La Nature
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- REVUE DES SCIENCES
- ET TE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
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- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
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- LES TRENTE ET UN VOLUMES PRÉCÉDENTS SONT EN VENTE
- AVEC I.E VOLUME DES TAULES DES DIX PREMIÈRES ANNÉES
- Imprimerie A. Lahure, 0, rue de Fleurus, à Paris.
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- HONORÉ PAR M. LE MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE D’UNE SOUSCRIPTION POUR LES BIBLIOTHÈQUES POPULAIRES ET SCOLAIRES
- RÉDACTEUR EN CHEF
- GASTON TISSANDIER
- DIX-SEPTIÈME ANNÉE
- 1889
- PREMIER SEMESTRE
- PARIS
- G. MASSON, ÉDITEUR
- LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN', 120
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- 17* ANNÉE. — N° 809.
- 1" DÉCEMBRE 1888.
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- SUR QUELQUES GROTTES
- DES ALDES-MARITIMES
- Chargé en 1879, par le Ministère de l’instruction publique, d’une nouvelle mission scientifique dans les Alpes-Maritimes, j’ai étudié, entre autres monuments préhistoriques intéressants, — grottes, tumuli, dolmens et enceintes dites cyclopéennes, — les Baumas ou Baumasses de Bails et la grotte Saint-Martin l.
- Ces différentes grottes sont toutes situées au nord-ouest du dé-partement des Alpes-Maritimes, très près du département du Var, sur le territoire de la commune d’Escragnolles, à peu de distance du hameau de Bails qui en fait partie et de la chapelle Saint-Martin, — d’où leur nom, — enfin non loin des sources de la Siagne.
- Les Baumas de Bails sont au nombre de quatre, elles sont creusées dans le massif rocheux qui sert, pour ainsi dire, de contrefort à la route nationale d’Antibes à Castellane, au-dessous de cette route et à une assez grande hauteur au-dessus du ruisseau des Vallons, l’un des premiers affluents de la Siagne et sur sa rive gauche. Bien que très voisines les unes des autres et situées presque toutes sur le même plan, elles n’ont aucune communication entre
- 1 Les mots Baumas et Baumasses signifient, dans le patois du pays, baumes ou cavernes. t7e année. — lsr semestre.
- elles. J’ajoute enfin que l’on accède assez difficilement et par une pente rapide aux Baumas de Bails.
- Je les ai fouillées complètement toutes les quatre, mais trois d’entre elles seulement ont servi d’habitation à l’homme préhistorique; l’une d’elles même
- lui a servi aussi de tombeau. Je les ai fouillées avec un habitant du pays, M. Casimir Bottin, ancien receveur des postes de Saint-Vallier de Thiey, adonné depuis longtemps à ce genre de recherches et qui avait découvert ces grottes, quelques jours avant mon arrivée dans la localité.
- Voici la nomenclature des différents objets que j’ai recueillisdans ces grottes, soit comme faune, soit comme ossements humains, soit comme industrie.
- Faune. — La faune est très variée, quoique chacune des espèces animales dont elle se compose n’ait laissé que peu de vestiges; elle ne comprend pas moins de vingt-neuf espèces différentes, vertébrés ou invertébrés.
- Les premiers sont au nombre de vingt-deux, dont seize mammifères, cinq oiseaux et un poisson. Les mammifères sont : 1° comme carnassiers, l’ours brun, Ursus arctos; le renard, Canis vulpes; le chat sauvage, Feliscatus férus; 2° comme rongeurs, la marmotte primitive, Arctomys primigenia; la marmotte actuelle, Arctomys marmotta; le lapin, Lepus cuniculus; et le lièvre, Lepus timidus;
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- 3° comme pachydermes, le cochon domestique, Sus scrofa; 4° comme ruminants, le cerf ordinaire ou cerf élaphe, Cervus elaphus; le cerf de Corse, Cervus corsicanus; le chevreuil, Cervus capreolus; le daim, Cervus dama; un cerf de plus petite taille que le chevreuil et que les rares ossements trouvés n’ont pas permis de déterminer avec certitude; la chèvre primitive, Capra primigenia, semblable à celle des grottes de Menton ; un mouton assez semblable au mouton actuel; enlin un bovidé, le Bos longifrons, que l’on rencontre fréquemment dans les grottes ou stations de l’époque néolithique.
- Les Oiseaux sont relativement assez nombreux, quoique leurs restes soient quelque peu rares. Ce sont : un Rapace de la taille du busard, Circus cyaneus, et quatre Passereaux : le merle, Turdus merula; un autre Turdus, plus petit que le merle, plus grand que la pie grièche ; la corneille, Corvus corone; la pie, Corvus pica.
- Quant aux Poissons, ils sont représentés par une seule espèce dans les Baumas de Rails; mais ici se présente un fait curieux qui rappelle les trouvailles du même genre que j’ai faites en 1872 et 1873 dans les grottes de Menton. Je veux parler d’une héma-pophyse hyperostosée de poisson (fig. 3) absolument semblable a celles que j’ai décrites en 1879 L Elle provient comme celles-ci, selon toutes probabilités, d’un poisson acanthoptérygien, de l’ordre des Cténoïdes, poisson à peu près exclusivement méditerranéen, le Maigre, Sciæna aquila, de Risso. La présence de ce débris est d’autant plus intéressante que les Baumas de Rails sont à une distance relativement grande de la mer.
- Les invertébrés peu nombreux, sont exclusivement représentés par des coquilles terrestres, dont quelques-unes étaient engagées dans une brèche blanchâtre assez dure avec des ossements et des matières charbonneuses. Elles appartiennent toutes, soit au genre Hélix, au vulgaire escargot, ce sont les Hélix obvoluta, rotundata, nemoralis, niciensis et cespi-tum; soit au genre Zonites, tel que le Zonites olive-torurn ; soit enfin au genre Ilyalina (Hyalina cel-laria.)
- J’ai dit que l’une des grottes des Baumas de Rails, quoique habitée autrefois comme les deux autres, avait plus particulièrement servi de tombeau aux peuplades néolithiques.
- En effet, si je n’y ai pas rencontré de squelettes humains complets, j’y ai trouvé cependant un certain nombre d’ossements humains entiers ou brisés ainsi que des dents provenant de sujets d’âges très différents, jeunes et adultes. Ces ossements indiquent surtout une race de taille un peu au-dessous de la moyenne et aux membres un peu grêles.
- Si maintenant j’examine l’industrie des primitifs habitants des Baumas de Bails, je constate tout d’abord l’existence d’un assez grand nombre de fragments de poteries, car aucune d’elles n’est entière.
- 1 Comptes rendus de t’Association française pour l'avancement des sciences, session de Montpellier, 1879.
- Toutes ces poteries sont grossières, généralement épaisses, d’une pâte plus ou moins siliceuse, noirâtre ou d’un rouge-brun foncé, sans la moindre ornementation, en un mot absolument communes. Avec ces poteries, je n’ai trouvé que : 1° deux éclats de silex, l’un blond, l’autre gris, non travaillés, mais pourvus tous deux de leur bulbe de percussion; 2° une pièce osseuse intéressante, une phalange de cerf, fendue longitudinalement dans toute sa longueur en deux fragments dont l’un, le fragment dorsal, le seul que j’aie retrouvé (fig. 1), est percé au niveau de la tète de l’os, un peu en arrière de la poulie articulaire, d’un trou de suspension pour être porté comme bijou ou comme amulette; 3° une portion de diaphyse osseuse brisée, grossièrement apointie et amincie par frottement à l’une de ses extrémités pour servir de pointe plate ou de lissoir.
- Après avoir exploré minutieusement les quatre Baumas de Bails, nous avons descendu la pente abrupte du rocher pour traverser le ruisseau des Vallons et gagner, sur sa rive opposée, en remontant un peu la montagne de Briasq, la grotte Saint-Martin. Celle-ci est située à une très faible hauteur au-dessus du ruisseau. Les objets que j'y ai recueillis m’ont prouvé qu’il s’agissait, l'a encore, d’une grotte habitée à la même époque que celle de Bails et par les mêmes peuplades.
- Ces objets, en dehors d’une faune beaucoup moins nombreuse que celle que j’ai énumérée plus haut, sont exclusivement représentés par une quantité véritablement énorme de poteries préhistoriques, tout à fait semblables à celles des Baumas, comme pâte, comme aspect et comme coloration. Une seule d’entre elles est grossièrement ornée d’une sorte de cordon, formant une saillie extérieure qui double l’épaisseur du vase. Ce cordon (fig. 2) est formé par une série de reliefs alternant avec de petits enfoncements ou dépressions, obtenus avec la pulpe du petit doigt appliqué fortement sur la pâte, alors qu’elle était encore molle,. enfoncements irrégulièrement circulaires et plus ou moins profonds.
- Je dois citer aussi un petit fragment de poterie tout à fait distinct des autres (fig. 4) et par son épaisseur qui ne dépasse pas 3 millimètres et par sa couleur franchement rouge-brun. Il semble appartenir, de par sa texture et son ornementation, à une époque plus récente.
- Quant à la faune de la grotte Saint-Martin, elle ne comporte que dix espèces animales : huit vertébrés et deux invertébrés. Les premiers sont : 1° un pachyderme, le cochon domestique, Sus scrofa; 2° deux rongeurs : un loir de la taille du lérot, peut-être le Myoscus prisçus, et un campagnol, probablement le rat d’eau, Arvicola amphibius; 3° plusieurs ruminants, tels que le cerf élaphe, une chèvre plus petite que la Capra primigenia, un mouton de la taille du mouton actuel et le Bos longifrons que j’ai cité plus haut, parmi les ruminants des Baumas de Bails; 4° enfin, parmi les vertébrés je
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- dois signaler aussi un oiseau très semblable à la bartavelle, Per dix græca.
- Les invertébrés sont moins nombreux encore que dans les grottes de Bails, ils sont représentés par des coquilles appartenant seulement à deux genres : Ilyalina cellaria et Pomatias patulum.
- Telles sont, succinctement indiquées, la faune cl l’industrie des habitants primitifs de la grotte Saint-Martin, habitants dont nous n’avons trouvé aucun squelette ni meme le moindre ossement, contrairement à ce qui s’est passé dans les Baumas de Bails.
- Je dois ajouter, mais ceci au point de vue purement historique, que la montagne de Briasq, dans laquelle est creusée la grotte Saint-Martin, aurait été autrefois occupée par une cité romaine, laquelle aurait été détruite en 804 par les Sarrasins1. D’après M. Chiris, un archéologue de Grasse qui a fait d’intéressantes recherches dans la contrée et a étudié aussi les grottes dont nous venons de parler, « quelques restes de murailles encore debout seraient les seuls vestiges de cette ancienne ville fortifiée où l’on reconnaît facilement, dit-il, le caractère romain. » E. Rivière.
- LES FILETS PARE-TORPILLES
- DE LA MARINE FRANÇAISE
- Dans la lutte contre les torpilles, les navires cuirassés se protègent, comme on sait, par une ceinture de filets métalliques formant une sorte de cotte de mailles qui les enveloppe entièrement comme ferait un jupon. Cette cotte de mailles entoure le navire à une distance de 5 à 6 mètres, suffisante pour que l’explosion d’une torpille survenant au contact d’un filet ne puisse affecter la cuirasse; elle est soutenue à cet effet, comme l’indique la figure 1 (n° 1), par de longues tiges horizontales en fer formant des tangons creux. Ceux-ci sont commandés eux-mêmes par des aussières manœuvrées du bord, et ils sont susceptibles de venir s’appliquer contre les parois du navire en se rabattant autour des charnières ménagées aux extrémités; cette disposition permet ainsi de ramener les filets après les avoir développés.
- Dans sa position rabattue, le filet est serré en bonnette, c’est-à-dire enroulé sur lui-même et enver-gué sur une filière allant d’une extrémité à l’autre des tangons; la mise à l’eau s’effectue en croisant les tangons pour les amener normalement au navire et larguant ensuite les filets. Dans le principe, cette manœuvre exécutée à bord du Richelieu, nécessitait deux heures d’un travail dangereux; mais on est arrivé à la simplifier beaucoup, et elle n’exige plus guère que dix à vingt minutes. Récemment, M. Solomiac a imaginé une disposition des plus ingénieuses grâce à laquelle les tangons sont refoulés dans des gaines spéciales ménagées intérieurement au navire, et repoussés ensuite par l’action de l’air
- 1 Mémoires de la Société des sciences, lettres et arts des Alpes-Maritimes. Kicc, 1885.
- comprimé lorsqu’on veut développer les filets. Nous avons donné la description de ce mécanisme dans un numéro précédent1.
- Quant aux filets eux-mêmes, ils constituent de larges treillis de forme carrée ayant environ 6 mètres de côté, ils sont formés par l’assemblage d’une série de couronnes indépendantes en fil d’acier assemblées par de gros maillons. La figure 2 donne la vue d’une de ces couronnes avec la coupe des maillons d’assemblage; celle-ci est formée d’un câblage constitué par un fil unique dont on n’aperçoit pas les extrémités : la coupe de la couronne serait celle d’un câble à un toron de six fils avec àme intérieure en fil de même numéro. Ce fil unique en n° 12 a lmm,8 de diamètre, il peut supporter sans rupture un effort supérieur à 120 kilogrammes par millimètre carré; la couronne ainsi formée a 16 centimètres de diamètre, elle pèse environ 68 grammes.
- Le filet terminé, à la dimension de 6 mètres de côté, comprend 34 bandes horizontales renfermant chacune 34 pareilles couronnes. Chaque couronne qui n’est pas en bordure est assemblée par 4 maillons avec les couronnes voisines pour constituer le réseau, le filet renferme 1156 couronnes ainsi réunies et 2244 maillons. L’armement d’un cuirassé comporte, en général, 50 pareils réseaux pour assurer l’enveloppe complète de la ceinture.
- On comprend, en examinant nos gravures, quelles difficultés présente la fabrication de ces filets, car il faut tresser chaque couronne sur place au fur et à mesure qu’on constitue le filet, et il faut faire passer dans les quatre maillons le fil de chaque couronne en même temps que celui-ci est câblé. Ce travail est exécuté dans l’usine de tréfilerie et càblerie appartenant à la Société de Cbàtillon et Commentry qui s’est fait une spécialité de ces fournitures. Cette Société a livré tous les filets demandés par la Marine française pour l’armement de ses divers cuirassés; elle a exécuté également les câbles en fil d’acier de qualité supérieure qui ont été demandés pour les emplois spéciaux, notamment pour les cordages sous-marins; et en étudiant, précédemment, les sondages du Travailleur et du Talisman1, nous avons eu l’occasion de signaler le témoignage élogieux de M. Milne-Edwards à leur sujet. Les câbles de sondage et les fils d’acier de grande longueur atteignant 5 à 6 kilomètres employés par le prince héréditaire de Monaco, dans les intéressantes recherches qu’il poursuit actuellement de son côté pour explorer le fond des mers, ont aussi la même origine française, et nous avons cru intéressant de le signaler ici, en raison de cette opinion trop accréditée chez nous que les Anglais sont seuls en mesure de livrer les produits de tréfilerie de qualité supérieure.
- On peut se demander pourquoi il est nécessaire d’adopter un réseau d’une exécution aussi difficile pour constituer les filets pare-torpilles. On a proposé en effet d’autres types de réseaux plus faciles à
- 1 Yoy. n° 797, du 8 septembre 1888, p. 229.
- * Yoy. a0 556, du 26 janvier 1884, p. 134.
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- réaliser. Un de ceux ci, par exemple, était formé d’un cable unique présentant des ondulations qui simulaient la demi-couronne, et le rapprochement lace à face de deux ondulateurs opposés du même câble, constituaitunesorte de circonférence complète. Les ondulations voisines des bandes parallèles étaient rattachées entre elles par des maillons pour constituer le réseau.
- Cette disposition, comme toutes les autres qui ont été proposées avec mailles déforma-bl es, présente l’inconvénient de ne pas donnerune protection suffisante en n’assurant pas l’explosion certaine de la torpille, car celle-ci peut se frayer un passage en déformant la maille du réseau, et arriver ainsi jusqu’au cuirassé sans avoir fait explosion antérieurement. On se trouve conduit à adopter les mailles indépendantes formées de couronnes sans lin qui ne peuvent pas s'ouvrir et assurent ainsi née essaie ement l’explosion. Les expériences faites ont montré que dans ces conditions, l’explosion avait toujours lieu au contact du filet, et celui-ci préserve ainsi le cuirassé.
- Nous pouvons citer, par exemple, celles qui ont eu lieu sur la Tour aine, une vieille frégate en bois qu’on avait munie de filets pour ces essais.
- On lit exploser au contact une caisse contenant 62 kilogrammes de fulmi-coton, soit près du double de la charge des plus grandes torpilles automobiles, et cependant il ne se produisit dans le filet qu’une fente verticale qui aurait été insuffisante pour le passage d’une torpille.
- Au point de vue de la navigation, l’inconvénient principal des filets tient à ce qu’il est impossible de s’en servir lorsque la marche du bâtiment est un
- peu rapide; c’est un moyen de protection efficace pour un navire au repos. On peut bien encore y avoir recours en marche lorsque la vitesse ne dépasse pas A noeuds, mais au delà il faut nécessairement y renoncer, car les filets de l’arrière traînent et prennent une position horizontale: sur le côté, les mailles s’ovalisent, se recouvrent les unes les autres, et ne forment plus qu’un paquet informe, impropre à la défense. Lafigure 1, (n° A) que nous avons empruntée ainsi que la plupart des renseignements contenus dans cet article à notre excellent confrère te Yacht, donne l ’aspect que prend le filet dans ces conditions, et elle montre que la plongée devient tout à fait insuffisante ; c’est à peine si le filet pénètre dans la mer et il ne forme plus une barrière suffisante contre le passage d’une torpille.
- Il faut observer d’ailleurs que, même à la vitesseré-
- duitede-inœuds, la seule pour laquelle il soit possible de recourir aux filets, il reste encore fort difficile à un torpilleur d’atteindre le cuirassé, car il n’a aucun moyen pour apprécier ni la distance, ni la vitesse de marche du navire qu’il veut atteindre, et il est réduit à lancer sa torpille un peu au hasard, avec des chances d’erreur considérables; aussi est-il peu étonnant que dans les essais pratiqués sur le Richelieu, ce cuirassé n’ait pu être atteint. Il n’est pas douteux que dans une lutte maritime, on sera obligé de tirer un grand nombre de torpilles avant d’en avoir une qui atteigne le but, et encore faudra-t-il un grand nombre • de pareils coups heureux avant que le cuirassé puisse être sérieusement endommagé. L. B.
- Fi". 1. — Filets pare-torpilles. — 1. Disposition des tangons vus en profil. — 2. Disposition des tangons vus en plan. — 3. Reproduction d’une position de filet pare-torpilles. — 1. Forme que prennent les filets, le navire marchant de gauche à droite.
- Mode de confection des filets pare-torpilles. (I/o de grandeur d’exécution.)
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- LA PROPULSION AÉRIENNE DES NAVIRES
- Bien que le lialage soit, tlie'oriquement, le procédé le plus parlait, celui qui demande la plus faible puissance mécanique pour communiquer à un navire de tonnage et de dimensions déterminées une vitesse donnée, il n’est pas généralement applicable en pratique, sauf dans quelques cas tout particuliers, et il faut alors avoir recours à des moyens de propulsion qui assurent a un bateau son autonomie complète.
- Jusqu’à présent, les rames, les roues à aubes, et surtout les hélices constituent les seuls procédés employés pour utiliser la force motrice humaine ou mécanique à la propulsion des navires.
- L’hélice est-elle le moyen le plus pratique et le plus commode à employer dans ce but?
- Telle est la question qui a fait l’objet d’une communication assez originale de M. H. C. Yogt devant la British Association, au meeting de Math, et les résultats des expériences préliminaires faites par
- | l’auteur laissent entrevoir que l’hélice actuelle ne saurait plus être acceptée, jusqu’à plus ample informé, comme le propulseur le plus avantageux à tous les points de vue.
- Des expériences directes ont, en effet, démontré que la poussée exercée sur l’arbre d’une hélice pour communiquer à un navire donné une vitesse donnée dépasse de 40 pour 100 environ la force de traction qu’il faudrait exercer sur une corde pour communiquer la même vitesse au même navire par simple halage. Plus la vitesse augmente, plus les remous produits par le mouvement de l’hélice tendent à réduire le rendement de ce propulseur qui exige, d’autre part, des formes toutes spéciales, incompatibles avec celles indiquées par la stabilité du navire et la moindre résistance. Un mode de propulsion appliqué au-dessus du pont d’un navire présenterait donc plusieurs avantages que M. Yogt résume ainsi :
- 1° Economie de 40 pour 100 dans la puissance du moteur par l’élimination des perturbations causées par l’hélice; 2°- formes déterminées par les
- Navire muni d’un propulseur aérien, vu de profil et par l’avant.
- considérations de moindre résistance et de stabilité;
- 5° changements de direction moins désavantageux avec un propulseur agissant au-dessus du centre de gravité; 4° suppression des vibrations produites par l’hélice; 5° le propulseur à air proposé peut utiliser la force motrice naturelle du vent.
- Le moyen de réaliser ces multiples avantages consiste dans l’emploi d'ailes tournantes agissant dans l'air, de formes analogues à celles d’une hélice, et formées de feuilles triangulaires de tôle d’acier à pas variable.
- La pratique a démontré qu’à vitesse angulaire égale, à poussée égale, puissance et vitesse égales, la surface d’un propulseur à air doit être environ douze fois plus grande que celle d’une hélice, mais ce rapport diminue lorsque les dimensions du navire augmentent.
- Lorsque des ailes semblables tournent régulièrement à une vitesse uniforme, il se fait un vide à l’avant et la différence de pression ainsi créée produit une poussée aussi grande que celle due à une hélice ordinaire tournant dans l’eau.
- A la suite de considérations qui ne sauraient trouver place ici, l’auteur arrive à établir que si un I
- propulseur aérien n’a pas un rendement satisfaisant comme ventilateur, il constitue, au contraire, un excellent appareil moteur, ce qui justifie son application à la propulsion des navires.
- Le croquis ci-dessus donne une idée générale des dispositions adoptées pour appliquer expérimentalement l’hélice aérienne à la propulsion des navires.
- Les premières expériences ont été faites en vue de déterminer le rendement de l’hélice aérienne comme moteur. Un petit hélicoptère a été construit aVec une feuille de tôle d’acier; il était à deux ailes, avait 30 centimètres de diamètre, un pas de 30 centimètres, une surface de 1,3 décimètre carré environ et pesait 01,35 (160 grammes) .
- Un homme de force moyenne pouvait imprimer à ce petit appareil une vitesse angulaire de 70 tours par seconde, et il était facile, connaissant son moment d’inertie par rapport à l’axe de rotation, de calculer la puissance vive qu’il possédait au moment du départ. En mesurant la hauteur à laquelle il pouvait s’élever, on en déduisait facilement le rendement, rendement qui a varié entre 60 et 70 I pour 100. Des expériences précises faites par M. Fre-
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- ninges, de Copenhague, ont donné 65 pour 100 pour valeur exacte du rendement dans ces conditions.
- MM. Dahlstrom et Lohman, de Copenhague, ont ^ ensuite adopté une hélice aérienne à un bateau à rames : la 'rame est un appareil de propulsion présentant un bon rendement en ce sens que l’action s’exerçant loin du bateau, les remous ne viennent pas augmenter la résistance au mouvement.
- Le bateau avait près de 5 mètres de longueur, lm,55 de largeur et était muni d’une hélice aérienne à trois ailes de lm,35 de diamètre et de 45 décimètres carrés de surface. Le propulseur aérien ne s’est pas trouvé inférieur à la rame, surtout si l’on tient compte des pertes dues à la transmission interposée entre l’arbre moteur et l’arbre de l’hélice. Avec un vent de côté, le propulseur aérien s’est montré un peu supérieur à l’aviron.
- Ces expériences ont été faites en septembre, octobre et novembre 1887. Il a toujours été possible à un homme tournant la manivelle de marcher contre le vent, et en modifiant le pas de l’hélice, il était toujours possible de maintenir la même vitesse angulaire, quelle que soit la force du vent et sa direction relativement au bateau.
- Avant cette expérience, il en avait été fait deux autres sur une plus grande échelle, avec des moteurs à vapeur. La première avait été entreprise par MM. Dahlstrom et Lohman, sur un petit bateau de
- 6 mètres de longueur; la seconde, par l’arsenal de la marine royale de Copenhague, sur la recommandation de M. Ram, Ministre de la marine. Ce dernier bateau avait un déplacement de 5 tonnes, 10m,3 de longueur et 2m,4 de largeur. Muni de son hélice à vapeur faisant 240 tours par minute et actionnée par un moteur à vapeur dont la puissance indiquée était de 11,5 chevaux-vapeur, la vitesse était de 7,3 knots par heure.
- L’hélice fut enlevée et remplacée par une hélice aérienne de 6 mètres de diamètre et une surface de 250 pieds carrés. Avec une vitesse angulaire de 30 tours par minute, la vitesse du bateau ne dépassa pas 4 knots par heure. En réduisant la surface des ailes à 150 pieds carrés et en changeant la forme des ailes, on obtint une vitesse moyenne de près de
- 7 knots par heure, et une vitesse de 6 knots par heure contre le vent dont la vitesse propre était de 18 pieds par seconde. Des expériences ultérieures ont démontré que la surface des ailes était encore six fois trop grande.
- Des expériences officielles eurent lieu le 27 juillet 1888 en présence du directeur des constructions navales, M. K. Neilson, et d’autres officiers qui suivirent la course dans un vapeur spécial. Les résultats obtenus furent sensiblement les mêmes que ceux fournis par les expériences préliminaires, et si l’on tient compte du fait que la corde qui transmettait le mouvement du moteur à l’hélice glissait fortement et dépensait environ 2 chevaux en frottements inutiles, sur les 11,3 chevaux indiqués du moteur,
- il semble établi dès à présent que l’hélice aérienne constitue un moyen de propulsion aussi économique que l’hélice ordinaire. Ajoutons que la charge du bateau était supérieure de 800 kilogrammes à ce qu’elle était lors des essais avec l’hélice ordinaire, que les dimensions de l’hélice aérienne étaient beaucoup trop considérables et que, construite à l’aide de toiles et de cordes, elle était loin de présenter les formes les plus favorables.
- Il y a donc lieu de reprendre et de continuer, dans des conditions plus favorables, les curieuses expériences dont M. Yogt a entretenu la section G de la British Association, sinon au point de vue de la propulsion des grands navires, du moins pour les petits bateaux de plaisance. Nous y voyons deux avantages qui ne sont pas à dédaigner. Le premier serait la facilité avec laquelle il serait possible d’adapter un'propulseur mécanique à une carcasse de bateau de forme quelconque sans toucher à la coque ; le second, plus spécial, a trait à l’emploi des accumulateurs électriques dans la navigation de plaisance. Il serait possible, en effet, par quelques modifications dans le couplage de la machine électrique motrice, d’utiliser l’hélice aérienne, pendant les repos, à la recharge des accumulateurs, en lui faisant jouer le rôle inverse de moulin à vent. L’hélice aérienne se trouverait ainsi chargée de restituer, pendant les arrêts, l’énergie fournie par les accumulateurs pendant le travail. Si le bateau ne doit servir qu’une fois tous les huit jours, il est probable qu’on trouvera pendant la semaine un vent assez fort et assez prolongé pour rendre, et au delà, les dépenses faites le dimanche. L’idée qui eut pu passer pour utopique avant les expériences de M. Yogt nous semble aujourd’hui très réalisable • et de nature à tenter les chercheurs. C’est ce qui nous a engagé à la signaler aux lecteurs de La Nature.
- ° ^ X..., ingénieur.
- ÉCLAIR EN BOULE
- OBSERVÉ A MONTIVILLIERS EN 1720
- La Nature a publié récemment plusieurs documents curieux sur des éclairs en boule observés à diverses époques, tant en France qu’à l’étranger1. Nous recevons à ce sujet d’un de nos correspondants, M. Ernest Dumont, la curieuse communication suivante :
- Un météore de même nature, survenu à Montivilliers, près du Havre, en 1720, a été soigneusement et naïvement décrit par les religieux bénédictins du lieu dans leur Registre journalier. Le récent incendie qui a failli détruire l’antique église abbatiale de Montivilliers ajoute à l’intérêt scientifique de cette description, un intérêt d’actualité.
- Yoici ce passage du Registre journalier -, au style et à l’orthographe duquel j’ai cru utile de ne rien changer :
- 1 Yoy. notamment, n° 808, du 24 novembre 1888, p. 415.
- 2 2e vol. (de 1660 à 1733) Ms. in-folio, à la Bibliothèque de l’Archevêché de Rouen.
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- « Le 24 du mois daoust de l’année mille sept cents vint, les chaleur estant fort grande, on entendit vn ton-nesre extreordinaire qui tomba dans le milieu de la court et paru ce séparer comme vn gros tourbillion de feu qui passa dans lorloge et entra dans la cuisine où il y auoit trois de nos religieuse, vne sr de chœur et deux srs con-uerse qui ce trouuèrent toutes entourez de flaine, cela ne dura q’vn moment, les laissant dans vn fort grand ef-froy, mais sans aucvnes blessure, seulement vn odeur de souffre extreordinhire dont toute la maisson fut remplie. Pour le globe de feu qui nous auoit parut entrer dans lorloge, il enfonsa plusieurs colonne de pière et de bois sans les brûler, ils estoient pourtant toutes noircie celon que len pouuoit suiure son chemin, il descendit dans vne petite niche de la Ste Yierge qui estoit doublée de papier doré, il le brûla tout entier sans faire aucvn domage à la très s'e mère de Dieu qui est dvn bois fort encien et qui représente nre Dame de pitié; il fut aussy dans vne ce-lule qui est tout auprès du petit autel de nostre Dame de pitié, il brisa vn chaplet qui estoit enfilé de laton et plusieurs éguilles de mesme métal qui estoient percez dans la natte, sans que la mesme natte fut endomagée en rien, seulement vn peu noircie, aussy bien que quels autres petis meubles qui estoient auprès de la table. »
- En commémoration de cet événement, les religieuses de Montivilliers instituèrent une procession qui eut lieu, jusqu’en 1792, le 24 août de chaque année.
- On cite un grand nombre d’exemples d’éclairs en boule ou de foudre globulaire, dans les traités de météorologie : les éclairs en boule sont parfois absolument inoffensifs. Le 10 septembre 1845, pendant un orage, un globe de feu se présenta sur le seuil d’une maison située dans le village de Salagnac (Corrèze) ; trois femmes l’aperçurent et, le virent rouler devant elles. Il éclata plus loin dans une étable.
- LE LIGNITE DE DIXMONT -
- V O N N E
- Le bourg de Dixmont, canton de Villeneuve-sur-Yonne, est situé à environ 9 kilomètres de cette ville dans la vallée du ruisseau, dit ru Saint-Ange,qui se dirige de l’est à l’ouest, et se jette dans l’Yonne à Villeneuve-sur-Yonne.
- Le terrain tertiaire mélangé d’une grande quantité de silex recouvre le terrain de craie, qui occupe tout le bassin de la Seine. Les fragments de silex, rares auprès de Yilleneuve-sur-Yonne, deviennent de plus en plus abondants en remontant le vallon vers Dixmont et au delà. Ces silex se manifestent généralement dans les départements de l’Yonne, sur la rive droite de cette rivière, de l’Aube, et de Seine-et-Marne, lorsqu’on est arrivé à la limite du terrain crétacé et du terrain tertiaire ; aussi ce dernier terrain se montre-t-il sur les flancs des coteaux qui bordent cette vallée, ainsi que sur le sommet des vastes plateaux qui forment la partie supérieure de ces coteaux et qui sont en général boisés. C’est au fond de ce vallon que commence une vaste forêt, dite forêt d’Othe, qui s’étend de là jusque dans le département de l’Aube ; le pla-
- Icau situé au nord de Dixmont s’étend jusqu’à la vallée où se trouve Cerisières, et le plateau situé au sud jusqu’à Joigny. Le terrain tertiaire, qui forme le sol de ces plateaux et de leurs flancs, se compose d’argiles et de sables qui paraissent à peu près contemporains, car sur un même point on voit souvent un puits donnant de l’argile à côté d’un autre donnant du sable.
- L’argile et le sable semblent alterner; l’ensemble donne lieu à des terres fortes, connues assez généralement sous le nom de terres de Brie, par opposition aux terres crayeuses, connues sous le nom de terres de Champagne. Les argiles, qui sont tantôt jaunâtres, tantôt blanches, tantôt veinées, sont utilisées pour la fabrication de la tuile dans les tuileries de Vaucre-chod, de la Fosse rouge et autres. Les sables sont le* plus souvent jaunâtres, parfois grisâtres, ou même blancs; quelques-uns semblent approcher, pour l’aspect, des beaux sables blancs de la montagne de Reims, dits sables de Champagne, qu’on utilise dans les verreries.
- Les deux plateaux, ainsi d’ailleurs que ceux qui sont dans la même situation géologique, se distinguent parfaitement, au premier aspect, des plateaux des terrains crétacés, en ce qu’ils sont profondément ravinés, ce qui explique la nature du terrain.
- Dans la partie inférieure des terrains tertiaires est un gisement de lignite, qui vient affleurer sur les flancs des ravins, et que divers travaux ont fait reconnaître, notamment à la Fontaine des Brins, près de Vaulevrier à la Monte-aux-Bœufs et près de Chapitre. C’est surtout au lieu dit la Fontaine des Brins qu’on peut bien l’observer, par suite des travaux considérables exécutés, et dont l’origine paraît ancienne. Cette localité est à très peu de distance de l’Enfourehure, ancienne abbaye qui avait été détruite longtemps avant 1789, maintenant ferme, située sur le ru Saint-Ange, à deux kilomètres environ de Dixmont. La mine de lignite existe dans un ravin ou plutôt une tranchée profonde, pénétrant dans le coteau sur les deux parois de laquelle se montre le gîte ; les terres en furent rejetées sur les deux flancs, et forment encore maintenant deux espèces de monticules. La tradition de la localité n’est pas uniforme en ce qui concerne les personnes auxquelles il faut attribuer ce travail. Il paraît certain qu’encouragés par la légende qui plaçait une source abondante dans cette localité appelée encore la Fontaine des Brins, les propriétaires du canal de flottaison alimenté insuffisamment par les étangs Saint-Ange commencèrent ce travail dans l’espérance d’augmenter la quantité d’eau du canal. Est-ce uniquement à cette recherche d’eau, qu’il faut attribuer tous les travaux qui furent faits à cette époque, ou doit-on croire que les explorateurs, frappés de la découverte du gîte de lignite que leurs travaux atteignirent, poursuivirent leur tranchée au travers du gîte pour l’étudier, c’est ce que l’on ne saurait affirmer, faute de documents; en tout cas il ne paraît pas qu’il ail été donné suite à cette découverte, c’est,
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- LA NATURE.
- d’après ce qui nous a été rapporté, vers 1839 que l’attention fut appelée sur ce gîte.
- Ce qui frappe le plus au premier aspect, en le visitant, c’est une masse d’arbres entre-croisés en tous sens, plus ou moins altérés; souvent ils paraissent assez bien conservés, seulement leur couleur est plus foncée que dans l’état naturel, quelques-uns offrent un aspect charbonné; ces arbres, d’après l’examen fait au Muséum, sont des châtaigniers. Ils se trouvent dans une masse de bois déjà décomposé dont la couleur générale est noire, avec des parties brillantes, mais qui passe souvent au brun, et paraît principalement formé de petites branches et de feuilles dans un état d’altération et de décomposition bien plus avancé que les arbres. Ce lignite noir offre parfois
- Fig. 1. —Bois fossiles d’une tranchée ouverte dans le lignile de Dixmont. (D’après une photographie.)
- LES
- ÉCLUSES GÉANTES DU CANAL DE PANAMA-
- U y a quelques mois, nous annoncions ici même comment la Compagnie du canal de Panama, afin d’arriver plus rapidement à la solution pratique de la grande question qui est son objectif, renonçait, temporairement tout au moins, à ouvrir un canal à niveau pour adopter le principe d’un canal à écluses géantes de 8 et11 mètres de chute1. Nous avons expliqué comment, par la construction de cette sorte d’énorme escalier hydraulique dont chaque sas d’écluse est une marche, et chaque tronçon de canal un palier, les navires seront portés vers le sommet de
- * Voy. n° 77.1. du 24 mars 1888, p. 200.
- assez de dureté, mais il est le plus souvent d’un aspect terreux et très friable.
- Nous avons visité récemment la mine de lignite de Dixmont qui est actuellement comprise dans la propriété de M. d’Eichthal, et nous avons cru devoir la signaler comme une curiosité géologique peu connue. Nous plaçons sous les yeux de nos lecteurs deux reproductions de photographies qui donnent une idée de ces tiges de troncs d’arbres fossiles que l’on y rencontre. La première (fig. 1) fait voir les troncs déchiquetés qui sortent du gisement remué par la pioche, la deuxième (fig. 2) montre quelques-uns des débris de bois que l’on peut en extraire, vestiges de forêts qui couvraient notre France bien avant les époques historiques. G. T.
- Fig. 2. — Morceaux de bois fossiles extraits du lignite de Dixmont. (D’après une photographie.
- la Cordillère et redescendus sur. l’autre versant, de l’Atlantique au Pacifique, ou inversement, dans un espace de temps variant de. dix-sept à dix-huit heures au maximum. Nous avons dit queM. Eiffel, le savant constructeur de la Tour de 300 mètres à l’Exposition de 1889, était finalement intervenu pour l’établissement de ces écluses à porte unique, glissant d’une seule pièce, perpendiculairement à la direction du canal, ainsi que pour la construction de leurs engins de manœuvre et des travaux d’excavation accessoires.
- Envoyant M. Eiffel prêter son concours à M. Ferdinand de Lesseps avec le sang-froid et la sûreté qui caractérisent ses œuvres, on n’a plus douté de la possibilité d’ouvrir la nouvelle grande route du globe à la date fixée, dans les conditions indiquées,
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- LA N AT IIR K.
- Fig. 1. — Construction à Nantes, des portes d’écluse du canal Interocéanique de Panama. Caisson roulant formant l’une des portes d’amont. Hauteur, 10”,08; longueur, 2i",156; épaisseur, ô“,01G. (D’après une photographie.)
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- LA N A TL HE.
- et l’on avait raison, si nous en jugeons par l’état actuel d’avancement de cette énorme entreprise.
- Où en est le travail d’établissement des écluses du canal de Panama? nous ont demandé nos lecteurs. C’est à cette question que nous nous proposons de répondre aujourd’hui, et pour donner un coup d’œil général sur le sujet, nous parlerons d’abord de la construction des portes d’écluses proprement dites, construction qui se fait en France, sous nos yeux, puis des travaux d’excavation auxquels leur mise en place donne lieu dans l’isthme, sur le terrain même.
- Construction des portes d'écluses. — Il a été convenu, dès la signature du contrat, que les portes d’écluses du canal de Panama et leurs engins, seraient exécutés en France et avec des matériaux français. C’est donc entre les usines de M. Eiffel, à Levallois-Perret, et les chantiers de la Loire, à Nantes, que cette besogne a été répartie. Tout récemment, le 10 novembre 1888, MM. Ferdinand et Charles de Lesseps, passant précisément à Nantes, visitaient le chantier où s’effectue une partie -du travail. Notre dessin (fig. 1), exécuté d’après une photographie, montre une des portes d’écluses, une porte d'amont de 10 mètres de hauteur, au moment du montage et de l’ajustage provisoire, en attendant l’expédition dans l’isthme.
- Rappelons que chaque sas d’écluse a deux portes, une à chaque extrémité. Les portes d’amont, telles que celle représentée par notre gravure, ont 24 mètres de longueur, 5 mètres d’épaisseur et 10 mètres de hauteur; elles pèsent 250 tonnes, se démontent en 110 morceaux, et déplacent 750 mètres cubes. Les portes d’aval, très analogues comme construction, ont aussi 24 mètres de longueur, mais 4 mètres d’épaisseur et 21 mètres de hauteur.
- Lors de la visite à Nantes de MM. de Lesseps, trois portes d’amont étaient terminées, dont une en montage, cinq autres démontées et prêtes à être expédiées. Cinq autres seront terminées dans cinq mois. Le nombre total des écluses prévues est, on s’en souvient, de dix, mais, si les travaux marchent très rapidement, la Compagnie du canal s’est réservé, jusqu’au 1er avril 1889, la faculté d’en réduire le nombre et de supprimer sur chaque versant l’écluse la plus élevée.
- Les portes d’écluses, d’amont ou d’aval, ne sont autre chose que de grands caissons métalliques à air comprimé, subdivisés en compartiments étanches, visitables à chaque instant. La partie inférieure du caisson est aménagée comme les chambres de travail qui servent à fonder les piles de pont à l’air comprimé; elle est ouverte par le bas, et, sur une hauteur de 2 mètres, ses parois sont raidies par des consoles verticales en tôle pleine. Un plafond percé de trois orifices correspondant à trois cheminées de visite verticales, limite cette partie inférieure au-dessus de laquelle le caisson est divisé en tranches horizontales par des poutres espacées de mètre en mètre. Les cheminées traversent tous ces compartiments et viennent aboutir à trois sas à air placés à
- la partie supérieure du caisson. Grâce à cette disposition, on peut, quand cela est nécessaire, visiter, au moyen de l’air comprimé, la chambre de travail du fond et débarrasser le seuil de tous les obstacles qui pourraient gêner la fermeture de la porte.
- En introduisant de l’eau dans les nombreux compartiments formés par les cloisons horizontales et verticales du caisson, on peut l’équilibrer, le lester, le faire flotter comme une sorte de navire, ou le faire appuyer sur le seuil de l’écluse, juste assez pour produire l’obturation étanche du sas, sans développer des frottements trop considérables lors de la manœuvre de la porte; cette manœuvre consiste à tirer la porte, guidée à sa partie supérieure par un pont roulant, en travers du canal pour le fermer, ou bien à la tirer en sens inverse pour ouvrir le canal, en faisant rentrer la porte dans le logement qui lui est ménagé dans la berge.
- Telle est la description succincte de ce système de portes d’écluses roulantes en forme de caissons rectangulaires. C’est celui qui s’applique le mieux aux grandes chutes, et M. Eiffel va en faire une des plus grandes applications, réalisées au canal de Panama. On peut cependant aller plus loin encore : des portes d’écluses de ce genre ont été étudiées à fond pour des chutes de 55 mètres, sont exécutables et seront probablement exécutées quelque part dans l’avenir. Avec des écluses de cette puissance, un navire franchirait en deux éclusées la hauteur des tours Notre-Dame à Paris! Nous le répétons, ce n’est point là une utopie ; il s’agit d’une étude faite et nous ne laissons que l’espoir de la réaliser, mais non celui de la concevoir, à nos successeurs dans la carrière de l’ingénieur.
- Dans l'isthme. — Le creusement des sas. — Pendant que les portes d’écluses et leurs accessoires se construisent en France, on s’occupe activement, dans l’isthme de Panama, de préparer leur logement et de creuser les sas. La fouille totale des écluses comporte 1240000 mètres cubes de déblais; sur ce chiffre, à la fin du mois d’août 1888, l’entreprise Eiffel avait déjà extrait 480565 mètres cubes, soit 59 pour 100 du volume total. Notre dessin (fig. 2) représente un de ces intéressants chantiers en cours d’exploitation. Pour ces travaux d’excavation, comme pour ses constructions en métal si caractéristiques, M. Eiffel emploie ses méthodes à lui, et elles sont remarquables. C’est au point qu’à la Culebra, à la fameuse grande tranchée de la Couleuvre qui a donné tant de peine, au début, à nos ingénieurs, grâce au mode d’attaque du terrain adopté, la production est devenue à peu près indépendante des variations météorologiques de ce climat brutal et capricieux.
- Dix chantiers d’écluses sont en active exploitation, les moyens d’exécution varient, mais le problème à résoudre par l’art de l’ingénieur est sensiblement le même : il nécessite une grande rapidité, une précision complète, sans fausses manœuvres, dans l’enlèvement des déblais, leur décharge et l’aménage-
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- ment final du terrain. Les dispositions prises ne diffèrent guère les unes des autres qu’en raison de la nature du sol et des difficultés locales inattendues. Elles peuvent se ramener à quatre méthodes principales : 1° l’attaque par puits; 2° l’attaque au gros matériel, avec chargement par grues; 5° l’attaque en grand avec transport sur plans inclinés ; 4° l’attaque dite mixte, avec transport des déblais par plans inclinés et par grues.
- Examinons-l.es rapidement.
- 1° Attaque par puits. — Un véritable puits vertical est ouvert dans le sol. Dans le fond de l’excavation, des mineurs aussi nombreux que le permettent les dimensions de la fouille, enlèvent à la pelle et à la pioche les déblais du sol effondré ou sauté à l’aide des explosifs; ils les chargent dans des bennes de 1 mètre cube de capacité. En haut de la fouille, sur le bord, des grues à vapeur de 4 tonnes de puissance, de 8 mètres de volée et de 6 mètres de hauteur de charge, remontent les bennes et les déversent dans de grands wagons qui vont les porter à distance, de façon à constituer les cavaliers longeant le canal.
- 2° Attaque au gros matériel et par grues. — Ici, deux groupes de voies se détachent de la voie principale du chantier : les unes descendent vers le front d'attaque de l’excavation pratiquée dans le sol avec une pente qui va jusqu’à 8 centimètres par mètre : les autres portent les déblais vers le lieu de décharge. L’attaque de l’excavation se fait en ouvrant tout d’abord dans le sol, sur toute la longueur du sas, un couloir ou cunette, puis en l’élargissant à droite et à gauche en battant au large, suivant l’expression technique. Les déblais sont emportés au dehors, soit par de petits wagonnets, soit par les bennes des grues placées au bord de l’excavation. Le terrain est affouillé par du gros matériel, terrassiers à vapeur ou excavateurs. Le rendement des grues varie dans ce cas, de 20 à 50 bennes de 1 mètre cube par journée de travail.
- 3° Attaque en grand et transport sur plans inclinés. — Dans cette méthode employée notamment au chantier n° 1 (Bohio) que représente notre gravure (fig. 2), la fouille est ouverte en grand sur toute sa surface ; les déblais sont enlevés avec du petit matériel Decauville jusqu’au pied de plans inclinés, disposés en écharpe, tous les 40 mètres environ, dans les talus de la fouille : ils sont ensuite remontés à l’aide de treuils Otis à vapeur, installés à quelque distance des crêtes; puis, arrivés au sommet, les wagonnets sont poussés à la décharge. Le rendement par treuil Otis est d’environ 50 mètres cubes par jour.
- 4° Attaque et transport par plans inclinés et par grues. — Sur quelques-uns des chantiers d’écluses, on emploie simultanément l’attaque centrale en cunette avec grues de chargement et l’attaque latérale à l’aide de plans inclinés et de treuils.
- Tels sont les modes d’attaque du terrain.
- Dans tous les chantiers indistinctement, les fouilles
- sont maintenues à sec au moyen de pompes centrifuges montées en crête des talus. A côté d’elles, des concasseurs mécaniques à vapeur préparent, dès maintenant, la pierre cassée qui sera nécessaire pour le bétonnage des bajoyers des écluses et en font d’importants approvisionnements.
- Ce bref aperçu montre la grande activité et la méthode qui régnent sur ces curieux chantiers : elles font bien augurer du résultat final.
- Max de Nansouty.
- LES INVENTEURS DE LA PHOTOGRAPHIE
- Lorsqu’une science comme la photographie fait les rapides progrès que l’on sait, on a une tendance à marcher toujours devant soi sans jeter un regard en arrière, à courir de découvertes en découvertes. On oublie même quelquefois les noms de ceux qui ont été les pionniers de la première heure, qui se sont engagés dans une voie inconnue sans pouvoir s’appuyer sur des travaux antérieurs, qui ont conquis les premiers résultats, en ont même prévu les conséquences futures, mais n’ont pu assister à la réalisation de leurs rêves entrevus.
- Pour nous qui, de par les travaux de nos ancêtres, grâce à l’héritage de faits et de connaissances qu’ils nous ont légué, avons pu obtenir des résultats peut-être plus importants mais avec plus de facilité, n’oublions pas combien est grande la part qui leur revient. Arrêtons-nous un instant pour les admirer, puis pour les étudier.
- En ce siècle, qui sera celui de la vapeur, de l’électricité et de la photographie, les progrès se succèdent les uns aux autres si rapidement, que bien des faits, signalés il y a longtemps déjà, restent ignorés, alors qu’on pourrait en tirer parti. Inutilisables ou impratiques à l’époque où elles ont été faites, certaines inventions peuvent aujourd’hui rendre les plus grands services.
- Nous allons faire ce travail rétrospectif en ce qui concerne la photographie, et le lecteur sera certainement satisfait de voir, parmi les découvertes de la première heure, celles qui ont survécu, celles qui n’ont eu qu’une durée éphémère, et enfin celles qui, après un temps d’arrêt, vont se développer à nouveau par suite des récents progrès accomplis.
- Dès le seizième siècle la propriété des sels d’argent, d’être influencés par la lumière, était signalée par G. Fabricius. Cet alchimiste avait en effet remarqué que la lune cornée (nom donné à cette époque au chlorure d’argent) noircissait à la lumière.
- Scheele, le célèbre chimiste, reprend plus tard ces expériences et prouve que la sensibilité de ce produit n’est pas la même sous l’action des divers rayons du spectre solaire.
- Senebier en 1782, Ritter en 1801, et Bérard en 1812, étudient cette même question, et c’est après les travaux de ces derniers qu’on put admettre, avec certitude, l’existence de rayons actiniques et de rayons non actiniques.
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- LA NATURE.
- Cette découverte est capitale, car elle permet de pouvoir manier sans danger les préparations sensibles, en se servant d’un éclairage non actinique, mais elle montre un des grands défauts de la photographie, défaut dont nous subissons toujours les conséquences. Les divers objets, suivant leur coloration, seront absolument différents au point de vue de l’actinisme. Alors que les uns seront reproduits avec la plus grande facilité, les autres ne le seront qu’au prix de sérieuses difficultés. S’ilsse trouvent mélangés comme dans un paysage, et ce sera le cas le plus ordinaire, on éprouvera des obstacles pour ainsi dite insurmontables pour les reproduire en valeur relative vraie. Aussi, ne saurait-on trop encourager les études de Vogel et de Attout Tailfer qui ont pour but, en introduisant certaines substances dans la couche photographique, de la rendre également sensible aux divers rayons. Les résultats obtenus déjà dans cette voie semblent prouver que l’inactinisme de certains rayons du spectre ne sera pas toujours un obstacle au point de vue de leur reproduction.
- Les premiers essais d’utilisation des propriétés des sels d’argent pour obtenir des images sont faits par le physicien français Charles. En 1780, il reproduisait à son cours des silhouettes sur une feuille de papier imprégnée de chlorure d’argent. La source de lumière employée était un faisceau de rayons solaires. Davy et Wedgwood continuent ces expériences en Angleterre, mais il nous faut aller jusqu’en 1814 pour trouver la première image faite à la chambre noire.
- Joseph-Nicéphore Niepce s’occupe de ce problème si important et reçoit l’image de la chambre noire sur une plaque métallique recouverte d’une mince couche de bitume de Judée. Dans les grandes lumières, le bitume devient insoluble dans ses dissolvants habituels, tandis qu’il reste soluble et disparaît dans les autres parties. L’image apparaît formée d’une part par le métal mis à nu et de l’autre par le bitume resté insoluble. Le procédé était fort long et il ne fallait pas moins de 8 à 10 heures d’exposition en plein soleil ; mais il est incontestable que les essais de Niepce donnèrent la première image photographique.
- Niepce utilisa la même réaction pour obtenir des
- planches, en impressionnant la plaque recouverte de bitume sous une gravure ou un dessin rendu transparent. On remarquera que les procédés de Niepce, bien perfectionnés, sont aujourd’hui d’un usage courant dans les arts d’impression.
- baguerre s’occupa aussi de son côté du même problème et il se trouva mis en rapport avec Niepce par l’intermédiaire de Charles Chevalier, l’opticien bien connu.
- En 1829, les deux inventeurs mettent leurs recherches et leurs procédés en commun. On ignore absolument le résultat de cette collaboration qui fut brusquement interrompue par la mort de Niepce survenue en 1805. Daguerre poursuivit seul ses études ; elles aboutirent au procédé universellement connu qui porte son nom, le daguerréotype. Il ne faut pas oublier cependant que Daguerre avait eu entière communication des travaux de Niepce et que la belle découverte à laquelle il donna son nom seul, était inspirée au moins en partie des idées de Niepce. La chose ne fit de doute pour personne, et ce lut avec satisfaction que sur la proposition d’Ara go l’on vit décerner une récompense nationale aux inventeurs de la photographie Daguerre et Isidore Niepce, fils de Nicé-phore Niepce et héritier de ses droits.
- Le bruit fait autour de la découverte de Daguerre fit oublier un peu les travaux d’un chercheur modeste, M. Bayard, qui antérieurement à la découverte du daguerréotype, obtint et exposa1 même des épreuves obtenues directement à la chambre noire. Son procédé est du reste essentiellement différent de celui de Daguerre, et bien qu’il ne l’ait pas divulgué en temps voulu, il serait injuste de ne pas le mentionner.
- La même année, Talbot qui poursuivait les recherches de AVedgwood et de Davy, donne des méthodes fondées sur l’emploi du chlorure d’argent, indique le fixage des épreuves à l’iodure de potassium et montre que d’autres corps que la vapeur de mercure peuvent développer l’image latente.
- A côté de ces découvertes de premier ordre, il n’en faut pas passer sous silence d’autres qui,
- 1 24 juin 1839. Salle des commissaires priseurs de la rue des Jeûneurs dans l’exposition organisée au bénéfice des victimes du tremblement de terre de la Martinique.
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- (]iioique moins importantes au-point de vue théorique, ont eu au point de vue pratique des conséquences considérables.
- r/est ainsi qu’Herichel indique en l8ot) l'usage de l hyposulfite de soude pour lixer les images. Ce sel est encore d’un usage quotidien en photographie, et rien ne l'ait prévoir qu’il soit de sitôt remplacé. En 1848, Niepce de Saint-Victor, neveu de Nicéphore Niepce, propose le verre comme substratum de la couche sensible.
- Les efforts des chercheurs, comme nous venons de le voir, se sont donc surtout portés au début sur l’obtention de l’image à la chambre noire : Niepce, qui obtient la première image; Bayard dont le procédé original n’a eu que peu de notoriété; Daguerre, qui
- Fig. 2. — Daguerre. — Monument élevé à Cprmeilles-én-Parisis, le 26 août 1883.
- pour remplacer le colloiion ou l’albumine dans l’obtention des couches sensibles. Personne n’ignore que c’est ce corps qui, en combinaison avec le bromure d’argent, compose les glaces au gélatino-bromure dont la rapidité, vraiment merveilleuse, a permis un développement inespéré dans les applications de la photographie aux diverses sciences.
- La France, à qui on ne peut disputer un instant l’honneur de la découverte de la photographie, en a doté le monde civilisé en achetant aux premiers inventeurs leurs procédés qui auraient pu demeurer inconnus du public. Mais elle a encore fait plus : sur l’initiative de personnalités éminentes du monde photographique ou de sociétés savantes, des monuments ont été élevés à ces travailleurs, à ces chercheurs, afin de perpétuer leur mémoire.
- trouve l’image latente et le daguerréotype; et enfin Talbot, à qui on doit le premier négatif.
- Parmi ceux qui se sont occupés de la production de l’image positive obtenue d’après le négatif, nous nommerons celui dont le nom, bien peu connu en dehors du monde photographique, domine tous les autres par l’importance de ses travaux et les résultats féconds qui en ont été la conséquence : c’est de Poitevin que nous voulons parler. C’est à lui qu’on doit l’étude complète des réactions de la gélatine bichromatée, étude d’où sont sortis les divers procédés de tirage aujourd'hui si employés : la phototvpie, la photoglyptie, la typographie photographique, etc.
- C’est lui qui indiqua aussi l’emploi de la gélatine
- Fig. 5. — Poitevin.— Monument élevé à Saint-Calais (Sarthe), le 7 septembre 1883.
- Maintenant que nous pouvons apprécier plus justement l’importance des résultats qui ont été la conséquence de leurs découvertes, nous exprimerons un regret : c’est que ce s monuments n’aient pas toute l’importance voulue. Mais on le sait, les découvertes de la science ne sont pasvcelles qui font le plus de bruit, qui sont le mieux récompensées : les résultats ne sont pas toujours immédiats et souvent le pauvre inventeur est déjà oublié lorsqu’on s'aperçoit des résultats tous les jours de plus en plus considérables de son œuvre.
- Nous mettons sous les yeux du lecteur les reproductions des monuments élevés à nos compatriotes français. Espérons que nos voisins d’outre-Manche, qui sont grands amateurs de photographie, n’oublieront pas leur compatriote Talbot.
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- Voyons maintenant ce qu’il reste de ces différentes découvertes. Le procédé de Niepce n’était pas pratique et ne le serait pas davantage aujourd’hui à cause de son excessive lenteur, mais cet inventeur a montré la possibilité de reproduire les images de la chambre noire. Ses essais d’héliogravure ont été le point de départ de procédés très importants, la photogravure, la zincographie, etc., qui sont employés journellement.
- Le procédé de Daguerre n’existe plus que comme curiosité historique, mais ce qui restera impérissable, c’est sa découverte de l’image latente. On a pu modifier les procédés pour la développer, mais tous les procédés actuels sont basés sur la production de cette image.
- Talbot, outre divers procédés de développement de l’image latente, nous a donné l’image négative qui est en somme la base de la photographie. C’était du reste le grand défaut du procédé de Daguerre que cette image unique et, qui plus est, renversée ; avec le négatif, l’image peut être multipliée à l’infini et se retrouve dans le vrai sens.
- Quant a Poitevin qui a eu surtout pour but la production de l’image inaltérable, son œuvre reçoit actuellement une consécration définitive. Les divers procédés dont il est le père se développent sans cesse, et grâce à eux la photographie prend de jour en jour une place plus importante dans les arts d’impression.
- L’emploi du verre indiqué par Niepce de Saint-Victor avait détrôné le papier comme support, et jusqu’à ces dernières années, il paraissait régner en maître. Mais à côté de sa planité et de sa transparence exquise il y a deux inconvénients très sérieux, (pii sont la fragilité et le poids.
- Maintenant que l’usage de la photographie s’est répandu dans toutes les classes de la société, que l’appareil parcourt le monde entier, ces deux défauts occasionnent bien des ennuis et des déboires. Aussi a-t-on une tendance à reprendre le papier comme support de la couche sensible. C’est, comme on le voit, un retour complet en arrière. Il est vrai que dans l’intervalle, on a acquis des préparations d’une sensibilité exquise, et que le nouveau papier n’a plus les lenteurs de l’ancien.
- Le papier nous paraît donc devoir reprendre une place importante en photographie ; c’est lui qui remplacera le verre dans la plupart des cas.
- Son emploi nécessitera des modifications dans le matériel, car il est possible de l’employer en longues bandes montées sur des rouleaux, l’un qui porte le papier avant l’impression, et l’autre qui le reçoit après.
- La Nature a déjà donné la description de plusieurs de ces appareils très intéressantsi. Néanmoins nous ne pouvons passer sous silence que l’idée du châssis à rouleau remonte à l’époque du papier ciré. Si elle n’est pas restée dans la pratique journalière, c’est que le manque de sensibilité du papier ne permettait pas de
- ! Voy. n° 788, du 7 juillet 1888, p. 91.
- faire beaucoup d’épreuves en une journée. Aujourd'hui il en est autrement, et dans certains cas un amateur peut être heureux d’avoir sous la main une réserve importante de préparations sensibles1.
- Nous conclurons en engageant vivement nos collègues en photographie à étudier la genèse de cette science; ils y trouveront de nobles exemples, et bien des faits qui sont restés stériles, et qu’ils pourront utiliser grâce aux progrès réalisés.
- Albert Londe.
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- CHRONIQUE
- Le recueille-poussières. — M. Jouanny a récemment présenté à la Société d’encouragement un appareil pour recueillir les poussières dans les ateliers. Le recueille-pous-sières fonctionne dans son usine et récolte les parcelles de cuivre (ou or faux) provenant de l’époussetage des rouleaux dorés. L’appareil se compose d’une cloche renversée et maintenue en immersion dans un réservoir de liquide. A la partie supérieure un tuyau mis en communication avec un ventilateur amène dans la cloche l’air chargé de poussières. A la partie inférieure, la cloche est percée d’une couronne de petits trous de cinq à six millimètres, le niveau du liquide est maintenu de quatre à cinq centimètres supérieur à ces trous. A la mise en marche du ventilateur le niveau du liquide s’abaisse à l’intérieur de la cloche et l’air chargé de poussières s’échappe en se divisant par les trous percés sur son pourtour. Dans leur mouvement ascensionnel, ces bulles d’air barbotent dans le liquide, lequel s’empare des poussières qui, grâce à leurs densités, se précipitent au fond du réservoir. Un flotteur maintient constant le niveau du liquide ; un bouchon de vidange permet de recueillir les poussières précipitées. Le « recueille-poussières » est appelé à rendre les plus grands services aux industries qui ont intérêt à récolter des poussières de prix, tels que les doreurs; d’autre part, au point de vue de l’hygiène, il rendra res-pirable l’air de quantités d’ateliers dont les poussières en suspens encombrent ou détériorent même les pourrions des ouvriers ; dans certains cas, lorsque l’usinier ne trouvait d’autre moyen de se débarrasser de poussières nuisibles que de les répandre dans l’air extérieur au détriment des cultures et des voisins, le « recueille-poussières » permettra d’éviter de pareilles ruines. Enfin, en rendant courant le liquide d’immersion, l’appareil, tout en restant « recueille-poussières », se transformera à volonté en « re-froidisseur » ou en « réchauffeur ».
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 novembre 1888. — Présidence de M. Janssen.
- Traction individuelle des bateaux. — Un des plus grands desiderata de l’industrie des transports est un mode de traction s’appliquant aux bateaux qui naviguent sur les rivières et sur les canaux sans les obliger à se grouper en convois comme c’est le cas actuellement. La perte de temps inhérente au transport en commun est rendue bien sensible par cette remarque que les compa-
- 1 Autre exemple : La Nature donnait dernièrement la description du diaphragme iris; cet appareil avait été construit par Niepce et se trouve au Musée de Châlons. Il était resté dans l’oubli depuis cette époque, et nous sommes heureux que M. Laverne ait pensé à le remettre dans la pratique.
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- LA .NAT UHE.
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- gaies de chemins de fer demandent de 6 à 8 francs pour transporter des marchandises qui n’ont à faire qu’un trajet effectif de 12 à 18 heures. L’idéal serait de permettre à des bateaux de tous systèmes, sans addition d’aucun appareil, de s’atteler au moteur toujours prêt, pour le quitter dès qu’ils seraient parvenus au but de leur voyage. M. Maurice Lévy se flatte d’avoir imaginé une disposition qui, d’après les expériences faites dès maintenant à Joinville, satisfait aux conditions du problème. On dispose le long du cours d’eau, et de 10 kilomètres en 10 kilomètres, des machines fixes destinées à mettre en mouvement un câble télodynamique, disposé au-dessus du sol à la manière des fils télégraphiques. On pourra, dans quelques cas, faire des barrages pour utiliser les chutes d’eau comme force motrice ; mais les bénéfices à réaliser sont si grands, que l’économie du charbon est tout à fait insignifiante. Une disposition ingénieuse permet d’atteler et de dételer instantanément les bateaux, et l’auteur a prévu une foule d’autres conditions qu’il décrit avec soin. La vitesse qu’on peut utilement atteindre, est de moitié plus grande que celle des chevaux do halage, et on peut supposer que la dépense actuelle sera réduite à moitié. Si l’on ne rencontre pas de mécompte, la nouvelle invention produira donc une véritable révolution économique.
- Géologie provençale. — Parmi les traits les plus frappants de la constitution du sol à Allauch, près de Marseille, M. Marcel Bertrand signale l’existence d’un amas d’argile rouge et de cargneule encastré dans la craie blanche et dont l’âge est évidemment triasique. À première vue, cet accident qui s’étend sur 5 kilomètres de longueur avec quelques mètres seulement d’épaisseur, parait avoir des caractères liloniens. Mais les études de l’auteur le conduisent à y reconnaître une bande anticlinale qui a été étii'ée. C’est donc un nouvel exemple de pli renversé dont la signification est tout d’abord rendue plus obscure par les dénudations subies par la sui’face du sol.
- Élection. — Le décès de M. Hervé Mangon ayant laissé une place vacante dans la section d’économie rurale, la liste de présentation portait, en première ligne, M. Duclaux; en deuxième ligne, ex œquo, et par ordre alphabétique, MM. Chambrelent et Muntz. Les votants étant au nombre de 56, M. Duclaux est élu par 30 voix contre 26 données à M. Chambrelent.
- Le tremblement de terre de Ligurie. — Le rapport officiel rédigé par M. Issel, sur la catastrophe sismique du 23 février 1887, constitue un beau volume in-8°, avec quatre planches et une grande carte -en couleur. La première partie est relative à l’exposé de la géologie locale que l’auteur a tant contribué à faire connaître et la seconde, débute par un catalogue des sismes éprouvés antérieurement par la région. Vient ensuite la description du phénomène examiné à tous les points de vue, et un ensemble de conclusions que les géologues devront avoir à l’avenir en très sérieuse considération.
- Causeries scientifiques. — Notre très distingué confrère, M. Henri de Parville, adresse le vingt-septième volume de ses Causeries scientifiques, relatifs à l’année 1887. On connaît la méthode de l’habile vulgarisateur dont l’ouvrage est bien loin de faire double emploi avec l'Année scientifique de M. Louis Figuier. M. de Par-ville ne se regarde pas en effet comme obligé de résumer tout ce qui s’est produit ; il choisit et donne à certains sujets qu’il préfère une forme artistique en même temps que savante. La classification des matières n’apparaît que
- dans l’excellente table qui termine le volume ; mais les chapitres successifs, abordant chacun à son tour des sujets très variés, l’estent d’une lecture aussi facile et aussi attrayante qu’instructive et profitable. Le suedès des Causeries n’est plus à faire; le nouveau volume ne peut que l’accentuer de plus en plus.
- Nouveau bacille. — Tout le monde a vu les excroissances ligneuses qui apparaissent sur les branches du pin d’Alep avec une forme sphéroïdale et une grosseur qui peut dépasser celle d’un œuf de pigeon. D’après M. Guillemin, de Nancy, dont le travail est analysé par M. Duchartre, cette hypertrophie du tissu ligneux résulte de la multiplication d’un bacille particulier qui pénètre à travers l’écorce jusqu’à la couche génératrice et y développe une sorte spéciale d’irritation. Le hêtre doit donner lieu, suivant nous, à des observations analogues.
- Centenaire de la Société philomatique. — Le 10 décembre, la Société philomatique aura cent ans et elle se propose de célébrer cette date par un banquet. A la même occasion, elle a édité un volume que son président actuel, M. de Quatrefages, dépose sur le bureau et qui contient 34 Mémoires originaux et 24 planches.
- Varia. — M. Soret, de Genève, étudie l’influence des surfaces d’eau sur la polarisation atmosphérique. — Un nouvel èlectromètre qui peut s’appliquer à la mesure des courants alternatifs est décrit par M. Blondlot. — M. Ch. Brongniart pense que les péronosporées pourraient être appliquées à la destruction de certains insectes et spécialement des acridiens de l’Algérie. — Une méthode photographique est appliquée par M. Le Chatelier à la mesure des coefficients de dilatation aux températures élevées. — Une collection de douze photographies représente l’ensemble et les détails de l’Institut antirabique de Rio-Janeiro. Stanislas Meunier.
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- PHYSIQUE AMUSANTE
- LA FEMME INVISIBLE
- À la fin du siècle dernier et au commencement du nôtre, une expérience fort curieuse, et qui passait aux yeux des esprits crédules pour merveilleuse, obtint à Paris un succès extraordinaire. La représentation avait lieu à l’ancien couvent des Capucines (il y eut bientôt une concurrence rue des Prêtres). Le spectateur pénétrait dans une salle bien éclairée, où devant une fenêtre, un coffre était suspendu par quatre chaînettes de laiton attachées à l’aide de nœuds de ruban. Le coffre, enfermé dans un grillage à jour, était muni de deux vitres qui permettaient de voir par transparence qu’il était absolument vide intérieurement. A l’une de ses extrémités était fixé un porte-voix métallique. Le spectateur parlait dans ce porte-voix, une voix sourde lui répondait; quand il approchait sa figure, il y sentait même l’action d’un souffle mystérieux. 11 présentait un objet quelconque devant le cornet métallique, et demandait à la voix de le lui désigner. Aussitôt la réponse sortait du tuyau acoustique. Le coffre était suspendu librement au plafond, on pouvait le faire balancer à l’extrémité de ses chaînes : il était vide,
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- LA NATURE.
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- isolé dans l’espace. On se perdait en conjectures sur le secret de l’expérience ; parmi les hypothèses invraisemblables qui prenaient naissance, on parlait même de Y invisibilité d’une personne, obtenue par des procédés inconnus.
- Comme il en arrive dans ces sortes de supercheries, il n’y avait là qu’une ingénieuse application des principes de la science. Un physicien, E.-J. Ingan-nato, révéla le mystère dans une brochure publiée en 1800, sous le titre: La Femme invisible et son secret dévoilés. Cet opuscule," devenu rare, a pour frontispice la gravure que nous reproduisons ci-contre et qui explique toute l’expérience. La Femme invisible du couvent des Capucines s’appelait Françoise, et voici la légende explicative qui est gravée sous la gravure originale : « — Le curieux : Françoise , qu’est - ce que je tiens dans la main?—Françoise, après avoir regardé par son petit judas 0 :
- Un bâton crochu.
- — Toute l'assemblée à la fois :
- C’est incompréhensible ! »
- Ingennato,dans sa brochure, explique qu’au dessus du plafond, il y avait une chambre basse, presque obscure où se tenait F rançoise; elle regardait l’objet qu’on lui présentait à travers une petite ouverture D, habilement dissimulée à l’aide de la suspension d’une lampe et répondait par le tuyau acoustique BBB, caché dans le mur. Le son traversait l’espace de 0m,15 environ qui séparait le tuyau acoustique du porte-voix de la boîte.
- Nous reproduisons du reste, en respectant sa naïveté, l’explication de la planche, telle que la donna Ingennato :
- « A. — La Femme censée invisible. — B. Tube avec lequel elle fait entendre des paroles dont le son vient aboutir en face de la seconde ouverture du cornet acoustique. — C. Seconde ouverture ou se-
- cond pavillon du cornet acoustique. — 1). Petit tasseau cloué au plafond pour soutenir une lampe inutile, et percé d’une mortaise. Cette mortaise qu’on a rendue ici beaucoup plus visible qu’elle ne l’est réellement, pénètre le plancher de la chambre haute, et c’est parle petit judas qu’elle forme, que la Femme invisible regarde les objets avant de les nommer. — E. Grillage qui entoure le coffre censé recéler la femme invisible. Quoiqu’il soit bas dans la planche, il se prolonge jusqu’au plafond. — F. Coffre qui passe pour contenir la Femme invisible, et fait la pièce ! principale du mystère. — G. Chambre haute où est réellement la Femme dite Invisible, quoiqu’on assure bien le contraire au public. — H. Mur de la chambre haute et de la chambre basse, dans l’épaisseur duquel on a pratiqué une rainure pour y insérer le tube de communication B. Ce tube est montré ici à découvert, quoiqu’il soit masqué par un récrépissement, lequel est très mince et percé de trous imperceptibles en face de son orifice inférieur qui est évasé. »
- La Femme invisible exprimait les sons avec ménagement sans les bien articuler; elle s’exerçait à donner à sa voix des inflexions étouffées qui étaient renforcées par le tuyau métallique de la boîte. 11 semblait que les sons sortaient bien réellement de la boîte merveilleuse1. En consultant les journaux de l’époque on trouve de nombreuses hypothèses faites au sujet de cette expérience qui avait véritablement frappé la crédulité populaire.
- A Nous renvoyons nos lecteurs à des expériences du même genre dont nous avons précédemment donné la description. Voy. n° 509, du 3 mars 1885, p. 221.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Heurus, à Paris.
- La Femme invisible et sou secret dévoilés. Fac-similé d’une gravure de l’an VIII.
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- N° 810. — 8 DÉCEMBRE 1888.
- LA NATURE.
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- LES ÉCLAIRS
- LEUR REPRODUCTION PAR I,A PHOTOGRAPHIE
- Quand on envisage les diverses sciences physiques, on constate que les progrès de l’une d’elles
- ne manquent généralement pas d’apporter des ressources aux autres, et que toutes les branches du savoir humain se développent en quelque sorte parallèlement, se prêtant un mutuel appui. Que de fois n’avons-nous pas eu l’occasion de faire remarquer déjà combien la photographie moderne
- Fig. 1. — Reproduction d’une photographie d’éclairs obtenue aux États-Unis par M. A. II. Binden, le 25 juin 1888, à 8 h. 1/2 du soir.
- devient un outil précieux entre les mains du savant quel qu’il soit, astronome, naturaliste, physicien ou météorologiste? La photographie enregistre des phénomènes que notre œil ne saurait apercevoir. On conçoit que l’exactitude de ses méthodes, soit appelée à transformer fréquemment des doctrines antérieures. C’est ce qui arrive dans le cas des photographies des éclairs, au sujet desquelles nous avons déjà appelé l’attention des lecteurs1.
- Nous reviendrons encore sur cette question en raison de quelques nouveaux résultats obtenus.
- Arago, dans sa célèbre notice sur le tonnerre, a écrit un chapitre assez détaillé sur les éclairs en zigzag. « Ordinairement, dit l’illustre astronome, ces éclairs dessinent dans l’espace les zigzags les plus pronon-
- 1 Voy. n° 602, du 13 décembre 1884, p. 52 ; n° 552, du 29 décembre 1883, p. 76.
- 17e année.. — 1er semestre.
- cés )). D'après Arago, d'après Ivaemtz et les météorologistes de la même époque, il est rare que les éclairs
- en zigzags soient ramifiés, et l’on citait comme exceptionnels ceux qui se divisaient en deux ou trois rameaux. Quelles modifications les photographies des éclairs ne vont-elles pas apporter dans leur description? Les ramifications dont notre œil est impuissant à constater la présence, et dont on serait tenté de nier l’existence, sont au contraire si nombreuses qu’il est difficile de les compter. La photographie nous les montre dans leurs détails. On en jugera par la magnifique épreuve que nous reproduisons ci-dessus (fig. 1) et qui est assurément l’une des plus belles que nous ayons vues sur les éclairs. Cette photographie a été faite aux Etats-Unis, à Wakefield (Massachusetts). Elle a été obtenue par M. A. H. Binden, le samedi 23 juin 1888, entre 8 et 9 heures du
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- Fig. 2. — Reproduction d’une photographie d’éclairs obtenue à Paris par M. Félix Burle, ingénieur, le 22 juillet 1888, à 10 h. du soir.
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- soir. Nous en devons la communication à l’aimable et sympathique archiviste-bibliothécaire de la Société de géographie, M. J. Jackson, auquel nous adressons ici nos sincères remerciements.
- En examinant la ligure, où notre graveur a reproduit les plus petits détails de l’épreuve, on voit que, dans la partie la plus éclairée du ciel orageux, trois rameaux principaux, et probablement les seuls qui aient été visibles à l’œil, descendent des hautes régions, jusqu’à terre; les branches qui s’en détachent de toutes parts sont presque innombrables. Il est curieux de faire remarquer qu’un éclair formant un sillon unique, s’observe d’un côté du ciel, tandis que d’autres branches isolées se voient à droite. Il se peut que des rameaux existant, n’aient pas sensibilisé la plaque sur les bords moins impressionnés du cliché. Si la photographie a ses avantages, elle offre aussi ses inconvénients, et elle peut parfois donner lieu à des illusions.
- Notre figure 2 reproduit une photographie qui a été d’autre part obtenue à Paris lors de l’orage du dimanche 22 juillet 1888, à 10 heures du soir. L’expérience a été faite par M. Félix Burle, ingénieur, qui a eu l’obligeance de nous communiquer ses résultats. L’appareil, placé à une fenêtre de la rue Boursault, à Paris, était orienté dans la direction de la Butte Montmartre. Des branches multiples se détachent du ciel, et il est facile d’y apercevoir encore plusieurs rameaux.
- On voit que ces études offrent un réel intérêt; il ne nous paraît pas douteux qu’elles n’apportent à la science, des notions absolument nouvelles, quand les documents seront plus nombreux l.
- Gaston Tissandier.
- L’ECLIPSE DE SOLEIL
- DU -Tr JANVIER 1889
- Le 1er janvier 1889, il y aura une éclipse totale de soleil, visible en Californie et dans l’Atlantique boréal. La ligne d’ombre ira mourir aux îles Aléoutiennes. Cette éclipse sera totalement invisible en Europe, mais elle n’en sera pas moins intéressante pour nous. 11 n’y aura plus jusqu’à la lin du siècle que cinq éclipses totales, dont une se produira le 22 décembre de l’an prochain. La ligne d’ombre totale passant près de San-Francisco, il n’est pas étonnant que l’Observatoire Lick s’occupe d’organiser trois ou quatre stations sur le parcours. 11 en sera de même du Coast Survey, du Yale College et de plusieurs institutions scientifiques de l’autre côté de l’Atlantique. Harvard Col-
- 1 II ne nous paraît pas inutile de rappeler ici la classification des éclairs telle que la donne Arago dans son chapitre Y du tonnerre. Arago divise les éclairs en trois classes : 1° Eclairs en zigzag ou de la première classe. Leur nom indique leur forme. Ce sont ceux qui se divisent parfois en deux ou trois branches. I/auteur n’admet pas qu’il y en ait davantage. 2“ Eclairs de la seconde classe. La lumière de ces éclairs, au lieu d’ètre concentrée dans les traits sinueux presque sans largeur apparente, embrasse au contraire d’immenses surfaces. Ces éclairs paraissent quelquefois n’illuminer que les contours des nuages d’où ils émanent. 3° Éclairs de la troisième classe. Ils affectent la forme sphérique et constituent les globes de feu.
- lege restera fidèle à sa spécialité et enverra des expéditions maritimes, dans le but d’observer l’éclipse sur la partie navale de la trajectoire. Un s’attend à des opérations très difficiles. En effet, le mois de janvier correspond en Californie à la saison des pluies. Il est presque inutile de dire que les opérations consisteront en clichés photographiques et en observations spectroscopiques. Les premières auront pour but de déterminer les apparences, et les secondes d’analyser la nature chimique, tant des protubérances que de la couronne et de la photosphère. Enfin, des études spéciales aurontlieu pour la recherche de la planète intra-mercurielle, à l’existence de laquelle le grand Le Verrier a cru jusqu’à son dernier soupir, et que l’on recherche avec tant d’action depuis les observations du Dr Lescarbault, et de feu M. Wadson. Un certain nombre d’expéditions scientifiques seront envoyées en Amérique par les gouvernements étrangers.
- SOMMEIL LÉTHARGIQUE
- CHEZ UNE HIRONDELLE
- Dans sa dernière séance, la Société des naturalistes a entendu une fort curieuse communication de M. Leroux sur un fait affirmé et discuté à plusieurs reprises : la possibilité pour les hirondelles et les martinets de passer l’hiver entier dans nos climats, plongés dans un sommeil léthargique comparable à celui des animaux hibernants.
- A l’appui de sa communication, M. Leroux a montré à la Société une hirondelle vivante dont il a raconté l’his<* toire.
- Cette hirondelle, abattue par le fouet d'un cocher au mois d’octobre dernier, était tombée dans la boue et ne pouvait reprendre son vol; elle fut recueillie par un enfant, lavée et enveloppée dans un rouleau d’ouate qui, déposé dans un tiroir, y fut oublié.
- Or, il y a quelques jours, le rouleau fut retiré par hasard et l’hirondelle fut trouvée vivante, bien qu’endormie dans un sommeil léthargique.
- Devant les membres de la Société, l’oiseau a été réveillé et rendu à la liberté.
- Plusieurs zoologistes du siècle dernier ont affirmé avoir rencontré pendant l’hiver, dans des trous de murs, dans des grottes ou des cavités analogues, des hirondelles et des martinets plongés dans un sommeil hibernal.
- Quelques-uns d’entre eux en avaient même déduit que lès hirondelles n’émigraient pas et que toutes se réfugiaient dans des cavernes pour passer l’hiver.
- C’est une erreur, mais actuellement on admet que les hirondelles perdues, ou ayant manqué le départ général à l’automne, restent dans nos climats pendant tout l’hiver, et se réfugient dans quelque abri, où, sous l’influence du froid qui les engourdit, elles s’endorment pour plusieurs mois et ne se réveillent qu’au printemps, à l’apparition des premiers rayons chauds du soleil1.
- LA HAUTEUR DES VAGUES
- ET LEUR VITESSE
- La hauteur à laquelle peuvent atteindre les vagues dans une tempête est une question fort controversée ; les doutes qui subsistent à cet égard proviennent principa-
- 1 D’après la Reçue de VHypnotisme.
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- LA NATURE.
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- lement de la difficulté qu’on a, du moins pour les vagues de pleine mer, à trouver un point de comparaison. Nous ne parlons point, bien entendu, des paquets de mer déferlant sur la côte, sur un rocher, sur un obstacle fixe comme un phare; elles peuvent atteindre des hauteurs extraordinaires.
- M. Buchanan, ancien membre de l’expédition du Challenger, a fait récemment une campagne de sondages à bord d’un vapeur appartenant à la Compagnie India Rubber, Gutta-Percha and Telegraph Works, de Sil— vertown, vapeur chargé d’étudier la pose d’un câble sous-marin allant à Saint-Paul de Loanda. Ils se trouvèrent, en mars, tout près de l’Ascension, par 10 brasses d’eau. Il soufflait un vent de nord-ouest, d’ailleurs si violent qu’on avait dû hisser au port de l’Ascension le signal interdisant l’entrée. M. Buchanan a fait une série d’expériences pour déterminer le volume et la rapidité de la marche des vagues. Il commença par chercher ce qu’il appelle la longueur de la lame, c’est-à-dire la distance entre les crêtes de deux lames successives ; la méthode consistait pour cela à mesurer à l’aide d’une corde la distance entre deux objets flottant simultanément sur chacune des crêtes de ces deux lames; l’un de ces objets était une bouée d’amarrage, attachée à une corde enroulée sur un dévidoir, et que déroulait le bateau en allant au-devant de la lame; celui-ci stoppait dès qu’il se trouvait au sommet de la précédente. Il fallait ensuite trouver la hauteur des lames ; pour cela, on se servit de deux lignes de sonde, avec lesquelles on prit simultanément la profondeur dans le creux et la profondeur à la crête ^e la vague ; la différence des hauteurs donnait la hauteur de la vague. Notons d’ailleurs en passant que, dans ces observations, c’est toujours la hauteur de la vague, au-dessus du creux du sillon se produisant entre deux lames successives, qu’on obtient, et le niveau de ce creux est loin d’êlre celui de la surface calme de la mer. Comme résultat, il est arrivé à trouver une hauteur de 20 pieds anglais (6m,09) pour les plus hautes lames, et de 12 pieds (3m,65) pour les plus petites. La distance de crête à crête était, pour les lames moyennes de 625 pieds, distance que franchissait le sommet de la vague en seize secondes, ce qui lui supposait une vitesse de 23,4 milles marins à l’heure. Pour les lames les plus fortes, la rapidité de translation était exactement la même, la distance de 770 pieds entre deux crêtes étant franchie par la vague en vingt secondes. M. Buchanan a renouvelé, pendant la lin de son voyage, ses observations sur la vitesse des lames, et il a toujours trouvé de 23 à 25 milles à l’heure. Ces observations ont d’autant plus de valeur qu’elles ont été faites par un savant habitué aux mesures scientifiques.
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- LES POTERIES
- DU MUSÉE DE CARACAS (VENEZUELA)
- L’Amérique est la terre classique de la poterie. Ses débris se rencontrent en nombre incalculable dans toutes les régions que baignent l’Atlantique et le Pacifique; on les trouve sous les mounds, ces tu-muli grandioses dus à des constructeurs inconnus, au milieu des demeures aériennes élevées sur les rochers souvent inabordables de l’Arizona et du Nouveau-Mexique, dans les îles qui se présentent à l’embouchure du Rio de la Plata, dans les vieilles sépultures de la Californie, sous les huacas du Pérou.
- Partout ces poteries témoignent d’une curieuse ressemblance entre elles, et une certaine originalité de formes atteste un art indigène n’offrant aucun rapport avec l’art de nos anciens continents.
- Depuis quelques années, les Américains ont compris l’importance de ces vieux témoins des âges écoulés. De toutes parts, des collections ont été formées, des musées ont été ouverts où l’on recueille avec un soin jaloux toutes les reliques du passé. Cçlui de Caracas, la capitale du Vénézuela, confié à la savante direction du docteur Ernst est un des plus florissants, et nous pensons intéresser les lecteurs de La Nature par quelques détails sur des poteries peu connues dont ce musée vient de s’enrichir.
- Nous citerons un silvador (fig. 1), un de ces vases doubles particuliers à l’Amérique espagnole qui font entendre, quand on les remplit d’eau, un léger sifflement plus ou moins prolongé produit par l’échappement de l’air. Ce silvador a été trouvé dans une sépulture auprès d’Ayacucho, et l’on croit que les anciens Péruviens se servaient de vases semblables dans leurs cérémonies religieuses ou funéraires. Cette forme est connue depuis longtemps, et le musée du Trocadéro en renferme de nombreux et intéressants exemplaires; mais celui que nous reproduisons mérite de fixer l’attention par la figure de femme qui le surmonte. La coiffure est bizarre ; peut-être rappelle-t-elle celle que portaient jadis les femmes du pays. Le front présente la déformation artificielle si fréquente au nord comme au sud du continent américain. Lors de la conquête espagnole, le plus grand nombre des indigènes, ceux surtout qui habitaient les cotes du Pacifique, conservaient leur ancienne habitude de comprimer, dès la naissance, la tête des enfants. La plus récente de ces déformations, celle que notre poterie reproduit, était l’aplatissement artificiel du front. Ce procédé forçait la tête de s’élargir sur les côtés, et, par une curieuse coïncidence, cette même mutilation ethnique se retrouve de nos jours au Caucasel. Elle n’était pas la seule admise par la mode en Amérique. Au congrès, tenu en 1875 à Nancy, on montrait un crâne aymara, trouvé èn Bolivie, allongé en pointe, un autre du même pays, formant un véritable cylindre, un crâne indien, aplati d’avant en arrière, de manière à donner à la région frontale des dimensions énormes, un crâne patagon, enfin, qui avait subi une telle pression qu’il offrait une apparence bicorne. En les regardant, on se demande avec étonnement jusqu’où peut aller la bizarrerie humaine.
- La seconde poterie sur laquelle nous désirons ap-
- 1 M. Chantre, à qui nous empruntons ce détail, estime à 58 pour 100 la proportion des crânes déformés chez les Arméniens du Iiurdi«tan, et chez les Ansariés ; à 60 pour 100 chez les Kobaniens; à 75 pour 100 chez les Kurdes de l’Ararat et du lac Van. L'inspection des crânes permet de connaître les procédés employés pour modifier les formes de la boîte crânienne. Parfois une large bandelette embrassait tout le pourtour de la tète et refoulait le crâne en arrière ; d’autres fois, on employait deux liens prenant leur point d’appui sur l’occipital.
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- LA NATURE.
- peler l’attention vient d’un chulpa de la Bolivie. Les chulpas sont des tours, tantôt rondes, tantôt carrées, formées d’un massif de pierres brutes et d’argile, re-
- Fig. 1. — Silvador du Pérou.
- vêtues d’un parement extérieur de gros blocs de tra-chyte ou de basalte, puis d’un enduit en stuc, peint en couleurs blanches ou rouges, disposées de ma-
- Fig. 2. — Chulpa de la Bolivie.
- nière à former des dessins variés. Au milieu du massif était ménagé un cist où les ossements étaient déposés après avoir été préalablement dépouillés de leur chair.
- L’étroite ouverture qui y donnait accès ne dépassait guère 18 pouces carrés (fig. 2).
- Ces chulpas sont nombreux en Bolivie et dans tout le Collao. On peut les voir par groupes, variant de vingt à cent sur les flancs des montagnes et sur les rochers isolés.
- Partout ils forment un des traits caractéristiques du paysage. Tous,et en particulier celui que nous reproduisons, contrastent singulièrement par le soin et l’élégance de leur construction avec les poteries grossières que ces tombes recèlent.
- La poterie que nous reproduisons est d’une lacture grossière (fig. o) ; mais les fouilles, jusqu a présent,
- n’ont rien donné qui puisse lui être comparé. Un Indien porte sur ses épaules un cadavre. Est-ce un sacrificateur traînant la victime qu’il vient d’offrir à ses dieux insatiables de sang humain ? Est-ce un vainqueur chargé de la dépouille du vaincu? Nous ne saurions le dire et la tombe a gardé son secret. Les corps^sont nus et les têtes coiftées du petit bonnet de forme conique que portent encore les habitants de la Cordillère des Andes.
- Marquis de Nadaiij.ac.
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- fig. 5. — Poterie (le la Bolivie, de face et de profil.
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- FONDATION ÉLASTIQUE DES MACHINES ET SUSPENSION DES TOITURES
- SYSTÈME G. ANTHONI
- L'isolement complet et stable des constructions, I d’empêcher la transmission des vibrations et de di-maehines et véhicules en vue d’amortir les chocs, | minuer le bruit qui en résulte, est un problème qui
- a reçu mn grand nombre de solutions, sans qu’aucune d’elles ait donné jusqu’ici pleine et entière satisfaction.
- Les procédés employés pour l’isolement des machines consistent dans l’emploi de fondations rigides ou de corps élastiques.
- Les fondations de maçonnerie même avec super-
- position de charpentes et entourées de tranchées sont restées insuffisantes.
- L’interposition de caoutchouc a donné de bons résultats dans certains cas, mais aussi beaucoup d’insuccès dont les causes sont ainsi indiquées par M. G. Anthoni dans une communication récente à la Société des ingénieurs civils.
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- « Le caoutchouc simplement interposé entre le sol et l’outil à isoler est employé depuis longtemps et donne de bons résultats, parce que l’isolement est complet, mais on peut rarement l’utiliser ainsi, parce qu’il n’y a pas de stabilité et qu’il peut se produire des mouvements gênants pour le service ou même dangereux ; de plus, dans les outils à choc, l’effet utile est diminué.
- « Si, pour éviter ces inconvénients, on relie la pièce à isoler par des boulons, les vibrations passent par ces boulons et l’isolement est détruit. De plus, si on serre le caoutchouc pour donner de la stabilité, il n’y a plus de souplesse, et si, d’autre part, on ne le serre pas, pour laisser au caoutchouc toute son élasticité, on n’obtient pas la stabilité en vue de laquelle on avait employé le boulon d’attache.
- « Les insuccès peuvent venir aussi du mauvais emploi du caoutchouc, car, pour résoudre un problème d’isolement, il y a lieu d’étudier les conditions que doivent remplir les blocs au point de vue de leur qualité, de leur forme, de leur surface et de leur épaisseur. »
- Pour éviter les écueils signalés, laisser au caoutchouc toute son élasticité et donner à l’ensemble isolé toute la stabilité nécessaire, M. Anthoni a recours à deux moyens qui assurent à la fois l’isolement et la stabilité du système :
- 1° L’augmentation de masse du système à isoler;
- 2° L’attache isolante et élastique.
- Le premier des deux moyens s’applique aux fondations de machines, tandis que le second est plus spécialement combiné en vue de la suspension des véhicules de toutes sortes.
- Nous citerons comme exemple de fondation élastique d’un ensemble de machines, la petite usine électrique centrale établie par M. Pulsford dans le faubourg Saint-Denis. Les vibrations des machines gênaient considérablement les voisins et des procès étaient imminents lorsque M. .luppont, l’ingénieur électricien de M. Pulsford, eut l’idée de recourir au procédé de M. Anthoni.
- La figure de la page précédente montre l’application qui a été réalisée et qui donne entière satisfaction.
- On a creusé une grande fosse parallélépipédique dont le fond a été garni d’un plancher et d’une feuille de tôle sur laquelle on a distribué un certain nombre de rondelles en caoutchouc constituant un isolement à la fois élastique et électrique. Sur ces rondelles, on a placé une seconde tôle rivée à un plancher rendant la tôle indéformable. C’est sur ce plancher qu’est bâtie la fondation, à la façon habituelle, en ménageant, bien entendu, la place des boulons de fondation, et des évidements suffisants pour pouvoir effectuer le nettoyage périodique de la fosse et laisser s’accumuler les corps étrangers entre deux nettoyages successifs sans caler la suspension élastique.
- Le massif n’a pas besoin d’être en maçonnerie, et, dans certains cas, il peut être avantageux de le remplacer par un caisson rempli de sable, ce qui permet le déplacement facile des fondations.
- La tranchée est recouverte par une planche ou tôle formant bordure, tout en permettant les mouvements du massif dans le sens horizontal s’il s’agit d’un moteur à vapeur, ou dans le sens vertical si la suspension élastique est appliquée à un marteau-pilon ou à une pompe.
- Les tuyaux d’admission et d’échappement de vapeur sont roulés eu spirale à la partie supérieure, afin d’avoir assez d’élasticité pour permettre le mouvement de l’ensemhle sans forcer les joints et les débrider.
- Dans le cas particulier, les mouvements oscillatoires atteignent 8 millimètres d’amplitude, et rien n’est plus curieux que de voir cet ensemble dont le poids dépasse 25 tonnes, se déplacer rapidement sans que l’on sente, au bord même de la fosse, la moindre vibration du sol. Le même procédé s’applique aux rails de chemins de fer sur viaducs métalliques dans la traversée des villes, aux machines-outils et aux machines à chocs, aux machines de bateaux, etc.
- Le second moyen d’isolement appliqué aux véhicules Consiste dans l’emploi d’un patin de caoutchouc qui, placé entre l’essieu et le ressort des voitures donne un isolement complet et stable, augmente la douceur de la suspension, la durée du service des voitures, diminue le bruit et réduit les variations de l’effort de tirage des chevaux.
- Ce patin de caoutchouc sert à fixer solidement le ressort sur l’essieu, s’il s’agit d’un véhicule, sans compromettre l’élasticité de la jonction par un serrage trop énergique, inconvénient propre à toutes les dispositions employées jusqu’à ce jour. Ce résultat est obtenu, grâce à un mode d’attache qui interpose : 1° un tube isolant en caoutchouc entre la bride et l’essieu; 2° une rondelle de fondation en caoutchouc supportant la charge; 5° une rondelle de réaction qui isole l’écrou et amortit les contrecoups. Le serrage se fait contre des parties métalliques sans écrasement du joint élastique.
- Étant donné que les progrès de la civilisation se traduisent, en fin de compte, par l’emploi de plus en plus général des machines de toutes sortes, il n’est pas mauvais de connaître les moyens qui nous permettent d’atténuer dans une certaine mesure les inconvénients inséparables des avantages de la vie à la vapeur... et à l’électricité. X..., ingénieur.
- L’EXPOSITION DE BARCELONE
- LE MINISTÈRE DE LA GUERRE ESPAGNOL
- Barcelone voit en ce moment affluer les visiteurs qui, chaque année, viennent à pareille époque jouir de la douceur de son climat, de la beauté de ses sites et du mouvement de son magnifique port. C’est que, dans cette capitale de la Catalogne, se trouve réunie aux souvenirs historiques de l’antique résidence des rois d’Aragon, une Exposition univer-
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- selle d’un aspect séduisant et achevé, au milieu d’un parc magnifique (fig. 1).
- Malgré d’inévitables critiques, la première Exposition universelle espagnole, inaugurée par la ville de Barcelone, est un succès; car elle produit un réel mouvement d'affaires, en même temps qu’elle dote cette ville d’un certain nombre d’édifices nécessaires dont la surface peut être évaluée à 100 000 mètres; édifices qui subsisteront pour la plupart. Parmi ces derniers il faut citer : le Palais de l’agriculture, élégante construction en bois ; celui des sciences et celui des beaux-arts, où se font les cérémonies officielles : de forme rectangulaire, il a 50 mètres de façade sur 100 mètres de profondeur. Ces constructions, très soignées, sont en fer, brique et ciment, de même que le Palais de l'industrie.
- Ce Palais, de forme semi-circulaire, flanqué de dmx tours carrées, présente à l’intérieur la disposition d’un éventail, dont la bordure formant la galerie de la vente et du travail, a une surface de 2784 mètres.
- I)e cette bordure partent en se réduisant progressivement de largeur, ainsi que les lames d’un éventail, 23 secteurs ou nefs, destinées aux diverses nations exposantes, et se réunissant au centre à un salon de 34 mètres de large sur 120 de long. Dans ces nefs coupées de deux larges galeries transversales pour la facilité de la circulation, l’Espagne s’étend au milieu, embrassant une surface totale de 17 701 mètres; la galeri^ centrale, occupée par le Gouvernement espagnol, ne comprend pas moins de 4725 mètres de superficie. Les autres nations se répartissent ensuite sur les espaces suivants : France et Tunisie, 6308 mètres; Angleterre, 5154; Autriche, 5154; Russie, Suisse, Hollande, Suède, Danemark, 1100; Allemagne, 1054.
- Les produits à signaler dans les divers pays qui ont exposé sont : pour l’Amérique du Sud, d’intéressants échantillons de matières premières ; pour la Chine et surtout le Japon, des merveilles en bronzes, céramique et tissus; pour la Belgique de beaux produits en verrerie et métallurgie; pour l’Italie, de très beaux vitraux ; et pour l’Autriche sa verrerie de Bohême. Quant à la France, sous le patronage du Ministre du Commerce et sous l’impulsion éclairée de son commissaire général, M. Ch. Prévet, député, ses 1300 exposants, occupant d’une façon brillante, au dedans et au dehors du Palais, 10 000 mètres d’emplacement, ont, de l’aveu de M. Bius y Taulet, maire de Barcelone, assuré le succès de cette exposition, en y apportant, pour surcroît, l’éclat d’œuvres remarquables et variées : en art industriel, bijouterie, tissus, produits alimentaires, etc., etc.
- Pour nos tableaux figurant au palais des beaux-arts, ou pour les œuvres provenant de nos Manufactures nationales des Gobelins, de Beauvais et de Sèvres, leur valeur artistique fait, comme à toutes les expositions, l’admiration des gens de goût.
- Parmi les principaux attraits de cette Exposition, celle du Ministère de la guerre espagnol, dans la
- nef centrale, présentée avec beaucoup de méthode, excite l’intérêt des visiteurs qui s’y portent en foule (fig. 2). Aussi, pensant que sa description peut intéresser les lecteurs, je résume spécialement la visite que j’en ai faite, ainsi que les renseignements à cet égard, que je dois à la parfaite urbanité des officiers généraux qui m’ont accompagné et m’ont remis des notes dont le Diario a déjà eu communication.
- La direction générale de l’infanterie commence d’abord par une curieuse collection des armes et de l’uniforme du soldat espagnol, depuis l’origine des armées permanentes jusqu’à nos jours. Ces types divers, parfaitement représentés à l’aide de mannequins habillés, font comprendre, d’une façon très attrayante pour le public, les transformations successives qui se sont opérées dans l’armement, l’équipement et l’habillement de l’armée à partir de la disparition de l’armure complète.
- Yoici dans le premier groupe, de l’époque dite des rois catholiques, les frondeurs, les picquiers et les arbalétriers. Viennent ensuite les arquebusiers, dont la pesante arquebuse de camp, fichée sur un pivot, ne pouvait se manœuvrer qu’à deux et d’une façon très lente; car, dans cette primitive arme à feu, l’inflammation de la poudre, préalablement tassée à la baguette, ne s'obtenait qu’à l’aide d’une mèche, qu’on allumait en frappant contre un caillou la clef de l’arme. De 1506 à 1555, l’infanterie, vêtue légèrement, porte la blouse de laine serrée à la taille par un ceinturon de cuir, où pendent l’épée et divers instruments propres aux armes à feu ; des hauts-de-chausse, des bas de laine et de gros brodequin*-en cuir jaune; la plupart coiffés du bonnet; quelques-uns portant de légères pièces d’armures, ont un petit casque de fer. En 1578, vient le chapeau à bords rabattus, puis ensuite comme arme, le mousqueton. Le chapeau à trois cornes paraît plus tard, puis vient le fusil à pierre avec la baïonnette, et la cartouchière suspendue à des courroies croisées sur la poitrine. Sous le règne de Fernand VI les bonnets à poil sont d’un usage général, et sous celui de Charles IV la majorité de l’infanterie a l’uniforme blanc et la grande guêtre fixée au genou. Plus tard l’Espagne copie nos uniformes, notamment le chapeau à cocarde et à plumes de la première République, et les écrasantes coiffures de l’Empire axrec leurs immenses plumets.
- La direction de la cavalerie, qui, en Espagne, a l’élevage et le recrutement des chevaux de guerre, présente des étalons des races espagnole, arabe, pur sang, demi-sang, anglaise, anglo-arabe, percheronne et Norfolk. Elle présente aussi des montures diverses, dont certaines sont munies d’une manche ajoutée aux sacs contenant l’avoine, de façon à pouvoir faire la distribution sans désharnacher le cheval. D’autres montures portent une légère hache de main, destinée à des soldats recevant une instruction spéciale, et formant obligatoirement dans chaque régiment de cavalerie une section ayant pour mission la destruction, en campagne, des chemins
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- de fer, ponts et lignes télégraphiques, 'a l’aide de cartouches de dynamite provenant du dépôt de chaque corps. Le dépôt de la guerre soumet des plans et des réductions d’ouvrages militaires d’une haute valeur; notamment : l’organisation militaire de l’Espagne; la carte militaire de l’Espagne à l’échelle de 1/200 000, dressée par le corps d’état-major; les campagnes de Jules-César en Andalousie et Catalogne; les guerres de l’indépendance et d’Afrique, ainsi que de la dernière guerre civile; puis d’excellentes reproductions de plans en zincographie, pho-totypie et chimigraphie.
- Des livres et des travaux d’élèves représentent l’instruction militaire de divers groupes, principa-
- lement de l’Académie des sergents, destinée, dans l’esprit de sa récente formation, à permettre à tous les soldats instruits l’accès aux grades de sous-of-flciers et même d’officiers.
- Après les types de farines, de fours, d’ustensiles de casernement et de tentes de campement que présente l’administration militaire, l’artillerie expose les produits de ses arsenaux ou maistrances de Barcelone, Valence, etc. Séville fournit le bronze comprimé, très employé en Espagne à cause de sa résistance, et qui permet d’employer la grande quantité de vieux bronze existante. Pour empêcher la décomposition que produit l’excès de chaleur à l’endroit où se produit l’explosion, les pièces sont
- Fig. 1. — Vue d’ensemble de l’Exposition de Barcelone. (D’après une photographie de M. Levy.)
- pourvues, au tonnerre, de tubes de cuivre chimiquement pur.
- Toutefois l’artillerie espagnole emploie des pièces de matières et de systèmes divers, dont elle expose les types suivants : l’obusier Plasencia de 21 centimètres, avec vis et obturateur Piorkowski. Le poids de cette pièce de siège est de 3010 kilogrammes; la charge de projection est de 7 kilogrammes de poudre prismatique de 7 canales, à la densité de 1,6. Cette pièce a 59 rayures de pas uniformes, et lance la grenade ordinaire de 78k«,700, et celle 'a mitraille de 78k«,454 à 6700 mètres, portant par 489°. Le canon Yériles, de 15 centimètres, avec obturateur Freyre; rayures progressives et portée de 8400 mètres. Le canon Plasencia, de 12 centi-
- mètres, muni de l’obturateur de Bange; sa portée est de 8000 mètres, avec vitesse initiale de 496 mètres. Le canon de 9 centimètres pour régiments de corps d’armée ou batterie de position, en acier, avec garnitures de cuivre et fermeture Krüpp à coins modifiés ; portant à 5000 mètres. Enfin, un canon de 8 centimètres en bronze comprimé, du système Sotomayor, dont les essais doivent donner des résultats comparables à ceux des pièces d’acier.
- C’est encore de Séville que proviennent les produits de l’établissement de pyrotechnie militaire, consistant en cartouches pour fusils Remington et pour revolvers ; en étoupilles inflammables par friction, percussion ou étincelle électrique; et en pièces d’artifices pour applications militaires diverses. La
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- Fig. 2. — La grande salle du Ministère de la guerre espagnol à l’Exposition de Barcelone. (D’après une photographie.)
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- Poudrerie de Murcie présente aussi des échantillons de ses poudres, à grains prismatiques, revenant à 1 fr. 80 le kilogramme et à grains irréguliers revenant à 1 fr. 60 le kilogramme. C’est avec curiosité que le public observe les modèles de ponts, de constructions militaires et de travaux d’attaque et de défense exposés par le Génie militaire; ainsi que le quadricycle destiné aux reconnaissances des voies ferrées, lesquelles servent de conducteurs électriques entre l’appareil porté par ce véhicule et un point quelconque de ces voies. On remarque encore le matériel de communications militaires par télégraphie électrique ou optique, ainsi que par pigeons voyageurs.
- Quant à la fabrication des armes blanches de Tolède, son exposition est d’un charme et d’un intérêt si puissant que je crois devoir en faire une courte description pour terminer. Ces armes se fabriquaient autrefois au domicile des ouvriers fort nombreux et habiles, ayant par coutume des marques personnelles dont quelques-unes, très recherchées aujourd’hui, sont antérieures au seizième siècle. En 1785, Charles 111 fonda, sur la rive droite du Tage, la manufacture nationale d’armes de Tolède, en réunissant, dans un édifice qu’il fit construire 'a cet effet, tous les ouvriers armuriers épars jusque-l'a. La renommée de ces armes augmenta par l’application d’un règlement très sévère, qui les soumettait toutes sans exception à de rigoureuses épreuves, et rejetait impitoyablement celles qui ne pouvaient y résister. Aujourd’hui cette réputation méritée, subsiste toujours ; tandis que des spécialistes donnent à ces armes les qualités de l’acier et de sa trempe, les damasquineurs, les graveurs, les re-pousseurs, rivalisent de talent pour leur décoration artistique, en s’inspirant des maîtres de la Renaissance.
- Le fer et l’acier sortent de la manufacture nationale de Trubia, dont les mines, les hauts fourneaux et les forges occupent 1500 ouvriers et où l’on fabrique les canons d’acier. Les lames de Tolède dont la souplesse est proverbiale subissent d’abord les opérations de la forge, c’est-à-dire le moule en tuiles; l’étirage; la fusion; les billards pour éteindre la fusion ; enfin, la trempe dans l’eau filtrée du Tage pour les armes; et dans l’huile, le suif, le savon ou la cire, pour la coutellerie. Pour terminer, viennent le débillardement, le polissage, la lime, la monture pour l’ajustage des garnitures, la gravure et la ciselure.
- Aussi est-ce dans une contemplation artistique, qu’on admire, au milieu des trophées de sabres pour toutes les troupes de terre et de mer : des épées, des poignards ou des dagues de style ancien ou moderne, dont la gravure ou le damasquinage d’or et d’argent détachent la patine et l’éclat des tons de leurs fines arabesques, sur le noir mat des pommeaux, et le poli éblouissant des lames.
- Max. Dufossf,.
- LE PORT DE DUNKERQUE
- L’importance du port de Dunkerque tient en p:ir-ticulier à sa situation sur une rade excellente, qui peut devenir un abri sur en cas de tempête dans ces parages dangereux du Pas-de-Calais. En face de cette côte se présente, en effet, une ligne de six bancs de sable parallèles, les « Bancs de Flandre, » qui ne font que protéger l’entrée du port, et celte rade, bien éclairée, bien balisée, vaut presque la « rade des Dunes, » sur les côtes d’Angleterre. Aussi la possession de cette ville a-t-elle été bien longtemps disputée. C’est en 646 qu’elle se forma autour d’une petite église bâtie par Eloi, légat apostolique, église qui se nommait Dun-Kirchen (en flamand église des Dunes) d’où est venu le nom actuel. Vers 906, Baudouin III, comte de Flandre, l’entoure de murs, et les habitants commencent à se livrer au commerce. En 1500, Philippe le Bel s’en empare, mais est obligé de la rendre à la Flandre; les Anglais la détiennent pendant quelques mois en 1582; puis c’est Charles-Quint en 1529. Nous la reprenons et la perdons successivement plusieurs fois. En 1654, les Espagnols installent les premières chasses et commencent le canal de Fûmes. On se rappelle que nous reprîmes Dunkerque à la « bataille des Dunes », pour l’abandonner aux Anglais à qui nous la rachetions bientôt. Alors Yauhan emploie tout son talent à l’amélioration de ce port : fortifications, défense du chenal, creusement du bassin de la Marine. En 1715, la paix d’Utrecht nous forçait à combler le port, à démolir bassins, chenaux, écluses : c’était la ruine. Mais peu à peu l’on rétablit quelques-uns de ces travaux, et enfin, en 1785, on était affranchi des exigences de l’Angleterre. On s’empressa de rétablir tout ce qui avait été démoli; de 1814 à 1821, la plus grande activité régna dans les travaux du port. De cette époque datent l’écluse et le bassin des chasses et les jetées telles qu’elles existent encore. Toutes les améliorations de Vauhan se trouvaient dépassées. En 1860, on achevait de transformer en bassins à flot l’ancien port d’échouage et l’arrière-port. Enfin le décret du 14 juillet 1861 décidait la construction d’un nouveau bassin à flot ou bassin de l’Ouest, sur l’emplacement des fortifications de l’ouest, l’élargissement du port d’échouage et d’autres améliorations. Grâce à une avance de 12 millions par la ville, quelques-unes des améliorations ainsi projetées étaient accomplies en 1872. C’est l'application un peu modifiée de ce programme qu’a poursuivie la loi du 14 décembre 1875, acceptant une double avance de la ville et de la chambre de commerce.
- Yoici quelle était la situation de ce port en 1874. Nous indiquerons ensuite les modifications ou améliorations apportées par les lois de 1875 et de 1879.
- En entrait en 1874 (et l’on entre toujours, car une partie de ces renseignements sont encore vrais)
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- LÀ NATURE.
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- dans le porl de Dunkerque, par un chenal d’environ 900 mètres de long sur 70 mètres de large, bordé sur 300 mètres à l’aval et de chaque côté, d’une jetée en charpente à claire-voie, et sur la partie restant à l’amont, a l’est, par une jetée mi-coffrée, a l’ouest par les talus perreyés du quai du Phare et de l’écluse de dessèchement. En face, et de l’autre côté du chenal est également une autre écluse de dessèchement. L’avant-port a environ 650 mètres de long; il est bordé d’estacades en charpente par devant des talus perreyés, et présente une superficie de 3 hectares. Le port d’échouage, immédiatement à la suite, long de 670 mètres sur 70, présente une longueur de 1250 mètres de quais, mi-partie en pierre et en bois 1. Toute cette première partie du port a la direction nord-ouest-sud-est.
- Au fond du port d’échouage, deux écluses établissent la communication avec les trois bassins à flot, qui sont le bassin du Commerce, celui de la Marine, et celui de l’Arrière-Port.
- À vrai dire, le premier seul communique directement avec le port d’échouage , les deux autres s’ouvrant dans le fond du premier. Les deux écluses d’entrée du bassin du Commerce sont celle de la Citadelle, longue de 50 mètres sur 13; et celle du Barrage, écluse simple large de 21 mètres ; les buses sont à 0m,45 au-dessous du 0 des cartes marines. Le bassin du Commerce, long de 500 mètres sur 110, présente 845 mètres de quais et une superficie de 5 hectares et demi. Le bassin de la Marine, long de 300 mètres sur 100, a 705 mètres de quais et une superficie de 3 hectares; l’entree se fait par une écluse simple. Le bassin de l’Arrière-Port communique par un simple pertuis avec celui du Commercé ; long de 300 mètres sur 80, bordé de 125 mètres2 de quais, il a une superficie de 2 hectares et demi ; il communique par une écluse de 38 mètres sur 8 avec le canal de Ber-gues. La navigation intérieure a, en effet, toutes facilités pour parvenir à Dunkerque ; le canal de Bergues communique avec le réseau du Pas-de-Calais et le réseau méridional du nord par la Haute et la Basse-Colme; le canal de Dunkerque à Fûmes arrive
- 1 En réalité, il n’y avait que 900 mètres en 1874.
- 2 Aujourd’hui 500 mètres.
- parallèlement à la côte; enfin le canal de Bourhourg amène la batellerie de l’intérieur de la France. Ajoutons à cela les canaux de Mardyck et des Moères, qui reçoivent les eaux de dessèchement des wateringues et les amènent dans les fossés de la ville.
- En 1874, les chasses se composaient d’abord d’un grand bassin situé à l’ouest de l’avant-port; puis venait l’écluse de la Cunette, qu’on voit à droite du port d’échouage sur le plan de 1874; enfin on pouvait laisser écouler une tranche d’eau de l’un des bassins à flot par des vannes ménagées dans les écluses. A cette époque, comme aujourd’hui, existaient un gril de carénage de 50 mètres et un slip-way de 80 mètres.
- Bien que les travaux , d’amélioration soient loin d’être achevés, une partie des renseignements que nous venons de donner ne sont plus tout à fait exacts.
- Deux lois fort importantes sont intervenues au sujet du port de Dunkerque.
- La loi du 14 décembre 1875 décidait l’achèvement du bassin de l’Ouest (commencé d’après la loi de 1861), et son raccordement avec le bassin de la Marine, ainsi que la création d’une écluse d’entrée spéciale pour le bassin des chasses ; on devait construire une forme de radoub entre ce bassin et celui des chasses. En réalité, on a établi deux formes de 100 mètres de longueur utile chacune sur 14 mètres de largeur. Le pertuis de communication avec le bassin de la Marine est achevé. Le plan a été modifié par la loi du 31 juillet 1879.
- La principale modification a porté sur le bassin des chasses. En effet, le bassin de l’Ouest a été allongé et prend le nom de darse n° 1, les chasses se transformant en chasses n° 2, 3 et 4, desservies par l’écluse de l’ouest, débouchant dans le port d’échouage, et par l’écluse du nord, devant être construite là où était le pertuis des anciennes chasses. L’ensemble constituera le bassin de Freycinet. Dans la darse n° 11, provisoirement isolée des trois autres, 550 mètres de quais sont déjà livrés au commerce. En 1885, tous les quais étaient finis; mais on se
- 1 Dimensions : 700 mètres sur 100.
- Fig. 1. — Port de Dunkerque en 1873.
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- souvient qu’il se produisit des mouvements dans les murs, et l’on a dù en reconstruire l’ensemble sur des caissons foncés à l’air comprimé. La darse n° 2 est complètement creusée ; les murs étaient presque achevés, on les a repris en sous-œuvre pour éviter l’accident survenu à la darse n° 1. Les darses 2 et 3 seront séparées par une écluse aujourd’hui presque achevée. Les murs de la darse n° 3 sont presque terminés ; la darse n° 4 possédera des quais au lieu des perrés prévus. Dans le bassin de Freycinet déboucheront deux autres formes de radoub, nos 5 et 4, l’une de 80 mètres sur 14, l’autre de 177 mètres sur 21, ayant également une entrée sur l’avant-port,
- comme la forme n° 2. Elles étaient commencées en béton, on a dù les recommencer en maçonnerie pleine. Les machines sont confiées à la Compagnie Fives-Lille. Déjà les fouilles de l’écluse nord sont attaquées. Nous n’insistons pas davantage sur les dispositions et dimensions de cette partie nouvelle du port, que le plan fait suffisamment comprendre. On a dù prévoir aussi la construction du canal de file Jeanty, destiné à donner la jonction de la navigation intérieure avec les darses 1 et 2 ; il est terminé et livré jusqu’à la darse n° 1, ainsi que l’écluse de batellerie s’ouvrant dans celle-ci. En outre de ces grands travaux, qui seront tous finis pour 1891, l’en-
- Échelle en Mètres.
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- Fig. 2. — Le port de Dunkerque en 18jJ8.
- trée a été draguée assez profondément. Pour augmenter l’ouverture, qui est beaucoup trop étroite, on déplacera la jetée est, et on prolongera la jetée ouest pour protéger contre les vents d’ouest qui sont les plus fréquents. On doit améliorer les bassins du Commerce et de l’Arrière-Port. Enfin les projets comprennent, et l’on exécutera plus tard, le creusement des bassins de l’Est, sur l’emplacement de l’ancien canal de la Cunette C
- Le besoin de ces travaux se faisait vivement sentir, comme le dit le projet de loi de 1879. « Dunkerque,
- 1 Bassins indiqués par des pointillés sur le plan de 1888. Il y a aussi quelques lignes pointillées indiquant l’état ancien du port; on les reconnaîtra facilement par la comparaison des deux cartes.
- situé à la porte d’Anvers, au centre d’un des pays les plus riches du monde et où le commerce est le plus actif, ne possède encore aujourd’hui que 1700 mètres de quais à flot, soit à peine le quart de ce qui lui est indispensable, » Depuis longtemps déjà son commerce déclinait, malgré ses rapports avec l’Océan, la mer du Nord et la Méditerranée. De 5679 en 1882, le nombre des navires entrés et sortis était passé à 5337 en 1885 et à 5112 en 1886. Tout était fait pour repousser le commerce : pas d’engins de déchargement, pas de magasins. Aussi était-il urgent de remédier à cette situation, et l’achèvement rapide des travaux commencés s’impose comme une nécessité de premier ordre. Daniel Bellet.
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- LA TRACTION ÉLECTRIQUE
- AUX MINES DE S T A S S F U K T H
- Nous allons faire connaître à nos lecteurs une intéressante application de traction électrique faite aux mines de Stassfurt; elle a le grand mérite d’être sanctionnée par une pratique continuelle de plusieurs années.
- Les mines de Stassfurt ont une importance considérable ; elles fournissent une grande quantité de sels de potasse et de sel gemme.
- (l’est de là que se retirent la ]>(>ly-h ali te (sulfate triple de chaux, de magnésie et de potasse), la kie-serite (sulfate de magnésie) et la carnallite (chlorure double de potassium et de magnésium). La mine a déjà une profondeur de 316 mètres et même de 360 en certains endroits; les ramifications des voies souterraines sont très étendues. Onciteune galerie qui a900 mètres de long.
- Dans ces conditions, on conçoit qu’il soit difficile de faire charrier les produits d’extraction à l'aide de brouettes, jusqu’à l’entrée de la mine.
- Il serait aussi très dangereux d’établir une locomotive à vapeur en raison des accidents qui pourraient survenir. On a résolu de construire un petit chemin de fer électrique qui fonctionne depuis le commencement de 1884, à l’entière satisfaction du personnel chargé des travaux.
- L’installation a été confiée à la maison Siemens et Ilalske de Berlin. Elle comprend une salle de machines située à l’entrée de la mine. Dans cette salle se trouvent deux machines à vapeur de 16 chevaux, tournant à raison de cinquante tours par minute. Elles actionnent une transmission intermédiaire, qui commande les machines dynamos. Ces dernières sont du genre Siemens, type D0, à enrou-
- lement compound, et produisent, à la vitesse angulaire de 630 tours par minute, 350 volts et 42 ampères.
- De la salle des machines, partent deux câbles qui amènent le courant à deux rails placés dans l’intérieur de la mine, et sur lesquels viennent s’appuyer des contacts glissants reliés à la machine réceptrice.
- La figure 1 représente la locomotive électrique traînant des wagonnets. On peut voir, à la partie supérieure, les câbles dont nous venons de parler. Le courant pénètre dans le moteur placé sur l i locomotive, et le met en mouvement. Le mécanicien a sous la main un interrupteur qui lui permet de couper le circuit, et, par suite, d’arrêter le train à volonté. Ce moteur est également du genre Siemens, type D^ La locomotive électrique employée a 0m,95 de largeur, lm,50 de hauteur. Son poids est de 2174 kilogrammes. Pendant l’année 1884, du 1er janvier au 31 décembre, elle a traîné 176 196 wagons sans qu’aucune réparation ait été nécessaire. Elle fonctionne depuis dans les mêmes conditions.
- La figure 2 donne le plan de la salle des machines, située à environ 25 mètres de l’ouverture de la mine. On a représenté les machines à vapeur, la transmission intermédiaire et les dynamos.
- Sur les mêmes fils qui servent ainsi au transport de force motrice à petite distance, sont prises des dérivations pour faire fonctionner des ventilateurs.
- Malgré tous les frais de premier établissement, la Compagnie a encore réalisé une économie de 50 pour 100 sur le mode primitif de transport par chariot, qui avait été employé jusque-là.
- J. Laffarguf,
- 5q tours pat» minuta
- _ 1,6c—
- Fig. 2. — Chemin de fer électrique de Stassl'urth. — Plan de la salle des machines.
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- LÀ NATURE.
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- LES ROUES DE PAPIER
- Ou a fait grand bruit depuis plusieurs années des roues de wagons de chemins de fer en papier qui offriraient des avantages considérables.
- On va voir qu’il faut en revenir sur.cet engouement, à en juger par les expériences qui ont été faites de l’autre côté du Jthin. La direction impériale des chemins de fer allemands a publié au commencement de cette année l’avis suivant : depuis très longtemps les chemins de fer des États-Unis font usage de roues pleines en papier. Ces roues se composent de simples feuilles de papier fort que l’on colle les unes sur les autres et que l’on soumet à une forte pression hydraulique, jusqu’à ce que l’on ait obtenu l’épaisseur désirée. L’élasticité du papier étant plus grande et sa dilatabilité plus petite que celle du métal, pendant les changements de température, on espérait que l’emploi des roues en papier sur des chemins ds fer augmenterait la sécurité dans l’exploitation, qu’il diminuerait surtout l’usure des bandages, et enfin que les véhicules rouleraient avec moins de bruit.
- Cette hypothèse engagea, dès l’année 1881, quelques administrations allemandes de chemins de fer à expérimenter les roues en papier. Ces roues ne furent adaptées, sauf quelques rares exceptions, qu’à des voitures à voyageurs et à des wagons-lits faisant presque toujours partie des trains express, où les freins agissaient sur un certain nombre d’entre elles.
- Au début, les résultats favorables obtenus en Amérique semblaient se confirmer. On n’entendait parler ni de ruptures de bandage, ni d’aucun accident dont la cause pût être imputée à l’emploi de roues en papier. Cependant, au mois de décembre 1886, la direction impériale des chemins de fer apprit qu’un déraillement, apparemment causé par les roues en question, venait de se produire. Une voiture à voyageurs avait déraillé et les disques en papier des quatre roues étaient complètement brisés; les bandages restés intacts et les essieux auxquels étaient fixés des moyeux en fer avaient été projetés sous le véhicule. Comme d’après l’aspect de la rupture des disques en papier, on dut conclure à une altération survenue dans les jointures, les roues en papier employées par les chemins de fer allemands furent soumises à une minutieuse inspection, qui fit découvrir de nombreuses altérations, notamment des ruptures à la circonférence des disques en papier, lesquelles atteignaient jusqu’à 330 millimètres de longueur sur 90 de profondeur. Ces altérations se trouvaient principalement aux roues exposées à l’action d’un frein.
- En raison des dangers que ces défectuosités pourraient faire courir à l’exploitation des chemins de fer, les roues en question ne seront plus à l’avenir employées dans les trains express ni exposées à l’action des freins, ainsi que nous en sommes informés. De plus, il ne sera plus fait aucune acquisition de roues de ce système, jusqu’à ce* que des améliorations considérables dans leur fabrication ne permettent pas de douter un instant de leur solidité1.
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- CHRONIQUE
- Sauvage et la propulsion aérienne des navires. — Nous recevons du savant directeur du Jardin d’Accliinalation la lettre suivante que nous nous einpres-
- 1 D’après le Zeitung des Vereins.
- sons de publier : (( Je lis dans La Nature du l*r décembre (n° 809, p. 5) un intéressant article sur la propulsion aérienne des navires. L'idée n’est pas aussi neuve que semble le croire votre, rédacteur. Dans ma jeunesse, j’ai eu l’honneur de connaître Sauvage l’inventeur, et je me rappelle très bien avoir vu sur la pièce d’eau de son jardin à Sainte-Adresse, près le Havre, le premier bateau qu’il ait fait marcher avec une hélice. Ce petit modèle avait pour moteur un mouvement d’horlogerie. C’était vers 1845. A la même époque, Sauvage étudiait aussi l’usage de l’hélice aérienne. Sur un canot que j’ai vu bien souvent sur la plage de Sainte-Adresse et dans lequel je suis même monté une fois, l’inventeur avait installé une hélice en toile ou en bois qu’on actionnait au moyen d’une manivelle. En apercevant le dessin publié dans La Nature, j’ai cru revoir l’appareil très primitif de Sauvage. 11 me paraîtrait équitable de rappeler, à l’occasion des essais dont vous rendez compte, les tentatives faites dans le même sens par notre compatriote, par celui qui, le premier, a démontré les services que l’hélice pouvait rendre à la navigation. Alphonse Karr habitait Sainte-Adresse à l’époque ou Sauvage faisait ses expériences. Il se souviendrait certainement d’avoir vu l’hélice aérienne du canot au sujet duquel je vous écris.
- « A. Geoffroy Saint-Hiiaire. »
- La fin d’une mystification. Le moteur Kecly.
- — Il y a quelque temps, un des principaux journaux politiques de Paris publiait avec fracas l’annonce d’une surprenante découverte faite par un inventeur américain nommé Keely. Ce personnage avait trouvé le moyen de produire une force considérable à l’aide d’un appareil nommé le désintégrateur, qui jouissait de la faculté d’utiliser l’énergie moléculaire accumulée dans chaque atome, c’est-à-dire une force dont la valeur dynamique dépasse tout ce que l’on peut imaginer. Les apologistes du nouveau système ne tarissaient pas d’éloges sur une nouvelle révolution industrielle, auprès de laquelle celle que Watt et Stephenson ont accomplie, n’était qu’un jeu d’enfants. Nous nous sommes bien donné garde d’entretenir nos lecteurs de toutes ces sornettes, car nous étions persuadés qu’ils pénétreraient sans peine la raison de notre silence. Mais il vient d’arriver à Philadelphie quelques incidents instructifs sur lesquels il n’est point superflu d’attirer leur attention. M. Keely avait reçu de certaines personnes des sommes considérables qui s’élevaient, paraît-il, à un million de dollars, soit un peu plus de 5 millions de francs. Les commanditaires de M. Keely ayant conçu quelques craintes, voulurent voir la machine merveilleuse qui avait absorbé des capitaux d’une telle importance. M. Keely s’indigna, refusant de rien montrer, prétendant que l’heure n’était point arrivée où sa machine pouvait être exhibée sans danger. Ces raisons parurent suspectes, et on assigna M. Keely devant un juge qui lui ordonna de montrer son appareil. Comme M. Keely refusa de le faire, on le condamna à la prison qu’il garde encore en ce moment, préférant perdre la liberté que de livrer le secret qu’il a déjà vendu si cher. Inutile d’ajouter, que chacun sait très bien que si M. Keely garde le silence, c’est parce qu’il lui est parfaitement impossible de le rompre. Il est condamné à la discrétion involontaire.
- La peine de mort électrique. — Le 1er janvier 1889, le supplice de la corde va être aboli dans l’État de New-York, à la suite d’un vote de la législature locale et remplacé par la mort au moyen de l’électricité
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- LA NATURE.
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- pour les condamnés. La Société médico-légale s’occupe avec activité de la manière dont on devra procéder. Une partie de la séance du 15 novembre a été consacrée à cette question. On est tombé d’accord sur la valeur de la tension indispensable pour que la mort soit sûre, immédiate, et qu’aucun réveil ne soit possible. On l’a estimée à 5000 volts, en admettant, bien entendu, que l’intensité du courant ait une valeur notable. L’énergie électrique sera fournie par une dynamo. Le condamné sera solidement attaché sur un fauteuil auquel aboutiront les deux pôles. L’un des pôles sera fixé à un casque de cuivre qu’on lui placera sur la tête, et l’autre à une plaque de même métal adhérente au fauteuil, de manière à le toucher entre les deux épaules. Le circuit sera fèrmé à l’aide d’un commutateur fixé au mur, et que le bourreau fera mouvoir aussitôt qu’on lui donnera le signal. En France, une proposition semblable a été faite au Sénat par M. Edouard Charton, mais l’honorable auteur de ce projet est résolu à attendre le résultat des exécutions qui malheureusement ne tarderont pas à avoir lieu en Amérique avec ce nouveau système.
- Kmploi de briques pour le pavage des rues.
- — On a fait dernièrement à Nashville (États-Unis) des essais de pavage au moyen de briques créosotées ou bitumées, qui ont donné, d’après The Chicago Journal of commerce, des résultats très satisfaisants. Les briques, ainsi traitées, offrent une résistance uniforme, les parties les pliq; poreuses absorbant plus de matières bitumeuses que les parties plus dures ; le bitume a la propriété de durcir les briques et de les rendre parfaitement imperméables. On a constaté que, dans les rues pavées de cette façon et où le trafic est considérable, les briques se trouvaient encore dans d’excellentes conditions après trois ans et demi d’usage. Dans l’Ohio, l’Illinois et la Virginie occidentale, des rues pavées au moyen de briques ordinaires bitumées, et dans lesquelles la circulation est très active, sont encore dans un excellent état après six ans. Voici la manière de procéder pour ce genre de pavage : Après que le terrain a été bien nivelé et cylindré, on y dépose une couche de gravier de 2 à 5 pouces d’épaisseur, sur laquelle on répand du sable fin (environ 2 pouces d’épaisseur). Les briques sont ensuite posées sur la tranche, à joints brisés ; on remplit les interstices avec du sable et le pavage est terminé.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 3 décembre 1888. —Présidence de M. Janssex.
- Flore fossile du calcaire grossier parisien. — De la part de M. Ed. Bureau, professeur au Muséum, M. Van Tieghem dépose un magnifique mémoire avec deux planches sur d’importants vestiges botaniques renfermés dans la pierre à bâtir des environs de Paris. Le savant auteur apporte tout d’abord de l’ordre dans un sujet qu’une synonymie inextricable est venue compliquer comme à plaisir; il rectifie en plusieurs points des déterminations de Watelet et donne une base définitive aux comparaisons antérieures. Chemin faisant, il découvre deux espèces nouvelles. L’une est un Pandanus que M. Bureau appelle P. hdetianus; l’autre, remarquable par sa très grande taille et sa belle conservation, est un Yucca, auquel l’auteur attache le nom de feu M. le Dr Eugène Robert. 11 s’agit d'un magnifique échantillon de plus d’un mètre de long que M. Bureau a inopinément découvert dans une
- armoire vitrée à la ci-devant école du travail manuel dont il était l’un des administrateurs. Cet échantillon qui figure maintenant au Muséum se rapporte exactement à la description d’une plante fossile que Robert donna en 1850 avec un dessin de Decaisne, mais qui était tombée absolument dans l’oubli et dont les types ont disparu. On sait que les Yucca appartiennent à un genre essentiellement américain, il est donc intéressant de les voir figurer aux temps éocènes parmi les végétaux européens qui jusqu’ici avaient montré surtout des affinités avec la flore de l’Asie tropicale actuelle.
- Eaux courantes américaines. — Ou connaît dans l’Amérique du Sud plusieurs Rio negro ou rivières noires ; par exemple, parmi les affluents de l’Amazone et du Uaut Orénoque : leur nom vient de la teinte sombre de leurs eaux qui peut aller jusqu’à rappeler le café noir. Durant ses explorations dans la région dont il s’agit, M. Marcano a recueilli plusieurs échantillons d’eaux noires et il les a transmis à M. Muntz dont M. Schiœsing dépose aujourd’hui une note à ce sujet. L’analyse a montré que la matière colorante consiste en matière huinique libre, laquelle figure dans la proportion de 16 millionièmes. Avec la substance organique, ne se rencontrent presque pas de corps minéraux; la chaux est tout à fait absente, et la potasse, comme le sesquioxyde de fer, ne se présente qu’à l’etqt de traces. Quand un affluent noir se jette dans le courâ d’eau qu’il alimente, la décoloration de ses eaux se fait presque immédiatement, ce qui tient, sans nul doute, à l’action des sels calcaires sur l’acide organique.
- Le fer météorique de Bendego. — Une magnifique photographie est sur le bureau, qui représente, avec un grossissement de 5 diamètres, la surface polie d’un fer météorique traitée par un acide et montrant ainsi les dessins réguliers dits figures de Widmannstælten. Il s’agit du fer météorique de Bendego (province de Bahia) qui, connu depuis 1784, époque où Domingos da Mota Botelho l’a signalé, vient seulement de parvenir à Rio-de-Janeiro, Du poids de plus de 6000 kilogrammes, la masse, prise d’abord pour de l’argent natif, gisait au milieu d’une forêt vierge. Avec des efforts héroïques on l’a mis sur un chariot attelé de cent quarante bœufs; mais au bout de cent cinquante pas, le véhicule s’embourba et fut abandonné. C’est seulement l’an dernier qu’on revint à la charge, n’ayant que 80 kilomètres à faire pour atteindre la voie ferrée du San-Francisco à Rio, par Bahia. Malgré les ressources dont on dispose maintenant, il fallut quatre mois et demi pour faire le trajet; les frais s’élevèrent à 100 000 francs dont la moitié furent généreusement faits par un député de la province de Bahia. On ne saurait trop applaudir au succès de cette entreprise qui a sauvé de la destruction une première épave de corps extra-terrestres.
- Une rivière souterraine. — M. Martel annonce qu'il vient d’exécuter un voyage de près de 2 kilomètres dans les conduits souterrains où circule une rivière disparue dans la région des Causses. Les résultats de l’auteur le conduisent à proposer une théorie de la formation des canons comme on en voit de si célèbres dans l’État de Colorado et plus près de nous, dans la curieuse région récemment explorée sous le nom de Montpellier-le-Vieux.
- Varia. — La navigation occupe M. Grelle. — Les nombres irrationnels d’Euclide fournissent à M. Léopold Uugo le sujet d’une communication. — M.\I. Bouchardat et Lafont étudient le serpylène. — D’après M. Giard, le parasite de la sardine récemment signalé par M. Jouvin
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- LA NATURE.
- est connu depuis longtemps sous le nom de Peroderma cylindrica. — Des recherches sur le cerveau des ara-néides sont transmises par M. de Lacaze-Duthiers. — La préparation des substances phosphorescentes a montré à M. Edmond Becquerel l’influence décisive du mélange en très faible proportion de sels alcalins et spécialement de carbonate de rubidium. — Une note sur les cachalots des Açores est déposée par M. Milne-Edwards. — M. Gauthier prépare l’oxysulfure de carbone en faisant passer le sulfure de carbone sur le kaolin très fortement chauffé.
- Stanislas Mednier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LE JEU DD BOBÉCHON
- Prenez une bande de drap ou de flanelle de façon à en faire un cylindre de 8 centimètres de hauteur et de 1 centimètre de diamètre, et cousez le bord de l’étoffe pour que ce cylindre conserve sa forme,
- De'coupez dans du molleton épais un cercle de 4 centimètres de diamètre ; au centre de ce cercle cousez la base du cylindre de façon à ce que son axe soit perpendiculaire au cercle de molleton. Vous aurez ainsi construit un appareil appelé' bobé-chon qui peut être l’objet d’une récréation scientifique amusante.
- Posez la base de ce bobe'chon au centre d’une assiette plate ; placez un sou au sommet du cylindre ; bien que ce dernier ne soit pas rigide, il peut cependant, tant qu’il restera vertical, supporter le poids de la pièce de monnaie. Prenez maintenant une baguette mince et flexible en osier ou l’extrémité d’une ligne à pêcher, et essayez de faire sortir de l’assiette le sou et le bobéchon, à l’aide de votre baguette. Lorsque je vous dirai que le sou n’a pas besoin de rester sur le cylindre, mais peut tomber à côté de lui en dehors de l’assiette, vous allez croire que le problème est d’une simplicité enfantine. Essayez, et vous verrez au contraire qu’il demande beaucoup d’adresse et un apprentissage plus ou moins long. Rien de plus facile que d’amener l’ensemble du bobéchon et de la pièce du centre de l’assiette vers son bord, en faisant glisser doucement le système à l’aide de la baguette, le cylindre flexible de flanelle restant bien vertical. Mais, arrivé là, vous
- avez à lutter contre l’inclinaison du bord de l’assiette; si vous donnez une poussée rapide, le bobéchon sautera bien loin au dehors, mais, en vertu des lois de l’inertie que nous rappellent plusieurs expériences des Récréations scientifiques U le sou tombera dans l’intérieur de l’assiette, et vous aurez manqué l’expérience. Si vous tachez, au contraire, d’agir sur la tige du bobéchon en l’inclinant vers l’extérieur, le sou tombera bien au dehors, mais l’extrémité flexible de votre baguette l’aura suivi, et le bobéchon n’ayant fait que basculer, c’est lui qui restera sur le bord de l’assiette. Comment devons-nous donc faire pour réussir? Voici la solution théorique, mais qui n’exclut pas l’apprentissage dont j’ai parlé plus haut.
- Allongez la main de façon que l’extrémité de la baguette aille jusqu’au bord de l’assiette qui vous est opposé ; appuyez sur l’extrémité de la baguette
- pour que le sommet de l’arc ainsi produit vienne se placer exactement dans l’angle formé par le cylindre et la base de molleton ; par un mouvement très lent du poignet, amenez le système au bord de l’assiette; puis, arrivé à l’instant critique, continuez cemou-vement de déplacement latéral, mais en même temps poussez la baguette devant vous, en allongeant subitement le bras. Ce mouvement a pour but d’incliner le cylindre vers l’extérieur de l’assiette tout en laissant la baguette près de sa base; lorsque le sou se projette verticalement en dehors de l’assiette, donnez un petit coup sec, qui chassera le bobéchon au loin et fera tomber le sou tout près du bord, mais à l’extérieur.
- C’est à l’aide de cet attirail si simple et si portatif, un bobéchon et une baguette, que certains chevaliers d’industrie réussissent à extorquer, sou après sou, l’argent des naïfs, dans les fêtes foraines; et, bien que rien ne semble plus aisé quand la baguette est entre leurs mains habiles, nous ne saurions trop répéter à nos lecteurs : « Méfiez-vous du jeu du bobéchon! » Arthur Good.
- 1 Voir les Récréations scientifiques, G. Masson éditeur : la carte de visite et la pièce de 5 francs; la pile de dames, etc.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Le jeu du bobéchon — N” 1. F. Flanelle roulée; M. Molleton épais. N“ 2. Vue d’ensemble du jeu à une plus petite échelle.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de F leur us, à Paris.
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- N° 811. — 15 DÉCEMBRE 1888.
- LA NATURE.
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- HALAGE FUNICULAIRE
- Bien des tentatives ont été laites en France et à l’étranger pour substituer au halage par hommes ou
- par chevaux un système de traction mécanique utilisant à la propulsion des bateaux les chutes dont on dispose le long des voies navigables.
- Ces tentatives ont échoué jusqu’à ce jour, et les installations des différents systèmes ont été aban-
- Fig. 1. — Vue d’ensemble du système de luilage funiculaire. — Hangar de la machine motrice et bateau amarré au câble sans fin.
- Fig. 2. — Détails des poulies de support et du câble sans fin. — N* 1. Position de la poulie pendant le passage de la corde d’amarre. — N" 2. Après le passage de la corde d’amarre. — N” 3. Le Câble métallique sans fin figuré à une plus grande échelle. AD, corde d’amarre au bateau. D, système de déclic pour le démarrage. A’ position du crochet quand il passe dans la gorge de la poulie.
- données après quelques mois d’essais infructueux.
- L’étude de ce problème, dont nous indiquerons plus loin l’importance économique, a été reprise avec l’initiative du Ministère des travaux publics 17e année. — i,r semestre-
- par M. l’ingénieur en chef Maurice Lévy, de l’Institut, professeur au collège de France, qui en a donné une solution aussi complète qu’élégante. L’inauguration du nouveau système, installé par
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- LA NATURE.
- M. Maurice Lévy et son dévoué collaborateur M. l’ingénieur Pavie à la jonction des canaux de Saint-Maur et de Saint-Maurice en un point où toutes les difficultés que l’on peut rencontrer dans la pratique se trouvent accumulées sur une assez faible longueur, a eu lieu il y a une quinzaine de jours avec un succès complet, devant M. le Ministre des travaux publics et un grand nombre d’ingénieurs.
- Ce système est basé sur l’emploi d’un câble métallique sans fin, soutenu par des supports munis de poulies le long des deux rives de la voie navigable, mis en mouvement par un moteur fixe et auquel les bateaux s’attachent au moyen d’une corde de halage (fig. 1). Le principe est donc le même que celui des chemins de fer funiculaires qui fonctionnent depuis longtemps déjà en Suisse et en Amérique.
- Mais tandis que sur un chemin de fer on a des rails pour supporter et guider les wagons, dans un canal, le bateau attaché au câble moteur par une amarre flexible, doit gouverner sans guide et sans appui, de manière à suivre toutes les sinuosités de la voie navigable.
- Si l’on se rappelle que le poids d’un bateau dépasse souvent 500 tonnes, on comprend que le problème de la traction des bateaux par câble télodynamique est infiniment plus délicat que celui qu’il a fallu résoudre pour installer un tramway ou un chemin de fer de montagne.
- Une des grandes difficultés à vaincre, et l’inventeur en a triomphé par un procédé aussi simple qu’ingénieux, était d’éviter que le câble fût arraché de ses poulies de support et jeté à l’eau dans les courbes, par suite de l’obliquité de la traction et de l’effort latéral qui en est la conséquence nécessaire.
- M. Maurice Lévy a résolu le problème en fermant la poulie de support par un galet supérieur qui s’oppose absolument à la sortie du câble, et en livrant néanmoins passage a la corde d’amarre qui s’échappe par des crans pratiqués dans la joue de la poulie sans que le câble puisse être entraîné avec elle (fig. 2, n° 2). L’une des difficultés qui avaient fait échouer toutes les tentatives précédentes se trouvant ainsi
- résolue, il fallait en outre imaginer des dispositions qui permissent au batelier de s’attacher au câble en un point quelconque et de s'en détacher où et comme il le voudrait, sans que cette dernière manoeuvre, qu’un événement imprévu peut rendre 'a chaque instant nécessaire, l’obligeât à abandonner son bateau pour descendre à terre.
- Le câble porte de distance en distance une manille d’amarrage formée de deux anneaux dont l’un est mobile autour du câble, et dont l’autre tourne autour d’un axe perpendiculaire.
- C’est dans ce dernier que l’on passe, lorsqu’i n veut s’attacher au câble, la corde de halage dont l’extrémité libre est ensuite fixée dans un appareil de déclenchement, déclic à crochet ou à ressort (fig. 2, n°3). Cette opération exige à peine quelques secondes,
- ce qui permet au batelier de remonter immédiatement à bord de son bateau pour travailler à la manœuvre. Le démarrage, facile à régler au moyen d’un treuil à frein sur lequel la corde d’amarre se trouve enroulée, s’effectue alors sans secousse et sans à-coup, bien que le câble continue à marcher avec sa vitesse normale.
- Lorsque le bateau a pris insensiblement cette vitesse, le démarrage est terminé et le batelier n’a plus qu’à gouverner jusqu’à ce qu’il lui plaise de s’arrêter. A ce moment, il suffit d’ouvrir le déclic en exerçant une traction sur la partie mobile de cet appareil au moyen d’une petite cordelle que le pilote a toujours sous la main, l’extrémité de l’amarre devient libre et sort nécessairement de l’anneau sur lequel elle n’exerce plus aucun effort et que le câble continue à entraîner dans sa course.
- Nos gravures donnent une idée exacte de l’intéressante installation de M. Maurice Lévy. La figure 4 montre le hangar qui abrite la machine à vapeur, destinée à faire fonctionner le système ; le câble télodynamique est maintenu rigide sous l’action d’un tendeur spécial dans la description duquel nous n’entrerons pas. La figure 2 donne les détails de construction du câble métallique et des poulies de support. Ci-dessus enfin (fig. 5), nous plaçons sous
- Maison dje l'Eclusiet
- Eciuse de (iravelle
- Mac h i nè Tnotrlce,
- et tendeur
- Support.
- Câble télodynamique
- Fig. 2. — Plan de l’installation du Ralage funiculaire, à la jonction des canaux de Saint-Maur et de Saint-Maurice, près Paris.
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- LA NATURE.
- les yeux de nos lecteurs le plan général de l’installation ; il montre le trajet suivi par le cable télody-namique. Cette installation, qui a suffi a démontrer l’efficacité du système, ne doit être considérée qu’à titre d’essai préliminaire; elle va servir de type pour une nouvelle entreprise dans laquelle le câble aura une longueur de 11 kilomètres.
- La vitesse obtenue avec ce système atteint 4 kilomètres à l’heure, tandis que les chevaux de halage font péniblement 2k, 7 dans le même laps de temps.
- Quant au prix de revient, il est nécessairement variable avec le trafic, puisqu’il comprend l’amortissement des frais de premier établissement qui dépendent bien plus des circonstances locales de l’installation que des besoins auxquels elle est appelée à satisfaire. On peut dire cependant que ce prix de revient, dans des conditions du trafic actuel s’abaissera en moyenne aux deux tiers du prix du halage par chevaux.
- En tenant compte de l’influence que cette économie de temps et d’argent doit avoir sur le développement de l’industrie des transports par voie iluviale, il semble que l’application du système, présente des avantages plus que doubles de ceux du halage tel qu’il se pratique actuellement.
- L’installation du système de M. Maurice Lévy sur nos voies navigables à grand trafic, peut donc être appelée à apporter une modification profonde et salutaire dans leur exploitation, en complétant ainsi l’œuvre'd’amélioration et de transformation qui a été entreprise depuis de longues années.
- Gaston Tissandier.
- UNE NOUVELLE
- APPLICATION DE LA PHOTOGRAPHIE
- La détermination exacte des coefficients de dilatation aux températures élevées présente, en dehors de l’intérêt purement scientifique, une très grande importance pour les usages industriels. Le retrait des pièces moulées en fonte, les déformations et rupture des objets en acier trempé, les tressaillures des couvertes de faïence et de porcelaine dépendent directement des changements de dimensions occasionnés dans les corps solides par l’action de la chaleur. Mais les difficultés que l’on rencontre dans les expériences faites aux températures élevées ont empêché jusqu’ici d’aborder cette étude d’une façon un peu précise. M. Le Chatelier s’est proposé de trouver une méthode d’expérimentation permettant de combler cette lacune; il y est parvenu en applicant le couple thermoélectrique platine —platine rhodié, à la détermination des température et la photographie à la mesure des longueurs. On peut, sur un cliché ordinaire, faire les pointés à 0mm,0 I près ; d’autre part, la dilatation de tous les métaux entre 0° et 1000° est supérieure à 0,001 de leur longueur, de telle sorte qu’avec une tige de 0m,l de longueur, photographiée en vraie grandeur, on pourrait mesurer la dilatation dans cet intervalle de température à 1 pour 100 près. On ne saurait penser, pour une semblable photographie, à employer un objectif unique. Les plus petites variations, dans les distances respectives de la tige pho-
- tographiée, de l’objectif et de la plaque sensible, amèneraient des déformations de l’image, du même ordre de grandeur que celles qui proviendraient de la dilatation. Mais cette cause d’erreur est complètement éliminée si l’on photographie chaque extrémité de la tige au moyen d’objectifs différents, séparés l’un de l’autre par une distance égale à la longueur de la tige et maintenus à cette distance d’une façon rigoureusement invariable.
- « Cette méthode, dit l’auteur, a été appliquée à la détermination du coefficient de dilatation de la porcelaine de liayeux ; les expériences ont été faites sur la tige d’un petit pyroinèlre qui avait servi autrefois, à M. Mallard et à l’auteur, dans leurs mesures des températures d’inflammation des mélanges gazeux. Le coefficient de dilatation est resté constant entre 0°et 1000°, avec une valeur de 0,0000036. Les écarts entre le calcul et l’observation sont de l’ordre de grandeur prévu, et le coefficient trouvé diffère à peine de celui obtenu en 1863, par MM. Sainte-Claire Deville et Troost, dans une première série d’expériences faites à la température d’ébullition du zinc.
- M. Le Chatelier continue ses expériences sur les métaux afin de déterminer les erreurs expérimentales que comporte cette méthode d’observation.
- DÉCOUVERTES DE MÉDAILLES ROMAINES
- Une importante découverte a été récemment faite au domaine des Miez, commune de Saligny, canton de Dom-pierre (Allier). Il s’agit d’un trésor composé de plus de trois cents deniers d’argent d’empereurs romains ; ces pièces sont dans un bel état de conservation, elles avaient été mises dans un sac en toile enfermé lui-même dans un vase sphéroïdal en terre blanche; le sac, et le vase d’un fort joli galbe, sont conservés.
- Parmi les pièces les moins connues de ce dépôt, on y remarque des revers rares, plusieurs pièces de Ballin, Suppin, Geta, quelques bons types impératrices, quelques rares Volusius, des coloniales de Gallien (les pièces en argent de cet empereur sont déjà rares) plusieurs bons types de Salonina, sa femme, et de Salonin, leur fils, dont une certaine quantité au revers de Jovis Cresc., avec la chèvre Amalthée. Les trouvailles de ce genre sont assez fréquentes en Bourbonnais ; la ville de Moulins a acquis, en 1824, cinq cents superbes deniers, presque à fleur de coin, des empereurs Antoine jusqu’à Salonin. Ce trésor a été découvert à Brout-Vernet, près Gannat.
- Deux caisses militaires enfouies sous Dioclétien avaient été trouvées entre Villeneuve-sur-Allier et Chantenoy. La dernière contenait plus de 80 kilogrammes de petits bronzes d’Aurélien, Claude II, Quintille, Probus, Gallien, Salonien, Salonin, Maximin-Hercules Constantin, Dioclétien, etc. Ces pièces sont superbes, elles ont été en grande partie dispersées ; la collection de M. Francis Pérot, le numismate bien connu à Moulins, renferme les plus jolies pièces provenant de ces deux caisses militaires.
- Parmi les raretés qui s’y trouvaient, l’on remarquait Allatus, Quietus, Caransius, Maynia, Urbica, Carus et Ca-vinus, têtes accolées, puis des revers rares et beaucoup de pièces frappées dans les Gaules.
- Le regretté docteur Missonez, de Vienne (Autriche), a relaté toutes les pièces de Probus; M. le major Marckl, de Listz- en-Danube, a décrit les Claude 11 et les Quintille de cette riche trouvaille; et enfin le savant Kolb, de Listz-en-Danube, a décrit également plusieurs séries de ces trésors.
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- LA NATURE.
- LES LOUPS SAVANTS
- A PARIS
- Le Cirque d'IIiver a actuellement dans son programme une exhibition fort curieuse : c'est celle d’une troupe de loups savants. L’intérêt qu’elle présente, à divers points de vue, nous engage à la décrire avec quelques détails.
- Pendant l’entr’actc, les garçons du cirque amènent sur la piste, à grand renfort de bras, une voiture ressemblant un peu à une voiture roulante de saltimbanques, mais ornée de dessins et de dorures. Cette voiture est hermétiquement close. O11 apporte alors de légères grilles de fer de deux mètres environ de hauteur, qui, jointes rapidement les unes aux autres forment une vaste enceinte, dont la voiture mystérieuse forme l’un des côtés. Les spectateurs s’intéressent à tous ces préparatifs. Au bout de quelques minutes le dompteur apparaît, il entre dans l’enceinte par un tambour grillagé à double séparation, et alors, il ouvre successivement et avec rapidité quatorze petites portes correspondant à autant de cages que contient la voiture, à chacune de ces ouvertures on voit la tète d'un loup. Ceux-ci semblent un instant éblouis par l’éclat des lumières, surpris par le bruit de la musique, par la foule des spectateurs qui les entoure; puis d’un bond ils sautent sur le sol et sont manifestement enchantés de l’instant de liberté qu’on leur accorde. Ils en profitent immédiatement pour jouer entre eux, se poursuivre, se mordiller, se rouler sur le sol. Le dompteur (Monsieur le professeur Rudesindo, dit l’affiche) y met bon ordre, et les exercices se succèdent dans l’ordre suivant.
- Notons que le professeur tient en mains deux fouets, l’un a un manche court, l’autre a un manche très long dont l’extrémité est armée d’une pointe, les élèves semblent parfaitement la connaître et la craindre. Tout d’abord, les loups tournent en rond au galop autour de la piste, ils forment alors une sorte de meute, faisant penser à ces bandes de loups qui, d’après le récit des voyageurs, poursuivent parfois les traîneaux dans les steppes de la Russie. Ils tournent dans un sens, s’arrêtent et reprennent leur course dans le sens opposé. Puis, au commandement, ils sautent et s’alignent sur une estrade placée devant leurs cages. Ils redescendent sur la piste et viennent tous se mettre debout, les pattes antérieures appuyées sur les barreaux de la grille.
- On apporte des chaises. Un loup se tient en équilibre, les quatre pattes posées sur le barreau supérieur du dossier. Un autre loup, les pattes postérieures sur le dossier d’une chaise, appuie les pattes antérieures sur les épaules du dompteur. Deux loups sautent sur les épaules de celui-ci, leurs pattes posées sur ses bras étendus. Sur trois chaises placées bout à bout, quatre loups se groupent de la façon suivante : deux sont debout sur les dossiers, et les deux autres sont de chaque coté les pattes posté-
- rieures sur le siège de la chaise, et les antérieures sur les dossiers.
- Le dompteur saisit un loup à la gorge, lui fait ouvrir une vaste gueule, et y introduit sa tête.
- Des cintres du cirque, on descend une échelle double; les loups successivement grimpent par un côté et descendent par l’autre. Us grimpent de chaque côté de façon à se croiser sur leur chemin bien que l’échelle soit relativement étroite. A un commandement, les loups s’élancent tous sur l’échelle, se pressent, s’entassent du sommet à la base de façon à former une sorte de tableau décoratif. On apporte des barrières ayant environ un mètre cinquante de hauteur, et malgré cette élévation les loups les franchissent avec beaucoup d’agilité et d’adresse.
- La dernière scène est assez curieuse : du cintre descend peu à peu une corbeille de fer, remplie de viande. Immédiatement les loups, avec une avidité caractéristique, se groupent au-dessous, bondissent à une hauteur prodigieuse pour chercher à l’atteindre, montrent une vivacité, une animation extraordinaire. Le contenu de la corbeille est renversé sur le sol. On assiste à une sorte de curée, et en un instant tout a été englouti.
- Le spectacle est fini. On voit cependant encore une scène fort amusante : c’est la rentrée des loups dans leurs cages. Le dompteur ouvre une porte et appelle un nom; le loup interpellé comprend parfaitement ce dont il s’agit, et si les uns accourent précipitamment et d’un bond sautent dans la voiture, les autres manifestent leur préférence à rester au dehors; ils se cachent derrière leurs camarades, qui pendant ce temps jouent entre eux, et ce n’est que grâce à un certain nombre de coups de fouet qu’ils consentent à rentrer dans leur domicile. Quelques loups regimbent contre les coups, hérissent leurs poils, grognent, montrent les crocs et essayent de se précipiter sur le dompteur.
- En dernier lieu, un jeune loup reste seul, il sollicite des caresses de son maître, se roule sur le sol, fait le beau, mais cela avec un mélange de timidité et de crainte, rappelant un peu le manège des jeunes chiens ayant commis quelque faute et faisant le beau pour éviter une correction. Ce spectacle du cirque est intéressant parce qu’il montre le degré d’intelligence, de docilité et de compréhension que peuvent atteindre les loups. Ces animaux à l’état libre, vivant entourés de la population, et aux dépens de celle-ci, .constamment pourchassés, sont dans un état continuel de crainte et de méfiance ; leur sauvagerie extrême est donc suffisamment justifiée. Mais quand on les voit dans un cirque, manœuvrant avec docilité, on les trouve comparables à des chiens; et il semble ressortir de cette comparaison qu’il y a plutôt entre ces animaux une différence de race qu’une différence d’espèce, étant données surtout, d’une part, l’immense diversité des races canines, et de l’autre cette constatation que chiens et loups peuvent produire des métis. Au point de vue
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- Exercices îles loups savants au Cirque iPLliver, à Paris
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- LA NATURE.
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- même de l’aspect, certains chiens de bergers ressemblent fort à des loups; or, on sait l’intelligence extraordinaire que témoignent ces animaux dans leur fonction de gardiens de troupeaux.
- S’il y a un grand nombre de faits relatifs à l’intelligence des loups et à leur faculté d’apprivoisement, il y a, croyons-nous, assez peu d’exemples de loups ayant mérité l'épithète de « savants ». On en cite cependant quelques-uns : l’année dernière, au théâtre des Folies-Bergère, un dompteur a exhibé des loups savants qui exécutaient des exercices analogues à ceux du professeur Budesindo. En Auvergne, pays où il y a un grand nombre de loups, des chasseurs creusent des fosses, et, lorsqu’ils sont parvenus à capturer l’un de ces animaux, ils le musellent, lui mettent un collier, et le tenant par une chaîne, le promènent de village en village, l’exhibent dans les foires et dans les marchés. Ils reçoivent, en récompense de leur capture, soit des pièces d’argent, soit des denrées. La capture d’un loup équivaut pour ces chasseurs à une petite fortune ; ce loup devient leur gagne-pain, aussi sont-ils pleins d’attention et de bons soins pour lui. C’est par l’achat d’un loup que M. Pezon a commencé sa carrière de dompteur.
- Quelquefois ces loups, quand ils ont été pris jeunes, s’attachent à leur maître, lui obéissent et exécutent un certain nombre de tours, tels que : prendre une sébile dans leur gueule et faire la quête; sauter au-dessus d’un bâton, se rouler au commandement, se dresser debout et faire le beau, et enfin danser la bourrée. Pour faire danser son loup, le montreur chante, marque la cadence en frappant le sol de son bâton et en dansant lui-même sur place; et le loup bientôt, par imitation, porte le corps à droite et à gauche, se balance et semble danser. La danse des loups n’est pas spéciale à l’Auvergne. Autrefois, d’après le célèbre voyageur Chardin, elle était fort en faveur en Perse. Chardin raconte en effet qu’il vit à Tauris, en 1007, des loups dressés pour la danse: « Le peuple de Tauris, dit-il, prend son plus grand divertissement à voir cette danse, et l’on y amène de cent lieues de loin des loups qui savent bien danser. Les mieux dressés se vendent jusqu’à cinq cents écus la pièce. Il arrive souvent de grosses émeutes pour ces loups, et qu’on a de la peine à apaiser. »
- Les montreurs de loups font exécuter parfois à leurs animaux un tour assez curieux que ne pourrait évidemmment faire un chien et qui est l’application d’un des instincts du loup lorsqu’il est à l’état sauvage. Quand un loup a tué une brebis, pour l’emporter, il la saisit par le cou, et, la jetant en travers sur ses épaules, il s’enfuit avec rapidité. Or, les montreurs de loups font répéter cette expérience. Us jettent sur le sol un sac contenant de la paille ou des chiffons et démusellent leur loup, tout en le tenant par sa chaîne ; le loup se précipite sur le sac, le prend par l’attache et le fait passer en travers sur son dos ; alors en trottinant il tourne en cercle autour de l’assistance.
- Au sujet de cette aptitude des loups à porter leur proie ou des paquets, la légende chrétienne raconte qu’un jour saint Hervé, lourdement chargé, traversait une forêt ; il vit venir un loup monstrueux qui voulut le dévorer, mais le saint calma l’animal féroce et jetant son bagage le lui fit prendre et porter jusqu’à la limite de la forêt. C’est en souvenir de cette légende qu’il est de tradition dans la sculpture de représenter saint Hervé accompagné d’un loup.
- On prétend que les loups sont sensibles à la musique, *et l’on a cité à celte occasion un certain nombre de faits. Voici l’un d’eux à titre d’exemple. Un ménétrier de village rentrant d’une noce tomba, en traversant une forêt, dans une fosse à loups où se trouvait un de ces animaux. Ce loup, rendu féroce par un long jeune, voulut se jeter sur lui, mais le ménétrier ayant eu l’inspiration de jouer du violon, la bête se recula dans le coin de la fosse et sembla écouter avec attention ; tant que le musicien jouait, elle ne bougeait pas. Le ménétrier joua ainsi une partie de la nuit et du jour, et ce n’est que l’après-midi que des bûcherons, travaillant dans la forêt, surpris d’entendre de la musique dans cette solitude, vinrent délivrer le malheureux qui n’avait dû son salut qu’à son violon. Guyot-Daubès.
- A TRAVERS LE GROENLAND
- L’intérieur du Groenland, ce vaste continent glacé des régions polaires boréales, était demeuré jusqu’à présent une des plus grandes étendues de pays qui fussent encore inconnues.
- La principale expédition accomplie dans cette contrée le fut en 1885 parle célèbre Nordenskiôld. Ce courageux explorateur partit de la côte occidentale et s’avança de lf 8 kilomètres dans les terres. Deux Lapons qu’il envoya alors vers l’est parcoururent encore 220 kilomètres et atteignirent une altitude de 2000 mètres. Le professeur Nordenskiôld pensait que le centre du Groenland n’est pas couvert de neige, mais constitue une oasis relativement fertile dans ce Sahara du Nord.
- Il y a quelques mois, le docteur Frithjof Nansen, conservateur du Muséum de Berghem, en Norwège, supposant que l’intérieur du Groenland est formé par un vaste plateau neigeux très élevé, autour duquel s’étendent vers les côtes d’immenses glaciers, conçut le projet de vérifier par lui-même l’exactitude de son hypothèse et prépara une expédition pour traverser le Groenland de l’est à l’ouest.
- M. Nansen se proposait d’accomplir le voyage cet été, sur des ski ou coureurs de neige *. Ce sont des patins formés d’une planchette de bois longue de 2 mètres et large de 10 centimètres, terminée en pointe recourbée en avant, et qui se fixe au pied au moyen d’une boucle placée au milieu de la planchette. Ce mode de locomotion permet de glisser sur les plaines de neige avec une très grande rapidité.
- M. Nansen, qui est âgé de vingt-sept ans, s’adjoignit pour compagnons trois de ses compatriotes, intrépides sportsmen comme lui : le lieutenant Dietrichson, MM. Sver-
- 1 Voy.Les Patins à neige,n° 021, du 25 avril 1885, p. 321.
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- drup et Kristiansen, et deux Lapons nommés Balta et Ravna, tous jeunes, habiles patineurs et de constitution robuste.
- Partis au mois de mai pour l’Islande, les explorateurs quittèrent le port d’Isafjord le 4 juin, sur le voilier Ja-son, navire employé à la chasse aux baleines dans les mers arctiques. Le 17 juillet, le docteur Nansen et ses compagnons, pleins de confiance dans la réussite de leur entreprise, débarquaient du Jason sur les glaces, à 2 lieues et en vue de la côte orientale du Groenland, par 64° de latitude nord. Ils espéraient atteindre au mois de septembre le golfe de Disko, sur la côte ouest. La distance à parcourir étant d’environ 670 kilomètres et M. Nansen comptant franchir plus de 20 kilomètres par jour, la traversée du Groënland demandait un mois environ, sans tenir compte des retards que pourraient amener bien des obstacles imprévus. L’expédition emportait pour plus de deux mois de vivres sur des traîneaux norwégiens spécialement construits.
- Le retour de ces vaillants explorateurs préoccupait beaucoup l’opinion publique en Norwège lorsqu’on reçut, au commencement de novembre, l’heureuse nouvelle de l’arrivée de la petite troupe du docteur Nansen sur la côte occidentale du Groënland, qui était le but de son périlleux voyage.
- Le brick Pérou avait attendu vainement les voyageurs dans le golfe de Disko jusqu’en fin septembre. Le 48 octobre, au moment où le Fox, qui stationnait depuis plusieurs semaines le long de la côte, quittait Ivigtut, dans le Groënland méridional, pour rentrer en Europe, deux Esquimaux envoyés par M. Nansen se présentèrent à bord. Ils racontèrent que l’explorateur était arrivé le 4 octobre à la station de Godthaab, située plus au nord, d’où il les avait dépêchés pour prier le capitaine de l’attendre quelques jours, afin de le ramener en Europe avec ses compagnons. Mais l’état avancé de la saison obligea le Fox à prendre immédiatement la mer, sous peine d’être bloqué par les glaces, et c’est par ce navire que la nouvelle de l’arrivée du docteur Nansen est parvenue en Norwège.
- Après leur débarquement, le 17 juillet, sur la banquise de glace, les voyageurs rencontrèrent les plus grandes difficultés pour gagner la terre ferme, car le vent poussait vers le large l’ice-berg sur lequel ils se trouvaient. Ce n’est qu’après douze jours de marche et de pénibles efforts que la petite caravane atteignit la côte groënlan-daise, et cela beaucoup au sud du parallèle projeté.
- On se mit courageusement en route sur les vastes glaciers de l’intérieur, dans la direction de la baie de Disko. Une épouvantable tempête de neige obligea les explorateurs à obliquer vers le sud-ouest. La plus haute altitude à laquelle ils parvinrent fut évaluée à 3000 mètres. La température variait de — 40° à — 50° !
- C’est le 1er octobre seulement que l’expédition atteignit la côte occidentale, sur le rivage du fjord de l’Amé-ralik, situé au sud de Godthaab. Le Groënland était traversé pour la première fois !... M. Nansen partit aussitôt avec un de ses compagnons pour Godthaab, où il arriva le 4. On se rappelle qu’il envoya alors vers Ivigtut deux Esquimaux, qui assistèrent au départ du Fox pour l’Europe. •
- Grâce à l’idée très heureuse d’accomplir ce voyage de l’est à l’ouest, l’expédition trouve des habitants à son arrivée sur la côte occidentale, tandis que le littoral ojiposé est absolument désert.
- La vaillante petite troupe dirigée par le docteur Nansen hivernera donc très probablement à Godthaab, d’où elle
- rentrera en Europe l’été prochain, avec une abondante et glorieuse moisson de documents scientifiques sur le continent groënlandais, qui lui méritera les plus chaleureuses félicitations du monde savant. Jacques Léotard.
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- LÀ FOUDRE GL0BULÀIRE
- Nous avons eu l’occasion de citer depuis quelque temps un certain nombre d’exemples d’éclairs en boule, ou de foudre globulaire1. Voici un nouvel exemple de ce curieux phénomène. Il a été communiqué dans une lettre adressée à l'Océan par M. de Poulpiquet, de Brescanvel. Le correspondant raconte qu’il a failli être victime de la foudre globulaire dans la soirée de vendredi 30 novembre 1888, en revenant en voiture de Brest à Brescanvel.
- Au plus fort de l’orage, M. de Poulpiquet avait mis son cheval au pas, lorsqu’il aperçut soudainement une lueur rouge sombre, affectant la forme d’un demi-globe, qui se tenait comme suspendue au poitrail de l’animal, du côté droit. L’autre partie du globe, tournée vers le côté de la route, l’illuminait, au contraire, d’une blanche et aveuglante clarté. Le cheval s’abattit, se releva, s’abattit deux fois encore, sans que la lueur qui s’attachait à lui disparût un instant. A sa dernière chute, le globe éclata, sous la forme d’un éclair qui s’éloigna un instant, puis revint le frapper. La pauvre bête était mortellement atteinte : elle expira presque aussitôt. Tout cela s’était passé dans l’espace de deux ou trois minutes. Les voyageurs, en rouvrant les yeux que l’éclat de la foudre les avait obligés à fermer, ne virent plus qu’un nuage rougeâtre qui se dissipa peu après.
- Un grand chêne qui bordait la route avait été atteint et déchiré dans toute sa hauteur; à ses pieds, la foudre avait creusé un trou transperçant le talus. C’est de là sans doute qu’elle a gagné le milieu du chemin pour y produire les singuliers effets que nous venons de raconter.
- M. de Poulpiquet est sorti sans la moindre blessure de cette aventure; mais une domestique, qui était à ses côtés, s’est ressentie d’une forte douleur au côté gauche. Son garçon, placé derrière lui, s’est senti, à un moment donné, enveloppé par le fluide; il a été renversé de la voiture, et depuis ce moment il souffre de la tête, avec une forte sensation de brûlure à l’oreille droite. Une odeur persistante de soufre ne l’a pas quitté pendant toute la soirée de vendredi.
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- LE GRAND LAMINOIR A BLINDAGES
- DE L’USINE SAINT-JACQUES l’un des plus puissants du monde
- La préparation du métal fondu en grandes masses réalisée au convertisseur Bessemer ou au four Siemens a été le point de départ d’une transformation complète dans l’ancienne métallurgie du fer. Cette transformation a eu son contre-coup dans toutes les branches de l’activité humaine, si bien qu’elle justifie à de nombreux égards la dénomination d’âge nouveau, soit l’âge d’acier par rapport à l’âge de fer, appliquée souvent à l’époque actuelle pour la distinguer des époques passées. Nous n’examinerons pas ici les modifications nombreuses que l’emploi de ce
- 1 Noy. Tables des matières du précédent volume.
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- LA NATURE.
- métal nouveau a entraînées dans les industries de toute nature ; mais, en nous attachant exclusivement à cette question de l’élaboration des grandes masses, nous rappellerons que la puissance des outils a dû elle-même aller en grandissant en même temps que les dimensions des lingots sur lesquels ils opéraient, et les pièces de 50 000 kilogrammes que la métallurgie de l’acier peut produire actuellement exigent évidemment d’autres engins que les simples martinets qui pouvaient être suffisants pour les loupes spongieuses de 200 kilogrammes qu’on obtenait alors sur la sole du four à puddler.
- Le pilon à vapeur inventé vers 1841 par Boudon et Nasmyth, a été, comme on voit, le principal artisan de la merveilleuse extension que la métallurgie a prise depuis cette époque. Il a pu être considéré longtemps, et ajuste titre, comme l’emblème du travail d’élaboration du fer, l’engin par excellence, la caractéristique et l’orgueil des grandes forges ; et de fait, le spectacle qu’il offre dans les usines au milieu des vastes halles qui ont dû se relever pour le recevoir, ne manque pas d’une certaine grandeur ; il est réellement * le centre de toute l’activité qui l’entraîne , lui seul anime cette halle qu’il emplit de ses sonorités' étranges et dont il agite le sol pendant qu’il pétrit la loupe de fer de ses mains puissantes.
- Nous ne voulons pas méconnaître ce rôle glorieux et la part importante qu’a prise le pilon à vapeur dans les progrès de là métallurgie française ; mais qu’il nous soit permis de rappeler que, dans l’opinion de nombreux métallurgistes expérimentés, cet engin dont l’action est nécessairement brutale, n’est pas toujours celui qui convient le mieux à l’élaboration des grandes masses, et il peut être préférable dans certains cas dé recourir à des outils dont l’action est plus continue et.plus efficace,' comme le laminoir et surtout la presse à forge. C’est que le pilon, particulièrement bien approprié au travail des loupes de fer puddlé qu’il sait épurer dé leurs scories, ne peut plus agir de même sur .les lingots d’acier ’ fondu qui n’ont pas les mêmes impuretés étrangères; son action toujours brusque est nécessairement superficielle
- pour les gros lingots, la surface extérieure seule s’étire, mais le coeur de la masse n’est pas atteint, le métal est mal corroyé au centre. Quand on agit brusquement sur une matière semi-liquide, ainsi que le remarquent avec tant de raison MM. Casa-longa, les molécules s’éclaboussent en quelque sorte, elles coulent plutôt qu’elles ne se resserrent en se concentrant. Ajoutez à cela les tensions intérieures qui se développent souvent dans la masse du lingot sous le choc brusque du pilon, et qui peuvent arriver à déterminer parfois la rupture spontanée en apparence de la pièce. Il y a là, comme on voit, des con -sidérations importantes, montrant bien comment les métallurgistes en arrivent aujourd’hui à préférer des outils dont l’action silencieuse s’exerçant d’une manière continue paraît de nature à pénétrer plus intimement la pièce à travailler, à s’exercer au cœur de
- la pièce en un mot.
- La presse à forger considérée à ce point de vue, peut être regardé e comme l’outil de l’avenir, et, à côté de celle-ci le laminoir qui, par la vitesse et le diamètre de ses cylindres, tient à la fois des deux outils rivaux, prend une importance de plus en plus considérable pour l’élaboration des grandes masses d’acier dont on veut assurer la complète homogénéité.
- Nous représentons dans les figures ci-contre 1 et 2 l’un des puissants, sinon le plus'puissant des laminoirs à blindages, celui de l’usine Saint-Jacques appartenant à la Compagnie des forges de Châtillon-Commentry. Les cylindres ont 1 mètre de diamètre à la table et 5m,80 de longueur, avec un poids total de 25 000 kilogrammes chacun ; ils peuvent laminer des paquets ayant lm,20 d’épaisseur, et après l’achèvement des modifications actuellement en cours, ils pourront atteindre 2 mètres. Les cages où ils sont montés ont 4m,30 d’écartement et 4m,70 de hauteur, elles sont fixées sur une plaque de fondation commune et solidement entretoisées.
- Le cylindre inférieur, qui s’élève à peine au-dessus du niveau du sol, est fixe, le cylindre supérieur est seul mobile, il est monté dans des empoiSes qui peuvent glisser verticalement dans le guidage des
- Fig. 1. — Le nouveau laminoir à blindages de l’usine Saint-Jacques. Élévation et plan.
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- Fi«r. 2. — Vue d’ensemble de l'installation du nouveau
- laminoir à blindages de l’usine Saint-Jacques. (Forges de Châtillon et Commentry.
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- LA NATURE
- cages. Ce cylindre et ses empoises sont équilibrés par des contrepoids disposés sous la plaque de fondation, et dont l’action prépondérante tend continuellement à soulever le cylindre supérieur, ce déplacement est réglé d’ailleurs par l’action des vis de pression qui traversent la cage.
- Le cylindre supérieur peut recevoir une position inclinée par rapport au cylindre inférieur, de manière à permettre le laminage des plaques d’épaisseur décroissante, de forme trapézoïdale, comme le sont aujourd’hui les blindages de ceinture des navires cuirassés. Pour obtenir ce déplacement oblique sans forcer les empoises dans leurs guides, celles-ci sont munies intérieurement de coussinets sphériques qui reçoivent les tourillons des cylindres, et leur laissent ainsi toute liberté d'oscillation.
- Les vis de pression qui servent à commander la position du cylindre mobile portent à l’extrémité supérieure une portée cylindrique sur laquelle est montée une roue hélicoïdale commandée par une vis sans fin qui détermine ainsi son mouvement de rotation. Ces dernières vis sont actionnées elles-mêmes par une machine à vapeur à deux cylindres oscillants disposée sur une plate-forme comme l’indique la figure. Une disposition spéciale de débrayage permet de commander les deux vis ensemble ou séparément de façon à déplacer respectivement les deux empoises dans leurs glissières des quantités nécessaires pour incliner ou redresser le cylindre mobile sur l’horizon.
- Un système pendulaire spécial disposé sur une traverse reliant les extrémités des deux vis de pression, indique d’ailleurs immédiatement l’inclinaison correspondante du cylindre.
- En avant du train, sont disposés des cylindres verticaux qui peuvent se rapprocher ou s’écarter à volonté sous l’action de vis horizontales d’après la largeur de la pièce à passer : ils sont destinés à presser sur le lingot dans le sens de la largeur, de manière à prévenir le glissement exagéré des parties superficielles, le creusement des bords, et à maintenir une pression plus uniforme dans toute la masse. Ces galets verticaux ont 0m,500 de diamètre et lm,300 de longueur de table. Le mouvement de rotation de ces galets est obtenu au moyen de roues d’angle calées sur leur tourillon inférieur, actionnées elles-mêmes par un train d’engrenages monté sur l’axe du cylindre inférieur.
- Les grands cylindres horizontaux reçoivent le mouvement de la machine motrice par l’intermédiaire d’une cage spéciale à pignon. Celle-ci qui est reportée à gauche en dehors de la figure, comprend deux montants en fonte entre lesquels sont disposés les pignons servant à relier l’axe du cylindre mobile à celui du cylindre inférieur fixe. Les pignons sont d’ailleurs rattachés aux cylindres correspondants par des allonges et des trèfles de raccord. Comme l’écart des deux cylindres varie à chaque passe, les allonges du cylindre mobile prennent nécessairement une position inclinée, qui a l’inconvénient évident de donner une vitesse de rotation irrégulière entraînant au laminage
- des glissements et des chocs susceptibles de produire des ruptures.
- On atténue bien cet inconvénient en changeant les pignons lorsque l’inclinaison des allonges devient trop forte, ce qui oblige à avoir des jeux de pignon correspondant aux principales épaisseurs qu’on a en vue ; mais la disposition brevetée actuellement en cours de réalisation à l’usine Saint-Jacques est la seule qui fournisse la solution parfaite de cette difficulté. Le pignon du cylindre mobile est toujours commandé par celui du cylindre fixe, mais par l’intermédiaire de deux pignons interposés dont l’un a son axe fixe, et l’autre exécute un mouvement de satellite autour du premier. Le pignon supérieur, toujours commandé par ce dernier, peut se déplacer librement dans le sens vertical d’un mouvement de translation réglé à volonté au moyen d’une vis sans fin, et il reste toujours ainsi dans l’axe du cylindre mobile dont l’allonge de raccord n’a plus besoin d’aucune inclinaison sur l’horizon. Les dimensions des cages permettront, dans ces conditions, de faire varier l’écartement des cylindres dans des limites considérables qui n’avaient jamais été réalisées jusqu’à présent, allant de 2 mètres à 0m,015.
- Le train de Saint-Jacques est à changement de marche, c’est-à-dire qu’il lamine alternativement dans les deux sens, ce qui était nécessaire pour ne pas obliger à ramener inutilement d’un côté unique les pièces énormes qui passent entre les cylindres. Le changement de marche est interposé entre la cage à pignons et le moteur; il se compose de deux cages, l’une à deux, et l’autre à trois pignons de diamètres égaux; on les met alternativement en jeu suivant qu’on veut déterminer la rotation des cylindres dans un sens ou dans l’autre. L’embrayage des pignons est déterminé au moyen de griffes commandées par la tige des pistons d’un cylindre hydraulique spécial, actionnée elle-même par une pédale placée à la disposition de l’ouvrier.
- De chaque côté du train sont disposées les tables d’entraînement normales à l’axe des cylindres. Celles-ci portent deux rangées de rouleaux sur lesquels, reposent les pièces à laminer. Entre celles-ci sont disposées deux coulisses en fer auxquelles on peut communiquer un mouvement de va-et-vient au moyen d’un cylindre hydraulique reporté sous le sol de l’atelier. L’entraînement de la coulisse est déterminé à volonté par un gamin agissant sur le levier de manœuvre donnant la pression hydraulique dans le cylindre de commande; la plaque est entraînée dans le mouvement par des crochets à talon que l’ouvrier engage à cet effet dans l’un des trous de la rangée dont la coulisse est percée sur toute sa longueur, et elle vient ainsi s’engager entre les cylindres.
- On voit par là que tous les mouvements d’entraînement s’opèrent mécaniquement, en quelque sorte ; cinq ouvriers et deux gamins suffisent en effet pour assurer le laminage de lingots dont le poids peut dépasser 50 000 kilogrammes, et c’est certainement
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- un spectacle des plus curieux cpie de voir ces lourdes masses incandescentes obéissant à une impulsion insaisissable passer et repasser docilement entre les cylindres où elles s’écrasent, et ces cylindres cux-mèmes suspendant leur rotation après le passage de la plaque pour le reprendre immédiatement en sens inverse.
- Notre gravure montre le passage au laminoir d’une plaque trapézoïdale, les divers ouvriers sont à leur poste, et l’on voit à droite le contremaître observant la plaque avec une lunette pyrométrique. Cet instrument des plus remarquables, dont l’invention est due à deux ingénieurs de l’usine Saint-Jacques, permet de déterminer avec précision la température d’une masse ou d’un four porté au rouge, et il est appelé à rendre les plus grands services dans toutes les industries où l’on a besoin de régler les hautes températures mises en œuvre; nous en donnerons la description prochainement. L. B.
- LE PAPYRUS ÉGYPTIEN
- LA TAPA OCÉANIENNE ET LE PAPIER DES ANCIENS MEXICAINS
- La fabrication du papier n’est pas une industrie nouvelle : Cbampollion le jeune a retrouvé en Egypte des contrais sur papyrus qui remonteraient à 5600 ans. Dans le livre de Tobie, on voit que le contrat de mariage du jeune Tobie avec Sara, célébré en 684 avant notre ère, fut écrit sur une feuille de papier. Si nous en croyons certains documents, les Chinois qui, pendant les premières dynasties, gravaient leurs lettres sur de petites planches de bambou, découvrirent le papier 215 ans avant notre ère. A cette époque, l’empereur Tsin-Chi-Hoangti ordonnait la destruction de tous les livres écrits sur des planchettes de bambou, et son ministre Mung-Thian inventait le papier qui allait permettre de multiplier ces écrits que le farouche prince voulait faire disparaître du Céleste Empire. Au Mexique, en Océanie, les habitants fabriquaient aussi, avant l’arrivée des Européens, une sorte de papier qui n’était pas toujours destiné à être recouvert de signes graphiques.
- Chez nous, cet article se fabrique aujourd’hui avec des chiffons ou des substances filamenteuses végétales. Lorsqu’on se sert de tissus, il faut, comme chacun le sait, les soumettre à l’effilochage, opération qui a pour but de les réduire en fibrilles, tout en les brisant le moins possible. Tant qu’ils conservent quelque chose de l’arrangement que leur a donné la filature, ils ne peuvent pas servir, les fibrilles du papier devant être enchevêtrées dans tous les sens. Cet enchevêtrement a été recherché, nous allons le voir, dès les temps les plus reculés.
- Les anciens Egyptiens se servaient, pour leur papyrus, d’une plante qui croissait spontanément dans les marais de leur pays, le Souchet à papier (Cype-rus papyrus). Ils arrachaient la plante, en coupaient la racine et tout ce qui avait poussé au-dessus
- de l’eau ; la partie de la tige qui avait été constamment submergée était seule utilisée. Après l’avoir fendue dans le sens de la longueur, le fabricant en déroulait avec soin les pellicules dont elle se composait, les nettoyait et les étalait l’une contre l’autre sur une surface plane, humectée d’eau. D’autres pellicules étaient placées en travers, sur les premières. Pour enchevêtrer les fibres, on soumettait le tout à un battage, puis à une forte pression qui avait pour but de faire disparaître les inégalités. 11 restait à sécher les feuilles et à les réunir bout à bout pour obtenir des rouleaux de fortes dimensions. Il fallait encore les lisser, opération qui se faisait à l’aide de polissoirs en pierre ponce, en agate ou en ivoire. Le papier ainsi fabriqué était plus ou moins fin, plus ou moins blanc, selon que les pellicules provenaient de la périphérie ou du centre de la tige. Pour le préserver de l’humidité et des insectes, on le trempait dans de l’huile de cèdre. C’est à cette dernière opération que les Egyptiens devaient la solidité de leur papyrus, solidité telle qu’ils pouvaient, à l’aide de plusieurs feuilles superposées, faire des semelles de souliers.
- L’usage du papyrus se répandit d’Egypte en Grèce, dans l’Asie Mineure, puis à Rome et enfin dans plusieurs autres pays d’Europe. Il était fabriqué en Egypte et envoyé dans les autres régions. En 265 avant notre ère, Ptolémée Philadelphe rencontra en Eumène Ier, roi de Pergame,un rival qui, comme lui, protégeait les lettres et les sciences. Ce prince achetait chaque année, aux Egyptiens, une quantité considérable de papyrus. Pour empêcher son rival d’attirer les savants à sa cour, Ptolémée interdit a ses sujets l’exportation du papyrus. Cependant, plus tard, les Romains tirèrent presque tout leur papyrus d’Egypte, notamment de Sais et d’Alexandrie. L’usage en fut abandonné très tard : les papes s’en servirent et c’est sur du papyrus qu’écrivaient les rois de France de la première dynastie.
- Au début, le papier chinois était fabriqué, comme il l’est souvent encore, au moyen d’e'corces d’arbres soumises .à un battage prolongé. C’est de la même manière que diverses populations de l’Océanie fabriquaient la tapa, véritable papier analogue à celui de la Chine, bien qu’il fût destiné à la confection des vêtements. Forster qui, en 1775, se trouvait à Taïti, avec le capitaine Cook, vit, l’un des premiers, la façon dont on traitait les écorces. Sous un petit hangar, « cinq ou six femmes, dit-il, assises sur les deux côtés d’une longue pièce de bois carrée, battaient l’écorce fibreuse du mûrier, afin d’en fabriquer leurs étoffes. Elles se servaient pour cela d’un morceau de bois carré, qui avait des sillons longitudinaux et parallèles, plus ou moins serrés, suivant les différents côtés. Elles s’arrêtèrent un moment pour nous laisser examiner l’écorce, le maillet et la poutre qui leur servait de table ; elles nous montrèrent aussi, dans une écale de coco, une espèce I d’eau glutineuse dont elles se servaient de temps à | autre afin de coller ensemble les morceaux d’écorces.
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- Cette colle qui, à ce que nous comprîmes, vient de V Hibiscus esculentus, est absolument nécessaire dans la fabrique de ces immenses pièces d’étoffes, qui, ayant quelquefois six à neuf pieds de large et cent cinquante de long, sont composées de petits morceaux d’écorces pris sur des arbres d’une très petite épaisseur. »
- Tous les musées possèdent au jourd’hui des échantillons de tapa brute ou ornée de dessins peints. Le musée du Trocadéro possède aussi plusieurs de ces maillets qui servaient à frapper le liber du mûrier à papier (Broussonetia papyrifera), pour en enchevêtrer les fibres. Le dessin ci-joint (n° 1) représente une de ces battes qui appartient à M. Eug. Boban.
- Dans diverses provinces du Mexique, on a rencontré des instruments cubiques, en pierre dure, portant, sur deux de leurs faces, des cannelures absolument semblables aux « sillons longitudinaux et parallèles » que Forster avait déjà observés sur les battoirs à tapa des habitants de Taïti. M. Boban en possédait plusieurs qui font presque tous partie aujourd’hui des collections J du Musée d’ethnographie. Celui qu’il a bien voulu me communiquer appartient actuellement à M. Eug. Goupil. Comme la plupart des battes océaniennes, _ la pierre dont il s’agit porte des cannelures de largeur inégale sur ses deux faces. Pour leur être entièrement comparable, il ne lui manque qu’un manche. Mais ce manche devait exister; les profondes encoches qui se voient sur le pourtour (n° 2) indiquent que l’instrument portait une emmanchure soit de cuir, soit de bois flexible. Si nous reconstituons le manche (n° 4), le battoir mexicain et celui de l’océan Pacifique sont absolument analogues.
- Servaient-ils au même usage ? il me semble tout à fait plausible de l’admettre. Au Mexique, le papier servait non seulement pour les manuscrits, mais il jouait un grand rôle dans les cérémonies civiles, militaires ou religieuses. On en faisait une consommation considérable : Cuauhnahuac (aujourd’hui Cuernavaca) devait fournir à la capitale un tribut annuel de 160 000 paquets de papier. Nepopohualco, Tlaxcalla, Tepoxotlan et d’autres villes payaient des
- contributions de même nature. Or ce papier se fabriquait par des procédés analogues à ceux employés en Océanie pour la tapa. Le savant Francisco Hernandez, envoyé au Mexique par le roi d’Espagne, Philippe II, vit encore fabriquer le papier à Tepoxotlan; il nous dit que les Mexicains employaient les mêmes procédés que les Egyptiens, et ceux-ci, avons-nous vu, battaient le papyrus. Boturini ajoute qu’au Mexique on employait le maguey (Agave americana) dont on faisait macérer les feuilles qu’on battait ensuite pour séparer la pulpe des filaments. « Ceux-ci une fois nettoyés, dit-il, on les étend par couches qu’on maintient avec un peu de colle et on leur donne l’épaisseur qu’on désire; puis on les lisse et elles sont prêtes à être livrées au commerce. » Boturini, comme Hernandez, fait allusion au battoir dont on se servait pour la fabrication du papier. Les Mexicains avaient, d’ailleurs, un mot pour désigner l’opération : ils disaient Ama-nitequi, battre le papier et Amatequini, batteur de papier. Souvent le battage était l’opération principale, lorsque par exemple, au lieu de feuilles d’agave on employait l’écorce de Cor-dia, arbre de la famille des Borraginees que les Mexicains appelaient Amacuahuitl, c’est-à-dire arbre à papier.
- Après cela, il m’est difficile de ne pas voir le battoir dans cette pierre à cannelures si comparable à la batte à tapa des mers du Sud. Cette détermination me semble bien plus plausible que celle donnée dans le catalogue du Musée national de Mexico par M. Gondra qui veut y voir un polissoir ou une pierre à égrener le maïs. La première hypothèse est peu compatible avec la petitesse de l’instrument et n’explique pas les encoches du pourtour; la seconde est encore plus hasardée. Pour égrener le maïs, il n’était pas nécessaire de travailler à grande peine une pierre dure comme celle dont il s’agit; le premier caillou venu eût rendu le même service.
- Je dois, en terminant, adresser mes remerciements à M. Boban qui non seulement m’a confié les deux objets figurés ci-dessus, mais encore m’a fourni sur le Mexique, qu’il connaît si bien, les intéressants détails qui précèdent. Dr Verneaü.
- Battoirs à papier de la Polynésie et'du Mexique. — 1. Batte à tapa
- de la Polynésie. — N” 2, 3, et 4. Battoir à papier du Mexique, vu de profil (n° 2) ; d’un côté (n" 3) et de l’autre face avec l’emmanchure reconstituée (n° 4).
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889
- ETAT DES TRAVAUX DU CHAMP DE MARS, A PARIS
- Les travaux de l’Exposition avancent rapidement; depuis le l,r octobre toute la partie métallique est termine'e, et l’on s’occupe actuellement des décorations extérieures et des aménagements intérieurs. On n’aura pas ainsi employé plus de deux ans à ce travail considérable, y compris les déblais nécessaires pour l’organisation des services, la construction du chemin de fer pour le transport des matériaux, les terrassements du Champ de Mars, l’établissement de nouveaux quais au droit du pont
- d’Iéna, et l’installation des canalisations souterraines. Si l’on considère maintenant les constructions proprement dites, elles ont exigé, rien que pour la grande galerie des machines, des fondations qui ont l’importance de culées de ponts ; il a fallu ensuite étudier, adjuger et élever une ossature d’un poids total de 27500000 kilogrammes, et comportant plus de douze types de fermes différentes, non compris les dômes et les pavillons d’angles.
- Ces résultats font honneur au service de la construction de l’Exposition et aux ingénieurs du contrôle, MM. Contamin, Charton et Pierron, qui ont fait toutes les études des divers types de fermes sous la haute direction de M. Alphand, en même temps
- La galerie îles machines de l'Exposition de 188'J. — Élut des travaux le 1" décembre 1888. (D’après une photographie.)
- qu’aux architectes, MM. Dutert, Bouvard et Formigé.
- 11 convient en même temps de rendre justice à la puissance de production de l’industrie métallurgique française, à qui il a suffi d’une année, pour mettre en oeuvre cette immense ossature de types très différents, et cela, à un moment où se manifestait une reprise générale des affaires.
- On peut, dès maintenant, se faire une idée des procédés de décoration adoptés pour les divers bâtiments. Les intervalles entre les fers des grands piliers pour les palais des beaux-arts et des arts libéraux qui continuent les ailes du corps principal, sont remplis par des terres cuites. L’ornementation des entablements consiste en deux frises et une attique également en terre cuite. La frise principale
- à lm,50 de hauteur et se compose d’enfants supportant des cartouches en marbre noir, où seront inscrits les noms des savants et des artistes contemporains les plus célèbres. Les dômes des deux palais, commencent à se revêtir d’une chemise de briques émaillées de couleurs vives bleue, jaune et blanche qui sont d’un très heureux effet.
- Sur tout le pourtour des constructions limitant le jardin central, en arrière des deux palais dont nous venons de parler, règne une grande frise pour laquelle on a adopté franchement la décoration polychrome. Sa hauteur dépasse 5m,50; elle présente une série d’écussons soutenus par des éphèbes et séparés les uns des autres par de grands cartouches avec des motifs d’ornementation où dominent des
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- guirlandes de Heurs. Les colonnes sur lesquelles elle repose, so raccordent à l’entablement par des consoles dont les vides sont remplis à l’aide de feuillages à la fois légers et gracieux. L'ensemble est d’une grande élégance de style, et la décoration polychrome lui donnera une richesse digne de l’emplacement qu’il occupe.
- La décoration de la grande galerie des machines et des galeries annexes, commence également à s’af-lirmer. Les intervalles entre les piliers de ces dernières sont remplis en briques blanches et rouges s’harmonisant avec le ton rosé donné aux fers. On a commencé à poser les grandes toiles peintes qui doivent recouvrir les caissons formés par les chevrons et les deux premières pannes. Ces toiles portent les armoiries des chefs-lieux de nos départements, avec les attributs de leur commerce ou de leur industrie. Elles sont confiées aux soins de MM. Rubé, Chaperon et Jambon.
- Mais quelle que soit l’importance de l’ornementation de cet immense vaisseau, l’intérêt qu’il excitera se portera surtout sur l’ossature qui le constitue. Notre gravure en donne une vue perspective qui rend compte de son aspect grandiose. On sait qu’elle a 421 mètres de longueur sur 114m,50 de largeur et 45 mètres de hauteur sous clef. Les proportions des fermes et des piliers sont admirablement combinées pour satisfaire à la fois, l’œil au point de vue artistique, et l’esprit, à celui des résistances auxquelles chaque élément doit faire face. En un mot, cette œuvre unique comme dimensions1 est véritablement belle, et témoigne en même temps de la hardiesse de la conception et de la précision de l’exécution.
- Nous avons précédemment indiqué les systèmes très différents appliqués par les deux entrepreneurs, la Compagnie de Fives-Lille et la Société des anciens établissements Cail, pour la construction des fermes2. Les deux procédés ont également réussi, et chacun des concurrents a édifié en même temps sa dernière ferme. Le montage, commencé le 20 avril, a été terminé le 22 septembre. On n’a donc employé que cinq mois pour mettre en place cette énorme construction qui couvre plus de 48000 mètres carrés et dont le poids total s’élève à près de 8 millions de kilogrammes. 11 convient d’ajouter que les ingénieurs du contrôle, MM. Contamin, Char ton et Pierron avaient calculé avec une telle précision les poids de leurs fers, que leurs prévisions n’ont été dépassées que dans une mesure absolument insignifiante, quelques milliers de kilogrammes à peine.
- Notre gravure montre en même temps quelques-uns des supports des transmissions déjà établis sur leurs fondations en béton. Ces supports seront reliés
- 1 On sait en effet qnc la plus grande ferme sans tirants était jusqu’ici celle de la gare de Saint-Pancras, à Londres, qui n’atteint que 73 mètres de portée, et encore les constructeurs ont-ils cru devoir relier les piliers par un tirant placé dans le sol.
- â Voy. n° 787, du 50 juin 1888, p. 07.
- par deux fortes poutres sur les ailes desquelles circuleront des ponts roulants mus par l’électricité. Ces appareils seront employés pendant la construction et la démolition, à la manœuvre des pièces de machines, et pendant l’Exposition, au transport des visiteurs dans l’axe de la grande galerie.
- C’est, croyons-nous, la première fois que des appareils de ce genre seront vus en mouvement dans une exposition, particularité intéressante à la fois pour le public et pour les constructeurs qui ne les présentaient jusqu’ici qu’à l’état, d’immobilité. I)e plus, pour l’examen même des appareils en mouvement, il y aura un certain avantage à pouvoir les considérer en se tenant sur un point élevé.
- Pour, accéder aux ponts roulants, les poutres seront réunies à leurs extrémités par des plates-formes auxquelles on arrivera par des escaliers élégamment décorés, et par un ascenseur à chaque extrémité. Le trajet total durera de quinze à vingt minutes.
- G. Riciiou,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- CHRONIQUE
- Centenaire de la Société philomathique de Paris. — La Société philomathique, la plus ancienne des Sociétés scientifiques françaises, fêtait le 10 décembre dernier, dans un banquet présidé par M. de Quatrefages, l’anniversaire du centenaire de sa fondation.
- « Cette compagnie, comme l’a dit M. Berthelot, quelque modeste qu’ait été sa destinée, n’en a pas moins été fondée sous l’impulsion du grand mouvement d’idées rationnelles et humanitaires qui a présidé à la transformation de nos institutions vers la fin du dix-huitième siècle. La conception qui a inspiré sa création, a été si juste d’ailleurs que la Société a persisté et est demeurée vivante et active, à travers les changements de régime traversés par la France depuis un siècle. » A la fin du banquet, quelques discours ont été prononcés ; M. de Qua-trefages a fait entendre une très belle allocution : « C’est le 10 décembre 1788, a dit l’éminent naturaliste, que six jeunes amis voués à des études fort diverses convenaient de se réunir périodiquement pour s’entretenir de science. A eux six, ils représentaient l’ensemble des sciences mathématiques, physiques et naturelles. Mais chacun d’eux avait sa spécialité et par conséquent, il ne pouvait demander à ses compagnons une aide directe pour ses études propres. Que voulaient-ils donc en se groupant ainsi ? Ils voulaient ne pas rester confinés dans le cercle que chaque science trace autour de ses adeptes, trop exclusifs. Convaincus de cette vérité, que pour bien savoir une chose, il est souvent nécessaire d’en connaître plusieurs, ils voulaient au moins parcourir le champ entier de la science et ne rester étrangers à aucun des principaux progrès accomplis. Dans ce but, chacun apportait aux autres le résultat de ses lectures. C’était comme une école d’enseignement mutuel, comme une enquête permanente sur la marche de l’esprit humain dans tout le domaine scientifique. )) Parmi les autres toasts prononcés et que nous regrettons de ne pouvoir citer tous, faute de place, nous mentionnerons spécialement l’allocution de M. Jans-sen qui a tenu les auditeurs sous le charme de sa parole toujours éloquente. Née à la veille des grands événements
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- de 1789, la Société philomathique a survécu à tous les troubles des années les plus agitées. Pendant la Révolution, alors que tous les corps enseignants, universités et collèges étaient supprimés, seule la Société philomathique resta debout; on n’avait pas osé toucher à cette association qui avait pris pour devise ces mots : Science et amitié. Depuis cette époque, la Société philomathique n’a cessé de jouer un rôle important dans les sciences, conservant soigneusement la tradition de ses fondateurs et gardant le cachet encyclopédique qu’elle en avait reçu. Pendant soixante ans, on l’a considérée comme l’antichambre de l’Institut. La multiplication, depuis quelques années, des Sociétés spéciales a un peu changé les conditions de son existence. Mais elle ne s’en alarme pas, car elle se rattache avec plus d’ardeur que jamais, à ce qui lit sa force, et causa sa prospérité.
- L’électricité et la pêche h la ligne. — Dans une récente chronique scientifique, notre spirituel confrère, M. Henri de Parville, nous cite dans les termes suivants une curieuse application de l’électricité : C’est si difficile, si absorbant, de surveiller pendant des journées entières le bouchon révélateur qui suit placidement le cours de l’eau ! On finit par s’hypnotiser en fixant l’eau claire. L’électricité va tout changer. — Pendez-vous, brave Reymond! — On pourra pêcher en faisant une partie d’échecs ou de trictrac, en lisant le dernier roman à la mode. On pourra même pêcher par une nuit noire. Inutile de voir; désormais, un aveugle pêchera à la ligne. L’invention n’exige d’ailleurs aucun effort d’imagination. Le fil de soie de la ligne renferme deux petits fils de cuivre isolés qui aboutissent d’une part au bouchon, et de l’autre au manche de la canne. On a, dans le manche, disposé avec une bobine d’induction, une mignonne pile électrique. Le bouchon porte deux pièces métalliques en relation avec les fils ; aussitôt que le poisson exerce une traction sur le bouchon, les deux pièces métalliques viennent en contact et le courant passe. Le pêcheur ressent dans la main qui tient la canne une petite titillation. C’est le signal attendu : le poisson mord, on tire, et il est pris ; mais ce n’est pas tout, on peut en effet disposer les choses de manière que le courant, chaque fois que le poisson voudra mordre, fasse résonner une sonnerie, et, dans ces conditions, le pêcheur peut en toute sécurité fixer sa ligne à terre et s’éloigner. Ainsi donc se trouve résolu ce problème : obliger un poisson qui vient de mordre à l’hameçon d’annoncer lui-même qu’il est pris. C’est le comble de la pêche à la ligne.
- Influence de l'alimentation azotée sur la production de la viande. — Le professeur Roberts vient de constater, par une intéressante expérience poursuivie à la Cornell-University (États-Unis), l’influence qu’une alimentation non azotée exerce sur le développement du mouton. Trois agneaux reçurent, pendant un certain temps, 1360 grammes de farine de froment par jour, tandis qu’on donnait à un lot-témoin, composé lui aussi de trois animaux, 700 grammes de tourteaux oléagineux moulus, et 850 grammes de gros son ; 450 grammes de graines de cotonnier moulus remplacèrent plus tard une même quantité de son. Cette alimentation était enfin complétée, pour les deux lots, par une quantité suffisante de trèfle et de fléole des prés secs (timothy des Anglais, Phleum pratense). M. Roberts a reconnu que les moutons nourris de farine portaient 25 pour 100 de laine de moins que les autres, que leur ossature était plus faible de 53 pour 100, et que le poids de leur chair se trouvait réduit dans une proportion très appréciable ; le poids des vis-
- cères, sauf celui des reins et de la rate, étant au contraire plus développé. M. Roberts conclut de cette expérience que le grain donné seul constitue une alimentation insuffisante pour les moutons.
- Le déjeuner d’un hroeliet. — Le fait suivant, dont nous affirmons l’authenticité, peut donner une juste idée de la voracité du Brochet et du prix que doit coûter annuellement sa nourriture, quand il est de belle taille. Dans un étang situé en Rourgogne, appartenant à l’un de nos savants les plus distingués dans l’étude des sciences naturelles, on pêchait dernièrement un Brochet de bien petites dimensions, comparativement à ceux que nous avons déjà eu l’occasion de voir : ce poisson ne pesait que 11 kilogrammes. Malgré cette taille modeste, il avait dévoré, quelques instants avant d’être pris, une Carpe pesant lk|f,750 ! Et sans doute il avait trouvé le morceau un peu petit pour lui, car il l’avait englouti d’un seul coup; si bien que la Carpe, retrouvée intacte dans son ventre, put avoir cette suprême consolation d’être mangée par des gens capables de l’apprécier, Nous laissons à nos lecteurs le soin de calculer, d’après ce seul repas, quel pouvait être le prix de revient de ce Brochet de 11 kilogrammes.
- I^es moteurs hydrauliques en Suisse. —
- D’après une statistique qui avait été préparée à l’occasion de l’Exposition de Philadelphie, en 1876, par M. Weissen-bach, la force hydraulique totale utilisée en Suisse était de 70350 chevaux. On l’évalue actuellement à plus de 80000. Sur cette quantité, les trois cinquièmes (42000 chevaux) étaient produits par plusieurs milliers de petits moteurs de moins de 10 chevaux. Les deux autres cinquièmes étaient produits de la manière suivante : 214 moteurs de 10 à 50 chevaux; 77 moteurs de 50 à 100 chevaux; 71 moteurs de 100 à 200 chevaux; 29 moteurs de 200 chevaux et au-dessus.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 décembre 1888. — Présidence de M. Janssen.
- La séance a duré moins d’une demi-heure, aucun membre n’ayant à faire de communication personnelle, et la correspondance se réduisant à fort peu de pièces, dont le plus grand nombre concernent les mathématiques pures. Notre article sera donc nécessairement fort court.
- Migrations de sardines. — On se rappelle les intéressantes études de M. Launette sur les allures des sardines dont la conclusion principale est que le poisson suit des courants marins déterminés avant tout par les conditions météorologiques. Ces courants, venant de Terre-Neuve jusque sur nos côtes, charient des débris de morue dont la sardine fait sa nourriture. Dans ces conditions, l’étude du régime atmosphérique peut faire prédire en quel point de notre littoral le flot vivant viendra aborder et par conséquent quelles seront les localités privilégiées. Par l’intermédiaire de M. Milne-Edwards, M. Launette constate que ses pronostics ont cette année encore été parfaitement vérifiés par l’événement : à Nantes, le mille de sardines se vend couramment 50 centimes.
- Allures du mouvement sismique. — La conclusion d’un Mémoire de M. I. Galli (de Velletri) est que le mouvement du sol durant les tremblements de terre est essentiellement vibratoire. Partant de l’observation qu’il
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- a faite lui-même du tremblement de terre de 14 janvier 1887, à Yelletri même, qu’il habite, l’auteur édifie sa théorie d’une onde sismique. Pour ma part, je ferai d’autant moins d’objection à cette manière de voir qu’elle coïncide avec les faits de distribution des mines sur le sol de la Ligurie, que j’ai constatée moi-même lors du tremblement de terre du 23 février 1887, et qui m’a fait comparer la trépidation à un phénomène acoustique. Les phénomènes que M. Galli rattache à ces faits, sont très nombreux et nous devons une mention spéciale à ses vues sur les procédés propres à l’observation scientifique des tremblements de terre.
- Nouveaux infusoires. — M. Alphonse Milne-Edwards, au nom d’un auteur dont le nom nous échappe, annonce la découverte de nombreux infusoires nouveaux dans le tube digestif d’animaux variés. Au nombre de ces derniers, ti-gurent la limule,les larves de tipules et d’hydrophile.
- Géologie. — Comme conclusion de ses études de la région septentrionale du plateau central de la France, M. de Launay signale dans cette partie de notre pays un point du sol où s’entrecoupent des directions de plissements importants. 11 en conclut une loi pour la distribution des dépôts houillers.
- Varia. — L’anatomie des hyménoptères occupe M. Carlet. — M. Dubois Raymond étudie la convergence des séries à termes positifs. — Le deuxième volume de la physiologie de M. Bcaunis (de Nancy) est déposé par M. Brown-Séquard. — L’étude des phosphates du département du Nord conduisent M. Ladrière (de Lille) à attribuer leur accumulation dans des poches à des effets de corrosion dus aux eaux d’infiltration superficielle : c'est l’opinion que j’ai soutenue pour les phosphates de la Somme. — M. Cruls annonce, par l’intermédiaire de M. Faye, que de grandes opérations géodésiques sont en voie d’accomplissement le long d’un chemin de fer brésilien. — Le dosage du chrome par l’eau oxygénée occupe M. Canut.
- Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- LE PANIER INDIEN
- Parmi les plus remarquables expériences réalisées par les prestidigitateurs, on doit citer celle dupante?- indien, qui comme son nom l’indique est d’origine asiatique. Les voyageurs dans l’Hindou-stan ont souvent raconté que des Indiens pratiquaient ce truc merveilleux sur la place publique.
- Le magicien indien se sert d’un panier d’osier oblong se fermant par un couvercle; il prend un enfant et l’enferme dans ce panier qu’il boucle d’une courroie. Saisissant une épée, il en traverse le panier de part en part, et retire la lame ruisselante de sang. Le spectacle est effroyable et l’émotion des assistants à son comble. Quand les spectateurs sont haletants, le magicien ouvre le panier, qui, à la stupéfaction de tous, est vide. A quelques mètres de là, on entend pousser des cris. C’est l’enfant qui avait été enfermé dans le panier et qui accourt bien portant et joyeux.
- Robert Houdin, qui a étudié ce tour d’escamotage surprenant, l’a parfaitement expliqué et a su l’exécuter lui-même. Le panier dont se servent les prestidigitateurs indiens est représenté ci-contre. La figure 1 montre le panier ouvert, prêt à recevoir l’enfant (nous en avons supprimé une paroi pour l’explication); ce panier est muni d’un double-fond mobile AC B dont le centre de mouvement est en C. Pour faire disparaître l’enfant, le couvercle étant fermé, on abaisse le dessus du panier en le tournant vers le public (fig. 2). Mais le fond du panier B, et la partie qui en dépend A, ne prennent pas part à ce mouvement. Le poids de l’enfant appuyant sur le fond, le force à rester en place, et par ce fait la partie AC vient bouclier le fond du panier (fig.2).
- L’Indien, pour retourner le panier le boucle à l’aide de lanières de cuir, et pour faciliter cette opération, il appuie le genou sur le panier. L’enfant peut facilement alors se cacher sous la robe dont le magicien est habillé. Remplaçant le panier dans sa position primitive, le magicien le traverse de son épée et fait passer la lame dans une petite éponge fixée convenablement à l’intérieur, et imbibée d’un liquide rouge. Tandis que l’attention des assistants est tout entière fixée sur cette opération émouvante, le petit Indien s’échappe de dessous la robe, et s’éloigne un peu de l’assistance sans être vu.
- Robert Houdin garantit absolument l’exactitude de sa description, et ajoute que, lorsque ce truc est bien exécuté, il est d’un effet saisissant.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Fig. 1 et 2.
- — Le panier indien à douille Tond.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- N° 8 12.
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- BATEiïï SOUS-MARIN « LE GYMNOTE »
- L’important problème de la navigation sous-marine, étudié tant de fois depuis les premiers projets
- deFulton, parait être aujourd’hui résolu, grâce aux travaux et à la persévérance d’un de nos ingénieurs français les plus distingués, M. Zédé, directeur des constructions navales en retraite, ami et collaborateur de feu Dupuy de Lomé.
- Le bateau sous-marin le Gymnote, mis en chan-
- Fig. 1. — Le Gymnote immergé; aspect de sa surface extérieure.
- Fig. 2. — Coupe du bateau sous-marin le Gymnote.
- Fig. 5. — Le Gymnote au moment de l’immersion.
- tier à Toulon au commencement de 1887 et expérimenté en septembre dernier S a été soumis récemment h des essais absolument décisifs.
- Voici la description de ce singulier bateau, telle
- 1 Voy. n° 801, du 6 octobre 1888, p. 290.
- 17e année. — l*r semestre.
- qu’il nous est permis de la publier, sans faire connaître des détails techniques qui doivent être gardés secrets.
- Le Gymnote a la forme d’un fuseau effilé, dont la surface extérieure est unie et lisse afin de faciliter ses mouvements au sein de l’eau (fig. 1) : il a 17m,20
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- de longueur, sur lm,80 de diamètre au fort. Son déplacement d’eau est de 30 tonnes. Quand il flotte à la surface de l’eau, il est presque entièrement immergé, sa partie supérieure seule apparaît au-dessus de la surface liquide, et un tube de vision central T (fig. 2) permet au capitaine de voir intérieurement les différents points de l’horizon à l’aide d’une combinaison de miroirs convenablement disposés.
- On pénètre dans l’intérieur du bateau sous-marin par un panneau d’accès O indiqué sur la coupe que nous publions. Toutes les manœuvres intérieures se font au moyen de l’électricité. C’est par l’électricité que le bateau fait agir son propulseur et ses pompes. C’est par l’électricité qu’il s’éclaire.
- L’hélice est à l’arrière en H, et les gouvernails sont en GG. Le moteur consiste en une machine dynamo-électrique M, construite par la Société des forges et chantiers au Havre, sur les plans de M. le capitaine Krehs, ingénieur au corps des sapeurs-pompiers, et collaborateur du commandant Renard dans les mémorables expériences du ballon dirigeable de Chalais-Meudon. Le type de machine dynamo du capitaine Krebs est absolument nouveau et des plus remarquables. Le moteur du Gymnote pèse 2000 kilogrammes, sa puissance est de 55 chevaux. Il est, comme on le voit, très léger, et mène directement l’hélice sans engrenages à une allure de 200 tours seulement.
- Le générateur d’électricité figuré en AA, consiste en une batterie d’accumulateurs Commelin-Desma-zures. L’énergie emmagasinée dans les accumulateurs permet de marcher quatre heures et demie environ, à la vitesse maximum et de franchir 45 nçeuds ou 83 kilomètres. Avec les vitesses inférieures, le bateau peut franchir des distances plus considérables. A l’allure de 6 nœuds, cette distance est de 220 kilomètres environ.
- Quand on veut obtenir l’immersion du bateau, le capitaine placé au milieu, comme on voit sur notre coupe, baisse le tube de vision T, et il n’a plus sous les yeux que la boussole B pour le guider. Il tient à la main la barre qui lui permet de faire fonctionner les gouvernails. L’éclairage intérieur est assuré au moyen de deux lampes à incandescence. L’immersion est obtenue par la simple action des gouvernails horizontaux comme dans la torpille Withe-head. Le bateau sous-marin n’en est pas moins pourvu de deux réservoirs d’eau R R placés à chacune de ses extrémités; mais ces réservoirs, qui assurent le lestage convenable du système, ne sont pas exclusivement destinés aux mouvements du navire sur la verticale.
- Lorsque le Gymnote plonge dans Teau, il offre absolument l’aspect d’un poisson. 11 ne produit aucune vague et soulève seulement une légère lame d’eau à l’arrière, comme le représente en toute exactitude notre figure 3.
- Les essais officiels du Gymnote ont eu lieu dans le goulet de Toulon, le samedi 17 novembre 1888; des expériences préliminaires, en avaient, au préa-
- lable, assuré le succès. M. le vice-amiral Charles Duperré et de nombreux spectateurs y assistaient. 11 y avait cinq personnes à bord du Gymnote : M. le directeur Zédé, MM. Krebs, et Romazzotti qui a été chargé de la construction du bateau, le lieutenant de vaisseau Baudry de la Quantinerie qui commandait le petit navire, et le chef contremaître Picon. Habituellement le Gymnote ne devra avoir que trois hommes d’équipage.
- Après avoir navigué à la surface de l’eau, le Gymnote a parfaitement opéré ses manœuvres d’immersion, et ce n’est pas sans une émotion profonde que les assistants ont vu disparaître le bateau sous-marin avec ses constructeurs et son capitaine. Le Gymnote a plongé jusqu’à 7 mètres au-dessous de la surface de l’eau, il a exécuté des parcours de 500 mètres, et marchait avec une vitesse qui répond absolument aux prévisions de M. Zédé. La machine du Gymnote peut manœuvrer en avant et en arrière, et le fonctionnement des gouvernails assure sa direction dans tous les sens.
- Le bateau sous-marin le Gymnote est une nouvelle et merveilleuse conquête de la science, qui peut ouvrir à la navigation et à la marine des horizons inconnus. Gaston Tissanhier.
- LES TRAVAUX DE L’OBSERVATOIRE LICK
- Au mois de décembre 1874, M. James Lick prit la résolution d’établir au sommet de la montagne la plus élevée de Californie, une lunette astronomiqne qui dépassât toutes les autres, et d’où l’on pùt étudier les corps célestes dans des conditions permettant de se faire une idée exacte de leur nature. Ce beau rêve formé par un homme dépourvu d’instruction, mais que la fortune avait comblé de ses dons, et qui était arrivé à la conception d’une idée géniale, a reçu sa complète réalisation. Après de nombreux travaux dont la Nature a suivi avec soin toutes les péripéties1, l’observatoire Lick a été établi au sommet du mont Hamilton, à une hauteur de 1500 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les observations y ont commencé le 18 juin 1888, sous la direction de M. llolden, avec une lunette de 914 millimètres de diamètre. Le New-York Herald a récemment publié un article de M. llolden résumant ce que l’on a vu pendant 153 jours dans un air d’une pureté presque absolue. En effet on a pu suivre les astres pendant 133 jours. Les observations n’ont subi qu’une interruption de 20 jours.
- M. llolden n’a pas osé appliquer son grand télescope à l’étude du soleil, de crainte d’altérer la transparence et l’homogénéité de la lentille qu’on a eu tant de peine à fondre et à tailler d’üne façon irréprochable. Tous les opticiens approuveront une si sage réserve, mais on en sortira le 1er janvier 1889, lors de cette grande éclipse dont la totalité passe dans le voisinage et qui fournira probablement à l’observatoire Lick une occasion d’aflirmer son excellence.
- Quoique les nuits soient assez courtes pour la latitude du mont Hamilton pendant la belle saison, les découvertes ont été nombreuses. Deux comètes portant le nom de Barnard et aperçues, l’une le 2 septembre, l’autre le 21 oe-
- 1 Yoy. Tables des matières des precedents volumes.
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- tobre, ont été découvertes avec le grand télescope. Les quatre comètes de cette année Brooks, Sawerthals, Olbers et Paye ont été suivies pendant de très longues périodes. Olbers est resté visible pendant 4 mois. Ouant à Faye, le 18 novembre on la voyait encore. On n’a encore étudié que deux petites planètes : Yesta la plus brillante du grouper et Iris, une des plus remarquables. Toutes deux ont manifesté un disque sensible que l’on a pu mesurer avec le micromètre. On connaît donc exactement leur diamètre.
- Les photographies de la lune ont été nombreuses et splendides. La série, commencée le 12 août et terminée dans la nuit du 50 au 31, n’a été interrompue que deux fois, le 19 et le 29. Mais avant de se livrer à l’étude du détail des cratères, on prend des clichés d’ensemble. C’est la sélénographie générale dont on s’occupe à cette heure. Un a également observé les satellites de Jupiter avec des disques assez sensibles pour pouvoir étudier toutes les phases des éclipses comme on le fait lorsqu’il s’agit de la lune. Les études de Saturne ont été très nombreuses, mais elles continuent encore.
- M. Holden est conduit à établir à la suite de ses éludes des nébuleuses une classification plus compliquée que celle dont s’est servi le grand Herschell. Les adjonctions que Lord Ross a faites à cette nomenclature, ne suffisent point pour le satisfaire. Le but de ces études, dans lesquelles il y a certainement un élément plus ou moins conjectural, est de savoir si l’attraction newtonienne étend son action sur toute l’étendue du monde stellaire ou si l’on aperçoit des formes, des combinaisons, des situations que l’on peut attribuer à l’action d’autres lois.
- Le bureau des calculs a été organisé rapidement, au mont Hamilton. Lis orbites provisoires des deux comètes Barnard ont été publiées en même temps que l’annonce de la découverte.
- Après les découvertes positives que nous ne pouvons toutes résumer, nous devons signaler des doutes sérieux jetés sur d’autres déterminations.
- C’est surtout à propos de la planète Mars, que M. Holden s’éloigne de l’opinion de ses confrères d’Europe. L’astronome américain a accompagné son ai'tiele du New-York Herald, par six petits clichés représentant la figure de Mars, ramenée à la même échelle d’après les six astronomes les plus célèbres choisis parmi ceux qui en ont publié des cartes. La première est de Proctor, la seconde de Kaiser, la troisième de Ilarkness, la quatrième de Schiaparelli, la cinquième de Lobsé, et la sixième de Green. Ces dessins réduits à la même échelle, et par conséquent comparables, n’offrent aucune analogie, même éloignée.
- Après ces remarques générales, M. Holden annonce qu’il lui a été impossible de retrouver les canaux à propos desquels on a fait tant de bruit. Il a bien retrouvé des traits, mais ces traits, d’après lui, étaient simples. 11 n’a pas été non plus possible de constater à la surface de Mars un changement permettant de supposer qu’un continent a été submergé comme on l’avait annoncé.
- Voici, en résumé, d’après M. Holden, l’état de la question relativement à la planète Mars.
- L’analyse spectroscopique montre qu’il y a dans l’atmosphère de Mars de grandes quantités de vapeur d’eau, d’où il faut conclure qu’il est très probable que les taches blanches qui apparaissent près des pôles et qui suivent les vicissitudes des saisons martiales, sont formées par des accumulations de banquises. La teinte générale de la planète est d’un rouge saumon fort accusé, mais qui n’est point uniforme : dans certains endroits la teinte
- est beaucoup plus vive que dans d’autres. On a supposé que les taches rouges les plus intenses nous révélaient des continents. Mais rien ne prouve qu’il en soit ainsi, et que ces taches ne l’épondent pas précisément à des mers. La détermination scientifique de cette question n’est pas résolue.
- LES TUNNELS EN RUSSIE
- Par une bizarrerie curieuse, l’immense empire russe, où le soleil ne se couche jamais, ne possède qu’un très petit nombre de tunnels sur toute la longueur de ses voies ferrées. Le pays est en général complètement plat, et les quelques tunnels qu’on rencontre, se trouvent seulement dans les provinces polonaises et dans les districts de l’Oural. Cependant il faut ajouter le Caucase à ces deux régions, depuis que cette province russe est parcourue par la voie ferrée. Sur l’un des chemins de fer du Caucase, l’embranchement de Novorossisk, on voit le tunnel qui, jusqu’à la fin d’octobre 1888, a été le plus long de toute la Russie ; l’embranchement dont nous parlons, quitte le chemin de fer Rostoff-Yladikaukaz, pour aboutir au pied du Caucase à la station de Tikhoretsk, et elle traverse deux tunnels : celui dont il est question, long de 1338 mètres, et un plus court de 3(15 mètres. Aujourd’hui la Russie possède un tunnel d’une longueur beaucoup plus considérable : c’est celui de Souram. C’est le tunnel grâce auquel le chemin de fer Bakou-Batoum franchit la passe de Souram ; long de deux milles trois quarts (4 kil. 400), il permet à la voie ferrée de ne plus monter jusqu’en haut de la passe, et d’éviter une pente considérable qui retardait la circulation, obstruait presque les communications. La ligne Bakou-Batoum, on le sait en effet, ne suffit point à transporter tout le pétrole qu’on voudrait expédier de Bakou sur la mer Noire, pour l'embarquer à destination d’Europe; or, antérieurement au percement du tunnel dont il s’agit, avant de monter la rampe de Souram, on devait décomposer les trains de pétrole, la locomotive ne pouvant tramer à la fois sur cette pente qu’un ou deux wagons-citernes ; elle devait ensuite retourner en arrière, le passage de chaque train demandant ainsi plusieurs mouvements de navette. On voit combien de temps était perdu pour le parcours total de Bakou à Batoum, le chemin étant d’ailleurs à une seule voie, et les trains devant se suivre à longue distance. Depuis le 31 octobre, le tunnel de Souram est livré à l’exploitation, ce qui remédie un peu à l’encombrement de la ligne de la mer Caspienne à la mer Noire, sans faire toutefois que ce chemin de fer suffise complètement au transport du pétrole exporté de Bakou. — Notons, en outre, que les Russes, mis en goût par la réussite du tunnel de Souram, projettent de construire une ligne de Tiflis à Yladikaukaz, où un tunnel important serait encore nécessaire.
- - ......—
- L’ÉLÉPHANT DU JARDIN DES PLANTES
- Le grand Éléphant du Jardin des Plantes vient de mourir, on peut dire à la fleur de Page, car il avait à peine quarante ans, ce qui est encore la jeunesse pourun Éléphant. Il a péri misérablement d’inanition; non pas certes que l’administration du Muséum négligeât de lui fournir une nourriture suffisante, mais simplement parce qu’une maladie dont il était
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- atteint depuis quelques années avait fait tomber successivement toutes ses dents et lui rendait complètement impossible la trituration des aliments. Cette maladie est celle queM. le I)1' Calippe, de concert avec M. Malassez,a signalée chez l’homme et qu’il a nommée gingivite arthrodentaire infectieuse ou, par abréviation, gingivite infectieuse (Pgorrhea alveola-ris). M. Galippe, ayant examiné une molaire de l’Eléphant, qui était tombée le 0 mai 188o, et qui au premier abord paraissait absolument saine, reconnut en effet immédiatement sur cette dent les altérations symptomatiques de l’affection qu’il avait précédemment constatée dans l’espèce humaine, où elle est d’ailleurs extrêmement rare. La molaire correspon-
- dante tomba le 18 février 1884, et les autres suivirent, si bien que la pauvre bête se trouva finalement dans une condition des plus misérables, sans qu’il fût possible de lui apporter le moindre soulagement ; car il est évident qu’avec un animal de cette taille et de cette force, il ne fallait pas songer à l’application d’un traitement curatif.
- L’Eléphant que le Muséum vient de perdre, était une femelle, de l’espèce que les naturalistes désignent sous le nom diElephcis indicus et qui diffère de VElephas africanus par la petitesse de ses oreilles et par la hauteur de son front. Cette femelle avait été rapportée de Siam, il y a vingt-six ans, par M. Bocourt, en même temps qu’un autre individu de
- La moil de l’Eléphant du Jardin des Plantes, à Paris. (D’après nature.)
- la même espèce, un mâle celui-là, que l’on appelait Bangkok, à cause de son origine. Bangkok mourut en 1882,et sa compagne,qui avait paru d’abord fort sensible à sa perte, ne tarda pas à oublier le défunt et à se prendre d’une belle amitié pour un de ses voisins de cellule, pour un Hippopotame qui ne se distinguait pourtant ni par les charmes de sa personne, ni par l’aménité de son caractère. Cette amitié commença à se manifester un jour que par inadvertance on avait négligé de fermer la barrière qui séparait ces deux êtres, si dissemblables de formes et de caractère, et depuis lors elle ne se démentit point ; mais, comme beaucoup d’amitiés humaines, elle qe fut jamais payée de retour. L’Hippopotame restait froid et stupide devant les démonstrations de l’Éléphant qui, à peine réuni à son camarade, manifestait sa
- joie en secouant les oreilles et la trompe, et qui tournait avec agitation autour du bassin où son disgracieux ami se plongeait, trop souvent et trop longtemps à son gré. Parfois même, si l’on tardait à lui ouvrir la porte, l’Éléphant se courbait et cherchait" à passer sous les barres de fer formant la clôture de son parc, afin de rejoindre plus vite son cher Hippopotame. De telles sympathies ont déjà été constatées entre des animaux d’espèces très différentes, vivant côte à côte dans les ménageries et notamment entre des Lionnes et des Chiens, entre des Singes et des Coatis, entre des Ibis et des Savacous, mais ici l’exemple était particulièrement saisissant en raison de la nature même de l’être qui était l’objet de cette singulière affection. E. U.
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- LA LANTERNE MAGIQUE ÉLECTRIQUE
- Depuis quelques années, l’emploi des distributeurs automatiques a pris un développement considérable. On voit un peu partout dans les rues ou les salles d’attente de nos gares, de ces appareils, qui ont le grand avantage de ne nécessiter aucun employé et d’être dignes de la confiance la plus absolue, leur honnêteté ne pouvant être mise en doute. Ici ce sont des balances qui donnent votre poids lorsque, placé sur la plate-forme vous avez glissé 10 centimes dans une tirelire; à côté, voici des appareils qui vous électrisent ou mesurent votre force contre argent comptant ; plus loin de petites boîtes vous vendront à juste prix du chocolat, du nougat, des flacons de parfum.
- Ces systèmes ayant rencontré la faveur du public, il est venu à l’idée d’une Société d'installer des appareils automatiques analogues, qui montreraient au passant curieux une série de dessins d’actualités... en échange d’un gros sou. Ces appareils sont les a lanternes magiques-électriques » , que l’on voit déjà dans divers points de Paris, au jardin des Tuileries, par exemple, au Grand Hôtel, et dans quelques salles de spectacle.
- La forme toute particulière et assez décorative du système, permet de le reconnaître de loin. Le dessin ci-dessus en donne une image très exacte. L’ensemble est haut d’environ 2m,16. Une console métallique supporte une boîte carrée à pans coupés ; au centre de la face de celle-ci se trouve une lentille grossissante de 14 centimètres de diamètre, et à la hauteur d’un enfant de dix ans, pour se mettre à la portée des clients de tout âge. Immédiatement au-dessous
- La nouvelle lanterne magique électrique fonctionnant dans les rues de Paris. L’appareil est figuré ouvert pour montrer le mécanisme.
- est un petit cartel portant : a Mettez une pièce de 10 centimes » ; puis au-dessous se trouve une hourse en demi-relief, munie d’une fente pour glisser la pièce. Au -dessus de la lentille un soleil rayonnant couvre le bas d’une boite carrée plus petite, flanquée de deux petits enfants assis, tenant, l’un une pièce de 10 centimes, l’autre, une glace. Toute la façade est réservée à un cartel donnant l’indication des dessins contenus dans la lanterne. En haut du frontispice est un écusson avec ces mots : « Mettez 10 centimes et vous verrez ». Chaque jour, les dessins, et le cartel par suite, sont changés: c’estcomme un journal quotidien illustré. Si vous mettez l’œil à la lentille, l’appareil au repos ne vous montre, d’ailleurs assez mal éclairée, qu’une pancarte indicatrice des conditions du marché :
- « Mettez 10 centimes et vous verrez. » Suivons le conseil : l’œil collé à la vitre, glissons nos 10 centimes. Aussitôt l’appareil s’éclaire intérieurement, ainsique le cartel explicatif du haut ; vous entendez un petit bruit de roues, et vous voyez défiler devant vous une série de 7 dessins, passant de bas en haut, et chacun d’eux s’arrêtant devant vous le temps nécessaire pour que vous puissiez bien le voir. L’autre jour, par exemple, c’était M. llertesteiu sur son lit, la reproduction d’un tableau Dans les glaces, un autre tableau de Danforth, un portrait de M. de Yogüé, ceux de MM.de Giers et Gondinet, et enfin la catastrophe de Misen-grain. On le voit, l’idée est originale, et l’appareil se distingue déjà complètement de ses devanciers parla marchandise qu’il est chargé de vendre.
- Mais à un autre point de vue il est encore plus intéressant. Jusqu’à présent, dans les autres systèmes automatiques, le mouvement que devait donner le
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- sou était des plus simples. Tantôt, son poids devait rendre libre pour un instant l’appareil comme pour les balances; tantôt il devait dégager momentanément une ouverture pour laisser glisser un des objets à vendre. Cependant, il y a quelque temps, l’électricité avait fait son apparition dans les distributeurs où l’on s’électrise pour deux sous : la pièce de deux sous, en tombant, établissait un contact momentané. Dans les lanternes magiques, l’électricité se présente en maîtresse : c’est elle qui produit tout, éclairage et mouvement, et voici comment.
- Le problème était compliqué en ce sens qu’il fallait donner au passage des dessins un mouvement interrompu pour laisser le temps de regarder chacun d’eux. Cela est obtenu très simplement. Le sou glisse par un tuyau dans un petit plateau placé .à l’extrémité d’un bras de levier ;par son poids il presse naturellement sur cette extrémité du fléau et fait remonter l’autre extrémité; celle-ci en se relevant fait aussi remonter une tige perpendiculaire d’environ 1 mètre, et dont l’extrémité supérieure vient sensiblement à la hauteur de la lentille. — D’ailleurs tout le système se trouve à droite de l’appareil, dont les deux panneaux situés de ce côté sont mobiles à charnière, pour qu’on puisse visiter le système, changer les piles et enlever la recette, contenue dans une caisse T dont nous parlerons tout à l’heure. Le mouvement de bas en haut de la tige perpendiculaire a un double effet : par le bas, elle vient relever deux petits ressorts qui en rencontrent deux autres et établissent le contact ; aussitôt se met en mouvement un moteur Trouvé1, placé à la hauteur du châssis sur lequel tournent les dessins; c’est par lui que tourne ce châssis, construit de telle façon que chaque dessin vient toujours se présenter normalement à l’œil du spectateur. Au même instant s’allume une petite lampe Swan, placée derrière le soleil qu’on voit à l’intérieur, et munie d’un réflecteur projetant la lumière sur les dessins. Cette lampe est en dérivation, ce qui produit la coïncidence de l’allumage avec la mise en marche du moteur. Il fallait obtenir un arrêt de chaque dessin pendant six à sept secondes, au moment où il est justement derrière la lentille : on l’a aisément obtenu en employant un autre système qu’une roue à engrenage ordinaire pour communiquer le mouvement du moteur. Sur l’arbre du châssis portant les dessins est fixée une roue munie de sept dents en forme de queue d’aronde ; quant au petit moteur, il fait tourner une roue munie elle-même d’une sorte de doigt. Au moment du départ, ce doigt est engrené dans l’intervalle de deux dents successives de la roue du châssis; la roue motrice se mettant en mouvement, le doigt fait tourner la roue à dents, puis il sort de l’intervalle où il était engrené, et la partie ronde de la roue motrice glisse à frottement sur la partie circulaire de la dent à queue d’aronde. C’est à ce moment que le châssis ou tambour quadrangulaire L s’arrête dans son mouve-
- 1 Constructeurs de l’appareil : Dumoulin, Froment, Trouvé.
- ment, et que le dessin se laisse regarder par le spectateur. Le doigt a fait tout un tour; il revient buter dans l’intervalle de deux dents de la roue du tambour, et le mouvement recommence de même pour s’arrêter encore six à sept secondes, et ainsi de suite jusqu’à ce que les sept dessins aient passé. Mais il fallait justement alors interrompre le circuit et rétablir les choses en l’état : voici comment cela se produit. Sur l’arbre du tambour C est calé une espèce d’excentrique appelé escargot à cause de sa forme même1. Au moment de la mise en marche, le haut de la tige perpendiculaire dont nous avons parlé vient buter contre l’escargot au point où le rayon en est le plus petit; l’escargot tourne, repoussant peu à peu la tige de haut en bas par cela même que le rayon de cet excentrique augmente, èt enfin la remettant définitivement en sa place primitive à l'instant où son rayon est le plus grand (pour devenir d’ailleurs immédiatement après le plus petit de par sa forme même). La tige, reprenant sa place, éloigne les ressorts qu’elle avait rapprochés au commencement, le courant est rompu à 2/10 de millimètre, et l’appareil s’arrête; la lampe s’éteint, vous avez vu les sept dessins, vous en avez eu pour votre argent.
- Ce mot d’argent nous rappelle que le sou, après avoir fait osciller le fléau et fait monter la tige, tombe dans un entonnoir, et de là dans un tiroir fermant à clef, et que l’on vient vider de temps en temps. Enfin n’oublions pas qu’un petit compteur relève le nombre d’oscillations du fléau, et contrôle les recettes. Ajoutons en dernier lieu que l’électricité est fournie par neuf piles constantes placées dans le bas de l’appareil (éléments Yarnot), et qu’un débrayage très simple permet de faire tourner le tambour pour changer les dessins et les placer sur la chaîne sans fin qui les fait passer sur ce tambour.
- Nous ne savons si cette entreprise réussira ; mais du moins l’appareil employé nous a paru intéressant
- à tous égards. Daniel Bellet.
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- DURETÉ D’UN DIAMANT
- Un diamant qui refuse de prendre le poli n’est pas un objet de luxe, mais c’est tout au moins une curiosité rare. Ordinairement, le diamant cède à l’effort d’un lapidaire faisant plusieurs milliers de tours par minute. Cependant, MM. Tiffany et Cie, les grands joailliers de New-York, ont dû confesser qu’ils avaient été vaincus par une pierre qui, après avoir été soumise à la torture de la.roue pendant cent jours, sur le pied de 28000 révolutions par minute, est sortie de l’épreuve exactement dans le même état que lorsqu’elle y est entrée. Le chemin total parcouru par le lapidaire sur la pierre, équivaut à trois fois environ la circonférence de la terre. Et, dans ce cas spécial, on avait remplacé le poids ordinaire de 2 livres par un poids de 40 livres ; le seul effet produit a été de mettre le lapidaire hors d’usage. Après cette épreuve décisive, MM. Tiffany ont renoncé au combat et envoyé le diamant à l’Académie des sciences de New-York2.
- 1 Exactement la forme d’une section d’ammonite faite parallèlement aux faces.
- 2 D'après le Journal suisse d'horlogerie.
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- LES PALMIERS
- Après l’immense familles des graminées qui contribue dans une si large proportion à l’entretien de l’homme et des animaux avec ses céréales, ses fourrages et les nombreuses applications industrielles de beaucoup de ses espèces, la famille des Palmiers tient le premier rang, non seulement à cause des usages variés de ses représentants, mais encore par la beauté ou l’ampleur de leur feuillage et la taille souvent gigantesque qu’ils atteignent. Les palmiers ont frappé de tout temps les voyageurs dont les récits impressionnèrent les naturalistes, et des savants éminents en firent une classe à part sous le nom de Principes. Palmæ quantoaltiussuper alios plan-tarum ordines dignitate eminent, dit un botaniste dont l’Autriche a le droit de s’enorgueillir.
- On a célébré le mérite décoratif et l’utilité des palmiers dans plusieurs langues et à toutes les époques1. Au temps de Linné on connaissait huit ou dix palmiers appartenant à une demi-douzaine de genres ; aujourd’hui le nombre en a dépassé mille, répartis dans cent trente genres environ. On ne peut, dans un article restreint, qu’effleurer le sujet et signaler les principales espèces utiles; c’est ce que nous essayerons de faire sans fatiguer le lecteur.
- Le Dattier est le palmier qui a le plus intéressé les anciens. Il fait la fortune des peuplades du nord de l’Afrique et l’ornement des oasis de cette région. Il se prête à des variations nombreuses du type primitif, et les variétés obtenues de semis se comptent par centaines. Quand des querelles entre tribus surgissent, la première préoccupation des dissidents est de ruiner leurs ennemis du jour, en portant atteinte à la récolte des dattes. Le Dattier étant un des palmiers dont les sexes sont séparés sur des pieds différents, et quelques pieds mâles suffisant pour la fécondation d’un grand nombre de pieds femelles, en abattant les premiers, on rend impossible la fécondité des seconds.
- Les feuilles du Dattier sont très employées : les plus jeunes pour faire des palmes recherchées dans les pays latins de l’Europe méridionale, pendant certaines cérémonies religieuses. De la nervure médiane on fait des cannes ; puis des paniers, cabas ou couffas sont également faits de ces mêmes feuilles. Le percement de l’isthme de Suez s’est fait en bonne partie à l’aide de couffas, dont les ouvriers indigènes se servaient pour transporter le terrain sablonneux, inaccessible à un mode de transport roulant.
- Les Dattiers dont les fruits ne sont pas savoureux sont encore utilisés soit comme matériaux de constructions, ou bien pour donner un « vin de palme », qui n’est autre chose que la sève fermentée de l’arbre qu’on incise à des hauteurs variables. Le liquide
- 1 Cluyt, année 1634; Caldenbach, 1679; Rydelius, 1720; Reynier, 1802; Raffeneau-Delile, 1810; Martius, 1823; Griffiths, 1845; Seeraann, 1856; Kerkove' de Denterghem, 1878; Grisard -et Van den Berghe, 1888, etc.
