIQUE
- Eruption volcanique au Japon. — Une terrible éruption volcanique a eu fieu en juillet dans le district de liibara-Mura au Japon. C’est sur l’une des montagnes de Bandai-San que s’est produite l’éruption qui a causé des ravages considérables et fait beaucoup de victimes. Le 15 juillet, à 7 h. 30 m. du soir, les habitants des hameaux, qui sont très nombreux dans ces montagnes, ressentirent une forte secousse de tremblement de terre, qui fut suivie d’une deuxième secousse à dix minutes d’intervalle. À 7 h. 50 m. se lit entendre une explosion formidable, qui d’après les habitants, avait l’intensité d’une salve de milliers de canons. Une fumée noire très épaisse s’éleva au-dessus du sommet d’une des montagnes de Bandai-San, et, lorsqu’elle se dispersa, on vit que le sommet était incliné vers le nord-est, et qu’un cratère qui venait de se former lançait en l’air avec violence une masse de pierres et de terre rouge qui, en retombant sur le sol, changeait de couleur et devenait grise. Ces pierres et ces terres s’entassaient sur le versant nord-est de la montagne et recouvrirent bientôt plusieurs hameaux avec tout ce qui s’y trouvait. Trois de ces hameaux, Hosono, Oshikozawa et Okiinotchata ont été littéralement ensevelis, et là où ils se trouvaient on ne voyait, après l’éruption, qu’une masse de pierres et de terre de 30 à 50 pieds de hauteur. Tous les habitants de ces hameaux ont péri, au nombre de 230, sauf 5, qui ce jour-là étaient absents de leurs domiciles. Plusieurs autres hameaux ont aussi beaucoup souffert. D’après les premiers renseignements officiels, l’éruption a détruit complètement 90 maisons et en a endommagé beaucoup plus encore. Le nombre des victimes est de 476 morts; quant aux blessés, on n’a pas encore reçu de renseignements précis. A part ce désastre, l’éruption a obstrué complètement le cours de la Nagase, une des plus larges rivières du district de Hibara-Mura. Au moment de l’éruption, au milieu de la rivière s’est élevée subitement une montagne de 400 pieds de hauteur, arrêtant le cours de l’eau, qui forme actuellement un grand lac s’étendant chaque jour de plus en plus et menaçant d’inonder tous les environs. D’après le Japan Daily Mail auquel nous empruntons ces renseignements, des ingénieurs ont été envoyés par le gouvernement afin d’aviser aux mesures à prendre pour préserver le pays d’une inondation. Ils ont reconnu, d’ailleurs, qu’il n’y avait pas de danger immédiat.
- Pigeons voyageur» et abeille». — Un singulier pari a été gagné, le 25 juillet, à llamme (Westphalie),
- par un agriculteur, qui est en même temps un amateur de pigeons, contre plusieurs habitants de la ville. Voici l’objet du pari, d’après le journal l'Eleveur : des abeilles, déposées par un beau temps à une distance d’une lieue de llamme, et lâchées au même instant que des pigeons voyageurs déposés à la même place, seront plus vite à leur rucher que les pigeons à leur colombier. Le 25 juillet, à 4 heures de l'après-midi, 12 pigeons et 12 abeilles, appartenant au parieur, furent lâchés a Bhynern, endroit situé à une bonne lieue de llamme. Pour bien reconnaître les abeilles, on les avait roulées dans de la farine. Tous les parieurs se tenaient devant le rucher de M. R..., d’où ils pouvaient surveiller à la fois le colombier. Le pari a été gagné par M. R..., la première abeille, couverte de farine, arriva un quart de minute avant le premier pigeon, et le reste des deux troupes de voyageurs aériens rentra à la même seconde quelques instants après.
- Les pommiers au cap de Bonne-Espérance.
- — Un journal de Cape-Town annonce qu’un envoi d’environ 10000 pommes vient d’être fait de cette ville en Angleterre, pour y être vendu aux enchères. C’est un essai que font certains propriétaires qui ont créé là-bas des cultures de pommiers, assez importantes, on le voit. Le climat tempéré de l’Afrique méridionale explique que les pommiers y réussissent; mais on se figure peu aisément, de prime abord, les Boschimans ou les Zoulous cultivant leurs pommiers comme nos paysans normands. Les fruits expédiés proviennent des districts de Stellenboscli, Tulbagh et Queen’s-Town, qni se trouvent près du littoral.
- Les centenaires. — Il vient de mourir à Muro (Corse) un homme âgé de cent treize ans trois mois vingt et un jours. Marchetti (Antoine-Jean) était né à Zilia, le 1er mai 1775. Il s’engagea en 1793, et suivit Bonaparte depuis le siège de Toulon jusqu’à Marengo, où il fut blessé très grièvement. Il s’établit ensuite à Muro et se maria quatre fois.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du ô septembre 1888. — Présidence de M. Janssen.
- Deux éclipses de lune observées à Babylone. — M. Op-pert communique la traduction d’une inscription cunéiforme relatant deux éclipses de lune observées à Babylone, l’an 168 d’une ère locale inconnue et l’an 232 de l’ère d’Arsace. Cette dernière éclipse correspond à l’an 256 avant Jésus-Christ. L’inscription décrit les deux phénomènes avec les détails les plus circonstanciés. Deux phrases relatives aux planètes Mercure et Vénus n’ont pu être déchiffrées. Si l’on rapproche l’éclipse de l’an 232 et l’une des éclipses anciennes calculées par M. Oppolzer, on voit que toutes les particularités relatées par l’inscription sont satisfaites. M. Paye signale l’importance des observations de ce genre au point de vue du perfectionnement de la théorie du mouvement de la lune.
- Différence de longitude des caps Frio etSantos (Brésil),
- — MM.Calheiros da Graça et Indio daBrazil, officiers de la marine brésilienne, ont déterminé la différence de longitude de deux points de la côte du Brésil, caps Frio et Santos par rapport à l’Observatoire de Rio-Janeiro. La latitude de ces deux stations a été également mesurée; on a déterminé la déclinaison et l’inclinaison magnétique. L’opération de MM. da Brazil et da Graça a été entreprise pour fournir des éléments des vérifications à une grande chaîne de triangles qui s’étendra le long de
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- la côte du Brésil, sur une longueur de, 57°. Les observations ont été faites avec des lunettes méridiennes et les signaux de temps ont été échangés télégraphiquement. En outre, on a fait usage d’instruments enregistreurs du temps, qui facilitent le travail et augmentent considérablement la précision. L’erreur de la longitude ne paraît pas dépasser 0",2 soit 3" d’arc; celle de la latitude serait moindre de moitié.
- Action anesthésique du chlorure d'éthylène. — M. Raphaël Dubois a étudié sur les animaux Faction anesthésique du chlorure d’éthylène. Cette substance devrait être préférée au chloroforme, car son emploi paraît inoffensif, si elle n’avait le très grand inconvénient de priver l’animal du sens de la vue, après le réveil. Cette action singulière se prolonge pendant un temps très long et ce n’est que peu à peu et très lentement que l’organe reprend sa sensibilité. M. Dubois a recherché la cause du phénomène; il a trouvé que sous l’action du chlorure d’éthylène, la cornée se déshydratait et devenait opaque. Il n’est donc point possible d’utiliser ce corps en chirurgie.
- Une étude des abcès. — M. Yerneuil a entrepris une étude des abcès, basée sur les notions nouvelles introduites en médecine par la découverte des microbes pathogènes. Les résultats de cette étude seront communiqués ultérieurement. Dans sa lecture, M. Verneuil se borne à dresser l’historique des connaissances acquises sur ce sujet et à classer les abcès en deux catégories destinées à remplacer l’ancienne division en abcès froids et en abcès chauds. M. Yerneuil cite les travaux de MM. Klebs, Bergeron et Cornil, sur les microbes qui pullulent dans le pus. 11 a fait usage dans ses recherches de trois moyens d’investigations qui se contrôlent : 1° l’examen micrographique; 2° les cultures; 3° l’inoculation. 11 a pu constater ainsi que, parmi les abcès, les uns sont monomicrobiques et les autres polymicrobiques. Les premiers sont les abcès normaux, renfermant une seule espèce de microbe propre à la nature de l’abcès : ce microbe sera appelé pyogénique. Les abcès de la deuxième catégorie contiennent, outre le microbe propre, un ou plusieurs microbes étrangers introduits dans le pus par une action extérieure ou par l’infection du sang résultant d’un état pathologique général. Ces microbes idio-patiques qui ont pullullé dans le pus de l’abcès proprement dit, M. Yerneuil les appelle microbes pyocoles. 11 cite plusieurs exemples d’affection de ce genre : tels sont les abcès qui atteignent les varioleux, les tuberculeux. D’où la division des abcès, en abcès simples et abcès infectés. M. Verneuil compte 14 espèces de la deuxième catégorie et il pense que ce nombre sera augmenté.
- Varia. — M. le Ministre de l’instruction publique invite les cinq classes de l’Institut à se concerter en vue d’un envoi des travaux des académies à l’Exposition internationale de 1889. —M. Wilson, de Stockholm, a découvert le protochlorure d’indium. — M. Soret a recherché les indices de réfraction des cristaux à deux axes.
- Stanislas Meunier.
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- TRANSMISSION A ENCLIQUETAGE
- POUR SOUFFLERIE DE FORGES, ESSOREUSES,
- TOURS, ETC., ETC.
- On peut voir dès maintenant au Palais de l’Industrie, et nous avons eu occasion de voir nous-même et de faire fonctionner chez le constructeur M. Lassus,
- une combinaison mécanique assez ingénieuse destinée à transformer en mouvement de rotation rapide les mouvements oscillatoires alternatifs imprimés à un levier. Les applications peuvent en être très nombreuses. C’est ainsi que nous avons vu mettre en mouvement un tour, un petit ventilateur pour forge, une essoreuse, une petite machine à hélice pour embarcations de plaisance, et enfin les roues motrices d’un tricycle.
- Nous décrirons plus particulièrement l’application qui en est faite à une soufflerie de forge (fig. 1 ), car c’est la plus immédiatement intéressante peut-être pour d’innombrables petites industries où souvent la place manque et où, presque toujours, faute d’initiative, on emploie les moyens les plus primitifs, comme, par exemple, l’ancien soufllet de forge que l’on voit chez la plupart des maréchaux ferrants de village, alors qu’il existe d’autres moyens mieux appropriés et de rendement meilleur.
- Dans les grandes forges on installe, il est vrai, un ventilateur général et l’on fait une véritable canalisation pour la distribution du vent. Mais pareille solution est impraticable, on le comprend, pour les petites forges et à plus forte raison pour les forges portatives.
- La disposition imaginée par M. Lassus nous a donc paru intéressante. Nous allons la décrire en quelques lignes, bien qu’elle puisse à la rigueur se résumer en deux mots, puisque c’est une simple adaptation spéciale du levier à cliquet employé dans tous les ateliers de construction de machines et à coup sûr connu de tous nos lecteurs.
- Au branloire B articulé dans un support tournant (fig. 2) est fixée, guidée sur un secteur, une petite chaîne Vaucauson qui engrène un pignon et vient se fixer par son autre extrémité à un ressort de rappel R. Ce pignon p est calé sur l’arbre d’une roue à rochets tournant dans une boite creusée dans le moyeu même d’une grande roue-volant, folle sur ce même arbre et qu’une chaînette relie d’autre part à un pignon à 8 dents calé sur l’arbre à ailettes du ventilateur. Un cliquet engrène avec la roue à rochets contre laquelle un ressort le maintient en' contact. Ces deux pièces ainsi rendues solidaires seront animées d’un même mouvement de rotation quand on fera tourner le pignon p en tirant sur le branloire. De la roue-volant ce mouvement se transmet au ventilateur, d’autant plus rapide que le rapport des deux diamètres (volant et pignon) est plus grand. Quand le branloire est au fond de sa course, le ressort de rappel remet de lui-même toutes choses en place. Mais à ce moment le cliquet glisse sur la roue à rochets sans que le mouvement de rotation primitivement donné soit interrompu. Par sa masse même, la roue-volant entretient en effet une vitesse à peu près uniforme au ventilateur jusqu’au coup de levier suivant.
- La roue-volant n’est pas dentée : c’est une simple roue à gorge plate garnie d’une bande de cuir sur laquelle la chaîne de jonction a une adhérence très
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- LA NATURE.
- suffisante pour toujours entraîner sans glissement le ventilateur. Cet artifice évite les désengrènements et le bruit ; d’autre part, la tension de la chaîne est toujours assurée, car le palier de l’arbre qui supporte la roue-volant est porté par une traverse mobile M que l’on fixe dans la position voulue sur le bâti général l’aide d’un simple écrou de serrage.
- La position du ventilateur proprement dit peut être quelconque (et peut très facilement être changée sur place) par rapport à celle du levier branloire, ce qui assure à l’ensemble une souplesse d’adaptation que l’on trouve rarement dans les appareils de ce genre, sans rencontrer toute une série de complications parfois assez grandes.
- Notre figure 2 montre par exemple que l’orifice de sortie du ventilateur peut occuper deux positions perpendiculaires entre elles.
- La vitesse du ventilateur est généralement assez grande,
- 3000 à 3500 tours par minute.
- Son débit d’air est donc considérable, malgré les défauts d’une construction assez grossière mais peu coûteuse et malgré aussi le nombre restreint de coups de branloire, 40 à 45 environ par minute, vitesse qui n’entraîne aucune fatigue.
- Un ventilateur ainsi manœuvré est, on le conçoit, éminemmentpor-tatif, et peut servir, dès qu’on le désire, à aspirer par exemple les gaz malsains ou les fumées qui remplissent un endroit fermé, ou à ventiler convenablement avant d’y pénétrer une soute à charbon ouunecave. (C’est un appareil de ce genre d’un modèle plus grand que celui de notre figure et propre à un service de sapeurs-pompiers que M. Lassus expose à l’Exposition d’hygiène et de sauvetage. Ce ventilateur portatif ne marche qu’à 1000 ou 1200 tours et une personne seule peut très aisément le mettre en fonction.)
- D’ailleurs plus la masse à mettre en rotation est lourde, plus la manœuvre est facile et moins la régularité d’action sur le levier est nécessaire, une fois l’appareil mis en route. C’est ainsi que l’on a pu disposer de petites essoreuses qui, nous semble-t-il, rendront de réels services dans de petites blanchisseries ou à la campagne au moment des grandes lessives. Aucune transmission n’est en effet nécessaire et l’on peut entièrement supprimer les mouvements à manivelle encombrants et dangereux quand ils doivent acquérir une certaine vitesse à laquelle ils utilisent d’ailleurs fort mal sou vent le travail appliqué. Le levier de l’appareil Lassus est au contraire d’une manœuvre très sûre, naturelle, facile, et peu encombrante, qu’il soit disposé horizontalement ou verticalement, dans la position la moins gênante à tous égards contre un mur et parallèlement à lui, par exemple.
- En doublant le système des roues à rochets pour avoir toujours un effort constant sur l’arbre du dernier pignon et en prenant quelques dispositions spéciales dans lesquelles nous croyons inutile
- d’entrer, on peut 'aisément combiner une petite machine marine applicable à une embarcation de plaisance, voire même un système particulier de leviers horizontaux à pédale pour tricycles.
- Ces deux applications sont encore à l’étude. Peut-être aurons-nous l’occasion d’y revenir, nous contentant de les signaler aujourd’hui pour bien faire saisir à nos lecteurs à combien de questions différentes cette petite combinaison mécanique est et serait susceptible de se plier. M. A. C..., ingénieur.
- Le propriétaire-gérant : G. Tjssandier.
- Fig. 1. — Transmission de M. Lassas, installée sur une soufflerie.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 798. — 15 S K l* T E M H H E 1888.
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- LA CATASTROPHE DE YELARS
- Fig. 1. — Les débris de la locomotive et du train 276. (Fac simile d’une photographie communiquée à La Nature, par M. E. Chesnay,
- photographe à Dijon.)
- s’est produite pendant la nuit du 4 au h septembre, près de Dijon, sur la ligne du chemin de fer de Lyon. Nous avons cru devoir enregistrer ce fait dramatique dans notre recueil, et comme l'enquête qui doit
- 16” innée. — î* lemeitre.
- avoir lieu n'est pas encore terminée, nous nous bornerons à reproduire les documents officiels. Voici les notes qui ont été communiquées à la presse par la Compagnie du chemin de fer de Lyon :
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- Un accident grave s’est produit la nuit dernière, vers 2 heures et demie du matin, sur la ligne de Lyon, entre lilaisy et Dijon. Le train express n° 11 a déraillé en pleine voie au point kilométrique 504 en obstruant les deux voies; le train express 276 qui doit croiser à ce point le. train 11, et qui était à son heure réglementaire, a heurté le train déraillé et est lui-même sorti des rails. Le mécanicien et 8 voyageurs du train 11 ont été tués, 8 autres ont été blessés; ceux-ci ont été transportés à Dijon. La cause du déraillement en pleine voie sera déterminée ultérieurement par l’enquête.
- Voici la deuxième note de la Compagnie :
- Les premiers résultats de l’enquête faite sur les lieux de l’accident de Velars semblent démontrer que la cause du déraillement du train 11 provient d’une déformation tle la voie, survenue soit au passage de l’un des quatre express qui s’étaient succédé sur ce point de la ligne entre minuit et 2 heures du matin, soit au passage du train 11 lui-même. Contrairement à certaines assertions, la voie n’était pas en réparation ; les trains 1 1 et 276 étaient pourvus du personnel normal.
- Quelle que soit la cause de l’accident, les résultats n’en ont pas moins été épouvantables : nous reproduisons à ce sujet une photographie qui nous a été adressée par M. Chesnay, de Dijon (fîg. 1). Elle montre l’aspect du train 276 après son choc contre le train 11 venant de Paris, antérieurement déraillé. La locomotive et son tender se voient renversés sur la pente du talus de la voie, avec les premiers wagons qu’ils ont entraînés.
- Notre deuxième gravure (fig. 2) fait voir dans quel état se trouvait le train 11 après la catastrophe. Les premiers wagons ont été littéralement mis en pièces, et les voyageurs qu’ils contenaient, déchirés en lambeaux. C’est sous la machine du premier plan que l’on a relevé le cadavre du mécanicien Stengel.
- M. YV orms de Romilly, ingénieur en chef des mines, a reçu la mission de faire, sur la catastrophe de Velars, un rapport officiel, dont nous nous promettons de faire connaître les conclusions.
- L’UNIFICATION DES HEURES
- l'OUK LES CHEMINS 1)E FEU ET LES USAGES I)E LA VIE CIVILE
- L’Observatoire de Paris étudie actuellement l’uni-lication de l’heure étendue à tout le territoire de la France pour les usages de la vie civile, comme elle l’est déjà pour les chemins de fer, et nous avons cru intéressant de résumer, à cette occasion, les différents systèmes de détermination de l’heure aujourd’hui appliqués dans les principaux pays d’Europe et du monde, en rappelant en même temps l’état actuel du système d’unification déjà mis en usage par quelques-uns d’entre eux. Nous reproduisons ces détails d’après un mémoire très complet et intéressant de M. de Nordling publié dans la Revue générale des chemins de fer.
- En France, comme on sait, chaque pays garde encore son heure locale pour la vie civile, tandis que
- les chemins de fer sont réglés d’après une heure unique qui, théoriquement, est celle du méridien de Paris. L’écart avec l’heure locale ne dépasse nulle part une demi-heure, l’heure de Paris avance de vingt-sept minutes sur Brest et retarde de vingt minutes sur Nice. En fait, l’heure de marche des trains présente sur celle de Paris un retard de cinq minutes résultant de la différence des indications des horloges intérieures et extérieures des gares, l’horloge extérieure étant toujours réglée d’après l’heure de Paris. Ce retard sur la valeur duquel toutes les compagnies se sont mises d’accord il y a quelques années a pour but, dit-on, d’ôter tout prétexte aux réclamations du voyageur en retard ; mais on remarquera qu’il donne lieu à des réclamations beaucoup plus fondées de la part de celui qui est à l’heure, puisqu’on ne peut jamais arriver que cinq minutes en retard sur l’heure portée au livret. Dans les stations frontières, ce retard compromettrait des correspondances résultant du rapprochement des tableaux de marche des trains, si les formalités de douane n’imposaient un stationnement plus prolongé que cinq minutes. Il faut espérer d’ailleurs que, si l’unification des heures est réalisée quelque jour dans la vie civile, cette anomalie disparaîtra, car il n’y a rien de plus pénible actuellement pour les voyageurs de la banlieue de Paris, par exemple, prenant le train un grand nombre de fois par jour, d’être obligés à une conversion perpétuelle entre l’heure de la ville et l’heure vraie du train; et après l’iinifîcation, ce serait la même situation pour toutes les villes de France. En fait, les inconvénients deviennent si frappants pour les trains tramways de banlieue qu’on a pu hésiter à les maintenir en retard, et nous pouvons signaler que l’horloge du tramway de Saint-Denis à l’intérieur de la gare du Nord marque l’heure vraie de Paris, sans qu’elle serve, il est vrai, à régler la marche.
- La plupart des pays d’Europe ont adopté la même solution qu’en France, et la marche des trains y est réglée, sauf le retard admis chez nous, d’après une heure unique qui est généralement celle de la capitale. Pour certains d’entre eux, c’est aussi l’heure admise pour tous les actes de la vie civile, l’heure locale étant ainsi complètement supprimée. C’est le cas dans la Grande-Bretagne, par exemple, dans toute l’étendue de laquelle l’heure de Greenwich est la seule admise depuis 4848. En Irlande, l’heure de Dublin est acceptée partout, sauf pour les télégraphes qui conservent celle de Greenwich.
- La Suède admet aussi depuis 1879 une heure unique, mais ce n’est pas celle de Stockholm, elle a adopté pour origine un méridien situé à 3° 3' à l’ouest de Stockholm, à 15° est de Greenwich, ce qui correspond ainsi à une avance exacte d’une heure sur le temps de Greenwich. L’écart est assez sensible pour les points extrêmes du pays: l’avance est de 46 minutes sur la frontière occidentale, mais elle atteint trente-six minutes et demie à Haparanda sur la frontière orientale ; toutefois les avantages de la simplification sont tels que cette mesure a été accueil-
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- lie avec la plus grande laveur dans tout le pays. L’Italie qui avait autrefois des horaires basés sur cinq heures différentes dans l’ancienne répartition des chemins de fer, a adopté, depuis septembre 1886, pour toutes ses lignes continentales, l’heure unique de Rome, en avance de vingt-deux minutes à Modane, et en retard de vingt-quatre minutes sur celle d’O-trante au méridien oriental extrême. L’heure de Rome est admise également par plusieurs municipalités importantes, Gênes, Milan, Florence, etc., et elle s’imposera sans doute peu à peu. Pour la transmission des télégraphes, les heures de la journée sont comptées de une à vingt-quatre, sans la division par douze telle que nous la pratiquons.
- La Bavière admet deux heures distinctes, l’une pour sa province du Palestinat, celle de Ludwigsha-len, et l’autre, celle de Munich, pour le reste du royaume. L’Autriche-Hongrie qui avait essayé, en 1871, d’adopter pour ses chemins de fer les heures locales à l’exemple de l’Allemagne y a vite renoncé, et elle n’a plus actuellement que deux heures types distinctes: celle de Prague, dans les provinces occidentales, et celle de Pesth, en avance de dix-neuf minutes sur celle-ci, dans les provinces orientales. L’heure de Vienne n’a donc pas d’application. La différence est de dix-neuf minutes au lac de Constance avec l’heure de Prague, et de vingt-neuf minutes, sur la frontière moldave avec celle de Pesth.
- La Russie a conservé jusqu’à présent plusieurs heures locales dont les zones d’application étaient enchevêtrées d’une manière presque inextricable, mais cette situation est, dit-on, modifiée depuis quelques mois, et l’heure de Saint-Pétersbourg serait appliquée actuellement sur tout le réseau russe, bien que l’écart avec les heures locales soit très sensible en raison de l’immense étendue de ce pays. L’heure de Saint-Pétersbourg est en avance de trente-sept minutes sur celle de Varsovie, mais le retard qu’elle présente par rapport à celle d’Oren-bourg n’est pas inférieur à une heure quarante minutes. Pour le chemin de fer transcaspien allant actuellement de Mikhaïlowsk à Samarcande et embrassant ainsi une heure d’horloge environ, le gouvernement russe se trouvera amené à adopter des mesures d’unifications spéciales qui se rattacheront sans doute au système américain dont nous allons parler plus bas.
- En Europe, il convient d’accorder une mention spéciale à l’Allemagne du Nord, le seul pays qui ait conservé le système des heures locales tel qu’il pouvait être appliqué à l’origine des chemins de fer. L’heure indiquée au tableau de marche des trains est toujours celle de la station correspondante, sans aucun rapprochement avec un étalon type, de sorte que pour des trains marchant surtout dans le sens des latitudes, les voyageurs sont obligés à des corrections perpétuelles dans toutes les stations pour rétablir l’accord de leur montre avec les tableaux de marche. R est vraiment merveilleux qu’un système i aussi gênant, incompatible avec l’établissement des graphiques ordinaires, puisse se maintenir sans en-
- traîner d’accident sur un réseau de 25 000 kilomètres, mais il faut observer que les directions de chemins de fer arrivent aujourd’hui à y renoncer indirectement pour leurs tableaux de service intérieur qu’ils établissent souvent d’après une heure unique ; mais, comme les tableaux destinés au public conservent toujours les heures locales, il en résulte que les agents sont obligés à une présence d’esprit et à une attention continuelles pour traduire correctement les indications d’heures.
- La plupart des pays hors d’Europe ont adopté le système de l’heure unique : en Algérie, l’heure type est celle d’Alger en avance de seize minutes sur Oran, en retard de vingt-deux sur celle de Ghardimaou; dans les Indes anglaises, c’est l’heure de Madras, en avance de trente-cinq minutes sur l’heure de Pes-chawer, en retard de trente-deux sur celle de Calcutta.
- Au Japon, l’heure adoptée qui régit tous les actes de la vie civile, est celle du 155e degré de longitude est de Greenwich, en avance de neuf heures exactement sur celle de Greenwich; ce choix constitue aussi, comme on va le voir, une application du système américain.
- Aux États-Unis, l’immense étendue du territoire embrassant 60° de longitude, soit 4 heures d’horloge, et l’enchevêtrement des différents réseaux de chemins de fer ont fait sentir particulièrement la nécessité de l’unification des heures; et à la suite d’une entente intervenue en 1883 entre les diverses compagnies, on ne fait plus usage que de cinq heures normales différentes correspondant au temps moyen d’autant de méridiens en rapports simples avec celui de Greenwich. Ceux-ci sont dénommés : Inlercolonial time, à 60° de Greenwich; Eastern time, à 75°; Central lime, à 90°; Mountain time, à 105°; et Pacific time, à 120°; ayant ainsi des retards de 4,5, 6, 7 et 8 heures par rapport au temps de Greenwich. Les limites des zones d’application des différentes heures ne sont pas tracées rigoureusement d’après des méridiens, mais dépendent des limites administratives des divers États de l’Union et des convenances locales; les gares de jonction pour les heures, au nombre de 47 pour les Etats-Unis, sont indiquées au voyageur par un tableau spécial. M. de Nordling cite deux exceptions formées par les villes d’Erié et de Gainesville qui ont seules conservé leurs heures locales. Mentionnons aussi la ville d’El Paso où se fait le passage sans transition de l’heure centrale à l’heure pacifique correspondant à un retard de deux heures d’horloge. Ajoutons aussi que différents chemins de fer ont pris d’abord, à titre d’essai, la division de la journée en 24 heures avec leurs numéros consécutifs de 1 à 24, ce qui dispense de toute mention dans les indicateurs des heures de matin ou de soir ; cette innovation accueillie avec la plus grande faveur par le public se répand de jour en jour.
- On voit, par ce rapide exposé des systèmes actuellement pratiqués, qu’en dehors du système de l’heure locale rebelle par essence à toute tentative d’unification, la plupart des pays ont adopté une heure uni-
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- que, les uns pour les chemins de ter seulement, mais quelques-uns ont étendu cette heure type à tous les actes de la vie civile, et cette disposition, en vigueur par exemple en Grande-Rretagne, en Suède, etc., y donne d’excellents résultats.
- Nous n’estimons pas qu’on [misse adopter jamais une heure absolue, celle de Greenwich, par exemple, pour tout l’Uni vers, comme quelques astronomes l’ont proposé. On ne peut pas concevoir en effet un changement de date imposé dans le milieu de la journée pour la moitié de la terre ; les relations de la vie civile en seraient trop profondément troublées pour que ce
- système puisse être accepté. La solution la plus probable résultera de la généralisation du système américain dans lequel le globe entier se trouverait partagé en 24 fuseaux ayant chacun leur heure particulière, et la différence d’heure d’un fuseau à l’autre serait toujours exactement d’une heure, ce qui donnerait une transformation de la plus grande, simplicité. La carte ci-dessous donne la division du globe à laquelle on arriverait en partant du méridien de Greenwich comme origine, chaque fuseau est désigné par une lettre de l’alphabet, le fuseau À étant à cheval sur le méridien origine et embranchement
- longitudes &>Pam/7
- ' yj Z I a I B 1 C I B I E | F j G | H 1 T 1 K I L | M |. N TÔ ~j P 1 Q T~RTs 1 T pjTvT^TY
- Tusajaux
- Notajtion usuelle I
- Pour midi à. Greenwich oh a d^ns le* autres parties du monde: fl § "iÛj ^u^eaux
- iuuvuuii ucnjcuo , . , . , ; ; i : ; ! ; ; ! ; ! ? <3 ‘-NotaSt.ion usuelle,
- IfctinXI Midi I Soir U DI IV V 'VI VU VIU IX XSoirXI Mmuit, IMatinlI IH IV V VT ’ Vil VU IKMainX H h 12 13 14 15 16 17 16 19 20 21 22 20 0 IhxjreT-, 3 4 5 6" 7 0 91? 10
- Notation aln&ricaine i 1 Ouest i Est
- Est i Ouest I
- Notation amâ*icaine'
- 'Ouert'
- 3o de Grwwiçh&? JS . éo />o tôS *-Q j,3S jSo i6S. tfla /OS i5o j3S t2<> toS &o___________________7$ 6° 3o
- Carte de runificatiou des heures.
- 7°o' à l’est et 7° o' à l’ouest, le fuseau B sur le méridien 15 à l’est et ainsi de suite; le fuseau Z est à cheval sur le méridien ouest. 15. La limite des fuseaux ne serait pas déterminée évidemment en pratique, d’après le tracé rigoureux des méridiens extrêmes, mais elle dépendrait des limites politiques des différents États, ce qui pourrait ainsi augmenter dans une certaine mesure pour les pays frontières l’écart de 50 minutes avec l’heure locale qui se produira toujours sur le méridien limite des fuseaux.
- L’application de cette réforme est déjà réalisée comme nous l’indiquions, dans la Grande-Bretagne, dans la Suède, le Japon et les États-Unis, et elle s’imposera facilement dans les pays neufs n’ayant
- pas encore d’habitudes fixées. C’est surtout en Europe qu’elle sera le plus longtemps à pénétrer dans les mœurs, chaque pays autre que l’Angleterre ayant en effet à renoncer à une heure normale déjà acceptée. En France en particulier, l’écart des heures entre les méridiens de Greenwich et de Paris est de 9 minutes ; l’écart avec l’heure locale se trouverait ainsi porté à Nice à 29 minutes au lieu de 20, si l’heure de Greenwich était adoptée chez nous. Il est vrai <[ue le retard actuel de 5 minutes de nos chemins de fer nous constitue une sorte de méridien type intermédiaire entre les deux, de sorte que l’écart avec Greenwich n’est plus de 4 minutes. L. B.
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- LÀ VIPÈRE HEURTANTE
- Si l’Afrique ne nourrit ni Crotale, ni Bothrops, ni Trigonocéphale, en revanche, elle est la patrie des vipères, car, à part quelques espèces qui vivent en Europe pt en Asie, toutes les autres sont particulières à ce continent. La Vipère heurtante (Vipera arietans, Merrern), qui fait l’objet de cette notice, habite toute l’Afrique, à l’exception de la région méditerranéenne, et se rencontre surtout le long des côtes du sud-ouest jusqu’au Cap. C’est du Sénégal que viennent d’arriver à la Ménagerie des reptiles du Muséum deux exemplaires énormes de cette espèce.
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- Court, épais et trapu, le corps de ce serpent dépasse rarement lm,20 de longueur totale. 11 s’atténue considérablement dans la région cervicale et se termine en avant par une tête triangulaire à angles arrondis, un peu cordiforme, beaucoup plus large que le cou et très déprimée. La queue est conique et fort courte. Ces formes ramassées et si disproportionnées lui donnent un aspect hideux. Les narines, largement ouvertes et à pourtour dépourvu d’écailles, sont très rapprochées l’une de l’autre et situées directement au-dessus du museau, et non sur ses côtés comme chez d’autres espèces du même genre. C’est ce qui avait porté le naturaliste allemand Mer-rem à réunir, sous le nom générique d’Echidné, les
- Vipère heurtante. — D’après les spécimens vivants du Muséum d’histoire naturelle de Paris. (Environ 1/1 de grandeur naturelle.)
- Vipères qui présentent celte particularité, réservant cette dernière dénomination pour celles chez lesquelles les narines s’ouvrent latéralement. En arrière et en dehors des narines, se trouvent les yeux, qui en sont très rapprochés, par suite de la brièveté du museau.
- De même que chez toutes les Vipères, la mâchoire supérieure est armée, de chaque côté et en avant, d’un faisceau de trois à cinq crochets venimeux ca-naliculés très développés, mais inégaux, qui sont mobiles, coniques, recourbés en arrière, et qui se redressent lorsque l’animal ouvre la bouche. Le canal dont ils sont creusés donne passage au venin et vient s’ouvrir sur leur bord antérieur, près de l’extrémité, par un orifice en fente allongée. Ces cro-
- chets sont extrêmement acérés, et leur forme conique leur permet de pénétrer dans les tissus en les écartant progressivement et sans produire de déchirure. Une fois retirés de la plaie — une simple piqûre — la peau, en vertu de son élasticité, revient sur elle-même et emprisonne le venin inoculé, qui est presque instantanément porté par la circulation dans tout l’organisme. Tout le dessus du corps, y compris la tête, est recouvert d’écailles carénées, rangées avec une grande régularité.
- La coloration de la Vipère heurtante est très variable. Chez les spécimens qui vivent actuellement au Muséum, la teinte dominante est un brun clair un peu fauve; elle est relevée sur le dos par une série de chevrons plus foncés ouverts en avant et
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- LA NATURE.
- présentant pour la plupart, en arrière, une bordure jaunâtre. A la partie inférieure des lianes, se trouve également une rangée longitudinale de taches sombres, et le dessus de la tète est traversé, au niveau des yeux, par une bande brune qui descend de iliaque côté jusqu’au bord de la lèvre supérieure.
- Indolente et paresseuse à l’excès, la Vipère heurtante reste habituellement dans une immobilité complète, enroulée sur elle-même, la tête appuyée sur l’un de ses replis. La figure inférieure de la gravure (page 245) la représente dans cet état de repos. Sa répugnance pour le mouvement est telle qu’elle se laisse approcher presque jusqu’au contact sans se déranger. Elle ne se déplace guère que pour rechercher sa nourriture, pour attaquer ou pour fuir; mais elle exécute alors des mouvements rapides, qui contrastent avec sa lenteur naturelle. Si on l’inquiète, elle se met immédiatement en garde en retirant sa tête et repliant son cou en forme d’S, prête à le détendre et à le redresser comme un ressort, en projetant sa tête en avant pour mordre. On voit en même temps son corps se gonfler et revenir sur lui-même alternativement, ce qui témoigne de son irritation ; parfois aussi elle pousse un sifflement bruyant et prolongé. Elle a la singulière habitude, d’où lui est venu son nom, de préluder à une attaque en frappant avec sa tête comme un coup de bélier.
- À l’état de liberté, les petits Mammifères, surtout les Rats, les Souris, les Écureuils, etc., constituent la nourriture habituelle de la Vipère heurtante ; mais, elle s’empare aussi des Oiseaux. En captivité, on lui donne, outre des Rats, quelquefois de jeunes Lapins, et l’intervalle, très variable, qui sépare deux repas consécutifs, est en moyenne de vingt-cinq jours.
- Abstraction faite de la lenteur avec laquelle elle se décide à se jeter sur ses victimes, son mode d’attaque est le même que celui des autres Vipères. Mise en présence d’un animal dont elle va faire sa proie, aussitôt elle replie son cou ainsi que nous l’avons dit, prête à attaquer; sa respiration s’accélère et devient plus profonde, en même temps qu’elle darde sa langue fourchue et que parfois elle frappe l’animal de sa tête. Sa colère ne fait que croître jusqu’à ce qu’enfin elle se lance, la bouche largement ouverte, et avec la rapidité d’une flèche, sur sa proie, qu’elle perce de ses longs crochets empoisonnés et qui, le plus souvent, pousse un cri de détresse. La Vipère recule avec la même brusquerie et attend, immobile, que le venin ait accompli son œuvre de mort. La victime, qui semble d’abord saisie d’étonnement, ne tarde pas à tomber sur le côté, comme paralysée, et dans l’espace de une à deux minutes, elle succombe après quelques mouvements convulsifs. La Vipère revient alors à elle en se glissant avec lenteur; elle promène son museau sur tout le corps et semble jouir de son triomphe; enfin, elle saisit ordinairement le cadavre par la tête et le déglutit.
- D’après la manière dont ces animaux attaquent leurs victimes, on serait tenté de croire qu’ils ont conscience des terribles effets que détermine immé-
- diatement l’inoculation de leur venin. Il n’en est rien : ils se comportent de la même manière lorsqu’on leur présente des animaux fraîchement tués, et les boas s’enroulent de même autour de ceux-ci pour les étouffer, comme s’ils étaient vivants. Ces actes, qui paraissent raisonnés, sont instinctifs.
- Le venin de la Vipère heurtante ne le cède en rien en activité à celui des Crotales. Des chiens de forte taille succombent rapidement après avoir été mordus, et l’on cite des cas où l’homme n’a pu résister à son action. On prétend même que les Hottentots, dont le pays est infesté de ce reptile, se servent de son venin pour empoisonner leurs flèches, en le mêlant au suc de certaines plantes.
- La Vipère heurtante supporte bien la captivité; pourvu que la température de sa cage soit suffisamment élevée, elle mange avec assez de régularité et se conserve facilement pendant plusieurs années.
- F. Mocqüard.
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- LES OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES
- Plusieurs lecteurs de La Nature ont demandé des explications sur certains termes usités en météorologie, notamment sur la classification des nuages.
- 11 serait peut-être utile de donner quelques instructions pratiques pour les personnes désirant faire des observations comparables à celles qui s'exécutent dans les observatoires météorologiques.
- La météorologie a besoin, comme toutes les sciences, de règles précises sans lesquelles elle ne donne que des résultats incohérents, impossibles à utiliser.
- Les principales choses qu’on ait à déterminer sont : la pression atmosphérique, la température de l’air, son degré d’humidité, la pluie tombée, la nébulosité du ciel, le vent, les orages.
- L’instrument le plus simple et le plus commode pour déterminer la pression de l’atmosphère est le baromètre anéroïde; ses degrés correspondent à des millimètres du baromètre à mercure ; ses indications sont d’autant plus basses que le lieu où l’on observe est plus élevé. Dans les pays, comme Paris, peu élevés au-dessus de la mer, les baromètres descendent d’un millimètre quand on s’élève de 10m,50; c’est précisément ce qu’indiquent tous les baromètres quand on les transporte du rez-de-chaussée au troisième étage. A une altitude de 400 mètres, il faut s’élever de 11 mètres pour que le baromètre baisse d’un millimètre. On ne peut comparer ensemble que les chiffres donnés par des baromètres placés au même niveau ; c’est pour cela que dans les bulletins météorologiques on les réduit au niveau de la mer, en leur faisant une correction d’après leur altitude. Souvent aussi, quand on sait où doit être placé un anéroïde, on le règle d’avance pour qu’il donne des chiffres réduits au niveau de la mer.
- La plupart des baromètres anéroïdes changent avec le temps; on s’aperçoit de ce changement à ce que la différence de leurs indications avec les chiffres
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- LA NATURE.
- va
- publies chaque jour par les journaux et notamment par le Bulletm international ne reste pas la meme.
- Pour donner des indications certaines, les thermomètres doivent être placés en plein air, loin des maisons, au-dessus d’un sol gazonné et protégés par un abri convenable. Ceux placés à une fenêtre marquent tantôt plus, tantôt moins que ceux situés en pleine campagne, mais en moyenne plus que ces derniers. C/est malheureusement ce qui a encore lieu pour beaucoup de stations météorologiques. Pour la plupart des particuliers aussi, il est impossible de faire autrement; dans ce cas, s’ils veulent donner quelque utilité à leurs observations, ils doivent décrire avec soin l’emplacement de leurs instruments.
- Les thermomètres sont, comme les anéroïdes, sujets à éprouver un dérangement avec le temps; ce dérangement est toujours une élévation dans le thermomètre à mercure. Pour éviter ce grave inconvénient, on peut recuire le verre du thermomètre avant de le graduer ; il n’éprouve plus alors aucun changement. Ce procédé, connu depuis plus de cinquante ans, n’est pourtant pratiqué que par quelques constructeurs et depuis peu d’années.
- On doit faire au moins trois observations par jour si l’on veut leur donner quelque valeur, observer par exemple à 6 heures, 2 heures, et 10 heures, ce qui donne à la fois la marche de la température et sa moyenne journalière. On peut se contenter de 7 heures, 2 heures, et 9 heures, qui donnent une moyenne un peu plus élevée. Le minimum et le maximum de la température de chaque jour sont donnés par des thermomètres à index ; c’est le système d’observation le moins assujettissant et le plus commode.
- Pour déterminer l’humidité de l’air, on observe à côté du thermomètre ordinaire, un autre tout pareil, mais dont le réservoir est recouvert d’un linge fin entretenu mouillé ; l’évaporation de l’eau y produit un abaissement de température d’autant plus grand que l’air est plus sec. Il faut avoir des tables spéciales qui donnent avec les indications des deux thermomètres, l’humidité relative et, si on veut, le poids de la vapeur d’eau contenue dans un mètre cube d’air.
- La direction et la force du vent ne donnent lieu à aucune remarque spéciale, sinon qu’il faut avoir une girouette bien mobile, ce qui n’a pas lieu souvent, et située sur un point un peu élevé et isolé.
- La nébulosité du ciel indique la fraction du ciel couverte par les nuages ; on s’habitue aisément à la noter en dixièmes du ciel, mais dans beaucoup d’endroits on les note en quarts du ciel par les expressions : peu nuageux, nuageux, ou très nuageux.
- Les nuages ne sont que de la vapeur d’eau qui s’est condensée au sein de l’atmosphère : ils occupent des hauteurs fort différentes depuis le sol jusqu’à 6000, 8000 et même 10000 mètres. Les plus bas appelés cumulus ressemblent quelquefois à des fumées; en s’élevant davantage, ils prennent des formes mamelonnées à la partie supérieure. Les nuages les plus élevés sont très différents : ils sont formés de particules glacées, de neige et affectent des
- formes filamenteuses, soit en longues bandes soyeuses, soit en arêtes de poisson, soit en chevelures contournées ; ce sont les cirrus; ils sont presque toujours blancs et ne deviennent gris qu’avant les pluies, en prenant une grande épaisseur; ils sont souvent colorés en rouge au coucher du soleil. C’est dans ces nuages que se produisent les halos, dont le plus commun a près de 45 degrés de diamètre; les couronnes qui n’ont que quelques degrés se produisent dans les nuages formés de globules d’eau.
- Entre ces nuages à caractère très tranché, se remarquent quelques autres formes; ainsi lorsque les cirrus descendent dans l’atmosphère, la neige dont ils sont formés se fond et produit ces nuages striés et pommelés souvent si élégants; on les désigne sous le nom de cirro-cumulus. Les cumulus, de leur côté, en s’élevant s’aplatissent et finissent par former une couche terminée au-dessus et au-dessous par des plans ; ce sont les alto-cumulus ; ils sont très communs. Ce sont eux qui forment presque tous les soirs d’étés ces bandes grises qu’on voit à l’horizon; au zénith, ils présentent un aspect de nuages pommelés, qu’on hésite quelquefois à rapporter aux cumulus ou aux cirro-cumulus. Souvent on voit au ciel et à la fois ces différentes sortes de nuages marchant dans desdirections différentes, quelquefois même opposées.
- L’observation de la pluie au moyen des pluviomètres n’offre pas de difficultés; il suffit que l’instrument soit bien placé, c’est-à-dire à lm,50 au-dessus du sol dans un lieu assez largement ouvert, mais pas trop exposé au vent ; la neige offre plus de difficultés que la pluie; pour la recueillir intégralement il faut placer le pluviomètre sur une boîte chauffée par des veilleuses à l’huile; la neige qui tombe dans l’instrument fond à mesure et peut être évaluée en eau immédiatement. On appelle jours de pluie tous ceux où l’on a recueilli de l’eau sous forme quelconque au pluviomètre; on note ensuite indépendamment les jours de neige ou de grêle. Il arrive souvent qu’une petite averse n’est pas suffisante pour donner une indication au pluviomètre; dans ce cas on doit indiquer si le pavé a été mouillé.
- Quand on note le brouillard, on doit indiquer son épaisseur, c’est-à-dire la distance à laquelle il cache entièrement les objets terrestres; au Parc de Saint-Maur la distance limite est de 1500 mètres; au delà nous notons seulement ciel brumeux ; mais il vaut mieux quand cela est possible faire connaître que l’état de l’atmosphère ne permet de voir les objets, qu’à 2 kilomètres, 5 kilomètres, etc.
- Enfin les personnes qui s’intéressent à la météorologie pourront faire beaucoup d’autres observations utiles, en suivant les variations de la température des puits, des sources et des rivières et en observant l’arrivée ou le départ des oiseaux et des insectes et les principales phases de la végétation. Le mieux dans ce cas est de se mettre en rapport avec les observatoires et d’y demander des instructions précises.
- E. Renou.
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- LA NATURE.
- LES FORTS SOUTERRAINS
- LE (( FORT DE i/aVEMR )) DU COMMANDANT MOULIN
- Il s’est récemment produit, dans le domaine de l’art de la guerre, un fait nouveau de nature à entraîner des conséquences d’une importance considérable. Fait nouveau, disons-nous, mais non inattendu! Un problème avait été posé qui, longtemps réputé insoluble, a fini par rencontrer sa solution. L’artillerie, dont les progrès sont incessants, a trouvé moyen de tirer, sans danger d’éclatements prématurés, des projectiles creux chargés de matières explosibles brisantes. Cette découverte est, il faut l’avouer, de nature à modifier profondément les procédés de l’art. Une révolution s’annonce qui, considérée au point de vue de l’étendue des résultats, peut se comparer à celle qui s’est jadis produite en suite de l’invention de la poudre à canon. Un tir d’obus à mélinite ou à fulmi-eoton est effectivement capable d’effets singulièrement puissants, effets dont la constatation a déjà bouleversé les principes de l’art des constructions des ouvrages de fortification permanente.
- Instruit par les premières expériences auxquelles il a été récem -ment procédé, l’ingénieur militaire n’a pu se dissimuler que, à moins de s’imposer des dépenses considérables, il ne lui est plus possible de construire de murailles capables de résister à la puissance des nouveaux moyens d’attaque. Il s’est vu, en même temps, contraint et forcé de supprimer, à l’intérieur de ses ouvrages, ces batiments militaires dits jusqu’alors à l’épreuve parce qu’ils comportaient des séries de voûtes accolées auxquelles on donnait généralement six mètres de portée avec un mètre d’épaisseur à la clé; et que ces voûtes se recouvraient d’un massif de terres de 3 à' 4 mètres de hauteur. De telles constructions sont devenues, de par la force des choses, singulièrement vulnérables et même facilement destructibles.
- L’ingénieur militaire ne peut donc plus tirer aucun parti rationnel de ces maçonneries qui avaient été jusqu’ici l’élément principal de ses constructions; mais peut-il compter encore sur les propriétés des
- massifs de terre judicieusement disposés? Pas davantage. Les terrassements ne résistent pas au tir des projectiles creux à charge brisante. Sous l’action de l’éclatement des obus, ces terrassements jaillissent en gerbe, se dispersent en poudre et, finalement, s’évanouissent. Bien plus, agissant à la manière d’un bourrage, le massif de terre transforme en torpilles sèches les projectiles qui l’ont pénétré et dès lors, incontestablement, il est plus nuisible qu’utile.
- L’ingénieur militaire ne pouvant mettre en œuvre ni terres ni maçonneries, quelle ressource lui reste-t-il?
- On a mainte fois observé que la voie du progrès affecte un tracé quasi circulaire. En poursuivant la fin qui lui est assignée, l’esprit humain ne fait, en tout ordre de choses, que décrire des cycles passant toujours par les mêmes points. Une idée lui est suggérée... il s’en empare... puis il la répudie... puis
- derechef il y revient... si bien que, au cours des siècles, l’extrême civilisation touche souvent d’assez près à l’extrême barbarie. La fortification nous offre un exemple frappant de ce mode d’évolutions suivant un dessin de courbe fermée.
- Au temps des grandes alluvions préhistoriques, l’homme quaternaire habitait, comme on sait, des cavernes. D’aucuns de ces refuges pouvaient contenir de deux à trois cents personnes; mais, si l’intérieur en était spacieux, l’entrée en était exiguë. En temps de paix, cette issue se bouchait par le moyen d’un rideau fait de peaux de renne; en temps de guerre, un système de quartiers de roc méthodiquement amoncelés y faisait fonction de porte défensive; les joints passaient à l’état de créneaux par lesquels la peuplade enfermée faisait usage de ses armes de jet. La caverne quaternaire n’était donc autre chose qu’une forteresse.
- Eh bien ! de nos jours, aux dernières années du dix-neuvième siècle, nous allons voir l’ingénieur militaire revenir à l’idée de la caverne défensive.
- La science admet au nombre des fortifications préhistoriques ces constructions étranges que l’on a découvertes en France, en Allemagne, en Ecosse et qui ont reçu le nom de forts vitrifiés. Assises sur (les terrains anciens, cristallins ou autres, ces enceintes sont formées de matériaux divers — granit,
- Fig. 1. — Plan à vol d’oiseau du fort souterrain.
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- Fig. — plan des fondations du fort souterrain. — A. Infirmerie. — B. Logement du commandant en second et du médecin. —G. Magasin aux projectiles. —ü. Chargement des projectiles. — E. Confection des gargousses.—F. Magasin à poudre. — G. Générateurs et cuisine. — II. Magasin aux charbons. — I. Bureau du commandant et télégraphe. — J. Magasin au matériel de rechange. — K. Bureau du comptable et vivres. — !.. Magasin aux vivres. — M. Accumulateur.
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- gneiss, quartzite, basalte, etc., — soudés ensemble par le moyen du feu.
- Eh bien ! de nos jours, aux dernières années du dix-neuvième siècle, l’ingénieur militaire préconise non le massif vitrifié — qu’il ne sait pas faire — mais le béton de ciment cpii en est l’analogue.
- Aux temps historiques, durant la longue période dite de Vantiquité, les enceintes fortifiées affectent un profil de dimensions considérables. L’obstacle consiste en une muraille qui ne mesure pas moins de 18 à 25 mètres d’épaisseur. Les escarpes de Ni-nive, par exemple, et celles de Babylone ont plus de 24 mètres. Pourquoi les ingénieurs antiques admettaient-ils de telles dimensions, qui nous paraissent aujourd’hui prodigieuses? C’est qu’ils avaient besoin d’opposer une grande résistance à l’action des engins démolisseurs, notamment à celle du bélier.
- Eh bien ! de nos jours, aux dernières années du dix-neuvième siècle, l’ingénieur militaire, que déroute le tir des obus à charge brisante, devrait avoir recours à de telles épaisseurs. S’il ne songe pas à le faire, une des raisons en est que les merveilles de l’industrie moderne lui permettent de substituer aux maçonneries des masses métalliques dotées de même résistance sous des épaisseurs moindres.
- Donc on a constaté que le béton de ciment et le cuirassement métallique résistent seuls à l’action des obus à charge brisante — mélinite ou fulmi-coton. D’où il suit que ces deux éléments de construction doivent pouvoir suffire à l’ingénieur militaire.
- Cela étant, il saute aux yeux que les forts dont l’établissement s’impose ne sauraient pas ressembler à ceux qui constituent aùjourd’huiles défenses de nos frontières plus que ceux-ci ne ressemblaient aux châteaux forts du moyen âge.
- Il a effectivement une physionomie singulièrement originale, le fort néo-moderne conforme au type conçu par le commandant Mougin, attaché à la Direction générale des Forges de Saint-Chamond (Loire) — fort dont une décision ministérielle du 23 juillet 1887 a prescrit la construction sur certaine position choisie près de notre frontière.
- Qu’on se représente une extumescence du sol rappelant — à grande échelle — un de ces monticules que produit le travail souterrain de la taupe. Ce n’est point là toutefois un massif de terres, mais bien un bloc de béton de ciment. Mesurant une cinquantaine de mètres de longueur sur trente à quarante de large, ce rocher artificiel s’élève d’une dizaine de mètres au-dessous du terrain naturel. Sa saillie maxima au-dessus de ce terrain ne dépasse point 3 à 4 mètres. Il affecte donc extérieurement l’aspect d’une calotte ellipsoïdale, raccordée doucement avec la surface du sol et à peu près invisible à l’œil d’un observateur, pour peu qu’elle ait pour base le fond d’un pli de terrain (fig. 1).
- Du centre de ce rocher émergent à fleur trois tourelles cuirassées établies en coin — une et deux— et armées chacune de deux canons de gros calibre ; — du pourtour, quatre petites tourelles à éclipse, ar-
- mées chacune de deux canons à tir rapide; — de trois autres points convenablement choisis, des observatoires cuirassés. De ces derniers appareils, l’un permet de surveiller le terrain des attaques ; les deux autres sont faits pour projeter, pendant la nuit, des faisceaux de lumière électrique et éclairer ainsi les points dangereux de la campagne. Chacune de ces tourelles, chacun de ces observatoires coifle un puits cylindrique à parois cuirassées et ce puits débouche, à sa base inférieure, dans un systèmede locaux souterrains (fig. 2).
- Ces locaux sont organisés : partie, en magasin aux vivres et aux munitions; partie, en cages aux machines. L’usine souterraine comprend un puissant moteur à vapeur avec citerne et chaudière de rechange; — une batterie de ventilateurs faits pour assurer le renouvellement de l’air respirable ; — des accumulateurs à récupération avec pompes et moteurs hydrauliques pour l’exécution des mouvements d’éclipse et de rotation des tourelles, l’ascension des munitions, etc...; enfin des dynamos et des accumulateurs électriques pour l’éclairage intérieur et les projections de lumière à l’extérieur de l’ouvrage (fig. 3).
- Comment entrer dans cette caverne?
- Les communications avec l’extérieur ont lieu par un tunnel dont le plafond est tenu à 8 ou 10 mètres en contrebas du terrain naturel. Cette galerie souterraine — dont la longueur variera nécessairement avec les circonstances locales — se branche, d’une part, sur les locaux dont il vient d’être parlé et débouche, d’autre part, au fond d’un puits cuirassé.
- Un escalier métallique, du genre dit vis, court le long des parois de ce puits, mais sans y adhérer. Comportant un jour suffisant au passage des rechanges de matériel, ledit puits fait partie intégrante d’une charpente en tôlerie, coiffée d’une plaque de cuirasse horizontale de 20 centimètres d’épaisseur. Cette plaque de fermeture, qui bouche, en temps normal, l’orifice du puits, est tenue sous le feu croisé de deux des tourelles à éclipse.
- Est-il besoin de donner accès au fort, on n’a qu’à faire agir — par le moyen d’une simple manœuvre de robinet —un piston hydraulique... et l’on élève ainsi de 2 mètres la charpente intérieure, l’escalier et la plaque. Tous les envois de matériel, tous les relèvements de garnison sont signalés par télégraphe ou téléphone ; le portier ne fait jouer son élévateur hydraulique qu’après avoir entendu le mot de passe et quand la tourelle à éclipse de garde a reconnu les arrivants. On a, d’ailleurs, disposé le long du tunnel nombre de chicanes analogues à celles que les ingénieurs du moyen âge avaient coutume de multiplier sous les galeries d’accès de leurs châteaux forts.
- Enfin, l’entrée des catacombes est elle-même munie d’une porte défendue par deux mitrailleuses.
- La garnison du fort se réduit à trente ou quarante mécaniciens et spécialistes chargés du service de toute la machinerie ci-dessus indiquée. La situation de ce„personnel n’est pas sans analogie avec celle des mécaniciens et chauffeurs des navires cuirassés,
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- agents qui ne respirent, eux non plus, que grâce à l’organisation d’une ventilation artificielle. Ces hommes peuvent, d’ailleurs, être fréquemment relevés.
- Tel qu’il vient d’être sommairement décrit avec ses trois grandes tourelles cuirassées a deux canons de 155 longs, ses quatre petites tourelles à éclipse à deux canons de 57 à tir rapide, ses trois observatoires cuirassés, toute sa machinerie intérieure, — moteur à vapeur, ventilateurs, appareils hydrauliques et électriques, miroirs, projecteurs de lumière, etc., — le fort du commandant Mougin comporte un prix de revient qui ne dépassera pas 2 500 000 francs. C’est relativement à bon marché.
- En somme : Il y avait longtemps déjà que la conception du fort de l’avenir, surtout du fort « d’arrêt », se présentait à l’esprit des hommes du métier sous la forme d’un navire cuirassé, relativement invulnérable, échoué sur la position commandant le défdé ou chemin de fer à défendre. Le commandant Mou-gin a certainement fait œuvre utile en indiquant comment cette conception peut être réalisée.
- Sa solution du problème offre cet avantage que, a égalité de puissance vive, c’est-à-dire de force en artillerie, elle permet de réduire, dans le rapport de dix à un, l’effectif du personnel nécessaire à l’exécution du service. Tous nos généraux déplorent que, dans le système actuel, la constitution des garnisons normales réglementaires absorbe, à l’heure de la mobilisation, plusieurs centaines de mille hommes qui pourraient tenir la campagne et dont la présence sur le champ de bataille serait de nature à amener des résultats décisifs. Eh bien ! dans le nouveau système, l’absence des quelques mécaniciens spécialistes et auxiliaires à faire sortir du rang, n’appauvrira pas sensiblement les régiments territoriaux qui seront appelés à les fournir.
- L’avantage est inappréciable.
- Lieutenant-colonel Hennebert.
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- LES FIL4TURES DE COTON
- M. Alfred Renouard évalue comme suit le nombre
- total des broches filant le coton dans le inonde entier : Années Nombre de broches
- Angleterre 1885 45549000
- États-Unis 1885 15250000
- Allemagne 1885 4900000
- Russie. . 1885 4000000
- France 1882 5927000
- Indes anglaises 1885 5048000
- Autriche-Hongrie 1885 2077000
- Suisse 1884 1880000
- Espagne 1885 1855000
- Italie 1885 1200000
- Belgique 1885 650000
- Suède et Norwège 1885 510000
- Hollande 1885 250000
- Total. . . . 80696000
- On voit que l’Angleterre possède, à elle seule, plus de la moitié des broches du inonde entier.
- LE NOUVEL HOTEL DES POSTES
- A PARIS
- (Suite. — Voy. p. 99 et 18i.)
- Nous avons déjà pénétré dans la partie réservée au service intérieur de l’Hôtel, en décrivant les installations générales de la télégraphie pneumatique ; nous allons maintenant donner une idée de l’organisation du service du transbordement, qui constitue la partie essentielle du travail, et des appareils mécaniques monte-charges et descentes qui permettent de l’effectuer.
- Le transbordement est subdivisé en 'deux parties principales, l’arrivée et le départ.
- Les opérations sont analogues pour les lettres et les périodiques , nous ne nous occuperons donc que des premières.
- Les lettres arrivent en sacs fermés, soit des gares de chemin de fer, soit des bureaux de quartier, un pour *
- Paris, un pour les départements, un pour l’étranger et les colonies. Les tilburys livrent ces sacs au rez-de-chaussée de la par-tie centrale de l’Hôtel située entre deux cours établies sous les salles. Ils entrent par la rue Jean-Jacques bous- Fig. 1.— Monte-charges de l’Hôtel seau dans la cour des Postes,
- de l’arrivée, s’y
- déchargent sur un quai spécial, puis contournent le bâtiment par un passage qui longe la cour des Périodiques et vont prendre leur place respective le long du quai de Départ, pour, de là, une fois rechargés, sortir par la porte de la cour du Départ, sur la rue Jean-Jacques Rousseau. Ils suivent donc un mouvement demi-circulaire toujours dans le même sens.
- Le système adopté par la Poste française reposant sur la concentration dans un hôtel unique de toutes les correspondances, les facteurs chargés de la distribution y sont amenés dans des omnibus qui entrent comme les tilburys par la rue Jean-Jacques
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- Rousseau, mais vont se remiser contre la rue Gutenberg et la rue Etienne-Marcel, et sortent par une porte spéciale. Il en résulte qu’il ne se produit pas de croisement de voitures dans les cours.
- Les lettres sont alors envoyées au premier étage, • pour la distribution (service de Paris), soit au deuxième étage, pour le départ (service des départements, de l’étranger et des colonies). Elles sortiront du premier, réparties suivant les quartiers où elles doivent être remises, mais en détail (entre les mains des facteurs1). Au contraire, le Départ les retournera en sacs pour les ambulants au transbordement qui devra les délivrer ainsi aux tilburys qui les porteront aux grandes gares de chemin de fer.
- Il résulte de cet exposé qu'il est nécessaire d’établir une communication mécanique pour élever rapidement les objets arrivés, soit à la Distribution, soit au Départ, et une disposition spéciale pour la livraison des sacs aux voilures qui doivent les emporter.
- La communication entre le rez-de-chaussée et les deux premiers étages avait d’abord été obtenue au moyen d’appareils reposant sur le principe de la moria ou chaîne sans fin à plateaux. Ce système n’ayant pas réussi, on s’est décidé à établir de véritables ascenseurs qui ont été fournis par la Société des anciens établissements Cad, et étudiés par M. Rar-bet, ingénieur en chef de cette Société.
- Ces monte-charges, représentés dans les figures 1 et 2, sont au nombre de douze, divisés en deux groupes de six chacun, dont un groupe pour le service des périodiques, et un autre pour les lettres. Le système adopté est le meme pour les deux groupes : les dimensions seules varient.
- Chaque monte-charge est mù par la vapeur agissant sur un premier piston M, de lm,10 de diamètre (fig. 1). Ce piston est venu de fonte avec un autre N, de 0m,82 de diamètre, qui comprime l’eau destinée à déterminer le mouvement de la cage. L’interposition de l’eau entre le cylindre à vapeur et la cage a
- 1 Nous indiquerons, dans'un prochain article, les opérations successives auxquelles les lettres et les imprimés sont soumis.
- pour but d’obtenir aisément et sans secousses des arrêts fixes, ce que l’emploi seul de la vapeur n’aurait pas permis, à cause de son élasticité.
- L’eau sous pression est envoyée dans un cylindre de presse de 15m,60 de hauteur et de 0,n,165 de diamètre. Un piston de 0m,40 de hauteur en bronze tourné y circule, et sa tige est reliée à un câble en acier dont l’autre extrémité se fixe à la cage. Pour diminuer la course de ce piston, on a mouflé le câble de suspension. A cet effet, il est fixé par un bout à un point üxe de la toiture, passe sur une poulie mobile portée par la tige du piston, puis sur une poulie fixe placée dans la toiture et enfin se réunit â la cage par l’intermédiaire d’un parachute t â balancier analogue à ceux qui sont employés dans
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- y;.r,
- les mines. La cage ]>èse 600 ki-logrammes et peut contenir deux paniers d’osier renfermant les lettres. Chacun d’eux roule sur trois rails et pèse au maximum 200 kilogrammes tout compris. La hauteur totale à franchir est de 25m,60 ; la vitesse moyenne des monte-charges est de 0m,40 par seconde.
- Le distributeur de vapeur est formé par un double piston oscillant dans un cylindre qui communique à des niveaux différents avec la chaudière, le cylindre à vapeur et l’évacuation. La manœuvre de ce piston double se fait par l’intermédiaire d’une crémaillère et d’un pignon sur l’axe duquel est une roue dentée actionnée par une chaîne de Gall.
- Cette même chaîne commande également un arbre à cames qui soulèvent les soupapes du distributeur d’eau. En tirant la chaîne dans un sens, on ouvre le distributeur d’eau, et on met en même temps le cylindre à vapeur en communication avec les chaudières. Si l’on tire la chaîne en sens contraire, le cylindre à v;
- Couloirs hélicoïdaux pour la descente des sacs de lettres à l’Hôtel des Postes de Paris,
- l’échappement, et le distributeur d’eau est ouvert. La première manœuvre correspond à la montée, la seconde à la descente; le point médian correspond à la fermeture des deux distributeurs et par conséquent à l’arrêt.
- Pour attaquer la chaîne de Gall qui détermine la manœuvre, on agit sur un cable qui est fixé à ses deux extrémités, et dont les brins montent verticalement pour se rejoindre au-dessus d’une poulie de renvoi placée à la partie supérieure de l’édifice. On agit sur ce câble soik à la main, pour la mise en marche, soit automatiquement à l’aide de taquets mobiles placés sur la cage pour les arrêts.
- Chacun des ihonte-charges à vapeur a son installation propre en sorte qu’un accident survenu à l’un d’eux n’a pas d’influence sur les autres. La tuyauterie générale de vapeur est double pour parer à tout arrêt dans le fonctionnement. Ces appareils, dont l’installation a été terminée en cinq mois seulement, sont actuellement
- apeur est en communication avec | en service et donnent toute satisfaction pour l’éléva-
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- tion des sacs de lettres et de pe'riodiques. Mais un système analogue ne suffirait pas pour la descente des sacs aux tilburys chargés du transport aux gares. S’il peut suffire à l’envoi aux étages supérieurs, c’est que les arrivées des sacs ne sont pas simultanées au moins en ce qui concerne celles des sacs provenant des gares, qui sont subordonnées aux heures d’arrivée des trains et aux distances de ces gares. Au contraire, lorsque le travail du départ est terminé, surtout pour les courriers du soir, il faut que la livraison au transbordement soit instantanée. Tous les trains-poste partent presque à la même heure, et c’est surtout le soir que la correspondance abonde. Il faut donc que des centaines de sacs soient descendus en quelques minutes du deuxième étage au rez-de-chaussée, et aucun monte-charge ne pourrait suffire à ce travail. Pour y arriver, M. Guadet a simplement employé des plans inclinés; mais il fallait faire parcourir aux sacs une distance verticale de 15 mètres sans avoir à craindre de voir les correspondances s’écraser, les étiquettes s’arracher et les cachets se briser. 11 y est parvenu en contournant ses plans inclinés en hélicoïdes (fig. 5). Il fallait au départ quatre embouchures, lettres, banlieue, étrangers, journaux, correspondant à quatre arrivées au transbordement. Ces plans sont enroulés deux par deux, comme l’escalier du passage Radziwill, et il suffit de sept secondes aux sacs pour arriver sans secousses sérieuses au rez-de-chaussée.
- — A suivre. — —©<$>«—
- CHRONIQUE
- l it charançon qui attaque la vigne. — Dans une des dernières séances de la Société nationale d'agriculture, M. Blanchard a parlé d’un insecte qui lui avait été signalé comme exerçant des dégâts dans certains vignobles du département des Landes. C’est une espèce de la famille des Curculionides, un charançon, le Cneo-rhinus geminatus, Fabricius (C. globatus, Ilerhst). L’insecte, commun dans toute l’Europe centrale et jusque dans le nord, a été décrit au siècle dernier. On le cite comme rongeant au printemps les pousses de divers végétaux. Jusqu’ici on ne l’avait jamais regardé comme nuisible à la vigne. Un seul entomologiste, Perris, en a reconnu les premiers états ; il dit avoir trouvé la larve du Cneorhinus geminatus en soulevant des touffes dë gazon. 11 y a lieu d’espérer que le Cneorhinus geminatus n’étendra pas beaucoup ses ravages dans les vignobles. Néanmoins il est sage de toujours compter avec la possibilité de la multiplication rapide d’une espèce d’insecte. Aussi, dès à présent, faut-il conseiller de recueillir les individus qui se trouvent sur les pousses de la vigne par le procédé qu’on emploie pour la récolte et la destruction, soit de l’Eumolpe, soit de l’Altise. On sait qu’on réussit à débarrasser la vigne de ces insectes en faisant usage d’un large récipient concave en fer-blanc portant à l’un de ses bords une échancrure pour y engager le cep, et à la partie inférieure une tubulure à laquelle on fixe un petit sec de toile. En opérant dès l’aube, lorsque les insectes sont encore engourdis, le moindre choc sur le cep les fait tomber sur la plaque métallique et rouler dans le sac qu’avec la main on maintient fermé.
- Une toilette de dame au quinzième siècle. —
- Dans un Inventaire des ducs de Bourgogne on trouve cette « note de couturière » datant de l’an 1414 : « La somme de 276 liv. 7 s. 6 d. t. pour prix de 160 perles destinées à orner une robe ; sur les manches est escrïpt de broderie, tout au long, le dit de la chanson : Madame, je suis plus joyeulx, et notté tout au long sur chacune des dites deux manches, 368 perles pour servir à formelles nottes de la dite chanson, où il a 142 nottes, c’est assavoir pëur chacune notte 4 perles en carré. )) 11 s’agit ici des perles de compte, c’est-à-dire assez grosses pour être comptées, dont était ornée la robe de la duchesse d’Orléans.
- Les rails d’acier. — En 1869, la compagnie du Nord employait dans l’année 12 000 tonnes de rails de fer et 10 000 tonnes de rails d’acier; en 1876, cette
- même compagnie utilisait 1000 tonnes de rails de fer et 35 000 tonnes de rails d’acier. A partir de l’année suivante, la consommation des rails de fer devient nulle, pour céder complètement la place aux rails d’acier. Des laits presque semblables s’observent à l’égard de plusieurs autres compagnies. On a souvent dit, et nous le répétons ici, que l’acier est le métal de l’avenir.
- Curieuse illusion d’optique. — La figure ci-dessous représente deux morceaux de papier ou de carton découpés en arcs de cercle. Ils sont numérotés 1 et 2. Quel est le plus grand des deux ? Vous répondrez assurément : « c’est le n° 2. » Eh bien ’ si vous placiez le n° f au-dessous du n° 2, vous ne manqueriez pas de dire :
- « C’est le n°l ». C 2
- Ces deux figures sont exactement de même grandeur, comme vous pouvez vous en assurer en les mesurant. Si vous les reproduisez en cartons que vous superposerez, le fait sera encore plus facilement appréciable. Quand on rapproche 1 et 2, à tel point qu’ils se touchent, l’illusion est encore plus considérable^,
- Les mines de rubis en Birmanie. — Une expédition anglaise est partie de Mandalay pour occuper la région des célèbres mines de rubis birmanes qui se trouvent à 70 lieues seulement de la capitale. La marche de cette troupe a été extrêmement difficile et lente : elle n’a guère fait plus de 6 milles par jour. Elle a dû prendre d’assaut plusieurs estacades élevées par les indigènes, se tracer une route à travers la végétation luxuriante d’une forêt tropicale, passer à gué plusieurs rivières, franchir enfin un col haut de 600 pieds; enfin elle est arrivée à Mogouk qui est le centre de l’exploitation minière, et l’on saura bientôt à quoi s’en tenir sur ces fameux gisements, dont la valeur, connue de presque tous ceux qui visitèrent l’Orient au moyen âge, a sans doute été exagérée. Les mines de rubis birmanes sont décrites d’abord par oui-dire dans l’ouvrage classique de Tavernier qui indique qu’elles produisent, outre les rubis, des spinelles, des topazes jaunes, des saphirs blancs et bleus, des hyacinthes et des améthystes. Le premier qui visita ces gisements de gemmes fut le père Joseph d’Anato, en 1830. Par l’acquisition des mines de Mogouk, le gouvernement anglais se trouve posséder les principaux gisements de rubis du monde. Il en existe de peu connus en Chine,
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- dans le Badakshan; mais les plus importants sont ceux de Birmanie, de (iolconde, ceux d’Australie et ceux de Ceylan. Cependant, par suite de la difficulté de la surveillance et de l’absence de tentatives d’exploitation sérieuses, il est à croire que l’Angleterre ne tirera pas plus de profit de la mine dont elle vient de s’emparer que de toutes celles de diamants, d'or, d’émeraudes qui lui appartiennent dans l’Inde et qui donnent aujourd’hui un rendement infime. Même les mines de diamants de Ceylan, qui jouissaient autrefois dans tout l’Orient d’une célébrité fabuleuse, sont aujourd’hui bien tombées : leur exploitation, abandonnée à l’initiative privée, ne produit pas plus de 250000 francs par an.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 sept. 1888. — Présidence de M. Des Cloizëaüx.
- Ceps de vigne préservés du phylloxéra. — M. Chatin a eu l’occasion d’examiner des ceps de vigne envoyés à la Société d’agriculture par un propriétaire du département de l’Isère, comme spécimens de ceps préservés du phylloxéra. Il s’est étonné de la vitalité de ces ceps et s’est rendu en Dauphiné afin de constater, sur place, l’état de la vigne traitée, ainsi que les particularités du traitement. Le vignoble dont il s’agit présente une superficie de 4 hectares et demi ; il est situé à quelques kilomètres de Lyon, sur la lisière du département de l’Isère. Dans cette région, le phylloxéra a depuis longtemps détruit les vignes plantées en coteaux; il a ensuite envahi les vignes plantées dans les parties basses, et cette année le mildew et le black-rot ont anéanti le peu de récolte laissée par le phylloxéra. Au milieu d’un pays si cruellement et complètement ravagé, le vignoble visité par M. Chatin apparaît superbe de végétation. Les sarments porteurs de fruits sont d’une puissance anormale, les feuilles d’une abondance et d’une épaisseur inusitées. Les grappes sont magnifiques et atteignent le poids d’un kilogramme; la récolte sera fort belle. Le traitement consiste dans l’emploi d’un engrais particulier et d’une taille spéciale. Dans l’engrais le phosphore figure à l’état libre. 11 est très remarquable que cette vigne, dans cet état de prospérité merveilleuse, porte le phylloxéra sur ses racines ; elle n’a point subi l’atteinte du mildew. Le black-rot s’est fixé sur quelques grains; ceux-ci sont tombés et la grappe s’est développée davantage. Ainsi donc, ce traitement n’est point destructeur du phylloxéra; il a pour effet de communiquer aux ceps une vitalité qui leur permet de résister au phylloxéra et de fructifier heureusement malgré le mildew et le black-rot. Il fournit le moyen de conserver nos plants français, bien supérieurs aux plants américains pour la qualité du vin qu’ils donnent.
- Phosphorescence des animaux. — M. Raphaël Dubois continue ses études sur la phosphorescence des animaux. 11 établit que ce phénomène dépend d’une substance luci-fère et d’un microorganisme agissant sur lui, à la manière d’un ferment.
- Varia. — M. Tisserand signale quelques cas particuliers dans lesquels des corps faisant partie du système solaire pourraient subir des variations considérables de leurs éléments. — M. Boussinesq mentionne des expériences qui confirment ses formules sur l’écoulement des liquides. — L’Académie des sciences de Suède annonce la mort de M. Edlund, physicien connu par ses travaux de thermodynamique. Stanislas Meunier.
- CAUSERIE PHOTOGRAPHIQUE
- Le diaphragme (( Iris )). — Dû tous les accessoires qui accompagnent l’appareil photographique, celui qui cause peut-être le plus d’ennuis à l’amateur est le diaphragme. Les deux systèmes qui sont usités actuellement sont tous deux fort imparfaits. Les diaphragmes a vanne, qui consistent en une série de petites lames de cuivre percées de trous plus ou moins grands qu’on glisse au moment opportun dans une fente que porte l’objectif, ont le grave inconvénient de ne pas faire partie intégrante de l’appareil, de sorte qu’à tout instant on s’aperçoit qu’on les a oubliés ; on les égare dans ses poches ou on les perd en changeant l’appareil de place, lorsque la lente par laquelle on les introduit s’est un peu élargie par l’usage. Avec les diaphragmes rotatifs qui sont montés sur un disque fixé contre l’objectif, on évite cet inconvénient, mais si l’on veut avoir une série d’ouvertures un peu complètes, l’appareil devient encombrant. Enfin un défaut qui est commun aux deux systèmes, et qui n’est pas le moindre, c’est qu’au bout de quelque temps la lumière s’introduit par la fente de l’objectif.
- On éviterait tous ces ennuis si le diaphragme placé à l'intérieur du tube pouvait être manœuvré de l’extérieur de manière à s’étendre ou se replier à volonté, comme l’iris de l’œil, suivant le besoin plus ou moins grand de lumière. Cette idée n’est pas nouvelle, mais paraissait complètement tombée dans l’oubli. M. Laverne, le fabricant d’appareils photographiques bien connu, vient de la reprendre pour l’appliquer à son objectif panorthoscopique, et il en est arrivé à la mettre en pratique d’une façon fort ingénieuse. Le diaphragme est formé d’une série de petites lames de cuivre très mince ayant la forme indiquée sur notre gravure (fig. 1, n° 3) et portant deux pivots. Toutes ces petites lames sont montées sur un disque au moyen du pivot situé à leur extrémité et se recouvrent en chevauchant l’une sur l’autre (6) ; le deuxième pivot, situé vers le milieu et sur l’un des bords, est introduit dans les fentes que porte un second disque s’appliquant sur le premier (5). On comprend dès lors que, si le premier disque étant fixe, on fait tourner le second à droite ou à gauche, on force les petites lames à s’écarter complètement ou à se rapprocher jusqu’à ne former qu’une ouverture très petite (4). L’ensemble de l’appareil ainsi formé est placé dans l’intérieur du tube de l’objectif (2) et le disque de manœuvre est rendu solidaire d’une bague moletée placée à l’extérieur (1 et 2). On fait donc varier l’ouverture du diaphragme en tournant cette bague à droite ou à gauche. On se rend compte à chaque instant de l’ouverture ainsi obtenue au moyen d’une graduation placée sur l’objectif et d’un repère tracé sur la bague; la graduation est faite en fonction du foyer; elle porte : F8, FI0, Fl6, etc.; c’est-à-dire qu’on a une ouverture qui est f, jç, Yg de la longueur focale. C’est là la seule graduation normale, celle qui devrait toujours être
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- gravée sur les diaphragmes quels qu’ils soient; au lieu qu’en général ils portent un numéro d’ordre quelconque qui n’exprime ni la grandeur de l’ouverture en millimètres, ni la grandeur en fonction du foyer; les résultats obte- ‘
- nus avec deux objectifs différents ne peuvent alors jamais être comparés facilement.
- On voit que M. Laverne s’est placé dans les meilleures conditions possibles pour l’emploi du diaphragme, aussi nous 11e craignons pas de prédire le succès à cette nouvelle création.
- Châssis de tirage (( E \-press )). — Il est assez difficile d’emporter en voyage un certain nombre de châssis de tirage ordinaires à cause de leur poids et de leur volume.
- Un modèle nouveau qui se trouve maintenant dans le commerce mérite d’être signalé à nos lecteurs.
- C’est une simple planchette rgarnie de drap, de la dimension du cliché, dont une partie, sur une longueur de 4 centimètres environ pour le 15x18, est montée sur charnières. Cette partie porte deux ressorts en forme de crochets qui en contournent les bords ; lorsqu’elle est complètement rabattue sur l’autre , il suffit d’exercer une légère pression pour faire soulever les crochets (fig. 2, A). On introduit alors le cliché et le papier sous ces crochets, qui sont garnis de caoutchouc, et on ramène la partie principale de la planchette contre le cliché. Le papier se trouve pris entre les deux (fig. 2, R). Cette seconde partie porte à son extrémité un crochet à ressort qui la contourne et sur lequel on exerce une légère pression en le poussant de gauche à droite pour saisir l’extrémité du cli-
- ché et le maintenir contre la planchette. O11 surveille la venue du positif en défaisant ce crochet. Cette disposition permet de voir l’image en entier et d’un seul coup pendant le tirage. Ce système de châssis ne permet pas de faire de tirages avec des clichés d’une dimension autre que celle pour laquelle il a été construit ; mais si on veut tirer une partie seulement d’un grand cliché, on prend une feuille de papier ordinaire de la dimension du cliché et on y fixe par les angles le papier sensible de la dimension désirée.
- Décentrage des objectifs. — Lorsqu’on a un appareil ordinaire , rien n’est plus lacile que le décentrage de l’objectif au moyen de la planchette ad hoc; mais, si
- on monte sur sa chambre un objectif à court foyer, un rectilinéaire grand angle, par exemple, le soul'llet se trouvant ramassé sur lui-même ne permet plus qu’un jeu très faible de la planchette de décentrage et on est souvent fort embarrassé. Un moyen commode pour remédier a cet inconvénient nous a été indiqué par M. Ba-lagny : c’est de ne pas monter la rondelle de l’objectif à court foyer au centre de sa planchette, mais vers l'un des bords. De cette façon il suffira de retourner la planchette pour changer la hauteur de l’objectif sur la chambre. C’est un petit truc très simple, mais auquel tout le monde n’a peut-être pas pensé et nous saisissons celte occasion de le signaler. C. Mareschal.
- Le propriétaire-gérant : G. I issaNhika. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Taris.
- Fig. 1. — Le diaphragme Iris.
- Fig. 2. — Nouveau châssis de tirage Express.
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- N° 799. — 22 SEPTEMBRE 1888.
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- AMBULANCES URBAINES
- Il y a quelques années, en novembre 1880, M. le LP Nachtel a fait une intéressante communication à l’Académie de médecine, sur le mode de fonctionnement des ambulances urbaines de New-York, dont il a été le promoteur, et sur son projet d’organiser à Paris un service analogue. Après avoir obtenu des rapports favorables de la part de l’Académie de médecine, du Conseil d’hygiène du département de la Seine et du Conseil municipal de Paris, M. le l)r Nachtel, avec une grande persévérance, contribua à la formation d’un comité de patronage, et
- parvint à obtenir au moyen de bals de bienfaisance, une somme de 50U00 francs. Cette somme a été employée à l’installation du service et à son entretien pendant une année à l’hôpital Saint-Louis.
- L’inauguration officielle de l’Œuvre des ambulances urbaines a eu lieu le 1er juin 1888, à l’Opéra de Paris, sous la présidence de M. Jules Simon, avec le gracieux concours des dames patronnesses et de leurs présidentes, Mme la baronne de Morenheim et M"‘e la comtesse de la Ferronnays.
- Toutes les autorités gouvernementales et municipales étaient représentées k cette fête, et la plupart des journaux y avaient envoyé un de leurs rédacteurs.
- Après le ^discours d’ouverture prononcé par le
- Transport d’un blessé dans une voiture des Ambulances urbaines de Paris.
- président de la Société, le comité des dames palron-nesses et des membres fondateurs se rendit k la ^pharmacie Planche, 11, rue Scribe, où le Dr Nachtel téléphona en leur présence à l’hôpital Saint-Louis pour demander une voiture d’ambulance; quelques membres de la Commission se détachèrent ensuite pour aller au poste de police, où se trouvait un second téléphone de la Société, et demandèrent la seconde voiture. Dix minutes k peine après chaque appel, on vit arriver sur la place de l’Opéra les deux voitures d’ambulance, et une démonstration expérimentale fut aussitôt faite.
- Le but de l’Œuvre est de secourir les blessés civils ou militaires, ainsi que les personnes tombant subitement malades sur la voie publique ou dans les 16° année, — 2e semestre.
- établissements publics de toute espèce; et aussi de transporter les malades à domicile, quand un fonctionnaire public le réclame. Les résultats obtenus depuis l’inauguration sont remarquables et l’on peut compter en moyenne sur cinq appels par jour.
- Devant les services déjà rendus, le Comité espère que le Conseil municipal voudra bien lui accorder une subvention pour lui permettre d’organiser le même service dans chaque hôpital de Paris, et de faire l’acquisition de nouvelles voitures; de cette façon, l’Œuvre des ambulances urbaines pourra répandre ses bienfaits dans tous les arrondissements, et, en cas de catastrophe, porter ses secours partout où ils seront réclamés.
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- Notre gravure représente une voiture de l'ambulance urbaine, au moment où l’on y transporte un blessé. C’est un petit omnibus conduit par un excellent trotteur. Aux fenêtres, en verre dépoli, est la croix rouge des ambulances; comme sièges, deux strapontins à ressort, et sur le plancher un brancard pour prendre et emporter le blessé. Ce brancard est très léger et une fois qu’il est dans la voiture, les pieds et les supports se replient pour tenir le moins de place possible. Deux coussins permettent de surhausser la tête du malade. Une petite pharmacie est contenue dans la voiture et se trouve a portée de la main du médecin, afin de lui permettre de porter les secours les plus urgents.
- 11 y a loin de ce matériel confortable aux brancards à bras dont on se servait jusqu’ici, et l’Œuvre des ambulances urbaines nous a paru très digne d’être signalée aux lecteurs de La Nature.
- I)r Z...
- LE LAIT GELÉ
- Uil savant ingénieur agronome, M. Guérin, à Grandvillers (Vosges) a récemment adressé à la Société des agriculteurs de France un Mémoire qui nous a paru offrir un grand intérêt, et qui donne le moyen pratique de congeler le lait, afin de le conserver par le froid et de le transporter à l’état solide, aux plus grandes distances. Le lait gelé, après plusieurs jours, plusieurs semaines même d’inertie, est ramené à l’état liquide par une élévation de température, et il peut être livré à la consommation sans avoir perdu, paraît-il, aucune de ses qualités. Voici la reproduction du Mémoire de M. Guérin :
- Le problème que je me suis posé, en étudiant les effets du froid intense sur le lait, est de savoir s’il ne se trouvait pas détérioré et s’il ne perdait aucune de ses qualités, lorsque, après son dégel, il repassait à l’état liquide. Il est évident que si cette opération ne produit aucun effet nuisible sur ses principes constituants, on pourra le conserver indéfiniment à l’état de glaçon, le transporter aussi loin que l’on voudra, et le livrer à la consommation, après son dégel, absolument dans le même état qu’après la traite. Ceci permettra aux cultivateurs éloignés des grands centres de consommation, d’y expédier le produit de leurs étables, et d’apporter sur le marché des grandes villes un lait sain et naturel, qui n’aura exigé pour son transport l’annexion d’aucun agent chimique, tel que bicarbonate de soude, etc. Les cultivateurs comme les habitants des villes bénéficieront donc de ce nouvel état de choses ; les malades et les enfants ne seront plus obligés de payer à un prix exorbitant un lait plus ou moins naturel.
- Congélation. — Dans cette opération on doit éviter de laisser la température stationnaire au-dessus de 2° pour éviter : 1° la formation d’acide lactique; 2° la montée de la crème, c’est-à-dire la séparation du principe constituant le plus utile. Pour parer à ces inconvénients, les bidons qui renferment le lait à congeler doivent être placés dans un bain réfrigérant dont la température est au moins — 15° et dont la masse est suffisante pour
- amener en moins d’une heure le volume de lait introduit à 0°, température à laquelle ne s’opère plus la montée de la crème et à plus forte raison la formation d'acide lactique. Le reste de l’opération s’effectue en cinq à six heures, sans aucun risque et selon l’épaisseur de la couche du liquide à congeler. Les divers essais que j’ai faits m’ont donné comme chaleur spécifique du lait 0°,Ü8 et cependant j’ai toujours trouvé qu’il était plus long à se congeler que l’eau, ce que j’attribue à la texture de la glace qu’il produit et qui le rendrait plus isolant.
- Examen physique du lait qui a subi la congélation. — Son aspect est le même qu’avant sa congélation; soumis à la dégustation, il a présenté constamment la même saveur que le lait qui vient d’être trait. Ainsi, dans une réunion de plus de vingt agriculteurs, au nombre desquels se trouvait un professeur d’agriculture, il a été présenté 10 litres de lait ayant subi la congélation, et 10 litres de lait venant d’être traits, tous deux provenant de la même vache et ramenés au même degré de température. Aucune différence n’a pu être constatée et on n’a pas pu désigner celui qui avait subi l’opération. Soumis à l’ébullition, ils se sont comportés l’un comme l’autre, et l’écrémage a donné le même résultat pour les deux; néanmoins celui qui avait subi la congélation n’avait pas encore produit d’acide lactique le quatrième jour, et sa crème avait conservé sa douceur. Cette dernière remarque donne lieu d’espérer qu’en pratiquant le système de congélation pour la fabrication du beurre, on obtiendrait un beurre sain, exempt d’acides butyrique et lactique, caractères que présentent une grande partie de nos beurres français, impropres par cela même à leur consommation sur table.
- Examen microscopique. — Examinés au microscope, le lait congelé et celui qui vient d’être trait, ont donné la même opalescence et les globules butyreux présentaient dans l’un et l’autre le même aspect diaphane et la même forme ; leurs mouvements, ou plutôt glissements, étaient exactement semblables. Aucune agglomération de ces globules n’a été remarquée, de même qu’aucun germe ni ferment.
- Examen chimique. — Je n’ai pas fait ni fait faire d’analyse chimique de lait ayant subi la congélation, mais je l’ai soumis à l’action des acides et de la présure. Les acides minéraux le coagulent parfaitement, l’acide acétique également : la présure agit avec toute son énergie. Des essais ont été faits dans une grande fromagerie renommée par ses produits, et il a été reconnu que le lait congelé est apte à la fabrication des fromages, qu’il donne même des produits supérieurs. En résumé, il résulterait de tous les essais faits, qu’aucune des parties constituantes du lait n’est altérée par sa congélation, et on le comprend facilement si l’on tient compte de sa composition. L’eau qui forme la base du liquide n’est altérée en-x'ien par la gelée. Les essais et examens ci-dessus prouvent qu’après la congélation, la caséine jouit des mêmes propriétés qu’auparavant, que les globules butyreux présentent le même aspect, et qu’ils sont soumis aux mêmes lois de montée de la crème. La lactoprotéine, si réfractaire aux actions de la chaleur et des acides qui ne peuvent la coaguler, ne doit pas davantage être sensible à l’action du froid; il est donc à présumer que ce dernier n’a aucune action sur elle. La lactose, par sa composition même, ne saurait être attaquée par le froid. Je suis cependant porté à croire qu’il fait ressortir son arôme qui semble plus développé dans le lait qui a subi la congélation. Les sels : chlorures, phosphates, lactates, ne peu-
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- vent subir d’altération dans cette opération, ils passent, connue tous les sels en dissolution, à l’état anhydre. 11 y a donc séparation momentanée de ces sels d’avec le liquide, c’est pourquoi on ne doit se servir du lait congelé qu’après avoir fait dégeler toute la masse renfermée dans le même bidon, et après l’avoir agitée légèrement. Les gaz, pai'tie essentielle de la constitution du lait, sont conservés au sein du liquide. Tour cela j’ai adopté une forme spéciale de bidon qui permet de remplir exactement le vase, de le boucher hermétiquement sur le liquide, emprisonnant ainsi les gaz qu’il renferme, sans que d’autres puissent s’y dissoudre; forme de bidon qui permet aussi à la dilatation de s’opérer sans risque de rupture.
- Je crois devoir ajouter à l’exposé qui précède, qu’à l’état de glace, le lait n’est plus apte à absorber les ferments, les germes de toutes sortes, épidémiques ou non, que renferme souvent l’air ambiant, et qui, au contraire, s’assimilent parfaitement au lait à l’état liquide, pour y vivre et y prospérer. 11 est aussi plus que probable que l’abaissement de température nécessaire à sa congélation est suffisant pour tuer tous ces germes funestes. Dans ce cas, cette opération donnerait dans ce sens le même résultat que la cuisson, et comme cette dernière, elle devrait être recommandée en temps d’épidémie. L’ébullition expulse les gaz, la congélation les conserve dans le lait.
- Un voit, d’après l’exposé que l’on vient de lire, que le nouveau procédé est aussi simple qu’ingénieux : il est peut être appelé à prendre une haute importance.
- LE PARTAGE
- DE LA COTE ORIENTALE D’AFRIQUE
- Le 15 août 1888, le drapeau de la Société allemande de l'Afrique orientale a été hissé, au bruit du canon, sur la côte qui s’étend depuis l’embouchure de la Rovouma jusqu’à Ouanga ; soit près de 200 lieues de long et sur quatorze ports. Cet événement ne peut passer inaperçu, non seulement à cause de son importance propre, mais parce qu’il clôt l’ère du partage entre nations européennes de la côte orientale d’Afrique. Jusqu’à ces derniers temps deux nations seulement s’étaient établies entre les caps de Bonne-Espérance et Guardafui : le Portugal et l’Angleterre.
- En vertu de ses droits historiques et séculaires, le Portugal, qui avait envoyé jadis dans l’intérieur ses voyageurs et ses pionniers, s’était cantonné sur la côte de Mozambique. L’Angleterre, dont l’ambition est toujours éveillée, ne s’était pas contentée de la petite colonie du Cap qu’elle avait enlevée à la Hollande ; elle avait poussé droit devant elle, refoulant les anciens colons, les Boers, s’emparant de leurs territoires et les forçant à chercher loin de la mer de nouveaux terrains de pâturages. Puis elle avait pris pied à Natal, elle avait su habilement susciter des différends entre ses colons et les naturels pour annexer leur territoire, et, l’histoire n’est pas vieille, puisqu’on annonçait ces jours derniers seulement la soumission de Dinizoulou, elle s’annexait, le 14 mai 1887, le territoire des Zoulous et interdisait
- aux Boers l’accès de la mer des Indes en devenant voisine de la colonie portugaise de Mozambique.
- Mais depuis que la fièvre coloniale s’est emparée de l’Allemagne, depuis que nombre de revues et de journaux officieux ont prêché l’expansion au dehors, il a fallu chercher et trouver des colonies.
- La Société coloniale allemande de l’Afrique orientale fut fondée au capital de cinq millions de marcs dont le dixième fut souscrit par la Caisse d’état prussienne Seehandlung. Bien que le développement du commerce fut le but principal de cette société, elle reçut des pouvoirs assez étendus pour acheter des territoires et exercer de piano les droits souverains. Nous avons exposé ailleurs1 en détail les acquisitions successives de la Société allemande. Nous n’y reviendrons que pour dire qu’a partir de 1884, époque des premières tentatives de colonisation, le comte Pfeil, les docteurs Peters et Juhlke, ainsi que les autres agents de la Société, réussirent à lui acquérir un territoire immense composé de l’Usegua, de l'U-sagara, du Nguru et de l’Ukami, soit 130 000 kilomètres carrés situés entre le Tanganyika et le littoral, en face de Zanzibar.
- L’emplacement était bien choisi, car c’est à Zanzibar qu’aboutissaient toutes les caravanes de l’intérieur, c’est de là que partaient tous les trafiquants pour les grands lacs, c’est par là qu’allaient forcément passer toutes les marchandises venues de l’Afrique centrale.
- Des lettres de protectorat furent aussitôt accordées à la Société par le gouvernement allemand, et le voyageur Rohlfs qui venait d’être nommé consul à Zanzibar prenait solennellement possession des territoires nouvellement acquis.
- La Société ne pouvait s’arrêter en si beau chemin. De nouvelles acquisitions sont faites sur les deux rives du Rufidji ; plus loin, dans le voisinage du Renia et du Kilimandjaro; enfin le pays somali, depuis la R. Mruti jusqu’au delà du cap Guardafui et jusqu’à la baie Sijada sur le golfe d’Aden, ou passe directement entre les mains des Allemands ou reconnaît leur protectorat.
- L’Angleterre ne pouvait voir sans appréhension une telle extension de l’Allemagne, elle comprenait (pie tout le commerce de l’Afrique équatoriale allait lui échapper, et c’est elle qui avait le plus fait pour la connaissance de ces contrées par ses explorateurs et par ses missionnaires.
- Les stations nouvellement installées et déjà florissantes de la mission dite des Universités et recrutée à Oxford et à Cambridge, de Tabor et de Mpuapua, se trouvaient englobées par les premières acquisitions allemandes. Si l’on ne se hâtait, on ne pourrait plus mettre la main sur l’Afrique tropicale qu’on avait eu tant de peine à ouvrir depuis que Livingstone, Speke, Grant et tant d’autres explorateurs l’avaient reconnue et dont ils avaient dévoilé les peuples et les richesses à l’Europe incrédule.
- 1 Yoy. Revue scientifique, du 5 février 1877.
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- Le sultan de Zanzibar, Saïd Bargasch, qui prétendait à la domination du littoral autrefois soumis à l’iman de Mascate, ne voyait pas avec plaisir qu’il allait se trouver enfermé sur la côte et sans communication avec l’intérieur. 11 protesta et fut naturellement soutenu par l’Angleterre. C’est à ce moment que le commodore Paschen arriva avec une escadre imposante devant Zanzibar, menaçant de bombarder la ville si le sultan ne reconnaissait pas les traités conclus par les agents de la Société allemande.
- Une solution pacifique fut cependant obtenue grâce à l’intervention du consul anglais. L’indépendance du sultan fut reconnue, sa souveraineté sur la côte fut proclamée et soigneusement délimitée ; enfin l’Angleterre et l’Allemagne s’entendirent pour se partager ce qui restait. L’Allemagne se réservait l’immense territoire qui s’étendait entre les possessions littorales du sultan et les trois grands lacs Nyassa,
- Tanganyika et Victoria : au sud, la Ro-vouma ; au nord, une ligne qui, partant de Ouanga, va joindre la Victoria par 1° de latitude sud ; telles étaient les bornes des territoires soumis à l’influence allemande. Quant à l’Angleterre, il ne lui restait plus qu’une étroite bande située au nord de ce dernier et dont les frontières étaient une ligne perpendiculaire à la côte partant de Ouanga et contournant les pentes septentrionales du Kilimandjaro pour le laisser en territoire allemand, jusqu’au Victoria ; au nord, la rivière Tana servait de'limite.
- C’est pour assurer l’exécution de ce traité que se fonda à Londres la British East African Association et qu’à Berlin la Compagnie allemande de l’Afrique orientale succéda à la Société de colonisation.
- Les Anglais ne se tenant pas pour battus reprirent les négociations avec Saïd Bargasch et obtinrent, le 24 mai 1887, un traité par lequel celui-ci leur cédait, pendant cinquante ans, ses droits souverains sur la partie du sultanat qui s’étendait sur le littoral entre le port de Ouitou occupé par les Anglais et le port de Ouanga à l’embouchure de l’Oumba. Grâce à ce traité additionnel, la British East African Association se trouvait en meilleure situation que sa
- rivale allemande, puisqu’aux territoires qu’elle possédait déjà elle pouvait joindre une ligne de côtes de 350 kilomètres. Cette fois l’accès des lacs lui était librement et grandement ouvert et elle possédait les ports de Mombas et de Mélinde pour lui en faciliter l’accès. On comprend que la Compagnie allemande, à l’annonce de cette nouvelle, s’est efforcée d’obtenir une concession analogue. Elle a profité de la mort de Saïd Bargasch et de l’avènement de son successeur, et la mesure que nous annoncions au début de cet article prouve qu’elle y a réussi. Tout le littoral de Tungi à Ouanga est aujourd’hui administré par les Allemands.
- Mais nous savons que les choses n’en resteront pas là. Déjà, le gouvernement anglais a jugé à propos de
- renforcer l’organisation de la East British African Association. Sa nouvelle charte lui permet de percevoir les impôts, de légiférer, d’établir des droits de douane, de tracer des routes, d’entretenir unepolice autonome, une marine et une force armée afin de lui permettre de jouer en Afrique le rôle qu’a exercé en Asie la célèbre Compagnie des Indes.
- Une discussion de la plus haute importance s’est récemment produite à la Chambre des Lords au sujet des agissements des Allemands et des Portugais dans l’Afrique orientale que l’Angleterre a si longtemps considérée comme une de ses futures colonies. On voit à l’acrimonie des revendications qu’elle n’a pas encore pris son parti d’avoir été devancée par l’Allemagne. Et peut-être ce partage qu’on s’est si bien entendu pour faire donnera-t-il naissance à quelque incident international. Mais de ces éventualités nous n’avons pas à nous occuper ici, nous n’avons voulu qu’enregistrer, en l’expliquant, la modification importante qui vient d’être apportée à la géographie africaine et constater que le domaine du sultan de Zanzibar se trouve réduit, outre cette île, à celles de Pemba, de Mafia et deLamou, ainsi qu’aux stations deOuarscheik, Magdischou, Marka, Baraoua et Kismaiou, placée à l’embouchure du Djob; encore cette dernière est-elle vivement convoitée par l’Italie. . Gabriel Marcel.
- Dar Four
- ^Aby^sinA,
- Oa-Fêr-tit. _
- ateu i
- Etat I
- msvaal
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- I à /'Angleterre I à /'Allemagne I au Portugal kilomètres.
- Carte des colonies européennes à la côte orientale d’Afrique,
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- ÉPISODE
- SUR LES MŒURS DES FOURMIS
- Bien que le fait suivant, relatif aux mœurs des fourmis, soit connu, je ne l'ai pourtant jamais vu décrit avec les caractères accentués, et dans la forme nettement définie, sous lesquels je viens de l’observer, .le pense qu’il intéressera les lecteurs.
- Samedi, 14 juillet 1888, par un soleil très vif, je me promenais sur une route allant du sud au nord et (pii, à l’endroit où je me trouvais, longeait le mur de clôture d’un jardin ; je ne tardai pas à remarquer à ma gauche, et vers le mur, toute une légion de
- fourmis brunes, d’assez grande taille, marchant au pas accéléré, et en bon ordre, dans le même sens. La colonne, de 2 décimètres environ de largeur, avait déjà un développement de près de 5 mètres ; elle partait d’un carré de terrain un peu plus élevé que la route, recouvert d’herbes et de plantes sauvages; elle en descendait par un sentier dénudé et incliné de plus de 45 degrés; au bout de ce sentier, elle tournait brusquement à angle droit pour suivre la route. Je rebroussai chemin et j’atteignis la tête de la colonne, qui était bien nettement limitée; je la suivis attentivement, pour voir quel pouvait être le but de cette expédition; car il était clair qu’il s’agissait de l’exécution d’un plan bien arrêté. J’avais re-
- Fourmis brunes emportant les œufs d’une fourmilière d’autre espèce, dont elles ont opéré le pillage.
- marqué déjà avec étonnement que, pendant la marche de cette armée, plusieurs fourmis, paraissant avoir changé d’avis, revenaient sur leurs pas, en traversant tous les rangs; mais je ne tardais pas à voir qu’elles rebroussaient bientôt chemin, après s’être concertées avec quelqu’une de leurs compagnes, qu’elles cherchaient. Arrivée devant la grande porte du jardin, la tête de la colonne s’arrêta, et toutes les nouvelles arrivantes se groupèrent en un cercle de grand diamètre. 11 était évident qu’on s’était réuni en conseil de guerre et qu’on se concertait sur quelques mesures de prudence à suivre. Bientôt, en effet, le cercle s’ouvrit, et les fourmis se mirent à passer sous les battants de la porte, non plus en colonne serrée, mais éparpillées sur un large espace et marchant plus
- lentement, avec rétlexion. Je les vis se diriger vers une pelouse de gazon sous lequel je les perdis de vue.
- J’étais fiévreux ce jour-là, et maussade. Je m’en allai tristement, en songeant à ce que je venais d’observer. Je pensais que c’était quelque peuplade malheureuse qui s’était ainsi exilée de ses foyers, pour chercher un ciel plus propice. Je me trompais du tout au tout ; je venais d’assister à une expédition préméditée de pillage. Étant, au bout d’une demi-heure, revenu par la même route, je vis mes fourmis brunes rentrant triomphalement chez elles, et tenant chacune dans ses mandibules un gros œuf de fourmi, d’une autre espèce, sans doute. Elles ne marchaient plus en ordre; chacune allait pour son compte, tâchant de ne pas lâcher sa proie. (Voir la gravure.)
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- Etait-ce effectivement une proie qu'elles venaient de chercher pour leur table, par un barbare raffinement de goût? Ou n’étaient-ce pas bien plutôt des œufs qu’elles voulaient faire éclore chez elles, pour convertir en esclaves les êtres qui en naîtraient? Esclaves dont, par une juste punition, elles deviendront bientôt à leur tour les esclaves, en perdant l’habitude du travail! Etait-ce un odieux acte de rapt et de violence auquel je venais d’assister? Ou taut-il admettre que les fourmis ainsi privées de leur progéniture se résignent volontiers à leur sort et y sont prédestinées? La défense en tous cas, si défense il y a eu, n’a pas dû être très énergique : personne ne poursuivait les pillardes; nulle blessée parmi les vainqueurs. s
- La première partie du drame m’avait attristé, mais m’avait laissé une illusion mensongère; la fin m’attrista plus encore. Je me consolai pourtant en me disant que ces fourmis esclavagistes, si elles ne sont meilleures que leurs pareils parmi les hommes, comprennent du moins mieux leurs véritables intérêts. Elles ne maltraitent pas trop leurs victimes, puisqu’elles finissent par en devenir elles-mêmes les humbles soumises. Et puis, pensai-je aussi, peut-être les naturalistes qui ont fort bien observé ces sortes de prise de possession d’une race par une autre, n’ont-ils pas attendu la fin. Les fourmis dont les grandes brunes capturent les œufs subsistent : il faut donc ou qu’on ne leur ravisse pas toute leur progéniture, ou que les esclaves rentrent un jour ou l’autre au gîte, se moquant à leur tour des vainqueurs de la veille. Peut-être un de ces jours verrai-je une procession de fourmis plus petites se dirigeant tranquillement vers leur séjour primitif.