- obtenu est consommé le plus souvent frais, c’est le lagmi des Arabes ; ou bien il est mis à fermenter dans des outres, c’est le vin de palme. Les daltes sont mangées directement, ou leur suc exprimé sert à faire des sirops, des assaisonnements, etc. Celles qui n’arrivent pas à complète maturité, étant trop près de la mer ou dans des parties peu favorisées, sont, dans certains points de la régence de Tunis, mises en pains et servent à la nourriture des montures ou du bétail.
- On ne tirait autrefois qu’un mince profit du Palmier nain d’Algérie et du sud de l’Espagne (Ghamæ-rops humilis), qui désolait les plaines de notre colonie africaine. La difficulté de l’extirper du sol qu’il occupait rendait à jamais stérile le territoire envahi. On a eu raison du palmier nain par le défrichement depuis l’occupation française, et lorsqu’on l’a conservé, ses feuilles, qui servaient naguère à faire des balais, des corbeilles et quelques menus objets, ont été réduites en filasse, en pâte à papier, ou bien encore en lanières, et certain « crin végétal » du commerce n’a pas d’autre origine.
- L’utilisation des palmiers est variable suivant les pays. Dans l’Inde, aussi bien qu’en Amérique, un grand nombre d’espèces fournissent un aliment estimé dans leur bourgeon tendre et volumineux qu’on nomme « Chou palmiste. » Le tissu jeune, à l’instar des cœurs de salade, est mangé cru ou cuit et assaisonné de différentes façons, ou mis en conserves comme achards ou pickles. Les feuilles servent de toiture aux cases si leur dimension s’y prête, ou bien à confectionner d’innombrables objets. On trace même des caractères hindous sur des lanières de feuilles de Rondier ou de Corypha à l’aide d’un poinçon, et qui pliées comme lettres sont ainsi mises à la poste. La souplesse du tissu de ces feuilles se prête parfois à de véritables œuvres d’art: les natifs des îles Séchelles font une vannerie merveilleuse des jeunes feuilles du Coco des Maldives (Lodoicea Seychellarum), dont le fruit énorme et bizarre est toujours un objet de curiosité. Est-il besoin de rappeler les chapeaux d’une légèreté sans égale faits de feuilles de Corypha des îles de l’Inde, et ceux que l’on désigne sous le nom impropre de Panama, si durables et si justement recherchés? Enfin n’a-t-on pas encore tiré en Europe un parti avantageux, quoique bien tardif, de la pellicule des feuilles du Raphia ou Sagouier de Madagascar ? On savait, lors de la découverte de cette île, que les Malgaches faisaient de belles étoffes du Raphia. Depuis une dizaine d’années on a utilisé cette matière chez nous en grande quantité, pour faire des liens délicats en horticulture; on l’emploie aussi pour faire des fleurs artificielles, et l’industrie n’a pas achevé les applications du Raphia.
- Du tronc solide de beaucoup de palmiers on fait des ponts de torrents et de petites rivières. Quand ce bois est fin et serré on le fend en portions pouvant être tournées ou polies ; le Copernicia et quelques autres genres servent à faire des manches de para*
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- LA NATURE.
- pluies très prisés sous le nom de manches de Laurier. Lorsque le centre de la tige conserve une moelle abondante, non envahie par les faisceaux fibreux, on exploite cette portion tendre et féculente sous le nom de Sagou : le Sagouier de Madagascar et les espèces des régions correspondantes de l’Afrique "•ont les plus estimées.
- Quand la tige est d’un petit diamètre, elle peut également être recherchée. Dans les îles de l’Inde : Java, Sumatra et la presqu’île de Malacca, les jungles abondent en palmiers grimpants ou palmiers lianes, dont la tige circule au travers des branches pour atteindre le sommet des arbres ; on en a mesuré qui avaient près de cent mètres, sans la portion terminale engagée dans le fourré inextricable de la forêt. Ce sont les Rotangs ou Rotins dont on fait des cannes recherchées et des badines à battre les habits. Le cannage des sièges se fait avec la pellicule du Rotin qui est pénétrée de silice et pouvant faire feu sous le briquet. Du restant de la tige on fait des chaises d’enfants, des jouets, des paniers, des ustensiles variés ;• enfin.... doit-on le dire? jusqu’à des lavettes de cuisinières.
- Les fruits élégants des palmiers de la section des Rotangs (Lépidocarynées) peuvent servir à faire des bijoux : boucles d’oreilles, épingles de cravates, etc., le signataire de cet article en a fait faire de très réussis. — On s’explique que certains fauves, et le tigre en particulier, soient encore aussi abondants malgré les chasses qu’on leur livre, les Rotangs leur assurant, dans les jungles, un repaire inexpugnable.
- , La sève plus ou moins sucrée de plusieurs palmiers peut être exploitée pour édulcorer les boissons. L’Areng ou palmier à sucre d’Amboine (Ârenga sac-charifera), qu’on retrouve dans l’Inde et dans la plupart des îles indiennes, est célèbre sous ce rapport. C’est un arbre superbe, à feuilles pennées de 25 pieds de longueur et qui est aussi beau qu’utile.
- Un certain nombre d’espèces appartenant à des genres différents donnent un crin plus ou moins grossier : ce sont les faisceaux fibreux des gaines soutenant le pétiole des feuilles, ou les bords déchiquetés des pétioles eux-mêmes qui produisent, en général, cette matière. Dans VAreng, ces fibres sont noires, résistantes, et la marine de cabotage des colonies espagnoles préfère les câbles d’Areng à cause de leur élasticité et de leur durée. Ailleurs, cette substance est plus fine : le Palmier Chanvre du Japon et de la Chine (Chamærops excelsa) sert à faire dans la main industrieuse des Japonais des balais coquets, des cordes flexibles et mille produits de consommation journalière; ou si les fibres sont plus grosses, on les utilise comme le Piaçaba du Brésil (Leopoldina piacaba) et quelques analogues à faire des stores, des brosses, des balais et des rouleaux de balayeuses mécaniques, beaucoup plus durables que des rouleaux garnis de tiges d’acier.
- Ces organes d’entretien des palmiers sont encore susceptibles de fournir d’autres produits. Une exsudation céracée se forme sur le tronc du Palmier à
- cire des Andes (Ceroxylon Andicola) et est recueilli par les naturels comme matière d’éclairage ; tandis que c’est à la face inférieure des feuilles du Car-nauba du Brésil (Copernica cerifera) que se produit une- efflorescence cireuse. Des indigènes grimpent dans les arbres, frappent les feuilles au moyen d’un bâton : une neige fine s’en détache et est recueillie sur des étoffes étendues à dessein sur le sol. Le commerce européen utilise la cire du Carnauba seule ou associée à d’autres matières analogues.
- Les organes de la reproduction des palmiers ne le cèdent en rien à ceux de la végétation. Les enfants savent tous le parti que Robinson tirait des noix de coco ; c’est après les dattes le fruit de palmier le plus répandu. A l’état vert et alors que l’amande, c’est-à- dire l’albumen du coco, est à l’état laiteux, il n’est pas de breuvage plus recherché des créoles et des noirs. Quand ces fruits nous arrivent, le coco est mûr et l’albumen, formé par une couche épaisse et gorgée d’huile, est quelque peu résistant et indigeste. Ce produit est une des richesses, sinon la seule, des îles madréporiques de l’Océanie et de beaucoup d’autres régions des tropiques. La cime au soleil et le pied baigné des eaux de la mer, voilà la station favorite du Cocotier (Cocos nucifera), qui est en bon rapport à l’âge de sept ou huit ans. L’amande séchée, sous le nom de Copra, est expédiée par milliers de tonnes chaque année dans les ports d’embarquement, pour servir ultérieurement aux usages variés des matières grasses. L’enveloppe fibreuse et épaisse qui recouvre la noix n’est utilisée en Europe que depuis peu d’années. Après macération ces fibres nommées coir ou cair sont peignées ; on en fait des cordes élastiques et résistant longtemps à la putrescence. La sparterie, la brosserie s’en sont emparées et nous foulons aux pieds chaque jour des paillassons de fibres de coco.
- Enfin, de la coque dure de la noix, ou endocarpe, on fait des vases, des écuelles, qui se polissent ou se sculptent aisément. Les feuilles du Cocotier sont utilisées comme celles des autres palmiers, mais elles n’ont pas la souplesse parfaite qu’on rencontre chez d’autres.
- Toutes les espèces du genre Cocotier n’ont pas des fruits de la taille du C. nucifera. Les petites espèces contribuent cependant à défrayer l’habitant ou l’industriel. Il se fait un commerce assez important du Petit coco de l’Amérique centrale (Cocos lapideci), et qu’on appelle parfois « Coco de forçats », parce que ceux-ci polissaient ou sculptaient leur coque épaisse et dure, de la taille d’un œuf de poule, pour en faire des œufs à repriser les bas, des boîtes à chapelets, des tabatières, des jouets variés qu’ils vendaient aux visiteurs des bagnes, pour adoucir leur existence misérable. Ce coco a été longtemps recherché pour faire des boutons de vêtements de fantaisie.
- Les autres genres de palmiers portent souvent des fruits comestibles ou bien oléagineux.
- A la Guyane, le fruit du Paripou (Guilielma spe-ciosa), d’un jaune rougeâtre et ayant la forme d’un gros gland de chêne, est très estimé. On le cultive
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- Avenue de palmiers (Oreodoxa oleracea) de la savane de Cayenne. (D’après une photographie communiquée à La Nature,
- par M. Philaire.)
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- dans tous les pays du centre Amérique sous des noms variés. Des fruits de plusieurs autres espèces on fait des boissons consommées par les naturels, ou bien encore de l’alcool.
- Enfin, parmi les palmiers oléagineux, l’Avoira d’Afrique (Elæis guineemis) est celui qui est l’objet du commerce le plus important avec le Coco. Les régimes nombreux de l’Avoira, deux fois gros comme la tête d’un homme, contiennent une quantité de fruits du volume d’une noix, et dont l’enveloppe externe est gorgée d’« huile de Palme ». Cette matière grasse sert le plus souvent à faire des savons, mais les Africains l’estiment comme huile comestible.
- Au centre du fruit est une amande qui elle-même est oléagineuse, et dont l’huile est d’une limpidité et d’une saveur supérieures à celle du péricarpe. On peut estimera près de 100000 tonnes les fruits d’Àvoira fournis par le continent africain.
- On n’a pas encore tenté suffisamment de faire des textiles avec les feuilles des différents palmiers. Cependant de quelques Astrocaryum de l’Amérique centrale, de Y Elæis, etc., on obtient une filasse résistante et d’une grande finesse.
- L’horticulture a tiré tout le parti possible des palmiers qui abondent maintenant sur les marchés aux fleurs. Le Latanier de Bourbon (Livistona sinensis); les Dattiers (Phoenix) de plusieurs espèces; les Cha-mærops excelsa et humilis; le Corypha australis ; le Cocos Weddelliana et deux ou trois sortes de Ken-tia, sont les palmiers qui décorent maintenant nos appartements avec la meilleure grâce; Les autres espèces ne supportent pas ce régime cellulaire et asphyxiant et ne peuvent quitter la serre chaude ou tempérée sans périr promptement.
- Notre dessin représente une allée de la promenade dite « Savane de Cayenne », formée de palmiers au tronc parfaitement droit et qui font l’admiration des voyageurs. Ce palmier, désigné souvent sous le nom de « Chou palmiste », est YOreodoxa oleracea, introduit des Antilles. Quand un coup de vent ou toute autre cause fait disparaître un arbre de la promenade, on en replante un autre aussitôt.
- Les palmiers forment rarement des associations ; on en trouve cependant des taillis de quelques espèces ; en Amérique YAtlalea excelsa, qui atteint jusqu’à 17 mètres de hauteur, forme des petits bois. L’Oreo-doxa oleracea est une des plus grandes espèces connues, sa tête domine souvent les essences feuillues de la forêt vierge; on en a mesuré qui avaient 59 mètres, et l’O. regia de la Havane atteint en moyenne 36 mètres d’élévation.
- Les plantes qui nous occupent sont à végétation constante pour la plupart ; elles n’aiment pas les climats à température intermittente et précipitée, sauf de rares exceptions, et le « Palmier cachou » (Areca Catechu) de l’Inde en est un exemple. Aussi la culture en est-elle le plus étendue que possible dans la région indienne où, comme on sait, l’amande résistante et tannifère du fruit associée au Bétel est
- mâchée, par tout Indien, comme d’autres peuples fument ou chiquent.
- On connaît un assez grand nombre de palmiers fossiles, principalement de la partie moyenne du terrain tertiaire et qui ont été trouvés dans l’Inde, en Amérique, mais surtout en Europe.
- Quand on a creusé le puits artésien de Grenelle, à Paris, on a découvert un beau tronc de palmier assez bien conservé. Ce témoin de la végétation, et conséquemment de la température du globe à l’époque tertiare, prouve bien que les conditions atmosphériques étaient toutes différentes alors qu'elles le sont de nos jours. J. Poisson.
- LES PHÉNOMÈNES D’INYERSION
- DES IMAGES PHOTOGRAPHIQUES
- 11 a été constaté, depuis fort longtemps, que, par une surexposition convenable, les halosels d’argent employés en photographie jouissent de la propriété singulière de fournir, par développement, des images inverses de celles qu’une exposition normale permet d’obtenir.
- L’examen de ce fait pouvant peut-être contribuer à expliquer l’action latente de la lumière sur les sels sensibles, nous avons cherché à suivre le phénomène pas à pas, et dans des limites aussi étendues que possible.
- L’opinion émise jusqu’ici sur la question consiste à considérer les couches impressionnables comme susceptibles de fournir, par développement de l’image latente, cinq états bien distincts de la substance sensible, déterminés par la durée de l’exposition à la lumière.
- C’est ainsi qu’une plaque exposée sous un positif présenterait, avec des temps de pose graduellement croissants, les états successifs suivants :
- 1° On obtient un négatif;
- 2° La glace devient uniformément noire (état neutre) ;
- 3° On obtient un positif ;
- 4° L’état neutre reparaît ;
- *5° On a encore un négatif.
- De prime abord, ces indications portent à supposer que l’on se trouve en présence d’un phénomène fort compliqué, mais l’analyse que nous en avons faite nous a permis de constater qu’il n’en est pas ainsi, et qu’il y a sans doute lieu de modifier l’idée que l’on avait de cette action.
- En effet, nous avons soumis une série de plaques au gélatino-bromure d’argent provenant d’une même préparation à l’influence de plus en plus prolongée d’une source lumineuse aussi constante que possible1, et nous avons pu remarquer, après développement, que la réduction du bromure d’argent croît d’abord promptement avec la durée d’exposition, puis atteint un maximum, et décroît ensuite jusqu’à une certaine limite à partir de laquelle aucune modification ne semble se produire, quelque grands que soient les temps de pose.
- Représentons graphiquement le phénomène par une courbe dans laquelle les temps sont comptés suivant les
- 1 Les faibles excitations ont été provoquées par la flamme d’une bougie placée à 1 mètre de distance de la plaque sensible, puis à partir d’une certaine durée, cette source lumineuse a été remplacée pratiquement par une autre trouvée 450 fois plus intense au point de vue actinique ; et enfin, pour les temps de pose très prolongés, par une source nouvelle d’une intensité environ 60000 fois plus grande que la première.
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- abscisses et les intensités des actions développées suivant les ordonnées (fig. 1).
- Nous avons antérieurement démontré que les faibles actions d’une source lumineuse constante paraissent sensiblement proportionnelles aux temps d’exposition, et que cette action n’est nulle que pour un temps de pose également nul1. La courbe doit donc partir de l’origine et être une ligne droite de 0 en A. A partir de ce point, elle s’infléchit puis passe par un maximum en B. L’intensité décroît ensuite jusqu’au temps d’exposition OT", à partir duquel on ne remarque plus de variation.
- Avec des plaques au gélatino-bromure de notre fabrication, et donnant 25 au sensitomètre de Warnercke, le maximum d’opacité obtenu par le révélateur a lieu après un temps d’exposition de 250 heures, sous l’influence de la lumière placée dans les conditions indiquées en 1.
- Avec les mêmes plaques, il est nécessaire de produire une action environ 6000 fois plus considérable pour ob-
- tenir le minimum de réduction par le révélateur, et en prolongeant au delà le temps d’exposition, la réduction reste constante.
- Ceci posé, examinons ce qui doit se passer lorsqu’on exposera une surface sensible à l’influence d’une source constante, pendant des temps de plus en plus longs, ladite surface étant placée sous un écran présentant une partie A, moins transparente que la partie B (fig. 2).
- Pour les temps de pose courts, on obtiendra d’abord une réduction de la partie B plus grande que celle de la
- partie A, c’est-à-dire une image négative de la figure AB. Mais le temps de pose augmentant, l’opacité obtenue par développement décroîtra pour la partie B à partir d’un maximum correspondant à une excitation lumineuse déterminée, tandis que la réduction sous la partie A deviendra de plus en plus intense, à mesure de l’accroissement de la durée d’exposition (puisqu’elle n’a pas encore atteint ce maximum) ; il arrivera donc un moment où il y aura égalité, et où la totalité de la surface sensible sera uniforme ; mais cet état ne sera qu’un point de passage. Examinant de nouveau la courbe qui représente le phénomène (fig. 5), on voit que les choses se passeront comme si la plaque sensible avait été soumise, sans interposition de l’écran, à l’action d’une source constante, la partie A pendant un temps représenté par OT, la par-
- OT
- tie B pendant un temps OT'> OT. Or, cette relation ^
- pourrait représenter le rapport inverse des opacités de l’écran en A et en B, et Ton conçoit que, dans ce cas, il y ait une durée d’exposition, mais une seule, pour laquelle la réduction puisse devenir uniforme.
- Et si Ton remplace l’écran AB par un cliché à modelés continus ou présentant simplement plus de deux teintes, l’uniformité ne pourra avoir lieu dans aucun cas.
- 1 Bulletin de la Société française, février 1887.
- On voit donc qu’il n’existe pas, en réalité, d’état neutre, ce qui est d’ailleurs confirmé par l’examen des résultats fournis par l’expérience.
- Continuant à augmenter les temps de pose, l’inversion aura lieu et le développement fera ressortir une image plus opaque en A qu’en B, puisque dans ces limites la plaque devient au développement d’autant plus transparente qu’elle a reçu plus de lumière, et que la partie B a été plus énergiquement excitée que la partie A.
- L’image développée restera de même sens, mais en s’éclaircissant de plus en plus, jusqu’à ce que la partie opaque ait reçu une impression suffisante au delà de laquelle la lumière ne produit plus de modification développable. A ce moment, lorsque la surface sensible est une plaque au gélatino-bromure d’argent rapide, le révélateur ne produit presque pas de voile.
- On pourrait croire que les limites de ces essais n'ont pas été assez étendues pour que Ton put voir se manifester d’autres renversements, mais il nous paraît difficile d’admettre cette supposition, étant donné le rapport des durées extrêmes d’exposition. Ce rapport a, en effet, été évalué approximativement à 1/18480000000 (le dénominateur correspondant à environ 100 heures d’exposition directe à la lumière moyenne du jour).
- La série des temps de pose adoptés renfermait plus do
- 150 termes, et nous ajouterons que la différence entre deux termes quelconques a été choisie de telle manière qu’elle fût en rapport avec les disproportions que pouvaient présenter les effets produits.
- Une objection pourra être faite à cet exposé. Il n’est pas douteux que, dans des circonstances tout à fait spéciales, on ne parvienne à obtenir, avec des temps d’exposition prolongés, ce que Ton a appelé le deuxième renversement, c’est-à-dire le retour de l’image à l’état qui se présentait à la suite des expositions courtes.
- Ce phénomène n’est plus alors le résultat de l’action latente de la lumière; il est causé par une impression directe et il suffit de fixer la plaque sans la développer pour obtenir une image sensiblement identique à celle qui résulterait de l’emploi préalable du révélateur. Ce révélateur n’intervient donc point.
- On peut déduire de là que les surfaces sensibles capables de donner des images directes intenses sont seules susceptibles de produire ce phénomène. Ce sont, par exemple, les plaques au gélatino-chlorure, au collodion humide et généralement les préparations lentes qui le donnent le mieux.
- Nous ne sommes jamais parvenus à le constater avec les préparations dites « rapides ».
- Nous ne terminerons pas cette note sans faire remarquer qu’il était facile, en se basant sur les résultats obtenus, de juger du temps de pose le plus convenable pratiquement pour l’obtention de contretypes retournés. Si Ton représente par 1 la durée nécessaire pour avoir un bon positif sous un cliché donné, la meilleure épreuve inverse (négative) sera obtenue par une durée d’exposition égale à 560000. Auguste et Louis Lumière.
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- LA NATURE.
- NŒUDS ET BRÊLAGES
- La plupart des arts et métiers ont pour auxiliaire indispensable un art modeste, mais dont les produits sont empreints d’un caractère de haute utilité.
- Les gabiers, les pontonniers, les aéronautes, les artilleurs, les artificiers, les charpentiers, les maçons, les haleurs, les voituriers, les mécaniciens, les gymnastes et, plus généralement, tous les artisans, à quelque industrie qu’ils appartiennent, sont tenus de savoir faire correctement des nœuds.
- Un mot de la constitution intime des cordes en chanvre :
- Tout cordage ou brin de cordage est formé de plusieurs torons tordus sur eux-mêmes dans un sens et s’enroulant les uns sur les autres en sens inverse de la torsion.
- Chaque toron se compose de plusieurs fils, jouant dans ledit toron le rôle des torons dans le cordage.
- La torsion propre des fils doit être de sens contraire h celui de la torsion des torons.
- 11 faut qu’il en soit de même en ce qui concerne l’enroulement.
- Un garnit ordinairement le bout des cordages d’une ligature en j .ficelle afin d’en prévenir la détorsion (fig. 4). Pour ce qui est de la résistance à la traction, on obtient — exprimé en kilogrammes — le maximum d’effort qu’on peut exercer sur un cordage, en en multipliant par 20 le carré de la circonférence exprimée en centimètres.
- Cela dit, donnons un aperçu des procédés actuellement en usage.
- Les éléments des nœuds sont la ganse (fig. 5) et la boucle (fig. 6). Les figures 1, 2 et 3 exposent le dispositif des boucles d’usage courant.
- Les nœuds de cordage se distinguent en nœuds simples, nœuds de jointure et nœuds d'amarrage.
- La catégorie des nœuds « simples » comprend le nœud simple proprement dit, le nœud double, le nœud simple gansé, le nœud allemand et Yestrope. La figure 7 représente un nœud simple ordinaire; la figure 8, un nœud double, se desserrant plus difficilement que le précédent; la figure 9, un nœud simple gansé; la figure 10, un nœud allemand. A-t-on besoin d’un appareil simple, organisé à l’effet de
- hisser un homme à certaine hauteur au- dessus du sol, on fait, à environ 2 mètres de l’extrémité de la corde, un nœud allemand disposé comme l’indique la figure 11. L’estrope (fig. 12) n’est autre chose qu’une couronne dont on obtient l’axe en faisant une boucle en un point donné d’un cordage.
- Dans la classe des nœuds « de jointure » se rangent le nœud droit, le nœud droit gansé, le nœud de tisserand, le joint anglais, Y épissure et le nœud d’artificier. Tous s’emploient, ainsi que l’exprime leur dénomination générique, à l’effet de réunir bout à bout deux cordages. La figure 13 représente un nœud droit; la figure 14, un nœud droit gansé, lequel ne peut se faire qu’avec des cordes de faible diamètre ; la figure 15, un nœud de tisserand, servant généralement à réunir deux cordes d’inégale grosseur. Une jonction peut également s’effectuer moyennant recours: soit au joint anglais (fig. 16), soit tout bonnement au nœud simple (fig. 17). L’usage de ce dernier procédé est à recommander dans la plupart des cas qui se présentent.
- On emploie 1 ’« épissure » à l’effet d’unir I deux cordages de même diamètre, sans former de saillie brusque auprès de la jonction. Les nœuds de ce genre ser-; vent à mettre plusieurs cordes les unes au bout des autres, à souder ensemble les deux bouts d’une même corde, de manière à en faire une corde sans fin; à insérer l’extrémité d’une corde en un point quelconque de sa longueur, de façon à former un œillet ou une boucle, etc., etc. L’épissure courte (fig. 18) se distingue de l’épissure longue (fig. 19). Le nœud d’artificier (fig. 20) constitue un excellent mode de jointure; on peut le faire double (fig. 21). Il existe une grande variété de nœuds « d’amarrage ». La figure 22 représente le nœud coulant simple; la figure 23, l’amarrage en tête d'alouette qui se fait au cas où l’on peut coiffer le corps auquel il faut s’amarrer. Le dispositif indiqué figure 24 s’emploie alors qu’on ne peut coiffer le corps et qu’il convient de doubler la corde sur toute sa longueur, pour lui permettre de résister à des efforts considérables. La figure 25 représente un nœud coulant sur double clef. On donne le nom de nœud de batelier (fig. 26) au nœud d’artificier dont on fait usage au cours des
- Fig. 1 à 4. — Détails des figures correspondantes de la gravure ci-contre. 1. Bou lacée. 2. Boucle épissée. 3. Boucle épissée et ficelée. 4. Ficelage d’un bout cordage.
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- opérations d’amarrage des embarcations. Le nœud de poupée (fig. 27) s’emploie, ainsi que le nom l’exprime, à l’effet d’amarrer un cordage d’ancre à la poupée d’une embarcation ou d’un radeau. La figure 28 dessine un amarrage par demi-clefs ; quand la traction doit s’exercer dans le sens de la longueur du corps auquel on s’amarre, on a recours au dispositif indiqué figure 29. L’amarrage en patte-d'oie (fig. 30) sert à frapper un cordage sur un autre cordage déjà tendu. S’agit-il de fixer le cordage à un organeau, on forme le nœud d'ancre (fig. 31); veut-on l’attacher à un crochet, on a recours à l’emploi : soit du nœud de cabestan (fig. 32), soit de la boucle nouée (fig. 33), soit encore de la boucle coulante à arrêt (fig. 34). Inutile, d’ailleurs, d’indiquer la manière de se ser-
- vir d’un cordage muni, à l’une de ses extrémités, d’une boucle épissée ou ficelée. Un dispositif de ce genre (fig. 35) est dit ganse à œillet coulant. Comportant les mêmes usages que les divers nœuds ci-dessus énumérés, le nœud double fixe (fig. 36) s’emploie au cas où l’on est tenu de résister à des efforts considérables. Le nœud de galère (fig. 37) sert à fixer sur une corde dont les extrémités ne sont pas libres un levier sur lequel on veut exercer une action; il se défait naturellement alors qu’on retire le levier. Quand le cordage est trop roide ou trop tendu pour qu’il soit possible d’y équiper la galère, on y fixe le levier par le moyen d’une ligature, ainsi que l’indique notre figure 38. S’agit-il de frapper des cordons de bretelle sur une ligne de
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- ,3t 32
- E^Moï{Iev Sc
- Fig. 1 à 58. — Dessins explicatifs des divers nœuds et brêlages. (Voir le texte).
- halage, on a recours au dispositif représenté figure 39; les cordons se détachent d’eux-mêmes de la ligne alors que le haleur cesse de faire effort. Enfin, le nœud de palan (fig. 40) s’emploie au cas où l’on a besoin d’amarrer une moufle de palan à un câble sur lequel il faut exercer un effort.
- Il est souvent nécessaire, au cours d’une manœuvre, de raccourcir un cordage; et cela, sans le couper. L’opérateur peut alors recourir ; à la gar-roture (fig. 41), quand le cordage est peu tendu; au nœud plein sur trois brins (fig. 42) ou au dispositif représenté figure 43, si l’un des bouts du cordage est libre; ou, enfin, au procédé dit à nœud de galère (fig. 44), alors que cette condition n’est point remplie. On désigne sous le nom de brêlages les ligatures en cordes servant à relier ensemble deux ou plusieurs pièces de bois.
- S’agit-il de deux poutrelles équarries dont les faces à mettre en contact mesurent même largeur, on forme à l’entour du système de ces pièces une garniture semblable à celle que représente la figure 45 ; si les faces à mettre en contact n’ont point même largeur, il convient d’appliquer contre la poutrelle la moins large des pièces d’un équarrissage suffisant à racheter la différence, et un peu plus longues que la garniture à exécuter (fig. 46). Au cas de deux bigues ou poteaux à section circulaire (fig. 47), on exécute la garniture comme au cas précédent; cela fait, on chasse avec force des morceaux de bois dans les vides compris entre la corde et les pièces à marier. La figure 48 expose la manière de ressouder les deux parties d’une poutrelle rompue; la figure 49, la façon dont s’exécute le brêlage des poutrelles de guindage d’un pont
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- militaire. Les ligures 50 et 51 représentent des assemblages de pièces de charpente obtenus à l’aide de clameaux (grands clous coudés) à une ou deux faces; mais il faut observer que de telles pièces peuvent aussi s’assembler par voie de brêlage; qu’on peut ainsi les croiser à angle droit comme le montrent les figures 52, 53, 54, 55 et 56, ou les disposer en croix de Saint-André (fig. 57 et 58).
- Le dénouage est toujours opération assez délicate. Il faut, pour défaire un nœud, tordre l’un des brins de la corde en le faisant glisser sous l’autre. Si ce travail présente quelque difficulté, on chasse à coups de maillet un morceau de bois dans les entrelacements du nœud. Telle est la méthode théorique, mais il n’est pas toujours commode de suivre ces principes qui semblent si simples; un nœud bien fait implique souvent des difficultés gordiennes, et les impatients sont alors tentés de recourir a l’emploi du procédé dont Alexandre le Grand faisait parfois usage. Lieutenant-colonel Henxebert.
- CHRONIQUE
- Conférence « Scientia ». — Le douzième banquet de a Scientia a eu lieu à Paris, le jeudi 13 décembre, sous la présidence de M. le Dr Ulysse Trélat, membre de l’Académie de médecine. Le banquet était offert à M. Jules Simon. M. Trélat a fait l’éloge du président d’honneur et a rappelé en termes excellents les travaux, les écrits et les luttes du maître, en faveur des belles causes de la Liberté et de la Tolérance. M. Jules Simon a répondu que la conférence Scientia, en l’invitant, avait eu sans doute le dessein de convier un philosophe, et il a entrepris de démontrer que la Philosophie n’est pas une science purement conjecturale. Il a tenu ses auditeurs sous le charme de sa parole, tour à tour familière et éloquente, d’où s’envolent parfois les grandes échappées, et qu’il faut entendre, mais que l’on ne saurait bien résumer.
- Voici la liste des assistants à la 12'réunion de Scientia :
- MM. Abadie; Armengaud; Bâclé; Bartholdi; Lieutenant-colonel Bassot; I)r Bazy; Prince Alexandre Bibesco; Dr Blanchard ; Cahours ; Certes ; J. Charton ; Clémandot ; Dau-brée; Dehérain; Deslandres; Eiffel; Évrard; Foulon; Gariel; Ch. Garnier; Dr Alph. Guérin; Eug. Guillaume; Dr Hénocque ; Jacottet ; Janssen ; Hugues Krafft ; Lalance ; Lallemand; Lauth; Dr G. Le Bon; Levasseur; Liébaut; Lisbonne; Dr Luys;DrA.-J. Martin; Stan. Meunier; Aug. Moreau; Marquis de Nadaillac ; Max de Nansouty; Napoli ; Dr Nicolas; L. Olivier; Frédéric Passy; Poyet; Dr Ranque; G. Richard ; Ch. Richet; DrJ. Rochard; Commandant de Rochas; L. Rousselet; Salles; Seyrig; Gustave Simon; Jules Simon; Talansier; Alfred, Albert et Gaston Tissan-dier; Dr Topinard; Émile et Marcel Trélat; D'Ulysse Trélat; Venukoff; Léon Vidal; Villard.
- Usages du bleu d’outremer. — 11 J a une cinquantaine d’années, la maison Guiinet, de Lyon, était la seule à fabriquer le bleu d’outremer qui était alors une matière précieuse, et qu’elle vendit, au début, jusqu’à 600 francs le kilogramme ; sa production annuelle était de 50000 kilogrammes. M. Guimet avait été le premier à produire industriellement cette couleur, mais peu à peu d’autres fabriques se sont fondées; il y en a aujourd’hui quarante, dont plusieurs en Allemagne, produi-
- sant un total de 9 millions de kilogrammes. L’essor de cette fabrication est d’ailleurs bien compréhensible, l’outremer ayant des emplois multiples. Il est surtout employé dans l’apprêt et dans l’impression du calicot; pour celui-ci, on le fixe à l’albumine, impression excellente, résistant à l’air et à la lumière et aussi au savon ; seuls les acides l’attaquent. Il sert à préparer üne entre bleue d’imprimerie ; il est employé en peinture, ainsi que pour azurer le linge, marbrer le savon ; enfin, dans la fabrication du papier, pour le bleuir et neutraliser la teinte jaune.
- La vitesse angulaire des machines dynamos.
- — A la dernière séance de la Société internationale des électriciens, M. Reignier a présenté quelques considérations sur la vitesse angulaire des machines dynamos. Comme on le sait, ce facteur est un des plus importants, puisqu’il entre dans l’expression qui donne la valeur de la force électro-motrice produite. M. Reignier a examiné le poids de matière employée pour une même puissance, en fonction du diamètre de l’arbre portant l’induit. Il a trouvé qu’il existait un certain diamètre pour lequel ce poids était minimum. De même la puissance absorbée par le frottement augmente à mesure que le diamètre s’accroît. M. Reignier a également fait entrer en ligne de compte les effets de la force centrifuge. De toutes ces études, il résulte que l’on peut facilement atteindre des vitesses périphériques de 56 mètres par seconde au lieu de 17 mètres par seconde, chiffre généralement adopté aujourd’hui.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 17 décembre 1888. — Présidence de M. Jansscn.
- La pluie dans les Vosges. — On sait que depuis de longues années, l’illustre M. G. Hirn a installé autour de Colmar, en Alsace, quatre observatoires météorologiques dont la direction est confiée à des hommes de dévouement et de valeur. Ils sont situés à Colmar même (altitude 195”), à Thann (550m), à Munster (400”) et à la Schlucht (1300”). M. Faye annonce aujourd’hui que M. Hirn ajoute une cinquième fondation aux précédentes; celle d’un observatoire au Bon Homme, à 700 mètres d’altitude. Parmi les faits qui ressortent le plus clairement des travaux exécutés jnsqu’ici dans ces stations, il faut mentionner spécialement l’influence de la hauteur sur la quantité de pluie reçue. Par exemple en 1886, la Schlucht a noté 1464 millimètres, tandis que Colmar n’a eu que 390 millimètres, et les autres points des quantités intermédiaires.
- Fayolia et Palæonyris. — Deux très savants paléontologistes, MM. B. Renault et R. Zeiller, partant d’une idée émise récemment par M. Schenk au sujet du genre Fayolia, ont comparé les espèces de ce genre ainsi que du genre Palæonyris avec certains œufs de squales, et sont arrivés à conclure que ces deux types génériques devaient être reportés du règne végétal dans le règne animal. Les Fayolia se rapprochent, surtout par leur double spire hélicoïdale garnie d’une collerette en hélice, des œufs du cestracion Philippi; à d’autres égards ils rappellent les œufs de Scyllium et les œufs de chimères, et l’une des espèces de Commentry semble pouvoir être' attribuée à un poisson du même gisement, le Pleura-canthas Gaudryi, qui rappelle à la fois les cestracions, les squales et les chimères. Les Palæonyris représenteraient des œufs de roussettes munis de crêtes saillantes
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- parallèles à leurs bords, mais affectant en outre la disposition en hélice des œufs de cestracions.
- La météorite de Frayette County. — Les collections du Muséum viennent de s’enrichir d’un échantillon de météorite qui se signale dès la première vue par des caractères très spéciaux. 11 provient d’un bloc de 146 kilogrammes découvert il y a une dizaine d’années à Bluff, campement situé sur le Colorado, à 5 milles environ au sud-ouest de La Grange, dans le comté de Frayette, au Texas. On ignore la date de sa chute et les fermiers qui le rencontrèrent se méprirent complètement sur sa vraie nature, croyant y voir un fragment de minerai d’or ou d’argent. C’est seulement dans la présente année que cette pierre fut signalée, puis analysée chimiquement par MM. Whitfield et Merrill. Ayant eu à assigner à ce nouvel échantillon une place déterminée dans les collections du Muséum, j’en ai fait une étude nouvelle dont le résultat est que malgré l’apparence exceptionnelle qui s’explique par le séjour prolongé sur le sol, la météorite de Frayette se range très exactement dans le type lithologique que j’ai institué dès 1870 sous le nom d'Erxlébénite. L’examen microscopique en lame mince conduit à expliquer la disposition relative des minéraux constituants par une série de concrétions qui se sont succédé dans l’ordre suivant : 1er temps : cristallisation du pyroxène, de l’en-statite et des minéraux feldspathiques ; 2e temps : dépôt de poussière péridotique dans les interstices des éléments précédents ; 3e temps : production d’un magma vitreux et bulleux par fusion postérieure au dépôt primitif ; 4e temps : concrétion de fer nickelé et de pyrrhotine moulés à la surface des chondres et dans leurs fissures ; 5e temps : constitution de minéranx noirs disposés en lignes très fines et provenant de réchauffements locaux, sans fusion et généralement à la suite d’actions mécaniques. Une semblable complication qu’on retrouve plus accentuée encore dans beaucoup d’autres types de roches cosmiques, constitue un argument très fort contre l’identification qu’on tente parfois d’établir entre les météorites et les étoiles filantes évidemment cométaires.
- Election. — Le décès de M. Debray ayant laissé vacante une place dans la section de chimie, la liste de présentation portait : en première ligne, M. Schutzenberger, et en deuxième ligne ex æquo et par ordre alphabétique, MM. Arnaud, Ditte, Etard, Gautier, Grimaux, Jungfleisch, Le Bel, Maquenne et Moissan. Les votants étant au nombre de 55, M. Schutzenberger est nommé par 53 suffrages contre 1 donné à M. Gautier et 1 à M. Grimaux.
- Oursins fossiles. — Une très importante étude vient d’être faite par M. G. Cotteau sur les oursins tertiaires des environs d’Alicante, en Espagne. L’auteur a déterminé dans cette seule localité 76 espèces réparties entre 36 genres et 6 familles. Sur ce nombre 50 espèces sont nouvelles pour la science ; les 26 autres déjà découvertes en d’autres localités permettent de rapporter la faune espagnole dont il s’agit à l’éocène moyen. M. Cotteau enrichit la paléontologie de quatre genres nouveaux appartenant à autant de familles distinctes ; et à ce propos il fait remarquer qu’il semble y avoir à travers les temps géologiques une sorte de régularité entre le nombre des oursins réguliers et celui des oursins irréguliers qui, à chaque moment, vivaient en même temps. Ainsi, à l’époque triasique, on ne trouve presque pas d’espèces irrégulières; pendant le jurassique, les réguliers dominent encore nettement; mais lors de la période crétacée, au moins en France, les deux catégories se balancent à peu
- près également. Pendant le dépôt des couches tertiaires, c’est au contraire la prédominance des oursins irréguliers qu’on remarque et, à l’époque actuelle, il semble y avoir de nouveau à peu près égalité. En même temps, M. J. Lambert fait connaître un nouveau genre d’échinide de la craie de l’Yonne, qu’il distrait de l’ancien genre Cypho-soma et qu’il désigne sous le nom de Gauthieria, « heureux, dit-il, de le dédier à l’un des savants auteurs des Echinides fossiles de l’Algérie. »
- Kystes microbifères. — Il résulte, des études deM. Ver-neuil, que les kystes dermoïdes congénitaux de la face contiennent des microbes, qu’on peut multiplier par culture et qui, d’ailleurs, ne semblent pas être pathogènes.
- Zircons artificiels. — En chauffant vers 500 degrés les éléments du zircon avec du molybdate de potasse, MM. Hautefeuille et Perrey réalisent la synthèse du silicate de zircone avec tous les caractères du minéral naturel.
- Varia. — Au nom d’un auteur qui nous échappe, M. de Quatrefages dépose une note sur une nouvelle station antéhistorique de la Yezère d’où provient un bâton de commandement en bois de renne sculpté, et un squelette humain ayant tous les caractères de la race dite Cro-Ma-gnon. — M. Jolly continue sur le ruthénium les études qu’il avait commencées en collaboration avec M. Debray.
- — Les variations diurnes du baromètre occupent M. Angot.
- — M. Paris parle en termes très élogieux du navire sous-
- marin de M. Zédé. — M. Colson a découvert une nouvelle base diquinolique. — L’orientation des cassures du sol aux environs de Fontainebleau fournit des observations nombreuses à M. Romieux. — Un mémoire est lu par M. Ranvier sur les muscles de la vie animale à contraction brusque et à contraction lente chez le lièvre. — Un astronome suédois propose une nouvelle théorie des planètes intra-mercurielles. — M. Collomb détermine la place de quelques fougères contestées dans la classification. — La chaleur de combustion des camphres et des bornéols est déterminée par M. Longuinine. — Nous devons signaler très spécialement la dernière livi'aison des publications du service géologique d’Italie. Elle concerne la description d’Iglesiente en Sardaigne et consiste en un volume illustré, en un atlas de 29 planches dont plusieurs très grandes et coloriées, et en une belle carte géologique. Ce travail fait le plus grand honneur à ses savants auteurs, MM. G. Zoppi, G. Testore, A Lambert et P. Deferrari. Stanislas Meunier.
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- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LE PEINTRE HABILE
- Nous allons faire connaître à nos lecteurs un amusement magnétique dont l’aimant est la base, et qui date de plus d’un siècle. Il a été publié en 1769 par un M. Guyot, de la Société littéraire et militaire de Besançon. Nous reproduisons texte et dessin de cet ingénieux physicien :
- Construction. — Faites construire deux petites Boëtes M et N (fig. 1), de quatre pouces et demi environ de longueur, sur quatre de large; que \ï première ait un demi-pouce de profondeur, et la Seconde sept à huit lignes; qu’elles s’ouvrent toute? deux à charnières, et soient garnies par devant de h /s crochets.
- Ayez quatre petites tabWtes de bois léger O P (J et
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- LA NATURE.
- R (fig. 3), de quatre lignes d’épaisseur et de même grandeur, qui remplissent assez facilement le dedans de la première de ces deux boëtes. Ménagez sur chacune de ces quatre tablettes, les rainures AB, EF, CD, GU, et qu’elles soient placées au milieu et parallèlement à ses cotés; deux dans un sens, et deux dans l’autre, comme le démontre suffisamment la figure 3.
- Logez dans chacune de ces quatre tablettes un barreau d’acier Y bien aimanté, et dont les pèles soient bien disposés, eu égard à l’aspect des quatre petits tableaux qui doivent y être peints, comme l’indique notre figure.
- Couvrez ces tablettes d’un double papier, afin de masquer ces barreaux, et faites attention à ce qu’en les collant, l’humidité ne les rouille pas ; ce qui diminuerait beaucoup leur vertu.
- Faites peindre ensuite sur ces quatre tablettes des sujets différens, comme fleurs, oiseaux, animaux, etc. ; cou-vrez-les si vous voulez, d’un verre blanc fort mince, et les ornez d’une petite bordure très-légère.
- Au centre et sur le fond intérieur de la seconde boëte, placez-y un pivot T (fig. 4) sur lequel doit tourner librement un petit cercle de carton OPQR très-léger (fig. 2), et renfermant une aiguille aimantée S; divisez ce carton en quatre parties disposées eu égard aux pôles de l’aiguille, comme le désigne la figure 2, et peignez dans chaque division les quatre différents sujets que vous avez peints sur les tablettes, avec cette seule différence, qu’ils doivent être réduits en petit; couvrez le dessus intérieur de cette boëte d’un carton G (fig. 1), auquel vous ménagerez une ouverture D éloignée de quatre à cinq lignes du centre de la boëte, afin qu’on puisse appercevoir au tra^rs et successivement les quatre petits tableaux peints sur n cercle de carton placé au dedans de la boëte. \
- Faites servir cette ouverture à représenter la toile sur laquelle une petite figafe représentant un peintre, sem-
- blera peindre un tableau ; couvrez d’un verre très-mince ce petit sujet, que vous peindrez comme vous voudrez, pourvu que l’ouverture pratiquée au carton reste en sa place.
- Effet. — Lorsque vous aurez placé dans l’intérieur de la première boëte une des quatre tablettes quelconque, si vous posez exactement sur cette boëte celle où est enfermé le cercle de carton mobile et bien en équilibre sur son pivot, il se tournera jusqu’à ce que l’aiguille
- contenue dans ce cercle soit dans la direction du barreau aimanté contenu dans la ta-blelte, et laissera (selon la construction) appercevoir à travers l’ouverture pratiquée, un tableau semblable à celui qui se trouve tracé sur la tablette.
- Récréation qui se fait avec ces deux boëtes. — On présente à une personne la première Boëte, et les quatre tablettes, en lui laissant la liberté d’y insérer secrètement celle qu’elle jugera à propos, et lui recommandant de cacher soigneusement les trois autres, et de rendre la Boëte fermée; on pose ensuite exactement la seconde Boëte sur cette première, on la laisse un instant pour donner le temps de se fixer au cercle de carton qui y est caché ; on l’ouvre ensuite, et l’on fait voir que le Peintre qui y est dessiné, a fait la copie en petit du sujet que la personne avoit enfermé en la première Boëte; cette Récréation est aussi agréable, que facile à exécuter.
- On voit que le jeu du peintre habile est fort bien combiné, et qu’il est représenté par l’auteur d’une façon charmante. Il y a là de quoi exercer les amateurs de science, assez adroits pour construire eux-mêmes leurs appareils. G. T.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieb.
- Fig. 15 4. — Jeux de l’aimant. Le peintre habile. (Reproduction d’une estampe du dix-huitième siècle.)
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- N® 815. — 29 DÉCEMBRE 1888.
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- LES ROCHES SONNANTES DU GUILDO
- Non loin de Dinan, sur les rives de l’Arguenon, l’une de ces petites rivières torrentueuses qui, en se jetant à la mer, découpent en festons capricieux les côtes de la Bretagne, on montre au touriste un amas de roches grisâtres connues dans le pays sous le nom des pierres sonnantes du Guildo.
- A deux reprises déjà1, La Nature s’est occupée de cette propriété singulière que possèdent certaines pierres d’émettre sous le choc un son musical prononcé. Ces observations portaient sur des silex en
- général; les roches sonnantes sont d’autre nature : à leur texture cristalline, à leur coloration ardoisée, on reconnaît tout de suite cette variété de roche connue en minéralogie sous le nom d’amphibole (silicate complexe de fer, de manganèse et de chaux). Ces pierres, qui en dehors de leurs propriétés musicales n’ont rien de pittoresque, sont situées au milieu d’un merveilleux décor. Elles occupent une petite anse qu’a la marée montante le flot recouvre complètement et que domine une haute rive sur laquelle s’élève le petit village du Guildo, autrefois centre d’un pèlerinage célèbre. En face d’elles, de l’autre côté de l’Ar-guenon qui en cet endroit ne mesure pas moins de
- Les roches sonnantes du Guildo, près de Dinan, en Bretagne. (D’après une photographie de l’auteur.)
- trois cents mètres de large, se dressent tristes, désolées, les ruines du château du Guildo, gardant encore dans leur massive structure un je ne sais quoi de menaçant. En regardant ces fiers témoins d’un passé si lointain, on songe involontairement à cette émouvante figure de Gilles de Bretagne, si souvent évoquée dans les légendes bretonnes. C’est dans ces murs, maintenant minés de tous côtés par une luxuriante végétation, que se sont passées les premières scènes de cette tragédie fratricide, qui devait avoir son lugubre épilogue dans ce château de la Hardouinaie près de Rennes. En amont s’évase la jolie vallée de l’Arguenon, chère aux poètes bretons, et que découpe d’un trait hardi le nouveau pont de fer ;
- 1 Voy. n° 629, du 20 juin 1885, p. 53, el n° 1, du 7 juin 1873,
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- en aval la rivière élargit de plus en plus son estuaire, dont la rive droite se termine par cette curieuse presqu’île de Saint-Jacut, sur laquelle s’étage pittoresquement les blanches maisons du bourg, uniformément orientées de l’est à l’ouest; la rive gauche remonte plus au nord et se termine par la pointe de Saint-Cast, un nom qui sonne bien aux oreilles patriotes des Bretons (1758).
- Les pierres du Guildo ne sont pas des blocs erratiques, venus du haut de la vallée; on voit nettement qu’elles ont été arrachées k la rive même dont les assises sont constituées par une roche de même formation. Ce sont de monstrueux galets, roulés et polis par la mer ; lorsque, à la montée du flot, vient à souffler en tempête le vent de Norouët, les vagues se brisent sur les pointes de Saint-Jacut et remontent
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- 17® année. — 1er semestre.
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- avec une force irrésistible le lit de la rivière; or les roches sonnantes se trouvent au point même où, par suite d’une légère inflexion du cours de l’Arguenon, les eaux douces descendantes viennent se heurter au flot salé montant : sous les efforts répétés des deux courants opposés les énormes roches s’entre-choquent, s’usent et se polissent peu à peu.
- Les pierres sonnantes sont au nombre de trois ; ce sont de longs blocs prismatiques couchés côte à côte perpendiculairement à la rive, et que, par suite de leur forme, les habitants appellent quelquefois les chevaux à l’écurie. La pierre du milieu, sur laquelle s’appuie notre compagnon d’excursion, M. de L..., donne lieu plus particulièrement au phénomène : elle a environ 6m,50 de long sur 7 de pourtour, ce qui lui donne un poids approximatif de 75 000 kilo-grammes. Du côté de la rivière, elle se termine par une sorte d’éperon tronqué; c’est en cette partie qu’il faut la frapper avec un instrument de fer et mieux avec un galet de même nature qu’elle. On remarque vers cet éperon trois ou quatre points bien marqués par l’usure produite sous les coups répétés des visiteurs, ce sont là les points où l’on obtient le maximum de sonorité.
- Sous le choc, la pierre rend un son argentin très clair, semblable à celui qu’on obtiendrait en frappant une grosse cloche avec un maillet de bois mou. Le son, autant qu’une inspection rapide nous a permis de le juger, correspond au mi2. Plus on se rapproche de l’autre extrémité en continuant les chocs, plus le son devient étouffé ; vers le haut, la tonalité semble un peu monter; enfin, en certains points qui doivent être des nœuds de vibrations, on n’obtient qu’un bruit mat. Si, tandis que l’on frappe, on tient son oreille appuyée sur l’autre extrémité de la roche, le son acquiert une intensité extraordinaire ; et, au fur et à mesure que le son s’éteint, on perçoit parfaitement les diverses harmoniques. Les deux autres pierres ne donnent plus qu’un son voilé; on assure que cela provient de ce qu’elles ont été dérangées par un coup de mer. Il est en effet à noter que la pierre chantante n’appuie que par quelques points sur les galets qui la supportent, tandis que les deux autres sont actuellement engagées en partie dans le sol sous-jacent.
- Nous avons interrogé toutes les pierres environnantes et nous en avons trouvé plusieurs qui nous ont donné des sons très variés, sans qu’il semble y avoir aucune relation entre leur grosseur et la hauteur du son produit. Nous avons plus particulièrement remarqué au fond de l’anse une sorte de strate horizontale à demi enfouie dans la rive et partagée en plusieurs fragments, formant comme les touches gigantesques d’un piano préhistorique ; trois de ces pierres donnaient nettement l’accord parfait majeur. Tout en suivant curieusement de l’œil nos recherches, un bambin du pays disait de temps à autre, prévenant nos essais : « Sonnera ! » « Sonnera pas ! » et habitué à faire parler les singulières pierres, il nous montrait bientôt comment d’un premier coup d’œil
- on peut reconnaître les pierres musicales. Les roches se présentent en effet sous deux aspects bien differents : les unes, d’un gris argenté, à la texture très fine, rendent toutes, même cassées, un son très pur; les autres, d’uae couleur plus foncée et moirées en brun par un excès de fer, sont comme exfoliées et ne donnent aucun son. C’est une veine ferrugineuse qui a du traverser le banc de diorite, car en plus d’un point nous avons trouvé de gros galets composés à la fois des deux genres de roches.
- Est-il besoin de dire que les roches sonnantes ont fourni plus d’une fois leur contingent au légendaire déjà si riche du pays breton. L’une de ces légendes nous a frappé, car nous y avons retrouvé un scénario exploité plus d’une fois, avec des variantes, dans le pays armoricain. C’est l’histoire d’un tailleur, bossu bien entendu, qui complaisamment un beau soir aide à compléter la ronde des fées du Guildo, désolées d’être en nombre impair. En récompense les fées lui apprennent à « sonner la pierre » en prononçant un vœu. A l’appel de la cloche mystérieuse, arrivent des profondeurs de la terre des gnomes, des poulpiquets, qui satisfont les désirs de l’heureux tailleur, et commencent tout d’abord par le débarrasser de sa bosse. Puis la contre-partie habituelle : le rusé et moqueur meunier du val de l’Arguenon qui veut imiter le tailleur et n’arrive qu’à indisposer les fées. Celles-ci se vengent en se débarrassant à son profit de la bosse du tailleur.
- Les roches sonnantes du Guildo ne sont guère connues que dans le pays et la plupart des auteurs qui ont écrit sur la Bretagne ne les mentionnent même pas. Nous avons pensé que le phénomème était assez curieux et assez rare pour que La Nature le signalât à l’attention des touristes.
- II. F o CUTI KH.
- LE MÉTAL DELTA
- Cet alliage métallique, breveté en 1885 par M. Alexandre Dick, ingénieur danois, et désigné par l’inventeur sous le nom de métal delta, d’après l’initiale de son nom, n’est autre chose qu’un laiton surchargé en zinc, et renfermant quelques centièmet de fer ou de métaux de la même familles : manganèse, aluminium, etc. Le métal delta, alliage de 60 parties de cuivre avec 40 parties de zinc et quelques centièmes de métaux étrangers, est un produit extrêmement intéressant : 1° en raison de la facilité avec laquelle il se forge et s’estampe au rouge sombre (500°); 2° Des résistances et des allongements considérables qu’il possède et par lesquels il se rapproche des aciers; 5° de son inaltérabilité aux agents atmosphériques qui serait un peu supérieure à celle du laiton de même composition ; 4° enfin, de son bas prix de revient, puisqu’il est de tous les alliages de cuivre celui qui renferme la plus petite quantité de ce métal. Le prix de revient ne paraît pas devoir dépasser celui des laitons ordinaires. Le seul inconvénient que présente cet alliage, inconvénient malheureusement fort grave, est la difficulté de le fondre sans altération. Il perd très facilement du zinc, parce que son point de fusion ne diffère guère de celui d’ébullition de ce métal ; enfin il est très sensible à l’action de l’oxy-
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- gène de l’air et des matières oxydées. C’est cette cause, sans doute, qui avait empêché jusqu’ici l’emploi industriel d’un alliage dont les propriétés remarquables avaient été reconnues depuis si longtemps déjà.
- UNE LUTTE DE VITESSE
- KN TRAINS EXPRESS
- L’Angleterre est, de nos jours, le pays classique des luttes physiques, sous toutes leurs formes. Elles commencent dans le collège, avec les matchesde différentes sortes, au foot-ball, au cricket, au lawn-tennis, au canotage, au yachting, etc., etc...; elles continuent plus tard dans la concurrence des entreprises industrielles et commerciales, où se déploient les qualités d’énergie, de volonté soutenue de nos voisins, et où il semble que chaque Anglais soit né le rival d’un autre, pour remporter le prix d’une lutte.
- Ce même esprit de rivalité dans la recherche du progrès ne pouvait pas manquer de s’exercer dans un ordre de choses qui touche, d’une façon particulièrement importante, à leur activité : les ingénieurs de chemins de fer ont assisté au mois d’août, cette année, à une lutte mémorable de trains rapides entre Londres et Edimbourg, par deux voies différentes, parcourues à des vitesses qui, jusqu’à présent, n’étaient considérées que comme rarement atteintes.
- Nous voudrions, dans une courte note, renseigner les lecteurs de La Nature sur les résultats obtenus, et les mettre à même de juger des efforts réalisés dans cet ordre de faits, aussi bien en Angleterre que dans d’autres pays, et particulièrement dans le nôtre.
- On peut se rendre de Londres à Edimbourg par trois routes : la Côte-Est, c’est-à-dire par York et Newcastle, en s’embarquant à la gare de King’s Cross, sur les voies du Great Northern et du Norlh Eastern Railways ; le Centre sur les voies du Midland et du Caledonian Railways, à la gare monumentale de Saint Paneras; la Côte-Ouest, par Crewe, Lancastre et Carlisle, sur les voies du London and Nortli Western et du Caledonian Railways, à la gare de Euston1 2.
- Jusqu’à l’été passé, le voyage le plus rapide s’accomplissait par la route de l’Est, et on mettait 9 heures à parcourir les 658 kilomètres qui séparent les deux capitales du Royaume-Uni, c’est-à-dire à une vitesse commerciale2 de 70k,9 à l’heure. Or, dans ce temps de trajet se trouvaient compris les arrêts, au nombre de quatre seulement. il est vrai, mais dont l’un deux, celui de York, était de trente minutes pour dîner; si bien, qu’en défalquant ces temps d’arrêt et en ne tenant pas compte des ralentissements que nécessite la mise en marche à la suite d’un arrêt, ou bien l’arrêt lui-même, ou encore des signaux au passage de grandes gares, la vitesse moyenne de marche atteignait le chiffre élevé de 77\6 à l’heure. On conçoit que la vitesse effective de marche devrait s’élever parfois encore notablement, si l’on songe que les variations d’inclinaison du profil de la voie, l’état du temps, l’affluence des voyageurs déterminent des variations dans les résistances que doivent vaincre les locomotives, et que ces résistances ne peuvent être vaincues, avec une même machine, qu’au détriment de la vitesse; de telle sorte que, pour maintenir l’horaire, il-faut se lancer
- 1 Les distances sont respectivement : 638, 650 et 644 kilomètres.
- 2 C’est-à-dire arrêts compris.
- vivement dans les parties faciles du trajet, c’est-à-dire les pentes. C’est ainsi que, lorsque le train était dur, comme on dit dans le métier, on ne pouvait guère compter que sur une vitesse réelle de 55 kilomètres à l’heure à la montée des 115 kilomètres de rampes de 5 à 6 mètres par kilomètre, que l’on rencontre dans l’ensemble du trajet, ce qui conduit à une vitesse moyenne nécessaire de 82k,5 kilomètres, dans les 525 kilomètres du reste du parcoui’s. En fait, on réalise fréquemment des vitesses bien plus élevées, et nous avons nous-même observé plus de 100 kilomètres à l’heure de vitesse sur les pentes.
- Le succès longtemps soutenu, depuis de nombreuses années, de ce train rapide, le premier, sans contredit, du monde entier, a excité l’envie des autres compagnies de chemins de fer qui réunissent les deux mêmes villes, et, suivant l’expression d’un journal américain, qui rend compte de ce tournoi d’un nouveau genre, la Côte-Ouest releva le gant.
- Du 1er au 51 août, les deux routes rivales furent sillonnées chacune par un train quittant Londres à 10 heures du matin pour atteindre Edimbourg à G heures du soir, mettant ainsi 8 heures, au lieu de 9 heures, à faire d’une part, 638 kilomètres, de l’autre 644 kilomètres; ce qui correspond aux vitesses commerciales de 79k,75 et de 80\05.
- Pour se faire une idée de pareilles vitesses, il suffit de remarquer qu’au lieu de mettre 8 h.54 m., pour aller de Paris à Bordeaux par le train de luxe appelé Pyrénées Express, qui est l’un des plus rapides des trains français, on mettrait 7h.l8m.; ou bien, c’est comme si le rapide de Marseille mettait 10 h.47 m., au lieu de 14h.48m., soit 4 heures de moins, pour accomplir son trajet.
- L’ardeur de la lutte entre les agents intéressés des deux routes rivales était telle, que c’était à qui devancerait l’horaire et entrerait plus tôt en gare d’Édimbourg. C’est ainsi que le premier train de la Côte-Ouest arriva 8 minutes en avance,ayant mis 7h. 15m.,de temps effectif de marche, c’est-à-dire réalisé une vitesse moyenne de 89k,2 à l’heure ! Des relevés au tachymètre ont permis de constater des vitesses effectives de 104k,7 et 110k,33.
- Par contre, la Côte-Est réalisait le 51 août, par suite d’un léger retard à rattraper, la vitesse de 123k,2 à l’heure, sur 7 kilomètres consécutifs.
- Lorsqu’on voit de pareils chiffres, on se demande si les voyageurs sont en sûreté et, pour le moins, s’ils ne sont pas exposés à une fatigue extrême résultant de cahots ou de vibrations continuelles. Il n’en est rien, et l’on peut affirmer — autant qu’on peut le faire humainement — que toutes les conditions mécaniques que l’on peut prévoir sont réalisées, et facilement réalisées, pour rendre la sécurité la plus complète possible : la voie, massive et très solide, parfaitement établie et entretenue ; les machines, d’une stabilité à toute épreuve, s’insèrent facilement dans les courbes; le matériel, très mobile, possède des organes de roulement parfaitement centrés, de telle sorte qu’il ne possède pas de mouvements anormaux ; enfin, le mode de signaux adoptés sur la voie est tel, que le train est signalé à mesure qu’il avance, de manière que la voie soit toujours parfaitement débarrassée devant lui.
- L’Amérique étant le pays des audaces, il est naturel de rechercher à la comparer avec sa cousine d’Europe. Nous trouvons dans un grand tableau de la Revue générale des chemins de fer (décembre 1888) que le train le plus rapide est celui de New-York à Philadelphie, par les voies de la Compagnie de Pensylvanie, dont la vitesse commer-
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- ciale est de 69k,8 à l’heure, sur la courte étape de 146 kilomètres; mais d’autres trains sont plus remarquables par la longue durée de leur course, alliée à une vitesse commerciale qui ne laisse pas que d’être élevée : c’est ainsi que l’express de Chicago parcourt ses 1575 kilomètres, pi’ès du double de la distance de Marseille, à la vitesse commerciale de 62k,6 à l’heure.
- Ces vitesses sont très comparables à celles que nous pratiquons sur nos chemins français : ainsi, le rapide d’Angleterre, sur la ligne du Nord, a une vitesse commerciale de 69\1 ; le Pyrénées Express, sur la ligne d’Orléans, marque 68k,5; le rapide de Lille, 65k,8; les rapides de Bâle, sur les lignes de l’Est, marquent 64k,5.
- Serions-nous, en France, en mesure de tenter des vitesses pareilles à celles de l’Angleterre? Nous n’hésitons pas à répondre affirmativement. Le jour où le besoin commercial s’en fera sentir, les conditions nécessaires seront facilement remplies; cependant il faut remarquer que, grâce à sa position isolée, l’Angleterre n’a pas à compter avec des correspondances de trains étrangers et que ses marches de trains peuvent être tendues sans qu’il soit nécessaire de prévoir, comme chez nous, la possibilité de rattraper le temps perdu de correspondances en retard.
- En Allemagne1 et en Autriche-Hongrie, les vitesses ne dépassent pas celles de nos trains français et n’atteignent pas nos plus rapides.
- C’est ainsi que, dans ce dernier pays, on ne trouve de vitesses notables qu’entre Vienne et Buda-Pesth, dont la distance de 276 kilomètres est parcourue à la vitesse commerciale de 65k,7; et dans l’empire d’Allemagne, les trains express des chemins d’État, qui sont les plus rapides, ne dépassent pas 63k,8 sur 286 kilomètres entre Berlin et Hambourg ; 58k,l sur 584 kilomètres entre Berlin et Cologne; 56k,0 sur 590 kilomètres entre Berlin et Kônigsberg, etc.
- 11 ne faudrait pas cependant conclure de cet examen rapide que les administrations françaises et étrangères ne cherchent pas à obtenir de très grandes vitesses, parce que celles-ci offriraient des dangers trop grands. Nous le répétons, la connaissance des machines, au point de vue
- 1 Le désir de supériorité de l'Allemagne sur tout ce qui est français obscurcit assez souvent l’esprit de ses hommes techniques. Nous venons de lire, sans étonnement du reste, dans le Zeitung des Vereins du mois courant, un article intitulé Nos express où l’on mentionne que « les chemins de fer prussiens sont supérieurs, non seulement à ceux de tous les autres Etats allemands, mais aux lignes de toute l’Europe continentale ». L’auteur a soin de passer sous silence les trains français que nous citons dans le présent article.
- de la stabilité, est assez certaine pour que l’on n’ait pas de doute sur les moyens à employer pour obtenir ces vitesses. Le véritable motif qui arrête ces administrations est que les conditions d’exploitation de leurs réseaux respectifs ne permettent pas, comme insuffisamment rémunérateur, l’emploi de trains à charge réduite, franchissant de longues étapes sans arrêts, condition essentielle pour le maintien d’une vitesse soutenue, sans être excessive. C. G., ingénieur.
- MONUMENT PRIMITIF DE LUE C0L0NG4
- _..../
- Monument primitif de l’île Colonga, d’après le croquis de M. Murdock, officier de la marine anglaise, communiqué à La Nature, par M. Le Mescarn, de Nouméa.
- La gravure ci-dessous représente un monument découvert dans l’ile Colonga, groupe des Tongas. Le croquis que nous reproduisons nous a été communiqué par un de nos correspondants de la Nouvelle-Calédonie, M. LeMescam, à Nouméa. Ce croquis a été fait par un officier de la marine anglaise M. Mur-
- dock, qui l’a dessiné sur place, à bord de la corvette Diamond.
- Ce monument présente de l’intérêt à plusieurs points de vue : son poids considérable et son existence dans une île où les naturels vivent encore dans l’état le plus primitif, et seraient dans l’incapacité la plus complète de soulever de semblables masses, enfin la différence des pierres qui le composent.
- Le poids de la partie supérieure, pierre horizontale, très exactement mortaisée dans les piliers, est de 8000 kilogrammes; c’est une sorte de grès rouge très ténu.
- Le pilier de gauche (partie hors terre) est une sorte de pierre agglomérée ressemblant au pudding, ou roche éruptive; son poids est de 54000 kilogrammes. Le pilier de droite (partie hors terre) est de même nature et pèse 49000 kilogrammes.
- La pierre horizontale ou table, a dû être transportée de très loin ; on ne trouve pas trace de pierres semblables ou de même nature, sur le littoral.
- Une fouille de 4 mètres a été faite au pied du pilier de gauche : il n’a pas été possible de découvrir la base. 11 n’est pas possible non plus d’assigner une époque quelconque à l’érection de ce monument : les indigènes, consultés à cet égard, n’ont pu donner meun renseignement.
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- LE BATEAU DÉMONTABLE D’OSGOOD
- L’embarcation qui va faire le sujet du présent article est depuis longtemps connue et à la mode en Amérique; mais elle est universellement ignorée en France et le lecteur qui voudra bien en lire la description sera vite convaincu qu’elle n’est pas indigne d’occuper quelques instants son attention.
- De nombreux systèmes de bateaux démontables et transportables ont déjà été essayés : aucun n’est certes supérieur à celui d’Osgood sous le rapport de
- la légèreté, de la stabilité, de la solidité et du bon marché. Je puis en parler avec l’expérience acquise sur toutes sortes d’eaux : courants cachés des grottes des Causses, rivières rapides du Tarn, du Loing et du Loir, l’Océan même (la Manche près d’Etretat) sans rien dire des ondes calmes et banales de la Seine et de l’Oise.
- Pour lâchasse au gibier d’eau dans les roselières, les marais et les vases mêmes, — [tour l’artiste amateur de sites reculés, difficiles à voir, mais non dépoétisés par la civilisation à outrance, — pour l’explorateur enfin qui cherche la solution de problèmes
- Fig. 1 à 7. — Le bateau démontable d’Osgood. — Fig. 1. bateau monté. — Fig. i. Moitié développée de la coque en toile. — Fig. 3. Membrure ordinaire. — Fig. 4. Membrure renforcée. — Fig. 5. Mode d’application du plat-bord contre la rocjue. — Fig. 6. Plancher tout monté avec ses côtés mobiles et les pliants. — Fig. 7. Malle, et bateau démonté et replié.
- scientifiques (géographie ou histoire naturelle) parmi les eaux sauvages, torrentueuses ou souterraines, c’est un auxiliaire précieux surmontant tous les obstacles aquatiques et pouvant se transporter par tous les chemins, en un mot un véritable passe-partout.
- Voulant pénétrer le mystère des nappes d’eaux et des ruisseaux qui occupent ou traversent les cavernes inconnues de la région calcaire des Causses, je me suis confié au bateau d’Osgood : on verra prochainement dans ce recueil, par le récit de ces curieuses explorations,que l’objet en question s’est merveilleusement acquitté de son rôle.
- Pour le moment je me bornerai à expliquer en détail la constitution et le fonctionnement de cet esquif réellement ingénieux et pratique.
- Le bateau portatif d’Osgood (fig. 1) comprend comme éléments principaux :
- 1° Une coque, 2° deux plals-bords, o° un plancher, le tout démontable ou pliant. Comme agrès il possède des avirons (en deux morceaux), une pagaie (en trois pièces) et des sièges. Point de voile, ni de gouvernail, ni de proue, ni de poupe; les deux extrémités sont symétriques et identiquement pareilles.
- 1° La coque, en excellent tissu de coton, épais, serré, fort, sans lin, est rendue parfaitement étanche, par un vernis imperméable spécial (waterproofing fluid) dont le constructeur paraît avoir le secret. Elle se compose de deux morceaux semblables, en forme de segment de cercle, cousus l’un à l’autre, suivant le grand axe du bateau; la forme finale, après relèvement des lianes, ne correspondant pas à
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- une surface développable, on a dù prélever sur la courbe de chaque morceau de petits secteurs (a, a... fig. 2) pour éviter les plis et les recouvrements de l'étoile. Des couples ou membrures en forme d’U déprimé (fig. 3) donnent à la coque sa forme spéciale (fig. 1) et y sont attachés par le recouvrement de la toile qui pince et fixe solidement leurs extrémités. Un fort ourlet de l'étoffe constitue les bords mômes de la coque. Les couples sont en orme rouge du Canada; il y en a onze, de 15 millimètres d’épaisseur et de 2 à 5 centimètres de largeur; leur profil particulier rend la carène légèrement ventrue, présentant sa largeur extrême à la flottaison; un cordeau qui fait intérieurement le tour du bateau les maintient, une fois la toile bien tendue, dans des plans verticaux équidistants et normaux au grand axe de l’ensemble. Quatre tiges de fer (deux de chaque côté) obliques, inclinées de 70° sur l’horizon, sont rivées au cinquième et au huitième couple (fig. 1 et 4) ; leur objet est de contre-buter la flexion produite parla manœuvre des avirons. Deux prismes triangulaires en bois sont disposés verticalement aux pointes du bateau ; la toile est relevée et clouée après ; une feuille de tôle les recouvre et forme étrave. Pour ployer cette coque et la réduire au volume d’une valise, il suffit de rapprocher les membrures avec la main en ménageant entre elles de gros plis qui la font ressembler à un énorme accordéon (fig. 7). Les figures 1 à 4 et 7 rendent inutiles de plus amples détails.
- 2° Les plats-bords sont constitués chacun par quatre lattes de bois courbé et flexible (orme rouge du Canada) de 55 millimètres de hauteur sur 15 d’épaisseur s’ajustant bout à bout au moyen de douilles en laiton. Pour placer un plat-bord, on l’arc-boute légèrement avec la main par son milieu et on introduit ses extrémités dans deux encastrements ménagés à cet effet au sommet des étraves; puis, pour l’appliquer complètement au bord de la coque et assurer la tension de celle-ci, on procède de la façon suivante : au niveau des couples renforcés (fig. 4) le plat-bord porte une tige filetée (T) formant vis qui, parle moyen d’un œillet, pénètre à la fois la toile (C) le haut de la membrure (M) et la patte rivée du renfort (R) (fig. 5) ; il y a en tout quatre de ces vis qui, saisies et serrées à l’intérieur du bord par des écrous, constituent le principal trait d’union des divers éléments du bateau ; de plus le plat-bord est pourvu de plusieurs paires de lacets traversant la toile par des œillets jumeaux et se nouant en simples rosettes. Ainsi le plat-bord sert à tendre la toile et porte en outre les avirons comme on le verra tout à l’heure.
- 5° Le plancher (tilleul d’Amérique) est en neuf pièces :quatre planches plates,trois tringles pour les assembler et deux bords latéraux mobiles,à charnières (fig. 6). Il se termine aux deux bouts par un tenon que l’on fait pénétrer dans une mortaise pratiquée dans le pied des prismes verticaux de l’avant et de l’arrière; à cet effet, on soulève le plancher par le
- milieu pour mettre les deux tenons en place, puis d’une légère pression de la main on l’abat sur le fond de la coque en lui rendant, par un effet de ressort, sa forme plane normale : ce mouvement achève de tendre complètement la toile et le bateau peut dès lors être mis à l’eau.
- Les pliants, très confortables, se fixent au fond sans glissement possible, d’une façon aussi simple qu’ingénieuse. Les avirons sont pourvus de leurs systèmes; leurs dames adhèrent aux plats-bords; il y en a quatre, placées au niveau de deux membrures renforcées par des tiges de fer. En moins d’un quart d’heure deux personnes montent entièrement le canot.
- Pour être complet et impartial, il convient de signaler les deux défauts inévitables de ce type de bateau. L’absence de quille et sa légèreté le font virer beaucoup trop facilement et le rendent difficile à conduire par un vent violent; la forme plate du fond nuit au glissement sur l’eau et par suite à la vitesse, qui ne saurait, même à la descente et avec un courant appréciable, dépasser 6 kilomètres.
- Mais ces défauts mêmes résultent de deux qualités qui les compensent largement : la stabilité est parfaite et le bateau presque inversable grâce à sa coupe ; le peu de résistance au courant permet des évolutions qui ne seraient pas possibles avec des embarcations plus lourdes; j’ai constaté maintes fois, sur les rapides du Tarn notamment, qu’il était bien moins dangereux avec le léger Osgood-Boat de se laisser pirouetter au gré du flot, comme une coquille de noix insubmersible, que de lutter pour se maintenir normalement dans l’axe du courant; l’insolite manœuvre du demi-tour complet ne présente ni risque, ni inconvénient dans les rapides et les remous, grâce à la double étrave et à la symétrie des deux extrémités; toujours le bateau se redresse tout seul même si l’eau le prend par le travers.
- On peut dire en résumé du bateau d’Osgood qu’avec sa carène en corps de cygne et la peau aussi dure qu’un crocodile, il ondule comme une mouette sur la crête des vagues et rebondit comme une balle sur la pointe des rocs. Élasticité, légèreté, solidité, stabilité, voilà sa devise.
- L’inventeur et constructeur N. A. Osgood, à Battle-Creek, Michigan (Etats-Unis), a adopté cinq tailles ou types de bateau démontable, mesurant de 2m,45 à 4m,55 de longueur et de 0m,84 'a 0,n,91 de largeur, pesant de 9 à 34 kilogrammes, pouvant contenir de une à quatre personnes et coûtant de 150 à 250 francs (plus 100 francs de port et de frais de douane de Battle-Creek à Paris).
- Le type n° 2, pour deux personnes, est le plus pratique. En voici les données numériques : longueur 3m,60, largeur 0m,90, creux au milieu 0m,50, tirant d’eau 0m,l 0, poids total (avec agrès) 23 kilogrammes, capacité 270 kilogrammes (soit 3 personnes et bagages dans les eaux très calmes), prix 200 francs ('a Battle-Creek).
- La facilité de transport est le triomphe de l’Osgood-Boat; le tout se plie, se démonte, se dévisse et se case
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- (fig. 7) dans une solide malle ordinaire en bois d’environ 1 mètre de longueur, sur 45 centimètres de hauteur et de largeur, pesant, remplie, 50 kilogrammes. Il n’est point de moyen de locomotion (voiture, chemin de fer, bateau, ballon même ou dos de mulet) qui soit rebelle au convoiement de ce colis peu extravagant et peu encombrant. Sur l’eau, au moindre obstacle, au moindre contretemps, l’esquif atterrit et s’enlève comme une plume sur deux épaules qui le sentent à peine et les plus longs portages s’effectuent sans aucune fatigue. A la malle on peut substituer avec avantage deux légers sacs de toile à voile, l’un pour la coque, l’autre pour les bois, et de cette manière, dans les plus périlleux et compliqués voyages, tous les explorateurs jusqu’aux aéronau-tes peuvent, avec un simple surcroît de bagages de 30 kilogrammes, s’assurer en toutes circonstances le précieux concours d’un bateau stable et solide. C’est ainsi qu’il m’est arrivé de promener le mien parmi les falaises dolomitiques des Causses, dans une grotte lozérienne ouverte à 400 mètres au-dessus du Tarn.
- Voilà le charme et le mérite de l’Osgood-Boat, vrai passe-partout, je le répète, bateau de chasse, d’aventures et d’explorations. Toutefois, ne lui demandez pas de servir à des parties de famille, régates, jeux ou sports mondains : disgracieux en somme, lent, dangereux même pour les imprudents à cause de son peu de saillie sur l’eau (20 centimètres) on n’en fera jamais un joujou, ni un bateau de genre ; il ne saurait s’utiliser que comme canot de voyage démontable en un tour de main et accédant aux eaux les plus difficiles ; mais, comme tel, il est accompli, et, je ne crains pas de le dire, sans rival!
- E. A. Martel.
- LES NAVIRES RAPIDES
- Vous trouvons dans le journal allemand la Deutsche Heeres Zeitung quelques renseignements comparatifs sur les navires rapides des différents pays nous les reprosons. L’Allemagne possède 2 croiseurs, 3 croiseurs-torpilleurs, 4 avisos-torpilleurs et 92 torpilleurs fdant au moins 17 nœuds à l’heure. LaFrance compte 4 croiseurs cuirassés, 17 croiseurs d’escadre, 4 croisfeurs-torpilleurs, 8 avisos-torpilleurs, 10 torpilleurs de haute mer, 60 torpilleurs de lro classe et 42 de 2e classe, fdant également 17 nœuds à l’heure. L’Angleterre comprend 10 vaisseaux cuirassés, 9 avisos de lre classe, 13 de 2° classe, 4 croiseurs-torpilleurs, 11 torpilleurs, 7 avisos-torpilleurs, 47 torpilleurs de haute mer et 59 torpilleurs pour la défense des ports : tous ces bâtiments peuvent filer 19 nœuds à l’heure. L’Italie possède 5 croiseurs-cuirassés d’escadre, 6 croiseurs, 2 croiseurs-torpilleurs, 2 avisos-torpilleurs et 49 torpilleurs pouvant atteindre la même vitesse. En Autriche-Hongrie, nous trouvons 4 croiseurs, 1 aviso-torpilleur et 37 torpilleurs : en Russie, 2 croiseurs, 2 avisos-torpilleurs et 28 torpilleurs allant à 17 nœuds par heure. En résumé, comme navires filant 17 nœuds à l’heure, l’Angleterre possède 160 bàtimants de guerre, la France 145, l’Italie 121, l’Allemagne 101, l’Autriche-Hongrie 42, la Russie 32. .1. L.
- LA SARDINE
- SA PÈCHE A CONCARNEAU
- Lorsque arrive l’époque des vacances, le monde parisien se fait un devoir, et aussi une obligation sanitaire, de rechercher un endroit bien loin et bien retiré où l’air qu’on respire soit pur,où l’on n’entend plus le fourmillement de la grande ville; c’est à qui ira dans le coin le plus ignoré, on voudrait trouver un point que les cartes n’ont pas révélé, un village oublié par les géographes. C’est une chimère qu’on poursuit, le raisonnement le dit bien, mais on a tant de besoin de trouver le calme, la tranquillité, que l’esprit est à la recherche de cet idéal. C’est un peu allant à l’aventure, qu’un jour, le désir de grand air et de tranquillité me conduisit dans ce petit coin de la Bretagne où, tout au fond de la baie de la Forêt, est située la petite ville de Concarneau, port de pêche qui est une sorte de petit paradis, tout au bout de cette belle Bretagne si pittoresque, où le Gulf-Stream fait régner toujours une douce température ; aussi la neige y est-elle rare, les camélias et les fuchsias y viennent à l’état d’arbustes qui passent l’hiver dehors, les mimosas y poussent et sont de grands arbres qui dès le mois de février sont couverts de longues grappes de pompons jaunes tout comme dans les contrées les plus favorisées des Alpes-Maritimes.
- Cette baie, protégée vers le large par les îles des Glenans qui en ferment en grande partie l’entrée, est un refuge pour les bandes de poissons émigrants qui viennent y chercher des eaux tranquilles quand la haute mer est secouée par les grands vents ; sur le sol granitique, où tout est roche ou sable, l’eau est toujours claire et transparente et laisse voir dans les grands fonds la luxuriante végétation sous-marine qui adhère aux rochers.
- Là, pendant la belle saison, c’est-à-dire de mai à novembre, on compte une moyenne de 500 à 600 bateaux de pêche qui sortent tous les jours et sont presque exclusivement consacrés à pêcher la sardine. Quand la pêche ne donne pas dans les environs, les bateaux de la côte, depuis Belle-Ile jusqu’à Camaret, arrivent à Concarneau, et alors le nombre des embarcations se trouve doublé. Le matin à la première heure toute cette flottille sort du port, et c’est vraiment un spectacle charmant qui a bien son côté original; la mer semble couverte de voiles; tous ces petits bateaux gréés d’une misaine et d’un taïvan, tous presque de même taille, faisant la même route, semblent plutôt un décor qu’une réalité ; on n’oublie pas cette mise en scène quand on a pu l’admirer une seule fois. Dès dix heures du matin, les premiers partis, ou les plus heureux dans la pêche, font voile pour rentrer, d’autres suivent et peu d’heures après, ces centaines de bateaux sont tous au quai.
- Alors un autre spectacle non moins curieux s’offre aux regards étonnés des Parisiens dépaysés; sur les quais, tout à l’heure déserts, règne une animation extraordinaire : ce sont des files de marins qui débar-
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- quent le poisson, tenant un et vont les porter auxj usines, ou aux voitures.} ! qui font le service quand f g l’établissement est trop*! S éloigné ; des groupes^ 1 de femmes agenouillées] I par terre, qui salent lajj g sardine en la rangeant^ | dans de petits paniers I carrés ; des gens des en-|; j virons venus pour faire : | leurs provisions, profi-j jj tant des occasions pour'. S se préparer des conser-( g ves d’hiver a bon mar- g ché ; et tout ce monde-’, g là vient, se presse, se ij dépêche, comme des ï, gens affairés auxquels : le temps manque. C’est' qu’il faut que tout cela^. r soit fait prestement, il | fait chaud : le poisson ’ ne se conserverait pas si j; on attendait. Peu d’heu-* *ij res ont suffi au débar-| g quement complet, les1
- panier dans chaque main
- quais deviennent déserts, les bateaux sont rangés en file le long des quais, tous les filets sont hissés aux mâts pour sécher, se balançant mollement à la brise ; les marins ont fait leurs provisions de vivres, d’eau et de rogue pour être prêts à repartir; des feux s’allument dans les bateaux, une ligne de fumée s’étend au milieu du port, les marmites sont sur le feu : c’est le moment de lacotrillade. En revenant, chaque équipage a pêché à la ligne quelques poissons, maquereaux, dorades, aiguillettes, vieilles, merlans ou autres : c’est l’ordinaire du pêcheur. Le poisson coupé par morceaux est mis dans l’eau où sont presque cuites les pommes de terre qui serviront
- Fig. 2. — Pêche à la sardine. — Le départ des bateaux.
- de légume, et quelques minutes après, la marmite | est servie; chacun s’assoit autour et muni d’une
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- Fig. 3. — Pêcbc'.à la sardine. — Les bateaux pêcheurs au retour.
- Fig. i. - Pêche à la sardine. — Les quais de Concarneau à l’arrivée des bateaux.
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- cuillère de bois avec cet appétit que donne le grand air de la mer. La soupe au poisson! beaucoup de citadins qui n’en ont pas goûté plaindront les pêcheurs d’en être réduits à manger pareil potage ; qu’ils se détrompent : la soupe au poisson n’est pas ce qu’ils pensent et plus d’un gourmet en est devenu enthousiaste après avoir goûté la co-trillade de ces matelots ; il est vrai qu’une condition sine quâ non de ce mets, c’est d’avoir du poisson tout frais pêché, n’ayant pas encore ce goût fort et quelque peu ammoniacal que les personnes habitant loin des côtes, supportent très bien, mais qui est absolument répugnant quand on a apprécié les qualités de la marée fraîche sortant de l’eau; et vous, qui croyez manger de bonnes sardines quand elles sont pêchées depuis vingt-quatre heures, vous ne pourriez plus les voir si vous aviez été à même d’en goûter de bien fraîches, sans sel et légèrement rôties sur le gril ; mais c’est un régal qu’on ne peut s’offrir que sur les lieux de pêche.
- Cette année, au point de vue de la quantité, la pêche a été bonne : on peut évaluer à environ deux cent trente millions de sardines le nombre pêché dans le seul port de Concarneau ; c’est l’un des meilleurs, il est vrai; je vous ai dit que c’était un petit paradis, il n’y a donc rien d’étonnant que ce soit mieux là qu’ailleurs; en défalquant les jours de repos, les séries de mauvais vents — et ils ont été nombreux cette année, — on peut estimer que les bateaux sont sortis environ cent vingt fois ; chaque bateau a donc pêché, en moyenne, trois mille six cent trente-six poissons chaque jour. Comme il est facile de s’en rendre compte, il y a souvent des écarts très considérables entre la pêche des bateaux dans la même journée : les uns reviennent avec vingt, trente, quarante, et même cinquante mille sardines, tandis que d’autres moins favorisés par la chance, n’en ont pas vu la couleur; affaire de veine, ou d’habileté, car parmi les pêcheurs il y a aussi des malins qui, hon an mal an, pêchent plus que d’autres.
- Chaque bateau est monté par cinq matelots et un mousse. Lorsqu’un banc de sardines est signalé, les voiles sont amenées, le filet est mis à la mer, des hommes se servent des avirons, si besoin est, pour entraîner le filet et l’étendre bien tout au long dans la mer ; alors le patron debout à l’arrière du bateau lance la rogue pour faire monter la sardine qui en évoluant autour du filet pour saisir l’appât se prend dans les mailles dont elle ne peut plus sortir ; quand on juge le coup passé ou la quantité de poisson pris suffisant, le filet est ramené à bord et la sardine en est retirée avec tout le soin possible et déposée dans la cale. Aussitôt la pêche faite, on hisse les voiles et en route pour le port.
- Un filet à sardines a environ 40 mètres de long sur 3 mètres de large. Sur l’un des bords sont fixés des morceaux de liège afin d’assurer sa stabilité à fleur d’eau ; l’autre bord ne comporte qu’une corde et c’est par son propre poids que cet engin se tient verticalement dans l’eau; il est construit en fils très
- fins, mais très solides relativement ; autant pour assurer sa conservation que pour le rendre moins visible dans l’eau, on le passe à la tannée ou au sulfate de cuivre. L’appât dont se servent les pêcheurs et qu’ils nomment rogue, est uniquement composé d’œufs de morue qui sont salés et mis en baril. Pour entraîner la rogue vers le fond quand on la jette en appât, on la pétrit avec du sable très fin, qui aide à sa division et en augmente le poids ; on y ajoute aussi par économie des tourteaux d’arachide, mais il paraît que c’est une sophistication contre laquelle les sardines protestent en s’en montrant moins friandes.
- La préparation des sardines en boîte occupe aussi un nombre considérable d’ouvriers et d’ouvrières.
- Dès son arrivée à l’usine, la sardine est étalée par terre et saupoudrée de sel, dans une pièce dallée. Avant d’être mise en boîte elle subit diverses préparations. Les étripeuses coupent la tête, enlèvent les boyaux et les disposent la queue en l’air dans des grilles ; dès que le poisson est ressuyé, il est plongé dans la friture. C’est une grande bassine où bout de la bonne huile d’olive,' il est mis à égoutter puis placé dans la boîte en fer-blanc, on verse dessus de l’huile de très bonne qualité et le soudeur applique le couvercle. Les boîtes lutées passent à labouillotte, celles qui boursouflent sont mises au rancart, les autres sont placées par cent dans des caisses où les interstices sont comblés par de la sciure de bois pour éviter tout ballottage.
- Cette année, Concarneau, dans ses vingt-deux usines, aura fabriqué à peu près 18 000 000 de boîtes, l’achat du poisson a coûté environ 1 000 000 et la main-d’œuvre et accessoires 600 000 francs ; l’huile, le fer-blanc, les caisses et autres produits étrangers au pays peuvent être évalués à 300 000 francs. C’est assez dire que dans cette toute petite ville on fait d’assez grandes affaires.
- Tout le poisson pêché n’est pas mis en boîte de fer-blanc pour être conservé dans l’huile, on fait aussi ce qu’on appelle des conserves en vert. C’est de la sardine mise dans la saumure, dans de grands tonneaux qu'on appelle des malestrans, et de là, égouttée et rangée, en rayons, dans des barils en sapin de petite dimension ; c’est dans cet état qu’on la voit chez les marchands de comestibles de tous les pays du monde ; lorsqu’on ajoute de l’ocre rouge dans le sel, la sardine est dite anchoitée, bien qu’il n’y soit mêlé aucun anchois.
- Les rapports officiels de la saison de pêche qui vient de se terminer nous donnent pour le port de Concarneau les chiffres suivants :
- Mai,
- Juin,
- Juillet,
- Août,
- Septembre,
- Octobre,
- Novembre,
- 2 128 000 poissons, payés 23 514f 40 35 399000 — — 234 680 »
- 26375 000 —
- 70 027 000 —
- 36849000 —
- 48 863000 —
- 6 003000 —
- — 169 393 »
- — 278 851 »
- — 166 665 »
- — 253 300 »
- — 31164 »
- Total, 225 644 000poiss., payés 1 157 367 f 40
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- LA NATURE.
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- N'allez pas déduire de ces chiffres, que là les pêcheurs doivent être des millionnaires; non, hélas ! tant s'en faut : quand on a défalqué du prix de vente du poisson les frais inhérents à cette pêche, il leur reste en somme une assez maigre journée, pour faire un métier bien dur ; encore ont-ils eu grande peine à ne pas être réduits à une terrible misère. Un professeur qui certainement ne leur voulait pas de mal, a failli leur en faire beaucoup en menant une très active campagne pour leur faire adopter un système de filets traînants qui devait anéantir non seulement les bancs entiers de sardines au fur et à mesure qu’on les apercevait, mais encore tous les autres poissons, gros et petits, qui naviguent de concert avec elles, soit comme commensaux soit comme parasites ; mais sous ses dehors grossiers le marin fa l’esprit d’observation très développé, il regarde et il voit bien, il en sait plus long sur les mœurs des poissons, que tous les savants de cabinet réunis, et il a su si bien résister à l’entraînement des belles paroles, que le savant professeur a été obligé d’amener ses voiles, suivant leur expression. « A quoi bon, disaient-ils dans leur gros bon sens, mettre dix bateaux a même de fournir du poisson à toutes les usines ; que deviendraient alors les 490 autres? 11 vaut mieux que chacun pêche un peu, mais que tout le monde vive. » Ils avaient trouvé tout naturel dans leur droiture logique de laisser une part à chacun et de ne pas faire de monopole pour les gros faiseurs. Pour raisonner ainsi, il serait à souhaiter que le monde entier ressemblât aux marins de Concarneau.
- Ils se sont promis de jeter à la mer tous ceux qui viendraient pêcher dans leur baie avec des seines à sardine et de faire prendre le même chemin à ceux qui préconiseraient ces engins ; ils sont gars à tenir parole, aussi on n’entend plus parler de ce procédé dévastateur. Emile Deyiiolle.
- LE CONGRÈS INTERNATIONAL
- DES ÉLECTRICIENS
- DE 1889
- En juillet dernier un arrêté ministériel a créé une commission de 50 membres chargés d’organiser le Congrès international des électriciens qui doit s’ouvrir à Paris en 1889 à l’occasion de l’Exposition universelle.
- La Commission d’organisation vient de terminer ses travaux et a décidé que le Congrès s’ouvrirait à Paris le 24 août 1889 et durerait huit jours.
- Pour faire partie du Congrès il faut adresser son adhésion au président de la Commission d’organisation (M. E. Mascart, 176, rue de l’Université, à Paris), avant l’ouverture de la session ou se faire inscrire pendant la durée de celle-ci, et acquitter la cotisation dont le montant est fixé à 20 francs.
- Un appel sera prochainement adressé, au nom de la Commission d’organisation, aux savants, aux industriels, et à toutes les personnes s’intéressant à la science électrique et à ses applications, dans le but de provoquer leur adhésion au Congrès. Cet appel sera adressé sous forme d’une circulaire que nous croyons utile de repro-
- duire, car elle indique bien nettement le but du Congrès et les principales questions qui y seront traitées.
- Circulaire.
- « Le Congrès international des électriciens, réuni à Paris en 1881, marque une date importante dans l’histoire de l'électricité. La consécration des unités pratiques a eu sur le développement de la science et de l’industrie une influence dont on ne saurait exagérer la portée. La rapidité et la facilité extrêmes avec lesquelles les décisions du Congrès ont été acceptées, dans l’atelier comme dans le laboratoire, démontrent l’utilité de ces grandes assises de la science où toutes les lumières et toutes les compétences font concourir leurs efforts à un but commun.
- « L’Exposition internationale de 1889 offre une occasion toute naturelle de continuer et de compléter l’œuvre de 1881. Non que le nouveau Congrès ait à traiter des problèmes d’un ordre aussi général et aussi élevé, mais beaucoup de questions restent encore sur lesquelles une entente ou tout au moins un échange de vue est désirable. Dans le programme qu’elle a préparé, la Commission d’organisation n’a pas eu la prétention de les indiquer toutes, et encore moins celle d’imposer des limites au champ d’activité du Congrès. Elle a voulu seulement appeler l’attention sur celles qui lui paraissent d’un intérêt plus général et plus immédiat. Nous croyons répondre au sentiment unanime des électriciens en mettant en première ligne les questions suivantes : Mesure pratique de l’énergie électrique sous toutes ses formes ; mesure du courant en valeur absolue avec étalon de reproduction facile; compteurs d’électricité pour les courants continus et alternatifs; évaluation pratique de l’éclairement; définition des constantes d’une machine au point de vue commercial, etc.
- « Nous espérons que les savants et les industriels qui ont contribué aux progrès et aux applications de l’électricité et toutes les personnes qui s’intéressent à cette branche nouvelle de l’activité humaine voudront bien répondre à notre appel et contribuer à donner à cette réunion l’importance et l’autorité de celle qui l’a précédée. »
- La Commission d’organisation a, de plus, établi un programme provisoire divisé en six sections et qui sera adressé à tous les intéressés en même temps que la circulaire.
- Espérons que le Congrès de 1889 continuera dignement l’œuvre si bien commencée en 1881 et contribuera à fixer certains points qui, dans le langage tout au moins, divisent encore le monde des électriciens.
- ——
- L’INDUSTRIE AU JAPON
- L’industrie a fait des progrès très sensibles au Japon pendant l’année 1887. Dans le courant de cette année, à Tokio, Osaka et Kioto, il ne s’est pas formé moins de 111 grandes compagnies industrielles ou commerciales, ayant un capital de 105 millions de francs. Onze nouvelles compagnies de chemins de fer ont apporté un capital total de 550 millions de francs. Les nouvelles entreprises ont porté principalement sur la filature du coton, la fabrication du papier, du verre, la teinture, l’exportation du thé et de la soie, la fabrication de la porcelaine, de la laque, des bronzes, des éventails et en général des autres objets d’art, des briques, des machines, la production de la glace. L’accroissement de l’importance des usines travaillant le coton est surtout remarquable : à la fin de décembre 1887, il y avait en activité 22 métiers à filer, représentant 76 000 broches. D. B.
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- LA NATURE.
- LA '
- FABRICATION DU BRONZE D’ALUMINIUM
- PROCÉDÉ HÉROULT
- Malgré les développements considérables pris par l’éclairage électrique pendant ces dernières années et son énorme importance industrielle, il serait dès à présent difficile de dire pendant combien de temps encore cette application restera la première au point de vue de l’énergie mise en jeu.
- L’électro-métallurgie réalise,depuis quelque temps, des progrès immenses, et prendra bientôt rang parmi les plus importantes applications de l’électricité. Les dépôts électrochimiques et le raffinage des métaux n’offrent plus un champ assez vaste à son activité dévorante : déjà, par son intervention, on est parvenu à souder des métaux dont les points de fusion étaient très différents, et l’on arrive aujourd’hui à extraire directement des minerais les métaux les plus précieux et les plus difficiles à séparer. C’est le cas, par exemple, pour l’aluminium et ses alliages produits électriquement à l’aide des procédés Cowles et des procédés Héroult.
- Bien que, dans les deux procédés, le bronze d’aluminium soit obtenu en réduisant un oxyde par un courant intense, l’action de ce courant est très différente.
- Dans le procédé Cowles dont nous avons précédemment donné la descriptionl, le courant sert seulement à produire une température élevée, et la réduction de l’oxyde pourrait, par suite, produire aussi bien avec des courants alternatifs; dans le procédé Héroult, si l’on s’en rapporte du moins à la théorie de l’inventeur, l’énergie électrique fournie au creuset sert partiellement à produire une température élevée, et partiellement à l’électrolyse de la substance préalablement amenée à l’état liquide par la chaleur dégagée. En un mot, le procédé de M. Cowles est purement thermique, celui de M. Héroult serait thermo-électrolytique.
- Sans discuter les questions de différence et de ressemblance des deux procédés, examinons les appareils mis en œuvre dans l’usine établie par la société
- 1 Voy. n° 805, du 20 octobre 1888, p. 323.
- métallurgique suisse, près des chutes du Rhin, à Neuhausen. Ces appareils forment deux groupes distincts, comprenant, l’un, les turbines et machines électriques servant à la production de l’énergie électrique, l’autre le creuset dans lequel s’opère la réduction.
- La figure 1 montre l’ensemble de l’installation. Une turbine à axe horizontal d’une puissance de 500 chevaux commande directement deux machines dynamo-électriques à courant continu, système Brown d’Üerlikon produisant chacune 6000 ampères et 20 volts à une vitesse angulaire de 180 tours par minute. Ces deux machines sont excitées séparément par une dynamo spéciale produisant 500 ampères et 65 volts.
- Chacune des grandes machines dynamos est à 6 pôles : l’anneau est constitué par deux enroulements distincts aboutissant à deux collecteurs (fig. 2). Sur ces collecteurs frottent 6 rangées de balais comportant chacune six balais distincts, ce qui porte le nombre des balais à 56 par collecteur et 72 par machine.
- Chaque machine fournissant normalement 6000 ampères, il passe donc moins de 100 ampères par balai, ce qui permet d’en enlever un certain nombre, de les ajuster et de les retailler sans arrêter le fonctionnement, d’autant mieux qu’il existe entre les différents fils de l’enroulement au même potentiel des connexions qui contribuent à la répartition uniforme du courant entre les différentes lignes de balais. Les inducteurs sont en fonte, d’une seule pièce, et pèsent 10000 kilogrammes.
- Les deux machines sont couplées en dérivation ; elles fournissent normalement 12 000 ampères et 20 volts; mais on peut, par un accroissement de vitesse et d’excitation, porter la force électromotrice à 50 volts.
- A la vitesse angulaire normale de 180 tours par minute, s’il se produit un court circuit accidentel dans le creuset, le débit total se trouve momentanément porté à 20000 et quelquefois 25000 ampères sans que les machines paraissent en souffrir ; on en est averti seulement par de légers crachements aux balais et un ronflement tout particulier de la turbine. Les machines sont d’ailleurs bien propor-
- | ! Dynamo 6000Amp l6Volts
- Dynamo ù'ooo A mp 16 Volts.
- T urbine
- 1 Ampèremètre
- Fig. 1.— Disposition d’ensemble de l’usine d’ëlectro-métallurgie pour la fabrication du bronze d’aluminium.
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- tionnées, ce qui a rendu inutile l’emploi d’un ventilateur servant à refroidir l’induit.
- Le creuset représenté figure o en coupe verticale et en plan, est constitué par un bloc de charbon A, enfermé dans une carcasse métallique a, reliée aux pôles négatifs des deux machines. Les deux pôles positifs des machines aboutissent à un groupe B de plaques de charbon b. Le fond du creuset se termine par une ouverture horizontale en entonnoir C bouchée par une tige de charbon c. On obtient une communication parfaite entre le bloc de charbon formant le creuset et l’enveloppe métallique en garnissant les intervalles avec des plaques de charbon, du goudron et du sirop de sucre. La température élevée produite dans le creuset au moment de la mise en marche, carbonise ces matières et assure une communication électrique parfaite entre l’enveloppe.
- Le creuset est lui-même fermé par une plaque en graphite percée de plusieurs trous : le trou central, le plus grand, est destiné à laisser passer le faisceau de charbons métalliques et le creuset, avec un jeu suffisant à ses mouvements verticaux ; d’autres trous cylindriques n, plus petits et obliques, servent à l’introduction des matières dans le creuset et à l’échappement des gaz produits pendant l’opération. Ces trous obliques sont munis de couvercles o, et l’espace entre la plaque de graphite R et les bords de la caisse métallique a sont garnis de charbon de bois en poudre.
- Pour amorcer l’opération, qui est d’ailleurs continue, on commence par disposer des rognures de
- cuivre dans le fond du creuset A, et on enfonce le faisceau B jusqu’au contact de ce cuivre qui fond sous l’action du courant. On forme ainsi un bain de cuivre liquide, puis on introduit la terre argileuse à réduire, en soulevant légèrement le faisceau de plaques de charbon.
- Cette terre argileuse est de l’alumine pure, exempte de silice et d’autres produits étrangers. Bien que l’alumine pure ou corindon puisse être remplacée par de la bauxite, celle-ci contient tant d’impuretés <pie le corindon est préféré, malgré son prix plus élevé.
- La valeur de la matière première est d’ailleurs insignifiante devant les autres dépenses d’exploitation du procédé : force motrice, charbon, amortissement, main-d’œuvre, etc. La fabrication est continue et ne s’interrompt que pendant quelques instants chaque fois que les électrodes en charbon sont consumées et doivent être renouvelées : le creuset se charge périodiquement par les trous o et l’alliage fondu est retiré de temps en temps par l’ouverture inférieure a. La production du creuset varie entre 30 et 40 grammes d’aluminium dans l’alliage par cheval-heure (270 000 kilo-grammètres), suivant la richesse de l’oxyde traité. La production journalière est de 3000 kilogrammes de bronze d’aluminium à 10 pour 100, ce qui correspond à 300 kilogrammes d’aluminium. Les procédés Cowles et Héroult constituent donc, à
- Fig. 2. — Machine dynamo électro-métallurgique.
- g. 5. — Le creuset pour la fabrication du bronze d’aluminium (procédé Héroult). — 1. Coupe ver-
- ticale. 2. Coupe horizontale.
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- un degré égal, deux modes de production économique des alliages d’aluminium en utilisant d’une manière analogue, mais non identique, les propriétés de l’énergie électrique. 11 reste à trouver maintenant un moyen également économique, soit de produire directement l’aluminium pur, soit de séparer l’aluminium des métaux auxquels il se trouve allié. Les efforts des inventeurs doivent donc se portée dès à présent vers la solution de ce problème.
- ^ E. H.
- CHRONIQUE
- Paris port de mer en 1982. — M. Nicolas Brusse nous a communiqué récemment des extraits intéressants du célèbre Tableau de Paris, de Mercier, au sujet d’un projet de Paris port de mer, élaboré en 1782. Mercier commença à se moquer du projet : (( On veut, dit-il, nous faire la rivale de l’Angleterre. Nous aurons notre Tamise ». Le spirituel écrivain changea d’opinion, et dans l’édition de 1785 de son livre, rappelant les Armoiries dont s^norgueillit la vdle de Paris, il s’écrie : « C’est un vaisseau flottant, dit-il, ah ! plût à Dieu que ces armoiries fussent parlantes et que Paris fut une ville maritime. » Et Mercier célèbre les avantages de Paris port de mer en termes qui ne seraient point assurément contredits à notre époque.
- La destruction des loups en 1889. — L’article premier de la loi du 3 août 1882 porte que les primes accordées par l’État pour la destruction des loups sont de 150 francs par tète de louve pleine, de 100 francs par tète de loup ou de louve non pleine ; et de 40 francs par tète de louveteau, c’est-à-dire d'un jeune loup pesant moins de 8 kilogrammes. Une prime de 200 francs est en outre accordée à la personne qui, attaquée par un loup, l’aura tué. Ce dernier cas ne s’est présenté que deux fois l’année dernière, une fois dans la Creuse et une fois dans Meurthe-et-Moselle. Des louves pleines ont été tuées dans dix départements : une dans les Hautes-Alpes; une dans les Ardennes ; une dans les Côtes-du-Nord ; deux dans la Creuse ; trois dans la Dordogne ; une dans Ille-et-Vilaine ; deux dans le Puy-de-Dôme; une dans la Haute-Saône; une dans la Vienne; et une dans les Vosges. Les départements qui ont reçu les plus fortes primes pour les loups, louves non pleines et louveteaux, sont les suivants : Charente, 35 loups et 33 louveteaux; Vienne, 32 loups et
- 17 louveteaux; Meuse, 26 loups et 5 louveteaux; Dordogne, 20 loups et 86 louveteaux ; Meurthe-et-Moselle,
- 18 loups et 10 louveteaux; Vosges, 14 loups et 4 louveteaux; Creuse, 13 loups et 11 louveteaux; Côtes-du-Nord, 15 loups et 4 louveteaux. Un fait digne de remarque, c’est que des départements très boisés ne figurent que d’une manière insignifiante ou même pas du tout dans la destruction des loups. Ainsi, dans les Ardennes, on n’a tué qu’une louve pleine et un louveteau ; dans la Côte-d’Or, 3 loups et 9 louveteaux; dans Indre-et-Loire, la Haute-Loire, le Loiret, l’Oise, la Sarthe, Seine-et-Oise, la Seine, rien, absolument rien. Le voisinage des grandes villes, des châteaux et des grandes chasses n’est point fréquenté par les loups.
- Purification du kaolin par l'électricité. — On
- emploie de plus en plus l’électricité pour la purification du kaolin et des autres terres à porcelaine. La terre est tamisée sur un plateau hor izontal animé d’un mouvement de rotation rapide et entouré d’électro-aimants puissants
- qui retiennent les particules ferrugineuses. De là, la terre passe sur un second plateau qui la débarrasse des dernières traces. Le procédé est, dit-on, économique et rapide et, depuis son usage, beaucoup de kaolins que l’on rejetait jusqu’aujourd’hui à cause de leur teneur trop grande en fer, ont acquis de la valeur pour la fabrication des poteries.
- Les chemins de fer de la République argentine. — La question des chemins de fer de l’Argentine est actuellement à l’ordre du jour : c’est une Compagnie française qui vient d’obtenir la concession de la construction et de l’exploitation du réseau des voies ferrées de ce pays; et les ingénieurs qu’elle a choisis pour la représenter et pour diriger les travaux viennent de partir de France. Aussi peut-il être intéressant de donner quelques détails, d’ailleurs sommaires, sur le grand chemin de fer du Pacifique qui vient d’être ouvert en partie à travers cette République. S’étendant de Buenos-Ayres au pied des Andes, il a une longueur de 540 kilomètres, sans une seule courbe, sans un seul pont, ne franchissant que des ponceaux. Et sur toute cette étendue on ne rencontre pas de tranchées de plus de 1 mètre de profondeur ; les remblais ne dépassent pas non plus cette hauteur. En raison de la rareté du bois, on a employé surtout les traverses métalliques, dont l’usage tend à devenir assez commun, surtout dans les pays chauds. D. B,
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance publique annuelle du 24 décembre f 888
- Présidence de M. Janssen.
- La séance s’ouvre par un très éloquent et très intéressant discours de M. Janssen, où l’illustre président à su montrer une fois de plus l’ardeur et la jeunesse de son enthousiasme scientifique.
- Parmi les prix proclamés, il y a lieu de mentionner ici les suivants :
- Géométrie. — Grand prix des sciences mathématiques, à M. Émile Picard qui a perfectionné la théorie des fonctions algébriques de deux variables indépendantes. — Prix Bordin, à Mm“ Sophie de Kowalewsky, qui a perfectionné la théorie du mouvement d’un corps solide. — Prix Francœur, à M>( Émile Barbier. — Prix Poncelet, à M. E. Collignon.
- Mécanique. — Prix extraordinaire de 6000 francs, divisé en trois parts égales qui sont décernées à MM. Ba-naré, qui a étudié la question des abordages; Hauser, pour son cours de constructions navales ; et Reynaud, pour le lever hydrographique du Tonkin. — Prix Montyon, à M. Bazin, pour ses recherches d’hydraulique. — Prix Plumey, à la mémoire de M. Benjamin Normand, savant placé par les marins au premier rang de nos constructeurs. — Prix Dalmonl, à M. Jean Résal pour ses ouvrages sur les ponts métalliques et sur les ponts en maçonnerie.
- Astronomie. — Prix Lalande, à M. Bossert, pour l’ensemble de ses recherches astronomiques. — Prix Valz, à M. Pickering, pour ses recherches de spectro-scopie astronomique. — Prix Janssen, à M. Huggins pour ses travaux d’analyse spectrale maintenant classiques.
- Statistique. — Prix Montyon, deux prix sont décernés à M. F. Faure pour son livre sur les budgets Contemporains, et à M. Teissier pour son livre intitulé : statistique générale des grandes maladies infectieuses à Lyon, de 1881 à 1886.
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- LA NATURE.
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- Chimie. — Prix Jecker, partagé par moitié entre M. Maquenne et M. Cazeneuve pour leurs travaux de chimie organique.
- Géologie. — Prix Cuvier, k M. Leydy,pour ses grandes découvertes en paléontologie.
- Botanique. —Prix Desmazières,k M. Fayod, pour son histoire des agaricinés. — Prix Montagne, à M. Bonnier, pour ses recherches sur la synthèse des lichens.
- Anatomie et zoologie. — Prix Thore, à M. Carlel, pour ses recherches sur la physiologie et l’anatomie des insectes.
- Médecine et chirurgie. — Prix Montyon, trois prix sont décernés à MM. Hardy, pour son traitement de la gale ; llenocque, pour sa méthode d’analyse du sang ; et Follin et Duplay, pour leur traité de pathologie chirurgicale. — Prix Bréant, à M. Hauser, pour ses recherches sur l’épidémie cholérique de 1884 et 1885 en Espagne. — Prix Barbier, partagé entre MM. Ehrmaun, pour ses études sur la restauration de la voûte palatine, et MM. Dubois et Leroy, pour un nouvel ophtalmomètre. — Prix Godard, à M. Hache, pour ses recherches sur la vessie urinaire. — Prix Lallemand, partagé entre MM. Franck, pour son cours relatif à l’épilepsie cérébrale, et Blocq, pour ses recherches sur les contractures.
- Physiologie. — Prix Monthyon, partagé entre MM. Waller, pour sa détermination électromotrice du cœur de l’homme, et Fredericq, pour ses études de cardiographie.
- Géographie physique. —A M. Simart, qui a étudié l’économie des courants de l’Atlantique.
- Prix généraux. — Prix Montyon, arts insalubres, à MM. Paquelin, pour son éolipyle; et Fumât, pour sa lampe de sûreté. — Prix Trémont, à M. Fénon. — Prix Ge-yner, à M. Yalson. — Prix Delalande Guérineau, à M. Roblet, pour son exploration à Madagascar. — Prix Jérôme Ponti, à M. Kœnigs. —PrixLaplace,k M. Weiss, sorti le premier de l’École polytechnique.
- Après la proclamation des prix, M. Bertrand, secrétaire perpétuel, prononce un remarquable éloge d’Yvon Villar-ceau dont la vie est remplie d’imprévu. 11 le montre tour à tour « menuisier, serrurier, tourneur, mécanicien et horloger ». Se prenant d’une belle passion pour le basson qui lui procure un prix au Conservatoire de musique; prêchant le saint-simonisme, ce qui lui vaut l’admonestation du juge d’instruction de Vendôme, devant qui les gendarmes l’avaient conduit; entrant à l’Ecole centrale sans préparation; faisant des recettes comme musicien dans les cafés du Caire ; découvrant par hasard un théorème de géométrie devenu classique; édifiant une savante théorie des voûtes ; passant enfin à l’astronomie et à la géodésie et devenant, par elles, académicien. A chaque ligne les images heureuses, les expositions concises et claires pour tout le monde, des points les plus élevés de la science, se pressent sous la plume de M.. Bertrand et ont fait les délices de ses auditeurs. « S’il a souffert de voir son mérite méconnu, dit-il en terminant, les réunions qui préparent les élections et n’ont de secret que le nom, lui ont apporté de précieuses consolations. Les jugements les plus flatteurs, venus de haut et fortement motivés se produisirent chaque fois en sa faveur, ün des doyens de notre académie, il y a de cela vingt-cinq ans, reçut le lendemain d’une élection, la première visite du concurrent heureux de Villarceau, savant de grand mérite — nos élus le sont toujours — auquel en toute circonstance il avait depuis longtemps témoigné le plus affectueux intérêt. Sans attendre les remerciements qu’il nie méritait pas, notre vieux confrère, pressant les mains
- du nouvel élu lui dit : « J’ai voté selon ma conscience pour votre concurrent Villarceau. » Il ajouta d’une voix émue : « le résultat est suivant mon coeur. » Cette anecdote, qui rappelle le souvenir de trois de nos confrères, semble mieux placée dans l’éloge de Villarceau que dans celui des deux autres. » Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- ROUES HYDRAULIQUES EN COQUILLES d’eSCARGOTS ET DE MOULES
- Turpe est difficiles habere nugas (il est honteux de s’occuper de niaiseries difficiles), nous dit le proverbe, et nous semblons l’oublier lorsque nous indiquons, dans La Nature, les divers jeux ou jouets que l’on peut fabriquer soi-même avec des objets usuels, par exemple : le crayon qui pique1, les joujoux en bouchons2, le moulin fait avec une paille5, la carte à jouer transformée en chaîne4, etc. Nous reconnaissons que ces distractions offrent un côté puéril prêtant à la critique, mais, cette concession une fois faite, on nous accordera qu’elles contribuent à développer l’adresse manuelle chez ceux qui s’y exercent, adresse qu’ils mettront ensuite à profit lorsqu’ils se livreront à des travaux plus sérieux, tels que ceux du laboratoire ou du cabinet de physique. Elles offrent, en outre, un caractère récréatif qui peut donner lieu à d’agréables passe-temps pour les jeunes et les vieux, les riches et les pauvres. C’est dans cet ordre d’idées que nous proposerons a nos lecteurs de profiter de la saison des escargots et des moules pour en utiliser les coquilles dans la construction de petits moteurs hydrauliques, capables de transmettre une force suffisante pour actionner différents appareils de ménage. C’est ainsi que vous pourrez employer le filet d’eau qui coule du robinet de la cuisine à faire tourner la broche de la rôtissoire et le cylindre a griller le café, abattre des blancs d’œufs en neige, etc.
- Dans la roue représentée figure 1, les augets nous seront fournis par des coquilles d’escargots de Bourgogne, et les deux faces par deux plateaux circulaires en bois mince, pleins ou découpés, qu’on peut emprunter au fond et au couvercle d’une boîte de dragées. Les coquilles ayant été choisies exactement d’égale grosseur, on les fixera sur la circonférence des plateaux au moyen de cire à cacheter, en orientant tous les orifices symétriquement par rapport au centre de la roue. Un crayon traversant à frottement dur le centre de ces plateaux formera l’axe de la roue, qui repose dans les trous de deux montants verticaux fixés sur une planchette. Cette planchette sert de socle à l’ensemble du système. Si vous enfilez maintenant un demi-bouchon sur l’extrémité de l’axe qui fait saillie à l’extérieur du montant, et que vous aurez taillée en carré pour rendre solidaires le mouvement du crayon et du bouchon, vous aurez
- 1 Voy. n°* 763, 768, 786 et 808.
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- LA NATURE.
- une poulie tournant avec la roue et transmettant le mouvement, au moyen d’un ruban de fil ou d’un anneau de caoutchouc servant de courroie, k l’appareil qu’il s’agit de faire tourner.
- La courbure des coquilles d’escargot vers leur orifice leur permettra de recevoir l’eau sous forme de jet presque horizontal , et à un niveau un peu inférieur à l’axe de la roue. Cette eau sera contenue dans un récipient quelconque, une boite à conserves en fer-blanc, par exemple, et amenée dans les au-gets par une tubulure en roseau adaptée à la partie inférieure du récipient. Ce dernier sera placé sous un robinet dont le débit sera réglé de façon à maintenir constant le niveau du liquide dans le réservoir. On sait que les constructeurs de roues hydrauliques donnent aux augets une forme spéciale, destinée à favoriser rapidement l’évacuation de l’eau, dès qu’elle a produit son effet dynamique; ici, la courbure des coquilles se prêtera très bien à ce départ du liquide au moment voulu. Ceux de nos lecteurs qui voudront bien se conformer à nos indications en construisant ce modèle de moteur d’un nouveau genre, seront surpris de voir que, sous un mince filet d’eau, la roue d’escargots peut tourner k une vitesse de 150 tours par minute.
- Voulons-nous maintenant un appareil de rotation dont l’axe ne soit plus horizontal, mais vertical, ce n’est plus une roue, mais une turbine que nous aurons à construire, et, en examinant une coquille de moule, nous remarquerons que sa forme est à
- peu près celle des aubes employées dans les appareils de ce genre. Nous choisirons donc des coquilles de moules de même forme, que nous disposerons autour d’un bouchon k moutarde découpé en forme de roue k rochets, la pointe de chaque coquille s’adaptant dans chacun des crans du bouchon, k l’aide d’un petit clou ou d’une épingle. Le bord supérieur des coquilles doit être horizontal, et dans le même plan que le dessus du bouchon. Une tige de bois de section carrée traversant le centre du bouchon sera l’axe de la turbine, et nous enfoncerons k sa partie inférieure une épingle ver-ticale, dont le rôle va être indiqué ci-dessous. La partie supérieure de cet arbre de forme cylindrique sera maintenue par une traverse supportée par deux montants. Comme socle, nous prendrons une boîte ronde en bois, qui empêchera la projection de l’eau k l’extérieur. Le fond de cette boîte aura, en son milieu, un petit creux recevant la tête de l’épingle dont nous venons de parler, et qui formera le pivot. L’eau est fournie par un réservoir analogue. k celui de tout k l’heure, et s’échappe par un tube de roseau ajusté sur le rebord de la boîte. La poulie sera faite avec un bouchon, comme la précédente, ou de préférence avec une bobine de bois dont les rebords empêcheront la chute de la courroie. Arthur Good.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Parie.
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- N“ 814.
- 5 JANVIER 1889.
- PROPULSEUR POUR EMBARCATIONS
- DF, PLAISANCE
- De nombreuses tentatives ont été faites à diverses époques pour rendre la petite navigation de plaisance sur nos rivières, accessible a tout le monde, à ceux surtout pour lesquels le peu de force ou le manque d’habitude rendent l’emploi des rames trop fatigant ou même impossible.
- Bien que la solution ait été présentée de bien des manières déjà, nous avons pensé qu’il serait intéressant de faire connaître à nos lecteurs un type nouveau de propulseur, imaginé et construit par un mécanicien de Beims, M. E. Pom-bas. Notre figure 1, faite d’après une photographie, permet de se rendre immédiatement compte de la disposition d’ensemble. L’appareil se compose en principe d’une sorte de palette, pendant verticalement à l’arrière de l’embarcation, et qu’une série de leviers, disposés comme il convient, relie a deux tiges verticales placées à l’intérieur de la barque et mobiles autour d’un axe horizontal. Le rameur — ou mieux la personne qui en remplit l’office — s’assied entre ces deux tiges, en saisit une de chaque main et, en donnant à son corps et surtout à ses bras un mouvement d’avant en arrière comme s’il ramait effectivement, il imprime à la palette, entraînée par les leviers et manivelles d’articulation, un mouvement oscillatoire, montant et descendant dans un plan vertical.
- L’épure ci-contre (fig. 2) montre très clairement comment les choses se passent et de quelle forme est la courbe que -décrit la palette dans ce mouve-17e année. — 1er semestre.
- ment. L’effort exercé par le rameur se transmet par la tige horizontale TT' au levier AB mobile autour d’un point fixe du bâti, 0. Par le levier BG, le mouvement se transmet à la palette CP, articulée en U' avec une bielle de jonction AM reliant le levier AB avec une manivelle Mu. C’est le mouvement de rotation imprimé par lelevierABàcette manivelle, autour de son centre m, qui transforme les différents mouvements angulaires des leviers, de telle sorte, qu’en dernière analyse, l’extrémité P de la palette CP décrit la courbe Papy, composée de deux parties distinctes a^y et yPa.
- La partie effectivement utile de cette courbe (apy) est noyée, c’est-à-dire que pen-sur l’eau et fait avancer l’embarcation; la partie inutile au contraire, celle que décrit la palette en revenant à son point de départ (yPa), est dénoyée, c’est-à-dire que pendant ce temps la palette ne touche pas l’eau.
- Le retour est donc très doux, puisqu’il s’opère dans un milieu sans résistance appréciable, l’air. D’ailleurs un volant, calé sur l’arbre de la manivelle Mu, facilite tellement le mouvement que la palette revient d’elle-même à son point de départ.
- L’effort développé est donc ainsi toujours directement et entièrement utilisé pour faire avancer l’embarcation.
- Le fonctionnement du propulseur est, on le voit, calqué sur celui d’une paire de rames ordinaires : son effet utile doit être au moins égal, toutes choses égales d’ailleurs, car il présente en outre l’avantage de présenter une manœuvre simple, pas fatigante, hygiénique d’ailleurs au même titre que celle des rames, et qui ne nécessite aucun apprentissage spécial.
- Fig. 1. — Nouveau propulseur pour embarcations, système E. l'ombas.
- dant ce temps la palette pousse
- Sens du mouvement de la parque.
- Fig. 2. — Epure du propulseur.
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- LA NATURE.
- Nous ferons de plus remarquer que tout le bâti léger qui supporte la palette, l’ensemble des leviers nécessaires, et le siège du rameur, est calé sur la tige verticale servant d’axe de rotation au gouvernail. Si bien qu’à l’aide d’un effort insignifiant des reins sur une jambe ou sur l’autre, à droite ou à gauche par conséquent, on fait dévier tout le bâti dans un sens ou dans l’autre et par suite le gouvernail lui-même. La direction est ainsi toujours assurée par la personne même qui fait fonction de rameur, mieux assurément que par le jeu alternatif des deux rames, manière d’opérer assez délicate, mais qu’il faut bien cependant employer quand il n’y a pas de barreur au gouvernail.
- Il est facile de concevoir qu’au lieu de placer le propulseur à l’arrière, on peut en disposer un de chaque côté du bateau. On obtiendrait sans doute une vitesse un peu plus grande, mais comme on augmente très sensiblement l’empâtement de l’embarcation, il devient impossible de passer dans certains passages étroits. Placé à l’arrière, le propulseur laisse au contraire toute facilité à cet égard, ce qui peut présenter de grands avantages, dans certaines conditions locales.
- Il est préférable de monter le propulseur sur une embarcation bien stable, à fond plat, par exemple; même dans ces conditions, une femme ou un enfant peut, très convenablement et sans fatigue, remplir les fonctions simultanées de rameur et de barreur. En bonne pratique journalière, un homme peut, d’aprèz M. Pombas, obtenir une vitesse de 6 kilomètres à l’heure.
- En même temps qu’il disposait son système de palette articulée comme propulseur pour bateaux, l’inventeur a combiné, sur le même principe, un moteur hydraulique de nature spéciale, utilisant directement et sans travaux accessoires la vitesse même du courant d’une rivière quelconque. On sait que cette question importante est toujours à l’ordre du jour et a donné lieu déjà à quelques essais intéressants. Ceux que M. Pombas a entrepris, avec son hydromoteur extensible et réversible à aubes, ne sont pas encore assez complets pour que nous donnions avec détails l’appareil qu’il a combiné. On conçoit très facilement d’ailleurs, en principe, que, si le courant pousse sur la palette, les choses se passeront exactement en ordre inverse de celui que nous avons expliqué, et que la palette, élément moteur, donnera par conséquent naissance, grâce à une série de transformations convenables, à un mouvement de rotation utilisable par courroies ou engrenages.
- La puissance du moteur dépend évidemment de la force du courant, de la prise d’eau de chaque palette (surface de la palette x la longueur de la courbe a(ly), et du nombre des palettes. IVoù toute une série de dispositions spéciales qu’il est facile d’imaginer, mais que nous nous contenterons de signaler en passant.
- M. A. C..., ingénieur.
- CLIMATOLOGIE
- DE I.A COCHINCHINE FRANÇAISE
- Nous avons recueilli récemment un certain nombre de documents sur la climatologie de notre Coehinehine. Ils nous ont permis de résumer en une notice succincte des résultats curieux au point de vue de la météorologie et de l’hygiène. Nous les faisons connaître à nos lecteurs.
- La Coehinehine française étant située par le 10e parallèle de latitude boréale, le soleil se lève à peu près à la même heure dans toutes les saisons. A Saigon, 10° 45' 47" le jour du solstice d’hiver, il se lève à G h. 14 m. du matin et se couche à 5 h. 42 m. du soir, et le jour du solstice d’été, il se lève à 5 h. 58 m. du matin pour se coucher à 6 h. 24 m. du soir. Le temps qu’il reste au-dessus de l’horizon est donc de 11 h. 28 m. le jour le plus court, et de 12 h. 46 m. le jour le plus long.
- Les chiffres précédents ne comprennent point le crépuscule et l’aurore qui, dans les régions méridionales possèdent cependant une durée moindre que dans nos latitudes. Il en résulte qu’on ne doit pas s’attendre à des variations thermométriques pareilles à celles de nos contrées. La température moyenne déterminée à l’Observatoire de Saigon par la demie-somme des rnaxima et des minima du thermomètre abrité, est de 26°, en excès d’environ 16° sur la moyenne de France. La température du thermomètre sous l’abri, exposé au nord, descend quelquefois jusqu’à 16° et s’élève jusqu’à 36°.
- La pluie tombe souvent d’une façon torrentielle, la hauteur d’eau d’un mois dépasse parfois le tiers et même la moitié de l’eau annuelle en France. Les phénomènes de la foudre atteignent une grande intensité, le nombre des individus foudroyés s’élève ordinairement de 20 à 50 sur un territoire dont la superficie ne dépasse pas le dixième de la France continentale.
- Janvier est comme chez nous le mois le plus froid de l’année, mais le thermomètre sous l’abri reste à une température moyenne supérieure à celle de notre mois de mai.
- Les nuits sont fraîches pendant toute la durée du mois de février. C’est au mois de mars que la sécheresse se déclare, que les plantes herbacées disparaissent et que les rizières perdent leurs eaux. Quelques pluies surviennent à la fin du mois d’avril, où commencent les travaux de culture. La mousson du sud-ouest prend au mois de mai où la température est très élevée de nuit comme de jour. Le vent est presque nul, mais il survient de violents orages. Les graines se mettent à germer et de toutes parts les plantes sortent de terre. En juin, les pluies sont plus abondantes et plus régulières, la température est aussi élevée qu’en mai ; cependant les nuits sont moins accablantes. A la fin du mois survient une époque de sécheresse à la suite de laquelle les pluies reprennent avec abondance ; les nuits sont relativement supportables.
- Pendant le mois d’août, le ciel est généralement couvert, de sorte que la chaleur se supporte bien mieux. Les orages sont excessivement nombreux, mais peu violents, et les pluies incessantes. ,A ce moment, la végétation est dans toute sa force et sa beauté, les lianes envahissent les arbres et les haies, les herbes atteignent leur plus grande hauteur.
- Au mois de septembre les herbes envahissent les cultures et il faut s’en débarrasser par de nombreux sarclages. Les pluies sont encore plus abondantes qu’en juillet.
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- LA NATURE
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- Le mois d’octobre mériterait d’ètre nommé le mois des fleurs, c’est le commencement de la mousson du nord-est qui produit un certain abaissement de la température. La sécheresse est grande et les plantes herbacées commencent à languir. Leur déclin continue pendant le mois de décembre qui ressemble beaucoup au mois de janvier.
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- LE FULM4R OU FULMÀR-PÉTREL
- DE l/ I L E DE S AIN T - KIL D A
- Dans les trois voyages d’exploration que je fis aux pays et surtout aux îles baignés par l’Atlantique du Nord1, il me fut donné de constater que fort heureusement pour les habitants de ces contrées déshéritées un animal providentiel venait toujours assurer la possibilité de l’existence.
- Sans son merveilleux et robuste Poney, l’Islandais serait obligé de déserter la Terre de glace; le Renne est indispensable au Lapon ; l’Esquimau ne saurait se passer du Phoque ou du Chien; le Færoïen vit du Dauphin qui, chaque année, vient en grandes bandes se faire capturer dans les mêmes baies ; l’insulaire de Saint-Kilda, la plus pittoresque mais la plus ignorée des Hébrides, demande à un oiseau (que je désire présenter aux lecteurs de La Nature) non seulement sa nourriture, mais son vêtement, son lit, son combustible, son éclairage et un remède contre ses rhumatismes. J’ai désigné le Fulmar ou Fulmar-Pé-trel,Procellaria glacialis (Laridæ), qui peut presque être regardé comme particulier à Saint-Kilda et aux rocs qui l’avoisinent.
- Certainement le Fulmar se rencontre ailleurs et a été décrit par plusieurs naturalistes, mais il en est de lui comme de beaucoup d’autres oiseaux de mer : si l’on veut être parfaitement éclairé sur son histoire, si l’on veut s’éloigner du domaine de la fable pour rentrer dans celui de la vérité, il faut de toute nécessité l’étudier sur place, chez lui.
- Le hasard des voyages m’amena en vue de Saint-Kilda « l’étrange » que, j’en ai la conviction, peu de mes compatriotes n’ont aperçue ni n’apercevront. Nous y fûmes poussé des Færoer par un orage, montés sur un petit sloop danois que j’avais dû prendre pour rentrer en France, attendu que le paquebot danois chargé du service postal avait été retenu prisonnier des glaces de l’Islande.
- Saint-Kilda est une île entourée de rochers escarpés, géographiquement rattachée aux Hébrides, avec un seul point de débarquement au sud-est. Elle est située à 60 milles à l’ouest de l’île Lewis, sa circonférence est de 7 milles, son étendue de 5 milles de l’est à l’ouest et de 2 milles du sud au nord. La population se compose de quatre-vingts habitants sur les mœurs desquels j’aurais beaucoup à raconter s l’histoire naturelle des Fulmar n’exigeait autant de lignes.
- Le nom de Fulmar dérive vraisemblablement de
- 1 Yoy. u° 737, du 16 juillet 1887, p. 106.
- deux mots empruntés au Norse, l’idiome de l’ancienne Scandinavie (Fyl-mar, l’homme, l’être fou). Celui que je possède empaillé, et que j’ai devant les yeux pour le décrire exactement, me fut donné par un pêcheur de hareng qui le prit en ma présence, avec une ligne, du pont du bateau qui m’entrait dans Stornoway. La tête est ronde, le bec, très particulier, couleur jaune pâle, est large, fort, presque cylindrique et a de 2 à 3 centimètres de longueur. Sa partie supérieure s’incurve en bas à la pointe comme chez l’Aigle, tandis que la division inférieure a l’extrémité tournée en haut. Les narines sont renfermées dans un tube ouvert à son extrémité libre ; le cou est rond, court et épais; le dos et les longues ailes à pointes noires sont gris d’ardoise ; la poitrine blanc-jaunâtre, la queue grise ; les pattes sont brun-noir et les pieds de palmipèdes, élégamment déployés en éventail durant le repos, de couleur moins foncée.
- Le Fulmar ne pond qu’un seul œuf.
- Celui-ci est blanc, allongé à un bout, obtus à l’autre; sa coquille est sj peu chargée de sels calcaires qu’elle est mince et tendre; aussi se brise-t-elle souvent sous une pluie diluvienne. Si un pêcheur vient à s’emparer de cet œuf unique, l’oiseau n’en pondra plus d’autres de l’année, différant en cela des autres Laridés qui le remplacent tantôt une seconde, tantôt une troisième fois. A tour de rôle le mâle et la femelle couvent pendant six semaines. Le jeune éclôt vers le milieu de juin et prend son essor vers la pleine mer dès la fin de juillet; fils de la tempête, il accuse déjà une incroyable puissance des ailes. Plus de dix lieues, nous fûmes suivis jusqu’à Lewis par une bande de petits affamés qui poursuivaient notre barque et s’élancaient sur les harengs que les pêcheurs rejetaient. Assis à l’avant, sur les filets remontés, j’oubliais l’orage et recevais une pluie torrentielle sans y penser tant mon attention était occupée par les cris, les mouvements gracieux, les luttes de ces nuages d’oiseaux qui, grisés par la bataille, tournoyaient jusque dans nos voiles. 11 fallait voir avec quelle force, quelle aisance merveilleuse de vol ils pêchaient leur proie sur la croupe des vagues furieuses effleurant seulement Fonde de l’extrémité de leurs doigts roses! On dit que leur second nom Pétrel vient du latin Pelrus, par allusion au miracle de saint Pierre marchant sur les eaux. La laitance est leur aliment de prédilection, c’était toujours sur un hareng au lait que s’engageaient les plus rudes combats, et le vainqueur, poursuivi par les vaincus, s’enfuyait à tire-d’aile avec son trophée d’argent suspendu au bec.
- Excepté septembre et octobre où les Fulmars tiennent ainsi l’océan, ils habitent Saint-Kilda pendant le reste de l’année; c’est même le seul oiseau qui ne déserte jamais les rivages de l’île isolée. Ils y arrivent en novembre, fidèles messagers des tourmentes, toujours suivis des mugissantes brises d’ouest, des averses de neige, de grêle et aussi des éclats de tonnerre. Jeunes ou vieux sont cependant les bien venus, lès habitants les préfèrent à tous. Les sujets
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- LA N A TU HL.
- âgés sont, à leur avis, un délicieux manger, le muscle sans graisse s’y peut rencontrer; les jeunes, au contraire, sont tout lard, si j’ose m’exprimer ainsi, et ne saignent guère que de la tète lorsqu’on les tue. Toute famille possède en réserve trois ou quatre tonneaux contenant chacun environ deux cents fulmars salés pour l’hiver. Outre la chair, les plumes et l’huile forment deux importants articles de commerce. Un pêcheur m’affirma que les édredons faits avec du duvet de Pétrel éloignaient des lits toute sorte de vermine. Le fait doit être vrai et s’explique par l’odeur si forte et si désagréable que dégagent les plumes imprégnées d’huile.
- De même qu’il est impossible d’approcher un Chinois ou de toucher un objet lui ayant appartenu sans retrouver l’odeur de l’opium, de même on ne peut se trouver en contact avec les hommes ou les choses de l’ile sans être incommodé par l’odeur nauséabonde de l’huile de Pétrel.
- Le Fulmar est 'ace point huileux que les ménagères qui ne veulent pas se donner de peine, fabriquent avec son corps la plus curieuse des lampes. Elles se contentent de passer une mèche de laine au travers, de la tirer hors du bec et d’y mettre le feu. La réserve d’huile accumulée dans le tube digestif suffit à entretenir la flamme pendant assez longtemps. Cette huile claire, rouge-brun, rappelle beaucoup l’huile de foie de morue. Le Saint-Kildien la boit avec plaisir et prétend de plus qu’elle est un excellent Uniment à employer en frictions contre les douleurs rhumatismales.
- La capture des Fulmars commence le 12 août, jour de fête intentionnellement choisi, et dure de deux à trois semaines. Les chasseurs se font accompagner par une jeune fille tenant devant eux un sac simplement formé d’un estomac de Solan-goose (Fou ou Boubie) à l’ouverture duquel on a coulissé des galons. Rapidement l’homme saisit l’oiseau par le cou, évitant de recevoir dans les yeux le premier jet de l’huile, puis en l’étranglant et en lui comprimant la poitrine il le force à lancer, pendant les affres de l’agonie, son huile dans la poche préparée. Chaque Fulmar produit en moyenne une demi-livre d’huile qui se vend de 50 à 60 centimes. Les jeunes Pétrels se prennent à la main dans les crevasses des rochers,
- les vieux soit au piège, soit à l’hameçon, et cette dernière manière est désignée sous le nom caractéristique de Fulmar-Fishing.
- L’oiseau rend encore un autre service aux indigènes. C’est pour eux un excellent baromètre. Garde-t-il sa place sur les rochers? plane-t-il au-dessus de la terre? le vent ne soufflera jamais en tempête de l’ouest. S’obstine-t-il, au contraire, à rester sur les flots? les brises d’ouest redoutables vont fondre sur File. On comprend donc bien que les habitants puissent répéter souvent : Deprive us of the Fulmar, and Saint-Kilda is no more. Enlevez-nous le Pétrel, Saint-Kilda ne sera plus.
- Hélas ! toute médaille a son revers : si le Fulmar fait le bonheur de Saint-Kilda, il désespère les Fæ-roïens.
- Voici à peu près en quels termes énergiques s’exprime à son égard mon ami le Sysselman (maire
- nommé par le roi de Danemark) de Thorshavn, la capitale des Færoer.
- « II y a trente ans, le Fulmar gardait son gîte d’élection ; parfois un pêcheur en apercevait à 100 milles de nos côtes, rarement un ou deux nous étaient jetés par une rafale; mais voici qu’il vient de poser son vilain pied sur notre pittoresque Myggenœs (île des Moustiques) et sur le cap Gollin de Sandô ! C’est un exécrable et repoussant animal : des années entières ses œufs gardent leur détestable odeur, sa chair ne vaut rien ; si d’aventure vous vous jetez sur un lit où, par mégarde, aurait été placée une couverture ne contenant qu’une seule poignée de ses plumes, vous déserterez avant l’aube cette couche empoisonnée. Enfin il lui a suffi de paraître pour chasser nos Eiders et nos Fous si précieux; pour nos oiseaux il joue le même rôle que le Prussien dans notre regretté Schlesvig ! »
- Après semblable malédiction, oserai-je encore ajouter qu’on accuse la chair du Pétrel de communiquer au lait des femmes de Saint-Kilda une telle âcreté que ce serait la cause du trismus des nouveau-nés, sorte de tétanos qui, à l’heure actuelle, tue neuf enfants sur dix le cinquième ou sixième jour après la naissance ! D1' IL Labonke,
- Licence ès sciences naturelles
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- LA N ATI; R K.
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- UNE BARBE EXTRAORDINAIRE
- Nous avons reçu récemment d’un de nos lecteurs de Toulouse les étonnantes photographies que nous, reproduisons ci-dessous et qui figurent un développement phénoménal d'une barbe humaine (fig. 1 et 2). Ces photographies sont accompagnées d’une notice explicative que nous publions in extenso :
- Dans la nature chaque ordre de faits est soumis à une loi générale ; mais cette loi souffre partout des exceptions. En dehors des monstruosités, il y a des phénomènes simples pour lesquels la mère commune s’est montrée prodigue d’avantages.
- Nous avons souvent l’occasion de voir d’étonnants
- Fig. 1. — Louis Coulou debout, sa barbe traînant par terre et relevée dans sa main. (D’après une photographie.)
- obligé de se raser. Barbe et moustaches repoussaient si vite que le rasoir s’avoua vaincu, si bien qu’à quatorze ans Coulon voyait s’étaler sur sa poitrine une barbe de 50 centimètres de longueur. Le petit vieux faisait une singulière figure au milieu de ses camarades. Six ansplus tard, la barbe atteignait 1 mètre et croissait de plus belle : elle mesure actuellement 2m,52, et son propriétaire a foi dans l’avenir. Seulement la barbe, brune jadis, grise depuis bientôt vingt ans, sera alors toute blanche.
- Naturellement les propositions n’ont pas manqué. Anglais excentriques, barnums et spéculateurs ont voulu enrôler M. Coulon sous leur bannière; lord William lui a offert 10 000 francs pour un voyage : le brave homme a refusé. Une fois seulement, en 1878, Coulon vint à Paris pour faire consacrer offi-
- champions de la force physique ou de la taille humaine; je crois qu’il est plus rare de rencontrer dans notre pays même d’authentiques phénomènes capillaires dont aucun parfumeur ne peut se proclamer le régénérateur.
- C’est un homme qui est le roi du genre, non pour ses cheveux, mais pour sa barbe. Louis Coulon, âgé aujourd’hui de soixante-trois ans, estnéàVandenesse, canton de Moulins-en-Gilbert (Nièvre). Excellent ouvrier mouleur en fonte, il a fixé sa résidence a Mont-luçon, où il travaille à l’usine Forey, sur la rive droite du Cher.
- A l’àge de douze ans, à l’époque où les visages sont a l'envi blancs et roses, le jeune Coulon fut
- Fig. 2. — Tète de Louis Coulon, sa barbe faisant deux fois le tour de son eou. (D’après une photographie.)
- ciellement sa spécialité. 11 éprouva une déception légère.
- Un Anglais de trente ans, porteur d’une barbe large et bien carrée lui disputa le prix, mais cette barbe concurrente effleurait à peine le sol. Coulon rejette par deux fois la sienne sur son bras comme une toge de sénateur romain; en tenue de ville, il l’enroule autour de son cou. Debout, Coulon mesure lm59, sa barbe est donc presque deux fois plus longue qu’il n’est grand. Fernand Gineste.
- Ajoutons qu’un certificat authentique légalisé par le maire de Montluçon nous a été envoyé sur l’authenticité du fait qui vient d’être signalé à titre de haute curiosité anthropologique.
- 11 a été souvent mentionné des faits analogues à celui que nous venons de présenter à nos lecteurs. Voici ce que
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- LA NATURE.
- l’on peut lire dans le Magasin pittoresque de 1839, p. 236 : « Rauber, gentilhomme allemand, se rendit fort célèbre au seizième siècle par sa grande force, par la hauteur de sa taille et surtout par sa barbe qui était d’une longueur si extraordinaire, qu’elle lui descendait jusqu’aux pieds et remontait de là jusqu’à la ceinture, de manière qu’il était obligé de la rouler autour d’un bâton. 11 en était si glorieux qu’il allait rarement en carrosse, mais presque toujours à pied, afin de l’élalcr avec plus d’avantage, la portant quelquefois déployée comme un drapeau et la laissant flotter au gré du vent. Lorsqu’il mourut, elle fut coupée en deux parties et conservée précieusement. » (î. T.
- L’ALIMENTATION DES NAUFRAGÉS
- EN' PLEINE MER
- Dans une des dernières séances de l’Académie des sciences, celle du 17 décembre 1888, M. le Prince Albert de Monaco a lu une intéressante note sur un moyen d’assurer l’alimentation de naufragés isolés en mer en barque ou en radeau; nous le reproduisons in extenso :
- Je crois utile de communiquer à l’Académie une conséquence frappante des investigations sur la faune pélagique de l’Océan, poursuivies depuis quatre années avec l'Hirondelle, en même temps que d’autres recherches scientifiques.
- Plusieurs de mes précédentes Notes mentionnent des pêches pélagiques exécutées entre les côtes d’Europe, les Açores et l’Amérique; elles montrent que la surface de la mer est visitée pendant la nuit par une faune minuscule dont les éléments viennent de profondeurs diverses où des appareils spéciaux les retrouvent pendant le jour1. La campagne de 1888 permet de compléter cette observation, et d’en fournir d’autres sur une faune pélagique de plus grande taille.
- La nuit, un filet en étoffe de soie à bluter le son, ayant 2m,50 d’ouverture, traîné pendant une demi-heure à la surface, rapportait chaque fois un nombre plus ou moins grand de poissons (Scopelidæ) et environ 70 centimètres cubes de matière organique animale utilisable (Mysidés et Amphipodes principalement).
- La nuit encore, un filet de O^oO, disposé en épui-sette et simplement plongé dans l’un des nombreux bancs de méduses (Pelagia noctiluca) souvent aperçus vers le quarante-neuvième degré de latitude nord et le vingtième degré de longitude ouest, fournissait environ 15 centimètres cubes de Crustacés (Hyperia Latreilli) qui vivent dans l’ombrelle de ces méduses2.
- Le jour on trouve quelques-uns des organismes susnommés, dès la profondeur de 30 mètres, et souvent de nombreux syngnathes flottant inertes à la surface.
- Dans la région que parcourent les touffes de sargasses, c’est-à-dire dans tout l’ouest des Açores entre la limite du courant polaire et l’équateur, on découvre3, cachés parmi les rameaux de ce végétal errant, toute une faune (Crustacés et Poissons) beaucoup plus substantielle que la précédente, mais que des yeux non prévenus apercevraient difficilement à cause du mimétisme qu’elle présente.
- 1 Comptes rendus, 14 février 1887.
- 2 Bulte<in'de la Société géographique de Paris. 4° trimestre T887 ; séance du 6 mai.
- 3 Comptes rendus, 24 octobre 1887.
- Pendant les mois de juillet et d’aoùt derniers, l’Hirondelle a fait, jusque vers 600 lieues dans l’ouest et le sud-ouest de l’Europe, des recherches sur la présence des Thons : deux lignes, avec amorces artificielles, traînant derrière le navire quand l’allure n’excédait pas quatre nœuds, ont pris un peu partout 55 Thons (Thynnus ala-longa), qui pesaient ensemble 908 livres.
- Les épaves, suffisamment anciennes pour s’être chargées d’Anatifes, sont presque toujours suivies de Poissons assez gros ; six d’entre elles, visitées en juillet et septembre derniers, ont fourni 28 Mérous (Polyprion Cernium) pesant ensemble 508 livres. Parfois, durant cette campagne et les campagnes précédentes, on a prélevé sur l’une de ces troupes de Poissons la quantité que l’on en voulait (un jour même jusqu’à 500 livres)1 sans que leur nombre eût sensiblement diminué. Entre les pieds des Anatifes qui garnissent ces épaves, on trouve des Nudibranches (genre Fiona), et dans les coquilles de beaucoup d’entre elles, de grosses Annélides (genre Hipponoé). Enfin ces épaves sont quelquefois accompagnées de grands Requins et de Poissons Lune (Orthagoriscus mola).
- 11 ressort de ces faits, qui seront l’objet d’une étude approfondie pendant les prochaines campagnes de Y Hirondelle, que le personnel d’une embarcation abandonnée sans vivres sur l’Atlantique Nord et probablement sur un point quelconque des mers tempérées et chaudes2, pourrait éviter la mort par inanition s’il possédait, au moins en partie, le matériel suivant :
- 1° Un ou plusieurs filets en étamine, de 1 mètre à 2 mètres d’ouverture, avec 20 mètres de lignes pour recueillir la faune pélagique libre, ou tamiser les touffes de sargasses; et mieux, un filet imitant ceux construits sur Y Hirondelle où ils sont appelés chaluts de surface3;
- 2° Quelques lignes.de 50 mètres, terminées chacune par trois brasses de fil de laiton recuit, sur lequel est fixé un gros hameçon avec amorce artificielle, pour les Thons;
- 5° Une petite foène, pour harponner les Mérous des épaves, et quelques hameçons brillants auxquels ceux-ci se prennent, parfois même sans amorce ;
- 4° Un harpon, pour les plus grands animaux qui suivent les épaves.
- Parmi les ressources alimentaires que je viens de signaler, il en est une qui apparaît avec une constance et une abondance remarquables, mais que nos divers engins atteignent imparfaitement : je veux dire les myriades de menus poissons que j’ai montrés antérieurement4 répandus la nuit, au moins sur toute l’étendue précitée de l’Océan, et qui sont peut-être analogues à ceux trouvés en nombre considérable dans l’estomac des Thons que les zoologistes de YHirondelle, MM. de Guerne et Richard, ont ouverts.
- L’amélioration des moyens employés dans ces expériences permettrait sûrement d’utiliser beaucoup mieux toute cette matière organique; mais j’ai cru devoir signaler les premiers faits tels qu’ils sont, parce que je les crois capables dans bien des circonstances de prolonger, au moins jusqu’à la rencontre d’un secours éventuel, l’existence de navigateurs qui ont vu sombrer leur navire.
- 1 Bull, de la Soc. géographique de Paris. 4e trim. 1887; séance du 6 mai.
- 2 Ce que l’on sait de l’alimentation des grands Crétacés de mers polaires permettrait d’étendre cette observation jusqu’au delà des zones tempérées.
- 3 Comptes rendus, 24 octobre 1887.
- 4 Bull, de la Soc. géographique de Paris. 4e trim. 1887 ; deuxième campagne scientifique de YHirondelle.
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- On voit que les belles campagnes de l'Hirondelle dont il a été déjà question dans La Nature1 n’auront pas seulement apporté des résultats à la science pure, mais aussi à la science appliquée, et aucune branche de celle-ci ne saurait offrir plus d’intérêt que le salut des marins perdus en mer.
- DEUX LETTRES DE BEAUMARCHAIS
- ST:R LA DIRECTION DES BALLONS
- M. Henri de Curzon, docteur ès lettres, archiviste aux Archives nationales, nous a adressé la copie de deux lettres inédites de Beaumarchais, qui sont conservées au Musée des Archives nationales. Ces pièces ont été extraites jadis de ballots de papiers administratifs provenant du ministère de l’intérieur et envoyés au pilon. Nous reproduisons textuellement ces lettres de Beaumarchais, non sans adresser tous nos remerciements à M. de Curzon pour avoir eu la lionne pensée d’en donner la primeur à La Nature. Nous dirons ensuite quelques mots du projet aéronautique dont il est question dans les documents que l’on va lire.
- Au citoyen François de Neufcliâteau, Ministre de l'intérieur.
- Paris, ce 1er fructidor an AI.
- Citoyen Ministre,
- Parmi les améliorations que nous avons droit d’espérer de votre rentrée au Ministère de l’intérieur, il existe une découverte sur laquelle j’invoque votre sérieuse attention :
- Une des plus majestueuses idées dans les sciences, qui ait honoré notre siècle et la France, est certainement Y ascension des corps graves dans le fluide léger de l'air ! Mais notre nation, qui n’a qu’un moment d’engouement pour les plus belles nouveautés, n’a bientôt fait qu’un jeu d’enfans d’une découverte propre à changer la face usuelle du globe, plus que n’a fait celle de la boussole, si l’on se fût occupé sérieusement d'élever cette idée jusqu'à la navigation aérienne.
- L’expérience manquée à Saint-Cloud, de l’ascension, dans un ballon, du duc de Chartres avec les phisiciens Robert; celle plus malheureuse encor du jeune Pilâtre des Rosiers, dans un autre ballon, reculèrent l’art de vingt ans. Je disais : Des ballons! et toujours des ballons ! Dirige-t-on des corps sphériques ? Un penseur éclairé me communiqua une idée qu’il avait conçue, pour diriger l’atmosphère des navires sans pesanteur, mais sous la forme allongée des poissons, auxquels l'aérostat doit être assimilé.
- Des phisiciens contestaient la possibilité de cette direction, sous l’objection irréfléchie qu'il n'y a pas de point d'appui dans l'air, quoique chacun vit s’élever, se soutenir, se diriger les oiseaux de toute grosseur, qui le parcourent en tout sens, en dépit de leur pesanteur, et dont le plus léger est plus lourd qu’un vaisseau aérien de cent pieds de longueur, puisqu’on parvient à mettre celui-ci en équilibre avec l'air qu'il déplace.
- Ce raisonnement de mousquetaire m’irritait contre nos savans. Mais pendant qu’ils décourageaient Yaéronaute M. Scott, je l’encourageai, moi, en fesant imprimer ce
- 1 Yoy. Table des matières des années précédentes.
- qu'il avait écrit là dessus, pour lui assurer tout au moins l’honneur de sa belle invention, par la publicité de la date qu’il en prenait, en 1789.
- La Révolution est venue ; j’ai perdu M. Scott de vue, et l’ai cru englouti par elle. Moi même proscrit quatre années, j’abandonnai l’idée de naviguer dans l’air, forcé de me traîner dans les routes fangeuses du nord de la haute Allemagne.
- Enfin rappelé à mon poste par la justice du Directoire, le hazard m’a fait retrouver mon navigateur aérien. ,J’ai ranimé son courage abattu par des infortunes sans nombre quoique les miennes ne soient pas moindres ! Ses idées, bien mûries par dix années de réflexions, m’ont paru dignes d’être offertes aux premières autorités. Je l’ai presque forcé de refaire un nouveau mémoire, de l’adresser, sans protecteur, au Directoire exécutif, sûr que si le mémoire vous était renvoyé, il trouverait en vous le protecteur de son idée.
- Ah ! citoyen, ne laissons pas toujours perfectionner par ces Anglais usurpateurs les idées qui germent chez nous ! Utilisons nous mêmes celle-ci ! Qu’elle honore votre Ministère! Son auteur, par sa modestie, digne de votre bienveillance, sollicite des commissaires. Donnez les lui de votre choix. Le citoyen Perrier l'aîné, grand mécanicien, mon ami, pense comme moi du mérite de cette belle découverte. Plusieurs bons phisiciens sont de notre avis là dessus. — Obtiendrai-je de vous, Ministre, que vous jettiés un coup d’œil appréciateur sur le mémoire plus étendu que le citoyen Scott achève, avant de le renvoyer à personne? c’est un bel encouragement à lui donner ! Il aura l’honneur de vous le présenter, avec un autre mot de moi ; trop modeste pour que j’ose le charger d’être le poi teur d’une lettre où je vous dis ce bien de lui! Je vous adresse en droiture celle-ci; flatté d’une occasion de rappeler à votre souvenir un homme qui a toujours fait le plus grand cas de vos talents, qui honore votre personne et espère en vos sages vues, dans le poste important où notre bonheur vous ramène.
- Salut et respect, Caron Beaumarchais.
- Boulevard Antoine, n° 1.
- Paris, ce 4 fructidor an VI.
- Citoyen Ministre,
- Ce mot vous est remis par le citoyen Scott, inventeur de la seule direction qui me semble possible pour les navires aéroambidans, dont on a nommé les premiers essais, aérostats, par une singularité propre à notre nation seule, de toujours appliquer légèrement des noms aux nouveautés contraires à ce qu’elles présentent ; n’y ayant rien de moins statique que ce que l’air fait voyager aussi vaguement que lui mesme.
- Je ne vous sollicite point.de protéger la personne du citoyen Scott, mais d’assurer le succès de ses vues, si vous jugez, ainsi que moi, de leur utilité désirable.
- Ah ! que vous fériés, citoyen, une chose digne de votre sagesse, si vous vous opposiés à ce qu’un homme à cheval cherche à prostituer, avec un grand danger, la découverte des nacelles aériennes, pour amuser stupidement les oisifs de cette cité! Qu’un accident arrive à l’écuyer, ou au cheval, ou à tous deux, ainsi qu’à ceux que leur chute peut écrazer, l’horreur universelle éloignera de cinquante ans ce que l’on projette aujourd’hui : la navigation aérienne. Nul capitaliste ne voudra joindre ses fonds au génie de son inventeur, et les nations rivales diront, nous regardant avec mépris: Ils ne savent qu’abuser de tout ce qu’on imagine chez eux !
- Le seul homme, Ministre, qui ne soit point un char-
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- latan de folles expériences, est le citoyen Scott, ancien officier estimé, qui vous remet un fort mémoire sur son utile découverte.
- Je vous salue, vous honore et vous aime,
- Caron Beaumarchais. Boulevard Antoine, n° 1.
- Le projet du baron Scott, capitaine de dragons, a été publié en 1789, dans une brochure devenue rare, et qui est intitulée Aérostat dirigeable à volonté. Cette brochure est accompagnée de deux grandes planches en taille-douce, fort bien exécutées.
- La description du système de Scott, quoique souvent un peu confuse, est cependant rationnelle à certains points de vue théoriques. Il donne a son navire aérien la forme d’un poisson; l’aérostat est muni de deux poches à air,sortes de vessies natatoires (poches à air du général Meusnier)1. L’inventeur admet qu’en comprimant l’air dans la poche d’avant ou d’arrière, on peut incliner le navire aérien dans un sens ou dans l’autre et lui donner ce qu’il appelle la position ascendante (figure ci-dessous), ou descendante quand sa pointe d’avant est dirigée contre le sol. La nacelle devait être suspendue dans une cavité
- spéciale réservée à la partie inférieure de l’aérostat et cette nacelle pouvait être à volonté exposée à l’air libre, comme on le voit à droite de notre figure, ou recouverte de toiles, comme on le voit à gauche. Un gouvernail était placé à l’arrière et le système devait en outre être muni de rames de propulsion pour accroître le mouvement de direction pendant la montée ou pendant la descente.
- Quelque intérêt théorique réel que présentât le projet de Scott, il n’y avait pas encore là le principe bien défini de la navigation aérienne. A cette époque d’ailleurs, les moteurs mécaniques, à vapeur, électriques ou autres, faisaient défaut, et la force humaine à laquelle les inventeurs se proposaient toujours d’avoir recours, est absolument insuffisante.
- Les lettres de Beaumarchais au sujet du projet de Scott n’en sont pas moins fort curieuses, remplies d’appréciations originales, et assurément très dignes d’être signalées. Mais elles prouvent encore une fois que le talent littéraire, si grand qu’il soit, ne suffit point pour juger sainement des choses de la science appliquée. U. T.
- Projet de ballon-poisson du baron Scott, en 1789. A droite, vue de l’aérostat lorsqu’il a ses pavois baissés; à gauche, vue de l’aérostat dans sa position ascendante.
- LA TOUR EIFFEL
- Nous avons expliqué, dans un précédent article2, comment s’est effectué le montage de la Tour de 300 mètres jusqu’au deuxième étage, c’est-à-dire jusqu’à environ 115 mètres au-dessus du sol. Depuis cette époque, la construction s’est continuée d’une façon régulière ; elle atteint actuellement la hauteur de 215 mètres. Mais à partir du deuxième étage, le travail a subi des modifications qu’il est intéressant d’indiquer. Nos lecteurs se rappelleront que les quatre grues servant à élever les parties constitutives de la Tour s’appuyaient et s’élevaient successivement sur les chemins de roulement inclinés des ascenseurs.
- A partir du second étage de la Tour, par suite du changement de système des ascenseurs, ces chemins de roulement n’existent plus. D’un autre côté, la section horizontale de la Tour allant constamment en diminuant et les quatre grands pieds se trouvant, à partir du second étage,confondus pour former une seule pyramide quadrangulaire à faces
- 1 Yov. n° 797, du 8 septembre 1888, p. 232
- * Voy. n° 795, du 25 août 1888, p. 199.
- courbes, il n’était plus nécessaire de conserver les quatre grues qui avaient dû fonctionner jusqu’alors ; il suffisait de prévoir le fonctionnement de deux de ces grues seulement, pour assurer la bonne marche du montage.
- Pour servir de supports à ces grues, en remplacement des chemins de roulement des ascenseurs, M. Eiffel utilise les piliers verticaux qu’il établit depuis le second étage jusqu’au sommet de la Tour pour servir définitivement au guidage des ascenseurs du système Edoux qui fonctionneront dans cette partie de l’ouvrage.
- Deux des anciennes grues, modifiées convenablement, de manière à pouvoir maintenant être hissées sur un chemin vertical, sont fixées sur les deux faces opposées du pilier central des ascenseurs, de manière à se faire ainsi réciproquement équilibre; mais comme la surface d’appui que représenterait le pilier par rapport au patin d’appui de la surface des grues, serait beaucoup trop faible si on avait établi le contact direct, on a constitué un jeu de cadres ayant chacun 5 mètres de hauteur et une largeur suffisante pour que sur la bordure verticale de chaque I cadre, on puisse boulonner les patins des grues. Trois
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- Disposition des grues démontage de lu Tour Eiffel à 21 ;i mètres de hauteur. — Décembre 1$8K
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- LA NATURE.
- cadres ainsi superposés jointivement forment un chemin vertical de 9 mètres de hauteur sur lequel la manœuvre des grues à l’aide des vis de relevage peut se produire dans les conditions que nous avons expliquées dans un précédent article1.
- Quand une grue a parcouru ainsi un jeu de cadres de 9 mètres, et qu’il est nécessaire de procéder à son relevage, on dispose un autre jeu de trois cadres au-dessus des premiers; on remonte la grue, et les trois premiers cadres inférieurs, devenus ainsi disponibles, peuvent être reportés pour la marche en avant au-dessus des cadres en service. Notre gravure d’ailleurs montre avec tous ses détails comment cette installation est réalisée. On retrouve l'a toutes les mesures de précaution qui ont été précédemment prises, notamment les vérins de sûreté placés sous le châssis de la grue, de grands cadres horizontaux réunissant les hottes des deux grues l’une à l’autre, de manière qu’en cas de rupture de boulons aucun renversement des grues ne puisse se produire par rotation, la réunion latérale des jeux de cadres opposés par des entretoises de manière à solidariser tout l’ensemble,etc., etc. L’installation est telle que les grues, sans changer d’altitude, peuvent monter tout un panneau.
- Le relevage des grues, pour préparer le montage du panneau suivant, y compris le changement des six cadres correspondants, n’exige que 48 heures, temps assurément fort court si l’on considère qu’il s’agit de déplacer par reprises successives un ensemble d’engins dont le poids total atteint 45 000 kilogrammes.
- Nous avons dit précédemment qu’un relai pour le levage des pièces, actionné par une locomobile de huit chevaux, avait été installé au premier étage de la Tour ; pour le montage de la partie supérieure au deuxième étage, un nouveau relai, au moyen d’une seconde machine à vapeur, a été également installé au deuxième étage, de sorte que les grues de montage dont nous venons de parler, prenaient les pièces sur la plate-forme du deuxième étage pour les lever et les mettre directement en place.
- Un plancher intermédiaire étant disposé à la hauteur de 197 mètres pour servir de changement de cabine pour l’ascenseur qui conduira du deuxième étage au sommet de la Tour, on profite de ce plancher pour y installer actuellement une troisième machine à vapeur actionnant un treuil qui fournira ainsi un troisième relai de levage des pièces.
- Le montage est maintenant combiné de la façon suivante : Un treuil à vapeur installé au premier étage opère le levage des pièces depuis le sol jusqu’à cet étage ; un deuxième treuil à vapeur, installé au second étage, reprend les pièces du premier étage, et les élève jusqu’au deuxième ; enfin un troisième treuil à vapeur, installé sur le plancher intermédiaire, à 197 mètres au-dessus du sol, prend les pièces au second étage, et les élève jusque sur ce
- 1 Yov n° 754, du 12 novembre 1887, p. 375.
- plancher intermédiaire; c’est là que les pièces seront élevées directement par les grues de montage supérieures, pour être mises enfin à la place qu’elles doivent définitivement occuper dans la construction.
- Au-dessus du deuxième étage un escalier hélicoïdal vertical règne sur toute la hauteur de la Tour; il s’élève au fur et à mesure de la construction.
- En même temps que le montage s’est avancé du deuxième étage jusqu’à la hauteur de 215 mètres, divers travaux ont été effectués dans les parties inférieures de la Tour. La mise en place des arcades des galeries du premier étage est maintenant terminée; les travaux de couverture et de décoration de ces galeries ont été menés sans cesse avec activité, les soubassements en maçonnerie des quatre piliers de la Tour sont en voie d’achèvement, les chambres des chaudières et des machines motrices des ascenseurs sont en construction à la pile 5. Ajoutons enfin que la peinture définitive de la Tour suit les travaux de montage. Quant aux ascenseurs, leur installation va en être commencée d’ici très peu de jours. Nous en parlerons prochainement.
- — A suivre. — GASTON TlSSAXDIKR.
- LA SOUDE A L’AMMONIAQUE
- HOMMAGE AUX INVENTEURS
- Nos lecteurs savent quelle est l’importance de la fabrication de la soude artificielle, et quelles sont les énormes quantités que l’industrie en consomme : la verrerie, la savonnerie, l’outremer, l’amidon, les matières colorantes, etc., n’existeraient pas sans ce merveilleux produit que la science de Nicolas Leblanc a d’abord permis de produire.
- Après le procédé Leblanc, une grande invention a été faite il y a vingt-cinq ans, par E. Solvay : c’est celle de la soude à l’ammoniaque. La réaction qui produit la soude par ce procédé peut s’écrire :
- NaCl + AmHCo3 = AmCl -t-jCaHCo3.
- En d’autres termes, le bicarbonate d’ammoniaque agissant sur le chlorure de sodium, il se précipite du bicarbonate de soude et il reste du chlorure ammonique en dissolution.
- Le bicarbonate de soude, calciné, restitue un équivalent d’acide carbonique et donne le carbonate de soude. Le chlorure ammonique distillé avec de la chaux, reforme de l’ammoniaque qui rentre dans le cycle et du chlorure de calcium qui constitue le résidu final. Un four à chaux fabriquant la chaux nécessaire donne en même temps l’acide carbonique voulu pour amener l’ammoniaque à l’état de bicarbonate.
- Cette suite d’opérations peut être réalisée dans les appareils les plus divers. Généralement on prépare d’abord une saumure qui est rendue ammoniacale, et dans celle-ci, on injecte l’acide carbonique jusqu’à précipitation complète.
- Dans le procédé Solvay cette carbonatation se fait au milieu de hautes colonnes en fonte divisées en un grand nombre de compartiments, par des fonds et de faux fonds, mais sans tuyaux de communication. On a attribué une grande partie du succès de ce procédé à l’emploi de la colonne Solvay.
- Ce n’est, du reste, pas le seul appareil ingénieux dû à inventeur. Doué d’un sens très perspicace des condi-
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- tions de la chimie industrielle, il entra, il y a vingt-cinq ans déjà, dans la voie de la méthodicité et de la continuité des opérations. Aujourd’hui ces notions sont courantes, mais, à cette époque, c’était une sorte de prescience qui décida du succès là où d’autres avaient échoué. Il faut dire aussi que M. E. Solvay y dépensa une somme d’énergie, de travail et de persévérance dignes des plus grands éloges. En 1808, la production de la première usine était seulement de 500 tonnes. I)ix ans plus tard, on fabriquait 29 000 tonnes et aujourd’hui 350 000 tonnes par le procédé Solvay seul, soit plus de la moitié de la consommation de soude du monde entier.
- Cette production est jetée sur le marché par dix usines créées dans tous les pays, mais dont la plus importante et la plus belle est en France, près de Nancy, à Dombasle.
- Les sociétés qui exploitent les procédés Solvay sont assurément des plus prospères et des plus puissantes, mais ce n’est pas le succès financier que nous voulons saluer ici : c’est le triomphe de l’art du chimiste joint à celui de l’ingénieur, lorsqu’ils sont servis par une énergique persévérance, des vues élevées et une prévoyance à longue échéance.
- Si nous rappelons aujourd’hui les faits qui précèdent, c’est que l’industrie de la soude à l’ammoniaque vient de fêter ses noces d’argent. Il y a, en effet, à la fin de ce mois, vingt-cinq années que l’on mettait en marche à Couillet, en Belgique, la première usine durable fonctionnant par ce procédé qui a révolutionné la grande industrie chimique. Les employés de la Société Solvay et des sociétés affiliées, unis dans ,une pensée commune, ont voulu fêter cet anniversaire en offrant à leurs chefs MM. Solvay frères, comme témoignage de gratitude et de dévouement, une médaille reproduisant leurs traits.
- Certes, il y avait eu, en Angleterre d’abord, en France ensuite, d’honorables tentatives industrielles pour appliquer la curieuse et importante réaction chimique que nous avons rappelée, mais aucune d’elles n’avait reçu la consécration du succès pratique.
- Tout le monde sait aujourd’hui que c’est à MM. Solvay que l’on doit l’énorme développement qu’a pris la fabrication de la soude à l’ammoniaque à côté et un peu aux détriments de la soude Leblanc. Aussi est-ce avec justice que la médaille qui leur a été offerte à l’occasion de leurs vingt-cinq années de direction et de gérance porte en exergue : Aux créateurs du procédé Solvay, fondateurs de l’industrie de la soude à l’ammoniaque.
- X..., ingénieur.
- L’IMPOT SUR LES CHIENS
- Les chiens, en France, ne rapportent pas moins de 8 000 000 de francs à l’État, par an.
- En 1885, dernière année que l’on puisse consulter en ce qui touche la statistique, les rapports étant toujours tardivement publiés, le total des chiens imposés était de 2 690 209, dont 688407 de la première catégorie (chiens d’agrément ou servant à la chasse) et 2 001 802 de la seconde (chiens de garde, y compris ceux qui servent à guider les aveugles, à garder les troupeaux, maisons, etc.).
- Parmi les départements où la taxe a donné le produit le plus élevé, il faut citer le Nord, qui comptait 159 579 chiens dont 21 206 de première et 98 373 de seconde catégorie : le rendement a été de 376 756 francs. Il y a moins de chiens dans le département de la Seine (115 403), l’impôt a cependant donné cette année-là un produit de 814 376 francs. Il y avait 64 439 chiens de la première
- catégorie et 50 964 de la seconde. Venaient ensuite Seine-et-Oise qui, avec 55 309 chiens, a donné 508 970 fr. ; la Seine-Inférieure qui, avec 61029 chiens, a donné 262186 francs; la Somme qui, avec 53214 chiens, a donné 221 106 francs; le Pas-de-Calais qui, avec 78 655 chiens, a produit 218 518 francs.
- Là où les rendements ont été les moindres, c'est en Corse où, avec 7522 chiens, il n’y a eu qu’un produit de 9295 francs; le territoire de Belfort, avec 4151 chiens, adonné 10207 francs; la Lozère, avec 8473 chiens, a produit 10 748 francs ; les Hautes-Alpes, avec 8253 chiens, ont produit 11 888 francs.
- Voici, du reste, un tableau contenant le produit total
- de cette taxe, pour l’ensemble du pays, de 1871 à 1885
- 1871. . 5 586 401 fr. 1879. . 7 338 578 fr.
- 1872. . 5 808 445 1880. . 7 219 774
- 1875. . 6 150 870 1881. . 7 169577
- 1874. . 6 587 855 1882. . 7 281 578
- 1875. . 6 791 861 1885. . 7 416129
- 1876. . 7 065 454 1884. . 7 635 227
- 1877. . 7 275 519 1885. . 7 229 519
- 1878. . 7 275 191
- Les 8 millions, chiffre respectable auquel sont arrivées les années 1887 et 1888, devraient plaider en faveur des pauvres contribuables à quatre pattes, qui, pour la moindre faute, ont en perspective la Fourrière ou la vivisection. Cet impôt, qui chez nous remonte à l’année 1855, est beaucoup plus ancien en Angleterre : il existe dans ce pays depuis 1796. Après avoir beaucoup varié, il est aujourd’hui de 7 schellings 6 pence (9 fr. 50) pour tous chiens sans exception. Toutefois, cet impôt rend moins qu’en France : en 1880, il n’a donné, pour l’Angleterre et l’Ecosse, que 571 774 livres. Du reste, en 1879, on ne comptait, dans ce pays, que 106 800 chiens1.
- LES PROGRÈS DE LA TÉLÉGRAPHIE
- SOUS-MARINE
- La Pacific Tclegraph C° a provoqué il y a quelques semaines une réunion de maisons commerciales et financières pour favoriser son projet de pose d’un cable sous-marin entre le Eanada (Vancouver) et l’Australie. Ce projet a été très favorablement accueilli. Le câble projeté passerait par Hawaii, File Fanning, Samoa, Fiji et la Nouvelle-Zélande. Les promoteurs demandent aux gouvernements britanniques du Canada et des colonies australiennes une garantie (pas une subvention) de trafic pouvant atteindre, dans une proportion déterminée, une somme maxima de 1 875 000 fr. par an, pendant vingt-cinq années.
- Les différents gouvernements payeront, pour la transmission des dépêches, au taux du tarif courant, lequel ne dépassera jamais 5 francs par mot (le tarif actuel de la Eastern Extension Australasia and China Telcgraph C° est de 12 fr. 10 c. par mot). Cette ligne présenterait, au point de vue stratégique, de grands avantages pour le gouvernement britannique. Les communications télégraphiques sous-marines entre l’Angleterre et l’Australie datent de 1871 ; le gouvernement colonial australien a accordé, en 1880, à la Eastern Extension, etc. C°, une subvention de 810 000 fr. par an pendant vingt ans, pour doubler le câble, qui jusqu’alors était unique. Depuis le doublement du câble, le total des interruptions s’est élevé
- 1 D’après Le Chenil et l'Éleveur.
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- LA NAT LH K.
- à quarante et un jours, soit moins de cinq jours par année en moyenne. La compagnie Eastern doit poser, incessamment, un troisième câble entre Java et l’Australie; d’après elle, le câble proposé pour la compagnie Pacific courrait de grands risques, les fonds, dans le voisinage de l’île Fiji, étant de corail et atteignant des profondeurs dépassant 8km. La compagnie Pacific, de son côté, maintient que les fonds sont de boues, et que la profondeur est précisément une garantie d’immunité en cas de guerre.
- L’échange actuel de dépêches entre les gouvernements impérial britannique et colonial australien représente une valeur annuelle de 400 000 fr.
- PANTOGRAPHE ÉCONOMIQUE
- Tout le monde connaît l’instrument composé de quatre règles articulées et qui sert à copier les des-
- sins en changeant l’échelle à laquelle ils sont. C’est pour remplacer cet appareil, qu’on n’a pas toujours sous la main, que M. Elie Reuille a imaginé la disposition que représente notre dessin. Elle comprend un caoutchouc d’environ 15 à 20 centimètres de long et un anneau plat en tôle mince ou en fer-blanc. Trois œillets sont placés en triangle sur cet anneau et une épingle est soudée sur le bord de façon à ce que sa pointe occupe le centre. Le caoutchouc est passé dans les trois œillets, et à chacune de ses extrémités on a fait un nœud en forme de boucle.
- Pour faire la copie d’un dessin en l’agrandissant on passe une épingle dans la boucle de l’une des extrémités et un crayon dans celle de l’autre bout. On prend l’épingle de la main gauche et le crayon de
- Pantographe de M. E. Ileuille.
- la main droite, on tend légèrement le caoutchouc et on place la pointe de l’épingle indicatrice soudée à l’anneau, vis-à-vis la partie extrême gauche du dessin à copier.
- On enfonce alors dans la table l’épingle qu’on tient de la main gauche. Il ne reste plus qu’à appuyer légèrement avec le crayon sur la feuille de papier tout en faisant suivre tous les contours du dessin par la pointe indicatrice qui est au centre de l’anneau1: On comprend facilement que l’agrandissement varie avec la position de l’anneau sur le caoutchouc : plus il sera près de la main gauche, plus le dessin sera agrandi; on détermine sa place avant de commencer l’opération en tirant simple-
- 1 Sur notre gravure c’est par erreur qua le dessinateur a représenté la main gauche sur l’anneau ; elle ne doit servir qu’a maintenir le papier. Le caoutchouc doit être en ligne droite depuis l’épingle jusqu’au crayon
- ment sur le caoutchouc, les œillets sont assez larges pour permettre le déplacement.
- Si on voulait au contraire faire le dessin à une échelle plus petite que celle à laquelle il se trouve, cela ne serait pas impossible, quoique cependant nous devons avouer que c’est moins pratique que l’agrandissement. Il faudrait pour cela prendre un bout de crayon très tendre et le fixer à l’épingle indicatrice; puis suivre le dessin à reproduire avec une pointe sèche passée dans la boucle de droite. Pour que le crayon appuie assez sur le papier pour laisser une trace, on fait faire trois ou quatre tours sur lui-même à l’anneau de façon à tordre légèrement le caoutchouc. Le pantographe ainsi constitué se trouve réduit à sa plus simple expression comme poids, comme volume et comme prix et il peut rendre néanmoins bien des services. (4. M.
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- LÀ NATUUE.
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- UN POISSON MARCHEUR
- Les Poissons, comme chacun le sait, ont leurs membres adaptés pour la natation, de telle sorte qu'ils présentent des dispositions très défavorables pour tout autre mode de locomotion. Pourtant, on observe quelques exceptions des plus intéressantes; certains types se trouvent forcés, soit par les circonstances ambiantes, soit pour la recherche de leur nourriture, à sortir de l’eau pour un temps plus ou moins long : le Poisson volant est ainsi adapté à la fois au vol et à la nage: il en est d’autres qui sont franchement marcheurs. Je citerai le Malthe, poisson
- du Brésil, qui atteint à coup sur le plus haut degré de différenciation dans ce sens. J’en ai eu un exemplaire entre les mains, provenant de Baliia, et j’en profite pour attirer l’attention sur les particularités les plus curieuses qu’il présente. La figure 1 le représente vu du côté ventral ou antérieur; la figure 2, de profil, réduit environ au tiers.
- C’est un poisson qui ne peut pas nager, il est forcé par son organisation même de marcher ou peut-être de sautiller à la manière des Crapauds, dont il a vaguement la forme extérieure. La tête,fort grosse, porte à sa partie antérieure une épine osseuse, à la base de laquelle se trouvent les ouvertures nasales; les orifices branchiaux sont de petits trous placés tout
- Poisson marcheur. Mallhe vespertilio, de Baliia..Vu en dessous, pour montrer la surface ventrale; et de profil, marchant au fond de l’eau.
- à lait à la face dorsale, comme chez les Callionymes, de sorte que l’eau peut séjourner longtemps dans les chambres branchiales, circonstance très favorable pour des espèces aussi fréquemment éloignées de l’eau. Tout le corps, sauf la paroi ventrale et la queue, est revêtu de plaques osseuses, formant une espèce de cuirasse très ornée. Après les membres postérieurs, le corps se rétrécit beaucoup, de façon à figurer une queue terminée par une épaisse nageoire charnue ; sur la crête dorsale se voient trois ou quatre petits piquants, restes de la nageoire dorsale.
- Mais les membres présentent des dispositions véritablement intéressantes; les antérieurs (nageoires pectorales) assez petits, situés sous le ventre, ont
- vraiment la forme de petites pattes, minces, terminées par une portion élargie, charnue, pas du tout palmée; voilà déjà des nageoires'bien modifiées; elles ne peuvent plus battre l’eau, et ne doivent exécuter que des mouvements de translation d’arrière en avant. Mais les membres postérieurs (nageoires ventrales) sont encore bien plus transformés ; ils se détachent latéralement pour se porter d’abord en bas, puis se recourbent en haut et en dehors en formant une articulation véritable; ils se terminent par une palette large et charnue. Nous sommes là bien loin des mêmes nageoires chez les autres poissons ; il y a constitution d’un membre véritable, qui ne peut naturellement pas servir à la nage, mais seulement à la marche, à la manière des pattes postérieures des
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- LA NATURE.
- Crapauds, qui ne mettent guère en mouvement que le pied et la jambe, la cuisse restant collée au corps ou à peu près immobile.
- Enfin, une particularité qui montre bien que l’animal est destiné à ramper, c’est la forme de la nageoire anale, qui au lieu d’être saillante et aplatie latéralement, est ici collée contre la queue et aplatie de haut en bas, de manière à figurer une petite lame allongée et concave; c’est, je crois, un des rares exemples de l’adaptation de la nageoire anale.
- On voit bien que toutes les dispositions concourent au même but ; à préparer des membres primitivement adaptés à la nage à une fonction très différente; la différenciation n’atteint pas un très haut degré, mais elle est nettement indiquée. Il serait fort intéressant d’examiner ces pattes au point de vue ostéologique ; peut-être ajouterait-on un fait nouveau à cette question si discutée de l’homologie des membres de poissons à ceux des vertébrés plus supérieurs. L. Cuéxot,
- Docteur es sciences naturelles.
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- NÉCROLOGIE
- J.-F. Coignet. — Le nom de l’ingénieur Coignet, que la mort a enlevé à la science il y a déjà quelques semaines, est intimement lié à quelques-unes des plus intéressantes inventions ou des perfectionnements les plus ingénieux de ces quarante dernières années, dans le domaine de l’industrie. C’est à F. Coignet que l’on doit le procédé, actuellement encore en usage, pour la transformation du phosphore blanc en phosphore rouge amorphe : la première usine d’allumettes dites « de sûreté », construite en France, fut installée par lui. Les améliorations apportées par cet ingénieur à la fabrication des colles et gélatines ont eu une influence marquée sur le développement de cette industrie sur notre sol. Grâce à ses procédés de fabrication, nous pouvons lutter avec avantage, aujourd’hui, sur ce terrain spécial, contre la concurrence étrangère. Enfin, dans une branche de l’industrie qui touche de plus près au bâtiment, M. Coignet est l’inventeur du procédé de fabrication du ciment à prise lente, comme il est également celui des bétons agglomérés qui portent encore son nom et qui sont d’une application si courante en construction. L’invention des bétons agglomérés Coignet date de 1855. Parmi les travaux les plus importants que leur inventeur ait exécutés avec ces matériaux, nous pouvons citer les ponts-supports de la Vanne et le phare de Port-Saïd. François Coignet ne limitait pas scs recherches seulement à la solution des problèmes de l’industrie : les études économiques et sociales ont eu leur large part dans cette vie toute de travail.
- Lucien Ciaulard. — L’initiateur des distributions d’énergie à grande distance par l’emploi des courants alternatifs et des transformateurs, est mort récemment, dans la force de l’àge, à trente-huit ans.
- « Esprit particulièrement entreprenant, dit un de ses biographes, hardi jusqu’à la témérité, Gaulard était surtout séduit par les problèmes difficiles, dont l’étude pratique n’allait pas sans quelque danger. C’est ainsi qu’après avoir consacré de nombreuses années à la fabrication des composés explosifs, et construit une pile thermo-élec-
- trique qui figura à l’Exposition internationale d’électricité de 1881, il fit, en 1882, la première application pratique des transformateurs à la distribution de l’énergie électrique. C’est à Lucien Gaulard que revient le mérite d’avoir mis en relief toute l’importance industrielle de ces appareils auxquels il avait donné le nom de générateurs secondaires, et démontré expérimentalement que leur rendement pouvait atteindre et dépasser 90 pour 100. » Se croyant spolié dans ses découvertes, Gaulard perdit la raison, et c’est à l’hôpital Sainte-Anne qu’il finit malheureusement une existence si remplie d’espérances et d’avenir.
- Henri Cammas. — Le 26 décembre dernier s’éloignait, à l’àge de soixante-quinze ans, un homme de bien dans toute l’acception du mot, M. Henri Cammas qui exécuta jadis dans la Ilaute-Égypte une expédition restée célèbre. En 1859, M. Henri Cammas entreprit avec sa digne femme de remonter le Nil jusqu’à la troisième cataracte. Il consacra une somme considérable à organiser une expédition pour laquelle il fut entouré de la haute bienveillance du vice-roi d’Égypte Saïd-Pacha. Il fit le voyage dans une claabie, grande barque du Nil, équipée à ses frais, et visita les merveilles de l’Égypte, exécutant de nombreuses photographies qui offraient alors des difficultés considérables. M. Cammas employa le procédé Baldus au papier ciré. 11 fallait parfois poser pendant plus d’une heure. Le persévérant voyageur, assisté d’aides intelligents, rapporta de son voyage quatre-vingts clichés de dimensions inusitées, 0m,70 sur 0m,50 et plus de cent de dimensions moindres; ces clichés peuvent être cités encore aujourd’hui parmi les plus beaux qui aient été obtenus sur les antiques monuments de l’Égypte. A son retour, il publia en collaboration avec M. II. Lefebvre, le récit de sa belle expédition, sous le titre la Vallée du Nil. Mme Cammas, qui était une femme d’une haute distinction, fille d’un des plus brillants officiers du premier empire, le général Chatry de là Fosse, avait accompagné son mari dans ce long voyage; au succès duquel elle avait puissamment contribué par son énergie. — Henri Cammas garda pendant toute sa vie une prédilection pour l’Égvpte, mais son intelligence essentiellement artistique, était ouverte à tous les progrès. 11 brillait surtout par les plus exquises qualités du cœur et il passa sa vie entière, on peut le dire, à prodiguer les ressources de sa fortune comme les trésors de son amitié. U’une inépuisable bonté, d’une bienveillance sans bornes,__ d’une gaieté inaltérable, d’un esprit charmant, Henri Cammas a été pleuré comme un père, par tous scs amis.
- <> G‘ T'
- CHRONIQUE
- La journée de M. Clicvreul. — L’illustre doyen des étudiants de France qui a eu cent deux ans le 51 août 1888, vient devoir s’ouvrir l’année 1889. Puisse-t-il continuer à vivre longtemps dans l’admiration de ses disciples et de ses amis. On a dans ces derniers temps raconté bien des faits erronés sur l’état de santé de notre grand savant et sur sa vie quotidienne. Nous allons aujourd’hui renseigner nos lecteurs d’une façon tout à fait exacte sur le mode d’existence du célèbre centenaire. M. Chevreul se réveille le matin à cinq heures. On lui sert, quelques minutes après, une bonne soupe chaude qu’il mange avec appétit. Resté dans son lit, il parcourt des journaux et reçoit ensuite quelques visites, notamment
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- LA NAT U H E.
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- celle de son préparateur M. Arnaud, aide-naturaliste au Muséum. A onze heures, M. Chevreul, toujours au lit, fait un déjeuner copieux, potage, viande et café au lait avec force pain et beurre. A une heure, il se lève, fait sa toilette; il est prêt à sortir à deux heures. C’est en voiture qu’il fait ses courses. Conduit par son fidèle cocher Joseph qui est à son service depuis vingt ans, il se fait promener parfois au parc Monceau, mais son excursion de prédilection est celle de la Tour Eiffel. « C’est merveilleux, dit l’érriinent savant, en voyant pousser le monument de fer, c’est la huitième merveille du monde. » Rentré à cinq heures, M. Chevreul prend une tasse de lait, puis il se couche. Il dîne dans son lit à sept heures et mange avec appétit, ne buvant toujours que de l’eau. Après le dîner, le vénérable centenaire s’endort d’un profond sommeil. Et quand le lendemain M. Arnaud ne manque pas de lui demander s’il a passé une bonne nuit : « Je n’ai jamais mal dormi, » dit le vénérable maître. — Telle est la journée de M. Chevreul. Il vit actuellement avec son fils, entouré des soins dévoués et intelligents d’une vieille gouvernante, la fidèle Denise, qui est à son service depuis cinquante ans.
- Aérostats militaires. — Des essais de ballons captifs militaires, construits par M. Gabriel Von pour le compte du gouvernement espagnol, ont eu lieu dans les ateliers de construction aéronautique du Champ de Mars (rue Desaix) du 21 au 25 décembre 1888. Les ascensions ont été exécutées devant une nombreuse assistance parmi laquelle on remarquait M. l’amiral Mouchez, directeur de l’Observatoire, plusieurs officiers français et étrangers, et des représentants de la [presse. Tout le matériel nécessaire à la fabrication du gaz hydrogène, au gonflement et à la manœuvre aérienne du ballon tient dans deux chariots, qui pèsent environ 2000 kilogrammes chacun, et peuvent se déplacer avec la plus grande facilité. Nos lecteurs en ont eu déjà la description. En moins de trois heures l'aérostat, de plus de 600 mètres cubes, a été gonflé au gaz hydrogène et lancé, emportant à chaque ascension trois ou quatre voyageurs. La construction des parcs aérostatiques de cette nature fait le plus (grand honneur à l’industrie française, qui a déjà fourni le (matériel des ballons captifs fonctionnant en Russie, en Italie, en Espagne, en Hollande, en Belgique, en Chine et dans la République Argentine. Les expériences ont été terminées par un voyage aérien en ballon libre.
- La pendule de la reine Victoria. — La reine Victoria possède une pendule astronomique d’une grande dimension et qui a été faite par Jacob Mayr Yunger (d’Augsbourg), au dix-septième siècle. La main-d’œuvre en est très soignée. La caisse est plaquée d’écaille, incrustée de banderoles et autres motifs en argent. Sur chaque partie latérale se voit un obélisque en demi-relief, orné de masques et de parchemins enroulés, et surmonté d’un aigle. Cette pendule, de forme carrée, se dresse sur un piédestal quadrangulaire, dont les côtés se cintrent légèrement. Quatre colonnes torses en verre de Venise, ressemblant comme couleur à l’améthyste, soutiennent le sommet. Un cadran se trouve sur chacune des quatre faces. Celui de devant est muni d’une plaque tournante, en argent, sur laquelle on voit un calendrier où figurent tous les jours de l’année. Il est accompagné de deux autres cadrans, dont l’un indique les heures, tandis que l’autre porte les signes du zodiaque. Le balancier, d’un dessin original, représente l’image allégorique du Temps, et au dos se trouvent encore d’autres cadrans
- astronomiques. Le fronton est très élaboré. Un y voit deux personnages (en argent) assis sous une sorte de petit temple dont la toiture repose sur deux colonnes torses en verre, imitant le rubis, et auprès desquelles sont placés deux vases qui leur ressemblent comme couleur. Deux niches contiennent des figurines. Enfin, au sommet, s’élève une statue dorée qui représente Allas courbé sous le poids du monde. La hauteur totale de cette curieuse pendule est de 5 pieds (anglais) et 10 pouces et demi.
- Sables sonores. — Le Dr Julien et le professeur Rolton ont présenté à l’Académie des sciences de New-York le résultat de leurs recherches sur les sables sonores. Des faits recueillis dans toutes les parties du monde ont été réunis par eux. Il résulte de leurs observations que tous les sables sonores sont purs : ils ne contiennent ni poussière ni vase ; que le diamètre des grains anguleux ou arrondis varie de 0mm,5 à 0mœ,5 et que la matière dont ils sont formés peut être indifféremment siliceuse, calcaireuse, etc., pourvu que sa pesanteur spécifique ne soit pas considérable. Lorsque ces sables ont été mouillés par la pluie ou par la marée montante et que l’humidité dont ils se sont ainsi imprégnés s’est évaporée, il se forme à la surface de chaque grain une enveloppe ou pellicule d’air condensé qui remplit le rôle d’un coussin élastique et permet au sable de vibrer quand on le remue. Dans les sables mêlés de poussière ou de vase, les petites particules de celles-ci empêchent la formation d’un coussin d’air uniforme et par conséquent empêchent leur sonorité. Si cette théorie est juste, les sables sonores doivent cesser de l’être lorsque l’enveloppe d’air disparaît. Selon MM. Julien et Bolton, le chauffement, le frottement et le secouement tuent le sable, toutes ces opérations tendant à détruire l’enveloppe d’air condensé sur les surfaces. D’autre part, on a trouvé des sables sonores dons des endroits qui n’avaient pas été remués depuis des années; ils avaient conservé leur sonorité, mais, après avoir été remués, ils la perdirent de nouveau. Le but que poursuivent actuellement les deux observateurs est de parvenir à composer artificiellement un sable sonore.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du lundi 51 décembre 1888.
- En raison des congés du premier jour de l’an, les ateliers de l’Imprimerie Générale ont été fermés le 1er et le 2 janvier 1889; notre livraison a dû être tirée à l’avance, ce qui a rendu impossible l’insertion du compte rendu de la séance hebdomadaire de l’Académie des sciences. Ce compte rendu sera publié la semaine prochaine en même temps que celui de la séance du 7 janvier.
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- PHYSIQUE AMUSANTE
- iSPUIÏRIÏE
- On exhibe depuis quelques mois, dans les fêtes foraines et dans quelques établissements publics parisiens, une variante des spectres de Robin qui offre une illusion d’optique des plus remarquables et au sujet de laquelle un certain nombre de nos lecteurs nous ont demandé des explications.
- Voici en quoi consiste cette expérience qui est pré-
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- LA NATURE.
- sentée sous le nom A'Amphitrite. Quand la représentation va commencer, la toile d’une petite scène se lève. On aperçoit, taillée dans un écran, une ouverture circulaire tendue de mousseline transparente. Derrière cette mousseline, à 2 mètres environ, un décor figure le ciel avec des nuages ; au bas, une toile de premier plan représente la mer.
- « Amphitrite, apparaissez ! » s’écrie la personne chargée de la représentation.
- Aussitôt une femme en costume de nymphe d’opéra, sort de l’onde, elle s’élève au-dessus des eaux sans que rien de visible ne la retienne dans l’espace; elle se trouve complètement isolée dans l’espace, elle tourne sur elle-même, décrivant parfois une circonférence comme l’extrémité de l’aiguille d’une montre; elle agite gracieusement les bras et les jambes, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre (fig. 1); puis, quand la représentation est terminée, elle se tient droite dans la position du nageur qui va piquer une tête et elle plonge derrière le rideau bas qui figure l’Océan.
- Voici comment on pourrait réaliser l’expérience que nous venons de décrire : pour ne pas commettre d’erreur dans notre explication, nous l’avons soumise à une vérification expérimentale. Amphitr'ite est une image, un spectre analogue aux spectres de Galathée1 ou de ceux antérieurs de Robin. Ceci posé, si nous admettons qu’une glace sans
- 1 Galathée ou les Métempsycoses. — Voy. n° 754, du l‘2 novembre 1887, p. 38t.
- tain MM (fig. 2) soit inclinée à 45° sur la scène, un personnage vêtu de couleurs claires couché horizontalement sur un fond noir au-dessous de la scène et
- bien éclairé, aura son image redres-séeverticalement, derrière la glace ; cette image se formera devant la toile de fond T T’, que l’on apercevra d’autre part par transparence. Si Amphitrite est étendue sur un plateau PP’, elle pourra évoluer, tourner sur elle-même ; si pendant ce temps, le plateau, mobile autour d’un axeA, est animé d’un mouvement de rotation circulaire, l’image d’Amphi-trite tournera dans tous les sens. Enfin pour faire apparaître ou disparaître Amphitrite, il suffira de faire glisser le plateau sur des rails, en l’amenant devant la glace, ou en le retirant en arrière. Amphitrite doit être placée sur un
- fond absolument noir ; son costume est de couleur claire avec paillettes métalliques, et une forte lumière électrique l’éclaire énergiquement. En avant de la scène, la mousseline tendue est destinée k arrêter des boulettes de papier mâché que de mauvais plaisants pourraient jeter contre la glace MM’ et qui s’y collant, expliqueraient une partie du mystère. Il peut y avoir assurément d’autres dispositions pour exécuter l’expérience: nous n’avons d’autres prétentions que de donner une explication qui permettrait de réaliser tout au moins une représentation analogue sinon identique.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieh. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
- Fig. t. — Schéma d’une disposition permettant de réaliser l’expérience spectrale d’Amphitrite.
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- N° 815. — 12 JANVIER 1889.
- LA NATURE.
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- LES COSAQUES DU KOLBÂN
- AU JARDIN D’ACCLIMATATION DE PARIS
- Pendant la dernière semaine de décembre, le Jardin d’Acclimatation a donné l’hospitalité' à un déta-
- chement de Cosaques du Caucase qui, venus à Paris sous le commandement de deux jeunes propriétaires dans le district du Kouban, ont vivement excité l’intérêt et la curiosité des visiteurs.
- Ces Cosaques, vêtus d’une longue casaque cireas-sienne, ont la poitrine ornée d’étuis à cartouche en
- Exercices équestres des Cosaques circassiens au Jardin d’AccIimatation de Paris. (Dessins d’après nature.)
- métal argenté, ils sont coiffés d’un kalpak de peau d’agneau ; leur chaussure consiste en bottes de cuir très souple.
- Il serait bien difficile, d’après l’avis de personnes compétentes, de parler de ces hommes au point de vue anthropologique, car ils paraissent de sang très 17* année. — 1M semestre.
- mêlé. Il y a parmi eux de vrais Russes, d’autres offrent des visages de Kalmoucks ou d’Arabes. On sait d’ailleurs que la race cosaque n’existe pas en réalité. Jusqu’à ces derniers temps, on devenait Cosaque, mais on ne naissait pas Cosaque. Les Cosaques du Caucase, depuis qu’ils ont battu les Cir-
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- LA NATURE
- cassiens, sont devenus de ce lait Gircassiens par leurs femmes, et par leur genre de vie.
- Les Cosaques circassiens que nous avons vus à Paris sont des cavaliers accomplis; ils ont émerveillé les spectateurs par leurs prouesses équestres, dont notre gravure représente les plus remarquables.
- Le dessin central montre un de ces Cosaques, qui, après avoir lancé son cheval au grand galop, ramasse des mouchoirs posés à terre, à quelques mètres de distance les uns des autres. Pour que sa main puisse toucher terre, le cavalier s’accroche par le jarret à l’arçon fort relevé de la selle auquel il se cramponne d’autre part avec la main qui tient les rênes.
- Trois ou quatre mouchoirs étant ainsi posés h terre, les cavaliers cosaques les touchaient tous de la main, et en ramassaient presque toujours un ou deux. Le public remplaçait les mouchoirs par des pièces de monnaie enveloppées dans du papier blanc, elles étaient recueillies de même.
- Les exercices de tir à la carabine et au pistolet sont très curieux ; le cavalier cosaque fait coucher son cheval à terre, et tire à l’abri du corps de sa monture. Quand il manie le sabre à courte lame et le pistolet, il a l’habitude de se tenir debout sur son cheval, les deux pieds fixés au-dessus des étriers dans les étrivières, comme le montrent les deux dessins à la partie inférieure de notre planche.
- Les Cosaques du Caucase manient le lasso avec une grande dextérité, ils attrapent ainsi les chevaux en liberté; et, pendant la guerre, ils se servent de cet engin pour faire des prisonniers. Ils excellent aussi k exécuter un exercice de gymnastique équestre fort remarquable, et qui consiste à se tenir, la tête en bas, et les jambes en l’air, l’épaule appuyée sur l’arçon de la selle comme l’indique une de nos compositions.
- Le harnachement des chevaux cosaques est tout particulier et facilite les exercices que nous venons de décrire. L’arçon et le troussequin de la selle sont relevés en pointe et facilitent l’appui du jarret ou des pieds dans l’exercice du mouchoir; en outre, de chaque côté de la selle, deux coussins de cuir enserrent la cuisse du cavalier, et facilitent son adhérence. Les étriers ciselés, sont formés de disques plats, sur lesquels le pied trouve une grande surface d’appui. La botte du cavalier circassien est relevée à la pointe et sans talon ; elle ne porte pas d’éperons afin de faciliter la marche, car les Cosaques du Caucase combattent aussi bien en fantassins, qu’en cavaliers, et ils se servent souvent en guerre de leurs chevaux pour se rendre plus rapidement d’un point à un autre. Ils semblent donc réaliser le système de l’infanterie montée, que Napoléon 1er proclamait l’idéal des troupes de l’avenir.
- Les Cosaques circassiens qui se montraient au Jardin d’Acclimatation, étaient pour la plupart de grande taille et bien plantés. Les chevaux, quoique petits, portent facilement ces cavaliers et fournissent sans effort apparent le travail rigoureux qu’on exige d’eux. Ces chevaux, qui ont beaucoup de sang
- oriental, ont tous les caractères qui indiquent la faculté de supporter les grandes fatigues.
- L’exhibition des Cosaques aurait assurément obtenu un succès durable, mais elle a du être subitement interrompue. Gaston Tissandier.
- LE MUSC VÉGÉTAL
- Le musc végétal est produit par l'Hibiscus abelmoschus, de la famille des Malvacées.
- Les graines de cette plante, connues dans le commerce sous le nom de Graines d'Ambretle, sont gris-rougeâtre, résinoides, marquées à leur surface d’une légère rayure régulière qui suit les contours du test. Ces semences pulvérisées rappellent assez l’odeur du musc.
- Avant la Révolution, lorsque la Poudre à la Duchesse était à la mode pour la coiffure, les parfumeurs mêlaient les graines d’Ambrette à l’amidon, qu’ils employaient comme base de leur préparation ; lorsque celui-ci possédait une odeur assez prononcée, on retirait les graines et la poudre était mise en paquet pour la vente.
- Aujourd’hui, elles servent encore dans la parfumerie, mais leur usage est assez restreint; on les emploie aussi pour falsifier le musc véritable. Les graines d’Ambrette entrent dans la préparation de Y Alkermès de Florence, liqueur fabriquée avec la Cannelle, l’Acore odorant, le Girofle et l’écorce intérieure de la noix Muscade. En Italie, cette liqueur se vend à un prix assez élevé.
- Les Égyptiens, qui les premiers firent connaître ces graines en Europe, les mâchent pour exciter l’appétit et se donner une haleine agréable; ils les considèrent aussi comme aphrodisiaques et astringentes.
- L’Ambrette se vend au poids net ; elle est expédiée en Europe en barils ou en sacs pour lesquels on accorde une tare réelle. Ce produit est sujet à des variations de prix considérables, suivant son abondance ou sa rareté sur le marché. Une des maisons les plus importantes de la parfumerie parisienne emploie environ 400 kilogrammes de graines annuellement. Pour leur conserver leur odeur, on doit avoir la précaution d’enfermer les graines dans des vases fermés hermétiquement. Les plus estimées nous viennent de la Martinique ; celles qui nous arrivent d’Asie et d’Égvpte sont plus grosses que celles de l’Inde et des Antilles, leur odeur est plus forte, mais moins agréable1. J. G.
- LA SENSIBILITÉ DE L’ODORAT
- Deux savants expérimentateurs, MM. E. Fischer et F. Penzoldt, ont publié dans les Annalen der Chernie le résultat d’expériences susceptibles d’établir la sensibilité de l’odorat. Ces expériences ont eu principalement pour but d’apprécier les services que ce sens peut rendre en analyse.
- Sur ce sujet, les traités de physiologie mentionnent surtout les recherches faites en 1848 par Yalentin, recherches qui ont porté sur le brome, l’hydrogène sulfuré et l’essence de roses : ^ ^ et de ces diverses substances contenues dans l’air d’une aspiration suffisent pour impressionner le sens en question. MM. Fischer et Penzoldt ont opéré avec des principes connus des chimistes comme possédant une odeur particulièrement forte, le mercaptan et le phénol chloré. Ils pulvérisaient,
- 1 D’après le bulletin de la Société d’Acclimatation.
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- dans une salle de capacité connue, un volume mesuré d’une solution alcoolique titrée de l’une de ces substances, puis agitaient l’air avec un drapeau pendant quelques minutes; des personnes pénétraient ensuite dans la salle pour reconnaître si l’odeur était ou non sensible.
- Avec 2 milligrammes de mercaptan ainsi volatilisés dans 250 mètres cubes d’air, l’odeur était tellement forte qu’on la percevait encore après que les • six portes ou fenêtres avaient été maintenues ouvertes pendant une demi-heure puis refermées ; cependant 2 milligrammes de mercaptan dans 230 mètres cubes d’air représentent 1/115 000 000 de milligramme par centimètre cube d’air ou autrement dit correspondent au mélange de 1 volume de vapeur de mercaptan avec 500 millions de volumes d’air.
- La limite de sensibilité a été atteinte en volatilisant dans le même espace 1/100 de milligramme de mercaptan : l’odeur n’était alors perceptible, mais nettement, que pour les personnes arrivant du dehors. Cette limite correspond à 1/23 000 000 000 de milligramme de mercaptan par centimètre cube d’air, ou à environ 1 volume de vapeur dans 50 milliards de volumes d’air.
- Avec le phénol chloré, la limite est atteinte quand on volatilise 1 milligramme du produit dans l’espace précité ; elle correspond à 1/230 000 000 de milligramme de phénol chloré par centimètre cuhe d’air, ou à environ 1 volume de vapeur dans 1 milliard de volumes d’air.
- Une aspiration respiratoire correspondant à environ 250 centimètres cubes d’air, et les physiologistes admettant que £ de cette quantité seulement se trouve en contact avec l’organe olfactif proprement dit, les auteurs en concluent que les poids des substances précitées contenus dans 50°° d’air suffisent pour intéresser l’odorat soit 1/4 600 000 de milligramme de phénol chloré et 1/604 000 000 de milligramme de mercaptan. Ces chiffres sont de beaucoup inférieurs à ceux admis par Yalentin après expérimentation avec d’autres matières.
- Les auteurs rappellent, à ce propos, que MM. Kirchkoff et Bunsen ont constaté qu’avec le speetroscope, il est possible de constater la présence du chlorure de sodium dans de l’air qui en introduit 1/300 000 de milligramme dans la flamme du brûleur, soit 1 /I 400 000 de milligramme de métal. Ces chiffres représentent une sensibilité 250 fois moindre que celle de l’odorat pour le mercaptan.
- MM. Fischer et Penzoldt terminent en faisant remarquer que les faits précédents peuvent être utilisés dans diverses expériences relatives au mouvement ou à la diffusion des gaz, à la ventilation, etc.
- UN PROCÉDÉ PARADOXAL
- DE LAMINAGE DES TUBES EN ACIER
- SANS SOUDURE
- Au dernier meeting de l'Association britannique pour l'avancement des sciences tenu à Bath au mois de septembre, M. F. Siemens a donné lecture devant la section des sciences mécaniques d’une note des plus curieuses sur un nouveau procédé de production des tubes en acier sans soudure. Ce procédé parait absolument étrange et presque inadmissible au premier abord. 11 s’agit en effet d’un appareil constituant une sorte de laminoir d’un type spécial dans lequel on ferait passer des barres pleines d’un métal
- bien homogène et relativement plastique à chaud comme l’acier doux, et on arriverait à produire un agrandissement de section de la barre pleine entraînant au centre de celle-ci la formation d’un espace vide occupé primitivement par les molécules ainsi reportées vers la circonférence agrandie. La barre pleine se trouverait ainsi transformée en un tube creux par une sorte d’écoulement interne du métal ; cet effet ne laisse pas de présenter certains côtés bien surprenants; car si l’écoulement des corps solides a pu être étudié dans des conditions spéciales de pression, nous ne croyons pas que l’illustre expérimentateur qui en a eu l’idée ait jamais songé à la réaliser dans ces conditions aussi étranges.
- Quoi qu’il en soit, M. F. Siemens a pu mettre sous les yeux de ses auditeurs des échantillons de tubes préparés d’après ce nouveau procédé, dû à M. Man-nesmann de Remscheid (Westphalie). L’autorité qui s’attache au nom du savant physicien anglais ne nous permet pas d’ailleurs de mettre en doute l’im-portanCe des faits signalés dans la communication qu’il a faite ; nous avons donc cru intéresser nos lecteurs en mettant sous leurs yeux la description et la vue de l’appareil, établies d’après l’étude spéciale publiée par l'Engineering, et la communication de M. Siemens* reproduite dans la Revue universelle des usines et de la métallurgie.
- M. Siemens remarque d’abord que, dans un laminoir ordinaire, les barres qui passent entre les cylindres pour recevoir une forme déterminée dans les cannelures sont soumises à un effort d’étirage longitudinal qui leur communique simplement un mouvement d’entraînement normal à l’axe des cylindres eux-mêmes.
- A côté de ceux-ci, on rencontre des laminoirs qu’on pourrait appeler circulaires, et qui servent surtout au dressage et au polissage des pièces. Le laminoir comprend deux ou trois cylindres parallèles, laissant entre eux un vide égal à la section de la barre à passer; celle-ci est engagée dans le sens même de l’axe des cylindres, elle arrive simultanément au contact de chacun d’eux, et elle prend ainsi un mouvement de rotation qui détermine le polissage en amenant successivement chaque point de la barre au contact des cylindres ; il y a alors rotation sans entraînement longitudinal.
- Supposons maintenant que ces deux modes de laminoirs soient combinés dans une certaine mesure, c’est-'a-dire qu’on ait des cylindres dont les axes ne soient plus parallèles, mais légèrement inclinés sous un angle peu ouvert d’ailleurs, la barre est engagée alors dans une direction intermédiaire entre celle des axes de manière à se trouver soumise à la fois aux deux efforts considérés tout à l’heure, efforts de translation et de rotation sur elle-même, elle prendra en un mot un mouvement hélicoïdal, qu’on peut d’ailleurs graduer à volonté en agissant sur les dimensions des cylindres, l’inclinaison des axes, etc.
- Dans la machine Mannesmann, ces éléments sont réglés de manière à assurer à la barre un avance-
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- ment progressif en lui imprimant une torsion régulière et bien uniforme qui donne un bon corroyage du métal; on remarquera d’ailleurs, en examinant la figure 1, que les cylindres présentent un tracé spécial avec une section variable en chaque point de leur longueur : c’est cette disposition qui a pour but d’assurer l’épanouissement de la barre par évidement de l’intérieur. On s’en rendra compte en supposant d’abord les cylindres remplacés par de simples disques sans épaisseur : la barre passant entre ceux-ci prendra un mouvement hélicoïdal avec une vitesse de rotation tangen-tielle égale à celle des disques, mais sans aucun glissement de matière possible. Si on suppose enfin une série de disques de diamètres régulièrement croissants montés sur le même axe et tournant avec une vitesse angulaire égale, les vitesses tangentiel-les iront nécessairement en augmentant de l’un a l’autre, et si la barre est obligée de rester en contact avec ceux-ci sur toute sa longueur, les molécules superficielles entraînées dans le mouvement hélicoïdal s’écouleront pour ainsi dire en avant de la position qu’elles occupaient primitivement. Si h partir d’un certain maximum labar-re rencontre des disques de diamètres régulièrement décroissants, le phénomène inverse se produira déterminant un épanouissement de la barre, les molécules superficielles restant au contact des disques qui les entraînent, et celles du centre s’écoulant par suite vers les bords. La grandeur du vide central ainsi produit augmente évidemment au fur et à mesure l’épanouissement de la barre qui se creuse. Les trois dessins que nous reproduisons (fig. 2) montrent d’après Y Engineering, les états successifs par lesquels passerait la barre. Il se forme d’abord une fente centrale qui s’ouvre ensuite progressivement en s’accompagnant de certaines craquelures; mais celles-ci disparaissent lorsque l’ouverture s’est élargie, et a pris sa forme circulaire à la sortie de la barre hors de la pression de
- laminage. La figure 1 représente le tracé adopté pour les cylindres qui remplacent les disques minces dont nous venons de parler. On voit que le profil de ceux-ci varie en chaque point de la longueur, le diamètre va d’abord. en croissant du côté de l’entrée pour diminuer ensuite sur le côté opposé et permettre l’épanouissement de la barre, ce qui leur donne en réalité la forme d’ellipsoïdes de révolution. Le laminage ainsi décrit assure pleinement la formation
- du tube; cependant, on emploie généralement, paraît-il, un mandrin qui pénètre dans la barre à la sortie du laminoir, mais l’action de ce mandrin a pour but si mplement de régulariser le vide intérieur, et de l’élargir au diamètre demandé. Elle ne s’exerce pas en un mot comme le ferait un coin pénétrant dans une barre pleine qu’on voudrait creuser au centre, et on comprend en effet qu’il faudrait un effort énorme pour ouvrir ainsi la barre par simple pression. Ce qui montrerait d’ailleurs d’une manière irréfutable que le mandrin ne joue aucun rôle au point de vue de la production du vide intérieur, c’est qu’on serait arrivé à produire ce vide
- en l’absence complète de mandrin, et sur une barre maintenue pleine à ses deux extrémités. On aurait commencé en un mot le laminage de cette barre à une certaine distance du bout d’avant pour l’arrêter avant le passage du bout d’arrière, et on aurait déterminé ainsi sur une certaine longueur un gonflement correspondant à un vide central obtenu sans aucune communication avec l’extérieur. En cassant la barre dans la partie tubulaire, on constaterait que la paroi intérieure est restée tout à fait brillante et ne présente aucune trace d’oxyde, puisque l’air n’y a pas eu accès à la température du laminage. U y a donc là un phénomène des plus curieux, difficilement explicable en apparence, et qui mériterait donc d’être l’objet d’une étude approfondie. L. B.
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- Fig. I. — Schéma du laminage des tubes sans soudure, procédé Mannesmann. — CC’. Cylindres ovoïdaux tournant en sens inverse. — B. Barre métallique à laminer et se trans-. formant eu tube. — M. Mandrin servant de guide au tube formé.
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- Fig. 2. — Coupes des états successifs 1, 2, 3, par lesquels passe la barre laminée.
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- L’ALTIMÈTRE
- Les opérations topographiques exécutées sur le terrain peuvent être de deux natures absolument différentes : ou bien l’on recherche une exactitude mathématique, ou bien l’on veut simplement avoir un aperçu général et d’une exactitude relative de la contrée que l’on examine. Dans le premier cas, il est indispensable de se servir d’instruments délicats à manœuvrer et coûteux ; dans le second cas, c’est-à-dire pour l'aire de la topographie à main levée, des instruments assez rudimentaires, et connus pour la plupart, sont suffisants.
- C’est dans cette classe qu’il faut ranger l’altimètre de M. F. Verdot.
- Comme son nom l’indique, l’appareil est destiné à mesurer les hauteurs. Il comble une lacune dans la liste des appareils employés aux opérations de levé de terrain : opérations faciles à faire assez exactement avec* un peu d’habitude, mais dans lesquelles on se contente trop souvent, afin d’aller plus vite, d’indiquer les hauteurs en vue, à l’aide de courbes fort inexactes.
- Nous rappellerons que théoriquement la mesure des hauteurs se ramène presque toujours à la résolution géométrique ou trigonomé-trique de ce problème fort simple: « Connaissant la base d’un triangle rectangle et l’angle opposé au deuxième côté de l’angle droit, trouver la longueur de ce deuxième côté. »
- Avec l’altimètre il n’y a plus d’épure ni de calcul à faire. L’instrument est disposé de telle sorte que par lecture directe sur une échelle appropriée il donne la hauteur cherchée (fig. 1).
- 11 se compose d’une boussole de topographie munie de deux pinnulespp' (fig. 2, n° 1) et portant sur
- un de ses côtés un secteur plat mobile autour d’un axe (a) (fig. 2, n° 2) : un bouton K commande un arrêt à frottement agissant sur la circonférence du secteur, que l’on peut ainsi rendre immobile en un point quelconque de sa course.
- On se sert de cette boussole comme d’une sorte de boussole de déclinaison, c’est-à-dire l’aiguille aimantée se mouvant dans un plan vertical. Les pinnules sont placées sur la boîte de telle façon que, si
- le bord supérieur de l’appareil est horizontal, l’angle qu’elles font avec l’horizontale est égal à celui que le secteur fait avec la verticale passant par son axe de rotation (a). Dans ces conditions, si l’on place les pinnules horizontalement, le secteur ne s’ouvre pas; mais si pour viser le sommet de la hauteur que l’on veut mesurer, on fait tourner le rayon visuel passant par les pinnules et par conséquent la boussole, le secteur s’ouvre de lui-même. Il tourne autour de son axe de manière que son centre de gravité reste toujours dans la verticale passant par cet axe, décrivant ainsi un angle
- égal à celui dont la ligne des pinnules a tourné, quand l’on a visé sucessivement le pied et le sommet de la hauteur à mesurer. Cet angle est précisément l’angle dont a paru tourner l’aiguille aimantée sur son cadran, c’est-à-dire celui qui, opposé à la hautaur dans le triangle générateur, doit être introduit dans le calcul ou l’épure dont nous avons parlé.
- On fixe alors le secteur mobile à la position exacte qu’il occupe quand ses oscillations sont éteintes et on place l’instrument dans une position plus commode (c’est-à-dire horizontalement) pour lire sur l’échelle altimétrique la hauteur cherchée.
- Cette échelle, gravée sur le demi-cercle plein constituant le secteur mobile, est divisée par une série de cercles et de lignes sinueuses en unités et frac-
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- tions d’unités de différents ordres, permettant de mesurer depuis les plus petites jusqu’aux plus grandes hauteurs.
- Les chiffres placés sur la petite réglette du secteur ainsi que sur celle qui lui fait face correspondent aux cercles concentriques et indiquent les unités de base.
- Sur la circonférence sont tracés les degrés. Les chiffres placés ensuite, auxquels aboutissent les courbes allant de gauche à droite, indiquent les unités des hauteurs.
- On opère de 1 à 10 mètres en prenant le mètre pour unité; 10 à 100, le décamètre; 100 à 1000, l’hectomètre; 1000 à 10000, le kilomètre.
- De 1 unité à 2 unités, la division est faite en 10 parties, 1/10 ; de 2 à 5, en 4 parties, 25/100; de 5 à 10, en 2 parties, 5/10; et cela aussi bien sur les bases que sur les hauteurs.
- Un petit exemple fera t-rès bien saisir le mode d’emploi de cette échelle altimétrique.
- Supposons que l’on se trouve à 60 mètres (6 décamètres) du pied d’une falaise et qu’en visant le sommet de cette falaise le secteur se soit ouvert d’un angle de 40°. Si nous prenons la courbe correspondante au chiffre 6 de la division des bases, nous la voyons couper, près de la réglette fixe de l’instrument, la courbe des hauteurs aboutissant au chiffre 5, placé sur le bord du secteur. La falaise considérée a donc environ 5 décamètres, soit 50 mètres de hauteur. On peut d’ailleurs facilement interpoler les différences entre les deux chiffres qui comprennent l’intersection et arriver à des résultats très approximatifs.
- Quelques précautions de détail sont à prendre telles que : faire deux visées qui doivent être à très peu près concordantes, tenir compte de la hauteur de l’instrument au-dessus du sol, etc.
- Les résultats que fournit l’appareil sont en tous cas toujours assez exacts pour une opération topographique à main levée. Il permet de finir, sur le terrain même, une minute topographique, sans s’embarrasser d’une table spéciale ou d’un relevé de chiffres à transformer plus tard par un travail de cabinet. C’est là un avantage qui dans certains cas peut avoir sa valeur : c'est ce qui nous a engagé à décrire l’appareil. M. A. C..., ingénieur.
- QUELQUES REMARQUES
- SUR IA PRÉYISI0N DU TEMPS
- Depuis quelques années, on a organisé un admirable service de prévisions météorologiques, dans le but d’avertir le navigateur de l’arrivée prochaine des coups de vent ; mais dans certaines localités le navigateur ne tient pas toujours compte des signaux avertisseurs.
- En ce qui concerne le Havre en particulier, je n’ai que très rarement vu les marins s’occuper du cône sud ou du cône nord : ils mettent en mer quand bon leur semble. C’est qu’ils ont confiance dans ceux qui Connaissent le temps (en anglais, des weather-wisc). Ils ont
- remarqué que bien des tempêtes surviennent sans avoir été annoncées en aucune façon par les signaux sémapho-riques ; et d’autre part, les cônes nord ou sud, indicateurs du mauvais temps, sont parfois restés hissés sans qu’il soit arrivé rien d’anormal.
- Cela provient de la confiance, peut-être exagérée, que les météorologistes accordent au baromètre; cet instrument est, il est vrai, susceptible d’indiquer la prochaine arrivée d’un coup de vent, mais ses indications ne sont rien moins que sûres; elles ne peuvent que constituer l’un des nombreux indices annonçant le mauvais temps : pour un lieu donné, l’expérience a prouvé que l’on ne peut s’y fier d’une façon absolue.
- Entre bien des exemples, je me permettrai de citer le suivant, sur l’incertitude des observations barométriques en ce qui concerne la prévision du temps : le 3 juin 1885, à 1 heure de l’après-midi, le commandant du Renard (navire de l’État étant à Obok) se trouvait indécis au sujet de son départ pour Aden ; il dit à quelqu’un sur le quai : « Singulier temps ! Nous avons un raz de marée, pourtant le baromètre varie peu. Bah ! nous aurons vent arrière, je partirai tout de même ! »
- Rien ne pressait le commandant du Renard, si ce n’est, peut-être, un courrier à échanger à Aden. Il ne serait certainement point parti si le baromètre eût indiqué, par exemple, 745mm de pression. Il partit cependant, sur la foi de l’instrument qui variait peu ; il ne devait jamais revenir! D’ailleurs, comme M. le vice-amiral G. Cloué l’a justement remarqué, nulle part le baromètre n’a annoncé l’épouvantable ouragan d’Aden en 1885.
- A cet exemple, j’ajouterai la dernière observation que j’ai faite. Le 28 août 1888, à 2 heures de l’après-midi, je consultai mon baromètre : il indiquait une pression de 761mœ sans -variation notable depuis la veille. Je me rendis chez un ami, au bord de la mer; le temps était beau, un peu couvert, jolie brise, mer à peu près calme ; cependant je pus annoncer l’arrivée prochaine d’un coup de vent. De retour chez moi, mon frère me dit : « Nous allons avoir un coup de vent » ; ce à quoi j’ajoutai : « Comment peux-tu me dire cela ? nous sommes encore en été, le baromètre a 761mm, le temps beau, et ni Valentia ni les sémaphores ne signalent rien » ; mon frère me répondit : « Je suis sûr du mauvais temps, la mer clapote, y>
- Six heures après survenait une pluie diluvienne, accompagnée d’un grand vent, qui, dans le canal de Bristol, prenait les proportions d’un ouragan, puis s’étendait sur la mer du Nord, et qui, entre autres sinistres, jetait à la côte l’un de nos navires.
- Par contre, il m’est arrivé de voir le baromètre tomber à 745mml, et même une fois, à 732mm, sans qu’il soit survenu de grands mauvais temps.
- J’ai dit plus haut que bien des navigateurs s’en rapportent à eux-mêmes pour la prévision du temps ; certains d'entre eux ont de procédés peut-être empiriques, il n’en est pas moins curieux de les faire connaître.
- Le cours des saisons, dans une année, est à peu près régulier ; il est très facile de prédire de la chaleur en juillet, ou de la gelée en janvier; il y a plus, depuis quelques mois, nos négociants à la Bourse du Havre, où l’on affiche journellement la carte de l’état du temps en Europe, ont insisté pour que l’on affichât simultanément la carte du temps qu’il faisait le même jour de l’année précédente; et, comme on s’y attendait, on n’a pas tardé
- 1 A 743mm, le 2 octobre 1887, le beau temps permet la sortie de nombreux steamers et voiliers.
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- à remarquer une coïncidence assez extraordinaire entre un jour d’une année et celui de l’année précédente sous, le rapport des isobares et de l’état général du temps. Il en résulte quî l’on peut dans certains cas prédire le temps qu’il fera, d’après l’expérience du temps qu’il a fait les années précédentes, et cette prévision, assez incertaine il est vrai, en ce qui concerne les quantités de pluie qui tomberont, ou la chaleur qu’il fera, est souvent exacte en ce qui concerne l’arrivée probable des coups de vent.
- En quatorze années d’observation, j’ai remarqué que, chez nous, au Havre, les tempêtes surviennent, chaque année, à peu près sûrement aux dates suivantes: au milieu de juillet, au commencement de septembre, au milieu d’octobre, à la Toussaint, à la fin de novembre, décembre, janvier, ainsi qu’au milieu de février, mars et avril. Quelques-unes de ces dates, au nombre de dix, sont d’une grande fixité; ainsi La Nature a remarqué avec raison que les trois ou quatre dernières grandes tempêtes survenues en Angleterre ont toutes fait rage entre les 14 et 15 octobre.
- Le coup de vent de la Toussaint (survenu l’année 1887, encore dans la soirée du 31 octobre) est tellement connu pour son arrivée fixe, que nos anciens marins, sur les navires à voiles, attendaient qu’il fût passé pour mettre en mer. Celui de septembre n’a, en 1888, devancé que de trois jours sa date d’arrivée probable. Mai et juin sont des mois fortunés où le navire peut voguer en toute sûreté.
- Ceci posé, il est utile de veiller aux dates critiques. Un des signes constants de l’arrivée des mauvais temps est l’encrassement du ciel, du côté d’où la tempête doit venir. Comme d’autre part, l’eau transmet admirablement les vibrations lointaines, un certain état agité de la mer, est souvent un des avertissements caractéristiques d’une perturbation prochaine. Je crois qu’on ne porte point assez attention sur la formation de ces vagues, — que j’ai appelées vagues de transmission, dans un précédent article, — et que bien des navigateurs, entre autres Scoresby, ont observées; quand on voit la mer s'agiter sans cause apparente, c’est que la tempête arrive; le commandant du Renard aurait dû noter le raz de marée insolite, comme mon frère avait noté le clapotement anormal des ondes marines.
- On sait aussi que l’eau conduit le son très facilement, aussi ne faut-il point s’étonner que les bruits de l’ouragan nous soient transmis par l’eau, avant l’arrivée de la tempête; il s’agit d’un léger roulement, une sorte de tonnerre sourd et prolongé, auquel Victor Hugo faisait allusion, en disant dans Les Travailleurs de la mer: « A bon entendeur, salut. » Ce phénomène étant rarement observé, je ne le mentionne qu’à titre de curiosité ; on le remarque surtout sur les cotes nord de la Prusse, dans la Baltique, où il annonce ordinairement l’arrivée des grandes lames appelées la barre de la mer (seebar). On a d’ailleurs reconnu que la barre de la mer, analogue au raz de marée, est occasionnée par une tempête éloignée qu’elle précède.
- 11 me reste à souhaiter, que pour compléter les signaux sémaphoriqftes et diminuer l’incertitude de leurs indications, on veuille bien faire, dans nos observatoires maritimes, des remarques sur les signes précurseurs des mauvais temps. « Quand la mer bat les roches, disent les nègres de Maurice, l’ouragan n’est pas loin. «Lesvagues de transmission devraient donc être soumises à des études suivies. Emile Sorel fils.
- FLEURS SÈCHES
- Qui donc, dans sa vie, n’a desséché quelques Heurs? Souvenirs de moments meilleurs, gages d’affection, emblèmes de sentiments partagés ou même réminiscence d’heures cruelles, mais dont nous voulons garder l’éternelle pensée.
- Qui donc ne les a chéries, ces pauvres fleurettes, qui sont tout ce qui nous reste d’instants précieux qui nous ont fuis à jamais? Car les fleurs vivent de notre vie comme nous vivons de la leur. C’est a elles que le bébé aimé donne ses premiers sourires ; elles parent nos demeures aux jours de fêtes et quand vient le moment cruel de la séparation dernière, elles nous consolent encore, car elles partagent notre douleur comme elles ont partagé nos joies; et unô fleur reste le dernier souvenir des derniers instants.
- Mais qui de nous aussi n’a senti son cœur se serrer en voyant ces chères corolles se flétrir tristement et prendre bien vite cette teinte grise de ce qui ne vit plus? Le temps rapide nous enlève ces souvenirs que nous aurions voulu conserver toujours frais et vivants en nos mains, comme ils le sont en notre esprit.
- La plupart des ileurs que nous conservons après les avoir desséchées entre les feuillets d’un livre, perdent bien vite leurs teintes fraîches; elles semblent ne pas vouloir survivre à la disparition de leur forme élégante qu’une compression barbare et cruelle leur a bientôt fait perdre.
- Il est cependant des procédés simples, mais peu connus, qui permettent de conserver aux fleurs leurs fraîches couleurs et leur forme gracieuse, et cela pour un temps indéfini. Et en cette longue saison d’hiver qui se traîne pénible à travers des mois gris et pluvieux, on est heureux, quand une belle fleur rare nous tombe sous la main, de lui donner une survie, et de la conserver encore, au moment où elle va se flétrir.
- Toutes les fleurs, il faut l’établir dès l’abord, pour éviter-au lecteur tout déboire, et tout reproche aussi à l’auteur de cette note, toutes les fleurs ne se prêtent pas également bien à cette dessiccation. Celles qui donnent le résultat le plus rapide et le plus assuré sont les fleurs à contexture légère. Les fleurs épaisses et grasses se dessèchent moins bien et il faut une certaine pratique de la petite opération que nous allons décrire pour arriver à un bon résultat. Toutes n’ont pas des couleurs que l’on puisse aisément fixer, et, à cet égard, il ne nous est pas loisible de donner d’indications générales et nous devons nous contenter de citer quelques cas particuliers. Ainsi les roses, ces reines des fleurs, se dessèchent assez mal et brunissent souvent, quelque soin que l’on en prenne. Par contre, la pensée conserve son masque velouté, le géranium, son éclatante couleur, le pied d’alouette et la violette, leur grâce, leur forme légçre et leur teinte douce, au point qu’en les mélangeant a9es fleurs fraîches il est souvent fort difficile, impossible même,
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- si l’on n'est prévenu, d’indiquer quelles sont celles qui sont fraîches et quelles sont, par contre, celles que l’on a desséchées.
- Voici, en quelques mots, en quoi consiste ce procédé : prenez du sable blanc, très sec, très fin et préalablement tamisé. 11 importe que ce sable soit exempt de toute matière terreuse qui salirait les fleurs.
- Le meilleur sable est celui qui résulte de pierres de grès que l’on brise à l’aide d’un marteau et que l’on passe au tamis ; d’ailleurs tout sable blanc peut être employé après avoir été lavé à grande eau puis séché au four. S’agit-il maintenant de dessécher une fleur quelconque ? On prend une boîte de dimension proportionnée à celle de la fleur et on commence par placer dans le fond un lit de sable; puis on dépose la fleur, et, prenant ensuite du sable dans un tamis, on le laisse tomber doucement en le tamisant au-dessus de la boîte. Le sable s’introduit peu à peu dans tous les intervalles laissés libres; il pénètre entre les pétales et les maintient dans une position normale pour peu que l’on agisse doucement, avec quelque précaution. La boîte dont on se sert peut être en bois, mais il est préférable d’en employer une
- en fer-blanc, car, quand le tamisage est terminé et que la fleur a totalement disparu, noyée dans le sable, on porte la boîte qui les contient dans le four
- Fig. 1. — Panier de fleurs sèches.
- IFig. 2. — Bouquet à mains de fleurs sèches.1
- d’un poêle où on la soumet à une douce chaleur. 11 importe que la température du four ne soit pas trop
- élevée ; 45 à 50° est le point le plus favorable pour une bonne dessiccation. Si la température est trop élevée , la fleur est cuite et perd sa couleur ; si elle ne l’est pas assez, l’opération dure trop longtemps et la fleur pourrit.
- Après cinq à six heures , les fleurs sont habituellement assez séchées pour qu’on les puisse sortir du four, mais il faudrait bien se garder de les retirer du sable à ce moment-là : elles sont séchées et cassantes et on risquerait de tout perdre. Il convient de laisser le
- tout en l’état pendant un jour au moins afin que reprenant un peu de l’humidité de l’air elles ne risquent plus de se briser aussi facilement.
- Une fois retirées du sable, on enlève, à l’aide d’un pinceau, les grains de sable qui peuvent être restés adhérents et l’opération est terminée. Ces fleurs conserveront fort longtemps tout leur aspect de vie et de fraîcheur ; on pourra en faire de petits bouquets que l’on placera dans des vases ou bien les grouper et les coller sur un carton ; enfin, placées entre deux vitres, elles formeront des vitraux que l’on peut ren dre très décoratifs à la condition d’y ajouter quelques feuilles de fougère et même quelques papillons légers voltigeant au-dessus de ces fleurs.
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- Fig. 3. — Grand bouquet de fleurs sèches
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- Toutes les fleurs, pour être desséchées, ne réclament pas la petite opération, simple cependant, que nous venons de décrire. Il en est bon nombre que l’on peut tout bonnement dessécher à l’air libre. De ce nombre sont toutes les inflorescences des graminées qui constituent des bouquets élégants, légers, et d’une durée presque indéfinie. Ces inflorescences se présentent avec une très grande diversité d’aspect et de forme. Certaines d’entre elles sont depuis longtemps utilisées : de ce nombre sont ces beaux panaches, les gynériums, fournis par une grande herbe qui croît dans les Pampas de l’Amérique du Sud. Ces panaches sont légers, flous, d’un très gracieux effet. On a trouvé le moyen de les teindre en tons divers et on en peut faire de grandes gerbes qui peuvent servir à orner les potiches et les vases.
- Cette teinture des panaches de gynérium me rappelle un fait amusant que l’on m’a conté. Un Américain du Sud de passage à Paris fut étonné de voir ces superbes panaches de toutes les couleurs, alors qu’il n’y en avait que de blancs dans son pays. Désireux de remporter ces variétés diverses chez lui, il commanda chez un marchand, non des inflorescences sèches, mais des pieds de chacune de ces variétés. Le marchand se chargea de les lui fournir en lui faisant remarquer que c’étaient des variétés chères. L’étonnement de l’Américain ne dut pas être petit quand, après avoir transporté à grands frais ces plantes dans leur pays d’origine, il s’aperçut que chaque plante ne donnait pas des panaches aux belles couleurs qu’il avait vus à Paris, mais simplement les mêmes que ceux qui croissent à l’état spontané dans son pays.
- Ces panaches peuvent se récolter dans nos jardins, ils sont cependant moins beaux que ceux qui nous viennent du Midi. Il faut les couper dès qu’ils sont sortis des bractées de l’inflorescence, les sécher à l’ombre, puis, pour qu’ils deviennent flous et légers, les présenter devant un feu vif; ils augmentent alors de volume, chaque brin s’écartant l’un de l’autre.
- Depuis quelques années, les bouquets de fleurs sèches commencent à être en grande vogue à Paris. Cette mode a été donnée par un industriel de talent, M. Parent, qui a su faire prendre à ces bouquets des dispositions charmantes. Nous reproduisons quelques-uns de ces arrangements (fig. 1, 2 et 3).
- Ce peuvent être de grandes gerbes faites de panaches de gynérium auxquels il ajoute quelques feuilles de palmiers ou de cycadées desséchés à l’abri de la lumière et qui conservent ainsi toute leur couleur verte. Puis ça et là sont piquées quelques grandes branches de cardères aux grands capitules bruns et des boules azurées d’échinops.
- D’autres fois ce sont des bouquets gracieux, élégants, montés dans quelque vannerie coquette ornée de rubans. Toutes les petites graminées légères concourent à leur formation. Il y a là une véritable herborisation à faire. Ce sont, mélangées artiste-ment, des agrostis nébuleuses piquées de brises dont les petits épis en forme de cœur remuent au moindre souffle, ce qui, soit dit par parenthèse, leur
- a valu dans le public le nom de langues de femme. Ce sont encore des inflorescences de lagure, de lalia, de brome, d’orge, d’avoines diverses, que sais-je encore ! Voilà pour les graminées, mais d’autres familles procurent aussi leur contingent. Les composées fournissent plusieurs espèces très décoratives. Les plus charmantes sont les rhodantes, sorte de pâquerettes aux tons blancs ou rosés qui se sèchent à l’air et conservent indéfiniment toute la fraîcheur de leur couleur. Les achrocliniums, les hélichryses se dessèchent aussi et sont fréquemment employés.
- Je ne prolongerai pas cette énumération qui deviendrait fastidieuse et ne servirait probablement pas à grand’chose, car on peut le dire, toutes ces fleurs n’ont de valeur qu’en tant qu’on sait s’en servir. Tout est dans l’arrangement, dans les oppositions de couleurs, de forme et d’aspects. Tel fera de quelques fleurs sècbes un bouquet élégant, dont un autre n’aurait su faire qu’une botte informe exempte de tout agrément. Il n’est d’autre moyen d’en tirer bon parti que d’être doué d’un peu de bon goût, puis de s’exercer, et l’on arrivera rapidement à un résultat satisfaisant. J. Dybowski.
- UNE EXPLOITATION HOUILLÈRE
- A 1000 MÈTRES DE PROFONDEUR, PRÈS DE CHARUEROI
- Dans le courant de l’année 1887, le congrès de la Société de l’industrie minérale, après une visite des établissements métallurgiques et des mines de fer et des salines de l’est de la France dans les groupes de Nancy et de Longwy, visitait les mines et les usines de Liège et de Charleroi.
- Un ingénieur, M. Lemay, qui assistait à ce congrès, profitait de la circonstance pour étudier l’exploitation de la houillère du Poirier, la plus profonde qui existe, et se rendre compte des particularités que présentait l’exploitation du puits Saint-André à la profondeur de 940 mètres. Les renseignements ci-dessous ont été extraits des observations faites par M. Lemay au cours de cette visite.
- La Compagnie du Poirier extrait annuellement 200 000 tonnes de houille par les puits Saint-Charles et Saint-André. Elle possède une concession de faible étendue (350 hectares) où le terrain houiller affleure au jour. Son gisement comprend quatre couches de houille d’une épaisseur totale de 2m,30 ; l’épaisseur moyenne des couches est de 0m,75 de charbon de très bonne qualité. En exploitation depuis de longues années, son gisement a été déhouillé sur une très grande hauteur, et aujourd’hui les travaux sont descendus, au puits Saint-André, à la profondeur de 940 mètres. Le puits Saint-André a été commencé en 1834. Son diamètre est de 5 mètres.
- Il est guidé en bois sur toute sa hauteur par des lon-grines en chêne de 12/20 centimètres. L’extraction s’y fait à plusieurs niveaux, dont le dernier est situé à 940 mètres en dessous du sol.
- Ce puits est prolongé de 15 mètres pour former un réservoir d’eau, de sorte que sa profondeur totale est de 955 mètres. La quantité d’eau qui vient dans les travaux est du reste très faible ; elle ne dépasse pas 200 hectolitres par vingt-quatre heures.
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- Le puits est outillé pour une profondeur de 1000 mètres et au delà. Sa machine d’extraction, construite en France par M. Maillet, est du type vertical à deux cylindres de lm,10 de diamètre et lm,60 de course.
- Les câbles plats, en acier, sont composés de fils de 2 millimètres de diamètre, réunis en 8 haussières, formant une largeur de 153 millimètres et 19 millimètres d’épaisseur, de section uniforme. Ils pèsent 9kg,500 le mètre courant. Comme ils servent à la descente et à la remonte des ouvriers, on les remplace au bout d’un an de service, quel que soit leur état.
- Les câbles s’enroulent sur une bobine ordinaire. Le diamètre initial d’enroulement est de 4m,28, et le diamètre final de 6m,20.
- L’extraction s’opère par des cages en fer à six étages à un seul chariot.
- La charge à enlever au départ est :
- Poids de la cage................... 2500 kil.
- Six chariots à 250 kilogrammes. . 1500 Poids de la houille, 450kgx6. . . 2580
- Charge totale miniina . . 6580
- Si l’on ajoute le poids du câble (940 x 9 kil. 500)......................... 8930
- la charge à l’enlevage est de............ 15 510
- Quand on monte des terres, cette charge s’élève même à............................ 16910 kil.
- Ces charges, on le voit, sont énormes, et exigent des appareils robustes et puissants, bobines, mollettes, chevalet. L’extraction journalière du puits Saint-André atteint, certains jours, 500 tonnes, mais c’est là un maximum.
- L’ascension d’une cage dure 80 secondes, de sorte que la vitesse moyenne dans le puits est de llm,75 par seconde. Dans certaines positions de la cage, elle monte à 17 mètres par seconde.
- M. Lemay a constaté que sa descente à 940 mètres a duré 5 minutes, et qu’elle s’est faite avec une vitesse moyenne de 3 mètres par seconde.
- Une question importante pour l’exploitation à une profondeur de près de 1000 mètres, c’est l’établissement d’une bonne ventilation d’un puissant aérage, qui vienne détruire l’influence de la haute température.
- On sait que la température va en s’accroissant d’un degré par 30 à 40 mètres de profondeur, de sorte qu’à 1000 mètres la température de la roche est d’environ 35°. Il faut donc envoyer dans les travaux un volume d’air froid suffisant non seulement pour combattre réchauffement résultant de la respiration des ouvriers, de la combustion des lampes et d’autres causes diverses, mais encore rafraîchir les roches encaissant les galeries.
- Au puits Saint-André on y parvient en envoyant au fond 30 mètres cubes d’air par seconde, aspiré à 130 millimètres de dépression par un ventilateur Guibal de 6 mètres de diamètre et de 2 mètres de largeur d’ailes établi sur un puits spécial de sortie.
- A l’accrochage de 940 mètres la vitesse du courant 4 d’air est de 2 mètres par seconde, et sa température de 15 à 18°. Avec cette vitesse on éprouve une sensation de froid.
- La température de l’air s’élève au contact des roches au fur et à mesuré qu’on s’avance dans les travaux : elle est de 24 à 25° dans les chantiers d’abattage, et s’élève à 28 et 29° dans les galeries où l’aérage est moins actif, et même à 32 à 33° dans les culs-de-sac.
- Lors de la descente de M. Lemay, la pression barométrique à la surface était de 762 millimètres; elle était au fond de 844 millimètres. Il ne paraît pas que cette augmentation de pression de 82 millimètres exerce une influence sur la respiration.
- M. Lemay conclut de ses observations que « les bons résultats obtenus dans l’exploitation du Poirier à près de 1000 mètres, dans des conditions de gisement très ordinaires, montrent qu’il ne faut pas trop s’effrayer des grandes profondeurs ».
- MESURES ÉLECTRIQUES INDUSTRIELLES
- LES HAUTS POTENTIELS
- Le développement énorme, sans précédent dans l’histoire des sciences, des applications de l’électricité à l’industrie, a conduit à modifier du tout au tout les procédés de mesure employés jusqu’à ces dernières années.
- On manipule aujourd’hui couramment des appareils traversés par des courants de 10000 à 20000 ampères, et des machines à courants alternatifs de 2000 à 3000 volts. 11 n’est donc pas sans intérêt de passer en revue les appareils appropriés à ces mesures toutes spéciales, en commençant par la détermination des hauts potentiels.
- La méthode ordinairement employée pour la mesure des potentiels consiste dans l’emploi d’un véritable ampèremètre à grande résistance faisant l’office de voltmètre, et branché en dérivation entre les deux points dont on veut connaître la différence de potentiel.
- Ce procédé n’est applicable qu’aux courants continus ou sensiblement tels, et présente, de plus, le grave inconvénient, lorsqu’il s’agit de potentiels élevés, d’accroître le prix de la mesure dans une proportion assez grande, et d’en troubler même l’exactitude. En effet, la pratique courante a fixé à 20 ohms par volt environ la résistance que doit avoir un voltmètre industriel pour présenter une sensibilité et une apériodicité suffisantes. Il est donc traversé par un courant de 0,05 ampère. Un voltmètre établi pour 2000 volts dans les mêmes conditions dépenserait donc :
- 2000 X 0,05 = 100 watts.
- soit autant que trois lampes à incandescence de dix bougies.
- Il a donc fallu chercher, pour la mesure des courants alternatifs de haute tension, des appareils spéciaux et des méthodes particulières. .
- Les appareils servant à la mesure de hauts potentiels utilisent les actions électrostatiques et sont fondés sur le principe général suivant :
- Lorsque deux conducteurs isolés l’un de l’autre et placés en'regard sont portés à des potentiels différents, ils prennent une certaine charge qui dépend de leurs dimensions, de leurs positions respectives et* de leur différence de potentiel électrique. Si l’un
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- des conducteurs est mobile et l’autre fixe, il s’exercera entre les conducteurs une force qui tendra à déplacer le conducteur mobile par rapport au conducteur fixe, et si l’on oppose à cette force électrique une force mécanique convenable, on obtiendra un système qui prendra une position d’équilibre pour chaque valeur de la différence de potentiel entre les deux conducteurs.
- En pratique, le conducteur fixe est constitué par des quarts de cercle ou quadrants, et le conducteur mobile par une lame légère tendant à tourner entre les quadrants et à tordre un fil de suspension ou un ressort : tel est le principe de l’électromètre de Thomson si employé aujourd’hui, sous la forme qui lui a été donnée par M. Mascart, pour la mesure de l’électricité atmosphérique1.
- Cette forme d’électromètre ne présente cependant pas toutes les qualités requises d’un appareil industriel, car il est d’un maniement délicat, il est peu ou point transportable, n’est sensible qu’en observant les déviations par la méthode de la réflexion, et, enfin,il manque complètement d’apério-dicité, ce qui rend les mesures longues, fastidieuses et pénibles.
- On s’est donc préoccupé de le modifier pour lui donner les qualités qui lui faisaient si complètement défaut au point de vue industriel.
- Dès 1882, MM. Ayrton et Perry construisirent un modèle d’électromètre (fig.l)dans lequel les quadrants étaient constitués par des quarts de cylindre et l’aiguille par deux parties cylindriques concentriques montées sur un axe vertical. Les deux quadrants diamétralement opposés communiquent électriquement avec l’aiguille et avec l’un des deux points entre lesquels est établie la différence du potentiel à mesurer; l’autre point communique électriquement avec la seconde paire de quadrants. (Cette méthode d’emploi de l’électromètre, connue sous le nom de méthode idiostatique ou homostatique, indiquée par sir William Thomson, est d’ailleurs la seule qui puisse être appliquée avec les courants alternatifs.) Un ressort antagoniste équilibre l’action exercée entre les quadrants et l’aiguille. La différence du potentiel se
- 1 Voy. n° 525, du 23 juin 1883, p. 51.
- lit sur un cadran gradué expérimentalement devant lequel se meut un index fixé sur l’axe qui supporte l’aiguille^ Nous ignorons les raisons pour lesquelles cet électromètre, première tentative d’appareil industriel, ne s’est pas répandu dans la pratique. En 1886, sir William Thomson a créé sous le nom d'electro-static voltmeter un appareil à deux quadrants (fig. 2), à axe horizontal et à lecture directe. La paire de quadrants fixes est reliée à l’un des points et l’aiguille à l’autre point entre lesquels est établie la différence de potentiel à mesurer. L’action des forces électrostatiques tend à faire tourner l’aiguille et à l’amener entre les quadrants; cette action est compensée par celle d’un poids suspendu au bas de l’aiguille, et qui tend à maintenir l’aiguille verticale. En I changeant le poids suspendu, on fait varier la sensibilité de l’appareil, chaque division de l’échelle graduée correspondant à 50,100 ou 200 volts, suivant le poids suspendu. On obtient ainsi un appareil qui mesure de 400 à 10 000 volts. Les oscillations de l’aiguille sont amorties à l’aide d’une sorte de petit trapèze qui vient s’appliquer contrel’ai-guille et l’arrête en place en manœuvrant au moment opportun une petite manette placée sur la droite de l’appareil. Enfin, pour éviter un court-circuit accidentel qui mettrait l’appareil hors de service en volatilisant instantanément l’aiguille lorsque le potentiel à mesurer est élevé et fourni par une machine puissante, la communication entre les quadrants, l’aiguille et les points entre lesquels on veut mesurer la différence du potentiel ne s’établit que par l’intermédiaire de tubes en verre en forme d’U dans lequel est un fil de coton humide et présentant une très grande résistance. Dans ces conditions, même si l’aiguille vient toucher les quadrants, la résistance ainsi intercalée ne permet pas au courant qui s*établit de prendre une intensité dangereuse.
- Pour rendre l’électromètre apériodique et faciliter * les mesures, M. Curie a eu l’idée de faire déplacer l’aiguille dans un champ magnétique intense : les courants d’induction qui s’y développent ont pour effet d’amortir rapidement les oscillations. A cet effet, il a constitué les quadrants par des aimants permanents, mais la disposition de M. Curie ne s’applique
- Fig. 1. — Electromètre cylindrique de_MM. Ayrton_et Perry.
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- utilement qu’aux électromètres de grande sensibilité. M. J. Carpentier a récemment combiné une disposition d’électromètre apériodique plus spécialement destiné aux applications industrielles. Cet appareil est représenté vu d’ensemble figure 3. La figure 4
- Fig. 2. — Eieelroinèlre industriel de sir W. Thomson.
- pliée sur elle-même, et dont les extrémités ont été raboutées. Les côtés du cadre ont reçu, en outre, une courbure transversale et peuvent être considérés comme deux portions de cylindre dont l’axe coïncide avec l’axe longitudinal du cadre. Ce cadre est supporté de manière à être mobile autour de son axe entre deux autres cylindres fixes concentriques. Chacun de ces cylindres est divisé, suivant deux plans rectangulaires passant par l’axe commun, en quatre portions égales, constituant à l’électromètre huit armatures fixes entre lesquelles tourne le cadre. Dans le modèle industriel le cadre est horizontal et monté sur couteaux. Lorsque aucune action électrique ne s’exerce, la pesanteur maintient le cadre dans une position correspondant au zéro de la graduation, à peu près symétriquement par rapport aux plans de séparation
- est une coupe transversale qui en montre les dispositions de principe essentielles.
- La pièce principale, l’armature mobile, est un cadre rectangulaire allongé formé d’une lame en aluminium d’un centimètre de largeur environ, re-
- Fig. 5. — Électrornètre industriel de M. J. Carpentier.
- des armatures. Grâce au petit diamètre des armatures fixes extérieures, l’électromètre a pu être introduit entre les jambes d’un aimant permanent ordinaire en fer à cheval, c’est-à-dire dans un champ magnétique assez intense; de plus, en raison de la position qu’occupent les armatures fixes intérieures, elles ont été faites en fer, pour accroître encore l’intensité du champ magnétique dans l’intervalle où se meut l’armature mobile. Ces dispositions, jointes à la forme donnée à cette armature, concourent à faire naître dans les deux branches du cadre des forces électromotrices d’induction énergiques, qui produisent un amortissement très rapide. En fait, cet électromètre est d’une apériodicité remarquable, et quand il fonctionne, on est frappé de l’allure particulière avec laquelle l’index s’avance vers le point
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- qu’il doit atteindre, et qu’il ne de'passe pas. Tels sont les principaux instruments dont dispose aujourd’hui l’industrie pour la mesure des hauts potentiels produits par des générateurs à courants continus ou périodiques. Nous avons tenu à les présenter à nos lecteurs, malgré l’aridité du sujet, pour bien établir qu’il n’est pas de problème posé par les besoins de la pratique auquel la science ne sache apporter bientôt une ou plusieurs solutions satisfaisantes. L’Exposition de 1889 nous en fournira des preuves nouvelles pour des questions plus ardues et plus délicates encore que celle dont nous avons parlé aujourd’hui. E. H.
- CHRONIQUE
- Les inondations dans le Midi. — Des inondations, qui menaçaient d’être terribles, ont commencé dans le Midi, à la date du 31 décembre. A Arles, le Rhône s’est élevé à 5 mètres au-dessus de l’étiage; les rues et les places ont été couvertes d’eau ; plusieurs maisons se sont même écroulées. La route d’Arles à Avignon a été inondée, et la campagne a été couverte, sur une étendue d’environ 3 kilomètres, de 60 centimètres d’eau. A Avignon, par suite des fortes crues simultanées du Rhône et de la Durance, les îles de la Barthelasse et Piot, ainsi que les quartiers Champfleury et Courtine, ont été inondés. On a signalé également des inondations à Nîmes. Toutes les plaines environnantes ont été couvertes par les eaux; les récoltes ont été perdues en grande partie. A Aigues-Mortes, la voie du chemin de fer a été emportée, les faubourgs ont été submergés au point que les habitants ont dù déménager et se réfugier dans la ville. Les départements traversés par le Rhône n’ont pas été les seuls à souffrir des inondations ; on annonce aussi des malheurs à Bordeaux et à La Réole, où la crue a atteint 7m,88 au-dessus de l’étiage. Des désastres ont été aussi signalés à Rodez ; d’autres en Corse. Comme conséquences de toutes ces inondations, de nombreux éboulements se sont produits. On cite surtout l’éboulement arrivé sur une longueur de 600 mètres, à l’entrée du tunnel de la Saonno, du côté de Cannes. Les dernières nouvelles sont cependant plus rassurantes. Les eaux baissent presque partout, mais très lentement, Toute la plaine est encore inondée aux environs de Nîmes et de Beaucaire. Les dommages seront considérables.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 31 décembre 1888. — Présidence de M. Janssen.
- Gîte nouveau de mammifères fossiles. — Chargé par le gouvernement suisse d’une mission scientifique en Orient, M. Francis Major se rappela un passage d’Ælien relatif aux ossements des Néas, qu’on retrouve encore à Samos comme témoignages de leur défaite et pensa qu’on devait y voir l’indice de quelque gîte paléontologique. Son attente ne fut pas trompée et un premier voyage le mit en possession de plus de quarante espèces de mammifères, dont plusieurs de très grande taille et qu’il a soumis à M. Albert Gaudry. C’est avec un sentiment de vive satisfaction que le savant professeur du Muséum reconnut dans la récolte de l’explorateur suisse une foule de ses anciennes connaissances de Pikerini : 1 ’Hipparion, ce cheval à trois doigts d’où descendent peut-être les équidés actuels,- les Rhinocéros et les Mastodon, le Sus Eryman-
- thius, l’Ancylotherium, des Antilopes, le colossal Hclla-dotherium que M. Major appelle Samoiherium. Et avec eux des trouvailles nouvelles : une énorme autruche et deux édentés qui présentent déjà à l’époque tertiaire les caractères essentiels des pangolins et des oryctéropes. L’analogie intime de cette faune fossile avec celle que M. Gaudry a étudiée en Attique au profit si considérable de la science, apporte un nouvel argument en faveur de l’opinion qu’il a émise de l’existence, aux temps tertiaires, d’un grand continent gréco-asiatique dont les îles de l’archipel ne sont qu’une sorte de résidu.
- Feldspath artificiel. — Au nom de MM. Ilautefeuille et Perret, M. Troost annonce la production artificielle d’un silicate double de sesquioxyde de fer et de potasse ayant la formule chimique et les propriétés cristallographiques et optiques de l’orthose. L’agent minéralisateur mis en oeuvre a été le vanadate de potasse déjà employé par les auteurs dans des recherches antérieures.
- Synthèse du fer chromé. — Dans une note présentée par M. le secrétaire perpétuel avec une bienveillance dont je suis heureux de pouvoir le remercier publiquement, je décris le procédé qui m’a permis de réaliser la reproduction artificielle du fer chromé ou chromite de protoxyde de fer. Il consiste à chauffer dans un creuset de terre et très fortement dans un bon feu de coke entretenu plusieurs heures, un mélange intime composé de 148 parties de bichomate de potasse, 58 de carbonate de fer et 56 de limaille de fer. Pour que les produits soient cristallisés, il est nécessaire de brasquer le creuset avec de la cryolithe finement pulvérisée. Dans ces conditions, le culot imprégné de carbonate de potasse montre des zones bien distinctes dont les plus visibles présentent les unes des lamelles éclatantes d’oligiste spéculaire, les autres des octaèdres parfaitement nets de fer chromé, dont j’ai contrôlé la nature par toute une série d’épreuves.
- Nouveau microbe pathogène. — Sous le nom de Bacillus necrobiophilus, M. Arloing signale un microbe qu’il vient de découvrir dans le pus caséeux et qui lui donne occasion de confirmer les faits qu’il a décrits naguère en collaboration avec M. Chauveau sur les inégalités de virulence d’un même organisme selon le milieu dans lequel il est placé. En effet, si on l’injecte dans les profondeurs d’un tissu bien vivant, on ne détermine aucun accident grave ; mais si le tissu est atteint de nécrobiose ou sur le point d’en être atteint, alors il constitue un milieu favorable au microbe qui se multiplie et détermine rapidement la mort. De plus l’organe atteint de nécrobiose ne conserve pas indéfiniment cet état favorable : au bout d’une quinzaine de jours, par exemple, il pourra avoir subi la dégénérescence graisseuse par laquelle il aura cessé de contenir les éléments nécessaires au microbe.
- Expériences sur le bacille-virgule. — Comme conclusions de très longues études poursuivies dans son laboratoire de Lausanne, M. Momenthal annonce que le bacille du choléra est tué par le salicylate de phénol ou salol. En même temps, M. Gibier écrit de la Havane que le bichlorure de mercure ou sublimé corrosif, à la dose de 2 à 4 centigrammes, constitue un remède efficace contre le choléra et contre la fièvre jaune.
- Terres végétales algériennes. — D’après M. Ladureau, dont le travail est analysé par M. Dehérain, le sol arable est en Algérie remarquablement pauvre en phosphates, beaucoup plus pauvre que le sol de France. Sur 29 dosages relatifs à la province d’Alger, 24 ont donné moins de 1 pour mille; 20 dosages sur 34 dans la province d’Oran et
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- 19 sur 23 dans celle de Constantine sont dans le même cas. L’auteur pense qu’on obtiendrait [de bons résultats par l’addition au sol de phosphate ou de superphosphate.
- Le poison des Gabonais. — Ayant analysé la matière toxique placée par les nègres du Gabon à la pointe de leurs flèches, M. Arnaud, aide-naturaliste au Muséum, y a retrouvé l’ouabaïne, alcaloïde qu’il a découvert antérieurement sur les armes empoisonnées des Somalis.
- Varia. —11 faut signaler un très important mémoire de M. A. Blytt, professeur à l’Université de Christiania, sur la cause probable du déplacement des rivages au cours des périodes géologiques. — A propos d’une nouvelle carte géologique des environs de Paris dont la publication est très prochaine, M. Gustave Dollfus donne un tableau d’ensemble de nos connaissances sur cette région classique. — Le fluorure de méthyle est décrit par M. Moissan. — M. Longuinine détermine la chaleur de combustion du terpylène anhydre. — Le parasite des sardines fournit à M. Joubin le texte d’une nouvelle réponse à M. Giard. — Les rapports mutuels des étoiles filantes et des météorites occupe M. Phipson. — C’est avec des éloges très mérités que M. Bertrand signale la 24e année du journal du Ciel de M. Vinot et rend hommage au zèle éclairé et infatigable de son savant directeur. — M. Liebermann traite de l’étiologie de la phtisie. — Une nouvelle note de M. Carnot concerne le dosage du manganèse.
- Séance du 7 janvier 1889. — Présidence de M. Janssen, puis de M. Des Cloize.ujx.
- Election d'un vice-président. — Selon l’usage, l’ordre du jour de la première séance de l’année porte le remplacement du président par le vice-président et l’élection d’un vice-président. C’est M. Hermite qui a été choisi à l’unanimité. En descendant du fauteuil qu’il a si dignement occupé pendant deux années entières, M. Janssen a prononcé une de ces improvisations chaleureuses et spirituelles dont il a le secret et que l’assistance a vivement applaudie.
- Changement de niveau de la mer. — On se rappelle qu’il y a peu de semaines, M. Bouquet de la Grye a fait voir que les résultats géodésiques indiquent depuis trente ans un affaissement du sol à Brest, à Cherbourg et au Havre. M. le colonel de Tille lui a soumis une discussion de ces chiffres dont la conclusion est que l’affaissement trouvé ne serait pas plus grand que l’erreur probable des calculs et dès lors tout à fait douteux. M. Bouquet de la Grye a repris l’examen et il trouve que l’erreur dont il s'agit est moitié moins forte qu’on ne le suppose. De plus, en faisant intervenir les mesures prises en 1833 par Beautemps-Beaupré, il trouve pour cette nouvelle période que l’affaissement n’est plus de 1 ou 2 millimètres, mais bien de 5 millimètres avec une erreur probable de 1 à 2 millimètres. Le phénomène est donc dès maintenant absolument certain et c’est une donnée de première importance à la fois pour la géodésie et pour la géologie.
- Culture des légumineuses. — C’est presque un axiome pour les agronomes que les légumineuses fourragères ne prospèrent que dans les sols alcalins ou du moins neutres : d’après M. Paul de Mondésir, c’est tout simplement une erreur et l’on peut obtenir des résultats superbes dans des terres imprégnées des acides noirs qui résultent de la décomposition des matières végétales. Non seulement ces terrains acides ne contiennent pas de carbonate de chaux, mais ils décomposent le calcaire qu’on y introduit. La condition pour réussir est d’ajouter au sol humi-
- que une certaine proportion de phosphate de chaux.
- Constitution de l'espace céleste. — Dans un beau volume que M. Faye présente avec une considération toute spéciale, l’illustre M. Ilirn expose ses idées sur la constitution de l’espace céleste : nous craindrions de commettre quelque inexactitude en entrant, après une simple audition, dans le détail d’un semblable sujet, mais nous avons tenu à signaler ce livre qui, venant du grand savant qui l’a signé, ne peut manquer d’être salué comme un événement.
- Les poissons du cap Horn. — M. L. Vaillant, professeur au Muséum d’histoire naturelle, a soumis à une étude très complète les poissons capturés par l’expédition du cap Horn. Il signale leur analogie générale intime avec ceux des autres mers australes, soit au sud de l’Afrique, soit au sud de l’Australie, et remarque la ressemblance qui, malgré la prodigieuse distance, les rattache à la faune ichtyologique des mers boréales. On remarquera d’ailleurs que les poissons antarctiques, grâce au courant de Humboldt qui refroidit la mer jusqu’aux Galapagos, remontent beaucoup plus au nord dans l’océan Pacifique que dans l’Atlantique.
- Mammifères fossiles. — La magnifique faune tertiaire d’Issel (Aude) a fourni à M. le Dr U. Filhol le sujet d’un excellent Mémoire. Le savant auteur, dont nos lecteurs connaissent les travaux antérieurs, si nombreux et si importants, décrit et représente dans une suite de planches, toute une série de grands mammifères, Lophio-dontes, Pachynolophus et autres, ainsi que des reptiles crocodiles et tortues. Nous signalerons spécialement, comme l’a fait M. Alphonse Milne-Edwards, les moulages de cerveaux de Lophiodontes dont M. Filhol a relevé les particularités. La plus saillante résulte dans le petit nombre des circonvolutions comparées à celles des pachydermes actuels dénotant un état d’infériorité relative tout à fait évident.
- Radiation solaire. — Par l’intermédiaire de M. Janssen, M. Crova adresse le résultat des recherches actino-inétriques qu’il poursuit au sommet du Ventoux après les avoir commencées à Montpellier. Ces recherches montrent dans l’intensité de la radiation solaire une diminution très nette aux environs de midi; la cause en est sans doute dans les vapeurs qui à cette heure-là remplissent l’atmosphère.
- L’éclipse du 1er janvier. — M. Janssen annonce pour la prochaine séance un exposé des résultats fournis en Californie par la dernière éclipse totale du soleil.
- Varia. — L’étude des ptomaïnes occupe M. Escher de Koninck. — M. Mascart continue la théorie de l’arc-en-ciel. — Les constantes magnétiques au 1er janvier 1889 ont été déterminées par M. Moureaux. — Un Mémoire sur la géologie du midi de l’Espagne est déposé par M. Hébert au nom de M. René Nicklès. — L’ellipticité du sphéroïde terrestre est considérée par M. Romieux comme la cause de la déformation de l’enveloppe de notre globe. — M. Folie tire la notion d’une nutation diurne de l’observation d’étoiles bien plus voisines du pôle de l’étoile polaire. Stanislas Meunier.
- UN JEU DE QUILLES SUR TABLE
- Qui dit jeu de quilles suppose en général le plein air et un espace assez grand, assez long surtout, de sol nivelé dans une cour ou un jardin. Le jeu de quilles que nous voulons aujourd’hui présenter aux
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- lecteurs de La Nature est fait poiir renverser toutes les ide'es reçues en cette matière ; car on y joue ou on peut y jouer sur toute table présentant la place strictement nécessaire pour le poser, c’est-à-dire un espace d’environ 0m,30 de côté. En fait, il est d’ordinaire installé sur un comptoir. Si, en effet, c’est une nouveauté pour beaucoup de nos lecteurs, ce jeu est déjà fort répandu chez les marchands de vin des quartiers ouvriers principalement. Il remplace les dés : on y joue à qui payera les consommations. Le nom officiel en est jeu de quilles en l'air. Supposez d’abord un plateau rond d’environ 0m,25 de diamètre ; il est porté par trois pieds en imitation de bambou, assez élevés pour qu’on puisse aisément passer la main sous le plateau (nous verrons tout à l’heure dans quel but). Au milieu du plateau s’élève perpendiculairement un petit màt également en imitation de bambou, haut d’environ 0m, 55, et au sommet duquel une pointe de fer fixe verticalement suivant son axe une boule de bois de même grosseur que le petit màt. A cette boule est fixée une cordelette maintenant à son extrémité une autre boule en bois de même grosseur. Grâce à cette disposition, on peut prendre la boule pendante et lui donner un mouvement de rotation tel qu’elle décrira un cercle autour du màt, formant pendant le premier moment avec la cordelette qui la retient un plan perpendiculaire audit. mât, la boule fixée par la pointe dont nous avons parlé servant de pivot à tout le mouvement.
- Mais, sur le plateau, sont installées, près de la circonférence, neuf petites quilles de buis. La longueur de la cordelette est calculée de telle sorte que, cette cordelette étendue, la boule pendante puisse frapper la tête d’une et par conséquent de chacune des quilles. C’est, en effet, ce qui se produit quand la boule a été lancée comme nous l’avons expliqué plus haut : peu à peu, le mouvement s’en ralentit, la pesanteur s’exerçant, et la boule décrit un cône, ou du moins une figure conique autour du petit mât comme axe, figure qui va toujours se rétrécissant, jusqu’au moment où la boule, dans son mouvement, rencontre une ou plusieurs quilles, ou toute la série des quilles quand elle décrit une circonférence exactement concentrique au bord du plateau.
- Mais reste à expliquer une partie du système, qui
- en constitue la véritable originalité. On peut craindre que les quilles renversées par la boule ne tombent du plateau, peut-être ne roulent jusqu’à terre. 11 n’en est rien, et voici comment. Chacune des quilles est percée suivant son axe d’un trou dans lequel est fixée une ficelle la traversant dans toute sa longueur, et venant se terminer à sa tête par un nœud masqué par un clou doré; la ficelle traverse le plateau par un autre trou placé immédiatement en prolongement de l’axe de la quille; les neuf ficelles se rencontrent sous le plateau et sont réunies par un anneau de bois. Premier avantage : chaque quille qui tombe ne fait que se coucher sur le plateau et ne peut rouler en dehors ; second avantage : quand elles sont ainsi tombées, toutes ou quelques-
- unes, on n’a qu’à passer la main sous ce plateau, et en tirant sur le nœud réunissant les ficelles, on remet toutes les quilles debout.
- Quant à la façon de jouer à ce jeu de quilles, elle est assez simple : celui-ci gagne, qui abat le plus grand nombre de quilles. Du reste, ce n’est point un jeu de hasard : il nécessite surtout une grande habitude. On pourrait croire qu’il s’agit d’imprimer à la boule un mouvement circulaire aussi parfait que possible, de sorte qu’en s’abaissant peu à peu, elle vienne toucher et abattre la série des neuf quilles. Nous-même avons tenté la chance et avons été assez malheureux. Aussi avons-nous la générosité d’indiquer à nos lecteurs le vrai moyen de réussir: lancer la boule avec force tangentiellement au cercle des quilles, soit en la projetant comme si on jetait une boule libre, soit, ce qui vaut mieux, en la pressant entre le pouce et l’index, comme un noyau de cerise qu’on veut lancer. D’ailleurs la règle du jeu interdit de faire tomber des quilles au premier tour. Assurément ce jeu a le grand avantage de tenir aussi peu de place que possible, et il y a dans ce système au moins une idée originale qui méritait d’être signalée1. Daniel Bellet.
- 1 L’ensemble est très facile à loger et à transporter, le mât et les pieds étant vissés et tout le jeu ne pesant pas plus de 70Ü à 800 grammes.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieh.
- Nouveau jeu de quilles sur table.
- Imprimerie A. Lahure, 9 rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 81 G. — -lu JANVIER 1|88'J.
- LA NATURE.
- lir,
- UN NOUVEL ENGIN POUR LANCER
- LES PROJECTILES EXPLOSIFS
- Depuis un certain nombre d’années, les qualités. des projectiles explosifs, dynamite, coton-poudre,
- nitro-glycérine, fulminate, etc., sont universellement reconnues et appréciées, en tant qu’engins de destruction. Le seul problème à résoudre consiste à lancer ces projectiles de façon à ce qu’ils produisent moins de dégâts chez ceux qui les lancent que chez l’en- , nemi, mais jusqu’ici la solution laissait, parait-il^/*
- A?/
- l>*'
- Fig- 1. — Nouvel engin pour lancer les projectiles explosifs. (D’après une gravure américaine.)
- quelque peu à désirer.
- On croit généralement que le lancement d’une charge explosive importante à une grande distance est réalisé d'une manière satisfaisante par le eanon> du capitaine Zalinski1 dans lequel l’inertie du projectile est progressivement vaincue en le soumettant à une pression graduellement croissante : les expériences ont réussi et le boulet quitte la bouche du canon à une grande vitesse et avec un faible choc initial, mais la forme spéciale du projectile réduit sa portée. Le même résultat a été obtenu avec un canon
- 1 Voy. n° 755, du 5 novembre 1887, j>. 555.
- 17“ année. — Ier semestre.
- à poudre ordinaire, mais il a fallu également adopter un projectile d’un type spécial, disposé pour absorber le choc initial produit par l’inflammation de la poudre.
- Le Scientific American nous fait connaître aujourd’hui un nouvel engin destiné, comme les précédents, à lancer les projectiles explosifs et à réduire à un minimum les chances d’accidents. Dans cet appareil inventé par M. Walter E. Hicks, de New-York (fig. 1), il n’y a aucun choc à redouter, le projectile étant lancé par le mouvement de rotation d’un chariot qui, partant du repos, prend graduellement sa vitesse et ne fait explosion que lorsqu’il
- 8
- Fig. 2. — Détails de l’appareil.
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- LA NATURE.
- rencontre un obstacle obstruant sa trajectoire. Aussi, malgré le nom de new dynamite g un que lui a donné notre confrère, n’y a-t-il rien du canon (gun) dans cet appareil qui constitue plus exactement üne véritable fronde mitrailleuse mécanique.
- Le train mobile qui lance le projectile se compose de deux disques d’acier montés parallèlement sur un axe, muni d’une poulie qui permet de relier cet axe à une machine motrice de grande puissance (jui lui communique un mouvement de rotation rapide. La forme des pièces est calculée pour résister aux efforts auxquels elles sont soumises. L’engin représenté figure 1 est construit pour lancer quatre projectiles se succédant à de très courts intervalles de temps. Les projectiles sont insérés dans des cavités (fig. 2, nos 5 et 4) disposées à intervalles égaux près de la jante des disques : ils sont solidement maintenus dans ces logements par deux verrous qui se ferment et s’ouvrent automatiquement.
- Le chariot qui supporte le projectile est articulé à l’une de ses extrémités sur un axe fixé dans les deux disques; l’autre extrémité est libre d’osciller dans une fente longitudinale ménagée entre les disques. Les bouts libres de chaque chariot porte-projectile sont maintenus en place dans les rainures par des barres d’enclenchement commandées elles-mêmes par le système de lancement. Lorsque les disques sont lancés et ont atteint la vitesse normale, si l’on veut faire partir le projectile, le mécanisme de lancement dégage les barres d’enclenchement, les chariots porte-projectiles basculent autour de leur extrémité fixe en vertu de la force centrifuge, les verrous dégagent le projectile en se rangeant dans des cavités ménagées de part et d’autre sur les disques (fig. 2, n° 4) et le projectile est lancé dans l’espace par l’effet de l’inertie tangentielle. Nous avions donc bien raison de comparer cet appareil de lancement à une véritable fronde mécanique.
- L’appareil de lancement peut agir comme un mortier ou comme appareil à grande portée. L’angle de lancement est fixé à 1’avance au moment de la mise en place des projectiles, à l’aide d’un mécanisme assez complexe de plateaux tournants produisant les déclenchements des chariots porte-projectiles au moment opportun. Les deux plateaux agissant d’une façon indépendante sur deux projectiles à 180 degrés, on peut, soit produire deux décharges successives, soit faire partir les quatre projectiles à un très court intervalle de temps; les trajectoires décrites par chacun des projectiles étant sensiblement identiques, chacun d’eux ajoute à l’action destructive de celui ou de ceux qui l’ont précédé.
- Une particularité de ce nouvel engin est le peu de bruit qu’il produit relativement, car il n’y a ni pression, ni vide causé par les mouvements du gaz, et l’on n’entend que le sifflement du projectile traversant l’espace. Il n’y a ni lumière, ni fumée, ni recul, ni aucune de ces manifestations qui préviennent l’ennemi de la présence d’une pièce d’artillerie : l’engin destructeur accomplit son œuvre sans avoir été vu
- ni entendu. On espère que des essais auront lieu prochainement et qu’ils fourniront dès chiffres' intéressants sur l’efficacité, la portée et la valeur pratique de cet appareil dont on ne saurait, en tout cas, contester l’originalité.
- LES NOTATIONS PHYSIQUES
- CONVENTIONS, ABRÉVIATIONS ET SYMBOLES
- Plus la science va se perfectionnant et se simplifiant, plus il devient difficile de la comprendre. Ce fait, qui paraît paradoxal, tient à plusieurs causes, dont la plus importante est, sans contredit, le manque d’entente et d’unité dans les définitions et les notations adoptées par les différents auteurs.
- Nous avons déjà eu l’occasion, il y a quelques années1, d’appeler l’attention de nos lecteurs sur un point particulier de cette question, un point sur lequel il semble que l’entente puisse être facile : Comment doit-on écrire un nombre? La réponse a été qu’il y a au moins cinq manières différentes de l’écrire, et que celle adoptée par l’Académie des sciences et tous les corps savants n’a pas encore su avoir raison des routines administratives, et même de celles de l’enseignement élémentaire : la virgule qui doit séparer la partie entière de la partie décimale sert encore, dans bien des écoles et dans tous les papiers officiels, à séparer les tranches de trois chiffres. La première réforme à introduire est donc celle de la numération, ou tout au moins celle de l’écriture des nombres.
- Mais à côté de cette réforme qui sera longue, il en est d’autres d’un ordre plus technique, s’adressant à un public moins réfractaire au progrès, et que nous voudrions voir s’accomplir, a%plus grand profit des sciences physiques, de leurs applications, de leur vulgarisation et de leur développement. Nous voudrions, en un mot, voir adopter en France, — les autres nations suivraient comme elles ont suivi pour le système métrique — un système méthodique complet et coordonné de notations destinées à représenter, par des abréviations, conventions et symboles, toujours les mêmes, les quantités et unités physiques et mécaniques, ainsi que les opérations arithmétiques et algébriques usuelles.
- Il est bien entendu qu’un pareil travail ne saurait être l’œuvre d’un seul ; il faudra un certain nombre de Congrès nationaux et internationaux pour le parfaire, mais l’œuvre est déjà entreprise, et l’on ignore encore assez généralement les décisions déjà prises et fort peu observées, par suite du peu de publicité qu’elles ont reçu. Nous croyons donc accomplir œuvre utile en présentant à nos lecteurs l’état actuel de la question qui, nous l’espérons, fera un pas décisif au moment de la réunion des Congrès scientifiques qui se tiendront à Paris à l’occasion de l’Exposition universelle de 1889.
- Toute quantité physique est représentée par un symbole; sa grandeur est exprimée par son rapport à une autre grandeur de même espèce prise pour unité.
- Les quantités physiques interviennent dans les formules sous forme de symboles pris en général parmi les lettres de l’alphabet; mais comme les lettres de l’alphabet seraient en nombre insuffisant, certaines quantités physiques sont représentées dans les formules par des lettres majuscules ordinaires, d’autres par des minus-
- 1 Yoy. n° 555 du 1er septembre 1883, p. 214.
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- cules italiques ; certaines quantités physiques sont même symbolisées par des lettres grecques. Malheureusement, les différents auteurs dans les différents pays, et aussi les différents auteurs d’un même pays ne sont pr.s d’accord sur les symboles à employer, et il en résulte des confusions souvent regrettables. C’est ainsi que la lettre L désigne une longueur ou un logarithme népérien; la lettre C une capacité, l’échelle thermométrique centigrade (en France) et une intensité de courant (en Angleterre) ; la lettre T un temps ou une température, etc. 11 y aurait donc, en premier lieu, à dresser une liste des principales quantités physiques, à en donner une définition.précise, ne varietur, et à adopter pour chacune d’elles un symbole distinct, en tenant compte des notations consacrées par l’usage, et en faisant porter les modifications nécessitées par les doubles emplois sur les quantités physiques d’un usage moins fréquent.
- Les unités physiques, leurs multiples et leurs sous-multiples sont souvent exprimés par des abréviations sur lesquelles les auteurs ne sont pas d’accord, ce qui a donné lieu à des discussions récentes dans un certain nombre de journaux techniques. L’accord sur ce point sera facile à établir si l’on veut se conformer aux décisions du Comité international des poids et mesures, qui a adopté, dès 1879, un système d’abréviations qui, malheureusement, mal interprété par les uns, ignoré par les autres, est resté jusqu’ici lettre morte, même à l’Académie des sciences, et jusque dans les propres procès-verbaux du Comité international lui-même! Dans le tableau adopté par le Comité et que nous reproduisons ci-dessous, toutes les abréviations sont en caractères minuscules romains, et non en italiques. Ce choix judicieux a permis de réserver les lettres minuscules italiques pour les symboles de certaines quantités physiques. C’est ainsi que g désigne l’accélération due à la pesanteur et g le gramme, l une longueur et 1 le litre, etc., sans confusion possible. Les abréviations adoptées par le Comité international se rapportent aux unités de longueur, de surface, de volume, de capacité et de poids (masse). Voici le tableau établi en 1879, complété par les additions qui furent ultérieurement proposées et adoptées par le Comité international.
- Unités de longueui
- Myriamètre........
- Kilomètre.................
- Mètre..................
- Décimètre.................
- Centimètre................
- Millimètre................
- Micron....................
- Unités de surface.
- Kilomètre carré................
- Hectare .......................
- Are................
- Mètre carré....................
- Décimètre carré................
- Centimètre carré...............
- Millimètre carré...............
- Unités de volume
- Mètre cube.........................m3
- Décimètre cube.....................dm3
- Centimètre cube....................cm3
- Millimètre cube....................mm3
- Unités de capacité.
- Hectolitre.......... ..............hl
- Décalitre..........................dl
- Litre..............................1
- Décilitre..........................dl
- Centilitre.................... . cl
- Microlitre.........................X
- Unités de poids (masse)1.
- Tonne..............................t
- Quintal métrique...................q
- Kilogramme.........................kg
- Gramme.............................g
- Décigramme.........................dg
- Centigramme........................cg
- Milligramme............................mg
- Microgramme........................y
- Toutes ces abréviations sont logiquement déduites, sauf celles relatives au myriamètre, au micron, au microlitre et au microgramme. H y aurait lieu de modifier ces abréviations purement arbitraires, et d’adopter des préfixes spéciaux pour indiquer le méga (1.000.000), le myria (10,000) et le micro (1/1,000.000), comme on l’avait fait déjà pour l’hecto (h), le kilo (k), le déci (d), le centi (c) et le milli (m). Sous ces réserves, le tableau des abréviations établi par le Comité international des poids et mesures constitue un ensemble de notations bien coordonnées qu’il serait bon d’appliquer d’une façon générale, et auquel nous nous conformerons à l’avenir dans La Nature, nous réservant de l’étendre ultérieurement, lorsque d’autres abréviations et symboles auront reçu la sanction officielle de Congrès nationaux et internationaux.
- E. Hospital iek.
- L’INTELLIGENCE DES ÉLÉPHANTS
- M H. Blanchard a récemment rapporté à la Société zoologique de France le fait suivant, dont il a été témoin. En août 1888, on exhibait à Rennes, dans un cirque, six éléphants remarquablement dressés. A un signal donné, les six animaux venaient s’asseoir sur la clôture de l’arène, les pattes antérieures en l’air, dans la position d’un homme assis. Cet exercice avait été déjà exécuté une ou deux fois quand, à une nouvelle reprise, les planches s’affaissèrent sous le poids du plus petit éléphant, qui tomba à la renverse, en poussant des cris lamentables. On eut toutes les peines du monde à le remettre sur ses pattes. Après cet incident, les exercices continuèrent. On fit encore asseoir les éléphants sur la clôture de l’arène, puis les trois plus gros se couchèrent sur le sable et les trois plus petits vinrent s’asseoir sur eux. Tous exécutèrent fidèlement l’exercice, sauf le plus petit, qui, rendu prudent par l’accident de tout à l’heure, se garda bien de s’asseoir et se tint à moitié accroupi, sans se reposer sur un siège dont la solidité lui semblait douteuse.
- 1 Un amendement proposé par M. Fœrster au Comité international en 1887, et adopté par lui, a substitué la masse au poids dans les termes suivants :
- « La masse du kilogramme international est prise comme unité pour le service international des poids et mesures. »
- Les abréviations indiquées ci-dessus se rapportent donc aux masses et non plus aux poids. Cette décision fera disparaître la confusion trop fréquente entre les poids et les masses, ainsi que la formule classique et fausse P = VI), qui doit s’écrire :
- ,um
- km
- m
- dm
- cm
- mm
- km2
- ha
- a
- m2
- dm2
- cm2
- mm2
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- LES ORANGERIES
- ET LES IRRIGATIONS DE B LID A H
- Dans un récent voyage en Algérie, deux choses m’ont beaucoup intéressé : le commerce des oranges et des mandarines à Blidah, puis l’organisation du Syndicat établi pour l’irrigation des territoires cultivés.
- Les plus belles orangeries s’étendent au nord et à l’est de Blidah, sur plus de 400 hectares et produisent plus de 50 millions de fruits. Parmi elles se distingue celle du « Tapis vert » , appartenant à M. Auguste François, et servant en été de lieu de réunion.
- Pour donner une idée de l’importance du commerce des oranges, citrons et mandarines, je donne ci-dessus le tableau de leur importation en France, de 1884 à 1886 (fig. 1).
- Je laisse de côté à dessein tout ce qui concerne les semis, la greffe et les soins de culture de l’oranger; cela m’entraînerait trop loin1. Je me contenterai de dire qu’il a besoin, non seulement d’irrigations fréquentes pendant la saison sèche, mais aussi d’abris faits quelquefois avec cyprès pyramidal, sans quoi l’on s’expose à voir les fleurs arrachées ou brûlées et les fruits jetés à terre par les vents.
- Les contrées qui sont sous la même latitude , comme l’Algérie, le Texas, la Perse méridionale, ont le même climat, c’est-à-dire des étés chauds et secs, sans pluie aucune, en sorte que l’agriculture ne peut exister sans irrigation artificielle; ces contrées ont toutes le même inconvénient, c’est-à-dire des vents violents qu’on nomme « mistral » en Provence, « siroco » en Afrique, ou « northers » au Texas. Souvent aussi les fruits qu’on trouve dans la région de l’oranger y périssent par les gelées de l’hiver, et, en été, la chaleur y est
- 1 En France, nous avons deux ouvrages principaux sur la question : — x\. llisso et A. Poiteau. — Paris, in-4°, 1818. — (jeu. Gallesio. Traité du Citrus. — Paris, in-8°, 4829.
- trop intense pour la culture des fruits des régions tempérées comme la pomme et la poire. A quoi attribuer cet état de choses ? Partout à la même cause, c’est-à-dire à la destruction des forêts, cette preuve vivante de l’imprévoyance humaine.
- La récolte des premières oranges à Blidah, commence du 10 au 25 octobre ; celle des mandarines, un mois après. Un rencontre alors sur les routes des bandes d’Arabes portant chacun une échelle et un panier en osier à forme ronde avec un crochet pour le suspendre aux branches ou aux barreaux de l’échelle. Les corbeilles qui servent au transport des fruits, du jardin aux magasins , sont ovales et contiennent de 4 à 500 oranges; elles pèsent de 50 à 60 kilogrammes une fois pleines, et elles sont, ainsi que les paniers, garnies de forte toile à l’intérieur pour préserver les fruits des meurtrissures.
- Les Arabes employés à la cueillette sont payés 2 francs par jour; les femmes qui travaillent dans les jardins sont payées 1 fr. 50; elles ont de petits sécateurs faits exprès et suppriment la queue du fruit
- en la coupant très ras, mais en ayant soin de laisser l’étoile. Dans une bande de vingt cueilleurs il y a deux ou trois porteurs, qui vont des cueilleurs à la natte en palmier où sont versés les fruits en tas et où sont assises les coupeuses qui les mettent dans les corbeilles; ces femmes sont au nombre de quatre ou cinq pour vingt cueilleurs.
- Au commencement de la saison, le travail de la cueillette ne se fait pas rapidement ; les fruits ne sont pas mûrs régulièrement et les cueilleurs sont souvent obligés de changer leurs échelles de place ; mais lorsque l’on « rase » une récolte, chaque homme arrive facilement à ses 5 000 fruits ; il faut alors six à sept coupeuses habiles et un porteur par cinq hommes suffit à peine.
- Le fruit arrive au magasin transporté sur des camions à ressorts; il est étendu sur de la paille bien saine où il séjourne quatre à cinq jours avant d’être trié. Les trieuses (leur nombre est à peu près
- IMPORTATION PROVENANCE 1884 1885 1888
- Citrons, Oranges et leurs .variétés. Espagne. . . Italie .... Algérie . . . Autres pays . kil. 45587 407 2485952 4888015 1106059 kil. 55586080 5082 707 5994178 957050 kil. 45957824 1 749105 5198892 791 754
- Totaux 51860 055 42220021 49 097 414
- Valeur en francs. 11929188 16888008 19878900
- Fig. 1. — Tableau des importations des oranges.
- le
- Fig. 2. — Plan des irrigations à Iîlidali.
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- celui des eoupcuses) ont chacune un jeu d’anneaux en fer-blanc soudés ensemble et sont assises sur la paille, ayant devant elles autant de paniers en palmier que d’anneaux, plus un panier ou une corbeille pour les rebuts. Un porteur va vider les paniers aux places assignées d'avance à chaque numéro. Les rebuts sans valeur marchande sont mis à part et vendus sur place à vil prix.
- Le triage, qui demande une assez grande habitude, a donc séparé les fruits par grosseurs différentes variant du n° 1 au n° (>. Les nos 1, 2 et 5 sont généralement papillotes et mis en caisses de 240, 512 ou 420; ce sont les caisses de choix. Le reste, du n° 4 et au-dessous, sert à faire les coffres ou caisses de 1000.
- Les fruits non papillotes sont mis en vrac dans de grandes caisses à trois compartiments qui, une fois pleines, pèsent de 110 à 115 kilogrammes.
- Les oranges sont très recherchées au commencement de la saison comme primeurs, parce que l’orange étrangère n’a pas encore fait son apparition; mais dès que ces dernières arrivent sur les marchés, celles de Blidah sont délaissées parce qu’elles sont moins avantageuses pour le marchand qui les trouve moins grosses et les pave plus cher. Pourquoi sont-elles plus chères? 11 y a là le résultat des tarifs de transport.
- L’orange de Blidah est réellement délicieuse aux mois de février, mars, avril, mai; à ce moment, il
- Fig. 3. — Plantiilion d’orangers à Blidah. (D'après une photographie.)
- en reste peu ici et on ne songe plus guère à en expédier en France ; les Espagnols d’Oran les payent souvent sur place plus cher qu’on ne les vend à Marseille.
- Après l’orange de Blidah, il y a l’excellente orange du Beni-Salah, qui est beaucoup plus tardive que la nôtre et qui, se trouvant mieux abritée dans les montagnes, peut se conserver jusqu’au mois d’août.
- La mandarine demande plus de soins que l’orange, et occasionne plus de frais de main-d’œuvre, non pour la cueillette et le triage, mais pour l’emballage. On fait aussi plusieurs numéros. Les quatre premiers sont toujours papillotes et mis en petites caisses : les nos 1 et 2 en caisses de 25 à 100, les n09 5 en caisses de 50 à 200, et les nos 4 en caisses de 200 à 420. Les petites, ainsi que toutes celles qui, à cause de
- leurs formes défectueuses, ont été séparées des quatre premiers numéros au triage, sont mises en grandes caisses de 1000 à 1500 et en vrac. Les mandarines de Blidah s’expédient presque toutes à Paris, Lyon et Marseille ; mais c’est certainement le marché de Paris qui en écoule le plus, car c’est là que non seulement les villes voisines viennent s’approvisionner, mais que l’Angleterre, la Belgique, la Prusse, etc., viennent faire leurs achats.
- Un hectare d’orangerie donne en moyenne 120000 fruits et se paye en moyenne 1500 francs.
- Les achats de récoltes se font habituellement en juin, juillet, août (quelquefois on achète à la Heur) et l’acheteur a à subir tous les aléas ; brouillards qui font couler les fruits, siroco qui les empêche de se
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- LA NATURE.
- nouer, grêle, rte., et', plus tard, les coups de vent de "novembre, décembre et janvier qui, dans certaines années, réduisent la récolte d’un quart, d’un tiers et quelquefois de moitié. Les fruits de choix se vendent toujours assez bien, mais les petits ont peu de valeur.
- Les soins à donner à l’orangerie occasionnant une dépense moyenne de 500 francs par hectare, on peut compter sur 1200'Trafics de revenu net; certaines orangeries rapportent beaucoup plus.
- J’ai dit que l’étendue des orangeries dans la zone de Blidah est d’environ 400 hectares. Il y en a aussi de très belles à la Chifià, à 8 kilomètres, à Dalmatie et à Beni-Mered, à Soumali, enfin à Boufarik, où l’on plante tous les ans : il y a là déjà environ 250 hectares en plein rapport. Dans quelques fermes de la plaine de la Mitidja, il existe aussi quelques belles plantations arrosées par des norias ou des puits artésiens, comme à Oued-el-Aleng.
- Les orangeries de Blidah sont très divisées ; on en trouve peu de 5 hectares d’un seul tenant; celles de Boufarik sont plus vastes, on y compte six propriétaires ayant de 15 à 57 hectares arrosés, partie par les eaux de l’Harrach, partie par les eaux de Bou-Chemla, et le reste au moyen de norias. Le produit est évalué à 1200 francs environ par hectare, qui en plein rapport vaut 6000 francs.
- On sait qu’il n’existe pas de rivières importantes dans notre colonie et qu’aucune d’elles n’est navigable. En temps ordinaire elles sont presque toujours à sec, et, lorsqu’il arrrive des orages, elles se transforment en torrents. Aussi, dans plusieurs endroits, a-t-on songé à établir des barrages, dont les plus importants sont ceux dePerregaux et de Saint-Denis-du-Sig.
- A Blidah, les eaux de l’üued-el-Kébir, après avoir été utilisées dans leurs parcours par différents établissements industriels, arrivent au barrage du Syndicat établi aux moulins Ricci, à l’entrée des gorges de l’Atlas. Là, elles sont détournées dans un canal qui emprunte le flanc de la montagne sur la rive droite, font tourner plusieurs moulins, puis, après un parcours de 1500 mètres, arrivent au point culminant de la ville dans un bassin répartiteur où elles sont divisées en 5 canaux principaux :
- 1° Celui de Montpensier, destiné aux irrigations du village de ce nom et d’une partie de la zone de Bli-dah, au nord-est;
- 2° Celui du centre, dont les eaux, après avoir passé dans les égouts de la ville et servi à leur nettoyage, arrivent au répartiteur de l’orangerie où elles sont subdivisées en trois canaux vers le nord ;
- 3° Celui de l’ouest, alimentant le village de Joinville, l’abreuvoir militaire, etc.
- Ces canaux ont une longueur totale de 50 000 mètres; ils sont marqués sur un plan (fig. 2). Les deux premiers sont en maçonnerie avec une section intérieure de 1 mètre sur 0m,90 de hauteur. Les autres sont en béton avec forme trapézoïdale : leur section est de 0ra,60 à l’ouverture et 0m,50 au fond, sur une hauteur de 0m,35.
- Sur le parcours des canaux d’irrigation sont placées des vannes de prise en tête de chaque propriété particulière. Chaque canal reçoit au répartiteur le volume d’eau calculé d’après la superficie qu’il a à arroser, à raison de 480 mètres cubes pour les orangeries et 450 pour les jardins maraîchers par hectare et par semaine ; des déversoirs, dont la largeur est calculée d’après ce principe, transmettent à chaque canal la quote-part qui lui revient. Il est bien entendu que le volume attribué à chaque propriétaire varie quelquefois, suivant l’abondance des eaux; mais ces dernières sont toujours distribuées en égale proportion : les frais sont de 50 à 40 francs par hectare.
- Les arrosages sont divisés en deux rotations par semaine, un tour de jour et un tour de nuit. Chaque propriété comprise dans la zone d’irrigation a droit à l’eau du canal pendant un nombre d’heures ou de minutes déterminé. L’eau partant du répartiteur, parcourt toute la longueur du canal jusqu’à son extrémité. Le temps quelle met à arriver est déduit du temps d’arrosage : c’est la propriété la plus éloignée du point de départ qui commence à arroser; quand le temps auquel elle a droit est terminé, la propriété au-dessus coupe l’eau au moyen de sa vanne et arrose à son tour. Il est procédé de cette manière en remontant jusqu’à l’origine du canal, pour recommencer de même au tour suivant.
- La saison des arrosages commence généralement vers la lin de mars pour finir en octobre, si les pluies arrivent à cette époque.
- On compte cinq propriétaires seulement ayant de 10 à 15 hectares, et trente ayant de 2 à 5 hectares : le reste n’a que de 1 à 2 hectares. La commune de Blidah, le génie militaire, les ponts et chaussées, la voirie départementale, font aussi partie de l’association pour leur service d’arrosage.
- La figure 3 donne l’idée d’une plantation ordinaire d’orangers à Blidah. Elle rappelle celle de nos
- vergers du Nord. Ch. Joly.
- <>-
- CHALUMEAU
- X VAPEUR D’ESSENCE MINÉRALE
- 11 est parfois utile de produire d’assez hautes températures sans le secours du gaz de houille ou de pétrole.
- L’essence minérale en brûlant dans certaines conditions permet d’obtenir des températures assez hautes; par exemple, un jet de vapeur de pétrole lancé dans un brûleur Bunsen. Sur ce principe nous avons imaginé un petit appareil que tout le monde peut facilement construire et qui est capable de rendre bien des services.
- Il se compose d’une petite chaudière en fer-blanc cylindrique de 0m,08 de diamètre et 0m,05 de hauteur environ, munie à sa partie supérieure d’un orifice fermé par un bouchon en caoutchouc; ce bouchon est lui-même percé d’un conduit muni d’un tube de verre termine en o par une pointe effilée. Un tube métallique de diamètre supérieur à celui du tube de verre peut glisser au moyen d’un bouchon en liège qui le supporte et que traverse le tube de verre de façon à faire varier la position des ou-
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- vertures qu’il porte à sa base en p et q, par rapport à l’orifice o du tube de verre.
- On remplit la chaudière d’essence minérale, et on chauffe modérément au moyen d’une lampe à alcool; la vapeur s’échappant par le tube effilé avec une certaine violence entraîne de l’air et brûle à l’orifice du tube de cuivre avec une flamme bleue, très chaude.
- On règle la pression de la vapeur au moyen de la lampe à alcool, et la quantité d’air, au moyen du tube de cuivre qu’on abaisse ou qu’on élève.
- Une spirale métallique ou une toile métallique est placée au-dessus du tube en cd; elle a pour but de briser la violence du jet de vapeur qui l’empêcherait de s’enflammer
- c cl
- Chalumeau à vapeur d’essence minérale.
- et, de plus, elle vaporise par la chaleur qu’elle possède les gouttes d’essence qui s’échappent du tube de verre. Ce tube doit du reste être le plus court possible pour éviter les condensations.
- Le tube de cuivre au-dessus des orifices p et q doit avoir une hauteur de 6 à 7 centimètres et un diamètre de 1 centimètre.
- L’orifice o est de la grosseur de celui d’un chalumeau ordinaire. Paul Gobln.
- CONCOURS POUR
- LES COMPTEURS D’ÉNERGIE ÉLECTRIQUE
- Dans les distributions d’énergie électrique les compteurs jouent un rôle très important. Et cependant, malgré un grand nombre de solutions, il n’y en avait jusqu’ici aucune qui ne donnât lieu à quelques réserves. C’est pour stimuler le zèle des inventeurs qu’au mois de juillet dernier, le Conseil municipal de Paris vota une somme de 20 000 francs pour ouvrir un concours, dont les conditions viennent d’être fixées dernièrement.
- 10 UOO francs seront attribués à l’inventeur qui produira un compteur d’énergie électrique donnant toute satisfaction.
- Cinq primes de 2000 francs seront ensuite données aux cinq inventeurs dont les compteurs auront fait réaliser les progrès les plus importants. Le compteur devra fonctionner pour les courants alternatifs et pour les courants continus. Dans le cas où le compteur ne s’appliquerait qu’à une des deux formes du courant, l’inventeur n’aurait droit qu’à la moitié de la prime.
- Voici maintenant les conditions exactes du concours :
- D’une manière générale seront admis au concours tous les appareils destinés à fournir la mesure de l’énergie électrique, sous quelque forme qu’elle se présente.
- Les compteurs devront surtout être appropriés à de petites consommations. Pour les courants alternatifs, on
- devra surtout s’attacher à la construction des Wats-heure-mètres qui seuls donnent une mesure exacte dans les circuits inductifs. Les appareils seront soumis à des expériences comparatives qui porteront : 1° sur la proportionnalité et l’exactitude des appareils dans toute l’échelle des débits; 2° sur l’énergie dépensée pour effectuer les mesures; 3° sur le trouble apporté dans la distribution par l’emploi du compteur ; 4° sur la valeur pratique des appareils (simplicité, réglage, prix de revient, etc.).
- Le concours sera jugé par une commission composée de neuf membres, cinq choisis par le Conseil municipal, quatre par l’Administration. Les cinq membres désignés par le Conseil sont : MM. Mascart, Potier, Hospitalier, Vaillant, Lyon-Alemand.
- Nous ne saurions trop insister sur le caractère d’opportunité et d’utilité que présente ce concours. On n’a en effet que des expériences éparses sur l’exactitude des compteurs ainsi que sur leur fonctionnement. Or, au moment de faire de la distribution chez les particuliers, il importe de leur présenter des appareils pratiques, sur la valeur desquels on puisse les fixer. , J. L.
- LES ANTIQUITÉS MEXICAINES
- A l'exposition- UNIVERSELLE DE 1889
- On sait quelle est l’incomparable richesse du Mexique en antiquités de toutes sortes ; elles offrent à l’historien, à l’anthropologiste et à l’archéologue une mine immense à exploiter. Le gouvernement mexicain n’a reculé devant aucun sacrifice pour faire valoir les trésors de son histoire à l’Exposition universelle de 1889, et l’on construit actuellement, à ses frais, un pavillon spécial pour les antiquités du Mexique. Le gouvernement mexicain fait des dépenses très importantes pour cette Exposition. Il y enverra des plantes rares, des échantillons géologiques et minéralogiques, des marbres, des pierres précieuses. Tout cela est organisé sous la direction de M. le Dr Antonio Penafiel, archéologue des plus distingués.
- Parmi les collections les plus remarquables qui figureront dans le pavillon spécial aux antiquités mexicaines, nous citerons celle de M. E. Eug. Goupil, de Paris, né à Mexico; cette collection renferme des objets de grande valeur et de toute beauté; nous sommes heureux d’en donner dès à présent la primeur à nos lecteurs.
- Nos gravures reproduisent exactement quelques-unes des merveilles de la collection Goupil. La figure 1 reproduit l’aspect de quatre vases funéraires trouvés dans des tombeaux aux environs du palais de Mitla+ près Oaxaca (Mexique). La hauteur du plus grand des vases est de 0m,40, sa largeur, de 0m,32. Ges objets, figurant des divinités zapotèques, ont été apportés en France en 1845, par un ancien consul français, M. Martin. Parmi ces vases, le plus petit représente le dieu Chauve-souris. Sa hauteur est de 0m,15, sa largeur, de Um,14.
- La figure 2 reproduit une statuette en terre cuite qui est probablement une image du dieu de La guerre. Cette statuette porte au cou un collier formé
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- de mâchoires supérieures ou palais humains, dans dommagée, mais il est probable qu’elle tenait une la main droite elle tient un vase de sacrifice, en arme, ou tout au moins un couteau de sacrifices, forme de patte de tigre; la main gauche a été en- I Elle a aussi une large ceinture garnie d’objets co-
- Fig. 1. — Vases funéraires mexicains. — Collection de M. E. Eugène Goupil. (D’après des photographies de M. Quilieu.)
- niques peu faciles à nommer, mais qui, par analogie, ne peuvent être, très probablement, que des débris humains. Au centre de cette ceinture, l’on voit une tête de guerrier avec un hausse-col orné de très curieuses gravures.
- La coiffure de la statuette rappelle certaines coiffures de guerre des naturels de l’Océanie, avec la différence qu’elle est rasée d’un seul côté, le gauche ; le côté gauche avait donc, comme parmi les Aztèques (par exemple le dieu Huitzi-lopochtli1) une signification importante, mais avec des variantes.
- Ce curieux spécimen de l’art céramique des
- Fig. 2. — Divinité zapotèque en terre cuite.
- anciens Zapotèques est d’une grande valeur archéologique ; il a été trouvé dans un tombeau aux environs du palais de Mitla, près Oaxaca (Mexique), sa hauteur est de 0m,72, sa largeur, de 0m,34. 11 a été apporté en France en 1845, par M. Martin.
- À droite et à gauche de la figure 2 sont un vase funéraire et une tête de divinité : au centre, on voit un -petit vase en bois de zapote rouge gravé, de même provenance.
- On jugera, par les spécimens que nous venons de mentionner, de l’importance des collections mexicaines qui figureront à l’Exposition de 1880.
- Collection de M. E. Eug. Goupil, à Paris.— Ancienne collection E. Boban.
- pagnail dans leurs pérégri-
- 1 Iluifzilopochtli, le guerrier gaucher ou Mexitli, dieu de la guerre des Aztèques, composé de Huitzilin ou oiseau-mouche, et de opochtli, le côté gauche, parce que ce dieu portait au pied gauche un bouquet de plumes de cet oiseau. Chargé de la protection des Mexicains, il les aceoin-
- nations, et c’est sous ses ordres que la grande ville de Tcnochtitlan ou Mexico lut fondée.
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- LA MORT PAR L’ELECTRICITE
- Fig. 1. — Expérience exécutée au Laboratoire d’Edison, à Orange (États-Unis) : un cheval tué par l’électricité.
- Les actions physiologiques si nombreuses et encore si peu connues de l’électricité n’ont commencé
- a jouer véritablement un rôle qu’au moment de la découverte des phénomènes d’induction, mais ce
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- LA NATURE.
- rôle a grandi d’une façon non moins terrible que funèbre, car, commencé par une simple distraction scientifique, l’électricité servira avant peu à faire passer de vie à trépas les condamnés à mort de l’Etat de New-York1.
- Voici, en effet, ce que nous apprend le Scientific American dans un de ses derniers numéros.
- « Quelques expériences relatives aux effets de l’électricité sur les animaux, dans le but de déterminer la meilleure méthode d’appliquer la peine de mort, ont été faites le 5 décembre dernier, au laboratoire d’Edison, à Orange, sous la direction de M. Harold P. Brown. Un veau pesant 57 kilogrammes fut soumis à l’action du courant. Une machine périodique dont la force électromotrice moyenne était de 50 volts (le Scientific American a oublié d’indiquer le nombre d’alternativités par seconde, ce qui est cependant de la plus haute importance) fut d’abord appliquée à l’animal qui tomba, mais se releva de lui-même neuf minutes après, sans avoir souffert le moins du monde en apparence.
- « La force électromotrice fut alors élevée à 770 volts et lui fut appliquée pendant huit secondes. L’aaimal mourut, et autant qu’on en put juger, la mort fut absolument instantanée. Les vaisseaux sanguins de la tête étaient remplis de sang, mais aucune hémorragie n’était visible. Le cœur et les poumons étaient normaux. Le poil était seulement légèrement brûlé aux points où les parties métalliques des électrodes étaient en contact avec lui.
- « Un second veau pesant.66 kilogrammes, dont la résistance mesurée entre électrodes était de 1500 ohms, fut soumis à une force électromotrice périodique moyenne de 750 volts, pendant cinq secondes. La mort fut instantanée, ainsi que l’arrêt du cœur.
- « On soumit ensuite à l’expérience un cheval pesant 590 kilogrammes, en établissant les communications représentées figure 1 ; sa résistance entre électrodes était de 11000 ohms. Le potentiel moyen était d’environ 50 volts, mais la rupture du voltmètre ne permettait d’apprécier cette force électromotrice que par l’éclat plus ou moins grand d’une série de lampes à incandescence montées en dérivation sur les deux conducteurs. On ferma le circuit par un simple coup de marteau, c’est-à-dire pendant un instant très court ; l’animal ne parut pas sensiblement affecté par ce courant de courte durée. Même résultat pour des durées de cinq et de quinze secondes. Enfin, on appliqua une force électromotrice moyenne totale de 700 volts, pendant vingt-cinq secondes. Pendant cette expérience, il se dégageait de la vapeur des électrodes, ce qui indiquait un contact insuffisant. La mort fut instantanée.
- « Deux méthodes furent employées pour relier les fils aux animaux. Dans les expériences faites avec les veaux, on fit usage d’électrodes médicales ordinaires, l’une appliquée sur le front, l’autre juste au-
- 1 Voy. n° 810 du 8 décembre 1888, p. 50.
- dessous des épaules (fig. 5) dans le but de placer la tête dans la ligne directe du courant. L’électrode frontale circulaire, de 5 centimètres de diamètre, était recouverte d’éponge ; l’autre électrode, rectangulaire, également recouverte d’éponge, avait 10 centimètres de longueur et 5 centimètres de largeur. Les éponges étaient imbibées d’une solution de sulfate de zinc de 1,054 de densité. Les parties de la peau où étaient appliquées les électrodes avaient été dépouillées de poils à l’aide de ciseaux. La combustion du poil dans la première expérience paraît devoir être attribuée plutôt à une action d’incandescence qu’à un arc voltaïque, eu égard à la faible force électromotrice employée. Pour le cheval, les pieds furent entourés d’une pâte humide autour de laquelle les fils étaient directement roulés. »
- a Ces expériences et d’autres, ont montré que la résistance d’un animal est due dans une grande mesure à l’imperfection plus ou moins grande des contacts avec la peau. La transpiration favorise ce contact et réduit la résistance.
- « Il faut aussi appliquer le courant de façon à
- Fig. 3. — Schéma (le l’expérience de la mort d’un veau par l’électricité.
- placer le cerveau dans le trajet direct du courant. Les courants alternatifs et les courants continus ont aussi des actions très différentes. Les courants alternatifs semblent produire une sorte de paralysie ou d’état tétanique dans lequel l’animal se débat faiblement, tandis que le courant continu produit des contorsions vraiment sérieuses et puissantes.
- « Les expériences ont été exécutées sous les auspices de la Société médico-légale ‘de New-York. Il devenait urgent de déterminer la meilleure méthode de produire la mort par l’électricité, car la nouvelle loi a rendu ce procédé obligatoire à partir du 1er janvier de la présente année, et le substitue à la pendaison. Le Comité chargé de l’étude en septembre dernier a conseillé l’emploi de courants alternatifs avec des forces électromotrices de 1000 à J 500 volts et des alternativités atteignant au moins 500 par seconde. Le rapport recommandait l’emploi d’électrodes métalliques de 2,5 à 10 centimètres de diamètre, couvertes d’une mince couche d’éponge et de peau de chamois imbibée d’une solution légère de sel commun. Le condamné devra être assis.
- « On se propose, mais cette expérience se fera en dehors de la Société médico-légale, de tuer un éléphant par l’électricité : il s’agit de l’éléphant Chief,
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- le plus grand connu dans l’État de New-York ; il est devenu si méchant et si dangereux que sa mort a été décidée. »
- Quittons ce sujet lugubre pour en aborder un qui, produit par les mêmes causes très atténuées, est loin cependant d’avoir les mêmes effets.
- Les journaux politiques ont récemment publié l’information suivante :
- « La place du Carrousel offre actuellement entre 7 et 8 heures du soir un assez curieux spectacle. Chaque jour, en effet, depuis quelque temps, on peut voir, au pied des candélabres supportant les lampes électriques, des gens, hommes, femmes et enfants, former la chaîne en se donnant la main. L’individu le plus voisin du candélabre appuie sa main restée libre sur la clef qui sert à monter et à descendre les lampes, et aussitôt de petits cris et des rires convulsifs éclatent.
- « Ces braves gens sont simplement occupés à s’électriser au courant qui produit la lumière.
- « Depuis une semaine, la vogue est à cette récréation gratuite. Il est peu d’employés ou d’ouvrières qui résistent à la tentation d’éprouver des sensations électriques, et, la nouvelle s’étant promptement répandue, ces convulsionnaires d’un nouveau genre sont de plus en plus nombreux chaque soir. »
- La figure 1 représente une de ces scènes d'électrisation dont il est facile d’avoir l’explication. La canalisation alimentant les lampes à arc installées sur la place du Carrousel est déjà assez ancienne, et son isolement laisse à désirer ; aussi n’est-il pas étonnant qu’en établissant une dérivation entre la terre et un point donné du circuit, les personnes formant cette dérivation soient traversées par des courants alternatifs qui, pour l’instant du moins, ne sont pas dangereux, mais produiront une action de plus en plus grande, à mesure que l’isolement deviendra de plus en plus défectueux.
- Il est assez difficile de prévoir le moment à partir duquel ces expériences anodines deviendront dangereuses. Le mieux serait, selon nous, de faire disparaître la cause de ces expériences, en mettant hors de portée du public toutes les parties de la canalisation traversée par des courants alternatifs 'a haut potentiel, quitte à mettre un Électrisez-vous pour deux sous, gratuit, à la portée des jeunes Parisiens, afin de ne pas les priver d’un plaisir qu’ils semblent apprécier tout particulièrement.
- LE STROPHANTUS
- De tous les médicaments qui, depuis une vingtaine d’années, sont venus s’ajouter à la liste déjà si longue de la pharmacopée, il n’en est qu’un petit nombre qui aient pris rang définitif dans l’arsenal thérapeutique. Les uns sont tombés dans l’oubli avant d’avoir, pour ainsi dire, vu le jour; les autres, prônés par des réclames retentissantes, n’ont eu qu’une
- vogue éphémère; d’autres enfin, remarquables par leurs propriétés, sont devenus des succédanés ou de précieux adjuvants des médicaments anciens. C’est parmi ces derniers qu’il faut ranger le Stropbantus, qui n’est pas encore bien connu, malgré de nombreux travaux. Médicament cardiaque, il arrivera peu à peu, sinon à se substituer à la digitale, du moins à tenir un des premiers rangs dans la thérapeutique des maladies du cœur.
- Le Stropbantus, ainsi nommé par de Candolle, appartient à la famille des Apocynées. C’est une plante des régions tropicales; on la trouve surtout en Afrique; on l’a rencontrée aussi à Madagascar, à Ceylan, dans les Indes, et la culture, dans les régions asiatiques, y sérail si aisée que les négociants anglais espèrent s’affranchir d’ici peu de l’obligation de l’importer d’Afrique.
- Les variétés sont fort nombreuses ; bien qu’au début il semblât n’en exister qu’une ou deux, on en compte à présent plus d’une dizaine d’espèces, dont trois ou quatre seulement ont pu, et encore dans ces derniers temps, être déterminées d’une façon précise au point de vue botanique. Les plus connues sont le Strophantus Hispidus, le Stropbantus Kombé, le Strophantus glabre du Gabon, le Strophantus de Sourabaya, etc.
- Le premier qu’on ait importé en Europe semble avoir été le Strophantus hispidus. C’est un naturaliste français, Heudelot, qui recueillit cette plante dans un voyage en Sénégambie, sur les bords du Rio-Nunez et qui en envoya un échantillon au Muséum d’histoire naturelle. Depuis, plusieurs voyageurs, entre autres Griffon du Bellay, médecin de la marine, en ont rapporté des spécimens.
- La seconde variété bien connue, celle qu’on trouve aujourd’hui facilement dans le commerce, est le Strophantus Kombé ; cette espèce se trouve non seulement en Afrique, mais à Java,-à Ceylan et dans les Indes, d’où la plus grande facilité de récolte et d’exportation.
- D’une façon générale et sans entrer dans de longs détails botaniques sur les diverses variétés, le Strophantus est un arbrisseau vivace, une sorte de liane sarmenteuse, dont les branches ont le volume du petit doigt et qui s’enlace autour des gros troncs des forêts, passant d’un arbre à un autre, formant des fouillis inextricables dans les grandes forêts tropicales.
- La florescence se fait d’avril à mai et la fleur présente un aspect des plus singuliers. Le calice est à cinq lobes aigus, lancéolés, couverts de poils en dehors ; la corolle est gamopétale, avec un tube court, dilaté en un limbe en cloche dont les lobes sont tordus sur eux-mêmes. Du sommet de ces lobes s’élance une languette étroite, également tordue sur elle-même et atteignant de 10 à 15 centimètres de longueur. Le fruit, sorte de gousse allongée, de 20, 30 et même 50 centimètres, est formé de un ou deux longs follicules cylindriques, de la grosseur d’un doigt et renfermant jusqu’à trois cents graines (fig. 3, n° 2).
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- Ces graines ont un aspect des plus élégants et des plus remarquables. Chaque graine est formée par un noyau fusiforme, de 1 centimètre environ, d’une couleur brun-jaunâtre, couvert de poils assez fins et très courts ; ce noyau est lui-meme surmonté d’une aigrette (fig. 2) attachée par une tige glabre et qui est formée d’une multitude de poils, d’un blanc argenté, brillants et soyeux, s’étalant en éventail, d’une longueur de 5 à 6 centimètres. C’est un véritable bijou, une merveille chatoyante que cette graine, quand on la tire de la coque, bien entière, bien parée de cette aigrette blanche étincelante. Cette aigrette est fragile et se détache facilement de la plante; aussi manque-t-elle dans les graines livrées au commerce. La racine, de couleur brunâtre, atteint l’épaisseur de deux à trois doigts (fig. 5, n°l).
- Suivant les variétés, le fruit, la graine, l’aigrette subissent quelques modifications de détail, mais celles-ci sont sans importance, si l’on se place, comme je le fais, à un point de vue général. Ainsi, l’aigrette est plus longue dans le Stro-phantus Kombé, plus courte et plus étalée dans le Strophantus glabre du Gabon, etc.; pure question de botanique et de physiologie végétale qui n’a rien à faire ici.
- Tous les Strophantus sont, à des degrés différents, éminemment toxiques, et ces propriétés redoutables sont bien connues des peuplades du Gabon, des côtes de Sierra-Léone et des régions centrales de l’Afrique. Avant que les manufactures européennes eussent jeté sur le marché africain tous les fusils de pacotille ou de rebut, toutes les tribus sauvages utilisaient le suc des fruits et des graines pour empoisonner leurs flèches. Ces flèches, courtes et légères, sont entaillées d’encoches à 5 ou 6 centimètres de la pointe et imprégnées du produit toxique préparé en écrasant les graines; la masse huileuse est additionnée d’une pâte faite avec une écorce mucilagineuse et cette pâte, étendue sur les flèches, forme une couche de plusieurs millimètre», qui rend très rapidement mortelle la moindre blessure.
- Les figures ci-contre (fig. 3, nos 4, 5, 6 et 7), qui sont la reproduction de dessins annexés à un remarquable travail de M. Blondel, montrent des flèches qui ont été rapportées, les trois premières du Gabon, la quatrième de la région du Zambèze. La première, la plus simple, la plus primitive, est formée d'une frêle tige de bois acérée par un bout et fendue à l’autre pour y glisser un brin de feuille qui remplit le rôle des pennes d’une flèche ordinaire (n° 6). La couche
- de poison s’étend sur une longueur de 5 centimètres; au-dessus se trouve une série d’encoches, pour faciliter la brisure de la pointe, une fois qu’elle a pénétré dans le corps de la victime. Cette flèche mesure 28 centimètres.
- La flèche n° 7 ne diffère de la première que par sa longueur ; la troisième, n° 4, est une arme plus parfaite; elle porte à son extrémité un fer de lance ogival, très fin, très tranchant, fixé dans une entaille au moyen d’un fil enroulé. La longueur de ces deux flèches est de 40 centimètres.
- La quatrième (nü 5), qui appartient au Dr Gley, ressemble plus à un javelot qu’à une flèche ; elle a, en effet, 73 centimètres de long, atteint l’épaisseur du petit doigt. C’est une arme artistement travaillée et qui se lançait avec l’arc, comme l’indique une sorte d’encoche de l’extrémité; la penne est formée de barbes de plumes et la pointe est terminée par une lance aiguë. C’est la seule qui présente l’indice d’une arme lancée à l’arc ; les autres sont lancées à l’aide de la sarbacane ou d’une sorte d’arbalète.
- D’après Livingstone, sur les bords du Zambèze et la région des grands lacs, les flèches empoisonnées avec le Strophantus servent surtout pour la chasse aux grands animaux ; dans les combats, les indigènes utilisent des flèches dont la pointe est empoisonnée en la trempant dans les entrailles d’une petite chenille.
- Ces propriétés toxiques du Strophantus étaient connues seulement par les récits des voyageurs; ce n’est guère qu’il y a vingt-cinq ans que Vulpian et Pelikan, puis Polaillon et Carville en France, et Fraser en Angleterre, ayant pu se procurer quelques graines d’inée ou Strophantus hispidus, constatèrent l’énergie de ce poison et déterminèrent les conditions dans lesquelles il amène la mort. Malheureusement, faute de pouvoir disposer d’une quantité suffisante de la substance, ces recherches ne dépassèrent pas les limites des laboratoires de physiologie. Ce fut la raison primordiale qui empêcha les médecins de tirer parti de ces recherches expérimentales et d’appliquer à la thérapeutique cardiaque les propriétés de cette graine.
- Une autre raison venait de l’incertitude sur l’espèce botanique, les expérimentateurs s’étant servis, les uns, de Strophantus hispidus, les autres de Strophantus Kombé, les autres, d’autres espèces; j’ai dit qu’on en comptait à ce jour une quinzaine. Fort heureusement pour la question de thérapeutique pratique, MM. Blondel et Catillon ont pu montrer que
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- Fig. 1. — Courbes montrant l’augmentation de la diurèse et le ralentissement du pouls sous l’action du Strophantus.
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- malgré les variations plus ou moins marquées des caractères botaniques, tous ces Strophantus ont des propriétés analogues, ou peu s’en faut. Du reste, depuis l’importation régulière qui a jeté sur le marché anglais des quantités considérables de ces graines, on n’emploie guère que le Strophantus hispidus et le Strophantus Kombé.
- À l’heure actuelle nous sommes encore tributaires, pour la plus large part, de nos voisins d’outre-Manche ; mais on peut espérer que les arrivages se feront d’ici peu directement de nos colonies africaines. Notre distingué confrère de la marine, gou-
- m
- verneur au Gabon, le Dr Ballay, s’est occupé de faire cultiver à Libreville diverses espèces de Strophantus pour permettre d’établir sans conteste les données botaniques et il a promis de faire surveiller la récolte de ces graines précieuses.
- G’est au professeur Fraser, d’Edimbourg, que Fou doit l’introduction de ce nouveau médicament dans la thérapeutique. Il l’emploie sous forme de teinture préparée avec l’extrait fourni par la macération des graines pulvérisées; cette teinture dosée au vingtième est un médicament des plus actifs, mais un peu infidèle; car, suivant la qualité de la graine,
- Fig. 2. — Graine de Strophantus montrant le noyau fusiforme, Fig. 5. — Strophantus. — N° 1. Sa racine. — N" 2. Gousses .— surmonté de son aigrette de poils soyeux. (Grandeur natu- IS“5. Botte de gousses. — i\'“s 4,5, 6 et 7. Flèches des naturels relie.) du Gabon, empoisonnées par le Strophantus (très réduites).
- son degré de trituration, la durée de la macération, la composition varie dans une certaine mesure, aussi est-il préférable de se servir de l’extrait même. G’est, en effet, dans les semences qu’on trouve la plus grande quantité de substance active. On a même cherché à en retirer le principe actif, un glucoside, la stro-phantine; mais jusqu’ici le produit retiré n’est pas encore très nettement défini, ce qui explique les résultats fort différents obtenus suivant qu’on se sert de strophantine amorphe ou cristallisée ou de teinture de Strophantus.
- Les recherches de Fraser sont restées assez longtemps sans contrôle; on manquait du produit, il était
- impossible de vérifier les résultats surprenants obtenus avec cette médication. Mais, depuis près d’une année, la pharmacie française a pu se procurer la graine, préparer une teinture conforme aux données du médecin anglais et permettre aux praticiens d’expérimenter le médicament. Plusieurs observations ont déjà été publiées en France par les I)rs Lépine, Huchard, Bucquoy, Dujardin-Beaumetz ; à l’étranger un certain nombre de travaux sont venus confirmer la valeur de ce médicament; récemment enfin, l’Académie de médecine a été saisie de la question et, dans la dernière séance, M. le Dr Bucquoy, bien connu par ses remarquables travaux sur les maladies
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- du cœur, communiquait à ses collègues les résultats obtenus sur plus de cent malades de l’hôpital ou de sa pratique privée, et établissait par des preuves irréfutables qu’on avait dans le Strophantus un des remèdes les plus sûrs et les plus puissants que nous connaissions.
- Quelles sont donc les propriétés du Strophantus? C’est, disais-je, un poison cardiaque, ceci doit s’entendre, à la dose toxique, expérimentale. A la dose thérapeutique, c’est un stimulant, un tonique du cœur. Je ne sais si mes lecteurs ont eu, ne fut-ce qu’une seule fois, le spectacle lamentable d’un de ces malades atteints de maladie du cœur, arrivée à ce degré de troubles fonctionnels que l’on désigne sous le nom d’asystolie. À coup sûr ils ne l’ont pas oublié. Le malheureux, affaissé sur un fauteuil, soutenu par des piles de coussins, ne pouvant plus conserver la position horizontale dans son lit, est là, haletant, la respiration brève et saccadée, cherchant à aspirer l’air qui fait défaut à ses poumons engorgés. Les lèvres sont livides, la face blême, les traits hagards, les membres inférieurs sont distendus par l’œdème, les désordres fonctionnels portent sur tous les organes. L’hématose ne se fait plus, la sécrétion rénale est réduite au minimum, l’angoisse esta son comble.
- C’est chez ces malades, et sans attendre, bien entendu, le maximum de ces troubles circulatoires, que le Strophantus vient donner un soulagement sûr et durable. Dès les premières doses, la scène change; la circulation reprend un cours régulier, la sécrétion urinaire atteint son taux normal; en quelques jours le soulagement est marqué.' Les observations détaillées publiées dans le mémoire du Dr Bucquoy en donnent la preuve. Je ne.veux pas m’étendre longuement sur cette question du domaine purement médical, et il me suffira de quelques exemples pour montrer le bien fondé de ces recherches.
- Le plus constant et le plus remarquable des effets du Strophantus, dit le savant médecin de l’Hôtel-Dieu, est l’augmentation de la diurèse. La quantité d’urine réduite à 4 ou 500 grammes par vingt-quatre heures, monte à 2, 3 et même 4 litres. Cette diurèse est très active et longtemps soutenue. En même temps que la sécrétion rénale reprend son taux normal et le dépasse même, le pouls diminue de fréquence, devient plus fort et se régularise.
- Les tracés que M. Bucquoy nous a obligeamment fournis sont, à ce point de vue, tout à fait typiques (fig. 1, p. 124). Au début du traitement par le Strophantus (administré en extrait sec) la quantité d’urine est de un litre et demi à peine, le pouls est à 68. Au quatrième jour, la quantité d’urine atteint déjà 3 litres .et demi, le pouls tombe 'a 60; on augmente la dose de Strophantus, l’émission d’urine dépasse 4 litres, le pouls descend à 52 ; et dès qu’on cesse le médicament, les deux courbes suivent une progression inverse. Si l’on compare les tracés sphygmographiques du pouls d’un de ces malades avant et après l’usage du Strophantus, il est difficile
- de croire qu’il s’agisse du même sujet à quelques jours de distance.
- Dans le premier tracé, le pouls est irrégulier, déprimé; dans le second, les pulsations se régularisent, la tension se relève et le pouls reprend son amplitude normale.
- Ce schéma (fig. 1) en dit plus que toute explication et traduit les effets du médicament de la façon la plus démonstrative.
- Sur une centaine de cas, M. Bucquoy a très souvent obtenu ces améliorations rapides et cela, dans des formes assez diverses de maladies cardiaques. Serait-ce donc une panacée infaillible? Loin de là, et il est des cas, assez rares il est vrai, où le Strophantus échoue sans qu’on puisse en déterminer la véritable cause. Mais, pourra-t-on dire, la digitale donne des résultats aussi rapides, aussi merveilleux; quand le malade n’est pas aux dernières phases de l’asystolie, on voit également le pouls se relever, la diurèse augmenter. Cela est vrai, mais personne n’a, que je sache, voulu présenter le Strophantus comme devant supplanter la digitale qui reste toujours le remède par excellence des maladies du cœur. C’est un médicament qui a des propriétés voisines de celles de la digitale, qui paraît réussir dans. des cas où celle-ci ne réussit pas, qui a cet avantage inappréciable d’être bien mieux toléré et de n’avoir pas ces effets cumulatifs, toxiques, qui nécessitent la suppression de la digitale.
- Partant, il aura ses indications toutes les fois qu’il s’agira de relever un cœur défaillant, fonctionnant mal; aussi l’a-t-on employé, en dehors d’affections cardiaques proprement dites, dans la fièvre typhoïde, l’angine de poitrine, etc.
- C’est assez dire qu’il doit avoir un des premiers rangs dans la pharmacopée et qu’il ne s’agit pas là d’un de ces médicaments qui n’ont d’autres vertus que celles que leur accorde parfois une réclame malhonnête. Dr A. Cartaz.
- CHRONIQUE
- L’électrlcitc & Paris. — Il y a tout lieu d’espérer que dans peu de temps nous aurons à Paris des distributions d’énergie électrique. En effet, voici d’abord les résultats du concours qui avait été ouvert pour la fourniture des machines destinées à une usine municipale d’électricité; ont été choisis : générateurs Bellevilfe et C10 pour la production de la vapeur, 3 machines à triple expansion de MM. Weyher et Richemond, d’une puissance de 140 chevaux, 3 machines monocylindriques de 170 chevaux, de MM. Lecouteux et Garnier, 6 machines Edison à courant continu (110 volts, 400 ampères), 3 machines Ferranti à courants alternatifs de 113000 watts. Six compagnies sont sur le point d’obtenir des concessions de canalisations. Ce sont les compagnies : la Société d’éclairage électrique de la place Clichy, la Société anonyme pour la transmission de la force motrice par l’électricité (Société Marcel Deprez), la Société continentale Edison, la Société G. Sencier, la Compagnie parisienne Victor Popp, la Compagnie parisienne électrique. Ces diverses sociétés vont établir des distributions dans
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- LA NATURE.
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- les différents centres de Paris. Enfin, le rapporteur du budget du service de l’éclairage public au conseil municipal a fait voter une somme de 200 000 francs pour l’éclairage à arc voltaïque de l’avenue de l’Opéra et des grands boulevards de la Madeleine au boulevard Sébastopol, pendant la durée de l’Exposition.
- Pression exercée par certaines graines qui se gonflent dans l’eau. — C’est un fait bien connu des anatomistes que la désarticulation des os du crâne peut être obtenue en remplissant la cavité osseuse de graines de haricots secs, puis en plongeant le crâne dans un récipient plein d’eau ; au bout d’un certain temps, l’eau qui pénètre autour des graines les fait se gonfler, et la pression exercée sur les parois de dedans en dehors est si considérable que les os se séparent en brisant même un certain nombre de dentelures osseuses qui étaient enchevêtrées d’une manière très solide. M. N. Gré-hant a cherché à mesurer la pression ainsi exercée, et il vient de présenter les résultats de ses expériences à la Société française de phijsitjue. 11 a introduit dans un col droit de verre, à tubulure inférieure, des haricots au centre desquels a été placée une ampoule de caoutchouc pleine de mercure, dans laquelle pénétrait un tube de verre long de 2 mètres ; un courant d’eau sous la faible pression de 20 centimètres circulait par des bouchons percés de trous solidement fixés par du fil de fer aux deux tubulures. Vingt-quatre heures après le début de l’expérience, le flacon a été trouvé brisé et le mercure avait été chassé par l’extrémité du tube et était retombé en forme de pluie ; la pression exercée avait donc dépassé 2 mètres de mercure. L’expérience fut recommencée dans une bouteille à mercure, dont on fit détacher la partie supérieure ; la capacité de ce récipient, égale à 5 litres, fut remplie de haricots ; au milieu, on introduisit une ampoule de caoutchouc remplie d’eau fixée à l’extrémité d’un long tube de cuivre soudé à un manomètre de Bourdon, et un tube de cuivre à parois épaisses qui amenait l’eau ; la pression exercée par les graines atteignit 4 atmosphères dans une expérience, 5 atmosphères dans une autre expérience. Pour démontrer ce phénomène à la Société, M. Gréhant a introduit dans un long manchon de verre, terminé par deux bouchons scellés au plâtre, un long tube de caoutchouc plein d’eau, fixé au tube d’un manomètre de Bourdon, et il fit passer un courant d’eau; le tube de caoutchouc fut complètement aplati comme un ruban et transmit au manomètre une pression de 2 atmosphères.
- La variation diurne du baromètre. — En étudiant la variation diurne du baromètre d’après les observations faites depuis un grand nombre d’années dans plus de cinquante stations, et en considérant les stations basses dont l’altitude est inférieure à 500 mètres, M. Alfred Angot est arrivé aux conclusions suivantes : la variation diurne du baromètre résulte de l’interférence de deux ondes distinctes. L’une est due uniquement à la variation diurne de la température dans la région considérée et soumise, comme elle, aux influences locales. L’autre, à période semi-diurne, est produite par une cause générale, indépendante de toute influence locale; sa phase est constante, voisine de 63°, et son amplitude est donnée, pour tous les pays et toutes les saisons, par une équation qu’il n’y a pas lieu de reproduire ici.
- Un bateau électrique. — Il a été récemment lancé sur la Tamise un bateau d’assez grandes dimensions,
- qui est le premier d’une série de bateaux semblables destinés au service des voyageurs sur le fleuve. Ce ba-, , leau, d’après le journal Iron, a près de 20 mètres de longueur," sur 3 mètres de largeur, et pourra porter 80 passagers, avec un tirant d’eau de 50 centimètres et un déplacement de 12 tonneaux et demi. On compte sur une vitesse de 6 milles à l’heure. Tout le mécanisme est logé à l’avant et à l’arrière au-dessous du pont, et laisse toute la longueur du bateau pour les voyageurs ; au milieu est une cabine des mieux installées. L’électricité est emmagasinée dans 200 accumulateurs, et est convertie en force motrice par deux appareils de 7 chevaux et demi de puissance chacun, actionnant deux propulseurs à trois branches, système Thornycroft. La coque est en bois de Teck et de Mohagany.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du lundi 14 janvier 1880.
- Présidence de M. Des Clotzeaux.
- L'éclipse du Ier janvier. — Comme il l’avait annoncé, M. Janssen expose sommairement les résultats dès à présent fournis par l’observation faite en Californie de la dernière éclipse totale de soleil. On sait que la ligne d’ombre traversait le continent américain un peu au nord de San-Francisco et a été observée jusque dans le Pacifique. M. Pickreid (de Harward Coüege) a organisé une expédition pourvue d’instruments beaucoup’ plus grands que ceux dont on fait d’habitude usage en semblables circonstances. On signale, par exemple, un 13 pouces grâce auquel de grandes photographies ont pu être prises. Les plus intéressantes de ces images concernent la couronne et réservent certainement, pour le mome'nt où on les étudiera, des découvertes précieuses. 11 en est de même des vingt-cinq spectres, s’étendant du jaune à l’ultraviolet et dont la discussion permettra de décider si la couronne a définitivement une existence matérielle : auquel cas elle doit renfermer les raies frauenhofériennes réfléchies du soleil. Les observateurs ont porté leur attention sur les régions intra-mercurielles afin d’y rechercher les planètes qui s’y meuvent peut-être ; mais rien de positif n’est résulté de cet examen. On a fait, par contre, la découverte inattendue d’une petite comète, tout au voisinage du soleil, exactement comme on l’avait fait en Egypte dans une occasion analogue, en 1882. En résumé, il y a, suivant M. Janssen, de grands motifs de se féliciter des opérations effectuées et il faut en même temps se préoccuper d’organiser des expéditions européennes en vue de l’éclipse qui aura lieu à la fin de la présente année dans la région de l’Orénoque.
- Les taches solaires et la boussole. — Le savant directeur de l’Observatoire de Zurich, M. Wolff, adresse par l’intermédiaire de M. Faye le relevé des observations faites durant toute l’année 1888, d’une part sur le nombre et les variations des taches solaires et d’autre part sur les variations diurnes de la déclinaison magnétique. D’après le tableau synoptique qui accompagne ce mémoire, on voit que le minimum de taches n’a pas encore été atteint et l’on doit croire qu’on le verra se produire en 1889. En 1887, M. Wolff avait, reconnu que la coïncidence jusque-là constatée depuis 1847 entre l’allure des deux phénomènes ne se retrouvait plus aussi parfaite et c’est avec anxiété qu’il attendait de nouvelles observations, car la persistance
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- LA NATURE.
- d’une discordance eût démontré l’inexactitude de sa théorie. Mais cette fois tout est rentré dans l’ordre et nous avons seulement la notion d’une perturbation passagère dont la cause est encore inconnue.
- Chimie organique. —En traitant la perséite par l’acide iodhydrique, M. Maquenne détermine la production d’un carbure d’hydrogène dans lequel il reconnaît l’heptine que M. Renard a extraite des essences de résine. 11 y a là comme on voit un rapprochement aussi curieux qu’inattendu entre les sucres proprement dits et les matières résineuses.
- Au nom de M. Tanret, M. Berthelot dépose une note sur un nouveau principe immédiat retiré de l’ergot de seigle. Cette matière, nettement cristallisée, se rapproche étrangement de la cholestérine, mais elle possède en même temps ses caractères différenciels propres.
- Minéral nouveau. — 11 s'agit de cristaux découverts récemment dans une nouvelle mine du Canada, et dont M. des Cloizeaux présente un échantillon.
- Malgré l’identité de forme avec la pyrite de fer, il s’agit en réalité d’un arsé-niure de platine dont la composition répond à la formule I’tAs3. La densité de ce minéral, qualifié de spéridite,est égale à 6,10; on a pu le reproduire artificiellement en traitant par l’hydrogène un mélange de platine et d’arsenic.
- Diabète expérimental.
- — On sait depuis longtemps que la phlorizène, alcaloïde extrait de l’écorce du pommier, du poirier et d’autres rosacées voisines, détermine la glycosurie chez les chiens. xM. Germain Sée, dans un long Mémoire dont il donne lecture, a repris le fait; il en étudie les conditions et en prend occasion pour chercher un remède au diabète. Sa conclusion paraît être en faveur de l’antipvridine.
- Magnétisme du nickel. —* D’après M. Berson, l’aimantation du nickel placé dans un champ magnétique très faible augmente progressivement sous l’influence de petits chocs répétés.
- Varia. — M. de Loriol étudie les échinodermes de l’île Maurice et signale un nouveau genre d’astérie voisin des Bryssinga. — La gutta-percha occupe M. Hœckel. — Des expériences sur la conductibilité des tissus du corps de l’homme et des animaux sont présentées par M. Becquerel, au nom def M. Amyot. — Un chimiste dont le nom nous échappe étudie les composés chlorés de l’acide gallique et leurs dérivés. — Le Ministre de la guerre annonce l’achèvement du grand travail géodésique entre-
- pris pour établir par la triangulation la nouvelle méridienne de France à substituer à celle de Delambre.
- Stanislas Meunier.
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- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- CURIEUSE EXPÉRIENCE d’ÉQUILIBRE
- Un prend deux bouteilles de même hauteur, on leur met à chacune un bouchon taillé en double biseau (en forme de bonnet d’évêque) et on les place sur une table à une certaine distance l’une de l’autre, de manière que les arêtes du sommet de chaque bouchon soient parallèles. On applique sur chaque bouchon un couteau de table, la lame reposant sur l’arête du bouchon, par la partie voisine du
- manche, situé en dehors, et cela, de telle sorte que les deux lames se dirigent l’une vers l’autre sans se toucher. En maintenant l’extrémité des deux lames entre le pouce et l’index, les deux couteaux restent horizontaux ; de l’autre main on prend un verre léger, un verre à liqueur par exemple, rempli à moitié d’eau, que l’on pose bien également sur les deux lames. Après quelques tâtonnements, soit en rapprochant les bouteilles l’une de l’autre, soit en faisant varier la quantité d’eau contenue dans le verre, on arrivera à maintenir le verre sur les lames de couteau, sans le secours de la main ; retirant quelques gouttes d’eau, le verre se relèvera un peu avec les lames, présentant la position que montre la figure ci-dessus.
- Si l’on prend alors un fil auquel on a suspendu un petit objet pesant (bouton métallique, balle de plomb, etc.) et qu’on plonge peu à peu cet objet dans l’eau, on voit le verre et les lames s’abaisser lentement ; à ce moment, relevant doucement le fil ; le verre se relève et semble obéir au fil que l’on tient en main. Si l’on abaisse et si l’on élève ainsi successivement la main, d’une manière régulière, le verre prend un mouvement d’oscillation vertical, comme s’il était suspendu au fil, et se met à danser comme une véritable marionnette.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Curieuse expérience d’équilibre. — Manière de faire danser un verre comme une marionnette.
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- N° 817. - 2G JANVIER 1889. LA NATURE. 129 ------^
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- UN CHEMIN DE FER A TRAVERS LES MONTAGNES ROCHEUSES i
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- DANS LE COLORADO (ÉTATS-UNIS) ''Tv;
- Fig. 1. — Un chemin dans les montagues.Rocheuses (Colorado). Fig. 2. — Le lac d’Argent (altitude 5800 m).
- Fig. 5. — Départ à Silvertou d’une expédition pour la construction d’un chemin de 1er. — Transport des rails à dos d’ânes.
- (D’après une photographie.)
- Le réseau des voies ferrées dans le monde prend d’année en année, de jour en jour, pourrait-on dire, une extension prodigieuse, qui est assurément appe-17e année. — 1er semestre.
- lée à modifier de toutes pièces les futures destinées des peuples. Nous avons parlé récemment de la construction de ce vaste chemin de fer transcaspien
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- LA NAT U K E.
- dont les Russes ont poursuivi l’exécution avec la ténacité et la volonté qui les caractérisent, et qui unit l’Europe au centre de l’Asie1. Tandis que ces travaux s’exécutent en Asie, de toutes parts, il s’en effectue de semblables en Amérique. C’est encore aux États-Unis que le développement des chemins de 1er est le plus rapide, et que la construction des voies ferrées se réalise avec la plus grande activité. 11 est toujours intéressant d’enregistrer l’histoire de ces nouvelles constructions qui prennent souvent en Amérique le caractère des épisodes d’un roman. C’est bien le cas du nouveau chemin de fer qui va franchir les montagnes Rocheuses dans le Colorado. Il est destiné à remplacer un chemin déjà récent, mais insuffisant, qui longeait les montagnes dans les environs de Silverton (fig. 1) ; il va s’élever jusqu’à près de 4000 m d’altitude pour passer à côté du fameux lac d’Argent (fig. 2), autour duquel abondent les minerais précieux. Le transport de ses rails s’exécute à dos d’ânes, maître Aliboron ayant chaque épaule chargée d’un rail qui traîne par derrière sur le sol. Rien n’est plus curieux que le départ de Silverton d’une semblable expédition; nos lecteurs en auront une idée exacte, puisque notre gravure (fig. 5) est la reproduction d’une photographie que nous devons au Scientific American, de New-York.
- Le nouveau chemin de fer est destiné à rejoindre deux villes en prospérité, Ouray, station terminus d’une branche du Denver and Rio Grande Raiî-road, et Silverton qui termine une autre branche de la même Compagnie. Ces deux villes sont séparées par de hautes montagnes et de profondes vallées. La nouvelle voie ferrée aura 22 milles (55 km) de longueur, et sa construction offrira de sérieuses difficultés; mais elle traverse des régions minières d’une grande richesse, à l’exploitation desquelles elle assurera prochainement une extension considérable. 11 y a quelques dizaines d’années la production minière du Colorado n’excédait pas 5 à 4 millions de dollars (15 à 20 millions de francs) par an. Elle a dépassé 22 millions de dollars (110 millions de francs) en 1880 ! Et un grand nombre de mines sont encore à exploiter !
- LIE YARAQUE
- BOISSON FERMENTÉE UES SAUVAGES I)U HAUT ORÉNOQUE
- Au cours d’un voyage d’exploration dans le haut Orénoque, M. Y. Marceno a observé de près les habitudes des Indiens qui habitent celte région et rapporté, en quantités suffisantes pour l’étude, les produits peu connus d’origine végétale dont ils font usage. Grâce à un séjour de deux mois parmi les tribus de Gnalubos, il a pu suivre dans tous ses détails la préparation de la liqueur fermentée (yaraque) qu’emploient les Indiens de races diverses de l’Orénoque et de l’Amazone, pour s’enivrer dans les fêtes. La base de la préparation du yaraque est la cassave, produit exclusivement
- 1 Yoy. n° 785, du lü juin 1888, p. 53.
- féculent, obtenu au moyen de la racine du inanihot réduite en pulpe et lavée à l’eau. Pour transformer la cassave en produits fermentescibles, les Indiens, après l’avoir humectée, en font des (as qu’ils couvrent avec des feuilles, qui sont ordinairement celles du bananier. Quelques jours après, la masse est pétrie et brassée. On en fait alors un cylindre, bien enveloppé de feuilles de bananier qu’on incline légèrement, en ménageant un trou à la partie inférieure. On y voit, dès le lendemain, suinter un liquide épais et très sucré. Lorsqu’on veut obtenir la boisson fermentée, par exemple, la veille d’une fête, on introduit par la partie supérieure du cylindre, et par petites portions, une infusion d’une plante amère et aromatique ; ce liquide traverse la pâte et s’écoule par la partie inférieure, formant un sirop qui, étendu d’eau, fermente énergiquement et donne une boisson enivrante. Chez d’autres tribus, on se borne à jeter dans l’eau la masse tout entière du cylindre; la fermentation se produit et donne un liquide trouble et alcoolique.
- UN NOUYEL ALIMENT
- Depuis longtemps on dédouble la farine en amidon et en gluten et ce dernier a été qualifié de viande végétale. Mais il existe dans le grain de blé une partie qu’on n’a pas encore utilisée jusqu’à ce jour et qui présente toutes les qualités nutritives qu’on peut exiger d’un aliment parfait, très riche en azote. Examinons attentivement les différentes parties d’un grain de blé : la structure en est beaucoup plus simple que ne l’avait imaginé Mège-Mou-riès et il n’est pas nécessaire, pour s’en faire une idée juste, de parler d'épiderme, d'épicarpe, d'endocarpe, de testa et de membrane embryonnaire ; nous laisserons de côté tous ces vieux noms qui ne répondent pas à la réalité. Dans un fruit comme l’abricot ou la cerise, nous avons un épicarpe coloré qui est l'épiderme du fruit, un mésocarpe charnu, sucré et comestible, un endocarpe ligneux qui est le noyau, le tout contenant une graine où l’on peut discerner peut-être deux membranes, testa et legmen, avant d’arriver à l’embryon.
- Dans un grain de blé, au contraire, l’embryon et l’albumen qui proviennent du développement du sac embryonnaire, ont digéré en se développant non seulement le nucelle, mais encore les enveloppes et la majeure partie des parois de l’ovaire. Les membranes qui seraient devenues 1 emésocarpe, l'endocarpe, le testa et le tegmen n’existent plus, elles ont été résorbées pendant le développement.
- Coupons un grain de blé dans le sens de la longueur, nous verrons sous une membrane jaune résistante, subé-rifiée, une partie farineuse qui occupe la majeure partie du grain, c’est l’albumen et à l’extrémité inférieure, au fond de la rainure qui sépare les deux lobes du grain, un petit embryon de couleur jaune auquel nous devons donner toute notre attention. Dans la mouture nouvelle1, on sépare tout d’abord cet embryon des autres parties du grain ; il est connu en meunerie sous le nom de germe, l’enveloppe du fruit devient le son, l’albumen devient la farine. Jusqu’ici les germes se sont trouvés mélangés au son et vendus avec lui, mais aujourd’hui qu’on peut les avoir à part et complètement purs quand on les sassc convenablement, il y a lieu de se demander s’il n’est
- 1 Notamment quand on fait emploi du fcndeur Sehweitzer qui permet d’avoir les embryons entiers et de nettoyer complètement le blé avant la mouture.
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- LA NATURE.
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- pas possible d’en faire un meilleur usage que de le don- j ner comme nourriture aux bestiaux.
- M. Aimé Girard, l’éminent professeur du Conservatoire des arts et métiers, a fait une étude très approfondie au point de vue chimique et microscopique des différentes parties du grain de blé et ses conclusions sont qu’il importe de rejeter l’embryon des produits de la mouture. Aujourd’hui l’on ne veut manger que du pain blanc, le plus blanc possible et les efforts des constructeurs de nouveaux appareils ont eu pour but, non seulement de nettoyer le blé de toutes les impuretés qui l’accompagnent extérieurement, mais encore de lui enlever les parties capables d’altérer la blancheur des farines. L’embryon mélangé à la farine lui communique, outre sa couleur jaune, des principes qui concourent à la formation du pain bis (la céréaline découverte par Mège-Mouriès) dont on n’observe l’influence qu’à fa panification. L’embryon contient, en outre, une huile grasse capable de rancir et d’altérer à la longue la bonne qualité des farines que l’on veut conserver, enfin l’embryon est un être vivant qui germe quand il a autour de lui assez de chaleur et d’humidité, il transforme alors la farine qui l’entoure comme il le fait dans un grain non moulu.
- Toutes ces raisons ont déterminé les meuniers à isoler le germe de blé, l’embryon, de la farine avec laquelle on lait le pain. Rien n’est plus légitime et l’on s’efforcera toujours de perfectionner la mouture dans le même sens. Cependant l’embryon représente un peu plus d’un centième du poids du grain et quand on songe à la consommation du blé qui se fait chaque jour, on voit que des milliers de kilogrammes de germes se trouvent rejetés avec les déchets de la mouture ; or, on peut les recueillir, on peut les avoir purs et les utiliser d’une façon bien plus profitable pour l’humanité. C’est ce qu’a pensé à faire un préparateur du Muséum d'Histoire naturelle de Paris, M. Uouliot ; et ce sont ses travaux récents que nous analysons ici.
- Si l’on jette les yeux sur le tableau suivant qui donne, d’après M. Aimé Girard, la composition chimique de l’embryon de blé, on se rendra compte de sa valeur ali-
- mentaire très élevée :
- Eau............................... 11,55
- Huile,............................ 12,50
- Cellulose.......................... 9,61
- Substances ternaires glycogènes. 22,15
- Albuminoïdes ........ 59,07
- Substances minérales............... 5,30
- 100,18
- folle est, à 2/1000 près, la composition chimique de l’embryon de blé. La proportion des substances albuminoïdes, des substances azotées, y est déjà de plus de 39 pour 100 et elle peut être augmentée si on lui enlève l’eau et la matière grasse qu’il contient. Ceci présente un double avantage : l’eau étant enlevée, l’embryon est à l’abri de toute germination; l’huile extraite, il ne peut plus rancir. L’huile, trop peu abondante pour être enlevée par la pression, est extraite à l’aide d’un dissolvant volatil, comme l’éther sulfurique, puis les embryons sont étuvés à une douce température, et après cette double
- opération, ils contiennent :
- Albuminoïdes...................... 51,51
- Substances ternaires.............. 29,08
- Cellulose......................... 12,65
- Substances minérales .... 6,98
- Ils sont désormais inaltérables. Comme ils sont absolument secs, on peut les réduire en une poudre impalpable et l’on a un aliment qui contient 87 pour 100 de substances assimilables, la faible quantité de cellulose qu’il contient n’étant pas nutritive.
- Cette poudre alimentaire, si riche en azote puisqu’elle en contient plus de deux fois plus que la viande1, a été présentée au mois d’avril dernier à la Société de médecine pratique et au. mois de décembre à la Société de thérapeutique, par le I)1 Dujardin-Beaumetz, sous le nom de Fromentine que lui a donné M. Douliot. Ce nom rappelle l’origine de cette substance qui peut être appelée à rendre les plus grands services dans l’alimentation des malades et des enfants.
- On peut facilement la transformer en biscuits avec des œufs et du sucre ou en faire des bouillies au lait poulies enfants.
- L'ÉCLIPSE TOTALE DU SOLEIL
- DU rr JANVIER 1889
- L’éclipse totale du Soleil, du 1er janvier 1889 a été visible sur l’étendue d’une zone de plus de 3000 kilomètres de longueur, mais dont la largeur n’a nulle part dépassé 160 kilomètres, et qui s’étend depuis le lac Winnipeg dans le district de Manitoba (Dominion) jusqu’aux rives de l’océan Pacifique. -
- Loin de suivre l’exemple donné par le gouvernement russe, qui a mis plus d’un million à la disposition de M. Otto Struve, pour observer la grande éclipse de soleil du mois d’août 1887, le gouvernement fédéral a refusé d’accorder un crédit spécial pour observer ce magnifique phénomène, d’autant plus curieux qu’il se montre dans des circonstances analogues à la grande éclipse des montagnes Rocheuses, du 29 juillet 1878, que nous avons décrite et dessinée à cette époque Mais le goût des sciences est tellement répandu aux États-Unis que malgré cette abstention peu explicable, les stations ont été innombrables. Il n’est pas d’institution américaine qui n’ait envoyé quelque astronome étudier l’éclipse de 1889, qu’ils ont comparée à celle du mois de juillet 1878, survenue dans des conditions analogues. M. le professeur Todd, d’ilamherst College, a accepté la direction du serviceastro-nomique organisé pour le New-York Herald. La Western Union a mis à la disposition du grand journal américain une ligne longue de 5000 kilomètres, reliant les principales stations échelonnées le long de la ligne d’ombre totale.
- Dans son numéro du 2 janvier, la feuille dirigée par M. Godon Bernett donnait au public le résumé de toutes les observations faites le matin de la journée précédente.
- D’après les télégrammes transmis par le Herald, le temps a été très favorable dans la plupart des stations ainsi qu’au sommet du pic Hamilton où des photographies d’une éclipse partielle des 19/20 du disque ont été obtenues avec le plus grand télescope du monde.
- Le nombre des photographies obtenues avec des télescopes de 8 et de 15 pouces a été prodigieux; on aura une multitude incroyable de photographies du phénomène. Dans certaines stations, comme celle de Cloven-dale, que l’on peut voir sur notre carte (fîg. 1), les observateurs ont accompagné les photographies de des-
- 1 Lu viande de mouton qui en contient le plus, ne renferme que 21 pour 106 d’albuminoïde.
- a Voy. n° 270, du 14 septembre 1878, p. 241.
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- LA N AT U HE.
- sins à la main représentant les détails des parties les plus compliquées. On aura là des documents d’autant plus intéressants que les éclipses de cette nature sont rares. D’après le canon des éclipses d’OppoIzer, il n’y a eu d’éclipse totale le premier janvier que les années 1162, 660, 641, avant J.-G.. 865 et 1405 après J.-C. 11 n’y en a pas eu une seule depuis l’année 1582, époque où l'on a adopté la réforme grégorienne, et il n’y en aura pas une seule pendant les deux ou trois siècles futurs auxquels s’appliquent ses calculs.
- Autant qu’il estpermis d’en juger à l’aide des documents que M. Janssen a résumés dans la séance de l’Académie des sciences du 14 janvier, les astronomes américains ne se sont que médiocrement préoccupés du soin de vérifier l’existence des raies sombres, que l’illustre directeur de l’Observatoire deMeudon a constatées dans le spectre des rayons extraordinaires. C’est pourtant seulement à cause de cette observation que l’on peut affirmer l’existence d’une matière lumineuse.
- Il n’est pas inopportun de saisir cette occasion pour rappeler que c’est à partir de l’éclipse totale de 1842, visible à Montpellier, qu’Arago remit à la mode l’observation des phénomènes physiques qui accompagnent les éclipses de soleil. Les anciens astronomes n’y prêtaient aucune attention et les considéraient comme de simples jeux de lumière dus à l’action des rayons solaires traversant la haute atmosphère. Cette opinion ne tendrait-elle pas à reparaître si on ne constatait dans les phénomènes optiques accompagnant les éclipses que des apparences extraordinaires ? N’y aurait-il pas beaucoup d’esprits amateurs de la simplicité, qui seraient tentés de revenir aux idées qui ont été en vogue pendant tant de siècles?
- 11 est bon d’ajouter que la couronne a offert, dans son
- ensemble, une remarquable analogie avec celle que l’on a observée en 1878. Toutefois, M. Pickering et les principaux observateurs remarquent qu’elle avait une étendue beaucoup plus grande ; elle était, dans certaines régions, accompagnée de rayons qui, s’ils eussent accompagné réellement le soleil, n’auraient pas eu moins de 3 200 000 kilomètres de longueur. Que de raisons puissantes pour désirer, comme l’a fait M. Janssen, que l’analyse spectrale fournisse un moyen de séparer les matières situées dans notre atmosphère, de celles qui sont réellement placées autour du soleil.
- Autant que l’on en peut juger avant d’avoir en main les rapports américains, la recherche des petites planètes intra-inercurielles n’a pas été exécutée avec tout le soin et toute la précision dont elle est susceptible. On a cru
- 1 Yoy. La Nature, numéro cite ci-contrc.
- Carie des observations de l’éclipse du 1" janvier aux Etats-Unis.
- d’abord avoir découvert une comète. Pareille trouvaille a été faite dans les temps anciens, et en Egypte lors de la grande éclipse de 1878. Ces incertitudes prouvent non seulement combien il y a de recherches à faire dans le voisinage du foyer de notre monde planétaire, mais encore combien il y a de chances pour que les objets remarquables qui s’y trouvent, échappent aux observateurs.
- Les méthodes d’observation actuellement en usage ont été surtout perfectionnées par M. Janssen qui les a appliquées lui-même avec succès dans toutes les parties du monde, et c’est pour observer la grande éclipse de 1870 visible en Afrique, qu’il a exécuté son ascension du siège.
- C’est à Paris, dans les ateliers de M. Feil, qu’ont été fondus les blocs de llint et de crown qui ont servi à
- fabriquer l’objectif de la grande lunette du mont llamilton ; c’est d’après le conseil de Le Verrier que l’on a cherché le sommet d’une hautemontagne pour y établir le plus grand observatoire du monde. Le choix du mont llamilton n’a été déterminé qu’a-prèsde longues recherches auxquelles a pris part M. Lick, le fondateur de l’Observatoire1. 11 y a treize ans que ce bienfatieur des sciences et de l’humanité est mort. La fortune qu'il avait gagnée à l’aide de spéculations commerciales heureuses mais honnêtes s’élevait à 25 millions de francs, qu’il avait de son vivant consacrés, par acte authentique, à des objets utiles au progrès des sciences, ainsi qu’à des œuvres philanthropiques. La somme consacrée à l’observatoire du mont llamilton a été de 5 500 000 francs. 11 n’a été dépensé que 2 100 000 à la construction de l’édifice et à l’achat des instruments. 11 est resté disponible un capital de 1 400 000 francs dont la rente sert à l’entretien des astronomes.
- Nous espérons
- que le gouvernement fiançais fera observer à Cayenne la grande éclipse du 22 décembre prochain, qui sera encore plus belle, car la période de la totalité y sera sensiblement plus longue, et, par conséquent, la nuit y sera plus noire, plus favorable à des surprises de toute nature. Ce qui doit encourager l’Académie des sciences à provoquer l’envoi d’une expédition, c’est qu’en 1671 l’illustre Compagnie, à une époque où les voyages étaient beaucoup plus difficiles à exécuter, y envoya Richer, non pas dans le but d’y observer un phénomène si rare, mais uniquement pour y faire osciller le pendule.
- W. DE Fonvielle.
- 1 Voy. Les travaux de l'Observatoire Lick, n° 812, du 22 décembre 1888, p. 49.
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- LA N A TU HE.
- 1â5
- LES
- NOUVEAUX AVERTISSEURS D’INCENDIE
- A PARIS
- Le teu est un ennemi qui nous menace sans cesse, et c'est pour cela (pie tout ce qui se rapporte à la lutte engagée contre lui par le régiment des pompiers intéresse si vivement la population parisienne.
- La Nature a déjà décrit en son temps le système d’avertisseur à plaque de verre installé le long des murs dans quelques quartiers du centre de Paris1.
- Cette installation remonte au 10 janvier 1885; 44 de ces appareils ont été mis en service.
- Pendant ces quatre années, ils ont signalé 260 incendies, 45 en 1885, 85 en 1886, 70 en 1887 et 62 en 1888. Mais ils ont donné lieu à 150 alertes inutiles, causées par de mauvais plaisants qui s’évertuaient à déranger les pompiers sans aucun motif. C’est précisément par suite de ces alertes inutiles qu’on a songé à modifier ces appareils, et c’est pour remédier à cet inconvénient qu’on a imaginé le nouvel avertisseur dont nous
- voulons parler au jourd’hui. Il a été créé de toutes pièces par M. Petit, controleur principal des lignes télégraphiques1 , pour satisfaire aux desiderata exprimés par la Commission qui a été visiter récemment l’organisation des services de pompiers aux États-Unis.
- 11 est intéressant de faire connaître le nouveau système, dont tous les Parisiens peuvent avoir à se servir. Son exécution présente en outre la solution d’un problème qui intéressera tous les physiciens*.
- Tout l’appareil proprement dit est contenu dans une boite de fonte peinte en rouge (couleur employée pour tous les appareils d’incendie), haute, sans le bouton la surmontant, de 0m,55, ayant environ 0m,50 de côté ; elle est fixée par quatre vis sur une colonne en fonte également, du modèle des pieds des becs de gaz ; c’est d’ailleurs un modèle fort élégant qu’on a eu raison de choisir; ce pied n’est semblable à celui des becs de gaz que jusqu’à ce qu’on pourrait appeler la ceinture (fig. 1 ). Au-dessus, après une partie cannelée, s’élève une sorte de chapiteau d’un style corinthien hybride, formant une console sur laquelle se visse la boîte carrée. Le pied présente
- Fig. 1. — Nouvel avertisseur d’incendie, à Paris.
- Fig. 2. — Avertisseur. Sa porte ouverte.
- Fie. 3. — Détail du mécanisme.
- du reste un panneau mobile servant à la visite des fils. On n’a point voulu placer les boîtes en appli-
- 1 Voy. n° 652 du 28 novembre 1885, jj. 415.
- ques le long des becs de gaz, parce qu’elles auraient
- 1 Ses longs et loyaux services viennent d’être récompensés par la croix de la Légion d’honneur.
- a Nous tenons à remercier M. le capitaine Krebs et M. Petit
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- LA NATURE.
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- été exposées à tous les chocs,, et qu’on aurait pu avoir des difficultés avec la Compagnie du gaz. Ces avertisseurs se placent sur les trottoirs, assez près de la chaussée, de façon à ce que la porte qui doit être ouverte par le public regarde le trottoir. Sur cette porte se trouve l’inscription en lettres blanches :
- « En cas de feu, ouvrir la porte et appuyer sur le bouton placé à l’intérieur. » Sur le panneau de droite, qui s’ouvre, ainsi que nous le verrons, on ht : « Avertisseur d’incendie. Après appel, attendre les pompiers pour les conduire sur le lieu de l’incendie. » Sur le panneau de gauche il y a la même inscription. Enfin, par derrière : « Avertisseur d’incendie. Les pompiers partent lorsque le grelot de l’intérieur cesse de sonner. »
- Entrons maintenant dans la description de la partie vraiment intéressante de l’appareil.
- Un premier desideratum à remplir était que le public et les gardiens de la paix fussent avertis chaque fois que quelqu’un voulait appeler les pompiers, ce qui ne se présentait pas avec le bris de la glace des anciens avertisseurs. C’est ce qui se produit aujourd’hui. Ouvrons, en effet, un des nouveaux appareils, et, pour cela, faisons faire un demi-tour complet, et dans le sens des aiguilles d’une montre, à la manette de la porte de face (la seule qui soit sur l’appareil en état ordinaire) ; puis tirons la porte à nous. Au moment même où la porte quitte son cadre, nous entendons une sonnerie violente sortir de derrière cette porte. Nous sommes curieux : tirons complètement cette porte, dans la position où elle se trouve dans la figure 2. Nous voyons une grosse calotte métallique, chapeau en cuivre rouge noirci au vernis, percé de petites fentes pour laisser échapper le son, et fixé au revers de la porte par quatre vis, dont nous voyons les trous dans la figure 5. Effrayés du bruit, craignant qu’on ne vienne voir si nous avons un motif légitime pour ouvrir l’avertisseur, nous essayons de refermer la porte, nous l’approchons de son cadre, nous ne pouvons l’y faire rentrer complètement; mais du moins la sonnerie s’arrête. Tranquillisés, nous lâchons tout et nous nous apprêtons à nous en aller, craignant l’arrivée d’un gardien de la paix. La porte se rouvre poussée par un ressort, et la sonnerie recommence à se faire entendre. C’est là qu’est la grande originalité du système : vous devez laisser la sonnerie fonctionner; quoi que vous fassiez, il faut qu’elle sonne pendant un certain temps (25 secondes), avec des intervalles de silence plus ou moins prolongés, si vous pressez la porte contre son cadre sans pouvoir d’ailleurs l’y réintégrer. Et le mauvais plaisant est forcément signalé à l’attention du public. Ce résultat était fort difficile à obtenir. Enlevons la calotte de cuivre dont nous avons parlé. En dessous se trouve un gros timbre bruni recouvrant le système de la sonnerie : enlevons-le encore. Nous sommes alors en présence de la figure 5. Nous apercevons
- de l’extrême obligeance avec laquelle ils nous ont communiqué les photographies que nous reproduisons.
- en p et p' deux pênes, dont l’inférieur sert seulement à la fermeture, et dont le supérieur p' a une autre utilité. Sur l’axe de la manette sont superposées, en R, deux roues à rochet. Quand la porte sort de son cadre, immédiatement, par une disposition spéciale, le pêne p' déclenche un cliquet qui enrayait une des roues à rochet, folle sur l’axe de la manette, elle devient libre, et, comme elle est engrenée avec le barillet dont nous allons parler, celui-ci devient libre lui-même et peut tourner. Premier résultat. En second lieu, en P et P' nous apercevons les deux branches horizontales d’une sorte de parallélogramme articulé formant grossièrement une sorte de Z dont la branche du haut s’attacherait par son milieu. Sur l’axe de la manette, un plan incliné tourne pendant que nous ouvrons, et cela jusqu’à ce que l’extrémité de ce plan formant ergot dépasse le bout de la branche inférieure du parallélogramme. La roue calée sur l’axe de la- manette ne peut plus retourner, tandis que l’autre, ainsi que nous l’avons vu, subit le mouvement donné par une autre roue entraînée par le barillet placé en ba. Ce barillet a été remonté comme nous le dirons tout à l’heure. Il tourne; le ressort se détend, et un engrenage très ordinaire transmet le mouvement au bras br terminé par le marteau M qui frappe intérieurement le timbre. Mais le barillet entraîne lui-même un ergot, et, quand le tour est fait, quand le timbre s’est fait entendre le temps voulu, l’ergot soulève le bout gauche de la branche supérieure du parallélogramme, faisant baisser l’extrémité droite de la branche inférieure, déclenchant l’ergot des roues en R, et permettant le mouvement de retour de la manette de droite à gauche. Il est aisé de comprendre que, dans ce."mouvement, la manette remontera Te ressort, qui garde du reste toujours une certaine tension. Enfin, expliquons l’arrêt de la sonnerie qui se produit quand on rapproche la porte de son cadre : il est produit par le biseau B venant pousser le biseau B' qui, par un déplacement oscillatoire de son extrémité, vient faire obstacle au mouvement du marteau M. Tout ce bruit n’a nullement été transmis au poste des pompiers, il n’est fait que pour éviter les plaisanteries de mauvais goût et les alertes inutiles. Le véritable avertisseur est derrière la plaque de fonte f. Au centre de cette plaque est le bouton d’appel b. Pressons-le : nous déclenchons un mouvement d’horlogerie que nous apercevons dans sa boîte (fig. 2). Un contact s’établit, faisant sonner un grelot dans l’appareil, et mettant aussi en mouvement une sonnerie à la caserne des pompiers. En même temps, il fait agir une aiguille à cette caserne sur un cadran portant les numéros des différents postes d’avertisseurs; l’aiguille s’arrête devant le numéro de l’avertisseur où l’on appelle. Le pompier de service donne l’alarme, et presse un bouton qui ramène l’aiguille à la croix, remonte son appareil et arrête le grelot dans l’avertisseur. On ne peut espérer plus de simplicité de manœuvre. Celui qui a sonné est ainsi averti que les pompiers arrivent.
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- ou
- Ceux-ci, une fois arrivés, s’informent du feu, et, en même temps, ouvrent la porte de droite (fig. 2) avec une clef spéciale, et remontent l’appareil de sonnerie (le système est mis en mouvement par un petit poids, et non par un ressort, qui pourrait présenter certains dangers). S’ils ont à appeler des secours, le feu prenant de grandes proportions, ils n’ont qu’à faire fonctionner une seconde fois l’avertisseur. La porte de face refermée, la sonnerie du gros timbre est prête à être remontée ; le ressort en sera complètement bandé par le demi-tour qu’on fera faire à la manette pour ouvrir de nouveau.
- Nous ne pouvons, à notre grand regret, insister sur une foule de détails de dispositions fort originaux, et remarquables par leur simplicité. Mais nous sommes heureux de signaler un appareil aussi intéressant, et qui est appelé à rendre à tous les plus grands services '. Daniel Bellet.
- CLOUS A DOUBLE POINTE
- Les clous ordinaires ont l’inconvénient de laisser sur les pièces qu’ils maintiennent, des traces qu’aucun mastic n’est parvenu à faire tolalement disparaître. Le clou à double pointe représenté ci-contre résout le problème, et fait disparaître cet inconvénient.
- Lorsqu’on veut réunir deux pièces de bois d’une façon invisible, la pointe inférieure est d'abord enfoncée dans l’une d’elles en frappant en A avec le marteau ; l les faces latérales de cette pointe sont paral-
- I lèles, de façon à ne pas faire éclater le bois
- / pendant l’enfoncement qui doit se faire jusqu’à
- / l’épaulement A, la partie en coin B venant
- / a elle-même se fixer dans le bois. La seconde
- / j pièce est alors mise en place et enfoncée sur
- a / les clous à coups de marteau, formant un joint
- B 1 / aussi invisible que résistant. Les clous à double
- 1 / pointe de M. Durrans sont faits de toutes di-
- 1 / mensions, depuis les plus petits servant aux
- 1/ travaux délicats de l’ébénisterie fine, jus-» qu’aux plus gros, employés dans les pièces de charpente et la construction des navires. Le même clou, à double pointe, enfoncé d’un seul côté sert aussi de défense sur des barrières, des clôtures, ainsi que pour la protection des arbres et la construction des palissades.
- LE DANGER DES POÊLES MOBILES
- Nos lecteurs nous ont souvent demandé de les renseigner au sujet des poêles mobiles dont le nombre se multiplie de jour en jour. Ces poêles sont-ils dangereux et malsains?
- C’est ce que nous allons examiner. Quand ils sont mis en communication, par leur tuyau de dégagement des produits de la combustion, avec une cheminée dont le tirage est énergique, et quand on ne séjourne pas d’une façon permanente dans la pièce où ils fonctionnent, leur emploi peut ne pas offrir de graves inconvénients. Mais il est incontestable que dans ces poêles dont la combustion est lente (ce qui d’ailleurs fait leur écono-
- mie), il y a un dégagement constant plus ou moins abondant de gaz délétères, oxyde de carbone, acide sulfureux, etc. Ces poêles peuvent être mortels, si l’on en faisait usage dant la chambre où l’on dort pendant la nuit; leur usage se traduit souvent chez ceux qui les utilisent, par de véritables malaises et des maux de tête. Ils amènent enfin de véritables cas d’asphvxie, et M. le Dr Lancereaux en a donné de nombreux exemples dans une leçon professée à l’hôpital de la Pitié1.
- « Il est nécessaire, a dit M. Lancereaux, de vous faire connaître les inconvénients très sérieux, ainsi que nous allons le voir, de ces appareils, afin de vous mettre en mesure de fournir des conseils et d’imposer au besoin, en connaissance de cause, l’interdiction de leur emploi; j’ai actuellement dans mes salles un malade qui nous servira d’entrée en matière. C’est un homme de trente ans ; il a été transporté à l’hôpital dans l’état que voici : résolution complète de la moitié gauche du corps, globes oculaires convulsés en haut, traces de morsures sur la langue, réflexes exagérés, etc. Cet homme avait été asphyxié par les émanations d’un poêle mobile placé dans une pièce voisine de la chambre où il couchait. La porte de communication était cependant fermée; à côté de lui, dans un lit, reposait sa fille. Celle-ci a été trouvée morte. »
- Sous l’influence de l’ipéca, des piqûres d’éther, des stimulants extérieurs, le malade revint à lui ; on lui fit inhaler de l’oxygène à la dose de 60 à 100 1, inhalations qui furent renouvelées les jours suivants. L’amélioration fut assez rapide; cependant, pendant huit jours, le malade éprouva de la céphalalgie et des vertiges dès qu’il voulait se lever. Les cas de ce genre ne sont pas très rares. En janvier 1888, M. Lancereaux fut appelé aussi près d’un homme qui se mourait d’asphyxie ; cet homme s’était couché avec un camarade, le 2 janvier, dans une chambre relativement petite, chauffée par un poêle mobile dont le couvercle fermait mal. Le lendemain, la porte ayant été forcée, on trouva le plus jeune de ces individus étendu par terre ; il ne put être ramené à la vie; l’autre était sans connaissance sur son lit. Il était en pleine résolution, coma, anesthésie générale. 11 succomba dans la nuit.
- Dans le cas cité, en dernier lieu, on pourra répondre qu’il y a là une cause accidentelle : le couvercle du poêle fermait mal. Cela est vrai, mais quand bien même le fonctionnement de l’appareil eût été parfait, il n’en est pas moins vrai que le dégagement de l’oxyde de carbone par endosmose est un fait avéré. Or on sait quels sont les inconvénients et les dangers de l’oxyde de carbone.
- Nous ajouterons, qu’il y a différents systèmes de poêles mobiles et que tous assurément n’offrent pas au même degré les mêmes inconvénients, mais nous croyons pouvoir affirmer à nos lecteurs qu’il est préférable, même dans de bonnes conditions d’emploi, de s’abstenir de l’usage de ces appareils de chauffage. G. T.
- L’HISTOIRE D’UNE BRANCHE DE CERISIER
- REPRODUITE PAR LA PHOTOGRAPHIE
- Nous recevons parfois de nos lecteurs des communications fort inge'nieuses. Tel est le cas aujourd’hui de celle qui vient de nous être adressée de
- 1 L’appareil a été construit par la maison Bréguet.
- * Publiée dans le Bulletin médical, du 30 décembre 1888.
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- LA. NATURE.
- Bohême. Elle consiste en photographies que nous reproduisons ci-contre, et qui représentent la même branche d’un cerisier, aux différentes époques de son existence annuelle , depuis les premiers jours du printemps jusqu’à la fin de l’hiver.
- Ce sont deux habiles amateurs,
- MM. Jos. et Jan.
- Fric, de Prague, qui ont eu l’idée originale de ces reproductions. La mise à exécution de cette idée constitue, selon nous, une leçon de choses tout à tait charmante. Cette idée qui pourrait assurément s’appliquer à un grand nombre d’autres sujets peut, en outre, être considérée comme très apte à ouvrir un champ nouveau de documents à la photographie.
- Nos correspondants nous indiquent d’abord comment ils ont opéré. La brandie du cerisier une fois choisie, ils ont marqué trois points sur le sol du jardin, afin de placer toujours à la même place le pied de leur appareil photographique.
- MM. Jos. et Jan.
- Fric ont suivi les
- gnent d’un texte descriptif dont
- Fig. 1. — Une branche de cerisier en bourgeons.
- Fig. 2. — La même, en fleurs, au printemps.
- phases
- successi-
- Fig. 5. — La même, en fruits, eu été.
- ves du développement de la branche, de saison en saison, ils ont obtenu six épreuves caractéristiques; qu’ils accompa-
- nous n avons qu a modifier très légèrement la for-mepour l’adapter à notre journal.
- Fig. 1. — La branche est pho-tographiée au commencement du printemps, les bourgeons sont épanouis çà et là sur les petites ra-mules; il en est quelques-uns dont le développement est plus avancé que celui des autres ; on en voit sortir l’extrémité des jeunes feuilles qui vont croître avec rapidité.
- Fig. 2. —Nous voici au milieu du printemps. Quels changements prodigieux se sont déjà accomplis. La branche est absolument cachée sous les feuilles et les fleurs, qui la chargent de leur poids; elle est visitée par un papillon blanc qui s’aperçoit nettement à la gauche de la photographie.
- Fig. 5.—L’été: la plupart des fleurs ont disparu, mais elles sont remplacées par des fruits en maturité, de belles cerises, dont l’une, à gauche, sert de régal à une mouche. Une transformation très frappante s’est accomplie dans l’aspect de la branche qui est redevenue visible et permet d’être comparée à son état primitif. Une nouvelle petite
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- LA NATUHE.
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- branche terminale rameau et indique son accroissement annuel.
- Ces trois premières épreuves représentent l’histoire de la branche dans les phases ascendantes de sa croissance jusqu’à sa maturité complète. — Le sujet va changer subitement avec les épreuves suivantes.
- Fig. 4.—Après la période de prospérité, nous arrivons, en effet à la décroissance avec l’automne. La plupart des feuilles sont tombées. Une seule de celles qui restent, — elle se trouve dans une position horizontale au milieu de la branche, — y restera tout l’hiver. Un cocon de teigne de fruit est visible au milieu de la figure; des iils d’une toile d’araignée apparaissent aussi ça et là; le tout est blanchi par les premières gelées.
- Cette photographie est particulièrement bien réussie, et notre gravure en rend très fidèlement la physionomie.
- Fig. 5. — Au commencement de l’hiver, par un temps calme, des cristaux de givre
- a pris naissance à l’extrémité du
- Fig. 4. — La même branche de cerisier, à l’automne. Le verglas.
- Fig. 5. — La môme, au commencement de l’hiver. Cristaux de givre.
- SS
- Fig. G. — La môme recouverte de neige, au cœur de l’hiver. (D’après une série de photographies de MM. Jos. et Jan. Fric, de Prague.)
- recouvrent la brandie de cristallisations géométriques d’un aspect gracieux. Fig. 6. — Voici l’hiver. Une neige abondante
- charge d’une couche épaisse la branche du cerisier,
- jusqu’à ce que l’admirable métamorphose se renouvelle au printemps suivant.
- « C’est tout ce que nous avons à dire, ajoutent nos correspondants sur notre étude ph otographique. Nous espérons, si vous la jugez digne d’être publiée, qu’elle attirera l’attention des amateurs de photographie,qui forment aujourd’hui une légion disséminée sur la terre entière. Fille leur inspirera peut-être l’idée de continuer à fixer ainsi les œuvres de la nature, et de former, au grand profit de l’histoire naturelle, une collection qui ne manquera ni d’originalité, ni de matières à enseignement. »
- MM. Jos. et Jan. Fric, de Prague, ont pleinement raison, et nous les remercions d’autant plus de leur communication qu’ils nous l’adressent en termes des plus touchants, nous disant qu’ils l’envoient à notre journal, comme preuve de leur sympathie nationale pour tout ce qui est d’origine française. Que ces messieurs veuillent bien croire que cette sympathie est absolument réciproque. Nous espérons que leur exemple sera suivi par
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- LA NATURE.
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- des amateurs, et qu’il contribuera à doter les sciences d’observations de documents nouveaux et intéressants. Gaston Tissandjer.
- L’INTENSITÉ CALORIFIQUE
- DE I.A RADIATION SOLAIRE
- MM. A. Crova et Houdaille ont cherché à déterminer expérimentalement si l’intensité de la radiation solaire subit, à 1900 mètres d’altitude, au sommet du Ventoux, des variations diurnes analogues à celles observées à Montpellier, et si l’on peut déduire des courbes enregistrées à cette altitude une valeur de la constante solaire plus exacte que celle obtenue par le calcul des courbes tracées au niveau de la mer. Ces recherches, qui ont été entreprises sous les auspices de Y Association française pour l avancement des sciences, ont été faites en prenant comme station d’observation le sommet du mont Ventoux, à une altitude de 1907 m au sommet du pic. Les résultats de ces recherches présentés récemment à l’Académie des sciences fournissent quelques résultats intéressants que nous allons résumer d’après la note insérée aux Comptes rendus. Voici d’abord les raisons qui ont fait choisir le sommet du mont Ventoux comme station d’observation.
- Ce sommet présente, par son isolement, et par le voisinage d’une station voisine, le village de Bédouin dont l’altitude est de 309 m et la distance horizontale au sommet du Ventoux de 9840 m, des conditions très favorables aux comparaisons des intensités calorifiques à des altitudes différant de près de 1000 m; l’installation de l’observatoire du mont Ventoux à une altitude de 1900 m permettait de disposer les instruments d’observations dans d’excellentes conditions.
- La structure géologique du Ventoux est très favorable à cet ordre de recherches: son massif, formé de calcaire néocomien profondément fissuré, laisse écouler très rapidement les eaux dans le bassin souterrain de la fontaine de Vaucluse. Le sol y est donc dans un état de sécheresse favorable aux observations actinométriques.
- Quoique l’été de 1888 ait été froid et pluvieux, les résultats obtenus ont établi les faits suivants :
- « 1° Les oscillations continuelles de la courbe solaire, déjà observées à Montpellier, se produisent aussi au sommet du Ventoux, mais avec une amplitude moindre, et sans synchronisme avec elles. Cette dernière circonstance s’explique par la distance et la différence de situation des deux stations.
- « 2° La dépression de midi, observée presque constamment à Montpellier, s’accuse très nettement au Ventoux, où elle est au moins aussi prononcée qu’à Montpellier ; il est donc évident qu’elle est bien due à la migration verticale diurne de la vapeur d’eau, et non à l’influence du voisinage de la mer. »
- Il résulte des tableaux d’observations faites à Montpellier, à Bédouin et au sommet du mont Ventoux, que la constante solaire, c’est-à-dire le facteur qui mesure la quantité de chaleur versée sur le soleil par unité de temps et par unité de surface, peut atteindre 3 calories (gramme-degré) par minute et par centimètre carré, à une altitude de 1900 m, et les valeurs trouvées par MM. Crova et Houdaille concordent assez bien avec les remarquables travaux de M. Langley. 11 y a même lieu de croire que la méthode de l’enregistrement, appliquée
- à des altitudes plus grandes, pourrait donner des valeurs supérieures à 3 calories par minute et par centimètre carré. Les valeurs les plus élevées sont d’ailleurs les plus probables, l’absorption et la diffusion atmosphériques faisant entièrement disparaître les radiations les plus absorbables dans une proportion variable avec l’état de l’atmosphère. La réflexion à la surface de couches de cirrhus très élevées, peut aussi rendre compte des variations de la constante solaire, car on constate fréquemment, même par de fortes intensités caloriques, des halos solaires persistants, très visibles au sommet du Ventoux, mais que l’illumination de l’atmosphère, plus grande à de basses altitudes, y rend complètement invisibles.
- ASCENSION DU MONT ARARAT
- M. Eugène Markow a récemment envoyé de Moscou, à la Société de géographie de Paris, un intéressant récit de la curieuse exploration qu’il vient d’exécuter. Nous reproduisons quelques détails relatifs à cette ascension :
- « Après avoir passé la nuit sur les pierres, à une hauteur de 15000 pieds, nous commençâmes notre ascension, le 15 août, à 5 heures du matin. Nous étions au nombre de neuf : moi, Popoff, un Cosaque, Manoukow, deux guides et trois porteurs. Bientôt nous passâmes à côté d’un rocher de forme conique, qui s’élève sur le flanc sud-est de l’Ararat. On peut supposer qu’à cet endroit se trouve la ligne qui sert de limite aux neiges éternelles de la montagne (15500 pieds).
- « De la base du rocher, dans une direction opposée, s’étend une plaine de névé, assez large, qui atteint le sommet et a 35° d’inclinaison ; sous la couche de neige on entend le bruit d’un ruisseau formé par les neiges fondues, lequel ruisseau se fraye un chemin sous la glace; comme il ne se montre point à la surface, on peut supposer qu’il tombe dans un précipice et de là se perd dans la terre. À la hauteur de 14800 pieds, je trouvai entre les pierres une coccinella septempunctata, d’un rouge très vif. A 15500 pieds, je trouvai des fleurs qui croissaient sur une petite éminence sablonneuse.
- « Enfin, à 2 heures de l’après-midi, nous foulions aux pieds le sommet sacré du grand Ararat. Ce sommet présente une étendue assez vaste de neige, séparée en deux par un précipice commençant du côté du nord-est, presque à la surface, et allant en s’élargissant et en s’approfondissant de plus en plus du côté de la Turquie; sa profondeur atteint à peu près 100 pieds. Le sommet droit, qui donne au sud-est, présente un petit plateau légèrement renflé, d’une longueur de 90 pieds sur 60 pieds de largeur. Une partie de ce sommet est presque entièrement privée de neige et couverte de petites pierres dont j’ai rapporté une collection.
- « La couche de neige suit la direction du sud-ouest en s’épaississant de plus en plus. Ainsi, au milieu du plateau, elle atteint une épaisseur de près de 2 pieds. Le sommet gauche donnant au nord-ouest présente de même un plateau couvert de neige, mais ayant une petite élévation au milieu; sa dimension est plus considérable que celle du sommet droit, où je trouvai une autre coccinella de même genre que la première.
- « Nous commençâmes notre descente, après avoir édifié sur le sommet droit une pyramide de pierres d’une hauteur de 5 pieds, visible de la base de la montagne au moyen d’une lunette d’approche.
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- LA NATURE.
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- « Le mont Ararat est regardé ail Caucase comme une montagne sacrée, dont personne ne peut atteindre le sommet. Cette superstition est si répandue parmi les indigènes, que personne ne croit les voyageurs qui sont véritablement parvenus sur la cime. La pyramide qui vient d’ètre construite sur le sommet dissipera toutes ces superstitions. Quelques pieds plus bas que le sommet, nous fixâmes à un rocher une plaque métallique, avec un thermomètre minimum que nous avait donné à cette intention la Société impériale de géographie de Russie, dans le but de déterminer le minimum de la température durant un certain laps de temps. Le Président de la Société belge de géographie, M. Jules Leclercq, qui pense faire une ascension sur l’Ararat, m’a promis de marquer les indications du thermomètre laissé sur le sommet; de cette manière, on pourra peut-être savoir le minimum de la température durant une année, à une hauteur de près de 17 000 pieds.
- « Tout le long du chemin, de la base à la cime de la montagne, je faisais des observations météorologiques. Les tables de ces observations se trouvent dans le compte rendu de l’ascension qui a été envoyé, cet automne, à la Société de géographie de Saint-Pétersbourg. »
- LA LUNETTE PYROMÉTRIQUE
- DE MM. MESURÉ ET NOUEE
- La détermination exacte de la température des corps incandescents est un problème qui présente une importance pratique considérable dans un grand nombre d’industries fondées sur l’application des hautes températures; c’est le cas dans la métallurgie, par exemple, dans les fours de fusion de l’acier, dans les fours de réchauffage des lingots, dans les hauts fourneaux, dans les verreries, les fabriques de porcelaine, etc.
- Les réactions chimiques développées dans ces fours peuvent varier en effet avec la température, et c’est même souvent aussi le cas pour les propriétés physiques ; une pièce en porcelaine cuite dans de bonnes conditions, à une température donnée, ne peut pas supporter sans danger une chaleur plus forte qui déterminerait des tressaillements dans la couverte, et à une température moindre, les réactions ne seraient pas complètes, l’émail serait insuffisamment fondu, etc. De meme, dans les fours de fabrication de l’acier, le degré de température peut modifier complètement le sens de la réaction oxydante ou réductrice, et il parait déterminer en tous cas une modification considérable dans la proportion du carbone combiné ou dissous ; les théories les plus récentes admettent, en effet, que cette proportion est réglée par une sorte de tension de dissociation variable avec la température, etc. Il résulte de là évidemment la nécessité absolue, pour le succès des opérations, de définir les températures d’une manière assez précise, indépendante de toutes causes d’erreur, pour être en mesure de reproduire sûrement dans des conditions bien identiques la réaction qu’on a en vue.
- On y réussit bien par l’observation de la couleur des objets incandescents ; on sait en effet qu’à mesure que la température s’élève, la couleur passe du rouge sombre au rouge vif, pour atteindre peu à peu les nuances jaune, rouge, orange, jaune paille, et arriver enfin au blanc plus ou moins éblouissant.
- Il y a une gamme de couleurs bien connue de tous dont l’ouillet a donné dans son échelle la correspondance en degrés avec les indications tlierm©métriques. Elle fournit l’indice caractéristique des variations de la température; mais à ce point de vue la simple observation directe devient insuffisante, car il est impossible d’éviter complètement les erreurs tenant à l’appréciation personnelle des observateurs. L’œil ne peut pas apprécier les nuances de couleur d’une manière absolue, et il ne les juge guère que par comparaison : le rouge sombre apparaîtra comme un rouge vif dans un milieu obscur; mais au contraire le rouge vif pourra paraître sombre dans un milieu fort éclairé. 11 y a là, en un mot, une cause d’erreur incontestable, montrant bien la nécessité d’avoir recours à un instrument dont les indications soient indifférentes au milieu extérieur.
- Tel a été le point de départ des nombreux types d’appareils qui ont pour but d’apprécier les hautes températures par la mesure d’un phénomène bien défini : les uns, comme les pyromètres, fondés sur l’emploi d’une masse d’argile dont on mesure le retrait, ou d’un courant d’eau circulant dans des conditions bien déterminées, dont on mesure réchauffement, etc., ou même des photomètres basés sur l’emploi de procédés optiques pour la mesure des intensités lumineuses des corps incandescents. La plupart de ces appareils n’ont malheureusement pas donné des résultats tout à fait satisfaisants : le réglage des pyromètres à eau est une opération des plus délicates, et les photomètres proprement dits, comme ceux de M. Crova ou de M. Trannin, constituent plutôt des appareils de laboratoire qui ne peuvent être transportés dans les ateliers.
- La lunette pyrométrique fournit, au contraire, immédiatement, la solution du problème ; elle permet d’apprécier la température par une simple visée donnant la couleur exacte de la pièce incandescente. Elle constitue un petit appareil portatif, simple et précis, grâce auquel les observateurs peuvent définir sans erreur la température qu’ils veulent atteindre, et s’assurer ainsi qu’ils opèrent toujours dans des conditions bien identiques. Il y a là une question des plus importantes dans toutes les industries qui mettent en œuvre les hautes températures, et elle explique ainsi le succès immédiat de l’appareil. La lunette pyrométrique est due à deux ingénieurs de l’usine Saint-Jacques de Montluçon, appartenant à la Compagnie des forges de Châtillon-Commentry dont nous avons décrit précédemment le grand laminoir à blindages1, et qui s’est faite une
- 1 Voy. n° 811, du 15 décembre 1888, p. 39.
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- LA NATURE.
- renommée spéciale dans le monde métallurgique, par l’intérêt scientifique de ses travaux. Cette lunette est reproduite dans les figures 1 et 2 sous les deux aspects successifs qu’elle a revêtus, le modèle n° 2, qui constitue le type le plus simple, n’a guère plus de 0m,10 a 0m,12 de longueur, et il est tout à fait portatif, mais les deux types ne présentent d’ailleurs aucune différence essentielle.
- L’appareil est fondé sur l’application des phénomènes de polarisation rotatoire ; il comprend deux prismes de Nicol, l’un analyseur A, l’autre polariseur P, dont les sections principales font un angle de 90°, entre lesquels est interposée une lame de quartz Q. On sait qu’à la sortie du premier prisme P, lerayon lumineux ordinaire est polarisé dans un plan défini par la section principale de ce polariseur, et il se trouve par suite complètement éteint en traversant le second prisme A, dont la section principale est perpendiculaire au premier. La lame de quartz interposée qui est taillée perpendiculairement à l’axe, a pour effet, d’autre part, de faire tourner le plan de polarisation qui devient oblique sur la section principale de l’analyseur, et peut alors le traverser sans être complètement éteint. D’après la loi connue de Biot, l’angle de déviation est proportionnel à l’épaisseur de la lame de quartz, et à peu près inversement proportionnel au carré de la longueur d’onde. Comme la longueur d’onde varie avec la couleur qui dépend elle-même de la proportion respective des rayons simples de la lumière transmise dans le rayon ordinaire, on voit immédiatement que la déviation observée dépendra directement de la couleur du rayon ordinaire, et si on a un moyen de mesurer cette déviation, on pourra en conclure immédiatement la température d’après la couleur du corps incandescent. A cet effet, l’analyseur est rendu mobile, il est contenu dans une monture qui peut
- tourner sur elle-même dans l’intérieur de la lunette, de manière à amener la section principale à faire un angle quelconque avec le polariseur. Un index I fixé devant un cercle gradué mobile C (fig. 2) permet d’apprécier cette déviation, dont le zéro correspond à l’extinction complète, le quartz étant enlevé. Si on observe le corps incandescent en faisant tourner lentement l’analyseur, on perçoit la lumière sous une teinte déterminée, variable avec la température, et cette teinte disparait pour un angle de rotation correspondant, et c’est donc cet angle qui peut servir à définir la température observée. Généralement on s’attache à observer une teinte déterminée d’une distinction facile : on constate en effet que pour une rotation très faible de l’analyseur , la teinte perçue arrive presque immédiatement du vert au rouge en passant par une teinte spéciale, citron sale, qui ne se maintient qu’un instant, et qui, pour cette raison, a reçu spécialement le nom de teinte de passage. C’est à cette teinte qu’on rapporte les angles mesurés. Outre ces éléments essentiels, la lunette comporte, comme le montre la coupe (fig. 1), une première lentille L ou un verre plein d (fig. 2) formant objectif pour recueillir les rayons ordinaires et les diriger sur le polariseur , et uné seconde lentille O formant oculaire recevant les rayons à la sortie de l’analyseur, et mobile avec lui dans sagaine. Cette lunette a été construite par les soins de M. Ducretet, d’après les indications de MM. Nouël et Mesuré ; elle est en service depuis plus d’une année déjà dans la forge de l’usine Saint-Jacques, l’emploi en est devenu familier à tous les contremaîtres et, en assurant ainsi l’identité parfaite de toutes les opérations, elfe entre pour une large part dans la qualité remarquable des produits obtenus à l’usine.
- L. B.
- Fig. 1. — Lunette pyrométrique de MM. Mesuré et Nouël. — A. Analyseur.— P. Polariseur. — Q. Quartz. — L. Objectif. — O' Oculaire.
- Fig. 2. — Nouveau modèle réduit de la lunette pyrométrique.
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- LÀ SCIENCE AU THÉÂTRE
- UN COMBAT NAVAL EN MINIATURE
- On voyait dernièrement au cirque de la rue Saint-Honorc ,à Paris, un spectacle qui, bien que paraissant enfantin au premier abord, comportait une application très intéressante de l’électricité. Nous voulons parler du combat naval qui avait lieu sur la piscine qu’on substitue, comme nous l’avons décrit autrefois1, à la piste du cirque.
- D’un côté de cette piscine, se trouvait une mise en scène très complète : un port de guerre avec ses quais, sa jetée, son phare, ses fortifications ; le tout reproduit dans des proportions si bien observées que sur la photographie qui en a été faite par M. Balagny et que nous reproduisons ici (lig. 1), on pourrait croire qu’il s’agit d’une vue d’après nature.
- C’est cette place de guerre qui était attaquée par une flottille de bateaux de la taille de ceux que nous voyons sur le bassin des Tuileries, mais machinés de façon que chacun d’eux pouvait marcher en avant ou en arrière et se diriger dans -tous les sens, tirer des coups de canon, couler à pic ou faire explosion à un moment donné.
- 1 Voy. n° 669, du 27 mars 1886, p. 262.
- Tous ces effets ont été obtenus au moyen de l’électricité et avec deux fils seulement qui relient chaque bateau à un commutateur placé dans la coulisse et manœuvré par un machiniste.
- C’est ce mécanisme ingénieux, imaginé par M. So-lignac, ingénieur du Nouveau Cirque, que nous voulons décrire. Il n’a été appliqué qu’à un jouet, mais il est possible qu’on l’applique aussi à des torpilles qu’on pourrait ainsi manœuvrer soit du rivage, soit d’un vaisseau au large.
- L’installation d’éclairage électrique du cirque comprend des machines à courant continu et des machines à courant alternatif. Ces deux genres de courants ont été mis à contribution pour arriver à n’employer que deux fils pour la ma-nœnvre complexe de chaque bateau.
- Le propulseur est une hélice actionnée par un petit moteur M (fig. 2). La direction est obtenue au moyen du dé-placement de l’hélice dans un plan horizontal. Aceteffet,lecous-sinet qui la supporte est soudé à une tige verticale A traversant l’axe B qui porte les engrenages de transmission du moteur à l’hélice. Un mouvement d’horlogerie C tend constamment à faire tourner cette tige A, mais elle est arrêtée dans sa marche par un échappement à ancre D commandé par l’électro-aimant E. Tant que
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- LA NAT LUE.
- la palette colle à l’éiectro, la tige A ne tourne pas et l’hélice reste en place ; mais dès qu’il y a une oscillation complète de la palette, provoquée par une interruption momentanée du courant, le mouvement d’horlogerie fait faire un quart de tour à la tige et l’hélice se déplace d’autant. L’éiectro E est monté dans le circuit général (fig. 5) et n’a qu’une faihle résistance, il fonctionne avec une faible intensité; tandis que le moteur M présente une résistance plus grande, est monté en dérivation et ne commence à marcher que lorsque l’intensité du courant est plus lorte. Nous avons donc déjà, avec nos deux bis, la marche et la direction; il nous suffit d’avoir sous la main un commutateur permettant soit d’intercaler des résistances, soit d’interrompre un instant le courant.
- Pour faire fonctionner l’artillerie, qui est constituée pour un revolver, on commande également au moyen d’un électro-aimant l’échappement d’un mouvement d’horlogerie qui, chaque fois, fait partir
- Direction
- Moteur
- , Revolver
- Commutateur!
- Fig. 5. — Schéma de l’iustallalion.
- un coup de revolver. Mais pour que cet effet soit complètement indépendant des deux autres , ce qui n’aurait pas lieu si on se servait d’un électro ordinaire , on a employé le principe des relais polarisés ; c’est-à-dire que l’éiectro, qui est en dérivation sur le circuit général, ne peut fonctionner qu’avec un courant d’un certain sens. Nous obtenons donc, toujours avec le même circuit, un troisième effet; il suffit de renverser le sens du courant. On remarquera qué dans ce cas les deux premiers effets subsistent puisque pour eux le sens du courant est indifférent.
- Maintenant il s’agit de faire une voie d’eau, ou de faire sauter le bateau, en mettant le feu à une forte cartouche. Ce quatrième effet s’obtient au moyen d’une bobine d’induction dont le circuit primaire fait partie du circuit général, tandis que le fil lin est relié à une amorce fulminante. Tant qu’on ne fait usage que du courant continu, la bobine reste inerte ; mais si on lance dans le circuit un courant alternatif, elle fonctionne aussitôt; l’amorce s'enflamme et le bateau saute.
- Il y a là, nous le répétons, autre chose qu’un jeu
- et ce qui vient d’être fait en petit peut être fait en grand: l’installation imaginée par M. Solignac montre une fois de plus que l’électricité se prête à merveille à tous les caprices de celui qui sait l’employer.
- G. Mareschal.
- • CHRONIQUE
- Le cliien à fourrure de la Mandchourie. —
- Une récente publication anglaise, le Blackwood's, a donné dernièrement un très intéressant article de Miss Gordon Cunming, sur les différents usages auxquels le chien est consacré chez les différents peuples de la terre; nous en extrayons les renseignements suivants sur les chiens à fourrure de la Mandchourie : « Dans la Grande-Bretagne, dit l’auteur, nous voyons le chien servir d’auxiliaire remarquable au chasseur ; d’aide intelligent au berger; d’ami dévoué à une foule d’êtres humains des deux sexes. Nous ne l’employons à aucun rôle avilissant, à aucun des autres usages auxquels sont affectés nos autres animaux domestiques, sans doute parce que nous estimons probablement trop notre ami à quatre pattes pour ses qualités morales et son attachement désintéressé. Cependant, dans certains pays, on apprécie beaucoup le chien, comme bête de somme et de trait; dans d’autres, comme bête de boucherie ; — on sait, en effet, qu’il est engraissé dans ce but en Chine ; — ailleurs enfin, comme à Constantinople, il est le fermier des boues, c’est-à-dire qu’il est chargé de faire disparaître les ordures. On apprendra avec étonnement qu’en Mandchourie, le chien y est élevé en grandes troupes pour sa peau et sa toison ; c’est un véritable animal de ferme, et la dot d’une mariée consiste en un certain nombre de chiens qui constituent un véritable capital, comme ailleurs un troupeau de bœufs ou de moutons. L’exploitation du chien, comme animal à toison, s’y fait régulièrement comme celle des moutons en Australie. Le produit en est estimé au point qu’une jeune mariée, recevant en dot une douzaine de chiens, peut vivre sans soucis. C’est à l’âge de huit mois, pendant l’hiver qui suit sa naissance, que la fourrure du chien atteint sa plus haute valeur chez les beaux sujets ; aussi, c’est à cet âge qu’on les sacrifie; on ne conserve que ceux qui sont destinés à la reproduction. C’est dans les vastes territoires du nord de la Mongolie et de la Mandchourie que l’on trouve les fermes à chiens. Il y en a des milliers dans lesquelles on élève annuellement plusieurs centaines de ces animaux spécialement pour le marché. Dans la plupart des autres, on se contente d’élever la quantité de chiens nécessaires pour l’entretien de la garde-robe et la fourniture des tapis de la maison. La race des chiens de Mandchourie est certainement la plus belle qui existe au point de vue de la finesse et du soyeux du poil. »
- Huile de coco. — Une industrie toute spéciale et qui paraît appelée à un certain avenir a été établie par un Français à Baracoa (Cuba) : c’est celle de la fabrication de l’huile de coco. D’après le rapport de M. de Bérard, consul de France à Santiago de Cuba, cette fabrique a été montée avec les machines les plus perfectionnées, afin de produire une huile d’une pureté complètement satisfaisante. L’huile de coco, outre ses propriétés médicinales d’un usage courant et sa qualité de matière première pour la fabrication des savons, est employée avec avantage comme lubrifiant. Fille convient aussi à l’éclairage. L’huile raffinée de coco est plus économique que
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- LA NATURE.
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- beaucoup d’autres huiles végétales et minérales. Elle est très lluide et s’oxyde et se rancit très ditlicile-ment.
- LES NOTATIONS PHYSIQUES
- Erratum. — Malgré tout le soin que nous avons apporté à la correction de notre article sur Les Notations physiques (n° 816, p. 114) une erreur typographique importante s’est glissée, par la suppression d’une lettre, dans le tableau relatif aux unités de capacité. Les abréviations relatives au décalitre et au décilitre doivent être rétablies comme suit :
- Décalitre........................dal
- Décilitre........................ . dl
- le préfixe (da) étant l’abréviation de déca et le prétixe (d) l’abréviation de déci. E. H.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du L21 janvier 1889. — Présidence de M. Des Cloizeaux.
- La séance n’a pas duré une demi-heure, en raison d’un comité secret, et la plupart des présentations se sont bornées à l’énoncé de leurs titres.
- Photographie météoritique. —- M. Henri Morize adresse des essais de photographies de plaques de fers météoriques soumis à l’action des acides et présentant ces curieux dessins géométriques, caractéristiques de leur origine extra-terrestre et qu’on désigne sous le nom de figures de Widmannstœtten. Elles ont été obtenues d’après le magnifique bloc de Bendego dont nous racontions l’autre jour le transport si difficile à l’Observatoire de Rio-de-Janeiro. Le savant directeur de ce grand établissement scientifique, M. Cruls, a bien voulu songer à m’adresser directement les photographies dont il s’agit et c’est avec le plus vif intérêt que j’ai pu les étudier en détail. Le grossissement employé par M. Henri Morize est de 15 diamètres et les difficultés à vaincre ont été fort nombreuses. Le résultat est tellement parfait qu’il supporte aisément un examen à la loupe. On distingue très nettement les longues lames de l’alliage de fer nickelé appelé tænite, très sensiblement parallèles entre elles au travers de toute la photographie et composées elles-mêmes dans une foule de points de petites lamelles parfaitement distinctes. Les zones intermédiaires où domine un autre alliage qualifié de kamacite renferment cependant, mais dans une direction difïérente et presque perpendiculaire avec la première, de fines aiguilles de tænite et des amas facilement attaquables sans doute formés de plessiie. Ce sont, en effet, là les trois alliages que Reichenbach a d’abord signalés dans un grand nombre de fers météoriques où, selon son expression, ils constituent un-véritable trias et que j’ai, de mon côté, soumis depuis vingt ans à une étude attentive, à la fois analytique et synthétique.
- Actinomètrie solaire. — Par l’intermédiaire de M. Jans-sen, M. Crova continue l’exposé des résultats que lui fournit l’emploi de son actinomètre à l’Observatoire du mont Ventoux. Il appelle spécialement l’attention sur les conséquences relatives à la distribution en hauteur de la vapeur d’eau et conlirme, de la manière la plus évidente, les lois formulées à cet égard par M. Janssen.
- Varia. — M. Peraud adresse de Genève la description d’une méthode qui lui permet de déterminer les indices
- de réfraction des cristaux. — Une relation nouvelle entre les solfatares et les roches éruptives acides est signalée par M. de Lapparent. — À l’occasion de Mémoires récemment publiés par des médecins italiens, M. Laverand réclame la priorité de la découverte du microbe de la fièvre intermittente, qu’il a signalé il y a une dizaine d’années. Stanislas Meunier.
- UNE CURIEUSE HORLOGE DE \m
- (c ATHÉDliA L U 1)E BOURGES
- Nous devons à une obligeante communication de M. Callier, horloger de la marine de l’État, et aux notes qu’il nous a remises et qu’une brochure de M. l’abbé Barrère accompagnait, de connaître .ce vénérable vestige du quinzième siècle.
- Malheureusement, un acte de vandalisme inexplicable a détruit, comme on va le voir, le mécanisme de cette horloge. Est-ce sur un ordre du Conseil municipal de la ville, ou du Chapitre de la cathédrale? Nous l’ignorons. Il ne reste d’entier que son cadran, que noüs reproduisons, ou plutôt ses cadrans, à l’aide desquels il est facile d’établir l’importance historique et même industrielle, pour l’époque, de ce vieux dispositif chronométrique véritablement remarquable.
- Il y a sept ans, dit M. Barrère, ce petit chef-d’œuvre a été remplacé par' un mécanisme neuf.
- I)e cette horloge il ne reste plus que le bahut qui la contenait et deux cadrans, dont l’un assez moderne et sans intérêt sert encore à la nouvelle horloge. Le cadran inférieur, maintenant muet, est un des plus intéressants à étudier. 11 est du quinzième siècle. Il se compose de trois cadrans concentriques : le plus grand est fixe, les deux autres sont mobiles. Le premier marquait les 24 heures de la journée ; le cadran moyen indiquait les lunaisons et les différentes phases de la lune; le plus petit, le lever et le coucher du soleil pour toutes les saisons, son passage successif aux douze signes du zodiaque. Démarquons de suite que la personnification de chaque signe est peinte en jolie miniatures de l’époque. Une flèche unique servait d’indicateur aux trois cadrans à la fois. Elle parcourait la circonférence du plus grand en 24 heures, d’un midi à l’autre. Les deux cadrans mobiles marchaient avec la flèche, de telle sorte que celle-ci parcourait la circonférence du cadran moyen dans les 29 jours et demi de chaque lunaison, et celle du petit cadran ou cadran central dans l’espace d’une année. C’est surtout ce dernier qui a demandé les soins du constructeur et mérite l’attention de l’observateur. Outre son mouvement de rotation autour du cadran en un an, le soleil (petit disque doré) en avait un de va-et-vient dans le même espace de temps. Pendant six mois, il se rapprochait du centre; on arrivait alors au solstice d’hiver. U s’en éloignait pendant les six autres mois ; on était au solstice d’été. Ce double mouvement lui était communiqué par un mécanisme ingénieux et très simple. Une lamelle de cuivre, fai-
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- LA NATURE.
- sant saillie sur la surface du cadran et posée en forme d’excentrique par rapport au milieu du cadran, formait ou figurait l’écliptique. Le petit disque ou soleil avait, à son revers, un bouton engagé dans une coulisse pratiquée dans la longueur de la flèche. L’extrémité de ce même bouton avait une. entaillure dans laquelle s’engageait la lamelle ou écliptique, de manière que, n’étant soudé à aucune des deux pièces, il était inséparablement fixé à l’une et à l’autre; la flèche, dans sa marche, le faisait avancer sur l’écliptique, et l’écliptique, en vertu de sa forme excentrique, le faisait glisser dans la coulisse de la flèche et alternativement le rapprochait ou l’éloignait du centre du cadran.
- Nous voyons au bas et en avant de ce cadran une plaque de métal peinte en noir, indépendante des cadrans et fixée au meuble : elle figurait la terre ou la nuit, derrière laquelle le soleil disparaissait, h Noël, de 4 heures du soir à 8 heures du matin, et à la Saint-Jean, de 8 heures du soir à 4 heures du matin ; aux équinoxes, de 6 heures à 6 heures, et ainsi graduellement entre les deux solstices. Avec quelques notions de cosmographie, on devine que ce cadran marchait au rebours de l’autre cadran mobile, c’est-à-dire qu’il comptait 566 jours, tandis que les deux autres n’en marquaient que 565. L’un marquait le temps sidéral, les autres le temps solaire; pour parler astronomiquement, la flèche s’avançait de l’ouest à l’est, comme le soleil dans le zodiaque.
- Le mécanisme du deuxième cadran est plus simple. La circonférence porte trente divisions; la trentième n’a que la moitié des autres : voilà les vingt-neuf jours et demi de chaque lunaison. On voit dans sa surface une ouverture ronde de 9 à 10 centimètres de diamètre. A un point de sa circonférence est un axe sur lequel tournait, en 59 jours, sous le cadran peint en noir, une plaque de couleur blanche, moins deux parties rondes peintes en noir à deux points opposés et de même grandeur que l’ouverture dont on vient de parler.
- Un des cercles noirs vu tout entier, par l’ouverture ronde, annonçait la nouvelle lune; lorsqu’il avait entièrement disparu, c’est-à-dire lorsque la plaque a fait le quart de sa révolution en parcourant 90°, on ne voyait que du blanc par l’ouverture ; la lune était au plein. Le premier et le dernier quartier n’était pas aussi correctement exprimés par la ligne
- circulaire. Les organes des deux cadrans mobile fonctionnaient au moyen de 26 roues et de leurs engrenages. L’une d’elles mettait un an à opérer sa révolution.
- La sonnerie avait trois parties distinctes : 5 minutes avant chaque sonnerie, elle sonnait les avant-quarts par un seul coup frappé sur le gros timbre. Trois timbres plus petits, la, sol, ré, sonnaient les .quarts: la, pour le premier: la, ré, pour la demie; la, sol, ré, pour les trois quarts; la, sol, la, ré, pour les quatre quarts ou l’heure. Remarquons que ce sont les quatre notes de l’intonation du Salve liegina. Immédiatement après l’intonation, le gros timbre comptait les heures. Les marteaux frappaient donc 492 coups par 24 heures.
- Ce petit chef-d’œuvre, commencé le sixième jour de la lune de mars 1425, inauguré à la Toussaint suivante, payé 60 écus d’or, 6 sous, 6 deniers;
- fruit d’une cotisation du Chapitre et des plus riches de la ville pendant plusieurs années, et qui pouvait encore marcher des siècles, regretté enfin de tous les connaic-seurs, a été mis à la ferraille le 18 mars 1872 et remplacé par un petit mécanisme dit horloge de château,né dans un atelier qui fabrique à l’emporte-pièce et sonnant prosaïquement les heures et les demies. Pour réparer l’horloge, est-on arrêté par les dépenses? Que n'ouvre-t-on une souscription dans la ville de Rour-ges? Il y a tout lieu d’espérer que les habitants n’ont pas dégénéré de la générosité de leurs aïeux de 1425, qui ont doté leur belle cathédrale de ce remarquable mécanisme.
- Ajoutons ici quelques détails intéressants dus à M. P. J. Augonnet.
- « L’auteur de ce chef-d’œuvre se* nomme Jean Furoris, chanoine de Paris et de Reims, homme très habile dans les arts de l’astronomie, de la géométrie, de l’arilhmétique et de la médecine. Les peintures du cadran ont été faites primitivement par François d’Orléans, pour 24 écus. En 1520, Guillaume Dallida reçoit 55 sols pour avoir refait en azur la table du cadran, aussi repeint le soleil et la lune de rouge et d’azur. »
- Clauditjs Saunier,
- Directeur de la Revue chronométrique.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- LÀ NATURE
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- N° 818. — 2 FÉVRjlER 1889.
- LES LAPONS AU JARDIN D’ACCLIMATATION
- Le Jardin d’Âcclimatation continue la série de ses exhibitions ethnographiques en nous donnant le spec-
- tacle d’un campement de Lapons. Ces indigènes de la Norvège auront sans aucun doute, autant de succès auprès du public que les Hottentots. Tout le monde connaît la pittoresque relation que Regnard a faite de la Laponie et des mœurs de ses habitants, et tout le
- Fig. 1. — Le campement des Lapons au Jardin d’Acclimatation de Paris. (D’apres une photographie.)
- Fig. 2. — Homme lapon et sa Fille.
- monde voudra juger des séductions des Lapones. D’autre part il n’est guère de peuplades primitives aussi curieuses que cette petite race, et dont la connais-
- 17* année. — t*r semestre.
- Fig. 5. — Femmes lapoues.
- sance importe plus au progrès des sciences qui ont l’étude de l’homme pour objet. L’âge du renne s’est maintenu jusqu’à nos jours en Laponie, et une partie
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- LA NATURE.
- des indigènes de ce pays mène encore une existence de chasseurs et de pêcheurs comme nos ancêtres préhistoriques.
- Les Lapons sont au nombre de 25 à 26 000, disséminés dans le nord-est de la Russie (presqu'île de Kola), la Finlande septentrionale et tout le nord de la péninsule Scandinave. En Norvège, leur clan le plus méridional est à Rôraas (62° 40') sur un plateau désolé, au milieu de montagnes ; c’est de cette localité que viennent les hôtes du Jardin d’Acclimatation.
- Les Lapons peuvent être divisés en trois grandes catégories d’après leur genre de vie. Les uns sont pasteurs de rennes et nomades; les autres pêcheurs sur le bord des lacs et des rivières et astreints également à changer de résidence par les nécessités de leur industrie; ceux-ci ne se déplacent que dans une zone peu étendue et servent de traits d’union entre les pasteurs de rennes et les sédentaires. Ces derniers, établis sur les bords de l’océan Glacial comme pêcheurs ou dans l’intérieur du pays comme colons, forment la troisième catégorie. Vivant au milieu de Scandinaves et de Finnois, ces colons et ces pêcheurs s’unissent souvent à eux, et c’est par ces unions mixtes que peu à peu les Lapons se fondent avec le restant de la population.
- Le Lapon a deux espèces différentes d’habitation : la tente et la hutte, toutes deux construites d’après le même principe. Deux paires démontants réunis en croix au sommet et reliées en haut par une traverse forment la charpente de l’abri; dessus s’appuie dans les tentes un appareil de perches légères qui supporte la toile, et dans les huttes un appareil de troncs d’arbres serrés les uns contre les autres, recouvert de tourbe et d’écorce de bouleau. Les joints sont bouchés avec de la mousse. Au sommet des deux habitations se trouve une large ouverture pour laisser échapper la fumée du foyer établi au centre de l’abri. Tout autour du feu est étendu une couche de minces branchages de bouleau tapissée de peaux de renne. C’est tout à la fois le lit de la famille et le siège sur lequel elle reste accroupie pendant la journée. Quand il se repose, le Lapon s’étend rarement; il est presque toujours accroupi à la turque et c’est dans cette position que la mère de famille reste le plus souvent en préparant la popotte. Lorsque le Lapon est devenu colon ou pêcheur sur les bords de l’océan Glacial, il remplace, s’il en a les moyens, la hutte par une maisonnette en bois.
- Le costume de nos gens se compose d’une longue robe serrée à la taille par une ceinture et ouverte en triangle sur la poitrine, d’un pantalon et d’une paire de mocassins. 11 est complété par un bonnet dont la forme varie suivant la région et suivant la profession de l’individu. Les pasteurs de rennes duFinmark (Norvège septentrionale) ont, par exemple, une coiffure carrée, rembourrée de duvet d’oiseau et ornée de rubans de diverses couleurs, et dans cette région les pêcheurs se couvrent d’une calotte surmontée d’une touffe. Plus au sud, les Lapons portent, comme couvre-chef, un bonnet pointu qui ressemble à un
- vulgaire casque à mèche; enfin les hôtes du Jardin d’Acclimatation ont une haute coiffure en drap, qui rappelle la forme du shako des soldats de Frédéric 11. Ceux des Lapons qui vivent isolés au milieu des montagnes ou des forêts ne connaissent guère l’usage du linge. En guise de chemise, ils ont simplement, sur la poitrine, à l’endroit où leur robe est ouverte, un plastron en drap garni d’une poche où ils placent le briquet ou les allumettes, et ils remplacent les bas en s’enveloppant le pied de touffes de Carex vesicaria. Le costume des femmes ne diffère de celui des hommes que par la longueur de la robe. Toutes ces différentes parties du vêtement, sauf la coiffure, sont en peau de renne. Pour l’habillement d’été .les Lapons n’emploient que des pelleteries tannées; leur costume d’hiver au contraire est entièrement en fourrure. Ajoutons cependant qu’un certain nombre de ces indigènes, surtout ceux établis en Norvège, confectionnent également leur garde-robe en vadmel, étoffe grossière tissée dans le pays.
- Le renne ne fournit pas seulement au Lapon le vêtement, il lui donne encore la subsistance. Le nomade se nourrit de sa chair, soit fraîche, soit desséchée à l’air, de son lait, dont il fait des fromages, et enfin de son sang. Le fromage de renne est une friandise très appréciée des Lapons et des Scandinaves. Il passe pour très nourrissant; d’après notre expérience, c’est surtout un mets indigeste. Quand on a mangé, le matin, un morceau de fromage, disent les indigènes, on n’a pas faim de toute la journée; cela se comprend, car pendant plus de douze heures, votre estomac est embarrassé. Le lait de renne est, par sa rareté, une boisson de luxe. Soixante à soixante-dix femelles n’en fournissent que deux litres environ tous les trois jours. Le Lapon boit surtout du café qu’il additionne d’une petite quantité du précieux lait. Ceux établis en Russie prennent du thé, et, à défaut, une infusion de Reine des prés (Spirea ulmaria). Les Lapons mangent, en outre, à l’occasion quelques végétaux, l’oseille sauvage, l’angélique sauvage, enfin les baies dont la plus appréciée est le liubus chamœmorens (Baie jaune des marais). A l’usage de la viande de renne dont ils ne peuvent se procurer qu’une petite quantité, les Lapons pêcheurs substituent celui de la morue et des salmonidés, suivant qu’ils habitent sur la côte de l’océan Glacial, ou les bords des lacs et des rivières de l’intérieur. Ceux-là mangent également plus de pain que leurs congénères nomades qui ne peuvent se procurer qu’une petite quantité de farine.
- Le renne ne subvient pas seulement à l’alimentation et à l’habillement de son propriétaire; il lui sert en outre de bête de trait et de bête de somme. C’est sur son dos que le pasteur transporte sa tente et son bagage dans ses migrations estivales, et c’est sur un traîneau attelé de cet animal qu’il parcourt l’hiver les solitudes de l’extrême Nord. Au Jardin d’Acclimatation on peut voir un de ces équipages, une sorte de na-
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- celle plate dans laquelle une seule personne peut prendre place. Le renne ne porte pas de mors; on le dirige simplement par une guide fixée a un collier ; un trait attaché au traîneau complète le harnachement de l’animal. Le Lapon n’emploie pas de fouet, mais dans certaines régions de la Suède, il se sert d’un long bâton en bouleau pour diriger l’attelage et au besoin pour le corriger. Le dressage du renne est très imparfait, et quand on voyage dans un traîneau tiré par cet animal, il est prudent de s’envelopper de peau la tète et le corps pour éviter quelque fracture contre les pierres ou les arbres qui bordent l’étroite piste que l’on suit. On aurait tort d’ailleurs de croire que le renne est réellement domestiqué. Pendant l’été, le troupeau erre en liberté dans la montagne et pour le rassembler, le Lapon doit lancer des chiens à sa poursuite.
- Les Lapons ne sont point des sauvages. Tous ceux établis dans les pays Scandinaves et en Finlande savent lire, un grand nombre peuvent écrire ; et, il est bien rare de ne pas trouver dans les huttes ou dans les tentes une Bible, ou un de ces manuels d’instruction primaire que les gouvernements de Suède et de Norvège font imprimer pour leurs sujets lapons. J’ai eu un guide qui emportait toujours avec lui deux ou trois bouquins. En Russie au contraire, les Lapons sont presque tous illettrés; dans cette région je n’ai rencontré qu’un seul individu sachant lire dont la réputation de savant s’étendait au loin. Ses congénères parlaient de lui avec un profond respect.
- Tous les Lapons ont été convertis, ceux de Suède, de Norvège et de Finlande au luthéranisme, et ceux de Russie au catholicisme grec.
- Ils sont en général intelligents et comprennent parfaitement les livres qu’ils lisentl.
- Les Lapons sont très doux, très hospitaliers pour le voyageur, et quand on a passé, comme nous, six étés au milieu d’eux, on conserve une profonde sympathie pour ce petit peuple dont la vie au milieu des déserts du Nord est faite de souffrances et de privations. Charles Rarot.
- LE BOLIDE DU 31 DÉCEMBRE 1888
- Le 34 décembre, vers 8 heures du soir, un météore d’un éclat exceptionnel a été observé sur quelques points en France et surtout en Belgique où le ciel était dégagé de vapeurs atmosphériques. Plusieurs correspondants de Bruxelles nous ont signalé l’énorme globe de feu de couleur blanche qui a lentement traversé le ciel.
- D’autre part, un de nos lecteurs, M. Rondenet, a observé le phénomène à La Roche-sur-Yon en Yendée. Voici ce que nous écrit à ce sujet notre correspondant :
- Le soir du 34 décembre 1888, je me promenais, quand, dans l’atmosphère, une lueur subite attira mes regards
- 1 Voy. n° 654, du 25 juillet 1885, p. 116.
- dans la direction du nord : un bolide éclatant, rasant l’horizon, se dirigeait du nord au sud-est. Il était, à ce moment (h La Roche-sur-Yon) 7 h. 45 m. environ.
- Notre confrère de Bruxelles, le journal Ciel et Terre, a publié au sujet du bolide du 31 décembre un grand nombre de documents intéressants que nous analyserons ici.
- D’après les renseignements qui nous sont parvenus, lit-on dans Ciel et Terre, le bolide a été vu à Bruxelles, à Louvain, à Mons, à YValcourt, à Dinant, à Scy, à Ciney, à Rochefort, à Namur, à Andenne, à Theux, à Stavelot, à Micheroux, à Hasselt et à Maeseyck. Des Flandres, de la province d’Anvers et du Luxembourg, nous n’avons rien appris ; il est à présumer que le phénomène n’a pas été visible dans ces régions. La distance entre Mons et Maeseyck, les points extrêmes d’apparition, est de 450 kilomètres environ à vol d’oiseau. On n'avait pas observé de météore aussi considérable, en Belgique, depuis plus de vingt-cinq ans.
- Voici quelques-unes des communications qui ont été adressées au journal que nous venons de citer ou à l’Observatoire de Bruxelles :
- Bruxelles. —Je me trouvais près de la gare du Nord, à 7 h. 57 m., lorsque le bolide apparut. 11 prit naissance dans la région nord et se perdit du côté de l’est. Son éclat était supérieur à celui de Vénus. Il laissa derrière lui une superbe traînée, qui dura quinze secondes environ... C. Fievez.
- A Louvain, M. Terby a observé le bolide à 7 h. 57. Son diamètre était au moins égal au quart, peut-être au tiers de celui de la pleine lune :
- Je l’ai vu descendre dans le sud-est allant à peu près du nord au sud, passant non loin d’Aldébaran et des Pléiades, et venant s’éteindre dans l’Éridan. Il était suivi d’une belle traînée et était de couleur blanche très vive ; son aspect était celui d’une larme immense. Circonstance à noter : j’ai fait cette observation à travers la glace d’une fenêtre fermée, tenant à la main une lumière très vive, et, malgré ces conditions, bien défavorables, ce bolide m’a paru d’un éclat inusité. Les clameurs qui se sont fait entendre dans tout le quartier m’ont prouvé que je n’avais pas été le seul observateur du beau phénomène.
- F. Tep.by.
- Ciney. — Le bolide a traversé le ciel du nord au sud, en laissant derrière lui une traînée lumineuse qui a persisté pendant quarante secondes. Cette traînée a pris ensuite la forme d’un trait de Jupiter. Une lumière éclatante a marqué l’apparition du phénomène. Du Tillieux.
- Micheroux (près de Herve). — Nous revenions à plusieurs personnes de Mélen à la station de Micheroux; bien que le ciel fût découvert, l’obscurité était assez grande et l’un de nous avait une lanterne; arrivés sur la route à trois cents pas de la station, une lueur intense nous éblouit, tout le plateau se découvre, la lanterne disparaît et levant les yeux nous voyons s’enfoncer dans l’obscurité, assez au-dessus de l’horizon, une masse lumineuse qui laisse derrière elle un sillon blanc suivant sa trajectoire; la lumière projetée avait un éclat blanc violet que je ne saurais mieux comparer qu’à celui de fortes lampes électriques ; le sillon blanc resté au ciel nous a paru formé d’une poussière lumineuse... C. Lohest.
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- « Les renseignements qui ont été recueillis, ajoute Ciel et Terre, ne sont pas assez nombreux ni assez précis pour permettre d’en déduire avec exactitude la hauteur à laquelle le phénomène a eu lieu. Les heures d’apparition indiquées par les différents observateurs sont, pour la plupart, comprises entre 7 h. 57 m. et 7 h.58 m.,temps moyen de Bruxelles.Toutes les indications sont d’accord sur la direction du météore, ainsi que sur l’éclat et la forme de la traînée. Les différences d’appréciation quant à la durée de celle ci tiennent évidemment à l’état de l’atmosphère aux divers lieux d’observation. Là où la pureté du ciel était très grande, la traînée a été vue plus longtemps. Un seul observateur, à Scy, a enregistré une sourde déto-nation comme s’étant produite peu de minutes après la disparition du bolide. »
- Le lor janvier, vers 0 heures du soir, un autre météore a été vu à Bruxelles. Sa direction approximative était nord-est-sud-ouest. Il s’est séparé en deux parties avant de disparaître derrière les maisons. Un de nos correspondants de Lille,
- M. Crepy, nous a signalé également ce météore.
- Le dessin que nous reproduisons ci-dessus (fig. 1) donne les aspects successifs de la traînée lumineuse au point de départ du météore.
- Nous y joignons, à titre de curiosité, deux autres aspects remarquables de bolides observés à des époques antérieures et qui montrent quelles peuvent
- être les variétés de ces imposants phénomènes. Le 27 juillet 1874, M. Tacchini observa un bolide quadruple (fig. 2); antérieurement, en 1869, M. Sil-bermann vit un bolide à traînée serpentante qui fit explosion sous ses yeux dans les hautes régions de l’atmosphère (fig. 5). Notre savant confrère, M. Amé-
- dée Guillemin, a réuni un grand nombre d’observations analogues dans son beau livre le Ciel auquel nous renvoyons nos lecteurs.
- En raison de l’énorme distance où se produisent les mouvements des météores, leur marche pour l’observateur parait souvent assez lente : elle est d’une rapidité vertigineuse. Voici ce qu’a dit à ce sujet M. Norman Lockyer dans sa récente et savante étude sur leu spectres des météorites.
- « Malgré les difficultés que présentent les observations qui conduisent à la détermination de la vitesse des météores pénétrant dans notre atmosphère, on a fait beaucoup d’observations q ui permettent de conclure que la vitesse des météores lumineux, par seconde, est rarement inférieure à 10 milles (16,095 km) et qu’elle est supérieure à 40 ou 50 milles (64,572 km ou 80,465km) On sait que les vitesses des météorites varie nt sou vent beaucoup d’un essaim à l’autre. Le professeur H.-A. Newton, dont l’autorité est grande en pareille matière, estime à 50 milles (48,279 km) la vitesse moyenne, par seconde, des météores lumineux. »
- Fig. 1. —Le bolide du 51 décembre 1888, vu de l’observatoire de Bruxelles. — Aspects successifs de la traînée lumineuse au point de départ du météore.
- Fig. 2. — Bolide quadruple du 27 juillet 1871. (D’après un dessin de Taccliini.)
- Fig. 3. — Explosion d’un bolide à traînée serpentante observé le 11 novembre 18tîü. (D'après un dessin de Silberuiann.)
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- LES ORANGERIES1
- ESPAGNE, ITALIE, CALIFORNIE, ETC.
- On sait que les orangers sont originaires des Indes et de la Chine et que leur introduction en France ne
- date que du quatorzième siècle1. Le pays producteur par excellence est l’Espagne. Notre ami I). José Arevalo y Baca, directeur du Jardin botanique de Valence, a publié un très intéressant travail2 pour démontrer la nécessité de combattre la concurrence que font aujourd’hui l’Algérie, le Brésil etlesKlats-
- Fig. 1. — Orangerie à Godella près de Valence (Espagne).
- Fig. 2. — Une Orangerie à Riverside (Californie).
- Unis aux anciens producteurs de l’Espagne, du Portugal et de l’Italie. La figure 1 représente une orangerie de six ans situées à Godella, près de Valence, et irriguée avec les eaux des puits voisins, que l’on élève avec des machines à vapeur.
- 1 Suite et lin. — Voy. n° 816, du 19 janvier 1889, p. 116.
- C’est encore à Carcagente et à Alcira que sont
- 1 Ceux que l’histoire des orangers intéresse trouveront de très curieux renseignements dans un récent ouvrage du docteur Bonavia : On the cultivated oranges and lemons of India and Ceylon. Chez W. H. Allen et C°, Londres, 1887.
- 2 Estado actual de la produccion de la narania y me-
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- situées les plantations les plus importantes, arrosées par le fleuve Jucar. Là, le sol profond, composé de sable siliceux, est éminemment propre à la culture de l’oranger et nous fournit ces fruits à saveur douce, ayant une peau fine, mince et d’un jaune pale. L’orange de Murcie, que l’on confond souvent avec elle, est plus acide ; sa peau rugueuse est plus épaisse et d’un jaune plus foncé.
- Avec l’Espagne et le Portugal, l’Italie et surtout la Sicile sont des centres de production considérable. Là, on comprend sous le nom A'agrumi les oranges, citrons, mandarines, cédrats, bergamotes, etc. La culture en est répandue partout où l’on peut créer un système quelconque d’irrigation, car l’eau est, après le soleil, le principal facteur de cette culture productive où l’on utilise à la fois les feuilles, la fleur et le fruit. Nos vergers de pommiers en fleur au printemps sont ravissants, mais rien n’est enchanteur comme les bosquets d’orangers au mois de mars et d’avril : les voyageurs qui ont parcouru les plantations de Sorrente ou de la Sicile me comprendront. Là, comme en Algérie et en Tunisie, le sol est biné avec soin, et entre les arbres on dispose des digues en terre divisant le sol en autant de petits carrés creux qu’il y a d’arbres. L’exportation des fruits se lait par Messine, Catane et Palerme, surtout pour Trieste, Odessa et l’Allemagne du Nord. Anciennement, le blé était le produit principal du sol : aujourd’hui, c’est la vigne, le soufre et l’oranger.
- Le DrL. Savastano, professeur à l’École d’agriculture de Portici, a publié sur les orangers italiens une série d’études des plus intéressantes1. On consulte aussi celles du professeur F. Alfonso de Palerme.
- Après les côtes de la Méditerranée, le pays qui est appelé à produire le plus d’oranges est la Californie, dont le climat est des plus favorables à cette culture2.
- Et à cette occasion, qu’on me permette une réflexion qui me vient souvent à l’esprit quand j’étudie les progrès de l’Orient si populeux qui s’assimile aujourd’hui tous nos moyens de destruction, qu’il tournera un jour peut-être contre la vieille Europe. D’un autre côté, le monde américain, auquel nous envoyions tant de produits manufacturés, prétend nous fournir aujourd’hui, à plus bas prix que nous, non seulement les blés, les porcs salés, les animaux vivants, les fruits même et presque tous nos produits industriels; il admet nos émigrants, mais taxe impitoyablement nos marchandises. Ou je me trompe lort, ou il se prépare, dans les régions de l’ouest des États-Unis, des orages industriels qui fondront sur nos usines et que nous ferons bien de surveiller.
- Mais revenons à la Californie et aux oranges.
- dios de majorarlo, por J). José Arevalo y Baca, Ponente de la Comision tecnica. Yalencia, 1886.
- 1 Le Varietà degli agrumi del Napolelano, pel prof. Doit. L. Savastano, etc. IN’apoli, 1884.
- 2 Orange culture in California, by Tliom. A. Garey. San-Francisco, 1882. — Treatise and Hand-Book of orange culture in Florida, Louisiana and California, by Rev. T. M. Moore. New-York, 1886.
- Ce sont les missionnaires espagnols qui ont introduit l’oranger dans les Florides et sur les côtes du Pacifique, en même temps qu’ils y faisaient connaître le raisin de « la Mission ». Pendant longtemps, les Florides, peu peuplées d’abord, ont laissé l’oranger à l’état sauvage. Depuis douze à quinze ans, les choses ont bien changé et la culture des « pommes d’or » a pris une grande extension, grâce à un climat exceptionnel. Après les Florides, toute la partie méridionale de la Californie, c’est-à-dire depuis le trente-deuxième jusqu’au trente-septième degré de latitude, de San Diego à Monterey, où les étés sont chauds et secs et où se trouve le comté de Los Angeles, on a planté des vergers d’orangers partout. Riverside, centre de ces cultures, est un paradis terrestre : le climat, le sol, l’abondance des eaux, tout favorise la culture. La figure 2 représente une orangerie récente à Riverside.
- C’est à partir de 1870 qu’on y a importé les variétés d’oranges cultivées en Chine, en Italie, à Malte, au Brésil et en Australie. Quant au Japon, on y cultive surtout les mandariniers, et cela en buissons très bas, à cause des grands vents; dans ce but, on développe surtout les branches latérales et on supprime la tête des arbres.
- Je terminerai cette note par les renseignements que donne le rapport bisannuel du « State Board of horticulture » de l’État de Californie, pour 1885 et 1886, qui vient de paraître à Sacramento.
- Comme partout, sauf cependant dans les environs de Riverside, les oranges sont attaquées par une foule de parasites végétaux et animaux, dont les ravages tiennent tantôt à une mauvaise culture, tantôt à un mauvais sol, une taille défectueuse, etc. Le professeur Riley recommande surtout l’emploi des huiles lourdes en dissolution, pulvérisées et projetées avec force sur les orangers. Dans les plantations, entre chaque rang d’arbres, on fait passer une voiture contenant l’insecticide ; le conducteur, avec une pompe foulante, projette avec force le liquide que deux hommes, par une double conduite, dirigent au-dessus et au-dessous de l’arbre. On a recours aussi à un autre procédé qui consiste à couvrir l’oranger par une tente mobile, dans laquelle on insuffle des gaz insecticides, comme nous le faisons aujourd’hui dans nos serres avec du jus de tabac vaporisé.
- Quelques chiffres donneront une idée du développement de l’arboriculture sur le Pacifique. L’exportation de raisins secs de Californie s’est élevée de 1800000 livres, en 1881, à 14000000 delivres, en 1886. Le nombre des arbres à fruits s’élevait alors à 9000000. Les exportations d’oranges seules ont été de 25906850 livres et les envois d’abricots, poires et pêches se sont élevés de 200000 caisses, en 1884, à 450000 caisses, en 1886. Quant aux fruits de conserve, en boîtes, il en a été expédié 29 697250 livres.
- Si le climat se prête à une production énorme, n’oublions pas qu’il y a là 50000000 de consommateurs, sans compter ceux de l’océan Pacifique. Il y a donc un brillant avenir pour l’arboriculture aux
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- Etats-Unis; mais si la Californie est l’Italie de l’Amérique, n’oublions pas que la France est le jardin de l’Europe, et que dans cette grande lutte pour la production, la victoire devra rester au plus laborieux et au plus instruit. Ch. .Ioi.v.
- INDUSTRIE DES ALLUMETTES CHIMIQUES
- EN EUROPE
- Les pays d’Europe où l’industrie des allumettes est le plus développé sont la France, la Suède, l’Autriche et la Russie.
- En France, cette industrie est représentée par la Compagnie générale des alhnneltes chimiques, établie en octobre 1872 et qui a le monopole de la fabrication et de la vente des produits. Le Journal de la Chambre de commerce de Constantinople dit que, d’après les termes de la convention, renouvelée avec l’État pour vingt ans, à partir du 1er janvier 1885, la Compagnie doit payer au gouvernement une somme annuelle de 17 millions de francs, tant que la consommation ne dépasse pas 55 milliards d’allumettes ; au delà de cette quantité, elle doit payer une somme plus forte.
- L’importation en France des allumettes étrangères se réduit à deux espèces, lesquelles ne se rapportent pas ensemble k une grande consommation ; ce sont les allumettes de bois autrichiennes et les allumettes suédoises. Sur une quantité de 66 milliards d’allumettes consommées annuellement en France, il y a 55 milliards d’allumettes en bois et 11 milliards d’allumettes en cire (allumettes-bougies), lesquelles sont fabriquées dans neuf usines réparties sur le territoire et employant spécialement pour cet objet plus de 7000 ouvriers, hommes et femmes, auxquels il faut ajouter 12 000 autres occupés à la confection des boîtes et des paquets.
- La Compagnie emploie par an 2 500 000 kg de cartons et papiers de diverses qualités destinés à faire les boîtes et les paquets. Pour la fabrication des allumettes de bois, on emploie 45 000 m3 de bois, 1 500 000 kg de soufre en canons, et 300 000 kg de phosphore. La fabrication des allumettes de cire consomme par an 500 000 kg de coton tressé, 300 000 kg de stéarine et 60 000 kg de phosphore.
- Ceci ne se rapporte qu’aux allumettes consommées en France. La Compagnie en exporte des quantités considérables à la Plata, au Guatémala, au Pérou, au Japon, etc. Cette exportation représente une somme de 15 millions de francs par an, ce qui, ajouté au produit de la consommation locale, donne un bénéfice total de 80 millions de francs par an k la Compagnie générale des allumettes, sur lequel l’Etat prélève 36 millions.
- Il y a peu de pays où l’exportation des allumettes soit aussi grande qu’en Suède, les allumettes suédoises étant connues du monde entier. Ce pays, qui n’exportait que 1 200 000 kg d’allumettes en 1865,
- en exporte maintenant plus de 10 millions de kg représentant une valeur très considérable. La manufacture de Jonkoping donne, à elle seule, une production représentant 8 millions de francs, et la production des vingt-six autres fabriques monte k la même somme. La fabrique de Jonkoping emploie 1550 personnes, et l’ensemble de toutes les fabriques comprend un total de 5500 ouvriers.
- L’Autriche-Hongrie est le pays dans lequel l’industrie des allumettes est établie depuis le plus longtemps et pendant une certaine période il tenait la tête; mais k présent sa production va en diminuant. Ce pays possède quarante-trois grandes fabriques d’allumettes et soixante-dix-neuf petites; la valeur de la production est de 12 millions de francs.
- La Russie, avec ses 416 iabriques, a produit en 1875 pour 5 750 000 francs et a employé 8945 personnes.
- En Roumanie, où le monopole des allumettes a été établi en juillet 1886 et mis en vigueur au 1er octobre 1887, le gouvernement qui a prisa sa charge la fabrication et la vente des allumettes, a produit, dans la période comprise entre le 1er juillet 1886 et le 1er mars 1887, 19 millions de boites.
- En Grèce, où il existe un droit d’entrée, il a été importé pendant l’année dernière 14 759 550 boîtes évaluées à 155 000 francs; et en Turquie où l’industrie des allumettes est libre, mais où il n’existe pas de fabrique, l’importation a été de 10 628000 paquets, représentant une valeur de 1 700000 fr., et en 1885-86, 9 433 000 paquets valant 1 900 000 fr.1
- SINGULIER CAS D’EXPLOSION
- Une explosion, survenue à bord d’un bateau de pêche d’Yarmouth, peut être citée comme un exemple des accidents qu’il y a lieu d’attendre quand on laisse des appareils à vapeur entre les mains des gens ignorants. Ce bateau, d’après le Bulletin de la Société des ingénieurs civils, avait un cabestan à vapeur pour le relevage des filets. La chaudière de ce cabestan était en mauvais état ; mais, le bateau devant sortir pour un voyage de pêche, l’armateur, tout en défendant à l’équipage de se servir de ce cabestan à vapeur, crut prudent, pour l’empêcher de transgresser cette défense, de faire faire une grande ouverture dans la tôle de la chaudière, de manière à mettre ses hommes dans l’impossibilité de la chauffer. On devait supposer que toutes les précautions étaient prises. Mais une fois le bateau dehors, pour ménager leurs bras et avec une ingéniosité digne d’une meilleure cause, les hommes de l’équipage se mirent à boucher le trou avec une plaque de fer-blanc, de la toile à voile, du minium, etc., et ficelèrent le tout avec une chaîne, puis ils allumèrent la chaudière. On fit quatre relevages de filets avec le cabestan à vapeur, mais au cinquième, le manomètre marquant 2,5 kg par cm*, l’emplâtre sauta : deux hommes furent tués, trois autres furent plus ou moins grièvement blessés.
- 1 D’après le Journal of the Society of arts et le Bulletin de la Société d'encouragement.
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- LA NATURE.
- LA MÉCANIQUE DES CHINOIS
- U est curieux de constater combien les habitants du Céleste Empire, à côté des merveilles d’une civilisation si développée, sont arriérés, au point de vue des progrès de la philosophie naturelle et des sciences appliquées. Nous avons vu, dans un précédent article sur l’Observatoire de Pékin1, que les Chinois ne se servent pas encore de lunettes astronomiques, qu’ils en sont restés aux notions des prédécesseurs de Galilée, qu’ils ne croient pas au mouvement de la Terre autour du Soleil, et que leurs souverains consultent les phophéties des astrologues. Les Chinois sont essentiellement traditionnels et conservateurs.
- Un de nos correspondants de l’Extrême-Orient, qui désire conserver l’anonyme, et que nous avons déjà désigné ici même, sous le nom de M. X., de Pékin, nous adresse une très curieuse communication donnant une juste idée des procédés de la mécanique appliquée, usités en Chine. Ils seront intéressants à connaître, au moment où se construisent au Champ-de-Mars de Paris, la Tour Eiffel et la galerie des machines. Quel contraste dans les moyens d’action !
- Voici ce que nous écrit de Pékin M. X... :
- Je vous envoie quelques détails sur une manœuvre mécanique que j’ai eu la bonne chance de voir s’exécuter sous mes yeux à la mission catholique de Pékin. L’occasion est rare et l’opération ne manque point d’intérêt. L’application que les Chinois font actuellement de la mécanique nous fait connaître les moyens employés de temps immémorial par leurs ancêtres, lorsqu’il s’agissait, comme dans le cas présent, d’élever des masses considérables à une certaine hauteur : ces moyens sont industrieux et très simples quoique fort primitifs.
- Deux blocs de marbre sculptés portant un décret im-
- 1 Yoy. n° 808, du 24 novembre 1888, p. 406.
- périal devaient être dressés et mis en place : les ouvriers pékinois évaluaient, au jugé, le poids de chacune de ces pierres à 8000 livres chinoises; elles pesaient certainement un peu plus de 6000 kg chacune : leurs dimensions exactes pourront servir de données à une évaluation plus précise : Hauteur, 3,55 m; largeur, 1,50 m; épaisseur, 0,42 m.
- Tout devait s’exécuter sans le secours d’aucune de ces machines qui, en Europe, rendent une opération de ce genre
- prompte, sûre et facile. Ici, les heures ne comptent pas ; rien ne presse, on prendra tout le temps nécessaire. On suppléera à la facilité en augmentant le nombre des ouvriers ; la main-d’œuvre est à si bon marché. La paye d’un ouvrier pékinois ne s’élève pas, en moyenne, au-dessus de 1,5 fr par journée, et les bras ne manquent jamais. Pour ce qui regarde la sécurité, on emploie toutes les précautions nécessaires et même superflues : c’est, en effet, à grand renfort de pièces de bois et de cordages que l’opération sera menée à bonne fin par le seul emploi du levier, sous forme de balance romaine A, figurée ci-contre.
- Le dessin ci-joint (fig. 1 ), malgré les inexactitudes du pinceau chinois, indi-que clairement le mode d’emploi du levier et nous permettra d’expliquer le principe de la méthode. Une pierre étant à élever, on l’entoure d’un câble B. Ce câble s’élève et glisse sur une pièce du haut de l’échafaudage C; il descend ensuite et est enroulé plus bas en D par quelques hommes qui maintiennent ainsi la pierre à la hauteur de chaque ascension successive. Un levier de 7,70 m de long A est actionné par cinq ouvriers qui tirent sur chacune des cordes E, et agit sur un cordage H fixé au câble par un nœud coulant K. Lorsque la balance romaine est arrivée au plus bas de sa course T, on resserre l’enroulement du câble en D et quelques ouvriers postés dans les échafaudages desserrent le nœud coulant K du cordage, pour le glisser un peu plus bas en L, sur le câble qui est prêt à une nouvelle traction : une petite poulie facilite le relèvement du grand bras du levier qui mesure 60 cm de long.
- Dans le cas de la pierre que j’ai vu monter, il s’agissait d’un grand bloc de marbre dont j’ai parlé précédemment.
- Fig. 1. — Méthode employée en Chine pour élever les pierres dans les constructions. — D'après un dessin spécialement exécuté pour La Nature par un artiste de Pékin. (On a ajouté des lettres alphabétiques et des chiffres pour l’explication.)
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- Fig. 2. — Manœuvre exécutée à Pékin (Chine), pour élever les deux pierres du monument représentéjci-dessous (fig. 5.)
- La photographie représente le malencontreux levier qui ressemble à une vergue désemparée (n° 4). Il ne pouvait blesser personne: tout du long de cette perche était fixé un cordage qui, en cas de rupture, devait prévenir tout accident, et le travail des quatre autres leviers suffisant, la manœuvre n’a subi nulle interruption.
- L’échafaudage était construit avec des pins de Mandchourie, véritables perches de 10 à 15m de long ; les plus forts mesuraient à la hase 20 à 25 cm de diamètre. Une autre photographie (fig. 5), montre les deux pierres débarras -
- relever avec un peu moins d’ensemble qu’ils n’en avaient sées de leurs échafaudages et des cordages dont on les mis à faire la culbute, aux éclats de rire de la galerie. avait littéralement emmaillotées pour préserver les arêtes.
- Construction de la mission catholique. (D’après une photographie.)
- Cinq leviers semblables à celui de la figure 1 fonctionnaient à la fois et étaient actionnés par cinq équipes de cinq hommes.
- Le monolithe s’élevait ainsi à chaque opération de 15 à 17 cm. On a employé quatre heures pour le monter à 1,5 m, hauteur du piédestal.
- La photographie ci-dessus (fig. 2) a été prise à la fin de l’opération qui s’est fort heureusement terminée, sans accident sérieux; les cinq leviers sont numérotés 1, 2, o, 4, 5. Un des leviers s’est cassé; les cinq Pékinois qui tiraient sur les cordages de ce levier en ont été quittes pour se
- Fig. 3. — Monument de nvarhre portant en inscription un décret impérial chinois érigé devant le monument de la mission catholique de Pékin. (D'après une photographie.)
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- LA N AT MR K.
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- Quand on examine attentivement la figure 1 et l’ensemble de la charpente représentée figure 2, on se rend très bien compte de la manœuvre vraiment curieuse qui vient d’être décrite. La pierre emmaillotée est vue debout au milieu de la charpente (fig. 2). Chaque équipe manœuvre un levier semblable à celui que montre la figure 4 dans des proportions réduites. Les groupes d’ouvriers qui manœuvrent les leviers sont visibles sur la figure 2 pour les nos 1,2, 3 ; l’équipe 4 qui a été renversée par le bris du levier 4 est cachée derrière un mur du premier plan à gauche, mais on voit que les cinq cordes de manœuvre du levier 4 ne sont plus tendues.
- Ce procédé élémentaire de levage des pierres constitue probablement l’un de ceux que les hommes employaient dans l’antiquité. Il permettrait d’expliquer assez facilement l’érection de certains monuments dont le mode de construction est resté obscur.
- G. T.
- LE POIDS DE LA MASSE DU KILOGRAMME
- A DIFFÉRENTES ALTITUDES
- L’utilité de la distinction, chaque jour plus nécessaire, à établir entre le poids et la masse d’un corps, et sur laquelle nous avons récemment appelé encore une fois l’attention de nos lecteurs à propos des notations physiques, vient de recevoir une confirmation de nouvelles expériences dont les résultats ont été communiqués récemment à la Société de physique de Berlin.
- M. le D1 Thiessen a cherché a déterminer expérimentalement la variation de la pesanteur en fonction de l’altitude, à l’aide de la méthode de Jolly, modifiée en vue d’éliminer l’influence des irrégularités dues aux différences de température aux deux niveaux différents occupés par les masses dont on compare les poids. Les plateaux étaient fixés aux deux bras du fléau d’une balance, l’un très près de ce fléau, l’autre à une certaine distance au-dessous, et les masses comparées étaient interchangées successivement dans les deux plateaux, ce qui éliminait à la fois l’influence de la température et l’inexactitude de la balance, ainsi que la correction due à la poussée de l’air. La distance entre les deux plateaux était de 11,5 m et la masse de comparaison 1 kilogramme-masse. Le résultat de 24 déterminations a été que la masse du kilogramme pesait 2,8 mg de plus sur le plateau inférieur que sur le plateau supérieur.
- Après un certain nombre de corrections, dont l’une était rendue nécessaire par le fait que le poids mis dans le plateau inférieur était à 4 m au-dessous de la surface générale moyenne de la terre, M. le Dr Thiessen a trouvé que le poids de la masse du kg diminue de 0,28 mg par m d’élévation. Ce résultat confirme l’observation faite parM. Fterster en 1886 au Bureau international des poids et mesures, disant qu’il suffisait que le centre de gravité d’un kg se trouvât plus élevé de 4 cm pour qu’on voie son poids diminuer de trois millièmes de mg.
- Le chiffre expérimental trouvé par M. le Dr Thiessen montre que la masse du kg pesant 1000 g au niveau de la mer n’en pèse plus que 998,64 au sommet du mont Blanc dont l’altitude est de 4800 m. Quel meilleur argument invoquer en faveur de la substitution des masses aux poids, sinon dans le langage courant, tout au moins dans le langage scientifique? E. H.
- LES TRAMWAYS ET LES CHEMINS DE FER
- EX E U R O U E
- M. de Lindheim a publié à Vienne une statistique très complète des tramways et des chemins de fer en Europe.
- On consultera avec intérêt quelques-uns des nombres qu’il cite. Dans l’année 1886-1887, on comptait en Allemagne 38564 km de chemins de fer avec 295 758 906 voyageurs, 843 km de tramways et 245 657 505 voyageurs. L’Angleterre avait 51 105 km de chemins de fer, 725 584570 voyageurs, 1419 km de tramways, 416 518 423 voyageurs. La France possède 35 545 km de chemins de foret 718 km de tramways; le nombre des voyageurs n’est pas indiqué. L’Autriche-Hongrie avait 25590 km de chemins de fer, 66408 000 voyageurs, 228 km de tramways, 83 860 529 voyageurs. La Suisse a 2797 km de chemins de fer, 24 786 925 voyageurs, 26 km de tramways,
- 6 677 874 voyageurs. Le nombre de personnes transpor-
- tées et la recette par km ont été : en 1887, pour l’Allemagne 291407 personnes, 44 706 ir. ; pour l’Angleterre, en 1887, 293571 personnes, 49 577 fr. ;
- pour la France, en 1886, 539 226 personnes, 50 884 fr. ; pour l’Autriche-Hongrie, en 1887, 308272 personnes, 63 920 fr. ; pour la Suisse, en 1886, de 253 264 personnes, 24 250 fr. On compte en Allemagne 5345 voitures de tramways, 3494 en Angleterre, 2780 en France, 1271 en Autriche, 88 en Suisse. L’Angleterre est le pays d’Europe où l’on trouve le plus de chevaux et de locomotives (25 501 chevaux, 484 locomotives). La France compte 9055 chevaux de tramways. M. de Lend-heim a également étudié la traction électrique; elle est, d’après lui, le mode de traction le plus avantageux. Si l’on désigne par 1 les dépenses nécessaires pour la traction électrique, les dépenses sont représentées par 1,47 pour la traction par chevaux. J. L.
- PONTS MOBILISABLES
- A ÉLÉMENTS PORTATIFS DU COMMANDANT HENRY
- L’établissement ou la construction d’un pont destiné à porter de lourdes charges est toujours une opération fort longue et qui peut souvent présenter de très sérieuses difficultés.
- C’est surtout en temps de guerre où la rapidité d’exécution est la condition essentielle, qu’on s’aperçoit de l’insuffisance du matériel dont on dispose généralement.
- On en a eu de nombreux exemples pendant la guerre de 1870. Une compagnie du génie prussien, bien approvisionnée de bois et munie de tout l’outillage nécessaire, mit dix-huit jours et dix-sept nuits pour construire, près de Juvisy, un pont de 469 m de long, dont les travées n’avaient que
- 7 m 50; il reposait sur 20 piles de pilotis. A Villeneuve-Saint-Georges , un autre pont de 153 m exigea dix-neuf jours et dix-neuf nuits. On pourrait multiplier les exemples : en moyenne, les Prussiens mirent plus de trois cents heures à construire un pont fixe de 100 m en grande rivière, et plusieurs mois à réparer les viaducs de chemin de fer.
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- Après la guerre, la question fut très sérieusement étudiée en France par le corps du génie et par les ingénieurs civils. Comprenant qu’on ne devait recourir que dans des cas exceptionnels aux travaux improvisés sur place avec les ressources locales, on reconnut la nécessité d’avoir a l’avance un matériel métallique mobile. Un grand nombre d’études intéressantes ont été entreprises à ce sujet.
- Plusieurs propositions furent faites, et la Commission supérieure des chemins de fer adopta en 1879 le matériel proposé par le capitaine Marcille et construit par le Creusot, permettant de faire rapidement des ponts de chemin de fer, de 10 à 45 mètres de portée. Dans ce système, chaque travée est composée par l’assemblage de grands tronçons appartenant aux types ordinaires des ponts de chemins de fer à une seule voie, réunis par des plaques en tôle boulonnée. Lorsque les culées sont préparées, on peut monter avec ce matériel une travée de 30 m en trois jours et demi, tandis qu’autrement il faudrait dix à douze
- jours. Il y a donc déjà une amélioration considérable, mais le matériel est lourd et encombrant, le montage difficile demande un personnel exercé.
- C’est dans le but de remédier à ces divers inconvénients que le commandant du génie Henry s’est proposé de créer un nouveau système de charpentes mobilisables en acier, permettant un transport et un montage facile, tout en présentant le degré de solidité nécessaire.
- Nous ne pouvons donner ici la description technique et complète de ce système, mais nous voulons au moins en indiquer le principe. 11 est caractérisé par l’adoption exclusive, pour un genre déterminé d’ouvrage, d’un type de ferme élémentaire composé d’une ou de plusieurs mailles rigides en acier, indéformables et dont la reproduction systématique constitue les parties essentielles et résistantes de l’ouvrage.
- La combinaison de ces éléments portatifs et interchangeables, d’un petit nombre de modèles,
- Travée courte de6à37T(TypesN°letK?2)
- Grande travée de 37450?(Type N?3
- Appareils à mailles triangulaires indivisibles,
- Nf2-TypeB. H°3-TypeC. Eléments isoscHes Ml bouti. bout
- —vJ' -f '"? T——7- » réunis par des tirants.
- AA JL- A
- jE.pLoftmu Sc
- Pont mobilisable à éléments*portatifs du commandant Henry.
- très résistants, confectionnés d’avance de façon à pouvoir être rassemblés facilement à l’aide de boulons, permet d’aborder la construction d’un pont ou viaduc, sans exiger l’étude d’un projet préalable ni l’emploi d’ouvriers spéciaux.
- Nous avons représenté ci-dessus, les types de mailles triangulaires par l’association desquelles on obtient, au moyen de pièces droites formant tirants, des fermes et poutres simples ou tubulaires.
- On voit par ces dessins que le système pouvant se développer régulièrement maille par maille en hauteur, longueur ou largeur permet au constructeur d’improviser sûrement de grandes fermes, des poutres à simple ou double paroi de toute hauteur et de toute portée, très rigides, pour un emploi quelconque. Le petit volume de chaque pièce constitutive permet un transport rapide et facile jusqu’au chantier où elles sont immédiatement utilisées.
- Ce système n’est pas un simple projet. La compagnie de Fives-Lille en a construit un type qui, de l’avis de la Commission supérieure des chemins de
- fer, essayé concurremment avec d’autres, a donné les meilleurs résultats aux divers points de vue de la facilité de transport, de la rapidité de montage, de la mise en place et de la rigidité des assemblages.
- L’industrie privée s’est empressée de profiter des avantages multiples que présente ce mode de construction.
- Tout dernièrement, la compagnie Fives-Lille a expédié à une sucrerie de la Guadeloupe un viaduc de 60 mètres de long destiné à un chemin de fer Decauville ayant des locomotives de 12 à 16 tonnes. Ce viaduc exécuté par les procédés ordinaires aurait coûté 40 000 francs et demandé six mois de travail, tandis qu'avec la construction à mailles triangulaires démontables, il a été fait en douze jours et coûte 24000 francs.
- C’est là un exemple récent qui prouve mieux que tous les raisonnements que le système du commandant Henry est appelé à rendre en tout temps les plus grands services. G. Mareschal.
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- LA NATURE.
- LES HÉLICOPTÈRES-JOUETS
- ET LE (( PLUS LOURD QUE l’aIR ))
- L’hélicoptère est contemporain des ballons, car le premier appareil de ce genre qui ait fonctionne', est celui de Launoy et Bienvenu, présenté à l’Académie des sciences en 1784. La force motrice était empruntée à un ressort en acier bandé, comme dans l’hélicoptère de Georges Cayley, imaginé en 1796 et décrit dans le Journal de Mcholson pour 1809 i.
- Dans ces appareils, le ressort était constitué par du bois, de la baleine ou de l’acier. Alphonse Penaud augmenta la puissance spécifique de l’hélicoptère en utilisant un ressort de caoutchouc2, et l’on vendait, il y a quelques années, un modèle d’hélicoptère-jouet construit par M. Dandrieux basé sur le même principe3. Dans tous ces appareils, il y a deux parties essentielles distinctes: le ré- | servoir de force motrice constitué par le ressort d’acier ou de caoutchouc, et le système propulseur proprement dit formé par les ailettes.
- Dans la série plus récente d’hé-licoptères dont nous mettons quelques spécimens sous les yeux de nos lecteurs, on a cherché à supprimer l’emploi de deux éléments essentiels en réunissant les deux fonctions en une seule, les ailettes constituant à la fois le propulseur et le réservoir d’énergie, en mettant à profit les propriétés mécaniques bien connues de la puissance vive. On sait que la puissance vive d’un corps animé d’une vitesse v est égale au produit
- Si M est exprimé en grammes-masse et v en cm par seconde, la puissance vive est alors exprimée en ergs. On obtient l’expression de cette puissance vive en kilogrammètres en divisant le nombre trouvé par 98 100 000 parce que
- Yoy. La Navigation aérienne. L’aviation et la direction des aérostats, par Gaston Tissandier. 1 vol. de la Bibliothèque des merveilles, Hachette et Cie, éditeurs. Ges appareils y sont figurés.
- * Yoy. n» 99, du 24 avril 1875, p. 527.
- 3 Yoy. n° 595, du 25 octobre 1884, p. 328.
- 1 kilogrammètre = 98 100 000 ergs.
- En appliquant cette formule à un hélicoptère parfait théorique, dans lequel toute la masse qui le compose serait reportée à la périphérie, on peut déterminer facilement quelle serait l’énergie emmagasinée dans l’appareil sous forme de puissance vive au moment où il quitte le système de lancement.
- En supposant une vitesse périphérique de 25 m par seconde1 et un hélicoptère pesant 1 kg, la puissance vive serait de
- 25ÔÔ2=31,25.108 ergs ou
- 51,25 kilogrammètres.
- En pratique, il ne faut pas compter plus de 25 à 28 kilogrammètres par kg, à cause de la nécessité dans laquelle on se trouve de répartir la masse de l’appareil à des distances variables de l’axe de
- rotation, et de diminuer ainsi la puissance vive des masses les plus rapprochées du centre.
- Les hélicoptères représentés figure 1, 2 et 5 ont des propriétés très différentes à ce point de vue. Le moins parfait est celui à 4 branches représenté figure 1, dans lequel les ailettes sont constituées par des joncs repliés sur lesquels sont collées des feuilles de papier mince, mais résistant. On voit que dans cette disposition, la plus grande partie de la masse, constituée par la tige servant au lancement et à la fixation des ailettes, se trouve rapprochée de l’axe et constitue un poids mort relativement assez important, puisqu’il ne peut acquérir qu’une puissance vive insignifiante, aussi l’appareil une fois lancé n’atteint-il pas de grandes hauteurs.
- Toutes choses égales d’ailleurs, on améliorerait sensiblement son fonctionnement — bien que cela paraisse paradoxal à première vue — en le chargeant avec de petites masses de plomb fixées aux extrémités des ailettes, là oùlavitesse estla plus grande. Le mode de lancement se comprend à la simple inspection de la figure. Cet hélicoptère est muni d’un axe terminé par un bouchon, et il est destiné à être
- 1 Cette vitesse périphérique sera difficilement dépassée en pratique, car pour un appareil de 15 cm de diamètre, elle correspond déjà à une vitesse angulaire de plus de 3000 tours par minute.
- Fig. 1. — Hélicoptère, à quatre ailes de papier (spiralifëre).
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- lancé au plafond où il tourne quelques moments sur son axe. L’hélicoptère représenté figure 2 a une forme plus rationnelle et présente un mode de construction plus simple, car il est formé d’une seule lame de fer-blanc convenablement découpée et tordue, à laquelle on imprime un mouvement rapide de rotation à l’aide d’une disposition ingénieuse basée sur les propriétés de la vis et de l’écrou.
- Deux fils de fer tordus ensemble forment une sorte de vis à long pas qui traverse un écrou que l’expérimentateur tient de la main droite.
- En tirant de bas en haut cette vis à long filet avec la main gauche et en empêchant l’écrou de tourner,on imprime à la vis un mouvement de rotation rapide qui se communique à l’hélicoptère emmanché à son extrémité, et maintenu en place sous l’action de ressort exercée par les deux fils tordus qui tendent à s’écarter à leur partie supérieure.
- A la fin de la course, — c’est l'instant que représente la figure 2 — la rondelle fait rapprocher les deux branches du fil tordu, et dégage l’appareil qui s’élance alors dans l’espace et atteint une hauteur qui dépend, dans une large mesure, de l'habileté de l’opérateur à manœuvrer le système.
- La disposition représentée fig. o constitue le dernier mot de la simplicité et de la vulgarisation en matière d’hélicoptère, car son prix ne dépasse pas 10 centimes et sa construction est à
- la portée du premier amateur venu. Les ailettes ont une forme rationnelle, car, très peu larges au mi-
- 1 ieu, toute 1 eur masse est répartie vers les bords, ce qui, pour une masse donnée, augmente le moment d’inertie et, par suite, la puissance vive du système. Aussi n’est-il pas rare de voir des appareils de ce genre atteindre des hauteurs de 12 à 15 m avant de retomber sur le sol.
- Malgré toutes ces dispositions ingénieuses, les hélicoptères à ressort ou à puissance vive sont et resteront des jouets absolument impuissants, incapables de faire avancer d’un pas la question du plus lourd que l'air ou, plus exactement, du plus dense que l’air. En effet, la vitesse de rotation d’un hélicoptère ne peut qu’aller en diminuant depuis le départ jusqu’au moment où celle-ci, trop faible pour le soutenir dans l’espace, le laisse retomber lourdement. L’hélicoptère à hélice, à ressort ou à puis-sance vive se lance dans l’espace, il ne s’y soutient pas; nous ignorons encore quelle force motrice il faut dépenser avec des ailettes tournantes bien proportionnées, pour maintenir un poids donné suspendu dans l’espace, par une simple action mécanique identique à celle qui maintient l’oiseau dans le vol. L'exemple de l'oiseau nous apprend que cette puissance est faible, et que l’espoir de réaliser un jour le vol du plus dense que l’air n’est pas un espoir
- Fig. 2. — Hélicoptère à deux ailes métalliques.
- Fig. 3. — Autre hélicoptère à deux ailes métalliques.
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- LA NAT U RK.
- chimérique, mais là s’arrête jusqu'à ce jour notre science. L’hélicoptère pourrait peut-être nous servir à en apprendre davantage en mettant à profit les ressources inépuisables que nous offre l’électricité pour la construction d’un moteur léger actionnant à vitesse constante un de ces appareils, la source électrique étant, bien entendu, à terre, et le moteur lui étant relié par un fil souple reposant à terre dont le poids graduellement croissant avec la hauteur suffirait à limiter tout naturellement les trop grandes envolées. C’est seulement après une longue série d’expériences dans cet ordre d’idées qu’on pourra se prononcer avec quelque connaissance de cause sur la valeur pratique du plus lourd que l'air.
- A..., ingénieur.
- CHRONIQUE
- Horloges remarquables. — Parmi les horloges, qu’on peut citer comme remarquables, soit au point de vue artistique, soit au point de vue scientifique, outre l’horloge de Bourges, dont il a été traité dans La Nature du 26 janvier (p. 145) on peut encore parler des horloges de Berne, de Keins et de Lyon. L’horloge de Berne date au moins de deux ou trois siècles. Quand elle sonne, le spectateur assiste à un défilé d’ours (une douzaine pour le coup de midi), dont le nombre varie suivant les heures. Ces ours ont des poses qui ont servi de modèles aux sculpteurs de Berne, dans les petits objets en bois qui se vendent aux étrangers. Les ours figurant dans les armes de la Aille, il ne faut pas s’étonner que le constructeur, qui était Bernois, ait choisi ces animaux, se doutant que son horloge resterait assez longtemps entière pour être admirée par plusieurs générations de ses compatriotes. La sonnerie se compose d’un personnage vêtu d’une armure de chevalier, et qui, au moyen d’un marteau, frappe un timbre de dimensions relativement considérables, qui est placé dans le beffroi de l’horloge. A Keins, les ours sont remplacés par les douze apôtres. A Lyon, les heures sont annoncées par le chant du coq, mais l’horloge n’est pas en très bon état et ne marche que très rarement; elle se trouve dans la cathédrale Saint-Jean. Il nous paraît intéressant de parler aussi de l’horloge construite dernièrement à Lyon par M. Charnet, horloger de la ville. La sonnerie se compose de deux figures représentant deux personnages du Guignol lyonnais qui frappent en cadence sur un timbre en forme de cloche; un panneau qui s’ouvre en même temps laisse voir un soldat qui se montre aux regards du public, et qui disparaît lorsque l’heure a fini de sonner. L. A. de M.
- L’industrie des pommes sèches aux États-
- Unis. — L’industrie des pommes sèches a pris une extension considérable aux Etats-Unis, particulièrement à Rochester, ville de l’état de New-York. Voici, d’après le Journal de l'Académie nationale, quelques détails sur les procédés de fabrication. Les pommes sont livrées au commerce coupées en tranches entières, pelées et en quartier, selon les demandes. Des machines spéciales sont employées pour peler les fruits et les couper en tranches en enlevant les pépins. Des évaporateurs dessèchent le produit ainsi obtenu. Ces appareils sont formés de caisses rectangulaires de 10 à 12 m de hauteur et de 1,50 à 2 m de large. A l’intérieur, une cloison verticale forme
- deux compartiments dans lesquels circulent des claies superposées, chargées de tranches de fruits. A la partie inférieure, un foyer détermine un courant d’air chaud : les claies montent par l’un des compartiments et descendent par l’autre. On règle le tirage par les variations de l’intensité du feu, suivant le degré de dessiccation qu’on veut obtenir. A la sortie des claies, on peut emballer les tranches de pommes et les expédier aux plus grandes distances, sans qu’elles s’altèrent. Les fruits, quoique sous une forme très réduite, conservent la plus grande partie de leur valeur goût. A la partie supérieure du séchoir, une cheminée d’appel, détermine un courant qui entraîne l’air chargé de vapeur d.’eau.
- Le premier emploi du charbon de terre à Londres. — Le Hardware Trade journal rappelle des faits assez intéressants relatifs à l’introduction du charbon de terre à Londres et signale l’opposition curieuse qui fut faite à son emploi. Au commencement du quatorzième siècle, les brasseurs et les forgerons de la Cité trouvant que le prix élevé du bois compromettait leurs bénéfices, prirent la résolution de faire quelques expériences avec du charbon, mais ce ne fut qu’un cri poussé contre eux par les personnes habitant près des brasseries et des forges : une pétition fut adressée au roi et une loi fut établie interdisant la combustion du charbon dans la Cité. Ceux qui avaient essayé ce combustible, le trouvant bien supérieur au bois, continuèrent à l’employer, mais le gouvernement était si décidé à supprimer ce qu’il considérait comme un abus intolérable qu’une loi passa, punissant de la peine capitale ceux qui brûlaient du charbon dans Londres : on a la certitude qu’un individu au moins fut exécuté par application de cette loi. Les dames étaient tout particulièrement opposées à l’emploi domestique du charbon de terre, le trouvant incompatible avec leur cornplexion délicate, au point qu’elles n’acceptaient pas d’invitation dans les maisons où ce nouveau combustible était toléré, et ne voulaient toucher à aucun mets cuit par la combustion de ce charbon maudit. Que les temps sont changés !
- L’exposition de la galvanoplastie et son inventeur. ik— Afin de célébrer dignement le cinquantième anniversaire de l’invention de la galvanoplastie, l’Académie impériale des sciences de Pétersbourg a décidé qu’une grande exposition de galvanoplastie aurait lieu dans cette ville au milieu du mois de février. La date de la publication de cette admirable découverte est le 24 décembre 1838, jour où elle fut décrite dans la Gazette allemande de Saint-Pétersbourg. Quelques jours auparavant, M. Fuss directeur de l’Académie impériale des sciences, avait présenté la reproduction d’une planche gravée à S. M. l’empereur Nicolas.
- Maurice Hermann Jacobi, à qui est dû, comme on le sait cette invention merveilleuse, source de l’industrie immense des dépôts adhérents introduite quelque temps après par MM. Ruolz et Elkington, était originaire de Potsdam où il est né en 1801. 11 est mort à Pétersbourg dans la nuit du 25 au 26 février 1874. Il était frère de Charles Gustave Jacobi un des plus grands mathématiciens de ce siècle, mort en 1851 à l’âge de quarante-sept ans après avoir laissé un nombre prodigieux de mémoires fondamentaux sur toutes les parties de l’analyse.
- L’inventeur de la galvanoplastie avait été appelé en Russie par l’empereur Nicolas dans le courant de l’année 1835, pour faire des expériences de navigation électrique sur la Neva. 11 se servit de piles Daniell de grandes dimen-
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- LA NATURE.
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- sions. Dans le cours de ses expériences, il remarqua que des dépôts galvaniques s’étaient formés sur les cylindres de cuivre. Il commença par supposer que l’ouvrier qui avait préparé ses piles l’avait trompé, et il lui reprocha vivement sa négligence. C’est seulement après avoir reconnu l’origine électrique de ces objets singuliers qu’il s’attacha à les reproduire à volonté. Etabli à Pétersbourg, sans esprit de retour et devenu sujet russe, Jacobi avait adopté sans arrière-pensée toutes les passions de sa nouvelle patrie. Lors de la guerre de Crimée, il la servit avec dévouement et c’est à son génie que la Russie doit la dis. position des torpilles sous-marine, qui ont joué un rôle si important dans les opérations militaires dont la Baltique a été le théâtre. Depuis la signature de la paix Jacobi, vint plusieurs fois à Paris comme délégué de la commission du mètre. 11 était partisan passionné de l’adoption de notre système de poids et mesures, qu’d recommanda à ses nouveaux compatriotes. Il développa cette pensée avec beaucoup d’éloquence, dans un ouvrage qu’il écrivit en langue française, et qui fut publié aux frais de l’Académie impériale de Russie.
- Les aventures d’une montre. — La Revue des bijoutiers a recueilli dans un vieux journal anglais le fait suivant : « En décembre 1787, quelques personnes qui pêchaient dans la Tamise, près de Black1 wal, prirent un loup marin. Au peu de résistance qu’il fit au moment de sa capture, ils s’aperçurent que le monstre était malade ou à demi-mort. On le tire sur le rivage, on l’achève, on le dépèce, et l’on trouve dans son estomac une montre d’argent avec sa chaîne, une bague grenat et plusieurs bouts de galon d’or. Ces objets firent présumer qu’ils avaient appartenu à un officier, qui, tombé à la mer, avait été dévoré par l’animal, supposi-ion qui fut bientôt confirmée. La montre portait l'inscription suivante : (( Henry Waston, London, n° 1369. )> On s’enquiert près de l’horloger ; il consulte ses livres de commerce et trouve que, deux ans auparavant, il avait vendu cette montre à un M. Thompson, habitant le East-End. Ce M. Thompson reconnut la montre dont il avait fait présent à son lils pour son premier voyage sur mer. Ces prémisses établies, on acquit bientôt la certitude que le jeune officier avait disparu une nuit, à neuf milles environ de Falmouth. On pensait généralement qu’il avait déserté pendant qu’il était de quart, tandis qu’il était sans doute tombé à la mer et avait été dévoré par le squale. Ce dernier avait bien digéré l’homme, mais n’avait pu digérer le métal. »
- Exploitation du mercure en Russie. — Le
- mercure a été découvert en Russie en 1879, près deNiki-towka. En 1885, une compagnie se forma pour exploiter le minerai découvert et les travaux commencèrent en 1886. Pendant la première année d’exploitation, 1887, la mine a produit 5911 pouds de mercure, ce qui fait 65458 kg, le poud valant 16 752 kg. On a calculé que la quantité totale de minerai s’élève à 12 000000 pouds, contenant 1,2 pour 100 de mercure.
- La saccharine en Autriche. —Il parait que les avis sont bien partagés en France et en Autriche. Le conseil supérieur de santé de l’empire austro-hongrois a déclaré que l’emploi de la saccharine dans la fabrication des produits alimentaires, n’est pas nuisible ; que la saccharine n’est pas toxique, et que c’est même une substance précieuse pourvu qu’elle soit bien préparée.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du lundi 28 janvier 1889.
- Présidence de M. Des Cloizeaüx.
- Chiens pliocènes. — De la part d’un paléontologiste M. Marcel Boule, M. Albert Gaudry présente une étude sur les canidés fossiles de l’Auvergne. Il décrit une série de crânes et d’ossements d’âge pliocène très voisins de ceux des chiens, des chacals, des renards et des loups actuels, et qui établissent par leurs caractères, une sorte de transition entre les animaux qui vivent de nos jours et ceux qu’on avait déjà recueillis fossiles dans le terrain tertiaire moyen. Au point de vue transformiste, il y a lieu maintenant de rechercher les formes ancestrales communes à ces divers types déjà si anciens.
- En même temps, le savant professeur duMuséum dépose, au nom de M. Kuhn, une étude sur l’âge géologique des sables de Trévoux (Ain). A la suite des observations de plusieurs auteurs et surtout de M. de Lafon, on regardait ces sables comme pliocènes, mais il manquait encore à l’appui de cette assimilation des déterminations paléon-tologiques précises. Or, les fouilles récentes auxquelles a donné lieu le percement du tunnel de Collonges a fourni des ossements de mammifères qui ont été soumis à M. Deperret. La conclusion est que les sables de Trévoux sont sensiblement synchroniques des sables de Montpellier si bien étudiés par Christol, Marcel de Serres et Paul Gervais.
- La mission du cap Horn. — Le cinquième volume des études auxquelles a donné lieu la mission du cap Horn est déposé sur le bureau par M. Alphonse Milne-Edwards. Il traite de la botanique et débute par l’examen des phanérogames. M. Franchet, qui s’en est chargé, a déterminé 400 espèces végétales, nombre assez restreint comme on voit, mais qui s’explique par la très basse température du pays, par l’existence de nombreux bras de mer qui s’opposent à un développement notable de la terre végétale. Parmi ces plantes, quelques-unes sont nouvelles pour la science. Les cryptogames comprennent plus de 700 espèces; les algues marines sont particulièrement bien développées, quelques-unes, telles que les macrocystis, atteignent des dimensions énormes. Les champignons, les lichens, les mousses et les diatomées ont fourni un abondant contingent. Ces dernières, examinées par M. Paul Petit, se signalent par la présence de formes semblables, les unes à celles des mers arctiques, les autres à celles de nos eaux douces européennes.
- Solubilité des sels. — En poursuivant d’importantes études que nous avons déjà signalées plusieurs fois, M. Etard constate que les courbes admises jusqu’ici pour représenter la solubilité des sels dans l’eau doivent être représentées par des lignes. Elles se continuent jusqu’au cas où le dissolvant manquant et la température s’élevant on passe de la dissolution à la fusion qui n’en est, par conséquent, qu’un cas particulier. L’auteur a poussé ses essais jusqu’au-dessus de 200 degrés et dans des conditions souvent dangereuses; M. A. Cornu qui présente son travail rend hommage à son dévouement.
- Nature de la gadoline. — Il s’agit d’une de ces terres prodigieusement rares où l’analyse spectrale pressent l’existence de nombreux métaux nouveaux et que M. de Marignac considère comme étant l’oxyde d’un seul métal, tandis que M. Crookes n’y veut voir qu’un mélange d’yttria et de samarine. Chargé d’étudier la question, M. Le-coq de Boisbaudran annonce que les échantillons ne lui ont donné que des traces d’yttria, un peu de didyme, de
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- LA NATURE.
- terJbine et de samarine, la plus grande partie consistant en une matière qu’il considère comme tout à fait nouvelle et qui est peut-être complexe.
- Le bleu de Prusse. — D’après M. Guignet, dont le nom est si connu de toutes les personnes qui s’occupent des couleurs, on peut rendre le bleu de Prusse soluble dans l’eau en le soumettant dans des conditions convenables à l’action de l’acide molybdique. L’auteur signale en même temps une modification isomérique de bleu de Prusse qui est directement soluble dans l'eau et propre à des applications industrielles spéciales.
- Bacilles de la tuberculose. — Quand on cherche les bacilles de la tuberculose dans les plaies des tuberculeux on ne les trouve pas : le même résultat négatif se présente à l’égard des éruptions cutanées et on en a conclu une grande sécurité à l’égard de la vaccine que l’on considère comme incapable de transmettre la maladie. Or, des observations de M. Peuch, analysée par M. Chauveau, semblent être de nature à diminuer un peu cette confiance. Elles tendent, en effet, à prouver que les plaies de séton des tuberculeux peuvent contenir le bacille; non pas à un moment quelconque, mais du huitième au quatorzième jour de l’opération. C’est une assertion qu’il sera bon de vérifier.
- Varia. — Les combinaisons de l’aniline avec les acides chromique et perchromique occupent MM. Girard et Lhôte. —
- M. Violette reprend l’étude du dosage de l’azote organique pour la méthode de Kjeldahl. — La marche des animaux quadrupèdes occupe M. Pagès. — M. Berthelot étudie l’action réciproque de l’acide chromique et de l’eau oxygénée. — D’après M. de Lesseps on emploie pour l’approfondissement du canal de Suez une drague qui permet d’enlever des rochers d’une profondeur de 12 à 13 m, ce qui n’avait jamais été fait. — La virulence des cultures de bacilles cholériques dans la pâte pancréalinée fournit le sujet d’une nouvelle communication à M. Ro-senthal qui réclame la priorité pour l’influence antiseptique du salol sur ces cultures. — M. Edouard Robert conteste les assertions de M. Remy-Saint-Loup au sujet des aplysies ou lièvres de mer et affirme que ces mollusques ne perdent jamais leur hermaphrodisme caractéristique. Stanislas Meunier.