- Depuis l’époque où Descartes, par une inspiration, cette fois néfaste, de son génie, essayait de réduire l’animal à l’état de machine, et où Malebranche, son disciple fanatique, poussait cette thèse jusqu’à l’extravagance; depuis l’époque où Buffon, en contradiction avec ses tirades pompeuses sur les qualités du chien, du cheval, ... s’efforcait de prouver que tout est instinct et mécanisme chez l’animal, un chemin considérable s’est fait dans cet ordre de questions. Pas plus qu’aucun astronome aujourd’hui ne conteste la pluralité des mondes, aucun naturaliste ne conteste plus les manifestations, souvent très élevées, de l’intelligence, du raisonnement et d’autres facultés psychiques, non dans le règne animal pris en bloc comme le font beaucoup de personnes pour nier plus facilement le fait, mais chez certaines espèces, et certains individus de ces espèces. L’homme étant considéré (par lui-même, s’entend) comme le type le plus élevé de la nature animée et vivante, on pourrait toutefois penser que les êtres inférieurs qui, sous certains rapports, lui sont comparables, devraient toujours être ceux qui, par leur organisation, lui ressemblent le plus. S’il en est ainsi, en effet, généralement parlant, nous rencontrons pourtant dans cette voie des exceptions qui nous apparaissent comme de véritables énigmes. Quoi de plus différent
- de notre organisation que celle d’une fourmi? Et pourtant dans la scène que j’ai décrite, nous nous trouvons en face d’actes où l’instinct, comme moteur premier, n'est plus qu’à l’arrière-plan, et qui supposent des raisonnements, des observations suivies, des moyens de communication entre individus, que personne ne soupçonnerait a priori.
- Les deux fourmilières dont je parle, celle des pillardes et celle des pillées, sont, fort éloignées l’une de l’autre : l’une est dans un enclos, je passe habituellement tous les jours par le même sentier; je n’y avais jamais remarqué dç circulation de fourmis. L’instinct peut dire aux grandes fourmis brunes qu’il existe d’autres fourmis capables de faire ce qu’elles-mêmes ne savent ou ne veulent pas faire: mais ici s’arrêtent les révélations de cet instinct. Pour le satisfaire, il faut visiblement que les fourmis incapables aient eu des explorateurs allant au loin chercher une fourmilière de travailleuses, y pénétrant audacieusement pour voir quand la ponte serait opérée, et venant alors avertir leurs compagnes que le moment est venu. Il faut que cet avertissement ait été rapidement communiqué à toute la société et que le commandement de la mise en marche ait été parfaitement compris, puisque la tête de la colonne avançait en bon ordre et d’un pas rapide. Il faut, de plus, que cette légion ait eu des guides bien sûrs de leur fait et du but où il fallait aller. Les fourmis qui rebroussaient chemin et traversaient vivement tous les rangs pour voir si tout se passait en règle, savaient probablement# que, parmi les leurs, pas plus que parmi nous, l’intelligence et le sentiment du devoir ne sont les mêmes chez toutes. Le conseil de guerre tenu en cercle avant l’attaque du camp à piller est la preuve d’une prudence bien raisonnée. Nulle tête folle, ayant commandement, n’avait dit : « Tout est prêt. »
- Dans tout ce qui précède, je n’entends rien apprendre de nouveau au lecteur. Il trouvera, notamment, dans l’ouvrage si bien fait de Brehm, des observations remarquables sur les mœurs et sur les aptitudes des fourmis. Si je suis entré dans quelques développements à ce sujet, c’est parce que je n’avais jamais vu, parmi ces petits êtres, se dérouler une suite d’actes plus variés, tous combinés, conduisant le spectateur à une même conclusion forcée. Pour irapercevoir que mécanisme et instinct aveugle dans la scène dont je venais d’être témoin, il eut fallu, en vérité, que je ne fusse guère doué moi-même d’autre chose que de ces deux moteurs. Le lecteur, certainement, se joindra à moi dans cette conclusion.
- Ct.-A. Hirn.
- L’ÉMIGRATION ALLEMANDE
- Le nombre des Allemands qui ont quitté leur patrie pour se rendre en Amérique, s’est élevé à 8455 au mois de juin 1888. Depuis le commencement de l’année jusqu’au 50 juin, le chiffre des émigrants a atteint 56 752
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- LA PHOTO-FUSÉE
- Il y a quelques semaines nous avons parlé d’expériences au moyen desquelles un opérateur habile était parvenu à obtenir des photographies aériennes à l’aide d’un appareil léger enlevé par un cerf-volant1.
- Mous allons faire connaître aujourd’hui un système plus curieux encore qui permet d’obtenir une photographie à vol d’oiseau au moyen d’un appareil enlevé par une fusée volante, redescendant en parachute.
- Uet intéressant appareil photo-pyrotechnique est dù aux recherches de M. Amédée Denisse. 11 consiste en une toute petite chambre noire cylindrique ayant 12 lentilles régulièrement espacées sur sa circonférence (fig. 1, A). Des cloisons évitent le croisement des rayons.
- Le châssis à double enveloppe, également de forme cylindrique, supportant la pellicule sensibilisée C, est
- Fig. 1 et 2. — La photo-fusée de M. Amédée Denisse.
- Fig. 1. Chambre noire de Fappareil. — Eig. 2. La chambre noire disposée dans la fusée et représentée à une plus petite échelle.
- placé au centre de la chambre. Un obturateur circulaire B, percé de trous en regard des objectifs, fonctionne par son propre poids : suspendu à une mèche d’artifice que la fusée brûle au terme de son ascension, l’obturateur en retombant, découvre et referme instantanément les ouvertures. La fin de cette même mèche actionne la détente du parachute qui se déploie, et la fusée, retenue captive par une cordeletle, est ramenée à son point de départ. La figure 2 représente l’aspect, de la photo-fusée prête à fonctionner.
- Le châssis, aussitôt recueilli, est enfermé dans une boite obscure jusqu’au moment de développer le cliché.
- Pour les reconnaissances militaires, un seul homme peut suffire au lancement de la fusée.
- Tous les services que les aérostats peuvent rendre à
- 1 Voy. n° 795, du 20 août 1888, p. 200.
- l’armée n’empêcheront pas, croyons-nous, d’utiliser la photo-fusée qui opère en quelques secondes, sans exposer la vie de personne, n’ayant pas à redouter le tir de l’enneini. Son ascension spontanée, en plein jour, ne peut être remarquée; seul, le parachute apparaît comme un oiseau difficile à atteindre.
- Dans ce dernier cas, l’appareil est vivement rapporté à l’opérateur qui développe le cliché et le place dans la chambre d’agrandissement où l’image amplifiée peut être aussitôt consultée (on sait que les clichés de très petite dimension sont ceux qui donnent les meilleures résultats à l’agrandissement).
- Quelle que soit d’ailleurs la chambre adoptée, pour assurer la réussite, il ne faut négliger aucun des détails suivants :
- 1° Employer des fusées chargées avec le plus grand soin1.
- 2° Veiller à ce que la baguette de direction soit suffisamment longue, bien équilibrée et parfaitement droite.
- 5° Faire communiquer le feu du massif au déclenchement de l’obturateur, un peu avant le terme de l’ascension, afin que la fusée n’ait pas encore perdu sa position perpendiculaire au moment de l’opération.
- 4° Disposer la cordelette de façon à ce qu’elle se déroule sans résistance ni secousse (enroulée méthodiquer ment sur un groupe de chevilles coniques, bien unies, la ficelle se dégage très bien).
- La photo-fusée, qui a déjà donné quelques résultats, est actuellement à l’étude. Dès que l’instrument nouveau fonctionnera régulièrement, nous en reparlerons d’une façon plus complète.
- LE NOUVEAU VIADUC DU GOLFE DE TAY
- MISE EN PLACE DES TRAVÉES
- Nous avons déjà entretenu nos lecteurs du viaduc du golfe de Tay, le plus long de tous les ouvrages analogues, et que la grande catastrophe survenue en décembre 1879 a rendu doublement fameux. Sous l’effort d’une violente tempête, plusieurs des piles se sont écroulées, comme on sait, et les travées correspondantes sont venues s’engloutir dans la mer avec le train tout entier qui les traversait.
- Après une interruption de service de plusieurs années, on se décida à reprendre la construction d’un nouveau viaduc qui fut établi parallèlement au premier, à 18 mètres environ de distance d’axe en axe dans la partie droite de l'alignement. Les travaux présentèrent un intérêt particulier tant en raison de l’importance de l’ouvrage que des difficultés qu’on rencontra pour établir dans le lit du golfe les fondations des nombreux piliers de soutien. Nous avons décrit, dans un numéro précédent2, le mode d’installation de ces piles; nous compléterons aujourd’hui ce qui est relatif au nouveau viaduc récemment inauguré en donnant quelques détails sur les procédés adoptés pour le transport et la mise en place des travées. Nous les empruntons à une. intéressante
- 1 Voy. 1 a Traité des feux d’artifice, par Amédée Denisse.
- 2 Voy. n° 049, du 7 novembre 1885.
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- conférence de l’ingénieur M. Fletcher Kelsey, faite devant les ingénieurs mécaniciens anglais.
- La longueur totale du viaduc est de 3208m,56 comprenant 80 portées dont 5 formées de voûtes en briques et 81 de travées métalliques. Les deux extrémités du viaduc sont formées par des travées basses, c’est-à-dire supportant la voie à la partie supérieure de la poutre, au haut du treillis qui en réunit les deux planchers; la portée de ces poutres varie de 54 à 44 mètres pour les 24 travées basses du côté sud, elle va de 20 à 50 mètres pour les 54 travées basses du côté nord. Les 13 travées du milieu seules sont hautes, en outre de la travée extrême du côté nord, c’est-à-dire qu’elles supportent la voie ferrée sur leurs planchers inférieurs, les treillis latéraux formant ainsi parapet. Elles ont des portées variant de 70 à 75 mètres; la hauteur qu’elles laissent libre au-
- dessus du niveau des hautes eaux atteint 23m,50, et permet ainsi le passage des grands steamers; sous les travées basses des extrémités, cette hauteur se réduit à 8 mètres. La hauteur maximum des piles, depuis la fondation jusqu’au sommet, atteint 45™,20. On s’est attaché, dans la répartition des piles, à conserver les mêmes portées que sur l’ancien viaduc afin de permettre d’utiliser les travées de celui-ci dans l’établissement du nouveau. Toutefois ce dernier est à deux voies, tandis que l’ancien était à voie unique. 11 en résulte ainsi un élargissement des piles qui est de nature à augmenter beaucoup la stabilité de l’ouvrage. Il faut remarquer, d’ailleurs, en ce qui concerne la stabilité, que le souvenir de la catastrophe de l’ancien viaduc n’a pas été perdu, car les travées ont été calculées en vue d’une pression de vent de 270 kilogrammes par mètre carré, atteignant pres-
- t>S- — La reconstruction du pont de Tay. — Transport des travées de l'ancien viaduc sur le nouveau.
- que le sextuple de celle tout à fait insuffisante de 45 kilogrammes qui avait été admise dans les premiers calculs. Pour l’évaluation de la superficie soumise à cette pression, on a converti les pans biais des piles comme surfaces planes, les treillis des parapets comme pleins, et les poutres des travées ont été assimilées à une surface pleine de hauteur moitié moindre. Dans la construction d’une grande partie des piles, le fer forgé a remplacé, d’autre part, la fonte d’Ecosse qui avait été la cause première du désastre de l’ancien viaduc en raison des soufflures dont les colonnes étaient traversées. Le poids de la partie métallique de l’ouvrage atteint 8000 kilogrammes par mètre courant, soit au total 25 750 tonnes, dont 20 000 tonnes environ en fer forgé pour le tablier et les piles, 3600 tonnes d’acier pour le plancher et 2500 tonnes de fonte.
- Un certain nombre des poutres employées dans la construction des travées, au nombre de 68 environ, proviennent de l’ancien viaduc, et il faut reconnaître, d’ailleurs, qu’elles étaient restées en place depuis le jour de l’accident sans présenter de détérioration trop grave, ce qui a permis de les utiliser à nouveau.
- Les dispositions employées pour le transport d’un viaduc à l’autre sont intéressantes à signaler, et nous avons représenté dans la figure 1 le ponton appliqué à cet elïet. Ce ponton, qu’on aperçoit entre les deux viaducs, l’ancien à l’avant, et le nouveau avec ses piles en arc à l’arrière, est double en réalité; il comprend deux caissons flottants de 25 mètres environ de longueur sur 8 mètres de large, maintenus assemblés à une distance de 6 mètres environ, au moyen de poutres en fer retenues sur des colonnes montantes également en fer. Les parties supérieures
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- des colonnes peuvent s’allonger en télescope : elles sont munies à la base de moutons hydrauliques permettant de les élever ou de les abaisser, suivant les
- besoins, sur une hauteur de 4 mètres. Les deux piles d’un même caisson sont réunies d’ailleurs au sommet par une poutre transversale sur laquelle s’ap-
- Fig. 2. — Transport îles travées par roulement.
- puyait la poutre du viaduc pendant le transport. Ce travail s’effectuait alors dans les conditions
- suivantes : les pontons étaient amenés à marée basse sous la travée à déplacer, et, au moyen des appareils
- Fig. 3. — Ponton servant à amener en place les travées hautes.
- hydrauliques, on réglait la hauteur des colonnes pour assurer l’appui sur les poutres transversales, on laissait ensuite le ponton s’élever avec la marée, soulevant ainsi la travée qui se détachait des piles.
- On déplaçait alors le ponton ainsi chargé en le tirant avec de grandes précautions pour amener la travée sur les nouvelles piles et on laissait ensuite celle-ci descendre doucement dans sa position définitive en
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- agissant sur la hauteur réglable des colonnes du ponton. Cette manœuvre assez délicate fut appliquée seulement du côté du viaduc double le plus rapproché de l’ancien, et elle réussit avec un plein succès.
- Les autres travées furent munies de poutres neuves qui furent amenées sur place tout assemblées. Quelques-unes d’entre elles furent simplement roulées sur le plancher des travées déjà construites, comme on en voit un exemple sur la figure 2.
- Les autres poutres, notamment les treize hautes travées du milieu, présentèrent un levage plus intéressant, car elles furent amenées aussi sur des pontons et élevées en quelque sorte simultanément avec les piles qui devaient les supporter en place.
- On édifia sur le bord de la rivière une jetée d’une longueur suffisante pour permettre d’y assembler deux portées à la fois. Des échancrures servant de docks perpendiculaires à l’axe de la jetée pénétraient dans celle-ci et pouvaient recevoir chacune un caisson simple dépourvu de colonnes, provenant du dédoublement des pontons ayant servi au transport des anciennes travées. Ces pontons étaient amenés dans le dock à marée basse, et placés à l’aplomb des travées qu’ils devaient emmener. Celles-ci se trouvaient soulevées par l’action de la marée, et on entraînait le ponton avec précaution pour amener la travée entre les piles qui devaient la supporter (fig. 3). Ces piles, dont la construction n’était pas terminée, se trouvaient alors arrêtées intentionnellement au massif de briques bleues qui sert de soubassement à la partie métallique et s’élève un peu au-dessus du niveau des hautes eaux. La travée venait reposer sur ces massifs par l’abaissement du ponton à marée basse, et elle y était solidement amarrée; il ne restait plus qu’à l’élever à sa position définitive après l’achèvement des piles. Les parties en fer des piles furent alors élevées sur le massif de briques autour et au-dessus des montants extrêmes de la travée, en laissant seulement le vide nécessaire pour les soulever. On construisit ensuite dans chacun des quatre tubes des piles une colonne provisoire en cornières d’acier ayant des dimensions suffisantes pour supporter le poids total de la travée atteignant 500 tonnes environ. Dans chacune de ces colonnes on disposa un mouton hydraulique à l’aide duquel on souleva la travée par levées successives de 0m,19. On déplaçait au 'fur et à mesure du soulèvement les plaques du tube de la pile qui gênaient l’opération pour les river ensuite au-dessous.- Arrivées à hauteur, les extrémités des poutres furent amenées sur les piles elles-mêmes en cessant de reposer sur les colonnes provisoires, et celles-ci purent être démontées afin d’être replacées dans les piles suivantes.
- Ce travail de soulèvement fut particulièrement délicat, il exigea près de neuf mois pour les treize travées, soit en moyenne trois semaines pour chacune.
- Le plancher du nouveau pont de Tay est complètement en acier et forme un tout continu dans l’étendue comprise entre deux joints successifs de dila-
- tation. Ceux-ci sont au nombre de trente-deux sur toute la longueur du tablier, ils laissent un jeu total de près de 5 mètres qu’on a pu ménager en faisant reposer sur des couteaux spéciaux les extrémités libres des poutres. L’ensemble total des allongements de dilatation est évalué par les constructeurs à lm,12.
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- COUP DE FOUDRE
- SH! UN RÉSERVOIR ET UNE CANALISATION k’eaU A TOULON
- Pendant la journée du 25 août 1888, le vent d’est avait accumulé une grande quantité de sombres nuages au-dessus de Toulon et de la région environnante. Une forte pluie commença à 9 heures du soir, accompagnée d’éclairs et de tonnerre; les rues en pente de la ville furent transformées en torrents.
- Ail heures et demie, on entendit un coup de tonnerre d’une intensité extraordinaire, du côté de la vallée de Dardenne. Les réservoirs de la Compagnie générale des eaux, situés dans le quartier Sainte-Anne, au pied de la croupe escarpée qui termine à l’ouest la montagne de Faron, à laquelle est adossée la ville, venaient d’être frappés de la foudre.
- Ces réservoirs, placés en A sur le plan ci-dessous, consistent en quatre tunnels de 40 mètres de profondeur, devant lesquels se trouve une sorte de portique surmon-
- NORD
- Carrière
- Source St Antoine
- Rivière
- 'St Antoine
- Echelle en mètres
- Plan montrant tes points frappés par la foudre, le 25 août 1888, à Toulon.
- tant la chambre dite de distribution. C’est là que prennent origine les conduites en fonte qui en se ramifiant vont desservir une grande partie de la commune de Toulon, et là aussi sont placés les robinets-vannes qui commandent ces conduites.
- L’eau est amenée aux réservoirs par deux canalisations: l’une venant d’une source supérieure, l’autre y déversant par refoulement les eaux de la source Saint-Antoine qui vient au jour au point B, d’où des machines l’élèvent au niveau nécessaire. Sur la canalisation de la source supérieure s’embranche une conduite qui va alimenter la commune de la Seyne en passant au voisinage de la mer dans la grande rade de Toulon.
- La foudre a détruit une partie du fronton et de la balustrade en maçonnerie surmontant le portique du réservoir ; les autres parties qui subsistent ont été profondément fissurées. Une conduite en fonte, de 0m,40 de dia-
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- mètre, a été brisée en un grand nombre de fragments dans la chambre de distribution, et l’eau du réservoir s’est précipitée par cette issue en occasionnant de nombreux dégâts. Deux petits bâtiments (G et D), voisins du réservoir, ont été endommagés. Dans le local E des machines, la décharge électrique a renversé le chauffeur ; le mécanicien s’y trouvait, mais il a été seulement saisi de peur et n’a vu aucune étincelle. Le courant électrique a probablement suivi un petit tube en cuivre venant du réservoir qui a été brisé en deux points et fondu en partie. Un magasin de peu d’importance a été à moitié démoli. En HJ, la conduite allant à la Seyne s’est ouverte et l’eau, s’échappant par les fissures, a bouleversé la chaussée de la route.
- La cause de cet accident paraît avoir été la réunion en un point relativement élevé des canaux métalliques, excellents conducteurs, que de nombreuses ramifications mettaient en rapport avec de grandes étendues tant du sol que de la mer.
- Les nuages orageux, d’une part, et le sol, de l’autre, que séparait une lame d’air suffisamment isolante, ont formé un immense condensateur. Le réservoir se trouvait être le point de l’armature terrestre le plus rapproché de l'armature atmosphérique, et c’est là que la décharge électrique a eu lieu, décharge dont on peut ainsi concevoir l’intensité exceptionnelle.
- Au point de vue pratique ressort de là l’impérieuse nécessité de munir de paratonnerres bien conditionnés les points les plus élevés des canalisations d’eau. Cette disposition constituera du reste, pour les villes, un drainage électrique éminemment propre à les préserver des coups de foudre. F. Zurcher.
- U SOIE ET LE VER A SOIE
- EN CHINE
- (Suite et fin. —Voy. p. 172.)
- lia construction de l’instrument Kin dont nous avons parlé à la fin de la précédente notice, est très intéressante à connaître. Il est tout en bois de Toung. Sa partie supérieure est arrondie pour représenter le ciel; sa partie inférieure est plate, elle représente la terre. La demeure du dragon, c’est-à-dire la partie supérieure, depuis le chevalet, est fixée à huit pouces pour représenter les huit aires du vent ; le nid de Foung-Hoang, c’est-à-dire la même partie prise dans sa hauteur a quatre pouces pour représenter les quatre saisons de l’année. Il est garni de cinq cordes qui représentent les cinq planètes et les cinq éléments ; sa longueur totale est de sept pieds deux pouces pour représenter l’universalité des choses.
- L’inventeur, au moyen de cet instrument, régla d’abord son propre cœur et renferma ses passions dans de justes limites. Il travailla ensuite à civiliser les hommes. Il les rendit capables d’obéir aux lois, de faire des actions dignes de récompense, et de cultiver en paix l’industrie, d’où naquirent les arts.
- Outre ces cinq cordes qui donnent les cinq tons pleins, il y a encore deux autres cordes qui donnent les demi-tons et qui représentent le soleil et la lune.
- Quant à la construction du Chê qui avait cinquante cordes et qui a encore vingt-cinq cordes, je de-
- mande la permission de le mentionner seulement (fig. 1) ; car je vois qu’en parlant du son de la soie, je m’étends trop sur la musique; il a été pourtant utile de donner une idée complète de l’instrument Kin qui nous valut la découverte du son de la soie *...
- 1 L'inventeur fin Kin et du Ché n'est autre que l'empereur Fou-lii, prince qui précède IIoang-Ti d’environ deux cents ans, et qui sépare la période historique de la période purement, légendaire, beaucoup d'incertitudes régnent sur la date de son avènement et, de sa mort, car la chronologie régulière ne date que de lloang-Ti. On lui attribue l’invention des filets, et même du feu. C’est en réalité, le Promélhée des Chinois, en même temps que leur Orphée. Si ce qu’on raconte, de Fon-hi est exact, c’est certainement le prince le plus utile qui ait paru sur la terre, car avant ses découvertes les hommes mangeaient la viande crue. Ce fut d'après son conseil qu’on imagina de la faire rôtir.
- Comme le disait le général dans la conférence, le Chê avait d’abord cinquante cordes et il les garda pendant les deux siècles qui séparent IIoang-Ti et Fou-hi. Mais une jeune fille, nommée Sou, ayant joué du Ché devant l’empereur IIoang-Ti, ce sage monarque éprouva des impressions telles qu’il en tira la conclusion que le Ché était un instrument dangereux à
- Fig. 1, 2, 5. — Instruments sacrés des Chinois. — Fig. 1 et 2. Le
- cliè à 12 cordes. — Fig. 3. Le ché à 25 cordes.
- entendre, qu’il excitait trop violemment les passions du peuple. Un monarque européen se serait jeté aux pieds de la sirène, mais Hoang-Ti était un sage, qui décida qu’à l’avenir le Chê n’aurait plus que vingt-cinq cordes. L’édit de l’empereur Hoang-Ti n’a pas été constamment exécuté dans toute sa rigueur, le nombre des cordes a varié bien des fois. Il a été tantôt de vingt-sept, tantôt de vingt-trois et quelquefois même de dix-neuf, mais jamais personne n’a-osé l’élever jusqu’à cinquante. Ces nombreux changements ont toujours été provoqués par les considérations numériques dont les Chinois usent, en toute circonstance. Actuellement le Chê est réduit à vingt-cinq cordes, comme du temps du célèbre empereur qui lui a enlevé la moitié de son étendue ; c’est à cette forme contemporaine que se rapporte le croquis que nous donnons. Chaque corde est soutenue par un chevalet coloré : I, 2, 3, 4, 5 sont toujours bleus; 6, 7, 8, 9, 10 sont rouges; 11, 12, 13, 14 et 15 sont jaunes; 16, 17, 18, 19, 20 sont blancs; 21, 22 23, 24, 25 sont noirs. Les chevalets sont mobiles et la place de chacun peut varier suivant des considérations dans lesquelles il serait trop long d’entrer. Il y a quatre espèces de Ché différant par leurs longueurs, mais ayant une construction identique. C’est dans les cérémonies impériales et dans le
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- On sait que c’est aux Tuileries, que le célèbre agronome Olivier de Serres, en 1601, plantait les vingt mille mûriers blancs, sur la demande de François Ier et Catherine de Médicis. On va voir que l’industrie similaire en Chine est autrement ancienne.
- Vous connaissez tous trop bien la manière dont on élève chez nous les vers à soie pour que j’aie besoin de vous la raconter en détails ; au fond, notre méthode n’a pas beaucoup de différences avec la vôtre, peut-être celle-ci n’a-t-elle fait que copier l’institution chinoise sans aucune prétention ît la nouveauté. Il va sans dire que la science moderne a dû changer bien des choses en les améliorant, et puis l’influence des climats donne souvent lieu à des modifications.
- Mais notre institution remonte à 2700 ans avant Jésus - Christ. La
- temple de Confucius que le son du Ché se fait entendre.
- Dans cette dernière occasion on se sert toujours de quatre Ché et l’on en place deux à l’est et deux à l'ouest.
- Nous n’exprimerons aucune opinion sur la musique chinoise que l’on entendra à la prochaine Exposition universelle; nous nous bornons à faire remarquer qu’en toutes les époques de l'histoire de la Chine les questions musicales ont été considérées comme une affaire d’Etat et de religion.
- Comme le dit le gé-néral Tcheng-ki-Tong, les anciens Chinois étaient passionnés pour la musique qu’ils regardaient non pas comme une science banale, mais comme une science presque révélée du ciel, comme un rayon de 1 harmonie universelle émanant de la divinité. Ils lui attribuaient une force, une vertu toutes célestes. La musique était à leurs yeux la science des sciences, celle au moyen de laquelle tout s’explique, à laquelle tout se rapporte, et de laquelle découlent toutes les autres. Alors la philosophie était entièrement liée à la science musicale et ne semblait être que l’application, aux actes de l’homme, de l’harmonie elle-même. Les Chinois modernes n’ont pas abandonné ces idées que nous devons considérer comme étant fort élevées, quoiqu’elles ne leur inspirent pas toujours des accords qui plaisent à nos tympans européens.
- femme de l’empereur Hoang-Ti eut alors, la première, l’idée d’élever les vers ?t soie et de confectionner, avec le produit de cette culture, des vêtements pour habiller le peuple, que gouvernait son auguste mari*.
- Cette invention eut un tel résultat, qu’elle s’est propagée aujourd’hui dans tout l’univers sur une échelle de plus en plus grande. Malgré la laine et la fourrure que nous fournissent les animaux, la soie reste et restera toujours un article de luxe dont nul ne peut se passer, lorsqu’il a le moyen de s’en procurer 2. Chez nous, nous sommes toujours très reconnaissants envers nos bienfaiteurs, nous avons pour l’inventrice de la science sé-ricicole un vrai et perpétuel culte. Ainsi, outre les temples élevés en son honneur dans
- 1 Colle femme célèbre, qui porte le nom de Louï-Tscu, esl adorée comme étant la déesse de la soie. D'après les historiens chinois, elle est née 2097 ans avant l’ère chrétienne dans la ville de Si-Ling. C’est, suivant la tradition, cette princesse qui a découvert l’art d’élever en domesticité les vers. Son époux tut le premier législateur chinois, et aurait régné cent ans, depuis l’année 27î>7 jusqu'à l’année 2057 avant Jésus-Christ. Il à l àge de cent vi ng t-un ans. Un de scs ministres aurait composé le fameux cycle chinois dont nous avons expliqué le mécanisme (Voy. Au Nature, Tables des matières ) ; un autre auraitconstruit une sphère céleste; un troisième aurait réglé les sons musicaux de la gamme chinoise, à laquelle il aurait rattaché le système métrique. C'est à cette époque que les Chinois rapportent l’invention des chars, des arcs, des lilets et des cloches, en un mot, l’origine de la civilisation.
- 2 Mencius, le philosophe que les Chinois estiment le plus après Confucius, a dit « qu’à partir de, cinquante ans, on ne peut avoir assez chaud sans se vêtir avec des étoffes de soie ». Il est probable qu’à une époque antérieure à celle de l’empereur Hoang-Ti, les Chinois connaissaient déjà l’art !de tisser des étoffes avec la soie des vers sauvages vivant par exemple sur le chêne et que l’évêque Perny a si bien décrit dans ces
- Fig. 4. — Fabrication du fil.
- Les marches du devant mènent à la pure eau
- Où, pour qu’il soit bien propre, on trempe l’écheveau
- Mené par une vierge ; à droite, un rouet tourne,
- Le fil bien peu de temps sur le tambour séjourne, D’autres changent la soie, et leurs mains ont grand soin Que de la débrouiller, jamais on n’ait besoin.
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- tous les coins de l’Empire, tous les ans, à l’époque de l’éclosion des vers a soie, Sa Majesté l’Impératrice se rend, en personne, avec toute sa suite, et en grande pompe, au champ du Mûrier pour faire des sacrifices à la déesse qui fut épouse de l’empereur Hoang-Ti *.
- Après la cérémonie qui a lieu au temple, Sa Majesté, suivie des dames d’honneur, cueille, au milieu des champs et entourée des femmes des cultivateurs, quelques feuilles du mûrier, puis elle dépose elle-même ces feuilles sur le panier où se trouvent les vers nouveau-nés et la Souveraine clôt la fête en dévidant, devant le peuple, un cocon de ver à soie
- derniers temps. On en voyait des spécimens vivants à l’Exposition des insectes; ils provenaientd’édu-cations en plein air lattes parM. Falloux.
- Parmi les usages de la soie, dont l’orateur ne pouvait faire mention, il importe de signaler la fabrication des cordes, à l’aide desquelles les grands personnages reçoivent l’ordre de s’étrangler eux-mêmes. Généralement les messagers, qui les avertissent de la sentence du bureau de Pékin et leur portent l’ordre écrit avec le terrible pinceau vermillon, sont chargés de procéder à l’exécution dans le cas où le patient manquerait du courage nécessaire pour se passer de l’intervention du bourreau.
- D’autre part, l’empereur manifeste quelquefois sa satisfaction en faisant cadeau d’un nombre plus ou moins grand de balles de soie, de sorte que l’expression présenter la soie, employée souvent par les historiens chinois, a donné naissance à plus d’une méprise.
- 1 Le calcul des jours où tombent les sacrifices traditionnels exécutés par l’empereur est un des principaux devoirs dont sont chargés les astronomes de l’Observatoire de Pékin. Comme les formules anciennes ne suffisent plus pour déterminer ces dates, le bureau astronomique comprend plusieurs- Européens employés sous le titre modeste d’astronomes assistants, et qui sont chargés de faire tous les calculs. Les astronomes en pied sont au nombre de quatre, deux Chinois et deux Tartares, qui figurent dans les solennités religieuses. Sous le règne de l’empereur Kaug-lli les astronomes appartenaient à la Compagnie de Jésus et exerçaient une très grande influence à la
- comme pour donner l’exemple, et en distribuant les récompenses aux personnes les plus méritantes qui lui ont été signalées par les autorités du district chargées de veiller à la culture des vers à soie.
- Cette cérémonie, une des plus importantes de l’année que Sa Majesté l’Impératrice ait à accomplir, est un grand encouragement pour la population séricicole; en présence du labeur de la Souveraine, elle n’ose négliger le sien. C’est une question capitale dans un pays essentiellement agricole comme le nôtre. Un vieux proverbe dit : « Un cultivateur paresseux fait mourir dix hommes de faim ; une femme
- qui ne tisse pas verra dix individus mourant de
- cour. Mais ils furent dénoncés à Rome, comme favorisant l’idolâtrie, par les Franciscains. Il en résulta un procès célèbre que les Franciscains gagnèrent, et les Jésuites durent résigner les fonctions qu’ils occupaient depuis longtemps. La première des grandes cérémonies chinoises se célèbre à l’époque du nouvel an, elle a lieu en l’honneur de l’agriculture ; on fait parader un bœuf dans les rues des villes et même des moindres villages. Cette année cette fête a coïncidé à peu près avec notre mardi-gras. Le jour qui précède cette fête, le préfet de chaque département va hrûler l’encens devant l’image de l’empereur. Tous les fonctionnaires sont tenus de se prosterner devant lui, s’ils le rencontrent. Aussi, les hauts dignitaires ont l’habitude de ne pas quitter leur palais le jour où s’accomplit cette cérémonie, dont les moindres détails sont réglés avec minutie par des rituels datant de la plus haute antiquité. Quoique purement civiles, ces têtes ont dans la vie chinoise la même importance que possèdent, dans notre Occident, les fêtes religieuses. Tous les fonctionnaires doivent y prendre part. Il est facile de voir, à la'peine que l'on prend pour fixer leur échéance, que toutes ont une origine et une signification astrologique. Du reste, la détermination de l’ordre des signes, lors de la naissance d’un enfant, est une opération de la plus haute importance. Chaque Chinois connaît les signes qui ont présidé à son entrée dans ce monde. Pour comprendre les Chinois et leurs rapports de plus en plus fréquents avec les Européens, il est indispensable de ne jamais perdre de vue ces considérations-
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- Fig. 5. — Remerciements à la déesse de la soie.
- C’est dans le Szechuen qu’autrefois nos ancêtres De vers si précieux, sont devenus les maîtres ;
- Aussi quand nous voyons les écheveaus neigeux,
- Tous aux pieds de Louï-Tseu, nous adressons nos vœux ; Nous inclinons nos fronts devant son reliquaire,
- Nous lui offrons la soie et les fleurs de la terre.
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- LA NATURE.
- froid. » (le proverbe prouve combien l’encouragement est nécessaire et il montre également que la culture des vers à soie et le tissage appartiennent exclusivement aux femmes1.
- Général Tchkno-ki-Tosg .
- NÉCROLOGIE
- Edouard Delebecque. — Un des membres les plus distingués du haut personnel technique des chemins de fer, M. Delebecque, ingénieur, chef du matériel et de la traction au chemin de fer du Nord, est mort le 6 septembre à l’âge de cinquante-six ans. M. Delebecque a été heurté par un train-tramway, en gare de La Chapelle, et c’est à la suite de cet accident qu’il a succombé. Les obsèques, qui ont eu lieu le 10 septembre, ont présenté un caractère vraiment touchant. Sur la tombe, MM. le baron A. de Rothschild, président du Conseil d’administration du chemin de fer du Nord; F. Mathias, ingénieur; Polonceau, ingénieur en chef du matériel et de la traction au chemin de fer d’Orléans ; Du Temple, vice-président du Conseil d’administration des mines de Lié-vin, et Randerali, ingénieur, un des collaborateurs de M. Delebecque, ont tour à tour fait l’éloge de ce dernier et montré quel ingénieur éminent, quel homme de bien et quel philanthrope aux larges vues il avait été durant une vie trop courte.
- « La carrière de M. Delebecque, a dit M. Mathias, a été vouée tout entière à la science et au travail, et ce ne furent pas les exigences impérieuses de la lutte pour l’existence qui le poussèrent sur cette voie où l’on ne se repose jamais. Il était fils unique de M. Germain Delebecque, le premier vice-président du Conseil d’administration de la Compagnie du Nord.... C’est notre regretté ingénieur en chef qui, le premier en France, a fait une application étendue d’un système de frein continu, et qui, de bonne heure, a substitué l’acier au fer pour les essieux et les bandages de roues... Il a créé, à Paris, une Ecole d’apprentis pour les fils des mécaniciens, chauffeurs et ouvriers... En 1883, M. Delebecque fut nommé membre du Comité d’exploitation technique des chemins de fer. et il y était assidu et écouté... »
- CHRONIQUE
- Le plâtrage des vins. — La Société de pharmacie de Bordeaux en a confié l’étude à une Commission composée de MM. Blarez, Bouvier, Caries, Falières, Martin-Barbet, Perrens et Servantie. M. Falières, rapporteur de cette Commission, a présenté à la Société de pharmacie de Bordeaux un rapport dont elle a adopté les conclusions, c’est-à-dire antérieurement au rapport de M. Marty à l’Académie de médecine. Le travail de M. Falières est très étudié et nous regrettons de ne pouvoir en donner que les conclusions qui sont contraires à celles de l’Académie de médecine : 1° dans l’état actuel de la culture des vignes dans le midi de la France et en Algérie, le plâtrage des vins à la cuve est une opération presque toujours nécessaire, pour assurer à ces vins les qualités marchandes qui sont recherchées par les consommateurs; 2° les faits certains manquent pour établir que l’usage
- 1 Nos gravures comme celles de la précédente notice sont reproduites d’après des estampes chinoises. Les légendes en vers traduisent le texte chinois imprimé au-dessus des dessins.
- des vins plâtrés est nuisible à la santé; 5° l’expérience des nombreuses populations qui ne boivent que du vin plâtré, l’expérience des nombreux étrangers qui traversent journellement le midi de la France et l’Algérie, n’y buvant guère que du vin plâtré, et des expériences, méthodiquement conduites par des corps savants, démontrent que la dose de 4 grammes de sulfate de potasse par litre de vin ne produit aucun effet appréciable sur les diverses fonctions de l’économie; 4° 11 y a lieu d’autoriser le plâtrage des vins à la cuve jusqu’à la dose de 4 grammes de sulfate de potasse par litre de vin, et cela, jusqu’à ce que des faits rigoureusement déduit^ d’une large expérimentation scientifique aient démontré les dangers ou les inconvénients de cette dose pour l’hygiène des populations.
- Signaux transmis par les nuages. — Le Scien-tific American nous apprend que l’amiral sir W. llun-Grubbe a fait, récemment, des expériences intéressantes, à une assez grande distance du cap de Bonne-Espérance, pour *la transmission de signaux au moyen des rayons d’un arc de lampe réfléchis par les nuages. Le faisceau lumineux d’un arc de lampe de 100000 bougies fut dirigé contre les nuages au moyen d’un réflecteur, et interrompu, conformément aux règles du code des signaux héliographiques. Le signal fut facilement compris à Cape-Town. D’autres expériences ont été faites ensuite par un bâtiment envoyé en mer, et les signaux ont pu être compris jusqu’à la distance de 50 milles.
- L’état phylioxérique actuel en Europe. — Un sait que chaque année la Commission supérieure du phylloxéra publie un compte rendu très complet de tout ce qui s’est passé depuis la publication de son précédent rapport, en résumant chaque fois l’extension prise par le parasite. Nous avons relevé, parmi les très nombreux documents que contient cet ouvrage, l’indication de la marche du phylloxéra en Europe. En Allemagne, le phylloxéra existe en Saxe, dans le Wurtemberg, en Alsace-Lorraine, dans la vallée de l’Ahr et sur les bords du Rhin. En Hongrie , l’insecte a fait des progrès considérables ; en 1886, les parties atteintes étaient de 48000 hectares; en 1887, cette surface s’est élevée à 160 000 hectares, ce qui représente plus du tiers des vignobles hongrois (425500 hectares). En Espagne, la province de Malaga est complètement envahie ; celles d’Alméria et de Grenade sont attaquées. En Italie, le phylloxéra se développe de tous côtés et semble prendre les allures qu’il avait au début de l’invasion chez nous. La Lombardie compte de nombreuses communes infestée*; les provinces de Milan, de Côme, de Bergame, sont envahies; en Sardaigne, la lutte n’est plus possible, ainsi d’ailleurs que dans la région qui avoisine Yintiinille. En Suisse, les progrès du fléau sont notables; jusqu’à ce jour circonscrit dans le canton de Genève, le phylloxéra s’est étendu dans les cantons de Yaud, de Neufchâtel et de Zurich. En Russie, en Portugal, en Californie, au cap de Bonne-Espérance, le phylloxéra prend possession des vignobles et les détruit, ce qui permet de supposer qu’il portera successivement ses ravages sur tout le globe. Ces constatations ne sont pas rassurantes; cepéndant, la France est entrée largement dans la voie de la reconstitution de ses vignobles ; les résultats sont déjà en partie acquis, et l’extension que commencent à prendre le cidre et la bière dans la consommation permettra d’attendre que notre production de vin atteigne de nouveau sa proportion normale.
- Fabrication des cannes en bois d'oranger. — Dans une très intéressante conférence que M. Mussat a
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- LÀ NATURE.
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- récemment laite, à la Société nationale (Vhorticulture de France, sur la culture et l’exploitation des orangers et citronniers en Algérie, nous avons relevé un fait que beaucoup de personnes ignorent et qui a trait à la production de ces baguettes noueuses d’oranger qui sont très demandées en Angleterre, pour la fabrication des cannes, manches de parapluies, ombrelles, etc. On emploie, pour cela, l’oranger sauvage et épineux; on le plante très serré, en baies vives, et, deux ans après, on recèpe les jeunes plantes très près du sol; les jets qui en partent sont très droits et de grosseur à peu près uniforme. On les coupe quand ils ont deux ans, et on les vend en moyenne 25 francs le cent. C’est là une culture facile et, en somme, très rémunératrice.
- Étalons syriens en Algérie. — L’administration des Haras a récemment envoyé en Algérie neuf magni-liques étalons syriens destinés à améliorer, dans les régions où l’élevage du cheval est le plus développé, la race barbe indigène. Les résultats produits par les expériences tentées jusqu’à ce jour sont si remarquables, que le Ministère de l’agriculture n’a pas hésité devant la dépense que cette acquisition a nécessitée. 11 s’agit, tous frais compris, de 100 000 francs environ. Ces étalons ont été reçus à Alger par le service des Haras et, après quelques jours de repos, ils seront dirigés sur les principales stations de la province. Comme on le voit, ces étalons re-\iennent à 11 000 francs l’un, ce qui n’est pas un prix exorbitant, s’ils sont bien choisis et s’ils appartiennent réellement à cette pure race arabe, qui a servi de souche à toutes les autres et qui est encore la plus belle du monde.
- L<a production des pèches en Amérique. — 11
- n’est pas étonnant que les marchés européens soient abondamment fournis des conserves américaines de fruits, lorsque l’on considère l’importance des récoltes de fruits dans certains pays des Etats Unis. Cette année, le Maryland et le Delaware pourront exporter environ 8 000 000 de paniers de pêches, d’après des évaluations assez précises. 11 y a là une augmentation formidable de production qui doit donner à réfléchir aux cultivateurs français. En ell'et, l’année dernière, la récolte totale des pêches pour les Etats du Maryland, de Delaware, du New-Jersey et de l’Hudson Valley, n’était que de 4500000 paniers. Ces pêches, d’après la Revue horticole, sont expédiées dans de légers paniers contenant chacun 12 douzaines de fruits, tous isolés les uns des autres par des compartiments de carton. Une semblable production et les expériences auxquelles on se livre en maints endroits pour prolonger la conservation des fruits frais font craindre que bientôt ces derniers, récoltés en Amérique, ne viennent entrer en concurrence avec les nôtres sur les marchés européens.
- La teinture des cheveux. — M. Le Blant a récemment lu à Y Académie des inscriptions et belles-lettres une très curieuse étude sur la chevelure des femmes. H a rappelé notamment que de tout temps, aussi bien dans l’antiquité que sous l’ère chrétienne et de nos jours, on l’a entourée de soins tout particuliers. On sait le rôle que jouait la teinture dans la chevelure : les femmes blondes dont les grands peintres vénitiens nous ont laissé les portraits étaient des brunes teintes; un vieux recueil conservé à la bibliothèque Marciana, intitulé le Ricetta-rio, de la comtesse Nani, nous fait connaître de quels parfums et de quelles drogues se servaient les femmes pour modifier la couleur de leur chevelure. Les évêques,
- dès les premiers siècles, s’élevèrent contre ces pratiques, qui devaient conduire en enfer celles qui en faisaient usage ; (( faire de la sorte, ajoutaient-ils, c’est se montrer au regret d’être nées Romaines et de n’avoir point reçu le jour en Gaule ou en Germanie; c’est vouloir braver le Seigneur, qui a dit : « Oui de vous peut noircir un cheveu blanc et blanchir un cheveu noir? » Saint Jérôme fulmine contre celles qui se percent les oreilles, se couvrent le visage de céruse et de pourpre et se teignent les cheveux de cette couleur qui présage les flammes de l’enfer. » De leur côté, les rabbins disaient que le diable dansait sur les cheveux des femmes teintes. Dans les premiers siècles, on voit, à maintes reprises, le diable associé aux chevelures blondes; M. Le Blant cite des cas d’exorcisme où l’esprit du mal s’était réfugié dans des cheveux dorés.
- Emploi des dynamos en télégraphie. — La
- Postal Telegraph Company a installé dans ses bureaux de New-York un certain nombre de dynamos qui sont en fonctionnement depuis le 16 juillet dernier avec les résultats les plus satisfaisants. Les dynamos sont au nombre de 16 disposées en deux groupes de 8 et actionnées par deux moteurs de 10 chevaux que l’on peut atteler à volonté à l’un ou l’autre des deux groupes ou aux deux simultanément. Les dynamos ont été faites par la Compagnie Edison et sont très petites. Elles tournent à raison de 1200 à 2000 révolutions par minute, sans étincelles, et donnent des courants suffisamment constants pour les usages de la télégraphie. On se sert de lampes Edison en guise de résistances. Les moteurs sont actionnés par de la vapeur à 5 atmosphères provenant de la canalisation urbaine de la Steam Company, et une chaudière a été également installée en prévision d’accidents possibles.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du Al sept. 1888. — Présidence de M. Des Ci.oizeaex.
- Le père de Huyghens. — Une brochure publiée à Leyde est consacrée au père de Huyghens, qui fut un savant distingué. L’auteur, professeur à l’Université de Leyde, a mis à profit les nombreux documents livrés par la famille de Huyghens à la bibliothèque de la ville ; on trouve plusieurs lettres inédites de Descartes dans cette brochure.
- Expériences sur la loi de Mariotte. — M. Amagat a entrepris une série d’expériences nouvelles dans le but de comparer les nombres donnés par la loi de Mariotte avec ceux que fournit la mesure directe. Cette comparaison a déjà été réalisée plusieurs fois; mais on n’avait pas encore atteint les énormes pressions auxquelles M. Amagat a opéré. M. Mathias a recherché la loi des chaleurs spécifiques de dissolution. M. Régnault avait déjà étudié cette question et, plus récemment, on avait proposé une formule fort compliquée, contenant quatre coefficients variables et qui, par suite de cette complication, ne pouvait représenter qu'une hypothèse tout à fait artificielle.
- M. Mathias propose une formule fort simple — H qui
- B-f n 1
- ne renferme plus nue deux coefficients A et B, et satisfait aux observations dans une grande étendue. Il est donc possible qu’elle soit l’expression d’une loi naturelle.
- Action physiologique de deux substances toxiques extraites de la benzine. — M. Raphaël Dubois a étudié l’action physiologique de deux substances toxiques ex-
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- LA NATURE.
- traites de la benzine. Ces deux substances produisent des etlets sans analogie avec ceux des poisons ou des médicaments connus; l’un détermine une ophtalmie et l’autre un véritable coryza.
- Varia. — M. de Lapparent fait hommage d’un précis de Minéralogie. La cristallographie et les .propriétés optiques des cristaux y sont longuement traitées, avec une clarté qui les rend accessibles à tous les lecteurs. — La municipalité de Lyon vient de donner le nom d’Ampère à l’une des places de la ville. Une statue du grand physicien doit orner cette place. L’inauguration en est fixée au mois d’octobre prochain, lors des fêtes qui marqueront le passage du Président de la République à Lyon. L’Académie sera représentée à cette cérémonie. — MM. Mouchez et Fizeau sont nommés membres de la Commission de vérification des comptes en remplacement de MM. Che-vreul et Frémy qui ont décliné cette fonction.
- Stanislas Meunier.
- Fig. 1. — La pomme coupée eu deux morceaux d’équerre.
- a couper intérieurement une pomme en deux parties égales, sans détériorer la peau.
- On prend une aiguille assez line munie d’un fil ayant une certaine résistance. On introduit l’aiguille par le point inférieur de la pomme À (fig. 1, n° 1), et on la fait sortir au point B, en ayant soin de laisser assez d’épaisseur de peau entre la face extérieure de la pomme et le passage du fil. On introduit de nouveau l’aiguille par le même point R, par où elle est sortie, et on la dirige sur le point G, et ainsi de suite en faisant le tour de la pomme par CD, par DE, par EF, jusqu’à ce que l’on soit arrivé au point de départ A.
- Une fois l’opération terminée, on prend la pomme d’une main et de l’autre on tire avec ensemble les deux fils, en ayant soin de ne pas les laisser écarter du point de sortie À; il n’y a pour cela qu’à les tordre ensemble avant de tirer. La pomme se trouve alors coupée intérieurement eri deux parties
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- CURIEUSES MANIÈRES RE COUPER LES POMMES
- On prend une pomme et on y fait avec un couteau une entaille AO B (fig. 1, n° 1) passant par le point O où se trouve la queue et s’arrêtant au centre V, au milieu des pépins. On fait une coupure semblable, perpendiculaire au plan de la première, de manière à arrêter le couteau en GYD. Cela fait, on passe le couteau horizontalement d’un côté de l’axe formé par le prolongement de la queue, suivant le plan CVÀ (fig. 1, n° 2) ; on procède de même du côté opposé et-l’on obtient ainsi deux morceaux ayant la forme singulière représentée figure 1, n° 2, et qui peuvent se séparer ou s’emboîter l’un dans l’autre1.
- Yoici une autre expérience plus curieuse encore que celle dont nous venons de parler : elle consiste
- Fig. 2. — La pomme coupée dans sa peau.
- I GIl (fig. 2, n° 2), sans qu’aucune trace de flétrissure paraisse à l’extérieur. Le fil a' produit le même effet que le fil de laiton qui sert à couper les fromages ou le beurre.
- Une fois cette opération terminée, on pèle délicatement la pomme, en ayant soin de prendre assez d’épaisseur de peau, de manière à conserver le ruban de peau tout entier (fig. 2, n° 3). On remarque que la coupure faite par le fil paraît à mesure que l’on pèle la pomme. En faisant peler la pomme par une personne non prévenue, celle-ci est toute surprise d’avoir coupé une peau intacte, et de trouver intérieurement une pomme coupée2.
- 1 Communiqué par Un lecteur, à Amiens.
- 8 Communiqué par M. V. B., à Perpignan.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N» 800. — 29 SEPTEMBRE 1888.
- LA NATURE.
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- LE DOG-CART ELECTRIQUE
- DU SULTAN
- Le sultan, k Constantinople, ne se refuse aucun des raffinements de la civilisation moderne, et après avoir fait appel à l’électricité pour l’éclairage de son palais, il lui demande aujourd’hui d’animer un dog-eart dont la construction vient d’être récemment terminée à Londres, et qui revient k la bagatelle de 5000 francs.
- Ce dog-cart, construit parM. lmmisch, est représenté ci-contre ; il a toutes les apparences extérieures d’un dog-cart ordinaire auquel on aurait enlevé les brancards, et doit son origine au dog-cart de M. Ma-gnus Yolk, de Brighton, dont nous avons précédemment donné la description1. Sa construction est d’ailleurs l’œuvre commune de MM. lmmisch et Magnus Yolk, et le nouveau véhicule a bénéficié de tous les perfectionnements indiqués par l’expérience gagnée dans l’étude de son précurseur.
- La force motrice qui actionne ce dog-cart est empruntée à une batterie d’accumulateurs de l'Electrical power slorage Company (E.P.
- S.) d’un modèle spécial. Ces accumulateurs, au nombre de 24, sont disposés dans le coffre de la voiture. La capacité de cette batterie est suffisante pour actionner le dog-cart pendant cinq heures à une vitesse de 16 kilomètres par heure. Le poids de la batterie est de 350 kilogrammes et celui du véhicule complet, en ordre de marche, sans les voyageurs, de 575 kilogrammes. Le moteur qui actionne ce véhicule est un moteur lmmisch, type de 1 cheval, qui, à pleine puissance, absorbe 20 à 25 ampères et 48 volts utiles, soit de 1000 a 1200 watts électriques. La transmission de l’arbre du moteur k grande vitesse k la roue motrice se fait par engrenages et chaîne de Gall, cette transmission rédui-
- 1 Voy. n° 765, du 28 janvier 1888, p. 129.
- 16e année. — 2“ semestre.
- sant les vitesses angulaires des deux arbres dans le rapport de 18 à 1.
- Sur une route ordinaire, la puissance mécanique nécessaire k la progression du véhicule dépend nécessairement des rampes et des pentes rencontrées k chaque instant. La quantité totale de travail nécessaire pour parcourir une route assez longue est, en somme, égale k celle qu'il faudrait dépenser sur une route de niveau, les actions des pentes et des rampes finissant par s’équilibrer, k la condition que les points extrêmes de la course soient sensiblement au même niveau.
- Le démarrage nécessite un courant de 25 ampères, et les rampes un peu fortes demandent jusqu’à 45 et même 50 ampères, courant que les accumulateurs peuvent fournir pendant plusieurs minutes sans aucun inconvénient. Le moteur a été essayé avec un courant de 90 ampères.
- Le dog-cart peut recevoir 4 voyageurs, il est mis en route, arrêté et commandé sans aucune difficulté k l’aide d’un commutateur k trois résistances et d’un système directeur dont les manivelles sont sous la main du conducteur de la voiture. Nous aimerions mieux, pour notre part, supprimer ces résistances et agir sur le couplage des accumulateurs, comme cela a lieu sur tous les tramways k accumulateurs, combinaison qui économise l’énergie électrique et fatigue moins les accumulateurs au démarrage, le débit momentanément plus grand se trouvant réparti sur deux, trois ou quatre séries montées en dérivation.
- Les expériences faites récemment k Londres sur cet intéressant véhicule ont donné les résultats les plus satisfaisants, et montré que le dog-cart électrique pouvait avoir des prétentions plus élevées que celles d’un jouet de roi.
- Il est bien certain, en effet, que l’emploi de l’énergie électrique k la traction des véhicules ne restera pas indéfiniment limité à quelques échantillons qui ne sont, aujourd’hui encore, que des objets de cu-
- 18
- Le dog-cart électrique du Sultan.
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- LA NATURE.
- riosité. On cherche de toutes parts à utiliser pendant le jour le matériel des usines centrales de distribution d'énergie électrique, à peu près inactif dix-huit heures sur vingt-quatre, et la traction électrique des véhicules est une des applications les plus directes de ce matériel inutilisé.
- Dans un certain nombre d’années, avec quelques progrès réalisés dans la traction électrique sur routes, et surtout dans la construction des accumulateurs, il faut s’attendre, comme nous l'avons indiqué ici môme dès 1881, à voir les fiacres à chevaux remplacés par de véritables fiacres électriques, les kiosques de voitures actuels se trouvant transformés en prises de rechargement des accumulateurs pendant les stationnements. Ce sera évidemment une nouvelle révolution dans les habitudes, mais nous en avons vu assez d’autres pour ne pas nous étonner de celle-là.
- A quand les premiers fiacres électriques ?
- E. H.
- ÉTUDE SUR LES TROMBES1
- Au commencement de ce semestre, ayant publié une curieuse observation de trombe terrestre, nous avons fait appel à nos lecteurs de tous les pays, pour leur demander de nous fournir des documents au sujet des-phénomènes analogues qu’ils auraient pu observer et nous permettre ainsi de recueillir les éléments d’une nouvelle étude sur un météore dont la formation est encore si controversée.
- Après deux notices publiées, voici de nouveaux faits qui viendront compléter les précédents. M. Lal-lemant, chef d’escadron d’artillerie, en retraite à Brest, nous a écrit:
- II y a quelques années par une chaude journée d’août, voici ce que j’ai observé en pleine moisson des blés, sur le territoire de Fleigneux, petit village de l’arrondissement de Sedan, en un point voisin de la forêt des Ardennes. De tous côtés des blés : les uns encore debout attendent la faucille ; les autres coupés et disposés en lignes de javelles, ou déjà liés en gerbes rassemblées en petites meules comme le montre le croquis ci-joint (fig. n° I).
- Il était environ 4 heures du soir. Le temps était calme, le ciel pur ; et pourtant on subissait le malaise précurseur habituel de l’orage.
- Tout à coup un tourbillon (c’est ainsi qu’on nomme dans le pays ce genre de trombes qui s’y voit assez fréquemment en été), dirigé du sud au nord, traverse les champs et y laisse une trace apparente de 0m,60 à 1 mètre de largeur, se manifestant de diverses façons selon le degré d’avancement des moissons dans les blés non coupés.... La trombe atteint une des meules décrites plus haut suivant un des diamètres de sa base; l’axe de la trombe et celui de la meule sont, un instant, confondus. Les six gerbes reposant sur le sol sont renversées avec violence; la gerbe capuchon est, au contraire, enlevée dans un mouvement de rotation ascendant très rapide, les épis déployés en parachute, puis, arrivée à une hau-
- 1 Suite et tin. — Yoy. p. 1, 05 et 102.
- teur de 4 à 5 mètres, la gerbe retombe sur le sol à une distance relative faible, Jm,50 à 2 mètres du point qu’elle occupait primitivement (fig. 1, n° 2). En somme, cette trombe ne se distingue de celles déjà décrites par La Nature que par le poids de certains des éléments qu’elle a déplacés : la gerbe de blé pèse de 6 à 10 kilogrammes. Le mouvement giratoire était plus puissant et plus rapide que le mouvement de translation, puisque, sans tenir compte du développement de la courbe hélicoïdale ou parabolique parcourue par la gerbe, le déplacement vertical en a été au moins double du déplacement latéral.
- Fig. 1.
- Le sens du mouvement de rotation était l’inverse de celui d’une montre placée horizontalement le cadran en dessus.
- M. Albert Scheurer, à Thann, nous a adressé la description suivante d’une trombe observée le 26 août 1888, à 2 heures de l’après-midi, devant un contrefort des Vosges :
- Le phénomène s’est passé sur le Jura, dans une direction qui m’a paru voisine de celle de Delémont.
- Au-dessus de la chaîne de ces montagnes on voyait une couche de cumuli, puis un ruban de ciel blanchâtre,
- Fig. 2.
- enfin au-dessus, un large nimbus. Les cumuli semblent immobiles, le nimbus marche d’une façon très appréciable dans une direction qui semble être nord-est — sud-ouest. Son bord inférieur irrégulièrement ondulé laisse, subitement, apparaître une pointe aiguë qui se développe très vite et prend la forme d’une épine foncée très nette et dont la pointe se dirige dans le sens opposé de la marche du nuage. Ses dimensions ne cessent d’augmenter, la trombe ressemble à une lame de sabre. Quand elle atteint la moitié de la distance qui la sépare du Jura, sa pointe s’infléchit doucement vers la terre ; à ce moment, elle est fortement amincie et s’allonge très vite. Enfin, elle touche le Jura, parfois elle disparaît derrière un cumulus au-dessus duquel on la voit attachée au nuage qui l’a formée. Tout à coup, elle quitte la terre, s’amincit à vue d’œil, se raccourcit et se résorbe en moins de deux minutes. (Yoy. fig. 2, n01 1 à 0 qui représentent les différentes phases du phénomène.) Le phénomène avait disparu, mais, un instant après, on vit au sein du nuage gris foncé l’entonnoir de la trombe se détacher en clair avec des bords nets et légèrement recourbés. Au-dessus,
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- LA NATURE.
- m
- tourbillonnait une petite nue blanchâtre animée de mouvements divers et très rapides. Le durée totale du phénomène a été, au plus, de dix minutes. Les sommets du Jura varient, dans leur altitude, de 1200 à 1500 mètres. Le nimbus, d’où la trombe s’est détachée, devait se trouver à 3000 mètres au moins. La longueur de la trombe, étant donnée son inclinaison, pouvait atteindre 2 kilomètres, ce qui porterait sa largeur apparente ou son diamètre à 200 mètres. La vitesse avec laquelle la trombe est remontée au nuage qui lui avait donné naissance serait, d’après ces évaluations, de 1 kilomètre environ en quarante-cinq secondes. Ces calculs, basés uniquement sur des évaluations, n’ont pas la prétention d’exprimer exactement les conditions du phénomène observé, ils sont loin d’ètre rigoureux, je les crois, toutefois, au-dessous de la vérité et non au-dessus.
- M. A. Sevrig, à Mareuil-sur-Ourcq, nous a écrit d’autre part à la date du 11 août :
- Je viens d’ètre témoin de l’une de ces trombes en miniature dont j’ai lu, si je ne me trompe, la description dans un de vos numéros de ce printemps. Peut-être quelques remarques que j’ai faites à ce propos pourront-elles paraître intéressantes.
- Je me promenais aujourd’hui à 3 heures de l’après-midi, dans les tourbières de Mareuil, par un temps chaud, et une légère brise du sud-sud-ouest, lorsque mon attention fut attirée par un violent remous produit dans l’air à une centaine de mètres de moi à peine. Ce remous était d’ailleurs rendu très visible parce que le courant d’air emportait par milliers des paquets de foin arrachés à la couverture des meules de tourbe en briquettes. La figure formée par l’air en mouvement était d’abord un entonnoir très effilé de lm,50 de diamètre à la partie inférieure; mais il ne tarda pas à s’élargir jusqu'à un diamètre de 60 mètres. L’on voyait nettement les paquets de foin monter, d’un mouvement giratoire dextre jusqu’à une hauteur de 60 à 80 mètres au moins, puis, là, s’échapper par la circonférence et retomber en planant sur le sol. Je n’ai pu approcher le tourbillon qu’après qu’il eût parcouru plus de 150 mètres en allant du sud-ouest au nord-est; il avait, à ce moment perdu la plus grande partie de sa violence ; mais j’ai encore pu sentir un courant prononcé d’air chaud.
- Nous terminerons ici cette première série d’observations qui nous a permis d’enregistrer, un certain nombre de faits intéressants.
- Gaston Tissa n dieu.
- UNE CONSTRUCTION PÉLÂSGIQUE
- CONTEMPORAINE
- Les monuments les plus anciens de la Grèce et de l’Àsie-Mineure, tels que les remparts de Tyrinthe et de Sardes, sont formés d’énormes quartiers de roche simplement amoncelés les uns sur les autres sans qu’on ait pris la peine de les dégrossir ni de les relier avec aucun ciment; des pierres plus petites servent à les caler et à boucher les plus grands joints.
- On attribue généralement ces constructions à la peuplade des Pélasges qu’on suppose avoir poussé ses migrations jusqu’en Italie et meme dans le sud de la Gaule. De là le nom d'appareil pélasgique
- pour désigner ce mode d’agencement des matériaux se présentant à l’œil sous l’apparence de polygones irréguliers.
- A l’appareil polygonal grossier succéda une disposition plus savante, dite appareil polygonal régulier. On en trouve un des premiers spécimens dans la partie ancienne de l’enceinte de Mycènes, dont on fait remonter la fondation au dix-huitième siècle avant notre ère. Les blocs se touchent par des faces planes, quelquefois très exactement, mais sans liaison d’aucune sorte. L’historien Pausanias rapporte que les Pélasges, auxquels il attribuait également ces constructions, se servaient de règles flexibles en plomb pour déterminer le tracé des polygones en parement de manière à diminuer autant que possible la quantité de pierre à enlever par la taille.
- Mycènes fut restaurée dans le seizième siècle. Les murs datant dé cette époque sont à assises horizontales, mais accusent une très grande inexpérience : beaucoup de pierres sont plus hautes que larges ; les joints verticaux se superposent quelquefois sur plusieurs assises ; un grand nombre de joints latéraux sont obliques ou présentent des crossettes, c’est-à-dire des brisures produites par une saillie d’une des pierres de l’assise s’encastrant dans la voisine.
- Ce n’est que plus tard, vers le douzième siècle, au moment de la guerre de Troie, que l’appareil par assises régulières s’établit définitivement en conservant toutefois longtemps encore l’usage des joints obliques.
- On a expliqué ces différents modes de construction en supposant qu’aux temps primitifs les outils de métal n’existaient pas ou étaient fort rares et que, de plus, on ne connaissait pas les mortiers. Les hommes étaient donc forcés d’effectuer leurs constructions avec les blocs isolés qu’ils trouvaient sur le sol, en choisissant ceux de ces blocs qui, par leurs formes, se prêtaient le mieux à un enchevêtrement donnant de la solidité au mur; l’absence de tout ciment entraînait, du reste, la nécessité de chercher la stabilité de ce mur dans le poids des éléments.
- Quand les outils de métal furent devenus moins rares, on put exploiter les carrières; de là l’usage des assises correspondant à la hauteur des bancs calcaires, mais on conserva la tradition de la moindre taille possible, c’est-à-dire des joints obliques ou à crossette, parce que le temps employé au choix des matériaux revenait moins cher que l’usure des ciseaux du tailleur de pierre.
- J’ai eu l’occasion de vérifier récemment l’exactitude de cette hypothèse.
- Le voyageur qui monte à la Grande-Ghartreuse par la route du Sappey passe, avant d’arriver à la plaine occupée par ce village du Sappey, dans une sorte de goulet, appelé le Bret, qui ne laisse passage que pour le torrent de la Vence et où l’on a été obligé de creuser la route dans le flanc de l’escarpement rocheux formant la rive gauche. Unpeu au-dessus de ce goulet existe un moulin que le propriétaire a entrepris de rebâtir à sa guise.
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- LA NATUKE.
- Depuis quarante ans, il y travaille seul, et c’est lui qui, sans l’aide d’aucun ouvrier, a choisi, dans les blocs erratiques accumulés autour de sa demeure, ceux qui lui paraissaient convenables; il les a fait
- rouler le long des pentes, les a grossièrement façonnés et les a mis en place à l’aide du levier et de plans inclinés formés de troncs de sapins.
- Les figures 1 cl 2 donnent une idée complète de
- Fig 1. — Construction pélasgique contemporaine, près la Grande-Chartreuse (Isère).
- cette étrange construction dont l’aspect rappellerait d’une façon encore plus frappante les temples primitifs de l’Égypte, si l’auteur avait suivi son premier dessein de diminuer la portée des linteaux en inclinant les montants des portes et fenêtres ; mais il ne l’a pas fait parce que cela ne se faisaitpas.
- J’ai suivi ses travaux pendant que, de mon côté, je dirigeais la construction du fort Saint-Eynard situé non loin de là, et j’ai souvent causé avec ce représentant inconscient et absolument illettré d’un autre âge qui me traitait en confrère, (t Mon temps, me disait-il, ne me coûte rien, tandis queje suis obligé d’acheter la chaux et l’acier. L’est pour cela queje choisis mes pierres dans mon champ et queje
- les arrange le mieux que je peux. » Cependant l’âge est venu et notre meunier a craint de mourir avant que sou œuvre lût achevée. Depuis que les photographies ont été prises, il a perdu patience et a achevé les maçonneries de sa maison avec des moellons ordinaires et du mortier, enlevant ainsi malheureusement une partie du caractère architectural et préparant aux archéologues futurs les éléments d’une savante dissertation au sujet d’une forteresse pélasgique barrant l’une des entrées du massif de la Chartreuse et sur les ruines de laquelle on a édifié postérieurement un moulin.
- Albert de Rochas.
- Fig. 2. — Façade principale de la construction représentée ei-dessus.
- Les différences de teintes des assises sont dues à la nature des pierres.
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- LA NATURE.
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- LA NOUVELLE GARE SAINT-LAZARE
- A PARIS
- Les travaux actuellement en cours à la gare, et ceux qui ont reçu l'approbation de l’Adminis-
- tration supérieure, se rapportent à trois objets principaux : 1° le dégagement des abords et des accès de la gare; 2° l’extension et la modification de ses aménagements intérieurs; 5° la création d’un hôtel terminus. La première partie est achevée aujourd’hui pour la presque totalité, et comprend, comme
- Fi", i. — Plan général de la nouvelle gare Saint-Lazare, de Paris, au rez-de-chaussée.
- Fig. 2. — Plan général de la nouvelle gare Saint-Lazare, au niveau des voies.
- le montrent les plans généraux (fig. 1), l’élargissement, à 50 mètres de la rue Saint-Lazare, l’agrandissement de la cour actuelle d’Amsterdam par la suppression
- des ailes qui la bordaient, et la création d’une rue intérieure de 18 mètres de largeur, mettant en communication les cours extrêmes.
- Fig. 5. — Façade générale de la nouvelle gare Saint-Lazare.
- L’extension et la modification des aménagements intérieurs de la gare comportent les travaux suivants : 1° La construction d’une façade monumentale
- (fig. 3) régnant de la rue de Rome à la rue d’Amsterdam : elle est constituée par deux grands pavillons d’angle sur chacune des cours, et une annexe pa-
- Fig. 4. — Aspect de cinq halles couvertes de la nouvelle gare. (Vue du pont de l’Europe.)
- rallèle à la galerie de Versailles actuelle, annexe élevée sur arcades débouchant sur la rue intérieure.
- Le bâtiment de la rue de Rome est complètement terminé depuis plus d’une année, et donne accès et sortie aux services de banlieue pendant la construction de l’annexe, et en attendant les constructions nouvelles établies en remplacement de l’hémicycle
- anciennement situé sur la cour d’Amsterdam.
- 2° La concentration du service de la banlieue et de celui des grandes lignes au départ dans la galerie de Versailles. C’est dans la galerie de Versailles prolongée jusqu’aux deux cours extrêmes et comportant une longueur de 190 mètres, que seront réunis tous les services des lignes de Ceinture et de banlieue, ainsi que celui du départ des grandes lignes.
- 1 Pue de Pc me
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- LA NATURE.
- Dans les conditions actuellement prévues, les départs et les sorties des lignes de Ceinture et de banlieue s'effectueront de la manière suivante :
- a. Pour les lignes de Ceinture et d’Auteuil (pii présentent des trains exIreniement fréquents, les bureaux de billets et les passages de départ et d’arrivée des voyageurs sans bagages qui sont les plus nombreux, sont situés en face du grand escalier de la cour de Rome et donnent lieu à une circulation en ligne droite.
- b. Pour les lignes de banlieue (Versailles, Saint-Germain et Argenteuil) les billets seront distribués dans l’annexe à la grande galerie, annexe qui aura 8m,50 de largeur, et qui contiendra également deux escaliers communiquant avec le sous-sol. Chaque ligne aura un groupe de salles d’attente, situées en face des bureaux qui la desservent (fig. 2).
- Les voyageurs munis de bagages, tant pour ces lignes que pour celles de Ceinture et d’Auteuil, trouveront dans le sous-sol, où ils auront accès par la rue intérieure, des bureaux spéciaux pour les billets et les bagages, ainsi que les bascules et les ascenseurs nécessaires pour compléter ce service.
- A l’arrivée, les voyageurs trouveront à l’issue des quais, des escaliers qui les conduisent directement dans le sous-sol, sans traverser la galerie, et de l'a dans la rue intérieure. A cet effet, le sous-sol est éclairé pendant le jour par des dallages en verre établis sur une largeur de 5 mètres au milieu de la galerie, et le soir, par des appareils à gaz.
- c. Pour les grandes lignes, le service du départ s’effectuera uniquement par la cour d’Amsterdam agrandie et dégagée des anciens bâtiments en ailes. Les voyageurs avec ou sans bagages arriveront au niveau du vestibule qui aura 60 mètres de longueur sur 10 de largeur, et où se trouveront les bureaux des billets; la salle des bagages, parallèle au vestibule et située derrière lui, contiendra les bureaux, bascules et ascenseurs destinés à élever les cabrouets au niveau des quais. Enfin, deux escaliers de 4 mètres de large et disposés aux deux extrémités du passage entre le vestibule et la salle des bagages conduiront les voyageurs du rez-de-chaussée à la grande galerie supérieure. Les ascenseurs mettant en communication le sous-sol et le rez-de-chaussée avec cette dernière, sont mus par force hydraulique et répartis en 4 groupes distincts : 2 affectés au service des grandes lignes au départ, et les deux autres au service de la banlieue, arrivée et départ.
- Les installations sont complétées par 6 cabestans placés aux extrémités des groupes de voies de grandes Lignes pour la manœuvre des plaques d’extrémité, et par deux accumulateurs destinés à régulariser la pression, et à fournir un approvisionnement d’eau qui facilite le travail des machines.
- 5° L’amélioration du service des grandes lignes à l’arrivée. Les dispositions adoptées pour cet objet comprennent l’agrandissement de la sortie des voyageurs et de l’ancienne salle des bagages, la création
- d’une nouvelle salle dans le même but et d’une autre pour les visites de la douane.
- 4° La suppression du service des messageries anciennement installé à la suite de la cour d’arrivée des grandes lignes et transporté dans la tranchée dite des docks, a l’angle des rues de Berne et de Saint-Pétersbourg. Cette installation dont le rez-de-chaussée est en communication avec les voies de la gare, et dont le premier étage fait suite à la rue de Londres, est desservie par des appareils hydrauliques ’.
- 5° L’extension et la modification des voies, quais, etc. Les nouveaux aménagements comprennent le prolongement des lignes d’Auteuil jusqu’au fond de la gare, la suppression des voies de dégagement et de garages intermédiaires entre les voies principales des divers groupes, enfin l’établissement, au delà du pont de l’Europe, de communications entre les voies principales des groupes de banlieue et de grandes lignes, de manière à accroître considérablement la capacité de trafic de la gare.
- La seconde de ces dispositions nécessite un changement très important dans le mode d’exploitation de la gare Saint-Lazare. Au lieu de modifier, comme on le fait actuellement, la composition des trains dans la gare même au moyen des voitures mises en réserve sur les voies intermédiaires, on fait fonctionner la gare comme pour un service de trains de banlieue. La machine ne se détache plus du train pour être tournée à liras sur les plaques situées en tète du groupe; elle reste sur la voie d’arrivée pendant le temps nécessaire à la montée et à la descente des voyageurs. Une autre machine vient s'atteler à la queue du train et l’emmène. La première se dégage, soit en suivant à quelque distance le train venant de partir, soit à l’aide d’un chariot transbordeur à fosse mû par force hydraulique qui l’amène sur la seconde voie du groupe.
- Ce dernier mode de dégagement dont l’idée est entièrement nouvelle a été préféré par la Compagnie de l’Ouest à la communication par plaques tournantes dont la manœuvre est lente, et dont rétablissement nécessite dans les quais des échancrures gênant la circulation des voyageurs. Les chariots transbordeurs sont pourvus d’une plaque tournante qui se place à volonté sur l’une ou l’autre des voies du groupe au moyen du déplacement du chariot; le retournement de la machine sur la plaque se fait dans l’entrevoie. D’autre part, la suppression des garages intermédiaires dans les groupes conduit à envoyer les wagons sur un faisceau de voies nouvelles établies près du service des messageries, pour y opérer le nettoyage qui se faisait autrefois sur les voies intermédiaires.
- 6° L’établissement de nouvelles halles couvertes, et l’allongement des halles actuelles. L’objet de cette partie des travaux est d’augmenter la surface couverte des voies d’arrivée, de manière à mettre les trains à l’abri surunelongueur d’au moins! OOmètres.
- 1 Voy. n° 750. Ou 15 octobre 1887, p. 510.
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- LA NATURE.
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- [.es halles présentent, actuellement des types divers de combles Dolonceau à trois contre-fiches articulées, et un grand comble de 40 mètres de portée construit en 1857» par M. Eugène Rachat avec fermes rigides sans articulations. (Test ce type de comble qui a été adopté pour les nouvelles halles, en remplaçant toutefois les arbalétriers en tôle pleine par des arbalétriers à treillis, et en n'employant qu’une seule bielle en tôle et cornières au lieu de trois.
- Mais par suite de la disposition des voies, l'ouverture d’un meme comble ne sera pas uniforme sur toute la longueur de la balle. Ainsi, pour celui qui recouvre les voies de Versailles et d’Auteuil, cette ouverture, varie de 54m,01 au droit des salles d’attente, à 50 mètres à l’extrémité du côté du pont de l’Europe. On avait donc des ouvertures différentes pour chacune des fermes, ce qui imposait soit la pente du faîtage, soit l’emploi pour la couverture d’une surface gauche. Pour éviter ces incon-vénients, on a préféré employer des demi-fermes de dimensions constantes, correspondant à la ferme de moindre ouverture, et les réunir à leur sommet par des parties horizontales de largeurs variables couvertes d’un lanterneau formant terrasson.
- Dans le but de diminuer le nombre des appuis et d’accroître l’intensité de l’éclairage, tout en donnant à la construction un aspect monumental, on a adopté franchement, pour le prolongement des balles, la modification radicale des ouvertures des balles actuelles. La façade vers le pont de l’Europe présentera cinq fermes (fig. 4) dont deux grandes, de 50 mètres et 5Gni,50 d’ouverture du côté de la rue de Rome, et deux autres grandes, de 42m,50 et 47m,50 du côté de la rue de Londres, situées de part et d’autre d’une ferme plus petite de 17™,50 qui formera la partie centrale de la façade. La tête des balles sera fermée au moyen d’un rideau vitré porté par une ferme de tête spéciale.
- Il nous reste à dire quelques mots de l’hôtel terminus qui doit être établi entre lès cours de Rome et d’Amsterdam, pour utiliser les terrains rendus disponibles par les expropriations nécessaires au dégagement des abords de la gare. L'est le premier établissement de ce genre qui sera construit à Paris, et le programme adopté lui conserve le caractère d’un hôtel français tout en assurant à la clientèle spéciale que la voie du Havre doit lui amener, le confortP'et le luxe des grands hôtels étrangers.
- La condition primordiale que doit remplir un hôtel terminus est d’être relié directement à la gare afin que les voyageurs y accèdent avec leurs bagages à l’arrivée des trains sans être obligés de sortir des bâtiments de la station. Ce désidératum est obtenu en Angleterre par l’installation des services de l’hôtel dans l’une des ailes du rez-de-chaussée des gares, pour les bureaux et les salles de restaurant, et, dans les étages supérieurs, pour le logement des voyageurs. A Saint-Lazare, l’hôtel sera complètement distinct de la gare, ce qui évitera aux locataires, les trépida-
- tions cl les bruits inséparables du mouvement des trains et des voyageurs; la communication sera assurée par une passerelle établie entre l’annexe de la grande galerie et le premier étage de l’hôtel.
- L’arrivée et la sortie des voyageurs avec bagages devant ainsi se faire par la passerelle, il devenait inutile de réserver une entrée [tour les voitures sur la rue. Saint-Lazare*, et une cour intérieure analogue à celle de nos principaux hôtels. Un s’est donc borné à établir sur cette rue un grand vestibule avec bureaux situés latéralement ; il contiendra deux ascenseurs, l’un pour les personnes, l’autre pour les colis, et conduira, par un escalier central, à un ehauffoir avec haute cheminée à manteau, disposition qui sera certainement très appréciée par les temps froids et pluvieux. A la suite du cbauflbir et occupant le centre de l’édifice, sera établi un immense hall-salon, flanqué sur les côtés des salles de restaurant, café, fumoirs, etc. Les diverses salles seront éclairées pendant le jour par des combles vitrés et le soir par la lumière électrique.
- L’hôtel aura quatre façades dont la principale régnera sur la rue Saint-Lazare, entre les cours de Rome et d’Amsterdam, deux autres en retour sur ces cours, et la quatrième sur la rue intérieure. Le sous-sol renfermera, indépendamment des caves affectées à l’hôtel et aux boutiques du rez-de-chaussée, les aménagements nécessaires pour les cuisines et les services qui en dépendent, ainsi que les machines destinées à actionner les ascenseurs et les appareils d’éclairage électrique. Le rez-de-chaussée, outre le hall-salon et les salles de restaurant, café, etc., sera bordé par une série de boutiques, les unes donnant sur la rue Saint-I.azare, les autres situées sur les façades latérales, et abritées par des arcades.
- Les étages seront affectés au service des voyageurs et comprendront environ trois cent cinquante chambres. Les dépenses de la construction de l’hôtel-terminus sont évaluées à i l 600 000 francs, terrain compris.
- Les divers projets dont nous venons de donner sommairement la description ont été étudiés sous la haute direction de M. Clerc, directeur des travaux de la Compagnie de l’Ouest, par MM. Morlière et Vignes, ingénieurs de la voie, et M. Bouissou, ingénieur du matériel fixe en ce qui concerne les travaux d’agrandissement et d’aménagement, et par M. Lisch, architecte, pour les bâtiments nouveaux.
- Quant à l’hôtel-terminus, il avait été confié primitivement à M. Lavezzari, ingénieur-architecte, et avait fait l’objet d’études très importantes ; à la mort de l’auteur, survenue en 1887, les études ont été achevées et les travaux commencés et poursuivis par M. Lisch. Ils sont actuellement en plein cours d’exécution, et leur état d’avancement permettra d’ouvrir l’hôtel en même temps que l’Exposition de 1889. G. Richou,
- Ingénieur des aits et manufactures.
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- LA NATURE
- LES CIGOGNES D’ALSACE
- ET LA FAUNE I)E LA CATHÉDRALE DE STR.VSBOURC
- Comme le Colisée à Rome et les ruines de la Cour des comptes a Paris, la cathédrale de Strasbourg a une ilore et une l'aune propres, dignes de l’attention des naturalistes. Sans compter la cigogne, locataire temporaire des cheminées voisines, huit espèces d’oiseaux nichent sur l'antique monument, où quatre d’entre elles restent toute l’année. Ajoutez trois ou quatre espèces de chauves-souris, en sus des souris communes et des rats d’église, un papillon, des araignées et quelques fourmis, tandis que la flore locale des pierres de taille est représentée par une vingtaine de lichens microscopiques. En explorant bien l’édifice , dans tous ses coins et ses recoins , depuis les londations jusqu’aux combles et à la pointe des clochetons supérieurs, vous trouveriez plus d’une espèce à porter sur la liste de cette station, qu’un ^ amateur sagace, M. Ferdinand Reiber a dressée pour le Bulletin de la Société d'histoire naturelle de Colmar, où il a publié aussi la faune des animaux des eaux de Strasbourg, ouvrage remarquable de Raldner, pêcheur naturaliste du dix-septième siècle. La reproduction de quelques photographies instantanées de cigognes, prises par M. Schweitzer sur un toit près de la cathédrale (fi g. 1 à 4), nous amène à jeter un coup d’œil sur cette curieuse station zoologique. Parmi les oiseaux sédentaires, y demeurant en toute saison, la cresserelle, la chouette effraie, le moineau domestique, le pigeon commun, auxquels s’ajoutent comme
- botes de passage, le choucas, l’hirondelle de cheminée, le martinet, le rouge-queue. Le cône de pierre, qui s’élève audacieusement à 142 mètres au-dessus du pavé actuel de la cité, est le rendez-vous de milliers d’insectes égarés dans les airs. La flèche de la cathédrale semble attirer ces volatiles, pareille à un phare gigantesque, et comme la lumière dans la nuit, appelle les bestioles ailées.
- La cigogne blanche, Ciconia alba, arrivant en Alsace au mois de mars, précurseur du printemps,
- niche également sur les arbres et au haut des édifices. J’en ai vu élever leur couvée sur des arbres, à quelques mètres seulement au-dessus du sol, dans les prairies des bords de laSauer. Sur les édifices élevés, elles sont plus en sûreté ; elles trouvent aussi sur le faîte des toits la charpente de leurs nids préparés par la sollicitude des bourgeois propriétaires. Oiseau vénéré des Alsaciens, presque au même titre que l’ibis sacré dans l’Egypte ancienne, toute la population le protège avec une sollicitude jalouse. Autrefois on annonçai t à son de trompe l’arrivée du premier couple de cigognes dans nos villes au moyen âge. Main-tenairt’-rw^ire, la croyance populaire lui attribue le don de porter bonheur à la maison où il prend son nid et qu’il protège contre la foudre. Pour la jeune fille, qui voit l’oiseau aux longues jambes marcher vers elle, c’est un signe de ses fiançailles prochaines. Aux enfants strasbourgeois, les mères de famille racontent que les cigognes leur apportent de petits frères, assis en croupe sur leur siège de plumes et les tenant par le cou, à travers les airs. D’où la chanson enfantine dont nous donnons la traduction :
- Fig. 1
- Fig. 1. — l'n nid de cigogne, en face de la cathédrale de Strasbourg. (Fac-similé d’une photographie instantanée.j
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- LÀ NATURE.
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- « Cigogne, cigogne, appuie bien ta jambe! Porte- I mots-moi sur ta voiture ; ne peux-tu me tirer, laisse-moi moi à la maison sur ton dos! Si lu ne peux me supporter, 1 couché chez moi ! ))
- Fig. 2. — Cigogne de Strasbourg au moment du vol. (Fac-similé d’une photographie instantanée.)
- Moins bien disposés que le commun peuple, les chasseurs reprochent aux cigognes goulues d’avaler les jeunes levrauts comme de simples souris et des grenouilles de marécage. Pour- r;
- tant, gare aux malencontreux assez mal inspirés pour décharger un coup de l'eu dans le corps de \
- leur concurrent a ^
- déliassés. La ré- j j
- probation puhli- j 1
- que flétrit sévère- | |
- ment ce méfait, I j
- si, comme dans U
- certains cantons 1
- suisses au temps f
- passé, pareil acte g
- n’est plus assi- 1
- mile à un meur- g
- tre d’homme. A ||
- l’époque du passage, on voit des troupes de cigognes blanches s’abattre par milliers sur les grands chênes de la forêt de Reichstett, près Strasbourg, pour passer la nuit et continuerensuite leur voyage
- Fig. 5. — Cigogne de Strasbourg quittant son nid. (Fac-similé d’une photographie instantanée.)
- le long du Rhin, vers la Hollande probablement, ('elles qui restent chez nous viennent par couples choisir les nids anciens disponibles sur les toits ou
- les cheminées. Le droit de première occupation paraît admis dans les mœurs de l’espèce, comme garantie du domicile. Parfois néanmoins , ce droit d’usage donne lieu à des contestations , car on voit aussi des couples de cigognes se livrer de violents combats pourla possession d’un même nid. Pendant toute la durée du séjour, pendant l’incubation et l’éducation de la jeune famille, les cigognes chassent dans les prairies humides et les lieux marécageux. La quantité de petites bêtes : grenouilles, crapauds, souris, orvets, cou-
- Fig. A. — Détail d’un nid de cigogne sur un toit. (Fac-similé d’une photographie
- instantanée.)
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- LA NATURE.
- leuvres, que ces échassiers, pourtant si maigres, engloutissent dans leur jabot, est prodigieuse. Quand l’automne approche, dans le courant du moisd’aoùt, ils quittent le pays pour s’assurer leur nourriture dans des contrées plus méridionales, pendant les quartiers d’hiver. La cigogne noire, C. nigra, indigène dans les marais boisés de l’Europe orientale, parait accidentellement seulement en Alsace.
- On connaît trop bien l’histoire naturelle des cigognes alsaciennes pour la retracer ici en détail. Cela étant, nous nous bornerons à raconter deux faits observés à Strasbourg et à Colmar, susceptibles de contribuer à l'étude des mœurs de l’espèce. A Colmar, le veilleur de la tour de l’église Saint-Martin nous a dit que dans la couvée d’une des dernières années, les cigognes logées sur le faîte du toit ont découvert un beau matin un oiseau d’espèce différente [tondu dans leur nid par.un bote de passage. Le mâle, à la vue de ce produit étranger à sa lignée, non seulement ne trouva pas opportun de l’adopter, mais le rejeta avec les signes d’une mauvaise humeur indubitable. Rien plus, suspectant peut-être d’infidélité sa femelle, il appliqua à celle-ci une correction bien sentie avec force coups de bec. A Strasbourg, on a pu assister tout récemment, sur la plate-forme de la cathédrale, à un combat entre des cresse-relles logées dans les combles et une cigogne du voisinage. Cette cigogne, planant au-dessus de la ville, fut assaillie par deux cresserelles. « Le couple, nous dit M. Reiber, attaquait évidemment pour se livrer à des jeux d’adresse; jamais il n’aurait pu enlever un si gros oiseau. Alternativement les rapaces fondaient sur l’absurde échassier, qui n’aurait eu qu’à se poser sur un toit pour défier les attaques de ses adversaires. Les cresserelles s’acharnaient, elles ramenaient et retenaient toujours la cigogne dans les mêmes cercles aériens. Ce jeu dura longtemps et attira une foule de spectateurs sur le pont de l’IH. Tout à coup le combat cessa d’une façon imprévue. Au moment où l’un des adversaires fondait sur la cigogne, celle-ci lui perfora l’abdomen d’un coup de bec. Le blessé poussa immédiatement son cri-cri-cri bien connu, et s’en fut vers la cathédrale avec un filet d’entrailles pendant entre les pattes. Son compagnon alors jugea aussi prudent d’abandonner la partie. Quant à la cigogne délivrée de ses ennemis, elle s’abattit aussitôt sur un toit, les jambes ployées, le bec entr’ouvert, en donnant tous les signes de la plus violente émotion. »
- Les cresserelles de la cathédrale de Strasbourg, Falco tinnunculus, nichent aussi bien sur les corniches que dans les trous des murs. En visitant les galeries supérieures du monument, nous les voyons régulièrement couver des œufs déposés sur la pierre nue, au bord de l’abîme. Pour leur nourriture, elles ne se contentent pas d’insectes et de mulots; les pinsons et les chardonnerets des jardins de la ville, les moineaux réfugiés sous les toits, voire même les pigeons adultes, sont également de leur goût. Ces oiseaux chassent au-dessus des escarpements du lac
- Blanc, comme dans la plaine du Rhin. 11 n’y a guère de château ruiné en Alsace où ils ne prennent domicile pour y continuer leurs déprédations en toute sécurité. Dans les greniers de la cathédrale, la chouette elfraie, Slri.x flamme a, demeure à côté d’eux, sans être troublée dans ses habitudes crépusculaires. Une vingtaine de couples de choucas, Cor-vus monedula, vient également couver ses œufs sur le dôme à chaque retour du printemps, quitte à se disperser dans le pays en été, avec les jeunes, mêlés aux autres espèces de corbeaux. Aussi longtemps que la couvée nouvelle ne peut s’envoler, les parents, les vieux, sont astreints à de pénibles voyages pour nourrir leur progéniture. Le moineau, F ring ilia domestica, l’hirondelle de cheminée, Hirundo rustica, et le rouge-queue, Sglvia lithys, logent de préférence dans le bas du monument, dans les trous, dans les corniches, aux angles des ogives de toutes les façades. Pour le martinet, Cyp-selus mmarius, qui arrive au commencement du mois de mai, celui-là, afin de repartir dès le mois d’août, il aime à établir son nid au fond de creux obscurs, sous le dallage de la plate-forme, sous un grand couvercle de pierre, d’un accès bien difficile pour l’oiseau. Enfin, des pigeons domestiques, échappés des pigeonniers du voisinage, où ils retournent souvent, se plaisent également à pondre leurs œufs et à couver leurs petits sur les hauteurs de notre superbe cathédrale, dont certaines parties présentent de véritables dépôts de guano ou de co-lombine.
- Quelle vie donnent aux régions supérieures du monument ces huit oiseaux, dont six sont très nombreux, et qui nichent ensemble dans ses diverses parties. Rapaces et autres semblent vivre en bonne intelligence, se respectant comme chiens et chats d’une même maison. Le bruit et le mouvement des cloches ne les émeuvent pas. Aucun effroi pour eux, même avec le vacarme le plus assourdissant du gros bourdon. Ne trouvons-nous pas là un cas remarquable d’adaptation, à considérer comme un vrai premier pas vers la domestication? A côté de ces oiseaux, les trois genres de chauves-souris existant en Alsace sont représentés, dans les réduits obscurs de la cathédrale de Strasbourg, par plusieurs espèces au nombre desquelles figurent des vespertillons et des oreillards. Nous n’avons pu les voir toutes réunies dans les collections du Musée alsacien formé à l’ancienne académie par le professeur Schimper. Si nous considérons les embranchements inférieurs, la station zoologique présente à la suite des vertébrés, de grosses araignées du genre Epeira, dont les toiles relient toutes les corniches, les colonnettes, les statues, tandis que de charmantes petites araignées vagabondes, de la famille des Attides, donnent la chasse aux insectes qui ont pu éviter les toiles de leurs grosses congénères moins mobiles. La multitude d’insectes de tout ordre, noyés dans les réservoirs d’eau de la plate-forme, prouve combien est variée la nourriture que martinets et hirondelles
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- LA NATURE.
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- récoltent bien liant dans les airs. M. Reiber y a pris entre autres le foulon, Polyphylla fullo, dont l'habitat le plus rapproché est à 7 lieues de distance, à Haguenau. Un joli papillon, la Variera cardai, vient également de loin prendre possession de la plateforme, et chasser impitoyablement les autres lépidoptères tentés de lui disputer la place. Seule, la Briophylla muralis, qui vit de lichens microscopiques, résiste à ses persécutions, parce qu’elle éclôt sur le monument et se nourrit des végétaux informes dont ses pierres sont tapissées et qui les colorent du sommet à la base, malgré leur apparente nudité.
- Charles Giun.
- LES PROCÉDÉS
- DE PRODUCTION DE LA LUMIÈRE
- Les progrès de la science tendent à ramener tous les phénomènes physiques à des modes de mouvement ne différant entre eux que par la nature du milieu ou des milieux qu’ils intéressent, les amplitudes des oscillations effectuées par ces milieux, les formes des oscillations et leur rapidité.
- Il semble établi aujourd’hui, en particulier, que les ondes électriques et les ondes lumineuses sont de même espèce, les ondes électriques étant de grande longueur et de grande période, tandis que les ondes lumineuses sont, au contraire, de faible longueur et de courte période.
- Tout, jusqu’ici, tend à identifier les vibrations d’ordre électrique et les vibrations d’ordre lumineux, et la comparaison de leurs vitesses respectives de propagation deviendra facile et directe du jour où nous saurons allonger les ondes lumineuses ou raccourcir les ondes électriques et leur donner ainsi des dimensions identiques ou, tout au moins, d’un même ordre de grandeur.
- Ces idées qui sont longuement développées par M. Oliver J. Lodge, dans une série d’articles fort importants publiés par notre confrère de Londres, Nature, ont conduit l’auteur à des réflexions curieuses sur la lumière et des procédés actuels qui servent à la produire. Comme les réflexions du savant anglais ouvrent un nouveau champ de recherches aux physiciens et pourront avoir des conséquences pratiques dont on ne saurait encore prévoir : l’étendue, nous croyons intéressant et utile de traduire intégralement la partie du travail de M. Lodge relative à cette question.
- Nos lecteurs y trouveront des idées véritablement originales et nouvelles sur la valeur et l’avenir des procédés actuels d’éclairage artificiel : E. H.
- « Notre système actuel de production de lumière artificielle est non moins dissipateur qu’inefficace. Il nous faut produire des oscillations d’un certain nombre de périodes variant entre 4000 et 7000 billions par seconde : les autres nous sont inutiles, parce que les vibrations plus rapides ou plus, lentes n’ont aucun effet sur notre rétine; mais nous ne savons pas encore produire des vibrations d’une fréquence donnée.
- Nous pouvons produire une vibration définie de 100 à 2000par seconde; en d’autres termes, nous savons exciter un son pur d’une hauteur déterminée, et nous pouvons commander toute une série de sons analogues à l’aide de soufflets et d’un clavier d’une façon continue. Nous pouvons aussi — bien que le fait soit moins bien connu — exciter momentanément des vibrations de l’éther définies,
- faisant un certain nombre de millions de vibrations par seconde, mais nous ne savons pas, jusqu’ici, comment maintenir ce mouvement d’une façon continue. Pour atteindre des vibrations de plus courte période, nous devons nous attaquer aux atomes. Nous savons comment faire vibrer les atomes : nous pouvons obtenir ce résultat en chauffant une substance. Si nous pouvions agir individuellement sur chaque atome sans agir sur les autres, nous obtiendrions sans doute un mode de vibrations simples bien défini. Ce résultat est possible, mais il n’est pas à souhaiter, car les atomes, même isolés, ont une multitude de modes de vibrations propres dont un petit nombre seulement nous seraient utiles, et nous ne savons pas encore comment exciter les unes sans exciter aussi les autres.
- « En fait, nous ne nous attaquons pas aux atomes individuels, nous agissons sur eux pris en masse compacte, et leurs modes de vibration sont alors, en quelque sorte, en nombre infini.
- « Nous prenons une masse de matière, disons, pour fixer les idées, le filament de charbon d’une lampe à incandescence ou le bloc de chaux d’une lampe oxhydrique, et en élevant progressivement sa température, nous imprimons à ses atomes des modes de vibrations de plus en plus rapides.
- « Nous ne transformons pas les vibrations lentes en vibrations rapides, mais nous superposons les plus rapides aux plus lentes jusqu’à un point où elles affectent notre rétine, et nous nous déclarons satisfait. Mais voyez combien ce procédé est empirique et dissipateur. Nous avons besoin d’une échelle peu étendue de vibrations rapides, et nous ne savons rien faire de mieux que de produire toute la série de vibrations à partir de l’oiigiue. Cela est comme si, pour mettre en vibration l’oclave aigu d’un orgue, nous étions obligé d’appuyer sur toutes les clefs et toutes les pédales, et de déchaîner ainsi un véritable ouragan sonore.
- « J’ai choisi à dessein comme exemple les méthodes les plus perfectionnées pour la production de la lumière artificielle, celles pour lesquelles les vibrations non utilisées ne sont qu’inutiles, mais non nuisibles. Mais les anciennes méthodes étaient beaucoup plus grossières, car elles consistaient à utiliser la combustion d’une substance quelconque. Des radiations puissantes étaient obtenues par ce procédé, mais les vibrations utilisées, celles qui nous permettaient de voir, n’étaient qu’une fraction presque infinitésimale des vibrations totales produites par la combustion.
- « Chacun sait que la combustion est un mode de production de la lumière aussi désagréable que peu hygiénique, mais il en est peu se rendant compte que tous les autres procédés actuellement employés sont dans le même cas, et qu’un procédé aussi peu satisfaisant et aussi peu économique que l’incandescence ne vivra que quelques décades, un siècle tout au plus.
- « Regardez les fourneaux et les chaudières d’une grande machine à vapeur commandant un groupe de dynamos, et estimez l’énergie dépensée; regardez ensuite les filaments incandescents des lampes que ces dynamos alimentent, et cherchez à apprécier la partie de l’énergie radiante produite véritablement utile pour l’œil. Elle vous paraîtra comparable à une faible note dans un orchestre entier.
- « Ce n’est pas trop dire qu’un gamin tournant une manivelle pourrait, si l’énergie qu’il dépense était bien dirigée et utilisée, produire autant de lumière effective que
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- LA NATURE.
- toute cette masse de mécanismes et cette consommation de combustible.
- « Il pourrait peut-être y avoir quelque chose de contraire aux lois de la nature d’espérer produire et utiliser certaines radiations sans les autres, mais lord Rayleigh a démontré dans une courte note présentée en 1881 à la British Association, au meeting d’York, qu’il n’en était pas ainsi, et nous avons dès lors le droit d’essayer de le faire. Nous ignorons encore comment nous pourrons produire et utiliser certaines radiations, mais c’est là une des premières chose que nous devons chercher à apprendre.
- « Quiconque a vu un ver-luisant a dû être frappé de ce fait que sa lumière n’est si facilement produite ni par la combustion ordinaire, ni par une machine à vapeur actionnant une dynamo.
- Les phénomènes de phosphorescence gaspillent peu d’énergie par radiat ion ; les radiations de nature à affecter la rétine sont émises directement, et il ne faut, pour les produire, qu’une quantilé d’énergie extrêmement petite.
- « Les radiations solaires comprennent, il est vrai, des radiations de toute nature, mais elles ont, outre qu’elles rendent les objets visibles, une quantité innombrable de fonctions à remplir, et toute l’énergie du soleil est utile. Dans l’éclairage artificiel, on ne demande rien autre chose que de la lumière ; lorsqu’on a besoin de chaleur, il vaut mieux l’obtenir séparément par combustion.
- « Dès que nous avons clairement reconnu que la lumière n’est pas autre chose qu’une vibration électrique, nous devons aussitôt nous mettre à la recherche d’un moyen permettant d’exciter et de maintenir une vibration d’une rapidité
- Lorsque ce résultat aura été obtenu, le pro-
- La canne d’arpenteur et son contenu.
- électrique suffisante, blême de
- 'éclairage artificiel sera résolu.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- CANNE ri ’ A R P E N T E U R
- Dans une des récentes séances de la Société pédagogique génevoise, M. Yez, ingénieur, a présenté un nouvel instrument dont il est l’inventeur, et qui ne manque assurément pas d’originalité. C’est une grosse canne (fig. n° 1) h laquelle se joint un petit écrin de poche. Ces deux objets contiennent tous les instruments nécessaires au nivellement et à l’arpentage.
- Pour se servir de la canne, on dévisse sa poignée (n° 5) et on en retire un fil à plomb dont le fil s’enroule et se déroule automatiquement. Pour s’assurer de l’aplomb d’un plan vertical, on place ce fil à plomb tel qu’il est indiqué au n° 10.
- On retire de la canne (n° 2, en A) le mètre à 4 branches et à ressort (n° 9) qui peut se transformer facilement en règle, en équerre (n° 8) en niveau de maçon ; dans ce cas on lui fait prendre la forme indiquée au n° 0 et on y adapte le fil à plomb.
- En retirant de la partie inférieure de la canne (nn 2 b) le pied a trois branches, ou le piquet
- n° 4 qui peuvent s'introduire alternativement et qui s’emploient suivant la nature du sol, et en disposant le premier comme l’indique len° 5, R, on a un pied d’instrument sur lequel il suffira d’ajouter le genou à double mouvement et les pinnules renfermées dans l’écrin pour obtenir :
- 1° Un niveau (nos fi et 7) aussi précis que le niveau d’eau, mais plus >transportable que ce dernier et ne nécessitant pas d’eau.
- 2° Un niveau de pentes, l’une des pinnules étant munie d’une crémaillère et d’une division donnant la pente par mètre.
- 3° Une équerre d’arpenteur, le genou portant un plateau divisé de façon a pouvoir élever une perpendiculaire.
- En résumé, la canne deM. Yez renferme sept instruments, savoir : l°le fila plomb; 2° la règle; 5°, le mètre linéaire; 4° l’équerre; 5° le niveau simple; 6° le niveau de pente; 7° l’équerre d’arpenteur.
- Elle peut servir en outre d’arme défensive, la pointe n° 4 en faisant une véritable lance.
- Cette canne se recommande surtout aux proprietaires, aux intendants, aux conducteurs et vérificateurs de travaux, en ce qu’elle leur permet de contrôler eux-mêmes telle ou telle partie d’un bâtiment et d’un travail quelconque, sans avoir à se munir d’autre instrument qu’une canne dont il faut pardonner le volume et le poids, en raison des objets multiples qu’elle contient.
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- LA NATURE.
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- LÀ DÉCALCOMANIE DES PAPILLONS
- LÉPIDOCHROM1E
- La décalcomanie des papillons ou lépidochromie consiste à fixer sur le papier les couleurs des ailes
- des papillons; on peut également en obtenir des épreuves sur la porcelaine et le verre. Cette opération, qui n’a en soi rien de compliqué, demande seulement du soin, de la patience et quelque habitude. On peut, lorsque l’on a acquis une certaine pratique, se composer de charmants albums des nom-
- Fig. 1, 2 et 3. — Décalcomanie des Papillons. — 1. Les parties hachées de la ligure indiquent la surface du papier couverte de gomme, que l’on doit découper pour appliquer sur le vernis; les [parties ombrées montrent le contour des ailes du papillon. — 2. a, ailes de. papillon bleu noircies par la gomme ; b, les mêmes, ramenées à leur ton. — 5. a, Yanessc petite tortue décalquée, le contour du corps est indiqué pour être peint. En b on voit le même papillon décalqué de trois quarts; on comprendra qu’il faut décalquer les ailes dans l’attitude qu’elles ont ici en les superposant dans le même ordre, mais à l’inverse.
- breuses espèces de papillons que l’on a pu se procurer.
- Ces collections, si elles n’ont point une grande valeur scientifique, présentent au moins l’avantage de rester à l’abri des insectes dévastateurs et surtout de ne pas être aussi fragiles que les délicats insectes dont elles conservent l'effigie.
- 11 ne nous a pas paru dénué d’intérêt de donner sur les procédés à employer quelques conseils pratiques rapidement résumés. L’on sait que le brillant coloris des ailes des papillons est dû à de minuscules écailles de formes diverses dont l’assemblage plus ou moins imbriqué forme les nuances veloutées et parfois changeantes dont beaucoup sont revêtus.
- Ce sont ces écailles qu’il importe de fixer sur le papier au moyen d’une matière qui les retienne.
- Pour décalquer un papillon, on commence par préparer une solution d’eau gommée obtenue avec de la gomme arabique très pure à laquelle on a ajouté un peu de sucre candi, un peu de sel blanc et un peu d’alun. Cette solution doit avoir la consistance d’un très léger sirop. On obtient aussi une excellente colle avec le mucilage fourni par la graine de plantain auquel on ajoute du sucre et de la gomme arabique.
- La colle (quelle que soit celle adoptée) est étendue au pinceau sur du papier blanc (papier écolier ou papier de Hollande, par exemple) et l’on y dépose les quatre ailes du papillon que l’on a détachées avec le plus grand soin à l’aide de ciseaux très fins (fig. 1) ; on réserve entre elles la place exacte du corps, et on leur donne
- *-T-
- Fig. 4. — Petite presse pour serrer les ailes du papillon contre le papier. (Elle est surtout bonne à obtenir la seconde épreuve; pour la première, il faut prendre garde de ne pas trop serrer les ailes, car on en écraserait les côtes et les nervures, ce qui dénaturerait le contour.)
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- LA NATURE.
- telle attitude que l'on désire, a ou b, par exemple (fig. 5). En recouvrant le tout d’une seconde feuille de papier gommé, on obtiendra du même coup les deux laces de l’insecte (dessus et dessous).
- On place alors le tout entre plusieurs doubles de papier buvard et l’on met sous presse. On peut se servir, en guise de presse, de poids, de gros livres, etc. Une presse à copier ou une petite presse de menuisier (lig. 4) donnent de bons résultats.
- On doit laisser longtemps sous presse, vingt-quatre heures, par exemple, puis on retire les deux feuilles qui sont alors parfaitement collées, on les découpe de manière à ne laisser autour des ailes dont le relief est bien visible qu’une marge étroite. (On peut ici, si cela est nécessaire, tracer le contour des ailes avec un crayon fin en s’appuyant à une vitre pour les bien voir par transparence.) On mouille au moyen d’un pinceau et avec le plus grand soin la marge ainsi formée et les deux feuilles se décollent facilement gardant chacune une empreinte parfaite du papillon dont il ne reste plus qu’à enlever, avec une aiguille, les membranes et nervures qui y adhèrent.