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- L’ÉLEVAGE DES OIES AUX ÉTATS-UNIS
- L’élevage des oies aux États-Unis prend une extension considérable et se fait parfois dans des con-
- ditions vraiment curieuses, comme l’indique M. Loz, dans la Revue des sciences naturelles appliquées, d’après un journal américain le New-York Witness.
- L’entretien de la literie exige aux États-Unis une consommation annuelle de 1350000 kg ou 135 wagons de plumes. Une oie fournissant en moyenne 450 g de duvet, on doit donc dépouiller chaque année pour obtenir cette masse, un nombre de volatiles plus que double du nombre de kg qu’elle représente, ou 3 millions environ. Les États qui se consacrent surtout à l’élevage des oies sont l’Illinois, la partie méridionale du Missouri, le Kentucky, l’Arkansas et le Tennessee. Il faut en effet un climat assez froid, pour que la plume soit line et duveteuse, sans que la rigueur de la température rende l’exploitation onéreuse, car si l’hiver est rude, les oies ne pouvant trouver d’aliments sur le sol ou dans les eaux couverts de glace, doivent être nourries en
- basse-cour et chacune d’elles absorbe alors autant de grain qu’un mouton. Les régions chaudes ne se prêtent pas mieux à un élevage lucratif des oies, car l’eau fait alors défaut. Les Américains trouvent, il est vrai, remède à cernai, si nous en croyons l’anecdote suivante rapportée par un journal géorgien, V Atlanta Constitution. Un habitant d’Atlanta, voyageant dans l’Alabama, rencontra un matin entre Uortersgay et Millersville, un individu conduisant une douzaine d’oies vers un champ de cotonniers. Chaque oie portait au cou une gourde pleine d’eau.Étonné de voir les palmipèdes en si singulier équipage, le voyageur en demanda la raison à leur gardien : « Ces gourdes contiennent la provision d’eau des oies, répondit celui-ci. Elles passent la journée à manger les mauvaises herbes des champs de cotonniers, où elles ne trouveraient pas à boire, et quand une des volailles a soif elle se désaltère à la gourde d’une de ses compagnes. »
- Bientôt après, en effet, le narrateur de cette historiette voyait une oie se rafraîchir en introduisant le bec dans la gourde de sa voisine, prête du reste à lui demander le même service.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- a»
- Oies américaines munies (le gourdes d’eau pour boire.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- N4 81 U.
- 9 FEVRIER 1889.
- LA NATUiKE.
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- LE MAROC
- ET LES EXPLORATIONS RÉCENTES
- « Malgré sa proximité de l’Europe, le Maroc est, sans contredit, la région de l’Afrique septentrionale
- sur laquelle nous possédons le ^r^r'ttî) d#prfîseigne-ments exacts. Son littoral n’a guère ete étudié qu’au point de vue hydrographique et nos reconnaissances se sont arrêtées là même où s’arrête le Rot. Nos cartes de l'intérieur ne sont encore, comme l’a fait remarquer M. Vivien de Saint-Martin, que des ap-
- Fig. 1. — Les ruines de Volubilis au Maroc. (D’après une photographie de M. de la Martinière.)
- proximations et des ébauches.
- Dressées sur des renseignements indigènes ou d’après un petit nombre è’itiné-raires parfois aussi difficiles à relier dans l’ensemble qu’à concilier dans les détails, elles n’offrent qu’un canevas destiné à attendre longtemps encore, selon toute apparence, les indications précises qui peuvent seules le remplir utilement. »
- Bien qu’elles datent déjà de douze ans, elles sont toujours vraies, ces phrases qui commencent une très érudite étude de feu M. Tissot, sur le Maroc1.
- 1 Itinéraire de Tanger à It’bat. Bulletin de la Société de Géographie, VIe série, tome XII, 1876.
- 17* innée. — 1er semestre.
- Si le Maroc est assurément beaucoup mieux connu que l’Afrique Australe, cela tient à certaines causes qu’il est bon d’énumérer. Ce sont et sa situation même, et le fanatisme de ses habitants et le pouvoir très contestable du sultan sur plus de la moitié du territoire qu’on range libéralement sous sa domination.
- Confiné dans l’angle occidental de l’Afrique, en face de l’Espagne dont ne le sépare que le détroit de Gibraltar, le Maroc est fictivement distrait de l’Algérie par une ligne sinueuse qui a été adoptée lors de l’absurde traité du 18 mars 1845, limite qui n’a pas été fixée scientifiquement, dont le tracé n’est pas déterminé par des accidents du sol et
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- Fig. 2. — Carte du Maroc.
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- LA N AT U» K.
- qui finit même par se perdre, au sud, dans les sables du Sahara.
- Ce n’est pas là une frontière, et l’on -comprend, du reste, que eette délimitation fantastique doive prêter à plus d’une interprétation arbitraire.
- Sur la mer, les côtes sont presque partout inabordables, et, si l’on rencontre les vestiges antiques de ports relativement vastes et bien aménagés sur la côte occidentale, nous savons que depuis l'époque lointaine des Phéniciens et des Romains, la disposition du rivage a radicalement changé; et, d’ailleurs, les petits navires et les galères des marines anciennes n’exigeaient qu’un très faible tirant d’eau.
- Sur la Méditerranée, fermées par les montagnes du Riff qui enferment une population belliqueuse et pillarde, les côtes inhospitalières ne présentent qu’une grande baie, encore est-elle médiocre, celle de Tanger, au fond de laquelle s’élève l’antique Tingis. Quant au rivage qui borde l’Atlantique, il est muré par de hautes falaises d’Azila à Larache ; plat et sablonneux, frangé de dunes fixées par des lentisques, il n’offre jusqu'à Mogador aucun abri sérieux, car les ports de Larache et de Rabat ne sont en réalité que des embouchures de rivières, tandis que Casablanca, Mazaghan et Mogador ne sont que des rades foraines, des mouillages en pleine côte.
- Tout au moins dans sa partie septentrionale, le Maroc est un pays, fort montagneux. C’est du cap Gbir, près de l'embouchure du Sous, que part la grande chaîne de l’Atlas, qui court du sud-ouest au nord-est pour se terminer en Tunisie, au golfe de Rizerte. La partie la plus épaisse de cette longue chaîne est au Maroc. Ce noeud, qui s’appelle Djebel Aiachin, envoie dans toutes les directions quantité de chaînons et de contreforts secondaires. Certaines cimes neigeuses du Djebel Aiachin atteignent 3500 m, mais les pics les plus hauts, qui sont situés dans le voisinage de la ville de Maroc, s’élèvent jusqu’à 4100 m.
- Avec ces cours d’eau, il faut encore citer la Molouia qui tombe dans la Méditerranée, le Loukkos à l’embouchure duquel s’élevait la ville de Lixus en face de Larache, le Sbou qui finit à Mehedia et qui est le plus grand fleuve de cette partie de l’Afrique, l’Üum-er-Rebia qui se jette dans l’Atlantique près de Mazaghan, l’O. Tensif, l’O. Sous, l’O. Noun, enfin le Gir, dont on connaît le cours supérieur grâce aux reconnaissances des troupes françaises, dont on sait la direction vers le Touat, mais on ignore s’il se perd dans les sables du désert ou s’il va rejoindre le Niger.
- Avec ses côtes difficiles d’accès, avec le Sahara qui le borne au sud et qui n’offre pas à la civilisation une voie commode, le Maroc n’aurait pu être pénétré par les idées modernes que du côté de l’Algérie. S’il n’est pas entré dans ce courant, il faut l’attribuer au fanatisme persistant et acharné de la population. Que des voyageurs comme M. de Foucauld ou M. Douls aient pu parcourir, sous des déguisements, de grandes parties du Maroc, cela se com-
- prend ; mais l’obligation où se trouvaient ces explora-teursde n’employer aucun instrument d’observations, de ne prendre que des notes rapides et concises, tout cela ôte à leurs travaux beaucoup d’intérêt. La présence d’un Franc dans les rues de certaines villes est un événement qu’on a vu quelquefois tourner au tragique et l’on ne permet à aucun de pénétrer dans une mosquée, de s’avancer à une certaine distance d’une zaouia. Ajoutez à cette intolérance fanatique la croyance commune à bien des pays d’Orient (pie tout archéologue qui institue des fouilles, est à la recherche de trésors; imaginez que pour ces barbares tout instrument de cuivre ou de nickel est en or ou en argent et les tente par conséquent, et vous vous rendrez compte des dillîcultés presque insurmontables qui attendent, au Maroc, le voyageur européen qui ne veut quitter ni son costume, ni sa nationalité. Ce n’est pas à dire, cependant, que certains ne l'aient fait et ne le fassent encore. C’est ainsi que MM. Drummond Hay, Beaumier, Tissot, pour ne citer que les plus connus, ont pu parcourir de grandes étendues de pays, mais c’est à leur caractère officiel qu’ils ont du de pouvoir le faire. Les officiers qui sont attachés à la mission militaire près du sultan, ne sont protégés que s’ils restent dan#un rayon très restreint et, aussitôt qu’ils s’éloignent, ils s’exposent à être assassinés comme le fut il y a quelques années le capitaine Schmidt.
- Nous avons enfin énuméré parmi les obstacles à la diffusion de nos idées civilisatrices au Maroc le peu de réalité qu’a le pouvoir du sultan sur ses peuples. On peut dire hardiment que plus de la moitié du territoire échappe à son influence. Les oasis du Sahara, tels que le Touat, le Tidikelt et le Gourara, si elles reconnaissent la suprématie religieuse du chérif, n’entendent en aucune façon reconnaître son autorité et s’y soumettre. Les Berbères du Riff, dans leurs montagnes difficiles, conservent uq^ indépendance presque absolue et l’on sait que lorsqu’il s’agit de faire rentrer l’impôt, le sultan est lui-même obligé de se mettre à la tête d’une véritable armée et de remplir ainsi les fonctions et le rôle de ses collecteurs.
- Ces mœurs singulières, ce fanatisme persistant, ont rencontré ces dernières années des peintres habiles dont la largeur de touche, le fini d’exécution et le brio se trouvaient à la hauteur des merveilleux tableaux qu’ils avaient à reproduire. Qui n’a lu les étincelantes descriptions de de Amicis ou le récit enthousiaste de Gabriel Charmes ? Qui n’admirera bientôt les prestigieuses peintures de Guy de Maupassant qui doit accompagner M. Patenôtre à Fez?
- Mais tout cela, c’est le Maroc connu, officiel, presque poncif; que M. Thomson visite le sud-ouest du Maroc et une partie de la chaîne de l’Atlas ; que M. Soler nous raconte ses aventures et ses souffrance^ dans le Sous, voilà qui est fait pour nous fournir un aperçu nouveau, des idées imprévues sur l’organisation de certaines tribus, sur la vie de famille, sur les ressources du pays et son avenir !
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- LA N AT LUE:
- Uue des archéologues comme Beaumier et Tissot viennent relever sur la carte de Bohlfs des erreurs monstrueuses, qu’ils cherchent à compléter la carte de la Maurétanie Tingitane, en s’inspirant du saVant mémoire de Vivien de Saint-Martin, voilà des études précieuses sur le passé de la contrée et qui peuvent nous révéler bien des faits touchant l’antique fécondité du sol, la densité de sa population, la constitution mème*des côtes. C’est de ces considérations que s’est inspiré un jeune archéologue, M. Henri de la Mar-tinière, qui n’a pas craint de quitter une famille qui le chérit, une situation que les plus difficiles ambitionneraient, pour aller s’exposer aux injures, à la misère, aux coups même, pour continuer la tâche si bien inaugurée par Ch. Tissot.
- M. de La Martinière en est à sa quatrième campagne au Maroc ; mais ce n’est que Lan dernier qu’il a sollicité du ministère de l’instruction publique une mission gratuite. Les résultats ont passé les espérances de l’explorateur, comme ils ont émerveillé l’Académie des inscriptions. On ne connaissait qu’une douzaine d’inscriptions romaines en Tingitane, M. de la Martinière a envoyé en France l’an dernier onze estampages et il en rapporte autant. Ajoutez à cela les photographies si curieuses qu’il a faites, les plans qu’il a levés à Ad Mercuri, d’un temple, d’un amphithéâtre, d’une fontaine ; à Volubilis, de la basilique et des principaux édifices, de restes de monuments qui existent en différents endroits et dans lesquels il reconnaît le mode de construction romaine aux briques estampées, ou aux blocages de grand appareil, les ruines portugaises ou espagnoles, les débris phéniciens ou de cette époque vandale sur laquelle on a si peu de renseignements historiques sérieux et détaillés.
- L’empire qui croule, ainsi que l’a nommé M. de Campou, ne doit d’être encore debout qu’à la jalousie des {pind« puissances : l’Espagne, jalouse, ne veut pas nous y laisser mettre le pied ; l’Angleterre le considère comme un marché qu’elle ne veut pas se voir fermer; l’Allemagne et l’Italie essayent de s’y introduire ; la France attend. Le recueillement, que d’aucuns ont qualifié de désintéressement malavisé, convenait encore, il y a une dizaine d’années, à notre situation politique si délicate ; il ne faut pas cependant qu’il devienne de la faiblesse, que nous laissions enlever toutes les affaires que nous pourrions traiter aussi bien^ sinon mieux, que nos concurrents. Gabriel Marcel.
- LE CYCLONE DE BROOKLYN
- I)TJ 9 JANVIER 1889
- Nous avons souvent signalé 1 les ravages terribles exercés par les cyclones : celui qui s’est abattu sur la ville de Brooklyn dans la soirée du 9 janvier ne le cède en rien aux précédents tant par sa violence que
- par l’accident particulier, peut-être unique jusqu’à ce jour, qu’il a produit.
- Ce cyclone a traversé la cité de Brooklyn vers sept heures du soir, enlevant une grande construction en briques servant de caserne de marine (fig. 1), ainsi qu’un nombre incalculable de toits, de portes, de vitres et de glaces servant de devantures à des magasins. Deux hommes ont été mortellement blessés, une femme a été tailladée par les éclats de vitres qui traversaient l’espace, un certain nombre de voitures ont été renversées, l’une d’elles a même été mise sens dessus dessous ; les fils du télégraphe et du téléphone ont été coupés, et toute la partie sud de Brooklyn a été plongée près d’une heure dans l’obscurité par la rupture des conducteurs servant à l’éclairage et l’explosion de deux gazomètres alimentant le district.
- Ces deux gazomètres renfermaient environ 21 000 m3 de gaz : leur explosion a produit une commotion ressentie à 1200 mètres de distance, et un bruit perçu bien plus loin encore. L’installation de gaz appartenant à la Citizen s Gas Company se composait de 5 gazomètres d’une capacité totale de 28 000 m5 et des anciens bâtiments servant à la fabrication, car la compagnie ne fabriquait plus elle-même son gaz, mais le recevait tout fabriqué de la Fulton Municipal Company, ce qui a permis de n’avoir qu’une interruption dans l’éclairage.
- Lorsque les gazomètres étaient pleins, les vannes qui commandent les conduites d’arrivée se fermaient automatiquement. En règle générale, il ne passe plus de gaz à partir de cinq heures du soir : le 9 janvier, deux des gazomètres étaient pleins et le troisième aux trois quarts rempli. Un peu après sept heures et demie du soir, les habitants du voisinage furent surpris par un énorme fracas et un éclair qui illumina le ciel à plusieurs milles à la ronde. Huit minutes après, et avant qu’ils aient eu le temps de se remettre de leur émotion, une seconde explosion identique à la première se produisit. Dans l’intervalle, les pompiers étaient déjà arrivés sur le lieu du sinistre et travaillaient à l’usine à gaz, à une distance heureusement assez grande pour ne pas recevoir les colonnes, les fermes et les barres de fer lancées dans l’espace par la seconde explosion.
- Tout a été détruit, excepté le troisième gazomètre (fig. 2). Le premier gazomètre ayant fait explosion, renfermait 14 000 m3 de gaz; il avait 22 m de diamètre et presque autant de hauteur;les 10 colonnes en fonle qui lui servaient de guidages, de 0,75 m de diamètre, ont été brisées en pièces et lancées dans la rue comme des aiguilles.
- Les causes de l’explosion des gazomètres ne sont pas nettement définies. M. Marshall Lewis, agent d’assurances, est d’avis, d’après son enquête personnelle, que l’accident est dû au cyclone tordant le premier gazomètre et le déchirant : le gaz s’échappant par la déchirure est venu s’enflammer à un bec brûlant à sept ou huit mètres de là : c’est ce qui a provoqué l’explosion. Depuis vingt-deux ans de service dans les assurances, c’est la première fois que
- 1 Voy. Tables îles matières îles aimées précédentes.
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- KH
- LA NATURE,
- cet agent entend parler de la destruction d’un gazomètre par explosion ou par incendie. Ces appareils sont classe's parmi les bons risques, a cause des précautions toutes spéciales qui les entourent.
- Bien que l’explosion ait brisé les vitres de tous les magasins, églises et maisons à près d’un mille de distance (1609 mètres) il n’y a pas eu le plus petit accident de ce genre dans les bureaux de la Compagnie
- Fig. 1. — Toiture d’une caserne de Brooklyn (Etats-Unis) enlevée par le cyclone du 9 janvier 1889. (D’après une photographie de M. F. La Manna.)
- Fig. 2. — L’explosion des gazomètres de Brooklyn sous l’action du cyclone du 9 janvier. (D’après une photographie de M. F. La Manna.)
- qui n’étaient pas distants de plus de 100 yards (91 mètres) du lieu de l’explosion. Les renseignements publiés par les différents journaux de New-York, assez contradictoires dans les détails, sont cependant d’accord sur l’importance des dégâts cau-
- sés par le cyclone et la singularité de l’explosion des deux gazomètres. Félicitons-nous du fait que la situation géographique de la France ne nous expose que rarement à de semblables catastrophes.
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- LA NATURE
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- LES CANALISATIONS ÉLECTRIQUES A LONDRES ET A PARIS
- Fig. 1 à 5. — Différents systèmes de canalisations électriques aériennes et souterraines à Londres.
- Au moment où plusieurs compagnies vont bientôt commencer à Pa -ris des installations d’éclairage électrique, il n’est peut-être pas inutile de présenter quelques considérations sur les canalisations électriques, et de passer en revue ce qui a été fait ’usqu’ici à ce sujet.
- Nous parlerons d’abord des canalisations dans la ville de Londres.
- Toutes les canalisations étaient jusqu’à ce jour aériennes. Sur le toit des maisons sont fixés des poteaux en fer (fig. 1), avec des isolateurs en porcelaine sur lesquels viennent passer des fils dans toutes les directions. Il n’est pas rare de voir sur un même support des câbles destinés à la lumière et des câbles destinés aux services télégraphique et télépho-
- nique. Les câbles destinés aux courants alternatifs de haute tension (2400 volts) sont également placés de la même manière. Nous citerons principalement les câbles de la station de Grosvenor Gallery (système Ferranti) qui sillonnent Londres en plusieurs sens et s’étendent dans un cercle qui a un rayon de 4 km. La station d'Oxford Street par transformateurs Mordey (2400 volts) a également ses câbles placés sur les toits. Les propriétaires se sont volontiers prêtés aux circonstances et ont accordé les permissions nécessaires, le plus souvent sans accepter de redevances, quelquefois pour des sommes infimes. En effet, ils étaient jusqu’ici les seuls maîtres d’accorder ou de refuser
- Fig. 6. — Coupe d’un égout de l’avenue de l’Opéra, à Paris, montrant les canalisations électriques.
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- L A N A TU II K.
- Ifi6
- ces permissions. Les administrations n’intervenaient en rien, si ce- n’est dans le cas d’accidents graves.
- Les fds aériens, malgré les nombreux inconvénients qu’ils offrent, étaient tolérés. Mais en présence des nombreux circuits que diverses compagnies se disposaient à installer pour la distribution de l’e'nergie électrique, le Board of Trade a résolu de refuser toutes les demandes de licences présentées pour l’éclairage électrique. Ces demandes de licences devront être transformées en demandes d’ordres provisoires. Il n’est pas douteux qu’à ce moment on examinera attentivement les inconvénients des circuits aériens, et que les circuits souterrains seuls seront tolérés, comme on nous l’a dit, à Londres même.
- Les circuits aériens, en effet, présentent de graves inconvénients et de sérieux dangers. S’il survient quelque tempête un peu violente, des tombées de neige considérables, et le cas n’est pas rare à Londres, ce sont immédiatement des quantités de fils brisés et rompus, des poteaux renversés. Aux dégâts matériels s’ajoutent encore les dangers que présentent des fils à une haute différence de potentiel. S’ils viennent à tomber sur une personne, cette dernière est foudroyée. A ce propos, on nous a raconté que ces accidents arrivaient fréquemment en Amérique, où des fils de lumière tombaient sur des fils télégraphiques. Les agents de ce service recevaient des secousses terribles, et souvent même tombaient foudroyés. A la longue, les Américains eux-mêmes se sont émus de cet état de choses, et les canalisations seront dorénavant souterraines.
- L’aspect des villes, du reste, ne pourra que gagnera ces mesures. Il est, en effet, peu agréable au point de vue décoratif d’apercevoir une série de fils entremêlés dans tous les sens, se croisant, se ramifiant, etc., souvent avec des supports extrêmement variés, et cela sur un même toit, à une petite distance. Entre tous les modèles, nous citerons la disposition représentée par la figure 2.
- Pour éviter les effets d’induction, les fils sont parfois croisés en divers sens (fig. 3), de sorte que l’on n’aperçoit plus qu’un réseau inextricable de fils. Pourtant la Compagnie des téléphones a installé de petites tourelles sur les toits, où tous les fils sont bien distincts et bien séparés. Us arrivent cependant encore à s’entremêler forcément à une certaine distance.
- Pour toutes ces raisons plausibles, nous croyons que dans un avenir plus ou moins éloigné les fils aériens disparaîtront. Nous en trouvons du reste déjà un exemple dans les canalisations qui ont été établies par la compagnie de South-Kensington ’à Londres. Cette station centrale fait la distribution par accumulateurs placés à l’usine. Les conducteurs sont en cuivre nu, placés sur des isolateurs en porcelaine dans des caniveaux en brique fermés. Ces caniveaux (fig. 4 et 5) sont établis sous le trottoir; il suffit de lever la dalle pour voir les circuits. Il semble tout d’abord que cette disposition ne soit pas avantageuse, en raison des pertes qui peuvent se
- produire. M. Cromplon est très satisfait cependant du fonctionnement de ce système, et n’a jamais eu d’accident de ce côté. La canalisation est visitée de temps en temps, et les caniveaux sont nettoyés.
- Il nous faut également signaler, comme canalisation souterraine, quelques câbles de la station de Grosvenor Gallery qui sont placés dans des tubes de fonte, et sous terre.
- Comme on le voit, Londres nous offre des exemples de canalisation aérienne et de canalisation souterraine. Nous ne pouvons malheureusement pas en dire autant de Paris; les applications y sont en effet fort restreintes. La station de la cité Bergère a des câbles aériens, la station du faubourg Saint-Martin emploie aussi des câbles aériens. Mais les nouvelles Compagnies qui viennent d’obtenir des concessions ne pourront établir que des canalisations souterraines. Les égouts ont été éventuellement réservés pour les câbles du service municipal. Ce n’est peut-être pas un avantage, si l’on considère que les câbles, bien que posés sous abris protecteurs (moulures ou autres), peuvent être à la merci du personnel ouvrier qui circule en égout, exposés à l’humidité et à plusieurs autres causes d’avaries. II faut, du reste, remarquer que les égouts sont fort encombrés par les câbles téléphoniques, télégraphiques, par les tuyaux de distribution d’air comprimé. Nous représentons dans la figure 6 la coupe d’un égout dans l’avenue de l’Opéra. En A se trouve une conduite d’eau de 1 m de diamètre, en B et C deux conduites d’eau de 10 cm, en B la conduite pour les distributions d’air comprimé, de 20 cm, en E plusieurs gros faisceaux de fils télégraphiques et téléphoniques, en F est le tuyau de passage de l’air comprimé pour la remise à l’heure des horloges pneumatiques; il faudrait encore ajouter les tuyaux qui servent pour la poste pneumatique dans Paris. On remarquera surtout le grand nombre de conducteurs déjà établis. Dans de telles conditions de pose, surtout pour des courants alternatifs, il est absolument indispensable de prendre des précautions pour éviter les phénomènes d’induction. Il semble que le moyen le plus avantageux dans ce but doive consister dans l’adoption des câbles concentriques. Or ces câbles, employés déjà dans plusieurs distributions, présentent de grands inconvénients tant pour les prises des dérivations que pour la sécurité du service, et malgré les essais, leur emploi n’est pas encore passé complètement dans la pratique. Il est donc fort probable que les égouts resteront inutilisés. Les diverses compagnies d’éclairage électrique s’ingénieront à trouver des modèles différents de caniveaux pour y placer leurs câbles le plus avantageusement possible. Nous ne manquerons pas de revenir à l’occasion sur les principales dispositions employées qui nous fixeront enfin sur l’établissement pratique des canalisations, question qui est certainement la plus. importante dans les distributions.
- J. Laffargue.
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- LE MUSÉE DE LA SUSIANE
- AU PALAIS DU LOUVRE A PARIS COLLECTIONS DE M. ET Mme DIEULAFOY
- Les nouvelles galeries du Louvre consacrées aux découvertes qui ont été faites dans la Susiane par M. et MraP Dieulafoy, sont aujourd’hui ouvertes au public. Ces galeries offrent un intérêt exceptionnel. Quand on les visite, on est frappé d’admiration à la vue des fragments de murailles couvertes de magnifiques émaux, figurant des personnages avec leurs somptueux costumes de l’époque; dans la salle du fond un colossal chapiteau bicéphale attire l’attention; de toutes parts des objets remarquables frappent le regard et éveillent la curiosité.
- M. et Mrae Dieulafoy ont exécuté trois voyages successifs dans la Susiane1, et non seulement les fouilles qui ont été exécutées sous leur direction ont permis de recueillir des fragments précieux au point de vue archéologique, mais elles ont fourni des éléments nouveaux qui permettent de reconstituer l’une des époques les plus curieuses de l’histoire.
- On peut dire que les voyageurs ont retiré de leurs cendres, où ils étaient enfouis depuis plus de vingt siècles, les palais d’Àrtaxerxès et de Darius. Il ne nous appartient pas de donner ici tous les résultats des travaux des explorateurs; nous nous bornerons à placer sous les yeux de nos lecteurs quelques-unes des curiosités du nouveau musée-: nous espérons les engager ainsi à le mieux connaître en le visitant en détail et en lisant l’attachant récit que Mme Dieulafoy vient de publier sur ses recherches2.
- Les collections sont divisées en deux groupes. Dans une première salle sont exposés les archers de la garde royale, les lions, les rampes d’escalier, superbes émaux détachés des palais des Grands Rois, un certain nombre de carreaux appartenant au revêtement horizontal du parapet d’un grand escalier, et des poteries funéraires du premier et du deuxième siècle de notre ère. La seconde salle comprend le chapiteau bicéphale, les pierres gravées et les documents épigraphiques.
- Nous ne parlerons ni des archers, ni des lions. Ces bas-reliefs polychromes, merveilleuses reliques de l’époque achéménide, se prêtent mal à une description. Il faut voir ces fiers guerriers, ces fauves superbes, pour appprécier le Génie décoratif de la Perse barbare. Nous nous attacherons de préférence
- 1 Nous rappellerons ici que ces voyages ont été accomplis comme missions du Ministère de l’instruction publique et du Ministère des travaux publics, auquel M. Dieulafoy est attaché au titre d’ingénieur en chef des ponts et chaussées. Voici les dates des expéditions : Première campagne. Exploration de la Médie et de la Perse antiques, de la lîabylone et de la Susiane (1881-1882). — Deuxième campagne. Fouilles de Suse (1884-1885). — Troisième campagne. Fouilles de Suse (1885-1886).
- 2 A Suse. Journal des fouilles, 1884-1886, par Mïhe Jane Dieulafoy. 1 vol. in-4° contenant 121 gravures sur bois et 1 carte. — Paris. Hachette et O, 1888.
- aux monuments qui perdront moins à être dessinés que les grandes théories de soldats ou d’animaux.
- Notre figure 1 représente une belle base de colonne, taillée par un maître habile : on doit l’attribuer aux parties conservées du palais de Darius.
- A droite de la gravure on voit une de ces merveilleuses briques émaillées dont M. et Mme Dieulafoy ont rapporté de si nombreux vestiges et qui constituent, sous forme de murs couverts de bas-reliefs, les plus beaux morceaux de la collection. Le bleu turquoise domine généralement dans ces émaux. Les faïenciers persans sont encore aujourd’hui restés fidèles aux traditions de leurs aïeux. En avant de ces deux objets est représentée une pièce de faïence, élégamment façonnée: c’est un petit autel du feu, en terre à émail bleu de l’époque parthe ou sassa-nide. Il n’a guère que 0,40 m de hauteur et servait alors aux pratiques de la dévotion domestique.
- Outre les découvertes monumentales, les fouilles ont donné un grand nombre d’objets en ivoire, en bronze, en albâtre ou en terre. Il convient de citer spécialement une remarquable collection de cachets chaldéens élamites et perses, en pierre dure, qui remplissent deux vitrines du nouveau musée. Ce sont, pour la plupart, des cylindres de pierre dure, à la surface desquels se trouvent des gravures en creux d'une grande finesse. Nous représentons, dans la figure 2, l’empreinte en relief de deux de ces surfaces cylindriques développées. Le dessin supérieur reproduit la gravure d’un cylindre chaldéen archaïque en diorite; cette gravure représente une scène d’offrande avec inscription archaïque. Le dessin inférieur est le développement d’un cylindre susien en lapis-lazuli, représentant des régimes de dattes. L’art avec lequel ce motif a été composé, est absolument exquis et pourrait inspirer nos joailliers contemporains.
- Notre grande gravure (fig. 3) reproduit l’une des pièces capitales du musée de la Susiane. Cette pièce est formée par les fragments réunis d’un chapiteau bicéphale de dimensions colossales, provenant du palais d’Àrtaxerxès. Ce chapiteau achéménide est très complet, et certaines parties sont en si bon état de conservation qu’elles paraissent avoir été taillées d’hier. On considère à juste titre ces taureaux comme des morceaux de sculpture ornementale d’une beauté exceptionnelle. Aucun musée d’Europe ne possède absolument rien d’analogue comme échantillon de l’art persépolitain.
- Les galeries de la Susiane seront prochainement complétées par une restitution complète du palais de Darius, actuellement en voie d’exécution. On comprendra l’importance de cet incomparable monument par la description suivante que nous empruntons à une conférence de M. Dieulafoy :
- « Les constructions royales s’élevaient sur une plateforme à peu près rectangulaire haute de 17 à 18 m et en franche saillie sur le tuinulus élamite. Elles étaient entourées de hautes fortifications sur les deux faces est et ouest. La crête des défenses nord était arasée au niveau
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- de la plaie-forme du palais; grâce à cette disposition, le I entière des monts Bakhlyaris, la plaine et la ville de souverain embrassait, du seuil de sa demeure, la chaîne | Suse. La face sud de la plate-forme de l’Apadàna formait
- Fig. 1. — Collections de M. et M"0 Dieulafoy au Musée du Louvre. — Base de colonne de l’époque achéménide. — Carrelage émaillé d'une main courante de la même époque. — Petit autel du feu en faïence émaillée de l’époque parthe.
- un des côtés de la place d’armes comprise entre la citadelle èt le tumulus dit élamite. La grande entrée de la place d’armes était située dans l’axe de la salle du trône, à l’est et au pied des murs de la citadelle.
- « Sans m’occuper des constructions latérales, toutes antérieures à Darius, je franchis cette porte et je me dirige vers le palais d’Artaxerxès.
- Devant le visiteur se dressait un escalier géant. 11 occupait le centre de la face sud de la plateforme achéménide et s’appuyait à ses extrémités latérales sur deux tours rattachées aux fortifications. Comme l’escalier du Ta-khtè-Djemchid, il se composait de quatre volées groupées en deux systèmes de rampes. Les mains courantes crénelées étaient tapissées de ces merveilleuses faïences exposées dans la première salle du Louvre.
- « On gravissait les rampes assez douces (leur pente est de 0,25 m par mètre) pour être montées à cheval et on
- atteignait la cour extérieure limitée à l’est et à l’ouest par les remparts. Des portiques hyposty-les décorés d’animaux fantastiques occupaient le milieu des ailes; faisant face à l’escalier, s’ouvrait une large baie comprise entre deux massifs semblables aux pylônes du portique Viçadayou de Per-sépolis. Les pylônes susiens étaient revêtus d’une mosaïque blanche et rose et surmontés de cette magnifique procession de lions dont on peut apprécier toute la splendeur. Bien avant de franchir le seuil de la deuxième cour, on apercevait la salle du trône*? éventrée comme le sont encore les talars des palais persans.
- « L’Apadàna était isolé de toutes les constructions en-
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- Couronnement des colonnes du grand ordre intérieur (Apadâna d’Artaxerxès Mnémon) au musée de la Susiane
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- vironnantes : au sud, par la cour intérieure; au nord, à l’est et à l’ouest, par un fossé large de 22 m au fond duquel circulaient, sur une chaussée établie en rampe douce, les chars royaux qui, de la plaine, montaient au palais.
- « A l’est, en regardant la salle du trône, existait un nouveau portique. 11 commandait l’entrée d’un escalier secondaire et la route tracée sur les remparts à l’usage du roi, quand le monarque se rendait du harem, situé sur le tumulus élamite, à ses appartements officiels. Les dispositions du plan exigeraient qu’il y eut, sur la gauche, un troisième escalier. Je l’ai cherché en vain; sa destruction est complète. On retrouve néanmoins à l’ouest de l’Apadàna les traces des substructions d’un portique symétrique du portique de l’est.
- « Les trois colonnades du palais et leurs ordres bicéphales échappaient aux regards des visiteurs, à moins qu’ils ne les aperçussent à travers les larges baies placées à leurs extrémités. D’ailleurs on avait tout le temps d’admirer l’élégance et la majesté des portiques avant de pénétrer dans l’enceinte royale ; la salle du trône dominait de toute sa hauteur les fortifications du nord et s’offrait sur ce piédestal grandiose à la pieuse admiration des peuples d’Elam. Comme au temps de Darius, les parois des portiques hypostyles devaient être ornées de théories de guerriers et de ces interminables inscriptions destinées à raconter la gloire royale aux générations futures. Je ne pourrais affirmer ce fait, n’ayant pas été assez heureux pour en trouver la preuve dans les fouilles du palais le plus récent, mais les architectes d’Artaxerxès, j’en ai la conviction, n’avaient pas l’audace de s’écarter des traditions consacrées par les œuvres de leurs prédécesseurs.
- « L’isolement des colonnades, leur exposition exceptionnelle, leur ornementation brillante, semblent indiquer que le roi s’était réservé l’usage exclusif de cette partie de ses palais. De toutes les prérogatives attachées à la souveraine puissance, c’était peut-être une des plus enviables, car on ne saurait rêver d’un spectacle comparable à celui qui se déroulait devant les yeux du souverain, quand il contemplait du haut de son trône la Su-siane écrasée à ses pieds.
- « Telle était, dans ses grandes lignes, la demeure officielle d’un khchâyathiya que venaient encore embellir des pièces d’eau, des jardins fleuris et des œuvres d’art. Tel était le tabernacle royal, le centre d’attraction des pensées et des regards de l’Asie tout entière. »
- Ainsi, grâce aux fécondes explorations de M. et Mme Dieulafoy, nous revoyons ces incomparables palais des Achéménides, qui retentirent du bruit des armées d’un Artaxerxès et d’un Darius, qui brillèrent de l’incomparable éclat du luxe le plus fastueux, mais qui, après la splendeur, eurent à entendre aussi les tristes échos d’un désastre de Salamine.
- Parcourez ces nouvelles galeries du musée de la Susiane, et vous y serez enveloppé de ces émouvants souvenirs d’époques lointaines, où se retrouvent, éternelles dans leur action, les implacables lois de l’histoire. Vous saurez gré au voyageur qui a remué la poussière des siècles pour les faire revivre, et vous rendrez hommage à l’énergie de sa courageuse compagne et de son intelligente collaboratrice.
- Gaston Tissandier.
- SOLIDIFICATION DES HUILES DE PÉTROLE
- La solidification du pétrole supprime les dangers d’explosion et d’inflammabilité de ce produit, facilite le transport très coûteux des huiles de ce genre et permet leur application facile et économique dans le chauffage des machines à vapeur fixes ou mobiles. Aussi n’est-il pas sans intérêt de signaler un nouveau procédé de solidification qui vient d’être présenté à la Société d’encouragement, par M. Brack, au nom de deux chimistes, MM. Terrier et Mercier.
- Ce procédé est simple, pratique et, très peu coûteux. Le pétrole solide peut être obtenu sous un grand nombre de formes, mais celle qui rendrait son emploi plus facile serait la forme de la briquette. Quoique se laissant facilement entamer par le couteau, sa dureté est suffisante pour le rendre d'un maniement pratique. Il ne s’enflamme plus spontanément dans toutes ses parties, mais seulement au contact de la flamme. Il brûle avec facilité, et sa valeur calorifique obtenue par sa combustion est trois fois plus grande que celle de la houille ; ses résidus sont très peu importants. Le pétrole solide obtenu ne peut plus se liquéfier à nouveau, à moins d’être porté à une température voisine de 100° centigrades. 11 est susceptible d’une très grande compression, et sa solidification ne modifie en rien ses propriétés ; elle n’est pas non plus un obstacle à sa rectification. Le pétrole peut être solidifié au sortir des sources, à l’endroit même où il a été recueilli. Le prix de revient pour sa solidification est î-elativement minime : il faut calculer 10 francs environ pour 100 kilogrammes de pétrole solidifié. On voit que ce procédé paraît offrir de sérieux avantages.
- LE M\TE 0D THÉ Dü PARAGUAY
- Le Mate est une boisson nationale ; il est aux habitants d’une grande partie de l’Amérique du Sud, spécialement aux Argentins, Urugayens, Paraguayens et Brésiliens, ce qu’est le thé pour le Chinois, le café pour le Turc ou l’Arabe.
- Le mot mate sert à désigner et la boisson elle-même et la plante qui la donne; d’ailleurs boisson et plante ont bien d’autres noms : on les nomme encore thé brésilien, ou thé du Paraguay; en guarani, la langue indigène d’une partie de l’Amérique du Sud, c’est le caa. Au Brésil c’est le mate des Missions ou cogouha, avec le nom spécial de caanimi pour l’espèce la meilleure, et celui de caanana pour l’espèce ordinaire. Enfin le mot le plus fréquemment usité, avec celui de mate, est yerba mate ou yerba tout court, l’herbe par excellence.
- On pourrait croire d’après ce nom que c’est une herbe véritable : il n’en est rien, du moins primitivement. C’est un grand arbre à rameaux touffus, de la famille des Hicinées, aux feuilles alternes, grandes et coriaces, et aux fleurs blanches ; il devient gros comme un oranger quand on n’arrête pas sa croissance. Il ne faut pas d’ailleurs le confondre avec l’Apalachine, qui est de la même famille, est employée de même ou à peu près, mais pousse aux Florides. On l’exploite surtout au Brésil, où, en 1886, les trois provinces de Santa Catharina, Rio-Grande et Parana en ont exporté 20 000 000 kg ; et principalement dans le centre de Paraguay et le nord-est de l’Argentine; les districts les plus renommés pour
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- cette production sont ceux de San Pedro, Concepcion, Rosario et Villa Rica. 11 croît surtout dans les vallées humides et marécageuses, formant des forêts véritables qu’on appelle yerbales. Jadis les jésuites l’exploitaient scientifiquement, et en avaient fait de vastes plantations autour des Réductions. Mais il en est tout autrement aujourd’hui. Aussi peut-on chercher longtemps et bien loin des yerbales sans en trouver, et le yerbatcro1 doit montrer un flair, une habileté toute particulière, pour découvrir une de ces forêts, surtout à notre époque où elles vont toujours en diminuant, par suite de la destruction complète qu’on en fait, sans que l'on songe nullement à se ménager des ressources pour l’avenir par une exploitation rationnelle et réglée. En effet le gouvernement Argentin et le gouvernement Paraguayen donnent à ferme les yerbales à mesure qu’on les découvre; et celui qui obtient la ferme n’a pas intérêt aménager la forêt, tandis que certaines veines bien exploitées pourraient donner une récolte annuelle de 5000000 kg pendant un temps illimité. Comme nous le verrons en décrivant le mode de préparation du mate, tout est bon pour la consommation dans cette plante, depuis les plus grosses branches jusqu’aux plus jeunes pousses ; et, même la première année de l’exploitation, on abat tout, on coupe l’arbre jusqu’au sol, ce qui, dans l’avenir, le condamne à ne plus jamais dépasser la grosseur d’un buisson. Aussi le verbatero détruit son blé en herbe; pour le moment il vit, et avec lui tous les habitants du pays et principalement des Missions vivent de l’exploitation et du commerce du mate; mais cette plante tend à disparaître rapidement, comme le caoutchouc. Par suite de cette rareté même, l’exploitation en devient fort difficile ; les yerbales sont toujours fort loin des voies de communication, qui ne sont encore que les cours d’eau, et il faut avant tout tracer un sentier ou picada, parfois long de 50 lieues, permettant d’amener la récolte jusqu’au Parana ou à l’Uruguay. Les yerbateros sont des immigrants de divers pays, faisant travailler quelques indigènes .à peine soumis, comme les Guayanas, dont le concours est nécessaire sous ce climat humide et brûlant.
- La récolte se fait ordinairement en mars, quand l’automne arrive et que la plante a bien fini la pousse de l’année. On abat alors tout ce qu’on peut abattre, branches et feuilles, et il s’agit de torréfier le tout. Cela se fait encore comme au temps des jésuites. On met les branches en tas et on allume par-dessous un feu doux sans flamme : il faut que cela rôtisse sans brûler, donnant une grande chaleur qui doit durer vingt-quatre heures, de telle sorte que les plus grosses branches puissent s’écraser sous la pression des doigts. On entasse alors ces rameaux desséchés dans une auge en bois, où un pilon en bois de fer, mû souvent par une chute d’eau, vient les réduire en poudre verdâtre. On enferme cette poudre dans des sacs carrés en peau de bœuf fraîche, cousue avec des lanières de cuir frais, le tout bien serré; c’est ce qui constitue un suron, sorte d’oreiller qui devient dur comme de la pierre sous les rayons du soleil auxquels il est exposé pendant les longs jours de voyage nécessaires pour l’apporter sur les lieux de consommation. Chaque suron pèse 100 kg et vaut 100 francs; à Buenos-Ayres, il vaudra 200 francs et se vendra 2 ou 5 francs le kg au détail.
- Voyons ce que va devenir la poudre contenue dans ce suron. Il n’est pas une maison où on ne la trouve. Mais comment la consommera-t-on ? On met de cette poudre dans
- 1 Celui qui part à la découverte des yerbales.
- une petite courge ad hoc 1 qui se nomme mate, d’où est venu le nom de la boisson ; on y ajoute, si l’on veut, du supre et l’on précipite sur le tout de l’eau bouillante. Au bout de quelques instants on aspire le liquide par un chalumeau terminé par une petite sphère percée de trous ou par un petit panier à mailles serrées, appelée botn-billa 2. Quand le liquide est épuisé, on en remet d’autre, et comme, en général, le mate se prend dans une réunion, on fait passer courge et chalumeau à son voisin, qui se met à sucer consciencieusement le tuyau que vous suciez tout à l’heure : ainsi de suite à la ronde comme le calumet des Peaux-Rouges ; c’est d’ailleurs le domestique indien qui est chargé de l’amorcer au commencement de la séance. Le parfum du breuvage ne fait même que grandir jusqu’à la dixième infusion. Un kg de mate peut donner jusqu’à 100 1 de boisson. Le mate se boit dans toutes les classes, et partout de la même façon primitive; son mode de consommation a bien éveillé les susceptibilités de beaucoup de gens qui trouvent désagréable cette manière de boire à la ronde. Mois l’absorption de cette boisson est une habitude qui résiste victorieusement, habitude qui se justifie d’ailleurs par les vertus de la yerba. Désagréable au premier abord, elle renferme de la caféine; tonique et diurétique, elle peut, comme la coca, suppléer à l’insuffisance d’aliments, et diminue les combustions ; elle présente les avantages de l’alcool sans en avoir les inconvénients. Enfin elle est de la plus grande ressource, par sa facilité même de préparation ; plus de 20 millions de personnes, riches ou pauvres, la consomment; et il serait à désirer qu’on prît dès maintenant des précautions pour empêcher la disparition d’une plante aussi précieuse. Daniel Bellet.
- LE DÉSÉTAMAGE DU FER-BLANC
- L’étain est un métal relativement précieux, et sa production est limitée; aussi les industries qui l’emploient en sont-elles économes et ont du se préoccuper de le récupérer dans leurs résidus. Nous croyons que c’est l’étamage du fer, et notamment la fabrication du fer-blanc qui est le gros facteur de la consommation d’étain. Mais la fabrication des objets en fer-blanc laisse de nombreux déchets, rognures, etc., dont la proportion s’élève jusqu’au sixième des feuilles neuves mises en œuvre. De plus, bien des objets en fer-blanc sont mis hors d’usage alors que la couche protectrice d’étain n’a subi aucun dommage. Tel est le cas des boîtes à conserves, par exemple.
- On a depuis longtemps cherché à utiliser cet étain, et en étudiant la bibliographie de la question, nous avons trouvé, en Angleterre seulement, une soixantaine de brevets se rapportant au désétamage des déchets de fer-blanc.
- Ainsi qu’il arrive d’ordinaire, beaucoup de ces brevets sont restés à l’état de projets sur le papier. Cependant on a vu fonctionner en Amérique le procédé Ott, qui se servait de bains acides pour dis-
- 1 On lui donne sa forme particulière en la ficelant sur l’arbre avant qu’elle soit développée; on la noircit avant de s’en servir. On en fait aussi en argent massif.
- 2 La bombilla se fait en métal nickel, argent, cuivre argenté ou doré. L’eau se fait chauffer dans une bouilloire nommée « pava ».
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- soudre l’étain. C’est par une variante de ce procédé que M. Montcfiore traita en Belgique plus d’un million de kg de déchets vers 1870. Un autre procédé, au plombate de soude, fut essayé industriellement à Dusseldorf, en 1885. Plus récemment encore une société, de Mannheim, reprenant les idées de Moulin et Dole, a tenté le désétamage par le gaz chlorhydrique, et enfin l’électrolyse a été mise à contribution, et essayée, dit-on, dans la banlieue de Paris. Le succès n’a couronné aucune de ces tentatives, et ce n’est, guère que depuis l'année dernière qu’on peut considérer le désétamage du fer-blanc comme une industrie établie et régulière. Un industriel de Bruxelles,
- M. Alfred Lambotte, a établi au bord du canal de Willebroeck une usine d’essai qui désé-tame 2 millions de kg de déchets, annuellement, d’après le procédé suivant.
- On sait que le chlore attaque vivement le fer, surtout à chaud, mais lorsqu’il est sec et dilué ortement dans un gaz nerte, il peut être porté à 200° sans agir sur le t er, tandis qu’il attaque encore fort bien l’étain.
- C’est sur cette observation nouvelle que M. Alfred Lambotte a fondé ses brevets.
- Dans ces conditions, l’étain passe à l’état de chlorure stannique qui est un produit coûteux et dont l’industrie de la soie fait un grand usage pour la charge des tissus. Cet emploi est assez important pour consommer l’étain provenant des rognures de fer-blanc du globe tout entier. Le fer, parfaitement privé d’étain, est repris par la métallurgie qui l’estime beaucoup, car les tôles pour ler-blanc sont toujours de qualité supérieure.
- Quant aux appareils qui ont rendu possible la réalisation pratique du désétamage par le chlore dilué, voici comment ils sont disposés.
- Les déchets, qui occupent un énorme volume pour un poids relativement faible, sont pris au magasin du rez-de-chaussée par un monte-charge qui les amène à l’étage supérieur de l’usine. Ici, ils se trouvent de niveau avec l’oriftce de chargement
- d’une haute tour de maçonnerie qui constitue l’appareil désétameur proprement dit. Elle est remplie de déchets du haut en bas, à tous les degrés de désétamage, car le procédé est continu. A la partie inférieure, le courant de chlore et d’air entre, chauffé d’avance à la température convenable. Quand ce courant arrive au haut de la tour, c’est de l’air chargé de chlorure stannique, sans trace de chlore libre.
- Une grille mobile retient le fer au bas de la tour et livre périodiquement passage à la quantité qui se trouve complètement désétamée, et qui est emportée par un wagonnet.
- On ne peut pas appeler cet appareil du nom de four, puisqu’il n’est pas chauffé directement. Les gaz chauds circulent seulement à l’entour, de manière à le préserver du rayonnement. La réaction chimique elle-même produit assez de chaleur, au point de mettre parfois le feu à toute la masse de fer qui flambe alors comme des copeaux de bois. Cet inconvénient est actuellement évité par un artifice de fabrication. Des absorbeurs méthodiques et très puissants condensent dans de l’eau le chlorure stannique produit; il y avait de ce côté de grandes difficultés à cause de la dilution par le courant d’air, de sa décomposition par l’eau, et de la nécessité d’employer le verre ou le grès, car le chlorure stannique attaque presque tous les métaux, et les acheteurs sont très dfificiles sur sa pureté.
- Nous croyons que la réussite du procédé Alfred Lambotte provient surtout de ce que, agissant h sec, le fer obtenu n’a pas de tendance à s’oxyder, et garde toute sa valeur, tandis que l’étain est transformé du premier jet, au moyen même de l’agent séparateur, en un produit de valeur, coûteux à produire, en partant même de l’étain métallique.
- Il faut espérer voir bientôt cette intéressante industrie introduite en France, où il ne manque pas de déchets, et où l’industrie de la soie consommerait les produits d’étain.
- Appareil pour le désétamage du fer-blanc. — A. Générateur de chlore. — B. Tuyaux d’arrivée de l’air. — C. Cheminée. — E. Colonne des déchets de fer-blanc traversés par le chlore et l’air arrivant à la partie inférieure par le tube G. — F. Foyer. — II. Absorbeur. — ,1. Déchets de fer-blanc prêts à être mis en charge. — 1. Pompe.
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- LE COPALME D’AMÉRIQUE EN FRANCE
- Liqmdambar slyraciflua, L. — Sweet-Gum des Américains.
- Le Copahne est un arbre atteignant fréquemment dans son pays, dit M. le professeur C. Sargent, 50 à 56 m de hauteur et exceptionnellement jusqu’à 48 m sur 3,60 m à 5,40 m de circonférence. Quand il croit à l’état isolé, sa cime est arrondie, étalée, et prend un grand développement.
- Les jeunes rameaux sont glabres, d’un brun roux et plus ou moins garnis d’angles subéreux. L’écorce des vieux arbres est d’un brun noirâtre et forme un rhytidome profondément crevassé. Les bourgeons, d’un brun rougeâtre, sont ovoïdes pointus.
- Les feuilles de moyenne grandeur sont à 5 lobes, les sinus sont profonds et arrondis; chaque lobe est souvent sous lobulé, 1-5 lobules; ces feuilles, vertes, luisantes en dessus et plus pâles en dessous, sont barbulées à l’aisselle des nervures ; pétiole de 1 cm à 1,5 cm.
- Les fleurs sont monoïques ou polygames dioïques, dépourvues de périanthe, agrégées en capitules, uni-sexuelles, pédoncules fructifères pendants. Etamines nombreuses serrées, entremêlées de squamules disposées sans ordre, filets libres. Capitules femelles à ovaires nombreux très serrés, 2 styles, 2 loculaires, styles subulés accrescents persistants, papilleux antérieurement. L’ensemble des fruits constitue un strobile composé des squamules florales amplifiées, durcies et entregreflees de manière à former des fossettes à 4-5 côtés dans chacun desquelles se trouve nichée une capsule presque ligneuse obconique demi-
- saillante, 2 loculaires polyspermes ou oligospermes par avortement, s’ouvrant finalement par deux valves entre les styles desséchés; graines petites, oblongues, un peu comprimées imbriquées; tégument mince, chartacé prolongé en aile terminale, cotylédons foliacés, radicule courte.
- Le Liquidambar copalme croit dans presque toute l’étendue des États-Unis jusque vers le 44° de latitude notamment dans le Fairfield, le Connecticut, le long des rivières de l’Ohio, Whiteet Wabash ; dans la Floride, dans le sud et le sud-ouest du Missouri, dans l’Arkansas, le Texas et dans la vallée de la rivière de la Trinité; enfin on le trouve aussi dans le centre et le sud du Mexique. Ce sont les vallées fraîches et substantielles ou les plaines humides qui lui conviennent le mieux, et c’est là qu’on le voit entrer dans la composition des forêts.
- Le bois du Liquidambar* a le grain très fin, très serré, susceptible de prendre par le travail un beau poli; sa densité, d’après M. C. Sargent, varie de 0,591 à 0,610; les rayons médu-laires sont nombreux et fins;
- l’aubier est presque blanc, le cœur est d’un brun noir brillant rouge. Un s’en sert aux États-Unis pour les boiseries des appartements, les charpentes intérieures, pour le pavage des rues et l’ébénis-terie; mais il résiste mal aux alternatives de sécheresse et d’humidité et n’est pas pour cette raison employé comme bois de service % Toutes les parties vertes exhalent une odeur balsamique prononcée et lorsqu’en été on fait une incision profonde il en suinte une matière résineuse à odeur agréable que l’on emploie comme succédané du vrai storax
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- Le Copahne d’Amérique. Liquidambar styraciflua, au square de la gare de Montpellier. (D’après une photographie.)
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- LA NAT üUE.
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- (provenant du Styrax officinal) dans les affections catarrhales et le traitement des abcès. D’après A. Michaux un arbre d’un pied de diamètre peut donner environ 30 grammes de résine en quinze jours i.
- En France le Liquidambar styraciflua est un bel arbre d’ornement que l’on doit planter de préférence dans les endroits frais. 11 s’est montré très rustique pendant les hivers rigoureux de 1871 et de 1879. 11 en existe de beaux spécimens cà et là, notamment à Montpellier, au jardin botanique, au square de la Gare, et chez M. Sahut à Latte. Au muséum de Paris il y en a aussi un individu vigoureux d’environ 15 à 16 m de hauteur sur environ 1,50 m de circonférence ; celui que nous représentons ci-contre se trouve au square de la Gare à Montpellier et mesure environ 16 à 17 m de hauteur sur 1,80 m à 2 m de circonférence. P. Mouillefert,
- Professeur de sylviculture à l’Ecole nationale de Grignon.
- CHRONIQUE
- Travail développé par un rameur. — Le pro-esseur Troubridge, de l’École des mines de New-York, a protité des courses d’embarcations montées par des étudiants pour faire des recherches sur le travail développé par un homme agissant sur une rame. La distance parcourue était de 6440 m, le canot était monté par huit rameurs et a parcouru le trajet en 21 minutes, ce qui donne une vitesse moyenne de 5,10 m par seconde. La résistance du canot à cette vitesse a été trouvée égale à 54 kg. Le travail développé par les huit rameurs est donc de 173,4 kgm par seconde, ce qui fait pour chacun 21,7 kgm ou vingt-neuf centièmes de cheval-vapeur. C’est un chiffre assez élevé si on considère que ce travail a été développé sans interruption pendant un tiers d’heure.
- Pression du vent. — La pression maximum exercée par le vent a été prévue pour le nouveau pont du Forth à 272 kg par mètre carré. Pendant les ouragans du mois de janvier, on a constaté que le grand appareil d’observation qui présente au vent une surface de 28 m2 et qui est installé à Inchgarvie, et orienté à l’est et à l’ouest, a accusé une pression maxima de 152 kg par mètre carré, tandis qu’un petit appareil de 14 de de surface a indiqué une pression de 200 kg par mètre carré et un autre de même dimension à peu près, 170 kg seulement. Au dernier meeting du Fer et de l'Acier, M. Cooper, ingénieur adjoint des travaux du pont du Forth, a dit que la plus forte pression du vent constatée pendant les deux dernières années avait été de 92 kg par mètre carré pour le grand appareil et 136 et 185 pour les petits. M. Cooper est d’avis qu’en général plus la surface exposée au vent est grande, moins la pression par unité de surface est considérable; les observations rapportées ci-dessus viennent à l’appui de cette assertion.
- (Bulletin de la Société des ingénieurs civils.)
- Piqûres d’abeilles et rhumatismes. — Un journal médical de Vienne, la Medicinische Presse, signale un curieux traitement des rhumatismes dû à M. le Dr Terc. L’auteur fait remarquer que la piqûre d’une abeille laisse habituellement après elle une tuméfaction plus ou moins
- 1 D’après Blume te Styrax liquide provient du Liquidambar allingia.
- considérable; mais après un certain nombre de piqûres, la tuméfaction ne se produit plus, parce que l’organisme a acquis une certaine immunité. Chez les rhumatisants, la tuméfaction ne survient que difficilement et seulement après un certain nombre de piqûres; en continuant à se faire piquer, le gonflement ne se produit plus du tout. A ce moment le malade est guéri de son rhumatisme et reste quelque temps à l’abri des récidives. Pour arriver à l’immunité complète, il faut saturer l’économie de venin d’abeilles et multiplier encore les piqûres. M. Terc a appliqué cette méthode dans 173 cas et fait 59 000 piqûres au moyen de ruchers d’abeilles qu’il a disposées dans son établissement. 11 affirme qu’il lui doit des succès évidents dans des cas aigus, mais surtout dans des formes chroniques où les malades, atteints de cachexie rhumatismale, se trouvaient dans des conditions désespérées. Il faut quelquefois appliquer par sujet des centaines de piqûres ; il est vrai qu’elles sont beaucoup moins douloureuses chez les personnes rhumatisantes que chez les personnes saines.
- Filtrage des huiles de graissage par l’électricité. — Dans une grande usine, plus que partout ailleurs, là où se reproduisent sans cesse des déchets individuellement sans importance, mais qui, par leur fréquence, deviennent des sources de dépenses considérables, on peut dire qu’il n’y a pas de petites économies. Tel est le cas des huiles de graissage qu’on serait tenté de jeter et de considérer comme absolument inutilisables, quand elles sortent des machines qu’elles ont servi à graisser. Et cependant elles contiennent encore, au milieu des poussières qui les salissent, beaucoup de principes lubrifiants, qu’il s’agit de séparer et d’utiliser à nouveau. Il paraît qu’un Américain, M. C. F. Dunderdale, vient d’inventer un procédé électrique pour opérer celte filtration, et qu’une usine vient de se fonder à Chicago, 1’ « Electric Filter C° )), pour exploiter ce procédé. Il consiste à faire traverser par l’huile salie une couche de tournure de fer ou de copeaux de fer fortement aimantés par un courant électrique. L’huile est naturellement souillée, surtout de poussières de fer qui sont en si grande abondance dans les ateliers de construction mécanique; il en est aussi fourni par le frottement des parties métalliques graissées. Toutes ces poussières restént adhérentes à l’espèce d’éponge métallique coiistituée par les copeaux de fer. Enfin, la purification est terminée par le passage de l’huile sous pression au travers de deux filtres à sable. D. B.
- lie raffinage électrique «lu sucre. — Nos lecteurs n’ont assurément pas oublié le moteur Keely. Voici une autre mystification américaine ejusdem farinæ. Il s’agit du raffinage électrique du sucre, the sugar electric refi-ning. H y a plusieurs années que Y exploitation en dure aux États-Unis. Un certain inventeur, nommé Friend, de New-York, découvrit, en 1884, le moyen de raffiner le sucre par l’électricité avec une économie telle que la tonne qui revenait alors à 12 dollars n’aurait plus coûté que 80 cents. Et M. Friend montrait son sucre, remarquable par ses qualités, sa finesse, sa blancheur. Tout lo monde venait voir. Défense d’approcher, par exemple; mais, en plein salon, sur une table couverte d’un tapis, la machine fonctionnait. La main de l’inventeur, en plongeant sous le tapis protecteur, retirait toujours du sucre de plus en plus blanc. Il se forma vite une Compagnie au capital de 1 million de dollàrs dont 600 000 dollars pour Yinventeur. Sur 4000 actions, 3000 furent placées en Angleterre et en Écosse au prix de 100 dollars. Elles firent prime au point qu’en 1886 on n’en trouvait plus à 600 dollars.
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- M. Friend mourut au commencement de 1888, mais il I avait laissé son secret à sa veuve et à ses héritiers. Ce secret, il fallait cependant le livrer. On résista. Les intéressés firent ouvrir de force le cabinet noir où se trouvait la fameuse machine. On ne découvrit que la table et le lapis de Friend et beaucoup de sacs de sucre brut! C’est la justice du pays qui aura à dire son dernier mot dans le raffinage électrique du sucre.
- Emploi de la laine de bois pour l'emballage des fruits. — Tout le monde connaît le produit qu’on nomme la laine de bois, et qui se compose simplement de copeaux excessivement minces de bois de sapin en général. Il s’est établi un nombre considérable de fabriques de ce produit1, dont l’usage devient de plus en plus commun; par sa flexibilité, sa légèreté, il peut rendre des services nombreux et variés, servir à envelopper les choses les plus fragiles : c’est pourquoi l’on a tout de suite songé à l’employer pour les expéditions de fruits. Mais alors, il s’agit de savoir (et il est étonnant qu’on ne se soit pas posé plus tôt la question) si le goût de résine très violent que répand le bois de sapin ne se communique pas aux fruits qu’enveloppe la laine de bois. On vient de soulever cette question devant la Société nationale d'horticulture de France. M. Michelin a fait remarquer qu’à la dernière session du Congrès pomologique on avait reçu des poires emballées dans ce produit et qui n’en avaient contracté aucun mauvais goût; au contraire, il y a peu de temps le Comité de la Société a reçu des prunes auxquelles le même mode d’emballage avait été très préjudiciable. D’après M. Michelin, il est à craindre que les fibres de sapin n’influent d’une façon fâcheuse sur la saveur des fruits à noyau surtout, qui sont beaucoup plus délicats que les fruits à pépins. Un des membres a fait remarquer qu’une précaution nécessaire, est d’entourer, préalablement le fruit d’une feuille de papier.
- A coup sûr c’est là une question intéressante, étant donnés, les avantages que présente la laine de bois, et pour l’élucider, la société a chargé un arboriculteur de faire des expériences complètes à ce point de vue. D. D.
- Une migration de rats. — Le Dr Cari Lûmholtz vient de faire dans le nord-est de l’Australie un long séjour de quatre années. Tandis qu’il se trouvait dans le Queensland occidental, en traversant le district montagneux environnant Windex Station, à 650 milles (anglais) de Rockampton, on lui raconta un fait assez curieux. En 1879, le district dont il s’agit, fut envahi par des rats venus du nord-ouest, et traversant seulement le pays, pour continuer leur migration vers l’est. Les rats sont en masse compacte et forment de véritables armées ; pendant le jour ils se tiennent cachés; la nuit ils se mettent en marche, et l’on dirait alors que la terre marche. Probablement sont-ils chassés de leur ancien territoire par des modifications considérables soit dans les conditions climatologiques, soit dans les productions. 11 est regrettable que M. Lûmholtz ne précise pas l’espèce de rat dont il était question. -I). B.
- Le premier câble téléphonique sous-marin.
- — Il paraît que c’est entre Buenos-Ayres et Montevideo, à travers l’embouchure du Rio de la Plata, estuaire aux proportions immenses, que va, paraît-il, être établi le premier câble téléphonique sous-marin. De construction spéciale, il permettra de télégraphier et de téléphoner simultanément par les mêmes fils sur une longueur d’environ 50 km à travers la baie, qui d’ailleurs ne présente
- 1 Voy. Tables des matières des précédents volumes.
- pas de très grandes profondeurs. L’établissement de ce câble entre la République argentine et l’Uruguay a été entrepris par M. ücainpo, de Buenos-Ayres, en collaboration avec des ingénieurs belges, MM. Mourlon, qui ont déjà expédié tout le matériel. D. B.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 février 1889. —Présidence de M. Des Ci.oizeaux.
- La question de l'azote. — On sait de combien de travaux importants l’histoire agronomique de l’azote a été l’objet dans ces derniers temps. M. Schlœsing, un des chercheurs les plus assidus en la matière, étudie aujourd’hui un chapitre latéral du grand problème, la question de savoir si la décomposition des substances animales dégage de l’azote libre. Dans de célèbres expériences, M. Reiset a cru constater la réalité de ce dégagement et le fait a été vérifié par divers expérimentateurs français et étrangers. Toutefois, on n’avait pas spécifié ce qui, dans le résultat, revient à la nature de la substance expérimentée, à la température, aux conditions de milieu, etc. Pour éclaircir ces divers points, M. Schlœsing a imaginé un appareil qu’il décrit et suivi une méthode nouvelle. Sa conclusion actuelle, relative seulement au début de ses recherches dont il poursuit la série, c’est que la proportion d’azote dégagée est bien plus faible qu’on n’aurait supposé : à peine 5 pour 100 de l’ammoniaque produite en même temps.
- Blattes fossiles. — Tout le monde connaît les blattes, orthoptères peu attrayants dont le type le plus connu est le cancrelat des navires.et des boulangers On ne sait pas cependant, généralement, que ces insectes présentent un certain nombre de singularités dont l’une des plus frappantes est qu’ils pondent, non point des œufs séparés, mais de gros sacs dont l’enveloppe renferme des séries nombreuses d’œufs; ce qui suppose chez ces animaux une structure très particulière. Or, en étudiant les beaux échantillons de blattes fossiles recueillis à Coinmentry dans les schistes du terrain houiller, M. Ch. Brongniart s’est aperçu qu’aux temps primaires ces insectes pondaient leurs œufs un à ui^les introduisant séparément dans les troncs d’arbres à n’aide d’une tarière qui rappelle un peu celle de nos locustes ou sauterelles vertes et bien plus encore celle des phasmes, orthoptères des pays tropicaux.
- Nouvelle planète. — M. Faye annonce la trouvaille d’un nouvel astéroïde faite à l’Observatoire de Nice par M. Charmov. Il est de treizième grandeur et est la 281° des planéticules qui circulent dans le ciel entre les orbites dé Mars et de Jupiter.
- Progrès du système métrique. — Il résulte d’une statistique analysée par M. Faye, que depùis 1877 le nombre de la population humaine ayant complètement adopté le système métrique s’est accru de 55 millions d’hommes. 11 y a une augmentation de 19 millions pour les gens chez qui l’emploi du système est facultatif, et de 54 millions pour ceux chez qui le système n’est appliqué que par la douane. Aujourd’hui, à ces divers titres, il y a 794 millions d’hommes pour qui le système métrique existe, soit 126 millions de plus qu’en 1877. 100 millions d’habitants se servent actuellement de notre système monétaire. L’Autriche-llongrie et la Finlande ont des pièces d’or rigoureusement conformes aux nôtres. Les États où il y a concordance à degrés divers avec le système français comprennent 511 millions d’hommes, c’est-à-dire
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- près du double de ce que l’on comptait en 1877 qui donnait 162 millions.
- Election de correspondant. — Une place de correspondant étant vacante dans la section de géographie et navigation, M. de Telle est nommé par 50 suffrages contre 22 accordés à M. Serpa-Pinlo.
- Les couleurs de Mars. — Depuis une année entière Dom Lamey note exactement les couleurs présentées par le disque de la planète Mars. 11 note qu’elles changent pour un même point avec la situation de l’astre par rapport au soleil, et il conclut en disant que les teintes observées sont dues bien moins k la qualité intrinsèque des matériaux constitutifs qu’à la manière dont ils réfléchissent pour nous la lumière du soleil. M. Bertrand fait très fortement observer que cette remarque ne signifie pas grand’chose.
- Tumeurs à bacilles de l’olivier. — D’après M. Édouard Prillieux à qui l’on doit déjà tant d’importants travaux de pathologie végétale, les tumeurs qu’on voit si souvent sur les oliviers des environs de Nice résultent du développement des bacilles. Le mal dé bute à la surface de l’écorce, gagne le bois et successivement s’étend de plus en plus.
- Les feuilles de la scolopendre. —
- Un botaniste dont le nom nous échappe signale un fait d’observation vulgaire pour tous les amateurs de fougère, et que cependant, paraît-il, les savanls n'auraient pas encore enregistré.
- C’est la propriété dont jouissent très souvent les feuilles de la scolopendre de se diviser par dichotomie comme feraient des rameaux. L’auteur paraît d’ailleurs se borner à l’énoncé du fait et n’en hasarde aucune explication.
- Nouvel antiseptique. — Bien qu’il soit parfaitement insoluble dans l’eau le saücylate de chrésol doit compter parmi les antiseptiques les plus énergiques, se décomposant au contact des matières organiques en ses deux constituants. Aussi un médecin de Berne, qui parait avoir l’assentiment de M. Bouchard, pense-t-il qu’il peut rendre dans les cas de choléra de très grands services, en permettant l’antisepsie de l’intestin.
- Varia. — La comète Barnard a été observée à Paris les 7 décembre, et 3, 4, 5, 6, 7 et 8 janvier. — M. Ama-gat étudie à de très fortes pressions la compressibilité du mercure et l’élasticité du verre. — Une description du Jardin botanique de Buitenzorgà Batavia, est adressé par M. Treubb. — Des nouvelles relativement bonnes sont données du général lbanès dont on avait prématurément annoncé la mort. — Trente-deux cartes récemment exécutées par le service hydrographique du Ministère de la
- marine sont déposées par M. Bouquet de la Grye. — Suivant M. Landerer, l’équation personnelle trouve son application dans la diplopie oculaire.
- Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LE ROUCHON SUR LA lîOUTEILLE
- Un de mes amis, M. P. Dumont, professeur, a Nancy, me communique une expérience qui me paraît intéressante, et que je me fais un plaisir de faire connaître aux amis de La Nature.
- On place sur une table une bouteille, sur le goulot de laquelle repose, sans y pénétrer, un bouchon de liège; il s’agit de jeter bas celui-ci au moyen d’une chiquenaude envoyée en projetant rapidement la main tenue auparavant à une distance
- horizontale d’environ 0,60 m du bouchon.
- Neul fois sur dix, même chez un expérimentateur prévenu, la chiquenaude est donnée dans le vide et au-dessus du bouchon.Deux causes concourent à cet insuccès : c’est d’abord la crainte instinctive de renverser le flacon en l’atteignant trop bas sur le goulot (cette crainte sera augmentée si on opère sur une table de marbre où il risquerait de se briser en tombant, ou sur une table servie où il pourrait occasionner d’autres dégâts); c’est ensuite et surtout, comme on peut s’en convaincre en éliminant la première cause d’appréhension, par la consolidation de la bouteille, la crainte plus intéressée de se blesser les doigts par un brusque choc contre le verre.
- On peut, dans le même ordre d’idées, indiquer l’expérience suivante : Une allumette étant placée au bord d’une table à arête vive, dans une direction perpendiculaire à cette arête, et de façon k ce qu’elle présente en dehors de la table une saillie de 2 à 3 cm, la personne qui se proposera de la faire sauter par un coup violemment appliqué avec la tranche inférieure de la main, échouera le plus souvent dans sa tentative pour la seconde des raisons indiquée plus haut. A. Bergeret.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N» 820. — 10 FÉVRIER 1889.
- LA NATURE.
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- 0.-J. BROCH
- Deux nations amies, la France et la Norvège, viennent de perdre un homme qui formait entre elles comme un lien vivant; comblé d’honneurs dans sa patrie, il est mort sur la terre étrangère, après avoir largement contribué au triomphe final d’une œuvre qui restera l’une des plus grandioses et des plus durables de son pays d’adoption.
- Ole-Jacob Broch naquit à Friedrikostad, le 24 janvier 1818. En 1835, il entra à l’Université de Christiania, où il se livra avec ardeur à l’étude des mathématiques. En 1840, il obtint, de son gouvernement, une bourse de voyage, grâce à laquelle il put suivre, pendant deux ans, les cours des professeurs célèbres de l’étranger. Il se rendit d’abord a Paris, où il fut élève de Cauchy et de Babinet ; son premier mémoire, sur une classe d’intégrales transcendantes, fut très remarqué par ses illustres maîtres. Après avoir passé quelque temps à F Université de Berlin, il étudia la physique mathématique sous la direction de Jacobi, Ri-chelot et Neumann, qui illustraient alors l’Université de Kônigsberg.
- Devenu collaborateur de Dove, à la rédaction du Répertoire de physique, il publia, de 1844 a 1846, divers mémoires devenus classiques, sur le mouvement ondulatoire, la propagation de la lumière, et la polarisation rotatoire du quartz.
- Rentré en Norvège, il fut nommé professeur de mathématiques à l’Ecole de guerre, puis à l’Université, où il prit, en 1850, la succession de Holmboe qui, on s’en souvient, avait été nommé à son poste en dépit de la concurrence du grand mathématicien Abel. À partir de ce moment, M. Broch participa à toutes les formes de l’activité de son pays. Fondateur d’un grand nombre d’établissements de crédit, et d’autres institutions utiles, il dépensa, avec un grand désintéressement, un travail énorme pour contribuer à leur réussite. C’est dans cette période qu’il trouva le temps d’écrire divers traités de mathématiques et de mécanique.
- Des études profondes et très personnelles sur l’économie politique et la statistique le poussèrent vers 17° année. — 1er semestre.
- la carrière diplomatique. Elu député en 1859, il devint Ministre de la marine et des postes. Dès lors, il fut le représentant attitré de la Norvège à tous les Congrès internationaux. Président de la commission norvégienne aux Expositions de 1867 et 1878, il devait en diriger les travaux cette année encore. C’est à l’occasion de l’Exposition d’hygiène à Bruxelles, en 1876, qu’il écrivit, simultanément en norvégien et en français, son ouvrage réédité en 1878 : La Norvège et le peuple norvégien’, ce livre, qui est une mine inépuisable de renseignements, fut écrit en dix semaines. M. Broch, qui avait alors cinquante-huit ans, consacra pendant tout ce temps j seize à dix-huit heures par jour à ce travail. Dans l’intervalle, il avait représenté la Norvège à la Commission internationale du mètre. Elu, en 1875, membre du Comité international auquel incombe la haute surveillance du Bureau international des poids et mesures, il prit une part active à ses travaux , et fut chargé, en 1880, des fonctions de directeur de bureau. C’est là que nous avons eu le bonheur de le connaître, dans la petite colonie scientifique à la tête de laquelle il resta jusqu’à sa mort. Là encore, son étonnante activité ne se ralentit pas un instant. Levé dès l’aube en été, avant le jour en hiver, ce robuste vieillard s’occupait de tout ce qui concernait le Bureau, prenant une part importante aux travaux d’observation et de calcul, et renseigné sur les moindres détails.
- Les travaux auxquels il se livra durant cette période, attacheront indissolublement son nom à la métrologie et à l’unification des mesures. Il soumit à une nouvelle discussion et à un calcul rigoureux les importantes expériences de Régnault sur la dilatation du mercure, la tension de la vapeur d’eau, la masse du litre d’air, etc., qui n’avaient été discutées jusque-là que par une méthode graphique. D’autres mémoires, sur des questions ardues de mathématiques appliquées, montrent combien peu ses multiples occupations l’avaient détourné de ses éludes de prédilection. Ce travail, qui eût surpassé les forces de bien des hommes plus jeunes, ne l'empêcha nullement, dans les dix dernières années de sa vie, de prendre une part très active à l’avancement de
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- 0. J. Broch, directeur du Bureau international des poids et mesures, né à Friedrikostad, le 24 janvier 1818, mort à Sèvres, le 5 février 1889.
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- LA NATURE.
- toutes les questions qui l’avaient inte'ressé. Délégué aux Congrès des électriciens, des économistes, des statisticiens, il prenait souvent la parole et faisait preuve d’une grande érudition. Sa sollicitude se partageait entre la France et la Norvège; ainsi il écrivait, il y a deux ans, un mémoire sur la crise agricole en France, et à la même époque une brochure sur la lutte contre l’alcoolisme en Norvège.
- Comme calculateur, il était infatigable ; il a édité une table des canes, diverses tables des logarithmes, et enfin de nombreuses tables de réduction des observations qu’il avait calculées lui-même en entier.
- Voilà quel était le travailleur, le savant, l’homme d’État. Mais cette biographie serait incomplète, si nous n’accordions pas un pieux souvenir aux qualités aimables qui doublaient le respect qu’inspirait le Dr Broch, de la profonde affection que lui vouaient tous ceux qui l’ont connu. Dur pour lui-même, il était indulgent pour les autres. Il se mettait au niveau de tous, mais particulièrement des petits et des humbles. Plein de cœur, d’une extrême bonté, il accueillait avec bienveillance tous ceux qui lui demandaient son appui, les obligeant dans la mesure du possible, et ne craignant pas la fatigue lorsqu’il pouvait être utile. Sa mort cause un chagrin unanime parmi tous ceux qui l’ont connu. Que de fois nous avons entendu répéter ces derniers jours : « Il était si bon. »
- M. Broch avait pris très à cœur la grande œuvre de l’unification des mesures ; il désirait rester attaché à cette œuvre jusqu’à la Conférence internationale dans laquelle les étalons métriques seront distribués à plus de vingt États, et après laquelle le succès du système métrique dans le monde civilisé sera assuré. Ce couronnement ardemment désiré de ses longs travaux, ne lui a pas été accordé de son vivant. Depuis quelque temps ses amis voyaient avec inquiétude ses forces diminuer de plus en plus. Mais il ne voulait prendre aucun repos; le 2 février, il travailla encore dans son bureau, quoiqu’il lui fut devenu impossible de marcher sans être soutenu. Puis il monta dans son appartement où, jusqu’à sa mort, survenue trois jours après, il ne cessa de s’occuper de l’œuvre avec laquelle il s’était identifié.
- La Norvège vient de perdre un de ses illustres enfants ; la France, dans laquelle il avait de si profondes attaches, consacrées par le titre de membre correspondant de l’Académiè des sciences, et la croix de grand officier de la Légion d’honneur, s’associe au deuil de cette nation sympathique, deuil qui est aussi le sien. Ch. Ed. Guillaume.
- LE MICROBE DE U DIPHTERIE
- Si l’on consulte le Bulletin de statistique municipale, on voit que, de toutes les maladies épidémiques, la diphtérie tient à Paris le premier rang dans les listes de la mortalité annuelle. Chaque année, on enregistre pour cette affreuse maladie 1800 à 2000 décès et l’extension
- semble aller toujours en croissant, sans qu’il y ait une relation de parité avec l’accroissement du chiffre de la population. Si nous relevons les chiffres de la période décennale de 1872 à 1882, nous constatons que le chiffre des décès s’élève progressivement avec des variantes correspondant à de graves épidémies : de 1155 à 1000, 2000 et parfois plus. Que l’on veuille bien faire attention que cette dime mortuaire est prélevée sur des enfants jeunes, de 1 à 5, 7, 10 ans, la plupart du temps pleins de santé, et l’on comprendra l’importance des recherches qui peuvent conduire à la prophylaxie de cette affection si contagieuse et si meurtrière.
- La diphtérie, dont le nom seul porte l’effroi dans le cœur de toutes les mères, se présente sous deux formes : angine diphtéritique, dite couenneuse, quand l’affection est limitée à l’arriège-gorge ; croup, quand les fausses membranes, caractéristiques de l’affection, gagnent le larynx, les voies respiratoires. Éminemment contagieuse, cette maladie devait avoir pour agent infectieux un microbe. Les premières recherches sur ce point furent très contradictoires; ce n’est pas ici l’occasion de traiter cette question historique. Rappelons cependant que Klebs a le premier, en 1885, signalé un bacille spécial dans les fausses membranes des parties malades. Lœffler est l’auteur qui a publié le travail le plus important en confirmant la découverte de Klebs, mais surtout, en isolant le bacille, en le cultivant et en reproduisant sur des animaux la fausse membrane type.
- Un de nos compatriotes, le D’. Roux, directeur du laboratoire de M. Pasteur, dont les travaux de bactériologie font autorité, a repris ces études en collaboration avec le I)r Yersin, et le mémoire qu’il vient de publier dans les Annales de l'Institut Pasteur, résout d’une façon très nette le problème si complexe de l’étiologie de la diphtérie. Le bacille qu’on trouve dans les fausses membranes est bien conforme à celui décrit par Klebs et Lœffler; il se cultive avec facilité dans le sérum et sur la gélose nutritive, formant des colonies d’où l’on peut obtenir le bacille à l’état pur, sans mélange d’autres microbes. Yient-on à l’inoculer à des animaux, par badigeonnage dans la gorge, la trachée, on reproduit tous les traits classiques de la diphtérie humaine. 11 faut cependant, pour la reproduction facile de la maladie, que la muqueuse soit excoriée; une muqueuse saine est plus réfractaire aux inoculations. Signalons ce point fort important; c’est en effet souvent chez des enfants atteints de rougeole, de scarlatine, que la diphtérie survient plus aisément par contagion indirecte. La muqueuse de la gorge est en effet, du fait de cette première maladie, plus vulnérable; elle est déjà le siège d’un certain degré d’inflammation qui constitue un terrain plus propice au développement de la maladie secondaire.
- Par inoculations sous-cutanées, par injections intra-veineuses, MM. Roux et Yersin ont obtenu des accidents généraux, des empoisonnements, comme dans les formes malignes de la diphtérie ; ils ont aussi produit les paralysies que l’on observe assez fréquemment dans le cours ou la convalescence de la maladie. Mais chose curieuse, l’examen du sang, qui avait charrié le liquide de culture, l’examen des organes qui en avaient été imprégnés, ne révélait pas la présence du bacille spécifique ; ou ne le trouve en effet que dans les fausses membranes ou au point d’inoculation.
- Ces expériences viennent confirmer l’opinion, qui tend à prévaloir aujourd’hui que la diphtérie est primitivement une maladie locale et que c’est l’infection qui
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- résulte de cette manifestation, gutturale laryngée, qui est la cause des accidents multiples généraux, que l’on observe ultérieurement. Mais alors, si le bacille ne réside que dans les fausses membranes, qu’au point d’inoculation, comment expliquer l’infection consécutive, comment interpréter ces thromboses cardiaques, ces paralysies qui atteignent non seulement le voile du palais, la langue, les organes voisins de la porte d’entrée de la maladie, mais les membres supérieurs et inférieurs?
- Cette explication a été donnée par une expérience très ingénieuse et tout à fait démonstrative. On a supposé qu’au niveau des fausses membranes il s’élabore, par l’intermédiaire ou du fait du bacille, un poison très actif qui pénètre toute l’économie; supposition fort plausible et rendue évidente pour d’autres maladies. MM. Roux et Yersin ont procédé de la façon suivante. Ils filtrent sur de la porcelaine une culture microbienne, restée à l’étuve pendant sept jours. Tous les microbes sont retenus par le filtre et le liquide obtenu est parfaitement limpide ; il ne contient aucun organisme vivant; ajouté à du bouillon alcalin, il ne donne pas de culture; introduit aux doses de 2 à 4 cm3 sous la peau des animaux, il ne les rend pas malades. Mais si l’on injecte des doses plus fortes, 35 cm3 et plus, les animaux sont pris de diarrhée, de paralysies, de tous les accidents qu’on retrouve dans l’intoxication générale produite par la diphtérie.
- Ces phénomènes sont d’autant plus intenses qu’on emploie des doses plus fortes, mais aussi qu’on se sert de cultures plus anciennes. Dans ces dernières, le poison diphtéritique est plus abondant et les effets de l’injection sont plus rapides et plus graves. Suivant donc les doses employées, le degré de culture, on peut déterminer les diverses formes de l’intoxication, depuis les plus graves, celles qui amènent la mort en quelques heures jusqu’à celles qui se traduisent par les paralysies.
- Quelle est la nature de ce poison diphtéritique? est-ce un alcaloïde, une diastase? MM. Roux et Yersin penchent pour une diastase, en raison de la manière dont le poison se comporte à l’air et à la chaleur, qui atténuent notablement sa virulence. Cette atténuation indique-t-elle la possibilité d’obtenir une culture vaccinale, de donner aux animaux une immunité contre la maladie, de fournir, en un mot, un agent préservateur de la diphtérie? La question est pendante et MM. Roux et Yersin poursuivent leurs études dans ce sens. En attendant, il faut s’efforcer de diminuer, par des moyens prophylactiques, l’extension de cette terrible maladie. Comme l’ont prouvé ces expérimentateurs, l’inoculation de la diphtérie est très difficile quand la muqueuse est saine; mais la moindre angine, les fièvres éruptives, rougeole et scarlatine, qui affectent la muqueuse, prédisposent singulièrement à l’invasion de la diphtérie. Aussi doit-on ne jamais négliger la surveillance de la gorge dans ces affections, pratiquer des lavages antiseptiques de la bouche et du pharynx, lavages à l’eau boriquée, à l’acide phénique, qui semble être, d’après les travaux des Dr’ Renou de Saumur, Gaucher et autres, l’antiseptique le plus efficace contre la diphtérie.
- Cette précaution, disent MM. Roux et Yersin, devrait être suivie systématiquement, surtout dans les hôpitaux d’enfants, où l’on voit si souvent la rougeole et la scarlatine se compliquer de diphtérie. Personne ne contredira à ces sages avis, et leur pratique, généralisée, contribuerait certainement, dans une large mesure, à prévenir l’extension de la diphtérie et à sauver des existences doublement précieuses pour la famille et pour le pays.
- Dr A. Caktaz.
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889
- EXPOSITION ETHNOGRAPHIQUE
- Sous l’inspiration de M. Jules Simon, président de la Commission chargée de l’histoire du travail à l’Exposition universelle, il a été décidé qu’une large part serait faite dans cette exposition à la mise en scène, aussi fidèle et aussi développée que possible, des industries les plus caractéristiques de chacune des grandes époques de l’histoire de l’humanité. C’était, dans la pensée de l’illustre académicien, une sorte de Musée Grévin scientifique qu’il s’agissait d’organiser.
- La première •section, adoptant résolument ce programme, s’est mise à l’œuvre avec ardeur et ses travaux sont aujourd'hui tout près d’aboutir. En voici le résumé : Pour les temps primitifs, on a reproduit de grandeur naturelle quatre groupes intitulés : les premiers tailleurs de pierres, les premiers sculpteurs, les premiers architectes et les premiers fondeurs, et à l’échelle du vingtième, les mines du silex de Mur de Barrez (Aveyron), décrites par MM. Boule et Cartailhac.
- Les tailleurs de pierre du premier groupe sont ait nombre de deux, un homme et une femme ; ils éclatent le silex absolument comme le font encore aujourd’hui les Australiens, dont les caractères physiques et ethnographiques sont d’ailleurs si voisins de ceux des premiers habitants connus de l’Europe centrale et occidentale. Le motif de la scène a été emprunté à un dessin exécuté d’après nature par Baines.
- Les premiers sculpteurs sont des Troglodytes de l’àge du renne : l’un couvre de figures en relief un de ces bois troués communément désignés sous le nom de bâton de commandement : un autre découpe dans un autre andouil-ler des bâtonnets qui deviendront des aiguilles. La con -struction de l’allée couverte de la Belle-Haie met en scène un ciseleur sur pierre taillant la figure féminine qui orne une des pierres de ce monument, un polisseur de haches et un potier. Enfin la fonderie du bronze montre un fondeur coulant le métal dans les moules, tandis que son aide entretient le feu à l’aide du double soufflet vertical, usité de toute antiquité dans l’extrême Orient de l’Asie. Tous ces personnages (et c’est là le côté le plus original de ce travail) ont été construits à l’aide des crânes et des squelettes types des races fossiles (Canstadt, Cro Magnon, Furforz, etc.). M. Hamy, auquel on doit ce travail de restitution, s’est attaché à suivre avec le plus grand soin les reliefs des os du crâne et de la face, en complétant les parties molles à l’aide de modèles, dont l’ossature se rapprochait autant que possible de l’ossature antique. Chose remarquable ! l’auteur est arrivé, à l’aide de ce procédé, à mettre sous nos yeux des types qui n’ont rien d’aberrant et dont plusieurs se rapprochent étonnamment de certains de ceux que nous croisons journellement dans la rue.
- La collection se continue avec des figures égyptiennes, chaldéennes, grecques, gallo-romaines, exécutées avec le plus grand soin, sous la direction de MM. Maspero, Heuzey, Perrot et Héron de Villefosse. L’Égypte est représentée par un atelier de tissage, reproduit d’après un tombeau de Thèbes. La Chaldée nous montre Goudéa offrant à son Dieu le modèle du temple de Tello. Pour la Grèce, M. Perrot a fait exécuter quatre figures qui nous initient à toutes les phases de la fabrication des vases peints. La"Gaule romaine est rappelée par une fabrique 'de statuettes moulées en terre blanche du Bourbonnais.
- On trouvera dans le même ensemble le groupe chinois de M. le marquis d’Hervey de Sàint-Denys, qui met sous
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- les yeux du public tous les détails d’une manufacture de vases cloisonnés ; un groupe mexicain, monté par M. Hamy, représentant la confection du papier de metl ; des forgerons nègres fondant et martelant le fer suivant les méthodes primitives encore en usage au Soudan ; enfin une famille samoïède campée à deux pas des hommes de l’àge du renne, dont elle reproduit aujourd’hui les mœurs archaïques.
- L’exposition se poursuivra avec les collections nombreuses et importantes de MM. Piette, Massenat et Girod, de Mlle de Lastic, de MM. Siret frères, Frédéric Moreau, etc., auprès desquelles, à titre de comparaison, prendront place les objets fabriqués encore de nos jours par les peuples demeurés à l’àge du bois et à l’àge de la pierre, comme les Sakaies de Pérak, dont M. J.-E. de la Croix, communique les primitifs engins, ou ces curieux insulaires de la Nouvelle-Guinée orientale, que la collection Bourdil nous fait connaître dans leurs mœurs et leurs industries les plus caractéristiques.
- L’ÉCLIPSE TOTALE DE SOLEIL
- DU l" JANVIER 1889 OBSERVÉE AUX ÉTATS-UNIS
- Nous avons donné précédemment quelques détails sur les observations qui ont été faites aux Etats-Unis de cet intéressant phénomène astronomique1. Nous les complétons aujourd’hui en publiant une relation des résultats obtenus à Winnemucca (Nevada), par le célèbre astronome opticien M. .1. A. Brashear. Cette relation a été adressée, sous forme de lettres, à MM. Henry, de l’Observatoire de Paris, qui ont bien voulu nous la communiquer pour La Nature.
- (Extrait d’une lettre de M. Brashear à MM. Henry.)
- J’ai pensé qu’il serait intéressant pour vous d’apprendre que je suis de retour de notre grande contrée occidentale, où je suis allé observer l’éclipse totale de soleil.
- Eclipse de soleil du 1er janvier 1889, observée à Winnemucca (Nevada). Dessin de la couronne polaire australe, des protubérances et de la chromosphère, par J. A. Brashear. — Télescope de 10 cm d’ouverture, 1,53 m de foyer. Grossissement de 60 fois.
- Je partis le 21 décembre, et j'atteignis Winnemucca (Nevada) le 51 du même mois; le ciel était magnifique, et dans aucun de mes voyages, je n’ai vu encore un temps aussi beau que dans notre région occidentale. On reste souvent des mois entiers sans apercevoir un nuage, et le ciel se montre d’un bleu profond, superbe pour l’astronome. Le ciel de la Nevada est plus beau encore, si c’est possible, que celui de la Californie, et celui du Colorado est tout à fait splendide.
- Tout avait été bien préparé pour l’observation de l’éclipse, et la ligne entière de centralité fut presque sans nuages, d’une extrémité à l’autre.
- Le professeur Pickering avait son télescope photographique de 55 cm à Willows, plus un autre télescope de 20 cm, avec lesquels il prit un grand nombre de beaux négatifs, montrant les détails de la couronne avec la plus admirable netteté.
- La Société photographique de San Francisco obtint 167 négatifs, la plupart très réussis. Tous les travaux spectroscopiques furent bons, et nous pouvons espérer de splendides résultats.
- La mission de l’Observatoire Lick a eu beaucoup de suc-
- cès à Baillett Sprmgs, en Californie, et chaque station dont j’ai entendu parler a eu beau temps.
- A Winnemucca, nous avions avec nous le l)r Elkin de Yale, le professeur Howe de Denver, et un grand nombre d’autres observateurs.
- J’ai fait un croquis sur verre dépoli d’une petite portion de la couronne polaire australe et des protubérances, dont je vous envoie une copie sur papier au bromure, mais cette copie n’est pas aussi bonne que le dessin original. Je n’ai pu m’occuper des travaux spectroscopiques, mon temps étant employé à un autre genre d’observations.
- J’irai à l’Observatoire Lick dans un jour ou deux. C’est un lieu seini-tropical des plus charmants. Fleurs, palmiers et arbres de grande beauté dans le milieu de janvier : le ciel y est aussi pur que les plus beaux ciels d’Italie
- Nous reproduisons ci-dessus le beau dessin de M. J. A. Brashear, qui ne manquera certainement pas d’être apprécié à sa valeur par tous nos lecteurs.
- 1 Voy. n° 817, du 20 janvier 1880, p. 151.
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- NOUYEL APPAREIL DE PISCICULTURE
- Si l’on considère les résultats obtenus à l’étranger par l’extension croissante de la pisciculture, il est impossible de méconnaître l’importance du rôle qu’elle est appelée à jouer dans le repeuplement de nos cours d’eau en poissons et crustacés. La quantité de saumons pêcbée dans le Rhin a décuplé depuis quelques années, et ce résultat est uniquement dû à la pisciculture méthodique intensive si largement pratiquée en Allemagne, en Suisse et surtout en Hollande. Dans ces pays, les moindres filets d'eau sont exploités dans ce but et deviennent pour leurs propriétaires et riverains une précieuse ressource. Malheureusement il n’en est pas encore de même en France, où fonctionnent à peine trois ou quatre établissements dont l’influence ne peut se Lfaire sentir que dans un rayon forcément restreint ; aussi ne saurait-on trop généraliser cette industrie facile qui donne la prospérité à plusieurs provinces étrangères et pour laquelle nos gaves des Pyrénées offriraient par la pureté et la fraîcheur de leurs eaux des conditions tout à fait exceptionnelles !
- 11 ne nous paraît donc pas sans intérêt de décrire un nouvel appareil qui, bien qu’entretenu avec une eau ne présentant pas les qualités des eaux vives, donne cependant de très bons résultats et constitue un excellent modèle de laboratoire, susceptible d’ailleurs de recevoir certaines modifications de détails qui rendraient son usage général et très avantageux : agrandir ses dimensions et multiplier le nombre des tables et des bassins d’après les principes généraux adoptés dans sa construction, telles seraient les modifications suffisantes pour en faire un appareil d’une véritable utilité pratique.
- Cet instrument, construit d’après les plans de M. J. Künstler, professeur adjoint de zoologie à la Faculté des sciences de Bordeaux, fonctionne depuis quelques mois dans son laboratoire (fig. 1). L’installation en est peu coûteuse et bien que la quantité d’eau
- nécessaire à son bon fonctionnement ne dépasse pas 2 à 5 m3 par 24 heures, ce modèle si réduit permet de faire éclore et d’élever jusqu’à résorption de la vésicule 20 000 embryons de poissons, et plus. 11 serait donc propre à rendre de précieux services aux propriétaires d’étangs, pièces ou cours d’eau, etc.
- Bâti en ciment gâché sur une armature de fil de fer treillissé, il mesure 90 cm sur 1,75 m, et 1,15 m de hauteur, et offre l’avantage d’être d’un poids relativement léger, qualité importante qu’on eût pu, il est vrai, également obtenir en le construisant en bois brûlé, en fonte émaillée, etc. L’épaisseur de ses parois n’est que de 5 cm, et son mode de fabrication le met à l’abri des fêlures si fréquentes dans les bassins en ciment ordinaires.
- 11 comprend deux étages superposés reliés l’un à l’autre par une échelle de bassins en gradins, nos 1, 2 et 5 (fig. 2) ; grâce à cet arrangement, la même eau alimente successivement tous les compar ti-ments.
- L’étage supérieur est occupé par un vaste réservoir quadran-gulaire P (fig. 2), dans lequel on entretient en ce moment, sur des claies en verre disposées à cet effet, des œufs de saumons et de truites en voie d’éclosion; les jeunes sont en parfait état et la température chaude de l’appartement ne leur fait aucun mal, contrairement à ce qu’on constate dans beaucoup d’établissements de pisciculture.
- L’eau s’écoule en cascade de ce plateau dans le bassin suivant 1 (fig. 2) par-dessus une cloison de ciment s, un peu plus basse que les parois latérales, et dont la hauteur détermine le niveau de l’eau dans le réservoir. L’arête supérieure de cette cloison présente une lame métallique horizontale à dents de scie pour permettre à l’eau de s’écouler goutte à goutte, et cette disposition l’aère beaucoup plus que ne pourrait le faire une simple chute en nappe. Cette cloison, comme du reste, celles de tous les autres compartiments, offre à sa partie inférieure médiane un orifice o, ordinairement fermé par un bouchon de liège, pour faciliter le nettoyage de l’appareil.
- Fig. 1. — Aspect général de l’appareil.
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- A quelques centimètres en avant de cette cloison, se trouve une lame de zinc l mobile, enchâssée dans les parois latérales du bassin et criblée de trous fins à sa portion inférieure seulement. L’eau qui s’écoule est donc toujours celle des couches profondes, et ces trous offrent encore l’avantage d’empêcher la fuite des hôtes du réservoir.
- Les trois bassins en gradins 1, 2, 3 présentent tous le même système de doubles cloisons, l’une en zinc, mobile, inférieurement criblée de trous, l’autre en ciment et recouverte d’une lame à dents de scie. On y met les alevins ou des êtres ayant besoin d’une eau vivement battue. Du dernier de ces compartiments 3, l’eau se déverse dans une gouttière g coudée à angle droit, qui suit toute la longueur de l’appareil; cette gouttière se termine par un large orifice rejetant dans un des bassins (I) de l’étage inférieur l’eau qui parcourt successivement
- g. 2. — Coupe verticale de l’appareil. — 1, 2, 3, bassins en gradins. — I, 11, III, IV, V, auges de l’étage inférieur. — a, aquariums. — B, branche supérieure du système aquifère accessoire.
- — 0, cadre du même système. — c, tube en caoutchouc pour l’air. — EE', robinets d’eau. — e, étoile à neuf branches. — f grand flacon à trois tubulures. — g, gouttière. — l, cloisons de zinc criblées de trous à leur portion inférieure. — o, orifices ordinairement obturés. — p, plateau supérieur. — r, réservoir à air. — s, cloisons de ciment surmontées d’une lame de zinc à dents de scie. — T, tube de verre à gros diamètre. — t, long tube de verre. — tr, trompe à eau. — z, tubes de zinc coudés et terminés en pommes d’arrosoir.
- une série de cinq auges profondes 1, II, III, IV, Y ; les orifices de communication de celles-ci sont disposés de telle sorte que le courant les traverse toutes suivant leur plus grande dimension. Outre les orifices inférieurs médians, obturés tant que l’appareil fonctionne, ces bassins communiquent entre eux par un système de tubes en zinc b s’emboîtant les uns dans les autres et terminés à chaque bout en pomme d’arrosoir : la couche profonde de chaque auge est sans cesse renouvelée et portée à la surface du bassin suivant1. Cet étage inférieur, dont
- 1 Un autre mode de communication, peut-être plus avantageux, car il permettrait d’établir à la fois un courant supérieur et un courant, inférieur, consisterait à remplacer, à l’orifice supérieur, le système de tubes coudés par un simple tube
- chaque division présente un fond spécial, cailloux, rochers, vase, sable, constitue un véritable aquarium complexe; il renferme actuellement des écrevisses, des brochetons, des vandoises, des truites, des goujons, des cyprins et des insectes aquatiques ; tous ces êtres y mènent leur vie normale, et plusieurs, notamment les écrevisses, se reproduisent2. Le trop-plein du dernier bassin tombe dans une sorte d’évier clos muni d’une rigole avec un large orifice de dégagement grillagé, au fond, qui empêche l’eau d’y séjourner ; il n’est pas représenté dans les figures. On y tient des amphibies, tels que crapauds, salamandres, grenouilles, auxquels la présence constante de l’eau pourrait nuire et dont l’entretien ne réclame que de l’humidité.
- L’eau distribuée dans cet appareil est aérée avant son arrivée sur le plateau supérieur par un procédé spécial. On pourrait simplement employer une trompe à eau déversant directement son contenu dans le premier bassin, mais la disposition adoptée remplit, sans nécessiter plus de dépense d’eau, un but accessoire important pour un laboratoire de zoologie.
- Le système se compose d’une trompe en verre tr (fig. 2) sous la dépendance d’un robinet d’eau E; l’extrémité de cette trompe donne dans un vaste flacon f à trois ouvertures. Par l’une des tubulures latérales passe un long tube de verre t qui, du fond du flacon, s’élève assez haut, puis se recourbe pour se jeter dans un tube de fort calibre; ce dernier, T, ouvert inférieurement ou fermé d’un bouchon percé de trous livrant passage à de petits tubes coudés disposés en une étoile horizontale e à neuf branches, plonge dans le bassin p. Par l’autre tubulure latérale, le grand flacon communique, à l’aide d’un tube en caoutchouc c, avec un système de. tubes de verre à pointe effilée à la lampe.
- Si l’on ouvre le robinet d’eau, le courant s’aère par aspiration à son passage à travers la trompe et tombe dans le grand flacon. L’air se rassemble à sa partie supérieure et exerce sur l’eau une pression qui la chasse dans le tube de verre dont la hauteur détermine la pression de l’air dans le flacon. Le gros tube qui fait suite remplit un double but : il empêche l’eau, dont le jet est axial, d’éclabousser, et son mode de terminaison supprime l’agitation de l’eau sur le plateau, condition indispensable pour la vie des œufs; l’eau est tellement aérée qu’on voit un bouillonnement d’air et d’eau au bout de chaque branche de l’étoile.
- L’air emmagasiné dans le flacon s’échappe par les tubes à pointe effilée qui plongent dans des
- horizontal terminé à chaque extrémité en pomme d’arrosoir; l’orifice inférieur médian serait traversé par un tube en verre de faible diamètre, à ouverture protégée par une petite grille en zinc.
- * Celte question de l’élevage des écrevisses ne manque certes pas d’importance au point de vue français; nous demandons, en effet, annuellement, des quantités considérables d’écrevisses à l’Allemagne dont nous nous rendons ainsi tributaires pour plusieurs millions.
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- aquariums a d’eau de mer et d’eau douce. La figure 2 ne représente que trois tubes d’aération, mais, en réalité, on en entretient une quinzaine, vivifiant des aquariums dans tous les points du laboratoire, et l’on parvient, par ce moyen, à conserver, sans changer l’eau, des aquariums d’eau de mer en bon état pendant plusieurs années1. D’autres tubes plongent dans les compartiments qui ont besoin d’une aération particulière. Au cas où un de ces tubes à air ne doit pas servir, ou si une pointe vient à s’émousser, on met à sa place un obturateur quelconque, par exemple un petit cylindre de verre plein et le reste de l’appareil continue à fonctionner. Dans une exploitation industrielle, ces injections d’air, lancées dans les bassjns mêmes de l’appareil de pisciculture, augmenteraient beaucoup la pureté et l’aération si indispensables de leurs eaux.
- Un autre appareil aquifère, indépendant du précédent, peut accroître, en cas de besoin, l’aération de l’eau des bassins. II se compose d’un fort tube de zinc adapté à un robinet d’eau E' spécial (fig. 2) ; ce conduit se ramifie bientôt en deux branches principales, l’une B passant au-dessus du plateau supérieur, l’autre G allant former un cadre au-dessous du même plateau. A des distances variables, sont greffés sur ces tuyaux de petits robinets munis de tubes de verre effilés à la lampe; l’eau passant en jet très fin par ces pointes tombe avec beaucoup de force, entraîne une grande quantité d’air et forme de véritables bouillonnements, mais localisés et n’agitant pas beaucoup l’eau; on peut fouetter ainsi teLou tel bassin indépendamment des autres et en aérer très rapidement la surface.
- La simplicité de ce petit appareil et la modicité de son prix de revient m’ont engagé à le décrire. Les avantages qu’il présente sont d’autant plus étendus qu’il est apte a servir indifféremment à l’élevage des poissons de rivière ou de mer; il pourrait même, à ce dernier titre, placé dans un laboratoire de zoologie maritime, rendre, tant à l’industrie privée qu’aux recherches scientifiques, des services que, jusqu’à présent, on n’a pas encore pu demander aux aquariums ordinaires. Dr A. Peytoureàu,
- Préparateur à la Faculté des sciences de Bordeaux.
- CHEMINS DE FER
- LA CATASTROPHE DE GROENENDAEL EN BELGIQUE
- Le dimanche 5 février 1889, une catastrophe qui comptera parmi les plus terribles dans les annales des accidents de chemin de fer, s’est produite sur la ligne de Bruxelles à Namur. Voici quelques renseignements qui ont été donnés par un des témoins de cette épouvantable scène :
- « Le train express partant de Bruxelles à 9 heu-
- 1 Le flacon intermédiaire (r) à deux tubulures, représenté dans la figure 2, devient nécessaire dès qu'il s’agit d’aquariums d’eau salée, car il peut arriver que, par suite de la rupture de quelque tube, le grand flacon vienne à se remplir et à inonder les aquariums par les tubes d’aération.
- res 23 venait de quitter Groenendael et marchait sur la Hulpe, lorsque, arrivé à proximité du pont situé sur la ligne, au delà de Groenendael, la machine dérailla à hauteur de l’aiguille et fut précipitée contre un des piliers extérieurs du pont, sur lequel elle se renversa. Letender fut également culbuté et, par la vitesse acquise, les cinq voitures suivantes se superposèrent les unes sur les autres. Le poids énorme de cette masse fit crouler le pont, entraînant une partie des débris.
- « Ce fut un spectacle épouvantable, impossible à décrire. Le train était assez long, il comptait 16 voitures chargées de voyageurs. Au milieu des cris des blessés, les hommes que le désastre avait épargnés s’efforcaient de travailler au salut des victimes et de dégager les vivants enfouis.
- « Quand le désordre résultant de la panique se fut un peu calmé, on envoya chercher à Groenendael tout le hiatériel qu’on put trouver pour transporter les blessés. Constamment, on retirait des paquets de chair, en véritable bouillie humaine, de dessous les éclats de bois. Les morts furent déposés provisoirement sur les accotements, car il importait de s’occuper avant tout des nombreuses victimes que des soins diligents pouvaient encore arracher à la mort. Les cris de souffrance ne cessaient pas.
- « On avait immédiatement demandé des secours à Bruxelles. Vers midi, un train de secours avec neuf médecins quittait la gare du Luxembourg. Ces messieurs étaient munis de tout le matériel, de tous les ustensiles de chirurgie et de la pharmacie nécessaires. »
- L'Étoile belge de Bruxelles a donné quelques autres renseignements que nous lui empruntons.
- L’endroit où s’est produit la catastrophe est distant de la gare de Groenendael de dix minutes environ. La voie ferrée y est encaissée entre deux hauts rem-r biais couverts d’arbustes et de sapins. Un pont en maçonnerie, jeté par-dessus la voie, relie les deux tronçons d’un chemin vicinal. Ce pont, quoique assez légèrement construit, constitue cependant une masse de maçonnerie imposante. Un solide pilier bâti entre les deux lignes du railway le soutient par le milieu.
- Le train, qui a causé la catastrophe, s’avançait sur la ligne de droite. A une quinzaine de mètres environ du pont, la locomotive a déraillé. Un rail, dit-on, s’est brisé, ou bien a bougé, et a été ainsi la cause première de l’accident. Le train étant express, son allure était fort rapide et l’on comprendra avec quelle violence il a dû heurter le pilier central du pont, celui qui supporte, en somme, ainsi que nous l’avons dit, tout le poids de la construction.
- Par l’effet du choc qui s’est produit, le pilier a été abattu et tout le pont s’est effondré. Contrairement à ce que l’on avait annoncé d’abord, le pont ne s’est pas écroulé sur le train.
- La locomotive, poussée par l’effort de tout le train en marche, s’est aplatie contre le pilier quelle a démoli, et, derrière elle, le tender, le fourgon des ba-
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- gages et les premières voitures — des troisièmes descriptible. Les victimes de la catastrophe — celles classes — ont été broyées dans un écrasement in- qui sont mortes sur le coup ou qui ont succombé
- Fig. 1. — La catastrophe du chemin de fer de Bruxelles à Namur, près de Grœnendael.
- La locomotive et les débris du train jonchant le sol couvert de neige, avec le pont écroulé. (D’après une photographie.)
- ensuite, comme celles qui n’ont reçu que des blessures non mortelles— se trouvaient dans les premières voitures. Le chauffeur a été écrasé sur sa machine. On n’a pu dégager son cadavre qu’avec les plus grandes difficultés et vers cinq heures seulement. Le mécanicien a été mortellement atteint. Le tender a été aplati, tordu, déchiré complètement.
- Le fourgon des bagages a été réduit en miettes et les voitures de troisième classe sont entrées les unes dans les autres à des profondeurs d’un mètre et demi et de deux mètres. On devine ce que devenaient les
- voyageurs ! Le nombre des morts est de dix-neuf, celui des blessés, d’une quarantaine environ.
- Nous publions ci-contre la reproduction de deux photographies qui nous ont été communiquées par M. F Senaud, de Bruxelles. La première (reproduite fîg. 1) représente la locomotive brisée, incrustée en quelque sorte dans le massif de maçonnerie du pont écroulé ; la deuxième (fîg. 2) montre l’état d’un wagon de troisième classe de l’avant du train, après la catastrophe.
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- Fig. 2. — Un wagon de 5" classe, après la catastrophe. (D’après une photographie.)
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- L’EXPOSITION DU GROENLAND
- A LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE DE PARIS
- Parmi les vastes solitudes polaires, si l’on en croit le re'cit des voyageurs, il n’est point de
- pays aussi intéressant que le Groenland. Il offre les sujets d’études les plus variés et les plus importants pour le progrès des sciences géologiques et ethnographiques. Recouvert presque entièrement d’une épaisse carapace de glace, entouré dans certaines parties de puissantes banquises, le
- Fig. 1. — Exposition du Groenland à la Société de géographie de Paris. — Modèle de traîneau fabriqué par des Esquimaux.
- Groënland nous donne le spectacle de l’aspect que devait présenter la Scandinavie pendant la période glaciaire et, à côté tle ces masses de glace, on trouve établie une population d’Es-quimaux dont le genre de vie offre de singulières analogies avec celui des peuplades préhistoriques.
- Pendant le cours de l’été passé, un de nos compatriotes, notre sympathique collaborateur, M. Charles Rabot, a visité la côte occidentale du Groënland à bord d’un transport danois. De ce voyage, il a rapporté de nombreuses observations sur les phénomènes glaciaires et d’intéressantes collections d’ethnographie qui ont été exposées la semaine dernière a la Société de géographie et dont l’exhibition nous
- a permis de nous faire une idée précise de la vie des Esquimaux. Nous reproduisons ici les explications
- que nous a données M. Rabot en nous faisant visiter son exposi- ' tion.
- Les Esquimaux vivent disséminés le long des deux côtés du Groënland. Ceux établis sur le littoral oriental sont encore païens, presque sauvages et n’ont que de rares relations avec les Européens, bloqués qu’ils sont dans leur pays par les glaces flottantes. Les Groën-landais de la côte occidentale, placés sous la tutelle bienveillante du gouvernement danois, sont beaucoup plus élevés en civilisation, mais, néanmoins, mènent encore la vie de chasseurs et de pêcheurs. Ce n’est que dans un petit district du Groën-
- Fig. 3. — Fac-similé d’un dessin gravé parades Esquimaux.
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- land méridional, aux environs de Julianehaab, que les indigènes ajoutent aux produits de la chasse et de la pêche ceux de l’élevage de quelqugs bestiaux. Pour tous, le principal gibier est le phoque. Dans la vie de l’Esquimau, le phoque a la même importance que le renne pour les Lapons, et de toutes les parties de cet animal, le Groënlandais sait tirer le parti le plus ingénieux. Avec sa peau il confectionne les vêtements, les embarcations dont il a besoin; il se nourrit de sa chair, et ses os remplacent pour lui, dans une certaine mesure, l’usage du fer.
- Des mannequins et des poupées habillées par des Esquimaux, qui figuraient à l’exposition de M. Rabot, donnaient une excellente idée du costume des indigènes. Voici, par exemple, un homme. 11 est vêtu d’une sorte de jersey en cotonnade, d’un pantalon en peau de phoque et de mocassins (kamikkes) garnis de chaussettes également en peau de phoque. L’habillement des femmes est beaucoup plus élégant. Comme les hommes, ces dames portent culotte, une toute petite culotte, toujours en peau de phoque, qui leur couvre seulement les cuisses. Le haut du corps est abrité par une tunique en fourrure, ornée de broderies multicolores et garnie d’un capuchon dans lequel les mères de famille placent leur marmot. La chaussure des femmes est une haute botte en cuir de phoque, teinte des couleurs les plus voyantes, rouge, bleu, blanc. Au Groenland, de même que dans nos régions, le blanc est le symbole de l’innocence, et les kamikkes blanches sont réservées aux jeunes filles. C’est la fleur d’oranger du Groenland. De coiffure, personne n’en portait primitivement, mais, depuis quelques années, les indigènes aisés ont pris l’habitude d’en acheter dans les magasins danois.
- Dans un coin de la salle de l’exposition de M. Rabot, se trouvait une embarcation groënlandaise avec tout son armement, le kayak, dont nous donnons une réduction d’après un modèle groënlandais (fig. 1). C’est une périssoire, longue de 5,65 m et large de 0,45 m, faite de minces peaux de phoques tendues sur une légère carcasse en bois, et d’une remarquable élégance de forme. Un seul homme prend place dans l’embarcation, en s’y introduisant par une ouverture circulaire juste assez large pour le laisser passer et ménagée au centre du kayak. Au bord supérieur de ce trou de l'homme, est adapté un vêtement en peau, que le Groënlandais fixe à son corps et qui empêche l’eau de pénétrer dans la périssoire, de telle sorte que l’homme et le canot ne font qu’un. Après cette description sommaire, il est à peine besoin d’ajouter que cette pirogue manque absolument de stabilité, et que le moindre déplacement du centre de gravité suffit pour la faire chavirer. Un bon kayakman doit, en toute circonstance, conserver un équilibre aussi parfait que le vélocipédiste ; la moindre faute, la plus légère inattention, peut déterminer la mort du batelier, car une fois l’embarcation naufragée, il est retenu par le vêtement dans lequel il est emprisonné. C’est pourtant
- sur ce fragile esquif que l’Esquimau ne craint pas de braver la tempête en chassant le phoque et le morse. M. Rabot nous disait qu’avec cette périssoire, le Groënlandais accomplit de véritables tours de force. Il exécute, par exemple, dans l’eau, le saut périlleux : il fait chavirer son embarcation, et, en pagayant, la fait tourner la quille en l’air, pour reprendre ensuite son équilibre de l’autre côté.
- L’armement du kayak comprend, outre la pagaie, des flèches, un harpon et une lance, que le chasseur projette en avant à l’aide d’une lamelle de bois. Les deux flèches, toutes deux garnies d’une fouène, servent à frapper, l’une les oiseaux, l’autre les phoques. Le harpon, destiné aux gros animaux marins, secom-pose de trois parties : d’une tige qui est en bois généralement flotté, d’une pointe en dent de morse et assujettie à la tige par des lanières, et enfin d’une tête en fer mobile. Cette tête est attachée à une longue courroie enroulée devant le chasseur sur un petit tambour en os et dont l’extrémité est munie d’une vessie de morse. Dès que le chasseur aperçoit le gibier, il fixe à son harpon la tête en fer, qui reste maintenue par le câble tendu à l’aide d’une agrafe le long de la tige. Dès qu’il a frappé l’animal, cette tête pénètre dans les chairs, tandis que le harpon flotte à la surface de la mer ; immédiatement alors, pour que le morse ou le phoque en se débattant ne fasse pas chavirer le kayak, l’Esquimau jette à l’eau toute la ligne, avec la vessie qui sert de flotteur, et maintient à la surface l’animal capturé. Si le gibier n’a pas été tué du premier coup, le chasseur l’achève d’un coup de lance.
- Les Groënlandais ont, outre le kayak, Youmiak, grande embarcation en peau, pouvant porter trois à quatre tonnes. Ce canot est monté par un équipage presque entièrement féminin : ce sont des femmes qui rament, et a un homme sont dévolues les faciles fonctions de timonier. C’est en oumiak que les voyageurs parcourent de fjords du Groënland,et d’après les photographies de types exécutées par M. Rabot, il est permis de penser que de pareilles expéditions ne manquent pas d’agrément. A l’exposition de la Société de géographie figuraient deux modèles d'oumiaks très joliment exécutés par des Esquimaux et un modèle de traîneau avec sa meute, fait en ivoire de morse (fig. 2). L’attelage se compose de six chiens attelés de front. Les équipages de ce genre ne sont en usage que dans leGroënlandseptentrional. Dans la partie méridionale, les indigènes n’ont aucun animal domestique, à l’exception de quelques vaches. Les Groënlandais n’ont point, comme les Lapons, domestiqué le renne.
- Tous les objets exposés à la Société de géographie dénotent beaucoup de goût chez les Esquimaux du Groënland. Il y a notamment des broderies en peau de phoque d’une harmonie de nuances et d’une sûreté de dessin d’autant plus remarquables, que ces travaux ont été exécutés sans le secours d’aucun modèle. L’administration danoise a su tirer un parti très amusant du sentiment artistique des Groënlandais;
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- elle a fondé à Godthaab, le chef-lieu du Groenland méridional, un journal illustré, Y Atuagagliutit, dont les gravures sont l’œuvre d’un indigène. Ce recueil contient des paysages dont l’exactitude est prouvée par la collection de photographies qui orne le salle de l’exposition et des reproductions d’illustrations parues dans des journaux d’Europe. Nous signalerons encore un cahier de planches fort intéressantes, dessinées, gravées sur bois et tirées par des Groënlandais. Elles figurent toute l’ethnographie des Esquimaux et des scènes légendaires ou historiques composées par ces indigènes. Pour donner au lecteur une idée de cet art primitif, nous reproduisons une de ces vignettes représentant, croyons-nous, le dépècement d’une baleine (fig. 5).
- Cette collection de publications groënlandaises a été donnée à M. Rabot par le Directeur du commerce du Groënland pour être remise à la bibliothèque du Muséum d’histoire naturelle. Cette administration a également envoyé pour nos musées plusieurs objets fort intéressants. Par ces dons et par l’hospitalité qu’elle a accordée à M. Rabot à bord de ses navires, elle nous a donné une nouvelle preuve des sympathies des Danois pour notre pays.
- Gaston Tissandier.
- LES PROFONDEURS DE Lk MER
- L’Égéria, corvette anglaise en croisière dans l’océan Pacifique pour rechercher des bas-fonds supposés au sud de l’archipel des Amis, a fait deux sondages d’une profondeur extraordinaire : 4430 et 4295 brasses1 ; le premier, par 24°37 sud et 175° longitude sud-ouest; le deuxième, à 12 milles dans le sud. Ces deux sondages ont été faits avec une sonde mécanique Lucas et un fil galvanisé. Le plus profond a duré 3 heures, et l’on a obtenu un spécimen très satisfaisant du fond, où régnait une température de 33°, 7 Fahrenheit. Ces profondeurs, d’après Army and ISavy Gazette, sont plus grandes de 1 000 brasses que les plus grandes obtenues dans l’hémisphère sud et ne sont surpassées que sur trois points connus du monde : une de 4655 brasses, trouvée au nord-est de la côte du Japon par le Tuscarora, des États-Unis; une de 4475 brasses, trouvée par le Challenger, au sud de l’île des Larrons, et une de 4561 brasses, trouvée au nord de Porto-Rico, par le Blake, des États-Unis.
- MESURES DES HAUTEURS
- DANS LES LEVERS TOPOGRAPHIQUES EXPÉDIÉS
- La Nature contenait récemment un article sur un nouvel instrument destiné à la mesure approximative des hauteurs pour les levers topographiques expédiés2. De tels instruments peuvent rendre des services, mais ils coûtent assez cher et s’égaren^ facilement. Nous croyons être utiles à nos lecteurs en leur montrant
- 1 La brasse est de 1,62 m.
- * Voy. «° 815, du 12 janvier 1888, p. 101.
- qu’on peut les remplacer très avantageusement par un simple morceau de papier quadrillé qu’il est facile de trouver chez tous les papetiers.
- Les indications que nous allons donner sont empruntées à un excellent ouvrage écrit par un savant voyageur, le Dr Gustave Le Bon1. » L’auteur montre d’abord comment au moyen d’une seule photographie — et sans mesurer de hase, comme on avait été obligé de le faire jusqu’ici — il est possible, grâce à l’application de certaines lois de la perspective, de reconstituer la forme géométrique des objets et leurs dimensions; puis, il s’occupe des moyens de lever rapidement la carte du pays entourant des ruines de monuments. Après avoir décrit divers instruments et donné les résultats de son expérience sur les limites de leurs erreurs, il arrive à prouver qu’une vulgaire boussole-breloque de 0,50 fr, fixée sur un coin du cahier d’itinéraire, peut donner — pour les levers expédiés — des résultats aussi exacts que les meilleures boussoles de précision tenues à la main.
- Un cahier quelconque, ou au besoin un vieux journal, une boussole de 0,50 fr, un morceau de papier quadrillé et un crayon, voilà à quoi se réduit, d’après lui, tout ce qui est nécessaire pour faire des levers expédiés comprenant la planimétrie et le nivellement.
- Le graphique (fig. 1) consiste simplement en un morceau de papier quadrillé au millimètre, de 0,10 m de côté, fixé sur carton. Dans un des angles du carré on fixe un fil au moyen d’une épingle enfoncée dans l’épaisseur du carton. On chiffre sur le côté droit du graphique et sur sa partie inférieure des divisions de dix en dix millimètres, puis avec un compas on trace un arc de cercle ayant 0,10 m de rayon et on le divise en degrés avec un rapporteur. Cette dernière opération peut même être évitée si l’on n’avait besoin, ce qui est le cas le plus fréquent, que de calculer des hauteurs. Le graphique se réduirait exactement alors à une feuille de papier quadrillé.
- Le graphique ainsi construit donne les tangentes, sinus et cosinus pour tous les degrés de 0° à 45°. Pour obtenir les mêmes nombres que dans une Table de lignes trigonométriques naturelles, il suffit d’observer que les millimètres du graphique représentent des centièmes. Les exemples représentés sur la figure montrent le moyen d’opérer. Pour bien faire comprendre la direction parfois brisée que doit suivre le fil dans les différents cas, son extrémité mobile a été terminée par un disque ombré comme son extrémité fixe.
- Collé sur la première page intérieure de la couverture en carton du cahier d’itinéraire, ce graphique rend possible la mesure des angles verticaux, alors que la boussole fixée sur le même cahier permet de mesurer des angles horizontaux. Il la complète ainsi et permet les diverses opérations de topographie, qui se ramènent toutes en définitive à des mesures d’angles horizontaux et verticaux.
- 1 Les levers photographiques, 2* partie'; opérations complémentaires de la photographie. 1 vol. in-18. Paris, Gautbier-Yillars et fils.
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- Pour mesurer avec le graphique des angles verticaux et par conséquent des hauteurs, nous n’avons qu’à fixer à l’extrémité du fil libre un corps lourd quelconque, un peu plat, un sou percé par exemple, afin que son épaisseur n’empêche pas de fermer le cahier; puis, à 0,10 cm environ de l’épingle B fixant le fil sur le carton (fig. 2), on enfonce une seconde épingle A dans l’épaisseur du même carton en ne laissant sortir que sa tête. Ces deux épingles forment une ligne de visée. On opère comme il est indiqué sur la figure 2.
- Lorsque le poids qui est au bout du fil a cessé ses oscillations, on le fixe avec le doigt, et retournant le carton on lit, indiqué par le fil, l’angle vertical observé et sa tangente. Si l’observation est faite avec soin, on voit, en la répétant plusieurs fois, que la précision obtenue est d’environ un demi-degré, chiffre qu’il est bien difficile d’atteindre avec les éclimètres fixés aux divers systèmes de boussoles portatives. Ils appartiennent, en effet, à un cercle dont le rayon est au moins trois fois plus petit que celui du graphique1. Les plus fréquentes applications de ce graphique dans les levers expédiés seront de déterminer la hauteur d’une maison, d’un arbre, d’une colline, connaissant la distance horizontale a laquelle on s’en trouve.
- Les exemples suivants montrent la façon- d’opérer.
- Se trouvant à 70 m d’un clocher, on voit que l’angle de visée vertical est de 16 degrés, on demande la hauteur du clocher ? —
- Amenons (fig. 1) l’extrémité mobile du fil sur le chiffre 16°, posens la pointe d’un crayon sous ce m au niveau de la ligne verticale correspondant au chiffre 70, lu sur l’échelle inférieure du graphique, puis diri-geons-le vers l’extrémité de la ligne horizontale sur laquelle est posé le crayon ; on voit qu’il tombe au milieu de la séparation entre le 20e et le 21emillimètre de la graduation verticale; on en conclut immédiatement que la hauteur du clocher et de 20,50 m, plus la hauteur de l’œil de l’observateur au-
- 1 La première idée de ce graphique viseur a été donnée par le petit dessin diéclimètrc portatif sur carton donnât les tangentes des pentes qui figure dans le 2e volume du Cours de topographie de l’Ecole d’application d'artillerie, par Lehagre. En essayant de le tracer, le Dr Gustave Le Bon reconnut bientôt qu’une feuille de papier quadrillé était bien préférable, et qu’elle constituait uue excellente table de tangentes, sinus et cosinus, permettant la solution de nombreux problèmes.
- dessus du sol. On opérerait exactement de la même façon pour trouver la différence de niveau existant entre deux points dont on connaîtrait la distance horizontale.
- Déterminer l'inclinaison d'une rottle et sa^pro-jection horizontale. — La mesure d’une pente s’établit exactement comme la hauteur d’une maison; mais comme l’œil de l’observateur est à une certaine hauteur, il faut viser un objet placé devant soi au même niveau, la tête d’un guide, par exemple, marchant à 20 ou 30 m, ou un tronc d’arbre sur lequel on aura marqué un point à hauteur de l’œil.
- Connaissant la pente d’une route et la distance entre deux points, déterminée par le nombre de pas, il faut connaître la projection horizontale de cette route, puisque c’est seulement cette dernière qu’on doit inscrire sur les cartes ; le graphique la donne immédiatement. Supposons que nous ayons parcouru en pays de montagne 80 m sur un sentier incliné de 30 degrés, quelle est la longueur horizontale à marquer sur la carte?
- Avec un décimètre ou un morceau de papier quadrillé dont une extrémité passe par le zéro où est fixé le fil, et l’autre par la graduation 30°, mesurons 80 mm sur la ligne oblique allant de 0°à 50°, et à l’extrémité de cette longueur marquons au crayon un point sur le graphique. La ligne verticale descendue de ce point indique, sur le bas du graphique, la projection horizontale cherchée, soit 69 m environ.
- Si l’on avait opéré sur 100 m, l’opération eût été plus simple encore, puisque l’on n’aurait eu qu’à lire immédiatement sur l’échelle horizontale, le cosinus de 30 degrés, soit 86 m. Dans tout ce qui précède, il ne s’agit, bien entendu, que de levers expédiés, où la précision est sacrifiée nécessairement à la rapidité. Pour les levers exacts, le Dr Gustave Le Bon a imaginé des instruments plus compliqués naturellement que le précédent, mais tous très portatifs : on en trouvera la description dans son ouvrage. Nous citerons surtout parmi eux son téléstéréomètre, petite lunette longue et grosse comme le doigt, dont le champ est vingt-cinq fois plus grand que celui des lunettes ordinaires, et qui permet de mesurer, — non seulement les distances — mais encore les angles avec plus de précision que les meilleurs graphomètres.
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- Fig. 1. — Graphique topographique.
- Fig. 2. — Manière de se servir du graphique.
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- LÀ YIGNE MONSTRE DE KINNEL
- Si^J’on remonte la Tay jusqu’au « Loch of Tay », puis qu’on traverse ce lac dans toute sa longueur, et qu’on remonte enfin la rivière Dochart sur une faible partie de son cours, on arrive à la charmante petite ville de Killin. Tout près de là se trouve le château de Kinnel, propriété du marquis de Breadalbane; et c’est là que nous voulons emmener les lecteurs de La Nature, pour leur montrer une vigne magnifique, dépassant, par ses dimensions, toutes celles dont ce journal a déjà parlé précédemment1.
- Cette vigne est de la variété Black Hamburg, comme celle d’Hampton Court et celle de Cumberland Lodge, dans le potager royal de Frogmore, à Windsor. Elle fut plantée par le premier marquis de Breadalbane, vers 1851 ou 1832; elle fut installée dans une petite serre, et ses branches furent appliquées sous les vitres du toit. On ne fit aucune plate-bande, aucun terrassement pour elle : on la planta dans le sol naturel. Le terrain était d’une nature légèrement caillouteuse, avec un sous-sol composé principalement de sable et de gravier. Il y a environ quarante ou quarante-cinq ans, le jardinier qui était chargé des soins à donner à cette vigne creusa un
- La vigne de Kinnel ( D’après une photographie communiquée à La Nature, par M. le marquis de Breadalbane.)
- trou par-dessous les racines, et y déposa un certain nombre de charretées de fumier, de feuilles d’arbres tombées et pourries. C’est tout ce qu’on fit jamais pour amender le terrain. Depuis lors elle n’a pas manqué de porter une abondante récolte. Il parait, d’ailleurs, que jadis il y avait, devant la serre où elle se trouve, un trou d’où on avait extrait du sable, et qui fut plus tard rempli complètement de décombres de toutes sortes; les racines de la plante s’y étendirent à mesure que poussait la vigne et y prirent sans doute une partie de leur nourriture. Aujourd’hui le sol en cet endroit est complètement homogène, on ne trouve plus trace de ces décombres; mais les jardiniers du [château de Kinnel ont
- 1 Yov. ii° 705, du ‘28 janvier 1888, p. 150.
- gardé le souvenir de l’influence heureuse qu’a eue le voisinage de ces matériaux rapportés, sur la croissance de la vigne.
- Les dimensions de cette plante sont tout à fait phénoménales, comme on peut déjà s’en rendre compte par l’examen de la gravure ci-jointe, l’échelle des dimensions étant fournie par les divers pots qui sont dans la serre.
- La circonférence de la branche principale du tronc, qu’on aperçoit dans la photographie assez loin du premier plan, est de deux pieds (0,609 m) à une hauteur de 12 pouces (0,504 m) du sol. Cette branche monte tout droit jusqu’à 6 pieds (1,828 m) ; elle se divise alors en deux autres branches, l’une allant à droite, l’autre à gauche. Chacune d’elles a une épaisseur de 15 pouces (0,38 m), et elles s’éten-
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- dent sur toute la longueur de la serre, dont l’étendue est de 170 pieds (51,81 m). Arrivée à l’extrémité de la serre, chacune de ces branches maîtresses tourne à angle droit, remonte perpendiculairement, mesurant ainsi une longueur de 105 pieds (ou 51,59 m) à partir du tronc; l’envergure totale de la vigne est donc de 206 pieds (62$7 8).
- De ces maîtresses branches, dont nous venons de parler, part tous les 2 pieds et demi (0,76 m) ou environ, une plus petite branche; on les fait toutes monter au sommet de la serre, c’est-à-dire à 17 ou 18 pieds (5,48 m). Il y en a de 60 à 65 portant toutes des fruits, et la vigne est aussi vigoureuse qu’une jeune plante datant seulement de quelques années; elle ne présente pas le moindre signe d’épuisement, bien qu’elle porte régulièrement d’énormes récoltes.
- On peut dire, comme le prouvent les chiffres fournis par le jardinier, que, depuis 1879, le nombre des grappes de raisin n’a fait qu’augmenter continuellement. Durant les treize dernières années, toutes les vieilles branches portant les fruits ont été successivement coupées, et du bois jeune les a graduellement remplacées. C’est ainsi qu’on s’explique comment, durant différentes années, il y a eu des variations dans le nombre des grappes coupées vertes ou venues à maturité. Grâce à cet enlèvement du vieux bois remplacé par de jeunes branches, on voit que la vigne a été complètement rajeunie, à l’exception du tronc et des grosses branches. 11 y a eu des années où le jeune bois a poussé de 20 à 50 pieds (de 6,09 m à 9,14 m) dans la saison. L’année dernière, en 1888, cette croissance était de 2 pouces et demi (0,062 m) par vingt-quatre heures; du 17 au 27 mai, en dix jours par conséquent, les jeunes branches allongèrent de 25 pouces (0,655 m).
- Les grappes présentent rarement des grains avariés; leur poids moyen est de 1 livre et demie à 2 livres (679 à 907 gr) ; on a vu des grains ayant 4 pouces (0,101 m) de circonférence. La plus grosse grappe qu’on ait jamais cueillie fut récoltée en 1879 ; elle pesait 5 livres (2265 gr). C’est le jeune bois qui produit les plus grosses grappes.
- En 1879, la vigne porta un nombre total de 1179 grappes, dont on laissa seulement 805 venir jusqu’à maturité; en 1881, sur un total de 1868, on en coupa 1168 encore vertes, et 700 purent mûrir; ces chiffres devinrent 2102, 1602 et 500 en 1885; en 1885, 2844, 2294 et 550; enfin, en 1888, 5170, dont 2620 coupées vertes et 550 ayant mûri complètement; cette année le poids total de la récolte a dépassé 900 livres, c’est-à-dire 408 kg. On voit d’ailleurs que, si le nombre absolu des grappes que produit cette vigne phénoménale a triplé depuis 1879, on est forcé d’en laisser moins venir à maturité.
- D’ailleurs, les soins qu’on donne à cette plante sont bien simples. On maintient d’abord invariablement la température entre 60° et 65° Fahrenheit, ce
- qui revient à 15°,56 et 18°,55 centigrades. On fume avec de bon et fort fumier de vache, on emploie aussi un engrais spécial de Thompson, et on l’arrose largement d’eau ayant passé sur du fumier et sur du guano. Quand on a éclairci les grappes, on place dans la serre des récipients contenant de l’eau de fumier qui, en s’évaporant, tue les insectes nuisibles et maintient les feuilles en bon état. On n’a jamais vu ni insectes, ni feuilles malades.
- Nous avons dit que la longueur totale de la serre est 170 pieds, primitivement elle avait des dimensions beaucoup plus restreintes; on l’a agrandie au fur et à mesure qu’augmentait la vigne. La hauteur du toit est de 17 à 18 pieds; la superficie totale que garnit la plante en est de 4275 pieds carrés (ou 587,147 m2). •
- On voit que cette vigne est un vrai phénomène de végétation, et qu’elle mérite à tous égards les quelques lignes que nous lui consacrons.
- Daniel Bellet.
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- NÉCROLOGIE
- De Fréminville. — La mort a récemment frappé un de nos ingénieurs les plus éminents, M. de Fréminville, dont il nous appartient de résumer ici la longue carrière et les importants travaux. Sa famille comptait déjà plusieurs ingénieurs, entre autres son bisaïeul A. de Chézy et un allié de Prony. Son père, après une laborieuse carrière militaire, consacrait les loisirs de sa retraite à la confection d’appareils de physique qu’il exécutait avec une habileté très rare chez un amateur. Le jeune Fréminville travaillait dans le petit atelier paternel, avec un camarade auquel il allait rester toujours uni par les liens de la plus étroite amitié, qui était destiné à s’élever aux plus hauts rangs de la science, et qui s’appelait Hervé Mangon1.
- Entré à l’École polytechnique en 1840, A.-J. de Fréminville en sortit dans le génie maritime. Après avoir suivi les cours de l’École d’application, alors établie à Lorient, il fit ses débuts à Brest sous les ordres de M. Fauveau.
- En 1852, étant sous-ingénieur de lro classe, il fut nommé adjoint au directeur de l’École du génie maritime, puis sous-directeur de cette même École en 1854, au moment de son transfert à Paris. Il conserva ces fonctions jusqu’à la fin de l’année 1871-1872, époque à laquelle l’Ecole du génie maritime fut transférée à Cherbourg.
- L’œuvre principale de M. de Fréminville a été l’organisation de l’École du génie maritime, à laquelle il s’était consacré entièrement.
- En 1870, lors du siège de Paris, de Fréminville travailla avec une ardeur pleine de patriotisme à la défense nationale et il organisa des fourneaux de mines aux portes de Paris. De 1872 à 1876, il fit partie, au Ministère de la marine, du Conseil des travaux. En 1876, le savant ingénieur fut nommé directeur des constructions navales à Brest. Mais sa santé ne lui permit pas d’exercer longtemps ces dernières fonctions, et l’obligea à prendre sa retraite.
- Professeur à l’École centrale et membre du Conseil de perfectionnement de cet établissement, de Fréminville, dont les habitudes d’un labeur persévérant furent la règle
- ‘ Voy. notice nécrologique sur Hervé Mangon, n° 782, du 20 mai 1888, p. 401.
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- de toute sa vie, prit une part active aux Expositions de Paris de 1867 et de 1878. Il fit partie de la Mission française à l’Exposition de Vienne en 1873, et fut enfin désigné par le Ministre de la marine pour étudier en Angleterre la méthode de jaugeage des navires, qu’il contribua à faire adopter en France.
- Auteur d’ouvrages techniques très appréciés et d’une note sur les machines Compound, travail considérable qui fut couronné par l’Académie des sciences en 1878, de Fréminville avait d’autres projets de publications mécaniques, mais une longue maladie le condamna au repos, jusqu’au moment où il succomba à l'àge de soixante-huit ans. De Fréminville était officier de la Légion d'honneur; sa vie fut tout entière consacrée au travail et à la science. G. T.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 11 février 1889.—Présidence de M. De:s Cloiz eaux.
- Le poison pulmonaire. — Déjà M. Brown-Sequard a appelé l’attention sur les propriétés éminemment toxiques du liquide résultant de la condensation des émanations pulmonaires : une goutte inoculée dans les veines d’un lapin le tue en un temps très court. Il revient sur ce sujet avec la collaboration de M. d’Arsonval pour présenter un appareil dont l’usage a fait faire de grands progrès à la question. C’est une série de cages hermétiquement fermées où sont enfermés des animaux et dont chacune reçoit exclusivement son atmosphère de la cage précédente pour la transmettre à la suivante. Dès qu’il est à la quatrième ou à la cinquième, le milieu est si malsain que la mort de l’animal enfermé est des plus rapides. On pourrait croire que l’acide carbonique est pour quelque chose au moins dans cette conséquence funeste de l’expérience, mais il n’en est rien, et voici deux preuves concluantes. D’abord on constate qu’un animal vit très bien dans une atmosphère aussi riche en acide carbonique que l’air mortel dont on vient de parler. Ensuite, et ceci ne laisse place à aucun doute, si on reprend l’air devenu irrespirable pour le faire barbotter dans l’acide sulfurique, on le voit redevenir parfaitement favorable à la vie : il n’a aucunement perdu son acide carbonique tandis que toutes les substances organiques qu’il renfermait ont été brûlées.
- Les microbes buccaux. — De bien curieuses observations mettent MM. Verneuil et Clado à même de démontrer les propriétés phlogogènes et pyogènes des microbes contenus normalement dans la salive. C’est d’abord le cas d’un homme de vingt-huit ans atteint de carie dentaire et présentant un abcès dans les profondeurs de la gencive : le pus examiné au microscope montre outre des leucocytes, le microcoque pyogène, des spirilles de la salive et d’autres microbes buccaux. Les cultures fournissent d’abondants staphyllo-coccus. En second lieu, c’est le cas d’une femme de vingt ans qui, moins de quarante-huit heures après l’extraction d’une dent cariée, éprouva d’intolérables douleurs causées par un petit abcès. Déjà les globules de pus s’y étaient collectés et avec eux des microcoques, et des spirilles si abondants qu’ils constituaient des touffes filamenteuse. Une injection phéniquée mit fin aux accidents. La conclusion, c’est que la pénétration des fluides buccaux dans des écorchures, entraîne souvent l’explosion d’abcès. Elle est convenablement appuyée par les faits suivants. Arrive à l'hôpital une femme dont le bras est atteint d’un si formidable phlegmon que la vie de la malade est compromise. La cause, la voici :
- deux jours avant, cette femme souffrant d’une dent cariée, la gratta avec une petite lime à ongle ; un faux mouvement lui ayant fait lâcher le petit outil, elle le rattrapa pour ainsi dire au vol et se fit ainsi une petite écorchure à la main. Dès le lendemain les désordres se déclarèrent et bien qu’aucun examen n’ait été fait on peut penser que les microbes buccaux inoculés par la pointe de la lime ont été l’origine de tout le mal. Une autre fois on ouvre un abcès situé à la face palmaire d’un doigt et on constate avec étonnement dans le liquide purulent l’abondance du spirille de la salive. L’enquête fait reconnaître que le malade s’est légèrement écorché quelque temps avant au crochet d’or de sa fausse dent. Voilà de quoi rendre compte, comme le remarque M. Yerneuil, des cas de mort si fréquents après les fractures des maxillaires et voilà qui remettra dans toutes les mémoires la fameuse question d’Eusthèines : (( Pourquoi est la salive de l’homme vénéneuse à tous serpents et animaux vénéneux? v
- Les microbes de l'estomac. — Par l’intermédiaire de M. Schutzenberger, un auteur dont le nom nous échappe a procédé au recensement des microbes contenus dans l’estomac. Pour les avoir, il a réalisé parles méthodes bien connues le lavage de son propre estomac et a soumis au microscope le liquide employé. A côté de sept organismes déjà connus, [l’auteur a ainsi trouvé neuf formes nouvelles dont huit bactéries et un microcoque. Chacun d’eux a été mis en présence des principales substances alimentaires et a révélé son activité digestive ; le maximum d’action a été réalisé par leur collaboration mutuelle.
- M. Broch. — C’est avec une émotion communicative que M. Bertrand annonce la mort de l’un des très savants correspondants de la section de mécanique. M. Broch était norvégien et n’a cessé de témoigner à la France la plus vive amitié. Géomètre et élève d’Abell, il se signala d’abord par d’importants travaux sur la théorie des fonctions elliptiques. Il fit à Christiania un cours de mécanique qui fut très remarqué et à la suite duquel il fut désigné pour représenter son pays à la Commission internationale des poids et mesures. Sa perte est vraiment douloureuse à tous égards. (Voir la notice de la p. 177).
- Le bismuth amorphe. — Une très intéressante modification allotropique du bismuth vient d’être obtenue à la Sorbonne par M. Fernand Hérard, qui a déjà réalisé l’an dernier un travail analogue au sujet de l’antimoine. Il s’agit du bismuth amorphe dont la densité est seulement égale à 9,483, qui fond dès 410 degrés et que les acides dissolvent avec une facilité relative. M. Troost signale ces résultats comme spécialement intéressants.
- Nouvelle station humaine de l'époque magdaléenne. — C’est dans la classique vallée de la Vezère, à deux kilomètres de la célèbre grotte de Cro Magnon que M. Émile Rivière a été assez heureux pour découvrir au mois d’octobre dernier une station qu’il appelle Pageyral, du nom du propriétaire du terrain. C’est un véritable abri sous roche dont le sol, méthodiquement fouillé, a fourni déjà de précieuses trouvailles. Parmi les os d’animaux, on reconnaît le renard, le chacal, le sanglier, le renne, le cerf élaphe, le chevreuil, un bœuf, le milan royal et le faisan ; des colimaçons. Parmi les objets d’origine humaine l’auteur cite un poinçon double en os, des lances, des pointes de flèches, des grattoirs, des burins en silex, quelques nuclei et de nombreux éclats.
- Varia. — Une commission de six membres est nommée pour dresser une liste de candidats à la place de secrétaire
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- LA NATURE
- perpétuel, vacante par la démission de M. Pasteur. — M. Kunckel d’Herculais fait une très importante lecture sur les ravages causés en Algérie par le criquet destructeur du Stauronotus marocamis : La Nature a déjà parlé de cette question. — L’organisation du dragonneau, ver nématoïde, occupe M. Villot (de Grenoble). — M. Kérillis, lieutenant de vaisseau, soumet un ingénieux appareil pour permettre les observations à la mer quand l’borizon est caché. — Suivant M. Duponchel, il faut chercher dans la situation relalive des planètes la raison des maxima et des ininima de taches solaires. — Au mois d’août 1890 aura lieu à Limoges l’inauguration d’une statue de Gay-Lussac, dont l’exécution est confiée à M. Aimé Juillet et dont le bronze sera fourni par l’État. — Des observations actino-métriques faites à Kieff, en Russie, vérifient la loi de la
- radiation solaire découverte à Montpellier, par M. Crova. — M. H. Becquerel applique les méthodes nouvelles qu’il a précédemment décrites à l’examen des spectres d’absorption de l’épidote. — Un hydrure de platine est obtenu par M. Yiolle au cours de la décomposition électrochimique de l’eau à l’aide de courants très énergiques. — Le dosage de l’acide salicylique occupe M. de Koninck.
- Stanislas Meunier.
- UNE Y0ITURE A TROIS ROUES
- On sait que les premières diligences qui fonctionnèrent régulièrement en France, à partir de 1818,
- Omnibus à trois roues ou tricycle. (D’après une ancienne lithographie de ltaffet.)
- nous parlons des grandes diligences jaunes1, eurent un succès considérable et apparurent comme une révolution dans la locomotion terrestre. Pour aller de Paris aux environs, on continua longtemps à se servir des coucous, modestes véhicules, dont nos pères ont gardé le souvenir, et qui transportaient le dimanche à la campagne les citadins ayant soif d’air et de soleil. Quelques tentatives de construction de voitures plus confortables ont été faites à cette époque, mais sans grand succès. Nous reproduisons ci-dessus une très curieuse lithographie du célèbre dessinateur Raffet. Elle représente une voiture à trois roues, véritable omnibus, qui a fonctionné à Paris vers 1825. Cet omnibus était
- 1 Voy. La locomotion terrestre, u° 768, du 18 février 1888, p. 177.
- muni de deux roues à l’arrière et d’une roue directrice à l’avant. On payait 0,25 fr. pour y monter. Ces voitures portaient le nom de tricycles, comme l’indique l’inscription du dessin de Rafl'et. II est probable qu’elles desservaient les environs de Paris, mais nous n’avons pas pu nous procurer, même auprès de personnes compétentes, de renseignements précis à ce sujet. Peut être un de nos lecteurs sera-il à même de nous les donner. Nous les accueillerons avec curiosité.
- Quoi qu’il en soit, il nous a paru intéressant de faire connaître ce curieux essai de construction d’un véhicule à trois roues.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 821. — 25 FÉVRIER 1889.
- LA NATURE.
- LES NOUVELLES GROTTES DES CÉYENNES
- HYDROLOGIE DES CAISSES
- RIVIÈRE SOUTERRAINE DE 1HUMARIAU. GROTTE I)E DARGILAX
- En donnant en 18851 la description extérieure de Bramabiau (Gard), j’ai parlé du régime hydrographique des grands causses français (Lozère et Aveyron) et exposé que les eaux de pluies absorbées par les avens à la surface de ces plateaux reparaissent filtrées à 500 m plus bas, sous la forme de sources puissantes, au fond des canons, et au bord des rivières du Tarn, de la ,fonte, de la Dour-bie, etc., après avoir intérieurement traversé toute l’épaisseur de la masse calcaire.
- J’ai voulu rechercher, l’été dernier, comment s'effectuait cette circulation cachée des eaux ; l’expédition que j’ai entreprise dans ce but a produit les résultats que je vais ici exposer sommairement.
- Ces résultats sont la première traversée de la rivière souterraine de Brama-biau, la découverte de deux grottes (dont l’une, de 2800 m de développement, peut lutter de magnificence avec celle même d'Adelsberg) et l’acquisition de données nouvelles sur l’hydrologie des causses et la formation de leurs canons.
- Le 28 juin 1888, entré avec trois compagnons audacieux et agiles dans la perte du Bonheur à l’extrémité du tunnel supérieur de Bramabiau, nous réussîmes, après cinq heures de dangereux et pénibles efforts, à ressortir par la source, au fond de l’admirable alcôve dont la vue seule mérite le voyage. Nous n’avons pu effectuer cette étrange descente que grâce à une reconnaissance préliminaire opérée la
- 1 Yoy. n° 059, du 29 août 1885, p. 200.
- 17* année. — i*r semestre.
- veille et d’en bas, à l’aide du bateau démontable d’Osgood1. La distance à vol d’oiseau est de 410 m et la différence de niveau de 90 m entre les orifices de la perte et celui de la sortie (1095-1005 m d’altitude.)
- Le développement interne du cours d’eau, que coupent sept cascades hautes de 1 à 10 m, atteint 700 m; en outre, nous avons mesuré, en dressant le plan de ces catacombes, 1 km de couloirs latéraux à sec, soit 1700 m de ramifications totales. Sous terre, la rivière décrit un demi-cercle presque parfait
- et reçoit comme affluents quatre grosses sources de provenance inconnue. Tous les couloirs secondaires sont perpendiculaires «à la galerie principale; aux inter-sections, plusieurs salles de coupe conique, hautes de 50 m et plus, ayant de 20 m à 40 m de diamètre, forment carrefours; l’une renferme un petit lac. Uniformément tous les conduits sont très étroits (1 à 6 m) et fort élevés (10 à 40m).
- Il va sans dire que l’aspect de ces cavernes, jusqu’ici inconnues, est on ne peut plus curieux; elles ressemblent aux gorges du Fier ou du Trient supposées voûtées. Naturellement le parcours en l’état actuel en est pratiquement impossible et il faudra de grands et coûteux travaux d’aménagement pour rendre accessible aux touristes cette nouvelle merveille des Cévennes.
- Les péripéties de notre traversée ne sauraient trouver place ici : le lecteur curieux voudra bien en chercher les détails dans le prochain annuaire (pour 1888) du Club alpin français.
- Ceci nous renseignait sur l’hydrologie du plateau de Camprieu, c’est-à-dire d’un petit causse haut de 120 m. Mis en goût par le succès, nous aspirâmes à
- 1 Yoy. n° 815, du 29 décembre 1888 i>. 69.
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- LA NATURE.
- franchir toute l’épaisseur d’un grand eaussede 500 ni; en un mot a entrer par une source basse et à ressortir par un aven. Mais là l’échec fut complet. A cause des pluies abondantes de 1888 toutes les fontaines étaient gonllées outre mesure : ni à Saint-Chély du Tarn, ni à Castelbouc (près de Sainte-Eni-mie), ni aux Douzes1 nous ne pûmes pénétrer sous le causse Mejean par les galeries généralement à sec en été et cette fois exceptionnellement remplies d’eau d’où débouchent ces fontaines. La dynamite même lut impuissante contre l’abondance du Ilot intérieur.
- A Saint-Chély seulement nous poussâmes à 80 m de distance de l’orifice, et découvrîmes un joli lac souterrain de 50 m de longueur sur 5 m de largeur et (> ni de profondeur : à l’extrémité, le courant sortait d’une fissure impénétrable de quelques cm de diamètre. Pour les sources donc, la partie était perdue et remise à l’année suivante. Mais, échouant par en bas, nous fûmes demander aux grottes, creusées au sommet des causses entre 500 et 500 m au-dessus des rivières, ce que les fontaines ne voulaient pas nous dire.
- La pénétration entière d’un causse nous y fut également refusée, car, au fond de toutes les cavernes explorées, nous rencontrâmes toujours, vers 200 m en dessous de la surface du plateau, une couche d’argile qui retenait des nappes ou courants d’eau et s’opposait à tout passage.
- Nous nous consolâmes aisément par l’exploration de la grotte de Dargilan, ouverte en haut du causse Noir à 900 m d’altitude, à 550 ni au-dessus de la Jonte et à 6 km ouest de Meyrueis. En 1880, cette grotte fut découverte par l'effet du hasard : toutefois on ne connaissait qu’une partie de la première salle, la plus grande (190 m de longueur, 00 de largeur, 70 de hauteur) mais non la plus belle : nous en donnons l’aspect dans la gravure ci-contre. Deux visites successives, en 1884 et 1885, m’y avaient fait soupçonner d’autres splendeurs cachées; de tous côtés, en effet, s’ouvraient des bouches de puits ou de galeries impraticables sans échelles.
- Donc, en juin 1888, nous entreprîmes l’exploration méthodique de Dargilan qui nous révéla l’une des plus grandioses cavernes connues.
- — A suivre. — E.-A. MâRTEL.
- L’MENTION DU MARTEAU-PILON
- On a quelquefois attribué à un ingénieur anglais, Nas-myth, l’invention du marteau-pilon, tandis qu’en réalité c’est bien l’œuvre d’un Français, François Bourdon, ingénieur en chef du Creusot, mort en 1865.
- Cette confusion s’explique du x-este : les industries qu’ils dirigeaient ayant les mêmes besoins, les deux ingénieurs eurent tous deux la même idée. Rien d’étonnant à cela. Mais F. Bourdon ne laissa pas son idée sur le papier, il l’appliqua le premier.
- Il nous parait intéressant de donner à ce sujet, d’après
- 1 Yuy ii0 760, du 4 février 1888.
- une brochure de M. Boutmy, ingénieur en chef de la Compagnie B.-L.-M. et élève de F. Bourdon, quelques détails qui prouvent bien que la priorité de cette importante invention appartient à notre compatriote. Ouest trop souvent porté chez nous à croire que, eu fait de métallurgie surtout, les Anglais nous sont supérieurs.
- C’est en 1859 que F. Bourdon eut l’idée d'attacher directement à la tige d’un piston à vapeur une masse de fer. Il fit alors de sa machine un profil détaillé que M. Boutmy a vu à cette époque, ainsi que plusieurs autres ingénieurs. En 1840, le marteau était construit, il pesait 2500 kg et avait 2 m. de levée; M. Schneider, propriétaire du Creusot, le faisait breveter en son nom le 50 septembre 1841 etNasmyth le vit fonctionner en 1842. C’est seulement alors qu’il construisit le sien. Lorsque F. Bourdon avait présenté son projet à M. Schneider en 1859, celui-ci le trouva probablement trop hardi, car il en ajourna l’exécution et partit pour l’Angleterre avec
- z floo k.
- Marteau-pilon de François Bourdon. Dessin du brevet du 10 septembre 1811.
- lui pour voir quels étaient les meilleurs marteaux de forge employés. C’est alors qu’ils virent chez Nasmyth un croquis analogue au projet fait par F. Bourdon. Celui-ci fit ses objections et indiqua comment de son côté il entendait la réalisation d’un tel appareil. M. Schneider, frappé de voir que la même idée se rencontrait chez deux ingénieurs aussi éminents, n’hésita plus et aussitôt rentré au Creusot pria Bourdon de mettre son projet à exécution. Ce qui fut fait, comme nous l’avons dit plus haut, et ce qui donna l’occasion à Nasmyth de revendiquer plus tard la priorité de l’invention et de crier au plagiat. M. Boutmy, qui a vu les plans de F. Bourdon avant et après son voyage en Angleterre, affirme d’une façon formelle qu’ils n’ont pas été changés. Nasmyth vint en 1842 au Creusot et fut fort surpris de voir fonctionner l’appareil ; il montra bien alors qu’il n’en avait jamais étudié à fond la réalisation pratique et que de son côté il était toujours à l’état d’embryon.
- 11 est probable néanmoins que même sans avoir vu fonctionner le marteau du Creusot et l’avoir étudié en détail, il serait arrivé à construire le sien comme il l’a fait plus tard, puisque les deux appareils différaient dans bien des parties importantes. Mais les faits n’en sont pas moins là : deux ingénieurs de grand mérite, étrangers
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- LA NATURE.
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- l’un à l’autre, ont eu au même instant, chacun dans son pays, et dans l’entrainement d’un même courant industriel, une idée identique; l’un, Nasmyth, en fait un simple croquis et s’en tient là; l’autre, F. Bourdon, en fait un projet qu’il exécute, apprenant que son confrère a eu la même idée que lui. Ce n’est qu’après avoir vu fonctionner l’appareil du second que le premier des deux ingénieurs revient à son croquis et entame l’exécution. Lequel des deux aura le plus emprunté à l’autre ?
- Au lecteur le soin de juger. G. M.
- LES EAUX ARTÉSIENNES
- ET LES NOUVELLES OASIS DE l’oüED RIR’ (ALGÉRIE1)
- La région de l’Oued Rir’, dont Tougourt est la capitale, se trouve située dans les plaines sahariennes qui s’étendent au sud du grand massif des montagnes de l’Aurès, dans la province de Constan-tine. C’est une des contrées de l’Afrique les plus richement dotées en eaux artésiennes, une sorte de petite Egypte avec un Nil souterrain.
- A proprement parler, l’Oued Rir’ est une vallée qui descend du sud au nord et aboutit au sud-ouest du chott Melrir2. Le lit mineur de cette vallée est représenté par une zone de bas-fonds, chotts et sebkha, le long de laquelle s’échelonnent une série d’oasis prospères. Les oasis de l’Oued Rir’ commencent, au nord, à Ourir, située à 100 km au sud de Riskra, et se succèdent sur 130 km vers le sud : Mraïer, Ourlana, Tougourt, etc.
- L’existence de cette série d’oasis est liée à la présence d’un grand réservoir d'eaux artésiennes à haute pression, qui règne souterrainement, à l’aplomb de la zone des has-londs de la surface, et dont on peut faire jaillir l’eau en abondance, au moyen de puits suffisamment profonds. De nombreux puits jaillissants, les uns creusés par les indigènes et boisés, les
- 1 On sait qu’au printemps de l'année 1888, un groupe important de membres do Y Association française pour l'avancement des sciences, se trouvant en Algérie à l’occasion du Congrès d’Oran, ont entrepris, sur la proposition de M. Rolland, une excursion au sud de Riskra, dans la régioii de l’Oued Rir’, et sont allés jusqu’à Tougourt. M. Garicl a déjà rendu compte-dans La Nature de cette excursion, qui avait spécialement pour objet la visite des nouvelles oasis de création française de l’Oued Rir’ (n09 784 et 780, des 9 et 25 juin 1888). Les membres de Y Association française ont pu étudier sur place le nouveau mode de colonisation que 51. Rolland travaille activement à implanter dans le Sud algérien, la colonisation saharienne, et ils sont revenus convaincus de l’intérêt qui s’y attache et de l’avenir qui l’attend. M. Rolland ayant pris la part principale à cette œuvre si intéressante de colonisation avancée, nous lui avons demandé de parler à nos lecteurs de la région de l'Oued Rir’, de ses eaux artésiennes et des travaux de sondage qui y sont exécutés, de ses oasis et de ses entreprises françaises de création agricole, enfin du développement dont ce pays est susceptible. L’auteur a voulu indiquer aussi la nécessité de prolonger vers l’Oued Rir’ le chemin de fer qui arrive a Biskra depuis six mois, et de procéder sans retard à l’exécution de la ligne de Biskra-Tougourt-Ouargla.
- G. T.
- 2 G. Rolland. — L’Oued Rir’et la colonisation française au Sahara (Challamcl et Ciu, éditeuas, 1887). — Hydrographie et orographie du Sahara algérien (Bulletin de la Société de géographie, 2e trimestre de 1886).
- autres forés par la sonde française et tubés en fer, jalonnent ce réservoir souterrain, qui règne avec continuité tout le long de l’Oued Rir’.
- Les eaux artésiennes viennent d’une profondeur de 70 à 75 m sous la surface, et possèdent une température de 25°,1 en moyenne. Elles ont leur gisement au sein d’une masse très perméable de sables fluides, mais sont recouvertes et maintenues sous pression par un massif imperméable de marnes et de marnes sableuses, avec gypse, que les sondages ont à traverser. Aussitôt que l’outil a percé la couverture, c’est-à-dire la couche qui recouvre immédiatement la nappe artésienne et qui est parfois très dure, les eaux comprimées font irruption dans le trou de sonde et jaillissent à l’orifice delà colonne métallique : le premier jet s’élance souvent à plusieurs mètres de hauteur. Pendant quelques jours, l’eau charrie beaucoup de sables et de cailloux, et même de gros blocs, qu’elle vomit à la surface; puis il s’établit peu à peu un régime stable, et l’eau, sortant claire et limpide de l’orifice, retombe autour du tube, semblable à un dôme transparent de cristal.
- La figure 1 donne une vue du puits n° 4 de l’oasis indigène de Sidi Amran. C’est le roi des puits de l'Oued Rir’; son débit est de 6000 1 d’eau par minute: une véritable rivière. H a été foré en 1884 et a été appelé Ain Jus (fontaine Jus) du nom de l’ingénieur bien connu qui a dirigé les sondages de l’Oued Rir’ depuis l’origine jusqu’à ces dernières années. La figure 2 représente le puits n° 5 de l’oasis indigène de Sidi Sliman (Ain Lieulenant-Bourot) foré en 1887 par M. le sous-lieutenant Clottu, le directeur actuel de l’atelier militaire des sondages de l’Oued Rir’. Ce puits débite 4000 1 d’eau par minute : c’est autant que le plus beau puits artésien de Paris, celui de Passy. De semblables débits ne sont pas rares dans l’Oued Rir’ ; les puits de 3000 à 4000 1 y sont même assez nombreux.
- Par place, les eaux sous pression se sont elles-mêmes fraye un passage au travers des terrains superposés, et ont donné lieu à des sources naturelles, aux points d’émergence desquelles se trouvent des gouffres généralement profonds, ou des buttes comparables aux cratères de petits volcans d’eau : telle est l’origine de beaucoup des lacs artésiens, appelés behour (bahr, mer ; pl. behour), et de presque tous les petits réservoirs, appelés chria (nid), que l’on rencontre à la surface de l’Oued Rir’. La figure 4 (p. 198) donne la coupe géologique d’un des chria les plus caractéristiques de l’Oued Rir’, le chria Ayata. Quant aux behour, ce sont des lacs parfois importants, aux eaux limpides et bleues, qu’on est tout étonné de rencontrer à la surface de ces régions desséchées. Le bahr Merdjedja, près de Tougourt, n’a pas moins de 2 km de longueur. Il faut ajouter qu’une partie de ces behour provient de l’éboulement d’anciens puits indigènes ou d’anciens groupes de puits indigènes. En effet, ces puits, creusés à la main par les indigènes, ont leurs parois simplement boisées ; au bout d’un certain temps, ils s’éboulent et s’ensa-
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- 1 IMi
- LA NATURE
- Lient; leur durée est donc forcément limitée. Au contraire, les puits français, forés au moyen de l’appareil européen de sondages et tubés en fer, ont une
- durée pour ainsi dire indéfinie, quand ils ont été exécutés dans de bonnes conditions et que la colonne des tubes repose sur une coucbe solide. Le fait est
- Fig. 1. — Puits Jus (OOOO I par minute) à Sidi Amran (D’après une photographie de M. le sous-lieutenant Clottu.)
- que la plupart des puits français de l’Oued Rir’ n’ont pas varié de débit depuis leur exécution, et certains datent aujourd’hui de plus de trente ans.
- La figure 5 montre combien les puits, behour et chria, sont nombreux dans certaines régions de l’Oued Rir’ : elle représente la région d'Ourlana, située au centre de l’Oued Rir’, région qui est transpercée de tous côtés, comme une écumoire, par les trous de sonde, les sources naturelles et les anciens puits. Et cependant, règle générale, dans cette région, les nouveaux sondages n’ont pas fait baisser les débits des puits déjà existants, bien que la distance ne fût parfois que de 1 km et que cette partie de l’Oued au double point de vue du de la nappe artésienne.
- Fig. 2. — Puits Bourot (4001 (D’après une photographie de
- même moins ; il faut dire Rir’ est la mieux dotée volume et de la pression
- Les behour et les chria de l’Oued Rir’ sont habités par de petits poissons et par des mollusques, qui vivent dans leurs eaux et s’y reproduisent dans des conditions normales ; on y rencontre aussi des crabes, appartenant à une espèce terrestre ou plutôt amphibie (fig. 5). Il est un fait bizarre, qui a été révoqué en doute, mais dont je puis affirmer l’authenticité : certains puits jaillissants de l’Oued Rir’ ont rejeté et rejettent encore des animaux vivants, poissons, crabes et mollusques, les mêmes d’ailleurs qui vivent à la surface. Le fait n’est pas contestable: reste à l’expliquer. Pour ma part, je n’ai jamais cru que ces animaux fussent souterrains et eussent leur station normale en profondeur, hypothèse contre laquelle les objections se presseraient en foule, dans le cas actuel : d’où proviendraient-ils? comment se développeraient-ils?
- i 1 par minute) à Sidi Slinian.
- M. le sous-lieutenant Clottu.)
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- LA NATURE.
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- pourquoi ne sont-ils pas aveugles? L’explication la plus rationnelle et la plus simple est celle-ci : la nappe artésienne a, pour ainsi dire, des évents à lu surface, non seulement par la voie directe des puits, mais aussi par le réseau complexe des conduits naturels qui aboutissent aux behour et aux chria; de plus, il existe des cavités naturelles au sein des eou-clies aquifères, et il se produit à la base des forages, par suite de l’appel énergique de la colonne ascen-s i o n n e 11 e, de grandes chambres et, tout autour, un réseau convergent de petits canaux. Un comprend donc qu’il puisse y avoir communication souterraine des behour et chria entre eux et avec les puits artésiens, et, dès lors, il est facile d’imaginer que les poissons, au milieu des mille épisodes de leur vie, entreprennent parfois des voyages d’un bahr h l’autre, et que, lorsqu’ils circulent au voisinage d’un puits, ils obéissent à l’appel de l’eau jaillissante, et se trouvent ainsi ramenés brusquement au jour.
- Si l’on jette un coup d’œil sur une carte détaillée de l’Oued Rir’, on voit de suite que les behour et les chria, les puits indigènes, morts ou vivants, et les puits français, de même que les oasis elles-mêmes, loin d’être répartis indifféremment à la surface de cette large plaine, sont groupés et échelonnés du côté oriental de la vallée, le long de la zone des bas-fonds de la surface : et, en effet, c’est de ce côté que les eaux artésiennes présentent leur maximum de volume et de pression, tandis que, vers l’ouest, elles disparaissent assez brusquement. Il ne s’agit donc
- pas ici d’une nappe ordinaire, ni régulière, de largeur comparable à sa longueur : c’est une zone aquifère, allongée du nord au sud et limitée sur ses bords. C’est une sorte de rivière ou plutôt d'artère souterraine. Ces mots ne doivent pas faire penser, toutefois, à un écoulement rapide. Assurément les eaux souterraines de l’Oued Rir’ ne sont pas stagnantes, ni comprises dans un réservoir clos, sans écoulement, ce qui serait contraire aux lois ordinaires de la nature. Elles présentent bien un écoulement réel et continu, entre les sources qui les alimentent et les points où elles émergent ; mais il s’agit d’un écoulement général, de vitesse insensible, sauf au voisinage immédiat de certains points d’entrée et de sortie.
- D’autre part, le cours des eaux souterraines d e l’Oued Rir’ est loin de se présenter aussi simplement que celui d’une rivière dans une vallée. Son allure est des plus capricieuses. Notre artère artésienne serpente, avec mille sinuo-sités, sous le manteau uniforme de la couverture : elle offre des variations de largeur de 4 à 14 km; elle n’est pas toujours unique, et, dans la région d’Ourlana, par exemple, elle se dédouble au nord et au sud, de manière à figurer un X irrégulier. Enfin il serait inexact de s’imaginer une rivière occupant un chenal creux et limité par des berges.
- Les eaux souterraines sont infiltrées, au contraire, au travers d’une masse continue de sables perméables. Latéralement, la zone liquide n’est pas isolée; elle se trouve comprise au milieu d’un réseau
- Fig. 5. — Poissons et crustacés, vivant dans les eaux artésiennes de l’Oued lür'. — 1. Chromis Desfontainei, Lacépède. — 2. Chromis Zilii, Gervais. — 5. Hemi-chromis Snharæ, Sauvage. — i. Hemichromis Rollandi, Sauvage. — 5, 6. Ctj-prinoclon calaritanus, Bonelli. — 7. Telphusa fluviatilis, Rondelet.
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- LÀ NATURE
- do veines aquifères et de nappes secondaires, en quantité innombrable. Or, de même que les artères portent le sang du cœur dans toutes les parties du corps humain, de même la nappe artésienne de l’Oued Rir\ sans cesse réalimentcc souterrainement, refoule sans cesse son trop-plein d’eau dans les parties perméables des terrains environnants, où ces eaux de déperdition, encore artésiennes, mais de moins en moins, se répandent, se dispersent, remontent vers la surface et linalement s'évaporent.
- Les travaux de sondages de l'Oued Rir' ont été
- inaugurés en 1850, deux ans après la conquête du pays par les troupes françaises. Depuis lors, ils ont été poursuivis avec persévérance par l’administration militaire, sous la direction aussi habile que dévouée de M. Jus. Au 1eroctobre 1885, l’Oued Rir’possédait 114 puits jaillissants français et 492 puits jaillissants indigènes, et tous ces puits réunis débitaient, en y ajoutant quelques sources naturelles, 255698 1 d’eau par minute, soit -4 mr’ par seconde. On se figure difficilement un pareil volume d’eau émergeant en plein Sahara, dans « le pays de la soif ». C’est là
- fiimte d'Ourlana à Tougourt
- Fig. i. — Chria Avala.
- en effet, un débit vraiment énorme ; il équivaut au dixième environ du débit de la Seine dans ses basses eaux, ou encore au débit de cours d’eau assez importants pour donner leurs noms à des départements, comme le Cher, l’Indre. D’ailleurs, l’Oued Rir’ appartient à ce que, d’une manière générale, on peut appeler le bas Sahara : c’est la partie du Sahara qui s’étend au sud de la province de Constantine et de la régence de Tunis. Or, d’une manière générale, le bas Sahara est un immense bassin d’eaux artésiennes.
- Quelques régions privilégiées attirent surtout l’attention. Au nord du Sahara de Constantine, dans la région de Biskra et à l’ouest de cette région, ce sont les quarante-deux sources ou groupes de sources du Zab, qui débitent ensemble plus de 2,5 m5 d’eau par seconde: soit 85 millions de m3 pendant une année entière.
- Au sud, dans l’Oued Rir’, ce sont des centaines de puits artésiens, dont nous venons de dire que les débits totalisés atteignent 4 m3 d’eau par seconde : soit 130 millions de m3 annuellement. Plus au sud, dans la région d’Ouargla, ce sont encore de nombreux puits artésiens, dont le débit total approche de 1 m3 d’eau par seconde : soit 50 millions de m3 en un an. D’autre part, dans le Sahara tunisien, on a les magnifiques sources du Djérid, à l’ouest, la masse des petites sources de Nefzaoua, au sud, les sources importantes de la région littorale de Gabès,
- à l’est, et les célèbres sources de Gafsa, au nord.
- Ce n’est pas tout, loin de là. En dehors de ces régions définies, vers lesquelles les eaux artésiennes affluent, il existe, sur toute l’étendue du bas Sahara
- algérien et tunisien, une diffusion d’eaux artésiennes qui imprègnent la masse des terrains sableux et perméables, comme une immense éponge. Partout ou presque partout, règne une nappe ascendante, d’un faible débit, qui remonte presque auprès de la surface, par pression et par capillarité, et qui affleurant dans les dépressions de relief, alimente les sebkha (bas-fonds humides) et les chotts (étangs salés). De toutes parts a lieu, sous le climat saharien, une évaporation active aux dépens de cette nappe supérieure, et les quantités d’eaux artésiennes qui se perdent ainsi de tous côtés, sont incomparablement plus grandes que les volumes débités par toutes les sources et par tous les puits jaillissants réunis du bas Sahara.
- Mais d’où viennent toutes ces eaux que renferme le sous-sol de régions où la pluie est un phénomène rare et exceptionnel ? d’où viennent-elles, et comment s’opère l’alimentation de ce bassin artésien ?
- En quelques mots, les eaux artésiennes du bas Sahara algérien et tunisien, viennent, en majeure partie, du nord, contrairement à l’opinion la plus répandue, et descendent des massifs montagneux de
- Légende.
- RatsJaShssant.
- Chria/
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- — Chemin/.
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- Fig. 5.
- Puits jaillissants, Chria et Behonr de la région d'Ourlana.
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- LA NATURE.
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- l’Atlas1. Leur alimentation s’opère de deux manières principales : par les eaux météoriques qu’absorbent les terrains dits d'atterrissement du bas Sabara, et par les eaux déjà artésiennes qui proviennent des terrains dits crétacés de l’Atlas. U y a d’abord les eaux de pluie et les eaux courantes des vallées, qui s’infiltrent en partie dans les sols perméables du bas Sabara, soit directement, soit par l’intermédiaire des grandes dunes de sables2 * * ; elles descendent sou-terrainement en vertu de la pesanteur, acquièrent ainsi de la pression et deviennent susceptibles de jaillir dans l’intérieur du bassin; or, pour ce qui est de ce premier mode d’alimentation, l’appoint le plus important est fourni par les rivières qui descendent des montagnes du nord, — Oued Djeddi, Oued Biskra, Oued-el-Arab, Oued Tarfaoui, — lesquelles présentent des crues volumineuses et torrentielles après les pluies d’hiver et lors de la fonte des neiges, au printemps. En second lieu, les eaux fournies annuellement par les pluies et les neiges qui tombent sur les montagnes du nord, dont les altitudes atteignent 2500 m dans l’Aurès, s’infiltrent elles-mêmes, en partie, dans ces massifs montagneux, et sont absorbées par les couches perméables qu’elles y rencontrent : ainsi prennent naissance, dans l’Atlas, d’abondantes nappes d’eau, qui circulent souterraine-ment et s’écoulent, avec pression croissante, vers le sud, pour aller reparaître dans le bas Sabara, à plus de 2000 m en contre-bas des lieux d’origine, et pour y jaillir soit directement aujour, —comme au Zab — soit sous une certaine épaisseur de terrains, où elles remontent ensuite, — comme dans l’intérieur du bassin. Or ce second mode d’alimentation se fait exclusivement par le nord. G. Rolland.
- — A suivre. —
- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- DE DIEULEFIT ET VALRÉAS
- L’utilisation des forces motrices naturelles à distance par l’électricité est une des questions dont on a le plus abusivement escompté l’importance et l’avenir industriel depuis sept ou huit ans, et si l’on rapprochait les applications faites, des promesses fallacieuses et exagérées contre lesquelles nous n’avons cessé de protester avec la plus grande énergie, la compa-
- 1 Je ne parle ici que du bas Sahara. Quant aux eaux artésiennes des régions situées plusau sud, — bassins de Timassinin, d’Amguid et du haut Igharghar, en général, — il est bien certain qu’elles viennent en majeure partie du sud et descendent des massifs montagneux des Touareg, principalement des monts Ahaggar.
- 2 J’ai décrit précédemment dans La Nature (5 juin et 8 juillet 1882) les Grandes Dunes de sable du Sahara. Par une singulière antithèse de la nature, ces grands massifs de sable, qui résultent essentiellement de la sécheresse du climat saharien, jouent au Sahara le rôle de véritables réservoirs d’eau ; car toutes les eaux météoriques qui tombent sur les
- dunes ou y arrivent, y sont aussitôt absorbées, s’y trouvent
- dès lors à l’abri de l’évaporation, et se rassemblent vers la base
- de ces massifs perméables sous forme de larges nappes.
- raison serait de nature à diminuer le prestige de la science nouvelle. Cette utilisation est cependant possible et économique dans bien des cas, et nous avons déjà eu l’occasion de la faire remarquer, en décrivant l’installation faite à Thorenberg, pour le transport de la force motrice et l’éclairage d’une partie de la ville de Lucerne l.
- L’installation d’éclairage électrique dont nous voulons' entretenir aujourd’hui nos lecteurs, nous offre une preuve nouvelle de l’élasticité véritablement prodigieuse que nous offre l’électricité, habilement et judicieusement appliquée pour résoudre les problèmes les plus ardus en apparence.
- Les deux petites villes de Dieulefit (Drôme) et de Valréas (Vaucluse) ne possédaient jusqu’à ce jour aucun éclairage public. Les difficultés de transport dans ces pays de montagnes et leur faible population rendaient absolument impossible l’installation d’une usine à gaz; une usine électrique, établie spécialement pour chacune de ces villes, n’aurait pas été suffisamment rémunératrice. En s’associant, en utilisant ensemble une chute d’eau restée sans emploi à Béconne, commune distante de 5 km de Dieulefit et de 14 km de Valréas, en établissant une seule usine pour les deux villes, l’impossibilité de la veille est devenue la réalité du lendemain, et deux petites villes du Midi nous offrent un exemple que nous aimerions à voir suivre par un grand nombre de cités plus importantes.
- L’installation que nous avons visitée en détail lors de son inauguration, le 23 décembre dernier, est due à l’initiative de M. Charles Noyer, maire de Dieulefit. Elle a été fort habilement exécutée par MM. Lombard-Gérin, de Pascal et de Fernex, de Lyon, à l’aide du système de distribution par transformateurs de MM. Zipernowsky, Déri et Blûthy.
- L’usine génératrice, établie à Béconne, est actionnée par une force motrice hydraulique empruntée au Lez par un canal de dérivation. Cette eau arrive dans un réservoir de 15000 m5 environ de capacité servant à parer aux variations de débit et de pression utile et constituant même une certaine réserve d’énergie, en cas de rupture accidentelle du canal de dérivation. La chute disponible aux turbines est de 25 m, et la réserve d’eau représente environ 1200 chevaux-heure (force motrice brute) soit 800 chevaux - heure électriques disponibles pour l’éclairage.
- L’eau du réservoir arrive par une conduite en tôle de 0,8 m de diamètre à deux turbines à axe horizontal de 50 chevaux chacune, tournant à la vitesse angulaire normale de 180 tours par minute.
- Chacune de ces turbines actionne une machine dynamo-électrique à courants alternatifs de 24 000 watts (2000 volts, 12 ampères), système Zipernowsky (fig. 1), et une shunt-dynamo excitatrice à courant continu pouvant produire, à pleine charge, 80 volts et 50 ampères.
- 1 Yoy. n° 806, du 10 novembre 1888, p. 570.
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- Chaque ville est desservie par un groupe distinct comprenant la turbine, la dynamo à courants alternatifs (fig. 1) et son excitatrice. La réserve est constituée par une dynamo de même type, et sera ultérieurement complétée par une troisième turbine identique aux deux autres.
- La vitesse angulaire des turbines est maintenue constante à l’aide d’un régulateur hydraulique étudié par M. Bouvier. Ce régulateur n’est autre chose qu’un servomoteur hydraulique commandé par un régulateur à force centrifuge. Ce servo-moteur a pour effet d’augmenter ou de diminuer l’admission d’eau dans la turbine en fonction de la puissance à produire, et de maintenir la vitesse constante, quel que soit le débit des machines. Ce réglage purement mécanique serait insuffisant pour assurer la distribution à potentiel constant dans chacune des villes, sur des lignes dont les résistances sont de 14 à 15 ohms, ce qui, au débit maximum de 12 ampères, représenterait une perte de charge de 180 volts.
- Un système de réglage fort ingénieux et sur permet de tenir compte de cette perte de potentiel sur la ligne et d’assurer une distribution parfaite, quelles que soient les variations du débit. En voici le principe général : Les lampes électriques alimentant l’usine de Bé-conne sont alimentées par un transformateur spécial dont le circuit primaire est établi en dérivation sur le tableau général de distribution, près des bornes de la machine génératrice. Un petit transformateur spécial appelé
- égalisateur de tension, a pour effet de réduire le courant qui traverse le circuit primaire du transfor-
- mateur de l’usine, en fonction de l’intensité qui traverse la ligne reliant l’usine à la ville éclairée. Dans ces conditions, lorsque les circuits sont bien réglés, l’allure des lampes à l’usine est une reproduction parfaite de l’allure des lampes dans la ville, malgré les pertes de pression sur la ligne dues à sa résistance.
- 11 suffit donc de maintenir la différence de potentiel constante aux bornes des lampes de l’usine pour la maintenir aussi constante aux bornes de la ville et réaliser ainsi une distribution. Ce résultat est obtenu à l’aide d’un régulateur automatique (fig. 2) agissant sur l’excitation de la machine excitatrice alimentant les inducteurs de la machine à courants alternatifs. A cet effet, un solénoïde monté en dérivation sur les bornes du transformateur de l’usine, agit sur un tube de fer doux, mobile verticalement au milieu du solénoïde et maintenu en équilibre à l’aide d’un flotteur plongeant dans une caisse rectangulaire remplie d’eau. La partie supérieure de ce tube de 1er doux se termine par un godet en verre renfermant du mercure. Dans ce godet viennent plonger des tiges métalliques de longueurs décroissantes et reliées à différents points d’un rhéostat en fil de mail-lechort. Les variations du courant qui traverse le solénoïde font monter ou descendre le godet de mercure, qui met alors en communication entre elles un nombre de tiges variable, supprime ou
- Fig. 1. —Machine à courants alternatifs, système Zipernowsky.
- Fig. â. — lîégulaleur automatique de M. Bl.ilhy.
- A. Vue d’ensemble du régulateur, lî. Détails du godet à mercure.
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- ajoute des résistances dans le circuit d’excitation | grosse section, de façon à
- de l’excitatrice et règle ainsi le potentiel moyen aux bornes des lampes de l’usine.
- Le système de réglage que nous venons d’indiquer est double, chaque ville ayant sa petite usine, parfaitement indépendante dans le même local, alimentée par la même chute et placée sous une surveillance unique, pour réduire les frais généraux.
- Lignes.— Canalisation intérieure. — Les lignes sont aériennes, à fil nu, posées sur poteaux et isolateurs à double cloche en porcelaine.
- La ligne la plus courte — de Béeonne à Dieu-lefit — est formée d’un fil de bronze siliceux de 5,2 mm de diamètre.
- La ligne de Béeonne à Valréas est formée d’un toron
- égaliser sensiblement les
- ligne
- Fig. 3. — Installation des circuits des tiansformaleurs et des lampes à Dieulefit (Drôme).
- de fils de plus | nalisation intérieure est
- résistances. Une téléphonique à double fil établie entre la station et les deux villes assure les communications nécessaires aux besoins du service.
- Dans chacune des villes, les fils primaires sont établis le plus haut possible, sur le faite des maisons (tig. 3). Les transformateurs, tous du type de 1500 watts, sont placés au plus près des centres de consommation, dans des cages en zinc fixées sur des consoles, contre es murs. Les fils secondaires sortant des transformateurs sont également aériens et à fil nu, excepté à l’entrée, dans les lanternes et dans les domiciles des abonnés, où ils sont soigneusement recouverts. Laca-d’ailleurs entièrement posée
- Fig. i. — Usine hydraulique et électrique de Béconue (Drôme). (D’après une photographie.)
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- dans des moulures en bois, et les llls ne sont accessibles en aucun point. Tout l’appareillage— douilles, supports, coupe-circuits, commutateurs, etc. — est en porcelaine.
- Transformateurs. — Les transformateurs employés à Dieulefit et à Yalréas sont du système Ziper-nowsky, Déri, Blâthy, système dont nous avons précédemment donné la description1. Le coefficient de transformation des appareils est de 18. On maintient 1750 volts aux bornes des primaires des transformateurs pour en avoir 95 de disponibles aux bornes des lampes.
- Les couplages des transformateurs ne sont pas les mêmes à Dieulefit et à Yalréas, et les dispositions si différentes adoptées se justifient par la répartition de l’éclairage dans chacune des villes.
- Dieulefit est tout en longueur, et il y a près de 5 km de distance entre les deux lampes extrêmes. Pour régulariser la distribution, il a fallu coupler tous les secondaires sur une canalisation continue, car sans cette disposition, les points les plus éloignés se seraient sensiblement ressentis de l’allumage ou de l’extinction des lampes les plus rapprochées de l’usine.
- Yalréas forme, au contraire, un cercle presque parfait, et la distribution constitue le type de la distribution en bouquet. On a donc pu établir plusieurs groupes distincts de secondaires, chacun d’eux étant alimenté par trois transformateurs. Chaque machine peut alimenter douze transformateurs à pleine charge.
- Telles sont les principales dispositions adoptées pour l’éclairage des villes de Dieulefit et de Yalréas. L’usine hydraulique qui alimente ces deux villes est représentée figure 4.
- Rien de plus pittoresque et de plus saisissant que le spectacle de cette petite construction perdue au milieu des montagnes, d’où partent des fils presque invisibles portant à des distances considérables l’énergie de forces naturelles inutilisées jusqu’ici.
- Nous signalons avec plaisir cette première instal-ation de distribution à grande distance de l’énergie électrique, en formulant le vœu que l’exemple donné par les villes de Dieulefit et de Yalréas soit souvent imité dans les pays du centre et du midi de la France, où un grand nombre de chutes d’eau restent encore sans emploi. E. Hospitalier.
- LA PLA.NÈTE YÉNUS
- Depuis quelques semaines, chaque soir au coucher du Soleil, la planète Vénus attire l’attention de l’observateur. Son apparition pendant l’hiver de 1889 s’est produite dans des conditions exceptionnelles d’éclat, car le 17 février la planète a été voisine de son périhélie lorsqu’elle est arrivée à son maximum d’élongation : elle l’atteindra le 5 mars, c’est-à-dire seize jours plus tard. La masse de lumière que Vénus renvoie vers nous est déjà très notable, car il est impossible de la
- 1 Voy. n° 651, du 21 novembre 1885.
- confondre même avec Sirius, la plus brillante étoile du ciel, non seulement à cause de sa teinte d’un beau blanc pur, mais encore à cause de son énergie égale à celle d’une bougie brûlant à quelques mètres. Son accroissement se maintiendra sans fléchir jusqu’au 25 mars, c’est-à-dire plus d’un mois après le moment où son écart du Soleil aura atteint sa plus grande valeur. Cette circonstance tient à ce qu’elle s’approche de plus en plus de nous, et que l’augmentation d’éclat qui en résulte, fait plus que de compenser la diminution de la surface visible qui se creuse de plus en plus. En employant la plus faible lunette astronomique, on arrive à reconnaître la courbure de son croissant, semblable à celui de la Lune, et dont la convexité est située vers le Soleil. En prolongeant la flèche de cette courbe, on atteindrait le centre de l’astre dont Vénus nous réfléchiI sa lumière. Ce sont ces circonstances qui observées par Galilée au commencement du dix-septième siècle, à l’aide de la lunette qui porte son nom, lui ont permis de démontrer que cette belle planète n’a pas de lumière propre comme l’imaginaient les anciens, qu’elle est une sœur céleste de la Terre, et que comme nous, elle se borne à répercuter la lumière que le Soleil lui envoie.
- LES
- EAUX NOIRES DES RÉGIONS ÉQUATORIALES
- RECHERCHES DE MM. A. MUXTZ ET V. MARCAXO
- 11 existe, dans les régions équatoriales de l’Amérique du Sud, des cours d’eau qui ont les eaux noires (agitas negras). Des affluents importants de l’Orénoque et de l’Amazone se trouvent dans ce cas.
- Placées dans un verre, elles ont une couleur d’un brun jaunâtre plus ou moins foncé; malgré cette coloration, elles ont une grande limpidité. Ce sont les eaux les plus belles, les plus claires, les plus agréables au goût. On les boit de préférence.
- La cause de la coloration de ces eaux est restée inexpliquée. M. Marcano, dans une exploration récente du haut Orénoque, a pu observer les eaux noires et con -stater la scrupuleuse exactitude de ces faits.
- La région où l’on rencontre ces eaux est de formation granitique, couverte de la végétation luxuriante des tropiques. L’échantillon examiné est arrivé au laboratoire environ deux mois après avoir été prélevé ; il avait conservé sa couleur, une saveur franche et agréable, une parfaite limpidité.
- L’analyse de cette eau a montré qu’elle renfermait par litre 0,028 gr d’une matière organique constituée presque en totalité par ces acides bruns, mal définis, qui se produisent dans les tourbières. Cette eau a une réaction acide qui s’accentue avec la concentration, jusqu’à devenir très sensible au goût. On n’y trouve point de chaux (moins de 0,001 gr par litre) ; la matière humique est donc à l’état libre. Les nitrates sont totalement absents. Les autres matières minérales sont.très peu abondantes; leur somme ne dépasse pas 0,016 gr par litre; elles sont formées de silice, d’oxydes de fer et de manganèse, d’alumine, de potasse avec des traces d’ammoniaque.
- Ces eaux se sont colorées en dissolvant les acides hu-miques libres, formés par la décomposition de la matière végétale, sur un sol granitique, exempt de calcaire. Elles ressemblent, sous ce rapport, aux eaux qui s’écoulent des tourbières. La coloration persiste pour cette raison que,
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- on l’abscnco de calcaire et malgré l’aération, les phénomènes de la nitrification et, par suite, la combustion do la matière organique ne peuvent pas se produire, comme le montre l’absence complète des nitrates.
- Les eaux noires ne colorent pas les eaux blanches avec lesquelles elles se mélangent, parce que le calcaire contenu dans ces dernières sature l’acidité libre. La nitrification et la destruction simultanée de la matière carbonée se produisent alors rapidement, sous l’influence de la température élevée des eaux (27° à 28°, de Humboldt).
- Malgré la forte proportion de matière organique qu’elles renferment, elles ne se corrompent pas, à cause de leur acidité et de leur aération, qui empêchent les phénomènes réducteurs de s’v produire.
- Les rochers qu’elles baignent ne se colorent pas comme ceux qui bordent les eaux blanches, parce que leur acidité s’oppose au dépôt des oxydes de fer et de manganèse.
- La coloration est donc attribuable à une matière organique; elle n’est pas le résultat d’un jeu de lumière; mais, si la composition chimique en est la cause première, son intensité doit être attribuée à des phénomènes de réflexion, produits dans les couches profondes de la masse liquide '.
- HISTOIRE DU BAROMÈTRE
- NOUVEAU DOCUMENT
- Je n’ai vu dans aucun traité de physique ni dans aucun ouvrage traitant du baromètre des détails complets et précis sur les expériences faites par Pascal à Rouen. Pascal ne les a pas donnés lui-même dans ses petits traités, bien qu’il les eût fait connaître, lui ou sa sœur Jacqueline, dans des lettres publiées àl’époque.M. Bouquet, ancien professeur de seconde au lycée de Rouen, a publié dans le Journal de Rouen une série d’articles sur ce qu’il appelle la Querelle scientifique née des expériences de Pascal à Rouen, dans lesquels il a fait connaître avec précision les circonstances qui accompagnèrent ces expériences. Nous lui empruntons les renseignements que nous publions.
- On sait que le père de Pascal fut envoyé à Rouen par Richelieu comme intendant de justice et de finance, lorsque, l’illustre cardinal eut reconnu que Pascal père avait été calomnié et frappé à tort quelque temps auparavant. Il resta à Rouen de 1641 à 1648, époque où la charge fut supprimée. C’est en 1646 que Pascal eut connaissance des expériences de Torricelli par M. Petit, intendant des fortifications, qui les tenait du P. Mersenne, lequel était en correspondance avec un ami de Torricelli. Pascal refit ces expériences sur la côte Sainte-Catherine, au commencement de l’année 1647. Une de ces expériences fut faite à Dieppe afin de constater « que le poids de la masse de l’air est plus grand sur les lieux profonds que sur les lieux élevés, et connaître la hauteur où l’eau s’élève dans les pompes aux lieux qui sont au niveau de la mer ». C’était, comme on le voit, le point de départ des expériences qui devaient conduire à celle du Puy-de-Dôme, et à la mesure des hauteurs par le baromètre.
- Il fit ensuite d’autres expériences inspirées par celles de Torricelli, mais très différentes de cette dernière, en présence de plus de cinq cents personnes de toutes sortes de conditions et, entre autres, de cinq ou six pères jésuites du collège de Rouen. Quant à l’expérience faite
- 1 Note présentée à l’Académie des sciences.
- avec le tube de verre de 46 pieds contenant de l’eau et du vin mêlés, elle fut exécutée dans la cour d’une verrerie située dans le faubourg Saint-Sever1 où Pascal faisait faire ses tubes. Il y eut également un grand concours de curieux. Le tube était fixé d’abord sur un mât afin que l’on pût facilement l'incliner et l’élever sans craindre la rupture. D’autres expériences furent faites avec des tubes de longueurs différentes contenant des liquides de diverses natures (eau, huile, lait).
- En 1647, Pascal- et sa sœur Jacqueline vinrent à Paris, laissant leur père à Rouen.
- Ces expériences eurent un tel retentissement que dès l’arrivée de Pascal à Paris, Descartes exprima le désir de le voir, « à cause de la grande estime qu’il avait ouï faite de son père et de lui. » Jacqueline Pascal, qui était partie pour Paris avec son frère, écrivait à Mme Périor (Gilberte Pascal), qui se trouvait alors à Rouen, avec son mari et ses deux enfants, auprès de Pascal père3 :
- « M. Descartes vint avec M. de llabert, M. de Montigny, un jeune homme de soutane, que je ne connais pas, le fils de M. de Montigny et deux ou trois autres petits garçons. M. de Itoberval que mon frère en avait averti s’y trouva; et là, après quelques civilitez, il fut parlé de l’instrument qui fut fort admiré5, tandis que M. de Ro-berval le montrait. Ensuite on se mit sur le vuide, et M. Descartes, avec un grand sérieux, comme on lui contait une expérience, et qu’on lui demanda ce qu’il croyait qui fût entré dans la seringue, dit que c’était de la matière subtile ; sur quoi mon frère lui répondit ce qu’il put; et M. de Roberval, croyant que mon frère aurait peine à parler, entreprit avec un peu de chaleur M. Descartes, avec civilité pourtant, qui lui répondit avec un peu d’aigreur qu’il parlerait à mon frère tant que l’on voudroit, qu’il parloit avec raison, mais non pas à luy qu’il parloit avec préoccupation. »
- Ce n’est donc pas, comme l’a dit Cousin4, « en se promenant sous les galeries de la Place Royale5, que Descartes, causant avec Pascal, lui a suggéré l’idée de ses belles expériences sur la pesanteur de l’air. » C’est au contraire Pascal qui a fait connaître à Descartes sa théorie et ses expériences faites à Rouen, en 1646, bien avant la visite de Descartes à Paris, en septembre 1647.
- Félix Hément.
- UNE TOITURE A TROIS ROUES"
- Nous ne faisons jamais en vain appel à nos lecteurs. Dans le precedent article publié sous ce titre, nous demandions des renseignements sur les anciennes voitures tricycles. Voici la lettre que nous recevons a ce sujet de M. Redier, le célèbre horloger mécanicien :
- En ma qualité de vieillard, je puis compléter les renseignements que vous donnez sur les tricycles. Avant le monopole des omnibus, il y avait plusieurs compagnies pour le transport en commun à Paris. Leurs voitures s’appelaient les omnibus, les citadines, les dames blanches,
- 1 Au coin de la rue du Pré et de la rue de la Pie-aux-Anglais.
- 2 La lettre est du 25 septembre 1647. ,
- 3 La seringue de verre avec un piston bien juste
- 4 La jeunesse de Mme de Longueville.
- 8 Place des Vosges.
- G Suite. Yoy. n° 820, du 16 février 1889, p. 192.
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- LA' NATURE.
- les orléanaises, les tricycles, etc. Toutes faisaient payer d’abord 25 centimes comme le porte le dessin que vous publiez. 11 fallut augmenter ce prix insuffisamment rémunérateur et le porter à 50 centimes. Il n’y avait point d’impériale. La plupart de ces véhicules portaient, sous les pieds du cocher, une fanfare mécanique de quatre trompettes qui sonnaient à la volonté du cocher, en passant dans certains carrefours. J’ai encore le souvenir de l’air joué sous mes fenêtres, rue Saint-Honoré, par l’omnibus des Ternes. Les tricycles n’ont fonctionné que de la porte Saint-Denis à Yaugirard, en passant par la place des Victoires, la place du Palais-Royal, la rue du Bac et la rue de Sèvres. Cette roue, unique à l’avant, déterminait des chocs extraordinaires lorsqu’elle tombait dans quelque creux entre les pavés. Aussi les voyageurs se tenaient-ils, autant que possible, à l’arrière. Le monopole actuel des omnibus fit disparaître à sa création ce genre de voitures.
- Un de nos lecteurs de Paris, M. Bracq, nous écrit que la socie'té des Tricycles a été achetée par la compagnie des Omnibus actuelle, au moment de la fusion de toutes les compagnies. M. Ch. Pruneau, de Bordeaux, nous lait savoir qu’il est question des tricycles dans le Nouveau Journal des connaissances utiles, tome cinquième, année 1857-1858, p. 25, Origine des omnibus. M. E. Ilily, de Clermont nous apprend enfin que dans un petit agenda de poche de 1845 on trouve la mention suivante : Tricycles : de la rue de Cléry, à la barrière de Sèvres, par les rues Montmartre, place des Victoires, rues des Bons-Enfants, Saint-Honoré, Carroutel, rues du Bac, de Sèvres.
- Nous adressons tous nos remerciements a nos aimables correspondants. C. T.
- Explosion d’une locomotive aux Etats-Unis. (D’après une photographie de M. Gihnore.)
- EXPLOSION D’UNE LOCOMOTIVE
- AUX ÉTATS-UNIS
- Les accidents sont, on le sait, fort nombreux aux Etats-Unis, en raison d’un matériel employé, souvent' défectueux ou insuffisant. Tel est le cas de l’explosion d’une locomotive survenue sur la ligne du chemin de fer de Cincinnati à Baltimore le 24 décembre 1888. — Un correspondant du Scientific American donne a ce sujet quelques renseignements que nous reproduisons. Il s’agit d’une locomotive, de construction très ancienne, qui était en service depuis trente-quatre ans. Au moment où elle fit explosion à environ 1600 mètres de Blanchester, Ohio, elle était attelée à un train de voyageurs, et marchait avec une vitesse de 48 km à l’heure. Chose singulière, la locomotive, en faisant explosion, ne quitta pas la voie, bien que l’explosion ait entièrement brisé l’en-
- veloppe de la chaudière, depuis la boîte à feu jusqu’à la boîte à fumée.
- Les feuilles de tôle déchirées ont calé les roues motrices, arrêté la machine et détruit les freins à air comprimé. Le mécanicien et le chauffeur ont du passer sous le tender pour rompre l’attelage du train avec la locomotive.
- L’explosion fut entendue jusqu’à une distance de 8 km, et la commotion fut si violente que le couvercle de la cheminée fut lancé dans une maison voisine. Un morceau de la cloche de la machine fut trouvé à 400 m de distance du lieu de l’explosion.
- Les deux hommes, que représente la photographie reproduite ci-dessus, sont le mécanicien et le chauffeur qui n’ont pas reçu la moindre égratignure, bien qu’ils aient été couverts de suie et de débris.
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- NUAGES ARTIFICIELS
- l'OCR LA PROTECTION DES VIGNES CONTRE LES CELÉES PRINTANIÈRES
- On sait que la gelée blanche est due au rayonnement nocturne. Lorsque la terre, ne recevant plus de chaleur du soleil, en émet au contraire vers les espaces célestes, elle éprouve un refroidissement d’autant plus grand que le ciel est moins nuageux. En effet lorsqu’il y a des nuages, ceux-ci dont la température est beaucoup moins basse que celle des espaces planétaires, rayonnent vers le sol et compensent assez la perte de chaleur subie par la terre pour empêcher la gelée.
- C’est surtout au printemps que ces effets météorologiques sont h craindre pour les jeunes plantes dont les bourgeons délicats commencent à sortir. Les arbres fruitiers et la vigne n’en sont que trop souvent les victimes et le propriétaire voit souvent en une nuit s’anéantir les plus belles espérances. Aussi a-t-on cherché pour les préserver de ces effets désastreux, à produire artificiellement les nuages protecteurs. Dès 1804, le professeur Pickel de Yütz-bourg faisait des expériences à ce sujet et cherchait à grouper les propiétaires de vignes pour appliquer son procédé.
- Mais il ne rencontra qu’in-différence. Environ quatre ans plus tard, les mêmes essais furent repris dans la Haute-Saône et ensuite dans le Bordelais. Mais c’est seulement depuis quelques années que les viticulteurs paraissent avoir enfin compris toute l’importance du procédé et qu’ils commencent à se former en syndicats pour son application en grand. Il est évident que plus le massif à préserver est important, plus la préservation est certaine, et moins elle est coûteuse.
- D’après les renseignements particuliers que nous nous sommes procurés dans le Haut-Rhin et le département de Meurthe-et-Moselle, contrée où les gelées
- Fig. 1. — Caisse du pyromoteur.
- Fig. 2. — Thermomètre du pyromoteur.
- blanches sont fort à craindre, le moyen le plus efficace et le moins dispendieux consiste à former des nuages artificiels un peu avant le lever du soleil au moyen de foyers allumés au nord et à l’est de la contrée à préserver. Lorsqu’un autre vent règne, la gelée n’est pas à craindre généralement. Le meilleur combustible à employer, celui qui coûte le moins cher, produit le plus de fumée et qu’on peut se procurer facilement, est le goudron. Le brai, qui en dérive, et qui étant solide, se transporte plus facilement, est employé dans certains cas ou les accidents de terrain permettraient difficilement le transport du goudron liquide. Du reste tous les combustibles sont bons pourvu qu’ils produisent beaucoup de fumée. Dans les endroits éloignés des usines à gaz on emploie des feuilles sèches et des herbes, qu’on mouille pour les empêcher de flamber. Voici comment les choses se passent : Dès le commencement de la saison critique, une Commission nommée à cet effet délègue plusieurs de ses membres pour surveiller chaque nuit l’état de l’atmosphère. Dès que le thermomètre placé à environ 0,50 cm du sol (plus ou moins suivant le mode de culture de la vigne) arrive à 5 degrés au-dessus de zéro, ils préviennent le chef de service. Si une demi-heure avant le lever du soleil le ciel est découvert, si le thermomètre descend vers zéro, il y a lieu d’agir. Alors le clairon sonne et toutes les équipes désignées a l’avance se portent vers les cantons qui leur sont assignés. Les foyers doivent rester allumés jusqu’à une demi-heure après le lever du soleil. Lorsqu’on brûle du goudron, on peut, le placer simplement à terre dans des fossés préparés ad hoc, mais on en perd ainsi une assez grande quantité; il est de beaucoup préférable d’employer des bacs plats en tôle qui coûtent très bon marché. A Colmar, on emploie aussi des bacs montés sur roues de façon à pouvoir les déplacer rapidement, soit pour corriger les lacunes qui pourraient se produire, soit pour
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- être maintenus sous le vent dans le cas où celui-ci viendrait à changer. Dans cette ville le service est parfaitement organisé : outre des thermomètres avertisseurs automatiques placés dans les vignes, d’autres thermomètres sous la surveillance de gardiens sûrs correspondent par téléphone avec la mairie où un poste est établi en permanence pendant la période dangereuse. Il y a 1200 hectares à protéger, 526 feux fixes ou mobiles suffisent à cet effet. L’opération revient à environ 6 francs par hectare; mais il faut ajouter que le goudron est fourni par la ville à un prix très modique ; il en faut 50 kg pour les grands feux et 15 à 20 pour les petits.
- MM. Schaal de Strasbourg et Oechslin de Colmar se sont proposé de remplacer la main-d’œuvre nécessitée pour la production des nuages artificiels par un système mécanique d’allumage fonctionnant automa-
- Fig. 3. — Mécanisme pour la chute du produit inllaminalde.
- tiquement lorsque la température s’abaisse au-dessous d’un degré déterminé.
- Leur système, qu’ils ont appelé pyromoteur et allume-feux automatique, a été expérimenté et a fait l’objet d’un rapport favorable de la part de M. Kœnig, horticulteur à Colmar.
- Bien qu’il ne soit pas encore appliqué en grand, nous croyons intéressant de décrire ici le principe de son fonctionnement.
- La première partie, le pyromoteur, se compose d’une caisse (fig. 1) ayant 0,50 m sur 0,10 cm de côté et munie sur deux faces opposées de ventilateurs qui assurent à l’intérieur la même température qu’à l’extérieur. Dans cette caisse se trouve un mécanisme assez délicat : un thermomètre A (fig. 2) est monté sur deux couteaux de balance de manière à pouvoir basculer lorsque par suite d’un changement de température le mercure s’est déplacé dans le tube.Ce tube perd l’équilibre à un moment qui est réglé d’avance au moyen d’un contrepoids dont on peut déterminer exactement la position au moyen de divisions tracées sur le bras qui le porte. La chute du thermomètre a pour effet d’opérer le déclenchement d’une tige, qu’on voit sortir sur le côté droit de l’appareil et qui une
- fois déclenchée peut avoir 0,50 m de course. C’est à l’anneau qui termine cette tige que s’attache le fil de fer la reliant à la seconde partie du système : l’allume-feu.
- Cette partie, fixée en haut d’un mât, se compose d’une série de poulies (fig. 5) destinées à soutenir et guider les fils conducteurs agissant sur les crochets à déclencher. Une bouteille B, d’une contenance d’un demi-litre, est remplie d’un liquide inflammable, essence de pétrole par exemple. Elle est montée sur deux tourillons et porte à sa partie supérieure un emplacement pour recevoir des cartouches à broche de fusil Lefaucheux et un percuteur P destiné à les faire éclater. Dans la position d’attente (fig. 5, n° 1) la bouteille est maintenue le goulot en haut par un crochet ; mais dès que le déclenchement s’est produit au pyromoteur ainsi que nous l’avons dit plus haut, le crochet abandonne la bouteille qui pivote et dont le percuteur vient alors frapper le mât (fig. 5, n° 2). Le liquide s’enflamme, est projeté au dehors et communique le feu au foyer placé au-dessous de lui. La chute de la bouteille provoque en même temps le déclenchement de crochets qui maintiennent les fils provenant d’allume-feux voisins. Un seul pyromoteur peut donc commander un nombre illimité d’allume-feux.
- L’essai qui a été fait par M. Kœnig, dans une propriété des environs de Colmar, sur un pyromoteur commandant dix allume-feux, placés dans un rayon de 200 m, a donné des résultats très satisfaisants.
- On voit que ce système est entièrement mécanique, les déclenchements se faisant toujours par la chute d’un poids. Il en existe d’autres qui sont basés sur l’emploi de l’électricité et dont la construction est très simple. Thermomètres avertisseurs et allume-feux électriques n’ont pas besoin d’être décrits, les lecteurs de La Nature ont eu souvent sous les yeux des combinaisons de cette sorte. 11 en existe du reste de nombreuses et chacun peut imaginer le sien. A notre connaissance deux systèmes ont été expérimentés avec succès : l’un dans le département des Landes par M. Lestelle, inspecteur des télégraphes; l’autre par M. Pernet de Clefmont (Haute-Marne). Il est probable qu’il en existe bien d’autres.
- Quel que soit le système employé, il nous paraît inutile, sinon nuisible, d’établir une liaison entre le thermomètre avertisseur et l’allume-feux. L’intervention de l’homme est toujours préférable, car il y a des cas où l’abaissement de température ne coïncide pas toujours avec la production de gelée blanche et des observations de différents ordres peuvent seuls déterminer l’opportunité des mesures à prendre. Mais dans ce cas les allume-feux électriques ou mécaniques rendront toujours des services en permettant d’employer un personnel restreint pour l’allumage d’un grand nombre de foyers à la fois.
- Dans cette question de la protection des vignes par la production de nuages artificiels, l’important est de déterminer les propriétaires à se grouper en syndicats ; c’est à cela que doivent tendre les efforts des
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- hommes éclaires qui l'ont partie des comices agricoles, c’est à eux de l'aire comprendre aux vignerons que c’est dans un cas comme celui-là surtout qu’ils pourront reconnaître bientôt tous les bénéfices de l’association. G. Maresciiai..
- CHRONIQUE
- Télégrammes Interceptés par le téléphone.
- — Le téléphone peut avoir l’avantage d’intercepter les dépêches télégraphiques et de faire disparaître entièrement le secret de la correspondance télégraphique. Cette opération est d’une simplicité extrême, et peut rendre de très grands services à la guerre, pour surprendre les projets de l’ennemi, sans que celui-ci puisse s’en apercevoir. 11 suffit pour cela de placer parallèlement à la ligne télégraphique qui reste telle quelle, et sur une certaine longueur, un fil métallique aboutissant à un téléphone auquel sont adaptés tous les signaux de l’appareil télégraphique. À chaque courant émis dans le fil télégraphique, il se produit un courant induit dans le fil téléphonique; on peut alors saisir les signaux. Il existe, il est vrai, un moyen d’obvier à cet inconvénient, ce serait d’adopter une ligne télégraphique double, transmettant simultanément les dépêches par les deux extrémités de la ligne. Dans ce cas l’auditeur intermédiaire ne peut entendre qu’un mélange de sons, dont il lui est impossible de comprendre la signification. Le gouvernement autrichien s’occupe de cette question. G.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 février 1889. —Présidence de M. Des Cloizeadx.
- Le bleu antique. — Sous les noms de bleu égyptien, de cæruleum, etc., on connaît une belle matière colorante dont les anciens ont fait tm grand usage et qui, par exemple, abonde dans les fresques de Pompéi. M. Fouqué, après l’avoir analysée, est parvenu à la reproduire et en met d’intéressants spécimens sous les yeux de l’Académie. C’est, en résumé, un silicate double de chaux et d’oxyde de cuivre qui, loin d’être vitreux, se présente en cristaux lamellaires parfaitement reconnaissables pour appartenir au système quadratique. Cette belle substance est éminemment dichroïque : bleue par réflexion sur les grandes faces des lamelles et rose pâle dans le sens perpendiculaire. La préparation, pour réussir parfaitement, demande quelques tours de main que l’auteur a su réaliser et que généreusement il offre de révéler à tout industriel désireux de reprendre la fabrication de l’antique cæruleum. A son grand éclat et au charme de sa nuance, celui-ci joint, pour le dire en terminant, une solidité à toute épreuve : on peut le faire bouillir avec l’acide chlorhydrique ou avec une lessive de potasse; on peut l’exposer à l’hydrogène sulfuré sans l’altérer en quoi que ce soit.
- Fossile nouveau. — Lors de son récent voyage dans le Turkestan, l’intrépide M. Edmond Cotteau reçut du général Komaroff deux fossiles recueillis dans le terrain crétacé supérieur de Thersakan, sur la rive gauche de la rivière Soumbar, et naturellement il les rapporta à son frère, M. Gustave Cotteau, correspondant de l’Institut et si célèbre par ses grands travaux de paléontologie. L’un
- des fossiles est un oursin, déjà recueilli dans la craie d’Allaz, province d’Alicante, en Espagne, et désigné sous le nom de Cor aster Vilanovæ; cet échinide se révèle par une extension géographique des plus considérables. L’autre fossile est nouveau; c’est un crinoïde que M. de Lo-riol a examiné et qui se nommera désormais Austino-crinus Komaroffi.
- Variabilité d'un microbe. — Des faits bien singuliers et qui paraissent susceptibles d’importantes applications pratiques sont révélés par M. Chauveau sur le compte du microbe de la pustule maligne ou Bacillus anthracis. Il paraît qu’en cultivant ce proto-organisme dans de l’oxygène comprimé, on le prive absolument de ses propriétés virulentes sans modifier en quoi-que ce soit ses caractères extérieurs. Les nouvelles propriétés sont d’ailleurs véritablement fixées et l’auteur possède maintenant de grandes masses du microbe modifié. Il est si inoffensif qu’on peut l’inoculer à des cobayes âgés seulement d’un jour ou même à de très jeunes souris sans produire le moindre accident, et cependant ces animaux sont des plus sensibles à l’infection charbonneuse. M. Chauveau s’est demandé si le fait de cesser d’être virulent pour devenir simplement saprogènes entraînait pour le microbe un changement spécifique, ce qui pourrait avoir de très grandes conséquences au point de vue des doctrines transformistes, et, pour trancher la question, il a pris pour guide les principes les mieux établis en microbiologie. L’un d’eux, c’est qu’un être virulent donné, se reconnaît toujours et qu’une fois atténué il agit comme vaccin vis-à-vis de lui-même : si le bacille du charbon n’a pas perdu son autonomie avec sa virulence, il doit vacciner contre le charbon les animaux auxquels on l’inocule. Or c’est ce qui a lieu, pourvu que la dose du vaccin soit suffisamment considérable. M. Chauveau est allé jusqu’à inoculer 1,5 cm3 de ce vaccin à des moutons et jusqu’à 5 cm3 à [des chevaux, et il a, dans les deux cas, obtenu une immunité complète contre les infections ultérieures du bacille le plus virulent. Il a su trouver une autre preuve encore plus décisive, puisqu’il est parvenu à rendre leur virulence à des bacilles qui l’avaient perdue ; mais il promet de revenir lundi prochain sur ce deuxième ordre de faits qu’il se borne aujourd’hui à annoncer.
- Ambre aggloméré. — 11 paraît que des industriels ingénieux ont imaginé de refaire des fragments volumineux d’ambre ou succin avec les petits débris provenant de la taille des nodules naturels : le procédé consiste à déterminer l’agglomération des débris à l’aide de l’action combinée de la chaleur et de la pression. Le fisc a grand intérêt à distinguer l’ambre vierge de ce produit à cause des droits de douane à percevoir, et l’analyse chimique est impuissante à fournir un caractère distinctif. Heureusement, comme l’ont reconnu MM. Weiss et Hartmann, l’examen en lumière polarisée fournit à l’instant un moyen précis de distinction ; l’ambre naturel donne une plage lumineuse uniforme, et l’ambre agglutiné une mosaïque colorée très diversement, suivant les points.
- La science anecdotique. — C’est le titre d’un charmant petit volume que publie M. Félix Hément. A la fois technique et biographique, ce livre présente au lecteur une série de notices sur des initiateurs illustres et l’exposé, dans le style lucide et élégant où excelle l’auteur, des découvertes de chacun d’eux et de leurs conséquences principales : Archimède, Galilée, Pascal, Newton, Franklin, Jouffroy, Cuvier, Arago, Foucault, fournissent l’un après l’autre l’occasion de révéler la puissance sans limite de
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- LA NATURE.
- la méthode scientifique dans les directions les plus diverses.
- M. de Dechen. — Un des plus illustres correspondants de la section de minéralogie, M. de Dechen, vient de mourir à l’àge de quatre-vingt-neuf ans. Sa première publication date de 1822, et depuis cette époque, il a fait preuve d’une activité incessante et a rendu sans relâche les services les plus signalés à la géologie.
- Varia. — M. Trouvelot continue ses originales recherches sur la photographie des étincelles d’induction. — La descente des ovules dans le canal de la glande hermaphrodite des limaçons, occupe M. Perez. — Les observations faites à Rome des taches solaires durant le premier semestre de 1888 sont adressées comme d’habitude par M. Tacchini. — M. Liouville traite de la représentation
- géodésique des surfaces. — Une nouvelle note de M. de Lapparent concerne l’origine des roches éruptives. — On signale une étude de la sorbine par MM. Vincent et Dela-chanal. — Suivant M. Minary, les étoiles filantes ne seraient que des effets d’illumination des gaz dans les hautes régions de l’atmosphère par le développement de l’électricité statique. Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- MNÉMOTECHNIE RELATIVE AUX MIROIRS CONCAVES ET CONVEXES
- Quand nous commencions à suivre les cours de physique au lycée Bonaparte (aujourd’hui lycée Con-
- tig. 1. — Le solliciteur concave. Fig. 2. Le solliciteur convexe.
- (D’après deux anciennes caricatures très réduites, de la collection intitulée Le goûl du jour.)
- dorcet), il nous arrivait parfois dans les dessins crayonnés au tableau, de confondre les miroirs concaves avec les miroirs convexes, et inversement. Notre professeur d’alors (pourquoi ne le nommerions-nous pas? c’était notre excellent collaborateur d’aujourd’hui, M. Félix Hément) nous donna un moyen mnémotechnique pour éviter cette confusion. « Le miroir concave, nous disait-il, vous rappelle l’idée de cave. Pensez à un homme qui se penche en regardant dans la direction de la cave. Son corps se creusera et prendra la forme d’un miroir concave. Pensez au contraire à quelqu'un quon vexe; il se redresse, porte la poitrine en avant et prend la forme d’un miroir convexe. » Ce souvenir d’enfance m’est revenu à l’esprit, en trouvant chez un marchand d’estampes les deux amusantes caricatures que nous reproduisons ci-dessus. La première (fig. 1) repré-
- sente le solliciteur qu'on cave; il s’incline au moment où un huissier lui ouvrant la porte, lui annonce que sa demande va être accueillie. La deuxième (lig.2) montre le solliciteur qu'on vexe; il se redresse en entendant les paroles par lesquelles il est congédié, la porte étant fermée devant lui. On nous pardonnera de donner ces mauvais jeux de mots; mais nous sommes persuadé que ceux de nos jeunes lecteurs qui nous lisent, se rappelleront toujours, après avoir vu les dessins ci-dessus, la forme des miroirs ou des lentilles concaves et convexes. Ils pourront nous en savoir gré dans leurs examens. La mnémotechnie n’est pas toujours chose à dédaigner.
- G. T.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- N* 822.
- 2 MARS 1889.
- LA NATURE.
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- LE (MP DE VERRE DE PE R AN
- Parmi les modes spéciaux de construction que nous a légués l’antiquité, il en est un tout particulier que nous avons dernièrement étudié à l’intention des lecteurs de La Nature; nous voulons parler de ces singulières fortifications connues sous le nom de Camps ou Châteaux de verre, dont un spécimen très remarquable et fort complet se voit à peu de dis -lance de la ville de Saint-Brieuc.
- Les châteaux de verre ont été découverts et signalés pour la première fois en Ecosse, vers 1778, par le géologue S. John Williams. Son Mémoire à la Société d’Edimbourg fut vivement commenté dans l’Europe savante et donna lieu à des recherches qui firent découvrir quelques établissements de même nature en France, en Allemagne et dans certaines îles de la Méditerranée. La plupart du temps on n’avait pu relever que des parties très frustes de ces curieuses fortifications, lorsque, vers 1845, fut exhumé le camp de Pe-ran, qui donna lieu à plusieurs reprises à d’intéressants travaux dans le pays. Vers le commencement du second empire, le terrain fut acheté par l’État et le fort classé comme monument historique. A l’heure actuelle un simple | bornage et un écriteau qui se disloque sous les injures du temps, sont les seules défenses de l’antique forteresse contre les dévastations des paysans. Situé
- 17® innée. — {” semestre.
- en dehors des lignes fréquentées, presque perdu dans un pays où les communications sont peu faciles, le camp de Peran est peu connu et tend peu à peu à disparaître dans l’oubli ; et pourtant il y a là matière à une fort intéressante étude. Le camp de
- Peran, connu dans le pays sous le nom des Pierres brûlées, est situé à 10 km environ au S. de Saint-Brieuc, il s’élève au sommet d’un plateau triangulaire qui sépare les deux vallées du Gouët et de l’Urne, deux petites rivières dont l’estuaire de l’une forme le port du Légué, tandis que l’autre s’infléchissant plus à l’E. donne naissance à cette profonde échancrure, appelée d’Yffiniac. Fortement assis sur la partie culminante du plateau qui porte en ce point le nom Rocher Goéland, (cote 107 de la carte d’état-major), le camp domine l’importante voie romaine1 qui mettait en communication l’opulente cité de Care-tum (Garhaix, Finis-terre) avec la capitale des Curiosolites (Corseul) et la colonie romaine de Reginea (Erquy).
- C’était un point stratégique supérieurement choisi ; la surveillance de la route qui passe à 200 m au plus du glacis était facile, la vue s’étendait librement au loin sur les deux vallées et en arrière le fort était protégé par l’impénétrable et mystérieuse torêt de Broeeliande. Le camp se compose de deux enceintes concentriques
- 1 Cette route existe encore, parfaitement conservée et est désignée dans le pays sous le nom de « la voie romaine » ou Chemin de Noé.
- Fig. 1. — Plan du camp de verre de Peran.
- La gravure ci-dessous (flg. 2) représente la portion de muraille AB près de la porte sud.
- Fig. 2. — Vue d’une touille qui a permis de retrouver les débris du mur de verre.
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- LA NATURE.
- affectant la forme d’une ellipse dont le grand a\e, sensiblement orienté dans la direction N. S., mesure 154 m de long et le petit axe 118 m.
- Un chemin moderne enveloppe une partie de l’enceinte et empiète même sur elle, vers le S.; cependant la plus grande part du double parapet est encore intacte, surtout dans la partie 0., malgré les fouilles que les paysans et les chercheurs de trésors y ont pratiquées à plus d’une reprise. Une vieille tradition en effet, que nous avons recueillie sur les lieux mêmes, rapporte qu’avant de quitter le pays les Moines rouges — lisez les Templiers — y enterrèrent une merveilleuse chasse d'or, contenant le corps de sainte Suzanne, et une partie de leurs trésors.
- I)e fait les Moines rouges possédaient non loin l’importante Commanderie du Creacli dont il subsiste encore aujourd’hui une petite chapelle, dont le pavage est en partie constitué par des dalles tumu-laires, sur lesquelles nous avons relevé la croix pattée, accotée de la large épée des Templiers. Notons enfin qu’au nord et au sud du camp avaient été plantés autrefois deux petits bois de hêtres en partie encore debout qui lors de leur exploitation ont amené de fortes dégradations dans le parapet.
- L’enceinte extérieure, d’un pourtour de 500 m environ, comprend une simple levée d’un relief de 0,50 m à peine, formée des déblais d’un fossé, qui la précède, large de 4,50 m sur 1,20 m de profondeur. La seconde enceinte, séparée de la première par un fossé de 5 m, présente un développement de crête de 592 m : le parapet a 2,35 m de relief, une épaisseur de 12 m à la hase, 3 au sommet, avec talus extérieur à la pente de 5/2 et un talus intérieur de 1/5.
- Notons que cette formeronde, cette double enceinte, ces deux fossés font du camp de l'eran un monument absolument semblable aux châteaux de verre d’Ecosse.
- La construction du parapet intérieur est des plus curieuses et a exercé longtemps la sagacité des chercheurs. A la suite des fouilles pratiquées à plusieurs reprises, on a pu établir qu’il est constitué de la façon suivante. Au-dessous d’une couche de terre végétale de 0,20 à 0,25 m, on trouve un muraille-ment en pierres sèches comprenant un noyau central composé de scories et de matières vitrifiées d’une couleur brun-rougeâtre. C’est une pâte vitreuse, assez semblable au laitier des hauts fourneaux dans laquelle sont noyés des fragments de toutes grosseurs de quartz et de grès réfractaires. La couche superficielle a subi, sdus l’influence des agents extérieurs, un commencement de décomposition et présente une teinte grisâtre ; elle est assez friable, tandis que le centre est au contraire très dur et se casse sous la pioche en donnant une poussière blanche. Il convient d’ajouter que les talus sont formés par une masse d’argile rouge qui présente au contact du mur des traces assez profondes de cuisson, enfin l’aire du parapet est recouverte de larges dalles posées à plat.
- En examinant de près ce singulier assemblage, on remarque que la vitrïficalion est assez irrégulière : tantôt la pâte vitreuse a pénétré profondément dans la muraille formant du parapet entier une masse compacte et dure; tantôt elle a seulement couvert les pierres d’une sorte de vernis qui les soude les unes aux autres; la partie vitrifiée présente de nombreuses soufflures où on recueille souvent des charbons de bois. Enfin au ras du dallage inférieur, on découvre de place en place d’assez larges cavités où on retrouve des cendres et des fragments de bois carbonisés; les pierres granitiques qui forment la voûte de ces sortes de fours ont une coloration rougeâtre qu’elles semblent avoir acquis sous l’influence d’un feu violent.
- Certes l’action du feu est indiscutable, mais dans quelles circonstances a-t-elle été produite? Yoilà ce qui a longtemps partagé les archéologues : les uns ont voulu y voir le résultat d’un immense incendie postérieur à la construction du camp ; les autres, au contraire, y ont reconnu une action intentionnelle, une méthode spéciale de construction. C’est ce dernier avis qui a prévalu ; étant donné, en effet, qu’en divers points de l’Europe, fort éloignés les uns des autres, on observe des constructions présentant des caractères absolument identiques, il paraît peu probable que leur formation soit le résultat d’un accident; il faut déplus noter que dans les fouilles, tant en Écosse qu’a Peran, on a observé que les pierres du couronnement sont le plus souvent intactes ou tout au moins à peine altérées, tandis que les masses vitreuses, les charbons et les cendres, se trouvent en plus grande quantité dans les parties profondes du parapet.
- Le versant du Gouët est fortement granitique, tandis que le versant de l’Urne présente des bancs d’argile rouge mélangée de feldspath et de quartz en menus rognons. Tels étaient les éléments que les constructeurs avaient à leur disposition. On conçoit dès lors l’idée qui dut présider à l’érection du fort : il s’agissait de monter un mur composé de pierres de granit, mélangées de briques crues et de morceaux de bois que leur fournissait en abondance la forêt voisine. Des foyers établis au ras du sol, sur le dallage inférieur, devaient servir à la mise en train du feu ; de part et d’autre un fort talus d’argile et une couverte de terre devaient s’opposer à un refroidissement trop rapide, tandis que des* évents ménagés à diverses hauteurs permettraient de conduire le feu à volonté; or là il ne s’agissait pas seulement de cuire le mur de briques, mais de le vitrifier, accident qu’on observe souvent lorsque le feu est trop poussé.
- On se demande le temps qu’a pu exiger un pareil travail; si nous écoutons les traditions locales, le feu aurait duré sept ans. Nous ne devons considérer ce cycle de l’heptade, si habituel aux légendes, que comme une façon d’exprimer une longue période. Nous savons que la cuisson des briques en tas demande actuellement 24 à 25 jours ; cette donnée nous
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- permet de réduire de beaucoup l’estimation légendaire, mais quoi qu’il en soit, la vitrification exigea certainement plusieurs mois.
- Il nous resterait encore une question à vider : Quels furent les constructeurs de ce singulier édifice? Ici la réponse est fort délicate. En Écosse la tradition populaire en rapporte l’érection aux premières races gaéliques, et dans les travaux sur l’origine du camp de Peran nous voyons soutenir les deux thèses suivantes : les uns l’attribuent aux premiers occupants de l’Armorique et en font un contemporain des premiers temps de Rome ; d’autres en ont fait un des camps retranchés des Bagaudes. 11 y a là un écart de près d’un millier d’années sur lequel nous n’insisterons pas.
- Nous avons dit que le camp de Peran n’était pas le seul monument de ce genre; outre les châteaux de Knock-Farril, de Graigh-Phadrick, près d’înver-ness et de Castle-Finlay pour ne citer que les plus considérables parmi les châteaux de verre d’Ecosse, on a signalé une portion de mur vitrifié près d’Argentan, mur qui sert à clore une sorte de presqu’île formée par un des méandres de l’Orne. A Sainte-Suzanne dans la Mayenne, on remarque dans les remparts du vieux château, tout proche d’une poterne, un pan tout entier de mur vitrifié d’environ 10 m de long sur 2 m de haut; des pierres de petit appareil, en général de grès dur, sont liées par une pâte vitreuse noire, à cassure lisse, absolument semblable à un verre commun très bullé. A Saint-Jean-sur-Mayenne, on en trouve encore quelques restes et plus particulièrement à Châteauvieux dans la Creuse ; enfin en Allemagne, on connaît les camps de Stronberg et de Lobau.
- Au double point de vue de l’histoire et de la science le camp de Peran offre un intérêt de curiosité tout spécial; après les enthousiasmes qui ont signalé sa découverte, il importe de ne point laisser l’antique forteresse retomber dans l’oubli et les paysans parachever l’œuvre destructive du temps.
- IL Fourtier.
- UN BAROMÈTRE DE VOYAGE
- Cet appareil présenté récemment à la Société de physique de Londres par son auteur, M. T. II. Blakesley, sous le nom d’Amphisbœna, se compose d’un tube de verre droit de section intérieure uniforme, fermé à l’une de ses extrémités, et ouvert dans l’atmosphère par son autre extrémité.
- Une colonne de mercure occupe une portion du tube ; l’espace entre l’extrémité fermée du tube et la colonne de mercure est occupé par de l’air.
- Ce tube porte une graduation uniforme dont le zéro commence au bout fermé, et qui sert de mesure au volume occupé par l’air à chaque instant.
- L’appareil peut être suspendu verticalement, la partie ouverte à la partie supérieure ou à la partie inférieure. Dans le premier cas, l’air qu’il renferme est soumis à une pression égale à la pression atmosphérique, plus la pression exercée par la colonne de mercure ; dans le se-
- cond cas, la pression de l’air renfermé est égale à la différence.
- Soit II la pression atmosphérique mesurée en cm de mercure.
- I la longueur de la colonne de mercure en cm.
- î>! le volume de l’air dans le premier ces, mesuré en cm sur le tube.
- e2 le volume de l’air dans le second cas, mesuré en cm sur le tube.
- En appliquant la loi de Mariotte on a (U+ZK = (II-I)ra
- d’où
- u = îi±-ï>l.
- »> — t'i
- Deux expériences faites en un point donné en suspendant successivement le tube dans ses deux positions inverses, et un calcul fort simple déterminent donc la hauteur barométrique.
- La hauteur de la colonne de mercure intervenant comme facteur, il est bon de la choisir de façon à simplifier les calculs en lui donnant une longueur de 25 ou de 50 cm à 0° C. Dans ces conditions, on introduit la correction relative à la température par l’expérience même, quelle que soit cette température et la longueur correspondante de la colonne de mercure, et l’expérience donne directement la hauteur barométrique réduite.
- En pratique, il est bon de prendre un tube de 50 cm de longueur avec une colonne de mercure de 25 cm, le diamètre intérieur du tube étant d’environ 1,2 mm.
- Lorsque l’appareil est appliqué à la détermination des hauteurs des montagnes, on n’a pas à se préoccuper de la longueur exacte l de la colonne de mercure, car la différence de niveau ne semble être qu’une fonction du rapport des deux pressions aux points d’observation. On peut alors se contenter de déterminer la valeur de Vj 4 r2 r2 — r1
- en chaque point d’observation et d’en calculer le rapport.
- En pratique, le tube de verre est disposé dans une rainure ménagée dans une pièce de bois légère portant deux œillets servant à suspendre l’appareil verticalement dans ses deux positions, ou à le porter en bandoulière dans les ascensions.
- Son poids total ne dépasse pas 200 grammes, ce qui en fait un baromètre de voyage, très portatif.
- INFLUENCE DES ÉBRANLEMENTS DE L’AIR
- SUR I.FS CHÛTES DE PLUIE
- À diverses reprises, des observateurs attentifs ont cru constater que le violent ébranlement de l’air produit par une canonnade peut dissiper le brouillard ou les nuages, et occasionner des chutes de pluie. Il est malheureusement très difficile de faire une étude systématique de ce phénomène, et, en attendant que les gouvernements mettent de la grosse artillerie à la disposition des météorologistes, il faut se borner à relater les faits isolés que le hasard permet d’observer.
- Le mardi 25 septembre 1888, j’assistais à des expériences de tir faites par la deuxième division d’artillerie de position suisse. Les batteries étaient disséminées sur les hauteurs qui dominent Plagne, petit village situé à 850 m d’altitude, et à 8 km au nord-est de Bienne. Je me trouvais près d’une batterie de quatre mortiers de
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- 12 cm qui devait ouvrir le feu sur une redoute masquée par une forêt, et située à 1800 m environ. Les observations au but devaient être faites par un officier caché derrière un monticule à 300 m environ de la redoute.
- Trois des mortiers avaient été pointés sur un but auxiliaire, lorsqu’un épais brouillard d’automne commença à s’élever de la vallée, masquant d’abord les buts éloignés, puis la forêt, et enfin les objets les plus rapprochés, jusqu’à 100 m ou même moins. Le quatrième mortier fut pointé à son tour à l’aide de mires, et le major donna l’ordre d’ouvrir le feu aussitôt que l’observateur caché apercevrait la redoute. Mais le brouillard, loin de se dissiper, augmentait encore, et, au dire des paysans, devait durer tout le jour. Enfin, vers midi, l’officier commandant la batterie essaya, sans grand espoir de succès du reste, de mettre à profit l’observation dont nous avons parlé. Les mortiers furent chargés avec des cartouches de 500 g, et tirèrent en tout seize coups, dont huit séparément, et les huit autres en deux salves. Cette canonnade pouvait avoir duré cinq minutes, lorsque tout d’un coup, comme par enchantement, le brouillard se dissipa, découvrant la vallée jusqu’à plus de 3 km de la batterie. En même temps, une petite pluie fine se mit à tomber.
- Le feu commença immédiatement de toutes les batteries ; le brouillard ne se montra plus, mais la pluie ne cessa guère de tomber de la journée; c’était, par moments, une violente pluie d’orage, tout à fait insolite dans le Jura à cette époque de l’année. Il ne paraît pas douteux que le tir n’ait eu ce jour-là une influence marquée sur la condensation du brouillard et la chute de pluie. Ch.-Ed. Guillaume.
- FUSIL DÉCHANDON
- ÉJECTEUR AUTOMATIQUE DE CARTOUCHE
- Les chasseurs savent tous combien il est quelquefois difficile d’extraire du fusil la cartouche qui vient d’être tirée. Avec les fusils à bascule et à percussion centrale, employés aujourd’hui presque partout pour la chasse, il a été indispensable d’ajouter un extracteur automatique qui, au moment où on fait basculer l’arme, amène la cartouche en avant ; mais il faut encore la saisir pour achever de la retirer du canon avant d’en introduire une autre. Quand on peut prendre son temps, rien n’est plus facile; mais quand on a froid aux doigts, quand on est pressé,
- comme cela arrive souvent à la chasse aux alouettes et même quelquefois en plaine, on perd souvent a cette opération plus de temps qu’il n’en faut à la pièce de gibier pour être hors de portée. L’idée de faire projeter au loin la cartouche vide par le seul fait de basculer le fusil est venue à différents armuriers, et différents systèmes ont été imaginés et appliqués, mais seulement à des armes d’un prix élevé.
- 31. Déchandon, armurier à Saint-Etienne, s’est attaché à perfectionner ce système en le simplifiant de manière à pouvoir l’adapter à peu de frais à tous les fusils à percussion centrale. On sait que l’extracteur de ces fusils se compose d’une pièce A (fig. 1 et 2) qui, au moyen d’un excentrique c placé près de la charnière, avance de quelques millimètres lorsque les canons sont basculés. Le système de
- M. Déchandon consiste dans l’application d’un ressort puissant B agissant sur une came placée de chaque côté de cet excentrique. On voit sur notre gravure qu’au moment où l’on fait le mouvement de bascule, le ressort B est soulevé peu à peu; à un moment donné, lorsque les canons sont à l’extrémité de leur course, le ressort B glisse brusquement sur les cames et vient buter violemment sur l’extrémité de l’extracteur. Ce choc a pour effet de projeter au loin la cartouche vide, elle saute à environ 1 m en arrière. Il était indispensable que celle qui a été tirée subisse seule cet effet ; c’est ce qui a lieu en réalité. Ce résultat est obtenu au moyen de deux petites tiges E (fig. 4) qui sortent un peu au-dessus de l’arme, mais cela seulement si le chien auquel chacune d’elle correspond est armé (la figure représente à tort le contraire). De cette façon, lorsque le coup n’a pas été tiré, la cartouche se trouve calée à sa place dans l’extracteur, et le ressort éjecteur ne produit pas d’effet sur elle ; il faut, pour la retirer, désarmer le chien après avoir basculé les canons.
- Ce système, très commode et peu coûteux, pouvant s’adapter facilement aux anciens fusils, ne tardera pas à se répandre dans le monde des chasseurs, la rapidité du chargement étant souvent un des éléments du succès. G. Mareschal.
- Coupes d’un fusil montrant le système d’éjecteur automatique de cartouche.
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- POMPE Â SANGLE
- Parmi les innombrables systèmes de pompes imaginés pour satisfaire aux besoins des petites applications, à la campagne, par exemple, il n’en est pas de plus simple et de plus rustique que celui que nous présentons aujourd’hui à nos lecteurs.
- Le principe de cet appareil élévatoire est fort ancien, et c’est Véra le premier qui a cherché à utiliser les propriétés d’un cordon tlexible et spongieux dans le but d’élever l’eau à une certaine hauteur. A cet effet, il disposait sur un tambour une corde sans fin venant s’enrouler également sur un tambour inférieur plongé dans l’eau d’un puits.
- En faisant tourner le tambour supérieur, la corde qui y adhère, par son poids, est mise en mouvement verticale-ment et élève ainsi, avec elle, une certaine quantité d’eau. L’eau ainsi entraînée s’échappe tan-gentiellement au tambour par l’effet de la force centrifuge, et est recueillie et conduite vers le point que l’on veut desservir. L’idée première de Véra a été reprise successivement par différents inventeurs qui ont substitué à la corde soit un ensemble de cordes liées ensemble, soit une sangle. Le fonctionnement de ces divers organes flexibles était évidemment le même, et l’on pouvait ainsi élever de l’eau à une assez grande hauteur en n’employant que des organes simples de construction et de réparation faciles. L’emploi de ces différentes dispositions avait l’inconvénient d’obliger de faire circuler le cordon flexible avec une vitesse assez considérable pour que, à l’arrivée sur le tam-
- bour supérieur, la force centrifuge développée fut suffisante pour amener le départ d’une portion importante de l’eau imprégnant la corde et qui pouvait être ainsi recueillie. D’autre part, l’eau entraînée retombait en partie dans le puits avant d’atteindre son sommet. Pour ces deux raisons, le rendement de l’appareil, défini par le rapport du travail représenté par l’eau élevée au travail mécanique dépensé sur l’arbre, était assez faible.
- M. G. de Beaussier a cherché à augmenter à la fois la puissance et le rendement de la machine élévatoire de Véra en substituant à la corde une sangle et en y attachant, soit des franges de matières textiles, soit des matières spongieuses, telles que des fibres de raphia ; il a pu perfectionner l’appareil primitif et le rendre ainsi plus pratique. L’appareil se compose en principe de deux arbres parallèles, l’un portant la manivelle de commande et un engrenage, l’autre un tambour en bois, qui, dans l’instrument expérimenté par M. Alfred Tresca, avait environ 0,32 m de diamètre, et un pignon commandé par le premier engrenage. Le rapport de ces engrenages est de cinq, le tambour tournant ainsi cinq fois plus vite que l’arbre de la manivelle. Ce tambour est entouré d’une sangle sans fin qui vient plonger dans l’eau du puits, sans qu’il ait été jugé nécessaire d’employer le second tambour de la disposition primitive de Véra.
- La figure 2 montre les dispositions des fibres du raphia sur la sangle ainsi que le mode d’attache de ces fibres. Il suffit de recouvrir le tambour garni de sa sangle d’un chapeau en zinc pour recueillir et conduire les différents filets liquides vers le canal
- Fig. 1. — Vue d’ensemble de la pompe à sangle.
- Fig. 2. — Sangle à deux faisceaux (n" 1). — Sangle à quatre faisceaux (n“ 2).
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- de sortie qui se trouve un peu en contrebas de l’axe du tambour.
- Le premier modèle mû à bras d’hommes a été étudié par M. Alfred Tresca en remplaçant la manivelle motrice par une manivelle dynamométrique du général Morin appartenant au Conservatoire des arts et métiers. La vitesse angulaire avait été réglée chaque fois d’après les indications de l’inventeur pour obtenir une vitesse périphérique suffisante à l’expulsion de l’eau, sans augmenter cette vitesse au point de créer une perte inutile de travail représentée par la puissance vive de l’eau emportée à cette vitesse.
- Dans les essais, cette vitesse a varié de 2,7 à 5,38 m par seconde. L’eau était puisée à 15 m au-dessous de l’axe du tambour et déversée dans un conduit à 0,55 m au-dessous du même axe, soit une élévation effective de 14,65 m. Les résultats complets des essais ont fait l’objet d’un rapport à la Société d'encouragement pour l'industrie nationale,
- Fig. 5. — Disposition de la sangle inclinée (n°l) ou verticale (n°2).
- au nom du comité des Arts mécaniques, par M. Alfred Tresca1.
- Voici le résumé des résultats obtenus dans trois séries d’expériences.
- lre série. — Sangle de 9,4 cm de largeur, avec six brins de raphia cousus dans l’axe. Un seul homme à la manivelle élève 18 litres d’eau par minute avec un rendement de 41 pour 100.
- 2e série. — Sangle de 10,2 cm de largeur avec dix-huit brins de raphia formant trois bandes de même largeur que dans la première série. Deux hommes à la manivelle élèvent 30 litres par minute avec un rendement de 52 pour 100.
- 3e série. — Sangle de 9,4 cm de largeur avec addition de fibres de raphia transversales. Deux hommes à la manivelle élèvent 17,25 litres par minute avec un rendement de 32 pour 100.
- Ces essais dynamométriques apportent quelques renseignements numériques intéressants et peu connus relativement à la puissance mécanique développée par un homme tournant une manivelle.
- Avec une manivelle de 34,7 cm de rayon tournant à une vitesse angulaire de 55 à 57 tours par minute, un homme peut développer une puissance de 10 à 12 kgm par seconde dans des expériences dont la durée ne dépasse pas 4 minutes.
- En mettant deux hommes à la manivelle, la puissance totale n’augmente pas beaucoup, puisqu’elle n’a jamais dépassé 14,2 kgm par seconde, mais il
- 1 Bulletin de novembre 1888.
- est certain que les hommes se fatiguent moins et pourraient travailler d’une façon plus continue.
- On peut donc admettre, d’après ces expériences qui confirment bien d’autres expériences antérieures, qu’un homme tournant une manivelle produit une puissance mécanique de 7 à 8 kgm par seconde.
- Pour en revenir à la pompe à sangle de M. de Peaussier, nous sommes d’avis, avec le rapporteur de la Société d’encouragement, M. Alfred Tresca, que les résultats obtenus, bien que faibles, si on les compare aux rendements des machines à élever les eaux d’un usage courant, sont cependant intéressants lorsqu’ils sont relatifs à un appareil essentiellement rustique, ne portant avec lui aucune cause de dérangement, si ce n’est l’usure de la sangle servant au transport de l’eau. Des modifications importantes ont été apportées à l’appareil, depuis les expériences de M. Tresca qui datent du mois de mai dernier.
- L’appareil représenté figure 1 montre la pompe à sangle de M. G. de Peaussier sous sa forme industrielle actuelle. A est l’arbre commandé par la manivelle R et portant un volant C destiné à régulariser la vitesse. P est le second arbre commandé par l’engrenage D et un pignon. E est une poulie en fonte supportant la sangle F et remplaçant le tambour de l’appareil expérimenté par M. Tresca. G est l’auge dans laquelle vient tomber l’eau rabattue par une feuille de zinc L en forme de demi-cercle : cette eau ainsi recueillie s’écoule en K. Le système forme un tout complet qui s’installe en quelques instants sur la margelle d’un puits.
- Une sangle de 10 cm de largeur portant 4 bandes de fibres de raphia peut débiter jusqu’à 120 litres par minute. La profondeur à laquelle l’eau peut être puisée est en quelque sorte illimitée : elle a atteint et dépassé 70 m. La pompe à sangle fonctionne soit sur un plan incliné, soit verticalement (fig. 3), et peut remplacer alors, dans bien des cas, la classique vis d’Archimède. Sans insister sur les nombreux avantages de ce système élévatoire,dans tous les cas où il s’agit de petites installations rustiques et économiques, nous signalerons encore sa légèreté, car le châssis portant la transmission et le tambour ne pèse que 50 à 60 kg et le poids de la sangle de \ 0 cm de largeur ne dépasse pas 200 grammes par mètre courant : le génie rural se trouve donc doté d’un appareil simple et pratique pour l’élévation des eaux.
- X..., ingénieur.
- —*<>«—
- LES OURS SAYANTS
- Nous avons souvent attiré l’attention de nos lecteurs sur l’intelligence des animaux en leur exposant les prouesses des bêtes dressées, que l’on désigne communément sous le nom à'animaux savants. Les loups savants ont été récemment l’objet d’une notice 1 ; les exercices de perroquets, de cerfs, de chats, etc., ont été précédemment passés en revue
- 1 Vov. n° 811, du 15 décembre 1888.
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- LÀ NATURE.
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- clans ce recueil1. Le Nouveau-Cirque de la rue Saint-Honoré a eu l’année dernière, comme attraction principale, un ours savant, « Caviar, l’ours écuyer», disait l’affiche. Cet ours était, en réalité, fort curieux; les exercices qu’il exécutait à cheval constituaient une représentation nouvelle et originale. Ce nous est une occasion pour compléter la série de nos études.
- Voici quels étaient les exercices de l’ours Caviar: il arrivait tenu en laisse par son barnum, traversait debout toute la piste du cirque, et au moyen d’un escalier de quelques marches grimpait sur un cheval, couvert d’une selle plate rembourrée. Le cheval partait au galop et l’ours faisait ainsi quelques tours de piste dans diverses postures, à quatre pattes, assis ou debout. La position assise, les pattes de devant relevées, semblait notamment lui être des plus aisées, et cela malgré les soubresauts occasionnés par le galop du cheval. Caviar exécutait des sauts de barrière : six barrières réparties sur la longueur de la piste et tendues par des écuyers, se présentaient successivement devant lui, par suite du mouvement de translation du cheval, et il savait parfaitement saisir le moment de les franchir. Ensuite il sautait, en quatre bonds successifs, quatre barrières présentées à quelques mètres d’intervalle. Il répétait ce même exercice avec des cerceaux vides, et même, ce qui est plus remarquable, à travers des cerceaux de papier. L’ours s’élançait avec confiance et crevait le disque qui lui était présenté. Il est évident que pour qu’un animal se heurte volontairement contre un obstacle qui doit lui sembler solide, il faut que son instinct se soit modifié et que par un entraînement graduel, il ait acquis la conscience de la fragilité de cet obstacle. Redescendu sur la piste, l’ours Caviar courait debout sur le pourtour; puis jouait avec un jeune clown, luttait avec lui et le poursuivait.
- Cette exhibition se terminait par la présentation d’un ourson de quelques mois, un bébé ourson, qui arrivait en se tenant debout, s’asseyait, et ébloui par ce milieu de lumières, de spectateurs et de bruit, où on l’introduisait, regardait d’un air étonné autour de lui, puis, en se dandinant d’une façon grotesque et enfantine, il retournait dans l’écurie où se trouvait son berceau.
- Les ours, comparativement aux autres animaux, sont, on pourrait presque dire « savants par nature», et en effet quand l’on voit dans une cage plusieurs ours réunis, on peut constater qu’ils présentent dans leurs mouvements une facilité, une aisance et une étendue extraordinaires.
- On les voit se tenir debout, marcher dans cette position, grimper à un arbre, s’accrocher le corps renversé. Leurs pattes antérieures sont de véritables bras qu’ils peuvent écarter, rapprocher, serrer sur leur poitrine, et dont ils se servent avec beaucoup d’adresse dans leurs luttes, dans leurs jeux. De plus, on peut facilement se convaincre, par une visite au Mu-
- 1 Voy. Tables des matières des volumes antérieurs.
- séum, que les ours font preuve d’intelligence, d'esprit, d’invention et d’initiative, même d’hypocrisie et de ruse. Cette aptitude des ours, a exécuter des mouvements interdits à nombre d’autres espèces animales, tient à la conformation particulière du groupe dont ils font partie, celui des plantigrades, conformation qui, sous certains rapports, rapproche ces animaux de ceux de groupes supérieurs, notamment les quadrumanes. Chez l’ours les membres postérieurs sont de véritables jambes, et les membres antérieurs peuvent être comparés à des bras. Leurs jambes ont, en effet, l’articulation de la hanche et du fémur (coxo-fémoralc) susceptible d’une grande extension et de mouvements de torsions étendus. De plus l’articulation du genou (tibio-fémorale) est complètement détachée du corps, tandis que chez nombre d’autres animaux elle est appliquée contre les parois de l’abdomen. Quant à l’articulation tibio-tarsienne, qui, chez les chevaux, les bœufs, les chiens, etc., constitue le jarret, chez les ours, elle forme un talon, dépendant d’un véritable pied digité. Les membres antérieurs, les bras, possèdent des mouvements latéraux, en raison de la présence d’une clavicule qui vient élargir l’articulation de l’épaule. De plus, l’humérus, l’os du bras, est complètement détaché du corps; il se joint aux os de l’avant-bras, le radius et le cubitus, par une articulation, un coude très mobile, et le membre antérieur se termine enfin par une sorte de main composée de doigts. Ces doigts sont armés de griffes puissantes, rétractiles, c’est-à-dire pouvant se redresser de façon à ne pas s’émousser sur le sol. Les ours savants exhibés par des bateleurs sur les places des villages ou dans les carrefours des villes, constituaient un spectacle populaire des plus fréquents, il y a quelque trente ou quarante années. La plupart de ces bateleurs montreurs d’ours étaient de malheureux bohémiens gip-sies, venant des confins de l’Autriche ou de la Russie qui, ayant pour toute fortune un âne sur lequel se trouvaient les bagages et les petits enfants, parcouraient l’Europe en exhibant un ou plusieurs ours. La science de ces ours consistait en peu de choses : se tenir debout, soit d’eux-mêmes, soit en posant les deux pattes sur un gros bâton appuyé d’une part sur le sol et de l’autre sur leur épaule; à lever successivement les pattes dans une sorte de danse grotesque, à tourner en rond, à se coucher sur le sol, faire le mort, se rouler au commandement, ou encore faire la culbute, dans ce dernier exercice, mettant le museau entre leurs pattes de devant, ils culbutaient plusieurs fois de suite avec une grande facilité. Quelquefois l’ours était assez bien dressé pour aller lui-même debout et tenant un tambourin entre ses pattes, faire la quête autour du cercle des spectateurs.
- Souvent cet ours était grotesquement revêtu d’une veste et coiffé d’un chapeau, et, au commandement de : « Saluez la société », il savait retirer et remettre celui-ci, mais d’une façon si maladroite que cet acte excitait toujours l’hilarité du public.
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- LÀ NATURE.
- Sous le premier Empire tous les ours savants savaient faire l’exercice; l’ours, armé d’un bâton, coiffé d’un schako ou d’un bonnet de police, ayant un baudrier et une veste de soldat, obéissait au commandement, prenait les positions de l’école du soldat, telles que : « arme bras » — « présentez arme » — « arme sur l’épaule » — « croisez la baïonnette » — « en joue » — « feu. » Puis, l’ours debout, tenant sur son épaule gauche un bâton passé dans un paquet de vêtements contenus dans un mouchoir noué, faisait le tour de la société (fîg. 1). C’était « le retour au pays » du troupier et la fin du spectacle. D’autres dompteurs faisaient, disaient-
- ils, « parler leur ours » ; c’était un jeu cruel ; en tirant par saccades la corde tenant à l’anneau passé dans les narines de l’animal, celui-ci poussait des grognements de douleur et ouvrait et fermait la gueule en signe de menace. C’est ce que le montreur prétendait être la réponse de l’ours à ses questions.
- Les ours savants, dansant sur les places publiques au son d’une flûte ou d’un tambourin, étaient, disons-nous, des spectacles communs autrefois, mais dans beaucoup de villes des règlements de police les ont interdits. Généralement ces montreurs d’ours | étaient craints et redoutés, et il est de croyance
- Fig. 1. — En montreur d’ours sous le premier Empire.
- populaire qu’ils dressaient leurs animaux à dépouiller les passants; on en a vu, dit-on, commettre d’épouvantables crimes. On parlait d’une jeune fdle dévorée dans une forêt par les ours d’un montreur; de deux voyageurs dévalisés sous la menace d’être dévorés vivants, et autres histoires analogues.
- Une des scènes fréquentes de ces exhibitions était un simulacre de lutte. L’ours et l’homme se pressaient à bras-le-corps, semblaient faire des efforts pour se renverser, et, naturellement, l’homme était toujours vainqueur; mais, en réalité, c’était non en vertu de sa force, mais parce que, tirant sur l’anneau que l’ours avait dans le nez, il le forçait, par la douleur, à tomber sur le sol.
- M. Louis Rousselet, pendant son voyage dans l’Inde, eut l’occasion d’assister à des exercices de
- luttes d’ours savants, et il les rapporte ainsi : « L’ours des Himalayas, dit-il, est plus petit que notre ours commun; sa fourrure est longue et d’un noir lustré; son museau, très allongé, ressemble au grouin du porc.
- « Les Indiens prennent ces animaux très jeunes, leur passent un anneau dans le nez et leur arrachent les principales dents. Ces malheureuses bêtes deviennent d’une grande douceur, mais arrivées à l’âge adulte, elles tombent dans une sombre mélancolie qui les enlève rapidement. On les fait danser au son du tambourin cette marche qui paraît spéciale à tous les ours de la terre. La partie la plus curieuse du spectacle est le simulacre de combat qui se livre après la danse entre l’ours et le montreur; à un dernier coup de bâton, l’animal paraissant perdre
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- patience, se précipite sur son gardien et l'enlace de ses terribles bras; homme et bête roulent à terre, mêlant leurs hurlements et leurs cris de fureur, puis soudainement, à un signe, l’ours se dégage et redevient calme et soumis.
- « Ce petit drame ne manque jamais son effet la première fois et produit sur le spectateur un moment de vive émotion. Ajoutons que, malgré la cuirasse de peau de buffle dont se couvre le gardien, et malgré la soumission de l’ours, il arrive quelquefois que
- Fig 2. — Les exercices de l’ours Caviar au Nouveau-Cirque, à Paris, en 1888.
- celui-ci, prenant son rôle au sérieux, étouffe tout bonnement le lutteur, sans que les spectateurs, croyant assister au simulacre habituel, aient l’idée d’intervenir. »
- En dehors des ours savants exhibés en public, on a cité un grand nombre d’exemples d’autres qui étaient, soit doués de quelques talents, soit simplement apprivoisés. Un seigneur hongrois avait, dit-
- on, il y a quelques années, un ours assez bien dressé pour « servir à table. » Ce service ne consistait, il est vrai, qu’à faire quelques pas en tenant entre ses pattes le plat qu’on lui avait confié et à le poser plus ou moins maladroitement sur la table de son maître. Johnson raconte qu’un prince de Lithuanie avait un ours apprivoisé qui vivait en liberté dans les bois, mais venait tous les matins au château, frappait la
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- porte avec ses pattes de devant jusqu’à ce qu’on lui eût ouvert, demandait à manger et, après avoir pris sa pitance, retournait dans la forêt.
- Lors de la campagne de Charles le Téméraire contre les Suisses, en 1476, ceux-ci avaient pour allié le duc René de Lorraine. Or, les chroniqueurs racontent que ce seigneur possédait un ours monstrueux de grosseur, mais, disent-ils, merveilleusement apprivoisé. « Quand le duc René fit son entrée dans la ville de Berne, à la tête de trois cents cavaliers, son ours apprivoisé marchait près de son cheval et le duc parfois le caressait ou lui donnait sa main à lécher comme il aurait fait à un chien. »
- Une visite au Muséum d’histoire naturelle permet de se rendre compte de la facilité avec laquelle les ours comprennent ce qu’on veut leur faire exécuter et obéissent au commandement. Ces ours, sous l’influence de l’attrait des morceaux de pain que leur jettent les visiteurs et des soins de leurs gardiens, se transforment rapidement en ours savants. Dans les fosses, l’un des ours bruns notamment, qui a hérité avec la place qu’il occupe du nom de « Martin » que portaient ses prédécesseurs, exécute plusieurs tours. Au commandement de : « Fais le beau ! » il se dresse debout, les pattes appuyées contre les parois de la fosse, et attend patiemment sa récompense. Il s’assied et ouvre une large gueule dans laquelle les1-visiteurs s’efforcent d’envoyer des morceaux de pain. Au commandement de : « Tourné! » il tourne en effet sur lui-même une ou plusieurs fois. Si on lui dit :
- « Fais le mort! » en lui montrant quelque friandise, il se couche sur le dos, s’étend et reste immobile pendant quelques instants.
- Nous rappellerons qu’au sujet de cet ours, M. Victor Meunier a raconté autrefois que M1Ie Alice, sa petite-fille, avait été témoin du fait suivant : une dame laisse tomber son parapluie dans la fosse ; l’ours Martin ramasse l’objet et au lieu de le déchirer comme l’aurait fait l’immense majorité des gamins qui errent dans le Jardin des Plantes, le prend par un bout et, le dressant, fait tout son possible pour le restituer à sa légitime propriétaire. Après maints efforts variés, n’y pouvant parvenir, il finit par déposer le parapluie debout dans un coin, de façon qu’un gardien réussit sans peine à l’extraire de la fosse au moyen d’un crochet.
- Rappelons à ce sujet que M. de Saint-Gervais, dans son histoire des animaux célèbres, parle de l’ours Colin, un des prédécesseurs de la dynastie des Martins, qui tournait également sur lui-même au commandement, mais si quelque farceur s’amusait à le faire tourner et retourner sans rien lui donner, Colin ainsi trompé perdait patience, prenait dans un coin un bâton, et, le saisissant entre ses pattes, cherchait à punir ceux qui s’étaient moqués de lui.
- Dans les cages de la Ménagerie se trouvent plusieurs ours ayant également quelque éducation.
- Les ours des Cocotiers grimpent au commandement le long des barreaux de leur cage, ou se suspendent et se balancent à une poutre traversant
- celle-ci; et viennent ensuite demander leur récompense.
- Les trois ours du Tonkin, bien qu’arrivés depuis peu dans la Ménagerie, savent déjà se dresser, « faire le beau », pour avoir quelque morceau de pain.
- Plus loin se trouve un ours brun dont les talents sont à peu près analogues, et enfin, dans une autre cage, deux petits oursons, âgés de quelques mois, qui savent également ouvrir la gueule, se dresser le long des barreaux et ramasser d’une façon très adroite les morceaux de pain tombés sur le rebord en dehors de leur cage.
- Les ours blancs, même, malgré leur férocité, sont susceptibles d’une certaine éducation. La ménagerie de Mme Nouma ïlawa renfermait, l’année dernière, un ours blanc qui, par hasard, s’était trouvé être docile; le dompteur entrait dans sa cage, le faisait se dresser, se coucher, sauter des barrières, et l’ours obéissait sans avoir fait aucune tentative de rébellion.
- Il y a quelques années, dans un cirque, on présentait, comme un spectacle merveilleux, comme la vedette de l’affiche, un dompteur entrant dans la cage du féroce ours blanc. Quelque temps après, dans un procès au sujet de cet ours, des témoins vinrent dire que cet animal, présenté comme féroce, était d’une douceur, d’une docilité extrême. Il obéissait à ses gardiens, et même venait chercher un morceau de sucre que l’un d’eux tenait entre ses dents.
- Les visiteurs de l’écurie du Nouveau-Cirque ont pu voir que Caviar, l’ours écuyer, jouait avec son gardien, un jeune homme revêtu d’un superbe costume russe, ou cherchait à attirer son attention en le touchant doucement avec sa patte, faisait le câlin, grognait d’une façon suppliante, et lorsque celui-ci lui avait donné un petit morceau de sucre ou de pain, Caviar faisait un bond joyeux et regagnait sa place. Cet ours était, d’après son montreur, âgé de deux ans.
- Les ours savants, quand ils sont jeunes, font preuve souvent, en effet, d’un réel attachement pour leur gardien, et d’une obéissance volontaire en vue d’une caresse ou d’une friandise. Mais, parvenus à l’âge adulte, leur caractère sauvage reparaît sous l’influence héréditaire, ils deviennent dangereux pour ceux qui les approchent, ils n’obéissent que par crainte. Ce ne sont alors que des bêtes féroces, dociles seulement aux menaces d’un dompteur.
- Gdyot-Daubès.
- DES ÉCLAIRAGES ARTIFICIELS
- EN 'PHOTOGRAPHIE
- Depuis le début de la photographie les travaux des chercheurs ont eu pour but l’augmentation de la sensibilité des préparations destinées à recevoir l’image de la chambre noire. Leurs efforts n’ont pas été stériles : car, si les premières épreuves daguer-riennes demandaient une exposition de plusieurs minutes au soleil, on put bientôt réduire ce temps de
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- pose. Avec le collodion humide on opère à l’ombre ou à la lumière diffuse en quelques secondes ; aujourd’hui, grâce à la merveilleuse sensibilité' du bromure d’argent, on obtient d’excellentes épreuves en des fractions de seconde et par des temps où les procédés antérieurs eussent été totalement impuissants.
- Le gain dans l’ordre de la sensibilité a donc eu pour résultât immédiat de permettre d’opérer en un temps donné avec une moindre lumière, ou inversement pour une même lumière de diminuer le temps d’exposition. On comprend alors qu’on ait eu la pensée d’utiliser certaines lumières artificielles pour remplacer la/lumière naturelle dans les cas où celle-ci lait défapt, c’est-à-dire pendant la nuit et dans les endroits/ùù elle ne peut pénétrer.
- Les lumières indiquées dans cet ordre d’idées sont la lumière électrique et celle produite par la combustion du magnésium. Elles sont toutes deux très favorables au point de vue photographique à cause du nombre de rayons actiniques qu’elles possèdent.
- La lumière électrique nécessite, il est vrai, une installation coûteuse : aussi n’est-elle à la portée que de quelques personnes. Dans l’obtention des portraits, certaines maisons de France et de l’étranger en font un excellent usage. Nous connaissons, d’autre part, plusieurs industriels qui s’en servent dans les courtes journées d’hiver pour insoler les couches sensibles employées dans les travaux d’héliogravure ou les autres procédés photomécaniques.
- Le magnésium est plus intéressant parce qu’il peut être utilisé par tous et partout. Depuis les premières expériences de Nadar père dans les catacombes et les égouts de Paris, il a rendu de nombreux services aux voyageurs, aux archéologues et à tous ceux qui désiraient reproduire des documents dans des endroits peu ou pas éclairés.
- On se sert du magnésium à l’état de ruban ou de fd, et l’inflammation produite au moyen d’une simple allumette donne une lumière d’une intensité remarquable. En quelques secondes, on peut obtenir un excellent cliché. La quantité de fils à brûler doit varier, d’après la surface à éclairer, cela se conçoit aisément; les fils doivent être placés de façon à ne pas se trouver dans le champ de l’appareil. S’il n’en était pas ainsi, non seulement on aurait sur l’épreuve une traînée produite par le foyer de lumière qui se déplace, mais encore un voile causé par la réflexion de la lumière sur les produits de la combustion. En effet, le magnésium se combinant avec l’oxygène de l’air forme un véritable nuage blanc de magnésie à l’état d’extrême division. C’est, du reste, là le seul inconvénient du procédé et c’est pour cette raison que les fils doivent être toujours placés derrière l’appareil.
- Si l’endroit où l’on opère est peu étendu, ou manque de hauteur, le nuage envahira rapidement d’abord la partie supérieure puis toute la pièce. L’objet que l’on veut reproduire pourra être absolument masqué et l’épreuve insuffisante. Nous nous en sommes parfaitement rendu compte dans une expérience que
- nous avons faite, grâce à l’obligeance de M. Eiffel. Nous visitions l’un des caissons à air comprimé qui ont été enfoncés dans le sol pour servir de base solide à la Tour de 500 m. La hauteur entre le sol et le plafond du caisson n’était que de 1,70 m, aussi le nuage de magnésie vint rapidement se former à la partie supérieure et nous obligea à terminer la pose. 11 était temps. Quelques instants après, le caisson était rempli de magnésie et toute production d’image eût été impossible. Sur le cliché, obtenu avec assez de difficulté du reste, car la pose avait été insuffisante, on reconnaît parfaitement M. Eiffel, MM. Tissandier frères, mais tout le haut de l’épreuve et les autres visiteurs sont noyés dans le nuage de magnésie.
- Nous avons tenu à citer cette expérience parce que les progrès accomplis depuis dans l’emploi des lumières artificielles nous auraient permis de réussir beaucoup mieux, tout en employant un dispositif plus simple et en évitant les inconvénients signalés.
- Au lieu d’employer un grand nombre de fils de magnésium, comme nous l’avons fait, nous aurions pu nous servir d’un gramme ou deux d’un mélange composé de magnésium en poudre et de substances oxydantes.
- Lors de l’inflammation, on obtient un véritable éclair d’une intensité extraordinaire, suffisant pour donner un bon cliché avec les préparations rapides que nous possédons maintenant.
- Les produits de combustion ne sont plus un obstacle, car l’épreuve est terminée avant qu’ils aient pu se disperser dans l’air.
- La Nature a déjà signalé ce produit à ses lecteurs ainsi qu’un appareil très ingénieux pour l’employer1.
- Nous voudrions, dans cette note, indiquer un autre dispositif plus simple, à la portée de tous et qui nous a donné d’excellents résultats.
- Parmi les meilleures formules indiquées nous en citerons deux.
- 1°
- 2°
- Chlorate de potasse. . Sulfure d’antimoine. . Magnésium en poudre. Soufre lavé en poudre. Chlorate de potasse en poudre. . , . . . Magnésium en poudre.
- 2,10
- 0,40
- 1,50 (Richeletde Sedan). 15
- 19
- 10,50 (E. Gillet).
- Le chlorate de potasse et le sulfure d’antimoine doivent être pulvérisés avec le plus grand soin puis mélangés avec le magnésium sur une feuille de papier au moyen d’une barbe de plume. Le choc ou le frottement d’un corps dur peuvent, en effet, provoquer une explosion. Les bouteilles à l’émeri devront être absolument proscrites pour renfermer le mélange; on ne fera usage que de bouchons de liège.
- Nous insistons sur ces détails parce que plusieurs accidents dus à la non-observation de ces précautions ont été signalés.
- * Voy. n° 785, du 16 juin 1888, p. 45.
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- 11 s’agit maintenant d’enflammer ce mélange dont la combustion doit être aussi courte que possible. En effet, la lumière est tellement intense que les yeux du modèle peuvent être affectés douloureusement et que la physionomie trahira naturellement cette impression.
- L’inflammation devra être assez rapide pour que l’épreuve soit faite avant que le système nerveux du modèle n’ait pu réagir. Il faut ensuite que la source de lumière soit placée assez haut pour que les rayons émis aient la même incidence que celle du jour1.
- Parmi les divers systèmes proposés, l’un des plus simples et des plus ingénieux nous a été indiqué par M. Bourdais. Il est trop peu connu à notre avis et peut cependant rendre de nombreux services.
- On fait un petit cornet en papier en enfermant dans la pointe de- celui-ci un fil de fulmi-coton noué à son extrémité supérieure pour qu’il ne puisse s’échapper(fig. 1 ).
- Le cornet est maintenu par une épingle qui sert en même temps à le suspendre au moyen d’un fil quelconque à la hauteur voulue, de façon à se rapprocher autant que possible des conditions de l’éclairage naturel. On met alors dans le cornet la quantité du mélange jugée nécessaire, suivant les cas, puis on ajoute à l’extrémité inférieure du fil de fulmi-coton un fil de coton ordinaire4.
- Ce dispositif a pour butd’éviter d’enflammer directement la charge, opération qui peut être dangereuse, surtout pour les yeux. La longueur de ce fil qui brûle lentement permet d’aller ouvrir le volet du châssis de la chambre noire, d’aller même figurer soi-même dans la photographie, et de prévenir les assistants un instant avant que l’éclair ne se produise.
- Dès que le fulmi-coton est atteint par la flamme, la combustion a lieu à l'instant. On ferme alors le châssis et il ne reste plus qu’à développer l’image.
- Nous ferons néanmoins à la méthode de M. Bourdais une légère critique et nous y ajouterons un petit
- 1 Au point de vue de l’éclairage, la meilleure lumière est celle qui vient de biais et d’un peu haut. Les ateliers de photographie sont disposés ainsi en général.
- a En général, la quantité de i g est suffisante pour opérer dans une pièce de moyenne grandeur et faire, soit un portrait, soit un groupe.
- perfectionnement qui nous a été suggéré par l’expérience.
- Le cornet de papier qui, dans sa partie inférieure, renferme nécessairement plusieurs épaisseurs par suite de l’enroulement, fait écran et enlève certainement une bonne quantité de lumière. De plus, l’inflammation de la charge a lieu par sa partie la plus étroite; il est évident quelle serait plus rapide si elle avait lieu par une surface plus grande.
- Aussi avons-nous pensé à remplacer le cornet de papier ordinaire par un papier brûlant avec une très grande rapidité et pouvant, par suite de cette propriété, enflammer la charge par toute sa surface (fig. 2). A cet effet nous employons le papier bengale delamaisonBuggieri. Ce papier, outre sa grande rapidité de combustion, ne laisse aucun résidu solide, il ne peut donc faire écran et occasionner une perte quelconque de lumière. Nous modifions aussi le dispositif en supprimant le fil de fulmi-coton devenu inutile.
- Nous prenons un morceau de papier bengale, puis le mettant à plat sur une table nous posons dans le sens longitudinal un fil de coton ordinaire ; nous mettons enfin la quantité de la poudre éclairante reconnue nécessaire.
- Nous enroulons le papier de manière à ce qu’il contienne dans son intérieur la charge traversée par le fil, nous tordons les deux extrémités de manière à ce que la poudre ne puisse s’échapper et nous serrons ces deux bourrelets avec le fil.
- Nous avons ainsi une espèce de cartouche que l’on peut transporter facilement. Des deux extrémités du fil, l’une sert pour suspendre le tout et l’autre pour l’inflammation.
- On laisse ce bout du fil plus ou moins long suivant le temps que l’on veut voir s’écouler avant l’inflammation de la charge.
- Dès que la flamme arrive au papier, la combustion rapide a lieu et aucun résidu solide ne se retrouve1. Albert Londe.
- 1 Depuis que ces lignes ont été écrites, on a proposé un nouveau dispositif qui consiste à insuffler du magnésium en poudre dans une large flamme comme celle d’une forte lampe à alcool. Ce dispositif aurait l’avantage de supprimer, paraît-il, presque toute la fumée.
- —>4^—
- Fig. 1 et 2. — Dispositifs d’inflammation des mélanges éclairants. Fig. 1. Dispositif Bourdais. —Fig. 2. Dispositif modifié.
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- LE MONOCORDE
- Pythagore serait l'inventeur de cet instrument de musique, si nous en croyons l’histoire. Le mono-
- corde, qui a été le premier type des instruments à corde, il y a vingt-cinq siècles, est devenu, après maint perfectionnement, le clavicorde, la virginale, l’épinette, le clavecin, et finalement le piano. Il semblait à jamais oublié, délaissé, quand un ama-
- Fig. 1. — Un concert de monocordes exécuté par des ieunes tilles du village de Pierre (Meurthe-et-Moselle.)
- teur l’a de nouveau imaginé, créé, tel que nous allons le dépeindre, et sans avoir jamais soupçonné son antique existence.
- M. J. Poussot, l’inventeur, commence par tendre un simple fil de lai ton sur une planche mince et bombée en demi-cercle. Cette planchette, qui sert de table de résonance, est maintenue aux deux extrémités par deux forts taquets; elle repose sur deux pieds rustiques. Un chevalet d’une forme quelconque supporte la cordc
- Fig. 2. — Le monocorde.
- On appuie saillie, et
- que tend un simple piton et que l’on fait vibrer par un archet.
- Pour permettre de produire à coups sûrs la gamme sur cette corde tendue,une lame de bois bien llexible, sur laquelle est divisée la gamme diatonique selon les rapports mathé matiques des tons, est d’abord fixée sous cette corde. Les notes de la gamme ressortent en relief, avec le pouce sur la corde à chaque 'archet fait résonner la note : la gamme
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- LA NATURE.
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- est ainsi rendue avec une justesse parfaite. Voilà le monocorde trouvé. Encouragé par ce premier succès l’inventeur imagine quelques perfectionnements pour arriver à un meilleur résultat. La planche bombée fut remplacée par une caisse sonore fabriquée d’abord par un habile luthier de Mirecourt, et adaptée sur une belle monture que supportent deux pieds élégants. Une corde composée d’un nombre déterminé de fils métalliques très fins et arrangés d’une manière convenable, rendit une excellente sonorité. Cette corde communique à la caisse par l’intermédiaire d’un chevalet ordinaire de violon. Mais tel, le monocorde n’était encore guère pratique.
- La lame de bois flexible ne permettant de jouer qu’en un seul ton, un cylindre à 12 pans1 la remplaça. Sur chaque face de ce cylindre les divisions diatoniques d’un ton étaient marquées ; l’ordre pour ces douze faces était le suivant : tons de Do, sol, ré, la, mi, si, fa, si b, mi b, la b, ré b, sol b. Désirait-on jouer en mi, on tournait le cylindre de manière que la face du ton de mi fût bien en vue ; un petit curseur arrangé pour qu’il pût tout à la fois pincer la corde avec le secours des doigts et indiquer les notes, était tenu de la main gauche; on allait d’une note à l’autre, s’arrêtant vis-à-vis des divisions du cylindre, l’archet produisait la vibration de la corde et on obtenait ainsi une mélodie quelconque. Ce fut le monocorde d'artiste.
- Ce système, tout en permettant de jouer le premier morceau venu, laisse à l’amateur la facilité de produire de magnifiques ports de voix et aussi un trémolo très expressif. Entendu sans être vu, cet instrument donne l’illusion de la voix humaine.
- Mais jusqu’alors, et il y a deux ans de cela, cet instrument reste l’apanage d’un amateur, d’un seul artiste, qui ne songe pas du tout à devenir fabricant, ni à vendre son invention. Toutefois, l’invention trouve des admirateurs, provoque des demandes, et M. J. Poussot se voit contraint par le succès de recourir au brevet et de s’occuper de son invention.
- La critique eut son heure : on trouvait, avec raison, que cet instrument n’était guère moins difficile a apprendre que le violon. Le doigté devait en être simplifié; ce résultat est obtenu par la suppression du curseur et l'addition d'un clavier.
- Voici la description détaillée de ce monocorde perfectionné tel qu’il est livré aujourd’hui dans le commerce (fig.2). Comme dans celui d’artiste, une corde A repose sur un chevalet B qui communique la vibration à la caisse sonore C. Celle-ci est engagée dans une monture D reposant sur deux pieds P. Un piton a est à l’uno des deux extrémités de l’instrument et sert à donner à la corde la tension convenable pour bien vibrer. Les pieds P soutenant l’instrument peuvent se replier sous la monture.
- Un clavier E est attaché à la monture D du monocorde. La corde servant à donner les sons passe entre
- 1 On ne fabrique plus ces cylindres qu’à 8 pans pour les 8 ions les plus usités; le cylindre à 12 pans était tros gros et ne présentait que des faces trop étroites.
- les touches T et une barre de bois qui la reçoit quand on abaisse une touche, de sorte qu’elle est pincée comme dans une mâchoire. En abaissant une touche quelconque, la corde ainsi pincée donne le ton correspondant à la touche baissée. Un recouvrement cache tout le système du clavier. Un pupitre F est fixé à l’instrument. Les touches T, selon le mécanisme adapté au clavier, sont ou égales ou inégales.
- Le système à touches égales est bien plus commode et plus joli que l’autre, mais il est aussi plus cher, vu les difficultés qu’il y a à conserver à un clavier les mêmes dimensions pour toutes les touches, alors que les divisions de la corde doivent être plus rapprochées suivant que les sons deviennent plus aigus. Le clavier à touches inégales donne un doigté quelque peu irrégulier, mais cela n’offre pas de bien grandes difficultés et l’on a bientôt fait de s’habituer à cette inégalité des touches.
- Le monocorde, doué de sons pénétrants, saisissant parfaitement l’oreille, soutient et guide admirablement la voix. Employé seul, il est surtout utile^ au professeur de chant à qui il évite des fatigues cependant inévitables sans lui. Il est aussi un instrument de salon. On peut former chez soi un charmant orchestre, grâce à la série de la contre-basse au premier soprano que l’inventeur en a combinée. L’alto, le baryton, la basse, ne sont pas oubliés.
- Mais c’est surtout dans un lutrin que ces instruments sont d’un effet saisissant. f
- Nous avons eu la satisfaction, en allant rendre visite au fabricant, dans son village de Pierre, par Toul (Meurthe-et-Moselle), d’entendre l’orchestre formé de ses six instruments, tenus par six jeunes fillettes des champs (fig. 1 ). La facilité avec laquelle ces enfants de douze à quinze ans (qui ne sortent d’aucun conservatoire) ont exécuté une symphonie de Mozart et un concerto de Beethoven; la justesse, la douceur des sons, l’effet général de cet orchestre délicieux nous ont charmé, et nous avons cru faire plaisir aux amis de La Nature en leur donnant notre humble avis sur cette invention. Notre modeste hommage ne serait rien ou peu de chose si, depuis ces deux ans, malgré le peu de bras et de ressources employés jusqu’ici au développement de cette fabrication, l’inventeur n’avait déjà livré plus de quatre cents de ces instruments, répandus en France, en Russie, au Sénégal, en Algérie, au Canada, en Belgique et en Italie. Bonne chance à ce nouveau venu! À. Bergeret.
- CHRONIQUE
- Tremblement de terre dans les Alpes du l'ado rre.—On nous écrit de Penarolo, en date du 18 février : « Samedi soir, 16, vers 10 heures, une forte secousse ondulatoire s’est fait sentir ici; dix minutes plus tard, une seconde secousse plus forte forçait les habitants à quitter leurs maisons et à camper au dehors. Vers minuit, troisième secousse. Nouvelles manifestations du phénomène à 7 heures 15 du matin et à 10 heures. A partir de ce moment, le calme se rétablit : il semble que la région de
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- LA NATURE.
- Penarolo ait été la seule visitée par le tremblement de terre. Les autres localités du Cadorre, et principalement Bellune, n’ont eu aucunement à souffrir. » 11.
- Détermination delà vitesse des eaux souterraines. — Pour reconnaître la vitesse des eaux souterraines et déterminer le débit qu’on peut en attendre, on creuse ordinairement une série de puits et l’on base les calculs sur l’abaissement du niveau que produit l’épuisement au moyen de pompes. M. Thiem, de Leipzig, a fuit connaître un procédé fort simple par lequel il remplace ces installations encombrantes. Yoici la description que la Revue universelle des mines donne de cette méthode. M. Thiem se borne à foncer deux puits dans la direction de la couche aquifère, et, après avoir mesuré très exactement la distance qui les sépare, il dépose dans le puits supérieur une substance que l’eau dissout rapidement et que l’analyse chimique peut facilement reconnaître dans les prises d’essai faites au puits inférieur, à des intervalles de temps assez rapprochés. La dissolution s’étend radialement autour du point où le corps étranger a été déposé dans la couche aquifère, avec une vitesse plus ou moins grande suivant la porosité de la couche, et avec une dilution croissante pendant que le courant des eaux souterraines l’entraîne vers le puits inférieur. Dans son expansion concentrique, le mouvement d’une moitié étant opposé au courant général et celui de l’autre moitié étant dans le même sens, l’entraînement de la dissolution est d’une part retardé et d’autre part accéléré. Pareillement, son degré déconcentration sera d’autant plus élevé que la prise d’essai se fera dans le puits inférieur en un point plus rapproché de celui où le corps à dissoudre aura été placé. Des diagrammes, construits au moyen des résultats de l’analyse et des temps où les prises d’essai ont été faites, conduisent à la détermination de la vitesse des eaux. Cette méthode a été appliquée avec succès aux recherches hydrologiques qu’exigeaient les nouvelles installations d’eaux alimentaires à Greifswald et Stralsund. Toutefois des essais faits à Leipzig n’ont pas réussi en raison d’influences perturbatrices locales. L’inventeur recommande, pour ces recherches, l’emploi du sel marin, qui se dissout rapidement dans l’eau et dont le dosage est simple et très exact. On a proposé certains principes colorants, également très solubles et qu’on peut aisément reconnaître, même lorsqu’ils entrent en très faible proportion. A ce sujet, M. Thiem fait observer qu’il importé de ne jamais recourir à des substances vénéneuses ou dont l’action colorante serait trop persistante, et qu’en tout cas il vaut mieux recourir à l’analyse chimique qu’à un essai de coloration.
- JLa strophantine. — Nous avons récemment parlé du strophantus et de son principe actif (n° 81b, du 19 janvier 1889, p. 125). Nous compléterons ce qui a été dit à ce sujet en donnant le résumé des récentes recherches chimiques qui ont été faites sur ce produit. M. Arnaud, préparateur de M. Chevreul au Muséum, a extrait et étudié le principe actif des graines du Strophantus Kombé, la Strophantine, dont il a donné la formule chimique, C31114S012 ; il a également extrait le principe actif des graines du Strophantus glabre du Gabon, l’Ouabaïne, C30H46012, matière qu’il a identifiée par les propriétés physiques et chimiques avec le principe actif du bois de TAcotanthera Ouabaïo, dont la décoction sert aux Çomalis à empoisonner leurs flèches. L’Ouabaïne que M. Arnaud a découverte se trouve ainsi servir de poison pour armes de guerre et de chasse à deux peuplades éloignées de plus de mille lieues, le Strophantus étant la matière
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- toxique connue sous le nom d’lnée ou Onaye, en usage par les Pahouins du Gabon. M. le Dr E. Gley a présenté à l’Académie des sciences une note sur la toxicité comparée de l’Ouabaïne et de la Strophantine; dans certains cas, il suffit de 1/40 de mg pour amener la mort d’un cobaye du poids de 500 g. La Strophantine du Kombé est un peu moins active. Il n’en est pas moins vrai que ces deux glucosides sont aussi vénéneux, sinon plus que les alcaloïdes que nous sommes habitués à considérer comme les types des poisons les plus violents, comme la Strychnine ou l’Aconitine.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séancedul5 février 1889. — Présidence de M. Des Cloizeaüx.
- La culture de la pomme de terre. — 11 paraît que l’Allemagne fabrique annuellement 4 millions d’hectolitres d’alcool dont les trois quarts dérivent de la fécule de pommes de terre ; chez nous, au contraire, l’alcool, dont le total ne s’élève qu’à 2 millions d’hectolitres, est produit avec la betterave, les mélasses et des grains, au premier rang desquels figure le maïs. Pour ce dernier, nous sommes amenés à payer à l’étranger une redevance énorme. M. Aimé Girard, qui s’est préoccupé de savoir à quoi tient cette différence, constate qu’en Allemagne on récolte à l’hectare 20 à 25000 kg de pommes de terre donnant 16 à 18 pour 100 de fécule, tandis qu’en France on ne récolte que 10, 11 ou 12000 kg avec un rendement de 14 pour 100. En Allemagne, l’hectare, en conséquence, procure 4000 kg de fécule sèche, et en France seulement 1400 kg. Aussi chez nous est-il absolument interdit à l’industrie de faire de l’alcool avec la pomme de terre. L’auteur, dans son travail, présenté avec beaucoup d’éloges par M. Schlœsing, s’est donné pour mission d’exempter notre pays de l’impôt qu’il paye actuellement à l’étranger et de le mettre en état de faire assez de pommes de terre pour se suffire à lui-même. Pendant quatre années consécutives, il a, sur des parcelles de plus en plus grandes, procédé à une sélection raisonnée parmi les diverses sortes de tubercules, et il est parvenu, durant la dernière campagne, qui cependant a été exceptionnellement mauvaise, à obtenir couramment 6000 kg de fécule à l’hectare. Suivant l’expression de M. Schlœsing, le problème est absolument résolu. Les procédés employés seront exposés dans une communication ultérieure.
- Retour des microbes à la virulence qu’ils avaient perdue. — On se rappelle que, dans la précédente séance, M. Chauveau annonçait comment le microbe de la pustule maligne, Racillus anthracis, peut être amené à perdre toute virulence par le fait de sa culture dans l’oxygène comprimé. L’auteur se demande aujourd’hui si un pareil microbe, ci-devant pathogène et n’ayant conservé en apparence que la faculté de végéter en dehors des milieux vivants, ne peut pas récupérer son activité virulente. Il répond par l’affirmative et se base sur une longue série d’expériences. Evidemment, on ne peut pas ici opérer suivant la méthode de M. Pasteur, qui consiste à reprendre les cultures dans le sang d’animaux de plus en plus résistants, puisque même les jeunes souris n’ont aucunement à souffrir des inoculations. C’est par l’addition aux cultures d’une goutte de sang de cobaye que la virulence est restituée, non pas intégralement toutefois, car l’auteur n’a pu encore le rendre mortel que pour les cobayes; à l’égard des moutons, il agit simplement comme vaccin.
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- Election d'un secrétaire perpétuel. — M. Pasteur ayant donné sa démission de secrétaire perpétuel, 47 voix sur 57 votants désignent M. Berthelot pour lui succéder.
- Toxicité du sang de chien. — On sait que les lapins meurent très rapidement à la suite de la transfusion dans leurs veines d’une certaine quantité de sang de chien. M. Hayem, par des expériences in vitro, s’est assuré que le plasma du sang de chien exerce une action destructive très rapide sur les globules du sang de lapin, et il y a là de quoi expliquer la toxicité signalée.
- Littérature géologique.
- — Plusieurs très intéressantes notices faisant partie du tome IV de l’Annuaire géologique universel et relatives à l’analyse des travaux publiés en 1888, sont adressées par leurs auteurs sous la forme de tirés à part. M. Garez a ainsi deux brochures de géologie régionale, l’une relative à la France et l’autre aux Iles-Britanniques; M. Dollfus, une étude sur la géologie du terrain quaternaire et une notice de paléozoologie relative aux entozoaires, aux spongiaires, aux foraminifères et aux radiolaires ; M. Coss-mann enfin donne un travail concernant les gastropodes fossiles. Je dois exprimer ma reconnaissance à M. le président des Cloi-zeaux pour la très grande bienveillance avec laquelle il a signalé à l’Académie un volume que je viens de publier sous le titre de Géologie régionale de la France.
- Varia. — M.
- Piette adresse une note sur les vestiges quaternaires que lui a fournis en très grand nombre l’exploration de la caverne du Maz d’Azil. — Par l’intermédiaire de M. Vinot, directeur du Journal du Ciel, M. Duménil signale les variations d’éclat de Mira Ceti en décembre et janvier dernier.
- — La conductibilité des dissolutions concentrées d’acide sulfurique occupe M. Bouty. — M. de Rouville continue ses études pétrographiques sur. le département de l’Hérault. — M. Le Verrier signale des tufs porphyriques rappelant par leurs caractères certaines roches volcaniques modernes. — M. Combes a mesuré la densité de vapeur de l’acétylacétonate d’aluminium.
- Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- DÉCOUPAGE D’UNE ORANGE
- Un de nos lecteurs de Bruxelles, M. Bovie, nous a récemment adressé une orange dont la peau était merveilleusement découpée, mais nous en avons donné dans le supplément de notre journal une description incomplète, faute d’une explication suffisante *. L’objet, après plus complet examen, nous paraît digne d’être mentionné ici même. La figure 1 donne l’aspect exact, d’après une photographie, de cette orange découpée; les deux moitiés de l’orange sont maintenues par des filaments de la peau découpée, et que ne retient aucun ligament. La figure 2 représente, dans leurs diverses phases 1, 2, 3 et 4, les opérations auxquelles il faut procéder pour obtenir cet étonnant résultat : elles montrent les coupures successives qu’il faut entailler avec un bon canif dans une orange à pelure lisse et fine. On commence par tailler les coupures du n° 1 (fig. 2), puis successivement celles du n° 2 et du n° 3. On soulève au fur et à mesure les bandelettes découpées et on termine en faisant une coupure équatoriale tout autour de l’orange, interrompue à chaque bande de la peau (fig. 2). C’est par ces coupures que l’on procède k la section de l’orange en deux parties, et cette opération finale est assurément la plus délicate. Aux amateurs habiles k s’exercer.
- La photographie ci-dessus (fig. 1) nous a été communiquée par notre correspondant ; elle donne une très juste idée du résultat obtenu.
- 1 Supplément au n° 819, du 9 février 1889, 511e Boîte aux lettres.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Fig. 1. —Découpage d’une orange. (D'apiès une photographie.;
- Fig. 2. — Tracés des coupures à opérer dans la peau de l’orange.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 825. — 9 MARS 1889.
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- LÀ TOUR EIFFEL1
- Au moment où ces lignes passeront sous les yeux de nos lecteurs, une nouvelle étape va s’ouvrir dans l’histoire de cette construction grandiose, dont nous aurons suivi pas à pas tous les progrès. On va commencer la galerie du troisième étage à la hauteur de 276 mètres, après avoir procédé à la pose des consoles en encorbellement et à celle du plancher.
- La galerie couverte de la partie supérieure de la Tour sera carrée. Elle aura 16,50 m de côté; et pourra contenir 800 visiteurs.
- Cette galerie sera garnie tout autour de châssis vitrés qui seront tous mobiles.
- 11 sera donc facile, en cas de grand vent, de mettre les visiteurs à l’abri, sans les priver des splendeurs du spectacle qu’ils auront à contempler.
- Le dessin que nous publions représente la partie supérieure de la Tour de 500 mètres. On voit l’ascenseur Edoux qui permet aux visiteurs de faire la dernière ascension, du second étage au troisième, et d’arriver dans la grande galerie. Au-dessus 'de la galerie destinée au public se trouvent une série de salles qui seront exclusivement réservées à des études scientifiques.
- Le monument de M. Eiffel se prêtera, comme nous l’avons indiqué précédemment, à une multitude de recherches, et il est peu de savants aujourd’hui qui n’aient à se proposer d’y réaliser quelque expérience.
- La partie extrême de la Tour, ou campanile, est formée par quatre caissons à treillis, orientés suivant . les diagonales de la section carrée de la Tour. Ces
- Suite. Voy. n° 814, du 5 janvier 1889, p. 17° année. — l,r semestre.
- 88.
- arceaux supportent le phare qui aura une puissance . égale à celle des feux de première classe établis sur nos côtes pour le service de la marine. On pourra accéder à ce phare par un petit escalier tournant monté au milieu des arceaux métalliques. Indépendamment de ce phare qui pourra projeter ses feux tout autour de Paris, sur les différents points de la
- surface d’un cercle de 70 km de rayon, deux appareils projecteurs de grande puissance permettront de lancer des faisceaux lumineux sur les monuments de Paris. Pendant la nuit, ces expériences grandioses auront assurément le succès le plus considérable auprès du public.
- Au-dessus de la coupole du phare, il y aura encore une petite terrasse de 1,40 m de diamètre avec un garde-corps métallique ; on y montera par une échelle extérieure à la lanterne. Cette terrasse, qui se trouvera à 500 mètres d’altitude au-dessus du sol, est spécialement destinée aux anémomètres et aux appareils météorologiques, qui nécessitent un isolement complet, et qui doivent être placés hors du voisinage de tout obstacle latéral. Il est certain qu’une semblable station météorologique rendra les plus grands services à la science. M. Eiffel pousse actuellement les travaux d’aménagement de la Tour avec la plus grande activité : les restaurants du premier étage sont en voie d’achèvement; les galeries du deuxième étage seront terminées avant la fin du mois ; on travaille enfin à l’installation des générateurs et des machines motrices, et au montage des ascenseurs qui seront au nombre de cinq.
- C’est à leur description que nous consacrerons nos prochains articles.
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- Le eampanile et le phare de la Tour Eiffel, actuellement eu voie de construction.
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- LA NATURE.
- En attendant, il nous paraît intéressant de signaler une construction très remarquable, qui vient d’être faite à Paris au célèbre musée Grévin, considérablement agrandi. Il s’agit d’un panorama de Paris vu de la Tour de 500 mètres. Le visiteur se trouve transporté sur la deuxième plate-forme de la Tour : il voit alors se dérouler une toile de plus de 40 mètres de longueur. Cette toile, dont la hauteur est de 14 mètres, est d’une seule et belle venue; c’est une des plus belles productions des très habiles artistes, Ilubé, Chaperon et Jambon. Tous les trucs possibles ont été disposés habilement aux premiers plans du plancher où se trouve le visiteur, par le décorateur Menessier pour donner au public la plus complète illusion; les pièces de charpente qui composent le deuxième étage de la Tour sont rigoureusement reproduites en grandeur d’exécution. Des figures de cire représentent M. Eiffel et le haut personnel de l’Exposition recevant des notabilités parisiennes; le chef de chantier, M. Compagnon, les ouvriers, sont autant de portraits des collaborateurs du grand ingénieur. Les engins de la cantine, les dispositions des constructions, ont été minutieusement copiés et relevés sur place. Tout a été étudié pour donner l’effet de trompe-l’œil le plus complet. Les chèvres, les outils de toutes sortes, les treuils, les pièces de fer prêtes au levage, les forges, les enclumes, enfin tout ce qui meuble les premiers plans sont autant de documents ; ils ont été en effet gracieusement mis à la disposition du Musée par M. Eiffel et proviennent du chantier de la Tour. L’éclairage électrique qui est projeté sur le Panorama, a été installé sous la direction de M. Cance et établi avec la plus grande précision.
- En attendant que l’on puisse monter à la Tour de 300 mètres, il y a pour les Parisiens une très curieuse et très instructive visite à faire au musée Grévin. Gaston Tissan'dibr.
- LA FOUDRE GLOBULAIRE
- Nous avons à plusieurs reprises cité des observations relatives à la foudre en boule et aux globes de feu. Voici, à ce sujet, une très intéressante communication qui a été faite à la Société de physique et d'histoire naturelle de Genève, par M. le Dr Aug. Wartmann; nous la reproduisons in extenso.
- « Le 2 octobre 1888, depuis 2 heures et demie de l’après-midi jusqu’au lendemain à 4 heures du matin, il s’est déchaîné sur le canton de Genève un orage remarquable par sa durée, par la quantité d’eau tombée, qui en faisant déborder plusieurs rivières a causé des dégâts considérables, et, enfin, par la fréquence des décharges électriques. Les effets de la foudre se sont fait sentir en plusieurs endroits, en particulier à Annemasse, où une maison a été incendiée, à Versoix, à Veyrier, à Lancy, au Grand-Saconnex,. etc. *. Je me rendais en voiture de
- 1 Archives des sciences physiques et naturelles de Genève, du 15 décembre 1888, p. 581. Observations de M. le prolesseur J -L. Soret et de M. Ed. Sarasin.
- Versoix à Genthod à 6 heures et demie du soir. A l’entrée du chemin de Malagny, j’entendis le cocher dire qu’il ne savait plus où il se trouvait, car il était complètement ébloui par les éclairs dont la lueur était si intense que dans leur intervalle, l’œil fatigué ne pouvait plus distinguer la route, malgré la lumière fournie par les deux lanternes de la voiture munies de bons réflecteurs. Je montai sur le siège et pris les chevaux en main. A peine avions-nous dépassé la principale entrée de la campagne de M. le Dr Marcet que j’eus l’impression d’une lueur très vive et persistante derrière moi. Croyant à un incendie, je tournai la tète et vis à environ 300 mètres un globe de feu pouvant avoir 40 cm de diamètre, qui cheminait dans notre direction à une vingtaine de mètres au-dessus du sol avec la rapidité du vol d’un oiseau de proie et sans laisser de trace lumineuse derrière lui. Au moment où cette boule nous dépassait à une distance de 80 m à notre droite, elle éclata avec une détonation formidable et il me sembla qu’il s’en échappait plusieurs traits de feu. Nous ressentîmes une violente secousse et nous restâmes complètement aveuglés pendant plusieurs secondes. Quand je pus de nouveau distinguer quelque chose, je vis que les chevaux s’étaient mis à angle droit avec la voiture, le poitrail dans la haie, les oreilles basses, montrant les signes d’une vive frayeur. Le lendemain je retournai examiner le champ au-dessus duquel cette boule avait éclaté, mais je ne pus découvrir aucun vestige du phénomène. A une centaine de mètres de cet endroit, je remarquai qu’un groupe de trois arbres situés à la lisière d’un bois en pente aboutissant à un torrent avaient leurs branches supérieures entièrement grillées, mais rien n’indique que ce fut en rapport avec le coup de foudre que j’ai observé. A la même heure et à une distance de 1 km et demi delà, le nommé B..., fermier chez M. le Dr V. F..., à Yalavran, revenait de porter du lait dans une maison du voisinage. 11 fut tout à coup enveloppé d’une lueur violette; il entendit au même instant une forte détonation et fut projeté sur le gazon mouillé à 3 mètres hors du chemin. Au bout d’un moment il se releva très ému, mais sans aucun mal. Je suis allé le voir, et j’ai constaté qu’un bidon de fer-blanc qu’il avait gardé à la main, qu’un couteau et quelques pièces de monnaie qui se trouvaient dans sa poche, n’avaient subi aucune modification. ))
- LE MÉTAL DELTA
- Dans une précédente notice1, nous avons signalé à nos lecteurs les propriétés de ce nouvel et intéressant alliage, qui est assurément destiné à rendre de grands services à l’industrie. Après avoir fait valoir les qualités de cette substance métallique, nous avons dit qu’elle présentait l’inconvénient de ne pouvoir être fondue sans altération. M. Renard, directeur de la Société du métal Delta, nous a présenté à ce sujet quelques observations que nous publions ici, et qui compléteront notre premier article en faisant connaître d’utiles renseignements pratiques.
- Le métal Delta possède, grâce à sa grande teneur en zinc, une fluidité remarquable, dès qu’il est porté à une température quelque peu supérieure à celle de sa fusion, voisine de 950° C. Ce qui, au premier abord, a donné lieu à des objections au point de vue de la production de pièces fondues en métal Delta, consiste dans le fait qu’une
- 1 Yoy. n°813, du 29 décembre 1888, p. 06.
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- fois coulé, il se refroidit très vite et passe rapidement de l’état fluide à l’état solide. 11 suffit, en réalité, de moulages bien compris, d’une bonne disposition des jets et des évents pour assurer la réussite des pièces fondues.
- 11 est bien évident du reste que chaque alliage comporte une méthode spéciale de travail. Pour la fonte au creuset, une couche de verre suffisamment épaisse évite toute volatilisation du zinc pendant que le métal est au feu; ce n’est qu’au moment de la coulée, lorsqu’on écume, qu’il se produit un dégagement de vapeur de zinc.
- Lorsque le métal est chauffé à nu, ce qui n’a jamais lieu dans l’industrie, la perte par volatilisation du zinc varie de 8 à 12 pour 100; avec une simple couche de verre, cette perte n’est plus que de 4 à 4 1/2 pour 100, pour les pièces mécaniques ordinaires, et de 6 pour 100 pour les pièces fines. Cette perte au feu n’a rien d’extraordinaire et n’est pas supérieure à celles des alliages similaires renfermant moins de zinc que le Delta.
- En raison de cette rapide solidification du métal une fois coulé, il est indispensable que les moules soient fortement chauffés, que les jets soient larges, les masselottes bien nourries et plus fortes que celles nécessaires pour les autres alliages de cuivre, du moins en ce qui concerne les petites pièces. Les dégagements d’air doivent être parfaits ; il faut éviter avec soin les remous du métal et le faire parvenir très rapidement aux espaces qu’il doit remplir. Ces conditions étant bien, observées, on obtient des pièces parfaitement saines, quelles que soient leurs dimensions, ainsi qu’un grain parfaitement homogène.
- Le métal Delta fondu se soude à lui-même mieux que ne le fait le bronze, et cette qualité a son importance dans les pièces où l’on désire éviter les rivets, vis, ou autres procédés d’assemblage, cette propriété permet aussi, pour les pièces très compliquées, de couler en plusieurs fois. Lorsque les pièces fondues sont bien exécutées, elles fournissent facilement 55 à 37 kg de résistance et des allongements qui vont de 30 à 10 pour 100.
- LA FABRICATION INDUSTRIELLE
- DE LA. NITROGLYCÉRINE
- Dans un article que nous avons consacré à la fabrication industrielle de la dynamite1, nous avons passé rapidement, à dessein, sur la préparation de la nitroglycérine elle-même, base active du mélange explosif, nous contentant de signaler les phases principales de l’opération, sur lesquelles nous revenons aujourd’hui d’une manière suffisamment détaillée. Cette fabrication de la nitroglycérine, comme celle de la dynamite, date déjà de vingt années; elle n’a jamais, à notre connaissance, été décrite au point de vue industriel. Le plus grand nombre des ouvrages qui traitent de la matière se contentent d'indiquer les procédés de laboratoire, ou ne consacrent qu’une part restreinte et insuffisante à la description des méthodes suivies dans les usines en activité dans les deux mondes.
- Qu’est-ce que la nitroglycérine? Il nous faut bien le rappeler tout d’abord, si nous voulons que notre lecteur nous suive dans notre description. La nitroglycérine s’„obtient par la réaction de l’acide
- 1 Voy. n° 755, du 1er septembre 1888. La Fabrication industrielle de la dynamite.
- nitrique sur la glycérine, réaction que reproduit synthétiquement la formule suivante :
- C6I^(TO)5 +5 (AzOTI) =CQla (AzOGH)5 + 3 (H»0‘)
- Glycérine + Ac. nitrique = Nitroglycérine -j- Eau
- En dehors de la nitroglycérine, obtenue par le remplacement de trois équivalents d’eau de la glycérine par trois équivalents d’acide nitrique, il y a, comme on le voit, formation d’eau que l’on absorbe par l’adjonction d’acide sulfurique.
- En résumé: glycérine, acide nitrique, acide sulfurique, tels sont les trois corps qui jouent un rôle dans la préparation de la nitroglycérine.
- Les appareils que nous allons examiner au cours de cette rapide étude sont installés pour opérer sur des quantités relativement importantes de matières premières. Chaque appareil préparateur de nitroglycérine produit, en une demi-heure de réaction, environ 100 kg du corps explosif. La figure 1 donne l’aspect de l’appareil industriel, la figure 2, un des ateliers qui l’utilise, et la figure 5, la vue à vol d’oiseau de l’usine de Cengio en Italie. Avant de passer en revue ces appareils, nous croyons utile d’opérer sur des proportions restreintes. Préparons, si vous le voulez bien, sur la table de notre laboratoire, un seid kilogramme de nitroglycérine. Nous aurons recours au dispositif représenté figure 4. Les opérations élémentaires que nous allons effectuer se retrouveront, proportions gardées, dans les diverses manipulations industrielles.
- Nous commençons par préparer séparément dans un vase cylindrique en verre (fîg. 4) un mélange de 1,500 kg d’acide nitrique à 48° et o kg d’acide sulfurique à 66°, que nous laissons refroidir après l’avoir suffisamment agité à la baguette de verre. Nous plaçons ce vase dans un autre récipient rempli d’eau froide, et nous laissons tomber, goutte à goutte, dans le mélange acide, 500 g de glycérine marquant 50°, en ayant toujours soin d’agiter fortement le mélange. La réaction est achevée en même temps que l’introduction de la glycérine, et la nitroglycérine se dépose au fond du vase en une masse blanchâtre, opaque, d’aspect floconneux. On décante l’excès d’acides, on lave à grande eau, et finalement au carbonate de soude, jusqu’à ce que le papier de tournesol ne bronche plus. La nitroglycérine obtenue a subi successivement toutes les phases de la fabrication industrielle : — préparation du mélange des deux acides; — réaction de la glycérine sur ce mélange, et par suite formation de la nitroglycérine elle-même; •— séparation des acides en excès; — et, enfin, lavage de la nitroglycérine à l’eau courante et à l’eau sodique pour sa complète et définitive neutralisation1.
- Considérons maintenant notre fabrication industrielle, que nos lecteurs suivront avec la plus
- 1 Ces opérations sont, industriellement parlant, sans danger, mais peuvent le devenir pour une personne qui n’est point familiarisée avec le maniement des corps explosifs. V.
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- grande facilité, s’ils veulent se rappeler les points principaux des manipulations successives que nous venons de signaler. Les procédés que nous allons décrire sont ceux qui ont été suivis, au cours de ces dernières années, à la fabrique de Uengio (Italie), que nous avons déjà prise pour type dans notre dernier article sur la fabrication industrielle de la dynamite. Disons tout de suite qu’il existe certainement des appareils plus compliqués que ceux que nous nous proposons d’étudier, appareils plus remarquables peut-être à première vue par leurs élégantes et coûteuses dispositions de détails, mais dont le rendement industriel n’est certainement pas plus rémunérateur.
- Dans les usines les plus dispendieusement installées, le rendement moyen de l’appareil de préparation ne surpasse point 200 de nitroglycérine, pour 100 de glycérine sou-miseàla réaction, proportions obtenues à la fabrique que nous prenons comme modèle.
- Franchissons donc la porte de l’usine « explosive », ainsi dénommée parce que l’on y manipule des substances détonantes, et aussi, hélas, parce qu’il lui arrive parfois de sauter elle-même1! Rappelons-nous d’abord les deux
- 1 Nos lecteurs nous permettront de noter modestement que, au cours des cinq années pendant lesquelles nous avons dirigé la fabrique de Cengio, pour une production de ciny cent
- mécanismes principaux qui commandent la fabrication de la nitroglycérine : la pompe alimentant d’eau courante les diverses manipulations, et le compresseur d'air fournissant l’air comprimé utile
- au barbotage des mélanges. [N’oublions pas que le point de congélation pratique de la nitroglycérine va-riant avec la température extérieure, de 8° à 9° et même 10° au-dessus de zéro, la moindre rigueur de saison exige le réchauffement des ateliers au moyen de conduites de vapeur alimentées par une chaudière placée à l’extérieur, dans le corps d’atelier séparé de la fabrique de dynamite elle-même. Notons donc sur la gravure ci-contre (fig. 5) que l’appareil comprend des conduites d’eau, une canalisation d’air comprimé et des con-duites de vapeur de réchauffement courant sur le sommet des bastions.
- Les ateliers sont enfoncés au milieu des puissants bastions en terre meuble qui les entourent d’une ceinture protectrice (fig. 5).
- Au cours de notre visite, ayons toujours présente à la mémoire la simple méthode de laboratoire développée plus haut, base exacte des opérations industrielles que nous allons
- nulle kilogrammes de dynamite, aucune explosion n’est survenue. Par conséquent aucune victime. C’est rare, excessivement rare. V.
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- voir se succéder sous nos yeux avec la plus grande netteté.
- Nous voici dans le premier atelier, le plus important, celui dans lequel s’opère la réaction de la
- glycérine sur l’acide nitrique, en présence de l’acide sulfurique, réaction que nous a expliquée la formule précédemment notée. Deux, trois, quatre appareils similaires à celui que représente notre figure 1 sont
- Fig. 3. — Vue à vol d’oiseau des ateliers de fabrication de la nitroglycérine à l’usine de Cengio (Italie.)
- prêts à fonctionner. Chacun d’eux, suivant les besoins de.la production, est destiné à fournir 100 kg de nitroglycérine par demi-heure de réaction, la production totale correspondant à la fabrication quotidienne moyenne de dynamite de l’usine. Examinons tout d’a bor d notre appareil : un cylindre en douves fortement assemblées et cerclées, revêtu entièrement d’une chemise de plomb, inattaquable au mélange des deux acides sulfurique et nitrique. Les dimensions du cylindre,
- 0,95 m de hauteur, sur 0,80 m de diamètre, lui donnent une contenance d’environ 500 litres.
- C’est dans ce cylindre que l’on déverse préalablement, au moyen d’un tube de plomb partant des chaudières qui renferment les acides préalablement mélangés, les proportions voulues du mélange d’acides : ordinairement environ 300 kg d’acide sulfurique pour 150 kg d’acide nitrique. Ces deux acides une fois mélangés, la glycérine,
- — 50 kg environ pour les proportions précédentes d’acides — est introduite, goutte à goutte ou plutôt lentement, jusqu’à complet épuisement. La réaction, qui se manifeste par une élévation de température, finit avec l’introduction de la glycérine. Cette réaction est activée par un jet d’air comprimé barbotant le mélange, et refroidie par un serpentin d’eau courante, et même par deux serpentins con-centriques. Au bout d’une demi-heure, et avec les proportions ci-dessus, l’opération est terminée. La nitroglycérine brute, mélangée à l’excès d’acide au milieu de laquelle elle est suspendue, n’a plus qu’à être séparée de cet excès, lavée et neutralisée. Rien de plus curieux à la vérité, de plus impressionnant même, pour un spectateur que l’habitude du métier n’a pas encore rendu insensible aux émotions violentes, que de voir bouillonner, à travers les fenêtres de cristal ménagées sur le pourtour de l’appareil, ce mélange jaunâtre, terne
- Fig. 4. — La préparation de la nitroglycérine au laboratoire.
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- comme l’eau d’un fleuve aux jours de grande crue, qui renferme la puissance du plus colossal des projectiles, dont le ventre peut s’ouvrir brusquement, réduire en poussière sanglante tout ce qui l’entoure, sans que rien, rien, à peine une légère vapeur rougeâtre, vienne, en colorant le tube d’échappement en verre, vous avertir de l’épouvantable révolution qu’il renferme!
- Combien de fois, l’œil sur le thermomètre qui montait silencieusement, n’ai-je point songé qu’une simple pression du doigt activant l’arrivée de la glycérine, et, par suite, la réaction elle-même, pouvait être le signal d’un désastre terrifiant et irrémédiable! Voyez cependant la placidité de l’opérateur (fig. 2), du brave ouvrier qui, le nez dans les vapeurs et la pensée souvent vagabonde, veille mélancoliquement et machinalement à la réaction, le pied sur un volcan, sur une tombe. Qu’il rêve a sa paye prochaine, à sa fiancée qui, à la distance de deux ateliers, en-cartouche en chantant la dynamite, ou à la bouteille qu’il boira le soir, l’appareil fonctionne sans trêve, fournissant ses 100 kg de nitroglycérine à la demi-heure. Avec deux appareils, tenant compte du temps utile pour le déversage et le nettoyage, on peut, en quatre heures de temps, fabriquer les 7 à 800 kg de nitroglycérine nécessaires à la fabrication quotidienne de 1000 kg de dynamite à 75 pour 100 de nitroglycérine et à absorbants divers.
- Il nous suffira maintenant, pour suivre les différentes manipulations qui vont transformer la nitroglycérine impure, mélangée à l’excès d’acides qui n’ont point pris part à la réaction initiale, de consulter notre figure 5. La nitroglycérine impure devra tout d’abord être séparée de ces acides en excès, qui seront recueillis séparément; débarrassée ensuite, par un lavage énergique, de la proportion de ces mêmes acides qu’elle peut avoir encore retenue; et, enfin, neutralisée dans un bain de barbotage au carbonate de soude.
- Rien d’extraordinaire, on le voit, dans cette suite d’opérations, rien qui puisse être considéré comme le moindre secret. Si secret il y avait, et pour ma part j’en ai toujours ri à mon aise, dans la fabrication de la nitroglycérine, il consistait et consiste en une seule chose, l’ordonnance méticuleuse et sévère du service dans des manipulations dont le danger n’est pas niable, mais dont les principes ne relèvent que des plus vulgaires applications de la chimie industrielle. Quiconque sait agencer avec prudence, traduire pratiquement les réactions développées par la formule chimique de préparation de la nitroglycérine, ouvrira la porte au fameux secret. Ce n’est point trop facile à la vérité, mais ce n’est point impossible.
- De l’atelier de préparation, la nitroglycérine encore impure et mélangée à l’excès d’acides s’en va donc à l’atelier de séparation, dans lequel, par simple différence de densités, la nitroglycérine se sépare. Plus légère, elle s’accumule à la partie supérieure de grands cylindres en plomb, d’environ
- 1 m de hauteur sur 0,70 m de diamètre, d’où elle se déverse pour se diriger sur l’atelier de lavage par une conduite, dans laquelle elle est transportée par un courant rapide d’eau, froide en été, chaude en hiver. Elle tombe ainsi dans des cuves en bois remplies d’eau, où un jet d’air comprimé active la séparation des parcelles limoneuses de nitroglycérine.
- Au sortir de ses cuves, elle peut être considérée comme débarrassée de traces sérieuses d’acide. On la fait cependant passer dans une nouvelle cuve où elle est bouillonnée par un jet d’air comprimé brassant à la fois la nitroglycérine et la solution sodique dans laquelle elle est en suspension filandreuse.
- Après avoir passé par l’atelier de lavage, la nitroglycérine, pure et insensible au tournesol, est apte à la fabrication. Elle est conduite de cet atelier de lavage à celui des mélanges avec les absorbants, pour être transformée définitivement en dynamite. On l’emmagasine à cet effet dans des cylindres en zinc remplis d’eau, et on peut à son gré la filtrer dans des tubes en feutre pour lui enlever les traces d’eau quelle peut retenir.
- Telle est, dans son ensemble, la fabrication industrielle de la nitroglycérine. L’appareil seul de préparation est, on le voit, à retenir, les modes de séparation et de lavage pouvant être variés à l’infini. Nous nous contenterons de faire observer qu’il est, à notre avis, préférable de séparer, comme nous l’avons vu faire à l’usine de Cengio, les ateliers les uns des autres, diminuant ainsi les chances de destruction par une explosion locale qui est toujours à redouter, malgré les meilleures précautions prises. Les ateliers sont du reste toujours assez rapprochés les uns des autres — 20 m entre chacun d’eux y compris les bastions intermédiaires — pour que le service n’en souffre point.
- Et maintenant que nous avons achevé notre description, et que nous avons ajouté à notre précédent article sur la dynamite son corollaire naturel , la fabrication de la nitroglycérine — si quelque lecteur désireux de compléter son éducation songe à visiter l’une des usines installées en France : à Paulilles (Pyrénées-Orientales) ; à Ablon, près Ronfleur; à Cugny, près Fontainebleau, il retrouvera à peu de chose près, si l’huis lui est entr’ouvert — on est défiant dans ce métier-là — les installations que nous venons de décrire. Un seul conseil : regardez, 'mais n’y touchez pas, et ne regardez même pas trop longtemps. Vous pourriez rapporter de votre visite une terrible névralgie, due à l’action rapide, presque immédiate, des vapeurs de nitroglycérine sur l’organisme, lorsque ce dernier n’y est point habitué. Cette intoxication, à laquelle on n’a point encore trouvé de remède, est l’un des phénomènes les plus curieux et les plus gênants de la fabrication de la nitroglycérine, et à ce titre, pour être complet, nous n’avons pu manquer de le signaler. Maxime Hélène (M. Yuillaume),
- ancien directeur de la fabrique de dynamite de Cengio (Italie).
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- LE PRIX VOLT À
- M. Gramme, le célèbre électricien aux inventions duquel on doit le développement industriel des machines dynamo, a obtenu le prix Yolta, en même temps qu’un décret le nommait officier de la Légion d’honneur. Tout le monde applaudira à ces récompenses si dignement conquises. Il en résulte qu’un nouveau concours est ouvert pour le prix Yolta, dont la valeur est de 50 000 fr. L’histoire de l’origine de cette fondation est très singulière. Lorsque Volta vint à Paris dans le courant de l’an YIII, il fut reçu avec de grands honneurs, exécuta des expériences devant l’Institut, et reçut une grande médaille d’or. En outre, le premier consul décida qu’il y aurait un prix annuel de 5000 fr pour le galvanisme, et un grand prix de 60 000 fr décerné tous les cinq ans à la meilleure application de la pile.
- Le prix de 60 000 fr ne fut pas décerné ; quant au prix de 5000 fr, il le fut une seule fois, en 1808, à Davy, pour ses expériences de décomposition de la soude et de la potasse. Quoique la guerre fût excessivement active avec l’Angleterre, Davy fut autorisé à venir à Paris et à circuler sur le continent européen.
- Immédiatement après le coup d’État, le prince Louis-Napoléon, président de la République française, rétablit le prix Yolta, par décret du 23 février 1852. Mais le premier concours ne produisit aucun résultat. La commission de 1858 déclara qu’aucun des concurrents n’avait mérité la récompense promise. En 1864, le prix fut attribué, pour la première fois, àRuhmkorff, pour l’invention de sa bobine.
- Ruhmkorff était Prussien de naissance et n’avait jamais voulu se faire naturaliser, quoiqu’il habitât Paris depuis plus de vingt ans. Lors du siège de Paris, les sujets prussiens furent expulsés, mais Ruhmkorff fut traité comme Davy l’avait été; on lui accorda un permis de séjour, et il passa à Paris toute la durée du siège.
- LES EAUX ARTÉSIENNES
- ET LES NOUVELLES OASIS DE L’OUED RIR’ (ALGERIE1) (Suite et fin. — Voy. p. 195-)
- On a pu dire, en parlant de l’Oued Rir’, que les Anglais, dans l’histoire de leurs vastes colonies, n’avaient aucune page à montrer qui fût comparable à l'œuvre accomplie par la France sur ce coin de terre africaine : œuvre double, commencée par la sonde artésienne et continuée par la colonisation française.
- Ce fut d’abord l’œuvre des sondages au profit des indigènes. Grâce aux sondages, grâce aux bienfaits d’une irrigation de plus en plus abondante, il s’est opéré dans l’Oued Rir’, depuis la conquête, une véritable transformation1 : en trente ans, les oasis ont quintuplé de valeur et, par suite du développement de leurs ressources agricoles, de l’amélioration du sort des indigènes et de la pacification complète de cette partie du Sud algérien, la population de l’Oued Rir’ a plus que doublé.
- Aujourd’hui, c’est en dehors des oasis indigènes et loin d’elles, c’est au milieu des vastes steppes de la région, que de nouveaux sondages font jaillir l’eau
- 1 H. Jus. —Les Oasis de l’Oued Rir’ (Challamel et Cie, éditeurs, 1884).
- où elle manquait, et permettent de vivifier par l’irrigation des terrains auparavant improductifs ; ce sont des Français qui ne craignent pas, — si invraisemblable que cela puisse paraître au premier abord,— d’aller faire de l’agriculture au Sahara, qui s’y adonnent à l’exploitation des oasis, qui entreprennent eux-mêmes de grandes plantations de palmiers-dattiers et créent de toutes pièces de nouvelles oasis en plein désert. Et ce n’est pas là un essai de colonisation ayant demandé à l’Etat aucun sacrifice, même passager : c’est une œuvre conçue et menée à bien par des particuliers, à leurs risques et périls, une œuvre due entièrement à l’initiative privée.
- Les habitants de l’Oued Rir’, ou Rouara, sont au nombre d’environ 13 000. Ils ont la peau noire et les cheveux crépus, et, à première vue, on dirait des nègres. En réalité, ils ont pour ancêtres des Berbères, c’est-à-dire des blancs; mais, pendant des siècles, ils ont pris des femmes noires dans les caravanes d’esclaves amenées du Soudan1. Ce sont des sédentaires, des cultivateurs, très attachés à leur sol, et ne demandant qu’à vivre en paix. Leurs intérêts les rapprochent de nous et les éloignent des Arabes nomades, leurs anciens conquérants et oppresseurs.
- Les oasis de l’Oued Rir’ sont, comme toutes les oasis sahariennes en général, des forêts de palmiers-dattiers, abritant d’autres cultures sous leur ombrage (fig. 1). On compte actuellement dans l’Oued Rir’ 43 oasis, à peu près 520000 palmiers en rapport, plus de 140000 palmiers de un à sept ans et environ 100 000 autres arbres fruitiers.
- Le palmier-dattier a été appelé avec raison l’arbre nourricier du Sahara. Il vient dans les sols les plus ingrats ; mais ce qu’il exige avant tout, pour bien pousser et bien produire, c’est de l’eau, beaucoup d’eau à son pied. Aussi toute oasis occupe-t-elle un emplacement dont le sol peut être irrigué d’une manière ou d’une autre.
- Il y a des palmiers mâles et des palmiers femelles. Les palmiers femelles portent de grandes grappes de fruits appelés régimes de dattes; mais ces fruits ne sauraient se former et se développer si le pollen du mâle ne fécondait pas chaque régime femelle. Pour plus de sûreté, les indigènes font eux-mêmes la fécondation à la main, vers le mois d’avril : un palmier mâle suffit ainsi à 400 palmiers femelles environ. On distingue au Sahara autant de variétés de palmiers et de dattes que, chez nous, de variétés de poires ou de pommes. La datte fine et transparente, appelée deglet nour, est une variété hors pair, dont le prix est notablement plus élevé que pour les autres.
- Cette variété fine est, d’ailleurs, relativement rare au Sahara, et, de plus, sa qualité varie beaucoup d’une région à l’autre, suivant les conditions naturelles de climat, de sol, d’irrigation. Tout comme nos vins de France, les dattes d’Afrique ont leurs crus, plus réputés les uns que les autres, et de
- 1 II. Weisgerber. — L’Oued Rir’ et ses habitants (Revue d’ethnographie, 1885.)
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- même qu’il n’y a au monde aucun vin qui égale les Bordeaux, les Bourgogne, de même, pour trouver des dattes vraiment fines, sucrées et savoureuses, il faut aller au sud de la province de Constantine et de la Tunisie : le Souf et l’Oued Rir’, en Algérie, le Djérid, en Tunisie, voilà les premiers crus de dattes.
- Les autres variétés de dattes peuvent être divisées en deux grandes classes : les dattes molles, qu’on presse dans des peaux de bouc et qu’on voit vendre en pains dans les marchés arabes, et les dattes sèches, qui ne collent pas et dont le nomade en route met quelques poignées dans son burnous, pour la journée. Ces dattes communes sont, en général, consommées
- par les indigènes, trop pauvres, sauf dans les villes, pour s’offrir des dattes fines.
- Le couscous, autrement dit une farine tirée du blé et préparée d’une manière spéciale par les femmes, et la datte, telles sont les deux bases principales de l’alimentation des indigènes, tant dans le nord de l’Algérie que dans le sud : d’où un mouvement forcé d’échanges entre les céréales du Tell, d’une part, et les dattes du Sahara, de l’autre.
- Quant à la datte fine, elle est l’objet d’exportations déjà importantes en Europe, où sa consommation tend à se développer, et où elle sera de plus en plus appréciée, quand on connaîtra mieux ce fruit délicat,
- Fig. 1. — Sous les palmiers. — Vue prise dans une des oasis de Tougourt. (D’après une photographie de M. le sous-lieutenant Clottu.)
- arrivant directement du pays d’origine, à l’état naturel et frais : la vraie datte saharienne.
- En somme, la datte est une denrée comme une autre, qui a ses marchés et qui trouve acheteur. 11 n’est donc pas plus ridicule de faire de la datte au Sahara que du blé en France ou du riz aux Indes.
- A chaque pays ses cultures. Autant planter des palmiers au Sahara que de la vigne sur le littoral de l’Algérie ou dans le midi de la France. Les produits, il est vrai, se font attendre plus longtemps; mais, en revanche, il y a moins d’aléa ; le palmier n’a pas de phylloxéra, et il vit plus de cent ans.
- Le rapport du palmier, est, d’ailleurs, tout ce qu’il y a de plus inégal, suivant les variétés qu’on cultive et les régions dont il s’agit. Dans l’Oued Rir’, nous estimons qu’avec une proportion suffisante de deglet
- nour, et avec des soins convenables, le palmier peut arriver à rapporter jusqu’à mille francs par hectare.
- On voit que le Sahara ne mérite pas toujours sa réputation de stérilité. Bien au contraire, les trop rares parties du désert qui sont susceptibles d’irrigation, possèdent, grâce à cet arbre précieux, — le palmier-dattier, — une force de production dont on ne trouve l’équivalent que dans les territoires les plus fertiles des pays les plus favorisés par la nature et le climat. Dès lors, pourquoi l’entrée du Sahara serait-elle interdite aux entreprises européennes, du moment que la paix y règne à l’ombre du drapeau de la France?
- Exploiter des oasis de palmiers-dattiers, pour la récolte et la vente des dattes, constitue une opération pratique, pouvant être entreprise avec profit même
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- par les Européens. C’est un fait aujourd’hui démontré : du coup, la colonisation algérienne a fait un pas immense vers le Sud. Le premier colon français qui ait compris l’intérêt de la culture du
- palmier est le regretté M. Ifuffourg, ancien maire de Biskra, qui commença, il y a déjà plus de vingt-cinq ans, des plantations d’une certaine importance à sa ferme d’El Outayn, en même temps
- Fig, 2. — Puits Rolland (3800 litres par minute) et jeunes palmiers à l’oasis nouvelle de Sidi Yahia. (D’après une photographie de M. le sous-lieutenant Clottu.)
- qu’il essayait avec succès et sur une assez grande échelle la culture du coton. Des sociétés françaises se fondèrent ensuite et se mirent à faire de l’agriculture au Sahara, soit dans les Zibans, soit dans l’Oued Rir’ : la Compagnie de l'Oued Rir (187 8),
- MM. Treille,
- Sarradin et Cie (1878), la Société de Batna et du Suit algérien (1881). Ici l’on achetait de grandes oasis déjà en rapport pour les exploiter. Là on faisait mieux,
- — on créait de toutes pièces, — on forait des puits en dehors des oasis indigènes, on plantait des oasis nouvelles où auparavant il n’y avait rien, pas un arbre, pas une goutte d’eau : c’était la Conquête sur le désert\ dans toute la force du terme, et
- 1 G. Rolland. — La Conquête du désert (Cliallamel et Cie, éditeurs, 1889).
- c’est là surtout le vrai programme que doit se proposer la colonisation saharienne pour le développement des ressources du Sud algérien.
- Le capitaine Ren Driss, ancien agha de Tou-gourt, est le premier qui ait créé une oasis nouvel le au milieu des steppes du désert, à Tala-em-Mouïdi, au centre de l’Oued Rir’, en 1879; c’est à cet indigène, naturalisé Français, que doit rester l’honneur d’avoir ouvert la marche dans cette voie féconde.
- On peut évaluer à 120 000 le nombre de palmiers acquis ou plantés par des colons français, en dehors de Biskra, depuis 1878. Des centaines d’hectares, auparavant improductifs, ont été fertilisés par de6 capitaux français, et la totalité des plantations françaises de l’Oued Rir’ dépasse déjà 60 000 palmiers ;
- Fig. 3. — Plantations et Bordj de l’oasis nouvelle de Sidi Yahia. (D’après une photographie de M. le sous-lieutenant Clottu.)
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- ce qui représente une valeur créée de plus de 3 millions de francs.
- A elle seule, la Société de Batna et du Sud algérien, que je fondais en 1881 avec M. le marquis de Courcival, a planté, dans l’Oued Rir’, tout près de 50 000 palmiers, et créé trois grandes oasis, Ourir, Sidi Yahia et Ayata. Nous avons foré huit puits jaillissants, dont les débits réunis atteignent le volume de 24 m3 d’eau par minute; défriché et mis en valeur plus de 400 hectares de steppes; creusé plus de 40 km de fossés de drainage, etc. Nous avons construit des bordjs, des maisons ouvrières, des magasins pour nos produits, etc., et chacune de ces installations est assez spacieuse pour que nous ayons pu facilement y donner l’hospitalité à une vingtaine de personnes, lors du voyage de Y Association française.
- La figure 2 représente le puits n° 1 de l’oasis nouvelle de Sidi Yahia {Ain Rolland) ; débit, 3800 1 par minute. Le jeune palmier situé sur la gauche avait cinq ans, quand cette vue a été prise.
- La figure 3 donne une vue d’ensemble sur une partie des plantations et sur le bordj de cette même oasis.
- Sur place, nous avons des agents français, à la tête de nos exploitations agricoles de l’Oued Rir’. Quoi qu’on en ait dit, nos compatriotes, surtout ceux qui sont acclimatés déjà en Algérie, peuvent résider dans le Sud, à condition d’observer une hygiène sévère et d’habiter en des points convenablement choisis. Pour ce qui est de nos travaux mêmes de plantation et d’exploitation, il va de soi qu’ils ont été et seront toujours exécutés par la main-d’œuvre indigène. Il serait impossible, en effet, à l’Européen de s’adonner au travail de la terre sous ce climat brûlant, et l’Oued Rir’ ne pourra jamais devenir une colonie de peuplement, comme le littoral et le Tell, comme les hauts plateaux: au Sahara, on ne peut songer qu’à des colonies A exploitation, où le rôle des Européens devra se borner à diriger et à surveiller la main-d’œuvre indigène.
- Les entreprises françaises de colonisation saharienne n’en sont pas moins fort intéressantes, et l’œuvre qu’elles poursuivent est bonne à tous égards, bonne comme exemple donné aux capitaux français, bonne pour le développement des ressources du sol algérien et pour l’extension de l’influence française en Afrique, bonne aussi pour l’amélioration du sort des indigènes et pour leur accession graduelle aux idées de civilisation et de progrès.
- C’est au chemin de fer qu’il appartient maintenant de couronner l’œuvre *.
- Voici déjà que la locomotive s’avance jusqu’à Riskra. Mais elle ne saurait s’arrêter là, et la force des choses la poussera en avant. Il faudra qu’elle continue sa marche civilisatrice vers le sud jusqu’à Tougourt d’abord, puis jusqu’à Ouargla, terme né-
- 1 G. Rolland. — Le chemin de fer de Biskra-Tougourt-Ouargla (Challamel et Cie, éditeurs, 1888). Conférence à l’Association française pour l’avancement des sciences.
- cessaire de cette ligne de pénétration qui s’impose au triple point de vue stratégique, politique et colonial.
- Les chemins de fer de pénétration vers le Sud algérien, c’est-à-dire ceux qui, dans les trois provinces, se dirigent perpendiculairement au littoral et pénètrent ou doivent pénétrer dans Tintérieur, ont aujourd’hui des partisans de plus en plus nombreux, dont certains font autorité.
- Il ne saurait être question là, bien entendu, que de chemins de fer à construire très économiquement, — sommairement et rapidement, comme les derniers chemins de fer russes de l’Asie centrale, — et à exploiter ensuite aussi simplement que possible.
- Comprise ainsi, la ligne de Biskra-Tougourt-Ouargla ne constituera nullement, malgré la garantie d’intérêt et l’insuffisance des recettes dans les débuts, une charge pour l’État : car cette ligne permettra de réaliser immédiatement des économies beaucoup plus considérables qu’on ne veut l’avouer, sur les transports militaires et sur les colonnes d’opération dans les régions de Ouargla, de Tougourt et du Souf.
- Mais surtout la grande, l’énorme économie que les lignes de pénétration permettront de réaliser, c’est la suppression des insurrections dans l’avenir. J’ajouterai qu’il ne s’agit pas seulement d’une question d’économie en temps de paix : faire disparaître le danger, réel actuellement, d’une insurrection en Algérie, dans le cas de guerre en Europe, et pouvoir réduire alors, autant que possible, l’effectif des troupes à immobiliser hors de France, n’est-ce pas là pour nous une question d’intérêt national?
- Or, l’histoire de l’Algérie nous montre le rôle prédominant que l’élément nomade — élément redoutable par son excessive mobilité — a toujours joué dans les insurrections. Pour dominer les nomades, le vrai moyen, c’est de les prendre à revers, de se porter en arrière de leurs parcours et de mettre la main sur leurs centres de ravitaillement; pour cela, il faut non seulement établir des postes d’occupation suffisamment avancés, en des points convenablement choisis, mais encore il faut relier ces postes au littoral par des voies ferrées, permettant de transporter rapidement et sans fatigue nos troupes à l’endroit voulu, et leur donnant, pour ainsi dire, le don d’ubiquité.
- Cela est aussi bien vrai dans l’Est que dans l’Ouest. Dans l’Ouest, l’insurrection de Bou Amena démontra, il y a quelques années, la nécessité de prolonger la ligne d’Arzew-Saïda jusque dans le Sud oranais : ce qui est fait aujourd’hui.
- Dans l’Est, la ligne de Biskra à Ouargla reste à faire, et, — en toute impartialité, — elle est plus urgente que la ligne centrale de pénétration d’Alger à Laghouat.
- En deux ans, on peut prolonger la voie ferrée jusqu’à Ouargla, et Ouargla est notre objectif clairement indiqué de ce côté, tant à cause de sa position stratégique, sans rivale dans le Sud, que comme centre
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- de production de beaucoup le plus important des Chaamba nomades.
- Dût-elle n’avoir pas de trafic, que cette ligne de Biskra-Tougourt-Ouargla devrait être faite. Mais loin de là, elle aura la bonne fortune de traverser précisément les principales régions d’oasis du Sahara algérien, — les Zibans, l’Oued Itir’ et Ouargla, — les plus importantes comme production actuelle ou future, les seules qui soient colonisées ou coloni-sables1; elle desservira, en outre, dans une certaine mesure, les oasis du Souf, à l’Est, et une partie de la région du Mzab, à l’Ouest. Il existe, dès maintenant, un mouvement considérable d’échanges entre Biskra, Tougourt et Ouargla, ainsi que dans les régions avoisinant cette ligne, et tout ce mouvement commercial — qui se fait naturellement par chameau, — ira infailliblement au chemin de fer. La locomotive supplantera le chameau; cela est fo:*3é.
- Peut-on douter que le trafic de cette ligne ne soit appelé à augmenter? et n’en est-il pas toujours ainsi quand le chemin de fer arrive dans un pays neuf et susceptible de développement, comme c’est le cas pour l’Oued Rir’ et aussi pour la région de Ouargla? Dans l’Oued Rir’, le chemin de fer viendra décupler nos moyens d’action. Le bassin d’eaux artésiennes qui fait la richesse de cette belle région est loin d’avoir donné tout le débit dont il est capable, ni, comme le dit éloquemment M. Elisée Reclus, « la mesure de sa force productive en végétation, et, par conséquent, en vies humaines ». Qu’on soumette les sondages à une surveillance devenue nécessaire dans l’intérêt de tous, qu’on dirige de préférence les recherches vers les parties vierges du bassin, qu’on fasse de nouvelles créations, ainsi que nous avons fait, et l’on pourra doubler, peut-être tripler le nombre de palmiers de l’Oued Rir’.
- Enfin une autre considération milite aussi en faveur de la ligne de Biskra-Ouargla : cette ligne sera la première section du chemin de fer transsaharien, destiné à relier l’Algérie au Soudan central, suivant le tracé qui a été exploré par Flatters et qui, selon moi, est le vrai tracé français, passant par Amguid et aboutissant au lac Tchad et au Bornou.
- Assurément le projet de Transsaharien a traversé une période de défaveur marquée, exagérée, à la suite du lamentable désastre qui a mis fin à la mission Flatters; mais un revirement commence à se produire. Pour ma part, je ne suis pas de ceux qui décrètent, dans leur sagesse, que c’est là une conception irréalisable et antiéconomique; je crois, au contraire, que l’idée est grande et féconde, qu’elle sera reprise un jour et que le vingtième siècle verra le Transsaharien.
- Elisée Reclus a dit : « Ou la France deviendra une grande puissance africaine, ou elle ne sera, dans un siècle ou deux, qu’une puissance européenne secondaire. »
- C’est la même conviction qui fait dire au général
- G. Rolland. — L’Oued Rir’ et la colonisation française au Sahara Challamel et Ci0, éditeurs, 1887).
- Philibert dans son récent ouvrage sur la Conquête pacifique de l'intérieur africain : « Il faut absolument que la France trouve des contrées nouvelles qu’elle civilise et qui lui rendent plus tard abondance de population, richesse de produits. Le Centre africain seul peut remplir ce rôle ; seul il est à portée : mais il faut se hâter. L’Anglais, l’Allemand, tous les peuples civilisés convoitent ces territoires. »
- Jusqu’ici nos efforts n’ont porté que sur la partie occidentale du Soudan, le Haut-Sénégal et le Haut-Niger, et l’on s’est fait des illusions sur la valeur de nos nouvelles possessions de ce côté. « Le nom de Soudan français donné à ces possessions dénote peu d’ambition de la part de la France ou beaucoup de prétention de la part de ses parrains. Le Soudan s’étend sur tout le continent africain de l’est à l’ouest, et le point important, celui qui domine toute la situation, est le royaume du Haoussa et le Bornou. — C’est le pays qui mérite le nom de Soudan français. »
- « Les Anglais l’ont bien compris, et tous leurs efforts tendent à remonter le Niger jusqu’à son confluent avec le Bénoué. Pourquoi donc n’essayons-nous rien? Est-ce que cet empire, plus grand que les Indes et peut-être aussi riche, ne vaut pas la peine de tenter quelques efforts, ou bien sommes-nous assez en décadence déjà pour n’avoir plus même le courage d’étudier ces questions et d’en comprendre l’importance dans l’avenir? »
- Or, pour sauvegarder l’avenir de la France dans ces régions, quelles sont les mesures urgentes à prendre? Il y en a deux principales, nécessaires et faciles.
- 1° Exécuter le chemin de fer de Biskra-Tougourt-Ouargla, qui se recommande déjà par les raisons d’ordre purement intérieur, et faire de Ouargla la base militaire et commerciale de notre pénétration future au Soudan central : nous n’aurons plus lieu de craindre alors d’être devancés au lac Tchad par un Transsaharien rival partant de Tripoli, si Tripoli devient italien.
- 2° Nous assurer dès aujourd’hui, au delà de Ouargla, le libre passage sur la seule route de pénétration qui soit à notre disposition, et, pour cela, nous montrer chez les Touaregs (une petite troupe suffira) et nous installer sans coup férir à Timassinin et surtout à Amguid, —ce qui ne saurait soulever la moindre crainte de difficulté avec aucune puissance européenne. Il n’est que temps d’aviser : les Turcs, maîtres de Tripoli et du Fezzan, viennent, sous nos yeux, d’étendre leur domination jusqu’à Gliat; d’autre part, Insalah va devenir marocain : que les Turcs s’étendent jusqu’à l’Ahaggar, — comme c’est évidemment le but de leur politique dans ces parages, — alors la régence de Tripoli et l’empire du Maroc se seront rejoints au-dessous de notre Algérie, et, ce jour-là, nous nous apercevrons, mais trop tard, que, par notre indifférence, nous nous sommes laisré fermer à tout jamais la route du Soudan.
- G. Rolland
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- LA NATURE.
- LES ASTRONOMES DE PLACE PUBLIQUE
- A PARIS
- 11 y a bien longtemps que les astronomes de Paris se sont préoccupés pour la première fois de montrer au public les phénomènes célestes.
- Le grand Cassini a profité de la construction de Saint-Sulpice pour faire voir aux Parisiens le passage du Soleil au méridien, à l’aide d’un gnomon gigantesque qui existe encore.
- Algol est une belle étoile de la constellation de Persée, remarquable par le peu de durée de ses périodes, et par leur irrégularité. En 1809, par suite de circonstances encore inexpliquées, Algol prit un éclat inusité. Comme ce phénomène préoccupait
- vivement nos grands-pères, Lalande se plaça sur le terre-plein du Pont-Neuf avec une de ses bonnes lunettes. Cet homme illustre était conduit par le seul désir d’instruire ses concitoyens, aussi ne percevait-il aucune rétribution; une foule considérable s’amassa autour de lui. La police impériale, qui n’aimait point les rassemblements, prit l’alarme, et le Ministre obligea Lalande à rentrer dans son observatoire.
- L’astronome de profession qui a suivi de plus près cet exemple, est M. Léon Jaubert; ce savant vulgarisateur a transporté des lunettes sur la terrasse du Trocade'ro. Il y montre le ciel tous les soirs qu’il fait beau. Les jours d’éclipse il y a foule. Nous y avons vu plus d’un millier de spectateurs, à la disposition desquels on avait mis une véritable
- Fig. 1. — Les amateurs d’éclipse. (D’après une lithographie de Carie Vernet, figurant l’observation à Paris de l’éclipse de Soleil
- du 7 septembre 1820.)
- batterie de télescopes de l’invention de M. Jaubert. De la sorte, du reste, l’astronomie ne fait que se rappeler ses origines, puisqu’elle nous vient de simples bergers.
- Le spectacle des éclipses, à Paris, a toujours eu le privilège de passionner les curieux, et de tout temps, les verres noircis ont fait fureur pendant toute la durée du phénomène. Nous reproduisons ci-dessus une amusante lithographie de Carie Yernet (fîg. 1). Elle représente l’observation de l’éclipse de soleil à Paris, le 7 septembre 1820. On voit dans ce dessin qu’un pick-pocket est aussi affairé que les amateurs d’astronomie, et qu’il s’efforce de voler à une dame son porte-monnaie.
- La liste de nos places publiques où, moyennant des rétributions variant de 10 à 50 centimes, nous avons pu observer les divers phénomènes célestes décrits par nous à différentes époques dans la
- Liberté, le Temps, la Presse scientifique et le Cosmos, en serait trop longue. Nous nous bornerons à citer la place du Carrousel, la place de la Concorde, la place de la République, le terre-plein du Pont-Neuf et la place Yendôme.
- De tous ces instruments en plein air, la lunette de cette dernière place, a le pouvoir grossissant le plus fort. Cela tient à ce que son propriétaire a obtenu l’autorisation de la laisser à poste fixe pendant la journée. Le tube de cet instrument possède une longueur de près de 3 mètres et son objectif mesure environ 5 pouces. Quelquefois nous avons fait usage d’une espèce d’escalier ou d’escabeau mobile, pour arriver jusqu’au niveau de son oculaire.
- L’astronome qui la dirige et son confrère de la place de la Concorde, ont un excellent procédé pour appeler le public. Comme ils possèdent l’un et l’autre une belle main, ils écrivent à la craie sur
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- l'asphalte du trottoir le programme des observations de la soirée. Ils y joignent même quelquefois des dessins à la craie représentant les taches du Soleil , ou les astres visibles dans la première partie de la nuit, car il est rare qu’ils trouvent des clients à la sortie des théâtres.
- Nous avons vu quelquefois mettre en vente une carte de la Lune dressée par Lecouturier, ancien rédacteur scientifique du Moniteur universel. Cette carte n’était pas mauvaise, nous en avons acheté un exemplaire qui nous a beaucoup servi.
- Quoique sommaires, les explications des astronomes de la rue sont parfois intéressantes : données
- en face du ciel, elles sont faciles à comprendre.
- Le Verrier s’intéressait vivement à ces démonstrations populaires. Il m’a raconté qu’un jour il avait payé 50 centimes à l’astronome de la place de la Concorde. Il avait regardé la Lune comme un simple profane, puis après avoir interrogé son modeste collègue, il s’était fait connaître. Il l’avait chaudement félicité de son zèle scientifique et l’avait engagé à venir à l’Observatoire. Mais celui-ci n’avait point osé profiter de l’invitation.
- Il aurait été très bien reçu. Le Verrier avait vivement encouragé Léon Foucault a construire son sidérostat. Le but de cet appareil était d’amener l'i-
- Fig. 2. — L’astronome de la place du Châtelet, à Paris, au moment des observations de la planète Vénus, en février 1889.
- (Dessin d’après nature par M. C. Gilbert.)
- mage de la Lune, des astres ou des étoiles dans une salle de conférence ; on espérait montrer les corps célestes eux-mêmes aussi facilement que M. Camille Flammarion fait voir à la Salle des Capucines leurs images peintes de la collection Mol-teni et projetés sur un écran. J’ai vu aussi bien souvent à Paris des lunettes terrestres destinées à l’inspection d’objets éloignés. Il y en a eu longtemps sur la butte Montmartre, au parc des Buttes-Chaumont et l'on en trouve une sur la place du Châtelet.
- Nous avons fait dessiner, d’après nature, l’opérateur qui dirige cette dernière. Il est représenté au moment où il montrait, dans ces derniers temps, la planète Vénus C
- Voy. n° 821, du 23 février 1889, p. 202.
- Dans le jour, cette lunette n’est pas oisive, elle reste braquée sur la Tour Eiffel, dont la foule aime à inspecter les détails.
- Il ne faut pas croire que les lunettes terrestres ne puissent servir à l’inspection des objets célestes. Le seul inconvénient qui résulte de leur emploi, c’est qu’il a fallu perdre de la lumière pour obtenir un redressement d’images dont les astronomes se passent très bien.
- Cet inconvénient est peu de chose pour les astronomes en plein vent, puisque les lunettes des rues ne possèdent qu’un grossissement des plus modérés. Par une sorte de compensation, il donne un avantage très sérieux pour des observateurs médiocrement habitués à se servir des instruments d’astronomie. Avec une lunette terrestre on suit les astres beau-
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- coup plus facilement que si on était obligé de pousser le tube en sens inverse de leur mouvement apparent pour les faire rentrer dans le champ.
- Comme je discutais la question avec l’astronome de la place de la Concorde, il me répliqua que les clients resteraient trop longtemps à inspecter l’objet qu’on leur a vendu, si, se dérobant, l’astre ne donnait lui-même le signal de la retraite.
- Depuis Cassini 1er les directeurs de l’Observatoire de Paris sont toujours criblés de demandes de personnes demandant à voir la Lune et les planètes dans les instruments de l’Observatoire. C’est pour répondre à ce besoin que Le Verrier avait organisé les soirées de la Société' scientifique de France.
- Lors de sa seconde administration, je l’ai entendu répondre à des demandeurs, qu’ils feraient mieux d’aller consulter l’observateur du Pont-Neuf.
- A cette époque, celui-ci n’avait plus la même réputation que quelques années auparavant. En effet, c’est au milieu de l’Empire, un peu après la mort du vénérable Arago, que ce forain brillait dans toute sa gloire. C’était un homme trapu, de petite taille, l’air vulgaire, la voix rauque, le plus généralement vêtu d’une blouse bleue et d’une casquette en drap, sans visière. On l’avait surnommé VArago du Pont-Neuf. Ne se doutant pas certainement que Lalande avait été son prédécesseur, ce personnage était très dur pour ses collègues de l’Institut, contre lesquels il déclamait furieusement. Il réservait toutes ses admirations pour l’abbé Nollet, qui, cependant, n’a jamais montré la Lune, même aux enfants de France dont il fut le précepteur.
- A l’époque où l’Arago du Pont-Neuf régnait sur toute l’astronomie foraine, la place de la République s’appelait encore la place du Château-d’Eau. L’astronome qui y était établi vendait la Lune et les planètes pour un sou. Malgré la modicité extrême de son prix, il était beaucoup plus instruit que son coucurrent et plus indulgent pour ses confrères officiels. Il connaissait très bien son ciel; il savait quelles étaient les principales curiosités de l’horizon ; aucune des nébuleuses ou des étoiles doubles ne lui échappait. Malgré cela, il fût probablement mort de faim si quelques grandes comètes ne se fussent présentées de temps en temps pour lui permettre de payer le loyer de son grenier.
- Les jours d’éclipse sont escomptés d’avance par les astronomes de la rue et par leurs croupiers ; malgré la concurrence acharnée que font alors les marchands de verre noirci ou de lorgnettes, ils recueillent une ample moisson de gros sous ou même de pièces blanches. \V. de Fonviei.le.
- CHRONIQUE
- La sole artificielle. — Nous ne voulons dire qu’un mot de cette curieuse invention, car l’inventeur, M. du Vivier, doit faire au moment où ces lignes passeront sous les yeux du lecteur, une conférence sur ce sujet à la Socié d’encouragement. S’il y a lieu, nous compléterons
- nos renseignements. La soie, on le sait, provientd’une sécrétion de la chenille d’un papillon nocturne connu sous le nom de Bombyx du mûrier. Au moment de sa transformation en chrysalide, la chenille laisse sortir de sa bouche un liquide visqueux qui se sèche au contact de l’air, et devient un fil dont elle tisse le coton dans lequel elle s’enferme. M. du Vivier est parvenu à faire artificiellement de la soie avec laquelle on tisse des étoffes. Nous avons vu ces étoffes ; elles ont plus d’éclat que celles qu’on fabrique avec la soie naturelle. Possèdent-elles toutes les autresqualités ? M. Du Vivier dit que la ténacité de la soie qu’il fabrique est suffisante bien qu’inférieure encore à celle de la soie naturelle, mais pour ce qui est de l’élasticité et de la réception de la teinture, elles sont les mêmes. Elle peut recevoir toutes les applications industrielles. Le point très important, sinon le plus important, c’fest l’infériorité considérable du prix de la nouvelle soie par rapport au prix de la soie naturelle. Elle coule moitié moins ! Pour obtenir la soie artificielle, on prépare une dissolution de coton trinitrique dans l’acide acétique cristallisable. On mêle à la dissolution des substances organiques solubles destinées à donner au fil la ténacité, l’élasticité et Vincombustibilité. Le liquide obtenu passe ensuite dans différents bains afin de lui donner de la consistance jusqu’à ce qu’il puisse être étiré en fil, lequel est nécessairement sans fin et peut être arrêté à une longueur voulue. Feux Hément.
- Remontage électrique des pendules des gares.
- — On expérimente en ce moment à la Compagnie de l’Ouest un système imaginé par un horloger, M. Pouchard, et qui a pour but d’obtenir automatiquement le remontage des régulateurs, horloges et pendules et leur remise à l’heure journalière à grande distance en utilisant les fils électriques ordinaires. Le remontage s’obtient à l’aide d’un moteur électriqüe, inséré dans le rouage, qui se met en action de lui-même quand l’horloge a marché pendant un temps déterminé; il suffit de deux éléments d’une pile Leclanché pour actionner ce moteur qui, trois ou quatre fois par jour, remonte le ressort de la pendule ou le poids de 1 kg d’un régulateur. La remise à l’heure automatique, au moyen de l’électricité, s’obtient également d’une façon simple et ingénieuse.
- Distribution de force motrice ù. Snint-Ltieniie.
- — La municipalité stéphanoise a décidé d’utiliser la force motrice déterminée par la chute du barrage de Roche-taillée qui alimente le service des eaux de la Ville. Cette chute a été établie sur une longueur de 6 km environ, avec un système de grands degrés ou brise-pressions qui vont en descendant, aussi égaux que l’ont permis les accidents de terrain, et forment une série de chutes ou cascades artificielles. On avait pensé déjà à l’utiliser pour la lumière électrique, mais les traités passés entre la Ville et la Compagnie du gaz n’avaient pas permis de le faire.
- Les animaux électrisés. — Dons la ménagerie de Barnum à Bridgeport, aux États-Unis, on a récemment essayé l’effet produit par des courants électriques sur des animaux divers. La race féline paraît être la plus sensible à l’électricité, mais les hippopotames se laissent électriser sans manifester aucune impression. Les singes et les loups poussent des hurlements; les éléphants paraissent agréablement chatouillés et manifestent de la joie; quand l’opération avait lieu, ils se frottaient les jambes de plaisir et caressaient leurs gardiens.
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- LA NATURE.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 mars 1889. — Présidence de M. Des Cloizeadx.
- Halos artificiels. — On sait que les halos, si souvent visibles autour du Soleil, sont dus à la présence, dans l’atmosphère, de petits cristaux de glace orientés d’une manière fortuite. M. A. Cornu, perfectionnant une expérience de Brewster, donne le moyen d’imiter artificiellement ces phénomènes d’une manière complète. 11 consiste à regarder la flamme d’une bougie au travers d’une cuve plate en glace contenant un mélange d’une dissolution aqueuse d’alun avec 10 à 15 parties pour 100 d’alcool ordinaire. Le sel précipité en cristaux microscopiques est exactement dans les conditions du givre suspendu dans l’atmosphère. On observe non seulement le halo de 22°, mais son compagnon habituel d’un plus grand diamètre. L’auteur répète ces expériences devant l’Académie.
- Les Bacillarites. — En mon propre nom, M. le secrétaire perpétuel analyse une note sur de singulières roches découvertes par M. Grand’Eury dans le terrain houiller de la Loire, du Gard et d’autres régions et que ce savant géologue m’a demandé d’étudier. Ce sont des grès dont l’un des éléments principaux consiste en des organismes cylindroïdes particuliers appartenant au genre Bacillarites de Stur.
- J’y ai distingué spécialement un type très net dont je fais l’espèce B. Grand’Eury : il est relativement gros et sa surface est interrompue par des stries longitudinales et par des joints transverses ou articulations. Examiné en tranches minces au microscope, ce corps laisse voir des particularités anatomiques intéressantes. Ainsi, dans plusieurs cas, on voit, à la partie extérieure des cylindres, une enveloppe continue, distincte, ayant les apparences d’une cuticule. Dans l’axe, est un canal possédant parfois une paroi propre. Perpendiculairement à ce canal, existent quelquefois de petits conduits très fins aboutissant à la cuticule au voisinage de laquelle ils se renflent en une petite ampoule. Il semble que ce dont ces corps singuliers s’éloignent le moins parmi les objets que nous connaissons, c’est un organisme animal plus ou moins comparable à celui des larves aquatiques d’insectes possédant un tégument chitineux externe, un organe digestif plus ou moins axial et des tubes trachéens avec dilatations sous-stigmatiques mettant les profondeurs du corps en rapport avec l’atmosphère. L’accumulation de milliards de coques de pupes dans une même couche vaseuse d’origine lacustre n’a rien qui puisse surprendre : elle se produit de nos jours dans toutes les pièces d’eau où les moustiques subissent leurs dernières métamorphoses. J’ai rencontré un autre bacillarites dans une matière charbonneuse que M. Caraven-Cachin a donnée comme tombée du ciel, àGrazac, Tarn, le 10 août 1885. Ce sera le Bacillarites amphioxus.
- Cyclones américains. — Les États-Unis ont été visités au mois de mars de l’an dernier par une série de tempêtes tournantes qui fournissent à M. Faye l’occasion de revenir encore une fois sur ses théories bien connues. Les cartes montrent au moins trois lignes à peu près parallèles de tempête se propageant du sud-ouest au nord-ouest soit sur le sol de l’Union, soit à la surface de l’océan Atlantique. Le service météorologique américain a émis l’opinion que ces phénomènes tirent leur origine première du conflit des vents chauds venant du golfe du Mexique et des vents froids émanant des montagnes
- Rocheuses, d’où résulterait une zone de dépression en forme d’auge analogue au sillon qui sépare des vagues marines consécutives. Cette zone se déplacerait tout d’une pièce de l’ouest vers l’est, et déterminerait ainsi les tempêtes observées. M. Faye n’a pas de peine, comme on conçoit, à montrer l’invraisemblance d’une pareille supposition et à faire sentir l’avantage évident de l’hvpo-thèse de tourbillons originaires des régions tropicales et suivant une trajectoire parallèle au lit même du gulf-stream.
- L'Apnée scientifique. — M. Bouquet de la Grye dépose sur le bureau le 32e volume de l'Année scientifique et industrielle de M. Louis Figuier. 11 fait ressortir en quelques phrases l’intérêt de cet ouvrage qui donne un tableau complet des progrès les plus divers des sciences pures et de leurs applications, et conclut en disant que cette monumentale publication fait le plus grand honneur à son savant auteur.
- Le nouveau secrétaire perpétuel. — A la suite de la lecture du décret présidentiel qui approuve l’élection du nouveau secrétaire perpétuel, M. Berthelot, en prenant possession de son siège, exprime d’une manière éloquente son dévouement à la science et à l’Académie.
- Varia. — La théorie du sextant occupe M. Gruey. — Suivant M. Ranvier, certains iendons des oiseaux présentent des plaques chondroïdes qui contiennent de la substance cartilagineuse, de la graisse et du glycogène. —Un nouvel horizon à trilobites est signalé dans le sol de l’Hérault par M. de Rouville. — Le service hydrographique adresse trois nouvelles cartes du Tonkin et une carte du golfe de Guinée. — La structure de l’épiderme chez les sertuliens a été étudiée par M. Soulié.
- Stanislas Meunier.
- UN ROMAN SCIENTIFIQUE
- AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
- Les premiers ballons durent naturellement enflammer l’imagination des amateurs du merveilleux et donner lieu à des fictions plus ou moins vraisemblables. Mais, du temps de nos grands-pères, le roman avait des allures calmes comme le Télémaque de Fénelon, et c’est sous cette forme que nous trouvons le récit d’une ascension imaginaire dans le Supplément à la magie blanche de Decremps, ouvrage qui eut un grand succès à la fin du siècle dernier.
- L’auteur suppose qu’un navire surpris par une tempête près du cap de Bonne-Espérance a abordé une île inconnue.
- Un physicien habile, M. Hill, faisant partie de l’équipage, se lie d’amitié avec un jeune homme nommé Orvan, fort épris d’une jeune fille noire, Mélissa, dont le père, nommé Guster, lui refuse la main.
- M. Hill se décide à vaincre la résistance du père, en le frappant par un spectacle merveilleux en présence de tous les naturels assemblés. Il fait à cet effet construire une montgolfière, et se sert de ballons de baudruche figurant Junon, Vénus et Minerve qu’il avait emportés avec lui. Cédons ici la parole à l’écri-
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- LA NATURE.
- vain, non sans prévenir le lecteur qu’Orvan était de complicité avec M. Hill, dans les scènes qui vont survenir :
- « Tout le monde vit arriver la montgolfière au milieu de la plaine à la hauteur d’un quart de lieue.
- « Tandis que la machine volante continuait sa route vers l’occident, oh en vit descendre trois grandes statues qui représentoient trois divinités; savoir, Ju-non, Vénus et Minerve : elles descendirent lentement et majestueusement jusqu’à terre.
- « Orvan s’approcha respectueusement des trois statues, que le peuple re-gardait comme trois divinités aériennes. Après une conversation apparente d’environ deux minutes,
- Orvan s’éloigna de quelques pas, leur fit signe de partir, et dans ce même instant, on vit les trois divinités remonter vers le ciel. A peine étaient-elles parvenues à la hauteur de deux cents toises, que Ju-non et Minerve se séparèrent de Vénus, et montèrent avec une rapidité qui les cacha bientôt dans les nuages. Vénus, propice à la prière d’Orvan, redescendit alors vers la terre, et quand elle fut parvenue à la hauteur d’environ dix toises, elle laissa tomber une boite sur laquelle elle avoit paru s’appuyer comme sur un piédestal. Ensuite exauçant la prière d’Orvan pour la troisième fois, elle remonta rapidement pour aller rejoindre ses compagnes. Orvan prit aussitôt la boîte dont Vénus venait de lui faire présent, il l’apporta en cérémonie aux pieds de Guster, et en tira devant lui un tableau qui représentait, dans une attitude respectueuse, Orvan et Mc-lissa demandant à Guster la permisison d’être heureux. Qu’on s’imagine, s’il est posible, l’effet que la magie de la peinture dut produire sur un homme qui, venant d’admirer une expérience sublime, vit un tableau pour la première fois, et qui ne savait pas encore qu’il y eût au monde des peintres et des dessinateurs. Les trois portraits qui avaient été faits par un de nos compagnons de voyage, furent regardés comme un ouvrage divin et comme un présent du ciel. Qu’on juge maintenant si Guster put refuser sa fille à Orvan, quand celui-ci lui promit de lui donner l’explication de toutes ces merveilles. »
- Decremps donne ensuite la théorie des montgolfières et des détails sur leur construction, puis il explique comment les trois figures pouvaient monter et descendre à volonté.
- Vénus, Junon et Minerve étaient des aérostats de baudruche gonflés d’hydrogène et attachés à une boite ABCD (fig. 2) sous laquelle était fixée une plaque de plomb EF. Tous les liens étaient formés d’é-toupes saupoudrées de fleur de soufre; le lien de Vénus commençait en L, ceux de Junon et de
- Minerve s’attachaient en Iv à une mèche de corde G,H,K,L, organisée de façon à brûler tout entière en cinq minutes lorsqu’on y avait rnis le feu en G.
- A l’instant où on lança les trois divinités du haut de la montgolfière, M. Hill, qui en était le pilote, alluma la mèche au point G ; aussitôt la plaque de plomb qui était sous la boîte fit descendre lentement les trois figures jusqu’à terre oh elles restèrent à peu près deux minutes comme pour entendre la prière d’Orwan. Celui-ci ne fut pas plus tôt éloigné d’une trentaine de pas, qu’il ordonna aux figures de s’élever. Elles obéirent comme le ferait une horloge a laquelle on ordonnerait de sonner trois heures quand on sait qu’il est deux heures cinquante-neuf minutes et quelques secondes. Orvan savait que, au bout de trois minutes, le feu de la mèche serait arrivé au point II pour y brûler les étoupes qui attachaient la plaque deplomb à la boîte.
- Les trois déesses, allégées de leur lest, s'élevèrent donc dans les cieux. Une minute après, elles étaient parvenues à 500 ou 400 m de hauteur; Orvan pria alors Vénus de descendre. Il savait qu’à ce moment-là la mèche étant consuméejusqu’en K, le feu allait prendre aux liens qui réunissaient Minerve et Junon à la boîte et dégager ainsi ces deux déesses, qui, n’ayant plus le poids de la boîte à soulever, s’élancèrent encore plus haut et disparurent aux yeux des spectateurs tandis que Vénus, chargée à elle toute seule du lest qu’elle partageait auparavant avec ses compagnès, se mit à descendre jusqu’à ce que, au bout des cinq minutes calculées, le feu fut parvenu en L et eut enfin rendu à Vénus la liberté sur le commandement d’Orvan. À. R.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Fig. 1. — Un roman scientifique au dix-huitième siècle. ... Junon et Minerve se séparèrent de Vénus. (D’après une gravure du temps.)
- Fig. 2. — Schéma de l’expérience représentée ci-dessus.
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- N° 824. — 16 MARS 1889.
- LA NATURE.
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- LES PHÉNOMÈNES OPTIQUES
- DE L’ATMOSPHÈRE
- Tel est le titre d’une conférence que M. A. Cornu, membre de l’Institut et du Bureau des longitudes, vient de faire devant Y Association française. L’éminent physicien a passé en revue les phénomènes optiques dont le siège réside dans l’atmosphère terrestre : les uns, comme la couleur bleue de la voûte céleste, les teintes variées du crépuscule, nous sont si familiers que nous ne leur prêtons qu’une attention distraite et superficielle ; d’autres, comme les couronnes, les halos, les par-hélies, sont plus rares ou plus difficiles à observer et passent le plus souvent inaperçus. M. Cornu signale l’importance de tous ces phénomènes, soit au point de vue de l’étude des causes des grands phénomènes naturels , soit au point de vue plus spécial de la météorologie et des mouvements de l’atmosphère ; il indique par des expériences variées et bien choisies l’explication la plus probable des apparences observées. Nous allons passer en revue les intéressantes démonstrations de l’auteur.
- Bleu du ciel et colorations de la voûte céleste. — Il est facile de montrer qu’il existe un lien intime entre le bleu du ciel et les colorations si variées du crépuscule. L’air, en effet, n’est bleu que sous la condition d’être éclairé latéralement en se projetant sur un fond noir : c’est pour cela que les lointains sombres nous apparaissent toujours colorés en bleu 17e année. — 1er semestre.
- plus ou moins pur ; sous ce rapport l’air atmosphérique ne ressemble nullement aux eaux limpides et bleues de certains lacs. Si l’air était bleu comme ces eaux transparentes, le soleil devrait paraître d’autant plus bleu que le trajet des rayons lumineux dans l’atmosphère est plus considérable, de même qu’un caillou blanc dans ces lacs parait d’autant
- plus bleu que l’eau est plus profonde. Or il n’en est rien : le soleil , à mesure qu’il s’approche de l’horizon, prend une teinte orangée qui arrive même au rouge cramoisi au moment où il disparaît.
- On imite la coloration des eaux bleues avec une solution de sulfate de cuivre ammoniacal, qui est bleue par transparence, et on reproduit toutes les propriétés optiques de l’air avec une émulsion formée par quelques gouttes d’une solution alcoolique de résine, de mastic à la térébenthine, etc., versée dans de l’eau distillée. Cette émulsion est bleue par éclairement latéral et jaune fauve par transparence; elle donnerait l’oran-fgé et même le ^rouge avec une ^épaisseur suffisante. Or, le bleu et le rouge du crépuscule sont des couleurs complémentaires; l’air jouit donc, comme beaucoup d’autres corps, de la propriété de décomposer la lumière blanche, de réfléchir les rayons bleus et de transmettre les rayons rouges.
- Tel est le principe de 1’explication des phénomènes si variés de coloration que présente la voûte céleste.
- On doit citer, tomme confirmation de ces résul-
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- Fig. 1. — Formation artificielle d’un arc-en-ciel, au moyen d’un faisceau de lumière polaire se réfléchissant sur un ballon de verre rempli d’eau.
- Fig. 2. — Production artificielle d’un halo.
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- LA NATURE.
- tats, les lueurs rouges qui ont apparu si souvent le soir, dans l’atmosphère, à la fin de novembre 1883, et qui ont persisté pendant près de deux ans.
- Le Krakatau, volcan des îles de la Sonde, lors de l’épouvantable éruption qui eut lieu le 27 août 1883, et qui a coûté la vie à plus de 50000 personnes, lança dans la dernière explosion une immense colonne de cendres et de poussières à une hauteur qu’on estime à plusieurs dizaines de kilomètres.
- Les plus légères, dispersées dans les hauteurs de l’atmosphère par les courants supérieurs, se sont répandues peu à peu sur tout le globe terrestre et ont formé en quelques semaines au-dessus de nos têtes une espèce de nuée invisible qui ne se trahissait le jour que par une teinte blanchâtre du ciel et une couronne rousse autour du soleil. Mais au crépuscule, les parties les plus élevées de ces poussières restaient comme un nuage, longtemps encore éclairées par les rayons solaires rasant la surface terrestre. La lumière, dans son long trajet à travers l’atmosphère, s’était dépouillée de ses rayons bleus qui formaient l’azur pour d’autres régions, et il ne nous arrivait que les rayons rouge-cramoisi qui constituaient dans nos pays ces beaux crépuscules qu’on a admirés à cette époque.
- Arc-en-ciel. — Tout le monde a observé l’arc-en-ciel a l’op-posite du soleil, lorsque ses rayons frappent les nuages d’où la pluie s’échappe en tramées d’un gris sombre. C’est à Descartes qu’on doit la théorie de ce beau phénomène optique, ainsi que le témoigne la figure 3 que nous reproduisons d’après le Traité des Météores, publié en 1637, à la suite du célèbre Discours sur la Méthode. On y voit les traits essentiels de l’explication devenue classique depuis que Newton l’a précisée par les procédés du calcul infinitésimal : les rayons du soleil pénètrent dans la goutte de pluie figurée par un cercle, en se réfractant, puis se réfléchissent une fois sur la surface intérieure de la goutte sphérique, et émergent
- en se réfractant de nouveau. Cette marche correspond à une déviation minimum des rayons, et, par suite, à une accumulation de faisceaux émergeant dans une direction particulière. Comme les rayons constituant la lumière blanche sont inégalement réfrangibles, l’illumination maximum n’a pas lieu sous le même < angle pour toutes les couleurs du spectre : on obtient ainsi un arc coloré, concentrique à l’ombre de la tête de l’observateur, offrant le rouge en dehors et le bleu lavé de blanc en dedans : c’est l’arc-en-ciel du premier ordre et le plus brillant.
- On aperçoit souvent lun second arc-en-ciel, plus pâle, concentrique au précédent, mais plus grand et présentant la disposition inverse des couleurs, à savoir : le rouge en dedans et le bleu en dehors. Le principe de l’explication est le même ; la seule différence, c’est que les rayons sont réflé-ctys deux fois au lieu d’une dans l’intérieur de chaque goutte de pluie.
- On reproduit artificiellement ces deux arcs-en-ciel d’une manière très simple, représentée sur la figure 1. On reçoit sur un ballon de verre de 6 à 7 cm de diamètre, rempli d’eau, un faisceau horizontal de lumière solaire, passant par un large trou percé dans un volet : les rayons lumineux se réfléchissent suivant la marche indiquée ci-dessus, et donnent naissance à deux arcs qu’on observe’ sur un écran blanc placé à 2 ou 3 mètres du ballon ; les teintes sont moins vives naturellement que celles de l’arc-en-ciel naturel. Mais la disposition des couleurs et leur éclat relatif, sont fidèlement reproduits.
- Couronnes. — Sur le trajet du faisceau lumineux précédent, réduit à 2 ou 3 cm de largeur, on place une double lame de verre saupoudrée intérieurement de poudre de lycopode : l’image solaire se verra entourée d’anneaux irisés qui sont l’image exacte des couronnes visibles parfois autour de la lune et du soleil. Ici les grains égaux du lycopode remplacent les globules ! égaux de vapeur d’eau qui constituent les nuages
- Fig. 3. — Théorie de l’arc-en-ciel d’après Descartes.
- Fig. 4. — Théorie des halos d'après Descartes.
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- sur lesquels se forment ces couronnes. On doit probablement rapporter au même ordre de phénomènes le cercle brun-rougeâtre qu’on a observé autour du Soleil de 1883 à 1886, à la suite de l’éruption du Krakatau. Les fines poussières répandues dans l’atmosphère jouaient le même rôle que les grains de lycopode.
- Halos et parhélies. — On voit assez souvent, même dans nos climats, un grand cercle nommé halo, autour du soleil ou de la lune : les gens de la campagne savent bien l’observer et le considèrent avec raison comme l’indice d’un changement de temps; c’est généralement, surtout en été, l’annonce de la pluie dans les quarante-huit heures.
- Le phénomène des halos et des parhélies ou faux soleils est dû, comme on sait, à la réfraction des rayons du soleil ou de la lune à travers des prismes ** de glace flottant dans l’atmosphère : la forme circulaire des halos provient de ce que les prismes sont orientés d’une manière fortuite et de ce que les faisceaux réfractés ne peuvent dépasser la déviation minimum : dans la formation des parhélies les arêtes réfringentes sont orientées suivant la verticale.
- C’est encore à Descartes que l’on doit l’idée mère de l’explication des halos qu’il a, d’ailleurs, un peu confondus, comme ses contemporains, avec le phénomène des couronnes dû à la diffraction par les globules de vapeur d’eau de certains nuages.
- La figure 4, empruntée aussi au Traite des Météores, montre les petits cristaux déglacé en étoiles interposés entre le soleil et l’observateur : Descartes fait même remarquer que le bleu étant plus réfran-gible que le rouge, le rouge doit être en dedans, et le bleu en dehors du cercle lumineux, ce qui est conforme à la réalité.
- On doit à Bravais la théorie précise de tous ces phénomènes. Les cristaux de glace ont pour forme cristallographique le prisme hexagonal basé : les angles réfringents de 60 degrés que forment les faces latérales entre elles produisent les halos et parhélies de 22 degrés ; les angles réfringents de 90 degrés que forment les faces latérales avec la base du prisme produisent ceux de 46 degrés.
- Brewster a reproduit les halos en regardant le soleil à travers un verre recouvert d’une cristallisation d’alun. Mais l’expérience de Brewster est assez difficile à réaliser lorsqu’on veut obtenir une imitation fidèle du phénomène. En effet, quand on fait cristalliser une solution d’alun sur une lame de verre, les cristaux se développent de préférence parallèlement à la lame et à une surface de l’octaèdre; ils n’offrent donc pas l’orientation fortuite requise polir la reproduction exacte du phénomène naturel.
- En raison de l’importance de ces phénomènes, M. Cornu a recherché un mode expérimental permettant non seulement d’imiter leur forme et leur éclat, mais encore de reproduire le caractère essentiel de leur formation, à savoir : l’orientation fortuite des
- cristaux flottant dans l’atmosphère. II y est parvenu en précipitant une solution d’alun saturée à froid par de l’alcool faible (alcool à 36 degrés du commerce).
- A cet effet, on place la solution dans une cuve plate de verre, de 15 à 20 mm d’épaisseur; on y ajoute un volume d’alcool égal à 10 ou 15 pour 100 du volume de la solution d’alun et on agite pendant quelques minutes. La précipitation lente de cristaux microscopiques commence presque aussitôt : on les voit bientôt nager' au sein du liquide et étinceler comme les lamelles de glaces décrites par divers observateurs. Il suffit alors de regarder une lumière à travers la cuve préalablement agitée pour apercevoir successivement toutes les apparences que présente le ciel dans les conditions où se montrent les halos. C’est l’expérience représentée par notre figure 2. Voici la succession de phénomènes qu’on observe. En premier lieu, on voit une sorte de brouillard épais cachant presque la source lumineuse lorsque les cristaux soulevés par l’agitation sont gros et nombreux ; bientôt la brume s’éclaircit et l’on voit apparaître un cercle étroit, figurant le halo de 22 degrés, dont le bord rougeâtre intérieur est nettement terminé et tranche sur le fond sombre qui s’étend jusqu’au centre; comme dans le phénomène naturel, le bord extérieur est légèrement bleuâtre et se perd dans une téinte blanchâtre.
- Pëù à peu les couleurs s’avivent et un second halo d’un éclat plus faible et d’un diamètre sensiblement double, commence à apparaître; il offre tout à fait l’aspect du halo de 46 degrés. Leur visibilité sur le champ de vision grandit jusqu’à un certain maximum, puis s’efface progressivement lorsque les cristaux, qui se séparent par ordre de grosseur, achèvent de tomber au fond de la cuve.
- Le phénomène est assez brillant pour être projeté et rendu visible à tout un auditoire ; il suffit pour réaliser cette projection de placer la cuve sur le trajet du faisceau de lumière produisant l’image d’un disque circulaire destiné à figurer le soleil.
- Cercles parhéliques. — On imite les cercles par-héliques, c’est-à-dire ces traînées lumineuses blanches qui passent sur le soleil et suivent des cercles tantôt parallèles, tantôt obliques à l’horizon, par des artifices très simples. Si l’on opère par vision directe, il suffit de regarder une lumière à travers une lame de verre préalablement frottée avec le doigt enduit de cire vierge : la trace doit être faite perpendiculairement à la direction qu’on choisit pour le cercle parhélique. On forme ainsi les croix et les étoiles observées dans diverses occasions. Par projection, le phénomène apparaît aussi ; mais on l’obtient plus facilement encore en interposant sur le trajet du faisceau des tubes de verre de petit diamètre qui réfléchissent la lumière normalement à leur direction. — On voit par cet aperçu succint des travaux récents de M. À. Cornu, tous les services que peut rendre à la science la météorologie expérimentale. Gaston Tissandier.
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- LÀ NATURE.
- LES NOUVELLES GROTTES DES CÉVENNES
- HÏDROLOGIE DES CAUSSES
- RIVIÈRE SOUTERRAINE DE BRAMABIAU. GROTTE DE DARGILAN (Suite et fin. — Voy. p. 195)
- Le développement total des ramifications de la grotte de Rargilan atteint 2800 mètres; elle ne possède pas moins de vingt salles de 20 à 190 mètres de longueur et de 10 à 70 mètres de hauteur, une rivière de 120 mètres de cours et trois petits lacs ; sa plus grande branche (1600 mètres d’étendue) descend à 150 mètres au-dessous de l’entrée; la stalagmite du Clocher, peut-être la plus jolie qui existe, a 20 mètres de hauteur; Àdels-berg, Ganges et Ilan-sur-Lesse, n’ont rien de pa-reil; le plus grand pilier de carbonate de chaux du monde, la reine des colonnes, dans la grotte d’Arta (îles Baléares, Majorque) est plus élevée de 5 mètres, mais de forme bien moins harmonieuse et surtout moins finement ciselée à jour. Parmi les salles, citons au moins celle de l'Église (avec ses orgues, sa chaire et son autel) (fig. 1) des Pieuvres, de la Mosquée, de la Tortue (prolongement de la grande salle), de la grande Cascade, du Cimetière, du Tombeau, etc., toutes merveilleusement belles dans leur fraîcheur (fig. 2).
- Malheureusement, comme à Bramabiau, ces splendeurs sont à peu près impraticables sans échelles de cordes; le parcours en est difficile et dangereux : par suite de la rupture d’une stalagmite, l’un de
- nous faillit se tuer dans une terrible chute de 6 m. Mais les travaux d’aménagement nécessaires ne manqueront pas d’être exécutés d’ici peu d’années et les Cévennes posséderont alors une attraction de plus, susceptible de faire concurrence aux plus belles grottes de l’Europe.
- Nous explorâmes ensuite en détail la grotte des Baumes Chaudes (causse de Sauveterre) ouverte à
- 800 mètres d’altitude sur la rive droite et à 570 mètres au-dessus du Tarn1 à 7 kilomètres ouest de la Malène (Lozère). Depuis longtemps cette grotte est célèbre en archéologie grâce aux remarqua -blés découvertes préhistoriques qu’y a faites le Dr Prunières de Marvejols. Un quart de son étendue à peine avait été parcouru avant mes investigations.
- Il n’y a point, dans les cavités secrètes des Baumes Chaudes, de grands dômes étincelants, ni de clochetons cristallisés, mais la disposition de la caverne est unique en son genre et d’un intérêt capital au point de vue géologique. En effet, ses ramifications con-sistent simplement en neuf puits verticaux profonds de 8 à 30 mètres, larges de là 12 mètres, superposés en trois étages reliés par quatre galeries horizontales qui se surmontent ou s’entrecroisent dans l’épaisseur de la montagne (fig. 3). Le développement des Baumes Chaudes atteint 900 mètres de longueur; la profondeur 90 mètres. A cause des difficultés du parcours et des précau-
- 1 Voy. n° 597, du 8 novembre 1884.
- Fi" 1.
- Grotte de Dargilan (Lozère.) — La salle de l’Eglise. (Dessin de M. Th. Rivière, d’après nature.)
- Fig. 2. — Plan de la grotte de Dargilan près Meyrueis (Lozère.) Dressé par l’auteur.
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- tions à prendre pour la dangereuse descente des puits, il nous fallut deux jours pour parvenir au dernier puits profond de 30 mètres et occupé par un lac. Je me fis descendre dans ce gouffre à califourchon sur une forte branche et attaché à des cordes que retenaient cinq hommes ; cet exercice est resté pour moi le plus impressionnant souvenir de toute ma campagne de 1888.
- Le lac est tout petit d'ailleurs (12 mètres de longueur sur 6 de largeur et 3 de profondeur mi-nima) mais sa présence à 90 mètres au fond des Baumes Chaudes (280 mètres au-dessus des flots du Tarn et 200 mètres au-dessous de la surface du causse) est des plus intéressantes à constater au point de vue hydrologique qui m’y avait conduit. Venons aux résultats scientifiques de ces trouvailles.
- Deux questions de géologie sont, l’une éclairée, l’autre résolue, par les conclusions à tirer de tout ce qui précède :
- 1° L’hydrologie des causses; 2° la formation de leurs canons.
- En ce qui touche l’hydrologie, je rappelle que je cherchais à savoir de quelle manière se comportent les eaux souterraines des causses. Voici ce que l’on peut induire de mes découvertes de 1888.
- On sait que l’épaisseur des causses (formation oolithique des terrains jurassiques) se partage en principe entre quatre assises : dolomies inférieures (20 à 100 mètres d’épaisseur), marnes (150 à 300 mètres), dolomies supérieures (100 à 200 mètres), bancs de calcaires gris (50 à 100 mètres). Les dolomies sont compactes, résistantes et caverneuses; les marnes,
- £/fo^itu Sc
- Fig. 3. — Plan de la grotte des Baumes Chaudes (Lozère). Dressé par l’auteur.
- Fig. 4. — Plan et coupe de la rivière souterraine de Bramabiau (Gard). Dressé par l'auteur.
- tendres et friables; les.calcaires gris, stratifiés en lits minces et sans cohésion. Quelle est l’allure des eaux dans ces quatre zones différentes?
- Les calcaires gris à la surface des causses, soumis à toutes les intempéries, très facilement désagrégés par les eaux qu’absorbent leurs fentes, ne présentent que des bouches d'avens jusqu’ici peu étudiés. On suppose cependant que beaucoup de ces avens, sinon tous, communiquent par des conduits plus ou moins larges avec les grottes situées dans l’assise immédiatement inférieure. Au sein des dolomies hautes, au contraire, les nappes d’eau rencontrées entre 250 et 200 mètres en dessous du causse aux Baumes Chaudes, à la grotte de la Cave (causse Méjean en face de Dargilan) et aux deux grandes branches de Dargilan, permettent d’énoncer en toute sûreté « qu'à la base des dolomies supérieures le couronnement argileux des marnes constitue une couche imperméable dont les dépressions recueillent comme des réservoirs les eaux distillées par les grottes et
- les avens ». Comment ces réservoirs déversent-ils leur contenu à travers les marnes? Sans doute par les gerçures naturelles propres aux terrains argilehx, ou bien, comme l’a indiqué M. Fabre, par des failles qui, coupant les plans d’eau superposés aux marnes, favorisent l’écoulement latéral. On ne sera fixé pour cette zone que le jour où un heureux hasard (qui seul peut amener pareille découverte) y fera rencontrer des fentes assez larges pour livrer passage à l’homme. Enfin les dolomies inférieures, assurément caverneuses comme les autres, doivent recéler, à en juger par les sources qu’elles débitent, d’immenses retenues d’eau ; sont-ce de grands lacs ou d’innombrables petites citernes ?
- Sont-ce des rivières comme à Bramabiau ou des capillaires impénétrables comme à Saint-Chély? Ces retenues sont-elles accessibles à la curiosité humaine? C’est ce que nous diront un jour, il faut l’espérer, Castelbouc, Saint-Chély, les Douzes surtout ou telle autre fontaine du même genre lorsque
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- l’état des eaux nous réservera meilleures chances de pénétration qu’en 1888.
- Quant à la formation des canons1, Bramabiau en démontre lumineusement le mécanisme (fig. 4). J’ai fait observer, en effet, que les couloirs secondaires étaient à peu près perpendiculaires à la galerie principale parcourue par la rivière et qu’uniformément toutes ces conduites étaient très étroites et fort élevées. Ce faciès général prouve à priori et surabondamment que les eaux ont simplement suivi les cassures préexistantes (diaclases) de la masse calcaire; si l’érosion n’a pas encore transformé en grottes spacieuses les fentes intérieures qu’elle sape sans relâche, c’est faute de temps, l’enfouissement du Bonheur étant relativement récent comme l’établit la conservation de ses trois anciens lits sur le plateau de Camprieu. Or, ce que le Bonheur exécute actuellement aux dépens de ce plateau, des eaux plus anciennes et plus abondantes l’ont fait jadis dans les hautes dolomies des causses pour former les vallées du Tarn, de la Jonte, de la Dourbie, etc. Voici comment : les plus anciennes eaux courantes ont d’abord cherché leur voie parmi les fissures ou les dépressions des bancs supérieurs ; pénétrant ensuite dans les fissures (diaclases) des dolomies suivant l’allure constatée à Bramabiau, elles ont élargi les cassures et évidé des cavernes (c’est ce que font à notre époque les rivières souterraines du Karst en Istrie; sous l’effort des courants ramifiés, les polyèdres de roches limités par les diaclases se sont, par endroits, amincis en piliers à la mode de l’exploitation des carrières de gypse; rongés au pied, ces piliers entraînaient la chute de voûtes immenses.
- Dans leur descente à l’Océan, favorisée par l’inclinaison des couches vers le sud-ouest, les eaux adoptèrent sous terre des directions générales (esquisses des thalwegs futurs) coudées suivant le sens des principales diaclases ou la disposition des failles; puis les marnes sous-jacentes furent attaquées à leur tour; la roche compacte déjà toute corrodée vint à perdre sa base et s’effondra petit à petit comme un plafond dont on enlèverait un à un les supports; alors Fécoulement cessa d’être souterrain; l’érosion aérienne continua seule, par le délayement des marnes tendres, le travail commencé par le eaver-nement des dolomies résistantes, et l’approfondissement des canons devint de siècle en siècle plus considérable. La première phase de cette formation de vallées n’a donc pas consisté dans le simple sciage vertical des dolomies par des rivières creusant leur lit de plus en plus, mais bien dans le développement puis l’écroulement des cavernes. En effet, Bramabiau montre sur une échelle réduite le mode de transformation des diaclases en cavernes. Puis les grottes hautes (300 mètres à 400 mètres au dessus des vallées), que j’ai explorées cet été, ont trois sortes d’aspects : puits verticaux et étroits, grandes salles d eboule-ments, longs couloirs élevés. Or les puits et galeries
- 1 Voy. Comptes Rendus des séances de l'Académie des sciences, séance du 3 décembre 1888.
- des Baumes Chaudes découpent la montagne en véritables polyèdres, et les subdivisions de Dargilan sont toutes perpendiculaires entre elles. Les diaclases ont donc été les directrices constantes des eaux souterraines. L’excavation de ces grottes est due aux dérivations latérales des courants primitifs intérieurs; leur extension s’arrêta dès que ces courants eurent trouvé, à un niveau inférieur, un écoulement normal et aérien dans les marnes friables. Ainsi les cassures (diaclases ou failles) des dolomies ont été le réseau de trous de mine utilisé par les eaux courantes pour pratiquer les cavernes, et les écroulements de ces dernières ont tracé ensuite le sillon originaire, l’amorce des canons actuels.
- Telle est la cause qui a produit les admirables vallées françaises où vont s’extasier des visiteurs chaque année de plus en plus nombreux.
- E.-A. Martel.
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- LES MARINS ALLEMANDS
- ET LA FLOTTE ALLEMANDE
- La Revue maritime a publié récemment à ce sujet quelques documents intéressants que nous reproduisons en partie. Voici d’abord une appréciation des marins allemands, due à un Anglais de Malte. « Cinq cents hommes environ de l’escadre d’instruction allemande, mouillée à Bighi-Bay, dit ce correspondant, étaient descendus à terre, à Caradino, pour y faire des exercices. C’était une très belle réunion de jeunes hommes, de bonne tournure, mais aussi dissemblables que possible de ce que nous considérons comme marins. Ils portaient tous de grandes et lourdes bottes de mer et marchaient étroitement serrés les uns contre les autres. Leur pas ressemblait à notre pas balancé, mais la jambe, maintenue rigide, après avoir été portée bien en avant, frappait le sol avec une force qui déterminait chez l’homme une secousse semblable à celle d’une gelée éprouvant un choc. Les équipages allemands sont formés avec des conscrits de l’intérieur, parce que les hommes de cette origine seront plus sûrement rappelés, en cas de guerre, que des marins employés au loin dans l’exercice de leur profession. Ces hommes passent un an sur des bâtiments d’instruction et sont réputés aptes ensuite à participer au service général. La discipline à laquelle ils sont soumis paraît être très sévère, les jeunes officiers instructeurs ne se privant pas de les pousser et de les frapper pour une faute commise dans les exercices. Ce châtiment est reçu avec une stoïque indifférence. Ces marins allemands sont certainement plus forts, dans leur ensemble et d’un type plus uniforme que les nôtres ; c’est le résultat du système de conscription qui a permis de les choisir dans un grand nombre de recrues. Comme on apporte aujourd’hui, en Allemagne, une grande attention à la flotte, on choisit pour elle d’excellents hommes. »
- Voici d’autre part des renseignements que donne le Broad Arrow sur les projets de l’Allemagne pour l’accroissement de sa flotte. La construction de 28 bâtiments de combat serait décidée et le devis de ces bâtiments est donné. Il s’agit d’abord de quatre cuirassés, dont le prix de revient est évalué 9 300 000 marcs, soit 11 525 000 fr. chacun. Viennent ensuite neuf cuirassés pour la défense des côtes, au prix de 3 500 000 marcs, soit 4375000 fr.
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- chacun; sept croiseurs protégés, de 5 500000 marcs, | soit 0 875 000 fr. chacun; quatre croiseurs non protégés, au prix de 5 600 000 marcs, soit 2 000000 fr. chacun ; deux avisos coûtant 1 250 000 fr. chacun ; enfin deux divisions de torpilleurs au prix de 1 500000 fr. Le total de la dépense engagée serait de 116800000 marcs, soit 146 000000 fr. à répartir entre six exercices.
- HORLOGE ASTRONOMIQUE
- DE LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG (ALSACE)
- L’horloge astronomique actuelle de la cathédrale de Strasbourg est placée dans le transept méridional de l’édifice, du côté de la place du Château (aujourd’hui Schloss Platz), face à l’ouest, c’est-à-dire face à la France. Elle est séparée des visiteurs par une grille en fer d’environ 2 m de haut.
- La première horloge, construite de 1352 à 1354, réparée en 1399, finit par tomber en ruines. Elle était placée en face de celle qui existe actuellement. Elle comprenait un calendrier, un astrolabe et une procession des trois rois Mages qui venaient saluer la Vierge à chaque heure de la journée. Le Conseil de fabrique, voulant avoir une nouvelle horloge en 1547, chargea trois mathématiciens : Herlin, Brühener et Heer de dresser le projet de cette machine. Les travaux, interrompus en 1562, ne furent repris qu’en 1570 par un célèbre professeur de mathématiques de Strasbourg, Conrad Rauchfuss, qui, traduisant son nom (pied velu) en grec, puis en latin, se faisait appeler Dasypodius.
- Les deux frères Habrecht (Isaac et Josias), célèbres horlogers du canton de Schaffouse (Suisse), furent chargés de la partie mécanique proprement dite et le peintre Tobie Stimm’r exécuta la décoration. Cette horloge, terminée le 24 juin 1574, s’arrêta en 1750 (1789, prétendent quelques-uns).
- Elle resta de longues années sans marcher et ne fut réparée qu’en 1838 par M. Schwilgué, célèbre horloger alsacien. La réparation fut terminée en 1842, et la nouvelle et troisième horloge, inaugurée le 31 décembre de la même année, à 6 heures du soir. Depuis celte époque, elle fonctionne.
- On a conservé l’ancien buffet dont les peintures ont été refaites ou restaurées, Mais M. Schwilgué a placé une horlogue neuve, de construction moderne, au centre de la machine, et a dû apporter de grandes modifications au mécanisme des automates et des tableaux planétaires de la deuxième horloge de 1574. C’est donc l’horloge actuelle avec ses modifications et ses perfectionnements que nous allons décrire.
- Le buffet de l’horloge, en bois sculpté, doré et couvert de peintures, dont quelques-unes remontent à 1574, est 'a lui seul un véritable monument. Il mesure environ 18 m de hauteur sur 12 de largeur. Il se compose d’un soubassemént sur lequel s’élève, au centre, une tour carrée surmontée d’un campanile gothique. Cette tour porte les principaux cadrans
- et deux séries de jacquemarts K À gauche est une tourelle qui contient les poids moteurs, et à droite un large escalier en hélice conduit à l’intérieur de la machine. Toutefois, une consigne sévère en interdit l’accès aux visiteurs et un horloger, de passage à Strasbourg avant 1870, s’en vit refuser rigoureusement l’entrée, malgré son désir de satisfaire une curiosité bien légitime de la part d’un mécanicien.
- Commençons par la partie inférieure : devant l’horloge est placé un globe céleste construit par M. Schwilgué pour remplacer l’ancien, qui était beaucoup plus lourd et porté sur le dos d’un pélican. Ce globe indique le mouvement du soleil, de la lune, des planètes; les saisons, etc..., d’après le système de Copernic.Derrière le globe, est un grand cadran de 9 pieds de diamètre formé de trois parties : le centre, qui est fixe, et représentait une carte de l’Allemagne et un plan de Strasbourg en 1573, a dû être remanié; le deuxième cadran, divisé en vingt-quatre heures, porte plusieurs aiguilles qui marquent l’équation du temps et la révolution des planètes visibles ; le troisième est un calendrier perpétuel avec indication des fêtes mobiles. Une statue d’Apollon tient une flèche devant laquelle se présente successivement chaque jour de l’année; une statue de Diane, placée de l’autre côté, indique le jour qui termine la moitié de l’année commune. Aux quatre angles du tableau sont peints les quatre âges de la vie humaine.
- A gauche de ce grand cadran, au milieu d’un enchevêtrement de roues en cuivre, apparaissent sept cadrans émaillés au-dessus desquels on lit : Comput ecclésiastique. Ils indiquent le nombre d’Or, l’Epacte, le Cycle solaire, la lettre Dominicale, etc... A droite, dans un panneau symétrique, un mécanisme très ingénieux indique les équations solaires et lunaires. Au-dessus du grand cadran et au milieu des nuages, apparaît, porté par un char, le dieu de chaque jour : dimanche, c’est Apollon ou le Soleil; lundi, la Lune; mardi, Mars, etc... Au-dessus de cette cavalcade et à la base de la tour centrale, est un cadran ordinaire, bleu et or, marquant les heures et les minutes ; les indications de ce cadran sont reproduites sur un autre, placé à l’extérieur donnant sur la Schloss Platz.
- A droite et à gauche de ce cadran, on voit deux Génies dont l’un frappe un coup sur un timbre à chaque quart et l’autre retourne un sablier.
- De chaque côté, aux extrémités d’une galerie en fer, se dressent deux lions dont l’un soutient les armes de la fabrique, et l’autre, celles de la ville qui étaient alors : d'argent, à la hande de gueules, accostée d'arabesques de sable. La tour centrale présente d’abord à sa base et au-dessus du cadran des heures, un cadran de 8 pieds de diamètre environ indiquant les mois, les signes du Zodiaque et la marche des principales planètes.
- 1 On appelle Jacquemarts, dans les grandes horloges, des automates qui frappent les heures sur des timbres ou sur des cloches. Tels sont les Jacquemarts de Dijon, et Martin-Martine de Cambrai.
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- LA NATURE.
- Au-dessous de l’entablement qui supporte les automates, on voit un ciel étoilé au centre duquel apparaissent, l’une après l’autre, les phases de la lune : un disque argenté peint sur un fond mobile tournant derrière un nuage, produit, par son intersection, l’aspect du premier quartier, de la pleine lune, etc. Autour du tableau lunaire, on lit cette légende latine en lettres d’or disposées en demi-cercle :
- Diva est hæc, tam illustris, similis auroræ, palehra ut Luna. et, au-dessous, sur une bande horizontale :
- Deus,Noster Sal-vator, lux mea, quem timebo; puis enfin : 1838 et 1842, date de la reconstruction et de l’achèvement de l’horloge. A la partie supérieure de la tour centrale, s’ouvre une niche à deux étages qui renferme les automates. A l’étage inférieur, est la Mort, portant deux timbres : quatre jacquemarts représentant les quatre âges de la vie, viennent, l’un après l’autre, frapper un coup sur le plus petit de ces timbres, au moment même où le Génie, placé à la partie inférieure, frappe un coup sur le sien, comme nous l’avons dit plus haut. Le premier quart est frappé par l’Enfance, le deuxième par l’Adolescence, le troisième par l’Age viril, le quatrième par la Vieillesse; au quatrième quart, la Mort frappe les heures sur un timbre de fortes dimensions. Ce mécanisme est un peu différent de celui de 1574.
- Toutes les douze heures, à midi et à minuit, les Apôtres défilent devant le Christ, placé 'a l’étage supérieur.
- Anciennement, l’horloge était encore accessible
- aux visiteurs à cette heure avancée et l’on assistait au défilé des Apôtres à la lueur d’une lampe et moyennant une rétribution au gardien.
- Chacun des douze personnages mesure 0,70 m environ et a son mouvement particulier : Judas fait un geste de colère comme pour jeter l’argent, prix de sa trahison ; les autres s’inclinent et saluent, chacun à sa façon; saint Pierre lève la main pour jurer
- qu’il ne connaît point Jésus; et le coq, placé sur la tourelle de gauche (et qui vient de l’ancienne horloge) chante trois fois, comme le rapporte l’Écriture.
- Les Apôtres entrent par une porte et disparaissent par une autre diamétralement opposée. Enfin, le dôme de l’horloge renferme un carillon qui joue des airs de cantiques anciens. Le carillon est de l’invention de David Wolck-stein 1.
- Fort heureusement, cette magnifique horloge n’a pas eu à souffrir du bombardement delà ville par l’armée allemande; en-1870 un obus brisa la verrière voisine et endommagea la partie supérieure du buffet, mais ces dégâts ont été réparés et les nouveaux possesseurs de la Ville conservent et entretiennent avec un soin jaloux cette merveille de la chronométrie. P. Gobaille.
- 1 Une vieille légende, très répandue en Alsace, veut que les magistrats ou les conseillers de la fabrique firent crever les yeux à l’inventeur de la première horloge, qui, s’étant fait conduire près de son chef-d’œuvre sous prétexte d’y donner la dernière main, brisa un des principaux rouages, que personne ne sut jamais réparer. Cette histoire, très contestée par divers auteurs, vous sera affirmée encore aujourd’hui par la plupart des Alsaciens. P. G.
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- LE BALLON CAPTIF DE BARCELONE
- Depuis les grandes constructions aéronautiques de Henri Giffard qui, lors de l’Exposition de 1878, avait
- installé dans la cour des Tuileries, à Paris, un immense ballon captif de 25000 mètres cubes, actionné par une machine à vapeur d’une puissance de 200 chevaux1, il n’y a jamais eu rien 'a signaler d’aussi important dans l’histoire des ballons. Cepen-
- Le ballon captif de Barcelone. (D’après une photographie.)
- dant les aérostats captifs qui permettent d’élever à la lois un certain nombre de voyageurs et de leur donner l’occasion d’admirer les beaux spectacles aériens, ont, à plusieurs reprises depuis cette époque, été exploités sur une plus petite échelle. Nous avons signalé les constructions, faites par M. Eugène Godard, des ballons captifs de Nice et de-.Turin1. Nous ‘ Voy. n° 577, du 21 juin 1884, p. 59.
- allons donner aujourd’hui la description du ballon captif de Barcelone, construit par M. Gabriel Yon qui a entrepris, dans ces dernières années, l’exécution d’un matériel d’aérostation militaire fort répandu à l’étranger.
- L’aérostat captif de Barcelone a un volume de 4200 mètres cubes : il est formé d’un seul tissu de
- 1 Voy. La Nature, 2e semestre 1878.
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- LA NATURE.
- soie ponghee, d’une résistance de 1000 kilogrammes par mètre carré1. Cet aérostat est muni d’un ballonnet annulaire proportionnel à son cube ; ce ballonnet est gonflé d’air afin d’assurer à l’aérostat la permanence de sa forme sphérique lorsque vient le refroidissement nocturne2. La nacelle du ballon de Barcelone est de forme circulaire comme celle du ballon Giffard; elle est ajourée au centre pour le passage du câble qui se relie à un dynamomètre gradué jusqu’à 5000 kilogrammes. Le cable a une longueur de 400 mètres et résiste à un effort de traction de 10 500 kilogrammes.
- L’aérostat est manœuvré par une machine à vapeur de 25 chevaux qui actionne un treuil de rappel, récepteur des 400 mètres de câble, avec borne électrique sur ses fusées pour le service téléphonique. Au centre de l’emplacement se trouve une poulie montée sur chape marine, et à mouvement à la Cardan qui sert d’intermédiaire au sol pour la manœuvre de l’aérostat.
- Un premier ballon construit aux ateliers aéronautiques du Champ-de-Mars a fonctionné à Barcelone du 4 au 25 juin 1888 ; il a été incendié par la foudre à cette dernière date.
- Après cet accident, une nouvelle commande fut faite à MM. G. Yon et Louis Godard d’un nouvel aérostat de 4200 mètres cubes. Ce ballon, commencé à Paris le 5 juillet 1888, faisait son ascension à Barcelone le 11 août suivant. Après avoir fonctionné trente-huit jours, il fut dégonflé le 17 septembre, pour être reverni; il fonctionna de nouveau le 19 septembre. Les ascensions captives, depuis cette époque, ont eu lieu régulièrement jusqu’au 22 janvier 1889, soit pendant cent vingt-cinq jours consécutifs pour la seconde période d’exploitation. Aucun ballon captif jusqu’ici n’avait fonctionné aussi longtemps d’une manière continue.
- Le matériel, actuellement remisé, va bientôt être remonté à Madrid pour de nouvelles expériences.
- Le nombre d’ascensions captives exécuté par le ballon captif de Barcelone, sous la direction des aé-ronautes Eugène Taupin et Eugène Godard fils, a été de 1742. Les voyageurs enlevés (au nombre de 12 à chaque ascension) a été de 20 904. La durée totale de l’exploitation a été de six mois, soit cent quatre-vingts jours. Les jours pendant lesquels l’aérostat n’a pu s’enlever par suite de mauvais temps, a été de quarante-cinq.
- L’aérostat captif de Barcelone était gonflé de gaz de l’éclairage; par vingt-quatre heures, la dépense
- 1 La soie de Chine dite Ponghee, joue depuis quelques années un rôle considérable dans la construction des aérostats ; elle est fort légère, très solide, et d’un prix relativement modéré, 3 francs environ le mètre carré. Sa résistance est assez grande pour la confection de ballons de 4000 à 5000 mètres cubes. Pour atteindre le volume du ballon Giffard, il est indispensable d’avoir des tissus doubles et enduits de caoutchouc.
- 2 II est nécessaire qu’un ballon captif qui peut être exposé à terre à de grands vents, soit toujours bien sphérique, par conséquent bien gonflé. La poche à air est plus économique que l’introduction du gaz et d’un emploi plus pratique.
- de gaz pour compenser les déperditions, était de 214 mètres cubes, soit 5 pour 100 du cube total.
- Il y a là, comme on le voit, une installation très intéressante, très pratique, et qui a toujours le privilège d’avoir la plus grande faveur auprès du public. Gaston Tissandier.
- LES CHEMINS DE FER
- DE L’iNDE ANGLAISE
- C’est seulement en 1850 qu’a commencé la construction des chemins de fer de l’Inde anglaise ; et tout d’abord même ce ne fut qu’à titre d’expérience qu’on établit les premières lignes. Elles étaient au nombre de deux, l’une dans le Bengale, longue de 192 kilomètres, l’autre de 48 kilomètres, dans la présidence de Bombay. Depuis lors, rapides ont été les progrès du réseau ferré dans l’immense péninsule asiatique : les Anglais ont, en effet, compris de quelle utilité peut leur être le chemin de fer pour se multiplier à travers ce vaste territoire, et suffire, avec une armée relativement très faible, à maintenir la multitude de leurs sujets.
- Aussi, au 51 décembre 1880, la longueur totale des lignes en exploitation atteignait 14 638 kilomètres; dans la seule année 1881 on construisit 1160 kilomètres de nouvelles voies. A cette époque ces raihuays transportaient 48 041 000 voyageurs et 10 602 000 tonnes de marchandises ; ce qui donnait un total de 300 800 000 francs pour les recettes brutes *.
- Le réseau principal, celui qui d’ailleurs a été établi le premier et achevé en 1871, relie Calcutta, Bombay et Madras. A cela il faut ajouter le réseau complémentaire qui est encore aujourd’hui bien loin d’être complètement établi. Calcutta est relié à Peichaver, Delhi et Lahore; d’autres lignes vont de la même ville vers Matlah, Daca, l’Assam et Darjiling. De Bombay rayonnent des voies se dirigeant sur Delhi par Ahmedabad, sur Calcutta par Alla-habad, sur Nagpour, Ilaïderabad et Madras. Le sud de la péninsule contient tout un réseau ayant son centre à Madras. Enfin une ligne importante réunit Lahore à Karat-schi par la vallée de l’Indus, et lance un embranchement sur le Béloutchistan.
- De nouveaux tableaux viennent d’être publiés pour l’année finissant en mars 1888; ils donnent un grand nombre de renseignements pleins d’intérêt. Pendant cette année 1887-88 on a ouvert 1610 kilomètres de voie ferrée, ce qui donne pour l’Inde un total de 23 440 kilomètres en exploitation; le réseau a une longueur de 27 498 kilomètres si l’on y compte les chemins de fer actuellement en construction. Quelques lignes sont à signaler tout particulièrement; et d’abord tout un système de chemins de fer militaires sur cette frontière du Nord-Ouest, où se portent tous les efforts des Anglais, inquiets à tort ou à raison du voisinage de la Russie; ces voies, menées à travers une contrée très mouvementée et très difficile, présentent parfois des déclivités de 1/25. A citer encore le commencement d’un tunnel de 3600 mètres de long, à travers la chaîne Khojah Amran sur le prolongement de la ligne Sind-Pishin, et l’ouverture de chemin de fer méridional Mahratta à travers le territoire portugais jusqu’à la mer à Margaon.
- 1 Report to the Secretary of state for India on Railways in India.
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- Une partie des voies indiennes sont exploitées par des compagnies, et c’est la majorité; d’autres par l’État; enfin quelques centaines de kilomètres appartiennent aux États indigènes. 11 est à noter qu’un certain nombre de lignes sont à voie étroite de 1 mètre ; dans le courant de l’année 1887 plusieurs ont été ramenées aux dimensions normales de 1,65 m. Enfin le réseau se prolonge activement dans l’Assam et la Birmanie.
- Peu à peu le charbon indigène tend à supplanter complètement le charbon anglais ; la consommation du bois a augmenté en 1887. En 1886, les chemins de fer avaient consommé 240 000 tonnes de charbon d’origine anglaise ; celte consommation est tombée à 212 000 tonnes en 1887 ; au contraire, celle du charbon indigène a monté de 460 000 tonnes en 1886 à 479 000 tonnes en 1887; en cette dernière année on a brûlé 292 tonnes de bois. D’ailleurs, le nord-ouest de l’Inde contient un réservoir de pétrole ; on a sondé des puits à Khatoum, et on compte qu’ils pourront fournir de combustibles toutes les locomotives de la ligne Sind-Pishin.
- Au 31 décembre 1887, il y avait 1988 stations de chemins de fer et 225 057 employés, dont 95,7 pour 100 d'indigènes. Le nombre des personnes tuées sur les chemins de fer a été de 429 en 1887 contre 382 en 1886; le chiffre des blessés a diminué au contraire, 691 en 1887 au lieu de 758 en 1886.
- 11 y a une augmentation constante du tonnage des marchandises et du nombre des voyageurs transportés. Parmi les plus importantes marchandises il faut citer 5 970 000 tonnes de grains, J 684 000 tonnes de charbon, 1 000 000 tonnes de sel. Et enfin terminons par un détail humoristique : lesdits chemins de fer ont transporté 495 tonnes de parasols ou parapluies. Daniel Bellet.
- CONSEILS
- AUX AMATEURS D’HISTOIRE NATURELLE1
- LA COLLECTION DE PAPILLONS CHASSE ET PRÉPARATION DES CHENILLES
- Si la chasse au filet permet à l’amateur de se procurer un grand nombre d’exemplaires, il faut tenir compte aussi que la plupart des papillons ainsi obtenus ne sont pas toujours de première fraîcheur. En volant parmi les herbes, les broussailles, ces êtres délicats ont vite fait d’effranger leurs ailes fragiles ou de les dépouiller des minuscules écailles dont l’arrangement produit ces colorations vives et variées qui font du papillon un vrai pastel.
- Obtenir les papillons d’éclosion est plus avantageux. Les sujets que l’on se procure ainsi sont toujours de toute beauté, leur livrée est dans toute sa fleur. Deux moyens sont bons pour cela : la recherche des chrysalides et l’élevage des chenilles.
- Les chrysalides se recherchent de préférence au pied des arbres, sous les écorces, aussi au bas des murs ou sous les chaperons. Cette chasse, qui ne demande que de la patience, peut se faire en toute saison. Armé d’un écorçoir, dont la figure 1 représente deux modèles (n° 1 et 2); l’amateur explo-
- 1 Suite. — Voy. n° 789, du 14 juillet 1888, p. 107.
- rera les vides des écorces des vieux arbres, il fouillera le sol à un pied de profondeur autour du tronc. Il s’attachera particulièrement aux arbres disséminés, plantés dans des terrains meubles où les chenilles aient pu facilement s’enterrer pour se chry-salider. Certains entomologistes, et des plus autorisés, recommandent de s’attacher particulièrement à ces arbres des prairies autour desquels les bestiaux ont brouté le gazon.
- Pendant les beaux jours d’hiver, la chasse aux chrysalides est tout indiquée. L’amateur assez courageux pour se livrer à cette recherche sera étonné du résultat qu’il en tirera. Recommandons-lui de ne pas négliger les arbres couverts de mousses. En enlevant ces végétations par larges plaques, il trouvera souvent beaucoup de chrysalides de noctuelles et de phalènes.
- Les chrysalides ainsi découvertes seront emmagasinées dans une boîte en bois ou dans ces boîtes ovales en fer-blanc, à couvercle operculé et percé de trous dans lesquels les pêcheurs logent leurs asticots. Il faut les disposer avec soin sur des lits de mousse, de façon à ce qu’elles ne subissent ni chocs ni déplacements.
- Arrivé chez soi, on les disposera dans de grandes boîtes bien aérées au moyen de couvercles en toile métallique, et là elles attendront, reposant sur un lit de sable sec ou de mousse sèche, l’instant de l’éclosion.
- Ici, une observation importante. On rencontre souvent, en recherchant des chrysalides, des cocons soyeux, terreux, ou ligneux, dans lesquels sont renfermées certaines de ces nymphes. Sans céder à une curiosité inopportune, l’amateur devra déposer la coque, sans l’ouvrir, dans la boîte aux éclosions, et attendre que le papillon sorte de lui-même. Il faut toujours, en outre, placer dans cette boîte les cocons dans une position à peu près analogue à celle qu’ils occupaient dans la nature, dût-on les attacher à des brindilles on les fixer aux parois de la boîte avec des fils. Faute de cette précaution, on pourrait obtenir des papillons avortés, dont les ailes plissées et recroquevillées sont du plus triste effet.
- Il faut aussi que l’amateur s’arme de patience et ne croie pas que nécessairement une chrysalide recueillie en hiver doive donner un papillon au printemps. Il arrive souvent que certains gros papillons de nuit ne sortent de leur coque qu’au bout de deux ou trois ans, parfois même plus.
- Une désillusion attend aussi l’amateur. Souvent, aux beaux jours, il entendra dans la cage aux éclosions un bourdonnement. S’approchant, plein d’émotion, pour voir quel est le papillon éclos, il reconnaîtra, tout penaud, que la chrysalide a laissé échapper de ses flancs quelque longue mouche parasite à quatre ailes, hyménoptère du groupe [des ichneumons.
- La chasse aux chrysalides est bonne en soi, mais il est une chose meilleure et à laquelle l’amateur de papillons doit apporter tous ses soins, c’est l’élevage
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- des chenilles. La recherche des chenilles est une chose délicate, car, à moins de se contenter de ramasser les chenilles vulgaires que l’on rencontre vagabondant sur les plantes ou les chemins, il faut connaître les végétaux sur lesquels vivent les diverses espèces. 11 faut aussi connaître les mœurs des chenilles. Beaucoup sont nocturnes, passant le jour enterrées au pied des arbres ou sous les pierres, pour sortir la nuit et ronger les feuilles de certaines plantes. D’autres passent leur vie incluses dans des fruits, des tiges creuses, ou creusent des galeries dans le bois de divers arbres.
- I/attirail du chasseur de chenilles devra se composer soit d’une petite boîte de fer-blanc ajourée (fig. 1, n° 5) soit d’une grande boîte en fer-blanc, dite d’herborisation, n° 4. On peut encore se servir d’une boîte en bois, artistement divisée en compartiments, et que l’on porte en bandoulière. En outre, dans un grand sac de toile, on rapportera des feuillages pour nourrir ses pensionnaires.
- Il ne faut pas se figurer en effet que pour obtenir un papillon, il suffise de renfermer dans une boîte quelconque, sans air, ni espace, ni lumière, une chenille privée de nourriture. Cela réussit parfois, lorsque, de fortune, on rencontre une chenille près de se chrysa-lider. Mais, dans la règle, il faut donner aux chenilles qu’on prétend élever un logis vaste, bien aéré et éclairé, et une bonne et abondante nourriture^
- Un garde-manger de bois à panneaux de toile métallique fait une excellente boîte à élevages. On en garnit le fond de terre de bruyère, mêlée à du sable fin et recouverte de mousse, sur deux pouces d’épaisseur, de manière à ce que les chenilles puissent s’enterrer si elles veulent. On construit aussi des boîtes spéciales dont nous représentons un modèle (fig. 2, n° 1). Les petites chenilles s’élèvent dans des pots à fleurs à demi remplis de terre et recouverts d’un de ces dômes en toile métallique dont se servent les marchands de comestibles pour mettre leurs marchandises à l’abri des mouches (fig. 2,
- n° 2 et 5). On recouvre parfois aussi le pot de terre d’un cylindre de carton garni d’une toile métallique (fig. 2, n° 4). Pour que la nourriture des chenilles reste fraîche, on fait baigner le pied de la branche ou de la plante dans un flacon plein d’eau placé dans le cylindre de carton d’où on peut le retirer pour changer d’eau. Ce cylindre reste enterré dans la terre de la boîte ou du pot. Cette disposition a pour but de changer l’eau du flacon sans déranger les chrysalides qui pourraient se trouver dans la terre. Et, pour que les chenilles ne puissent tomber dans le flacon et s’y noyer, on choisit des flacons à goulot étroit, que l’on oblitère autour de la branche avec un tampon de linge, que l’on peut remplacer par un bouchon de liège percé d’un trou donnant passage à la branche. Les plantes doivent être souvent changées, et la plus grande propreté doit régner au fond des boîtes, car les excréments des chenilles, en s’accumulant, pourraient amener la moisissure, et les chenilles sont très facilement détruites par les affections cryptogamiques. Quelques espèces demandent à se trouver dans un milieu humide. Dans ce cas on se sert d’un petit pulvérisateur pour projeter une buée dans l’intérieur des récipients (fig. 2, n° 5).
- Pour élever les chenilles des noctuelles, Berce recommande de remplir aux trois quarts un pot à fleurs de bonne terre, et de mettre dessus une motte de gazon que l’on arrose pour qu’elle reprenne. Ce pot préparé d’avance, recouvert d’un couvercle en toile métallique, doit être gardé en plein air, et les chenilles ne demanderont pas d’autres soins que d’empêcher, par un arrosage judicieux, l’herbe de se faner.
- Les amateurs de microlépidoptères élèvent leurs chenilles dans des tubes en verre bouchés, contenant quelques feuilles pour la nourriture de la bestiole (fig. 2, n°6).
- Tant que la saison est clémente, il faut faire ses éducations en plein air, sans cependant laisser les chenilles exposées à la pluie, à la neige ou au
- 1
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- Fig. 1. — N" 1. Ecorçoir ordinaire. — N° 2. Ecorçoir de M. Clément. — a a. Pioche vue du dessus et de côté. — b. Manche. — N° 3. Boite à chenilles. —N°4. Boîte à herboriser portant à son extrémité un compartiment pour la récolte des chenilles.
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- grand vent, non plus qu’à un soleil trop ardent.
- Les ennemis les plus dangereux des chenilles sont les hyménoptères parasites des groupes des iclineu-mons, bracons et chalcidiens, et les mouches tachi-naires (fig. 5, n° 1 et 2). Ces insectes pondent sur les chenilles ou dans leur corps et les larves sortant de ces œufs dévorent peu à peu intérieurement la chenille qui meurt généralement avant de sc chry-salider, tandis qu’a côté d’elle gît le cocon soyeux de l’ichneumon ou la pupe en barillet de la taehi-naire. Certaines arrivent à se chrysalider, mais meu-
- Fig. 2. — N" 1. Boîte pour l’éducation des chenilles. — N* 2. Pot à fleurs muni d’un couvercle de toile métallique pour l’éducation des chenilles.—N°3. Coupe de cet appareil.—N°4. Autre disposition d'un appareil semblable. — N° 3. Pulvérisateur. — 6. Tube de verre pour chenilles de inicrolépidoptères.
- perdre leurs formes, mais les chenilles demandent une préparation particulière. Certains amateurs les gardent dans des tubes remplis d’alcool, c’est assurément le meilleur procédé. Mais il en est un autre assez ingénieux, c’est le soufflage.
- On commence par vider complètement le corps de la chenille, ce que l’on fait en la laminant avec un crayon ou mieux une baguette de verre, que l’on roule sur elle jusqu’à ce que tous les viscères soient sortis par l’anus (fig. 3, n° 4). La chenille n’est plus alors qu’une peau vide et flasque. On introduit une paille dans l’anus et on lie la peau autour de ce chalumeau avec un fil, on arrête la peau avec une
- rent sans produire de papillon, tandis que l’insecte parasite s’envole, comme nous l’avons dit plus haut. Beaucoup de chenilles sont attaquées par un champignon parasite (haria farinosa) dont nous représentons l’aspect (fig. 3, nu 3).
- Nous recommanderons à l’amateur de papillons de réunir dans sa collection tous les documents de l’histoire de chaque papillon, c’est-à-dire le papillon, sa chenille, sa chrysalide, et s’il y a lieu son cocon et ses parasites.
- Les chrysalides se conservent bien sèches sans
- Fig.3. — N" 1, 2, 3. Les ennemis des chenilles. — N° 1. Ichneu-rnon flavatorius. — N° 2. Tachina larvarum. — N” 3. Isaria farinosa. (Grandeur naturelle). — N"' 4,5, 6 et 7. Préparation des chenilles. Vidage et soufflage.
- épingle pour l’empêcher de glisser; puis on souffle par la paille jusqu’à ce que la chenille ait repris sa forme (fig. 3, n° 5).
- Pendant ces diverses opérations, on a fait chauffer au rouge un cylindre ou un entonnoir de tôle, de telle sorte que l’on n’a plus qu’à y sécher la peau, tout en continuant à souffler dedans et en la maintenant assez éloignée des parois pour qu’elle ne brûle pas (fig. 3, n° 6). La peau, une fois sèche, garde sa forme et la chenille ainsi préparée est mise dans la collection, après qu’on a coupé la paille dont on ne laisse qu’une amorce servant à passer une épingle pour fixer la bête dans la boîte. Certains
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- amateurs ont la patience de repeindre habilement leurs chenilles avec des couleurs à l’huile, mais c’est un travail difficile et méticuleux. D’autres, n’aimant pas ces chenilles boursoufïe'es et distendues ressemblant, à la vérité, plus à des boyaux qu’à des larves, vident les chenilles, puis remplissent leur corps avec de la cire colorée d’avance du ton général de la robe (fig. 3, n° 7). Puis, avec des couleurs fines, ils reprennent en-dessus les dessins et les bandes. Ce travail bien fait donne de bons résultats.
- Maurice Maindron.
- CHRONIQUE
- Transport des viandes conservées par le
- froid. — Les Parisiens n’ont pas encore oublié le Frigorifique de M. Tellier, navire que nous avons décrit et dessiné dans notre numéro 68, du 19 septembre 1874. En effet il a séjourné pendant un certain temps sur la Seine, après avoir rapporté avec succès d’Amérique une cargaison de viandes soumises à une congélation constante, et abattues sur les bords de Rio de la Plata. Nous ne nous étions pas trompés en promettant à cette application nouvelle des principes de la physique, un brillant avenir. En effet les résultats statistiques de l’année 1888, arrivés à Paris, au commencement de mars, nous apprennent que cette industrie nouvelle, introduite à Londres après les expériences de M. Tellier y a pris des développements incroyables, surtout pour la viande de mouton. Dans cette période de 18 mois qui s’est terminée le 31 décembre dernier, on a importé dans les différents ports de la Crande-Bretagne 939 000 carcasses de moutons de Nouvelle-Zélande, 908 000 du Rio de la Plata, et 108 000 d’Australie. On a en outre importé un nombre considérable mais beaucoup moindre de carcasses de bœufs ; c’est sur le mouton que s’exerce principalement ce nouveau trafic, qui surtout en Australie et en Nouvelle-Zélande est susceptible de prendre des proportions indéfinies, puisque le nombre des têtes de mouton, qui s’accroît chaque année, était estimé à 92 millions l’an dernier, comme nous l’avons rapporté. Le mouton gelé est fort sain, et très agréable à manger, et en outre, il existe un écart notable de prix avec le mouton indigène; l’écart en faveur des classes pauvres, qui prennent le mouton congelé est intermédiaire entre 1/2 et 1/3. La plupart des steamers venant d’Australie, ont une chambre de froid qui permet de manger de la viande fraîche dans le temps du voyage, et de rafraîchir l’air pendant la traversée des tropiques.
- Peaux et conserves de Lapins en Australie. —
- Après le transport des viandes de moutons et de bœufs, nous allons parler d’un autre genre de conserve animale qui donne également lieu, comme on va le voir, à un commerce très important. Depuis que la pullulation des Lapins en Australie et dans la Nouvelle-Zélande a pris les proportions d’un véritable fléau, en raison des dégâts causés par ces rongeurs, le commerce des peaux de Lapins dans ces colonies a acquis un développement qui ne compense malheureusement pas les pertes subies par l’agriculture. D’après le Journal of the Society of arts, la Nouvelle-Zélande seule a déjà exporté 70000 000 de peaux, d’une valeur totale d’environ 750000 livres sterling (18 750000 fr). De son côté la colonie de Victoria a, dans l’espace de dix ans, livré
- au commerce 29000 000 peaux de Lapins. Aussi le marché anglais est-il actuellement approvisionné pour deux années au moins. Il convient d’ajouter, du reste, que la consommation est considérable. La métropole fournit à elle seule, par an, 30 000 000 de peaux, qui trouvent un facile placement. Une importation considérable se fait, en outre, de la Belgique, qui fournit des Lapins très recherchés en Angleterre, pour l’alimentation, et qui exporte sur Londres plus de 6 000 000 de peaux, toujours très bien cotées sur le marché, attendu que par leur ampleur, leur nuance et leur qualité, elles se prêtent mieux que les peaux de Lapins sauvages à un emploi dans l’industrie des fourrures. Sur plusieurs points de l’Australie, et notamment dans l’Australie du Sud, des compagnies s’étaient formées pour exploiter la préparation des conserves de Lapins. Une de ces compagnies employait de 40 à 50 trappeurs et préparait, par jour, de 6000 à 7000 Lapins. Cette industrie ne s’est pas soutenue. Du jour où des poisons ont été employés pour la destruction des Lapins, les consommateurs n’ont plus osé faire usage des conserves mises dans le commerce.
- Utilisation de la force motrice des chutes
- du Niagara. — On sait que les Américains s’occupent activement en ce moment des moyens d’utiliser la. force motrice des chutes d’eau du Niagara. Entre tous les projets présentés, le Scientific American cite celui de M. Ma-ginn, ingénieur-mécanicien, projet qui ne manque pas d’originalité. Sous la chute d’eau, on creuserait une cavité de 30 pieds de large (9,14 m) et de 65 pieds de hauteur (19,81 m), jusqu’au bord de la chute d’eau. Dans cette cavité on établirait des supports en fer, et, sur ccs supports, une grande roue à aube de 60 pieds de diamètre (18,28 m). Cette roue serait approchée sur le bord, de façon que l’eau en tombant la mette en mouvement. Une série de transmissions à engrenages seraient disposées pour recevoir ce mouvement et le transmettre à une dynamo (( Mammoth » de 2500 chevaux. On pourrait même, au besoin, mettre plusieurs de ces machines au-dessous l’une de l’autre sur des traverses en fer. Pour obtenir enfin un bon serrage de l’arbre de la machine sur la roue motrice, on emploierait une presse hydraulique qui permettrait d’augmenter ou de diminuer la pression à volonté, et par suite la puissance motrice. L’énergie ainsi recueillie pourrait être transportée au loin.
- L’élevage des Grenouilles aux États-Unis.—
- Les Grenouilles, dédaignées autrefois par les Américains, se voient depuis quelques années l’objet d’une telle consommation que les étangs et les marais de l’État de New-York et ceux de Milwaukee, dans le Wisconsin, sont entièrement dépeuplés à l’heure actuelle, la consommation dépassant de beaucoup la production. Les marchés de New-York doivent maintenant se taire approvisionner par le Canada et par les rares États dont les habitants n’ont pas encore surmonté la répugnance primitive; aussi, certains écrivains spécialistes n’hésitent-ils pas à affirmer que l’élevage des Grenouilles rapporterait facilement un revenu de 2500 fr. M. Julien Petit nous apprend, dans la Revue des sciences naturelles, que cet élevage avait été tenté, vers 1873, par M. Seth Green, qui consacra plusieurs années à recueillir du frai et à le faire éclore, mais il dut interrompre ses essais, sans cependant perdre l’espoir qu’on pouvait réussir avec beaucoup de patience et de persévérance. L’éditeur du journal bien connu, Forest and Stream, M. Frédéric Mather, surintendant de la Société de pisciculture de New-York, affirme, de son côté,
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- que la Grenouille étant insectivore, on ne pourrait se procurer la masse de mouches et d’insectes nécessaires à l’alimentation d’une grenouillère. Les Têtards ont de nombreux ennemis, dont la Grenouille adulte, qui les dévore gloutonnement, n’est pas le moins redoutable. Les Batraciens sont, en outre, comme les Reptiles, des animaux susceptibles de vivre longtemps et dont l’évolution est, par conséquent, fort longue à s’accomplir, fait clairement démontré du reste par les lentes métamorphoses de la Grenouille, les pattes ne poussant aux Têtards qu’au printemps qui suit celui de leur éclosion. M. Malter conclut en disant qu’il faudrait peut-être dix ans aux Grenouilles pour pouvoir être pêchées et vendues, ce qui rendrait l’exploitation absolument onéreuse.
- Production des vins en Espagne et en Italie. — M. F. Passy a signalé dans le numéro de janvier du Bulletin de statistique et de législation comparée, des renseignements sur la production des vins en Espagne et en Italie. Pour l’Espagne, la surface plantée en vignes est évaluée à 2 millions d’hectares, approximativement. La direction de l’agriculture porte à 28 millions d’hectolitres la production de 1888. En Italie, la production du vin était estimée à 27 millions d’hectolitres pour la période 1870-1874, et à 55 millions et demi pour la période 1879-1883. Voici les évaluations officielles pour les cinq dernières récoltes :
- 1884 ....... 19 743 885 hectolitres.
- 1885 ....... 25808 951 —
- 1886 ....... 36 801577 —
- 1887 ....... 53 015 537 —
- 1888. .... 50217600 —
- L’année 1888 présente, par rapport à la moyenne de la période 1879-1883, un déficit de 15 pour 100.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 11 mars 1889.— Présidence de M. Des Cloizeaüx.
- Régime des taches solaires. — Au nom de M. Spœrer, M. Paye signale les singulières variations dont paraît susceptible, avec le temps, le régime des taches solaires. On sait, conformément aux résultats de M. Carrington, que la succession alternative des maxima et des minima est accompagnée d’une concentration des taches vers l’équateur ou de leur éparpillement dans une zone de 40 à 50 degrés de part et d’autre de ce dernier. Le fait sur lequel M. Spœrer appelle l’attention, c’est que d’après des documents irréfutables, le soleil avait un aspect et une allure tout autres, entre 1672 et 1713, à l’époque de Cassini et de Maraldi qui bien souvent ont insisté sur la localisation absolue des taches, d’ailleurs bien moins nombreuses qu’aujourd’hui, dans l'hémisphère sud du soleil. Le savant allemand fait appel aux astronomes pour être mis à même de consulter d’autres documents historiques sur ces singuliers phénomènes.
- La Météorite de Bendego. — En même temps qu’il l’adresse à l’Académie, le directeur du Musée national de Rio de Janeiro veut bien me faire parvenir un magnifique volume in-4° orné de plus de trente photographies et d’une grande carte, qui constitue le rapport officiel relatif au transport dont nous avons déjà parlé de la météorite de Bendego. On sait que celle-ci, dont l’arrivée sur notre sol remonte à une époque tout à fait inconnue, a été découverte en 1784 par Paquim da Motta Botelho, sur une colline près du ruisseau Bendego dans la province de Bahia.
- On pensa d’abord que la masse qui est de fer massif consistait en minerai d’or et malgré son poids de 5360 kilogrammes, on tenta de la transporter : le transport effectué à l’aide de 12 bœufs alla très bien pendant 180 mètres ; mais alors le chariot se brisa et la météorite fut précipitée dans le ruisseau. En 1810 la masse était toujours dans la même situation; Mornay en préleva quelques kilogrammes dont Wollaston fit l’analyse. Spix et Martins la revirent en 1820. C’est le 18 août 1887 que le gouvernement brésilien décida le transport de la masse métallique à Rio et en chargea M. Carlos de Carvalho, ancien officier de marine, avec l’aide de son fils et de M. Antunès. Il fallait extraire le bloc du lit du ruisseau, et lui faire franchir à travers des forêts 113 kilomètres jusqu’à la voie ferrée de Bahia au San Francisco. Le voyage sur le chariot dura 126 jours. A plusieurs reprises, il y eut des accidents amenant des interruptions parfois assez longues. Enfin à force d’énergie, toutes les difficultés ont été heureusement surmontées et le fer, maintenant déposé dans le Musée que dirige si savamment M. Orville Derby, a déjà été l’objet d’intéressantes observations de la part de MM. Cruls et de Morize.
- Publications géologiques. — Nos lecteurs savent comment le terrain houiller de Commentry est l’objet de tout un ensemble d’études de la part de MM. Charles Bron-gniart, H. Fayol, de Launay, Stanislas Meunier, Renault, Sauvage et Zeiller. Déjà nous avons mentionné une première livraison publiée par M. Fayol. Aujourd’hui M. Zeiller adresse une deuxième partie relative à la flore fossile et consistant en un volume in-8° de 360 pages et en un atlas de 41 planches in-folio dessinées d’après nature. 11 ne s’agit pas de toute la flore, mais seulement des mousses et des fougères; les autres classes de cryptogames vasculaires et les phanérogames gymnospermes seront ultérieurement étudiés par M. Renault. Dans le domaine où il s’est cantonné, M. Zeiller décrit un très grand nombre d’espèces nouvelles et même de genres nouveaux : son ouvrage est d’un intérêt considérable et contribuera puissamment à faire de Commentry une localité classique pour la flore carbonifère. Je signalerai, par la même occasion, un important résumé des travaux publiés en 1887 sur le système crétacé et que M. Kilian 'a inséré dans le dernier volume de 1 ’Annuaire géologique universel.
- Photographie instantanée de nuit. — Par l’intermédiaire de M. Lippmann, nos collaborateurs, MM. Ranque et Guebhard présentent un petit appareil qui permet de produire sans danger l’éclair magnésique, si favorable à la photographie instantanée. La Nature reviendra, dans une prochaine livraison, sur cette intéressante question.
- Le virus de la morve. — M. Galtier a montré que si après avoir inoculé la morve au chien sous la peau, ce qui est grave, on réitère à plusieurs reprises l’introduction du virus dans le sang, on détermine des accidents chaque fois moins sérieux : ce qui indique une sorte de vaccination. M. Strauss, reprenant la question, constate aujourd’hui qu’à l’inverse des injections sous-cutanées, l’inoculation du microbe dans les veines amène la mort du chien. Si cependant on fait plusieurs inoculations à faible dose, on procure à l’animal l'immunité vaccinale même à la suite de l’administration de plusieurs centimètres cubes du virus.
- Nécrologie. — On annonce la mort de deux très savants correspondants : M. Genocchi, qui appartenait à la section de géométrie, et M. Charles Martins, bien connu par
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- ses grands travaux sur la physique du globe, sur la géologie et spécialement sur les glaciers.
- Varia. — D’après M. Arloing, la matière toxique secrétée par le Bacillm heminecrobiophyllus est une sorte de diastase soluble. — M. Grandidier dépose un volume de géodésie qui, suivant son appréciation, fait le plus grand honneur au corps de l’État-major russe. — C’est par sélection, fondée sur l’hérédité, que M. Aimé Girard arrive à perfectionner la pomme de terre au point de vue du rendement en fécule destinée à la fabrication de l’alcool. — M, Potier étudie des relations entre le pouvoir rotatoire magnétique et l’entraînement des ondes lumineuses par la matière pondérable. — D’après M. Poiré, le sulfate de soude mêlé de carbonate de soude donne d’excellents résultats comme révélateur en photographie. — Un volume relatif aux poissons recueillis par les explorations du Travailleur et du Talisman est déposé par M. Alph. Milne-Edwards au nom de M. Léon Vaillant. — Les combustions organiques dont sont le siège les tas de fumier sont l’objet d’un travail de M. Théophile Schlœsing. — La Société polytechnique de Russie se propose de célébrer le cinquantenaire de la découverte de Jacobi par une exposition galvano-plastique qui s’ouvrira le 15 mars.
- — Un perfectionnement à la fabrication de la fuchsine est réalisée par M. Bidet. — Les propriétés fertilisantes du limon du Nil occupent M. Muntz.
- Stanislas Meunier.
- LÀ GLÀCE ET LES GLÀCIERS
- Nous avons reçu de deux dames de Limoges, professeurs à l’École normale primaire d’institutrices, Mmes E. Bardon et M. Forget, le croquis reproduit ci- dessus, qui montre un intéressant phénomène de glissement de neige sur un toit.
- « Nous sommes, nous écrivent nos correspondantes, des lectrices de votre journal, et nous avons remarqué avec quel empressement vous faisiez accueil aux questions d’observations usuelles pouvant avoir un intérêt scientifique. Permettez-nous donc de vous signaler un curieux phénomène observé à l’École normale d’institutrices de Limoges. La neige était tombée pendant plusieurs jours et avait formé une couche assez épaisse sur le toit d’un hangar que représente le dessin. Hier le soleil, paraissant pour la première fois depuis plusieurs jours, échauffait la couche de neige qui a glissé tout d’une pièce et est restée suspendue pendant plusieurs heures. Ne
- pensez-vous pas que l’explication du phénomène pourrait être analogue à celle de la marche des glaciers? Nous serions très heureuses de savoir si nous sommes dans le vrai. »
- Il y a là en effet, en petit, ce qui se passe en grand dans la nature. On sait comment on peut agglomérer les flocons de neige en les comprimant dans la main, et comment on peut les rendre durs en les soumettant à une forte pression. La boule de neige est de la glace en voie de formation : il en est de même pour la neige déposée sur un toit. Or la glace elle-même, si elle est située sur une pente, descend lentement. Ce mouvement a lieu constamment le long des montagnes chargées de neige; le glacier glisse sur le versant où il a pris naissance, il atteint les régions inférieures, où il se convertit en eau. Les masses de neige, comme les glaciers, sont doués de
- cette propriété souvent remarquée par les tou-ristes, de se mouler dans les canaux où ils se meuvent, et de pénétrer dans les anfractuosités du sol : on dirait un amas de mélasse ou de cire molle qui prend l’empreinte exacte de la couche solide de terre ou de roche qui le supporte. On a pendant longtemps cherché à expliquer cette propriété de la glace en disant qu’elle était douée de viscosité, mais un mot n’est pas une explication. C’est à Faraday que l’on doit la première expérience de regélation qui consiste à souder ensemble deux morceaux de glace qui se touchent : la fusion des deux surfaces ne peut se réaliser puisqu’elles se touchent; elles se congèlent et se collent l’une à l’autre. M. Tyndall a développé cette curieuse expérience et ses conséquences. C’est en vertu de cette regélation que la glace ou la neige agglomérée, qui est de la glace en formation, se comportent d’une manière analogue à un corps visqueux.
- Le glissement de neige, observé sur le toit du hangar de Limoges, reproduit donc en petit le mouvement des glaciers dans les montagnes : il est l’image réduite des grands phénomènes glaciaires. G. T.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleur us, à Paris.
- Phénomène de glissement de neige observé sur le toit d’un hangar à Limoges,
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- N* 825. — 23 MARS 1889.
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- LÀ PHOTOGRAPHIE EN CERF-YOLÂNT
- Dans le courant de l’anne'e 1888, nous avons annoncé qu’un habile amateur, M. Arthur Batut, avait construit à En-laure (Tarn) un cerf-volant muni d’un appareil photographique au moyen duquel il avait obtenu quelques résultats préliminaires très intéressants1. Nous avons encouragé l’opérateur à persévérer dans ses essais, et nous sommes heureux d’avoir a signaler aujourd’hui les importants progrès que M. Arthur Batut a réalisés.
- Voici le dispositif exact du cerf- volant photographique (fig. 1).
- Ce cerf-volant qui a la forme d’un losange, est muni d’une longue queue lui assurant une parfaite stabilité dans l’atmosphère. La petite chambre noire photographique A est fixée à l’arête de bois du cerf-volant par un support triangulaire D. L’appareil photographique est muni d’un obturateur qui fonctionne au moyen d’une mèche d’amadou C, produisant le déclenchement en brûlant un fil, quand la combustion est arrivée à la partie supérieure de la mèche.
- La corde d’attache du cerf-volant est reliée à un trapèze T, convenablement fixé, de telle sorte que les rayons partant du sol puissent librement atteindrel’ob-jectit,
- Un baromètre anéroïde enregistreur B est fixé à la partie inférieure du support I), de sorte que l’opérateur peut avoir l’altitude à laquelle le cerf-volant s’est élevé au-dessus du sol. Le baromètre employé
- 1 Voy. n» 795, du 25 août 1888, \>a 206.
- 17e année. — 1er semestre.
- par M. Batut est très ingénieux; il constitue un enregistreur photographique qui fonctionne en même temps que la chambre noire. Ce baromètre est enfermé dans une boite étanche de lumière. Une ouverture, fermée par un obturateur k guillotine, fonctionne à l’aide d’une mèche en combustion, en même temps que l’appareil photographique. Au moment de l’ouverture, les rayons lumineux frappent le cadran et impriment, sur un papier sensible dont le cadran a été muni, l’ombre des deux aiguilles, aiguille du mécanisme et aiguille index. L’obturateur dont est muni l’appareil photographique est une simple guillotine à ouverture carrée. La planchette, très légère, est actionnée par deux forts caoutchoucs, et sa tête est garnie de parchemin qui, en pénétrant dans les rainures, empêche tout effet de rebondissement. Le cran d’arrêt de la planchette est formé par un loqueteau de bois, fixé en son milieu par une vis. Une extrémité de ce loqueteau vient fermer la rainure par laquelle doit passer la planchette. L’autre extrémité est maintenue par un fil solidement attaché qui traverse l’un des bouts d’une mèche d’amadou. Sous ce fil, l’opérateur place une banderole de papier repliée sur elle-même. Lorsque le feu de la mèche arrive au fil, celui-ci se brûle : le loqueteau, cédant à la poussée de la planchette s’écarte de la rainure, et l’obturateur fonctionne avec une vitesse de 1/100 ou 1/150 de seconde. En même temps, la banderole de papier tombant dans l’espace, se déroule, et annonce à l’expérimentateur qu’il peut ramener le cerf-volant à terre.
- Le' cerf-volant photographique de M. Batut a
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- Fig. 1. — Le cerf-volant photographique.
- Fig. 2. — Fac-similé (l’une photographie obtenue à 127 mètres d’altitude avec le cerf-volant photographique.
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- 2,50 m de longueur; le petit appareil photographique dont il est pourvu pèse 1200 grammes. L’objectif est un aplanat de Steinheil de 0,166 m de foyer. Cet objectif a fonctionné à pleine ouverture, le baromètre ayant baissé de 10,25 millimètres.
- La figure 2 reproduit une des photographies obtenue par M. Arthur Batut à l'altitude de 127 mètres le 13 février 1889 à 11 heures du matin. Cette photographie représente la ferme d’Enlaure vue en plan. Les toits de l’habitation que l’on voit à la partie supérieure de l’épreuve, sont d’une grande netteté. A droite est un magasin à fourrage, au centre, une cour intérieure.
- Nous félicitons M. Arthur Batut des résultats qu’il a obtenus et qui semblent ouvrir une nouvelle voie à la photographie appliquée. Gaston Tissandier.
- LES MINES DE CHARBON
- DE LA .NOUVELLE-ZÉLANDE
- Depuis quelques années, la production du charbon en Nouvelle-Zélande croît dans des proportions vraiment incroyables. Cette progression est d’autant plus intéressante pour nous que, d’après les recherches auxquelles s’est livré M. l’ingénieur en chef Zeiller, le charbon qu’on pourra exploiter en Nouvelle-Calédonie est identique, à bien peu près, à celui qu’on extrait en Nouvelle-Zélande et dont on trouve sans peine l’emploi.
- Si nous interrogeons le Rapport du chef du service des mines dans cette colonie, pour l’exercice 1886, nous y trouvons notés une série de centres miniers fort importants d’un grand avenir. En premier lieu, voici la mine Kawa-Kawa, dans la haie des Iles, à 120 milles d’Auckland ; elle est située près d’un port où la navigation ne rencontre que facilités de toutes sortes: un chemin de fer porte le charbon sur les quais, au pied desquels les navires rencontrent une profondeur de 40 pieds, ce qui permet le chargement direct. L’exportation y monte annuellement à 40000 tonnes d’excellent charbon pour les navires. Une autre mine importante est celle de Kamo, à Whangarei; elle se trouve à 65 milles au nord d’Auckland par eau; en neuf années, elle a fourni 83 500 tonnes de charbon. Le port de Whangarei est facile d’accès et bien abrité à l’intérieur des terres; une voie ferrée dessert les quais d’embarquement, où l’on trouve 22 pieds aux mortes eaux de printemps. Le propriétaire delà mine s’engage à livrer 500 tonnes de charbon par jour moyennant 10 shillings (ou 12,50 fr.) la tonne. A Whangarei, nous trouvons encore la mine Whan-Whan, qui fournit actuellement 7000 tonnes par an et pourrait en donner 100 par jour; les chargements peuvent se faire aussi aisément qu’à la mine de Kamo.
- Yoici à lluntly, sur la rivière Waikato, la mine de Tau-pari, à 60 milles seulement d’Auckland par voie ferrée. Elle est exploitée par une compagnie et a fourni en 1885 37 225 tonnes. On y exploite un filon de l’épaisseur énorme de 45 pieds ; le prix de la tonne de ce charbon livré à Auckland varie entre 15 et 18 shillings (18,70 fr. et 22,50 fr.).
- Citons encore la mine Waikato, exploitée par une compagnie, tout près de celle de Taupari. En 1886, elle fournissait 1000 tonnes par mois d’un charbon excellent pour les steamers; elle pourrait produire 600 tonnes par
- jour. Nous pourrions encore noter l'exploitation de Ma-ramarna, à 42 milles d’Auckland, ville avec laquelle elle est en communication facile, soit par mer, soit par chemin de fer.
- Dès 1886, le président de la Compagnie du Dort d’Auckland disait que les mines de la Nouvelle-Zélande pourraient au premier jour produire 12 000 tonnes par semaine. Effectivement, une statistique vient de paraître récemment qui confirme cette prévision. La production minérale de la Nouvelle-Zélande pour 1887 a dépassé beaucoup celle de l’année précédente. En particulier, la production du charbon s’est élevée à 558 620 tonnes, présentant une augmentation de 24267 tonnes. Il en a été exporté 46 719, d’une valeur de 1103 500 francs; le coke exporté figure pour 184 tonnes valant 6000 francs. Le charbon consommé dans la colonie était évalué à 6430000 francs.
- D’ailleurs, les besoins en charbon augmentent sans cesse en Nouvelle-Zélande ; cette colonie possède déjà une population de 573 000 habitants; il y a une longueur de 59 milles de chemins de fer en exploitation dans l’île du Nord, et 47 milles dans l’île du Sud. La consommation du charbon ne pourra donc qu’y augmenter constamment. Et cela doit nous encourager à développer les exploitations carbonifères de la Nouvelle-Calédonie, qui permettront peut-être un jour à notre marine de n’être plus tributaire des dépôts de charbon étrangers. I). D.
- L’IMMIGRATION
- DANS LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE
- Depuis l’année 1857 l’Argentine a reçu le nombre formidable de 1 374 787 immigrants. Le total annuel des arrivées a suivi une progression vraiment curieuse. Le chiffre en était seulement de 4951 en 1857; dix ans après il passe à 17 046, et en 1870 il saute à 39967. Au bout de trois ans, en 1873 il atteint brusquement le chiffre respectable de 76332 immigrants. Mais pendant quelques années il y a une dépression dans le flot montant; il se maintient dans les environs de 50000, pour subir ensuite une progression formidable en 1885. En cette année le total des immigrants est de 108 722. Enfin l’année qui vient de finir, 1888, a vu arriver un total de 155632 immigrants, chiffre dépassant tout ce qu’on pouvait imaginer. C’est l’Italie qui fournit le plus fort contingent, de 5000 en 1857, il est passé à 75029; si bien même que les Argentins sont inquiets de ce flot d’émigrants venant exploiter le pays, avec la ferme intention de regagner l’Italie au plus tôt. Cette immigration représente 65,25 pour 100 de l’immigration totale dans la période 1857-88. L’Espagne vient en second lieu avec 25485, représentant 14,61 pour 100. La France vient troisième, représentant 9,27 pour 100, et avec le chiffre tout à fait exceptionnel de 17100. La Belgique qui jusqu’à présent fournit peu d’immigrants commence depuis 1882 à prendre rang dans les puissances alimentant l’Argentine.
- TRAVAUX DU BUREAU MÉTÉOROLOGIQUE
- DE LONDRES
- La météorologie est placée en Angleterre sous le patronage d’un Conseil de sept membres nommés chaque année par la Société royale des sciences.
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- Présidé actuellement par le lieutenant-colonel Richard Strachey, il a pour secrétaire M. Robert Scott auquel est confiée la direction du Bureau météorologique de Londres. Un Rapport annuel est adressé à la fois à la Société royale et au Parlement.
- Ce document s’occupe d’abord de la météorologie océanique. 11 nous montre 145 navires recueillant selon les instructions données de nombreuses observations dans les diverses mers du globe. Le Bureau central reçoit ainsi 182 journaux de navigation parmi lesquels 70 pour 100 sont signalés comme excellents par l’officier chargé de les discuter. Cet officier était le capitaine Toynbee qui vient de prendre sa retraite après avoir rempli cette fonction pendant vingt et un ans avec une haute intelligence et un grand zèle. M. Baillie qui le secondait depuis quelque temps a été nommé à sa place.
- Le principal travail récemment exécuté par cette section du Bureau consiste dans une magnifique collection de cartes synchroniques du temps relatives à la partie de l’océan Atlantique. Elles ont été construites jour par jour pendant les treize mois qui s’étendent du 1er août 1882 au 51 août 1885 et correspondent par conséquent au système d’observations polaires faites dans cet intervalle par la réunion des navires que toutes les nations maritimes ont expédiés d’un commun accord pour un an dans les hautes régions boréales et qui promettent des résultats très importants.
- Parmi les cartes dont nous parlons, nous choisissons comme exemple celle du 6 mars 1885 donnant d’une part les pressions barométriques et le vent (fig. 1), et de l’autre les températures de l’atmosphère et de la mer (fig. 2).
- On peut suivre ainsi les dépressions cyclonales depuis le continent américain jusqu’à celui de l’Europe et constater toutes les modifications du vent en direction et en force. Dans les cartes consacrées aux isothermes, les évolutions du Gulf-Stream ressortent parfaitement ainsi que celles de l’air placé au-dessus de la surface.
- Pour un des cyclones, on s’est livré à une étude spéciale et plusieurs feuilles se rapportent à lui dans la collection. Il s’agit de la grande tempête qui a sévi en Angleterre du 1er au 5 septembre, après avoir pris origine le 21 août au point 20° nord 55° ouest de l’Atlantique, et s’être dissipé après avoir atteint le nord de la Norvège le 6 septembre.
- Un autre travail intéressant a été exécuté d’après les observations recueillies dans la mer Rouge. Les traversées des bateaux à vapeur qui y sont tracées se trouvent resserrées dans une bande tellement étroite que sur les cartes les données barométriques et thermométriques ont dû être indiquées le long de l’axe de la mer tandis qu’une série de roses font connaître les vents régnants.
- Des cartes des pressions barométriques moyennes ont été construites pour les océans Atlantique, Pacifique et Indien. Elles se rapportent aux quatre mois de février, mai, août et novembre et sont résumées
- dans une carte pour l’année entière. Pour les mêmes océans les courants ont été représentés avec beaucoup de clarté et d’exactitude. Un grand soin a surtout été donné aux cartes qui concernent les vents, les courants et la température de la mer pendant le règne de la mousson du sud-ouest dans les parages du cap Guardafui si fréquentés par les navigateurs.
- A la demande du Dr Meldrum, directeur de l’Observatoire de file Maurice, une grande enquête a été entreprise relativement à l’océan Indien Nord pendant les mois de mai et de juin 1885, époque du désastreux cyclone d’Aden ; 255 journaux de bord ont été adressés au Conseil et les observations recueillies vont être coordonnées et discutées de manière à obtenir plus de lumière sur les origines de ce cyclone sur lequel le vice-amiral Cloué a déjà fait des recherches d’un puissant intérêt.
- Prochainement le Bureau météorologique publiera les documents constituant la part assumée par l’Angleterre dans l’exploration internationale des régions arctiques dont nous avons parlé plus haut. Ces documents comprennent les observations faites dans les stations hivernales situées dans le voisinage du détroit de Behring : port Providence, île Chamisso, port Clarence et pointe Barrow.
- Il a été plusieurs fois question dans La Nature de la télégraphie du temps et des prévisions qui sont publiées par le Bureau. Nous nous bornons à donner ici le résumé des résultats obtenus en 1887 dans les différents districts du pays. Le nombre des prévisions ayant eu plein succès a été de 55; il y a eu 51 succès partiels, 10 insuccès partiels et seulement 6 insuccès complets.
- Un système de prévisions du temps se rapporte à la récolte des foins; il est constaté qu’elles ont un peu mieux réussi cette année que les années précédentes. Pour l’important district de Rothamsted on a obtenu 71 succès complets.
- Quant aux avertissements de tempêtes, ils émanent de 146 stations et 82 pour 100 d’entre eux ont été justifiés. Les baromètres publics des stations de pêche ont été augmentés et portés à 167. Le Manuel barométrique à l’usage des pêcheurs a été augmenté dans une nouvelle édition et des instructeurs très compétents ont été envoyés dans les stations pour rendre autant que possible leur personnel apte aux prévisions du temps.
- Enfin l’Observatoire deBen-Névis, situé 1469 mètres au-dessus du niveau de la mer, a continué à très bien fonctionner quant à l’enregistrement des éléments météorologiques, mais aucun télégramme n’a été expédié du sommet dans le courant de l’année.
- Des mesures vont être prises pour l’amélioration de ce service qui recevra dorénavant une augmentation de subsides. On trouve dans l’ouvrage du directeur Robert Scott, Cartes du temps et avertissements de tempêtes, dont la troisième édition vient de paraître, des renseignements précis
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- sur l’expédition des dépêches par le Bureau aux stations britanniques et à un grand nombi£ de stations étrangères. Le Rapport annuel contient de plus des détails intéressants sur l’envoi des dépêches aux journaux, à diverses associations et aux propriétaires isolés qui prennent des abonnements; ce service s’est tellement étendu qu’il exige dans certains points deux éditions successives par jour.
- Les bulletins journaliers renferment de très utiles renseignements aussi bien par rapport à l’hygiène que parrapport aux travaux agricoles. Aux chiffres des observations relatives à la pression barométrique, au vent, à la température, à l’état hygrométrique, a la quantité de pluie, aux orages, ils en ajoutent d’autres qui font connaître le degré d’éclairement obtenu à ’aide de l’instru-lment appelé enregistreur solaire dont La Nature 1 a donné la description et qui tend à se répandre dans les districts agricoles.
- Par l’accumulation de la température et de la lu-mière indiquée par les Bulletins à partir du commencement de l’année, on arrive k pouvoir juger de la quantité et delà qualité des récoltes futures.
- A côté des bulletins journaliers le Bureau météorologique a encore d’autres publications périodi-
- 1 Voy. n° 682, du 26 juin 1886, p. 59.
- ques. Le Bulletin hebdomadaire parait avoir un grand nombre d’abonnés. On y trouve la série des cartes synoptiques journalières de la semaine, d’un
- côté pour les pressions baro -métriques, la direction et la force des vents, émises à 8 heures du matin et k 6 heures du soir; de l’autre pour les courbes isothermiques et l’indication de l’état de la mer. Des commentaires les accompagnent.
- Dans le Bulletin mensuel se trouvent des tables sur lesquelles les systèmes cycloniques et les systèmes anticycloniques sont mis en relief pour le mois. Sur quatre cartes ensuite sont figurées d’abord les courbes de moyenne pression barométrique ; ensuite
- le mouvement des centres de dépressions, la distribution des températures moyennes et des chutes de pluie. Une carte résume enfin l’indication des vents pendant le mois à l’aide d’une ingénieuse représentation graphique. Le Bulletin trimestrieldoime l’ensemble des courbes tracées par les instruments enregistreurs dans un certain nombre de stations de l’Angleterre, les informations du Bulletin international de Paris complétées par celles des observatoires de l’Allemagne du nord et de la Russie. Les commentaires et explications qui se rapportent k la période de trois mois sont d’un grand intérêt pour l’étude approfondie de la météorologie.
- F. Zurcubr.
- Fig. 1. —Spécimen d’une carie des pressions barométriques et du vent sur l’Atlantique Nord, 6 mars 1883, dressée à l’Observatoire de Greenwich.
- ——^ Isothermes de .7^-
- Surf* mer pour le midi focal.
- Sur l'Amérjyuepour le mididcGrec/iwrcfiÇL Sur l’Eurvpe elhs correspondent à, 6 A Af temps local. '
- -------- Isothermes de lasurface de
- la mer au midi local.
- :-r~g&ï
- 7Sfà-V(Xde- GreenpyicA/
- Fig. 2. — Carte des températures sur l’Atlantique Nord, le 6 mars 1883.
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- IA TÉLÉPHONOGRÀPHIE
- Bien que le phonographe, dont les débuts furent si brillants il y a une douzaine d’années, n’ait pas iustifié, dans la pratique, les espérances qu’il avait fait naître, il était cependant permis de prévoir que des perfectionnements ultérieurs étendraient son champ d’applications.
- Si la phonographie n’a pas encore remplacé l’écriture, la sténographie et les machines à écrire, on peut dès (à présent entrevoir le moment où le pho-nogramme tiendra sa place parmi les nombreux procédés de correspondance aujourd’hui connus : lettre, carte postale, dépêche pneumatique, télégramme, cablegramme, etc. Des expériences toutes récentes, et dont nous allons rendre compte, vont même nous permettre de compléter cette liste en y ajoutant le téléphonogramme, produit d’un art nouveau qui devra, en bonne logique, prendre lui-même le nom de téléphonographie, c’est-à-dire : art d’écrire la voix au loin.
- Avant de décrire le mécanisme de ces expériences,
- mécanisme complexe sinon compliqué, indiquons-en tout d’abord le résultat. Dans une conférence faite il y a environ un mois devant le Franklin Instilute, de Philadelphie, par M. W. J. Hammer, sur Edison et ses inventions, des paroles prononcées et des airs chantés devant un phonographe à New-York ont été transmis électriquement à Philadelphie, sur une ligne de 320 kilomètres de longueur — 160 kilomètres de distance,— inscrits de nouveau à l’arrivée et répétés phonographiquement devant un nombreux auditoire qui, si l’on en croit les journaux américains, n’a perdu ni une syllabe ni une note, malgré le nombre considérable de transformations subies par les ondes sonores émises à New-York avant de parvenir à Philadelphie.
- Nous allons suivre successivement ces transformations en nous aidant du diagramme ci-dessous, en les numérotant au fur et à mesure, et en faisant tout notre possible pour n’en pas oublier.
- Le chanteur placé à gauche de la figure émet un son qui fait vibrer mécaniquement (1) le diaphragme d’un premier phonographe Pt établi à New-York. Ce phonographe grave sur de la cire (2) les ondulations
- Ligne del6b kilomètres
- NEW-YORK
- PHILADELPHIE
- Schéma de la transmission téléphonique d’un message phonographique.
- de son style. Le son est alors fixé et le rôle du chanteur terminé.
- On fait tourner le cylindre du phonographe devant un appareil qui reproduit la parole en faisant vibrer mécaniquement (3) une plaque, vibrations qui sont transmises à l’air (4) et viennent frapper la plaque d’un transmetteur à charbon d’Edison Tj qu’elles mettent en vibration (5). Ce transmetteur à charbon varie lui-même de résistance (6) et produit un courant d’intensité variable (7) dans un circuit primaire local— toujours à New-York— constitué par une pile I*!, le transmetteur à charbon et le circuit primaire d’une première bobine d’induction Bt. La bobine d’induction transforme le courant ondulatoire local de faible force électromotrice et d’intensité relativement grande en courant ondulatoire induit (8) de grande force électromotrice et de faible intensité qui franchit la double ligne établie de New-York à Philadelphie etarrive dans un électro-motograph E/. Le courant ondulatoire de haute tension modifiant l’adhérence entre le cylindre de chaux et la lame de platine qui s’appuie sur lui produit un frottement variable (9) qui se traduit par une vibration synchronique de la plaque vibrante (10) à laquelle il est fixé, cette vibration se communique à l’air envi-
- 1 Voy. n° 311, du 17 mai 1879, p. 369.
- ronnant (11) et la parole téléphonographiée à New-York se trouve reproduite à Philadelphie.
- Mais la parole ainsi reproduite n’est pas encore, il s’en faut, parvenue au bout de ses transformations, car il lui faut encore s’enregistrer et se reproduire avec assez d’intensité pour être entendue par un nombreux auditoire.
- A cet effet, l’électro-motograph est placé devant un second phonographe P2 qui recueille les vibrations (11). La plaque de ce phonographe vibre mécaniquement (12) et inscrit le son sur la cire (13). Le téléphonogramme est alors gravé à distance.
- On fait répéter le son inscrit par le style du second phonographe (14) et l’on produit des vibrations sonores (15) qui agissent à leur tour sur la plaque d’un second transmetteur à charbon d’Edison. Ce transmetteur vibre mécaniquement (16), change de résistance électrique (17), produit un courant ondulatoire (18) dans un circuit local composé d’une pile P2 du transmetteur T2 et du circuit primaire d’une bobine d’induction B2. Ce courant ondulatoire en produit un autre de plus haute tension (19) dans le circuit secondaire de la bobine, circuit en communication avec le second électro-motograph E2. Celui,-ci, à son tour, produit un frottement variable (20) qui fait vibrer la plaque de l’appareil (21), les vibrations de la plaque se transmettent à l’air (22)
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- et frappent les oreilles des auditeurs représentés sur la droite du diagramme.
- Il importe de remarquer que sur la ligne double de 320 kilomètres de longueur totale qui relie les appareils placés à New-York et à Philadelphie, il y a 6 milles (10 kilomètres) en câble souterrain dont la capacité électrostatique contribue à augmenter les difficultés de transmission téléphonique. Remarquons qu’à partir de la quinzième transformation, la reproduction téléphonographique de la parole à distance, est acquise et qu’on pourrait s’arrêter là, à la condition d’appliquer l’oreille contre le cornet du phonographe P2. Tous les appareils interposés entre la quinzième transformation et la vingt-deuxième, constituent un véritable mégaphone dont le but est d’amplifier le son émis et d’en augmenter l’intensité pour le faire entendre à un nombreux auditoire. La combinaison joue par rapport au son le même rôle que le microscope par rapporta la lumière.
- Que le lecteur nous pardonne cette énumération aride et fastidieuse, mais nécessaire pour comprendre tout le merveilleux de cette expérience qui sera, certainement, l’une des plus grandes curiosités de l’Exposition de 1889. N’est-il pas admirable, en effet, qu’après vingt-deux transformations qui, toutes, tendent à déformer plus ou moins l’onde initiale, celle-ci conserve encore suffisamment sa forme pour être reconnue, ou même perçue à distance? 11 ne faut pas perdre de vue que les organes essentiels de cette expérience, phonographes, transmetteur à charbon et électro-motographes, étaient encore à naître il y a une douzaine d’années, pour pouvoir apprécier sainement les progrès accomplis depuis les débuts du phonographe et du téléphone.
- Il est donc acquis, par cette expérience mémorable, qu’en combinant judicieusement le téléphone et le phonographe, il sera possible un jour d’envoyer des messages phonotélégraphiques, comme on peut au jourd’hui télégraphier, écrire, dessiner et téléphoner.
- Dans son enthousiasme, Y Engineering à qui nous empruntons les éléments essentiels de cette note, va jusqu’à prédire une révolution dans l’art du reportage et de la télégraphie, avant la fin du siècle, pourvu qu’Edison conserve le même taux de progrès que celui des deux dernières années.
- Il serait bien difficile de taxer notre confrère d’exagération : avec un homme comme Edison, qui recule chaque jour les limites de l’impossible, on ne saurait plus rien affirmer ou nier. Nous devons donc, à défaut de détails plus circonstanciés, nous contenter de rendre compte des expériences américaines, en attendant qu’il nous soit permis de les apprécier de visu. E. Hospitalier.
- LES ROCHES DE PLOUMANMTH
- EX BRETAGNE
- Les côtes de la Rretagne sont bizarrement découpées par de profondes déchirures, dont nombre
- d’entre elles rappellent les fjords norvégiens : une suite d’écueils et d’ilots qui s’avancent au loin dans la haute mer leur font comme une ceinture et indiquent d’une façon bien nette où s’arrêtait autrefois le littoral armoricain. Les traditions, l’histoire même, nous ont conservé le souvenir de cités, de forêts, de territoires disparus et qui dorment maintenant sous les eaux : telle la légendaire ville d’Is dans la baie de Douarnenez ; telle encore cette immense forêt de Lexobie, qui couvrait autrefois tout l’espace compris entre Saint-Pol et les Sept-lles; et enfin ce vaste territoire de l’ancienne ville d’Aleth, qui s’étendait du cap Prehel jusqu’à la presqu’île du Cotentin, et que l’effort d’une grande marée convertit en un immense golfe, d’où émergent, seuls témoins du continent envahi, le mont Saint-Michel, l’île de Cesam-bre et cette multitude d’îlots qui parsèment la mer en face de Saint-Malo.
- C’est que les côtes de la vieille Armorique, malgré leur puissante ossature de granit, ont dù soutenir de rudes assauts contre les flots de l’Océan. Outre la lutte incessante contre les tempêtes venues du large, et le courant du Gulf-Stream qui vient attiédir et embrumer son climat, la Bretagne a subi, à plusieurs reprises, le choc de marées extraordinaires, surtout aux équinoxes. Quelques-unes d’entre elles ont causé tant de ravages que l’histoire en a conservé les dates : la grande marée de mars 709, « qui mit tant en mal le pays breton », suivant l’expression d’un des vieux chroniqueurs du mont Saint-Michel, sépare l’abbaye du rivage et change le cours du Couesnon.
- En 1163 et en 1172, la mer détruit une partie des évêchés de Saint-Pol-de-Léon et de Tréguier et forme cette jetée extraordinaire de roches et de cailloux roulés, redoutable écueil à l’embouchure du Trieux et qu’on nomme dans le pays l’Epée de Tréguier ou le Sillon de Talbert.
- Si, par leur nature granitique, la plupart des roches bretonnes ont pu victorieusement résister aux coups des vagues de l’Océan et à l’action destructive de l’air, il en est d’autres, au contraire, qui, par leur texture spéciale, s’effritent journellement sous l’embrun de la mer, donnant naissance aux plus étranges formations : telles sont les roches si curieuses qui parsèment le sol de la vallée de Ploumanac’h.
- Au mois de janvier dernier, nous avons fait une excursion dans cette sauvage contrée qui n’a pas son égale dans notre vieux monde; quittant le chemin de fer à Lannion, une voiture du pays nous amène au petit port de cabotage de Perros-Guirec. Nous jetons en passant un coup d’œil sur sa curieuse église romane, bâtie en poudingue rose, dont les teintes chaudes tranchent vivement sur le gris d’un ciel d’hiver. Puis nous grimpons, par une route en lacet, qui nous rappelle le chemin malaisé de Lafontaine, au sommet du promontoire granitique bordant à l’est la vallée de Ploumanac’h. Nous nous arrêtons un instant à visiter cette jolie chapelle de Notre-Dame-de-la-Clarté, pèlerinage célèbre, où les
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- aveugles, ainsi que son nom l’indique, vont demander la lumière. De là, la route descend par une brusque rampe dans la vallée dont nous avons une vue d’ensemble complète. Encaissée entre la côte de la Clarté et les croupes que domine le village de Trégastel, la vallée s’étale à demi inculte et comme hérissée d’amoncellements de roches aux formes les plus capricieuses. On dirait presque qu’un géant, dans un moment de belle humeur, s’est amusé à édifier, au milieu de landes et de maigres champs cultivés, des tas de cailloux à sa taille, couronnant toujours son édifice d’un galet plus gros, comme posé en équilibre. Et, de fait, le géant qui a créé en partie ces singuliers assemblages de roches n’est pas loin, il est là qui mugit à notre droite, entourant les Sept-Iles et plus loin les Triagoz d’une blanche ceinture d’écume, tandis qu’il bat à coups répétés les falaises du rivage.
- La vallée a la forme d’un triangle dont la base est appuyée à la mer, et occupe une superficie d’environ 3 kilomètres carrés. Au fur et à mesure que nous avançons, le spectacle se fait plus étrange; les blocs prennent leurs véritables proportions et nous saisissons mieux la diversité de leurs formes. Au milieu d’elles s’est comme blotti le petit village de Ploumanac’h qui a conservé dans son nom le souvenir de ses anciens maîtres (Plou-manac’h, en breton, le pays des moinesl). Rien de plus curieux que de voir ses maisons, soit isolées, soit par groupes de deux ou trois s’accotant comme peureuses contre ces énormes rochers ; la plupart du temps les maisons se sont orientées de manière à s’abriter des vents du large et dans les sortes de cavernes formées par l’amoncellement des rochers l’homme s’est constitué des sortes de celliers. La mer pénètre assez loin dans les terres par un étroit chenal au tracé sinueux formant, au milieu du bourg, un petit havre bien abrité ; l’arrière du chenal est barré par une haute levée maçonnée sur laquelle se sont établis deux moulins à marées d’aspect des plus pittoresques. A droite et à gauche se sont creusées de petites baies qui découvrent à marée basse et dans l’une d’elles nous remarquons un édicule élevé sur un amas de rochers, sorte de petite chapelle dont la façade est soutenue par deux colonnes romanes. Au fond se dresse, fruste, à demi brisée, une statuette de bois autour du nimbe de laquelle nous lisons : saint Guirec.
- Là, semi-souriante, semi-rougissante, la fille de notre hôtesse nous conte la superstitieuse coutume des filles du pays. Lorsque l’une d’elles désire se marier, elle vient piquer une épingle de sa coiffe dans la statue du saint et il est de tradition que son vœu est toujours exaucé dans l’année.
- L’entrée de la baie est signalée par un petit phare ou plutôt un fanal à feu fixe rouge, édifié sur une pointe avancée où s’amoncellent d’énormes roches
- 1 Ploumanac’h était fief de l’abbaye des moines cisterciens de Begard, fondée en 1130 dans l’île de Gentiles, une des Sept-Iles qui, depuis, s’appelle l’île aux Moines.
- rougeâtres, d’où son nom breton, la pointe du Men-ru (pierre rouge). Au milieu de ces roches, le gardien nous indique une de ces pierres branlantes qui font la renommée du pays et dont on trouve une quarantaine aux environs.
- La roche qui constitue le sol de Ploumanac’h est une sorte de granité rose porphyroïde composé d’une multitude de petits cristaux de quartz d’un blanc laiteux noyés dans une pâte feldspathique d’un rose saumon. Sous l’action de l’embrun de mer et du vent, elle s’effrite facilement, s’arrondit sur les angles et, par suite de la constance de cette action destructive, les points d’appui entre les pierres tendent de plus en plus à diminuer jusqu’au moment où il ne reste plus qu’un seul et étroit contact entre elles : comme les deux faces opposées ont pris une forte courbure convexe, la pierre supérieure reste en équilibre et la moindre force appliquée sur un des côtés permet de lui faire subir de notables oscillations.
- C’est ainsi que le gardien du phare, un vieux marin à jambe de bois, pouvait donner à la pierre branlante un mouvement d’une amplitude de 4° à 5°. Tandis que nous photographions cette roche à l’intention de La Nature, nos compagnons en relèvent les dimensions et lui trouvent 7 mètres de longueur sur 5 de largeur et 1,50 m de hauteur (fig. 1).
- Plusieurs de ces rochers, placés sur des bases étroites, forment comme de gigantesques champignons, rappelant ces tables qu’on observe dans les glaciers ; on les nomme plus particulièrement dans le pays les pierres pendues. Le piédestal étant plus fortement attaqué du côté d’où vient le vent de mer, les pierres supérieures passent peu à peu de l’état stable à l’état de pierre branlante, puis à la suite de nouvelles destructions de la base glissent en avant et le cycle recommence. C’est ainsi que nous avons pu constater que certaines pierres, autrefois mouvantes, étaient à l’heure actuelle immobiles, et on reconnaissait à l’aspect des roches sous-jacentes et voisines, le point où elles avaient dû stationner auparavant. Ainsi par une succession lente d’avancements périodiques, les roches tendent à se précipiter vers le flot qui, de son côté, en rongeant la falaise cherche à venir au-devant d’elles. Une particularité digne de remarque s’observe en plusieurs endroits : de profonds sillons verticaux se sont creusés en certains points de ces roches, isolant sur le côté du bloc un mince feuillet donnant à l’ensemble l’aspect d’une de ces toques à rabat semblable au bonnet légendaire de Louis XI.
- En remontant du côté de la pointe de Trégastel, la pierre change de nature, c’est une sorte d’amphibole grossier d’une teinte grisâtre ; elle résiste mieux aux agents destructeurs et ses blocs sont beaucoup plus considérables ; avec leurs croupes arrondies on dirait de gigantesques mastodontes couchés dans la plaine. Outre la pierre branlante connue dans le pays sous le nom de Cos-Castel (fig. 2), on remarque un amas d’énormes galets qui ont formé par leur réunion
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- une sorte de grotte dans laquelle on a établi une stices par un grossier muraillement. En remontant chapelle, après avoir eu soin de fermer les inter- jusqu’au Calvaire de Trégastel, curieuse pyramide,
- Fig. 1. — Les roches braillantes de la pointe de Men-ru en Bretagne.
- La roche branlante est comprise entre les deux observateurs qu ila mesurent.] (D’après une photographie de l’auteur.)
- construite en granité porphyroîde, dernier coup d’œil sur l’étrange contrée que nous venons de visiter. Ces blocs épars de tous côtés, aux chaudes colorations qui contrastent violemment sur le vert glauque de la mer, au milieu desquelles se cachent craintives les maisonnettes des pêcheurs, tandis qu’au loin s’estompent dans la brume les silhouettes abruptes des Sept-Iles : tout cet ensemble forme un spectacle d’une attachante beauté. N’est-ce pas à ce pays si étonnamment tourmenté que s’applique le mieux l’éloquente page de
- | Victor Hugo sur les constructions de la mer? « Une
- dynamique extraordinaire étale là ses problèmes résolus. D’effrayants pendentifs menacent, mais ne tombent pas. On ne sait comment tiennent ces bastines vertigineuses. Partout des surplombs, des porte-à-faux, des lacunes, des suspensions insensées ; la loi de ce babélisme échappe.... Rien de plus émouvant pour l’esprit que cette farouche architecture, toujours croulante, toujours debout,... On y reconnaît cette collaboration de deux querelles : l’Océan et l’ouragan. » H. Fourtier.
- nous jetons un
- Fig. 2. — La roche branlante de Tregastel en Bretagne.
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- L\ TÉLÉPHONIE k STOCKHOLM
- Fig. 1. Modèle d un téléphone Ericsson. Fig. 2. — Disposition des fils aériens de la station de Stockholm.
- Fig. 5. — Salle du bureau central téléphonique de Stockholm.
- Entre toutes les applications électriques, la télé- I le plus et qui, à cette heure, rend journellement phonie est certainement celle qui se développe | les plus grands services. La Nature a déjà parlé
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- des installations faites à Paris en 18821 par la Société générale des téléphones, et n’a pas manqué de signaler chaque fois qu’ils se sont présentés les nouveaux progrès effectués dans cette branche de la science. La Société Almanna-Telephon de Stockholm a établi actuellement dans cette ville un service de téléphones qui présente plusieurs points intéressants. Cette installation remonte à l’année 1883, mais a subi de très importantes modifications, surtout en 1886. Les appareils téléphoniques employés sont ceux de la Compagnie Ericsson, représentés dans la figure 1. Le transmetteur est fixé à la partie supérieure d’un pied reposant sur un socle où se trouve la sonnerie d’appel ; sur le côté se trouve le récepteur. Ce transmetteur B se compose d’une membrane très flexible s; au centre de cette membrane est fixé un petit disque de charbon, et en regard de ce dernier un fil de platine qui vient établir le contact. Ce fil de platine est porté par un cylindre métallique adapté lui-même à l’extrémité d’une vis à tête mobile. Le serrage du fil de platine contre le disque de charbon est obtenu à l’aide d’un ressort f, placé dans l’intérieur. Cette disposition a pour but de permettre un réglage très facile et à la fois très sensible par un léger déplacement de la tête de la vis. L’abonné peut donc, a son gré, régler lui-même son appareil, et l’approprier à ses besoins. Les autres dispositions de montage des appareils avec bobines d’induction ne diffèrent pas sensiblement des dispositions ordinairement employées; nous n’en parlerons donc pas.
- Dans les premiers temps de l’installation, la Société se contenta de construire trois bureaux, un au nord, un au sud, et un à l’intérieur de la ville. Ces bureaux ne fonctionnèrent d’abord que pendant certaines heures du jour, puis peu à peu jour et nuit d’une façon continue. La figure 3 montre l’aspect intérieur d’un de ces bureaux (Nord). Une série de pupitres à dos élevé sont placés les uns à côté des autres. Sur ces pupitres, à la partie verticale, se trouvent les annonciateurs correspondant à chacun des abonnés; l'a aussi est placé le transmetteur qui est ainsi à la hauteur de la bouche du téléphoniste qui peut téléphoner tout en étant assis. Enfin sur le plan horizontal sont disposés les commutateurs pour effectuer tous les changements de direction nécessaires. Toutes ces dispositions ne diffèrent pas essentiellement des dispositions adoptées jusqu’ici ; mais elles sont intéressantes par leur simplicité et leur commodité. On remarquera, dans le dessin, que ces bureaux sont encore éclairés par le gaz; mais il est fort probable que cet éclairage sera remplacé par l’éclairage électrique.
- Telles étaient les trois stations téléphoniques qui firent le service jusqu’en 1886; mais, à cette époque, le nombre des abonnés augmentant, on résolut de construire un plus grand nombre de stations de quartiers et de les réunir toutes à la station Nord.
- 1 Yoy. n° 454, du 11 février 1882.
- L’ancien local devenait insuffisant; on fit élever un nouveau monument (fig. 2). Sur le toit de cet édifice se trouve une immense tour, formée par une série de barres de fer juxtaposées et entretoisées. Sur ces tiges de fer sont fixés 8000 isolateurs en porcelaine, sur lesquels passent des circuits en bronze phosphoreux de 1 millimètre de diamètre. Tous les circuits sont en effet aériens dans cette nouvelle disposition.
- Quand cet édifice a été terminé, tous les circuits ont été disposés, et il a fallu remplacer l’ancienne station par cette nouvelle. Le travail a été effectué pendant la nuit en quatre heures et dix-sept minutes; nous citons le chiffre exactement, parce qu’il mérite d’être signalé. Les communications, qui, la veille au soir, étaient données par la petite station Nord, pouvaient se faire dès le lendemain matin par la nouvelle station, et le service n’avait été interrompu que quelques heures.
- Depuis cette époque, les communications téléphoniques n’ont cessé de fonctionner régulièrement, et le nombre des abonnés a toujours été en croissant. En 1886, le nombre des abonnés était de 3600, le nombre des transmissions s’élevait à 5 802 063 pendant l’année, soit 18 222 par jour, soit entre 5 et 6 par abonné et par jour; la longueur totale des circuits était de 5287 kilomètres. En 1887, on comptait 4015 abonnés, 6 462 548 transmissions dans l’année, 20 590 transmissions par jour, entre 5 et 6 transmissions par jour et par abonné; la longueur des circuits était de 7058 kilomètres. Au 1er octobre 1888, il y avait 4300 abonnés, 6 383 431 transmissions, entre 6 et 7 transmissions par abonné ; le nombre des téléphonistes employés ne dépasse pas quatre-vingt dix1.
- 11 ne faudrait pas croire cependant que les pays étrangers soient ainsi les seuls à faire progresser la téléphonie. En France, les progrès sont aussi très rapides. Au 31 décembre 1888, le nombre des abonnés était à Paris de 6120 au lieu de 5274 en 1887, soit une augmentation de 846 abonnés; à Alger, de 94 au lieu de 89; à Bordeaux, de 440 (404 en 1887) ; au Havre, de 275 au lieu de 235 ; à Marseille, de 449 au lieu de 400; de 114 à Nancy (106 en 1887) ; de 146 à Rouen au lieu de 119; et de 110 à Saint-Etienne au lieu de 108. Le nombre des abonnés va en augmentant dans presque toutes les villes. On peut en tirer une conclusion très heureuse en faveur des développements ultérieurs de la téléphonie entre villes et même entre pays étrangers. Qui pourrait prévoir les merveilles que l’avenir nous réserve? J. Laffargue.
- LE CUIVRE ET LE PLOMB
- AU CONGO
- Une intéressante exploitation minière (si le nom n’est pas trop pompeux pour la chose) à visiter au Congo, est celle de M’bobousongho ; ce sont des mines de cuivre et
- ‘ D’après le Zeichrift fur Elektrotecknik de Vienne.