- Mais souvent on est tout surpris de voir les couleurs complètement changées : tel papillon, d’un noir brun, se trouve être sur le papier d’une belle teinte bleu chatoyant, etc. Ce phénomène a son explication dans la nature des écailles des ailes dont les couleurs et la structure sont différentes suivant les faces, et dans cette épreuve, négative ou provisoire, l’on a obtenu seulement l’aspect de la couche interne des écailles placées sur le papier à l’inverse de la position naturelle qu’elles occupaient sur la membrane des ailes.
- Une seconde opération devient donc nécessaire, c’est maintenant à l’impression au vernis qu’il faut recourir pour avoir l’image définitive de l’insecte. Le meilleur vernis à employer est celui à l’esprit-de-vin, dont se servent les photographes et il faut le laisser suffisamment épaissir pour qu’il ne boive pas sur le papier. Tremper un blaireau fin dans le vernis, et passer une légère couche sur la surface de l’épreuve précédemment obtenue que l’on aura par un découpage soigneux débarrassée de la marge précédemment réservée à même les écailles qui, fixées par la gomme sur le papier, ne remueront nullement. Disposer alors sur cette épreuve une feuille de papier vélin ou bristol bien satiné, de telle sorte que les deux feuilles soient hermétiquement collées l’une à l’autre par toute la surface de l’épreuve. Mettre sous presse, en ayant bien soin d’attendre que le vernis soit assez sec pour qu’il ne se produise pas de bavures.
- Un temps assez court suffit pour permettre au vernis de sécher; on retire alors de la presse et on met les deux feuilles adhérant ensemble dans une cuvette pleine d’eau, on les y laisse jusqu’à ce que le papier soit bien imbibé. Retirer alors du bain et soulever légèrement avec la pointe d’une aiguille ou la lame d’un canif la feuille de papier qui se laisse facilement décoller du bristol par la dissolution de
- la gomme. Le vernis n’étant pas soluble dans l’eau a retenu les écailles sur le bristol. Laver alors doucement l’épreuve avec un pinceau bien doux, puis la sécher et la mettre sous presse (légèrement) avec du papier buvard jusqu’à ce que toute humidité ait disparu. On a alors sur la feuille de bristol la reproduction fidèle, désormais inaltérable, du papillon. Il faut alors dessiner et peindre le corps et les antennes à l’aquarelle ou à la gouache; avec quelque peu de patience et de soin on finira par en faire des reproductions suffisamment exactes. Si l’on a affaire à un papillon à gros corps poilu, Sphinx, Noctuelle, Bombyx, on pourra essayer de fixer au moyen du vernis, sur le contour du corps, les poils que l’on aura rasés au moyen d’un canif très tranchant; on peut même, si le papillon est encore frais et mou, découper la peau du dos et la coller sur le bristol ; mais rien ne vaut ici l’aquarelle ou la gouache. On retouchera, par le même procédé, les manques qui auraient pu se produire sur la surface des ailes, ce qui arrive parfois.
- Les reproductions ainsi obtenues peuvent se conserver en album ; il est bon toutefois d’intercaler entre elles une feuille protectrice de papier de soie. On peut aussi, si l’on veut encore mieux protéger ces images, les vernir légèrement au vernis à l’alcool.
- Cette méthode convient à tous les papillons, mais c'eux qui ont les ailes bleues doivent être exceptés. Au décalcage, les écailles des ailes de ces papillons deviennent noirâtres et donnent des épreuves du plus mauvais effet. La raison de cet état de choses est la suivante : chaque écaille est formée de trois lamelles dont la dernière reposant sur la membrane jouit seule de la propriété de réfléchir les couleurs. Dans la première épreuve à l’eau gommée, reproduisant les écailles en sens inverse, la lamelle réfléchissante se trouve placée en dessus. Ce n’est donc que dans la contre-épreuve qu’apparaîtra la couleur bleue; mais il est nécessaire, pour obtenir ce résultat, que les lamelles supérieures soient parfaitement intactes. Or elles sont toujours plus ou moins imbibées de gomme qui a servi à obtenir cette seconde épreuve. Il faut donc faire disparaître cette gomme par le séjour dans l’eau de l’épreuve au bristol pendant plusieurs heures, et ensuite par un lavage minutieux. La couleur, verdâtre au sortir du bain, reprend sa teinte bleue en séchant (fig. 2); plus la nuance bleue est tendre, plus le bain doit être prolongé. Il faut se garder de vernir les papillons bleus décalqués : toute application de vernis leur rendrait cette triste teinte noirâtre que l’on a eu tant de peine à faire disparaître. Ce dernier procédé est dù à M. Boulin.
- Maurice Malnorox.
- CHRONIQUE
- La nouvelle végétation «le l'ile (le Krakatau.
- — M. Treub, directeur du Jardin botanique de Boiten-zorg, à Java, a étudié la nouvelle flore qui existe sur les débris de file, en partie disparue, lors du cataclysme vol-
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- LA NATURE.
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- conique du détruit de la Sonde. Le journal anglais Nature, a publié récemment le résultat des observations de M. Treub. Nous en donnerons ici le résumé. Ce qui reste de Krakatau est un îlot d’environ 5 kilomètres de long, ayant la forme d’une montagne s’élevant à pic au-dessus des flots. Un côté est presque vertical, de la base au sommet, qui a une altitude d’environ 760 mètres; l’autre présente une pente très escarpée. Cet îlot est situé à 10 kilomètres de l’ile de Sibésie, la terre la plus proche portant une végétation terrestre, à 52 kilomètres de Sumatra et à 54 de Java. Les îles de Verlaten et Lang sont beaucoup plus rapprochées ; mais elles ont été dépouillées de toute végétation lors de la terrible catastrophe, et elles étaient encore nues en 1886. La destruction complète de toute vie végétale sur l’île de Krakatau ne peut être mise en doute. Les graines les plus résistantes, les rhizomes les mieux protégés ont dû perdre toute vitalité sous l’influence de la chaleur excessive qui s’est développée dans ces terrains et aucun germe n’aurait pu y résister. Toute l’île, du sommet du pic jusqu’au bas, au-dessous du niveau de la mer, est aujourd’hui couverte d’une couche de cendres et de ponces, dont l’épaisseur varie de 1 à 60 mètres. D’autre part, la supposition que la végétation a pu y être ramenée par la main de l’homme doit être absolument écartée : l’île est inhabitée, inhabitable, et elle est d’accès très difficile. La végétation actuelle est donc due à d’autres agents, parmi lesquels on en peut nommer trois : les vents, les flots, les oiseaux. La végétation rencontrée sur Krakatau, trois années environ après l’éruption, se compose, dans son ensemble, de fougères et de quelques types isolés de plantes phanérogames, les unes et les autres sur le rivage et même sur les pentes de la montagne. Onze espèces de fougères ont été recueillies et quelques-unes étaient représentées déjà par de nombreux sujets. 11 n’es-t pas surprenant que les spores de ces fougères, de même que celles de plusieurs autres, aient été transportées parle vent sur cette île; mais, comme le Dr Treub le fait remarquer, ce qui est étonnant, c’est qu’elles aient pu pousser dans des conditions aussi désavantageuses. Chimiquement et physiquement, les matières volcaniques qui couvrent l’île forment un terrain aussi stérile qu’on peut l’imaginer, et cependant ces fougères s’y sont rapidement développées. Des recherches plus minutieuses en ont donné l’explication. Ces fougères ne sont pas les premiers organismes qui aient paru dans cette nouvelle végétation de Krakatau ; les cendres et les pierres ponces y sont partout couvertes d’une couche très mince d’algues d’eau douce. La présence de ces algues donne au sol une apparence gélatineuse et hygroscopique, en l’absence de laquelle il est peu probable que les fougères eussent pu pousser. Ainsi, ces organismes microscopiques ont préparé le sol pour les fougères, de même que celles-ci ont apporté les conditions grâce auxquelles les graines des phanérogames ont pu germer et se développer. Nous ajouterons, que les poussières de l’air, ont pu jouer un rôle beaucoup plus important qu’on serait tenté de le croire.
- line nouvelle application de la photographie.
- — Un des professeurs de l’Institut photographique royal de 'Vienne a récemment proposé de substituer un appareil photographique au juge des arrivées dans les courses, l’impression photographique fournissant une base indiscutable et restant comme une trace indélébile de ce qui s’est produit pendant les derniers mètres du parcours dans le voisinage du but. Cette méthode a été expérimentée, il y a quelques semaines en Allemagne avec un succès
- complet. Une chambre noire était disposée exactement en ligne avec le poteau d’arrivée, et cinq autres étaient disposées à des intervalles rapprochés sur les 8 ou 10 derniers mètres de la course. Ces chambres noires étaient ouvertes simultanément par l’électricité. Trois minutes suffisaient pour développer le cliché ainsi obtenu.
- Trouvaille dans un (uinulus russe. — Des
- fouilles archéologiques opérées récemment dans une propriété du district de Catherinoslaw (Russie) ont amené, si nous en croyons un journal de cette localité, une découverte bien curieuse: un tumulus contenait, à 2m,85 de profondeur, deux squelettes décapités et dont les crânes étaient remplacés par des crânes de moutons ayant conservé leurs cornes. A côté de ces squelettes, on a trouvé des armes, des lances et des carquois pleins de flèches à pointe de fer. Jamais rien de pareil n’avait été découvert dans les tumulus russes.
- Curieuse illusion d'optique. — Nous recevons de M. le Dr Fée, médecin directeur du 11° corps, à Nantes, la communication suivante : « La figure ci-dessous donne
- lieu, quant à l’équidistance de cinq points, à une erreur d’appréciation qui m’a paru curieuse. Je voudrais qu’elle put intéresser vos lecteurs comme m’ont intéressé — moi, vieil abonné — tant de communications du même ordre. »
- Les mendiants valides et le travail. — Dans un discours prononcé à la séance d’ouverture du Comité supérieur de l’Assistance publique, M. Monod a fourni de bien curieux renseignements sur la mendicité à Paris. « Un homme de bien, a dit M. Monod, a fait sur les mendiants de Paris une expérience des plus curieuses, des plus instructives. Il voulut apprendre d’une manière certaine quelle portion de vérité contiennent les plaintes des mendiants valides. Il s’entendit avec quelques braves gens, négociants, commerçants, industriels, lesquels s’engagèrent à donner du travail et à allouer un salaire de 4 francs pendant trois jours à toute personne se présentant munie d’une lettre de lui. En huit mois, il eut à s’occuper de 721 mendiants valides qui, naturellement, se plaignaient de n’avoir pas de travail. Aux 727 il dit qu’il avait de la besogne pour eux ; chacun fut avisé qu’il pouvait faire retirer à son adresse une lettre qui lui donnait entrée dans un magasin ou une usine, avec un salaire de 4 francs par jour. C’était le salaire demandé ; c’était la vie assurée, avec la dignité. Plus de la moitié (415) ne vinrent même pas prendre la lettre. D’autres encore entrés grand nombre (158) la prirent, mais ne la présentèrent pas à son destinataire. D’dhtres vinrent, travaillèrent une demi-journée, réclamèrent 2 francs, et on ne les revit pas. D’autres disparurent, la première journée faite. Bref, des 727, 18 étaient encore au travail au bout delà troisième journée. Ainsi, sur 727 hommes mendiant à Paris, arrêtant les passants dans la rue, se plaignant de mourir de faim, demandant avec larmes du travail, il y en avait 18 qui avaient le désir sincère d’en trouver. C’est un sur 40. Cette expérience, portant sur un espace de plusieurs mois et sur plusieurs centaines d’individus, a un caractère décisif. Après cela, il est permis d’affirmer
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- LA NATURE.
- qu’à Paris, — et il doit en être de même dans les autres grandes villes, — sur 40 mendiants valides, il y en a un qui mérite intérêt. »
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du ‘24 sept. 1888. — Présidence de M. Des Cloizeaux.
- Comètes de Brooks et de Barnard. — M. Rayet, directeur de l’Observatoire de Bordeaux, a observé plusieurs fois, pendant le mois de septembre, les comètes de Brooks et de Barnard. Il communique le résultat de ses observations ainsi que les positions des étoiles dites de comparaison, auxquelles sont rapportées les positions des comètes.
- Théorème de Gauss relatif a la théorie de Vattraction. — M. Bertrand a recherché la généralisation d’un théorème de Gauss relatif à la théorie de l’attraction. Le problème traité par Gauss n’est d’ailleurs qu’un cas particulier du problème général de l’attraction réciproque de deux corps résolu par La place. Si l’on admet la loi des attraction s et des répulsions inversement proportionnelles aux carrés des distances, la généralisation du théorème de Gauss conduit à cette conséquence nécessaire que l’électricité doit se porter à la surface des corps électrisés. Voici donc un fait réputé d’expérience qui devient une conséquence nécessaire de la loi des attractions et répulsions.
- Réciproquement, si l’on admet que l’électricité se porte à la surface des corps électrisés, sans faire aucune hypothèse sur la loi des attractions et répulsions électriques, on en conclut nécessairement du théorème de Gauss et du principe admis, que les attractions et répulsions doivent s’exercer en raison inverse des carrés des distances.
- Varia. — M. ttrandidier a représenté l’Institut (Académie franaçise et Académie des sciences) aux fêtes données à Montbard à l’occasion du centième anniversaire de la mort de Buffon. M. Guillaume, membre de l’Académie des beaux-arts, et allié à la famille de Buffon, assistait également à la cérémonie. MM. Grandidier et Guillaume ont prononcé des discours très applaudis. — M. Cornu a accepté la mission de représenter l’Académie des sciences à l’inauguration du monument élevé à Lyon à la gloire d’Ampère. Stanislas Meunier.
- PHOTOGRAPHIES-CARICATURES
- Ayant eu l’occasion de voir chez l’im de nos opticiens bien connus, M. Ilarlot, les amusantes photographies que nous reproduisons ci-dessous et qui représentent un portrait à l’état normal (n° 1), le même allongé (n° 2), le même raccourci (n° 5) comme les images des miroirs concaves et convexes, nous lui avons demandé de publier dans La Nature la reproduction de ces portraits déformés avec le mode opératoire. M. Darlot nous a obligeamment donné l’autorisation demandée et nous a communiqué pour nos lecteurs la notice suivante :
- « Il y a une quinzaine d’années, un photographe
- d’Italie demandait qu’on lui' construisît un objectif basé sur le principe des miroirs cylindriques. Son but était le portrait-caricature. L’impossibilité d’un tel appareil était patente, mais ne pouvait-on obtenir en reproduction ce qu’on cherchait directement? Ainsi posé, le problème était résolu.
- « Je pris un cliché debout de la tête aux pieds, très net et sans aucun accessoire de pose. En le reproduisant incliné dans le sens de la longueur, j’obtins une image raccourcie; et recommençant l’expérience en sens inverse, j’eus une image allongée.
- « Voici la façon d’opérer : du cliché on tire par contact un positif sur verre en le plaçant dans le châssis-presse et appliquant gélatine contre gélatine une plaque sensible. On l’expose environ vingt secondes à 50 centimètres de la lumière d’une bougie, puis on développe h l’acide pyrogallique ou à l’hydroquinone. C’est ce positif qu’on reproduira incliné dans un sens ou dans l’autre selon que l’on voudra le résultat long ou large. Il est indispensable, surtout pour le raccourci, d’employer un objectif aussi court de foyer que possible (ce qui exagère la grosseur de la tête), et de le diaphragmer fortement. » Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Un portrait photographique (n* 1) et ses delormations : en allongé (n° 2), en raccourci (n° 3)
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- N° 801.
- ü O CT O B HE 18 88.
- LA NATURE.
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- 'Mot
- UTILITÉ DES ABEILLES
- Nous avons reçu récemment une petite brochure de vingt pages, intitulée : Utilité des abeilles. Nous l’avons lue d’un bout à l’autre, avec un si grand intérêt, et nous dirons même un tel étonnement en raison des résultats qu'elle l'ait connaître, que nous n’hésitons pas à en donner à nos lecteurs une analyse assez complète.
- L’auteur, M. Eugène Jobard, imprimeur et directeur du journal le Bien public, à Dijon, après avoir exposé en quelque^ pages intéressantes comment et pourquoi il est devenu apiculteur, accumule, avec des preuves à l’appui, un nombre de faits tellement abondants et précis, qu’on est bien obligé de reconnaître l’intérêt de la question dont il s’est fait le vulgarisateur.
- Il ne s’agit pas en effet pour lui du produit direct de l’insecte molli fère, le miel et la cire, qui ont cependant une importance considérable , mais de l’action des abeilles sur la fécondation des fruits, des céréales, des vignes et des prairies naturelles et artificielles, ce qui lui a permis d’avancer que la culture rationnelle des abeilles pourrait révolutionner l’agriculture française , « en
- doublant la production fourragère, fruitière et vinicole. »
- Nous n’avons pas la compétence nécessaire pour juger en connaissance de cause les affirmations de l’auteur ; mais on va voir cependant que les faits suivants sont bien probants :
- « En Saxe, dit M. Eugène Jobard, il y a certains districts où les cultivateurs ne font que du blé qu’ils vendent aux plus hauts prix comme blé de semence. Dans ces districts, tous les cultivateurs possèdent des ruchers, mais au lieu d’être fixes ils sont installés sur des chariots, et au moment de la floraison du blé, chaque cultivateur conduit son rucher mobile au milieu de ses champs. »
- Racontant un jour ce fait à Yelars, devant plusieurs cultivateurs, un d’eux s’écria : « Mais c’est donc pour ça que mon plus beau blé est toujours celui que je récolte près de mon rucher. » Même déclaration fut faite quelque temps après par M. le 16* usée. — î* leaeilr».
- maire de banques, grand agriculteur de la Haute-Marne, qui prit aussitôt l’engagement d’ensemencer en blé toutes les terres avoisinant son rucher. Voici, à ce sujet, la déclaration de M. le maire de Lanques :
- « Suivant nia promesse, j’ai ensemencé en blé toutes les terres qui confinent à mon rucher, situé au milieu de la campagne. Eh bien! cette année comme toujours, le grain de ces champs est incontestablement supérieur à celui de toutes les autres terres. Les épis sont moins grêles, plus nourris, et cette année, une fois de plus, je prendrai ce blé pour la semence.
- « Il y a plus, les épis des champs les plus proches de mon abeiller sont également plus beaux et plus lourds que dans le reste de la contrée. En outre, au rapport de cultivateurs dignes de foi, les plus riches sillons de la contrée sont ceux d’un vallon où se trouvent plusieurs petits ruchers.
- « Pour la fécondation des arbres à fruits la question est prouvée par une quantité de faits qui ne peuvent laisser subsister aucun doute; en voici un entre autres : « Le curé de Ninville (Haute-Marne) plaçait en 1883 quelques ruches dans les murs de son jardin, où depuis vingt ans, trente pieds d’arbres, malgré ses soins intelligents, s’obstinaient à lui refuser des fruits. Or, h partir de cette introduction des abeilles, les pommes et les poires abondèrent comme par enchantement sur ces arbres jusqu’alors improductifs.»
- Et tous les faits s’accumulent ainsi, abondants, pressés, serrés; aussi regrettons - nous vivement de ne pouvoir les citer tous. Voici cependant une observation citée par M. Jobard et faite par Darwin ; nous croyons devoir la reproduire entièrement :
- « Darwin a fait sur la fécondation des plantes par les abeilles des observations très remarquables, qu’il a répétées plusieurs années de suite et qui chaque fois lui ont donné les mêmes résultats. 11 semait devant son rucher du colza et du trèfle blanc, puis, quand ces plantes allaient fleurir, il couvrait d’une gaze légère plusieurs touffes qu’il mettait ainsi à l’abri de l’action des abeilles. Quand la maturité des graines était achevée, il prenait sur les plantes abritées et les plantes visitées par les abeilles le même nombre de capsules et comptait les graines. L'a proportion en faveur des plantes fécondées par les abeilles était en moyenne de 50 à 60 pour 100, et de plus, ces graines étaient toujours beaucoup plus
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- grosses que celles de toutes les autres plantes abritées.
- « Pour le trèlle, il se produisait en outre un phénomène remarquable : c’est que le trèlle fécondé par l'intermédiaire des abeilles, devenait toujours beaucoup plus grand que celui qui avait été abrité. Darwin en tirait cette conclusion : que ce développement remarquable de la plante était dù à la succion constante opérée par les abeilles, dans les corolles oit le miel se renouvelle sans cesse. Si la plante n’est pas suffisamment exploitée, elle se congestionne et son développement s’arrête. Ce qui confirme cette observation, c’est que les deux loulles de trèlle lleurissaient en meme temps, mais que la touffe exploitée par les abeilles continuait de grandir, tandis que celle qui n’avait pas de contact avec elles restait stationnaire aussitôt que ses fleurs étaient épanouies.
- « L’abandon de la culture des abeilles, dit en terminant M. Eugène Jobard, est une des plus grandes fautes commises par les agriculteurs, et, cela est pénible à constater, c’est en France que cet abandon s’est produit dans les plus grandes proportions.
- « En Autriche, en Allemagne, en Italie, en Hongrie, en Russie et aux Etats-Unis, cette culture est même encouragée d’une manière toute particulière, et, il faut bien le dire, en Alsace-Lorraine, le gouvernement allemand subventionne très largement deux publications apicoles qui se sont fondées depuis l’annexion. A Vienne on a fondé une véritable Académie apicole. Elle est composée d’illustrations scientifiques, et c’est le chef de l’Etat, l’empereur d’Autriche, qui en est le président.
- « Parlez abeilles à un de nos grands agronomes, il vous répondra que son temps est trop précieux pour le dépenser à de pareilles vétilles. Il ne se doute pas, ce grand agronome français, qui se fait battre sur son propre terrain par toutes les nations étrangères, et battre à plates coutures, qu’il existe en Amérique trente sociétés financières au moins, possédant chacune 5 et 0 millions de capitaux qu’elles emploient, savez-vous à quoi? A couvrir de ruchers tout le territoire américain jusqu’aux confins de la Californie ! Ah ! c’est que les Américains ont compris les premiers que les abeilles étaient indispensables à la bonne fécondation des plantes. Ils ont conscience qu’avec elles seulement, on peut ramasser, pour rien, des milliers de milliers de tonnes de sucre, qu • la nature répand à profusion partout, sur les fleurs et jusque sur les feuilles des arbres de nos forêts. »
- Et poursuivant sa démonstration, l’auteur nous apprend qu’avec le miel ou peut relever le degré alcoolique des vins dans des proportions considérables, et que ces vins vinés au miel acquièrent en outre une délicatesse et une solidité prodigieuse; que ce sucre d’une qualité incomparable est à la disposition de tous les viticulteurs qui peuvent avoir avec un rucher leur raffinerie a côté de leur chais, et qu’aujourd’hui lés fabricants des premiers crus de Champagne ont donné la préférence au miel sur le sucre candi qu’ils utilisaient autrefois.
- fin le voit, Fauteur paraît bien convaincu. Ceux de nos lecteurs que la question intéresse pourront se procurer facilement, le travail complet de JE Jobard1. Nous serons curieux de savoir si la question soulevée a vraiment l’importance qu’il lui donne, et nous recevrons avec intérêt des renseignements à ce sujet.
- Caston Tissa.mukk.
- LE BATEAU SOUS-MARIN
- LE (( GYMNOTE »
- Le 50 avril 1887, la direction'des constructions navales faisait mettre en chantier à Toulon, sur une cale de l’arsenal du Mourillon, un bateau sous-marin d’un type nouveau, dont les plans avaient été dressés par M. lîainazzotti, ingénieur de la marine, sur les données fournies par M. Zédé, directeur des constructions navales, en retraite. Ce navire, baptisé du nom de Gymnote, a été mis à l’eau, avec plein succès, le 24 septembre dernier, en présence du préfet maritime, le vice-amiral Dupetit-Thouars, des officiers supérieurs et des ingénieurs de la marine.
- Les dimensions de ce bateau sous-marin sont : 20 mètres de longueur et lm,80 de diamètre au maitre-couplc. 11 a la forme d’un cigare, ou plus exactement d’un cylindre, en tôle d’acier, terminé par un cône à ses deux extrémités; le cône arrière est légèrement tronqué. Hors de l’eau, le Gymnote présente l’aspect général d’une torpille automobile; immergé, il ressemble à une petite.baleine.
- Une étroite plate-forme, sur laquelle est pratiquée une ouverture pouvant donner passage à un homme, couronne la partie supérieure de la coque, lïeux autres ouvertures sont disposées, l’une à l’avant et l’autre à l’arrière. Près de la plate-forme centrale, simulant de loin la nageoire dorsale d’un squale géant, se trouve une petite coupole d’environ 0m,35 de diamètre, garnie de glaces, par laquelle l’officier chargé de la direction du navire peut voir au dehors.
- L’appareil moteur est une machine électrique du système Krebs ainsi que les autres machines installées à bord et qui sont destinées à assurer la direction en profondeur.
- Le Gymnote est mis en mouvement par une hélice à quatre branches. Pour obtenir la submersion du bateau à des profondeurs diverses, des réservoirs s’empliront d’eau en quantité variable. Des pompes puissantes permettront de rejeter cette eau pour remonter à la surface. La provision d’air respirablc sera fournie par des réservoirs d’air comprimé.
- La direction dans le sens horizontal se produira au moyen d’un gouvernail ordinaire ; celle dans le sens vertical s’opérera à l’aide de deux gouvernails adaptés chacun sur un des côtés à l’arrière. On pourra ainsi faire descendre et monter obliquement le navire sous l'eau et le faire mouvoir dans tous les sens. Les détails de la construction sont tenus absolument secrets. Le poids total du Gymnote est de 17 000 kilogrammes. L’équipage se composera seulement de l’officier commandant, de deux mécaniciens et d’un matelot. Comme engin de guerre, la
- 1 Cel)o brochure étant distribuée gratuitement, envoyer simplement à M. Eugène Jobard à Dijon, un timbre de J centimes pour les frais d'affranchissement.
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- principale qualité de ce nouveau type de bateau, appelé à transformer la tactique navale, sera de pouvoir passer sous la coque des navires ennemis et y fixer, au moyen d’un appareil spécial, des torpilles qui resteront en communication avec le bateau sous-marin par un fil d’acier, et qu’on fera éclater au moyen d’une décharge électrique.
- Les essais de navigation du Gymnote vont être faits dans le bassin Vauban, puis dans la rade même de Toulon. Dans la récente expérience du 24 septembre, le Gymnote a été mis à l’eau pour vérifier l’étanchéité de la coque; le bateau a été enfoncé sous l’eau et pendant cet essai on communiquait au dehors par le téléphone, fl est probable que dans quelques semaines on fera fonctionner les machines dans une expérience décisive qui doit être exécutée par MM. Zédé, Ramazzotti et Krebs.
- Tous ces essais seront faits dans le plus grand secret, en présence seulement du vice-amiral Dupetit-Thouars et du haut personnel de la marine. Si les essais du Gymnote sont satisfaisants, ce qui est fort probable, on procédera, parait-il, à la mise en chantier d’un bateau sous-marin du même type, mais de 70 mètres de longueur.
- Jacques Léotami.
- ÉCLAIRS EN BOULE
- M. Reimann a récemment public en Allemagne d’inté-ressantes observations d’éclairs en boule faites à llirsch-Jierg, en Silésie, pendant les orages du 19 et du 29 avril 1888; nous reproduisons le résumé de ce travail d’après le Bulletin de la Société météorologique de France. Deux de ces éclairs furent vus pendant le premier de ces orages : une femme et son fils se tenaient à deux fenêtres différentes de leur maison, ou de la Wil-hemstrasse et de l’inspcctorstrasse, au troisième étage ; une boule de feu de couleur jaune, de la grosseur d’une boule de jeu de quilles, apparut s’avançant assez lentement sur les fils télégraphiques, avec un bruit faible analogue à celui d’un drapeau agité par le vent, et descendit au milieu de la place couverte d’herbe; puis elle se releva et se remit à s’avancer, volant plus haut et plus rapidement qu'auparavant sur les maisons de l’Inspectorstrasse. La direction était S. S. W. Le second éclair fut aperçu par une autre femme, vers 4 heures, d’une fenêtre de sa maison ouvrant vers l’est. La boule de feu jaune s’avançait très rapidement de la Franzstrasse vers la fenêtre, à une distance de 20 à 25 mètres, dans la direction S. N; elle passa sur la Balmhofstrasse et s’éleva sans laisser de traces sur le toit d’une maison munie d’un paratonnerre. Sa grosseur était celle de la tète d’un enfant. Elle était suivie d’une rangée de petites boules comme des billes de billard. Aucun bruit ne se fit entendre. L’orage du 29 avril fut extrêmement violent et donna lieu à divers éclairs fort remarquables. Une femme vit une grosse pelote brillante tomber perpendiculairement d’un nuage sur llirschberg et se briser en plusieurs morceaux qui s’évanouirent dans l’air. Un autre éclair en boule de cet orage rappelait tout à fait celui du 19; il fut observé par le jardinier du gymnase qui était dans un berceau du jardin, et par une jeune fille d’une fenêtre de l’inspcctorstrasse, à 50 ou 60 mètres du gymnase. La boule parcourut entre les deux un espace d’environ 100 mètres. « C’était, dit le jardinier, une boule de feu rougeâtre qui s’avança subitement du toit du gymnase avec un bruit de sifflement et éclata sans explosion sur les arbres du jardin ; les morceaux s’en allèrent à droite et à gauche vers
- le bas et s’évanouirent dans l’air sans laisser de Iraees. » La jeune fille vit tout à coup à sa droite, sur la maison située en face, une boule de feu de la grosseur de la tète d’un enfant qui s’avançait rapidement vers l’angle du gymnase et s’éleva vers l’angle du toit et éclata dans l’espace compris entre le gymnase et la maison voisine. Elle n’entendit aucun bruit.
- L’auteur rapporte une autre observation qui lui a été communiquée par M. Rudeck, pharmacien à Wigandsthal, près Freiberg, dans lTsergebirge. Le 14 mai, pendant un orage qui dura quatre heures, vers 5 heures du soir, quinze personnes virent une boule de feu d’un blanc éblouissant, de la grosseur d’une soupière, apparaître au-dessus de la maison de M. Rudeck, illuminant la maison et la cour. Elle descendit presque perpendiculairement et se posa sur un arbre situé dans la cour, à un mètre et demi de la maison. Plusieurs observateurs virent partir des branches de ce dernier un éclair se dirigeant vers le conducteur du paratonnerre, et au même instant deux fdles de cuisine se précipitèrent dans la chambre en criant qu’il y avait une boule do feu dans la cuisine. Elle était probablement descendue par la cheminée où le feu était allumé. Elle n’a cependant pas laissé de traces. Le phénomène fut accompagné d’un coup de tonnerre.
- LE MOTEUR A PÉTROLE DAIMLER
- Nous avons signalé déjà1 l’intérêt spécial que présente l’emploi du pétrole pour actionner des petits moteurs fonctionnant pour ainsi dire sans aucun entretien. La conduite en est très facile et n’exige, en quelque sorte, qu’une simple surveillance, elle supprime toute manutention malpropre et gênante, comme celle du charbon, le chargement d’un foyer, etc... L’explosion du mélange d’air et de pétrole qui entretient le mouvement de la machine est déterminé, en effet, par la flamme d'une simple lampe ordinaire, ou mieux par une étincelle électrique produite en temps utile, et qu’on peut obtenir au moyen d’une simple machine magnéto-électrique conduite par le moteur lui-même. 11 en résulte qu’on a un moteur très simple pouvant s’installer presque sans bâti en un point quelconque d’un atelier, qui se met en mouvement ou s’arrête instantanément à volonté. Il y a là une série d’avantages des plus intéressants et il y a lieu de penser que l’application de ces moteurs est appelée à recevoir encore de nombreux développements.
- Le type que nous représentons dans la figure 1 est remarquable par la grande simplicité de son installation, il est monté dans la petite caisse disposée à droite de la voiture du tramway qu’il remorque, et il est à peine apparent, comme on voit. L’inventeur, M. Daimler, a pu d’ailleurs appliquer aussi ce moteur sur un tricycle en en réduisant encore les dimensions et obtenir ainsi un appareil fonctionnant mécaniquement, dont le volume ne dépasse pas cependant celui d’un vélocipède ordinaire à trois roues. L’application en a été faite également à la navigation
- 1 Vov. u1’ 724, du 10 avril, cl n° 755, du 5 déeèuftlin; 1887.
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- dans des condilions analogues à celle du moteur de M. F orest que nous avons décrit1 et elle a mis en relief tous les avantages d’un appareil d'aussi faible volume qui s’installe avec la plus grande facilité dans un petit canot.
- La figure 2 donne la disposition générale d’une machine fixe construite d’après le même principe que ces petits moteurs.
- Le cylindre U forme un réservoir rempli en partie de pétrole, l’air atmosphérique aspiré par un petit ventilateur actionné par la machine elle-même est amené dans le réservoir C par un tuyau central terminé par une pomme d’arrosage ; il en sort en harbottant dans le bain et se chargeant ainsi de vapeur de pétrole, il arrive de là dans le cylindre de la machine D, où il rencontre un courant d’air pur avec lequel se produit le mélange détonant. L’explosion est déterminée en R, sous l’intluence de la flamme d’une lampe à pétrole, qui pénètre dans le cylindre par une petite ouverture fermée au moyen d’une soupape soulevée elle - même à chaque coup de piston par une roue à came. Les gaz résultant de l’explosion sont évacués par une soupape spéciale ménagée sur le cylindre. Un robinet E disposé sur le tuyau de parcours du courant d’air aspiré permet de l’obturer à volonté et de régler ainsi la dépense de pétrole. La machine est munie d'un petit volant qui régularise le mouvement. Le moteur
- 1 Yov. n° 753, ilu 5 novembre 1887, p. 305.
- ainsi disposé ne peut marcher que dans un sens unique, ce qui serait inadmissible sur la machine du
- tramway, et celle-ci est munie d’un embrayage à frottement interposé entre l’arbre mo-Icuretl’essicudis roues, permettant de communiquer à volonté à ce dernier un mouvement de même sens ou de sens contraire à celui de l’arbre moteur. La machine ne peut pas se mettre en mouvement elle-même, il faut effectuer quelques tours à la main en agissant sur le volant, pour déterminer l'appel d’air et amener la formation du mélange explosif à l’intérieur du cylindre ; mais ce travail demande quelques minutes seulement, après quoi, le mouvement s’entretient de lui-même. Le cylindre s’échauffe assez rapidement, il est refroidi en partie par le passage du courant d’appel qui l’enveloppe à l’extérieur , et par un manchon d’eau froide qu’il faut renouveler lorsque la marche est un peu prolongée.
- Le petit tramway actionné par le moteur représenté sur la figure est installé dans la ville de Cannstadt, près Stuttgart, il effectue un parcours de 700 mètres environ, en marchant à la vitesse de 6 mètres à la seconde; la charge moyenne est de neuf personnes et peut atteindre douze. La puissance du moteur est d’un cheval-vapeur environ, et, d'après les renseignements qui nous sont fournis, la consommation de pétrole ne dépasserait pas un litre par heure.
- Fig. 1. — Délit tramway à moteur à pétrole, installé à Cannstadt, près Stuttgart.
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- Fig. ïi. -- Machiue à pétrole de M. Daimler, utilisée dans le tramway ci-dessus. Modèle de la machine lixe.
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- LES MONTAGNES RUSSES
- AUX 11 AI NS II E ME H
- A deux reprises différentes, nous avons parlé à nos lecteurs des montagnes russes, qui, après avoir eu jadis tant de vogue à Paris, ont recommencé à fonctionner avec succès dans notre capitale, après avoir passé par les Etats-Unis1. H y a partout en Amérique des montagnes russes, qui font fureur, en hiver comme en été. Pour compléter les descriptions que nous avons données précédemment, nous signalerons aujourd’hui, d’après le Scientific American,
- une nouvelle invention qui consiste h utiliser les montagnes russes aux bains de mer.
- Notre gravure fait comprendre l’usage du système. Les baigneurs se lancent sur la piste inclinée qui les conduit dans l’eau.
- Cette curieuse montagne russe balnéaire est construite près de Bridgeport, Connecticut. Le plan incliné que figure notre dessin a 55 mètres de longueur. Sa partie supérieure est fixée à une plateforme élevée de 10 mètres environ au-dessus du rivage; sa partie inférieure baigne dans l’eau. Le chemin aérien est légèrement concave, de telle sorte qu’il rencontre les Ilots sous un angle assez faible.
- Montagne russe balnéaire, installée à Bridgeport, Connecticut, aux Etats-Unis.
- Les traîneaux consistent en une sorte d’écuelle allongée, où le baigneur se trouve assis dans une position accroupie. Ce traîneau glisse sur la piste dont la surface est formée de petites roulettes placées les unes à côté des autres et qui favorisent considérablement le glissement. Quand le traîneau arrive à l’eau, grâce à la vitesse acquise et à la résistance du liquide, sa course continue à la surface de la mer par bonds successifs, à la façon des pierres lancées qui font des ricochets. Il arrive parfois que le baigneur, assis dans son véhicule, soit lancé jusqu’à une cinquantaine de mètres de la base du plan incliné, Alors il n’a plus qu’à revenir, en poussant le traîneau qui flotte devant lui.
- 1 Yov. n° 778, du C.S avril 1888. p. 545.
- Les montagnes russes balnéaires que nous venons de décrire ont été construites par M. J. C. Belknap, de Bridgeport ; elles ont obtenu un si grand succès lors de la saison dernière que plus de 11 000 glissades ont eu lieu pendant le seul mois d’août.
- Avis aux directeurs de nos stations balnéaires normandes pour la saison prochaine.
- Notre confrère Cosmos, en parlant de la montagne russe balnéaire américaine, a rappelé qu’un jeu de ce genre était autrefois en grand honneur chez les indigènes d’Hawaï, qui s’y livraient avec les moyens les plus rudimentaires. Le traîneau était une simple planche, et la piste une coulée de lave tombant dans la mer sous un angle de 45°. Dans ces conditions on ne ricochait pas, bien au contraire; le baigneur pé-
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- nétrait comme une Jlèche dans la mer, et y descendait jusqu’à une grande profondeur. Des nageurs aussi émérites que les Hawaïens pouvaient seuls tenter une pareille aventure; entraînés par leur séjour continuel au milieu des Ilots, ils étaient, à cette époque, de véritables amphibies.
- LA TEMPÉRATURE DU LITTORAL
- MÉRITERRAN K E X
- Les variations de la température diurne ont une importance capitale pour les malades qui vont dans les stations hivernales. On a même appelé « journée médicale » la partie de la journée pendant laquelle les malades peuvent et doivent sortir. Les variations de température dépendent naturellement du point observé, mais il y a quelques lois communes que mettent surtout en relief les tracés pris avec les thermomètres enregistreurs.
- En premier lieu, partout et toujours, le minimum a lieu au moment du lever du soleil. Ce minimum est très peu prononcé ou presque nul lorsque le ciel est couvert. Les tracés (fîg. 1 et lig. 2) en donnent un exemple remarquable, et nous les avons choisis parce que la comparaison avec les tracés obtenus à Paris indique que le même phénomène se reproduit à Paris, mais moins nettement.
- Nous ferons en même temps remarquer que les jours de beau temps à Monaco corrrespondent aux jours de mauvais temps à Paris et réciproquement.
- Nous avons de plus choisi le tracé de la ligure 1, parce que c’est la seule fois de tout l’hiver où le thermomètre à notre observatoire des Caps-Fleuris soit descendu à 0° et précisément pendant une demi-heure au moment du lever du soleil. Pendant toute la nuit le thermomètre était plus élevé et dans tous nos tracés il y a pendant la nuit une élévation relative de la température. Cette élévation de la température pendant la nuit est presque spéciale pour le Midi. Elle n’arrive pas à des heures précises, mais il n’y a pas de tracés où elle ne soit prononcée pendant une partie de la nuit, le plus souvent de minuit à deux heures du matin.
- Un fait caractéristique des modifications de la température diurne, est l’élévation rapide de la température dès que le soleil est levé. La ligne du tracé s’élève verticalement, et cela aussi bien au mois de janvier qu’au mois de mai. Pour les tracés obtenus à Paris, même pour les belles journées du mois de mai, l’augmentation de température est moins brusque, car toujours la ligne est plus oblique.
- Cette élévation rapide de la température est remarquable et on ne la trouve nulle part aussi prononcée que dans les points où les montagnes forment une vaste ceinture et comme une sorte d’entonnoir. Elle est moins rapide à Cannes, à Nice et à San-Hemo qu’à Monaco, et surtout sur certains points de la route de Nice à Monaco, et particulièrement
- dans la région où nous avons fait nos observations1.
- C’est surtout dans la matinée et pendant la nuit que les différences sont assez sensibles entre les divers points du littoral, car à partir de midi, la température est à peu de chose la même sur toute la partie qui s’étend d’Hyères à San-Hemo. L’exposition plus ou moins prolongée au soleil, et les vents qui ont presque toujours lieu l’après-midi, sont les seuls éléments qui dans la seconde moitié de la journée influent sur les climats locaux.
- Dans tous les cas, l’élévation de la température commence dans la matinée bien plus tôt que tous les auteurs ne l’ont dit, et l’étude des tracés mieux que toute autre observation nous en fixe les bases. Selon l’époque de l’année, il suffit de se rappeler qu’une heure après le lever du soleil l’atmosphère est échauffée et que la température augmente d’une façon continue. Aussi on peut affirmer que « la journée médicale » peut commencer bien plus tôt, et c’est, une erreur de croire que les malades ne doivent pas sortir avant onze heures du matin, d’autant plus que dans ces régions il n’y a jamais débrouillards.
- Si le minimum est facile à déterminer, il n'en esf pas de même du maximum. Voici un tableau comparatif des résultats obtenus à notre observatoire des Caps-Fleuris et des tracés recueillis à Daris :
- MAXIMUM DE I.A TEMPÉRATURE DIURNE
- Paris Caps Fleuris (près Monaco)
- Janvier. . de 4 li. à 6 h. de l'après- de 2 li. à 5 li.
- midi, souvent à 7 h. et 8 h. du soir (très variable).
- Février. . de 2 li. à 4 b. (variable) de 1 b. à 5 b.
- Mars . . . de 2 b. à 5 b. de 12 b. a 5 b.
- Avril. . . de 1 b. à 5 b. de 11 b. 1/2à5 b. 12
- Mai . . . de 1 b. à à b. de l(t b. à 5 h.
- L’absence ou la présence des nuages a une influence tellement évidenle qu’il n’est pas besoin d’insister sur ce point. Même pour les mois du printemps, la température est influencée d’une façon énorme, surtout dans le Midi. Ainsi le temps est, beau le 20 et le 21 mars dans la matinée (fig. 2, A), et l’influence du soleil fait monter le thermomètre même avant midi à son maximum. Mais à partir de une heure et demie le soleil est caché par des nuages, et l’on obtient alors un tracé dans lequel il y a une chute rapide du thermomètre, et c’est peut-être une des seules fois où la ligne baisse aussi brusquement à partir du maximum de la journée. Le 22 mars, le ciel restant couvert, il n’y a plus de minimum au moment du lever du soleil, le maximum, et très faible n’arrive que vers les quatre heures, et la température reste à peu de chose près la même pendant les vingt-quatre heures.
- Les modifications des tracés sont, comme on le voit, considérables selon l’absence ou la présence du soleil, et cela se comprend puisque ce climat est
- 1 Cos observations ont été faites en un point situé à 600 mètres de la principauté de Monaco, à 65 mètres d’altitude, près de l’hôtel Sanitas des Caps-Fleuris.
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- si exceptionnel en hiver, grâce à la facile pénétration des rayons solaires. La nébulosité seule vient plus ou moins inllueneer l’action solaire.
- Ce qui est remarquable, c’est l’absence de variations thermiques dès que le ciel est complètement couvert ou lorsqu’il pleut. Mais si la température ne s’élève pas beaucoup, en môme temps elle ne s’abaisse guère, et avec l’absence de brouillards, l’avantage de ce climat est précisément que, pendant les journées de pluie, il ne fait pas froid. Contrairement aux autres points de l’Europe, seuls les vents du sud-est qui sont chauds amènent de la pluie. En Algérie, il n’en est pas ainsi, et les vents qui amènent de la pluie sont souvent froids, car les vents du Nord ont passé sur la mer.
- Les tracés des thermomètres ‘enregistreurs sont tous d’accord pour démontrer que, vers la fin de la journée, au moment du coucher du soleil, la température ne s’abaisse que légèrement et d’une façon continue. Cela, au premier abord, paraît inadmissible, et rien n’est plus curieux que la disproportion
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- Fig. 1. — Tracés obtenus par les thermomètres enregistreurs (mois de janvier). — A. Tracé obtenu près de l’hôtel Sanitas des Caps-Fleuris, à 65 mètres d’altitude et à 600 mètres de Monaco. — B. Tracé obtenu les mêmes jours à Paris.
- ment,, en s’en rapportant à nos impressions et l’on ne saurait assez insister sur ce point, car il paraît paradoxal.'
- Dans tous les cas, le refroidissement éprouvé est tellement considérable que beaucoup d’auteurs ont même écrit que le minimum des vingt-quatre heures arrivait au moment du coucher du soleil.
- Le fait n’est exact que pour notre corps, c’est-à-dire que c’est le moment où nous nous refroidissons le plus facilement, et cela non pas parce que la température est basse, mais parce que nous rayonnons notre chaleur.
- Ce phénomène, auquel pour une faible part on peut ajouter l’augmentation hygrométrique de l’air, explique l’impression que l’on éprouve, et le refroidissement est réel pour nous, absolument comme par les nuits claires, des plantes gèlent alors même que l’air ambiant est au-dessus de 0°.
- Pour les plantes, un simple écran suffit, et est souvent préférable à de gros murs. De même pour nous, un vêtement léger, mais à tissu serré, une tente, empêchent le refroidissement presque mieux que des
- énorme qui existe entre les instruments physiques et nos impressions. Pour qui a ressenti Je refroidissement (pu; l’on éprouve vers les 4 ou 5 heures du soir, il n’est pas croyable que la température soit la même que vers les 10 ou 11 heures du matin. Et cependant cela est, et les thermomètres ordinaires employés comme contrôle indiquent qu’en effet la température est bien celle marquée par les thermomètres enregistreurs.
- Sur le tracé (fig. 1, À) pris pendant le mois de janvier, nous voyons même la température être à 4 heures supérieure à celle de 10 heures, et cependant ce jour-là, à 10 heures, il faisait chaud et à 4 heures il faisait froid. La ligne de descente (excepté quand des nuages arrivent brusquement dans l’après-midi) est toujours moins rapide que celle qui marque l’augmentation de température. De sorte que la variation brusque de température n’existe à vrai dire qu’au moment du lever du soleil.
- On aurait pu croire à priori, qu’il en était autre-Jcttdv I e/<dres!< Samedis
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- Fig. 2. — Tracés obtenus par les thermomètres enregistreurs (mois de mars). — A. Tracé obtenu près de l’hôtel Sanitas des Caps-Fleuris — B. Tracé obtenu les mêmes jours à Paris.
- vêtements épais. Nous en avons fait l’expérience nous-même, et en ouvrant un parapluie nous avons diminué l’impression de froid que nous éprouvions. Par sa bizarrerie, ce fait indique bien les conditions météorologiques qui militent sur l’abaissement de notre température à ce moment de la journée. D’ailleurs, même pendant le milieu delà journée, du moment qu’on passe à l’ombre, le même phénomène se produit, et l’impression d’un refroidissement considérable a lieu dans ces conditions, aussi bien qu’au moment du coucher du soleil; ce qui prouve bien que la température ambiante a une action moins grande que notre propre rayonnement. Les appareils physiques les plus perfectionnés ne peuvent indiquer ces modifications, d’autant plus qu’il s’agit d’un phénomène pour ainsi dire individuel, et un des médecins les plus compétents du littoral, le Dr But-tura, a dit avec raison : « Ne regardez pas votre horloge, mais le soleil, non le baromètre, mais le ciel, non le thermomètre, mais la sensation éprouvée. »
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- LA NATURE.
- LE NOUVEL HOTEL DES POSTES
- A PARIS
- (Suite et fin. — Voy. p. 09, 181 et 251.)
- Il nous reste à donner quelques indications sur les manipulations que subissent les lettres et les périodiques entre le mentent où ils sont apportés à l’Hôtel des Postes et celui où ils en sortent, soit pour être distribués dans la capitale, soit pour passer parles ambulants qui les répartiront sur le parcours des grandes lignes ferrées.
- Nous donnerons d’abord à ce sujet l’aspect du vestibule d’entrée de la salle du public (fig. 4) et celui de celte salle même au rez-de-chaussée de P Hôtel. C’est dans le vestibule que sont les Bottes aux lettres, mais les immenses quantités de lettres et de ballots sont princi paiement apportées des bureaux de quartier ou des gares de chemin de fer.
- Comme nous l’avons déjà dit, le système adopté à Paris est la centralisation complète, à l’Hôtel des Postes, de tous les objets expédiés. Il n’en est pas de même à Londres, par exemple. La métropole anglaise est divisée en quartiers qui comprennentchacun unbureauautonomequi reçoit et expédie directement. 11 existe également un bureau central, mais dont les attributions sont différentes, sauf pour le cas où il agit comme bureau de quartier. On peut, avec ce système, obtenir une distribution de plus par jour, mais les erreurs de direction sont plus fréquentes, parce que les expéditeurs
- négligent assez fréquemment d’ajouter à la mention générale Londres les initiales du quartier spécial où doit parvenir la correspondance.
- Voyons maintenant les diverses manipulations par lesquelles passent, à Paris, les objets expédiés.
- Les lettres jetées dans les boîtes sont portées aux bureaux de quartier où elles se réunissent à celles
- qui y ont été déposées directement. L’Hôtel central fonctionne lui-même comme bureau de quartier dans un périmètre déterminé. Danscesbureaux, on opère le timbrage et on classe les lettres en trois sacs scellés, sous les rubriques Paris, Département, Etranger, et ils sont transportés à l'Hôtel dans des tilburys.
- Ceux-ci les livrent au service du Transbordement qui lient la comptabilité des arrivées, constate les retards et livre la correspondance, toujours
- en sacs, aux services qui doivent la manipuler, c’est-à-dire à celui de la Distribution, si elles ont Paris pour destination, et à celui du Départ si elles sont pour les départements ou l'étranger. Ces services fonctionnent en principe d’une manière analogue; toutefois celui de Paris présente des particularités intéressantes, et nous nous y arrê-terons spécialement. Les sacs à destination de Paris sont montés par les monte-charges à la Distribution : là on les ouvre sur des tables en glace posées à bain de mastic sur des fonds en tôle, puis on les envoie au rayon central. Là des employés très au courant de la topographie postale de la métropole, prennent un certain nombre de lettres, et, d’après l’adresse, les classent par
- Fig. 1. — Le nouvel Hôtel des Postes, à Paris. — Vestibule de la salle du imblie.
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- rayon.s, c’est-à-dire pur suh avisions postales. Il y a onze de ces rayons, puis les annexes, correspondant aux anciennes banlieues, les lettres pour les annexes subissant un relais à l’extrémité des rayons.
- Chaque employé a devant lui un casier de tri en fer, verre et glaces, aussi transparent que possible, afin qu’une lettre ne puisse rester oubliée sans être vue dans l'une des 25 000 cases environ de ces ca-
- siers. La ligure o représente cette installation. Des ramasseurs passent derrière les casiers et prennent dans chaque tri ce qui est seulement pour un même rayon. Us le transportent à une table spéciale, et sonnent le chef du rayon qui prend livraison de la corbeille et la distribue aux fadeurs de son rayon chargés ensuite de la distribution à domicile.
- Mais ces facteurs doivent eux-mêmes préparer im-
- Fip. 5. — Le nouvel Hôtel des Postes, à Paris. — Installation des casiers de tri pour les lettres et les périodiques.
- Vue d’une partie seulement de la grande salle.
- médiatement la distribution. A cet effet ils disposent aussi de casiers de tri où ils subdivisent la correspondance par quartiers postaux, et chacun prend dans les casiers de ses camarades les lettres qui le concernent pour les classer sur une table à cases suivant l’itinéraire qui lui est propre. Il est alors prêt à repartir par l’omnibus qui l’a amené et qui l’attend tout attelé.
- Les imprimés, les lettres pour les annexes ainsi que les lettres chargées ou recommandées subissent
- le même travail, mais ces dernières, dans des bureaux grillagés.
- Ainsi, pour Paris, les expéditions arrivent en sacs, soit des différents bureaux de quartier, soit des gares de chemin de fer; elles sont réparties finalement entre les facteurs de quartier et emportées par eux en détail.
- Pour les lettres et journaux à destination des départements ou de l’étranger, l’arrivage se fait en sacs qui sont montés au second étage, service du
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- Départ. Là on procède d’aliord à l’ouverture et au timbrage, puis, selon les cas, on réexpédie au Transbordement suivant deux divisions, celle des Lettres et celle de la Banlieue.
- La première reçoit tout ce qui doit faire l’objet du travail dans les ambulants expédiés chaque soir. Le tri se fait à l'Ilote! central, non par ville, mais par direction d’ambulant. Le nombre actuel des ambulants est de trente.
- A la Banlieue vont les lettres adressées, soit à des localités trop voisines de Paris pour qu’on ait le temps de les classer dans les ambulants, (de là le nom de banlieue donné à l’ensemble du service) soit pour les grandes villes comme Marseille, qui suffisent à remplir un sac spécial qui ne sera ouvert qu’à destination.
- Lorsque le tri est fait dans les deux services des Lettres et de la Banlieue, les ramasseurs portent les correspondances par groupes sur des tables dites de Boutes où on revise le travail. Puis on fait des paquets ficelés, on ferme et on cachète les sacs qui sont alors livrés au Transbordement. Celui-ci, après une nouvelle comptabilité afférente au départ, les envoie, par les descentes dont nous avons déjà parlé, aux fourgons qui les portent aux gares
- Le travail pour l'Etranger est analogue ainsi que celui pour les Journaux. Comme à la Distribution, les lettres chargées ou recommandées se manipulent dans des bureaux grillagés.
- Ainsi, dans chaque section, les sacs de lettres subissent la même série de manipulations : ouverture, tri, transport aux routes, révision, mise en sacs, fermeture et cachetage, livraison au Transbordement.
- Telle est, exposée à grands traits, et aussi succinctement que possible l’organisation générale du service intérieur de l’Hôtel des Postes.
- SUR-LES MŒURS DES FOURMIS
- M. Hirn, auteur de l’intéressant article publié sous ce titre1, voudra bien me permettre de lui faire quelques observations. Ce ne sera pas sans utilité pour les lecteurs de La Nature.
- Et d’abord, après la mention qui a été faite de l’ouvrage de Brœhm, nous signalerons ici les œuvres du premier et du savant et judicieux observateur des fourmis, Pierre Huber, de Genève, et le livre de M. Blanchard, de l’Institut, sur les métamorphoses des insectes où se trouvent rapportés des faits analogues à ceux dont M. Hirn a été témoin.
- Ensuite, il est peut-être bon de prévenir les lecteurs que ce qu’on appelle vulgairement des œufs de fourmis, ce sont les cocons de ces insectes, dans lesquels s’enferment les larves pour s’y transformer. Il serait bien étrange, en effet, de voir des fourmis pondre des œufs plus gros qu elles.
- Enfin, quant à l’intelligence de ces insectes, per-
- > Vov. n° 799, du 22 septembre 1888. p. 2(51.
- sonne n’en a nié l’existence, mais il est permis, tout en reconnaissant qu’elle est de même essence que la nôtre et que celle de tout autre animal intelligent, de penser qu’il y a entre les deux une différence aussi grande que celle qui existe entre la construction d’une fourmilière et la conception du calcul infinitésimal ou l’invention de l'imprimerie et la création des lettres et des arts. L’homme a donc quelque raison de se considérer « comme le type le plus élevé de la nature animée et vivante » et nous ne sachions pas qu’aucun animal lui ait disputé son empire sur la nature. M. Hirn ne pense pas assurément qu’aucun animal, parmi les plus intelligents, puisse acquérir la plus faible parcelle de son vaste savoir en mécanique.
- Un peu d’intelligence et beaucoup d’instinct, voilà ce qu’on remarque chez les insectes, et, à propos de l’épisode raconté par M. Hirn, je dirai que l’on voit la marque de l’instinct dans ce fait que les fourmis belliqueuses sont toujours vainqueurs et ne deviennent jamais esclaves. Seules elles sont propres à la guerre, aucune autre espèce n’a les mêmes mœurs. Certaines races humaines ont pu se créer des aptitudes ou plutôt des habitudes militaires — car l’instinct guerrier est dans l’homme, — il n’en est pas moins vrai que tous les peuples font ou ont fait la guerre, que tous passent par des phases analogues pendant leur évolution, que toute société humaine est un organisme qui naît, se développe et se transforme, comme tout organisme, en manifestant une succession de phénomènes analogues. Les peuplades uniquement guerrières ne se sont pas perpétuées : c’était un accident sans conséquence, un phénomène passager. Tout peuple vainqueur est vaincu à son tour par ses ennemis ou par la civilisation.
- La fourmi guerrière n’est que guerrière; encore est-elle impuissante à enseigner son art aux fourmis qu’elle attaque, et qui n’ont pas d’ailleurs les armes naturelles de leurs vainqueurs. Seuls les peuples humains passent par des alternatives de paix et de guerre et sont tantôt conquérants, tantôt subjugués.
- Dans l’humanité seule il y a un art de la guerre dont les procédés et l’outillage varient avec les progrès de la science. Cet art a ses règles que tous les peuples sont appelés à connaître. Quand l’homme triomphe, c’est par l’intelligence, puisque c’est par elle qu’il crée les engins dont il fait usage, et c’est encore grâce à l’intelligence qu’il dresse le plan de la bataille et qu’il affronte résolument la mort. Seul l’homme connaît la suprême satisfaction que cause le sacrifice de soi-même. Seul il peut être martyr d’une idée, et contraindre à la mort son corps qui se révolte.
- La fourmi guerrière, toujours vainqueur par les mêmes moyens, atteint toujours le même but. Elle n’a point la furie du combat, elle ne lutte pas pour une idée, elle ne connaît pas la gloire. Elle accomplit une fonction à laquelle ses organes et son instinct la condamnent. Félix Hément.
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- LA PROTHÈSE CHIRURGICALE1
- La perte d’un membre, surtout du membre supérieur, place la victime de l'accident ou de la blessure dans une situation tout à fait spéciale, au point de vue du travail. Nous avons vu dans notre notice antérieure comment on peut y remédier dans une certaine mesure; il est même surprenant de voir l’habi-leté qu’acquièrent certains amputés en se servant de leur appareil prothétique. Je ne parle pas de ces phénomènes exhibés dans les cirques, qui, privés d’un, de deux ou même des quatre membres, parviennent à faire des exercices surprenants. Tout le monde a connu l’écrivain public qui se servait de ses pieds, en guise de mains, pour faire des paraphes de la plus belle envergure; du peintre Ducor-net qui, privé de bras, maniait avec habileté ses pinceaux avec les orteils. La Nature a du reste consacré, il y a quelques années, un article à l’homme-trone, le phénomène le plus surprenant de ce genre2.
- Mais il est une certaine catégorie de mutilations qui, si elles ne créent pas d’incapacités physiques, mettent cependant les malheureux dans des conditions effroyables, au point de vue social. Je veux parler des blessures, des plaies, des ulcères de la face, ayant entraîné la perte du nez, de la bouche, du palais, et qui font d’un visage humain une chose épouvantable à voir. Demandez à ces pauvres gens comment ils sont accueillis partout où ils demandent de l’ouvrage : les portes se ferment devant ces masques repoussants ; leurs compagnons refusent de s’asseoir parmi eux. C’est si vrai que les malades auxquels une maladie grave, le lupus, a fait perdre une partie du nez, se réfugient tous ou à peu près à l’hôpital où ils ont été traités et que Saint-Louis est peuplé d’infirmiers et d’infirmières sans nez ou avec des rudiments de nez.
- La perte du nez donne au visage un aspect des plus disgracieux. A. Paré avait imaginé des appareils pour masquer cette difformité. Le plus simple est le nez artificiel monté sur des branches de lunettes ; il est dû à Charrière. Autrefois on les fabriquait en argent ; plus tard on a caché le brillant du métal sous une couche de vernis ayant le ton des chairs. C’était déjà quelque chose, mais c’était bien de cet appareil que l’on pouvait dire qu’il se voyait comme le nez au milieu du visage. On les fabrique actuellement en cuir moulé, avec un coloris parfait, et mieux encore en celluloïd qui donne à l’appareil une extrême légèreté.
- Pour faire le moule destiné à fabriquer le nez, on tamponne les narines avec du coton couvert de taffetas d’Angleterre, on masque les yeux par le même moyen, on enduit ensuite tout le milieu de la lace avec une couche d’huile, puis on applique au devant une lame de carton recourbée dans une étendue suffisante. La tête du sujet étant penchée en arrière, on
- 1 Suite et fin. — Yoy. n° 765, du 28 janvier 1888, p. 129.
- 2 Voy. n° 660, du 25 janvier 1886, p. 113.
- coule au-dessus de la lame de carton du plâtre liquide qui donne un moule parfait de la partie moyenne du visage sur laquelle doit s’appliquer l’organe artificiel.
- Souvent la prothèse nasale doit se combiner avec la prothèse buccale. Schange est un des premiers (pii ait imaginé un obturateur du palais supportant un nez artificiel. La prothèse dans ce cas de perte du nez, des lèvres, d’une partie de la bouche, doit non seulement remédier à une difformité hideuse, mais pallier aux inconvénients graves, aux dangers qui résultent de la perte de la salive, de l'impossibilité de mastiquer, et diminuer dans une certaine mesure les troubles de la parole, de l’articulation des mots. 11 me suffira d’indiquer, dans ce genre, sans entrer dans des détails qui ne seraient guère à leur place ici, les appareils admirables confectionnés par M. Préterre, l’habile de liste parisien. Le malade pour lequel il imagina cette pièce prothétique, avait reçu un coup de feu qui avait traversé le plancher de la bouche, la langue, brisé les deux maxillaires, déchiré la lèvre et emporté tout le nez. La gravure ci-après (fig. 4, n° 2) donne une idée de cet effroyable traumatisme. Grâce à son appareil, ce malheureux put masquer cette perte de substance, mâcher ses aliments et vivre de la vie commune sans trop de difficultés.
- Un autre exemple est celui du sergent La., frappé glorieusement sur le champ de bataille. Joli garçon, brave, courageux (il en a donné les preuves), plein d’avenir, ce malheureux reçut un coup de feu qui le mutilait atrocement. L’ingéniosité des fabricants l’a sauvé; épouvanté de cette plaie, de cette horrible mutilation, il ne songeait qu’à se détruire. Avec son appareil, il a repris figure humaine et a pu trouver une place dans un bureau (fig. 1).
- Dans ce même genre, (pie de progrès ont été accomplis pour remédier aux pertes de substance, aux perforations du palais, au manque des dents. On ne se doute guère de l’énorme proportion de gens qui sont porteurs d’une pièce artificielle, dentier partiel ou complet. Ce ne sont pas des objets de luxe : aux uns, ceux qui par une lésion congénitale, un accident quelconque, ont eu la voûte palatine perforée, il importe d’obvier aux troubles de la parole ; il faut, par un obturateur dont les variétés sont innombrables, empêcher, pendant la mastication, le reflux des aliments par le nez; aux autres, chez lesquels l’âge ou des maladies ont fait perdre les dents, il faut des pièces artificielles pour broyer les aliments solides, condition essentielle pour une bonne digestion. Inutile d’insister sur ces appareils; ils sont trop répandus pour n’être pas bien connus.
- L’histoire de la prothèse oculaire n’est pas moins curieuse que celle des membres artificiels. Le nombre des borgnes est assez considérable et les cas où leur œil malade doit être enlevé pour assurer la conservation de l’autre, encore sain, sont malheureusement trop fréquents. A coup sûr, beaucoup de ces infortunés se contentent de porter un bandeau, ou
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- même de ne rien porter du tout, ne cherchant pas à masquer la perte de leur œil. Mais il en est aussi bon nombre qui ont recours au talent des oeularistes, et cette branche de la prothèse a fait, depuis cinquante ans, des progrès considérables..
- C’est à Ptolémée Philadelphe qu’on fait remonter la construction des premiers yeux artificiels : cela date de loin. On a trouvé en Egypte, sur des momies, des plaques métalliques encore recouvertes d’émail, comme celles qui ont été figurées dans des ouvrages bien postérieurs à cette époque.
- Les premiers appareils consistaient en une simple plaque de métal, sur laquelle l’artiste reproduisait p lus o il moins gro ssièrement l’image d’un œil et qui se fixait comme un bandeau. C’est à cet œilprimitifqu’on donnait le nom d'ecbléph a vos, placé en avant des paupières. L’hy-poblépharos, imaginé plus tard, se fixait sous la paupière, dans la cavité de l’orbite.
- Ces deux appareils étaient encore assez répandus du temps d’A. Paré (fig. 2). On trouve en effet, dans son traité, le passage suivant:
- « Car ainsi nous voyons souuent, à raison de quelque coup ou inflammation, les yeux se creuer et sortir hors la teste ou bien deuenir émaciés. Par-quoy où tel accident aduiendrait, après la curation de l’vleère, on pourra adapter dans l’orbite vn œil lait par artifice,, comme ceux cy figurés qui sont seulement pour l’ornement du malade.
- « Et s’il àduenait qu’on ne peust loger cest œil,* artificiel dedans l’orbite, on pourra encore en faire vn autre tel que tu vois par ceste figure, fait d’vn fil de fer aplati et ployé, et couuert de velours ou taffetas ayant son extrémité platte, afin qu’il ne blesse, et l’autre extrémité sera couuerte de cuir façonné et le peintre luy donnera par son artifice figure d’œil. Cela fait, on le posera sur l’orbite. Or ledit fil se peut estendre et reserrer comme fait celuy que les femmes ont à tenir leurs cheueux. 11 sera passé par dessus l’oreille autour de la moitié de la teste. »
- C’est vers le dix-septième siècle qu’on substitua à
- la coque métallique le verre peint, la faïence émaillée, puis enfin l’émail. De toutes parts, dans les grandes capitales, des ouvriers lïabiles cherchèrent à imiter, avec la plus grande ressemblance, la coloration, les diverses parties de l’œil.. Ce lut un de nos compatriotes, llazard-Mirault, qui donna au modelage de ces appareils un degré de perfection admirable. L’œil artificiel, prit une forme, des couleurs qui rappelaient la nature; il ne s’agissait plus d’une peinture, mais d’un globe avec les reliefs, la teinte, la transparence. Sous ses doigts, la pièce d’émail avait pris un corps et l’illusion était obtenue; la pupille, l’iris se recouvraient d’une cornée avec la profondeur voulue. La forme variait suivant le moignon qui dc-ervir de point d’appui. La prothèse oculaire avait fait, entre les mains d’fla-zard-Mirault, un progrès merveilleux.
- Depuis, on est arrivé à des résulta ts encore plus parfaits, tant pour la beauté des pièces artificielles que pour la solidité et la tolérance, de ces appareils. C’est à Boissonneau que sont dus en grande partie les plus heureux perfectionnements. 11 a remplacé les émaux à base alcaline par des émaux à base métallique, qui résistent mieux à l’action de l'humidité. Grâce à une double échancrure ménagée sur les angles palpébraux, il assure, comme à l’état normal, le libre écoulement des larmes. Aujourd’hui c’est un art véritable que celui de l’oculariste; le d’émail primitif est réservé pour les yeux de poupées et encore s’ingénie-t-on, pour ces bébés prodigieux et coûteux, à faire de mieux en mieux. Chaque oculariste a son secret de fabrication, l’un pour les matières colorantes, l’autre pour donner au verre émaillé la transparence des tissus normaux de l’œil. Mais de l’un à l’autre, il ne s’agit que de petits détails qui ont, il est vrai, leur importance au point de vue esthétique.
- D’une façon générale, sans tenir compte des petites modifications apportées par tel ou tel fabricant, l’œil artificiel est une petite coque de verrre émaillé, dont la face antérieure convexe représente avec leurs
- Fig. 1. —Le sergent La... représenté avant et après sa blessure. (A droite, nez artificiel, maintenu par des lunettes.)
- Fig. 2 •— Yeux artificiels du temps d.’Âmbroise Paré.
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- couleurs normales les parties visibles de l’œil, cornée, iris, pupille; les petits vaisseaux de la conjonctive sclérotieale y sont tidèlement représentés. Notre ligure 5 représente quelques spécimens fabriqués par un de nos plus habiles spécialistes, M. Robillard. ABC, figurent trois modèles différents que l’on voit de coté en A'B'C'. La face postérieure, concave, se loge sur le reste du globe oculaire, sur le moignon produit par l’énucléation, et si l’adaptation est bien faite, s’y moule si exactement qu’elle suit tous les mouvements. L’œil artificiel est maintenu en place par les paupières et ce moyen de contention est suffisant pour que les mouvements les plus violents ne puissent le faire tomber. La labrication des yeux artificiels est assez compliquée et demande, de la part de l'ouvrier, une grande habileté manuelle. Voici les détails sommaires de l’opération :
- L'extrémité d’un tubede verre opaqueestfondue au-dessus d'une flamme de gaz activée par une soufflerie, en meme temps qu’on lui imprime des mouvements de rotation, et qu’en soufflant par le tube, on ménage un vide à chacune des extrémités de la partie fondue.
- En continuant ces mêmes manœuvres un peu plus doucement et en y ajoutant quelques pressions, on donne à la partie fondue la lorme d’une poire. Le petit globe de verre est alors détaché et l’une de ses extrémités fermée, puis on lui donne au feu sa forme définitive, avec une surface parfaitement lisse et presque arrondie.
- Sur un point de la surface du petit globe, on
- coule une gouttelette de verre fondu et coloré sui -vant la teinte qu’on veut donner à l’iris, car c'est elle qui va figurer le diaphragme irien; celui-ci est définitivement achevé, comme couleur et comme forme, avec des baguettes de verres colorées et incandescentes. Puis, sur le milieu de l’iris, on coule,
- par le même procédé, une nouvelle gouttelette qui représentera la pupille.
- Puis, à ce moment, toute la surface de l’iris esf recouverte par une goutte de cristal fondu que l’on répand uniformément, jusqu’aux limites du diaphragme irien.
- Par le même procédé qu’on a employé tout a l’heure, pour donner son ton à l'iris, on dessine maintenant, avec de la couleur rouge, les vaisseaux conjonctivaux sur la sclérotique.
- Le petit globe est de nouveau exposé à une chaleur graduée, et lorsqu’il a sa forme définitive, on
- dessine avec une sorte de couteau le segment que l’on veut détacher ; puis, lorsqu’il est enlevé, on en arrondit les bords et les angles par une nouvelle fusion; enfin, par un ref r o i d i s s e-ment lent et graduel , on évite les craquelures du verre."
- Le choix d’un œil artificiel est chose assez délicate, non pas tant pour la ressemblance avec l’autre œil, que pour la forme de la coque, les détails de la face postérieure qui doit s’adapter parfaitement sur le moignon. Aujourd’hui, la plupart des opticiens, même de petits centres, ont une collection de modèles où l’on peut trouver facilement le type. Mais il est essentiel de bien connaître et apprécier les particu-
- Fig. i — Larynx artificiel de M. Raoul Mathieu (n° 1), et nez artificiel de M. Préterre (n0 2).
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- la rites de telle ou telle conformation : c’est là, avec l’appréciation des teintes, ce qui assure le succès des ocularistes, et les questionnaires à remplir par correspondance sont insuffisants et difficiles à remplir, en raison de ces petils détails fort importants.
- En terminant, je dirai quelques mots d’un appareil de prothèse qui ne date que de ces dernières années : c’est le larynx artificiel. C’est en 1875 que Rillroth, le chirurgien de Vienne, fit, pour la première fois, l’extirpation du larynx; l’opération a été, depuis cette époque, pratiquée un grand nombre de fois, puisqu’on en compte, à l’heure qu’il est, plus de 150 cas. En France, elle a été faite par les docteurs Labbé, Péan, de Paris ; Bernons, de Bordeaux; et Mollière, de Lyon. Chez les malades qui ont guéri de cette grave opération, on a songé à remplacer l’organe perdu, à rendre une sorte de voix au moyen d’un larynx artificiel.
- Cet appareil est une canule à trachéotomie de forme particulière dans laquelle vient s’emboîter une autre canule portant les languettes destinées à vibrer sous l’action de l’air et à remplacer les cordes vocales. On a déjà imaginé plusieurs modèles; je me contente de figurer celui que M. Raoul Mathieu a construit pour les opérés de MM. Péan et Labbé (lig. 4, n° 2).
- Jusqu’ici les services rendus aux malades par ces appareils, si ingénieux qu’ils soient, ne sont pas entièrement satisfaisants, en raison de l’engorgement facile par les mucosités, de la difficulté de les tolérer longtemps. Mais ce sont là des difficultés dont on triomphera aisément. En se plaçant au point de vue phonétique, l’appareil remplit bien son but; la voix est émise facilement, avec un timbre qui rappelle la voix de Polichinelle, la voix avec la pratique, et la parole est compréhensible à une certaine distance. Mais les malades qui ont subi cette opération ne visent pas à entrer au Conservatoire et se trouvent heureux de pouvoir s’exprimer, si imparfaites (|ue soient les modulations de leur voix.
- l)r A. Cartaz.
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- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- DES THÉÂTRES DE LONDRES
- M. Tidcl vient de présenter à la Société des ingénieurs télégraphistes de Londres un compte rendu sur l’éclairage électrique des théâtres de la ville de Londres. 11 y a actuellement dix théâtres bâtis depuis 1881, et pourvus de cet éclairage. Voici leurs noms, avec la désignation des lampes en usage et le mode de production de l’énergie employée :
- Criterion-Théâtre. — 700 lampes à incandescence, alimentées par 5 dynamos Edison-llopkinson.
- Terry-Théâtre. — 400 lampes alimentées par 5 transformateurs Ferranti, reliés eux-mêmes à la station centrale de Grosvenor-Gallery.
- Gaité-Théâlre. — La puissance électrique est fournie à 450 lampes par 3 transformateurs provenant de la même station. Mais le théâtre possède en outre comme réserve une machine à vapeur et deux dynamos Trotter, pour
- remédier aux accidents qui pourraient survenir à la station centrale. Il convient de remarquer que cette mesure de prévoyance n'a pas encore eu l’occasion de fonctionner, si ce n’est dans les premiers temps de l’installation, comme nous avons pu nous en convaincre par les informations que nous avons recueillies dans un récent voyage à Londres.
- Empire-Théâtre. — T050 lampes, installation semblable à la précédente.
- Oxford-Hall-Concert. —• 530 lampes dépendant également de Grosvenor-Gallery.
- Savoy-Théâtre. — 1779 lampes alimentées par 5 dynamos Siemens actionnées par 3 machines à vapeur.
- Prince-Théâtre. — Ce théâtre est éclairé par 415 lampes et reçoit le courant de Grosvenor-Gallery par l’intermédiaire de transformateurs. 11 y a de plus comme réserve un moteur à gaz d’une puissance de 12 chevaux ; une dynamo Siemens et une batterie de 108 accumulateurs Faure-Sellon-Volckmar. Cette installation servait primitivement pour l’éclairage du théâtre ; mais elle a été abandonnée le jour où la distribution de l’énergie électrique a été faite par l’usine de Grosvenor-Gallery.
- Haymarket-Théâtrc. — 120 lampes à incandescence, 2 lampes à arc, avec des transformateurs Ferranti également.
- Alhambra-Concert. — 300 lampes, 2 dynamos Edison-llopkinson, 2 moteurs à gaz Otto et une petite batterie d’accumulateurs servant de régulateurs. A cette liste il faudrait encore ajouter Adelphi-Théàtre, qui sera prochainement muni d’une installation électrique.
- Comme on le voit, la majorité des théâtres de Londres est alimentée par une station centrale. A Paris, au con-traiie, ce ne sont jusqu’ici que des installations privées. Mais il est à espérer que les choses changeront bientôt de face, et que très prochainement, des stations centrales pourront distribuer l’énergie électrique aux théâtres aussi bien qu’aux particuliers. L.
- CHRONIQUE
- Chemin de fer construit sur des arbres. — II
- existe à Sonoma-County en Californie, une voie ferrée qui n’a assurément nulle part sa pareille en Europe. Dans la partie haute de ce pays, près des côtes, on peut voir l’exploitation d’un chemin de fer posé sur des troncs d’arbres. Entre les moulins de Clipper et les cimes du Stuart, où la route est coupée par un profond abîme, des arbres ont été sciés à niveau égal, et sur ces troncs sont placés des rails. Au milieu de cet abîme sont placés, côte à côte, des bois rouges qui forment un soutien assuré ; à 23 mètres de hauteur, ils sont sciés, et sur ces arbres passent de lourds wagons, avec la même sécurité que si la construction était établie d’après les procédés techniques et scientifiques.’
- Le fluor et la végétation. — Parmi les principes qui se rencontrent dans les cendres d’un grand nombre de végétaux, particulièrement des graminées, le fluor, n’a pas appelé, jusqu’ici, l’attention des agronomes. Quel en peut être le- rôle, et conviendrait-il de rechercher s’il serait utile d’en ajouter au sol, au même titre que des phosphates ou des engrais potassiques? Voilà une question à laquelle nous ne connaissons pas de réponse. C’est donc avec un réel intérêt que nous avons lu une brochure sur le fluorure de calcium et son emploi comme engrais, publiée par M. Dussau, ancien pharmacien, agriculteur dans
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- les Basses-Pyrénées. M. Dussau nous apprend que, dans des expériences poursuivies pendant trois années sur le Blé, le inaïs. les pommes'de terre, le trèfle, la luzerne, le fluorure de calcium, associé au phosphate de chaux et aux sels de potasse, a imprimé à la végétation une puissance remarquable. C’est un fait nouveau sur lequel il est opportun d’insister; des essais faits dans des conditions variées peuvent seuls en continuer les résultats. 11 serait à souhaiter que des expériences fussent entreprises sur ce sujet. Ce fluorure de calcium est un corps qu’on peut se procurer facilement dans les fabriques de produits chimiques à un prix relativement peu élevé.
- Les ports chinois. — Le consul français écrit de llong-Kong, le 50 mai 1888 : dans les dix-neuf ports chinois ouverts au commerce européen, le tonnage, à l’entrée et à la sortie des navires de toutes les nationalités, s’est élevé à 22 millions de tonneaux environ; sur ce chiffre, le plus élevé qui ait été enregistré,
- Le pavillon anglais tigure pour 14171 810 tonneaux
- — allemand — 1400085
- — japonais — 506000
- — français — 180890
- — danois — 92064
- — hollandais — 68256
- — américain — 66559
- —• russe — 51 555
- Le reste est absorbé par les pavillons chinois et autres non dénommés. 11 est fâcheux d’avoir à remarquer que, lorsque notre commerce maritime avec la Chine reste presque stationnaire, celui des autres nationalités augmente chaque année. A part les vapeurs des Messageries maritimes, c’est à peine si l’on voit de loin en loin un navire français dans les ports de Chine. Les hommes compétents ont eu l’occasion de le faire remarquer, le cabotage dans les mers de Chine avec des vapeurs construits spécialement pour cette navigation, des machines perfectionnées permettant de réduire à un minimum la consommation du charbon, est relativement rémunérateur.
- Les propriétés magnétiques des gaz. — Pour savoir quels sont les gaz les plus magnétiques, le professeur Tœpler (de Dresde) emploie la méthode suivante : on place une goutte de pétrole dans un tube de cuivre plié de manière à former un angle, tandis que le gaz à examiner et l’air atmosphérique se trouvent dans les deux branches de ce tube. Un introduit cet appareil entre les pôles d’un électro-aimant puissant, et l’on voit la goutte de pétrole se déplacer du côté du gaz le plus attiré. Cette méthode est d’une grande sensibilité. On a ainsi trouvé que l’oxygène est le plus magnétique ; viennent ensuite l’air, le bioxyde d’azote, l’azote, l’hydrogène et l’oxyde de carbone. L’acide carbonique est diamagnétique. On pourrait déterminer de cette manière la pression des petites colonnes de gaz.
- Les chapeaux de Panama. — Nous devons au botaniste Weddell d’intéressants détails sur la préparation des feuilles de Carludovica palmata, employées dans certaines parties de l’Amérique et notamment dans l’Equateur, pour la fabrication des chapeaux renommés, appelés improprement panamas. Yoici ce que nous apprend ce voyageur : avant son épanouissement, le limbe delà feuille de cette plante est ordinairement d’un blanc un peu jaunâtre et sa figure est celle d’un éventail fermé. A cette époque de son développement, on l’appelle Cogollo, et c’est à cet état seulement qu’on doit le recueillir pour en confectionner le tissu des chapeaux. Mais avant qu’ils puissent être employés, les Cogollos doivent être soumis
- à plusieurs opérations qui les décolorent complètement. Avant tout, on taille dans la feuille, pendant qu’elle est encore fraîche, les lanières ou brins qui doivent être utilisés. Cette opération se pratique en fendant longitudinalement de bas en haut chacune de ces sous-divisions avec l’aide du pouce, de manière à n’en conserver que la partie moyenne, qui reste attachée à la queue et à laquelle on laisse une largeur qui varie selon la finesse du tissu auquel elle est destinée. La feuille ainsi préparée est trempée pendant un moment dans de l’eau en ébullition et immergée aussitôt après dans une eau tiède, rendue acide par l’addition d’une certaine quantité de jus de citron. Au bout de quelques instants, on la retire de ce second bain pour la plonger dans de l’eau très froide ; puis on la laisse sécher. Alors, le bord des lanières se reploie en arrière en prenant une forme cylindroïde qui augmente beaucoup leur solidité. Dans la fabrication des chapeaux ordinaires, on humecte la paille avec de l’eau pour la travailler ; mais les chapeaux d’une grande finesse ne se tissent qu’aux heures de la journée où la rosée peut donner à la paille toute la moiteur nécessaire.
- Vitesse «le la lu îuiére. —- Voici des nombres fort curieux, obtenus indépendamment les uns des autres et qui montrent qu’il ne peut guère y avoir d’incertitude sur la prodigieuse vitesse avec laquelle se propagent les rayons lumineux. Cette vitesse a été trouvée par les observateurs suivants :
- Kilom. à la seconde
- Foucault, gn 1862....................... 298000
- Comu, en 1874........................ 298500
- Cornu, en 1878....................... 500400
- Cornu, d’après Listing.................. 299990
- Young et F orbes, en 1881............ 501 582
- Newcomb, en 1882...................... 299 800
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 1er octobre 1888. — Présidence de M. Des Cloizeaux.
- L’invention du microscope. — On est généralement d’accord pour attribuer l’invention du microscope composé à Drebbel, à moins qu’on ne la rapporte à Jansen de qui le précédent l’aurait tenue. Pour M. Oovi, le vrai initiateur c’est Galilée. Celui-ci, dès 1610, c’est-à-dire onze ans avant l’invention de Drebbel, aurait employé sa lunette à regarder des objets fort petits qu’il aurait vus fort grands. En 1614, Dupont, seigneur de Tarbes, raconte parmi ses impressions de voyage en Italie que Galilée a ainsi donné à de simples mouches un volume apparent égal à celui des agneaux et qu’il a constaté sur leurs corps la présence d’innombrables poils et à leurs doigts celle d’ongles pointus. Quand, en 1624, l’invention allemande pénétra en Italie, Galilée essaya une réclamation de priorité, mais reconnaissant bien vite que ses efforts à lui étaient considérablement dépassés par l’étranger, il garda désormais le silence sur cette grande question. Malgré la netteté des faits établis par M. Govi, M. Emile Blanchard persiste à penser que le vrai inventeur du microscope est fort difficile à connaître. Comme exemple se rapportant d’ailleurs à une époque de quarante années moins anciennes que les précédentes, il cite l’opinion où l’on est resté longtemps que Lœwenhœck a dû connaître des microscopes très perfectionnés qu’il n’a laissé voir à personne et qu’il a détruits avant sa mort.
- Mécanique animale. — Continuant les très belles recherches dont nos lecteurs ont été informés tant de fois, M. Marey montre aujourd’hui comme l'étude anatomique
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- LA NATURE.
- et dynamique du grand pectoral des oiseaux qui volent bien et, par exemple, de la tourterelle, indique que la force qui projette l’animal en avant doit être double en énergie de celle qui le soutient en l’air. Le même académicien, analysant une note de M. Carlet, annonce que les batraciens (crapauds et salamandres) ét les lézards sont, dynamiquement des trotteurs. C’est encore lui qui analyse des expériences sur le mouvement des insectes dont on a modifié la marche par des mutilations. A l’état normal, l’hexapode inarche de la manière suivante : il avance simultanément la patte moyenne d’un côté et les deux pattes extrêmes d’un même côté, portant sur le trépied lestant. L’animal repose donc toujours sur trois pattes. Cela posé, on fait l’amputation des deux pattes moyennes droite et gauche, et on reconnaît chez l’insecte une tendance à s’écarter le moins possible de son allure première. Pour cela il avancera à la fois la patte antérieure droite et les deux pattes gauches, ce qui reconstitue à peu près le trépied de tout à l’heure et ainsi de suite. Mais vient-on à l'inquiéter et cherche-t-il à fuir, aussitôt il adopte comme allure le bipède diagonal qu’il n’a-vait jamais pratiqué de sa vie et qu’il apprend en un instant.
- Colimaçons lithophages.
- — Accomplissant en Afrique son office d’ingénieur,
- M. Bretenniers a rencontré des calcaires singulièrement perforés de cavités cylindriques; dans chaque trou se trouve un colimaçon.
- L’auteur a envoyé un échantillon à M. Marey qui se joint à lui pour demander une explication. Sans lui donner satisfaction, M. Albert Gaudrv constate cependant que les trous sont vraiment l’œuvre des mollusques. 11 l’a reconnu un grand nombre de fois au mont l’elegrino, près de Païenne.
- Bois silicifiés. — Attaché à la Mission scientifique de la Tunisie, M. Philippe Thomas a découvert dans ce pays une gigantesque forêt dont tous les arbres sont silicitiés et qui reproduit exactement la célèbre forêt d’agate du Caire. M. Flische, professeur à l’Ecole forestière de Nancy, y a reconnu les mêmes essences qu’en Egypte, comme l’Araucarioxylon egyptiacum, les Bambusiles Thomasi et Cossoni, un Ficoxylon, un Acacioxylon, etc. Mais tandis que les paléontologistes MM. Hooker, Fraas, Zittel et d’autres, discutaient sur l’âge de la forêt du Caire, — crétacée pour les uns et quaternaire pour les autres, — au contraire, l’âge de la forêt de Tunis est manifeste et ce rapporte au pliocène ou tertiaire supérieur. M. Bleicher rattache le fait même de la silicification à la présence de silice gélatineuse libre dans les roches encaissantes.
- Varia. — D’après M. Poiret, on évite de voiler les plaques photographiques durant le développement, en
- substituant le sulfite de soude au carbonate de la même base. — M. Callandrequ étudie l’énergie potentielle de la gravitation d’une planète. — Les phénomènes actino-électriques occupent M. Hidy et M. Bichat. — Des observations de la comète Barnard sont adressées de Besançon par M. Gruev. — M. Longuinine détermine la chaleur de combustion d’une série d’acides de la famille de l’acide oxalique. Stanislas Meunier.
- O1 y ^
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- ÉLASTICITÉ UE FLEXION
- Nous avons indiqué précédemment de curieux moyens de couper des pommes b Un de nos lecteurs, M. B. 1)..., nous a communiqué 'a ce sujet une amusante expérience de physique sans appareils que l’on peut classer dans le chapitre de VElasticité de flexion. Vous taillez dans une pomme (n° 1) un mince quartier (n° 2) ; vous enlevez la peau de manière à lui laisser une certaine épaisseur (n° 3). Vous avez eu soin de laisser à la partie supérieure de l’entaille un petit morceau de la queue,et vous pliez le fragment en deux comme le fait voir le n° 4. Si vous prenez l’objet ainsi préparé entre le pouce et l’index en serrant légèrement la peau après l’avoir préalablement relevée à angle droit (n° 5), vous faites redresser vivement la partie supérieure de la peau ; quand vous cessez d’agir, elle s’abaisse et reprend sa position primitive en vertu de l’élaslicité développée. En opérant successivement ces mouvements, la pellicule s’abaisse et s’élève à la façon d’une poule qui picore. Si vous opérez en présentant un morceau de pain à la pellicule, et si vous avez entaillé la peau de la pomme convenablement, on croirait voir un oiseau picotant le pain. Cette expérience, quand elle est bien réussie, est très amusante. « Surtout si l’on a soin, d’après ce qu’ajoute notre correspondant, de faire un petit bout de causette à sa poule. On lui fait produire tous les mouvements de la poule qui picore, ou boit, ou à l’air de répondre oui, aux questions qu’on lui adresse. »
- 1 Yoy. n° 799, du 22 septembre 1888, p. 271.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- >’• 802. — 15 OCTOBRE 1888. LA NATURE.
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- LES ACRIDIENS EN ALGÉRIE1
- LEUR DESTRUCTION
- L’étude des moeurs des Acridiens peut seule nous mettre sur la voie pour trouver les moyens pratiques de s’opposer aux déprédations que commettent ces insectes; aussi le Naturaliste qui a l’expérience nécessaire pour tirer des observations biologiques leurs véritables conséquences, est-il appelé à jouer un rôle prépondérant.
- Sans retracer à nouveau l’bistoire du grand ravageur algérien, le Stauronotus Marocccinus, nous allons passer en revue les particularités de son
- existence à tous les âges et indiquer successivement comment ces particularités sont mises à profit en vue de sa destruction, soit par les animaux ou les plantes, soit par les Arabes ou les Européens.
- Nous avons dit que les femelles de notre Acridien déposaient leurs œufs dans la terre en prenant la précaution de les renfermer dans des coques dures et résistantes. Entourés d’abord d’une sécrétion de matière spumeuse, revêtus ensuite d’une enveloppe de parcelles de terre et de grains de sable solidement agglutinés, les œufs admirablement protégés sont à même de braver les intempéries des saisons : les chaleurs les plus torrides, les froids rudes et prolongés ; les pluies diluviennes sont sans action sur
- Fig. 1. — Arabes rabattant
- eux. Pendant neut mois, la terre conserve intact le précieux dépôt qui lui a été confié ; les coques se retrouvent au moment de l’éclosion telles qu’elles étaient lors de la ponte ; les œufs ont accompli dans le calme absolu le cycle de leur évolution.
- M. le professeur Riley, qui, aux États-Unis, présidait la Commission entomologique chargée de l’étude des Acridiens migrateurs, a fait à cet égard des expériences très concluantes sur le Caloptemis spretus, espèce originaire des Montagnes Rocheuses dont les hordes viennent de temps en temps fondre sur les territoires de l’Ouest; elle a des mœurs absolument analogues au Stauronotus Maroccanus. Le savant
- 1 Suite et fin. Voy. n° 787, du 50 juin 1888, p. 71.
- 16e année. — 2° semestre.
- Criquets sur les melhafas.
- américain a soumis des coques ovigères à la submersion dans des conditions variées; il a constaté qu’au bout de plusieurs mois d’immersion dans l’eau froide ou congelée, même à la température de — 9°,5 centigrades, les œufs avaient conservé toute leur vitalité; il a reconnu que, même après une semaine de submersion au printemps au moment de l’éclosion, les germes possédaient la faculté de se mouvoir; d’autres expériences ont démontré que les œufs étaient beaucoup moins sensibles aux alternatives de congélation et de dégel qu’on aurait été tenté de le croire, car ces alternatives ne diminuaient nullement leur puissance vitale; quant au froid, il est sans effet sur eux, car ils résistent aussi bien au froid de — 4° qu’à celui de 15° centigrades.
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- Ô06
- LA NATURE
- Par exemple, l’exposition prolongée à Pair libre des eoijues ovigères paraît avoir une certaine action destructrice, soit en déterminant la dessiccation des œufs, soit eu facilitant l’action d’influences morbides cpie nous signalons plus loin.
- En résumé, dans les conditions où se trouvent normalement placées les oothèques, ce serait lolic de compter sur les accidents climatériques agissant directement pour faire périr les œufs.
- Cependant la nature sait les atteindre et les faire périr, môme par des voies en apparence mystérieuses.
- LesOiseaux sont habiles à découvrir les oothèques; en Algérie, Etourneaux et Alouettes s’abattent souvent en bandes immenses1 là où il y a des gisements, là surtout où la charrue et la herse ont ramené les coques à la surface. C’est plaisir de les voir attablés, déployant à l’erivi les uns des autres une fiévreuse activité. Suivons cette troupe d’Alouettes; effarouchées, elles prennent leur vol pour aller chercher fortune ailleurs ; approchons-nous, et nous trouvons le sol jonché de coque vides ; avec adresse, elles ont su ouvrir les oothèques pour y trouver les œufs qu’elles ont dévorés gloutonnement. Mais ce n’est pas afin de contempler les oiseaux accomplissant leur mission tutélaire que l’homme civilisé suit leurs évolutions; pour remercier ses précieux auxiliaires, je dirai même ses meilleurs amis, de leur zèle à sauvegarder son champ d’orge ou de blé, il les traque sans trêve ni repos pour les massacrer impitoyablement; et il reproche à l’homme non civilisé son insouciance et son fatalisme. Quelques esprits éclairés veulent alors intervenir pour combler les vides causés par l'imprévoyance ; ils cherchent si, de par le monde, il n’existe pas des oiseaux friands d’Acridiens et ne tardent pas à s’apercevoir qu’ils n’ont que l’embarras du choix; ils proposent d’importer et d’acclimater en Algérie certains de ces oiseaux, mais les Naturalistes leur rappellent que ces oiseaux vivent sous les tropiques ou sont migrateurs et qu’introduits de force et à grands frais ils ne deviendraient jamais colons. La protection des oiseaux acridophages indigènes s’impose donc; aussi dans les Rapports que j’ai adressés à M. le Gouverneur général de l’Algérie, ai-je pris soin d’appeler l’attention sur le rôle utile des oiseaux et de réclamer des règlements protecteurs2. Espérons que je n’aurai pas prêché dans le désert; mais le Sahara est si près du Tell.
- Les Insectes également savent déceler les oothèques, et certains Diptères, notamment des Bombylides,
- 1 Dans la Russie méridionale, en Italie, les invasions des Acridiens sont suivies de l’apparition, en troupes considérables, d’un Oiseau acridophagc, sorte d’étourneau, le Martin rose (Pasior roseus). Aux États-Unis, le professeur Samuel Augliey a constaté que les Poules de prairie (Gupidonia [Tétras] cupido et les Colins(Orlyx virginianus) avaient détruit, en six mois, plus de 12 milliards d’Acridiens, et ce chiffre est au-dessous de la vérité.
- 4 J. Künckel d’Herculais, Les Acridiens et leurs invasions. 1" Rapport. — Alger, mai 1888. — Instructions sur les Mesures à prendre en vue de la Destruction des Acridiens.
- 2e Rapport. — Alger, août 1888.
- ont l’instinct d’y mettre leur progéniture en sûreté; il n’est pas rare, lorsqu’on ouvre une coque ovigère, d’y trouver installée une grosse larve qui a dévoré tous les œufs. En Algérie, comme en Russie et aux États-Unis, on a constaté les effets destructeurs de ces Insectes. Actuellement sur certains points du département de Constantine, ils ont détruit jusqu’à 15 pour 100 des pontes. D’autres Diptères de la famille des Muscides, des Anthomya dont les larves s’attaquent également aux œufs1, des Nemorea qui se développent dans le corps des Acridiens2 et quelques Mouches d’espèces variées contribuent à diminuer le nombre de ces Orthoptères. On n’a pas encore constaté en Algérie la présence de ces Muscides bienfaisantes, mais je puis assurer qu’il en existe quelques espèces.
- Elles serait fort longue, la liste des Insectes qui vivent aux dépens des Acridiens; elle est tout entière à dresser pour ceux qui habitent le nord de l’Afrique.
- Il est des ennemis cachés qui détruisent d’immenses quantités d’œufs : ce sont les parasites végétaux. Deux naturalistes russes, MM. Metschnikoiï et Krassiltschick, tous deux de l’Université d’Odessa, ont reconnu que dans les provinces Danubiennes, lieu de séjour permanent d’un Acridien de grande taille, le Pachytylus migratorius, dont les hordes envahissent souvent la Russie méridionale et la Hongrie, des gisements considérables d’œufs étaient anéantis par deux petits Champignons, Ylsaria des-tructor, Mets, et Ylsaria opliioglossoïdes, Kras. Jusqu’à présent en Algérie, on n’a pas acquis la certitude de l’existence de ces parasites végétaux, mais il est probable que ce sont eux qui, causant la mortalité des œufs, arrêtent brusquement les invasions des Acridiens.
- Au congrès d’Oran (section d’Àgronomie), j’ai appelé l’attention sur les belles éludes des Naturalistes russes et j’ai fait ressortir l’intérêt pratique que présentaient leurs recherches5. S’ils n’ont pas été les premiers à découvrir les Champignons parasites des Acridiens, ni à penser à la possibilité d’utiliser ces végétaux entomophages pour la destruction des Insectes nuisibles, ils ont eu le mérite incontestable de reproduire artificiellement les Isaria et d’arriver à une production industrielle qüi leur a permis d’exécuter en grand des expériences remar-
- 1 Les Américains estiment que les larves de VAnthomyia angustifrons, Meig., ont détruit, en 1876, 10 pour 100 des Acridiens (Caloptenus spretus) dans le Missouri et le Kansas.
- 4 M. Aug. Conil a calculé que le Nemorea Acridiorum Wcyenberg, donnant 250 à 500 œufs par ponte et déposant en moyenne deux œufs et demi dans le corps de VAcridium Pa-ranense lliirm., pouvait faire périr environ 150 individus. Une femelle de cet Acridien pondant généralement 60 œufs, on voit que lorsque le parasite en fait choix, il empêche le développement futur de 60 jeunes ravageurs.
- 5 J. Künckel d’Herculais, Conférence faite au Congrès d'Oran, mars 1888. Bulletin de l’Association française pour VAvancement des Sciences, 1888. — Instructions sur les Mesures à prendre pour la Destruction des Acridiens. Alger, août 1888.
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- LA NATURE.
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- quables. En effet, ils ont créé dès 1884 une petite usine qui leur a fourni dans l'espace de quatre mois ho kilogrammes de Spores absolument pures d'isxiux des'ii!ucTOii ; ces spores répandues sur des champs de Betleraves ravagées par un Charançon des plus nuisibles, le Cteonus punctiventris, se sont fixées sur les Coléoptères, se sont développées dans leur organisme et ont déterminé leur mort.
- M. lvrassiltschiek pense pouvoir ainsi, au moyen de semis de spores, anéantir les gisements d’œufs d’Acridiens; nous l’attendons à l'œuvre, et nous applaudirons à ses succès.
- Quels que soient les services que rendent les agents naturels de destruction, Oiseaux, Insectes, Plantes, ils sont souvent impuissants à arrêter la multiplication des Acridiens ; l’homme est forcé d’intervenir pour sauvegarder ses récoltes de leurs terribles mandibules qui fauchent sans merci.
- Il a tout d’abord songé à compléter l’œuvre des Oiseaux et des Insectes, en les imitant, c’est-à-dire, en se livrant à la destruction des œufs ; à cette fin, il effectue le ramassage des coques ovigères. C’est là une coutume immémoriale, car elle est mentionnée par Pline. Aux siècles passés dans les contrées sujettes aux invasions, il constituait une obligation; on contraignait, par des lois ou par des arrêtés, les habitants à apporter un certain nombre de mesures de coques ovigères. Le ramassage a été pratiqué de nos jours en Russie, à Chypre, en Sicile, en Italie, en Sardaigne, en France, en Espagne, en Algérie.
- Pendant l’année 1852, on recueillit, dans laCrimée seulement, 800 000 mesures de coques ovigères ; en 1879, les Anglais firent exécuter le ramassage à l’île de Chypre et détruisirent 40000 kilogrammes d’ootlièques ; en Espagne, pendant l’année 1870, on anéantit 59 982 kilogrammes de coques; en Algérie durant l’année 1886, on détruisit le chiffre énorme de 150 000 kilogrammes (149 787 kilogrammes) de coques dans les seules provinces •d’Alger (94248 kilogrammes) et de Constantinc (55 559 kilogrammes).
- « 11 est indéniable, avons-nous dit dans le second . Rapport adressé par nous à M. le gouverneur général de l’Algérie, que fait avec soin, le ramassage donne de bons résultats ; toutefois il présente des inconvénients sérieux. La recherche étant très fatigante et exigeant beaucoup de temps, nécessite l’emploi d’une main-d’œuvre considérable et entraîne par cela meme une dépense importante. En effet, comme il est indispensable d’opérer méthodiquement pour détruire complètement un gisement, afin d’éviter des éclosions partielles qui obligeraient sur les mêmes points à la destruction des Criquets, il est nécessaire de piocher la terre, de briser et d’émietter les mottes pour dégager les coques ovigères ; on conçoit que dans ces conditions, il faille de longues heures et un grand nombre d’ouvriers pour expurger complètement un terrain infesté. Cela posé, sans qu’il soit nécessaire de faire de calcul, il est certain qu’en un
- temps donné, on détruira toujours plus de jeunes Criquets par l’écrasement qu’on n’anéantira d’œufs par le ramassage. Les chiffres mettent d’ailleurs leur éloquence au service du raisonnement. Dans les conditions les plus favorables, en terre meuble, un homme met au moins trois jours pour recueillir un double décalitre d’ootlièques. M. Sas, Directeur des exploitations de la Compagnie Algérienne, a trouvé que le plus souvent une journée de travail employée au ramassage des œufs produit seulement 21U,60 de coques ovigères à raison de 28 000 œufs par litre, 955 coques au litre, 50 œufs en moyenne par coque du Stauronotus Maroccanus, soit un total de 72 000 œuls ou Criquets à naître; tandis que la même journée appliquée à la destruction des Criquets au moment de l’éclosion, permet d’anéantir 20 litres contenant chacun 50 000 jeunes individus soit la quantité totale de 1 000000 de Criquets.
- « Rappelons que, ménagers de l’argent et du' temps, les Américains et les Anglais ont reconnu depuis longtemps qu’il était plus profitable de concentrer les efforts en vue de la destruction des Criquets.
- « Autrefois, la recherche des œufs en Algérie se faisait souvent gratuitement et par voie de réquisition; — on suivait en cela la tradition, — il n’y avait guère à s'inquiéter ni du temps, ni de la dépense. Aujourd’hui quelques personnes ont pensé qu’il était sage et philanthropique de rémunérer le ramassage pour venir en aide aux indigènes réduits à la misère. »
- Nous ne ferons aucune objection à cette généreuse détermination, nous nous contenterons de faire remarquer qu’elle crée un précédent qui engage l’avenir.
- On peut aussi au nom de la science critiquer le ramassage, car il est à craindre qu’il ne fasse double emploi avec l’action des causes naturelles de destruction dont nous avons parlé plus haut, ou tout au moins qu’il ne vienne entraver la propagation normale des Parasites, animaux et végétaux.
- En résumé, nous pensons que le ramassage peut, en temps normal, ou au début de l’apparition des Acridiens ravageurs, atténuer dans une forte proportion leur multiplication; mais nous craignons que mis en pratique tardivement, il ne soit qu’un décevant palliatif. Il ne faut pas oublier que le début de l’invasion actuelle en Algérie remonte à 1884 et que l’on est à la cinquième année de dévastation ; on sera à même l’an prochain de connaitz’e la valeur des observations que nous ne sommes pas d’ailleurs seuls à formuler. De toute façon, la sagesse commande de se préparer à la lutte.
- Hommes de science, comme hommes pratiques, sont unanimes à penser que l’on fait bonne besogne en détruisant les jeunes Acridiens depuis la sortie de l’œuf jusqu’au moment où ils prennent leur vol. 11 me faudrait bien des pages pour énumérer tous les procédés et pour décrire tous les appareils qui ont été proposés aux Etats-Unis, en Russie, à Chypre, en Algérie, pour détruire les Criquets; les in-
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- venteurs ont donné libre cours à leur imagination; je me bornerai à décrire les procédés qui, ayant lait, leurs preuves, sont employés dans noire colonie.
- Lorsque les jeunes, quittant les oothèques «fui les abritent, apparaissent à la surface du sol, ils sont laibles et décolorés; sous l’action de l’air et de la lumière ils se raffermissent peu à peu et prennent une teinte brune; mais pendant six jours, ils restent stationnaires et ne quittent pas les lieux qui les ont vus naître; ils se contentent de sautiller sur place pour se détendre les muscles et se préparer au départ. Us sont alors bien faciles à détruire.
- On réunit sur les points d’éclosion de l’alfa, du diss, des broussailles auxquels on met le feu, et on
- livre ainsi les malheureux Criquets au supplice du bûcher; si on se trouve h proximité de centres habités, on peut parfois se procurer du pétrole, on répand alors le liquide sur toute la surface occupée par les jeunes Acridiens, et on les livre aux flammes. Quelquefois, là où le combustible fait défaut, on les écrase par tous les moyens possibles, à l’aide des pieds, de pelles, de battoirs d’alfa tressé.
- Mais le septième jour, s’il ne survient pas d’intempéries, les jeunes Acridiens se mettent en mouvement en se déployant sur un front plus ou moins étendu, ainsi que nous l’avons exposé. 11 s'agit alors de s’opposer à leur marche en avant. Ici on creuse, sur la route qu’ils doivent parcourir, des fossés où
- Fig. 2. — Arabes rabattant les Criquets sur un barrage mobile composé de deux appareils cypriotes disposés en V.
- ils viennent se précipiter et où on les écrase sans merci; là, on fait cerner les colonnes par des Arabes qui, agitant lentement et régulièrement leurs burnous, les conduisent sur des bûchers préparés à l’avance, et qu’on allume lorsqu’ils sont noirs d’insectes; on prend même la précaution, pour assurer leur destruction, d’établir autour du bûcher principal une ceinture d’alfa à laquelle on met le feu pour hrûler ceux qui cherchent à s’échapper. Dans d’autres circonstances, on place tout autour du bûcher des Arabes armés de balais de broussailles, à l’aide desquels ils rejettent les fuyards dans les Uammes.
- La où le combustible fait défaut, où le transport de l’alfa devient difficile et onéreux, là enfin où il y
- a danger de propagation d’incendie, on utilise avec succès le procédé employé depuis les temps les plus reculés par les Arabes. Il consiste à circonscrire les colonnes en marche, de manière à forcer les Criquets à grimper sur de longues bandes de toiles de coton, nommées melhafas, traînant à terre d’un eôté, maintenues en l’air de l’autre; le drap mortuaire suffisamment rempli, on le relève à bras d’hommes sur tous les côtés à la fois ; un ou deux indigènes se précipitent dans la toile et piétinent avec rage les malheureux insectes dont ils font la plus horrible et la plus infecte purée.