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- de plomb qui sont toutes voisines de Manyanga. M. le capitaine Pleigneur, un des compagnons de M. de Brazza, et qui périt si malheureusement dans un rapide, avait voulu visiter ces gisements; mais, parti dans la saison pluvieuse, il avait trouvé l’orifice des puits inondés. Un explorateur français, M. Cholet, a été plus heureux ; il a effectué cette intéressante excursion de compagnie avec M. Dupont, le directeur des Musées de Bruxelles, qui, paraît-il, prépare un travail géologique sur tout le pays. Ils ont vu l’exploitation des minerais et aussi la façon dont les indigènes traitent les métaux, le cuivre en particulier.
- Ces mines de M’bobousongho ne sont que des carrières exploitées à ciel ouvert, seule manière de procéder que puissent employer les indigènes, étant donné le peu de ressources dont ils disposent. Il y a trois de ces mines, larges de 50 à 60 mètres; creusées en entonnoir, elles ont une profondeur de 10 à 15 mètres. Les mineurs y descendent par des gradins, et remplissent de minerai de petits paniers qui sont enlevés du haut à l’aide de lianes. Chaque homme peut extraire par jour 300 kilogrammes.
- D’après M. Cholet, le minerai se compose de cuivre et de plomb mélangés dans du calcaire. Le fourneau qu’on emploie pour fondre ce minerai est une maçonnerie d’argile en forme de tronc de cône, haut de 0m,40, et ayant un diamètre intérieur de 0m,20. Ce fourneau présente sur le côté une fente permettant l’introduction du creuset d’argile. On bourre le fourneau de charbon ; le creuset, rempli de minerai broyé, est également recouvert de combustible; deux enfants activent le feu par-dessous au moyen de soufflets munis d’un chalumeau d’argile; l’ouvrier qui dirige le travail jette de temps en temps du mâchefer broyé et mouillé servant de réducteur. Après trois quarts d’heure le mélange est en fusion ; on l’écrème au moyen d’un bambou vert et on le coule dans de petites gueuses. Mais il faut encore une seconde opération. Ce nouveau travail consiste à refondre le métal obtenu à l’air libre dans un creuset d’argile percé de trous; sous l’influence d’une faible chaleur une partie du plomb s’échappe ; il reste des lingots de cuivre qui, sous cette forme, sont employés comme monnaie courante. D’ailleurs, quand on veut travailler le métal pour en faire des bracelets, des colliers, on doit lui faire subir une troisième fonte; il est alors sensiblement pur, et prend une belle teinte rouge.
- HISTOIRE DES MICROSCOPES1
- MICROSCOPES SIMPLES
- Les verres grossissants remontent à une haute antiquité. Le dialogue de Strépsiade et de Socrate dans la comédie des Nuées témoigne de l’emploi que les Grecs savaient déjà faire de ces instruments au temps d’Aristophane, 400 ans avant notre ère.
- A Rome, c’est seulement vers la fin de la République que l’attention des philosophes fut attirée sur les appareils susceptibles d’accroître la puissance de la vision. Sénèque institua dans ce but quelques expériences sur les ampoules de verre. Il connut la propriété d’une boule pleine d’eau de grossir les objets. Il remarqua même qu’on peut
- 1 Voy. Les ‘premiers microscopes, n° 171, du 9 septembre 1876, p. 236,
- s’en servir pour lire les écritures fines. Mais il n’en fit, dans la pratique, aucune application importante.
- De la Grèce et de Rome, ces petits appareils arrivèrent aux Alexandrins et furent plus tard recueillis, avec les autres épaves de la science païenne, par les Arabes. Le premier, au onzième siècle, un de leurs savants d’Espagne, le célèbre Al Ilazen, construisit de vraies lentilles. Ses œuvres pénétrèrent dans les couvents. Deux cents ans après lui, Roger Bacon en eut connaissance. Le docteur admirable, comme on l’appelait alors, répéta les expériences de l’auteur arabe. Il étudia à la fois les effets des miroirs et ceux de la réfraction. Ses lentilles consistaient, comme celles d’Al Ilazen, en segments de boules de verre. Ses compatriotes, les Anglais, lui attribuent l’invention des verres biconvexes. On ne saurait cependant affirmer qu’il ait construit les loupes proprement dites, car c’est seulement au dix-septième siècle que ces instruments semblent avoir élé employés.
- Au temps de Descartes, on n’en faisait aucun usage. Au contraire, les lentilles à une seule face convexe commençaient à se répandre. En raison de leur destination la plus fréquente, on les désignait sous le nom de « lunètes à puces ». Si rudimentaires qu’elles fussent encore, Descartes leur prédit pourtant de hautes destinées : « On pourra, écrivit-il en 1657, avoir par leur moyen les divers meslanges et arrangemens des petites parties dont les animaus et les plantes, et peut-être aussi les autres cors qui nous environnent sont composés, et de là tirer beaucoup d’avantage pour venir à la connaissance de leur nature. »
- Mû par cet espoir, le grand philosophe s’efforça d’agrandir les images que donnent les lentilles. 11 y est arrivé, « en faisant que les rayons se croysent fort loin de l’œil, par le moyen d’un tuyau plein d’eau... »
- Les vraies loupes, caractérisées par deux faces convexes, sont venues ensuite. Je les trouve mentionnées pour la première fois dans un curieux ouvrage que le P. Kircher publia en 1646 *. Dans son Grand Art de la lumière et de l'ombre, le savant jésuite fait remarquer que « les fioles construites en boules sont propres à donner toute espèce de figures ». Il en indique l’emploi pour grossir les objets. C’est sous le nom de Smicroscopes qu’il les décrit. « On en fait, dit-il, de différentes sortes. Toute section d’une sphère de verre suffit à l’affaire. Quelques-uns se servent de deux lentilles convexes... Certains emploient de grandes sphères de verre remplies d’eau. D’autres, au contraire, par une invention nouvelle et très ingénieuse, renferment
- 1 La figure i, page 268, reproduit les loupes de Kircher. Voici l’explication de cette curieuse planche : AB, tube de la loupe. — E, œil de l'observateur. — D, flamme d’une chandelle. — N, objet à voir. — R, support de l’objet. — M, support de l’ampoule formée de deux segments de verre pleins d’eau. — O, œil — VR, verre biconcave.
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- dans un tube AB (fig. 1) de très petites sphères C de verre dont le diamètre n’excède pas celui des plus petites perles, c’est-à-dire de la grandeur d’un o. Si vous placez le pied d’une puce près de la surface de la sphère, entre l’œil et la lampe, vous verrez, chose admirable, la cuisse comme celle d’un cheval; un poil placé sur ce verre paraîtra de la grosseur d’une poutre, et, ce qui est surtout étonnant, c’est de voir comment de si énormes choses peuvent être représentées dans une sphère si petite. »
- Dans le même ouvrage,
- Kircher donna (fig. 2) la description et le dessin d’une lanterne éclairée par une chandelle et munie d’un miroir pour « faire voir l’écriture (ordinaire) à une distance très éloignée en la rendant lisible. » L’adjonction d’un verre dioptrique au miroir accrut la puissance amplifiante de l’instrument. Tel fut, sous les noms successifs de lanterne catadioptrique, thaumatur-gique, mégalographique et enfin magique, l’embryon du microscope solaire. On l’employa notamment à projeter l’image agrandie des petits animaux : « Dès qu’ils sentent la lumière ou la chaleur de la flamme, dit Zahn, c’est un spectacle admirable... On est saisi de stupeur en les regardant...
- Si l’on met entre deux verres un peu d’eau limpide qui renferme plusieurs vermisseaux vivants, on voit sur le mur, non sans émotion, ni vif plaisir, des serpents étonnants qui rampent. »
- Cependant, malgré les belles dimensions des images obtenues par projection, dès le début on leur préféra l’observation à la loupe : les images virtuelles étaient, en effet, beaucoup plus nettes. Pour en augmenter le grossissement, les micrographes s’appliquèrent à réduire le diamètre des lentilles. On comptait alors en Europe les savants qui, pour leur usage personnel, parvenaient à en construire de très
- baguette
- Fig. 1. — Loupes (le Kircher (1616). D’après l’Ars magna lacis et umbræ.
- Fig. 2. — Microscope de Kircher (1646). — AB. Miroir
- concave. — C. Cheminée. — D. Fenêtre gnée. — F. Flamme.
- Fig. 3. — Microscope sans verre de G.-C. Eimmart.
- petits. Balthazar de Monconys, qui les recherchait avec soin, n’a guère cité que celles qu’il vit chez Renes, Yossius, Hudd et le chanoine Septalla, de Milan. Ces physiciens préparaient leurs verres en en faisant fondre une goutte dans la flamme d’une chandelle à l’extrémité d’une de fer.
- Robert Hooke usa aussi de ce procédé. Huyghens, en le suivant, arriva le premier à construire les plus petites lentilles connues. Il les interposait entre l’œil et deux morceaux de talc comprenant l’objet à examiner. « Une très petite goutte d’eau, prise dans un verre durs lequel on aura laissé tremper du poivre deux ou trois jours, estant, dit-il, ainsi enfermée, paroist comme un estang, dans lequel on voit nager une infinité de petits poissons. »
- Son compatriote Hart-zoeker rendit l’observation plus commode en montant la loupe d’Huyghens dans un châssis où l’on pouvait fixer aussi l’objet à voir.
- Bien que nécessitant l’admission directe des rayons solaires, ces appareils étaient assurément très remarquables. Leeuwenhoeck les porta cependant à un degré encore plus élevé de perfection. A partir de 1675, il s’acquit, dans l’art de préparer les lentilles, une réputation européenne. Après sa mort, qui arriva en 1723, ses verres ont été décrits de visu par son ami, Martin Folkes, vice-président de la Société royale de Londres.
- « Ces microscopes, dit Folkes, étaient tous simples. Chacun consistait en un verre doublement convexe enchâssé entre deux plaques d’argent rivées ensemble et percées d’un petit trou. L’objet était fixé à une pointe ou aiguille d’argent qui, au moyen de pivots de même métal, disposés dans ce but, était susceptible de rotation; elle pouvait monter ou descendre, s’approcher ou s’éloigner du verre, selon la nature de l’objet, les convenances de l’examen de ses
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- diverses parties. M. Leeuwenhoeck fixait ses objets, quand ils étaient solides, avec de la glu; quand ils étaient fluides ou d’une nature telle qu’on ne pût bien les voir que posés sur un verre, il les plaçait d'abord sur une petite plaque de talc ou de verre d’une minceur extrême; c’est ce verre qu’il engluait ensuite à l’aiguille de la même manière que les autres objets *... »
- Leeuwenhoeck légua vingt-six de ses meilleures lentilles à la Société royale. Cette collection fut spoliée plus lard. Elle devait renfermer des verres d’un prix inestimable, si l’on en juge par les observations de l'auteur. Ses lentilles sont, en effet, les 'premières qui permirent d’apercevoir les bactéries. Ce fait semble impliquer qu’elles donnaient des grossissements de 3 à 400 diamètres.
- Après le célèbre micrographe, les constructeurs de lentilles s’appliquèrent principalement à perfectionner la monture des loupes ; mais ce qui mérite surtout d'être signalé, c’est la remarquable simplification que leur fit subir un observateur, dont le nom est demeuré inconnu. Georges Cliris-toplioreEimmart, astronome de l’Observatoire de Nuremberg, rapporte qu’un voyageur « lui fit voir l’invention toute nouvelle d’un microscope sans verre ». Ce petit appareil consistait (fig. 3) en une lame de cuivre terminée par un disque de même métal : au centre du disque avait été pratiqué un tout petit trou. Il suffisait d’y déposer une goutte d’eau pour qu’elle s’y arrondit et put faire fonction de lentille. Fixé à une alidade mobile,
- 1 Philosophical transactions, a0 580.
- l’objet pouvait être amené en regard de la goutte d’eau et, au moyen d’une vis, mis au foyer de la loupe liquide. Ce modèle fut ensuite copié sous bien
- des formes. Au dix-huitième siècle il fut employé conjointement avec les lentilles de verre. On fit surtout usage d’un petit microscope, décrit par Joblot en 1718, et connu jusqu’au commencement de notre siècle sous le nom de microscope à liqueur. Deux gros tubes reliés l’un k l’autre par un anneau vissé sur eux constituaient le corps de l’instrument. Au tube supérieur était adaptée la lentille; au-dessous d’elle le porte-objet reposait sur l’anneau mobile; le déplacement de cet anneau permettait d’opérer la mise au foyer. Le tube inférieur portait des diaphragmes ; on le dévissait pour poser
- la goutte d’eau sur le porte-objet.
- Wilson, en Angle -terre, imagina ensuite un microscope de poche k peu près de même grandeur et disposé de façon k permettre de changer les lentilles, suivant les exigences du grossissement (fig. 4).
- Enfin Baker, en 1743, fit connaître une « nouvelle invention pour fixer le microscope de poche et lui donner du jour par le moyen d’un miroir » (fig. 5). C’est la première loupe montée qui ait été faite. On ne l’a perfectionnée depuis que dans le détail, pour ce qui est de la monture. Quant aux lentilles on était obligé de n’en utiliser que la région centrale, afin de réduire les aberrations de sphéricité et de ‘réfrangibilité. Si imparfaits que fussent ces instruments, jusqu’à la fin du dix-huitième siècle ils se sont presque toujours montrés supérieurs aux microscopes composés. En étudiant,
- Fig. 4. — Microscope de Wilson (17i0).
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- dans un prochain article, l’origine de ces derniers appareils, et, si je puis parler ainsi, leur embryologie, nous verrons qu’au cours des deux derniers siècles ils ont beaucoup moins contribué que les loupes à la découverte du monde invisible.
- — A suivre. — Louis Olivier.
- NÉCROLOGIE
- Charles Martins. — Ce savant, qui vient de mourir le 7 mars 1889 dans sa quatre-vingt-troisième année, était né à Paris le 6 février 1806. II étudia la médecine à la Faculté de cette ville, et ne tarda pas à se faire remarquer par son zèle et ses rares aptitudes. « En 1839, dit M. Raphaël Blanchard dans une excellente notice biographique publiée dans le Progrès médical, Martins est nommé agrégé d’histoire naturelle à la Faculté de médecine de Paris' et ne tarde pas à suppléer Achille Richard ; bientôt après, il fait, à la Sorbonne, le cours de géologie, à la place de Constant Prévost. Puis il accomplit de nombreux et longs voyages. En 1851, la chaire de botanique de la Faculté de médecine de Montpellier est vacante : Martins l’obtient au concours et devient ainsi directeur du Jardin de botanique. Le 9 février 1863, il est élu membre correspondant de l’Académie des sciences, dans la section d’économie rurale, par 44 voix contre 6 données à M. de Yibraye. En 1870, pendant le siège de Paris, l’Académie de médecine le nomme associé national. » Charles Martins avaitles facultés de travail les plus variées ; dans le cours de sa longue carrière, et de ses nombreux voyages, il se livra avec un égal succès à l’étude de la météorologie,de la physique du globe, de la géologie, de la botanique, de la paléontologie, de l’anatomie comparée et de la physiologie. II est versé dans la connaissance des langues étrangères, fait quelques traductions de l’allemand, accomplit des voyages scientifiques, qu’il raconte avec le style coloré d’un littérateur. Les glaces du Nord et la périlleuse ascension des plus hautes montagnes ont pour lui autant d’attrait que les déserts brûlants de l’Afrique ou les splendeurs de l’Orient : il visite les uns et les autres, en observateur qui note les mœurs et sait les décrire, en naturaliste que la faune et la flore intéressent également, en physicien pour lequel les problèmes les plus ardus de la météorologie, de l’hydrographie n’ont pas de secrets. Revenu en son Jardin botanique de Montpellier, pour l’amour duquel il avait refusé les honneurs qui l’attendaient à Paris, il confie au papier ses impressions vibrantes encore et donne ainsi le jour à ce livre remarquable, plein d’aperçus nouveaux et de fines observations, Du Spitzbergau Sahara (lre édition en 1866). Après un séjour prolongé en Laponie, Martins, en 1844, tente avec Bravais et Lepileur l’ascension du mont Blanc, emportant avec lui toute une série d’instruments de physique. Flsprit hardi et téméraire, il ne recule pas devant le danger, mais ne l’affronte pourtant que si son triomphe peut être profitable à la science. N’en a-t-il pas été ainsi de cette mémorable ascension, qui a permis de faire d’importantes observations et de vérifier les résultats annoncés par de Saussure? Martins estime à 4810 mètres l’altitude du mont Blanc au-dessus de la Méditerranée : la pression moyenne y est de 0m,42427. 11 y a observé la température d’ébullition de l’eau.
- Notre éminent maître, M. Édouard Gharton, dans une lettre qu’il nous a écrite récemment, nous rappelle les qualités d’esprit de Charles Martins qui fut son contem-
- porain et son ami. A propos du charme de ses relations. M. Charton nous cite une anecdote que nous reproduisons : « Son caractère sociable, dit M. Edouard Charton, son aménité, la sûreté de ses affections, permettaient de différer avec lui sans aucun froissement sur des questions philosophiques qui passionnent trop souvent jusqu’à l'irritation. Un jour lisant sur ma table, le mot « Immorta-« lité » écrit en tête d’un de mes articles, il me dit : « Je « n’ai jamais vu cela au bout de mon microscope ». —
- (( Y avez-vous vu notre amitié ? » lui répondis-je. Charles Martins ne fit que sourire. »
- Charles Martins a beaucoup écrit; outre de nombreux Mémoires scientifiques et des ouvrages multiples, il a été l’un des collaborateurs les plus assidus du 3Iagasin pittoresque et de plusieurs autres publications. L’œuvre de Charles Martins est considérable, et la science française perd en lui un chercheur, un explorateur, un savant et un philosophe du plus haut mérite. G. T.
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- CHRONIQUE
- Distribution de chaleur à domicile à Boston par l’eau surchauffée. — R y a déjà plusieurs années qu’en Amérique on avait fait des installations pour distribuer la chaleur à domicile à l’aide de la vapeur. On a essayé depuis de remplacer la vapeur par l’eau surchauffée. M. Abbot, ingénieur à New-York, a installé une canalisation à Boston pour le chauffage à domicile au moyen de l’eau surchauffée. Yoici le principe sur lequel repose le système. Une série de chaudières pleines d’eau surchauffée sont établies dans une station centrale. A l’aide d’une pompe, cette eau est envoyée dans une canalisation générale et de là, par des branchements particuliers, aux maisons des abonnés. Cette eau, une fois refroidie, revient par une autre série de tubes à la station, où elle est refoulée de nouveau dans les chaudières. A Boston, les tuyaux de retour sont établis de façon que l’eau refroidie retourne par l’effet de la pesanteur. Les tuyaux sont placés dans des tranchées dont le fond est revêtu d’une couche de béton ; des supports spéciaux ont été ménagés dans ce béton de distance en distance. Les tuyaux sont en acier laminé, pouvant résister à une pression de 800 atmosphères par centimètre carré; ils ont été essayés à une pression de 266 kilogrammes par centimètre carré. Us ont une longueur de 6 mètres et sont raccordés entre eux. Les enveloppes calorifuges consistent en de l’amiante cardée appliquée sur le tube et entourée d’un solide tissu en toile d’amiante rendu imperméable par une couche de plâtre. Cette distribution de chaleur par l’eau surchauffée présente, paraît-il, de très grands avantages sur l’emploi de la vapeur. L’usine fonctionne depuis le mois de décembre 1887, à l’entière satisfaction des abonnés. J. L.
- Les mines de Colombie. — La Colombie occupe le sixième rang parmi les contrées aurifères ; elle vient après l’Amérique du Nord, l’Australie, la Russie, le Yéné-zuela et la Chine. Sa production annuelle est d’environ 160 000 kilogrammes. La plus riche mine est celle de Sancudo, dans le district d’Antoquia; et bien qu’encore exploitée d’une façon fort primitive, elle fournit annuellement pour 1 000 000 de pesos (5 000 000 de francs). Depuis que le pays n’est plus sous la domination espagnole (1811), la production a augmenté, grâce surtout à l’immigration de mineurs allemands. Les mines d’argent sont encore peu importantes, parce qu’elles avaient été aban-
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- données dès le commencement de ce siècle; elles ont été remises plus tard en exploitation. Leur développement date de 1873; et en 1884 elles produisaient pour 1 250 000 pesos (6250000 francs). La production totale des mines d’or et d’argent de 1535 à 1886 est évaluée approximativement à 672 000 000 de pesos (3 360 000 000 de francs). De 1535 à 1600, elle s’était élevée à 59 500 000 pesos (297 500 000 francs). D’ailleurs, pendant les deux dernières années, l’extraction des métaux précieux a encore augmenté. D. B.
- Nouvelle matière pour les joints de conduites de vapeur. — Les joints des chaudières et en général de toutes les conduites de vapeur, ont besoin d’être absolument hermétiques; jusqu’à présent on employait à peu près exclusivement les rondelles en caoutchouc; mais elles présentent le grand inconvénient d’être assez rapidement décomposées par la chaleur et de ne plus alors prendre juste. Aussi, on commence à employer aujourd’hui des rondelles en carton de pâte de bois, qui ne présentent pas le même inconvénient. La pâte de bois chimique qui les compose est de la lignose lessivée ne renfermant plus aucun corps susceptible d’attaquer les parties métalliques en contact. On trempe ces rondelles en général dans de l’huile de lin ; elles se gonflent, et, par l’effet du serrage, garnissent toutes les eavités du métal, en donnant une fermeture aussi parfaite que le caoutchouc. Pour les joints de grande dimension, on superpose deux de ces rondelles: l’huile dont elles sont imbibées et le serrage les souderont ensemble.
- Volants des machines d vapeur. — Un perfectionnement très important vient d’être apporté à la construction des volants de machines à vapeur. On sait que le travail emmagasiné par un volant est proportionnel à sa masse et au carré de la vitesse de sa jante. Or, jusqu’ici on n’osait pas dépasser pour cette vitesse le chiffre de 40 mètres, de peur d’amener la rupture de la pièce, ordinairement en fonte. M. Mennesmann, de Reinscheid en Westphalie, a eu l’idée d’employer un volant à bras d’acier avec une jante formée par des fils d’acier enroulés un très grand nombre de fois sur eux-mêmes, et il a pu, par suite de la grande résistance de ces fils, atteindre une vitesse de 120 mètres, triple du chiffre précédent, emmagasinant, par conséquent, pour un même poids, une quantité de travail neuf fois plus considérable sans courir plus de chance de rupture. Adapté par une Société anglaise à un train de laminoirs, un appareil de ce genre a permis de traiter des lingots d’acier de poids inusités et d'en fabriquer des tuyaux de tous diamètres par segments de 10 mètres de longueur, d’un fini admirable, capables de supporter plus de 100 atmosphères, et à aussi bon marché que des tuyaux en fonte dix fois plus faibles.
- Production métallurgique de la Russie. — La
- production de la fonte, du fer et de l’acier prend dans l’empire russe un développement considérable. D’après la dernière statistique publiée, 131 usines ayant 195 hauts fourneaux en feu avec 205 machines soufflantes, ont traité 1091 959 tonnes de minerais (hématite brune, magnétite et limonite). La production totale de la fonte montait à 527 526 tonnes, dont 89 pour 100 de fonte au bois, ce combustible étant particulièrement abondant; à elles seules les usines de (« la Société de la Nouvelle-Russie », dans le gouvernement d’Yekaterinoslaw, ont fourni 324 132 tonnes avec trois hauts fourneaux. La fabrication du fer a compté 196 usines, avec 544 feux d’affinerie, 325 pilons à vapeur; les fers ouvrés ont
- monté à 362 723 tonnes. Pour l’acier, 34 aciéries, possédant, outre divers fours, 19 convertisseurs Bessemer, ont produit 193 130 tonnes de métal, dont la moitié a été employée à la fabrication des rails. Dans la période 1876-1885 la fabrication de l’acier a plus que décuplé en Russie. D. B.
- Les bestiaux de la province de Buenos-Ayres.
- — Depuis 1881, ce qu’on appelle le troupeau de la seule province a augmenté de 20 pour 100. Il compte aujourd’hui 5 705 772 bœufs (au lieu de 4 754 810 en 1881) valant 199 702 020francs; ajoutez à cela 2 877 345chevaux,valant environ 44 000 000 de francs ; puis 69 405 688 moutons d’une valeur de 520 000 000 de francs. 11 faut encore compter 204 000 têtes pour les moutons, les porcs. La valeur entière du troupeau est de 771 000 000 de francs. On commence aussi à élever dans les estancias le « nandu » ou autruche, dont le nombre, dans la province, est évalué à 50 000. D. B.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 mars 1889. — Présidence de M. Des Cloizeaux.
- La mère de la Calamité. — C’est le nom pittoresque que donnent les Algériens à un insecte des plus nuisibles dont M. Dehérain nous entretient un moment au nom de M. Pomel, directeur de l’École des sciences d’Alger. Seulement ils prononcent Oum Tebag; mais il paraît que la signification est la même. Cet insecte que les entomologistes comprennent dans le genre Ælia exerce sa voracité sur les blés des hauts plateaux : les grains attaqués se ratatinent, et perdent en général leur faculté germinative. M. Pomel compte se livrer à l’étude de cet insecte, et espère trouver les moyens de destruction auxquels a droit ce nouvel ennemi de la richesse publique.
- Kystes intracrâniens. — M. Lannelongue appelle l’attention de l’Académie sur l’origine de kystes d’ailleurs rares, dont on constate la présence dans la fosse cérébelleuse, et qui parfois peuvent contenir des cheveux, ou d'autres corps analogues. L’examen anatomique lui a prouvé qu’il s’agit réellement d’une portion de l’ectoderme, qui, au cours des périodes antérieures du développement, passe par le trou occipital, pour parvenir dans la boîte crânienne. Ce processus est tout à fait conforme à une théorie naguère développée par M. Yerneuil relativement à tous les kystes dermiques. L’existence de semblables accidents est loin d’être toujours mortelle. On cite des enfants de deux ans et même un individu de vingt ans qui souffraient seulement d’une compression anormale du cervelet et du bulbe. Si le diagnostic pouvait être établi avec certitude dans les cas d’une semblable affection, on pourrait même espérer de débarrasser les malades de leur infirmité, car le siège en est toujours le même.
- Éclairage des jets d'eau paraboliques. — Tout le monde a vu, dans les cours de physique, la fontaine lumineuse, imaginée en 1841 par Colladon. Une veine d’eau s’écoulant de la paroi verticale d’un réservoir emporte réellement un rayon de lumière qu’une lampe placée derrière le même réservoir a lancé au travers de celui-ci, précisément dans l’axe du jet liquide. On a pensé à utiliser l’effet obtenu dans des bassins de la prochaine Exposition. Mais on n’a pas tardé à s’apercevoir qu’avec de grandes dimensions, le dispositif si pratique des laboratoires ne donne plus rien de bon : dès que la veine grossit, dès que la hauteur d’eau du réservoir augmente, la por-
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- LA NATURE
- tion éclairée diminue beaucoup de longueur, et l’effet désiré n’est pas obtenu. Chargé d’étudier le problème,
- M. Bechmann en a obtenu la solution complète, que M. Troost présente en son nom. Le réservoir cylindrique de Colladon est remplacé par un vase métallique en double tronc de cône qui ne livre à l’eau qu’une sortie annulaire : c’est donc un tube liquide qu’on obtient, et c’est dans l’axe de ce tube simplement rempli d’air,que le rayon lumineux est lancé. 11 parait que les effets sont très satisfaisants, et qu’une veine creuse de 20 à 22 centimètres de diamètre, peut être brillamment éclairée sur 4,50 m à 5 mètres de longueur.
- Classification thermique des lacs. — Un savant suisse bien connu, M. Fo-rel, expose dans une note ncomplètement analysée en séance, les motifs qui lui paraissent rendre utile une classification des lacs d’après le mode de répartition des températures dans leur masse. Il résume en même temps les principes sur lesquels une semblable classification lui paraît devoir être établie.
- Nouvel insensibilisateur. — Comme conclusion de leurs recherches,
- MM. Dujardin-Beaumetz et Bardet signalent l’ortho-monom éthylacét aniline comme supprimant la douleur sans faire disparaître la sensibilité tactile. Pour la commodité du discours, ils proposent de désigner le nouvel agent thérapeutique sous le nom d’exalgine.
- Matière sucrée des champignons. — On voit que les champignons fournissent à l’analyse de la mannite et de la tréha-lose. D'après M. Bour-quelot, le second de ces sucres résulte d’une transformation du premier sous l’influence d’une fermentation spéciale.
- Varia. — Le développement de l’anthérozoïde chez les fuca-cées occupe M. Guignard. — M. Fournier, capitaine de vaisseau, donne aux marins les moyens d’utiliser pratiquement les indications du baromètre dans les cas de cyclones et de typhons. Un nouveau réactif du cuivre est proposé par M. Denigès. — Selon M. Berthelot, l’oxydation lente des matières organiques détermine la fixation de l’azote, en quantité d’ailleurs infinitésimale. — Le même chimiste étudie, avec M. Petit, la chaleur de formation de l’hydrogène antimo-nié. — La solubilité des sels fournit une nouvelle note à M. Le Ghâtelier. Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQÜES
- LA CROIX DE I'AI'IER
- La ligure 1 ci-dessous, représente neuf petits morceaux de papier taillés au ciseau et qui dans la position où ils se trouvent posés les uns à côté des autres donnent l’aspect d’un calvaire : une croix posée sur un piédestal avec une base horizontale flanquée de deux flambeaux allumés.
- Voici le problème qu’il s’agit de résoudre : obtenir ce calvaire en donnant un seul coup de ciseaux dans une feuille de papier pliée. Après le découpage, il ne doit rester aucun morceau inutile, et aucun d’eux ne doit être taillé après coup.
- La figure 2 vous donnera le moyen de réussir.
- Prenez une teuille de papier rectangulaire, une feuille simple de e, par
- exemple (fig. 2, n° 4) ; pliez-la en deux dans le sens de sa longueur, de manière que le bord a soit rabattu sur le bord b. Vous obtenez le n° 2, le pli vertical étant à gauche. Rabattez la partie supérieure par un pli horizontal de telle sorte que la’partie rabattue soit un carré parfait (n° 3). Rabattez une moitié de ce carré
- suivant la diagonale indiquée par le n° 4. Pliez le tout en deux, suivant un pli vertical à égale distance des côtés (n° 5). Ce n° 5 étant obtenu, il ne reste qu’à donner un coup de ciseaux suivant la ligne médiane m n. Le papier se trouvera découpé en neuf morceaux qui, convenablement rapprochés, formeront le calvaire de la figure 1 *.
- Il est bon, pour bien réussir cette expérience, d’employer un papier qui ne soit pas trop épais et qui se plie facilement : les plis doivent être bien accusés, et faits avec autant de régularité que possible.
- 1 Communiqué par M. A. B. C., à Saint-Mandé.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Fig. 2. —Manière de plier le papier pour obicnir le découpage ci-dessus.
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N* 826. — 50 MARS 1889. LA NATURE.
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- LA CATASTROPHE DE GRŒNENDAEL
- E N li E L G IQ U E 1
- Nous avons donné précédemment quelques renseignements sur la catastrophe survenue le 3 février dernier à Grœnendael (ligne de Bruxelles à Namur), par suite de l’écroulement d’un pont en maçonnerie situé au-dessus de la voie. On se souvient que la locomotive en marche, avec le train tout entier, est venue se briser contre le pilier du pont. Cette terri-
- ble catastrophe, qui comptera parmi les plus graves accidents de chemin de fer comme la gravure ci-jointe peut en donner une idée (fig. 1), a fait il y a quelques jours l’objet d’une vive discussion au Parlement belge, et nous avons cru devoir y revenir à cette occasion, d’autant plus qu’elle présente un intérêt spécial à raison de la rareté de ce genre d’accident.
- Nous avons reçu d’autre part d’un de nos correspondants de Bruxelles, M. B..., auquel nous adressons tous nos remerciements, un croquis qui nous permet
- Fig. 1. — La catastrophe du chemin de fer de Bruxelles à Namur, près de Grœnendael. (D’après une photographie.)
- de représenter l’emplacement des divers véhicules du train après la catastrophe (fig. 2).
- Le train express allant à Namur, parti de la gare de Luxembourg à.Bruxelles à 9 h..23 m. du soir, venait de traverser la station de Grœnendael dans la forêt de Soignes, voisine comme on sait du champ de bataille de Waterloo, dont le Lion s’aperçoit à droite de la voie, et il se dirigeait vers la station de la llulpe, lorsque se produisit le déraillement cause première de l’accident. En ce point la voie est encaissée entre deux hautes tranchées couvertes d’arbustes
- 1 Suite et fin. Voy. n° 820, du 10 février 1889, p. 185.
- 17e année. — 1er semestre.
- et les parois de ces tranchées sont réunies par un pont transversal dont l’arche principale embrasse les deux voies de la ligne qui est double. Le train suivait la voie descendante de gauche d’après la coutume anglaise, adoptée en Belgique comme en France, en vertu de laquelle les trains se rangent à gauche; le déraillement qui se produisit rejeta la locomotive à gauche, vers l’extérieur de la voie, et celle-ci vint ainsi avec son train, après un parcours qui a dû atteindre, dit-on, près de 60 à 100 mètres, heurter le pilier de gauche de l’arche centrale du pont. Le choc de l’énorme masse fut suffisant pour déterminer l’écroulement du pont, mais celui-ci tomba toutefois en
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- LA NATURE.
- avant du train qui s’était déjà arrêté avant de l’atteindre; cependant, la locomotive s’écrasa en pénétrant dans le pilier, le tender fut rejeté latéralement à droite sous la pression du train, et il arriva ainsi sur la voie montante où il fut retrouvé relativement peu endommagé. Les dommages portèrent surtout sur les cinq voitures suivantes, qui pénétrèrent en quelque sorte les unes dans les autres, et se superposèrent littéralement. C’étaient généralement des voitures de troisième classe renfermant un grand nombre de voyageurs, et on comprend qu’aucun d’eux n’ait pu en sortir sain et sauf. Un grand nombre furent tués ou écrasés, et les autres plus ou moins grièvement blessés.
- En examinant cet accident en lui-même, on reconnaît qu’il s’agit donc là aussi, et le fait a été reconnu d’ailleurs par l’enquête, d’un simple déraillement, comme dans l’accident survenu l’année dernière àYelars1; seulement les conséquences s’en sont trouvées aggravées à Grœnendael par le choc du train contre le pilier, de même qu’à Yelars, il s’était produit une collision de deux trains par suite d’une circonstance absolument fortuite, et impossible en quelque sorte à prévoir.
- A Grœnendael, de même qu’à Yelars, il a été impossible de retrouver sur la voie la cause première du dé • raillement : la voie était en bon état, et ne présentait même que fort peu d’avaries après l’accident. Dans la discussion tenue à la Chambre, le mouvement de lacet de la locomotive a été invoqué, en désespoir de cause, bien que les machines du même type n’aient jamais présenté rien de dangereux à ce point de vue ; d’autre part, il ne semble pas que la répartition du poids de la machine sur les essieux fût mauvaise, et qu’il pût en résulter par le jeu des ressorts un soulèvement de l’essieu d’avant insuffisamment chargé. Il n’y a pas lieu de penser non plus que la vitesse ait été exagérée, et on ne voit donc pas qu’on ait pu mettre en évidence la véritable cause du déraillement. La seule observation que pourrait faire un étranger, habitué aux précautions usuelles pratiquées chez nous, porterait plutôt sur les attelages des wagons qui généralement en Belgique, dans la formation des trains, sont moins serrés qu’en France, où on s’attache toujours à réaliser le serrage à fond. Il en résulte que
- 1 Yoy. n8 798, du 19 septembre 1888, p. 241.
- dans les trains belges, la machine n’est pas reliée aussi étroitement aux wagons qu’elle remorque, et les mouvements perturbateurs qu’elle peut prendre ne se trouvent pas contre-balancés par les réactions du train. On peut observer en outre que, si le déraillement s’est produit effectivement à une assez grande distance du pont, soit à 60 mètres, par exemple, comme le fait a été avancé, il est bien surprenant que, dans ce parcours, les freins continus que le mécanicien a dû mettre en jeu n’aient pas suffisamment ralenti la vitesse du train, ce qui aurait enlevé à la collision survenue la plus forte partie de sa gravité.
- —»<><—
- LE POINT DE CONGÉLATION
- 1)KS MÉLANGES d’e.AU ET I)E GLYCÉRINE
- Les procédés industriels dans lesquels on utilise les basses températures exigent, pour l’obtention d’un refroi-
- Proportion pour 100 d'eau.
- o 18
- O 10 20 30 40 50 60 10
- Proportion pourlOO de glycérine.
- Points de congélation d’un mélange d'eau et de glycérine.
- dissement uniforme, une circulation continue de liquide incongelable à la température la plus basse que puisse acquérir le système réfrigérant, n’attaquant ni le fer ni le bronze, et d’un prix relativement peu élevé. Un mélange en proportions convenables de glycérine et d’eau paraît remplir toutes les conditions nécessaires. Le Journal j>f tfie Society of arts nous fait connaître le résultat (Time série d’expériences entreprises pour déterminer la température de congélation de différents mélanges.
- La méthode employée consistait à préparer un mélange réfrigérant de divers sels avec de la glace et à les disposer autour de tubes d’essai remplis d’alcool. Le mélange de glycérine et d’eau était à son tour placé dans un tube d’essai de moindre diamètre et plongé dans le tube d’alcool, la température de ce dernier étant mesurée exactement à l’aide de thermomètres à alcool étalons. La glycérine employée a été essayée et reconnue comme pure; l’eau mélangée était de l’eau distillée.
- Fig. 2. — Schéma de la catastrophe de Grœnendael. AAA. Déhris du pont écroulé.—B.Locomotive.—C. Tender. —DDD. Débris des voitures. — E. Voitures endommagées.
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- LA NATURE.
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- Les résultats obtenus sont consignés dans le tableau graphique ci-contre dans lequel les températures sont indiquées en degrés centigrades, et la courbe, tracée par
- DEGRÉS PROPORTION POUR 100
- DE CONGÉLATION DE
- CENTIGRADES. GLYCÉRINE EAU
- oü 0 100
- — 1,58 10 90
- — 12,50 56 64
- — 12,65 40 54
- — 29,72 5R 42
- < — 53,07 70 30
- interpolation ou par mesure directe, permet de déterminer les proportions d’eau et de glycérine qui résisteront à la congélation à une température donnée.
- Le tableau ci-dessus donne les résultats trouvés expérimentalement pour certains mélanges en proportions connues.
- LE PORT DE ROUEN
- Comme Nantes et Saint-Nazaire, Rouen et le Havre semblent, par leur situation même, fatalement appelés à se faire concurrence; mais les pouvoirs publics ont su faire tourner cette rivalité locale au profit du développement économique général, le Havre restant un grand marché européen, le port des passagers, des marchandises de prix, et Rouen le port fluvial d’importation et d’exportation des matières lourdes qui circulent par les voies navigables de l’intérieur.
- Sans vouloir insister sur ce qui regarde particulièrement la basse Seine et les travaux qui y ont été faits, sur lesquels nous reviendrons quelque jour, il faut songer qu’avant 1857 Rouen était presque exclusivement un port de cabotage, où le trafic annuel atteignait à peine 900000 tonnes; en 1865, de nombreuses voies ferrées ayant été créées qui mettaient en communication directe les ports maritimes avec l’intérieur du territoire, ce trafic descendit à 472 000 tonnes. La distance est longue (104 km) entre Rouen et l’estuaire de la Seine, et la navigation en rivière est toujours pleine de difficultés. Mais de 1849 à 1867, les travaux d’endiguement avaient été accomplis, et les résultats n’avaient pas été longs à s’en manifester. Le port s’ouvre à la grande navigation maritime : les navires de 5 m à 5,50 m de tirant d’eau peuvent remonter normalement à Rouen ; aux marées de vive eau, on y voit ceux de 6 m à6,50 m; en 1886 on en cite un de 6,65 m et un autre d’un tonnage de 2800 t. Dès 1871, le tonnage du port était passé à 942 000 t; il arrive à 1 040 0001 en 1878.
- Mais si les facilités d’accès, surtout dans un port à demi fluvial, sont un des facteurs primordiaux de la prospérité, il faut attacher une importance considérable au développement des quais, à l’installa-
- tion de l’outillage d’embarquement ou de débarquement de marchandises, et au tirant d’eau au pied des quais.
- Le port de Rouen formé, comme on le sait, par la Seine, se compose de deux bassins : l’un, le bassin fluvial, sur lequel nous n’insisterons pas, est compris entre le Pont-de-Pierre et le Nouveau-Pont; l’autre, le bassin maritime, comprend le bassin principal et le bassin du Petit-Quevilly, qui ne sert pour l’instant qu’aux navires en armement ou en désarmement. En 1875, ce bassin maritime présentait sur la rive droite de la Seine 1290 m de quais, et 835 m sur la rive gauche. Dès cette époque, on décida (sans parler de travaux sur le cours de la Seine) la [construction d’un quai de 295 m sur la rive droite du fleuve entre l’ancien pont suspendu et lequai de la Douane, l’établissement d’appontements le long du quai des Gurandiers, enfin la construction de 980 m de quais sur la rive gauche. Et cependant, en 1878, alors que presque toutes ces améliorations étaient achevées, les quais ne répondaient plus aux besoins du commerce : un navire sur 8 ne pouvait prendre immédiatement place a quai, et était obligé d’attendre 3 jours en moyenne pour trouver cette place. On comprend quel préjudice cette perle de temps causait au commerce. C’est pour remédier à cet état de choses que fut votée la loi de 1879 : on décidait la construction de 1990 m de quais au port de Rouen, dont 1180 m sur la rive droite, à partir de la cale Saint-Eloi, et 810 m sur la rive gauche à partir des appontements des Gurandiers jusqu’à l’extrémité de l’ile Méru; les abords du port étaient aussi rectifiés grâce au rescindement de cette île et au raccordement de l’île du Petit-Guay et de ladite île de Méru avec les deux rives de la Seine. Ces travaux furent vite commencés, et aujourd’hui on peut les considérer comme bien et dûment achevés, à l’exception de quelques pavages. Mais, dès 1880, il devint évident que ce programme serait insuffisant : il fallait établir un outillage pour les besoins du commerce, une cale de radoub, prévue du reste par la loi de classement de 1879, et aussi des bassins spéciaux pour le commerce du pétrole et le commerce des bois. Toutes ces nouvelles installations devaient se faire sur la rive gauche du fleuve, où le chenal compris entre les îles et la terre forme une série de bassins naturels facilement utilisables, et où les voies ferrées de la Compagnie de l’Ouest facilitent les transports sur Paris. Les anciennes îles Méru et Rolet, reliées à la terre ferme par les nouveaux quais et par le remblai qui les prolonge, forment un long promontoire séparé de l’île Elie par un chenal de 150 m; le bassin ainsi limité a une longueur de 2400 m et une superficie de 25 hectares. C’est le bassin Quevilly, dont la partie amont est réservée au déchargement des bois, et dont on résolut, en 1885, de consacrer la partie aval aux navires chargés de pétrole, dont l’entrée était interdite dans le port de Rouen ; l’établissement d’un barrage isolateur, d’ap-
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- pontements, de perrés de 1000 m et d’une cale au bois fut également résolu. On comprenait aussi dans le programme une forme de radoub, d’une grande utilité, et un slip de carénage. Enfin la série des nouveaux travaux était complétée par la création de 400 m de quais à grand tirant d’eau sur l’ile Rolet, et le dragage de la rade.
- 11 est facile de se rendre compte de la situation actuelle du port. Le bassin maritime principal présente, sur la rive droite, 1491 m de quais livrés au commerce, et 200 m non encore livrés; sur la rive gauche 1625 m de quais en service et 257 m d’appontements. La longueur totale de ce bassin est, entre son origine amont au nouveau port et l’extrémité des quais, de 1691 m sur la rive droite et de 1880 sur la rive gauche, sa largeur
- entre quais variant entre 125 et 190 mètres.
- Les terre-pleins des anciens quais sont reliés à la gare de l’Ouest sur la rive gauche, à la gare du Nord sur la rive droite; d’ailleurs on a déclaré d’utilité publique le prolongement de ces voies sur les nouveaux (juais, et la pose en est commencée. Malheureusement l’outillage du port laisse à désirer. La grue la plus forte est une grue à bras de 50 tonnes; ajoutons plusieurs grues fixes à vapeur d’une faible force, des grues mobiles sur pontons, et enfin un appareil de mâture de 20 tonnes. 11 n’y a pas de hangars publics sur les ({liais; il y a seulement quelques magasins-entrepôts contigus aux quais de rive gauche. D’ailleurs la Chambre de commerce a la concession de l’établissement et de l’exploitation de 12 000 m2 de hangars. Enfin on ne trouve pas à Rouen un seul
- Ile Méru
- f £h'ndefer de P*Qi
- ^ Claparède et C’?
- Chantier de conçl0?denavires
- Plan général du nouveau port de Rouen.
- instrument de radoub pour les 2000 navires qui fréquentent ce port. Ceux qui ont besoin de réparations sont forcés d’aller ailleurs, au Havre parfois et souvent dans les ports anglais, où ils peuvent se faire réparer dans les meilleurs conditions. Du reste, nous l’avons vu, la Chambre du commerce s’est chargée de l’établissement d’un slip de carénage système Labat, pour remplacer la forme de radoub ajournée; les fouilles en sont commencées, le marché passé avec M. Labat.
- Les hauteurs d’eau constatées en 1886-87 à Rouen pour les plus faibles marées de morte eau et les plus fortes de vive eau ont été, comme minima, 5,56 m en 1886; 6,06 m en 1887; et, comme maxima, 9,67 m en 1886, et 9,58 m en 1887.
- En l’état actuel, Rouen présente un mouvement fort important. En 1886, 1654 navires y sont entrés jaugeant 1 401 250 t; et nous ne parlons point des
- 41 866 t de Dieppedalle, annexe du port, ni des 829885 t transportées à Rouen par voie fluviale. Dans le trafic d’entrée (1 210 187 t), les houilles de Newcastle et Cardiff seules comptent pour 515408 t.
- Mais si l’on interroge les statistiques, on voit que le tirant d’eau des navires rentrant à Rouen tend tous les jours à augmenter et à dépasser 5 m, et ce port doit arriver à offrir un accès facile aux grands steamers calant 6 et 7 m, qui sont destinés à former sa clientèle ordinaire. C’est pourquoi la profondeur et le régime général de la Seine doivent être améliorés; et c’est pour cela que, pendant l’achèvement des travaux du port même de Rouen, on prépare l’exécution d’un vaste programme sur lequel nous reviendrons, et qui aura pour but de donner aux steamers calant 7 m un accès sur et facile dans toute la Seine maritime. Daniel Bellet.
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- LA NATURE.
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- LES ÉLÉPHANTS AU THÉÂTRE
- Le théâtre des Folies-Bergère exhibe en ce moment une troupe d’éléphants savants fort curieuse
- par le nombre des animaux dont elle se compose, six éléphants, et parles exercices qu’on fait exécuter à ceux-ci.
- Notons tout d’abord qu’on éprouve l’effet d’un singulier contraste, quand, sur la scène où quelques
- Exercices exécutés par des éléphants exhibés à Paris. —Le concert et le défilé final. (D’après nature.)
- instants auparavant évoluaient dans un ballet une centaine de danseuses et de personnages, on voit arriver six énormes animaux qui emplissent cette scène et semblent même y être trop à l’étroit pour leurs exercices.
- Il y a quelques années, le dompteur de la troupe actuelle, M. Sam Lokart, avait exhibé à l’Hippodrome et dans divers cirques deux éléphants extraordinai-
- rement bien dressés; nous en avons parlé dans La Nature à cette époquel.
- L’attrait de l’exhibition actuelle est de voir sur un espace restreint six éléphants manœuvrer à la fois, exécuter des mouvements d’ensemble, se grouper en tableaux vivants, ou enfin se livrer à des tours
- 1 Les éléphants savants. 1886, 1er semestre, p. 161.
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- d’acrobatie, qui, fort curieux pour un seul de ces animaux, deviennent pour ainsi dire d’un intérêt sextuple lorsqu’ils sont répéte's au même moment par les six éléphants.
- La description de leurs exercices peut se résumer ainsi. Les éléphants arrivent sur la scène à la tîle, par rang de taille, ils tournent en cercle, se mettent de front et s’agenouillent devant les spectateurs, en manière de salut. Puis, ils se rangent en ligne au fond de la scène.
- L’un d’eux se détache, marche en levant les pieds en cadence; il se couche; un autre vient et se dresse, les pattes antérieures appuyées sur le premier. On apporte deux cuveaux, sur lesquels montent les deux éléphants; ils exécutent alors divers tours d’équilibre, tels que la station sur les pattes latérales droites ou gauches, sur les deux pattes diagonales, sur les pattes postérieures ou même sur les pattes antérieures.
- L’un d’eux se couche et tend horizontalement une de ses jambes antérieures et le dompteur se tient debout à l’extrémité de celle-ci. L’éléphant porte, en somme, son dompteur à bout de bras.
- A un moment, le dompteur laisse tomber un mouchoir. Le plus petit des éléphants le ramasse avec sa trompe, le passe à son voisin qui le donne au suivant et cela jusqu’au dernier. Celui-ci alors se dirige vers le dompteur, s’agenouille et lui présente ce mouchoir en le levant au-dessus de sa tête.
- Ce sont là des tours assez ordinaires aux éléphants savants ; mais, ce qui est plus spécial à l’exhibition actuelle, ce sont les exercices d’ensemble, par exemple, les groupements en sortes de tableaux vivants, en pyramides qui, si on les compare aux pyramides humaines, pourraient s’appeler « pyramides pro-boscidiennes ».
- Dans un des tableaux, le plus gros de ces éléphants monte sur une estrade formée de cuveaux superposés, deux autres éléphants se placent dressés debout de chaque côté, et au-dessous de ceux-ci les deux plus petits viennent s’agenouiller. Tous restent parfaitement immobiles pendant quelques minutes, semblant avoir le sentiment du rôle qu’ils jouent.
- Dans un autre tableau, chacun des éléphants est monté sur un cuveau, tous sont sur une même ligne; l’éléphant du centre, le plus grand, faisant face aux spectateurs, les deux autres de chaque côté appuient leurs pattes antérieures sur son dos et les deux suivants s’appuient également sur ceux-ci.
- A un commandement, tous les éléphants se dressent debout, donnant presque l’illusion d’une famille de géants.
- Une des scènes les plus intéressantes est celle de la danse des éléphants. L’on apporte un orgue de barbarie et une grosse caisse, et un éléphant tourne l’orgue en même temps qu’au moyen d’un levier il marque la mesure par les coups de grosse caisse; autour de lui, les cinq autres éléphants montés sur des cuveaux, et ayant aux pattes des bracelets de grelots, exécutent une danse fantastique, mais, chose
- à remarquer, personnelle pour chacun d’eux.
- Par exemple, l’un trépigne sur place, l’autre lève les pattes d’une façon exagérée, un autre les lève et les agite en l’air avec vivacité semblant prendre plaisir à faire sonner ses grelots.
- L’exhibition se termine par le passage des éléphants sur la scène, tous debout, les pattes de l’un appuyées sur les épaules de l’autre, formant ainsi un gigantesque monome.
- Dans cette troupe d’éléphants, l’un d’eux, le plus petit, remplit le rôle de clown, c’est Y Auguste de la troupe; il exécute avec une maladresse voulue les mêmes exercices que ses confrères ; de plus, il fait quelques malices destinées à provoquer le rire des spectateurs.
- Ainsi, au moment où tous les éléphants sont couchés et semblent « faire le mort », le dompteur s’assoit sur la tête de l’un d’eux; or, l’éléphant-clown se lève et imitant le dompteur, va s’asseoir également sur la tête de l’un des éléphants placé à côté, il y reste quelques instants, puis retourne à la hâte reprendre sa place.
- A un autre moment, il saisit la queue d’un de ses camarades et l’agite avec violence; celui-ci semble se fâcher, mais le clown s’esquive.
- Un voyageur nous racontait à ce propos qu’il avait vu, au Royal-Circus dirigé par le célèbre Barnum, à New-York, une troupe d’éléphants savants dans laquelle un éléphant-clown exécutait une série de tours, des malices et de véritables espiègleries qui, si elles avaient le don d’amuser le public, semblaient fortement agacer les autres éléphants de la troupe qui en étaient les victimes.
- Parmi ces espiègleries, on nous citait notamment les suivantes. Pendant le repas des éléphants, alors qu’un de ceux-ci gravement assis, la serviette au cou, prend un à un les morceaux placés devant lui sur une table, l’éléphant-clown vient par derrière, allonge rapidement sa trompe et saisit un ou plusieurs morceaux à la barbe du convive qui, s’il s’en aperçoit, pousse un cri de colère.
- Quand l’un des éléphants joue de l’orgue de Barbarie, l’éléphant-clown s’approche, saisit l’extrémité de la queue de son camarade et se met à la tourner comme une manivelle. Le public éclate de rire, tandis que 1 éléphant musicien, maintenu par son devoir, continue sa musique, mais agite les oreilles en signe d’impatience.
- Cet éléphant-clown semblait parfaitement avoir la conscience des espiègleries qu’il commettait. Il avait, en quelque sorte, le sentiment de la bouffonnerie et du comique et savait, de plus, saisir avec beaucoup d’à-propos le moment favorable pour taquiner ses collègues sans trop de risque.
- Les éléphants font souvent preuve, du reste, de malice et d’hypocrisie, leurs plaisanteries peuvent même avoir de sérieuses conséquences.
- En voici un exemple. Il y a quelques années, dans un cirque de Cincinnati, un éléphant tua un gardien dont il avait à se venger, en procédant de la
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- l’açon hypocrite suivante. Ce gardien passait entre le mur et l’éléphant ; celui-ci alors, sans cesser de manger et d’un air tranquille, s’appuya doucement contre la muraille, feignant d’ignorer la présence d’un homme auprès de lui et il se mit a se frotter en apparence bien innocemment, mais en réalité broyant le pauvre diable contre le mur, sans que les personnes qui étaient à quelques pas se doutassent du véritable assassinat qui se commettait sous leurs yeux.
- Tout le monde connaît la légende hindoue de l'Éléphant et le tailleur, sujet de rédaction et de version fréquemment donné dans les écoles.
- Nous avons personnellement été témoin, l’année dernière, au Jardin d’Acclimatation, d’un fait analogue; nous nous permettrons de le rapporter.
- Un jour de semaine, nous étions dans l'écurie de l’éléphant occupé à en prendre un croquis. Un ouvrier menuisier vint à passer tenant une tige de bois à la main; il en menaça l’animal a distance, le traitant d’« hypocrite » et de « méchante bête ».
- L’élépbant continua à manger sans paraître y avoir fait attention. Mais, à un certain moment, il plongea sa trompe dans un seau d’eau placé auprès de lui. Or, dix minutes environ plus tard, cet ouvrier eut occasion de repasser au même endroit, mais à la hâte et sans s’occuper de l’éléphant.
- Tout à coup il reçut sur la tête une formidable douche lancée par la trompe de l’animal avec la force d’un jet de pompe à incendie et un bruit spécial comparable a un colossal éternuement.
- Au cri de surprise poussé par la victime, un gardien accourut et, en guise de consolation, lui dit en parlant de l’éléphant : « Il faut s’en méfier, voyez-vous, c’est un gros malin qui aime à rire ! »
- Güyot-Daubès.
- JENNER ET LA VACCINE
- Puisque nous sommes dans la période des centenaires à célébrer, on pourra, dans quelques années, penser à celui de Jenner, et de sa mémorable découverte de la vaccine. L’Angleterre ne voudra pas laisser à d’autres pays le soin de célébrer la mémoire d’un de ses plus glorieux enfants, d’un de ceux dont la mémoire vivra au delà des siècles, et le monde entier pourra s’associer sans arrière-pensée à cette fête d’une des plus belles conquêtes de la médecine. La patrie de Jenner est cependant un des pays où la ligue antivaccinale a fait le plus de prosélytes, où tout au moins la vaccination rencontre encore le plus d’opposition. On ne compte plus aujourd’hui les luttes d’autorités sanitaires de différents comtés ou villages contre le médecin vaccinateur. Les faits sont là cependant, bien palpables, bien démonstratifs, pour prouver le bien fondé de cette pratique; mais il est encore bon nombre d’esprits rétrogrades qui se targuent de quelques accidents provoqués par les inoculations
- pour repousser la généralisation d’une mesure qui a sauvé depuis un siècle des milliers d’existences.
- Dans les pays où la vaccination a été rendue obligatoire, la mortalité par la variole est devenue chose sinon inconnue, du moins tout à fait exceptionnelle, et l’on n’a qu’à comparer les statistiques de la Prusse où la vaccine est obligatoire, et de la France, où la vaccination est cependant généralement acceptée, pour voir les résultats. L’immunité que donne la vaccine contre la variole n’est pas de durée éternelle; elle s’épuise même assez vite, d’où le conseil fort sage de se faire revacciner en moyenne tous les dix ou quinze ans, et plus tôt quand il y a menace d’une épidémie. Le vaccin est mis partout à la portée de tous et dans des conditions de gratuité absolue; il n’importe, l’insouciance est plus forte que les sages conseils, et chaque année, nous voyons signaler sur divers points du territoire, dans les grandes villes, des épidémies plus ou moins meurtrières ; chaque année, les tables de mortalité accusent un chiffre relativement élevé de décès par la variole, alors que la maladie devrait avoir depuis longtemps disparu et n’être plus qu’un souvenir malheureux, comme les grands fléaux des siècles passés.
- Je me suis permis d’anticiper un peu sur la date du centenaire de Jenner, et de consacrer quelques lignes à ce médecin distingué. La tentation m’est venue en fouillant dans la riche collection d’estampes de notre rédacteur en chef. — M. G. Tissandier possède une série de fort jolies caricatures sur la vaccine publiées en France vers 1850 (fig. 1 et 2) et un merveilleux portrait de Jenner gravé à la manière noire (fig. 3). il m’a semblé que nos lecteurs trouveraient quelque intérêt à la publication d’une partie de ces curieux dessins, et verraient avec plaisir ces témoignages des luttes fort vives qu’ont eu à soutenir les partisans de la vaccine pour faire triompher la propagation de la grande découverte du savant anglais.
- Jenner (Edouard) est né le 17 mai 1749; il était le plus jeune des enfants d’un recteur de Rockhamp-ton, vicaire de Berkeley, dans le Gloucestershire. Élevé par ses frères, à la mort de son père enlevé prématurément, il eut de bonne heure le goût de l’histoire naturelle. Il commença l’étude de la chirurgie avec Ludlow à Sadbury, et vint ensuite à Londres où il fut l’élève et l’ami du célèbre Ilunter. L’amour de la famille, raconte notre compatriote, son ami Valentin, lui fit renoncer aux plus belles offres de Hunter, et il retourna dans son pays natal, Berkeley, pour y exercer la médecine. Tout en donnant ses soins aux malades, Jenner ne négligeait pas l’histoire naturelle, l’ornithologie, et ses travaux dans cette branche de la science lui ouvraient bientôt les portes de la Société royale de Londres. C’est vers 1776 qu’il commença ses recherches sur le cow-pox, recherches qui lui demandèrent vingt années de patients efforts pour déterminer les liens intimes qui rattachaient cette éruption virulente à l’immunité varioliqute. La chose paraît aujourd’hui toute
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- simple, c’était en effet un dicton populaire que les bergers, les fermiers, qui prenaient accidentellement le cowpox de leurs animaux, étaient indemnes de variole. Il fallut cependant la sagacité pénétrante et géniale de ce grand observateur pour se départir de l’opinion des autres médecins qui regardaient ce fait comme un préjugé dénué de raison et de preuves. Jenner suivit de près ces expériences spontanées et accidentelles, et il racontait plus tard, à la preuve de la véracité de ce dicton, l’histoire suivante : La duchesse de Cleve-land, femme très jolie et favorite de Charles II, raillée par quelques dames de la. cour sur ce qu’elle pourrait bientôt déplorer la perte de sa beauté en gagnant la petite vérole qui faisait des ravages dans Londres, leur répondit qu’elle n’en avait aucune crainte, attendu qu’elle avait eu dans son pays le cowpox qui en guérissait *. C’est en 1796,1e 14 mai, date mémorable, que Jenner, fort de ses observations, osa pratiquer la première vaccination officielle. La vaccinifère était une jeune paysanne qui s’était inoculé le cowpox à la main ; le vacciné, un garçon de huit ans qui eut une belle éruption vaccinale et chez lequel on tenta, sans succès, deux inoculations de variole. En 1798, Jenner publia son premier mémoire :
- Inquiry on the causes and effecls of the variolæ vaccinæ à Londres. Ce travail contient quatre belles planches coloriées représentant des pustules vaccinales à différentes phases d’évolutions.
- La découverte de Jenner se répandit rapidement; dès 1800, on tentait la vaccination en France et les résultats furent tels qu’en 1801, les médecins et chi-
- rurgiens de la marine anglaise offraient à leur com patriote une grande médaille commémorative. Les témoignages de reconnaissance ne se firent pas attendre : en 1802, le Parlement anglais lui votait une récompense nationale de 10000 livres ; en 1807, il y ajoutait une nouvelle somme de 20000 livres, et lord Chatham, fils du grand homme d’État, consacrait
- par ces mots la gloire de Jenner.
- « La Chambre, disait-il, peut voter pour le Dr Jenner telle récompense qu’elle jugera convenable; celui-ci a déjà reçu l’approbation unanime de la Chambre, approbation bien précieuse puisqu’elle est le résultat de la plus grande ou d’une des plus importantes découvertes que la société ait faites depuis la création du monde. » Comblé d’honneurs, membre de toutes les sociétés du monde savant, Jenner eut le honneur d’assister au triomphe de ses idées, à la propagation universelle de sa découverte. Il continuait à vivre à Berkeley, entouré de sa famille
- et poursuivant ses études; c’est là qu’il mourut en 1825. Une attaque d’apoplexie le frappa dans son cabinet de travail et l’emporta en quelques heures.
- La vaccine a sauvé, je le disais, des milliers d’existences ; mais il y a plus, la découverte de Jenner a été le point de départ des recherches biologiqnes modernes sur les maladies virulentes. J’ai, à plusieurs reprises, retracé dans La Nature les travaux et les conquêtes de nos savants modernes1. Le mot de vaccin est devenu un terme générique qui s’applique aux virus atténués de telle ou telle maladie. On connaît les brillants résultats obtenus par M. Pasteur. On vaccine aujourd’hui avec succès les troupeaux contre
- Fig. 1. — Ancienne caricature sur la vaccine, intitulée « La vaccine morte en avortant de son dernier monstre ».
- 1 Valentin. Notice historique sur Jenner. 1825
- 1 Yoy. notamment n° 006, du 6 mars 1886, p. 211.
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- LA NATURE.
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- le charbon, la péripneumonie; on possède un moyen I moyens de s’opposer à la diphtérie et à d’autres de combattre la rage ; on aura peut-être bientôt les ’ maladies virulentes. Les progrès accomplis, dans
- Fig. 5. — Ed. Jenner. D’après une gravure du temps.
- tous les pays, depuis quelques afmées, par l’étude bactériologique, permettent sans témérité d’espérer pour un avenir prochain la solution du problème de la prophylaxie de plusieurs de ces affections.
- Nous n’avons rien à envier à la gloire de l’Angleterre ; si elle a eu au siècle dernier Jenner, nous avons Pasteur et ses élèves, qui laisseront leurs | noms à la postérité. IV A. Carta*.
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- LA NATURE.
- LÀ CONSERVATION DES CIDRES
- PAR RE CHAUFFAGE
- S'appuyant sur les expériences faites par M. Pasteur pour la conservation des vins par le chauffage, M. G. Le-charlier, directeur de la station agronomique de Rennes, s’est livré, sur le chauffage appliqué aux cidres, à d'intéressantes expériences qu’il semble utile de signaler.
- Le plus souvent, comme le fait remarquer M. Lechar-tier, après la transformation totale du sucre en alcool, le cidre devient rapidement le siège d’une fermentation acétique. Aussi, dans les grandes villes, si la consommation du cidre est fort importante en hiver et même au printemps, parce qu’alors il a conservé ses qualités primitives de douceur, cette consommation diminue considérablement dès le commencement de l’été, le consommateur n’aimant pas les cidres durs.
- Il fallait reconnaître si le chauffage du cidre empêcherait cette fermentation ; puis il fallait s’assurer si ce chauffage n’en altérerait point la saveur, ou si, du moins, cette saveur se trouvant modifiée, il y aurait un moyen de restituer au liquide, en temps opportun, son goût naturel et primitif.
- Les premiers essais ne fournirent que des résultats quelque peu contradictoires. Le directeur de la station de Rennes poursuivit ses expériences en 1886 et en 1887.
- Il étudia le chauffage en bouteilles et en fûts d’un volume variant entre 25 et 250 litres. Il opérait sur quatre variétés de cidres différents, provenant du département d’Ille-et-Vilaine, contenant de 2,6 à 5,9 pour 100 d’alcool et 4,53 g à 40 grammes de sucre par litre. L’expérience, comme on le voit, se faisait sur des variétés bien distinctes.
- On a chauffé les bouteilles au bain-marie; des essais ont été ainsi faits aux températures de 53°, de 57° et de 63°. On avait opéré sur neuf séries différentes. Au bout de quatre mois on a ouvert une bouteille de chacune de ces neuf séries. On n’a constaté aucune trace de fermentation; on n’a pas vu monter une seule bulle d’acide carbonique, ni au moment où l’on a enlevé les bouchons, ni lors même qu’on a vidé le liquide dans les verres. On a d’ailleurs vérifié le titre en alcool et en sucre, qui s’était conservé identiquement le même. Après un nouvel intervalle d’un an (en septembre 1887) ces cidres ont été dégustés. Dans quelques bouteilles chauffées au-dessous de 60°, des bulles d’acide carbonique se sont dégagées immédiatement après le débouchage. Au contraire, ce phénomène ne s’est jamais produit dans les cidres chauffés au-dessus de 60°. Il en résulte, comme le fait remarquer l’expérimentateur, que, pour 3 à 6 pour 100 d’alcool, la température de 60° empêche toute fermentation.
- Pour les cidres en tonneau, le chauffage s’est opéré dans l’appareil à circulation continue de M. de Lapparent. Le liquide, au sortir de l’appareil, tombait directement dans le fût où l’on devait le conserver. Le cidre a été chauffé entre 60 et 65°, c’est-à-dire qu’il avait cette température dans le tonneau, au moment où l’opération prenait fin. Le fût était hermétiquement bondé avant le refroidissement; d’ailleurs le liquide, en se refroidissant, laissait dans le fût un vide assez considérable, mais on ne faisait pas le plein.
- Après quatre mois de cave, le cidre avait une belle couleur; et, de même que pour le cidre en bouteille, quand on le vidait dans un verre, il ne laissait pas échapper de bulles de gaz, pas de saveur acétique, pas de
- changement dans la teneur en sucre. La conservation est aussi parfaite que dans les bouteilles; mais il est bon de noter que les fûts avaient été préalablement chauffés intérieurement à la vapeur.
- Un premier résultat était obtenu : la fermentation était empêchée. Mais, de quelque façon que s’opère le chauffage, il développe toujours dans le cidre une saveur spéciale, toute naturelle d’ailleurs, rappelant le goût des fruits cuits. Là était la seconde condition à remplir : pour que le consommateur acceptât cette boisson, il fallait restituer au cidre son goût primitif et naturel, faire disparaître la saveur de cuit.
- La solution complète a été trouvée. En effet, le 16 avril 1887, M. Lechartier remplissait des barils de 25 à 30 litres avec du cidre chauffé à une température comprise entre 60° et 65°. Le cidre, au 14 juin, présentait la saveur de cuit dont nous venons de parler. 11 mélangea au contenu de chaque baril une bouteille du même cidre non chauffé; une fermentation alcoolique normale se produisit, et le 9 juillet, la masse avait perdu la saveur de cuit, et avait repris son goût primitif. Le H juillet, le cidre ainsi ramené était mis en bouteille, et en septembre il était mousseux et ne présentait pas de goût particulier, mais bien la saveur habituelle du cidre nouveau.
- Du reste, M. Lechartier a fait vérifier ces diverses expériences par le Congrès de l’Association pomologique tenu au Havre; le président du Syndicat des brasseurs de cidre du Havre a vérifié officiellement les expériences que nous venons d’exposer. Un procès-verbal a constaté que le moyen pratique de livrer des cidres doux est trouvé. C’est assurément un résultat fort important, étant donné le développement considérable que prend chaque jour la consommation du cidre dans les grands centres de population.
- LÀ PRODUCTION DU COTON
- EN RUSSIE
- Chaque jour l’industrie fait des progrès considérables dans l’empire russe. Mais une des conditions pour que l’industrie puisse se développer, c’est qu’elle soit en mesure de se procurer les matières premières en abondance età bon marché. Or la Russie, on le sait, consomme une quantité énorme de coton ; il fallait la mettre à même de ne pas recourir aux marchés étrangers pour se procurer la matière première. C’est pourquoi, en 1884, le gouverneur du Turkestan russe, Komaroff, fit donner des semences de coton d’Amérique aux habitants de la province de Tashkent; il développa cette idée, et, grâce à des congrès de cultivateurs réunis annuellement par lui à Tashkent, il parvint, dès 1886, à faire prendre un essor incroyable à cette culture. En cette année, d’après l'Invalide russe, les provinces asiatiques envoyaient déjà en Russie 55 000 balles de 100 kilogrammes, et déjà aussi ces marchandises empruntaient pour la plupart la voie Trans-caspienne, qui cependant n’allait encore qu’à Merw. On pense que l’importation monta à environ 200 000 balles pour 1887. En 1888, elle atteint le chiffre formidable de 520 000 balles, dont 122 000 venant de Boukhara, 57 000 de Khiva, 188 000 de Tashkent, 81 000 d’Erivan, et enfin 81 000 de la Perse, que la Russie tend peu à peu à absorber commercialement. En présence d’un pareil développement, l’Amérique peut songer déjà au moment où le marché russe lui sera fermé. D. B.
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- LA NATURE.
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- CONSOLIDATION DES FONDATIONS
- ÉTABLIES SUR DUS SOUS SOUS-MIXÉS A PARIS
- Les catacombes, qui constituent l’une des parties les plus visitées du Paris moderne, ne sont que des vestiges de l’ancienne situation de son sous-sol ; les anciennes carrières atteignent en effet à peu près le tiers de sa superficie totale actuelle comme l’indique le plan ci-joint emprunté à l’ouvrage de M. Dunkel1 (fig. 1). Ces exploitations qui ont fourni à la capitale, dès son origine, les matériaux de construction dont elle avait besoin, pierres à bâtir, plâtre, argile plastique pour la confection des briques, sables pour celle du mortier, etc., se sont successivement retirées devant l’extension continue de I la population, s’éloignant ainsi toujours davantage ! du centre de la Cité. Déplus l’annexion en 1860 des communes de Montmartre, de la Villette, deBel-leville, qui contenaient de nombreuses carrières de gypse et de calcaire, est encore venue accroître la proportion du sous-sol excavé. Mais, pendant un grand nombre de siècles, les exploitations souterraines ou à ciel ouvert ont été abandonnées à elles - mêmes, sans aucune surveillance ni réglementation. Entreprises ou délaissées arbitrairement, s’effondrant par l’effet des causes naturelles ou demeurées plus ou moins solides par parties, les galeries sont pour la plupart devenues inaccessibles, et l’on n’avait de connaissances précises que sur un très petit nombre d’entre elles. Toutefois il ne paraît pas qu’on ait eu, antérieurement à 1 774, sujet de s’inquiéter des inconvénients graves que présentent les excavations souterraines pour la stabilité des habitations et la sécurité des voies.
- Mais dans le cours de cette année, un grand effrondement survint près de la barrière d’Enfer, et attira l’attention du gouvernement. « Une visite générale et la levée des plans de toutes les excavations ayant été ordonnée en 1776, ou acquit la certitude, ainsi que l’affirmait la tradition, que les temples, les palais, et la plupart des voies publiques des quartiers méridionaux de Paris, étaient près de
- 1 Topographie et consolidation des carrières sous Paris, Des Fossez et Cie. Paris.
- s’abîmer dans des gouffres immenses ; que le péril était d’autant plus redoutable qu’il se présentait sur tous les points, enfin, qu’il était nécessaire de se porter simultanément sur chacun d’eux, et malheureusement, on n’avait encore aucune donnée sur la conduite à tenir pour remédier au mal le plus effrayant, ou même pour en arrêter les progrès » (ilcricart de Thury). La constatation de ces faits détermina la création de l’Inspection générale des carrières qui subsiste encore aujourd’hui. Son service consiste à faire les recherches et les travaux nécessaires pour consolider les sols sous-minés des voies et des édifices publics de Paris. Les travaux de consolidation consistent dans le comblement des fontis et des vides nuisibles, et dans l’établissement de piliers et de murs ou de voûtes.
- Actuellement, grâce a la persévérance avec laquelle ces opérations ont été poursuivies pendant plus d’un siècle, le sol des rues généralement consolidé n’est plus exposé à s’effondrer, et les travaux d’art, égouts, conduites d’eau ou de gaz, etc., sont assurés contre les graves accidents qui en pourraient résulter.
- Il n’en est pas de même du sol sur lequel sont établies les constructions privées. Il est en effet très difficile d’accéder sans travaux spéciaux dans les vides qu’elles surmontent, à moins qu’ils aient été rencontrés par les travaux municipaux et restés en communication avec les galeries conservées. Aussi dans la plupart des cas, toute application de mesures préventives est-elle impossible, et l’on ne peut qu’apporter des remèdes plus ou moins suffisants après qu’un effondrement a commencé à se produire, comme cela est arrivé notamment en 1879, dans le passage Gourdon à Montrouge où trois maisons ont failli être englouties, en avril 1880 au boulevard Saint-Michel, en face de l’École des mines, et plus récemment à Montmartre.
- Ces accidents ont déterminé l’autorité préfectorale à imposer depuis 1881 aux constructeurs l’obligation de consolider les sous-sols lors des constructions nouvelles sous la surveillance des agents de l’Inspection. Mais il arrive fréquemment qu’on est obligé d’entreprendre des travaux de ce genre pour des bâtiments anciens.
- Régions reconnue* exploitées Ossuaire municipal
- Ej&i(TZv$c.
- Fig. 1. —Plan indiquant les régions sous-minées de Paris.
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- LA NATURE.
- L’exemple de la consolidation des substructions de l’imprimerie Lahure opére'e par M. Perronne, architecte, donnera à nos lecteurs une idée des difficultés que l’on rencontre dans ce genre d’opérations.
- Les ateliers étaient disposés sur le périmètre d’une cour centrale qu’on résolut en 1882 d’utiliser pour leur extension. Les sondages révélèrent que cette cour reposait sur d’anciennes galeries d’extraction dont les remblais avaient successivement tassé, laissant au-dessus d’eux des voûtes presque partout fissurées et souvent broyées.
- Un premier essai de fondation sur puits ne paraissant pas devoir assurer une solidité suffisante, M. Perronne proposa d’établir sous le sous-sol projeté d’immenses caves dont les fondations reposeraient sur le sol même des carrières. Ce travail nécessita le creusement d’un vide de 11 mètres de profondeur sur la majeure partie de la surface de la cour, et l’é-tayement des constructions adjacentes, et fit en outre reconnaître qu’aucune des maisons voisines ne s’appuyait sur un terrain solide. Il fallut donc reprendre toutes ces fondations en sous-œuvre, et cela, sans arrêter les services de l’imprimerie ni le fonctionnement des presses.
- L’état extrêmement défectueux du sous sol découvert pendant ces travaux avait fait pressentir la nécessité de s’assurer de celui des fondations des bâtiments mêmes de l’imprimerie.
- Toutefois, comme ils n’avaient présenté jusqu’alors aucun indice grave d’affaissement, on ajourna leur consolidation à une époque ultérieure.
- Mais au début de 1887, deux des piles intérieures d’un grand batiment en façade sur la rue de Fleurus commencèrent à fléchir dans la hauteur du premier et du deuxième étage, sous le poids des presses qu’on avait successivement ajoutées à l’ancien outillage. Gomme
- on manquait de points d’appui pour étayer la construction, M. Perronne se décida à doubler les piles en maçonnerie de supports en fonte. Mais sur quoi fonder ces colonnes? L’examen du sous-sol s'imposait de nouveau, et pour ne pas arrêter les ateliers, il fallut percer des galeries souterraines dirigées
- vers les piles à consolider, opération qui présenta d’autant plus de difficultés que les masses de fer supérieures exerçaient leur influence sur la boussole, et qui ne put être faite que par stations détachées.
- On trouva d’ailleurs presque partout les ciels de carrière dans l’état d’effondrement qu’avaient révélé, pour le sous-sol de la cour, les travaux de 1882 (fig. 2). Mais de plus on rencontra un fontis considérable, et l’on s’aperçut que la base des piles à consolider atteignait le bon sol, mais commençait aussi à s’écraser. 11 ne fallait donc pas songer à remplacer leurs assises sous peine d’entraîner des affaissements, et on les noya dans une maçonnerie de meulière hourdée en ciment (fig. 2) qui put servir d’assiette aux colonnes en fonte. En même
- temps, pour achever la consolidation des ciels de carrière, on construisit d’autres piles en meulières sur le périmètre du fontis, et sur quelques autres points (fig. 31.
- La faible épaisseur du recouvrement rendait ces travaux très périlleux, car le moindre éboulis en carrière aurait entraîné la masse supérieure. Ils ont été néanmoins exécutés sans accident, et sans qu’on ait eu besoin d’arrêter le fonctionnement des presses dont le poids et les trépidations avaient occasionné les affaissements signalés plus haut. Actuellement les fondations de l’imprimerie Lahure paraissent devoir donner toute sécurité, et cet établissement peut en outre utiliser de doubles caves comme magasins ou sous-sols. G. Richou,
- Ingénieur de3 Arts et Manufactures.
- Piles delasurface descendant en carrière .liiillül'Illiilii'I Maçonneries àmorüer/tr2>'ajj* ancs/882) Masse de pierre non exploitée Maçonneries delaVille fa-mortier)
- ty/ '/y'/A Maçonneries à mort inr l'iraV.1W(rrornlsIfli l;H _________id_________id______ ( à sec )
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- Bourrages
- Fig. 2. — Consolidation des carrières dans le sous-sol de l’Imprimerie générale, rue de Fleurus, à Paris. — Plan général.
- Fig. 5. — Coupe figurée prise pendant l’exploration de la carrière et passant par A B du plan ci-dessus.
- Fig. 4. — Coupe prise après l’exécution des travaux de consolidation et passant par A B du plan.
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- LÀ NATURE.
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- LES DYRES VOLCANIQUES
- DE LA FRANCE CENTRALE
- Le voyageur qui, pour la première fois, arrive au Puy-en-Velay est profondément impressionné par le paysage. C’est de ce paysage que George Sand, en son magnifique et incomparable langage, disait :
- « Ce n’est pas la Suisse,c’est moins terrible; ce n’est pas l’Italie, c’est plus beau ; c’est la France centrale avec tous ses Vé-suves éteints et revêtus d’une splendide végétation; ce n’est pourtant ni l’Auvergne, ni le Limousin. Ici point de riche Limagne, point de plateaux fertiles formés de fossés naturels.
- Non, tout est cime et ravin, et la culture ne peut s’emparer que de profondeurs resserrées et de versante rapides.
- Elle s’en empare, elle se glisse partout, jetant ses frais tapis de verdure, de céréales et de légumineuses avides de la cendre fertilisante des volcans, jusque dans les interstices des coulées de lave qui la rayent dans tous les sens.
- L’horizon est grandiose. Ce sont d’abord les Cévennes. Dans un lointain brumeux, on distingue le Mézenc avec ses longues pentes et ses brusques coupures derrière lesquelles se dresse le Gerbier de Joncs, cône volcanique qui rappelle le Soracte, mais qui, partant d’une base imposante, fait un plus grand effet. D’autres montagnes de formes variées, les unes imitant, dans leur forme hémisphérique, les ballons vosgiens, les autres plantées en murailles droites, çà et là vigoureusement ébréchées, circonscrivent
- un espace de ciel aussi vaste que celui de la campagne de Rome, mais profondément creusé en coupe, comme si tous les volcans qui ont labouré cette région, eussent été contenus dans un cratère commun d’une dimension fabuleuse. Au-dessous de cette magnifique ceinture, les détails du tableau se dessinent parfois avec une prodigieuse netteté. On
- distingue une seconde, une troisième et, par endroits, une quatrième enceinte de montagnes également variées de formes, s’abaissant par degrés vers le niveau central des trois rivières qui sillonnent ce que l’on peut appeler la plaine ; mais cette plaine n’est qu’une apparence relative: il n’est pas un point du sol qui n’ait été soulevé, tordu ou crevassé par les convulsions géologiques. » Comme pour faire valoir l’exceptionnel caractère de la localité, la voie ferrée embrasse la ville dans une vaste courbe et, malgré la rapidité du parcours, on a le temps d’en voir successivement tous les côtés.
- Ce qui, avant tout, distingue le Puy, c’est l’existence, au milieu des maisons, de deux énormes obélisques naturels dont le plus volumineux est couronné d’une statue en fonte, monstrueuse avec ses 16 mètres de hauteur et son poids de 100 000 kilogrammes. C’est la roche Corneille; le rocher de Saint-Michel est moins haut : sur leur alignement se montre le rocher tout semblable qui porte le châ teau de Polignac, et, un peu plus au nord, se dresse celui que la figure jointe à cet article représente et qui fait un piédestal de 80 mètres à l’église de Saint-Michel d'Aiguilhe.
- Le dykc pépériuique de Saint-Michel d’Aiguilhe, au l'uy-en-Yelay (Haute-Loire). (D’après nature par M. Albert Tissandier.)
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- LA NATURE.
- Les pyramides dont il s’agit constituent un accident géographique qu’on chercherait en vain dans les localités dépourvues de productions volcaniques et dont l’origine, fort intéressante, est liée en effet au développement de l’activité souterraine. Une première remarque, qui frappe tous ceux qui font l’ascension de ces pointes, concerne les caractères exceptionnels de la substance même dont elles sont formées.
- Les cassures que font les coups de marteau montrent que la roche n’est pas homogène, mais consiste, au contraire, en petits fragments noirs anguleux, reliés entre eux par une sorte d’argile brunâtre. Les fragments sont de basalte et l’ensemble rentre dans la catégorie des peperinos dont le nom, italien d’origine, rappelle une analogie de couleur avec le poivre grossièrement concassé.
- Le mode de formation de semblables conglomérats est assez, compliqué mais parfaitement connu : il suppose d’abord une action de démolition exercée sur des masses préexistantes et souterraines de basaltes qui sont par le fait réduites en menus fragments et en boue argileuse. Le tout est charrié verticalement au travers de cassures béantes du sol jusqu’à la surface des eaux ascendantes et forme alors des espèces de murailles ou de colonnes souterraines analogues pour la forme aux éruptions rocheuses ou aux filons métalliques. Les eaux adventives cessant de circuler, le tout est cimenté peu à peu et acquiert la cohérence constatée aujourd’hui.
- Reste à expliquer la situation si bizarre en obélisques faisant parfois des saillies si considérables au-dessus du niveau général du pays. Or rien n’est plus facile.
- Tout le monde sait avec quelle activité les agents atmosphériques et le ruissellement de l’eau des pluies entraînent les particules des roches selon les déclivités du terrain : c’est ainsi que se sont creusées et que s’élargissent constamment les vallées. L’usure en chaque point dépend de la friabilité ou de la solubilité de la roche, et des inégalités se dessinent et s’accentuent progressivement. C’est ainsi que des filons quartzeux et compacts qui traversaient des assises grenues de granit ou délayables de calcaires et d’argile constituent en maintes régions comme des murailles s’élevant à plusieurs mètres au-dessus de la campagne.
- C’est précisément ainsi que se sont édifiées petit à petit les pyramides de peperino du Yelay. Le calcaire tertiaire qui les enclavait d’abord a progressivement cédé à l’effort incessant des eaux sauvages et leur élévation maintenant si notable est l’effet de l’abaissement continu de tout ce qui les entoure.
- Les obélisques naturels de ce genre rappellent donc jusqu’à un certain point par leur origine les pyramides des fées dont nos lecteurs ont eu jadis la description et l’image1, et comme eux témoignent
- 1 Voy. n° 205, du 5 mai 1877, |). 555.
- de la longue durée des actions lentes, et de la grandeur des résultats qu’elles peuvent produire. De tous temps ils ont été choisis parles hommes comme des postes d’observation ou comme des lieux consacrés : ils portent en maints endroits des châteaux comme à Polignac ou des chapelles comme à Saint-Michel d’Ai-guilhe. Le roc est de tous côtés inaccessible, sauf par une petite porte en plein cintre que commande une maison et qui donne accès à un escalier très raide de 250 marches fort inégales, et en zigzag, aboutissant à une sorte de fortification qui entoure tout le sommet du rocher, d’où la vue est merveilleuse sur le bassin du Puy. Stanislas Meunier.
- CHRONIQUE
- Tremblements de terre. — Le 29 et le 50 décembre 1888, de violentes secousses ont éprouvé le territoire de la République de Costa-Rica. A San-José, la capitale, la cathédrale, le capitole, le palais du président et plusieurs maisons ont été détruites. A Alejuela, le désastre n’est pas moins grand, et on a en plus à déplorer la mort de plusieurs victimes. Le 27 janvier 1889, vers
- I l heures du soir, on a ressenti de légères secousses de tremblement de terre à Klagenfurt et à Ala, dans le Tvrol méridional.
- Le 10 février, dans la nuit, vers 10 h. 40 m., on a signalé des secousses de tremblement de tei’re dans plusieurs parties du Lancashire oriental. Les observations sont nombreuses et en quelques endroits on a cru d’abord à une explosion dans un charbonnage.
- Le prix actuel des métaux les plus rares. —
- II est intéressant de savoir ce que coûtent actuellement les métaux rares susceptibles d’utilisation. "Voici quelques prix par kilogramme :
- Le Vanadium coûte 123 900 francs; le Stilbidium, qui tire son nom des lignes rouge foncé du spectre, coûte 99 890; le Zirconium, 79 295; le Lithium, le plus léger des métaux connus, 77 090; le Glucinium, 59 470; le Calcium,49560;le Strontium, 47 710; l’Yttrium, 45045; l’Erbium, 37465; le Cérium, très lourd, 37 445; le Di-dyme, 55240; le Ruthénium, très dur et très cassant, 26430; le Rhodium, excessivement dur et cassant, ne fondant qu’aux plus hautes températures réalisables dans les fourneaux soufflés, 25 330; le Niobium, primitivement appelé Colombium, 25 500; le Baryum, 19 825; le Palladium, 15 420; l’Osmium, très cassant, 14315; l’Iridium, le corps le plus lourd que l’on connaisse, 12005.
- L’or fin valant aujourd’hui 5640 fr. et l’argent fin 219 fr. environ le kilogramme, on voit que les métaux véritablement (( précieux » ne sont pas tout à fait ceux que l’on pense.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 mars 1889.— Présidence de M. Des Cloizexux.
- Langue scientifique internationale. — Au nom de notre savant et distingué confrère, M. le Dr Ad. Nicolas, M. Berthelot signale une curieuse brochure : c’est un Rapport présenté à la Société de médecine pratique sur un projet de langue scientifique internationale. L’auteur
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- LA NATURE.
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- commence par préciser les conditions auxquelles, de l’aveu unanime, une langue scientifique universelle doit satisfaire. Ce sont : 1° l’uniformité de la prononciation, dans les limites compatibles, bien entendu, avec les nuances instinctives de l’émission vocale et de l’articulation verbiale; 2° l’extrême simplicité de la grammaire; 3° une syntaxe à la fois souple et précise ; 4° enfin une lexicologie riche, largement ouverte à toutes les expressions scientifiques actuelles et futures, et facilitant la formation des mots composés, tout en restreignant leur utilisation. Il nous est impossible de montrer comment M. Nicolas a atteint le but qu’il se proposait; nous signalerons pourtant le procédé très ingénieux qu’il propose pour construire les noms rationnels des corps qui se groupent en séries naturelles et, par exemple, l’application qu’il en fait à une nomenclature nouvelle des innombrables composés de la chimie organique. Toutes les personnes qui s’occupent de cette science le liront avec un vif intérêt; et tout le monde attendra avec impatience la publication du vocabulaire que M. Nicolas annonce avoir fait dès maintenant et dont l’adoption par le futur et prochain congrès projeté par la Société philosophique américaine de Philadelphie, nous paraît aussi probable que désirable.
- Production de la soie. — M. le professeur Laboulbène a été frappé de la mention que font Aristote et Pline de vers à soie jadis cultivés avec grand succès dans Pile de Cos et qui sont tombés en oubli lors de l’introduction en Europe du Bombyx du mûrier. Le ver en question existe toujours et pullule même en de certaines localités : sans doute son acclimatation serait facile dans le midi de la France et notre industrie séricicole trouverait peut-être dans cette nouvelle direction un remède à ses maux chaque année plus grands malgré les espérances qu’on a formulées à diverses reprises d’une manière si éclatante. M. Emile Blanchard qui analyse, en le présentant, le mémoire de M. Laboulbène se demande si l’insecte choisi par l’auteur est bien en effet le meilleur de ceux qu’on pourrait cultiver; mais il fait des vœux très vifs pour le succès de la tentative. Il est vrai que la soie dont il s’agit ne se dévidera pas simplement à l’eau chaude comme celle de Bombyx mori. Mais de ses entretiens avec les sériciculteurs, il résulte que le procédé différent à mettre en œuvre ne serait pas un obstacle si la quantité annuelle de cocons fabriqués était suffisamment grande.
- Faune groenlandaise. — A l’époque cependant si courte de la fonte des neiges, les eaux douces qui se réunissent dans les fossés, les mares et les petits lacs du Groenland ne sont pas inhabitées, comme on aurait légitimement pu le supposer. M. Rabot y a pêché vingt-cinq espèces différentes d’animaux où MM. Richard et de Guerne qui les ont examinés ont reconnu des crustacés, des rotifères et un coléoptère. Plusieurs de ces formes sont nouvelles pour la science.
- Anatomie des poissons. — L’homologie des lobes inférieurs du cerveau des poissons est fort difficile à établir. M. Johannès Chatin les a soumis à une étude approfondie, et s’est occupé spécialement de déterminer les nerfs qui y ont leur origine; il a aussi reconnu que le nerf oculo-moteur naît en arrière de cçs lobes. Sa conclusion est que leur correspondant chez les mammifères consiste dans les deux ganglions du tuber cinereum.
- Influence des anesthésiques sur la force des mouvements respiratoires. — Des expériences ont montré qu’on
- ne peut, ni expirer, ni respirer à travers une colonne mercurielle de 100 millimètres. MM. Langlois et Ch. Richet constatent même qu’un chien trachéotomisé mis en rapport avec une soupape de Muller, convenablement modifiée, ne peut plus respirer si la colonne de mercure a 60 millimètres. Avec 25 à 36 millimètres, il peut, au contraire, respirer pendant plusieurs heures quoique très laborieusement. Ceci posé, si le chien est anesthésié, par exemple, à l’aide du chloral, on constate qu’il suffit de 10 millimètres pour opposer à la respiration un obstacle infranchissable. Suivant les physiologistes dont nous citons le travail, l’explication de ce fait est simple et conforme à ce que l’on sait de l'action des anesthésiques et du mécanisme respiratoire. Les mouvements d’inspiration sont toujours actifs, tandis que l’expiration à l’état normal est purement passive et due à l’élasticité pulmonaire : elle a lieu mécaniquement quand l’effort inspirateur a pris fin et est sans aucune activité musculaire. En conséquence, il ne peut, sur l’animal anesthésié, y avoir d’expiration active; il ne reste plus qu’une expiration passive due à l’élasticité pulmonaire, laquelle n’est pas assez forte pour vaincre la résistance d’une colonne mercurielle de 10 millimètres. Au point de vue chirurgical, ces faits ont une application immédiate : c’est qu’il faut, dans l’anesthésie chloroformique, maintenir les voies respiratoires parfaitement libres ; le plus léger obstacle à l’expiration, presque imperceptible pour un individu normal, deviendra infranchissable pour un individu anesthésié. Il semble que les chirurgiens se préoccupent surtout de l’inspiration, tandis que selon MM. Langlois et Ch. Richet, ils devraient porter spécialement leur attention sur les obstacles à l’expiration dont le principal est, comme on le sait, la base de la langue au-dessus de l’orifice glottique.
- Contagion spontanée de la pneumo-enlérite. — On se rappelle comment M. Pasteur a distingué de la pustule maligne le rouget ou mal rouge des porcs. Plus tard on a reconnu la confusion faite bien des fois entre ce rouget et une autre maladie des porcs qu’on a qualifiée de pneu-mo-entérite. Or, il résulte des expériences de M. Galtier que cette dernière n’est pas exclusivement spéciale au porc,mais peut être communiquée par inoculation àd’autres animaux comme le mouton, la chèvre, le chien, le lapin, le cobaye et même à certains oiseaux de basse-cour, la poule et le pigeon, par exemple.
- Les Champignons. — Un traité élémentaire de mycologie, comprenant la description des champignons utiles, dangereux et remarquables et précédé d’une préface de M. Jules de Seynes, agrégé à l’École de médecine, est présenté au nom de M. J. Moyen. C’est un très beau volume de près de 800 pages édité par la librairie Rothschild et qui contient plus de 300 gravures sur bois et 20 planches en chromotypographie. On peut assurer d’avance le grand succès de ce remarquable ouvrage.
- Varia. — M. Forcrand détermine la chaleur de formation du glycolalcoolate de chloral. — Le mirage et les taches solaires occupent M. Bailly. — De nouveaux procédés de dosage du cobalt et du nickel sont décrits par M. Ad. Carnot. — La fin des recherches de M. Aimé Grand sur la pomme de terre industrielle est déposée sur le bureau par M. Schlœsing. — Par l’intermédiaire de M. Sarrau, M. Potier adresse un important mémoire relatif à l’optique malhématique. Stanislas Meunier.
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- LA NATURE.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- PHOTOGRAPHIES AMUSANTES
- Les portraits-caricatures photographiques qui consistent à figurer une grosse tête sur un petit corps, ne sont pas, tant s’en faut, chose nouvelle; mais, plusieurs de nos lecteurs nous ayant demandé de leur indiquer la manière de les exécuter, nous donnons un spécimen de ce genre d’amusement photographique (fig. 1) que nous devons à un amateur de Marseille,
- M. J oncla; et nous allons décrire le mode opératoire.
- On prend une photographie de la personne dont il s’agit de faire la caricature, on y pose une feuille de papier où l’on découpe exactement la tête à représenter, de telle sorte que cette tête seule soit visible au milieu du papier blanc. Pour avoir le corps, on emprunte une gravure de petit format, découpée par exemple dans le prospectus d’un magasin de nouveautés; on colle le corps ainsi obtenu au-dessous de la tête photographique, et on fait la soudure de la tête et du corps en dessinant un col de circonstance.
- Une fois la caricature ainsi faite, on en prend la photographie, comme s’il s’agissait de 1 a reproduction d’un tableau ou d’une gravure.
- La tête étant faite d’après une photographie, offre une ressemblance complète. Sur le spécimen que nous reproduisons, on voit que le faux-col a été dessiné à l’aide d’un pointillé qui a facilité le raccord et qui simule un linge de couleur. 11 va sans dire que l’on peut agrémenter le portrait d’un fond dessiné à la main. Après
- avoir parlé des photographies-caricatures, nous signalerons aux touristes photographes, amateurs de pêche ou de chasse, une amusante supercherie qui leur permettra de faire valoir les prouesses de leurs expéditions. Si vous êtes pêcheur, vous suspendez à
- une branche d’arbre le poisson que vous avez capturé (fig. 2, n° 1). Vous vous placez plus loin, aune cerlainedistance, en levant le bras, comme le représente notre figure. Si votre photographie est prise dans cette position, l’appareil étant en G, le poisson en A, et vous-même en B, par l’effet de perspective, le poisson se trouvant sur le premier plan sera considérablement grandi. L’épreuve développée vous donnera l’aspect du n° 2 (fig. 2). Le poisson, en réalité, sera bien un peu flou si la mise au point a été faite sur le personnage, mais on le distinguera suffisamment pour qu’il semble bien qu’il s’agisse d’une capture extraordinaire.
- La figure 3 représente encore une illusion photographique du même genre. L’appareil étant en C, n° 1 (fig. 3) , vous photographiez à petite distance un chat A posé debout sur le sol (ce chat peut être vivant ou empaillé) et un peu au loin un chasseur B tenant son couteau à la main. Le résultat de la photographie obtenue est figuré dans le n° 2 de la fig 3. Il est bon de mettre au point sur le chasseur ; le chat du premier plan est ainsi représentéd’une façon indécise et vague qui peut laisser croire qu’il s’agit d’un ours de grande taille.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieu. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Fig. 1.— Reproduction d’une photographie-caricature.
- Photographie du pêcheur
- Photographie du chasseur,
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- N° 852 7 — ü AVRIL 1889.
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- TRAITEMENT DE L’ATAXIE
- PAR LA* SUSPENSION'
- Ce mot d’ataxie ne dit certainement rien à la plupart de nos lecteurs; mais s’ils rassemblent leurs
- souvenirs, beaucoup se rappelleront avoir rencontré dans les rues un malheureux, appuyé au bras de sa femme, d’un aide, se soutenant de l’autre côté sur une canne, marchant lentement en esquissant avec les jambes des mouvements d’une chorégraphie fort singulière. Les jambes sont lancées dans la marche,
- Traitement de l’ataxie par la suspension, à la Salpêtrière. (D’après nature.) En haut, détail de l’appareil d’après une photographie
- de M. Albert Londe.
- comme par un mouvement de ressort; il n’y a aucune coordination des mouvements, aucune proportion entre l’effort, bien simple et bien léger, de porter la jambe en avant pour la déambulation et le mouvement insolite accompli contre le gré du malade. Couché, le malade peut remuer les jambes; la force musculaire est intacte. Debout, il 47e année. — 4”r semestre.
- ne peut plus équilibrer, proportionner l’effort à l’effet désiré.
- Cette démarche est caractéristique de la maladie désignée sous le nom d’ataxie locomotrice, maladie qui siège dans la moelle et dont la marche lente et graduelle, presque fatale, est une longue agonie pour le malheureux dont l’intelligence survit, jusqu’aux
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- dernières heures, à l’effondrement de tout son être.
- Ce symptôme des troubles de la démarche est un des plus frappants; mais il n’est pas le seul. Ce sont des douleurs atroces, irradiées, dans les membres, dans le ventre, survenant avec l’instantanéité de l’éclair, d’où leur nom de fulgurantes; ce sont des lésions du nerf optique amenant des cécités plus ou moins complètes, des troubles du côté des organes viscéraux, des articulations, de tout l’appareil sensoriel, locomoteur; une friabilité du tissu osseux qui provoque des fractures dans les plus simples mouvements. J’en passe et d’aussi graves.
- La thérapeutique s’est trouvée jusqu’ici à peu près impuissante a combattre les progrès de cette terrible maladie, dont la fréquence semble s’accroître de nos jours. Tel moyen, tel médicament a amené quelques améliorations de plus ou moins longue durée; dans des cas fort rares, la maladie a semblé enrayée, mais au fond, en dehors du soulagement apporté aux paroxysmes douloureux, les méthodes de traitement les plus énergiques n’ont pas donné de guérison. En face de cette impuissance, on comprendra l'étonnement du monde savant, en apprenant qu’un médecin avait obtenu, par un procédé fort original, de notables améliorations de cette grave maladie; on comprendra encore bien mieux l’émotion de ces nombreux malades à l’idée qu’on allait les soulager, peut-être même les guérir. Par quelle théorie le l)r Motschutkowsky d’Odessa a-t-il été conduit à employer ce traitement? Je serais fort en peine de le dire. Toujours est-il qu’un beau jour ce médecin annonça qu’il avait réussi chez treize tabétiques ou ataxiques à faire disparaître les douleurs, à améliorer l’incoordination des mouvements, à modifier, en un mot, du tout au tout, l’état de ses malades. Le moyen était simple : il avait pris l’appareil imaginé il y a six ou sept ans par Sayre, de New-York, pour remédier aux déviations de la colonne vertébrale et, à l’aide de cet appareil, il suspendait ses malades, et cette pendaison, d’un nouveau genre, renouvelée tous les jours, pendant quelques minutes, avait donné des résultats inattendus.
- Dans le cours d’une mission officielle en Russie, le Dr Raymond eut l’occasion de vérifier l’exactitude des faits annoncés et, à son retour en France, en fit part au professeur Charcot. Le procédé d’extension fut aussitôt mis à l’étude; le bruit s’en est vite répandu dans toute cette classe particulière de malades et chaque jour on voit arriver le matin, à la Salpêtrière, une procession de malheureux, jetant les jambes de droite et de gauche et tous pleins de confiance dans le nouveau mode de traitement.
- L’appareil est simple et je le décrirai sommairement; la figure, d’ailleurs, me permettra d’éviter des détails oiseux. La suspension est faite par une tige de fer portant deux brassières de cuir qui viennent s’engager dans l’aisselle; d’autre part la tête est prise dans une sorte de fronde avec mentonnière qui l’immobilise. Le jeu de ces courroies varie suivant la corpulence et la taille des sujets, car il im-
- porte que la traction, faite par un jeu de poulie, ne porte pas uniquement sur la tête et le cou, ce qui serait dangereux et, du reste, intolérable, mais soit équilibrée dans une certaine mesure entre la tête et le support des bras pour permettre l’élongation du rachis dans une juste mesure.
- Quand le malade, débarrassé du principal vêtement, a été bien harnaché, un aide tire lentement sur la corde et enlève doucement le malade à quelques centimètres du sol. La sensation n’a rien en général de très désagréable et les malades s’y habituent vite. Les premières séances sont, du reste, très courtes, une demi-minute le premier jour; une minute le troisième et ainsi de suite, en augmentant d’une demi-minute, jusqu’à trois minutes, trois minutes et demie, durée maximum. Ces séances sont espacées de deux jours en deux jours.
- Pendant que le malade est suspendu en l’air, on lui recommande de lever de temps en temps doucement les bras pour rendre la traction et la suspension plus effectives ; mais il doit éviter tout mouvement brusque, la chose se comprend aisément. Au bout de deux, trois minutes, la corde est lâchée graduellement et le malade remis à terre sans secousse.*
- C’est là tout le traitement, et il est efficace. Sur une première série de quatre-vingt-dix malades, trente, qui ont suivi assidûment ce traitement, ont éprouvé un mieux des plus sensibles. La démarche, et c’est le premier symptôme d’amélioration, est devenue plus facile; tel qui était obligé de venir en voiture à l’hôpital peut, au bout de quelques séances, faire une assez longue course à pied; l’incoordination des mouvements est moins prononcée. D’autres accidents s’atténuent également, ainsi les crises douloureuses, les troubles urinaires, etc. En somme, il y a amélioration réelle et d’une durée que ne donnaient pas les autres moyens thérapeutiques. Comment expliquer ces résultats ? la chose est assez difficile. Cette suspension amène une élongation passagère des racines nerveuses, de la moelle elle-même; on avait essayé, il y a quelques années, d’obtenir la disparition ou l’atténuation de certains symptômes du tabes en mettant à nu les principaux troncs nerveux des membres et en les étirant, les allongeant. Les résultats n’ont pas été bien encourageants et la méthode thérapeutique est déjà oubliée. Quoi qu’il en soit de l’interprétation, il y a une amélioration; mais ce n’est qu’une amélioration, car des signes fondamentaux, signes pupillaires, abolition des réflexes, persistent en dépit de tout. N’est-ce pas déjà beaucoup que de donner à de malheureux incurables un soulagement, si momentané qu’il soit. Le médecin ne sera plus absolument désarmé en présence de cette maladie et si l’explication de ces améliorations reste encore à trouver, il peut faire bénéficier les malades de ce traitement. Au lieu de se borner à des médications banales et sans grande valeur, il pourra leur conseiller, comme le dit spirituellement un de nos confrères, d’aller se faire.... pendre. Dr A. Cartaz.
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- LES EXPLOITATIONS AURIFÈRES
- DU DISTRICT DE BOUOSLOWSK (OCRAI.)
- Le district de Bogoslowsk, situé sur le versant oriental de l'Oural par le 60° de latitude Nord, occupe une superficie d’environ 350 000 hectares ; il renferme d’importantes mines d’or et de cuivre.
- C’est au cours d’un voyage de mission accompli en 1888 que nous avons visité les grandes exploitations d’alluvions aurifères qui s’y trouvent.
- On se figure souvent que l’Oural est une haute chaîne de montagnes, formant une barrière infranchissable entre l’Europe et l’Asie. Il n’en est point ainsi. De hauts sommets, on n’en voit guère; les cotes les plus élevées atteignent 1700 à 1900 mètres, et c’est encore une rareté. Le relief du pays est plutôt constitué par une série de collines ou de plateaux légèrement ondulés s’abaissant en pente douce vers les plaines de la Russie ou de la Sibérie. La région est sillonnée par de nombreuses rivières roulant lentement leurs eaux jaunes entre des berges presque toujours fort élevées. Mais la pente générale du terrain est parfois si peu accentuée que les eaux ne peuvent s’écouler. Les forêts sont très marécageuses, et bien souvent on ne peut y établir de routes qu’à la condition de les faire en bois.
- On n’exploite guère dans l’Oural que des allu-vions aurifères. Les seuls gîtes ou placers d’où l’on extrait des minerais sont ceux de Bérézowsk aux environs d’Ekaterinbourg et ceux de Miask plus au sud, près de Zlataoust. Les alluvions aurifères que l’on trouve dans les lits de presque tous les ruisseaux du versant est de l’Oural ont de 1 à 2 mètres d’épaisseur. Ils contiennent toujours de gros galets de syénite, de diorite, de diabase ou de serpentine, parmi lesquels on rencontre parfois des morceaux roulés de cristal de roche d’une limpidité parfaite. Les pépites d’or sont de dimensions très variables. On peut en voir une à l’École des mines de Saint-Pétersbourg grosse comme la tête et pesant une trentaine de kg. Mais en général elles sont toujours petites et ressemblent à des grains de sable plus ou moins fins.
- L’or est presque toujours accompagné par le platine, mais en proportion assez faible. Ce n’est que dans les environs de Nijni Taguil que l’on exploite des alluvions riches en platine. Avec ce métal on trouve en général l’iridium, l'osmium, le ruthénium. Les paillettes- d’osmiure d’iridium, qui sont les plus abondantes, se reconnaissent toujours à leur aspect cristallin et à leurs faces lisses et brillantes. Elles ne ressemblent en rien aux pépites de platine ternes et mates.
- L’âge de ces alluvions est facile à déterminer. On y trouve : Rhinocéros tichorinus, Bos primigenius, et Elephas primigenius.
- La teneur en or des alluvions est comprise en
- général entre 0,8 g et 1,5 g par tonne. Ce n’est que très exceptionnellement qu’elle atteint 2 et 3 grammes.
- Les exploitations aurifères du district de Bogoslowsk sont presque toutes concentrées dans le bassin de la Volschanka. Les grandes installations et les chantiers les plus importants sont situés sur les bords d’un de ses petits affluents, la Tschernoïa Rieva (Rivière Noire).
- La recherche des sables aurifères et la détermination de leur teneur en or ont été laites de la façon suivante.
- On a pratiqué, suivant une série de lignes perpendiculaires au cours du ruisseau, des puits carrés de 1,50 m de côté, que l’on a foncés jusqu’à la couche d’alluvions aurifères; on l’a toujours rencontrée à la profondeur de 2 à 4 mètres dans la partie centrale de la vallée au moins. Les puits d’une même rangée sont à une distance de 8 à 10 mètres l’un de l’autre. La longueur de chaque rangée varie entre 60 et 80 mètres. Enfin l’écartement des rangées est compris entre 50 et 100 mètres.
- On a déterminé successivement la teneur en or des sables trouvés dans chaque puits, et l’on a ainsi reconnu, sur 2500 mètres de long, la présence d’une couche d’alluvions de 0,75 m à 1,50 m d’épaisseur, tenant én moyenne 1 gramme d’or à la tonne. La couche présente une largeur considérable; mais elle n’est guère exploitable que sur une cinquantaine de mètres de large.
- Sur cette étendue seulement l’épaisseur des terrains stériles qui la recouvrent ne dépasse pas 2,50 m. La portion des sables aurifères que l’on peut donc utiliser dans cette vallée contient près de 300 kilogrammes d’or.
- Cette reconnaissance faite, on a creusé sur la rive droite du ruisseau un canal dans lequel on a rejeté toutes les eaux. Alors a pu commencer l’exploitation proprement dite. Le travail est fait par trois équipes. La première enlève les vases et les tourbes qui recouvrent le fond du ruisseau; la seconde, une couche d’argile grise de l m d’épaisseur située directement au-dessus des alluvions ; elle transporte ses déblais dans de petites charrettes à un cheval sur les deux rives du ruisseau. La troisième équipe enfin abat les sables aurifères et les charge dans des wagonnets Decauville que traînent des chevaux. Le travail se fait toujours en remontant le cours du ruisseau.
- Les wagonnets sont déchargés dans de grands wagons de 8 tonnes qui servent au transport des minerais jusqu’au lavoir situé à 2 kilomètres de là sur les bords de la Volschanka. La traction est faite par de petites locomotives circulant sur une voie de 0,95 m.
- L’exploitation occupait, en 1888, 300 ouvriers et 53 chevaux.
- Les installations de Bogoslowsk servant au lavage des alluvions aurifères présentent un intérêt tout
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- particulier. Ce sont presque les seules de tout l’Oural, où l’on ait appliqué les méthodes américaines qui permettent de traiter en peu temps et presque sans main-d’œuvre une très grande quantité de matière. On ne peut arriver à ce résultat que lorsqu’on dispose d’une quantité d’eau considérable.
- Aussi ces méthodes ne sont-elles pas applicables partout.
- La gravure ci-jointe (fig. 3) représente l’ensemble du lavoir ; le croquis qui l’accompagne (fig. 2) permettra d’en mieux comprendre les dispositions. L’installation se compose essentiellement d’un grand sluice ou canal en bois A, ayant 18 mètres de long et 0,75 m de large présentant une inclinaison de 7 pour 100. Le fond de ce sluice est garni de a en b par une série de quadrillages en fonte, déterminant une série d’anfractuosités dans lesquelles s’arrêtent les paillettes d’or. En c et en d se trouvent deux grilles en fer laissant passer l’eau et les sables fins sur les deux sluices latéraux B et C. Les gros galets sont arrêtés par ces grilles et tombent dans une trémie g, qui permet leur chargement dans des wagonnets. Les sluices B et C présentent dans leur partie supérieure (e) une série de taquets en bois créant, eux aussi, des anfractuosités, et sont garnis dans leur partie inférieure f par des draps à longs poils qui doivent arrêter les particules d’or les plus fines. C’est un procédé employé de toute antiquité : la toison d’or en est la preuve. Les sables fins stériles tombent dans le bassin D; sont remontés par les norias E dans les trémies F. Les norias sont mises en mouvement par une roue hydraulique G. Les wagons pleins de
- sables s’arrêtent en a, on les vide sur la partie supérieure du sluice A. L’eau qui arrive en grande
- quantité et par les orifices p et par le conduit y entraîne rapidement toute la masse. Les gros galets arrêtés en g sont repris et rejetés dans le lit de la Volschanka. 11 en est de même des fins stériles qui ont passé sur les sluices B et C. Quant aux pépites d’or, par suite de leur grande densité, elles s'arrêtent presque toutes dans les anfractuosités que présente le fond du sluice A. Les parties les plus fines seules arrivent sur B et sur C. Aussi la porpor-tion d’or que l’on y recueille est-elle toujours assez faible.
- Le traitement d’un wagon de 8 tonnes, dure 4 à 5 minutes. Chaque train est composé de 4 wagons; mais,comme la production des chantiers est encore relativement faible, il s’écoule 15 à 20 minutes entre le traitement de deux trains successifs. On lave actuellement par journée de dix heures 550 à 550 tonnes de sables. Cette quantité pourrait être facilement doublée.
- A la nuit tombante on ramasse toutes les matières qui se sont arrêtées dans les quadrillages en fonte et sur les draps, on les lave sur de grandes tables inclinées sous un faible courant d’eau, de façon à entraîner peu à peu les parties les plus légères. On ajoute à la masse du mercure pour réunir plus facilement toutes les particules d’or, et après un travail d’une heure environ, il ne reste plus des 550 tonnes traitées dans la journée qu’un bloc gros comme le poing, d’amalgame d’or et qu’une pincée de paillettes de platine qui s’en sépare aisément. Pour isoler l’or pur, il n’y a plus qu’à distiller l’amalgame. Le métal obtenu contient en moyenne 90 pour 100
- Volschanl
- RudnTUi ÂT u rinski
- lowsk.
- ===== Routes
- Chemins dcftr d ‘e<eploitaHons tfMt# jWuzrions aurores reconnus (HLétxpbüés
- Fig. 1. — Àlluvions aurifères du sud du district de Bogoslowsk.
- Fig. 2. — Plan du lavoir des sables aurifères à Bogoslowsk.
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- d’or et 10 pour 100 de cuivre ou d’argent.
- Le personnel occupé à cette installation est très peu nombreux : 20 hommes suffisent à tout faire.
- Enfin les résultats obtenus paraissent très bons. D’après les analyses faites à Bogoslovvsk, les sables qui avant le traitement contenaient 1 gramme par tonne n’en contiendraient plus après que 0,08 g.
- Voici pour les quelques jours que nous avons passé là-bas les quantités d’or recueillies :
- 29 août.................511,74 g.
- 50 août................. 562,86 g.
- 51 août................. 452,10 g.
- 1er septembre........... 445,56 g.
- 2 septembre .... 770,50 g.
- J’ai déjà cité quelques-uns des avantages que
- présente ce lavoir. Il en est un autre qu’il ne faut pas oublier. Presque tout est bâti en bois ; et par suite sa construction est des plus faciles au milieu des forêts de l’Oural.
- Le seul inconvénient à signaler est la grande quantité d’eau nécessaire au traitement. Pour laver 500 tonnes de sable, on consomme 5000’mètres cubes d’eau.
- De pareilles installations exigent un capital considérable et ne peuvent être établies qu’aux points où l’on peut trouver une quantité d’or suffisante.
- Dans tous les petits ruisseaux de la région où les alluvions n’existent qu’en faible quantité, on ne peut songer à en créer. L’administration du district
- Fig. 5. — L’exploitation aurifère de Bogoslowsk dans l’Oural. — Ensemble du lavoir.
- de Bogoslowsk autorise les paysans à exploiter eux-mêmes ces alluvions, à la seule condition de venir vendre tout l’or qu’ils recueillent au comptoir. On les paye peu; mais la vie n’est pas chère là-bas et de plus le commerce de l’or n’est pas libre. Tout voleur ou tout recéleur d’or a toujours la perspective de finir ses jours en Sibérie. L’État seul a le droit d’acquérir cette matière, et bien qu’il en recueille chaque année des quantités très considérables, la monnaie d’or est absolument inconnue en Russie. Ce n’est qu’à Paris que l’on trouve des pièces d’or de 5 roubles.
- Les installations de ces ouvriers sont naturellement des plus simples. Ils copient en petit les grands lavoirs qu’ils voient, et, malgré un outillage
- des plus défectueux, ils obtiennent un très bon rendement. Leur métier est très dur, très chanceux, et pourtant l’appât du gain les fait venir de loin. S’ils arrivent parfois à gagner beaucoup, ils sont pourtant presque toujours dans une misère profonde. Tout ce qu’un ouvrier russe reçoit en plus de ce qui lui est strictement nécessaire pour vivre est toujours employé à acheter de l’eau-de-vie.
- On trouve partout ces chercheurs d’or. Dans le bassin seul de la Yolschanka ils travaillent sur une longueur de 60 kilomètres.
- Ce sont en somme ces ouvriers répandus dans tout le pays qui extraient la plus grande quantité d’or.
- Tandis que les alluvions de la Tschernoïa Rieva
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- produisent environ d00 kilogrammes d’or par an, le district entier en expédie annuellement 370 kilogrammes à la monnaie d’Ekaterinbourg.
- C".
- INFLUENCE DES ÉBRANLEMENTS DE L’AIR
- SUR r.E BROUILLARD
- La Nature a récemment relaté un fait tendant à démontrer l’action exercée sur le brouillard à la suite des ébranlements de l’air occasionnés par le canon1. Nous recevons à ce sujet une très curieuse communication.de M. Louis Borson, pharmacien à Corbic (Somme). Nous la publions in extenso avec d’autant plus d’empressement qu’elle provient d’un observateur de mérite et d’un héroïque défenseur de Belfort. Voici ce que nous écrit M. Borson :
- Un fait isolé ne saurait avoir l’autorité d’une preuve. Pour peu que l’étude du phénomène présente un intérêt scientifique, la question n’est pas impossible à résoudre, même sans faire parler les pièces du mont Valérien. En effet, recueillons nos souvenirs de l’année terrible ; pendant les longues semaines de cet biver 1870-4871, la moitié de la France n’a-t-elle pas été un vaste champ d’expériences sinistres où nous n’avons eu que trop l’occasion d’expérimenter tous les effets du canon? J’assistais comme officier à la défense de Belfort. Le siège de cette place a duré 103 jours, dont 73 d’un bombardement sans relâche. Or, voici ce que nous avons pu observer. Au plus fort de ce bombardement, le brouillard nous a enveloppés quelquefois, et pendant plusieurs jours de suite, comme dans un vrai linceul. Je citerai entre autres les journées des 10, 11, 12, 13 et 14 décembre 1870, pendant lesquelles un brouillard épais et persistant s’est abattu sur Belfort, en dépit de l’artillerie des deux armées, se ca-nonnant à outrance à moins de 3000 mètres. Pour appuyer mes souvenirs, j’ai sous les yeux le journal Le siège de Belfort écrit au jour le jour pendant le siège, et la relation de la Défense de Belfort, écrite sous le contrôle du colonel Denfert, par les capitaines Thiers et La Laurencie.
- Je lis entre autres passages : le 10 décembre : «... Cet engagement très vif dura de 1 heure et demie à 5 heures, et ce n’est que l’obscurité augmentée encore par un brouillard intense qui mit fin au combat... »
- — Le 11 décembre : « Les projectiles tout le jour n’ont presque pas cessé de pleuvoir sur la ville; nous leur avons répondu vigoureusement... il y avait un brouillard très épais... »
- — Le 12 décembre: « La canonnade ennemie a violemment tonné pendant la nuit et pendant toute la matinée... Le temps n’est guère favorable à un tir à longue portée, h brouillard est intense... »
- — Le 15 décembre : ((Al heure, l’attaque commence par un brouillard opaque favorisant une sortie, et un combat à l’arme blanche... Vers 6 heures, la compagnie de grand’garde débordée par un nombre supérieur, et gênée par des cavaliers qui se jetaient sur elle à la faveur de la nuit et du brouillard, dut céder le terrain. L’artillerie de place qui n’avait cessé de canonner énergiquement les lignes prussiennes, couvrait de feux les abords
- 1 Yoy, n° 822, du 2 mars 1889, p. 211.
- de la position au point d’arriver à dominer en intensité le bombardement de l’ennemi... etc., etc. »
- — Le 14 : « Encore le même brouillard. »
- Or, ce bombardement à outrance durait sans interruption depuis le 5 déjà, et, du 10 au 15, un brouillard intense enveloppait assiégeants et assiégés, en dépit du vacarme de leur artillerie. Quant au nombre de commotions atmosphériques auxquelles a pu résister ce brouillard légendaire, il est intéressant d’en faire approximativement le calcul. J’ai rappelé déjà que le siège de Belfort a duré 105 jours dont 75 de bombardement. Les rapports officiels donnent le chiffre de 500 000 projectiles de siège lancés par les Prussiens, et celui de 250 000 lancés par les défenseurs de la place, soit donc environ 750000 coups de canon échangés en 73 jours, sur un champ de tir assez restreint.
- Étant donné que ces projectiles étaient des obus à percussion de gros calibre dont les trois quarts environ produisaient, en tombant dans ce même champ de tir, une nouvelle détonation presque aussi forte que celle du canon lui-même, nous arrivons au chiffre respectable de 1520000 commotions atmosphériques en 75 jours, soit par 24 heures, 18 200 détonations sur un espace de quelques kilomètres carrés. En tenant compte du ralentissement que le tir pouvait présenter pendant la nuit, nous pouvons admettre en chiffre rond environ 1000 détonations par heure pendant le jour; et cela, pendant 73 jours sans interruption. Nous n’avons parlé que des canons de siège, le bruit des pièces de campagne et celui de la fusillade étant des quantités négligeables à côté de ce vacarme. Après 18 ans, nos oreilles n’ont point encore oublié la musique grandiose de ce formidable orchestre. Nous sommes bien loin des 16 coups de canon de l’officier suisse; et s’il eût été réellement si facile de dissiper le brouillard, nous ne compendrions pas qu’il eût pu s’en former, ne fût-ce que quelques instants dans l’atmosphère de Belfort à aucun moment du bombardement.
- La seule observation que j’ai faite est celle ci : Par les temps de brouillard, le bruit du canon était singulièrement affaibli, c’est à peine si nous entendions le tir des batteries ennemies éloignées de nous de 2 à 3 kilomètres seulement. Ainsi donc, ce n’était pas le canon qui tuait le brouillard, c’était le brouillard qui anéantissait le bruit du canon; malheureusement pour nous, il n’anéantissait pas les projectiles.
- Les faits mentionnés dans celte note, paraissent très probants. Il est fréquent de voir, dans les montagnes, les brouillards se dissiper sous l’action des rayons solaires. Si l’exercice du canon a lieu au même moment, il est facile de concevoir que des observateurs puissent être l’objet d’une illusion sur la cause du phénomène. G. T.
- COUREURS ET MARCHEURS
- L’antiquité nous a laissé un certain nombre de récits sur les coureurs.
- Il y a d’abord celui de l’homme qui attrape un lièvre à la course, et dont je ne me rappelle plus le nom.
- Euchides de Platée s’en vint chercher à Delphes le feu nécessaire pour les sacrifices, afin de remplacer celui que les Perses avaient profané; il fit 1000 stades ou 185 kilomètres, entre le lever et le coucher du soleil ; il faut
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- ajouter qu’il mourut de fatigue en arrivant, comme le soldat de Marathon. Philonide, coureur d’Alexandre le Grand, fit mieux encore, puisqu’en neuf [heures il alla de Sicyone à Elis distant de 1200 stades. Heureusement poulies sceptiques que l’on ne sait jamais s’il s’agit de grands ou de petits stades et que les routes n’étaient peut-être pas toujours exactement kilométrées.
- Les observations modernes, qui sont toutes à peu près concordantes, vont nous donner des chiffres plus précis.
- Au seizième siècle, un laquais du vicomte de Polignac, alla du Puv-en-Auvergne à Paris et en revint en sept jours. La distance parcourue étant d’environ 800 kilomètres, on voit que c’est une moyenne de 120 kilomètres par jour.
- C’est du reste ce chiffre de 120 kilomètres par jour (60 milles) qui était normal chez les coureurs, entretenus, au siècle dernier, par les grands seigneurs anglais, avant l’établissement de la poste.
- En 1801, le capitaine Barclay parcourut en cinq jours une distance de 500 milles (un peu moins de 600 kilomètres) ; ce qui donne encore 120 kilomètres par jour.
- Un guide bien connu des Alpes, Édouard Balmat, fit le voyage deParisàChamounix (546 kilomètres) en cinq jours.
- Il faut remarquer qu’ici, il y avait à franchir, non seulement la distance horizontale, mais encore la différence d’altitude : or, on compte qu’un marcheur met un quart d’heure pour s’élever de 100 mètres sans que la rapidité de la pente ait une influence sensible.
- Il y a une dizaine- d’années, un nommé Charles Victor (d’Àrbois) parcourut la France en défiant les amateurs à la course. A en croire les affiches, il avait fait un premier trajet de 4675 kilomètres en 40 jours, soit 117 kilomètres par jour; il avait été ensuite de Constantine à Alger (482 kilomètres) en trois jours, soit 160 kilomètres par jour[; et enfin de Sidi—bel-Abès à Tlemcen (92 kilomètres) en 5 heures et demie, soit 15 kilomètres à l’heure.
- Cette vitesse, qui ne peut être atteinte que par des coureurs et pour de petites distances, ne paraît pas pouvoir être dépassée. Ainsi, dans le gymnase Amoros, on a parcouru 40 kilomètres en 2 heures trois quarts, ce qui donne 14 540 mètres par heure. Les coureurs anglais dont nous avons parlé plus haut faisaient 14 kilomètres à l’heure pour les petites courses.
- La vitesse ordinaire d’un marcheur isolé est de 6 kilomètres à l’heure (quand il est en troupe, la vitesse diminue sensiblement à cause des fluctuations de la colonne ; on ne compte plus alors que 4 kilomètres à l’heure).
- Un marcheur exercé peut soutenir pendant une trentaine de kilomètres une vitesse de 8 kilomètres à l’heure.
- La marche précipitée peut aller, d’après les expériences des frères Weber, jusqu’à 9389 mètres par heure.
- Un marcheur, très entraîné, peut arriver, comme un coureur, à faire 120 kilomètres par jour: mais il ne lui reste plus grand temps pour dormir et prendre ses repas.
- En résumé, il est bien établi que les limites maxima de vitesse pour un homme sont les suivantes : 120 kilomètres par jour, 15 kilomètres par heure.
- Je ferai remarquer que cette limite de 120 kilomètres par jour est précisément celle qui convient également au cheval monté1 : encore le cheval est-il souvent fourbu, comme cela arriva le 8 avril 1864, à la monture d’un
- 1 11 y a quelques années, une jument célèbre montée par son propriétaire, ün officier autrichien, a franchi la distance de Vienne à Paris (1400 kit.) en 14 jours. Dans les récentes manœuvres du 3e corps, M. Séguin, lieutenant au 12e chasseurs, a fait 231 kilomètres en 48 heures et est resté 33 heures à
- spahi fidèle qui, lors de l’affaire du colonel Beauprètre, parcourut de 5 heures et demie du matin à 4 hèures du soir, les 140 kilomètres séparant Géryville de Saïda. A. R.
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889
- ÉTAT DES TRAVAUX
- A LESPLANADE DES INVALIDES ET AU CHAMP DE MARS, ACHÈVEMENT DE LA TOUR EIFFEL
- Nous avons été visiter ces jours derniers les chantiers de l’Exposition universelle. On ne saurait s’imaginer, sans l’avoir apprécié par soi-même, la somme de travail qui a été effectuée depuis deux ans, à l’Esplanade des Invalides et au Champ de Mars, reliés par une galerie couverte sur le bord de la Seine. L’Exposition universelle de 1889 sera la plus grande et la plus imposante manifestation de l’industrie humaine, qui ait jamais été réalisée jusqu’ici. Le monde entier y figurera, et les représentants de tous les pays y viendront en foule. En parcourant les édifices accumulés çà et là, les galeries innombrables, en visitant le Palais des Machines, en admirant la Tour Eiffel qui domine ce merveilleux ensemble, nous ne pouvions nous défendre d’un véritable sentiment de joie patriotique; car l’Exposition de 1889 sera un triomphe pour la France et pour Paris.
- L’esplanade des Invalides offrira pour le visiteur un attrait particulier et tout ce qu’il y verra, le préparera en quelque sorte aux merveilles du Champ de Mars. Une multitude de monuments des plus variés, y forment un ensemble des plus attrayants. Le palais du Ministère de la guerre avec l’exposition militaire; ceux qui lui font face, Palais de la section tunisienne et de la section algérienne, sont aussi des plus remarquables, quoique moins monumentaux. A côté de ces constructions, un édifice est réservé à l’Administration des postes et des télégraphes ; plus loin, d’autres constructions sont destinées à l’exposition des Indes néerlandaises, des îles de Java et de Sumatra; puis viennent les pavillons relatifs à la section des colonies françaises, Cambodge, Annam, Cochinchine et Tonkin, etc. Du côté des Invalides mentionnons le grand monument du Panorama de Paris; à l’autre extrémité, citons le pavillon gastronomique, et quittons cet emplacement déjà si bien rempli, pour jeter un coup d’œil sur le Champ de Mars.
- Deux œuvres seront belles entre toutes dans les constructions du Champ de Mars, nous voulons parler du Palais des Machines, et de la Tour de 500 mètres, dont l’effet est absolument majestueux et grandiose. Le Palais des Machines est entièrement terminé quant à la partie architecturale proprement dite; les supports des transmissions sont
- cheval ; le cheval portait le paquetage complet pesant 60 kilogrammes. Six officiers de cavalerie ont exécuté, à peu près à la même époque, de Trévise à Padoue, une coursede fond (50 kilomètres sur la grande route) ; la jument hongroise qui est arrivée la première a mis 1 heure 46 minutes.
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- posés sur leurs fondations en béton, et déjà même on commence depuis quelques jours à emménager le monde de machines qui animera cet immense vaisseau, le plus grand qui ait été construit jusqu’ici, et qui fait honneur à ses ingénieurs, à ses architectes et à ses décorateurs 1.
- A droite du Champ de Mars s’élève le Palais des Arts libéraux; 'a gauche, comme pendant, le Palais des Beaux-Arts; chacun de ces monuments à lui seul eût presque suffi pour contenir, il y a vingt ans, une Exposition universelle. Entre les deux Palais, sont dessinés les jardins que des torrents de lumière électrique éclaireront le soir, et au milieu
- desquels jailliront les fontaines lumineuses que nous nous réservons de décrire postérieurement. Un peu au delà de ces deux Palais, on visitera les pavillons de la Ville de Paris, puis on pénétrera dans les galeries des groupes divers en passant sous le dôme central aux proportions fort majestueuses.
- En avant du Champ de Mars, la Tour Eiffel posée sur ses quatre piliers de fer, forme comme l’arc de triomphe de la science et de l’industrie. Son aspect, aujourd’hui qu’elle est terminée jusqu’à sa hauteur définitive, peut être jugé et apprécié : les détracteurs de la première heure se sont tus, et l’approbation des ingénieurs et des artistes est unanime.
- Fig. 1. — Aspect de la Tour Eiffel à 3 kilomètres de distance; vue prise du Point-du-Jour, à Paris. (D’après une photographie de M. Jacques Ducom.)
- Quand on la considère de loin, la Tour de 300 mètres est gracieuse, svelte,légère®; elle s’élève vers le ciel comme un mince treillis de fils métalliques ; elle est toute pleine de poésie dans son ensemble. Quand on s’en approche, la construction devient monumentale; et quand on arrive aux pieds du colosse, on admire avec recueillement cette énorme masse métallique assemblée avec une précision mathématique, et formant une des œuvres
- 1 Voy. n° 811, du 15 décembre 1888, p. 45.
- * Notre figure 1 donne l’aspect de la Tour Eiffel quand on la considère à distance ; notre figure 2 montre un des aspects de Paris à la hauteur du deuxième étage seulement. Cette gra. vure reproduit une des photographies qui ont servi à l’exécution du panorama du musée Grévin (voy. n° 823, du 9 mars 1889, p. 225) et dont nous devons la communication à l’obligeance des administrateurs de cet intéressant établissement. |
- les plus audacieuses que l’art de l’ingénieur ait jamais osé entreprendre. La surprise augmente quand on gravit les escaliers de la Tour : avant d’arriver au premier étage, on traverse des forêts de montants de fer, qui offrent des enchevêtrements fantastiques; puis, à mesure que l’on monte, on s’étonne tout à la fois et de l’immensité de l’édifice, et de sa légèreté apparente, et de la splendeur du panorama qu’il permet de contempler.
- En dehors de l’incontestable intérêt qui s’attache à la Tour Eiffel, tant au point de vue de sa construction métallique que de sa hauteur, on ne peut plus nier aujourd’hui que l’œuvre gigantesque, est absolument belle, comme il arrive à ce qui est absolument approprié à son objet.
- Dimanche dernier 31 mars, comme je descen-
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- Fig. 2. — Vue de Paris (Côté de l’Arc-de-Triomphe) prise du (deuxième étage dejda Tour Eiffel. (D'après une photographie de M. Durandeilc.)
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- dais les marches de la Tour, après la cérémonie de la pose du drapeau sur le faîte extrême du campanile, j’avais plaisir à entendre un de nos membres les plus distingués, de l’Académie des sciences, s’écrier que ce monument de fer était assurément la production la plus étonnante de notre siècle. « 11 est pour notre époque, nous disait-il, ce que la grande pyramide qui traduit les efforts de tout un peuple, a été pour le monde ancien ; toutes les ressources de l’art contemporain ont dù concourir à son exécution. »
- L’œuvre que M. Eiffel aura eu la gloire de réaliser, est en effet l’expression de la science appliquée de notre temps. Gaston Tissandier.
- RÉCOLTE ET PRÉPARATION
- DES PLANTES POUR COLLECTIONS
- Toutes les personnes qui s’occupent d’histoire naturelle savent combien il est utile de faire des collections. Le temps pendant lequel une plante peut être étudiée à l’état frais étant extrêmement limité, la nécessité d’avoir pour cëtte étude des instruments de travail et de nombreux ouvrages d’un transport difficile font que l’herbier est absolument indispensable pour le botaniste.
- Avec certains soins, du reste, on peut arriver à former des collections de plantes sèches qui rappellent presque complètement ces mêmes plantes à l’état frais, tout en permettant de travailler à loisir et en facilitant les comparaisons avec des échantillons dûment étiquetés, ayant subi une préparation identique. En voyage* le botaniste n’a donc qu’à s’occuper de récolter des matériaux d’étude qu’il utilisera à son retour.
- Il est certain qu’à l’état sec les plantes n’ont plus leur port naturel, mais, avec un peu d’habitude on le rétablit facilement par la pensée, et si, au moment de la récolte, on a eu le soin de noter certains caractères qui se trouvent forcément modifiés par la dessiccation, il devient alors très facile de reconstituer les choses.
- C’est pour le botaniste un grand avantage de pouvoir conserver les plantes qu’il a récoltées et nommées, et cela facilite singulièrement ses travaux ultérieurs. S’il fait une publication, il pourra montrer les échantillons qui en ont été le sujet et ces types-permettront toujours les rectifications des personnes compétentes. C’est grâce aux herbiers formés par les voyageurs que nous arrivons à connaître peu à peu la végétation des diverses parties du globe. Nos grands musées nationaux les reçoivent et les tiennent à la disposition des botanistes qui les décrivent et qui peuvent alors rédiger des flores.
- Il devient ainsi facile de rechercher parmi les productions végétales de chaque contrée celles que nous aurions intérêt à en tirer. Sous ce rapport, l’horticulture et l’agriculture sont absolument tributaires de la botanique ; aussi voudrions-nous voir les voya-
- geurs ne négliger dans leurs étiquettes aucun détail sur les usages des plantes utiles et sur les procédés de culture auxquels elles sont soumises.
- L’herbier n’est pas seulement utile : on aime à le consulter. A chaque échantillon se rattachent des souvenirs que les années ne parviennent pas à effacer et qui leur donnent une valeur d’autant plus grande qu’on a eu plus de peine à se les procurer.
- « Toutes mes courses de botanique, dit Jean-Jacques Rousseau, les diverses impressions du local, les objets qui m’ont frappé, les idées qu’il m’a fait naître, les incidents qui s’y sont mêlés, tout cela m’a laissé des impressions qui se renouvellent par l’aspect des plantes herborisées dans ces mêmes lieux.
- « Je ne reverrai plus ces beaux paysages, ces forêts, ces lacs, ces bosquets, ces rochers, ces montagnes dont l’aspect a toujours touché mon cœur; mais maintenant que je ne peux plus courir ces heureuses contrées, je n’ai qu’à ouvrir mon herbier et bientôt il m’y transporte. Les fragments de plantes que j’v ai cueillies suffisent pour me rappeler ce magnifique spectacle. Cet herbier est pour moi un journal d’herborisations qui me les fait recommencer avec un nouveau charme et produit l’effet d’un optique qui me les peindrait de rechef à mes yeux. »
- Herborisations. — On fera bien, pour apprendre à récolter les plantes, de suivre quelques herborisations publiques que dirigent tous les étés plusieurs botanistes parisiens et ceux d’un certain nombre de villes de province. Après quelques excursions, on sera à même de continuer seul dans de bonnes conditions.
- Il ne suffit pas seulement, pour être botaniste, de se familiariser avec les plantes rares de la région que l’on habite et c’est une erreur de croire que les herborisations publiques n’ont lieu que dans le but de faire connaître des localités. Au point de vue de l’étude, les espèces les plus communes ont autant d’importance que les autres, et c’est par celles-là qu’il faut commencer. Il n’est donc pas nécessaire de faire de bien longues courses pour débuter et c’est -petit à petit que l’on doit étendre le cercle de ses investigations dans le but de trouver des choses que l’on n’a pas encore étudiées. Il est préférable de ne récolter que peu d’espèces à la fois afin de pouvoir les examiner plus soigneusement au retour de l’excursion et de les préparer convenablement pour l’herbier.
- Si l’on est en voyage, les conditions changent : comme on ne peut transporter avec soi ses livres, le plus sage est de récolter le plus grand nombre possible d’échantillons et de les bien préparer en prenant des notes que l’on utilisera, lorsqu’on sera à même de le faire.
- Objets nécessaires pour herboriser. — Les objets nécessaires pour herboriser sont :
- 1° La boîte à herboriser (fig. 1). C’est un cylindre à bases elliptiques, en fer-blanc, généralement de couleur verte ; elle est munie d’une courroie en cuir qui permet de la porter sur le dos de façon à laisser les bras libres. On doit, autant que possible, la prendre
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- de la longueur du papier que l’on a adopté pour fixer les plantes après leur dessiccation : cela guide dans la récolte des échantillons qu’il est alors facile de cueillir de façon à ce qu’ils présentent des dimensions convenables. Lorsque ceux-ci sont trop longs pour tenir dans la boîte, on les replie à angle aigu autant de fois que cela est nécessaire en écrasant la tige à l’endroit qu’on veut plier.
- Si l’on a d’abondantes récoltes à faire, la boîte à herboriser devra être plus grande. Les dimensions ordinaires sont : 50 centimètres de longueur sur 15 de diamètre. 11 existe des boîtes à un ou à plusieurs compartiments; nous préférons les premières, aimant mieux avoir une boîte de poche pour mettre les petites plantes et les choses délicates qui ont besoin d’être soigneusement conservées. L’ouverture de la boîte doit être grande de façon à permettre l’entrée et la sortie faciles des échantillons.
- Au lieu de boîte à herboriser, quelques personnes se servent du cartable (fig. 2) pour mettre leurs récoltes.
- Le cartable consiste en deux morceaux de carton fort ou de cuir entre lesquels sont disposées des feuilles de papier qui servent à isoler les échantillons. Le tout est maintenu grâce à une pression exercée a l’aide de courroies qui sont disposées à cet effet. Le cartable permet de conserver facilement les espèces à tleurs caduques comme les Anémones, les Lins, certaines Renoncules, etc.; le commencement de préparation qu’elles subissent permet de les avoir en parfait état alors qu’elles auraient perdu une partie de leurs organes si on les avait simplement mises dans la boîte a herboriser. Malheureusement le cartable est encombrant et difficilement transportable; un autre défaut réside dans l’emploi des nombreuses sangles nécessaires pour le maintenir, ce qui occasionne une perte de temps considérable pour chaque récolte.
- 2° Les outils d'extirpation. Ils sont nombreux et variés, ayant chacun leurs qualités et leurs défauts.
- Pour herboriser dans les terrains sablonneux et légers, un simple écorçoir1 suffit. Cet instrument a l’avantage d’être léger et peu embarrassant. On a imaginé une ceinture â gaine qui permet de le porter très facilement. L’écorçoir peut être remplacé par le couteau-poignard (fig. 3).
- Dans les terres fortes et pour les plantes dont les racines s’enfoncent profondément dans le sol, ces outils sont absolument insuffisants; on devra leur préférer le piochon Cosson (fig. 4) qui est généralement adopté : il a l’avantage d’être très solide et aussi celui de pouvoir pénétrer dans les anfractuosités des rochers grâce au peu de longueur de son manche. Mais le peu de longueur du manche rend difficile le transport de cet outil qui pèse lourdement à la main. Le piochon Decaisne (fig. 5), moins solide assurément, est, sous ce rapport, beaucoup plus commode, car on peut s’en servir comme d’une canne.
- 1 Voy. n° 769, du 25 février[1888, p. 204.
- On peut aussi l’employer pour attirer à soi les branches des arbres, les plantes aquatiques qui croissent à une petite distance du bord de l’eau, etc.
- 5° Un bon couteau et un sécateur (fig. 6). On s’en servira pour cueillir des rameaux d’arbres ou d’arbrisseaux, de plantes épineuses ou trop volumineuses pour être récoltées entières, etc. Pour avoir des échantillons d’arbres élevés, on sera forcé de recourir à l'échenilloir (fig. 7).
- Récolte des plantes. — Les plantes doivent être récoltées aussi complètes que possible de façon à ce qu’elles présentent tous les organes qui peuvent servir 'a leur détermination : racines, tiges, feuilles, fleurs, fruits. Mais des échantillons, aussi bien récoltés qu’ils soient, seraient sans intérêt s’ils n’étaient accompagnés d’étiquettes soigneusement rédigées, sur lesquelles on devra noter tous les caractères susceptibles de se modifier par la dessiccation ou qui ne peuvent se trouver dans un fragment détaché d’une plante un peu grande. 11 faut indiquer le port, c’est-à-dire la forme et les dimensions de la plante, si elle est annuelle ou vivace; la forme et la couleur de ses fleurs; la forme et la couleur de ses fruits; la station dans laquelle on l’a trouvée : terrains cultivés, bois, marécages; la nature du sol; l’altitude; la localité aussi précise que possible; la date de la récolte; enfin ses usages. Pour réunir tous ces renseignements, il est nécessaire d’avoir un carnet d’herborisations sur lequel on puisse prendre des notes au fur et à mesure des récoltes en donnant à chaque plante un numéro qui sera reporté sur les échantillons à l’aide d'étiquettes en papier fort ou en parchemin : ces dernières ont l’avantage de ne pas être détériorées par l’humidité. On se sert avantageusement, à cet effet, d’étiquettes munies d’un fil avec lequel on peut les attacher solidement (fig. 8).
- Les plantes de petit volume doivent être récoltées entières avec leurs racines qu’il faut dégager du sol avec le plus grand soin (fig. 9.) Lorsqu’il s’agit d’espèces parasites comme les Orobanches, il est nécessaire de prendre en même temps la plante nourricière en recherchant le point d’adhérence des racines de façon à avoir d’une manière aussi évidente que possible le caractère du parasitisme.
- Après avoir débarrassé les racines de la terre en les secouant délicatement, les plantes sont étiquetées et placées dans la boîte à herboriser.
- Pour les espèces plus grandes, les arbrisseaux, les arbres, il faut se borner æ cueillir soit une sommité, soit un rameau muni de feuilles avec des fleurs ou des fruits. Dans ce cas, il est indispensable de récolter soigneusement toutes les parties de la plante qui présentent des différences, de façon à ce que leur ensemble rappelle aussi parfaitement que possible le végétal duquel elles proviennent; pour les espèces herbacées, on récoltera quelques feuilles radicales ou de la base, qui présentent souvent des différences notables avec celles des parties plus élevées de la tige; pour les arbres et les arbrisseaux, on prendra un morceau de tige ou d’écorce, et, outre
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- les rameaux florifères et fructilères, des rameaux un développement plus considérable. Certaines d un an sur lesquels les feuilles prennent souvent plantes sont monoïques, c’est-à-dire que le même
- Fig. 1 à 8. — 1. Boîte à herboriser. — 2. Cartable. — 3. Ecorroir. — 4. Piochon Cosson. — 5. Piochon Decaisne. — 0. Sécateur.
- 7 Echenilloir. — 8. Etiquette.
- pied porte à la fois des fleurs mâles et des fleurs femelles distinctes : c’est ce qui a lieu dans le Maïs, le Noisetier, etc. D’autres sont dioïques et ont les fleurs males et les fleurs femelles portées sur des pieds différents : c’est le cas du Chanvre, du Dattier, des Saules, de la Mercuriale, etc. On s’attachera alors à rechercher des échantillons montrant les deux sexes.
- Il y a des plantes qui fleurissent avant que leurs feuilles soient développées : il faut récolter les fleurs et revenir plus tard prendre les feuilles : le Noisetier, certains Saules, le Pas d’âne, le Colchique, etc., sont dans ce cas. Pour les Saules, on est quelquefois même obligé de
- faire trois récoltes : une de fleurs, une de fruits et de feuilles commençant à se développer, une troisième
- de feuilles adultes, et, comme dans ce cas, il est facile de se tromper et de cueillir sur une autre plante les échantillons dont on a besoin pour compléter ceux que l’on possède déjà, nous ne saurions trop recommander de marquer les arbres destinés aux récoltes futures, soit en enlevant un fragment d’écorce, soit mieux à l’aide d’un fil de fer passé autour du tronc. Certaines espèces perdent leurs feuilles au moment de la floraison; il est nécessaire de les récolter dans leurs divers états de développement.
- Les plantes à fleurs dont les pétales tombent fa-
- 11. Plante repliée.
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- cilement comme certaines Anémones, les Lins, les placées dans un cartable, c’est le seul moyen de les Renoncules aquatiques (fig. 10), etc., devraient être conserver intactes. Lorsqu’on ne peut faire autre-
- Fig. 12 à 17. — 12, 13, IL Fougères. — 13. Fiijuisétacées. — 16. Mousses. — 17. Lichens.
- ment que de les mettre dans la boite à herboriser, il faut prendre des échantillons munis de boutons à Heurs qu’on fera épanouir chez soi et qu’on mettra alors sous presse.
- Les échantillons de plantes grimpantes et autres qui ont forcément de grandes dimensions se -ront repliés à angle aigu pour être ramenés aux dimensions de la boîte à herboriser, de façon à ce qu’ils occupent le moins de place possible; on les repliera autant de fois que cela sera nécessaire (fig. 11). Pour les Palmiers, les Fougères en arbre, les Pandanus et autres plantes volumineuses, on se contentera de prendre un tronçon de tige, une feuille entière qui, si elle est trop grande, sera divisée en
- plusieurs segments qu’on numérotera de façon a permettre de les réunir facilement plus tard. Les
- grandes inflorescences se divisent comme les feuilles t les unes et les autres pourront aussi être récoltées entières et alors on les fera sécher en les enveloppant dans du papier de grandes dimensions pour les conserver telles quelles.
- Les fruits seront récoltés dans un état de maturité aussi complet que possible; lorsqu’ils sont charnus et gros, on les détache pour les mettre dans l’alcool au retour de l’excursion; pour les petites sortes, susceptibles d'être écrasées dans la boîte, il est bon d’avoir sur soi un petit flacon plein d’alcool dans
- Fig. 18 à 20. — 18. Marteau. — 19. Ciseau à froid. — 20. Empreinte de plante fossile.
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- lequel on les plonge de suite après les avoir munis d’étiquettes en parchemin portant écrit au crayon le numéro du carnet d’herborisation auquel ils se rapportent.
- Nous insistons tout particulièrement sur ce point que toutes les parties d’une même plante doivent être étiquetées de façon à ce qu’on puisse les réunir plus tard, et pour cela, le plus simple est de leur donner un même numéro.
- Les Fougères (fîg. 12, 15 et 14), les Lycopodia-cées, les Rhizocarpées, les Equisétacées (fîg. 15), se récoltent comme les Phanérogames ; l’essentiel est de prendre des échantillons portant les organes de la reproduction qu’on ne voit pas toujours bien au premier abord et qui cependant ont une grande importance pour distinguer les espèces.
- Les Mousses (fîg. 16), les Hépatiques, les Lichens se récoltent facilement; ils doivent également présenter les organes de la reproduction. Pour les petites espèces terrestres, on les enlève en plaque en conservant une légère couche de terre qui maintient tout; les espèces qui croissent sur les arbres seront récoltées en détachant de l’arbre l’écorce sur laquelle elles vivent ; enfin pour les Lichens et les Hépatiques saxicoles, il sera nécessaire de briser un fragment de la roche qui les porte (fig. 17). Pour la formation et la conservation des herbiers de Lichens, lire la brochure que M. Richard a publiée récemment sur ce sujet.
- Les Champignons qui ont une consistance un peu sèche, comme les Polypores, les Clavaires, les Sphé-ries, etc., sont d’une récolte facile; il en est de même de ceux qui vivent en parasites sur les plantes et qui appartiennent aux groupes des Urédinées, des Ustilagine'es, des Péronosporées, etc., pour lesquels il suffit de prendre un fragment du végétal sur lequel ils vivent.
- Pour les espèces charnues il faut des soins spéciaux : dans la boîte à herboriser ils se détérioreraient rapidement s’ils étaient en contact les uns avec les autres, aussi, avant de les y placer, est-il indispensable de les envelopper de papier ou de les mettre dans des sacs de façon à bien les isoler.
- Les Characées se récoltent comme les Phanérogames aquatiques ou plutôt comme les Algues. Le but de cette note étant surtout de faire connaître les soins à apporter dans la récolte et la préparation des Phanérogames, les personnes qui voudraient étudier spécialement les Algues trouveront tous les renseignements désirables dans l’excellente brochure publiée par M. le Dr Rornet, membre de l’Institut, laquelle a pour titre : Instructions sur la récolte et la préparation des Algues. Cherbourg, 1856.
- Les Algues marines doivent, autant que possible, être récoltées sur les rochers : il ne faut pas conserver celles que le flot, rejette à la côte à moins qu’elles ne soient bien fraîches et qu’elles n’aient pas été longtemps exposées à Pair et à la pluie qui les détériore. Si on ne peut les préparer de suite, il est facile de les conserver en les mettant dans un récipient quelconque en les saupoudrant de sel.
- Les dessins et les photographies complètent utilement les collections de plantes sèches. Un croquis si mal fait qu’il soit, pris sur le carnet d’herborisations, peut avoir une grande valeur pour donner une idée du port d’un arbre, par exemple. Un manque généralement de documents de ce genre, aussi ignore-t-on presque toujours quel est l’aspect des arbres tropicaux.
- La récolte des végétaux fossiles ne doit point être négligée ; leur étude prend une extension qui montre l’importance qu’ils peuvent avoir au point de vue de la classification des espèces actuellement vivantes et de l’histoire des plantes à travers les âges.
- On devra donc explorer les carrières susceptibles de renfermer des fossiles, k l’aide d’une pioche solide on arrachera les blocs de pierre desquels on détachera, avec un marteau de géologue (fig. 18) et un ciseau à froid (fig. 19) les parties utiles à conserver qu’on amincira pour les rendre plus transportables (fig. 20). Les échantillons ainsi préparés devront être enveloppés soigneusement dans du papier et mis dans un sac de géologue qui alors remplace la boîte à herboriser, de façon à ce que les faces qui présentent des empreintes soient disposées de telle sorte qu’il n’y ait pas à craindre qu’elles se détériorent par le frottement. Pour de plus amples détails, consulter le Guide du botaniste en Belgique, par F. Grépin et une note de M. bureau, professeur administrateur au Muséum d’histoire naturelle, dans les Instructions pour MM. les officiers de la marine qui voudraient faire des collections d’histoire naturelle destinées au Muséum de Paris, 1882.
- Enfin, pour tout ce qui concerne la récolte et la préparation des plantes, nous ne saurions trop recommander l’excellent Guide du botaniste herborisant, par M. R. Yerlot. D. Rois,
- Aide-naturaliste au Muséum
- — A suivre. — d’IIistoire naturelle.
- CHRONIQUE
- Propriété explosive des vapeurs de pétrole mélangées d’air. — Les chimistes russes Jawein et Lamansky viennent de faire des expériences d’une grande précision pour déterminer les propriétés explosives d’un mélange de gaz de pétrole et d’air. Le mélange devient explosible lorsqu’il consiste en un volume de gaz pour 5,7 à 17,10 volumes d’air atmosphérique, c’est-à-dire qu’une catastrophe devient possible lorsque le mélange contient 94 pour 100 d’air, alors que le gaz inflammable ne renferme que 6 pour 100 de la combinaison. La possibilité d’explosion cesse lorsque l’air ambiant est en quantité moins forte que 85 pour 100, c’est-à-dire que, dans tous les cas, la proportion de gaz doit être faible.
- Un Curieux calcul. — Le Neueste Nachrichtcn, de Munich, s’est demandé combien il s’était écoulé de minutes depuis le commencement de l’ère chrétienne jusqu’à la fin de l’année 1888. Bien que le calcul en soit facile, le résultat n’en est pas moins inattendu, car le nombre de minutes écoulées est encore inférieur à un-milliard. En effet, 1888 années de 365 jours font 689120 jours et, en y ajoutant 1 jour pour chacune
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- des 460 années bissextiles, on trouve 689 580 jours, 16 549 920 heures et 992 995 200 minutes. Il manque encore 7 003 800 minutes pour atteindre le milliard, le 28 avril 1902 à 10 h 40 m du soir.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 1er avril 1889. — Présidence de M. Des Cloizeaox.
- Marche d'un tremblement de terre. — Un géologue des plus distingués, M. Sékiya, professeur à l’Université impériale du Japon, et Japonais lui-même, adresse à l’Académie un remarquable travail écrit en français dont il veut bien me faire parvenir directement un exemplaire. C’est la description d’un modèle représentatif de la marche d’un tremblement de terre, modèle qui figurera à notre Exposition universelle le mois prochain1. Pour le construire, l’auteur a déterminé pour des instants très rapprochés la position d’un même plan du sol fournie par les indications sismographiques en combinant les valeurs des trois composantes rectangulaires du mouvement du sol pendant la secousse. C’est à l’aide des courbes relatives du tremblement de terre du 15 janvier 1887, l’un des plus intenses qu’on ait ressentis au Japon, que le modèle a été obtenu. Le chemin parcouru par le point choisi du sol est représenté par un fil de cuivre ; seulement, afin d’éviter un] inextricable embrouillage, l’auteur l'a divisé en trois parties distinctes. La première indique le mouvement depuis le commencement du tremblement jusqu’à la fin de la vingtième seconde; la deuxième, depuis ce dernier instant jusqu’à la fin de la quarantième seconde; et la troisième, depuis cet instant jusqu’à la fin de la soixante-douzième seconde. Le modèle est arrêté au moment où le mouvement vertical cesse d’exister et à partir duquel le mouvement peut être entièrement figuré dans un plan horizontal. L’examen de ce curieux modèle, unique jusqu’ici, révèle une foule de particularités des trépidations sismiques.
- La météorite d’Oschansk. — M. J. Siemaschko, minéralogiste et chimiste russe, adresse de Saint-Pétersbourg un volumineux mémoire sur la météorite tombée à Os-chansk, près de Taborg, dans le gouvernement de Perm, le 30 août 1887. Comme je l’ai reconnu sur les échantillons du Muséum, cette pierre est une brèche, c’est-à-dire un conglomérat de roches diverses : elle entre dans le type que j’ai institué dès 1870 sous le nom de canel-lite. D’après M. Siemaschko, la croûte, en certains points, atteint l’épaisseur tout à fait exceptionnelle d’un demi-pouce et contient des « portions métalliques fondues pendant le trajet atmosphérique. » (?) Ce fer aurait même cristallisé par refroidissement en cubes présentant à la fois les faces de l’octaèdre et celles du dodécaèdre rhom-boïdal. Je mentionnerai, par la même occasion, un très important catalogue raisonné des météorites mentionnées parles auteurs, depuis l’année 1478 avant notre ère jusqu’à l’année dernière (1888), par M. le Dr Ferruccio Riz-zatti (de Faenza). Cette liste comprend 724 numéros que l’auteur a, pour le plus grand nombre, rattachés aux types lithologiques adoptés dans notre collection nationale du Muséum de Paris. 11 résulte d’une lettre de M. le professeur Bombicci que ce catalogue est détaché d’un volumineux ouvrage d’ensemble que M. Rizzatti publiera prochainement sur les météorites.
- 1 Yoy. n° 769, du 25 février 1888, p. 195.
- Misère et grandeur de l'humanité primitive. — C’est le titre d’un volume que M. le secrétaire perpétuel Berthelet présente avec la plus grande bienveillance et en l’analysant au nom de Mme Stanislas Meunier. L’auteur, s’astreignant à ne pas sortir d’une interprétation très serrée des faits d’observation les mieux établis, a cherché à faire revivre, moralement aussi bien que physiquement, les troglodytes antéhistoriques de la Vezère. Pour que le lecteur puisse juger par lui-même de la légitimité de la fiction, dq nombreuses pièces justificatives empruntées aux anthropologistes les plus autorisés : Broca, Lartet, MM. de Quatrefages, Hamy, le marquis de Nadaillac, Dupont, etc., lui apportent à la fin du volume le témoignage de leur précision scientifique.
- Nouvelles du canal de Suez. — M. de Lesseps, en déposant sur le bureau un rapport à la Compagnie du canal de Suez, expose les travaux dont celui-ci est l’objet en ce moment. Entre Port-Saïd et les lacs Amers, les portions rectilignes vont être élargies à 65 mètres ; les courbes à 80 mètres. La profondeur sera portée à 8,50 m, puis à 9 mètres. Déjà sur 15 kilomètres à partir de Port-Saïd, les vapeurs peuvent se croiser. Le chenal est éclairé par des balises éclairées au gaz comprimé. Les garages élargis à 100 mètres permettent à six navires de se garer en même temps. Beaucoup de navires usent de la lumière électrique, ce qui leur permet de franchir l’isthme de Suez en vingt heures. En 1888, 184 000 passagers ont traversé le canal sur 3440 navires, dont 1715 venant de la mer Rouge et les autres allant en sens inverse. Ils ont versé 65 102 000 francs dans les caisses de la Compagnie.
- Conductibilité électrique de l'eau. — Les électriciens considèrent comme démontré que l’eau ne peut conduire l’électricité qu’à la condition expresse de subir l’électro-lyse. Or, par une de ces expériences frappantes dont il a le secret, M. Marcel Deprez vient aujourd’hui démontrer tout le contraire. Dans les conditions où il se place, l’eau la plus pure est conductrice : la résistance est très grande, il est vrai, mais sauf cette circonstance, le phénomène obéit strictement aux lois de la conductibilité métallique dont on doit la formule à Ohm. On peut en quelques instants avec les machines de M. Deprez échauffer et faire bouillir quarante litres d’eau, et l’auteur a tiré de son expérience le principe d’un nouveau régulateur extrêmement simple et pratique.
- Nécrologie. — Le 24 mars dernier est mort, à Utrecht, M. Donders, correspondant de la section de médecine, et le 24 janvier, à Santiago du Chili, M. Aimé Pesses, correspondant de la section de géographie. Ce dernier, Français d’origine, a réalisé d’immenses travaux de géodésie et de géologie qui sont résumés dans une savante description physique de la République chilienne.
- Varia. — Une analyse des eaux d’égout de Paris est présentée par M. Hymonnet. — D’après M. Pocoloff, si les solutions aqueuses d’acide carbonique ne suivent pas rigoureusement les lois de Dalton, le fait tient à des phénomènes chimiques : en substituant à l’eau un dissolvant absolument inerte comme le sulfure de carbone, on observe au contraire la concordance la plus parfaite. — Une nouvelle balance propre aux analyses chimiques a été imaginée par M. Curie. — M. Yillot a déterminé la signification histologique de la cavité périintestinale des gordiens. — La flore pliocène de Java occupe M. Crié.
- Stanislas Meunier.
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- PHOTOGRAPHIE
- DES ÉTINCELLES ÉLECTRIQUES
- Les deux gravures ci-dessous (fig. 1 et 2) représentent les photographies d’étincelles électriques ob-
- tenues directement. Ces étincelles ont été produites par une bobine de Ruhmkorff à interrupteur à mercure donnant 15 centimètres d’étincelle. Les expériences ont été faites par M. A. Rouillé à Rânes (Orne). L’habile opérateur nous donne à ce sujet les intéressantes explications qui suivent :
- « Les appareils étant disposés dans une chambre noire, voici de quelle façon j’ai procédé. Une plaque au gélatino-bromure a, couche sensible en dessus (fig. 3), a été posée sur une lame mince en ébonite b plus large qu’elle; cette lame d’ébonite posait elle-même sur un petit disque métallique c monté sur un support isolante?. Un des pôles de la bobine était fixé au disque métallique inférieur et l’autre pôle (un simple fil de cuivre f) avait été placé perpendiculairement au centre de la plaque sensible et en contact avec elle. Ayant alors produit une étincelle par une interruption faite à la main, le pôle positif de la bobine étant en contact avec la surface sensible de la plaque, j’ai obtenu l’étincelle finement ramifiée dont je vous envoie la reproduction (fig. 1). Le commutateur de la bobine ayant renversé les pôles et le fil au contact de la surface sensible étant devenu négatif, l’étincelle donnait ces curieuses aigrettes
- terminales que représente mon autre cliché et que je n’ai vues figurer nulle part (fig. 2). Ces deux étincelles d’aspect absolument différent se produisent régulièrement k chaque pôle. Pour obtenir de belles étincelles, il est indispensable que la grandeur de la lame d’ébonite soit telle que l’étincelle ne puisse s’échanger directement entre les pôles en contournant la plaque sensible ; arrêtée dans son expansion par une surface non conductrice de grandeur suffisante, l’étincelle doit, pour ainsi dire, s’épanouir sur la surface sensible de la plaque. Quand, après le passage de l’étincelle, on sépare la plaque de la lame d’ébonite, elle y adhère légèrement, on entend une faible crépitation, on sent une forte odeur d’ozone, preuves d’une condensation électrique. »
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Induit
- Inducteur
- Fig. 3 — Schéma de l’expérience de la photographie des étincelles d’une bobine de Ruhmkorff.
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- 13 AVRIL 1889.
- LES TORPILLEURS
- L’opinion publique a été très vivement émue dans ces derniers temps par le naufrage du torpilleur 102, à Toulon, et par celui du torpilleur 110 de même type, de 35 mètres de longueur, dans le voisinage
- du Havre. On avait dit que le torpilleur 102 avait été pris par une lame en travers, mais la perte récente du torpilleur 110 a tristement démontré que ces nouveaux navires manquaient de stabilité.
- Au Havre, comme a Toulon, le torpilleur a dû être retourné par l’action des vagues, et dans la c tastrophe du Havre, tout l’équipage a péri1.
- Fig. 1. — Le torpilleur 102, de 35 mètres de longueur avant la catastrophe du lct mars 1889. (D’après une photographie de M. Terris à Marseille.)
- Grâce à une intéressante communication que nous devons à M. Raynal, de Marseille, nous plaçons sous les yeux de nos lecteurs la reproduction d’une photographie du torpilleur 102, qui était tout à fait semblable au torpilleur 110 (fig. l).Les défectuosités de construction de ces navires avaient maintes fois été signalées. Ces embarcations à carène ronde, presque sans quille, manquent, en effet, de stabilité et roulent d’une manière terrible, par la moindre mer. On a commis, en dernier lieu, l’imprudence de remplacer les premières chaudières par de plus légères et d’augmenter la charge du pont. Le centre, de gravité, déjà très élevé, se trouvait ainsi complètement déplacé et le navire n’avait plus aucune tendance pour se relever au roulis. On peut se rendre compte de ce vice de construction en examinant la ligure 2 qui donne la coupe et le plan d’un torpilleur 17e année. — 1er semestre.
- de moindre longueur, et dans lequel la quille a déjà peu de saillie.
- Par quels moyens peut-on rendre ces navires
- moins dangereux à la mer ? Il faudra d’abord, d’après l’avis de marins et d’ingénieurs, augmenter au-dessus de l’étiage le volume du navire par un soufflage en bois léger ou en liège, allant de bout à bout, de l’avant à l’arrière. Ce soufflage, sorte de bourrelet protecteur, augmentera la stabilité du bateau sans nuire sensiblement à sa marche, car, dans les mo-
- 1 C’est le vendredi 1er mars qu’a eu lieu la catastrophe de Toulon. Six torpilleurs sortaient du port sous le commandement du capitaine de frégate Vincenot. Les torpilleurs, après avoir fonctionné toute la journée, effectuaient leur retour à Toulon en passant par l’ile des Embiezs et le Grand Rouveau, quand le 102 chavira tout à coup. Le torpilleur s’était couché sur le liane et se retourna subitement. Trois hommes périrent sur les treize marins de l’équipage. Le capitaine parvint à se
- 20
- Coupe A,B
- Chambre\ arrière
- r'avant
- Ventilât w
- Coupe et plan d’un torpilleur de 26,40 m,
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- LA NATURE.
- ments de roulis, elle soulagera la coque et l’empêchera, par suite, de plonger et de passer sous la vague. On devra ensuite abaisser le centre de gravité. On y parviendra par l’adjonction d’une quille de métal sur celle qui existe déjà. La surface de la nouvelle quille et son poids seront de nouveaux obstacles au balancement du navire.
- La stabilité de la coque pourra enfin être assurée par un lest de fonte fixé et boulonné sur varangues par de solides boulons. L’insubmersibilité du torpilleur peut, d’autre part, être assurée, en rendant complètement étanches les divers compartiments de telle manière que si, par impossible, le navire venait à chavirer, il pût se relever immédiatement de lui-même, l’air des compartiments et le soufflage faisant, dans cette position, poussée de bas en haut, la quille et le lest de haut en bas.
- On a proposé d’abaisser le pont de l’avant, mais sa suppression ne paraît pas nécessaire. On ne doit pas oublier qu’il protège le torpilleur contre la vague dans les coups du tangage ; d’autre part, il rend possible le lancement des torpilles.
- Ces diverses transformations seront onéreuses; elles sont indispensables, cependant, pour rendre utile enfin une dépense qui, actuellement, s’élève à 175000 francs par torpilleur, sans compter le prix de son armement. Il y a ici, d’ailleurs, une question de patriotisme et de protection nationale pour laquelle le pays est prêt à faire tous les sacrifices nécessaires.
- sauver : le chauffeur et deux mécaniciens furent submergés.
- Voici, d’autre part, le récit de la perte du torpilleur 110 : Le jeudi 21 mars, à 11 h. 30 m. du matin, quatre torpilleurs sortaient du Havre à destination de Cherbourg. Le baromètre était très bas, le cône noir — signal du mauvais temps — était hissé à quelques stations du littoral ; mais au Havre, il faisait calme plat. Le lieutenant de vaisseau Villers-Moriainé qui dirigeait le groupe, sur le torpilleur 110, appareilla néanmoins. Dans la baie de Seine, le vent se leva au nord-ouest tournant au nord, fraîchissant avec grains violents et grosse mer à mesure qu’on avançait vers la pointe de Barlleur. Les quatre torpilleurs qui effectuaient cette courte traversée étaient le 110, lieutenant de vaisseau Yillers-Moriamé; le 111, lieutenant de vaisseau Crespcl; le 71, lieutenant de vaisseau Gauchet, et le 55, lieutenant de vaisseau Giard ; le 110 et le 111 — des 35 mètres — venaient de changer leur chaudière au Havre et, comme ils étaient du même type que le 102 qui a chaviré près de Toulon le 1er mars, on avait jugé utile de les faire escorter par le 55 — un 27 mètres — et le 71 — un 33 mètres — qui appartiennent à la défense mobile de Cherbourg. A 7 ou 8 milles à Test de la pointe de Barlleur, les torpilleurs furent assaillis par un grain d’une extrême violence; ils se perdirent de vue pendant quelques minutes. Chacun d’ailleurs naviguait en route libre, ayant assez à faire pour pourvoir à sa sûreté. Vers 2 h. 30 m., le 55 estimant la lutte impossible, laissa porter sur le Havre où il arriva dans la soirée. Au moment où son capitaine se séparait de ses compagnons, deux torpilleurs restaient en vue. Le 71 et le 111 continuaient sur Cherbourg où ils arrivèrent dans l’après-midi. Quant au 110, il avait disparu. Le 111 a cru voir une épave à Heur d’eau, formant brisant, mais lui-même était alors en grand danger, en travers à la lame, sa drosse cassée. D’ailleurs, il est arrivé à Cherbourg en piteux état, avec des tôles défoncées, la coque plissée. 11 a fallu pomper toute la nuit pour le tenir à Ilot.
- LA PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE DE NUIT
- SIMPLIFIÉE
- L’on a fréquemment signalé dans ce journal les avantages1 — et les inconvénientsi — de l’usage des photopoudres pour la photographie instantanée de nuit : avantage inappréciable de doubler véritablement, et au delà, le champ d’activité de l’amateur, en ajoutant pour lui la nuit au jour, l’intérieur au plein air; inconvénient, danger même, de fabrication d’abord, de manipulation ensuite, puis de respiration des fumées sulfureuses, acres et nocives, produites par l’explosion du mélange détonant dans une atmosphère confinée ; ce dernier défaut, à lui seul, devant interdire, sous peine d’une irritation persistante des bronches et de quintes de toux de plusieurs heures, de prendre plus de deux ou trois clichés dans une même pièce, sans renouveler l’air de fond en comble.
- Aussi a-t-on cherché depuis longtemps à produire l’éclair photogénique sans le concours de substances explosives, par la projection d’un nuage impalpable de poudre de magnésium à travers une flamme oxydante. Tous les appareils créés dans ce but3 comportent forcément un récipient pour contenir la poudre, une soufflerie pour la projeter et un brûleur pour l’enflammer. La soufflerie est tout indiquée ; c’est la poire en caoutchouc des obturateurs pneumatiques.
- Quant au brûleur et au récipient, c’est là-dessus que s’est exercée l’imagination des inventeurs, qui, persuadés tous, comme l’indiquait encore, il y a quelques semaines, la note terminale du très intéressant article de M. A. Londe4, de l’indispensabi-lité absolue d’une large, très large flamme à alcool, ont donné naissance à des modèles variés, mais tous, à ma connaissance, plus ou moins compliqués, peu ou point portatifs, et, en tout cas, relativement coûteux.
- H est vrai qu’on pourrait, d’après une communication reçue au moment même où j’écrivais cet article, d’un savant Hollandais, M. Boumans, de Maës-tricht, remplacer tous ces appareils par un dispositif élémentaire représenté figure 1, n° 1. On y voit un simple tube de verre en en de 7 à 8 millimètres de calibre, fixé par une de ses courbures sur un bloc de plomb, avec une de ses extrémités verticale, coiffée d’une sorte de chape de cuivre (douille de
- 1 Voy. n° 767, du 11 février 1888, p. 171 ; n° 770, du 3 mars 1888, p. 222; n° 822, du 2 mars 1889, p. 218.
- 2 Voy. n° 774, du 31 mars 1888, p. 283, et n° 785, du 16 juin 1888, p. 45.
- 3 Voy. entre autres, Bulletin de la Société française de photographie,^ série, t. IV, p. 54 et p. 151 (1888). —Anthony s photogr. Bulletin, 1888, p. 217. — Wiener photogra-phische Correspondent, 1. XXV, p. 558-572 (1888). — Bristish Journal of photography, n° 1473 (1888). Photographical News (1888), p. 227. — Eder's Jahrbuch fur Photographie, (1889),p. 155. — Aide-Mémoire de photographie, pour 1889, p. 110, etc.
- 4 Voy. n° 822, du 2 mars 1889.
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- cartouche percée) servant de support à un manchon d’ouate ou de mèche de coton imbibée d’alcool. La projection de la poudre de magnésium à travers le cylindre de flamme en assure la combustion absolument complète, et il est certain qu’aucun des appareils du commerce ne nous avait encore présenté une telle simplicité.
- Le dernier et le plus commode que nous eussions eu entre les mains1 était d’origine américaine (fig. 1, n° 2) : un tube de verre droit, de 15 centimètres de long, 0,5 cm de calibre intérieur, avec, implanté sur le milieu, pour recevoir la poudre, un petit entonnoir de 1,5 cm de haut, fermé d’un bouchon. A l’une des extrémités s’adaptait le tuyau de caoutchouc de la poire; à l’autre, au moyen d’une petite tige en hélice, une lampe à alcool minuscule, étroite, mais longue, formée d’une gouttière de cuivre de 5 centimètres de long sur 0,6 cm de large, renfermant, sous un bout de toile métallique, un tampon d’ouate imbibé d’alcool.
- Le tout occupait un très petit volume et était assez portatif (alcool à part) pour ne pas ôter absolument à ce genre d’application de la photographie l’un de ses plus grands charmes, l’imprévu. Enfin l’appareil était assez maniable pour se prêter à l’éclairage de haut si justement recherché dans le portrait, et si indispensable pour éviter, à la lumière artificielle, la projection d’ombres démesurément agrandies sur les parois voisines. Mais — car il y a un mais — à cause du faible pouvoir éclairant de l’esprit-de-vin, il était nécessaire de faire préalablement, à part, avec une bougie ou une lampe, la recherche du « point de lumière », et, si vite que l'on reposât son luminaire pour reprendre le petit exploseur magnésique, il arrivait souvent que le modèle avait perdu la pose ou tout au moins l’expression qu’on voulait saisir. Heureux si, pour vouloir se presser, l’on n’arrivait pas à éteindre la pauvre petite flamme tremblotante, ou à faire dégringoler dans le caoutchouc, en élevant le tube obliquement à bout de bras, toute la provision de poudre, et à n’obtenir, au moment voulu, que... du vent!
- Nous avons cherché, mon ami le l)r Ranque et moi, à remédier aux inconvénients de ce petit appareil, déjà précieux, et à le simplifier encore, si simple qu’il fût, sans rien perdre de ses réels avantages, au contraire. Et c’est ainsi qu’après avoir constaté, avant tout, qu’aucune flamme à alcool, large ou non, n’était nécessaire pour allumer et brûler complètement la poudre /me2 de magnésium, et qu’il suffisait, pour cela, de faire traversera celle-ci obliquement de bas en haut, un peu au-dessus de la mèche recourbée le plus possible, une vulgaire flamme de bougie domes-
- 1 Présenté à la Société française de photographie le 15 janvier 1889.
- 2 Nous insistons intentionnellement sur cette finesse quasi moléculaire qui est indispensable pour donner aux substances pulvérulentes en suspension dans l’air, non seulement l'inflammabilité, mais encore la véritable explosibilité gazeuse, telle que vient de la mettre si tristement en relief, après bien d’autres catastrophes anciennement décrites dans La Nature, le
- tique, nous avons créé divers modèles de photospires (nom peut-être bien pompeux pour une chose si humble, mais enfin il fallait un nom!) qui paraîtront sans doute aux lecteurs de La Nature le dernier mot de la simplicité, tant il sera facile à chacun de les réaliser pour son usage, sans peine et sans frais.
- Un bout de tube de verre de 10 centimètres à peu près de longueur, et de 0,4 ou 0,5 cm de calibre, voilà tout le matériel qu’il faut, si l’on sait arriver à le chauffer convenablement, sur une lampe à alcool, à défaut de soufflerie ou de brûleur Bunsen (la largeur de la flamme, ici, étant de la plus grande utilité) pour le contourner ensuite en forme de petit cor de chasse, comme celui qu’on voit représenté dans la figure 1, nos 2 et 3. Lorsqu’on a réussi à ramollir le verre d’un seul coup sur une longueur suffisante, l’enroulement n’est pas très difficile à faire, en prenant pour guide un tube plus gros, ayant extérieurement le diamètre qu’on veut donner à la boucle, soit environ 2 centimètres, ouïe diamètre ordinaire d’une bougie. Avec un peu d’exercice, si l’on dispose d’une largeur de flamme de 8 à 10 centimètres, on arrive à tirer sa bonne demi-douzaine de boucles, casse comprise, en moins d’une demi-heure, d’un tube de 1 mètre, acheté trois sous chez le verrier. Avec une simple flamme ordinaire en pointe, ne permettant de courber le verre que progressivement, l’opération devient beaucoup plus longue, mais nullement impossible à réussir, en y mettant un peu de patience et d’adresse.
- Evaser en pavillon de trompette une des extrémités du petit cor, renfler l’autre en olive porte-caoutchouc, c’est là le luxe de l’affaire. Luxe utile, cependant, car c’est par le bout large qu’on versera, au moyen d’un cornet de papier glacé ou d’un entonnoir de verre ad hoc, la petite dose de poudre à brûler, tandis qu’au bout opposé s’adaptera le tuyau de la poire. Cela fait, et la boucle passée comme une bague au pouce ou au doigt indicateur d’une main tenant une bougie allumée (fig. 1, nos 3 et 4) il ne restera qu’à braquer l’orifice le plus obliquement possible de la base à la pointe de la flamme, pour être prêt à produire, au moment précis que commandera la main restée libre sur la poire, le brillant éclair photogénique, nécessaire et suffisant pour impressionner instantanément les plaques au gélatino-bromure.
- Cette instantanéité d’obéissance au commandement sans laquelle l’instantanéité photographique n’est plus réellement que la moitié d’elle-même, voilà un avantage bien marqué de l’inflammation directe du magnésium, sur les photopoudres, qui, ne pouvant être allumés à la main sous peine de brûlure, ni surtout regardés, au moment de l’éclair, sous peine d’un
- grave accident de la « boulangerie de la Banque ». — N’accepter, par conséquent, que la poudre très fine, d’aspect souvent noirâtre, plombagine, reconnaissable à la manière dont elle happe au papier, et ne pas essayer les limailles métalliques, blanches et brillantes, mais ininflammables dont les copeaux réguliers, regardés au microscope, mesurent une centaine de jj. dans leur moindre diamètre, au lieu de 7 à 8 g. qu’ont les grains de la bonne poudre.
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- demi - aveuglement, suivi de phosphènes extrêmement gênants, exigent forcément un intermédiaire, et, par conséquent, un retard1, si court soit-il, entre l’allumage de la mèche et l’explosion, même lorsqu’on a réduit tout au plus simple, comme j’en avais pris l’habitude, en versant tout bonnement le petit tas de poudre, avec ou sans fulmi-coton, sur un tortillon lâche de papier froissé, débordant de 5 ou 4 centimètres, en guise de mèche, le bord d’un fond de verre renversé2.
- Quant à l’instantanéité d’explosion, est-elle aussi grande qu’avec les mélanges détonants?
- Tout ce que je puis assurer, en attendant les résultats précis d’une
- Fig. 1. — Appareils pour la combustion de la poudre de magnésium.
- éclairage à 3 mètres de distance, avec le petit appareil portatif (micromegas d’Hermagis) que nous employons habituellement, dont l’objectif a 2 centimètres environ d’ouverture efficace et 10 centimètres de distance focale, couvrant avec beaucoup de perfection une plaque 9x0... Est-il besoin de dire qu’un diaphragme moitié moindre à l’objectif ou une distance focale double (vulgairement dite foyer deux fois plus long) exigeraient soit une dose quadruple, soit un rapprochement de moitié du foyer lumineux, si toutefois la position de l’appareil (dont la distance est théoriquement indifférente) permettait d’abriter complètement l’ouverture de la cliam-
- étude comparative que je poursuis à ce sujet, c’est que je ne lui ai jamais trouvé, pratiquement, d’autres limites que celles des procédés ordinaires d’instantanéité. On pourra toujours l'augmenter, d’ailleurs, en multipliant convenablement les foyers et diminuant la charge de chacun : 20 centigrammes en tout (quantité que permettent de retrouver toujours facilement deux repères gravés sur le tube) nous ont toujours paru une dose suffisante pour donner un très bon
- 1 Nous ne parlons pas des dispositifs électriques qui, forcément compliqués, ne sont guère applicables qu’à demeure. Même observation pour les nouveaux inflam-mateurs signalés dans le Moniteur de la photographie, du 15 février 1889, p.51, par M. Drouin, dont il est regrettable que l’ingéniosité chimique et pneumatique», mais peu pratique, ne se soit appliquée qu’aux
- photopoudres, et non à leur seul élément utile, le magnésium.
- 2. C’est avec un dispositif presque aussi simple qu’a été obtenu, par un amateur de Lyon, M. E. l'iaget, le très joli instantané au photopoudre que nous reproduisons ligure 3. M. Piaget emploie comme support de sa petite traînée de poudre — au lieu du pied de verre à boire ou de vase à Heurs renversé qu’on a partout sous la main et qu’il est si facile de manœuvrer à bout
- Fig. 2.— Dispositif pour la production simultanée de deux foyers.
- bre contre toute action directe du nuage lumineux assez vaste que produit l’éclair photogénique, lequel
- donnerait infailliblement, tout autour de son image sur la plaque, un voile plus ou moins intense et plus ou moins étendu? Les écrans, si l’on y a recours, peuvent, par une de leurs faces couverte d’une feuille de papier blanc, servir de réflecteurs, ou plutôt de diffuseurs, et donner à l’éclairage à la fois plus d’intensité et plus de douceur. Mais c’est en général un
- de bras en l’escortant de la bougie qui servira à mettre le feu dès qu’on aura trouvé le point de lumière — une tôle étamée, pliée à angle droit, dont la partie verticale sert de réflecteur du coté du modèle et d’écran du côté de l’opérateur. Au lieu du morceau de journal qui nous suffisait en guise de m;che, M. l'iaget prend du papier de soie,évidemmentplus facile à allumer. Enfin, à cause sans doute de la composition de sa poudre, simple mélange à parties égales de magnésium et de chlorate de potasse, M. l'iaget s’astreint à l’emploi du fulmi-coton, qui doit apparemment accélérer la vitesse d’explosion, mais dont nous étions arrivé à nous passer complètement avec les poudres ordinaires, trouvant inutile d’ajouter les chances spéciales d'explosibilité spontanée de la ouate azotique à celles du mélange détonant.
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- embarras à éviter, tandis qu’il est très simple et toujours recommandable, lorsque cela est possible, de placer un des photospires en face d’une glace, afin d’ajouter à la nappe lumineuse issue de ce foyer, le cône réfléchi, d’intensité presque égale, ayant pour sommet l’image du foyer dans la glace et pour limites le cadre de celle-ci *.
- Plus la poudre sera fine, plus rapide sera l’éclair. Mais un autre moyen d’augmenter la rapidité consiste, avons-nous dit, à répartir entre plusieurs tubes la dose de poudre à employer. Voici donc le moment d’indiquer un nouvel avantage de notre système sur les photopoudres, celui de pouvoir produire facilement à distance, avec une simultanéité qu’obtiennent dif-
- :>()!)
- ficilement des exploseurs électriques fort compliqués, autant de foyers que l’on veut, de positions et d’intensités quelconques, ce qui permet, au point de vue artistique, d’éviter complètement cette dureté des ombres et ce contraste exagéré des blancs et des noirs qui gâtent souvent les instantanés de plein soleil.
- Il n’y a qu’à faire commander par une même poire, au moyen de tuyaux de longueur suffisante et convenablement branchés par des raccords en T (fig. 2) un nombre quelconque de photospires établis à poste fixe, ce à quoi l’on peut arriver par les moyens les plus variés. Sans modifier la forme élémentaire de la boucle, il suffit de revêtir un des bouts (précau-j tion toujours recommandable pour éviter la casse
- Fig-, 3. — lîeproduetioii d’une photographie de nuit obtenue par M. E. Piaget. — l'ne salle d’armes à Lyon.
- et laciliter la préhension) d’un morceau de tube de caoutchouc et de glisser au-dessous la tige de cuivre, convenablement recourbée, d’une pince ordinaire de porte-abat-jour (fig. 1, n° 5) ou, plus simplement encore, le bout libre d’un gros fil de fer roulé en hélice autour de la bougie (fig. 1, n° 6).
- Si l’on tient à se dispenser de toute attache métallique, on peut modifier, comme dans la figure I, n° 8, la forme du tube, en allongeant et recourbant le
- 1 Pour être sûr de l’utilisation complète de ce faisceau, il n’y a qu’à vérifier si, de la place du modèle, on aperçoit, dans la glace, l’image de la source lumineuse. Cette même vérification est toujours bonne à répéter en sens inverse, en plaçant l’œil au niveau de l’objectif, pour éviter que quelque foyer surnuméraire, produit par un miroir, ne vienne agir directement sur la plaque sensible.
- bout évasé de telle sorte qu’il dirige encore le jet de bas en haut à travers la flamme lorsque la boucle aura été attachée verticalement avec des ronds de caoutchouc ou de la ficelle contre la bougie. Mais la forme la plus commode, si l’on est assez habile dans le travail du verre pour l’exécuter, consiste à recourber deux fois (fig. 1, n° 7), d’abord perpendiculairement au plan de la spire, puis obliquement vers son axe, le bout libre, de manière que l’anneau, revêtu de caoutchouc et, au besoin, calé d’une manière quelconque, puisse toujours s’ajuster très solidement à la bougie et s’en détacher aisément pour le remplissage.
- Enfin l’on pourrait, à la rigueur, pour réduire à sa plus simple expression le travail du verre, se con-j tenter du petit bout de tube vertical de la figure 1,
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- n° 9, courbé en haut pour lancer le jet, en bas pour retenir la poudre, office qu’il remplira sûrement, moins bien que notre spirale, si précieuse à ce dernier point de vue.
- La figure 2 montre l’ensemble d’un dispositif à deux foyers, pratiquement toujours suffisant, surtout si l’on dispose d’une glace qui, à elle seule, atténue déjà beaucoup les duretés d’un foyer unique. En n’employant que des foyers fixes et disposant d’une longueur de tuyaux assez grande pour être dissimu-lable, l’opérateur peut toujours, après avoir ouvert le châssis et l’objectif, sans se préoccuper de demander à un obturateur quelconque l’instantanéité que lui donnera l’éclair à lui seul *, venir tranquillement se placer dans le champ de l’appareil, et ce, en laissant poser avec lui, si cela lui convient, toutes les bougies, lampes ou becs de gaz que trop d’amateurs se croient encore obligés d’éteindre.
- Quelle que soit, des diverses formes que nous avons proposées, celle que l’on adopte, il est certain qu’il suffira dorénavant à l’amateur de photographie instantanée dont l’activité refusait de s’arrêter à la tombée du jour ou au seuil des intérieurs sombres, d’avoir dans son gousset un petit bout de tubes de rien du tout, et quelques grammes d’une poudre absolument inolîensive, pour être prêt en toute circonstance, en pleine nuit, comme dans un fond de mine ou de travaux sous-marins, de grotte ou de monument, à enregistrer bien des tableaux qui lui échappaient. Quel avantage que de pouvoir répéter un nombre presque indéterminé d’opérations (nous avons été fréquemment jusqu’à douze dans une pièce de très modeste grandeur) sans qu’il en résulte autre chose qu’un léger nuage blanchâtre de poudre inerte de magnésie calcinée, qui reste très longtemps localisé dans les régions supérieures et ne nécessite en aucun cas, même pour un séjour prolongé, le renouvellement de l’air ! Pour le savant dans son laboratoire, pour le médecin dans la salle d’hôpital, quelle ressource que de pouvoir suppléer à l’insuffisance du jour sans empoisonner l’atmosphère autour de lui! Que de dangers évités, enfin, par l’abandon de ces photo poudres que leur risque de fabrication faisait vendre fort cher, tandis que le gramme de magnésium (ou soi-disant tel, car il contient souvent plus de zinc que de magnésium ; mais que nous importe s’il nous fournit plus de rayons actiniques qu’il n’en faut pour quatre ou cinq poses?) est tombé par moments jusqu’à dix centimes !
- Tout milite en faveur de l’emploi direct du magnésium seul, et c’est pourquoi, mettant tout amour-propre d’auteur à part, nous déclarerons volontiers encore, avant de terminer, que si, pour la portati-
- 1 A moins qu’il ne s’agisse d’opérer dans un demi-jour qui, obligé d’emprunter à l’éclair magnésique un supplément d’intensité pour fournir une image, serait cependant capable de donner à lui seul un voile En ce cas, rien de plus facile, avec des branchements en T, que de faire commander l’obturateur et les photospires par la poire unique.
- vite, notre petit appareil nous paraît devoir rester absolument sans rival, il nous semble néanmoins que, pour une installation à demeure, où l’emploi de l’alcool n’est plus une trop grande sujétion, nous adopterions volontiers, pour ceux au moins des foyers qui ne doivent pas rester mobiles et servir à la recherche du centre d’éclairement, une combinaison mixte de notre dispositif et de celui de M. Boumans, en remplaçant simplement l’en du savant hollandais par notre spire fermée pour garantir la stabilité de la poudre contre les déplacements de l’appareil et contre les aspirations intempestives de la poire, mais en gardant le calibre de 7 à 8 millimètres qui rend plus facile le remplissage, et en coiffant le bout libre, laissé vertical, de l’ingénieuse petite chape métallique, vrai casque à mèche inflammable, qui assure sans aucune préoccupation, la combustion intégrale de toute la poudre. Adrien Guébhard.
- LA PR0LIFIC1TÉ DES INFINIMENT PETITS
- Un naturaliste d’Alger, M. Maupas, a pris la peine d’observer le temps qu’emploient certains infusoires pour se reproduire par dédoublement. Il a constaté qu’une Stylonichia, par exemple, se divise au bout de quatre à cinq heures : comptons cinq dédoublements par jour. Cela fait 150 générations à la fin du mois. Or, le calcul nous montre que la somme des descendants de la cent cinquantième génération, s’ils venaient tous à bien, seraient exprimés par un nombre suivi de 44 zéros.
- Que signifie un tel nombre? Essayons de l’apprécier. Si nous comptons un individu par seconde, à la fin d’une année, nous en aurons 31 millions, soit 3 suivi .de 7 zéros ; à la fin d’un siècle, 3 suivi de 9 zéros. Employons à ce compte mille milliards de siècles, cela nous fait ajouter 12 zéros, et nous amène à 21 zéros. C’est encore loin de compte. Supposons qu’on ait groupé nos animalcules en paquets de mille milliards chacun, cela nous permet d’ajouter encore 12 zéros et nous arrivons à 53 zéros Invitons toute l’humanité à nous aider à cette numération. Les 1400 millions d’hommes qui habitent la terre, nous amènent à 4 suivi de 42 zéros. Donc, toute la population de la terre travaillant jour et nuit pendant mille milliards de siècles, chaque personne comptant par chaque seconde, un paquet de mille milliards d’infusoires, n’arriverait pas à faire le dénombrement de la cent cinquantième génération de Stylonichia née par simple dédoublement 150 fois répété d’un seul individu, à la fin d’un mois de trente jours. C’est donc un chiffre innombrable.
- M. Maupas a fait une évaluation plus sensible; il a calculé que le volume total des descendants de la cent cinquantième génération, représenterait à peu près un millier de fois le volume du Soleil. Notons que l’infusoire en question mesure environ 0,2 mm; qu’il est par conséquent à la limite extrême de la vision humaine; il n’y a guère que l'œil des myopes qui puisse le distinguer sans verre grossissant.
- Cela n’est pas un fait exceptionnel. Plus ou moins tous les micro-organismes sont susceptibles d’une reproduction aussi rapide. Les Bactéries qui se divisent au bout d’une heure, donneraient pour la descendance des chiffres encore bien plus considérables.
- Comment le ciel, la terre et l’eau ne sont-ils pas en-
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- vahis par ces pullulations effrénées? C’est bien simple.
- Il suffit qu’à chaque génération la moitié des descendants soient mangés, tués ou périssent de misère avant d’arriver à reproduction, pour que l’espèce ne s’accroisse pas au delà de ses limites actuelles. F.-A. Forel.
- Morges, o avril 1880.
- LA SCIENCE EN FRANCE
- Nous pouvons être fiers des succès de la science française. Nos lecteurs savent déjà que deux savants français, deux mathématiciens éminents, ont obtenu les deux prix fondés par le roi de Suède. « Le travail de M. Poincaré comptera parmi les plus importantes productions mathématiques du siècle et sera un nouveau titre à l’estime de tous les géomètres, que M. Poincaré s’est déjà acquise par d’éclatantes découvertes. » « Le beau et savant travail de M. Appel! est l’œuvre d’un géomètre de premier ordre et fera pareillement un grand honneur à la science française. » Ce sont les termes du rapport. MM. Poincaré et Appell sont professeurs à la Faculté des sciences de Paris (Sorbonne) et M. Poincaré est un des plus jeunes membres de l’Institut.
- Quelques jours après la proclamation des prix à l’Institut, par le secrétaire perpétuel, MM. Poincaré et Appell étaient nommés chevaliers de la Légion d’honneur.
- Il y a quelques jours, à la séance du Conseil des Facultés, à la Sorbonne, M. Darboux adressait aux deux lauréats des éloges applaudis par tous leurs collègues.
- La Société astronomique de Londres, composée de tout ce que l’Angleterre compte d’astronomes éminents, a décerné sa grande médaille d'or à M. Lœwy, membre de l’Institut, sous-directeur de l'Observatoire, officier de la Légion d’honneur. Dans son rapport, le président, M. Christie, s’exprime ainsi : « En examinant la série des mémoires dans lesquels M. Lœwy a exposé ses nouvelles méthodes de recherches astronomiques, nous sommes tout d’abord frappé de l’originalité de ses conceptions et de la perfection à laquelle il a amené les détails pratiques nécessaires à l’application de ses nouvelles méthodes d’observation... M. Lœwy nous cause une vive satisfaction en nous fournissant des moyens variés d’observation basés sur des principes entièrement nouveaux et qui permettent aux astronomes d’attaquer plusieurs des problèmes les plus importants de l’astronomie par des méthodes perfectionnées et tout à fait indépendantes. » Le rapporteur entre ensuite dans un examen détaillé des divers travaux de M. Lœwy dont La Nature a rendu compte en son temps. En terminant, l’éminent rapporteur adresse au secrétaire de la Société les paroles suivantes :
- « En remettant la médaille à M. Lœwy, je vous prie de l’assurer de la haute appréciation que nous faisons des services qu’il a rendus à l’astronomie par l’invention de son équatorial coudé et par ses nouvelles méthodes pour déterminer les éléments importants des connaissances astronomiques. »
- M. Lœwy est tout à la fois un astronome observateur qui met l’œil à la lunette et apporte aux instruments des améliorations considérables, et un mathématicien qui a fait des travaux de premier ordre en astronomie. Il est chargé de la rédaction de la partie astronomique de Y Annuaire du Bureau des longitudes où « il a rendu des services distingués par son zèle et son profond savoir. »
- Félix Hément.
- UN VER DE TERRE GIGANTESQUE
- L’attention des savants vient d’être attirée récemment par un professeur de zoologie à l’université de Melbourne, M. Baldwin Spencer, sur un lombric habitant l’Australie; ce ver de terre atteindrait la taille de six pieds.
- Voilà, certes, des proportions insolites pour des êtres qui, dans nos pays, dépassent bien rarement 20 centimètres de long. Cependant le lombric australien tout nouvellement découvert n’est pas le seul de sa famille à posséder cette taille gigantesque.
- Les vers sont en général d’humbles créatures. D’une organisation relativement inférieure, ces êtres sont le plus souvent de proportions petites ou moyennes. N’oublions pas cependant qu’il existe des némertiens, telle la Borlasie des Anglais, atteignant une longueur de plus de trente pieds. On connaît des Eunices géantes, des mers tropicales, dont la longueur n’est pas loin de cinq pieds, sinon six; et cette colonie d’individus, que l’on appelle un ténia, peut dépasser 7 mètres de long.
- L’histoire du ver australien est exposée dans le journal anglais Nature; lorsque j’eus pris connaissance de l’article de notre confrère de Londres, mes souvenirs me reportèrent vers de grands lombrics, d’un bon pied de long, que j’avais recueillis, au cours de mes voyages, en Malaisie et dans l’Inde. Il me souvient encore de fragments de gros vers de terre que les Papous m’avaient parfois apportés lorsque j’étais installé au Havre de Dorey en Nouvelle-Guinée. Mais rien ne venait me rappeler ce ver énorme d’Australie, gros comme une moyenne couleuvre et atteignant 2 mètres de long.
- Je m’en fus au Muséum demander à M. le professeur Perrier, dont nos lecteurs connaissent les remarquables travaux sur les vers et les échinodermes, ce qu’il pensait de cette créature étrange. L’aimable savant me montra alors divers types de la riche collection du Muséum. Il y avait là des lombrics de la Nouvelle-Calédonie, longs de deux pieds, des Anteus et des Titanus de l’Amérique du Sud, atteignant 1 mètre 1/2 de longueur. Dans les collections fraîchement déballées du jeune voyageur Guiral, mort au Gabon, victime de son dévouement pour la science, existe un lombric long de plusieurs pieds.
- Mais le plus grand ver de terre que l’on connaisse actuellement est bien ce gigantesque lombric d’Australie que le professeur Mac Coy a décrit sous le nom de Megascolides australis et qui habite la région nommée Gippsland.
- Le Megascolides australis ne serait, paraît-il, point rare en ce pays. Il se plaît dans les talus encaissant les petites rivières ; mais on peut le rencontrer aussi en pleine terre, en extrayant quelque souche ou en labourant le sol. D’une façon générale, ce lombric se trouve à proximité des rivières et il profite des terriers des crustacés décapodes qui y fouissent le sol. Les terriers de ces crabes sont des boyaux ronds se terminant par une chambre à moitié remplie d’eau
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- et prenant leur air par une ouverture à ras du sol entourée d’une sorte de petit cratère de boue, formé par les déblais rejetés par le crustacé fouisseur.
- Le Megascolides anslralis, en ver pratique, profite de ces terriers, il s’y glisse, puis se creuse ensuite des galeries coupant transversalement le puits primitif et circule ainsi sous le sol. Yeut-il sortir, il se guindé le long du cône de boue et apparaît aux yeux ; aussi certains observateurs, témoins de ses faits et gestes, avaient-ils cru d’abord que c’était le lombric lui-même qui creusait les puits et formait la taupinière conique qui les surmonte et qui dép3sse un pied de haut.
- D’après M. Baldwin Spencer, le plus sûr indice de la présence du ver sous terre est une sorte de glouglou très distinctement perceptible et produit par l’animal qui se retire dans son terrier lorsqu’on vient à marcher aux environs. Le professeur assure que lorsque l’on a une fois entendu ce bruit, qui ne ressemble à aucun autre, on ne peut plus s’y tromper.
- Il est à remarquer que les cônes de boue n’existent jamais à l’entrée des terriers des vers, mais toujours à l’entrée de ceux des « crabes de terre », de telle sorte que, dans les endroits où les vers vivent seuls, il n’existe paà de ces rejets coniques.
- 11 parait que ce n’est point chose facile d’extraire le gigantesque lombric de son boyau, sans rompre ce corps mou et visqueux. La longueur du ver, les sinuosités du terrier, rendent cette opération pénible et délicate. Que l’on tienne compte encore de la rapidité des mouvements de ce ver qui, une fois enfoui, paraît être une créature toute différente et semble, comme Antée, reprendre de nouvelles forces au contact de la terre. Glissant, serpentant dans les boyaux sinueux à parois lubrifiées par les mucosités qu’il sécrète sans cesse, le mégascolide s’arcboute à volonté contre les parois en gonflant à volonté ses extrémités postérieure; ou antérieure. Et par. ces dilatations, et» ces retractions successives, il se pousse, progrèsse dans ses galéries, tandis que sojï corps mouillé glisse entre les mains dé ceux qui veulent le tirer dehors. En passant dans ces boyaux visqueux, le corps du lombric produit ce gargouillement particulier dont parle l’observateur, et l’adhérence de l’animal aux parois est telle qu’on ne peut s’en emparer qu’en le brisant.
- A cette force musculaire peu commune, le Mégascolide jouit des propriétés physiques propres à le défendre contre les rares ennemis qu’il pourrait avoir. Son corps exhale une forte odeur, analogue à celle de la créosote; et cette odeur ne fait qu’augmenter après la mort de l’animal qui se résout alors lentement en un fluide huileux que les indigènes considèrent comme un spécifique souverain contre les affections rhumatismales.
- Comme si ce n’était pas assez de cette odeur désagréable, le ver possède encore le pouvoir de projeter par ses pores dorsaux, et à une distance de plusieurs pouces, des jets d’un liquide laiteux. Cette liqueur lui sert à lubrifier les parois des boyaux
- souterrains où il circule, partant à y glisser avec plus de facilité.
- Mais cet être, si agile sous terre, une fois déposé à la surface du sol, semble perdre ses facultés locomotrices et reste « passivement couché sur le sol, ne faisant aucune tentative pour se mouvoir ».
- Les terriers du Megascolides australis mesurent en moyenne.de 2 centimètres à 2 centimètres 1/2 de diamètre. Quel est maintenant le rôle de ces êtres dans l’économie de la nature, c’est ce que des recherches ultérieures viendront peut-être nous apprendre. L’on sait la grande importance que l’on attache depuis des années, en nos pays, aux humbles travaux de nos vers de terre. C’est ainsi qu’en perforant en tous sens de leurs galeries la terre de nos jardins, les lombrics rendent le sol plus meuble. Ils le rendent plus fécond en accumulant dans ces galeries la terre élaborée par leurs intestins et en y amassant les feuilles tombées sur le sol qu’ils viennent chercher la nuit et entraînent dans leurs retraites.
- Nous n’avons point ici à faire l’histoire de nos lombrics, tout le monde la connaît depuis le magistral travail de Darwin, paru en 1882, sur la formation de la terre végétale par les vers de terre.
- Terminons en disant que le cocon, dans lequel notre remarquable lombric australien renferme son embryon, a été observé par M. Baldwin Spencer. Ce cocon mesure jusqu’à 5 centimètres de diamètre. Assez mince, dur et coriace, d’abord jaune clair puis tournant au brun, il est allongé avec un prolongement en forme de tuyau à chacune de ses extrémités. 11 renferme, outre l’embryon, un liquide laiteux, analogue à celui que le ver rejette par ses pores.
- Les Mégascolides doivent posséder peu ou point d’ennemis. Leur grande taille, leur vie souterraine, leur odeur repoussante, suffisent à les mettre à l’abri du bec des oiseaux et de la dent des marsupiaux carnassiers. Leur emploi dans la matière médicale des vieux natifs australiens ne doit pas contribuer à leur faire faire une chasse très active, aussi ces formes bizarres peuvent-elles se multiplier en paix.
- Il serait bien intéressant de savoir si ces vers gigantesques, abondants, paraît-il, en certaines régions, pourraient, à travers le temps, changer la configuration du sol. Il est hors de doute que des époques géologiques antérieures ont aussi possédé de grands vers. Ces vers ont-ils pu contribuer, non seulement à ameublir le sol, mais encore à créer, par leurs perforations multipliées, des roches sédimentaires spongieuses, c’est ce que je n’oserai point affirmer.
- Bayer et Knorr, Goldfuss ont étudié et figuré des empreintes fossiles de lombriciens jurassiques. L’on sait que la masse, remplissant l’intérieur de ces moules, est de nature spathique, d’une coloration grise, souvent nuancée de brun par de l’oxyde de fer. Il convient d’ajouter que les lombriciens fossiles sont loin d’être très bien connus. C’est ainsi qu’Agas-siz considérait ces empreintes comme formées en partie par des cololithes, c’est-à-dire par des intestins de poissons pétrifiés; d’aucuns veulent y voir des
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- excréments solidifiés d'annélides; d’autres encore des masses intestinales rejetées par des Holothuries.
- Maurice Maindron.
- HISTOIRE DES MICROSCOPES*
- MICROSCOPES COMPOSÉS
- Le microscope composé lut inventé vers 1589 par deux opticiens hollandais, Hans etZacharias Janssen. C’était le père et le fils.
- Une circonstance toute fortuite les conduisit à remarquer que deux lentilles, convenable -ment éloignées l’une de l’autre, donnent des petits objets une image renversée et agrandie.
- Malgré l’importance de cette découverte, leur instrument demeura pendant longtemps inconnu ; leurs noms mêmes furent oubliés. C’est seulement après leur mort que justice leur fut rendue, grâce à une enquête entreprise en 1655 par leurs compatriotes, consuls, échevins et conseillers de Middel-bourg.
- Il est cependant probable que, dès le début du dix-septième siècle,
- Galilée entendit parler de leur invention. Une lettre de lui, datée de 1610, nous apprend qu’il eut alors l’idée d’employer son télescope à grossir les petits objets.
- Il les plaçait tout près de l’oculaire et observait à travers la lentille objective. C’était bien là une manière de microscope. — On s’étonne que cet appareil ait si peu attiré l’attention des contemporains. François Bacon ne le mentionne en aucun de ses écrits.
- Descartes lui-même n’y fait aucune allusion dans la première édition de sa Dioptrique. Vainement ai-je cherché dans les livres de ce temps quelque indication relative au microscope composé. Je n’en ai point trouvé qui fut antérieure à 1646. A cette époque le P. Kircher y
- 1 Suite. Voy. n° 825, du 23 mars 1889, p. 267.
- lit allusion dans un grand ouvrage qu’il publia sur l’optique. « Si, dit-il, on adapte deux lentilles semblables à un tube, et qu’on applique l’œil à un bout du tube, on voit l’image des objets renversée, mais remarquable par la netteté et la grandeur : elle est
- amplifiée d’une façon incroyable...Ainsi naquit ce
- Smicroscope qui grossit la mouche en éléphant et la puce en chameau ; il nous fait voir, sous des dimensions appréciables, les objets qui, en raison de leur petitesse, échappent à la finesse de la vue. »
- Exactement à. la même époque un physicien de Florence, Francisco Fontana, et un voyageur français, Bal-thazar de Monconys, décri v i ren t l’instrument avec plus de détails.
- Fontana prétendit s’en être servi depuis 1618.
- 11 alla même jusqu’à en revendiquer l’invention. Sa réclamation de priorité montre à quel point l’appareil était peu répandu, même parmi les savants, pendant la première moitié du dix-septième siècle. La théorie en était inconnue. Fontana lui-même l’ignorait. C’est à l’oculaire qu’il attribuait le renversement des images. Le parallèle qu’il nous a laissé du microscope et du télescope permet de reconstituer l’instrument qu’il eut entre les mains. L’oculaire et l’objectif consistaient chacun en une lentille convexe. L’objectif était situé à l’extrémité inférieure d’un tube vertical long de 4 à 5 centimètres et faisait saillie au dehors. L’oculaire, au contraire, était engagé dans le tube à quelque distance de l’orifice supérieur. L’œil s’appliquait à cet orifice et voyait les objets non par transparence, mais par réflexion.
- Les observations que Fontana fit, à l’aide de ce microscope, témoignent d’un très faible pouvoir amplifiant : il n’y examina guère que puces, fourmis, mouches, araignées et acariens du fromage, et ne semble avoir rien découvert de leur structure.
- L’année même où parurent son livre et celui de Kircher, Balthazar de Monconys fit connaîtie un mi-
- Fig. 1. — Microscopes de Monconys.
- Fig. 2. — Microscopes de Robert Hooke.
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- croscope à trois verres. Ce magistrat d’humeur vagabonde qui, par curiosité d’esprit, parcourut tour à tour, Portugal, Provence, Italie, Égypte, Syrie, Constantinople, Anatolie, Angleterre, Pays-Bas, Allemagne et Espagne, s’enquérait partout des choses instructives qu’on y pouvait voir. En quelque lieu qu’il s’arrêtât, il y recherchait la société des savants. Vos-sius, Boyle, Willis, Viviani, Gassendi, Torricelli, Pascal, Robervaî, Oldenburg et bien d’autres, penseurs, philosophes, érudits, physiciens, naturalistes ou riches amateurs de curiosités, le reçurent dans leurs cabinets de travail, au milieu de leurs livres et de leurs instruments d’observation. Les appareils amplifiants qu’il vit entre leurs mains étaient pour la plupart de simples lentilles, si l’on en juge par la description qu’il en a donnée dans ses Voyages. J’ai cependant trouvé dans une de ses lettres, datée de 1640, un passage, — inconnu, je crois, — où, à propos d’une lentille à plusieurs verres, il expose ainsi la composition d’un microscope lui appartenant : « Le microscope; distance de l’objet à la première lentille : 1 pouce et demi; le focus de la première lentille : 1 pouce ; distance de la première lentille à la seconde : 15 pouces; la seconde lentille a de focus : 2 pouces et demi ; distance de la deuxième lentille à la troisième: 1 pouce 8 lignes; troisième lentille a de focus : 1 pouce 8 lignes; distance de l’œil à la troisième lentille: 8 lignes; il y a deux poincts : un qui grossit, l’autre qui distingue ».
- Cette brève énumération est fort intéressante. Elle nous apprend, en effet, qu’on construisait déjà des microscopes àtrois lentilles. Les deux verres les plus rapprochés constituaient sans doute une sorte d’oculaire convergent. La figure 1 représente quatre modèles attribués à Monconys : on en trouve les dessins dans un Traité du télescope écrit vers la fin du dix-septième siècle par le P. Joannes Zahn de Nuremberg. Les quatre instruments étaient verticaux et disposés pour observer les corps par réflexion. Les trois premiers étaient montés à vis. L’objet était placé sur une plate-forme circulaire. Celle-ci s’élevait pour se rapprocher de l’objectif (n° 2) ou bien elle était fixe et alors c’étaient les supports du tube qui, reliés par une vis au pied de l’instrument, montaient ou s’abaissaient (nos 1 et 5) pour la mise au foyer.
- Cependant le microscope qui, pendant longtemps encore fut le plus usité, se composait, suivant la description de Borel, « de deux verres convexes re-
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- liés par un tube. » Bobert Hooke lui imprima le premier une modification importante. Il rendit le tube susceptible de tirage, et perfectionna aussi le système optique de l’instrument. Uuyghens et Hévé-lius venaient d’inventer l'oculaire négatif convergent et d’en doter le télescope. Cet oculaire se compose, comme on sait, de deux verres : le plus éloigné de l’œil amène sur le verre oculaire des rayons extérieurs au champ de cette lentille. 11 offre, en outre, un autre avantage, qui ne put être apprécié que plus tard, après la grande découverte de Newton sur le spectre : c’est que les aberrations de sphéricité et de réfrangibilité dues à sa dispersion peuvent corriger celles du verre oculaire. Les différentes couleurs, issues d’un même point de l’image réelle, ne donnent de ce point qu’une même image virtuelle, parce qu’elles se superposent dans le sens du rayon visuel. Mais ce n’est pas en raison de ce résultat que la lentille supplémentaire d’Iluyghens et Hévélius fut adoptée : on ne considéra d’abord que sa propriété d’agrandir le champ des instruments : d’où le nom de verre de champ qu’on lui a donné. Ilooke comprit tout de suite l'intérêt qu’il y avait à l’appliquer au microscope. En 1665, il l’y adapta. Sans doute, c’était reproduire une disposition déjà réalisée par Monconys. Mais, à l’inverse de ce dernier, Hooke se rendait compte du jeu de ses lentilles. Sauf en ce qui touchait l’achromatisme, il avait une idée trèsnette de la marche des rayons lumineux dans son appareil.
- La figure 2 représente les instruments dont il fit usage. Le tube du modèle de droite mesurait de 6 à 7 pouces ; il était muni de quatre tiroirs qui permettaient de l’allonger énormément. A l’intérieur il était muni de trois verres : une lentille très petite formant l’objectif, un « verre de lunette plus mince » et un verre « très épais » du côté de l’oculaire. Le corps de l’instrument était susceptible d’être incliné, étant fixé par une pièce boulonnée à une tige verticale mobile sur un pied horizontal.
- L’objet à examiner était placé à l’extrémité d’une tige horizontale au foyer de l’objectif. Afin de le bien éclairer, Hooke condensait à sa surface, au moyen de loupes D et C et d’un réflecteur G la flamme d’une lampe mobile sur un pied.
- L’illustre physicien se servit aussi du modèle représenté en coupe au milieu de la figure 2. C’était un microscope à deux verres dont il augmentait la dispersion en y introduisant de l’eau par un orifice latéral.
- Après les appareils de Hooke, les plus curieux furent les systèmes binoculaires. 11 est extrêmement remarquable que longtemps avant l’invention du stéréoscope quelques personnes, en France et en Italie, aient songé à employer simultanément les deux yeux pour observer au microscope. Le fait n’est pourtant pas douteux. En 1677, le P. Chérubin d’Orléans construisit un instrument où, suivant son expression, les deux axes de la vision concouraient en un seul point de l’objet. Les corps n’y étaient pas considérés sous les mêmes angles que dans la vision normale.
- Fig. 5. — Microscope binoculaire deLangel-maiitel.
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- Notre figure 3 représente, d’après Zahn, un microscope de ce genre construit par le chanoine Ambroise Langelmantel. Le couvercle A étant enlevé, les deux yeux pénétraient dans l’orifice supérieur. Le bord de cet orifice était échancré pour faire place au nez. Au-dessous des yeux se trouvaient deux tuyaux munis chacun d’un oculaire et d’un ob-jectif. Dirigés sur l’objet à voir, ces tuyaux faisaient entre eux un angle très aigu. Leur commune enveloppe B se terminait inférieurement par une bague C;bien que celle-ci fut arrondie au tour de façon à n’offrir qu’une seule ouverture, elle renfermait, en réalité, deux verres objectifs très rapprochés l'un de l’autre. La lumière qui arrivait en C se divisait immédiatement en deux faisceaux qui demeuraient indépendants. Quand tout était bien disposé, ils donnaient, au témoignage de Zahn, la sensation d’un seul objet vivement éclairé.
- Bien que le phénomène stéréoscopique qui se produisait dans cet appareil ne fûtpoint compris1, du moins la théorie du microscope composé commençait-elle à être assez bien connue dans ses grands traits.
- Ilartzoeker l’a nettement exposée dans sa Diop-trique.LeP.Zahn l’a développée dans la première édition de son Œil artificiel, c’est-à-dire en 1685. Dans son édition de 1702, d’intéressantes figures représentent la marche des rayons lumineux dans les microscopes à 4 et à 5 verres. Ce cas n’était pas seulement théorique. Zahn l’avait réalisé sous la forme d’un tout
- 1 Cet effet ne se produisait d’ailleurs qu’imparfaitement en raison du strabisme dû au mode d’observation.
- petit instrument dont la monture rappelait celle de Monconys.
- On voit, par ces détails, que vers la fin du dix-septième siècle,' le microscope composé avait cessé d’être rare. 11 en existait de plusieurs sortes. Mais quelques différences que présentassent ces divers
- modèles, une dis-position commune les caractérisai t : c’est qu’à l'inverse des loupes on ne pouvait s’en servir que pour observer par réflexion.
- Cette circonstance opposait un gros obstacle à l’emploi des forts objectifs. Le champ s’obscurcissait d’une façon considérable à mesure que la lentille frontale se rapprochait de l’objet. Quand elle en était très près, il devenait impossible de projeter une vive lumière sur la préparation. Car, en raison de l’obliquité de l’incidence, cette lumière se
- réfléchissait e n dehors de l’objectif.
- L’apparition des systèmes par transparence marqua donc un progrès considérable dans l’histoire du microscope composé. C’est Campana qui semble en avoir le premier conçu l’idée. En 1686, il construisit l’instrument que représente notre figure 4. Comme son dessin l’indique, l’appareil, placé debout sur la table, peut servir à examiner les objets opaques : débarrassé de sa monture, porté à la main et dirigé vers une partie du corps d’un blessé, sur laquelle un aide projette une vive lumière au moyen d’une chandelle et d’une loupe, il permet au chirurgien d’observer les détails de la plaie. Enfin, braqué vers le ciel, il sert à voir les objets transparents.
- Filippo Buonanni, micrographe italien, s’empara
- Fig. 4. — Microscope de Campana
- Fig.S. — Microscope de Buonanni. — AB. Corps du microscope. — C. et D. Diaphragmes. E. Pied évidé.— B. Vis. — F. Etui. — IK. Corps se vissan* dans L. — M. Vis. —G. Préparation. — H. ressort pour la maintenir
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- de l’invention de Canipana pour la perfectionner. Il où l’on voit deux tubes susceptibles de se déplacer créa les deux modèles de microscopes de la figure 5 dans le sens vertical pour assurer la mise au foyer.
- Au-dessous de l’objectil, entre deux diaphragmes se place la préparation G contenant l’objet entre deux lames de verre.
- Le pied de l’un de ces microscopes est évidé, de façon a permettre à la lumière d’y accéder et de traverser en droite ligne la préparation et les lentilles de l’instrument.
- Buonanni a construit, en outre, un grand appareil (fig. 6), caractérisé par la position horizontale du microscope et un système destiné à éclairer les objets par transparence. La préparation I), placée à quelque distance de l’objectif B, est immobile. L’objectif B est, au contraire, mobile et il en est de même de tout le reste du microscope : son corps peut s’allonger, car il est muni d’un soufflet, et il suffit, pour en augmenter la longueur, de le tirer sur son support. De l’autre côté de la
- Fie. 7.
- Microscope de Joblot. À dr deux loupes du
- préparation se trouve une lampe à alcool qui produit une belle flamme en E. Une grande partie de la lumière de cette flamme est concentrée par la loupe FG sur la préparation CD.
- Grâce à ce système, on peut employer de très forts objectifs en B, sans cesser de voir dans l’appareil. On peut donc arriver ainsi à des gros-sissements considérables.
- Joblot, au dix-huitiè-rne siècle, ajouta aux microscopes par transparence, le verre de champ adopté par llooke. Il leur fit subir quelques modifications qui en rendirent le maniement plus commode (fig. 7). Mais c’est surtout Marshal, Cul-pefer, Scarlet et Baker qui les ont perfectionnés en les munissant, au-dessous de la préparation, d’un miroir destiné à envoyer au travers de l’objet un faisceau de lumière
- oite de la figure sont représentées nièinc auteur.
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- réfléchie. Notre ligure 7 représente un de ces microscopes construit par Joblot.
- Ces microscopes, avec leurs accessoires, étaient, comme presque tous les appareils de physique de ce temps, très ornés. Leur système optique valait souvent moins cher que les sculptures dont on surchargeait leurs supports. Jusqu a la fin du dix-huitième siècle les savants s’obstinèrent à s’en servir avec de grands tirages et des objectifs à court foyer, ltans les verres ils recherchaient surtout la puissance. Afin de la porter au maximum, ils observaient très fréquemment à la lumière directe du soleil. Leur but principal était en effet d’arriver à un fort grossissement. Ils ne l’obtenaient qu’aux dépens de la netteté des images. Celles-ci n’apparaissaient que toutes déformées, confuses et irisées : c’était la conséquence de la diffraction de la lumière jointe aux énormes aberrations de sphéricité et de réfrangibilité produites par les lentilles.
- Euler eut le premier l’idée de corriger ces défauts. En 1771, il indiqua dans sa Dioptrique une méthode pour achromatiser les objectifs. Il proposait de les faire de deux verres tels que l’aberration de l’un fût corrigée par celle de l’autre.
- Ce procédé ne fut appliqué que beaucoup plus tard. Nos premiers objectifs achromatiques ne datent en effet que de 1816. On les doit à Fraunhôfer. Avec lui commença, pour le microscope composé, une ère nouvelle; constructeurs et micrographes s’appliquèrent à le perfectionner. Bientôt les vieux instruments que nous avons décrits furent abandonnés. 11 nous a paru qu’ils ne devaient pourtant pas être oubliés, puisqu’ils ont marqué une étape nécessaire dans l’histoire des inventions et des découvertes de l’esprit humain. Louis Ouviep.
- CHRONIQUE
- La mort de M. Clievreul. — Au moment de mettre sous presse, nous apprenons que M. Chevreul vient de mourir à l’âge de cent deux ans sept mois et neuf jours. Nous remettons à notre prochaine livraison les hommages que nous voulons rendre à la mémoire de l’illustre savant qui, après avoir accompli de si grands travaux, a dépassé de si loin les limites ordinaires de l’existence humaine.
- Action de In lumière électrique sur la vue. —
- Si la lumière électrique n’a pas sur la vue une influence aussi fâcheuse que celle du gaz,. il semble cependant qu’elle n’est pas absolument inoffensive. En effet, le docteur Lubinski, de Cronstadt, vient de lire, au troisième congrès des médecins russes, un mémoire sur une série d’observations qu’il a eu l’occasion de faire, pendant une période de dix ans, sur de jeunes marins, obligés par leur service, de séjourner longtemps près de fanaux ou d’autres sources de lumière électrique. Le docteur Lubinski a constaté chez trente de ces marins, pendant le sommeil, de vives douleurs de l’orbite, accompagnées d’une abondante lacrymation, et de photophobie très marquée; cet état s’abaisse au bout de deux ou trois heures, et le malade, le lendemain matin, se réveille guéri, en ne conservant qu’une simple fatigue, comme celle qu’on éprouve
- après une veille prolongée. Ces phénomènes, qui sem blent provenir d’un afflux de sang anormal dans la région des yeux, ne se produisent que pendant le sommeil; à l’état de veille, on n’a jamais rien constaté, sinon quelques phosphènes sans nulle importance, comme ceux qui peuvent se produire avec toute autre lumière, même celle du soleil, sans présenter trop de gravité. Ces faits doivent être signalés, et notre excellent confrère, la Revue du cercle militaire, actuellement dirigée par notre savant collaborateur, le commandant de Rochas, ajoute à ce propos quelques observations très judicieuses. Il serait bon, dans les applications de la lumière électrique, noiamment dans l’usage qui peut en être fait au point de vue militaire, de ne pas fatiguer outre mesure les hommes; même en faisant un choix pour éliminer ceux qui seraient trop accessibles à ces troubles de la vue, il y aurait lieu de relayer les autres, de manière à ne pas les exposer inutilement, pendant trop longtemps, à un foyer de lumière électrique.
- Les progrès de l'industrie française an Brésil. — Depuis quelques années il se construit au Brésil des usines à sucre dont les machines sont d’origine française, et qui sont mises en place par des ouvriers français. Ainsi les journaux de Pernambouc annoncent que l’usine de Bambraral vient d’être montée par M. Billon et avec un matériel entièrement français. Cette usine fort importante, appartenant à de très riches propriétaires indigènes, est située près d’Aripibu. Un chemin de fer portatif de 4 kilomètres sert à transporter à l’usine la canne nécessaire à alimenter un moulin construit dans des ateliers de Saint-Quentin et mis en mouvement par un moteur de même provenance. Ce moulin peut broyer au moins 125 tonnes de cannes par vingt-quatre heures, en fournissant le rendement maximum de jus. Les générateurs possédant ensemble une surface de chauffe de 310 mètres carrés, proviennent d’ateliers de Ilam (Somme), ainsi que tout le reste du matériel; ils sont naturellement alimentés à l’aide de la bagasse, c’est-à-dire de la canne broyée dont on a extrait le jus, et ils sont munis de jours spéciaux pour brûler ce combustible. Us suffisent d’ailleurs à fournir la vapeur nécessaire à toute la fabrication. Tout est aménagé au mieux, et de façon à économiser le temps et les frais d’établissement et à augmenter le rendement. Les turbines (d’origine française, comme nous l’avons dit), grâce à leur vitesse de 1800 tours à la minute, fournissent des sucres de qualité supérieure. 1). B.
- La vie d'un moteur à vapeur. — Voici quelques chiffres qui pourront fixer les idées sur la question de savoir quelle peut être la durée de service d’un moteur à vapeur bien construit, bien installé et bien entretenu. En 1866, une machine Corlissaété installée dans les ateliers de construction de Y Union Pacific Railroad, à Sacramento (Californie). Ce moteur, de 1,2 m de course, aune poulie-volant de 4,4 m de diamètre. Il a fréquemment fonctionné jour et nuit sans arrêt, et le plus souvent jusqu’à 10 heures du soir. En supposant une marche moyenne de 10 heures par jour et 500 jours de travail par année, il a donc travaillé au moins 66 000 heures sans que les frais de réparation jusqu’à ce jour aient atteint 100 dollars. La vitesse angulaire étant de 70 tours par minute, il a donc fait près de 280 000 000 de tours et la jante de la poulie-volant a parcouru près de 5000 000 de kilomètres, soit plus de 100 fois le tour de la terre, à une vitesse de 72 kilomètres par heure.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 avril 1889.— Présidence de M. Des Cloizeaux,
- Fixation de l'azote de l'air par le sol. — Nos lecteurs se rappellent qu’en 1885, M. Berthelot publia un grand mémoire représentant deux années d’expériences et dont la conclusion était que la terre végétale jouit de la faculté d’incorporer l’azote de l’air par l’intermédiaire de microbes spéciaux vivant dans son sein. Le fait, malgré de vives discussions, fut confirmé par des chimistes allemands, et l’auteur n’a pas cessé d’en poursuivre l’étude. 11 revient aujourd’hui sur la même question, avec des milliers de nouvelles analyses relatives à soixante-quatre expériences instituées dans le courant de l’année dernière. L’auteur a fait usage de pots contenant environ 5 kilogrammes de terre et il a opéré simultanément sur trois variétés diverses de sols. Tantôt les essais furent faits à l’air libre, tantôt sur un toit préservateur de la pluie, tantôt enfin sous une cloche close. On étudia parallèlement la terre nue ou couverte de plantes légumineuses appartenant à six espèces différentes : vesce, lupin, ja-rosse, trèfle, luzerne et minette. Dans tous les cas, la fixation de l’azote fut nettement reconnue. Avec la terre nue, au contact libre de l’air, la quantité fixée correspondit à 90 kilogrammes d’azote par hectare en six semaines : la cause du phénomène réside donc dans le sol lui-même. Avec la luzerne, la fixation atteignit en quatre mois le chiffre énorme de 700 kilogrammes par hectare et M. Berthelot reconnut que les racines servirent d’intermédiaire spécialement efficace. Il pense qu’il y a union intime contractée entre ces organes des plantes et les microbes fixateurs et on devra modifier l’opinion qui a cours sur le rôle des longues racines de la luzerne. Leur but, en effet, n’est pas du tout d’aller dans la profondeur chercher de l’azote assimilable, mais de procurer au microbe une très large surface d’habitation.
- Microbe contre microbe. — M. Bouchard a voulu savoir si on ne guérirait pas le charbon par des inoculations de bacilles pyocyaniques, et ses expériences paraissent justifier cette idée. 17 lapins reçurent de la bactéridie charbonneuse provenant de culture, et quelques jours après du bacille : 5 moururent du charbon, 2 moururent non charbonneux et 10 guérirent. 11 lapins témoins moururent tous du charbon. Dans une autre série, 9 lapins furent inoculés à quelques jours d’intervalle de sang charbonneux très virulent, puis de bacille pyocyanique :
- 1 mourut charbonneux, 6 moururent non charbonneux,
- 2 guérirent. 9 lapins témoins moururent tous du charbon. En somme, sur 26 lapins, il y eut 6 morts par le charbon, 8 morts sans charbon et 12 guérisons. Les 20 témoins moururent charbonneux sans exception. D’ailleurs ces animaux n’étaient aucunement vaccinés contre la pustule maligne : tous en moururent après inoculation de sang bactéridifère. La conclusion très intéressante de ces faits a été véritablement contrôlée et précisée par les expériences de MM. Vignal et Chabin, qui semèrent in vitro du bacille pyocyanique dans des cultures de bactéridies charbonneuses. Ils virent constamment ce dernier dépérir et perdre rapidement sa virulence.
- Erysipèle et lymphangite. — 11 résulte des observations et des expériences de MM. Yerneuil et Clado que ces deux maladies, souvent considérées comme distinctes, sont deux formes d’une seule et même entité morbide causée par l’invasion d’un microbe spécial.
- La météorite d'Eagle-Station. — La collection du
- Muséum d’histoire naturelle vient de s’enrichir d’un bel échantillon de météorite qui provient d’un bloc de 36 kilogrammes découvert en 1880 à Eagle-Station, dans le Kentucky. Ce bloc gisait non loin d’un Mound ou tertre préhistorique dans lequel on en trouva quelques fragments détachés par les hommes primitifs et convertis en sorte de pendants d’oreille. J’ai soumis la météorite d’Eagle-Station à une étude lithologique dont le résultat est qu’il y faut voir un nouvel échantillon de l’intéressante roche cosmique que j’ai désignée en 1870 sous le nom de Brahinite et qui n’était jusqu’ici représentée que par une seule chute.
- Histoire de la science. — M. Léopold Iiugo consacre une intéressante note à l’exposé des méthodes employées par Thalès peur mesurer la hauteur de la grande pyramide. L’une d’elles consistait à attendre l’heure du jour où l’ombre d’un homme a précisément la même longueur que cet homme lui-même : la mesure de l’ombre de la pyramide donnait alors directement la hauteur du monument. Un second procédé basé sur les figures semblables, était d’établir un rapport à une heure quelconque entre la hauteur d’un bâton, celle de son ombre, celle de l’ombre de la pyramide et la hauteur inconnue du monument.
- Varia. — La détermination directe de la compressibilité du verre, du cristal et des métaux occupe de nouveau M. Amagat. — M. Sabatier étudie la vitesse avec laquelle en présence de l’eau, l’acide métaphosphorique passe successivement à l’état d’acide pyrophosphorique, puis à celui d’acide orthophosphorique. — Un système de communication électrique avec les trains en marche a été imaginé par M. Dupian, receveur des postes à Alais. — On mentionne un Mémoire de M. Thoulet, de Nancy, sur l’attaque comparée des minéraux sur les eaux de la mer. — Un élève de M. Lacaze-Duthiers étudie le pédoncule des cirrhipèdes. — La géologie de l’Hérault fournit un nouveau Mémoire à M. de Rouville. — C’est à l’aide de l’huile de schiste que M. Landrin extrait les alcaloïdes du quinquina, de façon à déterminer la valeur industrielle des écorces. — Au nom de M. Potier, M. Mascart dépose un Mémoire sur la différence de potentiel au contact des métaux. Stanislas Meunier.
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- LÀ LOCOMOTION TERRESTRE A VOILE
- L’idée d’appliquer la force motrice du vent à la locomotion terrestre est fort ancienne. Sans remonter au delà du siècle actuel, une gravure espagnole publiée à Valence en 1802, nous montre un Coche volante dû à don Joseph Boscasa, maestro mayor de Montages, porS. M. delReal Cuerpo de artilleria. Ce véhicule, réalisé et expérimenté *, a la forme d’un triangle curviligne (fig. 1), monté sur trois roues.
- « La barque intérieure a 8 pieds de long et 4 de large : elle porte six sièges, mais ceux de l’arrière, qui ont la forme d’un canapé, sont les plus commodes, et c’est de l'a qu’on donne la direction à la machine en actionnant une manivelle; lorsqu’on ne veut pas diriger de ce point, on peut
- 1 L’aulcur du Brève discurso qui accompagne la figure, fait remarquer que, bien qu’à la simple inspection de la figure, les intelligents en mécanique [sic] puissent se faire une idée de son originalité, il a paru bon d’y ajouter une explication qui mette en relief le mécanisme et les particularités de son fonctionnemeni.
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- diriger avec facilité en se plaçant sur un siège disposé à l’avant.
- « L’agent moteur principal est le vent qui souille sur les voiles, mais en son absence c’est une manivelle que l’on actionne facilement à la main ; un vent régulier fait marcher le système sans l’auxiliaire de la manivelle : avec un vent fort, il faut larguer et même amener toutou partie des voiles pour ne pas atteindre une vitesse excessive. »
- On voit, d’après cela, que le Coche volante du maestro mayor don Boscasa n’était pas autre chose qu’un tricycle à moteur mixte employant tantôt la force motrice musculaire, comme les chevaux mécaniques de notre enfance, tantôt la voile.
- Dans le même ordre d’idées, le Vélocipède illustré , a décrit, il y a une quinzaine d’années, un bicycle auquel on avait ajouté une voile légère sans qu’il en résultât aucun inconvénient pour le ve-loceman lorsque le calme ou un vent contraire le forçait à la laisser fermée. Par un vent favorable, la voile est un aide fort utile qui, dans un terrain plat, a permis d’atteindre sans fatigue des vitesses de 20 à 25 kilomètres par heure, et souvent même de franchir plusieurs kilomètres sans que les pieds se fussent posés sur les pédales.
- Mais toutes ces expériences ne permettaient pas d’entrevoir une application pratique, lorsque VEngineering nous a fait connaître récemment un cas particulier intéressant dans lequel la locomotion ter-
- restre à voile rend des services industriels journaliers fort précieux.
- Cette application a été faite et fonctionne journellement dans l’île Malden, par 4° 5' de latitude nord et 155°i' de longitude ouest, île dans laquelle l’exploitation du guano est la seule industrie et la seule ressource.
- Les champs de guano sont à l’extrémité opposée abordable del’ile. On a donc construit un tramway de 5 milles de longueur pour le transport par terre jusqu’au quai d’embarquement. La traction est effectuée à la voile ouàlamain, à l’exclusion des chevaux et des locomotives. L’a-réomoteur, si l’on peut donner ce nom au véhicule qui tire les autres, se compose d’un mât unique placé vers l’arrière et d’une grande voile que l’on manœuvre suivant le
- vent. La figure 2 représente ce mode original de locomotion d’après un croquis publié par notre confrère.
- L e personnel habitant l’ile se compose d’une centaine d’insulaires et de six blancs formant l’état-major d’exploitation : directeur, garde-quai, forgeron, charpentier, chimiste et surveillant du champ.
- Le choix de ce mode original de traction est certainement dû au manque absolu d’eau, de fourrage, de végétation et de combustible, et il a fallu un semblable enchaînement de circonstances pour faire passer les fantaisies d’il y a un siècle dans le domaine de l’application journalière.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Fig. I. — Une voiture à voile construite à Valence en 1802.
- Coche volante. D’après une gravure du temps. Collection de M. Gaston Tissandier.
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- Fig. 2. — Chemin de fer à voile fonctionnant actuellement à l’île Malden.
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- M. E. CHEYREUL
- Il y a trois ans, on célébrait avec éclat le centième anniversaire de la naissance de ce grand savant,
- de cet illustre chimiste, qui survivait à tous ses contemporains, et qui semblait avoir le secret de ne pas mourir. Depuis cette époque, les mois, les années même se sont écoulées, et Ton s’habituait à
- voir vivre ce centenaire, qui avait été témoin des drames sinistres de 1705, qui avait assisté aux triomphes de Bonaparte, et dont la longue exis -tence, entièrement consacrée au travail, avait enrichi la science de si fécondes dé-couvertes. En 1886,nous avons écrit l’histoire des travaux de M. Chevreul, nous avons retracé sa carrière depuis sa naissance jusqu’à sa centième année ; nous ne reviendrons pas sur des faits connus de tous, et nous renverrons notre lecteur à cette précédente notice biographique1.
- 1 Voy. n° 691, du 28 août 1886, p. 197.
- 17' année. — 1er semestre.
- Nous nous bornerons à la com-p lé ter aujourd’hui. — M. Chevreul a continué ses recherches de laboratoire jus-qu’kl’àge de quatre-vingt-seize ans. Depuis 1882, il a cessé de faire de la chimie pratique. Il montait encore assez fréquemment dans son cabinet de travail dont nous reproduisons l’as-pect1 (fig. 1), et qui était situé au-dessus de sa chambre à coucher au troisième étage de la maison qu’il habitait au Jardin des Plantes. Parfois il s’asseyait encore à son bureau, il compulsait ses papiers, feuilletait ses
- 1 Nous devons les photographies que nous reproduisons à
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- livres, mais il n’y travaillait plus d’une façon régulière. Antérieurement, au contraire, quand il revenait des Gobelins a 6 heures du soir, il ne manquait pas de s’y enfermer jusqu’au dîner. Après son repas, il y revenait encore, et y passait souvent la soirée entière, jusqu’à 11 heures, jamais au delà.
- A cette époque, le vénérable savant n’était pas très matinal, il se levait à 9 heures, déjeunait aussitôt son lever, et se rendait à pied aux Gobelins, où il arrivait invariablement à 10 heures. Il était assez sévère lorsque son préparateur, qui demeurait fort loin, n’était pas là. M. Chevreul ne mangeait jamais entre son déjeuner de 9 heures du matin, et son dîner de 6 heures et demie.
- Depuis la fluxion de poitrine dont le vénérable savant a été atteint six mois avant son centenaire, l’affaiblissement est venu progressivement. Il supporta cependant très vaillamment les fêtes qui lui furent offertes lorsqu’il eut cent ans; il reçut dans la journée des délégations et de nombreuses visites, il assista au grand banquet donné en son honneur à l’Hôtel de Ville, et rentra le soir à 11 heures. Le lendemain matin, à 10 heures, M. Chevreul était parti pour assister au Comité consultatif des arts et manufactures dont il était le président.
- Dans les trois dernières années de sa vie, M. Chevreul s’intéressait toujours vivement aux travaux de son laboratoire, et, tous les matins, il recevait la visite de son aide-naturaliste, M. Arnaud, qui lui exposait l’état des expériences entreprises. M. Arnaud avait été appelé en 1885 à diriger les recherches scientifiques du laboratoire de l’illustre chimiste. M. Chevreul sortait presque tous les jours en voiture et nous avons déjà dit précédemment que son excursion favorite était au chantier de la Tour Eiffel. Quelques jours avant sa mort, il était descendu de sa voiture, et contemplant le colosse de fer, il s’était écrié : « Oh! que c’est beau! »
- M. Chevreul avait toute sa mémoire : il eût été impossible de citer devant lui quelque fait erroné au point de vue scientifique, sans qu’il ne protestât aussitôt; il racontait parfois encore des anecdotes de son enfance. Quelques mois avant sa mort, il avait l’occasion de rappeler à un de ses visiteurs qu’en 1814 il se trouvait aux Tuileries comme garde national, quand Napoléon Ier revint de File d’Elbe. « Tout à coup, disait M. Chevreul, un factionnaire se précipita dans le poste tout effaré, en s’écriant : « Voilà l’Empereur! ». J’ai manqué en laisser tomber mon fusil. »
- M. Chevreul aura exécuté sa dernière promenade le mercredi, 3 avril. A son retour, son cocher eut beaucoup de peine à lui faire monter les deux étages de son appartement.
- Le centenaire a gardé sa lucidité d’esprit jusqu’au samedi 6 avril 1889. Peu de temps auparavant, son fils venait de mourir à l’àge de soixante-
- l’obligeance de M. Paul Nadar, qui a pu exécuter ces photographies et nous en fournir des épreuves positives (tirage Eastman) dans l’espace de quatre heures.
- dix ans; celte triste nouvelle fut cachée à M. Chevreul qui, presque tous les jours, s’informait de l’état de santé de son fils qu’il croyait malade. Le dimanche 7, M. Chevreul ne reconnaissait plus ceux qui l’entouraient, la journée du lundi se passa dans l’agonie, le vieillard ayant une respiration haletante. U rendit le dernier soupir le mardi 9 avril 1889, à 1 h. 30 m. du matin G
- Avec lui s’éteint tout un siècle de travail, de probité et d’honneur; le doyen des étudiants de France, en descendant au tombeau, y fait disparaître une des plus belles intelligences de notre génie national, et une des plus grandes gloires scientifiques de notre patrie. Gaston Tissandier.
- COMPARAISON DES PRIX DE L’ÉCLAIRAGE
- AU GAZ ET PAR INCANDESCENCE ÉLECTRIQUE
- Au moment où la substitution de l’éclairage à l'électricité à l’éclairage au gaz prend une extension considérable — surtout à l’étranger — par suite du développement des distributions d’énergie électrique, il n’est pas sans intérêt d’établir quelques chiffres moyens relatifs au prix réel de revient de l’un et de l’autre illuminant, chiffres qui permettront à chacun d'établir un calcul comparatif en toute connaissance de cause, et en dehors des affirmations souvent exagérées des concurrents intéressés à faire adopter l’un ou l’autre des systèmes en présence. Nous n’avons l’intention de comparer ici que l’éclairage au gaz et l’éclairage par incandescence en ce qui concerne le prix du gaz d’une part, et le prix de l’énergie électrique d’autre part, les frais de canalisation, appareillage, location de compteur, etc., étant sensiblement les mêmes, quel que soit le système.
- Eclairage au gaz. — Nous emprunterons les chiffres de consommation des becs de gaz usuels à une très intéressante communication faite en juin 1888 par M. Ad. Bouvier, un gazier des plus compétents, au quinzième Congrès de la Société technique de l'industrie du gaz en France.
- Tous les essais faits par M. Bouvier ont été ramenés à un gaz type produisant le bec Carcel défini par Dumas et Régnault en brûlant 105 litres par heure: ils ont porté sur 25 types de bec différents; nous n’indiquerons ici que les plus employés.
- a. — Becs à flamme libre ou becs papillons. — 1° Le bec papillon stéatite tête creuse, n° 6 de la série large de la ville de Paris, avec fente de 0,6 mm d’épaisseur, consomme 180 litres par heure, et produit 1,21 bec Carcel; son rendement2 ramené au bec type n’est que de 0,706 ; 2° le bec papillon n° 7 employé pour l’éclairage public, avec régulateur see. vérifié, brûlant 125 litres par heure, produit 1,02 bec Carcel; rendement : 0,857; 5° le bec papillon n° 8 brûle 200 litres par heure, produit 1,74 bec Carcel; rendement : 0,912.
- b. — Becs à cheminée. — 4° Le bec Bengel type, fourni par Deleuil, est le bec pris pour étalon, il produit 1 bec
- 1 M. Chevreul est né à Angers, le 51 août 1786. Voy. notre notice biographique du na 691, du 28 août 1886.
- - Le rendement du bec est défini par„M. Bouvier comme le rapport de la consommation du bec considéré par bec Carcel au bec type de Bengel consommant 105 litres par heure et par bec, dont le rendement est, par suite, égal à 1.
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- Carcel et consomme 1U5 litres par heure ; rendement :
- 1 ; 5° un certain nombre de becs Bengel ditférant entre eux par le nombre de trous, leur diamètre et la consommation, ont une puissance photométrique variant entre 1,8 et 2,8 becs Carcel et un rendement compris entre 1,05 et 1,1 ; 6" un certain nombre de becs américains et anglais dont la puissance varie entre 2 et 4 becs Carcel ont un rendement compris entre 1,1 et 1,466. Ce dernier chiffre se rapporte à un bec à disque de M. \Y., de Lille, bec à cheminée renflée, portant 42 trous de 1 millimètre de diamètre central, produisant 4 becs Carcel et consommant 286,4 litres par heure.
- c. — Becs intensifs. — Les chiffres relatifs aux becs intensifs ne résultent pas d’expériences faites par M. Bouvier, mais ils sont empruntés aux journaux spéciaux, généralement admis comme faisant autorité.
- D’après les expériences citées, les becs 'Wenham atteindraient des rendements variant entre 2,5 et 4,1 sans réflecteur, et des rendements variant de 5 à 6 avec réflecteur, mais ces derniers chiffres nous paraissent exagérés, parce que le réflecteur a précisément pour objet d’augmenter l’intensité lumineuse dans une direction donnée aux dépens des directions qu’il occulte, mais ne saurait augmenter la puissance photométrique du foyer. Ces derniers chiffres ne sauraient donc figurer dans une comparaison impartiale.
- Le bec Clamond, dernier type, produirait 4 becs Carcel en consommant 180 litres de gaz par heure; rendement : 2,35. Le bec Auer, consommant 95 litres par heure, produirait 1,64 bec Carcel; rendement : 1,9.
- Eclairage à incandescence. — La fabrication actuelle peut garantir, pour des lampes de 1,7 bec Carcel (16 bougies) consommant 3,5 watts par bougie, ou 56 watts, soit 33 watts par bec Carcel, une durée moyenne de 800 à 1000 heures et les livrer an détail h un prix variant entre 4 et 5 francs, ce qui représente un amortissement de 0,5 centime par lampe et par heure.
- Comparaison. — Supposons un éclairage annuel de 1000 heures avec du gaz à 50 centimes le mètre cube, comme à Paris, et de l’éclairage électrique à 120 centimes le kilowatt-heure, le tarif maximum fixé par la ville de Paris, pour la vente de l’énergie électrique au compteur étant de 150 centimes. Les prix de revient seront un peu différents, suivant qu’il s’agira de foyers de 1 bec Carcel (9,5 bougies) ou de 1,7 bec Carcel
- (16 bougies).
- FOYER DE 10 BOUGIES.
- Gaz.
- Bec papillon de 120 litres par heure.
- 120 mètres cubes à 30 centimes le m»*...........50 fr.
- Electricité.
- 33 kilowatts-heure à 1,2 le kilowatt-heure. . . 59,6 fr.
- Renouvellement de la lampe.............. 5 fr.
- 44,0 fr.
- FOYER DE 16 BOUGIES.
- Gaz.
- Bec papillon de 200 litres par heure.
- 200 mètres cubes50 centimes le m". ... 00 fr.
- Bec Bengel 180 litrés:
- 180 mètres cubes à 30 centimes le m5. . . . 48 fr.
- Electricité.
- 50 kilowatts-heure............................68,8 fr.
- Renouvellement de la lampe.................... 5 fr.
- 75,8 fr.
- Aux tarifs actuels cl à quantité de lumière égale, l’éclairage électrique par incandescence est plus coûteux,
- et dans une assez grande proportion, que l’éclairage au gaz, lorsqu’on reste dans des foyers de faible puissance lumineuse, mais les différences indiquées dans le tableau ci-dessus ne sont que des maxima, car, pour des consommations importantes, le prix du kilowatt-heure fourni par les stations centrales s’abaisse à 1 franc, et, d’autre part, les fabricants arrivent à livrer des lampes à 2,5 watts’ par bougie ayant une durée moyenne de 500 heures.
- Dans ces conditions nouvelles, on a, pour 1000 heures d’éclairage :
- 1° Lampes de 10 bougies, 25 watts :
- 25 kilowatts-heure à 1 franc. . 25 fr.
- Renouvellement des lampes. . . 10 fr.
- Total. ... 55 fr.
- 2° Lampes de 16 bougies, 40 watts :
- 40 kilowatts-heure à 1 franc. . „ 40 fr.
- Renouvellement des lampes. . . 10 fr.
- Total. . . . 50 fr.
- La conclusion de ces comparaisons est que l’éclairage électrique revient au même prix, à quantité de lumière égale, que l’éclairage au gaz, lorsque le gaz coûte 30 centimes le mètre cube et l’énergie électrique 1 franc le kilowatt-heure, si l’on emploie des lampes à 2,5 vatts par bougie d’une durée de 500 heures et coûtant 5 francs pièce. Les lampes à grand rendement et à faible durée sont donc les plus économiques pour le consommateur au prix actuel de l’énergie électrique.
- Nous avons laissé de côté les foyers intensifs qui donneraient des résultats plus avantageux que les foyers ordinaires, parce qu’alors il y aurait lieu, pour égaliser les conditions, de comparer ces foyers aux petits arcs, et que, dans ces conditions, la photométrie, dont l’exactitude est déjà très contestable pour les petits foyers, devient absolument fantaisiste : les intensités lumineuses ne sont plus alors que nominales, c’est-à-dire que les chiffres de comparaison ne méritent aucune confiance et perdent même toute signification.
- 11 n’est pas sans intérêt de faire remarquer que 1 mètre cube de gaz brûlant 1 heure dans un brûleur à gaz type donnera environ 10 becs Carcel, tandis que la même quantité de gaz actionnant un moteur à gaz produira une puissance mécanique de plus de 1 cheval. Cette puissance mécanique actionnant une dynamo pourra facilement produire 600 watts utiles, disponibles pour les lampes et alimenter ainsi 18 lampes de 10 bougies à
- 3.5 watts par bougie ou 24 lampes de même puissance lumineuse à 2,5 watts par bougie, donnant ainsi de 1,8 à
- 2.5 fois plus de lumière que par sa combustion directe dans le brûleur type.
- Ces chiffres justifient le nombre relativement considérable d’installations électriques actionnées par un moteur à gaz, malgré les pertes inhérentes aux intermédiaires employés, et le supplément de dépenses, d’entretien et de surveillance qu’ils occasionnent, sans parler des avantages spéciaux de la lumière électrique, avantages de mieux en mieux connus et appréciés. E. Hospitalier.
- LÂ TËLÉPH0N0GRAPHIE1
- À la suite des perfectionnements récents apportés au phonographe, d’abord par l’inventeur, M. Edison, et, en même temps, par M. S. Tainter, qui a donné à son appareil très perfectionné le nom de
- 1 Voy. ii» 825, du 25 mars 1889, p. 201.
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- LA N AT U KL.
- grapliophone, le problème de la téléphonoyraphie s’est naturellement posé. 11 s’agit de la transmission à distance, par une ligne télégraphique, par exemple, des sons ou des paroles incrustés, en quelque sorte, par le style de la membrane du phonographe sur le cylindre de l’appareil, qui est recouvert d’une feuille d’étain dans l’ancien modèle et d’une couche d’une cire spéciale dans les nouveaux.
- Au mois de septembre dernier, après avoir assisté à des expériences faites avec un grapliophone de M. Tainter, j’essayai de résoudre le problème ci-dessus indiqué. En attendant de pouvoir me servir d’un grapliophone (celui que j’avais vu étant destiné et étant depuis lors renfermé au Conservatoire des arts et métiers), mes essais portèrent sur un ancien modèle de phonographe à feuille d’étain. La monture de la membrane de l’appareil fut modifiée, de façon à pouvoir substituer simplement au cornet acoustique qui sert à parler sur la membrane, soit un téléphone, soit un microphone. Pour le téléphone, la monture du phonographe est taraudée intérieurement et celle du téléphone extérieurement : on enlève le diaphragme de celui-ci, on le visse dans la monture du phonogra plie, jusqu’à ce qu’on vienne buter contre un arrêt, disposé de façon que les pôles de l’aimant du téléphone soient à une très petite distance de la membrane en fer du phonographe, qui peut ainsi servir de diaphragme téléphonique. Pour le microphone, il suffit de prendre un disque de sapin sur lequel sont montés, à la manière ordinaire, trois ou quatre cylindres de charbon, et de l’ajuster dans la monture du phonographe, de façon que les charbons soient à une petite distance de la membrane de l’appareil. 11 est bon de garnir de feutre ou de caoutchouc les bords du microphone, pour que les vibrations des parois se communiquent le moins possible aux charbons, et que celles de l’air seules agissent sur eux. Il va sans dire que l’emploi du microphone exige celui de la pile et de la bobine d’induction ordinaires.
- Pour faire les expériences, on commence par vis-
- ser sur la monture du phonographe le cornet acoustique, et l’on inscrit sur la feuille d’étain des sons ou des paroles prononcés avec une grande énergie et une grande netteté, comme cela est malheureusement nécessaire pour obtenir des résultats avec cet instrument. Puis, on remplace le cornet soit par le téléphone, soit par le microphone, comme on vient de l’indiquer, en plaçant dans le circuit, ainsi qu’on le fait d’habitude dans les transmissions téléphoniques et microphoniques, deux téléphones servant de récepteurs.
- Dans ces conditions, en faisant passer le style du phonographe sur les traces imprimées d’abord sur la feuille d’étain, les vibrations du style, et, par suite, de la membrane, produisent dans le téléphone transmetteur les effets ordinaires, et il en est de
- même dans le microphone, par suite de la transmission des vibrations de la membrane à l’air qui entoure les charbons et aux charbons eux-mêmes. Dans les deux cas on entend dans les téléphones récepteurs les sons émis ou les paroles prononcées d’abord dans le phonographe.
- Cette reproduction, malgré les transformations d’énergie intermédiaires et les pertes qui en résultent nécessairement, est très nette, au moins en tant que reproduction; car elle conserve naturellement les défauts inhérents au phonographe, savoir : articulations émoussées, prédominance de certaines voyelles, altération du timbre se traduisant par un nasillement peu agréable. Cependant, à cause même de la diminution d’intensité des effets, ce dernier inconvénient est aussi notablement diminué.
- L’introduction de grandes résistances dans le circuit ne change pas notablement Y intensité des effets reçus ; mais on améliorerait beaucoup la qualité en se servant des phonographes perfectionnés : c’est avec l’un d’eux que ces expériences, faites au mois d’octobre 1888, seront continuées sur une longue ligne télégraphique1. E. Mercadikr.
- 1 D’après une note présentée à l’Académie des sciences.
- Fig. 1, 2 et 5. — Appareil de téléphonographie de M. Mercadier. — Fig. 1. — Coupe d’un phonographe ordinaire. C. Cylindre recouvert d’une feuille d’étain, m. Membrane mince en fer. 1. Lame élastique armée d’une pointe p et séparée de la membrane par un fragment de petit tube en caoutchouc. E, Embouchure servant à parler sur la membrane. — Fig. 2. — Le meme instrument où l’embouchure est remplacée par le téléphone T auquel la membrane m sert de diaphragme. Les bouts de la ligne sur laquelle on veut transmettre les paroles prononcées sur le phonographe sont reliés aux deux bornes b. — Fig. 3. — Microphone M qui peut être substitué au téléphone.
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- LA NATURE.
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- FOYER DE LOCOMOTIVE
- A CIIAUFFAOE MIXTE AU PÉTROLE ET AU CHARBON
- Nous avons donné quelques détails1 sur l’importance des exploitations des gisements de pétrole du Caucase, et nous avons indiqué les applications nombreuses que ce combustible était appelé
- voir, notamment pour le chauffage des bateaux et celui des locomotives. Nous avons représenté le type de foyer adopté par M. Urquhardt sur les locomotives de la ligne de Gratzi-Tsarit-sin en vue du chauffage exclusif au pétrole. Le combustible liquide est injecté dans le foyer par un courant de vapeur emprunté à la chaudière, et la combustion s’entretient ainsi, simplement réglée par une manœuvre de robinets.
- L’application de ces foyers spéciaux est évidemment limitée aux régions voisines des gisements de naphte; mais cependant ce mode de chauffage présente de tels avantages qu’on a pu essayer de l’appliquer également même dans d’autres pays pour utiliser les goudrons, par exemple, et les divers résidus des usines à gaz.
- On rencontre ainsi, dans la banlieue de Paris, des exemples de chaudières fixées chauffées avec des huiles lourdes résultant du travail d’épuration des pétroles russes.
- En Angleterre, enfin, on a songé à combiner l’em-
- 1 Voy. n° 055, du 18 juillet 1885, p. 97.
- ploi de résidus analogues d’huiles minérales avec celui du charbon dans une sorte de chauffage mixte, et nous avons cru intéressant, à cette occasion, d’en donner un exemple d’après la Revue générale des chemins de fer. Le loyer mixte, représenté dans la ligure 2 ci-dessous est adopté par M. James Holden sur
- certaines locomo-tives du Great Eastern Railway. C’est, comme on le voit (fig. 2), un foyer de type ordinaire conservant la grille à charbon et l’auvent en briques à l’avant, habituel dans les machines anglaises; seulement il est muni en plus de deux injecteurs C qui amènent le pétrole au-dessus de la couche de charbon déposée sur la grille. Le fonctionnement de ces injecteurs peut être suspendu ou rétabli à volonté, selon qu’on veut marcher avec ou sans l’emploi du pétrole, qui
- n’intervient là que comme com-bustible auxiliaire en quelque sorte.
- Les injecteurs de chauffage présentent un tracé spécial représenté figure 4, ils sont disposés de manière à fournir deux nappes planes qui viennent s’allumer au contact des flammes du charbon dont elles assurent en même temps le mélange intime et la combustion parfaite. L’entraînement des vapeurs de pétrole arrivant par le tuyau du milieu B, est déterminé par un courant de vapeur d’eau emprunté à la chaudière, et arrivant en A par le tuyau central D. Un souffleur annulaire F alimenté également de vapeur d’eau par le tuyau C détermine l’entraînement d’air nécessaire pour assurer la combustion
- Fig. 1, — Vue de l’injccteur à pétrole.
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- LA NATURE.
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- parfaite. Le courant mixte se dégage enfin par le diffuseur E perce' de quatre tuyères reparties sur un même plan.
- Le pétrole renfermé dans la l aisse du tender R (fig. 2) est amené par le tuyau I muni d’un robinet de réglage B placé à la main du mécanicien ; un tuyau spécial permet d’ailleurs d’envoyer de la vapeur dans le tender pour réchauffer le pétrole en hiver. L’arrivée de vapeur dans les injecteurs est réglée d’autre part par les tuyaux À et Ë.
- Dans la marche au pétrole, il faut s’attacher à n’avoir sur la grille qu’une couche de charbon très mince ; le cendrier est fermé, et l’air est aspiré seulement par les ouvertures de la porte du foyer. II est important, d’autre part, de faciliter le dégagement des gaz de la combustion en évitant tout serrage de l’échappement. M. Ilolden a même été conduit à munir ses locomotives d’une tuyère spéciale d’échappement qui ne fonctionne que dans la marche au pétrole. Grâce à ces modifications qui affectent à peine le foyer, et qui obligent seulement à créer dans le tender un réservoir spécial de pétrole, M. Ilolden est arrivé à réaliser la plus grande partie des avantages du chauffage au pétrole. Ce chauffage est beaucoup plus régulier, plus facile à régler que le charbon, la mise en charge de la machine est plus rapide, et la pression se maintient mieux; on admet qu’une dizaine de minutes est suffisante pour atteindre une pression de 9 atmosphères. Ce sont des avantages qui ne se traduisent pas par une économie immédiate de combustible, surtout en raison du prix relativement élevé du pétrole, mais qui facilitent cependant le service et l’entretien des machines dans une mesure appréciable.
- Le chauffage mixte est appliqué par le Gréai Eastern sur des machines à voyageurs remorquant des trains omnibus ou rapides. Avec une charge de douze à quinze voitures, la consommation atteint en moyenne par train kilomètre, 2,97 kg de charbon, et 5,12 kg d’un mélange comprenant deux tiers de goudron d’usines à gaz, et un tiers d’huile de créosote; ce mélange brûle d’ailleurs sans aucune fumée. La contenance du réservoir est de 953 litres, et elle suffit habituellement pour un parcours de 520 kilomètres.
- LE RÉGIME DES EAUX ET L’ATMOSPHÈRE
- DES PLATEAUX IRANIENS
- La Perse est limitée au sud-ouest et au nord par deux soulèvements puissants : les monts Zagros et l’Elbrouz, prolongements directs de l’Indo-lvouch.
- Les vallées comprises entre ces deux chaînes de montagnes sont comblées par des alluvions composées d’un mélange compact de galets roulés, de sable et de terre, au travers duquel on peut creuser des galeries destinées à conduire au niveau du sol les eaux sous-jacentes. Grâce à la multiplicité des forages, il est facile de vérifier que les dépôts alluvionnaires,
- partout homogènes, se distinguent cependant par le volume des galets roulés, plus gros dans l’Azer-beïdjan que dans le Fars, dans les couches profondes que dans les couches superficielles.
- Les alluvions ayant enterré la hase des soulèvements, les cimes abruptes et les crêtes escarpées des hautes montagnes émergent seules du sol horizontal comme d’une mer solidifiée. On passe sans transition de la plaine immense dans le chaos; les flancs des rochers, trop inclinés pour retenir les terres végétales, sont également incapables de porter des arbres ou même des mousses.
- Semblables aux marches d’un escalier gigantesque, les plateaux s’étagent en larges gradins et conduisent des rivages de la mer Caspienne ou du golfe Per-sique jusqu’à la terrasse centrale supportée au sud-ouest et au nord-est par les deux crête parsallèles des Zagros : la chaîne des Bakhtyaris et la chaîne de Ivliou-Boud. lfamadan (ancienne Ecbatane), Ispahan, Mechhed-Mourgab (ancienne Parsagarde), Persépolis, Chiraz, Darah (ancienne Pasargade), qui furent capitales de la Médie ou de la Perse, se trouvent sur cette terrasse dont l’altitude moyenne excède 1800 mètres.
- Du rapprochement de ces faits et de la constitution géologique des soulèvements, il semble résulter que toutes les vallées furent submergées antérieurement à l’époque quaternaire. L’inondation maintenue entre l’Elbrouz et les deux crêtes parallèles des Za-gros ne franchit pas les frontières naturelles du pays. M. Reclus, partisan convaincu de la formation neptunienne des plateaux de la Perse, attribue le comblement des vallées aux érosions des montagnes qui enveloppaient une méditerranée iranienne de l’époque tertiaire. Cette théorie, développée une première fois par le savant géographe dans la description de la Chine, n’est pas en parfait accord avec les faits observés au cours de mes voyages. Elle n’explique pas notamment que, dans toute la Perse et à toutes les profondeurs fouillées, le sol soit uniformément composé des mêmes cailloux roulés, bien que la constitution géologique des montagnes diffère du nord au sud. Comment se fait-il que les cailloux les plus volumineux se rencontrent toujours au nord et toujours dans les couches les plus profondes?
- A mon avis les vallées du massif iranien ont été comblées par une inondation d'un caractère diluvien. Je hasarde ce mot parce qu’il est juste quoique démodé.
- On peut reconnaître à de nombreux indices que les eaux entrèrent en Perse par le nord-ouest. Dans les défilés de l’Arménie où les courants acquirent une extrême violence, les parois verticales des rochers sont striées horizontalement et polies sur une hauteur considérable. A mesure que s’ouvre l’angle formé par l’Elbrouz et les Zagros, les stries s’atténuent, disparaissent, et on pénètre dans la région des hauts plateaux. De même les pierres roulées sont d’autant plus massives qu’on les rencontre dans les régions les plus voisines des défilés de l’Arménie et dans les
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- couches les plus profondes, parce que les blocs de moins en moins volumineux sont abandonnés par les torrents à mesure que diminue l’impétuosité des flots.
- La loi de ces dépôts est si bien étudiée aujourd’hui que l’on déduit au simple examen des terres, des sables ou des cailloux, la vitesse des eaux où ces corps étaient en suspension quand la pesanteur les a immobilisés.
- Les reliefs du sol ayant rejeté les grands courants dans la direction d’Ramadan et des monts Zagros, il ne pénétra dans la Perse centrale qu’une faible partie des eaux. Elles s’écoulèrent en grandes nappes vers le sud-est et se maintinrent à un niveau très inférieur à celui qu’elles durent atteindre dans la vallée des capitales. C’est au moins ce que semble indiquer l’altitude des déserts du Khorassan et de Kirman situés à mille mètres au-dessous du niveau moyen du grand plateau central.
- La formation anomale du sol actuel de l’Iran eut pour conséquence de rendre tout aussi anomale le régime des eaux et, avec le régime des eaux, le climat, la flore, l’architecture.
- Bien que le sol de la Perse soit hérissé de chaînes de montagnes très hautes, qu’il pleuve et qu’il neige sans merci pendant toute la durée du long hiver iranien, il n’existe pas un fleuve dans le patrimoine des Grands Rois.
- En Médieon signale deux petites rivières, l’Adji Sou et le Kisilou Sou.
- Le célèbre Zendè Roud (fleuve de la vie) qui passe à Ispahan se perd dans les sables à quelques lieues de la ville. Les massifs de l’Ararat et du Damavend, malgré leurs immenses glaciers, ne donnent naissance à aucun cours d’eau.
- Fleuves, rivières, pluies et neiges sont immédiatement bus et se perdent dans le sol.
- Si on franchit au contraire la barrière naturelle qui ferme le sud de la Perse, on rencontre, à mesure que les plateaux s’abaissent et que les croupes de montagne se découvrent, des cours d’eaux torrentueux d’abord, puis des rivières et enfin les immenses fleuves de la Susiane, tels que le Karoun, la kerkha et l’Àbdizfoul.
- Pour suppléer aux eaux superficielles, les premières peuplades qui remontèrent les gradins étagés entre le golfe Persique et le plateau central durent apprendre à recueillir les eaux profondes et à les amener à la surface du sol au moyen de galeries souterraines à faible pente.
- Ce procédé de captation nécessite des travaux immenses, une dépense de force et de temps considérable, mais il est seul pratique car la nappe liquide se tient dans chaque cirque, à un niveau très inférieur à celui du sol, et ne peut fournir par conséquent de sources jaillissantes.
- Les galeries [canot, en langue persane) que la nature résistante des alluvions permettait d’exécuter sans boisage furent progressivement prolongées jusqu’au pied des montagnes (fig. 1). Elles se développèrent parfois, on peut le constater, à Hamadan,
- sur 50 et 60 kilomètres de longueur et atteignirent à l’origine une profondeur supérieure à 100 mètres.
- Si je cite en particulier les canots d’Ilamadan, c’est que leur antiquité ne saurait être contestée. Diodore de Sicile en attribue l’exécution à la légendaire Sémiramis (n, 13, g 6). Polybe, de son côté, prétend qu’ils furent creusés sur l’ordre des premiers rois :
- « On raconte que les Perses, au temps où ils conquirent l’Asie, donnèrent aux habitants, pour une durée de cinq générations, l’usufruit des terres arides de leur nature, qui seraient fertilisées par un canal souterrain » (x, 28, § 3); et plus loin (§§ 5, 6, 7),
- « que les galeries étaient si nombreuses, si longues et d’origine si ancienne que les habitants du pays ne connaissaient pas la source des canaux souterrains dont ils buvaient les eaux ».
- L’eau des canots est souvent chargée de sels magnésiens et calcaires. Dans les environs de Koum et dans le sud du Fars, certaines rivières pourraient être mises en bouteilles, expédiées et vendues chez nous, sous le nom d’Hunyadi-Janos et de Pulna. Les malades ne protesteraient pas. Les versants susiens fournissent des sources souvent séléniteuses et toujours fiévreuses après un faible parcours à l’air libre. Les buffles qui s’y vautrent donnent du lait et de la viande contaminés au point qu’on ne saurait consommer l’un ou l’autre sans les faire longuement bouillir. « Mieux vaut manger la fièvre elle-même que toucher au lait ou à la chair des buffles», dit un proverbe persan, et le proverbe a raison.
- De nos jours comme dans les temps antiques le canot est la base de la fortune privée et publique. Certains d’entre eux rapportent à leurs heureux propriétaires un revenu annuel de 500 000 à 600 000 francs. Toute ville, tout village, tout champ est à la merci du ruisseau qui l’arrose. Un éboulement vient-il à se produire; si l’on ne porte pas au mal un prompt remède, habitants et animaux émigrent sur l’heure vers une nouvelle source. L’abandon et le désert succèdent en quelques semaines à la vie et aux luxuriantes cultures.
- Le climat se ressent de cette absence de rivière et de la siccité absolue du sol. L’hygromètre marque parfois de 11 à 12 degrés, il ne s’élève jamais au-dessus de 20 degrés.
- Aussi bien peut-on abandonner sans danger des objets d’acier sur une terrasse. Le brillant du métal n’est pas terni après deux à trois mois d’exposition.
- En été, en automne même, les nuits sont incomparables. L’éclat des astres défie toute hyperbole; les étoiles invisibles sous nos climats, la voie lactée dont certaines parties se résolvent, les nébuleuses plus blanches, fourmillent dans le ciel plus noir et le tapissent de diamants dont on ne peut soupçonner les feux quand on vit sous nos tristes climats. J’ai distingué à l’œil nu trois satellites de Jupiter. Quant au dieu, il lance de tels éclats que les corps opaques exposés à ses rayons portent une ombre très nette sur une feuille de papier blanc.
- L’électricité règne en souveraine maîtresse. Jetez
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- LA NATURE.
- sur le sol une épingle, une pièce de monnaie, il n’est besoin ni de briquet ni d’allumettes pour la retrouver. Prenez une feuille de papier, de'cbirez-la lentement et la lueur qui accompagnera la dislocation des fibres jettera une vive clarté autour de vous. Un soir, en caravane, nous vîmes jaillir des gerbes d’étincelles du flanc de nos mulets (fig. 2). Nous crûmes d’abord être le jouet d’une hallucination. Descendant de cheval, nous nous approchâmes des bêtes de somme. Des milliers de crépitements accompagnaient des milliers d’escarboucles chaque fois que la queue de l’animal venait frapper quelque partie de son corps. Je parle des nuits sans lune. Quand Phœbé daigne se montrer elle rivalise d’éclat avec les beaux soleils de Londres.
- La lumière cendrée est elle-même si intense que les anciens Perses ne représentaient jamais le croissant isolé. Ils complétaient le cercle et se contentaient de donner plus de saillie à l’arc directement frappé par les rayons solaires (fig. 3).
- Toute médaille a un revers. La pureté de l’atmosphère n’opposant aucune résistance aux rayons caloriques et lumineux, il n’est pas d’homme qui puisse affronter le soleil sans risquer d’être ébloui et brûlé.
- Dès la tombée du jour, l’air devient plus frais; vers minuit le froid, au moins sur les hauts pla-teaux, est souvent intolérable.
- C’était le 15 juillet 1882. Nous avions quitté Téhéran au moment où le crépuscule rougissait encore le désert; à la chaleur suffocante succédait déjà une brise attiédie.
- J’allais examiner un vieux barrage que le prince Naïebè - Saltaneh, troisième fils du Chah, désirait reconstruire, et je marchais à la tête d’une escorte de familiers du prince, d’architectes et d’entrepreneurs. Au nombre de mes compagnons de route se trouvait un vieux chef de bataillon de l’armée autrichienne au service du gouvernement persan. Il était vêtu d’un costume de coutil, coiffé d’un casque hlanc, chaussé de bottes d’ordonnance.
- A la douce moiteur de l'atmosphère succédait par degré une fraîcheur agréable d’abord, inquiétante plus tard.
- Il faisait froid, très froid. Ma femme et moi, vêtus de laine, jetâmes sur nos épaules des pardessus d’hiver; le major grelottait sans vouloir l’avouer.
- Vaincu par la douleur, il mit pied à terre pour se réchauffer; hélas, ses bottes trop hautes et trop dures l’empêchèrent de marcher. Nous dûmes déboucler les cantines, préparer du thé, frictionner notre compagnon de voyage et l’envelopper de couvertures.
- Trois heures plus tard le soleil opérait une entrée
- victorieuse, mais le major était si bien perclus qu’il ne pouvait descendre de cheval. Changé en sel, comme la femme de Loth, il eût paru plus fringant. Une caravane ne s’arrête jamais. Trois jours durant on manœuvra l’officier transformé en colis fragile. Le soir on le hissait sur sa monture et on le fixait à la selle ; le matin nous le détachions et l’étendions sur le sol.
- Malheureusement pour le patient ses jambes s’étaient gonilées au point que les chaussures résistèrent aux eiforts combinés de tous les membres de la caravane.
- Abandonnant le major à son lumbago et à ses bottes, nous continuâmes notre route vers le sud et atteignîmes le col de Khou-Roud situé à 2800 mètres d’altitude.
- La caravane devait se mettre en route vers minuit. Le froid était plus vif que de coutume, je consultai le thermomètre, il marquait 7 degrés centigrades. Avant le lever de l’aurore il atteignait 13 degrés. Nous descendîmes dans la plaine de Sau en dévalant le long du versant méridional de la montagne, et avant d’arriver à l’étape, c’est-à-dire vers neuf heures
- du matin le mercure s’était arrêté à 62 degrés, la température la plus élevée que j’aie relevée au cours de mon premier voyage.
- A la fin de mai 1886, pendant que nous traînions le chapiteau bicéphale, exposé dans la salle du Louvre1, à travers les déserts delaSusiane, j’ai noté une température de 72 degrés centigrades. Ma femme, M. Babin et un vigoureux charpentier de marine du port de Toulon, frappés de coup de chaleur, faillirent payer de leur vie cette promenade dans une fournaise. M. Houssay et moi résistâmes seuls tout d’abord, quitte à payer plus tard capital et arriérés.
- La sécheresse absolue du sol et de l’air étant la conséquence de la constitution géologique du pays rend aujourd’hui la Perse, comme elle l’a rendue de toute antiquité, rebelle à la culture forestière.
- L’homme n’a pas détruit les forêts; il doit au contraire à son industrie persévérante les vergers et les rares ombrages à l’abri desquels il élève sa demeure. Les arbres ne viennent spontanément qu’aux bords de la Caspienne et dans les vallées basses qui conduisent au golfe Persique ; encore sont-ils rares.
- Malheureusement les massifs de montagnes se dressent en tous lieux, abrupts, difficiles, impraticables. On ne peut donc exploiter au profit de la Perse les maigres richesses des basses terres.
- 1 Yoy. n° 819, du 9 février 1889, p. 1G7.
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- Fig. 1. — Schéma (l’un canot persan. — AB. Surface des alluvions. — MN. Canot souterrain. — M. Origine. — N. Point d’émergence des eaux. — p. p.p. Puits d’extraction des déblais.
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- Privés de bois, brûlés l’été, morfondus l’hiver, les premiers habitants de l'Iran durent, sous peine de
- disparaître, bâtir des abris protecteurs. Les seuls matériaux du pays étaient la terre et la pierre. La
- Fig. 2. — ... In soir, en caravane non s vîmes jaillir des gerbes d’étincelles du flanc de nos mulets...
- pierre, longue à réclamait pour être mise en œuvre des échafaudages compliqués, et le sol de la Perse ne portait pas de forêts. La terre ductile et plastique servit à façonner des briques; les briques, à monter des murs et à tourner sans l’aide de cintres des voûtes et des coupoles.
- Les premiers édifices construits dansces conditions furent barbares d’aspect, frustes et sauvages. Mais dès le sixième siècle
- extraire, difficile à transporter, | très de hauteur, les murs se recouvraient d'un enduit de faïence qui assurait leur conservation et devenait bientôt un ornement polychrome d’une merveilleuse richesse. C’est ainsi que les fils de Ja-phet ont tourné à leur gloire éternelle les difficultés suscitées par une nature marâtre et ont fait jaillir de la glaise les palais des rois et les temples des dieux.
- « Je lui donnai une maison dans la solitude; je lui appris à construire un ta-
- Fig. 5. — Bas-relief du tombeau de Darius I'r, à Nakhchè-Roustem, figurant à droite la Lune avec la lumière cendrée. — Le croissant se détache en franche saillie sur le disque.
- avant Jésus-Christ les formes s’affinaient, les coupoles sur pendentifs s’élançaient à plus de 30 mè-
- bernacle dans les terres désertes. » (Job, ch. xxxix, § 0). Marcel Dieulafoy.
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- LA NATURE.
- INFLUENCE DES ÉBRANLEMENTS DE L’AIR1
- SUR LE BROUILLARD
- Notre savant collaborateur, M. Ed. Guillaume, nous adresse quelques observations au sujet des faits récemment présentés par M. Borson relativement à la persistance du brouillard pendant la canonnade du siège de Belfort :
- Le brouillard dont parle M. Borson, nous écrit M. Guillaume, était probablement un intense brouillard d’hiver, formé en partie de cristaux de glace puisque ses observations ont été faites du 10 au 14 décembre 1870, c’est-à-dire au milieu d’un hiver rigoureux. 11 est clair que, dans ces conditions, les ébranlements de l’air seraient à peu près impuissants à coaguler les particules d’eau ou de glace en gouttes de pluie. Puisque la question a été soulevée, ne serait-ce pas le moment de chercher à l’éclaircir, en adressant un appel aux personnes qui auraient quelque observation de ce genre à communiquer? Je me propose d’écrire cette semaine à plusieurs météorologistes pour leur demander leur opinion sur ce phénomène ; mais un appel à tout le monde ne serait peut-être pas superflu. Il paraît certain que le brouillard peut avoir des qualités très diverses; ainsi, d’après M. Borson, le brouillard de Belfort éteignait le bruit du canon à 2 ou 3 kilomètres, tandis que Tyndall a pu entendre, sur mer, le bruit du canon ou de la sirène à une très grande distance (20 kilomètres au moins) malgré le brouillard.
- *#*:
- M. Ed. Guillaume ajoute que le soleil ne s’est nullement montré lorsqu’il a vu le brouillard des Alpes se dissiper pendant le tir du canon et que les conséquences qu’il a tirées de son observation lui paraissent indiscutables2 * *.
- Nous avons reçu d’autre part une communication de M. Albert de Berroutz, à Thonne-les-Prés, par Montmédy : ce correspondant confirme les faits cités par M. Borson. Pendant le bombardement de Montmédy en 1870, du 12 au 13 décembre, un brouillard intense ne cessa de régner pendant une violente canonnade, et cela même quand survint le dégel lors de la journée du 13. Le tir de l’ennemi ne se ralentit point jusqu’à 11 heures du soir, et le brouillard, qui avait régné tout le jour, ne diminua pas d’intensité.
- Il y a là assurément une étude fort intéressante à faire, et des documents à réunir; nous accueillerons ceux qui nous seront communiqués. G. T.
- LES LABYRINTHES5
- Ce terme — labyrinthe — sert à désigner des constructions diverses, mais qui toutes ont un point
- 1 Voy. n° 827, du 6 avril 1889, p. 294.
- 2 Voy. n° 822, du2 mars 1889, p 211.
- r> Nous avons déjà eu l’occasion de parler de cet intéressant sujet dans les colonnes de La Nature (voir 324e Boîte
- aux lettres, supplément au n° 632 de La Nature du 11 juillet 1885); mais étant donné le peu de place dont nous permet-
- tait de disposer le chapitre des Communications diverses
- de ressemblance : la complication de leurs lignes sinueuses. En effet, les monuments, les pavages et les jardins, que l’on nomme labyrinthes, sont formés d’allées se croisant et s’entre-croisant à l’infini.
- Les auteurs de l’antiquité sont pleins de descriptions de ces monuments merveilleux, qui servaient de tombeaux ou de temples religieux. Ces sortes de constructions, ainsi que leur nom, paraissent être originaires de l’Egypte où se voyait un labyrinthe qui est resté célèbre; c’était un monument dont l’exacte destination n’a pu être établie, bien qu’il soit probable, d’après Hérodote et Pline, que ce fût dans son enceinte que s’accomplirent les principales initiations aux mystères de la religion égyptienne. Ce qu’il y a d’étrange, c’est qu’il ne reste rien aujourd’hui de cet amas d’édifices et qu’on ne peut pas même fixer approximativement l’endroit où était ce labyrinthe. Il faut croire que la plus grande partie se composait de substructions, enfouies à l’heure qu’il est, et qui peut-être un jour apparaîtront, comme Herculanum et Pompéi.
- Celui de tous les monuments de ce genre qui a été le plus célébré par les poètes, est assurément le fameux labyrinthe de Crète, construit par ordre du roi Minos, pour servir de prison au Minotaure ; c’était un édifice élevé sur le sol, à ciel ouvert, et dont le fameux Dédale avait tracé le plan d’après celui du labyrinthe qu’il avait vu en Égypte, près du lac Mœris; — ainsi parle la tradition, et rien que la tradition.
- Peut-être cette construction n’a-t-elle existé qu’en poésie; peut-être aussi a-t-elle été détruite, pour la partie extérieure, dans la guerre de Troie; il ne nous en resterait que la partie souterraine, cette caverne à galeries couvertes et profondes qu’a visitée notre célèbre botaniste Tournefort, il y a près de deux siècles, et qui existe encore au pied du mont Ida, dans l’île de Candie (Crète autrefois). Ses relations de son Voyage du Levant nous en donnent une très curieuse description.
- Nous ne dirons rien des labyrinthes de Lemnos et de Clusium dont il ne reste non plus aucune trace, et nous passerons de suite aux labyrinthes d'églises, à ces dispositions particulières de pavage qui ont été appliquées dans les édifices religieux du moyen âge.
- Voici ce qu’en dit Yiollet-le-I)uc dans son dictionnaire raisonné de Varchitecture française du onzième au seizième siècle :
- « Il était d’usage, pendant le moyen âge, de disposer au milieu de la nef de certaines grandes églises, des pavages de pierres blanches et noires, ou de carreaux de couleur, formant, par leurs combinaisons, des méandres compliqués auxquels on donnait le nom de labyrinthe,
- d’une part, et, d’autre part, n’ayant à ce moment sous la main que peu d’illustrations concernant l’article en question, nous avions dû écourter cette causerie, que nous sommes heureux de reprendre aujourd’hui avec las images des quelques types très rares qui s'y rattachent.
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- de chemin de Jérusalem ou de lieue. Nous ne saurions dire quelle fut l’origine de ces sortes de pavages.
- M. Louis Paris, dans son Mémoire du mobilier de Notre-Dame de Reims, prétend que ces pavages étaient une réminiscence de quelque tradition païenne; c’est possible; cependant il n’en est fait mention, ni dans Guillaume Durand, ni dans les auteurs antérieurs 'a lui, qui ont écrit sur les choses touchant aux églises. Les plus anciens labyrinthes que nous connaissions (dans ce genre) ne sont pas antérieurs à la fin du douzième siècle, et le seigneur de Gaumont, dans son Voyage d'oultremer à Jérusalem, ne dit rien qui puisse faire croire à une tradition de cette nature, c’est-à-dire qu’il n’établit aucun point de comparaison entre le labyrinthe du Minotaure et ceux qu’il avait évidemment vus tracés sur le pavé des églises de son pays.
- « Le labyrinthe de la cathédrale de Reims s’appelait dédale, méandre, lieue ou chemin de Jérusalem. Quelques archéologues ont voulu voir, dans ces combinaisons de lignes concentriques, un jeu des maîtres des œuvres, en se fondant sur ce fait, que trois de ces labyrinthes, ceux de Chartres, de Reims et d’Amiens, représentaient, dans certains compartiments, les figures des architectes qui avaient élevé ces calhédrales. Nous nous garderons de trancher la question. On trouve les tracés de la plupart de ces labyrinthes dans l’ouvrage de M. Àmé, intitulé : Carrelages émaillés du moyen âge et de la Renaissance.
- « M. Vallet, dans sa description de la crypte de Saint-Berlin, à Saint-Omer, établit que les fidèles devaient suivre à genoux les nombreux lacets tracés par les lignes de ces méandres, en mémoire du trajet que fit Jésus, de Jérusalem au Calvaire.
- « La petite basilique de Reparatus à Orléansville (Algérie) montre sur son pavé une mosaïque que l’on peut prendre pour un de ces labyrinthes, c’est-à-dire un méandre compliqué. Or, cette basilique date de 328, ainsi que le croit M. F. Prévost. Cet usage est-il venu d’Orient après les premières croisades? Ou est-il une tradition localq,? Nous inclinons à penser que la représentation des maîtres de l’œuvre sur ces pavages les rattacherait à quelque symbole maçonnique adopté par l’école des maîtres laïques, d’autant que nous ne voyons apparaître ces labyrinthes sur les pavages des églises qu’au moment où les constructions religieuses tombent dans les mains de cette école puissante. Si ces méandres avaient été tracés pour représenter le trajet de Jésus de la porte de Jérusalem au Calvaire, il est à croire qu’un signe religieux aurait rappelé les stations, ou du moins, la dernière ; or, on ne remarque rien de semblable sur aucun des labyrinthes encore existants ou sur ceux dont les dessins nous sont restés.
- (( De plus, nous trouvons des carrelages émaillés qui représentent des combinaisons de lignes en méandres, dans des dimensions si petites qu’on ne pourrait à coup sur suivre ces chemins compliqués, ni à pied, ni à genoux, puisque quelques-uns de ces labyrinthes, comme celui de l’église abbatiale de Toussaint (Marne) n’ont pas plus de 0,25 cm de côté.
- « A vrai dire, ces derniers méandres datent du quatorzième siècle, et peuvent passer pour une copie d’œuvres plus grandes ; mais, encore une fois, les petits ou les grands ne renferment aucun signe religieux. »
- L’opinion de Viollet-le-Duc est incontestablement la seule admissible; les figures des quatre types les plus curieux de ce genre que nous empruntons à
- l’ouvrage de M. Ernest Bosc (Dictionnaire raisonné d'architecture..., Firmin-Didot, 1879) nous en convaincront mieux.
- Le labyrinthe de la cathédrale de Sens (fig. 1) était de forme circulaire, il était incrusté de plomb et mesurait 20 mètres de diamètre. Le chemin tracé avait 2000 pas de longueur en circuit, et il fallait près d’une heure pour en faire tout le parcours. 11 a été détruit en 1708. 11 avait une grande analogie avec celui de la cathédrale de Chartres, qu’on nomme encore actuellement la lieue; celui-ci affecte la même forme circulaire, mais ne mesure que 225 mètres environ de parcours jusqu’à son centre.
- 11 est exécuté en pierre bleue de Senlis.
- M. Vallet dit, dans sa description de la crypte de Saint-Bertin, que le labyrinthe de Saint-Omer était composé de carreaux jaunes ou blancs et de carreaux bleus ou noirs; qu’il était inscrit dans un carré (fig. 2), et que son chemin de parcours présentait un guillochis simple eontinu, mais à angles droits.
- Nous comptons 49 de ces carreaux par côté; si nous leur supposons une largeur de 0,40 cm chacun, au carré, le côté de ce labyrinthe aurait mesuré près de 18 mètres, sa superficie aurait été de plus de 300 mètres carrés, et la longueur du chemin à~v parcourir (aller et retour compris) de près de * 1000 mètres.
- La figure 3 représente le labyrinthe de Sauit-Quentin; il est de forme octogonale et ressemble beaucoup à ceux.d’Amiens et d’Arras. Ce dernier fut détruit en 1792; les autres en 1825. Ils étaient dans la nef des églises, et les enfants, en jouant à qui en ferait le plus vite le parcours, troublaient les offices du culte et obligèrent à les supprimer. (Mieux eût valu, il nous semble, supprimer les enfants de l’église.)
- Le labyrinthe de Bayeux (fig. 4) est de petite dimension (3,80 m de diamètre) ; il est circulaire, et formé de carreaux émaillés. La voie est composée de carreaux à fond noir chargé d’ornements jaunes, composés de griffons, de rosaces, d’armoiries, etc., qui en font un type fort curieux de ce genre de raretés.
- L’un des plus remarquables était aussi celui de la cathédrale de Reims qui avait été exécuté vers 1240, et qui fut détruit en 1779.
- Arrivons aux labyrinthes de jardins.
- Ce sont des dispositions d’allées étroites, serrées et concentriques, dont les circonvolutions sont formées par des massifs de plantations coupés par des portes vous engageant dans de longs détours qui vous éloignent souvent de la sortie du labyrinthe. Nous citerons parmi ce dernier genre, employé à la décoration des parcs, le labyrinthe du Jardin des Plantes de Paris et celui de l’ancien château de Choisy-le-Roi, mais nous nous arrêterons plus spécialement à celui de Versailles, qui avait été créé par le Nôtre et qui était orné de fontaines dont les sujets étaient tirés des fables d’Esope.
- Voici comment le dépeint Sébastien Leclerc dans
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- la préface du livre qu’il lui a consacré1 et auquel nous ajouterons d’après une gravure du temps (lig. 5) le plan dudit labyrinthe.
- « Entre tous les bocages du petit parc de Versailles, celuv qu’on nomme le Labyrinthe est surtout recommandable par la nouveauté du dessein et par le nombre et la diversité de ses fontaines. Il est nommé labyrinte parce qu’il s’v trouve une infinité de petites allées tellement meslées les unes dans les autres, qu’il est presque impossible de ne s’y pas égarer; mais aussi afin que ceux qui s’y perdent puissent se perdre agréablement, il n’y a point de détour qui ne présente plusieurs fontaines en mesme temps à la veûë, en sorte qu’à chaque pas, on est surpris par quelque nouvel objet.
- « On a choisi pour sujet de ces fontaines une partie des fables d’Æ-sope, et elles sont si naïvement exprimées qu’on ne peut rien voir de plus ingénieusem ent exécuté. Les animaux, de bronze colorié selon le naturel, sont si bien désignez, qu’ils semblent estre dans l’action mesme qu’ils représentent, d'autant plus que l’eau qu’ils jettent imite en quelque sorte la parole que la fable leur a donnée...»
- Si nous sui -vons des yeux le pointillé qui figure, sur ce plan, le chemin à suivre pour tout parcourir et voir les trente-neuf fontaines qui y étaient habilement disséminées2, nous découvrirons facilement le chemin le plus court pour en sortir aussitôt qu’on y était entré ; mais ce qui nous semble simple sur le papier ne devait pas l’être en réalité, quand des massifs de plantations masquaient la vue, la concordance des allées et leur convergence au point final.
- Il est à regretter que tout cela ait été détruit en partie, et tellement modifié pour ce qui nous en reste qu’il ne peut plus mériter du nom que le souvenir. Actuellement, le labyrinthe de Versailles n’est plus qu’un petit bosquet où conduisent plusieurs sentiers qu’y s’y continuent en lignes presque régulières, de telle sorte qu’il est impossible de s’y égarer. Les rares statues qui s’y trouvent sont loin d’avoir l’attrait que devait présenter cette collection des plus beaux sujets d’Esope, comme le dit si bien Sébastien Leclerc dans son magnifique ouvrage où chacun desdits sujets se trouve représenté par une superbe page en gravure. On croirait, à voir ces
- disparitions successives d’œuvres remarquables, que nous ne devons plus y attacher aucune importance et que nous avons mieux aujourd’hui pour y suppléer.
- Nous ne partageons pas cet avis, et nous serions heureux de voir revivre ces merveilles, au moins pour nos parcs et nos jardins ! Un amateur l’a compris. (Nous ne- le nommons pas pour lui éviter trop de visiteurs qui .feraient de sa solitude un jardin public.) Nous avons été charmé, en allant prendre la photographie du labyrinthe qui orne son jardin (fig. 6),. de trouver là une de ces récréations originales qui consiste à s’égarer en se promenantmgréablement à l’ombre du feuillage, et qui donne air-visiteur l’illusion d’une course sous bois, alors que le terrain parcouru ne dépasse que quelque vingt mètres de côté.
- 1 Le Labyrinthe de Versailles, par Sébastien Leclerc. Paris, Imprimerie royale, mdclxxix.
- - Explication du Plan du labyrinthe de Versailles : A. Entrée du Labyrinthe. — B. Figure d’Esope. — C. Figure de l’Amour. — 1. I.eDuc et les Oiseaux.— 2. Les Coqs et la Perdrix. — 3. Le Coq et le Renard. — 4. Le Coq et le Diamant. — 5. Le Chat pendu et les Rats. — 6. L’Aigle et le Renard. — 7. Les Paons et le Geai. — 8. Le Coq et le Coq-d’Iudc. — 9. Le Paon et la Pie. — 10. Le Serpent et la Lime. — 11. Le Singe et scs Petits. — 12. Le Combat des animaux. — 13. Le Renard et la Grue. — 14. La Grue et le Renard. — 15. La Poule et les Poussins. — 16. Le Paon et
- le Rossignol. — 17. Le Perroquet et le Singe. — 18. Le Singe juge. — 19. Le Rat et la Grenouille. — 20. Le Lièvre et la Tortue. — 21. Le Loup et la Grue. — 22. Le Milan et les Oiseaux. — 23. Le Singe roi. — 24. Le Renard et le Bouc. — 25. Le Conseil des rats. — 20. Les Grenouilles et Jupiter. — 27. Le Singe et le Chat. — 28. Le Renard et les Raisins.— 29. L’Aigle, le Lapin et l’Escarbot.— 30. Le Loup et le Porc-épic. — 31. Le Serpent à plusieurs têtes. —52. La Souris, le Chat et le petit Coq. —33. Le Milan et les Colombes.
- — 54. Le Dauphin et le Singe. —35. Le Renard et le Corbeau.
- — 36. Le Cygne et la Grue. — 57. Le Loup et. la Tète. — 58. Le Serpent et le Porc-épic. — 39. Les Canes et le Barbet.
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- LA NAT LU K.
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- Notre gravure représente le squelette de ce labyrinthe, en hiver. Les allées sont formées par des
- arceaux de fer dont les deux extrémités sont fixées en terre, et dont l’enchevêtrement et l’accouplement
- Fig. 5.
- l'hin ciu labyrinthe de Versailles. (D’après une gravure du leinps.)
- continus sont disposés dans l’ordre de la ligure 7. Les espaces qui doivent former cloison entre ces
- tiges de fer reliées par des fils et des treillages, sont semés de plantes grimpantes, qui, au printemps,
- Fig. 6. — Labyrinthe'd’un amateur de jardin. Figure.montrant la disposition des arceaux de lit de fer qui sont en été, couverts de
- plantes grimpantes. Les arceaux de 1er ont à peu près hauteur humaine.
- vont garnir rapide ment ces berceaux de verdure et obstrueront la vue des chemins contigus à chaque allée. 11 est plaisant alors de s’engager dans ce laby-
- rinthe par l’unique porte qui y est ménagée et de chercher à atteindre le centre de la promenade qui est un magnifique jet d’eau. Pour y arriver que de
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- LA N ATI! lî K.
- i'ois passe-t-on par les memes chemins! Au cours de cette promenade, nous rencontrons des bancs de repos qui nous font prendre patience quand nous nous sommes égarés.
- C’est une récréation des plus agréables ; nous la recommandons aux personnes qui disposent d’un
- Fig. 7. — Plan (lu labyrinthe de jardin représenté en perspective figure 6.
- petit coin de jardin a la campagne ; il ne sera pas besoin de copier ce type en tous points : chacun le modifiera à son gré, suivant la place et les ressources dont il dispose. A. Beruerkt.
- CHRONIQUE
- Conférence « Scientia ». — Le treizième banquet de Scientia qui a été offert à M. G. Eiffel, a eu lieu le samedi 15 avril sous la présidence de M. Janssen, de l’Académie des sciences, dans les salons de l’Hôtel Continental, à Paris. Yoici, par ordre alphabétique, la liste des membres présents : « Abadie, Armengaud, Bartholdi, Béraldi, le prince Bibesco, Bischoffsheim, le prince Roland Bonaparte, Dr Boulomié, Brewer, Buquet, Cailletet, Dr Cartaz, Certes, Charton, Clémandot, Collin, G. Eiffel, Ed. Eiffel fils, Evrard, Ferrari, Friedel, Gauthier-Yillars, Gobert, le comte de Gramont, Dr Hénocque, Janssen, Krafft, Laffargue, Dr Landouzy, Landrin, Dr Lannelongue, Lauth, Legrain, L’Hôte, Liébaut, Limet, Lippmann, Lisbonne, Dr Luys, Dr Malterre, Dr Martin, William Martin, Maunoir, marquis de Nadaillac, de Nansouty, Napoli, No-blot, Olivier, Dr Ollier, Père, Dr Pinard, Poyet, Dr Ranque, Reboul, Regamey, Dr Ribemont, Ch. Richet, Dr Rochard, de Rochas, Rousselet, Salles, de Seynes, Sully-Prudhomme, Terrier, Alfred Albert et Gaston Tissandier, Yallery-Iladot, Yenukoff, Dr Yerneuil, Yidal, Villard, Ward, West. A la fin du dîner, M. Janssen a pris la parole et, dans une allocution chaleureuse, il a rendu hommage à l’œuvre de M. Eiffel, à l’énergie, à la persévérance dont l’éminent ingénieur a dû faire preuve pour atteindre son but, en édifiant la Tour de 300 mètres, à l’importance du résultat obtenu, et aux services que le monument grandiose ne manquera pas de rendre à la science. M. Eiffel a répondu en termes excellents, que les savants lui avaient donné ses premiers encouragements, et que l’édifice qu’il a élevé était placé sous l’invocation de la science : les noms des grands inventeurs de notre siècle y sont inscrits, et des labora-
- toires de recherches sont en voie d’organisation à son sommet. M. Sully-Prudhomme, de l’Académie française, a élevé la voix du poète en faveur du géant de fer. L’orateur a rappelé, avec ce charme particulier dont il sait revêtir tout ce qui s’échappe de sa pensée, qu’il a dû hésiter pour oser choisir entre son culte pour la grâce, et sa vénération pour le génie asservis-sant la force. Mais le colosse lui apparaît aujourd’hui « comme un témoin de fer dressé par l’homme vers l’azur pour attester son immuable résolution d’y atteindre et de s’y établir ». « Voilà, a dit en terminant M. Sully-Prudhomme, le point de vue qui a réconcilié mon regard avec ce monstre, conquérant du ciel. Et quand même, en face de sa grandeur impérieuse, je ne me sentirais pas converti, assurément je me sentirais consolé par la joie fière qui nous est commune à tous, d’y voir le drapeau français flotter plus haut que tous les autres drapeaux du monde, sinon comme un insigne belliqueux, du moins comme un emblème des aspirations invincibles de la patrie. » M. le sénateur Noblot a rappelé qu’en sa qualité d’ancien élève de l’École centrale, il était le camarade de M. Eiffel, et il a joint ses félicitations à celles de tous ses collègues. Cette treizième réunion de Scientia laissera des souvenirs durables dans l’esprit de tous les assistants.
- Orage en mer. — Le vaisseau Edouard, du port du Havre, retenait d’Amérique avec un chargement de minerai de fer, lorsque, dans la nuit du 31 octobre dernier, il fut surpris au milieu de l’Atlantique par un orage excessivement violent, qui se déchaîna sur lui pendant plusieurs heures. D’après le rapport du capitaine, le bâtiment était continuellement enveloppé d’éclairs; onze matelots furent renversés sur le pont et restèrent privés de la vue pendant près d’une demi-journée. Le second et le maître d’équipage furent également sérieusement atteints par les décharges électriques, qui enlevèrent à l’un d’eux l’usage de la parole durant cinq heures. Trois boules de feu firent explosion sur les agrès avec un bruit effrayant, projetant des éclats enflammés sur le navire et plongeant dans l’épouvante les hommes qui restaient sains et saufs sur le gaillard d’avant. I)e 3 heures du matin à 7 heures du soir, le capitaine et le pilote furent les seuls de tout l’équipage pouvant faire une manœuvre, et c’est sur eux deux que retomba pendant tout ce temps la direction du bâtiment. La violence de cet orage, qui, d’après les renseignements précédents, a été tout à fait extraordinaire, doit être attribuée en partie à la nature du chargement du navire, entièrement composé de minerai de fer.
- Les limites des erreurs dans les essais d’or
- fin. — On sait que les essais d’or fin, fondés, d’une part, sur la coupellation de ce métal en présence de l’argent et du plomb et, d’autre part, sur le traitement de l’alliage par l’acide azotique, sont susceptibles d’un très haut degré d’exactitude. En général, on peut garantir le dosage de l’or par ce procédé à 5/10 000 près. Mais on ne peut espérer atteindre ce résultat qu'à la condition expresse de ne s’écarter en rien des diverses nécessités d’expérience, que l’usage a appris à connaître. M. Paul Charpentier a cherché à déterminer dans quelles proportions chacune des prescriptions imposées à l’essayeur peut influencer les résultats, en un mot, à quelles erreurs inaxima oa serait conduit si l’on négligeait l’une de ces prescriptions, tout en suivant les autres. Les résultats de trois cents essais environ exécutés dans ce but, au laboratoire de la Monnaie, viennent d’être présentés par M. Troost à l’Académie des sciences. Chacun d’eux portait
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- L A N AT U KL.
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- sur 0,5 g d’or. Pour chaque série d’essais, on a préparé de l’or chimiquement pur. L’argent d’inquartation renfermait 2 4/1000 de cuivre. Ces essais nombreux ont porté sur tous les éléments importants de l’analyse : température du moufle, proportion du plomb, proportion d’argent, recuit et laminage du bouton de retour, densité de l’acide azotique servant au traitement de l’alliage, etc. L’inobservation minutieuse des prescriptions indiquées par l’usage, entraîne des erreurs qui se traduisent par des surcharges ou des pertes variant entre 2/10 000 et 37/10000.
- Le concours de Pâtés de lièvre. — Les concours sont nombreux, etles concurrents généralement abondants. On a parlé, dans ces derniers temps, des concours de géants américains et des concours de beautés. Beaucoup de nos lecteurs ignorent sans doute l’existence du concours de Pâtés de lièvre. 11 a eu lieu récemment au banquet des Rabelaisiens, chez Tavernier, restaurateur à Paris. Ce concours n’est pas tout à fait étranger à la science : il se rattache à la chimie... culinaire. Il a donné les résultats suivants : Prix d’honneur : Hors concours, dame Garga-melle (anonyme). Médaille d’or : Dronne. Première médaille d’argent : Jean Justin (de Marseille). Deuxièmes médailles d’argent : Bizot, maître queux de la Brasserie Zimmer ; Cuvillier fils (de Valenciennes) ; Leroux (de Sèvres). En raison du grand nombre de concurrents — trente environ — quatre médailles d’argent ont été décernées en plus des prix annoncés. Devant ce concours pantagruélique, du haut du ciel, sa demeure dernière, Rabelais a dû s’épanouir.
- Klevage des chevaux chez les Cosaques. —
- On sait que la Russie est le pays le plus riche en chevaux et que ce sont les populations cosaques qui possèdent, toutes proportions gardées, le plus grand nombre de ces animaux. En 1885, la totalité des troupes cosaques disposait de 1 298 044 chevaux, ce qui faisait une moyenne de 57 par 100 habitants des deux sexes. La répartition des chevaux, entre les diverses contrées, est la suivante : les éleveurs les plus favorisés sont les Cosaques de la région transbaïkale, qui possèdent 122 chevaux par 100 habitants; immédiatement après, et toujours par 100 habitants, viennent les Cosaques de l’Oural avec 97 chevaux, de l’Amour avec 92, de Semirjecensk avec 82, et de la Sibérie avec 70. Les contrées les moins riches sont celles occupées par les Cosaques de Kouban, de Térek et du Don qui n’ont respectivement, les deux premières que 20 chevaux et la dernière que 28 chevaux par 100 habitants.
- La construction métallique dans l’Afrique du Sud. — Voici que l’on commence à créer des usines de construction métallique dans l’Afrique du Sud. On vient, dans les premiers jours de cette année, d’essayer à Durban la première locomotive construite de toutes pièces dans la colonie anglaise; elle sort des ateliers des chemins de fer du gouvernement de Natal. C’est une machine à boggie à quatre roues accouplées et pesant 56 tonnes. Ce n’est que le début d'une série d’autres constructions de machines semblables, étant donné le développement que prennent les voies ferrées de l’Afrique du Sud.
- D. B.
- Le coureur Dibbels à Thionville. —- Le coureur Dibbels vient d’effectuer une course sur la place de Thionville, concurremment avec un cheval. Dibbels a fait cinquante fois le tour de la place (environ 400 mètres), soit un total de 20 kilomètres. Chaque tour était effectué en
- une minute vingt secondes. Au quarantième tour, le coureur avait une avance d’un tour entier ; il aohevait son cinquantième tour lorsque le cheval n’en était qu’à son quarante-neuvième. Les 20 kilomètres ont été parcourus par Dibbels en une heure sept minutes, et sans grande fatigue.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 avril 1889. —Présidence de 5L Des Cloizeaüx.
- M. Chevreul. — Le grand deuil qui a frappé, cette semaine, la science, la France et l’Académie, devait, suivant l’usage, réduire la séance à une très courte énumération des pièces principales de la correspondance. M. le Président y a joint, en quelques phrases, un hommage profondément senti à la mémoire du grand homme qui n’est plus. La Compagnie perd en effet son vénéré doyen et l’une de ses gloires les plus pures, puisqu’elle n’a jamais rien emprunté de son éclat qu’à la science seule. M. Chevreul a occupé son fauteuil pendant soixante-trois ans et il a enrichi les recueils académiques de plus de 400 mémoires.
- Hommage à Puissant. — M. le maire de Melun informe l’Académie d’une cérémonie qui vient d’avoir lieu au Châtelet en Brie (Seine-et-Marne) en l’honneur de Louis Puissant qui fut jadis, et pendant trente ans, le plus illustre représentant de la géodésie française. Il y a quarante-cinq ans, Elie de Beaumont, comme secrétaire perpétuel, lui consacra un éloge; aujourd’hui il a, dans son village natal, une plaque commémorative qui a été inaugurée par un discours de M. Humbert, député du département.
- Une pépite d'or trouvée en France. — Il résulte d’une lettre que veut bien m’adresser M. Mazon, qu’un pauvre paysan a trouvé, le mois dernier, aux Avols, dans la vallée de Chassezac, ancienne rivière aurifère de l’Ardèche, une pépite qui ne pèse pas moins de 545 grammes ! Elle a la forme d’une hache en silex dépourvue de tranchant et sans nulle retouche; elle est d’un métal compact; on dirait un lingot sortant du creuset et qui, versé à terre, se serait solidifié en formant une grosse larme. Il serait fort à désirer que ce bel échantillon fût conservé dans nos collections minéralogiques et non abandonné à la fonte. La région d’où elle provient est une des régions les plus intéressantes de la France entière, comme en témoigne le charmant volume de M. le Dr Francus, intitulé Voyage dans le midi de l'Ardèche, et dont nous recommandons à tous la lecture attrayante. Il y a une cinquantaine d’années, une autre grosse pépite d’or fut trouvée aux Avols, et dans les traditions locales il est question d’un troisième échantillon du même genre qu’on aurait recueilli sur le versant opposé de la montagne.
- Varia. — M. Trépied a observé la comète de Barnard les 4, 5 et 40 avril et il en donne les éléments. — On mentionne un Mémoire de M. Faye sur la marche des tempêtes dans les diverses régions du globe. — L’énergie utilisable du potentiel thermodynamique fournit à M. Gouix le sujet d’une réponse à M. Duhem. — M. Cornu étudie l’enroulement des bobines de résistance destinées aux mesures alternatives. — Une suite à son Mémoire sur le fumier, est adressée par M. Reiset. — La chaleur de combustion de l’acide alropique a été déterminée par M. Os-sipolf. — M. Vassol décrit les malonates de chaux et de strontiane. — M. Sabatier traite de la vitesse de trans-
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- LA N AT U HE.
- formation de l’acide métaphosphorique en présence des acides et des bases. — L’étude des ptomaines occupe M. Œschner de Koninck. — M. Berthelot se borne à déposer ses recherches thermochimiques sur la série thio-nique. Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE EXPÉRIMENTALE
- YlSIim.lTÉ ET ENREGISTREMENT UES VIBRATIONS
- d’un diaphragme
- Les vibrations des plaques du téléphone et du phonographe sont facilement reconnaissables au toucher, mais on ne peut les rendre visibles qu’en recourant à un organe intermédiaire. La puissance mécanique mise en jeu dans ces mouvements est loin d’ètre négligeable. Un appareil ingénieux d’Edison, le motophone, que La Nature a décrit en son temps1, utilisait, ees vibrations et laissait concevoir les plus légitimes espérances dans son application aux réunions publiques électorales, aux réunions de bourse, ainsi qu’aux séances parlementaires; il n’a pas été malheureusement donné suite à cette idée.
- Le travail mécanique produit par les vibrations de la voix se démontre encore en disposant horizontalement la plaque d’un téléphone et en y suspendant un poids de 2 à 3 kilogrammes; le téléphone transmet encore les sons, bien que plus faiblement. Pour rendre les vibrations visibles par projection et en tracer les formes, M. Geo. Hopkins a construit deux petits appareils que nous représentons ci-dessus d’après le Scientific American. L’inspection des ligures nous dispense d’une longue description de ces dispositifs dont la simplicité et la facilité de construction font les principaux mérites.
- La figure 1 est une vue latérale et 2 une coupe transversale d’un petit appareil disposé pour la projection. Sur la plaque vibrante disposée verticalement vient s’appliquer une balle métallique suspendue, comme un pendule, à un fil de soie fin. Lorsque la
- plaque vibre, son mouvement est rendu visible par les impulsions répélées que la plaque communique a la balle.
- La figure 5 montre un appareil destiné à tracer les mouvements de la glace sur un verre enfumé : c’est une simplification et, en même temps, une amplification du phonautographe de Scott.
- La plaque de verre est montée sur un châssis qui permet de la déplacer verticalement, et de superposer les tracés successifs sans les confondre.
- Le système portant le diaphragme et le style glisse sur deux traverses horizontales : tout cet ensemble
- est susceptible d’ajustement de façon à s’installer facilement devant une lanterne de projection quelconque. La partie vibrante se compose de deux disques évidés cylindriques solidement réunis par des écrous et séparés par un diaphragme de fer mince. Le disque supérieur est percé et porte un tube flexible terminé par une embouchure. Sur le centre du diaphragme s’appuie une sorte de tige perpendiculaire à son plan et articulée au levier traçant, levier qui prend son point d’appui sur un bras fixe.
- Le bout libre du levier amplificateur se termine par une légère aiguille de batiste fine, touchant légèrement la surface enfumée; ce levier est lui-même formé d’une lame mince d’aluminium, présentant une grande rigidité dans le sens de son plan et, au contraire, beaucoup de flexibilité dans une direction perpendiculaire.
- Pour faire une expérience, on dispose l’appareil devant la lanterne de projection et on tire vivement le système mobile de droite à gauche pendant qu’on émet un son devant l’embouchure.
- La petite pointe de batiste fixée à l’extrémité du levier trace alors une ligne sinueuse qui caractérise le son produit et vient se projeter sur l’écran au fur et à mesure de sa formation.
- Ce système très simple permet donc de produire un son et de l’analyser au moment même où il se produit.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissa adieu.
- Fig. 1, 2 et 3. — Appareils de M. Géo Hopkins pour l’élude des vibrations d’un diaphragme.
- 1 Voy. n° 282, du 20 oetubre 1878, p. 352.
- Impaimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N“ 830 — 27 AVRIL 1889.
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- /LA NATURE.
- JOHN ERICSSON
- Nous ne manquons jamais de rendre hommage à la mémoire de nos grands savants et de nos ingénieurs les plus illustres, quand ils viennent de passer de la vie au trépas. Semblable hommage, à notre avis, doit être rendu aux travailleurs de toutes les autres nations, quand ils ont réellement contribué aux progrès de la science. Tel est le cas du grand ingénieur qui s’est éteint à New-York le 8 mars 1889, a l’âge de quatre-vingt-six ans.
- Le capitaine Ericsson était né le 31 juillet 1803, dans la province de Wermland, en Suède. Ses goûts pour la mécanique s’étaient manifestés dès son enfance, car à peine âgé de dix ans, il construisit une scie circulaire et une pompe qui attirèrent l’attention sur lui.
- • A l’âge de dix-sept ans, Ericsson entrait dans la marine comme enseigne de vaisseau et conquit rapidement le grade de lieutenant pour ses -belles cartes militaires qui furent distinguées par le roi Charles-Jean (général Berna-dotte).
- A vingt-deux ans, le lieutenant Ericsson construisit un moteur à feu et vint à Londres en 1826, pour en répandre l’emploi. Le jeune officier donna sa démission de l’armée suédoise, dans laquelle il venait d’être nommé capitaine ; il avait résolu de se consacrer exclusivement aux questions scientifiques et industrielles.
- En 1829, le Liverpool and Manchester Railway établit un concours de locomotives pour lequel Ericsson construisit en sept semaines une machine, Novelly, qui ne fut surpassée que par la Rocket, de George Stephenson.
- En 1857, le jeune ingénieur, déjà célèbre, construisit un remorqueur à deux hélices et invita l’amirauté britannique à l’inspecter, mais les autorités officielles déclarèrent officiellement que, puisque la force motrice se trouvait dans la carcasse du navire, le nouveau navire serait impuissant à se gouverner.
- Ce jugement n’est probablement pas étranger au départ de l’inventeur pour l’Amérique, départ qui eut lieu en 1839. Depuis cette époque, Ericsson n’a 17e année. — 1er semestre.
- jamais quitté les États-Unis ; la plupart des Américains croient encore aujourd’hui qu’il en est originaire, alors qu’il appartient, en réalité, à la grande famille scientifique dont le progrès, sans distinction de nationalité, est le seul drapeau.
- Quelque temps après l’arrivée d’Ericsson en Amérique, le Congrès autorisa la construction de trois navires de guerre, et l'ordre en fut donné l’année suivante par le secrétaire de la marine. 11 s’agissait de savoir — quel chemin parcouru en cinquante années ! — si la vapeur pouvait ou ne pouvait pas être appliquée avec succès aux navires de guerre, la crainte d’un incendie prévalant dans l’esprit de tous les marins de l’époque. Ericsson répondit victorieusement à la question, et construisit en 1841 le Princeton, le premier navire qui ait jamais transporté sa machinerie au-dessous des lignes d’eau, presque à l’abri des projectiles ennemis.
- En janvier 1840,
- YInstitut mécanique de New-York offrait une grande médaille d’or comme prix à décerner à la meilleure pompe à vapeur. Ericsson n’eut pas de peine à gagner ce prix, car il avait, dès 1830, construit en Angleterre un appareil semblable qui fut utilisé pour éteindre le mémorable incendie d’Ar-gyle Rooms.
- Le moteur calorique date de 1855. En 1855, le navire Ericsson, à moteur à air chaud, fit un voyage, aller et retour, de New-York à Washington et montra que, malgré les économies réalisées sur le combustible, la puissance spécifique de ce moteur n’était pas assez grande pour lui permettre d’être appliqué avec succès au point de vue commercial, et de lutter avec les navires à vapeur.
- La plus grande conception d’Ericsson, celle dont la réalisation et le succès ont le plus contribué à rendre le nom universel, est la construction en 1861, lors de la guerre de la Sécession, du Monitor, navire cuirassé construit en cent jours après la signature du contrat. On peut dire sans exagération que le Monitor a opéré une révolution complète dans la construction navale de guerre.
- Ericsson a consacré les dernières années de sa vie au développement d’un moteur solaire auquel il travaillait encore quinze jours avant sa mort, en dépit de ses quatre-vingt-six ans, exprimant seulement le
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- John Ericsson, né en Suède le 31 juillet 1803, mort à New-York, le 8 mars 1889.
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- LA NATURE.
- regret de ne pouvoir terminer sa dernière invention.Celle-ci le préoccupa d’ailleurs jusqu’au dernier moment, et lorsque sa voix n’e'tait plus qu’un souf-11e, il fit venir son ingénieur en chef; après lui avoir demandé de se placer en face et près de lui, il murmura ses dernières instructions et fit promettre que l’œuvre serait achevée.
- Aucun visiteur n’a jamais été autorisé à visiter l’atelier de l’inventeur, qui en défendait l’accès, même à ses amis les plus intimes : jamais un domestique ne pénétra dans la pièce où le capitaine Ericsson travailla plus de douze heures par jour pendant trente ans. La réclusion volontaire de cet ermite industriel n’était pas autre chose que la mise en pratique du proverbe : Time is money.
- Malgré ces singularités, les manières d’Ericsson étaient simples et dignes, sans prétention et sans affectation ; il impressionnait chacun de ceux qui l’ont connu, par la largeur de ses vues et l’étendue de son savoir. Il laisse le souvenir d’une vie bien remplie, exclusivement consacrée aux progrès de la science et de ses applications industrielles.
- X..., ingénieur.
- LE PONT TOURNANT DE MARSEILLE
- Le pont de Marseille est le plus grand ouvrage de ce genre qui existe au monde; les récents essais matériels dont il a été l’objet ont pleinement réussi. D’une seule volée avec culasse lestée, il a 96 mètres de long sur 10 de large et 9 de hauteur. Son poids est de 1350 tonnes. La presse centrale repose sur une tour en maçonnerie de 11 mètres de diamètre et 24 de hauteur. Son ossature et deux grandes poutres paraboliques dissymétriques sont ses organes principaux. Les presses de rotation actionnent une chaîne qui s’enroule sur un tambour disposé sur le chevêtre. La charge sur le pivot est de 1300 tonnes environ, charge qui est détruite presque en totalité par l’introduction dans le corps de presse d’eau comprimée à la pression de 50 kilogrammes par centimètre carré. Ce pont, qui appartient à la Compagnie des docks de Marseille, a été construit par la Compagnie de Fives-Lille, d’après les plans de M. Pélissot, et coûte environ 1 100000 francs.
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- L’ATTAQUE ET LA DÉFENSE
- DES PIGEONS MESSAGERS
- L’Allemagne s’est préoccupée d’interrompre les communications par pigeons voyageurs au moyen de faucons dressés à les enlever lorsqu’ils partent munis de leurs dépêches. Bien que cette précaution soit d’une réussite fort douteuse parce qu’il n’est pas facile d’entourer de fauconniers une ville assiégée, et d’empêcher que parmi les pigeons lâchés et porteurs de la même dépêche, il ne s’en échappe quelques-uns, toutefois, on a déjà cru trouver des remèdes contre les faucons. En effet, le Ministère de la guerre italien a ordonné l’acquisition de petits sifflets spéciaux faits de bambou qui, fixés à la naissance de la queue du pigeon, produisent, lorsqu’il vole, un fort sifflement qui effraye ou éloigne les oiseaux de proie. On a également proposé d’immerger le pigeon, avant de le lâcher, dans une matière fétide, dont les
- émanations produisent l’effet du sifflement, sans charger le pigeon d’appareil gênant.
- Le sifflet dont il est parlé plus haut est d’invention chinoise. Voici ce qu’en dit Paul Champion dans son livre sur les Industries de l'empire chinois (Paris, 1869)
- « Quand on se promène aux environs de Pékin, on est fréquemment surpris par un bruit de sifflements aigus et prolongés, qui excite d’autant plus l’étonnement que rien ne peut en expliquer la cause, si ce n’est une nuée de pigeons qui traverse le ciel ; le concert des sifflets diminue d’intensité à mesure que ces oiseaux s’éloignent et on est alors tenté de l’attribuer au chant particulier de ces messagers ailés. 11 n’en est rien cependant ; ce bruit strident, tout artificiel, est produit par des sifflets attachés à la queue des pigeons, et ces instruments fonctionnent par le déplacement de l’air en produisant un vacarme peu harmonieux qui effraye et tient éloignés les oiseaux de proie. Les sifflets employés à cet usage sont fabriqués avec des courges ou avec de petits morceaux de bambou superposés; ils forment un tuyau dans lequel on ménage des ouvertures à l’aide de lamelles ténues et, quand l’air s’y engouffre, il y est soumis à une série de vibrations qui se traduisent par des sons différents. Ces instruments sont très légers, ils ne pèsent pas plus de quelques grammes ; on les attache à la naissance de la queue des pigeons, au moyen de fils. Quand l’oiseau vole, le courant d’air déplacé traverse le sifflet et produit par son mouvement de vibration une série de sons rapprochés que l’oreille perçoit comme un sifflement sans intermittence. Le chef de bande des pigeons, celui qui marche en tête de la troupe ailée, est plus spécialement chargé de ce tuyau sonore. Ces sifflets sont très bien fabriqués par les Chinois et ils sont garantis de la pluie ou de l’humidité par une couche de vernis solide. Le procédé ingénieux que nous venons de décrire est usité dans un grand nombre des régions du Céleste-Empire. »
- Le dernier numéro de la Rivista militare italiana nous apporte le compte rendu des expériences faites à ce sujet par le capitaine Giuseppe Malagoli, chargé de la direction du service des pigeons militaires en Italie.
- « Possesseurs de quatre sifflets, gracieux présent de M. Emile Balli, qui réside à Locarno (Suisse) et qui a longtemps habité Pékin, nous pûmes observer que le plus grand, composé de treize tuyaux dont le plus gros avait 2 centimètres et demi de diamètre, ne pesait que 7 grain-més. Le deuxième, de sept tuyaux, et le troisième sphérique, de 4 centimètres de diamètre environ, pesaient 5 grammes ; enfin, le quatrième, de trois gros tuyaux, ne pesait que 3 grammes.
- « Chaque sifflet est muni d’une languette de bois placée sous les tuyaux. Pour l’appliquer au pigeon, on coud ensemble les deux timonières 2 du milieu, à 1 centimètre de l’origine des plumes. On fait ensuite passer au milieu des deux timonières, et de dessus en dessous, la languette du sifflet ; dans le trou de cette languette, qui arrive au-dessous des deux plumes, on introduit un morceau de bois que l’on force de manière à ce qu’il ne puisse sortir. L’ouverture des tuyaux, par laquelle l’air pénètre, est placée, bien entendu, vers la tête des volatiles.
- « Il s’agissait donc de constater la véracité de l’assertion des écrivains en question prétendant que le sifflet produisait un fort bruit. Les quatre instruments furent appliqués à autant de pigeons qu’on fit voler et les faits
- 1 On peut voir de ces sifflets au Musée ethnographique du Trocadéro, à Paris,
- 2 On appelle timonières les plumes de la queue.
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- LA NATURE.
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- confirmèrent parfaitement la théorie annoncée puisque le hruit produit était si fort que, les pigeons volant à une hauteur de 150 mètres environ, il était entendu des gens passant dans la rue.
- « Cette première vérité reconnue, on va maintenant expérimenter dans les colombiers alpins, dont les environs fourmillent d’oiseaux de proie, si les sifflets ont réellement pour propriété de faire fuir les rapaces. »
- 11 serait fort à désirer que nous procédions aussi en France à des essais analogues et que le Ministère de la guerre commençât par faire venir de Chine un certain nombre de sifflets. C’est en vain que plusieurs officiers du génie de nos frontières montagneuses ont demandé qu’on mît à leur disposition quelques-uns de ces petits instruments pour protéger leurs intéressants subordonnés. A. R.
- —+&>—
- CADRAN lunaire
- On peut se servir d’un cadran solaire comme d’un cadran lunaire, c’est-à-dire trouver l’heure de la nuit par l’ombre du style d’un cadran solaire à la lumière de la lune. Il faut seulement connaître les jours de la nouvelle et de la pleine lune, époques auxquelles cet astre traverse le plan du méridien en même temps que le soleil. Lorsque la lune est nouvelle, l’heure de la lune est la même que celle du soleil, car les deux astres exécutent en même temps leur course au-dessus de l’horizon. Au moment de la pleine lune, la lune se trouve, à chaque instant, au même point où s’est trouvé le soleil douze heures auparavant; son ombre marque donc exactement les heures de la nuit sur un cadran solaire.
- A l’exception de ces deux jours, la lune, par son mouvement propre, s’éloigne du soleil d’environ trois quarts d’heure vers l’Orient chaque jour; ce qui fait, qu’à chaque jour, elle se lève trois quarts d’heure plus tard que le jour précédent.
- On voit qu’en sachant l’âge de la lune, qu’on trouve dans les calendriers, on peut se servir d’un cadran solaire pour connaître l’heure de la nuit en ajoutant, à l’heure que l’ombre du style marquera sur le cadran, autant de fois trois quarts d’heure que la lune aura de jours.
- Seulement, comme la lune retarde véritablement d’environ quarante-huit minutes par jour, et que 48 sont les 4/5 de 60, pour avoir l’heure juste du soleil, il faut ajouter à l’heure déjà obtenue par la lune autant de fois 4/5 d’heure que de (jours écoulés depuis la nouvelle ou la pleine lune.
- Le total sera l’heure précise du soleil. Exemple : ayant trouvé que l’ombre du style marque 6 heures du soir, le sixième jour de la lune, ajoutez à six heures cinq fois 4/5, qui valent quatre heures. Vous aurez 10 heures du soir.
- Pour faciliter ces recherches numériques nous joignons ici une table qui marque la différence des heures lunaires et des heures solaires dans les différents âges de la lune.
- Pour se servir de cette table, il suffira d’ajouter, pour chacun des jours de l’âge de la lune, les heures
- marquées vis-à-vis, aux heures marquées sur le cadran par l'ombre du style.
- JOURS DE L’AGE DE LA LUNE HEURES MINUTES
- 1 IG 0 0
- 2 17 0 4S
- 3 18 1 30
- 4 19 2 24
- 5 20 3 12
- G 21 4 0
- 7 22 4 48
- 8 23 5 30
- 9 24 6 24
- 10 25 7 12
- 11 20 8 0
- 12 27 8 48
- 13 28 9 36
- 14 29 10 24
- 15 » 11 12
- Ainsi le cinquième et le vingtième jour de la lune, on ajoutera trois heures douze minutes aux heures marquées ces jours-là sur le cadran solaire par l’ombre du style aux rayons de la lune.
- M. d’Aigi.uk.
- LE PHONOTÉLÉMÈTRE
- L’expérience des écoles à feu a démontré l’utilité d’ouvrir le feu en partant d’une connaissance aussi rapprochée que possible de la distance réelle du but. Les différents moyens utilisés jusqu’ici pour évaluer les distances présentent tous des inconvénients plus ou moins graves.
- Les télémètres fondés sur des méthodes géométriques sont le plus souvent encombrants et exigent toujours des opérateurs exercés : leur maniement demande un certain temps et les résultats qu’ils fournissent peuvent être entachés de nombreuses erreurs accidentelles, dues à des causes diverses. Pour en faire usage, il est indispensable d’apercevoir nettement le point dont on veut trouver la distance.
- Les mesures à vue demandent une grande pratique et les opérateurs les plus rompus à cet exercice risquent encore d’être souvent trompés par des jeux de lumière, surtout aux grandes distances.
- Les instruments d’évaluation des distances, fondés sur la vitesse du son, présentent en général l’avantage d’être d’un maniement facile, de ne demander aucun apprentissage préalable et de n’exiger, poulies observations, ni mise en station, ni déploiement de personnel pouvant attirer l’attention de l’ennemi.
- Telles sont les qualités que présente le petit instrument que vient de faire construire M. le capitaine Thouvenin, adjoint à la direction d’artillerie de Vincennes et auquel son auteur a donné le nom de Phonotélémètre.
- Il se compose : d’une montre avec curvimèlre sur le cadran (fig. 1) ; d’une boussole sur le poussoir (fig. 2); eld’ un compteur télémètre placé au dos de la montre (fig. 3).
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- LA NATURE.
- Nous n’avons rien à dire relativement à l’utilité et à l’emploi de la montre et de la boussole, mais nous allons donner quelques détails sur le curvi-mètre et surtout sur le compteur, partie essentielle du nouvel appareil.
- Curvimètre. — Le cadran de la montre porte deux graduations : la première, extérieure, correspond à l’échelle de la carte au 1/100 000 ; la seconde graduation, inférieure, correspond à la carte d’État-major à l’échelle de 1/80 000 (fig. 1).
- Mode d'emploi. — Mettre l’aiguille à zéro en faisant tourner la roulette^ suivre avec la roulette le chemin dont on veut avoir la distance et lire sur la graduation du cadran correspondant à l’échelle de la carte à mesurer.
- Compteur-télémètre. — Le compteur-télémètre est placé au dos de la montre (fig. 3).
- Le mouvement d’horlogerie fait mouvoir une aiguille sur un cadran divisé en 15 secondes, chaque seconde étant elle-même partagée en dix parties égales, comme les durées de trajet des projectiles sur les fusées et sur les hausses.
- Les distances sont inscrites sur le cadran du télémètre de la façon suivante :
- Les kilomètres sont représentés par les gros chiffres noirs 1, 2, 3, 4, 5; lc-s hectomètres par les petits chiffres rouges; les 50 mètres, par les divisions noires sur le cercle; les 25 mètres, par les divisions rouges entre les noires.
- Mode d'emploi. — On remonte d’abord l’instru-
- Fig. 1, 2 et 3. — Phonotélémètre Thouvenin. — Fig. 1. — Montre et curvimètre. — Fig. 2. — Boussole placée sur le poussoir. Fig. 5. — Compteur télémètre placé au dos de la montre.
- ment; pour cela il suffit de remonter la montre et de l’accrocher, au moyen d’une pince à ressort, à l’un des côtés de la jumelle. Au moment où l’on aperçoit la lueur du coup de fusil, du coup de canon, ou l'éclair de la foudre, etc., etc., on met l’aiguille en marche en pressant un petit coup sec sur le poussoir ; une action identique arrête l’aiguille à l’instant où l’on entend le bruit de la détonation et la même action ramène l’aiguille au point zéro.
- 11 suffit alors de faire une lecture sur la graduation de l’instrument pour avoir la distance, à moins de 25 mètres près. Si l’on évalue à vue les demi-divisions, on obtient une'approximation de lecture de 10 à 12 mètres.
- Cet instrument permettra de mesurer, avant la bataille, les distances aux points importants du terrain : il suffira pour cela d’envoyer sur ces points ’ des cavaliers qui brûleront quelques cartouches. Il pourra même arriver que l’apparition de ces cava-
- liers attire sur eux quelques coups de fusil de l’ennemi, ce qui donnerait en outre le moyen d’avoir approximativement la distance de la position adverse.
- Les premiers coups de canon tirés par l’ennemi permettront à des appréciateurs de distances, placés sur des points élevés, tels que les arbres, les maisons et les clochers, etc., même à cheval et pendant la nuit, d’enregistrer les différentes distances, et de les communiquer à qui de droit lorsque les combattants arriveront sur le terrain.
- Le phonotélémètre Thouvenin ne revient guère plus cher qu’une montre à secondes ordinaire, tout en permettant d’apprécier les dixièmes de seconde. Cet instrument peut rendre service, non seulement aux officiers des différentes armes, mais encore aux médecins, aux ingénieurs, aux touristes, à tous ceux qui ont intérêt à apprécier exactement le temps et les distances.
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- LA NATURE.
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- LE CALCULO DE LUE ROUZIC
- La France compte, parmi la gent emplumée, un assez grand nombre d’hôtes de passage, parmi lesquels une espèce particulière vient chaque année élire domicile en un point précis de nos côtes de la Manche, File Rouzic. Connu dans le pays sous le nom de Cal-culo ou Perroquet de mer, l’oiseau appartient au genre Macareux 1 ; son nom scientitîque est Fratercula Armoricana.
- Dès que viennent les beaux ours du printemps, au commencement de mai, on le voit arriver par bandes nombreuses et prendre possession de l’ile avec de joyeux battements d’ailes et en poussant son cri sonore d’appel, qu’on peut rendre par cette onomatopée : « Orr! orr! » Le Macareux offre un exemple frappant de cette sollicitude toute spéciale qui a toujours entouré la reproduction des espèces; comme on le verra par la suite de cette étude, le bec du Cal-culo se recouvre à l’époque de la ponte d’une cuirasse, qui lui permettra de creuser son nid, un vrai terrier, et lorsque l’oeuvre sera achevée, cette cuirasse tombera; tel l’ouvrier à la fin de sa tâche dépose son outil devenu inutile.
- L’île Rouzic, désignée, je ne sais pourquoi, dans la carte d’État-major, sous le nom de l’ile Rougie, fait partie du groupe des Sept-Ues, qui s’étend sur une ligne presque droite, dans une direction ouest-est, en face de cette sauvage vallée de Ploumanac’h,
- 1 Voy. L’Eider et le macareux de l’Islande, n° 138, du 22 janvier 1876, p. 114.
- que nous avons présentée il y a peu de temps aux lecteurs de La Nature L
- De forme pyramidale, atteignant à son plus haut sommet l’altitude de 40 mètres, l’ile, la plus orientale du groupe, occupe une superficie d’environ 6 hectares ; ses rives profondément indentées lui donnent à peu près la forme d’une feuille de vigne.
- L’infrastructure de Filot est composée d’une sorte de diorite et ses pentes abruptes sont couvertes d’une couche assez épaisse d’une terre sablonneuse, sur laquelle pousse un maigre gazon, mêlé de touffes de cas-sepierre et de mousses. Il est entouré d’une série d’écueils et de brisants, appelés les Noires de Rouzic, les Vieilles, les Cheminées et les Pierres à l’oiseau. Dans ce dédale de roches la mer déferle constamment et sort, blanche d’écume, de sa lutte contre le granit, n’en faisant que mieux
- ressortir ainsi la somhre désolation de l’ile. L’homme n’a pu y fixer sa demeure; deux seuls êtres, deux fouisseurs, l’habitent en paix : les Calculos et les Lapins.
- Telestl’habitat de notre oiseau : décrivons maintenant la parure dont il est revêtu lors de son arrivée. Le mâle et la femelle, 'a peine reconnaissables l’un de l’autre, sont de la taille d’un fort pigeon : le dessus de la tête et du corps, les ailes et la queue, ont une teinte d’un beau noir profond; un large collier d’un noir brillant entoure le cou; la poitrine, l’abdomen et les sous-caudales sont d’un blanc pur, tandis que la face est légèrement estompée d’une sorte de gris ardoisé. Les pattes, palmées, d’un
- Fig. 1. — Le Perroquet de mer à l’ile Rouzic {Fratercula Armoricana).
- Les pièces de I a cuirasse.
- Le bec au printemps.
- Le bec après sa mue.
- Fig. 2. — Détails du bec du Perroquet de mer.
- 1 Voir n° 825, du 23 mars 1889, page 262.
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- beau rouge vermillon, sont armées d’ongles noirs puissants : l’œil vif et noir, perpétuellement aux aguets, est entouré d’une paupière circulaire d’un rouge vif. Mais ce qui donne à l’oiseau une physionomie étrange, c’est un large bec comprimé latéralement et fortement cuirassé, dont la mue singulière a été étudiée il y a quelques années, avec une très grande sagacité, par le l)r L. Bureau1, et qui fait du Macareux une véritable curiosité ornithologique.
- Ce bec, qui rappelle d’un peu loin le bec d’un Perroquet et lui a valu son nom dans le pays, se compose de deux parties distinctes : l’une, postérieure, soumise au phénomène de la mue ; l’autre, antérieure, persistante. La partie postérieure comprend une série de pièces cornées qui se désunissent et tombent après la saison des amours : c’est d’abord une sorte d’ourlet (a, fig. 2) de couleur chair, finement percé de trous, et qui emboîte la base de la mandibule supérieure ; puis vient une cuirasse de couleur bleu de plomb (b), destinée à renforcer la mandibule et à protéger l’ouverture nasale ; elle se termine par une lamelle cornée (c) de couleur orangée. La partie antérieure est d’un jaune rougeâtre, présente trois bourrelets d’un rouge plus vif, et se termine en une pointe recourbée. La mandibule inférieure est doublée par une solide pièce (e), donnant à l’ensemble du bec la forme d’un coin, et terminée par un liséré corné (d) d’un rouge vif; la partie antérieure porte des bourrelets correspondant à ceux de la mandibule supérieure. A joutons que les commissures du bec sont garnies d’un derme épais et plissé, formant comme une sorte de rosace d’un jaune orangé. Enfin les paupières sont garnies de deux plaques cornées (//'), d’un gris ardoisé et destinées à protéger les yeux de l’oiseau pendant son travail.
- Le Macareux, en effet, dès son arrivée à Rouzic, a un rude labeur à accomplir : pendant les premiers jours de leur arrivée, on voit les oiseaux voleter en longues bandes onduleuses autour de file; peu à peu le calme se fait ; les vieux reconnaissent le nid abandonné de l’année précédente, les jeunes choisissent le point où ils vont s’établir et alors commence ardent, fiévreux, le travail de mine; car l’oiseau niche au fond d’un terrier long de 2 ou 5 m, Ils fouissent avec leur bec et leurs ongles, rejettent en arrière avec leurs pattes palmées la terre ameublie et s’acharnent tellement à la besogne que leur plumage disparait bientôt sous une couche de fine poussière. Pendant tout le travail le mâle et la femelle ne se quittent pas, se relayant sans cesse; enfin l’œuvre est achevée. Le tunnel s’étend en ligne droite, quelquefois en ligne brisée, lorsqu’une grosse pierre est venue gêner la fouille ; au fond est aménagé un cul-de-sac légèrement agrandi, où les oiseaux amassent quelques mousses. Alors fiers de l’œuvre menée à si bonne fin, ils prennent quelques jours de repos, se livrent à la pêche et au plaisir du bain.
- 1 Voir les deux Mémoires publiés par le Dr Bureau dans le nulletin de la Société' zoo logique de France (1877 et 1878).
- La zone des terriers est située au niveau des hautes mers, ne s’élevant pas très haut; le sommet de file est laissé en toute propriété aux lapins qui pullulent.
- Le Calculo est monogame, et ne quitte point sa femelle; celle-ci ne pond qu’un seul œuf, d’un blanc sale, moucheté de quelques taches vineuses. Pendant la ponte, le spectacle offert par file est des plus curieux : toute la côte, les moindres saillies des récifs sont garnies de longues fdes de Macareux. Ils se tiennent graves, immobiles, dans une station verticale, scrutant au loin l’horizon, disposés à s’élever dans les airs à la moindre alerte : leur gros bec enluminé, qui tranche sur le blanc de leur face ronde, leur donne une physionomie toute comique. Dans la zone des terriers, à l’ouverture de chaque trou, paraissent les têtes inquiètes des femelles prêtes à repousser au fond du nid leur œuf quelles défendront avec énergie du bcc et des ongles. Une légende, absolument controuvée, raconte que les Calculos se réfugient par troupes dans l’intérieur des terriers, et si le chasseur parvient à saisir le premier, il ramène toute la bande d’un seul coup, les oiseaux s’accrochant désespérément de leur bec à la queue de ceux qui précèdent. Chaque couple a son nid et l’occupe d’une façon presque jalouse.
- Au sortir de l’œuf, les petits ont l’air de pelotes de duvet, ils ne se tiennent pas debout comme les adultes, mais dans la station horizontale commune aux autres oiseaux. Dès qu’ils ont acquis assez de force et que leurs ailes sont suffisamment développées, ils gagnent aussitôt la haute mer, abandonnant leurs parents. Ces derniers, dont la tâche est terminée, voient peu à peu tomber la cuirasse de leur bec : les diverses pièces s’exlolient l’une après l’autre et le bec tout entier prend l’aspect représenté parla figure 2, IL La mandibule supérieure s’est complètement dénudée et les tons vifs dont elle était colorée se sont éteints. La mandibule inférieure subit la plus complète transformation ; le bec affecte une forme générale en fer de lance, et est plus tronqué. Les plaques de l’œil sont aussi tombées et la paupière prend une teinte jaunâtre; la rosace des commissures se rétrécit, le plumage perd la vivacité de ses tons et les pattes se décolorent en jaune pâle : l’oiseau n’est plus reconnaissable, à un tel point que, jusqu’à ce que les patientes investigations du Dr Bureau lui eussent permis de saisir la nature dans son mystérieux travail de transformation, on a cru longtemps qu’il y avait deux variétés distinctes de Macareux.
- Au mois de juillet, l’éducation des jeunes est terminée ; à ce moment a lieu le premier exode, à la fin du mois d’août les adultes gagnent à leur tour la haute mer et l’île retombe dans sa morne tranquillité. Où vont-ils? Loin, sans doute; car les tempêtes en ont rejeté les corps jusque dans le golfe de Gascogne. En les voyant partir au large, les pêcheurs ont cru qu’ils retournaient dans une lointaine patrie et assurent qu’ils viennent du Mexique. Leur véritable point d’origine est la Norvège et les îles
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- Feroë. Le phénomène de la mue du bec était depuis longtemps connu des pécheurs de ces contrées qui l’appellent du nom bien caractéristique de Lar-wentaucher, c’est-à-dire YOkeaii qui change de masque.
- On connaît deux autres variétés de Macareux : le if. Glacialis, qui habite le Spitzberg et le Groenland, et le F. Islandica qui vit en Islande et à Terre-Neuve ; ces deux variétés diffèrent peu de la variété Armoricana, ils sont plus gros, quelques détails dans le bec les différencient; mais tous sont sujets à cette curieuse transformation du bec.
- L’histoire de l’hôte temporaire de l’ile de Rouzic ne forme pas l’un des moins intéressants chapitres du livre si attachant de la nature : on y retrouve la trace de cette prévoyante attention qui a toujours entouré la reproduction et la continuité des espèces.
- II. Fourtier.
- CHEMINS DE FER FUNICULAIRES
- EX F U AX C E
- A la suite des expériences longtemps prolongées et suivies de réussite des chemins de fer funiculaires dans le Nouveau Monde, ce mode de traction tend à se répandre pour certains chemins de fer ou tramways présentant des pentes considérables; ce système a l’avantage, dans les endroits où la circulation est très active, d’encombrer beaucoup moins les voies, en laissant libre la place qui serait occupée par le moteur animal ou par la machine motrice. Enfin, avec la traction funiculaire, après un arrêt des voitures de transport, la mise en marche pour le départ se produit d’une façon immédiate, et sans perte de temps.
- 11 y a quelques semaines, a paru un décret déclarant d’utilité publique l’établissement à Paris d’un tramway funiculaire à câble sans fin, entre la place de la République et l’église de Belleville, et remontant le faubourg du Temple et la rue de Belleville. La largeur de la voie entre les bords intérieurs des rails sera de 1 mètre, la largeur des caisses des véhicules ne devant pas dépasser 1,60 m. Cette voie est d’ailleurs complètement celle d’un tramway avec rails noyés dans la chaussée et munis de contre-rails. Les courbes ne doivent pas être d’un rayon inférieur à 50 mètres; enfin le maximum des déclivités ne dépassera point 7 centimètres par mètre. Le nombre minimum des voyages à faire dans chaque sens sera de 192; les trains se composeront au plus de deux voitures, 'et la vitesse ne devra pas dépasser 12 kilomètres à l’heure. Le transport sera d’ailleurs assez peu coûteux : le prix en sera de 10 centimes pour toute distance; il y aura même des trains ouvriers à 5 centimes.
- Au moment où l’on décidait la construction de ce tramway, un autre projet analogue se faisait jour, mais cette fois en province, au Havre. Il existe dans cette ville une différence de 74 mètres entre la rue du Champ-de-Foire et la rue de la Côte, deux points qui sont en plan fort rapprochés. On a résolu de les réunir par un chemin de fer d’intérêt local à traction funiculaire.
- Les études définitives n’en sont pas encore faites, et il y aura lieu peut-être d’examiner postérieurement la solution donnée au point de vue des dispositions mécaniques.
- Cette ligne, destinée au transport des voyageurs et des
- bagages, a son origine à l’angle nord-est de la place Thiers; elle s’élève par un viaduc métallique sur colonnes au-dessus de la rue du Champ-de-Foire, longe l’escalier Bois-Gérard, s’engage dans une tranchée, passe en tunnel sous la rue de Montivilliers, et, après un autre parcours en déblai, aboutit au niveau de la rue de la Côte; sa longueur est environ de 510 mètres. Ce chemin de fer est à une seule voie en profil courant; il n’en présente deux qu’aux croisements, ou plutôt au croisement, qui sera sans doute unique et placé au milieu du parcours. La largeur de la voie sera de 1,20 m; celle des véhicules, 2 mètres au maximum sur 5 mètres de haut. On ne pourra employer que des courbes d’un rayon d’au moins 100 mètres; quant aux rampes, elles varieront entre 0,179 m et 0,446 m. Les rails devront être en acier de 20 kilogrammes le mètre courant. Les voitures seront à 52 places et d’une seule classe; elles seront munies de 4 freins automatiques qui devront se manœuvrer à la main, leur automaticité n’ayant à intervenir que dans le cas de rupture du câble de traction.
- Ce câble sera relié par une de ses extrémités au train montant, par l’autre au train descendant, s’enroulant d’ailleurs au sommet de la rampe sur un tambour de grande dimension. Une machine à vapeur, placée au sommet de la rampe, développera une puissance suffisante pour remonter un train montant chargé et un train descendant à vide. Il y aura douze trains par heure; et le prix de la place sera de 10 centimes. D’ailleurs, ce chemin de fer sera, pour ainsi dire, un ascenseur, et ne comportera aucune station intermédiaire. Daniel Bellet.
- EXPLOSION ET INCENDIE
- I)'UN NAVIRE PÉTROLIER
- Dans la soirée du 4 mars dernier arrivait, à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône), un beau trois-mâts autrichien, YHitar, capitaine Soich, chargé de 2748 barils d’essence de pétrole destinés à un vaste entrepôt d’huile et d’essence de pétrole établi sur les quais du port, depuis quelques mois, par la maison Bosq et Giraud, de Marseille.
- Les règlements de port veulent que l’on mette à bord des navires contenant une aussi dangereuse cargaison un garde-feu, soit un gardien chargé d’empêcher tout emploi du feu pour les préparations culinaires et de lampes pour l’éclairage. Malheureusement cette fonction n’a pas été prise au sérieux par la personne à qui on l’avait confiée, et elle l’a payé cher, ayant été une des malheureuses victimes de la catastrophe que nous allons raconter.
- Le 5 mars au matin, sur les 7 heures, une immense détonation se fit soudainement entendre. C’était YHitar qui sautait; à l’explosion succédait un incendie dont les flammes dépassaient plus de 100 mètres de hauteur, flammes accompagnées de tourbillons épais d’une fumée noire dont les sombres nuages obscurcissaient l’horizon.
- Le capitaine, plein de confiance en lui-même, avait, quelques heures avant, en présence du lieutenant de port qui recommandait la prudence, dit ces mots : « Je resterai à bord, le meilleur gardien, c’esl moi! »
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- Vaines paroles, puisqu’il n’a pu empêcher le malheur dont il a, d’ailleurs, été lui-même une des premières victimes en compagnie du garde-feu et de sept matelots. Trois marins seulement, parmi le personnel présent à bord au moment de l’explosion, ont pu s’en tirer, mais non sans de graves blessures. L’explosion s’est produite à l’arrière, d’après ce que l’on peut conclure des faits ; c’est pourquoi les matelots qui se trouvaient à l’avant ont été projetés en l’air avec violence et sont retombés à l’eau où on les a recueillis, sans avoir été tués, tandis que tous ceux qui étaient à l’arrière ont passé de vie à trépas immédiatement et sans avoir conscience de ce qui se passait. Les survivants eux-mêmes déclarent ne se rappeler en aucune façon comment ils ont été blessés, lancés à la mer, etc., tant la chose a été soudaine.
- L’incendie a duré plus de vingt-quatre heures, tout a brûlé, jusqu’à la ligne de flottaison. Par bonheur, le navire était isolé dans la rade de Bouc et assez éloigné des quais. D’autre part, fait très rare, le vent était à peu près nul, ce qui a permis aux flammes de s’élever verticalement sans pouvoir nuire aux alentours, mais les malheurs eussent pu être considérables si le vent eût dirigé les flammes vers le centre de population, vers l’entrepôt de pétrole lui-même.
- Le dessin ci-joint est la copie d’une photographie prise au moment de l'incendie par M. Giraud fils; il indique l'effet produit mieux que nous ne saurions le décrire.
- De pareilles catastrophes ne sont pas rares ; nous lisions à ce propos dans un journal que YHitar était
- Incendie du navire à pétrole l'IlUar, à l'ort-de-Bouc (Bouches-du-Rhône), le 5 mars 1889 ; aspect du nuage de fumée i heures après
- la catastrophe. (D’après une photographie de M. Giraud fiïs.)
- même être supprimés et remplacés par une garde ambulante faisant, en bateau, la ronde autour du navire.
- Au moment du débarquement et après l’ouverture des écoutilles, par les soins et sous la surveillance du lieutenant de port, il devrait être interdit aux ouvriers et marins, employés à la manutention de fumer et de produire du feu pour n’importe quel usage. De l’application rigoureuse de ces mesures de sûreté il ne peut évidemment que résulter une grande gêne pour le commerce, mais qu’est-ce que cette gêne à côté des malheurs immenses auxquels peuvent donner lieu de pareilles explosions ? La catastrophe de YHitar où ont péri.neuf hommes sera, il y a lieu de l’espérer, une leçon suffisante pour qu’à l’avenir on soit porté à exagérer plutôt qu’à négliger les précautions à prendre en pareil cas.
- Léon Vidal.
- le vingt-deuxième navire autrichien pétrolier qui périssait de la sorte. Seulement on a lieu d’être étonné que les règlements soient assez mal observés pour que, durant la présence de navires pétroliers dans les ports, il ne soit pas absolument impossible d’y faire du feu. Dans le cas qui nous occupe, il paraît démontré que c’est un matelot muni d’une lampe qui a enflammé les vapeurs d’essence accumulées dans la soute à voiles située à l’arrière.
- Il existait, en outre, du feu pour faire la cuisine de l’équipage sur le pont du navire. Ce sont là de bien regrettables imprudences.
- Il semblerait que, dès l’arrivée d’un pareil chargement dans un port, le premier soin de l’autorité compétente devrait être d’assigner au navire une place très isolée et d’obliger tout l’équipage à se transporter à terre pour y demeurer jusqu’au moment de l’entier débarquement de la cargaison.
- Les feux de position réglementaires, devraient
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- U GROTTE DE RECLÈRE EN SUISSE
- On vient de découvrir et d'explorer pour la première fois la plus merveilleuse grotte de la Suisse,
- pays riche, on le sait, en beautés naturelles de ce genre. Elle est située à quinze minutes du village de
- Fig. 1. — La grotte de Reclère récemment découverte eu Suisse. — Le lac et le temple.
- Fig. t. — Détail de la grande colonnade ‘ du temple.
- Reclère, au pied des derniers contreforts du Lhomond, à quelques mètres de la frontière française et à 2 kilomètres de Roche-d’Or, village juché sur la crête du Mont-Terrible et offrant vers le nord une vue
- Fig. 3..— Stalactites et stalagmites de 6 mètres de hauteur. Castor et Pollux.
- grandiose sur l’Alsace et les Ballons des Vosges. Nous y sommes descendus le dimanche, 20 janvier, pour prendre quelques mesures et les croquis dont La Nature a la primeur; ces croquis sont les
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- LA NATURE.
- premiers, avec ceux de mon collègue M. Clottu, qui aient jamais été pris de cette belle excavation.
- Comment cette grotte féerique a-t-elle pu demeurer si longtemps ignorée? Le puits vertical de 16 mètres de profondeur qui y donne accès, les cadavres des animaux morts qu’on y jetait de toute la contrée, la crainte des esprits malfaisants, étaient des motifs suffisants pour arrêter de peu téméraires villageois.
- Une échelle solide, presque verticale, permet à l’amateur d’atteindre le fond du puits sans difficulté ; on n’y risque que le vertige. La base de la grotte est une portion de nappe conique, fortement déclive, orientée vers le nord, dont le sommet est au pied de la cheminée d’accès et dont le pourtour est de 600 à 700 mètres. La voûte s’élève de 2 à 35 mètres au-dessus du fond. La température de l’atmosphère, au fond de l’excavation, est de 10° R, celle de l’eau qu’on y rencontre est de 5° R. Le fond de la grotte est à 70 mètres de profondeur verticale de l’ouverture du puits.
- Le plancher de la grotte est recouvert d’un grandiose chaos d’éboulis que les siècles ont arraché a la voûte. Des blocs énormes de calcaire, bizarrement entassés, entravent la marche de l’excursionniste. De leurs pointes aiguës, des centaines de sveltes stalagmites s’élancent curieusement vers la voûte à la rencontre de leurs sœurs les stalactites qui en descendent par milliers. Souvent elles se soudent les unes aux autres, tantôt en colonnettes grêles comme les tuyaux d’un jeu d’orgue ou le stipe des palmiers, tantôt en colonnes massives qui semblent porter la voûte. 11 en est qui ont la blancheur diaphane de la cire, d’autres l’éclat opalin de l’albâtre. Quelques-unes, qui semblent cannelées à distance, sont formées d'une agglomération de minces feuillets rayonnants : c’est l’image d’un livre ouvert dont on rapprocherait les couvertures par leurs faces extérieures. Frappez-en avec un maillet de bois et elles rendront le son saisissant du bourdon des cathédrales.
- Ignorant l’admiration des hommes ou la méprisant, la nature s’est élevé partout à elle-même, dans la nuit de ces profondeurs, des arcs de triomphe, des obélisques, des entassements de chapiteaux dont les moulures, les cannelures, les dentelures, l’originalité, ont échappé jusqu’ici au génie de l’architecte et du sculpteur. Des myriades d’efflorescences cristallines, rivières de diamants jetées à profusion, reflètent la lumière des flambeaux et des feux de Ren-gale. De nombreuses draperies tapissent les parois et pendent aux corniches ; leurs replis ondulés donnent le change à l’œil le plus exercé. Pour compléter son chef-d’œuvre souterrain, la nature y a déposé un petit lac où se mirent les colonnades et les lumières des visiteurs; cependant il est redoutable, non par ses tempêtes, mais parce qu’il participe aux dangers de la grève : il renferme plus de 2 mètres de vase et fait involontairement songer au terrifiant tableau que Victor Hugo trace de l’enlizement.
- G.-A. Châtelain.
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- LES MINES D’OR DU ZAMBÈZE
- Depuis quelques années, on a découvert au Transvaal des gisements aurifères d’une richesse extraordinaire. Il paraîtrait1 qu’on aurait trouvé des veines encore plus riches dans le pays plus au nord, vers le Zambèze, dans les contrées nommées Bcchouanaland, Souaziland, Mate-belcland, etc.
- Un vieil historien portugais qui fut le premier à reconnaître le Zambèze, en 1498, écrivait que, d’après les récits des indigènes, les pays environnants abondaient en or. Ces indigènes citaient même une province qu’ils appelaient Torva, et qui, d’après eux, contenait des mines très importantes provenant d’une très riche cité ; on y rencontrait même le palais de la reine de Saba. Par une coïncidence bizarre, les Maures de Sofala, dans leurs traditions écrites, indiquaient que le roi Salomon tirait ses richesses des mines de Torva. Dès 1650, la Cour de Lisbonne envoya une expédition à la recherche de ces mines, expédition qui d’ailleurs échoua piteusement. Mais un peu plus tard, une colonie portugaise s’établit sur le Zambèze, et il est démontré qu’elle expédia au Portugal pour plus de 25000000 de francs d’or.
- Les champs d’or du Zambèze sont situés au nord de la ligne de partage des eaux du Zambèze et du Limpopo. Un peu au sud de cette ligne de partage se trouvent les gisements aurifères de Tati. Nous les trouvons dans les pays des Matébélé; longtemps les mineurs ont été tenus en dehors de ce royaume; mais aujourd’hui ils y sont entrés et bien entrés. Les mines de Tati, que nous citions, sont les premières qui aient été découvertes dans le bassin du Limpopo ; elles ont été trouvées par M. Har-tley, qui y avait remarqué des traces de fouilles et des ruines d’anciens travaux de mines. Il y revint en 1866, accompagné d’un ingénieur et constata les traces de ces exploitations sur une superficie de 81 kilomètres de longueur sur 4 à 5 kilomètres de largeur.
- A environ 560kilomètres au nord des champs de Tati, se trouvent les gisements du nord, également en cours d’exploitation.
- Nous avons cité tout à l’heure, comme pays riche en gisements aurifères, le Souaziland : voici une preuve de cette richesse donnée par M. Elisée Reclus. Le souverain du pays est devenu un des plus riches potentats de l'Afrique australe, grâce aux nombreuses compagnies qui se sont formées pour exploiter les mines d’or de son territoire. Il touche comme part dans chaque exploitation au moins 75 000 francs par an.
- Le développement de l’exploitation de ces champs d’or, connus depuis longtemps, avait été primitivement empêchée par l’hostilité des indigènes. Aujourd’hui, rien ne va plus restreindre l’extraction; mineurs et émigrants vont accourir en foule dans cette riche région.
- «> D‘ B‘ RÉCOLTE ET PRÉPARATION
- DES PLANTES POUR COLLECTIONS
- (Suite. — Voy. p. 298.)
- Préparation des plantes. — Dès que l’on est de retour d’une herborisation, la première chose que l’on doit faire est de préparer les échantillons rc-
- 1 Voy. le Journal des mines.
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- cueillis. On ne doit jamais remettre au lendemain sous peine de voir ses récoltes plus ou moins endommagées. Dans le cas où la chose serait impossible, le mieux serait de laisser les plantes telles quelles dans la boîte à herboriser que l’on mettrait dans un endroit frais.
- Pour la préparation des Phanérogames, des Fougères, des Mousses et autres Cryptogames à contexture plus ou moins sèche, on s’y prend de la manière suivante :
- On doit avoir une forte quantité de papier jaune commun, dit papier de paille, qui est maintenant préféré au papier gris, sans colle, employé autrefois; il a sur ce dernier l’avantage de sécher rapidement parce qu’il absorbe moins facilement l’humidité ; il est d’une consistance plus ferme, ce qui donne plus de rigidité aux échantillons ; enfin il coûte beaucoup meilleur marché, ce qui est encore à considérer. Ce papier doit être du format que l’on a adopté pour son herbier.
- On aura préparé d’avance des coussins ou matelas en mettant cinq ou six feuilles doubles l’une dans l’autre.
- On place d’un côté un paquet de coussins et un paquet de feuilles doubles ou chemises, de l’autre côté sera la boîte à herboriser.
- On prend alors un coussin sur lequel on met une chemise ou feuille double ouverte, on dispose des plantes de manière à ce qu’elles conservent, autant que possible, leur port naturel et en évitant qu’elles se recouvrent l’une l’autre. Les échantillons conserveront les étiquettes qui leur ont été mises au moment de la récolte. Cette chemise étant fermée sera recouverte d’un coussin par-dessus lequel on mettra une nouvelle chemise que l’on garnira d’échantillons ; puis on placera un nouveau coussin, et ainsi de suite en ayant le soin de disposer alternativement de côté et d’autre les gros échantillons afin de bien équilibrer le paquet. Lorsque celui-ci aura atteint une hauteur de 25 à 50 centimètres, on mettra dessus et dessous des planchettes destinées à le maintenir. On fera autant de paquets que cela sera nécessaire jusqu’à ce que la récolte soit préparée. Chaque paquet sera alors soumis à une forte pression : on a imaginé pour cela des presses de différents modèles ; le plus simple est de charger chacun d’eux avec de grosses pierres ou autres objets pesants qui ont l’avantage d’exercer une pression continue au fur et à mesure que s’effectue le tassement (fig. 1).
- Le lendemain de la mise sous presse, on prend chaque paquet pour retirer les coussins qui ont absorbé une partie de l’eau contenue dans les plantes afin de les remplacer par des coussins secs pour les soumettre à une nouvelle pression. Pour cela il n’est pas nécessaire de toucher aux échantillons. On prend les chemises telles quelles pour en former de nouveaux paquets : on se contente seulement de redresser les feuilles qui se seraient repliées. Les coussins humides sont mis à sécher pour pouvoir s’en servir de nouveau.
- Lorsque les plantes ont rendu la plus grande partie de l’eau qu’elles contenaient, il n’est plus nécessaire de les soumettre à une pression aussi forte. Les paquets étant moins serrés, l’air circule entre les chemises et enlève ce qui reste d’humidité.
- On devra changer les coussins matin et soir le premier jour; les jours suivants un seul changement suffira. On facilite la dessiccation des plantes en étalant par terre, dans un endroit sec et bien aéré, les chemises garnies d’échantillons avant de les remettre sous presse.
- Pour activer davantage la préparation, on se sert d’un appareil nommé Préparateur botanique (fig. 2) qui est simplement formé de deux châssis en toile métallique entre lesquels on peut disposer une vingtaine de chemises, sans coussins, après que les plantes ont été pressées suffisamment, de manière à avoir rendu la plus grande partie de l’eau qu’elles contenaient. On ferme le paquet à l’aide de sangles et on le suspend soit au soleil, soit devant le feu, soit dans un endroit sec et bien aéré. Ce système donne les meilleurs résultats, pourvu toutefois qu’on ne mette pas un nombre trop grand d’échantillons dans chaque paquet, auquel cas on ferait pourrir ceux qui seraient au centre.
- Il faut bien se rappeler que les plantes sont d’autant mieux préparées et conservent mieux leurs couleurs qu’on change plus souvent les coussins et que la dessiccation est plus rapide.
- On reconnaît qu’un échantillon est suffisamment sec lorsqu’il est devenu rigide et qu’on ne sent pas de fraîcheur en le touchant.
- Le botaniste en voyage est souvent gêné par le manque de place pour faire ses préparations. L’exiguïté des chambres d’hôtel rend fort difficile l’éten-dage des plantes et le séchage des coussins humides. M. Yallot a décrit dans le Bulletin de la Société botanique de France, tome XXX, 1885, un appareil qui permet, jusqu’à un certain point, d’obvier à cet inconvénient (fig. 5). D’une construction simple et légère, il est d’un montage et d’un transport faciles. On peut faire un paquet de toutes les pièces qui le-constituent et sous cette forme (fig. 4) il tient très peu de place avec les bagages.
- Telle que nous l’avons décrite, la préparation dont il a été question plus haut convient aux petits échantillons minces et faciles à sécher, mais il en est d’autres qui exigent certains soins avant d’être mis sous presse.
- C'est ainsi que l’on doit amincir, à l’aide d’un couteau bien aiguisé, les parties trop épaisses, racines, tubercules, bulbes, tiges, en ayant soin que la partie qui reste représente suffisamment l’organe complet (fig. 5).
- Les plantes bulbeuses continueraient à végéter dans l’herbier grâce aux matières nutritives qui sont accumulées dans leurs parties souterraines. Pour éviter cela, il est nécessaire de les plonger pendant quelques minutes dans de l’eau bouillante. Une immersion d’environ vingt minutes dans un bain d’al-
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- cool ou de vinaigre donne également d’excellents résultats. Pour les plantes grasses : Sedum, Sem-pervivum, etc., la même précaution est nécessaire.
- Les échantillons trop grands doivent être divisés et chaquefragment séché séparément avec un numéro commun à tous.
- Il y a des fleurs charnues qu’on peut difficilement conserver en herbier : il est nécessaire d’en détacher quelques-unes pour les conserver dans de l’alcool. Ces mêmes soins sont applicables aux fleurs à structure compliquée qui, en cet état, sont d’une étude plus facile : c’est le cas de certaines Orchidées.
- Quand les inflorescences sont très denses, les fleurs se recouvrent lorsqu’on les met sous presse, elles noircissent et finissent souvent par pourrir. Une bonne précaution consiste à détacher quelques-unes de ces fleurs et à les sécher à part.
- Lorsque les inflorescences sont trop volumineuses,
- comme cela arrive pour les capitules de certaines Composées, il est indispensable de les fendre pour en faciliter la dessiccation. Certaines plantes, comme
- les Graminées, les Fougères, etc., sèchent beaucoup plus rapidement que d’autres. Il est nécessaire, en changeant les coussins des paquets en préparation, d’examiner soigneusement les échantillons et de les extraire au fur et à mesure qu’ils se trouvent être dans un état de sic-cité convenable. Les plantes séchées sont réunies en paquets en attendant qu’on puisse les introduire dans l’herbier. Si l’on est en voyage et qu’on veuille les expédier, il faudra mettre à chacune une étiquette sur laquelle on reproduira les notes prises sur le carnet d’herborisations. On fera l’emballage dans des caisses bien closes qu’on recommandera de placer dans un endroit sain, à l’abri de l’humidité pendant le voyage. Les Fougères, les Lycopodiacées, les Equisétacées,
- Fig. 1 et 2. — Presses pour la préparation des plantes.
- Fig. 3 et 4. — Appareils pour le séchage des plantes. Fig. 5. — Manière de couper les plantes.
- les Rhizocarpées, les Mousses, les Hépatiques, les Lichens, un bon nombre de Champignons, les Cha-racées, se préparent comme nous venons de le dire. Les Champignons charnus qu’on ne peut sécher seront conservés dans l’alcool après en avoir fait un
- dessin colorié. Pour la préparation des Algues, voir la brochure du DrBornetdont nous avons déjà parlé.
- — A suivre. — R* BOIS,
- Aide-naturaliste du Muséum d’histoire naturelle.
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- U PRÉVISION DU TEMPS
- TABLEAU SYNOPTIQUE A l’üSAGE I)E TOUT LE MONDE
- Le tableau que nous allons présenter à nos lecteurs et dont nous donnons ci-dessous une reproduction très réduite, est dû à MM. Plumandon, météorologiste à l’Observatoire du Puy-de-Dôme, et Colo-mès, juge au tribunal civil de Clermont-Ferrand. Il donne à chacun les moyens de faire la prévision du temps d’une manière mécanique, avec toutes les garanties d’exactitude qu’on obtient dans les Obser-
- vatoires, sans qu’il soit nécessaire pour cela de posséder la moindre connaissance spéciale. C’est une application très ingénieuse des lois acquises actuellement en météorologie, et elle affirme hautement les progrès considérables que cette science a faits depuis une trentaine d’années.
- Le Tableau synoptique de la prévision du temps, imprimé en six couleurs, est monté sur un fort carton de 0,76 m de largeur sur 0,60 m de hauteur. Il se compose essentiellement d’un cadran divisé en huit secteurs comprenant 216 cases, d’une carte, de 10 figures et d’une notice explicative. Une aiguille
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- TABLEAU SYNOPTIQUE DE LA PRÉVISION DU TEMPS
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- Tableau synoptique pour la prévision du temps, réduit par l'héliogravure.
- triple, mobile autour d’un pivot placé au centre du cadran, sert à trouver la case où il faut lire la prévision du temps. Chaque prévision, très concise, ne comporte que cinq ou six mots.
- On sait que quand une région de la surface terrestre est frappée par le mauvais temps, les hauteurs barométriques sont plus faibles dans cette région que dans les pays voisins. On dit alors que les hauteurs barométriques sont déprimées dans cette contrée, ou plus simplement qu’il y existe une dépression.
- Or, dans toute dépression de l’hémisphère boréal, l’air atmosphérique tourne autour du lieu qui présente le minimum de pression, et ce mouvement de rotation s’opère dans un sens (toujours le même) qui est l’inverse de celui de la marche des aiguilles d’une
- montre. Comme conséquence, à l’est du minimum, on a des vents du sud; au nord on a des vents d’est; au nord-ouest on a des vents de nord-est, etc.
- Le Tableau synoptique de MM. Plumandon et Go-lomès est basé sur cette loi, ainsi que sur celles qui déterminent la répartition des différents météores (pluie, neige, orages, gelées, etc.) au sein d’une dépression. Voilà bientôt quatorze ans que M. Plumandon fait la prévision quotidienne du temps à l’Observatoire du Puy-de-Dôme : cette longue expérience donne une valeur particulière aux prévisions formulées sur le Tableau.
- Pour faire la prévision du temps, on observe le point de l’horizon d’où viennent les nuages, ou, à défaut, le vent fourni par une bonne girouette. On
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- tourne l’aiguille vent vers le point trouvé. L’aiguille centre indique alors, à peu près, la direction dans laquelle se trouve le minimum de pression, c’est-à-dire le centre de perturbation. L’aiguille prévision montre le secteur de la dépression dans lequel on se trouve, et donne la prévision du temps.
- Gomme cette prévision, pour le même vent, varie avec les saisons, chacun des huit secteurs principaux est divisé en quatre autres correspondant aux quatre saisons. Comme elle varie aussi avec la hauteur barométrique, c’est-à-dire suivant que l’on se trouve plus ou moins à l’intérieur d’une dépression ou en dehors de toute dépression, les personnes qui possèdent un baromètre peuvent augmenter la précision des pronostics. Il leur suffit de lire dans chaque petit secteur la prévision qui se rapporte à la hauteur de leur baromètre : elle leur est suffisamment indiquée par les chiffres inscrits sur le cadran, et par les mots très bas, bas, moyen, haut, très haut
- imprimés sur l’aiguille. Les personnes qui n’ont pas de baromètre peuvent y suppléer dans une certaine mesure en considérant la hauteur barométrique comme d’autant plus faible que les nuages vont plus vite ou que le vent est plus fort.
- En somme, MM. Plumandon et Colomès mettent à la portée de tout le monde ce qu’on ne pouvait taire jusque-là que dans les Observatoires météorologiques. C’est un résultat qui ne manquera pas d’intéresser tous les amateurs de météorologie
- CHRONIQUE
- Variation des dates de Pâques. — Le dimanche de Pâques était cette année le 21 avril, tandis que l’an dernier, il figurait sur les almanachs, vingt jours plus tôt, le 1er avril. Il y a là des variations considérables sur lesquelles il est parfois utile d’être renseigné à l’avance.
- Variation des dates du jour de Pâques de 1801 à 1900. — Tableau dressé par M. James Jackson.
- M. James Jackson, le bibliothécaire bien connu de la Société de géographie, a eu l’heureuse idée de dresser un tableau des variations des dates de Pâques pendant tout le cours du dix-neuvième siècle. Nous le reproduisons ci-dessus. On verra par ce tableau que les variations de dates peuvent être de 34 jours, et que ces variations suivent une marche intermittente très régulière.
- Monocle photographique. — M. J.-B. Tondeur a récemment présenté à la Société française de photographie, un curieux petit appareil sous ce nom. Cet instrument fort simple, mais très utile, se compose d’une plaque d’ébonite découpée en forme de lorgnon, et percée au centre d’un trou de très petit diamètre. Il sert à indiquer l’intensité et la coloration de la lumière, son plus ou moins d’actinisme, ce qui permet d’en tirer des observations sur le temps de pose, plus précises que celles données par les photomètres optiques. Pour s’en servir, il faut appliquer le monocle sur l’œil et regarder par la petite ouverture : immédiatement le paysage change d’aspect, les ombres et les clairs semblent s’accentuer, la coloration dominante apparaît et l’on a la sensation exacte de ce que sera l’épreuve. Exemple : « Le 31 mars, dit M. Tondeur, à 3 heures, entre deux averses, le ciel est nuageux, le paysage peu lumineux, et nous estimons qu’il est impossible de faire un instantané. Cependant, en nous servant du monocle, nous sommes charmé de voir qu’il y a, contrairement à notre première impression, une grande quantité de lumière blanc-bleuté, c’est-à-dire très photogénique, les figures sont bien éclairées et nous en percevons les détails. Nous prenons un instantané que nous développons au révélateur Tondeur. Le résultat C6t excellent. )> Cela prouve que notre
- œil, objectif imparfait, non achromatique, d’une aberration sphérique considérable, a besoin d’un correcteur et que le monocle photographique remplit ce but en diminuant l’ouverture de la pupille. Ajoutons qu’il peut servir de loupe pour faire la mise au point sur le verre dépoli. Il permet aussi de faire la photographie sans objectif en le substituant à celui-ci par la chambre noire.
- lies orgues électriques â Saint-Jacques-du-
- llaut-Pas. — Nous avons déjà 1 décrit les combinaisons électriques ingénieuses adaptées par la maison Merklin et C° au fonctionnement des orgues. Nous annoncions que l’église Saint-Jacques-du-Haut-Pas aurait prochainement un orgue électrique. L’inauguration des nouvelles orgues a eu lieu le mercredi 1.0 avril. Ces orgues se composent d’un orgue de tribune, et d’un double orgue de chœur formant un ensemble de 44 jeux, 22 pédales d’accouplements et de combinaisons et 8 boutons de combinaisons électriques. Une console renfermant 4 claviers à mains et pédaliers se trouve placée dans le chœur derrière le maître-autel. Un seul organiste peut faire fonctionner à la fois l’orgue de tribune et les deux orgues de chœur alternativement ou simultanément. Nous avons assisté à l’inauguration de ces orgues; le fonctionnement n’a rien laissé à désirer.
- L’exploitation de l’asbeste au Canada. —
- Si tout le monde ne connaît point Vasbeste, il n’est personne qui ignore ce que c’est que l’amiante. Or, ces deux substances n’en font qu’une seule et même. Ce corps bizarre qui se présente sous une allure de végétal, en fibres
- 1 Voy. a0 807, du 17 novembre 1888.
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- LA NATURE.
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- flexibles comme de la soie ou du lin, n’est pas autre chose, on le sait, qu’un minéral. Le Canada en possède des quantités considérables, qui n’ont commencé à être commercialement exploitées qu’à partir de 1878. Mais aujourd’hui cette industrie a pris un rapide développement. Il y en a dix points d’extraction dans l’est de la province de Québec, à Thetford, Black Lake, Danville, Coleraine; une autre mine se trouve à Bridgewater, dans la province d’Ontario. En 1879, on n’exportait que 300 tonnes, valant 100000 francs; dès 1885, ces chiffres passent à 955 tonnes, d’une valeur de 540000 francs, l’extraction avait donc plus que triplé. En 1886, on arrive à 3458 tonnes, valant 1050000 francs. Enfin, les dernières statistiques, relatives à 1887, indiquent une extraction de 4619 tonnes représentant une valeur de 1 130000 francs. Sur ce total, la province de Québec fournit la plus grande partie à 400 tonnes près : et de la seule mine de Thetford on a extrait 2560 tonnes. Du reste l’asbeste de Bridgewater est employé surtout pour les toits qu’on fait en cette substance. Presque toute la production des mines du Canada est exportée en Angleterre ; ce commerce prend d’ailleurs des proportions considérables, étant donné qu’on découvre tous les jours de nouveaux usages à l’amiante. On songe à en créer des rideaux protecteurs dans les théâtres, entre la scène et la salle. On l’emploie aussi à entourer les fourneaux dans les usines pour empêcher les accidents de se produire. Enfin il est déjà employé en quantités considérables pour faire des toits incombustibles aux baraques en planches qu’on emploie beaucoup dans l’Amérique du INord et où les incendies se propagent le plus souvent par les toitures.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 avril 1889.— Présidence de M. Des Cloizeaux.
- Vraie séance de vacances de Pâques. Très peu de membres, pas de vice-président; ni l’un ni l’autre des deux secrétaires perpétuels dont M. Edmond Becquerel se charge de tenir la place et dont il remplit la fonction d’une manière vraiment supérieure.
- Le phonographe perfectionné. — La pièce de résistance de la séance a été la présentation, par M. Janssen, du dernier modèle réalisé par M. Edison dans son perfectionnement incessant du phonographe. M. le colonel Gou-deau a lu à cet égard une note qui renferme tous les détails désirables. Des expériences sont faites en séance et, sur l’invitation bienveillante de M. Janssen, nous sommes admis nous-même à en constater tous les résultats, même les plus délicats. Depuis sa première apparition l’appareil a subi de profondes modifications qui affectent même sa forme et son aspect extérieur. Tout d’abord ce n’est plus sur une feuille d’étain que se fait la rainure, mais sur un cylindre de cire, et la substitution amène ce résultat qu’on peut faire répéter au phonographe non plus cinq ou six fois les paroles enregistrées et à chaque émission avec une correction moins grande, mais cinq à six mille fois, c’est-à-dire indéfiniment. Un autre perfectionnement consiste dans la mise en mouvement du cylindre au moyen de l’électricité qui donne une régularité absolue d’allure, avec la vitesse que l’on veut, et qui permet d’arrêter et surtout de recommencer la même phrase ou le même membre de phrase autant qu’il peut être nécessaire. Enfin, les sons nasillards si désagréables dans les premiers modèles ont absolument disparu dans les audi-
- tions intimes, c’est-à-dire dans celles qui se font sans porte-voix, mais avec les tuyaux acoustiques introduits dans les oreilles. Il paraît que l’appareil est devenu tellement pratique qu’Édison en fabrique industriellement à raison de deux cents par jour, et nul doute qu’il ne se répande avec une rapidité analogue à celle du téléphone lui-même. Les services qu’il rendra sont innombrables. Un chef de service, un patron, au lieu de dire à son secrétaire ce qu’il veut écrire à un correspondant, le dit à son phonographe : un commis n’aura qu’à transcrire. Un orateur veut fixer ses pensées, un autre perfectionner sa diction ; il se fait répéter son discours, et devient vraiment son propre public, son propre critique. Les journalistes n’ont plus besoin de plume et le phonographe peut même actionner sans intermédiaire la machine à écrire ou la machine à imprimer. Combiné avec le téléphone transmetteur et le téléphone motographe, l’instrument merveilleux que nous venons d’entendre permet la transmission à distance, par exemple de New-York à Philadelphie (140 kilomètres) d’une conférence ou d’un concert. L’Académie vient d’entendre l'Ave Maria de Gounod avec l’accompagnement de la voix du maestro ; la Marseillaise par la musique militaire, etc. Mais que d’autres applications possibles! A côté des portraits des êtres chers dont nous sommes séparés, des grands esprits, des grands talents que nous admirons, nous aurons leur voix, parlée et chantée ! Les instructions judiciaires, les dépositions des témoins seront conservées indélébiles, etc.
- Composés du ruthénium. — M. Joly a déjà montré que les chlororuthénates de Claus sont en réalité des composés azotés et répondent à la formule RuCl3(AzO)2IICl. Aujourd’hui le même auteur décrit un chlorure RuCl3 (AzO) +511-0 et un oxyde nitrosé Ru203 (AzO)2 + 2H‘20. Ce dernier décrit par Claus comme bioxyde hydraté est . soluble dans les dissolutions alcalines et déplace l’acide carbonique dans les carbonates; il se dissout dans les acides minéraux et organiques donnant des sels rouges nitrosés. Ces combinaisons présentent une remarquable stabilité, tant en présence de l’eau qu’en présence des divers agents chimiques ; fait digne de remarque, car les combinaisons jusqu’ici connues du bioxyde d’azote avec les composés métalliques sont d’une grande instabilité.
- Destruction des hannetons. — Grâce à des primes habilement distribuées, le département de la Seine-Inférieure est arrivé dans ces derniers temps à diminuer considérablement le nombre des hannetons qui ravagent ses cultures. Dans sa dernière session, ainsi qu’il résulte d’une note lue par M. Reiset, le Conseil général a voté un crédit de 30 000 francs dans ce but, et à cette occasion, l’auteur a cherché des procédés propres à tuer industriellement les insectes capturés. Après avoir constaté l’inefficacité de l’asphyxie ou de la submersion, il recommande l’emploi de la naphtaline à la dose de 1/10 du poids du hanneton à tuer.
- Varia. — M, Landsileld adresse une note sur la géogra phie du terrain pleistocène. — Une notice sur les travaux de Gay-Lussac est rédigée par le comité qui se propose d’ériger une statue à l’illustre chimiste, sur une des places de Limoges, sa ville natale. — La théorie de la capture des comètes périodiques est exposée par M. Tisserant qui montre comment une ellipse parabolique peut devenir elliptique sous l’influence de Jupiter. — M. L’Hôte étudie la richesse en gluten du blé. Stanislas Meunier.
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- LA NATURE.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- Porte-plume-compas-tire-lignes. — Nous avons déjà signalé ici quelques petits appareils ayant pour but de réunir sous un volume aussi restreint que possible les différents instruments nécessaires au dessin linéaire ; nous continuons la série de ces intéressants appareils en signalant à nos lecteurs celui que représente notre gravure (fig. 1) et qui est à effets multiples. Il a été imaginé par M. J. Courtois. Il se compose de deux porte-plume, le plus petit faisant aussi porte-crayon, et d’une petite articulation en acier qui permet de les réunir ensemble. A cet effet, elle porte à chacune de ses extrémités un petit tube dans lequel peut coulisser à frottement dur chaque porte-plume. Le plus grand des deux se termine par un étui dans lequel on trouve deux plumes non fendues destinées à faire office de pointes sèches à l’occasion. On voit facilement, à l’inspection de la gravure, que l’instrument permet de tracer avec la plus grande facilité deux traits parallèles éloignés ou rapprochés à volonté et dont on peut varier l’épaisseur en employant des plumes de différentes grosseurs. En se servant de la grande branche comme pivot, après y avoir adapté une des plumes non fendues, et en faisant courir sur le papier l’autre branche munie d’une plume ou d’un crayon, on obtient le compas. On voit que les avantages de ce petit instrument sont nombreux et qu’il peut rendre service dans bien des cas où on ne dispose pas d’une boîte complète de dessinateur. Il sera, en outre, très utile pour le tracé des états de comptabilité et des portées de musique.
- Mesureur universel. —Nos lecteurs connaissent le curvimèlre que nous avons aussi décrit ici autrefois; il vient d’être perfectionné d’une façon inté-
- ressante par M. Elie Reuille et nous croyons utile de signaler sa forme nouvelle que représente notre figure 2. Le principe est toujours le même : une petite molette se déplace le long d’une vis lorsqu’on la fait rouler en appuyant légèrement sur la ligne à mesurer. Mais dans le curvimètre ordinaire, après celte opération faite, il fout prendre un mètre ou
- une échelle donnée, puis répéter la même opération en sens inverse pour connaître le chemin parcouru. Avec le nouvel appareil, cette seconde opération devient inutile; aussitôt qu’on est arrivé à l’extrémité de la ligne à mesurer, on lit, sur une échelle placée en dessous de la molette, le nombre d’unités parcourues. L’échelle peut être en millimètres ou en toute autre unité de longueur; actuellement, les instrument s faits par M. Reuille portent quatre échelles (France, Russie, Angleterre, Espagne) placées sur un même cylindre qu'il suffît de faire tourner d’un quart de tour, pour avoir sous la molette celle qu’on désire. Cet appareil se trouve, par suite de ce mode de construction, très propre à la conversion des mesures et lorsqu’on a évalué une distance anglaise, par exemple en yards, on a
- immédiatement sa valeur en mètres. On peut même d’une façon générale, en faisant abstraction des autres usages de l’instrument, considérer le cylindre comme une table de conversion permettant de transformer immédiatement une mesure française en mesure étrangère et réciproquement ; ou une échelle donnée en une autre. Il serait facile d’avoir un grand nombre d’échelles avec un cylindre d’un diamètre plus gros, ou une série de petits cylindres pouvant se placer facilement dans l’appareil.
- Nous n’avons pas besoin d’insister pour faire saisir les avantages que présente le nouvel appareil pour la lecture des cartes et des plans. G. M.
- Le Ptopriétmre-Gf’rant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahurc, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N» 851.
- 4 MAI 1889.
- LA NATURE.
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- LA. SCIENCE DANS LES MANUSCRITS A MINIATURES 1
- Il y a déjà quelque temps1, après avoir décrit les nouveaux aménagements du Département des Ma-
- nuscrits à la Bibliothèque nationale, j’avais annoncé mon intention de donner quelques détails sur les
- Fig. 1. — Le Labyrinthe de Crète, d’après un manuscrit du neuvième siècle de la Bibliothèque nationale, à Paris.
- manuscrits scientifiques les plus curieux exposés dans la galerie Mazarine. On y rencontre des ouvrages de géogra-phie, de médecine, de botanique, de chimie ou alchimie et d’art militaire, presque tous ornés de dessins ou de peintures du plus haut intérêt pour l’histoire pittoresque des sciences et de la vie pratique au moyen âge.
- Il suffit de citer Dioscoride,
- Polybe, Oppien,
- Ptolémée, et tant d’autres.
- Il serait fort intéressant, au point de vue de l’histoire des sciences et des diverses industries humaines, de recueillir par le dessin et de reproduire systématiquement tous les instruments, appareils, procédés figurés dans
- 1 Voy. ii° 769, du 25 lévrier 1888, p. 195.
- 17e année. — 1er semestre.
- Fig. 2. — Zodiaque, d’après le môme manuscrit du neuvième siècle.
- les peintures et ornements des manuscrits de la Bibliothèque nationale. Mais ce travail serait très
- long et ne donnerait pas, d’ailleurs, des résultats aussi considérables qu’on le croirait, parce que les calligra-phes et les artistes employés à ces sortes d’illustrations se sont souvent copiés les uns les autres et ont reproduit ser-vilement les mêmes figures. Les deux manuscrits d’Oppien sur la chasse, à l’un desquels nous avons emprunté les reproductions ci-contre en offrent un exemple entre bien d’autres.
- Voici, d’après des recherches prolongées, et surtout d’après le précieux ouvrage de M. Bordier sur les manuscrits grecs de la Bibliothèque, quelques-uns des appareils, instruments ou travaux dont on retrouverait ça et là des descriptions
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- LA NATURE.
- dans les beaux volumes de nos grandes collections :
- Elevage des abeilles, divers instruments d’agriculture : faucille, faux, maillet, fourche, joug, charrue, plantoir, etc., dans des manuscrits du onzième au seizième siècle ; — des figures anatomiques, les animaux les plus variés, des arbalètes, des avirons, des balances, des bandages et pansements, de nombreux modèles de barques et de bateaux a rames et à voiles, des bottines de toutes formes, lacées ou non, avec les crochets employés pour les boutonner, des brodeuses et tisseuses, des chaînes et chaînettes, des fauteuils, chaises, lits et sièges, des ateliers de charpentiers, des charrues, une chaudière à vapeur dans un manuscrit du seizième siècle, des ustensiles de chimie et des instruments de chirurgie avec des scènes représentant des opérations, des chantiers de construction de maisons et édifices, avec tous les appareils de levage des matériaux et les outils des maçons, des cuisines et apprêts culinaires, des pharmacies, des engins, ha-listes ou autres machines de guerre, depuis le dixième siècle, toutes sortes de figures de géométrie, des instruments de musique, des harnais et pièces de costumes sans nombre, un incendie, un percepteur d’impôts dans l’exercice de ses fonctions, des machines et instruments pneumatiques et mathématiques, diverses figures ou automates mis en mouvement par des machines, des médecins en consultation, des mortiers à piler les herbes ou substances pharmaceutiques, une sorte de samovar ou vase à eau chaude pour le service de la table, plusieurs zodiaques ornementés, etc., etc.
- Pour offrir à nos lecteurs quelques illustrations moins arides que des reproductions de plantes ou de figures géométriques, j’ai choisi dans le nombre deux manuscrits précieux à divers égards, par leur ancienneté, l’originalité de leurs miniatures ou leur reliure même.
- L’un de ces manuscrits, qui porte le numéro 13013 du fonds latin, est un volume d’un grand prix, écrit en beaux caractères romains, au neuvième siècle, sauf les additions de la dernière partie.
- C’est un traité de Comput ayant appartenu à l’Abbaye de Saint-Germain-des-Prés, et rédigé spécialement avec application, pour le calcul des fêtes religieuses, etc., au service de ce célèbre monastère. On y trouve deux calendriers détaillés, une table des cycles avec de courtes annales de l’Abbaye, les règles du comput, etc. A la suite de cette partie, et d’une époque postérieure, sont les livres de Beda sur la Nature et sur le calcul du temps.
- J’en ai reproduit deux dessins, dont l’un sert, pour ainsi dire, de frontispice, et dont l’autre, situé au milieu du volume, est grossièrement enluminé.
- Le premier (fig. 1) semble la classique reproduction du Labyrinthe de la Mythologie classique.
- A gauche, au haut de cette première page du manuscrit, on distingue assez vaguement une figure qui semble la représentation du diable, mais qui doit
- être celle du fameux Minotaure. Tête cornue, barbe à deux pointes, bouche et yeux marqués en rouge. Les pieds sont petits, ornés d’espèces d’anneaux aux chevilles; les mains sont immenses.
- Le Labyrinthe, qui occupe tout ce premier feuillet, est dessiné simplement à l’encre noire et mesure 17 centimètres et demi de diamètre. Le cercle central,de 4 centimètres,renferme le Minotaure,avec sa tête de taureau ornée de deux fortes cornes, assis sur une espèce de trône, les mains appuyées sur ses genoux, les pieds posés ou à peu près sur un banc. Cette figure, malgré la grossièreté de l’exécution, est très intéressante.
- Quant aux lignes qui composent le Labyrinthe, on en reconnaîtra la disposition. Le fil d’Ariane n’était pas inutile au vaillant Thésée pour se retrouver, sans perdre trop de temps, au milieu de ces méandres. Une ligne à moitié effacée, au-dessus du Labyrinthe, fait allusion à Dédale, le fameux ingénieur qui, avec son fils Icare, parvint à s’enfuir au milieu des airs pour se soustraire à cette inexorable prison.
- Au recto du feuillet 20, se trouve le Zodiaque dont nous donnons la reproduction (fig. 2). Le diamètre de la circonférence extérieure est de 19 centimètres et demi ; le cercle central a un diamètre de 84 millimètres. Ce dernier renferme, comme on voit, un serpent en S : le corps est vert et la tête couleur de chair; les deux ours qui sont placés dans ses anneaux ont également une tête couleur de chair, avec un pelage gris-brun. D’ailleurs, l’artiste qui a exécuté ce dessin assez barbare n’a guère usé que de deux nuances, le vert pour la carapace du Cancer, le corps du Scorpion, de la Chèvre, à laquelle il a donné une queue de poisson, le corps du Taureau et les vêtements des Gémeaux, de la Vierge, du Verseau, etc. Tout le reste est barbouillé d’un ton rose.
- Ce qui fait l’intérêt de ce dessin, c’est la naïveté des figures et l'àge du manuscrit, car l’antiquité romaine nous a laissé des zodiaques d’une exécution beaucoup plus belle et surtout plus artistique.
- Mais c’est le second manuscrit qui va nous offrir toute une série de dessins aussi curieux par le genre de l’ornementation que par le mouvement des scènes qu’ils représentent.
- Celui-là est en grec, d’une écriture fort élégante et fort lisible, sur vélin, et du quinzième siècle. Il porte le numéro 2736 du fonds grec et contient les Cynégétiques d’Oppien, c’est-à-dire ses quatre livres sur la chasse.
- Presque à chaque page se rencontrent des scènes enluminées, servant d’illustrations variées aux chapitres de l’ouvrage, et représentant des dieux, des hommes, des animaux, animés de couleurs vives et, en somme, harmonieuses, bien que traités d’un pinceau un peu inexpérimenté. On y compte ainsi, en tout, plus de cent soixante miniatures, et quelques pages en contiennent deux, et même trois. A la fin du manuscrit sont des vers de Constantin Manassa sur l’ouvrage d’Oppien, etc. Nulle part on ne découvre le nom du calligraphe ou de l’auteur des minia-
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- LA NATURE
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- turcs. Le manuscrit, composé de 00 feuillets à longues lignes, est du quinzième siècle. La reliure en est remarquable et d’une haute valeur. Elle est, en effet, en maroquin foncé, avec fleurons en maroquin clair, timbrée des armes de France sur les plats et des initiales de Henri II et de Catherine de Médicis, une 11 liée à deux C, avec trois croissants entrelacés.
- L’ouvrage d’Oppien sur la pèche manque à nos collections, bien qu’il ait fait probablement partie de la bibliothèque de Henri H.
- Au seizième siècle, cet ouvrage fut recopié par le prince des calligraphes, Ange Vcrgèce, et les peintures de cette copie, que possède aussi notre Département des Manuscrits sous le numéro 2757 du fonds grec, sont peut-être de sa fille, et de 155-4. Cet exemplaire, Vergèce l’indique lui-même, fut exécuté à Paris, pour le roi Henri II, et ses miniatures reproduisent minutieusement celles du premier manuscrit : c’est le quinzième siècle naïvement traduit, en quelque sorte, par le seizième. Mais précisément à cause du caractère de simplicité et de bonhomie des figures du quinzième siècle, j’ai préféré les choisir pour en faire reproduire quelques-unes qui sont placées sous les yeux de nos lecteurs. Je les expliquerai à mesure.
- Il est indispensable de donner d’abord quelques détails très sommaires sur ce genre d’ornementation. Ici, je ne puis mieux faire que de suivre le savant travail de M. Rordier, mort, il y a quelque temps, bibliothécaire honoraire à la Bibliothèque nationale.
- Tous les sujets peints dans le volume sont disposés par bandes horizontales; ils occupent toute la largeur de la page où ils se trouvent, tenant ordinairement la place de six à dix vers, et quelquefois la même page, comme je le disais plus haut, contient deux et jusqu’à trois sujets. I)e plus, il y a très peu de pages qui n’aient leur illustration, en sorte que pour 120 pages environ, — 00 feuillets, — dont se compose le poème, on compte, en réalité une série de 162 scènes peintes. L’exécution en est « très rude », ainsi que le disait un bibliographe du dix-septième siècle, et cette expression est juste, car les personnages paraissent avoir été jetés sur le parchemin à coups de pinceaux avec une rapidité extrême et une grande sûreté, sans autre guide qu’un léger tracé à la mine de plomb qui s’aperçoit encore en quelques endroits, par exemple aux folios 52, 56 et ailleurs.
- Après la pose de la couleur et de la forme générale avec un gros pinceau, l’artiste, dit M. Bordier, arrêtait le contour en le dessinant en brun ou en noir avec un pinceau fin. Ce procédé excessivement sommaire annonce une personne qui ne cherche jamais, ni pour la composition, ni pour le dessin, et qui copie un modèle qu’elle a sous les yeux, sans grand’peine et sans autre souci que d’aller vite.
- Il est donc très probable que les miniatures de ce manuscrit, malgré l’ancienneté relative de celui-ci, ne sont encore point originales, et qu’elles ont été rapidement copiées par leur auteur sur un manuscrit
- plus ancien. Oppien, dont la vie est connue, au moins dans scs principaux traits, vivait en Cilicie, au commencement du troisième siècle de notre ère, et présenta scs deux poèmes à l’empereur Antonin Caracalla, c’est-à-dire dans l’intervalle des années 211 à 217. Le souvenir et l’influence de cette époque éloignée ne paraissent revivre en rien dans ce manuscrit, mais il ne semble pas non plus représenter des costumes ni des objets du quinzième siècle, temps où il a été exécuté. Il semblerait pouvoir être placé, quant à son ornementation originaire, à égale distance entre ces deux époques : en effet, il présente souvent la physionomie des miniatures byzantines des dixième et onzième siècles, dont M. Bordier a précisément fait une étude approfondie. Citons quelques scènes. La première se trouve entre les vers 17 et 18, immédiatement après la litanie de louanges débitées par le poète à l’empereur :
- « Descendant de Jupiter Ausonien, fils de Vénus Assyrienne, digne rejeton de la race de Saturne !... » Elle représente Oppien en présence du souverain. Celui-ci est assis au dehors de son palais; derrière lui se tient debout un officier sans armes, et Oppien est aussi debout, légèrement incliné devant le prince. Il paraît que, suivant la tradition, il avait récité ses vers de mémoire à Caracalla, car il parle et n’a point de volume entre les mains. Rien de moins conforme à la vérité historique et à la pompe impériale que cette scène telle que le peintre l’a imaginée. L’empereur est vêtu d’une petite tunique verte à manches roses; tête nue, les épaules enveloppées d’une sorte de châle blanc, ayant un pantalon collant gris-noir et des bottines roses, il est assis dans un fauteuil en bois sculpté. Son confident porte aussi une tunique vert foncé avec un long manteau vert clair, un pantalon collant rouge et des bottines jaunes. Ils sont tous deux imberbes comme de jeunes garçons, avec les cheveux courts et bouclés. Oppien, au contraire, a la barbe pleine, les cheveux ras, il est grisonnant; sa tunique est de couleur rouge et s’arrête au-dessus du genou; ses jambes et ses pieds sont entièrement nus; il a sur les deux mains un manteau blanc qui les cache et dont les plis retombent devant lui.
- « Dieu a fait présent aux hommes, dit le poète, de trois genres divers de chasse; savoir : dans les airs, sur la terre et dans l’agréable espace des eaux. Chacune a ses voies differentes; pardonnez-moi, Néréides et divinités de la mer; pardonnez-moi, Dryades amies des oiseaux, la douce poésie m’entraîne et veut que d’abord je chante pour les Dieux qui tuent le gros gibier. »
- Ces vers sont entremêlés de trois peintures qui répondent aux trois genres indiqués : d’abord un double rang de quadrupèdes passants : lièvre, loup, sanglier, biche, lion, éléphant et deux autres bêtes; à l’une des extrémités de cette rangée est une femme en robe rose, pieds nus, le corps et la tête enveloppés d’un épais manteau à la manière des Vierges byzantines et de couleur verte; à l’autre extrémité est un
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- homme en tunique rose, jambes et bras nus, cheveux et barbe gris, très ressemblant à l’Oppien de la peinture précédente.
- Puis ce sont deux pécheurs dans un bateau, tandis qu’un troisième, à terre, retire un filet.
- Puis trois jeunes garçons et une jeune fille debout sous des arbres couverts d’oiseaux; un des garçons, le plus âgé, est accompagné d’un chien au pelage gris et tient sur le poing gauche un faucon ou autre oiseau de proie. Tout cela est peint avec les procédés expéditifs indiqués plus haut, c’est-à-dire avec une grande et grossière facilité. Les arbres surtout et les terrains sont exécutés avec une inexpérience extrême. Les oiseaux sont assez exactement reproduits et les hommes sont ce qu’il y a de mieux représenté.
- Les deux peintures suivantes paraissent être la continuation du même sujet. Celle d’au-dessous représente aussi deux rangées d’animaux, mais toutes les espèces mêlées àt~
- tôç ,7zà.cooç . uvj-patva,i/!fîvis); leurs noms sont écrits en lettres cursives d’or au-dessus de leur tête; à la partie supérieure de la page, on voit un chasseur occupé à prendre des oiseaux au moyen d’appeaux. Il est assis devant une tente riche et monumentale fixée en terre par des cordages, et dans l’intérieur de laquelle on aperçoit des animaux divers, un tigre, un lièvre, un cerf, un oiseau ; en face de lui est un jeune homme caché derrière un buisson, et entre eux, élevées sur des trépieds rustiques, sont deux cages renfermant des oiseaux. D’autres oiseaux libres volent entre les deux. Le chasseur est vêtu d’une longue tunique marron, quadrillée de noir, avec collet rouge, et coiffé d’un haut turban blanc.
- « Un bon chasseur, dit ici Oppien, ne doit pas être trop gras, il faut qu’il sache grimper les rocs, franchir les fossés et poursuivre la bête dans les bois; il ne faut pas non plus qu’il soit trop maigre, car il a quelquefois à combattre. Il le faut moyen en tout, très habile à lancer les flèches, portant la hache
- à la ceinture, ayant sa tunique coupée au genou et maintenue juste au corps par des courroies; enfin il doit marcher pieds nus pour ne pas éveiller l’attention du gibier. » Avis à nos modernes Nemrods.
- Au milieu de ces vers est intercalée une jolie peinture, la plus jolie probablement de tout l’ouvrage, qui représente le départ du chasseur, ou plutôt des chasseurs. Ils sont quatre, trois serviteurs en avant et le maître marchant à leur suite. Le premier serviteur et sans doute le plus expérimenté est un homme de trente ans (la peinture est assez fine et exacte pour permettre un tel détail), à barbe pleine, qui se baisse pour dénouer le collier d’un chien noir qu’il conduit;
- il a la tunique verte, et sur le dos un carquois plein et une hache. Le second, vingt ans, tient en laisse un chien basset jaunâtre; il a un coutelas à la ceinture, la hache au dos, une lance en main et la tunique bleue. Le troisième, quinze ans, en tunique rouge-orange, n’a qu’une hache qu’il porte dans la main droite, et de l’autre main il soutient sur son épaule une petite pièce de bois qui ressemble à un bout de poutre. Tous trois ont la tunique serrée comme le dit l’auteur, c’est-à-dire que le bas de ce vêtement est sanglé par deux courroies, l’une qui attache la pièce de devant par derrière, et l’autre la pièce de derrière par devant, en passant entre les jambes. Une sorte de maillot en étoffe blanchâtre et collante recouvre entièrement les jambes, et sur cette étotfe claire et lisse se dessinent en brun ou noir, savoir : aux pieds, des bottines en bandelettes de la même étoffe; au genou, des jarretières, et au milieu des cuisses, une sorte de bandage élégant en forme de bandelettes entrelacées. Le maître, qui vient ensuite, en tunique pourpre également relevée d’un seul côté, ne porte que son arc à la main et sur le dos un carquois ; son pantalon, plus simple que ceux de ses gens, n’a pas de cuissards. Mais c’est à la noblesse de la tenue et à l’air hautain du visage qu’on reconnaît le maître et aussi aux beaux traits droits
- Fig. 6. — Chasse à l’ours.
- Fig. 7. — Chasse au lion.
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- de sa physionomie, tandis que les trois jeunes gens ont les yeux bridés, le nez relevé, la bouche épaisse : c’est un Grec et trois Slaves ; le plus âgé de ces derniers, avec sa barbe rousse touiïue, a tout à fait l’air d’un moujik.
- La peinture, qui laisse saisir toutes ces nuances, est cependant très large. C’est, dit encore M. Bor-dier, une oeuvre de talent.
- Le reste du volume est rempli de nombreuses scènes de chasse où figurent les mêmes hommes, toujours dans le môme costume et mêlés aux mêmes animaux: peut-être le tout de la même main, mais exécuté avec cette bâte et cette négligence qui ôtent tout caractère aux choses.
- Userait donc inutile de continuer à décrire les scènes une à une.
- Nous nous arrêterons seulement à celles qui nous paraîtront offrir quelque trait il remarquer.
- Au vers 158 du manuscrit commence une description du cheval comme bête de somme, puis comme compagnon de guerre et de chasse. Le peintre suit ce récit, montrant un cheval sellé, qui porte sur la selle une sorte de malle en carré long, recouverte d’une tapisserie à bandes rouges et vertes. La scène située au-dessous représente deux guerriers cuirassés et casqués qui combattent à cheval, armés l’un d’un sabre, l’autre d’une lance. Puis
- c’est un jeune cavalier, vêtu à l’antique, c’est-à-dire d’une courte tunique verte, serrée sous les bras d’une ceinture rouge et garnie au col d’un léger
- mantclet qu flotte au vent derrière le cavalier (comme dans les monnaies romaines au type des Dioscures) ; il attaque à la lance un lion posé debout. Plus loin, des cavaliers, armés seulement de lances, attaquent une cour carrée dans laquelle une femme, en vêtements blancs, éplorée, est gardée par des nègres en burnous blancs, verts, bleus et rouges, qui repoussent, également à coups de lance, les assaillants; au-dessous, un guerrier couché sur la crinière de son cheval au galop, blessé et sanglant comme lui.
- Plus bas encore, le bige antique, monté par un guerrier somptueusement armé et un jeune enfant de moitié pluspetitquelui; ces deux personnages sont tout à fait insignifiants, et le char serait un bel exemple de perspective fausse et ridicule.
- Après avoir décrit en quelques vers le cheval au combat, le poète développe les merveilleuses aptitudes du noble animal,
- « Le coursier de guerre du roi de Macédoine, dit-il, était Bucéphale qui prenait sa part de l’action par la colère avec laquelle il déchirait la terre
- Fig. 8. — Chasseurs et lions pris au piège.
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- Fig. 9. — Ours pris au filet.
- Fig. 10. — Pèche au fanal. (D’après des miniatures d’un manuscrit du quinzième siècle.)
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- à coups de sabot. Tel cheval vole d’un pied si léger qu’il semblerait pouvoir courir sur la pointe des épis et tel autre passer sur la mer sans mouiller ses pieds; c’est le cheval qui emporta sur les images le vainqueur de la Chimère; c’est lui qui, en hennissant sous la main d’un habile cavalier, constitua jadis un roi des Perses le maîtfe de l’Asie. »
- Le peintre s’est complu dans ce passage.
- 11 l’a traduit en cinq scènes superposées qui remplissent à peu près une page, et il a enrichi son auteur par des détails qui ne se trouvent pas dans le texte. Voici quelques-uns des sujets par lui traités :
- Le roi de Macédoine est assis sur son trône et devant lui un homme du peuple amène un cheval blanc tenu par une bride de couleur écarlate. Le cheval et le roi ont leur nom écrit au-dessus de la tète : \lovx:fdïoç, <I>t).i7T7ro:. Quant à l'homme, c’est évidemment celui qui vendit Bucéphale à Philippe, ce Philonicus Thessalus nommé par Plutarque dans la Vie <ïAlexandre. Ensuite c’est Bucéphale dans son écurie : on l’aperçoit par une porte à jour que ferme un treillage, etc.
- Oppien décrit alors les diverses espèces de bons chevaux, ceux de Sicile, ceux d’Ibérie, ceux des Maures, ceux qui sont capables de soutenir le rugissement du lion, ceux qui chassent différentes bêtes féroces, et il mêle aux renseignements didactiques des légendes plus ou moins licencieuses et d’agréables rapprochements.
- Le peintre a semé là quinze de ses gouaches, la plupart représentant les chevaux divers dont parle le texte. On y compte vingt-six de ces animaux, assez mal dessinés, du reste.
- 11 y a deux scènes remarquables : l’une, représente un cha.seur, arabe, sans doute, courant le cerf; l’autre montre un fiancé en habits somptueux, couronné de Heurs, parfumé d’essences de Palestine, conduit chez sa fiancée par les matrones qui président aux noces, ou plutôt par deux danseuses dont l’une agite des crotales au-dessus de sa tête; l’autre tient de la main gauche un tambour de basque et de la droite un ustensile qui nous semblerait être un éventail, mais qui plutôt, selon Bordier, est cette cliquette, formée de trois languettes de bois qui frappent l’une sur l’autre, instrument antique, en-coreen usagedansles campagnes d’Italie; c’est leciste-
- Après les chevaux, l’auteur passe à l’étude des chiens, dont la description termine le premier livre.
- A cette description se mêlent des peintures peu intéressantes. Une seule mérite l’attention, elle représente le retour du travail des champs, le soir. Le maître, jeune homme d’une tournure élégante, une baguette en main, surveille ses travailleurs, deux valets occupés à décharger du blé; un troisième dételle les bœufs; plus loin, un chasseur tire un lièvre de la gueule du chien qui vient de l’apporter.
- Au livre suivant, l’auteur invoque Diane, déesse de la chasse (fig. 5, p. 555). 11 rappelle les Centaures et ces espèces d’hommes à jambes de cheval (fig. 4), qui furent les premiers chasseurs : Persée, vain-
- queur de la Chimère (fig. 5); Castor, l’inventeur de la ch asse à cheval; le Lacédémonien Pollux, qui dressa les chiens à faire la guerre aux bêtes féroces; Méléagre, habile à tendre des pièges; la généreuse Atalante, et celui enfin qui sait dompter tous les autres, l’Amour. Chacun de ces personnages est le sujet d’une peinture assez ridicule, mais curieuse à signaler pour montrer la part de la fantaisie dans toutes les œuvres scientifiques de cette époque; les petits satyres sont de la véritable caricature.
- Le poète décrit ensuite les travaux agricoles, le plaisir de dormir dans les champs, de boire du lait, de se baigner, de donner ses soins aux animaux domestiques, et d’abord à ces beaux bœufs dont les combats ressemblent, dit-il, au choc de vastes vaisseaux cherchant mutuellement à se détruire.
- H faut voir intervenir dans tout cela le héros favori, l’Amour. « Que tu es grand, ô valeureux Amour! Que ta puissance est sans limite! Que de grandes choses tu gouvernes, que de grandes choses dont tu te joues! Tu as pénétré le divin ciel lui-même et effrayé l’Olympe... »
- Puis l’auteur continue la description des animaux, principalement des bêtes à cornes et de celles qui fournissent l’ivoire, et le livre se termine par quelques vers sur de petits mammifères comme la belette, le hérisson et la taupe :
- « La taupe peut se vanter d’être du sang royal; lorsque Phinée, roi de Thrace, eut été aveuglé par Apollon, qui envoya de plus les Harpies pour le tourmenter à sa table, Zélés et Caloïs, ses fils, chassèrent les Harpies, les tuèrent et les donnèrent à manger à leur père; c’est alors qu’Apollon créa les taupes, race aveugle et vorace. »
- Nos naturalistes, qui cherchent encore à appliquer à la formation du type Talpa les doctrines de Darwin, pourront trouver dans Oppien quelques indications originales. Après la description de toutes les variétés de bêtes à cornes, l’auteur passe aux animaux qui se distinguent, non plus par les cornes, mais par les dents : le lion, le tigre, le sanglier, la hyène, le serpent et jusqu’au lièvre timide.
- Les cinq ou six dessins qui suivent donnent une idée des procédés de chasse usités à ces époques.
- La figure 6 fait voir divers animaux pris dans des filets, où les chasseurs les tuent. Un ours paraît avoir avalé un homme, ou plutôt il est tellement confondu avec lui dans une lutte corps à corps, que leurs sangs se mêlent, et que l’épieu du chasseur semble frapper l’homme terrassé par la bête féroce.
- Dans la figure 7, ce sont des lions dévorant des bœufs; un chasseur armé d’un arc vise une lionne acharnée sur un ruminant semblable à un buffle.
- Dans la figure 8, on voit des chasseurs armés de torches allant s’emparer de lions pris dans de solides filets tendus entre des perches.
- Même genre de chasse avec des rets, dans la figure 9, où des ours se sont laissé prendre 'a un piège compliqué encore de fortes barres armées de lames de couteaux la pointe en bas.
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- Enfin, pour donner une ide'e d’une scène de pèche, j’ai cru devoir reproduire la figure 40, qui représente une embarcation montée par trois pécheurs, et portant à la poupe un feu (*a-Jo?) destiné à attirer les poissons dans les filets, artifice qui, on s’en rend compte aisément, a réussi d’une façon assez satisfaisante. Dans la dernière section de l’ouvrage, le poète chante plus spécialement les différents genres de chasse et de pêche. Mais il traite très rapidement ces sujets; il n’y a dans ce livre que 455 vers, et il ne s’y trouve guère aucune peinture vraiment digne de remarque, sauf peut-être la cueillette des olives, la fabrication du fromage et l’apiculture,
- figurée par un homme au visage voilé qui prend un essaim sur un arbre ; après l’avoir étourdi par une fumigation, il s’apprête à le placer dans une boîte carrée. Cette rapide analyse aura sans doute permis à nos lecteurs de se figurer à peu près ce que sont ces curieuses reliques de l’art et de la science du moyen âge; j’espère avoir éveillé en eux la curiosité d’examiner ces intéressants manuscrits, dans la grande galerie Mazarine, à la Bibliothèque nationale, où sont libéralement exposés aux yeux du public toutes ces richesses et tous ces précieux matériaux de l’érudition. Charles Letort.
- Fig. 1. — L’ascenseur Roux, Combaluzier et Lepape.
- Fig. 2. — L’ascenseur Otis.
- LA TOUR EIFFEL
- LES ESCALIERS ET LES ASCENSEURS
- Dans quelques jours la Tour de 300 mètres sera inaugurée. M. Eiffel aura tenu toutes ses promesses, et, avec la précision qui convient à sonT>art, son œuvre sera terminée à heure fixe. Le travail qu’on y exécutait ces jours derniers était considérable et nous avons remarqué que l’on préparait même les illuminations du monument pour les fêtes du 5 mai ; une immense rangée de becs de gaz transformera en un ruban de feu chaque arc inférieur de la Tour, ainsi que les assises du premier étage. Une telle illumination qui sera accompagnée de flammes de Bengale, offrira assurément un spectacle féerique.
- Nous avons décrit l’immense construction, dans
- nos articles antérieurs1; il nous reste à parler des systèmes au moyen desquels on peut gravir le monument colossal.
- Nous le ferons d’après l’excellente description que M. Eiffel en a donnée dans une récente conférence.
- Les escaliers. — A chacune des piles est et ouest, sont disposés des escaliers droits de 1 mètre de largeur, avec de nombreux paliers, donnant un accès très facile jusqu’au premier étage.
- M. Eiffel estime que, en affectant l’un des escaliers à la montée, l’autre à la descente, ils pourront servir à la circulation de plus de 2000 personnes à l’heure.
- 1 Voy. n° 823, du 0 mars 1880, p. 225.
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- Au delà du premier étage et jusqu’au deuxième, on a disposé, dans chacune des quatre piles, un escalier hélicoïdal de 0,60 m de largeur : deux de ces escaliers sont affectés à l’ascension des visiteurs et les deux autres à la descente. Us assureront également la circulation d’environ 2000 personnes à l’heure.
- I)u deuxième étage jusqu’au sommet est disposé un escalier hélicoïdal d’une hauteur de 160 mètres qui ne sera pas mis à la disposition du public et qui sera simplement un escalier de service.
- Sur la plateforme du premier étage, dont la surlace est de 2400 mètrescarrés, est disposée une galerie ouverte à arcades, destinée aux visiteurs qui voudront jouir de la vue de Paris et de ses environs ainsi que de celle de l’Exposition.
- Ce promenoir a un développement de 283 mètres et une largeur de 2,60 m. En outre, quatre salles seront affectées à des restaurants ou à des brasseries et pourront contenir chacune 500 à 600 personnes environ.
- Au deuxième étage, dont la surface est de 1400 mètres, règne, sur le pourtour extérieur, une galerie couverte formant un
- deuxième promenoir dont le développement est de 150 mètres et la largeur de 2,60 m. La partie
- centrale est principalement
- Fig. 5; — Coupe des cabines de l’ascenseur Otis à la Tour de 300 mètres
- Fig. 4. — Mécanisme inférieur de l’ascenseur Otis.
- étage jusqu’au deuxième, 1’ moyen des deux ascenseurs
- destinée a servir de gare de passage entre les ascenseurs inclinés inférieurs et les ascenseurs verticaux supérieurs.
- Au troisième étage, on trouve une grande salle de 16 mètres de côté fermée par des glaces sur tout le pourtour et d’où on pourra observer, à l’abri du vent et des intempéries, le ma-gnilique panorama de 180 kilomètres d’étendue qui s’y développera sous les yeux des spectateurs.
- Au-dessus de cette salle, seront disposés les petits laboratoires destinés aux observations scientifiques ; au centre, sera placé l’escalier en hé-liceconduisant au phare, d’où le soir des projections électriques puissantes permettront d’illuminer les principaux monuments de Paris.
- Les ascenseurs. — Indépendamment des escaliers, l’ascension est facilitée par un certain nombre d’ascenseurs de différents systèmes :
- 1° Le système Roux, Combaluzier et Lepape.
- 2° Le sysjjème Otis. *
- 3° Le système Edoux.
- Du sol jusqu’au premier étage, il y a quatre ascenseurs, savoir : Deux du système Roux, Combaluzier et Lepape, et deux du système Otis. Du premier ascension s’effectuera au Otis, dont la course se
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- Fig. C. - Ascenseur Edoux pour aller du deuxième au tioisième étage de la Tour de 500 mètres. — Disposition des cages au plancher intermédiaire pour le transbordement des voyageurs à 2i0 mètres d’altitude.
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- continue jusqu’à cet étage. Enfin, du deuxième étage jusqu’à la plate-forme supérieure au-dessous du campanile', est installé un ascenseur du système Edoux.
- Ascenseur Houx, Gombaluüer et Lepape. — MM. Roux, Combaluzier et Lepape ont songé, pour la construction des ascenseurs de la Tour, dont la course s’opère le long de l’un des montants suivant une ligne inclinée et de courbure variable, à fractionner le piston rectiligne et rigide des ascenseurs ordinaires, et à constituer ce piston par une série de tiges qui viennent s’articuler les unes aux autres et
- Fig. 7. — L’ascenseur Edoux.
- forment ainsi un piston articulé (fig. 5). Cet organe agit par compression comme un piston ordinaire, et il est renfermé dans une gaine qui s’oppose à tout déplacement latéral. Cette gaine en fer est munie de nervures" qui servent de chemin de roulement aux galets de guidage dont la tête de chaque tige articulée est munie.
- Cette grande chaîne rigide est actionnée par une roue à empreintes située au niveau du sol et autour de laquelle elle s’enroule, à la façon d’une chaîne de drague, de manière à former une chaîne sans fin supportée par une poulie à la hauteur du premier étage.
- L*une des parois de la cabine est reliée à l’un des
- brins de cette chaîne et suit son mouvement; l’autre paroi est reliée à une chaîne semblable. La cabine est donc entraînée par un double système de chaînes, agissant simultanément, à la façon du piston des ascenseurs ordinaires, et, en outre, la plus grande partie du poids mort des chaînes et de la cabine se trouve naturellement et constamment équilibrée par suite de la disposition en chaîne sans fin; de plus, en cas de rupture dans la chaîne des pistons, tous les éléments se trouvant emprisonnés dans une gaine rigide, le contact de l’un à l’autre a toujours lieu et empêche ainsi toute chute de se produire : tout an plus un arrêt peut-il avoir lieu.
- Le mouvement est imprimé aux chaînes par un double système de pistons plongeurs de 1 mètre de diamètre et 5 mètres de course, sous l’action de l’eau emmagasinée dans des réservoirs placés à 115 mètres de hauteur. Le déplacement des plongeurs (st transmis avec un rapport de 1 à 13 à l’extrémité des dents des roues à empreintes, par l’intermédiaire de chaînes Galle, conduisant des pignons calés sur l’arbre de ces roues.
- La vitesse d’ascension est de 1 mètre par seconde, et la cabine peut contenir 100 voyageurs, qui atteindront ainsi en une minute le niveau de la première plate-forme.
- Ascenseur Otis. — Cet ascenseur est du système américain avec un piston hydraulique actionnant une moufle, comme dans les grues hydrauliques Armstrong (fig. 1, 3 et 4).
- Un cylindre en fonte de 0,95 m de diamètre et 11 mètres environ de longueur, est placé dans le pied de la Tour parallèlement à l’inclinaison des arbalétriers; dans ce cylindre, se meut un piston actionné par de l’eau prise dans des réservoirs installés au second étage et par conséquent à.une pression de 11 à 12 atmosphères. La tige du piston agit sur un chariot portant 6 poulies mobiles de 1,50 m de diamètre, chacune de ces poulies correspond à une poulie fixe de même diamètre, de façon à constituer un véritable palan de dimensions gigantesques mouflé à 12 brins.
- Le garant de cette énorme moufle passe sur des poulies de renvoi placées de distance en distance jusqu’au-dessus du second étage et redescend s’accrocher à la cabine ; il en résulte que, pour un déplacement de 1 mètre du piston dans le cylindre, la cabine monte ou descend de 12 mètres.
- Afin d’équilibrer une partie de la charge de la cabine, on fait usage d’un contrepoids qui se déplace en roulant sous le chemin des ascenseurs.
- Les câbles en fil d’acier qui suspendent la cabine sont au nombre de six, dont deux sont reliés au contrepoids et quatre appartiennent au système des poulies mouflées. Un seul de ces câbles pourrait supporter, sans se rompre, le poids de la cabine et des voyageurs.
- On a placé, en outre, sous la cabine, un frein de sûreté à mâchoires qui fonctionnerait automatiquement en cas de rupture, ou même d’allongement
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- anormal de l’un des câbles. Le contrepoids qui agit par l’intermédiaire de câbles moufles trois fois, a une course d’environ 43 mètres; il est également pourvu d’un appareil de sûreté qui rend sa chute impossible.
- La cabine de cet ascenseur ne contient que cinquante voyageurs; mais, comme sa vitesse ascensionnelle est de 2 mètres par seconde, soit le double de celle des autres ascenseurs, son rendement peut être le même.
- Ascenseur Edoux. — Un plancher intermédiaire, disposé à mi-hauteur entre le second étage et la plate-forme supérieure, est le point de départ de l’ascenseur Édoux, c’est-à-dire d’un ascenseur hydraulique vertical à piston plongeur analogue à celui du Trocadéro, dont Ja cabine est disposée sur l’extrémité de ce piston. Cette cabine effectue le transport depuis le plancher intermédiaire jusqu’à la plate-forme supérieure, soit une course de 80 mètres.
- Elle est reliée par des câbles à une deuxième, qui forme contrepoids, et qui transporte les voyageurs du deuxième étage jusqu’à ce plancher intermédiaire, sur une hauteur égale de 80 mètres, de manière qu’à l’aide de ces deux cabines, voyageant en sens contraire, et par un simple transbordement à mi-hauteur, on effectue une course totale de 160 mètres. Notre figure 6 montre cette manœuvre de la substitution des voyageurs d’une cabine à l’autre. La figure 7 représente l’ensemble des ascenseurs Edoux, avec la disposition du plancher intermédiaire AB.
- Le guidage de l’ascenseur est constitué par une poutre-caisson pleine occupant le centre de la Tour, de 160,40 m, et par deux autres poutres de sections plus petites, l’une, à gauche, allant du second étage au plancher intermédiaire, et l’autre, à droite, allant de ce dernier plancher au sommet de la Tour.
- La première cabine est portée par deux pistons de presse hydraulique, de 0,52 m de diamètre, donnant ensemble une section de 1600 centimètres carrés et se déplaçant dans des cylindres en acier de 0,58 m de diamètre. Ces deux pistons sont articulés à leur partie supérieure sur un palonnier, dont le milieu porte la cabine; de cette façon, celle-ci s’élèvera toujours régulièrement, sans être influencée en rien par les légères variations de vitesse des pistons, variations ne pouvant résulter, et cela dans une très faible mesure, que de frottements inégaux aux garnitures des pistons.
- De la partie supérieure de cette première cabine et des deux extrémités du palonnier, partent quatre câbles qui, [tassant sur des poulies établies au sommet de la Tour, soutiennent la deuxième cabine; deux des câbles s’attachent sur un palonnier, au milieu duquel est suspendue cette cabine ; les deux autres câbles sont fixés directement au corps de la cabine même et sont destinés à servir de système de sécurité.
- Les cabines qui doivent pouvoir élever 750 per-
- sonnes à l’heure, ont une surface de 14 mètres carrés et peuvent contenir environ 65 personnes. La durée d’une ascension, avec une vitesse de 0,90 m par seconde, se décompose ainsi : une minute et demie pour la course de chaque cabine et une minute pour le passage de l’une à l’autre, soit cinq minutes pour un voyage aller et retour, ou quatre minutes pour la durée du trajet de la deuxième plate-forme au sommet.
- Les deux cylindres moteurs des cabines sont alimentés par un même distributeur, assurant ainsi dans chacun d’eux une admission égale, et donnant pour le piston des déplacements égaux.
- Ce distributeur est alimenté lui-même par un réservoir situé au sommet de la Tour et d’une capacité d’environ 20 000 litres.
- Un frein très puissant, emprunté au dispositif indiqué par M. Backmann, permet de répondre absolument de tout accident et d’affirmer que, même dans le cas de rupture d’un organe important de l’ascenseur, les visiteurs portés par la cabine n’auraient à redouter aucune chute.
- Tous les ascenseurs que nous venons de décrire étant mus par l’eau, comportent l’installation de plusieurs systèmes de pompes à vapeur : les unes du système Girard, pour les ascenseurs Roux etOtis; les autres du système Worthington, pour l’ascenseur Édoux. Ces pompes nécessitent un travail continu de 500 chevaux.
- L’ensemble de ces ascenseurs permettra d’élever, par heure, 2550 personnes au premier et au deuxième étage, et 750 personnes au sommet : la durée de l’ascension s’effectuera en sept minutes.
- En y comprenant les escaliers, il sera possible, par l'ensemble des moyens prévus, de permettre la visite de la Tour à 5000 personnes par heure.
- Nous avons la persuasion que ces systèmes auront à fonctionner sans cesse, car le nombre des visiteurs sera immense. Tout le monde voudra visiter le grand monument de fer, et admirer les spectacles aériens qu’il permettra de contempler à son sommet.
- Gaston Tissandieu.
- LE NOUVEAU PHONOGRAPHE D’EDISON
- Depuis l’époque à laquelle le célèbre inventeur américain Edison a présenté son premier phonographe, en 1877, il n’a cessé de lui apporter périodique ment des perfectionnements de nature à en améliorer le fonctionnement et à en accroître l’utilité pratique.
- Dans La Nature1 du 21 janvier 1888, nous avons présenté à nos lecteurs la forme à laquelle semblait devoir s’arrêter l’inventeur américain, pour laquelle on prévoyait, comme à l’origine, des applications sans nombre. Il faut croire cependant que l’inventeur ne considérait pas son œuvre comme parfaite, car il n’a fait qu’y travailler depuis, et il
- 1 Voy. n° 764, du 21 janvier 1888, p. 125.
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- semble que la perfection est aujourd’hui presque atteinte, si l’on en croit l’accueil enthousiaste que l’appareil a reçu à Y Académie des sciences, dans sa séance du 25 avril, lorsque M. Janssen en a fait la présentation au nom d’Edison et de son représentant, M. le colonel Gouraud.
- Le nouvel appareil que représente la gravure ci-dessous (fig. 1), comporte plusieurs améliorations fort bien indiquées dans la Note de M. Janssen, Note que nous croyons utile de reproduire presque in extenso.
- Les perfectionnements apportés au nouveau phonographe portent principalement sur trois points. Tout d’abord,
- l’organe unique destiné a produire, sous l’influence de la voix ou des instruments, les impressions sur le cylindre et à reproduire ensuite les sons par l'action du cylindre, a été dédoublé. Ce dédoublement me paraît très heureux et très important. Il a permis d’approprier d’une manière beaucoup plus précise l’organe à la fonction spéciale qu'il doit remplir.
- Ainsi, dans le nouvel appareil, l’inscription delà membrane vibrante se fait au moyen d’un style dont la pointe est façonnée de manière à entamer et couper la matière assez ductile et de consistance bien appropriée qui forme les nouveaux cylindres. 11 résulte de celte action du style inscripteur un copeau d’une délicatesse extrême et sur le cylindre un sillon qui traduit les mouvements les plus
- Fig. 1. — Le nouveau phonographe d’Edison ; dernière forme de l’appareil présenté à l’Académie des sciences par M. le colonel Gouraud. Le cornet sur la droite, est l'embouchure pour l’enregistrement de la voix ; le tube blanc ramifié du premier plan est destiné à l’audition simultanée et binauriculaire pour quatre personnes. Les cylindres blancs sur la gauche sont les phonogrammes.
- délicats de la membrane vibrant sous l’action de son générateur.
- Si le style inscripteur a été construit de manière à produire un sillon traduisant aussi rigoureusement que possible les mouvements de la membrane vibrante, le style et la membrane reproducteurs du son ont été combinés au contraire pour recevoir de ce sillon leurs mouvements vibratoires sans altérer celui-ci, et M. Édison a si bien atteint ce but qu’on peut reproduire un nombre presque illimité de fois la parole inscrite sans altération sensible.
- Ce sont précisément les organes dont je viens de parler qui ont reçu les perfectionnements récents auxquels je faisais allusion en commençant. Je ne me crois pas autorisé à entrer à leur égard dans plus de détails.
- La substitution à la feuille d’étain d’une matière plastique, qui se laisse découper avec une grande précision
- et sans exiger d’effort appréciable, est aussi fort heureuse.
- Le troisième perfectionnement très important regarde les mouvements. Dans l’ancien appareil, c’était le cylindre inscripteur qui se déplaçait; dans le nouveau, c’est le petit appareil qui porte les membranes et les styles. Le mouvement est donné par l’électricité. Un régulateur à boules muni d’un frein permet d’obtenir des vitesses variables et, par suite, une émission des sons plus ou moins rapide. Mais dans tous les cas l’appareil est construit d’une manière si parfaite qu’on peut rapidement mettre en accord le mouvement de translation des styles et celui de rotation du cylindre, accord qui doit être rigoureux pour la bonne émission des sons et la conservation des cylindres qui portent les inscriptions. Ainsi l’on peut ralentir ou précipiter l’émission des sons, ou l’interrompre et la reprendre à tel point qu’on veut, ou encore recommencer
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- l’émission tout entière autant de fois qu’on le désire.
- Le phonographe paraît surtout apte à reproduire avec une perfection surprenante les sons aigus; cependant je dois reconnaître que les sons de la voix d’une tonalité assez basse ont été très bien reproduits. Il ne faut pas perdre de vue que M. Edison a cherché, dans son nouvel instrument, à obtenir la perfection dans la reproduction des sons et non leur puissance : aussi doit-on toujours se servir des tuyaux acoustiques pour obtenir une bonne audition du phonographe.
- Il est liés intéressant de constater que le phonographe vibrant peut non seulement enregistrer tous les sons de l’échelle musicale et ceux qui sont amenés par le parler des diverses langues, mais encore les sons de tout un
- orchestre qui se présentent simultanément à l’inscription. Il y a là une constatation du plus haut intérêt au point de vue théorique, car elle nous révèle les merveilleuses propriétés des membranes élastiques. Il faut reconnaître que le téléphone nous avait déjà grandement instruits "à cet égard.
- Je suis persuadé que, indépendamment des usages que le nouvel instrument recevra et qui se multiplieront au delà même de ce que nous pouvons prévoir aujourd’hui, le phonographe deviendra le point de départ d’importantes études théoriques d’Acoustique et de Mécanique moléculaire. C’est donc un beau problème que M. Edison a résolu, et tous les amis du Progrès et de la Science lui doivent un tribut d’admiration et de reconnaissance.
- Fig. 2. — Edison à New-York écoulant le premier « phonogramme » envoyé d’Angleterre. (D’après une photographie communiquée à La Nature par M. le colonel Gouraud.)
- Déjà, en septembre 1888, le nouveau phonographe était assez perfectionné pour que, au Congrès de l’Association britannique pour l’avancement des sciences, M. Janssen ait pu envoyer à Edison le pho-nogranime suivant :
- « Le problème de reproduire artifîciellemant la voix humaine est un des plus étonnants que l’homme ait pu se proposer. 'Le génie de M. Edison nous en donne la solution et son nom sera béni de tous ceux qui pourront entendre encore la voix aimée de ceux qu’ils ont perdus. C’est la première voix française qui, sous cette forme si nouvelle, traversa l’Atlantique. »
- Cet envoi d’un pronogramme français en Amérique suivait de très près le premier phonogramme expédié d’Amérique par Edison à son représentant, M. le
- colonel Gouraud, alors à Londres, lettre parlante dans laquelle on entendit Edison parlant, toussant, riant et finissant sa lettre en exprimant le plaisir qu’il aurait à entendre la voix de son représentant au lieu de se fatiguer à lire sa mauvaise écriture.
- Depuis cette époque, les phonogrammes se sont succédé et l’on n’est plus à compter les lettres parlantes échangées entre l’Ancien et le Nouveau Monde.
- Le phonographe perfectionné est devenu aujourd’hui un instrument pratique d’une utilité journalière. Il sert tous les jours de sténographe auquel on dicte les réponses aux lettres reçues, réponses que l’appareil répète à loisir à un employé dont le rôle consiste à transcrire ce qu'il entend, et dont toute la science se borne à écrire convenablement sous la dictée phonographique, soit a la plume, soit
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- à la machine : le phonogramme peut même remplacer le manuscrit d’imprimerie et dicter la copie directement au compositeur, application déjà réalisée en Angleterre et en Amérique.
- Parmi les autres applications indiquées par M. le colonel Gouraud dans une note à laquelle l’Académie a fait les honneurs d’une insertion in extenso, nous en énumérerons encore quelques-unes.
- Transmission postale des messages phonographiques ou phonogrammes.
- Enregistrement préalable des discours des hommes d’Etat, avocats, prédicateurs, orateurs, etc.
- Répétition des rôles par les acteurs et chanteurs en vue de corriger l’articulation et la prononciation.
- Conservation et répétition indéfinie de la voix des hommes célèbres, des adieux d’un mourant, des paroles d’un parent aimé, etc.
- L’une des plus curieuses expériences que le nouveau phonographe d’Edison, combiné avec le moto-graphe et le transmetteur à charbon, a permis de réaliser, est la téléphonographie , c’est-à-dire la transmision à distance et Y inscription phonographique d’un phonogramme, expérience déjà décrite dans La Naturel, et sur laquelle il est inutile de revenir.
- Le programme de la séance phonographigue qui, à l’Académie, a suivi la communication de M. Janssen et celle de M. le colonel Gouraud, mérite une mention spéciale; en voici la reproduction.
- Paroles. — Paroles de M. Janssen, ex-président de l’Académie, adressées à M. Edison ; paroles de M. Berger au même; messages des correspondants de quelques ournaux français à Londres, adressés à leur éditeur.
- Quelques mots dans les langues suivantes :
- Français, anglais, espagnol, italien, hollandais, grec, latin, syriaque, turc, hébreu, arabe.
- Musique. — La Marseillaise, jouée par la musique militaire des gardes de la reine; Hail Columbia, jouée par la musique militaire des gardes de la reine ; Marche du régiment; duo de piano et cornet à piston, musique de Gounod; duo de cornets à piston; Ave Maria, de Gou-nod, chanté et accompagné par lui-même.
- La séance s’est terminée par des félicitations envoyées phonographiquement par l’Académie à l’heureux inventeur et le souhait de le voir bientôt à Paris, à l’occasion de l’Exposition universelle.
- Depuis la séance du 23 avril, d’autres auditions, une en particulier chez M. Janssen, le 25 avril, ont obtenu le même succès et soulevé le même enthousiasme parmi les invités privilégiés de ces fêtes scientifiques. E. Hospitalier.
- NÉCROLOGIE
- Warren de la Rue. — Le 19 avril 1889, M. Warren de la Rue, dont nos lecteurs connaissent les photographies célestes et les expériences d’électricité, mourait d’une fluxion de poitrine dans son hôtel de Portland Place, à Londres. Ce savant était directeur de la célèbre maison de la Rue et Cie, fabricants de papier de fantaisie,
- 1 Voy. n° 825, du 25 mars 1889, p. 2(il.
- fondée par son père il y a environ soixante-dix ans. Il était né à Guernesey en 1818, et avait été élevé au collège Sainte-Barbe. Il était commandeur de la Légion d’honneur et correspondant de l’Académie des sciences dans la section d’astronomie. Il est un des fondateurs de l’application de l’analyse spectrale à l’étude de la physique du soleil, et de la photographie à l’observation de la figure des planètes. Il a fait hommage '>'1 Conservatoire des arts et métiers de magnifiques clichés de la Lune et des éclipses de soleil qui sont exposés dons la galerie de photographie. Ses recherches sur l’étincelle électrique ont été exécutées avec une pile au chlorure d’argent de 15 000 éléments. Elles ont été entreprises en collai oration avec son ami Phil. W. Muller et sont décrites dans les Transactions philosophiques avec de magnifiques figures. Warren de la Rue a été deux fois président de la Société d’astronomie de Londres, une fois président de la Société de chimie, membre du Conseil de la Société des arts, et pendant plusieurs années secrétaire de la Société royale. lia eu, pendant plusieurs années, un observatoire d’astronomie physique dont il a fait don, en 1875, à l’Université d’Oxford. C’est à l’aide de ces instruments que M. Pritchard a déterminé la parallaxe de la 61e étoile du Cygne à l’aide d’un procédé photographique.
- Aewall. — Par une coïncidence malheureuse, nous avons à enregistrer la mort d’un autre savant anglais, qui a donné récemment à l’Université de Cambridge la magnifique lunette astronomique qu’il avait fait construire pour son usage personnel. Cet homme généreux était M. Newall, et habitait presque toujours la ville de New-cas tle-upon-Ty ne. C’est dans cette ville que Y Association britannique pour le progrès des sciences tiendra sa session prochaine au mois de septembre, et les habitants de Newcastle s’étaient entendus pour élever une nouvelle fois M. Newall à la dignité de maire. Cet homme de bien avait fait sa fortune à l’aide d’un brevet pris en 1840 pour la fabrication des câbles en fer. C’est grâce à son invention qu’on a pu poser les câbles du Pas-de-Calais, les câbles de la mer Noire, et plus récemment les câbles transatlantiques dont il futun des pionniers. M. Newall contribua . personnellement à la pose d’un certain nombre de câbles sortis de ses ateliers, et notamment en 1859, à la pose du câble de la mer Rouge. Après la réussite complète de cette dernière opération, il revint en Angleterre à bord de Y Alma. Ce navire ayant fait naufrage, M. Newall montra le plus grand sang-froid, et contribua au sauvetage de ses compagnons d’infortune, qui auraient tous péri sans son intervention. M. Newall était né à Dundee en 1812.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 avril 1889. — Présidence de M. IIeh.mjte
- Les variations de Vazote dans la terre arable. — Notre savant et sympathique collaborateur, M. le professeur Dehé-rain, expose les faits nouveaux auxquels le conduisent de longues expériences poursuivies à» Grignon depuis 1875, et qui vont apporter de vives lumières sur la question si controversée de l’azote. D’après l’auteur, quand des terres enrichies de matières organiques azotées par des fumures abondantes ou par le maintien prolongé d’une prairie artificielle, sont cultivées sans engrais, elles perdent des quantités d’azote bien supérieures aux exigences des récoltes; ces pertes sont très rapides quand on cultive des betteraves, un peu plus lentes sur les terres qui portent du maïs fourrage, plus lentes encore quand la terre porte des poin-
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- LA NATUI1E.
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- mes de terre et du blé. Si les pertes subies par les sols pendant les premières années d’observation (1875-1878) s’étaient continuées pendant les années suivantes avec la même énergie, les terres seraient aujourd’hui complètement ruinées, mais ce n’est pas ainsi que les choses se passent. Les pertes s’atténuent peu à peu, deviennentnulles, puis sont remplacées par des gains peu considérables, quand la terre est labourée chaque année, mais suffisante cependant pour enrichir le sol, tout en fournissant à l’alimentation des récoltes. Lorsque la terre est maintenue en prairie, soit de légumineuses, soit de graminées, la fixation de l’azote est telle que la terre s’enrichit notablement; un sol qui en 1878 renfermait 2,04 gr d’azote combiné par kilogramme, était tombé à 1,50 gr en 1879, après quatre récoltes de betteraves; mis en prairie à cette époque, il est remonté aujourd’hui à 1,98 gr, bien que toutes les récoltes aient été enlevées. Les fixations d’azote atmosphérique sur lé sol n’ont eu lieu à Grignon que sur les terres appauvries, quand elles ont été labourées, mais elles ont continué à se produire sur les terres déjà enrichies quand elles ont été mises en prairies.
- Les terres mirées de Vénézuela. — Dans une note précédente, MM. Müntz et Marcano ont analysé des terres salpêtrées provenant de cavernes que des chauves-souris remplissent de leurs déjections ; ils reviennent aujourd’hui sur un sujet analogue à propos de grottes creusées sous les massifs de la grande Cordillère et dont le sol renferme des os fossilisés provenant de gros animaux. Cette fois les azotates proviennent de la partie azotée des os qui sont devenus complètement friables.
- Littérature géologique. — Plusieurs communications relatives à la géologie méritent d’être mentionnées. Un des stratigraphes les plus connus, M. Jules Marcou, continue ses belles études sur les horizons les plus anciens composant le système taconique. Il applique cette fois la classification qu’il a tant contribué à édifier, et dont il compare les termes à ceux de Barrande ; il l’applique à l’étude spéciale de la province de Québec au Canada. Ainsi qu’il le remarque très exactement, la célèbre doctrine des colonies a été établie par Barrande sur des faits pratiques, étudiés sur le terrain avec le plus grand soin, sans aucun souci de se conformer aux règles uniformes que les paléontologistes avaient formulées trop hâtivement. Barrande rappela aux paléontologistes que la stratigraphie doit avoir constamment le premier rang, comme constituant le fondement sur lequel repose tout l'édifice géologique; ses découvertes en Bohême ont le grand mérite de placer les faits avant les théories. Méconnaissant ces principes, les géologues officiels du Canada ont rejeté tout à fait les données fournies par Barrande, ainsi que les classifications proposées par M.^Éminons et par M. Marcou. Ce dernier constate les difficultés qui ont surgi, et propose le procédé pour les aplanir. — M. Liélard adresse une intéressante Note stratigraphiquc et palêontologique sur le trias dans la région méridionale%es Yosges. — De son côté, M. Uenri Lasne, ingénieur des arts et manufactures, nous procure une très importante contribution à l’étude géologique du département de l’Indre. Ce beau travail, qui comprend des analyses chimiques de roches et spécialement de phosphates, ainsi que de longues listes de fossiles d’une détermination précise, est enrichi d’une carte géologique coloriée, à l’échelle de 1/80 000. Une Note de M. Georges Bomain constate la découverte d’un atelier de taille de silex sur la plage du Havre, à une altitude inférieure à celle des plus basses mers, et qui témoigne par conséquent bien éloquemment pour la région de
- cet affaissement dont M. Bouquet de la Grye donnait récemment le taux annuel. L’atelier dont il s’agit a fourni une série nombreuse de belles haches du type bien connu sous le nom de Saint-Acheul. C’est une découverte du plus haut intérêt.
- Ualliagc du kilogramme. — C’est le nom du métal que la Commission internationale a décidé d’employer à la confection des types du mètre et du kilogramme. Il doit renfermer 90 parties de platine pour 10 d’iridium et a été commandé à un industriel anglais bien connu, M. Mattew. Déjà feu M. Debray l’a vérifié au point de vue chimique et reconnu conforme au programme; il restait à le vérifier au point de vue physique et celte fois le résultat fut moins satisfaisant. Chargé de ce travail, M. Yiolle lui trouva une densité trop faible résultant évidemment de vides et de fissures microscopiques. 11 fallut soumettre le métal au balancier, c’est-à-dire retourner aux premiers procédés de fabrication du platine. On parvint ainsi à la densité désirée qui ne put d’ailleurs être dépassée. Les types métriques, au nombre de 56, paraissent maintenant tout à fait irréprochables.
- Varia. — M. Henri Becquerel continue scs belles recherches sur l’absorption de la lumière par les milieux cristallisés et spécialement par l’épidote. — Deux crustacés nouveaux sont décrits par M. Giard. — La question de la périodicité des tremblements de terre est agitée de nouveau par M. Delaunay. — Un Mémoire de M. Grand’-Eury concerne la flore carbonifère du département du Gard. — La fécondation, chez certains glaïeuls, occupe M. Musset (de Grenoble). — M. Marey expose des recherches sur la locomotion dans le cas d’ataxie.
- Stanislas Meunier.
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- PHYSIQUE EXPÉRIMENTALE1
- EXPÉRIENCES d’aCOUSTIQUE
- L’étude de l’acoustique offre au physicien un vaste domaine expérimental ; les flammes sensibles se présentent dans cet ordre d’idées comme de précieux moyens d’investigation. Voici quelques expériences basées sur cet emploi ; elles sont faciles à réaliser et en offrent d’autant plus de mérite Nous en empruntons la description à l'habile physicien de New-York, M. Hopkins.
- Dans une première série d’expériences, il s’agit d’obtenir une flamme très sensible. Ce résultat est atteint si le gaz que produit la flamme est soumis 'a une pression constante d’une colonne d’eau d’enviion 6 à 7 pouces de hauteur (15 'a 17 cm). Pour faciliter l’écoulement du gaz, on peut employer la disposition adoptée pour l’éclairage Drummond. Le gaz est contenu dans un grand soufflet, sur lequel on place de gros poids. L’effort constant exercé par ces derniers fait sortir le gaz, et la pression ainsi obtenue est suffisante. On peut également employer la disposition représentée par la figure 1. Dans un petit gazomètre arrivent deux tuyaux munis de robinets, à la partie supérieure et à la partie inférieure. Le réservoir est d’abord rempli de gaz, puis on fait arriver de l’eau à la partie inférieure de façon à obtenir
- 1 Voy. n° 829, du 20 avril 1889, p. 350.
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- LA NATURE.
- la pression ne'cessaire. L’eau, en arrivant, déplacé le gaz qui s’échappe par le tuyau supérieur. Dans ce cas, il est indispensable d’éviter les mélanges de gaz et d'air, et de trop fortes pressions à l’intérieur du cylindre. Le gaz, après sa sortie du récipient, arrive dans un tube ayant un ajutage très effilé (fig. 2). On obtient alors une llamrne très allongée et en même temps très sensible, surtout au sommet. Il importe de ne pas dépasser la pression indiquée, car la flamme devient oscillante et change de propriétés.
- Si l’on effectue une série de vibrations (chant, sifflet, etc.) dans le voisinage de celte flamme, on remarque aussitôt un grand nombre de vacillations qui s’y produisent. Notre figure 3 représente l’effet proiuit par le tic-tac d’une montre.
- Enfin il est une autre disposition qui peut également servir pour la production d’une flamme sensible. Au-dessus d’un brûleur à gaz comme celui dont nous avons parlé plus haut, une toile métallique est maintenue par un support. La flamme, en montant, prend l’aspect d’un cône, et offre ainsi une plus grande surface extérieure.
- Dans ce dernier cas, elle est extrêmement sensible, et l’on est obligé de se tenir dans une chambre très tranquille pour effectuer les expériences.
- Tous les physiciens connaissent aussi les méthodes délicates indiquées par M. Kœnig pour étudier les différents sons. Elles consistent à placer, en certains
- endroits de tuyaux sonores, de petites capsules ma-nométriques ayant pour paroi une membrane en caoutchouc qui est soumise aux vibrations du tuyau. Le gaz arrive d’un côté dans cette petite capsule et sort par une autre ouverture où il est enflammé.
- Suivant les vibrations, la membrane de caoutchouc est comprimée ou dilatée, la flamme oscille. Pourana-lyser tous les effets de cette flamme, on dispose, à une petite distance, un miroir que l’on met en mouvement à l’aide d’une manivelle.
- Ces expériences peuvent se répéter d’un-e façon très sim pie. On produit les sons dans un cornet acoustique (fig. 4) terminé par un petit tuyau de caoutchouc mis en regard de la flamme d’une bougie. La flamme est alors
- soumise aux vibrations produites par les différents sons. En face de la bougie est un miroir se trouve suspendu par un fil. Quelques livres servent de support. On a soin de communiquer un léger mouve-ment d’oscillation au miroir.
- Par ces moyens on peut facile -ment observer les effets produits par les sons et, par suite, les différencier.
- En vérité, il est difficile de simplifier davantage des expériences attrayantes qui, jusqu’ici, exigeaient des appareils compliqués. L.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Fig. 1 à 3. — Expériences sur les flammes sensibles. — Fig. 1. Manière d’obtenir une flamme sensible. — Fig. 2. Ajutage et flamme. — Fig. 3. Vacillations de la flamme sous l’action du tic-tac d’une montre.
- Fig. 4. — Expérience pour l’étude des sons. Réflexion dans un miroir mobile des images d’une flamme vibrante.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- .V S52. - 11 MAI 1889. LA NATURE.
- B\BUOT«^iS
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- LES VOYAGES DES FRÈRES ZENI1
- AU QUATORZIÈME SIÈCLE
- Sans vouloir poser en principe, comme l’ont soutenu certains esprits paradoxaux, que Christophe Colomb n’a pas re'ellement découvert le Nouveau Monde et n’a réussi qu’à parvenir en suivant une route nouvelle, il est vrai, à des régions déjà explorées avant lui, on peut affirmer que, vers la fin du moyen âge, les connaissances des navigateurs Scandinaves relatives aux terres de l’Amérique septentrionale étaient beaucoup plus étendues qu’on ne le
- croit généralement. Les pêcheurs, les commerçants, les pirates de la Norvège, des îles Orcades ou Feroë, de l’Islande, fréquentaient les parages du Groenland et, comme on le verra par la suite de ce récit, quelques-uns d’entre eux formèrent même, sur le continent américain ou à Terre-Neuve, de véritables établissements, lesquels conservèrent encore des rapports intermittents avec la vieille Europe. En ce qui regarde Colomb, il n’est pas superflu de faire observer que l’immortel Génois, déjà habile marin, mais encore inconnu en tant qu’explorateur, avait eu l’occasion de fréquenter les mers du Nord. Peut-être prêta-t-il l’oreille aux récits des navigateurs septen-
- Fig. 1. — Ruines du monastère de Saint-Tliomas au Groenland.
- trionaux et se procura-t-il des renseignements qui, plus tard, le confirmèrent dans sa résolution hardie de rechercher à l’occident des terres mystérieuses. D’un autre côté, il est plus que probable que l’écho des aventures des frères Zeni, italiens comme lui, était parvenu jusqu’à Colomb 2.
- L’authenticité de ce document a été contestée ; la narration des voyageurs, malgré sa simplicité, a été taxée de fable, notamment par Washington Irving,
- 1 Cet article n’cst que le résumé d’une conférence de M. Nordcnskiü’.d à l’Académie royale des sciences de Stockholm donnée le 12 avril 1882. La dissertation de l’illustre explorateur a été ensuite insérée dans l’ouvrage intitulé Studicr och forskningar fôranledda af mina resor i hôga norden (Etudes et recherches entreprises à l’occasion de mes voyages dans l’extrême nord). Stockholm, 1883.
- * Primitivement les commentaires relatifs aux aventures 17e année. — l*r semestre.
- l’amiral Zahrtmann, Peschel. Mais tel n’est pas l’avis d’autres savants très nombreux parmi lesquels nous ne citerons, de peur d’être trop long, que Humboldt et Vivien de Saint-Martin. Aussi croyons-nous devoir résumer les principaux incidents, les descriptions les plus essentielles, des récits de A. et de N. Zeno; le tout accompagné des réflexions que le texte a suggérées à M. Nordenskiold, critique érudit autant qu’infatigable pionnier et dont l’opinion, en pareil sujet, doit, ce nous semble, avoir force de loi.
- Vers la fin du quatorzième siècle, la puissance
- des Zeni devait faire partie du résumé d’histoire géographique qui précède le récit de l’expédition de la Véga. Mais M. Nor-denskiôld, réflexions faites, a préféré traiter séparément l’examen d’une question qui, selon toute évidence, concerne plutôt la zone nord-ouest de l’Atlantique que les côtes de la Scandinavie boréale.
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- LA N AT U UE.
- commerciale de Venise, puissance destinée à être irrémédiablement ruinée à la suite des grandes découvertes du quinzième et du seizième siècle, avait atteint son apogée. Non seulement le pavillon de la République des Doges dominait sur les flots de la Méditerranée, mais les armateurs vénitiens envoyaient leurs vaisseaux, montés par d’excellents marins, jusque dans l’océan Atlantique et la mer du Nord. Donc, a priori, rien de plus ordinaire que l’expédition entreprise par un gentilhomme de Venise, Nicolo Zeno, qui fréta un vaisseau vers 1590 dans le but d’aller trafiquer en Flandre et en Angleterre. Conformément au cliché banal commun à toutes les histoires de naufrages, le voyage fut très heureux au début, mais les navigateurs furent assaillis en pleine mer du Nord par une furieuse tempête qui finit par jeter Nicolo et ses compagnons sur les rivages d’une .île inconnue que !le marin italien nomme Frislan-\da. De quelle Wre s’agit-il?
- Faut-il rejeter T acception littérale du mot d’île et en conclure que le navire de Zeno se brisa sur la côte frisonne ou, comme le croit M. Krarup, géographe danois, sur les écueils du Slesvig?
- SuivantM.Nor-denskiold, il s’agirait d’une des îles du groupe de Feroë: non seulement le récit conçu dans cet ordre d’idées devient beaucoup plus facile à interpréter, mais il est certain que vers le quinzième siècle le nom de Frislanda fut bien des fois appliqué par divers chroniqueurs à la terre principale de l’archipel en question. Les exemples abondent; cependant nous n’en retiendrons qu’un, extrait du mémoire de Christophe Colomb, lequel dit qu’en 1477 il eut l’occasion de visiter File de Frislanda, 400 lieues au delà de Thulé. Enfin l’examen de la carte dite des Zeni, dont l’authenticité est hors de doute, s’il faut en croire l’auteur suédois que nous résumons, confirme encore la même hypothèse. Au reste nous reviendrons sur la question de la carte lorsque nous en examinerons le fac-similé.
- Quoi qu’il en soit, nos Vénitiens, attaqués et sur le point d’être dépouillés par les habitants de Frislanda, sont secourus par un prince des îles Orcades ou Hébrides, nommé Zichmni qui, grâce à l’usage de la langue latine, s’abouche avec eux sans diffi-
- culté et les engage à son service. 11 convient de dire que Zeno, pénétré de reconnaissance des bienfaits de Zichmni, va un peu loin en qualifiant du titre de roi un écumeur de mer, un aventurier qui, sans doute, n’eut jamais ni cour, ni capitale permanente. Probablement, la vieille emphase italienne a dù contribuer à transformer en une tête couronnée le pirate médiocrement puissant dont M. Nordenskiold se refuse à faire soit un duc, soit même un amiral du roi de Norvège révolté contre celui-ci.
- Nicolo et ses compagnons, après avoir participé à une expédition destinée à piller plutôt qu’à soumettre le reste de l’archipel des Feroë, revinrent avec leur nouveau maître au port principal de File de Frislanda. Ils avaient beaucoup contribué au succès de l’entreprise : aussi, reconnaissant des services rendus, le soi-disant roi combla d’honneurs et de présents les marins vénitiens, si bien que Nicolo, ravi de celte bonne aubaine, s’empressa d’écrire à Venise à son jeune frère Antonio pour l’attirer à Frislanda auprès de lui. Les parages où se trouvait alors Nicolo étaient tellement fréquentés par des bâtiments scan d i naves, écossais, anglais, flamands ou français, qu’il ne lui fut pas difficile de faire parvenir la lettre des Feroë jusqu’à Venise, probablement grâce à l’entremise dé divers intermédiaires. Antonio accepta sans hésiter les propositions de son frère aîné, il équipa un navire et, grâce aux indications de Nicolo, il parvint à Frislanda sans difficulté.
- Nicolo dirigeait alors la petite flotte de Zichmni dont il était devenu le bras droit et qui le chargea de tenter un coup de main contre les Shetland, îles placées sous la suzeraineté des rois de Norvège. Une tempête dispersa et détruisit les navires commandés par Nicolo, sans épargner du reste les navires norvégiens, et Nicolo en particulier jeté sur File déserte de Grislanda, se serait trouvé dans une fâcheuse position si Zichmni n’était venu à son secours, n’avait réorganisé une flottille, et n’avait profité du désarroi des Norvégiens pour s'emparer, sinon de l’île principale nommée Islanda1, défendue par des forces trop supérieures aux siennes, du moins de plusieurs îlots
- 1 Celte expression s’applique, bien entendu, non pas à l’Islande, mais à une des lerres de l’archipel Slietlandais.
- SEPTENTRION ALI VM D A R T I V NI NOVA TARVIA
- Fig. 2. — Carte du quatorzième siècle du Groenland, dite des Zeni.
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- du voisinage. Dans le but de conserver sa conquête, Zichmni fortifia l’un d’eux appelé Bres, et, y laissant une garnison suffisante, en confia la garde à Nicolo.
- Mais un marin d’esprit aventureux, comme l’était Nicolo, ne pouvait guère s’accommoder d’une trop longue inaction. Probablement rassuré au sujet de le sécurité de Bres, il s’embarque dans le but de visiter les terres de l’extrême nord et en particulier hngroueland (sic). Faut-il interpréter ce terme par l’expression moderne de Groenland qui est presque identique? C’est ce que croit M. Nordenskiôld avec la majorité des érudits géographes et, du reste, une fois l’authenticité de la carte reconnue, un simple coup d’œil jeté sur ce vieux document montre qu’il s’agit bien du Groënland (fig. 2). Toutefois M. Krarup, le savant danois que nous avons déjà cité, croit que Zeno ne visita en réalité que la Norvège septentrionale, région à laquelle les anciens géographes ont quelquefois attribué le nom de Groënland. H est de fait que la description qu’on va lire ne saurait en rien convenir à l’époque actuelle à un point situé sur les rivages du vaste désert de glaces qui s’étend au nord-est de l’Amérique du Nord. Mais n’oublions pas que nous sommes dans les dernières années du quatorzième siècle; pour une raison astronomique plutôt soupçonnée qu’expliquée, le climat de l’hémisphère boréal, devenu beaucoup plus rude de nos jours, traverse alors une période favorable; les vieilles sagas du moyen âge nous représentent l’Islande comme couverte de forêts alors qu’aujourd’hui toute trace de végétation arborescente a disparu de Pile. Le Groënland lui-même n’avait pas été baptisé Terre-Verte par antiphrase. Bien avant l’époque où Nicolo Zeno circulait sur les confins de l’océan Glacial, les Norvégiens, les Islandais avaient colonisé le pays, bâti des églises et fondé des monastères dans le genre de celui que visita Nicolo et dont il nous a laissé une curieuse description insérée dans une des dernières lettres qu’il écrivit ; car l’intrépide explorateur contracta, durant son expédition vers le nord, les germes de la maladie dont il devait mourir à Frislanda peu de temps après son retour auprès de Zichmni.
- Suivant Nicolo Zeno, le monastère de Saint-Thomas, fondé par l’œuvre des Frères prêcheurs, est situé dans le voisinage d’un volcan assez comparable au Vésuve ou à l’Etna. C’est même à l’aide des matériaux fournis par le cratère que le couvent a été bâti.Jlefroidies à l’air libre, les laves constituent des pierres à la fois dures, légères et solides, éminemment propres à la construction des murs et des voûtes; et, pour obtenir une sorte de bitume ou de ciment d’excellente qualité, il suffit d’arroser d’eau froide les laves récemment vomies et encore brûlantes, qui alors se délitent et tombent en poussière. Quant au village indigène, il est entièrement groupé à la base même de la montagne ignivome; les maisons sont toutes rondes, s’étendent uniformément sur un diamètre de 25 pieds et sont percées d’un trou supérieur qui sert à éclairer la hutte dans laquelle la
- chaleur naturelle du sol entretient une température fort agréable.
- Zeno décrit tout au long la construction et l’emploi des barques des pêcheurs et il est impossible de ne pas reconnaître les célèbres cajaks groënlandais faits de peaux de phoque adroitement cousues et ajustées sur la carcasse de l’animal : merveilleux bateaux qui ne sombrent jamais, qui ne redoutent ni chocs ni avaries et bravent impunément les tempêtes les plus furieuses.
- A Saint-Thomas, les eaux minérales ne sont utilisées que pour leur chaleur; pour tous les usages domestiques, pour la cuisine, dans les serres et les jardins, on emploie exclusivement de l’eau ordinaire qu’on a soin de faire circuler dans des tuyaux souterrains afin qu’elle ne se congèle pas. Cette eau débouche au centre du couvent dans une belle vasque de bronze que réchauffe une nappe d’eau thermale.
- Les religieux sont en général originaires de Suède, de Norvège et d’autres pays septentrionaux; la plupart d’entre eux viennent des îles1 ; ils retiennent auprès d’eux toute une armée de travailleurs qui, payés grassement, vivent au monastère fort contents »de leur sort. Presque tous les moines et surtout les membres supérieurs de la hiérarchie conventuelle font usage de la langue latine. Ils apprécient beaucoup les savants et les lettrés : aussi un grand nombre de gens instruits séjournent-ils à Saint-Thomas, retenus par la munificence des pères.
- Plusieurs auteurs n’ont pas voulu admettre la véracité de cette curieuse description. Selon M. Nordenskiôld, au contraire, le récit renferme une foule de détails qu’un faussaire vénitien n’aurait jamais pu tirer de son imagination de méridional. Un explorateur arctique ne trouverait à signaler ni une erreur, ni une inconséquence.
- Il est certain, d’après de nombreux témoignages, d’une part, qu’il existe encore des sources thermales au Groënland, et, d’autre part, qu’autrefois des moines bénédictins avaient fondé des établissements sur ces côtes aujourd’hui solitaires (fig. 1) .Peut-être qu’Anto-nio Zeno, émerveillé du curieux spectacle qui s’offrait à ses yeux, a exagéré certains détails et a un peu trop embelli la peinture qu’il nous a laissée du monastère de Saint-Thomas. Mais l’esquisse générale, selon toute probabilité, est fidèle. Ce qui, malheureusement, n’est que trop certain, c’est que la rigueur du froid a progressivement chassé les colonies européennes établies au Groenland. En ce qui concerne Saint-Thomas, un jour sans doute est venu où les fontaines chaudes, imprudemment saignées, se sont taries ou ont perdu leur température bienfaisante à la suite de l’extinction du volcan. Bref, la solitude règne pour toujours au fond de ce havre si animé autrefois et sur les flancs de cette montagne jadis fécondée par l’activité intelligente des moines Scandinaves. Antoine de Sapobta.
- — A suivre. —
- 1 C’est-à-dire des t’eroo, Orcades, Shetland, de l’Islande, etc.
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- LES CANALISATIONS ÉLECTRIQUES AUX ÉTATS-UNIS
- Dans un récent article1 nous avons examiné les canalisations électriques actuellement établies à Lon-
- dres. Nous avons fait ressortir tous les inconvénients que présentaient les canalisations aériennes; nous
- Fig. 1 à i. — Canalisations électriques aux États-Fnis. — Fig. 1. Canalisations par le centre de la rue. — Fig. 2. Entrées des câbles par les raves. — Fig. 3. Entrées par les cours. — Fig. i. Canalisations sur les deux côtés de la rue.
- ajoutions que les Américains eux-mêmes s’étaient émus de cet état de choses, et que dorénavant les canalisations seraient toutes souterraines.
- Nous sommes en mesure de donner aujourd'hui des renseignements complets sur les modes de canalisation adoptées en ce moment en Amérique, d’après le rapport du Board of Electricnl Conlrol, de New-York2.
- Les conducteurs électriques sont placés dans des tubesrcliésenlroeux et posés dans des caniveaux creusés dans les rues. De distance en distance (tous les 60 mètres
- 1 Voy. n” 819, du 9 février 18S9, p 105.
- * Électrical World.
- environ) se trouvent des trous d'homme où aboutissent plusieurs circuits. Pour établir les caniveaux, on a d’abord creusé des fossés de 1 mètre à 1,8 m de profondeur, et de largeur convenable pour laisser passer les tuyaux. Le fond du caniveau est bien battu ; sur les deux côtés sont fixées deux planches de bois. On étend une couche de ciment, puis au-dessus un certain nombre de tubes, puis une nouvelle couche de ciment et de nouveaux tubes au-dessus et ainsi de suite. La couche de ciment inférieure est la plus épaisse ; la couche supérieure est recouverte d’une traverse de bois créosoté de 5 centimètres d’épaisseur. Les tuyaux, qui sont tous en
- électriques souterraines.
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- fer forgé (excepté dans un des systèmes de canalisation, le système Johnston, où ils sont en fonte) ont un diamètre intérieur de 60 à 80 millimètres et une épaisseur de 10 millimétrés. Les extrémités sont
- coniques et peuvent s’emboîter l’une dans l’autre; elles sont ensuite réunies par un joint. Les tuyaux sont recouverts d’une couche extérieure protectrice contre la rouille. Tout ce dont nous venons de parler
- Fig. G. — Établissement îles canalisations électriques souterraines à New-York. Introduction des câbles dans les tuyaux.
- se rapporte uniquement à la canalisation principale, c’est-à-dire à la canalisation qui, partant de l’usine, amène l’énergie électrique devant les maisons. Ils’agit
- maintenant de diviser les circuits et de pénétrer chez les abonnés. Plusieurs procédés sont employés pour la division des circuits ; ils sont représentés par les
- Fig. 7. — Déroulement des câbles. Fig. 8. — Manœuvre du cabestan.
- figures \, 2, 3 et 4. Les trous d'homme dont il nous faut parler aussi (fig. 5) sont des regards établis en certains points de la canalisation pour permettre aux électriciens de descendre et d’effectuer les recherches ou branchements divers. Ces trous ont une profondeur de 2 mètres ; le sol est revêtu d’une couche
- de ciment, ainsi que les murs. Le couvercle de ce trou est double. Le premier couvercle, ou couvercle extérieur, est très lourd et très fort afin de résister aux chocs des voitures; le second porte une garniture de caoutchouc pour former un joint hermétique et empêcher l’eau de pénétrer.
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- Du trou d’homme partent des circuits séparés pour diverses directions ; la ligure 1 montre un de ces circuits avec son prolongement sur les trottoirs. C’est le procédé employé par la United States Illu-minating Company. Les conducteurs électriques peuvent encore arriver par des caniveaux placés dans le centre de la chaussée (fîg. 2) et traverser par de petites galeries pour aller rejoindre les souterrains placés devant chaque maison. Dans presque toutes' les villes d’Amérique, en effet, comme à Londres en certains quartiers, devant les maisons se trouvent des souterrains correspondant à l’entrée des caves. On sait de plus qu’en Amérique les rues se coupent presque à angle droit, et forment souvent des îlots de maisons laissant au centre de grandes cours. Un autre procédé de canalisation consiste donc à amener les conducteurs par des caniveaux à l'intérieur de ces cours (fig. 5) et de là, à l’aide de poteaux, à rayonner dans les différentes habitations. On peut enfin, comme dans le système Johnston, établir des canalisations sur les côtés de la rue (fig. 4).
- Les circuits téléphonique et télégraphique sont également souterrains; on en compte à New-York actuellement 7200 kilomètres; en plusieurs endroits ils sont parallèles aux fils à lumière sans qu’il en ré- J suite des effets nuisibles d’induclion. Les circuits téléphoniques sont roulés en double.
- L’établissement des canalisations souterraines n’a pas été sans soulever de vives protestations en Amérique. En effet, les frais de pose sont de beaucoup plus considérables qu’avec les circuits aériens; les Américains préféraient, à chaque grande bourrasque, remplacer une série de lignes, ou encore payer de fortes indemnités quand la chute d’un câble occasionnait des accidenls mortels. Au moment même où nous écrivons cet article, un conflit s’est élevé à New-York entre la municipalité et quelques compagnies qui ont refusé de faire passer leurs canalisation? en souterrains. Sur l’ordre du maire, des détachements d’ouvriers sont occupés à abattre poteaux et fils dans toutes les grandes artères.
- Entre tous les câbles employés, on cite particulièrement le câble Paterson constitué par une âme de cuivre entourée de coton noyé dans la paraffine et recouverte d’une enveloppe de plomb allié d’étain, La couche de l’isolant qui au commencement était de 2,5 mm, doit aujourd’hui être doublée et même triplée. A une différence de potentiel de 2250 volts, ce câble offre une résistance d’isolement de 200 mé-gohms par 600 mètres, soit 555 mégohms par kilomètre. La résistance d’isolement exigée est de 1 5 mégohms par kilomètre pour 100 volts à 24° centigrades, et une résistance de 5 mégohms pour une tension moins élevée. Les essais sont effectués sur le câble avec 150 volts et aprèsun séjour de 60 heures dans l’eau. Les expériences sont encore poursuivies . après la pose du câble, chaque jour, pendant le premier mois, et chaque semaine ensuite.
- Les câbles une fois choisis, et les caniveaux établis, il faut s’occuper de la pose des câbles à l’inté- .
- rieur des tuyaux. Cette question est, sans contredit, la plus difficile, surtout avec le système de canalisation adopté. En etïet, les tuyaux sont d’abord posés dans les caniveaux, puis recouverts. Ce n’est qu’à la fin de cette opération que commence l’introduction du câble. L’ouvrier, dans le trou d'homme, dispose de petites tringles de bois d’environ 1 mètre de longueur. Ces tringles portent à leurs extrémités des pas de vis’ qui permettent de les fixer les unes aux autres. L’ouvrier introduit ces tringles de bois successivement, jusqu’à arriver au trou d’homme voisin, qui peut se trouver à environ 60 mètres de là. A l’extrémité de ces liges se trouve attachée une corde qui maintient le câble. Quand les tringles de bois arrivent à ce dernier regard, un ouvrier les reçoit et, en les dévissant, les enlève au fur et à mesure qu’elles se présentent. On peut voir, dans la figure 6, un ouvrier tenant à un regard l’extrémité d’une corde passée dans les tuyaux, et un autre ouvrier placé au regard suivant recevant les tringles et les mettant en faisceaux. Bientôt arrive la corde après laquelle le câble est attaché. Pour éviter que le conducteur soit endommagé par les frottements dans les tuyaux, on emploie un petit support en cuivre qui est placé en avant, et sur lequel vient s’attacher la corde. Le câble est lui-même fixé à la partie postérieure de ce support : de la sorte toutes les pointes ou proéminences aiguës sont rencontrées par le sup -port d’abord, et non par le câble. .
- Dans la figure 7, un ouvrier est assis à l’entrée d’un regard et déroule le câble. Il faut également que, d’un autre regard, un ouvrier amène à lui la corde qui maintient le câble. Cette traction exige un certain effort; aussi emploie-t-on souvent un cabestan manœuvré par plusieurs hommes. La figure 8 représente la manœuvre d’un de ces cabestans.
- Telles sont, d’après le Scientifîc American, les principales dispositions employées actuellement pour les canalisations. L’Amérique n’est pas la seule à s’occuper en ce moment des distributions d’énergie électrique; à Paris, nous avons aussi plusieurs sociétés qui procèdent avec rapidité à la pose de leurs câbles. Il est regrettable que la distribution se soit fait attendre jusqu’à ce jour. Mais du moins avons-nous pu profiter de l’expérience acquise, et établir des canalisations que nous ne serons pas obligés de changer dans la suite, comme le font en ce moment les Américains. J. Laffargue.
- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889
- Notre grande Exposition a été inaugurée le 6 mai 1889, à 2 heures de l’après-midi, par M. le Président de la République. Le cortège officiel a d’abord passé sous la Tour de 500 mètres, qui continue à faire l’admiration des visiteurs. Les ascenseurs n’étant pas encore terminés, on ne sera admis à faire l’ascension du monument que vers le 15 de ce mois seulement. Il nous paraît intéressant, à propos de la cérémonie d’inauguration, de représenter la
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- vue d’ensemble de la Tour Eiffel, actuellement achevée, avec la hauteur comparative des principaux monuments du monde. Ce document complétera nos articles antérieurs. La pyra-midedeWashing-ton que nous avons décrite il y a quelques années, est, on le voit, le plus haut monument du monde après la Tour de 500 mètres. Voici d’ailleurs la légende de notre dessin :
- 1. Colonne Vendôme, à Paris,
- 45 mètres. —
- 2. Notre-Dame de Paris, 6G mètres.
- — 3. Colonne de Juillet, à Paris,
- 47 mètres. —
- 4. Saint-Pierre de Rome, 132 mètres. — 5. Obélisque de Washington, 169 mètres.
- — 6. Grande Pyramide d’Egypte,
- 146 mètres. —
- 7. Cathédrale de Rouen, 150 mètres. — 8.Cathédrale de Strasbourg, 142 mètres. — 9. Les Invalides, à Paris,
- 105 mètres. —
- 10. Arc de triomphe de Paris,
- 49 mètres. —
- 11. Cathédrale de Cologne, 159 mètres. —12. Panthéon de Paris,
- 85 mètres.
- Nous publions, en outre, le plan du premier étage de la Tour (fig.2) tel qu’il est actuellement disposé: ce plan donne l’emplacement des quatre restaurants français, russe, flamand et américain qui sont installés
- de chaque côté du monument. Les accès des quatre piles soid détaillés aux angles de la figure;
- la galerie extérieure fait le tour de l’immense plate-forme : on y jouit d’une vue admirable, qui prépare le visiteur aux splendeurs que lui réservera la visite des étages supérieurs.
- Notre figure 5 donne l’aspect de la grande galerie des machines dans l’état où elle se trouvait huit jours avant l’ouverture. Le travail qui a été exécuté dans les dernières heures a été tout à fait inimaginable. Assurément, il reste encore un certain nombre d’installations à terminer, mais l’Exposition de 1889, aura été plus prête qu’aucune autre Exposition antérieure. Comme elle est beaucoup plus vaste que toutes celles qui font précédée, on doit en savoir d’autant plus de gré aux organisateurs.
- Nous donnons (fig. 4) un plan d’ensemble de l’Exposition. Ce plan, que nous devons à l’obligeance de M. Se-dille, chef du service des installations, a été exécuté d’après les plu» récents documents. Des lettres de renvoi qui correspondent avec une légende, permettront de se rendre exacte-
- l'ig. 1. — Hauteurs comparatives de Ja Tour Eiffel et des principaux monuments
- du monde.
- i | ' lOTiïï71£sca/igr
- ¥** EscifterduVEt*
- .«o\PILEN02^O!
- RESTAURANT FRANÇAIS
- Balcon
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- Ig ANGLO-AMÉRICAIN
- RESTAURANT
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- Office
- Escalierdefa terrassa
- RESTAURANT FLAMAND
- Entrée
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- Escalierdu lyc!k j
- Terrasse
- Fig. 2. — Plan du premier étage de la Tour. (Longueur des côtés 70,50 m,
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- ment compte de l’objet de chaque construction et de chaque galerie.
- L’Exposition universelle de 1889 occupe une surface de 70 hectares, non compris les berges de la Seine. Elle comprend : l’Esplanade des Invalides, qui mesure environ 500 mètres de longueur sur 300 mètres de largeur; le Champ de Mars, qui a 1 kilomètre de longueur et 470 mètres de largeur; le Trocadéro, qui mesure 500 mètres de largeur, 360 mètres de profondeur, le quai d’Orsay, qui mesure 1 kilomètre de longueur. Le développement total de l’Exposition atteint presque 8 kilomètres.
- On a calculé que pour parcourir toutes les galeries, toutes les allées, il faudrait accomplir un chemin de 40 kilomètres environ.
- Nous rappellerons qu’en 1878 le Palais de l’Exposition seul couvrait une surface de 25 hectares; la surface totale était de 50 hectares, soit 20 hectares de moins qu’en 1889. En 1878, il y eut 53 400 exposants et 12 millions de visiteurs. En 1855, il y avait eu 24 600 exposants seulement.
- Le Champ de Mars reste dans l’organisation actuelle le véritable centre de l’Exposition, il comprend les sections des beaux-arts et des arts libéraux, des
- Fig. 3. — Vue de la galerie des machines, le 28 avril 1889. (D’après une photographie de M. Balagny.)
- industries diverses et des machines. L’horticulture et les eaux et forêts sont installées au Trocadéro, les produits et appareils agricoles au quai d’Orsay. L’esplanade des Invalides comprend les Expositions du Ministère de la guerre, des colonies et des pays du protectorat.
- Si la cérémonie d’inauguration de l'Exposition s’est accomplie dans les meilleures conditions, la grande fête de nuit qui a eu lieu dans la soirée du 6 mai, aura été assurément une des plus belles que l’on puisse mentionner dans l’histoire de Paris. Les illuminations de la Tour avec des feux rouges qui s’allumaient tous à la fois aux dilférents étages et qui semblaient produire l’embrasement du co-
- losse de fer, les immenses projections du phare situé à la partie extrême du monument, et qui jetaient ça et là la lumière sur les édifices lointains, ont excité au plus haut point l’enthousiasme d’une foule immense qui remplissait l’enceinte du Champ de Mars et des environs. L’éclairage de l’Exposition était absolument féerique et nous citerons comme ayant un attrait exceptionnel les fontaines électriques lumineuses du Jardin central. Les jets d’eau sont absolument transformés en gerbes de feu colorées, qui passent successivement du rouge au vert et de l’or au mauve ou au blanc ; ce spectacle à lui seul suffisant pour attirer tout Paris, a soulevé les applaudissements. Il y a là des effets de toute beauté qui
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- annamite. 184. Mirador. 185.
- Pagode
- d’Angkor. 186. Guyane et Martinique.
- .V l. Champ de Mars.—l.De Fellre, 2. Powcl. 3, Quillacq et Meunier. 4. Serpollet. 5. et 6- Pétrole. 7. Equateur. 8. Manufacture de l’Etat. 9. Pavillon. 10. Téléphones. 11. Pavillon finlandais. 13. Humphreys. 14. Kaeiïer. 15. Chalet norvégien. 16. Brault. 17. Taillerie de diamants. 18. Chalet suédois. 19. La Ménagère. 20. Pérusson. 21. Isba Busse. 22. Tocité. 23. Régie ottomane (tabacs). 2i. Daval. 25. Serre du Salvador. 26. Sphère géographique de MM. Villard et Coltnrd. 27. Salvador. 28. Lota. 29. Saint-Domingue. 50. Paraguay. 5l. Guatemala. 41. Change. 42. Tabac. 43. Lecture. 44 Coiffeur. 45. Toilette. 46. Divers. 47. Pavillon chinois. 48. Saint-Marin. 50. Portugal. 51. Bonmanic. 52. Luxembourg. 53. Japon. 5L 55. 56. 59. Société Marié-mont. 60. Commandant général. 61. Palais impérial. 62. Suisse. 63. Gaulon. (U. Champion et Yirey. 65. Maillet. 66. FimatiL 67. Van llouten. 68. Sapiers et Pond. 69. Colonies néerlandaises. 70. Armes portatives. 71. Solvay. 72. Colonie du Cap, mines de diamants de Kimberley. 73. Blanchiment, teinture. 71. Produits agricoles. 75. Exploitations forestières. "6. Chasse et pêche. 77. Société de la transmission de la force par l’électricité.^78. Syndicat international des électriciens. 79. Station de la Société Gramme. 80. Restaurant. 81. Fonderies et foyer de l’Horme. 82. Établissements Cail. 83. Boyaux. 84. Laeour. 85. Union chaufournière de France. 86. Forges de Saint-Denis. 87. Asphalte. 88. Goïdenberg. 90. Générateurs Dnlac-Fontaine. 91. Bonlustrement Mégy, Echeverriz, Bazan. 92. Générateurs Fives-Lille, Pantin. 93. Fours de boulangerie. 91. Générateurs Belleville. 93. lleill-niann, Ducommun, Steiniein 96. Générateurs de Naever. 97. Générateur Boser. 98. Générateurs Jaydé Pillé. 99. Fours de boulangerie. 100. Générateurs Conrad Knapp. 101. Générateurs Babook-Wileox. J\° 2. Quai reliant le Champ de Mars à l’Esplanade des Invalides. — Agriculture.. — 103. Pisciculture 104. Ostréiculteurs. li>5. Chambre de commerce maritime. 106. Czarda hongroise. 107. Ecurie Babourdin. 108. Italie, tonneau, lt<9. Colonies espagnoles. 110. Exposition sylvestre. 111. Etats-Unis. 112. Italie 115. Luxembourg et Pays-Bas. 114. Roumanie. 115. Russie. 116. Suisse. 117. Danemark. 118. Autriche-Hongrie. 119. Norvège. 120. Belgique. 121. lucker. 122. Autriche-Hongrie. 123. Luxembourg. 124. Pays-Bas. 125. Colonies anglaises. — N° 3. Esplanade des Invalides. — 126. Moulin. 127. Laiterie. 128. .Beurrerie. 129. Sud-Afrique. 130. Boulangerie. 131. VVood, Etats-Unis. 152. Postes et télégraphes, 155. Aérostation.154. Poudres et salpêtres. 135. Musique. 156. Exposition militaire. 157. Boulangerie. 138. Ministère de la guerre. 159. Colombiers militaires. 140. Service de santé. 141. Hangar. 142. Genest et Herscher. 145. Train sanitaire Decauvilie. 14i. Assistance publique. 145. Hygiène de l’habitation. 146. Eaux minérales. 147. Galerie d’exposition. 148. Restaurant. 149. Urbaine. 150. Cercle ouvrier. 151. Vieille-Montagne 152. C.-C. Board. 153 et 154. Société Leclaire. 155. Société de participation. 156. Maisons ouvrières. 157. Train sanitaire. 158. Ambulance. 159. Bateau. 168. Voitures. 161. Bazars. 162. Exposition forestière. 164. Produits du Djend. 165. Pagode de_ Villenour. 166. Pavillon Hindou. 167. Madagascar. 168 Tour de Saldé. 169. Mirador. 170 Tombeau. 171. Annam et Tonkm. 173. Sénégainbie. 174. Village neocaledonien. 175. Bazar. 176. Pharmacie. 177. Colon concessionnaire. 178. Tombeau. 180. Martinique et Guadeloupe. 181. Factorerie du Gabon. 185. lheatre 186. Ecole modèle. 188. Poitrineau. 12, 32, 33, 34, ;35, 56, 37, 38, 39, 40, 49, 57, 58, 89, 102, 165, 172, 179, 182, Restaurants et brasseries.