- Le dessin (lig. f, p. 305) exécuté d’après des croquis faits sur nature, donne une idée très exacte de la façon dont les Arabes se servent des melhafas,
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- qu’ils sont d’ailleurs très habiles à manier et auxquelles ils donnent toutes les préférences.
- Lorsque les invasions ont pris une extension immense, et que les colonnes expéditionnaires surgissent de toutes parts, les procédés que nous venons de décrire ne suffisent plus; on est obligé d'opérer en grand la destruction des Acridiens. À cet effet, on emploie un système de barrage mobile imaginé par un agronome de l’île de Chypre, M. Richard Mattéi ; les Anglais, ayant eu à combattre les envahisseurs dans celte île dont ils venaient de prendre possession, ont tiré le meilleur parti de ce système qui leur a permis de débarrasser entièrement l’île du fléau qui ruinait les habitants. 11 est juste de reconnaître que M. l’ingénieur Rrown, chargé de l’organisation et de la direction du service de destruction, a mené la campagne avec une résolution et une vigueur qui doivent servir d’exemple.
- Dès 1885, nous avons conseillé « d’employer en Algérie les procédés énergiques mis en usage par les Anglais à l’île de Chypre ». On s’est décidé seulement à les appliquer en 1888, mais il est juste de dire que si on a longtemps hésité, on est entré ré-solumentdans la période d’action.
- Voyons en quoi consiste le système de barrage mobile usité à Chypre et employé maintenant dans notre colonie algérienne ; nous ne saurions mieux faire que de reproduire la description donnée par nous dans un rapport adressé à M. le gouverneur général de l’Algérie C « Les barrages mobiles sont composés d’une série d’appareils indépendants qu’on peut appeler à juste titre appareils cypriotes. Ils se composent simplement d’une toile de 50 mètres de longueur et de 80 à 85 centimètres de hauteur, garnie sur une face, à sa partie supérieure, d’une bande de
- 1 J. Künekel d’IIerculais, Les Acridiens et leurs invasions en Algérie.— Alger, niai 1888, p. 21 et suiv.
- toile cirée de 10 centimètres de largeur. Ces toiles, disposées verticalement, la toile cirée en haut, sont, à l’aide d’attaches, fixées à une série de pieux (19 pieux) et suspendues à une corde qui relie les piquets entre eux.
- « ... La meilleure manière d’employer les appareils cypriotes est de les placer en V plus ou moins ouvert, en avant des colonnes de Criquets. A cet effet, on réunit deux appareils à la pointe du V, et l’on donne aux extrémités libres l’amplitude que l’on juge utile, étant donnée l’étendue du front de la colonne à combattre. Les piquets sont placés à l’extérieur: la toile tendue de façon à ce qu’elle soit bien rigide et ne fasse pas voile, on recouvre de pierres ou de terre la portion (20 à 25 centimètres) qu’on a laissée sur le sol à l’intérieur du V, afin d’empêcher les Criquets de passer sous le barrage.
- «... Au moment où on dispose les appareils, ou même préférablement avant qu’ils soient placés, on creuse une grande fosse qui occupera la pointe du V, de façon que son coté supérieur touche le bord de la toile;
- puis sur les branches du V, on pratique également deux au I res fosses plus petites. Sur le bord de ces fosses on adapte des feuilles de zinc de 25 centimètres de largeur, qu’on assujettit à l’aide de courts piquets passant par des trous forés d’avance ; ces feuilles, dont les surfaces supérieures doivent être bien nettoyées pour offrir des surfaces très lisses, non seulement sont inclinées en dedans dans le but de favoriser le glissement des Criquets, mais encore sont disposées de façon à surplomber les fosses afin de présenter un obstacle infranchissable.
- « ... Ces préparatifs faits rapidement, mais avec soin, on dispose en cercle un groupe d’indigènes chargés de rabattre la colonne de Criquets et de la conduire vers les appareils; le rabat doit se faire lentement, les coups de
- Plmi et coupe (l’une losse servant à l’écrasement des Criquets.
- 4. — Criquets grimpant sur la toile d’un appareil cypriote et arrêtés par la bande de toile cirée.
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- burnous, destinés à faire lever et h chasser les insectes doivent être donnés régulièrement ; lorsque les rabatteurs se rapprochent du barrage, le demi-cercle qu’ils forment se rétrécit naturellement ; ou détache alors des extrémités un certain nombre d’hommes qui vont avoir pour mission de battre l’envers — et non l'endroit — des toiles pour faire tomber les Criquets aggrilés à la toile. »
- Le dessin (fig. 2, p. 508) exécuté d’après des croquis pris sur nature, donne une excellente idée du dispositif des appareils cypriotes et de la manière dont s'exécute le rabat d’une colonne de Criquets ; la ligure 5 (p. 509) représente en plan et coupe la lusse placée à la pointe du V-
- Les dispositions prises, assistons à une scène de destruction. « Il est neuf heures du matin, le soleil s’élève à l’horizon ; une longue ligne noire dessine les ondulations du terrain ; un bruissement singulier se fait entendre ; voilà les Criquets qui arrivent marchant et sautillant ; sans méfiance, ils vont buter contre l’obstacle qui leur semble une faible barrière; agiles, ils en font rapidement l’ascension ; ils n’ont plus qu’un bond à faire pour continuer leur course ; déception! crochets qui arment leurs pattes,pelottes adhésives qui garnissent leurs tarses, glissent impuissants sur la surface lisse de la toile cirée ; ils sont si nombreux qu’ils ourlent le bord de la toile d’un épais bourrelet (fig. 4, p. 509) ; tous s’acharnent à franchir le barrage; après une lutte désespérée; ils tombent épuisés sur le sol. Reprenant baleine et courage, ils cherchent à contourner l’obstacle ; vains efforts, ils culbutent pêle-mêle dans les précipices qu’on a creusés sous leurs pas. »
- Les fosses à moitié remplies, un ou deux indigènes s’y précipitent, écrasant avec rage les infortunés Criquets qui ne forment bientôt plus qu’un affreux magma d’un rouge livide exhalant une odeur repoussante. Rien n’est plus répugnant que ce spectacle: les cris sauvages que poussent les Arabes en foulant aux pieds leurs ennemis, la vue de ces milliers d’êtres agonisants s’agitant parmi les cadavres déchiquetés et les membres épars, les senteurs acres et pénétrantes qui s’échappent de ce charnier, tout concourt à vous impressionner; alors même qu’on n’a plus sous les yeux ces horribles scènes de carnage, le souvenir en reste ineffaçable ; en écrivant ces lignes, je les revois encore.
- Mais ces amoncellements de cadavres ne tardent pas à entrer en putréfaction, et bien qu’on ait la précaution de combler les fosses et d’élever sur elles un monticule de terre, elles émettent des exhalaisons nauséabondes et pestilentielles ; nous sommes passés près de ces tombeaux arrangés à la manière arabe et simulant des sépultures humaines, l’air était empesté. Avant de procéder à l’enfouissement, il serait bon de couvrir les cadavres de chaux ; mais comme la plupart du temps on n’en a pas à sa portée sur les chantiers de destruction, nous conseillerons de préférence, au lieu de les entasser et de les ensevelir, de les répandre à la pelle et à la volée sur un
- grand espace, afin (pie la dessiccation en ait promptement raison, la sécheresse étant l’ennemie de toute putréfaction.
- (l'est ainsi (pie cette année, on a combattu l’invasion des Acridiens; pendant deux mois on a fait campagne; partout on a traqué les Criquets, partout on les a livrés au supplice; mais les chiffres seuls ont l'éloquence nécessaire pour donner une idée do l’ardeur de la lutte, pour indiquer le nombre d’individus détruits, pour préciser l’importance des ravages.
- Dans le département de Constantine, le seul qui ait eu à souffrir des déprédations des insectes ravageurs, 931268 hommes ont été employés à la destruction et ils ont fourni 1 948 855 journées de travail (1 916 249 l’ont été uniquement par les Arabes;) on a anéanti approximativement 5 858 416 décalitres de Criquets, c’est-à-dire la quantité énorme de 58 385 mètres cubes.
- Le calcul nous apprend qu’un litre renferme 50 000 Criquets naissants et contient vingt fois moins de Criquets à ternie, c’est-à-dire à la veille de prendre leurs ailes, soit 2500; nous pouvons évaluer à quelques millions près, le nombre d’insectes mis à mort ; en effet si nous estimons que sur les 58 584160 litres d’Acridiens brûlés ou écrasés, la première moitié se composait de jeunes Criquets, tandis que la seconde moitié ne comprenait que des Criquets arrivés à terme, ce qui établit une compensation pour les individus d’age intermédiaire, on trouve qu’il a été détruit, sur le territoire civil du département de Constantinc, d’une part 959604000000 de petits Criquets et de l’autre 47980200000 de gros Criquets, soit 1007584200000, c’est-à-dire plus de mille milliards de Criquets de tout âge.
- Ces milliards d’Orthoptères ont été exterminés dans les terrains incultes, dans les jachères comme dans les récoltes ; on estime qu’ils ont ravagé 278 258 hectares cultivés en céréales et commis, la sécheresse aidant, pour 24 860 000 de francs de dégâts, uniquement dans le territoire civil du département de Constantine.
- Malgré la guerre à outrance qui leur a été faite sans trêve ni merci, des Acridiens en nombre immense ont réussi à échapper à la mort. Pendant les mois de juin, de.juillet et d’août, des vols extrêmement nombreux ont parcouru la Tunisie occidentale, le département de Constantine et sont arrivés jusqu’au département d’Alger (Tablat, Aïn-Bessem) ; de tous les côtés des pontes sont signalées et font redouter la continuation des déprédations pour l’an prochain.
- Nul ne peut prédire, à l’heure présente, si les agents naturels dont nous avons parlé auront le, pouvoir d’arrêter, ou tout au moins d’atténuer, l’invasion en 1889 ; dans ces conditions, un devoir s’impose, c’est de se préparera la lutte ; M. le gouverneur général de l’Algérie l’a fort bien compris ; il a bien voulu nous prier de tracer un programme de défense contre les invasions des Acridiens et il en a prescrit l’application. Dans toutes les communes
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- on relève les gisements d’reufs et on les indique sur des earles orographiques, dites cartes-croquis, qui permettront de tracer la grande Carie de prévision de l'Invasion de 1889.
- Jules Künckel d’Herculais,
- Chargé de mission en Algérie.
- MATIÈRES EXPLOSIBLES
- La recherche de nouvelles matières explosibles destinées aux exploitations industrielles a pris, dans ces dernières années, une telle importance qu’il convient de compléter les renseignements déjà donnés 1 et de faire connaître les inventions les plus récentes produites en Allemagne et en Angleterre.
- Le carbo-dynamite, de Borland et Reid, se compose de 90 parties de nitroglycérol absorbées par 10 parties de charbon de bois. Ce nitroglycérol est-il un produit spécial ou simplement de la nitroglycérine? Nous ne saurions le dire, quoique la seconde hypothèse nous semble la plus plausible. Le charbon de bois est préparé avec du liège, ce qui lui donne beaucoup de volume et une porosité remarquable. On peut ajouter ou non du carbonate de sodium ou d’ammonium au mélange. La propriété du nitroglycérol de ne pas se délayer dans l’eau offre des facilités pour le transport et l’emmagasinement : il y a iieu toutefois de remarquer que l’explosion sous l’eau est plus brusque, parce que la masse entière détone à la fois, Fonde explosive se répandant instantanément par le liquide incompressible.
- La méganite fabriquée par MM. Schuckher et Cie se compose de nitroglycérol, de nitrocellulose provenant du bois ou du corozo,et d’une poudre à base de nitratede sodium.
- La bellile, inventée par Samm, de Stockholm, est formée actuellement de 1 partie de nitrobenzine et 1,9 partie de nitrate d’ammonium, ou bien de 1 partie de trinitro-benzine et de 2,57 parties de nitrate d’ammonium ; le mélange s’opère dans un cylindre chauffé à la vapeur et, avant refroidissement complet, on le moule en cartouches dont le poids spécifique est de 1,25.
- La sécurité de F. Schœnewegg s’obtient en desséchant à + 80° C. une solution de nitrate d’ammonium avec des oxalates de potassium ou d’ammonium, et mélangeant avec 10 parties de nitrobenzine ou 20 parties de dinitro-henzine.
- La romite de Sjoberg, de Stockholm, est une combinaison de nitrate et de carbonate d’ammonium, de naphtaline nitrée, de paraffine et de chlorate de potassium, suivant des proportions variables.
- La roburite, de Roth, est un mélange de naphtaline nitrée et de chlorate de potassium, ou bien de produits chloro-nitrés obtenus en traitant le goudron par l’acide nitrique et l’acide chlorhydrique, et additionnés d’un mélange de nitrate de potassium et d’acide sulfurique. Dans le premier cas, 1 partie de naphtaline est chauffée avec 5 parties de nitrate de sodium et 6 parties d’acide sulfurique concentré; on ajoute 0,8 partie de chlorate, graduellement 5 parties d’acide chlorhydrique, et on chauffe le tout au bain-marie. Dans le second cas, on mêle graduellement 5 parties de goudron avec 15 parties d’acide nitrique de densité 1,45 et 12 parties d’acide chlorhydrique; on chauffe ensuite doucement, et le mélange pâteux est additionné de 5 parties de nitre et 15 parties d’acide sulfurique.
- 1 Voy. n° 747, du 24 septembre 1887, p. 263.
- Sir F. Abel obtient une poudre sans fumée par un mélange d’un composé nitré avec du nitrate d’ammoninm et ensuite avec du pétrole.
- Dans d’antres produits, on mêle l’acide pierique au chlorate de potassium, au charbon de bois et au nitroglycérol (brevet anglais Punsheon), ou l’on additionne le kieselguhr de charbon de bois, de sucre d’amidon carbonisé, et ce mélange empêche la séparation de la nitroglycérine en présence de l’eau (brevet E. Green).
- Nous devons nous borner à ces indications sommaires, en renvoyant pour plus de détails les intéressés soit aux brevets eux-mêmes, soit au Journal de Dingler où M. Guttmann a consacré récemment un article aux perfectionnements de l’industrie des explosifs.
- Pii. Delaiiaye.
- LE MICRO-TÉLÉPHONE
- I)E L’ARMÉE ALLEMANDE
- Le microphone, en augmentant la puissance de la voix et la netteté de la perception des sons à de grandes distances, a lait faire — comme on sait, — des progrès immenses à la téléphonie. Depuis longtemps on cherchait à utiliser les propriétés acoustiques du téléphone pour l’adapter au service de guerre, de nombreuses expériences avaient été laites en ce sens, tant en Amérique qu’en France et en Allemagne. Jusqu’à présent les améliorations et les perfectionnements introduits parmi tous les systèmes connus et en usage n’avaient produit aucun résultat satisfaisant.
- Si nous en croyons les journaux d’au delà les Vosges, et entre autres, les Neue Mililârische Blatter, deux fabricants de Berlin, MM. Mix et Genest, seraient parvenus à construire un microphone ne laissant rien à désirer comme appareil portatif. L’administration allemande des postes et télégraphes s’est prononcée nettement sur les avantages de ce système, et son adoption est décidée en principe pour la correspondance parlée dans tout l’empire allemand.
- Nous croyons intéresser nos lecteurs, en leur donnant quelques indications sur le microphone du système Mix et Genest, d’autant que l’administration de la guerre allemande cherchait depuis longtemps un instrument pratique d’un usage facile pour le service de l’armée, et que cet appareil d’un maniement tout à la fois pratique et commode fonctionne depuis quelques mois déjà à Berlin, à Hambourg, à Francfort-sur-le-Mein et dans plusieurs autres villes importantes de l’Empire. Ce microphone peut être employé partout, et il s’adapte aussi bien sur le lit des malades que sur une table de travail, sur les vaisseaux comme sur les plus hautes montagnes. Son usage est donc parfaitement approprié à l’emploi que l’on peut en faire à la guerre.
- Nous indiquons, dans la figure 1, la construction intérieure de cet appareil.
- Le microphone est disposé dans une entaille pratiquée à l’intérieur d’un coude en laiton C.La membrane m faite en bois de sapin est protégée contre
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- riiumidité par une couche de vernis et serrée fortement contre la pièce V dans la boîte 1). Les deux couches de charbon bb sont destinées à mettre l’appareil en mouvement, par la communication des fils de transmission. Le rouleau de charbon est placé en K, et est fortement pressé contre la membrane m par la pièce f.
- Le téléphone est adapté au coude de laiton C, comme le montre la ligure ci-jointe. La boîte de cuivre conique E, qui porte la pièce N en fer laminé et la pièce 0, est à charnière à l’intérieur et est vissée sur la plaque R. La régularité du téléphone est précisément une des conséquences de cette charnière, car elle permet le rapprochement plus ou moins grand de la pièce N de la partie aimantée du système. A cet effet, un petitleviercn formed’S, sert à donner aux pièces R -et N les positions qui leur conviennent, pour le fonctionnement de l’appareil. Une enveloppe en bois d’ébène entoure le fer à cheval aimanté hh et le coude de laiton C, et la distance de l’ouverture du téléphone est réglée par le coude E, de façon à ce que l’instrument puisse s’adaptera chaque forme de tète, comme le montre la figure 5. La figure 2 indique la disposition d’un appareil micro-téléphonique, appliqué à la muraille d’une station, pour son emploi dans un service public ou privé.
- La boîte ne contient que le taffetas , le rouleau d’induction, le timbre, et l’appareil automatique, f- Un modèle spécial a la forme d’un coffret élégant très portatif (fig. 5).
- L’emploi du microphone tel ([ue nous venons de le décrire est d’un emploi multiple dans le service
- militaire, aussi bien pour l’armée de terre que pour la marine. Nous n’indiquerons ici, pour ne pasjrop nous étendre sur le sujet, que l’importance que l’on
- peut en tirer dans les camps, les cantonnements, entre les colonnes, les stations de commandement et les postes importants, dans le service des garnisons. On peut aussi en tirer un parti des plus avantageux dans le service des fortifications, dans les polygones et sur les champs de tir de l’artillerie, pour la défense des forteresses et des forts isolés comme aussi à bord des vaisseaux.
- Depuis que l’électricité s’est développée au moyen de l’industrie, ce n’ëst plus une science théorique et expérimentale comme autrefois; tous les militaires doivent en connaître les nombreuses applications en temps de paix comme en temps de guerre. On se sert de l’électricité avec de grands avantages dans l’artillerie, le génie, les mines, et le service des torpilles, pour l’éclairage du terrrain en avant, ou de
- la mer s’il s’agit d’une opération navale; on s’en sert également dans l’aérosla-tion, et dans le service militaire de chemins de fer; il n’est donc pas permis à l’officier d’ignorer la science télégraphique, les nombreuses applications que cette science comporte, ainsi que l’utilité des appareils télégraphiques et en particulier des téléphones qui seront un jour d’un emploi si utile et si inappréciable à la guerre.
- Sous ce rapport le microphone Mix et Genest est un progrès qu’il était bon de connaître.
- Commmandant Graniux.
- Fig. 1 et 2. — Micro-téléphone de l’armée allemande. — 1. Coupe. — 2. Vue d’ensemble de l’appareil.
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- EXPLOSION D’UNE MONTAGNE AU JAPON
- éruption du mont bandaï, i,e 15 juillet 1888
- Un cataclysme épouvantable, et peut-être unique dans l’histoire de la géologie, a eu lieu au Japon le 15 juillet 1888l. Une montagne tout entière, le mont
- Fig. 1. — Éruption de vapeur au fond du gouffre ouvert dans le mont Bandai.
- (D’après les photographies de M. W. K. Burton, chargé d’i
- Bandai1, a été projetée dans l’espace, par la force expansive de la vapeur d’eau formée dans les profondeurs du sol, — à la façon d’une gigantesque chaudière faisant explosion : — des villages ont été engloutis, cinq cents habitants environ, ont trouvé la mort; des torrents de houe ont inondé les régions voisines, et des pluies de poussière brûlante ont couvert la
- Fig. 2. — Amoncellements de débris recouvrant les vallées voisines du niom Bandai.
- mission d’exploration par le gouvernement japonais).
- surface de territoires immenses. Aussitôt que la nouvelle de cette catastrophe a été connue, le gouvernement japonais a envoyé sur place une mission pour étudier ce phénomène exceptionnel. Parmi les membres de cette mission se trouvait M. W. K.
- Burton (de l’Université impériale de Tokio) qui a publié un long rapport sur son expédition, pendant laquelle il a exécuté un certain nombre de photographies2.
- Le théâtre de l’éruption a été le mont Bandai qui est situé au nord du lac Inawashiro, à 150 milles (241 kilomètres) au nord de Tokio. Avant la catastrophe, c’était une montagne à trois pics, ayant environ 1500 mètres
- 1 Yoy. n° 797, du 8 septembre 1888, p. 238.
- - Ce rapport a été publié in extenso dans The, British Journal of photography auquel nous empruntons les documents que nous publions ici.
- de hauteur. D’après les survivants de la catastrophe, il est impossible de décrire exactement ce qui se passai la fin de la terrible journée du 15 juillet.
- Des tremblements de terre effroyables eurent lieu, au milieu du bruit de détonations, auprès desquels toutes les pièces d’artillerie du monde tonnant à la fois ne donneraient qu’une faible idée. L’air fut absolument obscurci par des nuées épaisses de poussière noire, et çà et là des blocs de pierre et des masses énormes étaient projetées au milieu d’un vent furieux. Ici des torrents de boue s’écoulaient, là des poussières chaudes tombaient du ciel. L’obscurité était absolue, et la nature entière paraissait soumise à un bouleverse-
- 1 Les différentes terminaisons du mot Bandaï : Bandaï-San, Sama ou No-Yaina que l’on donne parfois au Bandaï peuvent être toutes traduites par le mot mont.
- Fig. 3. — Coupe schématique du mont Bandaï, au Japon. (La tein claire représente la partie de la montagne projetée par l'explosion.
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- ment dernier. Après nn examen attentif des régions dévastées, M. Rurton a constaté que l’éruption n'a pas été volcanique dans l’acception habituelle du mot. Il n’y eut trace de feu ni de lave absolument nulle part. Le phénomène a consisté en une explosion due à l’expansion de la vapeur d’eau. On ne saurait estimer quelle pression formidable il a fallu pour déplacer une montagne. De temps immémorial des sources d’eau chaude s’échappaient des lianes de la montagne, et indiquaient que le sous-sol était à une température très élevée. L’explosion projeta dans l'espace toute la partie médiane de la montagne, y compris le pic central ; la projection ne fut pas verticale, mais inclinée, de telle sorte que les débris retombèrent de côté, comblant les vallées et recouvrant une étendue de pays considérable, estimée à 60 kilomètres carrés environ. L’épaisseur de débris dont le sol a été recouvert, varie de 5 à 50 mètres ; elle atteint exceptionnellement, à certains endroits, 500 mètres. Un fait remarquable est l’escarpement de l’amoncellement de ces débris projetés et amoncelés. L’obscurité qui a accompagné le cataclysme a été certainement produite par l’énorme quantité de poussières dispersées dans l’atmosphère, en nuages épais, sous l’action de la vapeur. La poussière a recouvert toute la contrée dans la direction du vent régnant, et l’obscurcissement du ciel s’est prolongé pendant plusieurs heures. A certaines places, la poussière tombant de l’air, était si chaude qu’on ne pouvait la toucher sans se brûler, et il est probable que parmi les victimes de la catastrophe, il en est qui ont été étouffées par son action.
- L’éruption a été accompagnée de torrents de boue qui se sont déversés dans les vallées jusqu’à 15 kilomètres de distance du cratère; ces torrents balayaient tout sur leur passage, et ils comblèrent une rivière en un certain endroit : un lac s’est formé derrière l’obstacle b
- Après avoir donné cet aperçu d’ensemble, M. Bur-
- 1 Ces torrents de boue ont joué un rôle considérable dans l’œuvre de destruction du phénomène géologique. On va juger de leur importance par les extraits suivants que nous empruntons au rapport adressé de Tokio, par M. Henry Norman, correspondant du Journal des Débats de Paris et du Pall Mail Gazette de Londres :
- Dans la matinée du 1(5, l’effroyable nouvelle parvint, à Tokio qu’une éruption.volcanique avait eu lieu dans le nord du Japon et qu’un millier de personnes avaient été tuées ou blessées. (Il y eut à la première heure, exagération sur le nombre des morts). On forma aussitôt une expédition pour aller visiter le lieu de la catastrophe. En neuf heures, le chemin de fer nous mit à Montomigo. Le lendemain matin, à 10 heures, notre long cortège de jinrikishas commençait à se mettre en marche vers les montagnes.
- ... Le village d’Inawashiro est situé à la base du volcan, du côté opposé à celui où s’est produite l’explosion et, par conséquent, n’a aucunement souffert. C’est (de ce côté que nous décidâmes de faire l’ascension...
- De l’endroit où nous nous tenons, un précipice descend à une profondeur d’un demi-mille; à droite, au-dessous de nous toujours, s’étend un mur de boue long d’un mille s’abaissant jusqu’à la plaine et derrière lequel est évidemment le cratère, car il en sort des nuages de vapeur; à notre gauche, un petit plateau recouvert de boue où se sont formées quelques mares.
- ton raconte son exploration sur le théâtre même de la catastrophe. Nous lui laisserons ici la parole :
- Nous arrivâmes au village existant, le plus voisin du cratère *. Ce village a été à moitié enseveli sous un lleuvc de boue, l’autre moitié est intacte. Quand nous arrivâmes, les survivants, vieux et jeunes, femmes et enfants, étaient occupés à piocher et à bêcher la partie comblée par la boue, alors solidifiée. On trouva de nombreux cadavres [tendant le temps que nous séjournâmes à cet endroit...
- Le lendemain, nous nous préparâmes à visiter le cratère. Nous montâmes sur le versant de la montagne, opposé à l’éruption. Après quatre heures de marche, nous nous arrêtâmes sur le bord du cratère formé, et alors il nous fut permis de nous rendre un compte exact de la nature du phénomène. Nous étions au bord d’un gouffre immense, qui avait été antérieurement la montagne. Ce groullre était ouvert en face de nous, et formait une excavation gigantesque dont les bords variaient de 50 mètres à 400 mètres de hauteur. Du fond du gouffre, on voyait s’échapper encore des torrents de vapeur qui formaient de véritables nuages... On apercevait au loin la contrée dévastée, tout avait été transformé en un désert formé d’un chaos de débris amoncelés. Rien ne saurait donner une idée de l’horreur de cette scène.
- Les voyageurs descendirent à la place où les vapeurs s’échappaient du sol; le sol était brûlant et la vapeuï d’eau s’échappait à haute pression entre les fissures des rochers. Elle s’élevait jusque dans les hautes régions de l'atmosphère et allait se confondre avec les nuages. M. Burton fit plusieurs photographies du phénomène; nous reproduisons l’une d’elles qui montre une des plus importantes éruptions de ces vapeurs (fig. 1).
- Après ces opérations, M. Burton et ses compagnons traversèrent les régions dévastées. Un grand nombre de villages ont été absolument renversés par le vent tempétueux produit au moment de l’éruption.
- Le troisième jour de l’exploration, fut consacré à parcourir les régions recouvertes des débris de la montagne. La figure 2 donne l’aspect d’un de ces amoncellements, d’après une autre photographie de M. Burton.
- Devant nous, et sur une étendue [de cinq milles en ligne droite, est une mer de boue solidifiée, présentant des crêtes, et des vagues d’or émergent, comme des vaisseaux immobilisés par une accalmie, des milliers d’énormes blocs de rocher. Sur les lacs et les mares, les rayons du soleil jettent des reflets fantastiques; un lac plus grand que les autres est tout ce qui reste d’une rivière engloutie du coup. Là où la bout; est recouverte de cendres, elle est grise; ailleurs, elle est d’un rouge foncé. D’un côté, à deux milles de nous environ, des prairies verdoient au soleil; de l’autre, une forêt de pins au feuillage sombre indique la limite où s’est arrêtée la marée montante de boue.
- Le petit plateau que nous voyons à gauche, au-dessous de nous, marque l’emplacement des sources chaudes de Shirno-No-You, petit hameau où une quarantaine de malades étaient venus prendre les eaux. Aucune créature humaine ne les reverra et ne saura les détails de leur agonie. Nous détournons les yeux...
- 1 Le mot cratère dont se sert l’auteur est assurément impropre. Il n’y a cependant pas d’autre expression à employer.
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- La figure 5 est un dessin schématique crayonné par le voyageur; il représente l’état du mont Randaï avant et après la catastrophe.
- L’explorateur raconte qu’il ne pouvait se défendre d’une grande émotion et d’un inoubliable sentiment de tristesse, en pensant que sous les rochers et les blocs de terre entassés qu’il parcourait, il y avait des villages entiers, à jamais enfouis avec leurs nombreux habitants ! Gaston Tissandier.
- —»<*>«.—
- SUR LES MŒURS DES FOURMIS1
- Me sera-t-il permis de dire un mot dans le très intéressant déliât qui s’est élevé entre MM. Mirn et Félix llé-ment, au sujet (les mœurs des fourmis2?
- « Seul, a dit M. Félix llément, l’homme connaît la suprême satisfaction que cause le sacrifice de soi-même. Seul, il peut être martyr d’une idée, et contraindre à la mort son corps qui se révolte. »
- C’est une assertion sans preuves. Voici urie expérience qui fournit une présomption en faveur de l’opinion contraire. C’est une expérience que j’ai faite plusieurs fois et qui est à la portée de tout le monde.
- Si l’on essaye d'incendier une fourmilière élevée par une colonie de fourmis des bois, on est étonné de la difficulté avec laquelle brûlent les matériaux légers, secs et combustibles dont elle est généralement formée. Si l’on use de violence, c’est-à-dire si l’on a recours au papier enflammé en masse, on arrive à faire œuvre de destruction, mais on n’apprend rien. Si, au contraire, on veut chercher à se rendre compte de cette mystérieuse incombustibilité, il faut ne mettre sur la fourmilière qu’un petit morceau de papier enflammé, ou, par exemple, une allumette-bougie plantée verticalement et bien allumée. On assiste alors à une scène curieuse. Les fourmis s’agitent, les unes fuient, les autres accourent ; quelques-unes s’approchent et présentent au feu la partie postérieure de leur corps; la flamme baisse visiblement. On entend un petit grésillement: c’est l’acide formique qui est projeté sur le petit brandon ; c’est aussi le crépitement des membres de quelques fourmis. La flamme baisse toujours. Les plus hardies, les plus courageuses, s’élancent sur le foyer même; elles retombent mutilées, il y a des blessés, il y a des morts. Mais le danger est conjuré : l’allumette est éteinte avant même d’être entièrement consumée. La colonie est sauvée par le dévouement de quelques-uns de ses membres.
- Ces fourmis mortes ne sont-elles pas les martyrs de l’idée du salut commun? N’ont-elles pas contraint à la mort leur corps qui se révoltait? Et qui peut’dire qu’elles n’ont pas connu la suprême satisfaction que cause le sacrifice de soi-même? Un abonné.
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- HAUTEURS BAROMÉTRIQUES
- RÈGLE PERMETTANT DE RÉDUIRE A 0°
- Après avoir observé un baromètre Fortin et noté la division de l’échelle où s’arrête le mercure, il faut encore, avant de connaître la véritable valeur de la pression atmosphérique, effectuer deux corrections indispensables. L’une d’elles, constante pour chaque instrument, est re-
- 1 Suite. —Voy. p. 261 et 298.
- 2 Voy. n° 799 et 801, pages indiquées ei-dessus.
- lative à la capillarité et nous ne la mentionnons que pour mémoire. La seconde, indépendante des dimensions absolues de l’appareil, a pour but de ramener la hauteur de la colonne mercurielle au niveau qu’elle atteindrait si la température du mercure et celle de l’échelle graduée sur laiton étaient égales à 0°,la pression restant invariable.
- Pour réduire la hauteur barométrique à 0°, on se sert d’une formule élémentaire qu’on enseigne à tous les candidats au baccalauréat ès sciences. Cette équation, assez simple à priori, se complique énormément si l’on remplace les lettres par leurs valeurs numériques; aussi, dans le but d’épargner aux physiciens ces interminables calculs, Delcros a-t-il dressé des tables à double entrée, qui figurent dans Y Agenda du chimiste et qui permettent de corriger une hauteur barométrique donnée lorsque la température de l’observation est connue. Mais on peut même se dispenser de recourir aux tables et faire le calcul de tète en se rappelant la règle empirique suivante : Retranchez, du nombre de millimètres que vous aurez lu, le nombre de degrés que marque le thermomètre divisé par huit et traduit en millimètres.
- Voici trois exemples choisis de façon à ce que la correction à effectuer soit assez notable.
- 1° Pression observée, 7 70"““,22 Température 25°
- Si de 770,22
- on retranche 5,12
- il reste 767,10 pour la hauteur corrigé»'.
- D’après Delcros, la correction est de 5,11.
- 2° Pression observée, 740mm,85
- Température, 28°
- 28 „
- — = o,50
- Si de 740,85
- on retranche 5.50
- il reste 757,55 pour la hauteur corrigée.
- D’après Delcros, la correction est de 5,55.
- 5° Pression observée, 752mm,07 Température, 18°
- 18_99,
- 8
- Si de 752,07
- on retranche - 2,25
- il reste 729,82 pour la hauteur corrigée.
- D’après Delcros la correction est 2,12*.
- La formule que nous proposons, mathématiquement exacte vers 765, est d’autant moins avantageuse que la pression est plus éloignée de 765, tout en étant inférieure à cette valeur. Cependant l’écart n’est jamais très considérable; de plus, avec beaucoup de baromètres on ne saurait compter sur le 1/20 de millimètre. Le plus souvent, on se contente d’apprécier les 1/5. Quoi qu’il en soit, nous croyons que la règle indiquée est bien suffisante pour les besoins de la pratique, aux pressions et aux températures moyennes de presque toute la France.
- A. de Saporta.
- 1 ha 7e colonne de Delcros (Agenda de 1887) renferme une légère erreur typographique que nous avons rectifiée.
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- LA NATURE.
- LE BOUGEOIR A PÉTROLE
- DE M. GIIA N DO R
- Il existe un grand nombre de systèmes d’éclairage qui consistent à entraîner par un courant d’air des vapeurs d’essence légère de pétrole, et à brûler le mélange ainsi formé à la façon du gaz d’éclairage. Les systèmes offrent certains inconvénients : l’essence de pétrole, légère, très volatile, émet des vapeurs à la température ordinaire et présente des dangers d’incendie; en outre, ces mélanges d’air et de vapeurs ne se prêtent pas bien au transport dans les distributions. Quand la distance devient un peu considérable, et que les conduites sont exposées à une température peu élevée, il se produit des condensations qui dépouillent l’air des vapeurs nécessaires à la combustion.
- Nous allons faire connaître aujourd’hui1 une solution partielle très ingénieuse, due à M. Chandor, de New-York, l’un des premiers qui ait étudié, dès l’année 1860, le problème de l’utilisation pour l’éclairage d’un mélange d’air et de vapeur carburée. L’appareil de M. Chandor a des proportions minuscules , c’est un petit bougeoir qui constitue, comme on va le voir, une véritable usine à gaz.
- La partie inférieure du bougeoir est formée d’un réservoir à base plate d’une grande stabilité contenant du pétrole à 800 grammes. Ce réservoir reçoit à son centre un petit godet qui communique, à sa partie inférieure, avec la chambre principale de la lampe, de telle sorte que l’huile forme dans ce godet une mince couche dans laquelle plonge une petite mèche de coton. Cette mèche, passant dans une virole, brûle en veilleuse (voy. coupe de la figure) ; ce n’est pas cette flamme minuscule qui est utilisée pour l’éclairage. L’accès d’air réservé est trop faible pour que le pétrole s’y brûle complètement, mais il s’y consume assez cependant pour que l’élévation de température produite transforme en vapeur la majeure partie du pétrole. Au-dessus de la petite flamme de veilleuse s’élève donc une colonne de gaz combustible qui s’échappe à travers un brûleur
- 1 Nous avons signalé précédemment le bougeoir à pétrole (n° 792, du 4 août 1888, p. 158).
- approprié où on l'enflamme à.la façon du gaz de l’éclairage ordinaire. Le brûleur est muni d'une cheminée qui détermine l’appel d’air nécessaire.
- Notre gravure représente, à gauche, le bougeoir de M. Chandor, au moment où l’on allume le brûleur en veilleuse; on voit, à droite, la lampe au moment de l’allumage définitif. Une coupe du système permet d’en comprendre les dispositions, d’après les descriptions antérieures. Le cylindre de toile métallique qui coiffe la petite llamme se place avec le verre de la lampe. L’allumage du mélange d’air et des vapeurs carburées se fait en approchant une allumette enflammée à la partie supérieure du verre1.
- La petite flamme intérieure continue à brûler, il se forme constamment un afflux de vapeurs combustibles, et le régime de la lampe se maintient sans variations pendant dix à onze heures, ce qui correspond à une dépense de pétrole d’environ 12 grammes à l’heure.
- La fixité de la flamme ainsi que sa puissance lumineuse sont dues aux dimensions judicieuses données à la mèche, au cylindre en toile métallique, ainsi qu’à la cheminée en porcelaine ou métal qui déterminent une admission d'oxygène suffisante pour brûler complètement les vapeurs produites et incapable de refroidir la flamme et de provoquer par suite une lumière rouge et fumeuse.
- D’après les expériences exécutées par M. Lefebvre, ingénieur chef de service de la Compagnie du gaz, la bougie-heure Chandor coûte le tiers de la bougie stéarique. Il y a là une économie notable qui s’accentue encore en province, là où l’huile de pétrole est, comme on sait, d’un prix notablement moins élevé qu’à Paris.
- Nous croyons que ce petit appareil est appelé à un grand succès, il supprime les dangers inhérents à la manipulation des essences volatiles en assurant la consommation économique de l’huile de pétrole. Par sa construction il rend impossible toute explosion.
- G. T.
- 1 Cet intéressant petit appareil a été présenté à la Société d'encouragement, et nous empruntons au Rapport fait par M. Ch. Bardy, au nom du Comité des arts économiques, quelques-uns des renseignements techniques qu’il contient.
- Nouveau bougeoir à pétrole de M. Chandor.
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- LA NATURE.
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- TRAINS DE BOIS FLOTTANT
- TRANSPORTÉS PAR MER
- Dans une de nos précédentes livraisons1, nous avons parlé d’une entreprise extraordinaire qui avait été conçue par les marchands de bois de New-York.
- Elle consistait à faire venir par mer, à l’état de radeau gigantesque, les bois de la Nouvelle-Ecosse. Nous avons décrit le mode de construction d’un premier radeau qui ne contenait pas moins de 27 000 troncs d’arbres reliés entre eux par des chaînes, et qui avait 170 mètres de long et 20 mètres de diamètre au fort.
- Nous avons raconté comment ce radeau, remor-
- qué par des navires à vapeur, avait été rompu par la tempête et comment des épaves qui pouvaient être redoutables pour la navigation avaient été dispersées à la surface de l’Océan. Nous terminions ce premier article en disant : « Les marchands de bois de New-York recommenceront-ils ce premier essai? Nous ne le croyons pas. »
- Eh bien ! l’essai a été renouvelé, et cette fois avec plein succès. Le 11 août 1888, un train de bois bottant colossal, du meme genre que celui dont nous venons de rappeler l’épopée, faisait son entrée dans la rade de New-York : il avait été lancé à la Nouvelle-Ecosse, à 11 000 kilomètres de distance, et venait d’être remorqué en mer par des navires à vapeur.
- Ce grand radeau a pris le nom de la localité d’où
- Arrivée du train de bois de Joggins, dans East-River. (D’après une photographie de M. Iliggins. de New-York
- il provenait : Joggins, lieu voisin de la baie de Eundy dans le voisinage de laquelle il fut construit au milieu de vastes forêts. Le transport des bois de cette localité, à New-York et à Boston, exige habituellement le fret de plus de 200 navires par an. On conçoit l’économie du mode de navigation d’un gigantesque radeau contenant, d’après le Scienlific American, environ 20 000 troncs d’arbres.
- Le radeau a été construit à terre, puis lancé comme un navire ; cette opération présentait de grandes difficultés, car l’ensemble de l’assemblage pesait environ quinze mille tonnes. Le train de bois a la forme d’un fuseau avec une longueur de 181m,50, une largeur de l6ra,75 et une épaisseur de llm,60. En son centre il a 45m,75 de circonférence et conserve cette même dimension sur une
- longueur de 120 mètres; les extrémités vont en s’amincissant jusqu’à ne plus avoir que 14m,50 de circonférence. Une énorme chaîne, noyée dans la construction, traverse le système dans toute sa longueur et suivant son arc ; c’est par son extrémité que les remorques ont été données au monstre : les 20 000 pièces de bois qui le composaient étaient disposées de façon à ce que tous les joints fussent doublés, et elles étaient réunies par des ceintures parallèles serrées à outrance. Ces ceintures, fixées à un mètre et demi les unes des autres, étaient formées alternativement de chaînes en fer et de cordes en acier. Grâce à ces précautions si multipliées, cette masse ne formait plus qu’un bloc, une énorme poutre d’assemblage, qui devait résister aux assauts de la mer, si on ne rencontrait pas de tempête. L’entreprise, nous devons l’ajouter, a été favorisée par un beau temps.
- 1 Voy. n° 763, du 765, du 14 janvier 1888, j>. 07.
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- LA NATURE,
- CHRONIQUE
- Assassinats en Angleterre. — La population ouvrière de l’est de la métropole britannique se trouve en ce moment sous l’empire de préoccupations douloureuses, à la suite du meurtre de plusieurs femmes misérables, qu’on a trouvées mutilées de la façon la plus horrible. Les versions les plus contradictoires ont eu cours et l’on n’a en ce moment aucune explication plausible. Les uns ont attribué cet acte de férocité à un mo-nomane, d’autres, à des pratiques superstitieuses en usage dans l’Inde, et dont l’habitude s’introduirait en Angleterre avec le bouddhisme. La police a cru pendant quelque temps être sur la trace de la cause véritable de ces atrocités. Elle les a attribuées à des scélérats vendant les débris humains qu’ils se sont ainsi procurés, à des marchands de préparations anatomiques. Cette dernière version fait involontairement songer aux crimes commis à Edimbourg, pendant les derniers mois de l’année 1827 et les premiers mois de 1828, par deux misérables nommés Burke et llare. Les lois anglaises interdisaient d’une façon absolue la vente des cadavres aux chirurgiens. Ceux-ci s’en procuraient en les achetant à des résurredionistes qui allaient voler nuitamment les corps déposés dans les cimetières. Vers cette époque, les exploits des résurrectionistes avaient soulevé l’indignation publique, et il s’était formé des associations pour garder les morts. Des gens armés de fusils campaient dans ces lieux funèbres et avaient ordre de faire feu sur les bandits venant dépouiller Tes tombes. Les cadavres étant hors de prix, llare et Burke eurent l’idée d’assassiner des mendiants ou des vagabonds, et de vendre leurs cadavres. Ils mirent leur sinistre projet à exécution et apportèrent leur première victime au Dr Knox, professeur d’anatomie à l’Université d’Edimbourg, et conservateur du Musée. Celui-ci préparait alors une traduction du grand traité du Dr Cloquet, qui venait de paraître à Paris, et voulait y ajouter ses notes. Il ne s’avisa pas d’interroger les deux associés sur la manière dont ils s’étaient procuré le sujet qu’ils apportaient et leur paya sans marchander une somme de 500 ou 400 francs. Alléchés par cette prime, les deux associés recommencèrent. Dans l’espace de moins d’un an, ils vendirent ainsi au l)r Knox quatorze autres sujets. Mais la police ne tarda pas à apprendre que le Dr Knox avait à sa disposition à lui seul plus de cadavres que tous ses confrères des trois royaumes. On surveilla donc tous les individus qui pouvaient être soupçonnés de se livrer à un trafic aussi infâme. On s’aperçut qu’une vieille femme était entrée chez Burke, et qu’elle n’en était point sortie. On envahit le domicile, et l’on trouva la malheureuse déjà changée en cadavre et cachée sous le lit. Burke attendait la nuit pour apporter sa proie chez son client avec l’aide de llare. Les deux coupables furent arrêtés avec leurs femmes, que l’on soupçonnait de complicité. Le procès eut lieu devant les assises, llare demanda à faire des aveux et fut admis à être témoin du roi, ce qui, suivant la jurisprudence anglaise, lui assurait la vie sauve. Les deux femmes furent acquittées, et Burke fut seul pendu. Quant au Dr Knox, il ne fut pas inquiété, la jurisprudence anglaise ne faisant point un crime du recel de cadavre à fin de dissection. Mais le peuple lui aurait fait un mauvais parti sans l’intervention de la police. On fut obligé de garder sa maison pour le protéger contre les violences. 11 publia, en 1829, son ouvrage dont les journaux spéciaux tels que la Lancette et le Journal médical d’Edimbourg firent le plus grand
- éloge. En 1855, le Dp Knox fut nommé membre correspondant de l’Académie de médecine de Paris. Il mourut un peu avant 1870 a [très avoir publié un grand nombre d’ouvrages sur l’anatomie ainsi que sur son application aux beaux-arts. L’exécution de Burke eut lieu le 4 décembre 1828 au milieu d’une immense multitude, qui donna tous les signes inexprimables de son exécration et de sa fureur. Le mot de Burker est resté dans la langue anglaise pour indiquer ce crime particulier, produit par les préjugés s’opposant à la dissection des cadavres, et qui s’est sans doute renouvelé plus d’une fois. En effet, en 1852, la police arrêta à Londres deux scélérats qui avaient imaginé d’imiter Burke et Rare. Ils n’en étaient encore qu'à leur quatrième victime lorsqu’on mit fin à leurs épouvantables forfaits.
- Météorologie et hydrographie de Madagascar. — Nous sommes heureux d’apprendre à nos lecteurs que la science va prendre pied à Madagascar. Le Ministère de l’instruction publique a donné à M. Mascart, directeur du bureau central météorologique, la mission de préparer une série complète d’instruments météorologiques destinés à l’Observatoire que les missionnaires français vont établir à Tananarive. Les missionnaires accompagneront le résident général dans le voyage qu’il va entreprendre immédiatement pour se rendre à son poste. Pour l’Exposition universelle, nous aurons donc des données exactes sur le climat d’une contrée fertile et digne de nous intéresser au plus haut point. Le Ministre de la marine a également donné des ordres pour l’exécution d’une nouvelle carte hydrographique de Madagascar. Les officiers chargés de ce beau et utile travail ont été déjà désignés, et ils sont venus à Montsouris pour faire régler leurs appareils.
- La plus haute cheminée de France. — La plus haute cheminée à vapeur qu’il y ait en France se dresse maintenant dans la commune de Croix, près de Lille. Elle a été exécutée sur les plans de M. Balteur, architecte à Lille. Grâce à son élévation, les fumées des fours à potasse, du suint, n’incommoderont plus; par leurs odeurs, les propriétaires voisins du peignage. La hauteur de cette cheminée monumentale est de 105 mètres, 112m,50 en y comprenant les fondations, et 125 mètres jusqu’à la pointe du paratonnerre. Etablie sur un énorme massif de béton de 14 mètres de coté et de lm,50 d’épaisseur, son diamètre extérieur à la base est de 8"',20 et 2m,ÜO au sommet. L’épaisseur de la paroi à la base est de 2™,40 et de 0ra,45 à la partie supérieure. Son volume total est de 2550 mètres cubes et son poids atteint 5 millions de kilogrammes. 11 y est entré 1200 000 briques. La partie la plus originale du monument est son couronnement; pour résister aux intempéries de l’atmosphère, on l’a formé d’un revêtement métallique continu, sorte de blindage en fonte. Grâce à cette cuirasse, dont le poids est de 15000 kilogrammes, la conservation de la cheminée est assurée.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 octobre 1888. — Présidence de M. Des Cloizeaux.
- La comète de Winnecke:— Au nom d’un astronome de Pulkovva, M. le baron von llaertl, M. Faye dépose un travail sur la comète de Winnecke et déclare que par sa précision il rivalise avec les études jusqu’ici réservées aux planètes. La comète dont il s’agit exécute sa révolution en cinq ans et demi et s’approche beaucoup du soleil, sa
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- LA NATURE.
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- distance périhélie étant intermédiaire entre les distances de Vénus et de la Terre et plus voisine de la première que de la seconde. L’auteur a recherché si son mouvement offrirait une accélération analogue à celle qui, constatée pour la comète d’Encke, où elle est égale à deux heures pour chaque période, a été attribuée à l’existence d’un milieu résistant autour du soleil. On sait déjà que pour la comète de Eaye, dont le périhélie est sensiblement à la distance de Mars, aucune accélération n’a été reconnue; or, il paraît que, bien que plus proche du soleil, la comète de AVinnecke n’en présente pas davantage. La conclusion est que, si le milieu résistant existe réellement, il est, en tout cas, cantonné dans des régions de l’espace singulièrement voisines du Soleil. En meme temps l’étude astronomique que nous résumons a fourni de nouveaux éléments pour déterminer la masse de Jupiter qui apporte une perturbation fort sensible à l’orbite cométaire. Le nombre généralement adopté est égal à 1/1050, mais Bessel, par l’étude des satellites, a réduit le dénominateur à 1047,8 et les mesures d’Airy et d’autres ont donné le chiffre 1047. Les nouvelles observations de Pulkowa conduisent à 1047,172 et la précision de ce résultat est, selon M. Faye, tout à fait remarquable.
- L'image du soleil. — Il s’agit de l’image du soleil réfléchie à l’horizon de la mer et le travail déposé par M. Faye a pour auteur M. Rico, directeur de l’Observatoire de Païenne. Tout le monde sait bien qu’au moment du lever du soleil sur la mer l’image réfléchie par la surface aqueuse subit une série de déformations. Jusqu’ici on les a généralement attribuées à des réfractions anormales. Mais l’astronome sicilien pense qu’elles tiennent à la courbure du miroir océanique et donnent, par conséquent, une démonstration directe de la sphéricité du globe terrestre : c’est la conséquence à laquelle, de son côté, M. Forel était antérieurement arrivé pour expliquer les images déformées que réfléchit la surface du lac de Genève. Toutefois, MM. Bertrand, des Cloizeaux et Wolf pensent que cette interprétation n’est pas légitime ; ce dernier académicien rappelle même que de l’expérience des opticiens, dès qu’un miroir courbe a seulement 20 kilomètres de rayon, il donne rigoureusement les mêmes images qu’un miroir plan. Il faut continuer à attribuer les déformations observées par M. Rico à des réfractions anormales.
- Bolide. — Le 15 septembre, dernier, étant à Lyon, M. Gonard a vu un bolide remarquable par son éclat,“par sa division en trois parties distinctes et par sa forme en ellipsoïde très allongé. Rien qu’il n’y eût aucun brait (il était 5 heures un quart du malin) l’auteur n’a perçu aucune détonation consécutive à l’apparition lumineuse.
- La perséite. — Dans une nouvelle, étude dont il donne lecture, sur la perséite, substance retirée des semences du Laurus persea, M. Maquenne précise la constitution de cet alcool dont il décrit les éthers. Loin d’être homologue de la mannite, comme on l’avait cru d’abord, la perséite a pour formule C7H1408.
- Optique. — La marche des rayons dans un système de lentilles fournit à M. Govi la matière d’un savant mémoire. On sait que la question a été depuis longtemps élucidée et que Gauss a fourni à son égard des formules qui sont devenues classiques. Mais le savant italien est parvenu à les simplifier de la manière la plus élégante.
- Varia. — Après avoir terminé ses grands travaux agri-
- coles dans les Landes, M. Chambrelent a été chargé par leMi-nistre afin d’étudier et de construire des canaux d’irrigation nécessaires au perfectionnement de l’agriculture française : il adresse aujourd’hui un rapport où sont consignés ses résultats sur ce grand sujet. — C’est en vain que M. Mau-mené a tenté de combiner à froid ou à 100 degrés l’acide carbonique et la vapeur sous Faction de la mousse de platine. — Une très longue lecture est faite par M. Trécul sur la disposition des vaisseaux dans le houblon. —-On signale la première feuille du Dictionnaire d’astronomie illustré à l’usage des commençants, par M. le professeur Joseph Vinot. C’est vraiment la science en images, les pages étant alternativement occupées par une très grande gravure et par l’explication succincte qui s’y rapporte : il va, par exemple, au sujet de l’abaissement du soleil et de la lune, rapporté àla colonne de Juillet, des dessins tout à fait frappants et qui fixeront d’une manière indélébile un grand fait astronomique dans l’esprit des lecteurs. C'est une nouvelle occasion d’applaudir les efforts de M. Vinot. — Mentionnons parmi les pièces imprimées une brochure où M. JNo-guès a résumé la leçon inaugurale de son cours de sismologie à la Sorbonne : c’est un discours remarquable à tous égards. Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- CONFECTION D’iNSTRUMENTS IJE MUSIQUE
- 'On prend une tige d’avoine ou de toute autre céréale encore verte, garnie d’un côté de son nœud, l’autre côté étant libre, et on fait une simple incision longitudinale (n° 1). En soufflant par le bout libre, on obtiendra un son aigu strident rappelant un peu le bruit des grosses sauterelles, si l’on a soin de produire les sons à intervalles assez rapprochés.
- Si un bout de roseau est taillé de façon à ne pas endommager la petite membrane qui en tapisse l’intérieur (n° 2) et si l’on chante par l’un des bouts dans cet instrument, on obtiendra tout à fait les sons du mirliton. On n’a même pas besoin d’entailler les deux côtés du roseau, un seul suffît. En mettant le roseau en travers dans la bouche de façon que la membrane se trouve entre les lèvres et en chantant en nasillant, l’effet restera le même.
- La réunion de plusieurs roseaux ou d’autres tubes les uns à côté des autres, la partie inférieure fermée, la supérieure ouverte, vous donnera une flûte de Pan (n° 3) sur laquelle on pourra jouer de petits airs si les tubes sont accordés suivant la gamme.
- Nous avons donné précédemment1 la description d’un sifflet fait avec une branche de saule en sève. La même méthode peut être employée à faire un flageolet. Pour cela, on choisit une branche lisse, de longueur voulue, et on entaille l’anche comme nous l’avons indiqué : on opère la décortication. On remet le petit bouchon à sa place après l’avoir convenablement taillé pour le passage de l’air. Puis avec le cylindre de bois restant on taille un piston que l’on remettra dans le tube. Il est clair que plus on enfoncera le piston, plus le son deviendra
- 1 \oy. n° 747, du 24 septembre 1887, p. 272.
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- LA NATURE.
- aigu, jusqu’au sifflet ordinaire, pour redevenir grave quand on le retirera progressivement. Avec un peu d’adresse et de patience on parvient facilement à jouer des airs variés avec ce... trombone à coulisse... tous les tons et demi-tons étant possibles, dans la limite de l’instrument, bien entendu.
- La fabrication du chalumeau hautbois repose sur le même principe de décortication de bois en sève, mais sa construction diffère. Là, il faut prendre une branche de saule, ou toute autre essence, un peu forte, 30 millimètres, par exemple, et longue de 1 mètre environ, sur laquelle on taille une spirale (n° 4). La décortication une fois faite, on enroule de ünouveau les spires sur elles-mêmes de façon à les
- superposer un peu et on obtiendra un long cornet dont la dernière spire est fixée avec une épine (n° 4 bis.). En décortiquant encore une petite branche de 0 à 8 millimètres, en amincissant l’un des cotés sur les deux faces opposées et en rapprochant un peu les bords minces obtenus, on introduit le bout non travaillé dans le petit côté du chalumeau. Soufflant dans cet instrument, on obtient un son très énergique rappelant le son du haut-bois ou basson de l’orgue.
- Les pâtres prennent encore une jeune feuille, de hêtre par exemple, entre les lèvres et parviennent à tirer de cet instrument primitif des sons très agréables *.
- Voici la manière de faire un diapason à bon mar-
- Les instruments de musique que l’on peut confectionner soi-même.
- ehé. Prenez un petit tube de verre ou de métal de 4 à 6 millimètres de diamètre, voire même une plume d’oie, un bout de roseau, tin tube de carton; enfoncez-y un petit bouchon bien juste jusqu’à une profondeur de 47 millimètres, à l’aide d’une petite tige de longueur bien mesurée, voilà un petit sifflet portatif, excellent diapason (n° 6). 11 donne, suivant l’usage, le la., note moyenne de la voix de femme, du milieu du piano, à peu près la 2e corde d’un violon bien accordé. Préférez-vous \'utk, faites votre tube de tout près de 40 millimètres de profondeur i.
- Le n° 7 de notre figure représente un cricri connu
- des écoliers, il est fait avec une coquille de noix et un bâtonnet tendu au moyen d’une cordelette (nos 7 et 7 bis).
- Enfin voici le moyen de faire un mirliton d’une grande simplicité d’exécution. Prenez la couverture de carton d’un cahier de papier à cigarettes, percez, en face l’un de l’autre, deux trous d’un centimètre de diamètre, laissez dans l’intérieur une seule feuille de papier (n° 8) refermez le carton (n°8 bis) et jouez comme avec un mirliton ordinaire2.
- 1 Communiqué par M. Saggi, à Libau.
- 2 Communiqué par M. I/tëspril, à Paris.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- 1 D’après le Bulletin de l’Orphélinat Prévost.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N” 805
- 20 OCTOBRE 1888
- LA NATURE
- 321
- LES RUPTURES DE PONTS DE CHEMINS DE FER EN AMÉRIQUE
- PATHOLOGIE MÉCANIQUE CONSIDÉRÉE DANS SES RAPPORTS AVEC LA CONSTRUCTION DES PONTS
- Tel est le titre original et exact d’un mémoire présenté au meeting tenu à Bath en septembre
- dernier par la British Association, devant la section mécanique. La communication a été laite par M. Baker, au nom deM. George 11. Thomson, ingp^*” nieur américain dont le nom fait autorité de l’a<(txe
- Fig. 1. -- Rupture d’un pont due à la présence d’une vache sur la voie, à Independcnee (Ohio), avril 1887. (Baltimore and Ohio Railroad).
- Fig. 2. — Pont franchissant le I'ainl-Creek, Greenfield. (Oliio Southern Railway.) Déraillement du 13 octobre 1887.
- côté de l’Océan en matière de construction de ponts.
- Les hommes de l’art pourront méditer a loisir ce remarquable travail dans lequel l’auteur, avec une 16° usée. — 2° semeslri
- indépendance aussi rare que louable, fait le procès des tendances américaines en matière de chemins de fer et justifie, par d’excellentes raisons techniques,
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- les chiffres quasi fantastiques qui donnent la mesure de la déplorable spécialité des Américains au point de vue de la rupture des ponts. Nous nous contenterons d’en résumer les points les plus saillants et qui expliquent la presque nécessité de cet état de choses, tant que des modifications radicales n’auront pas changé les conditions actuelles de construction et d’exploitation des chemins de 1er américains.
- D’après l’ingénieur de la Commission des chemins de fer de l’Etat de New-York, il y a eu, aux Etats-Unis et au Canada, pendant les dix dernières années se terminant au 51 décembre 1887, deux cent cinquante et une ruptures de ponts, ruptures causées par des faiblesses de structure, surcharges, collisions, etc., et ce nombre serait encore bien plus grand si l’on faisait entrer en ligne de compte les ponts détruits par la foudre, les cyclones, les inondations, le feu produit par une cause étrangère au service, etc.
- Suivant le mode ingénieux d’analyse adopté par M. George H. Thomson, les causes de ces ruptures si nombreuses sont du domaine de la physiologie ou de celui de la pathologie mécanique.
- Une structure mécanique bien comprise, dans laquelle on observe une harmonieuse proportion de toutes ses parties, peut se comparer à un état physiologique parfait, tandis que, d’autre part, un mécanisme trop faible ou défectueux, que son fonctionnement même désagrège, trouve son équivalent dans l’état de l’organisme humain désigné sous le nom d’état pathologique.
- Un pont bien conçu, bien construit, bien entretenu et convenablement chargé, est, suivant l’expression de M. Thomson, physiologique, alors que le même pont, mal construit, [ou soumis, par le passage des trains, à des efforts mécaniques excessifs pour sa structure, se trouve, de ce fait même, dans un état pathologique.
- Il n’est pas facile de dire combien, parmi les ponts actuellement en existence, il s’en trouve dans ' un état physiologique, combien peuvent supporter sans crainte les efforts auxquels ils sont soumis, et combien surtout peuvent résister à un effort brutal tel que celui résultant d’un accident, déraillement ou collision.
- Un pont de chemin de fer est ordinairement conçu dans les hypothèses les plus favorables à sa conservation, et en supposant que ses conditions d’emploi resteront invariables.
- Tant qu’on ne fera pas intervenir dans la conception d’un pont de larges prévisions d’accidents de toutes sortes : ruptures d’axes, perte d’une roue brisée, etc., aussi longtemps qu’on ne tiendra pas compte de l’accroissement de charge du matériel roulant, de l’accroissement du tonnage total des trains, des effets mécaniques dus aux freins puissants employés depuis une quinzaine d'années, nous devrons nous résigner à entendre parler de ruptures fréquentes de ponts de chemins de fer. Les deux cent cinquante et un accidents que nous signalions
- tout à l’heure peuvent donc être considérés comme la preuve indiscutable d’un état pathologique général.
- Parmi les nombreuses photographies accompagnant la communication de M. Thomson, photographies reproduites par Y Engineering et qui montrent les conséquences, souvent terribles, de ces accidents, nous en avons choisi deux à titre d’exemple. La figure 1 se rapporte à un accident qui eut lieu le 50 avril 1887 sur le Baltimorè and Ohio Railroad, à lndependence (Ohio). La figure 2 représente un écroulement du pont franchissant le Paint-Creek, à Greenfield. Le premier accident a été occasionné par la présence insolite d’une vache sur la voie, le second montre nettement un écroulement produit par une surcharge excessive.
- La cause principale de toutes ces ruptures, réside dans la surcharge sans cesse croissante des voies, surcharge qui a pour effet de multiplier le nombre de ruptures d’axes et de roues et, par suite, les déraillements.
- Le premier train de voyageurs en Amérique, quittait Albany, le 9 août 1851, pour Schenectady situé a 17 milles (27 kilomètres) effectuant ce parcours en plus d’une heure. La locomotive ne pesait que 5,5 tonnes1 et ne chargeait chaque roue (pie d’environ 0,87 tonne.
- Les derniers types de locomotives pour trains de voyageurs ne pèsent pas moins de 14 tonnes par axe, soit 7 tonnes par roue, et un atelier de construction a même fabriqué un type à 8 roues qui surcharge les roues de 24 tonnes par axe avec un poids total de 02 tonnes en charge. Enfin, une locomotive à marchandises, désignée en Amérique sous le nom de Consolidation engine — ô ironie des mots ! — à 4 paires de roues couplées, pèse 75,0 tonnes, et la machine et le tender en charge présentent ensemble le poids respectable de 112 tonnes !
- La vitesse des trains de marchandises était limitée en 1874, à 15 milles par heure (24 kilomètres par heure) ; elle atteint presque 25 milles par heure aujourd’hui, avec des wagons dont le poids brut en charge est, en moyenne, de 28 tonnes.
- Ces énormes masses roulantes exigent des roues motrices très lourdes et des freins énergiques qui, en cas d’arrêt, soumettent les ponts à des efforts pour lesquels ils n’ont pas été établis, et qui compromettent leur existence.
- Les conclusions de M. Thomson, fondées sur des considérations techniques qu’il n’y a pas lieu de développer ici sont, en résumé, que les méthodes actuellement en faveur pour la construction des ponts en Amérique doivent être changées de fond en comble. Les ponts articulés doivent céder la place aux ponts rivés. Les calculs de dimensions des pièces doivent surtout faire intervenir des coefficients et des facteurs dont on n’avait tenu jusqu'ici aucun compte.
- 1 II s’agit ici de tonnes spéciales — encore une confusion de plus — de 2000 livres anglaises, soit 900 kilogrammes.
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- 11 i'aut étudier les fonctions de chaque pièce, non plus dans son état physiologique, mais aussi dans son état pathologique. Telle pièce qui, normalement, travaille par compression, peut, en cas de collision, travailler par tension et inversement. Un pont, comme un soldat, a quelquefois d’autres devoirs à remplir que ceux qui se rapportent à la routine de la vie de garnison.
- 11 faut aussi supprimer le plus possible le bois dans la construction de ponts, les voitures actuelles de voyageurs fournissant assez de vernis et de matières in-ilammables pour l’inflammation des débris en cas d’accident.
- En un mot, l’étude de la pathologie mécanique est aussi nécessaire à l’ingénieur, que celle de la pathologie médicale au médecin. L’ingénieur doit chercher les causes, étudier les symptômes et trouver des remèdes aux maladies mécaniques, afin de rester dans son rôle qui est de diriger les forces de la nature de façon à les rendre utiles et commodes pour l’humanité.
- Dans la discussion qui a suivi la communication de M. Baker, le vice-président de la section G (Mécanique), M. William Anderson, après avoir rendu hommage a l’intérêt d’une note sur un pareil sujet venant d’un auteur aussi autorisé, a cru devoir flatter le sentiment national en félicitant les ingénieurs anglais d’avoir, par intuition, adopté, dans la construction des ponts, des coefficients de sécurité reconnus aujourd’hui comme indispensables. 11 a manifesté son étonnement en voyant la charge atteindre le chiffre si élevé de deux tonnes par pied (6 tonnes par mètre).
- M. Beaumont a renchéri en rappelant la rubrique adoptée par un journal américain.
- « Les ponts écroulés cette semaine (sic) sont au nombre de... tant. » Suivant la semaine, le nombre de ces accidents variait entre 5 et 10, et cependant, conclut M. Beaumont, les Américains sont peu satisfaits si, en Angleterre, nous disons que les ruptures de pont sont fréquentes en Amérique.
- En répondant à ces observations, plus ou moins justifiées, M. Baker, le porte-parole de M. Thomson, a reconnu que ce dernier would hâve a warm lime (traduction libre : passera un mauvais quart d’heure) lorsque ses compatriotes liront ce qu’il a écrit; mais le monde des ingénieurs doit avoir assez de bonne confraternité et surtout s’attacher assez à la question technique pour savoir se mettre à l’abri de jalousies mesquines et insensées. Le patriotisme, conclut M. Baker, est une grande vertu, mais rien n’est plus absurde qu’une application erronée de ses lois.
- Ces paroles très sages justifient à la fois et l'heureuse idée deM. Baker et la courageuse communication de M. Thomson qui a su s’affranchir des questions étroites d’amour-propre national dans l’intérêt supérieur de la science appliquée.
- X..., ingénieur.
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- LA FABRICATION
- DES ALLIAGES D’ALUMINIUM
- I‘AR LES PROCÉDÉS COWLES
- Une révolution dont il est encore difficile de prévoir toutes les conséquences se produit dans les procédés métallurgiques, et telle expérience qui, il y a moins de dix ans, n’était encore qu’une simple curiosité scientifique — à la vérité pleine d’avenir — s’est aujourd’hui transformée en une industrie importante, pour laquelle il a fallu construire des moteurs spéciaux et les plus grandes machines dynamo-électriques connues.
- Lorsque, en 1879, sir William Siemens faisait fondre quelques kilogrammes d’acier avec un courant dont l’intensité maxima n’atteignait pas 100 ampères, il ne se doutait guère que, neuf ans plus tard, une machine dynamo plus puissante, de 5000 à 6000 ampères, produirait journellement, d’une façon régulière et industrielle, 1600 kilogrammes de bronze d’aluminium à 10 pour 100.
- C’est cependant ce qui est réalisé à l’usine de Milton, près de Stoke-on-Trent par la Cowles Syndicale Company à l’aide d’appareils dont nous allons donner une description générale d’après une communication faite à la Société internationale des électriciens en juillet dernier par M. Brivet, et une communication plus récente de M. Crompton au meeting tenu à Bath en septembre dernier par la Brilish As-sociation for lhe advancement of science.
- Le procédé de MM. Cowles a été décrit ici même en détail h Nous n’insisterons pas sur les principes de cette fabrication, voulant seulement en faire connaître les plus récents perfectionnements introduits dans l’usine de Milton.
- L’ensemble de l’usine comprend une batterie de chaudières, un moteur à vapeur, une machine dynamo-électrique, douze tourneaux électriques, et un •certain nombre de procédés et appareils accessoires d’importance secondaire.
- Les chaudières du type Babcok et Wilcox ont une puissance de production de vapeur représentant 500 à 600 chevaux. Elles sont alimentées par des grilles mécaniques, ce qui permet à un seul homme de les surveiller et d’en assurer le fonctionnement.
- Le moteur à vapeur, d’une puissance de 600 chevaux, est un moteur horizontal compound avec cylindres en tandem : un régulateur à force centrifuge très bien établi maintient la vitesse angulaire à sa valeur normale de 76 tours par minute, malgré les grandes variations de charge de la dynamo.
- Le volant a 6,5 mètres de diamètre et pèse 30 tonnes. Le moteur actionne la dynamo par une transmission formée de 18 cordes. Sa marche est si silencieuse qu’un visiteur tournant le dos au moteur serait incapable de dire s’il marche ou s’il est arrêté. La dynamo semble toute petite comparée au moteur
- 1 Voy. u°G88, du 7 août 18813, j). 140, et n° 749, du 8 octobre 1887, p. 291.
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- qui l’actionne, et l’on n’a conscience de sa grandeur réelle cju’cn s’approchant des paliers, et en voyant le diamètre de l’axe et de toutes les parties qui transmettent l’effort aux bobines de l’induit.
- La machine dynamo-électrique construite par M. Urompton, de Chelmsford, en collaboration avec M. Swinburne, est la plus puissante dynamo à courant continu actuellement connue (400 chevaux-vapeur). Son arbre supporté par trois paliers a 4,5 mètres de longueur, 25 centimètres de diamètre au milieu et 17,5 centimètres de diamètre aux paliers. L’enroulement est composé de 128 barres de cuivre de 22 millimètres d’épaisseur et de 7,5 centimètres de largeur, isolées à la fiburite, nouvel isolant qui
- peut supporter pendant longtemps une température de 160° G. sans s’amollir, s’altérer ni changer de couleur.
- Le diamètre de l’armature est de 50 centimètres et sa longueur de 1,2 mètre.
- La machine est à double enroulement, avec rhéostat intercalé dans le circuit en dérivation, ce qui permet de faire varier sa force électromotrice dans une certaine mesure pendant l’opération. Un homme est chargé de maintenir les balais dans la position correspondant aux plus faibles étincelles, point qui varie avec le courant fourni par la machine. Un ventilateur commandé par l’arbre de la dynamo s’oppose à un trop grand échauffement de cette machine.
- Fig. 1. —^Dynamo de M. Croniptoii de 500000 watts pour la fabrication du bronze d’aluminium, par le procédé de MM. Cowles.
- A la vitesse angulaire de 380 tours par minute, la machine dynamo fournit normalement 5000 ampères et 60 volts sans que les parties les plus chaudes de l’armature atteignent une température qui dépasse 70° G. Bien que construite dans ces conditions, la machine peut produire beaucoup plus, et elle a souvent débité en pratique jusqu’à 8000 ampères pendant de courts intervalles de temps ; mais à cause des variations brusques du courant, il n’est pas prudent de compter sur plus de 5000 ampères en moyenne.
- Un coupe-circuit gigantesque formé de 12 lames de plomb est d’ailleurs intercalé dans le circuit et le rompt très régulièrement à 8000 ampères sans détonation ni projection de plomb fondu.
- Après avoir traversé le coupe-circuit, le courant
- passe par un indicateur formé d’un simple solénoïde de 9 tours découpé dans un épais tube de cuivre fondu ; cet indicateur sert à la conduite du four et à la commande des électrodes pendant l’opération.
- Les fourneaux électriques sont disposés dans deux salles contiguës renfermant six fourneaux chacune. Les conducteurs amenant le courant dans ces salles sont constitués par deux grosses barres métalliques horizontales (fig. 2) sur lesquelles viennent se fixer les prises de courant.
- Gliaque fourneau se compose d’un long conduit horizontal en briques réfractaires dont les extrémités sont fermées par des tuyaux en fonte à travers lesquels passent les électrodes en charbon. Ce four
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- a CO centimètres de largeur, lm,4 de longueur et 50 centimètres de profondeur.
- Le fond de ce four est d’abord garni d’une brasque en charbon granulé chaulé qui a pour but d’isoler la paroi du four et de s’opposer au refroidissement. Le cbaulage est une opération qui consiste à tremper le charbon de bois granulé dans un lait de chaux très clair qui permet à la chaux de pénétrer la masse des charbons.
- Sans cette précaution qui rend le charbon peu conducteur, même aux températures élevées, une partie notable du courant serait dérivée par la brasque devenue conductrice et l’échaufferait inutilement, aux dépens du mélange à traiter.
- Lorsque ce fond est fait, on rapproche les extrémités des charbons à 6 ou 8 centimètres de distance et on place sur ce fond un gabarit en tôle mince qui réserve au centre du fourneau un espace parallélépipédique destiné à recevoir la charge. Les vides laissés par le gabarit sont également remplis de brasque en charbon chaulé.
- L’intervalle vide entre les charbons est garni de crayons de charbons provenant de débris de crayons électriques pour produire l’amorçage de l’arc, et le reste du vide ménagé par le gabarit est rempli de la charge à traiter qui, pour le hronze d’aluminium, se compose de 70 kilogrammes de cuivre, 58 à 40 kilogrammes de corindon mélangé à une certaine
- quantité de charbon concassé. Lorsque la charge est ' uniformément répartie, on enlève le gabarit en tôle, on ajoute du poussier de charbon de bois aux extrémités du four, des morceaux de charbon de bois concassé au milieu pour faciliter l’échappement des gaz, et on ferme à l’aide d’une plaque de fonte ma-nœuvrée par un treuil roulant.
- Ce couvercle percé d’une ouverture de 10 centimètres de diamètre est luté sur le fourneau pour empêcher les rentrées d’air.
- Les câbles conducteurs sont alors amenés devant le four, on le fixe aux électrodes, on ferme le circuit sur la machine et l’opération commence.
- Le courant est tout d’abord maintenu à 3000 ampères environ, et l’on voit s’échapper par le trou du
- couvercle de la vapeur d’eau et de la fumée. A mesure que le mélange s’échauffe, sa résistance électrique diminue et le surveillant éloigne progressivement les électrodes pour maintenir le courant à peu près constant. Lorsque toute la masse est chauffée à l’incandescence, on laisse monter le courant à 5000 ampères, et on le maintient ainsi pendant une heure environ. L’opération est alors terminée.
- Le passage du courant dure environ une heure et demie. Lorsqu’on l’a coupé, on amène les câbles flexibles devant un autre fourneau pour recommencer une autre opération.
- Les électrodes en charbon sont alors retirées et on laisse refroidir, et quand ce refroidissement est jugé suffisant, on enlève le couvercle en fonte, et on vide
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- le four du charbon et de la scorie solidifiée qui recouvre le lingot. Ce lingot qui renferme de 14 à20 pour 100 d’aluminium est mis à part et pesé : sa cassure suffit pour apprécier assez exactement, avec un peu d'habitude, sa richesse en aluminium.
- Une opération donne en moyenne 90 kilogrammes d’alliage renfermant 14 pour 100 d’aluminium, soit 12ks,G d’aluminium par opération, et une dépense d’énergie électrique effective variant entre 50 000 et 50 000 watts-heure, soit de 44 à 48 chevaux-heure contre 90 à 100 chevaux-heure exigés par les pre-miersapparcilsinstallés à Lockport avec des machines Brusli il y a moins de deux ans.
- Sans qu’on puisse indiquer exactement ce qui se passe dans cette réaction, M. Cowlcs croit cependant que la température au centre du fourneau est si élevée que l’aluminium réduit et le métal avec lequel il doit s’allier sont vaporisés et condensés à la partie inférieure qui est la plus froide.
- Le fonctionnement du fourneau électrique, lorsqu’il sert à la fabrication du bronze d’aluminium, ne laisse rien à désirer, et l’allure du courant est toujours régulière, ce qui égalise parfaitement la charge des chaudières du moteur et de la dynamo. 11 n’en est pas de même lorsqu’on produit du ferro-aluminium : les variations brusques de résistance électrique de la masse traitée produisent des à-coup qui exigent des conditions de construction toutes spéciales.
- Le procédé est remarquable par le peu de personnel qu’il exige. Aux usines de Milton, il y a deux hommes dans la salle des machines, un homme aux chaudières et un gamin seulement pour manipuler les électrodes. Deux ouvriers peuvent facilement charger et regarnir les fourneaux : le reste de l’équipe est employé à fondre, classer et recouler les lingots.
- L’expérience gagnée par MM. Crompton et Swin-burne, dans la construction de la machine employée aux usines de Milton leur donne la certitude qu’ils n’éprouveront aucune difficulté dans la construction de machines produisant jusqu’à 15 000 et même 20 000 ampères, si des fourneaux électriques Cowles de plus grandes dimensions exigeaient des courants aussi intenses. Il n’y a pas de difficultés électriques, tandis qu’on rencontre, au contraire, de grosses difficultés mécaniques justifiant l’extrême solidité et la construction massive des appareils.
- Bien que l’alliage le plus généralement obtenu jusqu’ici par le procédé de MM. Cowles soit le bronze d’aluminium, ou, plus exactement, les bronzes d’aluminium, on fabrique aussi couramment le bronze de silicium, en remplaçant le corindon par le sable blanc ou le grès de Fontainebleau, et le ferro-aluminium en substituant au cuivre des riblons de fer ou de fonte.
- 11 n’est pas sans intérêt de dire un mot des propriétés toutes spéciales de ces nouveaux alliages dont bon nombre étaient absolument inconnus il y a moins de trois années.
- Bronzes d'aluminium. — Le plus ancien et le plus connu est le bronze d’aluminium à 10 pour 100. C’est un métal très homogène et très tenace dont la charge de rupture varie entre 85 et 90 kilogrammes par millimètre carré. 11 prend un beau poli et a reçu de nombreuses applications qui se seraient développées bien davantage sans son prix initial élevé (15 francs le kilogramme), et certaines incertitudes dans la fabrication dues, comme on l’a reconnu plus tard, à la qualité du cuivre. Aujourd’hui cette difficulté n’existe plus, grâce aux cuivres raffinés électrolytiquement, et le procédé Cowles a fait considérablement baisser le prix du bronze d'aluminium, ce qui permet de croire à une prochaine reprise de son emploi.
- Le bronze à 5 pour 100 d’aluminium présente les qualités atténuées du bronze à 10 pour 100.
- Les bronzes à 2,5 pour 100 et 1,5 pour 100 d’aluminium sont intéressants au point de vue des autres alliages qu’ils permettent d’obtenir.
- Laitons d'aluminium. —Le laiton d’aluminium, moins cher que le bronze d’aluminium, est caractérisé par des propriétés fort précieuses.
- Un alliage renfermant 65 de cuivre, 55,66 de zinc et 5,55 d’aluminium a, pour une pièce venue de fonte, une résistance à la rupture de 57,5 kilogrammes par millimètre carré. Il est en même temps facile à fondre, à forger et à mouler, sa densité est faible et il résiste mieux aux agents extérieurs que le laiton ordinaire.
- Un fil de laiton d’aluminium contenant 15 pour 100 de bronze d’aluminium à 10 pour 100 et 28 pour 100 de zinc a été transformé en vis par Y Union Steel Screiu, de Cleveland. Ces vis furent forcées dans un bloc de chêne, jusqu’à la tête, sans aucune déformation et sans rupture. Les vis en laiton ordinaire, fabriquées par cette même compagnie, ne pouvaient pas être enfoncées de plus de 1,5 centimètre sans se rompre.
- Le bronze d’aluminium à 5 pour 100 additionné de 7,5 pour 100 d’étain fournit un alliage qui convient aux coussinets des arbres en acier dur marchant à grande vitesse et à grande pression.
- Le métal Hercules formé de bronze d’aluminium à 2,5 pour 100 et de zinc par parties égales est un métal à grain fin, malléable à chaud et donnant des moulages parfaits.
- Alliage de nickel et de bronze d'aluminium. — Cet alliage présente des qualités spéciales pour les appareils de chirurgie. Il est très dur, prend un beau poli et une belle couleur blanche, et résiste aux agents atmosphériques ainsi qu’aux liquides de l’organisme humain.
- Bronze de silicium. — En substituant du sable blanc ou du grès au corindon, on obtient un alliage dont la richesse en silicium varie de 1 à 17 pour 100. Cet alliage, mélangé à 500 ou 400 fois son poids de cuivre, constitue le bronze silicié si apprécié en télégraphie et en téléphonie.
- Ferro-aluminium. — Ce produit est d’une
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- énorme importance pour tous ceux qui s’intéressent à 1 industrie du 1er, car les essais tout récents laits par MM. YY. J. Keep, C. F. Mabery et
- L. 1). Yorce, essais dont les résultats viennent d’être présentés au meeting tenu à Cleveland par Y American Association foc the advancement of science, l'ont entrevoir des applications sans limites au ferro-aluminium.
- On savait déjà que l’addition du ferro-aluminium à l’acier fondu, même dans la proportion de 1 d'aluminium pour 1000 abaissait le point de fusion d’environ 500 degrés, rendait le métal plus fluide et donnait des pièces exemptes de soufflures.
- M. Keep a établi par ses expériences que des quantités infinitésimales d’aluminium communiquent ces propriétés à la fonte* et-font* disparaître toutes les difficultés de fabrication.
- C’est certainement dans l’emploi judicieux du ferro-âlu minium que se trouve le plus de nouveauté, le plus d’inconnues et le plus d’avenir pour les produits obtenus par les procédés électro-métallurgiques de MM. Cowles. E. Hospitalier.
- LA STATION Z00L0GIQUE D’ALGER
- A plusieurs reprises, et tout récemment encore, La Nature a publié des notices sur les laboratoires maritimes successivement créés en divers points du littoral français, soit sur la Manche et l’Atlantique, soit sur la Méditerranée1. C’est encore d’une station méditerranéenne que je viens entretenir ses lecteurs; mais celle-ci présente la particularité d’être située de l’autre côté de notre mer, d’être la première élevée sur le continent africain.
- 11 y a huit ans déjà que furent constituées les Ecoles supérieures de droit, des sciences et des lettres, de notre capitale algérienne, qui n’avait jusque-là possédé qu’une Ecole de médecine. Connaissant d’Algérie, ayant par conséquent le désir d’y retourner, je n’hésitai pas à quitter une Faculté française pour demander une place dans les nouvelles écoles, malgré la situation mal définie que l’on faisait à leur personnel; car ce n’était pas le fallacieux espoir d’une prompte transformation en Faculté de notre Ecole des sciences qui dictait ma détermination, mais bien la promesse, à moi faite par le regretté M. Albert Dumont, qu’il me serait permis de créer un laboratoire maritime.
- La première question à résoudre était, comme bien on pense, celle de l’emplacement qu’il était désirable de trouver dans Alger même, ou aussi près que possible ; non que ce point soit le plus riche de la côte avoisinante, mais à cause des avantages de tous genres qu’offre une importante agglomération.
- 1 Vov. Le Laboratoire de Rosvoff (n° 648, du 51 octobre 1885, p. 544); Le Laboratoire ârago à Banyuls-sur-Mer (n° 659, du 16 janvier 1886, p. 97) ; Le Laboratoire d’Arcachon (n° 715, du 12 février 1887, p. 162) ; l'Aquarium des Sables d'Olonne (n° 774, du 51 mars 1888, p. 277), etc. Voy. aussi Tables des matières, des dix premières années.
- Située à l’extrémité ouest de la baie qui porte son nom, la ville d’Alger se trouve précisément placée au point où la côte change brusquement de caractère. Aux petites falaises par lesquelles plongent dans la mer les pentes abruptes du Bou Zaréa, et que coupent à peine d’étroites grèves, succède une longue plage qui se déroule sur une étendue de près de 18 kilomètres. Ni la plage ni les falaises ne pouvaient convenir ; je portai aussitôt mes vues sur la presqu’île de l’Amirauté, qui enserre l’ancienne darse des Algériens, et d’où part aujourd’hui la jetée nord (fig. 1).
- 11 est vrai que ces terrains, appartenant à l’administration militaire, étaient déjà presque entièrement
- SOUS-SOL
- Croquis de la A lESQU'ILE DE L'AMIRAUTÉ
- ‘ Echelle en mètres |
- Darse
- Cour plantée
- Porte-manteaux du Car
- Station zoologique d’Alger. —- Plan général de l’établissement.
- affectés aux services de la guerre, de la marine, ou des ponts et chaussées. Mais, grâce à la courtoisie de M. le général Maritz, commandant le génie en 1881, nous pûmes obtenir, dès lors, la cession temporaire sans redevance au Ministère de l’instruction publique du petit emplacement que montre la figure 1. Ce n’est toutefois que sous l’administration de M. le général Lévy, en 1885, que fut abolie une clause interdisant d’élever la construction à plus de 5 mètres de hauteur. Aussi ne lui avons-nous pas une moindre obligation. Jusqu’alors, en effet, l’humble baraquement provisoire établi sur l’emplacement concédé se tenait sans peine dans les limites prescrites; mais, lorsque l’éminent Directes actuel de notre enseignement supérieur fit mettre résolument la main aux nouvelles constructions uni-
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- versitaires destinées à loger les quatre écoles, il devenait urgent de faire abroger une clause qui eût absolument empêché toute installation sérieuse.
- Une ibis délivrés de cette préoccupation, MM. les architectes llaupbin et Petit purent se mettre à l'œuvre, et construire l’élégante maisonnette que l’on voit sur la ligure 7». Je n’ai point à en apprécier le mérite artistique; mais comme ces messieurs ont bien voulu suivre fort exactement mes indications pour la distribution intérieure, et, que par suite j’en accepte entièrement la responsabilité, je dois signaler les conditions défavorables dans lesquelles nous nous trouvions.
- Il pourrait sembler tout d’abord que la principale fût l’exiguïté du terrain, resserré de toutes parts entre des installations déjà existantes. Mais, à vrai dire, la station d’Alger ne pouvant être fréquentée que pendant la saison où la plupart des zoologistes se trouvent retenus dans les Universités par leurs cours ou leurs études, il n’était aucunement indiqué de l’aménager pour un grand nombre de travailleurs, comme le sont la plupart de nos stations françaises, surtout habitées pendant les vacances. Il valait beaucoup mieux se borner à installer un petit nombre de personnes, en tâchant de mettre à leur disposition tout ce qu'exigent les études actuelles.
- Fig. 2. — Station zoologique d’Alger. — L’Aquarium.
- Le peu d’étendue du terrain concédé est donc beaucoup moins fâcheux, à mon avis, que sa situation près du parc à charbon de la marine. En effet, tout le côté nord de la station se trouvant mitoyen avec ce parc, nous n’avons pu faire aucune ouverture jusqu’au niveau du premier étage, et seulement des jours de souffrance sur le reste de la hauteur. Cela nous prive de l’exposition au nord, la plus favorable, comme on sait, pour les études microscopiques; et rejette forcément les aquariums sur la face sud, dans une situation qui eût été à peu près inadmissible si l’établissement avait dû fonctionner toute l’année. ,
- Mais, pour compenser ces inconvénients trop sérieux, notre situation sur la presqu’île nous procure des avantages de tous genres. Le voisinage de la ville
- nous donne l’eau douce, en pression suffisante pour monter jusqu’au niveau delà terrasse; et le gaz qui est distribué dans toutes les pièces comme moyen de chauffage, d’éclairage au besoin, et fournit en outre la force motrice nécessaire pour pomper l’eau de mer et actionner la petite machine électrique qui donne ordinairement la lumière à tout l’établissement. La proximité de la mer libre a permis de n’installer sur le port qu’une prise de ressource, et de puiser au dehors, en temps ordinaire, toute notre eau d’alimentation, que la pompe rotative refoule ensuite dans deux réservoirs situés sous la terrasse. Grâce à cette dernière disposition, l’eau de mer peut, comme l’eau douce, être distribuée dans toute la station, avec une pression qui atteint plus d’une atmosphère pour les aquariums du sous-sol.
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- Enfin, bien que s’alimentant ainsi à la mer libre, I sinon des embruns; et ce n’est que par des temps la station est dans le port même, à l’abri des lames, ! exceptionnels qu’il est impossible de se servir du
- Fig. 3. — Station zoologique d’Alger. — Vue extérieure de l'établissement. (D'après une photographie.)
- canot. En outre, grâce au voisinage, les pêcheurs qu’ils rencontrent et qui ne sont pas de vente cou-commencent à nous apporter les animaux curieux rante au marché; et je ne doute pas que nous puis-
- Fig. 4. — Presqu'île de l’Amirauté montrant, dans le fond, [la station zoologique d’Alger. (D’après une photographie.)
- sions nous procurer ainsi bien des spécimens intéressants.
- Un simple coup d’œil jeté sur les plans (fig. 2) suffisant à donner une idée complète de l’installation, je
- n’ajouterai que quelques mots. Les machines ont été disposées de manière à n’occuper qu’une place fort restreinte ; et sur tout le côté sud de la salle où elles se trouvent, règne un long évier qui peut recevoir
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- des bacs de tous formats, alimentés à volonté d’eau douce ou d’eau de mer. Bien que située dans le sous-sol, cette pièce est très suffisamment éclairée par des jours pratiqués obliquement dans le massif de maçonnerie où sont logés les grands bacs du rez-de-cbaussée. Ceux-ci, d’un mètre cube environ de capacité, sont desservis du dehors au moyen d’une passerelle en fer, à laquelle on accède par deux escaliers. Ils sont protégés par des châssis vitrés et garnis de stores, et de plus par un petit avant-toit. Ces grands bacs, rocaillés comme le bassin extérieur, sont assez clairs pour que j’aie pu y réussir la photographie d’un alcyonnaire nouveau, dont je publie ailleurs la description, ils peuvent, du reste, ainsi que tous les autres, être éclairés la nuit par des lampes sous-marines, à incandescence ; et, de plus, être illuminés du dehors au moyen de la lampe à arc qui nous sert pour les projections et pour la photographie microscopique.
- Comme l’établissement n’a nullement été créé en vue du public, et que l’aquarium n’est destiné qu’au service de la station, j’ai pensé que quatre grands bacs étaient, à la rigueur, suffisants pour observer les animaux dans leurs conditions à peu près normales d’existence, et qu’il valait mieux réserver le peu d’espace dont nous disposions pour les bacs vitrés sur leurs quatre faces, où se mettent de préférence les sujets qu'il faut avoir sous la main. On voit sur la figure 2 l’aménagement de ces bacs, disposés sur des bancs de fer à deux étages, en face de larges fenêtres. Les coins de la salle, forcément plus obscurs, sont occupés par deux étages de bassins plats. La grande salle d’aquariums, qui sert aussi de salle de conférences et de laboratoire, présente une disposition parfaitement symétrique ; et, comme la faune de nos eaux douces est encore fort imparfaitement connue, chacun des bacs de la moitié ouest (celle justement que l’on voit sur la figure 2) peut être alimenté soit d’eau douce, soit d’eau de mer. Il en est de même du bassin extérieur qui, cubant environ 8 mètres, est destiné à faire vivre au besoin des animaux de grande taille.
- Quant aux réserves, elles sont confiées à un petit vivier flottant, où l’on installe aussi, à la fin de la saison, les spécimens intéressants qui se trouvent dans les bacs, afin de les faire vivre sans frais jusqu’à l’ouverture de la campagne suivante.
- Les laboratoires du premier étage, tous disposés sur le même plan, présentent un long évier plat où se trouvent réunis : deux prises de gaz, afin de pouvoir alimenter simultanément une étuve et un réchaud; deux robinets, pour l’eau douce et l’eau de mer, toutes les deux en pression suffisante pour actionner des trompes; enfin, deux tonnelets de porcelaine pour l’eau distillée et l’alcool. Ces éviers sont disposés pour recevoir de petits aquariums de 60 à 80 litres, qu’un wagonnet peut aller chercher jusqu’au bord même du quai ; où l’un des porte-manteaux de l’embarcation, fonctionnant comme grue, permet de les prendre dans le canot même. Le
- monte-charge que l’on voit signalé sur les plans est spécialement disposé pour recevoir ce wagonnet, qui dessert tout faquariuin, et peut amener ainsi, jusque dans les laboratoires particuliers, les animaux les plus délicats, même ceux de grande taille. Chacun des laboratoires présente encore, outre une troisième prise de gaz pour les appareils dont on peut avoir besoin sur la table même de travail, une petite cheminée à gaz, souvent utile en hiver ; et chacun d’eux peut être éclairé la nuit par trois lampes Swann, dont une mobile.
- Tels sont, abstraction faite de l’installation photographique qui sera l’objet d’un second article, les traits principaux du nouvel établissement (pie l’Etat vient de mettre à la disposition des zoologistes. Grâce à des arrangements spéciaux, sa bibliothèque renferme déjà les principales collections françaises et étrangères ; et le matériel, bien qu’il ait encore grandement besoin d’être complété, a permis à deux jeunes agrégés d’histoire naturelle de travailler utilement une grande partie de la saison dernière. J’espère que ces messieurs auront chaque année des successeurs. Mais il n’est pas indispensable de faire le voyage pour tirer profit du laboratoire : et les naturalistes n’ont qu’à s’adresser à nous pour recevoir, aussitôt que les circonstances le permettent, et préparés comme ils le désirent, tous les animaux qu’il est possible de se procurer à Alger. J’espère que le nombre de ceux-ci augmentera sensiblement, quand la station, dans un avenir que je voudrais croire prochain, sera enfin dotée d’un petit canot à vapeur : car, dans une mer sans marées, à moins d’avoir une équipe de pêcheurs constamment en service, il faut pouvoir profiter des moments favorables, bien plus rares qu’on ne le croirait, et ne pas être obligé de compter avec le vent.
- I)r Camille Vigvier.
- UTILITÉ DES ABEILLES1
- Nous avons reçu, depuis la publication de notre premier article, deux intéressantes communications que nous nous empressons de publier. La première nous est adressée par M. Edmond Agassix, apiculteur propriétaire en Suisse. Yoici ce que nous écrit notre correspondant :
- Je viens de lire avec plaisir votre article sur le rôle des abeilles en agriculture. Chez nous, personne ne met en doute l’utilité des abeilles pour assurer la fécondation, et partant la production des arbres fruitiers surtout; quant aux céréales, je n’ai jamais remarqué que les abeilles butinassent sur les blés, du moins dans notre contrée ; du reste les fleurs offrant aux abeilles d’abondantes provisions, dans le moment delà floraison du blé, ne manquent pas, et les abeilles recherchent toujours de préférence les plantes qui sécrètent le plus de nectar. Pour la vigne, c’est la même chose. Chez nous, les abeilles ne la visitent pas, ou bien quand le fruit est très mûr;
- 1 Voy. n° 801, du 6 octobre 1888, p. 289.
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- toutefois, j’ai vu de temps en temps quelques abeilles essayer, mais ne trouvant rien ou peu, elles allaient ailleurs.
- J’ai lu, il y a quelques années, dans un petit journal agricole, la note d'un personnage qui se plaignait de n’avoir pas de fruit sur ses arbres, et l’attribuait sottement aux abeilles qui en suçaient le suc et les épuisaient. Le printemps de cette année-là était fort mauvais, la floraison des arbres s’était faite par le froid, le vent et la pluie; or, comme les abeilles ne vont pas en campagne par ce temps, on ne pouvait donc les accuser de ce méfait, tandis que la fructification était nulle, non seulement parce que les abeilles n’avaient pas pu visiter les fleurs détrempées et mal épanouies, mais le vent, qui se charge, dans une certaine mesure, un peu chanceuse, il est vrai, d’éparpiller le pollen d’une fleur à l’autre, ne pouvait le faire avec un pollen aggloméré et humide. Personne ne s’était donné la peine de répondre à ce correspondant. En tous cas, on ne saurait trop encourager la culture des abeilles. Dans notre Suisse, elle est poussée très loin, surtout la culture rationnelle avec des ruches perfectionnées. Nous avons beaucoup de sociétés, conférences, expositions. Je ferai, en temps voulu, des remarques sur la fréquentation ou non des abeilles sur les blés en fleurs.
- La seconde communication nous est envoyée par un de nos lecteurs ; elle est empruntée au Bulletin de la Société d'acclimatation, d’après YAustralian Times :
- Le trèfle produit rarement des graines fertiles à la Nouvelle-Zélande, parce que les insectes qui sont nécessaires à sa fécondation ne s’y trouvent pas. M. Douglas, deMotiti, vient d’importer un nid de bourdons dans l’espoir que ces insectes pourraient apporter un remède à cette situation. Darwin, dans un de ses ouvrages, énonce la singulière proposition suivante : « Quand on veut récolter des graines fertiles de trèfle et de pensées, il faut avoir des chats ! » Lin effet, les bourdons sont nécessaires à la fécondation de ces plantes, et comme les mulots sont très friands de leur miel et les détruisent, il faut protéger les oiseaux de nuit et les chats qui tuent les mulots. D’un autre côté, M. Russel Wallace, dans sa Distribution géographique des animaux, nous apprend que la pauvreté entomologique de la Nouvelle-Zélande correspond à sa pauvreté botanique. C’est un fait analogue à celui que présentent les îles Gal-lapagos qui sont encore plus pauvres.
- Ce fait, de l’importation de bourdons à la Nouvelle-Zélande, semble donner raison aux affirmations que nous avons publiées. Conclusion : on ne saurait trop propager la culture des abeilles. G. T.
- PHÉNOMÈNES MÉTÉOROLOGIQUES
- Etant en voyage sur les bords de la mer, dans la Loire-Inférieure, j’ai eu l’occasion d’observer deux phénomènes météorologiques intéressants : un coucher de soleil et une trombe en mer.
- Me trouvant à Piriac, le 5 août, je voulus voir le coucher du soleil en mer. Le ciel était sans nuages. Contrairement à mes prévisions, l’astre descendit jusqu’à l’horizon sans illuminer les flots; mais, quelle ne fut pas ma surprise en lui voyant prendre, au moment de disparaître complètement, les aspects successifs que représentent les croquis ci-contre (fig. i à 4).
- La figure 1 représente le soleil au moment où le phénomène commence ; la figure 2 est très nette et sa durée relativement longue. Quant aux figures 3 et 4, elles n’ont qu’une courte durée et les phénomènes de réfraction sont moins nets, mais cependant bien caractérisés.
- La durée totale de l’ensemble des phénomènes fut d’environ deux minutes. Je crois devoir ajouter que je revins les jours suivants pour tâcher de revoir un coucher de soleil semblable, mais ce fut peine perdue. Le soleil se coucha avec sa magnificence ordinaire, jetant sur la mer et le ciel ses feux étincelants et ne présentant plus les déformations extraordinaires du 5 août.
- Le 30 du même mois, à 7 heures et demie du matin, j’étais sur la route de la Turballe à Guérande, dominant
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- Fig. 1 à i. — Aspects du soleil au moment de son coucher en mer, le 5 août 1888.
- la baie du Croisic. Un orage était parfaitement visible, à quelques kilomètres en mer. Le ciel, généralement assez pur, ne présentait que cette tache orageuse, de peu d’étendue d’ailleurs. Le croquis ci-contre (fig. 5) montre qu’il pleuvait abondamment à l’une des extrémités du cyclone. Tout à coup, à l’extrémité opposée, je vis se former un appendice conique, qui s’allongea peu à peu et finit par atteindre le niveau de la mer. La trombe,
- Fig. 5. — Observation d’une trombe dans la baie du Croisic, le 30 août 1888. Région pluvieuse et trombe.
- déformée par le vent, oscillait très lentement et forma une courbe qui présentait sa concavité du côté opposé au vent.
- La colonne, très opaque sur le fond bleu du ciel, cessait à peu de distance au-dessus du niveau de la mer ; mais elle se continuait sous la forme d’un entonnoir élargi, blanc, comme constitué par des gerbes d’eau.
- La trombe dura environ dix minutes. Elle s’amincit peu à peu, se disloqua en plusieurs tronçons (vu la] grande distance et les contrastes de coloration, je ne puis rien affirmer) et devint de plus en plus invisible.
- A. Bleünard.
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- PLUME PERFORATRICE
- POUR I,A REPRODUCTION DE I.’ÉCRITURE OU DES DESSINS
- Nos lecteurs connaissent assurément la plume électrique d’Edison, qui forme sur le papier des caractères perforés, permettant de se servir du premier spécimen écrit, comme d’un canevas de reproduction indéfinie1. Différents systèmes de plumes mécaniques de ce genre ont été construits depuis l’invention d’Edison. Nous allons faire connaître un appareil du même genre, qui est construit par M. Elie Reuille. Nous représentons ci-contre ce petit système ; il fonctionne sous l’actioji d’un mouvement d’horlogerie que l’on remonte de temps en temps.
- La petite machine de M. Reuille est d’un maniement facile et peut percer plusieurs feuilles de papier à la fois. Un ressort maintenu dans un barillet actionne une bielle, et, pour donner à cette dernière plus de vitesse, entre elle et le ressort sont intercalés deux renvois d’engrenages. La bielle est armée d’un porte-aiguille ; elle coulisse dans un tube à l’extrémité duquel est fixé un canon ne laissant dépasser que la pointe de l’aiguille.
- Le mouvement maintenu entre deux platines est supporté par deux colonnes fixées à un anneau. I/anneau posé à plat, la machine est verticale ; le canon passant au centre de l’anneau touche presque le papier.
- L’arrêt ou la mise en marche de la machine s’obtient par une tige avec ressort à boudin traversant l’anneau et venant faire frein sur une roue d’engre-nage.
- La machine étant soulevée ou inclinée ne fonctionne pas. Mais dès que l’anneau est posé à plat, la fige qui traverse l’anneau et dépasse un peu se trouve soulevée et fait le déclenchement; l’anneau levé, la tige redescend et le mouvement s’arrête.
- Deux petits supports sont fixés aux colonnes pour la conduite de l’appareil. Cette machine étant très légère, on peut facilement écrire ou suivre exactement les contours d’un dessin ; quand on la fait fonctionner, on ne ressent aucune vibration.
- * Voy. Table des matières des dix premières années.
- Comme la plume électrique, elle doit être conduite d’une façon régulière. Si la conduite est vive, le perforage est espacé ; plus la conduite est lente, plus les trous sont rapprochés les uns des autres au point que l’on arrive à couper le papier. Aussi pour obvier à cet inconvénient qui peut résulter d’un dessin difficile à suivre, soit par sa composition ou la régularité apportée à la réduction, un petit levier placé sur une des faces de l'appareil permet de changer de vitesse; il met en communication un volant qui ralentit la marche de l’appareil.
- Afin de ne pas émousser l’aiguille, il est nécessaire de placer sous la feuille de papier un drap assez épais ou un feutre. Pour la reproduction à l’encre
- grasse, on tend son cliché dans un châssis, et avec un rouleau chargé d’encre on noircit le cliché : l’encré passe par les perforations et vient se déposer sur la partie qui doit servir d’épreuve. On peut ainsi en obtenir un très grand nombre qui varie suivant la force du cliché, on peut également reproduire par les poudres, terres, bitume, etc.
- Cet appareil est très précieux pour les dessins sur dentelles et sur étoffes où il donne de très bons résultats.
- Le tracé obtenu par la plume perforatrice est le même que celui de la plume électrique d’Edison. Tandis que ce dernier appareil nécessite le fonctionnement d’un petit moteur électrique et d’une pile, la plume perforatrice est mise en action par un mouvement d’horlogerie plus commode à manier et beaucoup moins encombrant.
- L’outillage d’impression que nécessite la plume perforatrice peut être le même que celui de la plume Edison. Nos lecteurs que la question intéresse pourront se reporter à la notice que nous avons autrefois publiée à ce sujet1, ainsi qu’à celle décrivant le crayon voltaïque*. Nous rappellerons que d’autres plumes mécaniques de perforation ont été construites. Nous mentionnerons notamment le crayon pneumatique3 et laplume mécanique de M. Picou, que nous avons décrite en 1879*.
- 1 Voy. Plume électrique, n° 255, du 20 avril 1878, p. 324.
- 4 Voy. Crayon voltaïque, n° 306, du 12 avril 1879, p. 289.
- 5 Voy. Crayon pneumatique, n°309, du 3 mai 1879, p. 352.
- 4 Voy. Plume mécanique, n° 318, du 5 juillet 1879, p. 70
- Plume perforatrice à mouvement d'horlogerie.
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- LA
- PREMIÈRE EXPOSITION DE L’INDUSTRIE
- L’est l;t France qui a eu l’honneur de donner aux autres nations l’cxemjde des expositions industrielles.
- Le premier concours de ce genre s’accomplit pendant les trois derniers jours complémentaires de l’an VI et les dix premiers jours de Vendémiaire an VII. Il dura donc depuis le 19 septembre jusqu’au 2 octobre 1798, en tout treize jours. L’ini-
- Fig. 1. — Les portiques de la première Exposition de Paris, reconstruits à la cour du Louvre en l’an IX pour la deuxième Exposition.
- (D’après une gravure du temps.)
- Fig. 2. — Les portiques de la première Exposition, transportés à l’Esplanade des Invalides, pour la troisième Exposition eu 180G.
- (D’après une gravure du temps.)
- tiative en revient à François de Neufehâteau, qui était alors Ministre récemment nommé par le Directoire exécutif de la République française.
- L’idée de cet illustre homme d’Etat était de rendre hommage aux arts manuels, de les élever au rang
- des beaux-arts. II y avait aussi le point de vue patriotique de faire servir les forces industrielles de la France à la défense de la Patrie.
- Un des grands buts pratiques immédiats de cette solennité était le développement de l’art du tissage,
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- afin de lutter contre les produits de l’industrie anglaise.
- Le gouvernement choisit le Champ-de-Mars qui avait été créé par Louis XV, devant l’Ecole militaire, dans le but, de servir aux manœuvres des jeunes olïiciers qui y étaient élevés, et qui devaient appartenir à la noblesse. L’aspect de ce lieu célèbre était tout autre que de nos jours, à la lin de l’an VI de la République française. Pour se faire une idée de l’aspect qu’il offrait alors, il est essentiel de donner quelques détails sur les transformations qu’il a successivement subies.
- En 1770, lors de la création du Cbamp-de-Mars, la Seine formait, vis-à-vis des coteaux de Passy, une île longue, étroite et serpentante connue sous le nom d’ile des Cygnes.
- L’île des Cygnes et le bras de la Seine qui la séparait de la rive gauche, sont maintenant occupés par les jardins de la Tour Eiffel, et les terrains que la ville a aliénés adroite et à gauche. Ils ont été annexés au Cbamp-de-Mars agrandi pour la Fête de la Fédération du ld juillet 1790.
- L’édifice où l’on avait établi l’Exposition de 1798 formait un rectangle entouré de 58 portiques à la Romaine dessinés par Chalgrain, célèbre architecte auquel on doit l’arc de triomphe de l’Etoile.
- Afin de faire comprendre l’architecture de ces portiques, nous avons reproduit une gravure représentant la cour du Louvre pendant l’Exposition suivante de 1801 (fig. 1). Ces mêmes portiques ont servi pour la troisième Exposition et ils ont été reportés à l’Esplanade des Invalides pour l’Exposition de 1806 ; nous les avons reproduits encore d’après une estampe du temps dans cette situation nouvelle (fig. 2).
- Au milieu de la première Exposition de 1798 on avait élevé le temple de l’Industrie. C’est- là que devaient être apportés les objets récompensés.
- On l’avait décoré de tableaux représentant des sujets patriotiques, acceptés par un Jury, et exécutés aux frais de la République.
- L’ouverture de l’Exposition eut lieu suivant ce que le programme avait annoncé, le troisième jour complémentaire, par le Ministre de l’intérieur. Il était accompagné d’un cortège dans lequel figuraient les membres du Jury, les exposants et des détachements de troupes.
- L’Exposition ne fut pas favorisée par le temps, car il éclata un violent orage, pendant lequel un des portiques fut frappé par la foudre, mais ce dommage fut bien vite réparé, et le cinquième jour complémentaire*, le jury fit sa visite à 10 heures du matin.
- Le rapport fut rédigé séance tenante, et le lendemain, les récompenses consistant en médailles d’or, d’argent et de bronze furent distribuées aux exposants, lesquels étaient au nombre de 110.
- Parmi les titulaires des médailles d’or, nous citerons les maisons Didot et Breguet, qui existent encore de nos jours.
- Le citoyen Treillard, président du Directoire exécutif, se plaça dans l’amphithéâtre pour prononcer
- le discours officiel, et exprima les mêmes idées que François de Neufchàteau. Ensuite, on proclama les récompenses décernées pour les prix de vertu, d’actes accomplis pendant la durée de l’an VJ. Ces actes de vertu étaient principalement des sauvetages accomplis dans l’eau ou dans les flammes, et des actes d’héroïsme de "marins ayant échappé aux Anglais ou leur ayant enlevé des prises. La « perfide Albion » était faîne de la coalition dirigée contre la France.
- On donna lecture aussi du titre des brevets d’invention obtenus dans l’année, et qui n’étaient qu’au nombre de dix. On en remarque un, accordé à Monl-golfier pour le bélier hydraulique, et un autre à Ful-ton pour rendre les rivières navigables.
- Enfin, on apprit au public quels étaient les ouvrages que l’Institut national avait trouvés digne d’être récompensés pendant l’an VI. Les chœurs de l’Opéra chantèrent des cantates composées pour la circonstance et dont une était due à Chevrier.
- La cérémonie avait été précédée par des courses à pied, à cheval et en char, qui avaient eu heu dans des enceintes tracées dans la partie méridionale du Champ-de-Mars, par des luttes qu’on avait données dans une arène située près de la Seine, et par des joutes sur l’eau.
- Du côté de la Seine on avait érigé deux statues en osier, représentant Lune la Superstition et l’autre le Despotisme. On y mit le feu au milieu des applaudissements populaires.
- On avait aussi construit en planches, une forteresse, et l’on y mit le feu d’une façon originale. On employa, pour cette dernière exécution, un ballon captif, que l’on avait fait venir de Meudon. U était manœuvré par une compagnie d’aérostiers. Après avoir fait le tour de l’enceinte a 50 mètres de hauteur on le conduisit jusqu’au-dessus du fort. Alors l’élève aéronaute qui était dans la nacelle lança un boulet explosif qui mit le feu au fort.
- L’Exposition fut prorogée pendant dix jours, et devait être annuelle. Mais elle fut supprimée en l’an Ml à cause des malheurs de la République, une seconde fois en l’an Mil, et elle n’eut heu qu’en l’an IX. W. de Fonviei.le.
- CHRONIQUE
- £>e mal de mer. — On sait combien le problème de l’action préventive de certains médicaments contre le mal de mer a été étudié. Un savant praticien, M. Blondel, a récemment rapporté que, dans une courte traversée en mer qu’il a faite, il a pris avec un succès complet de la phénacétine contre le mal de mer et qu’il en a tiré un succès complet. Trois de ses compagnons, soumis à l’action du même remède, ont été aussi heureusement préservés que lui-même. C’est un fait de plus qui rapproche la phénacétine de l’antipyrine. Puisque nous avons l’occasion de parler du mal de mer, nous ajouterons que dans une des dernières séances de l’Académie de médecine, M. Pampoukis, d’Athènes, a lu un travail sur le vertige marin, qu’il résume dans les conclusions suivantes : 1° la plupart des animaux sont susceptibles du ver-
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- tige marin, mais ne vomissent que rarement; 2° les chiens soutirent énormément ; on observe chez eux la dilatation des pupilles, la perte de l’équilibre, l’inappétence et le tremblement des muscles ; 5° les respirations deviennent, au début du balancement, plus fréquentes et moins amples ; mais, peu de temps après, le contraire arrive; 4° les lapins, pendant le balancement, présentent à peu près les mêmes symptômes que les chiens; 5° en appliquant le résultat de ces observations sur le vertige marin de l’homme, on peut dire que celte maladie est le résultat des mouvements brusques du bateau, et surtout de son enfoncement brusque dans les flots; 6° la prédisposition individuelle joue un grand rôle dans les manifestations ; 7° le moyen le plus radical, pour éviter la maladie, serait de demander aux Compagnies de navigation de faire faire des lits qui seraient suspendus d’après le système des lampes marines.
- In musée de chaussures Eiistoriques. — Un
- conseiller aulique de Dresde, Jean de ISlock, a laissé à la ville un singulier musée: c’est une collection de chaussures dont se sont servis des empereurs, des rois, des reines et des personnages célèbres. On voit notamment une paire de souliers en satin blanc, brodés d’or, que Napoléon 1er portait le jour de son couronnement; une paire de bottes-qu’il chaussait le 27 avril 1813 à la bataille de Dresde; une paire de bottes en cuir de Cordoue ayant appartenu à Murat ; une paire de souliers à hauts talons portés par Marie-Thérèse; les bottes du philosophe Kant, etc.
- Jardins sur les toits. — Le Harper's Magazine dit qu’un médecin de New-York, le Dr G.-M. Smith, est l’apôtre d’une révolution dans nos habitudes architecturales.
- « Nous nous plaignons dans nos villes, dit le Dr Smith, du manque d’air, de lumière, de soleil. Mais nous avons à notre disposition des dizaines de kilomètres carrés de place où il ne tiendrait qu’à nous de prendre des bains d’air et de soleil, et surtout d’en faire prendre aux enfants. Nous n’avons qu’à construire nos toitures en terrasses et à les transformer en jardins, etc. » Au fond, c’est assez juste, et la plus forte objection qu’on puisse faire, c’est que ce n’est pas l’habitude. Encore le Dr Smith pourrait-il répliquer que l’usage est de faire les cuisines au rez-de-chaussée ou dans le sous-sol, ce qui n’a pas empêché de les placer au dernier étage dans les grands hôtels construits ces dernières années en Amérique. Comme cela, les j>ar-fums de friture n’incommodent plus que les oiseaux.
- La plus grande gare du monde. C’est la nouvelle gare de Francfort-sur-le-Mein, inaugurée le 18 août. Elle couvre 31 248 mètres carrés. Les gares les plus grandes étaient jusqu’ici, croyons-nous, la Saint-Pancras, station à Londres (15500 mètres carrés) et la gare de Silésie à Berlin (12 100 mètres). Celle de Francfort est double de la première.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 octobre 1888. — Présidence de M. Des Cloizeaux.
- Mécanique animale. — Poursuivant les très intéressantes recherches dont nos lecteurs ont été tant de fois informés déjà, M. Marey signale aujourd’hui un nouveau progrès de la méthode photoehronographique. Il s’agit d’un procédé qui permet d’obtenir d’un même sujet en mouvement des vues tout à fait séparées les unes des autres et propres, par exemple, à l’usage du zootrope. Pour y parvenir, l’auteur dispose la chambre noire devant
- le sujet qui va exécuter les mouvements, mais sans déplacement, et il en fait tomber l’image sur la glace sensible après qu’elle a été réfléchie sur un miroir tournant. En réglant la vitesse de rotation du miroir, on écarte à volonté plus ou moins les images successives, et les spécimens mis sous les yeux de l’Académie montrent que le succès est complet. Ils sont relatifs les uns à un homme qui marche, d'autres à un oiseau qui vole, les derniers à une anguille qui nage.
- Réflexion du soleil sur la mer. — C’est avec une indépendance d’esprit à laquelle tous les amis des sciences applaudiront, que M. AYolff revient aujourd’hui sur la note présentée la dernière fois par M. Rico au sujet de l’interprétation à donner à la déformation que subit l’image du soleil réfléchie à l’horizon de la mer. On se rappelle que le savant physicien, d’accord d’ailleurs à ce moment avec M. Bertrand et avec M. des Cloizeaux, avait jugé impossible que la courbure de la terre intervînt dans ce phénomène. Depuis lors il a soumis la question au calcul et il a constaté à sa grande surprise que la cause invoquée par l’observateur italien est parfaitement efficace et même bien plus énergique qu’on n’aurait cru. Le très élégant calcul auquel il se livre amène la conviction chez tous les auditeurs et même M. J. Bertrand qui a étudié le sujet de son côté pense, qu’un simple raisonnement suffirait à prouver le fait indépendamment de toute démonstration mathématique. Il est clair, en effet, que la lumière solaire réfléchie constitue un cône dont le sommet est dans l’œil de l’observateur et que la surface courbe de la mer coupe très obliquement : celte section est nécessairement elliptique et non circulaire. Seulement on pourrait se demander si un miroir plan produisant aussi une section elliptique ne donnerait pas un même efl'et analogue à l’orientation pris sous intervention de la rotondité, et dans ces conditions la démonstration de M. Wolff paraît préférable.
- Le pont lumineux. — C'est le nom qu’on donne à une apparence singulière qui se produit lors du passage d’un satellite près le bord de sa planète. Déjà, dans plusieurs communications du plus vif intérêt, M. André, directeur de l’Observatoire de Lyon, a reproduit les conditions naturelles par des expériences qui en ont permis une étude approfondie. Aujourd’hui, dans un nouveau travail déposé par M. Mascart, il décrit des photographies qui montrent que le ligament lumineux croît avec la durée de l’exposition. L’auteur annonce aussi qu’il améliore les images en mettant une toile métallique devant la lunette et il est possible que l’astronomie tire ultérieurement parti de cette disposition.
- Urines vaccinantes. — On se rappelle que, comme conclusion à ses études sur la maladie* pyocyanique, M. Bouchard a émis l’idée que l’urine des animaux infectés renferme des produits élaborés par le microbe et qui possèdent des propriétés vaccinantes. M. Charrain a repris cette idée et il en apporte aujourd’hui une démonstration expérimentale. Il recueille d’abord les matières solubles résultant de la culture du microbe pathogène, et tue dans le liquide toute substance vivante par un chauffage à 115° dans l’autoclave. La liqueur obtenue est employée à inoculer des lapins dont l’urine est recueillie. Celle-ci, employée comme vaccin à l’égard d’autres lapins, leur communique l’immunité à l’égard de la maladie pyocyanique. La conséquence est que les matières vaccinantes sont réellement sécrétées par le microbe et par conséquent que l’état réfractaire procuré par la vaccina-
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- LA NATURE
- tion n’est pas dû, comme on l’a cru, à l’accumulation dans le sang d'un poison fatal au microbe, puisque ce poison est constamment éliminé par la voie rénale.
- Polarisation atmosphérique. — MM. Soret ont observé les 23 et 24 septembre, au sommet du Rigi, l’existence au-dessous du soleil du point neutre de Brevvster. Ils se servaient du polariscope de Sn-vart, et ont répété leurs observations un grand nombre de fois de 8 heures du matin à 9 h. 40 m.
- Varia. — Conformément à l’observation que veut bien m’en faire un correspondant d’U-trccht, c’est par mégarde que j’ai, dans mon dernier article, qualifié d’allemande l’invention du microscope composé.
- Zacharias Janse naquit à Middelbourg (Zélande) en 1580,
- Cornélius Jacob Rrebbel, à Alkmaar ( Hollande septentrionale) en 1572, et An-Ihoni Van Leeuwenlioek à Delft, en 1052: ce sont trois grands noms que la Hollande a bien raison de revendiquer pour sa gloire.
- —M. Amagat adresse des recherches sur l’élasticité du cristal. — La chaleur de combustion de l’acide c amphorique occupe M.Longuinine. — On signale la candidature de M. Scheurer Kestner à la place laissée vacante dans la section de chimie par le décès de M. Debray. — La reproduction artificielle des phosphates d’yttria a fourni à M. Dubois le sujet de nombreuses expériences décrites par M. Troost. —
- Un chimiste dont le nom nous échappe étudie des alcaloïdes tirés de l’huile de foie de morue. — De passage à Paris, M. Govi lit une note sur les chaleurs latentes des corps. Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LES I'ORTRAITS CONIQUES
- Un habile dessinateur, M. Edmus, vient d’imaginer une amusante façon de faire des portraits;
- cela nous paraît appelé à devenir une des questions à la mode. On sait qüe l’on désigne sous ce nom de question un dessin où le sujet principal est dissimulé par un artifice quelconque qu’il s’agit de trouver. Voici l’aspect de la feuille de papier que nous a remise M. Edmus (fîg. 1); nous la reproduisons exactement en la réduisant. Cherchez dans ce dessin informe le portrait (i’un savant illustre. Pour résoudre le problème, il suffit de placer la partie A de ce papier sur la partie R, de manière à former un cornet conique que vous rega r d e r e z p a r la pointe ; aocs voyez alors liés nettement le portrait qu’il fallait trouver, comme, le montre notie ligure 2, fac-similé d’une photographie. M. Edmus a dessiné spécialement pour la Nature le portrait de M. Chevreul ; mais il a crayonné toute une série d’autres portraits qui vont être imprimés et livrés au commerce des marchands en plein air. Nous avons vu dans la série, les portraits très ressemblant de plusieurs célébrités politiques ou autres. 11 y a l'a une amusante récréation que nous avons cru devoir signalera nos lecteurs ; elle peut tenter le crayon des dessinateurs qui nous lisent. M. Edmus ne se sert pas de procédés géométriques pour faire ses portraits coniques : il prend un cornet de papier à dessin et il crayonne directement sur ce cornet qu'il développe ensuite.
- En reproduisant la figure 1, par décalque ou par la photographie, on peut exécuter facilement cette expérience récréative.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissa noiek.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 804.
- 27 OCTOBRE 1888.
- LA NATURE.
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- LÂ STA.TUE D’AMPÈRE
- A l’occasion du récent voyage de M. le Président de la République à Lyon, on a inauguré la statue d’Am-père, exécutée par M. Charles Textor, habile sculpteur lyonnais. Cet événement nous offre l’occasion de rappeler l’histoire d’un de nos plus grands physiciens.
- André-Marie Ampère, né à Lyon le 20 janvier 1775, mourut k Marseille le 10 juin 1836 après une existence admirablement remplie par de grands travaux et des découvertes mémorables. Tout enfant, Ampère se révéla par une intelligence extraordinaire. A huit ans, il faisait déjà des mathématiques, et se jetait sur les livres avec une avidité peu commune : à douze ans il connaissait le calcul différentiel. A dix-huit ans, il refaisait tous les calculs de la Mécanique analytique de Lagrange, et il a souvent répété qu’il savait alors autant de mathématiques qu’il en a jamais su ; ce qui ne l’empêchait pas de lire, dans le texte même, Virgile et le Tasse et de commenter les auteurs français de sa prédilection. Son esprit était en effet attiré presque à un égal degré par l’étude de la littérature et de l’histoire, et il ne cessa, pendant la durée de sa vie, de s’intéresser, en dehors de ses travaux de mathématique ou de physique, à toutes les choses de l’intelligence.
- Après avoir résidé k Lyon, Ampère accepta, en 1805, la place de répétiteur d’analyse k l’Ecole polytechnique, et il se fit bientôt connaître par les mémoires qu’il publia sur l’analyse mathématique, sur des questions de physique, de chimie, de mécanique, sans oublier la philosophie et la métaphysique. Le 16e amiét1. — 2* semestre
- savant physicien fut nommé, en 1809, professeur à l’Ecole polytechnique, et il entra k l’Académie des sciences en 1814. C’est en 1820 qu’Àmpère apporta le couronnement du monument qu’il ne cessait d’élever à la science, en faisant connaître ses grandes découvertes sur l’électro-magnétisme. Arago a pu dire, en parlant de ces découvertes, « qu’elles constituent les lois cl'Ampère, comme on' donne le nom de lois de Kepler aux trois grandes conséquences
- que ce génie supérieur déduisit des observations de Tycho. Grâce aux efforts de l’illustre académicien, la loi du carré des distances, la loi qui régit les mouvements célestes, la loi que Coulomb étendit aux phénomènes d’électricité de tension, et même, quoique avec moins de certitude, aux phénomènes magnétiques, est devenue le trait caractéristique de l’électricité en mouvement.Dans toutes les expériences magnétiques tentées avant la découverte d’Œrsted, la terre s’était comportée comme un gros aimant. On devait donc présumer qu’à la manière des aimants, elle agirait sur des courants électriques. L’expérience cependant n’avait pas justifié la conjecture. Appelant à son aide la théorie électro-dynamique, et la faculté d’inventer des appareils qui s’était révélée en lui d’une manière si éclatante, Ampère eut l’honneur de combler l’inexplicable lacune. Pendant plusieurs semaines, les savants nationaux et étrangers purent se rendre en foule dans son humble cabinet de la rue des Fossés-Saint-Victor, et y voir avec étonnement un fil conjonctif de platine qui s’orientait par l’action du globe terrestre. Qu’eussent dit Newton, Halley, Dufay, Œpinus, Franklin, Coulomb, si quelqu’un leur avait annoncé
- 22
- La statue (l’Ampère, inaugurée à Lyon, le 9 octobre 1888.
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- qu’un jour viendrait où, à défaut d’aiguille aimantée, les navigateurs pourraient orienter leur marche en observant des courants électriques, en se guidant sur des fils électrisés? 1 »
- Les expériences d’Ampère ont fait plus encore; elles ont permis de démontrer l’identilication com-. plète des courants et des aimants, et de jeter les bases de F électro-dynamique, dont on connaît aujourd’hui les immenses résultats.
- Lors de l’inauguration de la statue d’Ampère, M. Alfred Cornu, membre de l’Institut, a éloquemment résumé l’œuvre du physicien dans le discours qu’il a prononcé au nom de l’Académie des sciences. Nous empruntons quelques passages à cette remarquable allocution :
- « ... Ampère, dit M. A. Cornu, découvre la forme à donner à ses conducteurs pour reproduire le plus fidèlement possible les propriétés des aimants : c’est le cylindre électro-dynamique, ou solénoïde, qu'on réalise en pliant un fil métallique en hélice à spires serrées; traversée par un courant, l’hélice présente à ses deux extrémités des pôles de noms contraires ; suspendue librement, elle marque le nord comme une boussole, et tant que le courant l’anime, rien ne la distingue d’un véritable aimant.
- « Il ne restait plus qu’un pas à faire pour arriver à l’organe électrique, dont l’invention aura les conséquences les plus extraordinaires dans la science et l’industrie. Ce grand pas, Ampère et Arago le franchirent dans l’expérience mémorable où les deux illustres amis eurent l’idée d’introduire un barreau de fer doux dans l’hélice électro-dynamique. L’électro-aimant était inventé! Nulle invention, depuis celle de l’imprimerie, n’eut plus d’influence dans le monde que celle de l’électro-aimant ; c’est lui l’organe essentiel de toutes les applications électriques, c’est par lui que tous les progrès ont été accomplis.
- « Si l’électricité est la messagère rapide et fidèle de la société moderne, si cet agent mystérieux rend les services les plus extraordinaires et les plus variés par le télégraphe, le téléphone, par ces machines qui semblent avoir enchaîné la foudre ; si d’un bout du monde à l’autre nous pouvons transmettre la pensée, la parole même, ainsi que la lumière et la force, c’est à l’électro-aimant, c’est, en définitive, au solénoïde d’Ampère que nous le devons, car il est là, partout où s’accomplit l’un de ces prodiges !...
- « Le nom de notre grand physicien méritait donc à tous égards de devenir populaire; il l’est devenu, en effet, depuis le jour où, par un hommage délicat à la mémoire des grands hommes qui ont le plus contribué au progrès de la science électrique, Yolta, Ohm, Ampère, Faraday, Coulomb, les électriciens de tous les pays, réunis en congrès, ont décidé que ces noms serviraient à désigner les unités diverses ; et depuis, dans le monde entier, le nom d’Ampère, synonyme d’unité de courant est prononcé par des
- * Arago, Notices biographiques : Amvèke.
- milliers de bouches dans les laboratoires des savants et jusque dans les plus modestes ateliers. »
- Le dernier ouvrage qui occupa la vie d’Ampère fut sa classification des sciences. 11 s’y consacra avec ardeur et en publia le premier volume en 1852. La mort ne lui permit pas d’achever un immense travail qu’il avait projeté à la suite de cette entreprise, sur la Philosophie des sciences.
- Ampère avait une intelligence absolument universelle. À vingt ans, il s’était passionné pour l’étude des sciences naturelles, pour la botanique, et tout à la fois pour la culture des lettres et de la poésie.
- « Nous en avons sous les yeux des preuves sans nombre, écrivait Sainte-Beuve, en 1857, dans les papiers de tous genres amassés devant nous et qui nous sont confiés, trésor d’un fils. Il écrivit beaucoup de vers français et ébaucha une multitude de poèmes, tragédies, comédies, sans compter les chansons, madrigaux, charades, etc. »
- Ampère venait d’achever son ouvrage sur la classification des sciences, quand il fut emporté à Marseille d’une fièvre cérébrale. « Ce profond physicien, ce grand géomètre, a dit un de ses biographes, eut de La Fontaine, la bonhomie, l’inexpérience du monde et des hommes ; comme le fabuliste, il passa pour un type de distraction, et toute une série d’anecdotes se rattache à son nom. Mais chez Ampère la distraction provenait, non du vagabondage, mais de la préoccupation de l’esprit; c’était de l’absorption plutôt que de la distraction. »
- La liste des principaux travaux et des ouvrages publiés par l’illustre savant, que Maxwell a appelé « le Newton de l’électricité », comprendrait plusieurs fois l’étendue de la présente notice. Les découvertes qui lui sont dues ont rendu son nom impérissable, et nul -mieux que lui ne méritait une statue qui perpétuera sa mémoire dans sa ville natale et dans le souvenir des hommes. Gaston Tissandiek.
- UTILITÉ DES ABEILLES1
- Nous nous félicitons d’avoir donné une large place aux observations recueillies par M. Eugène Jobard, de Dijon, sur l’utilité des abeilles. Voici la lettre que nous recevons aujourd’hui de cet ami des ruches. Elle apporte de nouveaux éléments en faveur des utiles préceptes qu’il s’efforce de répandre :
- Depuis la publication de votre article sur ma brochure Utilité des abeilles, je n’ai cessé chaque jour de recevoir des demandes. Aujourd’hui, il n’est plus une seule contrée en Europe où je n’aie dû en envoyer, Angleterre, Belgique, Hollande, Suisse, Autriche, Russie, Italie, Espagne, Portugal et Turquie, partout enfin où La Nature a des lecteurs.
- D'après la lettre de M. Edmond Agassix, publiée dans votre dernier numéro2, les abeilles ne visiteraient pas la vigne, du moins en Suisse. Mais dans la Côte-d’Or, il n’en est pas de même et voici à ce sujet les extraits de
- 1 Suite. Voy. p. 289 et 330.
- a Vov. n° 805, du 20 octobre 1888, p. 530.
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- deux lettres. Je vous les donne simplement, sans en déduire pour le moment les conséquences qui peuvent avoir cependant une importance extrême :
- « J'ai reçu votre brochure..., vous êtes tout à fait dans le vrai, et il serait à souhaiter qu’on s’occupât de relever l’agriculture, qu’on s’est accoutumé dans nos pays à considérer comme une affaire de pure curiosité et dépourvue de toute importance. Un propriétaire et moi sommes les seuls qui, à Chassagne, ayons un rucher: eh bien ! les treilles des murs de nos jardins où sont placées les abeilles sont admirables et chaque année chargées de raisins nombreux cl magnifiques ; ce sont sans conteste les plus belles du village, et notre ami commun, M. Monniot, qui les connaît, pourra vous dire si j’exagère...
- « Henri Maître, à Chassagne (Côte-d’Or). »
- Yoici la seconde lettre :
- « J’ai reçu votre petit opuscule, je viens de le lire attentivement, et, comme vous, je crois que ces intelligents insectes sont des collaborateurs utiles à la bonne réussite des récoltes et des vergers. Je connais un voisin qui a un beau rucher, et ses arbres font envie chaque année par leurs beaux fruits. La vigne même, qui est dans son clos, produit de gros raisins, bien que le-plan « pinot » ne donne pas ordinairement de grosses grappes... 11 serait grand temps de penser à reconstituer d’une façon ou de l’autre les revenus qui nous manquent de plus en plus, par suite du phylloxéra, qui va faire de la Côte-d’Or le plus pauvre pays de France avant cinq ans, si on ne parvient pas à arrêter ses ravages.
- « Forgeot aîné, à Meursault (Côte-d’Or). »
- D’après cette lettre, il semble résulter que cette vigne de plan de pinot, qui produit de si gros raisins sous l’action des abeilles, ne serait pas encore atteinte par le phylloxéra. J’ai donc prié mon correspondant de faire dresser un plan des climats qui entourent cette vigne privilégiée et d’v indiquer les points atteints. Aussitôt que j’aurai reçu ce plan, je vous le communiquerai.
- Eugène Jobard.
- Nous avons reçu d’autre part quelques observations d’un apiculteur émérite d’Annecy, M. Frois-sard ; nous les reproduisons :
- J’ai lu avec le plus vif intérêt votre article sur l'Utilité des abeilles. Je suis absolument convaincu que M. Jobard est dans le vrai. Comme lui, je suis devenu un fanatique des abeilles, et je m’efforce de vulgariser autour de moi les méthodes rationnelles d’apiculture, auxquelles les Américains ont donné un si remarquable élan. Il en est des plantes comme de nous; leur reproduction par voie de consanguinité — si je puis m’exprimer ainsi — aboutirait au rachitisme de chaque espèce. Les croisements par le pollen, empêchent cette dégénérescence, et c’est l’abeille qui les opère en butinant de fleur en fleur. Cette vérité scientifique saute aux yeux. Je la signalais incidemment, il y a quelques mois, dans une lettre- ayant pour but d’intéresser le Ministre de l’agriculture à notre apiculture nationale, qui a bien besoin, hélas! d’être relevée. En apiculture comme en tant d’autres choses, nous faisons preuve d’une regrettable indifférence. On ne cesse de dire que l’agriculture française est à bout de forces ; on ferait beaucoup mieux de réagir pratiquement, sans phrases, contre cette situation. Or, la culture des abeilles est un moyen de réaction qui n’est pas à dédaigner. En voulez-vous une preuve?... Je me fais, en m’amusant, un millier de francs de revenu avec dix-huit ruchers
- rationnellement conduits. Que quelques hommes d’initiative prennent en main cette question, d’ailleurs en soi si attrayante, et ils rendront un réel service à nos campagnards. Les résultats auxquels, dans cet ordre d’idées, je suis arrivé en Savoie, sont des plus concluants; aussi ai-je tenu à vous exprimer ma vive gratitude pour votre excellent article. C. Froissard.
- Il semble que le doute n’est plus possible après de si nombreuses affirmations. Nous souhaitons que ceux de nos lecteurs qui ont des intérêts agricoles, puissent profiter des faits que La Nature aura contribué à faire connaître. G. T.
- EXPLOSION DE PÉTROLE
- LA CATASTROPHE DU PORT DE CALAIS
- On sait combien sont dangereuses les vapeurs de pétrole mélangées à l’air atmosphérique; elles forment avec l’air un mélange détonant qu’une allumette suffit à enflammer, en produisant des effets souvent terribles. Le port de Calais a été, le 16 octobre 1888, le théâtre d’une explosion de ce genre déterminée à bord d’un navire. Un de nos correspondants de Calais, M. Paul Beillier, nous a communiqué, au sujet de cette catastrophe, deux intéressantes photographies que nous reproduisons, avec les détails publiés dans les journaux de la localité1 :
- La vapeur pétrolier Ville-de-Calais appartenant à la maison Paix, de Douai, amarré au bassin à flot, avait fini, le 16 octobre après-midi, le transbordement de son chargement de pétrole en vrac dans ses réservoirs situés à l’extrémité du bassin à flot. 11 devait partir pour Newcastle et se diriger ensuite sur Philadelphie. Il avait commencé à embarquer son lest consistant en eau, lorsque vers 9 heures du soir, le capitaine en second et le troisième mécanicien descendirent dans la cale.
- Quelques instants après, une immense colonne de feu s’éleva à plus de 100 mètres et fut suivie d’une formidable détonation. On suppose que l’un de ces deux malheureux aura voulu enflammer une allumette qui aura mis le feu au gaz de pétrole resté dans l’un des compartiments. Le choc produit a été tel que la plupart des rues de l’ancien Calais se sont trouvées jonchées d’éclat dç vitres. A Saint-Pierre-lès-Calais, la secousse s’est .fait tellement sentir, que dans plusieurs maisons les portes sç sont ouvertes et que le gaz s’est éteint.
- Le bruit de l’explosion s’est entendu jusqu’à Boulogne et Douvres. Toutes les rues de Calais ont été jonchées] d’éclats de verre; des plaques de tôle ont été arrachées au navire et projetées à plus de 500 mètres de distance. Le cadran de l’horloge de l’ancien hôtel de ville s’est fendu.
- L’équipage de la Ville-de-Calais était composé de vingt-neuf hommes dont heureusement neuf seulement étaient à bord au moment de la catastrophe. Trois d’entre eux, le capitaine en second Clinquart, le troisième mécanicien Kervoazou et le matelot Darrieu de quart, sont morts.
- L’un a eu la tête séparée du corps, un autre le ventre
- 1 M. Arthur Hall, de Saint-Pierre-lès-Calais, nous a adressé postérieurement deux autres photographies que nous avons reçues trop tard pour les utiliser. Nous n’en adressons pas moins à M. Hall tous nos remerciements.
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- ouvert. Le mousse et un novice étaient couchés à l’avant. Réveillés par la détonation, ils se sont jetés en chemise à l’eau d’où ils ont été sauvés. Un matelot ayant les deux jambes brisées a été transporté à l’hôpital.
- Le vapeur s’est partagé immédiatement en deux. Des fragments de tôle pesant plusieurs centaines de kilogrammes ont été projetés à des distances énormes.
- L’avant du navire où étaient les pro -visions et de l’huile a brûlé toute la nuit. L’arrière qui contenait la machine est intact.
- Deux dames, parentes du capitaine, qui se trouvaient dans sa chambre, en ont été quittes pour la peur.
- Heureusement
- que le temps était des plus calmes, car le bassin était rempli de navires et de bélandres chargés de bois, qui auraient pu prendre feu. La population est arrivée en masse. Les autorités maritimes, civiles et militaires, sont restées sur les lieux avec des détachements du 8e de ligne, du 15e d’artillerie, des douaniers ainsi que les pompiers qui ont été des premiers à leurs pompes. Tout le monde a fait son devoir.
- La Ville-de-Calais était un superbe navire jaugeant 1221 tonneaux, construit en acier et pourvu de puissantes machines, lesquelles étaient placées tout à fait à l’arrière, de façon à ce que les chaudières fussent bien isolées de la partie du navire contenant le pétrole. A cet effet, deux cloisons étanches, laissant entre elles un espace d’au moins 0m,50 cent, pour permettre de s’assurer qu’il n’y avait pas d’infiltrations d’huile du côté de la machine, étaient placées sur l’avant du compartiment des chaudières et très solidement construites. Le reste du navire, sur une cinquantaine de mètres environ sur l’avant, était occupé par les compartiments à pétrole
- qui étaient au nombre de 16. Toutes les tôles de la coque et des cloisons, étaient réunies par plusieurs rangs de rivets pour prévenir les infiltrations, et au-dessus des caisses, dans le faux-pont, il y avait plusieurs grands cylindres en acier chacun d’une contenance de 30 tonnes. Ces cylindres
- étaient nécessaires pour permettre de maintenir les caisses bien pleines et en même temps servir de caisses d’expansion, en permettant au pétrole de se dilater ou de se contracter selon les variations de la température. Les installations pour refouler le pétrole dans les compartiments ou l’en extraire, étaient très compliquées et consistaient en une double série de tuyaux allant de l’avant en arrière et ayant des embranch e m e n t s dans chaque compartiment. Une puissante pompe placée à l’arrière pouvait vider le navire en trois jours. Les compartiments
- devaient toujours être remplis complètement, sans quoi le mouvement du liquide dans ces compartiments eût été une grande cause d’instabilité pour le navire. Aussi avait-on placé dans chacun des cylindres que nous avons mentionnés, des tubes indicateurs. Ces tubes permettaient de s’assurer qu’il y avait toujours la quantité de liquide nécessaire pour que les compartiments fussent complètement remplis. La lumière électrique seule était employée à bord, même pour l’éclairage de l’habitacle du compas de route.
- Nos figures 1 et 2 montrent les deux moitiés du navire la Ville-de-Calais : les deux parties ont été projetées à quarante mètres environ l’une de l’autre.
- Fig. 2. — Explosion du navire à pétrole, la Ville-de-Calais. L’avant. — Ces deux figures représentent les deux moitiés du navire séparées par l’explosion. (D'après des photographies de M. Paul Beillier, de Calais.)
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- LES RACES HUMAINES
- Depuis une quinzaine d’années le grand public, dans toutes les parties du monde civilisé, prend goût aux exhibitions de races sauvages; il se rend parfaitement compte que ces malheureux sont les derniers témoins d'un âge en voie de disparition et qu’il ne sera plus donne à nos petits-fds de les contempler. L’éminent et actif directeur du Jardin d’Acclimatation, M. Geoffroy Saint-Hilaire, n’a pas voulu se laisser distancer par ses collègues de Berlin, de Vienne, de Londres, de New-York; il nous a montré successivement des Esquimaux, des Lapons, des Peaux-Rouges de l’Amérique du Nord, des Fuégiens
- 1
- Fig. 1. — Australien présenté à la Société d’anthropologie dans la séance du 19 novembre 1885. (D’après la photographie de la collection du prince Roland Bonaparte.)
- que, est l’étude de l’homme, mais il y a deux façons d’en entendre l’acception : le sens large et indéfini en quelque sorte et le sens restreint.
- Pour les uns, en effet, l’anthropologie embrasse toutes les connaissances, d’ordre non immédiatement pratique, qui se rapportent à l’homme, aussi bien l’homme physique que l’homme moral et l’homme social, et comprend, par conséquent : l’anatomie, la physiologie, la psychologie, la pathologie elle-même, l’ethnographie, l’archéologie, l’histoire dans une certaine mesure, la linguistique, les mythologies comparées, la sociologie, la démographie, la criminologie, etc., etc.
- Pour les autres, l’anthropologie se limite à l’homme considéré en tant qu’animal; c’est la zoologie de
- et Araucans de l’Amérique du Sud, des Nubiens, des Aschantis, des Singhalais, des Kalmoucks et enfin des Australiens, des Hottentots.
- Cdiaque fois La Nature a consacré un article à ces indigènes. Mais à ces divers articles d’actualités, nous fait-on remarquer, il a toujours manqué un lien, une préface. Qu’est-ce qu’une race et quelles sont les idées générales qu’elle soulève en anthropologie? C’est cette lacune que nous voulons aujourd’hui combler a l’occasion de deux photographies d’Australiens, ceux précédemment exposés au Jardin d’Acclimatation que le prince Roland Bonaparte a bien voulu mettre à la disposition de La Nature, en même temps que celles déjà publiées des Hottentots A
- L’anthropologie, ainsi que son étymologie l’indi-
- Fig. 2. — Australienne présentée à la Société d’anthropologie dans la séance du 19 novembre 1885. (D’après la photographie de la collection du prince Roland Bonaparte.)
- l’homme comme la cynologie est la zoologie du chien. Elle se divise à ce point de vue en deux parties : l’une, qui compare l’espèce humaine aux autres espèces animales; l’autre, qui compare les races humaines entre elles. L’anthropogénie, ou origine de l’homme, se rattache à la première, et l’ethnogénie, ou origine des races, à la seconde. Nous parlerons aujourd’hui de ce qui concerne les races.
- La notion de race est inséparable en histoire naturelle de celle d’espèce : les races sont les divisions de l’espèce. Sans entrer dans les discussions à perte de vue qui se sont produites à cet égard, et sans rap-
- 1 Par une erreur typographique, l’indication de la prove-vance de ces deux photographies a été oubliée dans le numéro de La Nature du 11 août 1888.
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- peler qu’on a distingué les espèces en bonnes et mauvaises, ou encore en distantes, rapprochées et parentes (Morton), il nous faut donc définir l’espèce.
- Chez les animaux rien de plus facile, si l’on néglige les cas exceptionnels, paradoxaux. L’espèce est un ensemble d’individus semblables entre eux par leur type général et se continuant dans le temps, toujours semblables dans les conditions présentes de milieux du globe. Son critérium, pour les naturalistes, est l’impossibilité où se trouve une espèce quelconque de se fusionner avec une autre espèce en donnant naissance à une espèce nouvelle, intermédiaire, définitive.
- Dans le sein de l’espèce existent des variations de caractères, les unes propres à l’individu et ne se transmettant pas, les autres communes à tout un groupe d’individus se transmettant et constituant des sous-types. Les variations de l’espèce donnant ainsi lieu à des sous-types héréditaires, ce sont les races.
- Toutes les races, dans le sein d’une même espèce, peuvent se croiser entre elles avec succès et donner naissance à un groupe intermédiaire qui, favorisé par les circonstances, se confirme, se consolide et dès lors devient une race nouvelle. Les horticulteurs d’une part, les zootechniciens de l’autre, en un mot les éleveurs soit de plantes, soit d’animaux, mettent à profit cette propriété en créant à leur guise des races, par l’association ou non de trois agents : la sélection artificielle, l’action des milieux et la ségrégation (isolement). Le hasard, en dehors de l’action de l’homme, crée parfois des races, mais avec difficulté, les circonstances qui contrarient la fixation des caractères étant plus nombreuses que celles qui la favorisent.
- Jamais, dans l’état actuel de nos connaissances, ni la main de l'homme, ni le hasard n’a produit sous nos yeux d’espèce, c’est-à-dire de groupe répondant à la définition précédente et séparé des autres espèces par la barrière physiologique de l’infécondité soutenue entre espèces dont il a été parlé plus haut.
- Chez l’homme, la direction voulue donnée aux alliances faisant défaut et les circonstances qui peuvent leur imprimer un sens déterminé étant tout accidentelles, la formation, la consolidation et la conservation d’une race- sont difficiles dans les conditions présentes. Il est permis de croire que dans le passé il a dù en être autrement. Certaines populations vivaient cantonnées, ségrégées, dans des conditions forcées, communes de climat et d’existence, les unions s’opéraient entre elles (in and in). Alors se sont constitués des types communs que l’hérédité a confirmés, c’est-à-dire des races dont nous retrouvons aujourd’hui les restes, mêlés à une foule d’intermédiaires plus ou moins modifiés par l’action parallèle des milieux; restes que nous rapportons volontiers soit à quelque nom historique sur lesquels les auteurs anciens nous donnent des renseignements, soit à quelque type ostéologique que les fouilles préhistoriques nous ont révélé.
- Exemples : la race Mongole, la race des tom-
- beaux en rangées de l’époque franque (Reihengra-ber des Allemands), la race Celtique, la race de Cro-Magnon, la race du Néanderthal.
- Dans l’état présent de l’humanité, la race n’est donc que par exception une réalité tangible. C’est une conception idéale, celle d’un type physique se continuant, de générations en générations, à travers les événements de l’histoire ou de la préhistoire jusque dans les temps actuels. Il n’existe pas, à proprement parler, de race française, de race anglaise, de race italienne. Ce que l’on désigne à tort sous ces noms est le résultat de la fusion (de la confusion, devrait-on dire) de tous les éléments historiques et préhistoriques qui ont concouru au présent mélange. Dans les pays sauvages, plus ou moins récemment ouverts aux migrations européennes, les populations semblent plus rapprochées de l’époque de pureté relative dont nous parlions tout à l'heure. En réalité il en est de même. L’histoire des Australiens, pour nous être moins connue, n’en est pas moins presque aussi complexe que celle de nos Européens occidentaux. Outre un élément propre qu’il est difficile de nous représenter à l’état de pureté, il entre dans l’Australien, du Polynésien, du Papou, peut-être du Tasmanien, du Négrito, sans parler de l’Hindou noir.
- L’expression de race si fréquemment employée a donc un sens très relatif, le plus souvent hypothétique. Les ressemblances ne se continuent pas dans le temps avec la simplicité que suppose la théorie. Il n’y a pas de race pure aujourd’hui. Aucune n’est l’image exacte de celle dont nous la supposons descendue. La race hottentotc est un mélange de Boschi-man et de Cafre. La race celtique est une des trois races qui ont concouru à la formation de la population française actuelle. Mais cette race celtique dont nous nous sommes fait une image idéale, quels étaient ses traits exacts? Nous l’ignorons! Nous disons : ce sont les brachycéphales (têtes rondes) de l’époque néolithique. Soit ! mais il y avait déjà plusieurs types de brachycéphales; ils étaient déjà mélangés, autant qu’aujourd’hui.
- En tout cas il faut admettre des catégories de races : les unes actuelles, divisées en supérieures, moyennes et inférieures (nous reviendrons un jour sur ces trois dénominations qui sont très arbitraires) ; lés autres historiques, d’autres proto et préhistoriques.
- Jusque dans ces derniers temps, l’anthropologie ne s’est pas doutée de ces difficultés. On constatait des groupes d’hommes très différents, des types généraux très écartés; on en a fait des races, en présumant que derrière ou même au delà se dissimulaient des populations primitives possédant une certaine unité correspondante. Les uns, dans ces types initiaux, ont vu des formations distinctes (les polygé-nistes), des espèces humaines diverses; les autres, de simples variations dans le sein d’une seule espèce humaine (les monogénistes), c’est-à-dire réellement des races. C’est sur ce terrain que se sont produites
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- toutes les classifications ou mieux divisions des principales races humaines. Je n’en dirai qu’un mot pour terminer.
- Le nombre des grandes races humaines admises par les auteurs a varié de 5 à 6 et plus. Le chiffre trois, qui est celui de Cuvier, a eu le plus de succès : c’étaient les races blanche, jaune et noire. On ne faisait pas attention que les nègres étaient complètement oubliés dans cette classification et que les Chamites étaient des noirs simplement. Le chiffre de cinq est celui de Blumenbach : en plus des trois races ci-dessus, il admettait les Océaniens et les Américains.
- Quant à nous, sans faire grand cas d’une division que nous croyons absolument impossible et qui est complètement à refaire en s’appuyant considérablement sur les résultats des fouilles préhistoriques, nous croyons le chiffre quatre le plus rationnel. Il comprendrait : 1° la race blanche ou mieux les races blanches ; 2° les races jaunes dans lesquelles rentre la majorité des races américaines; 5° les races noires aux cheveux crépus, ou nègres proprement dits; 4° les races noires aux cheveux droits ou frisés, appelés australoïdes par Huxley, lesquelles se seraient étendues à une certaine époque de l’Abyssinie à l’Australie, en passant par Suse, l’Inde et la Cochinchine. Mais ce n’est là qu’un aperçu. La place manque dans ce cadre pour bien des groupes que nous avons l’habitude d’appeler des races et qui se présentent comme constituant de grandes races très spéciales. Tels sont les Polynésiens, les Peaux-Rouges de l’Amérique du Nord, les Aïnos du Japon, les Né-gritos des Philippines, les Papous. L’une des divisions qui s’imposent le plus est celle des nègres en Océaniens et Africains. Le Néo-Calédonien est essentiellement différent de tous les nègres d’Afrique. Le Boschiman est aussi à mettre à part, il réunit des caractères à la fois des races nègres et des races jaunes. L’Esquimau, qui est la plus haute expression des races jaunes, s’en sépare par une foule de caractères.
- Ces races jaunes sont tout un monde anthropologique, les unes sont brachycéphales, les autres dolychocéphales. Tout cela défie nos classifications, nous classons pour les besoins de l’étude et de la mémoire.
- Ce que l’on oublie trop, c’est que l’homme a une antiquité incalculable, que ses races se sont multipliées à l’infini, qu’il s’en détruit sans cesse et tend à s’en former incessamment ; bref, que ces races se sont succédé dans le temps à la façon des couches des terrains en géologie, et que nous ne connaissons bien que la dernière et l’avant-dernière couche, l’avant-dernière étant représentée par ces Australiens, ces Hottentots, ces Fuégiens que le Jardin d’AccIimatation nous permet d’étudier sur place, la dernière par nous-même, le dernier terme jusqu’à présent de l’évolution des races humaines.
- Dr P. Topinard.
- L’USINE ÉLECTRIQUE
- DE THORENRERG (SUISSE)
- Si la transmission de la force motrice et l’utilisation des forces naturelles, dites gratuites, à grande distance n’ont pas encore reçu les développements que quelques physiciens croyaient pouvoir espérer, il n’en faut pas conclure que la question soit perdue pour jamais.
- Si l’on en juge par les résultats, les plus modestes sont parfois aussi les plus méritants. A ce point de vue, l’usine électrique de Thorenberg, que nous avons eu l’occasion de visiter il y a quelques mois, mérite une mention toute spéciale, car elle réunit les procédés actuels les plus pratiques d’utilisation à distance [des forces motrices naturelles. Nous croyons intéressant de la décrire.
- Thorenberg est un point de la ligne de Lucerne à Berne, près de la station de Litau, et distant d’environ 5 kilomètres de Lucerne. Là se trouve une chute d’eau de 8 mètres de hauteur empruntée à la rivière l’Emmen, chute d’eau représentant déjà une force motrice importante, et qui deviendra plus considérable encore lorsque des travaux d’art actuellement en voie d’exécution auront porté la hauteur de chute à 15 mètres.
- M. Troller, propriétaire d’un moulin à vapeur situé à 5 kilomètres de la chute, a eu l’heureuse idée d’utiliser cette chute et d’y établir une véritable usine électrique d’un caractère tout particulier. Cette usine, représentée d’ensemble figure I, et dont la figure 2 montre les dispositions intérieures, produit de l'énergie électrique appliquée à deux services essentiel-ment distincts, aussi bien par la nature des courants obtenus que par l’utilisation de ces courants. A cet effet, une turbine actionne un grand arbre de couche qui règne tout le long de l’usine et commande deux séries de générateurs :
- 1° Des générateurs à courants alternatifs servant à l’éclairage d’une partie de la ville de Lucerne ;
- 2° Une machine à courant continu dont le courant actionne, à 5 kilomètres de distance, un moteur électrique qui commande la meunerie de M. Troller.
- Nous dirons quelques mots de la partie relative à l’installation d’éclairage, nous réservant de décrire en détail, dans un article spécial, la transmission de force motrice.
- Le service d’éclairage est fait à l’aide de deux machines à courants alternatifs système Zipernowsky-Deri, d’une puissance de 150 chevaux, alimentant un certain nombre de transformateurs distribués dans Lucerne aux centres des points principaux de consommation. En marche maxima normale, chaque machine peut produire 1800 volts aux bornes et 40 ampères.
- Le principe général de la distribution par transformateurs en dérivation a déjà été décrit ici même1:
- 1 Vov. n° 651 du 21 novembre 1885. p. 385.
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- nous croyons donc inutile d’y revenir. Rappelons seulement que le but des transformateurs est de réduire le potentiel élevé de transport en un potentiel de distribution plus faible et, par suite, plus facile à utiliser et ne présentant aucun danger.
- La canalisation de transport est aérienne et formée d’un double conducteur — aller et retour — constitué lui-même par deux fils de cuivre de 6 millimètres de diamètre.
- La distribution de Lucerne présente le caractère spécial d’une canalisation en bouquet, c’est-à-dire que toutes les lampes sont distribuées dans un espace assez limité, et à une distance assez grande de l’usine, les conducteurs de transport venant de l’usine con-
- stituant en quelque sorte la tige de ce bouquet. Il s’agit donc de maintenir le potentiel constant, non pas à l’usine, aux bornes de la machine, mais vers le point central de bifurcation des dérivations alimentant les transformateurs. Il en résulte que la force électromotrice des machines génératrices doit varier avec le débit, c’est-à-dire avec le nombre de lampes alimentées à chaque instant, et être d’autant plus grande que ce débit est plus grand, pour compenser les pertes dues à la résistance de la ligne de 10 à 12 kilomètres de longueur totale. Ce résultat est obtenu à l’aide d’une ingénieuse combinaison de compensateurs dont nous allons indiquer le principe.
- Le compensateur est un appareil qui a pour but,
- Fig. 1. — Ensemble de l’usine électrique de Thorenberg en Suisse. (Éclairage par transformateurs et transport de force motrice
- par courant continu.)
- comme son nom l’indique, de compenser par son fonctionnement l’effet d’une action nuisible. Dans l’espèce, le compensateur est un petit transformateur spécial dont le circuit inducteur est monté dans le circuit général de la canalisation, et est traversé par le courant total de la machine* tandis que le circuit induit est en relation avec l’excitation de la machine. Cette excitation forme elle-même un circuit spécial et est produite par l’une des vingt bobines induites de la machine, les dix-neuf autres servant à la production du courant principal.
- Le courant d’excitation est donc dû à la somme des deux forces électromotrices qui le provoquent, l’une résultant de la rotation de la machine elle-
- même, fixe et constante pour une vitesse donnée, l’autre provenant du transformateur et variable avec le débit. (Il va sans dire que ce courant alternatif d’excitation est redressé par un commutateur spécial avant d’arriver aux inducteurs mobiles de la machine.)
- Dans ces conditions, l’excitation et, par suite, la force électromotrice de la machine augmentent automatiquement avec le débit par un réglage purement physique, sans faire intervenir aucun mécanisme spécial. Des résistances intercalées dans le circuit d’excitation de chaque machine permettent d’ailleurs d’équilibrer le réglage suivant la vitesse de régime adoptée et les variations que cette vitesse peut subir.
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- Fig. 2. — Vue intérieure de l’usine de Thorenberg, en Suisse. — Dessins faits d’après nature, parM. Poyet, spécialement envoyé à Thorenberg par La Nature
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- L’usine elle-même est e'clairée par une quinzaine de lampes alimentées par un transformateur spécial, mais comme ce transformateur est branché au départ, presque aux bornes de la machine, les lampes qu’il alimente varieraient d’éclat avec le débit si un transformateur spécial ne venait compenser ces variations. Enfin, d’autres transformateurs servent à réduire le potentiel initial dans un rapport suffisant pour en permettre la mesure à l’aide des appareils industriels d’un usage courant.
- L’installation de Thorenberg dessert actuellement 5500 lampes à incandescence Swan de 10 bougies (55 watts), mais comme toutes ces lampes ne sont pas allumées en même temps, une seule machine suffit pour assurer le service. L’éclairage est payé à forfait, au prix de 20 francs par lampe et par an.
- Uet éclairage fonctionne depuis près de deux ans et demi et a toujours donné entière satisfaction. On peut donc le citer comme un bon exemple d’utilisation de l’énergie électrique à distance pour l’éclairage, et le considérer comme une preuve de l’excel-cellence du système Zipernowsky-Dcri-Blâthy.
- Nous examinerons la transmission de force motrice dans un prochain'article. E. 11.
- . — A suivre —
- LA MORTALITÉ DANS LES GUERRES
- La Revue du cercle militaire a publié, dans un de ses derniers numéros, une très curieuse statistique sur les pertes dans les combats de la guerre franco-prussienne en 1870 1871. Les chiffres mentionnés, s’ajoutant à de nombreux autres faits, prouvent que la mortalité n’est pas tant due aux armes perfectionnées qu’à la valeur des troupes.
- Les batailles modernes, dit le rédacteur de la Revue du cercle militaire, ne sont pas plus sanglantes que celles de l’antiquité où l’on ne se servait que de javelots et de piques; en un mot, les pertes dépendent non pas de la puissance des armes, mais de la manière dont on s’en sert, c’est-à-dire de la valeur des troupes en présence. Nous admettons, bien entendu, que les armées opposées ont un armement de valeur équivalente.
- Arrivons de suite aux temps modernes. A la bataille de Valmy, très importante par ses résultats, le chiffre des pertes est très minime ; elle est livrée par de jeunes troupes, peu aguerries, à l’armée prussienne dont le commandement est peu résolu et qui d’ailleurs est composée d’hommes fatigués par les maladies.
- Dans les guerres de la Révolution et de l’Empire, le chiffre des pertes varie sensiblement suivant la valeur des troupes en présence. Ainsi, à la bataille d’Iéna, l’armée française ne perd que 4 pour 100 de son effectif; à Ma-rengo, elle avait perdu 18 pour 100; à Eylau, elle perd 15,8 pour 100; à la Moskowa, 16,1 pour 100. A Sadowa, l’armée prussienne perd 4 pour 100, l’armée autrichienne, 11,1 pour 100. Cette différence est due à l’emploi du fusil à aiguille et à la défaite qui entraîne toujours de grandes pertes. Les armes sont déjà plus perfectionnées que sous le premier Empire.
- La guerre de 1870 va nous fournir des arguments décisifs. A ’Wissembourg, la division Douai, combattant contre trois corps allemands, perd en tués et blessés 23
- pour 100 de son effectif, (iràce à son immense supériorité numérique, la proportion des pertes est très faible dans l’armée allemande.
- A Wœrlh :
- Le 1(1 août :
- Le 18 aoàf :
- A Coulmiers :
- A Yillepion :
- A Pont-Noyelles A Villersexel :
- ( les Français perdent il p. 101)
- ( les Allemands — 7 —
- ( les Français — 11.8 —
- • (le 2“ corps perd 20,8 —
- ( les Allemands perdent 10,5 —
- ^ les Français perdent 18 —
- , les Allemands — 11,5 — (La 1" liri-
- ( gade de la garde prussienne perd 55 p. 100 )
- ( les Français perdent 5,1 p. 100 ( les Bavarois — 2,7 —
- ( les Français — 5,5 —
- ( les Bavarois — 0,0 —
- t les Français — 5.1 —
- ( les Prussiens — 5,2 —
- ( les Français — 5.7 —
- ( les Prussiens — 5,5 —
- Si nous constatons des différences aussi notables dans la proportion des pertes pendant les deux périodes d’une même guerre, c’est que la valeur des armées a changé d’une façon considérable.
- Dans la deuxième période de la guerre, les troupes françaises sont jeunes, sans cohésion, insuffisamment encadrées ; les troupes allemandes sont fatiguées et la valeur de leurs cadres a beaucoup diminué; la moitié des officiers a disparu et ils sont remplacés par d’autres qui sont loin d’avoir leur vigueur et leur instruction. Nous pouvons donc dire que la valeur d’une troupe peut se mesurer à l’étendue des pertes qu’elle est susceptible de subir sur le champ de bataille, et que ces pertes dépendent de l’emploi des armes et non des- armes en elles-mêmes.
- Ajoutons que ce n’est pas du perfectionnement des armes à feu que provient le peu de durée relative des guerres modernes. Il y entre bien pour quelque chose, mais cette diminution de durée tient surtout au développement des voies de communication qui permettent, dans les mouvements, une rapidité inconnue autrefois, et aux obstacles que présente l’entretien des armées permanentes.
- La guerre de la Sécession américaine, qui a eu lieu entre deux puissances dépourvues d’armée permanente, a duré plus de trois années, et cependant il y a été fait usage des engins de guerre les plus perfectionnés.
- Le siège de Paris, en 1870, a duré quatre mois et ne s’est terminé par la reddition de la place que grâce à la famine; celui d’Alésia et celui de Gènes, en 1800, se sont terminés de la même façon et ont duré à peu près le même temps ; le siège de Sébastopol a duré près d’une année.
- LES CANAUX DE MARS
- Nous avons signalé à nos lecteurs les curieux phénomènes que l’observation des astronomes a rendus manifestes à la surface de la planète Mars1.
- M. Schiaparelli a signalé le premier, il y a quelques années déjà, ces curieuses modifications d’aspect survenues dans la physique du globe aérographique. Le savant Italien a vu des sillons de 25 kilomètres de large à bords parallèles jetés sur les continents entre les mers de Mars. — Rien d’analogue n’existe sur les
- 1 Voy. n° 781, du 19 mai 1888, p. 399, et n° 678, du 29 mai 1886, p. 415.
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- autres planètes, et ces observations ont été confirmées en 1880 par M. Perrotin, directeur de l’Observatoire de Nice, et par MM. Trepied et Tbollon. On a désigné ces apparences sous le nom de Canaux de Mars, d’après leur ressemblance lointaine avec des canaux d'irrigation, 'mais sans rien vouloir préjuger de leur nature qui reste inconnue.
- Dans le courant de la présente année 1888, M. Perrotin a apporté à la science de nouveaux laits sur le même sujet; nous allons reproduire ici les notes que le savant astronome a présentées à l’Académie des sciences :
- 11 m’a été possible, dit M. Perrotin, dans sa première note du mois de mai dernier, par de très bonnes images, de revoir, avec notre grande lunette, une partie des canaux de Mars que j’avais observés en 1886. Ils sont à la place où je les ai vus à celte époque et présentent les mêmes caractères : ils se projettent, sur le fond rougeâtre des continents de la planète, suivant des lignes droites sombres (des arcs de grand cercle probablement), les unes simples, les autres doubles. — les deux composantes, dans ce dernier cas, étant, le plus souvent, parallèles, — se coupant sous des angles quelconques et paraissant établir des communications entre les mers des deux hémisphères ou entre les diverses parties d’une même mer, ou bien encore entre les canaux eux-mèmes. Leur aspect est en général le même qu’en 1886. Pourtant, quelques-uns paraissent plus faibles, d’autres ont peut-être disparu en partie.
- Dès à présent, je dois signaler trois modifications importantes qui se sont produites depuis 1886 dans l’aspect de la surface de la planète, modifications d’autant plus certaines qu’elles ont eu leur siège dans des régions sur lesquelles mon attention s’était plus particulièrement portée en 1886.
- 1° C’est d’abord la disparition d’un continent qui s’étendait, alors, de part et d’autre de l’équateur, par 270° de longitude (Libya, carte de Schiaparelli). De forme à peu près triangulaire, ce continent était limité au sud et à l’ouest par une mer, au nord et à l’est par des canaux. Nettement visible, il y a deux ans, il n’existe plus aujourd’hui. La mer voisine (si mer il y a) l’a totalement envahi. À la teinte blanc-rougeàtre des continents a succédé la teinte noire ou plutôt bleu foncé des mers de Mars. Un lac, le lac Mœris, situé sur l’un des canaux, a également disparu. L’étendue de la région dont l’aspect a ainsi complètement changé peut être évaluée à 600 000 kilomètres carrés environ, un peu plus que la superficie de la France. En se portant sur le continent, la mer a abandonné, au sud, les régions qu’elle occupait antérieurement et qui se présentent maintenant avec une teinte intermédiaire entre celle des continents et celle des mers, avec une couleur bleu clair, analogue à la couleur d’un ciel d’hiver, légèrement brumeux. Cette inondation (ou autre chose) du continent Libya, si j’en crois un dessin antérieur (de l’année 1882) pourrait bien être un phénomène périodique. S’il en est ainsi, les observations en donneront la loi à la longue.
- 2° C’est ensuite, au nord du continent disparu, à + 25° de latitude, la présence d’un canal simple qui n’est pas indiqué sur la carte Schiaparelli, bien que ce savant astronome en ait noté de beaucoup plus faibles, et que je n’ai pas vu non plus lors de la dernière opposition. Ce canal, long de 20° environ et large de 1° ou 1°,5, est sans doute de formation récente. Il est parallèle à l’équa-
- teur et continue en ligne droite une branche d’un canal double, déjà existant, qu’il met en communication avec la mer.
- ,T' La troisième modification consiste, dans la présence, assez inattendue, sur la tache blanche du pôle nord, d’une sorte de canal qui semble relier, en ligne droite, à travers les glaces polaires, deux mers voisines du pôle. Ce canal, qui se détache avec une grande netteté sur la surface de Mars, coupe la calotte sphérique blanche suivant une corde qui correspond à un arc de 50° environ1.
- Après cette première communication, M. Perrotin a adressé à M. Faye, de l’Institut, les deux lettres suivantes, avec les figures que nous reproduisons:
- Nice, le 23 juin 1888.
- J’ai l’honneur de vous adresser, ci-inclus, les croquis de Mars qui donnent l’aspect de la planète aux dates indiquées. La différence entre les dessins 1 et 2 de cette année et le dessin correspondant 5, de 1886, est frappante en ce qui concerne la région Libya, de Schiaparelli. A un mois d’intervalle, les dessins 1 et 2, de leur côté, indiquent, dans la même région, des modifications notables. Les deux premiers dessins contiennent le nouveau canal À, et le canal de la calotte blanche du pôle boréal dont il est question dans les Comptes rendus du 14 mai dernier. Dans le dessin n° 2 se trouve, en outre, un canal simple B, vu le 12 juin pour la première fois. Le dessin n° 4 contient quatre canaux simples et trois doubles, dont un seulement double sur une partie de sa longueur, mais tous bien caractérisés. Deux de ces derniers, C et 1), partent des régions voisines de l’équateur et viennent, en suivant à peu près un méridien (longueur, 550° pour l’un, 5° pour l’autre, de la carte de Schiaparelli), se perdre dans les environs de la calotte blanche du pôle nord.
- Sont-ce bien là des canaux dans le sens que nous attachons à ce mot? 11 me semble que les deux canaux doubles singuliers que je signale, pourront un jour ou l’autre nous donner à ce sujet d’utiles renseignements. Si ce sont de vrais canaux, ils ne peuvent, en effet, manquer d’éprouver de profondes modifications lors des changements de saison, au moment surtout où, sous l’influence des rayons solaires, la tache blanche du pôle boréal tend à disparaître, à fondre, comme le pensent certains astronomes. Ainsi considérés, les canaux en question et .deux autres du même genre, se recommandent d’une façon particulière à l’attention des observateurs.
- Nice, le 11 août 1888.
- J’ai l’honneur de vous envoyer quatre nouveaux dessins de Mars qui font suite aux quatre précédents. Afin de rendre facile la comparaison de ces dessins avec ceux faits par d’autres observateurs, il est utile de connaître les coordonnées du centre de la planète au moment où les dessins ont été pris. Les voici, en adoptant pour origine des longitudes le méridien accepté par les astronomes, M. Schiaparelli particulièrement :
- Numéros Longitude Latitude N.
- 5..............................195° 24°
- 6. ............................140° 24°
- 7 ............................ 120° 24°
- 8 ............................ 90° 24°
- La figure 5 montre une partie de la surface de la pla-
- 1 Comptes rendus de l'Académie des sciences; séance du 14 mai 1888.
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- nète fort accidentée, surtout dans le voisinage de la calotte de glace du pôle nord, et, en même temps, une région II, comprise dans une sorte de pentagone formé de canaux, et qui, par sa couleur blanche et éclatante1, tranche d’une façon singulière avec la couleur rougeâtre des parties environnantes
- Fig. 1. — Mars. 8 mai 1888.
- Il reproduit, d’ailleurs, des régions voisines de celles de ce n° 4 et situées seulement plus à l’est sur la planète. Les dessins n°" 6 et 7 sont malheureusement incom-
- Fig. 5. — Mars. 21, 22 mai 1881).
- La figure 8 présente deux canaux, un simple et l’autre double, KL, MN, analogues à ceux dont j’ai déjà parlé dans uue de mes précédentes lettres. Ces canaux partent des régions équatoriales et se dirigent, en suivant à peu près un méridien, vers le pôle nord. Ce dessin est à rapprocher de celui portant le n° 4, dans la première série.
- Fig. 2. — Mars. 12 juin 1888.
- plets. Je les donne parce qu’ils mettent en évidence l’existence d’un nouveau canal qui, ainsi que celui déjà signalé précédemment (fig. \ et 2), coupe suivant une
- Fig. 1. — Mars, t juin 1888.
- ligne droite sombre la calotte blanche des glaces polaires. Ce nouveau canal est peut-être un peu moins net que le
- 1 L’éclat est presque aussi vif que celui de la calotte polaire. Cet état de choses n’existait plus ou n’avait pas été remarqué quand on a fait les dessins 1 et 2 ; mais il est probable qu’il s’est produit là encore un changement notable durant les observations de cette année.
- premier ; mais son existence et son caractère ne sont pas douteux1.
- La figure 5 montre les deux canaux; celui de droite est l’ancien, celui de gauche est le nouveau. On voit
- 1 Circonstance bizarre, le nouveau canal commence, sur le pourtour de la calotte de glace, au point même où finit le canal primitivement reconnu.
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- encore mieux ce dernier dans les dessins n°‘ 6 et 7 ; le dessin n° 7 le fait voir dans tout son développement. J'ai beaucoup regretté que les circonstances atmosphériques, ne m’aient pas permis de revoir en juillet, par de bonnes images, la région Libya. Ce que j’ai entrevu me fait croire à de nouvelles modifications qui se seraient pro-
- duites dans cette partie de la surface de la planète depuis le mois de juin, et je crains beaucoup qu’il ne soit trop tard pour qu’il soit encore possible d’en reconnaître la nature. C’est la continuation des changements sur lesquels j’ai appelé l’attention au mois de mai dernier et qui ne sont, sans doute, qu’une partie des changements, à pé-
- Fig. 5. — Mars. 12, 15.11 mai, et 18, Ut juin 1888 Fig. fi. — Mars. 17 mai et 2> juin 1888.
- riode plus ou moins longue, qui se produisent fréquemment à la surface de la planète. En ce qui me concerne, pendant mes longues soirées d’observation, j’en ai con-
- staté plusieurs, plus particulièrement dans le voisinage de la calotte de glace. Ces changements, qui ont lieu quelquefois du jour au lendemain, ne modifient pas l’aspect
- général, mais portent seulement sur les détails ; ils affectent surtout les parties sombres de la surface.
- J’en ai remarqué aussi d’autres de nature différente. C’est ainsi que, le 18 et le 19 juin, j’ai vu, en peu de temps, pendant le cours de mes observations, la région R de la figure 5 se couvrir et se découvrir tour à tour d’une sorte de brouillard rougeâtre qui s’étendait jusque sur
- les canaux environnants, tandis que le reste de la surface de la planète continuait à se montrer avec une grand e netteté et une rare pureté de détails.
- Je ne puis mieux comparer ce phénomène qu ’à celui que nous donnent ici, souvent, pendant l’été, les brouillards de la mer qui le soir, après les journées chaudes, envahissent le littoral en quelques minutes, pour dispa-
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- raitre ensuite presque aussitôt. Je n’ai pas besoin d’ajouter que tout ceci, même dans notre grande lunette, ne saute pas aux yeux et qu’il faut pour le voir une attention soutenue, un bon instrument, et par-dessus tout des images, non pas seulement bonnes, mais excellentes.
- A quelles causes attribuer ces singuliers phénomènes? M. Kizeau croit y voir des rides ou des crevasses parallèles, produites à la surface d’immenses glaciers. M. Camille Flammarion qui affirme que la surface de la planète ne peut pas être entièrement gelée, suppose que ces apparences sont dues aux mouvements de l’eau dans des inondations. Un astronome anglais, M. Proctor, propose d’admettre que ce sont de grands fleuves sur lesquels des brouillards s’étendent parfois pour en masquer l’aspect.
- En réalité, les canaux de Mars sont restés jusqu’ici sans "explication: ils s’ajoutent aux nombreux problèmes de la nature que la science humaine est impuissante à approfondir1.
- NÉCROLOGIE
- Gustave Cabanellas. — Nous avons le regret d’enregistrer ici la mort de M. Gustave Cabanellas, ancien lieutenant de vaisseau, officier de la Légion d’honneur, décédé à l’àge de quarante-neuf ans. M. Cabanellas était un des représentants les plus autorisées de la science électrique. Après être entré fort jeune dans la marine, il prit sa retraite en 1879, pour se consacrer uniquement à l’étude de l’électricité, et surtout à celle de la transmission de l’énergie, dont il a été un des promoteurs et pour laquelle il a produit des travaux fort remarqués. Le savant officier de marine était partisan du transport de l’énergie électrique à haute tension, et c’est lui qui imagina les transformateurs rotatifs. Malheureusement ses idées vinrent trop tôt, dans un milieu mal préparé pour les accueillir, et il n’avait pas, il faut en convenir, le don de les présenter sous une forme facilement compréhensible. Avant de mourir, M. Cabanellas a eu toutefois la consolation de voir triompher en partie les principes pour lesquels il avait combattu avec autant d’énergie que de conviction.
- CHRONIQUE
- Accident de chemin de fer en Pensylvanie.
- — Le chemin de fer de la vallée du Leigh a éprouvé, dans la soirée du 10 octobre, sur les bords du Black-Creek, dans la partie de la Pensylvanie où se trouvent les sources de pétrole, un terrible accident, qui marquera malheureusement dans l’histoire des catastrophes amenées par l’imprudence. 11 paraît que le garde d’un train de plaisir qui suivait le cours du Black-Creek et se rendait à Pennhaven a oublié de se protéger par un signal d’arrêt pendant un stationnement nécessité à la suite d’une avarie de peu d’importance. Le train suivant qui, par surcroît d’infortune, n’avait pas de frein continu et courait sur les rails le long d’une pente, s’est précipité à toute
- 1 Les dessins de M. Perrotin que nous reproduisons, nous ont été obligeamment communiqués par l’éminent fondateur de l’Observatoire de Nice, M. R. Bischoffsheim auquel nous adressons ici nos sincères remerciements. G. T.
- vapeur sur les dernières voitures.il en est résulté une collision effrayante. Personne n’a échappé dans les deux dernières voitures, qui étaient remplies de paysans revenant d’une fête donnée dans la petite ville d’Hazleton ; cette fête avait été organisée en l’honneur du Père Mathieu, l’apôtre de la tempérance, qui est né à Thomastown, en Irlande, le 10 octobre 1790. En une minute, les wagons, remplis de voyageurs joyeux, regagnant leurs pénates après des danses champêtres, furent remplis de mourants et de cadavres. Les premières évaluations portent à cent le nombre- des morts. Ce qui rendit la catastrophe encore plus terrible, c’est que la collision se produisit malheureusement dans un endroit où la ligne a été tracée sur un coteau escarpé descendant jusqu’à la rivière. Plusieurs wagons furent précipités du haut de l’escarpement. En outre, la locomotive, cause du désastre, fut renversée et la chaudière émit dans tous les sens des torrents de vapeur brûlante. La scène, qui se passait dans les ténèbres, fut indescriptible. C’est seulement après une longue attente que les secours commencèrent à affluer des villages voisins.
- Trombe artificielle. — Nous avons publié dans le présent volume de La Nature de nombreuses observations sur les trombes terrestres ou marines. Voici une assez curieuse observation d’une trombe artificielle que nous communique M. Meunier fils, à Suresnes :
- « J’ai observé, dans notre usine, un phénomène que je. me permets de vous décrire parce qu’il me semble avoir quelque analogie avec les trombes.
- « Nous avons un moteur à vapeur de construction de Westinghouse, de 25 chevaux, tournant à 400 tours et dont le tuyau d’échappement se termine, au-dessus des toits, par un cylindre évasé à sa partie supérieure. Vers six heures du soir, par un très beau temps et par une très légère brise du sud-ouest, mon attention a été attirée par un petit nuage grisâtre, sortant de l’échappement et se séparant de la vapeur produite par la machine. Ce petit nuage, presque vertical, avait la forme d’un fuseau très allongé, d’environ 5 à 6 mètres de longueur et animé d’un mouvement giratoire assez lent. Il était pointu aux deux bouts, renflé au milieu et suspendu au-dessus du tuyau d’échappement, à une hauteur yle 70 à 80 centimètres. La brise lui imprimait un léger mouvement de flottement. Ce qui m’a étonné, c’est que le panache de vapeur était chassé du sud-ouest au nord-est, alors que le petit nuage gris était incliné en sens contraire. Ce phénomène a duré au moins 4 à 5 minutes, puis il a cessé sans que je l’aie vu disparaître. Je ne l’ai pas observé depuis. Je vous ferai remarquer que l’eau de condensation, qui sort de cette machine, est émulsionnée d’une grande quantité d’huile minérale servant au graissage. »
- Influence <lu calendrier sur les émotions populaires. — Les Musulmans de l’Inde ayant un calendrier lunaire, et les Hindous un calendrier solaire, il arrive des années, comme 1888, où la grande fête des uns coïncide avec la grande fête des autres, et où l’on célèbre à la fois Mahomet et Brahma. Alors on voit des preuves de la vivacité des haines religieuses que M. Albert Tissan-dier a dépeintes dans notre numéro du 17 juillet dernier. D’après les correspondances de l’Inde, les processions rivales s’étant rencontrées dans les rues d’Agra, de Ilazi-pour et de Courg, les autorités britanniques ont dû faire sortir les troupes pour empêcher des conflits sanglants de se produire. A Nujibabad, dans le district de Bijnour, les deux partis se sont entendus pour assaillir le magistrat qui voulait les empêcher de s’égorger l’un l’autre. Pour se dégager, celui-ci a dû donner ordre à la troupe de
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- faire usage de ses armes. L’ordre a été rétabli, mais plusieurs indigènes ont été tués et un assez grand nombre blessés, plus ou moins grièvement.
- I/astrologle en Chine. — Le Céleste Empire (pii ne compte pas moins de 400 millions d’habitants, plus du quart de toute la terre, est gouverné par les principes de l'astrologie judiciaire. L’empereur étant arrivé à sa majorité, l’impératrice a consulté les astrologues de la Cour pour savoir quel était le jour où les astres seraient favorables à la transmission du pouvoir. Les astrologues ont désigné un des premiers jours de la prochaine année chinoise. Ce qu’il y a de curieux, c’est que les calculs astronomiques nécessaires à l’établissement du calendrier, sont faits par des Européens qui portent le titre d’auxiliaires. Ce sont des indigènes qui sont chargés de tirer les conséquences astrologiques des situations sidérales, que les Européens sont chargés de prévoir.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 22 octobre 1888.— Présidence de M. Des Cloizeaux.
- Etudes spectrales aux Grands-Mulets. — L’illustre président de l’Académie, M. Janssen, nous donne aujourd’hui une nouvelle preuve de son amour pour la science à laquelle déjà il s’est dévoué sans réserve tant de fois. Àvee un courage à faire envie aux jeunes et à ceux qui n’ont rien à perdre, il vient d’affronter les périls de l’ascension des Grands-Mulets à plus de 5000 mètres — ascension jugée impossible à Chamonix, en cette saison avec les 10 décimètres de neige qui cachent toute trace des sentiers — dans le seul but de voir si les phénomènes d’absorption qu’on observe dans le spectre de l’oxvgène, diminuent avec la hauteur. Nous n’avons pas encore le détail des expériences ni l’énoncé des résultats, l’auteur se réservant de les exposer à son retour; mais la dépêche lue à l’Académie annonce l’heureuse rentrée à Chamonix de M. Janssen et de ses dix guides et porteurs, avec une ample moisson de faits importants. Le séjour aux Grands-Mulets a duré trois jours, dont deux ont été absolument beaux et tout à fait favorables aux recherches optiques.
- Le ligament lumineux des passages et occultation des satellites de Jupiter; moyen de l’éviter. — Tel est le titre d’une nouvelle communication de M. Ch. André (de Lyon), qui veut bien m’adresser directement, en même temps qu’à l’Académie, une photographie représentant l’intéressant résultat qu’il a obtenu. Après avoir reproduit le phénomène artificiellement, et observé à .la lunette des disques ou des sphères qui passent les uns devant les autres, l’auteur a découvert un moyen, aussi simple qu’efficace, d’éviter une illusion si défavorable à la précision des mesures astronomiques. Ils consistent à placer en avant de l’objectif des écrans de forme convenable destinés à changer la figure et les dimensions du solide de diffraction correspondant à la lunette employée. Un écran composé d’un nombre convenable d’anneaux concentriques d’égale épaisseur et alternativement pleins et vides diminuent encore ici considérablement le ligament de diffraction ; mais on obtient des résultats plus nets avec certaines des toiles métalliques serrées que l’on trouve dans le commerce. Celle que M. André a employée est faite de fils de 0“m,l d’épaisseur moyenne, fixés perpendiculairement les uns aux autres à 0mm,2 de distance environ, et laisse, en conséquence, passer les deux tiers de la lumière qu’elle reçoit. Placé contre l’objectif de la
- lunette, un pareil écran ne laisse plus subsister poui l’œil, et dans l’image principale, que des traces très faibles du ligament.
- La vaccine anticholérique. — M. le Dr Ferrand persistant à formuler, contre M. Gamaleia, une réclamation formelle de priorité au sujet de la vaccine préservatrice du choléra, l’Académie, sur le conseil de M. Pasteur, décide de renvoyer les deux compétiteurs devant la Commission du prix Bréant qui jugera le bien fondé de la réclamation actuelle.
- Mécanique animale. — Beux nouveaux chapitres sont ajoutés par M. Marey à son grand ensemble de travaux sur la mécanique des mouvements; ils ont trait, l’un à la claudication produite par la douleur, l’autre à la progression de l’anguille dans l’eau. En mettant l’une au-dessus de l’autre les courbes données par le pholochro-nographe et par le dynamomètre enregistreur, et relatives, la première, à la situation successive des jambes, et l’autre à l’effort exercé sur chacune d’elles, le savant physiologiste signale leur concordance : à une chute sur le membre malade succédant à un relèvement sur le membre sain, correspond un minimum de pression sur le sol. D’ailleurs la volonté suffit à faire disparaître, au moins momentanément, ce genre de claudication. Un cheval, par exemple, qui boite parce qu’il a mal à un pied, cesse un moment de boiter sous l’action d’un coup de fouet ou d’une excitation quelconque. Pour ce qui est de l’anguille, les photographies mises sous les yeux de l’Académie montrent comment on peut mesurer comparativement la vitesse de progression du poisson et la vitesse avec laquelle les ondes de son corps se déplacent d’avant en arrière. En une seconde, l’anguille a avancé de 19 centimètres, et l’onde a reculé de 21 centimètres : pour l’auteur ce déchet correspond au recul des hélices dans l’eau. M. Marey se propose d’étendre ses recherches à d’autres poissons, mais il prévoit que les résultats seront les mêmes.
- La lychnis dioica. — C’est le nom donné par Linné à la caryophyllée sauvage qui, dans les campagnes, s’appelle volontiers compagnon blanc. L’illustre législateur du règne végétal, a voulu exprimer le fait que d’habitude les pieds qui portent des pistils manquent d’étamines et réciproquement. Mais le fait n’est pas sans souffrir des exceptions, et Linné savait déjà que parfois la Lychnis est hermaphrodite. M. Magnin annonce aujourd’hui, par l’intermédiaire de M. Duchartre, que l’hermaphrodisme coïncide toujours avec l’invasion de la plante par un parasite connu à cause de son habitat sous le nom à'Us-tilago antherarum. Y a-t-il simple coïncidence? L’auteur ne le pense pas, mais il ne semble pas cependant qu’il montre comment le protiste peut déterminer la production des deux sexes dans la fleur qu’il envahit.
- Déformation des images sur le miroir des eaux. — Revenant sur la question si curieuse dont s’occupait l’autre jour M. liicco, un savant bien connu de la Suisse, M. Forel réclame la priorité des faits annoncés par M. Ch. Dufour (de Morges). Dès 1874, en effet, M. Forel a calculé la dépression subie par les images réfléchies sur le lac de Genève. 11 a montré qu’une tour de 60mètres de haut vue de 55kilomètres donne, sur la surface sphérique du lac, une image qui, au lieu de sou-tendre un arc de 5' 54", comme elle le ferait si le miroir était plan, n’en occupe qu’un de 5' 5" ; c’est un aplatissement de près d’un tiers.
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- Varia. — C’est avec satisfaction que M. Faye signale un grand article de la Revue d’Edimbourg où l’acquiescement le plus complet est accordé à sa théorie des tempêtes. — Un travail de M. de Rouville concerne la composition lithosique et l’àge géologique des phospho-rites de l’Hérault. — M. Gonnard signale dans le Puy-de-Dôme des pseudomorphoses de calcite en quartz.
- Stanislas Meunier.
- SIMPLES EXPÉRIENCES
- SUR LA DENSITÉ DES GAZ
- Les expériences les plus simples sont évidemment celles qui se comprennent et se retiennent le mieux.
- Fig. 1. — Plateau d’une balance oscillant par l’excès de poids du gaz acide carbonique.
- lance assez sensible pour cette délicate démonstration: Quelques fils de fer et du carton constituent les seuls matériaux nécessaires. Après avoir équilibré la boîte dans l’air à l’aide de morceaux de plomb ou de sable, on y verse doucement de l’acide carbonique préparé à l’avance par les procédés connus et qui ne s’échappe pas du récipient de carton par suite de sa densité, plus grande que celle de l’air. On voit alors la balance s’incliner, et la boîte descendre. Si on retourne la boîte, l’acide carbonique s’écoule à son tour, l’air le remplace et en abandonnant le système à lui-même, l’équilibre primitif se rétablit. Si l’on maintient au contraire la boîte renversée, et que l’on fasse arriver alors par en dessous un jet d’hydrogène, l’air est déplacé de nouveau par le gaz ascendant et au bout de quelque temps, le fléau s’incline en sens inverse, montrant que le gaz que
- A ce point de vue, on ne saurait trouver rien de plus élémentaire, de plus ingénieux que les dispositions imaginées et réalisées par M. Geo. M. Hopkins, et décrites dans le Scientific American, pour mettre en évidence d’une façon palpable en quelque sorte, les différences de densité des gaz.
- L’une de ces expériences donne la démonstration directe des différences des densités des gaz par une simple pesée, la seconde utilise les différences de densité à la production d’un petit moteur à densités.
- La première expérience (fig. 1) montre comment il faut s’y prendre pour construire simplement une ba-
- Fig. 2. — Petit moteur en carton utilisant les différences de densité des gaz.
- renferme la boîte est plus léger que l’air qu’elle renfermait auparavant.
- Pour construire un moteur utilisant les différences de densité (fig. 2), on découpe un disque de carton léger, mais solide, et on colle à sa périphérie un certain nombre de petits cornets en papier. L’axe du moteur est constitué par une aiguille à tricoter traversant deux bouchons qui servent à maintenir le disque dans un plan perpendiculaire à l’axe. On produit la rotation du disque ainsi construit, soit en versant de l’acide carbonique sur la droite de la zone, soit en faisant arriver de l’hydrogène vers la gauche, au-dessous de l’ouverture des cornets. Toutes ces expériences sont trop simples et trop évidentes pour qu’il soit nécessaire d’insister.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- I Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- >’° 805. — 3 NOVEMBRE 1888.
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- K E 1. A T1 O .N E.Mllli LA COl'I.EUU ET LIES INSTINCTS I>E Ql EI.QCES LÉPIDOPTÈRES
- Les Lépidoptères, revêtus de riches couleurs, dépourvus de tout moyen de défense, sont une proie
- très facile pour leurs ennemis. Une étude approfondie des moyens que la nature a mis à leur disposition pour suppléer à ce défaut d’armes défensives et assurer la conservation de l’espèce, donnerait l'explication de bien des laits encore obscurs de la vie de ces êtres intéressants.
- U n’est pas besoin, pour cette étude, de recourir
- Fig. 2. — Ilhodocère citron (Rhodocera rhamni) offrant l’aspect Fig. 3. — Papillon (lit Feuille morte (Lasiocampa
- des feuilles de nerprun. quercifolia).
- aux espèces exotiques. Une simple promenade dans nos prés et nos bois nous fournira un champ d’exploration suffisamment vaste.
- 16e année. — 2* semestre
- Assez souvent la couleur sombre des chenilles permet de les confondre avec le bois sur lequel elles sont allongées. Cela est vrai surtout pour ces elie-
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- nilles de l’halénides qu’on appelle Géomètres ou Ar-penteuses à cause de leur démarche particulière. Elles ont la singulière habitude de s’accrocher avec les pattes de derrière et de tenir le corps élevé et raide, comme un morceau de bois ; dans cette position, elles paraissent faire partie de la plante qui les supporte. Mais cette ruse qui peut tromper des oiseaux ou d’autres insectes ne peut dérouter la sagacité des entomologistes. Le moyen que ceux-ci emploient généralement est des plus simples : ils se contentent de frapper d’un maillet les branches des arbres qu’ils supposent habités par ces insectes, et les chenilles effrayées se laissent immédiatement descendre à l’extrémité de leur fil soyeux. Elles viennent ainsi se présenter d’elles-mêmes aux mains des chasseurs, en voulant éviter un danger qu’elles croient venir de l’arbre même.
- La chenille brune de la Phalène du sureau (Uro-pterix sambucaria), lorsqu’elle est allongée, ressemble absolument à un morceau de bois (fig. 1). Elle reste très longtemps dans cette position et parvient ainsi à échapper aux recherches des oiseaux insectivores'.
- Les chenilles de couleur verte sont difficilement distinguées des plantes sur lesquelles elles vivent, surtout dans un bois touffu où tous les objets reçoivent un reflet de lumière verte. « Cette difficulté est encore augmentée par cette habitude que l’esprit a de considérer la couleur verte comme une couleur spéciale aux végétaux, ou plus généralement, par cette tendance que nous avons à nous figurer les êtres animés comme devant être d’une couleur différente de celle des plantes.1 »
- La chenille du Papillon blanc du chou (Pieris rapæ), immobile et allongée parallèlement aux nervures sur une feuille de chou, se confond parfaitement avec elle.
- Ceux de ces insectes qui n’ont pas été pourvus par la nature de vêtements dont la couleur leur permet d’échapper à leurs ennemis, sont armés, soit d’épines comme la chenille du Paon du jour (Va-nessa Io) ou de soies raides comme la chenille d'Arctia cajay qui se roule en boule au moindre danger et que, pour cette raison, Geoffroy appelle Ecaille hérissonne. Les poils des chenilles processionnaires s’enlèvent assez facilement, s’attachent a la peau et causent des démangeaisons très cuisantes. Beaucoup de ces chenilles, et parmi elles, celles des Papillons proprement dits, portent derrière la tête un appendice rétractile qui, lorsque l’insecte est effrayé, excrète une liqueur fortement odorante destinée k éloigner certains ennemis.
- La chenille de Dicranura furcula a les deux dernières pattes remplacées par deux longues cornes qui peuvent se rapprocher, s’écarter, se diriger dans tous les sens. Cette arme lui est d’autant plus utile qu’ayant la peau très mince, elle est plus que toute autre exposée aux attaques des Ichncumons. Elle
- possède aussi la faculté de lancer à une assez grande distance une liqueur corrosive.
- Les chrysalides sont, comme les chenilles, pourvues de moyens de défense particuliers. La chenil h1 de l’Attacus grand-paon (Attacus pavonia major) dans le courant d’aoùt se lile une coque brune et très dure qu’elle place dans les saillies des arbres et sur les rebords des murs, où sa couleur la protège très bien. Cette coque, en outre, est merveilleusement construite : elle ressemble aux nasses dont on se sert pour prendre les poissons; l’insecte peut en sortir alors que les ennemis du dehors n'y peuvent entrer.
- La Dicranura vinula file sa coque dans les crevasses des arbres. La liqueur corrosive qu’elle sécrète lui permet de ramollir les débris de bois et d’écorce qu’elle fait entrer dans la composition de sa coque, de façon k boucher la crevasse où elle est logée et à lui donner l’aspect et la couleur du tronc dans lequel elle va opérer en paix sa transformation.
- Peu de Lépidoptères ont une ressemblance plus ou moins lointaine avec d’autres animaux. La plupart sont protégés par la ressemblance qu’ils offrent avec les feuilles, les troncs d’arbres ou les objets inanimés.
- La femelle du Rhodocère citron (Rhodocera rhamni), de couleur blanc-verdâtre, ressemble assez bien k la feuille de Nerprun; elle se tient souvent k la face inférieure des feuilles qui est de couleur plus claire et se rapproche davantage de la sienne (fig. 2). Le Thecla rubi, avec ses ailes d’un brun noirâtre en dessus et vertes en dessous, peut être confondu avec la feuille de différents arbres.
- Les papillons hibernants ressemblent presque tous k une feuille sèche, on peut citer surtout celui qui porte le nom caractéristique de Feuille morte (La-siocampa quercifolia), dont le corps roux ainsi que les ailes dentelées lui donnent l’apparence d’une feuille desséchée et flétrie (fig. 5).
- Nous pourrions trouver des papillons qui ressemblent k des fleurs, à des taches de boue, à des lichens, etc. L’instinct d’ailleurs porte tous ces insectes k se reposer sur les objets dont la couleur offre quelque analogie avec la leur.
- Nous terminerons cette courte étude par cette observation de M. Ladywood, correspondant du Science Gossip, k qui nous avons emprunté une partie des détails qui précèdent: « J’ai observé, dit l’auteur, que le Bryophila perla se reposait souvent sur les briques bleuâtres ou les pierres colorées des murs, à cause de la couleur gris-bleuâtre de ses ailes. Il évite avec grand soin de se reposer sur les briques rouges et, k défaut de briques bleues, il essaye, du mieux qu’il peut, de se dissimuler dans les joints, sur le ciment grisâtre. 1 » V. Brandicoukt.
- De la Société Linnéenne du nord de la France.
- 1 Voy. Rapports des insectes et des plantes. La Faculté protectrice par imitation, n°G67, du 13 mars 1886, p. 225.
- 1 Canadian Entoinologist, vol. XYII1. 1886.
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- LE CIDRE A PARIS
- A l'ROPOS RE I,'EXPOSITION RES CIDRES
- Lue Ex|>osilion nationale des cidres, doit s’ouvrir très prochainement, le 1er novembre, et elle durera jusqu’au 10 décembre suivant. Cette Exposition, organisée sous les auspices du ministère de l'Agriculture, a été inspirée par la Société pomologiqtie de l'Ouest et le Syndicat de défense des producteurs de cidre. Elle représente de très sérieux intérêts agricoles.
- Un .Normand de distinction, M. le comte de Contades, a récemment publié, dans le Bulletin de la Société scientifique d'Argentan, une curieuse notice sur la consommation du cidre à Paris: Ce nous est une occasion de donner ici quelques détails historiques peu connus.
- « La consommation du cidre, dit M. de Contades, augmente à Paris chaque année, et ce n’est pas sans une véritable vanité provinciale que nous lisons à la devanture de tous les cabaretiers : bon cidre de Normandie.
- a Voilà du reste deux cents ans au moins que notre cidre de Normandie est apprécié et bu à Paris. Nous trouvons en effet dans la première feuille d’annonces parisiennes, le Journal des Avis et des Affaires de Paris, contentait tout ce qui s'y passe toits les jours de plus considérable pour le bien public, l’avertissement suivant, à la date du 7 septembre 1676 :
- BOISSON NORMANDE
- Du Luiuly 7 septembre. Tout le monde n’est pas né pour le vin ; les uns ayment la bière, les autres chérissent le cidre comme un remède mesme salutaire pour le corps humain : ceux qui auront donc inclination pour ce dernier, on en sçait de bon au milieu de la Ville, et qui vient des meilleurs en-droils de Normandie, sans aller chercher si loin vers la porte Saint-Denis. On sçaura le lieu dans le bureau d’adresse, et le nom de la rue, quand ou en aura besoin1.
- « Nous aimons à voir que, dès ce temps-là, notre boisson habituelle était considérée comme salutaire pour le corps humain; regrettant toutefois que, dans l’annonce, elle soit même élogieusement qualifiée de remède. Voilà vraiment, surtout à cette époque, qui rappelle trop le fameux ensuita purgare de Molière !
- « Mais, hygiène ou gourmandise, où ceux qui chérissaient \e cidre pouvaient-ils en trouver en 1676? On le sçavoit bien au bureau d'adresse estably chez le sieur Colletet rite du Meurier, proche Saint-Nicolas-du-Chardonneret; mais le sieur Colletet s’était imposé la profitable règle de ne jamais donner, dans son bulletin, d’adresses au complet. Il fallait donc, avant de parvenir à la boutique, dont l’annonce alléchait forcément, passer au bureau de la gazette2. »
- 1 Voy. le Journal de Colletet, premier petit journal parisien (1676), avec une notice sur Colletet, gazetier, par Arthur Heulhard. Paris, le Moniteur du Bibliophile, 1878, in-4°, p. 118.
- 2 Colletet gai’dait, en annonçant du vin de Champagne, la même discrétion intéressée : « Un bourgeois de Paris vend en détail, d’excellent vin de Reims en Champagne, et le donne à 1 ‘2 sous la bouteille; il en a aussi à 10 et à 8 sous la pinte. Le dit vin est de son propre crû, et l’on enseignera au bureau sa demeure. » Le bureau d’adresse fut, en novembre 1676, transféré a sur le grand quai de l’Horloge du Palais, qui regarde celui de la Mégisserie, et qui aboutit d’un bout au Cheval de bronze, et de l’autre .à la rue du llarlay. »
- L’auteur nous rappelle que notre grand Mézeray était fort amateur de bon cidre et qu’il allait en boire chez maître Le Faucheur, cabaretier de La Chapelle. Trente ans plus tôt, le Ilouennais Saint-Amant qui « savait par cœur tous les vignobles de France et leurs divers degrés de bonté, après avoir déclaré dans une épître à M. de Pontinénard, que le jus de la vigne était divin, avait avoué, dans un caprice, au comte de Brionne, que celui des pommes valait assurément mieux. »
- LA TURBINE « VICTOR »
- DE M. ER. N'ELL
- A l’époque où a paru ici même1 la description de la grande machine dynamo-mammouth de M. Brush, cet imposant générateur d’électricité ne fonctionnait pas encore. Depuis, l’installation en a été achevée par la pose et la mise en marche du moteur. Il nous a paru intéressant de compléter les renseignements que nos lecteurs ont déjà sur la matière en leur donnant une courte description du moteur employé.
- Ce moteur est une turbine ou mieux un ensemble de deux turbines d’un diamètre de 760 millimètres et d’un modèle tout nouveau, placées horizontalement et agissant sur le même arbre. La figure 5 donne une idée de la disposition adoptée: l’appareil est placé dans une grande salle mesurant 9m,14 sur 29m,26. L’eau utilisée sous une hauteur de chute de I0m,67 est amenée au moteur par un large tube en tôle (2m,44 de diamètre) : en traversant les deux turbines, que l’on.voit par l’arrachement fait à la chambre qui les contient, elle leur imprime une vitesse de 240 tours, et développe une force de 528 chevaux, directement utilisables sur l’arbre de transmission principale dont on voit la grande poulie motrice sur la gauche de la figure dans une salle voisine. Un petit volant à main placé à l’étage supérieur et auquel, dans beaucoup de cas, on substitue un régulateur Watt à force centrifuge, permet le réglage de l’admission d’eau.
- Cette turbine, dite turbine « Victor», a été imaginée par M. Fréd. Nell de Londres.
- Les figures 1 et 2 donnent le détail d’une turbine « Victor » disposée verticalement : le type en est, aux dimensions près, exactement le même que celui de la turbine horizontale dont nous avons parlé, c’est-à-dire que, suivant les conditions d’installation, l’appareil peut fonctionner indifféremment et sans y rien changer dans la position verticale ou horizontale.
- A première vue nos lecteurs reconnaîtront assez mal une turbine dans ce cylindre à persiennes verticales s’écartant entièrement des types Fontaine et Fourneyron, qui sont assurément présents à leur mémoire. Nous croyons bon toutefois de rappeler qu’en principe général une turbine se compose essentiellement d’un ensemble de deux couronnes
- t
- 1 Yoy. u° 6D8, du 16> octobre 1886, p. 305.
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- cylindriques et évidées annulairement. L’une de ces couronnes est fixe, l’autre est mobile et constitue l’agent moteur proprement dit du système. Le vide annulaire de chacune des couronnes est garni d’aubes ou palettes de forme et de nombre appropriés. L’eau traverse d’abord la couronne fixe dans laquelle les aubes la divisent en un certain nombre de filets de direction déterminée et possédant une vitesse propre qui leur donne la charge d’eau en amont. En quittant la couronne fixe, ces filets se précipitent sur les palettes ou aubes mobiles : ils les chassent successivement en avant animant ainsi la couronne mobile d’un mouvement de rotation plus ou moins puissant et rapide. L’eau s’écoule ensuite dans le bief d’aval, ayant ainsi presque totalement abandonné à la turbine sa force vive 1 /2 MY2 transformable en travail et due à la hauteur de chute. Ainsi conçu, tout système de turbine paraît, au premier abord, éminemment simple. En pratique, des difficultés d’ordre très variable se présentent, dont une des plus importantes peut être le fonctionnement du vannage, c’est-à-dire du procédé employé pour régulariser l’arrivée d’eau dans la couronne fixe distributive.
- Toutes choses égales d’ailleurs, la turbine de tM. Fréd. Nell se compose donc des deux éléments nécessaires, couronne fixe et couronne mobile, et de l’élément accessoire, l’appareil de vannage. Mais ici, les trois parties de l’appareil, au lieu de se superposer (type Fontaine) ou de se juxtaposer (type Fourneyron), s’emboîtent les unes dans les autres comme le montre le plan schématique (fig. 2).
- Dans ces conditions, la couronne directrice extérieure est seule visible sur la figure 2 et nous devrons décrire séparément l’appareil de vannage et la couronne mobile que nos lecteurs n’auront plus qu’à faire rentrer par la pensée, dans l’intérieur de la boîte formée par la couronne fixe, pour avoir devant les yeux la turbine.
- La forme de la couronne fixe k aubes directrices verticales (fig. 2) assure, au point de vue théorique, un débit d’eau très considérable au moteur, partant une puissance très grande par rapport à son diamètre. Ceci est d’une grande importance pratique dans l’application par suite de l’économie d’espace d’une part et de transport d’autre part, le poids
- par unité de force étant considérablement diminué.
- L’arbre vertical de la couronne mobile tourne sur un pivot inférieur en bois solidement encastré dans un croisillon fixé sur une couronne en fonte et que l’on voit charger dans le h as de l’appareil. Dès son origine, cet arbre est parfaitement guidé dans un boitard facile à centrer et solidaire d’un couvercle en fonte C (fig.l) protégeant tout l’ensemble moteur mobile placé intérieurement. Un manchon ad hoc permet la liaison de la turbine à la transmission générale et assure l’utilisation de tout l’effort développé dans le moteur. Peut-être il y aurait eu intérêt à ne pas ainsi placer le pivot dans une partie inaccessible. On fait depuis longtemps pour les turbines des pivots de forme spéciale qu’il y a grand avantage à employer
- et dont le modèle, muni des derniers perfectionnements, a été décrit ici même (n° 718, du 5 mars 4887, p. 215).
- Quoi qu’il en soit, nous ajouterons que la couronne fixe, fondue d’un seul jet, est tournée intérieurement comme un cylindre de machine à vapeur pour recevoir le vannage que représente la figure 5.
- Cette pièce est aussi fondue d’un seul jet, cylindrique et tournée extérieurement et intérieurement pour s’appliquer, pour ainsi dire sans jeu, sur la couronne fixe d’une part et sur la couronne mobile d’autre part. Les ouvertures que laissent entre elles les lames fixes qui la garnissent correspondent exactement aux ouvertures des directrices dont la longueur se trouve ainsi doublée quand le vannage est entièrement ouvert. Le mouvement de rotation qu’il est nécessaire de lui imprimer pour régler l’arrivée d’eau lui est donné à l’aide d’un segment circulaire S et d’un pignon calé sur un petit arbre vertical (a) que l’on voit sur la figure 1. Cet ensemble est abrité du choc de tout élément étranger pouvant le rompre et de toute pression verticale du liquide par le couvercle général dont nous avons parlé. Cet artifice assure un mouvement des plus faciles au vannage qui règle ainsi la quantité d’eau admise dans la turbine et en assure la distribution égale et uniforme sans changer ni la direction du courant, ni l’angle relatif des filets sur les hélices mobiles, ni la vitesse de l’eau qui y est admise. Guidé et très exactement centré par un boitard su-
- Fi/r. 1, 2, 5 et L — Détails de la turbine Victor.
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- périeur, ce vannage peut être ajusté avec la plus grande précision, ce qui évite toute perte d’eau par rejaillissement, réduit la friction pour le mouvoir à son maximum et obvie à la plupart des inconvénients reprochés jusqu’ici aux fermetures d’eau par tiroir.
- A l’intérieur du vannage, guidée aussi comme dans un cylindre par deux plateaux tournés, se meut la couronne mobile. Sa forme (fig. 4) est essentiellement différente de celles qui sont habituellement construites, et si nous employons le mot couronne mobile, c’est simplement par analogie. L’eau ayant traversé la couronne directrice et le vannage vient tout d’abord agir sur les hélices ou aubes supérieures. Le profil en est calculé de telle sorte que le liquide est naturellement conduit avec la perte minima de travail dans les aubes inférieures où il finit d’abandonner la presque totalité du travail transformable qu’il contient.
- L’eau reçue par la circonférence est en définitive déchargée par la partie inférieure après un court trajet sensiblement horizontal dans le moteur. On pourrait donc presque dire que la turbine Victor fonctionne à la fois comme une turbine Fourneyron et comme une turbine Fontaine. Elle appartient néanmoins beaucoup plus au type Fontaine, c’est-à-dire que c’est une turbine en dessous dans laquelle l’eau agit verticalement.
- Nous ferons remarquer que, théoriquement tout au moins, deux conditions qu’il est bon de suivre de près sont réalisées dans l’appareil, par le fait même de la forme adoptée par M. Fréd. Nell. D’une part, le nombre des aubes directrices est plus grand que le nombre des aubes mobiles; d’autre part, comme
- les aubes inférieures en forme d’auget ne sont pas enveloppées par le vannage, les lignes de décharge sont très considérables puisqu’elles occupent tout le diamètre de la partie inférieure de la turbine excepté l’espace occupé par son arbre vertical.
- Comme nous le disions, l’appareil peut se placer verticalement ou horizontalement. Dans la première position (et toujours dans la seconde), il y a souvent avantage à chambrer la turbine et à la munir d’un tube hydro-pneumatique bien étanche et en tôle comme on le voit sur la figure 5. Ce tube plongeant de quelques centimètres à l’aval, l’action aspirante qu’y produit le liquide qui le parcourt après avoir traversé la turbine , augmente encore les bonnes conditions de débit et dans une certaine mesure les qualités du moteur.
- M. Fréd. Nell assure avoir ainsi obtenu parfois, dans des conditions éminemment favorables il est vrai, un rendement de 90 pour 100. Cela peut paraître extraordinaire, mais il n’en est pas moins vrai que d’après des expériences faites par M. Clément Herschell, ingénieur hydrauli-cien des chutes de Holyoke-Massachusetts, le rendement atteint couramment 80 à 85 pour 100, ce qui est déjà fort imposant si l’on s’en réfère aux 75 pour 100 que donnent généralement les bonnes turbines. Ces chiffres résultant d’expériences très bien faites assurément, mais que nous ne saurions discuter, on le conçoit, et dont le tableau ci-après donne un exemple, ces chiffres, disons-nous, devront-ils être modifiés par une pratique plus longue ? C’est ce que l’avenir apprendra.
- Les nombreuses installations faites jusqu’à ce jour,
- Fig. 5. — Vue d’ensemble de la turbine Victor, actionnant une machine dynamo.
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- tant en Amérique qu’en Europe, montrent que les avantages dont se réclame M. l’réd. Nell sont parfaitement réalisés.
- Ed- CG Ed f/3 Z M 2 g P P CL. Cd £ O 1 H Z Cd
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- 3 O O cd > < kEd — CG fc. $ u* V 3 'g u Cl. Z Cd
- Millim.
- 380 5,56 343,5 28,62 460 0,8473
- 380 5,57 323 29,36 458 0,8705
- 580 5,50 521,5 29,22 457 0,8808
- de la personne qui s’en sert pour descendre ; c’esi là aussi une qualité dont ori appréciera l’intérêt, car il arrive souvent que l’imminence du danger produit un certain affolement chez les personnes qui cherchent à s’enfuir; elles peuvent alors, si elles emploient un descenseur non automatique, négliger les précautions les plus simples pour assurer la marche du frein, et s’exposer ainsi à une mort certaine. Tout danger analogue est évité avec l’appareil automatique, puisqu’il suffit, après avoir accroché l’appareil par son anneau à un point fixe quelconque formé par l’appui d’une fenêtre, d’un balcon, etc., de se suspendre par le crochet qui termine le ruban, etde se laisser ensuite descendre librement; la vitesse se règle d’elle-même sans qu’on ait aucune manœuvre à effectuer.
- Ces avantages peuvent se résumer en quelques mots : débit d’eau très considérable et grande puissance sous un petit diamètre, grande simplicité d’organes et par conséquent solidité de construction à toute épreuve, rendement tout particulièrement élevé. M. À. C..., ingénieur.