- Fig. 4. — Plan général de l’exposition universelle de 1880.
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- sont dignes des plus grands éloges. Ces merveilleuses fontaines lumineuses, méritent une description spéciale que nous réservons pour une prochaine livrai son. M. Eiffel avait offert l’hospitalité du premier étage de sa Tour à quelques visiteurs privilégiés qui ont pu contempler du haut des galeries l'illumination magique des jardins et du Dôme central, du Trocadéro et des ponts, et admirer l’éclat du feu d’artifice tiré de l’ile des Cygnes au milieu de la Seine. Nous sommes revenus enthousiasmé de ces spectacles incomparables qui resteront gravés dans l’esprit des centaines de mille spectateurs qui en ont été témoins.
- En contemplant ce panorama tout en feu, cette foule compacte élevant des clameurs d’admiration, en songeant à l’activité dépensée, au travail accompli, nous nous disions, non sans quelque fierté nationale que le monde n’hésiterait assurément pas à rendre hommage aux efforts pacifiques du pays qui avait pu obtenir en si peu de temps des résultats aussi importants et aussi grandioses.
- Gastox Tissaxdier.
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- UNE FABRIQUE DE CURE-DENTS
- AU CAXADA
- La fabrication des cure-dents ne semble pas susceptible d’alimenter une usine. Et cependant, c’est le cas de l’usine de M. Hutchinson, aux environs de Sherbrooke. On n’y fait que des cure-dents, mais aussi en quantités tellement considérables, que la fabrication mérite d’en être notée. Il s’agit de cure-dents en bois.
- Ces cure-dents se font en merisier. Ce sont les cultivateurs qui apportent la matière première ; ils fournissent des troncs bruts coupés à la longueur d’environ 1 mètre ; ce bois leur est payé de 15 à 20 francs la corde. Ce bloc de bois vert est tout d’abord dépouillé de son écorce, puis placé sur un tour. Une fois arrondi, le tronc est débité par un outil spécial en longues bandes, ayant comme largeur la hauteur d’un cure-dents; ces bandes s’enroulent sur un cylindre, puis vont passer sous un nouvel outil qui en amincit les bords pour former les pointes du cure-dents. Enfin, elles sont entraînées sous un cylindre muni de 540 couteaux, et qui, tournant avec une grande vitesse, débite à peu près 600 000 morceaux, c’est-à-dire 600 000 cure-dents par minute.
- On comprend que l’usine est en mesure de fournir des millions de ces petits instruments, dont on fait un si grand usage en Amérique et qu’on nomme des toolh-picks.
- Comme dernières préparations, on fait sécher ces tooth-picks ; puis un grand nombre de jeunes filles fort alertes les placent dans des boîtes en papier très fort. Chaque boîte en contient 2000, et une machine spéciale fabrique 60 boîtes à la minute. On place 100 de ces boîtes dans une caisse en bois, et la marchandise est prête à partir dans toutes les directions. D’ailleurs, la boîte de 2000 coûte à peine quelques cents '.
- N’était que les tooth-picks sont ustensiles à s’user facilement, l’usine Ilutchin-son pourrait bien vite inonder le monde entier de ses produits. 1). B.
- 1 Le cent vaut environ 5 centimes.
- LES PREMIERS MÏCROGRÀPHES1
- La structure intime des êtres vivants n’est objet de science que depuis la seconde moitié du dix-septième siècle. C’est alors seulement que les microscopes commencèrent à révéler le monde invisible.
- Pierre Dorel, de Castres, médecin de grand renom, est l’un des premiers qui ont consigné de bonnes observations à la loupe. Cependant il y mêlait souvent ses propres imaginations. A propos du Pou, il rapporte que, grâce à la transparence de sa peau, on peut voir « la circulation du sang dans le cœur de cet animal, et, si on le joint à la Puce, on assiste comme au combat de deux monstres luttant dans un amphithéâtre et l’on voit le sang mis en mouvement et en ébullition par la colère. »
- De toute l’œuvre micrographique du savant médecin, il faut surtout retenir une observation d’un haut intérêt : la présence de « corpuscules blancs dans le sérum et le chyle. » C’était reconnaître ce que l’on a appelé plus tard les cellules libres de l’organisme.
- A la même époque, le plus habile entomologiste du dix-septième siècle, Jean Swammerdam, décrivit et figura les cellules épidermiques du Pou, les libres musculaires de la Grenouille et les globules du sang de cet animal.
- Mais c’étaient là des observations isolées. Si importantes qu’elles fussent, elles n’éclairaient en aucune façon la constitution des tissus chez les êtres vivants. Le premier ouvrage qui commença de faire la lumière sur la question fut publié en 1665 par Robert Ilooke. Armé des microscopes que nous avons décrits, le célèbre physicien examina une grande variété d’objets à d’assez forts grossissements. Il remarqua que tous ces corps ne sont pas formés de matière continue, mais offrent des pores. Ils se composent, selon lui, de globules séparés par des interstices, c’est-à-dire par des cloisons.
- 11 observa les pores dans le bois pétrifié. Mais c’est principalement dans le liège qu’il réussit à les bien voir. Il coupa des tranches extrêmement minces de liège et les soumit à l’inspection du microscope. Comme il les examinait par réflexion, il était obligé de condenser sur elles une vive lumière « au moyen d’un verre plan-convexe ». Il reconnut ainsi que chacune de ces tranches était « tout à fait perforée comme un rayon de miel ; bien que les pores ne fussent pas réguliers, ils ne différaient guère, dit-il, même dans leurs détails, de ceux d’un rayon de miel... Ces pores ou cellules n’étaient pas bien profonds, mais consistaient en une grande quantité de petites loges séparées dans le sens de la longueur par certains diaphragmes.
- « Ce sont là, ajoute Hooke, les premiers pores microscopiques que j’aie vus et probablement qui aient jamais été vus, car je ne,connais aucun écri-
- 1 Voy. Histoire des microscopes, n° 828, du 13 avril 1889, p. 314.
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- vain, ni personne qui en ait fait mention avant moi. »
- llooke ne se contenta pas de découvrir celte texture cellulaire dans le liège. 11 constata aussi qu’elle existe dans la moelle du Roseau, du Jonc, du Chardon, de la Bardane, de la Eougère et de plusieurs autres végétaux. C’est ainsi qu’il découvrit les cef-lules des plantes. Le premier il leur imposa le nom sous lequel on les désigne encore aujourd’hui.
- Ces petites chambres attirèrent ensuite l’attention de Grew et de Malpighi. Les deux illustres naturalistes firent paraître leurs premières recherches d’anatomie végétale à quelques mois d’intervalle en 1671 et les continuèrent simultanément pendant une dizaine d’années.
- Dès 1672, Grew développa cette idée que la diversité apparente des espèces doit correspondre à une différence dans la structure interne. Dans ce but il décrivit successivement la constitution microscopique de la racine, de la tige, des feuilles, des Heurs et des fruits chez un très grand nombre de plantes. Il y vit le parenchyme présenter des pores identiques aux cellules de llooke. Ces pores « sont, dit-il, innombrables et aussi extrêmement petits. Ils sont susceptibles de se remplir complètement d’humidité, mais aussi de s’élargir.... Us se ratatinent quand on les expose à l'air. » Pendant qu’ils se dilatent, le parenchyme devient plus lâche ; on peut le comparer « à une éponge de la finesse la plus exquise ». Ces pores sont à peu près sphériques dans l’écorce de la plupart des Plantes; ils offrent l’aspect de bulles rappelant celles de la mousse de bière. Mais, au lieu d’être tluides, ils sont entourés de parois solides. « C’est pourquoi, dit Grew, je préière les désigner sous le nom de vésicules (Bladders). »
- Entre ces petites vessies remplies de liquide pendant la période de végétation, il aperçut des filaments allongés et des vaisseaux. Il appela les premiers des Fibres et en décrivit la distribution dans la jdante. Dans les seconds il reconnut des tubes auxquels il attribua le rôle de filtres à l’égard de la sève. « Pour quel but, dit-il, sont les vaisseaux, si ce n’est pour le transport de la liqueur? » Ces éléments, en général assez durs, sont surtout répandus dans le bois. « Ils ne sc montrent ni pyramidaux, ni anastomosés, ni ramifiés comme les veines des animaux, mais cylindriques et nettement continus, suivant la longueur du membre, comme les différentes fibres dans un tendon ou dans un nerf. »
- On doit aussi à Grew d’avoir découvert dans la plante des vaisseaux exclusivement « conducteurs de Lait (lacleal vessels) ». Ce sont nos Laticifères.
- Cependant il ne réussit à bien observer les vaisseaux que sur les coupes transversales. Aussi ne put-il se rendre un compte exact de leur structure. Il admit en effet que leurs parois sont constituées par des cellules. Ses planches (fig. 1 et 2) représentent les positions relatives des vésicules, des vaisseaux et des fibres dans les divers organes de la Plante. Bien qu’exécutées à l’aurore de la science micrographique, ses figures comptent assurément parmi
- les plus exactes qui aient jamais été faites en anatomie végétale. On peut dire qu’en général elles confinent à la perfection. Les objets n’y sont guère grossis plus de vingt fois. Cette circonstance paraît indiquer que l’auteur ne possédait que des appareils d’un faible pouvoir amplifiant. Il déclare s’être servi conjointement du microscope et des verres de la lunette de spectacle. Quoi qu’il en soit, ses instruments ont été impuissants à lui montrer les cloisons des vésicules sous une certaine épaisseur : c’est ainsi que la structure des parois cellulaires, les ponctuations des gros vaisseaux et les éléments spiralés lui ont échappé.
- Il était réservé à Malpighi de porter la lumière sur ces parties. Ce grand observateur s’est surtout efforcé de suivre à l’intérieur de la plante le trajet longitudinal de chacun des groupes d’éléments si bien décrits par Grew. En outre, — et c’est là son grand mérite, — il a mieux vu la structure des éléments eux-mêmes, mieux étudié la nature de leurs parois. Ne se contentant pas de les examiner sur des tranches, il les disséquait à l’aiguille ou les dissociait par la macération dans l’eau. Cette méthode lui permit de les isoler. Il les observa certainement dans de meilleures conditions que son rival. Ses dessins témoignent qu’il possédait de plus forts grossissements. On peut les évaluer d’une façon approximative à 150 diamètres1 (fig. 3)
- Il reconnut que les vésicules de Grew constituent de petites outres ou utricules dont les cloisons sont membraneuses et que, contrairement à l’opinion de Grew, semblables sont les parois des vaisseaux. Il distingua les épaississements de ces parois, les cavités dont elles semblent creusées, ce que l’on a nommé depuis ponctuations et sculptures.
- Sa plus grande découverte est celle des vaisseaux spiralés (spirales fistulæ). Frappé de l’analogie de ces éléments avec les trachées des Insectes, il les désigna de la même manière.
- Ses travaux complétant ceux de Grew, on peut dire qu’en 1680 l’ensemble de la Plante avait été exploré au microscope. Bien peu d’observateurs, cependant, en connaissaient la structure. En France, on n’en avait pour ainsi dire aucune idée : le microscope n’y était encore qu’un objet de curiosité. Quelques savants seulement) parmi nos compatriotes, essayaient de l’employer à des études scientifiques. Mariotte, delà Hire et Tournefort en firent usage pour examiner, le premier, la structure des cheveux (1677), les deux autres les yeux lisses des Insectes (1678) et la substance des végétaux (1693). Mais ils n’y firent point de découverte importante.
- Depuis Grew et Malpighi jusqu’au commencement de notre siècle, la micrographie végétale ne fit, pour
- 1 Je fonde cette évaluation, d’une part, sur la finesse des détails que Malpighi a représentés, d’autre part, sur la faible étendue du champ qui les contient. On ne saurait la déduire des grossissements auxquels il a exécuté ses figures, l’échelle d’un dessin n’indiquant aucunement le grossissement du microscope.
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- ainsi dire, point de progrès. Ce fut surtout l’anatomie des animaux qui attira l’attention des micro-seopistes. On sait la riche moisson de découvertes qu’y fit Leeuwenkoeck. Ses immortels travaux sont beaucoup trop étendus pour que nous tentions de les résumer ici. Bornons-nous à remarquer combien il
- reste supérieur à ses successeurs immédiats. Ceux ci surent moins bien que lui considérer la réalité objective sans y mêler quelque invention de leur esprit. Les mémoires de Joblot permettent d’en juger.
- Cet observateur s’est surtout occupé des organismes microscopiques qui apparaissent spontané-
- Fig. 1. — Tissus végétaux d’après Grew. — 1. Coupe transversale de. la région centrale, d’une racine mince d’asperge. — 2. Vésicules de la moelle d’une racine d’artichaut de Jérusalem. — 3. Extrémité d’une feuille de lis ; A, grandeur naturelle ; B, amplifiée montrant les cellules et les ouvertures (stomates). — i. A. Thèque et globules spermatiques, B, C, D, E, F, de mauve. — 5. Coupe transversale d’un noyau d’abricot.
- ment dans les infusions. Ses descriptions, comme ses dessins (fig. 4), témoignent qu’il vit très bien Vorti-celles, Astasias, Rotifères, Monas, Paramécies, cer-
- tains Crustacés et quantité de menues bestioles. Cependant, soucieux de trouver dans les détails de leur organisation des faits qui s’accordassent avec les
- Fig. 2. — Coupe transversale d’une branche de Pin, d’après Grew.
- théories régnantes sur la vie, il s’est souvent pris lui-même aux pièges que son imagination lui tendait. On sourit de la fantaisie de ses dessins, quand on voit, par exemple, qu’il gratifiait les Anguillules d’yeux placés, comme ceux des Serpents, de chaque côté de la tête. Apercevait-il, vers une extrémité d’un infusoire, un repli et une petite tache sombre, tout de suite il représentait une bouche et un œil (fig. 4, nos 3 et 10). La plupart des petits animaux
- qu’il observait dans des infusions variées de Poivre, Séné, Œillet, Framboise, Fenouil, Sauge, Jasmin, Céleri, Blé, Chêne, Rhubarbe, etc., il les prenait pour « chenilles aquatiques, poissons, Barbues » ou autres. Le lecteur ne considérera pas sans agrément le n° 8 de la figure 4, donnée par Joblot d’un animal subitement apparu dans une infusion d’anémone: « Tout le dessus de son corps, dit l’auteur, est couvert d’un beau masqua bien formé, de figure hu-
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- maine, parfaitement bien fait; comme on en peut juger par ce dessin, où l’on voit six pattes et une queue, sortant de dessous ce masque, qui est couronné d’une coeffure singulière. »
- Les vieux ouvrages qui traitent de semblables merveilles sont plus instructifs qu’ils n’en ont l’air.
- Sous une forme saisissante, ils nous montrent la cause des erreurs dans lesquelles les maîtres eux-mêmes sont tombés et où, chaque jour, nous tombons nous-mêmes. Sommes-nous bien sûrs de dessiner un Infusoire, une Algue, un Bacille, sans en interpréter l’image dans le sens des doctrines accré-
- l’ig. 3. _ Tissus végétaux d’après Malpighi. — t. Trachées montrant leurs spires enroulées et déroulées. — 2. Disposition longitudinale des vaisseaux séparés par des murailles d’utriculcs dans les ti.-sus. —5. Vaisseaux ponctués. — 4. Réseau vasculaire. — 5. Épiderme et couches utriculaires sous-jacentes.
- ditées? Plus d’une, parmi nos meilleures figures, paraîtra sans doute à nos arrière-neveux aussi comique que nous semblent aujourd’hui celles de
- quelques-uns de nos devanciers. Si ces derniers venaient à ressusciter aujourd’hui, ils pourraient répondre à la sévérité de nos critiques en nous mon-
- Fig. 4. — Organismes ne diverses infusions, d'après Joblot. — 1. Aiguiilule ou serpent du vinaigre. — 2, 3, 4 et 11; organismes d’une infusion de paille de blé (2 est une vorticelle, 11 une astasia (?). — 3. Poisson observez dans une infusion de Séné. — 5. Chenille aquatique dans une infusion de roses, œillets et jasmins (c’est un rolifère). — 6 et 12. Animaux observez dans l’eau des huîtres à écailles (Monas en voie de division? ). — 7,10, 15, 14. Infusoires divers qualiiiés de poissons très petits, grenades, barbues, etc. — 8. Animal nouveau à masque d’homme (?) — 9. Crustacé nageant dans une infusion d’œillets.
- trant les détestables instruments dont ils faisaient usage. En outre, ils demandaient à leurs microscopes un grossissement immodéré. Ils augmentaient la déformation des images en employant à la fois de longs tirages et de forts oculaires. Comme la clarté diminue dans l’appareil à mesure que croit l’amplification, ils observaient à la lumière directe du
- Soleil. La diffraction qui en résultait ajoutait à la confusion due au défaut d’achromatisme du système.
- Dans ces conditions les microscopes montraient tout ce qu’on y cherchait. Précisément parce qu’on avait exagéré les grossissements compatibles avec la netteté des images, ils avaient cessé de fournir des indications exactes. La micrographie devint une
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- seiehce fallacieuse en laquelle, vers la fin du dix-huitième siècle, les bons esprits n’eurent plus confiance. On finit par la négliger et par dédaigner du même coup la multitude de faits recueillis depuis Robert Ilooke dans le monde de l’infiniment petit. L’histoire de la science doit cependant en tenir compte, car ils ont préparé nos systèmes actuels sur la composition élémentaire des Animaux et des Plantes. Louis Olivier.
- CHRONIQUE
- Bien égyptien. — M. Fouqué, membre de l’Institut, a fait à la Société d’encouragement une communication sur le bleu égyptien ou vestorien, très belle matière colorante bleue que les Romains possédaient pendant les premiers siècles de l’ère chrétienne, et qui, à l’époque de l’invasion des barbares, a cessé d’être fabriquée. Ce bleu est un silicate double de cuivre et de chaux ayant pour formule CaO, CuO, 4Si02. Il n’entre aucune trace d’alcalis dans ce produit. On peut l’obtenir en employant comme matière première des substances rigoureusement exemptes de soude et de potasse. Le poids spécifique est égal à 3,04. C’est une substance cristallisée appartenant au système quadratique. Elle se présente sous forme de lamelles aplaties parallèlement à la base du prisme, souvent déchiquetées sur les bords, quelquefois cependant terminées par des contours rectangulaires très nets. Le diamètre de ces lamelles peut atteindre 2 millimètres ; leur épaisseur dépasse rarement 0,5mm. Elles sont d’un beau bleu d’azur. Ces lamelles observées au microscope sur leur tranche, avec interposition d’un nicol, offrent un polychroïsme très remarquable. Avec des rayons vibrant suivant l’axe, elles sont d’un rose pâle ; quand les vibrations se font dans la direction perpendiculaire, elles sont d’un bleu intense. La plupart des agents chimiques sont sans action sur cette matière, ce qui explique le parfait état des peintures dans lesquelles elle a été employée il y a 1900 ans. On peut la faire bouillir sans l’altérer dans l’acide sulfurique. Le sulfhydrate d’ammoniaque ne la noircit pas, malgré sa teneur en cuivre. La chaux ne l’attaque qu’à haute température. L’acide fluor-hydrique seul la dissout aisément. Elle résiste à l’action d’une température assez élevée; elle ne se produit qu’au rouge vif, mais elle s’altère si l’on dépasse notablement la température à laquelle elle prend naissance. C’est le maintien de la température optima qui constitue toute la-difficulté de sa fabrication. Ouand on la soumet à une chaleur trop forte, elle se décompose. Il se forme de l’oxydule de cuivre en petits cristaux dendritiques, de la wollastonite en longs prismes incolores et un verre clair. La proportion du verre augmente quand la température devient plus élevée, et enfin, au rouge blanc, la wollastonite disparaît et il ne reste plus qu’une sorte d’aventurîne formée par le verre vert chargé de petits cristaux d’oxydule de cuivre.
- l’n avertisseur de la pluie. — Un amateur de météorologie, M. le capitaine Dordu, commandant l’école du 11e régiment de ligne à Bouillon, a adressé récemment l’intéressante lettre que voici à l’un des rédacteurs de Ciel et Terre : « Me promenant dernièrement aux environs de Bouillon, je rencontrai le brigadier forestier qui faisait sa tournée; la conversation étant ttfmbée sur les prévisions du temps, il me raconta qu’un jour un petit pâtre qui gardait des vaches lui avait dit
- dans la matinée qu’il pleuvrait certainement avant la fin du jour, et, comme le brigadier lui demandait à quel signe il pouvait voir cela, le pâtre lui répondit : « Vovez-<( vous, sur la lisière de la forêt, cet arbre dont les feuilles « sont toutes blanches? Eh bien, ce malin, elles étaient « vertes, et j’ai remarqué que chaque fois que l’arbre « devient blanc, c’est un signe certain de pluie. )) Le brigadier, s’étant approché de l’arbre en question, le reconnut pour être l’alisier (Cralægus lutifolia). Cet arbre atteint 8 mètres environ de hauteur, et ses feuilles, vertes au-dessus, sont blanches et cotonneuses en-dessous ; elles se retourneraient donc en cas de probabilité de pluie. Le brigadier ajouta que l’arbre eut raison et qu’il plut le jour même. C’est un baroscope assez facile à se procurer et formant même un ornement très agréable dans un jardin; les fleurs sont blanches, en corymbe, odorantes, et les fruits rouge brique. Cet arbre est assez rare dans les forêts des environs de Bouillon. »
- Personnification du Soleil en Grèce. — Suivant M. Théodore Bent, la manière dont les paysans grecs actuels comprennent le Soleil concorde bien avec les légendes de l’époque classique. Sa beauté, sa puissance et sa force lui ont fait donner les attributs d’un roi, et ils croient que ce roi est, pendant la nuit, à la recherche de son royaume, et qu’il vit dans un palais où sa mère le soigne. Ils connaissent aussi la femme et la sœur du Soleil et l’on peut trouver de nombreux points de ressemr blance entre la légende macédonienne de Heliojenni et les mythes homériques de Perse et de ses enfants Circé et Aietes. On remarque aussi une grande analogie entre le culte du prophète Elie et l’ancien culte du Soleil. Les temples dédiés à saint Élie sont toujours situés sur l’emplacement d’anciens temples d’Apollon. Un manuscrit de Lesbos attribue aussi à saint Élie une grande puissance sur les éléments. Dans les îles du Péloponèse comme sur le continent, il existe un grand rapprochement entre le culte rendu à saint Georges et celui du Soleil. Le jour de saint Georges, une fête singulière est célébrée en l’honneur de la fiancée du Soleil, qui ce jour-là a été enlevée au ciel, et l’on allume des feux sur les cimes des montagnes.
- I.a téléphonie en Amérique. — D’après les statistiques officielles, la Compagnie Bell aux Etats-Unis avaient, au 1er janvier 1888, 739 réseaux téléphoniques comprenant 158712 abonnés et une longueur de 255 fil 8 kilomètres. New-York avait 6902 abonnés, Chicago 4(i94, Cincinnati 5110, Boston 2785, Philadelphie 2780, Détroit 2710, San Francisco, 2552, Kansas city 2351, Providence 2256. On comptait aussi à Baltimore 2171 abonnés, à Cleveland 2152, à Saint-Louis 2070, à Pittsburg 1961, à Milwaukee 1817, à Buffalo 1779, à Louisville 1762, à Brooklyn 1578, à Washington 1451.
- I.cs essais du pont d’Arcole à Paris. — A la
- suite de flexions extraordinaires, le pont a dù être réparé en partie. Les essais réglementaires viennent d’être effectués. Ces essais sont de deux sortes. Le premier essai, dit essai de poids mort, est destiné à représenter la charge supportée par le pont supposée d’une foule compacte. On avait étendu pour cela une couche de sable sur tout le pont. La pression exercée était de 500 kilogrammes par mètre carré, ou 50 grammes par centimètre carré. Le pont ayant une longueur de 80 mètres et une largeur de 20 mètres, par suite une surface de 1600 mètres carrés, la charge totale était de 480000 kilogrammes. Le deuxième essai, ou essai de la charge roulante, a été fait
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- à l’aide de plusieurs fardiers pesant 16 tonnes chacun environ el passant de front sur le pont. A la suite de ces essais dont les résultats ont été reconnus satisfaisants, le pont a été livré à la circulation.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 7 mai 1889. — Présidence de M. Des Cloizkaux.
- L'âge du cuivre. — Déjà, à Lien des reprises, les anthropologistes se sont demandé si l’époque antique dite âge de bronze n’a pas été précédée d’un âge de cuivre. La raison principale est que le cuivre existe natif, directement utilisable, tandis que le bronze est un alliage essentiellement artificiel dont l’emploi supporte nécessairement une série très longue de découvertes successives. Cependant, toute vraisemblable que soit l’hypothèse, il est difficile de l’asseoir sur une preuve certaine à cause des incertitudes relatives à la date réelle des objets étudiés. C’est donc avec un très vif intérêt qu’on a entendu aujourd’hui M. Berthelot signaler deux cas de soi-disant bronzes exceptionnellement anciens et qui se trouvent être des cuivres. Le premier concerne une statuette découverte en Mésopotamie et remontant à un moment antérieur bien certainement à la civilisation de Babylone : quelque chose comme 4000 ans avant notre ère. Le deuxième cas est relatif au sceptre du roi Pepi Ier qui régnait en Égypte il y a soixante siècles environ. Ce sceptre conservé au British Muséum porte une inscription hiéroglyphique qui en atteste l’authenticité d’une manière indiscutable. Après trois ans de démarches, M. AVaddington a lini par en obtenir un tout petit fragment que M. Berthelot a examiné. Le métal, originaire sans doute des célèbres mines du Sinaï, est du cuivre rouge très pur. Comme il est certain qu’on a pris soin de choisir, pour le sceptre royal, le métal le plus précieux que l’on connût, la conclusion évidente est que le bronze alors n’était pas connu : la notion de 1 âge du cuivre est donc définitivement établie.
- Météorite trouvée sous terre. — En fonçant un puits à travers le gravier, en plein Sahara, dans une localité située loin dans le M’zab, on a rencontré, à 5 mètres de profondeur, un bloc de fer massif dont la forte densité en même temps que la forme singulière attirèrent l’attention des ouvriers. Le commandant militaire du cercle s’en fit un presse-papier jusqu’au jour où l’ingénieur en chef des mines, M. Pouyanne, passant chez lui, en reconnut la nature météorique et l’obtint de son possesseur pour la collection du Muséum. Ce bel et curieux échantillon est déposé sur le bureau; il pèse 2 kilogrammes et se présente comme une grosse larme dont la surface est recouverte de crêtes saillantes et de dépressions arrondies ou cupules du genre de celles qu’on voit si fréquemment sur les météorites comme sur toutes les roches qui ont subi l’effet d’érosions suffisantes. On peut noter, malgré la différence des dimensions, l’analogie très intime de cette forme avec celle de la météorite de 104 kilogrammes découverte naguère au Chili, entre le Rio Juncal et Pœdernal et qui figure maintenant dans la collection du Jardin des Plantes. Une petite section polie et soumise à l’action d’un acide montre très nettement le réseau régulier dit figure de Widmannstœtten qui suffit à lui seul pour assigner une origine extra-terrestre aux échantillons qui le manifestent. Les caractères de cette figure qui sont pareils à ceux offerts par le bloc de Rio Juncal rangent le fer du M’zab à côté de ce dernier, dans le type lithologique, dit cailtitc, dont le chef de
- file est la colossale masse découverte en 1828 par Brard, dans le village de Caille, non loin d’Antibes.
- Caries marine. — Parmi les cartes publiées le mois dernier par le dépôt de la marine et qui sont offertes à l’Académie, M. Bouquet delaGryeen signale tout spécialement deux qui figurent pour les deux derniers semestres les courants de l’océan Atlantique Nord. Elles sont de nature à rendre de très grands services à la navigation, spécialement quand des navires à voiles se préoccuperont de fixer leurs itinéraires.
- Optique. — M. Cornu, dans un travail très considérable, a repris l’étude des phénomènes concomitants à la réflexion de la lumière polarisée par les surfaces vitreuses et par les surfaces cristallines. Ce problème très difficile, étudié successivement par Brewster, par Cauchy, par Senarmont et par Jamin, prend un caractère nouveau quand, à la lumière visible, on substitue les rayons ultra violets, observables seulement par les procédés photographiques. On voit alors les corps vitreux et les corps métalliques constituer une série continue et non plus deux groupes irréductibles, comme on l’avait supposé. D'un autre côté, M. Cernez revient sur les intéressantes modifications que les molybdates apportent au pouvoir rotatoire de l’acide tartrique.
- Le ruthénium. — D’après M. Jolly, le poids atomique du ruthénium que Claus avait fixé à 104, est en réalité égal à 101,4.
- Lory. — M. le président annonce à l’Académie la perte qu’elle a faite de l’un de ses correspondants dans la section de minéralogie, M. Ch. Lory, doyen de la Faculté des sciences de Grenoble. Les immenses travaux que ce géologue a réalisés dans les Alpes occidentales assurent à son nom une réputation impérissable.
- Varia. — Parmi les dérivés de la cinchonine, M. Jung-fleisch signale une base oxygénée parfaitement cristallisée. — M. Ollier lit un Mémoire de l’accroissement des os longs. — La fermentation alcoolique du vezou de sucre de canne occupe M. Marcano. — M. Berthelot signale le haut intérêt des recherches de M. Krontchkoff sur la force électromotrice des piles. Stanislas Meunier.
- --o-O-o—
- LE FEU SAINT-ELME
- Quoique La Nature ait déjà parlé plusieurs fois de ce phénomène, nous reproduisons les intéressants extraits suivants de la Meteorologische Zeitung. Les observations du feu Saint-Elme ne sont pas toujours décrites de façon à faire reconnaître s’il s’agit d’un dégagement d’électricité positive ou négative. Il importe aussi de constater si dans certaines circonstances, par exemple dans les tempêtes de neige, les brouillards glacés, les dégagements d’élec tricité sont exclusivement positifs comme cela a été souvent affirmé. L’aigrette électrique qui s’échappe des doigts de la main qu’on tient élevée dans l’air diffère d’aspect suivant l’espèce d’électricité, et la distinction est facile à faire. Néanmoins cette différence n’a pas été jusqu’à présent indiquée d’une manière précise. On peut faire paraître des aigrettes positives ou négatives à l’extrémité des doigts à l’aide d’une machine à électricité statique et étudier les différences qu’elles présentent. Le Dr Obermayer a opéré avec
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- une très grande machine et les hautes tensions n’altéraient pas les caractères différenciels (fig. 1).
- Les aigrettes positives sont représentées dans la figure 2, n° 1. Elles ont une tige distincte de couleur blanche tirant sur le rouge et se continuant à l’intérieur. Les branches sont formées de fins rayons ayant des extrémités violettes.
- Le cône formé par ces rayons a une ouverture plus grande qu’un angle droit. Chaque rayon a ordinairement une longueur de 1,5 à 5 centimètres mais atteint quelquefois 5 ou 6.
- Les aigrettes négatives sont représentées par la figure2,n°2.Elles partent d’un sommet lumineux de structure délicate, de manière a laisser distinguer les rayons les uns des autres. Ce point est entouré d’une enveloppe lumineuse légère qui s’élargit comme la corolle d’une fleur. L’ouverture de l’angle formé par l’aigrette est beaucoup plus petite qu’un angle droit ; elle dépasse à peine 45 degrés. La longueur du faisceau reste toujours au-dessous de 1 centimètre.
- Les expériences ont montré que les rayons partant de l’étoffe d’un vêtement consistent en filets rectilignes réunis comme les poils d’une fourrure; ils sont plus longs aux bourrelets, plus courts aux plis.
- Les rayons négatifs partant des habillements produisent l’effet d’une phosphorescence interrompue par des taches obscures.
- D’après les descriptions et les dessins ci-dessus, chacun pourra, en temps de feux Saint-Elme, classer ceux qui apparaissent au bout des doigts tenus en l’air. Les observateurs devront mentionner l’existence ou non d’une tige, la longueur de l’aigrette et
- l’angle d’ouverture au sommet. Les couronnes de rayons comme celles que de Saussure a observées dans son ascension au mont Blanc sur M. Jalabert, un de ses compagnons, étaient constamment de signe positif. 11 est enfin nécessaire de constater,
- pendant l’observation du feu Saint-Elme, l’état de l'atmosphère, d’indiquer s’il règne une tempête de neige ou s’il tombe du grésil; si l’air est rempli de brouillard glacé et si la neige ou le brouillard qui se trouve vis-à-vis de l'objet rayonnant manifeste des lueurs. Les décharges électriques partant des pointes sont souvent accompagnées des lueurs dont nous venons de parler, et on peut s’attendre à ce que les flocons de neige ou les aiguilles de glace flottant dans l’air deviennent lumineux. Le météorologiste anglais Rankin a publié une brochure sur les observations du feu Saint-Elme à l’observatoire de Ben-Nevis. Il a constaté que la température, toujours supérieure à sa valeur normale avant l’apparition du phénomène, était suivie d’une baisse pendant vingt-quatre heures. Le baromètre descendait en même temps pour remonter après la disparition du feu Saint-Elme ; le vent tournait de l’O.-S.-O. au N.-O. Le temps était brumeux et orageux. La pression barométrique générale de l’Europe, haute au S.-O., diminuait du côté du N.-O. Les observations dans le cours de l’année étaient au nombre de H, ainsi distribuées selon les mois: septembre 2, octobre 3, novembre 4, janvier et février 1. F. Zurcher.
- Le Proprietaire-Gérant : G. Tissandier.
- Fig. 1. — Production artificielle du feu Saint-Elme.
- Fig. 2. — Aigrettes électriques.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N* 853. — 18 MAI 1889.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 18891
- LE PHARE ET LES PROJECTEURS DE LA TOUR EIFFEL
- Nous avons parlé dans notre précédente livraison de l’inauguration de l’Exposition universelle et de la splendeur des illuminations, qui ont eu lieu le soir même de cette journée mémorable. Il nous est possible, grâce aux inépuisables ressources de la photographie, de donner à nos lecteurs quelque idée de l’aspect que présentait la Tour Eiffel, dans la soirée du 6 mai, alors que des flammes du Bengale étaient allumées à ses étages successifs et qu’en même temps le phare et les projecteurs brillaient dans tout leur éclat.
- La gravure ci -contre est le fac-similé d’une photographie qui a été faite par M. Maurice Ga-rin, le lundi 6 mai, à neuf heures et demie du soir, avec une plaque Lumière (marque bleue) et un objectil Rapid Rectili-near sans diaphragme. L’effet obtenu est curieux et très exact. Le vent chassait les flammes et la fumée des feux du Bengale; on eût dit que le monument de fer était incendié. Les flammes du Bengale étaient rouges, et comme on les avait répandues à profusion dans l’édifice, l’illumination, jointe aux rubans de becs de gaz et à la lumière du phare et des projecteurs ‘ supérieurs, produisait un effet absolument féerique. On voit très nettement sur la photographie les rayons intenses lancés par les projecteurs; une auréole lumineuse apparaît un peu au dessus, autour du point lumineux du phare ainsi qu’au troisième
- 1 Voy n» 832, du H mai 1889, p. 374.
- 17" aanée. — l*r semestre.
- étage. — Nous n’insisterons pas davantage sur une illumination qui ne doit être considérée que comme un spectacle exceptionnel et inusité, mais nous décrirons le phare et les projecteurs. Ces appareils constituent une véritable installation scientifique que M. Eiffel a fait exécuter par MM. Sautter-Lemonnier et dont nous espérons faire comprendre tout l’intérêt.
- Tout au sommet de la Tour de 300 mètres, on a construit la coupole d’un phare de première grandeur, analogue à ceux de nos côtes, mais dont l’éclairage est beaucoup plus puissant. C’est au-dessous du phare, sur la plate-forme des laboratoires, au-dessus de la salle réservée au public, que s’exécutent les expériences d’éclairage par les projecteurs. Nous allons examiner successivement le phare etles projecteurs.
- Le phare est constitué par deux systèmes superposés d’élé-ments optiques comprenant: 1° un système de verres dioptri-ques,ou tambour (réfracteur simple) destiné à porter la lumière à grande distance. La divergence des rayons est due aux dimensions delà source lumineuse obtenue par un arc voltaïque de 5500 carcels ; 2° un système d’éléments catadiop-triques ou à réflexion totale. Les éléments ont été calculés pour éclairer les abords de la Tour, de 1500 mètresjusqu’à l’horizon, dans un angle de 11°,5.
- Le tambour dioptrique supérieur multiplie la lumière par 13, et la fait passer par conséquent de 5500 carcels à 70 000. L’anneau catadioptrique (partie inférieure de l'optique) la multiplie dans des proportions moindres, mais qui sont suffisantes, puisque l’éclairage de ce système est destiné à de plus petites distances. La lumière qu’envoient ces anneaux de verre taillé, superposés, est graduée sui-
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- Fig. 1. — La Tour Eiffel embrasée, le soir de l’inauguration de l'Exposition de 1889, le lundi 6 mai. (Fac-similé d’une photographie de M. Maurice Garin, architecte.)
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- r>8i>
- -vaut la distance, èt. augmente à mesure que l’on s’éloigne de l’axe de la Tour. L’intensité visible à Paris dans les éclats est de 24146 carccls à 1503 mètres de la Tour; elle est de 64 474 carcels à 1850 mètres, de 86 711 carcels à 2194 mètres, de
- 99 283 carcels à 2500 mètres. A 4120 mètres, le tambour commence à l'aire sentir ses effets. Son •intensité est de 69 598 carcels dans le feu fixe, et de 516 761 carcels dans les éclats.
- Le phare est entouré d’une couronne ou tambour mobile, portant deux systèmes de lentilles bleu, blanc, rouge1. Les rayons qui passent à travers les lentilles ont donc les trois couleurs nationales. Ces lentilles font un tour en quatre vingt-dix secondes.
- La lumière électrique est produite par un courant de
- 100 ampères, reçu dans une lampe automatique. Le mouvement delà couronne est obtenu à l’aide d’un petit moteur électrique consommant 1 /2 ampère. Le réglage du foyer lumineux sse fait avec une grande précision. Les machines dynamo qui fournissent l’énergie électrique au phare et aux projecteurs, sont a la surface du sol, dans une des piles de la Tour, la pile Sud. — On voit que le phare de la Tour Eiffel est un appareil très puissant, disposé d’après les derniers progrès de l’optique industrielle, auxquels il est juste de dire 4jue M. Gaston Sautter a puissamment contribué dans ces dernières années.—Après avoir décrit le phare, arrivons aux projecteurs. Ils sont au nombre de deux : ce sont des projecteurs système Mangin, construits par MM. Sautter-Le-mdnnièr, de 0,90 m de diamètre. Ils sont formés d’un miroir aplanétique; le foyer lumineux placé très près du miroir est une lampe électrique à arc de même intensité que celle du phare. Les charbons de cette lampe sont inclinés à 45°. Le projecteur, monté sur un socle, se meut dans tous les sens à l’aide de deux volants que l’on manœuvre à la main.
- Comme le rayon projeté est réparti sur une faible surface, il se trouve être beaucoup plus puissant que celui du phare. Son intensité moyenne est de 6 à 8 millions de becs Carcel. C’est la projection lumineuse la plus intense qui ait jamais été faite jusqu’ici. H n’est pas inutile de rappeler ici que la
- 1 Des verres colorés en rouge à l’or, et en bleu (bleu anglais) sont simplement placés devant les lentilles qui doivent colorer les rayons.
- lumière du soleil, en plein midi, est équivalente à 6000 becs Carcel.
- Quand le rayon lumineux tombe sur les objets qu’il éclaire, il permet d’en distinguer tous les détails, même à de grandes distances, si l’on a recours à une lunette. Il a été possible, avec de bonnes lunettes, de distinguer les objets à 11 kilomètres. En haut de la Tour, les projecteurs peuvent éclairer très nettement la gare d’Orléans, la colonne de Juillet, et, par conséquent, tous les monuments de Paris.
- Une particularité de la construction des projecteurs que nous décrivons, est de pouvoir s’incliner considérablement, jusqu’à 45°. On peut donc éclairer de haut en bas des objets très rapprochés, jusqu’à 275 mètres du pied de la Tour, comme par exemple le groupe des statues de la Fontaine lumineuse. On a pu suivre des bateaux sur la Seine, des passants dans les rues, etc.
- Les projecteurs de lumière semblables à ceux de la Tour Eiffel ont rendu de grands services pendant le siège de Paris. Ils sont actuellement très usités dans la marine. En projetant leurs rayons sur les nuages et en les occultant, on pourrait obtenir des signaux visibles jusqu’à 300 kilomètres de distance. 11 y aura là des expériences très intéressantes à réaliser pendant la durée de l’Exposition.
- A quelle distance peut-on voir le phare de la Tour de 300 mètres? C’est une question qui nous a été souvent posée et à laquelle nous allons répondre. A 300 mètres d’altitude, le rayon lumineux devient tangent à la sphère terrestre à 67 kilomètres de distance. On ne peut donc apercevoir le point lumineux à plus de 67 kilomètres, quand on se trouve au niveau de la mer. Mais la portée du pliare en ligne droite étant de 203 kilomètres, on peut le voir de beaucoup plus loin, quand on est sur un lieu élevé, colline ou monument.
- Le phare de la Tour Eiffel a été vu à Bar-sur-Aube qui est à 190 kilomètres de Paris. L’observateur était placé sur une colline de 500 mètres d’altitude. Il a encore été vu du haut de la cathédrale de Chartres, à 75 kilomètres; du haut de la cathédrale d’Orléans, à 115 kilomètres. A ces grandes distances, il apparaît comme un simple point lumineux. Gaston Tissandier.
- Feu fixe ---Rouge
- Foyer 0“ lumineux
- "Plan'focal
- Fig. 2. — Schéma du phare de la Tour Eiffel.
- A la partie supérieure ou a figuré en plan une partie de la couronne ou tambour mobile portant les lentilles colorées en bleu, en blanc et en rouge. Cette couronne tourne autour du phare. Le tambour dioptrique est représenté en coupe en DD’. Les anneaux catadioptriques en CG’.
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- PHOTOGRAPHIE JUDICIAIRE
- A I.A DIîKFECTri’E DE DOUCE DE PARIS
- M. Lozé, préfet de poliee, a procédé, le 16 mars dernier, en présence de M. Léon Bourgeois, sous-secrétaire d’Êtat au Ministère de l’intérieur; de M. Lépine, secrétaire général de la préfecture de police; de M. Goron, chef de la sûreté, etc., a l’inauguration du service d’identification (anthropométrie et photographie réunies) dans les nouveaux locaux qui viennent de lui être aménagés au Palais de Justice, au-dessus du Dépôt.
- Les travaux d’installation, dirigés par M. Daumet, membre de l’Institut, architecte du Palais de justice, ont été entrepris en exécution d’un vote du Conseil général de la Seine, rendu sur la proposition de M. Gragnon, alors préfet de police.
- Dans ce vaste emplacement, long de 30 mètres et large de 12 mètres, se présentent successivement :
- 1° une salle d’attente pour les détenus; puis 2U l'ate-lier de pose, disposant, suivant les besoins, d’un recul de 6, 9 et 12 mètres, avec éclairage bilatéral facultatif; et 3° un atelier spécial pour la reproduction des documents, avec porte-objet et chambre noire montés sur rails gradués, etc. Viennent ensuite une série de pièces pour chacune des manipulations successives de la photographie : 1° sensibilisation du papier albuminé; 2° tirage des épreuves; 3U virage, fixage et lavage des épreuves positives; 4° collage et satinage. Pas de salle de retouche des clichés, cette opération étant rigoureusement interdite pour toute photographie destinée à la justice.
- Nous n’insisterons d’ailleurs ici que sur les dispositions qui intéressent plus spécialement les applications de la photographie à Injustice.
- Les personnes que la distribution des locaux intéresserait, pourront en étudier le détail sur le grand plan architectural que l’Administration préfectorale expose au Champ de Mars dans le pavillon de la ville de Paris.
- En plus de l’installation pour les épreuves sur papier albuminé, ces ateliers contiennent un dispositif tout spécial pour le tirage rapide des portraits sur les papiers instantanés au gélatino-bromure d’argent.
- On sait que ces papiers sensibilisés, que plusieurs maisons françaises fabriquent maintenant dans la perfection, sont recouverts d’une émulsion analogue à celle des plaques sèches ordinaires et peuvent donner des images positives après quelques secondes de pose et un court passage dans un bain de développement et de fixage. On conçoit les services que peut rendre ce procédé dans les affaires criminelles, où le coupable connu est en fuite. Il rfy a presque plus personne en France qui ne se soit lait photographier une ou plusieurs fois, quand ce ne serait que dans une foire, au moyen du procédé sur métal, dit ferrotypie. L’expérience montre que dans la moitié au moins des affaires criminelles de nos jours, la
- police arrive à retrouver quelques-unes de 'ces épreuves (affaire Walder, Allmayer, de Pont-ir-Mousson), d’où l’obligation d’être à même d’en livrer quelques milliers de reproduction dans les deux heures qui suivent la saisie de l’exemplaire original.
- Une façon de rendre le tirage plus rapide et surtout moins coûteux, consiste à ne reproduire que là tête et le cou jusqu’à la cravate, en faisant le sacrifice du buste et de la largeur des épaules. On peut arriver ainsi à grouper, au moyen d’une faible réduction, vingt de ces têtes sur un même cliché 13/18. Ces images « timbres poste » de 3 centimètres environ de côté, reviennent alors, sur papier instantané, a moins de 1 centime pièce, et il devient possible d’en tirer 20000 dans une nuit. >
- Qui ne voit les résultats que pourrait amener, le lendemain d’une nouvelle affaire Walder, par exemple, la distribution d’une ‘photographie "tirée à 20000 exemplaires, à tous les inspecteurs des garnis, aux contrôleurs de billets des gares de chemins de fer, aux employés de l’octroi, aux commissaires spéciaux des gares frontières et maritimes, aux brigades de douaniers et de gendarmerie cantonale, etc.
- Les tirages sur papier au gélatino-bromure d’argent nécessitent, pour être menés aisément et rapidement, un matériel spécial de cuvettes et même si possible de laboratoire. Les opérations voulues se font d’ailleurs avec plus de régularité à la lumière artificielle qu’à la lumière naturelle. Aussi ont-elles été groupées dans les trois pièces qui se trouvent être les moins bien éclairées du bâtiment attribué a la photographie.
- La première, très exiguë, renferme la source lumineuse chargée d’impressionner les papiers sensibles; la deuxième est exclusivement réservée au chargement et déchargement des châssis à clichés.
- Pour ce faire, la cloison qui sépare la première de la deuxième est percée de plusieurs ouvertures rectangulaires dont les formes et dimensions correspondent exactement aux formats des châssis positifs usités en photographie.
- En l’état ordinaire, ces baies sont lerméés par des châssis-trappes qui obéissent à une pédale. Ces trappes étant elles-mêmes munies d’une ouverture garnie de verre rouge, il devient possible de charger et de décharger ces papiers sensibles sous le couvert de la lumière rouge émanée de la pièce voisine.
- Pour l’impression lumineuse flu papier, il suffit de juxtaposer le châssis chargé sur l’ouverture de la baie où il s’adapte exactement, et de presser sur la pédale. L’occlusion de la baie, ainsi produite par le châssis positif, est assez complète pour qu’aucune lumière blanche ne puisse pénétrer dans la deuxième pièce, pendant le temps de posé, si toutefois on a soin de ne retirer le cliché qu’après la rechute de la trappe1.
- 1 Celle précaution n’a pu être observée sur la figure ci-après (fig. 1) où nous avons dû faire figurer àla foisla trappe à la moitié de sa course et le châssis en partie éloigné de la baie.
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- Dans ces conditions, trois employés peuvent travailler côte à côte et simultanément dans la même pièce : le premier, à charger les clichés, le second, à l’impression lumineuse, et le troisième, au déchargement des clichés qu’il repasse au premier pour les charger à nouveau ,et ainsi de suite. Les papiers une fois impressionnés sont accumulés dans une boîte et portés par paquets d’une vingtaine dans la troisième pièce où ils sont révélés à l’oxa-late de fer par un ou plusieurs opérateurs, et puis finalement envoyés dans les laboratoires ordinaires où ils sont fixés, lavés, im-
- Pour éviter les taches qu’occasionne immanquablement la présence d’une parcelle d’hyposulfitc de soude dans les bains de développement à l’oxalate de fer, les opérations de fixage doivent être conduites par une personne autre que celle chargée du développement.
- L’intensité du foyer lumineux et la distance à la trappe d’exposition étant constantes, le temps de pose est rigoureusement le même pour tous les clichés de même ton.
- Aussi, à l’exception de la confection des trois ou quatre clichés initiaux et de la préparation des bains chimiques, il n’est aucune des opérations que nous venons d’indiquer qui nécessite l’intervention d’un photographe expérimenté, et on comprend qu41 devienne possible, en détachant en supplément quelques agents ordinaires, d’atteindre, en quelques heures, les chiffres formidables d’épreuves que nous avons indiqués. Pour faciliter la circulation d’une pièce dans une autre et pour éviter que l’ouverture inattendue d’une porte n’introduise dans les laboratoires de la lumière blanche inopportunément, ces trois pièces ont été rendues indépendantes l’une de l’autre et communiquent directement avec l’atelier de pose au moyen
- de couloirs intérieurs qui restent toujours ouverts. Les coudes que décrit leur tracé forcent la lumière à subir au moins trois réflexions sur les cloisons noircies avant de pénétrer jusque dans l’intérieur des laboratoires. Elle est éteinte presque totalement
- par ces circuits, etl’imperceptible quantité restante est inoffensive même par les plus beaux jours.
- On comprend les facilités qui résultent de l’absence de portes pour des opérations qui nécessitent des allées et venues conti-nuelles d’une pièce dans une autre, pour le transport des châssis, des cuvettes pleines de liquides et d’épreuves, etc. lien résulte un avantage non moins considérable, c’est de faciliter le renouvellement de l’air.
- Tous les photographes amateurs ou de profession ont éprouvé les inconvénients du travail prolongé dans les laboratoires obscurs, presque toujours hermétiquement clos. Notre bienveillant architecte y a remédié en disposant au centre des laboratoires obscurs une bouche spéciale d’appel d’air qui communique avec les appareils de ventilation du Palais de justice.
- Parmi les dispositions de détail, nous signalerons encore, à côté de l’atelier de pose, l’em-placement réservé pour le chargement et le déchargement des plaques avant et après leur exposition derrière l’objectif. Le problème à résoudre consistait ici à assurer une grande rapidité dans les échanges des glaces déjà exposées avec celles à exposer.
- L’emplacement réservé à l’opération du chargement et du déchargement est une espèce de guérite placée, à poste fixe, dans le laboratoire à développement contre la cloison de l’atelier de pose. Un rideau qui tombe derrière le dos du chargeur achève de l’isoler du laboratoire obscur. On peut donc dire de lui qu’il est placé ainsi dans l’obscurité de l’ob-
- bibés d’alcool et séchés à l’étuve.
- bromure.
- Fig. 2. — Chargement et déchargement des châssis négatifs. Tiroir spécial à va-et-vient.
- (La photographie judiciaire à la Prélecture de police de Paris.)
- Fig. 1. — Dispositif spécial pour les tirages rapides sur papier gélatino-
- Fig. 3. — Spécimer. de photographie judiciaire anglaise.
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- scurité, à l’exception d’un peu de lumière rouge provenant d’une ouverture sur l'atelier de pose et qu'un abat-jour concentre sur sa tablette.
- Cette tablette est munie en dessous d’un tiroir divisé en deux par un montant perpendiculaire à son devant et disposé à va-et-vient, c’est-à-dire qu’il peut aller et venir dans un manchon rectangu -laire dont l’une des extrémités donne dans la guérite et l’autre dans l’atelier de pose après avoir traversé la cloison. Muni de deux poignées opposées, ce tiroir peut donc être tiré à soi successivement de l’atelier de pose et delà guérite (fîg. 2). L’opérateur, après avoir chargé ses châssis en toute sécurité, les place dans le compartiment de droite, ou n° 4, du tiroir. De l’autre côté de la cloison, le photographe placé dans l’atelier vitré saisit la poignée opposée du tiroir, l’attire à lui, prend un des châssis y déposé à son intention, lait poser son sujet et remet le châssis impressionné dans le tiroir, mais dans le compartiment n° 2 où le charg eur qui, dans l’intervalle, n’a pas quitté sa guérite, le retrouve en retirant le tiroir à lui. Il le décharge, met la glace posée dans une boîte spéciale, puis le recharge avec une glace fraîche et le replace dans le compartiment n° 4. Et ainsi de suite. Aussi longtemps que dure le défilé des détenus, le chargeur, dans sa guérite, décharge les châssis qu’il trouve à sa gauche pour les replacer chargés à sa droite sans avoir besoin
- d’échanger un seul mot avec le ou les photographes qui, de leur côté, font passer cinquante fois de suite les châssis du compartiment d’avant la pose au compartiment d’après la pose. La construction de la
- chaise de pose a été également l’objet de dispositions spéciales. L’uniformilé indispensable de la réduction des épreuves est obtenue en maintenant cette chaise et l’appareil rigoureusement à la même distance pour un même objectif. Cette distance doitêtre égale, comme on sait, à la longueur focale de l’objectif employé, multipliée par le chiffre de la réduction augmenté d’une unité. Notre réduction étant de 4/7 et la longueur focale de notre objectif de 0,30 m, par exemple, la distance qui doit séparer le diaphragme de l’ob-jectif sera de 2,40 m (30 X 8 = 240).
- Pour éviter tout changement de distance, la chaise est reliée au sol par une broche de fer longue de 50 centimètres environ, fixée perpendicu lairement , d’un côté au milieu du fond de la chaise tandis que l’autre extrémité traverse un manchon de cuivre dissimulé dans le plancher.
- On est ainsi assuré, quelle que soit l’orientation qu’on donne à la chaise, de ne pouvoir ni l’éloigner, ni la rapprocher de l’appareil. La chaise elle-même est entièrement en bois recouverte d’une rude étoffe de velours afin d’éviter toute cause d’affaissement du sujet pendant les quelques secondes de pose.
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- Dès 18831, nous avons signalé l’extrême difficulté d’établir l’identité d’une façon certaine sans l’aide des mensurations entre plusieurs portraits de face pris à quelques mois seulement d’intervalle.
- L’adjonction du profil prescrite par l’Administration sur notre initiative, en septembre 1885, a remédié en partie à ce desideratum, en fournissant des lignes de comparaison bien tranchées, sur lesquelles la volonté du sujet n’a aucune influence.
- On peut voir (fig. 4 et 5) deux clichés photographiques d’un jeune détenu décédé depuis à la prison de la Santé, pris à un an d’intervalle dans le même atelier, à la même heure de la journée. Tandis que les deux portraits de trois-quarts sont aussi dissemblables que possible, ceux de profil offrent, au contraire, une similitude parfaite de ligne.
- Comme pour l’exemple que nous avons publié dans La Nature, en 1883, la dissemblance des deux photographies peut s’expliquer par des considérations morales.
- En décembre 1885, le jeune Miction est arrêté pour la première fois. Cet accident l’a légèrement ému, il obéit scrupuleusement aux prescriptions du photographe qui lui commande de regarder l’objectif. Le 4 juin 1886, moins de six mois après, il s’est à la fois encanaillé et aguerri : il a cru avantageux de se dissimuler sous le faux nom de Billardo, et au moment du classique : « Ne bougeons plus, je commence, » au lieu de regarder l’objectif, il regarde l’opérateur, en ricanant in petto et se disant à lui-même : « Allons, tout va bien, en voici encore un qui ne me reconnaît pas, puisqu’il recommence ma photographie d’il y a six mois. »
- Ce jeune voleur n’ignorait qu’une chose, c’est qu’au sortir de l’atelier photographique, il allait immanquablement être reconnu par l’anthropométrie.
- Nous sommes arrivés à faire tenir nos deux poses : profil de droite et léger trois-quarts de gauche, sur la même plaque 9/13, obtenue elle-même en coupant la plaque 13/18 en deux. L’économie de 50 pour 100 réalisée par ces dispositions de détail n’est pas à dédaigner puisqu’elle s’étend chaque matin sur un grand nombre de sujets.
- Les deux photographies ainsi obtenues peuvent être assirhilées aux deux projections d’un solide en usage dans la géométrie descriptive : la verticale et l'horizontale, et contiennent la figure de l’individu en son entier. On remarquera d’ailleurs que nous laissons à la pose de face une légère orientation vers la droite de façon à mieux faire apparaître tout le côté gauche de la figure et notamment l’oreille que ne nous donnerait pas la pose entièrement de face.
- Depuis quelque temps la police anglaise, pour obtenir le même résultat, fait fixer une glace sur l’épaule du sujet, laquelle glace reflète le profil (fig. 5). Ce dispositif ingénieux a le désavantage de mettre à même le public, les témoins, etc., de reconnaître à première vue l’origine judiciaire de ces photogra-
- * Yoy. n° 534, Hu 25 août 1883.
- phies, ce qui, dans certaines enquêtes de police, peut présenter de graves inconvénients. La pose des deux mains sur la poitrine présente le même inconvénient au point de vue policier, n’ajoute rien à la valeur signalélique de l’épreuve et détruit l’unité artistique du portrait.
- Si les poses de profil sont meilleures pour l’identification de cabinet, l’expérience démontre que les portraits de face sont mieux reconnus et par le sujet lui-même et par le public. En effet, nous ne connaissons notre physionomie que pour l’avoir vue dans une glace, soit de face, soit quelquefois de trois-quarts. De. même nous conservons le souvenir de nos amis dans l’attitude qu’ils prennent d’habitude en nous parlant, c’est-à-dire encore de face ou de trois-quarts.
- Un homme passe dans la rue, l’image de profil ne sera perçue qu’un instant, dans une direction unique. Aussi l’impression que nous en conserverons se rapprochera nécessairement beaucoup plus de la vue de face que de celle de côté. Rien d’étonnanl donc, lorsqu’un agent de police, en chasse du coupable, montre à des témoins les photographies des divers repris de justice qu’il a été amené à soupçonner, (pie la reconnaissance se fasse presque toujours par l’intermédiaire de la pose de face.
- En résumé, s’agit-il de rechercher dans un répertoire d’anciennes photographies, l’image d’un individu qu’on a sous la main et qu’on peut regarder sous telle orientation que l’on veut, ou cherche-t-on à identifier deux de nos portraits pris à des époques différentes, la règle sera de s’attacher presque exclusivement au profil. La pose de trois-quarts interviendra, au contraire, pour toutes les enquêtes où l’on doit recourir au public.
- Encore faut-il que les témoins auxquels on est amené à s’adresser aient conservé un souvenir assez net de la physionomie de l’individu incriminé, ce qui, malheureusement, n’est pas le cas d’habitude. Les personnes que l’on ne voit qu’en passant, sans y attacher d’importance sur le moment, et avec lesquelles on n’a pas l’occasion de parler, ne laissent dans l’esprit qu’un souvenir confus et qui se rapporte beaucoup moins aux traits du visage qu’à la tenue générale de l’individu. La démarche, le port des bras et de la tête, le costume et notamment la coiffure deviennent alors des caractères qui, quoique accessoires, attirent le plus les regards non prévenus et se fixent le mieux dans la mémoire. S’agit-il, au contraire, de faire une empiète auprès de témoins connaissant bien l’inculpé, (comme un parent, un camarade d’atelier, etc.,) mais ne l’ayant pas vu depuis nombre d’années, à tel point qu’il y ait lieu de supposer que, dans l’intervalle, son allure et sa tenue aient pu subir de grandes transformations, le portrait de trois-quarts reprendra toute son importance.
- De là la nécestité pour toutes les grandes affaires criminelles de prendre en plus du cliché face et profil , une troisième pose « en pied ». •
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- Le sujet restera couvert et sera adossé ou appuyé à une table, une chaise, un coin de billard, etc., de façon à ce que l’image obtenue puisse, à première vue, donner une indication assez exacte de sa taille. Les meilleures poses seront, en général, celles que le sujet aura prises de lui-même après quelques minutes de conversation bienveillante et frivole avec un agent expert. Les appareils à main ou dissimulés peuvent, en pareil cas, rendre quelques services.
- Enfin, pour des enquêtes spéciales, on prendra quelquefois un quatrième cliché en tenue de travail, nu-tête, en veste ou en manches de chemise, etc... Le portrait en pied peut être relevé sur la plaque 9/13 si l’on se contente de la réduction deux fois et demie moindre 1/17,5.
- Avant de clore cet article, nous croyons devoir tranquilliser les contribuables sur le montant des dépenses que cette installation leur a occasionnées. Si l’on en excepte le gros œuvre, maçonnerie, toiture, charpente, portes et fenêtres, toutes les parties de menuiserie, de serrurerie, de tapisserie, rideaux, etc., intéressant spécialement la photographie, ont été confectionnés par la main-d’œuvre pénale à des prix de revient près de dix fois inférieurs à ceux de l’industrie libre. C’est ainsi qu’une grande partie des dispositions décrites que, sans cet artifice, nous aurions été forcés, dès le principe, de rejeter par raison d’économie, ont pu être réalisées. Pour la plupart de ces travaux le bas-prix de la main-d’œuvre exerce, en effet, une répercution sur les dépenses en matière première. Le soumissionnaire pénitentiaire qui ne paye les détenus que de 25 à 50 centimes par jour, a, par exemple, avantage manifeste à leur faire passer une journée entière à gratter et remettre en état du vieux bois de démolition pour arriver à n’en conserver que la valeur de 4 à 5 francs au prix du bois neuf, par journée d’homme, tandis qu’un entrepreneur qui paye ses ouvriers au taux de 6 à 8 francs se ruinerait évidemment à une spéculation pareille.
- La restreincture des dépenses, comme disaient nos pères, opposée au luxe de l’aménagement, rehausse encore les mérites de l’installation qui vient d’être livrée à la Préfecture de police.
- Alphonse Bertillon.
- LE HANNETONNAGE '
- "C’est par centaine de millions de francs qu’il faut évaluer les pertes causées à l’agriculture par le hanneton. M. Blanchard l’affirme dans le rapport qu’il vient de faire au nom de la Section d'histoire naturelle agricole. Or, M. Blanchard, membre de l’Institut, professeur au Muséum, est sur ce point, comme d’ailleurs sur bien d’autres, d’une compétence indiscutable. On peut le croire sur parole. Le hanneton, voilà l’ennemi!
- Le hanneton dont nous reproduisons ci-après l’aspect bien connu (fig. 1) n’est pas seul cou-
- pable; nous sommes scs complices involontaires.; Nous contribuons, par la culture de la terre, à le propager. La laive du hanneton (fig. 2), très connue sous le nom de ver blanc, est incapable de! vivre dans les terrains non défrichés : il lui faut.; un sol meuble, qu’elle puisse aisément traverser pour atteindre les racines dont elle fait sa nourriture; il faut qu’elle puisse cheminer dans tous lest sens, gagner la surface, s’il fait chaud; pénétrer profondément dans la terre s’il fait froid. Toutes les racines lui sont bonnes, celles de la salade, des plantes diverses de la prairie, aussi bien que celles plus profondes et plus résistantes de nos* arbres. Si vous voyez les pieds de salade se flétrir, s’affaisser comme après une journée de chaleur accablante, creusez la terre au pied, vous y trouverez le ver blanc; si le gazon se fane et disparaît peu à peu, si vos arbres fruitiers dépérissent, fouillez la terre au pied, vous verrez les coupables, vous constaterez leurs méfaits sur les racines. Celles-ci, en effet, sont rongées, vermoulues; c’est bien ici le mot qui convient : moulues par les vers.
- Plus nous remuons la terre, plus nous labourons, bêchons, binons, plus nous rendons à l’animal là circulation facile. Nous ne pouvons pourtant pas renoncer à cultiver la terre. On le voit, tout n’est pas bénéfice dans le progrès. Cherchons donc le moyen de nous débarrasser du hanneton avec un remède moins mauvais que le mal. Les autres insectes ont des ennemis’/des animaux ou des végétaux qui vivent à leurs dépens; le hanneton n’a pas de parasite; les taupes ne lui font pas grand mal; les oiseaux l’atteignent rarement; que faire? 1
- Lorsque le laboureur promène sa charrue dans les terres, les enfants qui suivent derrière ramassent un certain nombre de vers blancs tout à fait insignifiant ; les oiseaux en dévorent également un nombre minime, et ceux qui ne sont pas glanés parviennent à rentrer en terre en peu de temps. Le froid, les intempéries peuvent-ils les détruire? Nullement. Ni les froids rigoureux, ni les pluies abondantes n’ont sur ces animaux une afction sérieuse. Nous l’avons dit, ils montent ou descendent dans l’intérieur de la terre selon que la température s’élève ou s’abaisse, et descendent d’autant plus bas que le froid est plus rigoureux.
- On sait qu’à l’encontre de ce qui a lieu chez la plupart des insectes, dont le développement s’opère généralement dans le cours d’une saison ou tout au plus d’une année, trois années sont nécessaires au hanneton pour accomplir son évolution. En juin, la hannetonne pond une quarantaine d’œuls dans la terre; de ces œufs sortent les vers blancs qui rongent les racines jusqu’à l’entrée de l’hiver, puis s’endorment jusqu’au printemps.
- Au printemps, ils sortent de leur état léthargique et recommencent à manger et à grandir jusqu’au prochain hiver. Ils hibernent de nouveau et achèvent leur croissance dans le cours de la troisième année. L’automne venu, ils s’enferment dans une coque formée de
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- terre consolidée à l’aide de leur salive, ce qui fait une sorte de mortier. Là, s’opère leur transformation en chrysalide ou nymphe (lig. 3), seconde phase de l’insecte. Dans cet état, l’animal passe l’hiver et une partie du printemps. Au mois de mai, la troisième métamorphose s’accomplit et l’insecte parfait, le hanneton, s’échappe de sa prison et sort de terre. Il vole, vole, vole et s’abat sur les feuilles qu’il dévore, de sorte qu’après s’être attaqué aux racines lorsqu’il était larve, il s’en prend aux feuilles lorsqu’il est hanneton.
- Mais si l’été se prolonge, si l’automne est chaud et sec, la dernière métamorphose a lieu avant l’hiver, et l’on voit par exception des hannetons qui naissent en octobre. Cherchons maintenant le moyen de le détruire, attaquons-le à l’état de larve, puisa l’état d’insecte parfait.
- C’est au moment des labours qu’on pourra détruire les vers blancs.
- Des femmes, des enfants suivront la charrue et les ramasseront.
- Veut-on un exemple pour apprécier les résultats de cette pratique? D’après M. Reiset, le savant agronome, membre de l’Institut , dans un terrain d’environ 1 hectare, une femme a ramassé 344 kilogrammes de vers en quinze jours, ce qui suppose environ 180 000 vers. Vers l’automne, si la température est encore douce, il sera facile de découvrir les vers, car ils se trouveront alors assez près de terre. On peut, dit M. Reiset, en déterrer des quantités considérables rien qu’en promenant la herse (fig. 4) sur les terrains dont la surface n’est pas trop inégale.
- Un inspecteur des forêts, M. Croizeltc-Desnoyers, est parvenu à sauvegarder de jeunes plants de la forêt
- de Fontainebleau en employant un procédé analogue à celui dont on se sert contre le phylloxéra; il introduit de la benzine dans le sol, au pied de chaque arbre. M. Blanchard pense que le sulfure de carbone pourrait également être utilisé dans le même but et de la même manière. Ce procédé convient aux vergers peu étendus, aux jeunes plantations de pommiers de la Normandie, qui ont beaucoup à souffrir
- des vers blancs.
- Ces divers moyens de destruction ne sont encore que des palliatifs. Il faut en revenir toujours au hannetonnage, car en tuant un ver blanc, on ne détruit qu’un individu, tandis qu’en tuant une femelle de hanneton, on se débarrasse des trente à quarante vers blancs auxquels elle aurait donné naissance. Pour s’emparer des hannetons, il faut les surprendre, soit le matin, de bonne heure, quand ils ne sont pas encore éveillés, soif au milieu de la journée, au plus fort de la chaleur, lorsqu’ils font la sieste. Ils sont alors accrochés par leurs pattes aux feuilles et aux rameaux, et le moindre choc suffit pour les faire tomber. On secouera donc les arbustes et les jeunes arbres; quant aux arbres, on les gaulera comme de simples noyers.
- Pour obtenir un résultat sérieux, chacun doit se mettre en campagne. Il est évident que si un seul propriétaire procède au hannetonnage, il se débarrassera des hannetons qui vivaient sur ses arbres, mais il sera bientôt infesté par ceux de ses voisins. Bien ne sera fait tant que chaque propriétaire ne sera pas contraint par une loi à procéder au hanne-
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- Fig. 1. — Hannetons adultes dévorant des feuilles.
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- tonnage et à recueillir un volume déterminé de hannetons. La chose en vaut la peine; le bénéfice qui en résultera compensera largement le travail et les
- Fig. 2, — Larve du lianuclou ou ver blanc ou mans.
- mique, plus rapide et plus efficace que le bain d’eau bouillante. Rien que la cuisson est capable de faire
- faibles dépenses occasionnés. La récolte faite, il reste à procéder à l’extermination. Nous n’avons pas trouvé, jusqu’à présent, de moyen plus e'cono-
- Fig. 3. — Nymphe ou chrysalide du hanneton.
- mourir le hanneton. M. Blanchard propose de faire appel aux agriculteurs, aux Sociétés d’agriculture,
- Fig. d. — La destruction des vers blancs.
- pour obtenir leur concours, aux Conseils généraux pour en avoir soit des subsides, soit le hannetonnage des arbres qui bordent les chemins et les rou-
- tes, et enfin aux pouvoirs publics pour établir une loi prescrivant l’obligation du hannetonnage. U y a là un moyen de venir en aide à l’agriculture sans
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- grande de'pense et sans difficulté qu’on ne saurait dédaigner par ce temps de misère agricole. Nous souhaitons que l’appel de M. Blanchard soit entendu.
- Les gravures qui précèdent, complètent notre notice: la figure 1 représente le hanneton adulte. Celui qui vole montre ses quatre ailes. Lorsque l’animal ne vole pas, les deux inférieures minces sont repliées, recouvertes et emboîtées par les deux supérieures qui sont d’une consistance cornée. Les antennes, sortes de petits appendices déliés que les insectes ont sur la tête, sont chez le hanneton, terminées par de petits panaches qui forment la massue.
- Dans la figure 2-, on voit des vers blancs d’âges différents. Un groupe d’œufs est figuré à gauche au bas. Les larves sont toujours repliées sur elles-mêmes. Elles s’attaquent aux racines d’un fraisier.
- La figure 3 montre la nymphe du hanneton. C’est le deuxième état de l’animal. Sous cette nouvelle forme, il est immobile et comme plongé en léthargie. Il s’est préalablement enveloppé dans une coque de terre agglutinée avec de la salive. Là s’achève son développement. Il en sortira à son état dit parfait ou adulte et viendra au jour en se faisant un passage dont on voit Couverture à la surface de la terre.
- Dans la figure 4 on voit le laboureur promenant sa herse qui, en grattant la terre, met les vers à découvert. Femmes et enfants ramassent les vers : les corbeaux, corneilles, pies, etc., en mangent une partie. Félix Hément.
- PRÉPARATION INDUSTRIELLE
- DES PLUMES ET DUVETS
- Je crois intéressant de faire connaître aux lecteurs de La Nature une usine que j’ai visitée récemment et dans laquelle se font des opérations fort peu connues ; je veux parler de l’industrie des plumes et duvets pour literie.
- On croit souvent que les plumes et duvets employés dans les édredons et traversins sont tout simplement ramassés dans les campagnes et vendus tel qu’on les récolte. Il suffit de visiter, à Toulouse, l’usine de MM. Caubère pour être, détrompé : M. Caubère fds a bien voulu me montrer en détail son établissement, et je l’ai parcouru avec le plus vif intérêt.
- Nous avons d’abord visité, dans la cour de l’usine, le générateur à vapeur, qui consiste en une vaste chaudière à bouilleur bâtie dans un four en brique réfractaire. Ce générateur donne de la vapeur à une forte machine qui fait mouvoir tout le matériel et ensuite aux épurateurs dont je parlerai plus loin. Après le générateur se trouve un atelier et une forge pour l’entretien de l’usine.
- Nous montons au premier : là nous arrivons dans une vaste salle éclairée par de grands vitrages, c’est là où s’opère le premier travail ; une cinquantaine de femmes, toutes assises devant de grandes tables et sous la surveillance d’une contre-maitresse, trient la plume qui n’a subi encore aucune manutention et qui est, par conséquent, telle que les colporteurs la livrent à l’usine. Ces femmes enlèvent de cette plume celles qui sont trop grosses pour la literie et qui serviront plus tard à la fabrication des plumeaux, cure-dents, plumes à écrire, etc.
- Après ce premier travail, et une fois triée, la plume
- passe dans la salle des épurateurs : là se trouvent de grands récipients en cuivre dans lesquels la plume est mise en contact avec la vapeur qui, tout en la chauffant, la mouille et la lave ; des palettes mues par le moteur remuent constamment la plume. Quand elle est assez mouillée, elle est conduite, par des vis d’Archimède, dans les séchoirs, vastes cylindres en cuivre autour desquels serpente de la vapeur surchauffée et qui, en quelques minutes, rendent la plume parfaitement sèche, grâce à la haute température du cylindre et à l’action vive de fourches mécaniques qui la battent. Lorsque la plume sort de cette machine, elle est développée et, paraît-il, débarrassée de tous les germes de vers qui pouvaient s’y trouver, ce qui la préserve de la mite.
- Une fois cette opération faite, la plume passe dans la salle des ventilateurs : là elle est lancée par ces ventilateurs dans de longs corridors, et le duvet qui se trouvait parmi la plume est entraîné, à cause de sa légèreté, dans les cases les plus éloignées ; on obtient ainsi la séparation de la plume et du duvet qui, jusque-là, avaient été travaillés ensemble. Chacune de ces deux matières séparées va passer dans des machines spéciales, la plume dans d’autres ventilateurs plus puissants qui la classent selon sa densité.
- Le duvet est traité dans un appareil récemment inventé par M. Caubère fils et dans lequel la poussière est complètement enlevée, chose qui, paraît il, était fort difficile et que l’on n’était pas parvenu à faire jusqu’à ce jour. Cette machine a été appelée par son inventeur aconisa-teur, du mot grec a, sans, xo'vtî, poussière.
- Une fois nettoyé, le duvet passe dans les ventilateurs pour être classé selon sa densité.
- Vient ensuite la salle des préparations dans laquelle on emballe les duvets dans ces petites poches en lustrine que nous voyons chez nos marchands de nouveautés.
- Un atelier de couture se trouve dans cette salle: là plusieurs machines à coudre sont occupées à fabriquer les enveloppes pour ces marchandises.
- Dans chaque salle se trouvent des aspirateurs qui emportent sur le toit la poussière qui se dégage pendant la manutention de ces marchandises.
- Ayant demandé à M. Caubère s’il y avait longtemps qu’il avait cette usine, il me dit qu’il est établi depuis 1840, mais que ce n’est que depuis cette année qu’il a installé toutes ces machines, dans le but unique de pouvoir lutter avantageusement avec les Allemands qui inondent la place de leurs produits. Je félicitai chaleureusement M. Caubère de son but patriotique. B. de S.,
- Colonel on retraite.
- COMMENT ON FAIT PARLER
- LFS SOURPS-MUETS 1
- Nos lecteurs savent déjà qu’on a renoncé, depuis quelque temps, à la méthode des signes, qui avait joui, au temps de l’abbé de l’Epée, d’une estime d’ailleurs bien légitime. Mais, depuis, la science a marché : l’abbé de l’Epée lui-même avait prévu ce progrès, car il déclarait que « le sourd-muet ne serait complètement rendu à la société que le jour où
- 1 Nous empruntons ie titre de cet article à un ouvrage que vient de publier la librairie Masson et qui a pour auteur un professeur distingué de l’Institution nationale des sourds-muets. — Comment on fait parler les sourds-muets, par L. Goguillot. 1 vol. gr. in-8, précédé d’une préface de M. le Dr Ladreit de La Charrièrc, avec 76 figures.
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- il pourrait s’exprimer de vive voix et lire la parole au mouvement des lèvres. »
- C’est l’expose' de la nouvelle méthode, dite méthode orale, parce quelle a la parole pour but et pour moyen, que nous trouvons dans le livre si intéressant que nous venons de signaler.
- Notre collaborateur, M. Félix llément, le disait dans ce journal môme, au cours d’un remarquable article1 où il faisait l’historique de la question, le sourd-muet n’est muet que parce qu’il est sourd. Ce n’est donc pas, comme on est trop généralement porté à le croire, par suite d’une malconformation des organes vocaux qu’il ne parle pas. Ceux-ci ne sont point lésés; rien ne s’oppose au rétablissement de leurs fonctions.
- La première question à résoudre est celle-ci :
- Puisque les sourds-muets ne peuvent percevoir la parole par la voie ordinaire de l’ouïe, comment pourrait-on la leur faire percevoir?
- Pour répondre à cette question, il convient d’examiner comment se décomposent les phénomènes de la parole. L’observation des faits nous montre que la parole est un composé de deux ordres de phénomènes : des mouvements et des bruits. Les premiers n’ont pas besoin, pour être saisis, du concours de l’ouïe; la vue suffira donc pour percevoir ce premier ordre de faits. Les bruits, d’autre part, transmettent aux régions où ils se produisent des vibrations que 1 on peut sentir par le toucher. La vue et le toucher réunis pourront ainsi suffire à suppléer l’ouïe qui manque. Le lecteur peut s’en rendre compte en se plaçant devant un miroir et en prononçant les voyelles a, è,i.l\ verra immédiatement que la bouche se ferme de plus en plus pour aller de a à i, l’ouverture des lèvres pour è étant juste de dimension intermédiaire entre a et i. De même pour a, o, ou; de même pour a eu, u. C’est ce qu’on fait remarquer aux jeunes sourds-muets en les plaçant devant un miroir et en les faisant s’exercer à donner à leurs lèvres la disposition voulue pour chaque son (fig. 1).
- Ce n’est pas tout. Quand nous prononçons les voyelles a, o, ou, è, i, eu, u, les lèvres ne sont pas seules en jeu; le larynx profère un son. Ce son fait vibrer les cartilages du larynx, et principalement le cartilage thyroïde, qu’on nomme communément la pomme d'Adam : il suffit d’y porter la main pendant que l’on parle pour s’en rendre compte.
- C’est ce que l’on fait faire au sourd-muet (fîg. 2). De sorte que, guidé par la vue pour la partie visible du phénomène vocal, et par le toucher pour la partie tangible, il a, dans ces deux sens, le moyen de percevoir, l’un après l’autre, chacun des éléments de la langue. Quand il est en possession de tous les éléments, qui se réduisent à 30, il n’a qu’à les accoupler pour former des syllabes, des mots, des phrases.
- Mais la chose n’est pas aussi simple ni aussi rapide que nous avons l’air de le dire.
- Avant de passer à l’enseignement des éléments
- 1 Voy. n° 611, du 14 févi'ier 1885.
- phonétiques, il faut faire exécuter au jeune sourd toute une série d’exercices qui ont pour but de mettre son poumon, son larynx, sa langue, ses lèvres, ses yeux mêmes et son toucher en état de fonctionner comme il convient pour parler, et percevoir la parole. Cet ensemble d’exercices porte le nom de période préparatoire.
- Il semble bizarre, au premier abord, de dire qu’il est nécessaire de mettre le poumon, le larynx, la langue, les lèvres, etc., en état de fonctionner.
- C’est pourtant nécessaire.
- Chez l’individu qui n’a jamais parlé, le poumon n’est habitué à fonctionner que pour la respiration : chaque inspiration n’appelle dans les poumons qu’un demi-litre d’air, en moyenne, tandis que, pour parler, il faut en inspirer au moins 2 litres.
- Il faut donc faire prendre au jeune muet l’habitude de cette gymnastique pulmonaire qui s’exécute chez nous inconsciemment et qu’il n’effectuerait pas sans un entrainement spécial (fig. o). Sans des inspirations ainsi réglées, qu’arriverait-il? C’est que le sourd -parlant aurait, comme dit justement le vulgaire, la respiration trop courte; sa parole serait heurtée, saccadée, partant désagréable et peu intelligible. Elle pourrait être aussi trop faible. Elle serait également trop faible ou discordante si on ne faisait pas manœuvrer un peu le larynx qui, n’ayant pas fonctionné, est comme rouillé et engourdi.
- De même la langue n’ayant servi jusque-là qu’à rouler dans la bouche les aliments et à les refouler dans l’œsophage, a besoin d’être habituée à produire les mouvements spéciaux qu’elle devra exécuter pour la formation des sons ou l’articulation des consonnes.
- Enfin les lèvres n’ont pas chez le muet et n’auront jamais — même après de longs et nombreux exercices — la souplesse qu’elles ont acquises chez ceux qui parlent depuis l’enfance. Ces exercices d’assouplissement de la langue et des lèvres se font devant un miroir. Quant à l’œil du sourd-muet, il est nécessairement plus mobile que chez le commun des hommes, parce qu’il veut se rendre compte de tout ce qui se passe et suppléer, par sa mobilité enquêteuse, à l’absence de renseignements que devrait fournir l’ouïe. U faut lui faire acquérir une fixité plus grande et une attention plus soutenue qui se porte constamment sur les lèvres de l’interlocuteur.
- On a remarqué que le sens du toucher est moins affiné chez le sourd-muet que chez les autres enfants : à lui aussi il faut rendre, par des exercices spéciaux, la finesse qu’il doit avoir pour saisir les vibrations qui accompagnent les sons.
- Ainsi cette période préparatoire peut être comparée au prélude qu’exécute un musicien sur son instrument pour l’accorder avant de le faire chanter. Sans ce prélude, l’exécutant s’exposerait à ne produire que des notes plus ou moins discordantes; sans cette période préparatoire, l’instrument phonateur du sourd-parlant ne serait pas suffisamment accordé pour fonctionner dans de bonnes conditions.
- L’instrument étant ainsi préparé, on en tire des
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- sons. C’est d’abord le son a, qui est considéré comme le plus simple à émettre: il suffit, en effet, pour le produire, d’ouvrir la bouche sans contraction des lèvres ni de la langue et de faire vibrer le larynx.
- On passe ensuite à l’enseignement de sons plus difficiles à former, comme o, ou, è, é, i, eu, u, en s’aidant toujours de la vue et du toucher. On fait remarquer à l’enfant, par exemple, qu’une feuille de papier ou que la flamme d’une bougie ne remuent pas quand on prononce devant elles les voyelles a, o, é, i, tandis qu’elles sont violemment repoussées quand on prononce ou et u. Pour i, on fait constater, de plus, qu’il se produit des vibrations très sensibles
- au-dessus de la tête. Aux voyelles viennent s’ajouter les consonnes, que l’on enseigne à produire par des procédés analogues.
- M. Goguillot a fait une description très minutieuse
- et très précise des mouvements organiques né-saires à la production de chaque élément phonétique ; et, pour chacun de ces éléments, il a publié, des figures donnant l’aspect du visage, la coupe anatomique des organes, l’inscription des points de contact de la langue sur la voûte du palais et un dessin représentant le professeur faisant effectuer à l’enfant les mouvements nécessaires. En parcourant cette collection de figures, on assiste véritablement à
- Fig. 1. — Éducation des sourds-muets.
- Exercice d’assouplissement de la langue et des lèvres devant un miroir.
- Fig. 2. — Contact de la pomme d'Adam.
- une classe et on acquiert vite une notion assez précise des procédés employés pour rendre la parole aux sourds-muets. Il est consolant de se dire que, grâce à de patientes recherches, à de pénétrantes analyses, on réussit maintenant à rendre presque nos égaux
- Fig. 3. — Réglage de Va respiration par le toucher._
- des êtres que leur infirmité faisait reléguer autrefois au rang des parias et qui, naguère encore, ne pouvaient être compris que de leurs compagnons d’infortune ou de quelques rares initiés. Dr Z...
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- LES EXPÉRIENCES PUBLIQUES
- I) ' É L E C T FU C I T É
- Le premier savant qui tira l’électricité du domaine restreint du laboratoire et des sociétés savantes, fut Lemonnier, fils d’un physicien influent à la ville comme à la cour. Son père était un des membres principaux de l’Académie des sciences lors de la découverte de la bouteille de Leyde. Le jeune Lemonnier, qui avait trente ans à peine, se passionna pour la découverte des savants Hollandais.
- Afin de vérifier si la secousse de la bouteille de Leyde se communiquait à de grandes distances,
- il eut une idée qui lui fait le plus grand honneur.
- Au milieu du treizième siècle, saint Louis avait appelé à Paris les Chartreux et les avait installés dans l’hôtel Vauvert, que la superstition populaire prétendait hantée par des démons et qui se trouvait situé à la naissance de la rue d’En fer. Le cloître était environné d’un clos immense, que le prieur mit à la disposition du jeune expérimentateur. Lemonnier commença par placer autour du cloître deux fils parallèles à une brasse l’un de l’autre et dont le parcours total était de 4 de nos kilomètres. Ce clos embrassait les jardins Bullicr, l’École des mines, l’École de pharmacie, etc., etc. 11 chargea un opérateur de tenir dans la main un bout de chaque fil. Alors pre-
- Expérience d’électricité exécutée par Watson sur les bords de la Tamise au dix-liuitième siècle.
- nant lui-même un des bouts d’une main, il approcha de l’autre le bouton d’une bouteille de Leyde, chargée d’avance. Au moment où se produisit le contact de cette partie métallique avec la tige, Lemonnier ressentit une vive commotion qui avait également frappé l’homme, intercalé dans le circuit.
- Les étonnements dont nous avons été témoins lors de la découverte du télégraphe électrique, ne furent qu’une répétition des admirations de nos aïeux. Mais Lemonnier ne resta point en si bonne route. 11 eut l’idée de faire franchir au feu électrique une certaine quantité d’eau. Cette seconde opération eut lieu dans le grand bassin des Tuileries que Louis XIV avait déjà créé en organisant le jardin.
- Le dispositif fut le même. On mena un fil autour d’une demi-circonférence. Dans le voisinage d’une
- des extrémités, Lemonnier fit flotter une broche de fer, qui traversait un liège, et, par conséquent, s’enfonçait dans l’eau.
- Les choses étant ainsi disposées, Lemonnier prit de la main gauche l’extrémité de la chaîne. De la main droite il portait une bouteille de Leyde. A l’autre extrémité du bassin, son aide empoigna de la main droite la chaîne et plongeait la main gauche dans l’eau. Quand Lemonnier vit que cet homme était à son poste, il approcha l’armature extérieure de la broche de fer. Aussitôt que le contact se produisit, les deux opérateurs reçurent au même instant le choc.
- Le feu électrique avait donc traversé une couche d’eau, aussi longue que les tours Notre-Dame sont hautes, sans s’éteindre! 11 n’est pas nécessaire
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- de rapporter ici les exclamations qui accompagnèrent cette expérience.
- L’histoire des progrès de l’électricité est un peu celle de la rivalité de la France et de l’Angleterre. La Société royale de Londres se serait crue déshonorée si elle était restée sous le coup de cette démonstration éclatante. Il fallait faire mieux après avoir mûrement réfléchi. Watson, qui venait d’obtenir la médaille Copley, annonça qu’il ferait passer l’électricité à travers l’eau de la Tamise. L’expérience fut répétée à plusieurs reprises, comme on peut le voir par la figure que nous publions (p. 597) et qui nous dispense de description; elle n’est que la répétition de celle de notre compatriote.
- Watson, né en 1715 à Londres, où il est mort en 1787, est un des physiciens qui ont le plus contribué à l’établissement de la théorie de Franklin, et à la victoire de la doctrine de Jenner. 11 mourut après avoir été créé baronnet et comblé d’honneurs.
- Son rival n’eut pas autant de bonheur. Louis XV, et ensuite Louis XVI, le prirent pour médecin en pied; on le nomma membre de l’Académie des sciences ; mais lorsque vint la Révolution, Lemonnier échappa par miracle à la journée du 10 août. Il fut complètement ruiné et obligé d’ouvrir une humble boutique d’herboriste à Montreuil, près de Versailles. C’est en faisant ce petit commerce qu’il échappa à la mort de faim, genre de supplice pire encore que l’échafaud de Lavoisier. Les vicissitudes n’ébranlèrent pas sa bonne humeur, et il conserva jusqu’en 1799, époque où il rendit le dernier soupir, la philosophie d’un sage.
- On a de la peine à se figurer jusqu’à quel point, à la suite des grandes expériences que nous racontons, la bouteille de Leyde devint populaire. Jeunes et vieux, belles et rustres, nobles et croquants, tout le monde voulait tâter de la secousse. Alors on commença à voir les opérateurs en plein vent, et les propriétaires des baraques de la foire Saint-Germain et de la foire Saint-Laurent vendre l’électrisation pour quelques sous. Il en fut de même à cette foire permanente, qui se nommait le boulevard du Temple.
- On vit ainsi surgir le cabinet de l’abbé Nollet, qui était un membre de l’Académie des sciences, très populaire même parmi les philosophes, comme on le voit par le trait suivant : Voltaire, qui n’aimait ni l’électricité, ni les électriciens, lui fit compter, à deux reprises, une gratification, l’une de 1200 livres et l’autre de 2000 pour lui marquer son estime. Ce cabinet fut remplacé par celui de Charles, qui est également bien connu. Il faut joindre à ces grands établissements scientifiques celui de l’aéro-naute Robertson qui leur est postérieur, et qui les rattache aux Comte, aux Robert-Iloudin, aux Ro-bins, aux Cleverman, aux Dickson, etc., etc.
- De tous ceux-ci, qui sont suffisamment connus, nous ne dirons rien, si ce n’est que l’électricité joua un grand rôle dans leur vogue, mais il faut accorder une mention spéciale au Musée français qui était
- établi au Marais. C’est là que Pilàtrc de Rosier débuta lorsqu’il arriva à Paris.
- L’hydrogène venant d’être découvert, l’intrépide Messin imagina d’en remplir ses poumons, d’y mettre le feu et de faire ainsi sortir de sa poitrine ùne gerbe enflammée. C’est un tour d’adresse que les forains pratiquent quelquefois, mais qui n’est pas sans danger. Dans un de ces exercices, I'ilàtre laissa rentrer la flamme. Il en résulta une explosion qui lui cassa deux dents. W. de Foxvielle.
- — A suivre. —
- CHRONIQUE
- L’industrie française au Chili. — Le Chili vient de signer, avec la Société des Forges et chantiers de la Méditerranée, un marché pour la fourniture de deux croiseurs rapides à pont cuirassé avec revêtement extérieur en bois. La fourniture de ces bâtiments avait été mise au concours entre constructeurs allemands et français.
- En outre, le Gouvernement chilien aurait commandé à la Compagnie du Creusot les plaques de blindage d’un grand cuirassé dont la construction est décidée. Et enfin, un certain nombre de canons, système de Bange, viennent d’arriver au Chili, pour que des essais définitifs soient faits sur ces pièces, afin de juger si l’on adoptera cette artillerie pour la défense des côtes.
- Un canal à grande section en Suède. — On
- parle de construire en Suède un canal à grande section qui aurait pour but de réunir le Ivattégat au grand lac de Venern. Ce canal réunira les villes de Uddevalla et de Genersborg; il sera d'une grande utilité pour une partie de l’intérieur de la Suède, qui contient de nombreuses usines métallurgiques. Sa longueur sera de 25 kilomètres; il traversera des lacs sur environ 8 kilomètres.
- La profondeur en sera de 7 mètres, permettant l’entrée des vaisseaux de 5000 tonnes. Il présentera d’ailleurs des écluses de 116 mètres de long sur 15 de large. On compte sur le transit d’une grande masse de bois de construction, dont le commerce est si actif en Suède, en même temps que sur 100 000 tonnes au moins de fer. h. B.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 13 mai 1889. — Présidence de M. Des Cloizeaux.
- Altération singulière d'un fer météorique. — Le fer météorique de San-Francisco del Mezquital (Mexique) dont la composition a été naguère déterminée par M. Damour, est le siège d’une altération d’un genre tout à fait exceptionnel. Les deux échantillons de la collection du Muséum présentent l’un et l’autre une portion de la surface extérieure du bloc dont ils ont été détachés à la scie. Celte surface extérieure qui répond vraisemblablement à la croûte a été soulevée et réduite en une poussière grise donnant aux échantillons l’aspect de certaines roches recouvertes de lichens; elle tombe au moindre contact.
- J’en ai fait un examen chimique et minéralogique. Cette poussière est en grande partie magnétique; l’aimant en retire 79,3 pour 100; le résidu, représentant 20,7 pour 100, consiste en une poudre grise relativement claire. La partie magnétique, entièrement insoluble dans l’acide azotique bouillant, est presque entièrement composée *
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- d’oxyde magnétique de fer avec une proportion très sensible de nickel. La partie insensible à l’aimant se montre au microscope en petits grains partiellement transparents et, dans ce cas, très actifs sur la lumière polarisée qui les colore très brillamment. Elle est sensiblement insoluble dans l’eau même bouillante qui en relire seulement de très faibles traces de chlorures. L’acide azotique la dissout très facilement, surtout à chaud, et la solution précipite abondamment par l’acétate de baryte, pendant que le ferrocyanure de potassium et le sulfhydrate d’ammoniaque y déterminent les réactions du fer et du nickel. La quantité de matière disponible est beaucoup trop faible pour qu’on puisse songer à réaliser des dosages, mais les propriétés de la substance permettent d’y reconnaître sans hésitation un sous-sulfate de peroxyde de fer avec nickel, plus ou moins analogue à la copinpile. La manière la plus simple d’expliquer cetle curieuse altération du fer de San-Francisco del Mezquital semble être de rattacher la production du sulfate à la combustion lente des rognons de pyrrlioline : ce serait un phénomène analogue à celui qui donne l’apatélite aux dépens de la pyrite dans maints gisements d’argile plastique. Mais, outre qu’au point de vue purement chimique, cette interprétation présente plus d’une difficulté, il faut remarquer que Ja plupart des fers météoriques possèdent de la pyrrhotine sans donner lieu à la réaction indiquée. Il est vrai que les rognons sulfurés de la masse de San-Francisco del Mezquital n’ont pas absolument l’aspect ordinaire et admettent peut-être des éléments qui manquent ailleurs. Ce point ne saurait être élucidé avec la très petite quantité de matière que possède le Muséum.
- L'Encyclopédie chimique. — Le gigantesque monument que M. Frémy a élevé aux sciences chimiques et que publie avec tant de zèle la librairie de Mmo YTe Charles Dunod s’enrichit aujourd’hui de six nouveaux volumes. C’est d’abord une étude minutieuse Du cobalt et du nickel par M. J. Meunier, chef des travaux chimiques à l’École centrale; puis deux volumes de M. de Forcrand, professeur à la Faculté des sciences de Montpellier, de L'argent et ses composés. Le premier concerne l’étude théorique, et l’autre les applications de l’argent; celui-ci comprend des chapitres spéciaux sur l’affinage, les alliages d’orfèvrerie, les monnaies, l’essai des alliages, l'argenture, la photographie, la falsification des nielles et diverses applications de l’azotate d’argent. En deux très gros volumes M. Char-taing, pharmacien en chef de l’hôpital de la Pitié, expose toutes les notions relatives aux amides. Ce seul sujet comprend 1750 pages. Enfin le dernier des volumes qu’il nous faut annoncer comprend Y Analyse ’ôhhnique des liquides et des tissus de l'organisme. Il a été rédigé en collaboration par MM. les D” Garnier, professeur à la Faculté de médecine de Nancy, et Schlagdenhauffen, directeur de l’École supérieure de pharmacie de la même ville. On y trouvera, après les descriptions des méthodes générales, les résultats relatifs à l’analyse des urines, du sang, des sérosités, du lait et du colostrum, de la salive et des produits buccaux, du suc gastrique, du suc pancréatique, de la bile, du suc intestinal, de la sueur, de la matière sébacée, du pus, des tissus. Dans tous les cas, les altérations pathologiques sont étudiées à côté de la composition normale. Dès maintenant Y Encyclopédie chimique comprend plus de cinquante volumes et constitue une publication incomparable dont la place est nécessairement marquée dans toutes les bibliothèques scientifiques.
- Pathologie expérimentale. — Par l’intermédiaire de
- M. Bouchard, M. Lépine fait connaître les résultats de bien curieuses expériences. Ayant mis les uretères d’un animal en rapport avec un réservoir d’eau, l’auteur empêche par cette pression la sécrétion urinaire ; l’urine est résorbée, et il en résulte une auto-intoxication d’un genre tout spécial dont les conséquences consistent en dyspnée et surtout en une considérable élévation de la température
- Varia. — Le célèbre directeur des travaux géologiques du Portugal, M. Delgado, adresse de Lisbonne un compte rendu du Congrès géologique international tenu à Londres au mois de septembre 1888. C’est un travail dont l’intérêt est considérable à beaucoup d’égards. — M. Marchand cherchant à mesurer l’intensité absolue du magnétisme terrestre, constate que l’état hypnométrique des salles d’observation exerce sur les résultats une influence considérable. —Le spectre photographique de la grande nébuleuse d’Orion est adressé parM. Ilutchins. — M. Lambert a fait réagir les borates sur les alcools polyatomiques. — Comme suite à ses études relatives a la série thionique, M. Berthelot signale les réactions des acides sur les hypo-sulfites. — M. Jungflcisch est parvenu à scinder l’acide mésocamphorique en deux acides camphoriques dont l’activité 'rotatoire sur le plan de la lumière polarisée s’exerce en deux sens opposés. — En présentant une note de M. Pruvost sur les larves de bryozoaires, M. de Lacaze-Duthiers insiste sur les services réciproques que peuvent se rendre les deux laboratoires maritimes de Port-Ven-dres et de Roscoff. — M. Verncüil dépose le 100° et dernier volume du Dictionnaire des sciences médicales du Dr Dechambre. Stanislas Meunier.
- LÀ SCIENCE AU THÉÂTRE
- LA BOULE MYSTÉRIEUSE
- On voit en ce moment, au Cirque des Champs-Ély-cées, à Paris, un exercice qui mettrait bien à l’épreuve la sagacité des spectateurs si l’auteur n’avait soin d’en donner l’explication après ses exercices.
- On apporte dans l’arène une boule ayant 0,75 m ’de diamètre et on la pose au sommet d’un pont en dos d’àne formé de .deux planches réunies par une plate-forme (fig. 1). Tout à coup la boule se met à osciller légèrement, puis elle s’avance au bord de la plate-forme et on s’attend à la voir immédiatement rouler au bas du plan incliné; il n’en est rien. Elle s’arrête au bord, se met à descendre avec précaution ; elle semble hésiter, ne parcourt qu’un petit espace, puis remonte un peu, s’arrête de nouveau et repart comme de plus belle. Une fois parvenue au bas du plan incliné dont l’extrémité inférieure est à 50 ou 60 centimètres du sol, elle s’arrête, puis remonte rapidement jusqu’en haut. Là le mystère commence à s’expliquer, on voit tout à coup sortir par un petit trou un drapeau; puis un coup de feu est tiré de l’intérieur; certainement la boule est habitée. On en a bientôt la preuve, car après avoir roulé rapidement jusqu’au bas du second plan incliné, elle vient tomber sur un coussin placé sur le sol, s’ouvre et un homme en sort : c’est le clown Lepère. On est tout surpris de voir un homme de cette taille, 1,56 m, sortir d’une aussi petite boîte.
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- Bien que déjà nous ayons été à même de voir des hommes caoutchouc, qui arrivaient à se placer dans un espace aussi restreint, nous ne pouvons comparer leur exercice à celui de M. Lepère qui, non seule-
- ment se place dans sa boule, mais s’y meut avec une adresse vraiment merveilleuse. Il faut avoir, en effet, un sentiment de l'équilibre et une souplesse remarquables pour pouvoir, dans une position pa-
- Fig. 1. — La boule mystérieuse au Cirque des Champs-Elysées, à Paris, repré-eutée avec le clowu Lepère qui s’y tient enfermé,
- comme le montre la figure 2.
- reille, déplacer continuellement le centre de gravité de la boule et le maintenir toujours dans le plan vertical passant par l’axedupont.
- On voit, sur notre gravure (fig. 2) comment se place M. Lepère. Une fois la boule refermée, l’équilibre n’existe que s’il est sur son séant. Quand il veut faire avancer sa boule, il doit se retourner en marchant sur les genoux et les mains comme un écureuil dans sa roue. Mais que de précautions à prendre pour que l’axe du corps coïncide avec l’axe du pont, afin de ne pas être précipité hors du plan incliné qui n’a que 30 centimètres de large? Et quelle agilité ne faut-il pas pour réagir immédiatement contre la vitesse acquise dès que, par suite d’un déplacement, la boule a commencéà rouler? Le centre
- de gravité, la vitesse acquise, l’inertie de la matière: voilà des principes de mécanique que les tours de
- force et d’adresse mettent bien souvent à contribution. Mais si les clowns s’inquiètent peu de connaître les principes de mécanique sur lesquels reposent leurs exercices, ils les mettent en application avec une adresse merveilleuse. Ils ont une sorte d’instinct, une aptitude spéciale qui leur permet de trouver rapidement la position d’équilibre. L’exercice que M. Lepère présente d’une façon si ingénieuse et si nouvelle en est une preuve évidente. G. Mareschal.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissa.ndier.
- Fig. 2. — Le clown Lepère, dans la boule mystérieuse. (D’après des photographies spécialement exécutées pour La Nature.)
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N* 8Ô4. — 25 MAI 1889.
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- LE RAYIN DES ARCS
- (hérault)
- Les touristes n’ont pas moins intérêt que les géologues à connaître l’existence d’un vallon de France, dont aucune publication courante n’a parlé, et qui est remarquable au point de vue des phénomènes d’érosion qui s’y sont manifestés.
- C’est encore dans cette étrange région des Causses si féconde en surprises1, ou du moins sur sa lisière sud-orientale, que le département de l’Hérault dissimule cette nouvelle curiosité.
- Entre la montagne de la Séranne (943 mètres2) et le Pic Saint-Loup (633 mètres), entre les chefs-
- Fig. 1. — Vallée des Arcs (Hérault). Commencement du Cour des marmites.
- de la route, ni de l’Hérault, on ne peut y accéder; des murs de roches hauts de plusieurs mètres, tonnantes cascades après les grandes pluies, barrent le lit en haut et en bas. De flanc seulement, il se laisse aborder, si l’on vient du nord ou du sud, à travers champs. Une simple comparaison fera?mieux que toute description, comprendre ce qu’est au juste ce vallon : il ressemble fidèlement à ces fissures profondes des Alpes que l’on appelle gorges en Savoie et en Suisse (Fier, Diosaz, Trient, Durnant, Tamina, etc.) et Klamme en Autriche (Liechtenstein, Almbach, etc). Mais dans celles-ci, le flot tourbillonne et la cataracte mugit toujours, empêchant de voir intégralement les découpures et excavations bizarres dues au travail des eaux. A Lamalou, au contraire, rares
- * Voy. 597, 608, 639, 675, 766, 821, 824.
- * Voy. n° 734.
- I7a année. — 1er semestre.
- lieux de canton de Ganges et de Saint-Martin de Londres, le petit fleuve de l’Hérault compte parmi les tributaires de sa rive gauche le ruisseau ou plutôt le torrent de Lamalou, qui ne coule qü’après les orages.
- Depuis le pont du Mascla (route du Yigan à Montpellier, 5 kilomètres nord de Saint-Martin) jusqu’à son confluent avec l’Hérault, ce thalweg sans courant s’abaisse de 140 mètres en 11 kilomètres de sinueux replis (10 mètres par kilomètre), ce qui fait une pente considérable : or, la partie moyenne de ce sillon tourmenté est un des plus singuliers ravins de toutes les Cévennes.
- Les promeneurs le délaissent et les géographes l’ignorent encore : ni par l’amont, ni par l’aval, ni
- Fig. 2. — Vallée des Arcs. Dessous du grand arc. (D’après des photographies de M. H. Chabanon.)
- sont les jours où l’onde écume et nulle part on ne peut mieux observer et toucher du doigt le phénomène d’érosion dénommé marmites des géants. Enormes sont les cuves, les baignoires, les bassins sphériques que le mouvement giratoire du flot et des galets a excavés dans le défilé. Les deux principaux se nomment Gour des poissons et Gour des marmites.
- Comme au Trient il y a là une fente verticalement sciée par l’érosion : le fond n’en peut être parcouru sans une échelle. L’approfondissement a cessé depuis longtemps, car les orages qui s’écoulent à l’Hérault par ce canal ne sont ni assez fréquents ni assez prolongés pour altérer beaucoup les formes actuellement acquises. Le vallon de Lamalou rentre donc dans la classe des phénomènes géologiques anciens et mérite à ce titre toute l’attention des savants.
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- Au point de vue pittoresque les eaux n’y ont pas façonné les roches d’une façon moins capricieuse que dans les grandes gorges des Causses majeurs (Tarn, .lonte, Dourbie et Vis). Les silhouettes de fausses ruines et la multiplicité des portes naturelles ont fait nommer la portion médiane ravin des Arcs : elle est encagnonnée entre des parois calcaires multicolores de 450 à ‘200 mètres de hauteur; la carte même appelle Roc rouge un cap élevé d’où on embrasse tout l'ensemble. Enfin, à 155 mètres d’altitude, le hameau de Lamalou s’y est isolé au bout du sentier unique qui en permette l’approche et la visite. 11 est à souhaiter qu’on établisse une passerelle en fer le long des parois comme au Trient ou à la Riosaz : le site en vaut vraiment la peine. E.-A. Martel.
- PHOTOGRAPHIES EN VALEURS JUSTES
- PAR 51. G. LJPPMANN1
- On sait que la photographie actuelle a un grave défaut : elle fournit des images où les valeurs sont très mal rendues, et même, en quelque sorte renversées: le bleu, qui est la plus sombre des couleurs, vient en blanc ; le jaune, le vert, le rouge viennent en noir. De sorte que l’on ne voit en clair, dans une photographie, que le bleu, qui vient en blanc, que le blanc, parce que le blanc contient du bleu ; et les autres couleurs ne viennent qu’en raison de la quantité de bleu qu’elles se trouvent contenir. C’est qu’en effet la plaque photographique est très sensible aux rayons bleus et qu’elle l’est très peu aux autres. De sorte que le temps de pose qui est suffisant pour le bleu est très loin d’être suffisant pour les autres rayons colorés. Si, avec un appareil ordinaire, on essayait de prolonger le temps de pose de manière à permettre au vert d’impressionner la plaque, le bleu agirait environ quarante fois trop longtemps et mettrait l’épreuve hors d’usage. Aussi cherche-t-on depuis longtemps à modifier les couches impressionnables de manière à les rendre, s’il était possible, plus sensibles au jaune, au vert et au rouge qu’au bleu. Mais on est encore loin d’avoir résolu le problème : mêrtie les plaques dites isochromatiques ou orthochromatiques de Vogel, d’Obernetter, d’Attout-Tailfer, tout en étant plus sensibles au vert et au rouge que les anciennes, sont encore loin de l’être suffisamment. En attendant que l’on ait réussi à créer des couches photographiques dont la sensibilité soit semblable à celle de la rétine, j’ai constaté que l’on pouvait se servir des plaques actuelles de manière à obtenir des images à valeurs justes ; il suffit de faire un usage rationnel et systématique d’un système de verres colorés. Je mets dans la chambre noire une plaque Attout-Tailfer. Devant l’objectif je place une glace bleue et je fais poser le peu de temps nécessaire pour que les rayons bleus de l’image impressionnent les plaques. Ensuite, sans toucher d’ailleurs à l’appareil et en ayant soin de ne pas le déplacer, je substitue à la glace bleue une glace verte, et je continue la pose>pendant un temps suffisant pour que le vert, à son tour, impressionne la plaque fortement. La glace verte a nté choisie avec le plus grand soin, de façon qu’elle ne laisse pas passer la moindre trace de bleu. Dans ces conditions, on peut donner aux rayons
- 1 D'après une note présentée à l’Académie des sciences.
- vcrls le temps de pose qui leur est nécessaire, sans avoir à craindre que le bleu, cette fois totalement éliminé, vienne perdre l’épreuve par son action indûment prolongée. Enfin c’est au tour des rayons rouges : on les fait agir en substituant devant l’objectif une glace rouge à la glace verte. Cette glace rouge doit être choisie avec soin, de manière à ne pas laisser passer la moindre trace de rayons verts ou bleus. Le résultat final de cette triple pose est de donner des photographies claires, sans taches brunes, et dans lesquelles les feuillages verts, les draperies jaunes ou rouges, etc., au lieu de donner des nuances brunes, sont rendus par un dessin finement modelé comme dans une gravure bien faite. On sait qu’on a déjà employé en photographie des verres jaunes placés sur le trajet des rayons en vue d’éliminer en partie la lumière bleue. M. Vogel en donne un exemple : il publie dans son ouvrage une photographie sur plaque à l’azaline obtenue à travers un verre jaune. Le temps de pose de une seconde avait été porté à deux. On en peut conclure que les rayons bleus n’étaient que partiellement éliminés; l’action des rayons verts purgés de bleu n’eùt pas exigé moins de quarante secondes, l’action des rayons rouges moins de mille secondes.
- UNE RIVIÈRE EMPOISONNÉE
- Le 16 mai 1889, vers 10 heures du matin, une digue d’un des bassins de résidus chimiques de l’usine Solvay i, à Dombasle, près Nancy, s’est rompue sur une longueur de 20 mètres environ et des centaines de mètres cubes de détritus qui y étaient renfermés se sont répandus dans la Meurthe. Une grande quantité de carbonate de chaux et de chlorure de calcium en suspension dans ce réservoir décanteur, a été entraînée par l’écoulement de la masse liquide dans la rivière, voisine de quelque 25 mètres seulement, et l’eau a été aussitôt empoisonnée.
- Les mesures les plus urgentes ont été prises pour enrayer cette fuite, mais il était trop tard. La rivière était •devenue blanchâtre, troublée, graisseuse; les poissons pâmaient et mouraient aussitôt dans l’élément contaminé. L’absence de courant pouvait laisser supposer que les ravages ne s’exerceraient pas au loin; mais déjà à 25 kilomètres la dévastation est complète. Pas un poisson, du fretin à la carpe de 40 livres, n’a résisté à l’empoisonnement. A Saint-Nicolas-de-Port, à Art-sur-Meurthe, à Tomblaine, à Nancy, Pompey, Frouard même, c’est par tombereaux que l’on retire le poisson mort pour aller l’enfouir dans les dépotoirs voisins. Le soir même de l’accident, vers 9 heures, l’affluence des cadavres était telle aux vannes du moulin de Tomblaine (qui se trouve à 12 kilomètres environ du réservoir de la Soudière), que l’eau n’y trouvant plus passage débordait par-dessus les digues du canal de dérivation. On a évalué à 2 mètres d’épaisseur sur 15 mètres de longueur, la masse des poissons entassés à cet endroit seul. Pour la mise en mouvement des turbines, pendant quarante-huit heures des manœuvres ont été employés à dégager les abords des
- 1 Dans son numéro $14, du 5 janvier 1889, p. 90, La Nature rendait hommage aux inventeurs de ce procédé de fabrication de la soude, à l'ammoniaque; il est à regretter qu’un accident soit à enregistrer au lendemain du couronnement du succès auquel elle applaudissait!... On trouvera dans ce numéro 814 et dans les années précédentes la description du procédé de fabrication de ce merveilleux produit.
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- grilles où ces milliers de poissons morls étaient venus ou venaient s’accumuler.
- Au premier moment de l’arrivée de la chaux, les poissons venaient à bord en sautillant et échouaient souvent à 30 ou 40 centimètres de la rive. De grosses anguilles ont été recueillies et placées dans des bassins d’eau fraîche, ainsi que d’énormes brochets qui ont pu être sauvés, mais dont le trépas n’a été reculé que de quelques heures et qui ont servi à l’alimentation. Ce régal n’a pas réussi à tous, car plusieurs personnes en ont été malades le soir même.
- Des quantités considérables de poissons ont été ainsi retirés et vendus ou mangés; mais devant les cas de malaise constaté, un service d’ordre a été organisé qui interdit l’enlèvement de tout poisson pour une destination autre que la voirie. Le vétérinaire commis à l’inspection des denrées des marchés publics en a également interdit la vente. Le désastre est irréparable. Les réservoirs des négociants de Nancy où était conservé le poisson pour la vente, réservoirs qui s’alimentaient d’eau de la Meurthe, ont été complètement infestés, et le poisson détruit. Deux d’entre eux perdent 9000 kilogrammes de pêche en réserve. Les adjudicataires des lots de pêche, les propriétaires qui avaient des huches dans la Meurthe et enfin les amateurs de pêche sont dans la désolation. Les dégâts peuvent être évalués matériellement à plusieurs centaines de mille francs; ce qu’il sera cependant difficile de réparer, c’est le préjudice causé à tous et qui subsistera plusieurs années par le dépeuplement de la rivière.
- Ce n’est pas la première fois, malheureusement, que pareil accident arrive. Il y a sept ans, à pareille époque, une fissure se produisit qui empoisonna déjà quelques milliers de gros poissons, les barbeaux particulièrement ; on se rappelle encore à Nancy la mort d’une très honorable dame qui, prenant un bain dans les eaux de la Meurthe, contaminées par ces substances chimiques, avala une certaine quantité de cette eau, et mourut peu de jours après, avec tous les symptômes d’empoisonnement. Pour éviter que semblable accident n’arrive, même au bétail, des mesures de sécurité ont été prises dans toutes les communes riveraines pour prescrire aux cultivateurs de ne pas mener leurs bestiaux à l’abreuvoir dans la Meurthe.
- Nous n’en dirons pas davantage sur cette catastrophe, mais, en terminant, que l’on nous permette de déplorer l’incurie de l’administration qui a toléré l’installation de ces réservoirs à une aussi faible distance de la rivière. Il y a évidemment une mesure radicale à prendre à cet égard. A. B.
- UNE HÉRONNIÈRE AU CANADA
- En juillet dernier, me trouvant en vacances au village iroquois d’Oka, sur l’Ottawa, je fus un jour attiré au milieu d’un bois marécageux par d’étranges clameurs qui sortaient de ses profondeurs. Quelle ne fut pas ma surprise de trouver là une vaste colonie de hérons, établie au sommet de frênes gigantesques (fraxinus sambuci-folici). Chaque arbre portait quatre ou cinq énormes nids d’où émergeaient déjà de longs cous. Je pus, dans mes différentes expéditions, compler plus de cent vingt de ces énormes plates-formes sur un espace de 5 hectares.
- Tant en jeunes, pris au nid, qu’en adultes tués au vol, je fis dans la saison soixante-treize victimes; les jeunes Iroquois que j’avais pris pour m’aider dans l’ascension des arbres ayant, dans la suite, chassé pour leur compte
- en détruisirent un nombre au moins égal. Cependant, à aucun moment, la gent héronnière ne parut s’être éclaircie. Je dois dire que, sauf ses proportions, cette colonie de hérons présentait le même spectacle que les héron-nières françaises; mêmes vociférations, même agitation, seulement peut-être un peu moins de bravoure chez les parents. Mais mes hérons n’étaient pas le héron cendré de France; c’étaient de gigantesques ardea herodias dont la taille est presque double. Un de ces hérons adulte n’est pas un ennemi à dédaigner lorsqu’il n’est que blessé.
- Les nids sont en proportion de la taille des oiseaux et j’ai vu vingt fois mes jeunes Iroquois s’asseoir dessus pour secouer confortablement les branches où les jeunes s’étaient réfugiés. J’ai nourri cinq de ces hérons pris au nid. Quatre d’entre eux étaient singulièrement pacifiques et dociles, un seul tranchait nettement par son caractère intraitable. Tout ce qui avait mouvement excitait sa fureur, il courait à l’ennemi, se perchait toujours haut et ne permettait à ses frères de manger qu’après s’être repu.
- Je signalerai un fait singulier : tous les jeunes pris au nid, et plusieurs adultes, avaient la racine de la langue couverte d’une légion de petites sangsues grisâtres fort semblables d’aspect au vulgaire' asticot; j’étais obligé d’arracher ces parasites au moyen de pinces. C’étaient évidemment des parasites des poissons dont les hérons se nourrissent et qui avaient campé là, car j’ai souvent remarqué les mêmes sangsues sur des poissons de toutes sortes et jusque sur les tortues.
- Faut-il donner raison de l’hécatombe que j’ai faite? Assurément nul chasseur ne me blâmera d’avoir succombé à la tentation de descendre un aussi beau vol. Mais, j’ajouterai que si la chair du héron est détestable pour un Européen, les Iroquois en sont friands : le produit de ma chasse formait, pour ces pauvres diables, un vrai festin. Au reste, je ne crois pas, quoi qu’on en dise, que le héron soit fort à ménager lorsqu’il est trop nombreux. J’ai pu constater comment il se nourrit et je ne pense pas exagérer en portant à 500 grammes le poids minimum du poisson qu’il absorbe par jour. Ce poids multiplié par le nombre et par le temps devient une énorme quantité. Les grenouilles y passent, mais quand il n’y a rien de mieux. Mes hérons captifs rejetaient très souvent les bull-frogs que je leur donnais par économie, mais jamais ils n’ont dédaigné le poisson.
- Sous les arbres chargés des nids, j’ai trouvé des quantités de carcasses de brochets et de percoïdes dont les sujets pesaient certainement plus d’un kilogramme.
- Le béron est donc un dépopulateur de rivières qu’il est bon de détruire. X..., à Montréal.
- L’ARTILLERIE EN INDO-CHINE
- En lisant le récit des diverses expéditions poursuivies ces dernières * années par nos troupes en Indo-Chine et au Tonkin, expéditions dans lesquelles on était presque toujours obligé de traîner un matériel d’artillerie lourd et encombrant sur un sol accidenté, en suivant des sentiers mal entretenus et souvent à peine indiqués, on a pu se demander comment nos soldats pouvaient effectuer de pareils transports dans un pays aussi difficile, de mœurs complètement différentes des nôtres, où les chevaux ne sont pas ordinairement appliqués à la traction des véhicules, et où il n’y a pas à songer à utiliser par suite
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- les attelages et les équipements réglementaires bien connus des artilleurs. On n’a pas non plus les mulets qui sont appliqués chez nous au transport des pièces de montagne, il faut nécessairement recourir aux bœufs et aux buflles pour remplacer les chevaux de trait, et aux éléphants réservés dans le pays au transport des mandarins pour remplacer nos mulets de somme. On arrive ainsi à un mode de transport des plus curieux, et nous croyons que nos lecteurs examineront avec intérêt les figures ci-contre établies d’après des photographies donnant la vue de ces nouveaux at-telages militaires, lesquels, du reste, ont été appliqués dans les dernières expédi-
- l'ig. 1. — Pièce de canon de l’artillerie française traînée par des bœufs au Tonkin.
- tions d’une manière à peu près régulière. Le bœuf et le buffle sont les animaux de trait les plus fréquemment employés, tout en se servant aussi parfois de bêtes de somme.
- Les bœufs sont généralement de petite taille, de couleur grise, avec une bosse caractéristique au garrot; un grand nombre d’entre eux, résultant du croisement de bœufs domestiques avec des bœufs sauvages pris au piège et ayant subi d’ailleurs un entraînemen t spécial dès leur jeune âge, présentent cette faculté curieuse de pouvoir trotter, et ils peuvent même soutenir longtemps cette allure au trot à la vitesse ordinaire d’un cheval-On les attelle généralement par groupe de deux sur de petites charrettes légères h deux roues, de construction rustique exécutées entièrement en bois. L’ossature delà voiture est formée d’un simple cadre en bois garni intérieurement de bambous entrelacés»
- Fi?. 2. — Transport d'une caisse de munitions d’artillerie par des Tonkinois.
- avec une grande perche fixée sur le milieu du petit coté pour former timon. L’essieu est une tige de bois grossièrement taillée, aux extrémités de laquelle sont percés des trous de 10 centimètres de profondeur, où viennent se loger deux bâtons flexibles formant fusées. Celles-ci ont évidemment peu de résistance, elles se brisent sous des chocs très faibles, mais, par contre, le remplacement en cours de route en est très facile et demande quelques minutes seulement. Les roues ont aussi tous leurs éléments, jante, rais et moyeu exécutés en bois et
- grossièrement assemblés avec du rotin. La caisse est recouverte d’une toiture formée de feuilles de palmiers assemblées sur des tiges imbriquées qui lui donnent l’aspect de nos charrettes ordinaires couvertes
- en toile. La largeur totale du véhicule atteint environ lra,20.
- Une charrette à bœufs ainsi constituée forme un ensemble très léger, mais présentant peu de résistance et de solidité, ne pou-vantguère transporter un chargement supérieur à 420 kilogrammes. Les charrettes à buffles sont plus massives, et peuvent supporter un chargement quatre fois plus considérable. Pour le transport d’une pièce de 80 millimètres de montagne pesant avec son affût 254 kilogrammes, on est obligé d’employer deux pareilles charrettes à bœufs, et quelquefois même trois, en ajoutant une caisse à munitions placée dans la troisième voiture avec les roues détachées de l’affût. 11 faut éviter, d’ailleurs, que les conducteurs ne montent dans les voitures, car la surchage due à leur poids
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- suffirait à les disloquer. On a pu aussi, en renonçant aux voitures, conserver la pièce montée sur son affût, et atteler directement les bœufs sur la flèche, comme on pourrait faire avec des chevaux (fig. 1). On prolonge, dans ce cas, la rallonge de la flèche, au moyen de deux branches qu’on vient rattacher de part et d’outre avec des rotins, et le joug est fixé à l’extrémité. Ce mode d’attelage simplifie les manœuvres; mais il a l’inconvénient de fatiguer beaucoup le matériel, en raison des chocs continuels que subissent les roues d’affût à travers les ornières si fréquentes dans les routes. On a employé aussi les chevaux attelés directement sur la flèche de l’affût; mais c’est
- un travail auquel ces animaux sonl peu habitués, et ils se fatiguent vite. On n’a pas l'habitude non plus de ferrer les chevaux ni les bœufs, et cependant ces animaux arrivent à clfectuer des parcours considérables sans (pie la corne soit trop usée. On a attelé enfin des hommes pour tirer les pièces ; mais c’est un mode de transport qui exige des équipes importantes atteignant dix à douze hommes par pièce, afin de leur permettre de se relayer, et la surveillance devient alors très difficile, les coolies de remplacement cherchant à s’esquiver pendant les marches.
- On a transporté également les caisses de munitions à dos d’hommes, en les suspendant longitudinale-
- ment à un long bambou reposant à ses extrémités sur les épaules de deux porteurs (fig. 2).
- Comme bête de somme pour le transport de l’artillerie, on employa surtout l’éléphant qui forme une espèce assez répandue dans le Cambodge, où elle est utilisée aussi pour la charge, tandis qu’à Siam, l’éléphant est surtout un animal de monture et de parade. Les Anglais, dans l’Inde, transportent leur artillerie à dos d’éléphant; mais ils possèdent un matériel spécial pour ce service, tandis que nos troupes d’artillerie, pressées parle temps, durent renoncer à créer de leur côté desbâts appropriés et on se contenta de renforcer les bâts existants, suivant un tracé étudié pour respecter les habitudes de l’animal. Le poids des bâts fut porté à 40 kilogrammes pour leur permettre de recevoir un chargement de
- T>00 kilogrammes environ, la charge totale que l’éléphant peut supporter étant évaluée à 400 kilogrammes. Avec trois éléphants, on peut ainsi porter une pièce de 80 millimètres de montagne avec son affût, deux roues de rechange, les outils nécessaires pour les travaux de terrassement et d’appropriation des chemins, et huit caisses de munitions. La figure ci-dessus (fig. 5) donne l’aspect d’un de ces éléphants et la disposition du bât. On remarquera le mode de chargement assez curieux auquel on dut avoir recours pour hisser le canon sur la bête. C’est une simple poulie accrochée à une branche d’arbre sur laquelle est enroulée une corde qui est tirée par des soldats à son extrémité et elle sert ainsi à hisser le fardeau. Les premières tentatives faites pour élever le chargement en le faisant glisser sur une
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- sorte de plan incliné appuyé en haut sur le dos de l’éléphant restèrent sans succès, car on ne pouvait pas obtenir que l’éléphant restât immobile pendant la durée du chargement. La manœuvre avec la poulie s’opère, au contraire, très rapidement, et ne demande guère que trois minutes.
- Les éléphants ainsi chargés ont été attachés à une colonne volante pendant une durée de plusieurs mois, et ils ont pu suivre la colonne sans causer de retards ni d’embarras; ils ont ainsi rendu de très grands services à l’expédition. X..., ingénieur.
- LES FONTAINES LUMINEUSES
- DE I,'EXPOSITION UNIVERSELLE I)E 1889
- L’Exposition universelle contient un grand nombre d'éléments de succès. La Tour de 500 mètres et la galerie des machines en sont les deux principaux. Tout a déjà été dit ou à peu près sur la Tour et la galerie des machines. Aujourd’hui nous voulons parler d’une installation sur laquelle on comptait beaucoup et qui n’a pas démenti un instant l’espoir des organisateurs : nous avons nommé les Fontaines lumineuses.
- Avant de pénétrer dans le dédale des explications sur leur fonctionnement, il est peut-être nécessaire d’initier nos lecteurs à la genèse de l’idée qui a conduit à réunir l’eau et le feu.
- On se fait une idée des capitaux immenses engagés, tant par l’administration que par les exposants, dans l’entreprise d’une Exposition surtout de l’importance de celle qui passionne le monde entier. Or, jusqu’à présent, nos Expositions n’ouvraient leurs portes aux visiteurs que le jour, soit, pour six mois de durée, un total de 1620 heures à raison de 9 heures par jour. Comme on le voit, c’était beaucoup d’argent sacrifié pour bien peu de temps.
- L’éclairage électrique, qui, bien que lentement, commence à s’implanter chez nous, devait évidemment faire éclore la pensée d’ouvrir l’Exposition le soir; l’idée fut émise, discutée, commentée et enfin adoptée L.cette décision tout à fait heureuse augmente donc la durée de l’Exposition de 900 heures environ.
- L’Exposition ouvant le soir, il fallait, — indépendamment de l’éclairage féerique que l’on se propose d’y faire, — trouver une nouveauté attractive digne de figurer dans un milieu aussi grandiose, pendant les soirées de l’Exposition. Ce fut alors que l’on songea aux fontaines lumineuses qui obtinrent un si grand succès à Londres, à Manchester, à Glascow.
- Seulement c’était toute une nouvelle étude à faire, car disons de suite que dans le projet primitif, dans lequel il n’était nullement question de ces sortes de fontaines, le parc central devait être simplement ornée de pièces d’eau, au nombre de quatre, dont la plus importante devait être combinée de façon à compenser la différence de niveau du sol qui existe au milieu du parc. Mais, dès que sous l’inspiration de M. Georges Berger le syndicat international des
- électriciens fut invité à fournir un projet pour l’éclairage de l’Exposition, M. Alphand n’hésita pas à utiliser ce puissant facteur et à en tirer parti pour éclairer ces jeux d’eaux : les fontaines lumineuses venaient d'être adoptées.
- Tout d’abord il ne fut question que d’une Fontaine lumineuse, celle qui fonctionnait aux expositions anglaises de 1886, 1887 et 1888 dans les villes citées plus haut; à cet effet, M. Formigé, architecte, et M. Bechmann, ingénieur en chef du service des eaux, furent envoyés à Glascow en juillet 1888, pour faire une étude et s’entendre avec la maison Galloway qui possède des appareils spéciaux et un personnel exercé pour ce genre d’illumination. Ils en revinrent pénétrés de l’idée que la fontaine Galloway,bien que de dimensions respectables,serait bien maigre pour un cadre comme celui qu’on possédait.
- C’est alors qu’on remania les plans de manière à combiner un ensemble dans lequel viendrait s’encadrer la fontaine Galloway. En un mot, on supprimait trois des bassins dont il était question [en principe, pour les remplacer par une pièce d’eau unique, composée de trois parties bien distinctes.
- A la partie supérieure est la fontaine monumentale représentant le navire de la ville de Paris ornée de cornes d’abondance et de dauphins desquels s’échappe l’eau qui, tombant dans un vaste radier, vient se jeter ensuite en une cascade de 40 mètres de largeur, dans une vasque inférieure en communication avec 1e bassin rectangulaire de 40 mètres de longueur formant la seconde partie de la pièce d'eau. Enfin les eaux viennent aboutir dans un bassin octogonal orné de dix-sept gerbes (fîg. 1).
- Nous ne parlerons pas des détails de construction et des obstacles qu’il a fallu vaincre dans l’édification de cette œuvre. Nous allons de suite jeter un coup d’œil sur le nombre et la composition des jets par lesquels doivent sortir l’eau et la lumière.
- Dans le bassin supérieur, l’eau s’échappe par quatre cornes d’abondance, quatre dauphins et six urnes,formant ensemble quatorzejets paraboliques ou horizontaux; puis deux jets verticaux placés chaque côté du vaisseau. Sur les bords du bassin rectangulaire se trouvent quatorze gerbes dont deux placées dans la vasque inférieure de la Fontaine. Chacune de ces gerbes se compose de dix-sept jets de petite dimension,disposés de façon à faire retomber l’eau en poussière autour du jet vertical qui s’échappe de la partie centrale. Flnfm le bassin octogonal se compose de deux rangées de jets verticaux concentriques : la première comprend six jets et la seconde dix ; au centre est placée une immense gerbe à double jet.
- Comme on le voit, l’ensemble se compose donc de trente-trois jets verticaux etde quatorze paraboliques formant près de trois cents ajutages d’où l’eau s’échappe avec un débit de 350 litres par seconde. Pour ses fontaines, M. Galloway comprime ordinairement l’eau dont il a besoin, et qui est toujours la même, au moyen de pompes et d’accumulateurs; mais afin
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- d’éviter la dépense énorme d’une machine de ce genre, M. Àlphand a décidé que toute la pièce d’eau serait alimentée par l’eau de la Seine venant du réservoir de Villejuif situé à 90 mètres environ d’altitude.
- Quant à l’éclairage, il est composé de 17 régulateurs ou lampes à are (de 60 ampères d’intensité) pour la partie anglaise du bassin octogonal, et de 30 régulateurs de 40 ampères pour le restant de la fontaine comprenant la partie française. Notons, en passant, que l’intensité lumineuse employée pour l’éclairage des eaux de la Fontaine est considérable; on peut d’ailleurs s’en faire une idée si l’on songe qu’une lampe à arc voltaïque de 60 ampères possède un pouvoir éclairant égal à 1000 carcels, et d’«à peu près 600 carcels pour celle de 40 ampères, ce qui donne une intensité lumineuse totale de 35 000 carcels ou 245 000 bougies (la carcel valant 7 bougies). La force motrice absorbée par cet éclairage est de 250 chevaux. Maintenant que nos lecteurs connaissent l'historique et la disposition extérieure des Fontaines lumineuses, nous allons les faire pénétrer dans les coulisses et leur dévoiler les moyens employés pour produire les effets merveilleux qui font l’admiration des visiteurs du soir. Les coulisses en question ne sont autre chose que les galeries souterraines dont les ramifications se développent sous toute l’étendue de la pièce d’eau formant une véritable crypte dans laquelle sont placés les lampes électriques et toùt l’outillage servant à produire les variations de couleurs.
- Les deux points principaux qui sont les plus importants à connaître sont l’éclairage et les variations de couleurs ainsi que leurs manœuvres.
- Examinons d’abord l’éclairage. Les moyens employés sont de deux sortes : l’éclairage des jets verticaux, et l’éclairage des jets paraboliques ou horizontaux. Il est facile de faire comprendre la disposition adoptée pour éclairer les jets verticaux. La conduite qui amène l’eau forme deux coudes, ainsi que l’indique notre dessin (fig. 2), de façon que l’ajutage d’où s’élance la gerbe soit placé au-dessus d’une dalle horizontale en verre disposée un peu au-dessus du niveau normal de l’eau du bassin.
- Cette dalle, qui a 0, 60 m de côté termine et bouche une ouverture de même section pratiquée dans la paroi supérieure de la galerie souterraine et dans l’axe de la gerbe.
- Si, dans la chambre souterraine, on place au-dessous de la dalle de verre une lampe à arc munie d’un réflecteur puissant, on obtient un pinceau lumineux vertical formé de rayons, sensiblement divergents, qui enveloppent la masse liquide de la gerbe ainsi que l’eau qui retombe en gouttelettes.
- La disposition employée sous le bassin octogonal est du système Galloway and Sons; il est représenté par la figure 2. Le foyer lumineux est un régulateur à charbons horizontaux se réglant à la main, c’est-à-dire que le rapprochement des crayons est maintenu à la main. Le réflecteur est en étain et de forme parabolique avec échancrure au sommet, pour laisser une issue aux cendres des charbons qui sans celte précaution s’accumuleraient au fond du réflecteur. Les gerbes de la partie française, c’est-'a-dire le canal et la vasque supérieure, sont éclairées au moyen d’un dispositif différant dans son agencement et imaginé par MM. Sautter,Lemonnier,et offrant certains avantages au point de vue du réglage.
- Le régulateur, dont les charbons sont placés verticalement, se règle automatiquement; ensuite au réflecteur en étain on a substitué des miroirs en verre argenté dont l’un, sphérique, reçoit les rayons de l’arc voltaïque et les concentre horizontalement sur un autre miroir plan incliné à 45°, lequel à son tour renvoie les rayons lumineux verticalement dans la gerbe; un coup d’œil jeté sur la figure 3 permet de se rendre compte du fonctionnement de ce dispositif et de se faire une idée de sa supériorité au point de vue de la surveillance et de la régularité de la manœuvre, tout le système étant fixé sur un seul châssis muni de vis de calage.
- Ici, qu’on nous permette d’ouvrir une parenthèse dictée par l’impartialité.
- On a avancé que l’agencement adopté pour l’éclairage de la partie française de la fontaine était de beaucoup supérieur à celui du système Galloway. Chargés de l’installation électrique, nous avons été à même de constater, — à part le dispositif sur bâti et les régulateurs automatiques, — que l’agencement anglais était au moins égal au nôtre au point de vue de la réflexion de la lumière.
- Les réflecteurs d’étain que nous avons étudiés donnent d’excellents résultats et possèdent, sur les miroirs, l’avantage de résister à la rupture pouvant se produire par la chute de gouttes d’eau tombant
- Fig. 1. — Fontaine lumineuse de l’Exposition universelle. Coupe et plan.
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- sur ces derniers lorsqu’ils ont atteint une certaine température communiquée par les arcs voltaïques. Ouant à l'échancrure des réflecteurs, qu’on semble accuser d’une grande déperdition de lumière, c’est une exagération, attendu que les charbons sont disposés de façon à récupérer cette perte qui est très faible.
- En effet, crayons sont placés l’un au-dessous de l’autre, le positif en-dessous, d’autan t plus qu’en se creusant il remplit l’office de réflecteur, et renvoie la lumière en haut.
- C’est, du reste, le phénomène généralement utilisé dans les régulateurs de charbon s verticaux, le positif est toujours placé au-dessus du négatif; l’espèce d’alvéole qui se forme renvoie ses rayons vers le bas. D’ailleurs s’il y a perte de lumière, elle doit être sensiblement égale à celle causée par la double réflexion des miroirs. Nous pourrions même ajouter que, si l’économie devait entrer en ligne de compte dans une entreprise de cette importance, l’inconvénient du réglage à la main des régulateurs Galloway est bien compensé par le prix qui est près de 4 fois moindre que les autres. Ceci dit, bien entendu, dans l’intérêt de la vérité et non par un sentiment qu’on pourrait qualifier d’anglomanie.
- Nous arrivons à l'éclairage des jets paraboliques qui s’échappent des dauphins, des cornes d’abondance et des urnes dont nous avons déjà parlé. C’était un problème assez
- difficile à résoudre et dont l’honneur de la solution revient à M. Bechmann, ingénieur en chef du service des eaux, et à son collaborateur M. Richard,
- inspecteur du même service. M. Bechmann s’est inspiré de l’expérience de Colladon, basée sur la réflexion totale de la lumière, expérience qui réussit parfaite ment dans les conditions restreintes d’un cours de physique, mais qui, avec des proportions aussi considérables que celles qui se présentaient, était hérissée de difficultés qu’il fallait supprimer ou tout au moins aplanir.
- Dans l'expérience de Colladon1, la veine liquide est pleine et de petite dimension, tandis que pour la Fontaine de l'Exposition il s’agissait d’obtenir un jet d’une
- certaine étendue et de large dimension. Or le phénomène, qu’en physique on nomme réflexion totale de la lumière, ne se produit, comme on le sait, que dans certaines conditions parfaitement déterminées. Il fallait donc rester dans ces conditions et arriver à produire le phénomène en grand.
- Ap rès de laborieuses recherches, M. Bechmann, assisté de son collaborateur M. Richard, a trouvé la solution en convertissant un jet plein en jet annulaire au milieu duquel il fait arriver un faisceau lumineux. Voici comment : qu’on suppose, comme ajutage, deux
- Fig. 2. — Eclairage des jets d’eau. Fig.ô. — Éclairage des jets d’eau.
- Système Galloway. Système Sautter-Lemonnier.
- Fig. 4. — Éclairage des jets d’eau paraboliques. Système Bechmann.
- 1 Voy. n° 595, du 25 octobre 1884, p. 515.
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- Fig. 5. — Chambre souterraine de lu Fontaine lumineuse de l’Exposition universelle. Manœuvre des leviers de commande pour les
- changements de couleur des jets d’eau.
- troncs de cône tcrmine's à leur sommet par un cylindre ressemblant à peu près à l’appareil auquel les ménagères donnent le nom de «diable », et qui sert de petite cheminée mobile pour allumer le l’eu de leur fourneau; seulement leur section, au lieu d’ètre circulaire, est elliptique.
- Cela étant, qu’on suppose également l’un de ces entonnoirs de dimension plus petite, c’est-à-dire pouvant entrer dans l’autre, laissant, entre la paroi externe du plus petit et la paroi interne du plus grand, un espace annulaire de
- 5 millimètres environ, et on aura la disposition adoptée par M. Bechmann et que représente notre figure 4. L’eau s’échappe par l’espace annulaire et forme un jet creux à l’intérieur duquel arrive le faisceau lumineux renvoyé par un miroir à 45°, placé devant l’entonnoir, recevant verticalement la lumière émise par un régulateur placé dans la galerie souterraine, comme l'indiquent nos figures 4 et 7.Ce dispositif permet d’éclairer une veine d’eau de 0,22 m de diamètre et d’une hauteur de chute de 4,50 m. Ce qui est particuliè-
- Fig. 6. — Vue à vol d’oiseau de l’ensemble de la Fontaine lumineuse.
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- rement remarquable, c’est que pas un rayon ne s’é-chappe de la veine liquide et que le faisceau de lumière est réfléchi totalement sur toute la courbure du jet, à la condition, toutefois, que cette veine ne soit pas brisée par un motif quelconque tel qu’un coup de vent ou un corps étranger placé dans l’espace annulaire.
- Ce qui précède donne une idée suffisante de l’éclairage; nous allons dire quelques mots sur les variations de couleurs et les manœuvres qu’elles nécessitent. Les diverses teintes données aux gerbes sont obtenues en interposant simplement des verres de couleurs entre la source lumineuse et le jet d’eau; en un mot, on fait passer les rayons à travers des plaques de verres différemment teintées et formant une gamme de cinq tons. Ces verres sont superposés dans un châssis ou berceau (terme consacré) fixé à la voûte de la galerie souterraine, ainsi qu’on peut le voir sur le dessin de la figure 4.
- Nous allons indiquer succinctement le principe de la manœuvre. Tous les verres de même couleur sont reliés les uns aux autres, par série de cinq, au moyen d’un câble de petite section passant, aux angles formés par chaque change -ment de direction, dans des poulies mobiles et venant aboutir à un levier de commande auquel il suffit d’imprimer un mouvement de va-et-vient, dont l’amplitude est de 0,50 m a 0,60 m pour amener les verres devant les foyers lumineux ou pour les replacer dans le châssis dans lequel ils sont ramenés facilement grâce au contrepoids ou aux fils de retour dont chaque verre est pourvu.
- Chaque cadre, portant les verres, est posé sur des galets roulant sur des rails, et est garni, en outre, d’un treillage en fils de fer très fins et à larges mailles, afin d’empêcher, en cas de rupture d’un verre, les morceaux de tomber sur les miroirs.
- Pour ce qui est de la manœuvre d’ensemble, elle est dirigée par un chef d’équipe placé dans un kiosque situé à une trentaine de mètres de la fontaine et correspondant par un souterrain avec le bassin octogonal.
- De ce kiosque, d’où il juge l’effet, le chef d’équipe commande les jeux d’eau et de lumière, les premiers au moyen de leviers qu’il manœuvre lui-même, les seconds au moyen d’une série de boutons électriques communiquant avec les chambres souterraines et indiquant, aux hommes chargés de la mai nœuvre des verres, les couleurs qui doivent concourir à l’effet général.
- La figure 5 représente l’intérieur de l’une de ces chambres souterraines, située sous le groupe principal. Au milieu sont placés les leviers de commande au-dessus desquels on voit le tableau recevant électriquement les ordres pour les couleurs a obtenir. A gauche, on aperçoit une partie du bâti supportant les quatre régulateurs éclairant les cornes d’abondance qui sont de chaque côté du vaisseau. A droite, entre les deux entrées des couloirs latéraux dans lesquels se trouvent les régulateurs et miroirs chargés d’éclairer les gerbes bordant le bassin rectangulaire, figurent les appareils de mesures électriques.
- Quand nous aurons dit que tout le mécanisme
- que nous venons de décrire fonctionne avec une régularité et un ensemble parfaits, produisant des effets surprenants, admirables, auxquels viennent se joindre les feux placés au sommet de la Tour Eiffel éclairant le groupe du Génie de la France voguant sur le vaisseau de la Ville de Paris et renversant de chaque côté la Routine et l’Ignorance, pendant qu’à la proue du navire, le Coq gaulois chante le succès de l’Exposition et qu’à la poupe, la République dirige le gouvernail, nous aurons tout dit sur les Fontaines aussi merveilleuses que lumineuses dont la figure 6 donne une vue d’ensemble.
- Nous ne saurions terminer sans citer les noms de ceux qui ont déployé, dans les différentes parties de cette œuvre, une activité dévorante, un savoir étendu et un talent hors ligne, auxquels nous sommes heureux de rendre hommage en leur adressant tous nos remerciements pour la courtoisie et la complaisance que nous avons toujours rencontrées pendant l’instal-
- Fig. 7. — Schéma du système d’éclairage des jets d’eau paraboliques.
- Fil de retour Fil d'aller L ampe à arc
- (Tableau
- Fig. 8. — Disposition des fils électriques et des lampes à are des Fontaines lumineuses. A. Kiosque de commande.
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- lalion électrique dont nous étions chargé : MM. Al-phand et Berger, les organisateurs du succès; M. Ilip-polyte Fontaine, le vulgarisateur de la lumière électrique à outrance; M. Formigé, l’architecte; M. Bech-mann et M. Richard, que nous avons déjà cités et qui ont dirigé l'agencement des Fontaines; M. Meker, l’inspecteur chargé de la direction de l’atelier central des machines élévatoires de la Ville de Paris, assisté de M. Dallard, contremaître, pour la construction des appareils ; enfin le sculpteur Coutan qui a couronné l’oeuvre par une composition d’où émanent toute la grâce, la souplesse, l’élégance et la vigueur de l’art français dans lequel il a puisé à pleine inspiration, à l’encontre de l’habitude que possèdent certains artistes d’imiter trop souvent l’art grec dès qu’il s’agit d’allégories.
- Tous enfin ont fait preuve d’une ardeur infatigable, tous sentaient l’importance du travail qu’ils accomplissaient, tous, le personnel ouvrier également, ne visaient qu’un but : le succès de l’Exposition, car ce succès, c’est le triomple du génie de la Franco. David Na pou.
- RÉCOLTE ET PRÉPARATION
- DES PLANTES POUR COLLECTIONS
- (Suite et fin. — Voy. p. 516.)
- 4 Conservation des plantes sèches. — Les plantes sèches sont exposées à être dévorées par les insectes, et des collections importantes ne tarderaient pas à devenir la proie des larves des Ànobium, Ptinus, etc., si l’on n’avait pas le soin de les garantir contre les atteintes de ces dévastateurs.
- Certaines personnes se contentent de placer leurs plantes dans des armoires bien closes dans lesquelles elles mettent de l’acide phénique, du camphre ou de l’essence de thym. D’autres, une ou deux fois chaque année, empilent leurs paquets de plantes sèches dans des caisses spécialement construites pour cet usage où elles s’imprègnent de vapeurs de sulfure de carbone. On sait combien est dangereux le maniement de cette substance, aussi doit-on s’entourer de précautions pour en faire usage.
- La caisse ci sulfure (fig. 1) doit être doublée intérieurement en zinc; elle doit fermer hermétiquement, résultat que l’on obtient grâce à un couvercle bien ajusté dont le rebord proéminent plonge dans une gouttière que l’on peut emplir d’eau et qui est adaptée à la partie supérieure de la caisse.
- Après avoir placé dans le fond de la caisse un vase quelconque contenant une certaine quantité de sulfure de carbone, on empile les paquets en les entr’ouvrant de façon à ce que les vapeurs qui se dégageront puissent pénétrer partout. On ferme la caisse qui doit rester close pendant plusieurs jours, après quoi le couvercle est enlevé et les paquets exposés à l’air jusqu’à ce que l’odeur du sulfure de carbone soit disparue.
- Il existe un procédé de préservation qui est plus
- généralement employé et qui consiste à plonger les échantillons dans la dissolution suivante :
- Alcool à 75°................ 1 litre.
- Bichlorure de mercure. . . 40 grammes.
- Ce liquide est un poison très violent, aussi son emploi exige-t-il de grandes précautions.
- La formule suivante est quelquefois préférée parce que le sublimé conserve plus intactes ses propriétés.
- Alcool à 90............... 1 litre.
- Eau.......................75 grammes.
- Bichlorure de mercure. . . 40 —
- Chlorhydrate d’ammoniaque. 20 —
- On lait dissoudre le bichlorure de mercure dans l’alcool, le chlorhydrate d’ammoniaque dans l’eau et on mélange les deux dissolutions.
- L’immersion des plantes dans le liquide se fait de la manière suivante : On prend un plat en porcelaine de forme rectangulaire, un peu plus grand que le format de l’herbier, profond, dans lequel on met une certaine quantité de la dissolution.
- Ce plat est posé sur une table entre un paquet de plantes à empoisonner et un paquet de coussins.
- On commence par détacher les étiquettes du premier échantillon afin qu’elles ne s’effacent pas par un séjour dans l’alcool, et, pour plus de précaution, pour éviter tout contact salissant, on les fixe de façon à ce qu’elles débordent extérieurement, à l’aide d’épingles, sur une chemise dont on doit avoir une provision à sa portée. Cette chemise ainsi préparée est placée sur un coussin, puis, avec une pince en bois ou en baleine (fig. 2) on saisit les échantillons qu’on plonge dans le liquide. Il est très important de ne jamais se servir de pince en métal pour cet usage. On peut d’ailleurs faire soi-même, très facilement, le modèle que nous figurons et qui est adopté à l’herbier du Muséum d’histoire naturelle.
- Lorsque les échantillons sont restés un court instant dans le liquide, on les prend de nouveau à la pince, on les laisse égoutter, puis on les place dans la chemise qu’on ferme et sur laquelle on met un nouveau coussin. On opère de même pour les espèces suivantes. Dès qu’on a formé un paquet assez volumineux, on le met dans un endroit bien aéré, de façon à permettre l’évaporation de l’alcool.
- Au bout de vingt-quatre heures, il faut remplacer les coussins humides par des coussins secs : un séjour plus prolongé ferait noircir les échantillons.
- Il ne faut pas croire que des échantillons ainsi préparés soient pour toujours à l’abri de l’attaque des insectes. Il est nécessaire de visiter souvent les herbiers et de jeter quelques gouttes de liquide préservatif sur les échantillons qui commencent à être dévorés, ce que l’on peut faire très facilement avec le flacon que nous représentons (fig. o), dont on se sert à l’herbier du Muséum. Il est fermé avec un bouchon en caoutchouc qui donne passage à deux tubes en verre, l’un pour l’écoulement du liquide, l’autre pour la pénétration de l’air.
- Certaines familles de plantes sont beaucoup plus
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- recherchées que d’autres par les insectes. En général, les plantes charnues et celles qui ont des réserves d’amidon sont les premières dévorées; les Graminées, les Fougères, les Mousses sont au contraire très rarement attaquées.
- Les plantes étant empoisonnées, il ne reste plus qu’à les disposer dans l’herbier.
- Pour cela, on les fixe sur des feuilles simples de papier fort, collé, de façon à ce qu’elles soient bien maintenues; ainsi préparées, on les met dans des chemises ou feuilles doubles un peu plus grandes.
- Les dimensions moyennes du papier à employer, pour les feuilles simples, sont de 0m,45 de longueur sur 0m.T)0 de largeur.
- Pour fixer les échantillons, on se sert de petites bandelettes de papier gommé qu’on dispose de place en place, de façon à en bien maintenir toutes les parties sans cependant les masquer (fig. 4). Au lieu dehandeleltes, quelques personnes se servent d’épingles, mais leur emploi est plus difficile et elles ont l’inconvénient de briser par leur contact les parties délicates des plantes. Il ne faut pas coller les échantillons sur le papier : il est utile qu’on puisse les détacher à volonté pour les examiner dans tous les sens lorsque cela est nécessaire.
- On ne doit jamais fixer plusieurs espèces sur la même feuille.
- Les gros échantillons, les Lichens avec leur support, certains Champignons, ne peuvent être fixés que sur du papier très fort ou même de la carte, et il est quelquefois indispensable de les coudre avec de la ficelle. Pour éviter qu’ils détériorent les plantes voisines dans les paquets, ou devra interposer de bons coussins en papier mou.
- Dans tous les cas, on doit ménager dans le bas de la feuille l’espace nécessaire pour mettre les étiquettes. À gauche, on placera celle du collectionneur ou de la personne de qui on tient l’échantillon. Cette étiquette devra être conservée religieusement, car c’est elle qui doit faire autorité dans les cas de doute; elle doit porter le numéro et les notes pris sur le carnet d’herborisations. Lorsqu’il s’agit à'ex-siccata, c’est-à-dire de collections dont il existe plusieurs exemplaires, les numéros permettent de retrouver facilement les noms des plantes lorsque celles-ci sont décrites et publiées.
- A droite, on met une étiquette à soi, suffisamment grande pour que l’on puisse ajouter au nom
- Fig. 1. — Caisse à sulfure de carbone.
- des renseignements bibliographiques et des observations.
- 11 ne faut pas dédaigner les fleurs et les fragments qui se détachent pendant la préparation des échantillons : on les conserve dans de petits sachets, et le jour oii l’on veut faire une analyse, il est bien préférable de s’en servir (pie de détériorer sa collection.
- Les feuilles garnies d’échantillons sont placées dans des chemises et il ne reste plus qu’à les classer par familles et aies mettre en paquets que l’on disposera dans des meubles clos, à l’abri de l’humidité et dans un endroit où la température reste autant que possible égale. Il faut bien veiller à n’introduire dans la pièce consacrée aux collections aucune chose qui puisse attirer les insectes et ne jamais y mettre de plantes qui n’auraient pas été préalablement passées an liquide préservateur. On peut réunir dans la même chemise plusieurs f c u i 11 e s p o r t a n t des échantillons appartenant à la même espèce. Sur la partie supérieure des chemises et à droite, on colle une petite étiquette saillante portant le nom de l’espèce : cela rend les recherches beaucoup plus faciles.
- On met également des étiquett es saillantes pour les genres, mais on les fixe sur des feuilles simples, afin de pouvoir les déplacer facilement. Il faut aussi qu’elles soient bien distinctes des précédentes. On pourra, par exemple, les faire plus grandes et de couleur différente. On les attache généralement dans le milieu de la feuille.
- L’étiquette de famille devra être plus grande et encore d’une autre couleur : elle sera fixée sur une feuille simple et à gauche.
- Les paquets d’herbier ne doivent pas être trop volumineux ; on les maintient à l’aide de cartons spéciaux dits cartons d'herbier, que vendent un grand nombre de papetiers; on les serre avec des sangles.
- Une excellente mesure prise à l’herbier du Muséum de Paris consiste à placer les espèces, suivant leur patrie, dans des chemises qui portent des étiquettes de diverses couleurs correspondant aux cinq parties du monde. La couleur blanche indique les espèces européennes, le jaune représente celles qui sont d’origine asiatique, le bleu est pour l’Afrique, le vert pour l’Amérique, et le rouge pour l’Océanie. Cette disposition permet de trouver facilement les espèces qui intéressent lorsqu’on fait des recherches sur la flore d’une région ; en outre, elle montre au
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- premier coup d'œil la distribution géographique de chaque espèce, de chaque genre, de chaque famille.
- Collection de fruits. — La collection de fruits est le complément indispensable de l'herbier; pour rendre le travail plus facile, il est bon qu’elle en soit placée le plus près possible.
- Après avoir bien lavé les fruits fraîchement récoltés pour les débarrasser des choses étrangères qui auraient pu s'y fixer, mais en évitant cependant de les frotter de manière à leur faire perdre certains caractères qui peuvent avoir de l’importance, comme la couleur, la villosité, etc., on les met dans des bocaux avec de l’alcool additionné d’eau, de manière
- à ce qu'il ne titre pas plus de 23 à 2o degrés.
- Ces fruits doivent êtrü munis d’une étiquette eu parchemin solidement fixée portant écrit au crayon le numéro du carnet d’herborisations. Le crayon a sur l’encre l’avantage de ne pas s’etlacer dans l’alcool ; cependant, pour plus de sûreté, il est préférable encore de mettre les numéros à i’cmporte-pièce. Un jeu de chiffres ne coûte pas très cher en raison des garanties que présentent les étiquettes qu’il permet de faire.
- Si l’on voyage et que l’on veuille expédier ces fruits, il n’y aura qu’à bien clore les bocaux à l’aide de bons bouchons qu’on recouvrira d’une couche
- Fig. 2 à 7. — Préparation des plantes pour collections. — Fig. 2. Pince. — Fig. 3. Flacon. — Fig. 4. Disposition des étiquettes. Fig. S. Fruit dans un bocal. — Fig. 6 et 7. Coupes de bois.
- assez épaisse de cire à cacheter les bouteilles. La cire à cacheter se dissout dans l’alcool; il est donc très important d’avoir des bouchons qui s’ajustent parfaitement aux vases si l’on veut que la fermeture ne soit pas défectueuse. On les emballera soigneusement pour éviter les bris que pourraient occasionner les cahots du voyage. Un catalogue accompagnera les bocaux et portera en regard des numéros les notes du carnet d’herborisations.
- Lorsqu’on veut disposer ces fruits en collection, il est souvent nécessaire de changer l’alcool qui, dans certains cas, noircit très rapidement. On changera plusieurs fois le liquide, jusqu’à ce qu’il reste d’une limpidité suffisante.
- On a inventé un grand nombre de systèmes pour clore les bocaux. Un bouchon en liège, lorsqu’il est
- de très bonne qualité, a l’avantage d’être facile à poser et à ôter, et cela est à considérer si l’on est obligé d’examiner souvent les échantillons. Au Muséum, on se sert de bocaux à rebords (fïg. 5), lesquels sont recouverts de disques en verre maintenus par des joints en mastic à vitrier. On laisse sécher, puis on colle sur le disque un morceau de vessie que l’on rabat sur le rebord du bocal au-dessous duquel on le fixe avec de la ficelle. Enfin, une mince feuille d’étain recouvre le tout. Cette fermeture est propre et très solide.
- Il n’y a plus qu’à mettre sur le bocal une étiquette qui porte le nom du fruit, son origine et le nom du collectionneur. Le même numéro se trouvant porté sur l’échantillon d’herbier et sur le bocal contenant les fruits permettra de rapprocher facilement ces
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- LA NATURE.
- diverses parties, lorsqu'on voudra en luire l’étude.
- Les fruits secs sont tout simplement mis dans des boîtes vitrées, dans des sacs ou à sec dans les bocaux.
- Le classement de la collection de fruits doit être fait dans la même ordre que celui de l’herbier.
- Collection de bois. — Les échantillons de bois doivent être mis dans une autre pièce que l’herbier. Ils renferment ordinairement de nombreux œu's d’insectes, aussi doit-on les passer de temps en temps à la caisse à sulfure de carbone. 11 faut, autant que possible, qu’ils présentent des dimensions uniformes et, pour qu’on voie bien la structure du bois, la même espèce devra être représentée par une coupe en long et par une coupe transversale (fig. 6 et 7). Les échantillons de bois seront étiquetés et classés avec le même soin et dans le même ordre que les autres collections.
- Classement des collectio?is. — Il est indispensable de classer les collections et de les cataloguer pour pouvoir trouver facilement les objets qu’elles renferment et se rendre compte de ce que l’on possède. Le catalogue doit être numéroté et les numéros reportés sur les étiquettes des genres ou espèces auxquels ils correspondent : cela facilite considérablement les recherches. Pour éviter de recommencer une nouvelle numérotation chaque fois que des additions se produisent, il est nécessaire de prendre pour guide des ouvrages qui renferment autant que possible la totalité des genres ou des espèces de la région qu’on a prise pour cadre.
- Si l’on veut réunir les plantes phanérogames de toutes les parties du globe, on pourra se servir de Y Index generum phanerogamorum de Th. Durand, qui est en quelque sorte la table d’un ouvrage dont l’autorité est reconnue de tous les botanistes : lé Généra planlarum de Rentham et llooker. Les genres y sont numérotés et rangés systématiquement et alphabétiquement, ce qui permet de trouver rapidement la place qu’ils occupent dans le règne végétal.
- Si l’on se limite aux plantes de France, on aura le choix entre le Catalogue des plantes vasculaires de France et d'Allemagne de Lamotte, et le Catalogue des plantes de France, de Suisse et de Belgique, de Camus : ce dernier, d’une publication récente, est conçu dans un sens tout 'a fait pratique.
- D. Dois,
- Aide-naturaliste au Muséum d’histoire naturelle.
- CHRONIQUE
- L’Exposition universelle de Paris et la presse étrangère. — On sait partout l’immense succès de l’Expasition universelle; la presse française entière a célébré les merveilles et les trésors amoncelés au Champ de Mars, et pas un journal ne s’ést trouvé qui n’ait fait le plus grand éloge de l’Exposition. Nous constatons avec plaisir et fierté que la presse étrangère n’est pas moins unanimè dans ses appréciations batteuses. Nous citerons
- en particulier le numéro de notre excellent confrère Y Engineering, qui est un des plus remarquables journaux de mécanique dans le monde entier. La description de l’Exposition entière est donnée jusque dans ses plus petits détails. Palais des machines, Tour Eiffel, palais divers, fontaines lumineuses, jardins, etc., tout y est admirablement décrit et dépeint. 11 nous suffira du reste de dire que notre confrère a consacré à ce sujet cent trois de ses grandes pages. Il serait difficile de faire un meilleur éloge de notre grande Exposition.
- Éclairage électrique de l'Élysée. — A l’éclairage électrique du théâtre Français, du Palais-Royal (magasins et jardins) la station centrale du Palais-Royal vient encore d’ajouter l’éclairage du palais de l’Élysée. La distance qui sépare ce palais de l’usine, étant environ de 2 kilomètres, on a eu recours aux courants alternatifs et aux transformateurs. Les appareils employés sont ceux de MM. Zipernowsky, Déri, Blâthy, construits par la compagnie continentale Edison à Ivry. Nous avons déjà parlé de ces appareils dans le journal à propos de l’éclairage électrique de Dieulefil et Yalréas. L’énergie électrique est produite à l’usine par une machine Zipernowsky donnant 2000 volts et 49 ampères à la vitesse angulaire de 500 tours par minute. Le courant d’excitation est emprunté aux machines à courants continus qui se trouvent en service à l’usine. Le câble est un câble concentrique placé en égout dans la rue de Rivoli jusqu’à la place de la Concorde. Là il est placé en terre dans l’avenue Gabrielle jusqu’à l’Élysée, où il pénètre dans les caves. L’installation comporte 1800 lampes de 50 watts (50 volts, 1 ampère). C’est avec plaisir que nous voyons le premier magistrat de notre pays favoriser de tout son pouvoir le développement des distributions d’énergie électrique; l’exemple venu de si haut, sera certainement suivi.
- Destruction des hannetons. — La levée en masse contre les hannetons, organisée dans un grand nombre de départements, paraît produire les résultats les plus heureux. On nous cite des communes et des cantons où toute la population disponible s’est occupée à cette œuvre de sauvegarde agricole. Dans quelques communes, on mentionne des captures de 1500 à 1800 kilogrammes de hannetons; dans le département de Seine-et-Marne, la quantité de hannetons détruits se compte par centaines de tonnes. C’est une véritable hécatombe, et l’on hésite à supputer l’immense quantité de vers blancs dont les champs seront ainsi débarrassés. Cet exemple montre combien peuvent être efficaces l’initiative de quelques hommes énergiques et le groupement des bonnes volontés pour atteindre un but déterminé.
- I.e thé roussi au Japon. — Le the ordinaire du Japon, qu’on sèche à une température de 70° à 80°, contient encore d’assez grandes quantités d’eau (10 à 11 pour 100),et demande, pour cette raison, beaucoup de soins pour être conservé. Cependant les Japonais, débitent ce thé en détail et le conservent dans de grands pots de terre hermétiquement fermés. De temps en temps, il leur arrive de le sécher une seconde fois sur un faible feu de charbon. Le thé destiné à l’exportation est invariablement séché une seconde fois, aussi bien en Chine qu’au Japon, afin d’éloigner complètement l’humidité et de le rendre inaltérable pendant le voyage. Le thé ainsi roussi est immédiatement mis dans des boîtes en fer-blanc soudées et ne peut plus absorber l’humidité de l’air. Pendant ce deuxième passage au séchoir, on colore le thé avec une
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- teinture bleue, ordinairement du bleu de Prusse, qui lui donne un éclat auquel les Américains du Nord, surtout, tiennent absolument, comme preuve irréfutable que le produit vient du Japon. Or, d’après les expériences faites par MM. les docteurs Keller etMovi au Japon, cette extrême sécheresse du thé n’est obtenue qu’au détriment de sa qualité, c’est-à-dire que la théine s’évapore en grande quantité avec l’eau dans les étuves ventilées. Quant à la coloration, il paraît que c’est un procédé indispensable pour conserver au thé japonais la réputation dont il jouit. On pourrait peut-être employer plutôt l’indigo ou la laque qui nous paraissent moins nuisibles que le bleu de Prusse, quoique ce dernier ait été employé en médecine comme antispasmodique ainsi que le laurier-cerise. Ce sont les consommateurs qui, sous l’influence d’un préjugé déplorable, obligent l’exportateur à continuer cette coloration artificielle; et lorsqu’on signala dernièrement, à Washington, ce fait, au Ministre chinois comme une fraude, celui-ci répondit avec raison : « Nos producteurs colorent votre thé selon vos goûts. Pourquoi ne voulez-vous pas boire comme nous du thé naturel? ))
- Le phare de la Tour Eiffel. — Nous avons dit précédemment (p. 586) que le phare de la Tour avait été vu de Bar-sur-Aube qui est à 190 kilomètres de Paris, et que l’observateur était sur une colline de 500 mètres. 11 y a aux environs de Bar-sur-Aube des collines de 550 mètres d’altitude, et la cote réelle du phare de la Tour au-dessus du niveau de la mer est de 550 mètres; mais malgré ces chiffres, l’observation dont nous avons parlé et qui nous avait été indiquée d’après un grand nombre de journaux, doit être le résultat d’une erreur. En tenant compte de la réfraction atmosphérique et de la cote réelle du phare de la Tour, un observateur placé à 500 mètres d’altitude, pourrait apercevoir le phare à la distance maxima de 141,2 km. Nous donnons ce chiffre comme purement théorique. 11 est évident que dans les circonstances atmosphériques ordinaires, la portée de visibilité sera beaucoup moindre.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 mai 1889. — Présidence de M. Des Cloizeaüx
- La Tour Eiffel et la composition de l'atmosphère. — D’après la très importante communication que fait aujourd’hui M. Janssen à l’Académie, le foyer très lumineux de la Tour de 500 mètres observé au spectroscope de l’Observatoire d’astronomie physique de Meudon est de nature à fournir des données précieuses sur la constitution du soleil. On sait que dans le spectre qualifié de solaire une partie des raies proviennent de corps contenus dans notre astre central et une partie des corps contenus dans l’atmosphère terrestre. Faire le départ entre les deux est évidemment fort difficile et jusqu’ici les astronomes n’ont à leur disposition que trois méthodes. La première, dite des vibrations, est extrêmement élégante mais invraisemblablement délicate ; elle est basée sur les observations de M. Fizeau relativement à l’entraînement de l’éther lumineux par la matière pondérale. Si on considère successivement les deux extrémités du diamètre horizontal du soleil, on constate qu’à l’une d’elles la vitesse de la lumière est accrue, et à l’autre diminuée par la vitesse même de rotation du soleil, qui dans un cas s’y ajoute, et dans 1 autre s’en retranche; si l’on examine alternati-
- vement une même raie dans ces deux conditions, elle subit dans le spectre un déplacement qu’on a comparé à une vibration, mais c’est à condition que cette raie émane du soleil. Les substances telluriques ne peuvent évidemment pas être affectées et dès lors il est possible de distinguer ainsi les unes des autres. La seconde méthode consiste à s’élever assez haut dans l’atmosphère pour que la diminution dans l’intensité des raies telluriques permette d’apprécier s’il resterait quelque chose d’un corps donné à la limite même de notre océan aérien. C’est pour l’appliquer, que l’an dernier, dans des circonstances si mémorables, l’illustre M. Janssen est allé affronter les périls de la station des Grands-Mulets, et l’on sait que pour ce qui concerne l’oxygène il a conclu que toutes ses raies spectrales appartiennent à la terre. La troisième méthode est d’observer, en l’absence complète des radiations solaires, une couche d’air correspondant à notre atmosphère tout entière : les raies qui apparaîtront sont évidemment telluriques et la différence du spectre obtenu et du spectre solaire sera entièrement à l’actif du soleil. 11 se trouve que la distance de la Tour Eiffel à Meudon correspond juste à l’épaisseur qu’aurait l’atmosphère entière si sa densité était amenée dans toutes ses parties à celle qu’elle possède au niveau du sol. L’observation spectrale, au point de vue de l’oxygène, a donc un grand intérêt. M. Janssen y a procédé avec son habileté ordinaire et tout en se proposant de poursuivre ses études il annonce dès aujourd’hui que le résultat, conforme à celui des «Grands-Mulets, conduit à attribuer à notre terre la totalité de l’oxygène du spectre solaire.
- Nouveau genre d'arbre fossile du teirain houiller. — Mon savant et infatigable collègue, M. B. Renault, fait connaître par l’intermédiaire de M. Duchartre une très importante découverte qu’il vient d’ajouter à tant d’autres qu’on lui doit déjà. On sait que le nombre des genres de graines trouvés dans le terrain houiller supérieur surpasse de beaucoup celui des genres actuellement connus de tiges phanérogames auxquels ces graines pourraient être attribuées; par conséquent toute découverte de tige phanérogame nouvelle vient combler en partie une importante lacune dans nos connaissances sur ce sujet. Le nouveau genre Plychoxylon est dans ce cas, il rentre dans la famille des Cycadoxylées renfermant déjà les genres Medullosa, Cotta, Palœoxylon, Brongt., Colpo-xylon, Brongt., et Cycadoxylon, B.R. Sur une coupe transversale le cylindre ligneux des Plychoxylon semble formé au premier abord de trois cylindres ligneux concentriques non fermés, dont le plus extérieur est à accroissement centrifuge, les deux autres au contraire offrent un accroissement centripète; mais un examen attentif montre que les deux cylindres intérieurs sont produits par deux replis du cylindre extérieur qui se recourbent en arc de cercle et doublent chacun, ce dernier presque sur toute son étendue. Le bois a exactement la structure et l’organisation du bois des Cycadées actuelles. Le liber offre du parenchyme libérien sans fibres libériennes, et des tubes grillagés dont on peut distinguer nettement les plages criblées. Les rameaux sont disposés en spirale autour de la tige suivant le cycle 5/8 et l’angle d’émergence de deux rameaux voisins-mesure 155°. Ce genre nouveau provient des gisements silicifiés d’Autun. £
- La dilatation du quartz. — Frappé des irrégularités de dilatation de certains produits céramiques soumis à une chaleur constante, M. Le Chatelier a eu l’idée de rechercher si le phénomène n’est pas dû au quartz entrant
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- LA NATURE.
- dans la composition des pâtes où il est mélangé avec l’azote. L’expérience faite sur des barreaux de quartz taillés les uns parallèlement, les autres perpendiculairement à l'axe des cristaux, a confirmé pleinement cette conclusion : jusqu’à 570° la dilation croît régulièrement avec la température; à partir de ce point thermométrique il a tout à coup un accroissement brusque, puis une contraction. L’auteur donne des courbes relatives les unes au cristal de roche, d’autres au bois silicifié, au silex de la çraie, à l’agate et même à certaines variétés de quartzites.
- Varia. — M. Kunz a étudié les deux fers météoriques découverts l’un dans la montagne de Lennville (Caroline du Nord), l’autre dans le comté de Laramie (Wyoming). — Un Mémoire mathématique de M. Duhem conclut à l'impossibilité des corps diamaqnétiqucs : il s’agit en réalité d’une interprétation de diamagnétisme fort voisine de celle que M. Ed. Becquerel en a déjà proposée et qui consiste à admettre que ces corps sont simplement moins magnétiques 'que le milieu dans lequel ils sont immergés.
- — M. Arnault décrit un système de ballon dirigeable. — Les propriétés des inéta, para, et orlhoarsé-niates alcalins occupent M. Le Fèvre. — Une étude de M. Béchard concerne l’acide oxalomolybdique, et M. Amat annonce avoir isolé l’acide pyrophosphoreux. — Dès 4 heures et demie, l’Académie se forme en comité secret pour discuter les litres des candidats à la place devenue vacante dans la section de physique par la nomination de M. Berthelot comme secrétaire perpétuel. L’élection aura lieu lundi prochain. Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES®
- EXPÉRIENCES SCR LE CENTRE DE GRAVITÉ AVEC DES DOMINOS
- Voici quelques récréations, qui peuvent se faire bien facilement avec les de's d’un jeu de dominos.
- Posons ainsi le problème à nos amis : Faire tenir toutes les pièces d'un jeu de dominos sur leurs pointes, sans le secours d'aucun objet étranger.
- Les uns vont essayer des pyramides, des échafaudages qui crouleront avant que la moitié des pièces n’aient été superposées. L’énoncé du problème est mi^ au sujet de ces superpositions qu’il ne faut justement pas rechercher. Le tour s’exécute de la façon la plus simple. Premièrement, en rond : en plaçant d’abord un domino couché qui sert de point d’appui à celui qui vient après commencer la rangée,
- une pointe posant sur la table et le liane appuyé sur celui-là» Toutes les autres pièces viennent successivement se coucher obliquement sur la voisine, le dessus à la hauteur de la ligne médiane de la précédente, et en biaisant toutes autour d’un centre imaginaire, mais calculé de façon à former la chaîne circulaire fermée que représente la figure 4.
- Nous voyons, dans les Récréations scientifiques', une expérience analogue d’équilibre faite par des soldats s’asseyant les uns sur les autres, en rond, et trouvant mutuellement sur les genoux du voisin un point d’appui que le sol marécageux leur refusait.
- Le seul moment difficile, dans l’expérience d’équilibre qui nous occupe, est celui où le dernier dé est à placer dans la chaîne. Il faut soutenir, d’une main,
- la fde de dominos par le côté où nous l’avons commencée, et avoir bien ménagé l’espace réservé à ce dernier pion.
- Le même problème, maisaveccette variante : Sans former un rond, sans fermer la chaîne. Par conséquent, en ligne droite.
- 11 n’est pas plus difficile que tout à l’heure. Ayant appuyé un premier dé contre le couvercle de la boîte du jeu, mais en lui donnant une inclinaison très peu prononcée, il faut venir juxtaposer tous les autres pions, en les inclinant de même, sur le liane de ceux qui les précèdent immédiatement. Le placement des vingt-huit dés est chose des plus élémentaires. Le seul moment critique est celui où l’on veut retirer le point d’appui initial, puisque notre expérience ne comporte le secours d’aucun objet étranger. Il faut alors employer les deux mains: l’une, à gauche, refoule doucement la file du côté du centre, comme pour redresser les dominos inclinés; l’autre, à droite, résiste faiblement à cette impulsion, pour éviter que la file ne se redresse sur la base des pions. Après quelques tâtonnements, l’équilibre est stable; on peut retirer les mains, le jeu se tient d’un bout à l’autre dans cette position (fig. 2).
- A. Bergeret.
- 1 Les Récréations scientifiques, par Gaston Tissandier. Paris, G. Masson, éditeur.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Fig. 1 et 2. — Expériences d’équilibre exécutées avec des doininos.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- LA NATURE
- DIX-SEPTIÈME ANNÉE — 1889
- PREMIER SEMESTRE
- INDEX ALPHABETIQUE
- A
- Abeilles et rhumatismes (Piqûresd’), 174.
- Académie des sciences* (Séances hebdomadaires de 1’), 14, 31, 47, 62, 78, 95, 110, 111, 127, 143, 159, 175, 191, 207, 223, 239, 255, 271, 286, 303, 319, 335, 351, 367, 383, 398, 415.
- Acoustique (Expériences d’), 367.
- Actinométrie solaire, 143.
- Aérostats militaires, 95.
- Aliment (Un nouvel), 130-
- Alimentation des naufragés en pleine mer, 86.
- Alliage du kilogramme (L’), 367.
- Allumettes chimiques en Europe (Industrie des), 151.
- Altimètre (L’), 101.
- Ambre aggloméré, 207.
- Amphitrile, 95.
- Anesthésiques sur la force des mouvements respiratoires (Influence des), 287.
- Année scientifique, 239.
- Antiquités mexicaines à l’Exposition de 1889, 119.
- Antiseptique (Nouvel), 176.
- Ararat (Ascension du mont), 138.
- Artésiennes (Les eaux), 195, 231.
- Artillerie en Indo-Chine (P), 403.
- Asbeste au Canada (L’exploitation de 1’), 350.
- Astronomes de la place publique, à Paris (Les), 236.
- Ataxie par la suspension (Traitement de 1’), 289.
- Atmosphère et le régime des eaux des plateaux iraniens (L’), 326.
- Aurifères du district de Bogoslowsk (Exploitations), 291.
- Avertisseurs d’incendie à Paris (Les nouveaux), 133.
- Azote (La question de T), 175.
- Azote dans la terre arable (Les variations de P), 366.
- Azote de l’air par le sol (Fixation de P),
- 319.
- B
- Bacillariles (Les), 239.
- Bacille (Nouveau), 15.
- Bacille-virgule (Expériences sur le), 110. Ballon captif de Barcelone, 249.
- Barbe extraordinaire (Une), 85. Barcelone (Exposition de), 22. Baromètre (Histoire du), 203.
- Baromètre (La variation diurne du). 127. Baromètre de voyage, 211.
- Bateau démontable d’Osgood, 69.
- Bateau électrique, 127.
- Bateau sous-marin le Gymnote, 49. Bateaux (Traction individuelle des), 14. Beaumarchais sur la direction des ballons (Deux lettres de), 87.
- Bestiaux de la province de Buenos-Avres, 271.
- Bismuth amorphe, 191.
- Blattes fossiles, 175.
- Bleu antique, 207.
- Bleu de Prusse soluble, 160.
- Bleu d’outremer (Usages du), 62.
- Bleu égyptien, 382.
- Blidah (Orangeries et irrigations de), 116. Bobéchon (Le jeu du), 32.
- Bolide du 51 mars 1888 (Le), i47. Bouchon sur la bouteille, 176.
- Boule mystérieuse (La), 599.
- Brêlages et nœuds, 60.
- Briques pour pavage des rues, 31.
- Broch (O.-J.), 177, 191.
- Brochet (Le déjeuner d’un), 47.
- Bronze d’alumiiiimn (La fabrication du), 76.
- Brouillard (Influence des ébranlements de Pair sur le), 550.
- Buccaux (Les microbes), 191.
- G
- Câble téléphonique sous-marin (Le premier), 175.
- Cadran lunaire, 539.
- Calcaire grossier parisien (Flore fossile du), 31.
- Calcul (Un curieux), 502.
- Calculo de l ilc Itouzic (Le), 341.
- Carnmas (IL), 94.
- Camp de verre de Péran (Le), 209.
- Canal a grande section en Suède (Un), 398.
- Canalisations électriques à Londres et à Paris, 165.
- Canalisations électriques aux États-Unis (Les), 372.
- Cap-llorn (Les poissons du), 111.
- Cap-IIorn (La mission du), 159.
- Catastrophe de Groenendael, en Belgique, 183.
- Causeries scientifiques, 15.
- Centre de gravité avec des dominos (Expériences sur le), 416.
- Cerf-volant (Photographie en), 257.
- Cerisier (L’histoire d’une branche de), 135.
- Cévennes (Nouvelles grottes des), 193.
- Chaleur à domicile à Boston par l’eau surchauffée (Distribution de), 270.
- Chalumeau à vapeur d’essence minérale, 118.
- Champignons (Matière sucrée des), 272.
- Charbon de la Nouvelle-Zélande (.Les mines de), 258.
- Charbon de terre à Londres (Le premier emploi du), 158.
- Chemin de fer à travers les montagnes Rocheuses dans le Colorado, 129.
- Chemins de fer de l’Inde anglaise, 250.
- Chemins de fer et tramways en Europe, 154.
- Chemins de fer funiculaires en France, 343.
- Chenilles (Chasse et préparation des), 251.
- Chevaux chez les Cosaques (Élevage des), 335.
- Chevrcul (E.), 94, 318, 521.
- Chien (Toxicité du sang du), 224.
- Chien à fourrure de la Mandchourie, 142.
- Chiens (L’impôt sur les), 91.
- Chiens pliocènes, 159.
- Chinois (La mécanique des), 152.
- Cidres par le chauffage (Conservation des), 282.
- 27
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- INDEX ALPHABÉTIQUE
- Climatologie de la Cochinchinc française, 82.
- Clous à double pointe, 155.
- Coco (Huile de), 142.
- Coignet (J--F.), 94.
- Colombie (Les mines de), 270.
- Colonga (Monument primitif de l’ilc), 08. Combat naval en miniature, 141. Compteurs d'énergie électrique (Concours pour les), 119.
- Conductibilité électrique de l’eau, 503. Congélation des mélanges d’eau et de glycérine (Le point de), 274.
- Congrès international des électriciens en 1889, 75.
- Construction métallique dans l’Afrique du Sud (La), 355.
- Copabned Amérique en France (Le), 173. Cosaques du Kouban à Paris, 97.
- Coton en Russie (Production du), 282. Coureurs et marcheurs, 294.
- CroLx de papier (La), 272.
- CuivFc (L’âge de), 583.
- Cuivre et le plomb au Congo (Le), 266. Cure-dents au Canada (Une fabrique de), 578.
- Cyclone de Brooklyn du 9 janvier 1889, 103.
- Cyclones américains, 239.
- D
- Dargilan (Grotte de), 193, 244.
- Declien (M. de), 208.
- Delta (Mqtal), 66, 227.
- Désétamage du fer-blanc, 171.
- Diabète expérimental, 128.
- Diamant (Dureté d’un), 54.
- Dibbels à Thionvillc (Le coureur), 555. Diculafoy (Collections de M. etMme), 167. Dieulclit (Éclairage électrique de), 199. Diphtérie (Le microbe de la), 178. Dunkerque (Le port de), 26.
- Duvets et plumes (Préparation industrielle des), 594.
- Dykes volcaniques de la France centrale (Les), 285.
- E
- Eaux courantes américaines, 31.
- Eaux et l’atmosphère des plateaux iraniens (Le régime des), 526.
- Eaux souterraines (Vitesse des), 223.
- Ébranlements de l’air sur le brouillard (Influence des), 294.
- Éclairage au gaz et par incandescence électrique (Comparaison des prix de F), 322.
- Eclairage électrique de Diculefit et Yal-réas, 199.
- Éclairage électrique de l’Élysée, 414.
- Éclairs (Les), 17.
- Éclairs en boule, 6.
- Éclipse de soleil, 18, 180.
- Éclipse du 1er janvier 1889, 111, 127, 131.
- Écluses géantes du canal de Panama (Les), 8.
- Eiffel (La Tour)) 88, 225.
- Éjectcur automatique de cartouches,
- 212.
- Élastique des machines (Fondation), 21.
- Electriciens eu 1889 (Congrès international des), 75.
- Électricité (Les expériences publiques d'), 597.
- Électricité à Paris (L’), 126.
- Électricité et pêche à la ligne, 47. Électricité (La mort par l’j, 121. Électrique (La peine de mort), 30. Électrique à Stassfurth (Traction), 29. Électriques (Mesures industrielles), 107. Électrisés (Animaux), 238.
- Éléphant du Jardin des Plantes (I/), 51. Éléphants (Intelligence des), 115. Éléphants au théâtre (Les), 277. Encyclopédie chimique, 599.
- Engin pour projectiles explosifs (Nouvel) 113.
- Équatoriales (Eaux noires des régions),
- 202.
- Équilibre (Curieuse expérience d’), 128. Ericsson (John), 337.
- Érysipèle et lymphangite, 319.
- Espace céleste (Constitution de P), 111. Estomac (Les microbes de 1’), 191. Ethnographique (Exposition), 179. Étincelles électriques (Photographie des), 304.
- Explosion (Singulier cas d’), 151. Exposition de Barcelone, 22.
- Exposition universelle de 1889, 45, 179, 295, 573,585, 406, 414.
- Express (Lutte de vitesse entre trains), 67.
- F
- Fayolia et Palœonyris,,62.
- Feldspath artificiel, 110.
- Femme invisible (La), 15.
- Fer-blanc (Désétamage du), 171.
- Fer chromé (Synthèse du), 110.
- Fer météorique (Altération singulière d’un), 598.
- Fer météorique de Bendego, 31.
- Feu Saint-Elmc (Le leu), 583.
- Filets parc-torpilles de la marine française (Les), 3.
- Filtrage des huiles de graissage par l'électricité, 174.
- Fleurs sèches, 103.
- Flotte al lemaude et les marins allemands (La), 246.
- Fondations sur sols sous-minés à Paris (Consolidation des), 283.
- Fontaines lumineuses à l’Exposition universelle, 406.
- Force motrice à Saint-Etienne (Distribution de), 238.
- Fossile du terrain houillcr (Arbre), 415.
- Fossile nouveau, 207.
- Foudre globulaire (La), 39, 226.
- Fréminville (De), 190.
- Fruits (Emploi de la laine de bois pour l’emballage des), 175.
- Fillmar (Le), 85.
- Funiculaire (Halage), 33.
- Fusil Dechandon, 212.
- G
- Gabonais (Le poison des), 111.
- Gadoline (Nature de la), 159.
- Galvanoplastie et son inventeur (La), 158.
- Gaulard (Lucien), 94.
- Géologie, 48.
- Géologie provençale, 15.
- Géologique (Littérature), 224, 507. Géologiques (Publications), 255.
- Glace et les glaciers (La), 256.
- Globulaire (La foudre), 39, 226. Grenouilles aux États-Unis (Élevage des) 255.
- Groenendael (La catastrophe de), 273. Groenland (A travers le), 58.
- Groenland à la Société de géographie de Paris (Exposition du), 185. Groënlandaise (Faune), 287.
- Grotte des Alpes-Maritimes, 1.
- Grottes des Cévenncs (Nouvelles), 195, *244.
- Guildo (Les roches sonnantes du), 65. Gymnote (Le), bateau sous-marin, 49.
- II
- Halage funiculaire, 53.
- Halos artificiels, 239.
- Hannetonnage (Le) 391.
- Hannetons (Destruction des), 551, 414. Hauteurs dans les levers topographiques expédiés (Mesure des), 187. Hélicoptères-jouets, 156. lléronuièrc au Canada (Une),’405. Horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg, 247.
- Horloge de 1423 (Une curieuse), 143. Horloges remarquables, 158.
- Houillère à Charleroi(Exploitation d’une), 106.
- Humanité primitive (Misère et grandeur de 1’), 303.
- I
- Incendie (Les nouveaux avertisseurs d'), 133.
- Industrie française au Brésil, 318. Industrie française au Chili, 598. Infusoires nouveaux, 48.
- Inondations dans le Midi, 110. Iusensibilisatcur (Nouvel), 272. Inversion dans les images photographiques, 58.
- J
- Japon (L’industrie au), 75.
- Jenner et la vaccine, 279.
- Jets d’eau paraboliques (Éclairage des), 271.
- Joints de conduites à vapeur (Nouvelle matière pour les), 271.
- K
- Kaolin par l’électricité (Purification du), 78.
- Keely (Le moteur), 30.
- Kilogramme (L’alliage du), 367.
- Kilogramme à différentes altitudes (Le poids de la masse du), 154.
- Kystes intracrâniens, 271.
- Kystes microbifères, 65.
- L
- Labyrinthes (Les), 330.
- Lacs (Classification thermique des), 272.
- Laine de bois pour l’emballage des Iruits (Emploi de la), 175.
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-
-
-
- INDEX ALPHABÉTIQUE,
- 419
- Laminage des tubes en acier sans sou dure, 99.
- Laminoir à blindages de l’usine Saint-Jacques, 59.
- Langue scientifique internationale, 286. Lanterne magique électrique, 53.
- Lapins en Australie (Peaux et conserves de), 254.
- Lapons au Jardin d’Acclimatalion (Les), „ 145*.
- Légumineuses (Culturnjies), 111. Léthargique chez unc'hirondcllc (Sommeil), 18.
- Lignite de Dixmont (Le), 7.
- Locomotion terrestre à voile (La), 319. Locomotive à chauffage mixte au pétrole et au charbon (Foyer de), 325. Locomotive aux États-Unis (Explosion d’une), 204.
- 4 Lory, 383.
- Loups en 1887 (Destruction des), 78. Loups savants à Paris (Les), 36. Lymphangite et érysipèle, 319.
- M
- Magdaléenne (Nouvelle station humaine de l’époque), 191.
- Magnétisme du nickel, 128.
- Mammifères fossiles, 110,111.
- Marcheurs et coureurs, 294.
- Marines (Cartes), 383.
- Marins allemands et la flotte allemande (Les), 246.
- Maroc et les explorations récentes (Le), 161.
- Mars (Les couleurs de), 176. Marteau-pilon (L’invention du), 194. Martins (Charles), 270.
- Masse du kilogramme (Poids de la), 154.
- Mate ou thé du Paraguay, 170. Mécanique des Chinois (La), 152. Médailles romaines, 35.
- Mer (Changement de niveau de la),
- 111.
- Mer (Les profondeurs de la), 187. Mercure en Russie (Exploitation du), 159.
- Mère de la calamité (La), 271.
- Mesureur universel, 352.
- Métal Delta, 66, 226.
- Métallurgique de la Russie (Production), 271.
- Métaux rares (Prix actuel des), 286. Météorique de Bendcgo (Le fer), 31, 255. Météorite d’Eaglc-Station, 319.
- Météorite de Frayette County (La), 63. Météorite d’Osehansk, 303.
- Météorite trouvée sous terre, 383. Météorologique de Londres (Travaux du bureau), 258.
- Microbe (Variabilité d’un), 207.
- Microbe contre microbe, 319.
- Microbe pathogène (Nouveau), 110. Microbes, 223.
- Micrographes (Les premiers), 378. Microscopes (Histoire des), 267, 314. Minéral nouveau, 128.
- Miroirs concaves et convexes (Mnémotechnie), 208.
- Monocorde (Le), 221.
- Monument primitif de File Colonga, 68. Montre (Les aventures d’une), 159.
- Mort électrique (La peine de), 30.
- Morve (Virus' de la), 255.
- Moteur à vapeur (Vie d’un), 518.
- Moteur Kecly (Le), 30.
- Moteurs hydrauliques en Suisse, 47.
- Musc végétal (Le), 98.
- N
- Navires (Propulsion aérienne des), 5, 30.
- Navires rapides, 7t.
- Nécrologie, 94, 255, 303.
- Newall, 366.
- Niagara (Utilisation de la force motrice des chutes du), 254.
- Nitroglycérine (Fabrication industrielle de la), 227.
- Nœuds et brûlages, 60.
- Notations physiques, 114, 143.
- Nouvelle-Zélande (Les mines de charbon de la), 258.
- Nuages artificiels pour la protection des vignes contre les gelées printanières, 205.
- 0
- Oasis de l'Oued Rir’, 195, 231. Observatoire Lick, 50.
- Odorat (Sensibilité de 1’), 98.
- Oies aux Etats-Unis (Élevage des), 160. Olivier (Tumeurs à bacilles de F), 176. Optique, 585.
- Optiques de l’atmosphère (Les phénomènes), 241.
- Or fin (Limites des erreurs dans les essais d’), 534.
- Orage en mer, 534.
- Orange (Découpage d’une), 224. Orangeries (Les), 149.
- Orangeries et irrigations de Biidah, 116. Orgues électriques à Saint-Jacques-du-Haut-Pas (Les), 550.
- Osgood (Bateau démontablc d’), 69. Oued Rir’ (Nouvelles oasis de F), 195. Ours savants, 214.
- Oursins fossiles, 63.
- P
- Palæonyris et Fayolia, 62.
- Palmiers (Les), 55.
- Panama (Les écluses géantes du canal de), 8.
- Panier indien, 48.
- Pantographe économique, 92.
- Papier (Les roues de), 30.
- Papillons (La collection de), 251. Papyrus égyptien (Le), 43.
- Pâques (Variation des dates de), 350. Paraguay (Le mate ou thé du), 170. Pare-torpilles de la marine française (Les filets), 3.
- Paris port de mer en 1782, 78. Pathologie expérimentale, 399.
- Pâtés de lièvres (Le concours de), 335, Pèche à la ligne et électricité, 47. Peintre habile (Le), 63.
- Pendule de la reine Victoria, 95. Pendules des gares (Remontage électrique des), 238.
- Pépite d’or trouvée en France (Une), 335. Péran (Le camp de verre de), 209. Pétrole (Solidification des huiles de), 170. Pétrolier (Explosion et incendie d’un navire), 343.
- Phare et les projecteurs de la Tour Eiffel Le), 385, 415.
- Philomathique de Paris (Centenaire de la Société), 15, 46.
- Phonographe d’Edison (Le nouveau),351, 363.
- Phonotélémètre (Le), 339.
- Photographie (Application de la), 55.
- Photographie (Éclairages artificiels eu),
- 218.
- Photographie (Les inventeurs de la), 11.
- Photographie amusante, 288.
- Photographie des étincelles électriques, 504.
- Photographie en cerf-volant, 257.
- Photographies en valeurs justes, 402.
- Photographie instantanée de nuit, 255.
- Photographie instantanée de nuit simplifiée, 307.
- Photographie judiciaire à la préfecture de police de Paris, 387.
- Photographie météoritique, 145.
- Photographique (Monocle), 350.
- Photographiques (Inversions dans les images), 58.
- Physique amusante, 15, 48, 95.
- Physique expérimentale, 536,367
- Pigeons messagers (L’attaque et la défense des), 338.
- Pisciculture (Nouvel appareil de), 181.
- Planète nouvelle, 175.
- Plantes pour collections (Récolte et préparation des), 298, 346, 411.
- Plomb et le cuivre au Congo (Le), 266.
- Ploumanac’h en Bretagne (Les roches de), 262.
- Pluie (Avertisseur de la), 382.
- Pluie (Influence de l’ébranlement de l’air sur les chutes de), 211.
- Plumes et duvets (Préparation industrielle des), 394.
- Pneumo-entérite (Contagion spontanée de la), 287.
- Poêles mobiles (Le danger des), 135.
- Poids de la masse du kilogramme, 154.
- Poisson marcheur (Un), 93.
- Poissons (Anatomie des), 287.
- Pomme de terre (Culture de la), 225.
- Pommes sèches aux États-Unis, 158.
- Pompe à sangle, 213.
- Pont d’Arcole à Paris (Les essais du), 582.
- Pont tournant de Marseille, 538.
- Ponts mobilisables à éléments portatifs, 154.
- Port de Rouen (Le), 275.
- Porte-plume-compas-tirc-lignes, 352.
- Potentiels (Les hauts), 107.
- Poteries du musée de Caracas (Les), 19.
- Pression exercée par certaines graines qui se gonflent dans l’eau, 127.
- Projectiles explosifs (Nouvel engin pour), 113.
- Prolifieité des infiniment petits (La), 310.
- Propulseur pour embarcations de plaisance, 81.
- Propulsion aérienne des navires, 5, 30.
- Puissant (Hommage à), 335.
- Pulmonaire (Le poison), 191.
- Pyrométrique de MM. Mesuré et Nouël (La lunette), 139.
- Q
- Quartz (Dilatation du), 415.
- Quilles sur table (Un jeu de), 111.
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-
- 420
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- R
- Radiation solaire, 111.
- Radiation solaire (L’intensité calorifique de la), 138.
- Raffinage électrique du sucre (Le), 174. Rameur (Travail développé par un), 174. Rats (Une migration de), 175.
- Ravin des Arcs (Hérault) (Le), 401. Reclère en Suisse (La grotte de), 345. Récréations scientifiques, 32, 63, 79, 128, 176, 208, 224, 272, 288, 416. Recueille-poussières (Le), 14.
- République argentine (Immigration dans la), 258.
- République argentine (Les chemins de fer de la), 78.
- Rhumatismes et piqûres d’abeilles, 174. Rivière empoisonnée (Une), 402.
- Rivière souterraine (Une), 31.
- Roches sonnantes du Guildo (Les), 65. Roman scientifique au dix-huitième siècle, 239.
- Rouen (Le port de), 275.
- Roues hydrauliques en coquilles d’escargots et de moules, 79.
- Ruthénium, 351, 383.
- S
- Sables sonores, 95.
- Saccharine en Autriche (La), 159. Sardine. Pêche à Concarneau, 71. Sardines (Migrations de), 47.
- Sauvage et la propulsion aérienne des navires, 50.
- Science (Histoire de la), 319.
- Science anecdotique (La), 207.
- Science dans les manuscrits à miniatures (La), 353.
- Science en France (La), 311.
- « Scientia » (Conférence), 62, 334. Scolopendre (Les feuilles de la), 176. Secrétaire perpétuel (Élection d’un), 224. Secrétaire perpétuel (Le nouveau), 239. Sels (Solubilité des), 159.
- Sismique (Mouvement), 47.
- Société philomathique (Centenaire de la), 15, 46.
- Soie (Production de la), 287.
- Soie artificielle (La), 238.
- Soleil (Éclipse de), 18.
- Soleil en Grèce (Personnification du), 382)
- Soude à l’ammoniaque (La), 90.
- Sourds-muets (Comment oa fait parler les), 394.
- Strasbourg (Horloge astronomique de la cathédrale de), 247.
- Strophantine (La), 223.
- Strophantus (Le), 123.
- Suez (Nouvelles du canal de), 303.
- Susiane au palais du Louvre à Paris (Le musée de), 167.
- Système métrique (Progrès du), 175.
- T
- Taches solaires (Régime des), 255.
- Taches solaires et la boussole (Les), 127.
- Télégrammes interceptés par le téléphone, 207.
- Télégraphie sous-marine (Les progrès de la), 91.
- Téléphonie à Stockholm (La), 265.
- Téléphonie en Amérique, 382.
- Téléphonographie (La), 261, 323.
- Temps (Prévision du), 102, 349.
- Terre (Tremblements de), 286.
- Terres nitréesde Venezuela (Les), 366.
- Terres végétales algériennes, 110.
- Thé roussi au Japon (le), 414.
- Théâtre (La science au), 141, 399.
- Topographiques expédiés (Mesure des hauteurs dans les levers), 187.
- Torpilleurs (Les), 305.
- Tour Eiffel (La), 88, 225, 385, 415.
- Tour Eiffel (La), escaliers et ascenseurs, 359.
- La Tour Eiffel et la composition de 1 atmosphère, 415.
- La Tour Eiffel (Le phare et les projecteurs de) 385, 415.
- Traction électrique à Stassfurth, 30.
- Traction individuelle des bateaux, 14.
- Tramways et chemins de fer en Europe, 154.
- Tremblement de terre(Marche d’un), 503.
- Tremblement de terre dans les Alpes du Cadorre, 222.
- Tremblementde terre en Ligurie(Lc), 15. Tuberculose (Bacilles de la), 160. Tunnels en Russie, 51.
- V
- Vaccine et Jenner (La), 279.
- Vagues (Hauteur et vitesse des), 18. Yalréas (Éclairage électrique de), 199. Vapeurs de pétrole mélangées d’air (Propriété explosive des), 302.
- Vent (Pression du), 174.
- Vénus (La planète), 202.
- Ver de terre gigantesque (Un), 311. Viande (Influence de l’alimentation azotée sur la production de la), 47. Viandes conservées par le froid (Transport des), 254.
- Vibrations d'un diaphragme (Visibilité et enregistrement des), 336. Vice-président de l’Académie des sciences (Élection d’un), 111.
- Vigne monstre de Kinnel (La), 189.
- Vins en Espagne et en Italie (Production des), 255.
- Vitesse angulaire des machines dynamos, 62.
- Vitesse en trains express (Lutte de), 67. Voiture à trois roues (Une), 192, 203. Volants des machines à vapeur, 271. Yolta (Le prix), 231.
- Vosges (La pluie dans les), 62.
- Voyages des frères Zeni (Les), 369.
- w
- Warren de la Rue, 366.
- Y
- Yaraque (Le), 130.
- Z
- Zambèze (Les mines d’or du), 346.
- Zeni (Les voyages des frères), 369. Zircons artificiels, 63.
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-
- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Aigi.cs (M* d’). — Cadran lunaire, 339.
- B. . (D.). — L’industrie au Japon, 75. — Un canal à grande section en Suède, 398.
- B. .. (L.). —Les filets pare-torpillesde la marine française, 3.— Le grand laminoir à blindages de l’usine Saint-Jacques, 39. — Laminage des tubes en acier sans soudure, 99. — La lunette pyrométrique de MM. Mesuré et Nouël, 139.
- Bellet (Daniel). — Le port de Dunkerque, 26. — La lanterne magique électrique, 53. — Un jeu de quilles sur table, 111.
- ___Les nouveaux avertisseurs d'incendie à Paris, 133. — Le
- mate ou thé du Paraguay, 170. — La vigne monstre de Kinnel, 189. — Les chemins de fer de l’Inde anglaise, 250.
- ___Les ruines de charbon de la Nouvelle-Zélande, 258. —
- Production métallurgique de la Russie, 271. Le port de Rouen, 275. — Chemins de fer funiculaires en France, 343.
- Bergeret (A.). — Récréations scientitiques. Le bouchon sur la bouteille, 176. — Le monocorde, 221. — Les labyrinthes,
- 330. ___Une rivière empoisonnée, 402. — Expériences sur
- le centre de gravité avec des dominos, 416.
- Bertillon (Alphonse). — Photographie judiciaire à la préfecture de police de Paris, 387.
- Bois (D.).—Récolte et préparation des plantes pour collections, 298, 346, 411.
- C. .. (M.-A.) Ingénieur. — Propulseur pour embarcations de plaisance, 81. — L’altimètre, 101.
- Cartaz (Dr A ). — Le strophantus, 123. — Le microbe de la diphtérie, 178. — Jenner et la vaccine, 279. — Traitement de l’ataxie par la suspension, 289.
- Châtelain (G.-A.). — La grotte de Reclère en Suisse, 345.
- Cuénot (L.). —Un poisson marcheur, 93.
- Deyrolle (Émile). —La sardine à Concarneau, 71.
- Di eulafoy (Marcel). — Le régime des eaux et l’atmosphère des plateaux iraniens, 326.
- De fossé (Max.). — L’Exposition de Barcelone, 22.
- Dybowski (J.). — Fleurs sèches, 103.
- Fonvielle (W. de). — L’éclipse totale du soleil du 1er janvier 1889, 131. — Les astronomes de la place publique à Paris, 236. — Les expériences publiques d’électricité, 597.
- Forel (F.-A.). La prolificité des infiniment petits, 310.
- Fourtier (U.) Les roches sonnantes du Guildo, 65. — Le camp de verre de Péran, 209. — Les roches de Ploumanac’h en Bretagne, 262. — Le calculo de l’ile Rouzic, 311.
- G... (C.). Ingénieur. — Luttedc vitesse en trains express, 67.—
- G... (J.). — Le musc végétal, 98.
- Gobaille (P.). — Horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg, 247.
- Gobin (Paul). —Chalumeau à vapeur d’essence minérale, 118,
- Good (Arthur). — Le jeu du bobéchon, 32. — Roues hydrauliques en coquilles d’escargots et de moules, 79.
- Guébhard (A.) — La photographie instantanée de nuit simplifiée, 306.
- Guillaume (C.-E.),— O.J. Broch, 177. — Influence des ébranlements de l’air sur les chutes de pluie, 211.
- Guyot-Daubès. — Les loups savants à Paris, 36. — Les ours savants, 214. — Les éléphants au théâtre, 277.
- Hélène (Maxime). — La fabrication industrielle de la nitroglycérine, 227.
- IIément (Félix). — Histoire du baromètre, 203. — La soie artificielle, 238. — La science en France, 311. — Le hannetonnage, 591.
- Hensebert (L‘-Colonel).— Nœuds et brêlages, 60.
- Hospitalier (E.). — La fabrication du bronze d’aluminium, 76. — Les hauts potentiels, 107. — Les notations physiques, 114,143. — Le poids de la masse du kilogramme à différentes altitudes, 154. — L’éclairage électrique de Dieulefit et Valréas, 199. — La téléphonographie, 261. — Comparaison des prix de l’éclairage au gaz et par incandescence électrique, 522. — Le nouveau phonographe d’Édison, 563.
- Joly (Ch.). — Les orangeries et les irrigations de Blidab, 116. — Les orangeries (Espagne, Italie, Californie), 149.
- Labonne (Dr H.). — Le fulmar ou fulmar-pétrel, 83.
- Laffargue (J.). — La traction électrique aux mines de Stass-furth, 29. — Les navires rapides, 71. — Concours pour les compteurs d’énergie électrique, 119. — Les tramways et les chemins de fer en Europe, 154. — Les canalisations électriques à Londres et à Paris, 165. — La téléphonie à Stock-
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- 422
- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHARÉTIQUE.
- holm, 265. — Distribution de chaleur à domicile à Boston par l’eau surchauffée, 270. — Expériences d’acoustique, 367.
- — Les canalisations électriques aux États-Unis, 372.
- Léotard (J.). — A travers le Groënland. 38.
- Letort (Charles). — La science dans les manuscrits à miniatures, 353.
- Lippmann (G.). — Photographies en valeurs justes, 402.
- Londe (Albert). — Les inventeurs de la photographie, 11. — Des éclairages artificiels en photographie, 218.
- Lumière (A.) et (L.). — Les phénomènes d’inversion dans les images photographiques; 58.
- Maindron (Maurice). — La collection de papillons. Chasse et préparation des chenilles, 251. — Un ver de terre gigantesque, 311.
- Marcel (Gabriel). — Le Maroc et les explorations récentes, 161.
- Maresciial (G.).— Pantographe économique, 92. — La science au théâtre. Combat naval en miniature, 141. La boule mystérieuse, 399. — Ponts mobilisables à éléments portatifs du commandant Henry, 154. — L’invention du marteau-pilon, 19i. —Nuages artificiels pour la protection des vignes contre les gelées printanières, 205. — Fusil Dechandon, 212.
- — Porte-plume-compas-tire-lignes, 552. —Mesureur universel, 352.
- Martel (E.-A ). — Le bateau démontable d’Osgood, 69. — Les nouvelles grottes des Cévennes, 193, 244. — Le ravin des Arcs (Hérault), 401.
- Mercadier (E.) La téléphonographie, 323.
- Meunier (Stanislas). — Académie des sciences : séances hebdomadaires, 14, 31, 47, 62. 78, 95, 110, 111, 127, 143, 159, 175, 191,207, 223, 239, 255, 271,286,303,319,335, 351, 367, 385,398, 415. — Les dykes volcaniques de la France centrale, 285.
- Mouillefert (P.) — Le eopalme d’Amérique en France, 173.
- Nadaillac (Le marquis de). —Les poteries du musée de Caracas, 19.
- Nansoutv (Max de). — Les écluses géantes du canal de Panama, 8.
- Napoli (David). — Les Fontaines lumineuses à l’Exposition
- universelle de 1889, 406.
- %
- 0... (E.).— L’éléphant du Jardin des Plantes, 51.
- Olivier (Louis). — Histoire des microscopes, 267, 314. — Les premiers micrograplies, 378.
- Peytoubeau (Dr A.). — Nouvel appareil de pisciculture, 181.
- Poisson (J.). — Les palmiers, 55.
- Rabot (Charles).— Les Lapons au Jardin d’Acclimatation, 145.
- Richou (G.). — Exposition universelle de 1889, 45. — Consolidation des fondations établies sur des sols sous-minés à Paris, 283.
- Rivière (E.). —Grotte des Alpes-Maritimes, 1.
- Rolland (G.). — Les eaux artésiennes et les nouvelles oasis de l’Oued Rir’, 195. 231.
- S. (B. de). — Préparation industrielle des plumes et duvets, 594.
- Saporta (A. de). — Les voyages des frères Zeni au quatorzième siècle, 369.
- Saunier (Claudius). — Une curieuse horloge de 1423, 143.
- Sorel (E.) fils. — La prévision du temps, 102.
- Tissandier (Gaston). — Le lignite de Dixmont, 7. — Les éclairs; leur reproduction par la photographie, 17. — Ila-lagefunieulaire,33. — Le bateau sous-marin « Le Gymnote, 49. — Récréations scientifiques. Le peintre habile, 63. Mnémotechnie relative aux miroirs concaves et convexes, 208. — Une barbe extraordinaire, 85. — Deux lettres de Beaumarchais sur la direction des ballons, 87. — La Tour Eiffel, 88, 225, 359, 385. — Coignet, Gaulard, Cammas, 94.
- — Les cosaques du Kouban au Jardin d’Accldilatation de Paris, 97. — Le danger des poêles mobiles, 155. — L’histoire d’une branche de cerisier reproduite par la photographie, 135. — La mécanique des Chinois, 152. — Le musée de la Susiane au palais du Louvre à Paris. Collections de TVI. et Mme Diculafoy, 167. — L’exposition du Groënland à la Société de géographie de Paris, 185. — De Fréminvillc, 190. — Les phénomènes atmosphériques de l’atmosphère. 241. — Le ballon captif de Barcelone, 249. — La glace c les glaciers, 256. — La photographie en cerf-volant, 2.57.
- — Charles Martins, 270. — Influence des ébranlements de l’air sur le brouillard, 294, 330. — Exposition universelle de 1889, 295, 374. — M. E. Chevreul, 321.
- Verneau (Dr). — Le papyrus égyptien, 43.
- Vidal (Léon). — Explosion et incendie d’un navire pétrolier, 343.
- X..., ingénieur. — Propulsion aérienne des navires, 5. — Fondation élastique des machines et suspension des voitures. Système G. Anthoni, 21. — La soude à l’ammoniaque,90. — Les hélicoptères-jouets, 156. — Pompe à sangle, 213. — John Ériesson, 337. — L’artillerie en Indo-Chine, 403.
- Z. (D1). — Comment on fait parler les sourds-muets, 394.
- ZiiRCiiEii (F.). — Les travaux du bureau météorologique de Londres, 258, — Le l’eu Saint-Elme, 583.
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-
-
-
- TABLE DES MATIERES
- N. B. Le» artistes de la Chronique, imprimés dans oe volume en petits aaraotères, sont indiqués
- dans notre table en lettres italiques.
- Astronomie.
- Eclipse de soleil du lor janvier 1889 (W. de Fonvielle).
- .............................................. 18, 151
- Les travaux de l’Observaloire Lick......................... 50
- L’éclipse totale de soleil du 1er janvier 1889 observée
- aux Etats-Unis..........................................180
- La planète Vénus...........................................202
- Les astronomes de la place publique, à Paris (W. de
- Fonvielle)..............................................256
- Horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg
- (P. Godaille)..........................................247
- Cadran lunaire (M“ d’Aiglun)...............................559
- La pendule de la reine Victoria............................ 95
- Constitution de l'espace céleste..........................111
- L’e'clipse du 1er janvier........................111, 127
- Les taches solaires et la boussole........................127
- Actinométrie solaire......................................145
- Nouvelle planète..........................................175
- Les couleurs de Mars......................................176
- Régime des taches solaires................................255
- Physique.
- Les inventeurs de la photographie (Albert Londe). . . 11
- Les éclairs ; leur reproduction par la photographie (Gaston
- Tissandier)............................................. 17
- La traction électrique aux mines de Stassfurtli (J. Laffar-
- güe).................................................... 29
- Une nouvelle application de la photographie................ 35
- La lanterne magique électrique (Daniel Bellet). ... 53
- Les phénomènes d’inversion dans les images photographiques (Auguste et Lotus Lumière)........................ 59
- La fabrication du bronze d’aluminium. Procédé Héroult
- (E. II.)................................................ 76
- Les progrès de la télégraphie sous-marine................ 91
- Mesures électriques industrielles. Les hauts potentiels
- (E. H.)..................................................107
- Les notations physiques. Conventions, abréviations, et
- symboles (E. Hospitalier)......................114, 143
- Concours pour les compteurs d’énergie électrique (J. L.). 119
- La mort par l’électricité................................. 121
- Les nouveaux avertisseurs d'incendie à Paris (Daniel
- Bellet). ................................................133
- L’histoire d’une branche de cerisier reproduite par la
- photographie (Gaston Tissandier).........................135
- L’intensité caloriliquc de la radiation solaire.............138
- La lunette pyrométrique de MM. Mesuré et Nouël (L. B.) 139 Le poids de la masse du kilogramme à différentes altitudes (E. II.)..............................................154
- Les canalisations électriques à Londres et à Paris (J. Laf-
- fargiie).................................................165
- L’éclairage électrique de Dieulelit et Valréas (E. Hospitalier)..................................................199
- Histoire du baromètre. Nouveau document (Félix
- Hément)..................................................203
- Un baromètre de voyage......................................211
- Des éclairages artiliciels en photographie (Albert Londe). 218
- Le monocorde (A. Bergeret)..................................221
- Le prix Volta...............................................231
- Les phénomènes optiques de l’atmosphère (Gaston Tissandier)....................................................241
- La photographie en cerf-volant (Gaston Tissandier). . . 257
- La téléphonographie (E. Hospitalier)........................261
- La téléphonie à Stockholm (J. Laffargue)....................265
- Histoire des microscopes (Louis Olivier).......... 267, 314
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-
-
- 424
- TABLE DES MATIÈRES
- Le point de congélation des mélanges d’eau et de glycérine.................................................
- Photographies amusantes..............................
- Photographie des étincelles électriques..............
- La photographie instantanée de nuit simplifiée (A. Gué-
- dhard).............................................
- Comparaison des prix de l’éclairage au gaz et par incandescence électrique (E. Hospitalier}.................
- La téléphonographie (E. Mercadieu)...................
- Physique expérimentale. Visibilité, et enregistrement des vibrations d’un diaphragme. — Expériences d’acoustique............................................336,
- Le phonotélémètre....................................
- Le nouveau phonographe d’Edison (E. Hospitalier). . . Les canalisations électriques aux Etats-Unis (J. Laffar-
- cüe). .............................................
- Les premiers micrographes (Louis Olivier)............
- Photographie judiciaire à la préfecture de police de
- Paris (A. Bertillon)...............................
- Les expériences publiques d’électricité (\V. de Fomviei.le). Photographies en valeurs justes, par M. G. Lipumann. . Les fontaines lumineuses à l’Exposition universelle de
- 4889 (David Napoli)................................
- La peine de mort électrique..........................
- L'électricité et la pêche à la ligue.................
- La vitesse angulaire des machines dynamos. . . .
- Purification du kaolin par l'électricité.............
- Sables sonores.......................................
- L'électricité à Paris................................
- Un bateau électrique.................................
- Magnétisme du nickel.................................
- L’Exposition de galvanoplastie et son inventeur. . .
- Pression du vent.....................................
- Filtrage des huiles de graissage par l’électricité. .
- Le raffinage électrique du sucre.....................
- Le premier câble téléphonique sous-marin.............
- Progrès du système métrique. ........................
- Télégrammes interceptés par le téléphone.............
- Détermination de la vitesse des eaux souterraines. . Remontage électrique des pendules des gares. . . .
- Les animaux électrisés...............................
- Photographie instantanée de nuit.....................
- Eclairage des jets d’eau paraboliques................
- Conductibilité électrique de Veau....................
- Action de la lumière électrique sur les yeux. . . .
- Monocle photographique...............................
- Les orgues électriques à Saint-Jacques du llaut-Pas.
- Le phonographe perfectionné..........................
- La téléphonie en Amérique............................
- Optique. . ..........................................
- Eclairage électrique de l’Elysée.....................
- La dilatation du quartz..............................
- Chimie.
- Le papyrus égyptien ; la tapa océanienne et le papier des
- anciens Mexicains (Dr Verseau)....................
- Dureté d’un diamant..................................
- Le métal Délia................................. GH,
- La soude à l’ammoniaque. Hommage aux inventeurs. .
- Chalumeau à vapeur d’essence minérale................
- Le yaraque, boisson fermentée des saüvages du ilaut-
- Orénoque..........................................
- Solidification des huiles de pétrole. . . ...........
- Le désétamage du fer-blanc...........................
- La fabrication industrielle de la nitroglycérine (Maxime
- Hélène)...........................................
- Le cuivre et le plomb au Congo.......................
- La conservation des cidres par le chauffage..........
- Les exploitations aurifères du district de Bogoslowsk (C). Explosion et incendie d’un navire pétrolier (Léon Vidal).
- Les mines d’or du Zambèze (D. B.)....................
- Une rivière empoisonnée..............................
- Usages du bleu d’outre-mer...........................
- Zircons artificiels..................................
- 274
- 288
- 504
- 306
- 522
- 323
- 367
- 359
- 563
- 312
- 378
- 387
- 597
- 402
- 406
- 50
- 47
- 62
- 78
- 95
- 126
- 127
- 128 158 174 174
- 174
- 175 175 207 223 238 238 255 271 303 518
- 350 530
- 351 382 385
- 414
- 415
- 43
- 54
- 226
- 90
- 119
- 131
- 170
- 171
- 227
- 266
- 282
- 291
- 343
- 546
- 402
- 62
- 63
- Feldspath artificiel.................................110
- Synthèse du fer chromé...............................110
- Le poison des Gabonais............................111
- Chimie organique......................................128
- L’industrie des pommes sèches aux Etats-Unis. . . 158
- Le premier emploi du charbon de terre à Londres. . 158
- Exploitation du mercure en Russie....................159
- Le saccharine en Autriche............................159
- Solubilité des sels..................................159
- Nature de la gadoline................................159
- Le bleu de Prusse....................................160
- Le raffinage électrique du sucre.....................174
- La question de l’azote...............................175
- Le bismuth amorphe...................................191
- Le bleu antique.......................................207
- Ambre aggloméré......................................207
- La strophantine......................................223
- Les mines de Colombie................................271
- Production métallurgique de la Russie................271
- Le prix actuel des métaux les plus rares.............286
- Propriété explosive des vapeurs de pétrole mélangées
- d’air..............................................502
- Fixation de l’azote de l’air par le sol..............519
- Lis limites des erreurs dans les essais d’or fin. . . 354
- Le concours de pâtés de lièvre. .....................335
- Une pépite d’or trouvée en France....................335
- Exploitation de l’asbesle au Canada..................350
- Composés du ruthénium....................... 351, 383
- L’alliage du kilogramme..............................367
- Pieu égyptien........................................382
- L'Encyclopédie chimique..............................399
- Météorologie. — Physique du globe. Géologie. — Minéralogie.
- Éclairs en boule observés à Montivilliers en 1720. . . .
- Le lignite de Dixmont (Yonne) (G. T.)...............
- La foudre globulaire.......................... 59,
- Les roches sonnantes du Guildo (II. Fourtier).......
- Climatologie de la Cochinchine française............
- Quelques remarques sur la prévision du temps (E. Sorel).
- Le bolide du 51 décembre 1888.......................
- Le cyclone de Brooklyn du 9 janvier 1889............
- Influence des ébranlements de l’air sur les chutes de
- pluie (Ch. E. Guillaume)..........................
- Les phénomènes optiques de l'atmosphère (Gaston Tissan-
- dier).............................................
- La glace et les glaciers (G. T.)....................
- Travaux du bureau météorologique de Londres (Zuiiciier
- f.).........:.....................................
- Les dykcs volcaniques de la France centrale (Stanislas
- Meunier)..........................................
- Influence des ébranlements de l’air sur le brouillard
- (G. T.)..............................i . . 294,
- Le régime des eaux et l’atmosphère des plateaux iraniens
- (Marcel Dieulafov)................................
- La prévision du temps. Tableau synoptique à l’usage de
- tout le monde.....................................
- Le feu Saint-Elme (F. Zurciier).....................
- Le ravin des Arcs (Hérault) (E. A. Martel)..........
- Une rivière empoisonnée.............................
- Géologie provençale.................................
- Le tremblement de terre en Ligurie..................
- Flore fossile du calcaire grossier parisien.........
- Eaux courantes américaines...........................
- Le fer météorique de Bendego...................51,
- Une rivière souterraine.............................
- Géologie............................................
- La pluie dans les Vosges............................
- La météorite de Frayette County.....................
- Oursins fossiles....................................
- Les inondations dans le Midi........................
- Gite nouveau de mammifères fossiles.................
- Changement de niveau de la mer......................
- 6
- 7
- 226'
- 65
- 82
- 102
- 147
- 163
- 211
- 241
- 256
- 258
- 285
- 330
- 526
- 349
- 385
- 401
- 402 15 15 31 31
- 255
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- 48
- 62
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-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 425
- Mammifères fossiles.................................111
- Radiation solaire.......................................111
- La variation diurne du baromètre. ..................127
- Minéral nouveau.........................................128
- Photographie météorilique...............................143
- Blattes fossiles........................................175
- Fossile nouveau.........................................207
- Tremblement de terre dans les Alpes du Cadorre. . . 223
- Littérature géologique......................... 224, 367
- Halos artificiels.......................................239
- Les baccillarites.......................................239
- Cyclones américains.................................239
- Publications géologiques............................255
- Classification thermique des lacs...................272
- Tremblements de terre...............................286
- Marche d’un tremblement de terre....................303
- La météorite d’Oschansk.............................303
- La météorite d’Eagle-Slation........................319
- Orage en mer........................................334
- Un avertisseur de la pluie..............................382
- Météorite trouvée sous terre............................385
- Altération singulière d'un fer météorique...........398
- Sciences naturelles. — Zoologie. — Botanique.
- Paléontologie.
- Sommeil léthargique chez une hirondelle................. 18
- Les loups savants à Paris (Guyot-Daubès)................ 36
- L’éléphant du Jardin des Plantes (E. 0.)................ 51
- Les palmiers (J. Poisson)............................... 55
- La sardine. Sa pêche à Concarneau (E. Deybolle). ... 71
- Le i'ulmar ou fulmar-pétrel de l’ile de Saint-Kilda
- (Dr II. Labonne).................................... 83
- Un poisson marcheur (t. Cuésot)......................... 93
- Le musc végétal (J. G.)................................. 98
- Fleurs sèches (J. Dybowski).............................103
- L’intelligence des éléphants............................115
- Les orangeries et les irrigations deBlidah, Espagne, Italie,
- Californie (C. Joi.y)......................116, 149
- Le strophantus (Dr A. Caiitaz)..........................123
- L’histoire d’une branche de cerisier reproduite par la
- photographie (Gaston Tissandieii)...................135
- Le copalme d’Amérique en France (P. Mouilleeert). . . 173
- La vigne monstre de Kinnel (Daniel Bellet)............189
- Les ours savants (Guyot-Daubès).......................214
- Conseils aux amateurs d’histoire naturelle. La collection de papillons. Chasse et préparation des chenilles (Maurice Maindron). . ...................................251
- Les éléphants au théâtre (Guyot-Daubès)...............277
- Bécolte et préparation des plantes pour collections
- (D. Bois)............................ 298, 346, 411
- La prolificité des infiniment petits (F.-A. Fobel). . . . 310 Un ver de terre gigantesque (Maurice Maindron). . . . 311
- Le calculo de l’ile Rouzic (II. Fourtier).............34i
- Une héronnière au Canada..............................403
- Nouveau bacille....................................... 15
- Le déjeuner d’un brochet.............................. 47
- Migration de sardines................................. 47
- Nouveaux infusoires................................... 48
- Fayolia et palæonyris................................. 02
- La destruction des loups en 1887...................... 78
- Les poissons du cap Ilorn............................ 111
- Pression exercée par certaines graines qui se gonflent
- dans l’eau......................................... 127
- Le chien à fourrure de la Mandchourie.................142
- Huile de coco.........................................142
- Les aventures d'une montre............................159
- Chiens pliocènes. .................................. 159
- La mission du cap Ilorn............................. . 159
- Piqûres d’abeilles et rhumatismes.....................174
- Emploi de la laine de bois pour l’emballage des
- fruits............................................ 175
- Une migration de rais.................................175
- Tumeurs à bacilles de l'olivier.......................176
- Les feuilles de la scolopendre.......................176
- Toxicité du sang de chien............................224
- Les animaux électrisés............................ 238
- L'élevage des grenouilles aux Etats-Unis.............254
- Les bestiaux de la province de Buenos-Ayres. ... 271
- La mère de la calamité...............................271
- Matière sucrée des champignons.......................272
- Faune groènlandaise..................................287
- Anatomie des poissons................................287
- Les champignons............. ........................287
- Élevage des chevaux chez les Cosaques................535
- Destruction des hannetons......................351, 414
- Nouveau genre d'arbre fossile du terrain houiller. . 415
- Géographie. — Voyages d’exploration.
- A travers le Groenland (Jacques Léotard)............. 39
- Ascension du inont Ararat............................138
- Le Maroc et les explorations récentes (Gabriel Marcel). 161 L’exposition du Groenland à la Société de géographie
- de Paris (Gaston Tissandier)........................185
- Les profondeurs de la mer...............................187
- Les nouvelles grottes des Cévcnnes. Hydrologie des Causses, rivière souterraine de Bramabiau, grotte de
- Dargilan (E -A. Martel).................... 193 244
- Les eaux artésiennes et les nouvelles oasis de l’Oued Rir’
- (G. Rolland)............................... 195, 231
- Les eaux noires des régions équatoriales. Recherches de
- MM. A. Muntz et V. Marcano.......................202
- Les roches de Ploumanac’h en Bretagne (H. Fourtier). . 263
- La grotte de Reclère en Suisse (G.-A. Châtelain). . . . 346
- Les voyages des frères Zeni au quatorzième siècle (A. de
- Saporta).........................................369
- Eaux courantes américaines........................... 31
- Une rivière souterraine.............................. 31
- Anthropologie. — Ethnographie. — Sciences préhistoriques.
- Sur quelques grottes des Alpes-Maritimes (E. Rivière). . • 1
- Les poteries du musée de Caracas (M‘* de Nadaii.lac). . 19
- Découvertes de médailles romaines...................... 35
- Le papyrus égyptien ; la tapa océanienne et le papier
- des anciens Mexicains (l)r Verseau).............. 43
- Monument primitif de l’ile Colonga..................... 68
- Une barbe extraordinaire (G. T.)....................... 85
- Les Cosaques du Kouban au Jardin d’Aeclimatation de
- Paris (Gaston Tissandier)........................... 97
- Les antiquités mexicaines à l’Exposition universelle
- de 1889............................................. 119
- Une curieuse horloge de 1423 (cathédrale de Bourges)
- (Claudius Saunier)...................................143
- Les Lapons au Jardin d’Aeclimatation (Cuarles Rabot). . 145
- Le musée de la Susiane au palais du Louvre, à Paris.
- Collections de M. et Mme Dieulafoy. .................167
- Exposition universelle de 1889. Exposition ethnographique. 179
- Le camp de verre de Péran (H. Fourtier)................209
- L’immigration dans la République argentine.............258
- Coureurs et marcheurs (A. R.)..........................294
- La science dans les manuscrits à miniatures (C. Letort). 353 Nouvelle station humaine de l’époque magdalcenne. 191
- Misère et grandeur de l’humanité primitive.............303
- Le coureur Dibbcls à Tliionville.......................335
- Personnification du soleil en Grèce....................382
- L'âge de cuivre........................................383
- Mécanique. — Art de l’ingénieur. — Travaux publics. — Arts industriels.
- Les écluses géantes du canal de Panama (Max de Nan-
- souty)................................................ 8
- Fondation élastique des machines et suspension des voitures. Système G. Anthoni (X... ingénieur)......... 21
- Le port de Dunkerque (Daniel Bellet)................... 26
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-
-
-
- 426
- TABLE DES MATIÈRES.
- *r
- Les roues de papier. ................................... 30
- Ilalage funiculaire (Gaston Tissasihlr)................. 33
- Le grand laminoir à blindages de l’usine Saint-Jacques
- (G- L.)................................................. 59
- Exposition universelle de 1889. État des travaux du
- Champ de Mars à Paris (G. Riciiou)................... 15
- Les tunnels en Russie.................................... . 51
- Nœuds et brûlages (Lieulenatit-colonel 1Iensei!Ert). . . 60
- \ Une lutte de vitesse entre trains express. ...... 67
- L'industrie au Japon (D. B.)................................ 75
- La Tour Eiffel (Gaston Tissamter). 88, 225, 359, 585, 415
- Tantograplie économique (G. M.)............................. 92
- Un procédé paradoxal dé laminage des tubes en acier
- sans soudure (L. B.)..................................... 99
- I.'altimètre (M. A. C., ingénieur)..........................102
- Une exploitation houillère à 1000 mètres de profondeur,
- à Charleroi..............................................106
- Un nouvel engin pour lancer les projectiles explosifs. . 113
- Un chemin de fer à travers le* montagnes Rocheuses dans
- le Colorado (États-Unis).................................129
- Clous à double pointe. .....................................135
- Une curieuse horloge de 1423 (cathédrale de Bourges)
- (Claudius Saunier)..................................... 145
- \ Singulier cas d’explosion. ...................................151
- La mécanique des Chinois (G. T.). ......... 152
- Le poids de la masse du kilogramme à différentes altitudes (E. 11.)........................................154
- Ponts mobilisables à éléments portatifs du commandant
- Henry (G. Maresciiai.).................................. 154
- Les hélicoptères-jouets et le « plus lourd que l'air »
- (X... ingénieur)....................................... 156
- Le désétamage du fer-blanc. ................................171
- \ Chemins de fer. La catastrophe de Groenendael en Belgique.....................................................183
- Mesures des hauteurs dans les levers topographiques
- élevés...................................................187
- Une voiture à trois roues............................ 192, 203
- L’invention du marteau-pilon (G. M.)........................194
- Explosion d’une locomotive aux Etats-Unis...................204
- Fusil Decliandon. Ejectcur automatique de cartouche
- (G. Maresciiai.).................................... . 212
- Pompe à sangle (X... ingénieur).............................213
- Horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg
- (P. Gouaille)............................................247
- Les chemins de fer de l’Inde anglaise (Hamel Billet). 251 Les mines de charbon de la Nouvelle-Zélande (1). B.). . 258
- La catastrophe de Groenendael en Belgique...................273
- Le port de Rouen (Daniel Iîellet)...........................275
- Consolidation des fondations établies sur des sous-sols
- minés à Paris (G. Riciiou). ... y,.......................283
- Exposition universelle de 1889. (Gastûn Tissandier). 295,
- ................................................. 374, 585
- La locomotion terrestre à voile.............................319
- Foyer de locomotive à chauffage mixte au pétrole et au
- charbon...........................................
- Les labyrinthes (A. Bergeret)........................
- Le pont tournant de Marseille........................
- Chemins de fer funiculaires en France (Daniel Bf.i.let). .
- Une fabrique de cure-dents au Canada (1). B.)........
- Préparation industrielle des plumes et duvets (B. re S.).
- Le recueille-poussicres..............................
- La fin d'une mystification. Le moteur Keely . . .
- Emploi de briques pour le pavage des rues............
- Les moteurs hydrauliques en Suisse..................
- Allures du mouvement sismique........................
- Paris port de mer en 1782............................
- Les chemins de fer de la République argentine. . .
- La pendule de la reine Victoria......................
- Horloges remarquables................................
- Travail développé par un rameur......................
- La soie artificielle.................................
- Distribution de force moli ice à Saint-Etienne. . . . Utilisation de la force motrice des chutes du Niagara. Transport des viandes conservées par le froid. . . Distribution de chaleur à domicile à Boston par
- l’eau surchauffée ..................................270
- Nouvelle matière pour les joints de conduites à
- vapeur..............................................271
- Volants des machines à vapeur.........................271
- Nouvelles du canal de Huez............................303
- La vie d'un moteur à vapeur...........................318
- La construction métallique dans l’Afrique du Sud. 335
- Les essais du pont d'Arcole, à Paris..................382
- Un canal à grande section en Suède ....... 598
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- La sensibilité de l’odorat............................ 98
- Le strophantus (Dr A. Cartaz).........................123
- Un nouvel aliment.....................................130
- Le danger des poêles mobiles (G. T.)..................135
- Le microbe de la diphtérie (Dr A. Cartaz).........*. 178
- Jenner et la vaccine (Dr A. Cartaz)...................279
- Traitement de l’ataxie par la suspension (Dr A. Cartaz). 289 Comment on fait parler les sourds-muets (Dr Z.). . . . 594
- Nouveau bacille........................................ 15
- Influence de l'alimentation azotée sur la production
- de la viande........................................ 47
- Kystes microbifères.................................... 63
- Nouveau microbe pathogène...........;.............110
- Expériences sur le bacille-virgule....................110
- Diabète expérimental..................................128
- Le bacille de la tuberculose . . ^ . 160
- Piqûres d'abeilles et rhumatismes.....................174
- Nouvel antiseptique...................................176
- Le poison pulmonaire..................................191
- Les microbes buccaux..................................191
- Les microbes de l’estomac.............................191
- Variabilité d'un microbe..............................207
- Retour des microbes à la virulence qu’ils avaient
- perdue............................................. 225
- Le virus de la morve................................ 255
- Kystes intracrâniens..................................271
- Nouvel insensibilisatetir.............................272
- Influence des anesthésiques sur la force des mouvements respiratoires...................................287
- Contagion spontanée de la pncumo-cnlcrite, . . . 287
- Microbe contre microbe................................319
- Érysipèle et lymphangite..............................319
- Pathologie expérimentale..............................599
- Agriculture. — Acclimatation. Pisciculture, etc.
- L’élevage des oies aux États-Unis.......................160
- Le mate ou thé du Paraguay (Daniel Beli.et)..........170
- Nouvel appareil de pisciculture (Dr A. Peytoureau). . 181
- La vigne monstre de Kinnel (Daniel Bellet)...........189
- Nuages artiliciels pour la protection des vignes contre
- les gelées printanières (G. Maresciial)..............205
- Le hannetonnage (Félix Dément)..........................591
- Terres végétales algériennes............................110
- Culture des légumineuses.............................. 111
- L’industrie des pommes sèches aux États-Unis. . . 158
- La culture de la pomme de terre......................225
- Les variations de l’azote dans la terre arable . . . 566
- Les terres nitrées de Vénézuela.........................567
- Destruction des hannetons......................351, 414
- Le thé roussi au Japon................................. 415
- Art militaire. — Marine.
- Les filets parc torpilles de la marine française (L. B.). 5
- La propulsion aérienne des navires (X..., ingénieur). 5
- La hauteur des vagues et leur vitesse................ 18
- Ilalage funiculaire (Gaston Tissandier)................. 33
- Le bateau sous-marin « Le Gymnote» (Gaston Tissanrieu) 49 Nœuds et brûlages (Lieutenant-colonel Hexnereut) ... 60
- Le bateau démontable d’Osgood (E.-A. Martel). ... 69
- 525
- 550
- 538
- 343
- 378
- 594
- 14
- 30
- 31 47 47 78 78 95
- 158
- 17*
- 258
- 238
- 254
- 254
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- TABLE DES MATIÈRES,
- m
- Les navires rapides (J. L.).............................. 71
- Propulseur pour embarcations de plaisance (A. C., ingénieur)........................................ .... 81
- L’alimentation des naufragés en pleine nier............... 86
- Un nouvel engin pour lancer les projectiles explosifs. 115 Ponts mobilisables à éléments portatifs du commandant
- Henry (G. Mareschal)...................................154
- Les marins allemands et la flotte allemande...............246
- Les torpilleurs......................................... 505
- L’attaque et la défense des pigeons messagers (A. R.). 338
- L’artillerie en Indo-Chinc (X... ingénieur)...............403
- Traction individuelle des bateaux......................... 14
- Sauvage et la propulsion aérienne des navires. . . 50
- Carte marine..............................................383
- Aéronautique*
- Deux lettres de Beaumarchais sur la direction des bal-
- lons (G. T.)............................................ 87
- Un roman scientifique au dix-huitième siècle. .... 239
- Le ballon captif de Barcelone (Gaston Tissakmer) . . 249
- Les aérostats militaires................................... 95
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- J.-F. Coignet (G. T.).................................... 94
- Lucien Gaulard (G. T.)................................... 94
- Henri Cammas (G. T.)..................................... 91
- O.-J. Broeh (E.-C. Guillaume)....................177, 191
- De Fréminville (G. T.)....................................190
- Charles Martins (G. T.)..................................270
- M. E. Chevreul (Gaston Tiss.vndier).............. 521, 355
- John Ericsson (X...., ingénieur)..........................337
- Warren de la Rue..........................................566
- Ne wall...................................................560
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- Académie des sciences. Comptes rendus des séances hebdomadaires (Stanislas Meunier), 14, 31, 47, 62,
- 78, 95, IIP,111, 127, 143, 159,175, 191,207, 223,
- 259, 255, 271,286,303,519,535,351,367, 383,598, 415 L’Exposition de Barcelone. Le Ministère de la guerre
- espagnol (Max. Dufossé)........................... 22
- Exposition universelle de 1889, 45, 179, 295, 373, 585,
- ............................................... 403, 414
- Le Congrès international des électriciens en 1889. . . 75
- Centenaire de la Société philomathique.........15, 46
- Conférence « Scicntia »....................... 62, 334
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Physique amusante. La femme invisible. Le panie'
- indien. Amphilrite........................15, 48, 95
- Récréations scientifiques. Le Jeu du bobéchon. Le peintre habile. Roues hydrauliques en coquilles d’escargots et de moules. Curieuse expérience d’équilibre.
- Le bouchon sur la bouteille. Mnémotechnie relative aux miroirs concaves et convexes. Découpage d’une orange. La croix de papier. Photographies amusantes. Expériences sur le centre de gravité avec des dominos.
- 35, 65, 79, 128, 176, 208, 224, 272, 288, 416
- L’impôt sur les chiens.................................. 91
- Un jeu de quilles sur table (Daniel Bellet).............112
- La science au théâtre. Combat naval en miniature.
- La boule mystérieuse (G. Mareschal)...........141, 399
- Industrie des allumettes chimiques en Europe............151
- La production du coton en Russie........................282
- La science en France (Félix IIkment)....................311
- Physique expérimentale. Visibilité et enregistrement des vibrations d’un diaphragme. Expériences d’acoustique,
- ........................................... 536, 367
- La science pratique. Porte-plume-compas-tire-lignes.
- Mesureur universel (G. M.)..........................352
- La journée de M. Chevreul............................ 94
- L'Année scientifique de M. L. Figuier................239
- Féaux et conserves de lapins en Australie............254
- Production des vins en Espagne et en Italie............255
- Langue scientifique internationale.....................287
- Production de la soie..................................287
- Un curieux calcul......................................502
- Les progrès de l'industrie française au Brésil. . . 318
- Variations des dates de Pâques.........................350
- L’industrie française au Chili.........................398
- FIN DES TABLES
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- ERRATA
- Page 12, à la légende de ligure.
- Page 100, à la légende de ligure.
- Page 227, col I, en note bas de la page.
- la
- .1 h lieu de : Cliàlons-sur-Maruc, faut : Clialon-sur-Sâonc. la
- Au lieu de : en sens inverse, Il faut : dans le même sens, au
- Au lieu de : n° 755, du 1er septembre 1888,
- Il faul:n° 700, du 4 février 1888.
- Page 200, à la légende de la figure.
- Page 505, eol. 1, ligne 5. Page 505, col. 2, ligne 47. Page 504, aux ligures.
- Supprimer : dressé à l’observatoire de Greenwich.
- Au lieu de : 7 003 800 minutes, Il faut : 7 004 800 minutes.
- .4m lieu de : Pcsses,
- Il faut : Pissis.
- Au lieu de : fig, 1 et fig. 2.
- Il faut : fig. 2 et fig. 1.
- Imprimerie A. Laliure, 0, rue de Fleurus, à Taris.
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