- DESCENSEUR AUTOMATIQUE
- DE MM. EVRARD ET CORNEVIN
- Nos lecteurs de Paris ont pu remarquer, à l’Exposition des appareils d’hygiène et de sauvetage, un descenseur automatique, qui présente un intérêt tout particulier en raison de ses faibles dimensions et de son poids réduit. Appareil essentiellement transportable, il peut être à la rigueur logé dans la poche. Le ruban qui soutient le fardeau à descendre est préparé en fil d’acier, de résistance exceptionnelle, ce qui a permis de,, lui donner des dimensions tout à fait restreintes, et il est contenu dans une boîte en forme de disque rond, de 8 centimètres de diamètre seulement. Ce diamètre atteint 0m,12 environ en un seul point, à cause de la saillie de l’appareil de réglage et des crochets d’amarrage; mais le poids total de l’exemplaire exposé, comprenant un ruban de 20 mètres , de longueur, ne dépasse pas lks,200 environ. Les propriétés caractéristiques de cet appareil résultent surtout de la grande résistance des rubans d’acier qu’il emploie ; les inventeurs, MM. Evrard et Cornevin, ingénieurs de la Compagnie des forges de Chàtillon-Commentry, ont appliqué, à cet effet, à la préparation du ruban le métal fondu au creuset, de la qualité des cordes à pianos, susceptible de résister, sans rupture, à un effort supérieur à 200 kilogrammes par millimètre carré. Cette fabrication, qui était restée longtemps le monopole de l’Allemagne, a été introduite en France par M. Evrard lui-même, et il faut espérer que nos facteurs de pianos, soucieux d’encourager l’industrie nationale, renonceront désormais à se procurer leurs cordes à l’étranger.
- Le ruban employé dans l’appareil descenseur a une section de 10 millimètres carrés environ, il peut résister à un effort de plus de 1000 kilogrammes, ce qui donne ainsi un coefficient de sécurité considérable pour descendre un fardeau d’un poids de 200 kilogrammes; on voit par suite qu’il pourrait à la rigueur supporter sans danger plusieurs personnes à la fois, malgré l’exiguïté de ses dimensions. Observons d’autre part que l’appareil est muni d’un frein actionné par la force centrifuge, fonctionnant donc automatiquement, en dehors de toute action
- Descenseur automatique. — 1. Vue du riilian commençant à se dévider. — 2. Vue extérieure. —5. Coupe suivant 1, 2, 3.— 4. Coupe suivant, 4, o, 6, 7. — 5. Coupe suivant, 8, 9.
- L’appareil représenté dans les figures ci-dessus, comprend une boîte circulaire D à un seul fond portant l’anneau d’accrochage B ; à l’intérieur de cette boîte est enfermé le ruban enroulé en bobine autour d’un tourillon faisant corps avec le couvercle. L’extrémité inférieure du ruban E est attachée sur le tourillon, l’autre extrémité libre recevant le crochet M qui tient le fardeau ; et, lorsque le ruban se déroule, il entraîne le couvercle dans un mouvement de rotation, le tourillon tournant autour du pivot fixé à la boîte. Le couvercle porte à la circonférence une denture hélicoïdale sur laquelle engrène une vis sans fin G dirigée tangentiellement et qui est destinée à fournir l’effort résistant formant frein. Sur l’extrémité de l’axe de cette
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- vis, est lixé à cet effet un croisillon à quatre ou six brandies tournant dans un petit cylindre faisant corps avec la boîte. Dans les intervalles des branches sont logées librement autant de petites niasses en forme de secteurs qui participent à la rotation du croisillon ; celles-ci sont maintenues d’ailleurs enfermées dans le cylindre par le couvercle dont il est muni.
- Le fonctionnement de l’appareil se cômprend immédiatement d’api'ès cette description : le descenseur est amarré, comme nous l’avons dit, par son anneau supérieur, la personne ou le fardeau à descendre est attaché au crochet terminant le ruban; sous l’effort du poids suspendu, le ruban se déroule en faisant tourner le couvercle de la boîte dont le mouvement de rotation se transmet en s’amplifiant par l’axe de la vis sans fin aux masses engagées dans le croisillon. Celles-ci sollicitées par la force centrifuge viennent presser contre les parois du cylindre où elles sont engagées, et elles déterminent ainsi une résistance croissante, avec le carré de la vitesse, et qui s’oppose par suite à toute accélération dangereuse. Dès que la descente est effectuée, il suffit de tourner la bobine en sens inverse, en introduisant une petite broche dans un trou ménagé à cet effet sur le couvercle mobile ; on enroule à nouveau le ruban, et l’appareil est prêt pour une nouvelle descente. L. D.
- ÉRUPTION VOLCANIQUE
- A I, ’lLE VULCAXO
- Nos lecteurs savent que le volcan de l’île Yulcano est entré en éruption du 5 au 5 août 1888 Y Après cette première manifestation, le volcan se maintint calme pendant treize jours, et rien ne faisait supposer une reprise de l’activité éruptive. Cependant, le 18 août, à 5 heures du matin, l’éruption recommença : une colonne de vapeurs chargée de cendres s’éleva du cratère, avec lebruit de fortes détonations.
- Le 19 août, avec le savant vulcanologue, M. le professeur 0. Silvestri, son fils Alfred et mon frère Gaetano, j’arrivais à Lipari, l’île la plus grande de l’archipel Eolien, et la plus proche de l’île Yulcano (voir la carte, fig. 1). A l’aube nous avons observé, du bateau à vapeur qui nous transportait, une immense colonne de fumée s’élevant du cratère, jusqu’à grande hauteur et laissant tomber une forte pluie de cendres; les pierres projetées retombaient près du cratère et plusieurs bombes éclataient au milieu du panache de vapeurs pendant que la chute des cendres était plus abondante. "
- Cendant notre séjour à Lipari et nos visites à Yulcano, le cratère se maintint toujours en activité; l’éruption, avec quelques intervalles de calme, dure encore au moment où j’écris.
- Je vais donner ici quelques détails sur l’allure de l’éruption pendant les jours qu’il nous a été donné de résider aux îles Eoliennes.
- Toute la journée du 19, les explosions se sont succédé à de courts intervalles : le soir on nota une légère augmentation d’intensité. De Lipari, on enten-
- 1 Voy. n° 705, du 25 août 1888, p. 198.
- dait distinctement les bruits des explosions. Le veut d’ouest charriait à grande distance les vapeurs chargées de cendres.
- Le 20, le cratère étant plus calme nous a permis l’ascension du volcan jusqu’au sommet. Nous avons suivi l’ancienne route, à droite du célèbre amas d’obsidienne, mais à cause des éboulements, l’ascension était pénible. La montagne a ses flancs raxinés sous l’action des pluies; les ravins ont été creusés dans les matériaux fragmentaires dont sa surface est formée. On voyait cà et là de gros blocs qui avaient été lancés par le volcan (fig. 2). La couche de cendres de cette éruption n’était pas épaisse ce jour-là de ce côté de la montagne, parce que le vent dominant avait été de l’ouest.
- Arrivés au Piano delle fumaruole, nous avons examiné spécialement la plus grande des fumerolles, que les habitants appellent fumerolle Capnto. Mon frère, qui avait visité Yulcano en mai 1887, n’observa pas de changements appréciables, ni aucune augmentation d’activité dans les fumerolles. Les sublimations de cette fumerolle, dont les vapeurs sont très acides, consistent principalement en soufre, sulfure d’arsenic et acide borique. La température, d’après les mesures de M. 0. Silvestri, était de 2G0° C.
- Nous avons ensuite franchi la dernière portion du cône et avons atteint le sommet du cratère. Les circonstances nous favorisaient : le volcan, dans ce moment, était calme. Nous avons traversé une partie du bord supérieur afin de choisir un endroit par où l’on pouvait observer l’intérieur du gouffre; en l’absence d’explosion il nous a été donné d’en voir tous les détails. Le cratère avait la forme d’une vaste cavité elliptique, qui n’occupait pas la partie centrale du cône, mais s’ouvrait plus à l’ouest; ses parois internes escarpées présentaient plusieurs couches de matériaux altérés d’anciennes éruptions. Mon frère constata que le fond du cratère était plus profond que lors de sa visite antérieure. Nous avons vu que le fond était constitué par d’énormes blocs entassés de laves anciennes plus ou moins altérées et sillonnés par de larges et longues fissures. Des vapeurs blanches s’échappaient sans interruption de quelques-unes de ces fissures et faisaient entendre un fort sifflement comparable à celui que produit la vapeur en sortant des soupapes de sûreté, mais avec beaucoup plus d’intensité. Ces vapeurs, peu denses et dépourvues de cendres, ne nous empêchaient pas de voir tous les détails du fond du cratère. Les sublimations colorées, qui tapissaient autrefois le fond et les parois du cratère, avaient disparu, et il n’y avait aucun vestige des anciennes fabriques et du pont qui facilitait l’accès de ces fabriques quand le cratère, à l’état de solfatare, permettait l’extraction de l’acide borique, du sel ammoniac et du soufre dans son intérieur.
- Tout à coup nous entendîmes une forte détonation, et du fond du cratère sortit avec violence une fumée grise chargée de cendres et de pierres; ces pierres,
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- sous forme de vastes globes, se dilataient à mesure qu’elles s'élevaient. Le bruit était très intense, ressemblant au roulement de forts coups de tonnerre continus. Les pierres lancées retombèrent dans le cratère sans en atteindre le bord. Les explosions se succédaient à des intervalles de quelques secondes. Le phénomène dura presque un quart d’heure ; ensuite le bruit diminua et en même temps l’éruption des vapeurs chargées de cendres cessa tout à coup; le dégagement des vapeurs blanches continua avec sifflement, de la même façon qu’avant l’explosion. La vapeur noirâtre s’éleva en une immense colonne et se répandit de façon à nous plonger dans l’obscurité pour quelques minutes ; ensuite ce nuage épais fut entraîné par le vent nord-ouest. Après avoir observé ce magnifique spectacle, nous descendîmes : arrivés au Piano dette fumaruole, une autre explosion plus intense eut lieu ; les pierres lancées atteignirent cette fois le bord supérieur du cratère.
- C’était le début d’une augmentation d’activité qui se prolongea pendant toute la nuit. Dans la matinée du lendemain 21, l’activité diminua, mais elle s’accrut l’après-midi. En général, les jours suivants, le volcan se montra plus actif.
- Un fait qui me semble digne d’être mentionné, c’est que, pendant les jours suivants,
- 22, 25, 24 et 25 août, une forte explosion eut lieu, à environ 4 heures du soir, avec une régularité remarquable ; le même phénomène eut lieu vers 8 heures du matin des mêmes jours, mais avec moins de régularité. Ces heures correspondent aux minima barométriques, comme je l’ai constaté au moyen des courbes barométriques de l’Observa-
- toire de Messine, que je dois à l’obligeance de M. P. Landi, directeur de cet Observatoire. J’ai aussi noté un minimum de pression le 18 août, à 5 heures du
- matin, qui correspondait à la reprise de l’éruption.
- Nous avons observé de près l'explosion de 8 heures du matin le 25 août. Les pierres furent lancées principalement dans le flanc est de la montagne. Ce même jour, pendant que nous étions près de Vulcanello, en attendant l'explosion de 4 heures du soir, j’ai visité les trois cratères de ce petit volcan éteint : je n’y ai pas observé de fumerolles.
- A4 h. 5m. une grande explosion eut lieu dans le cratère de Vulcano : la photographie de M. 0. Sil-vestri (iig. 5) montre le début de cette explosion. On voit l’épaisse colonne de vapeurs mélangées avec des cendres, commencer à s'élever du cratère et le versant ouest couvert de pierres incandescentes qui soulèvent des poussières. Les masses de pierres lancées dans cette explosion sont tombées aussi au pied du mont Saraceno et ont mis le feu au bois de genêts qui couvrait le versant nord-est de ce mont; le feu s’est communiqué jusqu’à atteindre, en quelques heures, des genêts au sommet du mont.
- L’explosion de 4 heures après midi, du 24 août, a été considérable, ainsi que celle du 25, à la même heure ; les vapeurs issues du volcan dans cette explosion, qui dura plus d’un quart d’heure, furent chassées vers l’est et couvrirent une partie de l’horizon.Les produits de l’éruption ont été de la cendre blanchâtre, des pierres ponces et un grand nombre de blocs de diverses laves anciennes, dont quelques-unes altérées : il y avait des blocs de près d’un mètre
- ___________________________
- Fig. 1. — Carte de l’îlc Vulcano et du cratère volcanique.
- Fig. 2. — Petite bombe volcanique d’obsidienne et ponce recueillie près du cratère de Yulcano, le 28 août 1888. (Réduction 1/3.)
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- Fi", 5. — Le cratère de File Vulcaiio au moment d’une première éruption de vapeurs, de cendres et de pierres incandescentes, le 23 août 1888 à i h. KO ni. de l’après-midi. — 1. Piano delle fumaruole — plus au-dessous: ancien cratère. — 2. Porto di Levante. — 5. Maison de M. Narlian, magasins et vignobles. — 1. Ancien courant d’obsidienne. — o. Les Jaraglioris.
- Fig. i. — Le Vulcano en éruption, le 20 août 1888 à 8 h. io m. du matin. — A. Cratère actuel. —- B. Un des cratères de Vuleanello. — C. Détroit qui sépare File de Vuleanello de File Lipari. —1. Monte Saraceuo. — 2. Nuée produite par une explosion antérieure, (D’après des photographies instantanées, deM. le professeur 0. Silvestri.
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- de diamètre. J’ai recueilli un morceau d’un de ces blocs lancé à peu de distance du pied de Vulcanello. La forme des pierres ponces est caractéristique ; j’ai trouvé sur le cratère quelques-unes de ces pierres avec leur surface, changée en obsidienne, sillonnée de tissures qui laisse voir la matière ponceuse interne. Elles sont arrondies et présentent la forme de ce qu’on appelle communément des bombes volcaniques. Le volcan n’a pas émis de lave fluide, ni de scories contrairement à ce qui avait été dit précédemment.
- l^es colonnes de fumée que le volcan lance à des intervalles plus ou moins longs, s’élèvent à une grande hauteur. Dans la figure 4 on voit une de ces colonnes photographiée le 20 août, et, à gauche, la nuée formée par l’explosion précédente. La cendre vomie est tombée aussi dans les côtes voisines de la Sicile et de la Calabre.
- Les blocs incandescents lancés par le cratère ont produit des dégâts : outre des genêts, dont j’ai parlé, quelques vignes du tignoble situé entre Porto <li Levante et Monte Lentia ont été brûlées. De grosses pierres ont aussi effondré le plancher de quelques magasins et de la maison de M. Narlian, propriétaire de ces vignobles et d’une partie de Yulcano.
- La partie nord de File est à présent complètement abandonnée ; les personnes qui y demeuraient se sont réfugiées à Lipari. L’éruption dure encore, mais depuis le 1er octobre les cendres sont de couleurs plus foncées que précédemment. Il y a eu une diminution notable dans l’activité du II au 15 septembre; ensuite les éruptions intermittentes recommencèrent avec l’énergie primitive. Depuis les premiers jours d’octobre, le volcan se maintient bien actif et les explosions sont souvent accompagnées de forts grondements.
- Pendant cette éruption, rien ne s’est manifesté dans le cratère du Stromboli.
- Les phénomènes géodynamiques qui ont accompagné cette éruption ont été heureusement de faible intensité. Des secousses de tremblements de terre ont été ressenties dans la côte septentrionale de la Sicile la plus proche de Yulcano. A Patti et à Naso, au nord de la Sicile, des secousses se sont fait sentir le 3 septembre, à 7 h. 30 m. du matin, à 10 heures du soir du même jour, et le 7 septembre à Naso on a ressenti quatre secousses ondulatoires dont deux assez fortes.
- Parmi les précédentes éruptions analogues de Yulcano, nous citerons celle de 1444, accompagnée par des tremblements de terre en Sicile et en Calabre ; celle de 1739, pendant laquelle de fortes et funestes secousses ébranlèrent la côte de la Sicile voisine de Yulcano, spécialement Naso; celle de 1786, avec de forts tremblements de terre notamment à Messine, Patti et Milazzo. Les tremblements de terre de la Calabre en 1886 furent précédés par une éruption de Yulcano. Le cratère actuel de Vulcano s’élève dans l’intérieur d’un immense cratère préhistorique, dont une portion des bords entoure le cratère actuel au sud oi à l’ouest, comme le sommet du Vésuve.
- L’intérieur du cratère a été accessible à diverses reprises. Guillaume de Luc y descendit le premier en 1757, avec de grandes difficultés. Dolomieu, qui visita Yulcano en 1781, ne put y descendre. Spal-lanzani y descendit en 1788. Après ces premières expéditions, quelques autres savants visitèrent plus facilement l’intérieur de Yulcano. Dans le commencement de ce siècle, le cratère devenu plus calme permit l’extraction du soufre, de l’acide borique et du sel ammoniac dans son intérieur, et des usines y furent construites; plus tard on y édifia un pont. La période éruptive récente qui commença en 1873 empêcha cette exploitation; l’éruption de 1886 détruisit complètement les usines.
- Dans ma précédente notice, je regrettais l’absence d’observatoires dans ces îles. M. U. Silvestri a été chargé récemment par le gouvernement italien d’établir des observatoires géodynamiques à Yulcano, à Lipari et a Stromboli; depuis quelques jours, un de ces observatoires fonctionne déjà à Lipari.
- Jean Platania.
- Àriréale (Sicile), 25 octobre 1888.
- LE S1KKIM
- Les journaux anglais ont récemment enregistré la victoire du colonel Graham, qui, le 24 septembre dernier, a défait, dans la passe de Jelapa, une armée de 10 000 Thibétains, lui prenant son camp et lui tuant quatre cents hommes alors que lui-même n’avait qu’un officier et neuf miliciens blessés.
- Cette victoire est considérable cependant, car elle peut ouvrir aux Européens une contrée, le Thibet, qui leur a été jusqu’ici absolument fermée.
- Le Sikkim est une région dont la surface actuelle n’est que de 6590 kilomètres carrés et dont la population n’excède pas 60000 habitants.
- Située au cœur même de FHimalaya, la vallée de Sikkim de tous côtés entourée de montagnes très élevées, entre le Nepaul à l’ouest et le Boutan à l’est, forme l’une des entrées du Thibet.
- En 1814, lors de la guerre avec le Nepaul, le major Lotter fit alliance avec le rajah de Sikkim, qui reçut, a la paix, le territoire que le Népaul cédait 'a l’Angleterre. En 1835, le souverain de ce pays, habilement circonvenu, cédait une partie de ses Étals, le district de Darjeeling, aux Anglais moyennant une pension annuelle de 300 livres. Mais en 1849, s étant imprudemment saisi du docteur Campbell, surintendant de Darjeeling et du docteur Hooker, qui a tant fait pour la connaissance scientifique de la contrée, et qui voyageait dans ses États, le rajah vit le payement de sa pension suspendu et dut céder à ses avides voi -sins une partie de son territoire qui comprenait le cours inférieur de la Tista.
- Cette leçon, si méritée qu’elle fût, ne paraît pas avoir profité au gouvernement de Sikkim, car, en 1860, les Anglais dirigèrent contre lui une expédition à la suite de déprédations commises sur la frontière. Par le traité qui s’ensuivit, le pays fut ouvert
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- au commerce anglais qui obtint même l’entretien de sentiers de cheval conduisant aux passes qui mènent dans le Thibet.
- Mais les lamas de Lhassa se sont toujours impitoyablement refusés à laisser pénétrer chez eux les barbares d’Oecident. Le séjour de notre missionnaire, l’abbé Hue, qui entra dans le Thibet par la Chine, est un accident (pii ne s’est pas renouvelé. Comprenant que les passes de Donkiali, de Tunkra, de Tchola, de Jelapa, se trouvent en fait entre les mains de l’Angleterre, les Thibétains ont voulu construire chez eux des forts qui empêchassent de les franchir, car leur altitude excessive et leur étroitesse ne leur paraissaient pas des défenses suffisantes. Ils ont construit le fort de Lingtou qui commande la route de Darjceling au Thibet.
- Or, si le rajah de Sikkim est pensionnaire des Anglais, il est aussi vassal du Thibet, et ce dernier pays l’est à son tour de la Chine. C’est donc à Pékin ([ue les Anglais portèrent leurs doléances, leurs représentations et leurs menaces. Le 20 mars dernier, le fort fut emporté par les Anglais qui ne poussèrent pas plus loin dans la crainte de s’enfoncer avec des ressources insuffisantes en hommes et en munitions dans un pays inconnu, où ils auraient facilement pu succomber sous le nombre.
- A Gnatong, ils furent au mois de mai dernier attaqués infructueusement par les Thibétains, si bien que, renforcés, ils purent prendre l’offensive et pénétrer, après la victoire dont nous parlons au commencement de cet article, dans la vallée de Tchoumbi (pii dépend du territoire thibétain. On annonce que le rajah de Sikkim, dont la position était des plus fausses, a fait sa soumission et que la paix va se signer. Il n’est donc pas hors de propos de donner quelques renseignements sur la contrée où se sont déroulés ces événements.
- Si l’on veut se faire une idée exacte de ce qu’est le climat du Sikkim, on n’a qu’à accepter la définition de notre grand géographe Elisée Reclus qui en fait une « serre humide et chaude ». Des flancs des montagnes tombent des eaux abondantes qui, réunies, forment la Tista ou rivière aux trois sources, cours d’eau vagabond qu’on a vu tantôt s’unir avec le Gange et tantôt avec le Brahmapoutre.
- A l’ouest les monts Singalila séparent le Sikkim du Népaul avec leurs sommets du Kangatanama et du Kitchinjinga, haut de 8582 mètres, et rejoignent l'Himalaya proprement dit dont les cimes de Tcho-rniomio, du Kintchindjhaou, du Donkiali, du Tcha-malari, ne sont pas moins élevées, enfin la chaîne qui compte les monts Gnariam et Tchola sépare à l’est le Sikkim de la vallée de Tchoumbi, que le Thibet possède sur le revers méridional. De ces arêtes se détachent quantité de chaînons et de contreforts qui, s’enchevêtrant dans tous les sens, découpent la contrée en une infinie quantité de vallées, de gorges et de cluses abruptes, véritables entonnoirs où les eaux s’engouffrent.
- On comprend, de reste, qu’avec une disposition
- pareille, aucune grande ville n’existe dans le pays. Tamloung qui en est la capitale temporaire, car, pendant la saison des pluies, le rajah passe dans la vallée de Tchoumbi qui en est abritée par une arête de montagnes, n’est, en réalité, qu’un bourg aux constructions basses et primitives. Dans la plupart des gorges mêmes on ne rencontre pas un village, pas la moindre habitation, car tout serait balayé, emporté lors de la crue des eaux.
- C’est du petit fort de Dumsong élevé sur un roc saillant au-dessus de la vallée de la Tista qu’on découvre la vue la plus étendue et la plus pittoresque. Dans un espace de 16 milles s’aperçoivent le Nepaul, le Sikkim, le Boutan et le Sikkim anglais. Darjec-ling se distingue facilement; au-dessous se déroule la belle et fertile vallée du Rhinok et à quelques milles se déroule la route du Thibet qui franchit la rivière IVandjit sur la frontière du Darjeeling. Entre cette ville et Tamloung, les montagnes sont généralement moins élevées que celles du voisinage de Darjeeling, mais le fond du tableau est occupé par les cimes neigeuses de l’Himalaya.
- Délayées par les pluies et les brouillards, les routes, s’il est permis de donner ce nom à des sentes de montagnes, ne sont qu’un lit de boue gluante et visqueuse au milieu duquel se creusent de profondes ornières. La végétation les surplombe ou les envahit, si bien qu’a partir d’une certaine altitude, le rare voyageur est exposé à recevoir une pluie de petites sangsues qui tombent des arbres et dont la morsure multipliée n’est rien moins qu’agréable.
- C’est, qu’aux pluies incessantes de la mousson d’été viennent s’adjoindre pendant l’hivernage d’innombrables nuages qui se sont chargés d’humidité sur le golfe du Bengale, et qui sont poussés jusque-là par les vents alizés du sud-est. Si le climat est éminemment malsain, cette chaleur constamment humide entretient une végétation exubérante dont on n’a pas d’idée. Le Sikkim est un paradis pour le botaniste. Là s’unissent aux flores du Népaul et du Boutan celle du Thibet oriental, et c’est sans exagération qu’on a dit de ce pays que c’était au point de vue botanique une des provinces les plus importantes de l’Inde, pour ne pas dire de l’Asie. Plus haut que partout ailleurs sous la même latitude, s’élève la flore tropicale. Reclus assure que palmiers et bananiers sont encore splendides à 2100 mètres, sur les pentes exposées au midi. Les bambous atteignent des tailles colossales, et l’on en voit souvent qui n’ont pas moins de 3 mètres de diamètre. Noyers et palmiers, rhododendrons et fougères arborescentes, orchidées, orties gigantesques, érables et magnolias, chênes et châtaigniers, la nombreuse tribu des coniières poussent à des hauteurs diverses, mais avec une puissance étonnante et qui n’est égalée que par l’exubérance des lianes et des plantes sauvages. Le manque d’air et de soleil, car après les averses les brouillards sont d’une épaisseur considérable, la continuité des pluies empêchent presque tous les fruits de venir à maturité ; sauf la noix qui mûrit et
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- la pomme qui se forme, tous coulent et n’arrivent pas à se nouer.
- Sur les arbres, érables ou chênes, où s’attache le balanophora, se forment des nœuds. Les Lepcha les recherchent avec soin, les évident en forme de coupe et les importent au Thihet ; quelques-unes de ces coupes qui passent pour des antidotes et qui sont creusées dans un hois très pâle atteignent des prix fort élevés, tandis que les autres se vendent couramment très bon marché.
- Dans les environs de Yoksun, localité située dans une plaine très chaude et bien abritée, se rencontrent, avec des bambous gigantesques et des essences tropicales, plusieurs espèces d’araliacées et notamment YAralia papyrifera. Quant aux champignons, il est difficile de rencontrer un pays où ils poussent plus abondants et plus charnus.
- Certains sont d’une taille véritablement colossale et fournissent un appoint sérieux à la nourriture des indigènes. Mais il est temps d’ailleurs de parler de ceux-ci qui sont presque entièrement de race tliibé-taine. Ce sont les Lepcha qui ne différent guère des Bod du Tlii-bet que par une peau plus unie et plus lustrée, ce qui est dù à l’humidité du climat, et si leurs muscles sont tout aussi vigoureux, ils ne font pas de saillie sur l’épiderme. Leur physionomie a le type mongol, la stature est petite, la face est large et déprimée, les yeux obliques, le menton imberbe; seule, une petite moustache ombrage leur lèvre supérieure.
- Gais, honnêtes et timides, avec leurs traits doux et francs, ils contrastent le plus étrangement du monde avec les Hindous, qui sont toujours réservés, méfiants et en somme peu liants. Une jupe et une jaquette de soie avec un manteau de laine sans manches, tel est le costume des femmes. Quant aux hommes, ils portent toujours avec eux un long couteau qui leur sert à toute sorte d’usages.
- Le Nurwa, qu’ils boivent avec délices, est une boisson acidulée, rafraîchissante, qui n’est pas sans rapport, comme goût, avec notre sauterne.
- Us se servent avec assez d’habileté d’une flûte de bambou, mais leurs chants sont aussi monotones que les sons qu’ils en tirent. Ajoutons enfin qu’ils se marient très tôt et qu’ils ont l’habitude d’acheter leurs femmes, et nous aurons dit à peu près tout ce qu’il y a d’intéressant sur un peuple dont les mœurs et la religion sont celles du Thihet. Les lamaseries sont nombreuses ici, et l’une des plus célèbres est celle de Pemiongtchi qu’a visitée notre compatriote J. Remy, située sur une terrasse d’où l’on jouit d’une vue splendide qui embrasse toute la vallée du grand Randjit et le gigantesque Kitchindjinga.
- Quant à la partie du Sikkim qui est devenue anglaise, on y a multiplié, depuis 1856, les plantations de thé et de cinchonas, d’ipécacuanha et de cardamomes. Itarjee-ling, (jui a été fondée en 1835 sur une large terrasse en croissant, 2000 mètres au-dessus de la mer, est devenue une ville de santé. D’énormes casernes, des villas et des palais, parmi lesquels on remarque même celui du vice-roi, la feraient ressembler à tant d’autres cités anglaises de l’Inde, n’était l’admirable panorama qui se déroule sous vos yeux. Dar-jeeling n’est pas moins importante comme marché, c’est là qu’apportent leurs laines les Tbibét ai ns, qu’amènent leurs animaux les Népaulais, que descendent, à la faveur des torrents et des rivières, les bois du Sikkim. Réunie au chemin de fer de l’Inde par une ligne qui, partant de Pounkabarri, escalade de fortes pentes, Darjeeling est incontestablement la première étape vers le Thihet. On sait que le gouvernement de l’Inde ne manque pas d’y envoyer régulièrement tous les ans des pandits, qui, à côté d’observations scientifiques et géographiques, sont chargés de recueillir des documents d’ordre économique et militaire.
- Reste à savoir si la Chine ne prendrait pas le parti de son tributaire, dans le cas où l’Angleterre voudrait envahir les hauts plateaux du Thihet.
- Gabriel Marcel.
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- Cai'tc de la vallée de Sikkim (Asie centrale).
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- LE PORT DE CALAIS
- Le nom de Calais éveille immédiatement l’idée de l’Angleterre. L’est, en effet, le point des côtes françaises le pins rapproché de la Grande-Bretagne, et le port le plus fréquenté au point de vue des communications avec le Royaume-Uni. La grande plaine d’allu-vions des wateringues, dont il forme le débouché, et qui est souvent inférieure au niveau des hautes mers, a dù être longtemps inondée et inhabitable : aussi n’est-ce qu’en 915 qu’on trouve pour la première fois dans l'histoire le nom de Calais. Vers 997, le comte de Flandre,
- Baudouin IV, termine les fortifications, régularise le chenal du port, et construit probablement le vieux bassin du Paradis. Ce port devient le lieu habituel d’armement des Hottes françaises pendant les guerres de Flandre et d’Angleterre. En 1305,
- Calais entre dans la ligue hanséatique ; mais cette prospérité cesse en 1547, avec la prise de la ville par Edouard 111 d’Angleterre. Les Anglais, qui l’occupèrent pendant deux siècles, creusèrent le chenal, formèrent un second bassin d’échouage, dit du Grand Paradis, et construisirent des digues réduisant la crique et s’arrêtant à la tour du Risban.
- Henri VIII avait d’ailleurs projeté d’autres améliorations. Le cardinal de Richelieu voulait y établir un port militaire, mais Calais fut négligé au dix-septième et au dix-huitième siècle, malgré le programme proposé par Vauban. L’on se borna, de 1701 à 1784, à prolonger les jetées jusqu’à la laisse des basses mers. De 1811 à 1829, on construisit le quai d’Orléans (des Paquebots), et Pon endigua le polder Bodart.
- Le chenal est compris entre deux jetées en charpente à peu près parallèles orientées nord-nord-est, distantes de 100 mètres environ à leur extrémité; il se prolonge au dehors par un sillon large de 40 mètres, creusé dans les sables de la barre par les chas-
- ses et les dragues. La profondeur du chenal extérieur est de 5 mètres à 5m,50 au-dessous des plus basses mers (0 des cartes marines). Le plafond du chenal intérieur est à 2m,50 au-dessous de ce niveau en aval de l’écluse de chasse ; en amont il est au niveau des basses mers de vive eau (0ra,75 au-dessus de 0).
- La jetée est, du musoir au .quai de la Colonne (dans l’avant-port), est longue de 1150 mètres. Elle comprend une première partie toute en charpente sur une longueur de 450 mètres à partir du musoir, partie établie sur une digue basse en maçonnerie sèche; puis une deuxième partie pleine avec remplissage en blocailles ; enfin une troisième, à cl a ire-voie, de 154 mètres de long, en arrière de laquelle, en 1859, on a ouvert sur Vestran une crique d ’ é p a n o u i sse-ment communiquant avec l’avant-port. Actuellement, ainsi (pie nous le verrons en étudiant les améliorations du port, ces deux dernières parties sont adossées aux terre-pleins des ([liais en construction et au batardeau séparant provisoirement le chenal des nouvelles chasses et du nouvel avant-port. Vers le milieu de la longueur du chenal intérieur se trouve adossé à ces parties à démolir le quai de marée et la gare maritime provisoire : c’est un apponte-ment à montants verticaux de 225 mètres de long sur 15m,45 de large, accessible aux voitures et aux trains. Composé de trois étages communiquant par des escaliers, il est destiné au service à heures fixes des voyageurs et des dépêches. Au pied de ce quai, les chasses entretiennent une profondeur de 3 mètres au-dessous des basses mers. En face et adossé à la jetée ouest, se trouve un appontement non utilisé.
- La jetée ouest est longue de 475 mètres. Elle comprend en aval une partie à claire-voie en charpente de 245 mètres, appuyée contre une digue basse en enrochements revêtue de blocs de béton. En amont se trouve une jetée mixte de 25U mètres : c’est une estacade sur un massif de maçonnerie arasé
- Le port de Calais en 1872.
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- à la hauteur des hautes mers de vive eau ordinaire. Elle est prolongée jusqu’à l’écluse de chasse par un chemin de halage de 290 mètres longeant les glacis du tort Risban, et sur lequel s’appuie l’appontement dont nous venons de parler. Remarquons, en passant, que les prolongements successifs des jetées ont toujours eu pour résultat de reculer la laisse de la basse mer de vive eau.
- En arrière des jetées l’ancienne crique est partagée par le quai nord en deux parties : port d’échouage et bassin à Ilot, bassin de chasses.
- Le port d’échouage ou avant-port a 700 mètres sur 70 mètres; sans parler du petit bassin du Petit-Paradis, ayant une surface de 85 ares; la longueur des quais est de 1785 mètres, dont 1450 utilisables, et la superficie 1 hectare 99 ares. 11 contient un gril de carénage de 50 mètres. Il communique avec le bassin à Ilot par une écluse à une seule paire de portes, de 17 mètres de large sur 40 mètres de long, sur laquelle passe un pont tournant à double volée, et dont le buse est à 0m,05 au-dessous des basses mers de vive eau ordinaire. Ce bassin, de 2 hectares et demi de superficie, a 550 mètres sur 75 mètres. Sa profondeur minima est de 4m,35. Sur 590 mètres il est doté de quais verticaux en maçonnerie, et sur les 500 mètres restants il n’a que des talus perreyés, mais sur lesquels s’appuie, il est vrai, huit appontements en charpente. Depuis 1876, le plafond est à 0m,50 au-dessous du buse de l’écluse.
- La superficie totale des terre-pleins, pour le port d’échouage et le bassin à flot, est de 4 hectares, dont 1 hectare pour les voies charretières.
- L’entrée du port a jusqu’à présent été entretenue par un bassin de chasse de 57 hectares pris sur l’ancienne baie, au nord-ouest de Calais, jusqu’au fort Nieulay et entouré de digues. Sur 1500 mètres, les berges en sont perreyées ; il est traversé en aval par un pont mobile, et en amont par une passerelle. Sur la rive nord se trouvent des chantiers de construction. L’écluse de chasses comprend trois parties, et débouche en amont du chenal, comme on peut le voir sur la carte ci-jointe. Mais, en outre, deux aqueducs de contre-chasse vont directement du bassin de retenue dans l’avant-port près de l’écluse du bassin à Ilot, et sont chargés de nettoyer le port d’échouage et de rectifier la direction des chasses.
- Notons encore, avant d’aborder les travaux d’amélioration de ce port, que le bief aval du canal de Calais est rattaché au service maritime par l’écluse de navigation et de dessèchement de la Citadelle, qui débouche au fond de l’avant-port. Enfin l’écluse d’As-l’eld donne une issue dans les chasses au canal de dessèchement des Pierrettes. Ajoutons que des voies errées desservent les ' terre-pleins nord et sud du bassin à Ilot, qu’un certain nombre de grues sont en service, installées soit par la chambre de commerce, soit par des compagnies de navigation, mais que Calais ne possède pas encore de hangars publics.
- — A suivre. — DaMEL BëLLET.
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- UNE USINE ÉLECTRIQUE MONSTRE
- STATION CENTRALE DE DEPTFORT
- Jusqu’à ce jour les stations centrales de distribution d’énergie électrique en Amérique étaient citées connue les premières. au point de vue de l’importance et delà hardiesse. Suivant une expression américaine imagée, les autres peuples ne méritaient, à ce point de vue, qu’une chaise basse (a back scat).
- Cette situation manifeste et indiscutable d’infériorité chatouillait la pointilleuse Angleterre, et elle prend une revanche éclatante en construisant à Deptford une usine électrique véritablement gigantesque et qui, une fois terminée, se composera de deux machines de 1500 chevaux et de quatre machines de 10 000 chevaux, pouvant alimenter 800 000 lampes à incandescence.
- Ce n’est pas là un simple projet, mais bien un ensemble étudié dans toutes ses parties, et en voie d’exécution, et nous nous proposons bien de traverser la Manche dans le but d’assister à l’inauguration de cette installation, inauguration qui doit avoir lieu dans quelques mois. En attendant, voici des renseignements préliminaires que nous recueillons dans les journaux techniques anglais de cette semaine.
- L’origine de cette immense affaire est l’éclairage de Grosvenor-Gallery, installation qui, commencée modestement il y a environ quatre ans par MM. Gaulard et Gibbs, avec des transformateurs de leur système, s’est trouvée, peu de temps après, confiée à la direction technique d’un jeune ingénieur du plus grand mérite, M. Ziani de Fer-ranti. Cette installation, considérablement augmentée, alimente aujourd’hui 35 000 lampes, et le maximum de puissance de l’usine est atteint, sans que l’on ait pu donner satisfaction, même dans une étroite mesure, aux innombrables demandes adressées à la Compagnie électrique.
- Dans ces conditions, la Grosvenor-Gallery C°, dont le nom s’est récemment changé en celui de London Electric supplij Corporation, a. cherché a créer une usine plus puissante, et c’est là l’origine de l’installation de Deplfort dont toutes les parties, sans exception, ont été inventées,, imaginées ou combinées par M. Ferranti.
- Voici l’économie générale du système adopté.
- La force motrice initiale a pour origine la combustion du charbon, une flotte spéciale étant chargée du transport de ce charbon jusqu’à l’usine construite sur le bord de la Tamise. Ce charbon est brûlé sur les grilles d’une batterie de chaudières Babcok et Wilcox; vingt-quatre de ces chaudières représentant une puissance totale de 20 000 chevaux sont déjà installées.
- La vapeur produite par ces chaudières doit à son tour actionner deux moteurs de 1500 chevaux, commandant chacun une machine à courants alternatifs de puissance égale, et successivement, deux, quatre, six et huit moteurs de 5000 chevaux chacun, deux de ces moteurs étant attelés sur une seule machine dynamo-électrique capable d’absorber à elle seule dix mille chevaux.
- La force électromotrice moyenne de ces machines est de 10 000 volts, elles alimentent un premier circuit, ou circuit de transport sur lequel sont couplés un certain nombre de transformateurs ou détendeurs.
- Ces détendeurs ont pour but de réduire le potentiel initial à 2400 volts, potentiel actuellement employé à l’usine de Grosvenor-Gallery.
- Ces détendeurs, en petit nombre, seront placés aux centres principaux de consommation et formeront de vé-
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- ritables sous-stations. L’un de ces détendeurs remplacera en particulier, toute l’usine de Grosvenor-Gallery.
- Le circuit induit partant des détendeurs et formant le circuit de détente, rayonnera autour des détendeurs et servira à alimenter d’autres transformateurs en réduisant le potentiel à 100 volts dans un grand nombre de circuits formant les circuits de distribution.
- On aura donc, en négligeant les pertes par transformation, pour chaque machine de 10000 chevaux, une puissance électrique de 7000000 de watts environ, représentée :
- a. Dans le circuit de transport, par
- 10000 volts et 700 ampères;
- b. Dans les circuits de détente, par
- 2400 volts et 2000 ampères ;
- c. Dans les circuits de distribution, par
- 100 volts et 70 000 ampères.
- Nous suivrons avec intérêt les progrès de celte magnifique installation dont la conception hardie et la grandeur imposante font le plus grand honneur à M. de Ferranti, et aux capitalistes qui ont eu assez confiance en lui pour engager des sommes considérables dans une affaire auprès de laquelle les 33000 lampes de Grosvenor-Gallery ue paraissent plus que comme une simple expérience de laboratoire ; nous formons les vœux les plus sincères pour le succès de cette entreprise qui ouvre l’ère des grandes usines centrales de distribution. K. 11.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 octobre 1888. — Présidence de M. Janssf.n.
- Le spectre de l'oxygène. — Déjà dans la précédente séance, M. Janssen avait informé l’Académie par dépêche du succès d’une expédition aux Grands-Mulets dont le but appartient au domaine de la spectroscopie. Aujourd’hui, l’illustre physicien rend compte lui-même de son périlleux et profitable voyage. Ce n’est pas un cœur de trempe ordinaire qui, à l’âge de M. Janssen, dans sa situation et avec la dose de force physique dont il dispose, aurait entrepris et mené à fin le programme d’études dont nous sommes encore émerveillés et émus. 11 est vrai que l’auteur nous a déjà habitués à tant d’héroïsme de sa part qu’il ne peut plus espérer de nous surprendre, quoi qu’il fasse : celui qui fuyant toute compromission avec l’ennemi de la patrie et mù simplement par son amour sans limites pour la science, osa sortir de Paris assiégé, la nuit, en ballon, afin d’aller observer en Algérie l’éclipse du moment, celui-là a dù renoncer dès lors à se surpasser jamais. Et cependant l’expédition actuelle, dans sa simplicité sereine, sera peut-être citée plus volontiers encore comme la preuve du dévouement de M. Janssen à ses chères études : savoir si les bandes de l’oxygène dans le spectre sont, pour une part au moins, le fait du soleil, dont les radiations se joindraient à celles de l’atmosphère terrestre : voilà le desidératum. Le moyen pour y atteindre, c’est d*observer le spectre solaire à une grande altitude, c’est-à-dire sous une atmosphère mince et dans un endroit très froid, c’est-à-dire dont l’air soit privé de vapeur d’eau. Les sommets des Alpes en été offrent ces conditions, mais il faut les y aller prendre. De toutes les localités propres aux essais, la station des Grands-Mulets sur la route du mont Blanc,
- est sans doute une des meilleures : en été, on y accède sans trop de peine, et des daines même, en quittant Cha-monix dès le très grand matin, peuvent arriver le soir à la rustique cabane. Mais dans l’hiver, et dans l’époque où nous sommes, c’est tout autre chose, et tellement autre chose, que M. Janssen dut avant tout discuter la possibilité de l’entreprise avec le chef des guides de Chamonix, d’abord peu encourageant. La neige fraîchement tombée avait recouvert d’une couche épaisse tous les sentiers et dissimulé les crevasses; il devait y avoir péril à chaque pas. Une escouade composée des guides les plus expérimentés fut envoyée en avant pour déblayer et tracer l’itinéraire. M. Janssen s’était construit une sorte de chaise qui, portée par quatre ou par six hommes, devait lui rendre possible une ascension qu’il n’eùt pu d’un bout à l’autre réaliser à pied. Tout alla à souhait jusqu’à Pierre Pointue où l’on coucha une première fois le soir du 12 octobre; mais ce n’était que l’introduction.
- C’est le lendemain 15, que commença réellement l’ascension : par le beau temps il y eût eu quatre ou cinq heures de route; on en mit treize et qui furent rudes. En effet, dès le point appelé « la Jonction ». la caravane se trouva dans des séracs, plusieurs heures durant, où M. Janssen dut escalader une infinité de blocs abrupts. Bien avant le but, la nuit s’étendit complète et c’est à la lueur des lanternes qu’on arriva enfin. Le chef de l’entreprise, épuisé de fatigue, ne put profiter, ce' soir-là, des préparatifs culinaires de l’avant-garde. Dès le matin du 14, les appareils étaient installés et essayés et l’on se proposa d’attendre ce qu’il faudrait pour que le temps devint beau. Le soleil ne fit pas de coquetterie et brilla le 15 de tout son éclat dans un ciel absolument pur. M. Janssen constata d'abord avec joie l’absence totale de la vapeur d’eau. Il s’aperçut aussi que les bandes de l’oxygéne avaient disparu. Quant aux groupes de raies que les spectroscopistes désignent sous les signes A, B et a, ils avaient singulièrement diminué et, à midi, ils s’évanouirent à leur tour. La conséquence, capitale pour la physique terrestre, c’est que tout ce qui appartient à l’oxygène dans le spectre solaire dérive de notre propre atmosphère. Est-ce à dire que le gaz vital fasse défaut dans le soleil? 11 y aurait imprudence flagrante à cette assertion, car l’oxygène peut résider dans des régions du soleil où nos appareils ne sauraient le surprendre, ou bien il peut éprouver, par le fait de la température ou de la pression, des effets que modifient son spectre. M. Janssen laisse prudemment de côté ce point, satisfait d’avoir procuré à la science qu’il cultive, l’un des plus grands accroissements qu’elle ait eu depuis bien longtemps.
- Le spectre de Mira Ceti. — Ayant soumis récemment l’étoile o de la Baleine, à une série d’études spectroscopiques, M. Lockyer rattache ses vicissitudes d’éclat à une constitution qui serait bien différente de celle qu’on admet généralement jusqu’ici pour les étoiles. Mira et les autres astres du même groupe seraient, comme les comètes, des agrégats de corpuscules qui apparaissent de temps en temps dans notre ciel sous la forme d'étoiles filantes. C’est, d’après la situation relative de ces corpuscules que l’astre serait plus ou moins brillant suivant les moments. Nous n’avons pas à examiner ici cette théorie qui, à première vue, semblera bien compliquée, mais il est de notre droit de protester contre le nom de météorites donné par M. Lockyer et par quelques autres astronomes aux éléments matériels des comètes. 11 n’y a jusqu’ici aucune preuve d’une analogie constitutive quelconque entre les étoiles filantes et les météorites, et
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- LA NATURE
- même ce qu’on en sait établit entre ces deux phénomènes des caractères distinctifs extrêmement tranchés.
- Varia. — Un nouveau perfectionnement est signalé par M. Marey dans le dispositif de ses appareils photo-ehronoscopiques : il consiste à faire marcher rapidement la plaque sensible devant l’objet qui se meut. — M. Cornu rend compte de la mission qu’il a remplie à Lyon à l’inauguration de la statue d’Ampère. — A propos de critiques faites au travail de M. Goulier sur le nivellement de la France, M. Bouquet de la Grye émet l’avis que des vérilications sont nécessaires avant d’admettre la généralité du phénomène d’affaissement signalé pour le sol de la Franco. — Les mouvements verticaux de l’atmosphère occupent M. André (de Lyon). — Des faits très curieux de dessèchement de la cornée se sont montrés à M. Raphaël Dubois comme conséquence de l’empoisonnement
- par le chlorure d’éthylène. — M. Marcel Bertrand continue l’étude des plis couchés de la Provence. — Le Sta-phylococcus pyosepiicus est un nouveau microbe découvert par M. Ch. Richet. Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LE TONNEAU ROULANT DE L'EXPOSITION DE BRUXELLES
- On voit depuis quelque temps dans les foires et les le tes publiques, où l’on sait que La Nature ne dédaigne pas d’aller chercher des curiosités de la science appliquée, un véhicule d’un nouveau genre qui obtient, malgré le désagrément de son emploi, un
- Le tonneau roulant de l’Exposition de Bruxelles.
- étonnant succès. C’est un tonneau, ou plutôt un grand cylindre de bois dans lequel les amateurs sont assis sur des bancs. Us sont attachés par des courroies à la taille et aux pieds ; le rouleau est lancé sur un chemin incliné, où il tourne sur des rails avec une grande vitesse. Arrivé au bas de la pente, il remonte la voie qui s’élève, et des hommes d’équipe le remettent en place sur une voie de remisage horizontale semblable à celle du départ. Les voyageurs étant solidement fixés sur leurs sièges par des courroies tournent donc, comme le montre notre figure, sans pouvoir tomber à l’intérieur.
- On paye pour voir tourner le véhicule, et les spectateurs qui considèrent les voyageurs ne sont pas ceux qui s’amusent le moins. Quant à ces voyageurs que l’on pourrait appeler les patients, ils sont étour-
- dis, et lorsque la vitesse devient rnaxima au bas de la pente, ils ne savent guère dans quel sens ils tournent ; il en est parfois qui ont mal au cœur, mais ces inconvénients n’arrêtent pas l’ardeur des amateurs. Un de ces tonneaux roulants a été exploité à la dernière foire aux pains d’épice de Paris, il était désigné sous le nom de Chemin cïamour. Cet appareil n’a pas eu moins de succès à l’Exposition de Bruxelles, où il a fonctionné pendant toute la saison dernière. Hommes et dames s’y faisaient rouler à l’envi, à la grande joie des assistants. Notre dessin le représente tel qu’il était installé à Paris et dans la capitale belge.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Imprimerie À. Lahure, 9, rue de Fleuras à Paris.
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- N° 80(i. — 1U NOVEMBRE 1888.
- LA NATURE.
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- LES COURSES EN BALLON
- A la suite d’un terrible incendie qui a détruit une partie de la ville de Cayenne, un comité s’est formé à Paris pour organiser, dans la cour des Tuileries, des fêtes au profit des victimes de cette épouvantable catastrophe.
- Le 7 octobre dernier, la Commission des fêtes de la Guyane a organisé le départ de six ballons.
- Le succès de ce spectacle a fait imaginer de donner un caractère plus sérieux aces ascensions : on les a changées en courses, dont le but est de s’approcher autant que possible d’une ville déterminée, choisie dans le district vers lequel portent les courants généraux de l’atmosphère.
- Pour se diriger, lesaéro-nautes ont à choisir les courants aériens dans lesquels ils se maintiennent et i dont la direction varie avec la hauteur. 11 y a là assurément une expérience fort intéressante au double point de vue aéronautique et météorologi -que. MM. Gabriel Yon et Wilfrid de Fonvielle ont été désignés comme starters de ces coursesdontM.il.
- Lachambre a été l’organisateur.
- Six aérostats ont pris part à la course du 14 octobre. Le but désigné a été Cor-beil. Le gagnant a étéM. Louis Godard, aéronaute du Victor-Hugo, du cube de 1000 mètres, qui a obtenu la médaille d’or. Il est descendu à Brazeux, à 7 kilomètres de-Cor-beil, dans le S.-S.-E. jS. L’écart au point choisi a été de 13°. M. Corot, aéronaute du Marceau, a obtenu la médaille d’argent. Il est descendu à Ballancourt, à 17 kilomètres de Corbeil, puis sont venus Hansen,
- aéronaute du Colibri, à La Ferté-Alais, 21 kilomètres ; YEclaireur (Caillau) à Boutigny, 24 kilomètres; le Talisman (Wagner) à Maisse, 26 kilomètres; enfin Dartois à Arpajon 18 kilomètres seulement du point choisi, mais avec une déviation
- de 55° (fig. o). Il est à remarquer que le ciel étant à demi couvert, les couches aériennes avaient un mouvement d’autant plus rapide et d’autant plus prononcé vers l’est qu’on s’élevait plus haut. L’aéronaute qui a gagné est celui qui a su maintenir son ballon à une altitude plus élevée que celle des concurrents.
- La course a été recommencée dans des conditions analogues le 21 octobre ; huit ballons ont été engagés. Le vent qui soufflait des régions est, était encore plus frais, loin de terre qu’à la surface du sol, mais la composante ouest était cette fois plus accentuée dans les régions basses. La déviation marchait en sens inverse. M. Louis Godard a obtenu cette lois encore la médaille d’or;
- mais, par une manœuvre inverse, il est parvenu à côtoyer la surface de la terre. Le point choisi devait être Rambouillet ; mais, à cause de la distance et de l’heure tardive, les starters se sont décidés pour Che-vreuse qui, comme Corbeil, avait été pris un peu trop à l’est. M. Godard, dirigeant encore le Victor-Hugo, est descendu dans le canton de Che-vreuse et à 10 kilomètres, dans la commune de La Verrière. L’écart de l’azimuth du point de descente et dH point désigné n’est que de 10°. Le coefficient de dispersion est plus grand que dans la course précédente. En effet, M. Pillas-Panis, aéronaute de la France, (pii
- Fig. 1. — Le gonflement des ballons dans la cour des Tuileries, à Paris, le dimanche 28 octobre 1888. (Fac-similé d'une photographie instantanée de M. E. Tluoust.j
- Fig. 2. — Ascension d’un aérostat dans la cour des Tuileries, le 28 octobre 1888. (Fac-similé d’une photographie instantanée de M. Jacques Ducoin.)
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- était monté dans les régions supérieures, est descendu a Bazemont, avec une différence d'azi-inuth 56°. Les autres ballons ont touché terre à des points intermédiaires de plus en plus rapprochés, suivant que l’altitude moyenne de leur trajectoire a été moins élevée. La médaille d’argent a été remportée par M. Dartois, aéronaute de la Guyane, descendu à Noisy-le-Uoy ; les médailles de bronze par M. Mangot, frère de l’infortuné aéronaute de VArago, descendu à Yillepreux, et M. Porlié, aéronaute de VAvenir, descendu à la Tuilerie. Les distances respectives étaient de 15 et de 16 kilomètres. Le Marceau, monté par Corot, et le Talisman, monté par Lachambre, qui s’étaient élevés très haut et très vite, sont descendus à 1 ou 2 kilomètres de Pil-las-Panis avec la France, à les Alluets et à Bazemont.
- Dans la journée du 21, le ciel était d’une pureté idéale. Un rédacteur du Matin, embarqué à bord du File-Vite, et qui a pris les mesures thermométriques à 500 ou 600 mètres d’altitude, a trouvé une température de 18° C.,_ bien différente de celle de 7° à 8° qu’il faisait à terre1.
- Le mois d’octobre a été très froidjusqu’au25; du 20 au 25 il y a eu cinq jours consécutifs de gelée; si ce régime eût continué plus longtemps la basse température d’octobre eût été sans exemple. Les vents ont pris du sud depuis lors, et la température s’est élevée d’une façon anormale. Cette circonstance a donné à la troisième course du 28 octobre un intérêt exceptionnel.
- La course du 28 octobre a été, en outre, remar-
- 1 II faudrait, pour enregistrer ces chiffres d’une façon certaine, savoir si l’observateur s’est servi d’un thermomètre fronde. On sait qu’un thermomètre exposé au soleil, comme, cela peut avoir lieu dans la nacelle d’un ballon, donne des chiffres n’avant aucune précision.
- quable par le nombre des ballons qui se sont trouvés en lutte1. Dix aérostats ont été engagés, et les mesures étaient si bien prises, qu’en moins de dix minutes ils étaient lancés dans l’espace, à partir de 4 heures du soir. Le point d’atterrissage choisi était Senlis, à 44 kilomètres de Paris, distance considérable vu l’heure tardive. Cependant les résultats ont été très favorables.
- La médaille d’or a été attribuée à Volontaire, aéronaute Hache, tombé à Saint-Léonard, à 2700 mètres du but; la médaille d’argent à Mars, conduit par
- M. Cillon, tombé à Mont-1’Evêque, 4 200 mètres; la médaille de bronze à Victor-Hugo, aéronaute L. Godard, tombé à Mont-l’Evêque, 4400 mètres. Les autres aérostats sont : la Guyane, tombéàFleurine, 6500 mètres; le Talisman, tombé aux Corps-Nuds, 8850 mètres ; la France, tombé à Hully, 10200 mètres ; le Marceau, tombé à Ilully, 12 400 mètres; le Tricolore, tombé a Iluleux, 15 600 mètres, le File-Vite et le Colibri, tombés à Crépy-en-Valois, 22 500 mètres. Le coefficient de dispersion est d’environ 40°, l’aéronaute du Colibri étant parvenu à une hauteur de 2000 mètres.
- La quatrième course a eu lieu le 1er novembre, a l'occasion de la Toussaint, — par une pluie battante. Une saute de vent prévue par le Bureau central mé-
- 1 Voici la liste des dix aérostats engagés : 1° Victor-Hugo, cube 1000 mètres cubes, aéronaute Louis Godard. — 2° Talisman, 500 mètres cubes, aéronaute H. Lachambre. — o" Guyane, 410 mètres cubes, aéronaute Camille Dartois. '— 4° La France, 550 mètres cubes, aéronaute Pillas-Panis. — 5° Mars, 500 mètres cubes, aéronaute Gillon. — 6° Tricolore, 400 mètres cubes, aéronaute Rat. — 7° File-Vile, 500 mètres cubes, aéronaute Mangot. — 8° Marceau, 570 mètres cubes, aéronaute Corot. — 9° Volontaire, 520 mètres cubes, aéronaute Hache. — 10° Colibri, 500 mètres cubes, aéronaute Hansen.
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- Fig. 3. — Carte des cinq courses aéronautiques ayant eu lieu- de la Cour des Tuileries à Paris, les 14, 21, 28 octobre et les 1" et 4 novembre 1888.
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- téorologique s’est produite une heure avant le départ. Chantilly, qui avait été choisi comme point d’atterrissage, a été remplacé par Dammartin, pris a la volée et sans mesures. Cependant M. L. Godard montant comme toujours le Victor-Hugo, est arrivé à 4k,500 du point désigné dont la distance est de 51 kilomètres. 11 a elîectué sa descente, comme l’indique notre carte, dans la commune deThieux. Dix ballons avaient été inscrits pour la course, mais le comité n’a autorisé le gonflement que de cinq. Un d’eux, la Guyane, n’a pu s’enlever tant il était allourdi par le poids de l’eau. M. Godard avait donc trois concurrents. Un d’eux, M. Gillon, aéronaute de la France, est descendu à 7 kilomètres de Dammartin, à Mitry. M. Hansen, aéronaute du Colibri, et M. Man-got, aéronaute du File-Vite, étant partis presque sans lest et ayant rencontré des pluies diluviennes, sont tombés, l’un sur la lisière de la foret de Bondy et l’autre à Noisy-le-Sec.
- La cinquième et dernière course a eu lieu le 1 novembre par un temps couvert mais très favorable aux voyages aériens. Le vent était du S.-E. Meulan a été choisi comme point d’arrivée. Dix ballons ont été engagés parmi lesquels un nouveau venu, Passe-Partout, de 580 mètres, conduit par M. Mangin.
- Les brumes étaient fort épaisses dans l’atmosphère et les aérostats engagés ont presque tous suivi la même route : ils se sont dirigés vers Pontoise comme le montre sur notre carte le tracé de leur itinéraire. L’angle de dispersion a été beaucoup plus faible que dans les voyages précédents.
- M. Camille Dartois est descendu à Livilliers, à 16k,500de Meulan. C’est lui qui est arrivé le plus près du but. Les autres ballons sont descendus à Theuville, à Fronville, à Ivry-le-Temple, à Fresnaux, à Brachivilliers, à la Bosse et à Milly.
- Les ascensions dont nous venons de parler ont été exécutées très heureusement,* et le public y a toujours fait l’accueil le plus empressé.
- LES PLUS HAUTES CHEMINÉES DU MONDE
- Nous signalions récemment1 comme la plus haute cheminée de France celle qui se dresse dans la commune de Croix, près de Lille, et dont là hauteur du sol au couronnement est de 105 mètres, 112,5 mètres avec les fondations, et 125 mètres jusqu’à la pointe du paratonnerre.
- Un de nos lecteurs nous informe qu'il existe à l'usine des Etaings, près de Rive-de-Gier, une cheminée plus élevée et dont voici les principales dimensions. Le piédestal a une section carrée de 8,5 mètres de côté et de 8 mètres de hauteur ; le fût est octogonal ; à la base il est circonscrit à un cercle de 7 mètres de diamètre et au sommet, le cercle auquel il est circonscrit n’a que 5 mètres de diamètre; la hauteur du fût est de 97,25 mètres ; le chapiteau en forme de tulipe à base
- 1 „Voy. n° 802, du 13 octobre 1888, p. 318.
- octogonale se raccordant avec le fût, est inscrit dans un cercle dont le diamètre maximum est de 5,2 mètres. Ce chapiteau est recouvert d’une cuirasse en fonte qui protège la tête de la cheminée contre les intempéries et a permis de construire ce chapiteau dont la hauteur est de 2,75 mètres, ce qui porte la hauteur totale de la cheminée à cent huit mètres. La cheminée des Etaings a été construite en 1807 et 1868. Au bout de quelques années, on remarqua que sous l’influence de violents vents du sud-ouest, la cheminée s’était inclinée d’environ lm,500 dans la direction du nord-est. En 1874, on procéda au redressement de la cheminée au moyen de traits de scie dont le plus élevé fut pratiqué à 58 mètres au-dessus du sol. Remise d’aplomb par cette opération, la cheminée des Etaings n’a plus bougé depuis.
- La plus haute cheminée américaine est celle qui vient d’être construite à Kearney, près de Newark, N. J., par la Clark Thread C°; elle a 102 mètres de hauteur. La ligure 1 la représente à côté de celle qui existait précédemment dans la même usine.
- Au point de vue de la hauteur, cette cheminée ne doit occuper jusqu’à nouvel ordre que le sixième rang, bien que notre confrère Scientific American lui attribue le quatrième.
- Elle est moins élevée, en effet, que trois autres cheminées de Glascow et de Balton (Angleterre) et que les deux cheminées de Croix et des Etaings.
- La cheminée de Kearney n’est la plus élevée du monde qu’en faisant intervenir l’application en vue de laquelle elle a été construite : elle est destinée, en effet, à produire l’échappement dans l’atmosphère des gaz provenant de la combustion de la houille sous une batterie composée de 21 chaudières à vapeur de 200 chevaux chacune. Le fût est conique et a 8m,66 de diamètre extérieur à la base et 4in,25 au sommet, le diamètre intérieur est de 5m,55. Tous les huit mètres, on a disposé un cercle horizontal en fer de 10 centimètres de hauteur et de 12 à 20 millimètres d’épaisseur dans le but de constituer un frettage intérieur absolument noyé dans la construction, le diamètre de chacun de ces cercles étant de 50 centimètres plus petit que le diamètre extérieur de la cheminée au niveau duquel chaque cercle est placé.
- La construction complète de la cheminée a été faite en 150 journées de neuf heures et a coûté 150 000 francs. Son poids total est d’environ 4600 tonnes ainsi réparties :
- Béton de fondation............ 450 tonnes
- Briques ......... 4110 —^
- Fer............................ 18 —
- 4578 tonnes
- Le nombre de ' briques employées est d’environ 1 700 000.
- La construction a été faite à l’aide d’un ascenseur intérieur h vapeur pouvant élever 2500 kilogrammes de matériaux à chaque course.
- Une particularité curieuse à noter : on n’a disposé aucun moyen permettant d’arriver au haut de la
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- LA NATUItE.
- cheminée une lois l'ascenseur enlevé. .S'il est nécessaire de faire cette ascension, ou fera monter un petit Itallon captif à l'intérieur de la cheminée; une lois arrivé en liant, on le laissera retomber à l'extérieur. (le premier cordage léger ainsi posé permettra d'en placer un seêond de section suffisante pour qu'il soit possible de bisser un homme jusqu’au sommet. L’idée est [tour le moins originale. L’avenir nous apprendra si elle est pratique.
- Avant la démolition de l’ascenseur, on en a pro-lité pour procurer, à quelques privilégiés, le spectacle rare, presque unique, d’un immense panorama vu du haut d’une cheminée de plus de 100 mètres de hauteur (fig. 2). Le diamètre au sommet, a plus de 0 mètres et la plate-forme est si spacieuse que, mal-
- Fig. 1.-— Cheminée de 102 mètres, à Kearney, aux États-rnis.
- l’intérêt de curiosité, — il peut y avoir à ériger des cheminées aussi hautes, alors qu’on obtiendrait le même tirage avec des hauteurs moindres et des sections plus grandes. .
- Le but principal est de rejeter les produits nuisibles le plus haut possible afin qu’ils ne retombent sur le sol qu’après s’être mélangés avec l’air, se dissolvant et s’atténuant assez par ce mélange pour devenir presque inoffensifs aux êtres vivants qui entourent les usines. Sans constituer un remède absolu, les hautes cheminées sont un palliatif suffisant dans bien des cas, et ont donc leur raison d’être, malgré leur prix élevé.
- En ce qui concerne la cheminée de Kearney, la question hygiénique se double d’une question d’ordre économique, car on se [impose de disposer dans
- gré la hauteur énorme, un visiteur non accoutumé n’éprouve aucun malaise ni aucune sensation de vertige, sauf un léger étourdissement dù aux oscillations du sommet lorsque le vent souffle.
- Les constructeurs ont prévu, en effet, des oscillations de 15 centimètres d’amplitude par un fort vent.
- Les trois cheminées anglaises plus élevées que celles dont nous venons de parler sont : 1° la cheminée de MM. Dobson et Barlow à Ballon : 507 pieds, 6 pouces (112 mètres); 2° la cheminée de MM. Tonnant et CA à Clascow : 455 pieds, 0 pouces (152 mètres) ; 5° la cheminée de M. Towndsend à Clascow, la plus haute cheminée du monde actuellement connue : 454 pieds (158 mètres).
- On peut se demander quel intérêt — en dehors de
- Fig. 2. — Ascension de visileurs au sommet de la cheminée de 11)2 mètres, à Kearney.
- les carneaux qui amènent les gaz brûlés à la cheminée d’immenses réchauffeurs d’eau d’alimentation qui sera ainsi portée à une température voisine de l’ébullition sans autre dépense de combustible. Malgré le refroidissement des gaz du à la présence de ces réchauffeurs, la grande hauteur de la cheminée assurera encore un tirage suffisant.
- Les hautes cheminées ne sont donc pas de simples curiosités architecturales ou industrielles ; dans certains cas, elles ont pour effet de donner satisfaction aux exigences de l’hygiène et de l’économie, et ces raisons suffisent [tour justifier le sentiment d’amour-propre qui pousse chaque nation à réclamer pour elle-même le monopole* de la plus liante cheminée du monde. X..., ingénieur.
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- AFFUT MONCRIEFF
- ADOPTÉ POUR CUIRASSÉS DANS LA MARINE RUSSE
- Deux constructeurs anglais, MM. Easton et Anderson, ont établi récemment quelques affûts Mon-crieff, pour la marine russe : entre autres pour le cuirassé Catherine II. (le navire est armé de six canons se chargeant par la culasse, de 50 tonnes et demie disposés dans un ouvrage central protégé par un entourage de plaques d’acier, à peu près comme dans VAmiral Duperré. Nous en donnons ci-dessous la description.
- Canons. — Deux sont disposés sur une plate-
- forme tournante, leur champ de tir est illimité. Le parapet, qui est en plaque de 0m,5ü renforcé par une armature en bois, dépasse de 0m,56 la couverture d’acier qui protège les canonniers. Les canons, du calibre de 505 millimètres, sont très puissants; ils lancent des projectiles de 552 kilogrammes, avec une vitesse initiale de 505 mètres qui peuvent perforer à la distance ordinaire du tir, une plaque de fer d’environ 60 centimètres d’épaisseur.
- Affût. —Le système Moncrieff, que nous représentons dans la figure ci-dessous, se compose d’une roue circulaire, en acier fondu, de 6m,65 de diamètre, assujettie sur une espèce de pont sur lequel elle roule autour d'un pivot central, à l’aide de vingt-deux
- Affût Moncrieff du cuirassé russe Catherine II.
- petits chariots. Au centre se trouve la plate-forme proprement dite, composée d’un anneau d’acier fondu et d'une grosse cuirasse de fer travaillé sur laquelle sont fixées, avec boulons et écrous, deux fortes plaques d’acier soudées ensemble, destinées chacune à porter un coussinet sur lequel est assujetti un arbre G servant à maintenir et à assujettir les deux leviers qui supportent le canon. L’extrémité inférieure de ces leviers est traversée par un système de bielles dont l’extrémité vient buter entre les cylindres, de façon à limiter le recul de la pièce. Ces cylindres sont placés dans la partie antérieure de l’affût, sous le canon, et y sont assujettis, au moyen de boulons. À l’extrémité supérieure et en avant de chaque cylindre, se trouve un assemblage de tuyaux et de pistons mus par la
- vapeur, et dont le va-et-vient entre les cylindres et l’arbre G aide au fonctionnement de la pièce, pour charger et mettre en batterie. Lorsque le canon en s’abaissant pèse lourdement sur le piston, il devient nécessaire de charger la chambre de recul ; autrement la pression hydraulique suffirait pour étayer le canon en quelque point, et l'empêcher de reculer et de se mettre en place pour le chargement. On remédie à cet inconvénient au moyen de ressorts qui réunis à un disque, communiquent à l’arbre un mouvement excentrique. Ges excentriques sont disposés de façon a ce que la tension sur le ressort soit la plus petite possible quand le canon est en batterie, et la plus grande, lorsqu’il est dans la position de la charge L’extrémité extérieure de la poignée de la mani-
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- voile de recul porte uu disque et deux dés, au moyen desquels on peut donner aux ressorts la tension initiale que l’on veut. La pression dans le cylindre de recul doit varier pendant le tir de 48 à 55 atmosphères.
- Pour soulever le canon, l’eau, sous la pression de 60 atmosphères, est chassée à l’extrémité des cylindres. Lorsque l’on ouvre les robinets IJ, l’eau se déverse dans les cylindres et fait soulever la pièce. Pour la faire descendre lentement, il suffit de laisser écouler l’eau des cylindres.
- La rotation de la plate-forme se fait au moyen d’une couronne dentelée sur laquelle agit une bobine placée à un arbre vertical (pii descend à travers le pont principal et est mise en mouvement par trois pistons que l’on voit en M.
- l/élévation des pièces est donnée par la barre de soulèvément fixée à la partie supérieure des pièces; une manivelle O fait que le recul se fait toujours dans la même direction, quelle que soit leur élévation. Pour empêcher que la plate-forme ne puisse tourner quand on a fait feu avec une seule des six pièces, on se sert d’un frein hydraulique. La pression hydraulique s’obtient au moyen d’un corps de pompe agissant directement, et pouvant donner 566 litres à la minute, avec une pression de 66 atmosphères environ.
- L’eau est chassée, dans un accumulateur à air S, composé de 9 cylindres d’acier, groupés de manière à pouvoir mettre ensemble les deux pièces en batterie, sans le concours de la pompe. Les munitions sont chargées au moyen d’une chaîne inclinée, sans fin, mise en mouvement par de petits mécanismes à vapeur, et arrivent jusque dans l’ànie du canon, à l’aide d’un récipient hydraulique, à télescope. La balustrade pour le pointage se voit en V, et \V représente une partie du parapet pour le tir en barbette.
- Commandant G r andin.
- CEYLAN
- COLOMBO ET LES CHEMINS DE FER. --- Ï,E JARDIN
- DE PERADENIYA A KANDV. -- LA CULTURE
- DU THÉ. -- LE PIC D’ADAM.
- Aucun spectacle n’est plus beau, plus attravant, que celui de la ville de Colombo à Ceylan. Les parcs éblouissants de fleurs, les villas construites par les Anglais au bord de la mer et le bazar de Pettah qui constitue presque toute la ville indigène, sont des plus intéressants.
- Les rues du bazar, fort mouvementées, toutes remplies de chariots attelés de zébus trotteurs, de petits cabriolets traînés par des coolies, et les voitures européennes, puis toute la foule d’indigènes nus jusqu’à la ceinture, drapés d'étoffes colorées et presque tous agréables à voir, forment un coup d’œil absolument extraordinaire. Il semble qu’on soit au milieu d’une fête perpétuelle tant le soleil est éclatant. Ce premier aperçu de Ceylan éblouit le touriste
- fraîchement débarqué; lorsqu’il pénètre [dus au centre de l’île, pour aller à Kandy et dans les montagnes éloignées, son admiration augmente de plus en plus.
- Le gouvernement anglais n'a construit jusqu’à présent à Ceylan que deux lignes de chemin de fer. Elles partent de Colombo, l/une d’elles suit le bord de la mer et se dirige vers Pointe-de-Galles. Cette ligne est superbe à parcourir d’un bout à l’autre; sur presque toute sa longueur, elle se trouve sous les ombrages des plantations de cocotiers qui abondent à Ceylan et les aperçus de la mer sont merveilleux. L’autre ligne qui va à Kandy et à Hatton est plus admirable encore. Le chemin de fer monte par des pentes douces construites sur la montagne, et les panoramas que le voyageur contemple de la fenêtre de son wagon sont uniques en leur genre. Rien de plus beau, en effet, que cette végétation tropicale qui couvre entièrement les cimes et les vallons. A la sortie de chaque tunnel, fort nombreux sur le parcours, on a des surprises nouvelles, des points de vue d’une resplendissante beauté. Kandy1, avec son petit lac encadré de verdure, est un séjour délicieux entre tous, mais son plus beau joyau est certainement le jardin de Peradeniya, fondé en 1821 par les Anglais, six années après leur occupation définitive de l’île. Baigné par la jolie rivière de Mahavéli, placé dans des lieux pittoresques à 456 mètres d’altitude, il est à une distance de 4 milles de Kandy et il occupe une surface de 150 acres. La température chaude et humide mais assez égale de la localité — 25° centigrades en moyenne—favorise singulièrement la culture des plantes et des arbres tropicaux de toutes espèces qui remplissent ce jardin d’une beauté exceptionnelle. On y remarque de véritables merveilles végétales parmi lesquelles on ne peut voir sans étonnement les superbes Ficus elastica importés d’Assam (Inde) depuis 1853. Ils ont prospéré à Peradeniya, et leurs racines contournées, semblables à de grands serpents endormis autour du tronc principal, font le plus curieux elïet qu’on puisse contempler (fig. 1). On a peine à croire que ces beaux arbres sont les mêmes que les vulgaires caoutchoucs que nous gardons à Paris avec tant de soins dans nos appartements. Il faut citer aussi les bambous gigantesques de Malacca, Dendrocalamus giganteus, qui ont été plantés à Peradeniya en 1856. Ils atteignent la hauteur de près de 30 mètres, formant un admirable bouquet de feuillage. Les tiges des bambous poussent fort près les unes des autres, se touchant presque et leur croissance rapide est extraordinaire. Dans la saison des pluies, en juin et juillet, on commence à voir les jeunes pousses sortir de terre; elles grandissent d’un pied en vingt-quatre heures. Lorsque le bambou parvient à sa hauteur maximum, le plus gros diamètre de sa tige atteint près de 25 centimètres.
- D’autres espèces de Bambous non moins magni-
- ' Vov. n»2f>9, du 27 juillet 1878. p. 142.
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- Tiques, venant des Indes, le Gigmitoehloa aspera venant de Java, etc., sont à remarquer encore dans les jardins au bord de l’étang principal et près de la Mahavéli dont elles embellissent les rives (fig. 2).
- Kandy, outre ses magnificences tropicales et ses promenades, a des environs d’une richesse extrême par sa culture du riz et du thé. Pour bien se rendre compte de l’importance de l'exploitation du thé dans l’ile, c’est à Hatton qu’il faut aller. De cette dernière station du chemin de fer, les colons peuvent aller aisément dans leurs plantations, mais ils attendent avec impatience la continuation de cette ligne qui doit traverser bientôt l’ile dans toute sa largeur et qui contribue si puissamment à leur fortune. Cette région est encore fort belle avec toutes ses forêts qui couvrent le haut des montagnes, mais les Anglais déboisent de plus en plus malheureusement, pour mettre les terres en culture. Dans quelques années le thé sera la seule plante du pays.
- On coupe actuellement des arbres séculaires et leurs troncs restent sur la terre s’ils n’ont pas servi à construire les demeures des bungalows anglais, les hangars nécessaires à la fabrication du thé ou les huttes des ouvriers cinghalais. Le transport de ces arbres coupés coûterait trop cher sans doute au planteur, il aime mieux les laisser pourrir sur place au milieu de ses champs de thé. Ces grands cadavres d’arbres couchés à terre donnent au pays, en certains endroits, un aspect sinistre et le voyageur regrette les grandes forêts d’autrefois qu’il voit diminuer de plus en plus.
- Hors de la ligne du chemin de fer, il est difficile pour un étranger de visiter l’île, s’il n’a point de relations avec quelques colons européens; il ne trouverait nulle part un abri et de la nourriture à moins de faire de véritables préparatifs d’excursion.
- Grâce à l’obligeance de M. Ruinât, le très aimable agent des Messageries maritimes françaises, j’ai pu avoir les lettres de recommandation nécessaires pour M. Georges Christie, l’un des principaux planteurs de thé des environs de Hatton. Descendu à cette station, je trouvai aussitôt un coolie envoyé à ma rencontre par ce gentleman, pour me guider jusqu’à Maskeliya où se trouvent son bungalow et ses ateliers.
- M. Georges Christie est Anglais, il ne semble pas avoir vingt-cinq ans ; son frère aîné et lui exploitent les montagnes en plantant du thé. Ils habitent Ceylan depuis quatre ans, mais le frère aîné était en congé en Angleterre lorsque M. Christie m’a reçu chez lui. Je ne pourrai oublier sa gracieuse réception et son hospitalité presque fraternelle. En voyant un homme si jeune chargé d’une exploitation considérâble, faisant tout par lui-même dans un pays si lointain, je ne pouvais me défendre d’un certain sentiment d’admiration pour mon hôte. Bien des jeunes Français, évidemment, ne voudraient pas s’exiler ainsi et vivre quelques années dans l’isolement comme ce jeune Anglais, même avec l’espérance presque certaine de rentrer dans leur patrie avec fortune faite.
- Il y a une douzaine d'années, la fortune de Ceylan consistait en grande partie dans la culture du café, mais un terrible fléau, le Fnngus pest, parvint à tout ravager. C’était un insecte, Yllemileia vastatrix, qui détruisait toutes les feuilles des plantes; il apparut dans l’ile dès l’année 1869, et, pullulant bientôt d’une façon effrayante, il menaçait le pays d’une ruine presque complète.
- Les cultivateurs cherchèrent alors à remplacer la culture du calé par celle du thé et ils purent bientôt constater avec joie le succès inespéré de leurs efforts. Dans l’ouvrage intitulé : Colonial and Indian exhibition 1886 (Clowes and Sons, London) on peut constater la progression étonnante de cette culture. Les premiers essais faits en 1876 produisirent 282 livres de thé; en 1880, les planteurs en recueillaient déjà 103 624; en 1883, 1 522 882; enfin en l’année 1886, ils firent une récolte de 3 796 684 livres.
- Ceylan ne fait que du thé noir et on n’a pas remarqué, jusqu’à présent, de différence sensible dans sa qualité, qu’il pousse par exemple a Kandy, situé à 456 mètres d’altitude, ouà Maskeliya, dontles champs sont cultivés à 1200 mètres environ sur la montagne.
- Le gouvernement anglais vend au planteur un acre de terre pour 10 roupies, il faudra nécessairement le défricher et le bien dégarnir ensuite de toutes mauvaises herbes. Un ouvrier et un enfant suffisent à peu près pour la culture d’un acre de terre. Cette culture du thé n’offre point de difficulté. Une graine de thé plantée donne déjà, au bout de deux ans, un arbuste qu’on peut exploiter. M. Christie emploie 500 coolies et ils sont sans cesse occupés; car sur sa propriété, un côté d’arbrisseaux de thé cueilli, il faut recommencer de l’autre et toujours sans relâche. Dans quelques endroits seulement on laisse le thé prendre plus de développement pour qu’il puisse fournir des graines; ce sont des pépinières où les coolies vont prendre de jeunes arbustes pour les repiquer dans les champs de culture. Ces coolies sont payés d’une façon qui semblerait dérisoire à des ouvriers européens. Les meilleurs d’entre les Cinghalais de mon hôte recevaient de lui 8 pence par jour (16 sous), il donnait aux autres ainsi qu’aux femmes 6 pence et aux enfants 5 pence. Ils doivent, avec cette somme, se vêtir et se nourrir, mais ils sont logés dans des huttes construites près des ateliers par le colon. La fabrication du thé est aussi fort simple, comme sa culture, et ne demande guère qu’une extrême propreté. On commence par la cueillette des feuilles qui sont toujours choisies parmi les plus nouvelles, et les ouvriers laissent ensuite l’arbuste se reposer pendant une dizaine de jours, attendant ainsi une seconde pousse. Les feuilles cueillies sont apportées à l’atelier dans de grands paniers ronds. On les étale sur des toiles pour les passer soigneusement en revue et enlever les débris ou les impuretés qui pourraient s’y trouver, puis on les fait entrer dans un rouleau cylindrique en fil de fer finement treillagé, qu’un coolie fait tourner. Les petites feuilles menues des bourgeons de thé passent par les
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- ouvertures du cylindre et tombent sur une toile; elles constitueront la première qualité du thé.
- Cette opération faite, les feuilles de thé sont placées dans une machine munie de deux plateaux à mouvements contrariés ; elles sont alors, pendant une demi-heure, aplaties et roulées tout à la fois, par suite du frottement produit. Quant à la machine, elle est mise en mouvement par la force de l’eau ; un long bambou creusé en forme de gouttière amène dans l’atelier l’eau du torrent voisin pour faire tourner une grande roue; la transmission est aussitôt posée et voilà la petite machine en marche. Lorsque les feuilles sont bien roulées, elles sont alors enfermées pendant deux heures environ dans des boîtes,
- pour qu’elles subissent une certaine fermentation. Les coolies les font sécher enfin pendant quarante-cinq minutes sur un tamis légèrement chauffé par un feu de braise.
- Le thé est alors entièrement fabriqué. Les premières et deuxièmes qualités sont obtenues en passant les feuilles dans des tamis de différentes grosseurs’; il reste ensuite ce qu’on appelle la poussière de thé.
- Les planteurs vendent, sur leur propriété, environ un schelling, une livre de thé. Les récoltes sont si fructueuses à Ceylan que bientôt, jointes avec celles qu’ils font dans les Indes, les Anglais n’auront plus besoin d’acheter leur thé en Chine. Ils prétendent
- actuellement que le leur est de qualité bien supérieure à celui des Chinois qui ne le fabriquent pas avec la même méthode. Ceux-ci, en effet, n’emploient pas des machines, mais ils roulent et aplatissent les feuilles de thé à l’aide de leurs mains.
- Le bungalow de M. Christie est fort peu éloigné du pic d’Adam1, je ne pouvais donc résister au désir d’en faire l’ascension. C’est une excursion curieuse entre toutes et qui est loin d’être aussi difficile à faire que bien des voyageurs ont voulu le prétendre.
- Le pic est à 2235 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais Maskeliya est déjà à 1200 mètres de hauteur. La nature de la végétation varie sensible-
- 1 Vov. ii° 352, du H octobre 1879, |>. 308.
- ment de celle qu’on voit à Kandy, à cause de la différence d’altitude, mais elle n’est pas moins belle. En quittant les champs d’exploitation de M. Christie, mon guide me fit suivre un sentier à peine tracé. Je voyais des deux côtés des cascades et mille filets d’eau courir le long des roches. U faut traverser plusieurs fois des torrents ; le dos de mon guide cinghalais m’était fort utile en ces occasions ; puis enfin la véritable ascension commence. Elle est parfois assez rude à cause des inégalités des rochers qu’il faut gravir constamment, mais elle n’est pas de très longue durée. Presque toujours sous les ombrages épais des beaux arbres ornés d’oiseaux aux éclatantes couleurs, accompagné d’une quantité de singes qui se sauvaient devant moi en gambadant dans les
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- lianes, je ne manquais pas de distractions diverses durant la montée. Près de la cime du pic, les pentes des rochers auraient été trop raides pour les visiteurs : des marches ont été taillées dans le roc et des chaînes de fer solidement scellées servent encore à hisser les moins alertes jusqu’au but final. C’est là que des milliers de pieux Cinghalais des deux sexes viennent chaque année, à l’époque des pèlerinages, adorer les derniers vestiges des pieds de Bouddha. Sur le plus haut rocher de granit on voit deux empreintes assez incertaines : ce sont les traces sacrées. Pour les préserver des intempéries, elles sont abritées sous un petit pavillon de bois. Quelques huttes pour les prêtres bouddhistes ont été construites tout auprès, ainsi qu’une petite plate-forme en maçonnerie qui forme la terrasse d’observation.
- Le panorama qu’on admire du haut du pic d’Adam est d’un caractère particulier. C’est le point le plus élevé de l’ile, toutes les cimes des montagnes d’alentour, couronnées de forêts, semblent descendre graduellement et se perdre dans un océan de verdure; la mer bleue enfin borne l’horizon. Ce spectacle grandiose, beau jusqu’à l’idéal, paraît presque donner raison à la légende qui plaçait le Paradis terrestre dans File de Ceylan. Elle ajoute même que les traces sacrées adorées par les Cinghalais ne sont point celles de Bouddha, mais bien celles d’Adam lui-même, qui, avant d’être enlevé dans le ciel par les anges, venait pleurer sa faute sur le pic.
- 11 est certain que Ceylan avec sa végétation splendide est pour le touriste un pays merveilleux, c’est l’été perpétuel dans sa plus complète beauté, mais par cette raison, les paysages sont toujours semblables à eux-mêmes. Les feuillages toujours verts, les plantes toujours en fleurs amènent à la longue la monotonie, et les Européens que j’ai vus en ce pays me disaient qu’ils regrettaient les saisons de nos climats qui ont chacune leur charme en amenant dans l’existence une variété qu’on ne trouve plus dans les régions tropicales. Albert Tissanbier.
- SUR UNE CAUSE PEU CONNUE
- D'EXPLOSION DES CHAUDIÈRES A VAPEUR
- AVEC BOUILLEURS ET FOYER EXTÉRIEUR
- Deux explosions de chaudières à vapeur se produisirent dans le deuxième semestre 1886 aux raffineries Say et Lebaudy dans des conditions présentant entre elles la plus grande analogie, mais difficilement explicables à première vue, si bien qu’on les avait attribuées à des causes inconnues. Chacun de ces accidents donna lieu à une expertise judiciaire, et les experts nommés à cette occasion s’attachèrent à étudier le phénomène sous toutes ses faces en recourant aux moyens d’investigation les plus étendus. Us réussirent ainsi à en dégager les causes véritables peu apparentes tenant à des conditions d’installation de chaudières dont on n’avait pas ap-
- précié le danger jusqu’à présent. M. Férisse, l’un des experts, a présenté dernièrement à cette occasion à la Société des ingénieurs civils un mémoire des mieux étudiés dans lequel il a nettement dégagé les conclusions à en tirer pour l’étude des chaudières.
- Nous représentons dans la figure l la vue de la chaudière de la raffinerie Say en indiquant l’emplacement de la déchirure ffig. 2) qui s’y déclara lors de l’explosion étudiée. Cette chaudière, qui faisait partie d’une batterie de huit générateurs analogues avec foyers accolés, comprenait deux houilleurs inférieurs de 0m,6o de diamètre rattachés à un corps principal de lm,15 de diamètre. La chaudière a
- Fig. 1. — Chaudière de la raffinerie Say avec emplacement de la déchirure.
- 15 mètres de longueur, et chacun des houilleurs du bas est divisé sur sa longueur en deux parties distinctes, ce qui constituait en réalité quatre bouilleurs disposés sur deux lignes parallèles. Les bouilleurs d’avant ont 6m,24 de longueur pour un volume de 2 mètres cubes et ceux d’arrière 8m,74 pour àin
- Fig. 2. — Detail de la déchirure.
- volume de 5 mètres cubes. Les premiers communiquent avec le corps supérieur, par deux cuissards légèrement coniques ayant 0m,58 à 0m,40 de diamètre, et ceux d’arrière par trois pareils cuissards. La chaudière a 87 mètres carrés de surface de chauffe, dont 50 pour chacun des bouilleurs, et 27 pour le corps supérieur.
- La chaudière est timbrée à 6 kilogrammes, elle est munie de deux soupapes de sûreté réglementaires avec deux clapets de retenue, l’un pour l’eau, et l’autre pour la vapeur; elle possède, en outre, deux indicateurs de niveau à flotteur et a cadran dont l’un, avec sifflet d’alarme, indépendamment de l’indicateur en verre.
- La grille est placée à une profondeur de 0m,48 à 0m,50 en contre-bas des bouilleurs, elle a une longueur totale de 2m,44 jusqu à 1 autel avec une
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- largeur de lm,55. Le dessus de l’autel s’élève à 0m,20 au-dessus de la grille et laisse un espace libre de 0m,r>0 au-dessous des bouilleurs. Les flammes dégagées chauffent d’abord les bouilleurs, puis elles reviennent à l’avant sur l’un des côtés en contournant le corps principal de la chaudière; elles vont ensuite, en suivant l’autre côté, se rendre dans le carneau collecteur qui les écoule dans la cheminée. D’après les relevés faits par les experts, la consommation de charbon de la chaudière s’est toujours maintenue dans des limites relativement restreintes, soit entre 55 et 65 kilogrammes par heure et par mètre carré de grille.
- L’accident survint le 25 août 1886 vers 5 heures un quart de l’après-midi ; il se produisit une explosion résultant d’une déchirure du bouilleur de droite dans la région située au-dessus du fond de la grille et directement exposée au coup de feu. On n’entendit toutefois aucune détonation violente, mais la chambre de chauffe fut complètement envahie par un dégagement d’eau et de vapeur, cinq ouvriers furent atteints et gravementrbrùlés, ils moururent des suites de leurs blessures. L’explosion se trouva limitée par l’action de clapets de sûreté qui isolèrent la chaudière atteinte des chaudières voisines.
- La déchirure représentée dans la figure 2 a une- longueur de 0m,82, et affecte une superficie d’environ 1200 centimètres carrés. Elle est à cheval sur l’autel, et présente en un point qui se trouve exactement à l’aplomb du bord intérieur, une petite saillie qui paraît avoir été le point de départ de la rupture. Le jet d’eau et de vapeur se dirigea surtout derrière l’autel en afïbuillant la maçonnerie ; le feu ne s’éteignit pas immédiatement, et il fut jeté bas seulement dix minutes après.
- L’accident de la chaudière de la raffinerie Le-baudy se produisit dans des conditions presque identiques, sur une chaudière allongée d’un type analogue, dont l’un des' bouilleurs se déchira aussi au-dessus de la grille du foyer dans la région du coup de feu ; nous n’y insisterons pas.
- Nous ne pouvons pas entrer non plus dans les détails des minutieuses observations poursuivies par les experts pour déterminer la cause exacte de ces accidents, nous dirons seulement qu’ils arrivèrent à éliminer successivement toutes les causes qu’on aurait pu invoquer au premier abord.
- Les experts se sont trouvés amenés à rechercher si dans les conditions de marche des chaudières à longs bouilleurs à grilles allongées marchant continuellement, comme celles dont il s’agit, il ne se produit pas en service une altération intime du métal. Aucun défaut n’était visible à l’extérieur, et la section de la tôle n’y révélait non plus aucune crique ou dédoublure, comme le fait se remarque souvent sur les tôles de qualité supérieure dont le métal est difficilement soudable. Mais l’attaque à l’acide chlorhydrique a révélé immédiatement dans le voisinage des lèvres l’existence de vides préexistant, formant autant de criques fines qui se sont manifestées ainsi
- par un léger bouillonnement de l’acide en ces points. Le métal prenait en même temps une coloration spéciale dans toute la profondeur de la crique, et on a pu observer, en cassant un fragment, que celle-ci pouvait dépasser la moitié de l’épaisseur de la tôle.
- Des observations analogues ont été recueillies sur la tôle de la chaudière Lcbaudy, et elles ont ainsi montré nettement que le métal s’était altéré et aigri dans le voisinage de la déchirure. Cette conclusion s’est confirmée par les résultats des essais à la traction pratiqués sur des éprouvettes détachées dans cette région, on a constaté que la charge de rupture et surtout l’allongement qui est l’indice de la malléabilité s’étaient abaissés quelquefois de moitié; 1’allongement en long, qui atteignait 21,4 pour 100 dans les parties saines, est ainsi tombé à 8 pourri00, et en travers, il s’est abaissé de 15,8 à 6,7. Cette altération était la plus sensible dans la meilleure des deux tôles comparées.
- L’ensemble des faits minutieusement étudiés par les experts montre nettement que la tôle des bouilleurs s’est altérée en service, et que cette altération est plus sensible dans les parties les plus exposées au feu et sur la face externe. Il faut admettre par suite, comme l’indique M. Périssé, que les tôles ont été trop chauffées a l’extérieur, et insuffisamment refroidies à l’intérieur, de sorte que, vers la partie externe, la température du métal a pu s’élever jusqu’à 300° et même au delà, et que, ainsi, il a pris un état rouvérin particulier signalé depuis quelque temps par les métallurgistes.
- On s’expliquera facilement avec M. Périssé que le métal des bouilleurs ait pu être amené extérieurement à une température de 300° si l’on se rappelle la grande profondeur donnée à la grille, laquelle résulte elle-même de la grande longueur des bouilleurs, car pour obtenir la surface de chauffe nécessaire on avait dû allonger la grille faute de pouvoir l’élargir.
- Il semble donc que cette forme de chaudières à bouilleurs extérieurs qui se rencontre souvent chez nous, peut présenter certains dangers inhérents à la disposition même des bouilleurs, et il est bon que l’attention des industriels soit appelée sur ce point en vue d’y assurer une circulation de l’eau plus parfaite. C’est ce qui nous a amenés à consacrer un article spécial à ces deux accidents locaux en raison de l’enseignement général que les experts ont su en dégager.
- L’USINE ÉLECTRIQUE
- Dü THORENBERG (SUISSE)
- (Suite et fin1.)
- La transmission de force motrice qui constitue le deuxième mode de transport et d’utilisation de l’énergie électrique produite par la chute d’eau du
- 1 Vov. n° 804. du 27 octobre 1888, p 343.
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- Thorenberg, se compose de deux machines dynamoélectriques à courant continu (tig. 1), du système Rrown, reliées par une canalisation aérienne de plus de 6 kilomètres de longueur.
- La réceptrice actionne un moulin et a remplacé, avec beaucoup moins de frais, d'encombrement et d’ennuis, une machine à vapeur de même puissance.
- Les deux dynamos, génératrice et réceptrice, sont excitées en série et tournent à une vitesse angulaire normale de T50 tours par minute. La force électromotrice de la génératrice est de 1000 volts, et le courant normal à pleine charge est de 80 ampères, ce qui représente une puissance mécanique initiale de 120 chevaux-vapeur.
- Les machines ont été calculées pour que, la vitesse de la génératrice restant constante, celle de la réceptrice reste elle-même constante, soit à vide, soit à pleine charge.
- Ce résultat est dû, d’une part, aux bonnes proportions de la machine, et, d’autre part, au mode d’excitation employé.
- Supposons, pour fixer les idées, que la réceptrice tourne avec une charge correspondant à un courant de 50 ampères. Si la charge vient à augmenter, par la mise en action d’une nouvelle paire de meules, par exemple, la réceptrice tendra à diminuer un peu son allure et, par suite, la force contre-électromotrice qu’elle développe. Mais alors l’intensité du courant augmentera, ce qui augmentera l’excitation des deux machines, et par conséquent la force électromotrice de la génératrice. Il s’établira donc un nouveau régime très peu différent du premier, en ce qui concerne la vitesse angulaire, mais pour lequel l’intensité du courant sera plus grande.
- L’effet inverse se produira si la charge de la machine réceptrice diminue. Une action purement physique intervient donc pour maintenir la vitesse de la réceptrice constante, quelle que soit la charge, pourvu que la génératrice conserve elle-même une vitesse constante, ce qui est facilement obtenu à l’aide d’un régulateur à force centrifuge agissant sur l’admission d’eau dans la turbine.
- Les principales conditions de fonctionnement des
- deux dynamos, génératrice et réceptrice, sont résumées dans le tableau suivant :
- Génératrice Réceptrice
- Diamètre de l'induit en centimètres . . 80 72
- Longueur — * . . 80 80
- Nombre de, spires sur l’induit................596 360
- — de touches au collecteur .... 132 120
- — de spires sur les inducteurs. . . 315 279
- Diamètre du fil des inducteurs en millim.. 10 10
- Résistance de l'induit entre balais en ohms. 0,220 0,200
- — des inducteurs..................... 0,245 0,207
- Résistance totale du circuit électrique.......2,85 olmis.
- Les communications entre la machine génératrice et la machine réceptrice s’établissent par l’intermédiaire de deux tableaux (fig. 2 et 3) établis respectivement au Thorenberg (génératrice), et au moulin (réceptrice). Chacun de ces tableaux porte un certain nombre d’appareils, accessoires nécessaires à la mise en marche, à l’arrêt, à la surveillance, à la sécurité de l’installation, ainsi qu’a la conservation des machines.
- Le tableau du Thorenberg se compose d’un ampèremètre, et d’un voltmètre destinés à vérifier le fonctionnement de la génératrice. Le voltmètre est contrôlé par une série de lampes à incandescence montées entre elles en tension et en dérivation sur les bornes de la machine. En montant momentanément la série de lampes sur les bornes de la machine, on peut apprécier assez exactement, avec un peu d’habitude, la différence de potentiel enlre ces bornes au moment de l’expérience, rien que par l’éclat des lampes.
- Pour éviter les décharges d’électricité atmosphérique , très dangereuses dans des pays orageux comme la Suisse, chaque fil de ligne est relié, à chaque extrémité, à un paratonnerre à dents dont l’une des platines est soigneusement mise en communication avec le sol, produisant ainsi une dérivation salutaire aux décharges de trop haute tension provoquées par les phénomènes atmosphériques.
- Le tableau de la réceptrice (fig. 3) établi au moulin comprend aussi un ampèremètre et deux paratonnerres.
- Les deux tableaux sont munis chacun de deux autres appareils qui méritent une mention spéciale
- Fig. 1. — Génératrice installée au Thorenberg. (La réceptrice a sensiblement les mêmes formes et dimensions, et n’en diffère que par certaines modifications dans l’enroulement.)
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- et sont représentés à part (iig. 4 et 5). Ces deux appareils sont l'interrupteur spécial et le ferme-circuit automatique.
- Interrupteur spécial. — Lorsque, pour une raison quelconque, on'a besoin d’ouvrir le circuit, les machines étant en marche, il Faut éviter avec le plus grand soin de rompre ce circuit brusquement; on doit, au contraire, produire l’interruption avec assez de lenteur pour que l’énergie représentée par l’aimantation des inducteurs des deux machines se dépense lentement et ne produise pas des extra-courants qui détruiraient presque infailliblement l’isolement.
- Cet inconvénient est évité en coupant le circuit à l’aide de l’interrupteur spécial (fig. 4) constitué par deux lames élastiques montées sur une poignée isolante et reliées par un lîl souple à un point du circuit à interrompre. L’autre point du circuit communique avec un crayon de charbon à lumière qui vient se
- prendre entre les deux lames. Dans la position normale ou de fermeture, le commutateur repose sur deux lames élastiques qui assurent un contact parfait. Pour interrompre le circuit, on commence par dégager la partie mobile de l’interrupteur des lames qui le supportent et la communication n’est plus alors établie que par le charbon ; la rupture du circuit forme un arc qui s’allonge à mesure qu’on éloigne le manche et peut, par une ma-nœu vre convenablement réglée, atteindre et dépasser même une longueur de 50 centimètres avant la rupture du circuit, rupture qui peut alors se produire sans danger pour l’isolement des machines.
- La rupture du circuit s’effectuant entre 1 a pointe de charbon et les lames en élastiques, l’étincelle de rupture ne détruit en rien le bon contact établi par les supports.
- Ferme-circuit automatique. — Si, par suite d’un contact accidentel entre les deux fils de la ligne, les
- Fig. 2. — Tableau (le l’usine génératrice au Thoreuberg.
- deux machines se trouvaient fermées en court-circuit, chacune d’elles, travaillant sur un circuit de faible résistance et sans force contre-électromotrice, serait
- aussitôt traversée par un courant d’une intensité considérable, pouvant chauffer la machine au point de détruire son isolement et de la mettre hors de service
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- Le ferme-circuit automatique a pour but d’éviter ce danger. Il se compose (fig. 5) d’un électro-aimant droit dont les deux extrémités se terminent par deux masses de fer placées en regard d’une armature à charnière qui, dans sa position normale, maintient un levier armé. Cet électro-aimant à gros fil est intercalé dans le circuit général de distribution. Si, pour une cause quelconque, le courant atteint une intensité dangereuse, pour laquelle l’appareil a été construit au préalable, l’armature est attirée, déclenche le levier armé qui retombe sous l’action de son propre poids et vient établir un court-circuit entre deux lames métalliques placées au bas de l’appareil, ce qui justifie son nom de ferme-circuit.
- La fermeture de ce circuit a pour effet de mettre les inducteurs en court-circuit. A partir de ce moment, il 11e passe plus de courant dans les inducteurs, le champ s’affaiblit très rapidement jusqu’à devenir presque nul, et les machines ne produisent plus de courant du fait qu’elles ne sont plus excitées.
- Les ferme-circuits sont généralement calculés pour fonctionner et shunter les inducteurs lorsque l’intensité du courant dépasse de 20 pour 100 sa valeur maxima normale.
- Telles sont les conditions .d’établissement de cette transmission de force motrice qui fonctionne depuis un an sans interruption. Ce n’est pas d’ailleurs un exemple isolé, et M. Brown, le jeune et habile ingénieur des ateliers d’Oerlikon, en a déjà installé un grand nombre qui, dans des conditions différentes, donnent des résultats également satisfaisants, et ont fait passer le transport de force motrice à distance dans le véritable domaine industriel. E. H.
- CHRONIQUE
- La grande éclipse de soleil de 1889 observée en Russie. — La Société physico-chimique de Saint-Pétersbourg vient de publier le complément des observations faites en ballon par M. Mendelejeff, dans son ascension exécutée à Tver. On sait que la plupart des observations européennes ont fait défaut à cause des nuages. Cependant on a pu prendre à Pawlosk dans les environs de Moscou, un croquis de la Couronne. Cet objet a été photographié avec soin à Krasnoyarsk sur les bords du lac Baïkal, et observé en détail sur les bords de la baie de Possiet, station située sur les frontières de Corée à plus de 7000 kilomètres de Pawlowsk. De la comparaison des épreuves et des croquis, il résulte que la Couronne n’est pas produite par de simples phénomènes de diffraction, mais qu’elle est produite par des objets existant autour du soleil. En effet, son aspect a été le même à toutes les stations pendant toute la durée de l’éclipse. La portion des rayons de la Couronne paraît de plus être en relation avec les protubérances et les taches du soleil. Les photographies prises sur les bords du lac Baïkal reproduisent les panaches que M. Lockyer avait observées en 1878, et qui manquaient en 1886. Le spectre de la Couronne ne possède point de raies brillantes, mais M. Egorotf, rapporteur général de la Société russe, fait remarquer que cette circonstance peut s’expliquer par 1’intluence de la quantité de lumière réHéchie par la haute atmosphère de la terre.
- En effet, l’éclat de la lumière de la Couronne ne dépasse pas celui de la pleine Lune. Le professeur llesehus résume les observations météorologiques faites dans vingt-cinq stations différentes. On a constaté quela pression barométrique a diminué de deux dixièmes de millimètre, faible dépression s’expliquant très bien par la condensation dans l’atmosphère de la terre, d’une certaine quantité de vapeur d’eau. Les effets sur le thermomètre ont été plus marqués ; l’abaissement a été de 1°,6 à l’ombre et de 8°,6 au soleil. La force du vent a également diminué, conformément à la théorie qui attribue au soleil une force perturbatrice. Quant à l’action de l’éclipse sur la boussole, les effets sont contradictoires. L’influence sur les insectes et sur les animaux est telle qu’elle a été signalée bien des fois. C’est, comme nous l’avons fait remarquer, la première fois qu’une éclipse est observée avec tant de luxe. Ces résultats, d’autant plus remarquables que le mauvais temps a régné presque partout, sont dus à l’initiative de M. Otto Struve, directeur de l’Observatoïfe de Pulkowa, et à la libéralité de l’empereur Alexandre 111, ainsi qu’au zèle de la Société physico-chimique.
- L'éclairage électrique en Amérique. — La
- communication faite sous ce titre par M. le professeur Ceorges Forbes est remplie de détails curieux et intéressants sur le développement prodigieux de cette industrie en Amérique, le pays des surprises et des contrastes. C’est ainsi, par exemple, que le journal local d’un village en Alaska, dans un numéro récent, étudie l’introduction de l’électricité dans le village pour différentes applications, à un point de vue scientifique, et, dans une autre partie du même numéro, exprime le désir qu’une loi soit votée pour expulser les Indiens du village chaque soir à partir de neuf heures. En février 1888, il n’y avait pas moins de 300 000 lampes à arc alimentées par des stations centrales et 2 250 000 lampes à incandescence en service aux États-Unis. Depuis cette époque cependant peu éloignée, leur nombre s’est considérablement accru, car il y a quatre ou cinq fabriques qui, aujourd’hui, peuvent produire chacunê 10 000 lampes par jour, et la consommation actuelle dépasse plusieurs millions de lampes par an. Les stations centrales fournissant l’éclairage électrique par incandescence sont à potentiel constant, les unes par courant continu à 100 volts et à triple fil (Edison), les autres au potentiel de 1000 volts, par courants alternatifs et transformateurs (Westinghouse).
- La poste en Angleterre. — Le directeur général des postes a récemment publié la statistique de l’année finissant le 31 mars 1888. — Durant ces douze mois, le nombre des lettres, cartes postales, paquets de livres, circulaires et journaux s’est élevé à 2 242 800 000, soit 60 par chaque habitant. Pendant les fêtes de Noël, la poste de Londres a distribué 41 millions de lettres et de colis postaux. On dut engager pendant quelque temps 5095 employés supplémentaires, et aux 435 voilures de poste ordinaires on dut en adjoindre 370 nouvelles. Le nombre des télégrammes s’est élevé à 53 405 425.
- Les chevaux des pampas de la République argentine. — Un de nos lecteurs de Buenos-Ayres, M. J.-J. Solveyra, nous envoie les intéressants renseignements qui suivent sur les chevaux des pampas : « La République argentine compte dans ses prairies (pampas) trois millions de chevaux, d’origine arabe, puisqu’ils ont été importés d’Andalousie; leurs conditions spéciales de beauté, de force et de résistance, sont bien connues; dans l’année française on commence à les utiliser, et dans
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- nos grandes fermes (estancias) leurs services sont incomparables. On cite nombre de prouesses réalisées avec ces chevaux par nos campagnards (gauchos) : on cite souvent des trajets de 200 kilomètres exécutés en un jour (24 heures) par de bons cavaliers. Pour apprécier la résistance des chevaux, on a eu l’idée d’établir un concours qui, sous le nom de course de résistance, a eu lieu à Ayacucho. Les chevaux devaient marcher pendant dix heures, les cavaliers pouvaient, à volonté, s’arrêter, descendre, aller au pas, au trot et au galop. Le nombre des concurrents s’est élevé à dix, la course a été gagnée par le Reclula appartenant à M. Baudrix. Ce cheval a fait 28 lieues espagnoles de 5km,129, c’est-à-dire 145 kilomètres 1/2 dans l’espace de temps compris entre 7 heures du matin et 5 heures du soir, c’est-à-dire en dix heures. »
- Erreurs relevées sur les cartes marines. —
- Plusieurs journaux ont déjà signalé la suppression sur les cartes anglaises, d’un banc de sable qui était mentionné non loin de Pile Formentera, groupe des îles Baléares. Un travail de recherches, accompli dans le but de redresser les erreurs de ce genre sur les cartes marines, a déjà été fait par le lieutenant de vaisseau français Richard Fay, entre Mahé et Melbourne. Le commandant Walbran, du vapeur Aconcagna, vient d’opérer ce même travail, pour le compte du gouvernement anglais sur la côte ouest de l’Amérique. Parti au mois de juillet, VAconcagna a visité et fouillé à fond l'espace compris entre le détroit de Magellan et la baie d’Aranco. M. Walbran a relevé de grosses erreurs qui s’étaient glissées en 1848 sur les cartes anglaises et françaises, lorsque John llemvick parcourut ces parages et en releva la topographie. Les îles Cambridge, Duncan, White-IIorse, Rocher ouest, etc., ont été particulièrement étudiées, car certains îlots ayant nom et altitude, n’existent pas; d’autres sont plus rapprochés, d’autres sont plus éloignés ; c’est ainsi que le rocher auquel ltenwick avait donné son nom et qui était porté sur les cartes, à l’est de l’île Santa-Maria (Chili), n’a pas été aperçu bien qu’on l’ait cherché autour de toute l’île. Enfin la correction des côtes et îles de la mer de Chine et des golfes qui en font partie vient d’être entreprise simultanément par l’Angleterre et la France ; 'celle des côtes de l’Afrique ne tardera pas à être commencée ; mais la plus longue et la plus périlleuse qui se continue avec acharnement, malgré les déboires que rencontrent les navigateurs, est celle de l’océan Arctique du Nord, entreprise surtout par les Allemands.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 novembre 1888. — Présidence de M.Janssen.
- La lumière électrique à Banyuls. — Grâce à une libéralité de l’Académie des sciences, M. de Lacaze-Du-thiers a pu installer à l’aquarium du laboratoire maritime de Banyuls une lampe électrique à arc, avec régulateur Serrin de 22 à 24 ampères. Les résultats sont dès maintenant des plus satisfaisants et promettent une ample moisson de faits nouveaux. Déjà M. de Lacaze constate que des embryons marins tout à fait invisibles en plein jour apparaissent quand on fait tomber sur eux la lumière de l’arc. Dès que. la machine à vapeur qui alimente les pompes est en fonction, on peut y atteler' la machine dynamo-électrique et se servir de la lumière. Dès qu’on l’allume, on voit certains animaux qui en sont influencés. Les poissons manifestent de l’étonnement, s’approchent
- mais se fatiguent bientôt et s’éloignent. Les langoustes sont plus saisies et les annelines rentrent généralement dans leurs trous. L’un des bacs qui ont lm,60 de longueur est richement peuplé d’une belle actinie, l’Hélianthe, qui n’apparaît que la nuit et reste cachée le jour; on pouvait croire que la lumière électrique aurait sur elle la même influence que le soleil ; mais il n’en a rien été et l’animal n’a rien manifesté devant l’éclairement. Les Poulpes et les Elédones se sont un peu colorés, mais non pas d’une manière intense et, en somme, le résultat général des essais a été bien différent de cette fascination qu’on regarde d’ordinaire comme produit par la lumière sur les animaux. Il est vrai, ajoute M. de Lacaze avec beaucoup de sagacité, que les pensionnaires des bacs ne se comportent pas comme les bêtes libres au sein de l’Océan : ils s’habituent très vite à leur captivité et sont, pour ainsi dire, préparés d’avance à une foule d’accidents qui, normalement, devraient les émouvoir beaucoup. Yient-on à heurter la glace de verre derrière laquelle ils sont prisonniers, les poulpes, pendant les premiers jours de captivité, deviennent noirs de fureur; mais, après quelques semaines seulement, on n’arrive plus à les faire changer ainsi, que d’une manière très peu sensible. Peut-être en est-il de même pour l’action de la lumière.
- Paléoanthropologie. — M. Emile Rivière présente une note intéressante sur les fouilles qu’il a pratiquées dans cinq grottes situées dans les Alpes-Maritimes non loin d’Escragnolles. De par la faune, dont il a recueilli les restes (faune nombreuse en tant qu'espèces animales différentes), et de par les objets préhistoriques dont il a trouvé une assez grande quantité (poteries et objets en os), ces grottes appartiennent à l’époque néolithique. Enfin les individus qui, à cette époque, les ont habitées et dont M. Rivière a étudié les ossements, appartiennent à une race de petite taille. Nous consacrerons bientôt un article spécial à cet intéressant sujet.
- La transfusion péritonéale. — Par l’intermédiaire de M. Yerneuil, MM. Ch. Richet et Héricourt donnent une très intéressante suite à leurs recherches sur le microbe nouveau qu’ils appellent Slaphylococcus pyoseplicus. Ayant reconnu que les chiens sont natui'ellement réfractaires à cet agent d’infection, ils ont pensé que l’injection du sang de chien dans le péritoine du lapin ferait participer ce dernier, si sensible à l’état naturel de la résistance du carnivore. Le succès a couronné l’expérience, et le Slaphylococcus, au lieu de tuer en vingt heures comme précédemment, laisse vivre la bête inoculée, quarante, cinquante, soixante heures, ou même ne la tue pas du tout. Allant plus loin, les auteurs ont remplacé le sang de chiens sains par le sang de chiens ayant guéri de la maladie pyocyanique, et alors l’immunité provoquée a été beaucoup plus caractérisée encore. Tout le monde comprendra l’importance de ce fait et l’espérance qu’ils ont de prévenir les maladies contagieuses par la transfusion du sang pris sur un animal réfractaire.
- Acarus marins. — M. Giard apnt réuni à Wimereux une nombreuse série d’Acarus pris sur des baleines et sur certains mollusques, M. le Dr Tronessart y a retrouvé des espèces connues déjà dans les mers anglaises et plusieurs formes nouvelles.
- Nouvelle mire lointaine. —» L’Observatoire de Nice établi sur le mont Gros ne possédait pas de mire de nuit lointaine. Le mont Macaron, situé au nord et séparé seulement par la vallée du Paillon, offre des conditions par-
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- LA NATURE.
- ticulièrement favorables, mais il est inhabile et on ne peut songer à y envoyer un agent chaque soir pour allumer un feu. Dans ces conditions, M. Fizeau propose d’y installer un collimateur à réflexion sur lequel un rayon lumineux serait envoyé de l’Observatoire même. Chargé par le Bureau des longitudes d’étudier la question, M. Cornu vient annoncer aujourd’hui le succès complet de ses expériences. L’appareil construit par la maison Brun-ncr est maintenant installé et prêt à rendre tous les services qu’on en attend.
- M. Carlet, professeur à la Faculté des sciences de Grenoble. — M. Vaillant étudie le notacanthas, poisson ga-noïde recueilli durant la croisière scientifique du Talisman. — L’acide morrhuique a été fourni à M. Gauthier par l’huile de foie de morue. Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LA CHAÎNE MAGIQUE
- Rapports mutuels des météorites et des étoiles filantes.
- — C’est avec l’extrême bienveillance dont il m’a constamment honoré que M. le président Janssen analyse une note, où je cherche à réagir contre le véritable entraînement irréfléchi qui porte les astronomes à confondre les météorites avec les étoiles filantes. Il est clair que si les unes et les autres n’étaient que deux formes d’un même phénomène, c’est pendant les pluies d’étoiles filantes qu’il devrait y avoir le plus de chance d’observer la chute des pierres ou des fers. Or, il est extrêmement remarquable que cela n’a pas lieu, bien que de temps en temps il tombe de vraies pluies de météorites. 11 est tombé plus de 1000 pierres à Knyahinya en 1886, 3000 environ à l’Aigle en 1803, plus de 100 000 à Pultusken 1869, un nombre énorme à Mocs en 1882, etc. De toutes ces chutes si nombreuses, non seulement aucune n’a eu lieu durant une pluie d’étoiles filantes, mais encore aucune ne s’est produite en août ou en novembre, qui sont les époques les plus riches en débris cométai-res ; Knyahinya est du 9 juin, l’Aigle du 26 avril,
- I’ultusk du 30 janvier, et Mocs du 3 février. On dirait un fait exprès, car on ne voit pas pourquoi, d’une manière fortuite, il n’y aurait pas coïncidence des deux sortes de phénomènes ; tellement que si, après l’indépendance tant de fois constatée, il arrivait qu’un jour une averse' de météorites coïncidât avec une grande pluie d’étoiles filantes, on n’aurait, en bonne logique, aucun droit d’en conclure l’identité de nature et d’origine.
- Varia. — M. Marcado indique le mode de‘ fabrication et les propriétés de la boisson fermentée désignée, sous le nom de Yarrak, par les tribus sauvages du haut Orégon.
- — La comète Barnard a été observée à Besançon par M. Gruey ; l’Observatoire de Paris adresse ses observations du même astre pour le 3 novembre. — La castration parasitaire du Lichnis dioïca par VUstilago antheraruni a occupé MM. Giard et Maxime Cornu. Ils l’ont observée aussi sur le Silene inflata. — M. Delage étudie le rôle des canaux semi-circulaires. — Les gaz occlus dans le cuivre déposé par voie électrolytique, ont été analysés par
- On vend depuis quelque temps dans le voisinage du chantier de la Tour Eiffel, au Cliamp-de-Mars, un très curieux petit objet que nous signalons à l'attention de nos lecteurs. Cet objet se compose de deux chaînes dont les maillons sont entrecroisés de
- deux en deux (fig. 1).
- On saisit d’une main l’anneau libre supérieur A, et de l’autre, on soulève un des deux anneaux, 15, qui s’y trouvent passés. En lâchant d’un geste brusque l’anneau supérieur A, on croit voir cet aijneau descendre, en passant par l’anneau G, tout le long de la chaîne. Cette chute d’un anneau est chose matériellement impossible, il n’y a là qu’une illusion d’optique. En relevant la chaîne droite, les anneaux de cette chaîne se trouvent en quelque sorte retournés, ou plutôt leur point de jonction avec l’anneau suivant se trouvant en haut, ils tendent à basculer et le mouvement se produit d’anneau en anneau, de telle sorte que l’anneau primitif semble descendre du haut en bas de la chaîne, lorsque, en réalité, chaque anneau bascule successivement; mais ces mouvements se font avec une telle rapidité que l’œil ne peut les saisir et croit voir le même anneau descendant toute la chaîne.
- ‘La figure 2 montre la disposition des deux chaînes, dont nous n’avons représenté que la partie supérieure; elles ont en réalité 30 centimètres de longueur. 11 est facile de confectionner soi-même ce petit objet qui offre l’occasion de faire une des plus remarquables expériences relatives aux illusions d’optique1.
- 1 Communiqué par >1. le capitaine H. Fourticr, à Yersailles.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N" 807. — 1 7 NOVEMBRE 1888.
- LA NATURE.
- LES ORGUES ÉLECTRIQUES
- L’électricité, qui triomphe souvent des problèmes restés longtemps insolubles, est intervenue avec succès dans le fonctionnement à distance des orgues électriques; nous allons faire connaître cette intéressante application.
- Dans les orgues ordinaires, l’air comprimé est habituellement envoyé dans les tuyaux, à l’aide de dispositifs plus ou moins compliqués, de vergettes de bois, que l’organiste peut commander par des leviers constituant le clavier de l’orgue. Suivant que l’on appuie sur telle ou telle note, les vergettes sont mises en mouvement, découvrent l’entrée de tel tuyau, et l’air peut le mettre en vibration.
- On comprend que ce système demande un appareil d’une seule pièce, encombrant, et dont il est impossible de séparer les diverses parties. Si l’on ajoute à cela les variations que la température et l’état hygrométrique de l’air peuvent faire subir au bois, on conviendra que le système d’orgues, qui a rendu pendant longtemps des services signalés, laisse beaucoup à désirer, en comparaison des progrès accomplis dans toutes les autres branches industrielles. M. Merklin, le constructeur d’orgues bien connu, a compris que le système de transmission du son pouvait être modifié, en mettant à profit les propriétés d’un électro-aimant actionné à distance.
- L’Eglise Sainte-Clotilde est la première église de Paris qui ait reçu un orgue de ce nouveau système. Depuis longtemps déjà, il était question d’installer dans cette église un orgue d’accompagnement. Mais les dispositions architecturales s’opposaient à l’intro-
- duction d’un tel instrument dans le chœur. Le nouveau système électro-pneumatique a permis de résoudre la (juestion de la façon suivante. L’instrument a été divisé en quatre parties : le clavier est dans les stalles du chœur, la soufflerie derrière le maître-autel, et les jeux séparés en deux groupes, les jeux du clavier grand orgue, et les jeux du récit, sont placés à droite et à gauche de l’autel, au-dessus des grilles d’entrée du chœur, comme on peut le voir dans les figures 1 et 2. Cette division d’un orgue en quatre parties ne nuit en rien ni à l’unité, ni à l’harmonie, ni à la sonorité de l’orgue.
- Voici, dans sa plus grande simplicité, le principe des orgues électriques. Nous rappellerons d’abord que le problème consiste à introduire, à un moment donné, l’air dans un tuyau, pour mettre celui-ci en vibration, et obtenir un son déterminé. Supposons donc une caisse rectangulaire A (fig. 3), qui est, en réalité, la coupe du récipient employé. Cette caisse A reçoit l’air provenant d’une soufflerie S placée sur le côté ; à la partie supérieure est fixé un tuyau T, dont l’extrémité inférieure est fermée par une petite soupape M. Sur la même pièce de bois que cette soupape est une'petite tige de fer F qui se meut devant un électroaimant. Si l’on vient à envoyer un courant dans l’électro, la palette de fer doux F sera attirée, et le levier oscillant autour du point O, la soupape M découvrira l’ouverture du tuyau T, l’air de la caisse A pourra rentrer dans le tuyau sonore et le mettre en vibration. La question se résout donc, en somme, à envoyer, au moment voulu, un courant dans l’électro-aimant placé au-dessous du tuyau destiné à rendre le son que l’on désire.
- Fig. 1. — Vue d’ensemble de l’orgue électrique à l’église Sainte-Clotilde, à Paris.
- Fig. 2. — L’orgue électrique de l’église Sainte-Clotilde, à Paris. — Plan du chœur et du sanctuaire. — B. Souffleur. — CGC. Porte-vent. — DDD. Câble électrique. — E. Console des claviers. — F. Massif des jeux du clavier grand orgue.
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- Ce problème est très simple : il a été déjà résolu depuis longtemps dans la télégraphie. Le transmetteur, qui répond à ce but, consiste en un levier AB (fig. 4) qui forme une des touches du clavier.
- Ce levier AB porte un (il fixé à sa partie antérieure, et qui se replie en fourchette.
- Ce fil, qui est déjà en communication avec un des pôles de la pile, vient s’appuyer, par un mouvement du levier, sur une bande de maillechort C qui est reliée à l’autre pôle de la pile. A ce moment le courant est fermé sur l’électro-aimant, qui devient actif.
- La figure 5 permet de saisir l’ensemble de la disposition. On remarquera qu’il n’y a pour chaque note, et par suite pour chaque électro-aimant, qu’un seul fil, grâce à l’emploi d’un fil commun. Deux éléments de pile à l’oxyde de cuivre Lalande-Chaperon suffisent pour faire fonctionner l’appareil.
- Fig. 5.— Détail du récepteur. — Fig. 4. — Détail du transmetteur.
- Nous avons pu constater par nous-même que les électros obéissent instantanément, et qu'il n’y a vraiment aucune différence dans les résultats obtenus par ces orgues et les orgues d’ancien modèle. 11 faut enfin reconnaître que ce système d’orgues, simplifie considérablement la construction d’un appareil très délicat.
- On pourrait déjà citer de nombreuses localités, où M. Merklin a établi le système électro-pneuma-
- Fig.5. — Ensemble de l’appareil. — AB. Transmetteur. — P. Piles. — Electro-aimants récepteurs. — L. Fil commun.
- tique, notamment Lyon, Beauvais, Marseille et Saint-Etienne. Prochainement enfin, à Paris, à Saint-Jacques-du-Haut-Pas, nous aurons l’occasion de voir, ce qui existe déjà à l’église Saint-Bonaven-ture de Lyon, l’alliance des deux systèmes : sur un premier clavier, le mécanisme direct; sur un deuxième, le système électrique.
- J. Laffargue.
- L'ÉLEVAGE DES SERINS
- ET LA SOCIÉTÉ SER1XOPHILE
- 11 est à Paris un certain nombre d’industries importantes dont on ne soupçonne parfois pas même l’exis-
- tence. Telle est celle de l’élevage des serins, qui compte de nombreux praticiens, et qui est encouragée par une Société ornithologique spéciale, la Société serinophile. Le dimanche 4 novembre dernier, cette société a ouvert son concours annuel de serins hollandais. Le concours a eu lieu dans les salons de^ Vautier, avenue de flichy. Cent quinze serins hollandais ont été exposés dans leurs cages placées sur une des grandes tables recouvertes de serge verte. Quarante-quatre serins ont été primés.
- L’élevage des serins, qui valent depuis 5 francs jusqu’à 400 et 500 francs, donne lieu à des transactions qui ne doivent pas être sans importance, si l’on songe que chaque année les sociétaires seuls élèvent plus de quatre mille serins. Cette industrie fait vivre un nombre considérable d'individus : éleveurs, revendeurs, fabricants de cages, empailleurs, cultivateurs de mouron. Dans une seule commune, à Puteaux, il n’existe pas moins de cent cinquante cultivateurs de mouron. Le mouron de Puteaux est aussi célèbre dans le monde des serinophiles que la pèche de Montreuil ou le chasselas de Fontainebleau dans le monde des gourmets. S’il faut en croire les sociétaires que nous avons vus à l’Exposition, il se vendrait à Paris, par jour, pour plus de 10 000 francs de mouron. Ils font ressortir, avec juste raison, qu’il y a à Paris 85000 maisons, et qu’il est rare que l’une d’elles ne contienne au moins une cage d’oiseaux.
- Quant à la quantité de chènevis et de colifichets qu’il faut quotidiennement pour nourrir tous .ces « rossignols de la chambre » suivant l’expression de Buflbn, nul ne le saura jamais.
- La Société serinophile de Paris, qui à maintenant près de vingt-cinq ans d’existence, a failli disparaître pendant la guerre de 1870. 11 avait été impossible à ses membres de conserver les oiseaux. Ceux-ci étaient morts de faim, beaucoup avaient été volés, puis mangés. Depuis 1871, l’élevage a repris de plus belle, et la Société est maintenant en pleine prospérité, mais au prix de quels soins délicats et incessants! Dès l’éclosion, les serins sont exposés à mille maladies : les congestions, la diphtérie, les rhumatismes et même la goutte. Fort heureusement, les serinophiles sont d’habiles vétérinaires et chacun d’eux possède une véritable infirmerie parfaitement aménagée pour les sujets malades.
- Dimanche 4, après le concours, les joies du triomphe ont fait oublier aux lauréats tous ces ennuis, toutes ces peines, et c’est avec la meilleure grâce du monde qu’ils ont offert, suivant un article de leurs statuts, un banquet aux convives dont les serins n’avaient pas été médaillés1.
- TREMBLEMENT DE TERRE
- A MEXICO, LE 6 SEPTEMBRE 1888
- 11 y a un an, nous enregistrions les terribles tremblements de terre qui eurent lieu au Mexique les 5 et 29 mai 1887â, et qui exercèrent de véritables désastres. Il est remarquable d’observer que ces grands phénomènes sismiques sont généralement suivis, parfois pendant plusieurs années consécutives, de manifestations moins violentes, mais encore appréciables. Il en aura été pour le grand tremblement de terre de 1887 comme pour beaucoup d’autres. Un peu plus d’un an après, le 0 septem-
- 1 D’après le journal VEleveur.
- - Voy. n° 742, du 20 août 1887, p. 182, et n° 745, du 27 août 1887, p. 198.
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- LA NATURE.
- . ——------------*r—
- lue 1888, on a ressenti des trépidations du sol à Mexico et dans un assez grand nombre de régions de la République mexicaine. Un savant météorologiste de Mexico, M. Moreau, nous adresse le tracé du sismographe de l’Observatoire de l’Ecole des mines de Mexico, indiquant les
- N.N.E.
- Tracé du sismographe do l'Observatoire de l’École des mines de Mexico, pendant le tremblement de terre du 6 septembre 1888.
- évolutions de ce tremblement de terre du G septembre 4888. Nous nous empressons de reproduire cet intéressant document. Le tremblement de terre a duré une minute, il a eu lieu la nuit. Le ciel était étoilé; quand le phénomène survint, le ciel venait de se couvrir.
- LE PORT DE CALAIS
- (Suite et fin. —Voy, p. 565.)
- Dans notre précédente notice on a vu que la situation du port de Calais, en 1872, laissait beaucoup ;t désirer ; on a résolu des améliorations successives qui ont fait l’objet des lois des 14 décembre 1875 et o août 1881. Les desiderata comprennent le déplacement de la jetée est, pour donner au chenal une largeur de 135 mètres; et l'approfondissement dudit chenal à 5™,50 ou 4 mètres par des chasses et des draguages ; puis la création d’un nouvel avant-port de 0lloct,75, avec 1100 mètres de quais aceostables à toute heure par des paquebots tirant 3 a 4 mètres. Un nouveau bassin à Ilot de llhfCt,50 sera creusé à 3 mètres au-dessous des basses mers de vive eau, avec 1750 mètres de quais. Deux écluses à sas donneront entrée pendant plus de la moitié de la marée aux plus forts navires : la grande écluse aura 130 mètres sur 21 mètres, et la petite 155 mètres sur 14 mètres. Le niveau des buses, à 2m,50 au-dessous des basses mers de morte eau, permettra, en haute mer de vive eau ordinaire, l’entrée de na-
- vires tirant 8m,5() et celle de navires de 7 mètres en liante mer de morte eau. Deux écluses de batellerie donneront communication aux canaux avec le nouveau bassin à Ilot. Enfin un grand bassin de batellerie de 900 mètres sur 55 mètres avec quais verticaux de 1(100 mètres sera établi à la jonction du canal de Calais avec la navigation maritime. Comme complément nécessaire on construira une forme de radoub de 140 mètres accessible à tous les navires.
- Voyons, un peu en détail, les travaux qui doivent être exécutés pour qu’on puisse arriver aux résultats désirés.
- La loi de 1875 prévoit un nouveau bassin de chasses de 100 hectares, creusé sur la plage est’ de Calais; l’écluse sera en avant du quai de marée, pour accroître la profondeur d’eau sur la barre. En second lieu, un grand bassin à Ilot de 10 hectares, doit être construit, sur les terrains militaires à l’est de Calais ; il s’ouvrira par une écluse à sas dans un nouvel avant-port situé entre le quai de marée et le quai de la Colonne, et communiquant avec le canal de Calais par une dérivation éelusée. La dépense prévue s'élevait à 15 millions, dont 9 pour le bassin à Ilot. A ce programme, se rattachaient la suppression des gares de Calais et de Saint-Pierre, remplacées par une gare unique, et la construction d’une gare maritime pour les paquebots-poste sur les quais de l’avant-port.
- Les travaux prévus par la loi de 1881 montaient à la somme de 18 700000 francs; mais chacun d’eux était en général moins important que les précédents, et ils constituaient plutôt des travaux d’amélioration. Citons d’abord le draguage du chenal, la reconstruction de la jetée est, et le prolongement de la jetée ouest. Les chasses prescrites en 1875 seront approfondies; des travaux complémentaires seront, exécutés dans l’avant-port : approfondissement, établissement de quais au nord au lieu des perrés, reconstruction du quai de marée, élargissement du quai sud du port d’échouage actuel; dans le bassin-à Ilot,, construction d’une seconde écluse à sas, établissement d’engins hydrauliques aux écluses, élargissement des terre-pleins; enfin, ajoutons à cela la construction d’une forme de radoub, et celle d’un bassin de batellerie au sud de la ville, muni d'une écluse de navigation intérieure.
- D’ailleurs, ici, comme pour bien d’autres travaux, l’Etat accepte les avances de la Chambre de commerce, qui perçoit en conséquence différents droits de tonnage, et qui sera remboursée du capital par une série d’annuités.
- Les travaux ont été commencés en mars 1877. Déjà le chenal extérieur est approfondi de 5 mètres à 3m,50 sur la barre; quant au chenal intérieur en aval du quai de marée, les draguages l’ont creusé jusqu’à 2m,50 au-dessous du 0. Ainsi qu’on peut le voir sur le plan (p.388) où sont figurées en pointillé les parties non encore construites, les chasses sont presque terminées; les digues extérieures du côté du nord sont achevées, sauf au raccordement avec-
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- LA NATURE
- le chenal; le bassin est assez creusé, excepté près du batardeau; les maçonneries de l’écluse de chasse sont finies. On attend encore les portes, l'enlèvement du batardeau et la suppression de la partie de la digue qui y est adossée : tout sera prêt eu 181)0. Il faut encore creuser de 2 mètres l’avant-porf ; il n’y a plus qu’à poser le couronnement des ([nais et à monter un dos huit appointements métalliques. Le bassin à Ilot est arrivé à sa profondeur définitive, les ({uais sont faits, la maçonnerie des écluses fort avancée, la partie métallique commencée. Quant à la forme de radoub, il n’y a plus qu'à y terminer le puisard de la machine d’épuisement. Les terrassements et les maçonneries du bassin de batellerie sont
- presque achevés, ainsi que les 'maçonneries des écluses.
- Les travaux sont très avancés, et l'on peut espérer que tout sera fini en 1800.
- Cependant il reste encore un certain nombre d'ouvrages à faire : d’abord l’enlèvement, du batardeau du bassin des chasses, puis l’établissement des portes de l’écluse de ce bassin, et l’établissement d’un brise-lames dans le goulet; puis le raccordement du quai sud de l’avant-port avec les anciens ouvrages, l’établissement du nouveau quai de marée, le prolongement de la jetée ouest et la reconstruction de la jetée est ; enfin la construction du bateau-porte de la forme de radoub, et, plusieurs autres travaux
- Le nouveau porl de Calais en 1888.
- de parachèvement sur lesquels nous n’avons pas besoin d’insister.
- A tous ces aménagements nouveaux du port, nous devons ajouter le perfectionnement de l’outillage par la Chambre de commerce : par un décret de 1885, elle a obtenu la concession de l’installation de treize grues hydrauliques, de six treuils, et enfin de hangars publics de 2500 mètres carrés à établir sur les quais du nouveau bassin à Ilot. Les hangars, nous l’avons dit, manquaient absolument à Calais.
- On le voit, des travaux de la plus grande importance ont été entrepris dans ce port, et des dépenses considérables engagées, dépenses qui forcément dépasseront les chiffres prévus. Mais le port de Calais avait besoin d’améliorations sérieuses, et, en cinq
- ans, son commerce avait grandement décliné. En 1882, il y était entré 4564 navires portant 1 205 255 tonneaux de marchandises; pour 1884, ces chiffres avaient été de 4266 navires et de 1 111 496 tonneaux; enfin, pour 1886, de 4128 navires et de 1 104879 tonneaux. C’est là une progression descendante fort inquiétante. Enfin Calais est un port à voyageurs considérable, et il faut leur donner de grandes facilités d’arrivée et de débarquement à toute heure, si l’on ne veut pas voir s’en détourner le courant. Espérons que les travaux exécutés rendront les services qu’on attend, et que nous verrons reprendre le mouvement ascensionnel du commerce du port. Daniel Bellet.
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- LA NATURE.
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- LÀ PHOTOGRAPHIE MICROSCOPIQUE
- A LA STATION ZOOLOGIQÜE d’àLGER
- Dans la courte notice récemment publiée sur la nouvelle station (voy. p. o27), j’ai laissé de côté l’installation photographique qu’il m’a paru bon d’expliquer avec un peu plus de détails.
- M’occupant, depuis assez longtemps déjà, de photographie microscopique ; étant môme le premier, je crois, parvenu à obtenir des épreuves instantanées d’animaux vivants à des grossissements de 70 à 80 diamètres, je devais m’efforcer de mettre le nouvel établissement en état de rendre tous les services que la zoologie est en droit d’attendre des nouvelles méthodes photographiques.
- La merveilleuse sensibilité des plaques au gélatino-bromure d'argent rend naturellement leur manipulation fort délicate, et l’installation du laboratoire est pour beaucoup dans la réussite. 11 va sans dire que ce laboratoire doit pouvoir rester pendant longtemps dans une obscurité absolue. 11 doit, par conséquent, être muni d’une double porte, pour que l’on puisse entrer et sortir sans inconvénient pendant les opérations, parfois fort longues, surtout avec l’hydro-quinone, et d’une ventilation artificielle assez efficace pour que l’opérateur puisse y demeurer, sans éprouver de fatigue, pendant une demi-heure et plus, même au milieu des chaleurs de l’été. Nous avons, à Alger, obtenu cette ventilation de la manière la plus simple en allumant un fort brûleur à gaz dans une cheminée d’appel. Bien entendu,l’air arrive et sort par des trajets sinueux ménagés dans les murs pendant la construction; et l’appel d’air peut être réglé à volonté.
- S’il est de nécessité absolue de pouvoir faire l’obscurité, il ne l’est pas moins de disposer d’un éclairage suffisant pour pouvoir suivre les moindres détails du développement. Ainsi, du reste, que la plupart des photographes, j’ai absolument renoncé,
- pour les négatifs, à la lumière naturelle si souvent variable; et, grâce à nos accumulateurs, je n’emploie jamais que la lumière électrique. Le cabinet de la station est éclairé par trois lampes Swann de seize bougies : une d’elles indépendante et destinée à donner la lumière ordinaire pendant la nuit, les deux autres exclusivement employées pour les développements. Celles-ci sont placées sur un même circuit, dans lequel on peut interposer à volonté la moitié ou la totalité d’un rhéostat assez résistant. Le courant, ainsi maniable, peut être, à l’aide d’un autre commutateur, envoyé soit à une lampe rouge fixée à une applique, soit 'a une lampe blanche, logée dans une grande lanterne à développements, à verres rouges et jaunes, hermétiquement close. L’opérateur a ainsi sous la main le moyen d’obtenir trois degrés de lumière différents, et toujours presque identiquement les mêmes pour une position donnée, soit sur la plaque en cours de développement, soit pour les autres manipulations, lavages, etc. On peut ainsi parfaitement juger la venue des épreuves, sans jamais avoir à redouter le voile. Le laboratoire est muni de deux robinets d’eau, pour les lavages en pluie et les lavages en baquets; et de deux prises de gaz, pour les bains que l’on peut avoir à chauffer, les séchages en étuve, etc. Mais nous n’avons pas à nous attarder sur l’installation générale, non plus que sur les appareils photographiques ordinaires; et j’en viens de suite à l’appareil de photographie microscopique, construit pour la station sur mes dessins, et qui représente un type nouveau.
- Ici encore, la première question à résoudre était celle de l’éclairage, qui doit être d’autant plus vif que l’on cherche à obtenir des grossissements plus forts : l’intensité lumineuse de l’image diminuant, comme on sait, avec le carré du grossissement.
- Si les lampes à incandescence de trente-deux bougies, dont la station est aussi pourvue, peuvent suffire pour des grossissements faibles et des expositions prolongées, leur lumière n’est point assez active
- Fig. 1. — Vue (l’ensemble de l’appareil photographique de la station zoologique d’Alger. — Ch. Chambre noire. — R. Rail sur lequel elle coulisse. — Po. Poulie de renvoi pour la corde du contrepoids. — Ch'. Manche raccordant la chambre noire au microscope. — S. Secteur tournant. — B. Bornes électriques. — 5, 6, 7. Voy. légende de la figure 2. — T, V, E, PI, voy. le texte.
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- pour des épreuves instantanées ou de forts grossissements. Dans ces cas, il faut, en temps sombre, recourir à une lampe à arc; et l’on voit en R (fig. 1) les bornes de prise du courant. Mais comme alors notre batterie d’accumulateurs ne saurait plus suffire, et qu’il faut toute la force de la dynamo, on est obligé, pour chaque opération, de mettre le moteur en marche. Aussi, la question d’économie eùt-elle été seule en jeu, que j’aurais encore dû songer à utiliser, autant que possible, la lumière du soleil. L’isolement de la station, recouverte en terrasse, se prêtait du reste particulièrement bien à l’installation d’un héliostat; et comme il n’y a qu’un héliostat polaire qui puisse renvoyer un rayon toujours dans la même direction, quelle que soit la position du soleil, c’est à ce type que je m’arrêtai. On sait que la direction du rayon réfléchi par ces instruments est nécessairement celle de l’axe du monde. Heureusement qu’ayant déterminé, avant même le début des travaux, le point exact à éclairer, il m’a été possible de faire disposer la construction de manière que rien ne vînt gêner le passage du rayon, bien qu’il traverse la maison suivant une direction doublement oblique, et sur une longueur de près de 10 mètres. Vers le milieu de cette longueur, surle plancher du grenier, peut se placer une glissière supportant une cuve à alun et une lentille à faible courbure, dont le foyer se trouve sur le mi roir même du microscope photographique. Le rayon solaire arrive dans le laboratoire où se trouve l’instrument, presque exactement par le milieu du plafond; et se trouve arrêté là par un volet que l’on manœuvre au moyen de la poire à air \, placée à côté du microscope (fig. 1).
- La figure 2, nos 1,2,5,4,5 et sa légende donne une idée suffisante de la disposition de l’appareil. Pour s’en servir, on commence par mettre lemicroscope sur le secteur tournant (n° 5, fig. 2) où sa place se trouve exactement repérée ; et, après avoir ouvert le volet 8
- en tirant sur un bouton, on installe, au moyen d une bague de raccord, un oculaire ordinaire de microscope dans le tube vertical; et l’on met l’objet au point, exactement comme avec un microscope ordinaire. Puis on enlève cet oculaire, et l’on amène le secteur dans la position où il se trouve sur la figure 2,n° 5, oùon l’arrête au moyen d’un verrou r. Le tube vertical est alors exactement dans l’axe de la chambre noire, et le miroir m sur le trajet du rayon renvoyé par l’héliostat. La verticalité est du reste assurée, la tablette T (fig. 1) étant montée sur trois vis calantes. On raccorde alors au tube vertical la manche Ch' de la chambre noire; et l’on met en place les transmissions fi et 7. Tout cela se fait en un instant. La chambre noire, coulissant sur un seul rail gradué R (fig. 1), dont la section est en queue d’aronde, est alors amenée à la longueur voulue, et arrêtée là par une simple vis de pression, son poids se
- trouvant équilibré. Pour la mise au point, l’opérateur monte sur un marchepied à six marches pliantes superposées, dont une VI se voit développée sur la figure 1. On ne développe naturellem ent que la marche nécessaire ; et on y accède par l’é-chelle E, qui glisse sur un petit chemin de fer. Quelle que soit la hauteur à laquelle il se trouve, l’opérateur peut agir, par la tige 6, sur la vis à mouvement lent du microscope ; et c’est ce moyen de réglage qui est ordinairement employé pour les objectifs faibles. Pour les objectifs forts, au contraire, j’estime avec Woodvvard qu’il vaut mieux ne pas changer la position pour laqüelle ils ont été construits ; et la mise au point se fait au moyen de la transmission 7, qui déplace à l’intérieur du tube une lentille divergente.
- Les deux transmissions fi et 7 (voy. fig. 1 et 2) établies sur le même principe, se composent de longues tiges verticales commandant, au moyen de pignons qui ralentissent le mouvement, de légères tringles à coulisse portant un joint de Cardan à chacune de leurs
- Chambre
- / a alun';
- Secteur tournant
- Fig. 2. — Installation microscopique tin laboratoire zoologique d’Alger.
- Les croquis 1, 2, 3 montrent la position relative des instruments. N0 1. Héliostat : a, aiguille portant une pinnule et un écran pour la mise à l’heure; c, cercle pour la position en latitude; c’, cercle pour les variations de la déclinaison du soleil. Le miroir m est représenté à la position d’équinoxe. Le rayon, réfléchi suivant l’axe du monde PM, traverse une lentille et une cuve à alun (2) et arrive sur le miroir M du microscope photographique (5). Celui-ci est eu outre représenté en coupe verticale (i) et en plan (a) : 12, boutons de la platine à double mouvement; 3, bouton de tirage du volet 8; 1, verrou d’arrêt de ce volet; 5, bouton servant à manœuvrer le miroir ni’ ; 6 et 7, transmissions pour la mise au point (Voy. le texte); ü, ressort fermant le volet 8; 10, pédale maintenant le volet ouvert, même avec le verrou 1 relevé, tant que le miroir m' est incliné ; 11, écran surmontant le miroir; v, verrou d'arrêt du secteur tournant.
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- extrémités. La transmission est lente, et la mise au point très précise. Cette mise au point se lait à volonté sur une glace dépolie, ou sur un écran, (pie l’on observe par une ouverture latérale de la chambre. Lorsqu’elle est faite, on ferme le volet 8, pour ne le rouvrir que pendant la durée du temps de pose. C’est là toute la manœuvre de l’instrument pour un objet immobile.
- Lorsqu’il s’agit d’un animal vivant1 qu’il faut pouvoir surveiller, on opère comme nous allons l’indiquer; afin de le ramener au milieu du champ, au moyen des boutons 1 et 2 de la platine mobile, on renvoie le faisceau lumineux dans le tube latéral, qui porte un oculaire numide cercles concentriques. Cela s’exécute au moyen du bouton 5 qui, par l’in termédiaire d’une petite bielle, commande le mouvement d’une glace noire m' (fig.2, n° 4).
- Cette glace est munie de vis de réglage dans deux sens perpendiculaires, afin d’amener le centrage des images à être rigoureusement le même dans le tube latéral que dans le tube vertical et la chambre noire. II a, bien entendu, fallu munir ce tube latéral de lentilles convergentes, afin de pouvoir observer par l’oculaire comme dans un microscope ordinaire; et, naturellement, les lentilles sont de puissance différente suivant la longueur donnée à la chambre noire.
- Le bouton 5 (fig. 2, n°o) a été placé un peu haut, afin que la main de l’opérateur ne porte pas ombre sur les objets lorsque ceux-ci sont éclairés par réflexion. Au moyen du bouton 4, on peut, à volonté, rendre le volet 8 dépendant ou indépendant du miroir m', de façon que le mouvement du bouton 5 relève le miroir en laissant ouvert le volet; ou, au contraire, lasse aussitôt fermer celui-ci, en envoyant ainsi sur la plaque sensible un éclair instantané.
- L’appareil porte le condensateur Abbe, muni d’un diaphragme iris, et peut fonctionner avec la lumière polarisée ou la lumière simple que l’on désire. La vis à mouvement lent est munie d’un cadran, pour les photographies par plans successifs.
- Enfin la grande chambre noire, une fois le microscope enlevé, peut, à la place de la manche de raccordCA'(fig.l), recevoirun objectif photographique ordinaire, et constituer ainsi l’appareil vertical, indispensable dans un laboratoire de ce genre pour photographier les préparations anatomiques et la face supérieure des animaux flottants.
- Comme dernier avantage de cette installation, je ferai remarquer que tout l’ensemble, une fois l’échelle E repoussée contre le mur et le marchepied replié, n’occupe qu’une place insignifiante, et ne gêne en rien les autres aménagements du laboratoire; ce qui est, on le sait, fort loin d’être le cas pour la plupart des appareils employés jusqu’ici.
- Dr Camille Viguier.
- 1 Je place toujours les animaux dans le compresseur dont j'ai donné la description dans les Archives de zoologie expérimentale 1882, et que construit actuellement M. Dumaige, 24, rue Saint-Merri, à l’aris.
- LE VIADUC DE GARAB1T
- Nous avons déjà parlé à plusieurs reprises du viaduc deGarabit1, de cette œuvre colossale qui fait lant d’honneur aux ingénieurs français ; nous en avons donné les dimensions, les dispositions principales et nous avons décrit le lançage d’une partie du tablier.
- Nous complétons aujourd’hui ce que nous avons publié précédemment en indiquant comment l’on a mis en place la grande arche centrale et quel procédé a été employé pour le montage de cette énorme masse ; nous allons donner quelques détails sur ce point, ainsi que sur les essais qui ont eu lieu cette année ; ces détails sont empruntés au livre si intéressant où le regretté Boyer a consigné tous les calculs relatifs au viaduc et à la notice publiée par M. Eiffel.
- L’arche centrale du viaduc construit par M. Eiffel a, comme on sait, 165 mètres et repose sur deux grandes piles à six étages ayant une hauteur de partie métallique de plus de 60 mètres ; le poids total de cette arche et de ses palées est de 1 185700 kilogrammes.
- On construisit tout d’abord les piles, puis on établit les deux tabliers latéraux sur des remblais disposés en plates-formes ; on procéda alors au lançage de ces tabliers et on les amena respectivement jusqu’aux grandes piles en leur donnant un porte-à-faux de 22 mètres environ du côté de l’arc. Chacun de ces tabliers ainsi placé fut maintenu très solidement à l’aido*de 28 câbles en fils d’acier fixés à son extrémité arrière et amarrés d’autre part aux culées des viaducs d’accès.
- Cela fait, on installa deux échafaudages placés devant les grandes piles et dont la partie supérieure, en forme de cintre, était disposée de façon à épouser exactement la courbe de la surface inférieure de l’arche, c’est-à-dire de l’intrados, à sa naissance; on établit sur ces cintres les pièces métalliques correspondantes et, cette première partie de l’arche une fois construite, on la rattacha à l’aide de 20 câbles en acier, au tablier droit, à l’aplomb de la grande pile. A partir de ce moment, on put commencer le montage de l’arc en porte-à-faux, d’après les méthodes antérieurement appliquées par M. Eiffel au pont du Douro ; on opérait de proche en proche, en rattachant toujours les pièces nouvelles à celles qui étaient déjà fixées, en ayant soin, quand le poids de la partie montée en porte-à-faux devenait trop considérable, d’installer un nouveau jeu de câbles d’amarrages reliant l’extrémité libre à la poutre du tablier supérieur ; les figures 1 et 2 font bien comprendre en quoi consiste le procédé.
- L’installation des cables permettait de relever ou d’abaisser les parties d’arc en montage, à tout état d’avancement. Voici en quoi consistaient les dispositions spéciales prises à cet effet. Les têtes des câbles
- 1 Suite et fin'. — Vov. n» 785, du 10 juin 1888, p. 42, et nc 521 du 20 mai 1885,“ p. 401.
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- reposaient sur des sommiers en fer par l’intermédiaire de cales que l’on pouvait dégager à l’aide de presses hydrauliques; il était ainsi facile de donner à chaque câble la tension et la longueur voulues. L’ensemble des câbles constituait en réalité un
- appareil totalisateur permettant de mouvoir des masses de 450000 kilogrammes à l’aide d’une série d'efforts successifs ne dépassant jamais 15 tonnes.
- M. Eiffel avait, en effet, reconnu par des expériences préalables, qu’une augmentation de 15 millimètres
- Fig. 1. — Construction du viaduc de Garabit. Amarrage de l’arc et du tablier.
- Fig. 2. — Amarrage de l’arc et du tablier. Dernière phase.
- dans la longueur d’un câble correspondait à une augmentation [de 1000 kilogrammes dans sa tension. En introduisant une cale de 15 millimètres
- sous la tête de l’un des câbles, on donnait aux câbles voisins une diminution de tension de 1000 kilogrammes, répartie sur l’ensemble des autres câbles;
- ceux-ci se raccourcissaient donc de la quantité très minime correspondant à cette diminution de tension, et par suite ils produisaient le relèvement de l’arc. La totalisation des faibles relèvements dus à la répétition de cette manœuvre sur chacun des
- câbles produisait finalement un relèvement général de 1 centimètre. L’opération se faisait de la manière inverse, c’est-à-dire par le retrait successif des cales quand on voulait obtenir l’abaissement de l’arc. On était, à chaque instant, maître de la (position
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- dans l’espace des 'arcs montés en porte-à-faux. I l’une vis-à-vis de l’autre, de façon à ne plus laisser entre Lorsque les deux moitiés de l’arc furent amenées ' elles que la place nécessaire à la pièce du milieu, on
- Fig. i. — Le viaduc de Garaliit, construit par M. Eiffel. — Retombée de l’un des arcs. (D’après une photographie.
- procéda à la pose de celle-ci, c’est-à-dire au clavage. Cette opération fut rendue facile par l’emploi de ces procédés. Les deux moitiés d’arc, ayant été tenues
- pendant le montage un peu au-dessus de leur position définitive, présentèrent entre elles un intervalle de quelques centimètres plus grand que celui néces-
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- saire à r'emplacemênt dè la clef, et on n’eut qu’à enlever progressivement quelques cales pour amener peu à peu les pièces au contact complet.
- La fermeture de l’arc d’intrados se fit ainsi, le 20 avril 1884, et aussitôt on s’empressa de soulager tous les câbles, afin d’éviter qu’un abaissement de température ne produisît des augmentations d’efforts anormaux, soit sur les câbles, soit dans l’arc lui-même ; ce soulagement rapide fut obtenu à l’aide de boites à sable qn’on avait eu le soin d’intercaler préalablement entre les tabliers et les grandes piles.
- Le 25 avril, on posa les quelques treillis et montants qui restaient à mettre en place au sommet de l’arc, et le 26, on était prêt à monter la clef d’extrados. Elle fut mise au levage à 5 heures, et à 7 heures du soir elle était définitivement posée; il avait suffi de la chasser à coups de marteau pour la faire pénétrer peu à peu et sans aucun jeu, dans l’intervalle qu’elle devait remplir; tous les nombreux trous des deux joints arrivèrent ainsi en parfaite coïncidence.
- L’opération avait réussi avec une précision que l’on peut qualifier de mathématique, eu égard aux dimensions considérables de l’œuvre et aux conditions dans lesquelles s’était effectué un montage aussi délicat..
- Il ne nous reste plus qu’à dire un mot des essais qui ont eu lieu au mois d’avril dernier, avant de livrer le viaduc à la circulation. Ces essais étaient de deux sortes : dans les uns, les poids restaient immobiles, dans les autres, ils étaient roulants. Les charges d’épreuve étaient formées par une locomotive de 75 tonnes remorquant des wagons de 15 tonnes; les résultats obtenus méritent d’être cités, car ils démontrent l’incroyable fixité de l’ouvrage.
- L’arc chargé sur toute sa longueur par un train de 22 wagons (fig. 3) a présenté, sous ce poids énorme de 405 tonnes, une flèche de 8 millimètres; le même train, placé sur une des demi-longueurs de l’arc, n’a produit qu’une flèche à la clef de 4 millimètres; enfin, sous l’action du poids roulant, la flèche a été de 12 millimètres.
- Ces chiffres ont leur éloquence; ils constituent peut-être, pour les gens compétents, le plus bel éloge que l’on puisse adresser à l’éminent constructeur M. Eiffel, qui, après le viaduc de Garabit, étonnera le monde avec la Tour métallique de 300 mètres.
- LE S0L0M
- (Dialium nitidum, G. et P.)
- ET LA PÜLPE QUI ENTOURE SA GRAINE
- Les Légumineuses à gousses pourvues de pulpe acidulé et sucrée ne sont pas rares en Afrique : nous l’avons montre déjà dans ce recueil, à propos du café du Soudan (Parkia biglobosa, Bent. *). Nous allons trouver un nouvel
- 1 Voy. n° 739, du 30 juillet 1887, p. 129.
- exemple de ce fait dans la pulpe de Solom (fournie par le Dialium nitidum, G. et L.), et qui constitue un régal pour les nègres2 sur toute la côte occidentale d’Afrique depuis la Gambie jusqu’à la Guinée méridionale. Sous les noms de Sorom ou Solom en Woloff; Solomé ou Kocyto en Mandingue, Motiké en Foulahs, et enfin Méka en Fouta-Djalon, ce végétal est répandu largement sur une aire géographique dont il ne nous est permis que de donner les points principaux sur la foi des explorateurs : la Senégambie et Sierra-Leone d’après plusieurs collectionneurs; Abbeokuta, d’après Irving; Côte d’Or, d’après Hove; ISiger, d’après Vogel et Barter; Iles des Princes, d’après Mann; forêts sablonneuses près IN’Boro (royaume du Cavor), près de Kounoun dans la péninsule du Cap-Vert; auprès d’Albreda sur les bords de la Gambie et de la Casamance dans le Birao, d’après Guillemin, Perrotet et Richard; à Timbo et dans le Fouta-Djalon, d’après Olivier de Sauderval qui a le premier fait connaître le nom indigène de ce fruit à Timbo; enfin au Rio Nunez, d’après A. Corre. Les fruits que nous avons pu étudier venaient de la Casamance et nous ont été rapportés par M. C. Sambuc.
- Ce végétal appartient donc au groupe des espèces croissant dans la zone méridionale de la Sénégambie, d’après les divisions végétales établies par M. C. Sambuc dans ses remarquables Contributions à la flore et à la matière médicale de la Sénégambie (Thèses de l'Ecole de pharmacie de Montpellier, 1887). On retrouve, du reste, dans la Guinée inférieure, un végétal correspondant, qui donne un fruit identique à celui dont nous nous occupons ici, et qui, quoique décrit sous le nom de D. Àngolense par Welwistch, n’en est pas moins, même aux yeux de Oliver (Flora of tropical Africa, vol. II, p.'283) une simple variété fixée (race) du D. nitidum, très répandue dans la province d’Angola et à Pungo Andongo.
- Ce sont là les deux seules espèces (ou formes) connues, en Afrique, du genre Dialium qui compte des représentants spontanés dans l’Amérique tropicale du Sud. Le Dialium nitidum, d’après Grisebach, croît dans les Antilles où, d’après cet auteur, il aurait été importé, ce qui ne paraît pas faire doute pour nous. Les nègres ont dû, en effet, transporter avec eux cette plante en Amérique (éomme ils l’ont fait pour le Kola et le Baobab) l’époque de la traite. Il n’existe pas, en effet, de Dialium aux Antilles, mais on en trouve dans le continent sud-américain, c’est là un fait de géographie botanique comparable à celui que nous offre le genre Carapa représenté largement sur la côte occidentale d’Afrique et dans le continent sud-américain (Guyane et île Trinidad qui est une dépendance géographique et botanique du conti-
- 2 Le fruit de Dialium nitidum, est mangé en effet (quoi qu’on en ait dit) exclusivement par les noirs. Les Européens établis en Sénégambie n’en font pas usage. Il est du reste à remarquer que les Européens ne consomment aucun des fruits produits par les plantes spontanées du Sénégal, dont aucun n’a une saveur assez délicate pour être appréciée j)ar les palais européens; aussi, la population blanche n’emploie-t-elle que les fruits d’espèces importées et cultivées dans le pays (goyaves, bananes, mangues, etc). Mais elle abandonne exclusivement aux indigènes l’usage des fruits sauvages et rejette le solom, comme du reste presque tous les fruits consommés per les nègres sénégambiens, tels que le datarh (Detarium senegalense), le nev (Parinarium senegalense), le toi (Vahea iomentosa). D’une façon générale, l’Afrique tropicale est loin de produire des fruits d’une saveur comparable à ceux des zones correspondantes en Asie et surtout en Amérique,
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- m>nt). Mais, d’autre part, le genre Dialium est représenté dans la région tropicale de l’Asie.
- Anus allons donner rapidement la description de ce végétal, de son fruit et de sa graine.
- Le Dinlium nitidum G. P. et R. a pour synonyme : D. Guineense, AVild. ; Codarium acutifolium et C. obtu-sifolium Afz.; C. discolor 1). G.; Dinlium discolor, Hook lils; Codarium Solandri, Vahl.
- C’est un arbre de taille modeste, inerme, de 5 à 6 mètres de hauteur sur 0m,50 de diamètre, très rameux. Le tronc en est noueux et tourmenté; le bois, dur et incorruptible dans l’eau salée, est propre aux petites constructions navales; il sert aussi à la menuiserie fine et au tour. Les branches sont étalées et pendantes; les feuilles alternes, imparipinnées, sont à folioles alternes, coriaces et d’une couleur vert glauque comme vernissée en dessous. Les fleurs sont disposées en belles panicules terminales, très ramifiées et souvent étalées à plat. Calice à cinq sépales, corolle nulle sur les fleurs terminales ; deux étamines latérales, ovaire excentrique, uniloculaire, bio-vulé, légume court, arrondi, un peu comprimé, noir e velouté, rempli d’une pulpe farineuse, acidulé, ci trouée et très agréable. Ces fruits noirs qui ont reçu, à Sierra-Leone, le nom de Tamnrin velouté, mesurent environ 3 centimètres de long sur'2 de large. La coque, peu
- résistante, se brise facilement et on trouve alors, au milieu du fruit, une seule graine luisante, brunâtre, recouverte, à l’état sec, de la pulpe qui s’attache à ses parois sous la forme d’une pellicule très mince, mais très sucrée et très agréable par son goût de bonbon anglais.
- Nous avons vu que cet arbre est très répandu sur toute la côte occidentale d’Afrique : en Sénégambie, il y fleurit d’après Perrotet et Leprieur de février à avril.
- Cette plante varie considérablement dans la forme de ses feuilles et probablement aussi dans la forme de ses petites fleurs. Le D. discolor, 1). G., cité dans la synonymie, n’est, pour M. Oliver, qu’une forme dans laquelle les fleurs sont habituellement à deux pétales.
- Ajoutons, que, d’après Corre (Esquisse de la faune et de la flore de Rio Nunez. Archives de médecine navale, année 1876, t. MXY1), les feuilles des jeunes sujets passent pour sudorifiques, leur infusion est administrée dans la variole pour activer la poussée à la peau.
- Les analyses effectuées par M. Schlagdenhauffen, directeur de l’Ecole supérieure de pharmacie de Nancy, ont permis d’établir la composition de la pulpe de Solom de la manière indiquée dans le tableau ci-dessous.
- En somme, cette analyse montre que la pulpe de Dialium nitidum répond bien, par sa constitution chimique, à la réputation dont elle jouit parmi les populations nè-
- 1. Principes solubles dans Cellier de pétrole et le chloroforme. ... | 0,055 cire et traces de chlorophylle, f 27,4010 glucose.
- 2. — l’alcool, 50.8375 dont \ 1,1250 acide tartrique libre. ) 2,5115 matières colorantes, lannin et
- ( perles. / 6,298 crème de tartre.
- 0. — l’eau, 0,4500 dont j 0,850 sels fixes. j 2,502 matières colorantes, amylacées
- \ et gommeuses.
- 4. insolubles (par différence) 50,0775 ( 59,2973 ligneux et matières colorantes. ' ' ' ( 0,5802 sels fixes.
- Tableau de la composition de la pulpe de Solom.
- grès ou blanches de la Sénégambie. Elle n’est pas un aliment plastique, l'absence de matières protéiques l’établit nettement, mais elle constitue un excellent désaltérant et un rafraîchissant par l’acide tartrique et la crème de tartre qu’elle renferme: enfin, le glucose en forte proportion en fait une matière utile pour l’alimentation autant qu’elle est agréable par le goût.
- Cette pulpe répond assez à celle du Baobab (pain de singe), du Tamarin par son acidité (les acides citrique et malique exceptés), mais elle se rapproche davantage encore de celle du Parkia biglobosa dont nous avons fait connaître, dans ce recueil même, la composition chimique (année 1887). Tous ces produits, sauf le pain de singe, du reste, sont fournis par des plantes de la même famille des légumineuses, sur le même sol africain auquel trois d’entre elles sont spéciales : le Café du Soudan (Parkia biglobosa), le Solom et le Baobab. Quant au Tamarin, rien ne prouve qu’il soit parti de l’Afrique pour se répandre en Asie et même en Australie où on le trouve très abondant, bien que ce soit là une opinion soutenue par quelques auteurs. En ce qui concerne enfin le fruit du Caroubier (Ceratonia siliqua, L.), il n’offre aucun rapprochement ni de forme, ni de constitution chimique avec celui du Dialium nitidum, malgré les affinités naturelles qui unissent ces deux végétaux (africains l’un et l’autre) : la pulpe de caroube, en effet, bien qu’inconnue dans sa composition élémentaire exacte, ne renferme pas
- d’acides, elle est d’un goût très doux et contient du sucre à ce point qu’on a pu en faire, en Egypte, un sirop qui sert à confire les tamarins et les myrobolans.
- Edouard IIeckfx.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- Le »»ranear«Her. — Ceux de nos lecteurs qui habitent Paris savent combien est terrible pour les chevaux le pavage de la grande ville, qu’il soit en grès, en porphyre ou même en bois; il y a certaines rues en pente notamment où il ne se passe pas une heure sans qu’un cheval s’y abatte.
- Aussi on a dès longtemps inventé des systèmes plus ou moins ingénieux pour la réparation temporaire mais immédiate des brancards brisés. Tel est le brancardier, qui se signale par sa simplicité, élément nécessaire de succès. Il se compose essentiellement d’un raccord en tôle de fer, qui d’ailleurs pourrait être en un autre métal. C’est un manchon ou cylindre d’environ 0m,20 de long et fendu suivant une de ses génératrices; les deux lèvres de cette ouverture sont relevées, formant deux bords plats parallèles de 0,n,04 à peu près, et construits de telle façon qu’ils viennent s’appliquer l’un contre l’autre
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- lorsqu’on serre le manchon jusqu’à fermer l’ouverture longitudinale. Chacun 'de ces bords est percé de deux trou s, situés vers l’uneet l’autre extrémité, et précisément en face des trous de l’autre bord; dans ces trous s’engagent deux tiges fdetées mobiles munies d’écrous à oreilles pour le serrage. Lorsque l’on a une réparation à faire, on enlève d’abord vis et écrous, on rapproche autant que possible les deux parties fracturées, puis on les emboîte dans le manchon, do façon à ce que la fracture se trouve au milieu de sa longueur; la tôle prêtant beaucoup, l’appareil peut s’adapter à des brancards de dimensions très variables. On replace les vis, et l’on serre les écrous jusqu’à refus. Les brancards de voitures servent surtout k la direction ; mais comme, suivant l’endroit de la fracture, il se pourrait que la partie brisée eut k résister à une traction, pour éviter tout glissement, les inventeurs,
- MM. Ginet et Emmanuel, ont muni le manchon de plusieurs petites dents obtenues par un découpage de la tôle même, rabattues et s’incrustant dans le bois. Primitivement ces dents étaient situées aux extrémités mêmes du manchon; mais aujourd’hui elles sont dans le corps du cylindre, et au droit des écrous, afin que la pression puisse être plus énergique et que les dentsentrentplus profondément.
- D’ailleurs il faut tout naturelle-ment disposer le système de façon k ce que les têtes d’écrous soient en dehors et non point sur le flanc du cheval. Enfin le manchon est assez court pour qu’il puisse s’appliquer sur les parties même un peu courbes ce qui facilite beaucoup son emploi.
- Notons enfin que cet appareil peut servir à raccommoder également tous les timons, les barres de gouvernail, les avirons.
- Par une heureuse innovation le brancardier se trouve en vente k peu près chez tous les débitants de vins, de telle sorte qu’en cas d’accident les cochers s’en procurent facilement.
- Nous ayons tenu k signaler ce système par suite des services divers qu’il est appelé k rendre et du mode de vente original qu’on a su adopter.
- Fusil à répétition pour enfants. — Le fusil à répétition est à l’ordre du jour; les fabricants de jouets d’enfants ne pouvaient pas manquer de s’en occuper aussi. Nous avons pensé qu’il serait intéressant de décrire ce fusil, tel qu’il est fabriqué par la maison \ illard et Weil, afin de donner une idée de la façon dont on peutobtenir la répétition.
- Les projectiles sont emmagasinés dans un tube AK (fig. 2) logé sous le canon de l’arme et ayant exactement le même diamètre intérieur que lui. A son extrémité A vient aboutir la pièce principale du système qui est représentée à part sur la figure. C’est un levier EG pivotant en R, portant à l’une de ses extrémités une sorte de cuillère formée d’un demi-cylindre Equi a le diamètre du magasin et du canon. L’autre extrémité G est taillée en plan incliné. Pour charger et armer le fusil on tire la poignée L en arriéré et on la ramène aussitôt en avant. Le premier mouvement a pour effet de bander le ressort P destiné à projeter la balle et en même temps de faire descendre la cuillère E dans le magasin où elle se charge d’une balle. Au second mouvement la cuillère remonte la balle dans le canon en face du ressort. Il n’y a plus qu’à appuyer sur la gâchette et le coup part. On peut recommencer aussitôt la même manœuvre et indéfiniment tant qu’il y a des projectiles dans le magasin. Il peut en contenir environ quarante qu’on introduit par l’extrémité supérieure du magasin qui se ferme au moyen d’une petite porte.
- Il n’est question ici que de projectiles puisque la poudre est bannie, avec raison, dans cette arme enfantine; la projection est obtenue au moyen du ressort à boudin qui se détend brusquement. Mais il suffirait de monter chaque petite balle sur une cartouche de poudre avec une amorce au fond et d’utiliser la détente du ressort k enflammer l’amorce pour avoir une arme dangereuse. La manœuvre ne serait nullement changée. Ce jouet est donc bien combiné pour donner à l’enfant une idée de l’arme qu’il sera appelé k manier plus tard. C’est en quelque sorte un objet d’enseignement patriotique.
- Fig. t. — Le brancardier.
- Fig. 2. — Fusil à répétition pour enfants.
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- LA’ NATURE.
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- LE PACA BRUN
- ('Cœlogenys Paca)
- Il y a quelques semaines, un des lecteurs de La Nature, M. Th. Féau, envoyait à la rédaction du journal une photographie que nous reproduisons (fig. 1). Elle représente un Paca, rongeur de l’Amérique méridionale, qui a été pris il y a un mois par M. Vincent , pêcheur de Boulogne-sur-Seine, dans son épervier. « Comment cet animal, dit M. F eau, se trouvait-il en Seine? C’est ce que l’on ne saura probablement pas. Cet animal est très doux et vit en bon accord avec les chats de la maison. 11 mange le pain, les gâteaux, les
- limaçons, le SU- Fig. 1. — Paca pris à Boulogne-sur-Seine. (D’après une photographie de M. Th. Féau. cre, le café, l’eau-
- de-vie, le charbon de terre, etc. Il saute facilement sur une table et a l’air plus actif la nuit que le jour; la tête est continuellement en mouvement ; il flaire constamment. C’est une femelle. »
- H est très probable que le Paca en question vient du Jardin d’Acclimata-tion, où il existe une petite colonie de ses semblables qui reproduisent avec régularité chaque année. Dans la première quinzaine de février de cette année, cet établissement en a même reçu encore un spécimen venant directement du Brésil. Serait-ce ce dernier qui, mal reçu par ses congénères, serait parvenu à s’échapper et à gagner le bois
- de Boulogne, puis les bords de la Seine? Ces animaux font des terriers et sont d'excellents mineurs ; de plus, ils sont d’une agilité extrême et franchissent des barrières très élevées. Lequel de ces deux moyens le Paca pris en Seine a-t-il usé pour recouvrer sa liberté? C’est ce qui reste à savoir.
- Ce n’est pas la première fois que l’on constate que le Paca s’apprivoise facilement, même en France ;
- Fig. 2. — Le Paca brun (Cœlogenys Paca).
- Pulfon en a eu un, qu’il nourrissait en liberté dans sa maison et il a donné, dans son Histoire générale et particulière des mammifères (t. X.), des détails intéressants sur ce rongeur. Depuis, d’autres Pacas ont été apportés assez souvent vivants à Paris, et comme ils mangent de toutes les matières végétales et même de la viande, et qu’ils résistent facilement au froid, Fr. Cuvier et d’autres naturalistes ont pensé qu’on pourrait introduire cette espèce dans nos fermes, où elle serait une très bonne acquisition, à cause de la délicatesse de sa chair. Mais cette idée n’a pas encore été mise en pratique.
- Voici, au point de vue de l’histoire naturelle et de ses habitudes, les renseignements que l’on possède sur cet animal.
- Le Paca appar-tient à l’ordre
- des Rongeurs. Il a le corps épais et trapu, la tête grosse, le museau large et les yeux grands à prunelle ronde ; les oreilles sont moyennes, arrondies et très plissées; la bouche est munie d’abajoues, c’est-à-dire de poches en dedans, et il en existe aussi en dehors, sous forme d’un fort repli de la peau, en dessous de la saillie qui limite les joues en dessous de l’œil ; les dents sont semblables à celles des lapins ou des lièvres. Les membres ne sont pas très grands, a peu près de la même hauteur que celle des agoutis; ils sont terminés, ceux de devant, par quatre doigts, et ceux de derrière, par cinq doigts ; l’interne et l’externe sont très petits el comme rudimentaires ; les ongles sont forts, épais et coniques, propres à fouir. Le Paca n’a pas de queue; un simple tubercule la remplace. Son pelage est composé de poils courts et raides, peu abondants.
- La femelle a quatre mamelles, deux pectorales et deux inguinales: elle ne met bas qu’un seul petit qu’elle garde longtemps dans son terrier, dit Brehm.
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- LA NATURE.
- Les naturalistes distinguent trois espèces de Paras qui ne se différencient guère que par la couleur de leur pelage : il y a le Paca brun ou noir,, le Paca fauve et le Paca blanc ; ou connaît peu ce dernier.
- Les deux premières espèces ont été longtemps confondues et il est de fait que les dispositions de couleur sont les mêmes; mais, outre la couleur plus claire, le Paca fauve se distingue du Paca brun par des joues plus écartées et par des rugosités sur le crâne, perceptibles à l’extérieur, tandis~que le Paca brun a le crâne lisse. À part ces détails, ils ont la même taille, les mêmes habitudes et ils habitent les mêmes contrées ; mais c’est néanmoins le Paca brun qu’on connaît le mjeux.
- Le Paca brun (c’est à cette espèce qu’appartient celui qui a été pris en Seine, à Boulogne) a 50 centimètres de hauteur à l’épaule, et davantage au milieu du dos qui est proéminent; sa longueur, du bout du nez au croupion est de 55 centimètres. Son pelage est brun en dessus et sur les côtés, où se remarquent quatre ou cinq lignes de taches blanches plus ou moins nettes ou confondues; la gorge, la poitrine, le ventre et la face interne des membres, sont d’un blanc sale; les moustaches très longues sont noires et blanches.
- Le Paca brun se trouve au Brésil, au Paraguay, à la Guyane, aux Antilles ; il habite les forêts basses et humides, et établit en général sa demeure auprès des eaux. Il creuse des terriers à la façon des lapins, mais ces demeures sont moins profondes, plus superficielles, car leur voûte cède sous les pieds des passants; les ouvertures de ces galeries, généralement au nombre de trois, sont dissimulées sous des amas de feuilles et de branches sèches. A cause de la finesse de sa chair, on chasse le Paca avec ardeur et on en détruit beaucoup ; aussi l’espèce en devient-elle rare dans certaines contrées. On peut le prendre vivant à l’aide de bourses, comme les lapins de nos pays, mais cette chasse est plus dangereuse, car le Paca se défend et cherche à mordre. Sa voix ressemble au grognement d’un petit cochon.
- Cet animal se tient souvent assis, occupé à se laver les moustaches avec ses pattes de devant qu’il lèche chaque fois qu’il les a passées sur son museau. Malgré sa lourdeur apparente, il court et saute avec légèreté, et il plonge et nage très bien. Sa nourriture consiste en fruits et racines, il ravage souvent les plantations de cannes à sucre. Ses habitudes sont nocturnes et il ne sort guère de son terrier que la nuit.
- A l’encontre des naturalistes français, Brelnn croit que l’acclimatation du Paca en Europe ne serait d’aucun avantage; cependant, il reconnaît qu’en février et mars l’animal est très gras, et qu’alors sa chair a beaucoup de goût et est très estimée, que c’est un gibier très fin qu’on apporte aux marchés sous le nom de gibier royal. Nous trouvons que Brehm est peu conséquent avec lui-même, et qu’un gibier qui a autant de qualités, qui est si peu difficile sous le rapport de la nourriture,
- puisqu’il mange de tout, si peu sensible au froid, et qui a la taille d’un agneau, est bon à propager.
- P. Mégnin.
- CHRONIQUE
- Inauguration de l’institut Pasteur. — Le magnifique établissement qui porte le nom d’institut Pasteur, et qui est le fruit de la souscription universelle ouverte en faveur des travaux de notre illustre savant, a été inauguré mercredi dernier, 14 novembre. M. le Président de la République, plusieurs personnages étrangers, un grand nombre de notabilités du monde officiel, delà science et de la presse, assistaient à cette cérémonie qui marque une date mémorable dans l’histoire de la science. L’Institut Pasteur est construit sur un vaste emplacement situé rue Dutot, dans le quartier de Yaugirard. Nous en donnerons la description complète dans notre prochaine livraison. La séance d’inauguration a eu lieu dans la grande salle delà bibliothèque ornée pour la circonstance. Autour de la pièce, étaient exposés les bustes des principaux donateurs, parmi lesquels figurent en première ligne l’Empereur de Russie, l’Empereur du Brésil, Madame Boucicaut, Madame Furtado-Heine, M. de Lau-bespin, etc. Des discours fort applaudis ont été prononcés par MM. J. Bertrand, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences ; Christophle, gouverneur du Crédit foncier, le Dr Grandcher et Pasteur. Notre livraison étant sous presse au moment où se termine la cérémonie, nous remettons le compte rendu de la séance au numéro du 24 novembre. Nous ajouterons que l’Institut Pasteur comprend essentiellement deux grands corps de bâtiments reliés par une aile médiane, construits au centre d’un jardin qui assure l’air et la lumière aux logements et aux laboratoires.
- Le prix Henri (âiffard à la « Société des ingénieurs civils ». —- La Société des ingénieurs civils a publié dans son Bulletin de septembre, le Mémoire qui a obtenu le premier prix dans le concours qu’elle avait ouvert en faveur d’un travail retraçant l’œuvre du çrand inventeur. Ce Mémoire est celui de M. Alexandre Gouilly. Le travail ne comprend pas moins de 140 pages,' grand in-8°; il est intitulé Analyse de l'œuvre de Henri Giffard. L’auteur a réuni un grand nombre de pièces relatives à l’injecteur, ou à la navigation aérienne, qu’il est difficile de se procurer, et qu’il a rapprochées les unes des autres en les commentant avec beaucoup de soin. 11 a également donné, pour la première fois, un extrait raisonné des brevets pris par Henri Giffard et qui ne se trouvent pas tous dans la collection publiée par le Ministère. En effet, le premier, relatif à la navigation aérienne, pris en 1851. n’a pas été, enregistré parce que l’auteur n’a payé qu’une seule annuité. L’expérience du 24 septembre 1852 (premier aérostat dirigeable à vapeur) avait donné lieu à une recette brillante à l’Hippodrome ; malheureusement cette expérience ne put être répétée, malgré le grand désir de Giffard, parce que les journées devenant courtes, l’usine de Chaillot ne pouvait fournir la quantité de gaz nécessaire. L’inventeur se trouva ruiné, ainsi que ses deux associés, les deux élèves de l’École centrale David et Sciama. Le catalogue des brevets d’invention de Henri Giffard comprend 51 articles, sur lesquels 22 brevets et 9 certificats d’addition. Le premier est à la date du 9 septembre 1850 et relatif à un système de machines à vapeur; il est signé Flaud et Giffard. Le dernier est à la date du 4 juin 1881. Giffard a pris tous ses brevets seul, sauf le
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- LA NATURE.
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- premier et le sixième qui est à la date du 213 novembre 1857, et signé Giflard et Flaud. H est relatif à une valve de régulateur. M. Gouilly fait remarquer que le catalogue du Ministère donne des brevets appartenant à plusieurs personnes, etparticulièreinennt à M. Paul Giflard, frère de Henri Giflard, et qu’il faut recourir aux brevets ‘eux-mêmes pour faire l’attribution juste.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 novembre 1888. — Présidence de M. Janssen.
- Culture du blé à épi carré. — La pièce de résistance de la séance est, sans contredit, la lecture par M. Dehé-rain d'un important mémoire où le savant agronome fait connaître, en collaboration avec M. Porion, les résultats très remarquables obtenus en 1887 et 1888 pour la culture du blé à épi carré. Nos lecteurs se rappellent les faits si frappants dont la précieuse céréale a rendu témoins les cultivateurs qui l’ont employée et qu’on peut résumer en disant que c’est le seul blé qu’on puisse fumer énergiquement, la verse, ordinairement si funeste, n’étant pas à craindre pour lui. Le dépérissement de nos industries agricoles a naturellement porté l’attention sur la nouvelle variété de blé, et MM. Dehérain et Porion ont dù répondre à un très grand nombre' de demandes de semences. À celles-ci ils ont constamment joint un questionnaire relatif aux conditions des cultures et au rendement. En 1887, on eut un été chaud et sec défavorable dans le Midi ; mais déjà dans le centre de la France on obtint 50, 36, 40 hectolitres à l’hectare; ce qui est fort supérieur à ce que donnent les variétés ordinaires. Dans le Nord ce fut mieux encore, le Pas-de-Calais fournit 50, 59 hectolitres et même sur de petites parcelles des rendements correspondant à 63 et même à 67 hectolitres. En 1888, les conditions furent très différentes : l’été, très pluvieux, succéda à un hiver très froid. Le blé carré donna, dans les Bouches-du-Rhône, 32 hectolitres au lieu de 17 qui est la récolte normale ; dans la Dordogne, 53 ; dans la Corrèze, 25; dans la Charente, 59; dans les Deux-Sèvres, de 25 à 38; dans la Loire-Inférieure, de 21 à 58 ; dans la Mayenne, jusqu’à 55, etc. Dans chaque région, d’ailleurs, le produit est d’autant plus fort qu’on a fumé davantage, mais en établissant les moyennes, on trouve pour le rendement comparé des deux années :
- Hectolitres recueillis a l’hectare :
- 1887 1888
- Région méridionale..........21 .29,1
- — moyenne............... 53,5 36,6
- — septentrionale .... 49,3 47,4
- Ces magnifiques résultats suffisent pour faire entrevoir
- ce que pourra nous valoir la culture généralisée du blé à épi carré. Sans recourir à d’autres moyens et sans attendre, nous passerons de l’état actuel, où l’importation annuelle de 10 millions d’hectolitres nous est indispensable, à une production permettant, au contraire, une active exportation. Ce ne sera, bien entendu, qu’au prix de conditions spécifiées par les auteurs et dont la principale consiste à donner à l’automne une forte fumure de fumier de ferme, confirmée au printemps par une dose convenable d’azotate de soude; mais le succès rémunérera le cultivateur et d’une manière bien riche, de ses dépenses et de ses soins.
- Vaccination antirabique. — Par l’intermédiaire de M. Bouley, M. Galtier adresse une suite à ses recherches sur l’efficacité des injections intra-veineuses de virus ra-
- bique en vue de préserver de la rage les animaux mordus par les chiens enragés. Le résultat principal consiste en ce que la préservation acquise par l’injection persiste au moins durant les quatre mois que les essais ont pris jusqu’ici; peut-être est-elle même beaucoup plus longue; un deuxième fait important, surtout au point de vue pratique, c’est que les injections sont faciles à faire et ne demandent aucune précaution minutieuse, le contact du tissu conjonctif sous-cutané par le virus n’amenant aucun accident.
- Rôle chimique de la glucine. — D’après les expériences de MM. Hautefeuille et Perrey, la glucine doit être considérée définitivement comme un sesquioxyde et non comme un protoxyde, ainsi qu’on l’a fait parfois. Il se trouve, en effet, qu’on peut substituer une quantité quelconque de sesquioxyde de fer ou d’alumine à la glucine dans son silicate artificiel sans modifier la forme d’icosi-tétraèdre sous laquelle ce silicate cristallise.
- Envahissement 'de la mer en Bretagne. — Dans une lettre adressée à M. de Quatrefages, M. Decliatellier décrit une tourbière sous-marine aux environs de Pont-l’Abbé. Le fait est connu depuis longtemps, et Alexandre Chèvre-mont écrivait en 1882 dans son bel ouvrage sur Les mouvements du sol : « Ainsi, de l’embouchure de la Loire à celle du Goesnon, sur tout le pourtour de la presqu’île, on relève d’imposants vestiges des forêts qui faisaient à notre pays, en avant des rivages actuels, une si verdoyante ceinture, aux derniers temps de l’indépendance de la Gaule. » Cependant, le travail actuel offre cet intérêt de signaler des substructions romaines à 800 mètres en avant des côtes, en un point qui ne découvre jamais. On sait que MM. Gosselet et Rigaux ont déjà signalé, sur le rivage flamand, des dépôts marins recouvrant des débris de l’époque romaine, entre autres des monnaies dont la dernière appartient au règne de Posthume (261-267); on pourrait citer encore d’autres faits analogues.
- Varia. — M. Béchamp lit un Mémoire sur la nature du lait. — La carte géologique de France au millionième, éditée par le Ministère des travaux publics, sous la direction de M. Jacquot, inspecteur général des mines, est présentée par M. Bertrand. — M.’ le secrétaire perpétuel signale un volume de M. Nourissson, de l’Académie des sciences morales et physiques, sur l’œuvre scientifique de Pascal; il proteste contre la conclusion de l’auteur, d’après qui Pascal aurait abusé des bonnes dispositions de Descartes à son égard, pour le frustrer d’importantes découvertes scientifiques. D’après M. Bertrand, les faits ont, en réalité, été tout différents, et Pascal ne se gênait pas pour afficher à l’égard de Descartes, comme physicien, une considération des plus minces, traitant de ridicule son hypothèse de la matière subtile. — Les copépodes commensaux occupent M. Canu.
- Stanislas Meunier.
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- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- CONFECTION D’iNSTRUMENTS DE MUSIQUE
- Pour compléter les renseignements antérieurs que La Nature a donnés sur les instruments de musique1, notre correspondant M. L’Esprit nous
- 1 Yoy. n° 802, du 13 octobre 1888, p. 519.
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- LA NATURE.
- en signale encore trois, d’une exécution facile, et qui ont le mérite de graver la valeur des notes dans l’oreille, tout en exerçant l’habileté manuelle.
- Le premier instrument est une sorte de piano, analogue à celui que La Nature a décrit jadis et qui était exécuté avec des silex1. 11 est composé de bouteilles de verre quelconques remplies d’une certaine quantité d’eau dont on fait varier la hauteur, suivant la valeur de la note k obtenir, ainsi que l’indique le croquis ci-contre. Avec un peu de tâtonnement on arrive à reproduire toutes les notes avec leurs octaves, y compris les % et les [> ; aussi exige-t-il une oreille musicale. Les bouteilles sont suspendues parle goulot au moyen de ficelles à deux manches à balais placés sur des chaises (fig. 1).
- Pour produire le son, on se sert de deux règles ou mieux de deux baguettes de tam bour d’enfant.
- Avec la disposition indiquée on peut jouer des airs à deux parties, on peut même être deux exécutants, un de chaque côté, jouant sans se gêner.
- Le second instrument est une sorte de harpe.
- Prenez une boîte plate, une boîte k cigare, par exemple ; fixez-y des clous dits semence, et des deux côtés de la boîte des fils de laiton. Ceux qui proviennent des élastiques de jarretières ou de bretelles sont les meilleurs. Passez une règle d’écolier en dessous des fils de A en B (fig. 2). De l’autre côté du fil placez de petits dés découpés également
- dans une règle et par tâtonnement déterminez la longueur des cordes suivant les notes k produire. 11 va sans dire que les fils doivent être bien tendus. L’écolier qui excéutera cet instrument pourra mesurer exactement les cordes et se rendre compte des longueurs qu’il faut pour produire telle ou telle note: ce sera une excellente leçon d’acoustique. Pour frapper sur les cordes une fois accordées, on peut se servir d’une baleine de corset C au bout de laquelle on fixe un bouchon.
- Le troisième instrument a l’avantage de ne demander aucun appareil et de démontrer l’importance de la cavité buccale dans la production des sons. Chantez un air, mais sans articuler le son avec la gorge, puis avec le pouce placé derrière l’index et relâché subitement (le mouvement est analogue à celui qu’on exécute pour jouer aux billes), avec l’ongle du pouce, disons-nous, frappez les dents du milieu, les palettes, au moment de l’émission figurée de la note voulue. Après une étude de quelques minutes vous arriverez k jouer avec justesse et force tous les airs qu’il vous plaira. On peut remplacer la frappe des dents par des coups donnés avec un porte-plume, un crayon, une règle, sur les joues k la hauteur et dans le prolongement de la bouche. Ce procédé facile k mettre à exécution est très connu des écoliers.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieii.
- 1 Vov. n° C2i>, du ‘20 juin 1885. jt. 55.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- 2 4 NOVEMBRE 1888.
- LA NATURE.
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- DIMENSIONS GIGANTESQUES
- DE QUELQUES MAMMIFÈRES FOSSILES
- M. Strauch, le savant directeur du Musée de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, m’a récemment envoyé la photographie du célèbre Mammouth qui existe dans les collections de ce Musée. Nous en donnons ci-dessous la reproduction (fig. 1).
- Le Mammouth (Elephas primigenius) du Musée de Saint-Pétersbourg est celui dont le cadavre entier fut trouvé en 1799 sur les bords de la mer Glaciale, près de l'embouchure de la Léna. Comme sept années s’écoulèrent entre le moment de sa décou-
- verte et celui où il fut rapporté à Saint-Pétersbourg, une partie de sa chair fut dévorée par les chiens, les bêtes féroces; la plus grande portion de ce qui en restait fut détachée des os par Adams, parce qu’elle rendait le transport trop difficile. La photographie que je mets sous les yeux de l’Académie montre que la peau et la chair n’ont été conservées que sur la tète et autour des pieds.
- Suivant Tilesius, le squelette a om,42 de hauteur, du sommet de la tête à la base des pieds. Il est moins grand que le squelette de ÏElephas méridional’is du pliocène de Durfort, qui est dans notre nouvelle galerie du Muséum. Le squelette de Durfort a om,77 de hauteur au garrot et 4m,22 de hauteur au spm-
- Fig. 1. — Squelette du Mammouth (Elephas primigenius:) découvert sur les bords de la mer Glaciale, près de l’embouchure de la Léna et rapporté en 1806 à Saint-Pétersbourg, par M. Adams. (D’après une photographie.)
- met de la tête; il a 6m,60 de long depuis le bout des défenses jusqu’au bord postérieur du bassin et 5ra,36 de long depuis le bord antérieur de la tête (sans y comprendre les défenses) jusqu’au bord postérieur du bassin. Ces dimensions sont bien supérieures à celles de notre squelette de Mastodonte de Sansan, et même elles surpassent celles des gigantesques Mastodontes américains1. Notre squelette de Durfort est le plus grand squelette entier de mammifère fossile connu jusqu’à présent.
- 1 Warren, dans son grand ouvrage Sur les Mastodontes américains, indique un squelette haut de 3m,35 au sommet de la tête et long de 5m, 18 du bord postérieur de la face au commencement de la queue.
- 16e aaaee. — 2" semestn.
- Nous avons des os isolés qui annoncent des bêtes encore plus puissantes : ainsi M. Haussmann, lorsqu’il était préfet de la Seine, a donné au Muséum un humérus de ÏElephas antiquus trouvé tout auprès de Paris dans le quaternaire de Montreuil-sous-Bois; cet os mesure lm,30, tandis que celui de ÏElephas meridionalis de Durfort mesure seulement lm,24. J’ai rapporté de Pikermi un tibia de Dinothérium qui a 0m,94, au lieu que celui de l’éléphant de Durfort n’a que 0m,80, et des métacarpiens qui présentent une différence aussi forte.
- Si les rapports entre les tibias, les humérus, les métacarpiens et la hauteur totale des squelettes ont été les mêmes dans ÏElephas antiquus et le Dino-
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- Iheriimi giganteum que dans YElephas meruliona-lis de Durfort, il faudrait supposer que YElephas antiguus atteignait 7>l",05 de hauteur au garrot, 4m,42 au sommet de la tète et que le Dinothérium atteignait 4™,43 ail garrot1, 4m,96 au sommet de la tête.
- Ainsi deux hommes géants placés l’un au-dessus de l’autre ne parviendraient pas au sommet de la tète de l’Eléphant de Durfort, et trois hommes de lm,80, debout sur les épaules les uns des autres, atteindraient à peine le sommet de la tête du Dinothérium giganteum de Pikermi2 * *.
- Il est naturel de trouver le maximum de grandeur chez le Dinothérium de Pikermi, car cette majestueuse créature a régné à côté de deux espèces de Mastodontes, de l’Ancylothérium, d’une Girafe et de l’Helladothérium, à l’époque du miocène supérieur, c’est-à-dire au moment où le monde animal a eu son apogée.
- VElephas méridionalis et YElephas anliquus
- MJ » \
- Fig 2. — Dessin schématique représentant les dimensions du Dinothérium par rapport à l’homme.
- ont vécu en compagnie d’IIippopotames dans des phases chaudes du pliocène et du quaternaire où il devait y avoir une riche végétation. Si une chose peut étonner, c’est que le Mammouth des terrains glaciaires de Sibérie, habitant sans doute des régions trop froides pour le développement d’une végétation forestière, ait atteint la grande taille que présente le squelette du Musée de Saint-Pétersbourg.
- On voit, d’après ce que je viens de dire, que si l’on voulait classer quelques-uns des plus puissants mammifères par ordre de grandeur, il faudrait établir les rangs suivants :
- 1 Lors de mes recherches sur les fossiles de Pikermi, on n’avait pas encore trouvé VElephas meridionalis de Durl'ort. En basant mes calculs sur la comparaison du squelette de Mastodonte de Sansan, et de quatre squelettes d’Éléphants actuels qui sont dans les collections du Muséum, j’étais arrivé à un chiffre presque semblable pour le Dinothérium, 4m,50 de hauteur au garrot
- 2 Nous avons traduit l’ingénieuse comparaison de Tauteur
- par le dessin ci-dessus (fig. 2) qui permet de se bien rendre
- compte des proportions du Dinothérium* (Note de la rédac-
- tion.)
- Premier rang. . . . Dinothérium yiyantcinn du miocène supérieur de PAllique.
- Deuxième rang. . . Elephas antiquité du quaternaire (phase chaude) des environs de Paris. Troisième rang. . . Elephas meridionalis du pliocène supérieur de Durfort (Dard).
- quatrième rang. . . Mastodon americanus du quaternaire des Etats-Unis.
- Cinquième rang. . . Elephas primiyenius <Iu quaternaire de Sibérie (phase froide) et Eléphants actuels.
- Il n’est pas vraisemblable que l’homme ait vu le Dinothérium, mais il est certain qu'il s’est trouvé face à face avec YElephas antiguus et avec le Mammouth; pour les combattre, il n’avait que des haches en silex et pourtant il les a vaincus. Cela nous permet de croire que nos aïeux des temps quaternaires ont eu du génie et du courage.
- Alreut Gaudry (de l’Institut).
- L’INSTITUT PASTEUR
- Nous ne croyons pas qu’il soit nécessaire de revenir ici sur l’origine de la souscription qui a assuré la création de l’Institut Pasteur. Nous avons toujours tenu nos lecteurs au courant des grands travaux de notre illustre chimiste, et nous n’avons jamais manqué d’enregistrer d’une façon complète les principaux faits de la mémorable histoire du traitement prophylactique de la rage, l’une des plus belles conquêtes de cette branche nouvelle de la science qui s’appelle la microbie1.
- L’Institut s’élève actuellement au milieu d’un vaste terrain de la r.ue Dutot, à Paris ; des milliers de souscripteurs de toutes les régions de la France ont contribué à sa construction, et l’appel de M. Pasteur a même été entendu dans tous les pays du monde. La souscription toujours ouverte a déjà produit plus de 2 millions et demi de francs ; sur cette somme 1 million et demi a été consacré à l’achat du terrain, aux constructions et aux aménagements de l’édifice actuellement terminé2.
- L’inauguration de l’Institut Pasteur a eu lieu, ainsi que nous l’avons annoncé dans notre précédente livraison, le mercredi 14 novembre 4888 5, en présence de M. Carnot, président de la République, de plusieurs Ministres, de plusieurs membres de l’Institut, de l’Académie de médecine et d’un grand nombre d’autres notabilités.
- M. Bertrand, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, a ouvert la séance en félicitant son éminent collègue de l’Institut, et en le remerciant
- 1 Voy. notamment l’article intitulé La raye, n° 660, du 6 mars 1886, p. 209. Voy. aussi n° 576, du 14 juin 1884, p. 22; n° 505, du 15 mars 1884, p. 247, et Tables des matières des volumes précédents.
- * L’institut I'asteur a été construit sur les plans de M. Petit que la mort a enlevé à ses travaux en octobre 1887. Les plans ont été exécutés fidèlement par son successeur, M. Bré-bant.
- 3 Voy. n° 807, du 17 novembre 1888, p. 398.
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- au nom de l’humanité, au nom de la science, et au nom de la France. M. Christophle, gouverneur du Crédit foncier, a parlé ensuite avec beaucoup de finesse et d’esprit de l’étonnante souscription à laquelle ont contribué les grosses bourses comme les petites. Nous regrettons de ne pouvoir, faute de place, reproduire les charmantes paroles de M. Christophle, mais nous donnons in extenso l’allocution de M. Pasteur. Ce discours, comme on va en juger, est un modèle d’éloquence; les sentiments qui parlent du cœur, la llamme du patriotisme et les pensées élevées y brillent tour à tour avec le môme éclat1.
- Celui qui, dans vingt ans, écrira notre histoire contemporaine et recherchera quelles ont été, à travers les luttes des partis, les pensées intimes de la France, pourra dire avec fierté qu’elle a placé au premier rang de ses préoccupations l’enseignement à tous les degrés. Depuis les écoles de village jusqu’aux laboratoires des hautes études, tout a été soit fondé, soit renouvelé. Élève ou professeur, chacun a eu sa part.
- Les grands maîtres de l’Université, soutenus par les pouvoirs publics, ont compris que, s’il fallait faire couler comme de larges fleuves l’enseignement primaire et l’enseignement secondaire, il fallait aussi s’inquiéter des sources, c’est-à-dire de l’enseignement supérieur. Ils ont fait à cet enseignement la place qui lui est due. Une telle instruction ne sera jamais réservée qu’à un petit nombre; mais c’est de ce petit nombre et de son élite que dépendent la prospérité, la gloire et, en dernière analyse, la suprématie d’un peuple.
- Yoilà ce qui sera dit et ce qui fera l’honneur de ceux qui ont provoqué et secondé ce grand mouvement. Pour moi, messieurs, si j’ai eu la joie d’aller, dans quelques-unes de mes recherches, jusqu’à la connaissance de principes que le temps a consacrés et rendus féconds, c’est que rien de ce qui a été nécessaire à mes travaux ne m’a été refusé.
- Et le jour où, pressentant l’avenir qui allait s’ouvrir devant la découverte de l’atténuation des virus, je me suis adressé directement à mon pays pour qu’il nous permît, par la force et l’élan d’initiatives privées, d’élever • des laboratoires qui non seulement s’appliqueraient à la méthode de prophylaxie de la rage, mais encore à l’étude des maladies virulentes et contagieuses, ce jour-là la France nous a donné à pleines mains.
- Souscriptions collectives, libéralités privées, dons magnifiques dus à des fortunes qui sèment les bienfaits comme le laboureur sème le blé, elle a tout apporté, jusqu’à l’épargne prélevée par l’ouvrier sur le salaire de sa rude journée.
- Pendant que se faisait cette œuvre de concentration française, trois souverains nous donnaient un témoignage de sympathie effective. Sa Majesté le sultan voulait être un de nos souscripteurs; l’empereur du Brésil, cet empereur homme de science, inscrivait son nom avec la joie d’un confrère, disait-il, et le tsar saluait le retour des Russes que nous avions traités, par un don vraiment impérial.
- Devant les médecins russes qui travailleront dans nos laboratoires et sont déjà présents parmi nous, j’adresse au tsar l’hommage de notre respectueuse gratitude.
- 1 Ce discours a été lu par le lits de M. Pasteur, secrétaire à l'ambassade de France auprès du Ouirinal.
- Comment toutes ces sommes ont été cenlralisées au Crédit foncier de France et l’usage qui en a été fait, vous venez de l’apprendre, messieurs. Mais ce que M. Christophle ne vous a pas dit, c’est avec quel souci il a géré ce bien national.
- Avant la pose de la première pierre, le comité de patronage de la souscription a décidé, malgré moi, que cet Institut porterait mon nom. Mes objections persistent contre un titre qui réserve à un homme l’hommage dû à une doctrine. Mais, si je suis troublé par un tel excès d’honneur, ma reconnaissance n’en est que plus vive et plus profonde. Jamais un Français s’adressant à d’autres Français n’aura été plus ému que je ne le suis en ce moment.
- La voilà donc bâtie, cette grande maison dont on pourrait dire qu’il n’y a pas une pierre qui ne soit le signe matériel d’une généreuse pensée. Toutes les vertus se sont cotisées pour élever cette demeure du travail.
- Hélas ! j’ai la poignante mélancolie d’y entrer comme un homme (( vaincu du temps », qui n’a plus autour de lui aucun de ses maîtres, ni meme aucun de ses compagnons de lutte, ni Dumas, ni Bouley, ni Paul Bert, ni Vulpian qui, après avoir été avec vous, mon cher Gran-clier, le conseiller de la première heure, a été le défenseur le plus convaincu et le plus énergique de la méthode !
- Toutefois, si j’ai la douleur de me dire : Ils ne sont plus, après avoir pris vaillamment leur part des discussions que je n’ai jamais provoquées, mais que j’ai dû subir; s’ils ne peuvent m’entendre proclamer ce que je dois à leurs conseils et à leur appui ; si je me sens aussi triste de leur absence qu’au lendemain de leur mort, j’ai du moins la consolation de penser que tout ce que nous avons défendu ensemble ne périra pas.
- Notre foi scientifique, les collaborateurs et les disciples qui sont ici, la partagent.
- Le service du traitement de la rage sera dirigé par M. le professeur Grancher, avec la collaboration des docteurs Chantemesse, Cliarrin et Terrillon.
- M. le Ministre de l’instruction publique a autorisé M. Duclaux, le plus ancien de mes élèves et collaborateurs, aujourd’hui professeur à la Faculté des sciences, à transporter ici le cours de chimie biologique qu’il fait à la Sorbonne. Il dirigera le laboratoire de microbie générale.
- M. Chamberland sera chargé de la microbie dans ses rapports avec l’hygiène; M. le docteur Roux enseignera les méthodes microbiennes dans leurs applications à la médecine. Deux savants russes, les docteurs Metchnikof et Gamaleia, veulent bien nous prêter leur concours. La morphologie des organismes inférieurs et la microbie comparée seront de leur domaine.
- Yous connaissez, messieurs, les espérances que nous donnent les travaux du docteur Gamaleia. C’est à dessein que je me sers du mot espérances. L’application à l’honnne est loin d’être faite en ce moment; mais la plus rude étape est franchie.
- Constitué comme je viens de le dire, notre Institut sera à la fois un dispensaire pour le traitement de la rage, un centre de recherches pour les maladies infectieuses et un centre d’enseignement pour les études qui relèvent de la microbie. Née d’hier, mais née tout armée, cette science puise une telle force dans ses victoires récentes, qu'elle entraîne tous les esprits.
- Cet enthousiasme que vous avez eu dès la première heure, gardez-le, mes chers collaborateurs, mais donnez-lui pour compagnon inséparable un sévère contrôle.
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- IVavancez rien qui ne puisse être prouvé d'une façon simple et décisive.
- Ayez le culte de l’esprit critique. Réduit à lui seul, il n’est ni un éveilleur d’idées, ni un stimulant de grandes choses.
- Sans lui, lout est caduc. 11 a toujours le dernier mot. Ce que je vous demande là et ec. que vous demanderez à votre tour aux disciples que vous formerez, est ce qu’il y a de plus difficile à l’inventeur.
- Croire que l’on a trouvé un fait scientifique important, avoir la fièvre de l’annoncer et se contraindre des journées, des semaines, parfois des années, à se combattre soi-même, à s'efforcer de ruiner ses propres expériences, et ne proclamer sa découverte que lorsqu’on a épuisé toutes les hypothèses contraires, oui, c’est une tâche ardue.
- Mais quand, après tant d’elforls, on est enlin arrivé à la certitude, on éprouve une des plus grandes joies que puisse ressentir l’àme humaine, et la pensée que l’on contribuera à l’honneur de son pays rend celte joie plus profonde encore.
- Si la science n’a pas de patrie, l'homme de science doit en avoir une, et c’est à elle qu’il doit reporter l’influence que ses travaux peuvent avoir dans le monde.
- S'il m’était permis, monsieur le Président, de terminer par une réflexion philosophique provoquée en moi par votre présence dans cette salle de travail, je dirais que deux lois contraires semblent aujourd’hui en lutte : une loi de sang et de mort qui, en imaginant chaque jour de nouveaux moyens de combats, oblige les peuples à être toujours prêts pour le champ de bataille ; et une loi de paix, de travail, de salut, qui ne songe qu’à délivrer l’homme des fléaux qui l’assiègent.
- L’une ne cherche que les conquêtes violentes, l'autre que le soulagement de l’humanité. Celle-ci met une vie humaine au-dessus de toutes les victoires; celle-là sacrifierait des centaines de mille existenees à l’ambition d’un seul.
- La loi dont nous sommes les instruments cherche même à travers le carnage à guérir les maux sanglants de cette loi de guerre. Les pansements inspirés par nos méthodes antiseptiques peuvent préserver des milliers de soldats.
- Laquelle de ces deux lois l’emportera sur l’autre? Dieu seul le sait. Mais ce que nous pouvons assurer, c’est que la science française se sera efforcée, en obéissant à cette loi d’humanité, de reculer les frontières de la vie1.
- Après la cérémonie d’inauguration, les assistants ont parcouru les bâtiments et les jardins du nouvel Institut. Le plan que nous reproduisons ei-conlre (fig. 1) donne l’ensemble des constructions. Le monument principal a sa façade parallèle à la rue butot; le rez-de-chaussée comprend le laboratoire de M. Pasteur, l’économat, des cuisines, les calorifères et des caveaux. Le second corps de bâtiment, relié au premier par une grande galerie,
- 1 Après la lecture de ce discours, des acclamations enthousiastes se sont élevées, au milieu d’une émotion générale. M. le Président de la République après avoir serré la main de M. Pasteur, a conféré le grade d’ofiîcicr de la Légion d’honneur à M. Grancher et à M. Du-claux, professeur de chimie biologique à la Sorbonne; le grade de chevalier à M. le docteur Chantemesse, attaché au laboratoire de M. Pasteur. Les palmes d’oflicier d’académie ont été conférées à M. Rrébanl, l’architecte du nouvel Institut.
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- Laboratoires d'Enseignement
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- Salon ^Cabinet
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- Fig. 2. — Plan du premier étage des bûlimenls principaux.
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- Fig. 5.—Vue d'ensemble dejl’histitul Pasteur. (D’après une photographie.) ha grille de clôture est située rue Dutot, à Paris, quartier de Vaugirard,
- constitue le véritable établissement microbi-que, où est installé, au rez-de-chaussée, le service de la rage. Adroite du bâtiment, on pénètre dans la salle d'attente des personnes traitées; enregistrement, archives, inoculation, etc., forment les différents services des salles qui suivent. L’aile gauche de ce deuxième bâtiment comprend : au rez - de - chaussée, une salle des cours, un laboratoire de dissection, des étuves, un cabinet de zoologie, un laboratoire de photographie et des magasins.
- Derrière ce bâtiment sont disséminées çà et là dans le jardin, des constructions annexes dont notre plan (fig. 1) indique la disposition et l’usage. Nous mentionnerons, comme ayant une importance spéciale, le bâtiment des animaux en expé-
- Fig. i. — Le berger Jupille Croupe en bronze placé à
- rience, celui des animaux enragés et les chenils.
- Après avoir jeté les yeux sur l’ensemble de l’établissement, visitons plus spécialement le premier étage des deux bâtiments principaux, nous en donnons le plan détaillé dans la figure 2. Le premier corps de bâtiment en façade sur la rue Dutot comprend, à droite, les appartements deM. Pasteur, et à gauche, la grande salle-bibliothèque, dans laquelle a eu lieu la cé-rémonie d’inauguration. La galerie de communication permet de se rendre de ce bâtiment à l’installation des laboratoires. A l’extrémité de chaque aile du deuxième bâtiment, deux immenses salles servent de laboratoires aux élèves; elles sont séparées par une série d’autres laboratoires et par des
- luttant contre un chien enragé, l’entrée de l’Institut Pasteur.
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- pièces réserve'es au directeur, au préparateur, aux collections. Le deuxième étage est en quelque sorte la répétition du premier et assure l’espace nécessaire à de nombreux travailleurs.
- Notre figure 5 donne l’aspect, de la façade principale; les quatre fenêtres à gauche du dessin sont celles de la bibliothèque, et les quatre fenêtres de droite sont celles des appartements de M. Pasteur. Le deuxième corps de batiment est visible au second plan. Une grande grille, à deux portes latérales, forme la clôture de l’établissement sur la rue Uutot.
- Tout est bien compris et bien exécuté dans ce magnifique monument où l’air et la lumière circulent à pleines voies. L’Institut Pasteur est assurément l’un des plus beaux parmi les établissements scientifiques modernes. Les constructions ne sont pas entassées les unes sur les autres, et le jardin qui les entoure les isole entre elles par un vaste espace, Ce jardin est lui-même très heureusement dessiné; quelques massifs de Heurs y sont disposés avec goût, et il n’est pas jusqu’à la statue de bronze du petit berger Jupille luttant contre un chien enragé que l’on n’ait oublié. Ce groupe qui rappelle un trait d’héroïsme1 est placé en face de l’escalier d’honneur de l’entrée principale (fig. 4). Il prépare en quelque sorte le visiteur aux sentiments que ne manque pas de lui inspirer une visite à l’Institut Pasteur. Cet établissement, unique dans le monde, n’est pas seulement, en elfet, un temple de la science, c’est aussi le sanctuaire de la charité et du dévouement. Et l’on ne sait ce que l’on doit le plus admirer chez celui qui en a été le fondateur, ou du découvreur de nouvelles et fécondes doctrines, ou du bienfaiteur de l’humanité. Gasto.n Tismintuer.
- UNE PLUIE D’ENCRE
- M. L.-A. Eddie, de Graliatn’s Town, cap de Bonne-Espérance, a récemment donné une description intéressante d’une pluie d'encre tombée dans la colonie du Cap le 14 août 1888. Un orage commencé vers midi et qui dura jusqu’au lendemain matin assez tard, fut accompagné par moments, de fortes averses ; des espaces étendus se trouvèrent couverts d’une eau aussi noire que de l’encre. Deux théories, dit M. Eddie, peuvent rendre compte de ce phénomène : l’une, que l’eau avait reçu cette coloration des particules volcaniques restées en suspension dans l’atmosphère à la suite d’une éruption récente ; l’autre, et la plus probable, que la Terre, dans son voyage à travers l’espace, avait rencontré un essaim de poussières météoriques exceptionnellement épais ; que cette matière extraordinaire consistait en fer météorique, et que, entraînée par la pluie et mêlée à l’eau des mares et aux débris organiques que cette eau contient, elle s’était dissoute en donnant au tout une couleur noire ou d’encre. 11 y a aussi l’hypothèse que la couleur noire pouvait provenir simplement du mélange de cette fine poussière cosmique avec l’eau; mais l’observateur est plus porté à penser que la teinte d’encre provenait de ce que le fer se dissolvait dans de l’eau saturée de débris orga-
- 1 Voy. n° 648, du 31 octobre 4885, p. 354.
- niques, bien qu’une partie des particules cosmiques puisse avoir flotté sans se dissoudre dans l’eau et ensuite y être déposée comme sédiment. L’aspect était celui qu’aurait de l’eau légèrement acidulée après avoir séjourné pendant une nuit dans un vase en fer.
- L’ASTRONOMIE EN CHINE
- E 'OBSERVATOIRE DE PÉKIN
- M. le contre-amiral Mouchez vient de recevoir de Pékin, pour le Musée d’astronomie qu’il a fondé à l’Observatoire de Paris, une série de photographies représentant, sous toutes ses faces, l’Observatoire de Pékin et les instruments qui y sont installés. C’est à l’aide du bienveillant concours de M. Lemaire, ambassadeur de France en Chine, que l’Observatoire de Paris a pu faire faire ces intéressantes photographies. M. le contre-amiral Mouchez ayant mis à notre disposition cette précieuse collection, nous avons choisi les vues qui nous ont paru le plus propre à donner à nos lecteurs une idée exacte de l’état actuel de l’astronomie chez la nation qui l’a cultivée avec le plus de zèle, et chez laquelle elle a pris les plus remarquables développements.
- Les fonctions astronomiques n’ont pointeessé d’être en honneur en Chine, et l’Observatoire du Céleste Empire est actuellement sous la direction d’un oncle de l’empereur, ayant le rang de cinquième prince du sang et qui porte le titre de Chancelier.
- Le nombre des personnes attachées à cet établissement est plus considérable qu’à Paris ; on n’en compte pas moins de 196, en y comprenant les étudiants. Les principaux fonctionnaires après le Chancelier, sont un directeur chinois et un directeur tartarc ayant droit au bouton de pierre précieuse et portant sur la poitrine l’image d’un corbeau marin. Puis viennent deux sous-directeurs, l’un chinois et l’autre tartare, et deux assistants chargés des calculs. Ceux-ci, avant l’expulsion des Jésuites, devaient être toujours pris parmi les étrangers. Deux autres fonctionnaires doivent encore être notés. Le premier est le gardien des bâtiments, et le second, le gardien des horloges à eau, dont les astronomes se contentent, les chronomètres n’ayant point été introduits dans l’Observatoire, pas plus que les lunettes.
- Les calculateurs de l’Observatoire possèdent des tables construites ou rectifiées par les Jésuites du dix-septième siècle, qui leur servent à faire leurs calculs, et qu’ils conservent précieusement cachées. Il en résulte que, contrairement aux principes généraux du gouvernement chinois, les fonctions astronomiques sont devenues héréditaires; mais par compensation, elles sont simplement honorifiques.
- Les fonctions purement scientifiques ne sont pas fort difficiles à exercer, puisqu’il y a à Pékin même quelques observatoires privés, des légations européennes. En outre, les missionnaires ont organisé à Zi-ka-Wei, un Observatoire de premier rang, où toutes les méthodes modernes sont pratiquées avec des instruments de premier choix. Cet établisse-
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- ment esl situé à 800 kilomèlres ail sud-est de Pékin, dans les environs de Shanghaï ; les astronomes du gouvernement chinois peuvent sans beaucoup de peine exécuter les calculs de conversion.
- Mais ils ont en outre à s’acquitter d’une mission plus délicate, dans laquelle les savants européens ne peuvent les assister; c’est de déterminer les jours fastes et les jours néfastes, opération de la plus haute importance dans un pays où les croyances astrologiques sont universellement répandues. Ils doivent en outre, comme les anciens augures de la Ville éternelle, consulter les présages, ce qu’ils font d’une façon qui dénote beaucoup de naïveté.
- Le Conseil de l’Observatoire de Pékin se réunit au grand complet le soir du dernier jour de l’an, et reste en séance jusqu’au commencement de l’année suivante qui naît à minuit. En ce moment, les astronomes regardent de quel côté vient le vent qu’ils interrogent au moyen de bannières sacrées plantées ad hoc. Le 14 février 1888, au commencement de la vingt-cinquième année du soixante-seizième cycle, qui n’est point encore achevée, ils ont constaté que le vent soufflait du nord-est, côté considéré comme du plus favorable augure. Ils en ont tiré la conclusion que l’on devait s’attendre à toutes espèces de félicités pendant les douze mois suivants.
- L’établissement est placé sur une terrasse élevée de quelques mètres et de forme carrée, située le long des fortifications de Pékin. Cette construction est traversée par un tunnel dans lequel passe la route, et en cas de besoin, elle pourrait être utilisée pour la défense de la cité. Nous reproduisons une vue photographique (iig. I) qui montre sur cette terrasse l’ensemble des instruments dont les astronomes officiels de Chine se servent, ou sont censés se servir pour leurs observations. Nos autres gravures plus détaillées permettent de se rendre compte de la manière dont ils ont été construits. La figure 2 donne une idée du luxe et de l’art avec lequel sont montés quelques-uns de ces instruments.
- Le Père Lecomte qui a eu occasion de manier ces instruments à la fin du dix-septième siècle, dit que les ouvriers indigènes qui les ont exécutés se sont bien plus préoccupés de la perfection des instruments représentant des dragons avec des flammes sortant de leur gueule, que de l’exactitude des divisions. Il pense qu’un quart de cercle d’un pied et demi exécuté à Paris, par les opticiens de son temps, donnerait une plus sérieuse garantie que le grand cercle de six pieds fabriqué à Pékin. Le limbe est divisé de dix en dix minutes, ce qui est une limite de l’exactitude à laquelle on pourrait prétendre si la division était bien faite, et si l’instrument était pourvu de pinnules qui ont disparu.
- Le Père Lecomte décrit de plus l’installation d’un quart de cercle d’une construction très soignée, et (fui est probablement celui que Louis XIV envoya à son frère Kang-hi.
- Le plomb, qui marque sa situation verticale, pèse une livre et pend du centre au moyen d’un fil de cuivre très
- délicat. L’alidade est mobile et coule aisément sur le limbe. Un dragon replié et entouré de nuages va de toutes parts saisir les bandes de l’instrument de peur qu’elles ne sortent de leur plan commun. Tout le corps du quart de cercle est en l’air, traversé par le centre d’un axe immobile autour duquel il tourne vers les parties du ciel que l’on veut observer. Parce que sa pesanteur pourrait causer quelque trémoussement, ou le faire sortir de sa situation verticale, deux arbres s’élèvent par les côtés. Ils sont affermis en bas par deux dragons, et liés à l’arbre du milieu par des nuages, qui semblent descendre de l’air.
- Notre ligure 5 montre que pour les observations, les astronomes chinois ont eu recours à un escalier à roulettes analogue à ceux dont l’on se sert dans les observatoires européens, et se mouvant sur un double rail. Mais il ne faut pas se hâter de faire honneur à l’imagination chinoise de ce perfectionnement, car l’escalier paraît de construction récente et est probablement venu d’Europe tout fabriqué au dix-septième siècle.
- 11 y a encore sur la terrasse de l’Observatoire une sphère armillaire, une sphère équinoxiale et une sphère céleste de 6 pieds de diamètre (fig. 4). Ce dernier ouvrage excitait l’admiration du Père Lecomte, et est, en effet, très remarquable, parce que toutes les étoiles sont bien à leur place et représentées en relief. Il était si bien suspendu qu’un enfant pouvait le faire tourner dans le sens du mouvement diurne , quoiqu’il pesât 2000 livres.
- Le Père Lecomte décrit avec enthousiasme les ornements que reproduit la photographie, et les rouages cachés qui permettent de donner à l’axe du monde l’inclinaison désirée. Il parle aussi des degrés en marbre à l’aide desquels l’observateur peut se poster convenablement.
- Un des instruments les plus remarquables de l’Observatoire est un gnomon analogue à celui dont se servit Kuo Shou-king, astronome de l’empereur Kublai Khan, fondateur de la première dynastie tar-tare, et créateur de la ville de Pékin pour exécuter les observations dont parle Laplace dans la Mécanique céleste, et qu’il décrit en ces termes :
- Ce grand observateur fit construire des instruments beaucoup plus exacts que ceux dont on avait fait usage jusqu’alors. Le plus précieux de tous était un gnomon de 40 pieds chinois (12m,60) terminé par une plaque de cuivre verticale et percée par un trou du diamètre d’une aiguille. Jusqu’à lui on n’avait observé que le bord supérieur du diamètre, et l’on avait de la peine à distinguer le terme de l’ombre; on ne s’était, du reste, servi que du gnomon de 8 pieds, cinq fois plus court. Les observations faites depuis 1270 jusqu’en 1280 sont précieuses par leur exactitude. Elles prouvent d’une manière incontestable la diminution de l’obliquité de l’écliptique, et de l’excentricité de l’orbe terrestre depuis cette époque jusqu’à nos jours.
- Outre les instruments que nous venons de mentionner, nous figurons une des curiosités de l’Observatoire de Pékin. C’est une sphère armillaire très ancienne qui date du treizième siècle (fig. 5). Les dragons de bronze qui la soutiennent sont remar-
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- quables et d’une très grande finesse ; cet instrument Le Père Verbiest fit exécuter la transformation de constitue un véritable objet d’art. l’Observatoire en 1670, à peu près à l’époque (1667)
- où Dominique Cassini créait l’Observatoire de Paris instruments de Kuo Shou-king dont la plupart exis-pour le compte de Louis XIY. 11 faisait déplacer les tent encore, et que l’on a fait photographier récem-
- Fig. 2. — Monture de bronze avec dragon pour sphère armillaire Fig. 3. — Quart de cercle en bronze
- du dix-septième siècle. du dix-septième siècle.
- ment. On voit par leur forme qu’ils ne diffèrent de ceux du Père Verbiest que par une plus grande pro-
- fusion d’ornements et une moins grande commodité de manœuvre. Us sont divisés en 565° 4 de manière
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- - Instrument astronomique chinois eu bronze. Sphère armillaire du treizième siècle (D’après les photographies exécutées à Pékin, pour l’Observatoire de Paris,)
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- que le Soleil décrit exactement par jour une de leurs divisions. Il est bon d’ajouter qu’ils sont, semblable à ceux (pie Tycbo a fait construire à son Observatoire de l’ile de lluen et avec lesquels il a observé à la lin du seizième siècle, c’est-à-dire- trois siècles après. On peut même ajouter qu’ils ne diffèrent des instruments actuels que parce que dans ceux-ci l’on a remplacé les pinnules par des lunettes dont les Chinois n’ont point voulu, et dont, en réalité, ils n’avaient pas besoin. En effet, jamais leur esprit n'a senti le besoin de sonder les mystères de l’Infini qui nous entoure de toutes parts.
- Pour eux, l’astronomie n’avait de prix que parce qu’elle leur donnait le moyen de célébrer en temps utile les fêtes idolàtriques qui ont lieu à époque fixe dans les divers temples où l’empereur exécute les sacrifices imposés par les livres sacrés.
- Les besoins de la science pure abstraite n’existent point pour eux. La grande révolution philosophique dont Copernic a donné le signal et que Galilée a accomplie, ne les a nullement passionnés. La plupart croient encore que la Terre est le centre immobile du monde, et les lunettes qui les obligeraient à admettre le contraire n’ont point encore acquis droit de cité dans leur astronomie.
- Tel est probablement le secret de ce singulier arrêt de développement chez un peuple ingénieux qui a donné à l’astronomie son premier développement scientifique. En effet, on peut dire que l’histoire de l’astronomie chinoise commence avec celle de l’empire chinois, et que les idées d’harmonie que réveille le spectacle de la voûte céleste ont été la base même de ses institutions.
- Il est superflu, certainement, d’insister sur les enseignements qu’une semblable décadence doit nous donner et sur les conséquences de philosophie scientifique qu’il est indispensable d’en tirer.
- Ajoutons que le Père Verbiest, second créateur de l’Observatoire de Pékin, est mort dans cette ville en 1688, c’est-à-dire il y a juste deux cents ans.
- Il ne faut pas croire que l’absence de considérations théoriques analogues à celles qui ont passionné les créateurs de l’astronomie moderne en Europe, ait permis aux astronomes du Céleste Empire de mener une existence exempte de péripéties. L’histoire de cette science en Chine peut être considérée comme un long drame, des plus intéressants à raconter. M. l’amiral Mouchez a rendu un très grand service à la science en appelant l’attention publique sur ces circonstances trop oubliées qui sont dignes de nos méditations. W. de Fonvielle.
- ACCIDENTS DE CHEMIN DE FER
- CATASTROPHE DE VELARS 1
- Nos lecteurs connaissent la terrible catastrophe survenue à Velars le 5 septembre dernier au chemin de fer de
- 1 Suite et fin. Voy. n° 798, du 15 septembre 1888, p. 241.
- Lyon sur la longue pente descendant du lunnel de lilaisy vers Dijon. Cette collision de deux trains faisant un grand nombre de victimes a produit une impression profonde qui n’est pas encore près de s’effacer; l’opinion un peu inquiète s’est demandé s’il n’y a pas là quelque responsabilité engagée, et s’il n’y aurait pas des mesures à prendre pour en prévenir le retour. Contrairement à cette impression toute naturelle au premier abord en présence d’un accident aussi grave, l’enquête conduite par les soins du service du contrôle sous la direction de M. Worms de bomilly, a montré que toutes les mesurés nécessaires avaient été prises pour assurer la circulation dans les conditions de sécurité désirables, et si un accident s’est produit, il a tenu à un concours de circonstances échappant absolument à toute prévision.
- L'influence de ces causes fortuites dont le concours peut être considéré par avance comme improbable, le hasard, la fatalité, quelque nom qu’on lui donne, joue un rôle qu’on ne saurait nier dans l’existence humaine comme dans l’histoire des nations, et malgré toute la répugnance de l’ingénieur à invoquer cette excuse commode, il n’en est pas moins vrai que, dans la catastrophe de Velars, il n’y a aucune responsabilité personnelle, aucune insuffisance d’appareil de sécurité à mettre en jeu.
- 11 s’agit en effet d’un simple déraillement du train descendant, lequel serait resté un accident sans conséquences bien graves, mais qui s’est produit malheureusement au moment précis où le train montant arrivait au même point, et c’est cette collision absolument imprévue qui a déterminé la catastrophe. Si le déraillement s’était produit un instant plus tôt ou plus tard, on évitait certainement la collision, car les conducteurs du train auraient eu le temps de se porter à une certaine distance en avant et en arrière du train pour protéger chacune des deux voies ; des postes intermédiaires, on eût pu enfin, si le temps l’eut permis, aviser télégraphiquement les gares voisines, et arrêter la circulation pour prendre les mesures de secours et de protection nécessaires.
- Admettant qu’il s’agit là d’un simple déraillement dans lequel il n’y a plus à rechercher l’action du service d’exploitation, à discuter le fonctionnement des signaux, on peut se demander toutefois si la voie était dans un état d’entretien satisfaisant, si le train n’allait pas trop vite à la descente, s’il n’était pas trop lourd pour la voie, etc., s’il n’y a pas là en un mot des causes suffisantes pour expliquer ce premier accident.
- 11 faut observer d’abord que la vitesse de marche des trains de la Compagnie de Lyon reste généralement assez faible par rapport à celle des autres lignes françaises, et c’est même souvent un sujet d’étonnement pour le voyageur que de le constater : les trains rapides faisant le •voyage de Paris à Marseille en sept ou huit étapes, dont quelques-unes supérieures à 460 kilomètres, n’atteignent pas cependant une vitesse commerciale supérieure à 61 ki-i lomètres à l’heure, tandis que le rapide de Paris à bordeaux, dont les étapes sont beaucoup plus courtes cependant, arrive à dépasser facilement ce chiffre de vitesse. On consultera avec intérêt à [ce sujet le diagramme comparatif que nous avons publié dans le numéro du 25 décembre 4880. L’explication de cette différence doit être cherchée évidemment dans là nature du profil de la voie beaucoup plus accidenté sur la ligne de I.yon, et aussi surtout dans l’accroissement de charge des trains; mais on ne saurait nier que cette limitation de vitesse ne constitue une garantie pour la sécurité, d’autant plus que le mécanicien est maintenu d’autre part par des règlements
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- fort sévères fixant le maximum de vitesse qui ne doit jamais être dépassé, même en cas de retard ; ce maximum variable suivant le profil de ligne est fixé à 80 kilomètres seulement pour la pente descendant du tunnel de liiaizy, et les appareils électriques de contrôle installés sur la voie en ce point permettent de s’assurer que ce chiffre n’est pas dépassé.
- On a donc toute garantie de ce côté, et on a pu constater qu’en fait, le jour de l’accident, la vitesse du train 11 et de ceux qui l’avaient précédé s’était toujours maintenue dans des limites normales.
- On ne peut donc pas chercher sur la machine elle-même la cause du déraillement, la vitesse limite n’ayant pas été dépassée ; une vitesse exagérée pourrait entraîner un accident par l’importance excessive que prendraient alors les mouvements perturbateurs dus aux déplacements des organes mobiles ; mais ces mouvements sont corrigés comme on sait, par des contrepoids spéciaux qui contrebalancent en quelque sorte les mouvements des organes mobiles, comme les pistons avec leurs tiges, les bielles motrices, bielles d'accouplement, etc., et assurent ainsi l’invariabilité du centre de gravité du système.
- Grâce à ces dispositions, il n’y a pas à craindre que ces mouvements perturbateurs désignés sous le nom de mouvement de lacet, de tangage ou de roulis puissent acquérir une intensité suffisante pour séparer la roue d’avant des rails qui la guident, et l’expérience de chaque jour montre bien que ce n’est pas là la cause principale des déraillements.
- On peut observer seulement que les machines actuelles sont beaucoup plus lourdes que celles qui servaient il y a une vingtaine d’années environ à remorquer les trains rapides; on arrive en effet à faire reposer une charge de dix à quinze tonnes sur chaque essieu tandis que primitivement on ne dépassait pas six à huit tonnes; et cette augmentation de poids imposée nécessairement par l’augmentation toujours croissante des charges des trains, présente des inconvénients de deux sortes : elle accroît dans une forte mesure la fatigue de la voie par la pression statique, et d’autre part elle oblige à donner aux machines deux essieux moteurs accouplés et à augmenter beaucoup l’empâtement, c’est-à-dire l’écartement des essieux extrêmes, ce qui gêne l’inscription dans les rails. Pour donner à la machine un peu plus d’élasticité malgré cet empâtement inévitable, on laisse aux essieux extrêmes une certaine liberté d’oscillation par une disposition convenable des faces d’appui des coussinets contre les boîtes à graisse ; on peut recourir aussi aux boggies du type américain, comportant un ou deux essieux articulés autour d’un point vertical, comme on en rencontre d’ailleurs de nombreux exemples sur les machines express de la Compagnie du Nord. On étudie en outre actuellement l’application aux locomotives des distributions compound au moyen desquelles on peut supprimer l’accouplement des essieux moteurs et leur laisser ainsi une indépendance complète.
- Si l’accroissement de la charge des machines impose une fatigue nouvelle aux’éléments de la voie, rails et traverses, il faut reconnaître par contre que la Compagnie de Lyon n’a négligé aucun sacrifice pour accroître parallèlement la résistance de ceux-ci ; elle a fait à ce sujet une série d’études et d’expériences poursuivies avec une persévérance à laquelle on ne saurait trop rendre hommage
- Les rails en fer ont été remplacés graduellement, surtout sur la grande ligne, par des rails d’acier dont le
- poids a toujours été en augmentant, et dépasse aujourd’hui 59 kilogrammes le mètre; les traverses sont plus rapprochées et soulagent ainsi le rail. Le profil des champignons a été modifié pour augmenter la largeur de la surface de roulement, enfin la longueur des rails a été graduellement augmentée, et elle, atteint aujourd’hui 10 et 12 mètres. Nous avons signalé dans deux numéros précédents 1 les études si curieuses poursuivies au chemin de fer de Lyon par M. Couard sur les déplacements et flexions insensibles des rails et des divers éléments de la voie1 : ces études qui se poursuivent continuellement, et sur lesquelles nous aurons encore à revenir, mettent bien en évidence l’influence de toutes ces améliorations, pour assurer la fixité de la voie et augmenter ainsi la sécurité en diminuant la flexion des rails. L’attache des rails avec les traverses, et le mode de réunion des barres successives a fait aussi l’objet d’études longues et conli-nues.
- Comme la traverse se macule assez rapidement, notamment vers les extrémités de la barre, sous l’empreinte du patin du rail Nignole, on est arrivé-à augmenter la résistance de la traverse en interposant des selles en acier fixées sur celle-ci. On a supprimé les encoches ménagées primitivement sur le patin du rail pour prévenir le déplacement du rail par rapport à la traverse ; ces encoches étaient souvent en effet des amorces de rupture, et on a dû y renoncer pour retenir les rails par des trous ménagés dans l’àme elle-même. On a replié à cet effet les selles pour leur donner une aile appuyée sur l’àme du rail, on a appliqué aussi à l’éclisse dite arrêt, portant une patte qui venait buter contre la traverse pour arrêter le cheminement longitudinal du rail; postérieurement on a pris l’éclisse cornière dont l’une des ailes est fixée directement sur la traverse par des tirefonds. D’autre part, les boulons des éclisses sont maintenues par des rondelles à ressort qui préviennent le desserrage dans le joint.
- La question du ballast a été aussi soigneusement étudiée de son côté, et on est arrivé à bien préciser les conditions à remplir pour assurer une parfaite répartition de l’effort sur la surface du terrain en même temps que l’assèchement facile des voies. On a prétendu que lors de l’accident de Telars, la voie manquait de ballast, mais il ne semble pas que cette allégation soit fondée, et si la voie a été retrouvée entièrement bouleversée après l’accident, on comprendra qu’il était difficile qu’il en fût autrement après les efforts anormaux qu’elle avait subis. 11 faut observer d’autre part que le ballast- est surtout utile pour l’assainissement des voies plutôt que pour prévenir le ripage proprement dit, et sur les lignes américaines en particulier, le ballast est considéré comme un objet de luxe dont on se passe bien souvent, trop souvent peut-être.
- Observons enfin en terminant que, si les accidents paraissent particulièrement fréquents sur la Compagnie de Lyon, ce fait peut s’expliquer par l’étendue exceptionnelle de son réseau qui dépasse de beaucoup celui de chacune des autres Compagnies. Le réseau exploité de Lyon atteint 7787 kilomètres, et atteint presque le triple de celui du Midi qui est de 2682; il faut donc admettre qu’il peut se produire trois accidents sur le réseau de Lyon contre un sur celui du Midi ou depx sur celui d’Orléans sans que la proportion réelle soit cependant plus forte sur le premier réseau. L. H.
- 1 Voy. précédemment pages 9 et 15.
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- LA CORRECTION DU RHIN ALSACIEN
- Le RI tin rencontre et louche les frontières de l'Alsace à sa sortie de la trouée de Haie, ouverte entre les contreforts du Jura et du Seliwarzwald. Issu des glaciers alpins et grossi par de nombreux affluents, qui descendent de part et d’autre du Saint-Eothard, le nœud central des Alpes, ce ilcuve termine son cours supérieur au lac de (lonstance. En s'échappant de ce lac, appelé la mer de Souabe par ses riverains allemands, il se dirige sur le tournant de la trouée de Râle, entre le pays de Radon et la Suisse, où son débit moyen atteint SOI) mètres cubes par seconde.
- après un cours de 440 kilomètres. En temps de crue, le débit de ses eaux s’élève de 5000 à 6000 mètres cubes au pont de Keld, contre 7000 mètres cubes à la hauteur de Mayence. Abandonné à lui-mème, il a souvent changé de lit, à la suite de ces grandes crues, divaguant sur de vastes surfaces, au détriment des cultures et des populations exposées à ses débordements.
- Au lieu de cet état, de choses, qui a persisté jusqu'aux premières années de ce siècle actuel, grâce aux travaux de régularisation accomplis avec soin, le Rhin nous offre maintenant l'exemple unique d’un courant d’eau impétueux et violent, retenu dans un lit artificiel sur un parcours de plusieurs centaines de
- kilomètres. Depuis Râle jusqu’au delà de la frontière entre l’Alsace et le Ralatinat, bavarois, ce courant d’eau coule dans un lit stable, maintenu par des digues puissantes. Une convention internationale, conclue le 5 août 1840, entre les gouvernements français et badois, a réglé la correction du fleuve, de manière à garantir ses rives contre les inondations et à rendre la navigation plus facile. La navigation même du Rhin n’a pu se développer encore au-dessus de Strasbourg, à cause de la rapidité des eaux et des bancs de graviers qui restent dans le lit redressé. Par contre, les résultats obtenus pour la défense des rives sont excellents. La convention avait pour but essentiel d’éviter tout dommage réciproque en stipulant que les travaux à entreprendre seraient dirigés
- de manière à arriver successivement, sur chaque rive du Rhin, à la régularisation du cours, d’après un tracé exécuté ou concerté par les ingénieurs des deux Etats chargés de ces travaux, formant une commission mixte, appelée à se réunir chaque année pour s’entretenir des ouvrages en exécution et se concerter sur les corrections à introduire dans le plan primitif.
- Déjà avant la convention conclue par la France avec le pays de Raden et la Suisse, on avait constaté ([ue les ouvrages exécutés de concert, sur les deux rives pour rectifier le cours du fleuve résistaient parfaitement, tandis que les ouvrages entrepris sans ensemble étaient détruits de part et d’autre par chaque crue assez forte des eaux. Reconnaître ce fait devait nécessairement amener les intéressés à diriger les tra-
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- vaux de défense sur chaque rive dans l’intérêt commun des populations voisines. Le plan adopté comprit rencaissement de toutes les eaux du fleuve dans un lit unique, entre deux digues parallèles, sans aucune interruption. Le tracé convenu impliquait le choix des directions les plus courtes, on y encadrant les points de sujétion alternativement situés sur les deux territoires de Rade et de l'Alsace. Le projet définitivement mis à exécution, à peu près terminé aujourd’hui, est celui de l’ingénieur Toulla.
- Lorsque les travaux actuels furent commencés, la longueur du thalweg atteignait 218 kilomètres sur la frontière de l’Alsace. La longueur totale de la rive alsacienne du Rhin régularisé devait se réduire à 184
- kilomètres. Il y avait donc à opérer un raccourcissement d’un septième de l’étendue du cours primitif en faveur du lit corrigé. La largeur du lit d’eaux moyennes coulant à pleins hords fut fixée à 200 mètres de Uuningue ii Schœnau, de manière à atteindre progressivement 2‘25 mètres entre Schœnau et Rhinau, en face de l’embouchure de l’Kltz; puis 250 mètres jusqu’à Rlohsheim et de Plobsheim àrLauterbourg, sur la frontière du Palatinat. Suivant l’observation de M. Couines, ingénieur en chef des travaux du Rhin à Strasbourg, des calculs bien établis auraient permis d’adopter une moindre largeur, eu égard à la pente et au volume des eaux. Mais des sujétions locales, le besoin de mettre la largeur définitive en
- Fig. 2. — Correction du Kliin. — Entrée d’une passe et clayonnage. (Dessin d’après nature, de M. Lix.)
- harmonie autant, que possible avec les décisions concernant des redressements antérieurs et avec la rectification du Rhin dans la Ravière rhénane, firent adopter les dimensions ci-dessus, quoique l’expérience montre aujourd’hui que le courant n’enlève pas les dépôts de gravier en aval de Strasbourg avec autant de force qu’en amont de Rrisach. Ces dimensions se rapportent d’ailleurs, nous l’avons dit, au lit d’eaux moyennes, sans lit particulier plus rétréci pour les plus basses eaux. Pour le lit des hautes eaux, on se réservait de fixer la largeur plus tard. L’administration badoise commença par élever des digues destinées à défendre le pays contre les inondations à 75 mètres de la rive régularisée. Sur la rive alsacienne la construction des mêmes ouvrages fut poussée acti-
- vement, surtout après la désastreuse inondation de 1852, la plus redoutable dont la tradition ait conservé le souvenir; mais que la crue du mois de juin 187(1 a dépassée en hauteur, sans causer les mêmes ravages grâce aux travaux exécutés. Les digues ont été portées à une hauteur de 80 centimètres au-dessus du niveau des plus hautes eaux connues, sur chaque point du parcours, avec 5 ou 4 mètres de largeur au moins entre crêtes, au couronnement.
- Des documents irrécusables attestent que les digues se succédaient déjà, il y a trois siècles, sans autre discontinuité que l’entrée des aftluents et des bras du fleuve restés ouverts. Aux digues insubmersibles et aux levées établies pour empêcher les inondations s’ajoutaient des coupures, des redressements
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- du lit |)uur la défense des lieux habiles, des barrages destinés à fermer les bras secondaires; des enrochements et des é[iis préservaient les rives contre l’érosion. Pendant le premier tiers du siècle actuel, les ingénieurs français, comme les ingénieurs badois, exécutèrent. maints travaux qui se contrariaient les uns les autres, détournant le courant pour le rejeter sur le voisin par tous les moyens possibles. Mieux avisés, ils cherchèrent dans la suite à combiner leurs efforts dans l’intérêt commun. Lotie entente ne tarda pas à porter ses fruits. Les travaux nouveaux entrepris à parlir du mois d’octobre 1842 se soutiennent mutuellement. Moins de vingt années subirent, pour introduire le Rhin avec sou thalweg dans un lit nouveau, pour redresser le cours du fleuve, colmater en grande partie les anciens bras maintenant fermés, gagner à l’agriculture de grandes étendues de terrain, améliorer la situation hygiénique des populations riveraines. En 1842, l’étendue totale du lit redressé fut fixée dans les projets à 184 kilomètres sur la frontière d’Alsace. Dès 1860, on avait fait 145 kilomètres à des degrés variables d’avancement, et déjà enroehesen partie. Au moment où j’écris ces lignes, moins de 2 kilomètres de travaux neufs restent à achever pour fermer les passes encore ouvertes, dans l’intérêt du colmatage des bras d’eau abandonnés.
- Grâce à l'achèvement des travaux de correction, après avoir divagué pendant des siècles à travers un réseau mobile de bras multiples, le fleuve se trouve maintenant maîtrisé et contenu dans un lit unique. Ses eaux puissantes, longtemps sans frein, suivent aujourd'hui docilement le cours que leur a tracé l’art humain. Par moments, le vieux Rhin gonflé reprend bien ses élans d’autrefois. 11 cherche encore à se soulever parfois contre les barrières qui le retiennent. Seulement ses écarts sont contenus et réprimés désormais, comme les mouvements de colère d’un enfant mutin toujours contraint à se soumettre. Le temps est loin où, comme lors de l’inondation de 1480, les eaux du Rhin se sont réunies aux eaux de HH, au-dessus de Colmar, au point que l’on pouvait se rendre en bateau d’Ensisheim et de Rouffach à Rrisacb. En moins d’un demi-siècle, les efforts persévérants des ingénieurs ont réussi à mettre un frein à ses déprédations terribles. Charles Giud.
- CHRONIQUE
- Fin du Great Eastern. — Le Great Easlcrn va définitivement être démoli. Ce gigantesque navire qu’on a essayé vainement pendant trente ans d’utiliser d’une manière sérieuse, avait 210” de long sur 25“ de large; le tonnage était de 18 914 tonneaux. 11 avait été construit sur les plans de Brunei par M. Scott Russell, pour faire les voyages en extrême Orient, en passant par le cap de Bonne-Espérance, avec 5 000 passagers et une grande quantité de marchandises, sans avoir besoin de prendre du charbon en route. Le lancement présenta des difficultés énormes et coûta 1 500 000 francs. On renonça immédiatement à lui dÔBuer la destination pour laquelle il avait été construit.
- En 1859, il partit pour les États-Unis, mais ne put accomplir la traversée, par suite de la rupture d’un tuyau de vapeur,, accident qui coûta la vie à beaucoup de personnes. Plus tard, il fit quelques traversées heureuses entre l’Europe et l’Amérique, mais les recettes ne furent jamais en rapport avec les dépenses. En 1861, on l’utilisa pour transporter des troupes au Canada. — C’est seulement en 1805 et les années suivantes qu’il rendit des services réels lors de la pose du premier câble transatlantique. A partir de celte époque, il n’a plus quitté les ports.
- Fa langue française et l’Empire d’Allemagne.
- — Au moment où le gouvernement de l’Empire d’Allemagne interdit l’usage de la langue française dans toute l’Alsace-Lorraino, fait défense de parler français dans l’administration, dans les écoles, il est curieux et in-truclif de rappeler le sujet d’un concours proposé en 1785, il y a cent cinq ans, par l’Académie de Berlin; Voici quel était ce sujet: De /’Universalité de la langue française. Parmi les mémoires couronnés, se trouva celui d’un écrivain français de beaucoup d’esprit, Antoine Ri-varol qui commençait son travail en faisant l’éloge de la langue française et de l’esprit français. On a parlé jadis, disait l’auteur, du monde latin, on s’accorde à reconnaître aujourd’hui l’influence du monde français. Le travail de llivarol a été publié en une brochure in-4° dont nous donnons la mention exacte : Del’universalité de la langue française; sujet proposé par l’Académie de Berlin, en 1785. — A Paris, chez Cocheris. — A la suite de cette publication, Rivarol fut nommé membre de l’Académie de Berlin.
- Une maison à quinze étages. — Deux grandes maisons sont en construction à New-York, dont l’une, la plus grande, est celle de J. Noble Stearns, n° 50 et 52, Broadway, et 41-45, New-Street. Ce sera l’édifice le plus élevé sur la même largeur de terrain. 11 y aura treize étages du côté de Broadway et quinze du côté de New-Street : ce sera la maison de New-York possédant le plus grand nombre d’étages. Elle est construite sur la rue la plus fréquentée de cette ville, aura ti“,55 seulement de façade sur cette rue et 12 mètres sur l’autre, avec une profondeur de 48“,00. Sa construction sera exceptionnelle : les cinq premiers étages sont en fer et les autres en briques; elle sera à l’épreuve du feu et coûtera 225 000 dollars. La seconde maison est celle qui se construit pour la Banque d’Amérique, au coin de AVall-Street et de YVilliam-Street. Elle aura neuf étages, 21ra,54 de largeur avec24“,58 de longueur et sera à l’épreuve du feu. La façade sera en pierre, les deux premiers étages en granit et les sept autres en pierre à chaux de l’Indiana ; elle coûtera 400,000 dollars.
- E'alcoolisme en Belgique. — Si les chiffres que produisait dernièrement, dans un discours, le ministre de la justice de la Belgique, sont exacts, il faut décerner à nos voisins la palme de l’alcoolisme. Il paraît en effet que la Belgique, qui ne comptait en 1850 que 50 000 cabarets, en possédait 140 000 en 1886, ce qui fait un cabaret par 45 habitants. En certaines localités même, il y aurait un cabaret par 24 habitants, ce qui fait un cabaret pour 5 ou 6 adultes. La consommation de l’eau-de-vie est six fois plus considérable en 1885, où s’arrêtent les données de la statistique, qu’en 1851. En 1885, la consommation de l’alcool était de 700 000 hectolitres en chiffres ronds, ce qui fait à peu près 12 litres par habitant, et représente une somme d’au moins 120 millions de francs par an, soit 20 francs par habitant, 100 francs par famille.
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- LA NATURE
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- l<a propreté «les étaltles en Hollande. — Beaucoup de gens en Hollande n’ont point un appartement aussi propre, aussi orné que celui où se prélassent les vaches de Brœk, en Hollande. Avant d’entrer, vous essuyez vos pieds à une natte étendue devant la porte; si vous l’oubliez, on ne se gêne pas pour vous rappeler à l’ordre. Les étables sont pavées de briques de différentes couleurs d’une propreté exquise ; les parois sont revêtues de planches de sapin, les fenêtres ornées de rideaux de mousseline et de pots de Heurs, les mangeoires sont peintes, les vaches étrillées, peignées, lavées. Pour les empêcher de se salir, on leur relève la queue à l’aide d’une ficelle attachée à un clou au plafond; une rigole qui traverse l'étable, emporte continuellement les ordures; excepté sous les pieds des bêtes, on ne voit nulle part ni un fétu, ni une tache; l’air y est si pur qu’en fermant [les yeux on pourrait se croire dans un salon. Les chambres des paysans, la laiterie où l’on fait le fromage, les cours, les moindres recoins, tout est également propre.
- Orage électrique. — M. Muller, professeur au lycée impérial russe, a récemment écrit de Tachkendji la Société de géographie, que le 29 juillet il'y a eu dans cette ville et aux environs une « tempête électrique » prolongée. Au sein d’épais nuages qui obscurcissaient le jour, se croisaient sans interruption de larges éclairs; le tonnerre grondait sourdement. Le phénomène a duré trois heures sans qu’une goutte de pluie tombât; mais l’air était sensiblement purifié et la température rafraîchie.
- « Le 50 juillet, raconte un témoin oculaire, dont le récit est transmis par M. Muller, non loin de Yladikavkas, à six heures du soir, je marchais le long des lianes de montagnes boisées, lorsque j’entendis un bruit sourd, qui allait grandissant. Je m’arrête et j’aperçois au-dessous de moi un groupe de houles de feu en chapelet; elles se mouvaient très lentement dans la direction de la vallée. Je distinguais nettement trois boules : celle du milieu était jaune, avec des reflets dorés ; elle avait deux pieds do diamètre. Sur ses cotés, il y avait deux houles magnifiquement colorées en pourpre. Le phénomène dura trois minutes. » L’observateur avait sous les yeux le météore très rare connu sous le nom de foudre globulaire et dont l’explication certaine n’est pas encore trouvée.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 19 novembre 1888. — Présidence de M. Janssen.
- L'affaissement du sol de la France. — On se souvient d’une note où M. le colonel Goulier concluait de nombreuses mesures que la France subissait dans sa région septentrionale un mouvement très net d’exhaussement. I)e graves objections ayant été faites à cet égard, l’auteur y fait une réponse par l’intermédiaire de M. Bouquet de la Grye. Celui-ci, de son côté, apporte à l’appui des conclusions de M. Goulier le résultat de longs calculs qu’il vient de faire sur la stabilité de Brest, de Cherbourg et du Havre, à l’aide d’observations datant de 1807 à 1886. On trouve que le niveau de Brest est sensiblement constant, l’exhaussement annuel n’étant guère que d’un tiers de millimètre par an. A Cherbourg, au contraire, s’observe un affaissement de 1 millimètre par an et au Havre un affaissement annuel de 2 millimètres. Ces chiffres, que M. Bouquet de la Grye considère comme exacts, viennent confirmer le travail de M. Goulier, non seulement
- dans son sens général, mais jusque dans les valeurs qui ont été déduites des opérations trigonométriques.
- Nouvelle confirmation de la théorie de Laplace. — Nous avons analysé en son temps un travail de M. Marcel Bertrand concernant l’âge relatif des grands ridements de l’écorce terrestre et faisant ressortir l’antiquité de moins en moins grande des redressements de plus en plus éloignés du pôle. Aujourd’hui M. de Grossouvre fait voir que le fait dont il s'agit est une conséquence nécessaire de la fluidité originelle de la terre et du mode de refroidissement admis par Laplace. C’est une remarque des plus ingénieuses à laquelle les géologues feront certainement un excellent accueil.
- Géologie de la Sibérie orientale. — Un voyageur français, M. Joseph Martin, a passé deux années entières dans l’est de la Sibérie et l'itinéraire qu’il a suivi comprend [dus de 2000 kilomètres qu’aucun explorateur n’avait jamais foulé. Une carte en IG feuilles à l’échelle du J GO 000° a été dressée d’après ses indications par l’état-major général russe, et l’Académie en reçoit un exemplaire pour sa bibliothèque. En même temps M. Martin a offert au Muséum d’histoire naturelle près de 900 échantillons de rochers parmi lesquels on signale une première série de quartz aurifères. J’ai étudié ces intéressants matériaux où se rencontrent des quantités de types lithologiques intéressants. Bar exemple, la traversée des monts Stanovoï fournit d’abord des phyllades et des schistes entrecoupés d’amphibolites schistoïdes et des veines de quartz. Des pegmatites, des gneiss et des leptynites constituent ensuite un massif considérable dans lequel beaucoup de roches éruptives se sont fait jour : diorites, am-phiboliles, hypersthénites, épidotiles et serpentines. Puis on entre dans une région stratifiée dont le sol me parait être d’âge houiller : ici, en effet, par une exception presque unique, se montrent des fossiles, calamites conservées entre les feuillets d’un schiste au voisinage duquel M. Martin en a recueilli un autre qui contient de toutes petites veinules d’une vraie houille ainsi qu’un assez gros fragment de véritable boghead. Des grès variés et des marbres noirs à cassure esquilleuse, des trapps pyriteux complètent la ressemblance avec le terrain houiller classique. En Transbadtalie, entre Irkoutsk et les célèbres mines d’or de Nertschinsk, le voyageur a rencontré d’abord des roches stratifiées à faciès ancien souvent schisteuses et contournées. L’itinéraire recoupe ensuite un puissant massif cristallin qui fournit des gneiss et des micaschistes avec des pegmatites, des eurites, des porphyres à quartz hipyramidé et des filons quartzeux. 11 faut signaler ici, d’une manière tout à fait spéciale, un important ensemble de roches volcaniques : des andésites, des waekes et des roches amygdaloïdes y abondent. A la suite le terrain granitique reprend sans partage et fournit une série remarquable de très beaux échantillons d’amphibole, de pyroxène, d’épidote et de grenat.
- Décomposition des sels d'argent par la lumière. — La conclusion d’un très intéressant Mémoire de M. Gri-maux est que la décomposition des sels d’argent par la lumière suit exactement les lois qui président aux phénomènes de dissociation par la chaleur.
- La période magdaléenne. — M. Piette résume les résultats principaux que lui ont fournis vingt années de recherches persévérantes dans les cavernes fossilifères des Pyrénées. Suivant lui, la période Alite magdaléenue, qui fait partie de l’âge mésolithique, a été beaucoup plus
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- LA NATURE.
- longue qu’on ne le pense généralement. Au début, l’homme consommait pour sa nourriture un très grand nombre de chevaux; vers la fin, cet usage semble avoir disparu pour faire place à la consommation du renne et d’autres cervidés.
- L'aplatissement de Neptune. — M. Tisserant montre comment on peut conclure le fait d’un aplatissement polaire de Neptune, de l’allure de son satellite. Le disque de la planète n’ayant que 5 secondes, l’observation directe serait jusqu’ici impossible.
- Oursins français. — L’un de nos plus savants paléontologistes, M. G. Cotteau, présente deux nouvelles livraisons de sa grande élude des Echinides éocènes de la France.11 traite cette fois du genre Echinanthus, si remarquable par la localisation de ses diverses espèces dans des bassins distincts.
- Varia. — M. Faye étudie les perfectionnements à apporter aux observations à l’aide du cercle mural de Gambey. — La tension des vapeurs fournit un nouveau Mémoire à M. Antoine. — Des observations de la nouvelle planète Panissa et de la comète Bar nard parviennent d’Alger. — Un zoologiste constate les ravages exercés sur les sardines par un crustacé du genre Lernée. — M. Issel adresse de Gênes une monographie du tremblement de terre du 23 février 1886; nous y reviendrons. — Au nom de M. Raphaël Blanchard, M. Alph. Milne-Edwards dépose un volume de zoologie médicale. — M. Ledieu lit un travail sur les bateaux sous-marins.
- Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- TRANSFORMATION d’uNE CARTE A JOUER
- U est possible de transformer une carte à jouer en une chaîne continue ayant environ lm,50 de longueur, et cela à l’aide d’un canif et d’une paire de ciseaux. L’opération est, il est vrai, un peu compliquée, mais ceux de mes lecteurs qui voudront bien suivre exactement la marche suivante, arriveront à l’exécuter facilement.
- Prenons une vieille carte k jouer, par exemple le sept de pique; il s’agit de la transformer, sans y retrancher ni rien y ajouter, de façon a lui donner la forme de la gracieuse chaîne qui fait le tour du dessin ci-dessus.
- Voici les diverses phases de l’opération :
- 4° A l’aide d’un canif, fendez en deux les deux bords latéraux A et R de la carte, sur une hauteur de 2 millimètres. La carte se composant de plusieurs papiers superposés par le collage, vous faciliterez l’opération en mouillant légèrement les deux bords latéraux qu’il s’agit d’ouvrir.
- 2° Rabattez de droite et de gauche les bords A et B, ainsi dédoublés, en cherchant à obtenir un pli parfaitement rectiligne.
- 3° Pliez la carte en deux suivant sa ligne médiane Cl).
- 4f° A l’aide de ciseaux, entaillez la carte suivant des lignes perpendiculaires à ce pli CI), et espacées les unes des autres de 2 millimètres; ces entailles ne devront pas dépasser les plis formés par le rabattement des bords, et les lames ainsi créées auront 2 millimètres de largeur.
- 5° Déployez la carte sur une table, et introduisez un canif alternativement dessus et dessous les lames, de façon les couper de deux en deux , suivtînt la ligne formée par le pli de rabattemen t des bords. Faites de même pour l’autre bord de la carte, mais en ayant soin que la lame du canif passe cette fois par-dessus les lames sous lesquelles il passait tout à l’heure. Vous aurez ainsi formé deux grilles rectangulaires, encastrées l'une dans l’autre et figurant, comme on le voit k droite du dessin, une sorte de tabouret pliant comme ceux que l’on emploie dans les jardins.
- 6° Prenez maintenant des ciseaux, et coupez les lames de la carte suivant les lignes pointillées; k chaque section ainsi opérée, vous verrez tomber un anneau de la chaîne qu’il s’agissait de créer, cet anneau se trouvant relié k ses deux voisins, et le tout formant une chaîne continue dont les anneaux auront chacun une largeur de 1 millimètre pour les grands côtés, et 2 millimètres pour les petits. Avec de l’adresse, vous arriverez k exécuter assez rapidement ces diverses opérations, pour lesquelles le dessin si clair de notre habile dessinateur vous sera d’un précieux secours. Arthur Good.
- Le Propriétaire Gérant ; G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue Ce Fleuras, à Parts.
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- LA NATURE
- SEIZIÈME ANNÉE — 1888
- DEUXIEME SEMESTRE
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Abcès (Une étude des), 239.
- Abeilles (Le venin des), 63.
- Abeilles et pigeons voyageurs, 238.
- Abeilles (Utilité des), 289, 350, 338.
- Académie des sciences (Séances hebdomadaires de P), 15, 30, 47, 65, 79, 95, 140, 127, 143, 159, 175, 191, 207, 223, 238, 255, 271, 288, 503, 318, 335, 351, 367, 583, 399, 415.#
- Acarus marins, 383.
- Acier dans la Grande-Bretagne en 1887 (Production de 1’), 158.
- Acridiens en Algérie (Les), 71, 305.
- Aérostats militaires (Les), 180.
- Affaissement du sol de la France, 415.
- Affût Moncrieff adopté pour cuirassés dans la marine russe, 373.
- Afrique (Le partage de la côte orientale d’), 259.
- Alcoolisme en Belgique (L’), 414.
- Alimentation de Paris (L’), 79.
- Allemagne (La langue française et l’empire d’), 444.
- Aluminium par les procédés Cowles (La fabrication des alliages d’), 323.
- Amateurs de photographie (La société d'excursions des), 35.
- Ambulances urbaines, 257.
- Amérique (L’éclairage électrique en), 582.
- Ampère (La statue d’), 337.
- Anesthésique du chlorure dethylène (Action), 239.
- Angleterre (La poste en), 382.
- Antilope Sing-Sing et l’antilope Gorgone (L’), 152.
- Antirabique (Vaccination), 399.
- Antiseptique (Marmite), 48,
- Argent en 1887 (Production de l'or et de 1’), 174.
- Argentine (Les chevaux des pampas do la République), 382.
- Artillerie (Les progrès de 1’), 46.
- Ascenseur de la Louvière (L*). 193.
- Assassinats en Angleterre, 318.
- Association française «n Algérie (L’). Les excursions. L’oued Rir’, 23, 51.
- Astrologie eu Chine (L’), 551.
- Astronomie en Chine, 405.
- Autographomètrc (À propos de F), 110.
- Azote et la terre végétale (L’), 159.
- B
- Balance automatique à niveau constant, 83.
- Balayures de Paris (Utilisation des), 235.
- Balles de plomb sur de l’acier (Empreintes de), 22.
- Ballon (Les courses en), 569.
- Bancs de poissons (Les), 127.
- Bandai, le 15 juillet 1888 (Éruption du), .313.
- Banyuls (Le laboratoire de), 79.
- Barégine et Glairine, 63.
- Barométriques (Hauteurs). Règle permettant de réduire à 0°, 515.
- Baryte (Le ferrate de), 63.
- Bateau sous-marin le Gymnote (Le), 290.
- Benzine (Action physiologique de deux substances toxiques extraites de la), 271.
- Bétail eu France (La population du) 206.
- Blé à épi carré (Culture du), 599.
- Betterave (Le silphe de la), 155.
- Bois flottant transportés par mer (Trains de), 317.
- Bois silicifiés, 304.
- Bolide, 319.
- Bologne (Université de), 62.
- Bonde automatique, 111.
- Bougeoir à pétrole, 158, 316.
- Boulogne (Le port en eau profonde de), 157.
- Brancardier (Le), 395.
- Bretagne (Envahissement de la mer en), 399.
- Brûleur à gaz, système G. Lebrun, 76.
- Brûlures (Remèdes contre les)) 14.
- c
- Cabancllas (Gustave), 550.
- Cachalot à terre (La pêche du), 225.
- Calais (La catastrophe du port de). Explosion de pétrole, 339.
- Calais (Le port de), 565, 587.
- Calcutta et Darjeeling. Les lieux de refuge, quartier indigène et théâtre, 219.
- Calendrier sur les émotions populaires (Influence du), 350.
- Cambridge (Accroissement de la tête à l’Université de), 119.
- Canne d’arpenteur, 284.
- Cannes en bois d’oranger (Fabrication des), 270.
- Canons Hotchkiss à tir rapide, 102.
- Carte à jouer (Transformation d’une), 416.
- Cartes magnétiques de l’Algérie, de la Tunisie et du Sahara algérien (Premières), 163.
- Catastrophe de Velars (La), 241.
- Centenaires (Les), 111, 129, 238.
- Centimètre-conformateur (Le), 176.
- Centres nerveux (Physiologie des), 31.
- Ceps de vigne préservés du phylloxéra, 255.
- Ceylan, 374.
- Chaco (Les voyages de M. Thouar dans le Grand-), 125.
- Chaîne magique (La), 384.
- Chambres noires photographiques, dites chambres détectives, 91.
- Charançon qui attaque la vigne (Un), 254.
- Châssis de tirage Express, 256.
- Chaudières (Éclairage électrique des), 14.
- Chaudières à vapeur (Désincrustation des). Épurateur Carrol, 117.
- Chaudières à vapeur (Sécurité des), 29.
- Chaussures historiques (Un musée de), 335.
- Cheirotliér ium exposées au Muséum d’histoire naturelle (Pistes de), 133.
- Chemin de fer construit sur des arbres, 302.
- Chemin de fer en Pensylvanie (Accident de), 350.
- Chemin de fer transcaspien (Le), 33.
- Chemins de fer (Accidents de), 241, 410
- Chemins de fer en Amérique (Les ruptures de j>onts de), 321.
- Cheminée de France (La plus haute), 518.
- Cheminées du monde (Les plus hautes', 371.
- 27
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- 418
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Chemins de fer électriques (Les), 27.
- Chêne occidental (Le), 189.
- Cheveux (La teinture des), 271.
- Chimpanzé (Le), 236.
- Chirurgie chez les oiseaux (La), 70.
- Cidre à Paris (Le), 555.
- Cigares en papier, 223.
- Cigognes d Alsace et la faune de la cathédrale de Strasbourg (Les), 280.
- Cimetières (Anciens). Les Huacas du Chiriqui, 105.
- Clausius R., 222.
- Cocaïne (Convulsions déterminées par la), 50.
- Coco de mer (Le), 223.
- Colimaçons lithophages, 304.
- Comète de Winnecke (La), 318.
- Comètes de Brooks et de Barnard, 288.
- Compression des gaz (La), 80.
- Compteur d’électricitc de M. IL Aron (Le), 57.
- Coupleur universel de II. L- Brillié, 12.
- Cowles (La fabrication des alliages d’aluminium par les procédés), 523.
- Crampe des pianistes (La), 143.
- Crimée (Le canal de), 79.
- Cristallisation électrique des métaux, 206.
- Cryptographie de sûreté de M. Schlum-berger (La), 179.
- Cyclones (Théorie des), 95.
- D
- Debray (IL), 161.
- Décalcomanie des papillons (La). Lépi-dochromie, 285.
- Décentrage des objectifs, 256.
- Delebecque (Édouard), 270.
- Densité des gaz (Simples expériences sur la), 352.
- Déplacements vibratoires des rails pendant le passage des trains en marche, 9, 115.
- Dcptfort (Station centrale de). Une usine électrique monstre, 366.
- Descenseur automatique de MM. Evrard et Cornevin, 358.
- Désincrustation des chaudières à vapeur. Épurateur Carroll, 117.
- Diamant tombé du ciel, 47.
- Diaphragme Iris (Le), 255.
- Dicotylées (Les plus anciennes), 15.
- Dindons sauvages (Les), 143.
- Distribution d’énergie électrique par le système à trois lils (La). Station centrale de Mulhouse, 215.
- Dog-cart électrique du sultan (Le), 273.
- Dynamos en télégraphie (Emploi des), 271.
- E
- Eastern (Fin du Great-), 414.
- Eboulement du mont Néron près Grenoble, 13.
- Éclairage électrique des chaudières, 11.
- Éclairage électrique des théâtres de Londres, 302.
- Éclairage électrique en Amérique (L’), 382.
- Éclairs (l'holographie d’), 110, 143.
- Eclairs en boule, 291.
- Éclipse de soleil de 1887 observée en Russie (La graude), 582.
- Eclipses de Lune observées à Babylonc (Deux), 238.
- Edelweiss (L’), 28.
- Élasticité de flexion, 504.
- Électricité atmosphérique, 107.
- Électricité pratique, 11,
- Électrique à Ilanyuls (La lumière), 583.
- Electrique de Thorcnberg (Suisse) (L’usine), 343, 579.
- Electrique en Amérique (L’éclairage),
- , 382.
- Électrostatique avec des lampes à incandescence (Expériences d’), 31.
- Ellipsographe, 175.
- Emeraude artificielle, 80.
- Émigration allemande, 262.
- Encliquetage pour souffleries de forge, essoreuses (Transmission à), 239.
- Encyclopédie Frémy, 16.
- Enseignement (Statistique de F), 78.
- Épurateur Carroll. Désincrustation des chaudières à vapeur, 117.
- Équerre à tracer les parallèles, 175.
- Eruptifs (Relations entre la formation des chaînes de montagnes et les phénomènes), 15.
- Éruption volcanique à l’ile Vulcano, 559.
- Éruption volcanique au Japon, 238.
- Éruptions volcaniques aux îles Lipari, du 3 au 6 août 1888, 198.
- Etables en Hollande (La propreté des), 415.
- Etalons syriens en Algérie, 271.
- Étau parallèle de Stephen, 224.
- Été de 1888 à l’Observatoire du parc de Saint-Maur (L’), 194.
- Ethnographiques de la Nouvelle-Guinée rapportées par M. Léon Laglaize (Collections), 140.
- Étoiles filantes (Rapports mutuels des météorites et des), 584.
- Excursions des amateurs de photographie (La Société d’), 35.
- Excursions de l’Association française pour l’avancement des sciences en Algérie (Les), 23.
- Explosibles (Matières), 311.
- Explosion des chaudières à vapeur (Sur une cause peu connue d’), 578.
- Explosion d’un wagon de dynamite. 191.
- Exposition de l’industrie (La première), 333.
- Exposition universelle de 1889. Les grandes fermes du palais des machines, 67.
- F
- Falsifications (Les), 50.
- Fermes du palais des machines à l’Exposition universelle de 1889 (Les grandes), 67.
- Ferrate de baryte (Le), 65.
- Filatures de coton (Les), 251.
- Filets pare-torpilles (Les). Système So-lomiac, 229.
- Fleurs (Expériences sur les), 166.
- Fleurs au bois de Boulogne, à Paris (La bataille des), 62.
- Flexion (Élasticité de), 504.
- Fluor et la végétation (Le), 502.
- Forts souterrains (Les). Le fort de l'avenir du commandant Mougin, 248.
- Foudre (Les coups de), 94.
- Foudre sur un réservoir et une cana-
- lisation d'eau à Toulon (Coup de), 266.
- Fourmis (Épisode sur les moeurs des), 261, 298, 315.
- France (L’affaissement du sol en), 415.
- Fusil à répétition pour enfants. 396.
- Fusils de chasse (Le tir des), 122, 202, 227.
- G
- Gangrène foudroyante (La), 127.
- Gare du monde (La plus grande), 535.
- Gare Saint-Lazare à Paris (La nouvelle), 277.
- Gauss relatif à l'attraction (Théorème de), 288.
- Gaz (Les propriétés magnétiques des), 305.
- Gaz (Simples expériences sur la densité des), 352.
- Générateur de vapeur à production instantanée de MM. Serpolict frères, 177.
- Géologie provençale, 51.
- Géométrique (Un paradoxe), 150.
- Gitfard à la Société des Ingénieurs civils (Le prix Henri), 398.
- Gilet de sauvetage (Nouveau), 85.
- Glairine et Barégine, 63.
- Globe terrestre au millionième, 46.
- Glucine (Rôle chimique de la), 599.
- Gramophone et la phonogravure (Le), 49.
- Grands-Mulets (Eludes spectrales aux).
- 551.
- «Guerres (La mortalité dans les), 546.
- Gutta-pcreha (La), 31.
- Gutta-perchas fournies par les.Mimusops et les Payena (Sur la véritable valeur des), 170, 218.
- Gymnote {Le) (Le bateau sous-marin), 290.
- II
- Hanneton (Un parasite du), 223.
- Havre (Le nouveau port du), 130.
- Heures pour les chemins de 1er et les usages de la vie civile (L’unification des), 242.
- Heure universelle, 207.
- Hirondelle (La quatrième campagne de T). Nouveaux engins de pêche, 97.
- Histoire naturelle. (Conseils aux amateurs d’). La collection de papillons, 107.
- Ilotehkiss à tir rapide (Canons), 102.
- Hôtel des postes à Paris (Le nouvel), 99, 184,251,296.
- Hottentots au Jardin d’Acclimatation de Paris (Les), 167.
- Houzeau (J.-C.), 206.
- Huacas du Chiriqui (Les). Anciens cimetières, 105.
- Huile de bois (Industrie de P), 143.
- Huyghens (Le père de), 271.
- Hydrogène par l’électrolyse de l’eau (La fabrication de P), 74.
- Hydrogène pour les ballons des armées en campagne'(La fabrication de P), 94.
- llydrophone, 223.
- Hygiène coloniale, 95.
- Hygiène de la Faculté de médecine de Paris (Le musée d’), 145.
- Hypnotisme, 207.
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- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- I
- Illusion d’optique (Curieuse), 254, 287.
- Indicateur de pôles de M. Berghausen,
- 11.
- Institut Pasteur (Inauguration de P), 598, 402.
- J
- Jardins sur les toits, 335.
- Joujoux en paille, 64.
- K
- Ivashmir. La Jhelum cl ses ponts, 86.
- Krakatau (La nouvelle végétation de l’île de), 286.
- L
- Laboratoire maritime du Muséum d’histoire naturelle (Le), 186.
- Laine dans le monde entier (Production delà), 142.
- Lait gelé (Le), 258.
- Lampes à incandescence dont les attaches sont cassées (Utilisation des), 11.
- Lampe sans flamme (Nouvelle), 80.
- Laplace (Nouvelle confirmation de la théorie de), 415.
- Lentille convexe de l’ancienne Èeyptc, 223.
- Lépidochromie. La décalcomanie des papillons, 285.
- Lépidoptères (Le mimétisme chez les insectes), 353.
- Longitude des caps Frio et Santos (Différence de), 258.
- bouvière (L'ascenseur de la), 193.
- Lucigène (Le), 148.
- Lumière (Les procédés de production de la), 283.
- Lumière (Vitesse de la), 303.
- Lune (Age de la), 14.
- Lune observées à Babylone (Deux éclipses de), 238.
- Lyclmis dioïca (La), 351.
- M
- Machines à battre les tapis, 110.
- Madagascar (Les tissus de), 147.
- Madagascar (Météorologie et hydrographie de), 318.
- Magnétiques de l’Algérie, de la Tunisie et du Sahara algérien (Premières cartes), 163.
- Magnétiques des gaz (Les propriétés), 503.
- Maison à quinze étages (Une), 414.
- Maison de glace à Moscou (Une), 160.
- Mammifères fossiles (Dimensions gigantesques de quelques), 401.
- Mammouth de Saint-Pétersbourg (Le) 159. ' h
- Marines (Erreurs relevées sur les cartes), 385. 1
- Mariotte (Expériences sur la loi de), 271.
- Marmite antiseptique, 48.
- Mars (Les canaux de), 79, 340.
- Mars (Observations de), 63.
- Massage pneumatique, 4.
- Mécanique animale, 305, 535, 551.
- Médimarémètre (Le), 15.
- Méditerranéen (La température du littoral), 294.
- Mélanges réfrigérants à base d’acide carbonique solide, 47.
- Mendiants valides et le travail (Les), 287.
- Mer (Le mal de), 334.
- Méridienne de Laghouat (La), 118.
- Météorites (Origine des), 65.
- Météorites et des étoiles filantes (Rapports mutuels des), 384.
- Météorologiques (Les observations), 246.
- Météorologiques (Phénomènes), 331.
- Météorologiques en Alsace-Lorraine (Observations), 4.
- Meusnier (Le général), 252.
- Meusnier (Le monument du général), 144, 159.
- Microbes pathogènes (Physiologie des), 63.
- Microbe pyocyanique (Le), 31.
- Microscope (L’invention du), 303.
- Microtéléphone de l’armée allemande (Le), 311.
- Mille marin (Le), ou nœud, 19.
- Mimétisme chez les insectes (Le), 553.
- Mine de Becr au Cap (Grand incendie de la), 205.
- Minerais aurifères par le chlorure de calcium (Traitement des), 199.
- Mira Ceti (Le spectre de), 367.
- Mire lointaine (Nouvelle), 383.
- Miroir des eaux (Déformation des images sur le), 351.
- Mississipi (Les bouches du), 190.
- Moncrieff adopté pour cuirassés dans la marine russe (Affût), 373.
- Mont Blanc (Les femmes au), 159.
- Montagne au Japon (Explosion d’une). Éruption du mont Bandai, le 15 juillet 1888, 313.
- Montagnes (Relations entre les phénomènes éruptifs et la formation des chaînes de), 15.
- Montagnes russes aux bains de mer (Les), 293.
- Mortalité dans les guerres (La), 346.
- Moteur à pétrole Daimler (Le), 291.
- Moteurs à vapeurs volatiles, 113.
- Musée d’hygiène de la Faculté de médecine de Paris (Le), 145.
- Musique (Confection d’instruments de), 319, 399.
- N
- Nature (Deuxième réunion annuelle d e collaborateurs de La), 2.
- Navires japonais laqués (Les), 174.
- Niveau d’eau dans les chaudières à vapeur (Maintien automatique du), 29.
- Nivellement de la France, 207.
- Nœud (Le) ou mille marin, 19.
- Nuages (La forme des), 55.
- O
- Observatoire de Pékin (L’), 406.
- Oléoduc américain (Un), 94.
- Optique, 319.
- Or et de l’argent en 1887 (Production de 1’), 174.
- Orage électrique, 415. »
- Orchidées (Les), 59.
- Orge (Vin d’), 63.
- Orgues électriques (Les), 385.
- Osier (La culture de 1’), 26.
- Oxygène (Le spectre de 1’), 567.
- 4ID
- P
- Paca brun (Le), 397.
- Paille (Joujoux en), 64.
- Paléoanthropologie, 385.
- Panama (Les chapeaux de), 505.
- Papillons (La collection de). Conseils aux amateurs d’histoire naturelle, 107.
- Paquebot City of New-York, 165.
- Paquebots transatlantiques (Vitesse des),
- 102.
- Paradoxe géométrique (Un), 150.
- Paradoxe mécanique apparent dans l’arrêt des trains munis de freins continus, 95.
- Parallèles (Équerre à tracer les), 175.
- Parasite du hanneton (Un), 225.
- Parc-torpilles (Les filets). Système So-lomiae, 229.
- Paris mutuels (Totalisateur pour), 19.
- Pasteur (Inauguration de l’Institut), 598, 402.
- Pèche (Nouveaux engins de). La quatrième campagne de Y Hirondelle, 97.
- Pêche abyssale à la lumière électrique,
- 111.
- Pêches en Amérique (La production des), 271.
- Peinture corporelle et le tatouage (La), 58.
- Pélasgique contemporaine (Une construction), 275.
- Pendule non oscillant (Le), 47.
- Pendule réversible (L’inventeur du), 47.
- Pcnsylvanie (Accident de chemin de fer en), 350.
- Péritonéale (La transfusion), 583.
- Perséite (La), 319.
- Pétrole (Bougeoir à), 158.
- Pétrole (Explosion de). La catastrophe du port de Calais, 339.
- Phénomènes électriques (Photographie des), 192.
- Phonogravure et le gramophonc(La),49.
- Phonogravure de M. Berliner (Les procédés de), 74.
- Phosphates alcalino-terreux, 51.
- Phosphorescence des animaux, 255.
- Photobuste (Le), 144.
- Photo-fusée, 263.
- Photographie (La Société d’excursions des amateurs de), 35.
- Photographie (Une nouvelle application de la), 287.
- Photographie aérienne par cerf-volant, 206.
- Photographie des phénomènes électriques, 192.
- Photographie instantanée d’une roue de véhicule en mouvement, 8.
- Photographie la nuit à la poudre éclair, 45.
- Photographie microscopique, 589.
- Photographies-caricatures, 288.
- Photographique (Causerie), 8.
- Photographiques (Chambres noires dites chambres détectives), 91.
- Photographiques (Les procédés). Développement à l’hydroquinone, 213.
- Photographiques (Récréations), 144.
- Phylloxériquc actuel en Europe (L'état), 270.
- Physique sans appareils, 80, 304.
- Pigeons voyageurs et abeilles, 238.
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- 420
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- Pile légère de l’aérostat dirigeable La France (La), 38.
- I’intaderas (Les), 58.
- Plantes (Sensibilité des), 94.
- Plâtrage des vins (Le), 270.
- Pluie d’encre (Une), 406.
- Pluie en juillet (La), 127.
- Plume perforatrice pour la reproduction de l’écriture ou des dessins, 332.
- Pluvioseopc enregistreur de M. Hervé-Mangon, 212.
- I’oisou des anguilles (Le), 250.
- Polarisation atmosphérique, 356.
- Pohfparium ambulant, 5.
- Pommes (Curieuses manières de couper les), 272.
- Pommes de terre (Maladie des), 208.
- Pommiers au cap de Bonne-Espérance (Les), 238.
- Pont lumineux (Le), 535.
- Ponts de chemins de fer en Amérique (Les ruptures de), 321.
- Porcelaine (Grains de), 62.
- Port du Havre (Le nouveau), 130.
- Port en eau profonde de Boulogne (Le), 157.
- Portraits coniques (Les), 536.
- Ports chinois (Les), 305.
- Poste en Angleterre (La), 382.
- Postes à Paris (Le nouvel Hôtel des), 99, 184, 251, 296.
- Préhistorique (Œuvre d’art), 15.
- Prothèse chirurgicale (La), 299.
- Protoptères au Muséum d'histoire naturelle à Paris (Les), 209.
- Puisatiers ensevelis (Les), 17, 77.
- Puits delà place Hébert (Le), 111.
- Pyrèthre (Le), 78.
- Q
- Quinquinas dans l’Afrique centrale (Culture des), 127.
- R
- Races humaines (Les), 541.
- Rails (Déplacements vibratoires des), 9,
- 115.
- Rails d’acier, 254.
- Ramie (La), 75.
- Ramie (Culture de la), 95.
- Rats en Mongolie (Les), 46.
- Réactions chimiques entre solides, 226.
- Récréations scientifiques, 64, 128, 208, 272, 319, 556, 368, 384, 399, 416.
- Réfrigérants à base d’acide carbonique solide (Mélanges), 47.
- Rhin Alsacien (Correction du), 412.
- Rosier magique (Le), 128.
- Rubis en Birmanie (Les mmes de), 254.
- S
- Saccharine (La), 182.
- Satellites de Jupiter (Le ligament lumineux des passages et o cultation des) ; moyen de l'éviter, 351.
- Satellites de Mars (Les), 207.
- Saturne et de Mars (Observations de), 63.
- Sauvetage (Nouveau gilet de), 83.
- Science pratique (La), 284, 595.
- Serins et la Société serinophile (L’Elevage des), 586.
- Serpent à lunettes (Le), 54.
- Sibérie orientale (Géologie de la), 415.
- Signaux transmis par les nuages, 270.
- Sikkim (Le), 362.
- Silex taillés recueillis par M. Moreau en Tunisie, 182.
- Silplic de la betterave (Le), 155.
- Soie et le ver à soie en Chine (La), 172, 267.
- Soleil (L’image du), 519.
- Soleil couchant (Singulier effet du), MO.
- Soleil de 1887 observée en Russie (La grande éclipse de), 382.
- Soleil sur la mer (Réflexion du), 335.
- Solides (Réactions chimiques entre), 226.
- Soiom (Le), 394.
- Son dans l’air (La propagation du), 110.
- Soudan français (Le), 43.
- Spectrales aux Grands-Mulets (Études), 351.
- Strophantine (Composition élémentaire de la), 128.
- Sueur du cheval (La), 111.
- Syrrhaptcs paradoxus (Le), 197.
- T
- Tanearville (Le canal de). Le nouveau port du Havre, 130.
- Tapis (Machine à battre les), 110.
- Tatouage et la pc.nture corporelle (Le). Les pintaderas, 58.
- Tay (Le nouveau viaduc du golfe de), 263.
- Teinture des cheveux (La), 271.
- Télégraphie (Emploi des dynamos en), 271.
- Téléphonie entre Paris et Marseille, 175.
- Température du littoral méditerranéen (La), 294.
- Température organique sur les convulsions déterminées par la cocaïne (Influence de la), 30.
- Températures (Mesures des basses), 15.
- Tension superficielle (La), 135.
- Terrains (La forme des), 175.
- Terre (Anciennes opinions et fantaisies scientifiques relatives à l’intérieur de la), 81.
- Terre végétale et l’azote (La), 159, 175.
- Terre végétale (Formation delà), 174.
- Tète à l’Université de Cambridge (Accroissement de la), 119.
- Théâtres de Londres (Éclairage électrique des), 302.
- Thorenberg (Suisse) (L'usine électrique de), 343, 379.
- Tintinnabulum bouddhique trouvé au Pérou (Un), 195.
- Tir de fusils de chasse (Le), 122, 202, 227.
- Tissus de Madagascar (Les), 147.
- Toilette de dame au quizième siècle (Une), 254.
- Tonneau roulant de l’Exposition de Bruxelles (Le), 568.
- Tonnelle en ficelles (Une), 16.
- Torpilleur à grande vitesse a le Coureur » (Le nouveau), 151.
- Torpilleurs à Marseille (Un poste de), 207.
- Totalisateur général pour paris mutuels, 19.
- Tour Eiffel (La), 199.
- Trachéotomie (La), 110.
- Travail de l’homme sur une manivelle, 190.
- Tremblement de Terre à Mexico (le6 septembre 1888), 586.
- Tremblement de terre en Arménie (mai-juin 1888), 211.
- Trombe artificielle, 350.
- Trombes (Étude sur les), 1, 65, 162,175, 274.
- Trompe de laboratoire (Curieuse application de la), 4.
- Truie monstrueuse (Une), 85.
- Tumulus russe (Trouvaille dans un), 287.
- Turbine a 'Victor » de M. Fr. Nell (La), 355.
- Tuyaux de conduite d’eau au Japon (Les', 207.
- U
- Unification des heures pour les chemins de fer et les usages de la vie civile (L’), 242.
- Urines vaccinantes, 555.
- Usine électrique de Thorenberg (Suisse) (L’), 343, 379.
- Usine électrique monstre (Une). Station centrale de Deptfort, 566.
- y
- Vaccin du choléra (Le), 207, 551.
- Vaccination antirabique, 399.
- Végétation (Le fluor et la), 302.
- Velars (La catastrophe de), 241.
- Vélocipédie (La), 120.
- Venin des abeilles (Le), 65.
- Ver à soie en Chine (La soie et le), 172.
- Ver parasite de l’homme (Un nouveau), 174.
- Vergers en Amérique (Culture des), 174.
- Vessie (Maladies de la), 223.
- Viaduc de Garabit (Le), 42,391.
- Viaduc du golfe de Tay (Le nouveau), 263.
- Vins (Le plâtrage des), 270.
- Vipère heurtante (La), 245.
- Volcaniqueà l’ile Vulcano (Éruption), 559.
- Volcanique au Japon (Éruption), 238.
- Volcaniques aux îles Lipari du 3 au 6 août 1888 (Éruption), 198.
- Voyages à la « Jules Verne » (Un), 223.
- Voyages de M. Thouar dans le Grand-Cliaco (Les), 125.
- Z
- Zoologique d’Alger (La station), 327,389.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- B. .. (L.). — Le chemin de fer transcaspien, 55. — L’unification des heures pour les chemins de ter et les usages de la vie civile, 242. — Descenseur automatique de MM. Evrard et Cornevin, 558. — Accidents de chemin de fer, 410.
- Balagny (G.).— Les procédés photographiques. Développement à l’hydroquinone, 213.
- Bassot (L.). — La méridienne de Laghouat, 118.
- Bellet (Daniel). — Les voyages de M. Thouar dans le Grand-Cliaco, 125. — Le port en eau profonde de Boulogne, 157. — Utilisation des balayures de Paris, 235. — Le port de Calais, 365,387.
- Bergman (E.). — L’Edelweiss, 28.
- Blanchard (M.). — Marmite antiseptique, 48.
- Bleunard (A.). — Phénomènes météorologiques, 331.
- Brandicourt (V.).— Le mimétisme chez les insectes. Relation entre la couleur et les instincts de quelques lépidoptères, 353.
- Brongniart (C.). —Une truie monstrueuse, 85.
- C. .., ingénieur (M. A. G.). — Transmission à encliquetage pour soufflerie de forges, essoreuses, 239. — La turbine a Victor » de M. Fr. Nell, 555.
- Cartaz (Dr A.). — La prothèse chirurgicale, 299.
- Delahaye (Ph.). — Traitement des minerais aurifères par le chlorure de calcium, 199. — Matières explosibles, 311.
- Deyrolle (Émile). — Le « Syrrbaptes naradoxus », 197.
- Dupuy (C.). — L’ascenseur delà Louvière, 193.
- Dybowski (J.). —Les orchidées, 39.
- Fonvielle (W. de). — Les puisatiers ensevelis, 17, 77. — La première Exposition de l’industrie, 333. — L’astronomie on Chine; L’observatoire de Pékin, 406.
- Gariel (C.-M-). — L’Association française en Algérie. Les excursions. L’oued Rir’, 23, 51.
- Gaudry (Albert). — Dimensions gigantesques de quelques mammifères fossiles, 401.
- Good (Arthur). — Récréations scientifiques. Joujoux en paille, 64. La vélocipédie, 120. — Transformation d’une carte à jouer, 416.
- Grad (Charles), —• Les cigognes d’Alsace et la faune de la cathédrale de Strasbourg, 280. — La correction du Rhin allemand, 412.
- Grandi* (Commandant). — Le microtéléphone de l’armée allemande, 311. — Affût Moncrieff adopté pour cuirassés dans l’armée russe, 373.
- IIeckel (Édouard). — Sur la véritable valeur des gutta-perchas fournies parles Mimusops et les Payena, 170, 218. — Le Solom, 394. *
- Hément (Félix). — Le poisou des anguilles, 250. — Sur les mœurs des fourmis, 298.
- Hennebert (Lieut.-colonel). — Canons Ilotehkiss à tir rapide. 102. — Les forts souterrains. Le « fort de l’avenir » du commandant Mougin, 248.
- IIirn (G.-À.). — Épisode sur les mœurs des fourmis, 261.
- Hospitalier (E.). — Électricité pratique, 11. — Le mille marin ou nœud, 19. — Totalisateur général pour paris mutuels, 19. — Compteur d’électricité de M. H. Aron, 57. — Un paradoxe mécanique apparent dans l’arrêt des trains munis de freins continus, 95. — Générateur de vapeur à production instantanée de MM. Serpollet frères, 177. — La distribution d'énergie électrique par le système à trois fils. Station centrale de Mulhouse, 215. — Le dog-cart électrique du Sultan, 273. — Les procédés de production de la lumière, 283. — La fabrication des alliages d’aluminium par les procédés Cowles, 323. — L’usine électrique de Thorcnberg (Suisse), 313, 379. — Une usine électrique monstre. Station centrale de Deptfort, 566.
- Künckel d’IIerculais (Jules). — Les acridiens en Algérie. Le « Stauronotus maroccanus » et ses déprédations, 71, 305.
- Laffargue (J.) — Les orgues électriques, 385.
- Léotard (Jacques). — Le bateau sous-marin Le Gymnote, 290.
- Maindron (Maurice). — Conseils aux amateurs d’histoire naturelle. La collection de papillons, 107. — Collections ethnographiques de la Nouvelle-Guinée rapportées par M. Léon Laglaize, 140. —La décalcomanie des papillons. Lépidochro-mie, 285.
- Marcel (Gabriel). — Le partage de la côte orientale d’Afrique, | 259. — Le Sikkim, 362.
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- 422
- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- Mareschal (G.). —Brûleur à gaz, système G. Lebrun, 76. — Équerre à tracer les parallèles, 175. — Ellipsograplie, 175. — Causerie photographique. Le diaphragme Iris, 255. — Châssis de tirage « Express », 256. — Décentrage des objectifs, 256.
- Mégnin (Pierre). — Le silphe de la betterave, 155. — Le chimpanzé, 236. — Le Paca brun, 397.
- Mensbrugghe (Van rer). —La tension superficielle, 135.
- Meunier (Stanislas). — Académie des sciences (Séances hebdomadaires de 1’), 15, 50. 47, 63, 79, 95, 110, 127, 143, 159, 175, 191, 207, 223, 238,255,271,288,303, 318,335,351, 367, 383,399,415. — Pistes de Cheirothérium exposées au Muséum d’histoire naturelle, 153. — Expériences sur les fleurs, 166.
- Mocquard (F.). —Le serpent à lunettes, 54. — La vipère heurtante, 245.
- Mouillefert (P.). — Le chêne occidental, 189.
- Moureaux (Th.). — I’iuvioscope enregistreur de M. Hervé -Mangon, 212,
- Moussette(C.).— Photographie des phénomènes électriques, 192.
- Muller(L.). — Nouveau gilet de sauvetage, 83.—'Lepaquebot « City of New-York ».
- Nadaillac (M‘‘ de).— Les « Huacas » du Chiriqui. Anciens cimetières, 105. — Silex taillés recueillis par M. F. Moreau en Tunisie, 182.
- Onimus (Dr). — La température du littoral méditerranéen, 294.
- Oustalet (E.). — L’antilope Sing-Sing et l’antilope Gorgone. 152.
- Perrier (Edmond). — Le « Polyparium ambulans », 5. — Le Laboratoire maritime au Muséum d’histoire naturelle, 186.
- Platania (Jean). — Éruptions volcaniques aux îles Lipari, du 3 au 6 août 1888, 198. — Éruption volcanique à l’île Yul-cano, 359.
- Pouciiet (G.). — La pèche du Cachalot à terre, 225.
- Renou (E.). — L’été de 1888 à l’Observatoire (fti parc de Saint-Maur, 194. — Les observations météorologiques, 246.
- Richoü (G.). — Exposition universelle de 1889. Les grandes fermes du palais des machines, 67. — La nouvelle gare Saint-Lazare, à Paris, 277.
- Rochas (A. de).—Une construction pélasgique contemporaine, 275.
- Saporta (A. de). — Anciennes opinions et fantaisies scientifiques relatives à l’intérieur de la terre, 81. — Hauteurs barométriques. Règle permettant de réduire à 0°, 315.
- Sardnal (T.). —Photographie la nuit à la s poudre-éclair », 45.
- Sciilagdenhauffen (F.). — Sur la véritable valeur des gutta-perchas fournies par les Mimusopsct les Paycna, 170, 218.
- Tcheng-ki-Tong (Général). — La soie et le ver à soie en Chine, 172, 267.
- Teisserenc de Bort (Leon). — Premières cartes magnétiques de l’Algérie, de la Tunisie et du Sahara algérien, 163.
- Tissandier (Albert). — Kashmir, la Jhelum et ses ponts, 86. — Calcutta et Darjeeling, 219. — Ceylan, 374.
- Tissandier (Gaston). — Étude sur les trombes, 1, 65,162, 274. Causerie photographique, 8.— La forme des nuages, 35. — Les centenaires, 129. — Le lucigène, 148. — Les aérostats militaires, 180.— La Tour Eiffel, 199. — Le général Meusnier et les ballons dirigeables, 232. — Utilité des abeilles, 289, 550, 558. — Explosion d’une montagne au Japon. Éruption du mont Bandai, le 15 juillet 1888, 313. —Le bougeoir à pétrole de M. Chandor, 516.— La statue d’Am-père, 557. — L’Institut Pasteur, 402.
- Topinard (Hr P.). — Les Hottentots au Jardin d’Acelimatation de Paris, 167. — Les races humaines, 541.
- Truchot (C.). — Balance automatique à niveau constant, 83.
- Vaillant (Léon). — Les protoptères au Muséum d’histoire naturelle de Paris, 209.
- Verneau (Dr). Le tatouage et la peinture corporelle. Les Pin-taderas, 58. — Un lintinnabulum bouddhique trouvé au Pérou, 195.
- Vidal (Léon). — Chambres noires photographiques dites chambres détectives, 91.
- Viguier (Dr Camille). La station zoologique d’Alger, 327. — La photographie microscopique à la station zoologique d'Alger, 389.
- X... Ingénieur. —Age de la lune, 15. — La phonogravure et le gramophone, 49. — Le nouvel Hôtel des postes à Paris, 99. — Les ruptures de ponts de chemins de fe r en Amérique, 521. — Les plus hautes cheminées du monde, 371.
- Z... (Dr). — Curieuse application de la trompe de laboratoire. Le massage pneumatique, 4. — La quatrième campagne de P Hirondelle. Nouveaux engins de pèche, 97. — Le Musée d’hygiène de la Faculté de médecine de Paris, 145. — Etau parallèle de Stephen, 224. —Ambulances urbaines, 257.
- Zurcher (F.). — Coup de foudre sur un réservoir et une canalisation d’eau à Toulon, 266.
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- TABLE DES MATIÈRES
- N. B. Leu articles de la Chronique, imprimés dans oe volume en petits caractères, sont indiqués
- dans notre table en lettres Italiques.
- Astronomie,
- La méridienne de Laghouat (L. Bassot)..................118
- L’unification des heures pour les ehemins de fer et les
- usages de la vie civile (L. IL)................... 242
- Les canaux de Mars.....................................340
- L’astronomie en Chine; l’observatoire de Pékin (VV. de
- Fonvielle)..........................................406
- Age de la lune. ... 14
- Observations de Saturne et de Mars..................... 63
- Les canaux de Mars..................................... 79
- Les satellites de Mars.................................207
- L’heure universelle.................................. 207
- Deux éclipses de lune observées à Babylone. . . . 238
- Différence de longitude des caps FHo et Santos. . . 258
- Comètes de Brooks et de Bar nard.......................288
- La comète de Winnecke..................................318
- L'image du soleil......................................319
- L’astrologie en Chine..................................351
- Le ligament lumineux des passages et occultation des satellites de Jupiter; moyen de l'éviter. . . . 351
- La grande éclipse de soleil de 1887 observée en Russie. . . ..............................................382
- Rapports mutuels des météorites et des étoiles filantes. 384
- Nouvelle confirmation de la théorie de Laplace. . . 415
- Aplatissement de Neptune...............................416
- Physique.
- Causerie photographique (G. T.)...................... 8
- Déplacements vibratoires des rails pendant le passage
- des trains en marche.........................9, 115
- Électricité pratique (E. H.)......................... 11
- Le mille marin ou nœud (E. H.)....................... 19
- Totalisateur général pour paris mutuels (E. II.) .... 19
- Empreintes de balles de plomb sur de l’acier........... 22
- Expériences d’électrostatique avec des lampes à incandescence................................................. 31
- La pile légère de l’aérostat dirigeable « la France » . . 38
- Photographie la nuit à la « poudre-éclair» (T. Sardnal). 45
- La phonogravure et le gramophone (X)................... 49
- Compteur d’électricité de M. H. Aron (E. IL)........... 57
- Brûleur à gaz, système G. Lebrun (G. Mareschal). . . 76
- Physique sans appareils. La compression des gaz ; élasticité de flexion................................. 80, 304
- Balance automatique à niveau constant (C. Truchot) . . 83
- Chambres noires photographiques dites chambres détectives (Léon Vidal)..................................... 91
- Bonde automatique (A. C.)..................................111
- Le tir des fusils de chasse................. 122, 202, 226
- La tension superficielle (Van der Mensbrugghe).............135
- Récréations photographiques................................144
- Le lucigène (G. T.)........................................148
- Photographie des phénomènes électriques (C. Moussette). 192 Les procédés photographiques. Développement à l'hydro-
- quinone (G. Balagny)....................................213
- La distribution d’énergie électrique par le système à trois
- fils. Station centrale de Mulhouse (E. II.).............215
- Causerie photographique. Le diaphragme Iris. — Châssis de tirage « Express». — Décentrage des objectifs (G.
- Mareschal)..............................................255
- La photo-fusée...........................................263
- Le dog-cart électrique du Sultan (E. H.)...................273
- Les procédés de production de la lumière (E. 11.). . . 283
- Photographies-caricatures................................288
- Eclairage électrique des théâtres de Londres (L.). . . . 302 Le micro-téléphone de l’armée allemande (G*. Grandis). 311 Hauteurs barométriques. Règle permettant de réduire à
- 0° (A. de Saporta)......................................315
- Le bougeoir pétrole de M. Chandor (G. T.)..................318
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- TABLE DES MATIÈRES.
- 4‘24
- La fabrication des alliages d’aluminium par les procédés
- Cowles (E. Hospitalier).............................325
- L'usine électrique de Thorenberg (Suisse) (E. II.). 345, 379
- Simples expériences sur la densité de^gaz............352
- Une usine électrique monstre. Station centrale de Dept-
- fort(E.H-)..........................................566
- Les orgues électriques (J. Laffargijk).................385
- La photographie microscopique à la Station zoologique
- d’Alger (l)r Camille Viguier).......................589
- Éclairage électrique des chaudières {J. G.).......... 14
- Mesure des basses températures......................... 15
- Mélanqes réfrigérants à base d'acide carbonique solide. . . . ’....................................... 47
- Ias procédés de phonogravure de M. Berliner. ... 74
- Nouvelle lampe sans flamme............................. 80
- La propagation du son dans l'air.......................110
- Photographie d'éclairs. ..................... . 111, 145
- Pêche abyssale à la lumière électrique...............111
- Bougeoir à pétrole. ...................................159
- Téléphonie entre Paris et Marseille....................175
- La photographie aérienne par cerf-volant .... 206
- Lentille convexe de l’ancienne Égypte..................225
- Curieuses illusions d'optique................ 254, 287
- Emploi des dynamos en télégraphie. ...... 271
- Expériences sur la loi de Mariotte.....................271
- Une nouvelle application de la photographie. ... 28 i
- Théorème de Gauss relatif à la théorie de l’attraction. 288
- Les propriétés magnétiques des gaz.....................303
- Vitesse de la lumière................................ 505
- L’invention du microscope............................ 305
- Optique.......................- . ...........319
- Polarisation atmosphérique.............................536
- Études spectrales aux Grands-Mulets....................551
- Déformation des images sur le miroir des eaux. . . 551
- Le spectre de l’oxygène................................567
- Le spectre de Mira Ceti................................367
- L’éclairage électrique en Amérique.....................582
- La lumière électrique à Bamjuls. . 583
- Nouvelle mire lointaine................................383
- Chimie.
- Les falsifications..................................... 50
- Marmite antiseptique (M. Blanchard).................... 48
- Sur la véritable valeur des gutta-perchas fournies parles Mimusops et les Payena (MM. E. Heckel et F.Schlag-
- deniiadffen)................................ 170, 218
- La saccharine..........................................182
- Traitement des minerais aurifères (P. Delaiiaye). . . . 199
- Réactions chimiques entre solides...........................226
- Utilisation des balayures de Paris (Daniel Üia i.et). . . . 235
- Le lait gelé................................................258
- Matières explosibles (Pu. Delahaye)................... 311
- La fabrication des alliages d’aluminium par les procédés
- Cowles (E. Hospitalier)..................................523
- Explosion de pétrole. La catastrophe du port de Calais. 539
- Encyclopédie Frémy.......................................... 16
- Grains de porcelaine........................................ 62
- Vin d'orge................................................. 63
- Le ferrate de baryte........................................ 63
- Barégine et glairine........................................ 63
- La fabrication de T hydrogène par l’électrolyse de
- l’eau.................................................... 74
- La fabrication de Vhydrogène pour les ballons des
- armées en campagne....................................... 94
- Composition élémentaire de la strophantine..................128
- Industrie de l’huile de bois................................143
- Production de l’acier dans la Grandc-Rrctayne en
- 1887. . ................................................ 158
- L'azote et la terre végétale................... 159, 175
- Formation de la terre végétale..............................174
- Explosion d’un wagon de dynamite............................191
- Cristallisation électrique des métaux.......................206
- Tuyaux de conduite d'eau au Japon...................207
- Le plâtrage des vins.................................270
- La teinture des cheveux.............................271
- La perséite..........................................319
- Rôle chimique de la glucine..........................399
- Décomposition des sels d'argent par la lumière . , 415
- Météorologie. — Physique du globe. Géologie. — Minéralogie.
- Etude sur les trombes. Observation d’une trombe terrestre au champ de manœuvres de Yincennes, le
- 13 mai 1888 (G. T.).................... 1,65,162, 274
- Observations météorologiques en Alsace-Lorraine. ... 4
- L’éboulcment du mont Néron, près de Grenoble (I,.). . 13
- La forme des nuages (G. T.).......................... 35
- Intérieur de la terre (Antoine de Saporta)........... 81
- Premières cartes magnétiques de l’Algérie, de la Tunisie et du Sahara algérien (Léon Teisserenc de Bort). . . . 163
- Silex taillés recueillis par M.F. Moreau en Tunisie {Marquis de Nadaillac).....................................182
- L’été de 1888 à l’Observatoire du parc de Saint-Maur
- (E. Renou)........................................194
- Eruptions volcaniques auxîles Lipari, du 3au 6 août 1888-
- (J. Platania).....................................198
- Tremblements de terre en Arménie (mai-juin 1888). . 211
- Pluvioscopc enregistreur de M. Hervé-Mangon (T. Mou-
- reaux)................ ...........................212
- Les observations météorologiques (E. Renou) ..... 246
- Coup de foudre sur un réservoir et une canalisation d'eau
- à Toulon (F. Zurciier)............................266
- Éclairs en boule.....................................291
- La température du littoral méditerranéen (Dr O.mmus). 294 Explosion d’une montagne au Japon. Éruption du mont Bandaï, le 15 juillet 1888 (Gaston Tissandier). . . . 513
- Phénomènes météorologiques (A. Bleunard).............531
- Éruption volcanique à l’île Vulcano (Jean Platania) . . . 359
- Tremblement de terre à Mexico, le 6 septembre 1888. . 586
- Une pluie d’encre.........................................406
- Relations entre les phénomènes éruptifs et la formation des chaînes de montagnes.......................... 15
- Diamant tombé du ciel................................... 47
- Origine des météorites................................. 63
- Les coups de foudre..................................... 94
- Théorie des cyclones.................................... 95
- Singulier effet du soleil couchant......................111
- Les trombes..............................................175
- La forme des terrains...................................175
- Nivellement de la France................................207
- Éruption volcanique au Japon.............................238
- Les mines de rubis en Birmanie..........................254
- Signaux transmis par les nuages. . . ....................270
- Bois siheifiés...........................................304
- Météorologie et hydrographie de Madagascar. ... 318
- Bolide..................................................319
- Réflexion du soleil sur la mer..........................335
- Le pont lumineux........................................335
- Trombe artificielle.....................................350
- Rapports mutuels des météorites et des étoiles filantes. 584
- Orage électrique........................................415
- A/faissement du sol de la France....................... 415
- Géologie de la Sibérie orientale....................... 415
- Oursins français........................................416
- Sciences naturelles. — Zoologie. — Botanique. Paléontologie.
- Le « Polyparium ambulans » (Edmond Perrier) . . . .
- L’Edelweiss (E. Bergman). . .........................
- Les Orchidées (J. Dybowski)..........................
- p.424 - vue 428/432
-
-
-
- table dës matières.
- 425
- Le serpent à lunettes (F. Mocquard)......................
- Les acridiens en Algérie. Le « Stauronotus maroccanus » et ses déprédations (Künckel d’IItitan,aïs). ... 71,
- Une truie monstrueuse (C. Brongniart)....................
- Conseils aux amateurs d’histoire naturelle. La collection
- de papillons..........................................
- Pistes de Chcirothériuui exposées au Muséum d’histoire
- naturelle (Stanislas Meunier).........................
- L’antilope Sing-Sing et l’antilope Gorgone (E. Oustalet).
- Le silphe de la betterave (Pierre Mégnin)................
- Expériences sur les fleurs (Stanislas Meunier)...........
- La soie et le ver à soie en Chine (Général Tchkng-ki-
- Tong)...........................................172,
- Le laboratoire maritime du Muséum d’histoire naturelle
- (Edmond J'errieii)....................................
- Le chêne occidental (P. Mouillefert).....................
- Le « Syrrliaptes paradoxus » (E. üevrolle)...............
- Les Protoptères au Muséum d’histoire naturelle de Paris
- (Léon Vaillant).......................................
- La pèche du cachalot à Terre (G. Pouchet)................
- Le poison des anguilles (Félix Hément)...................
- Le chimpanzé (P. Mégnin).................................
- La vipère heurtante (F. Mocquard)........................
- Episode sur les mœurs des fourmis (G.-A. Hirn). . . . Les cigognes d’Alsace et la faune de la cathédrale de
- Strasbourg (Charles Grad).............................
- La décalcomanie des papillons. Lépidochromie (Maurice
- Maindron)..............................................
- Utilité des abeilles (Gaston Tissandier). . . 289, 530, Sur les mœurs des fourmis (Félix Hément) (Un abonné)............................................ 298,
- La station zoologique d’Alger (Dr G. Yiguier).......
- Le mimélisme chez les insectes. Relation entre la couleur et les instincts de quelques Lépidoptères (V. Bran-
- dicourt)................................... . .
- L’Élevage des serins et la Société serinophile......
- Le Solom et la pulpe qui entoure sa graine (Edouard
- Heckel)..........................................
- Le Paca brun (P. Mégnin)............................
- Bimensions gigantesques de quelques mammifères fossiles
- (A. Gaudry)......................................
- Les plus anciennes dicolylées.......................
- Le venin des abeilles...............................
- La ramie......................................75,
- Le pyrèthre.........................................
- Laboratoire de Banyuls..............................
- Sensibilité des plantes................'............
- Les bancs de poissons...............................
- Culture des quinquinas dans l’Afrique centrale. . .
- Les dindons sauvages................................
- Le mammouth de Saint-Pétersbourg....................
- Le coco de mer......................................
- Un parasite du hanneton.............................
- Un charançon qui attaque la vigne...................
- Ceps de vigne préservés du phylloxéra...............
- Phosphorescence des animaux.........................
- L’état phylloxérique actuel en Europe...............
- Les chapeaux de Panama..............................
- Jardins sur les toits...............................
- La lychnis dioïca...................................
- Les chevaux des pampas de la République argentine. Acarus marins.......................................
- 54
- 305
- 85
- 107
- 133
- 152
- 155
- 166
- 267
- 186
- 189
- 197
- 209
- 225
- 250
- 236
- 245
- 261
- 280
- 285
- 538
- 315
- 327
- 353
- 586
- 591
- 597
- 401
- 15
- 63
- 95
- 78
- 78
- 94
- 127
- 127
- 143
- 159
- 223
- 225
- 254
- 255 255 270 303 535 351 382 585
- Géographie. — Voyages d’exploration.
- Les excursions de l’Association française pour l’avancement des sciences en Algérie. L’oued Rir’(C.-M. Gariel).
- .................................................. 23, 51
- Le Soudan français. Expédition Gallieni 1886-1887. . . 45
- Kashmir. La Jhelum et scs ponts (A. Tissandier). ... 86
- La quatrième campagne de « l’Hirondelle ». Nouveaux engins de pêche (l)r Z.)................................... 97
- Les voyages de M. Thouar dans le Grand-Chaco (Daniel
- Bellet).............................................125
- Calcutta et Darjeeling. Les lieux de refuge, quartier indigène et théâtre (A. Tissandier)........................219
- Le partage de la côte orientale d’Afrique (Gabriel Marcel). 259
- Le Sikkim (Gabriel Marcel).............................362
- Ceylan. Colombo et les chemins de 1er. Le jardin de Pe-radcniya à Kandy. La culture du thé. Le pic d’Adam
- (Albert Tissandier).................................374
- Globe terrestre au millionième......................... 46
- Les femmes au mont lilanc............................. 159
- Les bouches du Mississipi..............................190
- Un voyage à la « Jules Verne ».........................223
- La nouvelle végétation de Vile de Krakatau. . . . 286
- Envahissement de la mer en Bretagne....................399
- Anthropologie. — Ethnographie. — Sciences préhistoriques.
- Le tatouage et la peinture corporelle. Les pintaderas. . 58
- Les Huacas. Anciens cimetières..........................103
- Accroissement de la tête à l'Université de Cambridge. . 119
- Les centenaires.........................................129
- Collections ethnographiques de la Nouvelle-Guinée rapportées par M. Léon Laglaize (Maurice Maindron). . . 140
- Les Hottentots au Jardin d’Acclimatation de Paris (Dr P.
- Topinard)............................................170
- Un tintinnabulum bouddhique trouvé au Pérou (I)r Yer-
- neau)................................................195
- L’émigration allemande..................................262
- Une construction pélasgique contemporaine (A. de Rochas) .................................................275
- Les races humaines (Dr P. Topinard).....................341
- Œuvre d’art préhistorique............................... 15
- Travail de l’homme sur une manivelle....................190
- Les centenaires................................ 111, 238
- Une toilette de dame au quinzième siècle................254
- Trouvaille dans un tumulus russe........................287
- Influence du calendrier sur les émotions populaires. 550
- Paléoanthropologie......................................383
- La période Magdalèenne..................................415
- mécanique. — Art de l’ingénieur. — Travaux publics. — Arts industriels.
- Les puisatiers ensevelis (W. de Fonvielle). . . . 17,
- Les chemins de fer électriques (J. G.)..................
- Sécurité des chaudières à vapeur. Maintien automatique
- du niveau d’eau (A. C.)..............................
- Le chemin de fer transcaspien (L. B.)...................
- Le viaduc de Garabit (H. L.)......................42,
- Exposition de 1889. Les grandes fermes du palais des
- machines (G. Riciiou).............................. . .
- Un paradoxe mécanique apparent dans l’arrêt des trains
- munis de freins continus (E. H.).....................
- Le nouvel Hôtel des postes à Paris (X.). 99, 184, 251,
- Moteurs à vapeurs volatiles.............................
- Désincrustation des chaudières à vapeur. Épurateur Car-
- roll (M. A. C.)......................................
- La vélocipédie (Arthur Good)............................
- Le port en eau profonde de Boulogne (Daniel Bellet). La soie et le ver à soie en Chine (Général Tcheng-ki-
- Tong)..........................................172,
- Équerre à tracer les parallèles (G. M ).................
- Ellipsographe (G. M)....................................
- Générateur de vapeur à production instantanée de MM. Ser-
- pollet frères (E. Hospitalier).......................
- La cryptographie de sûreté de M. Schlumberger. . .
- L’ascenseur de la Louvière (C. Üupuy)...................
- La Tour Eiffel (G. Tissandier).......................... -
- Grand incendie de la mine de Beer, au Cap...............
- Étau parallèle de Stephen (Dr Z.). . ...................
- 77
- 27 x
- 29
- 33
- 391
- 67
- 95
- 296'
- 113
- 117
- 120
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- 267
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- 199
- 205
- 224
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-
-
-
- 426
- TABLE DES MATIÈRES.
- Transmission à encliquetage pour soufflerie de forges,
- essoreuses, tours, etc. (A. C.).........................239
- La catastrophe de Yelars...................................241
- Les filatures de coton.....................................251
- Le nouveau viaduc du golfe de Tay.......................263
- La nouvelle gare Saint-Lazare, à Paris (G. Ricnou). . . 277
- La science pratique. Canne d’arpenteur.....................284
- Le moteur à pétrole Daimler................................291
- Les montagrfes russes aux bains de mer..................293
- Les ruptures de ponts de chemins de fer en Amérique
- ii\.v \ * rroi
- Plume perforatrice pour la reproduction de l’écriture ou
- des dessins........................................352
- La première Exposition de l’industrie (\Y. de Foxviki.i.e) 332
- La turbine « Victor » de M. Fr. Nell (A. C.).........555
- Descenseur automatique de MM. Evrard et Corncvin
- (L.B.)................................................558
- Le port de Calais ((Daniel Bellet)............. 365, 387
- Les plus hautes cheminées du monde (X..., ingénieur) . 371
- Sur une cause peu connue d’explosion des chaudières à
- vapeur avec houilleurs et foyer extérieur.............378
- Accidents de chemin de fer (L. B.).............IflO- • «t^l
- La correction du Rhin Alsacien (Ch. Grad)............412
- IJ inventeur du pendule réversible...................... 47
- Le pendule non oscillant................................ 47
- Canal de Crimée. ....................................... 79
- Un oléoduc américain.................................... 94
- Machine à battre les tapis..............................110
- Le puits de la place Hébert.............................111
- Les tissus de Madagascar................................147
- Les rails d'acier.......................................254
- Chemin de fer construit sur les arbres..................302
- Mécanique animale.......................... 593, 535, 351
- La plus haute cheminée de France........................318
- La plus grande gare du monde............................535
- Accident de chemin de fer en Pensylvanie................350
- Le prix Henri Giffard à la Société des Ingénieurs civils.............................................398
- La population du bétail en France.................206
- Maladies des pommes de terre......................208
- Pigeons voyageurs et abeilles.....................238
- Les pommiers au cap de Bonne- Espérance...........258
- La production des pèches en Amérique..............271
- La nouvelle végétation de Vite de Krakatau .... 286
- Le fluor et la végétation.........................302
- Culture du blé à épi carré........................599
- Propreté des étables en Hollande..................415
- Art militaire. — marine.
- Le mille marin ou nœud (E. II.)......................... 19
- Nouveau gilet de sauvetage (L. Mülleu).................. 85
- Vitesse des paquebots transatlantiques..................102
- Canons Hotchkiss à tir rapide (Lieutenant-colonel IIenne-
- bert)................................................102
- Le nouveau port du Havre. Le canal de Tanearvillc. . 150
- Le nouveau torpilleur à grande vitesse « Le coureur». 151
- Le paquebot « City of New-York » (L. Mülleu)............165
- Les filets parc-torpilles (système Solomiac) (L. R.) . . . 229
- Les forts souterrains. Le « fort de l’avenir » du commandant Mougin (Lieutenant-colonel IIennebert) . . . 248
- Le bateau sous-marin « Le Gymnote » (Jacques Léotard) . 290
- La mortalité dans les guerres............................546
- Affût Moncrieff adopté pour cuirassés dans la marine
- russe (commandant (Grakdin)......................... . 373
- Les progrès de Vartillerie............................... 46
- Les navires japonais laqués..............................174
- Un poste de torpilleurs à Marseille.......... ... 207
- Hydrophone...............................................225
- Les ports chinois. . *...................................503
- Le mal de mer............................................534
- Erreurs relevées sur les caries marines..................383
- Fin du « Créât Eastern ».................................414
- Aéronautique.
- Physiologie. — médecine. — Hygiène.
- Curieuse application de la trompe de laboratoire Le
- massage pneumatique (Dr Z.)......................
- La chirurgie chez les oiseaux......................
- Le musée d’hygicne de la Faculté de médecine de Paris
- (DrZ.). .........................................
- Ambulances urbaines (Dr Z.).........................
- La prothèse chirurgicale (Dr A. Cartaz)............
- L’Institut Pasteur..................................
- Hemèdes contre les brûlures [J. G.)................
- Physiologie des microbes pathogènes.................
- Hygiène coloniale..........................
- La trachéotomie.....................................
- La gangrène foudroyante.............................
- Un nouveau ver parasite de l'homme.................
- Le vaccin du choléra...............................
- Hypnotisme..........................................
- Maladies de la vessie...............................
- Une étude des abcès................................
- Action anesthésique du chlorure d'éthylène. . . . . Action physiologique de deux substances toxiques
- extraites de la benzine..........................
- Urines vaccinantes.................................
- La vaccine anticholérique...........................
- La transfusion péritonéale..........................
- Inauguration de l’Institut Pasteur..................
- Vacccination antirabique...........................
- Alcoolisme en Belgique..............................
- 4
- 70
- 145
- 257
- 299
- 402
- 14
- 65
- 95
- 110
- 127
- 174
- 207
- 207
- 223
- 259
- 239
- 271
- 335
- 351
- 383
- 398
- 399 414
- Agriculture. — Acclimatation. Pisciculture, etc.
- La culture de l'osier.........................
- Utilité des abeilles (Gaston Tissandieh). . . 289, 530 558
- Le cidre à Paris à propos de l’exposition des cidres. . . 355
- Culture des vergers en Amérique....................174
- La pile légère de l’aérostat dirigeable « La France». . 58
- Les aérostats militaires (G. |Tissandier)................181
- Le général Meusnier et les ballons dirigeables (G. Tis-
- sandîer)..............................................232
- Les courses en ballon....................................569
- La fabrication de l'hy ’rogrne par l’élc trolyse de
- l'eau................................................ 74
- La fabrication de l'hydrogène pour les ballons des armées en campagne...................................... 94
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- II. Debray...............................................161
- J.-C. Ilouzeau........................................2üü
- R.CIausius...............................................222
- E. Delebecque............................................270
- La statue d’Ampère (Gaston Tissandier)..................557
- Gustave Cabanellas.......................................550
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- Deuxième réunion annuelle des collaborateurs de La
- Nature............................................... 2
- Académie des sciences. Comptes rendus des séances hebdomadaires (Stanislas Meunier)..................15,
- 30, 47, 63, 79, 95, 110, 127, 145, 159. 175, 191, 207,223,238, 255, 271, 288, 503, 518,335, 351,
- 567,383,399......................................... 415
- L’Association française pour l’avancement des sciences en Algérie. Les excursions. L’oued Itir’(C. M. Gariel). 25, 51
- l.a Société d’excursions des amateurs de photographia. . 55
- L’Université de Bologne............................... 62
- p.426 - vue 430/432
-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 427
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Une tonnelle en ficelles (A. T.)................ 16
- Récréations scientifiques. Joujoux eu paille. Le rosier magique. Curieuses manières de couper les pommes. Confection d’instruments de musique. Les portraits coniques. Le tonneau roulant de l’Exposition de Bruxelles. La chaîne magique. Transformation d’une carte à jouer, 64,128,208,272,319,336,368,384,399, 416
- Un paradoxe géométrique..............................150
- Une maison de glace à Moscou.........................160
- La science pratique. Le Brancardier. Fusil à répétition pour enfants.................................. 284, 395
- La bataille des fleurs au bois de Boulogne, à Paris. 62
- Stalistiguc de l'enseignement........................ 78
- Alimentation de Paris............................... 79
- Production delà laine dans le monde entier. ... 143 La production de l'or et de l'argent en 1887. ... 174
- Cigares en papier................................... 223
- Fabrication des cannes en bois d'oranger.............270
- Etalons syriens en Algérie...........................271
- Les mendiants valides et le travail..........' . 287
- Trains de bois flottant transportés par mer. 287, 317, 318
- Assassinats en Angleterre........................... 318
- Un musée de chaussures historiques...................335
- La poste en Angleterre...................... 535, 582
- Une maison à quinze étages...........................414
- p.427 - vue 431/432
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-
-
- ERRATA
- Page 20, col. 1, ligue 54. Page222, col. 2, ligne 17. Page 220, col. 2, ligne 17. Page 305 col. 2, ligne 47. Page 350, col. 2, ligne 5.
- Au de lieu : pari mutuel.
- Il faut : pari à la cote.
- Au lieu de : 9G60 et 9585 mètres. Il faut : 8839 et 8547 mètres.
- Au lieu de : chimiste américain. Il faut : chimiste belge.
- Au lieu : l’invention allemande. Il faut : l'invention hollandaise. Au lieu de : charger.
- Il faut : émerger.
- Page 357, col. 1, ligne 4.
- Page 558, col. 1, dans le tableau.
- Page 398, col. 2, ligne 20.
- Au lieu de : maximum.
- Il faut : minimum.
- Au lieu de : Litres dépensés par minute.
- Il faut : Litres dépensés par seconde.
- Au lieu de : ])r (irandcher.
- Il faut : Dr Grancher
- linpiiiurrie A. Laliure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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